Journal des débats (Hansard) of the Committee on Labour and the Economy
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Tuesday, March 19, 2024
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Vol. 47 N° 45
Special consultations and public hearings on Bill 51, An Act to modernize the construction industry
Aller directement au contenu du Journal des débats
Intervenants par tranches d'heure
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D'Amours, Sylvie
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Boulet, Jean
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Boulet, Jean
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D'Amours, Sylvie
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Cadet, Madwa-Nika
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Leduc, Alexandre
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Paradis, Pascal
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D'Amours, Sylvie
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Boulet, Jean
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Bogemans, Audrey
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Cadet, Madwa-Nika
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Cadet, Madwa-Nika
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D'Amours, Sylvie
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Leduc, Alexandre
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Paradis, Pascal
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Boulet, Jean
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Boulet, Jean
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D'Amours, Sylvie
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Cadet, Madwa-Nika
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Leduc, Alexandre
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Paradis, Pascal
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Paradis, Pascal
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D'Amours, Sylvie
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D'Amours, Sylvie
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Boulet, Jean
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Boulet, Jean
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D'Amours, Sylvie
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Cadet, Madwa-Nika
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Leduc, Alexandre
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Paradis, Pascal
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D'Amours, Sylvie
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Boulet, Jean
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Cadet, Madwa-Nika
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Cadet, Madwa-Nika
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D'Amours, Sylvie
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Leduc, Alexandre
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Paradis, Pascal
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Boulet, Jean
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Boulet, Jean
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D'Amours, Sylvie
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Cadet, Madwa-Nika
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Leduc, Alexandre
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Paradis, Pascal
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D'Amours, Sylvie
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Boulet, Jean
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Cadet, Madwa-Nika
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Cadet, Madwa-Nika
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D'Amours, Sylvie
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Leduc, Alexandre
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Paradis, Pascal
9 h 30 (version révisée)
(Neuf heures quarante-six minutes)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de l'économie et du travail ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je vous
demande, à toutes les personnes dans la salle, de bien vouloir éteindre la
sonnerie de votre appareil électronique.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 51, Loi modernisant l'industrie de la construction.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Tremblay (Dubuc) est remplacé par Mme Bogemans
(d'Iberville) et Mme Tremblay (Hull) est remplacée par Mme Mallette
(Huntingdon).
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Nous entendrons ce matin les témoins suivants, soit : la Corporation des
entrepreneurs généraux du Québec, le Conseil du patronat du Québec et l'Association
des employeurs en mécanique industrielle du Québec.
Je souhaite maintenant la bienvenue à la
Corporation des entrepreneurs généraux du Québec. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes... 10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons à la période d'échange. Je vous invite donc à vous présenter et à
nous donner votre exposé.
M. Côté (Eric) : Merci, Mme
la Présidente. M. le ministre, Mmes, MM. les députés, bonjour. Mon nom est Eric
Côté, je suis président-directeur général de la Corporation des entrepreneurs
généraux du Québec, communément appelée la CEGQ. Aujourd'hui, je suis
accompagné de Lucien... <i>Julien Lessard, excusez, oui, président du
conseil d'administration de la CEGQ, qui est aussi vice-président exécutif de l'entreprise
Beaudoin Canada, de Mme Mélissa Robitaille, présidente sortante du conseil d'administration
et PDG de Syscomax, une entreprise de construction, et je suis accompagné,
finalement, de M. David Dinelle, directeur des affaires publiques et des
relations gouvernementales de la CEGQ.
Nous tenons à vous remercier pour l'invitation
à <participer...
M. Côté (Eric) :
...à
>participer à cette consultation particulière, et, d'entrée de jeu,
j'aimerais préciser avec vous que la CEGQ accueille favorablement la volonté
exprimée dans la modernisation de l'industrie de la construction derrière le
projet de loi n° 51.
La CEGQ est fondée en 1996. Elle a pour
mission de défendre les intérêts des entrepreneurs généraux et de l'industrie
de la construction par sa contribution au développement du Québec, notamment au
niveau économique et durable. Elle est la seule association vouée exclusivement
à la promotion des intérêts collectifs des entrepreneurs généraux. Ses membres,
ensemble, réalisent 85 % des projets dans les secteurs institutionnel,
commercial et industriel.
Avant d'aller plus loin, vous me
permettrez, Mme la Présidente, de permettre à notre président du conseil, M.
Lessard, un entrepreneur général, de vous expliquer les rôles et
responsabilités d'un entrepreneur général dans le secteur de la construction.
M. T.-Lessard (Julien) : Merci,
Eric. Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, comme
entrepreneurs généraux, nous sommes les chefs d'orchestre sur les chantiers.
Nous sommes responsables de la gestion des projets de construction, nous
planifions l'ensemble des travaux, nous engageons et nous gérons les
entrepreneurs spécialisés, nous veillons au respect de l'échéancier et du
budget. Nous assurons que les projets respectent les normes et réglementations
et nous assurons la maîtrise d'oeuvre en santé et sécurité au travail sur les
chantiers. Nous veillons à la satisfaction de toutes les parties prenantes en
ayant une vision globale du projet.
Malgré ce qui précède, les entrepreneurs
généraux ne sont pas exclusivement représentés dans les discussions
officielles, alors que la loi R-20 leur accorde un statut différent en
leur exigeant notamment l'obligation solidaire en matière salariale en vertu de
l'article 54 de la loi R-20. Puisque les entrepreneurs généraux
portent la responsabilité de la planification et de la productivité des
chantiers et qu'elle apporte une vision globale qui viendra bonifier la
concertation des acteurs de l'industrie, la CEGQ souhaite une reconnaissance
officielle comme association d'entrepreneurs, en vertu de l'alinéa 1c de
l'article 1 de la loi R-20. Je repasse maintenant la parole à M. Côté.
• (9 h 50) •
M. Côté (Eric) : En matière
de polyvalence, le Québec se distingue en comptant le plus grand nombre de
métiers dans l'industrie de la construction, avec pas moins de 26 métiers
reconnus. En comparaison, le régime d'apprentissage exige six métiers en
Ontario, neuf en Alberta, et cinq au Nouveau-Brunswick.
La CEGQ est d'avis que la polyvalence de
la main-d'oeuvre constitue un élément essentiel pour une productivité accrue,
et c'est pourquoi nous saluons l'ouverture du projet de loi à cet effet. La
présente modernisation doit effectivement favoriser une plus grande flexibilité
de la main-d'oeuvre tout en assurant la qualité, et j'y tiens, et je le
mentionne, permettant à chaque travailleur d'accomplir un éventail élargi de
tâches, surtout dans un contexte de gestion de déficience à la fin des
chantiers où il y a plusieurs métiers qui se succèdent.
Plusieurs d'entre vous avez entendu parler
des fameux cadres de porte. Alors, on se dévoile, on vous le dit, c'est un
entrepreneur de la CEGQ qui a évoqué cette problématique-là. Il aurait aimé
être avec nous, mais, pour des raisons de confidentialité, de difficultés pour
son entreprise, il a choisi de laisser son association lui expliquer la situation.
Vous avez entendu, il y a un entrepreneur qui avait, sur une... dans un
chantier d'une commission scolaire, a dû changer des cadres de porte parce que
les plans prévoyaient 24 pouces, alors qu'il fallait finalement mettre 30.
Il a fallu sept métiers pour changer le cadre de porte. Dans notre
mémoire, on vous fait la liste, la nomenclature. Alors, tout ça, finalement,
nous croyons qu'avec le projet de loi, ça ne serait malheureusement qu'une
petite économie qui serait possible. En appliquant la nouvelle définition de la
polyvalence proposée dans le projet loi n° 51, rien ne précise que
l'entrepreneur aurait eu besoin de moins de métiers. Les tâches semblent
reliées, mais il est difficile de le confirmer, même si elles tendent à
s'inscrire dans une même séquence de travail. Leur réalisation, toutefois,
s'effectuerait sur plus d'une journée.
Afin d'encadrer la polyvalence, elle
propose... la CEGQ propose un partage des compétences à travers les familles de
métiers. Qu'est-ce que c'est, les familles de métiers? C'est un rapport qui
existe depuis 2013, produit par la CCQ, qui vient introduire une approche
selon laquelle les 26 métiers seraient répartis selon cinq grandes
familles à l'intérieur desquelles les travailleurs pourraient évoluer et
partager certaines tâches. Donc, ce n'est pas quelque chose de laissé au
hasard, qu'on a inventé, c'est un document qui date depuis 2013, à cet
effet-là. Donc, favoriser un apprentissage et un partage de compétences à
l'intérieur de familles cohérentes et... pour favoriser l'apprentissage de ces
compétences.
Afin d'évaluer les différentes relatives...
délais ou coûts, dans l'exécution des travaux concernant les changements des
cadres de porte, nous avons procédé à une évaluation. Alors, tout simplement,
on a essayé de voir si l'entrepreneur, avec les familles de métiers, aurait
réalisé une économie. Selon nos termes, et on peut vous dire, les travaux pour
changer les 13 cadres de porte dans l'école ont pris 45 jours parce
qu'il y a des métiers qui se succédaient, il y avait des délais, pour un coût
d'environ 25 000 $. On parle d'un vrai chantier, ici, ce n'est pas
une analyse qui était faite sur la base. Donc, en appliquant le <concept...
M. Côté (Eric) :
...en
appliquant le >concept lié aux familles, seuls deux métiers auraient été
nécessaires, un charpentier-menuisier et un peintre. Pour les mêmes
modifications, l'entrepreneur estime que les tâches auraient... seraient
tombées à 26 jours, ce qui représente une amélioration dans le temps de
42 %.
Toutefois, ce qu'on se rend compte, c'est
que la gestion des juridictions de métier est quelque chose de complexe. Et,
avec l'arrivée d'une nouvelle loi, peu importe comment le gouvernement ou
l'Assemblée en décidera, il est nécessaire de mettre en place un mécanisme de
préapprobation pour que les entrepreneurs qui sont de bonne foi, qui veulent
faire les choses comme il faut dans la polyvalence, ne se trompent pas, ne
soient pas pénalisés. Et on aimerait que la CCQ puisse offrir un service de
validation avant le début des travaux. Donc, un entrepreneur pourrait faire
vérifier si la méthode ou quelque chose comme ça pourrait être préautorisé, au
lieu de prendre une chance d'avoir une contravention et de se retrouver en
situation, comment dire, un peu dommageable et qui aurait un impact au niveau
juridique.
Alors, afin d'éviter justement des combats
d'interprétation juridique, il semble important de mettre en place ce mécanisme
d'approbation. Et nous savons que, dans le passé, la Commission de la
construction du Québec le faisait dans certains cas, et on pense que ça serait
quelque chose de louable pour l'industrie, au lieu d'avoir une police, un
accompagnement, un peu comme on le fait de plus en plus du côté de la CNESST,
avec l'introduction du projet de loi n° 59 qui a été faite il y a quelques
années.
Sur la question de la mobilité, la CEGQ
est d'avis qu'il faut... qu'il n'y a plus de raison valable d'entraver la
mobilité des travailleurs et des travailleuses devant... et demande l'abolition
de toutes les restrictions à cet égard. Mais toutefois, et il y a un frein à la
mobilité, c'est le budget, d'amener des gens de notre équipe sur un autre
chantier, ça implique qu'on va devoir couvrir les frais de déplacement et de
séjour. Alors, ça ne se fait pas à n'importe quel prix. Et je rassure le
ministre là-dessus, ça ne peut pas être un bar ouvert. Il y a des limites parce
que, dans un contexte de plus bas soumissionnaire, si on met toute notre équipe
avec tous les pleins prix, on risque de ne pas être compétitif.
Je laisserais... je vais continuer. Je
voulais changer tout de suite, hein? Je voulais vous parler enfin de la
rétroactivité. Avant même de parler de la création d'un fonds de rétroactivité,
il faudrait faire un débat de fond sur la rétroactivité et d'expliquer pourquoi
elle est impraticable dans le secteur de la construction. Premier point, à
moins d'une disposition contractuelle... ne le prévoit, il est impossible pour
un entrepreneur de rétroactivement solliciter son client pour une somme qu'il a
oublié de prévoir dans son projet. Ce projet, c'est... est vaste, et cette
clause est étendue dans les contrats publics, les contrats privés. Elle est
même inscrite au Code civil du Québec à l'article 2109.
Autre élément qui laisse, dans le fond,
aux parties de regarder la situation, en 2014 et en 2017, à cause
d'un conflit de travail, le gouvernement a dû statuer sur les conditions
salariales des travailleurs, et, à ce moment-là, n'a pas appliqué le principe
de la rétroactivité. Par contre, le gouvernement, dans sa sagesse et... a
appliqué une correction dans l'augmentation pour justement tenir compte de la
période qu'il y a eu entre l'échéance et la fin du conflit. Donc, de ce
côté-là, l'histoire nous montre qu'il y a une possibilité de faire les choses à
cet effet-là, et nous souhaitons, donc, à cet effet-là, de retirer tous les
éléments sur la question de la rétroactivité. Mélissa.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
Mme Robitaille (Mélissa) : Merci,
Eric. Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, les femmes dans
l'industrie de la construction ne représentent que 3,7 % de la main-d'oeuvre.
Après cinq ans, 54 % d'entre elles quittent le milieu,
comparativement à 35 % chez les hommes. Le climat de travail, associé
malheureusement à des comportements inappropriés à certains moments, est
certainement responsable de cette situation. Afin de soutenir la rétention des
femmes dans l'industrie de la construction, il est crucial de renforcer la
sensibilisation. C'est pourquoi la CEGQ soutient, comme le suggère le Conseil
d'intervention pour l'accès des femmes au travail, le CIAFT, la mise en place
d'une formation obligatoire contre le harcèlement à intégrer au régime
d'apprentissage. Cette formation serait une étape essentielle pour créer un
environnement de travail plus respectueux et inclusif.
J'aimerais aussi ajouter aux propos de mon
collègue Julien que la liste des associations reconnues par la loi n'a pas
changé depuis 50 ans. Malgré tout, depuis la CEGQ s'est établie par son
professionnalisme et sa pertinence au sein de l'industrie. Comme mes collègues
viennent d'aborder la question de la polyvalence et de la mobilité, celles-ci
se planifient en amont des projets de construction par l'entrepreneur général,
d'où... d'où l'importance d'être reconnu par la loi R-20 et d'être autour
de la table. En conclusion, d'autres recommandations se trouvent dans notre
mémoire et nous demeurons disponibles pour vos questions.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons débuter maintenant la
période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Oui, merci, Mme
la Présidente. D'abord, un grand merci pour la qualité de votre mémoire, pour
la recherche que vous avez faite afin de nous présenter des recommandations qui
sont bien articulées, qui sont clairement exprimées, M. Côté et <toute...
M. Boulet :
...M.
Côté et >toute votre équipe. Donc, bravo! Ceci dit, comme je l'ai fait à
d'autres groupes, si je résumais très, très sommairement votre mémoire, c'est
plus de polyvalence, plus de mobilité que ce qui est dans le projet de loi, pas
de rétroactivité, puis, quant à l'accès, d'un accès particulièrement pour
augmenter la représentativité des femmes.
Peut-être revenir à la polyvalence. Puis,
effectivement, c'est un exemple qui a fait du bruit sur la place publique que
le changement d'une porte dans une école, où ça requiert l'intervention de sept personnes,
et effectivement, les 13 cadres de porte qui prennent 45 jours à des
coûts particulièrement élevés... et c'est le but visé par la polyvalence. Ceci
dit, vous l'avez mentionné, M. Côté, il ne faut pas que la polyvalence devienne
non plus un bar ouvert. Il ne faut pas que ça ait un impact négatif sur la
qualité des travaux et que ce soit aussi incompatible avec les compétences des
travailleurs. C'est pour ça que la polyvalence, elle est relativement prudente.
Mais, je vous entends bien, il faut que ça ait un impact. Et, si la polyvalence
est bien encadrée par l'entrepreneur, elle devient, cette polyvalence-là, un
incitatif à la planification. Puis plus tu planifies, plus tu peux bénéficier
de la polyvalence quant à la diminution des délais et, conséquemment, la
réduction des coûts. Puis, effectivement, quand on se compare, on réalise qu'il
y a beaucoup plus de rigidité entre les métiers, qui sont par ailleurs beaucoup
plus nombreux au Québec que dans le reste du Canada.
• (10 heures) •
S'il y avait, quant à la polyvalence, un
élément spécifique de l'article 72... Je comprends que vous faites
référence à la notion de famille et activités pour des raisons de cohésion, puis
on a fait une réflexion là-dessus, puis vous vous étiez informé, l'année
passée, quand même, des consultations qui ont été faites avec les sous-comités
professionnels, qui relèvent de la CCQ, sur le concept d'activités, le partage
des activités, puis, au bout de plusieurs mois, même avec ces sous-comités
professionnels là, qui sont complètement paritaires, il n'y a pas eu une
activité qui a fait l'objet d'un consensus. C'est là qu'on voit par ailleurs les
limites du paritarisme. Mais vous vous souvenez qu'il y a un certain nombre
d'années il y avait eu un projet de réforme du régime d'apprentissage et de
gestion de la main-d'oeuvre, vous appeliez ça à l'époque, je sais que vous le
connaissez parce que vous avez des références historiques en construction, M.
Côté, le PRAGM, et ça avait été analysé, mais il n'y avait pas eu de consensus.
C'est pour ça qu'on est revenu à la notion de polyvalence, mais avec des
conditions, avec des balises. Et ma question sur la polyvalence : S'il y
avait un élément prépondérant dans la définition de polyvalence qui nous
permettrait de l'élargir et que vous pourriez nous conseiller de faire lors de
l'étude détaillée, ce serait quoi spécifiquement?
M. Côté (Eric) : Mais merci.
Ce qu'on proposait, c'est d'avoir un modèle, pas de... de ne pas justement
laisser ça librement puis que tout le monde puisse faire n'importe quoi. On ne
veut pas que les électriciens se mettent à faire de la plomberie et vice versa,
il y a des choses importantes. Les familles de métiers donnaient des balises
justement de ce côté-là. On comprend que ces démarches-là ont eu lieu à une
époque où, dans le contexte de paix industrielle, c'était différent et... Il
faut le reconnaître, là, que la juridiction des métiers a aussi un impact sur
l'organisation des entreprises dans le secteur de la construction, je pense que
vous allez entendre la Régie du bâtiment<i>, qui est dans un projet de
réforme avec l'annexe III. Ça l'a un impact sur l'organisation des entreprises
si on a des métiers plus polyvalents. Et je pense que... Puis vous parlez de
références historiques, mais je pense qu'à cette époque-là la résistance au
changement est venue du secteur des entreprises, n'est pas venue du secteur
syndical le plus fort à cet égard-là. Alors, je pense que... Ce qu'on recherche
aussi, ultimement, c'est des entreprises qui sont plus polyvalentes, qui
peuvent faire plus de choses. Pourquoi on est obligés d'avoir une entreprise en
peinture, une entreprise en plâtrage, une entreprise... alors qu'il pourrait y
avoir des entreprises... Il en existe en ce moment et ces entreprises-là tirent
leur épingle du jeu. Donc, la polyvalence fait, aide à la croissance des
entreprises.
Alors, à cet effet-là, je pense que la
proposition de faire dans des familles de métiers, ultimement, va faire en
sorte qu'on pourrait être peut-être plus proche du modèle ontarien, où on en
voit des avantages.
M. Boulet : OK, mais je
reviens à ma question. Puis je vous comprends bien...
10 h (version révisée)
M. Boulet : ...je reviens à
ma question, puis je vous comprends bien, en deux mots, s'il y avait un élément
de la définition balisée actuelle, qu'on retrouve à l'article 72 du projet de
loi n° 51, est-ce qu'il y a un élément qui retiendrait votre attention
plus particulièrement? Ou il ne peut ne pas y en avoir, là.
M. Côté (Eric) : Je vous
dirais que l'élément qui est sur une seule journée, peut-être, plus... est plus
limitatif. Je pense que, dans certains cas, on pourrait l'élargir sur une plus
longue période, pas sur l'ensemble du chantier, mais... Si on avait... une
journée, on pourrait peut-être faire des gains sur nos portes.
M. Boulet : C'est une bonne
réponse. Mais, maintenant, la mobilité... Non, mais c'est une réponse claire à
une question...
M. Côté (Eric) : Oui, on s'est
préparé.
M. Boulet : La mobilité. Donc,
aucune entrave à la mobilité. On voit, parce que vous êtes présents dans l'institutionnel,
commercial, industriel, que dans ces deux secteurs-là... Parce que l'industriel
est un secteur, puis l'institutionnel, commercial, mais 13 des 26 métiers...
ou des 25 métiers parfois, là, je pense, c'est plus 25, là, parce qu'il y
en a un 26e, là, qui a été comme rayé, mais... ils bénéficient de la
totale mobilité. Il ne semble pas y avoir eu d'effet négatif. La mobilité, je
pense que, dans un contexte d'effervescence de l'industrie de la construction,
ça va être bénéfique. Cependant, on entend des groupes venir nous faire des
représentations sur l'impact négatif de la mobilité sur l'employabilité des
travailleurs, puis la possibilité de faire une réelle conciliation
travail-famille. Je vous demanderais de me dire, en deux mots, qu'est-ce que
vous répondez à ceux qui plaident de cette manière-là.
M. Côté (Eric) : Je vous dirais
que la première chose qui s'implique dans la modernisation, c'est un tout. La
question de la polyvalence puis de l'amélioration des compétences des
travailleurs aussi va améliorer et, je pense, va amoindrir l'effet de la
mobilité. Si on a des gens en région qui ont plus de polyvalence, on va avoir
plus d'emplois en région. Alors, ça, c'est un élément que je considérerais.
Puis sur la question du, comme on dit, du
bar ouvert, là, il faut payer ces gens-là quand on les amène dans une autre
région, et c'est des coûts. Et ultimement, là, quand on est en plus bas
soumissionnaire, on ne peut pas prévoir qu'on va amener tout notre monde parce
qu'on ne gagnera pas la soumission. Alors, il faut trouver un équilibre de ce
côté-là, et je pense que c'est une question d'applicabilité, justement, qu'on
dit, la pleine mobilité, parce que d'appliquer que ça, c'est tant d'heures, et
tout ça, ça peut devenir complexe. Alors, si on le fait sur une base uniforme
mais qu'on le fait sur des bases, balises et... des balises avec la compétence
qui s'ajoutent à ça, il y a quelque chose d'intéressant et il y a une
applicabilité plus facile si on la met, la pleine mobilité.
M. Boulet : Et il y a un
autre élément qui doit être partagé aussi, c'est que la mobilité, c'est une
faculté, ce n'est pas une obligation. Tu peux, si tu veux, être mobile, tu
sais, je le dis dans le contexte de la conciliation travail-famille, et tu peux
ne pas vouloir être mobile, et ça, ça s'applique tant du côté des entrepreneurs
qu'à des salariés pris individuellement. Vous avez vu que l'avenue qu'on a
empruntée, c'est de diminuer de 50 % le seuil pour être un travailleur
préférentiel, donc qui peut être mobile auprès du même employeur et, pour les
femmes, ça a baissé de 500 à 400. Puis on rend accessible ce traitement-là, de
travailleurs, travailleuses, préférentiel aux groupes issus de la diversité,
les minorités visibles, les personnes immigrantes, les personnes en situation
de handicap, puis les personnes issues des communautés autochtones. Puis pour
la pleine mobilité, bien, il y a quand même un seuil à 15 000 heures
travaillées, ce qui permet de se déplacer d'un employeur à l'autre, encore une
fois, en tenant compte de ta volonté et du besoin de l'employeur de bénéficier
des services de cette personne-là, qui est généralement un peu plus
expérimentée.
Mais l'article 35 de la loi sur le
règlement sur la formation professionnelle demeure encore en vigueur, et s'il y
a une nécessité d'embauche, il y a une priorité d'embauche pour les travailleurs
locaux et régionaux. Par ailleurs, c'est des heures additionnelles, vous l'avez
bien mentionné, c'est les projets Hydro-Québec, c'est les projets industriels,
c'est toutes les filières stratégiques au Québec. Les 10 prochaines
années, on va avoir besoin de travailleurs puis on va avoir besoin de diminuer
les coûts et les délais pour construire plus, et c'est le but fondamental du
projet de loi. Sans négliger la possibilité, aussi, des entrepreneurs et des
travailleurs, travailleuses de régions d'aller <travailler...
M. Boulet :
...des
travailleurs, travailleuses de régions d'aller >travailler de Saint-Hyacinthe
à Québec ou de La Tuque à Trois-Rivières, puis... peu importe, là, dépendamment
du découpage des régions.
Autre élément, M. Côté, la rétroactivité.
Il y avait un article, comme vous savez, qui interdit aux parties, dans la loi
actuelle, de négocier une forme de rétroactivité salariale. Vous êtes contre
puis vous avez parlé d'un... qu'il y aurait peut-être un débat de fond à faire.
Je pense qu'on fait ce débat-là depuis des années, puis des années, puis des
années. Il y en a qui disent oui puis il y en a qui disent non. Nous, on a
pensé que l'instauration d'un fonds de rétroactivité salariale allait
permettre, en raison des changements de chantiers, des changements
d'entrepreneurs puis de la mobilité interne des travailleurs, que ça puisse
assurer à tous les travailleurs, travailleuses visés par un règlement de
convention collective après la date d'expiration, de... une forme de rétroactivité
salariale. Mais vous parlez... vous ouvrez la porte à ce qui avait été fait par
le législateur, une correction. Qu'est-ce que vous pensez, si c'était une
compensation ou un montant forfaitaire? Est-ce qu'il y a d'autres options
créatives que vous nous soumettriez pour fins d'analyse lors de l'étude
détaillée?
M. Côté (Eric) : Je pense que
l'élément du fonds, c'est que les gens contribueraient au fonds, les
entreprises, dans le fond, cotiseraient le fonds et devraient, à ce moment-là,
majorer leurs soumissions en fonction de ces coûts-là qui s'ajoutent. Il y a un
élément que ça... qui nous préoccupait. Quand un entrepreneur doit faire un
projet qui s'échelonne sur deux périodes de convention collective, il anticipe
l'augmentation salariale à venir, et la majore, et il prévoit son budget pour
sa masse salariale. Donc, on sait que si, après le 1er mai, le
projet continue, on sait que les salaires vont augmenter, ça fait qu'on prévoit
une contingence de ce côté-là, et quand on fait la soumission, on prévoit ce
coût-là.
• (10 h 10) •
Dans ce cas-ci, si on cotise au fonds, on
cotise dès le début des projets, et tous nos clients sont soumis à une
majoration de 3 %, même si leurs projets n'arrivent pas à... après
l'échéance. Donc, les gens vont... On va avoir des prix de soumissions qui vont
inclure les 3 %, par exemple, qu'on dit exemplaires, et ils vont devoir,
après ça, payer plus cher, alors que leur projet n'ira pas au-delà de la date
de convention collective. Alors, on chercherait un moyen équitable, puis nos
clients vont sûrement... puis vous les entendrez, vous leur poserez la
question, ils vont être là tout l'après-midi, aujourd'hui, le Conseil
du patronat<i> et la Fédération des chambres de commerce<i>,
pour ne pas les nommer. Mais ces gens-là, est-ce qu'ils sont intéressés à
cotiser un 3 % de plus sur la valeur des projets, alors qu'en ce moment,
on nous met beaucoup de pression pour réduire le coût des projets puis le temps
des projets? Alors, cette mesure-là, à notre avis...
La mesure de correction, elle fonctionne
et elle peut être appliquée. Ce qui nous préoccupe aussi, j'en ai peu parlé,
mais, par expérience, c'est le rapport de force, aussi, que si on étale la
période de négociations parce qu'on sait qu'il y a un fonds qui est disponible,
est-ce que les parties vont être aussi motivées à travailler de ce côté-là?
C'est un élément qui nous préoccupe, pour l'avoir vécu.
Mme Robitaille (Mélissa) : Si
je peux me permettre, aussi, une suggestion qu'on a partagée, en tout cas, que
j'ai partagée, c'est bien de prévoir ce qui vient après, mais si on peut avoir
des mécanismes dans la loi qui obligent les parties à s'entendre en amont, avec
des obligations de résultats sur une entente à date fixe, ça réglerait... ça forcerait
tout le monde à faire son travail avant d'arriver à une date butoir. Donc,
après ça, on continue le fil quotidien de nos chantiers.
M. Boulet : On s'entend
totalement. D'ailleurs, c'est la raison pour laquelle on a devancé d'un an la
période de maraudage, le dépôt obligatoire d'offres et de propositions, la
médiation obligatoire. Plus on commence en amont, meilleures sont nos chances
de régler. Puis ça, évidemment, c'est l'objectif que partagent tant les
syndicats que les associations d'employeurs, qu'il n'y ait pas... on n'ait pas
à attendre le 30 avril, à la date d'expiration des conventions
collectives. On est vraiment sur la même longueur d'onde. Surtout que le
Québec, les Québécois, les Québécoises ont besoin de notre industrie dans
toutes les missions essentielles de l'État, là, je le répète souvent.
Et donc, ce que vous dites, la
rétroactivité, est-ce que vous seriez... Vous dites : Il pourrait y avoir
un impact sur le rapport de force, donc, donnant un peu plus de pouvoir de
négociation aux syndicats. S'il n'y a pas d'entente le 30 avril, de toute
manière, on va avoir une rétroactivité. C'est un peu votre point, hein?
M. Côté (Eric) : Le chèque va
rentrer le 3 avril, la paie va être majorée puis... Mais il y a un
élément, c'est... puis je vais vous dire, moi, je fais beaucoup confiance à la
modernisation du régime de de négociation pour y avoir été, pour avoir vécu,
pour avoir été assis à une table de négociation pendant 100 jours à <attendre...
M. Côté (Eric)T :
...de
négociation pour y avoir été, pour avoir vécu, pour avoir été assis à une table
de négociation pendant 100 jours à >attendre que les syndicats
viennent, la question de la bonne foi est là puis la question du rapport de
force... On n'était pas pressés. On savait qu'on arrivait à l'échéance puis
qu'on s'en allait en médiation. C'est important, cet élément-là, de ne pas être
à la table et d'attendre l'autre partie, qu'elle se décide, parce qu'elle sait
qu'elle va avoir un meilleur rapport de force au mois d'avril qu'au mois de
novembre.
Donc, ça, c'est vraiment important, puis
vous venez corriger, dans votre projet de loi, justement, M. le ministre, cette
question-là, et ça nous amène, je... moi, je... Puis peut-être... c'est peut-être
plus théorique pour des gens, mais quand on est assis dans ces tables-là, dans
ces salles-là, on voit l'effet de ces modifications-là, et moi, je fais
confiance, en tout cas, que ces éléments-là vont faire une différence et
inciter les parties à s'entendre avant. C'est ça l'objectif. Dans le cas de
certains secteurs, le secteur du... s'entendait toujours avant le secteur...,
puis ce n'était pas une question de rétroactivité, c'était une question de
discuter. Après ça, il y a eu des prises en otage d'un secteur ou l'autre, ça,
c'est quelque chose qui devrait, justement, ne pas se faire, et s'il y a des
parties qui peuvent s'entendre, on puisse y aller... selon moi, en tout cas. Et
j'ai espoir, là, que le régime de négociations... puis je n'ai pas neuf négociations
comme mon collègue à l'ACRGTQ, j'en ai seulement deux et demie, alors j'ai...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions.
M. Boulet : Merci beaucoup,
beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vais maintenant céder la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Merci d'être avec nous cet avant-midi. Au-delà des
différents éléments du projet de loi, productivité, mobilité dont on a
abondamment parlé, mon attention, donc, s'est portée, donc, sur une autre
demande que vous avez, donc, dans votre mémoire, donc, soit la demande de
reconnaissance officielle, puis vous l'avez mentionné dans votre présentation
initiale de 10 minutes. Donc, vous souhaitez être reconnus officiellement
comme une association d'entrepreneurs sans exiger une présence directement aux
tables de négociation. Ma première question pour vous, donc : Ça serait
quoi le plus gros impact anticipé de cette demande de reconnaissance officielle,
dans ce cas-là?
M. T.-Lessard (Julien) : Je
peux y aller. C'est au niveau là... Justement, on mentionne que la
planification des travaux peut être améliorée puis on croit bien le faire. Mais
il y a toujours place à l'amélioration, puis c'est quelque chose qui se discute,
aussi, en amont avec les travailleuses et les travailleurs. OK? Ça fait que c'est
vraiment au niveau de l'organisation des travaux qu'on croit qu'il y a des
gains, puis qu'on peut apporter, aussi, parce que comme je l'expliquais, un
peu, en entrée de jeu, on a une vision globale du chantier puis on veut assurer
la satisfaction de tout le monde dans un projet aussi, là.
Mme Cadet : Donc,
M. Lessard, vous répondez un peu à ma sous-question, parce que c'était la
prochaine. Je me disais : Est-ce que je vous ai entendu, en introduction,
parler de planification des travaux? Puis on en a beaucoup parlé dans cette
commission dans les derniers jours. Donc, tout le monde nous dit... Beaucoup
d'intervenants, en fait, sont venus nous dire que la planification était
vectrice, donc, de productivité. Donc, comment, donc, l'améliorer? Vous, vous
dites que cette préoccupation-là, qui a été entendue, pourrait être
partiellement répondue par votre présence autour des différentes tables de gouvernance.
C'est bien ça?
M. T.-Lessard (Julien) : Absolument.
Quand on parle de polyvalence, de mobilité, c'est quelque chose qui se planifie
dans les projets. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut faire sur le spot,
disons, pendant un chantier. C'est quelque chose qu'on doit discuter avant,
qu'on doit organiser, aussi. Donc, c'est un peu pour ça, on parle de
planification aussi.
Mme Cadet : Merci. Je vais
revenir sur la question de polyvalence. Donc, dans votre mémoire, donc,
essentiellement, ce que vous nous dites, c'est que la notion de polyvalence est
insuffisamment définie. Avec le ministre, donc, vous avez parlé, donc, de
certains éléments qui pourraient, donc, nous outiller, à nous, comme
législateurs. Mais vous dites aussi que cette lacune-là, selon vous, donc...
donc, il y a le risque de litige. Vous souhaitez rendre accessible un mécanisme
de préapprobation centralisé par la CCQ pour éviter des différends sur les
tâches que pourraient réaliser les salariés de la construction en vertu de la nouvelle
définition de polyvalence. Dans... Bien, en fait, dans... Je me questionne.
Donc, comment ça... comment fonctionnerait un tel mécanisme, selon vous, est-ce
que la CCQ, donc, aurait les ressources pour mettre en œuvre?
M. Côté (Eric) : Sur cet effet-là,
c'est... c'est... Au lieu que l'entrepreneur... En fait, l'entreprise a la
possibilité de contacter son association sectorielle qui peut lui donner une
interprétation, mais qui n'a pas force de loi, alors... et qui a quand même ses
limites. Mais la Commission de la construction du Québec, quand elle... elle
peut le faire sous forme d'une lettre, de dire que tels travaux, si
l'entrepreneur propose une modification... et la CCQ pourrait à ce moment-là
approuver ou pas la méthode, ou dire qu'elle n'est pas conforme. Mais s'il y a
conflit, par la suite, sur le chantier, bien, la lettre aura force, au moins,
puis donnera un appui à l'entrepreneur de faire les choses comme il faut, au
lieu de prendre une chance puis de se retrouver avec un ticket, au moins de
faire un mécanisme. Mais ces choses-là... il y a plein de choses qui se
discutent. Les conventions collectives prévoient des... des conférences
d'assignation. Il y a des choses comme ça, il y a plein de choses, dans les
conventions collectives, qu'on n'utilise pas. Mais, encore une fois, comme
entrepreneur général, je pense qu'on peut contribuer, justement, à cette
partie-là. Chaque jour, on parle à des donneurs d'ouvrage sur leur
planification des travaux qu'ils ont à faire, avec la Société québécoise des
infrastructures, avec le ministère de l'Éducation, avec les villes. Donc, on
est, tous les jours, dans ces questions-là, de planification, de séquencement
de <travaux...
M. Côté (Eric)T :
...Donc,
on est, tous les jours, dans ces questions-là, de planification, de
séquencement de >travaux, alors, je pense qu'on peut contribuer. On est
déjà là-dedans, de toute façon, ça fait qu'on pourrait, justement, participer à
un forum à cet égard-là.
Mme Cadet : Sur la question
des familles des métiers, vous répondez quoi, donc, aux groupes qui nous disent
que cette formule-là, donc, n'octroie pas la flexibilité nécessaire sur les
chantiers, puis brime l'innovation?
M. Côté (Eric) : Bien, je
pense qu'on est déjà dans un carcan. Juste de le sortir, de déjà annoncer qu'il
va y avoir des limites, je ne pense pas... je pense qu'il faut faire graduel.
La sagesse du ministre, dans son projet, c'est, justement, d'y aller... pas
d'ouvrir complètement, mais d'ouvrir graduellement. Nous, ce qu'on dit,
c'est : Ouvrons juste un peu plus grand pour, justement, permettre quelque
chose de plus facilement applicable que d'une journée.
On l'a vécu, pendant la pandémie, il
fallait mettre le masque après 15 minutes. On s'est rendu compte, comme
entrepreneurs généraux, que ce n'était pas... impossible de compter 15 minutes
sur un chantier, un travailleur. On a dit : Mettez le masque tout de
suite, puis ne vous contaminez pas. Ça a été un peu contre-courant de toutes
les associations, quand on l'a fait, mais savez-vous quoi? Ça a fait une
différence puis ça a été appliqué par la Santé publique deux semaines après,
puis ça a même été salué par le ministre à cette époque-là.
Mme Cadet : Dans votre
mémoire, vous parlez aussi du cumul de compétences par la formation. Donc, je
comprends que, pour vous aussi, comme bien des groupes, la formation est
vectrice, donc, de rétention. En parlant, donc, du cumul de compétences, je
m'interrogeais, donc, sur les propositions qui ont été... bien, en fait, de
votre position sur les propositions qui ont été entendues à l'effet que des
détenteurs de cartes de compétence occupation puissent être éligibles à la
détention des cartes de compétence apprenti sans devoir renoncer à leur carte.
Est-ce que vous avez une prise de position là-dessus?
• (10 h 20) •
M. Côté (Eric) : Sur la
question des occupations, pas spécifiquement, mais de manière générale, un
travailleur qui veut occuper ou avoir d'autres compétences est limité et va
retomber comme apprenti. Il faut trouver un mécanisme pour favoriser les gens
d'avoir plusieurs compétences. Puis c'est beaucoup plus pratique d'avoir des
gens avec plusieurs compétences que d'avoir quelqu'un qui a seulement une carte
à qui on demande de faire plusieurs choses, selon moi.
Mme Cadet : Vous souhaitez
qu'une formation sur le harcèlement soit obligatoire pour les titulaires de
cartes de compétence, vous l'avez mentionné. Pour vous, donc, ça devrait être
quoi, les obligations de vos membres en la matière?
Mme Robitaille (Mélissa) : En
fait, nos membres, comme entrepreneurs généraux, ont déjà des obligations de
formation. On a les formations qui sont accréditées par la RBQ, sur le
harcèlement, qui est donné par la CEGQ. Donc, on est en mesure de pouvoir
former les entrepreneurs généraux. Là où on veut aller plus loin, c'est de
former chacun des travailleurs sur le chantier. J'ai la chance de le répéter
depuis quatre ans à M. Boulet, la formation, en soi, que ce soit en santé, sécurité,
que ce soit en savoir-être, savoir-vivre, sur les chantiers, c'est essentiel.
Ça passe par... Plus que les gens vont avoir des connaissances, ça va aider.
C'est sûr que ça ne réglera pas tout, mais ça va amener un vent de changement.
Puis des formations, aussi, sur le courage, parce que souvent, l'intégration
des gens sur le chantier, ça prend une ou deux personnes qui se lèvent puis qui
disent : Ça suffit, on arrête. Ça devrait être une condition essentielle
dans les formations, qui est récurrente d'année en année, pour qu'un vent de
changement s'inscrive puis qu'on voie des personnes avec des compétences sur
les chantiers, et non plus des hommes, des femmes, des minorités ou autres.
Mme Cadet : Merci. Vous
l'avez mentionné, vous avez mentionné l'exemple, donc, des sept corps de
métiers pour changer un cadre de porte. Il y a des groupes qui sont en
désaccord avec cette affirmation-là, qui nous disent : Non, ce n'est pas
tout à fait le cas. Vous leur répondez quoi?
M. Côté (Eric) : C'est un
vrai chantier dans une vraie école, ce n'est pas un exemple. Il y avait des
sous-traitants, aussi. La réalité, c'est qu'il y avait plusieurs
sous-traitants. Ça fait qu'un employé d'un sous-traitant ne peut pas aller faire
l'autre travail, il y a des contrats qui sont donnés. Ça montre la rigidité de
la chose. Ce qui est déplorable, c'est qu'on a été obligé de changer des portes
qu'ils avaient déjà installées, qui n'étaient pas de la bonne grandeur. La
qualité des plans est là, mais ça, il faut aller à l'origine de ça, mais c'est
un vrai cas, c'est vraiment vécu. Et je réitère, j'aimerais beaucoup que
l'entrepreneur qui l'a vécu puisse vous l'expliquer, parce qu'il voulait être
polyvalent puis il s'est rendu compte que ça n'avait pas de bon sens. Et... en
tout cas, si les gens pensent que ce n'est pas vrai, on est... on a donné
beaucoup d'information à cet égard-là puis on a détaillé les choses, là, qui
sont, en ce moment, confidentielles, mais on peut s'engager auprès de la
commission pour vous fournir de l'information qui ne nuira pas à
l'entrepreneur, là.
