(Neuf heures quarante-six minutes)
La
Présidente (Mme D'Amours) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission de l'économie et du travail ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je
demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques, s'il vous plaît.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 71, Loi visant à
améliorer l'accommodement des personnes... l'accompagnement, pardon, des
personnes et à simplifier le régime d'assistance sociale.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Boivin-Roy (d'Anjou—Louis-Riel) est remplacée par Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice);
M. Dufour (Abitibi-Est) est remplacé par Mme Blais (Abitibi-Ouest); Mme Tremblay
(Hull) est remplacée par Mme Mme Poulet (Laporte); Mme Dufour
(Mille-Îles) est remplacée par Mme Prass
(D'Arcy-McGee); Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey) est remplacée par Mme McGraw (Notre-Dame-de-Grâce); et M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve) est remplacé par Mme Labrie
(Sherbrooke).
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Nous débuterons ce matin par les remarques préliminaires, puis nous entendrons
par la suite les témoins suivants, soit la Société québécoise de la déficience
intellectuelle, le Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec et le Groupe
de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec.
Remarques préliminaires
J'invite maintenant la ministre responsable de
la Solidarité sociale et de l'Action communautaire à faire ses remarques
préliminaires. Mme la ministre, vous disposez de six minutes. La parole est à
vous.
Mme Chantal
Rouleau
Mme
Rouleau : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, d'abord,
j'aimerais saluer et remercier les personnes qui ont participé, de près
ou de loin, à l'élaboration de ce projet de loi. D'entrée de jeu, mes sincères
remerciements vont à l'ensemble des groupes et des individus qui ont été
rencontrés lors de ma tournée à travers le Québec et qui ont été généreux en
recommandations pour nourrir ce travail. Je remercie, évidemment, la Direction
des affaires juridiques et toute l'équipe de la Solidarité sociale, de mon
ministère. Je remercie mes adjointes gouvernementales qui sont présentes
aujourd'hui, ma sous-ministre, mon sous-ministre adjoint et toute l'équipe du
cabinet qui a... pour tout l'apport incalculable à cet exercice.
Honorée
d'ouvrir ces consultations aujourd'hui. On amorce une modernisation qui est
essentielle pour notre société. Les
programmes d'assistance sociale ont été inchangés depuis 20 ans et ne répondent
plus à notre réalité. Le projet de loi que j'ai déposé, il est
nécessaire pour arrimer nos programmes avec le Québec d'aujourd'hui. On doit
reconnaître les défis auxquels sont
confrontés nos citoyens plus vulnérables. Et, depuis deux décennies, on a vu
une baisse importante, marquée, donc, du nombre de prestataires
d'assistance sociale et une diminution du taux de chômage. Et le meilleur moyen de se sortir de la pauvreté, bien, c'est par
l'emploi, notamment, faut-il encore bien accompagner les gens, surtout s'ils sont très éloignés du marché du travail,
pour les mener vers un emploi et une meilleure intégration à notre société.
Et c'est là que le projet de loi n° 71
intervient. Un projet qui n'est pas qu'une simple modernisation. Il place
l'individu au coeur de nos priorités. Il faut éviter que les personnes
décrochent de la société. Alors, offrons-leur des avenues pour réussir leur
intégration vers un emploi.
• (9 h 50) •
Avec ce projet de loi, on leur propose un
accompagnement personnalisé. Il est crucial de stabiliser les enjeux de santé et de vie quotidienne des prestataires si
nous voulons qu'ils s'intègrent durablement en emploi, et nous suggérons donc
d'élargir le Programme d'aide et d'accompagnement social pour y intégrer un
nouveau volet de participation sociale. Grâce à lui, les prestataires de nos
programmes pourront renforcer leurs habiletés dans des environnements plus
souples. Et, pour favoriser l'intégration au marché du travail, le projet de
loi n° 71 propose également d'élargir l'accès au programme
Objectif emploi.
Nous voulons de plus
que des personnes bénéficient de ce programme pour y faire ses preuves et qu'il
propose aussi des accompagnements... des services d'accompagnement personnalisé
pour rendre l'assistance sociale plus humaine. Et, à la demande des groupes que
nous avons consultés, nous voulons remplacer les contraintes à l'emploi par des
contraintes de santé. Les prestations... prestations que nous verserons seront
basées sur l'état de santé d'une personne et non sur sa capacité à travailler.
On veut permettre à plus de professionnels de la santé et des services sociaux d'émettre les diagnostics qui reconnaissent
les contraintes. Cette nouvelle approche va faciliter notre capacité à cerner
les besoins individuels de nos prestataires et simplifiera l'accès à la
solution adaptée.
Le projet de loi vise
également à encourager la diplomation des prestataires, dont plus de 40 %
n'ont pas de diplôme d'études secondaires. Nous offrirons un soutien financier
supplémentaire aux prestataires qui suivront une formation. Nous savons que l'éducation est une clé pour que les
personnes plus vulnérables améliorent leur condition. Dorénavant, grâce
au projet de loi n° 71, nous passerons d'un régime punitif à un régime
plus simple, plus humain. Nous voulons faire tomber des barrières qui bloquent
trop souvent la progression des prestataires. On compte individualiser le
versement des prestations des couples pour lutter contre la codépendance et la
violence conjugale. Nous voulons abolir le niveau... la notion, pardon, de contribution
parentale pour que les jeunes adultes n'aient plus à demander une attestation à
leurs parents. Nous savons aussi que les enjeux de littératie mènent parfois
des situations de surendettement involontaire. On propose donc d'attaquer le
surendettement des prestataires en limitant à cinq ans la période pouvant faire
l'objet d'une réclamation.
Et en conclusion, Mme
la Présidente, le but de ce projet de loi est de mieux soutenir, mieux
accompagner les personnes qui font appel à
l'aide de dernier recours et de leur simplifier la vie. Il convient donc de s'y
pencher attentivement. Les mesures
doivent être prises dans leur ensemble et non pas de façon isolée. Certains
éléments peuvent être complexes, il faut s'assurer de bien les
comprendre pour voir comment le projet de loi vise à bien atteindre ses
objectifs.
Je suis à l'écoute et
très ouverte à vos idées afin que nous puissions ensemble mener ce projet pour
le bien de nos plus démunis. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
Mme la ministre. J'invite maintenant la porte-parole de l'opposition officielle et députée de Notre-Dame-de-Grâce à faire ses remarques préliminaires pour une durée de
4 min 30 s. La parole est à vous, Mme la députée.
Mme Désirée McGraw
Mme McGraw : Merci, Mme la Présidente. Alors, je souhaite tout
d'abord de saluer la ministre responsable de la Solidarité sociale et de l'Action communautaire, ainsi que les
députés de toutes les formations politiques et les équipes du ministère
qui travaillent sur ce projet de loi n° 71. Il est important de rappeler
que le Parti libéral du Québec a été à l'origine de deux réformes majeures de
la Loi sur l'aide aux personnes et aux familles, soit en 2016 et en 2018, dont
le Programme de revenu de base mis en oeuvre par ce gouvernement, et on l'a
salué. Ces réformes ont marqué des avancées significatives pour améliorer le
soutien aux plus vulnérables de notre société. Permettez-moi aussi de rappeler
que le programme Objectif emploi est une initiative libérale introduite pour
favoriser l'intégration des personnes en première demande d'aide sociale. Ici,
le gouvernement veut vraiment capitaliser sur cette initiative libérale. Il est
impératif de renforcer l'accompagnement. Cet objectif reste aujourd'hui au coeur
des valeurs du Parti libéral : offrir à une personne, selon ses capacités,
une véritable chance de se relever.
L'opposition officielle s'inquiète de la volonté
du gouvernement à assurer un vrai accompagnement de qualité pour tous
les bénéficiaires. Nous constatons que le gouvernement propose une réforme à
coût nul. Comment peut-on envisager une
réforme aussi vaste et promettre un meilleur accompagnement, des services plus
accessibles et une intégration plus
efficace au marché de travail sans y allouer les ressources financières
nécessaires? Simplifier l'administration est une chose, mais cela ne doit pas se faire au détriment de la qualité des
services offerts aux citoyens les plus vulnérables.
Le gouvernement
propose de regrouper plusieurs programmes existants en un seul, le programme
d'aide financière de dernier recours. Nous sommes particulièrement préoccupés
par la manière dont ces changements vont impacter les personnes avec des
contraintes sévères à l'emploi, ce qui inclut non seulement des problèmes de
santé, mais aussi des défis psychosociaux qui risquent de voir leur soutien
diminuer ou revenir moins accessible. Avec une réforme à coût nul, nous
craignons que cette simplification ne soit, en réalité, qu'une réduction des
services pour ceux qui en ont le plus besoin. La simplification ne devrait
jamais mener à la déshumanisation.
Nous saluons l'idée d'améliorer l'accompagnement
des prestataires avec la mise en place des réseaux régionaux d'accompagnement. Cependant, sans un financement
suffisant, une bonne coordination entre les différents acteurs, y compris les organismes communautaires, les
services de santé et les services sociaux, ainsi que les acteurs économiques,
ce réseau risque de ne pas atteindre ses objectifs.
Le Parti libéral continuera de plaider pour une
approche plus rigoureuse et aussi plus humaine, qui ne soit pas
simplement une opération, comme on dit, cosmétique à coût nul.
Alors, nous allons
rester... nous restons très préoccupés, Mme la Présidente, par plusieurs
aspects de ce projet de loi, notamment
l'insuffisance des ressources allouées et l'impact potentiel sur les personnes
qui vivent de la précarité. Bien que nous reconnaissons certains aspects
positifs de ce projet de loi, nous devons nous assurer que les changements
proposés apportent des réelles solutions aux personnes qui en ont le plus
besoin. Notre formation demeure vigilante pour que ces réformes soient
véritablement au service des Québécois les plus vulnérables, dont les personnes qui vivent des handicaps... avec des
handicaps, des déficiences, les jeunes familles, les aînés, les proches aidants
et les femmes victimes de violence conjugale. Nous espérons que le
gouvernement saura ajuster ses propositions en fonction des besoins réels de la
population, car ce sont les citoyens les plus fragiles, Mme la Présidente, qui
risquent de pâtir des décisions prises dans cette enceinte. Alors, on va
laisser à la population de juger si ces programmes sont vraiment plus humains.
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
Mme la députée. J'invite maintenant la porte-parole du deuxième groupe
d'opposition, Mme la députée de Sherbrooke, à faire ses remarques
préliminaires. La parole est à vous.
Mme Christine Labrie
Mme Labrie : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour à tous mes collègues. Je suis contente qu'on étudie
enfin ce projet de loi là. J'ai lu, dans les derniers jours, avec beaucoup
d'intérêt cet ouvrage, qui est un recueil de coupures de presse sur les
différentes réformes qu'il y a eu sur l'aide sociale depuis 1969 et sur la
mobilisation citoyenne qu'il y a eu aussi autour de ces enjeux-là, puis je dois
dire que mon souhait le plus sincère, c'est qu'on ne rejoue pas encore dans le
même film, ce film qui se joue à répétition depuis des décennies dans lequel
les gouvernements, peu importe lesquels, qui se sont succédé ont toujours
continué de répéter la même chose, qu'il fallait renvoyer les gens sur le
marché du travail parce que ça améliorerait leur situation, mais surtout parce
qu'il fallait aussi couper dans les dépenses des programmes d'aide sociale. Au
fil du temps, on a réussi à ramener beaucoup de gens sur le marché du travail,
de sorte qu'aujourd'hui il reste de moins en moins de prestataires d'aide
sociale, malgré une croissance de la population importante. Les personnes qui
sont actuellement sur ces programmes-là ont des situations de vie qui les
rendent très souvent bien éloignées du marché du travail.
Moi, j'accueille positivement beaucoup de choses
qui sont proposées dans le projet de loi, notamment l'élargissement du
nombre de professionnels auprès desquels ils vont pouvoir se tourner,
l'abolition de la contribution parentale, l'individualisation des prestations,
mais j'ai quand même beaucoup d'inquiétude que ça ne va pas simplifier la vie
de tout le monde. Donc, on va être là pour s'en assurer, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, Mme la députée. Avant de continuer, je dois vous
demander le consentement pour que notre collègue le député de Jean-Talon puisse
faire une remarque préliminaire d'une durée d'une minute. Est-ce que j'ai votre
consentement?
Des voix : Consentement.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Donc, M. le député de Jean-Talon, la parole est à vous
pour une minute.
