(Onze
heures trente-six minutes)
La Présidente (Mme
D'Amours) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission de l'économie et du travail
ouverte.
Je vous souhaite la
bienvenue. Et je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques, s'il vous plaît.
Et j'ai besoin de
votre consentement pour aller au-delà de l'heure prévue étant donné qu'on
commence plus tard. Est-ce que j'ai le consentement de tout le monde?
Des voix : Consentement.
La Présidente (Mme D'Amours) : Consentement.
Merci. Donc, la commission est réunie afin de poursuivre les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 68, Loi visant principalement à réduire la charge administrative des
médecins.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, Mme la Présidente. M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve) est remplacé par
M. Marissal (Rosemont).
Auditions (suite)
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Nous entendrons ce matin les témoins suivants, soit
l'Association médicale canadienne, en visioconférence, et l'Association
canadienne des compagnies d'assurances de personnes.
Je souhaite
maintenant la bienvenue à l'Association médicale canadienne. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé, puis nous procéderons à une période d'échanges avec la
commission. Je vous invite donc à vous présenter et à nous donner votre
exposé, s'il vous plaît.
Association médicale canadienne (AMC)
M. Condé
(Jean-Joseph) : Alors, bonjour. Je suis Jean-Joseph Condé, médecin de
famille à Val-d'Or, et je représente le Québec au sein du conseil
d'administration de l'Association médicale canadienne.
Alors, pour
raccourcir le texte un peu, je vais parler de l'AMC, donc l'abréviation pour
Association médicale canadienne. Donc, j'agis
également comme porte-parole de l'AMC. Et aujourd'hui je suis accompagné de
M. François Lessard, le directeur
principal Francophonie et communications de l'AMC, qui nous rejoint depuis
Gatineau. Alors, évidemment, on aurait bien aimé être présents à Québec
avec vous, mais, compte tenu de la distance, je suis à Val-d'Or, vous êtes à Québec. Et M. le député d'Abitibi-Est en sait
quelque chose, depuis 10 ans qu'il fait des allers-retours
Val-d'Or-Québec. Alors, c'est difficile pour moi de me rendre à Québec, compte
tenu de mon horaire de garde à l'hôpital de Val-d'Or.
Donc,
tout d'abord, l'AMC remercie les membres de la Commission de l'économie et du
travail de lui permettre de s'exprimer au sujet du projet de loi
n° 68 et de répondre à vos questions. La réduction du fardeau
administratif est un enjeu de longue date pour l'AMC, car ce n'est pas
seulement un enjeu québécois, mais un problème observé dans toutes les provinces. Et nous sommes heureux
aujourd'hui de partager nos recommandations qui s'inspirent, entre autres, de
certaines expériences observées ailleurs au pays.
Alors,
avant de rentrer dans le vif du sujet, je prendrais peut-être quelques instants
pour vous présenter l'Association médicale
canadienne. Donc, qui sommes-nous? Nous sommes un regroupement pancanadien de
médecins, d'étudiants en médecine, de résidents en médecine qui croient en un
avenir meilleur pour le système de santé. Alors, peu de gens le savent, mais,
en fait, l'AMC a été fondée dans la ville de Québec en 1867, pas loin de vous, d'où
vous êtes, dans le grand hall de
l'Université Laval. Alors, quel est le but de l'AMC? Le but de l'AMC est de
contribuer à créer un système de santé viable et accessible où les patients
participent à leurs soins, contribuer à une culture médicale qui favorise
l'équité, la diversité et le bien-être des médecins et aussi contribuer à créer
des communautés inclusives où chaque personne peut vivre en bonne santé.
Au Québec, l'AMC s'investit également dans le leadership médical afin de
favoriser l'inclusion de la profession médicale dans les décisions liées à la
santé. Nous organisons chaque année le
colloque des médecins leaders du Québec, un événement réunissant des médecins,
gestionnaires et décideurs de partout au
Québec. En plus, l'AMC travaille en partenariat avec l'Université Laval pour
former les jeunes médecins en gestion de la santé, donc former les
leaders en santé de demain.
• (11 h 40) •
Au
sujet du PL n° 68, il est clair pour nous que le
gouvernement va dans la bonne direction. L'AMC est particulièrement active dans
le domaine de la réduction du fardeau administratif et nous saluons le travail
amorcé par les gouvernements du Québec pour
réduire la paperasserie administrative qui, en fait, est une lourdeur
administrative, une lourdeur qui se fait au détriment des patients et
des médecins.
Au sujet des
bénéfices de la réduction du fardeau administratif, je tiens à préciser que la
réduction du fardeau administratif ne doit pas seulement être associée à une
augmentation du temps de consultation médicale, bien que cela soit très
important, il faut aussi voir la réduction du fardeau administratif comme un
investissement dans la santé de nos
médecins. Car la réalité est que la santé physique et mentale de nos médecins
s'est détériorée au fil des années. Et
on l'a vu dans notre dernier sondage sur la santé des médecins, le taux
d'épuisement professionnel de nos médecins a presque doublé en quatre
ans, on est passé de 30 % des médecins qui déclaraient souffrir
d'épuisement à 53 % lors de notre
dernier sondage. Oui, vous l'avez bien entendu, 53 % de nos médecins
souffrent d'épuisement professionnel. Et évidemment cela a des
répercussions négatives sur la qualité des soins offerts et sur le nombre de
médecins qui travaillent. D'ailleurs, soyons
honnêtes, qui d'entre nous voudrait se faire soigner par un médecin épuisé?
Donc, nous sommes convaincus qu'une
réduction du fardeau administratif va aussi permettre d'améliorer la santé de
nos médecins et, par le fait même, améliorer la qualité des soins à la
population.
Nos recommandations
pour le fardeau administratif. Donc, nous reconnaissons les efforts mis de
l'avant par le gouvernement du Québec et nous proposons de poursuivre en ce
sens et d'aller plus loin. Nos recommandations touchent principalement trois
aspects.
Premièrement,
l'innovation. Nous croyons qu'innover est primordial pour diminuer le fardeau
administratif. Il faut penser autrement pour
arriver à éliminer les tâches inutiles, et une de nos recommandations est la
création d'un fonds dédié à la recherche et l'innovation visant à
réduire la paperasserie administrative. D'ailleurs, comme groupe de médecins, l'AMC fait sa part dans la recherche.
En 2024, nous avons investi 10 millions de dollars en bourse de
recherche sur des solutions innovantes visant à réduire le fardeau
administratif. Et je tiens à mentionner que deux organismes québécois sont
récipiendaires de nos bourses de recherche, soit l'Université de Sherbrooke et
le Collège québécois des médecins de famille.
Deuxième aspect sur
lequel on veut attirer votre attention : la simplification. Nous proposons
de consacrer des efforts à simplifier les formulaires que les médecins doivent
compléter. Et là on parle, par exemple, d'adopter un formulaire unique qui satisferait
les besoins de tous les assureurs. Ce n'est pas normal qu'hier soir encore,
dans ma clinique, j'avais quatre formulaires d'assurance à remplir pour des
patients, quatre formulaires de compagnies différentes,
quatre formulaires complètement différents. Pour une compagnie, deux pages,
c'est suffisant, ils ont assez de renseignements pour indemniser un
patient. Une autre compagnie, ils veulent quatre pages de renseignements. Une
compagnie nous demande la date de la dernière visite et la date du début de l'invalidité.
Une autre compagnie veut avoir la date des six derniers rendez-vous du patient.
Bref, tout ça, c'est du temps que l'on investit, que l'on passe à faire... à
essayer de remplir différents formulaires. Et vous le savez probablement, la
Nouvelle-Écosse l'a fait, ils avaient 28 formulaires d'assurance, ils sont
rendus à un formulaire unique. Alors, si la Nouvelle-Écosse l'a fait, on est
certainement capable de le faire au Québec. Et quand on parle de
simplification, il faut aussi parler d'améliorer l'interopérabilité des
nombreux systèmes d'information en santé. En fin de semaine, j'étais de garde à
l'urgence ici, à Val-d'Or, et je dois avoir accès à un dossier, un sommaire
d'hospitalisation d'un patient qui a été vu dans la ville d'à côté, à Rouyn-Noranda,
à 100 kilomètres plus loin. Je n'ai pas accès à son dossier parce que nos
systèmes informatiques ne se parlent pas. Donc là, il y a une lourdeur, il y a
une paperasse. Le patient doit signer un consentement
d'échange d'informations. Quelqu'un doit faxer la requête à l'autre hôpital. On
doit attendre de recevoir le rapport. Donc, il y a toute une lourdeur
qui pourrait être améliorée en améliorant l'interopérabilité de nos systèmes.
Finalement, troisième
aspect : les billets d'absence au travail. Pour l'AMC, il est primordial
que chaque partie impliquée prenne ses responsabilités face à la lourdeur
administrative. Les billets de médecins requis par l'employeur pour des
absences de courte durée contribuent de façon importante à notre fardeau
administratif. Pour nous, il ne s'agit pas d'un enjeu de santé, mais plutôt
d'un enjeu de gestion des ressources humaines, de gestion d'absentéisme au
travail. Nous pensons que, pour des absences de courte durée, c'est à
l'employeur et aux employés de trouver un terrain d'entente. Mais un patient ne
devrait pas avoir à consulter simplement pour obtenir un certificat médical
pour une absence de courte durée.
En terminant, Mme la
Présidente, j'aimerais vous dire que notre expérience pancanadienne nous a
permis de constater qu'une collaboration gouvernement-employeurs-professionnels
de la santé donnera des résultats concrets et, surtout, mobilisera chaque
partie à trouver des solutions communes. La commission et le gouvernement
peuvent compter sur la collaboration et l'expertise
de l'AMC dans ses prochaines étapes sur la réduction du fardeau administratif.
Alors, voilà, Mme la
Présidente, qui termine mon allocution. Il me fera plaisir de répondre aux
questions des membres de la commission.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
merci. Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant
commencer la période d'échange avec M. le ministre. La parole est à vous.
M. Boulet : Oui.
Merci, Mme la Présidente. Bonjour à vous deux, Dr Condé, M. Lessard,
merci de votre engagement à continuer d'aller de l'avant pour réduire le
fardeau administratif des médecins. On sait à quel point c'est imposant et à
quel point il y a des rencontres qui n'ont pas de valeur ajoutée, qui peuvent
être remplacées par des rencontres où le médecin va pouvoir prodiguer des soins
cliniques. Puis j'aime bien quand vous faites référence à : c'est sûr que ça peut aider à la santé des médecins. C'est
certain que ça va aider à améliorer la qualité des soins pour les
patients, les patients et les patientes du Québec.
Et je vous salue, Val-d'Or. J'y étais
encore la semaine passée, à Val-d'Or. C'est une super belle région. Gatineau aussi,
M. Lessard, toutes les régions du Québec sont particulièrement
intéressantes.
