(Neuf heures quarante-six
minutes)
La Présidente (Mme D'Amours) :
À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de l'économie et du travail ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je vous
demande, à toutes les personnes dans la salle, de bien vouloir éteindre la
sonnerie de votre appareil électronique.
La commission
est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 51, Loi modernisant l'industrie
de la construction.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Tremblay (Dubuc) est remplacé par Mme Bogemans (d'Iberville) et Mme Tremblay (Hull) est
remplacée par Mme Mallette (Huntingdon).
Auditions (suite)
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Nous entendrons ce matin les témoins
suivants, soit la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec, le Conseil
du patronat du Québec et l'Association des employeurs en mécanique
industrielle du Québec.
Je souhaite maintenant la bienvenue à la
Corporation des entrepreneurs généraux du Québec. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la
période d'échange. Je vous invite donc à vous présenter et à nous donner votre
exposé.
Corporation des
entrepreneurs généraux du Québec (CEGQ)
M. Côté (Eric) : Merci, Mme
la Présidente. M. le ministre, Mmes, MM. les députés, bonjour. Mon nom est Eric Côté, je suis président-directeur général de
la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec, communément appelée
la CEGQ. Aujourd'hui, je suis accompagné de Lucien... Julien Lessard, excusez,
oui, président du conseil d'administration de
la CEGQ, qui est aussi vice-président exécutif de l'entreprise Beaudoin Canada,
de Mme Mélissa Robitaille, présidente sortante du conseil
d'administration et PDG de Syscomax, une entreprise de construction, et je suis
accompagné, finalement, de M. David Dinelle, directeur des affaires
publiques et des relations gouvernementales de la CEGQ.
Nous tenons à vous remercier pour l'invitation à
participer à cette consultation particulière, et, d'entrée de jeu, j'aimerais
préciser avec vous que la CEGQ accueille favorablement la volonté exprimée dans
la modernisation de l'industrie de la construction derrière le projet de loi
n° 51.
La CEGQ est fondée en 1996. Elle a pour mission
de défendre les intérêts des entrepreneurs généraux et de l'industrie de la
construction par sa contribution au développement du Québec, notamment au
niveau économique et durable. Elle est la seule association vouée exclusivement
à la promotion des intérêts collectifs des entrepreneurs généraux. Ses membres, ensemble, réalisent
85 % des projets dans les secteurs institutionnel, commercial et
industriel.
Avant d'aller plus loin, vous me permettrez, Mme
la Présidente, de permettre à notre président du conseil, M. Lessard, un
entrepreneur général, de vous expliquer les rôles et responsabilités d'un
entrepreneur général dans le secteur de la construction.
M. T.-Lessard (Julien) : Merci,
Eric. Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, comme
entrepreneurs généraux, nous sommes les chefs d'orchestre sur les chantiers.
Nous sommes responsables de la gestion des
projets de construction, nous planifions l'ensemble des travaux, nous engageons
et nous gérons les entrepreneurs spécialisés, nous veillons au respect
de l'échéancier et du budget. Nous assurons que les projets respectent les
normes et réglementations et nous assurons la maîtrise d'oeuvre en santé et sécurité
au travail sur les chantiers. Nous veillons à la satisfaction de toutes les
parties prenantes en ayant une vision globale du projet.
Malgré ce qui précède, les entrepreneurs
généraux ne sont pas exclusivement représentés dans les discussions officielles,
alors que la loi R-20 leur accorde un statut différent en leur exigeant
notamment l'obligation solidaire en matière salariale en vertu de
l'article 54 de la loi R-20. Puisque les entrepreneurs généraux
portent la responsabilité de la planification et de la productivité des
chantiers et qu'elle apporte une vision globale qui viendra bonifier la concertation des acteurs de
l'industrie, la CEGQ souhaite une reconnaissance officielle comme association d'entrepreneurs
en vertu de l'alinéa 1c de l'article 1 de la loi R-20. Je
repasse maintenant la parole à M. Côté.
• (9 h 50) •
M. Côté (Eric) : En matière de
polyvalence, le Québec se distingue en comptant le plus grand nombre de métiers dans l'industrie de la construction, avec
pas moins de 26 métiers reconnus. En comparaison, le régime d'apprentissage
exige six métiers en Ontario, neuf en Alberta, et cinq au
Nouveau-Brunswick.
La
CEGQ est d'avis que la polyvalence de la main-d'oeuvre constitue un élément
essentiel pour une productivité accrue, et c'est pourquoi nous saluons
l'ouverture du projet de loi à cet effet. La présente modernisation doit
effectivement favoriser une plus grande flexibilité de la main-d'oeuvre tout en
assurant la qualité, et j'y tiens, et je le mentionne, permettant à chaque travailleur
d'accomplir un éventail élargi de tâches, surtout dans un contexte de gestion
de déficience à la fin des chantiers où il y a plusieurs métiers qui se
succèdent.
Plusieurs d'entre
vous avez entendu parler des fameux cadres de porte. Alors, on se dévoile, on
vous le dit, c'est un entrepreneur de la CEGQ qui a évoqué cette
problématique-là. Il aurait aimé être avec nous, mais, pour des raisons de confidentialité, de difficultés pour
son entreprise, il a choisi de laisser son association lui expliquer la
situation. Vous avez entendu, il y a un entrepreneur qui avait, sur une... dans
un chantier d'une commission scolaire, a dû changer des cadres de porte
parce que les plans prévoyaient 24 pouces, alors qu'il fallait finalement
mettre 30. Il a fallu sept métiers pour changer le cadre de porte. Dans
notre mémoire, on vous fait la liste, la nomenclature. Alors, tout ça,
finalement, nous croyons qu'avec le projet de loi, ça ne serait malheureusement
qu'une petite économie qui serait possible. En appliquant la nouvelle
définition de la polyvalence proposée dans le projet loi n° 51, rien ne
précise que l'entrepreneur aurait eu besoin de moins de métiers. Les tâches
semblent reliées, mais il est difficile de le confirmer, même si elles tendent
à s'inscrire dans une même séquence de travail. Leur réalisation, toutefois,
s'effectuerait sur plus d'une journée.
Afin d'encadrer la
polyvalence, elle propose... la CEGQ propose un partage des compétences à
travers les familles de métiers. Qu'est-ce que c'est, les familles de métiers?
C'est un rapport qui existe depuis 2013, produit par la CCQ, qui vient
introduire une approche selon laquelle les 26 métiers seraient répartis
selon cinq grandes familles à l'intérieur desquelles les travailleurs
pourraient évoluer et partager certaines tâches. Donc, ce n'est pas quelque
chose de laissé au hasard, qu'on a inventé, c'est un document qui date
depuis 2013 à cet effet-là. Donc, favoriser un apprentissage et un partage
de compétences à l'intérieur de familles cohérentes et... pour favoriser
l'apprentissage de ces compétences.
Afin
d'évaluer les différences relatives, délais ou coûts, dans l'exécution des
travaux concernant les changements des
cadres de porte, nous avons procédé à une évaluation. Alors, tout simplement,
on a essayé de voir si l'entrepreneur, avec les familles de métiers,
aurait réalisé une économie. Selon nos termes, et on peut vous dire, les
travaux pour changer les 13 cadres de porte dans l'école ont pris
45 jours parce qu'il y a des métiers qui se succédaient, il y avait des délais, pour un coût d'environ
25 000 $. On parle d'un vrai chantier, ici, ce n'est pas une analyse
qui était faite sur la base. Donc, en appliquant le concept lié aux
familles, seuls deux métiers auraient été nécessaires, un charpentier-menuisier
et un peintre. Pour les mêmes modifications, l'entrepreneur estime que les
tâches auraient... seraient tombées à 26 jours, ce qui représente une
amélioration dans le temps de 42 %.
Toutefois, ce qu'on
se rend compte, c'est que la gestion des juridictions de métier est quelque
chose de complexe. Et, avec l'arrivée d'une nouvelle loi, peu importe comment
le gouvernement ou l'Assemblée en décidera, il
est nécessaire de mettre en place un mécanisme de préapprobation pour que les
entrepreneurs qui sont de bonne foi, qui
veulent faire les choses comme il faut dans la polyvalence, ne se trompent pas,
ne soient pas pénalisés. Et on aimerait que la CCQ puisse offrir un
service de validation avant le début des travaux. Donc, un entrepreneur
pourrait faire vérifier si la méthode ou quelque chose comme ça pourrait être
préautorisé, au lieu de prendre une chance d'avoir une contravention et de se
retrouver en situation, comment dire, un peu dommageable et qui aurait un
impact au niveau juridique.
Alors, afin d'éviter
justement des combats d'interprétation juridique, il semble important de mettre
en place ce mécanisme d'approbation. Et nous savons que, dans le passé, la Commission
de la construction du Québec le faisait dans
certains cas, et on pense que ça serait quelque chose de louable pour
l'industrie, au lieu d'avoir une police, un accompagnement, un peu comme
on le fait de plus en plus du côté de la CNESST, avec l'introduction du projet
de loi n° 59 qui a été faite il y a quelques années.
Sur la question de la
mobilité, la CEGQ est d'avis qu'il faut... qu'il n'y a plus de raison valable
d'entraver la mobilité des travailleurs et des travailleuses devant... et
demande l'abolition de toutes les restrictions à cet égard. Mais toutefois, et il y a un frein à la mobilité,
c'est le budget, d'amener des gens de notre équipe sur un autre chantier,
ça implique qu'on va devoir couvrir les frais de déplacement et de séjour.
Alors, ça ne se fait pas à n'importe quel prix.
Et je rassure le ministre là-dessus, ça ne peut pas être un bar ouvert. Il y a
des limites parce que, dans un contexte de plus bas soumissionnaire, si
on met toute notre équipe avec tous les pleins prix, on risque de ne pas être
compétitif.
Je laisserais... je
vais continuer. Je voulais changer tout de suite, hein? Je voulais vous parler
enfin de la rétroactivité. Avant même de parler de la création d'un fonds de
rétroactivité, il faudrait faire un débat de fond sur la rétroactivité et
d'expliquer pourquoi elle est impraticable dans le secteur de la construction.
Premier point, à moins qu'une disposition contractuelle ne le prévoit, il est
impossible pour un entrepreneur de rétroactivement solliciter son client pour
une somme qu'il a oublié de prévoir dans son projet. Ce projet, c'est... est
vaste, et cette clause est étendue dans les contrats publics, les contrats
privés. Elle est même inscrite au Code civil du Québec à l'article 2109.
Autre élément qui
laisse, dans le fond, aux parties de regarder la situation, en 2014 et
en 2017, à cause d'un conflit de travail,
le gouvernement a dû statuer sur les conditions salariales des travailleurs,
et, à ce moment-là, n'a pas appliqué le principe de la rétroactivité.
Par contre, le gouvernement, dans sa sagesse et... a appliqué une correction
dans l'augmentation pour justement tenir compte de la période qu'il y a eu
entre l'échéance et la fin du conflit. Donc, de
ce côté-là, l'histoire nous montre qu'il y a une possibilité de faire les
choses à cet effet-là, et nous souhaitons, donc, à cet effet-là, de
retirer tous les éléments sur la question de la rétroactivité. Mélissa.
Mme Robitaille
(Mélissa) : Merci, Eric. Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes, MM.
les députés, les femmes dans l'industrie de
la construction ne représentent que 3,7 % de la main-d'oeuvre. Après
cinq ans, 54 % d'entre elles quittent le
milieu, comparativement à 35 % chez les hommes. Le climat de travail,
associé malheureusement à des comportements
inappropriés à certains moments, est certainement responsable de cette
situation. Afin de soutenir la rétention des femmes dans l'industrie de
la construction, il est crucial de renforcer la sensibilisation. C'est pourquoi
la CEGQ soutient, comme le suggère le Conseil d'intervention pour l'accès des
femmes au travail, le CIAFT, la mise en
place d'une formation obligatoire contre le harcèlement à intégrer au régime
d'apprentissage. Cette formation serait une étape essentielle pour créer
un environnement de travail plus respectueux et inclusif.
J'aimerais aussi
ajouter aux propos de mon collègue Julien que la liste des associations
reconnues par la loi n'a pas changé depuis 50 ans. Malgré tout, depuis la
CEGQ s'est établie par son professionnalisme et sa pertinence au sein de
l'industrie. Comme mes collègues viennent d'aborder la question de la
polyvalence et de la mobilité, celles-ci se planifient en amont des projets de
construction par l'entrepreneur général, d'où... d'où l'importance d'être
reconnu par la loi R-20 et d'être autour de la table. En conclusion,
d'autres recommandations se trouvent dans notre mémoire et nous demeurons
disponibles pour vos questions.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup. Je vous remercie pour votre exposé. Nous
allons débuter maintenant la période d'échange. M. le ministre, la parole est à
vous.
M. Boulet : Oui,
merci, Mme la Présidente. D'abord, un grand merci pour la qualité de votre
mémoire, pour la recherche que vous avez faite afin de nous présenter des
recommandations qui sont bien articulées, qui sont clairement exprimées,
M. Côté et toute votre équipe. Donc, bravo! Ceci dit, comme je l'ai fait à
d'autres groupes, si je résumais très, très sommairement votre mémoire, c'est
plus de polyvalence, plus de mobilité que ce qui est dans le projet de loi, pas de rétroactivité, puis, quant à
l'accès, d'un accès particulièrement pour augmenter la représentativité
des femmes.
Peut-être revenir à
la polyvalence. Puis, effectivement, c'est un exemple qui a fait du bruit sur
la place publique que le changement d'une
porte dans une école, où ça requiert l'intervention de sept personnes, et
effectivement, les 13 cadres de
porte qui prennent 45 jours à des coûts particulièrement élevés... et
c'est le but visé par la polyvalence. Ceci dit, vous l'avez mentionné,
M. Côté, il ne faut pas que la polyvalence devienne non plus un bar
ouvert. Il ne faut pas que ça ait un impact négatif sur la qualité des travaux
et que ce soit aussi incompatible avec les compétences des travailleurs. C'est
pour ça que la polyvalence, elle est relativement prudente. Mais, je vous
entends bien, il faut que ça ait un impact. Et, si la polyvalence est bien
encadrée par l'entrepreneur, elle devient, cette polyvalence-là, un incitatif à la planification. Puis plus tu
planifies, plus tu peux bénéficier de la polyvalence quant à la diminution des
délais et, conséquemment, la réduction des coûts. Puis, effectivement, quand on
se compare, on réalise qu'il y a beaucoup plus de rigidité entre les métiers,
qui sont par ailleurs beaucoup plus nombreux au Québec que dans le reste du
Canada.
• (10 heures) •
S'il y avait, quant à
la polyvalence, un élément spécifique de l'article 72... Je comprends que
vous faites référence à la notion de famille et activités pour des raisons de
cohésion, puis on a fait une réflexion là-dessus, puis vous vous étiez informé,
l'année passée, quand même, des consultations qui ont été faites avec les
sous-comités professionnels, qui relèvent de la CCQ, sur le concept
d'activités, le partage des activités, puis, au bout de plusieurs mois, même
avec ces sous-comités professionnels là, qui sont complètement paritaires, il
n'y a pas eu une activité qui a fait l'objet d'un consensus. C'est là qu'on
voit par ailleurs les limites du paritarisme. Mais vous vous souvenez qu'il y a
un certain nombre d'années il y avait eu un projet de réforme du régime
d'apprentissage et de gestion de la main-d'oeuvre, vous appeliez ça, à
l'époque, je sais que vous le connaissez parce que vous avez des références
historiques en construction, M. Côté, le PRAGM, et ça avait été analysé,
mais il n'y avait pas eu de consensus. C'est pour ça qu'on est revenu à la
notion de polyvalence, mais avec des conditions, avec des balises. Et ma
question sur la polyvalence : S'il y avait un élément prépondérant dans la
définition de polyvalence qui nous permettrait de l'élargir et que vous
pourriez nous conseiller de faire lors de l'étude détaillée, ce serait quoi
spécifiquement?
M. Côté
(Eric) : Bine, merci. Ce qu'on proposait, c'est d'avoir un modèle, pas
de... de ne pas justement laisser ça librement puis que tout le monde puisse
faire n'importe quoi. On ne veut pas que les électriciens se mettent à faire de
la plomberie et vice versa, il y a des choses importantes. Les familles de
métiers donnaient des balises justement de ce côté-là. On comprend que ces
démarches-là ont eu lieu à une époque où, dans le contexte de paix industrielle, c'était différent et... Il faut le
reconnaître, là, que la juridiction des métiers a aussi un impact sur l'organisation
des entreprises dans le secteur de la construction, je pense que vous allez
entendre la Régie du bâtiment, qui est dans un projet de réforme avec
l'annexe III. Ça a un impact sur l'organisation des entreprises si on a
des métiers plus polyvalents. Et je pense que... Puis vous parlez de références
historiques, mais je pense qu'à cette époque-là la résistance au changement est
venue du secteur des entreprises, n'est pas venue du secteur syndical le plus
fort à cet égard-là. Alors, je pense que...
Ce qu'on recherche aussi, ultimement, c'est des entreprises qui sont plus
polyvalentes, qui peuvent faire plus de choses. Pourquoi on est obligés
d'avoir une entreprise en peinture, une entreprise en plâtrage, une
entreprise... alors qu'il pourrait y avoir des entreprises... Il en existe en
ce moment et ces entreprises-là tirent leur épingle du jeu. Donc, la
polyvalence fait... aide à la croissance des entreprises.
Alors, à cet
effet-là, je pense que la proposition de faire dans des familles de métiers,
ultimement, va faire en sorte qu'on pourrait être peut-être plus proche du
modèle ontarien, où on en voit des avantages.
M. Boulet : OK,
mais je reviens à ma question, puis je vous comprends bien, en deux mots, s'il
y avait un élément de la définition balisée actuelle, qu'on retrouve à
l'article 72 du projet de loi n° 51, est-ce qu'il y a un élément qui
retiendrait votre attention plus particulièrement? Ou il ne peut ne pas y en
avoir, là?
M.
Côté (Eric) : Je vous dirais que l'élément qui est sur une seule
journée, peut-être, plus... est plus limitatif. Je pense que, dans certains cas, on pourrait l'élargir sur une plus
longue période, pas sur l'ensemble du chantier, mais... Si on avait...
Une journée, on pourrait peut-être faire des gains sur nos portes.
M. Boulet : C'est une bonne réponse. Mais, maintenant, la
mobilité... Non, mais c'est une réponse claire à une question...
M. Côté
(Eric) : Oui, on s'est préparé.
M. Boulet : La
mobilité. Donc, aucune entrave à la mobilité. On voit, parce que vous êtes
présents dans l'institutionnel, commercial, industriel, que dans ces deux
secteurs-là... Parce que l'industriel est un secteur, puis l'institutionnel,
commercial, mais 13 des 26 métiers... ou des 25 métiers parfois, là,
je pense, c'est plus 25, là, parce qu'il y
en a un 26e, là, qui a été comme rayé, mais... ils bénéficient de la totale
mobilité. Il ne semble pas y avoir eu d'effet négatif. La mobilité, je
pense que, dans un contexte d'effervescence de l'industrie de la construction,
ça va être bénéfique. Cependant, on entend
des groupes venir nous faire des représentations sur l'impact négatif de la
mobilité sur l'employabilité des
travailleurs, puis la possibilité de faire une réelle conciliation
travail-famille. Je vous demanderais de me dire, en deux mots, qu'est-ce
que vous répondez à ceux qui plaident de cette manière-là.
M. Côté
(Eric) : Je vous dirais que la première chose qui s'implique dans la
modernisation, c'est un tout. La question de la polyvalence puis de
l'amélioration des compétences des travailleurs aussi va améliorer et, je
pense, va amoindrir l'effet de la mobilité.
Si on a des gens en région qui ont plus de polyvalence, on va avoir plus
d'emplois en région. Alors, ça, c'est un élément que je considérerais.
Puis sur la question,
comme on dit, du bar ouvert, là, il faut payer ces gens-là quand on les amène
dans une autre région, et c'est des coûts. Et ultimement, là, quand on est en
plus bas soumissionnaire, on ne peut pas prévoir qu'on va amener tout notre
monde parce qu'on ne gagnera pas la soumission. Alors, il faut trouver un
équilibre de ce côté-là, et je pense que
c'est une question d'applicabilité, justement, qu'on dit, la pleine mobilité,
parce que d'appliquer que ça, c'est tant d'heures, et tout ça, ça peut devenir
complexe. Alors, si on le fait sur une base uniforme mais qu'on le fait
sur des bases, balises et... des balises avec la compétence qui s'ajoutent à
ça, il y a quelque chose d'intéressant et il y a une applicabilité plus facile
si on la met, la pleine mobilité.
M. Boulet : Et
il y a un autre élément qui doit être partagé aussi, c'est que la mobilité,
c'est une faculté, ce n'est pas une
obligation. Tu peux, si tu veux, être mobile, tu sais, je le dis dans le
contexte de la conciliation travail-famille, et tu peux ne pas vouloir
être mobile, et ça, ça s'applique tant du côté des entrepreneurs qu'à des
salariés pris individuellement. Vous avez vu
que l'avenue qu'on a empruntée, c'est de diminuer de 50 % le seuil pour
être un travailleur préférentiel, donc qui peut être mobile auprès du
même employeur et, pour les femmes, ça a baissé de 500 à 400. Puis on rend
accessible ce traitement-là, de travailleurs, travailleuses, préférentiel aux
groupes issus de la diversité, les minorités
visibles, les personnes immigrantes, les personnes en situation de handicap,
puis les personnes issues des communautés autochtones. Puis pour la
pleine mobilité, bien, il y a quand même un seuil à 15 000 heures
travaillées, ce qui permet de se déplacer
d'un employeur à l'autre, encore une fois, en tenant compte de ta volonté et du
besoin de l'employeur de bénéficier des services de cette personne-là,
qui est généralement un peu plus expérimentée.
Mais
l'article 35 de la loi sur le règlement sur la formation professionnelle
demeure encore en vigueur, et s'il y a une nécessité d'embauche, il y a
une priorité d'embauche pour les travailleurs locaux et régionaux. Par
ailleurs, c'est des heures additionnelles, vous l'avez bien mentionné, c'est
les projets Hydro-Québec, c'est les projets industriels, c'est toutes les filières
stratégiques au Québec. Les 10 prochaines années, on va avoir besoin de
travailleurs puis on va avoir besoin de diminuer les coûts et les délais pour
construire plus, et c'est le but fondamental du projet de loi. Sans négliger la
possibilité, aussi, des entrepreneurs et des travailleurs, travailleuses de
régions d'aller travailler de Saint-Hyacinthe à Québec ou de La Tuque à Trois-Rivières,
puis... peu importe, là, dépendamment du découpage des régions.
Autre élément,
M. Côté, la rétroactivité. Il y avait un article, comme vous savez, qui
interdit aux parties, dans la loi actuelle,
de négocier une forme de rétroactivité salariale. Vous êtes contre puis vous
avez parlé d'un... qu'il y aurait peut-être
un débat de fond à faire. Je pense qu'on fait ce débat-là depuis des années,
puis des années, puis des années. Il y en a qui disent oui puis il y en
a qui disent non. Nous, on a pensé que l'instauration d'un fonds de
rétroactivité salariale allait permettre, en raison des changements de
chantiers, des changements d'entrepreneurs puis de la mobilité interne des
travailleurs, que ça puisse assurer à tous les travailleurs, travailleuses
visés par un règlement de convention collective après la date d'expiration,
de... une forme de rétroactivité salariale. Mais vous parlez... vous ouvrez la
porte à ce qui avait été fait par le législateur, une correction. Qu'est-ce que
vous pensez, si c'était une compensation ou un montant forfaitaire? Est-ce
qu'il y a d'autres options créatives que vous nous soumettriez pour fins
d'analyse lors de l'étude détaillée?
M. Côté
(Eric) : Je pense que l'élément du fonds, c'est que les gens
contribueraient au fonds, les entreprises, dans le fond, cotiseraient le fonds
et devraient, à ce moment-là, majorer leurs soumissions en fonction de ces
coûts-là qui s'ajoutent. Il y a un élément
que ça... qui nous préoccupait. Quand un entrepreneur doit faire un projet qui
s'échelonne sur deux périodes de convention collective, il anticipe
l'augmentation salariale à venir, et la majore, et il prévoit son budget pour sa masse salariale. Donc, on sait que si, après
le 1er mai, le projet continue, on sait que les salaires vont augmenter,
ça fait qu'on prévoit une contingence de ce côté-là, et quand on fait la
soumission, on prévoit ce coût-là.
• (10 h 10) •
Dans ce cas-ci, si on
cotise au fonds, on cotise dès le début des projets, et tous nos clients sont
soumis à une majoration de 3 %, même si leurs projets n'arrivent pas à
après l'échéance. Donc, les gens vont... On va avoir des prix de soumissions
qui vont inclure les 3 %, par exemple, qu'on dit exemplaires, et ils vont
devoir, après ça, payer plus cher, alors que leur projet n'ira pas au-delà de
la date de convention collective. Alors, on chercherait un moyen équitable,
puis nos clients vont sûrement... puis vous les entendrez, vous leur poserez la
question, ils vont être là tout l'après-midi, aujourd'hui, le Conseil
du patronat et la Fédération des chambres de commerce, pour ne pas les
nommer. Mais ces gens-là, est-ce qu'ils sont intéressés à cotiser un 3 %
de plus sur la valeur des projets, alors qu'en ce moment, on nous met beaucoup
de pression pour réduire le coût des projets puis le temps des projets? Alors,
cette mesure-là, à notre avis...
La mesure de
correction, elle fonctionne et elle peut être appliquée. Ce qui nous préoccupe
aussi, j'en ai peu parlé, mais, par expérience, c'est le rapport de force,
aussi, que si on étale la période de négociations parce qu'on sait qu'il y a un
fonds qui est disponible, est-ce que les parties vont être aussi motivées à
travailler de ce côté-là? C'est un élément qui nous préoccupe, pour l'avoir
vécu.
Mme Robitaille
(Mélissa) : Si je peux me permettre, aussi, une suggestion qu'on a
partagée, en tout cas, que j'ai partagée, c'est bien de prévoir ce qui vient
après, mais si on peut avoir des mécanismes dans la loi qui obligent les
parties à s'entendre en amont, avec des obligations de résultat sur une entente
à date fixe, ça réglerait... ça forcerait tout le monde à faire son travail
avant d'arriver à une date butoir. Donc, après ça, on continue le fil quotidien
de nos chantiers.
M. Boulet : On
s'entend totalement. D'ailleurs, c'est la raison pour laquelle on a devancé
d'un an la période de maraudage, le dépôt obligatoire d'offres et de
propositions, la médiation obligatoire. Plus on commence en amont, meilleures
sont nos chances de régler. Puis ça, évidemment, c'est l'objectif que partagent
tant les syndicats que les associations
d'employeurs, qu'il n'y ait pas... on n'ait pas à attendre le 30 avril, à
la date d'expiration des conventions collectives. On est vraiment sur la
même longueur d'onde. Surtout que le Québec, les Québécois, les Québécoises ont
besoin de notre industrie dans toutes les missions essentielles de l'État, là,
je le répète souvent.
Et donc, ce que vous
dites, la rétroactivité, est-ce que vous seriez... Vous dites : Il
pourrait y avoir un impact sur le rapport de force, donc, donnant un peu plus
de pouvoir de négociation aux syndicats. S'il n'y a pas d'entente le
30 avril, de toute manière, on va avoir une rétroactivité. C'est un peu
votre point, hein?
M. Côté
(Eric) : Le chèque va rentrer le 3 avril, la paie va être majorée
puis... Mais il y a un élément, c'est... puis je vais vous dire, moi, je fais
beaucoup confiance à la modernisation du régime de négociation pour y avoir
été, pour avoir vécu, pour avoir été assis à une table de négociation pendant
100 jours à attendre que les syndicats viennent, la question de la bonne
foi est là puis la question du rapport de force... On n'était pas pressés. On
savait qu'on arrivait à l'échéance puis
qu'on s'en allait en médiation. C'est important, cet élément-là, de ne pas être
à la table et d'attendre l'autre partie, qu'elle se décide, parce
qu'elle sait qu'elle va avoir un meilleur rapport de force au mois d'avril
qu'au mois de novembre.
Donc,
ça, c'est vraiment important, puis vous venez corriger, dans votre projet de
loi, justement, M. le ministre, cette question-là, et ça nous amène...
moi, je... puis peut-être... c'est peut-être plus théorique pour des gens, mais
quand on est assis dans ces tables-là, dans
ces salles-là, on voit l'effet de ces modifications-là, et moi, je fais
confiance, en tout cas, que ces éléments-là vont faire une différence et
inciter les parties à s'entendre avant. C'est ça l'objectif. Dans le cas de
certains secteurs, le secteur du génie civil s'entendait toujours, avant, le
secteur ICI, puis ce n'était pas une
question de rétroactivité, c'était une question de discuter. Après ça, il y a
eu des prises en otage d'un secteur ou l'autre, ça, c'est quelque chose qui
devrait, justement, ne pas se faire, et s'il y a des parties qui peuvent
s'entendre, on puisse y aller...
selon moi, en tout cas. Et j'ai espoir, là, que le régime de négociations...
puis je n'ai pas neuf négociations comme mon collègue à l'ACRGTQ, j'en
ai seulement deux et demie, alors j'ai...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. C'est tout le temps que nous avions.
M. Boulet : Merci
beaucoup, beaucoup.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Je vais maintenant céder la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Merci d'être avec nous cet avant-midi. Au-delà des
différents éléments du projet de loi, productivité, mobilité dont on a
abondamment parlé, mon attention, donc, s'est portée,
donc, sur une autre demande que vous avez, donc, dans votre mémoire, donc, soit
la demande de reconnaissance officielle, puis vous l'avez mentionné dans
votre présentation initiale de 10 minutes. Donc, vous souhaitez être
reconnus officiellement comme une association d'entrepreneurs sans exiger une
présence directement aux tables de négociation. Ma première question pour vous,
donc : Ça serait quoi le plus gros impact anticipé de cette demande de
reconnaissance officielle, dans ce cas-là?
M.
T.-Lessard (Julien) : Je peux y aller. C'est au niveau là...
Justement, on mentionne que la planification des travaux peut être améliorée
puis on croit bien le faire. Mais il y a toujours place à l'amélioration, puis
c'est quelque chose qui se discute, aussi, en amont avec les travailleuses et
les travailleurs. OK? Ça fait que c'est vraiment au niveau de l'organisation des travaux qu'on croit qu'il y a des gains,
puis qu'on peut apporter, aussi, parce que comme je l'expliquais, un
peu, en entrée de jeu, on a une vision globale du chantier puis on veut assurer
la satisfaction de tout le monde dans un projet aussi, là.
Mme Cadet : Donc,
M. Lessard, vous répondez un peu à ma sous-question, parce que c'était la
prochaine. Je me disais : Est-ce que je vous ai entendu, en introduction,
parler de planification des travaux? Puis on en a beaucoup parlé dans cette
commission dans les derniers jours. Donc, tout le monde nous dit... Beaucoup
d'intervenants, en fait, sont venus nous
dire que la planification était vectrice, donc, de productivité. Donc, comment,
donc, l'améliorer? Vous, vous dites
que cette préoccupation-là, qui a été entendue, pourrait être partiellement
répondue par votre présence autour des différentes tables de
gouvernance. C'est bien ça?
M. T.-Lessard
(Julien) : Absolument. Quand on parle de polyvalence, de mobilité,
c'est quelque chose qui se planifie dans les projets. Ce n'est pas quelque
chose qu'on peut faire sur le spot, disons, pendant un chantier. C'est quelque chose qu'on doit discuter avant, qu'on doit
organiser, aussi. Donc, c'est un peu pour ça, on parle de planification
aussi.
Mme Cadet : Merci.
Je vais revenir sur la question de polyvalence. Donc, dans votre mémoire, donc,
essentiellement, ce que vous nous dites, c'est que la notion de polyvalence est
insuffisamment définie. Avec le ministre,
donc, vous avez parlé, donc, de certains éléments qui pourraient, donc, nous
outiller, à nous, comme législateurs. Mais vous dites aussi que cette
lacune-là, selon vous, donc... donc, il y a le risque de litige. Vous souhaitez
rendre accessible un mécanisme de préapprobation centralisé par la CCQ pour
éviter des différends sur les tâches que pourraient
réaliser les salariés de la construction en vertu de la nouvelle définition de
polyvalence. Dans... Bien, en fait, dans...
Je me questionne. Donc, comment ça... comment fonctionnerait un tel mécanisme,
selon vous? Est-ce que la CCQ, donc, aurait les ressources pour mettre
en oeuvre?
M. Côté
(Eric) : Sur cet effet-là, c'est... c'est... Au lieu que
l'entrepreneur... En fait, l'entreprise a la possibilité
de contacter son association sectorielle qui peut lui donner une
interprétation, mais qui n'a pas force de loi, alors... et qui a quand
même ses limites. Mais la Commission de la construction du Québec, quand
elle... elle peut le faire sous forme d'une
lettre, de dire que tels travaux, si l'entrepreneur propose une modification...
et la CCQ pourrait à ce moment-là approuver ou pas la méthode, ou dire
qu'elle n'est pas conforme. Mais s'il y a conflit, par la suite, sur le
chantier, bien, la lettre aura force, au moins, puis donnera un appui à
l'entrepreneur de faire les choses comme il faut, au lieu de prendre une chance
puis de se retrouver avec un ticket, au moins de faire un mécanisme. Mais ces
choses-là... il y a plein de choses qui se discutent. Les conventions
collectives prévoient des... des conférences d'assignation. Il y a des choses
comme ça, il y a plein de choses, dans les conventions collectives, qu'on
n'utilise pas. Mais, encore une fois, comme entrepreneur général, je pense
qu'on peut contribuer, justement, à cette partie-là. Chaque jour, on parle à
des donneurs d'ouvrage sur leur planification des travaux qu'ils ont à faire,
avec la Société québécoise des infrastructures, avec le ministère de
l'Éducation, avec les villes. Donc, on est, tous les jours, dans ces questions-là, de planification, de séquencement de
travaux, alors, je pense qu'on peut contribuer. On est déjà là-dedans,
de toute façon, ça fait qu'on pourrait, justement, participer à un forum à cet
égard-là.
Mme Cadet : Sur la question des familles des métiers, vous
répondez quoi, donc, aux groupes qui nous disent que cette formule-là,
donc, n'octroie pas la flexibilité nécessaire sur les chantiers, puis brime
l'innovation?
M. Côté (Eric) : Bien, je pense qu'on est
déjà dans un carcan. Juste de le sortir, de déjà annoncer qu'il va y avoir
des limites, je ne pense pas... je pense
qu'il faut faire graduel. La sagesse du ministre, dans son projet, c'est,
justement, d'y aller... pas d'ouvrir complètement, mais d'ouvrir
graduellement. Nous, ce qu'on dit, c'est : Ouvrons juste un peu plus grand
pour, justement, permettre quelque chose de plus facilement applicable que
d'une journée.
On l'a vécu, pendant
la pandémie, il fallait mettre le masque après 15 minutes. On s'est rendu
compte, comme entrepreneurs généraux, que ce
n'était pas... impossible de compter 15 minutes sur un chantier, un
travailleur. On a dit : Mettez le masque tout de suite, puis ne
vous contaminez pas. Ça a été un peu contre-courant de toutes les associations,
quand on l'a fait, mais savez-vous quoi? Ça a fait une différence puis ça a été
appliqué par la Santé publique deux semaines après, puis ça a même été salué
par le ministre à cette époque-là.
Mme Cadet : Dans
votre mémoire, vous parlez aussi du cumul de compétences par la formation.
Donc, je comprends que, pour vous aussi, comme bien des groupes, la formation
est vectrice, donc, de rétention. En parlant, donc,
du cumul de compétences, je m'interrogeais, donc, sur les propositions qui ont
été... bien, en fait, de votre position sur les propositions qui ont été
entendues à l'effet que des détenteurs de cartes de compétence occupation
puissent être éligibles à la détention des cartes de compétence apprenti
sans devoir renoncer à leur carte. Est-ce que vous avez une prise de position
là-dessus?
• (10 h 20) •
M. Côté
(Eric) : Sur la question des occupations, pas
spécifiquement, mais de manière générale, un travailleur qui veut occuper ou avoir d'autres compétences est
limité et va retomber comme apprenti. Il faut trouver un mécanisme pour favoriser les gens
d'avoir plusieurs compétences. Puis c'est beaucoup plus pratique d'avoir des
gens avec plusieurs compétences que d'avoir quelqu'un qui a seulement
une carte à qui on demande de faire plusieurs choses, selon moi.
Mme Cadet : Vous souhaitez qu'une formation sur le harcèlement
soit obligatoire pour les titulaires de cartes de compétence, vous l'avez mentionné. Pour vous, donc, ça devrait être
quoi, les obligations de vos membres en la matière?
Mme Robitaille
(Mélissa) : En fait, nos membres, comme entrepreneurs généraux, ont
déjà des obligations de formation. On a les formations qui sont accréditées par
la RBQ, sur le harcèlement, qui est donné par la CEGQ. Donc, on est en mesure
de pouvoir former les entrepreneurs généraux. Là où on veut aller plus loin,
c'est de former chacun des travailleurs sur le chantier. J'ai la chance de le
répéter depuis quatre ans à M. Boulet, la formation, en soi, que ce soit en santé, sécurité, que ce soit en
savoir-être, savoir-vivre, sur les chantiers, c'est essentiel. Ça passe par...
Plus que les gens vont avoir des connaissances, ça va aider. C'est sûr
que ça ne réglera pas tout, mais ça va amener un vent de changement. Puis des
formations, aussi, sur le courage, parce que souvent, l'intégration des gens
sur le chantier, ça prend une ou deux
personnes qui se lèvent puis qui disent : Ça suffit, on arrête. Ça devrait
être une condition essentielle dans
les formations, qui est récurrente d'année en année, pour qu'un vent de
changement s'inscrive puis qu'on voie des personnes avec des compétences sur
les chantiers, et non plus des hommes, des femmes, des minorités ou autres.
Mme Cadet : Merci. Vous l'avez mentionné, vous avez mentionné
l'exemple, donc, des sept corps de métiers pour changer un cadre de porte. Il y
a des groupes qui sont en désaccord avec cette affirmation-là, qui nous
disent : Non, ce n'est pas tout à fait le cas. Vous leur répondez
quoi?
M. Côté (Eric) : C'est un vrai chantier
dans une vraie école, ce n'est pas un exemple. Il y avait des sous-traitants,
aussi. La réalité, c'est qu'il y avait plusieurs sous-traitants. Ça fait qu'un
employé d'un sous-traitant ne peut pas aller faire l'autre travail, il y a des
contrats qui sont donnés. Ça montre la rigidité de la chose. Ce qui est
déplorable, c'est qu'on a été obligé de changer des portes qu'ils avaient déjà
installées, qui n'étaient pas de la bonne grandeur. La qualité des plans est là, mais ça, il faut aller à l'origine de ça, mais
c'est un vrai cas, c'est vraiment vécu. Et je réitère, j'aimerais
beaucoup que l'entrepreneur qui l'a vécu puisse vous l'expliquer, parce qu'il
voulait être polyvalent puis il s'est rendu
compte que ça n'avait pas de bon sens. Et... en tout cas, si les gens pensent
que ce n'est pas vrai, on est... on a donné beaucoup d'information à cet
égard-là puis on a détaillé les choses, là, qui sont, en ce moment, confidentielles,
mais on peut s'engager auprès de la
commission pour vous fournir de l'information qui ne nuira pas à
l'entrepreneur, là.
Mme Cadet : Sur la question de la rétroactivité, donc, vous
avez évoqué, donc, votre position. Il y a deux éléments. Donc, évidemment, donc, il y a la rétroactivité en
tant que telle, et il y a la question, donc, du fonds. Beaucoup de groupes
sont venus nous dire que le fonds de rétroactivité, donc, était d'une grande
complexité. Donc, le ministre vous a demandé un peu, donc, quels seraient,
donc, les autres mécanismes, mais, à la base, est-ce que vous pensez que de mettre de l'avant, donc, des clauses permettant la
négociation de la rétroactivité dans les conventions collectives peut se faire
sans la mise sur pied d'un tel fonds? Est-ce que ce sont des dispositions qui
sont indissociables l'une de l'autre?
M. Côté
(Eric) : Bien, tous les gens qui signent des contrats en... puis qui
signent, puis qui veulent respecter le Code civil, l'article 21.09, qui
dit que quand vous avez un forfait, c'est ça, puis vous ne l'avez pas prévu, on
ne peut pas rajouter puis revenir voir le client pour dire : Ah! bien,
j'ai oublié de mettre la rétroactivité, je te rajoute une facture. Dans une
chaîne de sous-traitance, ça veut dire que tous les sous-traitants
rajouteraient la rétroactivité et la donneraient à l'employeur général qui la
donnerait à son client. Je ne veux même pas assister à une séance de
négociation sur cet élément-là, ça va être assez difficile.