M. Pascal Paradis
M. Paradis : Merci, Mme la Présidente.
Alors, merci à la ministre, à toute l'équipe du ministère pour les travaux
de préparation de ce projet de loi. Je salue d'avance toutes les personnes qui
vont venir contribuer à nos réflexions. Favoriser
la mise en mouvement vers l'emploi, améliorer l'accompagnement, contribuer à la
pleine participation sociale, simplifier et optimiser le régime
d'assistance sociale, voilà des objectifs, des intentions qui sont très
intéressants.
J'abonde dans le même
sens que mes collègues, il y a beaucoup de propositions qui paraissent
intéressantes dans ce projet de loi, mais c'est un projet de loi qui est lié au
plan de lutte contre la pauvreté qui a été présenté au printemps dernier, qui a
été jugé assez timide par beaucoup d'organisations, de base. Donc, il faudra
voir, dans nos discussions, s'il s'agit plus
d'une opération de communication qu'un réel... une réelle avancée pour les
personnes parmi les plus vulnérables de notre société. Une réforme à
coût nul, ce n'est pas facile. Alors, à nos discussions. Merci.
Auditions
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Merci beaucoup. Donc, nous allons commencer nos
travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue à la Société québécoise de la
déficience intellectuelle. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer
votre exposé, s'il vous plaît.
Société québécoise de la déficience intellectuelle (SQDI)
Mme Duranleau (Amélie) : Mme
la Présidente, messieurs, mesdames les députés, premièrement, permettez-nous
de vous remercier pour votre invitation à présenter notre position sur le
projet de loi n° 71 ce matin. Mon nom est Amélie
Duranleau, je suis la directrice générale de la Société québécoise de la
déficience intellectuelle, la SQDI.
M. Ragot
(Samuel) : Bonjour, mon nom est Samuel Ragot. Je suis analyste senior
aux politiques publiques à la SQDI. Je suis aussi candidat au doctorat en
travail social à l'École de travail social de l'Université McGill. Ma thèse
porte sur la sécurité financière des personnes en situation de handicap, donc à
ce propos.
• (10 heures) •
Mme Duranleau (Amélie) : Oui.
La SQDI est un regroupement provincial qui compte plus de
100 organisations à travers la province qui oeuvrent en déficience
intellectuelle. Nous travaillons à la promotion et à la défense des droits des
personnes qui ont une déficience intellectuelle et de leur famille. Mme la Présidente,
la SQDI accueille le projet de façon généralement positive mais avec des
réserves importantes en lien avec certains articles.
Bien entendu, comme
d'autres groupes que vous entendrez au cours de la semaine, nous aurions aimé
voir un projet de loi qui va un peu plus loin sur certains aspects, un projet
de loi qui vient réellement humaniser le traitement des prestataires, un projet
de loi qui donne plus de soutien financier aux proches aidants des personnes
qui ont une déficience intellectuelle, un projet de loi qui permet réellement
aux prestataires de sortir de la pauvreté, un projet de loi qui généralise l'accès au programme de revenu de base, un projet de
loi, enfin, qui aurait mis le Québec à l'avant-plan des provinces
canadiennes en matière d'assistance sociale.
Malheureusement, ce n'est
pas exactement ce projet de loi que nous avons entre les mains. Malgré tout,
nous pensons qu'il y a du bon dans le projet
de loi n° 71, nous tenons à le souligner, en autant que des amendements
soient adoptés pour l'améliorer.
En premier
lieu, nous saluons l'élargissement de la portée de la loi avec la création de
programmes d'assistance sociale qui viendront s'ajouter aux programmes
d'aide financière. Ce nouveau volet de la loi a du potentiel, en autant qu'il
soit mis en oeuvre de façon ambitieuse et que des ressources soient mobilisées
en conséquence. L'emphase mise sur l'accompagnement des prestataires est
également la bienvenue. Nous apprécions le fait que la ministre ait mis
l'accent sur l'intégration d'emplois et sur la participation sociale en
général. Pour bien des personnes que nous représentons, l'emploi à temps
partiel est une possibilité qui doit être comblée par d'autres formes de
participation sociale. Toutefois, le projet de loi a grandement besoin
d'amendements en lien avec certains articles.
M. Ragot
(Samuel) : Mme la Présidente, nous avons envoyé un mémoire à
la commission la semaine dernière. Il y avait un certain nombre de
recommandations qui y étaient consignées. Je ne veux pas toutes les répéter ce
matin, sinon ça va être très long. Je vais plutôt m'adresser... adresser
certains aspects plus critiques.
Premièrement,
on n'est pas certains de la pertinence de renommer les contraintes sévères à
l'emploi en contraintes sévères de
santé. En fait, pour nous, il aurait été préférable de voir l'apparition de
contraintes psychosociales appuyées par des diagnostics médicaux. Il
s'agissait d'ailleurs d'une recommandation conjointe de la Direction de
l'assistance sociale du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale et du
milieu associatif en 2019.
Actuellement, comme vous le savez, le principal
défi des prestataires pour se faire reconnaître une contrainte sévère, c'est
l'accès à un médecin qui accepte de remplir les rapports médicaux. Les rapports
ne sont pas très adaptés aux contraintes psychosociales, actuellement.
Pourtant, la majorité des prestataires ayant des contraintes sévères à l'emploi
ont des troubles de santé mentale, sont autistes ou ont une déficience
intellectuelle. Le point commun de ces personnes est qu'elles ont toutes une
condition qui est invisible, des conditions qui sont difficiles à diagnostiquer
strictement sur le plan médical. Donc, il est important de s'adresser aux
contraintes psychosociales dans ce contexte. Si la ministre a ouvert la porte à
ce que d'autres professionnels de la santé puissent compléter les rapports
médicaux, ce qui est très positif, il faudrait toutefois prioriser les aspects
psychosociaux plutôt que les aspects médicaux, surtout si l'objectif est
d'accompagner les prestataires à dépasser les défis auxquels ils et elles sont
confrontés.
L'autre problème avec l'encadrement des
contraintes sévères de santé, il est à l'article 25 du projet de loi en ce
qui a trait aux programmes de préparation et d'intégration en emploi. En
l'état, ce critère fait en sorte de refuser à toute
personne participant à des programmes de préparation, d'intégration en emploi la
reconnaissance d'une contrainte sévère de santé. Ça veut dire que
n'importe quelle personne ayant, par exemple, une déficience intellectuelle
sévère qui participerait à un plateau de travail ou à un stage, dans lequel
cette personne-là n'est pas payée, par ailleurs, serait considérée comme étant
en préparation au travail et perdrait donc la reconnaissance de sa contrainte
sévère de santé, peu importe son éloignement
du marché du travail. Une telle situation, pour nous, est absurde, elle est
contre-productive. Les personnes doivent être encouragées à essayer de
travailler, même si elles ont des contraintes sévères de santé, et c'est
d'autant plus vrai que, pour beaucoup de personnes, ces personnes-là ne
pourraient travailler qu'à temps partiel de toute façon, elles n'auraient donc
pas les moyens de subvenir à leurs besoins.
Dans un tel contexte, il nous semble injuste de
leur refuser la reconnaissance de leur contrainte sévère de santé. Nous pensons
que l'article 25 doit être amendé pour retirer les éléments liés à la
préparation et à l'intégration au travail et que le maintien au travail doit
être qualifié par le critère de travail à temps plein.
Enfin,
l'article 25 retire la reconnaissance de contraintes temporaires de santé
aux parents d'enfants handicapés, aux proches aidants et aux personnes
victimes de violence conjugale qui sont en maison d'hébergement. Nous
comprenons que la ministre a l'intention d'inclure ces personnes dans un projet
de règlement, mais, à notre avis, il est préférable de les maintenir à
l'article 53 de la loi. À défaut, si la ministre tient réellement à leur
donner accès à... tient réellement à inclure cette population dans un projet de
règlement, bien, nous l'invitons à donner accès à cette population au Programme de revenu de base, plutôt qu'une simple
reconnaissance de contrainte temporaire. L'accès au Programme de revenu
de base étant réglementé par le même règlement, la modification sera tout aussi
facile à faire.
Mme Duranleau (Amélie) : En ce qui
concerne les plans d'intervention, nous apprécions la volonté gouvernementale
de mieux accompagner les prestataires et d'humaniser l'intervention du
ministère. Toutefois, il est crucial que le ministère travaille avec les autres
ministères et organismes gouvernementaux du Québec puisque des plans
d'intervention existent déjà dans d'autres sphères. Par exemple, des plans
existent en santé et services sociaux ainsi qu'au niveau de l'Office des
personnes handicapées du Québec. Il ne faut donc pas dupliquer, mais plutôt
viser la complémentarité.
Par ailleurs,
nous tenons à souligner la pertinence d'élargir le programme Objectif emploi à
tous les prestataires. Ce programme a prouvé sa pertinence pour aider
les prestataires à sortir de la pauvreté et à réintégrer le marché du travail.
Il faut toutefois s'assurer d'adapter ce programme aux besoins des personnes
plus éloignées de l'emploi, dont certaines personnes qui ont une déficience
intellectuelle.
La SQDI a produit un avis en lien avec le
renouvellement de la Stratégie nationale pour l'intégration et le maintien en
emploi des personnes handicapées. Il nous fera plaisir de suggérer à la
ministre plusieurs mesures afin de bonifier les programmes pour les
prestataires du futur programme d'aide financière de dernier recours.
M. Ragot
(Samuel) : En ce qui a trait aux modalités de fonctionnement
des programmes, nous reconnaissons que
des avancées ont été faites. Toutefois, elles restent encore trop limitées à
nos yeux. Par exemple, l'individualisation partielle
des prestations et les quelques assouplissements liés à la proche aidance sont
pertinents mais ne sont pas suffisants. À notre avis, il aurait fallu revoir
entièrement le concept de vie maritale et pleinement individualiser les
prestations. De façon similaire, nous ne sommes pas certains si les
propositions en lien avec la révision des dettes et les fausses déclarations
seront réellement porteuses d'améliorations, les différences sémantiques étant absolument
difficiles à évaluer en l'état.
En fait, le plus frappant en lien avec les
modalités de fonctionnement des programmes est vraiment l'absence d'une
réelle simplification à nos yeux. Même en fusionnant deux programmes, il
restera tout de même trois catégories de prestataires, avec des règles
différentes, et il n'est pas clair en quoi un tel choix résultera en une
simplification des démarches et de la
gestion du programme. Nous aurions préféré voir un élargissement du Programme
de revenu de base pour toutes les personnes ayant des contraintes
sévères ainsi qu'un élargissement des modalités de fonctionnement de ce
programme aux autres programmes. En l'état, il ne nous semble pas clair que les
solutions proposées régleront réellement quoi que ce soit.
Mme Duranleau (Amélie) : Afin
de conclure, Mme la Présidente, nous pensons que le projet de loi 71 peut
être amélioré. Malgré toutes nos
critiques et réserves, nous saluons l'intention de la ministre de miser sur
l'accompagnement et sur le soutien aux prestataires. Nous pensons qu'il
s'agit de la bonne direction à prendre. Bien entendu, nous aurions aimé voir
d'autres changements à la loi et nous avons des propositions pour améliorer le
projet de loi afin de mettre en marche le changement de culture au sein des
programmes d'aide financière de dernier recours.
Mme la Présidente,
fidèles à nos habitudes, nous nous tenons à votre disposition... de la ministre
et de la commission pour faire en sorte de bonifier ce projet de loi. Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant
débuter notre période d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau :
Bien, merci beaucoup, Mme la Présidente. Et merci beaucoup de votre
présence et de tous vos commentaires, du
travail que vous avez effectué, là, pour venir nous faire part de vos... de ce
que vous considérez comme bon, très bon, moyen.
J'aimerais savoir...
Bon, dans la remise en mouvement, là, des personnes qui ont une déficience
intellectuelle, d'après... d'après vous, combien de temps faut-il pour qu'une
personne puisse intégrer un emploi, puisse... Combien de temps faut-il pour
qu'une personne soit bien intégrée, puisse avoir une certaine autonomie?
Mme Duranleau
(Amélie) : C'est vraiment relatif d'un individu à l'autre, là. Il faut
comprendre qu'on ne veut pas mettre de limite de temps, mais bien adapter le
temps aux besoins particuliers des personnes qui ont une déficience
intellectuelle. Pour certaines, ça peut être quelques mois et, pour d'autres,
ça peut être plusieurs années. Donc, ce qu'on aimerait, c'est voir une certaine
flexibilité à ce niveau-là.