Je vais commencer par
Dr Condé, vous rassurer, les absences de courte durée, vous savez qu'on a
une approche équilibrée. Dans le projet de loi no 68, on réfère à trois
premières absences d'une période de trois journées consécutives ou moins dans
une année, et ça, c'est pour une absence motivée par une maladie, un accident,
de la violence conjugale ou sexuelle, mais aussi quand tu as besoin, à titre de
proche aidant, de soutenir une personne ou de prendre soin d'un enfant ou d'une
personne qui est dans ta famille. Ça fait que je pense que c'est une approche
équilibrée qui respecte bien l'état de la jurisprudence. Au-delà de ça, ça peut
être considéré comme étant répétitif et, au-delà
de ça, ça peut être considéré comme étant abusif. On ne va pas aussi loin que
certains l'auraient souhaité, mais, si on prend trois absences d'une
journée, au-delà de ça, l'employeur pourrait être justifié de vérifier par
l'obtention d'un document ou d'un certificat médical. Ça fait que je pense que
c'est équilibré, respectueux du droit de gestion de l'employeur et aussi du
droit de la personne de s'absenter pour des motifs, des fois... comme on réfère
souvent à la gastro-entérite ou à la grippe, une personne n'a pas besoin, dans
des contextes comme celui-là, d'obtenir un certificat médical.
Dans vos recommandations,
vous référez aussi à des normes qualitatives, là, pour mesurer la santé
physique et mentale des médecins, à des
indicateurs de performance. Pouvez-vous, en deux minutes, me donner plus
d'explications sur ce, les indicateurs auxquels vous pensez ou que vous
référez?
• (11 h 50) •
M. Condé (Jean-Joseph) : Donc, en fait, on...
absolument, on parle de santé des médecins. Donc, M. le ministre, ce qu'on
voit, c'est qu'actuellement nous avons 53 % de nos médecins qui souffrent
d'épuisement professionnel. Et de ce nombre,
54 % nous disent que c'est directement relié à ce fardeau administratif, à
cette lourdeur administrative. Donc, si nous arrivons à réduire cette
lourdeur administrative, nous serons en mesure de mesurer aussi ce taux
d'épuisement professionnel. Donc, c'est ce
qu'on parle, d'avoir... d'avoir des données qui vont nous prouver que oui, ça
fonctionne. On a réduit le fardeau administratif, le taux d'épuisement
des médecins est redescendu à 20 %, 30 %. Tout le monde... tout le monde s'en porte mieux. Donc, ce qu'on
dit, c'est qu'il ne faudra pas seulement suivre le nombre de rendez-vous
additionnels qui... qu'on aura obtenus, mais il va falloir aussi suivre
l'indice de santé de nos médecins.
M. Boulet : Tout
à fait. Puis on réfère souvent aux objectifs de ce projet de loi là. Vous savez
qu'il y a quand même un plan santé sous l'égide du ministère de la Santé, qui
travaille en collaboration avec des partenaires externes comme la Fédération
des médecins omnipraticiens, les médecins spécialistes, et autres, comme la
CNESST. Et ce projet de loi là est un des
éléments qui fera partie d'un grand ensemble pour permettre de répondre à votre
souci de réduire le fardeau de travail des médecins. Puis vous avez
référé aussi, il y a le projet de loi no 67, là, qui va permettre à des
professionnels de la santé mentale de poser des diagnostics et de présenter des
billets médicaux.
Vous parlez aussi de
créer un fonds d'investissement pour soutenir l'innovation. J'imagine que vous
pensez à l'intelligence artificielle ou à
des nouvelles technologies. Il y a certainement une évaluation plus poussée,
une réflexion approfondie puis
peut-être une discussion à amorcer avec d'autres partenaires gouvernementaux
qui pourraient être impactés, entre guillemets, par ça, mais c'est certain que
moi, je trouve qu'il y a un dialogue qui s'impose, là, sur comment on
peut aussi contribuer à l'atteinte de nos objectifs par l'innovation.
Simplifier
les formulaires, les processus administratifs, ça, ça semble être constant
depuis le début des consultations particulières. Ça, vous en entendez
beaucoup parler, j'imagine, à l'AMC, hein, docteur?
M. Condé (Jean-Joseph) : Donc, tout à fait, et
ça... et, comme je le mentionnais, ça concerne toutes les provinces, pas
seulement le Québec. Mais quand on regarde qu'une province comme la
Nouvelle-Écosse a été capable, en fait, de réunir ses assureurs, les
associations médicales, le gouvernement, et qu'on en est arrivés à un
formulaire commun qui répond aux besoins d'information de l'assureur, alors
qu'avant il y en avait 28... Alors, quand, hier soir, je vois quatre formulaires différents que je dois remplir, je me
dis : Mon Dieu! Au Québec, on serait capables de faire la même
chose. On est bons au Québec, on est capables d'innover.
M. Boulet : On est tous d'accord là-dessus, docteur. Mais
est-ce que vous pouvez m'en donner, des exemples concrets de projets
innovants...
M. Condé
(Jean-Joseph) : Donc...
M. Boulet : ...par
exemple? Oui? Oui, allez-y.
M. Condé
(Jean-Joseph) : Oui, tout à fait, M. le ministre. Donc, exemple, et
vous l'avez mentionné, une intelligence artificielle, donc, actuellement, le...
on écrit nos notes sur un dossier médical électronique, mais, après, quand il
faut remplir le formulaire, c'est encore un formulaire sur un site différent ou
un formulaire papier. Alors, de plus en plus, il se fait de la recherche où il
pourrait y avoir un formulaire unique qui serait généré à même la note
médicale. Parce qu'au fond, quand j'écris ma note médicale, mon diagnostic y
est, mon temps d'absence y est, donc tout y
est. Alors, pourquoi est-ce qu'on devrait être obligé de le réécrire sur un
formulaire papier ou sur un autre formulaire, sur un autre document sur le Net, alors qu'il... qu'on... avec la
recherche, de plus en plus, on s'oriente vers l'intelligence artificielle, qui
pourrait générer ce formulaire à partir de ma note? Et là, imaginez, hier soir
j'ai passé une heure de temps à
remplir quatre formulaires. Alors là, ces formulaires-là auraient été générés
automatiquement par mon système de dossier médical électronique.
Mais ça prend de la
recherche, ça prend de l'argent. L'AMC, comme je l'ai mentionné, fait sa part.
Comme groupe de médecins, nous avons investi 10 millions de dollars
en recherche, et on se dit : Mon Dieu! Si l'AMC est capable de le faire,
le gouvernement du Québec est sûrement aussi capable d'investir en recherche et
innovation pour réduire le fardeau administratif.
M. Lessard (François) : M. le
ministre, me permettez-vous de compléter la réponse de Dr Condé?
M. Boulet : Absolument,
M. Lessard. On vous écoute.
M. Lessard (François) : Merci, M. le
ministre. Je ne suis pas médecin, mais je peux vous dire, concernant ce que Dr Condé a dit relativement à
l'intelligence artificielle, simplement pour vous donner un exemple
supplémentaire : la semaine dernière, je parlais à notre ancienne
présidente, le Dre Katharine Smart, qui est pédiatre au Yukon, et à partir
du Yukon... de... de Whitehorse, elle est... elle va en avion dans les
communautés autochtones, et elle me disait que, depuis quelques semaines, elle
utilise une application d'intelligence artificielle qui lui permet de faire sa
prise de notes et qu'avec cette application-là elle dégage de 15 à
20 heures par semaine qu'elle peut passer davantage à consulter de jeunes
patients, parce qu'elle est pédiatre, ce sont des enfants, surtout lorsqu'elle
est déployée dans les communautés autochtones.
M. Boulet : C'est une... c'est une
très belle situation, hein? On réalise à quel point il y a des nouvelles
technologies qui peuvent être extrêmement bénéfiques, là, comme je mentionnais,
pour atteindre nos objectifs.
Peut-être dernière question, Dr Condé ou
M. Lessard. Vous parliez aussi, dans l'état actuel des choses, de
développer une trousse pour aider les médecins à se démêler puis à accélérer le
processus des formulaires et de facturation. À quoi vous pensiez plus
spécifiquement, docteur? C'est un guide?
M. Condé (Jean-Joseph) : Donc, en
fait, ce serait une... ce serait une trousse, donc un ensemble où toute
l'information... où le médecin aurait toute l'information nécessaire, de façon
à savoir : voilà le formulaire unique, voilà comment on le remplit — un
peu comme la CNESST le fait, hein? La CNESST, vous avez ses rapports médicaux,
mais on a une trousse qui nous explique comment remplir correctement le
formulaire de la CNESST. Donc, il pourrait y
avoir un formulaire... une trousse comme ça qui permettrait au médecin de
remplir plus facilement ses formulaires d'invalidité. La CNESST, c'est
très simple. Donc, on suit le guide, et le médecin sait très bien comment la
remplir sans erreur. Donc, c'est ce genre d'aide qui va faciliter la vie du médecin
et qui va faire économiser du temps.
M. Boulet : Absolument.
M. Lessard (François) : Si vous me
permettez, M. le ministre...
M. Boulet : Oui, bien sûr.
M. Lessard (François) : Si je peux
ajouter, avec tout le respect, cela, bien sûr, doit se faire en collaboration
avec tous les partenaires du milieu, le gouvernement, les agences, etc. On
parle ici de simplification, d'unification des
formulaires pour que ce soit simple pour tout le monde. Puis, récemment, je
pense, c'est au début du mois d'août, l'Île-du-Prince-Édouard a fait une
nouvelle entente avec ses médecins, par exemple, et, dans le cadre de cette
entente-là, on a fait passer les codes de facturation de 450 à 11. Alors, ça,
c'est un exemple concret de simplification de
la machine, si je peux dire, où tout le monde est gagnant-gagnant, le patient,
le médecin et également les fonctionnaires qui administrent ces codes-là
pour le paiement au médecin. Merci.
M. Boulet : Quand vous dites,
M. Lessard : On a fait passer les codes de facturation de 450 à 11, à
quoi vous référez plus particulièrement? Les codes problématiques?
M. Lessard (François) : Des actes
médicaux, des actes médicaux.
M.
Boulet : Ah! OK, oui, je comprends. OK. Alors, je céderais
la parole à mon collègue d'Abitibi-Est, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Donc,
je vais lui donner la parole.
M. Boulet : Céder, donner...
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
député d'Abitibi-Est, la parole est à vous.
M. Dufour : Oui. Combien de...
Combien de minutes, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme D'Amours) : Il
reste 4 min 25 s.
M. Dufour : 4 minutes.
Oui. Donc, bonjour, Dr Condé. Bien content de vous voir à l'écran
aujourd'hui et ainsi que votre collègue.
Une voix : Bonjour, M. le député.
• (12 heures) •
M. Dufour : Moi, j'aimerais ça
revenir sur le deuxième point que vous amenez sur l'innovation. On en a parlé hier, de l'intelligence artificielle, avec
la Fédération des médecins, au niveau spécialistes, au niveau des omnipraticiens.