Mme Cadet : Enfin,
sur le... on... on sait, donc, l'un des objectifs du projet de loi, donc, c'est
d'améliorer la productivité dans le secteur de la construction. De la manière
dont le projet de loi est libellé aujourd'hui, est-ce que vous pensez que cet
objectif est atteint?
M. Côté
(Eric) : Je vous dirais qu'il ouvre des portes sur des éléments qu'on
n'avait pas avant. La question de la polyvalence n'était pas abordée. La glace
est brisée, on peut... Je pense qu'il y a un lieu de discussion. La question de
parler de la rétroactivité même, ça donne une opportunité de chercher des
solutions de ce côté-là. La dernière réforme dans l'industrie de la
construction date quand même de plusieurs années, elle a pris du temps, puis on
a... on finit d'absorber ce qu'on a vécu. Je pense que... je pense que le...
C'est un pas dans la bonne direction. On a des suggestions pour l'améliorer. On
va suivre, du côté détaillé... l'analyse détaillée, pour voir si justement nos
suggestions peuvent être retenues.
La Présidente (Mme
D'Amours) : 20 secondes, Mme la députée.
Mme Cadet : Merci.
Puis peut-être ma dernière question, donc, sur l'impact sur les travailleurs.
Donc, pour vous, donc, les... vos propositions, donc, quel impact elles
auraient sur les travailleurs?
M. Côté
(Eric) : Une meilleure planification. J'ai entendu toutes les
associations syndicales représentatives le demander, une meilleure
planification. Ce que les entrepreneurs généraux se targuent à tous les jours,
c'est de faire de la planification. Si on
peut travailler en collaboration, justement, avec les syndicats dans les
instances, on va le faire.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. C'est tout le temps que nous avions
avec la députée. Maintenant, je cède la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve.
La parole est à vous.
M. Leduc : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour à vous quatre. Content de vous voir ici. D'abord,
bravo pour votre appui à la recommandation du CEGQ sur la formation obligatoire
contre le harcèlement. Je pense que c'est quelque
chose d'important, puis votre appui à ce niveau-là pourrait influencer,
peut-être, le ministre à aller dans ce sens-là.
J'aimerais parler un
peu de mobilité parce que vous n'êtes pas la première association patronale à
réclamer l'abolition totale de la mobilité. Puis j'avoue qu'il y a quelque
chose qui me choque un peu là-dedans, dans le sens où je regarde la loi, puis
dans la loi... puis vous me dites si je me suis trompé, on fait référence à la
possibilité d'avoir de la mobilité dans les
conventions collectives, mais il n'y a pas... il n'y a aucun barème, il n'y a
pas de clause, dans la loi, sur la mobilité. Les clauses, si je ne me
trompe pas, sont dans vos conventions collectives, pas dans toutes, d'ailleurs,
dans certaines. Parce que ce que vous nous demandez de faire, dans le fond,
c'est de venir jouer dans vos conventions collectives que vous avez négociées,
que vous avez signées, donc vous étiez d'accord avec le contenu des conventions
collectives. Pourquoi nous demander, nous, comme législateurs, de venir changer
le contenu d'un contrat librement signé entre vous et vos employés?
M. Côté
(Eric) : Bien, d'une part, on n'a pas négocié ces conventions
collectives là. Nous ne sommes pas pris à partie dans le processus. Ça, c'est
la première chose. Donc, nous, on rencontre nos clients, on leur explique des
clauses et, comme association, on n'est pas en mesure de dire : Bien,
c'est nous qui avons négocié ces éléments-là. Il y a des associations qui existent, et on n'est pas formellement
consultés dans ce processus-là. Alors, ça, c'est la première chose qu'on
doit établir.
Sur la question de la
mobilité, il y a un frein économique d'amener tous ces travailleurs dans une
autre région. Je sais que c'est dans les... prévu dans les conventions
collectives, mais, à notre avis, pour une praticabilité... Et on pense
toujours, là, les chantiers de Montréal à la Côte-Nord. Mais quand on parle
d'un chantier de Sherbrooke à Granby ou de Mont-Tremblant à Boucherville, c'est
là que... où il y a des bâts qui blessent, où la conciliation travail-famille
est peut-être facilement, plus facilement organisée, des choses comme ça. Il y
a des déplacements qui sont juste assez importants, qui traversent des régions,
et ça, bien, en ce moment, la mobilité l'empêche.
M. Leduc : Vous
dites, dans votre mémoire... vous donnez l'exemple, là, d'un... d'une
compensation pour les travailleurs qui se
déplacent, là. Il dit : Par exemple, en 2023, pour tout travailleur qui
résidait à plus de 120 kilomètres du chantier, le salarié recevait
un montant de 137,50 $ par jour en frais de chambre et de pension. Est-ce
que ça, si dans le projet de loi, on avait décidé, nous, comme législateur, de
venir modifier ce montant-là à la hausse ou... par exemple, ça vous aurait fait
votre affaire, qu'on commence à jouer sur des conditions de travail dans le
contenu des conventions collectives?
M. Côté (Eric) :
Historiquement, les gouvernements ont tellement légiféré sur les conditions
des travailleurs... On est dans un régime où on commence à faire confiance aux
parties de négocier des ententes, c'est à cet
effet-là... Mais sur l'élément de la mobilité, ce n'est pas la même chose d'un
secteur à l'autre, et c'est pour ça qu'on souhaitait une mobilité plus
facilement applicable. En ce moment, ça veut dire qu'il faudrait qu'on
redessine les régions, donc, l'idée d'une pleine mobilité est plus facile que
de redessiner les cartes de régions du Québec, là.
M. Leduc : On
imagine qu'à la table de négo, si une partie syndicale souhaite appliquer des
nouvelles clauses de mobilité ou les renforcer, il va mettre un effort
là-dessus puis il va renoncer, peut-être, à d'autres éléments de négociation
qui est sur la table en échange de convaincre sa partie patronale d'accepter
des clauses de mobilité. Mais là, si, comme législateur, on vient abolir les
clauses de mobilité, je suis pas mal certain que la compensation qui avait été
mise sur la table, qui avait été retirée, elle ne sera pas mise dans la
convention collective, dans le projet de loi. Il y a quelque chose d'injuste
là-dedans, non?
La Présidente (Mme
D'Amours) : 15 secondes.
M. Côté (Eric) : Je vous dirais que c'est
la proposition qu'on fait, justement, d'abolir. On tient cette position-là.
M. Leduc : Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon pour
2 min 38 s.
M. Paradis : Merci
beaucoup pour votre présence et pour votre mémoire. J'aurais deux lignes de
questions avec les deux minutes qui vous resteront pour répondre. La première
chose, ça a attiré mon attention, le modèle allemand, dont vous nous parlez, pour
la création d'un front commun de formation, puis, ensuite, la formation obligatoire. Vous dites : Il faudrait
travailler là-dessus, mais c'est la partie, peut-être, un peu la plus courte de
votre mémoire. J'aimerais ça que vous nous disiez un petit peu, là,
comment vous pensez que ces propositions-là vont faire en sorte que, pour des nouvelles tâches, là, des nouvelles
compétences, on aurait un programme de formation initiale ou continue qui
permettrait d'en assurer la qualité.
Deuxièmement,
comme mon collègue d'Hochelaga-Maisonneuve, j'étais un petit peu surpris de
lire la phrase : Il n'y a plus de raison valable d'entraver la
mobilité provinciale. Et je comprends, là, qu'il y a beaucoup d'arguments en cette faveur-là, mais
est-ce que, vraiment, tous vos entrepreneurs, y compris les plus petits
entrepreneurs en région, c'est ça qu'ils vous disent, là, qu'il n'y a
vraiment aucune raison de... d'avoir encore une protection régionale sur les
travaux? J'aimerais vous entendre là-dessus.
M. Côté (Eric) : Bien, je vais
revenir sur la question de la mobilité. Un entrepreneur qui est dans une
région, qui veut sortir de sa région parce
que son entreprise grandit puis qu'il veut faire plus de contrats, ne pourra
pas amener son équipe à l'extérieur de la région en ce moment. Alors, la région
devient, excusez l'expression, mais... un endroit où il est confiné. S'il veut sortir, la marge pour
sortir de la région est plus difficile. Alors, un entrepreneur qui est dans le
sud des Laurentides, bien, s'il veut
aller dans une autre région, il est coincé puis il ne pourra pas sortir. Ça,
c'est un élément.
• (10 h 30) •
Sur la question de la formation en Allemagne, je
vous remercie de la question. Enfin, il y a une formation qui existe en
Allemagne où on vient chercher plusieurs compétences, elle est plus longue. Ça
va un peu à l'encontre de la tendance des formations rapides, mais je pense que
d'avoir des gens qui viennent chercher plusieurs compétences, une espèce de
tronc commun, qui vont chercher plusieurs choix, ça m'apparaît un choix
intéressant. Par contre, pour les travailleurs qui sont déjà en industrie,
d'avoir des formations qui sont déjà... qu'on peut financer avec le fonds de
formation pour, justement, venir parfaire des compétences ou en ajouter, à mon
avis... Moi, j'ai toujours l'exemple du carreleur qui a passé 20 ans à
genoux, il a peut-être le goût de se lever puis de travailler autrement, puis
de faire d'autres choses. Puis ça, bien, il faut lui offrir une opportunité.
Puis cette personne-là, elle va vivre un enfer, parce qu'elle va recommencer
comme apprentie dans son métier. C'est injuste, ça n'a pas de bon sens. Il faut
favoriser l'acquisition de plusieurs compétences.
La Présidente (Mme D'Amours) : 20 secondes.
M. Paradis : Est-ce que vous avez
plus d'informations sur ce modèle-là, vous-même, vous avez des analyses puis ce
que ça a comme impact sur la qualité des travaux? Parce que si c'est le cas, en
tout cas, vous pouvez... n'hésitez pas à le demander.
M. Côté
(Eric) : Plus les gens sont formés, plus les... Bien,
écoutez, je vais déposer le cas de l'Allemagne, là, c'est une étude de cas
qu'on nous a partagée. Puis, sur la question de la formation, je pense que plus
il y a de formation, plus les gens sont compétents, et la qualité, à ce
moment-là, est au rendez-vous.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je vous invite à le déposer au secrétariat. On pourra en faire transférer l'information aux membres de la
commission. Donc, je vous remercie pour votre contribution à nos travaux.
Je suspends
les travaux quelques instants afin de préparer la visioconférence pour nos
prochains invités. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 31)
(Reprise à 10 h
34)
La Présidente (Mme D'Amours) :
Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue au Conseil du
patronat du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé, puis nous procéderons à une période d'échange avec les membres de
la commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à commencer votre
exposé, s'il vous plaît.
Conseil du patronat du
Québec (CPQ)
M.
Blackburn (Karl) : Merci, Mme la Présidente, M. le ministre et Mmes
et MM. les députés. D'abord, je suis Karl
Blackburn, président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec,
et je suis accompagné aujourd'hui de Lyne Laperrière, directrice
Relations de travail et santé-sécurité, Travail, santé-sécurité et affaires
juridiques au Conseil du patronat.
Comme vous le savez, le CPQ regroupe des
entreprises et des associations sectorielles oeuvrant dans tous les secteurs
d'activité et toutes les régions du Québec et représente directement et
indirectement les intérêts de plus de 70 000 employeurs de toutes
tailles, tant du secteur privé que parapublic. Le CPQ représente les plus
importantes associations du secteur de la construction et plusieurs parties
prenantes entourant ce secteur. Nous vous présentons aujourd'hui un consensus patronal qui vise à répondre aux besoins des
employeurs confrontés aux défis de productivité sans disposer des outils
nécessaires pour les relever.
D'entrée de jeu, je tiens à souligner, avec le
manque de 13 000 à 15 000 travailleurs et travailleuses dans le
secteur de la construction par année d'ici 2025, les employeurs fondent
beaucoup d'espoir dans la réforme du secteur de la construction. On doit se
donner tous les moyens pour être plus productifs, plus flexibles et plus
innovants. Cette réforme est la clé pour
faire sortir plus de logements de terre en moins de temps, construire
rapidement les infrastructures énergétiques dont nous avons grandement
besoin, rénover nos écoles dans des temps raisonnables, et j'en passe. Québec n'a pas le droit à l'erreur. On doit
réussir à tout prix cette réforme. Le projet de loi, dans sa forme actuelle,
manque la cible pour nous permettre de vraiment y arriver.
Dans
notre mémoire, nous proposons plusieurs recommandations, que je vais vous
présenter aujourd'hui même. Tout d'abord,
la... le principe de polyvalence instauré au projet de loi est salué.
Toutefois, le CPQ soutient qu'il doit être étendu afin de faire en sorte
que les définitions réglementaires n'entravent pas la capacité des employeurs à
organiser et à diriger le travail de manière
efficace. Selon le CPQ, il est essentiel que les travailleurs puissent
accomplir les tâches variées pour assurer la continuité du travail, peu
importe leur statut ou leur certificat de compétence. La polyvalence est précieuse pour corriger les
déficiences, résoudre les problèmes rapidement et garantir le bon déroulement
des projets.
Recommandation 1 :
Le CPQ recommande de favoriser un principe de polyvalence des métiers et des
titres occupationnels afin de permettre la gestion des affectations dans la
façon la plus flexible et souple possible. Le CPQ estime que, pour offrir une meilleure application de concept de travaux
de structure, une définition soit intégrée au projet de loi. Ces travaux, selon le CPQ, doivent avoir
un niveau de dangerosité élevé pour les infrastructures, les travailleurs
et la population.
La
mobilité accrue des travailleurs maintenant. Par la suite, le CPQ salue
l'ouverture à la mobilité
interrégionale introduite par le projet de loi, ce qui pourrait atténuer la
pénurie de main-d'oeuvre dans certaines régions du Québec de façon plus
durable. Cependant, cette mobilité est réservée aux métiers sans que les
occupations puissent en bénéficier. Le CPQ estime que cela aura peu ou pas
d'impact sur la productivité des entreprises et l'utilisation optimale de la
main-d'oeuvre.
Les... allègements,
pardon, prévus au projet de loi permettraient d'atteindre un taux de mobilité
de 73 % actuellement. Le CPQ estime qu'une mobilité totale, à 100 %,
est nécessaire afin d'accroître véritablement la productivité des entreprises et
l'utilisation optimale de la main-d'oeuvre. Par ailleurs, le CPQ estime
important de souligner que, tel qu'illustré dans l'étude réalisée par l'AppEco,
mandaté par l'ACQ, en août 2023, il est faux de prétendre que les travailleurs
des grands centres urbains vont venir voler les emplois en région. Le lieu de
résidence ne doit donc plus être un critère de sélection à l'embauche ni une
limite aux opportunités d'emploi des travailleurs. Une telle limitation entrave la capacité de gains financiers des
travailleurs ainsi que les gains possibles en productivité et en
compétence des entreprises puisqu'elle les confine à un carcan freinant leur
efficience.
Par ailleurs, la
liberté de travailler est un droit constitutionnel fondamental, et des
décisions judiciaires ont confirmé la présence ou la préséance de ce droit sur
des clauses limitant le lieu de résidence pour les travailleurs. Un travailleur
qualifié et spécialisé doit pouvoir bénéficier personnellement de ses qualités
et avoir la possibilité de les mettre au
profit de tout le Québec. Le CPQ soutient qu'il faut étendre la mobilité des
salariés non seulement aux métiers, mais aux... mais aux occupations
aussi.
Au niveau de la
rétroactivité salariale. Le principe de rétroactivité salariale constitue une
entrave substantielle au processus de négociation. Le CPQ est très préoccupé
par l'intégration d'un tel principe dans le projet de loi. Il est crucial que
les conditions de travail restent négociées équitablement sans qu'un principe
de rétroactivité salariale et un fonds dédié ne viennent déséquilibrer le
rapport de force déjà fragile dans l'industrie. Introduire une telle taxe sur
la masse salariale augmenterait les charges des entrepreneurs et impacterait
considérablement les coûts des travaux, en plus d'affecter les cotisations à la
CNESST. Le CPQ propose d'abroger le principe de la rétroactivité salariale et
l'instauration d'un fonds.
• (10 h 40) •
Au niveau de
l'attractivité et le maintien en emploi au niveau de la main-d'oeuvre. Nous
saluons d'abord les mesures visant à intégrer
les personnes issues des groupes sous-représentés dans le secteur de la
construction puisqu'elles permettront, nous l'espérons, d'intégrer des
gens déjà qualifiés dans l'industrie, mais encore faut-il les attirer, les former et les garder. Le CPQ aurait
souhaité voir davantage de mesures incluses dans le projet de loi à ce sujet.
En voici quelques-unes.
Le CPQ recommande
que, pour rendre l'industrie davantage représentative de la population
québécoise, il serait important de mettre en oeuvre davantage d'actions portant
sur les trois facettes, attraction, intégration et maintien, et qui impliquent, bien évidemment, autant que possible, une
pluralité d'acteurs : les employeurs, les travailleurs, leurs
représentants, bien évidemment, la CCQ et organismes communautaires. Le CPQ est
d'avis qu'en investissant dans la formation sur les conditions d'un
environnement de travail exempt de discrimination, le bien-être au travail et
les conditions de travail en général, les entreprises pourront assurer leur
pérennité et leur succès à long terme.
Maintenant, au niveau
de la formation de la main-d'oeuvre. La formation de la main-d'oeuvre joue un
rôle crucial dans l'augmentation de la productivité, et son rôle est d'autant
plus crucial dans un contexte de polyvalence. Or,
le CPQ aurait souhaité que ce sujet soit adressé par le projet de loi. Entre
autres, nous sommes d'avis que de nouvelles avenues doivent être
considérées, comme le développement de programmes en alternance travail-études
permettrait de répondre rapidement aux
besoins de l'industrie en termes de disponibilité de la main-d'oeuvre
qualifiée, favorisant la productivité et la polyvalence. Ainsi, le CPQ
recommande qu'une mise à jour des programmes de formation soit faite, que des stages en entreprise soient permis
et que des journées d'apprentissage de type laboratoire soient organisées.
Au niveau des
infractions de la loi R-20 maintenant. Mieux accompagner les entrepreneurs
dans l'application de la loi R-20 en offrant un service d'accompagnement
bonifié. Par ailleurs, le CPQ recommande de ne pas aller de l'avant avec
l'augmentation du montant des amendes, tel que prévu dans le projet de loi.
Au niveau de la
promotion de la recherche, du développement et de l'innovation. Instaurer une culture
de l'innovation au sein de l'industrie de la construction en encourageant la
collaboration entre les entreprises, les organismes
de recherche et les universités, comme par la mise en place de programmes de
soutien financier en recherche et en développement.
En
conclusion, Mme la Présidente, j'espère que ces recommandations vous
permettront, en tant que législateurs, de prendre les bonnes décisions
dans l'intérêt de notre société. Selon le CPQ, il ne faut pas manquer
l'occasion d'être ambitieux
dans cette réforme de l'industrie de la construction. Après tout, nos grands
défis à venir auront grandement besoin d'une industrie de la
construction productive, flexible et innovante. En vous remerciant pour votre
attention, nous sommes à votre disposition,
Mme la Présidente, pour échanger avec les membres de la commission. Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup pour votre exposé. Maintenant, nous allons
commencer la période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet :
Oui. Merci, Mme la Présidente. M. Blackburn, Mme Laperrière,
merci pour la qualité de votre mémoire, pour la clarté, M. Blackburn, de
votre présentation. Et je résume souvent un mémoire en disant, en ce qui vous
concerne, c'est plus de polyvalence, plus de mobilité, pas de rétroactivité,
plus d'accès et de la formation.
Évidemment,
je vais y aller un après l'autre. La polyvalence, c'est sûr qu'il faut être à
la quête d'un équilibre, hein, M. Blackburn. Il faut respecter la
qualité de la construction, la santé-sécurité des travailleurs et la
compatibilité avec les compétences des travailleurs. Puis c'est sûr que la
polyvalence, je le répète, c'est un incitatif à une meilleure planification
pour les entrepreneurs. Plus tu planifies, plus tu vas bénéficier de la
polyvalence. Mais ce n'est pas un bar
ouvert, ça, je le répète constamment, ça ne peut pas être un bar ouvert. Il y a
cependant beaucoup plus de métiers au Québec que dans les autres
provinces du Canada, et il faut s'assurer que la polyvalence soit respectueuse
des capacités de l'un et de l'autre.
Puis
revenir sur le grand chantier de modernisation. Le projet de loi n° 51 n'est pas une finalité. Vous le savez, hein, on travaille sur plusieurs chantiers : l'intégration des
technologies, la numérisation des entreprises, la formation. Et donc il ne faut pas voir ce projet de loi comme
étant le seul élément qui va nous permettre d'avoir plus de main-d'oeuvre
et d'améliorer notre productivité.
Mais je vous ai bien
entendu sur la polyvalence. Vous souhaitez notamment qu'elle bénéficie
notamment aux détenteurs de certificat
compétence occupation. Et est-ce que vous souhaitiez aussi que ça bénéficie aux
détenteurs de certificat compétence
apprenti? Juste me répondre oui ou non. Vous dites oui, Mme Laperrière.
OK. Donc, la polyvalence à tous les détenteurs de certificat compétence,
que ce soit apprenti, compagnon ou occupation.
M. Blackburn
(Karl) : Si je peux me permettre, M. le ministre, d'abord... avant de
céder la parole à Lyne, parce que Lyne détient une expertise qui est
extrêmement importante, mais j'apprécie grandement les propos que vous avez tenus par rapport à la clarté de notre
mémoire. Sachez que je dis souvent... ou les gens me disent souvent que je
suis subtil comme un deux-par-quatre. Alors, comme vous le voyez bien, on
souhaite vraiment avoir l'occasion... étant donné qu'on est dans le domaine de
la construction, on est aussi bien d'en... de s'en servir, mais on veut surtout
saisir l'occasion qui nous est offerte aujourd'hui, mais qui est offerte
également au gouvernement, de moderniser cet outil,
qui est extrêmement important, pour permettre de relancer l'industrie de la
construction. J'en conviens, ce n'est pas le seul élément. Il y a
plusieurs autres facteurs qui peuvent être déterminants dans la bonification ou
l'amélioration de notre système de
construction au Québec, mais il n'en demeure pas moins que, derrière la
présentation qu'on vient de vous
faire aujourd'hui, les recommandations qui ont été longuement réfléchies et
longuement mûries avec l'ensemble des acteurs du secteur de la
construction, nous croyons, bien humblement, que ce qui vous est proposé, ça
permet d'atteindre les objectifs que
vous poursuiviez, M. le ministre, lorsque vous avez lancé cette volonté de
revoir les... la loi R-20 pour la rendre plus productive, plus attractive
également, pour s'assurer qu'on puisse répondre aux besoins de demain. Et, dans
ce contexte, bien humblement, c'est ce qu'on vous présente aujourd'hui.
M. Boulet : C'est très clair,
M. Blackburn. J'irais à la mobilité, parce qu'on a un temps quand même
assez limité.
M. Blackburn
(Karl) : Oui.
M. Boulet : Mobilité, je répète aussi
qu'il ne faut pas que ce soit un bar ouvert. Il y a quand même des entraves,
des limites qui varient d'un secteur à l'autre, qui varient d'une convention
collective de travail à l'autre. Et je comprends votre élément sur l'importance
constitutionnelle du lieu de résidence. Et la mobilité, c'est une faculté, ce
n'est pas une obligation, c'est une possibilité qui vise à répondre à des
besoins. Puis on me rappelait récemment qu'il y a des entreprises qui sont
spécialisées dans certains secteurs de la construction, qui sont dans des
régions et qui pourraient, grâce à la
mobilité, faire des contrats de construction dans d'autres régions et même dans
des milieux urbains. Ça, on ne le dit pas assez souvent, mais je
trouvais que votre propos me permettait de le rappeler.
Il
y a quand même des opposants qui mentionnent que ça pourrait engendrer des
répercussions sur l'employabilité et la conciliation travail-famille. En
deux mots, qu'est-ce que vous répondez à ça?
M. Blackburn
(Karl) : Bien, d'abord, vous le savez, M. le ministre, je suis un
fervent régionaliste. Et, pour moi, le
succès du Québec va être dans la vigueur de ses régions du Québec. On va se
baser sur des faits, sur des données, et je pense que ces données vont
rassurer ceux qui peuvent avoir une certaine crainte relativement, justement, à
cette mobilité.
À titre d'exemple,
dans la région de Montréal, 96 % des salariés locaux y travaillent. Ils
ont donc peu d'intérêt à aller ailleurs au
Québec. Ils ont de la difficulté, même, à répondre aux besoins des banlieues,
imaginez-vous, dans la région de Montréal.
On va prendre la
région du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. 77 % des salariés locaux y
travaillent et répondent à 90 % des heures travaillées dans leur région.
Donc, dans le Bas-Saint-Laurent et Gaspésie, il manque de travailleurs.
Je vais vous donner un
autre exemple d'une autre région qu'on entend parler souvent, celle de la
Côte-Nord. Sur la Côte-Nord, 90 % des
salariés locaux y travaillent et répondent à 44 % des besoins ou des
heures travaillées dans la région. Il en manque encore plus dans la
région de la Côte-Nord.
Alors, cette mobilité, d'abord, permet au
travailleur de pouvoir gagner sa vie partout où il le souhaite. Donc, cette
mobilité va permettre justement à ce travailleur d'aller chercher le travail là
où il se trouve. Mais les données qu'on
vient de vous partager démontrent que c'est faux de prétendre que les
travailleurs de Montréal vont aller voler les emplois dans les régions du Québec. Basons-nous sur des données et sur
des faits. Et on dit souvent que les faits sont têtus, bien, c'est ce
qu'on vous présente ce matin.
M.
Boulet : Merci, M. Blackburn. L'accès, ça aussi, c'est
important. Évidemment, on a besoin d'une main-d'oeuvre accrue. Il y a la représentativité des femmes, les
groupes issus de la diversité. Il y a un nombre considérablement moindre de personnes immigrantes, de personnes issues des
minorités visibles ou des personnes issues des communautés autochtones dans nos chantiers de construction. Vous avez vu
les statistiques de l'Institut du Québec récemment. Il faut donc avoir
des normes claires de reconnaissance des expériences et des heures de formation
à l'extérieur de l'industrie de la construction et à l'extérieur du Québec. Je
pense qu'on se rejoint.
• (10 h 50) •
M. Blackburn (Karl) : Oui.
M. Boulet : N'oublions pas, quand
vous parlez d'intégration, attraction, maintien ou rétention, qu'il y a la Loi
sur les normes du travail, parce que vous avez fait référence à la
discrimination, et le projet de loi n° 42, qui va nous permettre de faire
des pas en avant. Sachez que, selon Léger, il y avait 79 %, dans le
secteur de la construction, qui voyaient,
subissaient ou étaient témoins de menaces, discrimination, harcèlement qui ne
signalaient pas. Là, on vient protéger ces personnes-là et intégrer une
culture de signalement puis une culture de protection des liens d'emploi et à
l'encontre des mesures de représailles.
Formation, M. Blackburn, vous le savez,
hein, ça aussi, il y a des chantiers avec le ministère de l'Éducation et la Commission
de la construction du Québec pour accroître l'offre de formation en alternance
travail-études. Moi, j'y crois. Mais je veux
juste vous rappeler que, depuis deux ans, on a fait un allègement
réglementaire, et allez rencontrer des étudiants, étudiantes dans des
centres de formation professionnelle au Québec, et ils peuvent dorénavant aller
travailler pendant les périodes de congé, de
relâche et pendant les vacances estivales dans les chantiers, et ça, ça donne
des résultats phénoménaux. Ça répond à des besoins et ça permet aux jeunes,
pendant leurs études, de bénéficier d'une expérience de travail. Et les heures
de travail sont transformées en équivalent de 1,5 heure. En fait, les heures
de formation...
M. Blackburn (Karl) : De formation.
M.
Boulet : ...équivalent à 1,5 heure dans le régime
d'apprentissage. Donc, ça, ça donne des résultats. Mais je vous comprends très bien que la formation, c'est un
élément clé, mais ce n'est pas un des leviers qui appartient nécessairement à
un projet... à une loi qui concerne les relations de travail.
La machinerie de production. Ça serait ma
dernière question, après ça, je laisserais ma collègue d'Iberville intervenir. La machinerie de production, on nous
en parle — en
fait, c'est une discussion un peu plus récente — que ce soit réassujetti. Qu'est-ce que vous
auriez à me faire comme commentaire, M. Blackburn, sur ce sujet-là?
M. Blackburn (Karl) : D'abord,
brièvement, je vais revenir sur la formation, M. le ministre. Si nous sommes en
mesure de déployer l'outil de formation, comme vous l'avez mentionné, à travers
toutes les régions du Québec, et de le
déployer de façon large, bien sûr, on va faire une rétention plus grande et on
va s'assurer que les jeunes qui sont
dans cette formation puissent, dès... dès le départ, savoir s'ils aiment ou non
leur métier, et ça, je pense que c'est important de se fier là-dessus.
Par rapport à l'assujettissement des... de la
machinerie de production, ce n'est pas dans le projet de loi. Bien évidemment,
on y a pensé, on en a parlé, mais, comme ce n'était pas dans le projet de loi,
on ne l'a pas adressé dans notre mémoire. Mais je
voudrais qu'on profite de l'expérience de ma collègue Lyne Laperrière pour vous
en parler brièvement, parce qu'elle a
l'occasion de travailler avec les membres du CPQ sur cet aspect-là. Et, Lyne,
si ça te... si ça te plaît, je te céderais la parole sur ce point-là.
Mme
Laperrière (Lyne) : Merci, M. Karl Blackburn. Bien sûr, M. le
ministre, pour répondre à votre question, en fait, la machinerie de production,
jadis, le CPQ s'était positionné de façon à ne pas rendre assujettis les
travaux de machinerie de production autour des années 2011. Or, il
semblerait que, dans les dernières années, le temps a fait son oeuvre et le marché aurait évolué, faisant en
sorte que les conditions ont vraiment fait augmenter de façon considérable
les coûts de main-d'oeuvre, et les conditions, notamment au niveau du placement
de main-d'oeuvre, ne sont pas les mêmes que celles qui sont régies de
l'industrie de la construction. Or, les associations d'entrepreneurs
spécialisés en mécanique industrielle que nous avons eu la chance de côtoyer
dans les derniers jours, voire les dernières heures, au même titre que les
donneurs d'ouvrage, s'entendent pour dire qu'il y a une problématique.
Cependant, ce n'est pas le projet de loi
n° 51 qui est l'opportunité de régler tous les problèmes dans l'industrie
de la construction, pour la bonne et simple raison que ce n'est pas tout le
monde qui est invité à la table des
consultations. Or, nous, ce qu'on vous propose, c'est de se donner rendez-vous
avec les parties prenantes, incluant les donneurs d'ordres, pour s'entendre et discuter
spécifiquement sur ce projet de réglementation là, et qui nous permettra, nous
l'espérons... pouvoir porter des recommandations qui vont faire l'unanimité de
tous les joueurs confondus.
M.
Boulet : C'est une très bonne réponse, Lyne Laperrière.
Merci. Avec votre assentiment, Mme la Présidente, je laisserais ma
collègue d'Iberville intervenir avec le Conseil du patronat du Québec.
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait.
Je cède maintenant la parole à la députée d'Iberville.
Mme Bogemans : Merci. J'ai combien
de temps?
La Présidente (Mme D'Amours) : 4 min 40 s.
Mme Bogemans : Parfait. On vient
juste d'aborder, entre autres, l'alternance travail-études comme étant un moyen
de tester l'intérêt, là, des jeunes qui commencent. Puis, le groupe juste
avant, on parlait de la polyvalence de la main-d'oeuvre. Comment vous voulez,
justement, l'appliquer aux gens qui sont déjà dans la construction, dans les
occupations, entre autres, ou dans, même, les métiers, qui voudraient avoir
plus qu'une corde à leur arc?
M. Blackburn (Karl) : Bien, moi, je
pense qu'on ne peut pas se priver de l'expertise et de l'expérience de ma
collègue Lyne. Alors, Lyne, s'il te plaît.
Mme Laperrière (Lyne) : Évidemment
qu'au niveau de la polyvalence ce que le projet de loi actuellement proposait,
c'est une polyvalence étendue par rapport uniquement qu'aux compagnons. Or, les
apprentis de métier sont capables de faire des tâches qui ne sont pas
uniquement réservées à un titre compagnon. Nous, on croit que les compétences
sont transférables et utilisables au même titre que les occupations.
Et là ce qu'il est important de retenir :
ce n'est pas une fusion des métiers qu'on veut, ce n'est pas un bar ouvert, comme
le dit si bien le ministre, c'est important de faire confiance aux droits de
gestion des employeurs. Ils sont capables
d'organiser, diriger les travaux avec le jugement, en considérant, bien sûr,
les risques reliés à l'exécution des travaux. On ne va pas confier des
risques élevés à des gens qui n'ont pas les compétences, au même titre que dans
tous les autres secteurs de l'économie.
C'est la seule industrie, qui est tellement
légiférée, qui nous empêche d'avoir cette flexibilité-là de répondre aux exigences de façon impromptue sur les
imprévus. Mais, surtout en raison de la pénurie de main-d'oeuvre, c'est de pouvoir
offrir un vaste réservoir de talents, plus vaste que celui qu'il est
actuellement. Si on prend juste les apprentis, les occupations, c'est plus de
95 000 travailleurs supplémentaires qui s'ajoutent à ceux des
compagnons, qui sont autour de 100 000.
Mme Bogemans : Super. Puis, dans les
mesures un petit peu plus particulières, dans, vraiment, le même ordre d'idées, là, au niveau de la reconnaissance
des acquis des nouveaux arrivants, avez-vous des suggestions pour pouvoir
les inclure dans votre domaine?
Mme Laperrière (Lyne) : Évidemment
qu'on... Bien, je m'excuse, Karl...
M. Blackburn (Karl) : Allez-y,
allez-y.
Mme Laperrière (Lyne) : ...j'y suis
allée directement. Au niveau des gens issus de la diversité comme de... les immigrants, ils ont une expertise vraiment
spécifique, ils sont capables d'exécuter, exemple, des travaux de peinture
ou de couverture ailleurs dans leurs pays. Il s'agit évidemment de faire un
règlement qui nous permet justement de les
reconnaître et de les intégrer directement dans l'industrie. Évidemment qu'on
ne peut pas le faire sans nécessairement valider leurs compétences.
Donc, il sera peut-être nécessaire d'ajouter des procédures pour pouvoir les
reconnaître, exemple un examen de
qualification, ne serait-ce que pour les intégrer. Puis j'ai vu passer un
décret justement là-dessus dans les dernières heures.
Mais, au niveau des écoles de métiers, ce serait
intéressant d'ajouter des nouvelles initiatives pour permettre à ces gens-là
d'intégrer des formations spécifiques, mais de pouvoir les mettre tout de suite
sur les chantiers pour venir corroborer puis
s'infuser, comme on dit, de la réalité des chantiers au Québec, ce qui n'est
pas la même que dans leurs pays, nécessairement. Les moeurs et coutumes,
les règles sont complètement différentes.
M. Blackburn (Karl) : Si je peux me
permettre d'ajouter. Quelle meilleure façon d'intégrer des nouveaux arrivants
dans notre société que par le travail? Et un bon nombre de ceux-ci veulent
contribuer, peuvent contribuer, ont des compétences qu'il
reste simplement à valider, dans certains cas, et pourraient rapidement
contribuer à la prospérité puis à la croissance économique de notre société.
Tout le monde serait gagnant. Alors, je pense que ce que Lyne vient de
mentionner comme étant certains éléments à considérer par rapport à la façon
dont on peut accueillir ces gens sur notre territoire, bien, la meilleure façon
de les intégrer, c'est, bien sûr, via le travail.
Mme Bogemans : Exactement. Puis, en
fait, dans le même ordre d'idées — je pense qu'il me reste une seule minute — tantôt
vous disiez la vigueur régionale. Encore, est-ce que vous voyez, au niveau de
la formation ou de l'inclusion
des gens de la diversité ou des femmes, au niveau régional, des initiatives qui
pourraient faire une différence majeure?
M. Blackburn (Karl) :
Bien... Bien évidemment. Si on est capables d'avoir cette polyvalence,
entre autres au niveau de la mobilité, c'est une chose importante, de trouver,
par des exemples concrets, des mesures qui vont permettre une plus grande
intégration des femmes sur le milieu du travail, des gens en situation de
handicap, dans certains cas, des gens des Premières Nations... Les gens des
Premières Nations veulent contribuer également à la prospérité du Québec.
Alors, on a tous les outils entre les mains pour être capables d'y arriver. Il
s'agit de se décloisonner, je dirais, légèrement pour tenir compte de la
réalité dans laquelle nous sommes en 2024, le marché du travail et la pression
qui est exercée sur le marché du travail. Et je pense qu'on se doit d'être
ambitieux, et on rejoint la volonté du
ministre lorsqu'il mentionnait qu'il voulait être ambitieux pour la réforme
dans laquelle on s'inscrit. Bien, je vous invite à demeurer vigilants, à
aller jusqu'au bout et de faire de cette réforme de la loi R-20 vraiment
un projet ambitieux, qui va nous permettre
de lever plus d'écoles plus rapidement, qui va nous permettre de rencontrer
davantage de construction au niveau énergétique et de relancer
l'industrie de la construction.
• (11 heures) •
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci.
Mme
Bogemans : Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : C'est tout le temps que nous avions avec la députée.
Maintenant, je cède la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci.
Merci, M. Blackburn, Mme Laperrière. Merci d'être avec nous. Et votre
mémoire, effectivement, donc, très clair.
Ma première question,
donc, concerne, donc, votre première proposition, sur la polyvalence des
métiers. Deux choses ici. Donc, dans
votre... votre proposition, donc, à la fois, donc, traite, donc, du droit de
gestion de l'employeur. Donc, vous
demandez, donc : «Permettre, par ailleurs, à tous les employeurs d'exercer
leur droit de gestion dans l'assignation du travail à accomplir.»
Mme Laperrière, vous y avez fait référence un peu, donc, en répondant aux questions précédentes. J'aimerais vous entendre
plus longuement là-dessus et sur des propositions, peut-être, concrètes, pour
nous, comme législateurs, de répondre à cette demande et de voir, donc, quels
seraient les risques aussi de ne pas y répondre. Et la deuxième partie, pour ce
qui est, donc, de la définition, donc, de la polyvalence, donc, vous vous intéressez à la question des travaux de
structure, vous nous proposez, donc, une certaine définition. Donc, je veux...
je suis... je suis curieuse de vous entendre sur ces éléments-là.
M. Blackburn (Karl) :
Alors, Lyne.
Mme
Laperrière (Lyne) : Merci. Donc, pour répondre à votre question, je
vais essayer d'être brève, parce qu'elle est quand même longue et a plusieurs aspects.
Au niveau du droit de
gestion des employeurs, les employeurs connaissent quand même leur
main-d'oeuvre et leur capacité de réaliser des travaux. Si on utilise les
talents à bon escient, dans la mesure où ils sont capables de faire les
travaux, l'employeur est capable d'assigner des tâches de façon supervisée, de
façon contrôlée pour qu'ils soient capables de faire face aux imprévus,
surtout, et aux déficiences. Considérant que les temps perdus à répondre à ces
enjeux-là, à être obligé, exemple, d'embaucher un travailleur supplémentaire
pour venir compléter un travail qui est d'une durée quand même assez rapide et
courte sans compromettre les niveaux de dangerosité, ça permettrait de réduire
les coûts et, évidemment, d'être plus efficace et plus efficient dans le
travail.
Je prends l'exemple
des travaux de structure. Au sens large de ce qui est proposé au projet de loi
n° 51, «travaux de structure» serait limité, ne permettrait pas
d'appliquer la polyvalence. Or, si je prends l'exemple d'un cimentier-applicateur
qui se voit confier la tâche de lisser le béton sur un morceau de coffrage de
bâtiment, le coffrage étant... pouvant être interprété comme étant des travaux
de structure... Or, lisser le béton n'a aucunement de lien de dangerosité, c'est plutôt un travail de finition. C'est pour
cette raison-là que nous suggérons de ne pas se limiter à ce qui est
prévu dans la... dans la... le projet de loi, de bien définir la portée pour
considérer les éléments de risques élevés de
travaux, au même titre, exemple, que la Régie du bâtiment le fait pour
la qualification des entrepreneurs ou encore le code des travaux de
construction, qui stipule les travaux qui ont un niveau de dangerosité plus
élevé.
Mme Cadet : Merci,
Mme Laperrière. Donc, c'est très clair au niveau des travaux de structure.
Pour ce qui est du droit de gestion, on a
beaucoup entendu des intervenants nous parler, donc, de la notion d'équilibre
dans... dans le projet de loi. Est-ce que ce que vous mettez de l'avant,
donc, nous permet de préserver cette notion d'équilibre tout de même?
Mme Laperrière (Lyne) : Pour poursuivre, en fait,
dans la même lignée, si je prends l'exemple d'un apprenti maçon, bien, il est certainement capable de faire
des tâches même s'il n'a pas encore les compétences de niveau compagnon. Donc,
c'est dans cette optique-là que l'employeur est capable d'assigner des tâches à
un niveau d'apprentissage sans nécessairement porter préjudice dans l'exécution
ni dans la qualité des travaux.