Mme Rouleau :
OK. Vous avez parlé du PRB, Programme de revenu de base, pour les personnes
qui sont... qui ont des contraintes très sévères, très, très sévères, et vous,
vous voulez, vous souhaitez que le PRB soit élargi à tous les prestataires,
c'est ce que je comprends?
M. Ragot (Samuel) :
Pas exactement, Mme la ministre.
Mme Rouleau :
Pouvez-vous expliquer un petit peu plus ce que vous... ce que vous voulez
proposer?
M. Ragot
(Samuel) : Oui, absolument. Ce qu'on propose, c'est que les personnes
qui ont des contraintes sévères à l'emploi actuellement aient accès au
Programme de revenu de base, sans passage par le Programme de solidarité
sociale. Donc, si vous aviez un programme à couper, entre guillemets, ce serait
le Programme de solidarité sociale pour donner accès au Programme de revenu de
base à la place. Une des raisons pour laquelle on propose ça, c'est que le
Programme de revenu de base est largement fiscalisé. Donc, toute personne qui
travaillerait, qui aurait des revenus, générerait... paierait de l'impôt, et
donc viendrait générer une sorte d'équité entre les contribuables et une sorte
d'équité entre les personnes qui sont prestataires.
• (10 h 10) •
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
Mme Rouleau :
Question : Croyez-vous que, dans les contraintes temporaires qui
existent aujourd'hui, avoir 58 ans est une contrainte à l'emploi?
M. Ragot
(Samuel) : Bien, écoutez, je pense qu'on peut reconnaître, et ça a été
reconnu par le gouvernement du Québec, là, l'âgisme est quelque chose qui
existe, c'est quelque chose, là, qui est bien présent. Après ça, est-ce
qu'avoir 58 ans versus 59 ans... Il y a d'autres groupes qui vont
pouvoir se prononcer là-dessus, nous, on n'est pas des experts sur cette
question-là. Donc, je vous conseillerais de demander à ces autres groupes.
Mme Rouleau :
Bien sûr, je vais poser la question à d'autres organismes aussi.
Vous avez parlé de différents plans qui existent à
travers le gouvernement. Avez-vous... avez-vous des recommandations sur des... une façon, un fonctionnement plus
efficace, des recommandations à faire, à intégrer, par exemple, dans notre orientation, de mieux accompagner les personnes qui sont en
situation de précarité? Avez-vous, à travers les différents plans que
vous avez analysés, vu des façons de faire que nous devrions adopter dans notre
façon de faire?
Mme
Duranleau (Amélie) : Bien, une des recommandations qu'on a amenée en
entrée de jeu, c'est vraiment de s'assurer qu'il y a une
complémentarité, parce que ça peut être très variable d'une personne à l'autre.
Certaines personnes peuvent avoir déjà un
plan d'intervention, par exemple avec l'Office des personnes handicapées du
Québec, d'autres non.
Donc, dans
l'ensemble, on pense que c'est vraiment une bonne idée de sortir du punitif,
faire de l'accompagnement est toujours quelque chose de vraiment très
positif. Mais je vous dirais que, tu sais, on n'est pas allés dans le très,
très concret à ce niveau-là. Somme toute, tu sais, ce qu'on vise, c'est qu'il y
a vraiment cette... une complémentarité puis un partage d'information qui soit
le plus facilitant pour le prestataire.
De façon générale, on demande à ce que les plans
soient bien établis. Puis aussi ce n'était pas nécessairement très clair sur
qu'est-ce qu'on veut avec ce plan d'intervention individualisé, c'est quoi, ses
objectifs puis à qui... comment ça s'adresse aussi. Donc, ça pourrait être un
élément de précision important.
M. Ragot
(Samuel) : Si je peux préciser, Mme la ministre. Puis je
pense que c'est important de ne pas demander aux personnes qui vivent
dans la vulnérabilité ou dans la précarité de répéter tout le temps à l'infini
les difficultés auxquelles elles sont confrontées. Puis ça, c'est quelque chose
qui est très important. Les parents, les personnes en situation de handicap
sont souvent confrontés à cette difficulté-là, de devoir réexpliquer, de devoir
reremplir des formulaires, de devoir réexposer les traumatismes qu'elles
peuvent vivre, et ça, c'est quelque chose qui est vraiment important d'éviter
le plus possible. Donc, on a déjà un certain nombre de plans. Il faut faire un
maillage. Il faut essayer d'accompagner les personnes sans avoir à les
retraumatiser, sans avoir à aller redemander une panoplie d'informations qui
existent déjà, par ailleurs.
Mme
Duranleau (Amélie) : Oui. Puis je pourrais ajouter à ce que dit Samuel
aussi, que c'est toute une question d'humanisation aussi. Donc, le plan
d'intervention est très intéressant, mais s'il est fait de la bonne façon, en
mettant la personne au coeur même de la démarche avec des principes
d'autodétermination, là, qu'on recommande à chacune des étapes de la vie de la
personne, là.
Mme Rouleau : OK. Un bon
accompagnement social, ce serait quoi?
M. Ragot (Samuel) : C'est une bonne
question. Un bon accompagnement social, bien, je pense que ce serait déjà
permettre aux gens de sortir de la pauvreté en partant, ce qui n'est pas le cas
des programmes actuels, donc, déjà une première cible à atteindre. Un bon
accompagnement social, c'est quelque chose qui n'est probablement pas basé sur
la contrainte. Donc, on a vu le programme Objectif emploi quand il a été créé,
il était obligatoire, il ne l'est plus, c'est tant mieux. Mais viser sur les
forces des personnes, sur les compétences, mais aussi... Bon, quand on parle,
par exemple, nous, des plateaux de travail,
des stages, ce qu'on dit, c'est : Ça prend un programme clair de formation
avec des objectifs clairs, mais aussi des objectifs qui sont possibles à
atteindre. Donc, ça ne sert à rien de viser... Si vous demandez à un poisson de voler, il n'y arrivera pas, il n'atteindra pas
ce résultat-là, évidemment. Donc, il faut s'adapter aux capacités des
personnes, il faut s'adapter à leurs aspirations aussi. Et je pense que c'est
important de le nommer.
Puis vous l'avez nommé vous-même dans le projet
de loi, dans votre mémoire, au Conseil des ministres, ce n'est pas juste
l'emploi. Il y a des personnes qui ne travailleront pas à temps plein en
emploi. C'est quelque chose qui existe, il faut le reconnaître. Et, dans ce
contexte-là, bien, ça peut être de leur trouver des activités qui sont
stimulantes, des activités de participation sociale, d'exercice de la
citoyenneté, d'aller dans la communauté, aider les autres personnes. Donc, il y a toute une réflexion à avoir dans un
continuum de services qui est aussi auprès de d'autres ministères, dont
le ministère de la Santé et des Services sociaux, qui est auprès des
organisations communautaires sur le terrain.
Donc, c'est vraiment un maillage à faire avec
tous ces acteurs-là pour s'assurer que les personnes puissent avoir une vie
digne, mais aussi avoir une vie riche comme les nôtres.
Mme Duranleau (Amélie) : Samuel a
tout dit. Puis évidemment ça prend des ressources aussi pour que cet
accompagnement-là soit optimal.
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui,
Mme la ministre.
Mme Rouleau : Pour vous, ça se passe
comment sur le terrain? Comment... comment les gens réagissent à cette
proposition du projet de loi?
Mme Duranleau (Amélie) : Bien, pour
toutes les organisations qu'on représente, là, pour tout ce qui est de
l'accompagnement, c'est généralement bien reçu, mais, évidemment, il y a
certains éléments, là, qui ne sont pas nommés dans le projet de loi. Donc,
c'est difficile de, je dirais, d'avoir une analyse qui est complète à ce niveau-là.
C'est beaucoup plus, par conséquent, qu'on va voir les résultats sur le
terrain. Puis évidemment c'est bien reçu, mais, toutefois, surtout pour les
organismes communautaires qui ont peu de financement... savent très peu comment
tout ça va pouvoir être appliqué de façon concrète et qui développent
réellement aussi le rôle social actif de la personne. Donc,
Samuel l'a mentionné, mais, vraiment, qu'on évite la ségrégation des personnes
puis qu'elles puissent avoir réellement leur place dans la collectivité, qu'on
les amène vers l'emploi puis qu'on évite leur ségrégation aussi dans
différentes activités, que ça réponde, finalement, à leurs intérêts puis à
leurs forces également, donc vraiment de le cibler en fonction des individus et
non d'un ensemble de personnes qui auraient le même diagnostic.
M. Ragot
(Samuel) : Si je peux me permettre, il y a... une réforme sociale,
c'est quelque chose qui est extrêmement stressant pour les prestataires, pour
les familles, pour les personnes elles-mêmes. Il y a un effort de communication
qui est gigantesque à faire pour rassurer les personnes. On entend encore des
personnes qui sont admissibles au Programme de revenu de base puis qui ne
croient pas que le programme va aider leur situation. Ça fait pourtant plus
qu'une année et demie que le programme existe. Donc, il y a tout un effort de
communication et de rassurer le public, rassurer les personnes.
Il va falloir vraiment rentrer en communication
avec, leur expliquer le changement de la loi, vraiment, parce que,
sinon, on va avoir des drames qui vont se passer, c'est certain, des gens qui
ne vont pas comprendre les programmes, qui ne vont pas se prévaloir de
certaines mesures. Donc, cet effort de communication là, il est quasiment aussi
important que l'effort que vous avez mis pour écrire le projet de loi en tant
que tel.
Mme Rouleau :
Il y a peut-être des collègues qui aimeraient...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Oui, oui. Nous avions Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
La parole est à vous.
Mme Tardif :
Bonjour. Premièrement, merci beaucoup, là, merci du travail que vous faites,
merci du travail des organismes aussi. On les aime beaucoup, on les aime
beaucoup, ces organismes-là. Il y en a partout, dans toutes les régions, là, et
c'est essentiel pour le bon développement et la santé d'une communauté. Donc,
merci. D'ailleurs, hier, je visitais le groupe Les Horizons Ouverts, qui ont un
beau plateau de travail, là, pour nos personnes qui vivent avec des DI ou avec
des troubles de l'autisme.
Est-ce
que je comprends de ce que vous vous comprenez ou ce que je peux déduire, c'est
que ces problèmes-là, de santé mentale ou de DI, vous... pour vous, dans
la définition de l'article 25, quand on parle de contraintes sévères de santé, ce ne serait pas un problème sévère de
santé, ce ne serait pas un problème de santé, mais un état qu'il faudrait
nommer et ajouter à cet article-là? Est-ce que je comprends bien?
M. Ragot
(Samuel) : Oui.
Mme Tardif : Parfait.
Et vous nous demandez aussi... vous dites, vous avez une recommandation, qui
est la recommandation 12, qui est très pertinente, mais qui est aussi très
large et qui nous demande de s'assurer de former adéquatement les agents
responsables de la création et de la mise en oeuvre et du suivi d'un plan d'intervention
individualisé. Qu'est-ce que vous nous proposez comme plan de formation?
Qu'est-ce que vous jugez que nos agents responsables, disons... Qu'est-ce qui
manque, actuellement? Qu'est-ce que vous proposez?
• (10 h 20) •
M. Ragot (Samuel) : Bien,
merci pour cette question. Je pense qu'il faut ramener un peu le contexte des
plans. Bon, il y a beaucoup d'actes qui ressemblent certainement, de
près ou de loin, à des actes réservés à des travailleuses sociales ou des
travailleurs sociaux. Il y a un certain nombre, évidemment, de professionnels
du ministère qui sont des travailleurs sociaux et des travailleuses sociales,
ce qui est excellent, mais, de façon générale, ce qu'on voit, c'est que la
culture, actuellement, de ces programmes-là est plus axée sur le contrôle, sur
la vérification, sur le fait de s'assurer que la personne a bien le bon montant
dans son compte, qu'elle n'a pas dépassé. Et c'est un changement de culture.
Donc, si on veut aller vers l'accompagnement, il va falloir miser sur la
bienveillance, mais aussi miser sur la compréhension des prestataires.
On sait que la
majorité des prestataires, c'est majoritairement des personnes qui ont des
troubles de santé mentale ou qui sont en
situation de handicap, pour la solidarité sociale, le Programme de revenu de
base. C'est les statistiques qu'on a. Donc, premièrement, bien,
comprendre ce qu'est une situation de handicap, mais aussi comprendre la
pauvreté. Il y a beaucoup de choses dans une situation de pauvreté. Être
pauvre, ça prend du temps, ça coûte cher, c'est difficile. Il faut réussir à
fonctionner de façon improvisée, souvent on est tout le temps en train
d'essayer de trouver la prochaine chose qui va nous permettre d'y arriver.