Il y a une volonté, vraiment, que le gouvernement puisse s'orienter vers là,
justement, pour vous donner un coup de pouce
pour faciliter la documentation que vous n'auriez pas à répéter. Mon point
est... Vous parlez, vous, contrairement à ce qu'on discutait hier, la
création d'un fonds, justement, je pense, pour analyser ou travailler tout cet
aspect-là. Pouvez-vous un petit peu nous expliquer, un peu, comment vous voyez
le fonds que vous parlez? Parce que vous dites
qu'il y a déjà quand même un 10 millions qui a été investi par l'AMC en
innovation, peut-être ça serait intéressant pour les différents
collègues ici d'en savoir un petit peu davantage sur cet aspect-là.
M. Condé (Jean-Joseph) : Donc, en
fait, l'AMC a investi. Donc nous avons fait des... nous avons demandé partout
au Canada, aux médecins, aux universités, aux groupes de travail de nous
soumettre des projets de recherche qui visaient à réduire le fardeau
administratif. Et nous en avons reçu... nous avons reçu une cinquantaine et
nous avons sélectionné 10 projets de
recherche que nous avons accepté de financer avec ce 10 millions. Donc, il
y a deux organismes québécois qui ont été sélectionnés, leur projet de
recherche a été sélectionné. Et, le but, en fait, c'est... comme je disais,
c'est que pour faire de l'innovation, pour faire de la recherche, ça prend des
sous. Et l'AMC contribue une partie, mais certainement que ces organismes-là
seraient heureux de pouvoir avoir accès à un fonds du gouvernement du Québec.
Parce que l'AMC a choisi, a sélectionné 10 récipiendaires, mais il y en a
40 autres qui avaient aussi des projets intéressants, qui n'ont pas pu
être sélectionnés parce qu'on n'avait pas... on n'avait pas les moyens. Puis,
exemple, on s'en va loin, là, on parle de... lorsque... lorsqu'on a une
rencontre avec un patient, donc on parle d'un logiciel qui serait capable de
générer une note clinique simplement en écoutant ma conversation avec mon
patient. Donc, à ce moment-là, il n'y aurait plus de... je n'aurais plus à
taper une note à l'ordinateur. La note va se
générer toute seule grâce à l'intelligence artificielle. Alors, c'est ce genre
de recherche là qu'il faut approfondir. Et c'est pour ça qu'on a
suggéré, qu'on vous suggère de réfléchir à la création d'un fonds
d'investissement en recherche et innovation pour réduire le fardeau
administratif.
M.
Dufour : Et juste pour compléter, votre association serait
celle qui est la plus habilitée à obtenir ce fonds-là ou il y aurait
d'autres... d'autres associations qui pourraient être impliquées dans cette
démarche-là?
M. Condé (Jean-Joseph) : OK, donc,
non, nous ne sollicitons pas de fonds, en fait. Nous nous finançons à travers nos cotisations, à travers nos revenus,
nous finançons... nous avons financé ce 10 millions de dollars de
bourses. Donc, ce serait un autre fonds qui serait créé, auquel ces organismes
auraient accès. L'AMC n'aurait... n'a pas besoin de financement
supplémentaire à ce niveau-là. Par contre, les autres organismes qui font de la
recherche aimeraient en bénéficier.
M. Dufour : Merci de la précision.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je suis maintenant prête à entendre la députée de Bourassa-Sauvé pour
son bloc d'échange.
Mme
Cadet : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour,
Dr Condé. Bonjour, M. Lessard. Merci beaucoup pour votre exposé très
clair ainsi que pour le dépôt de votre mémoire. Donc, très heureuse de faire
votre connaissance.
J'ai écouté avec beaucoup d'attention, donc, vos
propos, votre exposé ainsi que les échanges avec mes collègues, donc on va
essayer, donc, de... d'aller chercher, donc, de l'information complémentaire
dans notre... dans le bloc qui nous incombe. Peut-être, je commencerais avec
une partie de votre mémoire. Donc, en introduction, donc, vous y allez avec des
statistiques, donc, assez édifiantes. Donc, 75 % des médecins déclaraient
que leur charge de travail les empêchait de s'occuper de leurs patients, ce qui
les rendait moins satisfaits de leur travail. On a beaucoup entendu parler de
la statistique, donc, de la FMOQ, donc du fait que, bon, c'est à peu près,
donc, 25 %, donc, de la charge, donc,
du travail, donc, qui serait, donc, de la charge administrative, donc, plutôt
qu'une relation avec le patient. Et vous citez aussi, là, le rapport de
la FCEI que nous avons eu l'occasion, donc, d'entendre hier, et leur étude à travers le Canada, qui s'intitule Les patients
avant la paperasse. Vous nous dites : «Ultimement, la position de
l'AMC est d'éliminer les billets de médecins requis par l'employeur pour toutes
les situations de courtes durées.» Pour des situations de courte durée.
Donc, ultimement, donc, j'étais curieuse, d'entrée de jeu, et j'imagine que
c'est... c'était un peu, donc, la conclusion, donc, des statistiques que vous
nous présentez, en disant : Cette charge de travail, elle est lourde,
75 % des médecins déclarent que c'est... que c'est trop lourd, que c'est
une entrave à leur travail clinique, 50 % disent vouloir réduire leurs heures
de travail clinique. Donc, ultimement, votre solution, donc, serait celle-ci.
Donc, je vous laisserais élaborer sur cette question.
M. Condé (Jean-Joseph) : Donc, en
fait, ce qu'on dit au niveau des billets de... des billets d'absence au
travail, Mme la députée, c'est qu'un médecin a été formé pour soigner, pour
traiter des patients. Et lorsque je vois un patient qui
vient me voir simplement pour avoir un certificat médical pour un problème
mineur, en fait, donc, tantôt, on mentionnait la gastro-entérite, un rhume,
alors... et quand je vois ce patient là, en fait, il n'a plus de symptômes. Et quand je suis à l'urgence, il y a des gens qui
attendent 12 heures pour... simplement pour venir me rencontrer, pour
avoir un certificat médical, pour pouvoir retourner au travail alors qu'ils
n'ont plus de symptômes. Alors, on dit : Bien,
si on est capables d'alléger cette tâche-là, bien là, à ce moment-là, la place
va être prise par quelqu'un qui a vraiment besoin de soins de santé.
Donc, on dit que les billets d'absence au travail de courte durée, ce n'est pas
un enjeu de santé, c'est un enjeu de gestion de ressources humaines, et c'est
aux employeurs et aux employés de gérer ça. Ça ne doit pas, ça ne doit pas se
retrouver dans le bureau des médecins.
Mme Cadet : D'accord, d'accord. Mais
juste pour bien saisir, parce que vous dites, donc, la démarche, donc, la
démarche étant celle du projet de loi, va dans le bon sens, mais elle appelle à
d'autres mesures, et devra se poursuivre avec des propositions qui iront plus
loin. Donc, ici, en fait, donc, vous... simplement, donc, vous dites, donc, le projet de loi, donc, pour vous, donc,
vous satisfait dans sa mouture ou, quand vous nous dites, donc, ultimement,
voici votre position, c'est que vous auriez vu, donc, des élargissements ou une
possibilité, donc, d'aller plus loin dans le libellé actuel du projet
loi tel que déposé?
M. Condé (Jean-Joseph) : Donc, en
fait, on aimerait aller plus loin en ouvrant dans d'autres domaines, par exemple. Donc, tantôt, on parlait de
simplification des formulaires. Quand j'ai... quand j'ai quatre formulaires à
remplir, donc, ces heures-là,
évidemment, je ne les prends pas pendant mes heures de clinique, hein, donc on
voit des patients, on voit des patients de 8 heures à 17 heures,
mais, après ça, je reste à la clinique jusqu'à 8 heures le soir. Mais
qu'est-ce que je fais jusqu'à 8 heures le soir? Je fais de la paperasse,
je remplis des prescriptions, je remplis des formulaires d'invalidité. Alors,
si on est capables de me soulager de ces tâches-là, bien, c'est autant de temps
qui peut être investi en temps clinique mais aussi en santé des médecins. Parce
que, comme vous l'avez mentionné, la santé des médecins est primordiale. On
nous... ça nous prend des médecins en santé pour soigner notre population.
Mme Cadet : Parfait. Ensuite, et M.
le ministre, donc, vous a posé un peu la question, j'aimerais donc aussi vous entendre là-dessus sur la question des normes
qualitatives. Donc, vous y allez, dans votre première recommandation, de
l'ajout de normes sur la santé physique et mentale des médecins. Donc,
peut-être, donc, vous... élaborer, donc, sur des exemples de normes ou comment
est-ce que vous verriez, donc, l'encadrement, donc, de cet ajout de normes
qualitatives là.
M. Condé (Jean-Joseph) : Donc, ce
qu'on sait, par exemple, c'est qu'on sait qu'il y a quatre ans, il y avait
30 % des médecins qui déclaraient de souffrir... souffrir d'épuisement
professionnel. Quatre ans plus tard, c'était 53 %. Et là on parle
seulement d'épuisement professionnel. Quand on parle de questionnaire sur la
dépression, les chiffres sont à peu près à 40 % des médecins qui nous
disent avoir des symptômes de dépression. Et lorsqu'on pose la question sur des idées suicidaires, bien,
imaginez-vous, 14 % des médecins ont répondu avoir eu des pensées
suicidaires dans la dernière année. Donc, c'est très grave. C'est très sérieux,
ça fait frémir ces chiffres-là. Donc, il faut voir le... la réduction du
fardeau administratif pas seulement comme une augmentation du temps de
consultation médicale, mais aussi un investissement dans la santé de nos
médecins. Parce, comme je l'ai mentionné tantôt, qui veut se faire traiter par
un médecin qui a eu des pensées suicidaires la semaine dernière? Alors, c'est
là... Et on est capable de suivre ces chiffres-là,
donc on est capable de faire d'autres sondages, de voir : Bien, regardez,
on a diminué le fardeau administratif, nos médecins se portent mieux,
et, par le fait même, la population reçoit de meilleurs soins.
Mme Cadet : D'accord. Et là, vous
évoquez...
M. Lessard (François) : Si vous me
permettez, Mme la députée.
Mme Cadet : Oui, bien sûr. Oui.
M. Lessard (François) : J'aimerais
compléter. Quand on parle de notre sondage, j'aimerais que tout le monde
comprenne qu'on parle du sondage national de l'AMC sur la santé des médecins.
C'est une enquête qu'on fait environ aux trois ou quatre ans. Donc, on a fait
notre dernière enquête en 2021. Et, en 2025, notre équipe de santé des médecins
est à préparer ce prochain coup de sonde là auprès de la profession médicale.
Alors, le sondage va être... est en préparation à partir de janvier. On va
probablement être en sondage au printemps 2025. Et dès
l'automne 2025, on va avoir des résultats, des données toutes fraîches, si
vous le voulez, à vous partager sur la perception des médecins quant au fardeau
administratif, leur épuisement et tous les éléments que Dr Condé vient de
mentionner. Merci.