Mme Cadet : Mais
d'ailleurs, donc... donc, vous parlez ici, donc, des apprentis. Donc, je
reviens sur la question du ministre un peu plus tôt, donc, vous avez...
vous nous avez dit, donc, la polyvalence, donc, c'est confirmé, donc, vous voudriez donc l'étendre, donc, aux
occupations, aux apprentis. La mobilité aussi? On ne vous a pas entendu
là-dessus, la mobilité puis aussi sur le cumul occupation-métier.
Mme Laperrière
(Lyne) : Tu veux que je poursuive, Karl?
Mme Cadet : Oui,
vous pouvez poursuivre, Mme Laperrière.
M. Blackburn
(Karl) : Oui, vas-y, Lyne.
Mme Laperrière
(Lyne) : En fait, c'est qu'au niveau de la mobilité, ce qui est
important de connaître, c'est qu'on veut
offrir un vaste réservoir de talents, qui est plus élevé que ceux qui seraient
disponibles localement. Si on étend la polyvalence à l'ensemble de
l'industrie, ça va nous permettre nécessairement de répondre aux besoins
ponctuels, de s'adapter aux marchés qui évoluent actuellement, d'améliorer
évidemment la compétitivité des entreprises, tant au niveau local qu'au niveau
national.
Mme Cadet : Merci.
Dans votre mémoire, vous...
M. Blackburn
(Karl) : Si je peux me...
Mme Cadet : Oui,
allez-y, M. Blackburn.
M. Blackburn
(Karl) : ...si je peux me permettre, Mme la députée, quand on regarde
les objectifs qui sont poursuivis dans le projet de loi, avec ce qui est mis en
place, on augmente à 73 % cette mobilité, qui est importante. Nous, ce qu'on se dit, dans le contexte actuel,
avec les défis énormes qui sont devant nous, faisons le petit pas supplémentaire
pour nous rendre à 100 %. Et c'est dans ce contexte qu'on vous a fait ces
présentations qui nous permettraient à tout le moins d'atteindre cette mobilité
qui est extrêmement importante pour l'économie, pour les employeurs, mais les
travailleurs également.
Mme Cadet : Dans
votre mémoire, vous indiquez : «Le CPQ regrette l'absence de solutions
concrètes d'attractivité, d'intégration et de maintien en emploi.» Je vous ai
entendus, donc, sur l'attractivité. Sur le maintien en emploi, quelles mesures
vous auriez voulu voir dans le projet de loi, à cet égard, concrètes?
M. Blackburn
(Karl) : Lyne.
Mme Laperrière
(Lyne) : En fait, on ne s'est jamais vraiment attardés actuellement,
dans l'industrie de la construction, pour connaître les raisons qui fait en
sorte que les gens quittent l'industrie. Donc, ce qu'on recommande, c'est qu'il
y ait une enquête qui soit effectuée pour nous permettre de déceler les
lacunes, mais surtout de proposer des
solutions qui viendraient contrer ces phénomènes-là. On a parlé de la
formation, évidemment, on a parlé de la polyvalence.
La polyvalence est
également un élément important, un attrait pour la nouvelle relève, qui, elle,
cherche un travail diversifié. Ils ne veulent pas passer leurs journées à faire
une tâche récurrente pour le reste de leur... de leur carrière. Ils veulent qu'ils aient une carrière dans l'industrie, et le
développement des compétences fait nécessairement un lien pour développer
les talents et surtout la prochaine génération de travailleurs de l'industrie.
M. Blackburn
(Karl) : Et, si je peux me permettre d'ajouter un élément qui est
essentiel, selon moi, vous, comme législateurs, comme députés de comté par
exemple, vous avez eu des cas qui vous ont été présentés. Je suis certain qu'il
y a des citoyens qui sont allés vous présenter leur cas, leur situation, des
fois catastrophiques, ou tristes, ou malheureuses. Et nous, ce qu'on... ce
qu'on pense, c'est que cette étude va permettre justement d'aller chercher
exactement le bobo là où il est et de quelle façon on peut remédier à ce bobo.
Et, quand Lyne fait
référence à ce que les jeunes aspirent pouvoir faire dans un contexte
d'industrie de la construction, par exemple, où la technologie prend de plus en
plus de place, bien, on doit être capables de leur démontrer que ce métier, qui
est extrêmement important, va leur permettre de grandir d'abord comme
individus, comme travailleurs, mais de grandir dans le secteur de la
construction dans lequel ils vont avoir choisi de s'investir. Alors, c'est pour cela que cette étude nous
apparaît essentielle pour être capables de voir où on est, d'où on part, pour
nous aider à mieux cibler où on veut aller.
Mme Cadet : Merci, M. Blackburn. Puis, effectivement,
donc, vous parlez de la formation, donc, j'ai moi-même, donc, déploré qu'on... qu'on ne s'y attardait pas
assez dans le projet de loi. Parce qu'il y a un consensus qu'on a entendu, que
c'est effectivement, donc, un vecteur de rétention.
M. Blackburn
(Karl) : Tout à fait.
Mme Cadet : Au
niveau de la planification de la main-d'oeuvre, donc, il y a beaucoup
d'intervenants qui sont venus nous dire
qu'il fallait aussi, donc, agir en ce sens. Évidemment, c'est un peu complexe,
hein? Donc, est-ce que vous avez des
recommandations pour nous, comme législateurs, pour nous pencher sur la
question cruciale de la planification pour augmenter la productivité
dans le secteur?
M. Blackburn
(Karl) :
Alors,
Lyne.
Mme Laperrière (Lyne) : La
planification des travaux sous-tend nécessairement une meilleure coordination,
de travailler de façon coercitive à l'aide des joueurs... des joueurs clés, ne
serait-ce... que ce soient les ingénieurs, les architectes, que les
entrepreneurs puissent travailler en amont avec eux pour être capables de mieux
planifier et coordonner les besoins spécifiques, notamment au niveau de la
main-d'oeuvre mais également au niveau de tout ce qui comprend la logistique de la main-d'oeuvre, le matériel, les
équipements, la machinerie, il faudrait nécessairement faire des
cohésions par rapport à ça. Si on améliore évidemment la meilleure
planification des travaux, on va être en mesure également de mieux planifier les besoins de main-d'oeuvre, de
reconnaître leurs talents nécessaires pour exécuter les travaux.
Puis pour ajouter dans les éléments pour attirer
la main-d'oeuvre, bien, c'est là qu'on va être capables de faire la meilleure
promotion pour attirer exactement ce dont on a besoin en fonction des grands
projets notamment. Puis à cet égard, la promotion de l'industrie de la construction
mérite qu'on s'y attarde, qu'il y ait une cohésion simultanée de tous les acteurs concernés de l'industrie pour finalement
rejoindre les gens qu'on veut rejoindre, c'est-à-dire les personnes immigrantes, les personnes issues
des communautés autochtones ou des Premières Nations. Donc tous les nouveaux
publics cibles que l'industrie veut accueillir, bien, il faut être capables de
les rejoindre dans leur culture, dans leur langue également. Donc, il ne faut
pas l'oublier.
M. Blackburn (Karl) : Et on
sait que dans ces... dans ces groupes spécifiques de gens qui sont un peu plus éloignés du marché du travail, bien, que si on
arrivait avec... à mettre en place les bonnes mesures, les bons programmes,
les bons outils, bien, on va augmenter le taux de participation de ces gens-là
et ainsi probablement être dans la tête de peloton
des pays de l'OCDE, ce qui n'est pas le cas actuellement. Alors, c'est pour ça
que le secteur de la construction peut générer de réelles opportunités
pour le Québec, pour nos entreprises, pour les travailleurs. Et la
modernisation dans laquelle on se réunit aujourd'hui, bien, ça vise à atteindre
ces objectifs.
Et je nous invite, moi, à ne pas oser... Je vous
invite, vous les législateurs, à ne pas avoir peur d'aller au-delà, des fois, de ce que... ce qui peut être proposé.
Pourquoi? Bien, parce que le marché l'exige. La réalité, aujourd'hui, l'exige.
Et le défi auquel nous sommes confrontés exige qu'on prenne des fois des
décisions qui peuvent paraître, des fois, courageuses, mais qui m'apparaissent
essentielles.
• (11 h 10) •
Mme Cadet : Merci.
Ma dernière question, ici, pour le... je saute à la rétroactivité en raison du
temps imparti. Donc, vous nous avez, donc, bien exposé votre position.
Pour vous, est-ce que c'est possible de mettre de l'avant la rétroactivité sans
fonds?
M. Blackburn (Karl) : Non.
La Présidente (Mme D'Amours) :
En
20 secondes.
M. Blackburn (Karl) : Bien, en
fait... Bien, le principe de rétroactivité, comme je l'ai mentionné, c'est comme si c'était une nouvelle taxe sur la masse
salariale. Et, pour nous, ce n'est pas possible d'aller de l'avant dans une
modernisation avec un tel principe, sachant pertinemment que les outils de
négociation sont déjà sur la table pour permettre d'avoir une certaine équité
dans le pouvoir de négociation, tant des travailleurs que des employeurs.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
infiniment. Je cède maintenant la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve pour
3 min 28 s.
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
Bonjour à vous deux. D'abord, M. Blackburn, est-ce que c'est une
épinglette de la Franco-Ontarie que je vois à votre boutonnière?
M. Blackburn (Karl) : Tout
à fait. Vous avez le sens de l'observation important. Je suis à Toronto, ce
matin, M. le député, pour parler de francophonie économique dans une province
anglophone, et on va faire une allocution tout à l'heure devant
350 gens d'affaires francophones qui veulent faire de notre... de notre
unicité, c'est-à-dire de ce qui nous unit,
notre langue, un vecteur de croissance économique et de prospérité. Alors,
c'est ce que je vais m'assurer de partager comme information. Et je suis
accompagné de notre ambassadrice de la Francophonie économique du CPQ,
Mme Danièle Henkel.
M. Leduc : Vous
les saluerez de notre part. On les aime beaucoup les Franco-Ontariens, les
Franco-Ontariennes.
Sur la question de la mobilité, là, vous avez
peut-être entendu mon échange avec le groupe précédent, sinon je vous le
résume. Moi, je suis un peu surpris de l'approche de plusieurs groupes
patronaux et donc du vôtre aussi aujourd'hui, de venir nous demander, à nous
les législateurs, de venir modifier le contenu de conventions collectives. D'habitude, au contraire, c'est l'inverse qu'on entend dans
les différents projets de loi, où est-ce qu'on se fait reprocher, les législateurs, de vouloir trop modifier les normes du
travail, le Code du travail, pour dire : Non, non, non,
laissez-nous négocier, laissez-nous négocier. C'est souvent la posture même du
ministre sur d'autres sujets : Laissez-les négocier, laissez-les négocier.
Mais là vous nous
dites : Non, non, non, ces clauses-là que nous avons librement signées,
réitérées d'une convention à l'autre, qui ne
sont pas d'ailleurs dans toutes les conventions, qui sont dans certaines
conventions, vous venez nous demander
de les abolir. Vous venez nous demander un peu de venir négocier à votre place.
C'est particulier, non?
M. Blackburn
(Karl) : Bien, en fait, on doit négocier dans le cadre qui a été
instauré il y a déjà plusieurs années, dans
un autre contexte totalement différent de ce qu'il est aujourd'hui. Nous, ce
qu'on vous demande aujourd'hui, c'est
d'enlever des barrières, d'enlever des mécanismes qui vont freiner la
croissance de l'industrie de la construction et ainsi le développement
de cette industrie dans l'ensemble des régions du Québec. Si vous enlevez ce
principe-là et que vous permettez la libre circulation ou la mobilité telle qu'on
la décrit dans le projet de loi, je suis convaincu que l'ensemble de nos
entreprises, l'ensemble de nos travailleurs vont sortir gagnants.
Et on doit vous
demander cela parce que c'est une loi qui nous empêche de le faire, ce n'est
pas autre chose. Alors, on ne vous demande pas de négocier à notre place, mais
on vous demande de nous permettre de faire en sorte que cette mobilité soit
exclue ou cet empêchement de mobilité soit exclu par la suite pour permettre
justement à l'industrie de se doter des meilleures pratiques dignes du
XXIe siècle dans lequel on se retrouve actuellement.
M. Leduc :
M Blackburn, la loi dit qu'on peut négocier des clauses en mobilité.
Elle ne vous impose pas de le faire. C'est vous, après ça...
M. Blackburn
(Karl) : Oui.
M. Leduc :
...qui, dans une table de négo, dans un jeu de «give and take», comme on
dit, vous acceptez de faire ça. Parce moi,
je m'en viens à me poser la question : Coudon, il y a-tu d'autres affaires
dans la convention collective qu'on
pourrait retirer, qui feraient votre affaire aussi, tu sais, qui... tant qu'à
être en train de discuter, il y a-tu d'autres éléments comme ça qui
pourraient faire votre plaisir, là?
M. Blackburn
(Karl) : Je vois Lyne qui sourit et trépigne d'envie de vous répondre.
Alors, Lyne.
Mme Laperrière
(Lyne) : Oui, effectivement. Pour corriger un peu les informations,
qu'on a mises à votre connaissance, c'est qu'effectivement, il y a des clauses
prévues aux conventions collectives en regard de la mobilité pour les occupations,
parce qu'elles n'ont pas été incluses dans le règlement sur la mobilité qui
concerne les métiers. D'ailleurs, c'est la même chose pour la définition de
tâches des occupations. Elle n'est pas incluse à la loi R-20, au niveau de l'annexe A, donc ça a été un oubli.
Ça fait que finalement, ils l'ont mis dans les conventions collectives, tout
simplement, pour ne pas créer de vide. Mais ce qu'on veut, en fait...
M. Leduc : ...
Mme Laperrière
(Lyne) : Pardon?
M. Leduc : Ils
l'ont mis avec votre accord dans les conventions collectives.
Mme Laperrière
(Lyne) : Bien, c'est les parties impliquées aux négos, là, on se
comprend, les associations patronales, syndicales.
M. Leduc : Oui,
c'est ça.
Mme Laperrière
(Lyne) : Mais je vous dirais que ce qu'on veut retenir, c'est d'offrir
une flexibilité de choix, le choix pour les travailleurs de travailler dans des
régions différentes, de ne pas être restreints de travailler de façon unique en
fonction de leur lieu de travail... de leur lieu de domicile, pardon. Ils ne
peuvent pas non plus aller travailler dans
les zones limitrophes, qui étaient peut-être à 20 kilomètres de leur lieu
de travail, exemple à Trois-Rivières
ou en Mauricie...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci.
Mme Laperrière (Lyne) : ...ce qui leur empêche
d'avoir des revenus. La même chose pour les entrepreneurs.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, Mme Laperrière.
Mme Laperrière
(Lyne) : Ils ne peuvent pas continuer de travailler ailleurs.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Maintenant, je cède la parole au député de
Jean-Talon pour 2 min 38 s.
M. Paradis : Merci
beaucoup, Mme Laperrière et M. Blackburn pour votre mémoire et votre
témoignage. Alors, d'un côté, il y a ce désir de modernisation, d'amélioration
du secteur de la construction et, de l'autre, il y a aussi une telle chose que la paix industrielle qui existe dans le
secteur de la construction actuellement. Et nous, comme parlementaires,
notre devoir, c'est de faire la bonne chose.
Vous nous proposez le décloisonnement complet
des métiers, occupations pour tous les salariés, la mobilité sans restriction dans tout le Québec, pas de
limite au pouvoir de gestion des employeurs, pas de rétroactivité salariale,
pas d'amende augmentée en cas d'infraction,
plus d'investissements destinés aux entreprises. Ma question est vraiment ouverte, parce que j'aimerais ça vous entendre
là-dessus. Alors, si on faisait tout ça dans le projet de loi, est-ce que vous pourriez
me décrire l'ambiance dans les chantiers de construction du Québec au lendemain
de l'adoption de la loi?
M. Blackburn (Karl) : Bien, je vous
retournerais peut-être la question, M. le député. Si on fait ça, est-ce que
vous êtes certain que ça va être la catastrophe dans l'industrie de la
construction et que le climat de travail va être tellement mauvais qu'on va
reculer comme société? Moi, je suis convaincu que non. Nous avons atteint cette
maturité qui est extrêmement importante au Québec.
Et, lorsqu'on regarde le défi devant lequel nous sommes confrontés, pensez-y,
là, au dernier trimestre de 2023, 175 000 postes étaient disponibles.
Nos écoles, dans certains cas, tombent en ruine. Nos hôpitaux ont besoin
d'avoir des investissements importants. L'industrie de la construction, compte tenu de la conjoncture économique actuelle — hausse
des taux d'intérêt, spirale inflationniste sur les coûts
d'approvisionnement — est
à l'arrêt.
Alors, le choix que nous avons, le choix que
vous avez comme législateurs, c'est de dire : On ne prend pas de décision
parce qu'on pense que ça peut créer des problèmes ou de dire :
Faisons-nous confiance, allons de l'avant avec une modernisation importante
parce que le marché du travail l'exige. Et dans 10 ans ou dans
15 ans, si la situation évolue ou change, on verra ce qu'on fera dans ce
moment-là, mais il est clair qu'il est impératif aujourd'hui de modifier cette
loi pour nous donner tous les outils nécessaires pour y arriver puis gagner,
tant pour les employeurs comme pour les travailleurs. Parce que la mobilité de
la main-d'oeuvre, M. le député, n'oublions pas que ça permet à un travailleur
qui a des compétences extraordinaires de pouvoir les partager partout, là où il
veut, et monnayer cette compétence.
M. Paradis : Mais vous pensez,
M. Blackburn, que la proposition aussi tient compte de beaucoup de
considérations sur la sécurité des chantiers, sur la qualité de travaux, sur
l'intérêt des régions, sur la formation des travailleurs. Vous pensez que ça en
tient compte.
M. Blackburn (Karl) : Tout à fait.
Penser le contraire, ce serait nous inculquer de faux motifs. Et ce qu'on vous
propose, ce n'est pas par pur... par pur... Ce n'est pas de la religion qu'on
est en train de prôner. C'est vraiment des
démarches importantes qui ont été menées avec l'ensemble des acteurs de la
construction. Et nous, on pense que nous sommes mûrs pour faire ces
changements-là, qui sont importants et nécessaires pour notre industrie.
Lorsqu'on se compare aux autres, je suis en
Ontario ce matin, votre collègue l'a... l'a souligné, on le voit bien qu'il y a
une différence de productivité importante. Les propositions, qu'on pense, ne
viendront pas annuler la paix industrielle, mais vont surtout permettre à notre
industrie de pouvoir prospérer et grandir.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Mme Laperrière, M. Blackburn, merci
infiniment pour votre contribution à la commission.
J'ajourne... je suspends, pardon, les travaux
quelques instants afin de recevoir nos prochains invités.
(Suspension de la séance à 11 h 18)
(Reprise à 11 h 22)
La Présidente (Mme D'Amours) :
Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue à l'Association des employeurs en mécanique
industrielle du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
nous donner votre exposé. Je vous demande de vous présenter et de commencer
votre exposé, s'il vous plaît.
Association des
employeurs en mécanique
industrielle du Québec (AEMIQ)
M.
Thibaudeau (Éric) : Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes les
députées, MM. les députés, merci de nous recevoir, merci de nous
accorder votre précieux temps dans le cadre de cette commission.
Tout d'abord, j'aimerais vous présenter les gens
qui m'accompagnent, M. Sébastien Larivée, qui est le trésorier de notre
association et également président de Ganotec, un fier fleuron québécois qui
appartient maintenant à une multinationale américaine, Kiewit. Je suis
également, à ma gauche, accompagné de M. Daniel Sirois, président de
Mécanique CNC, une autre importante entreprise de construction en mécanique
industrielle basée à Boucherville, avec des activités un peu partout à travers
le Québec, qui est membre de notre association. Et je suis accompagné de M. Michel Fournier, qui est directeur des
relations de travail chez Kiewit et Ganotec, mais on l'a forcé à venir avec
nous parce qu'il a aussi un passé de président de la CSD-Construction
pendant de nombreuses années. On pensait vous offrir
l'opportunité d'entendre quelqu'un qui a vu tous les côtés de la médaille, si
jamais vous avez des questions. Moi, Éric
Thibaudeau, je suis avocat chez BCF, mais je suis aussi le secrétaire
corporatif de l'association et j'ai le bonheur de vous entretenir
aujourd'hui de la demande que nous présentons à cette commission et au
ministre.
L'AEMIQ, c'est quoi?
Bien, c'est un regroupement d'employeurs qui font de la mécanique industrielle.
Je vois sur vos visages confondus : mécanique industrielle, quid,
qu'est-ce? Alors, de la mécanique industrielle, si je lisais la définition dans
le règlement, c'est tout ce qui n'est pas de la mécanique de bâtiment. Je ne
pense pas que ça vous aide beaucoup, alors
je vais vous le définir comme suit : de la mécanique industrielle de
production, de la machinerie de production, pensez à n'importe quelle
ligne de production, machinerie industrielle qui produit quelque chose. Des exemples : les turbines dans les barrages d'Hydro-Québec produisent de l'électricité. Pensez à... dans le secteur batterie que
nous sommes en train de développer avec fierté au Québec, bien, ce qu'il y a
entre les quatre murs et le plafond, là, la ligne de production, c'est
de la machinerie de production. Pensez à la transformation du minerai dans les
usines qui accompagnent les mines dans le Grand Nord du Québec, par exemple,
c'est de la machinerie de production. Donc, c'est
un secteur, là, si on regarde les chiffres des différents organismes
gouvernementaux, CCQ, et tout, là, de 2020 à 2030, on parle d'environ
55 milliards de dollars en travaux dans l'industriel, dans le secteur
industriel de la construction.
Le problème pour
nous, pour notre association est le suivant, c'est qu'au courant des années
2000, donc de 2000 à 2007, est survenue une succession de décisions rendues par
le Commissaire de l'industrie de la construction, qui a changé de nom à de
multiples reprises depuis, mais un tribunal administratif spécialisé dans la
loi R-20 et qui est venu désassujettir de la loi R-20 les travaux de
machinerie de production sur... et je lance une opinion gentille que je pourrai
expliquer en long, mais sur de la terminologie de deux mots, essentiellement,
qui ont été interprétés et qui sont venus vider de son sens le règlement
d'application de la loi R-20, qui est le règlement pour les élus qui porte
sur la machinerie de production et la machinerie de bâtiment.
C'est donc... Vous
êtes en train de travailler depuis de nombreux mois, depuis de nombreuses
semaines, depuis un an, probablement, et plus, M. le ministre, sur un projet de
loi que l'AEMIQ endosse. Nous sommes d'accord
avec les recommandations et les avancées de ce projet de loi là sur à peu près
tous les sujets. La problématique, pour nous, c'est que, si ce
merveilleux train part de la gare, nous, on va rester sur le quai parce qu'on
n'est pas assujettis à la loi. Notre association et nos employeurs souhaitent
bénéficier des avancées qui sont proposées dans le projet de loi, et, pour ce
faire, il doit y avoir une correction, un ajout réglementaire pour faire en
sorte que nos membres puissent exécuter ces travaux-là sous l'égide de la
loi R-20 à nouveau.
Pourquoi est-ce que
l'AEMIQ est pour les mesures mises de l'avant dans le PL 51? La
polyvalence des métiers, extrêmement important pour nous. Pourquoi? Pénurie de
main-d'oeuvre, et le secteur industriel est un secteur dans lequel il est
difficile... c'est difficile, c'est un secteur qui n'est pas toujours facile à
travailler. Ce n'est pas des cloisons sèches dans une maison résidentielle.
Donc, d'avoir de la main-d'oeuvre qui est en mesure d'exécuter plus de tâches,
c'est important pour nous, dans le respect, évidemment, des règles de santé et
sécurité et de la qualification requise. L'efficience et la productivité est
importantes et aussi l'accès à la main-d'oeuvre, l'accès à une main-d'oeuvre variée, plus de femmes, plus
de minorités visibles, plus de gens issus des communautés autochtones,
ça, c'est quelque chose qui est important pour notre association.
Donc, on endosse le
projet de loi, mais, comme je vous l'ai présenté, Mme la Présidente, M. le
ministre, sans votre aide, on n'est pas assujettis à tous ces beaux projets là.
Et ça fait surtout quoi? Vous allez dire : Bon, bien, vous, c'est bien, l'AEMIQ, mais encore? Bien, ça
fait qu'on a pour 30 à 50 milliards de projets industriels de machinerie
de production, prévus dans les 10, 15 prochaines années, qui ne seront pas
assujettis à toutes les belles avancées que vous êtes en train de mettre sur
papier et faire des avancées. Et je m'adresse vraiment à tous les partis
politiques, aux législateurs, quand je vous dis cela.
Notre
solution est la suivante... Et je le dis d'emblée, M. le ministre, je
n'utiliserai pas le mot «réassujettissement», ça fait peur, ça fait peur
à des gens, notamment les donneurs d'ouvrage, qui pensent qu'on veut repartir
de vieux débats qu'on a entendus dans les années 1990-2000. Nous, ce n'est
pas ce qu'on souhaite. Ce qu'on souhaite, c'est de rétablir la portée initiale, l'intention initiale du législateur en
1970 et de... Puis j'aimerais ça la rappeler, l'intention du législateur
de 1970 : ce n'était pas de faire plaisir au patronat, c'était de protéger
les travailleurs de la construction lorsqu'ils exécutaient les travaux de
machinerie de production pour leur permettre de demeurer assujettis au régime
de la loi R-20, bénéficier des avantages sociaux, du régime de retraite,
des vacances qui sont payées par l'OCQ, dans le
temps, devenu la CCQ, la Commission de la construction depuis. C'est une
solution, vous pourrez la regarder dans le texte réglementaire, dans notre mémoire, qui est simple, on ne fait pas
un nouveau règlement, on modifie deux, trois mots. Il y a une définition
de salarié de la construction, on ne l'a pas inventée, on l'a copiée-collée de
la loi. C'est aussi simple que ça.
Et c'est une solution
qui est rassembleuse, respectueuse des droits de tous. Les donneurs d'ouvrage
vont pouvoir continuer à opter pour faire du construction avec nous, des
travailleurs de la CCQ, nous qui utilisons une main-d'oeuvre exclusivement
détentrice de certificats de compétence ou faire affaire avec des entreprises,
comme mentionnait Mme Laperrière du Conseil du patronat,
qui utilisent une main-d'oeuvre hors construction, qui n'est pas détentrice de
certificat, puis qui a d'autres types de qualité, je présume, ce n'est pas eux
que je représente. Mais c'est un projet qui est respectueux de ces entreprises,
de celles que nous représentons, des travailleurs également.
Il ne faut pas
oublier... j'ai écouté avec grande attention une question du député de Québec
solidaire, un petit peu plus tôt, et nous sommes la seule industrie de la
construction en Amérique du Nord où la syndicalisation est obligatoire. Alors,
il n'est pas question pour moi d'enlever des droits à des travailleurs
syndiqués dans les entreprises que nous représentons, notre association, pour
les lancer dans le vide. Non, ils sont déjà syndiqués avec les syndicats de la
construction, et ça, c'est important de le mentionner.
• (11 h 30) •
Je
ne pensais jamais que je dirais ça un jour à une commission parlementaire, mais
j'y vais. Je vais traduire en français ce
qui suit : Si ça ressemble à un canard, si ça nage comme un canard et si
ça cacane comme un canard, c'est un
canard. Nous sommes des entreprises de construction. Nous exécutons également
des travaux régis par la loi R-20, donc pas exclusivement de la
machinerie de production, on fait aussi les heures qui sont assujetties à
l'industrie. Nous utilisons une main-d'oeuvre, des salariés détenteurs de
certificats de compétence exclusivement. On n'en a pas d'autres que ceux-là. On
contribue au régime d'avantages sociaux, on contribue aux régimes de retraite,
on verse les vacances à la CCQ qui les redonne aux travailleurs. Et c'est
souvent, le fait qu'on applique les conditions R-20, une exigence des
donneurs d'ouvrage.
Mais tout ça, on le
fait sur une base volontaire et il y a des problématiques qui viennent avec ça,
notamment celles découlant de l'application
de la loi sur les normes et du Code
du travail qui, je le rappelle aux
députés, on a décidé, pas ici, ici, mais ici, en 1937, que ces deux
lois-là n'étaient pas appropriées à l'industrie de la construction puis on a envoyé le régime de relation de travail vers la
Loi sur les décrets de convention collective et, dans les années 60, décidé
de faire notre propre loi sur les relations de travail de la construction, la
loi R-20.
Donc, nous sommes des
entrepreneurs en construction, nous utilisons une main-d'oeuvre construction.
Nous demandons qu'un amendement soit fait au projet de loi afin que nous
puissions bénéficier des belles avancées qui sont mises de l'avant dans le
projet de loi n° 51. C'est tout.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Nous allons procéder à la période d'échange. M. le ministre,
la parole est à vous.
M. Boulet : Oui.
Merci, Me Thibaudeau, merci à votre équipe. C'est un très bon mémoire. La
présentation, elle est aussi limpide. Puis je pense que ça va bénéficier à
l'ensemble des parlementaires. Il y a des éléments de pédagogie, là, vous nous ramenez à des étapes charnières, 1937, 1968,
vous dites 1970, là, mais à cette période-là, et les interprétations des tribunaux, là. Tu sais, vous
référez à des décisions au début des années 2000, notamment Falconbridge
et autres. Je pense qu'on connaît la dynamique.
J'ai
des questions précises, mais avant je veux que ce soit clair, là, quand vous
dites «la machinerie de production», vous utilisez l'exemple d'une turbine et
vous référez plus spécifiquement à l'installation, l'entretien, la réparation.
Je reviens au projet de loi. Dans les métiers qui concernent la mécanique
industrielle, pouvez-vous nous donner, peut-être qu'il est dans le
mémoire, mais un exemple spécifique de la valeur ajoutée de la polyvalence que
nous avons dans le PL 51?
M. Thibaudeau
(Éric) : Oui. Je réfléchis à un exemple concret et précis. Dans le
domaine industriel environ, là, ça varie
d'employeur à employeur, mais ce qu'on appelle les métiers mécaniques
représentent à peu près, là, 85 % des heures sur un chantier. Ces métiers mécaniques là, c'est quoi? C'est des
tuyauteurs, des chaudronniers, des mécaniciens de chantier et des
chaudronniers. Alors, ce sont les quatre... Il y a d'autres métiers, mais c'est
eux qui sont là en prédominance. Ce sont des
métiers qui ont leurs spécialités, qui ont vraiment des travaux différents l'un
de l'autre, mais qui ont aussi des intersections quand même importantes.
Par exemple, au
niveau de certains travaux de soudure, de certains travaux de tuyauterie, puis
là je ne veux pas... on pourrait remplir la salle, M. le ministre, cette
jurisprudence qui vient couper au couteau, qui appartient à quel métier. Mais cette polyvalence-là, dans le
projet de loi, qui permettrait clairement un, permettez-moi l'anglicisme,
un «overlap», une intersection commune sur certaines tâches de ces métiers-là,
pourrait certainement être bénéfique aux entreprises qui oeuvrent dans notre
secteur.
M. Boulet : Sans affecter la qualité, sans être incompatible
avec les compétences des travailleurs, travailleuses et évidemment avec
une incidence qui est favorable sur les délais et les coûts, je pense que c'est
ce qui est fondamentalement visé. Est-ce que... Si je vous demandais un exemple
de mobilité, la mobilité, évidemment, ça non plus,
ce n'est pas un bar ouvert. Est-ce que la mobilité c'est un atout, en tenant
compte de ce qui est dans le projet de loi 51, pour votre secteur,
en fait, plus spécifique de mécanique industrielle?
M. Thibaudeau
(Éric) : En fait, je pense que ça pourrait répondre à des
appréhensions que plusieurs acteurs de l'industrie sont venus vous expliquer,
puisque, dans notre convention collective, il n'y a pas de concept de mobilité de main-d'oeuvre. C'est certain, c'est
l'employeur qui s'adresse aux syndicats qui lui réfèrent la main-d'oeuvre.
Je ne connais pas les critères internes qui sont utilisés. Mais, dans la
convention comme telle, il n'y a pas de critère de mobilité, on ne dit
pas : Mais il faut travailler par région, etc.
Je peux également
affirmer que ça fait l'objet de discussions collaboratives, je tiens à le
souligner, régulières, entre les employeurs et le syndicat, de trouver des
travailleurs qui ne résident pas trop loin. Vous avez entendu un intervenant,
je pense que c'était la Corporation des entrepreneurs généraux, ce matin, qui
disait : Écoutez, les frais de chambre et pension sont un frein eux-mêmes
à avoir un certain nombre x et y de travailleurs en région, parce qu'évidemment
il y a un coût important, là, qui vient avec. Selon les secteurs, on parle
entre 137 $ et 159 $ de frais de chambre et pension, par jour, pour
un travailleur qui est à plus de 120 kilomètres de chez lui. Donc, je
pense que le réglementaire sur la mobilité de main-d'oeuvre était important à
une certaine époque où les travailleurs, c'était 600, 700 heures par
année. On a vu ça il n'y a pas si longtemps que ça. Maintenant, on est au plein
emploi puis on peine à trouver des travailleurs.
En tout cas, nous dans notre convention-cadre,
là, type, chez chacun des employeurs, on n'a pas cette règle-là de mobilité.
Puis ça n'a pas, à ma connaissance, à tout le moins, on me corrigera, les gens
qui sont avec moi, si je me trompe, ça n'a pas créé aucun chaos.
M.
Boulet : Bien, vous le dites bien, on est en contexte de
pénurie de main-d'oeuvre, qu'on anticipe, d'ailleurs, pendant des années, en tenant compte des projets.
Puis vous allez être impliqués, bien sûr, dans des projets industriels
un peu partout au Québec, dans les filières stratégiques de développement
social et économique, et pour répondre à des besoins dans tous les secteurs
d'activité humaine. Rappelez-moi donc le nombre d'heures de travail que ça peut
représenter, sur une année, fait par les membres de votre association.
M. Thibaudeau (Éric) : Alors, ça
varie beaucoup d'une année à l'autre...
M. Boulet : Oui.
M. Thibaudeau (Éric) : ...les
projets étant importants, on comprend qu'un bon contrat, avec de nombreux travailleurs, fait exploser le nombre d'heures
exécutées d'une année à l'autre. Là, mais, bon an mal an, sur les trois
dernières années, nos membres employeurs ont exécuté environ entre 3 et
4 millions d'heures travaillées déclarées sur une base volontaire à la
CCQ, et ça représente, si on se fie, là, on fait du croisement de données, si
on se fie aux données de la CCQ et aux données de l'Association de la
construction du Québec, qui est l'association qui est chargée de négocier les... et appliquer, avec la partie
syndicale, les conditions de travail du secteur industriel, là, ça représenterait,
nos membres, environ entre 30 % et 40 % des heures travaillées dans
le secteur. Mais ça, comme je vous dis, je suis prudent sur les chiffres, parce
que ça varie beaucoup, là, d'année en année, mais on... entre 30 % et
40 %.
M. Boulet : OK. Quand vous référez
au secteur de la construction, où il y a effectivement une adhésion syndicale obligatoire, comme vous n'êtes pas
assujettis, est-ce que vous devez expliquer, pour le bénéfice des parlementaires, pourquoi? Est-ce que ce n'est
qu'en raison des exigences des donneurs d'ouvrage que vous contribuez, que
vous «computez» les heures, que vous vous assurez que les travailleurs
bénéficient des avantages sociaux du régime de retraite? Comment ça marche au
plan pratique? Parce que le fait de ne pas être assujetti peut ouvrir la porte
à ce que des travailleurs ne soient pas nécessairement membres de syndicats,
mais ce que vous expliquez, c'est qu'ils sont tous membres de syndicats.
J'aimerais ça que vous nous expliquiez le pourquoi du comment.
• (11 h 40) •
M. Thibaudeau (Éric) : Je
vais tenter de faire ça simplement, étant donné le temps qui nous est alloué.
Suite aux décisions qui ont été rendues dans
les années 2000, ça a créé, sur les chantiers, pas trop de changements
immédiats, mais ça a créé un vide
juridique, c'est-à-dire qu'on avait des associations représentatives syndicales
de la construction qui avaient une main-d'oeuvre compétente en nombre
important, notamment au conseil provincial des métiers de la construction, qui sont très représentatifs dans
les milieux de la mécanique industrielle et donc qui avait une main-d'oeuvre
qualifiée. Nos membres ont continué à faire affaire avec ces syndicats-là, mais
leur existence était sous l'existence de la loi R-20, n'est-ce pas, donc
ça a amené à la création d'un... notamment, pour ce qui est de nos membres,
d'un syndicat Code du travail, un syndicat
boutique, si je peux l'appeler ainsi, dans les termes juridiques de droit du
travail, qui est appelé l'Association des métiers mécaniques du Québec.
Et cette association-là, en 2019-2020, a entrepris une tournée de syndicalisation chez l'ensemble des employeurs qui
constituent notre association. C'est avec eux qu'on s'assoit, qu'on
négocie les conditions de travail. Donc, ça, c'est l'historique d'où vient
notre convention collective et avec quel syndicat on fait affaire. Il n'y en a
qu'un seul et c'est l'AMMQ.
M. Boulet : OK, je comprends. Et
donc, quand on a discuté ici, au Parlement, de l'établissement d'un service de
référence pour remplacer l'époque où il y avait ce qu'on appelait le placement
syndical, est-ce que... Qui fait le référencement de la main-d'oeuvre qui est
requise ou pour répondre aux besoins de vos entrepreneurs?
M. Thibaudeau (Éric) : Comme c'est
un document public, je vais vous... je vais vous donner la réponse brève, mais je vous invite à consulter... une des
conventions collectives, c'est public, sur Corail, du ministère du Travail.
Mais, essentiellement, c'est un mécanisme par lequel l'employeur, lorsqu'il a
des besoins de main-d'oeuvre, va communiquer avec le syndicat en lui disant :
Bien, voici, j'ai besoin de tant de travailleurs, de tant de métiers, de telle
expérience ou telle spécialité. Et c'est le syndicat qui va se charger de
trouver les travailleurs, les salariés et de les envoyer à l'employeur.
M. Boulet : D'accord. Vous soumettez
un mémoire qui met l'accent sur les avantages de ce que vous recommandez,
c'est-à-dire, même si vous n'aimez pas ce mot-là, assujettir. Est-ce que vous
êtes capable de vous exprimer sur les inconvénients de faire ce que vous nous
proposez de faire?
M. Thibaudeau (Éric) : C'est
peut-être un petit peu prétentieux de vous dire ça, M. le ministre, mais je
n'en vois pas vraiment. Et je m'explique. Les donneurs d'ouvrage, les grandes
entreprises que l'on sollicite, au niveau provincial, national et
international, ont besoin d'une certaine certitude dans l'exécution de leurs
projets, qu'il y ait un régime de relations de travail qui s'applique, qui est
prévisible, notamment au niveau des dates de grève, par exemple, c'est
important pour eux. Quand un donneur d'ouvrage — j'en ai dans mes
clients qui ne sont pas membres de
l'association — planifie
un projet, bien, de savoir qu'il y a une expiration de date de convention
collective en mai 2025 dans la
construction, il y a un calcul de risque qui est fait dans l'exécution du
projet. Mais là la situation, avec deux régimes parallèles, est la suivante, c'est que vous avez un risque de grève en
mai 2025, vous avez un risque de grève à l'expiration de nos conventions
collectives, en décembre 2025, vous avez... Et là c'est pour ceux qu'on a comme
signataires de conventions collectives, d'autres
entreprises pourraient avoir d'autres échéances. Donc, ça crée une incertitude.
Ça, c'est pour les donneurs d'ouvrage, un régime plus attrayant, on sait à quoi
s'en tenir.
Pour les entrepreneurs que nous sommes, ça
permet également d'exécuter les travaux en étant synchronisés. Mes clients ne sont pas les seuls, sur un chantier
de construction, il y a les entrepreneurs qui font la bâtisse, qui font les
murs, qui font les travaux assujettis. Puis,
si on n'a pas les mêmes conditions de travail aux mêmes dates, qui finissent
au même moment, et les mêmes augmentations, ça crée des problèmes. Pour ce qui
est des travailleurs, je n'y vois pas d'inconvénient. Je m'explique. Les
travailleurs membres de l'AMMQ, avec qui nous faisons affaire, sont tous détenteurs d'une carte de compétence CCQ,
exclusivement, c'est tout ce qu'on utilise comme main-d'oeuvre. Donc, si les
travaux que nous vous demandons d'assujettir à la loi R-20 le sont, ces
salariés-là vont continuer à être représentés par des syndicats,
notamment le conseil provincial, comme je vous le mentionnais.
M. Boulet : Donc, selon vos
prétentions, c'est bonnet blanc, blanc bonnet, ou c'est du pareil au même, assujetti,
non assujetti.
M.
Thibaudeau (Éric) : En fait, là où il y a... ça crée une
problématique, le non-assujetti, c'est l'incertitude pour les donneurs
d'ouvrage.