Mme Cadet : Sur la question
de la rétroactivité, donc, vous avez évoqué, donc, votre position. Il y a deux
éléments. Donc, évidemment, donc, il y a la rétroactivité en tant que telle, et
il y a la question, donc, du fonds. Beaucoup de groupes sont venus nous dire
que le fonds de rétroactivité, donc, était d'une grande complexité. Donc, le
ministre vous a demandé un peu, donc, quels seraient, donc, les autres mécanismes,
mais, à la base, est-ce que vous pensez que de mettre de l'avant, donc, des
clauses permettant la négociation de la rétroactivité dans les conventions
collectives peut se faire sans la mise sur pied d'un tel fonds? Est-ce que ce
sont des dispositions qui sont indissociables l'une de l'autre?
M. Côté (Eric) : Bien, tous
les gens qui signent des contrats en... puis qui signent, puis qui veulent
respecter le Code civil<i>, l'article 21.09, qui dit que quand vous avez
un forfait, c'est ça, puis vous ne l'avez pas prévu, on ne peut pas <rajouter...
M. Côté (Eric)T :
...21.09,
qui dit que quand vous avez un forfait, c'est ça, puis vous ne l'avez pas
prévu, on ne peut pas >rajouter puis revenir voir le client pour
dire : Ah! bien, j'ai oublié de mettre la rétroactivité, je te rajoute une
facture. Dans une chaîne de sous-traitance, ça veut dire que tous les
sous-traitants rajouteraient la rétroactivité et la donneraient à l'employeur
général qui la donnerait à son client. Je ne veux même pas assister à une
séance de négociation sur cet élément-là, ça va être assez difficile.
Mme Cadet : Enfin, sur le...
on... on sait, donc, l'un des objectifs du projet de loi, donc, c'est
d'améliorer la productivité dans le secteur de la construction. De la manière
dont le projet de loi est libellé aujourd'hui, est-ce que vous pensez que cet
objectif est atteint?
M. Côté (Eric) : Je vous
dirais qu'il ouvre des portes sur des éléments qu'on n'avait pas avant. La
question de la polyvalence n'était pas abordée. La glace est brisée, on peut...
Je pense qu'il y a un lieu de discussion. La question de parler de la
rétroactivité même, ça donne une opportunité de chercher des solutions de ce
côté-là. La dernière réforme dans l'industrie de la construction date quand
même de plusieurs années, elle a pris du temps, puis on a... on finit
d'absorber ce qu'on a vécu. Je pense que... Je pense que le... C'est un pas
dans la bonne direction. On a des suggestions pour l'améliorer. On va suivre,
du côté détaillé... l'analyse détaillée, pour voir si justement nos suggestions
peuvent être retenues.
La Présidente (Mme D'Amours) : 20 secondes,
Mme la députée.
Mme Cadet : Merci. Puis
peut-être ma dernière question, donc, sur l'impact sur les travailleurs. Donc,
pour vous, donc, les... vos propositions, donc, quel impact elles auraient sur
les travailleurs?
M. Côté (Eric) : Une
meilleure planification. J'ai entendu toutes les associations syndicales
représentatives le demander, une meilleure planification. Ce que les
entrepreneurs généraux se targuent à tous les jours, c'est de faire de la
planification. Si on peut travailler en collaboration, justement, avec les
syndicats dans les instances, on va le faire.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions avec la députée. Maintenant, je cède la
parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve. La parole est à vous.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous quatre. Content de vous voir ici. D'abord, bravo
pour votre appui à la recommandation du CEGQ sur la formation obligatoire
contre le harcèlement. Je pense que c'est quelque chose d'important, puis votre
appui à ce niveau-là pourrait influencer, peut-être, le ministre à aller dans
ce sens-là.
J'aimerais parler un peu de mobilité parce que
vous n'êtes pas la première association patronale à réclamer l'abolition totale
de la mobilité. Puis j'avoue qu'il y a quelque chose qui me choque un peu
là-dedans, dans le sens où je regarde la loi, puis dans la loi... puis vous me
dites si je me suis trompé, on fait référence à la possibilité d'avoir de la
mobilité dans les conventions collectives, mais il n'y a pas... il n'y a aucun
barème, il n'y a pas de clause, dans la loi, sur la mobilité. Les clauses, si
je ne me trompe pas, sont dans vos conventions collectives, pas dans toutes
d'ailleurs, dans certaines. Parce que ce que vous nous demandez de faire, dans
le fond, c'est de venir jouer dans vos conventions collectives que vous avez
négociées, que vous avez signées, donc vous étiez d'accord avec le contenu des
conventions collectives. Pourquoi nous demander, nous, comme législateurs, de
venir changer le contenu d'un contrat librement signé entre vous et vos
employés?
M. Côté (Eric) : Bien, d'une
part, on n'a pas négocié ces conventions collectives là. Nous ne sommes pas
pris à partie dans le processus. Ça, c'est la première chose. Donc, nous, on
rencontre nos clients, on leur explique des clauses et, comme association, on
n'est pas en mesure de dire : Bien, c'est nous qui avons négocié ces
éléments-là. Il y a des associations qui existent, et on n'est pas formellement
consultés dans ce processus-là. Alors, ça, c'est la première chose qu'on doit
établir.
Sur la question de la mobilité, il y a un
frein économique d'amener tous ces travailleurs dans une autre région. Je sais
que c'est dans les... prévu dans les conventions collectives, mais, à notre
avis, pour une praticabilité... Et on pense toujours, là, les chantiers de
Montréal à la Côte-Nord. Mais quand on parle d'un chantier de Sherbrooke à Granby
ou de Mont-Tremblant à Boucherville, c'est là que... où il y a des bâts qui
blessent, où la conciliation travail-famille est peut-être facilement, plus
facilement organisée, des choses comme ça. Il y a des déplacements qui sont
juste assez importants, qui traversent des régions, et ça, bien, en ce moment,
la mobilité l'empêche.
M. Leduc : Vous dites, dans
votre mémoire... vous donnez l'exemple, là, d'un... d'une compensation pour les
travailleurs qui se déplacent, là. Il dit : Par exemple, en 2023, pour
tout travailleur qui résidait à plus de 120 kilomètres du chantier, le
salarié recevait un montant de 137,50 $ par jour en frais de chambre et de
pension. Est-ce que ça, si dans le projet de loi, on avait décidé, nous, comme
législateur, de venir modifier ce montant-là à la hausse ou... par exemple, ça
vous aurait fait votre affaire, qu'on commence à jouer sur des conditions de
travail dans le contenu des conventions collectives?
M. Côté (Eric) : Historiquement,
les gouvernements ont tellement légiféré sur les conditions des travailleurs.
On est dans un régime où on commence à faire confiance aux parties de négocier
des ententes... Mais sur l'élément de la mobilité, ce n'est pas la même chose
d'un secteur à l'autre, et c'est pour ça qu'on souhaitait une mobilité plus
facilement applicable. En ce moment, ça veut dire qu'il faudrait qu'on
redessine les régions, donc, l'idée d'une pleine mobilité est plus facile que
de redessiner les cartes de régions du Québec, là.
M. Leduc : On imagine qu'à la
table de négo, si une partie syndicale souhaite appliquer des nouvelles clauses
de mobilité ou les renforcer, il va mettre un effort là-dessus puis il va
renoncer, peut-être, à d'autres éléments de négociation qui est sur la table en
échange de convaincre sa partie patronale d'accepter des clauses de mobilité.
Mais là, si, comme législateur, on vient abolir les clauses de mobilité, je
suis pas mal certain que la compensation qui avait été mise sur la table, qui
avait été <retirée...
M. Leduc :
...qui
avait été mise sur la table, qui avait été >retirée, elle ne sera pas
mise dans la convention collective, dans le projet de loi. Il y a quelque chose
d'injuste là-dedans, non?
La Présidente (Mme D'Amours) : 15 secondes.
M. Côté (Eric) : Je vous
dirais que c'est la proposition qu'on fait, justement, d'abolir. On tient cette
position-là.
M. Leduc : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon pour 2 min 38 s.
M. Paradis : Merci beaucoup
pour votre présence et pour votre mémoire. J'aurais deux lignes de questions
avec les deux minutes qui vous resteront pour répondre. La première chose, ça a
attiré mon attention, le modèle allemand, dont vous nous parlez, pour la
création d'un front commun de formation, puis, ensuite, la formation
obligatoire. Vous dites : Il faudrait travailler là-dessus, mais c'est la partie,
peut-être, un peu la plus courte de votre mémoire. J'aimerais ça que vous nous
disiez un petit peu, là, comment vous pensez que ces propositions-là vont faire
en sorte que, pour des nouvelles tâches, là, des nouvelles compétences, on
aurait un programme de formation initiale ou continue qui permettrait d'en
assurer la qualité.
Deuxièmement, comme mon collègue
d'Hochelaga-Maisonneuve, j'étais un petit peu surpris de lire la phrase :
Il n'y a plus de raison valable d'entraver la mobilité provinciale. Et je
comprends, là, qu'il y a beaucoup d'arguments en cette faveur-là, mais est-ce
que, vraiment, tous vos entrepreneurs, y compris les plus petits entrepreneurs
en région, c'est ça qu'ils vous disent, là, qu'il n'y a vraiment aucune raison
de... d'avoir encore une protection régionale sur les travaux? J'aimerais vous
entendre là-dessus.
M. Côté (Eric) : Bien, je
vais revenir sur la question de la mobilité. Un entrepreneur qui est dans une
région, qui veut sortir de sa région parce que son entreprise grandit puis
qu'il veut faire plus de contrats, ne pourra pas amener son équipe à
l'extérieur de la région en ce moment. Alors, la région devient, excusez
l'expression, mais... un endroit où il est confiné. S'il veut sortir, la marge
pour sortir de la région est plus difficile. Alors, un entrepreneur qui est
dans le sud des Laurentides, bien, s'il veut aller dans une autre région, il
est coincé puis il ne pourra pas sortir. Ça, c'est un élément.
• (10 h 30) •
Sur la question de la formation en
Allemagne, je vous remercie de la question. Enfin, il y a une formation qui
existe en Allemagne où on vient chercher plusieurs compétences, elle est plus longue.
Ça va un peu à l'encontre de la tendance des formations rapides, mais je pense
que d'avoir des gens qui viennent chercher plusieurs compétences, une espèce de
tronc commun, qui vont chercher..., ça m'apparaît un choix intéressant. Par
contre, pour les travailleurs qui sont déjà en industrie, d'avoir des
formations qui sont déjà... qu'on peut financer avec le fonds de formation
pour, justement, venir parfaire des compétences ou en ajouter, à mon avis...
Moi, j'ai toujours l'exemple du carreleur qui a passé 20 ans à genoux, il
a peut-être le goût de se lever puis de travailler autrement, puis de faire
d'autres choses. Puis ça, bien, il faut lui offrir une opportunité. Puis cette
personne-là, elle va vivre un enfer, parce qu'elle va recommencer comme
apprentie dans son métier. C'est injuste, ça n'a pas de bon sens. Il faut
favoriser l'acquisition de plusieurs compétences.
La Présidente (Mme D'Amours) : 20 secondes.
M. Paradis : Est-ce que vous
avez plus d'informations sur ce modèle-là, vous-même, vous avez des analyses
puis ce que ça a comme impact sur la qualité des travaux? Parce que si c'est le
cas, en tout cas, vous pouvez... n'hésitez pas à le demander.
M. Côté (Eric) : Plus les
gens sont formés, plus les... Bien, écoutez, je vais déposer le cas de
l'Allemagne, là, c'est une étude de cas qu'on nous a partagée. Puis, sur la
question de la formation, je pense que plus il y a de formation, plus les gens
sont compétents, et la qualité, à ce moment-là, est au rendez-vous.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je vous invite à le déposer au secrétariat. On pourra en faire transférer l'information
aux membres de la commission.
Donc, je vous remercie pour votre
contribution à nos travaux.
Je suspends les travaux quelques instants
afin de préparer la visioconférence pour nos prochains invités. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 31)
10 h 30 (version révisée)
(Reprise à 10 h
34)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue au Conseil du
patronat du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé, puis nous procéderons à une période d'échange avec les membres de
la commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à commencer votre
exposé, s'il vous plaît.
M. Blackburn (Karl) : Merci, Mme
la Présidente, M. le ministre et Mmes et MM. les députés. D'abord, je suis Karl
Blackburn, président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec,
et je suis accompagné aujourd'hui de Lyne Laperrière, directrice Relations de
travail et santé-sécurité, Travail, santé-sécurité et affaires juridiques au Conseil
du patronat.
Comme vous le savez, le CPQ regroupe des
entreprises et des associations sectorielles oeuvrant dans tous les secteurs d'activité
et toutes les régions du Québec et représente directement et indirectement les
intérêts de plus de 70 000 employeurs de toutes tailles, tant du secteur
privé que parapublic. Le CPQ représente les plus importantes associations du
secteur de la construction et plusieurs parties prenantes entourant ce secteur.
Nous vous présentons aujourd'hui un consensus patronal qui vise à répondre aux
besoins des employeurs confrontés aux défis de productivité sans disposer des
outils nécessaires pour les relever.
D'entrée de jeu, je tiens à souligner,
avec le manque de 13 000 à 15 000 travailleurs et travailleuses dans
le secteur de la construction par année d'ici 2025, les employeurs fondent
beaucoup d'espoir dans la réforme du secteur de la construction. On doit se
donner tous les moyens pour être plus productifs, plus flexibles et plus
innovants. Cette réforme est la clé pour faire sortir plus de logements de
terre en moins de temps, construire rapidement les infrastructures énergétiques
dont nous avons grandement besoin, rénover nos écoles dans des temps
raisonnables, et j'en passe. Québec n'a pas le droit à l'erreur. On doit
réussir à tout prix cette réforme. Le projet de loi, dans sa forme actuelle,
manque la cible pour nous permettre de vraiment y arriver.
Dans notre mémoire, nous proposons
plusieurs recommandations, que je vais vous présenter aujourd'hui même. Tout d'abord,
la... le principe de polyvalence instauré au projet de loi est salué.
Toutefois, le CPQ soutient qu'il doit être étendu afin de faire en sorte que
les définitions réglementaires n'entravent pas la capacité des employeurs à
organiser et à diriger le travail de manière efficace. Selon le CPQ, il est
essentiel que les travailleurs puissent accomplir les tâches variées pour
assurer la continuité du travail, peu importe leur statut ou leur certificat de
compétence. La polyvalence est précieuse pour corriger les déficiences,
résoudre les problèmes rapidement et garantir le bon déroulement des projets.
Recommandation 1 : Le CPQ
recommande de favoriser un principe de polyvalence des métiers et des titres
occupationnels afin de permettre la gestion des affectations dans la façon la
plus flexible et souple possible. Le CPQ estime que, pour offrir une meilleure
application de concept de travaux de structure... qu'une définition soit
intégrée au projet de loi. Ces travaux, selon le CPQ, doivent avoir un niveau
de dangerosité élevé pour les infrastructures, les travailleurs et la
population.
La mobilité accrue des travailleurs
maintenant. Par la suite, le CPQ salue l'ouverture à la mobilité interrégionale
introduite par le projet de loi, ce qui pourrait atténuer la pénurie de main-d'œuvre
dans certaines régions du Québec de façon plus durable. Cependant, cette
mobilité est réservée aux métiers sans que les occupations puissent en
bénéficier. Le CPQ estime que cela aura peu ou pas d'impact sur la productivité
des entreprises et l'utilisation optimale de la main-d'œuvre.
Les... Les allègements, pardon, prévus au
projet de loi permettraient d'atteindre un taux de mobilité de 73 %
actuellement. Le CPQ estime qu'une mobilité totale, à 100 %, est
nécessaire afin d'accroître véritablement la productivité des entreprises et l'utilisation
optimale de la main-d'œuvre. Par ailleurs, le CPQ estime important de souligner
que, tel qu'illustré dans l'étude réalisée par l'AppEco, mandaté par l'ACQ, en
août 2023, il est faux de prétendre que les travailleurs des grands centres
urbains vont venir voler les emplois en région. Le lieu de résidence ne doit
donc plus être un critère de sélection à l'embauche ni une <limite...
M. Blackburn (Karl) :
...résidence
ne doit donc plus être un critère de sélection à l'embauche ni une >limite
aux opportunités d'emploi des travailleurs. Une telle limitation entrave la
capacité de gains financiers des travailleurs ainsi que les gains possibles en
productivité et en compétence des entreprises puisqu'elle les confine à un
carcan freinant leur efficience.
Par ailleurs, la liberté de travailler est
un droit constitutionnel fondamental, et des décisions judiciaires ont confirmé
la présence ou la préséance de ce droit sur des clauses limitant le lieu de résidence
pour les travailleurs. Un travailleur qualifié et spécialisé doit pouvoir
bénéficier personnellement de ses qualités et avoir la possibilité de les
mettre au profit de tout le Québec. Le CPQ soutient qu'il faut étendre la
mobilité des salariés non seulement aux métiers, mais aux... mais aux
occupations aussi.
Au niveau de la rétroactivité salariale. Le
principe de rétroactivité salariale constitue une entrave substantielle au
processus de négociation. Le CPQ est très préoccupé par l'intégration d'un tel
principe dans le projet de loi. Il est crucial que les conditions de travail
restent négociées équitablement sans qu'un principe de rétroactivité salariale
et un fonds dédié ne viennent déséquilibrer le rapport de force déjà fragile
dans l'industrie. Introduire une telle taxe sur la masse salariale augmenterait
les charges des entrepreneurs et impacterait considérablement les coûts des
travaux, en plus d'affecter les cotisations à la CNESST. Le CPQ propose
d'abroger le principe de la rétroactivité salariale et l'instauration d'un
fonds.
• (10 h 40) •
Au niveau de l'attractivité et le maintien
en emploi au niveau de la main-d'oeuvre. Nous saluons d'abord les mesures
visant à intégrer les personnes issues des groupes sous-représentés dans le
secteur de la construction puisqu'elles permettront, nous l'espérons,
d'intégrer des gens déjà qualifiés dans l'industrie, mais encore faut-il les
attirer, les former et les garder. Le CPQ aurait souhaité voir davantage de
mesures incluses dans le projet de loi à ce sujet. En voici quelques-unes.
Le CPQ recommande que, pour rendre
l'industrie davantage représentative de la population québécoise, il serait
important de mettre en œuvre davantage d'actions portant sur les trois facettes,
attraction, intégration et maintien, et qui impliquent, bien évidemment, autant
que possible, une pluralité d'acteurs : les employeurs, les travailleurs,
leurs représentants, bien évidemment, la CCQ et organismes communautaires. Le
CPQ est d'avis qu'en investissant dans la formation sur les conditions d'un
environnement de travail exempt de discrimination, le bien-être au travail et
les conditions de travail en général, les entreprises pourront assurer leur
pérennité et leur succès à long terme.
Maintenant, au niveau de la formation de
la main-d'œuvre. La formation de la main-d'œuvre joue un rôle crucial dans
l'augmentation de la productivité, et son rôle est d'autant plus crucial dans
un contexte de polyvalence. Or, le CPQ aurait souhaité que ce sujet soit
adressé par le projet de loi. Entre autres, nous sommes d'avis que de nouvelles
avenues doivent être considérées, comme le développement de programmes en
alternance travail-études permettrait de répondre rapidement aux besoins de
l'industrie en termes de disponibilité de la main-d'œuvre qualifiée, favorisant
la productivité et la polyvalence. Ainsi, le CPQ recommande qu'une mise à jour
des programmes de formation soit faite, que des stages en entreprise soient
permis et que des journées d'apprentissage de type laboratoire soient
organisées.
Au niveau des infractions de la loi R-20
maintenant. Mieux accompagner les entrepreneurs dans l'application de la loi
R-20 en offrant un service d'accompagnement bonifié. Par ailleurs, le CPQ
recommande de ne pas aller de l'avant avec l'augmentation du montant des
amendes, tel que prévu dans le projet de loi.
Au niveau de la promotion de la recherche,
du développement et de l'innovation. Instaurer une culture de l'innovation au
sein de l'industrie de la construction en encourageant la collaboration entre
les entreprises, les organismes de recherche et les universités, comme par la
mise en place de programmes de soutien financier en recherche et en
développement.
En conclusion, Mme la Présidente, j'espère
que ces recommandations vous permettront, en tant que législateurs, de prendre
les bonnes décisions dans l'intérêt de notre société. Selon le CPQ, il ne faut
pas manquer l'occasion d'être ambitieux dans cette réforme de l'industrie de la
construction. Après tout, nos grands défis à venir auront grandement besoin
d'une industrie de la construction productive, flexible et innovante. En vous
remerciant pour votre attention, nous sommes à votre disposition, Mme la
Présidente, pour échanger avec les membres de la commission. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Maintenant, nous allons commencer la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à <vous...
La Présidente (Mme D'Amours) :
...commencer
la période d'échange. M. le ministre, la parole est à >vous.
M. Boulet : Oui. Merci,
Mme la Présidente. M. Blackburn, Mme Laperrière, merci pour la
qualité de votre mémoire, pour la clarté, M. Blackburn, de votre
présentation. Et je résume souvent un mémoire en disant, en ce qui vous
concerne, c'est plus de polyvalence, plus de mobilité, pas de rétroactivité,
plus d'accès et de la formation.
Évidemment, je vais y aller un après
l'autre. La polyvalence, c'est sûr qu'il faut être à la quête d'un équilibre,
hein, M. Blackburn. Il faut respecter la qualité de la construction, la
santé-sécurité des travailleurs et la compatibilité avec les compétences des
travailleurs. Puis c'est sûr que la polyvalence, je le répète, c'est un incitatif
à une meilleure planification pour les entrepreneurs. Plus tu planifies, plus
tu vas bénéficier de la polyvalence. Mais ce n'est pas un bar ouvert, ça, je le
répète constamment, ça ne peut pas être un bar ouvert. Il y a cependant
beaucoup plus de métiers au Québec que dans les autres provinces du Canada, et
il faut s'assurer que la polyvalence soit respectueuse des capacités de l'un et
de l'autre.
Puis revenir sur le grand chantier de
modernisation. Le projet de loi n° 51 n'est pas une
finalité. Vous le savez, hein, on travaille sur plusieurs chantiers :
l'intégration des technologies, la numérisation des entreprises, la formation.
Et donc il ne faut pas voir ce projet de loi comme étant le seul élément qui va
nous permettre d'avoir plus de main-d'oeuvre et d'améliorer notre productivité.
Mais je vous ai bien entendu sur la
polyvalence. Vous souhaitez notamment qu'elle bénéficie notamment aux
détenteurs de certificat compétence occupation. Et est-ce que vous souhaitiez
aussi que ça bénéficie aux détenteurs de certificat compétence apprenti? Juste
me répondre oui ou non. Vous dites oui, Mme Laperrière. OK. Donc, la
polyvalence à tous les détenteurs de certificat compétence, que ce soit apprenti,
compagnon ou occupation.
M. Blackburn (Karl) : Si
je peux me permettre, M. le ministre, d'abord... avant de céder la parole à
Lyne, parce que Lyne détient une expertise qui est extrêmement importante, mais
j'apprécie grandement les propos que vous avez tenus par rapport à la clarté de
notre mémoire. Sachez que je dis souvent... ou les gens me disent souvent que
je suis subtil comme un deux-par-quatre. Alors, comme vous le voyez bien...
M. Boulet : ...
M. Blackburn (Karl) : ...on
souhaite vraiment avoir l'occasion... étant donné qu'on est dans le domaine de
la construction, on est aussi bien d'en... de s'en servir, mais on veut surtout
saisir l'occasion qui nous est offerte aujourd'hui, mais qui est offerte
également au gouvernement, de moderniser cet outil, qui est extrêmement
important, pour permettre de relancer l'industrie de la construction. J'en conviens,
ce n'est pas le seul élément. Il y a plusieurs autres facteurs qui peuvent être
déterminants dans la bonification ou l'amélioration de notre système de
construction au Québec, mais il n'en demeure pas moins que, derrière la
présentation qu'on vient de vous faire aujourd'hui, les recommandations qui ont
été longuement réfléchies et longuement mûries avec l'ensemble des acteurs du
secteur de la construction, nous croyons, bien humblement, que ce qui vous est
proposé, ça permet d'atteindre les objectifs que vous poursuiviez, M. le
ministre, lorsque vous avez lancé cette volonté de revoir les... la
loi R-20 pour la rendre plus productive, plus attractive également, pour
s'assurer qu'on puisse répondre aux besoins de demain. Et, dans ce contexte,
bien humblement, c'est ce qu'on vous présente aujourd'hui.
M. Boulet : C'est très
clair, M. Blackburn. J'irais à la mobilité, parce qu'on a un temps quand
même assez limité.
M. Blackburn (Karl) : Oui.
M. Boulet : Mobilité, je
répète aussi qu'il ne faut pas que ce soit un bar ouvert. Il y a quand même des
entraves, des limites qui varient d'un secteur à l'autre, qui varient d'une
convention collective de travail à l'autre. Et je comprends votre élément sur
l'importance constitutionnelle du lieu de résidence. Et la mobilité, c'est une
faculté, ce n'est pas une obligation, c'est une possibilité qui vise à répondre
à des besoins. Puis on me rappelait récemment qu'il y a des entreprises qui
sont spécialisées dans certains secteurs de la construction, qui sont dans des
régions et qui pourraient, grâce à la mobilité, faire des contrats de
construction dans d'autres régions et même dans des milieux urbains. Ça, on ne
le dit pas assez souvent, mais je trouvais que votre propos me permettait de le
rappeler.
Il y a quand même des opposants qui
mentionnent que ça pourrait engendrer des répercussions sur l'employabilité et
la conciliation travail-famille. En deux mots, qu'est-ce que vous répondez à
ça?
M. Blackburn (Karl) : Bien,
d'abord, vous le savez, M. le ministre, je suis un fervent régionaliste. Et,
pour moi, le succès du Québec va être dans la vigueur de ses régions du Québec.
On va se baser sur des faits, sur des données, et je <pense...
M. Blackburn (Karl) :
...régions
du Québec. On va se baser sur des faits, sur des données, et je >pense
que ces données vont rassurer ceux qui peuvent avoir une certaine crainte
relativement, justement, à cette mobilité.
À titre d'exemple, dans la région de
Montréal, 96 % des salariés locaux y travaillent. Ils ont donc peu
d'intérêt à aller ailleurs au Québec. Ils ont de la difficulté, même, à
répondre aux besoins des banlieues, imaginez-vous, dans la région de Montréal.
On va prendre la région du Bas-Saint-Laurent
et de la Gaspésie. 77 % des salariés locaux y travaillent et répondent à
90 % des heures travaillées dans leur région. Donc, dans le
Bas-Saint-Laurent et Gaspésie, il manque de travailleurs.
Je vais vous donner un autre exemple d'une
autre région qu'on entend parler souvent, celle de la Côte-Nord. Sur la
Côte-Nord, 90 % des salariés locaux y travaillent et répondent à 44 %
des besoins ou des heures travaillées dans la région. Il en manque encore plus
dans la région de la Côte-Nord.
Alors, cette mobilité, d'abord, permet au
travailleur de pouvoir gagner sa vie partout où il le souhaite. Donc, cette
mobilité va permettre justement à ce travailleur d'aller chercher le travail là
où il se trouve. Mais les données qu'on vient de vous partager démontrent que
c'est faux de prétendre que les travailleurs de Montréal vont aller voler les
emplois dans les régions du Québec. Basons-nous sur des données et sur des
faits. Et on dit souvent que les faits sont têtus, bien, c'est ce qu'on vous
présente ce matin.
M. Boulet : Merci, M.
Blackburn. L'accès, ça aussi, c'est important. Évidemment, on a besoin d'une
main-d'œuvre accrue. Il y a la représentativité des femmes, les groupes issus
de la diversité. Il y a un nombre considérablement moindre de personnes
immigrantes, de personnes issues des minorités visibles ou des personnes issues
des communautés autochtones dans nos chantiers de construction. Vous avez vu
les statistiques de l'Institut du Québec récemment. Il faut donc avoir des
normes claires de reconnaissance des expériences et des heures de formation à
l'extérieur de l'industrie de la construction et à l'extérieur du Québec. Je
pense qu'on se rejoint.
• (10 h 50) •
M. Blackburn (Karl) : Oui.
M. Boulet : N'oublions pas,
quand vous parlez d'intégration, attraction, maintien ou rétention, qu'il y a
la Loi sur les normes du travail, parce que vous avez fait référence à la
discrimination, et le projet de loi n° 42, qui va nous permettre de faire
des pas en avant. Sachez que, selon <i>Léger, il y avait 79 %, dans
le secteur de la construction, qui voyaient, subissaient ou étaient témoins de
menaces, discrimination, harcèlement qui ne signalaient pas. Là, on vient
protéger ces personnes-là et intégrer une culture de signalement puis... une
culture de protection des liens d'emploi et à l'encontre des mesures de
représailles.
Formation, M. Blackburn, vous le savez,
hein, ça aussi, il y a des chantiers avec le ministère de l'Éducation et la Commission
de la construction du Québec pour accroître l'offre de formation en alternance
travail-études. Moi, j'y crois. Mais je veux juste vous rappeler que, depuis
deux ans, on a fait un allègement réglementaire, et allez rencontrer des
étudiants, étudiantes dans des centres de formation professionnelle au Québec,
et ils peuvent dorénavant aller travailler pendant les périodes de congé, de
relâche et pendant les vacances estivales dans les chantiers, et ça, ça donne
des résultats phénoménaux. Ça répond à des besoins et ça permet aux jeunes,
pendant leurs études, de bénéficier d'une expérience de travail. Et les heures
de travail sont transformées en équivalent de 1,5 heure. En fait, les
heures de formation...
M. Blackburn (Karl) : De
formation.
M. Boulet : ...équivalent à
1,5 heure dans le régime d'apprentissage. Donc, ça, ça donne des résultats.
Mais je vous comprends très bien que la formation, c'est un élément clé, mais
ce n'est pas un des leviers qui appartient nécessairement à un projet... à une
loi qui concerne les relations de travail.
La machinerie de production. Ça serait ma
dernière question, après ça, je laisserais ma collègue d'Iberville intervenir.
La machinerie de production, on nous en parle — en fait, c'est une
discussion un peu plus récente — que ce soit réassujetti. Qu'est-ce
que vous auriez à me faire comme commentaire, M. Blackburn, sur ce sujet-là?
M. Blackburn (Karl) : D'abord,
brièvement, je vais revenir sur la formation, M. le ministre. Si nous sommes en
mesure de déployer l'outil de formation, comme vous l'avez mentionné, à travers
toutes les régions du Québec, et de le déployer de façon large, bien sûr, on va
faire une rétention plus grande et on va s'assurer que les jeunes qui sont dans
cette formation puissent, dès... dès le départ, savoir s'ils aiment ou non leur
métier, et ça, je pense que c'est important de se fier là-dessus.
Par rapport à l'assujettissement des... de
la machinerie de production, ce n'est pas dans le projet de loi. Bien
évidemment, on y a pensé, on en a parlé, mais, comme ce n'était pas dans le
projet de loi, on ne l'a pas adressé dans notre <mémoire...
M. Blackburn (Karl) :
...ce n'était pas dans le projet de loi, on ne l'a pas
adressé dans notre >mémoire. Mais je voudrais qu'on profite de
l'expérience de ma collègue Lyne Laperrière pour vous en parler brièvement,
parce qu'elle a l'occasion de travailler avec les membres du CPQ sur cet
aspect-là. Et, Lyne, si ça te... si ça te plaît, je te céderais la parole sur
ce point-là.
Mme Laperrière (Lyne) : Merci,
M. Karl Blackburn. Bien sûr, M. le ministre, pour répondre à votre question, en
fait, la machinerie de production, jadis, le CPQ s'était positionné de façon à
ne pas rendre assujettis les travaux de machinerie de production autour des
années 2011. Or, il semblerait que, dans les dernières années, le temps a fait
son œuvre et le marché aurait évolué, faisant en sorte que les conditions ont
vraiment fait augmenter de façon considérable les coûts de main-d'oeuvre, et
les conditions, notamment au niveau du placement de main-d'oeuvre, ne sont pas
les mêmes que celles qui sont régies de l'industrie de la construction. Or, les
associations d'entrepreneurs spécialisés en mécanique industrielle que nous
avons eu la chance de côtoyer dans les derniers jours, voire les dernières
heures, au même titre que les donneurs d'ouvrage, s'entendent pour dire qu'il y
a une problématique.
Cependant, ce n'est pas le projet de loi
n° 51 qui est l'opportunité de régler tous les problèmes dans l'industrie
de la construction, pour la bonne et simple raison que ce n'est pas tout le
monde qui est invité à la table des consultations. Or, nous, ce qu'on vous
propose, c'est de se donner rendez-vous avec les parties prenantes, incluant les
donneurs d'ordres, pour s'entendre et discuter spécifiquement sur ce projet de
réglementation là, et qui nous permettra, nous l'espérons... pouvoir porter des
recommandations qui vont faire l'unanimité de tous les joueurs confondus.
M. Boulet : C'est une très
bonne réponse, Lyne Laperrière. Merci. Avec votre assentiment, Mme la
Présidente, je laisserais ma collègue d'Iberville intervenir avec le Conseil du
patronat du Québec.
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait.
Je cède maintenant la parole à la députée d'Iberville.
Mme Bogemans : Merci. J'ai
combien de temps?
La Présidente (Mme D'Amours) : 4 min 40 s.
Mme Bogemans : Parfait. On
vient juste d'aborder, entre autres, l'alternance travail-études comme étant un
moyen de tester l'intérêt, là, des jeunes qui commencent. Puis, le groupe juste
avant, on parlait de la polyvalence de la main-d'oeuvre. Comment vous voulez,
justement, l'appliquer aux gens qui sont déjà dans la construction, dans les
occupations, entre autres, ou dans, même, les métiers, qui voudraient avoir
plus qu'une corde à leur arc?
M. Blackburn (Karl) : Bien,
moi, je pense qu'on ne peut pas se priver de l'expertise et de l'expérience de
ma collègue Lyne. Alors, Lyne, s'il te plaît.
Mme Laperrière (Lyne) : Évidemment
qu'au niveau de la polyvalence ce que le projet de loi actuellement proposait,
c'est une polyvalence étendue par rapport uniquement qu'aux compagnons. Or, les
apprentis de métier sont capables de faire des tâches qui ne sont pas
uniquement réservées à un titre compagnon. Nous, on croit que les compétences
sont transférables et utilisables au même titre que les occupations.
Et là ce qu'il est important de retenir :
ce n'est pas une fusion des métiers qu'on veut, ce n'est pas un bar ouvert,
comme le dit si bien le ministre, c'est important de faire confiance aux droits
de gestion des employeurs. Ils sont capables d'organiser, diriger les travaux
avec le jugement, en considérant, bien sûr, les risques reliés à l'exécution
des travaux. On ne va pas confier des risques élevés à des gens qui n'ont pas
les compétences, au même titre que dans tous les autres secteurs de l'économie.
C'est la seule industrie, qui est tellement légiférée, qui nous empêche
d'avoir cette flexibilité-là de répondre aux exigences de façon impromptue sur
les imprévus. Mais, surtout en raison de la pénurie de main-d'œuvre, c'est de
pouvoir offrir un vaste réservoir de talents, plus vaste que celui qu'il est
actuellement. Si on prend juste les apprentis, les occupations, c'est plus de
95 000 travailleurs supplémentaires qui s'ajoutent à ceux des compagnons,
qui sont autour de 100 000.
Mme Bogemans : Super. Puis,
dans les mesures un petit peu plus particulières, dans, vraiment, le même ordre
d'idées, là, au niveau de la reconnaissance des acquis des nouveaux arrivants,
avez-vous des suggestions pour pouvoir les inclure dans votre domaine?
Mme Laperrière (Lyne) : Évidemment
qu'on... Bien, je m'excuse, Karl...
M. Blackburn (Karl) : Allez-y,
allez-y.
Mme Laperrière (Lyne) : ...je
suis allée directement. Au niveau des gens issus de la diversité comme de...
les immigrants, ils ont une expertise vraiment spécifique, ils sont capables
d'exécuter, exemple, des travaux de peinture ou de couverture ailleurs dans
leurs pays. Il s'agit évidemment de faire un règlement qui nous permet
justement de les reconnaître et de les intégrer directement dans l'industrie.
Évidemment qu'on ne peut pas le faire sans nécessairement valider leurs
compétences. Donc, il sera peut-être nécessaire d'ajouter des procédures pour
pouvoir les reconnaître, exemple un examen de qualification, ne serait-ce que
pour les intégrer. Puis j'ai vu passer un décret justement là-dessus dans les
dernières heures.
Mais, au niveau des écoles de métiers, ce
serait intéressant d'ajouter des nouvelles initiatives pour permettre à ces
gens-là d'intégrer des formations spécifiques, mais de pouvoir les mettre tout
de suite sur les chantiers pour venir corroborer puis s'infuser, comme on dit,
de la réalité des chantiers au Québec, ce qui n'est pas la même que dans leurs
pays, nécessairement. Les mœurs et coutumes, les règles sont complètement
différentes.
M. Blackburn (Karl) : Si je
peux me permettre d'ajouter. Quelle meilleure façon d'intégrer des nouveaux
arrivants dans notre société que par le travail? Et un bon nombre de ceux-ci
veulent contribuer, peuvent contribuer, ont des <compétences...
M. Blackburn (Karl) :
...le travail? Et un bon nombre de ceux-ci veulent
contribuer, peuvent contribuer, ont des >compétences qu'il reste
simplement à valider, dans certains cas, et pourraient rapidement contribuer à
la prospérité puis à la croissance économique de notre société. Tout le monde
serait gagnant. Alors, je pense que ce que Lyne vient de mentionner comme étant
certains éléments à considérer par rapport à la façon dont on peut accueillir
ces gens sur notre territoire... bien, la meilleure façon de les intégrer,
c'est, bien sûr, via le travail.
Mme Bogemans : Exactement.
Puis, en fait, dans le même ordre d'idées — je pense qu'il me reste
une seule minute — tantôt vous disiez la vigueur régionale. Encore, est-ce
que vous voyez, au niveau de la formation ou de l'inclusion des gens de la
diversité ou des femmes, au niveau régional, des initiatives qui pourraient
faire une différence majeure?
M. Blackburn (Karl) : Bien...
Bien évidemment. Si on est capables d'avoir cette polyvalence, entre autres au
niveau de la mobilité, c'est une chose importante, de trouver, par des exemples
concrets, des mesures qui vont permettre une plus grande intégration des femmes
sur le milieu du travail, des gens en situation de handicap, dans certains cas,
des gens des Premières Nations... Les gens des Premières Nations veulent
contribuer également à la prospérité du Québec. Alors, on a tous les outils
entre les mains pour être capables d'y arriver. Il s'agit de se décloisonner, je
dirais, légèrement pour tenir compte de la réalité dans laquelle nous sommes en
2024, le marché du travail et la pression qui est exercée sur le marché du
travail. Et je pense qu'on se doit d'être ambitieux, et on rejoint la volonté
du ministre lorsqu'il mentionnait qu'il voulait être ambitieux pour la réforme
dans laquelle on s'inscrit. Bien, je vous invite à demeurer vigilants, à aller
jusqu'au bout et de faire de cette réforme de la loi R-20 vraiment un projet
ambitieux, qui va nous permettre de lever plus d'écoles plus rapidement, qui va
nous permettre de rencontrer davantage de construction au niveau énergétique et
de relancer l'industrie de la construction.
• (11 heures) •
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Mme Bogemans : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) :
C'est tout le temps que nous avions avec la députée. Maintenant, je cède la
parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci. Merci, M.
Blackburn, Mme Laperrière. Merci d'être avec nous. Et votre mémoire,
effectivement, donc, très clair.
Ma première question, donc, concerne,
donc, votre première proposition, sur la polyvalence des métiers. Deux choses
ici. Donc, dans votre... votre proposition, donc, à la fois, donc, traite, donc,
du droit de gestion de l'employeur... Donc, vous demandez, donc : «Permettre,
par ailleurs, à tous les employeurs d'exercer leur droit de gestion dans
l'assignation du travail à accomplir.» Mme Laperrière, vous avez fait référence
un peu, donc, en répondant aux questions précédentes. J'aimerais vous entendre
plus longuement là-dessus et sur des propositions, peut-être, concrètes, pour
nous, comme législateurs, de répondre à cette demande et de voir, donc, quels
seraient les risques aussi de ne pas y répondre. Et, la deuxième partie, pour
ce qui est, donc, de la définition, donc, de la polyvalence, donc, vous vous
intéressez à la question des travaux de structure, vous nous proposez, donc,
une certaine définition. Donc, je veux... je suis... je suis curieuse de vous
entendre sur ces éléments-là.
M. Blackburn (Karl) : Alors,
Lyne.
Mme Laperrière (Lyne) : Merci.
Donc, pour répondre à votre question, je vais essayer d'être brève, parce
qu'elle est quand même longue et a plusieurs aspects.
Au niveau du droit de gestion des
employeurs, les employeurs connaissent quand même leur main-d'œuvre et leur
capacité de réaliser des travaux. Si on utilise les talents à bon escient, dans
la mesure où ils sont capables de faire les travaux, l'employeur est capable d'assigner
des tâches de façon supervisée, de façon contrôlée pour qu'ils soient capables
de faire face aux imprévus, surtout, et aux déficiences. Considérant que les
temps perdus à répondre à ces enjeux-là, à être obligé de... exemple,
d'embaucher un travailleur supplémentaire pour venir compléter un travail qui
est d'une durée quand même assez rapide et courte sans compromettre les niveaux
de dangerosité... ça permettrait de réduire les coûts et, évidemment, d'être
plus efficace et plus efficient dans le travail.
Je prends l'exemple des travaux de
structure. Au sens large de ce qui est proposé au projet de loi n° 51,
«travaux de structure» serait limité, ne permettrait pas d'appliquer la
polyvalence. Or, si je prends l'exemple d'un cimentier-applicateur qui se voit
confier la tâche de lisser le béton sur un morceau de coffrage de bâtiment, le
coffrage étant... pouvant être interprété comme étant des travaux de structure...
Or, lisser le béton n'a aucunement de lien de dangerosité, c'est plutôt un
travail de finition. C'est pour cette raison-là que nous suggérons de ne pas se
limiter à ce qui est prévu dans la... dans la... le projet de loi, de bien
définir la portée pour considérer les éléments de risques élevés de travaux, au
même titre, exemple, que la Régie du bâtiment<i> le fait pour la
qualification des entrepreneurs ou encore le code des travaux de construction,
qui stipule les travaux qui ont un niveau de dangerosité plus élevé.