Mme Cadet : Merci beaucoup. Merci,
M. Lessard. Donc, ça clarifie un peu. Donc, si je saisis bien, c'est qu'en
fait, donc, ce que vous nous dites ici, c'est qu'à travers, donc, l'outil qui
est votre sondage, puisque dans le prochain sondage que vous allez déployer,
donc, il y aura des questions qui porteront sur le fardeau administratif des médecins, que ça peut, en fait, donc, faire office
de données... de données, donc, à transmettre aux décideurs pour élaborer,
donc, des normes qualitatives, donc, sur la santé physique et mentale des
médecins. C'est bien ça?
• (12 h 10) •
M.
Lessard (François) : ...
Mme Cadet : Parfait.
Merci beaucoup. Donc, je comprends mieux, donc, votre première recommandation. Donc, la seconde, donc, on a beaucoup parlé
d'intelligence artificielle, c'était absolument... c'est absolument fascinant.
Puis donc le député d'Abitibi-Est, dans le cadre de ces échanges, donc, semble
être très interpelé par la question. J'irais peut-être un peu plus loin.
Tantôt, vous avez indiqué que vous n'aviez pas comme objectif de vouloir
administrer le fonds d'investissement du gouvernement que vous proposez ici,
le... que ce n'était pas tout à fait ça, là, si j'ai bien saisi votre réponse à
la question du député. En fait, donc, vous souhaiteriez, donc, qu'un tel fonds
soit créé, donc, à... bon, à même, donc, les
fonds publics, donc, du gouvernement, qu'il soit administré par le gouvernement
en tant que tel, par le ministère de la Santé ou Santé Québec. C'est...
c'est bien ça?
M. Condé
(Jean-Joseph) : Tout à fait. Vous avez... Vous avez tout à fait
compris. Donc, ce qu'on dit : L'AMC
fait déjà sa part, mais avec nos revenus, avec nos moyens, nous ne pouvons pas
investir plus de 10 millions, ce qui est déjà énorme en recherche
et... en recherche et innovation. Alors, on dit : Bien, d'autres
partenaires pourraient refaire leur part aussi. Et c'est là qu'on invite le
gouvernement du Québec à réfléchir à la création de son propre fonds
d'innovation et recherche en réduction du fardeau administratif des médecins.
Mme Cadet : D'accord.
Et vous avez parlé...
M. Condé
(Jean-Joseph) : Donc, ce serait...
Mme Cadet : Oui.
M. Condé (Jean-Joseph) : ...ce serait un fonds
parallèle, parallèle, qui pourrait servir aussi à financer d'autres...
d'autres compagnies qui font de la recherche là-dessus.
Mme Cadet : D'accord.
D'accord. Et puis... puis un peu plus tôt, donc, vous aviez nommé les exemples
de recherches, donc, comparatives, donc, auprès, donc, de d'autres provinces
canadiennes. Est-ce que, par exemple, ce fonds-là
que vous proposez, on le retrouve... on le retrouve en Nouvelle-Écosse ou dans
une autre province canadienne ou ce serait une innovation complète?
M. Lessard
(François) : Je peux peut-être répondre, Dr Condé. À notre
connaissance, il n'existe pas ailleurs au pays de fonds comme on vous suggère
bien humblement aujourd'hui. Ce que l'AMC a fait est un exemple de mettre de l'argent sur la table pour favoriser
cette innovation-là. Alors, il serait peut-être une bonne idée de considérer, au
niveau du gouvernement du Québec, de faire la même chose, mais avec des fonds
publics, parce que, comme Dr Condé l'a
mentionné, nous avons choisi 10 organisations, dont deux au Québec, mais
il y en avait une quarantaine d'autres
du Québec qui avaient de superbes idées qui mériteraient peut-être d'être
regardées, étudiées à partir de ce fonds de recherche là, ce fonds
d'innovation là.
Mme Cadet : D'accord.
Et je... je mets votre... l'idée que vous nous soumettez aujourd'hui, je la
mets aux côtés, donc, d'une autre qu'on a
beaucoup entendue au cours des... bien, au cours de la dernière journée, en
fait, qui semble un peu complémentaire, qui est l'idée, donc, d'un comité dont
plusieurs, donc, de vos collègues médecins, donc, sont venus nous
parler, un peu comme vous l'avez fait aujourd'hui, donc, de la lourdeur
administrative, non seulement, donc, en termes, donc, de nombre de formulaires
à remplir, donc, avec donc les rendez-vous qui ne sont pas à valeur ajoutée,
là, qui viendraient donc être ôtés par ce projet de loi ci parce qu'on
enlèverait, donc, l'exigence d'aller
chercher un billet du médecin pour les absences au travail, ou pour les
assureurs, ou les administrateurs de régimes d'avantages sociaux, mais
on nous a sensibilisés à la question du contenu des formulaires. Plus tôt,
monsieur... Dr Condé, donc, vous nous disiez donc à quel point, donc, vous
aviez à remplir, donc, quatre formulaires différents, de longueur différente,
avec des questions différentes. Donc, j'entends, peut-être, dans un premier
temps, que la question, donc, de l'uniformisation, vous nous avez dit :
Bien, si la Nouvelle-Écosse le fait, bien, le Québec, nous, on est des
précurseurs, on est des leaders, on a... on a tout ce qu'il nous faut, puis je
pense que, là-dessus, je suis 100 % d'accord avec vous. Donc, vous, vous
nous dites : La première des choses, la voie où aller, c'est
l'uniformisation de ces formulaires-là?
M. Condé
(Jean-Joseph) : Tout à fait. Donc, ce serait la... La première étape,
ce serait ça, d'avoir un formulaire unique. Déjà, vous allez soulager tous les
médecins, autant médecins de famille que spécialistes. Tous les médecins ont
des formulaires à remplir. Et, si on est capable de passer de 28 à un, on est
certainement capable de s'entendre avec les assureurs au Québec et d'arriver à
un formulaire commun qui répond... Au fond, l'assureur a besoin de savoir
quand... le diagnostic, quand le patient a arrêté de travailler, les raisons,
les symptômes, et il pourrait y avoir un seul formulaire qui répond aux
questions nécessaires à tous les assureurs de façon à pouvoir indemniser les
patients.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, merci.
Mme Cadet : Ah!
Déjà?
La Présidente (Mme D'Amours) :
...tout le temps que nous avions.
Mme Cadet : Merci, merci. Merci
beaucoup, Dr Condé.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Et maintenant, je cède la parole au député de
Rosemont. La parole est à vous.
M.
Marissal : Merci, Mme la Présidente. Dr Condé,
M. Lessard, merci, merci beaucoup d'être là virtuellement, c'est
déjà ça. J'apprécie beaucoup votre apport à nos travaux.
Dr Condé, vous avez beaucoup insisté sur le
bien-être des médecins, décharger un peu leur... leur stress et leur
accablement par la paperasse, là. J'en suis, là, j'ai perdu moi-même un
excellent médecin de famille il y a quelques années pour cause de burn-out. Je
l'ai recroisé récemment, d'ailleurs, par hasard, dans ma circonscription. Il
était rayonnant de bonheur, parce qu'il a pris sa retraite. C'est malheureux.
On a perdu un médecin, mais on a probablement sauvé quelqu'un, parce qu'il
était vraiment trop surchargé de travail. Alors, je comprends parfaitement
votre point — je
mets la table à ma question — mais vous parlez assez peu des patients
dans votre mémoire.
Je crois comprendre que le projet de loi, tel
qu'il est en ce moment, vous êtes majoritairement en faveur, là. Vos
recommandations ne touchent pas, d'ailleurs, le projet de loi comme tel. Ce
n'est pas un reproche, c'est une constatation.
Supposons que ça facilite la vie aux médecins, et nous le souhaitons tous ici,
je crois, en quoi ça facilite la vie aux patients, ce qu'on dépose
aujourd'hui, le projet de loi? En quoi ça rend le service plus facile ou plus
adéquat aux patients?
M. Condé (Jean-Joseph) : Donc,
sous... sous deux aspects au moins. Donc, premièrement, tous ces patients,
donc, peuvent être quoi? Dans une journée, je dois avoir peut-être deux, trois
patients qui viennent simplement pour avoir un certificat médical. Mais ça,
c'est déjà deux, trois rendez-vous que je qualifierais d'administratifs, parce
que les gens ne sont plus malades, ils viennent simplement pour un formulaire,
faire compléter un formulaire. Donc, ces rendez-vous-là pourraient être pris
par des patients qui ont besoin de soins de santé, qui ont besoin d'avoir accès
à un médecin. Donc, là, je pense qu'on augmente l'accès.
Deuxièmement, si on réduit mes trois heures que
je fais, de paperasse, le soir, bien, mes patients vont en bénéficier,
c'est-à-dire, probablement, je pourrai... je serai capable de voir sûrement
deux, trois patients de plus dans ma journée mais aussi je vais pouvoir être
capable de rentrer plus tôt, d'être mieux reposé et, le lendemain, d'être plus
en forme et plus disponible pour mes patients. Donc, c'est là qu'on dit que la
qualité de soins aux patients va en bénéficier.
Donc, les patients vont bénéficier d'une augmentation de l'accès et d'une
meilleure qualité de soins, parce que nos médecins seront moins épuisés.
M. Marissal : Oui. Je comprends
bien. Et, par ailleurs, vous ne faites pas l'adéquation parfaite, là, de chaque
heure sauvée en paperasse, c'est une heure de rendez-vous par... pour patient,
là. Juste pour qu'on soit clair, là, c'est un bon pas dans la bonne direction,
là, mais il n'y a pas de baguette magique ici, là, on ne va pas nécessairement
sauver 600 000 plages de rendez-vous, là?
M. Condé (Jean-Joseph) : Non. Ce
calcul... ce calcul mathématique est impossible à faire, il est très complexe.
Donc, combien de patients consultent un médecin chaque jour pour un certificat
médical? Est-ce qu'on connaît le nombre? Je
pense qu'on ne le connaît pas. Ensuite, bien, c'est sûr que si ces gens-là
n'ont plus à consulter, bien, ces plages-là vont être prises par
d'autres patients, qui ont besoin de médecins. Maintenant, combien de
patients... combien de patients de plus vont être vus? Ça, on ne le sait pas,
mais on sait qu'il va y en avoir. Si le médecin est moins... doit faire moins
de paperasse, et je sais qu'il y a des médecins qui font leur... Moi, je la
fais après, comme beaucoup de médecins, je la fais après les heures, la fin de
semaine, le soir. Mais il y a des médecins qui... qui le font... Ils arrêtent de voir des patients à
3 heures de l'après-midi pour faire leur paperasse de 3 à 5. Alors, ça, ce
serait du temps de consultation qui pourrait être libéré. Donc, oui, il
y aura un bénéfice, mais est-ce qu'on est capable de le quantifier
mathématiquement? Ça me semble très complexe.
M.
Marissal : Dernière question, rapidement, Dr Condé. La
FMOQ a proposé cinq jours d'absence... trois fois, trois fois cinq jours
d'absence annuellement. C'est trois en ce moment dans le projet de loi. La FMOQ
dit : Ça serait préférable 5, ne serait-ce que pour que les gens se
soignent vraiment avant de retourner en milieu de travail...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...nous
avions. Je suis vraiment désolée. Je dois maintenant remercier nos hôtes... nos
invités pour la contribution... pour votre contribution aux travaux de la
commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre aux prochains invités de prendre place.