M. Boulet : Je comprends.
M. Thibaudeau (Éric) : C'est
l'incertitude... En fait, l'incertitude des donneurs d'ouvrage est la même pour
les travailleurs. Donc, vous vous imaginez un salarié qui doit faire,
potentiellement, des négociations ou la grève en mai 2025, pour... quand il
fait des travaux assujettis. Puis, six mois plus tard, quand il va négocier
avec un des employeurs ici, pourrait se retrouver en grève une deuxième fois
dans la même année. Donc, il y a ça. Et, également, dans les désavantages, pour
nous, comme employeurs, et je fais attention aux termes que j'utilise, mais...
parce qu'on comprend comment la mécanique du Code du travail fonctionne, et
c'est pour ça que je parlais de 1937, et de se rappeler d'où on vient, notre
histoire, il y a un déséquilibre au niveau de la négociation de la convention
collective, en ce que c'est important d'avoir des conditions de travail qui
sont relativement uniformes, mais, nous, on représente juste 30 % de
l'industrie, là.
M. Boulet : Vous avez utilisé le mot
«syndicat de boutique», mais ce n'est pas véritablement des syndicats de boutique dans la mesure où ils sont détenteurs
d'une accréditation syndicale en vertu du Code du travail. Donc, il y a les
périodes ouvertes puis il y a les périodes où on peut exercer un droit de grève
ou de lock-out, le cas échéant. OK, je comprends bien.
Et donc, si je vous demande de vous mettre dans
les bottines d'un donneur d'ouvrage, vous référez à la stabilité, la
possibilité de ne pas être exposé deux fois à des risques de conflit de
travail, comme étant des avantages que les
grands donneurs d'ouvrage pourraient mettre de l'avant pour appuyer votre
recommandation. Donc, est-ce que ce serait faux de prétendre que ce que
vous nous recommandez fait à peu près... parce qu'il n'y a jamais d'unanimité,
dans le monde des relations de travail, en tout cas, je ne l'ai jamais vu ou
aperçu, mais il y aurait un fort consensus des acteurs patronaux et syndicaux
derrière la recommandation que vous nous soumettez?
M.
Thibaudeau (Éric) : Effectivement, je me permets de dire ce qui
suit : Dans l'industrie de la construction, du côté syndical, vous avez entendu, lu les mémoires
de la FTQ-Construction qui demande un assujettissement plus large, plus
contraignant que le nôtre, peut-être moins bienvenu de la part des donneurs
d'ouvrage, mais qui recommande de réassujettir certains travaux. Le Syndicat
québécois de la construction fait de même dans son mémoire. Si vous consultez ou posez des questions à la CSD, à la
CSN, ils vont vous dire qu'ils sont d'accord avec notre proposition. Et j'ai
compris, en écoutant attentivement la commission parlementaire mardi dernier,
que vous avez posé la question vous-même au conseil provincial des métiers de
la construction, qui vous a répondu positivement en
faveur d'un assujettissement, donc, du côté
syndical construction; du côté patronal construction, l'ACRGTQ l'a écrit dans son mémoire, l'ACQ appuie
notre position; la CEGQ, que vous avez entendue ce matin, également.
Et, du côté des donneurs d'ouvrage, nous, ceux
qu'on consulte... On a discuté avec le Conseil du patronat. Vous avez entendu leur réponse, contrairement à,
historiquement, où ils s'objectaient, là ils vous disent : Consultons, il
y a du bon là-dedans, nous sommes rendus ailleurs.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci,
merci. C'est tout le temps que nous avions.
M. Thibaudeau (Éric) : Merci, Mme la
Présidente.
M. Boulet : Merci à toute votre
équipe, maître.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
cède maintenant la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme
Cadet : Merci, Mme la Présidente. Merci,
Me Thibaudeau, et à vous tous, donc, d'être présents aujourd'hui.
Donc, Me
Thibaudeau, je vous entendais, donc, vous disiez... vous nous avez expliqué que
vos membres, donc, contribuent au
régime d'avantages sociaux, emploient exclusivement des salariés de la
construction qui sont détenteurs de certificat de compétence émis par la CCQ. Ils
déclarent des heures travaillées à la CCQ, mais les travaux qu'ils réalisent
ne sont pas assujettis à la R-20. Vous nous avez dit, donc, que les heures qui
sont exécutées par vos membres pour les travaux d'installation, réparation,
entretien de machinerie de production, représentent... je pense que vous avez
dit un peu plus tôt de 30 % à 40 %
des heures de l'industrie. Donc, ça voudrait dire que vous n'êtes pas... donc,
vos membres, donc, ne sont pas les
seuls dans le secteur industriel, dans la situation, là, que je viens de
décrire, que vous avez décrite précédemment.
Est-ce que vous
pouvez confirmer que votre proposition de modification réglementaire, quand...
quand on la lit dans le mémoire, elle ne toucherait pas que vos membres, mais
l'ensemble des employeurs dans cette situation-là?
• (11 h 50) •
M. Thibaudeau (Éric) : Il y a effectivement
un... une balance, si je peux l'appeler ainsi, importante d'employeurs, de
60 % à 70 % des heures, qui sont presque dans la même situation que
nous, c'est-à-dire qu'ils continuent à utiliser une main-d'oeuvre exclusivement
détentrice de certificat de compétence et occupation de la CCQ, qui
continuent à contribuer au régime sur une
base volontaire, qui trouvent leur main-d'oeuvre auprès des syndicats de
l'industrie de la construction. La
différence, c'est qu'eux, au moment où on se parle, à tout le moins, à ma
connaissance, à part les membres de notre association, eux n'ont pas
fait l'objet d'une campagne de syndicalisation de la part d'un syndicat.
Mme Cadet : Donc,
dans...
M. Thibaudeau (Éric) : Donc, ils sont dans une
zone... si vous me permettez, je m'excuse de vous interrompre, is sont dans une
zone de flottement. On fait comme si on était la CCQ, on ne l'est pas, comme si
on était assujettis, on continue à faire comme tel. Mais, juridiquement
parlant, ils sont dans... elles sont, ces entreprises-là, dans un vide.
Mme Cadet : Mais
puisque votre proposition les toucherait tout de même, donc, ces employeurs-là,
donc, ils pensent quoi de la demande? On a
parlé du fort consensus donneurs d'ouvrage, syndicats, donc, associations
patronales, mais les autres employeurs qui sont touchés, là... qui seraient
touchés par votre proposition de modification réglementaire, ils en
pensent quoi?
M. Thibaudeau
(Éric) : Comme ces entreprises-là sont membres de l'Association de la
construction du Québec et que l'ACQ appuie
notre demande, je prends pour acquis qu'ils seraient pour notre demande. La
problématique, c'est que ces entreprises-là ne sont membres d'aucune
association de travaux non assujettis, comme celle que, nous, on s'est créée.
Donc, je ne fais que présumer.
Mme Cadet : Vous
avez dit plus tôt que l'intention du législateur, bon, en 1970, 1968, était de
protéger le travailleur avec
l'assujettissement initial, là. Vous avez parlé, donc, de la... dans la
réglementation, de l'alinéa 4°, là, vous en faites référence dans
votre mémoire. Donc, concrètement, aujourd'hui, votre demande, elle va changer
quoi pour le travailleur?
M. Thibaudeau
(Éric) : Au lieu d'être... La seule différence, en ce qui nous
concerne, c'est qu'au lieu d'être membres de l'AMMQ, qui est un syndicat qui a
été... dont les dirigeants sont également des dirigeants de locaux syndicaux...
de l'international, excusez-moi, le conseil provincial des métiers de la
construction, au lieu d'être membres de l'AMMQ, ils vont être membres soit du
conseil provincial dans la construction ou un des quatre autres syndicats de la
construction auxquels ils ont droit de choisir à chaque période de maraudage,
aux quatre ans.
Mme Cadet : Vous
l'avez mentionné, donc, la R-20 ne s'applique pas, vous avez votre propre convention
collective. Puis vous l'avez évoqué un peu, donc, dans votre échange avec le
ministre, justement, donc, du libellé, donc, de conventions collectives, donc,
qui est public. Je vous amène donc à la page... à la page 12, à la
section 6.1, sur la référence de
salarié. On dit : «Lorsque des salariés sont requis, l'employeur procédera
comme suit : l'employeur communiquera avec le syndicat chaque fois
que des salariés seront requis et motivera clairement sa demande de main-d'oeuvre...» et, à l'alinéa e : «En
aucun cas, l'employeur ne peut passer outre au bureau de placement du
syndicat.»
Je
veux m'assurer d'avoir bien compris. Ici, donc, vos membres n'ont pas la
liberté dans le choix de la main-d'oeuvre.
M. Thibaudeau
(Éric) : Vous m'excuserez, je ne m'attendais pas à ces questions-là.
Je suis en train de récupérer une copie de la convention collective et de me
rendre à l'article. Écoutez, ce sont... ce sont vos mots, Mme la députée,
mais, effectivement, le processus est très clair à 6.1. Je me permets d'en lire
un petit bout : «L'employeur communiquera avec le syndicat chaque fois que
des salariés seront requis et motivera clairement sa demande de main-d'oeuvre
en indiquant», et là, «nature des travaux», «expertise recherchée», donc
qu'est-ce qu'on peut mettre comme
information. Et c'est écrit, à b : «En fonction des critères formulés par
un employeur, le responsable du syndicat s'efforcera, au meilleur de ses
connaissances, de fournir des salariés correspondant au profil recherché.
L'employeur peut soumettre au syndicat le nom de personnes non membres pour
fins de référencement éventuel ou d'embauche
immédiate en cas de pénurie, sous réserve d'une évaluation positive, tant par
l'employeur que le syndicat, des compétences et qualifications.» Et, à e, bien,
on indique qu'«en aucun cas l'employeur ne peut passer outre au bureau
de placement du syndicat».
Donc, l'employeur formule
la demande, le syndicat trouve la main-d'oeuvre. Et, comme le dit e, je ne peux
pas décider d'aller vous embaucher, Mme la ministre, je ne suis pas sûr que ça
vous intéresserait, mais je ne peux pas aller décider de vous embaucher sans
avoir l'aval du syndicat, effectivement.
Mme
Cadet : Donc, vous devez exclusivement passer par le
syndicat pour le référencement de la main-d'oeuvre.
M. Thibaudeau (Éric) : Oui.
Mme Cadet : Donc, vous confirmez que
le mécanisme qui est prévu au chapitre 9.1 de la loi R-20, il n'est
pas répliqué dans vos conventions. Je vois des membres, donc...
M. Thibaudeau (Éric) : 9.1 étant le placement...
Bien, effectivement, on n'est pas assujetti à la loi R-20, donc le
placement syndical n'est pas interdit.
Mme Cadet : Merci. Dans votre
mémoire, vous indiquez aussi qu'opérer à l'extérieur du cadre R-20, ça ne
permet pas aux entreprises de demeurer concurrentielles, productives et
efficaces. Vous énumérez des exemples de notions qui sont issues du cadre
normatif du Code du travail, de la Loi sur les normes du travail, de la LATMP,
qui n'ont pas cours dans l'industrie, mais qui s'appliquent à vos membres, bien
évidemment. Est-ce que vous avez des exemples
tirés, cette fois-ci, du cadre de négociation des conventions qui viendraient
affecter vos coûts de production?
M. Thibaudeau (Éric) : Oui. Si vous
me permettez, je veux juste reculer sur les exigences, parce que, moi, je
pense, c'est important. Le fondement même de ce qu'on vous demande, c'est de
réaliser que le Code du travail, la Loi sur les normes ne sont pas adaptés aux
réalités de notre industrie, pour toutes sortes de raisons, on en énumère dans
notre mémoire. Et on apprécierait vraiment si les gens qui participent à la
commission prenaient le temps de lire ces inconvénients-là, parce que vous
allez voir que ce sont des exigences de la loi qui sont difficilement
compatibles avec des travaux de
construction. Et je vous donne un exemple bien simple. Dans la construction, on
peut sous-traiter, il n'y a aucune...
aucun empêchement de sous-traiter. Pourquoi? Bien, parce que tout le monde a
les mêmes conditions de travail, c'est la même convention collective qui
s'applique, provincialement parlant. Donc, que ce soit A ou B qui fasse les
travaux, c'est les mêmes conditions de travail.
Donc, on y va vraiment par spécialité
d'entreprise puis on s'adresse à la meilleure entreprise pour faire les
meilleurs travaux possible avec efficience et productivité. Alors que, dans le
Code du travail, il est interdit, vous le savez, quand une main-d'oeuvre est
visée par un certificat d'accréditation, de sous-traiter, à moins que la
convention collective le permette. Vous avez copie la convention collective, de
toute évidence, vous irez voir à la fin, il y a une annexe. C'est compliqué de prévoir
les noms d'entreprises, il y en a tellement. Ça limite la flexibilité, à ce
niveau-là, de l'exécution des travaux. Je m'excuse. C'est important pour moi de
donner ces exemples-là, parce que le syndicat n'a rien exigé de ça, nous, on
n'a rien exigé de ça. Ce sont des exigences de la Loi sur les normes et du Code
du travail, mais qui, pardonnez-moi l'anglicisme, «jive» mal avec les réalités
de notre industrie.
Pour ce qui est de ce qui découle de la
convention collective comme telle, bien, les travailleurs, les salariés
s'attendent nécessairement à ce qu'on maintienne minimalement les conditions de
travail qu'ils ont déjà dans l'industrie de
la construction. Donc, la base de négociation, c'est la convention collective,
l'industrie de la construction, et donc nécessairement tout ce qui va en
résulter ou découler, suivant les demandes syndicales qui vont être faites,
même si on est les plus chiches et féroces négociateurs possible, sera
nécessairement des écarts à la hausse entre notre convention collective et ce
qui existe dans l'industrie de la construction.
Mme Cadet : Donc, par exemple, dans
la convention en renouvellement, en ce moment, donc, qu'est-ce que ça signifie
en termes d'écart?
M. Thibaudeau (Éric) : Ce n'est pas
que je n'ai pas la réponse, je fais attention et je tiens à le dire : Nous
avons conclu une entente de principe à la fin janvier, et le syndicat est en
tournée de ratification présentement, donc, la semaine dernière. Il reste une
assemblée ce soir, je crois. Donc, je vais faire attention à comment je
m'avance dans les propos. Je peux dire qu'il
y a une augmentation de salaire, dans les deux prochaines années, qui est substantiellement
plus élevée que celle de la construction. Ça, c'est un exemple que je peux
donner. Je peux donner un exemple. J'en ai énuméré quelques-uns dans notre
mémoire, là, mais, essentiellement, on pourrait aussi parler... Oui, bien, en
fait, je regarde la plus pertinente dans la liste qu'on vous a... je vous
invite à la lire, mais c'est sûr que l'interdiction totale de recruter de la
main-d'oeuvre, dont on vient de parler un petit peu plus tôt, bien, peut-être
qu'on pourrait aider le syndicat à recruter ailleurs, autrement, de diverses
manières, ça manque un peu de flexibilité. Vous verrez dans le même article que vous m'avez souligné, en fait,
l'article suivant, le 6.2, que le droit de transférer de la main-d'oeuvre à
un... d'un chantier à un autre est possible, mais limité à un certain nombre de
travailleurs. Donc, ça fait en sorte que, dans les nouveaux travailleurs qui
arrivent à un autre chantier, il faut refaire les périodes de formation en
santé, sécurité, par exemple.
Donc, ça, ça représente des coûts dans les
millions de dollars de la formation initiale en chantier pour les
entreprises que nous représentons. Ce sont des... ce sont des exemples.
Mme Cadet : Merci.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. C'est tout le temps que nous
avions. Maintenant, je cède la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour à vous quatre.
M. Thibaudeau
(Éric) : Bonjour.
M. Leduc : Plusieurs
associations patronales viennent ici nous parler pour nous demander de venir
modifier le contenu des conventions
collectives. Vous, vous prenez un chemin un peu différent, vous dites :
Nous avons un contenu de convention collective qui nous déplaît, en tout
cas, à la page 7, vous en nommez, là, cinq, puis on en a... on vient
d'évoquer l'interdiction de recruter la main-d'oeuvre. Mais j'avoue que je suis
un peu surpris de votre démarche, parce qu'en plus ce n'est pas un secteur qui
est syndiqué depuis des décennies, là, où on pourrait essayer de plaider :
Bien, nous, on arrive, puis là il y a comme
un truc qui est là depuis tout le temps. Vous, c'est nouveau, ces conventions
collectives là, ou, du moins, relativement
nouveau. Mais tout ça, ce n'est pas le Saint-Esprit qui vous a imposé ça, là.
Vous avez vous-mêmes négocié ça, vous avez signé, vous avez négocié.
Pourquoi nous, on viendrait, comme législateurs, commencer à jouer dans le
contenu des conventions collectives que vous avez négociées?
• (12 heures) •
M. Thibaudeau
(Éric) : Premièrement, si vous permettez de rectifier le tir sur une
chose, notre position, c'est qu'on appuie le projet de loi tel quel. Je n'ai
pas dit que j'appuyais le Conseil du patronat puis que je voulais que ce soit encore plus large, plus loin. Donc,
nous, c'est le projet de loi «as is» que nous appuyons avec la demande que
nous, on vous fait. Donc, cet équilibre
précaire là que vous manifestez, là, dans vos questions aux divers intervenants,
on est sensibles à ça, puis on le comprend
et on ne demande pas au ministre, dans ces sujets-là, d'aller plus loin que ce qu'il
propose dans le projet de loi.
M. Leduc : Est-ce que, dans les conventions que vous avez
signées librement, toujours, il y a des clauses de... rétroactivité
salariale?
M. Thibaudeau
(Éric) : Non.
M. Leduc : Aucune?
M. Thibaudeau
(Éric) : Non.
M. Leduc : Donc,
le fait d'avoir la possibilité de le faire dans le Code du travail n'est pas un
automatisme, que ça s'applique dans toutes les conventions du Québec, ça se
négocie. Donc, ça veut dire que soit ça n'a pas été abordé à votre table de
négo ou soit que ça a été abordé, mais retiré en échange de quelque chose
d'autre.
M. Thibaudeau
(Éric) : Dans l'ancienne... la première convention collective, celle
qui est publiée, ça n'a pas été question.
Dans celle qui a été en négociation, là, ça «a été question de», mais ce n'est
pas prévu, effectivement, dans l'entente de principe.
M. Leduc : Si
on...
M. Thibaudeau
(Éric) : Cependant, je tiens à vous dire...
M. Leduc : Allez-y.
M. Thibaudeau (Éric) : ...quelque chose,
peut-être pour éclaircir tout le monde, si vous permettez, je prends la balle
au bond.
M. Leduc : Rapidement,
parce que j'ai une autre question.
M. Thibaudeau
(Éric) : Oui. Si vous prenez la convention collective, que vous
avez... qui est publiée, là, publique, celle
qui vient d'échoir, là, en décembre, puis que vous prenez la convention
collective du secteur industriel de la construction, là, à part le
référencement dont on vient de parler à 6.1, là, ça ressemble beaucoup à
l'industrie de la construction.
M. Leduc : Je
regarde les salaires, les pensions, les repas, les vacances. Ce qui a été
négocié dans vos conventions collectives, c'est toujours un peu meilleur que ce
qu'il y a dans la CCQ. Donc, je ne peux pas m'empêcher de voir qu'il y a là une
espèce d'intérêt pécunier, bien sûr, en étant assujetti à la construction,
d'avoir moins de dépenses dans un futur assez proche. Je ne peux pas m'empêcher
aussi de constater que, si vous faites ce «move» là, ils n'auront plus accès à
la loi anti-scab, ils n'auront plus le droit de faire des griefs sur les
salaires. Donc, je vois... je vois mal comment c'était un avantage pour les
travailleurs et travailleuses. Puis vous faites souvent une comparaison avec le
reste des secteurs industriels... de la construction, pardon, mais vous n'êtes
pas en compétition directe non plus avec... c'est comme des industries assez différentes,
non?
M.
Thibaudeau (Éric) : Non, on est en compétition directe avec eux, en
compétition directe avec le groupe de l'AESPIQ, qui est non syndiqué puis qui
coûte environ 9$, 10 $ de l'heure moins cher que nos membres ici, première
chose. Deuxième chose, je suis en désaccord avec l'affirmation que vous faites
que, quand je regarde les frais de chambre et pension versus la construction,
c'est moins cher. C'est vrai pour le secteur industriel qui applique l'ACQ, c'est faux pour le secteur génie civil dans
lequel il y a aussi la machinerie de production, qui sont rendus bientôt
à 159 $. Donc, c'est faux. Il faut faire attention.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Je cède maintenant la parole au député
de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci
beaucoup d'être avec nous aujourd'hui. Merci pour votre mémoire.
L'article 1b
du règlement, j'ai consulté la jurisprudence que vous citez à la note de bas de
page 2 de votre mémoire, et il
est à l'effet que, quand on analyse la preuve, dans certains cas, cet
article-là ne trouve pas application, dans d'autres, il trouve
application. Est-ce que, dans le fond, ce que vous nous demandez, ce n'est pas
de modifier ou d'intervenir pour corriger un courant jurisprudentiel avec
lequel vous n'êtes pas d'accord? Premièrement.
Et deuxièmement, je
sais qu'on a peu de temps, mais, en conclusion, vous dites dans votre
mémoire... vous dites que ce que vous suggérez, ça ne fait perdre aucun droit
aux salariés. Je comprends que vous avez répondu à ma collègue de Bourassa-Sauvé
que, bon, c'est une question, là, d'appartenance syndicale, mais, en réalité,
vous, vous dites : Les conditions de
travail... Ça va avoir un impact sur les conditions de travail. Donc, est-ce
que vous êtes capables de nous dire quelles conséquences vous voyez que
ça peut avoir sur les conditions de travail? Parce que vous, vous y voyez un
avantage. Est-ce que, donc, il y a un désavantage pour les employés concernés?
M. Thibaudeau
(Éric) : Bien, je vais commencer par votre deuxième question, c'est la
plus simple à répondre. Qu'ils soient membres dans l'AMMQ ou membres de... dans
la construction, de l'Inter, de la FTQ, ou peu importe, il y a une table de
négociation. Ils peuvent demander et obtenir ce qu'ils veulent. OK? Ça fait
que, que ce soit avec nous, le Code du travail ou que ce soit R-20, ils peuvent
négocier et obtenir les conventions qu'ils veulent. Ça, c'est un.
Deux. Sur votre
question sur le règlement, il y a deux mots qui sont problématiques : la
notion d'employeur professionnel. Et ce que les
jugements sont venus dire au début de l'année 2000, c'est de dire :
Bien, la machinerie de production, ça ne comptera jamais dans le mot
«professionnel». Ça fait que, là, c'est comme un... vous me permettrez l'expression,
un chien qui court après sa queue : je fais des... je fais des travaux CCQ
avec des travailleurs CCQ, mais parce que les heures que je fais en machinerie
de production ne comptent jamais dans mon statut d'employeur professionnel, je ne suis jamais employeur
professionnel. Donc, ça fait en sorte que le règlement ne s'applique jamais.
Et les salariés
principalement issus de la construction, bien, vous lirez la jurisprudence. Il
y a un décideur qui a décidé que je ferais un «snapshot» de l'industrie
complète du Québec. Il y a... Je ne me souviens plus les chiffres, mais il y a
700 chaudronniers dans la construction et il y en a 3 500 selon le
ministère du Travail. Ce n'est pas une expertise issue principalement de
l'industrie de la construction, alors que l'objectif du législateur, à l'époque,
c'était de dire : Quand j'utilise une
main-d'oeuvre CCQ, là, issue de la CCQ, elle va être traitée CCQ. C'est aussi
simple que ça.
Alors, la proposition
qu'on fait, elle est simple, dans un texte simple qui rétablit cet
équilibre-là, qui a toujours été voulu par tout le monde, donneurs d'ouvrage,
travailleurs, syndicats de la construction. Vous n'avez pas entendu un syndicat
de la construction venir vous dire qu'il était en désaccord avec ce qu'on
demandait là.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. C'est tout le temps que nous avions. Donc, je vous
remercie pour votre contribution à nos travaux de la commission.
La commission suspend
ses travaux jusqu'à... jusqu'après les avis touchant les travaux de la
commission, vers 15 h 15. Merci.
(Suspension de la séance à
12 h 06)
(Reprise à 15 h 15)
La Présidente (Mme
D'Amours) :
Nous reprenons nos travaux. À l'ordre, s'il vous
plaît! La Commission de l'économie et du travail reprend ses travaux. Et je
demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leur appareil électronique.
Nous
poursuivons les consultations particulières et auditions publiques sur le
projet de loi n° 51, Loi
modernisant l'industrie de la construction.
Cet après-midi, nous
entendrons les témoins suivants, soit : la Commission de la construction
du Québec, la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, la Fédération
des chambres de commerce du Québec et le... et la Régie, pardon, du bâtiment du
Québec.
Je souhaite
maintenant la bienvenue à la Commission de la construction du Québec. Je vous
rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, et, par la suite, nous procéderons à la
période d'échange. Alors, je vous invite à vous présenter et à commencer
votre exposé, s'il vous plaît.
Commission
de la construction du Québec (CCQ)
Mme Murray (Audrey) : Merci, Mme la Présidente. Merci à vous et aux membres, là,
de la commission d'avoir invité la Commission de la construction du Québec.
Je suis Audrey Murray, la présidente-directrice
générale de la Commission de la construction. Je suis accompagnée d'Isabelle
Blais, secrétaire générale de la commission, Pierre-Luc Désilets,
vice-président par intérim, Service à la
clientèle et aux partenaires, et Mélanie Malenfant, vice-présidente par
intérim, Communications, stratégies et innovation.
Donc, Mme la Présidente, mon intervention de cet
après-midi sera portée par le grand respect que la CCQ porte aux représentants
qui... aux représentations qui ont été faites au cours des derniers jours par
les participantes et participants à vos
travaux, car, parmi ceux-ci, se trouvent plusieurs administrateurs et membres
des comités paritaires de la commission qui, à titre d'associations et
de leaders du secteur de la construction, sont venus vous voir afin de mettre
au jeu une lecture et des propositions parfois divergentes concernant le projet
de loi 51.
Comme vous le savez peut-être déjà, au terme de
vos travaux, suivant la sagesse des parlementaires, l'organisation que je
dirige sera responsable de mettre en oeuvre le projet de loi 51, qui sera
devenu loi. Et, afin de bien faire notre travail, la CCQ devra miser sur la
confiance et la mobilisation de tous et de toutes. C'est pourquoi, aujourd'hui,
je souhaite mettre au jeu avec mon équipe des informations stratégiques pour
alimenter vos réflexions et qui permettront
d'éclairer vos travaux, sans pour autant nous prononcer sur le projet de
loi 51. Je souhaite d'abord... Je vais
vous présenter deux grands moteurs de transformation qui, à mon avis, doivent
être tenus en compte dans vos réflexions, mais, avant tout, je vais vous
présenter la Commission de la construction du Québec.
D'abord, vous dire que c'est une grande
organisation qui est au service de la prospérité, bien sûr, de l'industrie de
la construction mais aussi du Québec, se rappeler que cette industrie
représente 6,6 % du PIB de notre économie et un emploi sur 15 au Québec.
Elle est financée de manière privée par un prélèvement à même la masse salariale
et un soutien ponctuel du gouvernement pour la lutte au travail au noir. Qui
est la commission? C'est près de 1 million de contacts clients par année
au service des 200 000 travailleurs, travailleuses et
27 000 entreprises qui oeuvrent sur les chantiers du Québec. En
matière de qualifications et de formation, c'est un ordre professionnel, en
quelque sorte. Donc, chaque année, on émet plus de 35 000 certificats
de compétences, permis de travail. On accompagne dans leur apprentissage les travailleurs
et travailleuses et on offre également du perfectionnement. Donc, l'année
dernière, année record, 25 000 personnes ont pu bénéficier de
formation continue dans l'industrie de la
construction. On est aussi une compagnie d'assurances. Donc, à l'échelle du Canada,
je crois qu'on est la deuxième en importance.
On dessert plus de 150 000 assurés. On offre également un service à
nos 100 000 retraités, donc ça représente près de
1 milliard de déboursé par année. La commission est également responsable
d'assurer la conformité sur les chantiers. À
cet égard, on visite plus de 50 000 chantiers par année, on rencontre
près de 100 000 travailleurs, travailleuses et plusieurs
dizaines de milliers d'entreprises. Et évidemment on exerce les recours
appropriés. Et finalement elle est fiduciaire de neuf fonds pour une valeur de
33 milliards. Et, à cet égard, elle est quatrième déposante à la Caisse de
dépôt pour le régime de retraite des travailleurs, travailleuses. Elle peut
compter sur une équipe de 1 300 personnes à travers le Québec. Elle
travaille, bien sûr, cette mission en concertation avec les grandes
associations qui composent le secteur de la construction et évidemment les
joueurs clés gouvernementaux et privés.
Donc, maintenant les deux constats, deux grands
moteurs dont je voulais vous faire part pour alimenter votre réflexion. Le
premier, c'est... quand on regarde la situation économique actuelle, malgré le
fait qu'elle est incertaine et difficile pour certains secteurs, ce qu'on
observe, c'est que l'industrie est dans un cycle de croissance qui devrait se
maintenir à court et moyen terme. Donc, en 2024, on a annoncé une baisse de
3 %, mais globalement, quand on regarde d'ici 2028, notre équipe
d'économistes prévoit qu'on va dépasser le sommet de 2021, donc atteindre
jusqu'à 210 millions d'heures travaillées. C'est un sommet historique au
Québec depuis qu'on cumule les données. Bien sûr, il faut faire des nuances. Le
secteur du génie civil, actuellement, est déjà dans un sommet. Le secteur
industriel est porté par la nouvelle impulsion de la filière batterie, donc
accuse aussi une augmentation importante des heures. Toutefois, le secteur
institutionnel, commercial et résidentiel vivent un soubresaut dû à la
situation économique. Du côté des régions,
on observe aussi une croissance qui va permettre à toutes les régions de
bénéficier de cette situation-là, bien que cette année, dû aux
soubresauts du côté résidentiel, commercial et institutionnel, les deux grandes
régions métropolitaines, Montréal et Québec, subissent une diminution
significative, notamment à Montréal.
• (15 h 20) •
Donc, tout en tenant compte de ces nuances, on
trouvait important aujourd'hui de... de vous faire part du fait que, tu sais, les besoins sont importants dans les
prochaines années. Et donc ce cycle de croissance économique là va poser
des défis importants pour notre secteur, notamment au regard de la mission de
la commission et en regard des besoins de main-d'oeuvre, et, bien sûr, on parle
de main-d'oeuvre compétente, et c'est le deuxième élément que je voulais mettre
au jeu aujourd'hui.
Donc, la
commission prévoit qu'au cours des cinq prochaines années... elle estime que
les besoins de main-d'oeuvre donc seront... pour répondre à la demande
de main-d'oeuvre compétente en nombre suffisant, on aura besoin de
17 000 personnes par année d'ici 2028. Quand vous faites le compte,
c'est près de 70 000 personnes nouvelles qui vont devoir nous choisir
pour répondre au roulement de la main-d'oeuvre, mais aussi à la croissance
économique à laquelle on fait face. Or, on sait très bien que le Québec est
traversé par une grande transition démographique et que la chasse aux talents
est ouverte dans tous les secteurs d'activités, que la capacité d'attrait de
nos formations professionnelles a diminué, a fluctué dans les dernières années,
que, comme industrie, on a des grands défis. On vous en a parlé. On a un enjeu d'abandon quand même important de nos
travailleurs, travailleuses. Et dans les dernières années, on a assisté aussi à des entrées de nouvelles mains-d'oeuvre
non diplômées. Et évidemment, comme tous les secteurs économiques, il faut
s'assurer qu'on offre des conditions intéressantes pour séduire les jeunes,
pour qu'ils nous choisissent. Donc, c'est certain que la commission a la
responsabilité, avec ses partenaires, de regarder cette situation-là, de
poursuivre le travail qu'on a à faire d'attraction, de rétention, de
développement de la main-d'oeuvre, travailler bien sûr sur l'amélioration du
climat de travail et être plus inclusif.
Et donc, ce grand défi, on doit maintenant
l'envisager au niveau de la main-d'oeuvre, non seulement d'un point de vue
qualitatif, mais d'un point de vue... non seulement d'un point de vue
quantitatif, mais aussi d'un point de vue
qualitatif, car, quand on parle de productivité, de notre côté, on doit miser
sur la compétence pour être capable d'y arriver. Donc, comment faire
pour relever ce grand défi? La commission comprend que le projet de loi met au
jeu plusieurs propositions et que, depuis le début de vos travaux, bien sûr, il
y a eu d'autres propositions qui vous ont été suggérées. Donc, à notre niveau
et en regard de nos responsabilités, à l'écoute de ce que les gens vous ont
dit, bien sûr, on a l'intention de poursuivre certaines initiatives, qui sont
déjà en marche, que je voulais vous partager parce qu'elles sont apparues comme
étant convergentes, à mon avis, de la part des gens qui sont venus vous voir.
D'abord, un engagement ferme de la commission en
faveur de l'accueil de davantage de femmes. Également, ouvrir la porte aux Premières
Nations, aux groupes sous-représentés
pour être une industrie plus inclusive. Un engagement aussi sans
compromis pour la compétence au coeur de nos priorités, une lutte constante
contre le travail non déclaré, et assurer la
conformité sur nos chantiers, et, bien sûr, un engagement sans faille de notre
part en faveur de la concertation et de la collaboration comme un moyen
de trouver des solutions rassembleuses.
Donc, en
conclusion, Mme la Présidente, la commission souhaite bien sûr être une alliée
des leaders syndicaux, patronaux, des entreprises, de la main-d'oeuvre, de
l'industrie de la construction et des joueurs clés qui oeuvrent avec notre secteur d'activité. Notre objectif, c'est
bien sûr générer la confiance, créer de la valeur. Et, bien sûr, notre
engagement à mettre en oeuvre ce que l'Assemblée nationale décidera sur
ce projet de loi est total.
À notre avis, c'est un moment historique pour
notre industrie de livrer... de livrer des choses importantes. La société s'y
attend. On manque de logements, on a besoin d'entretien, de développer nos
infrastructures, également les hôpitaux, les écoles, les garderies et, bien
sûr, contribuer à la transition énergétique du Québec.
Donc, la
commission sera au rendez-vous avec ses partenaires, puis il nous fera plaisir
de répondre à vos questions aujourd'hui à cet égard.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vous remercie pour votre exposé. Nous allons débuter maintenant la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. D'abord, vous remercier pour votre présence puis pour la belle
présentation, Mme Murray, puis à toute votre équipe. Puis je profite de
l'opportunité pour féliciter la CCQ pour son engagement
à faire en sorte qu'une industrie tellement fondamentale soit non seulement
effervescente, mais inclusive, diversifiée et prospère.
Et vous le
mentionniez, Mme Murray, les besoins sont cruciaux au Québec dans toutes
les missions essentielles de l'État, là, le logement, les infrastructures,
les projets industriels, les hôpitaux, les écoles, et tout ce qui découle de
la... la filière batterie, la filière énergie, et tout ce qui est associé à la
transition énergétique, vous le mentionnez très bien, d'où l'importance d'un
projet de loi, je répète souvent, Mme Murray, qui n'est pas une finalité,
qui est un des éléments d'un grand casse-tête qui va faire en sorte qu'on soit
respectueux de nos entrepreneurs, de nos syndicats et de nos travailleurs,
travailleuses.
Puis je sais à quel point la Commission de la
construction du Québec doit être en quête constante d'un équilibre entre les
parties, c'est ce qu'on appelle le paritarisme, et j'ai beaucoup de... d'estime
pour votre position de ne pas vous immiscer
dans le mérite du projet de loi. Je vous avoue qu'on a un peu le même défi,
comme législateurs, hein, puis je me plais à répéter que, quand on
travaille à écrire un projet de loi, on est aussi soucieux de l'importance
d'être modéré, équilibré, puis de redire constamment qu'un projet de loi, il
est aussi perfectible.
Les besoins,
aussi, en main-d'oeuvre. Bon. Vous référiez aux 17 000 par année d'ici
2028, je pense qu'on a des objectifs communs, puis les syndicats qu'on a
entendus ont aussi des objectifs communs. Je vois des représentants syndicaux
qui sont avec nous, qui ont témoigné au début des consultations particulières.
Puis moi, je me plais à le rappeler.
Et, quand on parle d'équilibre, c'est respecter les compétences, c'est
s'assurer d'une bonne qualité et, au-delà de tout ça, la santé et
sécurité de tous ceux qui oeuvrent dans l'industrie de la construction.
Il y a
quelques points, puis je vais poser des questions assez rapides,
Mme Murray, à l'égard desquels j'aimerais avoir vos commentaires.
D'abord, l'inclusion des femmes. Vous avez parlé... Puis je pense qu'on est
rendu à 3,8 % de représentativité. Si
on revient en 2015, on était pas mal en arrière. Il y a eu un programme d'accès
à l'égalité pour les femmes. J'aimerais ça savoir de vous quel est
l'état de ce programme d'accès et qu'est-ce qui est anticipé pour faire suite
au programme actuel d'accès pour améliorer la représentativité des femmes.
Mme
Murray (Audrey) : Merci, M. le ministre, de cette question. Mme la
Présidente, en fait, effectivement, depuis 2015, il y a un programme
d'accès à l'égalité qui a été mis de l'avant par la Commission de la
construction du Québec, qui était ambitieux, qui visait une cible,
effectivement, de... de 3,5 %, qu'on a atteinte. Et on est à un moment crucial
où on doit refaire nos devoirs pour proposer un nouveau programme d'accès des
femmes. Donc, je pense que vous le constatez, la... la marche est longue pour
les femmes dans l'industrie de la construction.
Bien sûr
qu'il faut se réjouir du fait qu'on se rapproche au moins de la moyenne
canadienne, donc on n'est pas la seule
province où c'est difficile d'accueillir des femmes de métier sur les
chantiers. La moyenne canadienne est à 3,9 %. Le
Québec a réduit l'écart du départ de 2015, donc on est rendu à 3,8 %.
Mais, avec les besoins de main-d'oeuvre qu'on
a, bien sûr, je pense qu'il faut qu'on fasse un vrai examen de conscience pour
voir quelles mesures on va relancer, qu'est-ce qu'on va mettre au jeu
pour être capable d'ouvrir davantage la porte et surtout les retenir davantage,
parce que — je
faisais évaluer par mon équipe — si on avait eu le même taux de roulement
qu'on a pour les hommes, pour les femmes
aujourd'hui, on a 7 400 femmes sur nos chantiers de construction qui
bâtissent le Québec, on en aurait 8 500.
Donc, bien
sûr qu'il faudra travailler dans ce programme d'accès là à revoir comment on
les... on les... on sollicite l'intérêt
des femmes pour nos métiers, mais c'est toujours délicat de solliciter
l'intérêt si on n'est pas capables d'offrir un milieu de travail qui
soit adéquat.
Donc, il faudra travailler, bien sûr, en même
temps, avec les centres de formation professionnelle. Je vous dirais, ça commence là, on veut davantage de
femmes dans les programmes de formation, les DEP, qu'on appelle, là, de
nos métiers, bien sûr, dans l'industrie de la construction. On va demander
la... solliciter la complicité des centres de formation pour travailler avec
nous, s'assurer que ce premier milieu non traditionnel dans lequel les femmes
se retrouvent, hein, parce que c'est majoritairement aussi des hommes qui sont
dans nos programmes de formation, soit adéquats.
• (15 h 30) •
Et, bien sûr, on va se questionner sur qu'est-ce
qui a bien marché, moins bien marché dans leur intégration, leur maintien. On a
lancé, cette semaine, un sondage auprès des 7 400 femmes actives et
des femmes qui ont quitté l'industrie depuis cinq ans pour aller leur
demander : Qu'est-ce qui a bien fonctionné dans les mesures qu'on a mises en place? Qu'est-ce qui a moins bien fonctionné?
Qu'est-ce qu'on pourrait faire de plus, de mieux? Et évidemment ça
interpelle la commission, mais ça interpelle tout le monde. C'est une
responsabilité collective, parce que c'est un changement
de culture qu'il y a derrière cet enjeu d'accueillir davantage et mieux les
femmes qui choisissent nos métiers. Et
c'est un changement de culture qui va être à l'avantage du... du groupe, en
fait, parce qu'on parle d'améliorer, hein?
On connaît les facteurs d'abandon, là. Donc, nos
trois facteurs principaux d'abandon, hein, c'est... c'est le climat de travail, c'est la conciliation
travail-famille et la difficulté d'exercice du métier. Donc, si on travaille
ces éléments-là, on peut penser que ça va être bénéfique pour l'ensemble
du groupe.
Donc, il y a
beaucoup à faire, et c'est certain que mon espoir, c'est que le donneur
d'ouvrage principal, qui est le donneur d'ouvrage public au Québec, soit aussi
avec nous dans le fait de mettre au jeu des mesures qui pourraient nous permettre
d'accueillir davantage de femmes sur nos chantiers.