Mme Cadet : Merci, Mme Laperrière.
Donc, c'est très clair au niveau des travaux de structure. Pour ce qui est du
droit de gestion, on a beaucoup entendu des intervenants nous parler, donc, de
la notion d'équilibre dans... dans le projet de loi. Est-ce que ce que vous
mettez de l'avant, donc, nous permet de préserver cette notion d'équilibre tout
de même?
Mme Laperrière (Lyne) : Pour
poursuivre, en fait, dans la même lignée, si je prends l'exemple d'un apprenti
maçon, bien, il est certainement capable de faire des tâches même s'il n'a pas
encore les compétences de niveau compagnon. Donc, c'est dans cette optique-là
que l'employeur est capable d'assigner des tâches à un niveau d'apprentissage...
11 h (version révisée)
Mme Laperrière (Lyne) : ...là
que l'employeur est capable d'assigner des tâches à un niveau d'apprentissage
sans nécessairement porter préjudice dans l'exécution ni dans la qualité des
travaux.
Mme Cadet : Mais d'ailleurs,
donc... donc, vous parlez ici, donc, des apprentis. Donc, je reviens sur la
question du ministre un peu plus tôt, donc, vous avez... vous nous avez dit,
donc, la polyvalence, donc, c'est confirmé, donc, vous voudriez donc l'étendre,
donc, aux occupations, aux apprentis. La mobilité aussi? On ne vous a pas
entendu là-dessus, la mobilité puis aussi sur le cumul occupation-métier.
Mme Laperrière (Lyne) : Tu
veux que je poursuive, Karl?
Mme Cadet : Oui, vous pouvez
poursuivre, Mme Laperrière.
M. Blackburn (Karl) : Oui,
vas-y, Lyne.
Mme Laperrière (Lyne) : En
fait, c'est qu'au niveau de la mobilité, ce qui est important de connaître, c'est
qu'on veut offrir un vaste réservoir de talents, qui est plus élevé que ceux
qui seraient disponibles localement. Si on étend la polyvalence à l'ensemble de
l'industrie, ça va nous permettre nécessairement de répondre aux besoins
ponctuels, de s'adapter aux marchés qui évoluent actuellement, d'améliorer
évidemment la compétitivité des entreprises, tant au niveau local qu'au niveau
national.
Mme Cadet : Merci. Dans votre
mémoire, vous...
M. Blackburn (Karl) : Si je
peux me...
Mme Cadet : Oui, allez-y, M. Blackburn.
M. Blackburn (Karl) : ...si
je peux me permettre, Mme la députée, quand on regarde les objectifs qui sont
poursuivis dans le projet de loi, avec ce qui est mis en place, on augmente à
73 % cette mobilité qui est importante. Nous, ce qu'on se dit, dans le
contexte actuel, avec les défis énormes qui sont devant nous, faisons le petit
pas supplémentaire pour nous rendre à 100 %. Et c'est dans ce contexte qu'on
vous a fait ces présentations qui nous permettraient à tout le moins d'atteindre
cette mobilité qui est extrêmement importante pour l'économie, pour les
employeurs, mais les travailleurs également.
Mme Cadet : Dans votre
mémoire, vous indiquez : «Le CPQ regrette l'absence de solutions concrètes
d'attractivité, d'intégration et de maintien en emploi.» Je vous ai entendus,
donc, sur l'attractivité. Sur le maintien en emploi, quelles mesures vous
auriez voulu voir dans le projet de loi, à cet égard, concrètes?
M. Blackburn
(Karl) :
Lyne.
Mme Laperrière
(Lyne) : En fait, on ne s'est jamais vraiment attardés actuellement,
dans l'industrie de la construction, pour connaître les raisons qui fait en
sorte que les gens quittent l'industrie. Donc, ce qu'on recommande, c'est qu'il
y ait une enquête qui soit effectuée pour nous permettre de déceler les lacunes,
mais surtout de proposer des solutions qui viendraient contrer ces
phénomènes-là. On a parlé de la formation, évidemment, on a parlé de la
polyvalence.
La polyvalence est également un élément
important, un attrait pour la nouvelle relève, qui, elle, cherche un travail
diversifié. Ils ne veulent pas passer leurs journées à faire une tâche
récurrente pour le reste de leur... de leur carrière. Ils veulent qu'ils aient
une carrière dans l'industrie, et le développement des compétences fait
nécessairement un lien pour développer les talents et surtout la prochaine
génération de travailleurs de l'industrie.
M. Blackburn (Karl) : Et, si
je peux me permettre d'ajouter un élément qui est essentiel, selon moi, vous,
comme législateurs, comme députés de comté par exemple, vous avez eu des cas
qui vous ont été présentés. Je suis certain qu'il y a des citoyens qui sont
allés vous présenter leur cas, leur situation, des fois catastrophiques, ou
tristes, ou malheureuses. Et nous, ce qu'on... ce qu'on pense, c'est que cette
étude va permettre justement d'aller chercher exactement le bobo là où il est
et de quelle façon on peut remédier à ce bobo.
Et, quand Lyne fait référence à ce que les
jeunes aspirent pouvoir faire dans un contexte d'industrie de la construction,
par exemple, où la technologie prend de plus en plus de place, bien, on doit
être capables de leur démontrer que ce métier, qui est extrêmement important,
va leur permettre de grandir d'abord comme individus, comme travailleurs, mais
de grandir dans le secteur de la construction dans lequel ils vont avoir choisi
de s'investir. Alors, c'est pour cela que cette étude nous apparaît essentielle
pour être capables de voir où on est, d'où on part, pour nous aider à mieux
cibler où on veut aller.
Mme Cadet : Merci, M. Blackburn.
Puis, effectivement, donc, vous parlez de la formation, donc, j'ai moi-même,
donc, déploré qu'on... qu'on ne s'y attardait pas assez dans le projet de loi.
Parce qu'il y a un consensus qu'on a entendu, que c'est effectivement, donc, un
vecteur de rétention.
M. Blackburn (Karl) : Tout à
fait.
Mme Cadet : Au niveau de la
planification de la main-d'oeuvre, donc, il y a beaucoup d'intervenants qui
sont venus nous dire qu'il fallait aussi, donc, agir en ce sens. Évidemment, c'est
un peu complexe, hein? Donc, est-ce que vous avez des recommandations pour
nous, comme législateurs, pour nous pencher sur la question cruciale de la
planification pour augmenter la productivité dans le secteur?
M. Blackburn (Karl) : Alors,
Lyne.
Mme Laperrière (Lyne) : La
planification des travaux sous-tend nécessairement une meilleure coordination,
de travailler de façon coercitive à l'aide des joueurs... des joueurs clés, ne
serait-ce... que ce soient les ingénieurs, les architectes, que les entrepreneurs
puissent travailler en amont avec eux pour être capables de mieux planifier et
coordonner les besoins spécifiques, notamment au niveau de la main-d'œuvre,
mais également au niveau de tout ce qui comprend la logistique de la main-d'œuvre,
le matériel, les équipements, la machinerie, il faudrait nécessairement faire
des cohésions par rapport à ça. Si on améliore évidemment la meilleure
planification des travaux, on va être en mesure également de mieux planifier
les besoins de main-d'œuvre, de reconnaître leurs talents nécessaires pour
exécuter les travaux.
Puis pour ajouter dans les éléments pour
attirer la <main-d'oeuvre...
Mme Laperrière (Lyne) :
...travaux
puis pour ajouter dans les éléments pour attirer la >main-d'oeuvre,
bien, c'est là qu'on va être capables de faire la meilleure promotion pour
attirer exactement ce dont on a besoin en fonction des grands projets notamment.
Puis à cet égard, la promotion de l'industrie de la construction mérite qu'on
s'y attarde, qu'il y ait une cohésion simultanée de tous les acteurs concernés
de l'industrie pour finalement rejoindre les gens qu'on veut rejoindre,
c'est-à-dire les personnes immigrantes, les personnes issues des communautés
autochtones ou des Premières Nations. Donc tous les nouveaux publics cibles que
l'industrie veut accueillir, bien, il faut être capables de les rejoindre dans
leur culture, dans leur langue également. Donc, il ne faut pas l'oublier.
M. Blackburn (Karl) : Et
on sait que dans ces... dans ces groupes spécifiques de gens qui sont un peu
plus éloignés du marché du travail, bien, que si on arrivait avec... à mettre
en place les bonnes mesures, les bons programmes, les bons outils, bien, on va
augmenter le taux de participation de ces gens-là et ainsi probablement être
dans la tête de peloton des pays de l'OCDE, ce qui n'est pas le cas
actuellement. Alors, c'est pour ça que le secteur de la construction peut
générer de réelles opportunités pour le Québec, pour nos entreprises, pour les
travailleurs. Et la modernisation dans laquelle on se réunit aujourd'hui, bien,
ça vise à atteindre ces objectifs.
Et je nous invite, moi, à ne pas oser. Je
vous invite, vous les législateurs, à ne pas avoir peur d'aller au-delà, des
fois, de ce que... ce qui peut être proposé. Pourquoi? Bien, parce que le
marché l'exige. La réalité, aujourd'hui, l'exige. Et le défi auquel nous sommes
confrontés exige qu'on prenne des fois des décisions qui peuvent paraître, des
fois, courageuses, mais qui m'apparaissent essentielles.
• (11 h 10) •
Mme Cadet : Merci. Ma dernière
question, ici, pour le... je saute à la rétroactivité en raison du temps
imparti. Donc, vous nous avez, donc, bien exposé votre position. Pour vous,
est-ce que c'est possible de mettre de l'avant la rétroactivité sans fonds?
M. Blackburn (Karl) : Non.
La Présidente (Mme D'Amours) : En
20 secondes.
M. Blackburn (Karl) : Bien,
en fait... Bien, le principe de rétroactivité, comme je l'ai mentionné, c'est
comme si c'était une nouvelle taxe sur la masse salariale. Et pour nous, ce
n'est pas possible d'aller de l'avant dans une modernisation avec un tel
principe, sachant pertinemment que les outils de négociation sont déjà sur la
table pour permettre d'avoir une certaine équité dans le pouvoir de
négociation, tant des travailleurs que des employeurs.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
infiniment. Je cède maintenant la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve pour
3 min 28 s.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous deux. D'abord, M. Blackburn, est-ce que c'est
une épinglette de la Franco-Ontarie que je vois à votre boutonnière?
M. Blackburn (Karl) : Tout
à fait. Vous avez le sens de l'observation important. Je suis à Toronto ce
matin, M. le député, pour parler de francophonie économique dans une province
anglophone, t on va faire une allocution tout à l'heure devant 350 gens
d'affaires francophones qui veulent faire de notre... de notre unicité,
c'est-à-dire de ce qui nous unit, notre langue, un vecteur de croissance
économique et de prospérité. Alors, c'est ce que je vais m'assurer de partager
comme information. Et je suis accompagné de notre ambassadrice de la Francophonie
économique du CPQ, Mme Danièle Henkel.
M. Leduc : Vous les
saluerez de notre part. On les aime beaucoup les Franco-Ontariens, les
Franco-Ontariennes.
Sur la question de la mobilité, là, vous
avez peut-être entendu mon échange avec le groupe précédent, sinon je vous le
résume. Moi, je suis un peu surpris de l'approche de plusieurs groupes
patronaux et donc du vôtre aussi aujourd'hui, de venir nous demander, à nous
les législateurs, de venir modifier le contenu de conventions collectives.
D'habitude, au contraire, c'est l'inverse qu'on entend dans les différents
projets de loi, où est-ce qu'on se fait reprocher, les législateurs, de vouloir
trop modifier les normes du travail, le Code du travail, pour dire : Non,
non, non, laissez-nous négocier, laissez-nous négocier. C'est souvent la
posture même du ministre sur d'autres sujets : Laissez-les négocier,
laissez-les négocier.
Mais là vous nous dites : Non, non,
non. Ces clauses-là que nous avons librement signées, réitérées d'une convention
à l'autre, qui ne sont pas d'ailleurs dans toutes les conventions, qui sont
dans certaines conventions, vous venez nous demander de les abolir. Vous venez nous
demander un peu de venir négocier à votre place. C'est particulier, non?
M. Blackburn (Karl) : Bien,
en fait, on doit négocier dans le cadre qui a été instauré il y a déjà
plusieurs années, dans un autre contexte totalement différent de ce qu'il est
aujourd'hui. Nous, ce qu'on vous demande aujourd'hui, c'est d'enlever des
barrières, d'enlever des mécanismes qui vont freiner la croissance de
l'industrie de la construction et ainsi le développement de cette industrie
dans l'ensemble des régions du Québec. Si vous enlevez ce principe-là et que
vous permettez la libre circulation ou la mobilité telle qu'on la décrit dans
le projet de loi, je suis convaincu que l'ensemble de nos entreprises,
l'ensemble de nos travailleurs vont sortir gagnants.
Et on doit vous demander cela parce que
c'est une loi qui nous empêche de le faire, ce n'est pas autre chose. Alors, on
ne vous demande pas de négocier à notre place, mais on vous demande de nous
permettre de faire en sorte que cette mobilité soit exclue ou cet empêchement
de mobilité soit exclu par la suite pour permettre justement à l'industrie de
se doter des meilleures pratiques dignes du XXIᵉ siècle dans lequel on se retrouve
actuellement.
M. Leduc : M Blackburn,
la loi dit qu'on peut négocier des clauses en mobilité. Elle ne vous impose pas
de le faire. C'est vous, après ça...
M. Blackburn (Karl) : Oui.
M. Leduc : ...qui, dans
une table de négo, dans un jeu de «give and take», comme on dit, vous acceptez
de faire ça. Parce moi, je m'en viens à me poser la question : Coudon, il
y a-tu d'autres affaires dans la convention collective qu'on pourrait retirer,
qui feraient votre affaire aussi, tu sais, qui tant qu'à être en train de
discuter, il y a-tu d'autres éléments comme ça qui pourraient faire votre
plaisir, là?
M. Blackburn (Karl) : Je
vois Lyne qui sourit et trépigne d'envie de vous répondre. Alors, Lyne.
Mme Laperrière (Lyne) : Oui,
effectivement. Pour corriger un peu les informations, qu'on a mises à votre
connaissance, c'est qu'effectivement, il y a des clauses prévues aux <conventions...
Mme Laperrière (Lyne) :
...a
mis à votre connaissance, c'est qu'effectivement, il y a des clauses prévues
aux >conventions collectives en regard de la mobilité pour les
occupations, parce qu'elles n'ont pas été incluses dans le règlement sur la
mobilité qui concerne les métiers. D'ailleurs, c'est la même chose pour la
définition de tâches des occupations. Elle n'est pas incluse à la
loi R-20, au niveau de l'annexe A, donc ça a été un oubli. Ça fait
que finalement, ils l'ont mis dans les conventions collectives, tout
simplement, pour ne pas créer de vide. Mais ce qu'on veut, en fait...
M. Leduc : ...
Mme Laperrière (Lyne) : Pardon?
M. Leduc : Ils l'ont mis avec
votre accord dans les conventions collectives.
Mme Lapointe (Linda) : Bien,
c'est les parties impliquées aux négos, là, on se comprend, les associations
patronales, syndicales.
M. Leduc : Oui, c'est ça.
Mme Laperrière (Lyne) : Mais
je vous dirais que ce qu'on veut retenir, c'est d'offrir une flexibilité de
choix, le choix pour les travailleurs de travailler dans des régions
différentes, de ne pas être restreints de travailler de façon unique en
fonction de leur lieu de travail... de leur lieu de domicile, pardon. Ils ne
peuvent pas non plus aller travailler dans les zones limitrophes, qui étaient
peut-être à 20 kilomètres de leur lieu de travail, exemple à Trois-Rivières
ou en Mauricie...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Mme Laperrière (Lyne) : ...ce
qui leur empêche d'avoir des revenus. La même chose pour les entrepreneurs.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
Mme Laperrière.
Mme Laperrière (Lyne) : Ils
ne peuvent pas continuer de travailler ailleurs.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Maintenant, je cède la parole au député de
Jean-Talon pour 2 min 38 s.
M. Paradis : Merci beaucoup,
Mme Laperrière et M. Blackburn pour votre mémoire et votre témoignage.
Alors, d'un côté, il y a ce désir de modernisation, d'amélioration du secteur
de la construction et, de l'autre, il y a aussi une telle chose que la paix
industrielle qui existe dans le secteur de la construction actuellement. Et
nous, comme parlementaires, notre devoir, c'est de faire la bonne chose.
Vous nous proposez le décloisonnement
complet des métiers, occupations pour tous les salariés, la mobilité sans
restriction dans tout le Québec, pas de limite au pouvoir de gestion des
employeurs, pas de rétroactivité salariale, pas d'amende augmentée en cas
d'infraction, plus d'investissements destinés aux entreprises. Ma question est
vraiment ouverte, parce que j'aimerais ça vous entendre là-dessus. Alors, si on
faisait tout ça dans le projet de loi, est-ce que vous pourriez me décrire
l'ambiance dans les chantiers de construction du Québec au lendemain de
l'adoption de la loi?
M. Blackburn (Karl) : Bien,
je vous retournerais peut-être la question, M. le député. Si on fait ça, est-ce
que vous êtes certain que ça va être la catastrophe dans l'industrie de la
construction et que le climat de travail va être tellement mauvais qu'on va
reculer comme société? Moi, je suis convaincu que non. Nous avons atteint cette
maturité qui est extrêmement importante au Québec. Et, lorsqu'on regarde le
défi devant lequel nous sommes confrontés, pensez-y, là, au dernier trimestre
de 2023, 175 000 postes étaient disponibles. Nos écoles, dans
certains cas, tombent en ruine. Nos hôpitaux ont besoin d'avoir des
investissements importants. L'industrie de la construction, compte tenu de la
conjoncture économique actuelle — hausse des taux d'intérêt, spirale
inflationniste sur les coûts d'approvisionnement — est à l'arrêt.
Alors, le choix que nous avons, le choix
que vous avez comme législateurs, c'est de dire : On ne prend pas de
décision parce qu'on pense que ça peut créer des problèmes ou de dire :
Faisons-nous confiance, allons de l'avant avec une modernisation importante
parce que le marché du travail l'exige. Et dans 10 ans ou dans
15 ans, si la situation évolue ou change, on verra ce qu'on fera dans ce
moment-là, mais il est clair qu'il est impératif aujourd'hui de modifier cette
loi pour nous donner tous les outils nécessaires pour y arriver puis gagner,
tant pour les employeurs comme pour les travailleurs. Parce que la mobilité de
la main-d'œuvre, M. le député, n'oublions pas que ça permet à un travailleur
qui a des compétences extraordinaires de pouvoir les partager partout, là où il
veut, et monnayer cette compétence.
M. Paradis : Mais vous
pensez, M. Blackburn, que la proposition aussi tient compte de beaucoup de
considérations sur la sécurité des chantiers, sur la qualité de travaux, sur
l'intérêt des régions, sur la formation des travailleurs. Vous pensez que ça en
tient compte.
M. Blackburn (Karl) : Tout à
fait. Penser le contraire, ce serait nous inculquer de faux motifs. Et ce qu'on
vous propose, ce n'est pas par pur... par pur... Ce n'est pas de la religion
qu'on est en train de prôner. C'est vraiment des démarches importantes qui ont
été menées avec l'ensemble des acteurs de la construction. Et nous, on pense
que nous sommes mûrs pour faire ces changements-là, qui sont importants et
nécessaires pour notre industrie.
Lorsqu'on se compare aux autres, je suis en
Ontario ce matin, votre collègue l'a... l'a souligné, on le voit bien qu'il y a
une différence de productivité importante. Les propositions, qu'on pense, ne
viendront pas annuler la paix industrielle, mais vont surtout permettre à notre
industrie de pouvoir prospérer et grandir.
La Présidente (Mme D'Amours) : Mme Laperrière,
M. Blackburn, merci infiniment pour votre contribution à la commission.
J'ajourne... je suspends, pardon, les travaux quelques instants afin de
recevoir nos prochains invités.
(Suspension de la séance à 11 h 18)
(Reprise à 11 h 22)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue à l'Association
des employeurs en mécanique industrielle du Québec. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour nous donner votre exposé. Je vous demande de
vous présenter et de commencer votre exposé, s'il vous plaît.
M. Thibaudeau (Éric) : Mme la
Présidente, M. le ministre, Mmes les députées, MM. les députés, merci de nous
recevoir, merci de nous accorder votre précieux temps dans le cadre de cette
commission. Tout d'abord, j'aimerais vous présenter les gens qui
m'accompagnent, M. Sébastien Larivée, qui est le trésorier de notre
association et également président de Ganotec, un fier fleuron québécois qui
appartient maintenant à une multinationale américaine, Kiewit. Je suis
également, à ma gauche, accompagné de M. Daniel Sirois, président de
Mécanique CNC, une autre importante entreprise de construction en mécanique
industrielle basée à Boucherville, avec des activités un peu partout à travers
le Québec, qui est membre de notre association. Et je suis accompagné de M. Michel
Fournier, qui est directeur des relations de travail chez Kiewit et Ganotec,
mais on l'a <forcé...
M. Thibaudeau (Éric) :
...qui
est directeur des relations de travail chez Kiewit et Ganotec, mais on l'a >forcé
à venir avec nous parce qu'il a aussi un passé de président de la CSD-Construction
pendant de nombreuses années. On pensait vous offrir l'opportunité d'entendre
quelqu'un qui a vu tous les côtés de la médaille, si jamais vous avez des
questions. Moi, Éric Thibaudeau, je suis avocat chez BCF, mais je suis aussi le
secrétaire corporatif de l'association et j'ai le bonheur de vous entretenir
aujourd'hui de la demande que nous présentons à cette commission et au ministre.
L'AEMIQ, c'est quoi? Bien, c'est un
regroupement d'employeurs qui font de la mécanique industrielle. Je vois sur
vos visages confondus : mécanique industrielle, quid, qu'est-ce? Alors, de
la mécanique industrielle, si je lisais la définition dans le règlement, c'est
tout ce qui n'est pas de la mécanique de bâtiment. Je ne pense pas que ça vous
aide beaucoup, alors je vais vous le définir comme suit : de la mécanique
industrielle de production, de la machinerie de production, pensez à n'importe
quelle ligne de production, machinerie industrielle qui produit quelque chose.
Des exemples : les turbines dans les barrages d'Hydro-Québec produisent de
l'électricité. Pensez à... dans le secteur batterie que nous sommes en train de
développer avec fierté au Québec, bien, ce qu'il y a entre les quatre murs et
le plafond, là, la ligne de production, c'est de la machinerie de production.
Pensez à la transformation du minerai dans les usines qui accompagnent les
mines dans le Grand Nord du Québec, par exemple, c'est de la machinerie de
production. Donc, c'est un secteur, là, si on regarde les chiffres des
différents organismes gouvernementaux, CCQ, et tout, là, de 2020 à 2030, on
parle d'environ 55 milliards de dollars en travaux dans l'industriel,
dans le secteur industriel de la construction.
Le problème pour nous, pour notre
association est le suivant, c'est qu'au courant des années 2000, donc de 2000 à
2007, est survenue une succession de décisions rendues par le Commissaire de
l'industrie de la construction, qui a changé de nom à de multiples reprises
depuis, mais un tribunal administratif spécialisé dans la loi R-20 et qui
est venu désassujettir de la loi R-20 les travaux de machinerie de
production sur... et je lance une opinion gentille que je pourrai expliquer en
long, mais sur de la terminologie de deux mots, essentiellement, qui ont été
interprétés et qui sont venus vider de son sens le règlement d'application de
la loi R-20, qui est le règlement pour les élus qui porte sur la
machinerie de production et la machinerie de bâtiment.
C'est donc... Vous êtes en train de
travailler depuis de nombreux mois, depuis de nombreuses semaines, depuis un
an, probablement, et plus, M. le ministre, sur un projet de loi que l'AEMIQ
endosse. Nous sommes d'accord avec les recommandations et les avancées de ce
projet de loi là sur à peu près tous les sujets. La problématique, pour nous,
c'est que, si ce merveilleux train part de la gare, nous, on va rester sur le
quai parce qu'on n'est pas assujettis à la loi. Notre association et nos
employeurs souhaitent bénéficier des avancées qui sont proposées dans le projet
de loi, et, pour ce faire, il doit y avoir une correction, un ajout
réglementaire pour faire en sorte que nos membres puissent exécuter ces
travaux-là sous l'égide de la loi R-20 à nouveau.
Pourquoi est-ce que l'AEMIQ est pour les
mesures mises de l'avant dans le PL 51? La polyvalence des métiers,
extrêmement important pour nous. Pourquoi? Pénurie de main-d'œuvre, et le
secteur industriel est un secteur dans lequel il est difficile... c'est
difficile, c'est un secteur qui n'est pas toujours facile à travailler. Ce
n'est pas des cloisons sèches dans une maison résidentielle. Donc, d'avoir de
la main-d'œuvre qui est en mesure d'exécuter plus de tâches, c'est important
pour nous, dans le respect, évidemment, des règles de santé et sécurité et de
la qualification requise. L'efficience et la productivité est importantes et
aussi l'accès à la main-d'œuvre, l'accès à une main-d'œuvre variée, plus de
femmes, plus de minorités visibles, plus de gens issus des communautés
autochtones. Ça, c'est quelque chose qui est important pour notre association.
Donc, on endosse le projet de loi, mais,
comme je vous l'ai présenté, Mme la Présidente, M. le ministre, sans votre
aide, on n'est pas assujettis à tous ces beaux projets là. Et ça fait surtout
quoi? Vous allez dire : Bon, bien, vous, c'est bien, l'AEMIQ, mais encore?
Bien, ça fait qu'on a pour 30 à 50 milliards de projets industriels de
machinerie de production, prévus dans les 10, 15 prochaines années, qui ne
seront pas assujettis à toutes les belles avancées que vous êtes en train de
mettre sur papier et faire des avancées. Et je m'adresse vraiment à tous les
partis politiques, aux législateurs, quand je vous dis cela.
Notre solution est la suivante... Et je le
dis d'emblée, M. le ministre, je n'utiliserai pas le mot «réassujettissement»,
ça fait peur, ça fait peur à des gens, notamment les donneurs d'ouvrage, qui
pensent qu'on veut repartir de vieux débats qu'on a entendus dans les années 1990-2000.
Nous, ce n'est pas ce qu'on souhaite. Ce qu'on souhaite, c'est de rétablir la
portée initiale, l'intention initiale du législateur en 1970 et de... Puis
j'aimerais ça la <rappeler...
M. Thibaudeau (Éric) :
...la
portée initiale, l'intention initiale du législateur en 1970 et de... Puis
j'aimerais ça la >rappeler, l'intention du législateur de 1970 : ce
n'était pas de faire plaisir au patronat, c'était de protéger les travailleurs
de la construction lorsqu'ils exécutaient les travaux de machinerie de
production pour leur permettre de demeurer assujettis au régime de la
loi R-20, bénéficier des avantages sociaux, du régime de retraite, des
vacances qui sont payées par l'OCQ, dans le temps, devenu la CCQ, la <i>Commission
de la construction depuis. C'est une solution, vous pourrez la regarder dans le
texte réglementaire, dans notre mémoire, qui est simple, on ne fait pas un
nouveau règlement, on modifie deux, trois mots. Il y a une définition de
salarié de la construction, on ne l'a pas inventée, on l'a copié-collée de la
loi. C'est aussi simple que ça.
Et c'est une solution qui est
rassembleuse, respectueuse des droits de tous. Les donneurs d'ouvrage vont
pouvoir continuer à opter pour faire du construction avec nous, des
travailleurs de la CCQ, nous qui utilisons une main-d'œuvre exclusivement
détentrice de certificats de compétence ou faire affaire avec des entreprises,
comme mentionnait Mme Laperrière du Conseil du
patronat<i>, qui utilisent une main-d'œuvre hors construction, qui
n'est pas détentrice de certificat, puis qui a d'autres types de qualité, je
présume, ce n'est pas eux que je représente. Mais c'est un projet qui est
respectueux de ces entreprises, de celles que nous représentons, des
travailleurs également.
Il ne faut pas oublier... j'ai écouté avec
grande attention une question du député de Québec solidaire, un petit peu plus
tôt, et nous sommes la seule industrie de la construction en Amérique du Nord
où la syndicalisation est obligatoire. Alors, il n'est pas question pour moi
d'enlever des droits à des travailleurs syndiqués dans les entreprises que nous
représentons, notre association, pour les lancer dans le vide. Non, ils sont
déjà syndiqués avec les syndicats de la construction, et ça, c'est important de
le mentionner.
• (11 h 30) •
Je ne pensais jamais que je dirais ça un
jour à une commission parlementaire, mais j'y vais. Je vais traduire en
français ce qui suit : Si ça ressemble à un canard, si ça nage comme un
canard et si ça cacane comme un canard, c'est un canard. Nous sommes des
entreprises de construction. Nous exécutons également des travaux régis par la
loi R-20, donc pas exclusivement de la machinerie de production, on fait
aussi des heures qui sont assujetties à l'industrie. Nous utilisons une
main-d'œuvre des salariés détenteurs de certificats de compétence ... exclusivement.
On n'en a pas d'autres que ceux-là. On contribue au régime d'avantages sociaux,
on contribue aux régimes de retraite, on verse les vacances à la CCQ qui les
redonne aux travailleurs. Et c'est souvent, le fait qu'on applique les
conditions R-20, une exigence des donneurs d'ouvrage.
Mais tout ça, on le fait sur une base
volontaire et il y a des problématiques qui viennent avec ça, notamment celles
découlant de l'application de la <i>loi sur les normes et du Code du
travail qui, je le rappelle aux députés, on a décidé, pas ici, ici, mais ici,
en 1937, que ces deux lois-là n'étaient pas appropriées à l'industrie de la
construction puis on a envoyé le régime de relation de travail vers la Loi sur
les décrets de convention collective et, dans les années 60, décidé de
faire notre propre loi sur les relations de travail de la construction, la
loi R-20.
Donc, nous sommes des entrepreneurs en
construction, nous utilisons une main-d'œuvre construction. Nous demandons
qu'un amendement soit fait au projet de loi afin que nous puissions bénéficier
des belles avancées qui sont mises de l'avant dans le projet de loi n° 51.
C'est tout.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Nous allons procéder à la période d'échange. M. le ministre, la
parole est à vous.
M. Boulet : Oui. Merci, Me Thibaudeau,
merci à votre équipe. C'est un très bon mémoire. La présentation, elle est
aussi limpide. Puis je pense que ça va bénéficier à l'ensemble des parlementaires.
Il y a des éléments de pédagogie, là, vous nous ramenez à des étapes
charnières, 1937, 1968, vous dites 1970, là, mais à cette période-là, et les
interprétations des tribunaux, là. Tu sais, vous référez à des décisions au
début des années 2000, notamment Falconbridge et autres. Je pense qu'on
connaît la dynamique.
J'ai des questions précises, mais avant je
veux que ce soit clair, là, quand vous dites «la machinerie de production»,
vous utilisez l'exemple d'une turbine et vous référez plus spécifiquement à
l'installation, l'entretien, la réparation. Je reviens au projet de loi, dans
les métiers qui concernent...
11 h 30 (version révisée)
M. Boulet : ...l'entretien et
la réparation. Je reviens au projet de loi. Dans les métiers qui concernent la
mécanique industrielle, pouvez-vous nous donner, peut-être qu'il est dans le
mémoire, mais un exemple spécifique de la valeur ajoutée de la polyvalence que
nous avons dans le PL 51?
M. Thibaudeau (Éric) : Oui.
Je réfléchis à un exemple concret et précis. Dans le domaine industriel
environ, là, ça varie d'employeur à employeur, mais ce qu'on appelle les
métiers mécaniques représentent à peu près, là, 85 % des heures sur un
chantier. Ces métiers mécaniques là, c'est quoi? C'est des tuyauteurs, des
chaudronniers, des mécaniciens de chantier et des chaudronniers. Alors, ce sont
les quatre... Il y a d'autres métiers, mais c'est eux qui sont là en
prédominance. Ce sont des métiers qui ont leurs spécialités, qui ont vraiment
des travaux différents l'un de l'autre, mais qui ont aussi des intersections
quand même importantes.
Par exemple, au niveau de certains travaux
de soudure, de certains travaux de tuyauterie, puis là je ne veux pas... on
pourrait remplir la salle, M. le ministre, cette jurisprudence qui vient couper
au couteau, qui appartient à quel métier. Mais cette polyvalence-là, dans le
projet de loi, qui permettrait clairement un, permettez-moi l'anglicisme, un
«overlap», une intersection commune sur certaines tâches de ces métiers-là,
pourrait certainement être bénéfique aux entreprises qui oeuvrent dans notre secteur.
M. Boulet : Sans affecter la
qualité, sans être incompatible avec les compétences des travailleurs,
travailleuses et évidemment avec une incidence qui est favorable sur les délais
et les coûts, je pense que c'est ce qui est fondamentalement visé. Est-ce que...
Si je vous demandais un exemple de mobilité, la mobilité, évidemment, ça non
plus, ce n'est pas un bar ouvert. Est-ce que la mobilité c'est un atout, en
tenant compte de ce qui est dans le projet de loi 51, pour votre secteur,
en fait, plus spécifique de mécanique industrielle?
M. Thibaudeau (Éric) : En
fait, je pense que ça pourrait répondre à des appréhensions que plusieurs
acteurs de l'industrie sont venus vous expliquer, puisque, dans notre
convention collective, il n'y a pas de concept de mobilité de main-d'œuvre. C'est
certain, c'est l'employeur qui s'adresse aux syndicats qui lui réfèrent la
main-d'œuvre. Je ne connais pas les critères internes qui sont utilisés. Mais, dans
la convention comme telle, il n'y a pas de critère de mobilité, on ne dit pas :
Mais il faut travailler par région, etc.
Je peux également affirmer que ça fait l'objet
de discussion collaborative, je tiens à le souligner, régulière, entre les
employeurs et le syndicat, de trouver des travailleurs qui ne résident pas trop
loin. Vous avez entendu un intervenant, je pense que c'était la Corporation des
entrepreneurs généraux, ce matin, qui disait : Écoutez, les frais de
chambre et pension sont un frein eux-mêmes à avoir un certain nombre x et y de
travailleurs en région, parce qu'évidemment il y a un coût important, là, qui
vient avec. Selon les secteurs, on parle entre 137 $ et 159 $ de
frais de chambre et pension, par jour, pour un travailleur qui est à plus de
120 kilomètres de chez lui. Donc, je pense que le réglementaire sur la
mobilité de main-d'oeuvre était important à une certaine époque où les
travailleurs, c'était 600, 700 heures par année. On a vu ça il n'y a pas
si longtemps que ça. Maintenant, on est au plein emploi puis on peine à trouver
des travailleurs.
En tout cas, nous dans notre convention-cadre,
là, type, chez chacun des employeurs, on n'a pas cette règle-là de mobilité. Puis
ça n'a pas, à ma connaissance, à tout le moins, on me corrigera, les gens qui
sont avec moi, si je me trompe, ça n'a pas créé aucun chaos.
M. Boulet : Bien, vous le
dites bien, on est en contexte de pénurie de main-d'œuvre qu'on anticipe d'ailleurs
pendant des années, tenant compte des projets. Puis vous allez être impliqués,
bien sûr, dans des projets industriels un peu partout au Québec, dans les
filières stratégiques de développement social et économique, et pour répondre à
des besoins dans tous les secteurs d'activité humaine. Rappelez-moi donc le
nombre d'heures de travail que ça peut représenter, sur une année, fait par les
membres de votre association.
M. Thibaudeau (Éric) : Alors,
ça varie beaucoup d'une année à l'autre...
M. Boulet : Oui.
M. Thibaudeau (Éric) : ...les
projets étant importants, on comprend qu'un bon contrat, avec de nombreux
travailleurs, fait exploser le nombre d'heures exécutées d'une année à l'autre.
Là, mais, bon an mal an, sur les trois dernières années, nos membres employeurs
ont exécuté environ entre 3 et 4 millions d'heures travaillées déclarées
sur une base volontaire à la CCQ, et ça représente, si on se fie, là on fait du
croisement de données, si on se fie aux données de la CCQ et aux données de
l'Association de la construction du Québec, <qui est l'association...
M. Thibaudeau (Éric) :
...et
ça représente, si on se fie, là on fait du croisement de données, si on se fie
aux données de la CCQ et aux données de Rl'Association de la construction du
Québec, >qui est l'association qui est chargée de négocier les... et
appliquer, avec la partie syndicale, les conditions de travail du secteur
industriel, là, ça représenterait, nos membres, environ entre 30 % et
40 % des heures travaillées dans le secteur. Mais ça, comme je vous dis,
je suis prudent sur les chiffres, parce que ça varie beaucoup, là, d'année en
année, mais on... entre 30 % et 40 %.
M. Boulet : OK. Quand vous
référez au secteur de la construction, où il y a effectivement une adhésion
syndicale obligatoire, comme vous n'êtes pas assujettis, est-ce que vous devez
expliquer, pour le bénéfice des parlementaires pourquoi? Est-ce que ce n'est
qu'en raison des exigences des donneurs d'ouvrage que vous contribuez, que vous
«computez» les heures, que vous vous assurez que les travailleurs bénéficient
des avantages sociaux du régime de retraite? Comment ça marche au plan
pratique? Parce que le fait de ne pas être assujetti peut ouvrir la porte à ce
que des travailleurs ne soient pas nécessairement membres de syndicats, mais ce
que vous expliquez, c'est qu'ils sont tous membres de syndicats. J'aimerais ça
que vous nous expliquiez le pourquoi du comment.
• (11 h 40) •
M. Thibaudeau (Éric) : Je
vais tenter de faire ça simplement, étant donné le temps qui nous est alloué.
Suite aux décisions qui ont été rendues dans les années 2000, ça l'a créé,
sur les chantiers, pas trop de changements immédiats, mais ça a créé un vide juridique,
c'est-à-dire qu'on avait des associations représentatives syndicales de la
construction qui avaient une main-d'œuvre compétente en nombre important,
notamment au <i>conseil provincial des métiers de la construction, qui
sont très représentatifs dans les milieux de la mécanique industrielle et donc
qui avait une main-d'œuvre qualifiée. Nos membres ont continué à faire affaire
avec ces syndicats-là, mais leur existence était sous l'existence de la
loi R-20, n'est-ce pas, donc ça a amené à la création d'un... notamment,
pour ce qui est de nos membres, d'un syndicat Code du travail, un syndicat
boutique, si je peux l'appeler ainsi, dans les termes juridiques de droit du
travail, qui est appelé l'Association des métiers mécaniques du Québec.
Et cette association-là, en 2019-2020, a
entrepris une tournée de syndicalisation chez l'ensemble des employeurs qui
constituent notre association. C'est avec eux qu'on s'assoit, qu'on négocie les
conditions de travail. Donc, ça, c'est l'historique d'où vient notre convention
collective et avec quel syndicat on fait affaire. Il n'y en a qu'un seul et
c'est l'AMMQ.
M. Boulet : OK, je comprends.
Et donc, quand on a discuté ici, au Parlement, de l'établissement d'un service
de référence pour remplacer l'époque où il y avait ce qu'on appelait le
placement syndical, est-ce que... Qui fait le référencement de la main-d'oeuvre
qui est requise ou pour répondre aux besoins de vos entrepreneurs?
M. Thibaudeau (Éric) : Comme
c'est un document public, je vais vous... je vais vous donner la réponse brève,
mais je vous invite à consulter... une des conventions collectives, c'est
public, sur Corail, du ministère du Travail. Mais, essentiellement, c'est un
mécanisme par lequel l'employeur, lorsqu'il a des besoins de main-d'œuvre, va
communiquer avec le syndicat en lui disant : Bien, voici, j'ai besoin de
tant de travailleurs, de tant de métiers, de telle expérience ou telle
spécialité. Et c'est le syndicat qui va se charger de trouver les travailleurs,
les salariés et de les envoyer à l'employeur.
M. Boulet : D'accord. Vous
soumettez un mémoire qui met l'accent sur les avantages de ce que vous
recommandez, c'est-à-dire, même si vous n'aimez pas ce mot-là, assujettir.
Est-ce que vous êtes capable de vous exprimer sur les inconvénients de faire ce
que vous nous proposez de faire?
M. Thibaudeau (Éric) : C'est
peut-être un petit peu prétentieux de vous dire ça, M. le ministre, mais je
n'en vois pas vraiment. Et je m'explique. Les donneurs d'ouvrage, les grandes
entreprises que l'on sollicite, au niveau provincial, national et international,
ont besoin d'une certaine certitude dans l'exécution de leurs projets, qu'il y
ait un régime de relations de travail qui s'applique, qui est prévisible,
notamment au niveau des dates de grève, par exemple, c'est <important
pour eux...
M. Thibaudeau (Éric) :
...de
relations de travail qui s'applique, qui est prévisible, notamment au niveau
des dates de grève, par exemple, c'est >important pour eux. Quand un
donneur d'ouvrage, j'en ai dans mes clients qui ne sont pas membres de
l'association, planifie un projet, bien, de savoir qu'il y a une expiration de
date de convention collective en mai 2025 dans la construction, il y a un
calcul de risque qui est fait dans l'exécution du projet. Mais là la situation,
avec deux régimes parallèles, est la suivante, c'est que vous avez un risque de
grève en mai 2025, vous avez un risque de grève à l'expiration de nos
conventions collectives, en décembre 2025, vous avez... Et là c'est pour ceux
qu'on a comme signataires de conventions collectives, d'autres entreprises
pourraient avoir d'autres échéances. Donc, ça crée une incertitude. Ça, c'est
pour les donneurs d'ouvrage, un régime plus attrayant, on sait à quoi s'en
tenir.