Donc, il y a comme un
changement de paradigme, au-delà de la formation même, qui est vraiment très
pertinent, qu'il faut le souligner, je pense que c'est très important. Mais, en
termes de formation, bien, ça va prendre de la formation sur comment interagir
de façon plus humaine, plus inclusive, plus soutenante et s'assurer,
évidemment, que les plans, bien, répondent aux besoins des personnes puis qu'on
n'ait pas... Ce qui est important, c'est de ne pas imposer des choses aux
personnes qui ne correspondent pas à leurs besoins ou de ne pas restreindre
certains services par le biais d'un plan d'intervention.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Mme la députée d'Abitibi Ouest, vous vouliez intervenir?
Mme Blais : Merci,
Mme la Présidente. Il reste combien de temps?
La Présidente (Mme
D'Amours) : Trois minutes.
Mme
Blais : Parfait. Alors, dans un premier temps, je tiens à
vous remercier de la présentation de votre mémoire et surtout souligner
le travail exceptionnel que vous faites auprès de la déficience intellectuelle.
Alors, ma question est très simple. Je me base sur... dans votre mémoire, à la
recommandation 4 qui dit : «Fonder la reconnaissance des "contraintes
sévères" sur un rapport psychosocial, appuyé par des diagnostics médicaux.
Rendre ce rapport facile [...] remplir pour les prestataires et pour les
professionnels de la santé.» Quel serait le rapport idéal à remplir?
M. Ragot
(Samuel) : Le rapport idéal à remplir, c'est une bonne
question, c'est une question qu'on avait abordée quand on a eu les travaux sur le Programme de revenu de base. Ce qui a
été clair, c'est qu'il n'y a pas de rapport idéal, parce qu'un rapport, ça va
rester compliqué par définition. Cela dit, les contraintes psychosociales,
bien, ça peut être de documenter les déterminants sociaux de la pauvreté
ou de la santé, par exemple, de permettre une certaine flexibilité.
Actuellement, c'est très axé sur le médical, et
les évaluations du comité d'évaluation sont assez difficiles à passer. Ce qui a
été proposé, c'était vraiment d'essayer de comprendre l'entièreté de la
situation de la personne, de comprendre qu'est-ce qui constitue son
environnement, qu'est-ce qui constitue les déterminants qu'elle a ou qu'elle
n'a pas pour réussir à être incluse en emploi, par exemple. Donc, un rapport
médical, un rapport optimal, je pense que ça n'existe pas.
Par contre,
ce qu'on peut faire, c'est aussi reconnaître certains autres rapports qui
existent déjà. Donc, on a des gens, par exemple, qui ont une tutelle,
mais il y a déjà eu des rapports psychosociaux qui ont été faits. Est-ce qu'on
peut reprendre ces rapports-là plutôt que de demander à la personne de répéter
à l'infini, encore une fois, des informations qu'on a déjà... qui ont déjà été
approuvées, par ailleurs, par la cour?
Donc, il y a des choses comme ça qu'on peut
faire, outre la simplification d'un formulaire. Un formulaire, ça va rester compliqué. C'est de l'administration
publique, c'est normal, ça vient avec. On veut s'assurer que les programmes
soient bien paramétrés.
Mme Blais : Et, lors de votre
présentation, vous avez cité que vous vouliez un projet de loi plus humanitaire.
J'aimerais vous entendre sur le plus humanitaire. Qu'est-ce que ça veut dire?
M. Ragot
(Samuel) : Bien, écoutez, je pense qu'on veut aller... Si on
veut réellement rendre ces programmes-là plus humains, premièrement, il
faut sortir les personnes de la pauvreté. C'est la chose la plus absolue, là,
de façon très, très, très pratico-pratique. On n'est pas au niveau de la mesure
du panier de consommation. On est très loin, en fait, de la mesure du panier de
consommation, qui est le seuil de pauvreté au Canada. Donc, commençons par ça.
Évidemment, c'est une mesure que le ministre des
Finances va devoir appuyer. Donc, on l'invite... il n'est pas là aujourd'hui,
mais on l'invite à nous écouter, parce que c'est dans ses mains
majoritairement, ce n'est pas dans les mains de la ministre a priori. Mais on
va le répéter au ministre des Finances, même s'il a refusé de nous rencontrer,
on va lui renvoyer une autre lettre. Mais, c'est ça, commençons par donner plus
d'argent aux gens, commençons par leur donner la capacité de se sortir de la
pauvreté, de se sortir de situations difficiles.
Mme Blais : Selon vous, c'est un
projet de société?
M. Ragot (Samuel) : C'est absolument
un projet de société puis c'est un projet de société qui devrait être porté par
tout le monde dans cette pièce-là. Et je pense qu'il l'est, par ailleurs, mais
évidemment on aimerait avoir encore plus d'encouragement et un petit peu plus
de volonté pour y arriver.
Mme Blais : Je vous remercie.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Maintenant, je vais céder la parole à la députée de
Notre-Dame-de-Grâce pour une période de 10 min 24 s.
Mme McGraw : Parfait. OK. Oui, bon.
Donc, merci, Mme la Présidente. Et merci beaucoup... Je remercie Mme Duranleau
et M. Ragot pour votre... de la SQDI pour votre présentation, pour votre
présence aussi, ce matin en commission, et pour votre mémoire très détaillé. On
comprend que vous n'avez pas eu beaucoup de temps pour le préparer, mais c'est
excellent. Le délai était très court.
Écoutez, beaucoup de questions. Peut-être, une
première question, c'est que la réforme, essentiellement, est à coût nul.
Alors, j'aimerais vous entendre, financièrement, pour vous, les personnes qui
vivent avec une déficience intellectuelle, des gens que vous représentez, quels
seraient les impacts de cet... les plus d'humains de cet exercice à coût nul?
M. Ragot
(Samuel) : Très difficile à dire. On a beaucoup de choses qui sont
dans les projets de règlement futurs, et on n'a pas d'intention réglementaire
ce matin à discuter, donc très difficile à dire. Mais évidemment la pauvreté,
ce n'est pas une question de mesures administratives, ce n'est pas une question
de règlement, c'est une question d'argent beaucoup, hein, veux veux pas. Il y a
certaines choses quand même qu'il faut reconnaître dans le... Bon, évidemment,
là, on se base sur le mémoire qui a été envoyé au Conseil des ministres, il y
avait des mesures qui étaient intéressantes financièrement dans ce mémoire-là,
donc je pense qu'il faut donner ce crédit-là. C'est important d'être juste pour nous. Évidemment, on a les réserves qu'on
a par rapport à l'article 25, notamment la perte de contraintes sévères de
santé ou à l'emploi, peu importe comment on les appelle, et ça, ce serait quelque
chose. La perte de ces contraintes, de la reconnaissance de ces
contraintes peut avoir un impact vraiment important. Quand on n'a pas de
reconnaissance des contraintes sévères à l'emploi, on ne peut jamais arriver au
Programme de revenu de base. Et le Programme de revenu de base est actuellement
un des meilleurs programmes au Canada.
Mme McGraw : Merci
de le reconnaître. Donc, effectivement, lorsque vous parlez de ces
changements-là, le Programme de revenu de base, c'est un programme de ce côté,
et Objectif emploi, de l'autre côté, avait des programmes un peu entre les
deux. Mais là, avec les changements qu'on propose, si je vous comprends bien,
vous dites que, maintenant, pour les personnes futures qui pourraient
participer au PRB, qu'on reconnaît comme étant un excellent programme... C'est
où, le pipeline, effectivement, pour Programme de revenu de base? C'est quoi,
l'impact sur ce programme qu'on reconnaît comme étant excellent?
M. Ragot (Samuel) : En
l'état actuel des choses, notre compréhension du projet de loi est que, si vous
avez... vous participez à un programme de préparation ou d'intégration,
de maintien en emploi, même à temps partiel, même si vous n'êtes pas payé, vous
perdez votre contrainte sévère à l'emploi. Donc, si vous perdez votre
contrainte sévère à l'emploi, il n'y a pas de compteur pour aller vers le
programme de revenu de base, ça s'arrête. Donc, essentiellement, ce qu'on... je
pense qu'on pourrait penser, sous toutes réserves, qu'il y aurait plus de
personnes à la solidarité sociale actuelle, donc plus de nouveaux prestataires
du Programme de revenu de base, à part les quelques personnes qui viendraient
par le supplément pour enfants handicapés nécessitant des soins exceptionnels.
Mme McGraw : Donc,
merci. Votre deuxième recommandation est sur le fait de changer le mot
«insertion» par le mot «inclusion». Alors, quelle est la différence pour la
population vivant avec une déficience ou un handicap?
Mme Duranleau (Amélie) :
...pardon. Il y a toute la question des adaptations dans l'environnement,
aussi, où la personne évolue, développe son plein potentiel. Donc, quand on
parle d'insertion, ça prend moins en compte, en fait, toutes les modifications
qu'on peut faire, les accommodements qu'on peut apporter, les adaptations.
Donc, l'inclusion, c'est vraiment de faire
en sorte que l'environnement peut être adapté à tous. Donc, c'est pour ça qu'on
encourage davantage le terme «inclusion» qu'«insertion».
M. Ragot (Samuel) :
Si je peux me permettre aussi, pour prendre une image très, très simple,
là, l'exclusion, ce n'est ne pas être dans l'Assemblée nationale,
l'intégration, c'est être en arrière puis regarder ce qui se passe, puis
l'inclusion, c'est être capable de vous parler aujourd'hui.
Mme McGraw : Donc,
c'est aller plus loin et faire des démarches vraiment, des gestes vraiment...
M. Ragot (Samuel) : C'est
faire partie de la communauté, c'est être intégré, c'est d'être vraiment inclus
comme une personne, comme tout le monde, d'avoir sa chance de participer
à la société, de participer à la vie démocratique et à la vie communautaire, à
la vie collective.
Mme McGraw : Justement,
vous avez parlé de participer à la vie démocratique. On s'aperçoit que beaucoup
va se faire par règlement et, contrairement
au gouvernement libéral, qui avait publié, lors de sa réforme, les intentions
réglementaires, aucune intention réglementaire n'a été publiée en lien avec ce
projet de loi. Est-ce qu'on peut vous entendre là-dessus? Quels seraient vos
souhaits? Parce qu'on n'a pas les intentions réglementaires. Quels seraient vos
souhaits dans les règlements en lien avec ce projet de loi?
M. Ragot (Samuel) : C'est
sûr que c'est... ça a rendu l'analyse du projet de loi plus difficile, de ne
pas savoir exactement où est-ce que... qu'est ce qui allait être dans un
projet de règlement futur. Mais je pense qu'outre cet aspect-là on parle de
populations qui sont plus vulnérables, on parle de populations qui sont à
l'intersection de problèmes sociaux, parfois de violence conjugale, par
exemple. Et, quand on protège ces personnes-là dans la loi, la protection est
plus grande que dans un projet ou dans un règlement, évidemment. Un règlement
se change en 45 jours. C'est très opaque comme processus. On a soumis des
mémoires par rapport à des projets de règlement. On n'a jamais vraiment su ce
qui se passait après, à part consulter la Gazette officielle.
Donc, quand on veut protéger des populations qui
sont vulnérables ou quand on veut protéger des populations qui sont en
quête d'équité, la meilleure chose, c'est de le faire dans la loi parce que
c'est plus difficile à modifier.
• (10 h 30) •
Mme McGraw : Merci. Vous avez parlé
de... du PRB. Vous avez parlé un moment d'accès... sans accéder à la solidarité
sociale, de pouvoir accéder directement au Programme de revenu de base, et
aussi les pénalités et certains éléments. Je ne sais pas si vous pensez mon
projet de loi 693, où on prend des éléments de calcul du PRB cumulatif plus élevé, pour les amener au même... à la même
clientèle, effectivement, de solidarité sociale. Là, tout ça, ça va changer
avec ce projet de loi.
Alors, avec ce qu'on
propose, que pensez-vous... ou est-ce que vous avez des suggestions pour
justement ne pas pénaliser ces personnes avec des contraintes sévères, qui sont
quand même... peut-être, ils ont la capacité, si elles ont la capacité d'aller
chercher un peu plus d'argent pour eux-mêmes, en pleine crise de coût de la
vie, mais aussi en pleine, aussi, pénurie de main-d'oeuvre, pour aller soutenir
aussi l'économie et la société?
M. Ragot
(Samuel) : Bien, écoutez, une chose est claire, le Programme de revenu
de base, encore une fois, c'est un des meilleurs programmes qu'on a au Canada.