(Suspension de la séance à 12 h 20)
(Reprise à 12 h 26)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue à l'Association canadienne des compagnies
d'assurances de personnes. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour
votre exposé et, par la suite, nous procéderons à la période d'échange. Je vous
invite donc à vous présenter et à nous donner votre exposé, s'il vous
plaît.
Association canadienne
des compagnies
d'assurances de personnes (ACCAP)
Mme Duhaime (Lyne) : Mme la
Présidente, M. le ministre, membres de la commission, mon nom est
Lyne Duhaime et je suis présidente de l'Association canadienne des
compagnies d'assurances de personnes, que nous appelons ACCAP Québec, un autre
acronyme. Merci de nous donner l'occasion de partager nos commentaires
concernant le projet de loi n° 68. Je suis accompagné par M. Denis
Dubois, président et chef de l'exploitation de Desjardins Sécurité financière et président du conseil d'administration
d'ACCAP Québec, ainsi que M. Martin Roussel, vice-président,
Prestations santé et services à la clientèle et aux assurés chez Beneva.
L'ACCAP est une association qui regroupe les
compagnies d'assurance de personnes qui font affaire au Québec et au Canada.
Nos membres travaillent de concert avec les employeurs, les syndicats et les
associations professionnelles pour offrir à plus de 6 millions de
Québécois des régimes d'assurance collective et des régimes d'assurance invalidité individuels. Ces régimes
couvrent, entre autres, des services paramédicaux comme les traitements
d'un psychologue, physiothérapeute ou chiropraticien, de même que des
couvertures d'assurance invalidité.
M. Dubois
(Denis) : Les assureurs de
personnes estiment que l'une des solutions pour améliorer la performance
du réseau de la santé repose sur une réduction de la charge administrative des
médecins. C'est notamment pour cette raison
que les assureurs appuient les orientations du projet de loi, un appui que
notre association a manifesté publiquement au printemps dernier. Nous
avons offert notre pleine collaboration au ministre de la Santé. Cette
collaboration s'est manifestée à travers des rencontres de travail afin de bien
comprendre les objectifs visés par le gouvernement et comment ces objectifs
peuvent s'arrimer avec la réalité de l'assurance collective.
Les assureurs ont analysé en détail les articles
du projet de loi et nous retenons les orientations suivantes. Les assureurs
n'exigeront plus de référence d'un médecin pour couvrir les frais d'autres
intervenants de la santé, comme les
physiothérapeutes, les psychologues, les ergothérapeutes. Les assureurs
n'exigeront plus de référence d'un médecin pour la vaste majorité des aides
techniques, ils accepteront les références de d'autres professionnels qualifiés
lorsque nécessaire. Par exemple, un ergothérapeute pourra valider la nécessité
d'une aide à la mobilité d'un individu. En assurance invalidité, les assureurs
ne dicteront pas la fréquence des rendez-vous avec le médecin, cela relève des
compétences du médecin.
Toutefois,
les assureurs doivent pouvoir continuer à communiquer avec le médecin pour
obtenir des informations. Ils doivent aussi pouvoir continuer à exiger
un rendez-vous médical ponctuel lorsque certains événements précis se
produisent. Lorsqu'une personne est en invalidité, cette collaboration entre le
patient, le médecin et l'assureur, et j'ajouterais l'employeur, est essentielle
afin d'assurer un retour à la santé et au travail de la personne concernée.
Malheureusement, le projet de loi est beaucoup plus large et pourrait
involontairement compromettre la viabilité à long terme des régimes d'assurance
invalidité du Québec. Heureusement, nous sommes convaincus que quelques
amendements clés assureront l'équilibre entre la réduction de la charge
administrative des médecins et le maintien de certaines mesures de contrôle
afin d'éviter une hausse des coûts de l'assurance collective qui est assumée
par les employés, les syndiqués et l'employeur.
M. Roussel (Martin) : La disposition
concernant l'invalidité est au coeur des préoccupations de l'industrie. Il est
important de rappeler que cette couverture représente un filet de sécurité
important pour les Québécois. Elle offre un remplacement de revenu lors d'un
arrêt de travail pour des raisons de santé physique ou mentale.
Essentiellement, il y a quatre acteurs clés qui jouent un rôle important dans
les régimes d'assurance invalidité, soit l'assureur,
le médecin traitant, la personne assurée et le preneur du contrat. Ce qu'on
veut dire ici, c'est principalement soit un syndicat ou les employeurs,
qui sont preneurs d'un contrat. L'assureur est responsable de verser des
prestations d'assurance à la personne assurée en fonction des modalités
choisies par le preneur de contrat. Tout au long de la période d'invalidité,
l'assureur collabore activement avec le médecin traitant ainsi que l'assuré, le
patient, qui doit participer à son rétablissement et adhérer au traitement
recommandé par son médecin. Quant au preneur, il détermine les paramètres du
contenu du contrat. L'objectif de cette collaboration est que la personne
puisse retourner au travail de façon
sécuritaire et au moment opportun. La collaboration peut s'effectuer par
échange de renseignements, discussions téléphoniques et/ou des
formulaires à compléter.
• (12 h 30) •
Soyons
clairs, les assureurs sont conscients que les formulaires d'invalidité
représentent une charge administrative pour les médecins. C'est pour cette
raison que l'AACAP a développé, en 2017, des formulaires standards
d'invalidité qui sont acceptés par tous les
assureurs de personnes. Nous avons recommandé au gouvernement d'intégrer ces
formulaires aux dossiers médicaux électroniques. D'ailleurs, la Nouvelle-Écosse
a mis en oeuvre ce type d'initiative, qui a réduit d'environ 70 %
le travail du médecin. En clair, les assureurs sont prêts à réduire,
simplifier, numériser les formulaires.
Toutefois, il n'est pas possible d'éliminer complètement les demandes
d'information. Il est indispensable que les assureurs puissent continuer
à avoir accès à toutes les informations médicales nécessaires pour évaluer la
situation de l'assuré et gérer correctement les demandes de prestations
d'invalidité. Cela est nécessaire notamment pour valider si les limitations
fonctionnelles découlant de la condition médicale empêchent la personne de
travailler, pour s'assurer qu'elle suit ses traitements lorsque requis et
qu'elle retourne au travail de façon sécuritaire lorsque sa santé le permet. Le projet de loi ne peut avoir
comme conséquence d'augmenter la durée des versements des prestations
d'invalidité en raison du manque d'information.
Si la durée moyenne de l'invalidité des assurés
auprès de l'assureur ne devait augmenter que de deux semaines en raison du
projet de loi, les conséquences seraient les suivantes : une augmentation
de l'ordre de 23,6 % des prestations payées pour les invalidités de courte
durée, et une augmentation de 4,3 % des prestations payées pour les
invalidités de longue durée. Considérant que des prestations de
530 millions ont été versées en invalidité courte durée en 2022 et de
1,7 milliard en invalidité longue durée, des augmentations de 23,6 %
et de 4,3 % sont énormes, et c'est sans compter les impacts en matière de
productivité sur les entreprises. Comme les régimes d'invalidité sont
entièrement payés par les employeurs et les employés, ce sont eux qui absorberaient
ces hausses. En plus de ces augmentations, les changements qui visent les soins
de santé contribueront également à une hausse des primes pour les employeurs et
les employés, et donc une hausse du coût de la vie. Les régimes, les employeurs
et les syndicats doivent inclure certaines mesures de contrôle, à l'instar des
assurances publiques offertes par la SAAQ et la CNESST, afin qu'ils demeurent
viables.
Mme Duhaime (Lyne) : Nous estimons
qu'il est important d'amender divers articles qui, tels que rédigés, sont trop
larges et ne correspondent pas à l'intention du gouvernement telle qu'exprimée
dans la partie accessible du mémoire présenté au Conseil des ministres.
Premièrement, on suggère de créer un nouvel
article qui traite spécifiquement des dispositions touchant l'invalidité.
Contrairement aux autres dispositions du projet de loi, l'assuré doit être
accompagné dans son rétablissement dans le cas d'une réclamation en invalidité.
Cela implique un suivi médical sur une certaine période et exige une collaboration
entre l'assuré, le médecin et l'assureur.
Deuxièmement, nous recommandons que les
dispositions touchant l'invalidité ciblent clairement l'intention du
gouvernement d'interdire à l'assureur de dicter la fréquence des rendez-vous
médicaux tout en reconnaissant qu'ils peuvent exiger qu'un rendez-vous médical
ponctuel ait lieu lors de certains moments clés et pour la gestion des clauses contractuelles nécessitant des
renseignements médicaux ou l'avis d'un médecin. En effet, nous comprenons
du mémoire public déposé au Conseil des ministres par les ministres de la Santé
et du Travail que l'objectif du gouvernement est que la fréquence des suivis
médicaux d'un patient soit établie par son médecin. Nous adhérons à cet
objectif et recommandons que le libellé du projet de loi porte clairement sur
l'interdiction d'imposer une fréquence de rendez-vous. Cela enverrait un
message clair que cette pratique est désormais interdite.
Troisièmement, nous recommandons que le projet
de loi précise clairement qu'il ne modifie pas le droit des assureurs d'obtenir
les informations nécessaires pour la gestion de l'invalidité et qu'il n'empêche
pas l'assureur d'échanger avec un médecin aux mêmes fins. Cet accès aux
informations médicales est fondamental car il permet aux assureurs de gérer
proactivement les dossiers d'invalidité en soutenant les personnes assurées.
Ensuite, tel que mentionné dans notre mémoire,
nous avons quelques amendements un peu plus techniques. Je vais y aller un peu
plus rapidement. On... Nous recommandons d'enlever le mot «indirectement» afin
d'éviter les ambiguïtés inutiles quant à la portée du projet de loi.
Cinquièmement, nous recommandons que le terme
«service médical», qui n'est pas défini, soit remplacé par le terme «service
assuré», tel que défini par la Loi sur l'assurance maladie.
Sixièmement, nous proposons de remplacer le
terme «intervenant du domaine de la santé et des services sociaux» par
«professionnel de la santé ou des services sociaux régi par le Code des
professions» afin d'identifier clairement les professionnels visés par le
projet de loi.
Enfin, nous proposons d'amender
l'article 29.2 du projet de loi afin que l'assureur soit réputé conforme à
la loi. Cet amendement ne permettrait pas aux assureurs de ne pas se conformer
à la loi. L'objectif est que les assureurs n'aient
pas à modifier leurs contrats, notamment ceux ayant une portée extraprovinciale
ou encore les contrats incorporés dans des conventions collectives ou les
contrats d'assurance individuelle qui ne prévoient aucun renouvellement.
En conclusion, nous réitérons notre
collaboration afin d'optimiser l'efficacité du système de santé. Nous sommes
convaincus que les amendements proposés permettront d'atteindre les objectifs
du gouvernement tout en évitant une hausse des coûts de l'assurance invalidité
et de l'assurance collective dans son ensemble.