Pour les entrepreneurs que nous sommes, ça
permet également d'exécuter les travaux en étant synchronisés. Mes clients ne
sont pas les seuls, sur un chantier de construction, il y a les entrepreneurs
qui font la bâtisse, qui font les murs, qui font les travaux assujettis. Puis,
si on n'a pas les mêmes conditions de travail aux mêmes dates, qui finissent au
même moment, et les mêmes augmentations, ça crée des problèmes. Pour ce qui est
des travailleurs, je n'y vois pas d'inconvénient. Je m'explique. Les
travailleurs membres de l'AMMQ, avec qui nous faisons affaire, sont tous
détenteurs d'une carte de compétence CCQ, exclusivement, c'est tout ce qu'on
utilise comme main-d'œuvre.
Donc, si les travaux que nous vous
demandons d'assujettir à la loi R-20 le sont, ces salariés-là vont continuer à
être représentés par des syndicats, notamment le conseil provincial, comme je
vous le mentionnais.
M. Boulet : Donc, selon vos
prétentions, c'est bonnet blanc, blanc bonnet, ou c'est du pareil au même,
assujetti, non assujetti.
M. Thibaudeau (Éric) : En
fait, là où il y a... ça crée une problématique, le non-assujetti, c'est
l'incertitude pour les donneurs d'ouvrage.
M. Boulet : Je comprends.
M. Thibaudeau (Éric) : C'est
l'incertitude... en fait, l'incertitude des donneurs d'ouvrage est la même pour
les travailleurs. Donc, vous vous imaginez un salarié qui doit faire,
potentiellement, des négociations ou la grève en mai 2025, pour... quand il
fait des travaux assujettis. Puis, six mois plus tard, quand il va négocier
avec un des employeurs ici, pourrait se retrouver en grève une deuxième fois
dans la même année. Donc, il y a ça. Et, également, dans les désavantages, pour
nous, comme employeurs, et je fais attention aux termes que j'utilise, mais...
parce qu'on comprend comment la mécanique du Code du travail fonctionne, et
c'est pour ça que je parlais de 1937, et de se rappeler d'où on vient, notre
histoire, il y a un déséquilibre au niveau de la négociation de la convention
collective, en ce que c'est important d'avoir des conditions de travail qui
sont relativement uniformes, mais, nous, on représente juste 30 % de
l'industrie, là.
M. Boulet : Vous avez utilisé
le mot «syndicat de boutique», mais ce n'est pas véritablement des syndicats de
boutique dans la mesure où ils sont détenteurs d'une accréditation syndicale en
vertu du Code du travail. Donc, il y a les périodes ouvertes puis il y a les
périodes où on peut exercer un droit de grève ou de lock-out, le cas échéant. OK,
je comprends bien.
Et donc, si je vous demande de vous mettre
dans les bottines d'un donneur d'ouvrage, vous référez à la stabilité, la
possibilité de ne pas être exposé deux fois à des risques de conflit de
travail, comme étant des avantages que les grands donneurs d'ouvrage pourraient
mettre de l'avant pour appuyer votre recommandation. Donc, est-ce que ce serait
faux de prétendre que ce que vous nous recommandez fait à peu près... parce
qu'il n'y a jamais d'unanimité, dans le monde des relations de travail, en tout
cas, je ne l'ai jamais vu ou aperçu, mais il y aurait un fort consensus des
acteurs patronaux et syndicaux derrière la recommandation que vous nous
soumettez?
M. Thibaudeau (Éric) : Effectivement,
je me permets de dire ce qui suit : Dans l'industrie de la construction,
du côté syndical, vous avez entendu, lu les mémoires de la FTQ-Construction qui
demande un assujettissement plus large, plus contraignant que le nôtre, peut-être
moins bienvenu de la part des donneurs d'ouvrage, mais qui recommande de
réassujettir certains travaux. Le Syndicat québécois de la construction fait de
même dans son mémoire. Si vous consultez ou posez des questions à la CSD, à la
CSN, ils vont vous dire qu'ils sont d'accord avec notre proposition. Et j'ai
compris, en écoutant attentivement la commission parlementaire mardi dernier,
que vous avez posé la question vous-même au conseil provincial des métiers de
la construction, qui vous a répondu positivement en faveur d'un
assujettissement, donc, du côté syndical construction; <du côté patronal...
M. Thibaudeau (Éric) :
...construction, qui vous a répondu positivement en faveur
d'un assujettissement, donc, du côté syndical construction; >du côté
patronal construction, l'ACRGTQ l'a écrit dans son mémoire, l'ACQ appuie notre
position; la CEGQ, que vous avez entendue ce matin, également.
Et, du côté des donneurs d'ouvrage, nous,
ceux qu'on consulte... On a discuté avec le Conseil du patronat. Vous avez
entendu leur réponse, contrairement à, historiquement, où ils s'objectaient, là
ils vous disent : Consultons, il y a du bon là-dedans, nous sommes rendus
ailleurs.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
merci. C'est tout le temps que nous avions.
M. Thibaudeau (Éric) : Merci,
Mme la Présidente.
M. Boulet : Merci à toute
votre équipe, maître.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
cède maintenant la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Merci, Me Thibaudeau, et à vous tous, donc, d'être présents
aujourd'hui.
Donc, Me Thibaudeau, je vous entendais,
donc, vous disiez... vous nous avez expliqué que vos membres, donc, contribuent
au régime d'avantages sociaux, emploient exclusivement des salariés de la
construction qui sont détenteurs de certificat de compétence émis par la CCQ. Ils
déclarent des heures travaillées à la CCQ, mais les travaux qu'ils réalisent ne
sont pas assujettis à la R-20. Vous nous avez dit, donc, que les heures qui
sont exécutées par vos membres pour les travaux d'installation, réparation,
entretien de machinerie de production, représentent... je pense que vous avez
dit un peu plus tôt de 30 % à 40 % des heures de l'industrie. Donc,
ça voudrait dire que vous n'êtes pas... donc, vos membres, donc, ne sont pas
les seuls dans le secteur industriel, dans la situation, là, que je viens de
décrire, que vous avez décrite précédemment.
Est-ce que vous pouvez confirmer que votre
proposition de modification réglementaire, quand... quand on la lit dans le
mémoire, elle ne toucherait pas que vos membres, mais l'ensemble des employeurs
dans cette situation-là?
• (11 h 50) •
M. Thibaudeau (Éric) : Il y a
effectivement un... une balance, si je peux l'appeler ainsi, importante
d'employeurs de 60 % à 70 % des heures, qui sont presque dans la même
situation que nous, c'est-à-dire qu'ils continuent à utiliser une main-d'œuvre
exclusivement détentrice de certificat de compétence et occupation de la CCQ,
qui continuent à contribuer au régime sur une base volontaire, qui trouvent
leur main-d'œuvre auprès des syndicats de l'industrie de la construction. La
différence, c'est qu'eux, au moment où on se parle, à tout le moins, à ma connaissance,
à part les membres de notre association, eux n'ont pas fait l'objet d'une
campagne de syndicalisation de la part d'un syndicat.
Mme Cadet : Donc, dans...
M. Thibaudeau (Éric) : Donc,
ils sont dans une zone... si vous me permettez, je m'excuse de vous interrompre,
is sont dans une zone de flottement. On fait comme si on était la CCQ, on ne
l'est pas, comme si on était assujettis, on continue à faire comme tel. Mais, juridiquement
parlant, ils sont dans... elles sont, ces entreprises-là, dans un vide.
Mme Cadet : Mais puisque
votre proposition les toucherait tout de même, donc, ces employeurs-là, donc,
ils pensent quoi de la demande? On a parlé du fort consensus donneurs d'ouvrage,
syndicats, donc, associations patronales, mais les autres employeurs qui sont
touchés, là... qui seraient touchés par votre proposition de modification
réglementaire, ils en pensent quoi?
M. Thibaudeau (Éric) : Comme
ces entreprises-là sont membres de l'Association de la construction du Québec
et que l'ACQ appuie notre demande, je prends pour acquis qu'ils seraient pour
notre demande. La problématique, c'est que ces entreprises-là ne sont membres
d'aucune association de travaux non assujettis, comme celle que, nous, on s'est
créée. Donc, je ne fais que présumer.
Mme Cadet : Vous avez dit
plus tôt que l'intention du législateur, bon, en 1970, 1968, était de protéger
le travailleur avec l'assujettissement initial, là. Vous avez parlé, donc, de
la... dans la réglementation de l'alinéa 4°, là, vous en faites référence
dans votre mémoire. Donc, concrètement, aujourd'hui, votre demande, elle va
changer quoi pour le travailleur?
M. Thibaudeau (Éric) : Au
lieu d'être... La seule différence, en ce qui nous concerne, c'est qu'au lieu
d'être membres de l'AMMQ, qui est un syndicat qui a été... dont les dirigeants
sont également des dirigeants de locaux syndicaux... de l'international,
excusez-moi, le conseil provincial des métiers de la construction, au lieu
d'être membres de l'AMMQ, ils vont être membres soit du conseil provincial dans
la construction ou un des quatre autres syndicats de la construction auxquels
ils ont droit de choisir à chaque période de maraudage, aux quatre ans.
Mme Cadet : Vous l'avez mentionné,
donc, la R-20 ne s'applique pas, vous avez votre propre convention collective.
Puis vous l'avez évoqué un peu, donc, dans votre échange avec le ministre,
justement, donc, du libellé, donc, de conventions collectives, donc, qui est
public. Je vous amène donc à la page... à la page 12, à la section 6.1,
sur la référence de salarié. On dit : «Lorsque des salariés sont requis,
l'employeur procédera comme suit : l'employeur communiquera avec le
syndicat chaque fois que des salariés seront requis et motivera clairement sa
demande de main-d'oeuvre — et, à l'alinéa e — en aucun
cas, l'employeur ne peut passer outre au bureau de placement du syndicat.»
Je veux m'assurer d'avoir bien compris.
Ici, donc, vos membres n'ont pas la liberté dans le choix de la main-d'oeuvre.
M. Thibaudeau (Éric) : Vous
m'excuserez, je ne m'attendais pas à ces questions-là. Je suis en train de
récupérer une copie de la convention collective et de me rendre à l'article.
Écoutez, ce sont... ce sont vos mots, Mme la députée, mais effectivement le
processus est très clair à 6.1. Je me permets d'en lire <un petit bout...
M. Thibaudeau (Éric) :
...écoutez,
ce sont... ce sont vos mots, Mme la députée, mais effectivement le processus
est très clair à 6.1. Je me permets d'en lire >un petit bout : «L'employeur
communiquera avec le syndicat chaque fois que des salariés seront requis et
motivera clairement sa demande de main-d'œuvre en indiquant», et là, «nature
des travaux, expertise recherchée», donc qu'est-ce qu'on peut mettre comme information.
Et c'est écrit, à b : «En fonction des critères formulés par un employeur,
le responsable du syndicat s'efforcera, au meilleur de ses connaissances, de
fournir des salariés correspondant au profil recherché. L'employeur peut
soumettre au syndicat le nom de personnes non membres pour fins de
référencement éventuel ou d'embauche immédiate en cas de pénurie, sous réserve
d'une évaluation positive, tant par l'employeur que le syndicat, des
compétences et qualifications.» Et, à e, bien, on indique qu'«en aucun cas l'employeur
ne peut passer outre au bureau de placement du syndicat».
Donc, l'employeur formule la demande, le
syndicat trouve la main-d'œuvre. Et comme le dit e, je ne peux pas décider d'aller
vous embaucher, Mme la ministre, je ne suis pas sûr que ça vous intéresserait,
mais je ne peux pas aller décider de vous embaucher sans avoir l'aval du
syndicat, effectivement.
Mme Cadet : Donc, vous devez
exclusivement passer par le syndicat pour le référencement de la main-d'œuvre.
M. Thibaudeau (Éric) : Oui.
Mme Cadet : Donc, vous
confirmez que le mécanisme qui est prévu au chapitre 9.1 de la loi R-20,
il n'est pas répliqué dans vos conventions. Je vois des membres, donc...
M. Thibaudeau (Éric) : 9.1,
étant le placement... Bien, effectivement, on n'est pas assujetti à la loi
R-20, donc le placement syndical n'est pas interdit.
Mme Cadet : Merci. Dans votre
mémoire, vous indiquez aussi qu'«opérer à l'extérieur du cadre R-20, ça ne
permet pas aux entreprises de demeurer concurrentielles, productives et
efficaces». Vous énumérez des exemples de notions qui sont issues du cadre
normatif du Code du travail, de la Loi sur les normes du travail, de la LATMP,
qui n'ont pas cours dans l'industrie, mais qui s'appliquent à vos membres, bien
évidemment. Est-ce que vous avez des exemples tirés, cette fois-ci, du cadre de
négociation des conventions qui viendraient affecter vos coûts de production?
M. Thibaudeau (Éric) : Oui.
Si vous me permettez, je veux juste reculer sur les exigences, parce que, moi,
je pense, c'est important. Le fondement même de ce qu'on vous demande, c'est de
réaliser que le Code du travail, la Loi sur les normes ne sont pas adaptés aux
réalités de notre industrie, pour toutes sortes de raisons, on en énumère dans
notre mémoire. Et on apprécierait vraiment si les gens qui participent à la
commission prenaient le temps de lire ces inconvénients-là, parce que vous
allez voir que ce sont des exigences de la loi qui sont difficilement
compatibles avec des travaux de construction. Et je vous donne un exemple bien
simple. Dans la construction, on peut sous-traiter, il n'y a aucune... aucun
empêchement de sous-traiter. Pourquoi? Bien, parce que tout le monde a les
mêmes conditions de travail, c'est la même convention collective qui s'applique,
provincialement parlant. Donc, que ce soit A ou B qui fasse les travaux, c'est
les mêmes conditions de travail.
Donc, on y va vraiment par spécialité d'entreprise
puis on s'adresse à la meilleure entreprise pour faire les meilleurs travaux
possible avec efficience et productivité. Alors que, dans le Code du travail,
il est interdit, vous le savez, quand une main-d'œuvre est visée par un
certificat d'accréditation, de sous-traiter, à moins que la convention
collective le permette. Vous avez copie la convention collective, de toute
évidence, vous irez voir à la fin, il y a une annexe. C'est compliqué de
prévoir les noms d'entreprises, il y en a tellement. Ça limite la flexibilité,
à ce niveau-là, de l'exécution des travaux. Je m'excuse. C'est important pour
moi de donner ces exemples-là, parce que le syndicat n'a rien exigé de ça, nous,
on n'a rien exigé de ça. Ce sont des exigences de la Loi sur les normes et du
Code du travail, mais qui, pardonnez-moi l'anglicisme, «jive» mal avec les
réalités de notre industrie.
Pour ce qui est de ce qui découle de la
convention collective comme telle, bien, les travailleurs, les salariés s'attendent
nécessairement à ce qu'on maintienne minimalement les conditions de travail qu'ils
ont déjà dans l'industrie de la construction. Donc, la base de négociation, c'est
la convention collective, l'industrie de la construction, et donc
nécessairement tout ce qui va en résulter ou découler, suivant les demandes
syndicales qui vont être faites, même si on est les plus chiches et féroces
négociateurs possible, sera nécessairement des écarts à la hausse entre notre
convention collective et ce qui existe dans l'industrie de la construction.
Mme Cadet : Donc, par
exemple, dans la convention renouvellement, en ce moment, donc, qu'est-ce que
ça signifie en termes d'écart?
M. Thibaudeau (Éric) : Ce n'est
pas que je n'ai pas la réponse, je fais attention et je tiens à le dire :
Nous avons conclu une entente de principe à la fin janvier, et le syndicat est
en tournée de ratification présentement, donc, la semaine dernière. Il reste
une assemblée ce soir, je crois. Donc, je vais faire attention à comment je m'avance
dans les propos. Je peux dire qu'il y a une augmentation de salaire, dans les
deux prochaines années, qui est substantiellement plus élevée que celle de la
construction. Ça, c'est un exemple que je peux donner. Je peux donner un
exemple. J'en ai énuméré quelques-uns dans notre mémoire, là, mais,
essentiellement, on pourrait aussi parler... Oui, bien, <en fait, je
regarde...
M. Thibaudeau (Éric) :
...énuméré
quelques-uns dans notre mémoire, là, mais, essentiellement, on pourrait aussi
parler... Oui, bien, >en fait, je regarde la plus pertinente dans la
liste qu'on vous a... je vous invite à la lire, mais c'est sûr que
l'interdiction totale de recruter de la main-d'œuvre, dont on vient de parler
un petit peu plus tôt, bien, peut-être qu'on pourrait aider le syndicat à
recruter ailleurs, autrement, de diverses manières, ça manque un peu de
flexibilité. Vous verrez dans le même article que vous m'avez souligné, en fait,
l'article suivant, le 6.2, que le droit de transférer de la main-d'œuvre à un...
d'un chantier à un autre est possible, mais limité à un certain nombre de
travailleurs. Donc, ça fait en sorte que, dans les nouveaux travailleurs qui
arrivent à un autre chantier, il faut refaire les périodes de formation en
santé, sécurité, par exemple.
Donc, ça, ça représente des coûts dans les
millions de dollars de la formation initiale en chantier pour les
entreprises que nous représentons. Ce sont des... ce sont des exemples.
Mme Cadet : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Maintenant, je cède la parole au député
d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous quatre.
M. Thibaudeau (Éric) : Bonjour.
M. Leduc : Plusieurs
associations patronales viennent ici nous parler pour nous demander de venir
modifier le contenu des conventions collectives. Vous, vous prenez un chemin un
peu différent, vous dites : Nous avons un contenu de convention collective
qui nous déplaît, en tout cas, à la page 7, vous en nommez, là, cinq, puis
on en a... on vient d'évoquer l'interdiction de recruter la main-d'œuvre. Mais j'avoue
que je suis un peu surpris de votre démarche, parce qu'en plus ce n'est pas un
secteur qui est syndiqué depuis des décennies, là, où on pourrait essayer de
plaider : Bien, nous, on arrive, puis là il y a comme un truc qui est là
depuis tout le temps. Vous, c'est nouveau, ces conventions collectives là, ou,
du moins, relativement nouveau. Mais tout ça, ce n'est pas le Saint-Esprit qui
vous a imposé ça, là. Vous avez vous-mêmes négocié ça, vous avez signé, vous
avez négocié. Pourquoi nous, on viendrait, comme législateurs, commencer à
jouer dans le contenu des conventions collectives que vous avez négociées?
• (12 heures) •
M. Thibaudeau (Éric) : Premièrement,
si vous permettez de rectifier le tir sur une chose, notre position, c'est
qu'on appuie le projet de loi tel quel. Je n'ai pas dit que j'appuyais le
Conseil du patronat puis que je voulais que ce soit encore plus large plus loin.
Donc, nous, c'est le projet de loi «as is» que nous appuyons avec la demande
que nous, on vous fait. Donc, cet équilibre précaire là que vous manifestez,
là, dans vos questions aux divers intervenants, on est sensibles à ça, puis on
le comprend et on ne demande pas au ministre, dans ces sujets-là, d'aller plus
loin que ce qu'il propose dans le projet de loi.
M. Leduc : Est-ce que, dans
les conventions que vous avez signées librement, toujours, il y a des clauses
de... rétroactivité salariale?
M. Thibaudeau (Éric) : Non.
M. Leduc : Aucune?
M. Thibaudeau (Éric) : Non.
M. Leduc : Donc, le fait
d'avoir la possibilité de le faire dans le Code du travail n'est pas un
automatisme, que ça s'applique dans toutes les conventions du Québec, ça se
négocie. Donc, ça veut dire que soit ça n'a pas été abordé à votre table de
négo ou soit que ça a été abordé, mais retiré en échange de quelque chose
d'autre.
M. Thibaudeau (Éric) : Dans
l'ancienne... la première convention collective, celle qui est publiée, ça n'a
pas été question. Dans celle qui a été en négociation, là, ça a été question
de, mais ce n'est pas prévu, effectivement, dans l'entente de principe.
M. Leduc : Si on...
M. Thibaudeau (Éric) : Cependant,
je tiens à vous dire...
M. Leduc : Allez-y.
M. Thibaudeau (Éric) : ...quelque
chose, peut-être pour éclaircir tout le monde, si vous permettez, je prends la
balle au bond.
M. Leduc : Rapidement, parce
que j'ai une autre question.
M. Thibaudeau (Éric) : Oui.
Si vous prenez la convention collective, que vous avez... qui est publiée, là,
publique, celle qui vient d'échoir, là, en décembre, puis que vous prenez la
convention collective du secteur industriel de la construction, là, à part le
référencement dont on vient de parler à 6.1, là, ça ressemble beaucoup à
l'industrie de la construction.
M. Leduc : Je regarde les
salaires, les pensions, les repas, les vacances. Ce qui a été négocié dans vos
conventions collectives, c'est toujours un peu meilleur que ce qu'il y a dans
la CCQ. Donc, je ne peux pas m'empêcher de voir qu'il y a là une espèce
d'intérêt pécunier, bien sûr, en étant assujetti à la construction, d'avoir
moins de dépenses dans un futur assez proche. Je ne peux pas m'empêcher aussi
de constater que, si vous faites ce «move» là, ils n'auront plus accès à la loi
anti-scab, ils n'auront plus le droit de faire des griefs sur les salaires.
Donc, je vois... je vois mal comment c'était un avantage pour les travailleurs
et travailleuses. Puis vous faites souvent une comparaison avec le reste des
secteurs industriels... de la construction, pardon, mais vous n'êtes pas en
compétition directe non plus avec... c'est comme des industries assez
différentes, non?
M. Thibaudeau (Éric) : Non,
on est en compétition directe avec eux, en compétition directe avec le groupe
de l'AESPIQ, qui est non syndiqué puis qui coûte environ 9$, 10 $ de
l'heure moins cher que nos membres ici, première chose. Deuxième chose, je suis
en désaccord avec l'affirmation que vous faites que, quand je regarde les frais
de chambre et pension versus la construction, c'est moins cher. C'est vrai pour
le secteur industriel qui applique l'ACQ, c'est faux pour le secteur génie
civil dans lequel il y a aussi la machinerie de production, qui sont rendus
bientôt à 159 $. Donc, c'est faux. Il faut faire attention.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Je cède maintenant la parole au député de
Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup
d'être avec nous aujourd'hui. Merci pour votre mémoire. L'article 1b du
règlement, j'ai consulté la jurisprudence que vous citez à la note de bas de
page 2 de votre mémoire, et il est à l'effet que, quand on analyse la
preuve, dans certains cas, cet article-là ne trouve pas application, dans
d'autres, il trouve application. Est-ce que, dans le fond, ce que vous nous
demandez...
12 h (version révisée)
M. Paradis : ...quand on
analyse la preuve, dans certains cas, cet article-là ne trouve pas application,
dans d'autres, il trouve application. Est-ce que, dans le fond, ce que vous
nous demandez, ce n'est pas de modifier ou d'intervenir pour corriger un
courant jurisprudentiel avec lequel vous n'êtes pas d'accord? Premièrement.
Et deuxièmement, je sais qu'on a peu de
temps, mais en conclusion, vous dites, dans votre mémoire... vous dites que ce
que vous suggérez, ça ne fait perdre aucun droit aux salariés. Je comprends que
vous avez répondu à ma collègue de Bourassa-Sauvé que, bon, c'est une question,
là, d'appartenance syndicale, mais en réalité, vous, vous dites : Les
conditions de travail... Ça va avoir un impact sur les conditions de travail.
Donc, est-ce que vous êtes capables de nous dire quelles conséquences vous
voyez que ça peut avoir sur les conditions de travail? Parce que vous, vous y
voyez un avantage. Est-ce que, donc, il y a un désavantage pour les employés
concernés?
M. Thibaudeau (Éric) :
Bien, je vais commencer par votre deuxième question, c'est la plus simple à
répondre. Qu'ils soient membres dans l'AMMQ ou membres de... dans la
construction de l'Inter, de la FTQ, ou peu importe, il y a une table de
négociation. Ils peuvent demander et obtenir ce qu'ils veulent. OK? Ça fait que,
que ce soit avec nous, le Code du travail ou que ce soit R-20, ils peuvent
négocier et obtenir les conventions qu'ils veulent. Ça, c'est un.
Deux. Sur votre question sur le règlement,
il y a deux mots qui sont problématiques : la notion d'employeur
professionnel. Et ce que les jugements sont venus dire au début de l'année 2000,
c'est de dire : Bien, la machinerie de production, ça ne comptera jamais
dans le mot «professionnel». Ça fait que, là, c'est comme un... vous me
permettrez l'expression, un chien qui court après sa queue : je fais des...
je fais des travaux CCQ avec des travailleurs CCQ, mais parce que les heures
que je fais en machinerie de production ne comptent jamais dans mon statut d'employeur
professionnel, je ne suis jamais employeur professionnel. Donc, ça fait en
sorte que le règlement ne s'applique jamais.
Et les salariés principalement issus de la
construction, bien, vous lirez la jurisprudence. Il y a un décideur qui a
décidé que je ferais un «snapshot» de l'industrie complète du Québec. Il y a...
Je ne me souviens plus les chiffres, mais il y a 700 chaudronniers dans la
construction et il y en a 3 500 selon le ministère du Travail. Ce n'est
pas une expertise issue principalement de l'industrie de la construction, alors
que l'objectif du législateur, à l'époque, c'était de dire : Quand j'utilise
une main-d'oeuvre CCQ, là, issue de la CCQ, elle va être traitée CCQ. C'est
aussi simple que ça.
Alors, la proposition qu'on fait, elle est
simple, dans un texte simple qui rétablit cet équilibre-là, qui a toujours été
voulu par tout le monde, donneurs d'ouvrage, travailleurs, syndicats de la
construction. Vous n'avez pas entendu un syndicat de la construction venir vous
dire qu'il était en désaccord avec ce qu'on demandait là.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Donc, je vous remercie pour votre
contribution à nos travaux de la commission.
La commission suspend ses travaux jusqu'à...
jusqu'après les avis touchant les travaux de la commission, vers 15 h 15.
Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 06)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 15)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. À l'ordre, s'il vous plaît!
La Commission de l'économie et du travail reprend
ses travaux. Et je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leur appareil électronique.
Nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 51, Loi
modernisant l'industrie de la construction.
Cet après-midi, nous entendrons les
témoins suivants, soit : la Commission de la construction du Québec, la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante, la Fédération des chambres de commerce
du Québec et le... et la Régie, pardon, du bâtiment du Québec.
Je souhaite maintenant la bienvenue à la Commission
de la construction du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, et, par la suite, nous procéderons à la période d'échange.
Alors, je vous invite à vous présenter et
à commencer votre exposé, s'il vous plaît.
Mme Murray (Audrey) :Merci, Mme la Présidente. Merci à vous et aux membres, là,
de la commission d'avoir invité la Commission de la construction du Québec.
Je suis Audrey Murray, la
présidente-directrice générale de la Commission de la construction. Je suis
accompagnée d'Isabelle Blais, secrétaire général de la commission, Pierre-Luc
Désilets, vice-président par intérim, service à la clientèle et aux
partenaires, et Mélanie Malenfant, vice-présidente par intérim communications,
stratégies et innovation.
Donc, Mme la Présidente, mon intervention
de cet après-midi sera portée par le grand respect que la CCQ porte aux
représentants qui... aux représentations qui ont été faites au cours des
derniers jours par les participantes et participants à vos travaux, car, parmi
ceux-ci, se trouvent plusieurs administrateurs et membres des comités
paritaires de la commission qui, à titre d'associations et de leaders du
secteur de la construction, sont venus vous voir afin de mettre au jeu une
lecture et des propositions parfois divergentes concernant le projet de loi 51.
Comme vous le savez peut-être déjà, au
terme de vos travaux, suivant la sagesse des parlementaires, l'organisation que
je dirige sera responsable de mettre en œuvre le projet de loi 51, qui
sera devenu loi.
Et, afin de bien faire notre travail, la
CCQ devra miser sur la confiance et la mobilisation de tous et de toutes. C'est
pourquoi, aujourd'hui, je souhaite mettre au jeu avec mon équipe des
informations stratégiques pour alimenter vos réflexions et qui permettront d'éclairer
vos travaux, sans pour autant nous prononcer sur le projet de loi 51. Je
souhaite d'abord...
Je vais vous présenter deux grands moteurs
de transformation qui, à mon avis, doivent être tenus en compte dans vos
réflexions, mais, avant tout, je vais vous présenter la Commission de la
construction du Québec.
D'abord, vous dire que c'est une grande
organisation qui est au service de la prospérité, bien sûr, de l'industrie de
la construction mais aussi du Québec, se rappeler que cette industrie
représente 6,6 % du PIB de notre économie et un emploi sur 15 au Québec.
Elle est financée de manière privée par un
prélèvement à même la masse salariale et un soutien ponctuel du gouvernement
pour la lutte au travail au noir.
Qui est la commission? C'est près de 1 million
de contacts clients par année au service des 200 000 travailleurs,
travailleuses et 27 000 entreprises qui oeuvrent sur les chantiers du
Québec.
En matière de qualifications et de
formation, c'est un ordre professionnel, en quelque sorte. Donc, chaque année,
on émet plus de 35 000 certificats de compétences, permis de travail.
On accompagne dans leur apprentissage les travailleurs et travailleuses et on
offre également du perfectionnement.
Donc, l'année dernière, année record,
25 000 personnes ont pu bénéficier de formation <continue...
Mme Murray (Audrey) :
...dernière, année record,
25 000 personnes ont pu bénéficier de formation >continue dans
l'industrie de la construction.
On est aussi une compagnie d'assurances. Donc,
à l'échelle du Canada, je crois qu'on est la deuxième en importance. On dessert
plus de 150 000 assurés. On offre également un service à nos
100 000 retraités, donc ça représente près de 1 milliard de
déboursé par année.
La commission est également responsable
d'assurer la conformité sur les chantiers. À cet égard, on visite plus de
50 000 chantiers par année, on rencontre près de
100 000 travailleurs, travailleuses et plusieurs dizaines de milliers
d'entreprises. Et évidemment on exerce les recours appropriés.
Et finalement elle est fiduciaire de neuf
fonds pour une valeur de 33 milliards. Et, à cet égard, elle est quatrième
déposante à la Caisse de dépôt<i> pour le régime de retraite des
travailleurs, travailleuses.
Elle peut compter sur une équipe de
1 300 personnes à travers le Québec. Elle travaille, bien sûr, cette
mission en concertation avec les grandes associations qui composent le secteur
de la construction et évidemment les joueurs clés gouvernementaux et privés.
Donc, maintenant les deux constats, deux
grands moteurs dont je voulais vous faire part pour alimenter votre réflexion.
Le premier, c'est... quand on regarde la
situation économique actuelle, malgré le fait qu'elle est incertaine et
difficile pour certains secteurs, ce qu'on observe, c'est que l'industrie est
dans un cycle de croissance qui devrait se maintenir à court et moyen terme.
Donc, en 2024, on a annoncé une baisse de
3 %, mais globalement, quand on regarde d'ici 2028, notre équipe
d'économistes prévoit qu'on va dépasser le sommet de 2021, donc atteindre
jusqu'à 210 millions d'heures travaillées. C'est un sommet historique au
Québec depuis qu'on cumule les données.
Bien sûr, il faut faire des nuances. Le
secteur du génie civil, actuellement, est déjà dans un sommet. Le secteur
industriel est porté par la nouvelle impulsion de la filière batterie, donc
accuse aussi une augmentation importante des heures. Toutefois, le secteur
institutionnel, commercial et résidentiel vivent un soubresaut dû à la
situation économique.
Du côté des régions, on observe aussi une
croissance qui va permettre à toutes les régions de bénéficier de cette
situation-là, bien que cette année, dû aux soubresauts du côté résidentiel,
commercial et institutionnel, les deux grandes régions métropolitaines, Montréal
et Québec, subissent une diminution significative, notamment à Montréal.
• (15 h 20) •
Donc, tout en tenant compte de ces
nuances, on trouvait important aujourd'hui de... de vous faire part du fait
que, tu sais, les besoins sont importants dans les prochaines années.
Et donc ce cycle de croissance économique
là va poser des défis importants pour notre secteur, notamment au regard de la
mission de la commission et en regard des besoins de main-d'œuvre, et, bien sûr,
on parle de main-d'œuvre compétente, et c'est le deuxième élément que je
voulais mettre au jeu aujourd'hui.
Donc, la commission prévoit qu'au cours
des cinq prochaines années... elle estime que les besoins de main-d'œuvre donc
seront... pour répondre à la demande de main-d'œuvre compétente en nombre
suffisant, on aura besoin de 17 000 personnes par année d'ici 2028.
Quand vous faites le compte, c'est près de 70 000 personnes nouvelles
qui vont devoir nous choisir pour répondre au roulement de la main-d'oeuvre,
mais aussi à la croissance économique à laquelle on fait face.
Or, on sait très bien que le Québec est
traversé par une grande transition démographique et que la chasse aux talents
est ouverte dans tous les secteurs d'activités, que la capacité d'attrait de
nos formations professionnelles a diminué, a fluctué dans les dernières années,
que comme industrie, on a des grands défis. On vous en a parlé. On a un enjeu
d'abandon quand même important de nos travailleurs, travailleuses. Et dans les
dernières années, on a assisté aussi à des entrées de nouvelles mains-d'œuvre
non diplômées.
Et évidemment, comme tous les secteurs
économiques, il faut s'assurer qu'on offre des conditions intéressantes pour
séduire les jeunes, pour qu'ils nous choisissent.
Donc, c'est certain que la commission a la
responsabilité, avec ses partenaires, de regarder cette situation-là, de
poursuivre le travail qu'on a à faire d'attraction, de rétention, de
développement de la main-d'oeuvre, travailler bien sûr sur l'amélioration du
climat de travail et être plus inclusif.
Et donc, ce grand défi, on doit maintenant
l'envisager au niveau de la main-d'oeuvre, non seulement d'un point de vue
qualitatif, mais d'un point de vue... non seulement d'un point de vue
quantitatif, mais aussi d'un point de vue qualitatif, car, quand on parle de
productivité, de notre côté, on doit miser sur la compétence pour être capable
d'y arriver.
Donc, comment faire pour relever ce grand
défi? La commission comprend que le projet de loi met au jeu plusieurs
propositions et que, depuis le début de vos travaux, bien sûr, il y a eu
d'autres propositions qui vous ont été suggérées.
Donc, à notre niveau et en regard de nos
responsabilités, à l'écoute de ce que les gens vous ont dit, bien sûr, on a
l'intention de poursuivre certaines initiatives qui sont déjà en marche, que je
voulais vous partager parce qu'elles sont apparues comme étant convergentes, à
mon avis, de la part des gens qui sont venus vous voir.
D'abord, un engagement ferme de la
commission en faveur de l'accueil de davantage de femmes. Également, ouvrir la
porte aux Premières Nations, aux groupes sous-représentés pour être une
industrie plus inclusive.
Un engagement aussi sans compromis pour la
compétence au cœur de nos <priorités...
Mme Murray (Audrey) :
...Un engagement aussi sans compromis pour la
compétence au cœur de nos >priorités, une lutte constante contre le
travail non déclaré, et assurer la conformité sur nos chantiers, et, bien sûr,
un engagement sans faille de notre part en faveur de la concertation et de la
collaboration comme un moyen de trouver des solutions rassembleuses.
Donc, en conclusion, Mme la Présidente, la
commission souhaite bien sûr être une alliée des leaders syndicaux, patronaux,
des entreprises, de la main-d'œuvre, de l'industrie de la construction et des
joueurs clés qui œuvrent avec notre secteur d'activité.
Notre objectif, c'est bien sûr générer la
confiance, créer de la valeur. Et, bien sûr, notre engagement à mettre en œuvre
ce que l'Assemblée nationale décidera sur ce projet de loi est total.
À notre avis, c'est un moment historique
pour notre industrie de livrer... de livrer des choses importantes. La société
s'y attend. On manque de logements, on a besoin d'entretien, de développer nos
infrastructures, également les hôpitaux, les écoles, les garderies et, bien sûr,
contribuer à la transition énergétique du Québec.
Donc, la commission sera au rendez-vous
avec ses partenaires. Puis il nous fera plaisir de répondre à vos questions
aujourd'hui à cet égard.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vous remercie pour votre exposé. Nous allons débuter maintenant la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. D'abord, vous remercier pour votre présence puis pour la belle
présentation, Mme Murray, puis à toute votre équipe.
Puis je profite de l'opportunité pour
féliciter la CCQ pour son engagement à faire en sorte qu'une industrie
tellement fondamentale soit non seulement effervescente, mais inclusive,
diversifiée et prospère.
Et vous le mentionniez, Mme Murray,
les besoins sont cruciaux au Québec dans toutes les missions essentielles de
l'État, là, le logement, les infrastructures, les projets industriels, les
hôpitaux, les écoles, et tout ce qui découle de la... la filière batterie, la
filière énergie, et tout ce qui est associé à la transition énergétique, vous
le mentionnez très bien, d'où l'importance d'un projet de loi, je répète
souvent, Mme Murray, qui n'est pas une finalité, qui est un des éléments
d'un grand casse-tête qui va faire en sorte qu'on soit respectueux de nos
entrepreneurs, de nos syndicats et de nos travailleurs, travailleuses.
Puis je sais à quel point la Commission de
la construction du Québec doit être en quête constante d'un équilibre entre les
parties, c'est ce qu'on appelle le paritarisme, et j'ai beaucoup de... d'estime
pour votre position de ne pas vous immiscer dans le mérite du projet de loi.
Je vous avoue qu'on a un peu le même défi,
comme législateurs, hein, puis je me plais à répéter que, quand on travaille à
écrire un projet de loi, on est aussi soucieux de l'importance d'être modéré,
équilibré, puis de redire constamment qu'un projet de loi il est aussi
perfectible.
Les besoins, aussi, en main-d'œuvre. Bon.
Vous référiez aux 17 000 par année d'ici 2028, je pense qu'on a des
objectifs communs, puis les syndicats qu'on a entendus ont aussi des objectifs
communs. Je vois des représentants syndicaux qui sont avec nous, qui ont
témoigné au début des consultations particulières. Puis moi, je me plais à le
rappeler.
Et, quand on parle d'équilibre, c'est
respecter les compétences, c'est s'assurer d'une bonne qualité et, au-delà de
tout ça, la santé et sécurité de tous ceux qui œuvrent dans l'industrie de la
construction.
Il y a quelques points, puis je vais poser
des questions assez rapides, Mme Murray, à l'égard desquels j'aimerais
avoir vos commentaires.
D'abord, l'inclusion des femmes. Vous avez
parlé... Puis je pense qu'on est rendu à 3,8 % de représentativité. Si on
revient en 2015, on était pas mal en arrière. Il y a eu un programme d'accès à
l'égalité pour les femmes. J'aimerais ça savoir de vous quel est l'état de ce
programme d'accès et qu'est-ce qui est anticipé pour faire suite au programme
actuel d'accès pour améliorer la représentativité des femmes.
Mme Murray (Audrey) :Merci, M. le ministre, de cette question. Mme la
Présidente, en fait, effectivement, depuis 2015, il y a un programme d'accès à
l'égalité qui a été mis de l'avant par la Commission de la construction du
Québec, qui était ambitieux, qui visait une cible, effectivement, de... de
3,5 %, qu'on a atteinte. Et on est à un moment crucial où on doit refaire
nos devoirs pour proposer un nouveau programme d'accès des femmes.
Donc, je pense que vous le <constatez...
Mme Murray (Audrey) :
...nouveau programme d'accès des femmes.
Donc, je pense que vous le >constatez,
la... la marche est longue pour les femmes dans l'industrie de la construction.
Bien sûr qu'il faut se réjouir du fait
qu'on se rapproche au moins de la moyenne canadienne, donc on n'est pas la
seule province où c'est difficile d'accueillir des femmes de métier sur les
chantiers. La moyenne canadienne est à 3,9 %. Le Québec a réduit l'écart
du départ de 2015, donc on est rendu à 3,8 %. Mais, avec les besoins de
main-d'œuvre qu'on a, bien sûr, je pense qu'il faut qu'on fasse un vrai examen
de conscience pour voir quelles mesures on va relancer, qu'est-ce qu'on va
mettre au jeu pour être capable d'ouvrir davantage la porte et surtout les
retenir davantage, parce que — je faisais évaluer par mon équipe — si
on avait eu le même taux de roulement qu'on a pour les hommes, pour les femmes
aujourd'hui, on a 7 400 femmes sur nos chantiers de construction qui
bâtissent le Québec, on en aurait 8 500.
Donc, bien sûr qu'il faudra travailler
dans ce programme d'accès là à revoir comment on les... on les... on sollicite
l'intérêt des femmes pour nos métiers, mais c'est toujours délicat de
solliciter l'intérêt si on n'est pas capables d'offrir un milieu de travail qui
soit adéquat.
Donc, il faudra travailler, bien sûr, en
même temps, avec les centres de formation professionnelle. Je vous dirais, ça
commence là, on veut davantage de femmes dans les programmes de formation, les
DEP, qu'on appelle, là, de nos métiers, bien sûr, dans l'industrie de la
construction. On va demander la sollicité... la complicité des centres de
formation pour travailler avec nous, s'assurer que ce premier milieu non
traditionnel dans lequel les femmes se retrouvent, hein, parce que c'est
majoritairement aussi des hommes qui sont dans nos programmes de formation,
soit adéquats.
• (15 h 30) •
Et, bien sûr, on va se questionner sur
qu'est ce qui a bien marché, moins bien marché dans leur intégration, leur
maintien. On a lancé, cette semaine, un sondage auprès des
7 400 femmes actives et des femmes qui ont quitté l'industrie depuis
cinq ans pour aller leur demander : Qu'est-ce qui a bien fonctionné dans
les mesures qu'on a mises en place? Qu'est-ce qui a moins bien fonctionné?
Qu'est-ce qu'on pourrait faire de plus, de mieux?
Et évidemment ça interpelle la commission,
mais ça interpelle tout le monde. C'est une responsabilité collective, parce
que c'est un changement de culture qu'il y a derrière cet enjeu d'accueillir
davantage et mieux les femmes qui choisissent nos métiers. Et c'est un
changement de culture qui va être à l'avantage du... du groupe, en fait, parce
qu'on parle d'améliorer, hein?