C'est un programme qui vise vraiment le fait de donner une chance aux
personnes, de leur donner une chance de travailler, mais aussi de vivre avec un
conjoint ou une conjointe sans avoir de pénalité excessive. Si on avait un
programme à garder parmi tous les programmes qui existent dans la province
actuellement, ce serait le Programme de revenu de base, parce que c'est le
programme qui permet aux gens de travailler et c'est le programme qui permet
aux gens de payer de l'impôt. Payer de l'impôt, c'est une excellente nouvelle,
ça veut dire qu'on n'est plus dans la pauvreté extrême. Donc, s'il fallait
qu'on ait un programme, ce serait le Programme de revenu de base.
Le
gouvernement du Québec a fait des excellentes avancées en lien avec
l'encadrement réglementaire du PRB. Je pense qu'on peut tout à fait s'en
inspirer, tout à fait généraliser certaines des pratiques qui sont au PRB.
Mme
McGraw : Parfait. Je vais revenir, parce qu'il nous reste,
je pense, trois minutes, à peu près, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
Mme
McGraw : Vous avez... Je veux aller sur le... Vous avez...
vous proposez de renommer ou de revenir à «contraintes sévères à l'emploi» en «contraintes»... Pardon. Le
projet de loi renomme «contraintes sévères à l'emploi» en «contraintes
sévères de santé», mais vous souhaiteriez inclure les contraintes
psychosociales, et autres, donc pas juste des raisons médicaux. Ça fait qu'on a élargi les personnes qui vont pouvoir prendre
des décisions, ce qui est une bonne chose, mais on rétrécit justement
les contraintes. Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus, parce que je sais
que c'est un point crucial pour votre organisme et les gens que vous représentez.
M. Ragot (Samuel) : Oui, bien
certainement. Encore une fois, la santé, bon, on peut avoir un débat sur la
définition de l'Organisation mondiale de la santé, sur ce qu'est la santé, on
ne le fera pas maintenant. Mais reste que les contraintes psychosociales, pour
la majorité des personnes sur le Programme de solidarité sociale, sont des
contraintes qui sont invisibles. Elles sont majoritairement liées au
fonctionnement de la personne, mais ce n'est pas... ce n'est pas une personne
en fauteuil roulant, ce n'est pas une personne qui a une canne, c'est une
personne qui a de la difficulté à être en emploi, pour plein de raisons. Puis
ça peut être que le milieu de l'emploi n'est pas inclusif encore, ça peut être
qu'il n'y a pas de programme qui existe pour soutenir ces personnes-là, mais
ces contraintes-là sont dans l'environnement, elles sont dans l'environnement
de la personne, elles sont dans son environnement social et parfois elles sont
dans la personne aussi au niveau psychosocial.
Donc, ce n'est pas juste la santé, ce n'est pas
juste une question de : Cette personne-là a le bras cassé, on est capable de le diagnostiquer, c'est facile à faire.
Un diagnostic psychosocial, ça prend en compte tous les déterminants
sociaux de la santé, tous les déterminants sociaux du bien-être, parce que la
santé inclut le bien-être physique, mental et émotionnel. Donc, c'est vraiment
important d'aller un petit peu plus large. Et c'est très intéressant parce que
la ministre l'avait mis dans son mémoire au Conseil des ministres. Donc, on
fait juste souligner ça puis dire : Bien, adaptons la réalité de ce qui
est sur le papier...
Mme McGraw : Il reste
50 secondes, donc je vous le laisse. Est-ce qu'il y a quelque chose que
vous voulez ajouter ou amener à l'attention de la commission et de la ministre
en conclusion?
M. Ragot (Samuel) : Écoutez, ce
n'est pas un mauvais projet de loi. On n'est pas là... nous, on n'est pas là
pour donner des slogans coups-de-poing, on n'est pas là pour faire les
manchettes, on est là pour vous aider à améliorer le projet de loi. C'est ça
qui est important pour nous. On pense qu'il y a du bon dans le projet de loi,
mais qu'il faut faire des amendements. Puis
on a 21 ou 22 recommandations. Donc, vous aurez le loisir, là, en étude
détaillée, de passer dedans, j'imagine.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole à la
députée de Sherbrooke. La parole est à vous pour
3 min 28 s.
Mme Labrie : Merci. Je vais revenir
sur la question des plateaux de travail, que vous avez abordée avec des
collègues. Donc, si j'ai bien compris
votre inquiétude, des personnes qui sont sur des plateaux de travail
actuellement, à cause de la formulation de l'article 25, pourraient
perdre la reconnaissance de leurs contraintes de santé, puis ça a des impacts
pas juste à court terme, mais à très long terme aussi pour eux. La
recommandation 7 que vous nous formulez, de formulation, pour vous, ça,
c'est le changement incontournable à faire pour permettre aux personnes sur des
plateaux de travail d'avoir accès à cette reconnaissance-là encore. C'est bien
ça?
M. Ragot
(Samuel) : Pas juste les plateaux de travail, toute personne
qui est en préparation. Actuellement, c'est important, le ministère de
la Santé reconnaît les plateaux de travail comme des activités de préparation à
l'emploi. Donc, oui, il faut changer cet article.
Mme Labrie : Ça représente combien
de gens?
M. Ragot (Samuel) : Bien, plusieurs
milliers de personnes, très certainement.
Mme Duranleau (Amélie) : Donc,
ça peut être une personne aussi, par exemple, qui va recourir à des services
d'un organisme en employabilité, là. C'est...
Ça fait partie de la préparation en emploi. Donc, oui, plateaux de travail,
stages en entreprise, mais aussi tout soutien aussi dans une démarche,
là, de préparation en emploi.
Mme Labrie : OK. Je veux vous amener
aussi sur un autre élément de l'article 25 où on vient éliminer, là, de
la liste, là, certaines personnes. Il y a notamment les parents d'enfants
handicapés là-dedans. Qu'est-ce que ça peut représenter,
pour ces familles-là, de ne plus se faire reconnaître automatiquement cette
contrainte, en termes de démarches administratives, là, pour... ou de
capacité à travailler, vraiment?
M. Ragot (Samuel) : C'est
toujours plus compliqué de devoir prouver quelque chose que de l'avoir
automatiquement. Particulièrement au
niveau de la fonction publique, c'est... c'est toujours des formulaires de
plus, c'est toujours quelque chose de
plus. Est-ce que ça va être dans un règlement? C'est possible, mais,
personnellement, je préfère que ce soit dans une loi que dans un
règlement. Ça rassure les personnes, notamment.
Mme Labrie : Puis,
pour les réalités que vous connaissez, là, les parents d'enfants handicapés,
est-ce qu'ils sont aptes au travail?
M. Ragot
(Samuel) : Encore une fois, c'est une question de l'environnement de
la personne. Dans ce... Dans ce cas-ci, nous, ce qu'on aimerait voir, c'est que
les personnes proches aidantes aient accès au Programme de revenu de base. Ça
simplifierait leur vie grandement, ça sécuriserait leur sécurité financière et
ça viendrait vraiment rendre les choses plus faciles pour ces parents-là.
Mme Duranleau (Amélie) : Quelques...
Quelques notes aussi, là, pour les parents d'enfants... d'enfants en situation
de handicap ou les proches aidants qui ont des contraintes temporaires aussi.
Donc, il y a eu le retrait de l'alinéa 3°, 7° et 9°, qui garantissaient
aux personnes... aux personnes qui ont des enfants handicapés ou qui sont des
proches aidantes ou des personnes qui vivent avec la violence conjugale et qui
résident en ressources d'hébergement une contrainte temporaire à l'emploi.
Donc, enlever ces dispositions-là, pour nous, même les... pour les réintégrer
dans un projet de règlement, viendrait fragiliser leur protection et leur
sécurité financière. Donc, on parle aussi de femmes ou même d'hommes qui ont
une déficience intellectuelle, qui sont plus à risque de violence, de violence
conjugale, de violence sexuelle. Donc, comme le disait Samuel, c'est impératif,
là, pour sécuriser leur parcours, là, de réintégrer ces dimensions-là.
Mme Labrie : Donc,
il faut reculer sur l'abrogation de ces alinéas-là, donc. Combien de temps?
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
Mme Labrie : 50 secondes.
Je vous remercie. J'ai peut-être une question supplémentaire concernant les
contraintes psychosociales. Le fait que des professionnels de la santé
différents des médecins vont pouvoir procéder, vous, votre compréhension ou
votre souhait, en fait, est-ce que ça doit être seulement les professionnels du
réseau de la santé ou ceux des organismes
communautaires également qui pourraient remplir cette documentation-là pour
faciliter la vie des gens?
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
M. Ragot
(Samuel) : C'est une bonne question. Et, oui, ça pourrait être
intéressant. Cela dit, je doute que le gouvernement du Québec ouvre cette
porte.
Mme Duranleau (Amélie) : Oui.
Puis c'est... c'est aussi... ça demande aussi... Il faut vraiment qu'il y ait
des balises qui encadrent cette pratique-là. Donc, évidemment, oui,
peut-être des organismes communautaires, mais il faut avoir l'expertise pour le
faire aussi. Donc, il faut être vigilants à ce niveau-là aussi, vraiment.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
merci infiniment. Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon pour une durée de
2 min 38 s.
M. Paradis : J'aimerais,
moi aussi, continuer sur l'article 25 du projet de loi, qui modifie
l'article 53. Vous nous dites que vous êtes extrêmement préoccupés par la
présence d'un nouveau critère, c'est-à-dire que la prestation de base qui est
augmentée est une allocation pour contrainte sévère, si la personne, donc,
présente des contraintes qui nuisent à la réalisation d'une activité de
préparation à l'emploi, d'insertion ou de maintien à l'emploi. Donc, vous
dites : Non seulement ce n'est pas clair, ce que ça veut dire, de quelles
activités il s'agit, mais surtout vous dites que, dans l'état actuel, ça risque
de dissuader fortement les tentatives d'accès à l'emploi pour les personnes
ayant une déficience intellectuelle et pour
les personnes ayant des contraintes sévères à l'emploi. Pourriez-vous élaborer
là-dessus, sur le risque qui vous semble très, très, très important que
ça n'aide pas, cet article-là, que ça nuise?
M. Ragot (Samuel) : Oui.
Bien, il faut savoir qu'à... à l'heure actuelle on peut... une personne
prestataire de la solidarité sociale peut travailler, avoir une prestation de
0 $ tout en gardant son carnet de réclamation, ses médicaments, son dentaire, par exemple. Ce qu'on voit actuellement, c'est
que, si la personne n'a plus sa reconnaissance, essentiellement, elle perd...
elle perd l'argent de plus qu'elle a, qu'elle reçoit, mais aussi elle va perdre
la capacité à accumuler des mois pour accéder au Programme de revenu de base.
Et on sait que l'objectif, pour beaucoup de personnes qui ne pourront pas
travailler à temps plein, ultimement, c'est de ne pas rester sur la solidarité
sociale. C'est d'aller vers le Programme de revenu de base pour vivre de façon
plus digne. Donc, si on va vers ça, bien, évidemment, premièrement, il n'y aura
plus personne qui ira au Programme de revenu de base, puis, deuxièmement, bien,
on est en train de fragiliser financièrement les personnes.
• (10 h 40) •
M. Paradis : C'est à dire que non
seulement ce n'est pas une avancée, c'est un recul, même, par rapport à la
situation actuelle.
M. Ragot (Samuel) : C'est notre
compréhension.
M.
Paradis : Alors, vous nous... vous nous recommandez
d'abroger, de ne pas adopter cette... cette mesure-là. Est-ce qu'à l'inverse il y a une... il y a une
chose, il y a un pas en avant qu'on pourrait faire relativement à ce fameux
critère?
M. Ragot
(Samuel) : Bien, je pense qu'il faut être... il faut
reconnaître que le fait que, bon, le maintien à temps plein en emploi
pourrait laisser sous-entendre qu'il n'y a pas nécessairement une contrainte
sévère à l'emploi, c'est peut-être quelque
chose qu'on pourrait faire. Nous, ce qu'on proposait, c'est d'ajouter un
qualificatif de «temps plein». Donc,
«un maintien en emploi à temps plein», on peut faire une différence. Il y a des
personnes qui ont des contraintes sévères à l'emploi qui vont travailler
à temps partiel. En dessous de 28 heures, c'est du temps partiel. Donc, on
peut avoir des gens qui travaillent à temps partiel. Mais, je pense, le plus
important, c'est d'abroger ce morceau de phrase et de rajouter le qualificatif
«temps plein».
