(Neuf heures quarante-sept minutes)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de l'économie et du travail ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je
demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre leur
sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 68,
Loi visant principalement à réduire la charge administrative des médecins
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve) est remplacé par M. Marissal
(Rosemont).
Remarques préliminaires
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Nous débutons ce matin par les remarques préliminaires puis nous entendrons,
par la suite, les témoins suivants, soit le Collège des médecins du Québec, la Fédération
des médecins spécialistes du Québec et l'Association des psychologues du Québec,
qui seront en visioconférence.
J'invite maintenant le ministre du Travail à
faire ses remarques préliminaires. M. le ministre, vous disposez de six
minutes. La parole est à vous.
M. Jean Boulet
M. Boulet : ...excusez-moi.
Bonjour, tout le monde. Mme la Présidente, merci, représentants, collègues des partis d'opposition, les collègues
gouvernementaux. Je veux saluer aussi l'équipe du ministère de la Santé, du
ministère du Travail.
Je suis relativement fier d'entamer des
consultations particulières, parce qu'on le dit fréquemment, chaque projet de
loi, il y a des précisions, il y a des perfections. Donc, c'est hyper
fondamental de faire l'exercice que nous entamons
pour bonifier notre projet de loi. Essentiellement, quand on parle de la
réduction de la charge administrative des médecins, souvenez-vous, la
Fédération des médecins omnipraticiens nous disait : 25 % de leur
travail constitue des tâches administratives. Donc, si on veut améliorer
l'accès aux soins pour les Québécois, Québécoises, il faut travailler à réduire
cette charge-là.
Le projet de loi, je vais le redire aussi
souvent, ce n'est pas une finalité en soi. On a annoncé, mon collègue à la
Santé, que je salue aussi ce matin, que je remercie... on avait annoncé une
réduction de la charge administrative dans
des contextes d'accidents de travail, maladie professionnelle, avec la CNESST,
120 000 plages horaires, et aussi pour l'hébergement des
personnes qui doivent aller dans des centres d'hébergement, soins de longue
durée. Donc, c'est une étape.
Ce projet de loi là vise essentiellement à
interdire à des assureurs de requérir un service médical pour obtenir le remboursement dans certains contextes, notamment
les services professionnels dispensés par des psychologues, des ergothérapeutes, des physiothérapeutes aussi. Ça,
ça nous apparaît extrêmement important de permettre ce remboursement-là sans
exiger un certificat médical.
Le deuxième, c'est les aides techniques, ce
qu'on appelle les cannes, les béquilles. Bon, les personnes ont besoin
d'obtenir un remboursement diligent, et on va interdire aussi aux assureurs
d'exiger un service médical pour obtenir ce remboursement-là.
Le troisième, c'est quand on a à dispenser... ou
on a à obtenir, en fait, des prestations d'assurance maladie pour une maladie de longue durée. Ça peut être un
épuisement professionnel, ça peut être une fracture importante, donc qu'on
n'exige pas, encore une fois, d'aller voir un médecin à des fréquences
prédéterminées et laisser la détermination de la fréquence et la
pertinence des visites médicales au médecin qui a charge de la personne.
• (9 h 50) •
Et enfin, le quatrième, ça intéresse les
employeurs dans leurs relations de travail, et ils ne pourront pas exiger un
document dans certaines circonstances, un certificat médical... je réfère
souvent aux maladies, accidents, aux violences
à caractère sexuel, les violences conjugales, et c'est des absences d'une
période de trois journées consécutives ou moins, prises annuellement, et
si, par exemple, quelqu'un a une gastro-entérite ou quelqu'un doit prendre soin
d'une personne à titre de proche aidant,
qu'on ne requiert pas un certificat médical dans des contextes comme celui-là.
Donc, essentiellement, c'est le contenu du
projet de loi que nous nous apprêtons à analyser avec les collègues des partis
d'opposition, et on veut véritablement bénéficier de ce que vous allez nous
donner comme information et des recommandations que vous allez nous soumettre.
Merci, Mme la Présidente, et, encore une fois,
bon début de commission.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, M. le ministre. J'invite maintenant la porte-parole
de l'opposition officielle et députée de Bourassa-Sauvé à faire ses remarques
préliminaires pour une durée de 4 min 30 s. La parole est à vous.
Mme Madwa-Nika
Cadet
Mme Cadet : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Bonjour, M. le ministre. Bonjour, chers collègues. Bonne rentrée parlementaire. Nous sommes ici de bonne heure
pour cette rentrée, mais, j'espère, de bonne humeur afin d'étudier un
projet de loi important.
Le ministre, donc, vient d'en faire un peu
l'exposé, donc, le projet de loi 68 visant principalement à réduire la
charge administrative des médecins, donc, que nous allons étudier, donc,
modifierait donc deux lois : d'une part, la Loi favorisant l'accès aux
services de médecine de famille et de médecine spécialisée ainsi que la Loi sur
les normes du travail.
J'ai eu l'occasion, Mme la Présidente, de prendre
connaissance, donc, des différents mémoires des groupes que nous allons
entendre et d'autres groupes qui se sentent interpelés par cette thématique qui
est absolument importante d'un point de vue
de l'accès à des services de santé de... bon, au Québec. Et, à travers, donc,
ce projet de loi ci, on vient donc agir sur différents fronts.
D'abord, le ministre l'a mentionné, donc, on
viendrait, par exemple, empêcher l'inclusion de clauses dans les futurs
contrats d'assurance collective qui exigent d'un individu qu'il se procure un
billet du médecin quand il s'agit d'une condition pour qu'un service comme la
massothérapie, de la... des services de psychothérapie, etc., soit... soit
desservi ou qu'un appareil comme une orthèse, comme une canne, comme une béquille,
qui sont normalement compris dans la couverture, donc, qui se trouvent donc
dans la brochure, soit remboursé par les assurances.
Donc, on viendrait jouer, d'un côté, au niveau,
donc, des assureurs ou des administrateurs de régimes d'avantages sociaux, et
de l'autre, donc, on viendrait ouvrir la Loi sur les normes du travail, donc,
pour empêcher que des employeurs... en fait, interdire à des employeurs
d'exiger un document qui atteste des motifs d'une absence, notamment, pour
cause de maladie pour... certificat médical pour les trois premières absences
d'une période d'au plus trois jours consécutifs par année. La loi, donc,
prévoit aussi que l'employeur ne pourrait pas exiger de certificat médical en
cas d'absence pour prendre soin d'un enfant, d'un parent ou d'une personne pour
laquelle la personne agit à titre de proche aidant.
Donc, vous comprendrez donc, Mme la Présidente,
que le projet de loi s'inscrit dans une perspective d'allègement administratif, donc, dans le but de désengorger la première
ligne et c'est un objectif que l'on ne peut que saluer. Mais j'aimerais, donc, surtout, donc, profiter, donc, des
consultations particulières que nous allons tenir pour pouvoir entendre les réserves, ou les questionnements, ou
les possibilités d'aller plus loin dans l'atteinte de ces objectifs qui ont
été soumis par les différents représentants.
Nous avons... Nous allons entendre très
prochainement le Collège des médecins, qui aura des commentaires intéressants,
donc, à nous mentionner, notamment avec leur proposition d'une mise en place
d'un groupe permanent d'allègement des mesures administratives qui sont
imposées actuellement à l'ensemble des médecins ainsi que leur recommandation
que l'exigence d'obtenir l'ordonnance d'un médecin soit retirée des règlements
encadrant l'accès à des services assurés par la RAMQ lorsque la personne a fait
l'objet d'une évaluation par un autre professionnel de la santé apte à le
faire.
Je prends aussi la peine, Mme la Présidente, de
noter que du côté de la FMOQ, elle nous précise que ce n'est pas juste d'affirmer que le projet de loi ajoutera
annuellement 138 000 rendez-vous additionnels, parce que, bon, cette
affirmation tiendrait pour acquis qu'actuellement toute la paperasse
administrative est faite pendant les heures du bureau, alors qu'une bonne
partie est faite en surtemps à la maison le soir et les fins de semaine.
Nous allons aussi entendre, cet avant-midi...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
Mme Cadet : En terminant,
déjà... Donc, tout ça pour dire, Mme la Présidente, plusieurs groupes ont des
réserves, ont des questionnements. Il sera important de les entendre lors des
consultations particulières, et on sera tout ouïe. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
Mme la députée. J'invite maintenant le porte-parole du deuxième groupe d'opposition et député de Rosemont
à faire ses remarques préliminaires pour une durée de
1 min 30 s. La parole est à vous, M. le député.
M. Vincent
Marissal
M. Marissal : Merci, Mme la
Présidente. Je crois que c'est la première fois que j'ai le plaisir de
travailler avec vous. Puis j'en profite pour
saluer les collègues. Bon retour. Mine de rien, on vient de basculer dans la
deuxième partie déjà de ce mandat. Ça
va rapidement. Et je ne prendrai pas plus de temps pour vous saluer. Ce n'est
pas par manque de politesse, c'est par manque de temps.
Je suis favorable à ce qui est déposé devant
nous aujourd'hui, puis on offre notre collaboration, bien sûr. Moi, je ne
connais personne, à part peut-être les commis dans la maison des fous
d'Astérix, je ne connais personne qui se lève le matin puis qui rêve de plus de paperasse, qui rêve de
plus de ce que les Anglais appellent du «red tape». Alors, s'il y en a
moins, si ça permet aux médecins de voir plus de patients, mais surtout si ça
permet aux patients de ne pas s'enfarger
constamment dans toutes les fleurs du tapis de la bureaucratie, bien, je pense
qu'on fera oeuvre utile.
Et pour qui on fait un projet de loi comme ça?
J'aime beaucoup les médecins, mais je pense que je le fais d'abord pour les
patients, pour que les patients arrêtent de se prendre la tête à chaque fois
qu'ils sont malades. C'est déjà pénible d'être malade, c'est déjà difficile d'avoir
un arrêt de travail, c'est déjà difficile d'avoir à subir parfois même la
pression de son milieu professionnel. Si, en plus, on est constamment pris par
une bureaucratie qui nous étouffe, bien,
tant mieux si on est capables de régler ça. Et, comme ma collègue de
l'opposition officielle, je vais écouter avec plaisir les recommandations, dont
celles du Collège des médecins, qui me semblent porteuses d'avenir. Merci.
Auditions
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup, M. le député. Maintenant, nous allons débuter nos auditions, et je souhaite la bienvenue au Collège des médecins du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à commencer votre exposé, s'il vous plaît.
Collège des médecins du
Québec (CMQ)
M. Gaudreault
(Mauril) : Merci. Mme la Présidente Sylvie D'Amours, M. le
ministre Jean Boulet, membres de la
commission, bonjour. Je vous remercie de donner l'occasion au Collège
des médecins du Québec de vous transmettre ses commentaires sur le
projet de loi n° 68. Je suis le Dr Mauril Gaudreault, j'ai le
privilège de présider le collège depuis
maintenant six ans. Je suis accompagné aujourd'hui du Dr Alain Naud, médecin de
famille, membre, lui aussi, de notre conseil d'administration.
Je suis
médecin de famille également. Pendant des décennies, j'ai fait essentiellement
deux choses : m'occuper de mes patients,
évidemment, et remplir des formulaires. Mon collègue Dr Naud vous donnera
tantôt un exemple de formulaire qui dénote des abus envers les médecins,
à notre avis. Le projet de loi n° 68 et les mesures d'allègement mises en place en amont pour réduire la charge
administrative des médecins étaient attendus depuis longtemps. Tout le monde convenait de leur nécessité, mais il a fallu que
vous décidiez d'agir pour que les choses se concrétisent. La communauté
médicale et les patients vous en seront reconnaissants. Ce projet de loi est
une avancée qui contribuera à améliorer l'accès aux soins.
Le collège veut vous proposer aujourd'hui, si
vous le voulez bien, d'aller encore plus loin. Nous proposons au législateur
trois choses.
Premièrement,
retirer l'obligation d'obtenir une ordonnance d'un médecin pour accéder à des
services assurés par la RAMQ quand une évaluation par un autre professionnel de
la santé compétent suffit à démontrer la nécessité d'un soin, d'un
service ou d'un appareil.
Deuxièmement, mettre sur pied un comité
multipartite permanent qui analysera régulièrement les mesures administratives imposées à l'ensemble des médecins
ou d'autres professionnels de la santé et qui jugera de la pertinence des
formulaires qu'on leur demande de remplir.
Troisièmement, revoir toute la notion de
«certificat» et de «service médical» pour empêcher les employeurs ou des
assureurs de contourner les dispositions de la loi et d'imposer leurs exigences
administratives auprès d'autres professionnels de la santé.
Trois mesures simples, trois mesures
pragmatiques qui s'ajouteront à celles qui ont été mises en place et à celles
que vous voulez déployer, des mesures qui permettront aux médecins de consacrer
plus de temps aux patientes et aux patients et moins aux certificats, aux
formulaires et aux ordonnances non pertinentes.
À nouveau, on se réjouit des assouplissements
déjà mis en place par le gouvernement, comme, par exemple, un seul exemple,
l'élimination de l'exigence d'une attestation médicale pour des absences en
classe de courte durée. Celle-là, les parents vont certainement l'apprécier.
• (10 heures) •
Au collège, nous militons depuis longtemps pour
donner plus de latitude aux autres professionnels de la santé au profit des
patients. Nous l'avons fait pour les physiothérapeutes, les podiatres, les
audiologistes également. Pour nous, une fois
qu'un professionnel compétent a procédé à l'évaluation d'une personne, qu'il a
identifié le soin, le service ou l'équipement qui est requis, il est superflu
d'aller systématiquement chercher l'ordonnance d'un médecin. C'est une mesure d'une autre époque, c'est
inutilement lourd, et nous n'en voyons vraiment pas la valeur ajoutée pour
le réseau et la population.
Au sujet du comité que le collège propose de
mettre sur pied, il pourrait également valider et juger de la pertinence des
formulaires que l'on fait remplir aux professionnels ainsi que s'attarder à
l'uniformisation de leur contenu. Le médecin ne doit pas être l'instrument de
compagnies d'assurance ou d'employeurs qui cherchent parfois à réduire les
compensations ou les traitements octroyés aux personnes malades ou accidentées.
Nous avons constaté que certains formulaires
comportent des questions si pointues qu'ils devraient relever d'une évaluation
par d'autres professionnels de la santé ou d'une expertise de pointe. Je prends
soin ici d'ailleurs d'insister sur l'autocritique à laquelle le gouvernement
devra soumettre ses propres formulaires, ceux, par exemple, de la CNESST, de la
RAMQ, de Retraite Québec et du Curateur public, par exemple. N'oublions pas non
plus ceux des organismes fédéraux. Le Collège des médecins, donc, appuie le
projet de loi n° 68. C'est une avancée concrète visant à alléger la tâche
administrative des médecins québécois. C'est aussi un outil permettant de
valoriser la contribution des autres professionnels de la santé, et, au
final, cela améliorera l'accès aux soins, ce qui sera bénéfique pour toute la
population. Je propose que mon collègue Dr Naud vous donne un exemple de questionnaire
auquel les médecins doivent répondre au quotidien. Alain.
M. Naud
(Alain) : Merci, Dr Gaudreault. Je suis
médecin de famille depuis 39 ans. Dans ma clientèle, il y a beaucoup de
personnes vieillissantes aux prises avec de multiples pathologies, dont
certaines dégénératives, et c'est la
tendance. Je dois remplir plusieurs formulaires à tous les jours, sans
exception, et il y en a de plus en plus. J'ai ici un formulaire d'un
assureur visant à déterminer les conditions du retour au travail d'un de mes
patients et des mesures éventuelles de réadaptation, et c'est un cas réel.
On me demande
dans ce formulaire, par exemple : Pendant combien de minutes peut-il
marcher de façon continue? De combien
de minutes de repos aura-t-il besoin, assis ou debout, avant de continuer à
marcher? Combien de minutes peut-il
demeurer debout de manière continue? De combien de minutes de repos devrait-il
bénéficier entre deux périodes, assises ou debout? Combien de kilos
peut-il soulever du sol à la hauteur de son bassin? Dans mon bureau, j'ai un stéthoscope, un marteau réflexe et un diapason. Ça
doit faire à peu près 1/10 de kilo, et on me demande d'évaluer combien
de kilos il peut soulever du sol à la hauteur de son bassin. Ensuite, combien
de kilos peut-il soulever de son bassin jusqu'aux épaules? Et combien de kilos
ensuite au-dessus de ses épaules? Aux Jeux olympiques, en haltérophilie, on a
appris que ça s'appelait un épaulé-jeté, mais je n'ai pas de gym
d'haltérophilie dans mon... dans mon cabinet pour évaluer ces questions-là. Il
peut soulever des poids dans une proportion de combien de pourcentage du total
de son temps de travail quotidien, et là
j'ai trois choix : de 1 % à 5 %, de 6 % à 33 % ou de
34 % à 66 %? Là, j'hésite. Est-ce que je vais écrire
32 %, 33 %, 34 %? J'imagine que la réponse doit être foutument
importante pour le patient. Je dois aussi déterminer quel est le poids qu'il
peut tirer ou pousser. Dans ce formulaire : Quelle est sa capacité à
monter des escaliers? Quelle est sa capacité à s'agenouiller? Et il y en a
ainsi pour cinq pleines pages.
Rendu là, Mme
la Présidente, le médecin a lui aussi le goût de mettre le genou à terre. Pour
répondre aux questions auxquelles je peux répondre, c'est plusieurs
heures. Mme la Présidente, M. le ministre et membres de la commission, voici un
exemple de ce qu'on reçoit trop souvent dans le quotidien de notre clinique, de
notre pratique médicale.
M. Gaudreault
(Mauril) : Merci, Dr Naud. Cette
démonstration, Mme la Présidente, illustre notamment le bien-fondé de notre
demande de comité permanent. Je vous remercie de nous avoir écoutés. On est
prêts maintenant à répondre à vos questions.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
Dr Gaudreault, et merci, Dr Naud. Maintenant, nous allons passer à la période d'échange
avec le ministre pour une période de 16 min 30 s. M. le
ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. Merci, Dr Gaudreault. Merci, Dr Naud.
On réalise à quel point un projet de loi de
cette nature est un incontournable. J'ai même des amis, moi, qui sont des
médecins spécialistes puis des médecins de famille qui me disent qu'ils
n'auraient peut-être pas décidé de s'orienter
de cette manière-là, d'étudier en médecine, s'ils avaient su à quel point le
fardeau administratif pouvait être un obstacle ou pouvait être imposant.
Ça fait que je comprends super bien votre réalité. 25 %, c'est du temps
qui ne peut pas être consacré à des soins
cliniques. C'est du temps qui empêche au Québec de donner un meilleur accès.
Puis c'est amorcé, ce processus-là, dans d'autres provinces au Canada.
Donc, il faut aller dans cette direction-là.
Ce que je voulais vous mentionner, c'est que,
quand vous référez aux services assurés par la RAMQ, il ne faut pas considérer,
encore une fois, que ce projet de loi là est une finalité. Il y a des choses
qui peuvent se faire administrativement. Il y a un comité qui a été mis en
place par le ministère de la Santé, qui débouche sur un plan santé. L'objectif ultime, c'est de réduire la
charge administrative des médecins, puis il y a plusieurs partenaires externes
qui participent au processus menant à des
décisions. J'ai référé tout à l'heure à la CNESST, aux CHSLD, mais la FMOQ,
la FMSQ et autres sont impliqués dans ce processus-là.
Ça fait que moi, c'est sûr que je me dis :
Il faut faire l'analyse. Ce n'est pas tous les services, ce n'est pas tous les
soins qui sont assurés par la RAMQ, mais voir ce qui peut être fait au plan
administratif. En fait, l'exemple que vous
donniez par les médias, c'est une personne qui va voir un professionnel qui se
fait recommander, par exemple, une imagerie et qui doit, pour obtenir
le... là, ce n'est pas un service assuré ou, s'il était un service assuré,
qu'il doive obtenir un certificat médical le confirmant. Je ne sais pas si un
des deux, Dr Gaudreault ou Dr Naud, vous pouvez me confirmer, me
donner des précisions sur cet exemple-là.
M. Gaudreault
(Mauril) : En fait, ce n'est pas un
exemple dont je veux vous parler. Ce que je veux vous dire, là, puis, tu sais,
vraiment... vraiment qui nous anime nous, là, c'est de ne pas nécessairement
toujours passer par l'obligation d'une ordonnance d'un médecin pour obtenir un
service, pour obtenir des choses qui sont assurées par la RAMQ notamment, mais
tout cela dans le sens de reconnaître que d'autres professionnels de la santé
sont aussi compétents pour pouvoir signer de telles ordonnances ou de telles
recommandations.
C'est ça, ce n'est pas un exemple, là,
notamment, qui va faire en sorte de bien comprendre la chose. On sera tous
d'accord que, pour les patients, M. Marissal en a parlé tantôt, c'est ça
qui, des fois, fait en sorte que la personne parle
d'un parcours du combattant pour essayer d'avoir... obtenir, finalement, les
ordonnances qui, si on regardait ça comme il faut, ne seraient pas absolument nécessaires de la part d'un médecin,
mais pourraient se faire avec un autre professionnel de la santé.
C'est beaucoup cela. Je ne
veux pas aller trop vite, là, puis dévoiler de choses particulières, mais la
semaine prochaine, nous allons revenir en
commission parlementaire pour ce qui est de l'élargissement des pratiques professionnelles. On va parler à nouveau d'élargir
les possibilités que d'autres professionnels puissent poser des actes et
prendre des responsabilités.
Donc, la pratique de la médecine,
particulièrement de la médecine de famille, maintenant, c'est une pratique en
équipe, avec d'autres professionnels. Il faut faire en sorte que ces autres
professionnels là puissent avoir plus d'autonomie et remplir plus, exemple, de
formulaires pour ce qui est de la question qui nous concerne aujourd'hui.
M. Boulet : OK. Je comprends
super bien. C'est pour ça que j'ai tellement l'impression que l'objectif ou les
objectifs visés par ce projet de loi
transcendent tout le reste, là. Et confirmez-moi que le professionnel de la
santé est celui le mieux placé pour
déterminer la fréquence et la pertinence des rencontres et la nécessité d'aller
rencontrer un médecin pour obtenir un service et ultimement un
certificat.
• (10 h 10) •
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, c'est... Le professionnel de la santé, pour
moi, il est compétent pour prendre de telles
décisions. Et quand le professionnel de la santé autre que le médecin estime
que ça lui prend un avis du médecin, il faudra faire en sorte de
faciliter tout cela également.
M. Boulet : Tout
à fait. Je comprends bien. Puis quand on dit le médecin, ça implique aussi
d'autres intervenants, comme les physiothérapeutes, les psychologues...
M. Gaudreault
(Mauril) : Exemple.
M. Boulet : ...j'en ai fait
référence, les ergothérapeutes, les kinésiologues. Oui, ça fait partie des
exemples.
M. Gaudreault
(Mauril) : On revient souvent à l'exemple
de l'audiologiste. J'ai des appareils auditifs, l'audiologiste qui considère
que quelqu'un a besoin d'appareil auditif, les appareils auditifs peuvent être
payés par la RAMQ, mais au moment où on se
parle, l'audiologiste a encore besoin, ou la RAMQ exige que l'ordonnance soit
signée, pas nécessairement par un médecin, mais par un médecin
oto-rhino-laryngologiste. Donc, il y a là un abus, là, à mon avis et vraiment,
vraiment, la nécessité qu'on revoie de telles situations.
M. Boulet : Oui, je comprends. J'aimerais mieux comprendre,
là, tu sais, parce que, là, on parle plus largement, là, des intervenants du domaine de la santé. J'ai
référé à certains spécialistes du domaine de la santé. Quand vous dites :
redéfinir plus largement ou remplacer par un
terme plus inclusif des autres professions «service médical», et, après ça,
vous dites «certificat médical», pouvez-vous me donner plus d'explications pour
que je comprenne bien votre point?
M. Gaudreault
(Mauril) : Bon, je vais y aller avec... je vais débuter, puis
Alain va poursuivre, mais «certificat» et «service», nous proposons
d'enlever le mot, le qualificatif «médical», et que ça soit plutôt
«professionnel» pour englober les autres professions de la santé, les autres professionnels
de la santé qui peuvent également justifier, par un avis, une absence, le besoin de recevoir un soin ou une consultation.
Donc, englober ça de façon plus large afin de faire en sorte que, si on
enlève juste le mot «médical» et qu'on n'ajoute pas «professionnel», de faire
en sorte que les compagnies ou... une telle compagnie d'assurance ne puissent
pas outrepasser cette disposition de la loi puis, à ce moment-là, s'adresser à
d'autres professionnels. Alain, peut-être des précisions?
M. Naud
(Alain) : Pour reprendre l'exemple que Dr
Gaudreault donnait tantôt, un audiologiste qui évalue l'audition d'un patient
juge qu'il a un déficit suffisant qui pourrait lui permettre d'avoir un
appareil couvert par la RAMQ. Bien, dans la démarche pour le patient, pour
pouvoir éventuellement avoir ses appareils, il doit rencontrer un ORL, il doit produire une attestation médicale
lui permettant d'avoir ses appareils et que ce soit couvert par la RAMQ.
A-t-on besoin d'une attestation médicale?
Est-ce qu'une attestation professionnelle d'un audiologiste serait suffisante,
ne devrait pas être suffisante pour lui permettre d'avoir ses appareils? En
définitive, c'est l'audiologiste qui détermine si le patient a besoin
d'un appareil ou pas, là, ce n'est pas l'ORL.
On voit la même chose avec les orthèses
plantaires. Je vous donne un exemple. La semaine dernière, j'ai une patiente
qui me dit : Je voudrais avoir une prescription pour des souliers
orthopédiques parce que mes assurances me demandent une prescription médicale
et c'est couvert par mes assurances. Bon, je lui ai fait une ordonnance,
souliers orthopédiques. Deux jours après, elle me rappelle : Oui, ça a été
refusé par la compagnie d'assurance, il faut que vous marquiez «souliers moulés à ses pieds». Bon, je marque «souliers
moulés à ses pieds». Ce que j'ai fait est d'une totale inutilité. Si le
patient a besoin d'orthèses plantaires, ce n'est pas moi qui vais le
déterminer. Si le patient a besoin de souliers moulés à ses pieds, ce n'est pas
moi qui vais le déterminer, c'est l'orthésiste du pied, c'est le podiatre. Ce sont les spécialistes du domaine et ils devraient
pouvoir faire des attestations podiatriques permettant au patient, qui est
assuré par une compagnie d'assurance qui couvre ce service, d'y avoir accès.
Donc, il faut... encore une fois, quand on met
le terme «médical» pour les attestations, pour les services, ça veut dire qu'on
a l'intention de tout faire passer par le médecin, faire autoriser par le
médecin, alors que ce qu'on dit, c'est qu'il
y a des professionnels compétents qui font du travail, qui font des
diagnostics, qui appliquent des traitements, qui utilisent des modalités
diagnostiques. On devrait donner l'autonomie nécessaire à ces gens-là d'aller
jusqu'au bout de leurs compétences professionnelles.
M. Boulet : Je
comprends bien. En même temps, ce que le projet de loi veut faire, c'est
d'interdire à l'assureur d'exiger un service ou un certificat médical, par
exemple. Ici, si c'est un... si c'est un podiatre, par exemple, l'assureur
ne pourrait pas exiger qu'il obtienne un certificat médical, on se comprend
bien. C'est parce que j'ai compris tout à l'heure
du Dr Gaudreault qu'on... vous recommandiez qu'on remplace «médical» par
«professionnel». Est-ce que c'est bien ce que j'ai compris?
M. Gaudreault
(Mauril) : ...professionnel de la santé.
M. Boulet : En fait, ce que
vous souhaitez évitez, c'est que l'assureur fasse indirectement ce qu'il ne
peut pas faire indirectement, ce qui inciterait, par exemple, certains
assureurs à dire : Tu n'es pas contraint d'aller voir un médecin, mais tu
es contraint d'aller voir un autre intervenant du domaine de la santé. C'est
essentiellement le point qui fait l'objet de votre recommandation.
M. Gaudreault
(Mauril) : C'est tout à fait cela.
M. Naud
(Alain) : ...pour reprendre l'exemple de
M. le ministre, c'est qu'on pourrait dire : On va interdire aux compagnies
d'assurance d'exiger un certificat médical, mais les compagnies d'assurance
pourraient dire : Bien, on va exiger un certificat podiatrique. On n'est
pas plus avancés, là. C'est le sens exactement, là, de notre demande.
M. Boulet : Tout à fait. OK. On
aura l'occasion d'en discuter plus tard, en étude détaillée, là, mais la notion
de même indirectement, elle est prévue, là, aussi à l'article 29.1 du
projet de loi.
J'aimerais ça
finir avec l'autre recommandation, un comité multipartite. Bien, comme je vous
expliquais, il y a une structure de gouvernance bien établie au
ministère, dont l'objet, c'est de réduire la charge administrative des
médecins. Les médecins omnipraticiens sont parmi les partenaires externes, les
médecins spécialistes, la RAMQ, la CNESST, les établissements du réseau de la
santé. Est-ce qu'un comité multipartite n'aurait pas les mêmes fins, n'aurait
pas le même impact de bureaucratiser ou de rendre moins efficace ce qui est
déjà fait ici et contrôlé par le ministère de la Santé?
J'aimerais ça vous entendre là-dessus, sur ce
comité multipartite là, parce que je ne veux pas que tout... Tu sais, je
reviens encore sur les avancées extraordinaires qu'on a faites pour le
138 000 plages horaires qu'on a libérées avec la CNESST et avec les CHSLD, et j'aimerais ça que vous me donniez
un peu plus d'explications sur ce comité-là, qui aurait la même
finalité, c'est-à-dire d'alléger le fardeau administratif des médecins.
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui, d'alléger, mais pas seulement d'alléger. Je
dirais de préciser, de valider, d'évaluer la pertinence de tous ces
formulaires, de faire en sorte d'uniformiser, d'une certaine façon, des
formulaires de cinq pages, comme le Dr Naud
parle. Il y a d'autres formulaires qui pourraient être faits de façon
appropriée, plus pertinente, et ça, au moment où on se parle, ça
n'existe pas.
Donc, un
comité multipartite, avec plusieurs partenaires, le ministère de la Santé
évidemment, les fédérations, le
collège, les autres ordres professionnels impliqués, qui pourrait regarder de
façon régulière, exemple, de façon trimestrielle, je dirais, des
formulaires afin de valider et de faire en sorte qu'il n'y ait pas une tonne,
plusieurs formulaires de diverses compagnies, divers partenaires, diverses
organisations à remplir pour le médecin.
Donc, c'est pour faciliter le travail du
médecin, mais c'est encore bien plus. Et là je reprends toujours l'expression
du patient, c'est de rendre ça beaucoup plus facile pour les patients et de
faire en sorte que le parcours d'un patient ne devienne plus celui d'un
combattant.
M. Boulet : On est tellement
d'accord. La personne qui va recevoir des services d'un psychologue ou d'un
physiothérapeute, qui est contrainte d'aller voir un médecin, c'est ça qui
provoque des délais, qui diminue l'accès et puis qui empêche le médecin de se
concentrer sur les services cliniques. Puis c'est la même affaire pour les
aides techniques pour les prestations d'invalidité. Puis on le dit, comme je le
mentionnais tout à l'heure, une personne a une
gastro-entérite ou est une proche aidante puis elle doit souvent aller, soit
parce que c'est imposé par l'assureur, soit parce que c'est demandé par l'employeur, obtenir un certificat
médical... Il faut, tous ensemble, continuer d'aller dans cette
direction-là puis atteindre l'objectif fondamental de ce projet de loi là.
Il reste deux minutes. Bien, je vais vous
laisser peut-être du temps. Est-ce que vous avez des commentaires additionnels à faire? Parce que je trouve que
votre mémoire est super bien fait. Vous avez des recommandations qui sont claires,
que... j'ai aimé les précisions que vous m'avez apportées. Je ne sais pas s'il
y a d'autres éléments que vous souhaiteriez...
• (10 h 20) •
M. Gaudreault
(Mauril) : ...revenir sur le comité
permanent, peut-être, avec plusieurs partenaires pour voir ça de façon
régulière, et tout cela dans le sens de valider ce qu'il y a là-dedans, de
l'optimiser et de le rendre plus pertinent. Et ça, au moment où on se parle, ça
n'existe pas. Et là, ça existerait de par une loi, la formation d'un tel
comité. Ça nous apparaît essentiel.
M. Boulet : ...en
même temps, vous savez qu'il y a une procédure qui est prévue, qui va permettre
à Santé Québec d'exiger
des informations de l'assureur ou de l'administrateur du régime d'avantages
sociaux, qui va déterminer... Bon, il y aura éventuellement un processus qui va
nous permettre de mesurer, d'évaluer et de vérifier les avancées concrètes que ça va générer et c'est quoi les angles morts, là,
dans... sur le terrain et de manière à nous permettre de boucher ces angles
morts là.
Mais je le répète, il n'y a pas que le projet de
loi. Il y a les avancées déjà effectuées puis il y en a d'autres qui vont être effectuées, parce qu'au ministère on
travaille avec une gouvernance qui est vraiment serrée et avec beaucoup
de consultations. Merci beaucoup, Dr Gaudreault. Merci, Dr Naud. Merci au
collège aussi.
La
Présidente (Mme D'Amours) :
Merci. Maintenant, nous allons passer la parole à la députée de Bourassa-Sauvé. La parole est à vous.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, Dr Gaudreault. Bonjour, Dr Naud. Merci beaucoup pour votre exposé, effectivement très clair, ainsi que
votre mémoire qui était donc très limpide à lire, avec des recommandations
très à propos.
J'aimerais,
en premier lieu, revenir, donc, sur l'exemple que vous avez donné, Dr Naud, là.
Ça nous semblait... On avait l'impression, effectivement, d'être un peu
dans la maison des fous avec les exemples que vous donniez, en disant... Ça, ce n'est qu'une infime partie des
questions auxquelles, donc, vous devez répondre dans le cadre de votre travail.
On comprend bien, donc, toute la lourdeur de la charge administrative et à quel
point, autant pour le patient que pour vous, que ça peut constituer un
non-sens. Donc, merci pour ça.
Puis ma
première question, donc, irait justement en complément, donc, de cet exemple-ci,
parce qu'effectivement, donc, on a
mentionné, donc, les aspects sur lesquels, donc, le projet de loi va jouer, et
je pense qu'on est tous d'accord autour
de la table pour dire que c'est un premier pas. Et là, donc, je vous amène à
nous indiquer, donc, comment est-ce qu'on pourrait faire un second pas
au niveau de l'allègement du fardeau administratif des médecins quant aux formulaires à remplir pour les assureurs privés.
Là, j'irai dans le régime public par après, parce que c'est l'objet d'une
grande partie de vos recommandations, mais, au niveau des assureurs privés,
avec l'exemple que vous donnez, est-ce que vous avez l'impression que le projet
de loi vous allège un tant soit peu avec ce que vous avez nommé, là, comme
questionnements dans vos formulaires?
M. Naud
(Alain) : Mme la Présidente, je remercie
Mme la députée de la question. Non, et c'est pour ça qu'on propose ce genre de
comité multipartite là central, parce que, malgré ce que M. le ministre disait
tantôt qui est déjà en place, bien, effectivement, de toutes les organisations
privées, compagnies d'assurance privées, on continue de recevoir des tonnes...
Puis, dans l'allocution, je vous ai... je vous en ai montré un, je peux vous en
montrer plein d'autres, là. J'en ai un ici qui est pire encore, il fait
11 pages, d'une compagnie d'assurance, et 11 pages pleines, là, et on pose des questions comme, par exemple, puis
je vous en donne juste deux, pour vous donner un exemple, là : soins personnels
et toilette. Soins personnels : se laver le visage, le corps, les membres
et le périnée. Toilette : se coiffer, se brosser les dents, se raser, se
maquiller. Est-ce que le patient présente de la difficulté et/ou de la douleur?
Est-ce qu'il a besoin d'aide? Est-ce qu'il a
besoin de l'aide d'une autre personne moins de 50 % du temps, plus de
50 % du temps?
Une autre question, et on sombre parfois, là,
dans le ridicule, là. Douleurs chroniques : Est-ce que le patient présente
une douleur chronique? Décrivez la gravité et la fréquence de la douleur. S'il
y a lieu, décrivez l'effet sur la... de la douleur sur le sommeil, par exemple,
les minutes de sommeil perdues chaque nuit en raison de la douleur. Décrivez la
réponse émotionnelle du sujet de la... à la douleur ainsi que sa capacité de
réagir à des conditions stressantes. Décrivez la perte de la mémoire
subjective, le manque de concentration.
Je ne vais pas dormir avec mes patients chez
eux, là, pour savoir combien de minutes ils sont réveillés la nuit quand ils
ont de la douleur chronique, là. Alors, malgré ça, et c'est le but du comité
central, si on demande à des médecins, et je parle pour n'importe quel
professionnel, de remplir un formulaire, on devrait s'assurer du contenu aussi,
là, pas juste de la quantité, du nombre, d'où ils originent, là, mais s'assurer
que ces formulaires-là soient fonctionnels, soient pertinents, que les
questions soient nécessaires, qu'elles sont du ressort du médecin qui doit le
compléter. Et je pense que... parce qu'actuellement, là, toutes les
organisations privées font leur formulaire maison, envoient ça aux médecins et exigent aux patients qu'il soit complété
pour avoir accès à un service, à une compensation, peu importe, mais il
n'y a personne qui s'assure du contenu de ces formulaires-là. Donc, on devrait
avoir des gens compétents du domaine qui se
réunissent, qui évaluent chacun de ces formulaires-là qu'on impose aux
professionnels de la santé pour s'assurer que ces formulaires-là sont
corrects et qu'on ne sombre pas dans le ridicule.
Mme Cadet : Merci. Je pense que
ça clarifie quelques aspects, on l'a dit... puis je pense que vous le... vous
venez de l'évoquer, Dr Naud, donc, en ce moment, donc, on se concentre, dans le
cadre du projet de loi, donc, sur la quantité de formulaires à remplir, en
disant, donc : Comment est-ce qu'on est capables, donc, de faire sauter,
donc, cette étape-là dans le processus pour éviter que certains patients,
donc... qu'ils aient à passer par vous pour pouvoir, donc... donc, par exemple, donc, se faire rembourser certaines, donc,
prestations, là, ou avoir accès, donc, à d'autres services, donc, dans
le cadre, donc, de leur contrat d'assurance collective.