M. Boulet : Tout à fait. Sur nos
chantiers et dans les programmes de formation, notamment, qui mènent à un
diplôme d'études professionnelles, c'est ce qu'on constate, notamment, au
ministère de l'Éducation, que le nombre de femmes est en augmentation. Je
référais à l'exemple de la cohorte en électricité à Trois-Rivières, où il y
avait 11 filles et 11 garçons, ce qui est aussi bénéfique pour
l'apprentissage et pour une intégration réussie qui mène à une meilleure
rétention, ultimement.
J'aimerais
vous entendre de la même manière pour un programme d'accès pour les Premières Nations et Inuits. Quel est l'état de la situation et qu'est-ce que vous
anticipez?
Mme Murray (Audrey) : Merci, M. le ministre. Donc, Mme la Présidente,
effectivement, là, la commission a mis en place, là, des démarches de
concertation, de cocréation. On l'a fait pour les femmes, mais on l'a aussi
fait, dans les dernières années, avec les Premières Nations, Inuits et Cris,
justement, pour bâtir un plan de match collectif aussi avec les intervenants gouvernementaux pour... pour se donner une
cible ambitieuse. On annoncera, dans les prochaines semaines, prochains mois, là, ledit programme, et
donc on l'appelle le PACPNI pour vous amener un peu dans nos... dans nos
acronymes.
Donc, effectivement, on a aussi fait un examen
fin des enjeux propres aux Premières Nations qui freinent leur arrivée donc sur
les chantiers et on a identifié les mesures qui pouvaient aider à les
accueillir davantage dans des parcours de formation, toujours en misant sur la
compétence, mais, bien sûr, aussi en accompagnant les entreprises et en
accompagnant les différentes cohortes dans leur parcours pour qu'ils puissent
et elles puissent s'y retrouver et... et s'épanouir. Parce qu'en fait, la
difficulté, quand on parle des groupes sous-représentés, il y a toujours une
hésitation de nommer les enjeux, hein, puis
de donner l'impression que ce n'est pas possible de s'épanouir, donc en même
temps de ne pas inciter ni les femmes ni les Premières Nations à nous... à
se joindre, dans le fond, à la main-d'oeuvre dans l'industrie. Donc, je
veux dire que, quand même, on a près de 1 % de notre main-d'oeuvre déjà
qui est issu des Premières Nations, des Inuits, et des Cris, et il y a un grand
intérêt de la part de ces communautés-là à se joindre à la commission... pas à
la commission, au chantier. Désolée.
M. Boulet : Totalement. Dans
certaines régions, de façon plus particulière. Et je ne ferai pas le tour de
tous les groupes issus de la diversité, mais vous avez remarqué que, dans le
projet de loi, on veut s'assurer que les mesures d'inclusion et de diversité
soient applicables à tous les groupes issus de la diversité, donc aussi les
minorités visibles, les personnes en situation de handicap puis les personnes
immigrantes. Souvent, on s'est fait dire au fil des années que les normes de
reconnaissance des acquis, des compétences, que la formation et de l'expérience
étaient encore à établir, ça fait que c'est certain que le projet de loi vise à
ce qu'on aille de l'avant.
Je sais qu'on est limités dans le temps, mais
vous parlez beaucoup des compétences. Et évidemment on n'a pas tous les leviers
dans une loi qui concerne essentiellement les relations de travail, la gestion
de la main-d'oeuvre, mais je sais que vous êtes à pied d'oeuvre. Notamment, on
se plaît à dire que la voie à privilégier, c'est le diplôme d'études professionnelles. Mais, comme il y a une
forte pénurie de main-d'oeuvre, ce déficit-là impose des impératifs de trouver des façons
alternatives pour accroître les compétences des personnes qui intègrent
l'industrie de la construction. Puis on a mis en place les attestations
d'études professionnelles.
Mais il y a
une offre de formation, notamment, à laquelle on réfère constamment, c'est
l'alternance travail-études. On sait qu'il y a près de
200 000 jeunes au Québec qui ne sont ni en emploi, ni aux études, ni
en formation. Puis, quand vous parlez d'attractivité, c'est un potentiel humain
immense. Et l'alternance travail-études, dans la mesure où ça confère une
capacité de soutenir des besoins financiers et que ça consacre aussi la
symbiose essentielle entre le travail puis les études, c'est une voie
certainement à développer. Puis vous savez que depuis les derniers allègements
réglementaires, même les étudiants dans le parcours DEP peuvent travailler
durant l'été, les périodes de congé puis les périodes de relâche. Puis, ça
aussi, ça donne des bons résultats.
Mais j'aimerais ça que vous nous parliez de ce
qu'on appelle le Comité de formation professionnelle dans l'industrie de la
construction. Quel est son rôle? Quel est l'état de la situation aussi à
l'égard de l'augmentation de l'offre de formation en alternance travail-études?
Parce qu'on ne fera pas ça, malheureusement, dans le projet de loi. On se fie
beaucoup... Puis moi, j'aime beaucoup la formation qui est assumée par ceux qui
peuvent le faire, qui ont le potentiel pour le faire. Donc, je veux vous
entendre là-dessus, Mme Murray, sur les compétences. Donc, ça réfère à la
formation.
Mme Murray (Audrey) : Parfait. Donc, merci, M. le ministre. Donc, Mme la
Présidente, effectivement, à la commission,
il y a un comité qu'on appelle le CFPIC, un acronyme de plus, qui est notre
comité dédié à la formation... à la formation dans l'industrie de la
construction, qui réunit des représentants désignés par les associations
patronales et syndicales et il y a également
un représentant du ministère de l'Éducation qui est présent. Et il incarne
parfaitement, là, les discussions et, bien sûr, là, les stratégies qu'on
peut se donner au sein de la commission avec le conseil d'administration sur
certains aspects des responsabilités en matière de formation. Donc,
sommairement, c'est un comité, hein, qui nous aide autant au niveau de notre
prévision quantitative que sur les enjeux qualitatifs qui peuvent toucher la
formation professionnelle.
Et peut-être à cet égard vous donner des
éléments de travaux, là, qui sont en cours ou à débuter. Bien sûr, la commission, je le disais d'entrée de jeu, a la
responsabilité, avec le comité... avec le CFPIC et ses comités... sous-comités professionnels...
J'aurais dû en parler. Donc, dans notre arborescence, on peut en plus
bénéficier de sous-comités de métiers et de sous-comités régionaux, donc, qui
ont chacun leur expertise et qui viennent dans notre écosystème, donc,
alimenter cette intelligence collective qu'on met de l'avant pour faire évoluer
les choses. Mais dire que dans les travaux qu'on a entamés, qu'on a à faire ou
qu'on a à mieux faire ensemble, bon, d'abord, ça commence par notre estimation
de besoins de main-d'oeuvre, hein? Bien sûr, on a un modèle assez robuste, mais
on voit qu'on a des opportunités peut-être de s'améliorer, notamment en se
connectant davantage avec les donneurs d'ouvrage publics, la commission, pour
mieux comprendre ce qui s'en vient en termes de travaux, ça va se passer quand,
on va besoin de quel profil de main-d'oeuvre, où ça va se passer sur le
territoire. Donc, il y a des travaux d'amélioration qu'on peut faire au niveau
de la prévision des besoins de main-d'oeuvre, et également, une fois qu'on a
estimé, je le disais tout à l'heure, en termes de nombre, il faut qu'on regarde
d'où vont provenir ces personnes. À ce moment-ci, notre modèle prévoit que
c'est 100 % de diplômés qu'on cherche quand on estime les besoins de
main-d'oeuvre. Mais là on voit bien qu'on a de la difficulté à répondre que par
des diplômés. Alors, on a un travail d'industrie. Moi, je vais travailler avec
mes partenaires cette question-là. On n'a pas encore la réponse, mais il faudra
qu'on soit capables d'aller plus loin sur nos stratégies en termes d'aller
chercher la main-d'oeuvre dont on a besoin.
Et effectivement les partenaires au sein de la
commission et du CFPIC, donc, se sont mis d'accord pour qu'on ouvre un chantier
d'accélération de l'alternance travail-études dans nos métiers de la
construction comme étant un levier potentiel d'attrait pour les jeunes et
également, donc, une façon, hein, d'amener rapidement les jeunes et les moins
jeunes qui nous choisissent à vivre une expérience en chantier et à l'école.
Et, ce faisant, on augmentera peut-être aussi le nombre de diplômés qui
choisissent de venir chercher un certificat de compétence par la suite, hein,
bien sûr, qui donne accès à la réalité du chantier puis qui pourrait nous faire
espérer aller chercher davantage de gens diplômés pour qu'ils viennent chercher
un certificat de compétence.
Donc, c'est un chantier qui est très important
pour mes partenaires patronaux et syndicaux. Il y a une réelle volonté. Puis, dans ce chantier qu'on ouvre, il
faut comprendre, on doit y réunir plusieurs joueurs. Donc, on a les centres
de formation professionnelle, on a le
ministère de l'Éducation, dont on a besoin, on a besoin, bien sûr, des représentants
des entreprises et du côté syndical. On doit comprendre ensemble le cycle de
l'alternance travail-études, ça veut dire quoi dans l'industrie de la construction,
qui est responsable de quoi et comment on fait pour résoudre les noeuds, s'il y en a, bien sûr, et également pour que chacun
puisse jouer son rôle pour augmenter... augmenter le recours à ce modèle-là, je
dirais, de formation.
• (15 h 40) •
M. Boulet : C'est important de
rappeler pour que chacun puisse jouer son rôle et que ce soit fait dans la
meilleure concertation possible. Moi, je respecte beaucoup ces instances. Puis,
encore une fois, la fondation, c'est le paritarisme,
que les parties dialoguent et en viennent à la formule la plus attrayante
possible. Et ça, ça va être bénéfique pour la main-d'oeuvre, ça va être
bénéfique pour la qualité, pour le respect des compétences, la santé et
sécurité, je pense qu'il y a des retombées qui sont extrêmement importantes,
puis le taux de rétention, ultimement. Ça fait que...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Boulet : Le... Est-ce qu'il reste
une minute?
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...secondes.
M.
Boulet : Cinq secondes. Merci énormément. J'avais d'autres
sujets à aborder. Merci. On se reparle bientôt de toute façon.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la Présidente.
Merci beaucoup, mesdames, monsieur, donc, d'avoir accepté notre invitation
d'être présents cet après-midi.
Mme Murray, donc, je commencerais de la
même manière que le ministre. Moi aussi, ce qui m'avait, donc, beaucoup
accrochée de votre mémoire, donc, c'est la question, donc, des femmes, de la
présence des femmes dans l'industrie, mais également de leur rétention. Nous
l'avions noté, mais vous l'avez mentionné également, donc, vous venez de
lancer... vous avez mandaté la firme Léger pour évaluer la satisfaction des
femmes dans l'industrie à l'égard du
programme d'accès à l'égalité. Vous avez dit, donc, les trois facteurs, donc,
déjà, pour vous, c'est déjà documenté, c'est
le climat de travail, la conciliation famille-travail et les difficultés
d'exercice du métier. Nous, comme législateurs, en regard de ce que vous avez vu dans le projet de loi sur ces
questions-ci, donc, comment vous pensez que nous devrions donc être
outillés pour bonifier ces enjeux, donc, de représentativité des femmes dans
l'industrie?
Mme Murray (Audrey) : Oui. Bien, en fait, comme je l'ai dit, hein, on est en
train de faire un examen approfondi, là,
bien sûr, du diagnostic en allant chercher la voix des femmes mais aussi celle
des entreprises. Alors, c'est un peu tôt dans notre processus,
actuellement, pour vous recommander de bonifier, je dirais, le projet de loi,
surtout qu'on a pris une posture
aujourd'hui, je vous l'ai dit d'entrée de jeu, là, très respectueuse d'éléments
qui ont peut-être par ailleurs été suggérés, là, par les parties qui
sont venues vous voir. Mais je dirais assurément on sait qu'on peut modifier une culture d'industrie et d'entreprise,
hein, quand on bascule à 30 % dans la diversité ou dans le... Alors, c'est
certain qu'on cherche un effet... un effet de nombre aussi, tout en préservant
la qualité puis en offrant un bon milieu de travail.
Alors, le projet de loi propose des mesures
incitatives pour d'autres groupes dans l'industrie, donc aborde la question de
la diversité, d'ouvrir la porte aussi davantage, là, aux Premières Nations, ça
fait que je pense que ça additionne les éléments dont on a besoin pour mener,
avec nos partenaires clés, ce changement de culture, là, qui va être bénéfique
pour tout le monde.
Mme Cadet : Merci. Effectivement,
donc, ma question additionnelle, donc, portait sur les autres groupes
sous-représentés que vous venez nommer aussi dans votre mémoire. Donc, vous
dites vouloir des actions concrètes pour faciliter l'accès à la construction
pour les personnes immigrantes. Donc, il faut qu'elles soient donc arrimées aux
changements, donc, proposés, donc, dans le projet de loi. Est-ce que vous
voulez, donc, élaborer, donc, sur les mesures, donc, quand vous dites, donc,
vouloir des actions concrètes?
Mme Murray (Audrey) : ...en fait, ce que... ce qu'on comprend que le projet de
loi vous propose, en fait, c'est de donner à la commission la possibilité
d'élargir les outils dont elle dispose pour reconnaître, par exemple,
l'expérience d'une personne immigrante, sa formation, ses diplômes. Donc, en
fait, déjà, la commission a la possibilité, a des outils pour essayer de
traduire en termes d'expérience les gens qui peuvent choisir de venir vivre au
Québec, là, et de travailler sur les chantiers. Mais je dirais, ma
compréhension, c'est que le projet de loi vous propose d'ajouter des leviers,
là, à la commission pour qu'on soit capables de faire le travail.
Mme Cadet : Je vous écoutais un peu
plus tôt, puis vous parliez des travaux de prévision des besoins de main-d'oeuvre. Dans votre mémoire, vous... donc,
vous... et vous l'avez mentionné, donc, également, donc, les grands besoins de main-d'oeuvre qui existent dans
l'industrie, qui sont documentés. À travers ces travaux de prévision, est-ce
que vous... en fait, vous êtes en mesure, donc,
de mettre de l'avant la répartition régionale ou si c'est un élément, donc,
qui va venir par la suite à travers ce que vous développez en ce moment?
Mme Murray (Audrey) : Oui, tout à fait, on est capables de décliner, je dirais,
là, la prévision de besoins de main-d'oeuvre
sous l'angle des métiers et régional pour avoir une meilleure vue et raffiner
nos stratégies de recrutement par la suite. Oui.
Mme Cadet : Et donc en ce moment,
donc, est-ce que vous êtes en mesure de nous dire à quoi ressemblent, donc, les
besoins de main-d'oeuvre de grands centres versus les régions éloignées? Parce
que je sais que, dans le mémoire, vous parlez, donc, des besoins de façon
générale puis vous l'avez mentionné aussi.
Mme Murray (Audrey) : Non. En fait, je crois qu'on va rendre public prochainement
le détail. Je ne l'ai pas avec moi, là. Donc, c'est une des activités annuelles
de la commission, là, de rendre publique l'actualisation des besoins de
main-d'oeuvre. Et là je n'ai pas l'information, mais je pourrai donner
l'information à la présidente dès qu'on l'aura, là, oui, dans les prochaines
semaines.
Mme Cadet : Ah! bien oui...
certainement que ça va nous intéresser à ce moment-là.
Vous avez entendu...
J'imagine que vous avez suivi avec attention les différents intervenants qui
sont venus nous voir. Certaines organisations, donc, ont des recommandations,
notamment, donc, par exemple, donc, sur le savoir-être, donc de... donc de
mettre en oeuvre différentes formations à cet égard, sur la prévention du
harcèlement, des violences, des inconduites, de la discrimination ou d'autres
comportements inappropriés. Comment vous... Puis sans vous prononcer, parce que
je comprends très bien votre approche, sans vous prononcer sur les mesures
précises qui ont été portées par différents intervenants, comment est-ce que
vous recevez ce type de recommandation là? Puis est-ce que vous auriez les
ressources nécessaires pour les mettre en application? Donc, nous, comme
législateurs, avec la responsabilité, donc, de devoir mettre, donc, des...
bien, mettre en oeuvre des recommandations qui soient applicables, donc comment
est-ce que vous pensez avoir les ressources pour ce faire?
Mme
Murray (Audrey) : Bien, je pense que dans toutes les études, là, qui
traitent des plans d'accès à l'égalité ou des enjeux rencontrés dans des
milieux non traditionnels, la question de la formation des équipes de travail,
des dirigeants, elle est essentielle pour occasionner le changement de culture.
Donc, évidemment, à ce moment-ci, je ne veux pas me prononcer sur devrait-il y
avoir des obligations, mais certainement... Et d'ailleurs la commission, dans
le programme d'accès qui se termine, a prévu une offre de formation en
perfectionnement sur la mixité, qui était... est accompagnée d'incitatifs
financiers, mais qui permet de réunir dans la formation les collègues de
travail avec le contremaître, le dirigeant, pour être capables d'avoir une
approche qui intègre l'équipe au complet, finalement. Donc, je pense qu'à cet
égard les études... Parce qu'il y en a des secteurs qui ont réussi cette
transition à ne plus être non traditionnels, donc à accueillir de la mixité, et
on a bien documenté ça au Québec. Donc, c'est un facteur de succès important,
mais qui concerne l'ensemble de l'équipe de travail.
Bien sûr, il y a une difficulté particulière
dans la construction, vous le savez, parce qu'il y a des relations
multiemployeurs, le milieu de travail est, bien sûr... est... fluctue. Donc, il
y a des contacts entre les travailleurs, travailleuses de différentes
entreprises, donc il y a... il y a une certaine particularité. Mais donc, c'est
pour ça, je pense, qu'il faut approcher
cette question-là comme une responsabilité partagée parce qu'on a besoin que
tout le monde avance en même temps. C'est plus complexe que quand on
décide de faire un changement de culture dans une entreprise avec les mêmes
employés, dans le fond, qui sont... qui y sont réunis, là.
Mme Cadet : On a aussi abondamment
parlé, lors des échanges, de la question de la rétroactivité. Puis, dans le
projet de loi, donc, on vous impute, donc, le mandat de gérer le fonds de
rétroactivité. Comment est-ce que vous envisagez cette responsabilité-là?
Mme Murray (Audrey) : Bien, en fait, peut-être vous dire, là, je l'ai présenté en
introduction, bien sûr, la commission, elle gère déjà neuf fonds, elle est
fiduciaire de neuf fonds, là, pour l'industrie de la construction, donc on a bien sûr une expertise pour administrer des
fonds. Maintenant, ce fonds en particulier, là, vous comprenez qu'avec
respect, là, je vais... Je pense qu'il y a beaucoup d'informations qui vous a
été déposées, là, par les parties prenantes qui sont venues vous voir. C'est
certain qu'il est très près, là, d'un enjeu de négociation. Et, si vous me
posiez la question est-ce que ça va être facile à mettre en place au niveau des
modalités, bien, la réponse, c'est non, ce ne sera pas facile. Mais, bien sûr,
aujourd'hui, là, je ne souhaite pas prendre parti sur cette question-là.
Mme Cadet : Merci. Dans le projet de
loi, à l'article 81, donc, on... on touche le Règlement sur le Service de référence de main-d'oeuvre dans l'industrie de la
construction. Je sais que vous n'allez pas vous prononcer sur les articles
précis du projet de loi en raison de votre posture, mais d'emblée, donc,
comment... comment est-ce que ça... que ça se passe? Parce qu'évidemment, donc,
la situation, donc, s'est... s'est assainie dans les dernières années. Est-ce
que vous diriez qu'il y a... qu'il existe encore, donc, du placement syndical
dans le secteur? Puis est-ce que vous trouvez qu'il faut continuer, donc,
d'aller de l'avant avec des mesures législatives pour moduler la relation entre
les parties à cet égard au niveau du référencement?
• (15 h 50) •
Mme Murray (Audrey) : Bien, en fait, bon, vous le savez, là, le carnet, tu sais,
est né d'une réforme législative d'il y a quelques années. Bien sûr, la
commission, là, elle a eu la mission de mettre ça en place, puis il y a des
outils qui ont été donnés pour être capables de, comment dire, accompagner
l'industrie dans ce changement de culture. Donc, à ce moment-ci, là, c'est
certain que, je pense, la proposition qui est faite dans le projet de loi est
issue de conversations préalables, de
consultations, là, qui ont eu lieu, alors la commission, on n'a pas de... on
n'a pas de posture à vous... à vous
faire part, là. Le carnet, bien sûr, a maintenant je ne sais pas combien
d'années, quel âge il a, là, c'était en...
Une voix : ...
Mme Murray (Audrey) :
Il y a 11 ans. C'est ça. Exactement. Donc... Donc, voilà.
Mme Cadet : Donc, vous dites, donc,
ça évolue... ça évolue quand même bien, donc, il n'y a pas... Je sais que, bon,
il y a des amendes qui ont été livrées à cet égard, là, lorsqu'il y avait des
incidents de placement direct, mais il y a... Ça va bien, c'est ce que vous
nous dites, avec l'instauration du carnet?
Mme Murray (Audrey) : Bien, en fait, tu sais, en termes d'utilisation, tu sais,
ce n'est pas un outil, là, qu'on constate qui est beaucoup utilisé, là. Dans le
fond, le recours au carnet pour trouver de la main-d'oeuvre a décliné dans le temps. Donc, c'est sûr que les entreprises, bien
sûr, ont des noyaux durs, hein, connaissent des gens, il y a des réseaux qui se développent, alors... Et, on vous
l'a dit, on a entré quand même beaucoup de nouvelles mains-d'oeuvre
malheureusement non diplômées, là, par la mécanique des bassins, là, de
main-d'oeuvre. Mais donc le carnet existe, il va bien, mais il n'est pas tant
utilisé pour le référencement.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
Mme Cadet : Merci. Vous avez aussi
la responsabilité des enquêtes sur le chantier. On touche... Est-ce que vous...
vous pensez que le projet de loi va toucher la gestion des chantiers? La
résolution des réclamations, ça va se complexifier? Peut-être un petit
commentaire là-dessus rapidement.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
Mme Cadet : C'est terminé. On n'a
plus de temps. Ma question était de 30 secondes. Elle était longue.
La Présidente (Mme D'Amours) : On
n'a plus de temps. 10 secondes, c'est quasiment juste le temps de dire
merci.
Mme Cadet : Merci. Ah! j'ai entendu
30 secondes. Pardon.
La Présidente (Mme D'Amours) : 10 secondes.
Pardon.
Mme Cadet : 10 secondes.
Pardon. Merci beaucoup.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Donc, je cède maintenant la parole au député
d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : ...Présidente. Bonjour à
vous trois... à vous quatre, pardon, bonjour à vous quatre. Je me tourne la
tête puis il y a quatre personnes finalement, oui, quatre personnes.
Vous avez...
Si j'ai bien compris, vous venez de répondre à ma collègue que, sur la question
de la rétroactivité, vous vous gardiez une certaine réserve, puis je
comprends, ça a débattu très fort, c'est très politique. Mais, au-delà d'une
appréciation, je dirais, de fond sur le dossier, moi, je cherche à comprendre
les défis alentour de l'application ou la
non-application d'une rétro, d'une forme ou d'une autre, là. Au-delà de ce qui
est propos, puis de tout un chacun qui a sa vision, qu'est-ce qui fait
en sorte, dans cette industrie-là, puis de la façon qu'elle a été construite à
travers les époques, qui nous... qui nous mène à penser que c'est quand même
difficile à appliquer, la rétroactivité?
Mme Murray (Audrey) : Bien, en fait, je pense que plusieurs vous ont informé, là,
du modèle, hein? Parce que, tu sais, c'est... comme on a un code de... un Code
du travail construction au Québec, là, tu sais. Puis je dirais dans
pratiquement toutes les juridictions, même si la portée n'est pas la même, il y
a eu lieu de développer des lois du travail spécifiques pour le secteur de la
construction. Je vous en parlais tout à l'heure, à savoir, il y a... il n'y a
pas de lien d'emploi permanent. Il y a une
mobilité au niveau des chantiers, il y a une mobilité au niveau des employeurs,
mobilité potentielle régionale, donc on comprend que... et il y a une
fluctuation, bon, de moins en moins saisonnière, mais il y a quand même une
fluctuation dans le niveau d'activités, donc c'est certain qu'il y a... il y a
donc tout le temps des normes du travail qui
sont adaptées. Donc, en regard de la rétroactivité, sincèrement, je n'ai pas
de... comment dire, je ne peux pas vous expliquer, sur le plan de
l'évolution de la loi, pourquoi on en est là aujourd'hui.
Puis je trouve ça, aussi, délicat, parce que ça
m'amène sur la question de la pertinence, ce sur quoi je ne veux pas... la
commission, elle ne veut pas se prononcer aujourd'hui. Donc, c'est plus le
volet mécanique où, là, comme je l'ai dit, bien sûr, on a l'expertise parce
qu'on fait ça, dans la vie, à la commission. Il y a eu beaucoup de
mutualisation des protections sociales dans l'industrie de la construction.
C'est un des legs positifs de ce régime-là. Donc,
on est capables, malgré le lien d'emploi qui bouge, etc., d'offrir des
assurances, d'offrir de la retraite. Donc, on a mutualisé beaucoup de
choses. Alors, c'est plus au niveau de la mécanique, je pense, où là, j'ai
exprimé le fait qu'il pouvait y avoir des difficultés, et que c'est un fonds
qui est très près du rôle de négociation. Il faut comprendre que la commission,
les matières négociables ne sont pas... ne font pas partie de nos échanges,
dans nos instances. Moi, le conseil d'administration n'a pas à idéalement se
prononcer ou avancer sur des questions qui appartiennent à la négo, exactement.
M.
Leduc : Je vous amènerais
sur un autre sujet, avec le temps qui me reste. Vous êtes une des rares
organisations qui nous parle du
travail non déclaré dans votre mémoire, le travail au noir, la conformité sur
les chantiers. Est-ce que c'est un... c'est un dossier qu'on ne soulève
peut-être pas assez dans les débats sur la construction, le travail au noir? Ce
serait un oublié, il me semble, alors que c'est un gros morceau.
Mme Murray (Audrey) : Bien, en fait, c'est un secteur, comme la restauration, là,
et le tabac à une certaine époque, dans toutes les juridictions, qui est sujet,
hein, à faire l'objet, là, de malversation, de travail non déclaré. Donc, je pense qu'au Québec on a notre histoire.
On a eu une commission qui a été importante, qui a assaini, bien sûr, la
situation, mais il faut toujours rester vigilants. On est dans un moment
d'activité économique jamais vu, là, donc...
La
Présidente (Mme D'Amours) : C'est tout le temps que nous avions.
M. Leduc : Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci
pour votre témoignage d'une grande limpidité et pour votre mémoire.
Vous nous dites vous
ne voulez pas prendre position, mais vous nous dites des choses très
importantes : pour la commission et l'ensemble des partenaires, la
compétence est au sommet des priorités. Et ensuite, vous nous dites qu'«il faut
envisager la pénurie de main-d'oeuvre sous un angle davantage qualitatif, alors
que les compétences apparaissent comme un facteur de rétention sur les
chantiers, mais également comme un facteur de productivité». Et, après ça, vous nous parlez des difficultés de
recrutement, de taux d'abandon dans l'industrie. Et là vous nous parlez d'un inversement de la courbe sur le taux de personnes
qui... qui entrent dans l'industrie avec un diplôme, sans diplôme. La courbe
s'inverse à partir de 2017-2018. Que s'est-il passé à partir de ce moment-là?
Et quels sont les enseignements sur lesquels vous voudriez attirer notre
attention pour faire la bonne chose, nous, sur cette question-là, comme
parlementaires?
Mme
Murray (Audrey) : En fait, c'est la forte
demande de main-d'oeuvre liée à la croissance économique qui est corrélée dans le temps avec l'arrivée de
non-diplômés. Je dirais que vous voyez aussi, dans la... les graphiques
qu'on a présentés, qu'il y a une courbe du nombre de personnes qui s'inscrivent
dans les programmes de formation. Donc, en fait, il y a probablement plusieurs
causes qui se sont additionnées en même temps. Mais, ce qui est certain, c'est qu'on voit qu'il y a une mécanique qui se
veut une mécanique d'exception, dans le fond, dans les règlements de la
commission, qui est l'ouverture de bassins de main-d'oeuvre, qui est devenue la
soupape qui nous a permis de vivre la
croissance économique. Et là c'est certain qu'on est à la croisée où, je pense,
puis l'industrie le souhaite, le demande, il faut qu'on mette au jeu... je parlais d'alternance travail-études, on
veut aussi avoir une conversation sur la question du maintien. Donc, on veut
regarder nos stratégies par rapport aux bassins de main-d'oeuvre. Donc, on a
une conversation à avoir sur ces... ces éléments-là.
M. Paradis : Très
bien. J'aimerais continuer sur la question qui vient de vous être posée sur le
travail au noir. Vous dites que vous avez un nouveau chantier, vous-mêmes,
là-dessus. Est-ce qu'il y a quelque chose qu'on pourrait faire à l'intérieur de
ce projet de loi qui aiderait sur ce... sur ce point de vue là?
Mme
Murray (Audrey) : Bien, en fait, on
n'avait... on n'avait pas d'élément à vous proposer, sinon vous dire que, du
fait qu'il y a un fort niveau d'activité, on a des nouvelles entreprises,
beaucoup de nouveaux travailleurs, travailleuses qui ne sont pas nécessairement
formés. Donc, on a mis en place une approche de prévention pour favoriser
l'autocorrection depuis quelques mois, qui va s'intensifier. Donc, on a une
responsabilité de bien informer les gens des droits et obligations qu'ils ont
sur nos chantiers, là. On doit accélérer tout ça.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. C'est tout le temps que nous avions. Donc, je vous
remercie pour votre contribution à nos travaux de la commission.
Je suspends les
travaux quelques instants afin de permettre à nos prochains invités de
s'installer. Merci.
(Suspension de la séance à
15 h 58)
(Reprise à 16 h 01)
La Présidente (Mme
D'Amours) : Nous reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la
bienvenue à la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour vous donner la chance de...
pour nous présenter, pardon, votre exposé, et puis nous procéderons à la
période d'échange. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer votre
exposé, s'il vous plaît.
Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI)
M. Vincent
(François) : Merci. Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les
députés, bonjour. Je suis François Vincent.
Je suis vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante. Je suis accompagné de mon bras droit, qui est
à gauche, Francis Bérubé, directeur des affaires provinciales.
La FCEI, Mme la
Présidente, c'est 21 000 dirigeants de PME au Québec, dont 2 000
qui oeuvrent en construction, qui sont
membres de notre organisation, partout au Québec, dans toutes les régions
administratives. Nous vous remercions beaucoup de nous recevoir
aujourd'hui dans le cadre du projet de loi n° 51.
Ce projet de loi nous
tient à coeur. Pourquoi? Parce que le secteur de la construction bat au rythme
des petites entreprises. C'est près de 80 % des entreprises du secteur qui
ont moins de cinq employés. En comparaison, la moyenne au Québec, c'est de
53 %.
Puis comment se
portent les petites entreprises au Québec et celles de la construction? C'est
dur. C'est dur actuellement. Selon les compilations annuelles des données du
Baromètre des affaires de la FCEI, l'année 2023 a été la pire en
15 ans d'indicateurs économiques... de notre indicateur économique, à
l'exception de... de 2020, mais là, on a fermé l'économie. Le niveau de confiance des
PME s'est établi en 2023 à 47,8. Pour la construction, le niveau est encore plus bas, à 44,4. Pour donner un ordre
de... de grandeur, pour que l'économie roule à plein régime, notre indicateur
doit atteindre 65. On voit que l'écart est grand.
Puis les facteurs qui
expliquent cette situation sont nombreux. Il y a l'augmentation des coûts, qui
font très mal, augmentation des coûts d'emprunt, augmentation des coûts
d'assurance, augmentation des coûts d'énergie, augmentation des coûts des matériaux, etc. Il y a aussi l'impact de la
pénurie de main-d'oeuvre qui affecte particulièrement le secteur de la
construction au Québec. On a réalisé une étude, à la FCEI, sur les pertes
économiques subies par les PME en raison du
manque d'employés, et le secteur de la construction trônait en tête de liste
avec des pertes économiques de l'ordre de 2,2 milliards
en 2021.
Il est donc urgent
que le gouvernement agisse pour aider les petites entreprises de ce secteur,
surtout que les barrières sont plus grandes, car elles évoluent dans
l'environnement fiscal et réglementaire le plus lourd du pays. D'abord, le Québec est la seule province qui ne
donne pas accès à ses plus petites entreprises du secteur de la construction,
celles qui ont moins de trois employés,
au taux d'impôt réduit. Les employeurs de la construction assujettis à la R-20,
il y en a 18 511 sur 27 219 qui ont trois employés ou
moins. Le ministre des Finances avait une belle opportunité de régler cette
injustice fiscale là, la semaine passée, puis améliorer du même fait la
productivité de ses entreprises visées, mais, malheureusement, il ne l'a pas
fait. Puis à cela s'ajoutent aussi des taxes sur la masse salariale plus
élevées, de 30 % de plus qu'en Ontario, puis ça, c'est sans prendre en considération
les ponctions supplémentaires du secteur québécois de la construction.
Ce n'est pas fini. Il
y a aussi la paperasse, puis le Québec est où l'environnement réglementaire est
le plus lourd, et de loin, du pays. Mme la
Présidente, vous pourriez me dire : Bien, ça fait quoi, c'est quoi, ça...
ça change quoi, dans la pratique, cette paperasse-là? Eh bien, le coût
annuel de la réglementation et de la paperasserie pour les entreprises de moins
de cinq employés au Canada s'élève à 7 023 $ par employé,
comparativement à 1 237 $ pour les
entreprises de 100 employés et plus. C'est donc cinq fois plus lourd
pour les entreprises plus petites, puis le secteur de la construction
est un qui est composé de très petites entreprises.
C'est ici que le
projet de loi fait bien. Il propose de simplifier la vie des dirigeants
d'entreprises pour réaliser des travaux et pour trouver la main-d'oeuvre
nécessaire au projet. Cela répond directement aux enjeux des petites
entreprises, et nous saluons le ministre d'agir pour moderniser l'industrie et
pour réduire l'écart de productivité avec l'Ontario.
Cette modernisation arrive à point, surtout pour aider à accélérer la cadence
sur la construction des logements et la livraison des projets
économiques. Cette modernisation est nécessaire, Mme la Présidente. Cette
modernisation est urgente. Cette modernisation est attendue.
En effet, les
résultats préliminaires d'un sondage que nous menons actuellement démontrent
que c'est 81 % des PME au Québec qui
estiment que la modernisation du secteur de la construction est nécessaire.
Pour les entrepreneurs du secteur, ils sont 88 % à appuyer la
proposition du projet de loi pour assurer une meilleure polyvalence, ils sont 69 % qui approuvent les mesures proposées
concernant la mobilité de la main-d'oeuvre. C'est une démonstration d'un
fort appui, certes, mais c'est aussi une
expression que le statu quo ne tient tout simplement plus et que tout changement
est le bienvenu. En effet, les dirigeants de PME de la construction voudraient
aussi que le projet de loi aille plus loin. Ils sont 78 % qui croient que
le Québec devrait viser un environnement réglementaire du secteur de la
construction similaire au reste du Canada. Le message a pour mérite d'être
clair.
Donc, pour la FCEI,
il faut bouger sur les mesures proposées sur la polyvalence et la mobilité. Ça
représente le gros minimum. Parlons des deux mesures plus en détail.
D'abord, sur la question de la polyvalence, avec 3,5 fois plus de métiers qu'en Ontario, ça crée plus de
paperasse, plus de délais, des coûts supplémentaires pour les entreprises,
pour les clients et, en bout de ligne, pour les Québécoises et les Québécois.
Cette rigidité ne date pas d'hier. C'est en 1970, deux ans après
l'adoption du bill 290, que le gouvernement du Québec a fait le ménage
dans les nombreux métiers et occupations des
décrets régionaux. On est passé de 575 pour arriver à 24 métiers,
en 1971. 53 ans plus tard, c'est peut-être le temps de
s'ouvrir à plus de flexibilité. Mais nous ne pouvons cacher notre crainte que
les dispositions actuelles du projet de loi soient contestées, que cela
ralentisse les effets souhaités. Un vrai ménage pourrait être de mise pour
sortir du protectionnisme des métiers qui défient toute logique. Oui, ça défie
toute logique. Prenons l'exemple de ce commentaire, demande de la FCEI dans
notre sondage, et je cite :
«J'ai fait poser une
serrure électrique sur la porte d'entrée du bureau. J'aurais pu le faire
moi-même, mais j'ai dû appeler un serrurier qui lui a aussi fait venir un
électricien pour faire passer un fil, et un menuisier pour agrandir le trou de la porte. Le menuisier est venu avec
son apprenti. Vous pouvez imaginer la facture. Dans la pratique, je n'ai
même pas le droit de faire une réparation mineure sur le bâtiment qui
m'appartient.» Fin de la citation.
Parlons maintenant de
la mobilité de la main-d'oeuvre et de la proposition du ministre, avec
laquelle... qui apporte beaucoup de craintes et avec laquelle, je cite, «on va
détruire les régions avec ça. Nos mères, nos pères de famille, ils vont faire quoi?» Fin de la citation. C'est la citation
d'un syndicat de la construction dans le Journal de Montréal du 2 février. Mais, Mme la Présidente,
une petite entreprise ne va pas faire venir des employés d'une autre région par
plaisir. Elle va employer les personnes proches du chantier, proches de
son entreprise, point.
Et rappelons que le
secteur de la... de la construction est très majoritairement composé de très
petites entreprises. Cette rigidité n'existe pas dans les autres provinces et
le ratio de la grandeur des entreprises et du traitement des employés est
similaire. Et, à ce que je sache, Mme la Présidente, les petites municipalités
existent toujours dans le reste du Canada.
Ici aussi, nous
demandons aux parlementaires de minimalement adopter des articles permettant
une plus grande mobilité. Mais nous vous invitons fortement à aller plus loin,
en abolissant tout simplement ce concept de frontières géographiques
contre-productif, tant pour les employeurs que pour les employés.
• (16 h 10) •
Maintenant, passons au
concept de la rétroactivité. Cela risque d'engendrer des coûts énormes qui ne
sont pas analysés, d'ailleurs, dans l'analyse d'impact réglementaire, et
d'allonger les conflits de travail. Pour la FCEI, les syndicats ont déjà le
gros bout du bâton avec la syndicalisation obligatoire, ils gardent l'essentiel
des concepts de protectionnisme territorial et de cloisonnement des métiers du
secteur dans le projet de loi actuel. Nous demandons donc le retrait de ces
articles.
Comme vous
voyez, nous appuyons plusieurs modifications, mais nous aimerions voir plus de
mordant. C'est pourquoi nous proposons l'ajout, dans les dispositions
transitoires et finales, d'une clause d'analyse des répercussions du
projet de loi, qui serait réalisée par les ministères du Travail et de
l'Économie, six ans suivant son adoption.
La Présidente (Mme D'Amours) :
...
M. Vincent
(François) : Bien, nous demandons d'élargir les travaux de
rénovation, l'élargir, l'exclusion, aux travaux de rénovation. On
aimerait ça en parler durant la période d'échange, puis on vous remercie de
votre écoute et on est prêts à passer aux questions.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Merci pour votre exposé. M. le ministre, la parole est à vous.
M.
Boulet : Merci, Mme la Présidente. Merci, M. Vincent,
M. Bérubé, la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante, pour votre participation, votre
contribution à ces consultations particulières.
Puis, vous le
mentionnez bien, M. Vincent, c'est une industrie qui est fondamentale pour
le Québec. Évidemment, si je vous résumais, c'est encore plus de polyvalence
que dans le projet de loi, c'est encore plus de mobilité, en fait, aucun
obstacle à la mobilité, c'est l'absence de rétroactivité salariale et un
désassujettissement.
Puis je vais vous donner l'opportunité de vous
exprimer sur le travail de rénovation et de réparation, mais simplement pour
vous redire, sur la mobilité, il ne faut pas non plus que ce soit un bar
ouvert. Ce qu'on veut, c'est que les travailleurs préférentiels puissent suivre
leur employeur de manière plus fluide que dans l'état actuel de la loi et que des travailleurs un peu plus expérimentés
puissent suivre l'employeur, peu importe son identité, parce qu'il y a des besoins, on le répète, mais, dans les projets
industriels, il y a le logement, bien sûr, là, mais il y a la filière énergie,
la filière batteries, les écoles, les hôpitaux. Il y en a, des besoins,
partout, partout au Québec, et il y a un profond déficit de main-d'oeuvre.
Mais
rapidement, votre position sur la mobilité, si on dit : Pleine mobilité,
comme ça existe dans les autres secteurs d'activité du domaine privé, qu'est-ce que vous pensez de la réaction
que ça pourrait engendrer sur l'employabilité puis la conciliation
travail-famille? Juste vous entendre une petite minute sur ce sujet-là.
M. Vincent (François) : Juste
une minute?