M. Paradis : Très bien. Merci.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Donc, Mme Duranleau et M. Ragot,
merci pour votre contribution à nos travaux.
Et je
suspends les travaux quelques instants afin de permettre à nos prochains
invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 41)
(Reprise à 10 h 46)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et maintenant je souhaite la bienvenue au Réseau des
carrefours jeunesse-emploi du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à
commencer votre exposé, s'il vous plaît.
Réseau des carrefours
jeunesse-emploi du Québec (RCJEQ)
M. Humbert
(Rudy) : Mme la Présidente, Mme la ministre, Mmes et MM.
les députés, je suis Rudy Humbert, directeur général du Réseau des
carrefours jeunesse-emploi du Québec. Aujourd'hui, je suis surtout la personne
honorée de vous alimenter sur nos perspectives quant à la modernisation de
l'aide sociale et les réalités jeunesse.
À cet égard, permettez-moi tout d'abord de vous
partager le témoignage d'Emmanuelle :
«Je suis reconnaissante pour tout le soutien,
l'accompagnement et l'aide que j'ai reçus. En franchissant pour la première
fois le seuil du CJE, ma propre existence ne me donnait plus envie.
Aujourd'hui, je suis une femme forte, indépendante et accomplie, et rien ni
personne ne peut arrêter le feu qui brûle en moi.»
Comme Emmannuelle, chaque année, plus de
150 000 jeunes franchissent la porte de leur carrefour en quête
d'accompagnement et d'un avenir meilleur. Ils sont nombreux à n'avoir ni filet
social ni moyens suffisants pour poursuivre leurs études, trouver un emploi ou
simplement s'épanouir. Le parcours de beaucoup d'entre eux est semé d'embûches,
et les CJE sont souvent leur dernier recours. C'est alors pour permettre à tous
d'être accompagnés dignement que nous vous partageons nos réflexions.
Pour aborder la modernisation de l'aide sociale,
nous devons nous attaquer à la racine des enjeux. Ainsi, nos actions doivent
permettre d'intervenir à la fois sur les causes et sur les conséquences. Dans
une société qui a besoin des talents de
tous, la pauvreté est plus qu'un drame individuel, c'est une responsabilité
collective. Et cette responsabilité impose de comprendre les réalités,
notamment celles des jeunes, mais aussi des leviers disponibles pour s'en
sortir.
Même si la
pauvreté est une réalité multidimensionnelle, sa dimension économique est
incontournable. Toutefois, il ne faut
pas se limiter à la vision commune de la pauvreté envisagée uniquement sous le
prisme du manque de revenus. Il faut la considérer comme un manque de
capabilités. Nous proposons donc de voir le développement comme une extension des libertés, autrement dit un élargissement
des possibles, que le jeune a de choisir la vie qu'il souhaite mener.
Nous sommes ainsi reconnaissants d'avoir hérité
d'un État providence et nous devons désormais bâtir, pour les prochaines années un projet pour la dignité,
l'émancipation et l'espérance des jeunes. Pour ce faire, il nous semble que nous devons embrasser trois principes. D'abord, la
prévention, qui attaque les inégalités avant qu'il ne soit trop tard, car c'est
tout à la fois plus efficace et plus juste. Ensuite, l'universalité, qui donne
les mêmes droits à chacun et favorise l'égalité des chances et l'inclusion.
Cela implique de s'attaquer aux discriminations, parce que c'est le seul moyen
de rebâtir la confiance dans notre système. Et, enfin, la dignité par
l'accompagnement, le travail, la formation et la participation sociale.
Les jeunes sont
nombreux à croire qu'ils font partie de la dernière génération à vivre
confortablement et à se sentir impuissants face aux problèmes de la société.
Ainsi, développer la prévention et l'investissement social, c'est leur redonner
confiance et espoir et c'est refuser que les enfants pauvres d'aujourd'hui
soient les adultes pauvres de demain. Nous
devons faire le choix d'un Québec inclusif, ouvert à la mobilité sociale,
favorisant la coopération solidaire plutôt
que la compétition solitaire. Refusons l'exclusion des services, intégrons les
parcours de vie, prévenons les ruptures, offrons un accompagnement
universel vers l'autonomie.
Nous pensons qu'il est impératif d'adopter une
perspective jeunesse. En effet, en date du 31 mars dernier, c'est
plus de 53 000 jeunes qui avaient eu recours à un programme
d'assistance sociale. On a eu une tendance à la baisse dans les dernières
années, mais cette proportion a tendance à croître récemment. Les jeunes sont
donc de plus en plus nombreux, mais on les
voit de moins en moins. Ils traversent une période de transition marquée par
les défis économiques, sociaux, mais aussi écologiques et technologiques
qui ont un impact direct sur leur parcours vers l'autonomie.
• (10 h 50) •
Permettez-moi
d'égrener quelques données quant aux défis à relever. Les idées noires prennent
racine chez eux. 24 % des jeunes ont pensé qu'ils seraient mieux morts.
10 000 jeunes quittent chaque année les bancs d'école sans diplôme. Nous
vivons aussi une épidémie silencieuse de solitude. La moitié de notre jeunesse
vit de l'isolement. Leur taux de chômage est en hausse fulgurante aussi dans
les derniers mois. Il atteint plus de 12 %. C'est plus du double du reste
de la population. Et 80 % des pertes d'emplois du ralentissement
économique ont été portées par les jeunes de façon disproportionnée. Près d'un
jeune sur deux vit de l'insécurité alimentaire, et l'accès à la propriété est
devenu une chimère. Plus grave encore, au Canada, près de
6 000 jeunes dorment dans la rue chaque nuit. Au-delà de ces
chiffres, il y a des noms, des visages et un cri du coeur. La moitié des jeunes
considèrent qu'il n'y a plus d'espoir pour l'humanité. Comment, alors, mettre
en mouvement vers l'emploi, les études ou l'engagement quand ceux censés bâtir
l'avenir n'y croient plus?
Si l'aide sociale
constitue une ressource clé, les jeunes entretiennent un rapport très
hétérogène avec elle. Elle est parfois vécue comme un droit ou un moyen pour
subvenir à ses besoins, une aide de dernier recours ressentie parfois avec humiliation, une tactique pour
accéder à d'autres biens et services ou encore une option qui est non envisagée
pour une question de principe.
Dans ce contexte où les besoins des jeunes sont préoccupants,
nous accueillons favorablement de nombreuses dispositions du projet de
loi qui pourraient avoir des retombées positives sur leur parcours. Je
nommerais notamment la révision du concept
de «contrainte à l'emploi» pour la remplacer par «contrainte à la santé». Dans
notre environnement de crise de santé
mentale, cela devrait permettre d'améliorer la reconnaissance des contraintes
de nature psychosociale.
Soulignons l'élimination de la contribution
parentale. C'est une avancée significative pour les jeunes en rupture
familiale et ceux des centres jeunesse, ce qui pourrait élargir leur
admissibilité à des mesures d'accompagnement. Mentionnons l'individualisation
des chèques pour les couples. Ça permet assurément de favoriser l'autonomie des
personnes et les aide à vaincre les enjeux de codépendance et de violence
conjugale. Nous accueillons très positivement la valorisation du retour aux
études avec les primes. On le sait, les prestataires sont généralement peu scolarisés, 42 % d'entre eux n'ont aucun
diplôme. Pour l'élargissement des... du programme d'Objectif emploi, on
reconnaît la nécessité d'intervenir
de façon importante auprès des demandeurs d'aide sociale pour un accompagnement
individualisé.
Tout en soulignant les avancées concrètes que ce projet
de loi permettrait, nous vous proposons quelques pistes de réflexion
pour saisir pleinement l'opportunité de développer le plein potentiel des
jeunes. Certaines réflexions pourraient dépasser le cadre du projet de loi,
mais elles nous semblent s'inscrire dans l'esprit de nos travaux.
Nous proposons de
veiller à ce que les jeunes ayant une expérience vécue de la pauvreté soient au
centre de la conception, de la mise en oeuvre et de l'évaluation des politiques
mises en place.
Nous devons aussi
agir en prévention pour briser les cercles de pauvreté. Il faut tisser un
véritable filet, voire bâtir un solage social. Pour y arriver, nous vous
proposons un virage. Il se déploie, dans le projet carrefour jeunesse, une
approche visionnaire pour l'avenir des jeunes qui mise sur le caractère
universel des CJE. Nous invitons aussi à favoriser la réussite éducative en
s'appuyant notamment sur les modèles des écoles au carrefour pour accompagner
les jeunes en rupture avec le système formel d'éducation.
Principalement, il
nous faut moderniser les services publics d'emploi en faveur des jeunes.
Rejoindre ceux éloignés du marché du travail, ça nécessite du temps, des
approches créatives et spécifiques et l'établissement d'un lien de confiance.
Or, actuellement, nous faisons face à un réel risque d'effondrement de ces
services. Des mesures qui étaient dédiées aux jeunes ont disparu. Nous
proposons alors la création d'un groupe jeunesse dans le panier de services d'Emploi-Québec
afin de coconstruire des services d'employabilité à la hauteur des
transformations du marché du travail et pour accompagner les jeunes selon leurs
besoins et leurs aspirations et favoriser une intégration socioprofessionnelle
qui soit véritablement durable.
Objectif emploi. Nous suggérons de conserver les suppléments et de renoncer aux
sanctions prévues, considérant que les prestations ne permettent pas de
couvrir les besoins de base.
Nous devrions aussi
envisager de sortir de la conditionnalité. A minima, l'obligation qui engage le
jeune prestataire devrait être mutuelle, c'est-à-dire que l'État devrait aussi
avoir l'obligation d'offrir des services publics d'accompagnement adaptés au
jeune et financés adéquatement. Il nous apparaît aussi nécessaire d'accompagner
les demandeurs d'asile et de leur offrir un meilleur accès aux services
publics, notamment à ceux d'employabilité.
Nous valorisons la
participation sociale comme facteur de mise en mouvement. De nombreux jeunes
doivent tout d'abord stabiliser leur parcours de vie avant de parler d'études
et de marché du travail. Il faut aussi assurer la continuité et la
complémentarité des services dans les réseaux régionaux qui sont proposés dans
le projet de loi. L'accompagnement des
jeunes nécessite effectivement une stratégie globale d'intervention et ne peut
pas être traité en silo. Nous suggérons alors d'intégrer
systématiquement une perspective jeunesse avec la participation des carrefours.
Nous devrions aussi sécuriser les parcours et rendre l'insertion en emploi
attractive, comme augmenter les seuils de revenus de travail admissibles, par
exemple.
Pour
conclure, en dehors de la partisanerie, nous sommes convaincus que tous les
députés peuvent s'unir pour offrir le meilleur accompagnement à tous les
jeunes afin que chacun puisse devenir qui il est. Face aux changements climatiques et à la révolution induite par
l'intelligence artificielle, nous avons besoin d'approches nouvelles et
adaptées pour relever les défis contemporains. Nous avons, au Québec,
avec les CJE, un réseau unique de 110 organismes communautaires ancrés sur
le territoire et au plus près des besoins des jeunes. Il est indispensable de
s'appuyer sur ce réseau unique au monde pour faire du Québec une référence dans
l'accompagnement des jeunes et dans la lutte à l'exclusion sociale. Nos recommandations
abondent dans ce sens
Nous réitérons notre offre de collaboration et,
enfin, nous remercions les membres de cette commission pour l'attention accordée et l'opportunité qui nous a
été offerte de nous exprimer devant vous. Au plaisir de poursuivre nos échanges
dans les prochaines minutes.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Donc, merci pour votre exposé. Nous allons
maintenant commencer la période d'échange. Mme la ministre, la parole
est à vous.
Mme Rouleau : Bien, merci beaucoup,
Mme la Présidente. Et merci, M. Humbert, de collaborer, de participer à cette
commission pour la modernisation de... du régime d'assistance sociale.
Ma première question, ce serait : À la
lumière, là, de l'analyse que vous faites de ce projet de loi, est-ce que vous
croyez que la situation d'un jeune est améliorée par la mise en place des
nouvelles mesures?
M. Humbert (Rudy) : Il y a
effectivement, dans le projet de loi, de nombreuses dispositions qui vont avoir
un impact concret sur la vie des jeunes. On parlait de l'abolition de la
contribution parentale, pensons au jeune sortant des centres jeunesse ou en
rupture avec ses parents, qui nécessitait de retourner dans le foyer familial
pour pouvoir demander des prestations. Là, on vient de changer concrètement le
destin de ces jeunes-là. Idem pour Objectif emploi. De pouvoir mettre en
mouvement les jeunes dans des processus d'intégration socioprofessionnelle, de
leur offrir l'accompagnement indispensable dont ils ont besoin, là, on vient de
changer concrètement leur vie. Également, dans le projet de loi, il y a toute
la question de l'endettement qui est retravaillée. Ça permet aussi de ne pas
appauvrir davantage les jeunes.