Mais, sur le plan du contenu, donc, lorsqu'un
patient, donc, doit effectivement se rendre chez vous, parce que ça ne viendra
pas éliminer l'ensemble, donc, des... bien, des patients, donc, qui auront à
obtenir un certificat médical, il y a quand
même, donc, énormément de travail à faire au niveau du... au niveau de la
paperasse puis au niveau, donc, d'uniformiser tout ça. Puis...
M. Naud
(Alain) : ...s'occuper juste du contenant,
il faut s'occuper du contenu aussi, et ça, c'est un irritant majeur, je peux
vous dire...
Mme Cadet : Et
il n'y a absolument rien qui encadre le contenu? Là, vous dites que les
formulaires sont faits maison.
M. Naud (Alain) : Il n'y a absolument rien qui
encadre ça, pour ce qui est des formulaires de tout ce qui est privé.
Maintenant, du côté gouvernemental, il y a des formulaires qui sont évidemment
produits par les organisations responsables, mais, encore là, je vous montre
celui du Curateur public, il fait huit pages, celui de Retraite Québec, il fait quatre pages. Et il y a beaucoup de questions
là-dedans où que, nous, qui avons à compléter ces formulaires-là, ne sommes pas certains de la pertinence parfois ou
que nous sommes la bonne personne à être interpelée pour être capable
d'y répondre. Donc, s'occuper du contenu, je pense que le projet de loi,
là-dessus, ne va pas assez loin.
Mme Cadet :
OK. Je comprends...
M. Gaudreault
(Mauril) : Et entendons-nous, là...
Mme Cadet :
Oui, allez-y.
M. Gaudreault
(Mauril) : ...ça prend des formulaires
pour qu'une société fonctionne correctement. Ça en prend, des formulaires. On
n'est pas en train de vous dire qu'il faut arrêter d'avoir des formulaires,
mais il faut les optimiser, ces formulaires-là. Il faut optimiser leur contenu
et faire en sorte que, tout en ayant réponse à des questionnements à
l'intérieur du formulaire, ça soit moins lourd de temps pour les professionnels
qui vont avoir à les remplir, de là tout objectif du comité permanent
multipartite.
Mme Cadet :
OK. Je comprends. Parce que vous dites, donc, la voie législative ne serait
pas nécessairement, donc, la meilleure pour encadrer le contenu des
formulaires, mais la création du comité, donc, le permettrait.
M. Gaudreault
(Mauril) : C'est ça.
Mme Cadet :
Puis le comité, donc, que vous mettez de l'avant dans votre
recommandation 2, donc le comité multipartite
permanent, donc, serait... bien, dans le fond, il aurait pour objectif, donc,
d'analyser autant les formulaires, donc, au niveau des assureurs privés
que ceux du régime public.
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui, oui, il faut faire ça.
Mme Cadet :
Et puis... Et donc ce serait, donc, une manière aussi, comme vous dites,
donc, de l'optimiser, mais d'actualiser aussi le contenu de façon récurrente...
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui. C'est ça.
Mme Cadet :
...de façon... Donc, c'est un comité permanent, donc, de vraiment, donc,
de... lorsque le besoin se fait sentir, que les membres, donc, pourraient se
rencontrer pour être en mesure, donc, de mettre à jour le contenu de ces
formulaires-là, pour qu'au moins il y ait une certaine uniformité, puis ce que
j'entends de Dr Naud, donc, une pertinence face aux questions. Parce que, comme
vous dites, vous n'allez pas chez les patients la nuit pour voir... pour être
capable de répondre à chacune de ces questions-là qui semblent... qui ne sont
pas tout à fait à propos, là, pas toujours. OK. Donc, ça, ça me semble clair du
côté du comité multipartite.
Maintenant, donc, si
j'ai bien compris votre première recommandation, donc, de vous assurer que
l'exigence d'obtenir l'ordonnance d'un
médecin soit retirée des règlements encadrant l'accès à des services assurés
par la RAMQ également... parce que le projet de loi se concentre sur les
assureurs privés et les administrateurs, donc, de régimes d'avantages sociaux,
et vous dites donc qu'il y a une opportunité, il y a une porte qui est ouverte
ici pour qu'on puisse faire un pas de plus
pour réduire la lourdeur administrative sur le plan de la quantité, là. On
s'est concentré sur le contenu, mais sur le nombre, on n'est pas sortis de
l'auberge, si on se concentre que sur les assureurs privés. C'est bien ça?
• (10 h 30) •
M. Gaudreault (Mauril) : Oui, on a écrit ça pour réduire... On parle beaucoup de réduire la
charge administrative des médecins, mais tout cela c'est afin, je
dirais, d'augmenter, et non pas de réduire, tout le temps consacré au patient
et aussi d'optimiser le temps du patient pour aller chercher de telles
ordonnances également, sans compter, je le répète, là, la nécessaire
reconnaissance de la compétence de ces professionnels-là.
Mme Cadet :
OK. Parfait. Donc, ça, je pense que ça, c'est... puis ça me semble assez clair.
Puis dans votre mémoire, donc, vous donniez, donc, trois exemples distincts,
mais vous avez évoqué, donc, celui des audiologistes plus tôt en commission.
Vous parlez, donc, des examens d'imagerie médicale qui sont prescrits par les
podiatres qui ne seront... qui ne sont pas
remboursés par la RAMQ parce qu'il faut passer par le... bien, en fait, ils
doivent référer leurs patients sans assurance à un médecin, là, pour
être capables d'obtenir un billet du médecin qui semble être une étape superflue, là. C'est ce que... c'est ce que vous
avancez. Parfait. Et l'exemple, donc, des ergothérapeutes et des physiothérapeutes qui pourraient pleinement
utiliser leurs compétences dans l'attribution, donc, des appareils qui
suppléent à une déficience physique
sans qu'un médecin ait à l'attester pour que l'appareil soit remboursable par
la RAMQ, est-ce qu'il y en a beaucoup des exemples comme ça?
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, tu sais, il y a plusieurs
exemples de papiers pour lesquels on demande une ordonnance médicale de
patients, patientes qui ont été évalués par un autre professionnel de la santé,
on demande au patient de remplir le papier... et qui, lui, n'a pas vu ou ne
verra pas le patient ou la patiente. Il y en a plusieurs exemples comme ça, là.
Ça fait qu'il faut cesser ça. Ça n'a pas de bon sens non plus, ça, de
fonctionner comme ça, de demander à un professionnel de signer quelque chose
pour un patient qu'il n'a pas vu.
Mme Cadet : Oui, ce qui est
exactement le même concept que ce qu'on fait au niveau des assurances privées
dans le cadre du projet de loi, en fait, là. Ce que vous dites, c'est que
puisqu'on est en train, donc, d'ouvrir, donc, cette... de se questionner sur
cet enjeu au niveau des assureurs privés, bien, on a une opportunité, donc, de
pouvoir le faire au niveau du régime public, parce qu'on retrouve les mêmes
incohérences, tant sur le plan des dédales et du chemin de croix du patient lorsqu'il veut obtenir, donc, le
remboursement d'un service que ce soit au niveau, donc, des assureurs
privés ou du régime public, là.
Maintenant, avec le temps qu'il nous reste, je
veux juste aussi, donc, me concentrer, donc... vos troisième et quatrième recommandations au niveau, donc, de la
terminologie. Parce que vous nous faites, donc, des recommandations
aussi... bien, des modifications terminologiques pour élargir la portée du
projet de loi. Donc, si j'ai bien saisi, parce que le ministre vous a posé la
question tantôt, donc, ici, c'est nous assurer, au niveau de... bien, en fait,
lorsqu'on se concentre sur les exigences,
donc, qu'on viendrait... qu'on viendrait, donc, émettre aux assureurs privés,
donc, qu'ils ne puissent pas faire indirectement, donc, ce que le projet
de loi les empêche de faire directement, lorsque vous voulez élargir la
terminologie de «service médical» à «service professionnel». Puis c'est bien,
là, la terminologie que vous... parce que dans le mémoire, ce n'est pas
indiqué, mais de ce que vous nous avez... de ce que vous nous avez évoqué, pour vous, donc, la bonne terminologie, ce serait
de parler de «certificat professionnel» et de «service professionnel»?
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui, dans le sens que ce n'est
pas seulement médical. Comme je l'ai dit tout à l'heure, la pratique de la
médecine, les soins de santé, c'est des soins en équipe maintenant. De plus en
plus, ça, c'est reconnu, donc, de faire en sorte que ça ne soit pas seulement
médical, mais que ça puisse aussi reconnaître la compétence des autres
professionnels de la santé. Donc, pas seulement médical, il ne faut pas cibler
seulement le médical. Moi, je vous dis le mot «professionnel», là, ça pourrait
être d'autre chose, c'est vous qui allez décider cela, mais vous comprenez ce
que je veux dire. C'est, tu sais, éliminer le mot «médical» et l'élargir de
façon suffisante pour y inclure les autres professionnels de la santé qui
seraient impliqués dans de telles situations.
Mme Cadet : D'accord. Merci.
La
Présidente (Mme D'Amours) : ...le temps que nous avions pour cette période
d'échange. Je vais maintenant céder la parole au député de Rosemont. La
parole est à vous pour une période de 4 min 8 s.
M. Marissal : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour. Bienvenue de nouveau. Heureux de vous revoir. C'est
toujours utile et instructif, ce que vous nous racontez. D'ailleurs,
pour le bénéfice de la commission, Dr Naud, pourriez-vous déposer les
formulaires que vous avez cités? Je présume que je peux les trouver, là, mais
pour le bénéfice de tous.
M. Naud
(Alain) : Ceux que j'ai en ma possession,
non, parce que je ne les ai pas anonymisés.
M. Marissal : Non. Je veux le
formulaire vide. Je ne veux pas... Je ne veux pas le contenu.
M. Naud
(Alain) : Mais je peux le faire puis le
déposer ultérieurement.
M. Marissal : Merci. Ce serait
apprécié. Petite nuance sur ce que vous avez apporté comme exemple, là, sur les
podiatres, là. Quant à moi, le problème des podiatres, c'est qu'ils ne sont pas
couverts par la RAMQ et que la podiatrie au
Québec est uniquement du domaine privé. Ils n'ont pas de code de facturation,
ce qui, à ce jour, me dépasse encore. Parce que, si vous avez un
problème avec un pied, essayer de fonctionner, de travailler, je ne sais pas comment on fait ça. Le reste, à peu près, du corps
est couvert, mais pas les pieds. Il y a des choses qui m'échappent, là,
dans le grand... dans le grand mystère de la santé au Québec, là, mais... Je
pense que le problème, il est plus là, là, puis si on était capables de
travailler ensemble, là, pour qu'un jour au moins les services essentiels des
pieds soient couverts, je pense qu'on ferait oeuvre utile pour faire marcher la
société.
Quant aux assurances et aux assureurs,
permettez-moi d'être méchant ce matin, là, mais moi, je pense que les
compagnies d'assurance vendent des parapluies qui n'ouvrent pas quand il pleut,
là, et qu'il y a toujours 56 façons de ne pas payer, ce qui me fait dire
que, si on vous décharge d'une responsabilité, par exemple, des formulaires
absurdes que vous avez à répondre, à remplir, il est possible que les
compagnies d'assurance ne plient pas si facilement et ne fassent que transférer
la responsabilité à d'autres professionnels. Vous en avez parlé tout à l'heure,
le ministre dit qu'à 29.1 on va toucher ça, si j'ai bien compris ce qu'il a dit
tout à l'heure, mais comment on s'assure qu'on ne fait pas juste transférer le
problème d'un professionnel à un autre?
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, ce n'est pas ça... ce
n'est surtout pas ça qu'on veut faire, mais c'est plus dans le sens de reconnaître les compétences des professionnels et non
pas de transférer des responsabilités actuellement
aux médecins, à d'autres professionnels. Il ne faut pas que ce soit vu comme
ça. J'espère que ce n'est pas vu comme ça. Sinon, bien,
on ajustera nos mots puis nos façons de le dire. Mais c'est de répartir
ensemble le travail et la tâche, et non pas seulement sur les épaules du
médecin. Mais ce n'est pas de transférer, parce que je vous le dis, là, des
fois, on remplit quelque chose puis que c'est un autre professionnel qui l'a
vu. Le médecin, il ne l'a pas vu. C'est là, de l'absurdité de la chose, de
devoir avoir une ordonnance médicale.
Donc, il faudra faire
en sorte, là... Nous, c'est une suggestion qu'on fait, il faudra faire en
sorte... puis j'ai confiance en vous, de faire en sorte que ce ne soit pas vu
comme des médecins qui demandent que la charge ne soit pas juste sur l'épaule
des médecins, mais plutôt qu'elle soit répartie de façon positive et
constructive entre les professionnels.
Et vous allez
recevoir, sans doute aussi, des associations de compagnies d'assurance, là,
aujourd'hui ou demain, je ne sais pas. Bien, à ce moment‑là, discutez avec eux
comment ça pourrait être fait également. Je pense qu'il faut ensemble voir
comment on pourrait diminuer l'alourdissement de cette tâche‑là par rapport à
tous ces formulaires dont le Dr Naud vous a parlé.
M. Marissal :
Merci pour ça. Votre comité permanent multipartite, vous verriez qui
là-dessus? Puis le fonctionnement... Parce qu'on n'a peut-être pas
nécessairement besoin de plus de comités. Cela dit, je ne sais pas comment
fonctionnera Santé Québec là-dessus. Je ne le sais pas encore pour le moment.
Comment vous voyez le fonctionnement et qui devrait siéger là-dessus?
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, on n'a pas besoin de plus
de comités, mais on a besoin de ce comité-là et, à mon avis, des gens du...
c'est sûr, je vais vous dire, des gens du collège, évidemment, qui vont être
là-dessus, là, mais du ministère, de Santé Québec, des fédérations médicales, des autres représentants des professionnels
également impliqués pour faire en sorte, de façon régulière, de revoir
puis de faire des recommandations par rapport à ces... d'en valider le contenu
et la pertinence.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps que nous avions pour ce bloc d'échange.
Il
reste quelques minutes. J'ose vous poser une question. Avec tout ce que
vous avez dit, j'ai l'impression que ça fait longtemps que vous attendiez ce
projet de loi là. Combien de pourcentage de patients vous auriez la possibilité
de voir, si vous n'aviez pas tous ces documents-là à remplir? Êtes-vous capable
de chiffrer, de donner un pourcentage?
• (10 h 40) •
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, je vais dire un début de
réponse, puis Alain pourra compléter, mais on... Le sondage de la Fédération
des médecins omnipraticiens du Québec, ils vont sans doute vous en parler, a
démontré que 24 % à 25 % de la charge du médecin de famille moyen est
occupée à remplir des documents, des formulaires. Ils n'en font pas... Ils ne font pas ça uniquement lors des journées, des
fois, ils font ça le soir, les fins de semaine chez eux, mais ça ne veut
pas dire nécessairement que le médecin verra 25 % de patients de plus,
parce qu'il y en aura toujours, du temps
consacré à remplir des formulaires. Nous souhaitons qu'ils en voient plus, mais
nous souhaitons aussi qu'ils améliorent... qu'ils puissent... ça puisse
servir aussi à améliorer le temps consacré avec les patients. Donc, en voir
plus, d'accord, mais l'accès, ça veut dire aussi du temps optimal avec le
patient. Le nombre de patients, là, je laisse au Dr Naud qui, lui, est encore
en pratique active, d'estimer.
M. Naud (Alain) : C'est
difficile de chiffrer, Mme la Présidente, de faire une prédiction là-dessus. Il
y en aura certainement plus. Combien, je ne
pourrais vous le dire, évidemment, avec certitude. Il y a une chose dont je
suis certain, c'est qu'on va diminuer l'exaspération, toutefois, des
professionnels. Et une des raisons qui fait que c'est difficile à chiffrer, c'est que ce temps-là de compléter des papiers
n'est pas fait uniquement sur le temps clinique de bureau, mais est souvent fait le soir et la fin de semaine
aussi, là. Donc, c'est toute cette complexité-là qui amène la difficulté de
faire une prédiction.
Quelques secondes
pour vous sensibiliser aussi à un aspect, là, qui touche tous les médecins,
c'est... On a beaucoup parlé du formel, mais
il y a beaucoup d'informel auquel on doit répondre dans notre pratique à tous les
jours, là. Des patients qui veulent
des papiers, une attestation médicale pour déménager, pour faire cesser leur
bail, pour changer d'étage, pour faire enlever les tapis, pour pouvoir
garder leur chien même si le règlement de condo l'interdit, pour pouvoir rester
à la maison, ne pas retourner en travail au bureau parce qu'ils le font en
télétravail depuis trois ans et ils aiment ça. Et ça, là, ça aussi, ça prend
beaucoup de temps. Et ça, bien, je comprends que le projet de loi ne pourra pas
le régler, là, mais il y a déjà une partie informelle de paperasserie très
importante dans le quotidien des médecins.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Je vous remercie infiniment d'avoir répondu à mes quelques
questions. Merci pour votre contribution à nos travaux de la commission.
Je
suspends les travaux quelques instants afin de permettre aux prochains invités
de prendre place. Merci infiniment.
(Suspension de la séance à
10 h 42)
(Reprise à 10 h 49)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue à la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé,
puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission.
Je vous invite donc à vous présenter puis à commencer votre exposé, s'il
vous plaît.
Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ)
M. Oliva (Vincent) : Bonjour, Mmes et MM. les
parlementaires. Mme la Présidente, je suis Dr Vincent Oliva,
radiologiste d'intervention et président de la Fédération des médecins
spécialistes du Québec. Je suis accompagné du Dr Hoang Duong, qui est
interniste et membre du conseil d'administration à la Fédération des médecins
spécialistes, et Me Marie Rouillard, qui est avocate à la fédération et qui a
largement contribué à la rédaction du mémoire.
• (10 h 50) •
On tient à remercier
la Commission de l'économie et du travail pour l'opportunité de discuter du
projet de loi 68 et surtout de se pencher sur le fardeau administratif des
médecins. La FMSQ accueille favorablement les efforts du gouvernement pour
alléger le fardeau. Réduire cette charge, c'est aussi améliorer l'accès aux
soins pour l'ensemble de la population. Dans le contexte d'un réseau aux
ressources limitées, on ne pourrait prendre assez au sérieux ce problème.
Bien que nous
accueillions positivement le projet de loi, il est important de dire que nos
associations, après les avoir consultées, nous ont dit, pour près de la moitié
d'entre elles, que le projet de loi n'aura peu ou pas d'impact sur la pratique de leurs membres. C'est notre
principale critique, et, pour l'illustrer, j'inviterais mon collègue Dr Duong à
vous donner des exemples concrets de cette charge administrative dans d'autres
aspects qui ne sont pas actuellement couverts par le projet de loi. Dr
Duong.
M. Duong
(Hoang) : Merci. Bonjour, Mme la Présidente, distingués membres du
comité. J'aimerais vous soumettre ce matin deux exemples qui vont, je l'espère,
illustrer puis vous montrer quelle est la lourdeur de la tâche administrative
qui incombe aux médecins spécialistes. Je vais commencer par mon exemple
personnel. Je suis spécialiste en médecine
interne et il m'arrive assez souvent de soigner des patients qui souffrent
d'arthrite. Or, des médicaments pour soigner l'arthrite, il y en a des
moins chers, il y en a des plus chers. Puis je pense qu'on comprend tous que les compagnies d'assurance vont demander
aux médecins de commencer d'abord par des médicaments moins chers, et, s'ils constatent que les médicaments ne
fonctionnent pas, ils peuvent passer à des médicaments qui sont plus
dispendieux.
Le
problème, donc, c'est qu'à chaque fois qu'un médecin veut prescrire un de ces
médicaments plus dispendieux, il se doit de remplir un formulaire de
médicament d'exception. C'est le jargon officiel, là, et c'est un formulaire, quand même, qui peut être assez exhaustif. Il faut
marquer le diagnostic, il faut marquer les symptômes, les médicaments qui
ont été essayés. À la rigueur, on comprendrait qu'il faut le remplir une fois,
mais trois mois plus tard, il faut déjà en
remplir un deuxième qui atteste qu'on a bien utilisé le médicament. Et, par la suite,
à chaque année, il faudra remplir le
même formulaire, et ça, même si la condition du patient n'a pas changé, le
médicament n'a pas changé. C'est comme ça que c'est fait, à chaque
année, il faut remplir le même formulaire.
Non seulement ça,
mais il arrive assez fréquemment qu'un patient va changer de compagnie
d'assurance. Par exemple, s'il change d'emploi, s'il perd son emploi, bien là,
ce n'est pas la même compagnie d'assurance. Des fois, c'est la RAMQ, des fois,
c'est une compagnie d'assurance privée. Et comme chaque compagnie a son
formulaire qui lui est distinct et qui est différent des autres, bien, à chaque
fois, il faut que le médecin remplisse un formulaire. Personnellement, ça m'est arrivé, pour le même patient, pour le même
médicament, au cours de la même année, de devoir remplir trois fois trois
formulaires différents simplement parce que le patient avait changé de
compagnie d'assurance. J'avoue qu'on ne la comprend pas, celle-là, mes
collègues et moi.
Le
deuxième exemple que j'aimerais vous soumettre, il m'a été fourni par ma
collègue psychiatre. En particulier, elle est psychiatre pour enfants et, dans
son travail, elle va s'occuper d'enfants qui ont un diagnostic d'autisme,
par exemple, ou d'autres problèmes de santé mentale. Et les parents de ces
enfants-là doivent passer de nombreuses heures,
là, pour soigner, s'occuper de leur enfant. À ce titre, ils peuvent bénéficier
d'un crédit d'impôt pour personnes handicapées, mais encore une fois,
pour pouvoir bénéficier de ce crédit d'impôt, bien, ils arrivent dans le bureau
de ma collègue et ils leur présentent ce
formulaire, ce formulaire qui compte 16 pages, OK. Et là il ne faut pas
juste marquer le diagnostic ni les symptômes, là, il faut décrire dans
le menu détail toutes les limitations dont souffre le patient.
Je vais vous donner
quelques exemples. Il faut, par exemple, évaluer la capacité du patient de
voir. Mais attention, il faut distinctement
apprécier la vision de l'oeil gauche, puis ensuite la vision de l'oeil droit,
ensuite la capacité d'entendre, encore une fois, l'oreille gauche
d'abord, l'oreille droite ensuite, puis ensuite parler, manger, aller à la toilette, marcher, s'habiller, penser. Juste la
capacité de penser, elle se décline elle-même en 10 sous-catégories qu'il faut
évaluer les unes après les autres.
Puis après qu'on ait
fait ça, bien là, il faut faire le décompte avec les parents de toutes les
heures qu'ils passent par semaine à
s'occuper de leur enfant. Mais attention, ce n'est pas tout ce qu'ils font qui
peut être admissible dans le décompte des heures. Certaines choses
qu'ils font le sont, d'autres ne le sont pas. D'ailleurs, il y a un tableau
explicatif d'une demi-page qui indique aux médecins comment remplir ce
formulaire-là. En fait, je vais être honnête avec vous, là, le niveau de détail
qui est demandé aux médecins fait en sorte que c'est souvent impossible pour un
médecin de remplir les 16 pages au
complet, ce qui fait que le parent va devoir prendre un premier rendez-vous,
disons, avec le psychiatre, puis ensuite compléter par un deuxième rendez‑vous
avec le pédiatre et si ce n'est, des fois, un troisième rendez‑vous avec
l'optométriste. Donc, je pense que c'est nos prédécesseurs qui parlaient d'un
parcours du combattant pour les parents, c'est tout à fait ça, c'est un
véritable chemin de croix et c'est aussi une lourdeur administrative pour les
professionnels de la santé.
Puis
je veux juste terminer là‑dessus, mais une fois qu'on a rempli, donc, les
16 pages, bien, les parents vont nous présenter ce deuxième formulaire,
parce que ce formulaire‑ci, lui, il venait du gouvernement fédéral et ce formulaire‑ci, lui, provient du gouvernement du
Québec, il compte neuf pages. Donc, voici un exemple de circonstances où on se demande si on ne pourrait
pas fusionner des formulaires. Ça abrégerait le travail pour tout le monde.
Et puis, en
terminant, là, j'aimerais juste dire que je vous ai soumis deux exemples, mais
il y en a quantité d'autres. Et dans notre mémoire, vraiment, on recommande la
mise sur place d'un groupe de travail qui va permettre aux médecins de parler
des choses concrètes comme ça et qui va montrer qu'il y a des façons parfois
très faciles d'abréger le travail puis surtout d'abréger le fardeau qui pèse
d'abord et avant tout sur nos patients et leurs familles.
M. Oliva
(Vincent) : J'aimerais juste compléter par certains éléments également
pour aller dans le même sens. En fait, on exige aux médecins souvent de
confirmer un diagnostic pour certains enfants pour qu'ils accèdent aux mesures
d'adaptation scolaire — puis
ça, c'est un exemple d'interdisciplinarité — des mesures d'adaptation qui
sont déjà recommandées par d'autres professionnels en milieu scolaire. En gros,
on ajoute des délais, des étapes, des allers-retours.
C'est un exemple, parmi tant d'autres, d'étapes inutiles. D'ailleurs, à cet
effet, nous sommes impatients de vous partager nos perspectives lors de l'étude
du projet de loi 67, au cours des prochaines semaines, justement,
consacrées à ce sujet.
On ne pourrait pas
non plus parler de réduction du fardeau administratif sans aborder la question
des systèmes informatiques. On sait que le gouvernement développe actuellement
une infrastructure du dossier santé numérique, mais qui va prendre à peu près
10 ans à voir le jour. Donc, pour nous, il est crucial de ne pas attendre
cette échéance pour permettre aux patients de bénéficier d'un système
informatique efficace et de permettre aux médecins de ne pas avoir à naviguer
entre ces différents systèmes qui sont incompatibles. Puis l'exemple qu'on donne, c'est celui d'Optilab, où les médecins
doivent assurer eux-mêmes la traçabilité des résultats, souvent avec des coups
de téléphone et des post-it. Donc, ça, c'est énormément de temps perdu. Le
soutien également à l'intégration des technologies
modernes de l'innovation, comme l'intelligence artificielle et l'automatisation
de certaines tâches, c'est aussi fondamental.
Donc, à la FMSQ, on a un bureau de l'innovation dont un des objectifs est de
participer à la modernisation du réseau et on croit que c'est essentiel
que le gouvernement soutienne ces initiatives pour améliorer l'organisation des
soins.
En somme, on exhorte
les parlementaires à plaider et à mettre en place des mesures qui iront au-delà
de celles proposées dans le projet de
loi 68. Libérer le temps des médecins offrira non seulement aux patients
un meilleur accès aux soins, mais aussi à une meilleure médecine. Peu
importe ce qui est adopté dans le projet de loi, il faut que la population soit
au courant. Il faut une procédure claire pour faire respecter les droits des
patients, sans pour autant imposer aux médecins la nouvelle responsabilité de
signaler les manquements et, par le fait même, créer une nouvelle charge administrative. Donc, merci de
votre attention et de votre engagement sur ce dossier crucial. Merci à mes
collègues et nous sommes à votre disposition pour répondre à vos questions.
(Interruption)
La Présidente (Mme
D'Amours) : Vous aviez mis votre minuterie, docteur.
M. Oliva
(Vincent) : ...arrivé juste, oui.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant
commencer la période d'échange, et, M. le ministre, la parole est à vous.
• (11 heures) •
M. Boulet : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Merci pour votre présentation, Dr Oliva, Dr Duong, et je comprends
que maître a participé beaucoup à la
préparation du mémoire. Bravo! En fait, j'ai vu qu'il y avait neuf
recommandations. On va peut-être, de façon un peu télégraphique, les
discuter.
Premièrement,
procédure claire pour exempter les médecins de toute responsabilité dans
l'application des mesures de contrôle
prévues par la loi. Évidemment, c'est une interdiction qui vise les assureurs
puis les administrateurs de régimes
d'avantages sociaux, mais je comprends bien votre préoccupation, là. Vous ne
voudriez pas que les médecins, parce qu'il y a une contradiction ou il y a une
violation, que... Mais il y aurait peut-être remboursement des services
médicaux, mais ça rejoint beaucoup la deuxième recommandation qui dit : Il
faut sensibiliser. Donc, ce que vous anticipez,
je présume, c'est qu'il y ait campagne de promotion, une saine communication
pour que tout le monde comprenne bien les tenants et aboutissants du
projet de loi. Est-ce que je vous comprends bien?
M. Oliva
(Vincent) : ...en fait, ce qu'on veut c'est alléger le...
M. Boulet :
Bien, oui.
M. Oliva
(Vincent) : ...les procédures, la charge pour tout le monde. Donc, on
ne veut pas, en fait, créer un autre problème. Et la responsabilité des
médecins, c'est de voir des patients. Quand le patient vient le voir, son travail, c'est de voir le patient. Donc,
évidemment, on comprend que Santé
Québec va avoir la responsabilité de
s'assurer que les règles vont être respectées. Ce qu'on ne veut pas, c'est
compromettre la relation patient-médecin. On ne veut pas que le médecin
ait à jouer à la police. Le patient vient le voir, le médecin va le voir et va
faire son travail. Donc, c'est un petit peu ça le sens de...
M. Duong (Hoang) : Vous
avez entièrement raison. Si je peux me permettre, vous savez, il y a la loi
puis il y a ensuite comment, sur le plancher des vaches, ça va se vivre.
Supposons qu'un patient vienne me voir avec un formulaire, puis là je lui
annonce et je lui apprends que maintenant ce n'est pas nécessaire, il y a une
loi là-dessus. Qu'est-ce qui va arriver par
la suite? Qu'est-ce que le patient va faire? Ça va être un peu comme David
contre Goliath, là. Il va se retourner contre sa compagnie d'assurance,
il va dire : Non, non, c'est la loi. Il faut que les patients soient bien
informés de ce qui leur arrive.
M. Boulet :
Tellement, tellement. Puis je le répète, là, puis je l'ai mentionné avec le
Collège des médecins, ce n'est pas terminé avec ce projet de loi là. Tu sais,
une des estimations qui avait été faite, c'est qu'on allait sauver à peu près
600 000 plages pour des rendez-vous médicaux, pour permettre aux
médecins de famille, aux médecins spécialistes de se concentrer sur les
services cliniques. Si j'avais un mot pour résumer le projet de loi, c'est
permettre un meilleur accès, puis un accès,
c'est pour les patients, qu'il soit simple puis qu'il ne soit pas pénalisant
pour les patients, là. Tu sais, on ne veut pas que le projet de loi
impose des obstacles aux patients, puis c'est d'ailleurs la troisième
recommandation, éviter que les patients soient pénalisés, et c'est dans
l'application qu'on va se mesurer, c'est dans le
suivi qu'on va faire. Puis, tu sais, je ne voudrais pas, Dr Duong... tu sais,
je trouve tellement que les deux exemples que vous avez donnés avec
l'interniste et le psychiatre, c'est fascinant, là, puis c'est vrai que c'est
compliqué.
En même temps, ce qui
est crucial pour nous, c'est que le médecin traitant ou la personne qui
intervient auprès du patient initialement est la mieux placée pour déterminer
la fréquence puis la pertinence des rencontres. Je sais que parfois il peut y
avoir des changements d'assureur puis des changements d'employeur, mais je
présume que c'est dans la minorité des cas, mais c'est le menu détail des
formulaires parfois. Puis je pense que moi, je le lancerai le message, là, ce n'est pas moi qui avec le
projet de loi va dire : Les formulaires vont être coupés de moitié ou vous
allez vous limiter aux questions a,
b, c, d, e, mais le message, moi, je vais le partager parce que ça m'ennuie
considérablement, Dr Duong, l'impact
des deux cas que vous venez de mentionner. Puis ça décourage, ça finit par
engendrer une négation d'un droit fondamental, c'est‑à‑dire d'avoir
accès à un service spécialisé.
Quatrième
recommandation, préalablement à la publication à la Gazette officielle,
bon, règlement pour définir des modalités de consulter la fédération sur
le projet de règlement, absolument, ça, ne soyez pas inquiets de ça.
La
cinquième recommandation, le soutien administratif adéquat, bien, ça, il pourra
y avoir des discussions, là, mais la fédération a son bout de chemin à
faire. Je ne sais pas si vous aviez des commentaires à faire sur un soutien
administratif aux médecins spécialistes. En fait, c'est ce qu'on fait notamment
pour leur permettre de se concentrer sur leur expertise clinique. Puis je le
répète, il n'y a pas que la loi ou le projet de loi, il y a aussi d'autres
mesures.
Formulaire unique,
peut-être, Dr Duong, est-ce que vous pensez que c'est réalisable d'avoir un
modèle de formulaire unique indépendamment de l'assureur ou de l'instance qui
en fait la demande? J'aimerais ça peut-être vous entendre là-dessus.
M. Duong
(Hoang) : Bien, la réponse est très simple. C'est le même patient,
c'est le même médicament, c'est les mêmes conditions cliniques. Je ne vois pas
pourquoi ce seraient des formulaires différents et compliqués. On est là, pas
pour remplir des formulaires, on est là vraiment pour soigner nos patients,
puis c'est dans ce sens-là qu'on veut travailler.
M. Oliva
(Vincent) : Je veux juste ajouter aussi que la simplification est
cruciale dans ça. Ce n'est pas de ne pas remplir des formulaires, mais c'est de
répondre à des questions intelligentes. Je m'excuse de le dire comme ça, mais
vous avez... Même nos collègues du Collège des médecins vous ont lu quelques extraits,
c'est des questions auxquelles on ne peut pas répondre. Combien de minutes le
patient perd de sommeil par nuit? Bien, voyons donc! Qui peut répondre à ça? Il y a des choses qui sont vraiment ridicules,
alors, quand on a une série de questions comme ça, on s'arrache les
cheveux, là, ceux qui nous restent.
M. Boulet : ...je suis d'accord avec
vous. Simplifier les... la recommandation 7, les formalités
administratives liées à la proche aidance. C'est intéressant parce qu'on
amende aussi la Loi sur les normes du travail pour ne pas permettre à un
employeur d'exiger un certificat médical de la part de son employé pour les
trois premières absences de trois journées
consécutives ou moins prises annuellement, et ça réfère notamment à la personne
qui est proche aidante. Bon, Marie, tu connais bien ce processus-là,
mais il y a des travailleurs et travailleuses qui sont des proches aidants puis
ils doivent s'absenter pour aider la personne, puis ça, c'est tellement humain.
Et là on leur demande un certificat médical
où ce qui est prévu dans la Loi sur les normes du travail peut imposer aux
travailleurs et travailleuses d'obtenir un document justificatif ou un certificat médical, et la loi ne le
permettra plus. Évidemment, c'est limité à trois périodes d'absence pour éviter les abus aussi, là, mais il
y a ça... il y a les phénomènes de violence sexuelle, conjugale, les absences pour maladie ou accident. Ça fait que je trouvais
que ça, ça s'inscrivait bien dans le processus de simplification qui est visé.
Recommandation n° 8, simplifier les demandes de médicaments et de patients
d'exception. Est-ce que vous pouvez me donner des précisions additionnelles?
M. Duong
(Hoang) : Oui, absolument. Vous savez, là, encore une fois, je vous ai
décrit le formulaire où on doit mettre le diagnostic, les symptômes, les
médicaments. Il y a une autre façon de procéder que la RAMQ utilise et qui, simplement, demande aux médecins d'écrire un
code après la prescription, EN179, et ça, quand on écrit ce code-là, ça
certifie qu'on a utilisé le médicament pour tel diagnostic dans telle
circonstance. Donc, vous avez cinq caractères qui peuvent remplacer tout un
formulaire. C'est le genre de simplification qu'on peut faire, qui va respecter
quand même les obligations qu'on a envers la RAMQ, mais qui va nous faire
gagner beaucoup de temps.
M. Boulet :
Intéressant. Bon, former le groupe de travail, je pense que vous m'avez
entendu m'exprimer à cet égard-là. Vous faites partie déjà d'un groupe de
travail en... comme partenaire externe, en collaboration avec l'expertise qui
est détenue au ministère, puis je pense qu'on pourra s'évaluer tous
collectivement en équipe avec l'écoulement du temps.
Le dossier de santé
numérique, vous dites 10 ans. Est-ce que c'est l'échéancier qui est prévu,
le DSN? J'avais l'impression que c'était dans les... Dr Oliva, oui, vous avez
un commentaire à faire?
M. Oliva
(Vincent) : Bien, c'est-à-dire que ça ne se déploiera pas tout d'un
coup dans une seule région, puis il y a
différentes modalités, mais à terme, pour que ce soit pleinement fonctionnel
partout, c'est à peu près l'échéancier, disons, réaliste, là, qui est avancé. Donc, c'est sûr qu'il y a certains
éléments du Dossier santé numérique qui vont être déployés avant ça.
Puis je pense qu'en ce moment, il y a une certaine priorisation qui est faite
parce qu'entre autres il y a des éléments qu'il faut améliorer rapidement,
c'est les références entre les médecins omnipraticiens et les spécialistes, ce qu'on appelle le CRDS. Donc, il y
a un volet du DSN qui touche à ça, qui va peut-être être déployé avant, mais
le 10 ans, là, il est... disons qu'il est probablement réaliste dans le
contexte d'un déploiement complet de toutes les modalités du DSN.
• (11 h 10) •
M. Boulet :
Super. Merci, Mme la Présidente. Moi, je vous remercie, Dr Oliva,
Dr Duong, Me Marie, puis j'aimerais ça céder la parole à mon collègue
de Val-d'Or, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Ça va me faire plaisir de lui «donner» la parole, M. le
ministre.
M. Boulet :
«Donner».
La Présidente (Mme
D'Amours) : Donc, la parole est à vous, M. le député.
M. Dufour :
Oui. Deux questions rapides... il reste un petit peu moins de temps. Vous
avez, entre autres... vous parlez de comité,
tantôt aussi le Collège des médecins en a parlé aussi. Comment voyez-vous la
composition de ce comité-là? Est-ce que vous avez déjà une idée? C'est
la première question.