On connaît les facteurs d'abandon, là.
Donc, nos trois facteurs principaux d'abandon, hein, c'est... c'est le climat
de travail, c'est la conciliation travail-famille et la difficulté d'exercice du
métier. Donc, si on travaille ces éléments-là, on peut penser que ça va être
bénéfique pour l'ensemble du groupe.
Donc, il y a beaucoup à faire, et c'est
certain que mon espoir, c'est que le donneur d'ouvrage principal, qui est le
donneur d'ouvrage public au Québec, soit aussi avec nous dans le fait de mettre
au jeu des mesures qui pourraient nous permettre d'accueillir davantage de
femmes sur nos chantiers.
M. Boulet : Tout à fait. Sur
nos chantiers et dans les programmes de formation, notamment, qui mènent à un
diplôme d'études professionnelles, c'est ce qu'on constate, notamment, au
ministère de l'Éducation, que le nombre de femmes est en augmentation. Je
référais à l'exemple de la cohorte en électricité à Trois-Rivières, où il y
avait 11 filles et 11 garçons, ce qui est aussi bénéfique pour
l'apprentissage et pour une intégration réussie qui mène à une meilleure
rétention, ultimement.
J'aimerais vous entendre de la même
manière pour un programme d'accès pour les Premières Nations et Inuits. Quel
est l'état de la situation et qu'est-ce que vous anticipez?
Mme Murray (Audrey) :Merci, M. le ministre. Donc, Mme la Présidente,
effectivement, là, la commission a mis en place, là, des démarches de
concertation, de cocréation.
On l'a fait pour les femmes, mais on l'a
aussi fait, dans les dernières années, avec les Premières Nations, Inuits et
Cris, justement, pour bâtir un plan de match collectif aussi avec les
intervenants gouvernementaux pour... pour se donner une cible ambitieuse.
On annoncera, dans les prochaines
semaines, prochains mois, là, ledit programme et donc on l'appelle le PACPNI
pour vous amener un peu dans nos... dans nos acronymes.
Donc, effectivement, on a aussi fait un
examen fin des enjeux propres aux Premières Nations qui freinent leur arrivée
donc sur les chantiers et on a identifié les mesures qui pouvaient aider à les
accueillir davantage dans des parcours de formation, toujours en misant sur la
compétence, mais, bien sûr, aussi en accompagnant les entreprises et en
accompagnant les différentes cohortes dans leur parcours pour qu'ils puissent
et elles puissent s'y retrouver et... et s'épanouir.
Parce qu'en fait, la difficulté, quand on
parle des groupes sous-représentés, il y a toujours une hésitation de nommer les
enjeux, hein, puis de donner l'impression que ce n'est pas possible de
s'épanouir, donc en même temps de ne pas inciter ni les femmes ni les Premières
Nations à nous... à se joindre, dans le fond, à la main-d'œuvre dans
l'industrie.
Donc, je veux dire que, quand même, on a
près de 1 % de notre main-d'oeuvre déjà qui est issu des Premières Nations,
des Inuits, et des Cris, et il y a un grand intérêt...
15 h 30 (version révisée)
Mme Murray (Audrey) :...de notre main-d'oeuvre déjà qui est issue des Premières
Nations, des Inuits et des Cris. Et il y a un grand intérêt de la part de ces
communautés-là à se joindre à la commission... pas à la commission, au chantier.
Désolée.
M. Boulet : Totalement. Dans
certaines régions, de façon plus particulière. Et je ne ferai pas le tour de
tous les groupes issus de la diversité, mais vous avez remarqué que dans le
projet de loi, on veut s'assurer que les mesures d'inclusion et de diversité
soient applicables à tous les groupes issus de la diversité, donc aussi les
minorités visibles, les personnes en situation de handicap puis les personnes
immigrantes. Souvent, on s'est fait dire au fil des années que les normes de
reconnaissance des acquis, des compétences, que la formation et de l'expérience
étaient encore à établir, ça fait que c'est certain que le projet de loi vise à
ce qu'on aille de l'avant.
Je sais qu'on est limités dans le temps,
mais vous parlez beaucoup des compétences. Et évidemment on n'a pas tous les
leviers dans une loi qui concerne essentiellement les relations de travail, la
gestion de la main-d'oeuvre, mais je sais que vous êtes à pied d'oeuvre.
Notamment, on se plaît à dire que la voie à privilégier, c'est le diplôme d'études
professionnelles. Mais, comme il y a une forte pénurie de main-d'oeuvre, ce
déficit-là impose des impératifs de trouver des façons alternatives pour
accroître les compétences des personnes qui intègrent l'industrie de la
construction. Puis on a mis en place les attestations d'études professionnelles.
Mais il y a une offre de formation,
notamment, à laquelle on réfère constamment, c'est l'alternance travail-études.
On sait qu'il y a près de 200 000 jeunes au Québec qui ne sont ni en
emploi, ni aux études, ni en formation. Puis, quand vous parlez d'attractivité,
c'est un potentiel humain immense. Et l'alternance travail-études, dans la
mesure où ça confère une capacité de soutenir des besoins financiers et que ça
consacre aussi la symbiose essentielle entre le travail puis les études, c'est
une voie certainement à développer. Puis vous savez que depuis les derniers allègements
réglementaires, même les étudiants dans le parcours DEP peuvent travailler
durant l'été, les périodes de congé puis les périodes de relâche. Puis, ça
aussi, ça donne des bons résultats.
Mais j'aimerais ça que vous nous parliez
de ce qu'on appelle le Comité de formation professionnelle dans l'industrie de
la construction. Quel est son rôle? Quel est l'état de la situation aussi à l'égard
de l'augmentation de l'offre de formation en alternance travail-études? Parce
qu'on ne fera pas ça, malheureusement, dans le projet de loi. On se fie
beaucoup... Puis moi, j'aime beaucoup la formation qui est assumée par ceux qui
peuvent le faire, qui ont le potentiel pour le faire. Donc, je veux vous
entendre là-dessus, Mme Murray, sur les compétences. Donc, ça réfère à la
formation.
Mme Murray (Audrey) :Parfait. Donc, merci, M. le ministre. Donc, Mme la
Présidente, effectivement, à la commission, il y a un comité qu'on appelle le
CFPIC, un acronyme de plus, qui est notre comité dédié à la formation... à la
formation dans l'industrie de la construction, qui réunit des représentants
désignés par les associations patronales et syndicales et il y a également un
représentant du ministère de l'Éducation qui est présent. Et il incarne
parfaitement, là, les discussions et bien sûr, là, les stratégies qu'on peut se
donner au sein de la commission avec le conseil d'administration sur certains
aspects des responsabilités en matière de formation. Donc, sommairement, c'est
un comité, hein, qui nous aide autant au niveau de notre prévision quantitative
que sur les enjeux qualitatives... qualitatifs qui peuvent toucher la formation
professionnelle.
Et peut-être à cet égard vous donner des
éléments de travaux, là, qui sont en cours ou à débuter. Bien sûr, la
commission, je le disais d'entrée de jeu, a la responsabilité, avec le comité...
avec le CFPIC et ses comités... sous-comités professionnels... J'aurais dû en
parler. Donc, dans notre arborescence, on peut en plus bénéficier de
sous-comités de métiers et de sous-comités régionaux, donc, qui ont chacun leur
expertise et qui viennent dans notre écosystème, donc, alimenter cette
intelligence collective qu'on met de l'avant pour faire évoluer les choses.
Mais dire que dans les travaux qu'on a entamés, qu'on a à faire ou qu'on a à
mieux faire ensemble, bon, d'abord, ça commence par notre estimation de besoins
de main-d'oeuvre, hein? Bien sûr, on a un modèle assez robuste, mais on voit qu'on
a des opportunités peut-être de s'améliorer, notamment en se connectant
davantage avec les donneurs d'ouvrage publics, la commission, pour mieux
comprendre ce qui s'en vient en termes de travaux, ça va se passer quand, on va
besoin de quel profil de main-d'oeuvre, où ça va se passer sur le territoire.
Donc, il y a des travaux d'amélioration qu'on peut faire au niveau de la
prévision des besoins de main-d'oeuvre, et également, une fois qu'on a estimé,
je le disais tout à l'heure, en termes de nombre, il faut qu'on regarde d'où <vont...
Mme Murray (Audrey)T :
...nombre, il faut qu'on regarde d'où >vont
provenir ces personnes. À ce moment-ci, notre modèle prévoit que c'est
100 % de diplômés qu'on cherche quand on estime les besoins de main-d'oeuvre.
Mais là on voit bien qu'on a de la difficulté à répondre que par des diplômés. Alors,
on a un travail d'industrie. Moi, je vais travailler avec mes partenaires cette
question-là. On n'a pas encore la réponse, mais il faudra qu'on soit capables
d'aller plus loin sur nos stratégies en termes d'aller chercher la main-d'oeuvre
dont on a besoin.
Et effectivement les partenaires au sein de
la commission et du CFPIC, donc, se sont mis d'accord pour qu'on ouvre un
chantier d'accélération de l'alternance travail-études dans nos métiers de la
construction comme étant un levier potentiel d'attrait pour les jeunes et
également, donc, une façon, hein, d'amener rapidement les jeunes et les moins
jeunes qui nous choisissent à vivre une expérience en chantier et à l'école.
Et, ce faisant, on augmentera peut-être aussi le nombre de diplômés qui
choisissent de venir chercher un certificat de compétence par la suite, hein,
bien sûr, qui donne accès à la réalité du chantier puis qui pourrait nous faire
espérer aller chercher davantage de gens diplômés pour qu'ils viennent chercher
un certificat de compétence.
Donc, c'est un chantier qui est très
important pour mes partenaires patronaux et syndicaux. Il y a une réelle
volonté. Puis, dans ce chantier qu'on ouvre, il faut comprendre, on doit y
réunir plusieurs joueurs. Donc, on a les centres de formation professionnelle,
on a le ministère de l'Éducation, dont on a besoin, on a besoin, bien sûr, des
représentants des entreprises et du côté syndical. On doit comprendre ensemble
le cycle de l'alternance travail-études, ça veut dire quoi dans l'industrie de
la construction, qui est responsable de quoi et comment on fait pour résoudre
les noeuds, s'il y en a, bien sûr, et également pour que chacun puisse jouer
son rôle pour augmenter... augmenter le recours à ce modèle-là, je dirais, de
formation.
• (15 h 40) •
M. Boulet : C'est important
de rappeler pour que chacun puisse jouer son rôle et que ce soit fait dans la
meilleure concertation possible. Moi, je respecte beaucoup ces instances. Puis,
encore une fois, la fondation, c'est le paritarisme, que les parties dialoguent
et en viennent à la formule la plus attrayante possible. Et ça, ça va être
bénéfique pour la main-d'oeuvre, ça va être bénéfique pour la qualité, pour le
respect des compétences, la santé et sécurité, je pense qu'il y a des retombées
qui sont extrêmement importantes, puis le taux de rétention, ultimement. Ça
fait que...
La Présidente (Mme D'Amours) :
...
M. Boulet : Le... Est-ce
qu'il reste une minute?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...secondes.
M. Boulet : Cinq secondes.
Merci énormément. J'avais d'autres sujets à aborder. Merci. On se reparle
bientôt de toute façon.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Merci beaucoup, mesdames, monsieur, donc, d'avoir accepté notre
invitation d'être présents cet après-midi.
Mme Murray, donc, je commencerais de la
même manière que le ministre. Moi aussi, ce qui m'avait, donc, beaucoup
accrochée de votre mémoire, donc, c'est la question, donc, des femmes, de la
présence des femmes dans l'industrie, mais également de leur rétention. Nous
l'avions noté, mais vous l'avez mentionné également, donc, vous venez de lancer...
vous avez mandaté la firme <i>Léger pour évaluer la satisfaction des
femmes dans l'industrie à l'égard du <i>programme d'accès à l'égalité.
Vous avez dit, donc, les trois facteurs, donc, déjà, pour vous, c'est déjà
documenté, c'est le climat de travail, la conciliation famille-travail et les
difficultés d'exercice du métier. Nous, comme législateurs, en regard de ce que
vous avez vu dans le projet de loi sur ces questions-ci, donc, comment vous
pensez que nous devrions donc être outillés pour bonifier ces enjeux, donc, de
représentativité des femmes dans l'industrie?
Mme Murray (Audrey) :Oui. Bien, en fait, comme je l'ai dit, hein, on est en
train de faire un examen approfondi, là, bien sûr, du diagnostic en allant
chercher la voix des femmes, mais aussi celle des entreprises. Alors, c'est un
peu tôt dans notre processus, actuellement, pour vous recommander de bonifier,
je dirais, le projet de loi, surtout qu'on a pris une posture aujourd'hui, je
vous l'ai dit d'entrée de jeu, là, très respectueuse d'éléments qui ont
peut-être par ailleurs été suggérés, là, par les parties qui sont venues vous
voir. Mais je dirais assurément on sait qu'on peut modifier une culture
d'industrie et d'entreprise, hein, quand on bascule à 30 % dans la
diversité ou dans le... Alors, c'est certain qu'on cherche un effet... un effet
de nombre aussi, tout en préservant la qualité puis en offrant un bon milieu de
travail.
Alors, le projet de loi propose des
mesures incitatives pour d'autres groupes dans l'industrie, donc aborde la
question de la diversité, d'ouvrir la porte aussi davantage, là, aux Premières
Nations, ça fait que je pense que ça additionne les éléments dont on a besoin
pour mener, avec nos partenaires clés, ce changement de culture, là, qui va
être bénéfique pour tout le monde.
Mme Cadet : Merci.
Effectivement, donc, ma question additionnelle, donc, portait sur les autres
groupes <sous-représentés...
Mme Cadet :
...sur
les autres groupes >sous-représentés que vous venez nommer aussi dans
votre mémoire. Donc, vous dites vouloir des actions concrètes pour faciliter
l'accès à la construction pour les personnes immigrantes. Donc, il faut
qu'elles soient donc arrimées aux changements, donc, proposés, donc, dans le
projet de loi. Est-ce que vous voulez, donc, élaborer, donc, sur les mesures,
donc, quand vous dites, donc, vouloir des actions concrètes?
Mme Murray (Audrey) :...en fait, ce que... ce qu'on comprend que le projet de
loi vous propose, en fait, c'est de donner à la commission la possibilité
d'élargir les outils dont elle dispose pour reconnaître, par exemple,
l'expérience d'une personne immigrante, sa formation, ses diplômes. Donc, en
fait, déjà, la commission a la possibilité, a des outils pour essayer de
traduire en termes d'expérience les gens qui peuvent choisir de venir vivre au
Québec, là, et de travailler sur les chantiers. Mais je dirais, ma
compréhension, c'est que le projet de loi vous propose d'ajouter des leviers,
là, à la commission pour qu'on soit capables de faire le travail.
Mme Cadet : Je vous écoutais
un peu plus tôt, puis vous parliez des travaux de prévision des besoins de
main-d'oeuvre. Dans votre mémoire, vous... donc, vous... et vous l'avez
mentionné, donc, également, donc, les grands besoins de main-d'oeuvre qui
existent dans l'industrie, qui sont documentés. À travers ces travaux de
prévision, est-ce que vous... en fait, vous êtes en mesure, donc, de mettre de
l'avant la répartition régionale ou si c'est un élément, donc, qui va venir par
la suite à travers ce que vous développez en ce moment?
Mme Murray (Audrey) :Oui, tout à fait, on est capables de décliner, je dirais,
là, la prévision de besoins de main-d'oeuvre sous l'angle des métiers et
régional pour avoir une meilleure vue et raffiner nos stratégies de recrutement
par la suite. Oui.
Mme Cadet : Et donc en ce
moment, donc, est-ce que vous êtes en mesure de nous dire à quoi ressemblent
donc les besoins de main-d'oeuvre de grands centres versus les régions
éloignées? Parce que je sais que dans le mémoire, vous parlez, donc, des
besoins de façon générale puis vous l'avez mentionné aussi.
Mme Murray (Audrey) :Non. En fait, je crois qu'on va rendre public prochainement
le détail. Je ne l'ai pas avec moi, là. Donc, c'est une des activités annuelles
de la commission, là, de rendre publique l'actualisation des besoins de main-d'oeuvre.
Et là je n'ai pas l'information, mais je pourrai donner l'information à la présidente
dès qu'on l'aura, là, oui, dans les prochaines semaines.
Mme Cadet : Ah! bien oui...
certainement que ça va nous intéresser à ce moment-là.
Vous avez entendu... J'imagine que vous
avez suivi avec attention les différents intervenants qui sont venus nous voir.
Certaines organisations, donc, ont des recommandations, notamment, donc, par exemple,
donc, sur le savoir-être, donc de... donc de mettre en oeuvre différentes
formations à cet égard, sur la prévention du harcèlement, des violences, des
inconduites, de la discrimination ou d'autres comportements inappropriés.
Comment vous... Puis sans vous prononcer parce que je comprends très bien votre
approche... sans vous prononcer sur les mesures précises qui ont été portées
par différents intervenants, comment est-ce que vous recevez ce type de
recommandation là? Puis est-ce que vous auriez les ressources nécessaires pour
les mettre en application? Donc, nous, comme législateurs, avec la
responsabilité, donc, de devoir mettre, donc, des... bien, mettre en oeuvre des
recommandations qui soient applicables, donc comment est-ce que vous pensez avoir
les ressources pour ce faire?
Mme Murray (Audrey) :Bien, je pense que dans toutes les études, là, qui traitent
des plans d'accès à l'égalité ou des enjeux rencontrés dans des milieux non
traditionnels, la question de la formation des équipes de travail, des
dirigeants, elle est essentielle pour occasionner le changement de culture.
Donc, évidemment, à ce moment-ci, je ne veux pas me prononcer sur devrait-il y
avoir des obligations, mais certainement... Et d'ailleurs la commission, dans
le programme d'accès qui se termine, a prévu une offre de formation en
perfectionnement sur la mixité, qui était... est accompagnée d'incitatifs
financiers, mais qui permet de réunir dans la formation les collègues de
travail avec le contremaître, le dirigeant, pour être capables d'avoir une
approche qui intègre l'équipe au complet, finalement. Donc, je pense qu'à cet
égard les études... Parce qu'il y en a des secteurs qui ont réussi cette
transition à ne plus être non traditionnels, donc à accueillir de la mixité, et
on a bien documenté ça au Québec. Donc, c'est un facteur de succès important,
mais qui concerne l'ensemble de l'équipe de travail.
Bien sûr, il y a une difficulté
particulière dans la construction, vous le savez, parce qu'il y a des relations
multiemployeurs, le milieu de travail est, bien sûr... est... fluctue. Donc, il
y a des contacts entre les travailleurs, travailleuses de différentes
entreprises, donc il y a... il y a une certaine particularité. Mais donc, c'est
pour ça, je pense qu'il faut approcher cette question-là comme une
responsabilité partagée parce qu'on a besoin que tout le monde avance en même
temps. C'est plus complexe que quand on décide de faire un changement de
culture dans une entreprise avec les mêmes employés, dans le fond, qui sont...
qui y sont réunis, là.
Mme Cadet : On a aussi
abondamment parlé, lors des échanges, de la question de la rétroactivité. Puis,
dans le projet de loi, donc, on vous impute, donc, le mandat de gérer le fonds
de rétroactivité. <Comment...
Mme Cadet :
...gérer
le fonds de rétroactivité. >Comment est-ce que vous envisagez cette
responsabilité-là?
Mme Murray (Audrey) :Bien, en fait, peut-être vous dire, là, je l'ai présenté en
introduction, bien sûr, la commission, elle gère déjà neuf fonds, elle est
fiduciaire de neuf fonds, là, pour l'industrie de la construction, donc on
a bien sûr une expertise pour administrer des fonds. Maintenant, ce fonds en
particulier, là, vous comprenez qu'avec respect, là, je vais... Je pense qu'il
y a beaucoup d'informations qui vous a été déposées, là, par les parties
prenantes qui sont venues vous voir. C'est certain qu'il est très près, là,
d'un enjeu de négociation. Et, si vous me posiez la question est-ce que ça va
être facile à mettre en place au niveau des modalités, bien, la réponse, c'est
non, ce ne sera pas facile. Mais, bien sûr, aujourd'hui, là, je ne souhaite pas
prendre parti sur cette question-là.
19261 Mme Cadet : Merci.
Dans le projet de loi, à l'article 81, donc, on... on touche le Règlement
sur le Service de référence de main-d'oeuvre dans l'industrie de la
construction. Je sais que vous n'allez pas vous prononcer sur les articles
précis du projet de loi en raison de votre posture, mais d'emblée, donc,
comment... comment est-ce que ça... que ça se passe? Parce qu'évidemment, donc,
la situation, donc, s'est... s'est assainie dans les dernières années. Est-ce
que vous diriez qu'il y a... qu'il existe encore, donc, du placement syndical
dans le secteur? Puis est-ce que vous trouvez qu'il faut continuer, donc,
d'aller de l'avant avec des mesures législatives pour moduler la relation entre
les parties à cet égard au niveau du référencement?
• (15 h 50) •
Mme Murray (Audrey) :Bien, en fait, bon, vous le savez, là, le carnet, tu sais,
est né d'une réforme législative d'il y a quelques années. Bien sûr, la
commission, là, elle a eu la mission de mettre ça en place, puis il y a des
outils qui ont été donnés pour être capables de, comment dire, accompagner
l'industrie dans ce changement de culture. Donc, à ce moment-ci, là, c'est
certain que, je pense, la proposition qui est faite dans le projet de loi est
issue de conversations préalables, de consultations, là, qui ont eu lieu, alors
la commission, on n'a pas de... on n'a pas de posture à vous... à vous faire
part, là. Le carnet, bien sûr, a maintenant je ne sais pas combien d'années,
quel âge il a, là, c'était en...
Une voix : ...
Mme Murray
(Audrey) : Il y a 11 ans. C'est ça. Exactement. Donc... Donc,
voilà.
Mme Cadet : Donc, vous dites,
donc, ça évolue... ça évolue quand même bien, donc, il n'y a pas... Je sais
que, bon, il y a des amendes qui ont été livrées à cet égard, là, lorsqu'il y
avait des incidents de placement direct, mais il y a... Ça va bien, c'est ce
que vous nous dites, avec l'instauration du carnet?
Mme Murray (Audrey) :Bien, en fait, tu sais, en termes d'utilisation, tu sais,
ce n'est pas un outil, là, qu'on constate qui est beaucoup utilisé, là. Dans le
fond, le recours au carnet pour trouver de la main-d'oeuvre a décliné dans le
temps. Donc, c'est sûr que les entreprises, bien sûr, ont des noyaux durs,
hein, connaissent des gens, il y a des réseaux qui se développent, alors... Et,
on vous l'a dit, on a entré quand même beaucoup de nouvelles mains-d'oeuvre malheureusement
non diplômées, là, par la mécanique des bassins, là, de main-d'oeuvre. Mais
donc le carnet existe, il va bien, mais il n'est pas tant utilisé pour le
référencement.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
Mme Cadet : Merci. Vous avez
aussi la responsabilité des enquêtes sur le chantier. On touche... Est-ce que
vous... vous pensez que le projet de loi va toucher la gestion des chantiers?
La résolution des réclamations, ça va se complexifier? Peut-être un petit
commentaire là-dessus rapidement.
La Présidente (Mme D'Amours) :
...
Mme Cadet : C'est terminé. On
n'a plus de temps. Ma question était de 30 secondes. Elle était longue.
La Présidente (Mme D'Amours) : On
n'a plus de temps. 10 secondes, c'est quasiment juste le temps de dire
merci.
Mme Cadet : Merci. Ah! j'ai
entendu 30 secondes. Pardon.
La Présidente (Mme D'Amours) : 10 secondes.
Pardon.
Mme Cadet : 10 secondes.
Pardon. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Donc,
je cède maintenant la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : ...Présidente.
Bonjour à vous trois... à vous quatre, pardon, bonjour à vous quatre. Je me
tourne la tête puis il y a quatre personnes finalement, oui, quatre personnes.
Vous avez... Si j'ai bien compris, vous
venez de répondre à ma collègue que, sur la question de la rétroactivité, vous
vous gardiez une certaine réserve, puis je comprends, ça a débattu très fort,
c'est très politique. Mais, au-delà d'une appréciation, je dirais, de fond sur
le dossier, moi, je cherche à comprendre les défis alentour de l'application ou
la non-application d'une rétro, d'une forme ou d'une autre, là. Au-delà de ce
qui est propos, puis de tout un chacun qui a sa vision, qu'est-ce qui fait en
sorte, dans cette industrie-là, puis de la façon qu'elle a été construite à
travers les époques, qui nous... qui nous mène à penser que c'est quand même
difficile à appliquer, la rétroactivité?
Mme Murray (Audrey) :Bien, en fait, je pense que plusieurs vous ont informé, là,
du modèle, hein? Parce que, tu sais, c'est... comme on a un code de... un Code
du travail construction au Québec, là, tu sais. Puis je dirais dans
pratiquement toutes les juridictions, même si la portée n'est pas la même, il y
a eu lieu de développer des lois du travail spécifiques pour le secteur de la
construction. Je vous en parlais tout à l'heure, à savoir, il y a... il n'y a
pas de lien d'emploi permanent. Il y a une mobilité au niveau des chantiers, il
y a une mobilité au niveau des employeurs, mobilité potentielle régionale, donc
on comprend que... et il y a une fluctuation, bon, de moins en moins
saisonnière, mais il y a quand même une fluctuation dans le niveau d'activités,
donc c'est certain qu'il y a... il y a donc tout le temps des <normes...
Mme Murray (Audrey) :
...donc tout le temps des >normes du travail
qui sont adaptées. Donc, en regard de la rétroactivité, sincèrement, je n'ai
pas de... comment dire, je ne peux pas vous expliquer, sur le plan de l'évolution
de la loi, pourquoi on en est là aujourd'hui.
Puis je trouve ça aussi délicat, parce que
ça m'amène sur la question de la pertinence, ce sur quoi je ne veux pas... la
commission, elle ne veut pas se prononcer aujourd'hui. Donc, c'est plus le
volet mécanique où, là, comme je l'ai dit, bien sûr, on a l'expertise parce
qu'on fait ça dans la vie à la commission. Il y a eu beaucoup de mutualisation
des protections sociales dans l'industrie de la construction. C'est un des legs
positifs de ce régime-là. Donc, on est capables, malgré le lien d'emploi qui
bouge, etc., d'offrir des assurances, d'offrir de la retraite. Donc, on a
mutualisé beaucoup de choses. Alors, c'est plus au niveau de la mécanique, je
pense, où là, j'ai exprimé le fait qu'il pouvait y avoir des difficultés, et
que c'est un fonds qui est très près du rôle de négociation. Il faut comprendre
que la commission, les matières négociables ne sont pas... ne font pas partie
de nos échanges, dans nos instances. Moi, le conseil d'administration n'a pas à
idéalement se prononcer ou avancer sur des questions qui appartiennent à la
négo, exactement.
M. Leduc : Je vous amènerais
sur un autre sujet, avec le temps qui me reste. Vous êtes une des rares organisations
qui nous parle du travail non déclaré dans votre mémoire, le travail au noir,
la conformité sur les chantiers. Est-ce que c'est un... c'est un dossier qu'on
ne soulève peut-être pas assez dans les débats sur la construction, le travail
au noir? Ce serait un oublié, il me semble, alors que c'est un gros morceau.
Mme Murray (Audrey) :Bien, en fait, c'est un secteur, comme la restauration, là,
et le tabac à une certaine époque, dans toutes les juridictions, qui est sujet,
hein, à faire l'objet, là, de malversation, de travail non déclaré. Donc, je
pense qu'au Québec on a notre histoire. On a eu une commission qui a été
importante, qui a assaini, bien sûr, la situation, mais il faut toujours rester
vigilants. On est dans un moment d'activité économique jamais vu, là, donc...
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout le temps que nous avions.
M. Leduc : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci pour votre
témoignage d'une grande limpidité et pour votre mémoire.
Vous nous dites vous ne voulez pas prendre
position, mais vous nous dites des choses très importantes : pour la
commission et l'ensemble des partenaires, la compétence est au sommet des
priorités. Et ensuite, vous nous dites qu'«il faut envisager la pénurie de
main-d'oeuvre sous un angle davantage qualitatif, alors que les compétences
apparaissent comme un facteur de rétention sur les chantiers, mais également
comme un facteur de productivité». Et, après ça, vous nous parlez des
difficultés de recrutement, de taux d'abandon dans l'industrie. Et là vous nous
parlez d'un inversement de la courbe sur le taux de personnes qui... qui entrent
dans l'industrie avec un diplôme, sans diplôme. La courbe s'inverse à partir de
2017-2018. Que s'est-il passé à partir de ce moment-là? Et quels sont les
enseignements sur lesquels vous voudriez attirer... notre attention pour faire
la bonne chose, nous, sur cette question-là, comme parlementaires?
Mme Murray (Audrey) :En fait, c'est la forte demande de main-d'oeuvre liée à la
croissance économique qui est corrélée dans le temps avec l'arrivée de
non-diplômés. Je dirais que vous voyez aussi, dans la... les graphiques qu'on a
présentés, qu'il y a une courbe du nombre de personnes qui s'inscrivent dans
les programmes de formation. Donc, en fait, il y a probablement plusieurs
causes qui se sont additionnées en même temps. Mais, ce qui est certain, c'est
qu'on voit qu'il y a une mécanique qui se veut une mécanique d'exception, dans
le fond, dans les règlements de la commission, qui est l'ouverture de bassins
de main-d'oeuvre, qui est devenue la soupape qui nous a permis de vivre la
croissance économique. Et là c'est certain qu'on est à la croisée où, je pense,
puis l'industrie le souhaite, le demande, il faut qu'on mette au jeu... je
parlais d'alternance travail-études, on veut aussi avoir une conversation sur
la question du maintien. Donc, on veut regarder nos stratégies par rapport aux
bassins de main-d'oeuvre. Donc, on a une conversation à avoir sur ces... ces éléments-là.
La Présidente (Mme D'Amours) :
...
M. Paradis : Très bien.
J'aimerais continuer sur la question qui vient de vous être posée sur le
travail au noir. Vous dites que vous avez un nouveau chantier, vous-mêmes,
là-dessus. Est-ce qu'il y a quelque chose qu'on pourrait faire à l'intérieur de
ce projet de loi qui aiderait sur ce... sur ce point de vue là?
Mme Murray (Audrey) :Bien, en fait, on avait... on n'avait pas d'élément à vous
proposer, sinon vous dire que, du fait qu'il y a un fort niveau d'activité, on
a des nouvelles entreprises, beaucoup de nouveaux travailleurs, travailleuses
qui ne sont pas nécessairement formés. Donc, on a mis en place une approche de
prévention pour favoriser l'autocorrection depuis quelques mois, qui va
s'intensifier. Donc, on a une responsabilité de bien informer les gens des
droits et obligations qu'ils ont sur nos chantiers, là. On doit accélérer tout
ça.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Donc, je vous remercie pour votre
contribution à nos travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants
afin de permettre à nos prochains invités de s'installer. Merci!
(Suspension de la séance à 15 h 58)
(Reprise à 16 h 01)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue à la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour vous donner la chance de... pour nous présenter, pardon,
votre exposé, et puis nous procéderons à la période d'échange. Je vous invite
donc à vous présenter et à commencer votre exposé, s'il vous plaît.
M. Vincent (François) : Merci.
Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, bonjour. Je suis
François Vincent. Je suis vice-président pour le Québec de la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante. Je suis accompagné de mon bras droit,
qui est à gauche, Francis Bérubé, directeur des affaires provinciales.
La FCEI, Mme la Présidente, c'est 21 000 dirigeants
de PME au Québec, dont 2 000 qui oeuvrent en construction, qui sont
membres de notre organisation, partout au Québec, dans toutes les régions
administratives. Nous vous remercions beaucoup de nous recevoir aujourd'hui
dans le cadre du projet de loi n° 51.
Ce projet de loi nous tient à coeur.
Pourquoi? Parce que le secteur de la construction bat au rythme des petites
entreprises. C'est près de 80 % des entreprises du secteur qui ont moins
de cinq employés. En comparaison, la moyenne au Québec, c'est de 53 %.
Puis comment se portent les petites
entreprises au Québec et celles de la construction? C'est dur. C'est dur
actuellement. Selon les compilations annuelles des données du Baromètre des
affaires de la FCEI, l'année 2023 a été la pire en 15 ans
d'indicateurs économiques... de notre indicateur économique, à l'exception de...
de 2020, mais là, on a fermé l'économie. Le niveau de confiance des PME s'est
établi en 2023 à 47,8. Pour la construction, le niveau est encore plus bas, à
44,4. Pour donner un ordre de... de grandeur, pour que l'économie roule à plein
régime, notre indicateur doit atteindre 65. On voit que l'écart est grand.
Puis les facteurs qui expliquent cette
situation sont nombreux...
16 h (version révisée)
M. Vincent (François) : ...les
facteurs qui expliquent cette situation sont nombreux. Il y a l'augmentation
des coûts, qui font très mal, augmentation des coûts d'emprunt, augmentation
des coûts d'assurance, augmentation des coûts d'énergie, augmentation des coûts
des matériaux, etc. Il y a aussi l'impact de la pénurie de main-d'oeuvre qui
affecte particulièrement le secteur de la construction au Québec. On a réalisé
une étude, à la FCEI, sur les pertes économiques subies par les PME en raison
du manque d'employés, et le secteur de la construction trônait en tête de liste
avec des pertes économiques de l'ordre de 2,2 milliards en 2021.
Il est donc urgent que le gouvernement
agisse pour aider les petites entreprises de ce secteur, surtout que les
barrières sont plus grandes, car elles évoluent dans l'environnement fiscal et
réglementaire le plus lourd du pays. D'abord, le Québec est la seule province
qui ne donne pas accès à ses plus petites entreprises du secteur de la
construction, celles qui ont moins de trois employés, au taux d'impôt
réduit. Les employeurs de la construction assujettis à la R-20, il y en a 18 511
sur 27 219 qui ont trois employés ou moins. Le ministre des Finances
avait une belle opportunité de régler cette injustice fiscale là, la semaine
passée, puis améliorer du même fait la productivité de ses entreprises visées,
mais, malheureusement, il ne l'a pas fait. Puis à cela s'ajoutent aussi des
taxes sur la masse salariale plus élevées, de 30 % de plus qu'en Ontario,
puis ça, c'est sans prendre en considération les ponctions supplémentaires du
secteur québécois de la construction.
Ce n'est pas fini. Il y a aussi la
paperasse, puis le Québec est où l'environnement réglementaire est le plus
lourd, et de loin, du pays. Mme la Présidente, vous pourriez me dire :
Bien, ça fait quoi, c'est quoi, ça... ça... ça change quoi, dans la pratique,
cette paperasse-là? Eh bien, le coût annuel de la réglementation et de la
paperasserie pour les entreprises de moins de cinq employés au Canada s'élève
à 7 023 $ par employé, comparativement à 1 237 $ pour les
entreprises de 100 employés et plus. C'est donc cinq fois plus lourd
pour les entreprises plus petites, puis le secteur de la construction est un
qui est composé de très petites entreprises.
C'est ici que le projet de loi fait bien.
Il propose de simplifier la vie des dirigeants d'entreprises pour réaliser des
travaux et pour trouver la main-d'oeuvre nécessaire au projet. Cela répond
directement aux enjeux des petites entreprises, et nous saluons le ministre d'agir
pour moderniser l'industrie et pour réduire l'écart de productivité avec l'Ontario.
Cette modernisation arrive à point, surtout pour aider à accélérer la cadence
sur la construction des logements et la livraison des projets économiques. Cette
modernisation est nécessaire, Mme la Présidente. Cette modernisation est
urgente. Cette modernisation est attendue.
En effet, les résultats préliminaires d'un
sondage que nous menons actuellement démontrent que c'est 81 % des PME au
Québec qui estiment que la modernisation du secteur de la construction est
nécessaire. Pour les entrepreneurs du secteur, ils sont 88 % à appuyer la
proposition du projet de loi pour assurer une meilleure polyvalence, ils sont
69 % qui approuvent les mesures proposées concernant la mobilité de la
main-d'oeuvre. C'est une démonstration d'un fort appui, certes, mais c'est
aussi une expression que le statu quo ne tient tout simplement plus et que tout
changement est le bienvenu. En effet, les dirigeants de PME de la construction
voudraient aussi que le projet de loi aille plus loin. Ils sont 78 % qui
croient que le Québec devrait viser un environnement réglementaire du secteur
de la construction similaire au reste du Canada. Le message a pour mérite d'être
clair.
Donc, pour la FCEI, il faut bouger sur les
mesures proposées sur la polyvalence et la mobilité. Ça représente le gros
minimum. Parlons des deux mesures plus en détail. D'abord, sur la question
de la polyvalence, avec 3,5 fois plus de métiers qu'en Ontario, ça crée
plus de paperasse, plus de délais, des coûts supplémentaires pour les
entreprises, pour les clients et, en bout de ligne, pour les Québécoises et les
Québécois. Cette rigidité ne date pas d'hier. C'est en 1970, deux ans
après l'adoption du bill 290, que le gouvernement du Québec a fait le
ménage dans les nombreux métiers et occupations des décrets régionaux. On est
passé de 575 pour arriver à 24 métiers, en 1971. 53 ans plus
tard, c'est peut-être le temps de s'ouvrir à plus de flexibilité. Mais nous ne
pouvons cacher notre crainte que les dispositions actuelles du projet de loi
soient contestées, que cela ralentisse les effets souhaités. Un vrai ménage
pourrait être de mise pour sortir du protectionnisme des <métiers...
M. Vincent (François) :
...des
>métiers qui défient toute logique. Oui, ça défie toute logique. Prenons
l'exemple de ce commentaire, demande de la FCEI dans notre sondage, et je cite :
«J'ai fait poser une serrure électrique
sur la porte d'entrée du bureau. J'aurais pu le faire moi-même, mais j'ai dû
appeler un serrurier qui lui a aussi fait venir un électricien pour faire
passer un fil, et un menuisier pour agrandir le trou de la porte. Le menuisier
est venu avec son apprenti. Vous pouvez imaginer la facture. Dans la pratique,
je n'ai même pas le droit de faire une réparation mineure sur le bâtiment qui
m'appartient.» Fin de la citation.
Parlons maintenant de la mobilité de la
main-d'oeuvre et de la proposition du ministre, avec laquelle... qui apporte
beaucoup de craintes et avec laquelle, je cite, «on va détruire les régions
avec ça. Nos mères, nos pères de famille, ils vont faire quoi?» Fin de la
citation. C'est la citation d'un syndicat de la construction dans le Journal
de Montréal du 2 février. Mais, Mme la Présidente, une petite
entreprise ne va pas faire venir des employés d'une autre région par plaisir.
Elle va employer les personnes proches du chantier, proches de son entreprise,
point.
Et rappelons que le secteur de la... de la
construction est très majoritairement composé de très petites entreprises.
Cette rigidité n'existe pas dans les autres provinces et le ratio de la
grandeur des entreprises et du traitement des employés est similaire. Et, à ce
que je sache, Mme la Présidente, les petites municipalités existent toujours
dans le reste du Canada.
Ici aussi, nous demandons aux
parlementaires de minimalement adopter des articles permettant une plus grande
mobilité. Mais nous vous invitons fortement à aller plus loin, en abolissant
tout simplement ce concept de frontières géographiques contre-productif, tant
pour les employeurs que pour les employés.
• (16 h 10) •
Maintenant, passons au concept de la
rétroactivité. Cela risque d'engendrer des coûts énormes qui ne sont pas
analysés, d'ailleurs, dans l'analyse d'impact réglementaire, et d'allonger les
conflits de travail. Pour la FCEI, les syndicats ont déjà le gros bout du bâton
avec la syndicalisation obligatoire, ils gardent l'essentiel des concepts de
protectionnisme territorial et de cloisonnement des métiers du secteur dans le
projet de loi actuel. Nous demandons donc le retrait de ces articles.
Comme vous voyez, nous appuyons plusieurs
modifications, mais nous aimerions voir plus de mordant. C'est pourquoi nous
proposons l'ajout, dans les dispositions transitoires et finales, d'une clause
d'analyse des répercussions du projet de loi, qui serait réalisée par les
ministères du Travail et de l'Économie, six ans suivant son adoption.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Vincent (François) : Bien,
nous demandons d'élargir les travaux de rénovation, l'élargir, l'exclusion, aux
travaux de rénovation. On aimerait ça en parler durant la période d'échange,
puis on vous remercie de votre écoute et on est prêts à passer aux questions.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Merci pour votre exposé. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. Vincent, M. Bérubé, la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante, pour votre participation, votre contribution à ces
consultations particulières. Puis, vous le mentionnez bien, M. Vincent, c'est
une industrie qui est fondamentale pour le Québec. Évidemment, si je vous
résumais, c'est encore plus de polyvalence que dans le projet de loi, c'est
encore plus de mobilité, en fait, aucun obstacle à la mobilité, c'est l'absence
de rétroactivité salariale et un désassujettissement.
Puis je vais vous donner l'opportunité de
vous exprimer sur le travail de rénovation et de réparation, mais simplement
pour vous redire, sur la mobilité, il ne faut pas non plus que ce soit un bar
ouvert. Ce qu'on veut, c'est que les travailleurs préférentiels puissent suivre
leur employeur de manière plus fluide que dans l'état actuel de la loi et que
des travailleurs un peu plus expérimentés puissent suivre l'employeur, peu
importe son identité, parce qu'il y a des besoins, on le répète, mais, dans les
projets industriels, il y a le logement, bien sûr, là, mais il y a la filière
énergie, la filière batteries, les écoles, les hôpitaux. Il y en a, des
besoins, partout, partout au Québec, et il y a un profond déficit de
main-d'oeuvre.
Mais rapidement, votre position sur la
mobilité, si on dit : Pleine mobilité, comme ça existe dans les autres
secteurs d'activité du domaine privé, qu'est-ce que <vous...