La suite de la conversation devrait aussi porter
sur la capacité qu'auront les organismes à accompagner ces jeunes-là dans des
services qui leur sont adéquats.
Mme
Rouleau : OK. Vous avez... Vous vous prononcez en faveur,
là, des projets... des projets pilotes. Est-ce que vous avez des idées
sur les projets pilotes qu'on pourrait mettre en place?
M. Humbert (Rudy) : Merci de
soulever cette initiative. C'est quelque chose qu'on reconnaît de façon
extrêmement favorable dans le projet de loi, cette nécessité de faire
autrement. Ça a été mentionné, c'est un projet de loi qui a été peu dépoussiéré
durant 20 ans, on ne peut pas se permettre ce luxe-là à l'avenir. Il faut
pouvoir tester des approches nouvelles, mais aussi les documenter pour pouvoir
les mettre en oeuvre à l'avenir. On pense, par contre, par exemple, à des dispositions
pour les jeunes victimes d'exploitation sexuelle, certains aménagements qui
doivent être apportés au programme Objectif emploi en ce qui a trait aux
liquidités ou autres, mais aussi de regarder des initiatives qui peuvent sortir
du cadre.
Dans le mémoire, on vous parle des projets de
mobilité à l'international qui ont des retombées absolument extraordinaires sur
les jeunes, sur leur retour en études ou en emploi, on a... on a parlé des
plateaux de travail tout à l'heure, des écoles au carrefour, donc en dehors du
système d'éducation formelle, et tous les projets qui sont par et pour les
jeunes, où le jeune n'est plus vu comme un client mais comme un participant,
voire un acteur ou un créateur de son accompagnement. On devrait s'inspirer de
ce type d'initiative là à l'avenir.
Mme Rouleau : OK. Vous avez
mentionné, dans le... dans votre mémoire, là, que le ministère peut être plus
clément concernant les personnes qui font des erreurs de bonne foi dans leurs
réclamations. Puis il y a... il y a tout un volet qui traite de la... du
caractère intentionnel. Comment vous définiriez le caractère intentionnel,
vous?
M. Humbert
(Rudy) : C'est le défi, hein, de savoir comment sonder le
coeur et les reins de chacune des personnes qui remplissent les
formulaires. C'est extrêmement complexe. Mais je pense qu'on peut partir de la
présomption que les formulaires sont extrêmement complexes à remplir. Je pense
que c'est aussi dans la philosophie de ce projet de loi là de faire baisser la
bureaucratie.
Beaucoup de jeunes qu'on accompagne ont aussi
des enjeux de littératie et de numératie, d'où parfois la difficulté aussi de
pouvoir remplir les formulaires ou, pour des jeunes en milieu rural ou en
régions éloignées, de ne pas avoir l'accompagnement pour faire les démarches
nécessaires. Donc, je... plutôt davantage des défis que peuvent avoir les jeunes à remplir les formulaires de façon... de
façon cohérente. Et là il devient difficile de marquer la question de
l'intention. Mais, si on part de la présomption que ça a été rempli de bonne
foi et/ou valider que le jeune ait bien eu l'accompagnement dont il avait
besoin pour pouvoir le remplir, à partir de là, je pense qu'on peut trouver des
voies de passage.
• (11 heures) •
Mme Rouleau : OK. Concernant la
formation et les... bon, encore là, l'orientation, là, d'aller vers... de
faciliter la formation, vous mentionnez que plusieurs milliers de jeunes
sont susceptibles de décrocher du secondaire. Est-ce que l'obtention d'un
diplôme... la bonification de la prestation pour l'obtention d'un diplôme va...
peut être un réel déclencheur pour un jeune d'aller vers l'emploi et de se
ressaisir, disons.
M. Humbert
(Rudy) : D'une part, on note la reconnaissance du fait que le
décrochage scolaire est un enjeu. On le
mentionnait, souvent, on nomme que l'intégration en emploi est le levier le
plus puissant pour sortir de la pauvreté. Eh bien, l'éducation est
probablement le levier le plus puissant pour éviter d'y rentrer. On a la
démonstration, dans les dernières années, que l'incitatif financier peut
effectivement permettre à des jeunes de retourner sur les bancs d'école,
d'études. On a eu des programmes sectorialisés, comme une offensive en
construction, le programme d'aide à la formation et de rehaussement de
compétences, et les bonifications à ces programmes-là ont amené des centaines
et des milliers de jeunes à retourner sur les bancs d'école.
Ce dont on va avoir besoin, c'est de s'assurer que
ces jeunes-là aient l'accompagnement pour pouvoir persévérer dans leurs
études, pouvoir concilier, parfois, travail, études, vie personnelle, et ne pas
les envoyer directement, par exemple, à l'école aux adultes, qui, avec toutes
les retombées positives qu'elle peut avoir, est aussi parfois un cadre déjà
trop rigide pour beaucoup de jeunes dans l'accompagnement dont ils pourraient
disposer.
Mme Rouleau : OK. Et, concernant le
PAAS, le Programme d'aide et d'accompagnement social, comment... comment vous
vivez ce programme-là et comment vous voyez les améliorations qu'on veut faire,
là, de participation... participation sociale?
M. Humbert (Rudy) : Vous l'avez souligné, il y a trois piliers dans la
vision qui est proposée : une qui concerne le retour en emploi, ça
concerne davantage des jeunes qui peuvent être un peu plus près du marché du
travail; le retour aux études pour ceux qu'on a besoin de rehausser les
compétences ou de requalifier, puis le troisième volet, celui du développement
des habiletés sociales ou de la participation sociale.
C'est un levier qui
nous apparaît indispensable. On a beaucoup de jeunes en situation de
vulnérabilité ou qui ont des parcours de vie atypiques. Un parcours de vie
linéaire, ça n'existe à peu près plus, et beaucoup de jeunes n'en sont pas
rendus à discuter de CV quand ils viennent nous voir le ventre vide ou sans
savoir où ils dormiront ce soir. Donc, tout le volet participation sociale va
nous permettre d'initier une mise en mouvement des jeunes.
Pour ça, il faut
s'appuyer sur des initiatives déjà existantes sans dédoubler d'autres
programmes. Il y a du financement, dans les carrefours jeunesse-emploi, qui
provient, entre autres, du Secrétariat à la jeunesse ou même du Secrétariat à
l'action communautaire, qui nous permet de mettre les jeunes en mouvement à
travers des projets de bénévolat, d'entrepreneuriat ou de volontariat. On
pourrait s'appuyer sur ces politiques publiques déjà en place pour référer
systématiquement les jeunes prestataires vers les carrefours, ils pourraient
être mis en mouvement à travers des processus d'engagement citoyen.
Mme Rouleau : OK. Et vous proposez,
dans votre mémoire aussi, pour rendre intéressant le retour en emploi,
de conserver temporairement le droit des personnes qui sont sur l'aide de
dernier recours de garder le carnet de réclamation.
Et, en termes d'équité pour les personnes qui travaillent 40 heures
semaine au salaire minimum, comment vous considérez cette position?
M. Humbert (Rudy) : C'est
effectivement le défi à relever. C'est la même question sur le montant maximum
de salaire qui peut être reçu avant de toucher aux prestations sociales. Ce
qu'on perçoit, c'est qu'actuellement on a un frein. Il nous arrive qu'il y ait
des jeunes qui nous disent : Écoutez, je ne veux pas intégrer le marché du
travail tout de suite, parce que, dans deux semaines, j'ai rendez-vous pour
refaire mes lunettes, pour refaire mes dents ou des frais de transport, puis, si je n'ai pas accès à ces services-là,
bien, je n'irai pas à l'entrevue parce que ça peut me causer des enjeux
d'estime de moi. Donc, actuellement, on peut avoir quelques freins ici, et il
faut rendre effectivement le retour en emploi intéressant.
Ça pose... et ce n'est effectivement pas le lieu
de ce débat-là, mais peut-être la question du salaire minimum aussi. Pourquoi
le retour en emploi ne permet pas systématiquement de sortir de la pauvreté et
de subvenir à ses besoins? On a beaucoup de jeunes, dans les banques
alimentaires, qui sont aussi des jeunes travailleurs, pas uniquement des jeunes
prestataires de l'aide sociale. Donc, on a effectivement une réflexion à mener
sur ce continuum-là. Comment donner les moyens aux jeunes d'utiliser l'aide
sociale non pas comme un sable mouvant qui va détruire leur employabilité, mais
comme un tremplin vers la suite de leur parcours professionnel?
Mme Rouleau :
OK. Merci beaucoup. Mme la Présidente, on peut...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...merci,
Mme la ministre. Mme la députée de Laporte, la parole est à vous.
Mme Poulet : ...aux travaux. Vous avez dit... vous avez
mentionné qu'il y avait 53 000 jeunes sur l'aide sociale, qui
sont de plus en plus nombreux et de plus... ils sont invisibles, là, on ne les
voit pas, qui vivent l'isolement.
Je voudrais voir avec
vous, dans tout l'écosystème, est-ce que... est-ce que c'est... tout est
couvert? Est-ce qu'il y a des angles morts?
Est-ce que... Bon, vous avez apporté des amendements, des idées, des projets,
entre autres, des idées. Vous avez... il y a plusieurs choses qui ont
été couvertes, mais, pour vous, est-ce que tous les angles morts seraient
couverts, justement, pour aider nos jeunes?
M. Humbert (Rudy) : Assurément,
collectivement, je pense qu'on peut faire plus et mieux dans l'organisation de
nos services publics d'emploi à destination des jeunes. Ils sont souvent en
silo, il y a souvent... très paramétrés. Il y
a des jeunes exclus de certains programmes du côté d'Emploi-Québec, par exemple, ou une lourdeur administrative énorme qui peut
reposer sur les intervenants et les intervenantes qui vient réduire le temps
d'intervention qu'ils peuvent passer avec les jeunes.
Le phénomène qu'on
vit dans les dernières années, c'est qu'on a une explosion des enjeux
psychosociaux que doivent vivre les jeunes,
d'où la nécessité de moderniser la loi comme il est fait. Dans les trois
avenues intéressantes à explorer, effectivement, le retour en emploi,
mais ça, on peut le faire uniquement si on adapte aussi nos programmes
d'employabilité, du côté d'Emploi-Québec, qui aujourd'hui ne sont pas adaptés
aux jeunes. Retour aux études, c'est un marqueur extrêmement significatif pour
leur réussite, mais ça peut fonctionner seulement s'il y a une personne qui
accompagne le jeune pour éviter de décrocher. Puis la participation sociale,
c'est la même chose, il faut offrir des opportunités d'engagement sur le
territoire.
Donc, il y a trois avenues intéressantes pour la
sortie de l'aide sociale, mais, pour ça, ça prend des mesures qui soient
spécifiques pour les jeunes, ce qui n'est pas tout à fait le cas dans les
autres programmes des autres ministères.
Mme Poulet : Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : C'est tout, Mme la députée? Oui. Donc, je cède maintenant
la parole à la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Mme Tardif : Merci. Vitement, parce
que j'ai d'autres collègues, là, qui veulent poser des questions. Premièrement,
merci beaucoup, nos carrefours emploi ou carrefours jeunesse-emploi,
comme on les nommait précédemment, sont extrêmement
utiles. Et vous avez parlé aussi d'intégration de demandeurs d'asile, mais
j'irais plutôt vers la francisation que vous faites auprès des
immigrants et des immigrants qui travaillent dans nos entreprises. Donc, merci
beaucoup pour votre travail auprès des jeunes, c'est assez impressionnant.
Ce qui m'a un peu
surprise ce matin, ce sont vos statistiques, là, 53 000 jeunes qui
ont recours à l'assistance sociale, 10 000 jeunes qui coûtent... qui
quittent les bancs d'école, 12 % de taux de chômage, c'est plus élevé que
la moyenne, et un jeune sur deux qui vit de l'insécurité alimentaire. J'imagine
que ces jeunes-là ne restent pas chez leurs parents ou, en tout cas, je... ce
sont des statistiques, là, qui me... qui me choquent, qui me... qui me
dérangent, si c'est le cas.