Et la deuxième
question, si on a le temps aussi, nous parler un petit peu de l'intelligence
artificielle, votre recommandation que vous avez sur l'idée d'amener cette
solution-là pour améliorer, justement, le travail que vous avez à faire.
M. Oliva
(Vincent) : Peut-être commencer par cette dernière question. En fait,
c'est très intéressant, parce que l'intelligence artificielle, on en entend
beaucoup parler en médecine puis on a l'impression que c'est un outil qui va
remplacer les professionnels, etc., mais plus on avance là-dedans... puis on a
un comité de têtes sur l'intelligence artificielle qui se penche là-dessus, puis
les constats rejoignent ceux d'autres groupes qui disent de plus en plus que,
dans le fond, la plus-value de l'intelligence artificielle, ça va vraiment être
pour améliorer la gestion du réseau, donc améliorer les interactions entre les
professionnels, justement, améliorer la façon dont on gère l'information.
Alors, il faut dire,
là-dessus, qu'on est très préoccupés par la protection des données. OK, ça, il
faut le dire, mais ceci dit, il faut
s'assurer que ces données soient quand même accessibles. Et quand on parlait
tantôt de formulaires et d'uniformisation, je pense que, si on arrive à
uniformiser les formulaires, après ça, ces modalités d'intelligence
artificielle vont être très bien capables de remplir ces formulaires, s'ils
sont bien faits au départ.
Donc, il y a vraiment
beaucoup de choses à faire, puis cette... Donc, il faut la voir comme un outil
qui va faciliter beaucoup la gestion dans le
réseau et l'attribution de ces informations au bon endroit. Peut-être, je te
laisserais répondre sur la
composition du comité parce que tu fais partie déjà d'un comité, mais dont il
faudrait revoir sûrement le mandat.
M. Duong
(Hoang) : Voilà. Donc, j'ai l'honneur de siéger sur un comité qui est
communément appelé, ce n'est pas très sexy, là, comité des formulaires, et il y
a les différentes parties prenantes, là. Il y a le Collège des médecins et les fédérations, il y a les ordres
professionnels. Je pense que... le ministère, évidemment. Et je pense que la composition
est... ce n'est pas très compliqué, c'est le mandat qui doit changer,
c'est-à-dire un comité dont le mandat, c'est
explicite, ça doit être d'abréger les formulaires, fusionner les formulaires,
abolir les formulaires dans certains cas, harmoniser les formulaires.
C'est le mandat qui ferait toute la différence pour ce groupe de travail là.
M. Dufour :
Je voudrais juste revenir sur l'intelligence artificielle. Vous
mentionniez, en fin de compte, qu'il y
a une cause à effet. Ça veut dire qu'il y a la modification des formulaires qui
devrait être faite en premier pour naturellement
faciliter l'introduction de l'intelligence artificielle pour la... remplir, en
fin de compte, les formulaires.
M. Oliva
(Vincent) : Ça, c'est... Oui, c'est un exemple. Absolument. C'est sûr
que si on... L'utilisation de l'intelligence artificielle nécessite
effectivement qu'il y ait des préalables. Tu sais, si on a des formulaires qui
sont disparates, complexes, etc., bien,
ça... je pense que ça va être tout aussi fastidieux de les remplir. Donc, il
faut, à la base, que les questions
soient concises, soient pertinentes. Ça nécessite effectivement qu'il y ait une
certaine uniformisation des formulaires. Ça nécessite aussi qu'on ait
une architecture informatique qui permet à ces informations de circuler, parce
qu'actuellement, les systèmes d'information ne se parlent pas nécessairement.
Donc, il y a beaucoup de boulot, mais l'urgence d'agir est tout de suite parce
qu'on a déjà pris au Québec un retard technologique très important.
Donc,
on ne peut pas se permettre d'attendre 10 ans, parce que non seulement
le... évidemment, la qualité des soins peut en souffrir, quoique la qualité
quand même est excellente, mais ça... ça prend beaucoup de temps pour la
rendre, cette qualité, parce qu'on n'est pas capable de faire les liens entre
tous ces systèmes-là puis on perd du temps. Tantôt, il était demandé combien de
temps on estime qu'on pourrait donner aux patients. L'Association médicale
canadienne estime que les médecins passent jusqu'à 30 % à 35 % de
leur temps à faire des tâches administratives qui ne sont pas de l'expertise
médicale. Donc, le temps qu'on pourrait consacrer aux patients est très, très
significatif.
M. Dufour :
Bien, merci beaucoup.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Est-ce qu'il y a d'autres interventions du côté
gouvernemental? Sinon, je vais maintenant céder la parole au député de Rosemont.
La parole est à vous.
M. Marissal :
Merci. On a permuté avec ma collègue de l'opposition officielle parce que
je vais devoir vous quitter précipitamment, mais ce n'est pas par manque
d'intérêt, c'est par manque de temps. Bien, merci pour ça. Encore une fois,
c'est toujours instructif, puis vos exemples terrain sont très intéressants
pour nous. Parce qu'on en entend parler, là, puis ça devient comme un peu une
légende urbaine, mais vous nous amenez des éléments vraiment importants.
Petite parenthèse
pour vous dire que l'intelligence artificielle, je vous entends parler, le
milieu au complet de la santé en parle, c'est fascinant. C'est en même temps un
peu effrayant parce qu'on ne sait pas trop où est-ce qu'on s'en va avec ça. Je pense qu'avant longtemps, là,
puis j'en lance une suggestion, ce n'est pas l'objet de nos travaux ici,
mais je pense qu'avant longtemps, on va être
prêts... on va être dus pour un état des lieux. Je le dis souvent à la blague,
il ne faudrait pas qu'on se retrouve avec
l'intelligence artificielle qui gère les fax dans les hôpitaux qui ne se
parlent pas.
Cela dit, vous me
trouverez sur votre chemin, si jamais vous voulez discuter de ça. C'est quelque
chose qui m'intéresse de façon fondamentale. Recommandation 3, pouvez-vous
élaborer un peu? Éviter que les patients et les médecins soient pénalisés pour
les manquements commis par un assureur ou un administrateur.
M. Oliva
(Vincent) : Bien, c'est un peu ce qu'on disait tantôt, c'est‑à‑dire
qu'il faut que les règles soient claires. On interdit aux assureurs d'avoir
recours à des formulaires pour certaines situations. Si jamais l'assureur ne
suit pas ces directives, il ne faudrait pas que le patient et son médecin en
soient pénalisés. Il faudrait s'assurer que les mécanismes sont en place pour
que cette interdiction soit respectée et que le patient ne se retrouve pas
victime de ça.
M. Marissal :
...comprends bien en quoi le patient pourrait être pénalisé, mais comment le
médecin pourrait-il être pénalisé?
M. Oliva
(Vincent) : Bien, par exemple, le médecin qui dit à son patient :
Bien, nous, on est au courant que vous n'avez pas besoin de ce formulaire-là,
puis là le patient, lui, de par le fait même, il est pris en otage, mais tout
le monde perd son temps. Il y a un rendez-vous médical, un créneau qui est
réservé pour ce patient-là, finalement, qui ne
sera pas utile. Alors, vous comprenez que si on prend du temps pour un patient,
pour lui dire finalement qu'il n'a pas besoin de ce formulaire-là, bien,
c'est un rendez-vous qui est manqué pour un autre patient.
M. Marissal :
En ce sens que c'est le médecin qui va devoir renégocier, reparler avec son
patient pour lui expliquer qu'il ne... OK. Je comprends.
M. Oliva
(Vincent) : C'est ça.
M. Marissal :
Je comprends bien votre point. Avez-vous été consulté en amont du dépôt du
projet de loi 68? Parce que je sais que ça fait longtemps que la
profession médicale parle de la paperasse puis de l'Absurdistan de la
paperasserie, là, ça, je comprends ça, mais avez vous été consulté nommément,
de façon précise, sur 68?
Mme Rouillard
(Marie) : À ma connaissance, non, on n'a pas été consultés, d'où notre
recommandation aussi qu'on demande pour le
règlement qu'il va y avoir, d'être consultés sur les exceptions qui vont
permettre à un assureur d'exiger, justement, un service médical, là,
dans l'énumération qui est indiquée à l'article 29.1, là.
M. Marissal : OK. Dernière question. Je comprends que vous n'êtes pas opposés
fondamentalement à participer, éventuellement, si on allait dans ce sens-là, au
comité qui serait, par exemple, chapeauté par le Collège des médecins. Vous
n'êtes pas... vous êtes pas mal sur la même page en ce qui concerne un comité.
M. Oliva
(Vincent) : Bien, on n'a pas discuté spécifiquement si on est sur la
même page ou pas, mais on va toujours accepter des invitations de collaborer.
M. Marissal :
OK. Bien, merci.
M. Oliva
(Vincent) : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci beaucoup. Je vais céder maintenant la parole
à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la Présidente. Merci, Dr Oliva, Dr Duong et Me Rouillard,
pour votre présentation ainsi que
pour le mémoire. D'ailleurs, donc, en début de votre... au début de votre
mémoire, donc, vous nous arrivez avec des
statistiques peu rassurantes, là, je vous dirais, donc, sur le... donc, que
vous avez réalisées auprès de vos associations affiliées pour évaluer l'impact des mesures proposées par le projet de
loi. Puis quand on regarde, donc, les taux représentant le nombre
d'associations qui ont indiqué que la mesure n'aura aucun impact sur la
réduction du fardeau administratif des
membres, on voit donc qu'avec les différentes mesures proposées par le projet
de loi, que, bon, plusieurs associations se disent : Le projet de
loi ne va pas assez loin.
Puis
le projet de loi, bon, c'est un pas dans la bonne direction, que c'est... c'est
sans aucun doute bien accueilli, mais, étant donné toute l'étendue de la
paperasse qui incombe, donc, aux médecins spécialistes, qu'il y a... que les...
en fait, que les professionnels ici ne verraient pas l'impact sur leur charge
administrative au quotidien.
La
première question que j'ai pour vous, c'est-à-dire, en fait, donc... En fait,
qu'est-ce qui pourrait avoir un impact, selon vous, selon vos membres...
selon vos membres? Est-ce que c'est quelque chose que vous avez sondé?
• (11 h 20) •
M. Oliva
(Vincent) : ...en fait, pour revenir à ce que vous disiez... puis
c'est mon collègue ici, Dr Duong, qui disait :
Dans le fond, ce qui est fait ici, c'est la pointe de l'iceberg. Donc, on ne
veut pas être négatifs ou en quelque... de quelque façon que ce soit,
mais on a consulté nos associations pendant l'été, parce que c'est là qu'on a
été informés, puis on n'a pas préparé le terrain. On leur a tout simplement
posé des questions par sondage puis c'est ce qu'on a recueilli. Donc, on a été
surpris un petit peu de ça aussi, mais on trouve ça quand même intéressant de
le dire. Puis je pense que le message principal de notre passage, c'est ça,
c'est que ça ne va pas assez loin et qu'on gratte seulement la surface.
Donc, après ça, bien,
Dr Duong pourrait peut-être synthétiser un peu les exemples, mais ce que ça
veut dire, c'est que les... certains médecins, à peu près la moitié, dans leur
quotidien, disent : Bien, moi, ce n'est pas ça qui retarde mes journées
puis qui fait en sorte que la charge est très grande. Donc, peut-être que
Hoang, tu pourrais compléter encore une fois.
M. Duong
(Hoang) : Bien, c'est vraiment multifacette. Donc, des fois, ça
concerne la RAMQ, par exemple, les
médicaments d'exception, des fois ça concerne le ministère du Revenu avec les
crédits d'impôt, des fois ça concerne la CNESST. Donc, c'est vraiment...
parce que la santé, c'est large. Ça affecte beaucoup le quotidien des citoyens,
donc c'est vraiment une solution à la fois, mais une fois qu'on a trouvé des
solutions, là, il faut se parler entre nous, parce qu'encore une fois, si on a
fait tel formulaire avec tel acteur, bien, peut-être qu'on peut utiliser le
même pour tout le monde, là. Donc, c'est vraiment d'aller plus en profondeur
pour véritablement alléger.
J'aimerais juste en
profiter pour dire aussi qu'on parle de l'aspect quantitatif, c'est-à-dire on
va sauver du temps, puis c'est indéniable qu'on va sauver du temps, mais
j'aimerais parler du... de l'aspect qualitatif, c'est-à-dire que les
formulaires, quand les patients nous le présentent au bureau, des fois, ça peut
être... ça peut nuire à la relation patient-médecin.
Vous savez, nous, on
remplit un formulaire, on ne décide pas des règles. C'est les compagnies
d'assurance qui en décident. Mais il arrive que le patient n'est pas content de
la décision de la compagnie d'assurance puis c'est un peu nous, les médecins,
qui sommes les boucs émissaires, alors qu'on n'a pas du tout décidé ça, on a
donné de l'information. Donc, dans certains cas, ça nuit. J'irais même plus
loin, là, ces formulaires-là qui se multiplient, ça vient parfois même
empoisonner la relation entre le patient puis le médecin. Nous, on aimerait ça
consacrer notre temps à vraiment, au contraire, établir une relation qui va
permettre à améliorer la santé de nos patients.
Mme Cadet : Vous concentrer sur
l'aspect clinique, ce qui améliorerait la relation, alors que ce que je comprends,
c'est que la quantité de formulaires, donc, devient un irritant, un irritant
majeur.
Je vais aussi, comme
mes collègues, donc, y aller dans l'ordre un peu de votre mémoire pour
poursuivre. Donc, par la suite, vous nous amenez, donc, sur la piste des
mesures de contrôle qui se trouvent au projet de loi. Donc, il y aurait donc
trois moyens, donc, de faire appliquer les mesures du projet de loi : la
préparation pour le... par un auditeur pour le compte d'un assureur ou d'un
administrateur de régime d'avantages sociaux d'un rapport de conformité, des
inspections, ainsi que le déclenchement d'enquêtes.
Et si j'ai bien saisi,
puis je sais que mon collègue de la deuxième opposition vous a posé la
question, ici, c'est qu'en fait, bon, non seulement, donc, vous ne voudriez pas
que ça vienne empoisonner la relation patient‑médecin, en disant : Bien,
nous, on est au courant que si vous n'avez pas besoin, donc, de ce... vous
n'aviez pas besoin, donc, de cette
visite-là, donc de ce billet-là... mais bon, on est tous en train de perdre
notre temps, mais aussi, donc, vous avez une crainte de... qu'une responsabilité soit établie, donc, au médecin
spécialiste qui viendrait contrevenir à la loi lui-même. Est-ce que
c'est... il y a aussi cet aspect-là? Je ne sais pas si Me Rouillard...
M. Oliva
(Vincent) : Oui, il y a cet aspect-là.
Mme Rouillard
(Marie) : En fait, ce n'est pas nécessairement qu'on a peur que le
médecin contrevienne à la loi. C'est qu'on
ne veut pas que les violations qu'un assureur pourrait commettre à la loi
impactent la relation entre le médecin et le patient et que le... autant
que le patient, surtout le patient, ne subisse pas les contrecoups et soit pris
en otage, là, entre... contre la machine, là, administrative et d'assureur.
Mme Cadet : Merci.
Ça clarifie de mon côté. Dans cette même section du mémoire, vous indiquez :
«Dans ce contexte, il devient pertinent de se questionner sur la possibilité
d'introduire une formule de demandeur‑payeur afin d'éviter les abus. Ce
principe vise à transférer la responsabilité des coûts des démarches
administratives aux parties qui en font la
demande, simplifiant ainsi à la fois la tâche aux patients et le travail des
médecins.» Pouvez-vous élaborer sur ce point-ci, ce paragraphe?
M. Oliva (Vincent) : Oui. Bien,
c'est effectivement quelque chose à laquelle on a réfléchi. Il y a des pour et des contre. Alors, c'est... on le lance un peu
pour réflexion, là, c'est un peu ça, le but d'une commission, c'est de... c'est
d'ouvrir le débat, d'ouvrir la réflexion.
Le... disons que le double tranchant là-dedans, c'est que... est-ce qu'ultimement
l'assureur ne va pas refiler la facture au patient de toute façon? OK. Mais, à
la base, on se demande : Pourquoi est-ce que
le patient aurait des coûts à débourser? Pourquoi, si c'est l'assureur qui a
besoin de cette information-là, pourquoi ce n'est pas lui qui paie?
C'est ça, l'idée. Donc, on lance la question pour réflexion. Je ne sais pas...
M. Duong (Hoang) : Bien oui,
vous avez tout à fait raison, c'est... Dans le fond, c'est de sensibiliser tous
les acteurs. Le niveau de détail
d'information qui est demandé, ça a un coût. Lorsqu'on me demande, par exemple,
quand est-ce que les symptômes de mon patient ont débuté, il y a
13 ans, alors que ce n'était même pas moi qui s'occupait de ce patient-là,
alors qu'il n'habitait même pas dans la ville où je travaille, mais dans une
autre ville, alors que je dois faire venir
des archives papier, quatre tomes papier pour aller chercher le
12 septembre 1986, ça a un coût. Il y a des gens qui paient pour ça,
puis je pense qu'il faut sensibiliser les gens que, un : Est-ce que cette
information est réellement pertinente? Puis est-ce que vous réalisez le
travail que ça suppose quand vous demandez une question? Peut-être que, pour
vous, c'est anodin, mais pour nous, c'est beaucoup de travail.
Mme Cadet : Puis ça nous amène
sur la piste, parce que, plus tôt, vous parliez, donc, du très sexy comité des formulaires et là, donc, comme le Collège des
médecins, donc, vous nous recommandez la création d'un groupe de travail
chargé d'évaluer et de simplifier les formulaires relatifs à la santé et à
l'invalidité.
Donc, de votre côté aussi, vous vous concentrez
sur le contenu ici, donc, des formulaires. Je pense que vous nous avez donné, donc, d'autres exemples, donc,
très édifiants, donc, des questions qui peuvent parfois, donc, vraiment,
donc, porter à confusion. Donc, ce serait un
peu... Ce serait le même objectif ici, là, donc, de vous concentrer sur le
contenu.
Puis est-ce que ce que vous souhaiteriez...
parce que je sais, bon, ce que vous avez dit, donc, la... pour vous, l'enjeu, ce n'est pas tant la composition du
comité, mais que c'est son mandat. Donc, est-ce que ce serait plutôt, donc,
une transformation du comité des formulaires? Est-ce que c'est par là que vous
iriez? OK. C'est vraiment...
M. Duong (Hoang) : Oui, tout à
fait ça. C'est le mandat qui est complètement différent.
Mme Cadet : OK. Et quel est le
mandat du comité des formulaires en ce moment?
M. Duong (Hoang) : Bien, il
s'agit de souvent s'assurer qu'ils sont conformes. Des fois, c'est des normes
de graphisme, des fois, c'est des fautes de français. Vous savez, c'est... ce
n'est pas toujours, disons, prioritaire au plan clinique, là. Mais si on a un mandat clair qui dit : Bon, bien là,
on veut alléger le travail, on veut abolir, abréger, harmoniser,
fusionner, je pense que ça, c'est vraiment payant.
Mme
Cadet : Consultation préalable... donc, vous disiez plus
tôt que vous n'aviez pas été consultés précisément, donc, sur le contenu du
PL 68. Vous souhaitez être consultés dans le cadre, donc, de la mise sur
pied, donc, d'un règlement du
gouvernement pour encadrer, donc, les exceptions, donc, aux règles prévues à
l'article 29.1, là, du... créé par l'article 5 du projet de loi. On
le sait, ce règlement-là, donc, viserait donc des exceptions, donc, au principe
de 29.1. Est-ce que vous avez déjà en tête, donc, quels types
d'exceptions que vous verriez être mises en place par la voie de ce règlement‑là?
Mme Rouillard (Marie) : En
fait, c'est clair qu'on... c'est clair qu'on pourrait, justement, si on avait
l'opportunité d'être consultés au préalable, nous, on pourrait faire un peu le
même genre d'exercice qu'on a fait avec le projet de loi 68, c'est-à-dire
sonder nos membres sur les mesures proposées, puis ensuite on pourrait faire,
donc, le même exercice avec le projet de
règlement puis avoir des commentaires, là, concrets sur la pratique de nos
membres, là, qui pourraient peut-être être parlants.
M. Oliva
(Vincent) : ...représente 35 associations qui composent
59 spécialités médicales. Donc, c'est sûr que nous, avant de répondre à
ces questions-là, il faut les consulter, mais ça va rendre l'exercice beaucoup
plus pertinent.
Mme Cadet : Je reviens donc sur
votre recommandation d'adopter un formulaire... un modèle de formulaire unique
pour évaluer l'état de santé et l'invalidité du patient. J'imagine que cette
recommandation-là est un peu en tandem avec le comité. Donc, si vous en avez, donc,
un sur place, donc, un comité dont le mandat, donc, serait, donc, la simplification des formulaires, et qui se
concentrait sur le contenu, c'est aussi dans ce cadre-là qu'il pourrait y avoir
l'adoption d'un modèle de formulaire unique?
M. Duong (Hoang) : Exactement,
oui.
Mme Cadet : ...c'était
ça, votre vision ici? OK. Parfait. Puis enfin, de... au niveau des demandes de
médicaments et de patients
d'exception, c'est pour voir donc... si, donc, le projet de loi, tel que
rédigé, donc, viendrait... pourrait donc venir l'encadrer. Donc, vous
dites : «Lorsqu'un médicament biologique est remplacé par un médicament
biosimilaire à des fins économiques, le
patient ne devrait pas avoir à consulter à nouveau son médecin pour continuer à
bénéficier du remboursement du
médicament d'exception.» Ça, c'est autant l'assureur privé que la RAMQ qui fait
cette exigence-là?
• (11 h 30) •
M. Duong (Hoang) : Tout à fait,
oui.
Mme Cadet : Donc, ce sont des
éléments qu'on pourrait venir préciser, alors, dans le cadre du projet de loi,
pour au moins aller plus loin.
M. Duong (Hoang) : Oui, tout à
fait.
Mme Cadet : Parfait. Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Une
minute. C'est terminé?
Mme Cadet : Ah! il nous reste
une minute.
La Présidente (Mme D'Amours) : Une
minute.
Mme Cadet : Merci, Mme la Présidente. D'abord, alors donc,
j'irais, donc... «simplifier les formalités administratives liées à la proche aidance», parce que, bon, c'est un peu
le... c'est le troisième volet, là, du projet de loi, donc, sur lequel
on se penche. Pouvez-vous élaborer sur cet aspect‑là? Qu'est-ce que vous
verriez, en fait?
M. Duong
(Hoang) : ...la proche aidance, à la fédération, ça nous
tient vraiment à coeur. Les proches aidants, là, moi, je vous parle en tant que médecin, là, une chance qu'on les a,
parce qu'ils accompagnent les patients, ils les supportent puis ils sont
là pour entendre des explications qui parfois sont difficiles. Donc, on a
vraiment besoin d'eux. Ça fait que quand ils se libèrent du travail pour
accompagner nos patients, là, on ne veut pas qu'ils soient perdus dans un
dédale administratif. On ne veut pas qu'ils aient à remplir des formulaires,
courir des rendez-vous. On veut qu'ils soient là pour nos patients parce qu'ils
nous aident vraiment beaucoup.
Mme Cadet : ...au-delà des
exigences et le contenu aussi des formulaires...
La
Présidente (Mme D'Amours) :
Merci beaucoup, c'est tout le temps que nous avions. Donc, je vous remercie
pour votre contribution à nos travaux.
Et je
suspends les travaux quelques minutes afin que l'on permette à nos prochains
invités de s'installer. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 33)
(Reprise à 11 h 42)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons débuter nos travaux.
Je souhaite maintenant la bienvenue à l'Association
des psychologues du Québec. Je vous rappelle, chers invités, que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis
nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission.
Je vous invite donc à vous présenter et à
commencer votre exposé, s'il vous plaît.
Association des
psychologues du Québec (APQC)
M. Roussy (Gaëtan) : Alors
donc, je m'appelle Gaëtan Roussy, je suis le président de l'Association des psychologues du Québec et je suis accompagné de ma vice-présidente, la
Dre Tyna Payette. Je remercie... Je la remercie d'ailleurs d'être
présente également.
Mme Payette
(Tyna) : Alors, Dre Tyna
Payette, psychologue, vice-présidente de l'Association des psychologues du Québec. Merci de l'invitation.
La Présidente (Mme D'Amours) : Vous
pouvez commencer votre exposé, s'il vous plaît.
M. Roussy
(Gaëtan) : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, tout d'abord, évidemment, je veux remercier les
membres de la commission de s'intéresser à notre point de vue. À l'Association
des psychologues, on trouvait... on avait
certaines préoccupations par rapport à cette loi, alors ce qu'on a fait, c'est
qu'on a fait un sondage auprès de nos membres pour commencer et la
plupart... excusez-moi, la plupart de nos membres apprécient cette loi parce
que ça va permettre
premièrement aux usagers de services en santé d'éviter de faire des démarches
interminables pour obtenir certains formulaires, certains papiers.
De plus, ça libère les médecins parce que les
médecins vont pouvoir se consacrer, à ce moment-là, à l'exercice vraiment de
leur profession qui est de donner des soins à la population. On sait déjà que
les médecins ne sont pas très disponibles. Ce n'est pas leur faute, ils ont
déjà beaucoup de choses à faire. Alors, c'est sûr que ça va les libérer. Alors,
il y a des choses évidemment très positives, et on voit que les intentions de
ce projet de loi sont excellentes, sauf que nous, on avait certaines
préoccupations et c'est de ça qu'on voulait vous parler.
On veut juste s'assurer, entre autres choses,
que le fait de libérer... excusez-moi, de libérer les médecins de devoir
remplir tous ces formulaires, que ces formulaires-là, ces demandes-là ne se
retrouveront pas sur les bureaux des psychologues, qu'il n'y ait pas un
refoulement vers les psychologues de la part des assureurs, étant donné que les
assureurs ne pourront plus demander au médecin de remplir des formulaires. Il y
a peut‑être un risque que les psychologues soient beaucoup plus sollicités
encore pour remplir des formulaires. On le fait déjà, et on peut le faire, et
ça nous fait plaisir de le faire, dans une certaine mesure. C'est inévitable,
c'est correct, ça fait partie du travail, comme
on dit, mais on ne voudrait pas, à ce moment-là, qu'il y ait vraiment un reflux
vers les psychologues en raison du
fait que les compagnies d'assurance, par exemple, ne pourront plus s'en référer
aux médecins autant qu'auparavant.
Une des craintes qu'on a par rapport à ça,
c'est... on veut éviter une certaine ingérence aussi de certains assureurs ou de certains services, là, de
remboursement des frais d'honoraires, d'ingérence dans l'intimité des patients
également. C'est que nous, on hésite toujours, les psychologues, à remplir des
formulaires de ce type-là parce qu'on doit... On trouve des fois qu'on doit
dévoiler beaucoup de choses pour que la personne puisse se faire rembourser,
par exemple, nos frais de service.
Alors, ça, c'est une préoccupation aussi. On ne
veut pas que ça ait pour conséquence de faire en sorte que la psychologie des
gens, les dossiers psychologiques des gens doivent être dévoilés davantage,
alors même avec l'autorisation de la
personne. La personne, des fois... Le patient se sent coincé, il va autoriser
la divulgation de certains renseignements personnels, mais quand on sait
que ce n'est pas bon pour lui, ça peut nous mettre dans l'embarras, à un moment
donné, les psychologues.
On se demandait aussi si tout ça n'amènerait
pas... n'amènerait pas une augmentation des frais d'assurance pour les usagers également. Étant donné que ça
pourrait être plus complexe pour les assureurs, est-ce qu'ils vont être portés à
imposer une augmentation des frais d'assurance aux patients?
On ne voulait pas non plus que ça crée beaucoup,
que ça amène trop de discussions interminables parfois avec les assureurs pour essayer de s'entendre sur certaines modalités ou
certains renseignements demandés. On a entendu parler tout à l'heure
d'un comité-formulaire, nous, à l'Association des psychologues. On est très
disponibles pour participer à un éventuel comité pour assouplir et raffiner,
perfectionner certains formulaires. On est très ouverts aussi à la discussion, on a déjà des discussions avec
des compagnies d'assurances, même avec l'association des compagnies
d'assurance de personnes, qui sont des gens très bien. On a eu une rencontre
récemment qui... très cordiale, sauf qu'évidemment on n'a pas les mêmes
intérêts, on n'a pas les mêmes visées, on n'a pas les mêmes buts.
Alors, ça, il y a une préoccupation aussi.
Qu'est-ce que ça va impliquer aussi comme discussion? Est-ce que les assureurs,
à ce moment-là, lorsqu'ils exigeront qu'on remplisse un formulaire, par
exemple, supplémentaire, peut-être, est-ce qu'ils vont accepter nos approches?
Est-ce qu'on va devoir défendre notre approche, nos méthodes de psychothérapie,
notre orientation théorique? Dans quelle mesure ça peut amener des difficultés?
Parce que la psychothérapie, c'est assez complexe et ce n'est pas seulement de
brèves rencontres qu'on a avec des gens pour faire une prescription, ou tout
ça, ou donner des conseils. En psychothérapie, comme vous le savez, c'est des
rencontres d'à peu près une heure à chaque fois, à chaque semaine, et ça doit
durer parfois un certain temps pour que les effets bénéfiques puissent se
manifester.
Et la rémunération, on sait que les médecins...
Bon, mettons que quelqu'un va consulter un médecin pour faire remplir un
formulaire ou avoir une prescription, on sait que c'est la RAMQ qui va défrayer
les honoraires, à ce moment-là, du médecin. Mais si un patient vient nous voir
comme psychologue en pratique privée, on n'est pas couverts par la RAMQ. Alors,
qui va s'assurer de défrayer les frais supplémentaires que ça pourrait
engendrer? Parce qu'on ne veut pas que ça
incombe au patient et on ne souhaite pas que ça nous incombe à nous aussi. Ça
sera quelque chose à préciser.
Tout
ça pour vous dire que, dans la loi, s'il y avait un moyen de prévenir certains
écueils éventuels... Est-ce qu'on va devoir
aussi... (panne de son) ...de services pour d'autres professionnels de la
santé? Est-ce que des assureurs, par exemple, vont exiger qu'un psychologue
réévalue la situation et fasse une prescription pour que le patient puisse
voir, par exemple, un ergothérapeute ou une travailleuse sociale, d'autres
professionnels impliqués en santé mentale?
Et si, à un moment donné, un patient veut, par exemple,
un papier d'invalidité pour attester d'une invalidité, mais que nous, on
considère qu'il n'est pas invalide autant qu'il le croit... parce que parfois,
en psychothérapie, ça prend un certain temps à convaincre quelqu'un qu'il a
certaines possibilités, potentialités qu'il croit ne pas avoir. Alors, à un
moment donné, s'il veut un papier d'invalidité, parce que lui, ça a certains
avantages économiques pour lui de l'avoir, mais que nous, on ne peut pas lui
donner, quel effet ça aura sur la relation de confiance? Qu'est-ce que ça peut
créer, surtout qu'à ce moment-là, les médecins ne seront plus vraiment présents
dans ce type de processus là?
• (11 h 50) •
Alors, on aime beaucoup travailler de façon
interprofessionnelle, justement. Ça permet, entre autres choses, d'éviter certains écueils comme ça quand tout le
monde se partage un peu les tâches et les évaluations par rapport, entre
autres, à la question de l'invalidité. On sait que la question de l'invalidité
c'est crucial pour les assureurs, par exemple, et c'est autour de ça,
habituellement, souvent, qu'il y a des débats, qu'il y a des discussions pas
mal.
Donc, est-ce qu'aussi on va être
consultés, les psychologues, juste pour remplir des papiers ou des formulaires?
Est-ce qu'on va venir nous voir, non pas pour de la psychothérapie ou
des suivis, mais pour remplir un papier, faire une évaluation un peu plus
rapide ou un peu plus intrusive pour... et ça va s'arrêter là, sans qu'on ait
un suivi, sans qu'on puisse élaborer une
certaine évaluation? Parce que, parfois, pour évaluer vraiment la situation
d'une personne, ça peut prendre quelques rencontres aussi.
Alors, on sait qu'il
y en a, des fois, dans d'autres professions de la santé, qui font ça très
rapidement, mais nous, les psychologues, ce n'est pas de cette façon-là qu'on
procède. Et qu'est-ce qui arriverait en cas de contestation judiciaire, mettons
qu'on remplit un formulaire, un papier, et que c'est contesté par un avocat,
par la compagnie d'assurance, par un
employeur ou... Qui défraierait les frais de tout ce que ça pourrait impliquer
comme coûts pour les psychologues également, s'il fallait défendre,
encore là, notre point?
Je
fais un lien aussi avec la question de... Vous savez, le projet de loi 67
de la ministre LeBel qui vient d'être déposé à peu près en même temps que le projet de loi 68, on s'est demandé
s'il n'y avait pas un lien à quelque part. C'est qu'au moment où les
médecins vont être... le patient va être dispensé de faire remplir certains
documents par les médecins, les psychologues obtiennent enfin le diagnostic des
troubles mentaux. Est-ce que ça a un lien? Est-ce que c'est une façon, justement, de faciliter le transfert de
certaines tâches administratives vers les psychologues qui désormais pourront
diagnostiquer des troubles mentaux, alors qu'avant, ils pouvaient les évaluer,
mais pas les diagnostiquer, ce qui était un peu étrange, mais on n'avait pas
encore l'autorisation de le faire?
Et
finalement, il y a toujours la question de la grande différence de vision entre
les psychologues et les assureurs. On
s'entend bien, on discute bien, mais ce n'est pas du tout, évidemment, les
mêmes enjeux. Vous l'avez vu dernièrement dans les médias, le monsieur,
là, qui a consulté un psychologue et, à cause de ça, il s'est fait refuser...
je ne sais pas s'il s'est fait refuser, ou
retarder une assurance, ou ses frais ont augmenté, alors, parce qu'il avait
consulté un psychologue, l'assureur était inquiet pour son avenir au
niveau de la santé, alors que du point de vue des psychologues, c'est l'inverse, une personne qui consulte un
psychologue a bien plus de chances d'aller mieux après que si elle ne consulte pas
un psychologue, alors que c'est interprété par des assureurs comme un facteur
de risque. En réalité, consulter un psychologue,
c'est un facteur de protection. Les gens qui consultent des psychologues
devraient au contraire obtenir une diminution de leur prime d'assurance
et non pas...
La Présidente (Mme
D'Amours) : En terminant, M. Roussy, s'il vous plaît.
M. Roussy (Gaëtan) : Merci. Bien, voilà, j'ai
terminé. Je vous remercie beaucoup et on est prêts à répondre à vos
questions. Et je m'excuse d'avoir... pour ma gorge au début, là, j'avais des
difficultés.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Il n'y a pas de problème. Le ministre a été très généreux
puis il a utilisé son temps pour vous laisser terminer votre allocution. Donc,
M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet :
Merci, Mme la Présidente. Merci à M. Roussy, Dre Payette aussi,
bien sûr. C'est un beau mémoire. En même temps, sachez, et là je parle pour
moi, mais mes collègues aussi, on a énormément d'estime pour le travail, la
nature de la spécialité exercée par les psychologues. Et souvent, j'utilise
l'exemple des psychologues qui donnent des
services à une personne. Et essentiellement, ce que la loi interdit de faire,
c'est que l'assureur exige que la personne, après avoir consulté son
psychologue, doive obtenir un certificat médical ou un service médical pour
obtenir un remboursement. Ça, ça confirme la confiance que nous avons
dans l'expertise des psychologues.
Puis j'aime beaucoup
le commentaire, M. Roussy, quand vous dites : On a sondé nos membres
puis tout le monde voit ce projet de loi là
d'un bon oeil. Je le souhaite ardemment parce qu'obtenir un certificat médical
suite à un rapport, suite à une opinion exprimée par un psychologue, ce
n'est pas nécessaire. Puis c'est le psychologue aussi... si c'est une personne qui a un problème émotif ou
une anxiété situationnelle ou autre, c'est le psychologue aussi qui doit déterminer
la fréquence et la pertinence des suivis qui seront faits.
Je sens dans vos
propos une inquiétude, là, que... vous appelez ça un «refoulement vers les
psychologues». Moi, ce n'est pas ce que je comprends du projet de loi. Au
contraire, on ne veut pas qu'il y ait un refoulement comme là, dans certains
cas, des assureurs refoulent du travail qui relève de l'expertise d'un
psychologue dans les bureaux de médecins, ce qui n'est pas utile parce que ça
leur occasionne un fardeau qui souvent ne relève pas de leur domaine de
compétence et nuit à l'accès d'autres personnes qui auraient vraiment besoin
d'un travail clinique. Je pense que vous me
comprenez bien, mais il ne faut pas voir ça comme une augmentation du fardeau
des psychologues.
En même temps, on ne
pourra pas intervenir dans la... tu sais, la relation entre un assureur puis un
intervenant de la santé comme un
psychologue, ou l'employeur. Il n'y a rien qui empêche d'obtenir une
contre-expertise parce que, tu sais, on n'est pas à l'abri d'avoir des
opinions qui divergent. Un employeur qui a des motifs raisonnables de croire que l'opinion donnée ou le rapport du psychologue
peut être réévalué par un autre a toujours la possibilité de demander
une contre-expertise. L'assureur peut, mais il ne pourra pas exiger que le
médecin mette sa compétence, qui est utile par ailleurs, mais pas dans un
dossier comme le vôtre... Ça fait que je voulais dissiper un peu cette
inquiétude-là que vous aviez. Les frais
d'assurances, les primes, là, en fait, ce que vous exprimez comme
préoccupation, c'est que... puis c'est les compagnies d'assurances qui
doivent gérer l'évaluation des risques. Votre appréhension, c'est que ça puisse
avoir un impact sur le montant des primes. C'est ce que vous dites,
M. Roussy?
M. Roussy
(Gaëtan) : Oui. Est-ce que... Oui, OK, excusez-moi, j'ai eu de la
misère à ouvrir mon micro.
Oui, exactement, c'est ça, on veut juste être
sûrs, là, qu'il n'y ait pas... Si jamais, pour une raison ou pour une autre, il
y a une certaine complexité qui s'établit par la suite à cause de la réaction
de certains assureurs, juste être sûrs que ça n'implique pas d'autres conséquences parce que ce n'est pas
votre but, justement. Votre but, c'est d'aider, et puis il faudrait...
il ne faudrait pas, tu sais, que ça...