M. Boulet :
...qu'est-ce
que >vous pensez de la réaction que ça pourrait engendrer sur
l'employabilité puis la conciliation travail-famille? Juste vous entendre une
petite minute sur ce sujet-là.
M. Vincent (François) : Juste
une minute?
M. Boulet : Oui, parce que...
M. Vincent (François) : Bien,
d'abord, on ne pense pas qu'il va y avoir d'impact puis que les régions, ils
vont disparaître, là. Ça, c'est de la grosse démagogie. Si je prends
Trois-Rivières, par exemple, comme exemple, je pense que vous connaissez bien
la ville de Trois-Rivières. Il y a 4 881 entreprises dans
Trois-Rivières et il y en a 525 de la construction, ça fait un ratio de
12 %. Le ratio d'entreprises en construction dans les villes est à peu
près à 10,9 % au Canada. Je prends une ville similaire en termes de nombre
d'entreprises. Là, on va prendre Chilliwack, 4 045 entreprises au total,
711 en construction. Il y a un ratio de 18 % en Colombie-Britannique. Il y
a Lethbridge en Alberta, 4 893 entreprises au total, 552 en construction,
11 % du total des entreprises. Thunder Bay, 3 736 entreprises,
451 de la construction avec employés, là, ça, c'est... je veux préciser que
c'est avec employés, 12 %. Donc, tu sais, ces villes-là, je n'ai pas
vraiment l'intention de les visiter à court terme, mais si j'y... je les
visitais, bien, je veux dire, elles sont bien présentes, puis la mobilité, là,
il n'y a pas de restrictions régionales. Ça fait que je ne pense pas qu'il faut
partir en peur puis dire, du jour au lendemain : Oh my God! Là, c'est
fini, on n'embauchera plus des personnes à Trois-Rivières. Ce n'est pas vrai.
Je veux dire aussi que c'est... ça serait
bon pour les employés. Je veux donner un exemple par rapport à ça, puis il y a
d'autres associations avant nous qui sont venues en parler, qui avaient dans...
proche de Montréal ou certaines régions, tu habites proche comme employé, tu ne
peux même pas aller travailler proche de chez toi. Mais ce qui est justifié
pour un employé, admettons un peintre de Terrebonne, d'aller... de ne pas
pouvoir aller travailler à Granby, un tuyauteur à <i>Valleyfield, de ne
pas pouvoir exercer son métier à Repentigny, tu sais, les seules contraintes
devraient être le trafic du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine ou du pont
de l'Île-aux-Tourtes.
M. Boulet : OK. Merci. Sur
les juridictions de métiers, M. Vincent, je pense, c'est important pour moi de
clarifier un élément. Tu sais, ce que vous souhaiteriez, c'est qu'on fusionne
des métiers ou qu'on diminue le nombre de métiers, mais c'est une option qui a
déjà été analysée par les parties. Puis il faut redire que l'industrie de la
construction repose sur la concertation entre les parties patronales puis les
syndicats. Il n'est pas de l'intention du législateur d'arriver puis de tout
bulldozer non plus. Et je pense qu'il faut respecter les compétences acquises
dans les métiers, il faut respecter une certaine juridiction dans les métiers, puis
fusionner des métiers, imaginez, ça implique de... d'entreprendre une vaste
réforme, une révolution des formations qui sont dispensées dans les centres de
formation professionnelle pour s'adapter aux nouveaux métiers issus des fusions
hypothétiques, et ça, ça ne répond pas à l'impératif d'agir dans les meilleurs
délais possibles, ça ne répond pas à l'impératif de rendre ça simple. Et la
façon la plus efficace et la plus diligente, c'était d'aller vers la
polyvalence, et encore là, sur la polyvalence, il ne faut pas que ça soit à
tout crin, il faut que ce soit mesuré, respectueux de la santé et sécurité, des
compétences des travailleurs, travailleuses et de la qualité des travaux. C'est
l'avenue qui a été empruntée après des consultations sur le concept de tâches
partagées qui n'a pas donné de résultats tangibles, et c'est la raison pour
laquelle on est allés dans cette direction-là. Vous, je ne vous limiterai pas
dans le temps, sur la polyvalence, vous dites : On devrait quand même
regrouper des métiers.
M. Vincent (François) : Mais
nous, on recommande minimalement l'adoption des articles qui sont proposés. On
pense qu'il faut aller de l'avant. Maintenant, on... ce n'est pas la première
fois qu'on étudie ça. Plusieurs fois, même, le législateur a essayé de pousser,
de voir comment il pouvait diminuer le nombre de métiers. Il y a même eu un
rapport de la CCQ en 2013 qui démontrait, là, justement l'écart entre le
Québec d'avec le reste du Canada, ou même certaines juridictions en Europe. On
ne peut pas croire que ce n'est pas possible de... d'améliorer justement cette...
cette... cette polyvalence-là ou de voir comment on est capable de regrouper
des métiers pour faire ça le plus simple possible. Puis c'est quand même
78 % des PME du secteur qui disent : Ça serait bien de <tendre...
M. Vincent (François) :
...de
>tendre à aller vers un régime qui est semblable à celui au Canada.
Donc, on... Je sais que votre gouvernement se compare beaucoup à l'Ontario. Bien,
comment ils font, eux, pour avoir sept métiers? Est-ce que c'est possible
d'arriver à faire sept métiers? Maintenant, on pense qu'il faudrait aller
là, mais le... on est quand même satisfaits de la recommandation qui est sur la
table parce que ça va quand même apporter certaines modifications.
M. Boulet : Je comprends.
M. Vincent (François) :
Maintenant, c'est là que notre recommandation d'analyse de l'effet de la loi
peut être intéressante, tant pour nous... Ah! vous voulez revenir... revenir
dans une autre question ou...
M. Boulet : Non, non, non,
j'ai bien compris.
M. Vincent (François) : OK.
Tant pour nous que pour la partie syndicale, parce que si... ils émettent des
craintes. Si on... vous arrivez avec votre projet de loi, puis, dans six ans,
les craintes, elles ne sont pas... elles ne sont pas démontrées, bien là, on
peut voir ou aller plus loin. Si elles sont démontrées, bien là, on... ça
permet au législateur d'apporter les correctifs nécessaires ou aux membres qui
sont directement impliqués dans l'industrie de pouvoir prendre part à
l'amélioration de l'industrie.
• (16 h 20) •
M. Boulet : J'apprécie vos
commentaires sur la paperasse, la simplification de la vie des entrepreneurs,
puis on le sait, c'est un peu au-delà de 80 % des entrepreneurs dans le
secteur de la construction qui ont moins de cinq employés, et votre
sondage qui démontre que cette modernisation-là, elle est nécessaire, attendue
et urgente. Et les pourcentages, moi, je les ai appris, là, je ne connaissais
pas tous les détails du sondage, là, mais 81 %, modernisation nécessaire,
88 %, qui sont dans le secteur de la construction confirment, 69 %,
pour la mobilité, puis 78 %, qu'on pourrait même aller plus loin. C'est
quand même des chiffres qui révèlent un état d'esprit, là, pour les membres de
la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante.
Et vous souhaitiez aborder le
désassujettissement de tout travail de rénovation et de réparation, puis vous
souhaitiez vous exprimer là-dessus, M. Vincent.
M. Vincent (François) : Bien,
les parlementaires, vous allez avoir des discussions par rapport au projet de
loi, vous pouvez analyser certains éléments. On pense que le... de regarder
pour voir comment on peut exclure plus de... d'avoir plus d'exclusions dans les
travaux de rénovation et de réparation. Là, vous ouvrez une porte de plus avec
les offices d'habitation. Bien, pourquoi c'est bon pour elles puis pourquoi ça
ne le serait pas pour une petite propriétaire d'un salon de coiffure, par
exemple, un petit... un petit détaillant, également, ou le membre qui est
ingénieur qui a fait changer sa porte de bureau puis qui a eu affaire à
plusieurs métiers? Donc, ces entrepreneurs-là... ces petits commerçants là vont
pouvoir faire affaire avec des entrepreneurs, comme les propriétaires
résidentiels, mais ils ne seront pas assujettis à la R-20, ces
entrepreneurs-là, qui ont quand même des obligations par rapport à la <i>régie
des bâtiments pour assurer la qualité des travaux et des très bons employés qui
vont pouvoir réaliser ces travaux-là.
Puis, tu sais, je pousserais l'analyse
peut-être un petit peu plus loin. Tu sais, dans certains cas, il y a peut-être
même des petits détaillants, admettons, un petit salon de coiffure en Abitibi
qui peut être propriétaire de son commerce ou... un commerce de détail, qui va
avoir des revenus moins grands que, admettons, un médecin spécialiste de la
même... de la même région, mais un va pouvoir avoir des travaux désassujettis,
mais pas le petit commerçant, parce que c'est une entreprise, et donc elle est
assujettie à la R-20. Je pense que, là, l'ouverture pour les offices d'habitation
ouvre la place à une discussion plus large.
Puis, dans le passé, bien, il y a même eu
le désassujettissement total du secteur résidentiel, en 1992, je pense, ou
1993, qui est revenu réassujetti en 1995. Donc, ça s'est fait, dans le passé,
d'apporter des désassujettissements, donc ça serait peut-être intéressant de
voir comment on peut mieux répondre à la réalité des petits commerces qui, des
fois, vivent des situations similaires à un citoyen.
M. Boulet : Je pense que ça
me donne l'occasion... puis j'en ai peu parlé depuis le début des consultations
particulières. Les offices d'habitation du Québec, ils sont... c'est des
organismes à but non lucratif qui s'occupent de logements sociaux et/ou
abordables, et, évidemment, ces logements-là doivent être disponibles le plus
rapidement possible, quand la <personne...
M. Boulet :
...quand
la >personne quitte ou à la fin d'un bail, pour des personnes au Québec
qui ont des besoins de logements sociaux, et c'est l'entretien, la réparation,
et c'est avec des salariés permanents de ces offices d'habitation là qu'on
permet... c'est à peu près l'équivalent de 200 000 heures de travail
par année, là, mais c'est véritablement pour des raisons de nature sociale,
pour s'assurer que les logements soient accessibles le plus rapidement possible.
À défaut, les offices doivent faire des appels d'offres, obtenir des
soumissions et faire exécuter les travaux sous l'empire, effectivement, de la
loi sur les relations de travail, la loi R-20. Et ça, ça provoquait des enjeux
de délais et éventuellement de coûts, et avec les impacts humains et sociaux
que ça pouvait engendrer. Mais la rénovation résidentielle, tout... tout n'est
pas assujetti non plus, là, il y a des exemples que vous donniez où la loi R-20
n'a pas de juridiction.
Maintenant, peut-être, dernier sujet, la
rétroactivité salariale. Vous semblez dire... Actuellement, dans la loi, il y a
une interdiction aux parties de négocier une rétroactivité salariale. Pour
plusieurs, c'est un accroc à la liberté contractuelle, c'est-à-dire de négocier
à une table de négociation quand on renouvelle une convention collective de
travail par secteur. Bon, le point de vue qui est exprimé dans la... le projet
de loi n° 51, c'est qu'on abroge cet article-là, puis on permet aux
parties de négocier une rétroactivité salariale, puis, pour s'assurer que ce
soit appliqué de la manière la plus équitable possible... parce qu'il y a
beaucoup de mouvance, <i>Mme Murray en faisait de nouveau état, c'est
d'un chantier à l'autre, d'un entrepreneur à l'autre, donc le suivi des heures
et des employeurs après la date d'expiration des conventions collectives étant
complexe, bien, qu'on crée un fonds de rétroactivité salariale qui puisse
payer, le cas échéant. Mais c'est sous la réserve de la volonté de négocier et
de convenir une rétroactivité salariale. C'est ce qui s'applique après la date
d'expiration pour assurer un rapport de force peut-être plus équilibré, là, je
dis bien «peut-être plus équilibré». Là-dessus, vous semblez exprimer un point
de vue que l'article actuel, qui interdit de négocier une rétroactivité
salariale, devrait rester suivant son libellé actuel ou vous proposez qu'il
soit abrogé et que les parties conviennent ce qu'elles décident à la table de
négociation?
M. Vincent (François) : Trois choses
à dire. D'abord, sur le rapport de force, on croit qu'il est déjà
disproportionné, le rapport de force. Il n'y a aucun autre secteur d'activité
au Québec que... obligation de syndicalisation. Il n'y a aucun autre secteur de
la construction qui a l'obligation de syndicalisation. Donc, le rapport de
force est déjà en faveur des syndicats, selon la FCEI. Puis on fait juste
regarder l'histoire des relations de travail, là, je veux dire, c'est des
mélodrames à chaque négociation de convention collective, puis ça a des impacts
sur... Tu sais, ils disent : Oui, il y a eu moins de conflits par rapport
au reste du Canada, mais là, je veux dire, vous gelez l'industrie de la
construction au complet, puis ça a des impacts sur l'ensemble des autres
industries pour... Là, on a... on a mis les chiffres qu'il y avait dans
l'analyse d'impact réglementaire au dollar d'aujourd'hui, c'est
54 millions, je pense, d'impact par jour de conflit. Donc, pour nous,
c'est déjà un rapport de force qui est en faveur de la partie syndicale.
Deuxièmement, vous avez parlé du
paritarisme, de l'importance du paritarisme, notamment pour vos dispositions
sur la polyvalence puis la mobilité, en disant que votre modernisation, ce
n'était pas une révolution puis il fallait écouter les parties prenantes pour
prendre la décision. Bien, je pense que la partie patronale a été assez unanime
sur la question qu'ils n'en voulaient pas. Donc, dans votre même volonté de ne
pas faire de révolution, il faudrait peut-être voir comment on est capable de
rapprocher les deux parties sur cette proposition-là.
Puis troisièmement...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...c'est
tout le temps que nous avions.
M. Vincent (François) : OK.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
dois maintenant donner la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Merci, messieurs. M. Vincent, je vous écoutais, puis j'ai lu votre
mémoire, puis j'entends, comme le ministre le mentionnait, que, pour vous,
donc, à différents égards, donc, vous <souhaitez...
Mme Cadet :
...vous
>souhaitez que le projet de loi aille... aille plus loin, tant en
matière, donc, de mobilité et de polyvalence, et... et bon, donc, même au
niveau, donc, de la notion de rétroactivité qui est introduite au projet de loi.
L'un des objectifs nommés par le
gouvernement étant justement l'augmentation de la productivité, est-ce que,
selon vous, tel que libellé, le projet de loi répond à cet objectif-là dans le
secteur de la construction, ou selon vous, est-ce qu'on rebrasse les cartes
avec différents aménagements mais qu'au final on a un rééquilibrage, mais qu'on
est au même niveau de productivité qu'avant le projet de loi? On sera au même
niveau de productivité qu'avant le dépôt du projet de loi.
M. Vincent (François) : Bien,
pour bien répondre à cette question-là, j'aimerais ça que vous me réinvitiez
dans six ans, après avoir adopté la recommandation 5 de notre mémoire
parce que, là, on va vraiment être capable de voir quels ont été les impacts.
On le voit dans l'analyse d'impact réglementaire, qu'il y a une différence de
productivité avec le reste... avec l'Ontario. Mais j'irais même plus loin.
Nous, on a fait une analyse sur l'automatisation des PME en décembre dernier,
puis on a vu une... une tangente assez importante, c'est-à-dire plus les
entreprises se retrouvent en situation de pénurie de main-d'oeuvre, plus elles
ont tendance à adopter l'automatisation. Par contre, quand on regarde le
tableau des différents secteurs d'activité économique, la construction tire de
la patte. Puis nous, on avait demandé aussi de regarder pourquoi le secteur de
la construction. Y a-tu des raisons, au niveau du fardeau administratif et
réglementaire, qui nuisent davantage à l'adoption de pratiques en
automatisation?
• (16 h 30) •
Donc, pour... C'est sûr qu'il faut
améliorer la polyvalence, il faut améliorer la mobilité. Maintenant, l'impact
concret sur... sur l'atteinte des objectifs, je n'ai pas de boule de cristal,
mais c'est important de l'analyser, puis ensuite de ça, de maintenir une...
maintenir une pression sur l'amélioration du secteur, puis après ça permettre
au législateur puis au ministre de pouvoir agir sur... sur les impacts qui ont
été créés dans ce projet de loi, puis même, je dirais, mobiliser les gens de
l'industrie.
Mme Cadet : Merci. Nous,
on a abordé un peu, donc, cette question-là, donc celle, donc, de la réduction
du nombre de métiers. J'avais une question similaire à celle du ministre, un
peu. Je me demandais donc si pour vous, donc, c'est réaliste comme... comme
proposition, donc, en matière, donc, des aménagements que ça demanderait, mais
peut-être aussi vous entendre sur les questions de santé et sécurité au travail
et de qualité, donc, ce que ça amènerait, là, cette proposition-là de réduction
du nombre de métiers.
M. Vincent (François) : Pouvez-vous
préciser votre question?
Mme Cadet : Oui, des...
des conséquences, donc, sur la santé et sécurité au travail, sur la qualité de
la construction.
M. Vincent (François) : Bien,
je ne pense pas qu'il va y avoir quelconque impact négatif que ce soit.
Mme Cadet : Donc, il n'y
a tout simplement pas... Il n'y en a tout simplement pas.
M. Vincent (François) : Les...
Tu sais, il n'y a aucun entrepreneur qui veut faire des travaux puis les botcher
puis qui ne soient pas bien, là. Puis, je veux dire, quand on regarde dans les
autres provinces, il y a des belles constructions, il y a des grandes
constructions qui n'ont pas les mêmes contraintes que nous. Puis les buildings
tiennent encore. La tour du CN est toujours là.
Mme Cadet : Est-ce que
ça aurait des conséquences sur le modèle d'affaires des entrepreneurs
spécialisés?
M. Vincent (François) : Non,
je ne pense pas.
Mme Cadet : Vous n'en voyez
pas?
M. Vincent (François) : Il
faudrait... Si je dis : Il y a des entrepreneurs spécialisés dans les
autres provinces aussi, puis il n'y a pas des contraintes davantage par rapport
à ça, même... Puis je pense même qu'il pourrait avoir des impacts positifs pour
les employés. J'ai donné cet exemple-là, mais même dans le rapport de... dans
le rapport de la Commission de la construction du Québec, on notait même que la...
le cloisonnement nuit à l'employabilité et à l'atteinte d'un revenu décent pour
les travailleurs. Ça fait que ça pourrait même avoir un impact positif pour les
employés au Québec.
Mme Cadet : Ensuite, en
matière de mobilité, donc, pour vous, donc, la... votre... votre
recommandation, c'est une mobilité complète. Évidemment, donc, nous comme
législateurs, donc, on aura à faire ces arbitrages dans un avenir rapproché.
Donc, ma question pour vous, donc, à défaut, donc, en regard de ce qui...
au-delà de ce qui est déjà proposé dans le projet de loi aujourd'hui, est-ce
que vous avez des conseils de... pour nous, comme législateurs, donc, de façon
subsidiaire, là, donc, si nous n'adoptions pas, donc, la pleine mobilité que
vous recommandez, s'il y a une autre proposition qui permettrait d'améliorer,
donc, les aménagements en matière de productivité sous cet angle-là?
M. Vincent (François) : Bien,
je veux préciser, nous, on recommande l'adoption des articles, mais on invite
le législateur à aller plus loin. Là, je pense... Tu sais, j'ai rarement vu un
ministre déposer un projet de loi, puis revirer de 180 degrés sur
qu'est-ce qu'il proposait, donc... Puis nos membres, ils disent à 88 %
qu'ils sont satisfaits de ces recommandations-là... non, pas nos membres, parce
qu'il y avait des non-membres qui ont répondu. Puis, sur le sondage, là, on... on
proposait spécifiquement qu'est-ce qui était dans le projet de loi...
16 h 30 (version révisée)
M. Vincent (François) : ...puis,
sur le sondage, là, on demande... on proposait spécifiquement qu'est-ce qui
était dans le projet de loi. Il y avait un — excusez-moi l'anglicisme — un
pop-up, puis après ça, il y avait un résumé assez grand de ce que la
recommandation faisait, parce que c'était assez complexe, là, mais les
entrepreneurs pouvaient vraiment voir ce qui était proposé. Mais, comme je l'ai
dit dans mon allocution, ils veulent aussi avoir un système qui ressemble au
reste du Canada. Donc, on vous... tu sais, si le ministre a été convaincu des
prestations de d'autres groupes patronaux qui demandent plus de polyvalence,
puis décide d'aller plus simple puis de donner un objectif à la CCQ, dans deux
ans, d'arriver au même nombre de métiers qu'en Ontario, on va être contents.
Maintenant, peut-être que ça peut être intéressant d'évaluer certains éléments
comme ça. D'ailleurs, on demande... on a vu qu'il y avait certaines
associations qui demandaient à ouvrir complètement l'embauche d'employés. Ça
fait qu'on dit : Bien, mandatez une firme externe puis regardez c'est
quoi, les avantages, puis c'est quoi, les inconvénients. Allons chercher l'information
pour vous permettre d'agir ou de ne pas agir sur certaines questions qui sont
soulevées par les entreprises, par l'industrie pour améliorer, justement, la
productivité des entreprises puis l'impact positif sur l'économie. Puis la
construction de notre besoin, là, ça va... Tu sais, je l'ai dit, là, il y a des
impacts... Tu sais, nos données économiques sont toutes au rouge. J'aimerais
bien ça, dire que ça va bien, là, mais ce qu'on voit puis ce qu'on entend, c'est
que c'est toffe pour les entreprises. Mais si on veut une reprise économique,
bien, la construction est névralgique. Dans le passé, il y a déjà eu des
Corvée-habitation, il y a déjà eu... la construction a déjà été... il y a eu RénoVert
pour stimuler la rénovation, pour stimuler l'économie. Donc, si on a une
construction qui va bien, ça va aller... ça va aider l'ensemble de l'économie
du Québec.
Mme Cadet : Vous venez de
parler de Corvée-habitation et tout, puis ça me fait penser... Parce que l'un
des autres objectifs du projet de loi, donc, c'est vraiment, donc, de résorber
la crise de l'habitation. Avec ce qui nous est présenté, est-ce que vous
trouvez que le projet de loi va dans ce sens-là? Je n'ai pas vu ces
résultats-là dans votre sondage.
M. Vincent (François) : Bien,
c'est une... c'est un élément qui va aider, là, mais c'est... ça prend beaucoup
plus, là, pour améliorer, là, la construction de logements au Québec, là. Puis
la Fédération des chambres de commerce<i> est sortie, hier, probablement
qu'ils vont en parler tantôt, là, ils demandent une politique de l'habitation,
je pense, puis le taux d'inoccupation est dramatique dans plein de régions du
Québec. Il y a plein, plein, plein de mesures qui doivent être prises,
musclées, pour améliorer, justement, cette question-là. Dans le passé, il y
avait eu aussi plusieurs groupes, puis on en faisait partie, qui avaient déposé
des recommandations — je pense, ça fait deux ans de ça — pour,
justement, améliorer la construction de logements. Mais c'est sûr que, si on
améliore l'environnement réglementaire des entreprises, c'est une pièce qui va
aider. Ça ne va pas régler la crise du logement, mais ça représente un des
éléments qu'il faut faire.
Mme Cadet : On a aussi
beaucoup parlé de planification des travaux comme facteur de productivité. J'aimerais
vous entendre sur cet élément-là. Puis quelles recommandations vous nous faites
à nous, aux législateurs, sur la question de la planification des travaux?
M. Vincent (François) : Oui,
il faut le faire. Puis je... C'était... On en parlait dans les années 1990
ou 1980, là, de l'amélioration de la planification des travaux, si ce n'est pas
avant, là. Ça fait longtemps qu'on le propose puis qu'il faut le faire. C'est
clair et net que ça peut aider, là. Si tu lances tous les projets en même
temps, c'est sûr que tu crées une surchauffe, là.
Mme Cadet : Ensuite, donc... on
en a peu parlé, donc, vous, donc, dans votre mémoire, vous demandez l'introduction
d'un ombudsman, que selon votre sondage, donc, il y a un entrepreneur de la
construction sur cinq qui croit que cette mesure manque et qu'il s'agirait d'une
nette amélioration du projet de loi actuel. Je vous laisserais peut-être
élaborer sur cet élément-là, de vos propositions, et nous expliquer ce que ça apporterait
de plus au milieu, de nommer un ombudsman.
M. Bérubé (Francis) : Si je
peux me permettre, c'est ça, en fait, on a quand même plusieurs commentaires de
nos membres, de façon récurrente, à chaque année, qui nous arrivent avec des
situations où ils jugent qu'ils sont traités de façon, peut-être, inéquitable
de la part de la CCQ. On avait fait un sondage, en 2018, qui démontrait qu'à
peu près la moitié, un entrepreneur sur deux, en fait, juge que les inspecteurs
font preuve d'une certaine partialité. Donc, on s'est dit : Pour,
peut-être, améliorer la confiance dans l'organisation qu'est la CCQ, pour
offrir aux entrepreneurs, aussi, une voie s'ils se jugent lésés, d'avoir accès
à un ombudsman comme ça, pour cette organisation-là, ça pourrait être quelque
chose de bien, en fait ce qui est juste positif. On le voit dans plusieurs
organisations, on le voit à la ville de Montréal, au niveau du gouvernement,
dans plusieurs organismes gouvernementaux, les ombudsmans existent. Donc, on
s'est dit... quand la moitié des entrepreneurs nous disent qu'ils <jugent...
M. Bérubé (Francis)T :
...on
s'est dit... quand la moitié des entrepreneurs nous disent qu'ils >jugent
qu'il y a une forme de partialité, on s'est dit qu'il y a un enjeu de
confiance. Est-ce qu'on est dans la perception? Est-ce que, dans certains cas,
c'est fondé? Si c'est fondé, avoir quelqu'un qui peut enquêter, faire des
recommandations aussi, ce qui permettrait peut-être d'améliorer la gouvernance.
Donc, voilà.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Je cède maintenant la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous deux. Toujours un plaisir de vous voir en
commission. Dossier fort important de la construction. J'ai lu votre mémoire,
je ne peux pas m'empêcher de voir qu'il y a quand même un thème récurrent à
travers les différentes propositions que vous faites. C'est souvent... on
comprend ou on perçoit que, selon vous, en tout cas, les membres de votre
organisation, le problème, c'est les syndicats dans la construction. Est-ce que
je me trompe? Il y a une perception très négative, syndicale, dans ce que je
lis à travers la mémoire.
M. Vincent (François) : Vous
pouvez avoir l'interprétation que vous voulez de notre mémoire.
M. Leduc : Donc, est-ce que
je constate que vous considérez que les syndicats sont une partie pertinente à
l'industrie de la construction, ont une contribution pertinente à l'industrie
de la construction?
M. Vincent (François) : Oui,
elle est une partie pertinente, mais est-ce que le fait d'avoir l'obligation de
la syndicalisation, c'est quelque chose qui est bien pour le Québec? Je n'ai
pas vu d'autres provinces de secteur dire : Heille! On va faire... On va
donner la syndicalisation obligatoire partout. Je n'ai pas vu non plus d'autres
secteurs d'activité économique le demander. Est-ce que vous pensez qu'on
devrait avoir un taux de syndicalisation de 100 % dans tous les secteurs
d'activité économique?
• (16 h 40) •
M. Leduc : Moi, si vous posez
la question à moi, vous connaissez la réponse, je pense, mais ce n'est pas
tellement la question... la réponse pertinente à cette commission. Je veux vous
amener sur la question des bassins. Vous êtes une des rares organisations qui
s'oppose à l'embauche par bassin, en tout cas, c'est une de vos
recommandations, de sortir de ça ou de faire un comité d'étude pour évaluer
l'embauche par bassin. J'étais un peu surpris, parce d'habitude, l'embauche par
bassin, c'est un peu, on va le dire, l'embauche classique, je le dis entre
parenthèses, arbitraire, où est-ce qu'on connaît quelqu'un puis on le fait
rentrer par bassin plutôt qu'à travers une formation. Ça fait que là, vous
dites : Ce n'est pas tellement le bon chemin par bassin, mais si ce n'est
pas par bassin, c'est par formation. J'essaie de comprendre où vous atterrissez
par rapport à ça. Comment on devrait entrer dans l'industrie de la construction?
M. Vincent (François) : Non,
mais juste de pouvoir embaucher qui on veut, comme dans les autres secteurs
d'activité économique. Si une entreprise veut embaucher quelqu'un, elle peut...
pas embaucher, a le CV qui fait son affaire par rapport aux compétences de la
personne.Puis on a vu que c'était une recommandation qui avait été faite, donc
pas de bassin, bien, tu embauches quand tu as besoin, puis «that's it», là.
Mais on n'a pas... Notre recommandation, c'est : Bien, peut-être que ça va
avoir des impacts négatifs, bien, analysons-les, puis faisons les pours,
faisons les contres, mais, au moins, ayons l'information pertinente là-dessus.
Puis c'est ça qu'on demande aux législateurs.
Mais, pour répondre... pour donner la
bonne référence sur la question précédente, sur l'instauration du mécanisme de
planification des travaux, c'était la commission Cliche qui le recommandait
dans les années 1970. Donc, ce n'est pas d'hier qu'on demande puis qu'on
essaie d'améliorer la planification de...
M. Leduc : ...selon vous, ça?
Pourquoi ça n'a pas été fait, à ce jour, selon vous, peu importe les
gouvernements qui...
M. Vincent (François) : Je ne
le sais pas. C'est comme la place des femmes dans l'industrie de la
construction. En 1993, le gouvernement avait mandaté... Il y avait un projet de
loi n° 46, je pense, qu'il avait mandaté la Commission de la
construction<i> de faire quelque chose là-dessus. Puis notre taux, il est
plus bas que dans le reste du Canada. Puis je reviens à votre... tu sais, on a
le taux de syndicalisation à 100 %, puis c'est des organisations
progressistes, ça devrait être plus élevé. J'ai... je ne comprends pas.
M. Leduc : Vous savez qu'on a
retiré le placement syndical obligatoire, puis on peut avoir un long débat
là-dessus. Il y a eu une baisse de référencement des femmes, objective, les
chiffres sont là. Est-ce que vous seriez ouverts à la suggestion de l'ATF, de
dire qu'on devrait avoir des quotas d'embauche de femmes dans les contrats
publics?
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions.
M. Leduc : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup
de votre présence. Merci aussi pour le mémoire. J'ai trouvé ça particulièrement
intéressant que vous nous mettiez les détails du sondage réalisé auprès de vos
membres, puis des témoignages, parce que ça met des mots clairs sur le vécu de
plusieurs de vos membres. Et c'est justement sur cette question-là que
j'aimerais m'attarder avec vous, on a peu de temps, mais outre les sondages,
quelles sont les données probantes dont on bénéficie, nous, pour bien faire
notre travail, comme parlementaires, là, qui démontrent certaines des
affirmations que vous faites, par exemple, de l'impact des mesures actuelles
sur le manque de mobilité, sur le manque de polyvalence, puis des exemples
probants d'ailleurs qui viennent nous dire : Bien, quand tu changes les
règles, ça a un effet positif? Parce qu'on a beaucoup de sondages réalisés
auprès des entrepreneurs, mais les données probantes, qui disent
scientifiquement telle ou telle chose, est-ce qu'il y en a, à la base des
affirmations?
M. Vincent (François) : Bien
oui, mais juste sur les villes ou la présence des entreprises avec employés. Je
peux <déposer...
M. Vincent (François)T :
...juste
sur les villes ou la présence des entreprises avec employés. Je peux >déposer
le document en commission. C'est des données de Statistique Canada qui sont
disponibles. La part des entreprises de la construction, c'est des données de
Statistique Canada aussi. Le salaire, le traitement des employés, qui n'est pas
significativement différent dans les autres provinces, c'est des données de
Statistique Canada également. Les données du baromètre des affaires, c'est des
indicateurs économiques aussi, qui est regardé par la...
M. Paradis : ...sont des
données économiques, mais des données sur l'impact des mesures dont vous
demandez le retrait ou des nouvelles mesures que vous proposez, est-ce qu'il y
en a? Parce que, vous savez, au moment où on commençait nos travaux, il y a eu
des analyses économiques qui ont été présentées, puis qui disaient autre chose
de celles qu'on avait jusqu'à maintenant, qui disent que, finalement, les coûts
de production ne sont pas si élevés au Québec, puis que, finalement, ça coûte
moins cher, même, à Montréal, par exemple, qu'à Toronto, quand on compare, là.
Est-ce qu'il y a des données probantes sur l'impact des mesures que vous
proposez?
M. Vincent (François) : Bien,
je vous inciterais à regarder l'analyse d'impact réglementaire, qui est une
obligation du gouvernement du Québec d'analyser les impacts. Il y a des
analyses qui ont été faites là-dessus. La seule chose qui n'a pas été analysée,
puis qui devrait l'être, c'est sur la recommandation de la rétroactivité. Puis,
selon le gouvernement, ils sont supposés, selon l'article 19, alinéa b,
je... d... oui, bien, d'analyser les coûts pour les entreprises, puis la mesure
qui pourrait avoir le plus de coûts pour les entreprises n'est pas analysée par
le projet de loi. Ça, je n'ai pas eu le temps de le dire quand c'était mon...
dans l'échange avec le ministre, mais selon nous, avant de mettre cette
disposition-là en place, il faudrait qu'il y ait une analyse de faite. On dit,
dans l'analyse d'impact réglementaire : Oui, mais on va le faire pendant
le règlement. Bien là, à ce moment-là, on va dire : Bien, la loi, elle a
été adoptée, ça fait qu'on va aller de l'avant quand même avec cette
recommandation-là.
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout le temps que nous avions. Je vous remercie pour votre contribution à nos
travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants
afin de permettre aux prochains invités de prendre place.
(Suspension de la séance à 16 h 46)
(Reprise à 16 h 49)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue à la Fédération
des chambres de commerce du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période
d'échange. Je vous invite donc à vous présenter et à nous... à commencer votre
exposé, s'il vous plaît.
(Visioconférence)
M. Milliard (Charles) : Alors,
merci, Mme la Présidente. M. le ministre, mesdames et messieurs les députés,
bonjour. Merci de nous accueillir pour échanger sur l'important projet de loi
n° 51, Loi modernisant l'industrie de la construction. Alors, je me
présente, Charles Milliard, je suis PDG de la Fédération des chambres de
commerce du Québec. Je suis accompagné de mes collègues, donc, Alexandre
Gagnon, qui est vice-président, Travail et capital humain, et Audrey Langlois,
qui est conseillère principale, Main-d'œuvre et affaires publiques.
• (16 h 50) •
Alors, je suis désolé de ne pas être avec
vous physiquement aujourd'hui, mais j'ai une excellente raison. J'ai le
privilège, en ce moment, d'être au Nunavik, à Kuujjuaq, pour un sommet
économique avec nos concitoyens inuits, sommet, d'ailleurs, qui abordera, ce
soir, demain et jeudi, les conditions d'un meilleur développement économique
ici, dont fait partie, justement, le secteur de la construction, ainsi que la
contribution des Inuits à la main-d'œuvre dans plusieurs secteurs d'activité,
dont le secteur de la construction. Alors, les hasards de la vie font parfois
bien les choses et ont certainement nourri nos réflexions alors qu'on s'adresse
à vous, aujourd'hui, en commission.
Alors, pour fin de mémoire, la FCCQ est un
organisme qui regroupe près de 1 200 chambres de commerce et près de
1 000 membres corporatifs. Nous représentons, vous le savez, plus de
45 000 entreprises. Partout au Québec, les membres de la fédération
exercent leurs activités dans tous les secteurs et, évidemment, sur l'ensemble
du territoire. Étant le plus important réseau de gens d'affaires et
d'entreprises au Québec, la FCCQ agit aussi comme chambre de commerce
provinciale, mettant de l'avant l'intérêt de ses membres en matière de
politiques publiques.
Alors, aujourd'hui, on vous présente nos
réflexions et recommandations pour assurer le succès de ce grand chantier,
celui de moderniser l'industrie de la... de la construction. Une réforme de
cette ampleur, évidemment, on en conviendra, est historique. Il est de la
responsabilité de tous d'en faire un succès et d'imaginer les règles qui
encadreront la construction au Québec pour les prochaines années.
Pour la communauté d'affaires, l'industrie
de la construction est au cœur du développement économique des régions,
développement économique des régions qui est le moteur premier de notre action,
à la FCCQ. Alors, que ce soit pour le maintien des actifs en transport, la
construction de tours de bureaux, d'hôpitaux, d'écoles, de garderies, de
logements, le milieu de la construction, il est indissociable de l'activité
économique du Québec.
Et pourtant, cette industrie névralgique
est confrontée à deux défis immensément importants : évidemment, celui de
la pénurie de main-d'œuvre, mais aussi, ce qui nous concerne aujourd'hui, son
incroyable et son incontestable complexité réglementaire.
Bien que cette industrie subit lourdement
les enjeux démographiques qui découlent du vieillissement de la population, des
solutions sont, évidemment, à portée de main. D'ailleurs, on reconnaît que le
projet de loi n° 51, sans aller nécessairement aussi loin qu'on le désire,
s'attaque clairement aux bons enjeux. Alors, si je peux imager la chose, le
diagnostic est le bon, mais permettez-nous de vous suggérer quelques
traitements supplémentaires pour soigner notre industrie le plus rapidement
possible.
Alors, dans un premier temps, l'importance
de la polyvalence, la mobilité de la main-d'oeuvre. Alors, pour la FCCQ, et je
crois comprendre, d'après les auditions des derniers jours, nous ne sommes pas
les seuls, la modernisation de cette industrie ne peut être possible qu'en
valorisant la polyvalence des travailleurs et en favorisant la mobilité de la
main-d'oeuvre dans l'ensemble des régions du Québec. Par conséquent, nous
recommandons que vous vous inspiriez du rapport de la Commission de la construction
du Québec, dont faisait état M. Vincent tout à l'heure, qui date de 2013, et
que vous réduisiez considérablement le nombre de métiers réglementés en visant
l'identification de cinq à sept métiers plutôt que 26. Nous recommandons, pour
ce faire, l'ajout d'une mesure transitoire qui obligerait la CCQ à faire
adopter un règlement pour ce faire d'ici les cinq <prochaines...
M. Milliard (Charles)T :
...mesure
transitoire qui obligerait la CCQ à faire adopter un règlement pour ce faire
d'ici les cinq >prochaines années, à défaut de quoi, le ministre du
Travail pourrait procéder à cette adoption dans l'année suivante. Notons que ce
type de mesures transitoires a fait ses preuves dans la récente modernisation
du régime de santé et sécurité au travail qui, évidemment, a été sous
l'impulsion du même ministre et du même ministère.
Pour ce qui est de la formation, il est
impératif de lancer le message au ministère de l'Éducation, évidemment, c'est
important de le préciser, afin qu'il intègre davantage de contenus aux
formations menant à un DEP visant l'acquisition de compétences en lien avec la
numératie, la littératie numérique, afin de favoriser l'implantation de
davantage d'innovations sur nos chantiers. L'innovation, c'est bon dans tous
les secteurs d'activités.
Nous proposons également de s'inspirer de
travaux effectués en lien avec les emplois saisonniers afin d'encourager, voire
même contraindre, les travailleurs de l'industrie ayant fréquemment recours à
l'assurance emploi à participer à des formations qui visent l'acquisition de
métiers supplémentaires en construction et donc, ainsi, d'augmenter leurs
heures annuelles de travail tout en augmentant la polyvalence sur les
chantiers.
Sur la question de la priorité régionale
d'embauche, nous saluons, évidemment, les avancées qui sont proposées par le
ministre. En revanche, vous ne serez peut-être pas surpris, nous sommes d'avis
que toute notion visant à limiter la mobilité de la main-d'œuvre devrait être
abolie. Les modifications proposées permettraient à 73 % des détenteurs de
certificats compagnon de se déplacer librement. Est-ce qu'on ne pourrait pas
être un peu plus ambitieux, ici, sans nécessairement viser le total bar ouvert
que j'ai entendu à quelques reprises dans les derniers jours? Respectueusement,
selon nous, les freins à la mobilité nous semblent être des reliquats du passé
qu'il convient d'adresser dans un forum aussi crucial que celui-ci.
Parlons maintenant de relations de
travail. Alors, sur un autre sujet tout aussi important, donc, on tient à
saluer plusieurs améliorations dans les pratiques de relations de travail dans
le projet de loi. Les nombreux conflits de travail au cours des dernières
décennies nous ont démontré qu'il fallait faire des changements importants dans
nos façons de faire. Le Québec, autant économiquement que socialement, ne peut
pas se permettre des arrêts de travail dans cette industrie névralgique, tout
simplement. Les différents changements proposés, dont le devancement de la
période de maraudage, l'instauration de la notion de bonne foi lors des
négociations ainsi que le dépôt des cahiers de demandes sont des pas,
évidemment, dans la bonne direction.
En revanche, on estime que certaines
autres améliorations seraient nécessaires. Dans un premier temps, on estime
qu'il serait fondamental d'inclure un président indépendant nommé par le
ministre du Travail au sein du Comité des relations de travail dans l'industrie
de la construction afin d'optimiser les chances de succès de cette nouvelle
entité, qu'on salue. Nous acceptons la volonté du gouvernement de permettre la
négociation d'une rétroactivité, mais l'instauration du fonds de rétroactivité
salariale nous inquiète quant au coût qu'il annonce et qui semble évident, mais,
également, quant à la complexité d'appliquer la mesure proposée.
Finalement, afin de permettre... afin de
reconnaître, pardon, l'importance de cette industrie pour les parties
prenantes, mais surtout sur l'ensemble du Québec, il nous semble essentiel
d'instaurer le recours à un arbitrage obligatoire lorsque le conciliateur
désigné vient au constat que la conciliation, justement, n'est pas parvenue à
faire émerger une entente entre les deux parties. L'échec d'une négociation ne
devrait plus être une option, et le recours systématique à une loi spéciale ne nous
semble plus la voie à suivre en 2024.