M. Boulet : Oui, parce que...
M. Vincent (François) : Bien,
d'abord, on ne pense pas qu'il va y avoir d'impact puis que les régions, ils
vont disparaître, là. Ça, c'est de la grosse démagogie. Si je prends
Trois-Rivières, par exemple, comme exemple, je pense que vous connaissez bien la ville de Trois-Rivières. Il y a
4 881 entreprises dans Trois-Rivières et il y en a 525 de la
construction, ça fait un ratio de 12 %. Le ratio d'entreprises en construction
dans les villes est à peu près à 10,9 % au
Canada. Je prends une ville similaire en termes de nombre d'entreprises. Là, on
va prendre Chilliwack, 4 045 entreprises au total, 711 en construction. Il y a un ratio de 18 % en
Colombie-Britannique. Il y a Lethbridge en Alberta, 4 893 entreprises
au total, 552 en construction, 11 % du total des entreprises. Thunder Bay,
3 736 entreprises, 451 de la construction avec employés, là, ça,
c'est... je veux préciser que c'est avec employés, 12 %. Donc, tu sais, ces
villes-là, je n'ai pas vraiment l'intention de les visiter à court terme, mais
si j'y... je les visitais, bien, je veux dire, elles sont bien présentes, puis
la mobilité, là, il n'y a pas de restrictions régionales. Ça fait que je ne
pense pas qu'il faut partir en peur puis
dire, du jour au lendemain : Oh my God! Là, c'est fini, on n'embauchera
plus des personnes à Trois-Rivières. Ce n'est pas vrai.
Je veux dire aussi que c'est... ça serait bon
pour les employés. Je veux donner un exemple par rapport à ça, puis il y a
d'autres associations avant nous qui sont venues en parler, qui avaient dans...
proche de Montréal ou certaines régions, tu habites proche comme employé, tu ne
peux même pas aller travailler proche de chez toi. Mais est-ce qu'il est justifié,
pour un employé, admettons un peintre de Terrebonne, d'aller... de ne pas
pouvoir aller travailler à Granby,
un tuyauteur à Valleyfield, de ne pas pouvoir exercer son métier à Repentigny?
Tu sais, les seules contraintes devraient être le trafic du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La
Fontaine ou du pont de l'Île-aux-Tourtes.
M. Boulet : OK. Merci. Sur les
juridictions de métiers, M. Vincent, je pense, c'est important pour moi de
clarifier un élément. Tu sais, ce que vous souhaiteriez, c'est qu'on fusionne
des métiers ou qu'on diminue le nombre de
métiers, mais c'est une option qui a déjà été analysée par les parties. Puis il
faut redire que l'industrie de la construction repose sur la
concertation entre les parties patronales puis les syndicats. Il n'est pas de
l'intention du législateur d'arriver puis de tout bulldozer non plus. Et je pense
qu'il faut respecter les compétences acquises dans les métiers, il faut
respecter une certaine juridiction dans les métiers, puis fusionner des
métiers, imaginez, ça implique de... d'entreprendre une vaste réforme, une
révolution des formations qui sont dispensées dans les centres de formation professionnelle pour s'adapter aux nouveaux
métiers issus des fusions hypothétiques, et ça, ça ne répond pas à l'impératif
d'agir dans les
meilleurs délais possibles, ça ne répond pas à l'impératif de rendre ça simple.
Et la façon la plus efficace et la plus diligente, c'était d'aller vers
la polyvalence, et encore là, sur la polyvalence, il ne faut pas que ça soit à
tout crin, il faut que ce soit mesuré, respectueux de la santé et sécurité, des
compétences des travailleurs, travailleuses et de la qualité des travaux. C'est l'avenue qui a été empruntée après des
consultations sur le concept de tâches partagées qui n'a pas donné de
résultats tangibles, et c'est la raison pour laquelle on est allés dans cette
direction-là. Vous, je ne vous limiterai pas dans le temps, sur la polyvalence,
vous dites : On devrait quand même regrouper des métiers.
M. Vincent
(François) : Mais nous, on recommande minimalement l'adoption
des articles qui sont proposés. On pense qu'il faut aller de l'avant.
Maintenant, on... ce n'est pas la première fois qu'on étudie ça. Plusieurs
fois, même, le législateur a essayé de pousser, de voir comment il pouvait
diminuer le nombre de métiers. Il y a même eu un rapport de la CCQ en 2013
qui démontrait, là, justement l'écart entre le Québec d'avec le reste du
Canada, ou même certaines juridictions en Europe. On ne peut pas croire que ce
n'est pas possible de... d'améliorer justement cette... cette... cette
polyvalence-là ou de voir comment on est capable de regrouper des métiers pour
faire ça le plus simple possible. Puis c'est quand même 78 % des PME du
secteur qui disent : Ça serait bien de tendre à aller vers un régime qui est semblable à celui au Canada. Donc,
on... Je sais que votre gouvernement se compare beaucoup à l'Ontario.
Bien, comment ils font, eux, pour avoir sept métiers? Est-ce que c'est
possible d'arriver à faire sept métiers? Maintenant, on pense qu'il
faudrait aller là, mais le... on est quand même satisfaits de la recommandation
qui est sur la table parce que ça va quand même apporter certaines
modifications.
M. Boulet : Je comprends.
M. Vincent
(François) : Maintenant,
c'est là que notre recommandation d'analyse de l'effet de la loi peut être
intéressante, tant pour nous... Ah! vous voulez revenir... revenir dans une
autre question ou...
M. Boulet : Non, non, non, j'ai bien
compris.
M. Vincent (François) : OK. Tant
pour nous que pour la partie syndicale, parce que si... ils émettent des craintes. Si on... vous arrivez avec votre projet
de loi, puis, dans six ans, les craintes, elles ne sont pas... elles ne
sont pas démontrées, bien là, on peut voir ou aller plus loin. Si elles
sont démontrées, bien là, on... ça permet au législateur d'apporter les
correctifs nécessaires ou aux membres qui sont directement impliqués dans
l'industrie de pouvoir prendre part à l'amélioration de l'industrie.
• (16 h 20) •
M. Boulet : J'apprécie vos
commentaires sur la paperasse, la simplification de la vie des entrepreneurs,
puis on le sait, c'est un peu au-delà de
80 % des entrepreneurs dans le secteur de la construction qui ont moins de
cinq employés, et votre sondage qui démontre que cette modernisation-là,
elle est nécessaire, attendue et urgente. Et les
pourcentages, moi, je les ai appris, là, je ne connaissais pas tous les détails
du sondage, là, mais 81 %, modernisation nécessaire, 88 %, qui
sont dans le secteur de la construction confirment, 69 %, pour la
mobilité, puis 78 %, qu'on pourrait même aller plus loin. C'est quand même
des chiffres qui révèlent un état d'esprit, là, pour les membres de la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante.
Et vous souhaitiez aborder le
désassujettissement de tout travail de rénovation et de réparation, puis vous
souhaitiez vous exprimer là-dessus, M. Vincent.
M. Vincent (François) : Bien, les
parlementaires, vous allez avoir des discussions par rapport au projet de loi,
vous pouvez analyser certains éléments. On pense que le... de regarder pour
voir comment on peut exclure plus de...
d'avoir plus d'exclusions dans les travaux de rénovation et de réparation. Là,
vous ouvrez une porte de plus avec les
offices d'habitation. Bien, pourquoi c'est bon pour elles puis pourquoi ça ne
le serait pas pour une petite propriétaire d'un salon de coiffure, par
exemple, un petit... un petit détaillant, également, ou le membre qui est
ingénieur qui a fait changer sa porte de bureau puis qui a eu affaire à
plusieurs métiers? Donc, ces entrepreneurs-là... ces petits commerçants là vont
pouvoir faire affaire avec des entrepreneurs, comme les propriétaires
résidentiels, mais ils ne seront pas assujettis à la R-20, ces
entrepreneurs-là, qui ont quand même des obligations par rapport à la régie des
bâtiments pour assurer la qualité des travaux et des très bons employés qui
vont pouvoir réaliser ces travaux-là.
Puis, tu sais, je pousserais l'analyse peut-être
un petit peu plus loin. Tu sais, dans certains cas, il y a peut-être même des petits détaillants, admettons, un petit
salon de coiffure en Abitibi qui peut être propriétaire de son commerce
ou... un commerce de détail, qui va avoir des revenus moins grands que,
admettons, un médecin spécialiste de la même...
de la même région, mais un va pouvoir avoir des travaux désassujettis, mais pas
le petit commerçant, parce que c'est une entreprise, et donc elle est
assujettie à la R-20. Je pense que, là, l'ouverture pour les offices
d'habitation ouvre la place à une discussion plus large.
Puis, dans le passé, bien, il y a même eu le désassujettissement
total du secteur résidentiel, en 1992, je pense, ou 1993, qui est revenu
réassujetti en 1995. Donc, ça s'est fait, dans le passé, d'apporter des
désassujettissements, donc ça serait
peut-être intéressant de voir comment on peut mieux répondre à la réalité des
petits commerces qui, des fois, vivent des situations similaires à un
citoyen.
M. Boulet : Je pense que ça me donne
l'occasion... puis j'en ai peu parlé depuis le début des consultations
particulières. Les offices d'habitation du Québec, ils sont... c'est des
organismes à but non lucratif qui s'occupent de logements
sociaux et/ou abordables, et, évidemment, ces logements-là doivent être
disponibles le plus rapidement possible,
quand la personne quitte ou à la fin d'un bail, pour des personnes au Québec
qui ont des besoins de logements sociaux, et c'est l'entretien, la
réparation, et c'est avec des salariés permanents de ces offices d'habitation
là qu'on permet... c'est à peu près l'équivalent de 200 000 heures de
travail par année, là, mais c'est véritablement pour des raisons de nature sociale, pour s'assurer que les
logements soient accessibles le plus rapidement possible. À défaut, les offices doivent faire des appels d'offres, obtenir
des soumissions et faire exécuter les travaux sous l'empire, effectivement, de
la loi sur les relations de travail, la loi R-20. Et ça, ça provoquait des
enjeux de délais et éventuellement de coûts, et avec les impacts humains et
sociaux que ça pouvait engendrer. Mais la rénovation résidentielle, tout...
tout n'est pas assujetti non plus, là, il y a des exemples que vous donniez où
la loi R-20 n'a pas de juridiction.
Maintenant, peut-être, dernier sujet, la
rétroactivité salariale. Vous semblez dire... Actuellement, dans la loi, il y a
une interdiction aux parties de négocier une rétroactivité salariale. Pour
plusieurs, c'est un accroc à la liberté contractuelle, c'est-à-dire de négocier
à une table de négociation quand on renouvelle une convention collective de travail par secteur. Bon, le point de vue qui est
exprimé dans la... le projet de loi n° 51, c'est qu'on abroge cet
article-là, puis on permet aux parties de négocier une rétroactivité
salariale, puis, pour s'assurer que ce soit appliqué de la manière la plus
équitable possible... parce qu'il y a beaucoup de mouvance, Mme Murray en
faisait de nouveau état, c'est d'un chantier à l'autre, d'un entrepreneur à
l'autre, donc le suivi des heures et des employeurs après la date d'expiration
des conventions collectives étant complexe, bien, qu'on crée un fonds de
rétroactivité salariale qui puisse payer, le cas échéant. Mais c'est sous la
réserve de la volonté de négocier et de convenir une rétroactivité salariale.
C'est ce qui s'applique après la date d'expiration pour assurer un rapport de
force peut-être plus équilibré, là, je dis bien «peut-être plus équilibré».
Là-dessus, vous semblez exprimer un point de vue que l'article actuel, qui
interdit de négocier une rétroactivité salariale, devrait rester suivant son
libellé actuel ou vous proposez qu'il soit abrogé et que les parties
conviennent ce qu'elles décident à la table de négociation?
M. Vincent (François) : Trois choses
à dire. D'abord, sur le rapport de force, on croit qu'il est déjà disproportionné, le rapport de force. Il n'y a
aucun autre secteur d'activité au Québec que... obligation de syndicalisation.
Il n'y a aucun autre secteur de la construction qui a l'obligation de
syndicalisation. Donc, le rapport de force est déjà en faveur des syndicats,
selon la FCEI. Puis on fait juste regarder l'histoire des relations de travail,
là, je veux dire, c'est des mélodrames à chaque négociation de convention
collective, puis ça a des impacts sur... Tu sais, ils disent : Oui, il y a eu moins de conflits par rapport au
reste du Canada, mais là, je veux dire, vous gelez l'industrie de la
construction au complet, puis ça a
des impacts sur l'ensemble des autres industries pour... Là, on a... on a mis
les chiffres qu'il y avait dans
l'analyse d'impact réglementaire au dollar d'aujourd'hui, c'est 54 millions,
je pense, d'impact par jour de conflit. Donc, pour nous, c'est déjà un
rapport de force qui est en faveur de la partie syndicale.
Deuxièmement, vous avez parlé du paritarisme, de
l'importance du paritarisme, notamment pour vos dispositions sur la polyvalence
puis la mobilité, en disant que votre modernisation, ce n'était pas une
révolution puis il fallait écouter les parties prenantes pour prendre la
décision. Bien, je pense que la partie patronale a été assez unanime sur la
question qu'ils n'en voulaient pas. Donc, dans votre même volonté de ne pas
faire de révolution, il faudrait peut-être voir comment on est capable de
rapprocher les deux parties sur cette proposition-là.
Puis troisièmement...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...c'est
tout le temps que nous avions.
M. Vincent (François) : OK.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
dois maintenant donner la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Merci, messieurs. M. Vincent, je vous écoutais, puis j'ai lu
votre mémoire, puis j'entends, comme le ministre le mentionnait, que, pour
vous, donc, à différents égards, donc, vous souhaitez
que le projet de loi aille... aille plus loin, tant en matière, donc, de
mobilité et de polyvalence, et... et bon, donc, même au niveau, donc, de
la notion de rétroactivité qui est introduite au projet de loi.
L'un des objectifs nommés par le gouvernement
étant justement l'augmentation de la productivité, est-ce que, selon vous, tel
que libellé, le projet de loi répond à cet objectif-là dans le secteur de la
construction ou, selon vous, est-ce qu'on
rebrasse les cartes avec différents aménagements, mais qu'au final on a un
rééquilibrage, mais qu'on est au même niveau de productivité qu'avant le
projet de loi? On sera au même niveau de productivité qu'avant le dépôt du
projet de loi.
M. Vincent (François) : Bien,
pour bien répondre à cette question-là, j'aimerais ça que vous me réinvitiez
dans six ans, après avoir adopté la recommandation 5 de notre mémoire
parce que, là, on va vraiment être capable de voir quels ont été les impacts.
On le voit dans l'analyse d'impact réglementaire, qu'il y a une différence de
productivité avec le reste... avec l'Ontario. Mais j'irais même plus loin.
Nous, on a fait une analyse sur l'automatisation
des PME en décembre dernier, puis on a vu une... une tangente assez importante,
c'est-à-dire, plus les entreprises se retrouvent en situation de pénurie
de main-d'oeuvre, plus elles ont tendance à adopter l'automatisation. Par
contre, quand on regarde le tableau des différents secteurs d'activité
économique, la construction tire de la patte. Puis nous, on avait demandé aussi
de regarder pourquoi le secteur de la construction. Y a-tu des raisons, au
niveau du fardeau administratif et réglementaire, qui nuisent davantage à
l'adoption de pratiques en automatisation?
Donc, pour... C'est sûr
qu'il faut améliorer la polyvalence, il faut améliorer la mobilité. Maintenant,
l'impact concret sur... sur l'atteinte des
objectifs, je n'ai pas de boule de cristal, mais c'est important de l'analyser,
puis ensuite de ça, de maintenir
une... maintenir une pression sur l'amélioration du secteur, puis après ça
permettre au législateur puis au
ministre de pouvoir agir sur... sur les impacts qui ont été créés dans ce
projet de loi, puis même, je dirais, mobiliser les gens de l'industrie.
• (16 h 30) •
Mme Cadet : Merci. Nous, on a
abordé un peu, donc, cette question-là, donc celle, donc, de la réduction du
nombre de métiers. J'avais une question similaire à celle du ministre, un peu.
Je me demandais, donc, si, pour vous, donc,
c'est réaliste comme... comme proposition, donc, en matière, donc, des
aménagements que ça demanderait, mais peut-être aussi vous entendre sur les
questions de santé et sécurité au travail et de qualité, donc, ce que ça
amènerait, là, cette proposition-là de réduction du nombre de métiers.
M. Vincent (François) : Pouvez-vous
préciser votre question?
Mme Cadet : Oui,
des... des conséquences, donc, sur la santé et sécurité au travail, sur la
qualité de la construction.
M. Vincent (François) : Bien,
je ne pense pas qu'il va y avoir quelconque impact négatif que ce soit.
Mme Cadet : Donc, il n'y a tout
simplement pas... Il n'y en a tout simplement pas.
M. Vincent (François) : Les...
Tu sais, il n'y a aucun entrepreneur qui veut faire des travaux puis les
botcher puis qui ne soient pas bien, là.
Puis, je veux dire, quand on regarde dans les autres provinces, il y a des
belles constructions, il y a des
grandes constructions qui n'ont pas les mêmes contraintes que nous. Puis les
buildings tiennent encore. La tour du CN est toujours là.
Mme Cadet : Est-ce que ça
aurait des conséquences sur le modèle d'affaires des entrepreneurs spécialisés?
M. Vincent (François) : Non, je
ne pense pas.
Mme Cadet : Vous n'en voyez pas?
M. Vincent (François) : Il
faudrait... Si je dis : Il y a des entrepreneurs spécialisés dans les
autres provinces aussi, puis il n'y a pas des contraintes davantage par rapport
à ça, même... Puis je pense même qu'il pourrait y avoir des impacts positifs
pour les employés. J'ai donné cet exemple-là, mais même dans le rapport de...
dans le rapport de la Commission de la construction du Québec, on notait même
que la... le cloisonnement nuit à l'employabilité et à l'atteinte d'un revenu décent pour les travailleurs. Ça fait que ça pourrait
même avoir un impact positif pour les employés au Québec.
Mme Cadet : Ensuite, en matière
de mobilité, donc, pour vous, donc, la... votre... votre recommandation, c'est
une mobilité complète. Évidemment, donc, nous comme législateurs, donc, on aura
à faire ces arbitrages dans un avenir rapproché. Donc, ma question pour vous,
donc, à défaut, donc, en regard de ce qui... au-delà de ce qui est déjà proposé
dans le projet de loi aujourd'hui, est-ce que vous avez des conseils de... pour
nous, comme législateurs, donc, de façon
subsidiaire, là, donc, si nous n'adoptions pas, donc, la pleine mobilité que
vous recommandez, s'il y a une autre proposition qui permettrait
d'améliorer, donc, les aménagements en matière de productivité sous cet
angle-là?
M. Vincent (François) : Bien,
je veux préciser, nous, on recommande l'adoption des articles, mais on invite le législateur à aller plus loin. Là, je pense...
Tu sais, j'ai rarement vu un ministre déposer un projet de loi, puis revirer
de 180 degrés sur qu'est-ce qu'il proposait, donc... Puis nos membres, ils
disent à 88 % qu'ils sont satisfaits de ces recommandations-là... non, pas nos membres, parce qu'il y avait des
non-membres qui ont répondu. Puis, sur le sondage, là, on demande... on
proposait spécifiquement qu'est-ce qui était dans le projet de loi. Il y avait
un — excusez-moi
l'anglicisme — un
pop-up, puis après ça, il y avait un résumé assez grand de ce que la recommandation
faisait, parce que c'était assez complexe, là, mais les entrepreneurs pouvaient
vraiment voir ce qui était proposé. Mais, comme je l'ai dit dans mon
allocution, ils veulent aussi avoir un système qui ressemble au reste du
Canada. Donc, on vous... tu sais, si le
ministre a été convaincu des prestations d'autres groupes patronaux qui
demandent plus de polyvalence, puis décide d'aller plus simple puis de
donner un objectif à la CCQ, dans deux ans, d'arriver au même nombre de métiers
qu'en Ontario, on va être contents. Maintenant, peut-être que ça peut être
intéressant d'évaluer certains éléments comme
ça. D'ailleurs, on demande... on a vu qu'il y avait certaines associations qui
demandaient à ouvrir complètement l'embauche d'employés. Ça fait qu'on
dit : Bien, mandatez une firme externe puis regardez c'est quoi, les
avantages, puis c'est quoi, les inconvénients. Allons chercher l'information
pour vous permettre d'agir ou de ne pas agir sur certaines questions qui sont
soulevées par les entreprises, par l'industrie pour améliorer, justement, la
productivité des entreprises puis l'impact
positif sur l'économie. Puis la construction de notre besoin, là, ça va... Tu
sais, je l'ai dit, là, il y a des
impacts... Tu sais, nos données économiques sont toutes au rouge. J'aimerais
bien ça, dire que ça va bien, là,
mais ce qu'on voit puis ce qu'on entend, c'est que c'est toffe pour les
entreprises. Mais si on veut une reprise économique, bien, la construction est névralgique. Dans le
passé, il y a déjà eu des Corvée-habitation, il y a déjà eu... la construction
a déjà été... il y a
eu RénoVert pour stimuler la rénovation, pour stimuler
l'économie. Donc, si on a une construction qui va bien, ça va aller...
ça va aider l'ensemble de l'économie du Québec.
Mme Cadet : Vous
venez de parler de Corvée-habitation et tout, puis ça me fait penser... Parce
que l'un des autres objectifs du projet de loi, donc, c'est vraiment, donc, de
résorber la crise de l'habitation. Avec ce qui nous est présenté, est-ce que vous trouvez que le projet de loi va dans ce
sens-là? Je n'ai pas vu ces résultats-là dans votre sondage.
M. Vincent
(François) : Bien, c'est une... c'est un élément qui va aider, là,
mais c'est... ça prend beaucoup plus, là,
pour améliorer, là, la construction de logements au Québec, là. Puis la
Fédération des chambres de commerce est sortie, hier, probablement qu'ils vont
en parler tantôt, là, ils demandent une politique de l'habitation, je pense, puis
le taux d'inoccupation est dramatique dans plein de régions du Québec. Il y a
plein, plein, plein de mesures qui doivent être prises, musclées, pour
améliorer, justement, cette question-là. Dans le passé, il y avait eu aussi
plusieurs groupes, puis on en faisait
partie, qui avaient déposé des recommandations — je pense, ça fait deux ans de ça — pour, justement, améliorer la construction de logements. Mais c'est sûr que,
si on améliore l'environnement réglementaire des entreprises, c'est une
pièce qui va aider. Ça ne va pas régler la crise du logement, mais ça
représente un des éléments qu'il faut faire.
Mme Cadet : On
a aussi beaucoup parlé de planification des travaux comme facteur de
productivité. J'aimerais vous entendre sur cet élément-là. Puis quelles
recommandations vous nous faites à nous, aux législateurs, sur la question de
la planification des travaux?
M. Vincent (François) : Oui, il faut le faire.
Puis je... C'était... On en parlait dans les années 1990 ou 1980, là, de
l'amélioration de la planification des travaux, si ce n'est pas avant, là. Ça
fait longtemps qu'on le propose puis qu'il
faut le faire. C'est clair et net que ça peut aider, là. Si tu lances tous les
projets en même temps, c'est sûr que tu crées une surchauffe, là.
Mme Cadet : Ensuite, donc, on en a peu parlé, donc, vous,
donc, dans votre mémoire, vous demandez l'introduction d'un ombudsman,
que selon votre sondage, donc, il y a un entrepreneur de la construction sur cinq qui croit que cette mesure manque et
qu'il s'agirait d'une nette amélioration du projet de loi actuel. Je vous
laisserais peut-être élaborer sur cet
élément-là, de vos propositions, et nous expliquer ce que ça apporterait de
plus au milieu, de nommer un ombudsman.
M. Bérubé
(Francis) : Si je peux me permettre, c'est ça, en fait, on a quand
même plusieurs commentaires de nos membres, de façon récurrente, à chaque
année, qui nous arrivent avec des situations où ils jugent qu'ils sont traités de façon, peut-être, inéquitable de la
part de la CCQ. On avait fait un sondage, en 2018, qui démontrait qu'à peu
près la moitié, un entrepreneur sur deux, en fait, juge que les inspecteurs
font preuve d'une certaine partialité. Donc, on s'est dit : Pour,
peut-être, améliorer la confiance dans l'organisation qu'est la CCQ, pour
offrir aux entrepreneurs, aussi, une voie
s'ils se jugent lésés, d'avoir accès à un ombudsman comme ça, pour cette
organisation-là, ça pourrait être quelque chose de bien, en fait ce qui
est juste positif. On le voit dans plusieurs organisations, on le voit à la
ville de Montréal, au niveau du
gouvernement, dans plusieurs organismes gouvernementaux, les ombudsmans
existent. Donc, on s'est dit... quand la moitié des entrepreneurs nous
disent qu'ils jugent qu'il y a une forme de partialité, on s'est dit qu'il y a un enjeu de confiance. Est-ce qu'on est
dans la perception? Est-ce que, dans certains cas, c'est fondé? Si c'est
fondé, avoir quelqu'un qui peut enquêter,
faire des recommandations aussi, ce qui permettrait peut-être d'améliorer la
gouvernance. Donc, voilà.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Je cède maintenant la parole au
député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente. Bonjour à vous deux.
Toujours un plaisir de vous voir en commission. Dossier fort important
de la construction. J'ai lu votre mémoire, je ne peux pas m'empêcher de voir
qu'il y a quand même un thème récurrent à travers les différentes propositions
que vous faites. C'est souvent... on comprend ou on perçoit que, selon vous, en
tout cas, les membres de votre organisation, le problème, c'est les syndicats
dans la construction. Est-ce que je me
trompe? Il y a une perception très négative, syndicale, dans ce que je lis à
travers la mémoire.
M. Vincent
(François) : Vous pouvez avoir l'interprétation que vous voulez de
notre mémoire.
M. Leduc : Donc,
est-ce que je constate que vous considérez que les syndicats sont une partie
pertinente à l'industrie de la construction, ont une contribution pertinente à
l'industrie de la construction?
M. Vincent
(François) : Oui, elle est une partie pertinente, mais est-ce que le
fait d'avoir l'obligation de la syndicalisation,
c'est quelque chose qui est bien pour le Québec? Je n'ai pas vu d'autres
provinces de secteur dire : Heille! On va faire... On va donner la
syndicalisation obligatoire partout. Je n'ai pas vu non plus d'autres secteurs
d'activité économique le demander. Est-ce que vous pensez qu'on devrait avoir
un taux de syndicalisation de 100 % dans tous les secteurs d'activité
économique?
• (16 h 40) •
M. Leduc : Moi,
si vous posez la question à moi, vous connaissez la réponse, je pense, mais ce
n'est pas tellement la question... la réponse pertinente à cette commission. Je
veux vous amener sur la question des bassins. Vous êtes une des rares
organisations qui s'oppose à l'embauche par bassin, en tout cas, c'est une de
vos recommandations, de sortir de ça ou de faire un comité d'étude pour évaluer
l'embauche par bassin. J'étais un peu surpris,
parce d'habitude, l'embauche par bassin, c'est un peu, on va le dire, l'embauche
classique, je le dis entre parenthèses, arbitraire, où est-ce qu'on
connaît quelqu'un puis on le fait rentrer par bassin plutôt qu'à travers une formation. Ça fait que là, vous dites : Ce
n'est pas tellement le bon chemin par bassin, mais si ce n'est pas par bassin,
c'est par formation. J'essaie de
comprendre où vous atterrissez par rapport à ça. Comment on devrait entrer dans
l'industrie de la construction?
M. Vincent (François) : Non, mais
juste de pouvoir embaucher qui on veut, comme dans les autres secteurs
d'activité économique. Si une entreprise veut embaucher quelqu'un, elle peut...
pas embaucher... a le CV qui fait son affaire par rapport aux compétences de la
personne, puis on a vu que c'était une recommandation qui avait été faite, donc pas de bassin, bien, tu embauches quand tu as
besoin, puis «that's it», là. Mais on n'a pas... Notre recommandation,
c'est : bien, peut-être que ça va avoir des impacts négatifs, bien,
analysons-les, puis faisons les pours, faisons les contres, mais, au moins,
ayons l'information pertinente là-dessus. Puis c'est ça qu'on demande aux
législateurs.
Mais, pour
répondre... pour donner la bonne référence sur la question précédente, sur
l'instauration du mécanisme de planification des travaux, c'était la
commission Cliche qui le recommandait dans les années 1970. Donc, ce n'est
pas d'hier qu'on demande puis qu'on essaie d'améliorer la planification de...
M.
Leduc : ...selon vous, ça? Pourquoi ça n'a pas été fait, à
ce jour, selon vous, peu importe les gouvernements qui...
M. Vincent
(François) : Je ne le sais pas. C'est comme la place des femmes
dans l'industrie de la construction. En
1993, le gouvernement avait mandaté... Il y avait un projet de loi n° 46,
je pense, qu'il avait mandaté la Commission
de la construction de faire quelque chose là-dessus. Puis notre taux, il est
plus bas que dans le reste du Canada. Puis je reviens à votre... tu sais, on a
le taux de syndicalisation à 100 %, puis c'est des organisations
progressistes, ça devrait être plus élevé. J'ai... je ne comprends pas.
M.
Leduc : Vous savez qu'on a retiré le placement syndical
obligatoire, puis on peut avoir un long débat là-dessus. Il y a eu une
baisse de référencement des femmes, objective, les chiffres sont là. Est-ce que
vous seriez ouverts à la suggestion de l'ATF, de dire qu'on devrait avoir des
quotas d'embauche de femmes dans les contrats publics?
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions.
M. Leduc : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M.
Paradis : Merci beaucoup de votre présence. Merci aussi pour
le mémoire. J'ai trouvé ça particulièrement intéressant que vous nous
mettiez les détails du sondage réalisé auprès de vos membres, puis des
témoignages, parce que ça met des mots clairs sur le vécu de plusieurs de vos
membres. Et c'est justement sur cette question-là que j'aimerais m'attarder
avec vous, on a peu de temps, mais, outre les sondages, quelles sont les
données probantes dont on bénéficie, nous, pour bien faire notre travail, comme
parlementaires, là, qui démontrent certaines des affirmations que vous faites, par exemple, de l'impact des
mesures actuelles sur le manque de mobilité, sur le manque de polyvalence, puis
des exemples probants d'ailleurs qui viennent nous dire : Bien, quand tu
changes les règles, ça a un effet positif? Parce qu'on a beaucoup de sondages réalisés auprès des entrepreneurs,
mais les données probantes, qui disent scientifiquement telle ou telle
chose, est-ce qu'il y en a, à la base des affirmations?
M. Vincent (François) : Bien oui,
mais juste sur les villes ou la présence des entreprises avec employés. Je peux
déposer le document en commission. C'est des données de Statistique Canada qui
sont disponibles. La part des entreprises de la construction, c'est des données
de Statistique Canada aussi. Le salaire, le traitement des employés, qui n'est pas significativement différent dans les
autres provinces, c'est des données de Statistique Canada également. Les
données du baromètre des affaires, c'est des indicateurs économiques aussi, qui
est regardé par la...
M. Paradis : ...sont des données
économiques, mais des données sur l'impact des mesures dont vous demandez le retrait ou des nouvelles mesures que
vous proposez, est-ce qu'il y en a? Parce que, vous savez, au moment où
on commençait nos travaux, il y a eu des analyses économiques qui ont été
présentées, puis qui disaient autre chose de
celles qu'on avait jusqu'à maintenant, qui disent que, finalement, les coûts de
production ne sont pas si élevés au Québec,
puis que, finalement, ça coûte moins cher, même, à Montréal, par exemple, qu'à
Toronto, quand on compare, là. Est-ce qu'il y a des données probantes
sur l'impact des mesures que vous proposez?
M. Vincent (François) : Bien, je
vous inciterais à regarder l'analyse d'impact réglementaire, qui est une obligation du gouvernement du Québec d'analyser
les impacts. Il y a des analyses qui ont été faites là-dessus. La seule chose
qui n'a pas été analysée, puis qui devrait l'être, c'est sur la recommandation
de la rétroactivité. Puis, selon le gouvernement, ils sont supposés, selon
l'article 19, alinéa b, je... d... oui, bien, d'analyser les coûts pour
les entreprises, puis la mesure qui pourrait avoir le plus de coûts pour
les entreprises n'est pas analysée par le projet de loi. Ça, je n'ai pas eu le
temps de le dire quand c'était mon... dans l'échange avec le ministre, mais
selon nous, avant de mettre cette
disposition-là en place, il faudrait qu'il y ait une analyse de faite. On dit,
dans l'analyse d'impact réglementaire : Oui, mais on va le faire pendant
le règlement. Bien là, à ce moment-là, on va dire : Bien, la loi, elle a
été adoptée, ça fait qu'on va aller de l'avant quand même avec cette
recommandation-là.
La
Présidente (Mme D'Amours) : C'est tout le temps que nous avions. Je vous
remercie pour votre contribution à nos travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre aux prochains invités de prendre place.
(Suspension de la séance à 16 h 46)
(Reprise à 16 h 49)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue à la Fédération
des chambres de commerce du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons à la période d'échange. Je vous invite donc à vous présenter et à
nous... à commencer votre exposé, s'il vous plaît.
Fédération des chambres
de commerce du Québec (FCCQ)
M.
Milliard (Charles) : Alors, merci, Mme la Présidente. M. le ministre,
mesdames et messieurs les députés, bonjour. Merci de nous accueillir pour
échanger sur l'important projet de loi n° 51, Loi modernisant l'industrie de la
construction. Alors, je me présente, Charles Milliard, je suis PDG de la
Fédération des chambres de commerce du Québec.
Je suis accompagné de mes collègues, donc, Alexandre Gagnon, qui est
vice-président, Travail et capital humain, et Audrey Langlois, qui est
conseillère principale, Main-d'oeuvre et affaires publiques.
• (16 h 50) •
Alors, je suis désolé de ne pas être avec vous
physiquement aujourd'hui, mais j'ai une excellente raison. J'ai le privilège,
en ce moment, d'être au Nunavik, à Kuujjuaq, pour un sommet économique avec nos
concitoyens inuits, sommet, d'ailleurs, qui abordera, ce soir, demain et jeudi,
les conditions d'un meilleur développement économique ici, dont fait partie, justement, le secteur de la construction, ainsi
que la contribution des Inuits à la main-d'oeuvre dans plusieurs secteurs d'activité,
dont le secteur de la construction. Alors, les hasards de la vie font parfois
bien les choses et ont certainement nourri nos réflexions alors qu'on
s'adresse à vous aujourd'hui en commission.
Alors, pour fin de mémoire, la FCCQ est un
organisme qui regroupe près de 1 200 chambres de commerce et près de
1 000 membres corporatifs. Nous représentons, vous le savez, plus de
45 000 entreprises. Partout au Québec, les membres de la fédération exercent leurs activités dans tous les
secteurs et, évidemment, sur l'ensemble du territoire. Étant le plus
important réseau de gens d'affaires et d'entreprises au Québec, la FCCQ agit
aussi comme chambre de commerce provinciale, mettant de l'avant l'intérêt de
ses membres en matière de politiques publiques.
Alors, aujourd'hui, on vous présente nos
réflexions et recommandations pour assurer le succès de ce grand chantier,
celui de moderniser l'industrie de la... de la construction. Une réforme de
cette ampleur, évidemment, on en conviendra,
est historique. Il est de la responsabilité de tous d'en faire un succès et
d'imaginer les règles qui encadreront la construction au Québec pour les
prochaines années.
Pour la communauté d'affaires, l'industrie de la
construction est au coeur du développement économique des régions,
développement économique des régions qui est le moteur premier de notre action,
à la FCCQ. Alors, que ce soit pour le
maintien des actifs en transport, la construction de tours de bureaux,
d'hôpitaux, d'écoles, de garderies, de logements, le milieu de la
construction, il est indissociable de l'activité économique du Québec. Et
pourtant, cette industrie névralgique est confrontée à deux défis immensément
importants : évidemment, celui de la pénurie de main-d'oeuvre, mais aussi, ce qui nous concerne aujourd'hui, son
incroyable et son incontestable complexité réglementaire.
Bien que cette industrie subit lourdement les
enjeux démographiques qui découlent du vieillissement de la population, des
solutions sont, évidemment, à portée de main. D'ailleurs, on reconnaît que le
projet de loi n° 51, sans aller
nécessairement aussi loin qu'on le désire, s'attaque clairement aux bons
enjeux. Alors, si je peux imager la chose, le diagnostic est le bon, mais permettez-nous de vous suggérer quelques
traitements supplémentaires pour soigner notre industrie le plus
rapidement possible.
Alors, dans un premier temps, l'importance de la
polyvalence, la mobilité de la main-d'oeuvre. Alors, pour la FCCQ, et je crois comprendre, d'après les
auditions des derniers jours, nous ne sommes pas les seuls, la modernisation
de cette industrie ne peut être possible qu'en valorisant la polyvalence des
travailleurs et en favorisant la mobilité de la
main-d'oeuvre dans l'ensemble des régions du Québec. Par conséquent, nous
recommandons que vous vous inspiriez du rapport de la Commission de la construction du Québec, dont faisait état M. Vincent tout à
l'heure, qui date de 2013, et que
vous réduisiez considérablement le nombre de métiers réglementés en visant
l'identification de cinq à sept métiers plutôt que 26. Nous recommandons, pour ce faire, l'ajout d'une mesure
transitoire qui obligerait la CCQ à faire adopter un règlement pour ce
faire d'ici les cinq prochaines années, à défaut de quoi, le ministre du
Travail pourrait procéder à cette adoption dans l'année suivante. Notons que ce
type de mesures transitoires a fait ses preuves dans la récente modernisation du régime de santé et sécurité au travail qui,
évidemment, a été sous l'impulsion du même ministre et du même ministère.
Pour ce qui
est de la formation, il est impératif de lancer le message au ministère de
l'Éducation, évidemment, c'est important de le préciser, afin qu'il intègre
davantage de contenus aux formations menant à un DEP visant l'acquisition de compétences en lien avec la
numératie, la littératie numérique, afin de favoriser l'implantation de
davantage d'innovations sur nos chantiers. L'innovation, c'est bon dans
tous les secteurs d'activités.
Nous proposons également de s'inspirer de
travaux effectués en lien avec les emplois saisonniers afin d'encourager, voire
même contraindre, les travailleurs de l'industrie ayant fréquemment recours à
l'assurance emploi à participer à des formations qui visent l'acquisition de
métiers supplémentaires en construction et donc, ainsi, d'augmenter leurs
heures annuelles de travail tout en augmentant la polyvalence sur les
chantiers.
Sur la
question de la priorité régionale d'embauche, nous saluons, évidemment, les
avancées qui sont proposées par le ministre. En revanche, vous ne serez
peut-être pas surpris, nous sommes d'avis que toute notion visant à limiter la mobilité de la main-d'oeuvre devrait
être abolie. Les modifications proposées permettraient à 73 % des
détenteurs de certificats compagnon de se déplacer librement. Est-ce qu'on
ne pourrait pas être un peu plus ambitieux, ici, sans nécessairement viser le total bar ouvert que j'ai
entendu à quelques reprises dans les derniers jours? Respectueusement,
selon nous, les freins à la mobilité nous semblent être des reliquats du passé
qu'il convient d'adresser dans un forum aussi crucial que celui-ci.
Parlons maintenant de relations de travail.
Alors, sur un autre sujet tout aussi important, donc, on tient à saluer
plusieurs améliorations dans les pratiques de relations de travail dans le
projet de loi. Les nombreux conflits de travail au cours des dernières
décennies nous ont démontré qu'il fallait faire des changements importants dans
nos façons de faire. Le Québec, autant économiquement que socialement, ne peut
pas se permettre des arrêts de travail dans cette industrie névralgique, tout
simplement. Les différents changements proposés, dont le devancement de la
période de maraudage, l'instauration de la notion de bonne foi lors des
négociations ainsi que le dépôt des cahiers de demandes sont des pas,
évidemment, dans la bonne direction.
En revanche, on estime que certaines autres
améliorations seraient nécessaires. Dans un premier temps, on estime qu'il
serait fondamental d'inclure un président indépendant nommé par le ministre du
Travail au sein du Comité des relations de
travail dans l'industrie de la construction afin d'optimiser les chances de
succès de cette nouvelle entité, qu'on salue. Nous acceptons la volonté du
gouvernement de permettre la négociation d'une rétroactivité, mais
l'instauration du fonds de rétroactivité salariale nous inquiète quant au coût
qu'il annonce et qui semble évident mais également quant à la complexité
d'appliquer la mesure proposée.
Finalement, afin de permettre... afin de
reconnaître, pardon, l'importance de cette industrie pour les parties prenantes, mais surtout sur l'ensemble du Québec,
il nous semble essentiel d'instaurer le recours à un arbitrage obligatoire
lorsque le conciliateur désigné vient au constat que la conciliation,
justement, n'est pas parvenue à faire émerger une entente entre les deux
parties. L'échec d'une négociation ne devrait plus être une option, et le
recours systématique à une loi spéciale ne nous semble plus la voie à suivre en
2024.