M. Boulet :
On a été constamment guidé par la confiance que nous avons dans l'expertise,
notamment des psychologues, pour permettre
aux patients puis aux patientes d'être remboursés sans devoir faire un nouveau
parcours de combattant.
Une
autre inquiétude que vous soulevez, là, puis la loi n'interpelle pas cette
réalité-là, là, vous semblez référer à la relation de confiance entre un
patient puis son psychologue, ou la confrontation entre le patient puis son
psychologue. Parfois, il peut être
moins à l'aise avec ce que vous donnez comme avis. Est-ce qu'on... Tu sais, ça,
on ne peut pas intervenir, évidemment, dans la nature de la relation que
le psychologue, vous comprenez bien, établit avec son patient. Est-ce que vous
êtes d'accord avec moi?
M. Roussy
(Gaëtan) : Oui, je comprends, là, que vous ne pouvez pas intervenir à
ce niveau-là, ça, c'est certain. C'était plus une préoccupation de s'assurer
qu'il n'y ait pas une complexification de...
M. Boulet :
Non, puis le but, c'est véritablement de simplifier puis d'assurer un
remboursement sans avoir à franchir d'autres étapes, spécifiquement la
consultation auprès d'un médecin. Puis ça n'a pas pour effet, le projet de loi, là, à moins qu'il y ait des choses qui
m'échappent, là, M. Roussy puis Dre Payette, là, mais il n'y a rien dans
le projet de loi qui va changer la
pratique actuelle des psychologues, si je peux vous rassurer. Puis si jamais il
y a des appréhensions autres, n'hésitez pas à les soulever.
Moi, ceci dit, je
vais vous remercier véritablement pour votre participation à nos consultations
particulières. C'est hyperapprécié et soyez
assurés que je vais souvent référer à l'expertise des psychologues pour
justifier le bien-fondé de ce projet de loi là qui, ultimement, là,
selon la Fédération des médecins omnipraticiens, viserait à libérer pas loin de
600 000 plages horaires, là, mais qui va permettre aux psychologues
d'établir véritablement la fondation de leur expertise auprès de leurs patients,
patientes...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, M. le ministre.
M. Boulet :
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Je vais céder maintenant la parole à la députée de Hull.
• (12 heures) •
Mme Tremblay : Oui. Je pense que, Mme la vice-présidente, vous vouliez intervenir?
Vous avez levé... Est-ce que vous aviez d'autres choses à ajouter, puis
après je pourrais poser mes questions?
Mme Payette
(Tyna) : C'est fini. C'est votre temps, je comprends cela aussi...
Mme Tremblay :
Allez-y, je vous laisse aller. Après, il me reste du temps. On vous écoute.
Mme Payette
(Tyna) : C'est tout à
fait... Je vous remercie, c'est apprécié. Petite piste de réflexion, vous
dites, vous êtes députée de Hull, je suis installée moi aussi en
Outaouais puis je veux juste amener la piste de réflexion suivante. Vous savez comme moi, et je m'adresse à
tous, là, évidemment, on est limitrophe avec l'Ontario, ce qui veut donc
dire qu'il y a beaucoup de patients, si vous me passez l'expression, dans mon
cas, qui travaillent du côté de l'Ontario,
ce qui veut dire aussi que, quand il y a des soucis de santé physique et/ou
mentale, de toute évidence, eux vont faire
référence avec, excusez-moi pour l'acronyme anglophone, le WSIB. Donc je l'ai
noté, la commission de la sécurité professionnelle de l'assurance contre
les accidents de travail du côté de l'Ontario. Mais somme toute, eux, c'est
l'équivalent de notre CNESST, mais vous...
Je veux juste que
vous soyez attentifs à la réalité que parfois, les citoyens québécois qui
travaillent en Ontario ont des soucis aussi
dans la reconnaissance et/ou dans le suivi en lien avec le fait que des
assurances sont octroyées par une autre province. Là, je suis consciente
qu'on va gérer nos trucs ici, au Québec, mais on parle de citoyens québécois, somme toute, puis je voulais simplement
juste porter à votre attention cette réalité. C'était mon intervention.
Voilà.
Mme Tremblay : Bien, merci. C'est bien
noté. Donc, ayant vécu des situations, là, dans mon passé, là, comme vous avez
noté, effectivement, il y a des enjeux, mais je pense que c'est bien de l'avoir
porté à l'attention du ministre.
Alors, moi,
j'aimerais... parce que vous avez parlé de vos inquiétudes, remplir plus de
formulaires. Le ministre est revenu là-dessus, mais les autres intervenants, ce
matin, là, ont donné des exemples concrets, là, de leurs inquiétudes. Est-ce
que vous pouvez mieux... nous sensibiliser davantage par des exemples concrets?
Quel serait l'impact? C'est quoi, avoir plus
de formulaires? Donc, dans votre quotidien à vous, comment on... ça pourrait se
transmettre?
M. Roussy
(Gaëtan) : Bien, par exemple, c'est ça, c'est qu'on reçoit des
demandes, parfois justement, de remplir des formulaires qu'on reçoit, mettons,
par Internet. Mais c'est le contenu surtout. C'est comme si, à un moment donné,
on a l'impression qu'il y en a qui veulent avoir des informations qui
pourraient servir éventuellement d'argument
pour contrarier la demande du patient, par exemple, la demande de remboursement
ou la demande d'allonger certaines choses ou d'allonger une attestation
d'invalidité pour un certain temps.
Alors,
c'est juste qu'on ne veut pas non plus... Quand on ne veut pas trop élaborer,
dans les formulaires qu'on reçoit, c'est en partie pour ne pas donner des
arguments, justement, qui pourraient éventuellement être instrumentalisés
contre le patient. Alors, ça peut être des formulaires parfois très élaborés.
Et on se demande, à un moment donné :
Bien, comment ça se fait qu'il faut que je le remplisse, j'ai déjà fourni une
évaluation psychologique. Ça, ça va, parce qu'on en a fait une de toute
façon. Si le patient veut la donner, il la donnera.
Et quand on fait nos
évaluations, nous, on formule de façon à s'assurer qu'il n'y ait pas de
préjudice pour le patient, quand même, hein?
La virgule, des fois, hein, il faut qu'elle soit placée comme il faut. Alors...
sauf que, dans les... certains formulaires, c'est assez difficile de
pouvoir clarifier ces choses-là sans risquer de mettre le pied dans un panier
de crabes, à un moment donné, qui ouvre sur autre chose, là, qu'on ne voulait
pas.
Mme Tremblay :
Parfait. Et parlant des formulaires... parce que les autres intervenants,
ce matin, puis vous les avez écoutés, vous l'avez mentionné, parlaient parfois
d'avoir des questions qui étaient inutiles ou qu'ils ne pouvaient pas
nécessairement répondre. Est-ce que vous faites face à ces difficultés-là
aussi, là, d'avoir peut-être des questions qui ne sont pas nécessairement
faciles de répondre pour vous? Est-ce que ça arrive? Est-ce qu'il y aurait des
améliorations à apporter de ce côté-là également?
M. Roussy
(Gaëtan) : Si vous permettez, je peux vous répondre, mais j'aimerais
juste m'assurer que ma collègue aussi, si jamais... qu'elle n'hésite pas à
intervenir, là, même si on me pose la question à moi.
Par exemple, quand on
nous pose des questions, par exemple, sur les conjoints et conjointes, par
exemple, c'est parfois assez élaboré. Et, à un moment donné, ça peut être des
questions sur la consommation de substances. Alors, ça aussi, ça peut avoir
des... il peut y avoir des enjeux par rapport à ça. On nous demande parfois d'évaluer
la capacité parentale, par exemple. Moi, je ne peux pas évaluer la capacité
parentale. Même si je connais bien une personne puis que, dans mon for
intérieur, je sais que cette personne-là peut très bien s'occuper de ses
enfants, j'en suis personnellement convaincu, mais je n'ai pas le droit,
légalement, de l'attester parce que je ne suis pas spécialisé en évaluation des
capacités parentales. C'est une question de principe aussi. Alors, c'est pour
ça qu'à un moment donné on peut se retrouver un petit peu coincé.
Mme Tremblay :
Est-ce que vous aviez d'autres choses à ajouter, avant que je pose une
dernière question?
M. Roussy
(Gaëtan) : Non, mais est-ce que ça répond quand même à votre question?
Mme Tremblay :
Oui, tout à fait.
M. Roussy
(Gaëtan) : Oui? OK.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Dre Payette, est-ce que vous vouliez intervenir sur
cette question ou on laisse la députée poser sa dernière question?
Mme Paquette
(Tyna) : Rapidement, simplement dire aussi qu'il faut faire une
distinction, quand un patient consulte, peut-être, pour la raison x, alors
qu'il peut y avoir beaucoup de comorbidités qui sont relevées dans le processus
psychothérapeutique. Alors, nous, on accueille la personne avec la raison ou le
motif de consultation primaire, mais il peut y avoir d'autres trucs qui sont
sous-jacents. Alors, est-ce qu'on a l'obligation de mettre en reflet tous ces aspects-là versus respecter, entre
guillemets, les fins, et les demandes des assureurs, et la confidentialité, l'alliance
psychothérapeutique que l'on partage avec notre patient? C'est tout ce que
j'avais.
Mme
Tremblay : Merci...
M. Roussy
(Gaëtan) : C'est parce que... Excusez-moi, c'est parce que des fois
aussi, il y a des choses qu'on découvre à
mesure. On remplit une évaluation et, un peu plus tard, là, on découvre des
choses qui peuvent nous mettre mal à l'aise, les psychologues. Alors, on
se dit : Est-ce qu'on doit le dévoiler ou pas?
Mme
Tremblay : Merci. Alors, dernière question. Dans vos recommandations,
vous dites : «De s'assurer que les dispositions de la loi aient bien comme
effet de favoriser la reconnaissance de la profession psychologue.» Donc, M. le ministre a dit qu'effectivement
c'était le cas par différentes dispositions. Mais vous, vous dites, bien,
«aient bien comme effet». Donc, quelle est votre inquiétude quand vous
dites, ici, «aient bien comme effet de favoriser la reconnaissance de la
profession»?Avec des exemples.
M. Roussy
(Gaëtan) : Oui, ou d'éviter que ça ait comme effet de ne pas la
reconnaître ou encore de la contester, un peu comme je disais tantôt, par
exemple, si on nous demande de remplir un nouveau formulaire. On peut accepter tout ça, mais, je veux dire, si on
donne notre opinion, on donne notre diagnostic, on donne notre pronostic,
c'est-à-dire comment la personne, d'après nous, va évoluer, on est ouverts à la
discussion avec l'assureur, avec le référent,
le tiers payeur, tout ça. Mais si, à un moment donné, ça ne fait pas l'affaire,
ce qu'on a dit, on ne veut pas sentir non plus qu'on doit répondre aux
attentes des payeurs. Alors...
Et ça, c'est toujours, tu sais... parce que
c'est déjà arrivé, comme, des discussions un peu plus corsées pour ça, tu sais,
de... On ne veut pas être instrumentalisés dans quoi que ce soit, vous savez.
Et c'est juste pour s'assurer peut-être... Peut-être
qu'on a trop de craintes, mais on souhaitait quand même vous l'exprimer parce
qu'on veut juste être sûrs. Parce qu'on a
déjà eu des situations comme ça, justement, où c'est déjà arrivé, où on a des
relances ou encore des... On a déjà eu des exemples où quelqu'un, un
autre intervenant ou un fonctionnaire, essayait de retirer le patient au
psychologue pour le référer à un autre qui aurait eu une opinion différente,
plus favorable, au point de vue, par exemple, de l'assureur ou du tiers payeur.
Mme Tremblay : Parfait. Je vous
remercie.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Donc, je vais céder la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
• (12 h 10) •
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. Roussy, Mme Payette. Merci pour votre exposé et également
pour le fait, donc, d'avoir pris le temps de déposer un mémoire très complet.
Je vous ai lus, je vous entends depuis
tantôt. Ce que je saisis, c'est que votre principale préoccupation, c'est
d'éviter... Bon, on parlait, plus tôt, donc, de débordement, mais on
pourrait aussi parler, donc, d'un transfert de l'allègement de la charge
administrative des médecins vers, donc, le prestataire direct, là, de santé et
de services sociaux, donc, en l'occurrence, donc, pour vous, donc, les psychologues, donc de ceux vers qui, donc, on viendrait,
donc, transférer, donc, cette charge-là, selon vous.
J'ai entendu, donc, le ministre dans ses
réponses. La question que j'ai pour vous, la première question que j'ai pour
vous, c'est : En fait, quel cadre juridique ou réglementaire, donc,
pourrait vous convaincre d'éviter cet effet? Donc, nous, comme législateurs,
donc, on va être en charge d'étudier ce projet de loi là. Avec ce que vous avez lu dans le projet de loi, quels types de
garanties sur le plan du cadre législatif vous permettraient d'être rassurés
quant au fait que ce n'est pas
l'intention du législateur de transposer... de transférer cette charge
administrative des médecins généralistes à vous?
M. Roussy (Gaëtan) : Je ferais une
précision par rapport à ça. C'est que, pour commencer... c'est que nous savons
que ce n'est pas l'intention du législateur. Ça, on le sait, tu sais, c'est
plus... On espère juste que ce n'est pas l'intention de certaines compagnies
d'assurance, tu sais. On sait que le législateur ne veut pas ça.
Au niveau des lois, évidemment, je ne peux pas
vous dire exactement quel article pourrait prévenir ça, mais c'est comme si...
Je sais que ce n'est pas possible, mais la loi porte sur les médecins.
Peut-être, idéalement, j'aurais souhaité, mettons, une loi qui porte sur les
professionnels de la santé. Comprenez-vous? Alors, si cette loi-là se serait
appliquée aux professionnels de la santé en général, ah, là, il n'y aurait pas
eu de possibilité de transfert sur un autre professionnel de la santé, mais ça
porte sur les médecins.
Parce que les assureurs vont se dire... Moi, je
me mets à la place d'un assureur... Puis je sais bien qu'ils ne sont pas tous
comme ça, OK, je veux faire attention de ne pas trop généraliser. Mais
l'assureur se dit : Bien, je ne peux
pas demander... exiger ça de la part d'un médecin, je ne peux pas exiger qu'il
aille chercher un papier de médecin. Cette
affaire... je vais l'exiger d'un autre professionnel de la santé, les
psychologues viennent d'obtenir les diagnostics de troubles mentaux.
Mme Cadet : Donc, dans ce cas-là...
parce que vous disiez que vous écoutiez les pourparlers, ce matin, et les
exposés des autres groupes. Donc, vous avez entendu le Collège des médecins
nous émettre une recommandation quant à
l'élargissement de la nomenclature qui se trouvait au projet de loi. Donc, eux,
qui nous... ils nous proposaient, donc, justement pour éviter que
l'assureur ou l'administrateur de régime d'avantages sociaux exige un autre
type d'expertise ou un autre type de biais, de dire : OK, bien... OK,
donc, le projet de loi encadre l'exigence d'aller chercher, donc, de requérir
un certificat du médecin, un certificat médical, donc d'élargir ça pour que
ce... justement, qu'il n'y ait pas ce transfert. Donc, vous, est-ce que vous
vous êtes sentis interpellés par cette recommandation-là? Je sais que c'est un peu à brûle-pourpoint, mais
est-ce que vous aviez une opinion là-dessus? Est-ce que ça viendrait répondre
à vos préoccupations?
M. Roussy (Gaëtan) : Bien, c'est ça,
c'est comme... c'est s'assurer, en tout cas, que ça concerne, même si ce n'est
pas nommé dans la loi de cette façon-là, mais que ça concerne tous les
professionnels de la santé. Parce que le but, justement, c'est d'éviter ça à
l'usager des services de santé, pour le libérer, puis on veut libérer aussi les
médecins de certaines tâches administratives. Mais je sais que le législateur,
et vous tous, vous voulez vous assurer aussi que ça n'incombe pas ensuite à
d'autres professionnels de la santé. Alors, de trouver une formulation, je vous
avoue, tantôt... Je savais ce qui s'était dit ce matin, parce que c'est mon
conseiller en relations publiques qui m'a téléphoné pour me le dire...
La Présidente (Mme D'Amours) : Problème
de communication avec monsieur...
Mme Cadet : Avec M. Roussy.
La Présidente (Mme D'Amours) :
...Roussy. Mme Payette, est-ce que vous êtes en mesure de continuer ce que M.
Roussy avait tenté?
Mme Paquette (Tyna) : Je n'ai pas
nécessairement eu la même discussion, alors je ne naviguerai pas dans les eaux.
Mais somme toute, voilà, je pense que monsieur... M. Roussy a eu une discussion
avec notre stratège puis... Donnez-moi un instant. Ça peut
être en lien avec la... Voilà. J'ai juste texté aussi pour que M. Roussy puisse
réintégrer. Alors, je suis désolée pour
cela, mais, si vous permettez, peut-être que je pourrais ouvrir une autre
parenthèse temporaire.
Mme Cadet : Tout à fait.
Mme
Paquette (Tyna) : Et je dis ça avec le plus grand des respects pour
les organismes parapublics, etc., mais je
vais vous donner une réalité. Moi, ça fait plus de 20 ans — ça
en dit beaucoup sur mon âge — que
je suis psychologue et je pratique la psychologie, puis maintenant,
étant un peu plus senior dans mon développement professionnel, je n'accepte
plus, malheureusement, puis c'est avec tristesse, là, que je dois vous le
mentionner, des cas, si vous me passez
l'expression, de la CNESST. Pourquoi? Écoutez, je vais être franche avec vous,
j'en ai encore que je fais d'une manière très pro bono, et c'est... la
carte, c'est mon... c'est ma carte maîtresse, quand je négocie avec la CNESST, pour leur dire : Écoutez, je fais tout ça pro
bono, parce que ça m'enlève la charge d'écrire, à titre d'exemple, un rapport trimestriel,
etc., de l'évolution symptomatologique ou des impressions diagnostiques. Pour
moi, puis je ne veux pas paraître pécuniaire, mais je préfère utiliser mon
temps avec le patient pour faire la psychothérapie puis veiller à son bien être
psychologique que de remplir des trucs, et des trucs, et des trucs.
Donc, c'est un peu cette préoccupation-là, je
vous dirais, que le psychologue... Je ne veux pas parler pour tous, mais, comme
je vous dis, je cite ma propre exemple. Quand les dossiers deviennent trop
lourds sur le plan administratif, pour ma part, il y a un désengagement.
Évidemment, là, on fait... on est tenus, là, par le code de déontologie des
psychologues, on doit tenir nos notes, la tenue de dossiers, etc., tout est
fait. Mais quand je dois rédiger un rapport
pour un assureur quelconque, avec leur canevas, avec leurs exigences, ça
devient lourd. Et le temps, comme je mentionne, je répète et je m'en
excuse, le temps que je me mets à rédiger ces trucs-là, bien, je ne suis pas en
présence patient. Puis je me dis, ma liste d'attente, qui est interminable,
bien, c'est un patient de plus en moins pour qui je pourrais offrir des
services. Alors, je voulais nommer cela.
Mme Cadet : Oui. Bien, merci
beaucoup pour cet exemple très, très collé sur votre réalité. Si je vous
entends bien... puis je pense que c'est quand même une transition intéressante
vers la prochaine question que j'avais pour vous, parce que je vous entendais,
justement, donc, dans les échanges avec les collègues, nous parler, donc, des
formulaires. Donc, je comprends que vous aussi, de votre côté, vous la sentez,
donc... ou, en fait, vous sentez, donc, ce fardeau-là administratif, donc,
d'avoir à remplir des formulaires, donc, pour des assureurs. Est-ce que vous
avez, donc, des... aussi, donc, des exemples
de contenu de formulaire que vous dites : Ah! ça, ce seraient des éléments
à alléger?
Mme Paquette (Tyna) : Écoutez, mon
Dieu... puis là je vais parler pour moi. Ça pourrait être pertinent d'aller
vérifier auprès de collègues et des membres de l'APQC... Je m'entends en écho.
Est-ce que c'est normal?
Mme Cadet : ...bien, nous. On vous
entend très bien.
Mme
Paquette (Tyna) : OK. D'accord. Je vais continuer, alors, pour ne
pas perdre le fil des idées. Je travaille avec les Anciens Combattants
Canada, je travaille avec les gens, comme j'ai dit tantôt... WSIB, excusez pour
l'anglicisme, là, la Commission de la
sécurité professionnelle et de l'assurance contre les accidents de travail, en
Ontario, je travaille avec des gens de la CNESST, je travaille avec
Croix Bleue, je travaille avec un paquet d'organisations puis je dois vous admettre que, comme je faisais
référence tantôt, parfois, l'assureur personnel, privé, plusieurs fonctionnaires
fédéraux, parfois, ils vont demander un truc et ils ont leur canevas, mais je
me permets, en toute transparence puis en toute humilité, de rédiger à ma
façon, ma plume.
C'est moi, en toute humilité, qui est l'expert,
c'est moi qui est le psychologue, c'est moi qui a le titre de docteur en
psychologie et qui traite le patient. Donc, cocher, est-ce que votre... Je vous
dis n'importe quoi, là : Est-ce que M. Untel a eu une amélioration dans sa
routine, à tous les jours? Bien, cocher, ça ne dit pas grand-chose, nécessairement. Alors, moi, je préfère rédiger un
rapport avec les éléments symptomatologiques, les éléments pronostiques
avec les facteurs de protection, facteurs de risque, puis, des fois, je vais
diverger. Pour le moment, je ne me suis pas fait taper sur les doigts par les
organisations, notamment, dont je vous ai mentionné. Mais je pense qu'il faut
laisser la place, la liberté au
professionnel de rédiger son truc, son rapport, son rapport d'évolution, son
rapport psychologique en fonction de ses connaissances, de ses
expertises, et non pas nécessairement simplement remplir le formulaire ou le canevas qui est, entre guillemets, soumis par...
l'assureur, pardon, ou les tiers payeurs. Je pense que ça, ce serait vraiment
préférable à tenir en considération.
• (12 h 20) •
Mme Cadet : Merci, merci. Merci, Mme
Payette. Donc, si je vous ai bien saisie... Bien, en fait, ce que vous nous
avancez en commission aujourd'hui, vous nous dites, donc : Dans le cadre
de notre travail, donc, on a déjà, donc, une
charge administrative qui existe. D'où le fait que votre principale
préoccupation, comme on évoquait un peu plus tôt, donc, c'est d'éviter, donc,
d'en ajouter, qu'il y ait ce transfert-là et que notre responsabilité à nous,
comme législateurs, donc, ce serait, donc, de veiller au grain pour que
le... les articles du projet de loi soient assez exhaustifs et assez précis pour ne pas permettre que les
assureurs puissent ajouter ce... puissent transférer l'allègement, donc, de la
charge réglementaire qui est imposée, donc, aux médecins généralistes, à vous
comme prestataires directs, donc, de services.
Et là, donc,
c'est dans ce... c'est dans cet esprit-là aussi que vous aviez, donc, des
craintes quant à l'augmentation de la prime ou de... bien, d'un côté,
puis d'autre... et de l'autre, je pense que, dans votre mémoire, vous nous
parliez aussi de
préoccupations quant à une hausse éventuelle de la demande de services. Je vois
que M. Roussy est de retour, peut-être...
M. Roussy
(Gaëtan) : Bien oui, j'ai... Internet a coupé. On ne sait pas
pourquoi. Désolé. Mais donc...
Mme Cadet : Il
n'y a pas de problème.
M. Roussy (Gaëtan) :
Oui. Donc, c'est ça, c'est juste de... l'augmentation de consultations pour
obtenir éventuellement qu'on remplisse des formulaires ou des prescriptions,
uniquement. Alors, c'est juste ça, là, tu sais, on veut... on ne veut pas
servir à ça, là, tu sais. Je ne sais pas quel mot prendre exactement, mais,
quand les gens nous consultent, il faut que ce soit parce qu'ils veulent des
services de psychologie, des services soit de psychothérapie ou de soutien
psychologique, mais pas nous consulter dans le but spécifiquement d'avoir une
évaluation ou d'avoir une prescription, sauf si, vraiment, le psychologue
s'annonce pour ça, là. Il y en a qui font ça.
Mme Cadet : Bien,
comme, en fait... En fait, comme la demande, donc, qui est faite, donc, par les
médecins généralistes, par les médecins de famille pour s'assurer que... de les
décharger d'un fardeau pour qu'ils aient plus de temps clinique avec les
patients. C'est ce que vous souhaitez aussi, c'est essentiellement, donc, le...
de ce que vous nous avancez.
M. Roussy
(Gaëtan) : Exactement. Exactement.
Mme Cadet : Parfait.
Alors, dans ce cas-ci, peut-être juste une dernière question. Alors, vous nous
dites : «Nous recommandons respectueusement aux parlementaires,
considérant tout ce qui précède, de s'assurer que les dispositions de la loi
préservent la relation de confiance entre le patient et le psychologue.» Je
sais que, bon, ma collègue de Hull, elle
vous avait posé la question sur «aient bel et bien comme effet de favoriser la
reconnaissance de la profession de
psychologue». Je pense que ça, vous y avez répondu. Ici, la relation de
confiance, bien, vos prédécesseurs l'ont évoquée, si vous avez eu
l'occasion de l'entendre, donc. Et, si ça n'a pas été le cas, pour vous,
qu'est-ce que ça signifie précisément, là? Vous dites : vous assurer que
les dispositions de la loi préservent cette relation de confiance. Est-ce que
c'est au niveau des mesures de contrôle qui sont prévues au projet de loi
aussi, ou vous vous enlignez ailleurs, là, quand vous nous recommandez d'aller
dans cette direction-là?
M. Roussy
(Gaëtan) : En autant que ça ne place pas les psychologues dans une
situation embarrassante par rapport à tout ce qui concerne les enjeux par
rapport à l'invalidité, à cause de tout ce que ça peut présenter comme enjeux
économiques pour la population, hein? Il y en a qui sont... qui ne se sentent
pas capables de travailler. Et, à ce moment-là, plus on va multiplier les
occasions où les psychologues vont devoir se pencher spécifiquement là-dessus, plus on risque, à ce moment-là, d'augmenter le
risque de tensions, là, le risque de perte de relation de confiance entre le...
Mme Cadet : Ah!
OK. D'accord. Donc, vous, vous ne vous situez pas au niveau des mesures de
contrôle, donc, vous ne vous dites
pas : Si... (panne de son) ...plus de formulaires à remplir que ça
pourrait avoir, donc, ça pourrait créer plus de tension avec... entre le
patient puis le professionnel. Comme vos prédécesseurs, en fait, vous, vous
nous dites : Les tensions, donc, pourraient résulter du...
M. Roussy
(Gaëtan) : Des enjeux, oui.
Mme Cadet : ...d'ambiguïté,
là, dans la décision clinique.
M. Roussy (Gaëtan) : Dans notre rôle, tu sais,
on ne veut pas se retrouver en conflit de rôle ou d'intérêts,tu sais.
Mme Cadet : C'est
très clair. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je vous remercie, chers invités, pour votre contribution à nos travaux.
La
commission suspend ses travaux jusqu'après les avis touchant les travaux des
commissions, vers 15 h 15. Merci.
(Suspension de la séance à
12 h 25)
(Reprise à 15 h 27)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons nos travaux et... la Commission de l'économie et du travail reprend
ses travaux, oui. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien
vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous poursuivons les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 68, Loi visant principalement à réduire la charge administrative des
médecins.
Cet après-midi, nous entendrons les
témoins suivants, soit la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante,
la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, l'Association des
chiropraticiens du Québec, la Confédération des syndicats nationaux et la
Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail.
Je souhaite
maintenant la bienvenue à la fédération... Oh! avant de... avant de débuter... merci,
Mme la secrétaire. Je comprends qu'il y a eu un consentement pour que la
députée de La Pinière remplace la députée des Mille-Îles. Il y a eu
consentement? Parfait.
Je souhaite
maintenant la bienvenue à la Fédération canadienne de l'entreprise
indépendante. Et je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé, puis nous passerons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé,
s'il vous plaît.
Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI)
M. Vincent
(François) : Merci. Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les
députés, je suis François Vincent,
vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l'entreprise
indépendante. Aujourd'hui, je suis accompagné d'Alchad Alegbeh, qui est
analyste de recherche, et Aisha Laperrière, qui est à ma gauche, coordonnatrice
aux affaires législatives, les deux travaillant avec moi à la FCEI, la FCEI,
qui est le plus gros regroupement de PME du pays. Au Québec, on compte
21 000 membres dirigeants de PME de partout au Québec, de tous les secteurs d'activité économique. Nous vous
remercions de nous recevoir aujourd'hui dans le cadre des consultations
du projet de loi n° 68.
Vous pouvez vous
demander, Mme la Présidente : Mais qu'est-ce que vous faites ici? Je
pourrais vous dire : Je me pose la même
question. Mais je vais vous répondre clairement, avec des résultats assez
clairs de la préoccupation et de la priorité des dirigeants de PME quant
à l'amélioration du système de santé. Actuellement, l'amélioration de la
qualité et de l'accessibilité des soins de santé arrive en tête de liste des
mesures à prioriser par le gouvernement du Québec, selon un sondage de la FCEI. Le projet de loi par le gouvernement
démontre de l'écoute du milieu et une réelle possibilité de faire des
changements positifs pour les citoyens.
Aussi, Mme la
Présidente, à ma droite, Alchad a fait un rapport de recherche en janvier 2023.
On a une semaine de sensibilisation à la paperasserie depuis des dizaines
d'années pour sensibiliser toutes les provinces, tous les gouvernements à
l'importance d'alléger le fardeau pour les petites et moyennes entreprises,
puis la FCEI, l'année passée, on désirait démontrer que la paperasserie, ça n'a
pas un impact seulement sur les dirigeants des petites et moyennes entreprises,
mais également sur les citoyens. Alors, M. Alegbeh a vu qu'il y avait eu une
enquête qui avait été menée auprès de plus
de 500 médecins néo-écossais qui mentionnait que 62 % des... de leurs
tâches administratives étaient nécessaires, mais qu'il y en avait 38 qui
étaient... 38 % qui étaient superflues. Alors, il a appliqué ça aux
autres... aux provinces et au pays, puis ça a permis d'estimer que les médecins
québécois consacrent, chaque année, 4,4 millions d'heures à des tâches
administratives superflues, soit l'équivalent de 13,2 millions de
consultations. C'est énorme.
• (15 h 30) •
Ainsi, nous avons
demandé à toutes les provinces d'agir. Puis, en janvier de cette année, nous
avons publié une étude — si
vous avez des questions spécifiques sur cette étude, Alchad sera là pour y
répondre — pour
voir quelles étaient les avancées dans les différentes provinces et au pays.
Puis aujourd'hui, on est vraiment contents de se retrouver en commission
parlementaire pour parler d'un projet de loi qui va redonner du temps en
allégeant la paperasserie des médecins pour offrir... permettre plus de
consultations des patients.
Vous savez, Mme la
Présidente, le fardeau administratif et réglementaire, c'est un sujet que j'ai
abordé à plusieurs reprises dans cette enceinte et je le referai aujourd'hui.
La paperasserie freine les entrepreneurs et a une incidence également pour les citoyens.
La paperasserie, ça coûte cher. Notre estimation, faite en 2020 chiffrait à
8,2 milliards de dollars le fardeau administratif au Québec pour les
PME. Pour les entrepreneurs, selon eux, il serait possible de réduire ce fardeau de 28 % sans nuire à l'intérêt
public. Ainsi, la paperasserie coûte 2,3 milliards de dollars
aux PME québécoises.
La paperasserie, elle
ne fait pas juste coûter cher, elle est aussi plus lourde pour les petites
entreprises. En effet, les entreprises de
moins de cinq employés se retrouvent avec un coût de 7 023 $ par
employé, comparativement à 1 237 $
par employé pour les entreprises comptant plus de 100 employés. C'est la
même histoire pour la moyenne d'heures consacrées
par année par employé, qui est de 165 heures pour les entreprises de moins
de cinq employés, comparativement à 17 heures
pour les entreprises de plus de 100 employés. Puis les médecins, bien, se
retrouvent dans la première catégorie, celle qui se fait étouffer par
des piles de papier.
Et,
dans le contexte de la pénurie de main-d'oeuvre, on a également fait une étude
qui démontre que la pénurie de main-d'oeuvre impose des semaines de huit jours
pour les dirigeants d'entreprise, et donc le fardeau administratif est
plus lourd et nuit aussi à la productivité.
Oui,
la paperasserie nuit à la productivité, puis si on prend une... la définition
de la Banque de développement du Canada, la BDC, la productivité du
travail et la valeur qu'une entreprise ajoute en biens ou en services ou une
combinaison des deux, on la calcule en fonction du nombre d'heures ou de
membres du personnel nécessaires pour produire cette valeur. Elle joue un rôle
déterminant dans la compétitivité et la réussite financière d'une entreprise.
Donc, plus vous ajoutez de temps dévolu par employé aux formalités
administratives, moins ces employés-là, ces personnes-là, ces dirigeants
d'entreprise là peuvent consacrer ces heures-là au développement des
entreprises ou, dans ce cas-ci, bien, rencontrer des patients qui ont besoin de
voir des médecins pour leur santé.
Spécifiquement sur le projet de loi 68, on
a sondé nos membres, nos... les dirigeants de petites et moyennes entreprises.
Il y a 92 % qui identifient l'amélioration de l'efficacité du système de
santé comme une priorité absolue. Ce soutien est aussi
marqué lorsqu'il s'agit de la productivité du système du secteur de santé.
92 % sont persuadés que la réduction des tâches administratives non
essentielles chez les médecins permettra de libérer des ressources précieuses
et d'améliorer le rendement global du système.
Enfin, les entrepreneurs anticipent également
des bénéfices concrets pour leur propre entreprise. 69 % estiment que
cette simplification administrative pourrait entraîner une diminution du nombre
d'absences en raison... pour des raisons médicales parmi leurs employés. Cela
se traduirait par une meilleure disponibilité des employés et une réduction des
interruptions dans les opérations et, par conséquent, une amélioration de la
productivité au sein des entreprises.
Vous avez compris par mes propos, Mme la
Présidente, que nous soutenons l'adoption du projet de loi 68. Je vais
quand même souligner que nous avons des réserves sur certains articles. Il n'y
en a pas beaucoup, mais ceux... les 7 à 10. En effet, comme rédigé, nous
craignons que cela enlève toute possibilité à un employeur d'utiliser un outil
dans le cas où il pense qu'un employé utilise les congés de maladie à des fins
de congés non autorisés. On comprend la volonté du législateur d'enlever une
charge aux médecins pour des employeurs qui pourraient systématiquement
demander des billets de médecin à n'importe quelle absence.
À cet égard, nous rassurons le législateur, ce
n'est pas le cas pour les petites entreprises, puis les petites entreprises,
c'est le... ce sont celles qui représentent le plus d'entreprises au Québec en
termes de nombre. Les petites entreprises pratiquent une gestion de proximité
et de confiance envers leurs employés. Pour les dirigeants, les employés font
partie de leur famille.
Seulement... Puis vous irez les voir dans notre
mémoire, on a vraiment regardé la pratique par rapport à l'utilisation des
congés puis on a fait des segmentations par rapport au nombre d'employés dans
l'entreprise. Donc, seulement 4 % des petites entreprises québécoises
exigent un billet de médecin — c'est la marge d'erreur, ce n'est pas peu
dire — pour
toutes les absences. Il y en a 36 % des entrepreneurs qui ne demandent
tout simplement aucune preuve lorsqu'un employé prend un ou plusieurs jours de
congé de maladie. Les frais proportionnels à la taille de l'entreprise se voient bien aussi dans la
proportion des répondants qui disent demander un certificat médical, alors que,
pour 65 % des entreprises ayant quatre employés et moins qui ne demandent
jamais un billet de médecin, elles sont près
d'un cinquième des entreprises de 50 à 499 employés qui ne le demandent
jamais. Cela démontre que la majorité des entrepreneurs reconnaissent
qu'un certificat médical n'est pas nécessaire pour chaque absence.
Toutefois, en même temps, il y en a 30 %
qui pensent qu'il serait parfois justifié de le demander, notamment lorsqu'un
employé est absent pendant quelques jours ou pour une semaine et plus. Puis il
y a 44 % qui souhaiteraient conserver la possibilité de solliciter un
certificat médical lorsqu'ils soupçonnent un abus potentiel. Présentement, si
l'employé soupçonne qu'une personne utilise le système, l'employeur peut
demander un billet de médecin. Donc, il est essentiel pour nous de trouver un
équilibre entre la prévention des abus du gestionnaire et l'utilisation du
moyen par l'employeur qui pourrait ne pas, au plus, être justifié puis alourdir
le système de santé par des consultations trop nombreuses.
Le projet de loi, dans sa formule actuelle, ne
prévoit pas de recours possible pour le dirigeant d'entreprise, selon notre interprétation. Prenons un exemple
concret : un employé qui tombe régulièrement malade deux ou trois jours avant
une longue fin de semaine ou systématiquement quand il y a des congés fériés.
Bien, l'employeur ne pourrait pas faire la
demande. Donc, nous croyons qu'une solution équilibrée serait de permettre aux
employeurs de demander un certificat médical dans des cas exceptionnels
lorsque les absences sont répétitives et injustifiées... sont identifiées. Cela offrirait une protection raisonnable contre
les abus tout en respectant les droits des employés et tout en allant dans
le sens du projet de loi de limiter ou diminuer le nombre de demandes de certificat
qui alourdissent les consultations et le
système. Nous demandons aux parlementaires d'évaluer ce point puis de ne juste
pas enlever toutes les possibilités aux employeurs pour trouver un juste
milieu.
Enfin, il est
important de poursuivre sur les avancées pour réduire la paperasserie des
médecins. C'est pourquoi nous recommandons l'adoption d'un plan
d'allègement réglementaire spécifique au milieu de la santé.
Je n'ai plus de temps... vous remercie de nous
avoir écoutés. Si vous avez des questions spécifiques sur le plan, on serait contents d'en parler... puis
également, sur la question de l'ouverture plus grande aux chiropraticiens,
c'est un élément qui est important pour la FCEI. Merci.