Sur la question de l'enjeu de la
reconnaissance et des acquis de compétences. Le parcours d'un travailleur
provenant de l'extérieur du Québec pour faire reconnaître ses formations et
diplômes constitue l'une des plus importantes barrières à l'entrée dans le
milieu de la construction. C'est un réel parcours du combattant à bien des égards.
Alors, quant à la contribution des personnes immigrantes à l'essor du secteur
de la construction, écoutez, vous le savez, cette contribution-là, en ce
moment, elle est famélique et elle mérite qu'on s'y attarde aujourd'hui. À cet
effet, la FCCQ exige que... ou propose que la Commission de la construction du
Québec adopte le règlement visant à déterminer la procédure ainsi que les
normes qui seront utilisées pour simplifier cette reconnaissance-là, de la
formation et des diplômes délivrés, dans un délai de 24 mois suivant la
sanction de ce projet de loi.
Alors, en conclusion, nous estimons que le
projet de loi n° 51 propose des avancées importantes qui méritent le
respect, et je tiens à le souligner dans le cadre de la commission aujourd'hui.
En revanche, nous croyons qu'on peut aller encore un peu plus loin pour assurer
que toutes nos ambitions de construction, grandes ou petites, puissent être
réalisées. La vitalité économique de l'ensemble des régions du Québec en
dépend. Et, par un autre hasard de la vie, on tenait, hier, à la fédération,
une conférence de presse avec notre réseau de chambres pour rappeler l'urgence
d'agir au Québec pour <enrayer...
M. Milliard (Charles)T :
...avec
notre réseau de chambres pour rappeler l'urgence d'agir au Québec pour >enrayer
la crise du logement qui plombe nos ambitions collectives vers le bas. Pour
nous, il est évident qu'un secteur de la construction réformé et plus efficace,
c'est le plus bel outil qu'on peut se donner pour atteindre nos objectifs le
plus efficacement possible. Merci pour votre temps, et au plaisir d'échanger
ensemble.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
pour... Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la
période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Oui, merci, Mme
la Présidente. Merci à vous trois. Merci à la Fédération des chambres de
commerce du Québec pour sa contribution, pour son engagement au développement
économique du Québec, et la qualité de sa présentation, aussi. M, Milliard,
félicitations pour ce que vous faites actuellement. Vous êtes au Nunavik, et je
ne peux pas m'empêcher de faire un clin d'oeil à l'Administration régionale
Kativik, hein, comme vous savez, dans le projet de loi, on rend accessible les
mesures d'inclusion et de diversité qu'on a mises en place à la CCQ pour les
femmes aux personnes issues des Premières Nations, Inuits et Cris, puis il y a
des administrations qui ont des ententes intergouvernementales, dont
l'Administration régionale Kativik, qui vont pouvoir bénéficier d'un permis de
référencement de main-d'oeuvre tellement important pour leur réintégration.
Puis moi, j'ai eu beaucoup de témoignages de travailleurs, travailleuses et de
personnes impliquées dans les associations syndicales qui référaient au
potentiel immense, et il faut continuer de travailler dans cette direction-là.
Et je vous prierais de saluer les acteurs, les partenaires que vous allez
rencontrer lors de vos assises, lors de vos échanges dans la région du Nunavik.
• (17 heures) •
Vous avez bien exprimé les enjeux de
main-d'œuvre, il y a la productivité, aussi, parce qu'il y a des écarts qui
nous séparent de l'Ontario et du reste du Canada. La main-d'oeuvre, bien sûr,
c'est vécu partout. La complexité réglementaire, il y a effectivement une
espèce d'opacité, hein, puis l'Institut du Québec révélait récemment que, dans
notre industrie de la construction, c'était impossible d'y arriver quand on est
une personne immigrante. Puis quand on constate le faible taux de
représentativité des travailleurs étrangers temporaires par rapport aux autres
secteurs ou dans la population active du Québec, c'est à peu près du simple au
double. Donc, il faut véritablement faire un effort, puis j'ai bien compris,
mais on va dans cette direction-là, dans le PL 51, qu'il y ait des normes
de reconnaissance non seulement du travail effectué à l'étranger, mais aussi
des heures de formation et des diplômes, et ça, c'est un impératif qui fait
partie de ce projet de loi là.
Sur la mobilité, je comprends votre point
de vue. En même temps, moi, j'ai une conviction profonde, M. Milliard, qu'il faille
y aller de manière à contrôler qu'il n'y ait pas d'abus, qu'il n'y ait pas
d'excès. Je comprends qu'on est dans un système d'économie de marché, mais la
mobilité, on passe quand même d'un seuil qui baisse de moitié pour les hommes
et qui baisse d'un pourcentage important pour les femmes et les autres groupes
issus de la diversité. Et je ne dis pas qu'il faille y aller par étapes, mais
la mobilité, ça doit être vécu, ça doit être expérimenté puis ça doit être fait
dans le respect du paritarisme qui guide les travaux de la Commission de la
construction du Québec. Mais je l'ai répété, la mobilité, il n'y a pas
d'obstacles à la mobilité dans d'autres secteurs de l'économie du Québec, et
là, ici, je comprends bien cette recommandation-là.
Pour la polyvalence, bien, rappelez-vous,
puis c'est... bon, on appelle ça un sondage, ou une étude, ou un rapport, il y
a certainement des impacts sur les heures, sur les coûts et donc, ultimement,
sur la productivité. De fusionner des métiers, je ne sais pas si vous m'avez
entendu, tout à l'heure, avec notamment la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante, j'ai fait le commentaire à d'autres groupes, c'est
une option, mais l'impact d'une fusion des métiers sur les tenants et
aboutissants de la formation dispensée dans les centres de formation
professionnelle qui donnent des diplômes d'études professionnelles serait
magistral, et c'est un chantier énorme et ça, ça aurait été une révolution...
17 h (version révisée)
M. Boulet : ...un chantier
énorme, et ça, ça aurait été une révolution. Puis je pense qu'on a des besoins,
ça a été exprimé dans les sondages, d'une modernisation la plus rapide possible.
On a des besoins immédiats pour répondre à des missions essentielles de l'État.
Vous l'avez mentionné aussi, là, il n'y a pas que les logements, il y a les
hôpitaux, les écoles, les projets industriels.
Et je ne veux pas... Parce qu'on dit :
Est-ce que ça va régler la crise du logement? Il ne faut pas le présenter de
cette manière-là. Je pense qu'il y a plusieurs éléments dans la modernisation
de l'industrie de la construction. Le PL 51, ce n'est pas une finalité, c'est
un des éléments de l'ensemble du processus de modernisation qui a été amorcé.
Puis on a parlé de planification des travaux, puis ça, ça relève d'une autre Loi
sur les contrats des organismes publics. Il y a le ministère de l'Éducation sur
l'augmentation de l'offre de formation, notamment en alternance travail-études.
Vous avez vu l'allègement réglementaire qui a été fait il y a deux ans pour
permettre aux étudiants d'aller travailler pendant les périodes de relâche ou
de congé. Donc, c'est véritablement une collégialité, une mobilisation de tous
ceux qui sont engagés dans la modernisation, puis il faut le faire dans le
respect. Puis votre propos puis votre mémoire me fait réaliser à quel point
notre quête d'un équilibre puis d'une modération, elle est, je pense, bien
assumée.
Les relations de travail, bon, évidemment,
on parle d'un comité qui est paritaire. Vous, vous dites : Il devrait y
avoir un président indépendant. Est-ce que vous pouvez juste me donner une
motivation additionnelle à ce qu'il y ait un... Parce que le comité paritaire,
c'est comme dans les comités de relations de travail qu'il y a dans les
organisations privées, publiques, parapubliques. Mais je me questionne encore
sur ajouter un président indépendant. Je vous écoute, M. Milliard.
M. Gagnon (Alexandre) :Oui, je peux peut-être y aller, oui, si ça vous va.
Bonjour, M. le ministre. Bonjour, tout le monde. Dans l'ensemble des grandes
instances qui font du dialogue social, il y a toujours quelqu'un qui va animer
les discussions, qui va amener les sujets de conversation, qui va documenter
les décisions à prendre.
Ce comité qui est proposé de créer a
des... a des obligations ou a une mission très large, très importante. On voit
tous les succès entourant la médiation, la conciliation exercées par le
ministère du Travail dans des... dans des milieux complexes, dans des milieux
où les relations de travail ne sont pas simples. D'ailleurs, la construction
nous semble toute désignée de prévoir que la création même de ce comité de
relations de travail là prévoie la présence d'un conciliateur, d'un médiateur
qui permettra d'animer les discussions, qui permettra d'assurer que le tout se
fasse de façon cordiale puis de... se fasse dans... le plus efficacement
possible.
M. Boulet : Donc...
M. Gagnon
(Alexandre) :Donc, on comprend que, dans
les relations de travail, c'est toujours bipartite, mais, dans ce cas-là
particulier, il nous faut un facilitateur, il y a un rôle primordial à mettre
en place.
M. Boulet : Évidemment, il y
a les services de conciliation, médiation du ministère du Travail, là, mais... OK,
je me questionnais sur la pertinence d'avoir un président indépendant un peu
permanent, là. Mais j'aime bien que vous souligniez la volonté que nous avions
de rendre les relations de travail les plus harmonieuses possibles, là. Le
devancement de la période de maraudage, vous savez l'impact que ça peut avoir,
l'obligation de négocier de bonne foi puis l'obligation de déposer, là, les
offres, les demandes, les propositions ou les contre-propositions.
Il y a... L'arbitrage obligatoire, je
comprends, là, mais c'est une... c'est une recommandation que vous faites en
cas d'impasse, en cas de conflit, que le ministre nomme un arbitre de
différends. Dans le Code du travail, on sait que, pour une première convention,
c'est à la demande d'une partie, dans le cas d'un renouvellement de convention,
ça prend le consentement des deux parties. Là, ce que vous recommandez, c'est
que le ministre puisse le faire sans qu'il y ait de demande, mais, en cas d'échec,
comme M. Milliard le mentionnait, de la médiation, qui est obligatoire dans le
projet de loi.
Moi, ma préoccupation, là, M. Gagnon, vous
me voyez venir, là, c'est eu égard à la décision de la Cour suprême<i> de
2015 en Saskatchewan et toutes les décisions qui ont <suivi...
M. Boulet :
...décision
de la Cour suprême de 2015 en Saskatchewan et toutes les décisions qui ont >suivi.
Le droit de grève a été constitutionnalisé, fait partie intégrante de la
liberté d'association, donc il y aurait un enjeu. Évidemment, ce que vous vous
dites, si on nomme un arbitre, ça permet d'éviter une loi imposant le retour au
travail, loi qui, en 2017, a été adoptée par nos prédécesseurs, qui a été
déclarée inconstitutionnelle l'année dernière ou l'année précédente. Je pense que
de nommer un arbitre aurait éventuellement le même effet, là, mais je ne veux
pas embarquer dans ces détails-là.
Mais je ne peux pas m'empêcher de vous
poser la question, qui va probablement être posée par mes collègues
parlementaires. La rétroactivité, si je vous comprends bien, bon, dans la loi
actuelle, on empêche aux parties de négocier une rétroactivité, et vous, vous...
vous êtes d'accord à ce que nous abrogions cet article-là et qu'on laisse aux
parties le soin de déterminer s'il y a ou non rétroactivité et comment elle se
verse. Parce que, le fonds, nous, on voulait simplifier ça pour les employeurs,
la simplification administrative, et s'assurer que les salariés puissent
recevoir la rétroactivité. Vous, vous vous dites... vous nous dites, pas de
fonds, mais possibilité de négocier une rétro. Est-ce que j'ai bien compris, M.
Gagnon ou... ou Charles, là?
• (17 h 10) •
M. Gagnon (Alexandre) :Oui, vous avez bien compris, c'est exactement ça. Est-ce
que ça fait... on pense que c'est très positif, d'éliminer la rétroactivité?
Peut-être pas, mais, dans le... dans un contexte de recherche de consensus et
de trouver un... une entente de principe, ça nous semble une belle piste de
réflexion et on... on est quand même ouverts à cette perspective-là. Évidemment,
ça amènera des complexités dans la rédaction contractuelle des contrats dans
l'industrie de la construction pour prévoir ces éventuelles hausses, qui ne
seront pas nécessairement identifiées au départ, lors de la signature des
contrats de... d'infrastructures, notamment.
Quant au fonds, on comprend l'esprit, on
comprend la mécanique qui est proposée jusqu'à un certain point, mais on a
l'impression que ce serait une négociation avant la négociation qui se ferait à
la Commission de la construction du Québec plutôt qu'à la table de négociation,
afin de cibler et de voir à quel... comment on va construire ce fonds-là. Donc,
plutôt que d'imposer un mécanisme, invitons les parties à la table de
négociation de s'entendre comment ils vont financer cette rétroactivité-là, le
cas échéant où ils négocient le fait qu'il y en ait une. Donc, le fait de... de
négocier ne dit pas qu'il y en aura une, automatiquement. On se comprend.
M. Boulet : Est-ce que vous
ne pensez pas qu'il y aurait un enjeu de gestion de versement de la
rétroactivité? Parce qu'on comprend qu'il y a des tables de négociation
sectorielles lors des renouvellements de conventions collectives. Et, s'il y a une
entente sur une rétroactivité qui doit être versée employeur par employeur, on
réalise que, dans l'industrie de la construction, il y a beaucoup, beaucoup de
déplacements, de modifications de l'identité de l'employeur, de déplacements
d'un chantier à l'autre. Est-ce que vous, ce que vous nous soumettez :
laissons les parties déterminer comment?
M. Gagnon (Alexandre) :Exactement. Ce n'est pas... vous l'avez bien précisé, c'est
un enjeu complexe, ce serait difficile à administrer, mais ça nous semble tout
de même malgré tout plus simple que la constitution d'un fonds de rétroactivité
et de sa gestion.
M. Boulet : Vous allez rendre
certains de mes collègues heureux, quand même, et c'est une belle recherche de
consensus. J'ai beaucoup de respect pour ça et... Mais, si vous aviez... Est-ce
que vous avez pensé à un... à une façon pratique de le faire, tenant compte des
réalités du... de l'industrie actuelle?
M. Gagnon (Alexandre) :L'une des choses qu'on présente devant vous aujourd'hui,
là, c'est qu'on n'est pas les spécialistes de l'industrie de la construction
puis on ne veut pas se mettre à la place des associations de la construction ou
des syndicats pour y arriver. On est là pour mentionner, entre autres, qu'on
est là pour représenter l'ensemble des parties prenantes en dehors de
l'industrie de la construction, qui sont impactées par cette... par cette
industrie-là, par les règles, mais également de doter les parties prenantes des
bons outils pour en arriver à des consensus. Donc, on... laissons ces... les
bonnes personnes décider, s'entendre, discuter, donnons-leur les bons outils
pour y arriver. C'est... c'est notre message central aujourd'hui, là.
M. Boulet : Super. Moi, ça
répond bien à mes interrogations. Puis je veux repartager votre commentaire sur
le fait que c'est presque un parcours du combattant pour une personne qui veut <intégrer...
M. Boulet :
...sur
le fait que c'est presque un parcours du combattant pour une personne qui veut >intégrer.
Il y a des personnes qui arrivaient de l'Ukraine, de plusieurs pays étrangers
et qui me témoignaient, parce que j'ai eu l'opportunité d'en rencontrer
plusieurs... puis des centres qui s'intéressent à l'accueil, puis à
l'intégration.
Puis je me préoccupe toujours de l'équité
aussi dans la représentativité dans les secteurs. Je sais qu'on a des réserves,
parfois, mais on a déterminé qu'il y avait des secteurs névralgiques au Québec :
la santé, l'éducation, les services de garde à l'enfance, le génie, les
technologies de l'information et la construction. Et ça a fait l'objet d'une...
d'un article détaillé, là, de Francis Vailles récemment, là, le... ce que
l'Institut du Québec a démontré, c'est... c'est 3 % dans l'industrie de la
construction, par rapport à 6 %, et beaucoup ont témoigné qu'elles avaient
une expérience en charpenterie-menuiserie, ou peu importe le métier, et
qu'elles n'étaient pas en mesure.
Et la CCQ, avec ce projet de loi là, va
permettre non seulement d'ouvrir les valves, mais de nous permettre de répondre
à des besoins de main-d'œuvre partout au Québec. Alors, merci beaucoup, Charles.
Bon séjour au Nunavik. Alexandre, Audrey, au plaisir de vous rencontrer de
nouveau. Merci.
Des voix : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Maintenant,
je cède la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. Milliard, M. Gagnon, Mme Langlois, merci d'être avec
nous cet après-midi, puis merci pour votre mémoire également, donc, très étoffé.
J'espère, M. Milliard, que vous appréciez votre séjour au Nunavik.
Donc, j'ai... j'ai pris connaissance de
vos différentes recommandations, et on va y aller dans... dans l'ordre. La
première, donc, étant de retirer les notions visant à limiter la mobilité de la
main-d'œuvre. On en a parlé abondamment dans le cadre de ces différentes
consultations. Je saisis bien le fond de votre recommandation ici.
Ma question. Donc, nous, comme
législateurs, évidemment, donc, on aura à faire, donc, certains arbitrages. Je
comprends que, pour vous, ce qui est proposé par... ce qui nous est proposé par
le ministre, vous le voyez de façon positive, mais vous souhaitez aller plus
loin. Subsidiairement, est-ce que vous auriez une autre proposition? Et
notamment peut-être vous entendre, donc, sur les travailleurs, donc, qui sont à
l'extérieur des grands centres. Est-ce que vous verriez, donc, d'autres...
(Panne de son) ...de mobilité distincts pour ceux-là? Donc, je veux... je veux
vous entendre élaborer sur cette recommandation-ci.
M. Milliard (Charles) : Peut-être
juste un petit commentaire avant de laisser mes collègues répondre.
Effectivement que la réforme peut se faire ou devrait se faire de façon
progressive. Je comprends qu'on est en accord parce qu'il y a une amélioration
sensible de la mobilité de la main-d'œuvre. Je vous parlais de 73 %. Par
contre, je vous... je rétorquerais à ça qu'on ne fait pas une réforme à toutes...
à toutes les années ni à tous les cinq ans. On fait une réforme pas très
souvent. Alors, c'est important d'avoir le plus de mesures qui vont permettre
de débloquer cette question-là de la mobilité.
Et je compléterais en disant qu'à l'époque
il y avait aussi des régions qui ne... qui avaient un certain intérêt à avoir
ces contraintes-là, et ce n'est pas vraiment ce qu'on observe maintenant. Puis
je dirais même que c'est le... c'est l'inverse, parce qu'on a maintenant des
travailleurs en région qui voudraient peut-être pouvoir aller travailler aussi
dans des grands centres, avec les différents projets, que ce soient les projets
du PQI, d'Hydro-Québec, on peut tous les nommer. Donc, cette réticence-là
régionale, qu'il y avait auparavant et qui a mené le législateur probablement à
ça à l'époque, n'a pas la même... n'a plus la même valeur en ce moment. Donc,
c'est pour ça qu'on aimerait dépasser l'image que je donnais de 73 %. Et
je laisserais peut-être Alexandre compléter.
M. Gagnon (Alexandre) :Oui, effectivement, ça ne nous semble à première vue pas
très adapté à un milieu de la construction puis à l'état du marché du travail
d'aujourd'hui, mais aussi de ce qui est perçu pour les prochaines années puis
même pour les prochaines décennies avec le vieillissement de la population puis
les grands plans gouvernementaux, notamment au niveau de la construction.
Donc, dans ces circonstances-là, et
puisque nulle part ailleurs on n'a ce genre de limite régionale là... on
pouvait le voir auparavant, dans l'industrie... dans la santé, dans l'éducation.
On sait tous les débats qu'il y a eu afin d'obtenir davantage de
régionalisation, davantage de mobilité. On pense que vous avez une belle
opportunité aujourd'hui de régler cette situation-là, de venir se mettre au même
niveau que les autres industries, les autres secteurs d'activité. Ne manquons
pas le bateau et allons-y pour l'avenir et pour... pour assurer une certaine
mobilité de la main-d'œuvre autant que possible.
Mme Cadet : J'ai bien compris.
Votre deuxième recommandation, donc, porte sur la notion de polyvalence. Donc, vous...
vous nous <dites...
Mme Cadet :
...votre
deuxième recommandation, donc, porte sur la notion de polyvalence. Donc,
vous... vous nous >dites que la définition proposée laisse beaucoup de
place à l'interprétation et devra inévitablement être précisée devant les
tribunaux. Donc, peut-être vous entendre là-dessus. Puis, d'autre part... bien,
en fait, votre recommandation précise que... ça, c'est dans les paragraphes
introductifs, mais dans votre recommandation, donc, vous nous dites, donc,
d'indiquer, à l'article 4.0.1 du règlement, que l'employeur aurait
l'autorité de déterminer la répartition des tâches octroyées. Donc, quelles
seraient les conséquences ou les risques de ne pas prendre en considération
cette recommandation-là sur le droit de gestion?
M. Gagnon (Alexandre) :En fait, le message qu'on a aujourd'hui, c'est beaucoup de
dire, considérant que... On comprend le... qu'il n'y a pas eu de consensus lors...
lorsqu'il y a pu avoir des discussions au préalable avant le dépôt du projet de
loi. Ça a amené aux... à une définition qui est quand même assez... assez vague
de qu'est-ce que va être la polyvalence qui va être acceptée. Dans ces circonstances-là,
on veut qu'il y ait un message clair que la volonté du législateur, la volonté
du projet de loi, c'est que cette interprétation-là soit vue très largement.
L'objectif, c'est de... que... qu'il y ait un message clair qui soit envoyé,
parce qu'on s'en... Évidemment, il y aura des conflits, il y aura des litiges
éventuellement. On veut qu'aujourd'hui... qu'il soit exprimé clairement que la
volonté était que ce soit interprété le plus largement possible.
• (17 h 20) •
Mme Cadet : ...donc, votre
recommandation au législateur, c'est qu'on laisse, donc, cette définition-là de
polyvalence telle quelle, puis ensuite, donc, ça se... ça se précisera. Mais,
pour vous, c'est un continuum normal, régulier, donc vous préférez qu'on ne
touche pas, qu'on ne précise pas, à l'heure actuelle, la définition qui nous
est soumise. C'est bien ça?
M. Gagnon (Alexandre) :Bien, ça va ramener à notre autre recommandation qui suit,
là, en lien avec le nombre de métiers. Si vous nous... si vous réduisez le
nombre de métiers qui sont réglementés au Québec, hein, les faire passer de 26
à cinq ou à sept, évidemment, le besoin de polyvalence, qu'ils soient
réglementés par cette définition-là, sera moins important. Mais tant et aussi
longtemps qu'on n'a pas obtenu une certaine normalité dans les métiers qui sont
réglementés, dans la flexibilité des tâches qui seront effectuées, on aura
besoin d'une grande flexibilité dans l'interprétation de... les clauses qui
nous sont présentées dans la définition.
Mme Cadet : D'accord. Puis
juste...
M. Gagnon (Alexandre) :On pourra en reparler... Oui.
Mme Cadet : Oui, c'est ça.
Puis juste pour être bien certaine, pour le deuxième volet de ma question, qui
était sur le droit de gestion, là, je comprends bien ce que vous dites, donc,
l'interprétation plus... assez large, avec une intention très claire du
législateur au règlement, donc, permettrait, donc, d'éviter différents... des
différends en la matière. Je vous vois hocher de la tête, donc c'est... c'est bien
ça.
Bien, vous avez fait vous-même, donc, la
transition vers votre prochaine recommandation, sur la réduction du nombre de
métiers progressive. Vous l'amenez sous l'angle de la pénurie de main-d'œuvre,
ce qui n'est pas nécessairement ce qu'on... ce qu'on a vu précédemment, en
fait, par le biais de vos prédécesseurs ici. Donc, vous, donc, en quoi cette
proposition-là, donc, viendrait, donc, amoindrir, donc, la pénurie de
main-d'œuvre dans un secteur où on sait que la main-d'œuvre va être amenée à
croître, dans les prochaines années, avec l'augmentation des besoins?
M. Gagnon (Alexandre) :C'est une réalité qui est davantage dans les plus petits
secteurs, les plus petits chantiers. Dans les plus petits chantiers, où
quelqu'un est limité dans certaines tâches, il y a beaucoup de temps de
va-et-vient et de temps improductif dans le travail d'une personne, puisqu'il
ne peut pas... faire les... il est obligé d'attendre que l'autre spécialiste
passe et que l'autre entrepreneur passe pour faire... continuer les travaux.
Donc, en ayant autant de métiers, ça nécessite beaucoup de va-et-vient,
beaucoup de temps improductif, de temps d'arrêt de chacun des entrepreneurs. Et
il nous semble important, pour maximiser le temps travaillé, le temps de
présence, que cette personne-là ait le maximum de flexibilité pour faire le
maximum de tâches et qu'il puisse ainsi être beaucoup plus productif sur les
chantiers, et donc requérir moins d'embauches d'autres travailleurs. Donc, on
peut engager plus de travailleurs ou on peut rendre nos travailleurs actuels
beaucoup plus productifs. Les deux façons de faire, il faut y travailler pour
les... il faut les rendre possibles.
Mme Cadet : Parfait, je
comprends. C'est un continuum, donc ils interagissent l'un avec l'autre comme...
comme critères. Évidemment, donc, moi aussi, donc, j'irais vers la question de
la négociation de la rétroactivité. En effet, donc, vous arrivez avec une
proposition mitoyenne. Ici, donc, vous nous proposez que le... donc, on a...
d'enlever le fonds, de laisser ça pleinement aux parties. Est-ce que... Donc,
je comprends que, pour vous, donc, il n'y a pas de nécessité de mettre en œuvre
un mécanisme pour accompagner la permission, là, de pouvoir négocier la
rétroactivité dans les conventions collectives. Donc, j'ai souvent posé cette
question-là, donc, si ces deux propositions-là sont un peu indissociables. Le
ministre a parlé, donc, des... donc, des difficultés d'application, donc, qui
viendraient avec le fait d'avoir la rétroactivité seule. Peut-être vous
entendre <là-dessus...
Mme Cadet :
...donc,
qui viendraient avec le fait d'avoir la rétroactivité seule. Peut-être vous
entendre >là-dessus. Je comprends que c'est... vous laisseriez ça libre,
mais est-ce que vous verriez un autre type de mécanisme, par exemple, qui ne
serait pas aussi contraignant que... contraignant que le fond, mais qui
pourrait être applicable pour pouvoir répondre à certaines des interrogations
que le législateur pourrait avoir?
M. Gagnon (Alexandre) :On pourrait inventer tout type de mécanisme. On pourrait
proposer plein de choses. On pourrait par exemple dire que la rétroactivité, qui
est quantifiée, serait perçue à partir de cotisations dans l'avenir pour payer
ces cotisations-là. Mais ne prenez pas ma recommandation... ne prenez pas notre
recommandation aujourd'hui parmi ça, on n'est pas les intervenants pour ça. Il
faut mettre les bons acteurs autour de la table pour négocier ça. C'est eux qui
vont déterminer les meilleurs moyens. Puis, nous, ce qu'on veut, c'est que vous
leur donniez la... l'ensemble des outils à disposition pour les négocier, les
possibilités potentielles, là.
Mme Cadet : Merci. Donc, je
biffe les notes que j'ai prises, vous me dites de ne pas tenir ça en
considération, à la blague. Donc, je rétropédale un peu, là, sur la
recommandation... plutôt curieuse, donc, d'inciter, si nécessaire contraindre
des travailleurs de l'industrie de la construction ayant fréquemment recours à
l'assurance-emploi à participer à des programmes de formation visant
l'acquisition des métiers supplémentaires. Est-ce que ce serait applicable, ça,
comme... comme proposition? Comment vous voyez ça?
M. Gagnon (Alexandre) :Oui. Je vais laisser ma collègue Audrey répondre.
Mme Langlois (Audrey) :Parfait. Donc, bonjour. Alors, oui, on sait, l'industrie de
la construction, c'est quand même un secteur où est-ce que ça peut être
saisonnier, où ça peut être cyclique, ça peut dépendre également des régions et
du niveau d'activité. Donc, ce qu'on a remarqué, notamment avec l'étude
d'impact réglementaire que le gouvernement a fournie en amont de la
présentation du projet de loi 51, c'est qu'il y a quand même certaines
professions qui ont une moyenne annuelle d'heures travaillées en deçà de
1 000 heures de travail. Donc, on voulait justement proposer que ces
travailleurs-là puissent développer des nouvelles compétences, acquérir
peut-être des nouvelles cartes de...
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
suis désolée, madame... je suis désolée, c'est tout le temps que nous avions.
Je...
Mme Cadet : ...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je dois passer la parole maintenant au député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous trois. Toujours un plaisir de vous voir en
commission. Je fais un peu de millage sur la question de ma prédécesseure, en
lien avec la rétroactivité. Moi, je... j'ai honnêtement été surpris de votre
proposition, là, de dire qu'on devrait permettre aux parties de la négocier. Et
je dis «surpris», pas tant en fonction de votre organisme, qu'elle détonne de
l'ensemble des autres organisations du côté patronal, on va dire, qui sont
passées aujourd'hui. Donc, je me réjouis que vous ameniez un peu cette note de
nuance, j'oserais dire, dans ce débat-là.
Parce qu'à mon avis c'est une forme, je
dirais, de... presque de discrimination d'un secteur économique, qu'on ait
décidé qu'il n'y ait pas de possibilité. Après ça, est-ce qu'il va
nécessairement en... y en avoir une? Moi, je ne suis pas en train de dire qu'il
faut qu'il y en ait obligatoirement une. C'est pour ça que la solution du
ministre, moi, ne me convenait pas tout à fait. Puis, là-dessus, on se rejoint
visiblement. Je la trouvais un peu compliquée. Je pensais qu'elle avait...
j'étais convaincu qu'il y avait une bonne intention, mais je la trouvais un peu
compliquée. Bref, donc, salut, bravo pour votre recommandation à ce niveau-là.
Je pense qu'avec un peu d'espoir, c'est peut-être vers là qu'on s'enligne
tranquillement. On verra bien l'étude détaillée dans les prochaines semaines.
Je voudrais vous amener sur le dossier de
la... de la présence des femmes dans l'industrie la construction. Plusieurs
groupes en ont parlé. Il y a, entre autres, <i>Action travail des femmes
qui a fait la recommandation d'avoir des espèces de quotas, là, des programmes
ouverts... je ne me souviens plus du terme technique, là, mais un nombre
minimal de présence de femmes dans les contrats publics. Puis on sait bien que
c'est l'État qui est le principal donneur d'ouvrage dans beaucoup de domaines.
Est-ce que c'est une notion pour vous qui est dans la... dans le domaine de la
raisonnabilité, de mettre ce genre de quotas là pour, dans les faits, aller un
peu plus vite en matière de présence de femmes dans l'industrie?
M. Gagnon (Alexandre) :Le gros défi dans l'industrie de la construction pour
attirer les femmes vient avec le marketing de la profession, d'attirer ces
femmes-là, mais aussi de les retenir. On... Il y a... il y a eu d'énormes...
vous avez participé d'ailleurs à plusieurs discussions récemment, notamment
avec le projet de loi n° 42, avec le projet de loi n° 59 en santé et sécurité,
qui a... qui a mis de l'avant certaines cultures parfois un peu difficiles, un
peu passées date, jusqu'à un certain point, de la façon qu'on... que... que
c'est géré parfois dans l'industrie de la construction. Il y a des belles
mesures qui ont été proposées, quant... de la formation, quant à prévenir, à
identifier les situations de harcèlement puis de... en milieu de travail. Donc,
il y a tout un cycle pour s'assurer que c'est une industrie qui va être plus
attirante pour attirer des candidatures, pour attirer des femmes à intégrer
l'industrie de la construction.
Si aujourd'hui on intégrait un quota dans
certains contrats, ce ne serait pas par la mauvaise volonté des parties
prenantes que ce ne serait pas acquis, ce serait par la difficulté de cette
industrie à attirer les femmes à venir <travailler...
M. Gagnon (Alexandre) :
...que ce ne serait pas acquis, ce serait par la
difficulté de cette industrie à attirer les femmes à venir >travailler
dans l'industrie. Il faut travailler par rapport à cet enjeu-là avant même de
penser à mettre en place des quotas, qui seraient hors de contrôle des
personnes de... de venir à les intégrer et à les respecter éventuellement.
Donc, il y a un travail préalable bien important de faire auparavant.
La Présidente (Mme D'Amours) :
...
M. Leduc : Pardon?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Leduc : 20 secondes. Vous
faites... raison de parler de la culture, mais il y a aussi, des fois, les
patrons qui peuvent dire : J'ai entendu des histoires, moi, je n'embauche
pas ça, des femmes. Ça fait que comment on traite ça autrement que par des
quotas comme ça?
Mme Langlois (Audrey) :Si je peux me permettre, assez rapidement, on a quand même
un comité infrastructure construction à la CCQ. Notre président de comité est
une femme, et moi, j'ai remarqué qu'on avait beaucoup de femmes...
La Présidente (Mme D'Amours) : Ça
tombe sur vous. Je suis désolée, madame, ça tombe sur vous. On a peu de temps,
désolée. Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup
pour votre mémoire et votre présence parmi nous aujourd'hui. Vous... Sur la
question du nombre de métiers, vous proposez donc que la Commission de la
construction soit chargée, d'ici cinq ans, de réduire le nombre de métiers, et
qu'à défaut le ministre le fasse.
• (17 h 30) •
De manière intéressante, la commission est
venue témoigner aujourd'hui, puis elle nous rappelle qu'il y a quatre piliers,
là, vraiment importants dans tout ça, et qu'il y en a un que c'est la
concertation. Ça fait partie du modèle québécois, puis le ministre, je pense, a
beaucoup insisté là-dessus aussi, et c'est pour ça que, sur cette question-là,
il s'en remet un petit peu, je pense, aux comités des relations de travail. Il
va dire : On va envoyer, puis les gens vont discuter. Quel est l'effet,
selon vous, de ce que vous proposez, justement, sur cette partie du modèle
québécois, qui semble être une de nos forces, la concertation?
M. Gagnon (Alexandre) :On est dans le cœur de cette... de cette force du modèle
québécois de la concertation. On veut passer par cette concertation-là. On veut
que les gens, autour de la table de négociation, autour de la table de la
Commission de la construction du Québec, les comités qui sont constitués par la
Commission de la construction du Québec, travaillent ensemble à arriver à ce
résultat-là.
Cependant, le passé nous a démontré que,
sans une certaine pression utile, un certain délai, sans un objectif devant
eux, puis c'est commun à n'importe quelle table de négociation, entendons-nous,
c'est difficile d'en arriver à un consensus puis arriver au résultat. Donc, il
faut leur donner un délai. Ça a... On a eu des bons résultats, par le passé, en
amenant des délais précis pour amener cette pression et amener les gens à
travailler sérieusement à l'atteinte de ce résultat-là.
M. Paradis : Très bien. Sur
la question de la mobilité, il y a une phrase de la page 4 de votre
mémoire, là, qui dit que, bien, les limitations à la mobilité ne peuvent plus
être motivées par un objectif de protéger la main-d'œuvre régionale. J'aurais
aimé vous entendre aussi, là, sur cette question-là de l'intérêt des régions
face à votre proposition.
La Présidente (Mme D'Amours) : ....
M. Gagnon (Alexandre) :Oui. Audrey, est-ce que tu veux y aller? Oui?
Mme Langlois (Audrey) :Je peux aller assez rapidement. Ce qu'on a observé, c'est
quand même plusieurs régions où est-ce que les bassins de main-d'œuvre sont
souvent ouverts. Donc, il y a quand même un besoin de main-d'œuvre un peu
partout au Québec. On a un taux de postes vacants qui demeure quand même
relativement élevé en construction. Et, autrement dit, la mobilité de la... la
mobilité régionale, là, il faut la regarder d'un point de vue d'un travailleur.
Est-ce que ça veut dire qu'un travailleur qui est à Montréal va aller
travailler nécessairement en Beauce? Pas obligatoirement, mais il peut y avoir
des chantiers qui peuvent devenir très, très intéressants et qui peuvent
inciter à se déplacer.
Donc, pour nous, cette restriction là,
aujourd'hui, n'a plus sa raison d'être, dans un contexte où est-ce qu'on a des
projets d'infrastructure de plus en plus importants. On a d'autres grands
projets qui arrivent bientôt avec Hydro-Québec, où est-ce qu'on va avoir besoin
de 35 000 travailleurs. Et ça, c'est une notion que je vais vous marteler
aujourd'hui, c'est important de prendre ça en considération, les besoins sont
grandissants...
La Présidente (Mme D'Amours) :
...
Mme Langlois
(Audrey) : ...et les travailleurs qui souhaitent se promener
d'une région à une autre devraient pouvoir le faire.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
je suis désolée.
Mme Langlois
(Audrey) : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Je vous remercie pour votre contribution à nos travaux de la commission. Je
suspends les travaux quelques instants afin que nos prochains invités prennent
place.
(Suspension de la séance à 17 h 33)
17 h 30 (version révisée)
(Reprise à 17 h 37)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Je... je souhaite maintenant la bienvenue à la Régie
du bâtiment du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, puis nous procéderons à une période d'échange. Je vous
invite donc à vous présenter et à nous donner votre exposé, s'il vous plaît.
M. Beaudoin (Michel) : Merci,
Mme la Présidente. M. le ministre, Mmes et MM. les députés, c'est avec grand
plaisir que je m'adresse à vous dans le cadre de la consultation particulière
sur le projet de loi 51. Pour l'occasion, je suis accompagné de Mme Silvia
Garcia, vice-présidente à la réglementation et à l'innovation, M. Stéphane
Petit, vice-président aux relations à la clientèle et Jean-François Paquet,
vice-président aux enquêtes. Je suis Michel Beaudoin, président-directeur
général de la Régie du bâtiment du Québec.
D'emblée, je tiens tout d'abord à préciser
que la RBQ est favorable aux objectifs poursuivis par le projet de loi de
modernisation de l'industrie de la construction, notamment en ce qui a trait à
la mise en place du principe de polyvalence dans l'organisation du travail.
Nous aurons d'ailleurs l'occasion d'y revenir. La RBQ n'est bien sûr pas
directement visée par le projet de loi 51. Toutefois, à titre d'acteur clé
de l'industrie, la RBQ contribue à améliorer la productivité dans l'industrie
de la construction au Québec.
Ce projet de loi comporte des dispositions
relatives à la mobilité et à la polyvalence des travailleurs de construction.
Rappelons que les employeurs et... et de ces travailleurs doivent être
titulaires d'une licence d'entrepreneur permettant la réalisation des travaux
de <construction...
M. Beaudoin (Michel) :
...travailleurs
doivent être titulaires d'une licence d'entrepreneur permettant la réalisation
des travaux de >construction. Par conséquent, toute modification
apportée aux règlements applicables aux travailleurs de la construction peut
avoir un effet sur l'entrepreneur de construction. À cet égard, notez que la
RBQ a déjà... et est déjà en processus de modernisation. Nous vous exposerons
aujourd'hui les principaux projets et, bien sûr, ses réalisations.
D'entrée de jeu, permettez-nous de vous
présenter la RBQ en quelques mots. La RBQ a pour mission de surveiller
l'application de la Loi sur le bâtiment, notamment en vue d'assurer la
protection du public. Elle veille à la qualité des travaux de construction et à
la sécurité des personnes en adoptant et en appliquant notamment le code de
construction et le code de sécurité dans 11 domaines d'intervention. La
RBQ encadre aussi la qualification professionnelle des entrepreneurs de même
que leur probité. Au Québec, on compte près de 53 000 entrepreneurs
détenteurs d'une licence, incluant ceux dont la qualification professionnelle
relève de la <i>Corporation des maîtres électriciens ou de la <i>corporation
des maîtres tuyauteurs.
Par ses actions, la RBQ joue un rôle clé
pour assurer la qualité des travaux de construction et de sécurité du public.
Cette responsabilité est toutefois partagée par l'ensemble des acteurs de
l'industrie. Nous pensons, entre autres, aux concepteurs, tels que les
architectes, les ingénieurs, les technologues, ou aux entrepreneurs, mais aussi
aux travailleurs et aux propriétaires. Tous ont un rôle à jouer pour assurer la
qualité des travaux de construction et la sécurité du public. La Régie du
bâtiment<i> n'est pas seule.
• (17 h 40) •
Le projet de loi 51 est un pas
supplémentaire vers la modernisation de l'industrie de la construction. La...
la RBQ contribue aussi à cette modernisation grâce à des projets importants en
cours, entre autres en matière de réglementation et de qualification. La RBQ
est responsable de faire évoluer le code de construction et le code de sécurité
dans ces domaines d'intervention. Ces codes évoluent en fonction des normes les
plus à jour et des nouvelles technologies. La RBQ siège sur près de
80 comités nationaux où on élabore les normes techniques applicables à
l'industrie de la construction.
En 2020, la régie... le Québec a signé un
accord de conciliation qui vise à harmoniser les codes de construction
applicables dans les différentes provinces et des territoires. Cette
harmonisation permettra de faciliter la mobilité de main-d'œuvre et le commerce
et de réduire les coûts pour les entreprises qui exercent leurs activités dans
plusieurs provinces et territoires. De plus, l'accord prévoit de réduire les
délais d'adoption pour avoir les normes les plus récentes. Déjà, depuis la
signature de l'accord, nous avons réduit de deux ans les délais d'adoption par
le Québec, qui étaient initialement de cinq ans. D'ailleurs, des projets de
règlement visant l'adoption des codes visés par cet accord ont été publiés en
décembre 2023 et en février 2024 pour obtenir des commentaires des publics.
La RBQ joue un rôle important dans le...
dans les travaux d'harmonisation. Ses actions répondent aux objectifs de
productivité sur les chantiers et de mobilité de main-d'œuvre. De plus, la Régie
du bâtiment<i> travaille à faire en sorte que les mêmes normes de
construction soient applicables à l'ensemble des municipalités du Québec. En
effet, la Loi modifiant diverses dispositions principalement aux fins
d'allègement du fardeau réglementaire et administratif, c'est-à-dire le projet
de loi 17, a été sanctionnée le 27 octobre dernier, qui octroie à la RBQ
les pouvoirs requis pour atteindre cet objectif. Il sera alors plus facile pour
un entrepreneur et ses travailleurs de construire des bâtiments, puisqu'ils
devront respecter les mêmes... les mêmes normes sans égard aux municipalités.