Sur la question de l'enjeu de la reconnaissance
et des acquis de compétences, le parcours d'un travailleur provenant de
l'extérieur du Québec pour faire reconnaître ses formations et diplômes
constitue l'une des plus importantes
barrières à l'entrée dans le milieu de la construction. C'est un réel parcours
du combattant à bien des égards. Alors, quant à la contribution des
personnes immigrantes à l'essor du secteur de la construction, écoutez, vous le
savez, cette contribution-là, en ce moment, elle est famélique et elle mérite
qu'on s'y attarde aujourd'hui. À cet effet, la
FCCQ exige que... ou propose que la Commission de la construction du Québec
adopte le règlement visant à déterminer la procédure ainsi que les normes qui seront utilisées pour simplifier
cette reconnaissance-là, de la formation et des diplômes délivrés, dans
un délai de 24 mois suivant la sanction de ce projet de loi.
Alors, en conclusion, nous estimons que le
projet de loi n° 51 propose des avancées importantes qui méritent le
respect, et je tiens à le souligner dans le cadre de la commission aujourd'hui.
En revanche, nous croyons qu'on peut aller encore un peu plus loin pour assurer
que toutes nos ambitions de construction, grandes ou petites, puissent être réalisées. La vitalité économique de
l'ensemble des régions du Québec en dépend. Et, par un autre hasard de la vie,
on tenait, hier, à la fédération, une conférence de presse avec notre réseau de
chambres pour rappeler l'urgence d'agir au Québec pour enrayer la crise du logement qui plombe nos ambitions
collectives vers le bas. Pour nous, il est évident qu'un secteur de la
construction réformé et plus efficace, c'est le plus bel outil qu'on peut se
donner pour atteindre nos objectifs le plus efficacement possible. Merci pour
votre temps, et au plaisir d'échanger ensemble.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci pour... Je vous remercie pour votre exposé.
Nous allons maintenant commencer la période d'échange. M. le ministre,
la parole est à vous.
M. Boulet : Oui, merci, Mme la
Présidente. Merci à vous trois. Merci à la Fédération des chambres de commerce
du Québec pour sa contribution, pour son engagement au développement économique
du Québec, et la qualité de sa présentation, aussi.
M, Milliard, félicitations pour ce que vous
faites actuellement. Vous êtes au Nunavik, et je ne peux pas m'empêcher de faire un clin d'oeil à l'Administration régionale Kativik, hein, comme vous savez, dans le projet de loi,
on rend accessible les mesures d'inclusion et de diversité qu'on a mises en
place à la CCQ pour les femmes aux personnes issues des Premières Nations, Inuits et Cris, puis il y a des administrations
qui ont des ententes intergouvernementales, dont l'Administration
régionale Kativik, qui vont pouvoir bénéficier d'un permis de référencement de
main-d'oeuvre tellement important pour leur réintégration. Puis moi, j'ai eu
beaucoup de témoignages de travailleurs, travailleuses et
de personnes impliquées dans les associations syndicales qui référaient au
potentiel immense, et il faut continuer de travailler dans cette direction-là.
Et je vous prierais de saluer les acteurs, les partenaires que vous allez
rencontrer lors de vos assises, lors de vos échanges dans la région du Nunavik.
• (17 heures) •
Vous avez bien
exprimé les enjeux de main-d'oeuvre, il y a la productivité, aussi, parce qu'il
y a des écarts qui nous séparent de l'Ontario et du reste du Canada. La
main-d'oeuvre, bien sûr, c'est vécu partout. La complexité réglementaire, il y
a effectivement une espèce d'opacité, hein, puis l'Institut du Québec révélait récemment
que, dans notre industrie de la construction, c'était impossible d'y arriver
quand on est une personne immigrante. Puis quand on constate le faible taux de
représentativité des travailleurs étrangers temporaires par rapport aux autres
secteurs ou dans la population active du Québec, c'est à peu près du simple au
double. Donc, il faut véritablement faire un effort, puis j'ai bien compris,
mais on va dans cette direction-là, dans le PL 51, qu'il y ait des normes
de reconnaissance non seulement du travail effectué à l'étranger, mais aussi
des heures de formation et des diplômes, et ça, c'est un impératif qui fait
partie de ce projet de loi là.
Sur la mobilité, je
comprends votre point de vue. En même temps, moi, j'ai une conviction profonde,
M. Milliard, qu'il faille y aller de manière à contrôler qu'il n'y ait pas
d'abus, qu'il n'y ait pas d'excès. Je comprends qu'on est dans un système
d'économie de marché, mais la mobilité, on passe quand même d'un seuil qui
baisse de moitié pour les hommes et qui baisse d'un pourcentage important pour
les femmes et les autres groupes issus de la diversité. Et je ne dis pas qu'il
faille y aller par étapes, mais la mobilité, ça doit être vécu, ça doit être
expérimenté puis ça doit être fait dans le respect du paritarisme qui guide les
travaux de la Commission de la construction du Québec. Mais je l'ai répété, la
mobilité, il n'y a pas d'obstacles à la mobilité dans d'autres secteurs de
l'économie du Québec, et là, ici, je comprends bien cette recommandation-là.
Pour la polyvalence,
bien, rappelez-vous, puis c'est... bon, on appelle ça un sondage, ou une étude,
ou un rapport, il y a certainement des impacts sur les heures, sur les coûts et
donc, ultimement, sur la productivité. De fusionner
des métiers, je ne sais pas si vous m'avez entendu, tout à l'heure, avec
notamment la Fédération canadienne
de l'entreprise indépendante, j'ai fait le commentaire à d'autres groupes,
c'est une option, mais l'impact d'une fusion des métiers sur les tenants et
aboutissants de la formation dispensée dans les centres de formation
professionnelle qui donnent des diplômes d'études professionnelles serait
magistral, et c'est un chantier énorme, et ça, ça aurait été une révolution.
Puis je pense qu'on a des besoins, ça a été exprimé dans les sondages, d'une
modernisation la plus rapide possible. On a des besoins immédiats pour répondre
à des missions essentielles de l'État. Vous l'avez mentionné aussi, là, il n'y
a pas que les logements, il y a les hôpitaux, les écoles, les projets industriels.
Et je ne veux pas...
Parce qu'on dit : Est-ce que ça va régler la crise du logement? Il ne faut
pas le présenter de cette manière-là. Je pense qu'il y a plusieurs éléments
dans la modernisation de l'industrie de la construction. Le PL 51, ce n'est pas une finalité, c'est un
des éléments de l'ensemble du processus de modernisation qui a été amorcé. Puis
on a parlé de planification des
travaux, puis ça, ça relève d'une autre Loi sur les contrats des organismes publics. Il y a le ministère de l'Éducation sur
l'augmentation de l'offre de formation, notamment en alternance travail-études.
Vous avez vu l'allègement réglementaire qui a été fait il y a deux ans pour
permettre aux étudiants d'aller travailler pendant
les périodes de relâche ou de congé. Donc, c'est véritablement une
collégialité, une mobilisation de tous ceux qui sont engagés dans la
modernisation, puis il faut le faire dans le respect. Puis votre propos puis
votre mémoire me fait réaliser à quel point notre quête d'un équilibre puis
d'une modération, elle est, je pense, bien assumée.
Les relations de
travail, bon, évidemment, on parle d'un comité qui est paritaire. Vous, vous
dites : Il devrait y avoir un président
indépendant. Est-ce que vous pouvez juste me donner une motivation additionnelle
à ce qu'il y ait un... Parce que le comité paritaire, c'est comme dans les
comités de relations de travail qu'il y a dans les organisations privées, publiques, parapubliques. Mais je me
questionne encore sur ajouter un président indépendant. Je vous écoute,
M. Milliard.
M. Gagnon (Alexandre) : Oui, je peux peut-être y aller, oui, si ça vous va. Bonjour, M. le
ministre. Bonjour, tout le monde.
Dans l'ensemble des grandes instances qui font du dialogue social, il y a
toujours quelqu'un qui va animer les discussions, qui va amener les
sujets de conversation, qui va documenter les décisions à prendre.
Ce comité qui est
proposé de créer a des... a des obligations ou a une mission très large, très
importante. On voit tous les succès entourant la médiation, la conciliation
exercées par le ministère du Travail dans des... dans des milieux complexes,
dans des milieux où les relations de travail ne sont pas simples. D'ailleurs,
la construction nous semble toute désignée de prévoir que la création même de
ce comité de relations de travail là prévoie la présence d'un conciliateur,
d'un médiateur qui permettra d'animer les discussions, qui permettra d'assurer
que le tout se fasse de façon cordiale puis de... se fasse dans... le plus
efficacement possible.
M. Boulet :
Donc...
M.
Gagnon (Alexandre) : Donc, on comprend que, dans les relations
de travail, c'est toujours bipartite, mais, dans ce cas-là particulier, il nous
faut un facilitateur, il y a un rôle primordial à mettre en place.
M. Boulet : Évidemment,
il y a les services de conciliation, médiation du ministère du Travail, là,
mais... OK, je me questionnais sur la
pertinence d'avoir un président indépendant un peu permanent, là. Mais j'aime
bien que vous souligniez la volonté que nous avions de rendre les relations de
travail les plus harmonieuses possibles, là. Le devancement de la
période de maraudage, vous savez l'impact que ça peut avoir, l'obligation de
négocier de bonne foi puis l'obligation de déposer, là, les offres, les
demandes, les propositions ou les contre-propositions.
Il y a... L'arbitrage
obligatoire, je comprends, là, mais c'est une... c'est une recommandation que
vous faites en cas d'impasse, en cas de conflit, que le ministre nomme un
arbitre de différends. Dans le Code du travail, on sait que, pour une première
convention, c'est à la demande d'une partie, dans le cas d'un renouvellement de
convention, ça prend le consentement des deux parties. Là, ce que vous
recommandez, c'est que le ministre puisse le faire sans qu'il y ait de demande,
mais, en cas d'échec, comme M. Milliard le mentionnait, de la médiation,
qui est obligatoire dans le projet de loi.
Moi, ma préoccupation, là, M. Gagnon, vous
me voyez venir, là, c'est eu égard à la décision de la Cour suprême de 2015 en
Saskatchewan et toutes les décisions qui ont suivi. Le droit de grève a été
constitutionnalisé, fait partie intégrante
de la liberté d'association, donc il y aurait un enjeu. Évidemment, ce que vous
vous dites, si on nomme un arbitre,
ça permet d'éviter une loi imposant le retour au travail, loi qui, en 2017, a
été adoptée par nos prédécesseurs, qui a été déclarée
inconstitutionnelle l'année dernière ou l'année précédente. Je pense que de
nommer un arbitre aurait éventuellement le même effet, là, mais je ne veux pas
embarquer dans ces détails-là.
Mais je ne peux pas m'empêcher de vous poser la
question, qui va probablement être posée par mes collègues parlementaires. La rétroactivité, si je vous comprends bien,
bon, dans la loi actuelle, on empêche aux parties de négocier une
rétroactivité, et vous, vous... vous êtes d'accord à ce que nous abrogions cet
article-là et qu'on laisse aux parties le soin de déterminer s'il y a ou non
rétroactivité et comment elle se verse. Parce que, le fonds, nous, on voulait
simplifier ça pour les employeurs, la simplification administrative, et
s'assurer que les salariés puissent recevoir la rétroactivité. Vous, vous vous
dites... vous nous dites, pas de fonds, mais possibilité de négocier une rétro.
Est-ce que j'ai bien compris, M. Gagnon ou... ou Charles, là?
• (17 h 10) •
M. Gagnon (Alexandre) : Oui, vous avez bien compris, c'est exactement ça. Est-ce
que ça fait... on pense que c'est très
positif, d'éliminer la rétroactivité? Peut-être pas, mais, dans le... dans un
contexte de recherche de consensus et de trouver un... une entente de
principe, ça nous semble une belle piste de réflexion et on... on est quand
même ouverts à cette perspective-là. Évidemment, ça amènera des complexités
dans la rédaction contractuelle des contrats dans l'industrie de la
construction pour prévoir ces éventuelles hausses, qui ne seront pas
nécessairement identifiées au départ, lors de la signature des contrats de...
d'infrastructures, notamment.
Quant au fonds, on comprend l'esprit, on comprend
la mécanique qui est proposée jusqu'à un certain point, mais on a l'impression que ce serait une négociation avant la
négociation qui se ferait à la Commission
de la construction du Québec plutôt qu'à la table de négociation, afin de
cibler et de voir à quel... comment on va construire ce fonds-là. Donc,
plutôt que d'imposer un mécanisme, invitons les parties à la table de
négociation de s'entendre comment ils vont financer cette rétroactivité-là, le
cas échéant où ils négocient le fait qu'il y en ait une. Donc, le fait de
permettre de négocier ne dit pas qu'il y en aura une, automatiquement. On se
comprend.
M. Boulet : Est-ce que vous ne
pensez pas qu'il y aurait un enjeu de gestion de versement de la rétroactivité?
Parce qu'on comprend qu'il y a des tables de négociation sectorielles lors des
renouvellements de conventions collectives. Et, s'il y a une entente sur une
rétroactivité qui doit être versée employeur par employeur, on réalise que, dans l'industrie de la construction, il y a
beaucoup, beaucoup de déplacements, de modifications de l'identité de
l'employeur, de déplacements d'un
chantier à l'autre. Est-ce que vous, ce que vous nous soumettez : laissons
les parties déterminer comment?
M. Gagnon (Alexandre) : Exactement. Ce n'est pas... vous l'avez bien précisé, c'est
un enjeu complexe, ce serait difficile à administrer, mais ça nous semble tout
de même malgré tout plus simple que la constitution d'un fonds de rétroactivité
et de sa gestion.
M. Boulet : Vous allez rendre
certains de mes collègues heureux, quand même, et c'est une belle recherche de consensus. J'ai beaucoup de respect pour ça
et... Mais, si vous aviez... Est-ce que vous avez pensé à un... à une façon
pratique de le faire, tenant compte des réalités du... de l'industrie actuelle?
M. Gagnon (Alexandre) : L'une des choses qu'on présente devant vous aujourd'hui,
là, c'est qu'on n'est pas les spécialistes de l'industrie de la construction
puis on ne veut pas se mettre à la place des associations de la construction ou
des syndicats pour y arriver. On est là pour mentionner, entre autres, qu'on
est là pour représenter l'ensemble des parties prenantes en dehors de
l'industrie de la construction, qui sont impactées par cette... par cette
industrie-là, par les règles, mais également de doter les parties prenantes des
bons outils pour en arriver à des consensus. Donc, on... laissons ces... les
bonnes personnes décider, s'entendre, discuter, donnons-leur les bons outils
pour y arriver. C'est... c'est notre message central aujourd'hui, là.
M. Boulet : Super. Moi, ça répond
bien à mes interrogations. Puis je veux repartager votre commentaire sur le
fait que c'est presque un parcours du combattant pour une personne qui veut
intégrer... Il y a des personnes qui arrivaient de l'Ukraine, de plusieurs pays
étrangers et qui me témoignaient, parce que j'ai eu l'opportunité d'en
rencontrer plusieurs... puis des centres qui s'intéressent à l'accueil, puis à
l'intégration.
Puis je me préoccupe toujours de l'équité aussi
dans la représentativité dans les secteurs. Je sais qu'on a des réserves,
parfois, mais on a déterminé qu'il y avait des secteurs névralgiques au
Québec : la santé, l'éducation, les services de garde à l'enfance, le
génie, les technologies de l'information et la construction. Et ça a fait
l'objet d'une... d'un article détaillé, là, de Francis Vailles récemment, là,
le... ce que l'Institut du Québec a démontré, c'est... c'est 3 %
dans l'industrie de la construction, par rapport à 6 %, et beaucoup ont
témoigné qu'elles avaient une expérience en charpenterie-menuiserie, ou peu
importe le métier, et qu'elles n'étaient pas en mesure.
Et la CCQ, avec ce
projet de loi là, va permettre non seulement d'ouvrir les valves, mais de nous
permettre de répondre à des besoins de
main-d'oeuvre partout au Québec. Alors, merci beaucoup, Charles. Bon séjour au Nunavik. Alexandre, Audrey, au plaisir de
vous rencontrer de nouveau. Merci.
Des voix : Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) :
Maintenant, je cède la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour, M. Milliard, M. Gagnon, Mme Langlois,
merci d'être avec nous cet après-midi, puis
merci pour votre mémoire également, donc, très étoffé. J'espère,
M. Milliard, que vous appréciez votre séjour au Nunavik.
Donc, j'ai... j'ai
pris connaissance de vos différentes recommandations, et on va y aller dans...
dans l'ordre. La première, donc, étant de
retirer les notions visant à limiter la mobilité de la main-d'oeuvre. On en a
parlé abondamment dans le cadre de ces différentes consultations. Je
saisis bien le fond de votre recommandation ici.
Ma question. Donc,
nous, comme législateurs, évidemment, donc, on aura à faire, donc, certains
arbitrages. Je comprends que, pour vous, ce qui est proposé par... ce qui nous
est proposé par le ministre, vous le voyez de façon positive, mais vous
souhaitez aller plus loin. Subsidiairement, est-ce que vous auriez une autre
proposition? Et notamment peut-être vous entendre, donc, sur les travailleurs,
donc, qui sont à l'extérieur des grands centres. Est-ce que vous verriez, donc, d'autres... (Panne de son) ...de mobilité
distincts pour ceux-là? Donc, je veux... je veux vous entendre élaborer
sur cette recommandation-ci.
M. Milliard
(Charles) : Peut-être juste un petit commentaire avant de laisser mes
collègues répondre. Effectivement que la réforme peut se faire ou devrait se
faire de façon progressive. Je comprends qu'on est en accord parce qu'il y a
une amélioration sensible de la mobilité de la main-d'oeuvre. Je vous parlais
de 73 %. Par contre, je vous... je rétorquerais à ça qu'on ne fait pas une
réforme à toutes... à toutes les années ni à tous les cinq ans. On fait une
réforme pas très souvent. Alors, c'est important d'avoir le plus de mesures qui
vont permettre de débloquer cette question-là de la mobilité.
Et je compléterais en
disant qu'à l'époque il y avait aussi des régions qui ne... qui avaient un
certain intérêt à avoir ces contraintes-là, et ce n'est pas vraiment ce qu'on
observe maintenant. Puis je dirais même que c'est le... c'est l'inverse, parce
qu'on a maintenant des travailleurs en région qui voudraient peut-être pouvoir
aller travailler aussi dans des grands centres, avec les différents projets,
que ce soient les projets du PQI, d'Hydro-Québec, on peut tous les nommer. Donc, cette réticence-là,
régionale, qu'il y avait auparavant et qui a mené le législateur probablement
à ça à l'époque, n'a pas la même... n'a plus la même valeur en ce moment. Donc,
c'est pour ça qu'on aimerait dépasser l'image que je donnais de 73 %. Et
je laisserais peut-être Alexandre compléter.
M.
Gagnon (Alexandre) : Oui, effectivement,
ça ne nous semble à première vue pas très adapté à un milieu de la construction
puis à l'état du marché du travail d'aujourd'hui, mais aussi de ce qui est
perçu pour les prochaines années puis même pour les prochaines décennies avec
le vieillissement de la population puis les grands plans gouvernementaux,
notamment au niveau de la construction.
Donc, dans ces
circonstances-là, et puisque nulle part ailleurs on n'a ce genre de limite
régionale là... On pouvait le voir auparavant, dans l'industrie... dans la
santé, dans l'éducation. On sait tous les débats qu'il y a eu afin d'obtenir
davantage de régionalisation, davantage de mobilité. On pense que vous avez une
belle opportunité aujourd'hui de régler cette situation-là, de venir se mettre
au même niveau que les autres industries, les autres secteurs d'activité. Ne
manquons pas le bateau et allons-y pour l'avenir et pour... pour assurer une
certaine mobilité de la main-d'oeuvre autant que possible.
Mme Cadet : J'ai
bien compris. Votre deuxième recommandation, donc, porte sur la notion de
polyvalence. Donc, vous... vous nous dites que la définition proposée laisse
beaucoup de place à l'interprétation et devra inévitablement être précisée
devant les tribunaux. Donc, peut-être vous entendre là-dessus. Puis, d'autre
part... bien, en fait, votre recommandation
précise que... ça, c'est dans les paragraphes introductifs, mais dans votre
recommandation, donc, vous nous
dites, donc, d'indiquer, à l'article 4.0.1 du règlement, que l'employeur
aurait l'autorité de déterminer la répartition des tâches octroyées.
Donc, quelles seraient les conséquences ou les risques de ne pas prendre en
considération cette recommandation-là sur le droit de gestion?
M.
Gagnon (Alexandre) : En fait, le message
qu'on a aujourd'hui, c'est beaucoup de dire, considérant que... On comprend
le... qu'il n'y a pas eu de consensus lors... lorsqu'il a pu y avoir des
discussions au préalable avant le dépôt du projet de loi. Ça a amené aux... à
une définition qui est quand même assez... assez vague de qu'est-ce que va être
la polyvalence qui va être acceptée. Dans ces circonstances-là, on veut qu'il y
ait un message clair que la volonté du législateur, la volonté du projet de
loi, c'est que cette interprétation-là soit vue très largement. L'objectif,
c'est de... que... qu'il y ait un message clair qui soit envoyé, parce qu'on s'en...
Évidemment, il y aura des conflits, il y aura des litiges éventuellement. On
veut qu'aujourd'hui il soit exprimé clairement que la volonté était que ce soit
interprété le plus largement possible.
• (17 h 20) •
Mme Cadet : ...donc,
votre recommandation au législateur, c'est qu'on laisse, donc, cette
définition-là de polyvalence telle quelle, puis ensuite, donc, ça se... ça se
précisera. Mais, pour vous, c'est un continuum normal, régulier, donc vous préférez qu'on ne touche pas, qu'on ne précise pas,
à l'heure actuelle, la définition qui nous est soumise. C'est bien ça?
M. Gagnon (Alexandre) : Bien, ça va ramener à notre autre recommandation qui suit,
là, en lien avec le nombre de métiers. Si
vous nous... si vous réduisez le nombre de métiers qui sont réglementés au
Québec, hein, les faire passer de 26 à cinq ou à sept, évidemment, le
besoin de polyvalence, qu'ils soient réglementés par cette définition-là, sera moins important. Mais tant et aussi longtemps
qu'on n'a pas obtenu une certaine normalité dans les métiers qui sont réglementés, dans la flexibilité des tâches qui
seront effectuées, on aura besoin d'une grande flexibilité dans
l'interprétation de... les clauses qui nous sont présentées dans la
définition.
Mme Cadet : D'accord. Puis juste...
M. Gagnon (Alexandre) : On pourra en reparler... Oui.
Mme Cadet : Oui, c'est ça. Puis
juste pour être bien certaine, pour le deuxième volet de ma question, qui était sur le droit de gestion, là, je comprends
bien ce que vous dites, donc, l'interprétation plus... assez large, avec une
intention très claire du législateur au règlement, donc, permettrait, donc,
d'éviter différents... des différends en la matière. Je vous vois hocher
de la tête, donc c'est... c'est bien ça.
Bien, vous avez fait vous-même, donc, la
transition vers votre prochaine recommandation, sur la réduction du nombre de
métiers progressive. Vous l'amenez sous l'angle de la pénurie de main-d'oeuvre,
ce qui n'est pas nécessairement ce qu'on... ce qu'on a vu précédemment, en
fait, par le biais de vos prédécesseurs ici. Donc, vous, donc, en quoi cette proposition-là, donc,
viendrait, donc, amoindrir, donc, la pénurie de main-d'oeuvre dans un secteur
où on sait que la main-d'oeuvre va être
amenée à croître, dans les prochaines années, avec l'augmentation des besoins?
M. Gagnon (Alexandre) : C'est une réalité qui est davantage dans les plus petits
secteurs, les plus petits chantiers. Dans les plus petits chantiers, où
quelqu'un est limité dans certaines tâches, il y a beaucoup de temps de
va-et-vient et de temps improductif dans le travail d'une personne, puisqu'il
ne peut pas faire les... il est obligé d'attendre que l'autre spécialiste passe
et que l'autre entrepreneur passe pour faire... continuer les travaux. Donc, en
ayant autant de métiers, ça nécessite beaucoup de va-et-vient, beaucoup de
temps improductif, de temps d'arrêt de chacun
des entrepreneurs. Et il nous semble important, pour maximiser le temps
travaillé, le temps de présence, que cette personne-là ait le maximum de
flexibilité pour faire le maximum de tâches et qu'il puisse ainsi être beaucoup
plus productif sur les chantiers, et donc requérir moins d'embauches d'autres
travailleurs. Donc, on peut engager plus de travailleurs
ou on peut rendre nos travailleurs actuels beaucoup plus productifs. Les deux
façons de faire, il faut y travailler pour les... il faut les rendre
possibles.
Mme Cadet : Parfait, je comprends.
C'est un continuum, donc ils interagissent l'un avec l'autre comme... comme
critères.
Évidemment, donc, moi aussi, donc, j'irais vers
la question de la négociation de la rétroactivité. En effet, donc, vous arrivez avec une proposition mitoyenne.
Ici, donc, vous nous proposez que le... donc, on a... d'enlever le fonds, de
laisser ça pleinement aux parties. Est-ce que... Donc, je comprends que, pour
vous, donc, il n'y a pas de nécessité de mettre en oeuvre un mécanisme pour
accompagner la permission, là, de pouvoir négocier la rétroactivité dans les
conventions collectives. Donc, j'ai souvent posé cette question-là, donc, si
ces deux propositions-là sont un peu indissociables. Le ministre a parlé, donc,
des... donc, des difficultés d'application, donc, qui viendraient avec le fait d'avoir la rétroactivité seule. Peut-être vous
entendre là-dessus. Je comprends que c'est... vous laisseriez ça libre, mais est-ce que vous verriez un autre type de mécanisme,
par exemple, qui ne serait pas aussi contraignant que... contraignant que le fond, mais qui
pourrait être applicable pour pouvoir répondre à certaines des interrogations
que le législateur pourrait avoir?
M. Gagnon (Alexandre) : On pourrait inventer tout type de mécanisme. On pourrait
proposer plein de choses. On pourrait par
exemple dire que la rétroactivité, qui est quantifiée, serait perçue à partir
de cotisations dans l'avenir pour payer ces cotisations-là. Mais ne
prenez pas ma recommandation... ne prenez pas notre recommandation aujourd'hui
parmi ça, on n'est pas les intervenants pour ça. Il faut mettre les bons acteurs
autour de la table pour négocier ça. C'est
eux qui vont déterminer les meilleurs moyens. Puis, nous, ce qu'on veut, c'est
que vous leur donniez la... l'ensemble des outils à disposition pour les
négocier, les possibilités potentielles, là.
Mme
Cadet : Merci. Donc, je biffe les notes que j'ai prises,
vous me dites de ne pas tenir ça en considération, à la blague. Donc, je
rétropédale un peu, là, sur la recommandation... plutôt curieuse, donc,
d'inciter, si nécessaire contraindre des travailleurs de l'industrie de
la construction ayant fréquemment recours à l'assurance-emploi à participer à des programmes de formation visant
l'acquisition des métiers supplémentaires. Est-ce que ce serait applicable,
ça, comme... comme proposition? Comment vous voyez ça?
M. Gagnon (Alexandre) : Oui. Je vais laisser ma collègue Audrey répondre.
Mme
Langlois (Audrey) : Parfait. Donc,
bonjour. Alors, oui, on sait, l'industrie de la construction, c'est quand même
un secteur où est-ce que ça peut être saisonnier, où ça peut être cyclique, ça
peut dépendre également des régions et du niveau d'activité. Donc, ce qu'on a
remarqué, notamment avec l'étude d'impact réglementaire que le gouvernement a fournie en amont de la
présentation du projet de loi 51, c'est qu'il y a quand même certaines
professions qui ont une moyenne
annuelle d'heures travaillées en deçà de 1 000 heures de travail.
Donc, on voulait justement proposer que ces travailleurs-là puissent développer
des nouvelles compétences, acquérir peut-être des nouvelles cartes de...
La
Présidente (Mme D'Amours) : Je suis désolée, madame... je suis désolée, c'est
tout le temps que nous avions. Je... Merci. Je dois passer la parole
maintenant au député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
Bonjour à vous trois. Toujours un plaisir de vous voir en commission.
Je fais un peu de millage sur la question de ma
prédécesseure, en lien avec la rétroactivité. Moi, je... j'ai honnêtement été
surpris de votre proposition, là, de dire qu'on devrait permettre aux parties
de la négocier. Et je dis «surpris», pas tant en fonction de votre organisme,
qu'elle détonne de l'ensemble des autres organisations du côté patronal, on va
dire, qui sont passées aujourd'hui. Donc, je me réjouis que vous ameniez un peu
cette note de nuance, j'oserais dire, dans ce débat-là. Parce qu'à mon avis
c'est une forme, je dirais, de... presque de discrimination d'un secteur économique, qu'on ait décidé qu'il n'y ait
pas de possibilité. Après ça, est-ce qu'il va nécessairement en... y en avoir une? Moi, je ne suis pas en train de dire
qu'il faut qu'il y en ait obligatoirement une. C'est pour ça que la solution
du ministre, moi, ne me convenait pas tout à
fait. Puis, là-dessus, on se rejoint visiblement. Je la trouvais un peu
compliquée. Je pensais qu'elle avait... j'étais convaincu qu'il y avait
une bonne intention, mais je la trouvais un peu compliquée. Bref, donc, salut, bravo pour votre recommandation
à ce niveau-là. Je pense qu'avec un peu d'espoir, c'est peut-être vers là
qu'on s'enligne tranquillement. On verra bien l'étude détaillée dans les
prochaines semaines.
Je voudrais vous amener sur le dossier de la...
de la présence des femmes dans l'industrie la construction. Plusieurs groupes
en ont parlé. Il y a, entre autres, Action travail des femmes qui a fait la
recommandation d'avoir des espèces de quotas, là, des programmes ouverts... je
ne me souviens plus du terme technique, là, mais un nombre minimal de présences
de femmes dans les contrats publics. Puis on sait bien que c'est l'État qui est
le principal donneur d'ouvrage dans beaucoup
de domaines. Est-ce que c'est une notion pour vous qui est dans la... dans le
domaine de la raisonnabilité, de mettre ce genre de quotas là pour, dans
les faits, aller un peu plus vite en matière de présence de femmes dans
l'industrie?
M. Gagnon (Alexandre) : Le gros défi dans l'industrie de la construction pour
attirer les femmes vient avec le marketing de la profession, d'attirer ces femmes-là,
mais aussi de les retenir. On... Il y a... il y a eu d'énormes... vous avez
participé d'ailleurs à plusieurs discussions récemment, notamment avec le
projet de loi n° 42, avec le projet de loi n° 59 en santé et sécurité, qui a...
qui a mis de l'avant certaines cultures parfois un peu difficiles, un peu
passées date, jusqu'à un certain point, de la façon qu'on... que... que c'est
géré parfois dans l'industrie de la construction. Il y a des belles mesures qui
ont été proposées, quant... de la formation, quant à prévenir, à identifier les
situations de harcèlement puis de... en milieu de travail. Donc, il y a tout un
cycle pour s'assurer que c'est une industrie qui va être plus attirante pour
attirer des candidatures, pour attirer des femmes à intégrer l'industrie de la
construction.
Si aujourd'hui on intégrait un quota dans
certains contrats, ce ne serait pas par la mauvaise volonté des parties
prenantes que ce ne serait pas acquis, ce serait par la difficulté de cette
industrie à attirer les femmes à venir travailler
dans l'industrie. Il faut travailler par rapport à cet enjeu-là avant même de
penser à mettre en place des quotas, qui seraient hors de contrôle des
personnes de... de venir à les intégrer et à les respecter éventuellement.
Donc, il y a un travail préalable bien important de faire auparavant.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Leduc : Pardon?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Leduc : 20 secondes. Vous
faites... raison de parler de la culture, mais il y a aussi, des fois, les
patrons qui peuvent dire : J'ai entendu des histoires, moi, je n'embauche
pas ça, des femmes. Ça fait que comment on traite ça autrement que par des
quotas comme ça?
Mme Langlois (Audrey) : Si je peux me permettre, assez rapidement, on a quand même
un comité infrastructure construction à la CCQ. Notre président de comité est
une femme, et moi, j'ai remarqué qu'on avait beaucoup de femmes...
La
Présidente (Mme D'Amours) : Ça tombe sur vous. Je suis désolée, madame, ça
tombe sur vous. On a peu de temps, désolée. Je cède maintenant la parole
au député de Jean-Talon.
• (17 h 30) •
M. Paradis : Merci
beaucoup pour votre mémoire et votre présence parmi nous aujourd'hui. Vous...
Sur la question du nombre de métiers, vous
proposez donc que la Commission de la construction soit chargée, d'ici cinq
ans, de réduire le nombre de métiers, et qu'à
défaut le ministre le fasse. De manière intéressante, la commission est venue témoigner aujourd'hui, puis elle nous rappelle
qu'il y a quatre piliers, là, vraiment importants dans tout ça, et qu'il y en a
un que c'est la concertation. Ça fait partie du modèle québécois, puis le
ministre, je pense, a beaucoup insisté là-dessus aussi, et c'est pour ça que, sur cette question-là, il s'en remet un
petit peu, je pense, aux comités des relations de travail. Il va dire : On
va envoyer, puis les gens vont discuter. Quel est l'effet, selon vous, de ce
que vous proposez, justement, sur cette partie du modèle québécois, qui
semble être une de nos forces, la concertation?
M. Gagnon (Alexandre) : On est dans le coeur de cette... de cette force du modèle québécois de
la concertation. On veut passer par cette concertation-là. On veut que
les gens, autour de la table de négociation, autour de la table de la Commission de la construction du Québec, les
comités qui sont constitués par la Commission de la construction du
Québec, travaillent ensemble à arriver à ce résultat-là.
Cependant, le passé
nous a démontré que, sans une certaine pression utile, un certain délai, sans
un objectif devant eux, puis c'est commun à n'importe quelle table de
négociation, entendons-nous, c'est difficile d'en arriver à un consensus puis arriver au résultat. Donc, il faut
leur donner un délai. Ça a... On a eu des bons résultats, par le passé, en
amenant des délais précis pour amener cette pression et amener les gens à
travailler sérieusement à l'atteinte de ce résultat-là.
M. Paradis : Très
bien. Sur la question de la mobilité, il y a une phrase de la page 4 de
votre mémoire, là, qui dit que, bien, les
limitations à la mobilité ne peuvent plus être motivées par un objectif de
protéger la main-d'oeuvre régionale. J'aurais aimé vous entendre aussi,
là, sur cette question-là de l'intérêt des régions face à votre proposition.
M.
Gagnon (Alexandre) : Oui. Audrey, est-ce
que tu veux y aller? Oui?
Mme Langlois (Audrey) : Je peux y aller assez rapidement. Ce qu'on a observé, c'est quand même
plusieurs régions où est-ce que les bassins de main-d'oeuvre sont
souvent ouverts. Donc, il y a quand même un besoin de main-d'oeuvre un peu
partout au Québec. On a un taux de postes vacants qui demeure quand même
relativement élevé en construction. Et,
autrement dit, la mobilité de la... la mobilité régionale, là, il faut la
regarder d'un point de vue d'un
travailleur. Est-ce que ça veut dire qu'un travailleur qui est à Montréal va
aller travailler nécessairement en Beauce? Pas obligatoirement, mais il peut y avoir des chantiers qui peuvent
devenir très, très intéressants et qui peuvent inciter à se déplacer.
Donc, pour nous,
cette restriction là, aujourd'hui, n'a plus sa raison d'être, dans un contexte
où est-ce qu'on a des projets d'infrastructure de plus en plus importants. On a
d'autres grands projets qui arrivent bientôt avec Hydro-Québec, où est-ce qu'on va avoir besoin de
35 000 travailleurs. Et ça, c'est une notion que je vais vous marteler
aujourd'hui, c'est important de prendre ça en considération, les besoins sont
grandissants...
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
Mme
Langlois (Audrey) : ...et les travailleurs qui souhaitent se
promener d'une région à une autre devraient pouvoir le faire.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, je suis désolée.
Mme Langlois
(Audrey) : Merci.
La
Présidente (Mme D'Amours) :
Je vous remercie pour votre contribution à nos travaux de la commission.
Je suspends les
travaux quelques instants afin que nos prochains invités prennent place.
(Suspension de la séance à
17 h 33)
(Reprise à 17 h 37)
La Présidente (Mme
D'Amours) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Je... je souhaite
maintenant la bienvenue à la Régie du bâtiment du Québec. Je vous rappelle que
vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à une période d'échange. Je vous
invite donc à vous présenter et à nous donner votre exposé, s'il vous plaît.
Régie du bâtiment du Québec (RBQ)
M. Beaudoin
(Michel) : Merci, Mme la Présidente. M. le ministre, Mmes et MM. les
députés, c'est avec grand plaisir que je
m'adresse à vous dans le cadre de la consultation particulière sur le projet de
loi 51. Pour l'occasion, je suis accompagné de Mme Silvia
Garcia, vice-présidente à la réglementation et à l'innovation, M. Stéphane
Petit, vice-président aux relations à la
clientèle et Jean-François Paquet, vice-président aux enquêtes. Je suis Michel
Beaudoin, président-directeur général de la Régie du bâtiment du Québec.
D'emblée, je tiens tout d'abord à préciser que
la RBQ est favorable aux objectifs poursuivis par le projet de loi de
modernisation de l'industrie de la construction, notamment en ce qui a trait à
la mise en place du principe de polyvalence dans
l'organisation du travail. Nous aurons d'ailleurs l'occasion d'y revenir. La
RBQ n'est bien sûr pas directement visée par
le projet de loi 51. Toutefois, à titre d'acteur clé de l'industrie, la
RBQ contribue à améliorer la productivité dans l'industrie de la
construction au Québec.
Ce projet de
loi comporte des dispositions relatives à la mobilité et à la polyvalence des
travailleurs de construction. Rappelons que les employeurs et... et de
ces travailleurs doivent être titulaires d'une licence d'entrepreneur
permettant la réalisation des travaux de construction. Par conséquent, toute
modification apportée aux règlements applicables
aux travailleurs de la construction peut avoir un effet sur l'entrepreneur de
construction. À cet égard, notez que la RBQ a déjà... et est déjà en
processus de modernisation. Nous vous exposerons aujourd'hui les principaux
projets et, bien sûr, ses réalisations.
D'entrée de jeu, permettez-nous de vous
présenter la RBQ en quelques mots. La RBQ a pour mission de surveiller
l'application de la Loi sur le bâtiment, notamment en vue d'assurer la
protection du public. Elle veille à la qualité des travaux de construction et à
la sécurité des personnes en adoptant et en appliquant notamment le code de construction et le code de sécurité dans
11 domaines d'intervention. La RBQ encadre aussi la qualification
professionnelle des entrepreneurs de même que leur probité. Au Québec,
on compte près de 53 000 entrepreneurs détenteurs d'une licence,
incluant ceux dont la qualification professionnelle relève de la Corporation
des maîtres électriciens ou de la corporation des maîtres tuyauteurs.
Par ses actions, la RBQ joue un rôle clé pour
assurer la qualité des travaux de construction et de sécurité du public. Cette responsabilité est toutefois
partagée par l'ensemble des acteurs de l'industrie. Nous pensons, entre autres,
aux concepteurs, tels que les architectes,
les ingénieurs, les technologues, ou aux entrepreneurs, mais aussi aux
travailleurs et aux propriétaires.
Tous ont un rôle à jouer pour assurer la qualité des travaux de construction et
la sécurité du public. La Régie du bâtiment n'est pas seule.
• (17 h 40) •
Le projet de loi 51 est un pas
supplémentaire vers la modernisation de l'industrie de la construction. La...
la RBQ contribue aussi à cette modernisation
grâce à des projets importants en cours, entre autres en matière de
réglementation et de qualification. La RBQ est responsable de faire
évoluer le code de construction et le code de sécurité dans ces domaines
d'intervention. Ces codes évoluent en fonction des normes les plus à jour et
des nouvelles technologies. La RBQ siège sur près de 80 comités nationaux
où on élabore les normes techniques applicables à l'industrie de la
construction.
En 2020, la régie... le Québec a signé un accord
de conciliation qui vise à harmoniser les codes de construction applicables
dans les différentes provinces et des territoires. Cette harmonisation
permettra de faciliter la mobilité de main-d'oeuvre et le commerce et de
réduire les coûts pour les entreprises qui exercent leurs activités dans
plusieurs provinces et territoires. De plus, l'accord prévoit de réduire les
délais d'adoption pour avoir les normes les plus récentes. Déjà, depuis la
signature de l'accord, nous avons réduit de deux ans les délais d'adoption par
le Québec, qui étaient initialement de cinq ans. D'ailleurs, des projets de
règlement visant l'adoption des codes visés par cet accord ont été publiés en
décembre 2023 et en février 2024 pour obtenir des commentaires des publics.