• (15 h 40) •
La
Présidente (Mme D'Amours) : Parfait. Je vous ai laissé aller sur le temps du
ministre, donc c'est le ministre qu'il faut remercier. M. le ministre,
la parole est à vous maintenant.
M. Boulet : Une autre fois,
François... Merci à M. Vincent, merci à la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante pour la qualité de votre présentation puis le
résumé des recommandations qui apparaît dans votre mémoire.
Évidemment,
je pense que l'objectif est pas mal consensuel. On veut aider les médecins à
réduire le pourcentage des tâches administratives. Ultimement, c'est
pour favoriser un meilleur accès et permettre aux médecins de faire plus de soins cliniques puis ce n'est pas
d'éliminer, je pense... je parlais avec quelqu'un ce midi... ce n'est pas
d'éliminer des rendez-vous, mais d'éliminer des rendez-vous sans valeur
ajoutée. Souvenez-vous, au mois de février dernier, ce qui a été fait avec la CNESST puis les CHSLD, c'étaient
120 000 rendez-vous potentiellement sans valeur ajoutée qui
étaient éliminés et, pour l'accueil en hébergement, un 18 000
additionnels.
Ici, évidemment, c'est des estimations, là, mais
l'objectif avec tout le plan santé... parce que le ministère de la Santé travaille avec beaucoup de partenaires
externes, notamment la Fédération des
médecins omnipraticiens du Québec, pour voir comment mieux réduire ce
fardeau administratif là. Et ça, ça va être bénéfique pour tout le monde, vous
l'avez bien mentionné.
Ceci
dit, évidemment, il y a des amendements à la Loi sur les normes du travail qui
vous préoccupent, mais j'ai relevé que vous mentionniez systématiquement...
quelqu'un qui s'absente, par exemple, systématiquement le lundi ou le vendredi. Mais je veux simplement
rappeler que c'est les trois premières absences d'une période de trois journées
consécutives ou moins prises annuellement, et ça, c'est... ça peut être une
gastroentérite, ça peut être un accident, ça peut
être quelqu'un qui est victime de violence conjugale ou de violence à caractère
sexuel ou une personne qui est proche aidante aussi. Et, dans ces circonstances-là,
c'est souvent un engorgement qui n'est pas bénéfique pour le système de
santé. Vous vous préoccupez de l'amélioration des services et du régime, et ça,
ça génère un engorgement.
Puis simplement se
redire que dans les milieux syndiqués, il y a un pourcentage important
maintenant de conventions collectives de travail qui prévoient qu'il n'y a pas
possibilité de demander un certificat médical pour quatre jours et moins. Ici
on est à trois jours, je pense qu'on atteint un bon équilibre. Et quelqu'un
qui, dans le libellé actuel du projet de loi, s'absente plus que trois fois une
journée, parce que c'est jusqu'à un maximum de trois jours consécutifs, il peut
s'exposer à se faire demander, exiger de son employeur un certificat médical.
Ceci
dit, je peux comprendre les motifs raisonnables qui peuvent parfois légitimer
un employeur de demander un
certificat médical. Le 10 %, c'est l'objectif de fond qui est visé par le
ministère de la Santé. Vous vouliez un peu de temps, M. Vincent,
pour parler des chiropraticiens? Allez, je vous l'offre.
M. Vincent (François) : Oui, bien, juste pour préciser sur l'abus. Nous,
la façon qu'on avait lu ça, puis on a peur aussi que des employeurs
peuvent le lire comme ça, c'est qu'il faut que ce soit trois jours consécutifs.
M. Boulet :
Non.
M. Vincent
(François) : Donc, si un employé va en prendre systématiquement le
vendredi puis le lundi quand c'est la fête du Travail, ou qu'il va tomber
systématiquement malade le vendredi puis il va utiliser sa banque de congés complets, bien, de la façon qu'on le
lisait, on a dit : Peut-être que, là, il faut que ça dépasse trois jours,
puis après ça, donc, si je fais deux jours systématiquement à tous les
trois mois, bien, l'employeur ne va pas... ne va pas pouvoir le demander du tout. Ça fait que c'est pour ça qu'on voulait
avoir... on a proposé d'ajouter un alinéa ensuite, juste pour préciser
qu'il y aurait possibilité de le demander.
Moi, ça m'est arrivé
comme gestionnaire, là, il y avait un employé qui était le seul qui utilisait
l'ensemble de ses congés de maladie durant son année par rapport aux autres. À
chaque fois qu'il partait, c'était le service à la clientèle puis il y avait
du... sa charge de travail était répartie sur les autres, puis, à un moment
donné, je lui en ai parlé, puis l'année d'après, bien, il n'est pas tombé
malade. Mais on a... Je n'ai pas demandé de billet du médecin. Mais c'est juste que, de la façon que c'est
rédigé, là, on comprend, mais les employeurs vont peut-être juste regarder la loi
puis ils vont comprendre différemment. Donc, une précision pourrait être bien.
Quant aux chiros, on a envoyé une lettre à Dr
Guillaume Corbin, président de l'Association
des chiropraticiens du Québec, pour l'appuyer dans ses revendications.
Je pense qu'il est ici dans la salle. Bonjour. Il va parler, et il a un mémoire
assez intéressant, puis ça rejoint la recommandation 6 de leur mémoire,
dans le fond.
Nous, ce qui nous
a... qui a beaucoup attiré notre attention, c'est l'impact que ça pourrait
avoir sur la réduction des sommes potentielles en indemnité salariale. Il y a
une pratique comme ça qui est faite dans les autres provinces, notamment en Ontario, de ne pas nécessairement
systématiquement passer par un médecin, mais de pouvoir aller voir
directement un chiropraticien pour pouvoir obtenir de l'aide pour revenir en
santé. Puis c'est des sommes qui pourraient être libérées pour le système et,
bien, justement, aider les personnes qui ont besoin de soins de pouvoir en
recevoir.
Je ne prendrai pas
plus de temps, je pense que vous allez avoir un bon 45 minutes, mais ça a
bien du sens. Puis leur recommandation aussi amène une solution pour mieux
servir les personnes qui ont besoin de repos en santé, permet aussi des
économies potentielles pour le régime. Donc, je pense que ça vaut la peine,
pour le ministre et le législateur, de regarder ça avec sérieux.
M. Boulet : Tout à fait. Merci beaucoup. Mais je reviens sur le libellé. On réfère
à une durée de trois journées consécutives ou moins prises annuellement.
Donc, on est encore dans le domaine de la raisonnabilité, là, en termes de
quantité, de jours d'absence.
Le reste, moi, ça me
convient, là, mais j'apprécierais bénéficier des conclusions de votre sondage
qui a été... que vous avez fait, là, à la Fédération canadienne de l'entreprise
indépendante, auprès de votre... de
vos membres. Et, pour le reste des recommandations, moi,
M. Vincent, vous le savez, on va les analyser, on va les considérer, puis
tout projet de loi est à la base perfectible, puis on va faire une étude
détaillée avec les partis d'opposition, puis on verra comment on peut
l'améliorer.
Ceci
dit, quand vous référez, dans votre mémoire, aux soupçons d'un employeur, moi,
j'appelle ça plus des motifs raisonnables de croire... ça revient et
c'est exactement l'équivalent, mais j'ai la même sensibilité que vous. Alors,
merci, Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme D'Amours) :
...ministre, s'il y a un dépôt de documents, s'il vous plaît, le faire parvenir
au secrétariat pour que tous les membres de la commission puissent en
bénéficier, s'il vous plaît.
M. Vincent
(François) : Oui, on va s'acheminer ça par courriel.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Parfait. Merci. Maintenant, je vais céder
la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour. Bonjour, M. Vincent, M. Alegbeh, Mme
Laperrière. Merci beaucoup pour votre exposé et également pour votre mémoire.
J'ai pris connaissance, donc, d'ailleurs, donc, de ce mémoire portant sur le
PL 68, mais également sur votre documentation complémentaire sur les
patients avant la... la paperasse et des différentes études que vous avez
faites à travers le... à travers le Canada. Puis ça m'amène à vous poser la
question suivante à la lumière des commentaires que nous avons entendus un peu
plus tôt aujourd'hui de la part d'autres groupes qui nous ont tous indiqué
jusqu'à présent que, donc, le projet de loi, donc, c'était une bonne première
étape, qu'évidemment... que tout le monde accueillait favorablement l'idéal de
réduire la charge administrative des médecins, mais qu'il y avait possibilité
d'aller plus loin.
Donc, peut-être que
je vous... En fait, d'entrée de jeu, je vous laisserais peut-être élaborer sur
les... ce qu'on n'a pas dans le projet de loi, ce que... votre mémoire, par la
suite, donc, se concentre sur les dispositions précises du projet de loi...
mais sur les manières, donc, de réduire de façon accrue le fardeau
administratif des médecins.
• (15 h 50) •
M. Vincent
(François) : Pour répondre à votre question... C'est la dernière
section de notre mémoire, à la page 15, puis à la recommandation 3.
Dans le fond, on sort notre recette d'allègement administratif et
réglementaire, parce que, quand on a commencé ça... J'ai parlé de la semaine de
sensibilisation à l'allègement réglementaire qu'on fait à chaque année. Avant
ça, il n'y avait rien, aucun engagement qui n'était pris dans aucune province
puis non plus au niveau du gouvernement du Canada. Puis nous, systématiquement
dans nos sondages, c'était la deuxième préoccupation des entrepreneurs. La
première, c'était le fardeau fiscal global, la deuxième, c'était l'allègement
réglementaire. Puis là, maintenant, ces priorités-là ont changé avec le temps,
parce que les gouvernements ont fait une différence en agissant sur la
question.
Puis il y a des
enjeux qui deviennent plus urgents, là, comme, là, actuellement, c'est la
diminution de la demande puis la pression sur les coûts puis etc., les fonds de
roulement. Donc, tu sais, il y a... des fois, ça peut bouger, mais
systématiquement c'était le fardeau fiscal global puis allègement
réglementaire, mais il n'y avait rien qui était fait. On s'est dit :
Comment on peut faire pour rendre ça, excusez-moi l'expression, là, mais sexy?
Donc, c'est... On a chiffré le poids de la
réglementation puis, ensuite de ça, on a trouvé une recette qui a permis de
faire fonctionner.
C'est quoi, la
recette? Bien d'abord, il faut le quantifier. C'est combien? C'est quoi? Là, je
sais qu'il y a des travaux qui sont faits actuellement avec les fédérations des
médecins, puis c'est ce qui a permis aussi à M. Alegbeh d'évaluer la
charge, c'est-à-dire qu'il y a eu une recherche qui a été faite en
Nouvelle-Écosse, puis ça a donné un nombre... donc, de vraiment quantifier le
fardeau administratif et réglementaire, mesurer le nombre total d'heures
consacrées, qu'est-ce qui est nécessaire, qu'est-ce qui est superflu.
Ensuite de ça, c'est
se fixer des objectifs. Si on ne se fixe pas d'objectif, on ne fait rien. Je
fais le parallèle avec le gouvernement du Québec et avec le plan d'allègement
réglementaire. Bon, bien, ils ont chiffré... ils ont une méthodologie sur les
formalités administratives et réglementaires, puis, après ça, il y a un plan
avec des objectifs de réduction du volume, du coût puis du nombre de
formalités. Mais c'est la même chose : se fixer un objectif, bon,
10 %, puis voir comment on peut atteindre ça à court, à moyen puis à long
terme. Ensuite de ça, bien, c'est de rendre public, ça, informer le public des
progrès accomplis.
Dans toutes les
provinces aussi, c'est ça, pour l'allègement réglementaire, ils dévoilent un
rapport, un bilan de ce qui se passe. C'est la même chose avec le plan
d'allègement réglementaire. À chaque année, ils vont dévoiler où ça... où ils
en sont rendus, etc. Donc, ça crée une imputabilité puis enfin, bien, c'est de
confier, à un responsable de réduction du fardeau administratif et
réglementaire de la santé, une entité disposant de ressources spécifiquement réservées à ce mandat pour que ça fasse bouger les
choses. Parce que quand il n'y a pas de porteur de dossier, après ça, on
peut se lancer la balle à tout le monde puis... mais on n'atteint pas les
objectifs, là.
Selon nous, c'est
peut-être plus le ministre M. Dubé à la Santé qui porterait ça, mais ça,
c'est la meilleure façon d'arriver concrètement à avoir des changements à
court, à moyen puis à long terme.
Mme Cadet :
Donc, merci. Ensuite, ce matin, on a entendu, donc, plusieurs groupes, donc,
nous parler, nous donner, donc, des exemples
du type de formulaires qu'ils avaient à remplir, et ce qu'on a eu l'occasion
d'entendre, là, au cours de la
matinée, c'était donc plusieurs... donc, plusieurs, donc, exemples de situation
où le contenu des formulaires, donc,
contribuait au fardeau administratif, à la charge administrative, donc pas
seulement, donc, la quantité de formulaires à remplir. Parce que ce que
le projet de loi fait en ce moment, donc, il tente d'alléger en réduisant,
donc, le nombre de patients ayant à aller voir, donc, leur médecin, donc, pour
des visites considérées comme non à valeur ajoutée.
Mais il y a quand
même, donc, tout un travail au niveau du fardeau administratif quant à ce qui
se trouve sur les formulaires, quant à la longueur de ceux-ci et surtout quant
à la disparité quant au contenu des formulaires. Est-ce que, dans vos différentes recherches sur... comparatives à l'intérieur
du Canada, est-ce que c'est quelque chose aussi que vous avez vu?
M. Vincent (François) : Bien,
les recherches par rapport au Canada, c'était ce que les... comment les
gouvernements s'étaient engagés à réduire...
Mme Cadet :
OK, d'accord. OK.
M. Vincent
(François) : ...puis qu'est-ce qui avait été fait dans les
différentes... dans les différentes provinces. C'est bien ça?
M. Alegbeh (Alchad) : C'était
plus... Essentiellement, on voulait juste voir qu'est-ce qui avait été fait
dans les autres provinces. Donc, globalement, comme, au Manitoba, ils ont pris
des engagements fermes, ils ont essayé de construire un groupe de travail avec
la FCEI pour pouvoir, comme, adresser ces questions. Au-delà de ça, lorsque
vous prenez aussi l'Ontario, l'Ontario a émis une législation qui permettait
aux professionnels du domaine de la santé de
venir travailler directement en Ontario, sans même s'enregistrer auprès de
l'ordre directement. Cela prenait, comme par exemple, six mois avant
qu'ils puissent aller s'inscrire auprès de leur ordre directement. Donc...
Mme Cadet : D'accord. Donc,
c'est... je comprends qu'au niveau comparatif, donc, vos recherches, c'était
beaucoup plus, donc, sur des mesures, donc, plus génériques à prendre, donc, de
la part des gouvernements.
M. Alegbeh (Alchad) : Exactement.
Mme Cadet : Mais dans tous les cas,
donc, ce que je vous nomme, donc, quant au contenu des formulaires, je ne sais
pas si vous avez eu l'occasion d'entendre nos autres invités aujourd'hui, est-ce
que c'est un élément qui résonne un peu, que ce soit... peut-être pas dans le
cadre, donc, de vos recherches comparatives, mais est-ce que ça vous sonne des
cloches?
M. Vincent (François) : Bien,
je dirais oui. Je pense que les acteurs du milieu sont les mieux placés pour être capables de définir quel formulaire est trop
long. Mais une chose qu'on voit, là, dans le dossier, au niveau, tu sais... peu
importe le ministère, c'est que, des fois, il va y avoir des formulaires qui
sont très longs, où des informations vont être demandées à plus qu'une
place en même temps puis que l'information pourrait se partager.
Un exemple
qui me vient en tête, là, c'est le processus de francisation des entreprises,
là. Pour le... pour y arriver, il faut remplir un formulaire point doc
de 16 pages. Donc, tu sais, y a-tu une manière de prendre ça puis d'en
faire un document de huit pages en ligne, tu
sais? Donc, il y a peut-être certaines avenues qui vont diminuer le fardeau
réglementaire.
J'ai une anecdote, peut-être, là. Ça n'a aucune
valeur scientifique, mais j'ai une amie qui est médecin spécialiste, puis je
lui ai parlé de ce dossier-là l'année passée, quand notre recherche était
sortie. Puis elle, elle a dit que c'était une des choses qui la démotivaient à
faire son travail puis qu'elle, elle ne mangeait pas parce qu'elle voulait voir des patients, puis elle remplissait
sa paperasse en faisant un... en prenant son lunch ou après ça... en partant
plus tard. Mais c'est un élément qui a sonné une fibre supersensible, là, quand
je lui ai parlé de ça, oui. Ça fait que je pense que c'est une voie à
poursuivre pour le gouvernement du Québec.
Mme Cadet : Vous avez émis, donc,
des préoccupations, donc, relatives aux dispositions qui modifient la Loi sur les normes du travail. J'ai posé une question similaire à un autre
groupe plus tôt, donc, comment nous, comme législateurs, donc, on
pourrait répondre à vos différentes préoccupations, donc, dans notre libellé,
donc... Vous, vous dites, donc, en lisant, donc, le projet de loi tel que
rédigé, nonobstant l'intention du législateur, vous souhaitez donc vous assurer que... bien, grosso modo, là, que les
articles... que les articles 7 à 10 du projet de loi, donc, puissent
préserver, donc, le droit de gestion, là, de l'employeur dans ce
cadre-là. Donc, comment est-ce que le législateur pourrait répondre aux
préoccupations que vous avez mises dans votre mémoire?
M. Vincent (François) : Bien,
il y a peut-être... peut-être les légistes du ministère de la Justice
pourraient aider ou des normes. Mais quand moi, je l'ai lu, je me suis
dit : Bien, si, systématiquement, quelqu'un prend un jour, et si ça ne dépasse pas trois, donc l'employeur ne
va pas pouvoir rien demander. Ça fait que nous autres, notre solution,
c'était, bien, rajouter un paragraphe ou un alinéa en disant : En cas de,
bon, soupçon, on utilisera le terme exact, «l'employeur peut», etc. Donc, nous,
c'est ce qui nous rassurerait pour que justement l'employeur puisse avoir la possibilité de le faire. Et il y aura aussi un
service, une communication auprès des employeurs également, là, parce que,
oui, il y a des employeurs qui peuvent exagérer là-dedans, puis ça, on le
reconnaît, mais, en même temps, ça se peut qu'il
y ait des employés qui le fassent puis, après ça, bien, c'est quoi? Bien, c'est
le coût de... du congé de l'employé? C'est le coût de l'employé qui fait
de l'overtime ou qui est remplacé?
Pour une
petite entreprise, dans la condition actuelle, ça peut faire très mal aux
finances des petites entreprises qui nous disent qui sont prises par...
avec les données du baromètre par des coûts qui sont significativement plus élevés que 15 ans d'indicateurs, l'historique
de 15 ans d'indicateurs, puis une limite sur les ventes et la production
par... qui est la demande qui est insuffisante. Donc, ils n'ont pas
assez de ventes, pénurie de main-d'oeuvre qualifiée, donc pression aussi.
Donc, juste un petit élément. J'aimerais ça, si
j'ai du temps, là, parler de notre recommandation 1 aussi.
La Présidente (Mme D'Amours) :
...30 secondes.
Mme Cadet : Oui, tout à fait.
M. Vincent
(François) : OK. Oui, c'est
sur la modification... sur l'article 29.1, on avait des craintes quant aux
absences de longue durée. Donc, on pensait qu'un suivi du médecin était
important aussi pour ne pas qu'on perde des absences de
longue durée puis que les personnes ne reviennent pas au travail. J'ai vu ce
matin que le Conseil du patronat du Québec dévoilait un mémoire également puis
que ça faisait partie de leurs préoccupations.
Donc, nous, on demande d'ajouter un mécanisme de
suivi qui pourrait revenir aux médecins, dire : Bien, il faut que je te voie aux quatre mois, tu sais, au
lieu que ce soit aux semaines. Mais on pense que c'est important d'avoir un...
de porter une attention particulière à cette disposition. Puis je vous invite
aussi à prendre en considération le mémoire du Conseil du patronat du Québec.
Mme Cadet : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
Mme Caron : ...modèle de
réduction de paperasserie. Est-ce qu'ils ont éliminé cette obligation de
consulter ou de présenter un billet de médecin à l'employeur?
• (16 heures) •
M. Alegbeh (Alchad) : Non,
actuellement, ils ne l'ont pas éliminé, mais, quand même, ils ont essayé de
trouver un mécanisme pour pouvoir le réduire en demandant, comme, aux employés,
de toujours présenter, comme... de venir
pour que l'employeur lui-même puisse vérifier rapidement avec l'employé, une
discussion, comme, cordiale pour pouvoir vérifier si l'employé est
correct ou pas.
La Présidente (Mme D'Amours) :
...c'est tout le temps que nous avons. Maintenant, je vais passer la parole au
député de Rosemont. La parole est à vous, M. le député.
M. Marissal : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour. Bonjour à vous trois. Merci d'être là.
Tout à l'heure, M. Vincent, j'ai un peu
sursauté quand vous avez raconté l'anecdote d'un employé qui était le vôtre, à
qui vous avez souligné qu'il prenait systématiquement tous ses jours de congé
et que l'année suivante il n'en prenait
aucun. Moi, j'ai été patron à La Presse, là, de 120 journalistes,
là. Si j'avais fait ça, là, je me serais ramassé avec un grief que je
traînerais encore.
Je ne suis pas en désaccord complet avec ce que
vous dites, même qu'il y a plusieurs points, là... ce qui n'est pas toujours notre cas, on en convient, mais
là-dessus, on s'entend pas mal sur la base. Mais je trouve que vous prenez le
projet de loi à l'envers et que vous retournez le soupçon vers l'employé. Si je
me trompe, là, je serais heureux que vous me le disiez, mais vous employez
d'ailleurs le terme «s'il y a un soupçon, l'employeur pourrait demander». Mais le projet de loi, il est raisonnable, là. Je
le dis, là, ce n'est pas tous les jours que le deuxième groupe d'opposition dit
ça ici d'un projet de loi du gouvernement, mais il est raisonnable. Il donne
quand même un assez bon équilibre dans un milieu, chez vous, à vos membres, où
c'est moins syndiqué que dans d'autres milieux, où il y a quand même aussi
cette chose qui s'appelle la confiance mutuelle.
En période de plein emploi, c'est peut-être plus
facile d'abuser de son employeur, parce qu'on sait que l'employeur a besoin de
nous, mais ça ne durera pas. Ça ne dure jamais ce genre de chose. Et après ça,
bien, tout finit par s'égaler, tout finit par s'égaliser. Moi, je suis patron,
moi-même, comme député, là. Tous les députés ici sont patrons de deux, trois ou quatre employés parfois. La confiance existe.
La confiance se présume, la bonne foi se présume. Alors, pourquoi vous
vous placez du côté du soupçon d'emblée?
M. Vincent (François) : On ne
se place pas du côté du soupçon d'emblée. On se place du côté de ne pas perdre
un outil de gestion qui pourrait être intéressant pour les entreprises.
La notion de confiance est là dans les petites
entreprises, puis là-dessus je vous réfère à la figure 9, là. On voit
qu'il y a une distinction systématique entre les petites entreprises qui font
juste ne pas lui demander les congés, qui sont compréhensifs, que ce n'est pas
nécessairement lui qui va être malade. Bien, son enfant, il a la gastro, je
veux dire, occupe-toi de ton enfant puis ne viens pas au bureau là. Mais, dans
les petites entreprises, il va y avoir une question de ratios. Donc, si j'ai
moins de cinq employés et que je perds un employé, je perds 20 % de ma
force de production. Donc, ça, ça a un impact sur la productivité des entreprises.
Puis plus l'entreprise est petite, moins elle va avoir de département de
ressources humaines ou... donc, ça va être plus complexe. Puis il peut aller
sur le site ou lire ça puis dire : Bien, je ne peux pas le demander après
trois jours.
Puis quand on parle de soupçon, là, ça veut dire
que ça fait quatre ans que j'ai un employé puis ça adonne qu'il y a un pattern
qui s'applique. On ne dit pas que, nécessairement, il va s'appliquer, tandis
que, là, on sent que ça peut enlever une possibilité à un employeur qui ne le
demande pas systématiquement. Puis il ne va pas le demander, mais, s'il allait
le demander, ce n'est pas dans son... dans son schème à lui, ça va être plus
les grandes entreprises ou celles qui sont plus structurées qui, systématiquement,
vont demander ou que la direction des ressources humaines va demander qu'il y ait
un billet de médecin, et etc.
Donc, c'est pour ça qu'on arrive avec la
recommandation d'ajouter un alinéa pour que l'employeur sache qu'il y a encore
une possibilité de le demander puis qu'il ne dise pas : Bien, s'il prend
deux jours systématiquement, tout le temps,
bien, je n'ai aucun levier légal à faire la demande envers mon employé. Puis de
la même façon que, tu sais, on reconnaît que ça peut se faire systématiquement,
on ne pense pas que c'est une bonne idée. C'est pour ça qu'on dit : Gardez
l'article, mais rajoutez une précision. Donc, on...
La Présidente (Mme D'Amours) :
...remercie, c'est tout le temps que nous avions.
M. Vincent (François) :
...ne regarde pas les employés comme des profiteurs.
La
Présidente (Mme D'Amours) :
Donc, je remercie... je vous remercie, chers invités, pour votre contribution
aux travaux de la commission.
Je suspends
les travaux deux minutes, alors j'ai besoin de votre collaboration, afin de
permettre aux prochains invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 05
)
(Reprise à 16 h 07
)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue à la Fédération
des médecins omnipraticiens du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis
nous... procéderons, pardon, à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à présenter votre exposé et puis
commencer la période d'échange après. Vous avez 10 minutes. Merci.
Fédération des médecins
omnipraticiens du Québec (FMOQ)
M. Amyot (Marc-André) : Mme la
Présidente, M. le ministre, Mmes, MM. les membres de la commission, je vous
remercie pour cette opportunité de discuter du projet de loi n° 68
visant principalement à réduire la charge administrative des médecins. La FMOQ
salue cette initiative qui répond à une préoccupation de longue date pour
alléger la surcharge administrative pesant sur les médecins de famille, un
problème récurrent qui impacte la pratique quotidienne et l'accès aux soins.
Je suis accompagné aujourd'hui, à ma gauche, du
Dr Pierre Martin, premier vice-président de la FMOQ et spécialiste en médecine
de famille, oeuvrant en cabinet à Trois-Rivières, et, à ma droite, Dr Pascal
Renaud, secrétaire-trésorier de la FMOQ et également spécialiste en médecine de
famille oeuvrant à l'urgence à temps plein de L'Enfant-Jésus.
Alors, la situation actuelle du système de santé
au Québec est préoccupante, avec une pénurie de plus de
1 500 médecins de famille. Cette pénurie, couplée à une charge
administrative excessive, aggrave la situation. Les médecins de famille passent actuellement jusqu'à 25 % de leur temps
à des tâches administratives, réduisant ainsi le temps disponible pour
les soins aux patients. Ce problème contribue à l'épuisement professionnel et à
la fuite des médecins du secteur public. Le projet de loi n° 68
est donc une mesure bienvenue pour alléger ce fardeau.
Il est important de bien comprendre comment les
activités visées par le projet de loi impactent le quotidien des médecins de famille. Il y a de la paperasse
qui est effectuée en cabinet et il y a aussi de la paperasse qui est effectuée
en surtemps le soir, la fin de semaine, en dehors du cabinet. Donc, il y a une
portion qui va être disponible pour de la marge
de manoeuvre supplémentaire, mais il y a une portion qui ne sera pas disponible
pour des gains concrets en termes d'accessibilité aux patients, mais qui vont
avoir un effet important sur la surcharge de travail des médecins quand ils
effectuent ce travail-là le soir et la fin de semaine.
• (16 h 10) •
Également, je
veux être bien clair, quand on va éliminer un rendez-vous pour justifier une
absence de trois jours ou moins... et vous verrez, on va demander
jusqu'à cinq jours, je vous expliquerai tantôt pourquoi. Mais quand on retire,
dans une journée de travail d'un médecin... Par exemple, en cabinet, le médecin
voit 20, 24 patients dans sa journée. Si j'enlève un patient qui ne vient
pas pour un billet médical, je le remplace par un autre patient qui, lui, en a
vraiment besoin, un patient avec maladie chronique, vous comprenez la
mathématique que je ne viens pas de créer un rendez-vous, là, hein? Je n'ai pas
rien créé, mais la plage médicale, je l'ai utilisée de façon beaucoup plus pertinente et optimale. Alors, ça, c'est
extrêmement important, et on travaille avec le ministère pour optimiser le
travail des médecins de famille. Mais c'est important de bien
comprendre, parce qu'on essaie de quantifier la... on essaie de quantifier le
nombre de rendez-vous disponibles supplémentaires.
Également, il y aura des mesures
supplémentaires. Le projet de loi, c'est un pas dans la bonne direction, mais il y aura des mesures supplémentaires qui devront
être mises en place. On devra continuer à travailler en collaboration parce
que c'est la seule voie qui va nous permettre d'améliorer le réseau de la
santé, la voie de la collaboration.
Alors,
spécifiquement concernant les assureurs, nous soutenons l'interdiction pour les
assureurs de conditionner le remboursement des services médicaux à la réception
de certains formulaires. Toutefois, nous recommandons de discuter avec
nous des règlements qui encadreront ces exceptions, pour éviter des
complications futures.
Concernant les employeurs, le projet de loi
propose de ne plus exiger de certificats médicaux pour des absences de trois jours ou moins. Nous appuyons
cette mesure et suggérons même de l'étendre à une période de cinq jours,
alignée avec celles d'autres provinces comme
la Nouvelle-Écosse, mais également alignée avec la science. Pourquoi? Parce que la majorité des conditions qui
nécessitent des absences de trois à cinq jours, ce sont des conditions
infectieuses, la grippe, l'influenza,
la COVID, des gastro-entérites. Et ça, non seulement ce n'est pas médicalement
requis d'obtenir un certificat médical, c'est médicalement nuisible.
Pourquoi? Parce que, quand je demande à un patient qui n'a pas besoin de voir
le médecin de consulter, j'expose ma salle d'attente, des patients malades,
diabétiques, cancéreux, à des patients infectés, risques de contagion. Donc,
vraiment important de ne pas aller dans cette voie-là et de ne pas exiger que
des patients infectieux doivent se présenter dans le cabinet médical. C'est
médicalement nuisible.
Suggestion supplémentaire.
Les «no-show», il faut absolument travailler avec le ministère pour enrayer ce
fléau-là. L'an dernier, c'est 162 000 rendez-vous qui nous ont été
rapportés. Ça, c'est des rendez-vous disponibles maintenant. Ça, c'est du gain dès maintenant, parce que les rendez-vous
sont laissés inoccupés et libres. Un des problèmes, c'est la difficulté
pour les patients d'annuler leur rendez-vous via le GAP, via le RVSQ. Il faut
travailler ensemble pour améliorer le
mécanisme d'annulation, quand un patient ne peut pas se présenter à son
rendez-vous. Puis ça, je vous le dis, c'est minimalement
162 000 rendez-vous récupérables maintenant.
Concernant la RAMQ, bien, la RAMQ utilise un système...
Pardon, ce n'est pas concernant la RAMQ, c'est concernant les assureurs. Bien, la RAMQ utilise un système de
codification des médicaments d'exception qui fait en sorte que, pour certains produits, un médecin indique
simplement un code sur la prescription plutôt que de devoir compléter un
formulaire de demande d'autorisation. Il serait pertinent que les assureurs
privés adoptent un tel fonctionnement, contrairement à ce qui prévaut
actuellement.
Il faut uniformiser et réduire la fréquence de
certains formulaires. Et quelques, en rafale, pistes de solutions, à la page 10
de notre rapport. Il faudrait être en mesure de légiférer contre les publicités
où ça finit par «parlez-en à votre médecin».
Je laisserai Dr Martin s'exprimer par rapport à ça, mais je terminerai en deux
effets... Deux minutes? Merci. Je terminerai.
Le plus important dans ce projet de loi là, vous
me permettrez de dire, c'est de reconnaître que 25 % du travail des
médecins n'est pas reconnu nulle part. C'est un peu comme si on disait, pour
les députés de l'Assemblée nationale, ils ne travaillent que trois jours par
semaine, ils siègent trois jours par semaine à l'Assemblée nationale. On comprend très bien que votre travail, il est
beaucoup plus étendu que ça, beaucoup plus important que ça. Vous vous
sentiriez dévalorisés si les gens disaient ça. Imaginez un médecin à qui on
dit : Le seul travail qu'on te reconnaît, c'est quand il y a un contact
patient, alors qu'il remplit des formulaires le soir, en surtemps et la fin de
semaine. Alors, au moins, ce projet de loi
là, il a aussi la beauté de reconnaître ce travail-là qui est effectué.
L'anecdote de M. Vincent, de son ami médecin spécialiste, n'est pas une
anecdote.
Alors, Pierre, je te passe la parole. Il te
reste à peu près une minute.
M. Martin (Pierre) : En fait,
effectivement, c'est un pas dans la bonne direction, parce que les médecins se
sont sentis, effectivement, très, très froissés qu'on ne comptabilise pas le
25 % du temps qu'ils font à faire du médico-administratif, parce que ce
n'est pas facturé RAMQ et ce n'est pas comptabilisé en jours travaillés, mais
ils le font quand même. Alors, s'il faut
figurer que, lorsqu'un médecin travaille quatre jours, dans la réalité, il y a
cinq jours là-dessus, il y a une journée qui va être consacrée à faire
de la paperasserie, là. C'est sûr que le projet de loi va dans la direction de réduire ça, mais il ne faut pas
être dupe. Il y en aura toujours, là, du papier à faire, et l'important, c'est
de le reconnaître. Et ce projet de loi là, il introduit ça, il introduit
la reconnaissance de ces jours travaillés par les médecins de famille. Et je vous dirais que, sur le terrain,
il était grand temps. Puis ça allège un peu le discours qu'ont beaucoup de
médecins qui s'épuisent à travailler, actuellement, dans des conditions qui
sont difficiles. Alors, ça, on ne peut que remercier cette orientation que
prend le projet de loi, ne serait-ce que d'éveiller les consciences à
l'importance du travail médico-administratif qui est fait par les médecins de
famille au quotidien.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. Merci à vous trois, docteurs. Merci pour la qualité de votre
mémoire.
C'est important pour moi, d'emblée, de faire une
précision. Ce n'est pas de créer des rendez-vous additionnels qui nous
préoccupe, puis vous l'avez super bien dit, Dr Amyot, c'est de libérer des
rendez-vous qui n'ont pas de valeur ajoutée
et de permettre aux médecins de se consacrer aux soins cliniques. Et ça,
ultimement, c'est pour permettre un meilleur accès pour les Québécois,
Québécoises. Et oui, c'est reconnu puis ça vient notamment de vous, la
Fédération des médecins omnipraticiens, qu'il y a 45 % du travail qui est
consacré à des tâches administratives. Puis,
dans un contexte de pénurie d'effectifs médicaux, il faut travailler. C'est la
raison pour laquelle mon collègue à la Santé, que je salue
continuellement, a créé un groupe, puis l'objectif, c'est de réduire la charge
administrative puis, ultimement, c'est que 1,9 million de places soient
consacrées à des activités qui sont essentiellement cliniques.
Puis je le redis, c'est important, ce n'est pas
des rendez-vous additionnels, et c'est ce que nous avons fait en matière de
santé-sécurité. Vous le savez, Dr Martin, ce qu'on a annoncé en février, c'est
pour remettre aussi, dans la juridiction du
médecin qui traite, le médecin qui reçoit le patient ou la patiente, de déterminer
la fréquence et la pertinence des rencontres, que ce soit en santé et
sécurité du travail, suite à un accident ou une maladie professionnelle comme
dans d'autres secteurs de la vie humaine. Puis il y a quatre axes principaux,
c'est : reconnaître l'expertise aussi des psychologues, puis des physiothérapeutes, puis des ergothérapeutes;
qu'on interdise à l'assureur, pour rembourser, d'exiger d'aller voir un
médecin, puis ça, ça n'a pas de valeur ajoutée; même affaire pour les béquilles
puis les cannes, même affaire pour les
prestations d'invalidité qui font suite à un événement traumatique important,
qu'il soit de nature psychologique ou d'ordre mental, puis même chose
pour les employeurs. On va y revenir.
• (16 h 20) •
J'aimerais ça juste... puis je vais y aller par
une de vos recommandations. Je pense qu'il faut quand même reconnaître que la fédération a été consultée, a
participé et participe aux travaux du ministère. Ça fait que c'est important pour moi de le dire, de le reconnaître
et de permettre aussi que la fédération puisse analyser et être présente
quand ce sera opportun de le faire.
Je veux revenir sur les trois jours, là, parce
que cet après-midi, c'est intéressant, la FCEI puis vous autres, vous parlez de ça, les employeurs. C'est jusqu'à trois jours
consécutifs puis c'est trois périodes d'absences prises annuellement. Puis
vous, vous dites jusqu'à cinq jours consécutifs. J'imagine que vous
référez à une grippe ou une gastro-entérite, puis la personne est chez elle
puis elle dit : Si mon employeur me demande un certificat médical, je ne
serai pas capable. Puis si elle est contrainte de le faire pour éviter une
mesure disciplinaire ou administrative, elle va
faire la ligne, puis elle va attendre, puis, le médecin, ce ne sera pas une
rencontre à valeur ajoutée. Mais pourquoi cinq, tu sais? Parce que je
pense que vous vous référez aux maladies infectieuses, où ça peut durer plus
longtemps. Donc, c'est là où vous mettez la ligne.
Je vais juste vous dire qu'on y a pensé, mais il
faut trouver un équilibre, hein? Parce que les employeurs et le Conseil du patronat, la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, ils voient ça comme une entorse à leur droit de
gérer, leur droit de diriger et de s'assurer de bien gérer leurs taux
d'absentéisme. Mais j'aimerais ça vous entendre sur le... tu sais, notre quête
d'équilibre versus votre cinq jours.