Nous vous remercions de nous permettre de
contribuer à cette réflexion et sommes prêts à répondre à vos questions.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la période
d'échange avec M. le ministre. La parole est à vous.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. Merci à l'ACCAP. L'acronyme est utile parfois. Merci de la qualité
de votre présentation, de la préparation, du temps que vous avez consacré à
bien le préparer.
Évidemment, on a peu de temps. Je vais faire un
certain nombre de commentaires, notamment sur la proposition de scinder 29.1.
Je trouve ça relativement intéressant parce que, sur le fond, je pense qu'on
s'entend que des services professionnels,
ergothérapeutes, psychologues ou physiothérapeutes, c'est assez clair, les
aides techniques aussi, mais c'est l'assurance invalidité, où vous dites
qu'il faudrait préciser clairement l'intention du législateur que le jugement
clinique du professionnel soit respecté, le professionnel de la santé ou
l'intervenant de la santé. Ça, j'adhère à ça complètement, là, en fait, la
fréquence et la pertinence des rencontres. D'ailleurs, quand on avait fait
l'annonce avec la CNESST, on avait mis énormément l'accent sur cette
«incontournabilité», si vous me permettez, du jugement clinique du
professionnel de la santé qui s'occupe du travailleur qui est accidenté ou
malade, en vertu de la loi sur les accidents de travail.
Je trouve — c'est
un commentaire que je fais — je
trouve que c'est intéressant. Par ailleurs, il n'y a rien... parce que vous
faites référence, des fois à... bon, l'assureur peut vouloir communiquer avec
le médecin, il n'y a rien qui... pour bien gérer le dossier d'absentéisme, il
n'y a rien, dans le projet de loi, dans mon esprit à moi, et quand je... et
quand... quand je le relis, qui empêche cette communication-là, puis le
rendez-vous ponctuel non plus. Tu sais, c'est sûr que l'impact de
l'augmentation des durées d'absences pour invalidité sur les coûts et
ultimement la retombée sur l'augmentation des primes, ça nous préoccupe tous,
là. L'objectif, c'est vraiment de réduire une charge administrative pour
transformer du temps sans valeur ajoutée en du temps clinique, ce pour quoi les
médecins ont une expertise et ce pour quoi les Québécois ont un besoin d'accès
amélioré, particulièrement dans un contexte
de pénurie de main-d'oeuvre. Puis, des fois, vous pouvez simplement vouloir
vérifier des informations sur un formulaire non complété et plutôt que
de faire des allers-retours, la communication, elle est parfois utile. Puis le
rendez-vous ponctuel, il peut aussi, dans certains cas... Puis, il ne faut pas
oublier, Me Duhaime, qu'il va y avoir un règlement qui va préciser des cas
d'exception, avec leurs tenants et aboutissants, qui vont donner un éclairage
un peu plus précis, là, de certains éléments, notamment les aides techniques,
là, vous faites référence dans votre mémoire
aux aides techniques qui requièrent absolument une référence médicale. Ça, il y
a un règlement ou des règlements qui sont d'ailleurs en travail pour
s'assurer de bien baliser, là, les informations, puis ce qui est requis pour le
remboursement des aides techniques.
Vous avez dit : Enlevez le mot «même
indirectement». Vous savez l'impact parce que vous avez pratiqué le droit
aussi. Vous dites : Vous devriez l'enlever, «même indirectement», puis,
plus tard, vous dites que c'est un terme qui est superfétatoire. Je pense que
c'est le mot que vous utilisez. Donc, ça veut dire redondant. S'il est
redondant, pourquoi vous souhaitez tant qu'il soit enlevé? Mais je vais le...
on va l'analyser là, bien sûr, mais j'aimerais ça, peut-être, que vous précisiez votre pensée sur votre recommandation
d'enlever, entre guillemets, «même indirectement».
• (12 h 40) •
Mme
Duhaime (Lyne) : Mais, en
fait, vous savez, le projet de loi vient aussi avec des pénalités
potentiellement importantes. Donc, pour les assureurs, il est crucial, lorsque
le projet de loi sera une loi, de s'y conformer. Donc, l'ajout du mot «indirectement»,
en sus de l'imprécision de certains autres termes, pourrait créer des situations
où, par exemple, une personne décide elle-même d'aller voir son médecin, et
qu'on dise : Bien, finalement, c'est comme si vous aviez indirectement
contrevenu à la loi. Donc c'est vraiment pour un souci de clarté de quelles
sont mes obligations, mon obligation, et je
ne peux pas faire telle chose. Mais si on me dit «même indirectement», ça ouvre
une porte à beaucoup d'incertitude. Et, vous savez, dans les... chez les
assureurs, il y a des grandes, grandes équipes de conformité et ils
n'aiment pas beaucoup ça, l'incertitude. Ils aiment bien savoir quelles sont
les obligations, est-ce que l'entreprise est conforme. Donc, c'est vraiment
toute l'incertitude qui vient avec l'ajout d'un terme, du terme
«indirectement». Puis on ne voit pas
vraiment l'utilité. On ne peut pas faire telle chose, on ne le fera pas.
Lorsqu'on dit «même indirectement», à quoi fait-on référence?
M. Boulet : En fait, c'est en
relation avec l'interdiction de l'assureur ou de l'administrateur d'un régime
d'avantages sociaux d'exiger un service médical. Donc, «même indirectement»,
c'est... tu sais, c'est sûr, ce à quoi vous faites référence, c'est la personne
qui décide d'aller voir. Mais si la personne décide d'aller voir l'intervenant
ou le médecin, ce n'est pas parce que c'est exigé par l'assureur. Mais je pense
que je comprends votre point, là. OK.
Sur la notion de service médical, évidemment,
juste un commentaire, on ne l'a pas défini clairement, mais c'est parce qu'on
voulait que ce soit pris dans son sens large et libéral et incluant des
services de diagnostic, de prévention, de traitement et autres, là, mais c'est
la raison qui nous a incités à conserver ou à utiliser cette notion-là, et, évidemment, c'est le service d'un médecin que
nous voulons... c'est les médecins à l'égard desquels on veut contribuer
à alléger leur fardeau administratif.
Sur la notion d'intervenant, pouvez-vous me
revenir... me remettre dans l'esprit de votre mémoire? Vous dites : Pas «intervenant de la santé», je
pense que vous faites référence, comme d'autres, à : ça devrait être un
professionnel de la santé, parce que régi par le Code des professions et
par une loi spécifique. Est-ce que c'est bien la nature de votre
recommandation, maître?
Mme Duhaime (Lyne) : Oui, tout à
fait. Donc, on suggère de remplacer «intervenant de la santé» par «un
professionnel de la santé assujetti au Code des professions». Et, bon, on a
fait l'exercice, la liste, elle est très longue. Donc, la grande majorité des
intervenants de la santé sont assujettis à un code des professions. Donc,
encore une fois, c'est pour des fins de précision. «Intervenant de la santé»,
ce n'est pas un terme qui existe dans le corpus législatif au Québec, donc... À
moins que je ne me trompe?
M. Boulet : Non, non, non. Je vous
écoute.
Mme
Duhaime (Lyne) : Mais donc... Voilà. Donc, qu'est-ce qu'un
intervenant de la santé? C'est une terminologie qui est très, très
large.
M. Boulet : Vous dites : La
majorité des professionnels de la santé ou des personnes qui interviennent dans
le domaine de la santé sont sous le chapeau
d'une corporation ou d'un ordre professionnel. Donc, il y en a qui ne sont pas
membres d'un ordre professionnel. On pourra peut-être faire la liste, là, mais,
aisément, il me vient en tête les kinésiologues, les massothérapeutes. Puis, tu
sais, on réfère à la santé et services sociaux, il y en a beaucoup, là, puis il
y en a qui se sont additionnés au fil des années. C'est la raison pour laquelle
on n'a pas voulu limiter ça aux professionnels de la
santé régis par une loi, par l'Ordre des professions. C'était un commentaire
que je voulais partager avec vous.
L'autre élément, la présomption. En fait, vous
dites : Si ça demeure au-delà d'une année, on ne veut pas être présumé...
on ne veut pas que la compagnie d'assurance soit réputée non conforme et être
éventuellement soumise à des sanctions ou à une amende, tel que prévu dans la
loi. Vous voudriez que ce soit l'inverse?
Mme Duhaime (Lyne) : Ce qu'on
voudrait, c'est que les contrats soient réputés amendés, finalement. Donc, même
si le contrat n'est pas amendé, parce que c'est une police d'assurance
invalidité individuelle, par exemple, donc il n'y a pas de renouvellement puis
on ne peut pas amender la police, elle a été émise, contrairement aux contrats
collectifs qui sont renouvelés sur une base... à une certaine... à la
fréquence... Mais donc on veut que... ou, par exemple, un contrat d'assurance
collective intégré dans une convention collective, la convention collective,
elle n'est pas échue. Donc, on veut être réputé avoir modifié notre contrat et
devoir se conformer à la loi. On ne veut pas être coincé entre nos obligations
contractuelles qui disent une chose et les obligations de la loi. Donc,
l'assureur va appliquer la loi comme si son contrat avait été modifié.
M. Boulet : Je comprends. Puis c'est
vrai que ça fait, parfois, partie intégrante d'une convention collective de
travail. Ça peut faire l'objet d'un grief, d'une interprétation, d'une
application par un arbitre qui est nommé par les parties. On va faire une
réflexion là dessus, mais c'est sûr que ce qui m'ennuie un peu, c'est que ça
enlève une valeur incitative aux compagnies d'assurance d'adapter le contenu de
leur contrat d'assurance. Je ne sais pas si vous me saisissez bien. Puis,
deuxièmement, ce qui m'ennuie un peu, c'est l'assuré qui ne connaît pas
nécessairement le contenu de la loi, puis qui se fie à son contrat d'assurance
sans connaître... parce que même si on dit que tout le monde est présumé
connaître la loi... Mais il peut y avoir une réflexion à faire à cet égard-là.
Donc, on perd l'effet incitatif pour les assureurs d'adapter leur contrat
d'assurance à ce qui est contenu dans le projet de loi, puis on dilue un peu la
connaissance ou la portée que la loi peut avoir chez une personne assurée qui
se fie souvent au libellé de son contrat.
On va analyser. Je pense que... Puis j'aimerais
ça vous entendre, peut-être, dernier commentaire, là, mais vous dites : Le
règlement... le règlement devrait être fait par le ministère ou par le
gouvernement plutôt que par Santé Québec. Est-ce que je vous ai bien compris
aussi?
Mme Duhaime (Lyne) : Non, en fait,
non. Non, ça...
M. Boulet : OK. Parfait. Je pense
que c'est pour les déclarations sur une base triennale de la conformité de vos
pratiques...