La RBQ joue un rôle important dans le... dans
les travaux d'harmonisation. Ses actions répondent aux objectifs de
productivité sur les chantiers et de mobilité de main-d'oeuvre. De plus, la Régie
du bâtiment travaille à faire en sorte que les mêmes normes de construction soient
applicables à l'ensemble des municipalités du Québec. En effet, la Loi
modifiant diverses dispositions principalement aux fins d'allègement du fardeau
réglementaire et administratif, c'est-à-dire le projet de loi 17, a été
sanctionnée le 27 octobre dernier, qui octroie à la RBQ les pouvoirs
requis pour atteindre cet objectif. Il sera alors plus facile pour un
entrepreneur et ses travailleurs de construire des bâtiments, puisqu'ils devront respecter les mêmes... les mêmes normes
sans égard aux municipalités. Cela réduira le risque d'erreur et
améliorera la qualité de la construction étant donné que les plus hauts
standards s'appliqueront, que les bâtiments
soient construits à Gaspé ou à Montréal. Cette simplification des règles
applicables est un moyen concret pour favoriser la qualité de la
construction et la productivité.
La qualité des travaux et la sécurité du public
doivent également reposer sur la qualification adéquate des entrepreneurs.
C'est pourquoi la RBQ poursuit ses travaux afin de moderniser son système de
qualification. La RBQ évalue les compétences professionnelles des entrepreneurs
dans plusieurs volets, soit l'administration, la gestion de sécurité sur les
chantiers de construction, la gestion des projets de chantier et, bien sûr, l'exécution
de travaux de construction. Pour obtenir une licence de répondant, l'entreprise
doit démontrer à la... à la RBQ qu'il détient les compétences dans ces
domaines.
Depuis 2022, de nouvelles obligations de
formation continue s'appliquent aux répondants en exécution de travaux de
certaines sous-catégories. Ces nouvelles obligations répondent aux demandes de
l'industrie et ont été élaborées en partenariat avec la CMEQ et la CMMTQ. Ces
corporations sont d'ailleurs venues en commission vous parler de cette
obligation. La formation continue obligatoire vise à maintenir les compétences
des répondants, notamment par la connaissance des règles de l'art, des codes et
des normes les plus à jour.
Ce projet est attendu depuis plusieurs années.
Il s'agit d'un changement de culture important dans l'industrie de la
construction. Pour la RBQ, il s'agit d'une première phase qui servira d'assise
pour des élargissements éventuels dans cette
obligation à d'autres répondants. La première période de référence se termine
d'ailleurs le 31 mars prochain.
La RBQ salue aussi la modification apportée par
le projet de loi 51, qui vise à accroître la polyvalence dans certains
métiers. Ce principe est en cohérence avec la notion de travaux connexes
utilisée par le règlement sur la qualification professionnelle des
entrepreneurs de construction pour un constructeur propriétaire établi par la
RBQ. En effet, la notion de travaux connexes
permet à une... une certaine flexibilité, je m'excuse, en prévoyant que le
titulaire d'une licence peut exécuter certains travaux connexes à ceux
compris dans les sous-catégories qui le détiennent.
Nous souhaitons rassurer
les parlementaires sur le fait que la RBQ verra à arrimer ces deux notions, et
ce, afin d'assurer une cohérence entre la
réglementation de la Commission de la
construction du Québec et celle de la
RBQ. Nous sommes d'avis que cette
polyvalence doit répondre aux exigences de santé et sécurité autant pour les
travailleurs que les occupants des bâtiments. Nous sommes heureux de
constater que le principe de polyvalence est bien défini et encadré par le
projet de loi 51.
En conclusion, nous tenons à souligner à nouveau
l'appui de la RBQ au projet de loi 51. Comme le ministre l'a mentionné en
commission parlementaire, ce projet de loi est un jalon dans les travaux de
modernisation dans l'industrie de la construction. La RBQ collabore aux
initiatives visant à cette modernisation. En plus des réalisations concrètes
exposées par la RBQ, celle-ci travaille en collaboration avec ses partenaires
afin de mettre en place un nouveau modèle d'inspection et de surveillance et
assure la qualité des travaux et de sécurité du public. La RBQ aide aussi à
mettre en oeuvre également de nouveaux encadrements des inspecteurs en bâtiment
et en habitation. De plus, il continue à
faire progresser sa... sa réglementation et ses pratiques. Soyez assurés que
tout le personnel de la RBQ et même que les membres du conseil
d'administration sont investis et mobilisés et déterminés à réaliser ces
mandats.
La RBQ remercie
les parlementaires pour leur travail sur cet important projet de loi. Nous
sommes disponibles pour vos questions.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons
débuter notre période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. Beaudoin, à vous et votre équipe, pour votre
contribution, pour la préparation du mémoire puis pour la livraison que vous
venez de faire. Évidemment, vous êtes un acteur éminemment intéressé par les
objectifs du projet de loi. Je comprends que vous ne pouvez pas vous exprimer
sur le mérite, mais en même temps, vous
jouez un rôle. Puis j'aime bien le mot que vous utilisez : le projet de
loi est un «jalon» parmi bien d'autres.
Ça fait que
je vais y aller plus avec des... des questions de précision ou des commentaires
que je pourrais faire. Mais vous émettez combien de licences
d'entrepreneur par année? Est-ce que c'est 50...
M. Beaudoin (Michel) : 53 000
licences.
M. Boulet : 53 000?
M. Beaudoin (Michel) : Incluant
ceux de la CMEQ et de la CMMTQ.
M. Boulet : OK, les maîtres
électriciens et les maîtres tuyauteurs.
M. Beaudoin (Michel) : Tout à
fait.
M. Boulet : Et il y a combien
de ces licences-là qui réfèrent à la notion de travaux connexes? On... on nous
parlait, un groupe qui est venu ici... de 4 %, 5 % des licences. Ou,
quand on définissait les tenants et aboutissants de ce à quoi l'entrepreneur
était autorisé, on utilisait...
M. Beaudoin (Michel) : La... la
notion de travaux connexes peut être utilisée dans tout domaine, principalement
dans le domaine des licences touchant le domaine du... des licences générales
ou, si jamais il y avait une une proposition
de faite où la licence... les spécialisés pourraient être interpelés, ça touche
particulièrement ceux des... bien, j'allais dire à peu près
l'équivalent... Je n'ai pas le nombre exact avec moi, mais peut-être
Jean-François peut m'aider, là.
M. Paquet (Jean-François) : Oui,
si vous voulez. Bien, la notion de connexité peut s'appliquer à la majorité des entrepreneurs qui ont des... différentes
sous-catégories. Dans le fond, c'est un principe qui permet justement d'avoir
une flexibilité dans les travaux qui sont reliés ou qui sont nécessaires à
l'exécution de leur contrat principal.
M. Boulet : OK. Vous mentionnez
aussi... ou on nous a parlé de l'importance de sensibiliser les détenteurs de
licence à la diversité. On va commencer par la diversité. Après ça, il y a la
prévention du harcèlement. Puis je sais que vous avez mis en place des
obligations de formation continue pour ce que vous appelez les «répondants en
exécution de travaux», comme une première phase. Je pense que ça, c'est une
réglementation qui date de 2022. Ma question : C'est quoi, la formation
pour s'assurer que les entrepreneurs intègrent bien des concepts d'inclusion et
de diversité dans l'industrie de la
construction? Est-ce qu'il y a des notions, dans votre formation, qui réfèrent
à l'inclusion et à la diversité?
• (17 h 50) •
M. Beaudoin (Michel) : Dans la
notion qui touche la formation continue, on inclut des obligations de formation qui touchent, en principe... puis là je
vais être plus général, pour les répondants techniques, 18 heures aux...
aux deux ans. Sur les 18 heures, il y a
huit heures qui sont... touchent les normes. Et pour ce qui est du deuxième
huit heures potentielles, ces huit heures-là sont desservies pour, entre
autres, toucher l'inclusion, avoir de la formation touchant, entre autres, le
harcèlement psychologique, ou des choses comme ça. Généralement, c'est aux...
ces heures-là sont transférées chez nous et permettent,
éventuellement, aux entrepreneurs de... d'être mieux formés, hein? Vous le
savez, les normes évoluent rapidement. Et, quand on parle d'inclusion, chez
nous, inclusion des femmes, il y a tout près
de 10 % des répondants techniques qui sont des femmes chez nous, dans les
entreprises et dans les détenteurs de licence, alors c'est important que
ces gens-là soient inclus.
On essaie aussi de se rapprocher... On est
allés, dernièrement, voir les autorités, avec la CCQ, pour être capables de
travailler et rapprocher la formation, pour que les gens et les Autochtones
soient aussi impliqués. On veut rapprocher la régie des milieux en région aussi
pour permettre d'avoir un plus grand accès à la licence d'entrepreneur. Alors,
cette inclusion-là se fait par la formation, par la porte d'entrée
éventuellement, qui est une licence d'entrepreneur et qui nous permet éventuellement
d'avoir des gens un peu... un peu partout, qui peut aller se chercher une
licence d'entrepreneur. Alors, l'inclusivité se fait à partir de
l'entrepreneuriat d'une personne, que tu sois un Autochtone, un Québécois, une
femme. Les gens sont de plus en plus intéressés à... à devenir entrepreneurs au Québec. Et... et, quand on regarde les
chiffres, en 2024, il y avait tout près de 28 000 entrepreneurs.
Aujourd'hui, on a tout près de 53 000 entrepreneurs. Donc, il y a
beaucoup... de plus en plus d'intérêt aux gens de devenir entrepreneurs
au Québec.
M. Boulet : ...ce n'est pas la
mission primaire de la Régie du bâtiment que de former nécessairement sur des
concepts comme la diversité ou la prévention du harcèlement. Votre mandat,
c'est de voir à l'application de la Loi sur le bâtiment, de vous assurer que
les licences sont émises à des entrepreneurs qui ont les qualités puis les
compétences pour bien construire le Québec et... Mais quand même, c'est devenu
un enjeu tellement important, pas que dans
l'industrie de la construction. Mais, tenant compte de votre rôle, tenant
compte des obligations de formation continue pour les répondants et tenant
compte qu'il y a une nouvelle phase à venir, vous vous exprimez bien sur la
diversité. La diversité, c'est les groupes qui sont reconnus et qui nous
interpellent dans le projet de loi. Il y a les communautés autochtones. Au-delà des femmes, il y a les personnes
immigrantes et les personnes des minorités visibles. J'imagine... Ce que
vous me mentionnez, c'est qu'il y a 10 % des détenteurs de licence qui
sont des femmes.
M. Beaudoin (Michel) : Des
répondants techniques.
M. Boulet : OK. Puis les...
M. Beaudoin (Michel) : Vous
avez quatre...
M. Boulet : Oui, allez-y.
M. Beaudoin (Michel) : Vous avez
quatre répondants techniques dans le... pour avoir l'acquisition d'une licence,
d'être propriétaire d'une licence ou d'être entrepreneur ou détenteur d'une
licence de la Régie du bâtiment, et on a
tout près de 10 % qui sont des femmes, qui sont répondantes dans des
entreprises. Vous avez aussi des groupes qui se sont mis en place, Les
Elles de la construction, je pense que vous en avez parlé d'ailleurs un peu,
qui permettent à elles aussi d'aider à faire grandir l'industrie et à
intéresser les femmes à venir dans l'industrie. Je vous parlerai qu'on a
participé au cercle économique régional des Premières Nations pour aider à
intéresser et à rapprocher les Premières Nations à venir... à être détenteurs
de licence. Il y a des entreprises qui ont aussi... des entreprises autochtones qui sont très proactives dans le Nord. Alors,
cette ouverture-là est toujours très grande, et oui, il y a tout près de
10 % des femmes qui sont répondantes.
M. Boulet : Vous connaissez les
Elles de la construction?
M. Beaudoin (Michel) : Très
bien.
M. Boulet : Vous savez que je
les ai rencontrées au centre-ville de Montréal il y a deux semaines? Ils sont à
construire une clinique de fertilité au centre-ville de Montréal. Puis
effectivement j'ai rencontré une tuyauteuse, mais elle était la seule sur les 20 salariés ou travailleurs,
travailleuses de la construction dans la construction de ce projet-là. Mais
j'ai rencontré les membres de leur conseil puis les salariés présents sur le
chantier. C'était vraiment intéressant, puis on a parlé beaucoup d'intégration
des femmes.
Je veux aussi qu'on parle d'un sujet qu'on n'a
pas tant abordé, c'est le travail au noir puis l'évasion fiscale. Évidemment,
je vais me servir un peu de votre présence pour faire un peu de pédagogie,
parce que le collègue de Jean-Talon en a fait référence, il y a des subventions
qui sont consenties par Québec et il y a du travail en collaboration qui se fait par la CNESST, la CCQ et la RBQ. Donc, c'est
des montants spécifiques à chacun. Puis, vous savez, parce que vous
travaillez en collaboration avec les deux autres partenaires dont j'ai parlé,
mais la CCQ, puis Mme Murray ne l'a pas détaillé, là, mais on... il y a des
contrevenants chroniques, et il y a des interventions qui se font, il y en a à peu près 200 par année. Il y a
des... à peu près 5 000 visites de chantier puis il y a des
ressources qui sont dédiées à ce qu'il y ait le moins d'évasion fiscale,
puis on n'est malheureusement pas un secteur qui est à l'abri de l'évasion
fiscale ou du travail au noir.
Il y a la CNESST qui fait des informations avec
les ministères, puis avec la sécurité publique, puis des interventions. Mais la RBQ, je voyais, puis
j'aimerais ça que vous m'en parliez... mais il y a à peu près
10,5 millions, là, en tout cas, il y a autour de 10 millions
par année qui sont consentis par Québec à ces trois organismes-là pour lutter contre l'évasion fiscale. Mais je voyais à peu près
15 000 vérifications que vous faites, j'imagine, avant d'émettre des
licences pour entrepreneur. Vous faites des vérifications d'antécédents
judiciaires et des suivis personnalisés de sécurité. Est-ce que vous pouvez
nous en parler? Puis je suis convaincu que ça intéresse tout le monde.
M. Beaudoin
(Michel) : Grand plaisir. C'est pour ça que je me fais
accompagner de mon vice-président aux... à la... aux enquêtes. Donc,
allez-y, M. Paquet.
M. Paquet (Jean-François) : Oui,
Mme la Présidente. Pour ce qui est des vérifications d'antécédents criminels
qu'on effectue en collaboration avec la Sûreté du Québec, on a un mandat de
surveiller la probité, bien sûr, des entrepreneurs. Donc, s'ils ont été
reconnus coupables dans les dernières années de... par exemple, de fraude ou de collusion, à ce moment-là, c'est des actes
criminels qui empêchent d'avoir une licence. Donc, on fait des vérifications
préalables avant la délivrance d'une
licence, d'une part, et des suivis personnalisés de sécurité... Après la
vérification, c'est... on a un automatisme, dans le fond, qui permet de
s'assurer que, s'il y a des condamnations ultérieures après la délivrance de la licence, à ce moment-là, on
peut reconvoquer l'entrepreneur devant les régisseurs de la régie pour soit
suspendre ou annuler, le cas échéant, tout dépendamment des condamnations qui
auraient fait l'objet pour s'assurer d'un suivi de la probité en continu des
conditions de maintien de la licence, en somme.
M. Boulet : Ça va. Et vous
faites à peu près 15 000 vérifications, là, je ne veux pas avoir...
M. Paquet (Jean-François) : Oui,
dans le fond, il y a des vérifications, comme vous avez mentionné, pour ce qui
est... tout ce qui est antécédents, la probité, les suivis personnalisés, mais
il y a aussi toutes les dénonciations qu'on reçoit des partenaires, les
plaintes de la clientèle, mais on... on fait aussi, bien sûr, nos propres
vérifications terrain, notamment dans le domaine de la construction
résidentielle. Vous avez parlé d'ACCES Construction à juste titre, justement,
avec nos partenaires, on a... on a mis en place cette année, en 2023-2024, pour
la Régie du bâtiment, une unité dédiée
particulièrement d'inspecteurs en conformité réglementaire, qui s'adressent...
qui font des vérifications seulement pour le domaine résidentiel. Donc,
on est rendus à près de 1 700 chantiers vérifiés au 31 décembre
et plus de 2 000 entrepreneurs... 2 800 entrepreneurs,
excusez-moi, qui ont été vérifiés sur les chantiers dans le... avec une
priorisation pour le secteur résidentiel, incluant la rénovation.
M. Boulet : Super.
Puis, quand vous dites : ACCES Construction, ACCES, c'est l'acronyme qui
réfère à Actions concertées pour contrer les économies souterraines.
C'est bien ça?
M. Paquet (Jean-François) : Tout
à fait.
M. Boulet : En plus, vous
feriez à peu près 2 000 interventions sur les chantiers. Ça, vous
faites des interventions pour s'assurer de la conformité à la Loi sur le
bâtiment, puis vous... vous faites une vérification, j'imagine, de certains
aspects de probité puis de...
M. Beaudoin (Michel) : ACCES
Construction est surtout axé sur la collaboration entre la CCQ et la CNESST, le
ministère du Revenu, même la police, même l'UPAC, d'être capables ensemble de
faire des échanges d'informations qui nous permettent d'agir adéquatement dans
les chantiers.
M. Boulet : C'est tellement
important, ne pas travailler en silos. Et là, je finissais avec ça, il y a à
peu près 2 000 interventions sur les chantiers, mais il y a
39 journées, ce que vous appelez des «interventions concertées». Donc, la Régie du bâtiment, avec la Commission de la construction, la CNESST et Revenu Québec, qui est
concerné au premier plan.
M. Beaudoin (Michel) : Tout à
fait.
M. Boulet : Et ça, comment ça
fonctionne, ces journées-là d'interventions concertées?
• (18 heures) •
M. Beaudoin (Michel) : Je vais
peut-être laisser Jean-François...
M. Paquet (Jean-François) : Oui,
et effectivement, donc, à chaque mois, on a des journées dédiées avec nos
partenaires pour intervenir, dans le fond, dans certaines régions, pour faire
des vérifications. Ça nous permet à ce moment-là
de partager de l'information et de... d'agir en commun justement par la suite
dans... dans nos organisations respectives, on peut agir, faire de la
récupération fiscale pour Revenu Québec ou encore pour CNESST, s'assurer de...
que les salariés sont tous déclarés, qui sont dans les bonnes unités
d'accréditation. Et, pour nous, on s'assure, évidemment, qu'ils sont conformes
au niveau des répondants des catégories de licence et, bien sûr, que... que
tout est en règle au niveau de... des personnes impliquées dans l'entreprise.
M. Beaudoin (Michel) : Je me
permettrais d'ajouter, M. le ministre... Je pense que ce qui est important,
c'est surtout l'échange d'informations et la collaboration, elle est en amont,
mais aussi le citoyen qui intervient dans ces domaines-là et qui nous aide
aussi à dénoncer certaines situations. Et d'ailleurs, on... on porte beaucoup
d'actions en disant
qu'un travail fait souterrain ou un travail au noir, ce n'est pas une garantie
de qualité. Alors, pour nous, on... on insiste sur le fait d'être...
d'aller de l'avant et de dénoncer ces situations-là, s'il y avait des choses
particulières.
M. Boulet : Il
y a un impact sur les ressources fiscales au bénéfice des Québécois,
Québécoises. Puis le ministère des
Finances a toujours considéré qu'ACCES Construction avait un bénéfice pour le
maintien de l'équilibre des finances publiques. Puis ça, c'est dans
notre secteur.
M. Beaudoin (Michel) : Tout à
fait. On parle de 5 milliards d'évasion fiscale.
M. Boulet : Oui, tout à fait.
Quand même. Je veux simplement souligner en terminant le travail que vous
faites puis l'engagement de la RBQ à continuer dans cette direction-là, puis ce
que vous faites pour l'harmonisation des codes, pour la réduction des délais de
construction, les coûts, ça aussi, ça joue un rôle qui est vital, là, dans le
vaste chantier de modernisation de la construction. Et c'est tout à fait
compatible avec ce que nous faisons dans le projet de loi 51. Ça fait
qu'il y a une symbiose, il y a une concordance qui va nous aider, qui va faire
du Québec non seulement un... un pionnier, mais un... un environnement où la
construction est un secteur qui est inclusif, qui est diversifié, qui est
performant puis qui fonctionne de la manière la plus harmonieuse possible.
C'est sûr qu'on sera toujours perfectibles, c'est sûr qu'on aura constamment à
s'analyser puis à se faire des plans pour nous permettre d'atteindre nos
objectifs. Mais nos objectifs sont ceux des Québécois puis des Québécoises.
Alors, merci
de votre présence, merci de votre engagement, puis transmettez nos
remerciements à toute l'équipe de la Régie du bâtiment du Québec.
M. Beaudoin (Michel) : Oui, ils
sont tous là, M. le ministre, pour vous.
M. Boulet : Ils sont tous là.
Oui, j'en vois... j'en vois quelques-uns. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Donc,
maintenant, je cède la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : ...Mme la
Présidente. Merci beaucoup, donc, à l'équipe de la Régie du bâtiment d'être
avec nous cet après-midi. Donc, le dernier
groupe, mais non le moindre. Donc, on... on termine avec les différentes
notions que vous abordez dans votre mémoire et votre présentation.
Le... le premier élément que j'ai en tête, c'est
la question de la formation continue. Évidemment, vous avez... bien, vous l'avez nommée, puis vous l'indiquez
également, là, dans... dans le document, là, que vous nous avez transmis,
donc, vous avez... les entrepreneurs ont
certaines obligations en matière de formation continue, notamment des
répondants. J'en comprends par là que vous avez une certaine expertise
dans le domaine de la formation continue. Vous avez suivi les travaux, vous avez vu que plusieurs groupes sont venus, en
fait, nous dire : Donc, on pourrait s'inspirer de ce qui se fait du côté
de la RBQ en matière de formation continue et exiger le même type d'obligations
du côté des travailleurs, notamment, bon, on l'a vu, donc, par exemple, donc,
en matière, donc, de prévention et de harcèlement, etc. Advenant le cas que nous, comme législateurs, donc, on
adopterait, donc, ce type de propositions là, de dispositions législatives là, comment
la RBQ pourrait être une ressource pour inspirer la CCQ? Donc, comment est-ce
que vous pourriez déployer votre expertise pour que ce type de recommandations
là soient mises sur pied de façon adéquate?
M. Beaudoin (Michel) : D'entrée de
jeu, je veux juste quand même faire un historique sur la formation continue,
qui date de quelques années et qu'on a fini par faire aboutir en 2019-2020.
Merci, M. le ministre, parce que ça a permis d'aller de l'avant et faire en
sorte qu'on ait des entrepreneurs, hein? Parce que ça évolue rapidement, les codes, et les codes changent. Et, pendant quelques
années, pendant des années, on demandait de la formation continue pour
nos répondants.
Je veux juste dire que la majorité des... des
répondants sont des travailleurs dans la propre... dans leur propre industrie. Quand on parle de répondants, c'est des
travailleurs qui sont sur le chantier et qui doivent... Bien sûr, là, il y en a
27 000 qui sont assujettis, c'est la
première phase, et on veut agrandir ça à l'ensemble des répondants. Et c'est
les orientations qu'on peut prendre.
C'est sûr que, s'il y avait des choix, pour
nous, il y a des dispensionnaires. C'est Mme Garcia qui en est responsable
puis qui pourrait vous en parler. Mais pour nous, ce qui est important, il faut
que l'entrepreneur, il faut que les
répondants de l'entreprise soient au fait des normes les plus récentes pour
qu'on soit capables ensemble de faire évoluer l'industrie de la
construction rapidement. Il y a des nouvelles données qui rentrent, on parle du
BIM, on parle des normes qui vont passer de cinq à trois à 18 mois, on a
l'harmonisation des codes, alors tout évolue aussi rapidement. Et c'est certain
que toute disposition qui peut aider à faire en sorte que les gens comprennent
plus adéquatement, nous, on va être ouverts.
Astheure, ma
spécialité, c'est le domaine de l'entrepreneuriat, c'est les entreprises et les
répondants. Et c'est sûr que notre
expertise pourrait servir éventuellement à échanger avec nos collègues, et ce
qu'on fait déjà. Et je pense que, dans ce contexte-là, il y a un beau
travail qui se réalise.
Mme Cadet : Merci beaucoup. Sur une
autre lancée, la question du cloisonnement. Puis évidemment, ça, je comprends que vous ne vous prononcerez pas, donc,
sur précisément... sur les propositions qui ont été mises de l'avant par
les groupes. Donc, puisque vous êtes du côté des entrepreneurs, peut-être, de
façon plus générale, peut-être nous expliquer, donc, comment le... en raison, donc, de
l'historique qu'on a, que le modèle d'affaires des entrepreneurs spécialisés
s'est... s'est créé ou s'est adapté à notre
législation, donc, en matière, donc, de cloisonnement des métiers. Et advenant,
donc, le cas qu'il y ait des modifications, donc, à cet effet, évidemment
on parle de polyvalence dans le projet de loi tel que libellé, mais on discute,
on en... on verra où est-ce qu'on ira, donc, du côté de l'étude détaillée,
peut-être vous entendre, donc, sur cet élément-là. Je pense que ça pourrait
nous outiller, nous, comme législateurs.
M. Beaudoin
(Michel) : Il est... il est un peu difficile pour moi de m'expliquer
sur le cloisonnement. J'ai moins de spécialistes et de spécialités dans ce
domaine-là. Mais, quand on parle de polyvalence, on sent une volonté des gens et des entrepreneurs de voir à faire en
sorte qu'on puisse être plus polyvalents au Québec. Et ça, c'est des demandes
qui sont faites. Pour moi, la notion de
cloisonnement, je ne suis pas très spécialisé. J'aimerais mieux ne pas
m'impliquer dans ce domaine-là. Et je vais m'en tenir bien sûr à la
notion d'entrepreneur et de répondant technique là-dessus.
Mme Cadet : Merci.
M. Beaudoin
(Michel) : Ça me fait plaisir.
Mme Cadet :
Qualité des travaux. Évidemment, donc, un peu plus votre spécialité ici. Nous,
comme législateurs... Est-ce que vous auriez des conseils? Bien, en fait, ce
qu'il ne faudrait pas faire, là. Pas nécessairement vous prononcer sur les
dispositions du projet de loi, mais, étant donné votre expertise, s'il y avait,
donc, une avenue. Vous dites : Non, il
ne faudrait pas que le législateur, donc, se dirige là, parce que ça, ça
pourrait affecter la qualité des travaux. Ce seraient quoi, vos conseils
pour nous?
M. Beaudoin
(Michel) : Je m'alimente beaucoup de ce qui s'est discuté durant la...
cette consultation-là, et je pense que ça
revient souvent, les planifications fonctionnelles et techniques, de faire
respecter les choix et de grandir adéquatement là-dedans. Je pense que,
quand il y a des modifications qui sont faites en cours de chantier, ça peut
être plus difficile aussi, autant pour les
travailleurs que les entrepreneurs. Encore là, je vais me restreindre un peu
plus dans ma... ma bonne connaissance
des licences et de la formation, et de s'assurer que les normes évoluent
adéquatement au Québec.
Mme Cadet : Merci. Je me demandais
aussi comment le projet de loi ou, en fait, l'essence, donc, de travailler
sur la productivité, l'efficacité des
travaux, quel impact, donc, ça pourrait avoir, donc, pour éviter des
situations, là, comme celles qu'on a vues dans le Faubourg Boisbriand?
Est-ce que vous avez une opinion là-dessus?
M. Beaudoin
(Michel) : De un, Faubourg Boisbriand, c'est à peu près voilà
15 ans. C'est quand même... L'industrie a évolué depuis ce temps-là. Je
pense que la responsabilité des entrepreneurs a aussi grandi. On parle de
responsabilité partagée, autant des concepteurs, il y a la notion qui touche
aussi de la... du rôle des ingénieurs, du rôle du concepteur, de suivre les
plans adéquatement. Alors, quand... Je pense que tout a évolué. Et vous allez
éviter un peu... Parce que c'est quand même un conflit qui est... qui est quand
même là. La régie n'est pas nécessairement impliquée dans cette démarche-là. Je
suis très empathique à ce qui se passe dans Boisbriand, je ne trouve pas ça
agréable parce que c'est encore une fois l'industrie qui paie, mais en même
temps, on verra les résultats. Mais je le répète,
les entreprises de construction au Québec, c'est des gens qui sont dévoués à
leur industrie. Les travailleurs, ils sont dévoués aussi. Il n'y a pas
personne qui rentre sur un chantier en voulant faire de la mauvaise
construction. Et, si c'était le cas, bien, on a des vice-présidents enquête, on
a des organisations qui travaillent à régulariser les situations qui pourraient
être délicates ou au détriment d'un citoyen.
• (18 h 10) •
Mme Cadet :
Donc, l'industrie a évolué, donc, dans les 15 dernières années, vous
l'avez bien mentionné. Puis c'est... c'est
exact. Est-ce que vous pensez... Parce qu'évidemment, dans l'intervalle, on n'a
pas ouvert la loi R-20. Donc, ma
question, ici, c'est : Est-ce que dans... en ouvrant la loi R-20,
est-ce qu'il y aurait des dispositions qui pourraient nous permettre, donc, d'améliorer encore plus,
donc, le travail qui s'est fait dans la dernière décennie et demie à cet égard?
M. Beaudoin
(Michel) : Je comprends ce que vous dites. C'est un peu difficile pour
moi de parler R-20. Mais, quand j'entends
parler de R-20 et que j'entends parler de... des enjeux de mobilité ou des
enjeux de polyvalence, les travaux connexes, l'importance d'avoir un
code unique aussi au Québec, c'est ça qui évolue, hein?
Je
veux revenir sur cette notion-là, hein, on construisait avec un code totalement
différent. Moi, l'année dernière, on a réussi enfin à avoir la notion de code
unique acceptée dans un projet de loi, quand, pendant 20 ou 25 ans, il
y avait des... des municipalités qui
construisaient dans des normes datant de 1985, ce qui n'était tout à fait pas
normal. Alors, c'est dans ce rôle-là que la régie veut faire en sorte
que lorsque les façons vont être claires, la façon de travailler avec des codes uniques, des actions concertées, une
qualification adéquate. Je pense que, dans ce contexte-là, on va améliorer
l'industrie.
Et l'industrie est
quand même... Il y a des beaux travaux qui se font au Québec. Il y a des gens
dévoués, il y a des entreprises dévouées. 80 % sont des PME, des petites
entreprises, il faut les appuyer et il faut être capables aussi de les faire
grandir avec les normes qui changent aussi rapidement qu'on vit aujourd'hui,
là.
Mme Cadet : Certains
intervenants sont venus nous parler, donc, de réduction du nombre de métiers.
Vous nous avez dit, donc, la polyvalence, donc, pour vous, donc,
c'est... c'est un élément, donc... c'est un principe que vous appuyez ici. Ces types de propositions là, donc, d'aller
dans un modèle similaire à celui l'Ontario, est-ce que le pendant, pour vous,
ça amènerait plus d'inspections?
M. Beaudoin
(Michel) : De un, notre système québécois est analysé par les autres
provinces. Je suis coprésident d'un comité national, et les sous-ministres des
autres provinces sont intéressés à voir des façons dont on travaille au Québec.
On est la seule province qui a une qualification professionnelle de nos
entrepreneurs. On nous pose des questions ailleurs et on nous dit : Ça
nous intéresse. Les façons sont différentes à travailler dans d'autres provinces. Mais en résumé, pour moi, c'est de
continuer à faire évoluer la qualification de nos entrepreneurs. Et, bien sûr,
les entreprises et les travailleurs vont
être intéressés à aller... à travailler avec des entrepreneurs compétents.
Alors, c'est dans ce contexte-là qu'il faut continuer à construire.
Mme Cadet :
Puis, s'il fallait — puis
indépendamment des différentes propositions, là, mises de l'avant par les groupes, là — s'il fallait que les aménagements que nous, comme
législateurs, donc, on... qu'on veut adopter, donc, nous mènent à... en
fait, comme résultat qu'il y aurait plus d'inspections, est-ce que la RBQ
aurait la capacité de pouvoir soutenir un nombre accru d'inspections?
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...en 30 secondes.
M. Beaudoin
(Michel) : Bien, je pense que vous êtes consciente qu'on travaille à
revoir le processus d'inspection au Québec. On a d'ailleurs eu un mandat du
gouvernement actuel pour aller de l'avant et voir comment on peut mieux faire
ensemble. La Régie du bâtiment est un joueur. Le vice-président aux enquêtes...
aux enquêtes, à l'inspection et services client travaille à revoir le processus
d'inspection. Et c'est clair qu'il faut voir... On a des gens à la CCQ, il y a des gens de la CNESST, il y a des
inspecteurs municipaux, il y a la GCR qui intervient, alors c'est d'être
capables ensemble d'agir adéquatement dans l'intérêt de l'industrie.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour à vous quatre. On a parlé beaucoup de
surspécialisation des entreprises dans le cadre de ces audiences, que ça
faisait, des fois, des multiples degrés de sous-traitance, des fois jusqu'à trois, quatre, cinq degrés de sous-traitance.
Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour traiter cet enjeu-là, qu'il y ait moins
de sous-traitance à l'infini puis que ça vienne retarder notamment les travaux,
parfois?
M. Beaudoin
(Michel) : J'ai entendu ce que vous avez dit. J'ai entendu ce que les
gens vous ont dit. La fibre entrepreneuriale, au Québec... Quand un
entrepreneur voit une occasion d'affaires pour aller de l'avant et voir comment
il peut ajouter à son entreprise, et créer un revenu supplémentaire, et engager
des gens supplémentaires, il est difficile
pour moi de laisser, comment je pourrais dire ça... d'annuler la fibre
entrepreneuriale des gens au Québec et de dire : Bien, si toi, tu
veux te spécialiser dans tel domaine ou aller dans tel domaine, je vais te
bloquer. Je pense, ce serait mal vu. Je connais beaucoup de jeunes qui
grandissent, qui ont de la difficulté à l'école, et qui ont quand même intérêt à devenir des bons entrepreneurs au
Québec, et qui réussissent très bien en affaires, mais pour ça, ils sont capables
d'être multidisciplinaires et être capables d'agir.
Astheure,
il faut s'assurer, nous, en tant que législateurs, qu'on soit capables... de
législateurs... je m'excuse, en tant qu'organisme de réglementation...
M. Leduc : De
l'État. Oui.
M. Beaudoin (Michel) : ...d'être capables d'agir
adéquatement et s'assurer que le travail soit bien fait. Et on compte sur
les gens pour les dénoncer quand les travaux ne seront pas bien faits.
M. Leduc : Deux
courtes questions puis je vous laisse aller parce que le temps file vite.
Est-ce qu'on forme assez les employeurs au Québec? On parle beaucoup de
formation des travailleurs, mais est-ce qu'on forme assez les employeurs? Puis
qu'est-ce qu'on peut faire pour lutter contre l'espèce de taux de roulement des
entreprises qui, parfois, ferment, réouvrent
sous un autre nom, mais que c'est à peu près la même personne? Y a-tu quelque
chose à faire à votre niveau par rapport à ce phénomène-là?
M. Beaudoin
(Michel) : Je peux vous dire que ça fait quand même quelques années
que je suis à la Régie du bâtiment du Québec, et ceux qui font ça aujourd'hui
sont plus suivis, et les informations sont beaucoup plus à jour. On a un
vice-président enquête et une équipe d'enquête qui est fort bien dévouée, et
les informations qui sont faites avec nos
collaborateurs, les gens, les polices, les services de police, la CCQ, nous
permettent de mieux agir quand il y a de ces enjeux-là au Québec. Mais
il y a un travail efficace. Il y a des lumières rouges qui s'ouvraient, la
technologie a changé, il y a des méthodes d'enquête qui ont changé, et pour
nous, c'est important de les suivre adéquatement.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Une minute.
M. Leduc : Une minute?
La
Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
M. Leduc :
Mon Dieu! Il reste du temps. On y va! On y va!
M. Beaudoin
(Michel) : C'est parce que vous êtes fatigués?
M. Leduc : Je
suis... Je suis habitué que vous complétiez mes réponses, mais là...
M. Beaudoin
(Michel) : Je suis le dernier à passer, vous êtes tous fatigués!
M. Leduc : Bien,
je vous posais la question...
M. Beaudoin
(Michel) : ...
M. Leduc : Non,
non, au contraire.
M. Beaudoin
(Michel) : Je vous agace.
M. Leduc : Je
vous posais la question sur la formation. Est-ce que les... les employeurs, les
gens qui ont des licences RBQ... Parce qu'on a parlé beaucoup de formation des
travailleurs, etc., on a eu des débats sur les DEP versus les formations
courtes, versus l'alternance, mais les employeurs, les...
M. Beaudoin
(Michel) : Bien, pour nous, ce qui est important, on parle de
formation continue, et c'est totalement dévoué aux entrepreneurs de
construction. Ces formations-là sont faites par des organisations. On veut
d'ailleurs... On a eu des discussions à élargir éventuellement aux autres...
aux autres répondants. L'employeur, 80 %, c'est lui-même qui se fait former en tant que répondant d'entreprise.
Alors, dans l'objectif où on veut que les normes aillent plus
rapidement, que ça change rapidement, il est clair que le 18 heures par
deux ans nous aide éventuellement à avoir une meilleure formation et un
meilleur suivi sur l'évolution des codes au Québec et au Canada, bien sûr.
Et...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup.
M. Beaudoin
(Michel) : J'ai fini en même temps que vous.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Bonjour.
Merci pour le mémoire. Merci pour votre présence. Vous dites, au début du
mémoire, que la régie est favorable aux objectifs poursuivis par le projet de
loi puis, à la fin, vous dites que... vous parlez de l'appui de la régie au
projet de loi n° 51. Est-ce que vous appuyez les intentions ou vous
appuyez les mesures, toutes les mesures qui sont dans le projet de loi?
M. Beaudoin
(Michel) : Je dois vous avouer que tout ce qui peut aider... qui peut
aider à l'évolution de l'industrie de la construction, on l'a eu, on a un
répondant en santé et sécurité, quand le ministre a fait son projet de loi sur
la santé et sécurité, on a suivi ce qui s'est passé dans ces domaines-là. Et ça
a un impact sur les répondants techniques quand il y a des activités comme
celles-là. Et nous, on collabore efficacement. Pour nous, les intentions du
projet de loi, on les suit. Et, s'il y avait des modifications, on va aussi les
suivre. On veut être un acteur important. On travaille en collaboration avec
les industries, avec les associations pour être capables de faire grandir notre
industrie. Donc, dans ce contexte-là, nous,
on est... on est en appui sur la démarche de faire une modification là à cette
loi.
M. Paradis : Je
regardais l'article 111 de la Loi sur le bâtiment, là, qui énumère vos
fonctions, puis vous les... vous les
résumez, c'est la qualité des travaux, la sécurité. C'est quoi, les mesures,
dans le projet de loi, là, qui, selon vous, contribuent à la qualité des
travaux puis à améliorer la sécurité?
M. Beaudoin
(Michel) : Bien, je pense qu'en ayant chez nous à permettre une
meilleure polyvalence, en ayant des gens qui travaillent en compétence aussi,
c'est de... Quand je suis le projet de loi, pour moi, c'est d'être capable
d'évoluer adéquatement avec l'industrie, faire grandir la loi. Quand on a des
discussions... parce qu'on est conseillers et consultés lorsqu'il y a des
discussions comme celles-là, et c'est sûr que dans un cas comme ceux-là, on regarde une loi d'un collègue ou d'un organisme
parallèle qui travaille avec nous, bien nous, pour nous, c'est d'être capables
de travailler en collaboration ensemble.
M. Paradis : Vous
êtes une institution publique. Puis là, je vais reposer une question...
M. Beaudoin
(Michel) : Bien, allez-y.
M.
Paradis : ...je suis revenu souvent là-dedans, moi, sur les
données probantes puis les études. Parce que, là, vous êtes la Régie du
bâtiment.
M. Beaudoin
(Michel) : Tout à fait.
M.
Paradis : Donc, est-ce que vous avez des données sur
lesquelles vous vous basez pour dire : Bien, nous, ce qu'on voit dans le
projet de loi, on pense que ça va améliorer la qualité des travaux puis la
sécurité sur les chantiers?
M. Beaudoin (Michel) : Quand on a vu
la notion de polyvalence, c'est que chez nous, on parle de travaux connexes. Là
était notre intérêt de se jumeler avec cette démarche-là, pour être capables
d'assurer que les gens puissent faire un travail adéquat et qu'on puisse
jumeler avec un travail. Quand on est un organisme gouvernemental et qu'on
travaille avec d'autres organismes gouvernementaux et qu'on veut faire évoluer,
pour nous, c'est important de faire grandir les organisations et voir ce qui
impacte chez nous. Alors, dans un contexte comme celui-là, c'est pour ça qu'on proposait de jumeler et de voir
comment on pourrait faire annexer la notion de polyvalence avec la notion
de travaux connexes chez nous.
Mémoires déposés
La Présidente (Mme D'Amours) : ...avant
de conclure les auditions, je procède au dépôt des mémoires des personnes et
des organismes qui n'ont pas été entendus lors des auditions publiques.
Je vous remercie pour votre contribution à nos
travaux, chers invités.
La commission
ajourne ses travaux jusqu'à demain, après les avis touchant les travaux des
commissions, où elle entreprendra un autre mandat. Merci!
(Fin de la séance à 18 h 20)