M. Amyot
(Marc-André) : Bien, le cinq jours, c'est, je vous dirais...
c'est médicalement justifié. Maintenant, concernant le droit de gestion
des employeurs, s'il vous plaît, n'utilisez pas les médecins comme polices pour
justifier ou non le comportement des employés. C'est un élément extrêmement
important. M. Vincent disait : La majorité des entreprises — je ne
me rappelle plus exactement du pourcentage — n'exigent pas de billets
médicaux, il y a une confiance qui
s'établit. Ça doit... Ça devrait être comme ça, dans un monde idéal, et de ne
pas utiliser le réseau de la santé pour des situations qui ne sont pas
médicalement requises. On a... Avec une pénurie de 1 500 médecins de famille, on a de la difficulté à offrir le service
à ce qui est médicalement requis. Alors, d'ajouter du non-médicalement
requis pour le droit de gestion des employeurs d'agir comme police et
justificatif, bien, effectivement, ce n'est pas une valeur ajoutée.
Dernier élément que je veux dire par rapport à
ça, quand un médecin de famille voit un patient dans son bureau et que le patient lui dit : J'ai été
malade, j'ai été... je relève, là, je termine, je vais mieux, là, j'ai eu des
diarrhées, j'ai eu des vomissements, je ne pouvais même pas venir vous
voir, mais là mon employeur exige un papier qui atteste que... Qui serais-je pour dire : Non, je ne te crois pas?
Alors, de surcroît, moi, comme médecin d'un patient, avec une relation
patient-médecin, je dois croire mon patient.
M. Boulet : Et donc ça devient une
rencontre sans valeur ajoutée et dont l'issue est purement subjective?
M. Amyot (Marc-André) : Tout à fait.
M. Boulet : Il n'y a pas d'élément
ou il n'y a pas de critère diagnostique objectif que vous pouvez utiliser?
M. Amyot (Marc-André) : La clé de la
solution, là-dedans, elle appartient dans la discussion, dans la relation entre l'employeur et l'employé, beaucoup
plus que la solution facile de dire : Je vais utiliser le médecin comme
un effet dissuasif, pour le patient, de prolonger un arrêt de maladie.
M. Boulet : Oui. En même temps,
quand je dis que nous devons atteindre un certain équilibre, M. Vincent a
dit : Par exemple, une personne qui est systématiquement absente tous les
lundis, ou les vendredis, ou à un moment spécifique,
on peut comprendre que, là, le lien de confiance n'est pas le même. Et le
médecin, puis vous avez raison, là, puis
il faut l'analyser comme ça, le médecin est utilisé comme effet de levier pour
mettre de la pression sur la personne et changer un comportement qui
peut être déviant en termes de taux d'absentéisme. Je vous comprends très bien.
Mais c'est la
raison pour laquelle on a dit trois périodes d'absence par année. C'est,
selon moi, très raisonnable. On
vient, comme, mettre dans la loi ce qui, au-delà d'une certaine limite, peut
être considéré comme un motif raisonnable de demander à quelqu'un un
certificat médical. Mais ça peut être autre chose, là. Si c'est la garde d'un
enfant ou si c'est pour d'autres raisons, ça peut être un document justificatif
autre qu'un certificat médical, là, mais je pense que je vous ai bien compris.
M. Amyot (Marc-André) : Si vous
permettez...
M. Boulet : Oui, allez-y, docteur.
M. Amyot (Marc-André) : Je veux...
Je ne souhaite... Je ne veux pas que mon intervention soit perçue comme de
l'insensibilité à ce que M. Vincent témoignait tantôt. Ce n'est pas du
tout ça, là. C'est une problématique que les
employeurs vivent réellement, nous le comprenons. Mais est-ce que la solution
de rendre un billet médical ou une visite médicale est la bonne
solution? C'est l'essence de notre propos.
M. Boulet : Je suis relativement
d'accord avec vous sur le fond. Cependant, il faut mettre une limite à quelque
part, puis je pense que la limite qui est dans la loi est équilibrée et
respecte aussi le droit de l'employeur de mesurer, d'évaluer, d'analyser, de
poser des questions, toujours dans le contexte de la relation de confiance qui
est tellement nécessaire dans un environnement de travail, là.
Adopter par les assureurs un système de
codification, évidemment, ça n'appartient pas à cette loi-là que les assureurs
puissent adopter un système de codification ou pour les... Ça, si je comprends,
c'est pour les médicaments d'exception, plutôt que de compléter des
formulaires, hein? C'est ce que j'ai compris.
M. Amyot
(Marc-André) : Tout à fait.
M. Boulet : Et ce serait beaucoup
plus simple, beaucoup plus efficace, je le comprends, mais c'est des messages qu'il va falloir véhiculer puis c'est des
dialogues qu'il va falloir amorcer. Évidemment, on n'a pas le contrôle sur tout, là. Tu sais, il y a l'Association
canadienne des compagnies d'assurances de personnes... mais je comprends
l'objectif que vous poursuivez.
Puis les 162 000 «no-show», c'est
vraiment préoccupant. Parce que, tu sais, nous, dans ce projet de loi là, notre estimation, c'est qu'on va libérer un
potentiel, là, de 600 000 rendez-vous sans valeur ajoutée. Puis là
vous me dites : simplement les personnes qui ne se présentent pas.
Qu'est-ce que vous suggérez pour lutter contre ce qui est un quasi-phénomène de
«no-show»? Qu'est-ce que vous proposeriez?
M. Amyot (Marc-André) : Bien, on en
a justement discuté. Je peux peut-être passer la parole à Dr Renaud.
M. Renaud (Pascal) : Bien, il y a
plusieurs moyens technologiques qui permettraient, un, de rappeler au patient
qui est inscrit via la RVSQ qu'il a un rendez-vous le lendemain, une
amélioration du RVSQ aussi pour que le patient puisse plus facilement annuler
son rendez-vous en ligne. Ça semble être très problématique actuellement, là,
pour les patients de le faire.
Donc, utilisons la technologie, utilisons ce
qui... Si vous avez un dentiste puis vous avez eu un rendez-vous, récemment, vous avez assurément eu, 48 heures
avant votre rendez-vous, une demande de confirmer votre rendez-vous puis
vous pouviez même l'annuler directement par texto, si ça ne fonctionnait pas.
Donc, juste utiliser ce genre de technologie là nous permettrait de diminuer le
nombre de «no-show», c'est sûr.
M.
Boulet : OK. Puis uniformiser aussi ces formulaires-là
électroniques. Ça, c'est une autre de vos recommandations.
Une voix : ...
M. Boulet : Oui, allez-y. Quand vous
référez à l'amélioration de la cogestion des soins entre les médecins, les
pharmaciens puis les autres professionnels de la santé, pouvez-vous me donner
un peu plus de détails, Dr Amyot?
• (16 h 30) •
M. Amyot (Marc-André) : ...on a un
chantier, actuellement, avec le ministère pour revoir le modèle d'organisation puis on a fait appel à des experts
universitaires, M. Jean-Louis Denis, qui est un expert en politique de
santé reconnu internationalement. On a analysé les différents modèles de
santé dans le monde, des pays, évidemment, industrialisés, là, et les modèles
qui fonctionnent le mieux, qui sont le plus optimal, sont les modèles où il y a
une collaboration interprofessionnelle, mais il y a une intégration des soins.
Ça veut dire quoi, ça, l'intégration des soins? Ça veut dire que les gens ne travaillent pas en silo, mais que la
trajectoire de soins des patients est bien déterminée. Et, à ce compte-là, votre collègue du Conseil du
trésor a un merveilleux projet de loi, le projet de loi n° 67, et si vous
pouvez lui passer le mot de nous...
M. Boulet : ...commentaire, oui.
M. Amyot
(Marc-André) : ...de nous inviter à la commission parlementaire,
ça pourrait être intéressant. On a plein de choses à dire, en commission
parlementaire, notamment sur la pratique interprofessionnelle.
M. Boulet : Super. Merci,
Dr Amyot. Moi, je pense que ça m'irait. En fait, j'aimerais conclure en
vous remerciant encore une fois, en anticipant votre continuelle collaboration,
votre participation aux consultations qui sont amorcées avec le groupe de
réduction de la charge administrative des médecins. Puis je pense qu'il y a
quelqu'un qui référait à une anecdote, mais moi, j'ai des amis aussi médecins
omnipraticiens et spécialistes qui m'ont dit : Parfois, si j'avais su qu'il
y avait un fardeau administratif aussi imposant, j'aurais peut-être décidé de
m'orienter et de devenir un avocat, ou une avocate, ou un comptable, ou un
professeur, peu importe, là, mais c'est... Je badine à peine.Oui,
docteur?
M. Amyot (Marc-André) : Est-ce qu'il
nous reste du temps un petit peu? Parce que je passerais la parole au
Dr Martin qui voudrait intervenir. Un des éléments importants du projet de
loi... Pierre.
M. Martin (Pierre) : ...excessivement
important, parce que ce que l'on constate, année après année, c'est qu'on offre des postes pour la résidence en...
spécialité en médecine familiale et que ces postes-là ne sont pas comblés.
Et quand on parle de créer du rendez-vous, bien, former des médecins, ça crée
du rendez-vous. Et malheureusement, au fil du temps, c'est environ... on
avoisine autour de 175 médecins en moins, depuis quelques années, qu'on
accumule et qu'on aurait dû voir graduer. Et ces gens-là auraient été autant de
main-d'oeuvre à donner du rendez-vous pour les patients. Améliorer l'attractivité, c'est reconnaître le travail que les
gens font. Et je peux vous dire que ce projet de loi là, c'est un
premier pas dans cette direction-là. Et on va se faire, nous, bien sûr, les
apôtres de cette nouvelle-là pour dire aux
docteurs : Écoutez, là, il y a quelque chose qui se passe au Québec, là,
on est en train de reconnaître le travail que vous faites. Et enfin, ça
va rendre la profession de médecin de famille plus attractive. Et j'ai bon
espoir, parce qu'il faut fonder tout ça sur de l'espoir,
qu'on va pouvoir former le nombre de médecins dont on a besoin pour donner des services à la population et mettre frein... mettre
un frein à ce 1 500 médecins, qu'on traîne depuis des années, en moins
au Québec, qui fait en sorte qu'on a de la difficulté à répondre aux besoins.
M. Boulet : Et
à la fin du processus, Dr Martin, si vous me permettez, c'est d'améliorer
l'accès à une meilleure qualité et
une meilleure quantité de soins pour les patients, patientes du Québec. Je
pense que mon collègue de Val-d'Or aimerait poser une question...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
d'Abitibi-Est, pour une minute.
M. Boulet : ...oui, je dis tout le
temps...
M. Dufour : Rapidement. Ce
matin, on avait le groupe des médecins spécialistes, et, dans leur mémoire, ils
ont présenté une des notions qui pourrait donner un coup de pouce, c'est
l'intelligence artificielle. Dans votre cas, on n'en voit pas, d'écrits sur cet aspect-là. Est-ce que vous voyez que ça
pourrait être un apport très intéressant pour la suite de la structure
de l'attractivité que vous venez de parler, justement, entre autres?
M. Amyot (Marc-André) : On
pourrait en parler longuement, et ce n'est pas l'objet de ce... on ne pensait pas que c'était l'objet de ce mémoire-là, mais
effectivement le potentiel de l'intelligence artificielle en médecine familiale,
en médecine de famille, il est là actuellement. Vous savez, le médecin, là, il
doit écrire sa note, là. Avant, on écrivait ça papier, là, et les gens avaient
de la difficulté à nous relire, là, et parfois on avait même de la difficulté à
se relire.
M. Dufour : Encore aujourd'hui.
M. Amyot (Marc-André) : Bien,
maintenant, c'est très informatique. L'intelligence artificielle, maintenant,
nous permet d'écouter la conversation et de faire la note, pas de transcrire,
de faire la note médicale. Après, de nous aider dans le diagnostic différentiel
et dans le plan de traitement, c'est... Le potentiel de l'intelligence
artificielle pour améliorer l'accessibilité, améliorer la qualité des soins,
aider les médecins est impressionnant. Il faut vraiment aller dans cette voie-là. Merci de nous donner l'opportunité
de le soulever aujourd'hui. Puis, à tous les moments où c'est possible
de le soulever, on le soulève. Très pertinent comme commentaire, comme
question.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. J'ai laissé dépasser le temps parce que...
c'est la grande générosité de la députée de Bourassa-Sauvé, mais on vous
laissait... on voulait écouter votre réponse. Maintenant, je vais lui
céder la parole, à la députée de Bourassa-Sauvé, pour votre séance d'échange.
Mme Cadet : Merci. Merci, Mme
la Présidente. Bonjour. Bonjour, Dr Amyot, Dr Martin et
Dr Renaud. Bien, effectivement, donc,
la question, donc, du collègue, je la trouvais également, donc, très
pertinente, donc je l'ai laissé, donc, empiéter sur mon temps, pour vous
laisser élaborer sur la question de l'intelligence artificielle.
Parce
qu'effectivement, donc, nous... bien, aujourd'hui, donc, nous nous
questionnons, donc, sur les manières, donc,
de réduire encore plus fortement la charge administrative des médecins. Puis au
cours de la journée et de... je pense qu'on a entendu, de la part de vos
prédécesseurs, beaucoup de commentaires sur le fait que, bon, ce projet de loi
était bien accueilli, que c'était une bonne première étape. Vous-mêmes, donc,
vous avez parlé, donc, du fait qu'il y avait une
reconnaissance, donc, de ce travail-là que vous effectuez, parce qu'on parle,
donc, d'un quart de la tâche, là, quand même. Puis je me suis sentie très
interpelée lorsque vous faisiez, donc, l'analogie avec le travail des élus,
parce qu'effectivement je pense qu'on
comprend que le... il y a une reconnaissance, donc, qui est souhaitée pour le
travail que vous faites à l'extérieur, donc, de la relation clinique
avec le patient.
Dans votre
mémoire, vous... bon, vous évoquez, donc, ici, ces... les statistiques sur le
temps que vous consacrez à remplir de la paperasse et... mais un peu plus loin,
donc, en introduction toujours, vous indiquez : «Il n'est pas juste
d'affirmer que le projet de loi ajoutera annuellement
138 000 rendez-vous additionnels. Cette [information... cette]
affirmation tient pour acquis qu'actuellement toute la paperasse administrative
est faite pendant les heures de bureau alors qu'une bonne partie est faite en
surtemps à la maison le soir et les fins de semaine.»
Donc, je vous laisserais peut-être élaborer
là-dessus puis nous dire... nous évaluer... En fait, avec la manière dont le projet de loi, il est libellé aujourd'hui,
est-ce qu'on est capables d'évaluer combien de rendez-vous seraient en mesure
d'être libérés?
M. Amyot (Marc-André) : C'est
très difficile d'évaluer le nombre de rendez-vous. Environ 70 % des
formulaires sont complétés à la maison en surtemps, le soir, quand les enfants
sont couchés, la fin de semaine. Et ça, c'est difficile, d'évaluer le nombre de
rendez-vous, mais le plus important, c'est, quand on diminue cette charge administrative là, on améliore la qualité de vie
de nos médecins. Puis Dr Martin y faisait référence, là. Moi, les jeunes
médecins, quand ils me parlent, comme M. le ministre dit «j'ai des amis
médecins», il n'y a pas un médecin qui se lève
le matin puis qui dit : Wow! je suis content de faire 25 % de ma
journée de paperasse, là. Les médecins, ce qu'ils veulent, là, c'est voir
du monde, soigner du monde. Et les jeunes médecins me disent : Moi, avoir
su, effectivement, que j'avais autant de
paperasse, de technicalités administratives, j'aurais probablement réfléchi. Ce
n'est pas attractif, ça, puis ce n'est pas valorisant comme profession.
Alors que, là, au moins, le projet de loi, c'est un pas dans la bonne direction puis c'est de dire aux jeunes médecins ou aux
jeunes étudiants en médecine : On y travaille, là, à réduire la paperasse,
là. On collabore avec le gouvernement et on a eu une écoute, de la part du
gouvernement, pour diminuer cette paperasse-là.
Maintenant, optimiser
le rendez-vous. Tantôt, je vous le disais, si c'est un rendez-vous qui n'a pas
de valeur ajoutée ou qui est médicalement nuisible, je vous l'ai expliqué,
bien, je viens d'optimiser et je viens au moins de m'assurer que le patient qui prend le rendez-vous, il a besoin de
l'expertise médicale, il a besoin de la consultation médicale. Mais près
de 70 % du travail de paperasse des médecins est effectué à l'extérieur du
cabinet.
Mme Cadet : ...la
Fédération des médecins spécialistes nous faisait état, donc, d'un sondage
auprès de leurs membres puis qui essentiellement, donc... donc illustrait que,
donc, les gens voyaient qu'effectivement... que c'était un pas dans la bonne direction, le contenu du projet de loi, mais que
certains considéraient, donc, dans des proportions appréciables, qu'ils
ne verraient pas cet effet-là concrètement dans leur travail.
Est-ce que vous, vous
avez fait de tels sondages ou études? Est-ce que l'impression que vous avez de
vos membres, c'est qu'eux ils voient la... ils la voient, la différence?
• (16 h 40) •
M. Amyot
(Marc-André) : Peut-être que l'impact de la paperasse est plus grande
chez les... peut-être, hypothèse, plus
grande chez les médecins de famille. Nous, on a l'impression que les médecins
verront un impact, pas majeur, mais un impact. À tout le moins, c'est ce
qu'ils nous réclamaient depuis des années, et on l'a organisé. On l'a mentionné au ministère, puis il y a eu une
écoute favorable, là, à plusieurs niveaux. Le ministre soulevait la CNESST, les
CTMSP pour les patients en attente d'hébergement longue durée. C'est l'addition
de tous ces petits éléments là, l'uniformisation des formulaires par les
assureurs.
À noter que... et là
je regarde les gens du ministère de la Santé, le ministère, le... les
établissements du réseau de la santé n'utilisent pas le formulaire des
compagnies d'assurance standardisé. Donc, les compagnies d'assurance à charte
canadienne se sont entendues sur un formulaire standardisé, mais le réseau de
la santé, lui... je ne connais pas ça, les assurances, là, mais il
s'autoassure, hein, il n'y a pas de... il n'y a pas de mutuelle d'assurance.
Mais ils pourraient utiliser le même formulaire que les compagnies d'assurance
pour les invalidités physiques ou les invalidités en lien avec la santé
mentale. Alors, c'est un appel à l'uniformisation des formulaires. L'ensemble
de ces petites mesures...
Mme Cadet : ...votre
tâche.
M. Amyot
(Marc-André) : Pardon?
Mme Cadet : Ce
qui simplifierait votre tâche.
M. Amyot (Marc-André) : Tout à fait. D'avoir un
formulaire unique standard numérisé, informatisé, ce serait le nirvana.
Mme Cadet : On
a aussi beaucoup entendu parler, donc, du contenu. Parce que, là, vous m'amenez
sur les formulaires uniformisés, puis donc quelques-uns, donc, de vos
collègues, un peu plus tôt aujourd'hui, donc, nous... ils nous parlaient, donc,
d'à quel point non seulement, donc, il y avait une grande différenciation dans
le contenu des formulaires, mais parfois la pertinence des questions n'était
pas au rendez-vous. Je ne vous ai pas entendus là-dessus.
M. Amyot
(Marc-André) : Bien, effectivement, là, je ne sais pas s'ils faisaient
référence au formulaire pour crédit d'impôt pour personne handicapée, 14 ou
16 pages à remplir pour le fédéral, 14 ou 16 pages à remplir pour le
provincial. Je n'ai pas abordé spécifiquement le contenu, mais...
Mme Cadet : ...à
des formulaires qui étaient demandés par des assureurs privés.
M. Amyot (Marc-André) : Bien, effectivement, là,
il faut de la pertinence. Mais l'uniformisation des formulaires des
assureurs à charte fédérale, ceux qui ont uniformisé le formulaire, on a
travaillé avec eux, le formulaire. Nous, là, je lève la main, on répond
présents pour travailler avec tous les gens qui font des formulaires pour
s'assurer de la pertinence des questions du formulaire. Et, en Nouvelle-Écosse,
ça fait partie, ça, du programme de réduction de la charge administrative. Il y a des critères d'évaluation des formulaires.
Par exemple, est-ce que j'ai vraiment besoin d'un formulaire? Est-ce que le formulaire amène une
valeur ajoutée? Donc, avant d'implanter un nouveau formulaire, il doit passer
par une grille, puis on procède à l'analyse des formulaires déjà existants et à
la révision de ces formulaires-là. Nous, là, on répond présents pour
améliorer tous ceux qui produisent des formulaires, qui ont besoin de
formulaires puis qui voudraient ajouter de la pertinence à leurs...
Mme Cadet :
Notamment par le bien de... le biais d'un comité?
M. Amyot
(Marc-André) : Tout à fait.
Mme Cadet :
Parce qu'encore une fois il y a plusieurs groupes qui nous ont parlé de comité
permanent de révision du contenu des formulaires. Donc, ça, c'est une formule
que vous trouvez intéressante?
M.
Amyot (Marc-André) : Tout à fait. Nous, la modalité comité permanent,
temporaire... mais ce qu'on dit, on répond présents puis on va envoyer des
médecins compétents qui vont aider ces gens-là à améliorer la pertinence des
questions et des formulaires.
Mme Cadet :
Vous parlez aussi, dans votre mémoire, donc, que vous notez que le projet de
loi prévoit qu'un règlement encadrera les
exceptions. Bon, je ne vous demanderai pas qu'est-ce que vous voudriez voir
dans le règlement, je comprends que
vous devez faire, donc, les consultations appropriées, là, mais vous nous
invitez, comme législateurs, à demeurer vigilants. Donc, peut-être, je vous
laisserai élaborer là-dessus, là, quant à toute tentative de s'interposer
dans la relation médecin-patient.
M. Amyot (Marc-André) :
Bien, nous, tout ce qui touche les conditions de pratique des médecins, qui
touche la relation patient-médecin et tout ce qui touche nos patients comme
tels, bien, nous, on dit : Consultez-nous donc, là, c'est nous qui les donnons, les soins. C'est les médecins de
famille qui les donnons, les soins aux patients, on la vit, la réalité de ces
patients-là. Donc, consultez-nous plutôt que d'agir parfois dans l'aquarium de
l'Assemblée nationale.
Mme Cadet :
Merci beaucoup. Je laisserai la parole à ma collègue de La Pinière.
Mme Caron : ...je
vais revenir aux autres pistes de solution que vous avez identifiées en page 10
de votre mémoire. La sixième m'a fait un peu sursauter, les analyses de
laboratoire que vous recevez sans résultat. De quoi s'agit-il au juste?
M. Amyot (Marc-André) : Bien, je vais laisser Dr Martin, parce que c'est
lui qui nous a apporté ça hier après-midi.
M. Martin
(Pierre) : Dans l'état actuel des choses, on reçoit des résultats
d'analyse dans nos DME, dans nos dossiers médicaux électroniques, et chaque
fois qu'on a une analyse, bien, il faut ouvrir le dossier puis regarder ce qui en est. Et il arrive encore très souvent
qu'on reçoit une analyse, et ce qui est le seul... on a une série de demandes
qui ont été faites, et tout ce qu'on a sur le document, c'est : à venir, à
venir, à venir. Alors, nous, ça fait partie de notre tâche d'ouvrir ce
document-là, de le consulter puis dire : Ah! il n'y a rien. Et là il faut
le classer. Alors, il faut... c'est du
temps, en minutes, là, en secondes, en minutes, mais dans une journée tu en
reçois 10, de ça, puis quand tu as un résultat... quand on a une série
de résultats, vous demandez des ions, formule sanguine, créatinine, mesure de
fonction rénale, s'il y a un résultat qui
sort positif, on le reçoit, les autres sont à venir; on reçoit une deuxième
feuille, il y a deux résultats, les autres sont à venir. Alors... et ça,
ça se répète dans notre dossier médical électronique.
On
se questionnait : est-ce qu'il y aurait moyen de ne pas recevoir, de façon
répétitive, ce genre de situation là, pour éviter, dans le fond, de faire du
classement puis de regarder ça, ne serait-ce qu'une seule fois, là, tu sais,
puis dire : Bien, on l'a classé?
Alors, c'est un peu ce qu'on soulevait hier, quand on regardait différents
irritants qu'on aimerait voir atténués dans la mesure du possible puis
qui consomment du temps.
Mme Caron :
Merci. Et le... Oui?
M. Amyot
(Marc-André) : ...
Mme Caron :
Oui, je pense que tout le monde a le ras-le-bol des fax du réseau de la santé.
Le troisième point, vous parliez de cogestion des soins entre médecins, et
pharmaciens, et autres professionnels. Est-ce que vous pouvez nous en
dire davantage là-dessus?
M. Amyot
(Marc-André) : Bien, c'est un peu... ce qui est important, c'est de ne
pas travailler en silo et de ne pas répéter l'acte que l'autre peut faire. La
trajectoire de soins, elle est importante, la détermination des champs de
pratique, elle est importante et c'est... Vous pouvez demander à votre collègue
présidente du Conseil du trésor de nous inviter à la commission parlementaire
du projet de loi n° 67, qui parle de ce projet de loi là. Ça va nous faire
plaisir d'aller présenter aux élus, hein,
aux législateurs, nos commentaires plus spécifiques par rapport à ce
dossier-là.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...que nous avions. Nous allons maintenant céder la parole
au député de Rosemont.
M. Marissal :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour, rebonjour. Merci d'être là, encore une fois.
Je vais aller rapidement.
Vous aviez raison
tout à l'heure de dire que les pubs, là, où... «Parlez-en à votre médecin», ça
gosse. Ce qui gosse encore, c'est... plus,
c'est : «J'ai demandé», parce que ça sous-entend que je lui ai demandé,
puis je l'ai eu comme ça, parce que les médecins sont des distributeurs
de pilules. Ça aussi, ça m'agace. C'est un commentaire que je voulais partager avec vous, parce que vous avez
raison que la publicité sur les médicaments, quoiqu'elle est extrêmement contraignante
au Canada, contrairement à d'autres pays, ça pousse quand même à la
consommation.
Revenons
à nos moutons. Moi aussi, j'ai des amis médecins, puis ils me disent : On
va prendre tout allègement de
paperasse, mais ils ne croient pas aux 600 000 plages de rendez-vous,
parce qu'il y a bien d'autre paperasse à remplir puis il y a de la
paperasse qu'on n'éliminera pas, là. Le travail clérical, là, c'est un peu
comme les devoirs des enseignantes, là, ça fait partie aussi de votre job.
M. Amyot
(Marc-André) : ...à zéro, vous avez tout à fait raison.
M.
Marissal : Bien sûr qu'on ne réduira pas ça à zéro. Mais
600 000, vous y croyez, vous, à 600 000 rendez-vous?
M. Amyot (Marc-André) : Non, non,
non. Et c'est là où on disait, tu sais, encore une fois, là, dans la plage
de... dans la plage de rendez-vous du médecin, de 20 à 26 patients ou
24 patients dans la journée, si j'enlève un rendez-vous moins pertinent...
mais ce n'est pas un rendez-vous supplémentaire. Puis la paperasse qui est
faite la fin de semaine, le soir à la maison, bien, on ne récupérera pas des
rendez-vous supplémentaires, mais on récupère de la qualité de vie du médecin, on l'incite à rester au public et pas à
partir au privé et on rend la profession plus attractive. On parlait des
postes non comblés de résidence en médecine familiale. Bien, maintenant,
peut-être que ça va être un petit peu plus encourageant de faire un médecin...
de devenir un médecin de famille.
M.
Marissal : Vous êtes habile, là, vous me prenez par les
sentiments en parlant du passage des médecins au privé. On va être d'accord là-dessus aussi. Le Collège des médecins, ce matin, disait vouloir créer un comité ou, en fait, nous
demandait de regarder la possibilité de créer un comité de suivi, notamment
pour arriver à des formulaires uniformes dans l'appareil gouvernemental, quand
la chose est possible. Vous pensez quoi de cette proposition du collège?
M. Amyot
(Marc-André) : Bien, écoutez, je l'ai dit tantôt, je le répète,
les modalités... l'important, ce n'est pas les modalités, ce n'est pas le comité, ce n'est pas... c'est le
résultat, hein? Il faut arriver à des résultats d'uniformisation. Je
pense qu'il y a une volonté, à l'heure actuelle, là, le projet de loi le
démontre, il y a une volonté de s'attaquer à ce problème-là, puis nous, on
répond présents pour participer à tout processus qui va permettre d'alléger
puis de rendre moins complexe la tâche des médecins de famille.
• (16 h 50) •
M.
Marissal : Mais est-ce que vous partagez l'opinion du collège
que le florilège, là, et la disparité des formulaires dans l'appareil
étatique participent à la lourdeur de votre tâche?
M. Renaud (Pascal) : Bien, comme on
le disait tout à l'heure, d'avoir un formulaire unique va faciliter notre travail. C'est sûr qu'actuellement il y a
plusieurs types de formulaires, puis, comme Dr Amyot le disait tout à l'heure,
celui utilisé par les établissements de
santé n'est pas le même qui est utilisé par l'association canadienne des
assureurs. Donc, pour nous, si on a un seul modèle, ça va être beaucoup
plus facile de le remplir, parce qu'on va le connaître par coeur, qu'à chaque
nouveau patient on a un nouveau modèle de formulaire, ce qui rend la tâche plus
difficile.
M. Marissal : OK. Je pense que je
n'ai plus de temps?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Marissal : Merci.
M. Amyot (Marc-André) : Et ça...
M. Marissal : Allez-y.
M. Amyot (Marc-André) : ...et ça, on
n'a pas besoin d'un... Moi, je peux le prendre, le 30 secondes?
La Présidente (Mme D'Amours) : 25.
M. Marissal : Bien, je vous le
donne.
M. Amyot
(Marc-André) : Vous allez voir que... mais on n'a pas besoin d'un
comité pour utiliser le formulaire
uniformisé des assureurs de personnes, là, dans le réseau de la santé. On a
simplement à dire : Il y a déjà un formulaire uniformisé qui
existe, les établissements de la santé devraient l'utiliser, point, pas besoin
d'un comité.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour votre contribution à nos travaux.
Et je suspends les travaux trois minutes afin de
permettre aux prochains invités de prendre place.
(Suspension de la séance à 16 h 51)
(Reprise à 16 h 55)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et maintenant je souhaite la bienvenue à l'Association
des chiropraticiens du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous
invite donc à vous présenter et puis à commencer votre exposé, s'il vous
plaît.
Association
des chiropraticiens du Québec (ACQ)
M. Corbin (Guillaume) : Merci, Mme
la Présidente. Bonjour, M. le ministre. Bonjour à tous et à tous. Je suis Dr
Guillaume Corbin, chiropraticien, président de l'Association des
chiropraticiens du Québec, accompagné de la
vice-présidente, Dre Marie-Ève Barrette-Plante; de la directrice générale,
Valérie Hélène Gagnon; et de Mathieu Santerre, conseiller. C'est avec un sentiment de responsabilité et d'engagement
envers la santé des Québécoises et Québécois que je prends la parole
aujourd'hui au nom de l'association.
Notre association professionnelle a été fondée
en 1967. Notre mission est de contribuer à la santé du Québec en affirmant le
rôle de la chiropratique, en valorisant l'expertise de ses membres et en
collaborant avec l'ensemble des acteurs de la santé. L'association met sur pied
des projets éducatifs informatifs visant l'amélioration de la santé publique par des approches scientifiques et
efficaces. Nous regroupons 1 170 membres, près de 90 % des
chiropraticiens de la province, dans 680 cliniques à travers le
Québec. Nous souhaitons à tous les Québécois un accès libre et équitable aux soins chiropratiques complets respectant les
standards internationaux les plus élevés. Cette mission est au coeur de notre
action quotidienne et reflète notre engagement envers la population et la
qualité des soins.
Depuis 1973, soit depuis 50 ans, la
profession chiropratique est régie par le Code des professions et la Loi sur la
chiropratique. Donc, tous les chiropraticiens doivent être inscrits au tableau
de l'ordre, ça va de soi, dont la responsabilité est la protection du public.
L'ordre veille à ce que chaque membre respecte un code de déontologie rigoureux
garantissant des services de qualité et d'intégrité.
Les chiropraticiens, en tant que professionnels
de la santé, sont intégrés au système professionnel québécois avec toutes les
mesures de protection du public qui en découlent. La pratique de la
chiropratique exige une formation universitaire
de cinq ans menant au doctorat de premier cycle en chiropratique. Le doctorat
de premier cycle en chiropratique,
c'est un diplôme équivalent aux dentistes, par exemple, qu'on peut voir en
médecine aussi. Au Québec, cette formation se donne à l'Université du
Québec à Trois-Rivières depuis plus de 30 ans.
Les
chiropraticiens détiennent la capacité de poser un diagnostic dans leur champ
de compétence, c'est-à-dire le champ neuromusculosquelettique. Ils peuvent
prescrire, effectuer et interpréter des clichés radiologiques ainsi que
de prescrire des imageries médicales, telles qu'IRM, tomodensitométrie,
échographie et ostéodensitométrie. L'accent est
mis sur les soins manuels, oui, mais aussi sur des approches complémentaires,
des recommandations d'exercices et des bonnes habitudes de vie.
Donc, en somme, l'association et ses membres
jouent un rôle crucial dans la santé des Québécois, apportant expertise et
rigueur pour assurer des soins chiropratiques de premier ordre à la population.
Donc, le projet de loi n° 68
est une initiative essentielle qui mérite notre soutien. Ce projet de loi
permettra d'améliorer l'accès aux soins de santé de qualité. Cette mesure
contribuera à désengorger le réseau de la santé et à optimiser l'utilisation
des ressources disponibles, notamment les médecins qui doivent aussi remplir
des charges administratives liées à des rendez-vous médicaux sans valeur
ajoutée pour le patient, sans compter les coûts supplémentaires pour l'État
québécois. L'ACQ est donc fondamentalement favorable au PL, au projet de loi n° 68.
Alors que nous appuyons les visées et
propositions du projet de loi, nous avons des améliorations visant à prendre en considération l'expertise des
chiropraticiens. Dans ce contexte, l'ACQ formule plusieurs recommandations
clés que nous espérons voir intégrées dans la proposition finale du projet de
loi. Nous sommes particulièrement interpelés
par les articles 29.1 et 29.2 amenés par le projet de loi. Nous
recommandons qu'il soit interdit à un assureur ou à un administrateur du régime
d'avantages sociaux d'exiger d'un bénéficiaire ou d'un adhérent qu'il consulte préalablement
un médecin pour obtenir les versements de certaines prestations pour les
services des chiropraticiens, ceci dans une perspective de libre choix du
patient et d'accès direct aux soins.
Cette mesure garantirait un parcours de soins
plus fluide et efficient. Dans cette optique, il ne serait plus nécessaire pour
un assuré de consulter préalablement un médecin avant de pouvoir consulter un
chiropraticien afin qu'il ait... afin qu'il ait accès au remboursement de
certains frais reliés à ses services, au coût d'une... oui, le coût d'une aide technique comme orthèse, canne,
béquilles, par exemple, ou de justifier le versement de prestations
d'invalidité ou d'absence due à une condition traitée par un
chiropraticien.
Or, exiger qu'un médecin remplisse ces
formulaires pour attester de ces éléments crée une surcharge administrative
inutile et dédouble les tâches. Le chiropraticien est pleinement compétent pour
informer l'assureur du diagnostic et faire
le suivi. Donc, reconnaître les compétences des chiropraticiens permettrait non
seulement d'optimiser le travail des médecins, en leur permettant de se
concentrer davantage sur les patients nécessitant spécifiquement leurs soins,
mais aussi de valoriser l'expertise des chiropraticiens dans le domaine
neuromusculosquelettique.
• (17 heures) •
Il est essentiel de réduire la paperasse inutile
et de libérer les médecins de tâches administratives sans valeur ajoutée pour
le patient. À ce sujet, le Collège des médecins affirme qu'il faut retirer
l'obligation pour un patient d'obtenir une ordonnance d'un médecin pour avoir
accès à des services assurés par la RAMQ dans le cas où il a déjà été évalué par un autre professionnel de la santé
apte à déterminer la nécessité d'un soin. Donc, le collège donne l'exemple
suivant, et nous sommes totalement d'accord avec cet exemple-là, donc,
l'exemple des examens d'imagerie qui sont prescrits par un autre professionnel
de la santé compétent et habilité à le faire, des prescriptions d'imagerie
telles que le chiropraticien peut le faire.
Le PL n° 68 néglige
aussi un aspect important dans l'allègement de la charge administrative des
médecins. Nous proposons deux grandes
recommandations afin que soit amendé le projet de loi n° 68
dans le but d'offrir l'accès direct des chiropraticiens pour deux
catégories de clientèle. Oui, bien, deux... excusez-moi, sans qu'une
consultation médicale préalable ne soit obligatoire.
Parlons,
dans un premier temps, du cas des accidentés du travail. À l'heure actuelle, au
sens de la loi, un accidenté du travail doit d'abord obtenir une consultation
médicale sans... avant d'avoir accès à des versements de prestations pour les
soins chiropratiques. Soulignons que l'accès direct aux services des
chiropraticiens est en vigueur dans toutes les provinces du Canada, à
l'exception du Québec. Les chiropraticiens sont habilités à poser un diagnostic
dans leur champ de compétence, ils sont aptes à prescrire les examens
d'imagerie nécessaires lorsqu'indiqué et à établir un plan de traitement
approprié. Ils sont aussi en mesure de diriger l'accidenté vers un autre
professionnel lorsque la situation l'exige. Il est donc... Ils sont donc
capables de remplir les formulaires reliés à l'ouverture de dossier d'un
accidenté de la CNESST et d'assurer le suivi, ce qui contribue donc à décharger
les médecins de la paperasse et aux formulaires à compléter pour la CNESST.
Les données en
Ontario démontrent que les travailleurs accidentés ayant consulté un
chiropraticien en premier lieu ont bénéficié de périodes d'indemnisation plus
courtes que ceux ayant à consulter un médecin en première ligne. En appliquant ces résultats au contexte québécois, une
étude récente d'un chercheur de l'UQTR démontre qu'il est possible
d'estimer que, si les travailleurs accidentés souffrant de douleurs au dos
ayant un accès direct aux soins
chiropratiques... des économies potentielles de 11,8 millions de dollars
annuellement, uniquement en indemnités de remplacement de revenu,
seraient envisageables.