Mme Duhaime (Lyne) : Parce que... En
fait, on fait référence... on a travaillé avec la RAMQ pour développer un
système d'attestation de conformité pour les régimes d'assurance médicaments et
on suggère de faire la même chose. C'est un... c'est déjà bien établi. Donc,
c'est, aux trois ans, des attestations des gens de la conformité de l'assureur,
qui confirment que les régimes de cet assureur sont conformes à la loi. Donc,
tout le... tout est déjà... la structure est déjà existante pour faire ce genre
de certification là, et donc on suggérerait d'en bénéficier, là, de l'utiliser,
puisque ce serait plus simple.
M. Boulet : Tout à fait, bien
compris. Donc, sur ce, moi, je vous remercierais. Puis vous savez que toute
nouvelle loi, celle-ci à connotation humaine et sociale, requiert l'engagement
puis la collaboration de tous les partenaires, dont vous faites partie, là,
d'un ensemble de partenaires qui sont vraiment essentiels à ce que ça puisse
donner les résultats anticipés. Et donc que l'Association canadienne des
compagnies d'assurance de personnes ait discuté, dialogué et continue de le
faire, moi, je trouve que c'est au bénéfice de tout le monde, de tous les
patients, patientes, notamment ici, au Québec. Merci beaucoup.
• (12 h 50) •
La
Présidente (Mme D'Amours) :
Merci. Maintenant, je vais céder la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, Mme Duhaime, M. Roussel, M. Dubois, merci
beaucoup pour votre présentation.
J'ai bien saisi, de votre côté, que... En fait,
vous nous avez fait, donc, un résumé, donc, des différentes orientations que vous proposez, en disant... en ce
qui a trait aux professionnels de la santé, vous dites, donc : Les
assureurs n'exigeront plus de références du médecin pour couvrir les
frais d'autres professionnels, les aides techniques, n'exigeront plus de
références du médecin pour la majorité des aides techniques qui accepteront les
références d'autres professionnels qualifiés. L'invalidité, vous demandez,
donc, certaines précisions dans le libellé du projet de loi, puis j'abonde un peu dans le même sens. Je posais la question à
d'autres témoins, hier, sur le libellé, pour s'assurer que ça reflète
bien l'intention du législateur, qui n'est pas de dire qu'il n'y aura pas de
demandes faites, donc, pour ce qui est des rendez-vous de suivi, là, pour ce
qui est, donc, des prestations d'assurance invalidité, mais que c'est... cette
fréquence-là soit dictée par le médecin traitant, plutôt que par les assureurs.
Dans le résumé de vos orientations, vous nous
indiquez aussi : Les assureurs, donc, doivent aussi pouvoir continuer à
exiger un rendez-vous médical ponctuel lorsque certains événements précis se
produisent. J'aimerais obtenir plus de précisions ici. Qu'est-ce que vous
entendez par là?
M. Roussel
(Martin) : En fait, il y a plusieurs éléments qui pourraient arriver,
mais un des plus fréquents qu'on peut voir
c'est qu'on a une information additionnelle, par exemple, de l'employeur, qui
va démontrer, peut-être, un
changement au niveau de conditions de travail, ou on va avoir, avec un autre
professionnel de la santé, une condition médicale qui va avoir été
modifiée, qui va avoir changée chez le patient. Donc, on veut s'assurer de
faire vraiment le lien avec le médecin traitant, tout ça dans un continuum de
santé bout en bout pour s'assurer qu'il n'y ait pas rien de contradictoire non
plus. Donc, un médecin, de son côté, peut avoir une information x à une date,
il y a... par exemple, il y a un mois, puis il y a une nouvelle information qui
arrive aujourd'hui, puis le médecin revoit seulement le patient dans un mois, dans deux mois, selon la fréquence
des rendez-vous qui aura été établie selon la condition médicale de la
personne. Donc, on veut s'assurer, à ce moment-là, si on détient une
information additionnelle, qu'on soit en mesure de dire : Vous devriez avoir une consultation
additionnelle avec votre médecin de famille ou votre médecin traitant, étant
donné qu'il y a une information nouvelle,
qui vient d'arriver au dossier, qui pourrait changer, jusqu'à un certain point,
l'admissibilité à l'assurance.
Donc, on ne veut certainement pas que l'assuré
soit pris, rendu au bout, avec un autre type d'administration, un autre type
d'administratif, parce qu'il ne peut plus avoir accès à ses prestations
d'invalidité, compte tenu de la nouvelle information. Donc, c'est un peu plus
dans ce sens-là qu'on va avoir certaines informations additionnelles, de
nouvelles données, qui va permettre d'avoir vraiment un travail de
collaboration, j'oserais même dire, un travail d'équipe entre l'assureur, l'assuré, le médecin traitant et d'autres
types de professionnels. Donc, on peut penser, certainement, des fois, à
un programme de réadaptation qui va donner une nouvelle information qui sera
pertinente au niveau du médecin traitant.
Mme
Cadet : D'accord, d'accord.
Et là, j'imagine, parce qu'effectivement, dans le projet de loi, donc, il y
a... le projet de loi, donc, réserve, donc, au gouvernement, donc, le droit,
donc, de pouvoir édicter, donc, un règlement, donc, ça ferait partie, donc, des exceptions que vous voudriez voir, par
exemple, donc, dans le règlement, et qui serait complémentaire à ce qu'on
lit dans l'article 29.1. C'est ça?
Mme Duhaime (Lyne) : Peut-être
juridiquement, étant donné qu'on parle de l'invalidité, on suggère que ce soit... que l'article soit amendé, donc que ce
soit plus clair dans la loi elle-même que ça reflète, en fait, mieux l'intention
du gouvernement tel que l'intention avait été énoncée, là, publiquement.
Mme
Cadet : Ah! OK. Donc, oui,
donc, c'est quelque chose qui pourrait... ce serait, donc, le type d'exemples que
vous, vous dites, donc, dans le cadre d'un règlement, donc, il faudrait le
voir. Mais, sur le plan juridique, là, il faudrait
s'assurer, donc, de scinder le tout, parce qu'ici, donc, vous... on n'est pas
du tout, donc, dans le... la demande, donc, de l'assureur, donc,
d'obtenir un billet du médecin avant d'avoir accès à des services d'autres
professionnels de la santé ou d'avoir accès
à des aides techniques. Mais vraiment cette demande-là, c'est strictement...
vous la voyez strictement sur le plan des prestations d'assurance
invalidité.
Mme Duhaime (Lyne) : Exactement.
Mme Cadet : OK.
M. Roussel (Martin) : Je me
permettrais peut-être...
Mme Cadet : Oui.
M. Roussel (Martin) : Si je peux me
permettre, Mme la députée, de préciser peut-être dans d'autres termes : en
fait, on veut voir où on est enclin à réduire de façon importante les
rendez-vous, ce qu'on appelle, nous, de type administratif, pour vraiment avoir
des rendez-vous ponctuels, ad hoc, qu'on pourrait dire, qui sont toujours en
lien avec un continuum santé au niveau du patient. Tandis que les rendez-vous
administratifs étaient plus... d'une fréquence...
ancienne... ancienne méthode, on pourrait dire, anciennement. Donc ça, à ce
moment-là, c'est ce volet-là qu'on voudrait vraiment retirer.
Mme Cadet : Oui, c'est clair. Il y a
plusieurs... Il y a quelques groupes, je peux dire plusieurs... quelques
groupes hier, qui sont venus, donc, nous exprimer des craintes qui ont été
dissipées, du côté de l'intention du législateur, de dire : OK,
l'objectif, donc, de réduire la charge administrative des médecins de famille
n'est pas de faire en sorte, donc, que cette charge-là, donc, soit imputée,
donc, à d'autres professionnels de la santé. Est-ce que... Compte tenu, donc,
de votre mémoire, donc, comment est-ce que vous seriez en mesure, donc, de
rassurer ces groupes-là, que, du côté des assureurs, il n'y a pas d'intention
de dire : OK, bien, dans le projet de loi, on est d'accord, c'est-à-dire
on n'aura pas besoin de passer par un médecin pour obtenir son billet pour
aller voir un autre professionnel de la santé, mais que vous ne seriez pas en
contravention de la loi, si vous alliez... vous iriez voir un autre type de...
vous exigeriez d'aller voir un autre type de professionnel avant de... pour
obtenir, donc, son billet, donc, avant, donc, que l'assureur, donc, puisse se
faire rembourser, donc, des services?
M. Dubois (Denis) : On a amorcé
l'année passée, avant même le projet de loi, une réflexion du côté de
l'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes, l'ACCAP, au
niveau national et au niveau provincial aussi, cette
réflexion-là sur comment réduire la charge. Ça fait que, un, l'intention, on
l'avait déjà avant que le projet de loi soit amené. Donc... Parce que toutes
les organisations aujourd'hui cherchent, d'une part, à simplifier la vie des...
de leurs clients, ce n'est pas différent dans le contexte des compagnies
d'assurances de personnes, et, en plus, on voit bien qu'il faut donner de l'air
à notre réseau de la santé. Ça fait que cette réflexion-là, on l'avait commencée. Et c'est pour ça d'ailleurs
qu'on avait annoncé, déjà, du côté de l'association, des changements qui
allaient dans ce sens-là. Ça fait que notre intention, c'est absolument de
poursuivre. On fait écho à ce que d'autres groupes ont mentionné. Je pense que
ça prend un travail de concertation. On ne peut pas... il n'y a pas personne
qui peut faire... C'est probablement un des défis qu'on a, c'est travailler ça
vraiment avec l'ensemble des acteurs. On a été... C'est les mêmes compagnies
d'assurance qui étaient dans le projet avec la Nouvelle-Écosse, hein, c'est...
il n'y a pas des compagnies à l'extérieur du Québec puis au Québec, c'est les mêmes
assureurs. Donc, ça prend un travail concerté pour éliminer au maximum tout ce
qui n'est plus pertinent aujourd'hui. Puis il y a tout un historique sur lequel
on doit travailler collectivement, simplifier au maximum et assurément
automatiser. Et un des gros gains dans le cas de la Nouvelle-Écosse, c'est
d'avoir intégré l'information dans le dossier de santé. Donc plus de
ressaisies. On minimise. Donc l'intention, elle est absolument là.
En même temps, ce qu'on dit dans notre mémoire,
c'est qu'on doit tous avoir le souci de l'impact de nos actions sur l'évolution
des coûts des régimes. Parce qu'ultimement, les patients, bien, c'est aussi des
gens qui souscrivent aux contrats, pour qui la considération sur le coût, elle
est là. Je vous dis, elle est très actuelle. Les hausses qui découlent des
régimes d'assurance collective, que ce soit l'inflation sur les médicaments,
les coûts de la santé, donc, il faut se soucier aussi. Donc, on a besoin de ce
travail concerté là pour s'assurer qu'on ne fait pas, on ne génère pas des
effets négatifs parce qu'on a voulu aller trop loin ou trop vite. Mais
l'intention, elle est absolument là, de l'ensemble des compagnies, d'alléger au
maximum ce qui n'a plus de valeur aujourd'hui.
Mme
Cadet : Donc pas de faire
ricochet vers d'autres professionnels, mais vraiment d'alléger la charge un peu
pour tout le monde.