Cela réduira le risque d'erreur et améliorera la qualité de la construction
étant donné... les plus hauts standards s'appliqueront, que les bâtiments soient
construits à Gaspé ou à Montréal. Cette simplification des règles applicables
est un moyen concret pour favoriser la qualité de la construction et la
productivité.
La qualité des travaux et la sécurité du
public doivent également reposer sur la qualification adéquate des
entrepreneurs. C'est pourquoi la RBQ poursuit ses travaux afin de moderniser
son système de qualification. La RBQ évalue les compétences professionnelles
des entrepreneurs dans plusieurs volets, soit l'administration, la gestion de
sécurité sur les chantiers de construction, la gestion des projets de chantier
et, bien sûr, l'exécution de travaux de construction. Pour obtenir une licence
de répondant, <l'entreprise...
M. Beaudoin (Michel) :
...bien
sûr, l'exécution de travaux de construction. Pour obtenir une licence de
répondant, >l'entreprise doit démontrer à la... à la RBQ qu'il détient
les compétences dans ces domaines.
Depuis 2022, de nouvelles obligations de
formation continue s'appliquent aux répondants en exécution de travaux de
certaines sous-catégories. Ces nouvelles obligations répondent aux demandes de
l'industrie et ont été élaborées en partenariat avec la CMEQ et la CMMTQ. Ces
corporations sont d'ailleurs venues en commission vous parler de cette
obligation. La formation continue obligatoire vise à maintenir les compétences
des répondants, notamment par la connaissance des règles de l'art, des codes et
des normes les plus à jour.
Ce projet est attendu depuis plusieurs
années. Il s'agit d'un changement de culture important dans l'industrie de la
construction. Pour la RBQ, il s'agit d'une première phase qui servira d'assise
pour des élargissements éventuels dans cette obligation à d'autres répondants.
La première période de référence se termine d'ailleurs le 31 mars prochain.
La RBQ salue aussi la modification
apportée par le projet de loi 51, qui vise à accroître la polyvalence dans
certains métiers. Ce principe est en cohérence avec la notion de travaux
connexes utilisée par le règlement sur la qualification professionnelle des
entrepreneurs de construction pour un constructeur propriétaire établi par la
RBQ. En effet, la notion de travaux connexes permet à une... une certaine
flexibilité, je m'excuse, en prévoyant que le titulaire d'une licence peut
exécuter certains travaux connexes à ceux compris dans les sous-catégories qui
le détiennent.
Nous souhaitons rassurer les
parlementaires sur le fait que la RBQ verra à arrimer ces deux notions, et ce,
afin d'assurer une cohérence entre la réglementation de la Commission de la
construction du Québec et celle de la RBQ. Nous sommes d'avis que cette
polyvalence doit répondre aux exigences de santé et sécurité autant pour les
travailleurs que les occupants des bâtiments. Nous sommes heureux de constater
que le principe de polyvalence est bien défini et encadré par le projet de loi 51.
En conclusion, nous tenons à souligner à
nouveau l'appui de la RBQ au projet de loi 51. Comme le ministre l'a
mentionné en commission parlementaire, ce projet de loi est un jalon dans les
travaux de modernisation dans l'industrie de la construction. La RBQ collabore
aux initiatives visant à cette modernisation. En plus des réalisations
concrètes exposées par la RBQ, celle-ci travaille en collaboration avec ses
partenaires afin de mettre en place un nouveau modèle d'inspection et de
surveillance et assure la qualité des travaux et de sécurité du public. La RBQ
aide aussi à mettre en œuvre également de nouveaux encadrements des inspecteurs
en bâtiment et en habitation. De plus, il continue à faire progresser sa... sa
réglementation et ses pratiques. Soyez assurés que tout le personnel de la RBQ...
et même que les membres du conseil d'administration sont investis et mobilisés
et déterminés à réaliser ces mandats.
La RBQ remercie les parlementaires pour
leur travail sur cet important projet de loi. Nous sommes disponibles pour vos
questions.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vous remercie pour votre exposé. Nous allons débuter notre période d'échange. M.
le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Merci, Mme
la Présidente. Merci, M. Beaudoin, à vous et votre équipe, pour votre
contribution, pour la préparation du mémoire puis pour la livraison que vous
venez de faire. Évidemment, vous êtes un acteur éminemment intéressé par les
objectifs du projet de loi. Je comprends que vous ne pouvez pas vous exprimer
sur le mérite, mais en même temps, vous jouez un rôle. Puis j'aime bien le mot
que vous utilisez : le projet de loi est un «jalon» parmi bien d'autres.
Ça fait que je vais y aller plus avec des...
des questions de précision ou des commentaires que je pourrais faire. Mais vous
émettez combien de licences d'entrepreneur par année? Est-ce que c'est 50...
M. Beaudoin (Michel) : 53 000
licences.
M. Boulet : 53 000?
M. Beaudoin (Michel) : Incluant
ceux de la CMEQ et de la CMMTQ.
M. Boulet : OK, les
maîtres électriciens et les maîtres tuyauteurs.
M. Beaudoin (Michel) : Tout
à fait.
M. Boulet : Et il y a
combien de ces licences-là qui réfèrent à la notion de travaux connexes? On...
on nous parlait, un groupe qui est venu ici... de 4 %, 5 % des
licences. Ou, quand on définissait les tenants et aboutissants de ce à quoi l'entrepreneur
était autorisé, on utilisait...
M. Beaudoin (Michel) : La...
la notion de travaux connexes peut être utilisée dans tout domaine,
principalement dans le domaine des licences touchant le domaine du... des
licences générales ou, si jamais il y avait un... une proposition de fait où la
<licence...
M. Beaudoin (Michel) :
...le
domaine du... des licences générales ou, si jamais il y avait un... une
proposition de fait où la >licence... les spécialisés pourraient être interpelés,
ça touche particulièrement ceux des... bien, j'allais dire à peu près
l'équivalent... Je n'ai pas le nombre exact avec moi, mais peut-être
Jean-François peut m'aider, là.
M. Paquet (Jean-François) : Oui,
si vous voulez. Bien, la notion de connexité peut s'appliquer à la majorité des
entrepreneurs qui ont des... différentes sous-catégories. Dans le fond, c'est
un principe qui permet justement d'avoir une flexibilité dans les travaux qui
sont reliés ou qui sont nécessaires à l'exécution de leur contrat principal.
M. Boulet : OK. Vous
mentionnez aussi... ou on nous a parlé de l'importance de sensibiliser les
détenteurs de licence à la diversité. On va commencer par la diversité. Après
ça, il y a la prévention du harcèlement. Puis je sais que vous avez mis en
place des obligations de formation continue pour ce que vous appelez les «répondants
en exécution de travaux», comme une première phase. Je pense que ça, c'est une
réglementation qui date de 2022. Ma question : C'est quoi, la formation
pour s'assurer que les entrepreneurs intègrent bien des concepts d'inclusion et
de diversité dans l'industrie de la construction? Est-ce qu'il y a des notions,
dans votre formation, qui réfèrent à l'inclusion et à la diversité?
• (17 h 50) •
M. Beaudoin (Michel) : Dans
la notion qui touche la formation continue, on inclut des obligations de
formation qui touchent, en principe... puis là je vais être plus général, pour
les répondants techniques, 18 heures aux... aux deux ans. Sur les
18 heures, il y a huit heures qui sont... touchent les normes. Et pour ce
qui est du deuxième huit heures potentielles, ces huit heures-là sont
desservies pour, entre autres, toucher l'inclusion, avoir de la formation
touchant, entre autres, le harcèlement psychologique, ou des choses comme ça.
Généralement, c'est aux... ces heures-là sont transférées chez nous et
permettent, éventuellement, aux entrepreneurs de... d'être mieux formés, hein?
Vous le savez, les normes évoluent rapidement. Et, quand on parle d'inclusion,
chez nous, inclusion des femmes, il y a tout près de 10 % des répondants
techniques qui sont des femmes chez nous, dans les entreprises et dans les
détenteurs de licence, alors c'est important que ces gens-là soient inclus.
On essaie aussi de se rapprocher... On est
allés, dernièrement, voir les autorités, avec la CCQ, pour être capables de
travailler et rapprocher la formation, pour que les gens et les Autochtones
soient aussi impliqués. On veut rapprocher la régie des milieux en région aussi
pour permettre d'avoir un plus grand accès à la licence d'entrepreneur. Alors,
cette inclusion-là se fait par la formation, par la porte d'entrée
éventuellement, qui est une licence d'entrepreneur et qui nous permet
éventuellement d'avoir des gens un peu... un peu partout, qui peut aller se
chercher une licence d'entrepreneur. Alors, l'inclusivité se fait à partir de
l'entrepreneuriat d'une personne, que tu sois un Autochtone, un Québécois, une
femme. Les gens sont de plus en plus intéressés à... à devenir entrepreneurs au
Québec. Et... et, quand on regarde les chiffres, en 2024, il y avait tout près
de 28 000 entrepreneurs. Aujourd'hui, on a tout près de
53 000 entrepreneurs. Donc, il y a beaucoup... de plus en plus
d'intérêt aux gens de devenir entrepreneurs au Québec.
M. Boulet : ...ce n'est
pas la mission primaire de la Régie du bâtiment<i> que de former
nécessairement sur des concepts comme la diversité ou la prévention du
harcèlement. Votre mandat, c'est de voir à l'application de la Loi sur le
bâtiment, de vous assurer que les licences sont émises à des entrepreneurs qui
ont les qualités puis les compétences pour bien construire le Québec et... Mais
quand même, c'est devenu un enjeu tellement important, pas que dans l'industrie
de la construction. Mais tenant compte de votre rôle, tenant compte des
obligations de formation continue pour les répondants et tenant compte qu'il y
a une nouvelle phase à venir, vous vous exprimez bien sur la diversité. La
diversité, c'est les groupes qui sont reconnus et qui nous interpellent dans le
projet de loi. Il y a les communautés autochtones. Au-delà des femmes, il y a
les personnes immigrantes et les personnes des minorités visibles. J'imagine...
Ce que vous me mentionnez, c'est qu'il y a 10 % des détenteurs de licence
qui sont des femmes.
M. Beaudoin (Michel) : Des
répondants techniques.
M. Boulet : OK. Puis
les...
M. Beaudoin (Michel) : Vous
avez quatre...
M. Boulet : Oui, allez-y.
M. Beaudoin (Michel) : Vous
avez quatre répondants techniques dans le... pour avoir l'acquisition d'une
licence, d'être propriétaire d'une licence ou d'être entrepreneur ou détenteur
d'une licence de la Régie du bâtiment<i>, et on a tout près de 10 %
qui sont des femmes, qui sont répondantes dans des entreprises. Vous avez aussi
des groupes qui se sont mis en place, Les Elles de la construction, je pense
que vous en avez parlé d'ailleurs un peu, qui permettent à elles aussi <d'aider...
M. Beaudoin (Michel) :
...Les
Elles de la construction, je pense que vous en avez parlé d'ailleurs un peu,
qui permettent à elles aussi >d'aider à faire grandir l'industrie et à
intéresser les femmes à venir dans l'industrie. Je vous parlerai qu'on a
participé au Cercle économique régional des Premières Nations pour aider à
intéresser et à rapprocher les Premières Nations à venir... à être détenteurs
de licence. Il y a des entreprises qui ont aussi... des entreprises autochtones
qui sont très proactives dans le Nord. Alors, cette ouverture-là est toujours
très grande, et oui, il y a tout près de 10 % des femmes qui sont
répondantes.
M. Boulet : Vous
connaissez les Elles de la construction?
M. Beaudoin (Michel) : Très
bien.
M. Boulet : Vous savez
que je les ai rencontrées au centre-ville de Montréal il y a deux semaines? Ils
sont à construire une clinique de fertilité au centre-ville de Montréal. Puis
effectivement j'ai rencontré une tuyauteuse, mais elle était la seule sur les
20 salariés ou travailleurs, travailleuses de la construction dans la
construction de ce projet-là. Mais j'ai rencontré les membres de leur conseil
puis les salariés présents sur le chantier. C'était vraiment intéressant, puis
on a parlé beaucoup d'intégration des femmes.
Je veux aussi qu'on parle d'un sujet qu'on
n'a pas tant abordé, c'est le travail au noir puis l'évasion fiscale.
Évidemment, je vais me servir un peu de votre présence pour faire un peu de
pédagogie, parce que le collègue de Jean-Talon en a fait référence, il y a des
subventions qui sont consenties par Québec et il y a du travail en
collaboration qui se fait par la CNESST, la CCQ et la RBQ. Donc, c'est des
montants spécifiques à chacun. Puis, vous savez, parce que vous travaillez en
collaboration avec les deux autres partenaires dont j'ai parlé, mais la CCQ,
puis Mme Murray ne l'a pas détaillé, là, mais on... il y a des contrevenants
chroniques, et il y a des interventions qui se font, il y en a à peu près 200
par année. Il y a des... à peu près 5 000 visites de chantier puis il
y a des ressources qui sont dédiées à ce qu'il y ait le moins d'évasion
fiscale, puis on n'est malheureusement pas un secteur qui est à l'abri de
l'évasion fiscale ou du travail au noir.
Il y a la CNESST qui fait des informations
avec les ministères, puis avec la sécurité publique, puis des interventions.
Mais la RBQ, je voyais, puis j'aimerais ça que vous m'en parliez... mais il y a
à peu près 10,5 millions, là, en tout cas, il y a autour de 10 millions
par année qui sont consentis par Québec à ces trois organismes-là pour lutter
contre l'évasion fiscale. Mais je voyais à peu près 15 000 vérifications
que vous faites, j'imagine, avant d'émettre des licences pour entrepreneur. Vous
faites des vérifications d'antécédents judiciaires et des suivis personnalisés
de sécurité. Est-ce que vous pouvez nous en parler? Puis je suis convaincu que
ça intéresse tout le monde.
M. Beaudoin (Michel) : Grand
plaisir. C'est pour ça que je me fais accompagner de mon vice-président aux...
à la... aux enquêtes. Donc, allez-y, M. Paquet.
M. Paquet (Jean-François) : Oui,
Mme la Présidente. Pour ce qui est des vérifications d'antécédents criminels
qu'on effectue en collaboration avec la Sûreté du Québec, on a un mandat de
surveiller la probité, bien sûr, des entrepreneurs. Donc, s'ils ont été
reconnus coupables dans les dernières années de... par exemple, de fraude ou de
collusion, à ce moment-là, c'est des actes criminels qui empêchent d'avoir une
licence. Donc, on fait des vérifications préalables avant la délivrance d'une
licence, d'une part, et des suivis personnalisés de sécurité... Après la
vérification, c'est... on a un automatisme, dans le fond, qui permet de
s'assurer que, s'il y a des condamnations ultérieures après la délivrance de la
licence, à ce moment-là, on peut reconvoquer l'entrepreneur devant les
régisseurs de la régie pour soit suspendre ou annuler, le cas échéant, tout
dépendamment des condamnations qui auraient fait l'objet pour s'assurer d'un
suivi de la probité en continu des conditions de maintien de la licence, en
somme.
M. Boulet : Ça va. Et
vous faites à peu près 15 000 vérifications, là, je ne veux pas
avoir...
M. Paquet (Jean-François) : Oui,
dans le fond, il y a des vérifications, comme vous avez mentionné, pour ce qui
est... tout ce qui est antécédents, la probité, les suivis personnalisés, mais
il y a aussi toutes les dénonciations qu'on reçoit des partenaires, les
plaintes de la clientèle, mais on... on fait aussi, bien sûr, nos propres
vérifications terrain, notamment dans le domaine de la construction
résidentielle. Vous avez parlé d'ACCES Construction à juste titre, justement,
avec nos partenaires, on a... on a mis en place cette année, en 2023-2024, pour
la Régie du bâtiment<i>, une unité dédiée particulièrement d'inspecteurs
en conformité réglementaire, qui s'adressent... qui font des vérifications
seulement pour le domaine résidentiel. Donc, on est rendus à près de 1 700 chantiers
vérifiés au 31 décembre et plus de 2 000 entrepreneurs... 2 800
entrepreneurs, excusez-moi, qui ont été vérifiés sur les chantiers dans le...
avec une priorisation pour le secteur <résidentiel...
M. Paquet (Jean-François) :
...qui ont été vérifiés sur les chantiers dans le... avec une
priorisation pour le secteur >résidentiel, incluant la rénovation.
M. Boulet : Super. Puis,
quand vous dites : ACCES Construction, ACCES, c'est l'acronyme qui réfère
à <i>Actions concertées pour contrer les économies souterraines. C'est
bien ça?
M. Paquet (Jean-François) : Tout
à fait.
M. Boulet : En plus,
vous feriez à peu près 2 000 interventions sur les chantiers. Ça,
vous faites des interventions pour s'assurer de la conformité à la Loi sur le bâtiment,
puis vous... vous faites une vérification, j'imagine, de certains aspects de
probité puis de...
M. Beaudoin (Michel) : ACCES
Construction est surtout axé sur la collaboration entre la CCQ et la CNESST, le
ministère du Revenu, même la police, même l'UPAC, d'être capables ensemble de
faire des échanges d'informations qui nous permettent d'agir adéquatement dans
les chantiers.
M. Boulet : C'est
tellement important, ne pas travailler en silos. Et là, je finissais avec ça,
il y a à peu près 2 000 interventions sur les chantiers, mais il y a
39 journées, ce que vous appelez des «interventions concertées». Donc, la
Régie du bâtiment, avec la Commission de la construction<i>, la CNESST et
Revenu Québec, qui est concerné au premier plan.
M. Beaudoin (Michel) : Tout
à fait.
M. Boulet : Et ça,
comment ça fonctionne, ces journées-là d'interventions concertées?
• (18 heures) •
M. Beaudoin (Michel) : Je
vais peut-être laisser Jean-François.
M. Paquet (Jean-François) : Oui,
et effectivement, donc, à chaque mois, on a des journées dédiées avec nos
partenaires pour intervenir, dans le fond, dans certaines régions, pour faire
des vérifications. Ça nous permet à ce moment-là de partager de l'information
et de... d'agir en commun justement par la suite dans... dans nos organisations
respectives, on peut agir, faire de la récupération fiscale pour Revenu Québec ou
encore pour CNESST, s'assurer de... que les salariés sont tous déclarés, qui sont
dans les bonnes unités d'accréditation. Et, pour nous, on s'assure, évidemment,
qu'ils sont conformes au niveau des répondants des catégories de licence et, bien
sûr, que... que tout est en règle au niveau de... des personnes impliquées dans
l'entreprise.
M. Beaudoin (Michel) : Je
me permettrais d'ajouter, M. le ministre... Je pense que ce qui est important,
c'est surtout l'échange d'informations et la collaboration, elle est en amont,
mais aussi le citoyen qui intervient dans ces domaines-là et qui nous aide
aussi à dénoncer certaines situations. Et d'ailleurs, on... on porte beaucoup
d'actions en disant qu'un travail fait souterrain ou un travail au noir, ce
n'est pas une garantie de qualité. Alors, pour nous, on... on insiste sur le
fait d'être... d'aller de l'avant et de dénoncer ces situations-là, s'il y
avait des choses particulières.
M. Boulet : Il y a un
impact sur les ressources fiscales au bénéfice des Québécois, Québécoises. Puis
le ministère des Finances a toujours considéré qu'ACCES Construction avait un
bénéfice pour le maintien de l'équilibre des finances publiques. Puis ça, c'est
dans notre secteur.
M. Beaudoin (Michel) : Tout
à fait. On parle de 5 milliards d'évasion fiscale.
M. Boulet : Oui, tout à
fait. Quand même. Je veux simplement souligner en terminant le travail que vous
faites puis l'engagement de la RBQ à continuer dans cette direction-là, puis ce
que vous faites pour l'harmonisation des codes, pour la réduction des délais de
construction, les coûts, ça aussi, ça joue un rôle qui est vital, là, dans le
vaste chantier de modernisation de la construction. Et c'est tout à fait
compatible avec ce que nous faisons dans le projet de loi 51. Ça fait
qu'il y a une symbiose, il y a une concordance qui va nous aider, qui va faire
du Québec non seulement un... un pionnier, mais un... un environnement où la
construction est un secteur qui est inclusif, qui est diversifié, qui est
performant puis qui fonctionne de la manière la plus harmonieuse possible.
C'est sûr qu'on sera toujours perfectibles, c'est sûr qu'on aura constamment à
s'analyser puis à se faire des plans pour nous permettre d'atteindre nos
objectifs. Mais nos objectifs sont ceux des Québécois puis des Québécoises.
Alors, merci de votre présence, merci de
votre engagement, puis transmettez nos remerciements à toute l'équipe de la Régie
du bâtiment du Québec.
M. Beaudoin (Michel) : Oui,
ils sont tous là, M. le ministre, pour vous.
M. Boulet : Ils sont
tous là. Oui, j'en vois... j'en vois quelques-uns. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...Donc,
maintenant, je cède la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : ...Présidente.
Merci beaucoup, donc, à l'équipe de la Régie du bâtiment<i> d'être avec
nous cet après-midi. Donc, le dernier groupe, mais non le moindre. Donc, on...
on termine avec les différentes notions que vous abordez dans votre mémoire et
votre présentation.
Le... le premier élément que j'ai en tête,
c'est la question de la formation continue. Évidemment, vous avez... bien, vous
l'avez nommée, puis vous l'indiquez également, là, dans... dans le document,
là, que vous nous avez transmis, donc, vous avez... les entrepreneurs ont
certaines obligations en matière de formation continue, notamment les répondants.
J'en... j'en comprends...
18 h (version révisée)
Mme Cadet : ...entrepreneurs
ont certaines obligations en matière de formation continue, notamment des
répondants. J'en comprends par là que vous avez une certaine expertise dans le
domaine de la formation continue. Vous avez suivi les travaux, vous avez vu que
plusieurs groupes sont venus, en fait, nous dire : Donc, on pourrait s'inspirer
de ce qui se fait du côté de la RBQ en matière de formation continue et exiger
le même type d'obligations du côté des travailleurs, notamment, bon, on l'a vu,
donc, par exemple, donc, en matière, donc, de prévention et de harcèlement, etc.
Advenant le cas que nous, comme législateurs, donc, on adopterait, donc, ce
type de propositions là, de dispositions législatives là, comment la RBQ
pourrait être une ressource pour inspirer la CCQ? Donc, comment est-ce que vous
pourriez déployer votre expertise pour que ce type de recommandations là soient
mises sur pied de façon adéquate?
M. Beaudoin (Michel) : D'entrée
de jeu, je veux juste quand même faire un historique sur la formation continue,
qui date de quelques années et qu'on a fini par faire... aboutir en 2019-2020.
Merci, M. le ministre, parce que ça a permis d'aller de l'avant et faire en
sorte qu'on ait des entrepreneurs, hein? Parce que ça évolue rapidement, les
codes, et les codes changent. Et, pendant quelques années, pendant des années,
on demandait de la formation continue pour nos répondants.
Je veux juste dire que la majorité des...
des répondants sont des travailleurs dans la propre... dans leur propre
industrie. Quand on parle de répondants, c'est des travailleurs qui sont sur le
chantier et qui doivent... Bien sûr, là, il y a 27 000 qui sont assujettis,
c'est la première phase, et on veut à grandir ça à l'ensemble des répondants. Et
c'est les orientations qu'on peut prendre.
C'est sûr que, s'il y avait des choix,
pour nous, il y a des dispensionnaires. C'est Mme Garcia qui en est
responsable puis qui pourrait vous en parler. Mais pour nous, ce qui est
important, il faut que l'entrepreneur, il faut que les répondants de l'entreprise
soient au fait des normes les plus récentes pour qu'on soit capables ensemble
de faire évoluer l'industrie de la construction rapidement. Il y a des
nouvelles données qui rentrent, on parle du BIM, on parle des normes qui vont
passer de cinq à trois à 18 mois, on a l'harmonisation des codes, alors
tout évolue aussi rapidement. Et c'est certain que toute disposition qui peut
aider à faire en sorte que les gens comprennent plus adéquatement, nous, on va
être ouverts.
Astheure, ma spécialité, c'est le domaine
de l'entrepreneuriat, c'est les entreprises et les répondants. Et c'est sûr que
notre expertise pourrait servir éventuellement à échanger avec nos collègues, et
ce qu'on fait déjà. Et je pense que, dans ce contexte-là, il y a un beau
travail qui se réalise.
Mme Cadet : Merci beaucoup.
Sur une autre lancée, la question du cloisonnement. Puis évidemment, ça, je
comprends que vous ne vous prononcerez pas, donc, sur précisément... sur les
propositions qui ont été mises de l'avant par les groupes. Donc, puisque vous
êtes du côté des entrepreneurs, peut-être, de façon plus générale, peut-être
nous expliquer, donc, comment le... en raison, donc, de l'historique qu'on a,
que le modèle d'affaires des entrepreneurs spécialisés s'est... s'est créé ou s'est
adapté à notre législation, donc, en matière, donc, de cloisonnement des
métiers. Et advenant, donc, le cas qu'il y ait des modifications, donc, à cet
effet, évidemment on parle de polyvalence dans le projet de loi tel que
libellé, mais on discute, on en... on verra où est-ce qu'on ira, donc, du côté
de l'étude détaillée, peut-être vous entendre, donc, sur cet élément-là. Je
pense que ça pourrait nous outiller, nous, comme législateurs.
M. Beaudoin (Michel) : Il est...
Il est un peu difficile pour moi de m'expliquer sur le cloisonnement. J'ai
moins de spécialistes et de spécialités dans ce domaine-là. Mais, quand on
parle de polyvalence, on sent une volonté des gens et des entrepreneurs de voir
à faire en sorte qu'on puisse être plus polyvalents au Québec. Et ça, c'est des
demandes qui sont faites.
Pour moi, la notion de cloisonnement, je
ne suis pas très spécialisé. J'aimerais mieux ne pas m'impliquer dans ce
domaine-là. Et je vais m'en tenir bien sûr à la notion d'entrepreneur et de
répondant technique là-dessus.
Mme Cadet : Merci.
M. Beaudoin (Michel) : Ça me
fait plaisir.
Mme Cadet : Qualité des
travaux. Évidemment, donc, un peu plus votre spécialité ici. Nous, comme
législateurs... Est-ce que vous auriez des conseils? Bien, en fait, ce qu'il ne
faudrait pas faire, là. Pas nécessairement vous prononcer sur les dispositions
du projet de loi, mais, étant donné votre expertise, s'il y avait, donc, une
avenue. Vous dites : Non, il ne faudrait pas que le législateur, donc, se
dirige là, parce que ça, ça pourrait affecter la qualité des travaux. Ce seraient
quoi, vos conseils, pour nous?
M. Beaudoin (Michel) : Je m'alimente
beaucoup de ce qui s'est discuté durant la... cette consultation-là, et je
pense que ça revient souvent : les planifications fonctionnelles et
techniques, de faire respecter les choix et de grandir adéquatement là-dedans.
Je pense que, quand il y a des modifications qui sont faites en cours de
chantier, ça peut être plus difficile aussi, autant pour les travailleurs que
les entrepreneurs. Encore là, je vais me restreindre un peu plus dans ma... ma
bonne connaissance des licences et de la formation, et de s'assurer que les
normes évoluent adéquatement au Québec.
Mme Cadet : Merci. Je me
demandais aussi comment le <projet...
Mme Cadet :
Merci.
Je me demandais aussi comment le >projet de loi ou... En fait, l'essence,
donc, de travailler sur la productivité, l'efficacité des travaux, quel impact,
donc, ça pourrait avoir, donc, pour éviter des situations, là, comme celles
qu'on a vues dans le Faubourg Boisbriand? Est-ce que vous avez une opinion
là-dessus?
M. Beaudoin (Michel) : De
un, Faubourg Boisbriand, c'est à peu près v'là 15 ans. C'est quand même...
L'industrie a évolué depuis ce temps-là. Je pense que la responsabilité des
entrepreneurs a aussi grandi. On parle de responsabilité partagée, autant des
concepteurs, il y a la notion qui touche aussi de la... du rôle des ingénieurs,
du rôle du concepteur, de suivre les plans adéquatement. Alors, quand... Je
pense que tout a évolué. Et vous allez éviter un peu... Parce que c'est quand
même un conflit qui est... qui est quand même là. La régie n'est pas
nécessairement impliquée dans cette démarche-là. Je suis très empathique à ce
qui se passe dans Boisbriand, je ne trouve pas ça agréable parce que c'est
encore une fois l'industrie qui paie, mais en même temps, on verra les
résultats. Mais je le répète, les entreprises de construction au Québec, c'est
des gens qui sont dévoués à leur industrie. Les travailleurs, ils sont dévoués
aussi. Il n'y a pas personne qui rentre sur un chantier en voulant faire de la
mauvaise construction. Et, si c'était le cas, bien, on a des vice-présidents
enquête, on a des organisations qui travaillent à régulariser les situations
qui pourraient être délicates ou au détriment d'un citoyen.
• (18 h 10) •
Mme Cadet : Donc,
l'industrie a évolué, donc, dans les 15 dernières années, vous l'avez bien
mentionné. Puis c'est... c'est exact. Est-ce que vous pensez... Parce
qu'évidemment, dans l'intervalle, on n'a pas ouvert la loi R-20. Donc, ma
question, ici, c'est : Est-ce que dans... en ouvrant la loi R-20,
est-ce qu'il y aurait des dispositions qui pourraient nous permettre, donc,
d'améliorer encore plus, donc, le travail qui s'est fait dans la dernière
décennie et demie à cet égard?
M. Beaudoin (Michel) : Je
comprends ce que vous dites. C'est un peu difficile pour moi de parler R-20. Mais,
quand j'entends parler de R-20 et que j'entends parler de... des enjeux de
mobilité ou des enjeux de polyvalence, les travaux connexes, l'importance
d'avoir un code unique aussi au Québec, c'est ça qui évolue, hein?
Je veux revenir sur cette notion-là, hein?
On construisait avec un code totalement différent. Moi, l'année dernière, on a
réussi enfin à avoir la notion de code unique acceptée dans un projet de loi,
quand, pendant 20 ou 25 ans, il y avait des... des municipalités qui
construisaient dans des normes datant de 1985, ce qui n'était tout à fait pas
normal. Alors, c'est dans ce rôle-là que la régie veut faire en sorte que
lorsque les façons vont être claires, la façon de travailler avec des codes
uniques, des actions concertées, une qualification adéquate. Je pense que, dans
ce contexte-là, on va améliorer l'industrie.
Et l'industrie est quand même... Il y a
des beaux travaux qui se font au Québec. Il y a des gens dévoués, il y a des
entreprises dévouées. 80 % sont des PME, des petites entreprises, il faut
les appuyer et il faut être capables aussi de les faire grandir avec les normes
qui changent aussi rapidement qu'on vit aujourd'hui, là.
Mme Cadet : Certains
intervenants sont venus nous parler, donc, de réduction du nombre de métiers.
Vous nous avez dit, donc, la polyvalence, donc, pour vous, donc, c'est... c'est
un élément, donc... c'est un principe que vous appuyez ici. Ces types de
propositions là, donc, d'aller dans un modèle similaire à celui l'Ontario,
est-ce que le pendant, pour vous, ça amènerait plus d'inspections?
M. Beaudoin (Michel) : De
un, notre système québécois est analysé par les autres provinces. Je suis
coprésident d'un comité national, et les sous-ministres des autres provinces
sont intéressés à voir des façons dont on travaille au Québec. On est la seule
province qui a une qualification professionnelle de nos entrepreneurs. On nous
pose des questions ailleurs et on nous dit : Ça nous intéresse. Les façons
sont différentes à travailler dans d'autres provinces. Mais en résumé, pour
moi, c'est de continuer à faire évoluer la qualification de nos entrepreneurs.
Et, bien sûr, les entreprises et les travailleurs vont être intéressés à aller...
à travailler avec des entrepreneurs compétents. Alors, c'est dans ce
contexte-là qu'il faut continuer à construire.
Mme Cadet : Puis, s'il
fallait... puis indépendamment des différentes propositions, là, mises de
l'avant par les groupes, là... s'il fallait que les aménagements que nous,
comme législateurs, donc, on... qu'on veut adopter, donc, nous mènent à... en
fait, comme résultat qu'il y aurait plus d'inspections, est-ce que la RBQ
aurait la capacité de pouvoir soutenir un nombre accru d'inspections?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...en
30 secondes.
M. Beaudoin (Michel) : Bien,
je pense que vous êtes consciente qu'on travaille à revoir le processus
d'inspection au Québec. On a d'ailleurs eu un mandat du gouvernement actuel
pour aller de l'avant et voir comment on peut mieux faire ensemble. La <i>Régie
du bâtiment est un joueur. Le vice-président aux enquêtes... aux enquêtes, à
l'inspection et services client travaille à revoir le processus d'inspection.
Et c'est clair qu'il faut voir... On a des gens à la CCQ, il y a des gens de la
CNESST, il y a des inspecteurs municipaux, il y a la GCR qui intervient, alors
c'est d'être capables ensemble d'agir adéquatement dans l'intérêt de
l'industrie.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je< cède...
La Présidente (Mme D'Amours) :
...Merci
beaucoup. Je >cède maintenant la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous quatre.
On a parlé beaucoup de surspécialisation
des entreprises dans le cadre de ces audiences, que ça faisait, des fois, des
multiples degrés de sous-traitance, des fois jusqu'à trois, quatre, cinq degrés
de sous-traitance. Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour traiter cet enjeu-là,
qu'il y ait moins de sous-traitance à l'infini puis que ça vienne retarder
notamment les travaux, parfois?
M. Beaudoin (Michel) : J'ai entendu
ce que vous avez dit. J'ai entendu ce que les gens vous ont dit. La fibre
entrepreneuriale, au Québec... Quand un entrepreneur voit une occasion
d'affaires pour aller de l'avant et voir comment il peut ajouter à son
entreprise, et créer un revenu supplémentaire, et engager des gens
supplémentaires, il est difficile pour moi de laisser, comment je pourrais dire
ça... d'annuler la fibre entrepreneuriale des gens au Québec et de dire :
Bien, si, toi, tu veux te spécialiser dans tel domaine ou aller dans tel
domaine, je vais te bloquer. Je pense, ce serait mal vu. Je connais beaucoup de
jeunes qui grandissent, qui ont de la difficulté à l'école, et qui ont quand
même intérêt à devenir des bons entrepreneurs au Québec, et qui réussissent
très bien en affaires, mais pour ça, ils sont capables d'être
multidisciplinaires et être capables d'agir.
Astheure, il faut s'assurer, nous, en tant
que législateurs, qu'on soit capables... de législateurs... je m'excuse, en
tant qu'organisme de réglementation...
M. Leduc : De l'État. Oui.
M. Beaudoin (Michel) : ...d'être
capables d'agir adéquatement et s'assurer que le travail soit bien fait. Et on
compte sur les gens pour les dénoncer quand les travaux ne seront pas bien
faits.
M. Leduc : Deux courtes
questions puis je vous laisse aller parce que le temps file vite. Est-ce qu'on
forme assez les employeurs au Québec? On parle beaucoup de formation des
travailleurs, mais est-ce qu'on forme assez les employeurs? Puis qu'est-ce
qu'on peut faire pour lutter contre l'espèce de taux de roulement des
entreprises qui, parfois, ferment, réouvrent sous un autre nom, mais que c'est
à peu près la même personne? Y a-tu quelque chose à faire à votre niveau par
rapport à ce phénomène-là?
M. Beaudoin (Michel) : Je
peux vous dire que ça fait quand même quelques années que je suis à la Régie du
bâtiment du Québec, et ceux qui font ça aujourd'hui sont plus suivis, et les
informations sont beaucoup plus à jour. On a un vice-président enquête et une
équipe d'enquête qui est fort bien dévouée, et les informations qui sont faites
avec nos collaborateurs, les gens, les polices, les services de police, la CCQ,
nous permettent de mieux agir quand il y a de ces enjeux-là au Québec. Mais il
y a un travail efficace. Il y a des lumières rouges qui s'ouvraient, la
technologie a changé, il y a des méthodes d'enquête qui ont changé, et pour
nous, c'est important de les suivre adéquatement.
La Présidente (Mme D'Amours) : Une
minute.
M. Leduc : Une minute?
La Présidente (Mme D'Amours) :
Oui.
M. Leduc : Mon Dieu! Il reste
du temps. On y va! On y va!
M. Beaudoin (Michel) : C'est
parce que vous êtes fatigués?
M. Leduc : Je suis... Je suis
habitué que vous complétiez mes réponses, mais là...
M. Beaudoin (Michel) : Je
suis le dernier à passer, vous êtes tous fatigués!
M. Leduc : Bien, je vous
posais la question...
M. Beaudoin (Michel) : ...
M. Leduc : Non, non, au
contraire.
M. Beaudoin (Michel) : Je
vous agace.
M. Leduc : Je vous posais la question
sur la formation. Est-ce que les... les employeurs, les gens qui ont des
licences RBQ... Parce qu'on a parlé beaucoup de formation des travailleurs, etc.,
on a eu des débats sur les DEP versus les formations courtes, versus
l'alternance, mais les employeurs, les...
M. Beaudoin (Michel) : Bien,
pour nous, ce qui est important, on parle de formation continue, et c'est
totalement dévoué aux entrepreneurs de construction. Ces formations-là sont
faites par des organisations. On veut d'ailleurs... On a eu des discussions à
élargir éventuellement aux autres... aux autres répondants. L'employeur,
80 %, c'est lui-même qui se fait former en tant que répondant d'entreprise.
Alors, dans l'objectif où on veut que les normes aillent plus rapidement, que
ça change rapidement, il est clair que le 18 heures par deux ans nous aide
éventuellement à avoir une meilleure formation et un meilleur suivi sur
l'évolution des codes au Québec et au Canada, bien sûr. Et...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup.
M. Beaudoin (Michel) : J'ai
fini en même temps que vous.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Bonjour. Merci
pour le mémoire. Merci pour votre présence.
Vous dites, au début du mémoire, que la
régie est favorable aux objectifs poursuivis par le projet de loi puis, à la
fin, vous dites que... vous parlez de l'appui de la régie au projet de loi
n° 51. Est-ce que vous appuyez les intentions ou vous appuyez les mesures,
toutes les mesures qui sont dans le projet de loi?
M. Beaudoin (Michel) : Je
dois vous avouer que tout ce qui peut aider... qui peut aider à l'évolution de
l'industrie de la construction, on l'a eu : on a un répondant en santé et
sécurité, quand le ministre a fait son projet de loi sur la santé et sécurité,
on a suivi ce qui s'est passé dans ces domaines-là. Et ça a un impact sur les
répondants techniques quand il y a des activités comme celles-là. Et nous, on
collabore efficacement. Pour nous, les intentions du projet de loi, on les suit.
Et, s'il y avait des modifications, on va aussi les suivre. On veut être un
acteur important. On travaille en collaboration avec les industries, avec les
associations pour être capables de faire grandir notre industrie. Donc, dans ce
contexte-là, nous, on est... on est en appui sur la démarche de faire une
modification là à cette loi.
M. Paradis : Je regardais
l'article 111 de la Loi sur le bâtiment, là, qui énumère vos fonctions,
puis vous les... vous les résumez, c'est la qualité des travaux, la sécurité.
C'est quoi, les mesures, dans le projet de loi, là, qui, selon vous,
contribuent à la qualité des travaux puis à améliorer la sécurité?
M. Beaudoin (Michel) : Bien,
je pense qu'en ayant chez nous à permettre une meilleure <polyvalence...
M. Beaudoin (Michel) :
...permettre
une meilleure >polyvalence, en ayant des gens qui travaillent en
compétence aussi, c'est de... Quand je suis le projet de loi, pour moi, c'est
d'être capable d'évoluer adéquatement avec l'industrie, faire grandir la loi. Quand
on a des discussions... parce qu'on est conseillés et consultés lorsqu'il y a
des discussions comme celles-là, et c'est sûr que dans un cas comme ceux-là, on
regarde une loi d'un collègue ou d'un organisme parallèle qui travaille avec
nous, bien nous, pour nous, c'est d'être capables de travailler en
collaboration ensemble.
M. Paradis : Vous êtes une
institution publique. Puis là, je vais reposer une question...
M. Beaudoin (Michel) : Bien,
allez-y.
M. Paradis : ...je suis
revenu souvent là-dedans, moi, sur les données probantes puis les études. Parce
que, là, vous êtes la <i>Régie du bâtiment.
M. Beaudoin (Michel) : Tout à
fait.
M. Paradis : Donc, est-ce que
vous avez des données sur lesquelles vous vous basez pour dire : Bien,
nous, ce qu'on voit dans le projet de loi, on pense que ça va améliorer la
qualité des travaux puis la sécurité sur les chantiers?
M. Beaudoin (Michel) : Quand
on a vu la notion de polyvalence, c'est que chez nous, on parle de travaux
connexes. Là était notre intérêt de se jumeler avec cette démarche-là, pour
être capables d'assurer que les gens puissent faire un travail adéquat et qu'on
puisse jumeler avec un travail. Quand on est un organisme gouvernemental et
qu'on travaille avec d'autres organismes gouvernementaux et qu'on veut faire
évoluer, pour nous, c'est important de faire grandir les organisations et voir
ce qui impacte chez nous. Alors, dans un contexte comme celui-là, c'est pour ça
qu'on proposait de jumeler et de voir comment on pourrait faire annexer la
notion de polyvalence avec la notion de travaux connexes chez nous.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...avant
de conclure les auditions, je procède au dépôt des mémoires des personnes et
des organismes qui n'ont pas été entendus lors des auditions publiques. Je vous
remercie pour votre contribution à nos travaux, chers invités.
La commission ajourne ses travaux jusqu'à demain,
après les avis touchant les travaux des commissions, où elle entreprendra un
autre mandat. Merci!
(Fin de la séance à 18 h 20)