Pour
permettre l'accès direct aux accidentés du travail aux services des
chiropraticiens, un simple changement réglementaire est nécessaire,
puisque l'article 2 de la loi sur les maladies professionnelles et des
accidentés du travail prévoit déjà l'ajout
de professionnels de la santé par règlement. Le projet de loi pourrait
l'imposer. Nous avons d'ailleurs l'appui de la FCEI, comme M. Vincent
l'a dit tantôt.
En deuxième lieu,
nous appelons également à une modification du Règlement sur le remboursement de
certains frais de la SAAQ pour permettre un accès direct des soins
chiropratiques pour les accidentés de la route, favorisant ainsi une récupération rapide et efficace. Le même
raisonnement de la CNESST s'applique ici. Actuellement, les accidentés
doivent consulter un médecin pour ouvrir un dossier à la SAAQ, qui inclut le
formulaire de diagnostic, traitement et les rapports d'évolution. Cependant,
les chiropraticiens sont pleinement qualifiés pour remplir ces formulaires, poser les diagnostics, prescrire les
examens d'imagerie, si nécessaire, établir un plan de traitement et référer
au bon professionnel au bon moment, selon un esprit de collaboration
interprofessionnelle.
Les avantages de
l'accès direct, tant pour les accidentés du travail ou de la route, sont
nombreux : simplification du parcours de soins pour les accidentés, prise
en charge du patient plus rapide, désengorgement du réseau de la santé, réduction du dédoublement de consultations, ceci à
moindre coût, et dans l'objectif ultime de diminuer la charge
administrative des médecins. Nous encourageons vivement les parlementaires et
le gouvernement à adopter ce projet de loi avec des amendements non seulement
pour réduire la charge administrative des médecins, mais aussi pour promouvoir un changement de culture dans
notre système de santé. Nous vous appelons donc à utiliser pleinement les
ressources professionnelles compétentes disponibles, telles que les
chiropraticiens, comme nous l'avons...
Bon, en terminant,
l'ACQ est prête à collaborer activement avec le gouvernement afin d'atteindre
l'objectif de ce projet de loi, qui est
d'alléger la tâche administrative des médecins, afin que ceux-ci puissent se
consacrer davantage aux patients qui nécessitent réellement leurs soins,
le tout pour atteindre cet objectif commun du mieux-être de la population. Dans
notre mémoire, nous avons extrait sept grandes recommandations que je vous
invite à lire. Alors, merci pour votre attention. Nous sommes maintenant prêts
pour vos questions.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons
maintenant commencer la période d'échange. M. le ministre, la parole est à
vous.
M. Boulet : Merci,
Mme la Présidente. Merci, très belle présentation, beau mémoire, les
recommandations sont claires. Évidemment, il y en a certaines qui requièrent
une analyse puis une considération additionnelle. Je vais essayer d'en... les discuter assez sommairement,
là, parce qu'on est limités dans le temps, mais d'abord pour vous dire, à 29.1, que vous êtes concernés, là, parce qu'on
réfère aux intervenants de la santé. Donc, ce qu'on interdit dans 29.1, c'est
à l'assureur de demander un service médical,
de demander un papier médical avant de rembourser, et ça concerne aussi les
chiropraticiens. Là, j'ai référé ça et je voulais éviter toute confusion à cet
égard-là.
À la première recommandation,
bon, reconnaître la valeur du travail des chiropraticiens, confirmez-moi, donc, parce que vous connaissez mon intérêt pour
la santé et sécurité du travail... La CNESST est dans mon périmètre d'action,
puis ce n'est pas dans le projet de loi qu'on va régler la revendication que
vous faites, de reconnaître les chiropraticiens et praticiennes comme des
professionnels de la santé au sens de l'article 2 de la LATMP. Mais vous
savez que les travaux réglementaires sont amorcés à la CNESST, puis c'est une question
qui m'interpelle là, parce qu'évidemment il peut y avoir des avantages, mais
vous pouvez faire un diagnostic. Est-ce que vous pouvez aussi identifier une
date de consolidation? Une date de consolidation, c'est la date où la lésion se
stabilise.
M. Corbin
(Guillaume) : Bien, en fait, la réponse est oui. La réponse est oui,
c'est dans notre expertise, oui.
M. Boulet : Donc, la nature, la suffisance, la durée des
traitements aussi, ça, vous en avez parlé. Le pourcentage ou le niveau
de limitation fonctionnelle physique ou psychique, vous êtes...
M. Corbin
(Guillaume) : Évidemment, oui.
M. Boulet : ...physique,
évidemment, dans votre cas, puis l'atteinte permanente à l'intégrité physique,
la même chose, vous avez la formation pour le faire, tout ça après avoir
complété le doctorat à l'UQTR.
M. Corbin
(Guillaume) : Oui, bien sûr, et les formations continues, évidemment.
M. Boulet : Oui, bien sûr. Est-ce
que vous avez tout complété, tous et toutes, votre doctorat à l'UQTR?
M. Corbin (Guillaume) : Nous deux,
oui, oui.
M. Boulet : Vous deux, OK. Est-ce
que vous avez apprécié l'environnement académique?
M. Corbin
(Guillaume) : Énormément. L'UQTR, c'est une université à valeurs
humaines, à échelle humaine.
M. Boulet : Oui, à dimension
humaine.
M.
Corbin (Guillaume) : À dimension humaine. De toute façon, je suis un...
je suis un natif du Cap-de-la-Madeleine, alors je connais bien la région.
M. Boulet : Ah, bien, voyons donc!
Dr Martin, qui précédait, était aussi de Cap-de-la-Madeleine. Puis est-ce que
chiropratique se donne dans d'autres universités au Québec actuellement ou
c'est toujours la seule?
M. Corbin (Guillaume) : Seulement à
l'UQTR, au Québec.
M. Boulet : OK, parce qu'avant
l'UQTR il fallait aller aux États-Unis, hein, je pense.
M. Corbin (Guillaume) : Ou à
Toronto.
M. Boulet : Ou à Toronto?
M. Corbin (Guillaume) : Oui, exact.
M. Boulet : Bon, la deuxième
recommandation, bon, les prescriptions, imagerie, l'ostéodensitométrie, bon,
vous avez fait l'énumération, l'interprétation des radiographies, ça, ça me va.
L'exclusivité de votre pratique en vertu de la Loi sur la chiropratique et le
Code des professions. OK, dans le domaine neuromusculosquelettique, donc, les
lésions musculosquelettiques, les tendinites, les bursites, les... ça, vous
avez la compétence, l'expertise?
M. Corbin (Guillaume) : Oui,
exactement.
M. Boulet : Donc... mais la
recommandation 5, quand j'ai dit, d'entrée de jeu, que 29.1... parce que
vous dites que le projet de loi soit amendé
de manière à interdire à un assureur ou à un administrateur de régime
d'avantages sociaux d'exiger qu'il
consulte préalablement un médecin pour obtenir le versement de certaines
prestations d'un chiropraticien. Vous comprenez que c'est inclus dans le
libellé actuel de 29.1?
M. Corbin (Guillaume) : Parfait.
Merci.
M. Boulet : OK, super. Donc, 6,
qu'ils soient reconnus comme des professionnels de la santé, il y a un bout que j'ai manqué, Dr Corbin. Vous dites : Si
c'était le cas, ça pourrait générer un certain niveau d'économies en termes de
volume de versements d'indemnités de remplacement de revenu. Pouvez-vous le
reprendre? Parce que j'ai perdu quelques-uns de vos mots.
M. Corbin (Guillaume) : Bien,
il y a beaucoup d'information. En fait, c'est... comme je disais dans ma présentation, l'accès direct se fait dans d'autres
provinces... toutes les autres provinces canadiennes, dont l'Ontario. Alors,
le chercheur, justement, de l'UQTR, Marc-André Blanchette, a extrait... a
extrapolé les données ontariennes pour les comparer au Québec.
Alors, si on a une pratique accès direct à la
CNESST, sensiblement le même niveau de... disons, là, de voir à peu près le
même nombre de patients qu'en Ontario, on pourrait économiser parce que nous...
la recherche démontre que nous... les patients retournent au travail plus
rapidement, tout simplement, parce que le patient est pris en charge plus vite, puis l'efficacité des soins fait en
sorte que le patient retourne au travail plus rapidement. Donc, il y a une
économie à ce niveau-là.
• (17 h 10) •
M. Boulet : Je suis vraiment
impressionné par ça, parce que, souvenez-vous, en 2021, on a adopté une loi
modernisant le régime de santé et sécurité du travail puis, souvent, quand on
se comparait aux autres provinces, je réalisais qu'on pouvait faire
d'importantes économies de coûts, si le retour au travail était plus rapide,
plus prompt et plus durable, parce qu'évidemment la lésion risque de se
chroniciser par l'écoulement du temps, puis il y a plein de personnes qu'on
perd, qui ne peuvent jamais revenir au travail en raison de l'écoulement du
temps, ça fait qu'il faut faire de la réadaptation. C'est la raison pour
laquelle la réadaptation, par le biais de conseillers et conseillères en
réadaptation, se fait dès la survenance de la lésion professionnelle plutôt que
d'attendre la consolidation puis la détermination d'une
atteinte permanente. Et ce que vous me dites, c'est que l'étude du docteur de
l'Université du Québec à Trois-Rivières démontrerait un lien de causalité entre
l'intervention des chiropraticiens et la période de consolidation, dans le fond, ou la période requise pour permettre un
retour au travail du salarié accidenté. C'est bien ça?
M. Corbin
(Guillaume) : ...compris.
M. Boulet : Est-ce
que... cette étude-là, est-ce qu'elle est récente?
M. Corbin
(Guillaume) : Elle est récente. Je n'ai pas l'année...
Mme
Barrette-Plante (Marie-Ève) : ...
M. Boulet : 2022-2023?
Est-ce que...
M. Corbin
(Guillaume) : Bon, bien, Dre Barrette-Plante me dit que c'est récent,
oui.
M. Boulet : Est-ce
qu'elle a été partagée avec la CNESST?
M. Corbin
(Guillaume) : Oui, elle a été partagée, parce qu'on a fait une... on a
fait un mémoire pour la CNESST pour présenter notre... nos revendications, ce
qu'on fait aujourd'hui.
M. Boulet : Oui?
M. Corbin
(Guillaume) : Oui, on leur a démontré, on leur a parlé de ça, oui.
M. Boulet : Puis
est-ce que vous leur avez remis l'étude?
M. Corbin
(Guillaume) : Oui. L'étude, je ne pourrais pas dire, mais je pense que
oui. Je pense que oui. C'était dans le document. En tout cas, l'information
était dans le document.
M. Boulet : OK.
Assurez-vous de le faire, là. Puis là je déroge un peu...
M. Corbin
(Guillaume) : Non, c'est correct.
M. Boulet : ...au
contenu du projet de loi, là, mais... puis la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante, je comprends que vous étiez d'un commun accord pour
que la FCEI supporte cette recommandation-là de l'Association des
chiropraticiens. La FCEI a un siège au conseil d'administration de la CNESST et
peut être aussi un bon partenaire pour
véhiculer l'intérêt que vous avez. Puis je vais moi-même m'y intéresser plus
puis je vais vérifier, là, les... pourquoi ce n'est pas fait, puis
pourquoi ça ne se fait pas. Puis peut-être qu'il y a des choses que j'ignore,
là, il y a peut-être des nuances que je ne fais pas, mais on est en révision de
tous les règlements pour la période de temps 2024-2027, et je suis content de
vous avoir entendu ne serait-ce que pour ça.
Puis évidemment,
quand il y aura le règlement de Santé Québec, qui est concerné par des
exceptions potentielles... bien sûr, quand
c'est publié à la Gazette officielle du Québec, c'est ouvert à ce que
vous puissiez faire vos propositions puis vos recommandations. Ça fait
que demeurez près du processus. Le ministère est superactif dans tout ce
dossier-là de réduction de la charge administrative des médecins, j'entends, et
il y a des partenaires externes, mais, bon, je pense que vous avez utilisé un
bon forum ici, des consultations particulières, pour venir vous exprimer. Moi, j'apprécie beaucoup vous avoir entendus et je
vous remercie énormément d'avoir préparé un mémoire. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Nous passons maintenant à la période d'échange avec
la députée de La Pinière pour commencer. Allez-y.
Mme Caron : Merci,
Mme la Présidente. Alors, merci pour votre présentation.
Dans un premier
temps, j'aimerais juste clarifier, pour que ce soit clair, autant pour ma
compréhension que pour les personnes qui m'occupent... à l'heure actuelle,
toute personne peut obtenir directement un rendez-vous avec un chiropraticien ou une chiropraticienne pour un
soin. Les deux catégories que vous ciblez dans vos demandes, celles des
accidentés de la route et des accidentés du travail, c'est parce que, même
s'ils peuvent aller vous voir, obtenir un rendez-vous directement, c'est que
jusqu'ici les... vos honoraires n'étaient pas remboursables par les assureurs
de ces personnes-là. Et ce que j'ai compris de l'intervention du ministre,
c'est que l'article 29.1 du projet de loi va effectivement régler ça.
Alors, quand on dit
que les assureurs, finalement, doivent rembourser, sans un service médical
préalable, le coût des services d'un intervenant du domaine de la santé ou des
services sociaux, les chiropraticiens sont bien inclus dans cette
définition-là. Donc, ça va répondre. Alors, je veux juste le clarifier.
Une question que j'ai pour vous...
Bien, en fait, je pense que ce que vous... tout ce que vous avez dit, c'est
que, je pense, vous vous inscrivez dans ce que la Fédération des
médecins omnipraticiens du Québec nous disait tout à l'heure, quand elle
parlait de cogestion et de collaboration interprofessionnelle. Alors, c'est
bien à cette enseigne-là que vous logez aussi?
M. Corbin
(Guillaume) : Oui, absolument.
Mme Caron : C'est
ce que je comprends. D'accord. Pour être, en toute transparence, une
utilisatrice des services professionnels
d'une chiropraticienne, je peux témoigner des bons résultats dans mon cas à
moi. Et une question qui m'intéresse puisque je suis porte-parole de
l'opposition officielle pour les aînés : Est-ce que vous avez des...
peut-être des recommandations à faire sur l'accessibilité des soins en...
chiropratiques pour les aînés et peut-être sur les bienfaits?
Mme
Barrette-Plante (Marie-Ève) : Bien, les soins qu'on offre pour les personnes
aînées, ce sont les mêmes soins que pour les
autres types de clientèles, mais évidemment adaptés. Ce sont des soins qui font
évidemment diminuer la douleur, augmenter la mobilité, augmenter
l'équilibre, favoriser le maintien de l'autonomie. Ça, c'est extrêmement
important. Puis des études démontrent que les soins chiropratiques combinés à
des exercices vont être efficaces, mais
aussi moins coûteux, là, pour la clientèle du troisième âge. Est-ce que ça
répond bien à votre question?
Mme Caron : Oui, bien, je vais... oui, ça répond à ma
question, mais, sur le dernier point que vous avez dit, moins coûteux
que quoi pour la clientèle du troisième âge?
Mme Barrette-Plante (Marie-Ève) : Moins
coûteux... Dans l'étude que j'ai lue, c'était par rapport à de simples
exercices qu'ils font en résidence, les exercices de mobilité qu'ils font en
groupe, là. C'est ce que j'ai lu.
Mme Caron : OK.
Donc, c'est moins coûteux pour le système de santé en raison de leur...
Mme Barrette-Plante (Marie-Ève) : Parce
qu'on va préserver l'autonomie, développer l'équilibre, maintenir l'équilibre,
la mobilité. Donc, on parle beaucoup d'autonomie fonctionnelle, là, de garder
les gens le plus longtemps possible autonomes.
Mme Caron : D'accord,
merci pour ça. Est-ce qu'il y aurait une des recommandations sur lesquelles
vous n'avez pas eu le temps de vous exprimer et que vous aimeriez nous en
dire... nous donner plus de détails?
M. Corbin
(Guillaume) : Je pourrais profiter de l'occasion pour vous donner
l'exemple type d'une personne qui pourrait
bénéficier de ce que l'on recommande, et ça, c'est le quotidien. Ce n'est pas
quelque chose qu'on... disons, qu'on imagine, là, c'est vraiment quelque
chose qu'on voit régulièrement. Une personne a un accident, disons, de travail. Il vient nous voir pour douleurs au cou,
au bas du dos, par exemple, parce qu'on la connaît ou elle veut avoir des... elle
veut voir un chiropraticien. Alors, cette personne-là vient nous voir et elle
ne peut pas avoir le remboursement des soins par la CNESST.
Alors, concrètement,
c'est qu'il y a beaucoup de frustration. Ce n'est pas... ça rend le système pas
fluide. Plus c'est simple et fluide, mieux
c'est. Alors là, la personne doit... ne peut pas recevoir de soins, sinon il
faut qu'elle paie, puis c'est correct aussi, là, mais ce n'est pas tout le
monde qui a l'argent pour ça, ou la personne a droit à ses prestations
de CNESST, donc va devoir aller voir un médecin. Là, la personne va dire :
Je n'ai pas de médecin de famille. Elle appelle le 8-1-1, puis là c'est des
délais, des délais, puis, à un moment donné, ça fait deux, trois, quatre
semaines que la personne a eu son accident puis, enfin, elle a sa prescription
pour venir voir un chiropraticien. Donc, tout ce temps-là, ça fait en sorte
qu'il y a un délai incroyable. Ce délai-là fait toute la différence, puis, le
ministre en a parlé, il y a des risques de chronicité.
Alors, concrètement,
ça, pour moi, c'est important de le dire parce que la trajectoire d'un patient
concret pour la CNESST, ça fait une différence pour la personne, ça fait une
différence pour le médecin qui n'a pas à voir cette personne-là en surcharge,
et puis il y a un retour au travail plus rapide. Donc, on parlait d'économies
tantôt, c'est exactement ça. Donc, la personne nous connaît, je veux un
rendez-vous avec toi, j'ai eu un accident. Parfait, viens me voir cette
semaine, et puis on va tout de suite enclencher les bons soins, les bonnes
recommandations et les bonnes références au besoin. Alors, comme je le disais
tantôt, plus c'est fluide et simple, mieux c'est pour tout le monde, et puis le chiropraticien, comme je le
disais, est apte à participer à cet effort pour améliorer le système de santé.
• (17 h 20) •
Mme Caron : Et
on comprend que l'obtention d'un rendez-vous avec un chiropraticien peut être
plus rapide qu'avec un médecin de famille qui est surchargé.
M. Corbin
(Guillaume) : Oui, exactement. Ça favorise énormément la prise en
charge rapide.
Mme Caron : Je
crois que votre collègue s'apprêtait à ajouter quelque chose. Est-ce que vous
voulez...
M. Santerre
(Mathieu) : Oui. Pour répondre pile-poil à la question initiale, la
recommandation 6 qui est dans notre mémoire, je sais que M. le ministre en
a parlé, et puis il a indiqué son souhait de bien suivre les travaux réglementaires. On sait aussi que, bon, en législation, il
peut y avoir plusieurs chemins pour faire la même chose. Simplement pour nous assurer que vous êtes bien
conscients que notre recommandation 6, c'est, bien respectueusement,
de possiblement évaluer la possibilité, à l'intérieur du projet de loi,
d'adopter une disposition qui aurait le même effet
qu'une éventuelle révision réglementaire. Ça se fait dans le projet de loi n° 15 ou dans d'autres, de venir retoucher à ce genre de choses.
Vous le savez davantage que nous. Alors, je voulais simplement le clarifier.
Merci d'avance, de toute manière, pour ce
qui est de l'engagement de M. le ministre à bien suivre ça, mais, s'il y a
d'autres options, on est bien prêts à vous soumettre toute documentation
nécessaire pour vous aider à aller plus vite et plus loin.
Mme Caron : Merci.
Je laisserais le temps...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je vais maintenant céder la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci,
Mme la Présidente. Merci à vous pour votre exposé et pour votre mémoire très
étoffé. Je prends, donc, le solde du temps ici parce que j'ai l'impression
qu'on est passés à travers différents éléments, donc, très pertinents de ce que
vous nous soumettez.
Je reprendrais
peut-être la balle au bond, justement, sur la recommandation 6, donc, juste
pour bien m'assurer, donc, d'avoir saisi tout. Donc, vous venez de l'expliquer,
M. Santerre, donc, votre objectif ici serait, donc, de passer par la voie,
donc, d'une proposition, donc, à l'actuel projet de loi, donc, pour venir
favoriser l'accès des accidentés du travail aux soins chiropratiques. Et ce que
vous dites au niveau, donc, du parcours du patient, c'est que, donc, lors d'un accident de travail, et,
j'imagine, donc, la recommandation 7 qui est un peu miroir au niveau, donc,
des victimes d'accidents de la route, il y a un passage obligé vers le médecin
de famille pour pouvoir avoir accès aux services d'un chiropraticien par la
suite.
M. Corbin
(Guillaume) : Oui, exactement. C'est de la façon dont ça fonctionne
actuellement, et, c'est ça, on suggère de modifier cette façon-là... cette
façon de faire, tout simplement, donc les gens puissent venir nous consulter
sans, préalablement, avoir besoin d'une prescription médicale.
Mme Cadet :
D'accord, et ça vient un peu faire écho à ce qu'on... aux différents exemples
nommés par le Collège des médecins ce matin, parce qu'évidemment, donc, le
projet de loi, à l'article, donc, 29.1 qui est créé, vient, bien, enlever,
donc, cette exigence-là de la part des assureurs privés ou des administrateurs,
donc, de régimes d'avantages sociaux, mais au niveau... mais lorsqu'on sort,
donc, du cadre des assureurs privés, il y a quand même, donc, ce type, donc, d'incohérence là, ce type, donc, d'ajout de délais
au parcours du patient, l'ajout de dédales, donc, administratifs qui ne
sont pas porteurs ni pour le patient ni pour le professionnel de la santé.
M. Corbin
(Guillaume) : C'est bien. Vous avez bien résumé.
M. Santerre (Mathieu) : Tout à fait. Bien, on va vous prêter notre place
quelques instants, mais effectivement... puis, écoutez, on pourrait
difficilement être plus en ligne droite avec les objectifs du projet de loi,
qui est... et je pense qu'on travaille un peu tous dans le même sens ici, là,
qui est de réduire la charge administrative des médecins, puis se dispenser de
gestes qui coûtent des sous, et qui ne sont pas nécessairement utiles, puis qui
occasionnent, par ailleurs, de la frustration chez certaines clientèles puis,
ultimement, qui ont un impact sur leur bien-être au bout du compte.
Mme Cadet :
Oui, vous parlez de frustration ici. Il y a quelques intervenants aujourd'hui
qui nous ont parlé de la relation entre le professionnel de la santé et le
patient, donc, qui... qui indiquaient que, bon, la paperasse ou parfois, donc, certaines exigences des assureurs,
donc, peuvent étioler un peu la relation de confiance. Est-ce que c'est ce
que vous... c'est ce que vous entendez quand vous parlez, donc, de frustration?
M. Corbin
(Guillaume) : Non, ce n'est pas de... bien non, ce n'est pas des
frustrations envers nous, ça, c'est sûr. Les
gens comprennent très bien. Alors, c'est plutôt à travers la façon dont les
choses fonctionnent, donc, de devoir faire des démarches pour consulter
son médecin. Donc, ce n'est pas des frustrations entre les... de professionnels
en tant que tels. C'est vraiment de la façon dont le système fonctionne. Je ne
sais pas si ça clarifie votre intervention.
Mme Cadet :
Oui, oui, ça clarifie la question, puis peut-être une dernière ici. Donc, on
peut aller dans d'autres professionnels qui craignaient, avec le projet de loi
tel que libellé, qu'il y ait un transfert de la charge administrative, donc, qu'on enlève aux médecins, mais qu'on viendrait...
qui pourrait, donc, selon, donc, des préoccupations énoncées, être transférée
aux prestataires de services. Je comprends que vous, de ce que j'ai eu dans le
mémoire, ce n'est pas une... ce n'est pas une crainte que vous avez, là,
face à l'intention du législateur.
M. Corbin
(Guillaume) : C'est une bonne question. Au niveau de la paperasserie,
les chiropraticiens, on n'en a pas beaucoup. En fait, c'est ça, on peut,
disons, donner un exemple. On peut remplir un formulaire pour une place de
stationnement pour une personne qui a une limitation. C'est ça...
Mme Cadet : ...je vais peut-être
reformuler ma question parce que je sens que je ne vous ai peut-être pas amené sur la bonne piste. En fait, là, c'est,
donc, des... donc, d'autres professionnels qui nous disaient ce matin, donc...
c'est-à-dire, donc, c'est très bien... qui étaient en
faveur du projet de loi, qui se disaient : Donc, il faut réduire la charge
administrative des médecins, mais surtout, donc, nous assurer qu'il n'y ait pas
un débordement ou un transfert de cette
charge-là, donc, à d'autres professionnels, mais, même de votre intervention,
ce que je comprends de la manière dont le PL est... dont le projet de
loi est libellé, ce n'est pas une... ce n'est pas une crainte que vous avez,
que ce fardeau-là soit transmis ou transposé aux chiropraticiens.
M. Corbin (Guillaume) : ...une
crainte, mais je vais laisser ma collègue...
Mme
Barrette-Plante (Marie-Ève) :
Je ne crois pas que c'est une crainte parce que, de toute façon, il devrait y
avoir des formulaires de complétés. Si on parle des accidentés du travail, il
faut rendre compte à la commission de ce qui se passe. Ces
formulaires-là, on les connaît, et ce n'est pas très exhaustif dans le cas des
accidentés du travail. Donc, non, ce n'est pas une crainte actuellement.
Mme Cadet : Parfait. Donc, vous, de
votre côté...
M. Corbin (Guillaume) : Si je peux
renchérir, on a fait un sondage Léger à la profession chiropratique en 2022,
demandé à nos membres s'ils étaient intéressés à ce qu'on fasse ces démarches-là.
Alors, oui, de façon... en très grande majorité, nos membres sont prêts... nous
supportent et sont prêts à prendre la... à prendre cette charge-là. On va dire
ça comme ça.
Mme Cadet : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci. Je vous remercie pour votre contribution à nos travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre aux prochains invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 27)
(Reprise à 17 h 35)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue à la Confédération
des syndicats nationaux. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, et puis nous procéderons, par la suite, à la période
d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à commencer votre exposé, s'il vous plaît.
Confédération des
syndicats nationaux (CSN)
Mme Senneville (Caroline) : Oui.
Alors, je m'appelle Caroline Senneville. Je suis présidente de la Confédération
des syndicats nationaux et je suis accompagnée de...
Mme
Clermont-Isabelle (Vanessa) : ...de Me Vanessa Clermont-Isabelle, avocate au
service juridique de la CSN.
M. Lapointe (Jean-François) : Et Jean-François
Lapointe, je suis conseiller politique au comité exécutif de la CSN.
Mme Senneville (Caroline) : Donc,
nous voici devant vous pour parler du projet de loi 68, qui vise à réduire
la charge administrative des médecins. Alors, d'entrée de jeu, on peut dire que
la CSN salue cette initiative-là, qu'on voit... en deux parties, d'un côté,
l'obligation qui sera faite aux assureurs de rembourser des services médicaux
ou de l'aide technique et ainsi que de maintenir une prestation d'assurance
invalidité sans demander de billets médicaux à répétition. Donc, évidemment, on
est contents de ça. On est aussi contents que le projet de loi prévoie des
sanctions sévères en cas de non-respect de la loi, parce qu'une loi sans
sanction, souvent, bien, ça peut rester lettre morte.
Par ailleurs, on se dit que, bien, pourquoi
s'arrêter en si bon chemin? On pense que cette initiative-là, de ne pas exiger
de certificat médical, devrait s'appliquer aussi à d'autres professionnels de
la santé pour ne pas qu'il y ait de... j'appellerais ça comme ça, là, de
sous-traitance de certificats médicaux, par exemple, aux infirmières praticiennes
spécialisées, aux psychologues, aux podiatres, aux sages-femmes, aux
physiothérapeutes ou même aux pharmaciens, que chaque professionnel ait son
champ de profession vraiment respecté et qu'on ne les embourbe pas eux non
plus. Et évidemment, bien, ce qu'on va souhaiter, c'est que, donc, c'est que
ces personnes-là puissent, dans certains cas, délivrer des certificats, parce
que, des fois, on a vu, là, on a un billet du physio, puis la compagnie d'assurance va dire : Non, ce n'est pas le
physio que je veux, c'est le médecin. Donc, vraiment, prévoir ces deux cas-là, que
la compagnie d'assurance ne demande pas un certificat médical à une autre
profession puis qu'une profession qui est capable de donner, dans son champ de
profession... de pouvoir donner les certificats initiaux.
On pense aussi qu'il faut rendre cette
obligation-là aussi pour tous les régimes d'indemnisation publics : les
victimes d'actes criminels, la CNESST, la SAAQ. On veut que ça soit formalisé
par une codification législative pour s'assurer que ce
qui est bon pour les régimes d'assureurs privés soit aussi bon pour les régimes
d'indemnisation publics. Il y a beaucoup de volume, si je peux m'exprimer
ainsi, là, à la SAAQ et à la CNESST, si on veut vraiment réduire la charge administrative des médecins, il
faut être clair, net et précis aussi dans ces cas-là. Donc, ça, les obligations
aux compagnies d'assurance...
Il y a aussi des
obligations que le projet de loi prévoit pour les employeurs, donc qu'ils ne
puissent plus exiger un certificat médical pour un congé pour obligations
familiales ou un enfant malade et qu'ils ne puissent pas demander... qu'il y
ait une période, je dirais, un sauf-conduit de trois fois trois jours par année
avant d'exiger un certificat médical. On
salue aussi cette initiative-là, on est très contents puis on trouve que ça
clarifie aussi. Ça enlève, je dirais,
l'iniquité ou l'arbitraire autour de qu'est-ce qui est raisonnable, qu'est-ce
qui n'est pas raisonnable. La loi le dit : trois fois trois jours.
• (17 h 40) •
Puis j'aimerais quand
même spécifier que notre régime public, la loi des normes du travail, ne
prévoit que deux jours de congé de maladie payés. Donc, trois fois trois jours,
là, il y a beaucoup, beaucoup de gens, tous ceux qui ne sont pas syndiqués, là,
là-dessus, il y en a sept qui sont sans solde. Je peux même dire qu'il y a des
endroits syndiqués où ils n'ont pas 10 jours ou neuf jours de congé
maladie par année. Donc, il y a beaucoup de gens qui prennent des congés de
maladie qui ne sont pas payés, et ça, en soi, je pense que c'est déjà un frein.
On l'a dit, lorsqu'il y a eu révision des normes du travail, sous le précédent
gouvernement, qui a intégré les deux jours, on était contents qu'il y ait un
nombre minimum, mais disons que le fédéral est venu vraiment nous dépasser dans
ce cas-là, parce que, maintenant, pour les
salariés qui sont sous juridiction fédérale, eux, ils ont droit à 10 jours
de congé de maladie par année. Donc, voilà, on tenait à le dire.
On aimerait aussi, en
termes de, peut-être, principe autour de la loi, pour nous, évidemment, la
charte... devrais-je dire, les chartes sont très claires par rapport à la
protection de la vie privée. Et la protection de la vie privée, elle doit aussi
être protégée au travail, peut-être avec certains aménagements, mais elle doit
aussi être protégée. En ce sens, nous, on pense qu'évidemment les certificats
seulement lorsque nécessaires... le projet de loi en parle, mais ça serait
intéressant aussi de travailler pour que les certificats médicaux, lorsqu'ils
sont nécessaires, ne portent que sur les éléments essentiels aux congés de
maladie et qu'on ne puisse pas poser des questions... qu'on ne puisse pas poser
des questions sur plein d'habitudes de vie, parce que je me suis cassé une
cheville, par exemple.
On pense qu'on
pourrait aussi éliminer le recours systématique à des formulaires qui sont très
longs et qui sont... qui prennent beaucoup, beaucoup de temps. Une autre
façon... d'alléger, pardon, la charge administrative des médecins, c'est non
seulement de revoir, tel que le fait le projet de loi, les moments où on peut
exiger des certificats médicaux, mais... et qui peut les délivrer, mais aussi
de réduire la taille de tels formulaires. Il y en a qui se lisent presque comme
des thèses de maîtrise et qui posent trois fois différemment le même type de
question. Donc, ça, ça alourdit vraiment la charge administrative, je vous
dirais. Permettez-moi une petite note éditoriale qui dit aussi que la
rémunération des médecins, puis je ne parle pas du niveau, je parle de la façon
de le faire, prévoit 13 000 actes différents codifiés par la RAMQ. Ça
aussi, si c'était simplifié, je pense que ça allégerait les charges
administratives.
Ceci dit, nous, on
réitère notre appui à ce projet de loi qui, sous des dehors administratifs ou
techniques... mais c'est avant tout un projet de loi social, parce que ce dont
il est question, ce dont il s'agit en ce moment, c'est vraiment... en voulant réduire
la charge administrative, c'est l'accès à notre système de santé et, ça aussi,
c'est un droit qui est prévu aux chartes. Les Québécois, les Québécoises ont
droit à la santé. Bien sûr, ce projet de loi là ne réglera pas tout, mais c'est
certainement une contribution. Mais, à la CSN, pause publicitaire, vous l'avez
peut-être vu ou vous le verrez, on lance une grande campagne aussi pour que
notre système de santé soit vraiment public du début et à la fin, parce que c'est surtout ça qui va assurer l'accès à
la santé à tout le monde, même si, comme je l'ai dit, le projet de
loi 68 va y contribuer. Voilà.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons
maintenant commencer la période d'échange. M. le ministre, la parole est à
vous.
M. Boulet : Merci,
Mme la Présidente. Merci, Mme Senneville, Jean-François, Vanessa. C'est un très
bon mémoire, en fait, qui supporte comme, je pense, tous les groupes, depuis le
début de nos consultations particulières, l'objectif. Puis je trouve que vous
l'exprimez bien, Mme Senneville, ce n'est pas que de réduire la charge, c'est
de diminuer le nombre de rendez-vous qui n'ont pas de valeur ajoutée et donc
permettre de libérer du temps, de l'espace pour faire des soins cliniques. Et
je pense qu'ultimement c'est l'accès à des services, non seulement en termes de
qualité, mais aussi de quantité, que nous visons l'accès. S'il y avait un
mot-clé qui englobait ce projet de loi là, c'est bien celui-là. Donc, c'est
très bien exprimé.
Puis vous soulignez
des points positifs importants, la fréquence et aussi la pertinence des
rendez-vous. C'est le professionnel ou l'intervenant de la santé qui rencontre
le patient ou la patiente, au départ, qui peut le mieux le déterminer, et vous
aimeriez que ça s'applique à la CNESST. Ça ne m'étonne pas, mais je veux juste
qu'on se ramène au mois de février dernier. Je ne sais pas si vous m'avez
entendu un peu plus tôt dans la journée, mais on a, en collaboration avec la
CNESST... parce que ce n'est pas que le projet de loi qui va réduire la charge
administrative des médecins, il y a plein d'autres mesures, notamment avec la
CNESST. On anticipe pouvoir réduire de 120 000 le nombre de rendez-vous
sans valeur ajoutée où, au départ, le professionnel de la santé dit : Ça
ne sera pas consolidé avant deux mois, par exemple. On ne demandera pas que la
personne aille consulter son médecin dès l'écoulement de deux semaines ou de
trois semaines, à des fréquences prédéterminées. Donc, c'est le médecin du travailleur
qui va pouvoir le déterminer. Et donc la CNESST est une partie qui contribue
bien à l'atteinte de l'objectif, là, de réduction de la charge administrative
des médecins.
Bon, je n'ai pas tant à
dire, là, mais le trois jours, on se rappelle bien, Mme Senneville, puis vous
l'exprimez bien dans votre mémoire, c'est trois périodes d'absence de trois
jours pendant une année, puis c'est trois journées consécutives ou moins. Ça
fait que ce n'est pas... Il n'y a rien d'excessif, il n'y a pas d'empiétement
dans l'exercice du droit de gérance qui est démesuré. Ça, vous l'exprimez bien.
Est-ce que vous pouvez nous donner une opinion, ou peut-être Vanessa, là...
dans les conventions collectives signées par la CSN, je pense que c'est le
trois jours qui est dominant, hein? On voit de plus en plus le quatre jours,
Caroline, en bas de trois jours ou de quatre jours dans la plupart des conventions collectives de travail au
Québec. L'employeur, évidemment, on est dans un contexte syndiqué, ne
peut pas requérir un certificat médical. Est-ce que c'est trois ou quatre
jours, Caroline ou Vanessa?
Mme Senneville (Caroline) : Bien,
moi, à ma connaissance, c'est autour de trois jours. Est-ce que ça veut dire
qu'il y a des endroits que c'est quatre jours? Est-ce que... mais trois jours
semblent assez...
M. Boulet : Assez prépondérants,
hein?
Mme Senneville (Caroline) : ...assez
prépondérants, oui.
M.
Boulet : OK. Ce qui n'empêche pas l'employeur de déterminer
s'il y a des motifs raisonnables de... Tu sais, dans le fond, comme
j'expliquais, ce matin, à un groupe qui soulevait cet élément-là, s'il y a
trois absences d'une journée ou à l'intérieur d'une année, au-delà de
ça, le document justificatif ou le certificat médical peut être requis, bon,
consultation... En fait, vous mettez le doigt là où il faut le faire. Donc, la
consultation préalable d'un médecin qui n'est pas pertinente pour le
psychologue, le physiothérapeute, l'ergothérapeute, ou pour obtenir le
remboursement d'une aide technique, ou pour une prestation d'invalidité qui se
poursuit dans le temps, que ce soit un épuisement professionnel ou personnel, que ce soit suite à une fracture, tu sais,
on ne demandera pas... En fait, on interdit à l'assureur d'exiger le
certificat médical.
Ça fait que moi, ça me va. Je n'ai pas d'autre
commentaire, sauf de vous dire un grand, grand merci pour votre participation.