M. Dubois
(Denis) : Mais il y a peut
être certains services où ça sera pertinent d'aller quand même, parce que les
coûts sont significatifs, parce que... Mais on va vouloir réduire au minimum
ces situations-là.
Mme Cadet : Par exemple, quel type
de services?
M. Dubois (Denis) : Tu peux
peut-être Martin, donner des exemples.
M. Roussel (Martin) : On pourrait,
par exemple, on pourrait avoir un lit articulé, par exemple, ou une condition
particulière qui pourrait aider un patient, là, en aide technique. À ce
moment-là, on pourrait, au lieu d'aller vers
un médecin pour avoir une prescription... Donc, comme on disait, c'est des
coûts quand même importants. On veut s'assurer que la condition médicale
requiert vraiment ce soin particulier. Donc, à ce moment-là, par exemple, un
ergothérapeute pourrait certainement faire la prescription... bien, la prescription...
l'avis médical, en fait. C'est certain que
ce qu'on voit régulièrement, par exemple, puis c'est pour ça qu'on voit
peut-être un peu moins de recharges aux autres professionnels, c'est que
ces... ces patients-là, ces assurés-là sont, la plupart du temps, déjà suivis
par un professionnel, que ça soit un physiothérapeute, que ça soit un
chiropraticien, que ce soit un ergothérapeute. Donc, à ce moment-là, ils
devaient se diriger vers un médecin, mais il est déjà en contact, la majorité
du temps, avec un professionnel de la santé. Donc, on ne voit pas une
surcharge, mais plutôt simplifier, étant donné que l'ergothérapeute, dans un
cas comme ça, comme exemple, pourrait tout simplement faire une référence
médicale qui serait acceptée du côté des assureurs.
Mme
Cadet : C'est ça. Donc, l'avis médical, donc, du
spécialiste ici, donc, serait... c'est ça, donc, serait accepté de la
part des assureurs...
M. Roussel (Martin) : Exact.
Mme Cadet : ...sans que la personne,
donc, ait à passer... à refaire, donc, tout le processus, donc, d'essayer
d'obtenir, donc, un avis, donc, d'un médecin généraliste. Donc, il pourrait
donc conserver, donc, sa relation avec son propre... son propre spécialiste
qui, lui, donc, pourrait émettre l'arrêt puis la référence ou l'avis?
M. Roussel (Martin) : Exact.
Mme Cadet : Très bien. Vous avez
parlé de l'exemple de la Nouvelle-Écosse, là, où est-ce que... on en a beaucoup
entendu parler au cours des derniers jours, sur l'uniformisation des
formulaires. Donc, vous, qu'est-ce que vous pensez?
• (13 heures) •
M. Dubois (Denis) : Oui, bien, je
peux commencer, Lyne, tu compléteras. Dans le fond, on supporte pleinement
l'objectif, puis je pense que cette étape-là, de rentrer l'information dans le
dossier numérique, bien, s'assure de
l'application de la standardisation des formulaires, parce qu'on... je pense
que ça a été mentionné au Québec, on a des formulaires aujourd'hui.
Toutefois, comme les formulaires existent encore un peu partout, on a de la difficulté à s'assurer de l'application dans la vraie vie
des formulaires standardisés. Donc, ce qui a été différent dans le cas de la
Nouvelle-Écosse, c'est d'intégrer dans le dossier les formulaires, et ça, ça a
fait en sorte qu'on a accéléré sur l'adoption. Je ne sais pas, Lyne, si tu
veux... Oui.
Mme Duhaime
(Lyne) : Bien, tout à fait. L'aspect numérisation... Il y a la
standardisation, mais elle a été comme... en quelque sorte forcée par la
numérisation, donc c'était... c'est une étape qui a été quand même très importante,
là. Puis, bon, j'imagine que, si la Nouvelle-Écosse a pu le faire, il est
certainement possible de le faire au Québec aussi, là.
Mme Cadet : Oui,
je pense que c'est ce qu'on entendait de la part de nos interlocuteurs
précédents. Je veux dire, on a tout ce qu'il nous faut au Québec...
Mme Duhaime
(Lyne) : Oui.
Mme Cadet : ...pour
être en mesure de le faire. Et je comprends que, vous, il n'y a pas de
réticence, au contraire, donc, à avoir une
uniformisation de ces formulaires-là. Et on a entendu beaucoup, là, de... de
commentaires, donc, quant au contenu, donc, des formulaires, quant aux
questions, parfois, qui peuvent être posées de la part des professionnels de la
santé. Les commentaires que... qui nous ont été formulés, c'est que parfois,
donc, le... bon, certaines questions pouvaient être superfétatoires, puis on se
posait, donc, des questions sur... sur la pertinence, la légitimité de ce qui
pouvait être demandé dans l'un, mais pas dans l'autre. Donc, je ne sais pas si
vous avez une réaction par rapport au contenu aussi des formulaires dans une...
dans un scénario d'uniformisation.
Mme Duhaime
(Lyne) : Oui. Évidemment, le formulaire devrait être le plus simple
possible, mais permettre à l'assureur de bien évaluer si la personne est
admissible ou non à l'invalidité et aussi l'aider pour la réadaptation. Donc,
ça, c'est vraiment la base.
Ensuite, peut-être un
peu... Pourquoi avons-nous dans le marché des formulaires qui... très longs?
Mais, vous savez, ces pratiques se sont développées sur une longue période de
temps. Ça peut être avec un employeur, un syndicat qui avait des consultants
puis qui est... Puis c'est toujours dans un souci de contrôler les coûts,
d'avoir le plus d'information possible. Puis là, le formulaire s'est développé,
puis il est devenu de plus en plus long, puis là, ce formulaire-là existe
encore, et un autre s'est développé au fil du temps. Donc, c'est... il y a tout
un historique, là, de... puis ça découle... Oui, c'est le formulaire de
l'assureur, mais c'est souvent aussi le formulaire de l'employeur, c'est tout
un travail de collaboration qui se fait, et bon, bien, maintenant nous avons
dans le marché des formulaires qui sont plus simples, d'autres qui sont plus
longs.
Mme Cadet : Donc,
je pense que ça a été très... Merci. Je pense que votre position, donc, sur le
fait de scinder les articles au niveau de l'invalidité, pour moi, c'est clair,
à moins que vous avez quelque chose à rajouter sur cette recommandation-là.
Mme Duhaime
(Lyne) : Non, non.
Mme Cadet : Non...
Mme Duhaime (Lyne) : Bien, c'est très
important, là, mais nous, là, mis à part le fait que c'est très important pour
nous, je pense qu'on vous l'a expliqué amplement, oui.
Mme Cadet : Oui,
puis aussi, j'imagine, ça s'arrimait... Parce que, dans vos propositions
d'amendement, tu sais, vous le disiez, donc,
«afin de limiter une hausse des coûts de l'assurance collective individuelle».
C'est un peu votre proposition au niveau, donc, de... des demandes... des
demandes d'information ou des... de la... Votre volonté, donc, de
pouvoir maintenir, donc, le droit, donc, de pouvoir exiger, donc, des visites
ponctuelles, ça s'inscrit dans cet... cet esprit-là?
Mme Duhaime
(Lyne) : Tout à fait, donc sortir l'invalidité du premier paragraphe,
en créer un deuxième et prévoir que l'assureur ne peut dicter la fréquence des
rendez-vous. Mais, bien entendu, on veut pouvoir continuer à communiquer avec
le médecin pour obtenir de l'information et, également, de demander un
rendez-vous ponctuel, par exemple, lorsqu'il y a un changement de définition
dans un contrat, vous pouvez être assuré pendant
deux ans sous une définition, puis ensuite pour l'invalidité la plus longue...
à plus long terme, à ce moment-là, c'est une autre définition. La plupart des
contrats fonctionnent comme ça. Bien, il faut que le médecin voie le patient
pour évaluer où il en est dans son état de
santé. Donc, il y a des déclencheurs où il y a l'exemple que M. Roussel
avait aussi donné, mais il y a des déclencheurs, des situations où l'assureur
doit pouvoir dire : OK, bien, tu n'es pas... tu n'as pas prévu voir
ton médecin avant trois mois, mais moi, j'aurais besoin que tu le voies. Donc,
c'est vraiment les situations qu'on veut couvrir, on veut être certain de
pouvoir exiger ce rendez-vous ponctuel entre deux rendez-vous prévus avec le
médecin puis selon les conditions... Il y a des conditions où la personne peut
voir son médecin toutes les semaines, mais
il y a des conditions, surtout en invalidité longue durée, que la personne peut
voir son médecin deux fois par année.
M. Dubois (Denis) : Est ce que vous
permettez?
Mme Cadet : Oui,
il reste du temps.
M. Dubois (Denis) : Il y a vraiment
une considération des coûts pour ce qu'on vient d'expliquer. L'autre,
c'est : il faut comprendre qu'il y a un contrat qui doit être appliqué et
que le professionnel qui gère la réclamation a besoin de faire la courroie entre les acteurs. On le disait dans le mémoire.
Donc, oui, le médecin a une vue, l'employeur en a un autre, le contrat donne une vue, donc, c'est important que, pour
pouvoir gérer le coût, ce rôle-là puisse être assumé. Donc, l'accès est
fondamental. Ça ne peut pas être seulement le médecin qui dicte la suite.
Mme Cadet : Sur les mesures de
contrôle, juste m'assurer ici d'avoir bien saisi, le libellé actuel du projet
de loi remet à Santé Québec la responsabilité d'exiger la remise d'un rapport
de conformité des pratiques d'un assureur. Vous proposez que la réglementation
soit dictée par le gouvernement plutôt que par Santé Québec. Je sais que le
ministre a posé un peu la question, mais je ne suis pas certaine d'avoir bien
saisi.
Mme Duhaime (Lyne) : Oui. Ce n'est
pas tellement que ce soit Santé Québec ou le ministère. En fait, c'est qu'on a
déjà établi un processus. La RAMQ nous a approchés il y a peut-être cinq, six
ans pour... parce qu'elle dit : J'ai
l'obligation de m'assurer que vos régimes sont conformes à la loi. On a
développé un mécanisme. À chaque trois ans, les assureurs, chaque
assureur émet une attestation de conformité de ses régimes, donc, par les gens
de la conformité qui ont le pouvoir de faire cette attestation. Et donc on a
mis en place tout un mécanisme, on a une ligne directrice de l'ACCAP, tous les
assureurs doivent se conformer à cette ligne directrice qui prévoit
l'attestation, aux trois ans, qui est acheminée à la RAMQ. Et ce qu'on dit,
c'est que... plutôt que de créer un autre mécanisme d'attestation de
conformité, incorporons les exigences du projet de loi n° 68 dans le
mécanisme existant que nous avons pour la loi sur l'assurance médicaments.
Mme Cadet : D'accord. Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout le temps que nous avions.
Mémoires déposés
Avant de conclure les auditions, je procède au
dépôt des mémoires des personnes et des organismes qui n'ont pas été entendus
lors des auditions publiques. Il me reste à vous remercier pour votre
contribution à nos travaux.
La commission ajourne ses travaux sine die.
(Fin de la séance à 13 h 07
)