Et j'apprécie beaucoup, Caroline, on se connaît bien, que vous mettiez
l'adjectif du projet de loi à connotation sociale, parce qu'il est là, l'intérêt
fondamental de ce projet de loi là, de permettre aux Québécois, Québécoises de
pouvoir en bénéficier plus facilement, plus rapidement d'un médecin dans un
contexte de pénurie d'effectifs médicaux, qui est si aigu au Québec. Je ne sais
pas si vous aviez un commentaire à faire, Caroline, pour... mais moi, ça
compléterait de mon côté.
Mme Senneville (Caroline) : Non,
bien, peut-être, vous avez parlé de... l'employeur peut toujours, s'il juge qu'il
y a abus, etc., là... Vous savez, la bonne foi se présume. Puis je pense qu'il
faut faire un régime pour la majorité des gens, des salariés qui, peut-être,
sont... exagèrent leurs symptômes, sont plus malades en fiction qu'en réalité. Est-ce que ça existe? Oui. Comme il y a des
employeurs qui oublient de payer le temps supplémentaire à taux et demi,
par exemple, ou... Ça arrive, hein? Alors...
M. Boulet : Vanessa, est-ce que vous
êtes d'accord avec ça?
Mme Senneville (Caroline) : Donc, je
pense qu'il faut faire... et c'est ça, là, si on cherche... si on devient
extrêmement pointilleux, bien là, ça a un effet... ça a un effet pervers. Puis
j'ajouterais aussi que la pandémie nous a appris quelques leçons, parce que
peut-être que je vais vouloir que... tu sais, c'est plate, là se faire appeler
le mardi matin puis se faire dire : Écoute, j'ai la gastro, je ne peux pas
rentrer au travail, là. Puis, tu sais, peut-être que, tu sais, si je force la
note, la personne va pouvoir venir au travail puis je suis contente. Si ça
contamine la moitié du bureau, je vais être moins content. Tu sais, une gastro,
ça s'attrape par... sur une poignée de porte.
Alors, il y a ça aussi. Je pense que la pandémie
nous a montré que, des fois, pour le bien commun, rester chez soi puis garder
nos microbes pour nous quand on est malade, bien, ça peut avoir des effets
bénéfiques sur le milieu de travail. Donc, nous, c'est comme ça, c'est la
philosophie qui nous a guidés dans les commentaires autour de ce projet de loi
là.
• (17 h 50) •
M. Boulet : Et c'est un commentaire
que nous allons utiliser lors de l'étude détaillée. Je partage totalement votre
propos, puis il n'y a rien d'excessif, là, c'est un équilibre qui est
raisonnable, trois périodes d'absence de trois jours consécutifs ou moins.
Alors, merci beaucoup, Mme Senneville. Merci, Vanessa, Jean-François. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci. Je cède maintenant la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme
Cadet : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Merci beaucoup, Mme Senneville, M. Lapointe et Me
Clermont-Isabelle, pour votre présentation puis, encore une fois, donc, très,
très limpide. Au cours de la journée, donc, on a beaucoup... on a eu
l'occasion, donc, de rencontrer beaucoup plus, donc, des professionnels du
milieu de la santé qui nous ont parlé de la lourdeur administrative qui serait
ôtée un peu de leurs épaules, donc, à travers ce projet de loi là. Donc, ils le
voient un peu comme une avancée sur ce plan-là.
En vous écoutant puis en regardant un peu votre
mémoire... la première question que je me suis posée, c'est du côté des travailleurs. Peut-être, je vous
demanderais donc d'élaborer un peu plus, donc, de voir, donc, de quelle manière
le projet de loi, tel que libellé, donc, viendrait alléger la lourdeur, donc,
qui incombe aux travailleurs, donc, d'aller chez le
médecin, aller chercher un papier du... aller chercher un papier, parfois,
donc, pour des symptômes qu'ils ne requièrent
pas. Donc, peut-être vous entendre sur cet aspect-là, parce qu'on n'a pas eu
l'occasion d'entendre ce point de vue aujourd'hui encore.
Mme Senneville (Caroline) : Ah!
bien, c'est sûr que, pour un travailleur, une travailleuse, ça simplifie sa vie
de savoir c'est quoi, les règles, combien de temps je peux m'absenter, puis
qu'est-ce qu'on... qu'est-ce qu'on va m'exiger
effectivement. C'est complètement contreproductif. Si vous prenez une seule...
une ou deux journées de congé de maladie, obligé d'avoir un rendez-vous
avec quelqu'un, je veux dire, je ne sais pas, là, comment on peut avoir un rendez-vous médical. Puis je vous dirais qu'une
préoccupation qu'on pourrait avoir, certains salariés pourraient se sentir obligés
de payer. Parce qu'on le voit, ça, hein, la santé publique, le service public
diminue, beaucoup de la part du privé
augmente. Donc, ça aussi, là, c'est quelque chose qui nous inquiète, comme
travailleurs, comme travailleuses, qu'on sente la pression.
Puis vous le savez, là, si vous allez sur le
guichet d'accès à la première ligne, bien, souvent, vous avez le choix entre
attendre ou payer. Ça, évidemment, c'est pour ceux qui ont les moyens de payer,
alors... Puis ça, je pense que c'est quelque
chose contre lequel on s'inscrit, même si l'employeur paierait, parce que l'idée...
le médecin, au privé, qui fait ce rendez-vous-là, bien, il n'est pas au
public en train de servir quelqu'un d'autre, non plus. Donc, les... qui est
plus rare dans le système de santé, c'est la main-d'oeuvre. Alors, ce n'est pas
vrai que, quand on envoie des gens vers d'autres ressources qui sont dans le
privé, que ça soulage le public. Le privé n'est pas complémentaire au public,
c'est son concurrent.
Donc, pour nous, là, la part du travailleur, de
la travailleuse, c'est très important de connaître c'est quoi, son
environnement, ce à quoi il a droit, puis qu'il puisse réellement se reposer,
puis revenir en forme.
Mme Cadet : Merci. Par la suite,
dans votre mémoire, donc, vous... En fait, vous y allez avec l'affirmation
suivante : «La démonstration — bon, vous dites, donc — saisit
les effets positifs que pourraient avoir les mesures prévues au projet de loi sur l'accès plus rapide et les soins de santé,
pour tous et toutes. La démonstration reste toutefois à faire quant au
nombre d'heures que cela permettra de libérer pour des rendez-vous concrets
avec des médecins pour l'ensemble de la
population.» J'imagine, par le vocable «concrets», donc, vous faites référence
à ce que le ministre a évoqué au cours de la journée, qui était, donc,
les rendez-vous à valeur ajoutée, qu'il appelle.
Donc, vous,
est-ce que c'est une démonstration que vous souhaiteriez voir dans le cadre de
l'étude du projet de loi? Oui, M. Lapointe.
M. Lapointe (Jean-François) : Bien,
on l'a entendu chez d'autres intervenants, tu sais, les médecins disent qu'il y
a une partie de la charge administrative qui est faite le soir. Ça fait que...
est-ce que ça, ça va se transformer nécessairement en rendez-vous? Peut-être
pas, mais ça va peut-être faire qu'il y a des médecins qui vont garder le moral
puis qui ne tomberont pas malades. Ça fait que... Est-ce que ça va avoir un
effet? Mais ça reste à prouver. Ça fait que c'est la vie du projet de loi,
quand il sera loi, qu'on pourra voir les effets concrets, mais, pour l'instant,
ça demeure incertain. Parce que ce n'est pas une adéquation concrète, ce n'est
pas comme si, à 4 heures, maintenant, plutôt
que de remplir un formulaire, je vais donner un soin au patient quand c'est un
formulaire qui est rempli, le soir, par un médecin.
Mme Cadet : Donc, ce que j'entends,
c'est que, du côté des travailleurs que vous représentez, donc, il y a... Puis,
en lien avec ma question précédente, c'est qu'il y a un allègement certain,
donc, pour la capacité, donc, de... bien, en
fait, le fait d'éviter, donc, d'aller chez le médecin pour aller chercher,
donc, un billet médical, parce que cette exigence-là serait levée. Mais
ça ne se transformerait pas nécessairement par un plus grand accès, donc, à
ces... à des rendez-vous de première ligne pour les travailleurs, qui là... qui
devraient s'absenter pour des rendez-vous à valeur ajoutée, parce que cette
charge administrative là, parfois, se fait les soirs, les fins de semaine, en
surtemps.
Mme Senneville (Caroline) : Bien,
moi, je pense qu'il va y avoir un effet. Lequel? Il y a beaucoup de... Notre
système de santé, face à plusieurs défis, ce n'est pas cette mesure-là qui va
tout régler. Comme je dis, ça va contribuer, puis on verra. Je pense qu'on
innove aussi. On contraint quand même les employeurs, les compagnies d'assurance, ce n'est pas rien. Puis après ça,
bien, on pourra... et, j'imagine... Puis ça devrait être fait, là, je vous
dirais, pour beaucoup de projets de loi, évaluer puis ajuster le tir, si
nécessaire, là. D'ailleurs, tu sais, c'est pour ça qu'on est tous ici, pour...
Mme Cadet : Pour le rendre... pour
rendre le projet de loi perfectible.
Mme Senneville (Caroline) : Bien
oui, c'est ça, exactement.
Mme Cadet : Ensuite, ça dit, donc,
«la CSN estime que les mesures prévues au projet de loi rappellent l'importance
qu'on doit reconnaître au médecin traitant concernant l'évaluation clinique de
ses patients, que, donc, ce dernier, qui est plus apte à déterminer la
fréquence des rendez-vous de suivi nécessaires, et non un tiers, tel un
assureur privé». Donc, je comprends que vous vous inscrivez, donc, dans la
lignée de ce qui se retrouve au projet de loi, là, en ce qui a trait, donc, à
la levée des exigences de certificat médical, là, pour les congés prolongés
pour invalidité.
Mme
Senneville (Caroline) : Oui, assurément. Puis c'est le médecin qui est
à même de dire : Ça ne me donne rien de la revoir dans quatre semaines,
hein, peut-être que six, ça fera. Puis peut-être que le médecin va dire
l'inverse, peut-être qu'il va dire : Bien, oui, normalement, c'est quatre
semaines, mais là vous, peut-être que, dans deux semaines, je vais vouloir vous
voir pour telle et telle autre raison. Donc, c'est vraiment faire confiance au
jugement du professionnel de la santé, là, dans ce cas-ci. Les médecins,
effectivement, ils sont à même de... Puis c'est quelque chose qui est beaucoup
demandé aussi dans le système de santé, c'est une relation interpersonnelle,
c'est une relation humaine. Nous sommes tous différents. Ça fait que c'est sûr
que, bon, il y a des paramètres, il y a des statistiques, il y a des... mais,
des fois, il y a des cas qui sont exceptionnels, des fois, il y a des cas qui
sont plus difficiles, des fois, il y a des cas qui le sont moins, difficiles.
Puis c'est vrai que c'est effectivement au personnel soignant de faire valoir
leur expertise professionnelle là-dedans.
Mme Cadet : Et,
pour vous, de la manière dont le projet de loi, il est libellé, est-ce que
c'est... est-ce que l'intention du législateur vous semble assez claire, là,
sur le fait, justement, qu'on reconnaîtrait, donc, aux médecins traitants,
donc, cette indépendance-là ou cette capacité-là à déterminer la fréquence des
rendez-vous de suivi?
Mme Senneville
(Caroline) : Absolument.
Mme Cadet : Oui,
parfait. Je vous dirais, moi, ça... Ah! pardon, donc, il y aurait peut-être, en
fait, une autre question, Mme la Présidente. «D'user de la même logique doit
d'ailleurs s'appliquer au régime d'indemnisation de la CNESST. Il y a lieu de revoir l'exigence d'une visite médicale pour
toute durée d'invalidité», je vous laisserais peut-être élaborer sur ce
point-là.
M. Lapointe
(Jean-François) : Bien, pour être indemnisé à la CNESST, il faut avoir
vu un professionnel de la santé. C'est une condition de la loi. L'exemple qui
est pris dans le mémoire, c'est la question d'une gastroentérite. Quelqu'un qui
a une gastroentérite, qui travaille en CHSLD, il y a une épidémie, s'il veut
être indemnisé par le régime, il doit avoir un certificat médical. Ça veut
dire... On parlait de la poignée de porte tantôt. Il prend la poignée de porte de la clinique, il va contaminer d'autres
gens, pour avoir un certificat médical, pour faire rembourser trois jours
par la commission.
Est-ce que c'est
nécessaire? Est-ce qu'il n'y aurait pas lieu de modifier la Loi sur les
accidents de travail pour les cas qui sont moins de 14 jours... ne soient
pas nécessairement... qu'il n'y ait pas une obligation d'avoir un certificat
médical pour faire une réclamation dans ces cas-là? C'est peut-être quelque
chose de supplémentaire qu'on pourrait rajouter.
Mme Cadet : Ça
serait une façon, selon vous, donc, de pouvoir aller un peu plus loin.
M. Lapointe
(Jean-François) : Mais, tu sais, c'est un supplément.
Mme Cadet : Oui.
Un peu plus loin dans la même lignée... de s'inscrire dans la même lignée que
l'objectif du projet de loi actuel, là,
donc, de réduire à la fois la charge administrative des médecins, mais aussi,
donc, de réduire, donc, la lourdeur
pour le travailleur, pour le salarié, donc, d'aller dans un rendez-vous qui
n'est pas pas à valeur ajoutée.
• (18 heures) •
M. Lapointe (Jean-François) : Puis
on prend l'exemple de la CNESST, mais l'ensemble des régimes étatiques
d'indemnisation exigent beaucoup des professionnels de la santé de fournir des
certificats médicaux.
Mme Cadet : Oui. C'est ce que nous apprenait le Collège des
médecins... ou nous réitérait plutôt le Collège des médecins ce matin à
travers différents exemples.
Mme Senneville
(Caroline) : Moi, je me suis déjà assise dans une clinique médicale,
en attendant mon rendez-vous, puis j'étais assise devant une belle pancarte qui
disait qu'ils n'acceptaient pas de cas de la SAAQ et de la CNESST.
Mme Cadet : Ça
dit tout.
Mme Senneville
(Caroline) : Voilà.
Mme Cadet : Parfait.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Mme la députée de La Pinière, avez-vous une
question?
Mme Caron : Oui.
En fait, simplement pour... parce que votre conclusion a piqué ma curiosité.
Vous dites qu'il existe une panoplie de
solutions éprouvées pour garantir un accès plus efficient aux soins de santé,
qui ne sont pas celles choisies jusqu'à présent. Alors, est-ce que vous
pourriez nous élaborer sur ces solutions éprouvées qui pourraient aider à
garantir un accès au système de santé?
Mme Senneville
(Caroline) : Bien, je l'ai dit un peu tout à l'heure, nous, on... Il y
a de moins... Le privé a un rôle pernicieux dans notre système de santé. Puis
quand on voit tous les efforts, par exemple, qui est fait par le ministre Dubé
pour sortir les agences de placement de notre système de santé, bien, parce
qu'il se rend compte que... On s'est tous rendu compte, collectivement, que ça
nous coûtait de plus en plus cher, qu'on n'avait pas le contrôle sur les coûts et qu'il y a des gens qui font des
profits sur la... sur notre maladie. Donc, pour nous... Ça, on parle des
agences, on parle de médecins qui quittent le système public. Moi, je
suis assez vieille pour me souvenir que jadis, naguère, on avait droit à des
services de physiothérapeute dans notre CLSC, puis là, maintenant, c'est
inexistant. Il se passe exactement la même chose pour les prises de sang. Ça
fait que, comme ça nous rentre dans la tête qu'on doit payer pour des prises de
sang, ça glisse un peu.
Alors, nous, ce qu'on aimerait, c'est que le
système de santé soit déprivatisé. Donc, c'est là-dessus qu'on pense que les
énergies devraient être mises. Parce que malheureusement, quand on parle
d'accès, bien, il y a un accès qui est moindre pour des gens maintenant. Au
moment où on se parle, il y a un accès qui est moindre pour des gens qui n'ont pas d'argent. Quand on appelle au 8-1-1
puis qu'ils nous conseillent d'aller dans une clinique privée, je pense
qu'on a un problème de société.
Mme Caron : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour votre contribution à nos travaux de la
commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre aux prochains invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 18 h 03)
(Reprise à 18 h 13)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue à la Commission
des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail.
Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à une période
d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à commencer votre exposé, s'il vous plaît.
Commission des normes,
de l'équité, de la santé
et de la sécurité du travail (CNESST)
Mme Gagné (Anouk) : Mme la
Présidente, permettez-moi d'abord de vous remercier pour l'invitation à prendre
part à cette consultation. Je me présente, Anouk Gagné, présidente-directrice
générale de la Commission des normes, de
l'équité, de la santé et de la sécurité du travail. Aujourd'hui, je suis accompagnée par
M. Claude Beauchamp, vice-président
à l'indemnisation et à la réintégration au travail, et Mme Ludny Franklin,
directrice générale de l'indemnisation et de la réadaptation.
Donc, la CNESST, elle est chargée de
l'application de la Loi sur les accidents du travail et les maladies
professionnelles, aussi communément appelée la LATMP, donc, un régime
d'indemnisation sans égard à la faute. Elle offre ainsi une couverture
obligatoire, quasi universelle, capitalisée et entièrement financée par les
employeurs au Québec. Ainsi, la LATMP reconnaît aux personnes victimes d'une
lésion professionnelle le droit à l'assistance médicale que requiert leur état
de santé en fonction de cette lésion, en raison de cette lésion.
Pour ce faire, une lésion professionnelle et les
conséquences qu'elle entraîne doivent être attestées par le professionnel de santé qui a à charge du
travailleur. C'est lui qui doit se prononcer sur le diagnostic, la date de
consolidation, la nature, la nécessité, la suffisance ou la durée des
soins ou des traitements, l'existence d'atteinte permanente à l'intégrité
physique ou psychique ainsi que les limitations fonctionnelles de la personne
qui a subi une lésion. C'est la Loi sur l'assurance maladie qui identifie un
professionnel de la santé au sens de la LATMP.
De plus, depuis 2021, la CNESST peut, par
règlement, désigner tout autre professionnel au sens du Code des professions pour
agir à titre de professionnel de la santé qui a à charge. Récemment, en août
2023, entrait en vigueur le Règlement désignant une infirmière praticienne
spécialisée à titre de professionnel de la santé pour l'application de la LATMP
et de la Loi sur les accidents du travail. Ainsi, la CNESST a harmonisé ses pratiques
avec le système public de santé et le
nouveau partage des responsabilités du médecin. Il est attendu que la mesure
contribue à l'efficience de la CNESST et en réduisant les délais de
traitement des dossiers.
Le rôle du professionnel de la santé qui a à
charge est d'accompagner la personne blessée ou malade tout au long de la
réparation de la lésion professionnelle pour assurer son retour en emploi d'une
façon sécuritaire et en respectant, évidemment, ses capacités.
En termes de réadaptation, la LATMP prévoit les
situations où le professionnel de santé qui a à charge est sollicité lors de la
mise en place de mesures de réadaptation au bénéfice de la personne qui a subi
une lésion. En effet, le professionnel de la santé qui a à charge est
nécessaire pour s'assurer que les mesures proposées par la CNESST n'ont pas
d'effets néfastes sur l'état de santé physique ou psychique du travailleur et
sont compatibles avec le plan de traitement.
Afin d'assurer la
cohérence et la conformité des renseignements médicaux transmis, la LATMP
prévoit l'utilisation de divers formulaires
qui permettent à la CNESST de rendre des décisions en regard de la lésion
professionnelle du travailleur. Les professionnels de la santé doivent
donc compléter ces rapports pour informer la CNESST de l'évolution de la
pathologie ou de sa consultation, ou encore prescrire des appareillages, des
soins et des traitements, préciser des traitements, des éléments de conditions
médicales, confirmer l'existence ou l'ampleur d'une atteinte permanente ou de limitations fonctionnelles.
Ainsi, annuellement, ce sont environ 805 000 formulaires qui sont
remplis par les professionnels de la santé pour répondre à ces
obligations. 70 % concernent l'attestation de la pathologie et son
évolution et près de 15 % sont en lien avec l'assignation temporaire du
travail.
En mars
dernier, en soutien aux travaux du ministère de la Santé et des Services
sociaux concernant l'allègement de la
charge administrative des médecins, la CNESST a rappelé les conditions
identifiées par la LATMP pour produire certains
de ces rapports. En parallèle, la CNESST a mis en oeuvre une nouvelle
orientation, laissant aux professionnels de la santé qui ont à charge des travailleurs, l'autonomie de juger de
la nécessité et de la fréquence des suivis médicaux, en cohérence avec
la LATMP. Selon les évaluations qui ont été réalisées par le ministère de la
Santé et des Services sociaux, cette mesure, elle permettrait de libérer
120 000 plages de rendez-vous pour le réseau de la santé, tout en
conservant les rendez-vous avec une valeur ajoutée pour le suivi des lésions
professionnelles.
La CNESST mène d'autres travaux en vue
d'élargir, si possible, le bassin des intervenants reconnus comme
professionnels de la santé. Or, pour accompagner les personnes qui ont subi une
lésion professionnelle de façon optimale, c'est important de mentionner que le
professionnel de la santé qui a à charge doit être habilité à évaluer
l'ensemble des besoins du patient des points de vue médical, pharmacologique,
psychologique, physiologique, etc. Et ainsi,
le but, c'est d'éviter qu'il y ait multiplication d'opinions sur un même
dossier. Rappelons que les intervenants de la santé agissent dans le
champ d'exercice que leur confèrent le Code des professions ou d'autres lois
habilitantes.
L'absence de prise en charge de la personne
blessée ou malade est donc un enjeu pouvant avoir comme conséquence de
multiplier les démarches de celle-ci pour accéder à l'ensemble des soins et des
traitements nécessaires à la suite de la lésion professionnelle. Cette
travailleuse ou ce travailleur pourrait également être laissé à lui-même dans la
gestion et la coordination de ses soins, ne bénéficiant pas d'un plan de
traitement, à ce moment-là, et d'une vision globale particulièrement nécessaire
dans le cas de lésions psychologiques et musculosquelettiques. Cet enjeu, il
est d'autant plus important que la CNESST, étant liée par l'opinion du
professionnel de la santé qui a à charge, ne
peut intervenir lorsqu'elle... elle observe, pardon, une surmédicalisation ou
l'atteinte d'un plateau thérapeutique.
Avant de conclure, je... nous souhaitons, en
fait, rappeler que la CNESST est l'organisme qui voit également à l'application de la Loi sur les normes du travail. À cet effet, nous soulignons que le projet de
loi y intègre des mesures d'allègement qui restreignent le recours aux
attestations médicales pour motiver une absence de courte durée au travail.
La CNESST salue la volonté du gouvernement,
qui, par ce projet de loi, veut... ça a été amplement dit, là, mais simplifier
le processus de remboursement des soins et des traitements, supprimer la
nécessité des services médicaux pour le remboursement de certaines aides
techniques, empêcher les assureurs et les administrateurs de régimes
d'avantages sociaux d'exiger un service
médical pour le maintien d'une invalidité, arrimer plus efficacement les
ministères et organismes concernés dans le but d'offrir des services de
qualité qui répondent aux besoins de la population. Or, les obligations de la
CNESST en matière d'indemnisation et de dispensation de soins et de traitements,
d'octroi d'aides techniques ou d'évaluation de capacités, toutes soutenues par
l'opinion du professionnel de la santé, ne sont donc pas touchées parce qu'elles sont entièrement enchâssées dans la
LATMP et que ce projet de loi n'a pas d'impact pour l'application de
celle-ci.
• (18 h 20) •
Il importe tout de même de rappeler que la
CNESST, à travers sa mission et les lois qui l'encadrent, permet aux travailleuses et aux travailleurs malades ou
accidentés d'accéder à une offre de services médicaux et psychosociaux
et d'un accompagnement professionnel. Nous poursuivons donc nos réflexions et
nos travaux en vue de favoriser une utilisation
optimale des ressources médicales et d'améliorer nos pratiques, notamment en
contribuant à réduire les délais d'obtention des documents médicaux.
Ainsi, pour nous rapprocher des objectifs du
projet de loi, nous visons des solutions qui permettront d'assurer aux
travailleuses et travailleurs une prise en charge adaptée de leurs besoins qui
permettrait d'inciter les travailleuses et les travailleurs, en collaboration
avec le professionnel de la santé qui a à charge, à faire une utilisation des
soins médicaux et des services de santé davantage ciblée en fonction de la
réparation de la lésion professionnelle qui viserait également à éviter les
risques de surmédicalisation et de chronicité et favoriser la contribution du
plein potentiel de la main-d'oeuvre du Québec en diminuant la durée des
absences au travail.
Les préoccupations du ministère de la Santé et
des Services sociaux rejoignent celles de la CNESST et des... et qui se positionne comme un partenaire et adhère
au principe d'une réduction de la charge administrative des médecins
pour améliorer l'efficacité du système de santé québécois.
Je vous
remercie pour votre temps, et mes collègues et moi demeurons disponibles pour
répondre à vos questions.
La
Présidente (Mme D'Amours) :
Merci. Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer
la période d'échange avec M. le ministre. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Merci, bien sûr, à la CNESST, Mme Gagné, Mme Franklin,
M. Claude.
En fait, c'est un excellent mémoire. Moi, je
vous remercie sincèrement d'avoir collaboré à nos consultations particulières.
Vous l'avez bien mentionné, Anouk, le PL 68 vise à réduire la charge
administrative, et ça passe par une diminution du nombre
de rendez-vous sans valeur ajoutée, de manière à améliorer l'accès pour les
patients, patientes du Québec.
Et je veux vous
féliciter pour la collaboration de la CNESST avec le groupe du ministère de la
Santé. En février, mars, là, vous avez
dit... mars, là... il me semble qu'on avait un communiqué en février. Et vous
le dites tellement bien, hein, la nécessité... moi, je dis la
pertinence, là, mais... et la fréquence des consultations, c'est le
professionnel de la santé, là, parce qu'on est ici dans le contexte de
l'application de la Loi sur les accidents de travail et maladies
professionnelles, qui est le mieux placé pour les déterminer. Donc, merci.
Juste quelques
points, des commentaires assez brefs, là, Anouk. On nous a parlé... Bon, vous
avez parlé des IPS qui sont devenues des
professionnelles de la santé. Ça a été fait par voie réglementaire, par souci d'harmonisation
avec le corpus législatif ici, à Québec. On a rencontré l'Association
des chiropraticiens-praticiennes. Ils m'ont parlé, Anouk. Parce que je veux
attirer votre attention sur une étude qui aurait été faite par un professeur de
chiropratique à l'Université du Québec à Trois-Rivières, qui établirait un lien
de causalité entre l'implication des chiropraticiens, à titre de professionnels
de la santé, et la durée de la période de consolidation. Et vous savez un peu
mon immense préoccupation pour le retour prompt et durable. D'ailleurs, c'est
ce qui nous a permis, dans notre réforme, de permettre l'accès au processus de
réadaptation dès la survenance de la lésion plutôt que d'attendre la
consolidation et l'atteinte.
Est-ce que ce serait
possible de... Puis j'ai demandé d'avoir copie de cette étude-là. J'aimerais ça
m'assurer que votre équipe, Mme Gagné, puisse en prendre connaissance puis
voir si, effectivement, ça peut avoir un impact. Je sais que vous êtes en
processus dans le... pour vos travaux réglementaires 2024-2027, si je me
souviens bien. Ce serait peut-être une... Puis j'ai vu qu'avant le
vice-président de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante est
venu donner son appui aux chiropraticiens et chiropraticiennes. Donc c'était un
commentaire que je voulais faire, vous remercier. Puis finalement, que vous
exprimiez votre symbiose d'intérêt avec le ministère de la Santé, moi, je
trouve ça tout à fait estimable puis... Voilà, en gros, c'est ce que je voulais
simplement vous dire.
Merci. Continuez
votre saine collaboration puis merci pour la qualité de votre mémoire. Puis
Mme Franklin, M. Beauchamp puis Mme Gagné, au plaisir de vous
rencontrer bientôt. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, M. le ministre.
Mme Gagné
(Anouk) : Merci. Ça va être une...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Allez-y.
Mme Gagné
(Anouk) : Merci, M. le ministre. Bien, en fait, je pense qu'on l'a
bien démontré, la CNESST a collaboré dans les travaux dans les derniers mois et
c'est vraiment avec beaucoup d'ouverture qu'on va continuer à le faire. Puis
effectivement, s'il y a des documents dans lesquels on peut prendre
connaissance... il y a déjà des travaux qui sont initiés, qui vont se
poursuivre aussi. On est bien ouverts et à l'écoute, là, des différents points
de vue qui ont été exprimés tout au long de la journée. On a écouté,
évidemment, avec attention, les différentes parties qui sont venues s'exprimer
sur le projet de loi. Donc, on poursuivra cette collaboration-là, vous pouvez
être rassuré.
M. Boulet : Merci
beaucoup. À bientôt.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Maintenant, je cède la parole à la députée de Bourassa-Sauvé. La parole est à vous.
Mme Cadet : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour. Bonjour, Mme Gagné, M. Beauchamp,
Mme Franklin. Enchantée et au plaisir,
donc, de collaborer avec vous sur différentes études, donc, de projets de loi,
celui-ci étant le premier.
Je
voudrais, donc, également, donc, vous remercier, donc, pour ce mémoire. Je
trouve ça toujours très intéressant, lors des consultations
particulières, de pouvoir entendre la CNESST lorsque c'est pertinent afin de
cadrer, de nous aider à cadrer le débat,
nous, comme législateurs, et de nous assurer que les propositions qui nous ont
été faites ou tout ce que nous avons entendu puisse se transposer dans
le réel avec les ressources dont vous disposez.
Le ministre vient de
l'évoquer, il a parlé, donc, des chiropraticiens. Je ne répéterai pas exactement,
donc, cette question-là, mais, si vous avez la possibilité, donc, de vous
prononcer sur la question ou, du moins, donc, nous parler un peu, donc, du processus que... on l'a entendu, donc, à
quelques reprises, donc, de la part, donc, de l'Association des
chiropraticiens, mais même la CSN, bon, l'a un peu évoqué, donc, le parcours du
patient... du patient, donc, travailleur qui, donc, doit, donc... donc, se
doit, donc, de réserver, donc, des rendez-vous qui sont considérés, donc, à
non-valeur ajoutée, puis ensuite, donc, aller voir ledit spécialiste. Et on le
voit, on le sait, donc, dans le contexte de la CNESST...
Je ne sais pas si...
Je vous laisserais... Je vais garder la question très large parce que je sais
que vous ne pouvez pas nécessairement, donc, vous prononcer sur le contenu des
mémoires, mais peut-être vous entendre sur... peut-être, donc, nous aider
encore une fois, donc, à cadrer puis nous dire, donc, qu'est-ce qui est avéré,
mais également, s'il fallait que ce soit
dans le cadre de ce projet de loi ou d'un prochain projet de loi, émettre,
donc, certaines recommandations.
Donc, quels seraient, donc, les signaux d'alarme ou les éléments, donc, à
prendre en considération, compte tenu du travail que vous faites?
Mme Gagné (Anouk) : Je
vais laisser la parole peut-être à M. Beauchamp. Puis Claude, cher
collègue, si jamais tu as besoin de précisions sur la question,
peut-être y aller. Sinon, je te laisse la parole pour la réponse.
M. Beauchamp
(Claude) : Il n'y a pas de souci. Merci. Merci, Anouk. Bonjour à
chacune et chacun d'entre vous. Merci pour la question.
Alors, effectivement,
la commission mène des travaux réglementaires importants depuis un certain
nombre d'années, là, entre autres pour faire atterrir les règlements qui sont
issus de la loi modifiant le régime de santé et sécurité du travail. C'est ce
qui nous a occupés, là, depuis un certain temps.
ll est prévu aussi
que, dans les prochains travaux réglementaires, la commission va se pencher sur
la possibilité d'élargir cette notion du professionnel de la santé qui a charge
à d'autres intervenants de la santé, d'autres professionnels. Il en est... et
certains sont venus vous présenter leurs mémoires aujourd'hui. Nous sommes en
contact, justement, avec ces associations-là depuis un certain temps. Les
communications sont ouvertes. Nous avons partagé beaucoup d'informations.
Certaines d'entre ces associations siègent aussi à des tables de travail de la
commission pour partager leurs expertises respectives. Et aussi, avec l'équipe
de Mme Franklin, nous sommes en lien
avec les autres commissions d'accidents du travail au Canada pour aller puiser
les meilleures pratiques, évidemment, dans les autres provinces et
partager les nôtres aussi, hein? On dit souvent on peut être... on peut être fier
de ce qu'on fait au Québec.
Et donc il est prévu,
dans les travaux réglementaires à venir, que la commission va se pencher...
évidemment, ça se fait de concert avec les associations visées ou les
professionnels visés, va se pencher sur cet élargissement, là, de la posture de
professionnel de la santé qui a charge, et ça se fait aussi dans l'esprit des
travaux que nous venons de compléter, des premiers travaux, avec le ministère
de la Santé, là, sur la réduction de la charge administrative, là, qui était
exigée des médecins.
• (18 h 30) •
Bon, vous posez la
question : Est-ce qu'il y a des éléments qu'on doit porter à votre
connaissance? Je pense que dans le mémoire que... dont vous avez pris
connaissance, là, de la commission, il y a cette notion centrale, qui est dans
la LATMP, d'une vision 360 degrés de prise en charge, là, du travailleur
ou de la travailleuse accidentée ou victime d'une maladie professionnelle. Il
est très important d'avoir une vue qui nous permet de bien comprendre la suffisance
des soins nécessaires et, pour rejoindre aussi la préoccupation de M. le
ministre, là, de pouvoir intervenir dès le départ... d'intervenir pour garantir
un retour au travail prompt et durable, là, le plus rapidement possible.
Donc, il y a cette
notion-là, cette complexité-là qu'il faut, disons, réconcilier, si on peut
dire, entre les soins qui peuvent être offerts par différents professionnels de
la santé, que la commission ne remet pas en question, là, on n'est pas dans ce
genre de réflexion là, mais de réconcilier cet élément-là avec la capacité de
prendre en charge l'entièreté des besoins du travailleur ou de la travailleuse
pour assurer une vue rapidement complète des besoins, là, de cette personne-là.
Alors, c'est peut-être dans vos réflexions futures.
Mme Cadet : Merci
beaucoup. Merci beaucoup. C'est très clair. Peut-être juste une autre petite
question, parce que, bien, vous avez une section dans votre mémoire, donc, qui
parle, donc, des rapports médicaux. Vous dites, donc : Afin d'assurer la cohérence et la conformité des
renseignements médicaux transmis, donc, l'ATMP prévoit, donc,
l'utilisation de divers formulaires qui permettront à la CNESST de rendre
diverses décisions au regard de la lésion professionnelle du travailleur. Donc,
les professionnels de la santé doivent les compléter pour informer la CNESST de
l'évolution de la pathologie ou de sa consolidation, et donc répondre, donc, à
d'autres obligations. Vous dites : «Ainsi, annuellement, ce sont près
d'environ 805 000 formulaires qui sont remplis par les professionnels
de la santé pour répondre à ces obligations.» Et donc, en mars dernier, la
CNESST, donc, a rappelé les conditions identifiées par la LATMP pour produire
certains de ces rapports. Donc, dans le cadre, donc, des travaux en cours, je
ne suis pas sûre que j'avais... que j'ai bien saisi aussi. Donc, ici, il y a,
donc, dans le travail que vous faites, dans les travaux que vous opérez en ce
moment... donc, vous regardez aussi pour un certain allègement de ces
formulaires-là?
Mme Franklin
(Ludny) : En fait...
Mme Gagné
(Anouk) : Oui, Ludny, je peux te laisser la parole.
Mme Franklin (Ludny) : Mme la députée, en fait,
ce qu'il faut comprendre, c'est que, dans ces formulaires-là, il y a des
attestations médicales. L'attestation médicale, ce qu'elle vient faire, c'est
bien confirmer la lésion. Ensuite, il y a
les rendez-vous de suivi. Vous voyez, dans les... dans certaines lésions, on
peut avoir plusieurs rendez-vous de suivi. Donc, les travaux avec le
ministère de la Santé et des Services sociaux, ce qu'ils vont venir faire,
c'est probablement réduire ces rendez-vous de suivi là, ce qui va entraîner,
évidemment, conséquemment, un nombre moindre de rapports médicaux à compléter
puisque les suivis sont espacés. Donc, c'est ça qu'on vise à faire à travers
ces travaux-là et puis s'assurer que,
lorsque le travailleur va voir son médecin, c'est vraiment parce qu'il y a une
évolution dans sa pathologie et que le médecin juge, à ce moment-là, que
c'est nécessaire d'intervenir.
Mme Cadet : Donc,
on revient à ce qu'on disait tantôt avec d'autres intervenants, donc, de
s'assurer que le médecin ait cette liberté-là, donc, lui-même, donc, de pouvoir
juger, avec son oeil clinique, avec son regard clinique, donc, de la fréquence des rendez-vous de suivi
pour pouvoir soit les espacer... bien, le plus souvent, donc, les espacer,
mais... tout au plus, donc, d'être capable, donc, de faire cette évaluation-là,
ce qui aura un effet collatéral, donc, sur la quantité de formulaires par la
suite, là.
Mme Franklin
(Ludny) : C'est exactement ça.
Mme Cadet : Parfait. C'est très
clair.
M. Boulet : ...
Mme Cadet : Oui, M. le ministre.
M.
Boulet : ...un commentaire. Il y a un groupe qui est venu
lors des consultations particulières, puis je tenais à le souligner, qui a
mentionné que les formulaires, à la CNESST, étaient simples. Les attestations
médicales initiales, les rapports médicaux d'évolution, quand c'est
consolidé, c'est dans les formulaires, moi, que j'ai vus, les plus simples à
compléter. C'était... Merci, Madwa.
Mme Cadet : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...de
La Pinière, avez-vous des questions?
Mme Caron : Non, ça va pour moi.
La Présidente (Mme D'Amours) : Ça va
pour vous?
Mme Cadet : Alors, ça compléterait.
Merci beaucoup. Merci pour votre temps.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Alors, je vous remercie, chers invités, pour votre
contribution à nos travaux.
La commission ajourne ses travaux jusqu'à demain,
le mercredi 11 septembre, après les avis touchant les travaux des
commissions, où elle poursuivra son mandat. Merci beaucoup, tout le monde.
(Fin de la séance à 18 h 35)