Ceci dit, ça démontre votre pertinence, et
j'entends que vous voulez être impliqués beaucoup dans le projet de loi, dans la mise en oeuvre de cette nouvelle loi
là, donc merci. Et, par rapport à la mise en place des réseaux régionaux
d'accompagnement, vous... vous nous dites : «Nous sommes d'accord. Par
contre, il faut intégrer systématiquement une perspective jeunesse et avoir une
approche globale avec la participation des carrefours.» Je veux vous entendre
là-dessus.
M. Humbert (Rudy) : Merci
beaucoup, Mme la députée de Laviolette, pour vos bons mots envers les
carrefours, et effectivement les statistiques sont glaçantes, et c'est
nécessaire de les remettre un peu à l'agenda public.
En ce qui a trait aux
réseaux régionaux, je pense, c'est une très bonne nouvelle de vouloir briser
les silos. Un jeune ne rentre dans aucune case. Donc, lorsqu'il vient nous voir
dans un... dans le carrefour, il va nous parler d'employabilité, mais il y a
peut-être un enjeu d'éducation, il y a peut-être un enjeu de santé, il y a
peut-être un enjeu de conciliation avec les garderies. Donc, le fait de créer
ces réseaux régionaux et de briser les barrières entre les différents
ministères est une excellente nouvelle.
Toutefois, ce qu'on
vous propose, c'est de dire... Il y a un nombre important de jeunes qui sont
prestataires de l'aide sociale, et on sait que plus on intervient tôt, plus les
retombées seront significatives. C'est pourquoi on vous mentionne de vous
appuyer sur les réseaux déjà existants pour ne pas les dédoubler, et, on pense,
ce serait une bonne idée d'avoir un carrefour sur chacune de ces réseaux
régionals là pour assurer une perspective jeunesse. Et les carrefours
travaillent sur l'ensemble des sphères de vie des jeunes, donc on aurait une
vision transversale de ces besoins-là. Pourquoi ne pas même avoir quelques
jeunes parfois autour de la table ou un comité de jeunes qui viendrait nourrir
ces réflexions-là? Donc, il faut continuer ce continuum entre le secteur public — et en
brisant les silos des ministères — le communautaire, et même le privé, et la
société civile.
Mme Tardif : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole à la députée d'Abitibi-Ouest.
• (11 h 10) •
Mme Blais : ...M. Humbert, pour votre
présentation. Alors, concernant l'évaluation psychosociale et médicale
par d'autres professionnels de la santé, vous nous recommandez de nous inspirer
des travaux réalisés par le Curateur public en ce
domaine. Pouvez-vous nous dire quels sont les aspects de ces travaux qui vous
sembleraient les plus intéressants et pertinents dans le cadre de notre projet
de loi?
M. Humbert (Rudy) : Donc,
effectivement, il y a deux aspects extrêmement intéressants à explorer, le fait
de basculer de contrainte à l'emploi à contrainte en santé pour reconnaître la
nature psychosociale. L'élargissement à d'autres professionnels a... pour nous,
a des retombées significatives aussi. Parce que, souvent, les jeunes sont déjà
en contact avec d'autres intervenants du système de la santé, ça leur évite
donc de retourner voir un médecin avec les délais que ça suppose puis la
lourdeur administrative pour le personnel médical qui est présent.
Les jeunes
qu'on accompagne souvent ont basculé d'intervenants en intervenantes, de
conseillers en conseillères et sont
en rupture et en désaffiliation avec les institutions. Donc, juste leur parler
du système de santé, ils ne veulent pas forcément y aller, du système
scolaire, il y a une rupture qui est consommée. Donc, le fait d'élargir les
professionnels qui pourraient poser ces gestes-là, on va pouvoir trouver la
personne avec qui le jeune a déjà un lien de confiance.
Il y a par exemple des initiatives autour des
aires ouvertes, une initiative du ministère de la Santé sur lequel on
collabore, qui permet d'avoir des services de santé qui sont destinés un peu
par et pour les jeunes de 12 à 25 ans, dans des lieux qui leur ressemblent
davantage, qui permet une réconciliation des jeunes avec le système public.
Donc, il y a probablement des avenues à explorer de ce côté-là.
Mme Blais : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Mme la ministre, il vous reste une minute.
Mme Rouleau : Est-ce que vous
pourriez me parler de l'arrimage possible entre les emplois de qualité et Objectif
emploi pour les jeunes?
M. Humbert
(Rudy) : Vous mettez le doigt sur un élément central ici.
Il y a la question de l'insertion sur le marché du travail, mais les
emplois les plus disponibles rapidement sont souvent les moins bien payés, qui
demandent le moins bien de qualification et qui nécessitent le plus
d'ajustements. Là où on pourrait regarder à moyen terme, c'est s'assurer que la
personne qui accompagne le jeune dans le carrefour jeunesse-emploi s'assure de
la qualité de l'emploi pour travailler un maintien durable et s'assurer que le
jeune ne mette pas juste un pas sur le marché du travail, perde son emploi dans les semaines qui suivent, d'autant que la
plupart de nos PME n'ont pas de direction des ressources humaines ou de
département RH et que les jeunes ont des défis particuliers de savoir être, de
savoir-faire. Donc, on a besoin de
travailler pas seulement l'insertion, l'intégration durable, et ça, ça prend
des heures d'accompagnement en maintien et en accompagnement aux
entreprises.
La
Présidente (Mme D'Amours) : ...merci beaucoup. Je cède maintenant la parole à
la députée de Notre-Dame-de-Grâce. La parole est à vous.
Mme
McGraw : Merci, Mme la Présidente. Et j'en profite pour
saluer et souligner l'excellent travail du carrefour jeunesse sur
l'ensemble du Québec, mais aussi à Notre-Dame-de-Grâce, à notre directeur
général Hans Heisinger qui est là depuis
26 ans, 1998. C'est vraiment un organisme fort, très reconnu à
Notre-Dame-de-Grâce. Donc, j'en profite pour le souligner.
Maintenant,
vous avez parlé d'une explosion des défis psychosociaux chez les jeunes. Alors,
ma question, je vais aller là-dessus pour commencer. Dans le projet de
loi, la nouvelle définition des contraintes de santé inclut désormais les contraintes psychosociales. Alors, est-ce que
vous pensez que cette reconnaissance est suffisante pour répondre aux besoins des jeunes en difficulté? Et aussi, comment
pourrait-elle être mieux appliquée dans les services d'accompagnement
pour éviter que les jeunes en situation de fragilité ne soient pénalisés?
M. Humbert (Rudy) : La prémisse
selon laquelle il faut s'ouvrir aux contraintes de nature psychosociale et
ouvrir le débat sur les questions de santé mentale est vraiment la bonne dans
les prérogatives que vous soulignez. Ce qu'on a besoin pour aller un peu plus
loin, c'est de s'assurer que les jeunes vont avoir accès au système de santé.
Il nous arrive assez régulièrement de recevoir des jeunes qui ont des troubles
de santé mentale, mais ils sont non diagnostiqués. Et, si on le réfère au
système de santé, on lui dit : Bien, il y a deux ans d'attente. Qu'est-ce
qu'on fait avec ce jeune-là en attendant? Comment est-ce qu'on le garde en
mouvement, on favorise son autonomie, sans le perde durant ces deux années-là?
Donc, il va falloir effectivement éclaircir,
peut-être dans les intentions réglementaires ou dans l'étude détaillée qui sera
faite par la suite, quelles sont ses natures... quelles sont ces contraintes de
nature psychosociale qui sont ciblées, quels sont les professionnels, quels
sont... la formation qu'ils vont pouvoir avoir, tout en se posant la question
de comment s'assurer que les jeunes vont pouvoir accès... avoir accès à ces
professionnels-là pour avoir le diagnostic qui leur permettront de reconnaître
cette contrainte de santé.
Mme
McGraw : Merci. J'aimerais aller maintenant sur les projets
pilotes. On comprend, selon les neurosciences, qu'effectivement les
jeunes sont câblés pour l'innovation ou l'expérimentation, l'inventivité.
Alors, il faut vraiment s'appuyer sur cet atout-là chez les jeunes. Et vous
proposez que cet objectif de... les approches innovantes, multiplier les
projets pilotes, d'avoir un triple effort. Alors, j'aimerais vous entendre
là-dessus, pour s'assurer que ces projets pilotes soient
efficaces et qu'on travaille en collaboration avec les bons... les... une bonne
coordination sur le terrain avec les organismes clés.
M. Humbert (Rudy) : Il n'y a pas de
réponse mur à mur possible pour l'accompagnement des jeunes dans... dans l'aide
sociale. Il y a des mesures, par exemple, en Europe, qui parlent de : un
jeune égale une solution. Donc, tout est taillé sur mesure, ce qui fait qu'on
se doit de se donner de la flexibilité pour avoir des initiatives qui peuvent être parfois juste régionalisées, ou juste sur
certains profils de jeunes, et de tester des approches nouvelles. On parlait,
dans le mémoire, par exemple, d'initiatives d'école au carrefour, de projets de
mobilité internationale, des projets, essentiellement, qui n'attendent plus que
le jeune vienne dans nos organisations, mais on va vers le «vers avec». Donc,
c'est toute la question du travail de proximité.
Enfin, ce qui est documenté dans nos
organisations, c'est comment redonner du pouvoir au jeune qui vient te voir, et
que lui soit lui-même en charge de proposer des projets, des initiatives, et
que sa voix puisse porter dans les initiatives. Parce que, s'il est seulement
client, on va avoir du mal à le faire progresser dans ce cheminement, alors
que, s'il est acteur de son propre parcours, on pourrait avoir des initiatives
extrêmement inspirantes à mettre en place. Il y en a déjà de très nombreuses
présentes sur le territoire. Il faudrait s'appuyer sur ces initiatives-là.
Mme
McGraw : Merci. Une autre question. On parle de... Le
projet de loi se dit simplifier... cherche à simplifier le système, mais
il ne faut pas confondre la simplification avec l'humanisation. On parle de
projets ou d'approches individualisés, ce qui ne veut pas dire plus humains. Et
on a des préoccupations, par exemple, par... aux agents, qui sont peut-être
formés en travail social ou en société, qui ne sont pas nécessairement des
agents qui vont être... qui vont avoir travaillé avec les gens qui... au niveau
de ces programmes en aide sociale, etc. Et, je me pose la question, pour des
jeunes qui vivent déjà des histoires complexes, qui vivent déjà des réalités
difficiles, qui vivent la précarité, quel serait l'impact potentiel de toujours
avoir à se répéter, à réexpliquer leur histoire, de ne pas avoir quelqu'un qui
est dédié à... qui connaît déjà leur parcours?
M. Humbert
(Rudy) : Vous avez raison, on a un enjeu, de façon globale,
de déshumanisation de nos services. C'est encore plus vrai pour des
jeunes qui subissent la fracture numérique ou qui sont en région rurale ou
éloignée pour pouvoir accéder à la bonne personne, au bon service, au bon
moment. Il est indispensable, pour la réussite de ces jeunes-là, de pouvoir
créer un lien de confiance avec la bonne personne, et un lien de confiance, ça
ne se transfère pas à un collègue ou à une
autre organisation. C'est quelque chose qui prend du temps, qui prend de
l'énergie, qui prend des compétences.
D'où la nécessité, pour nous, de souligner : Oui, un plan d'accompagnement
individualisé. C'est le meilleur moteur, de partir des aspirations de la
personne, de ses besoins, et, pour ça, il faut s'assurer que les organismes qui
les accompagnent ont les ressources nécessaires, les compétences nécessaires
pour pouvoir le suivre dans la durée et que les mesures dans lesquelles on va
mettre ces jeunes-là soient taillées pour eux.
Un exemple, on a des paramètres qui limitent le
temps d'intervention auprès des jeunes, dans les mesures d'Emploi-Québec, à
75 heures. Or, quand un jeune est rendu sur l'aide sociale, c'est souvent
qu'il a épuisé toutes les autres
initiatives, et, à 70 heures d'accompagnement, 75 heures
d'accompagnement, ce n'est pas suffisant pour pouvoir le faire cheminer
à long terme. Donc, on a besoin de davantage de flexibilité aussi dans les
mesures existantes, parce qu'elles correspondent peut-être à d'autres profils
dans la population, mais pas aux jeunes, c'est certain.
Mme McGraw : Merci. Mme la
Présidente, je vous demande de céder le reste de mon temps à ma collègue, notre
porte-parole non seulement en jeunesse, mais aussi en emploi et travail.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Parfait, merci. Je cède maintenant la parole à la
députée de Bourassa-Sauvé.
Mme
Cadet : Merci, Mme la Présidente. Bonjour, M. Humbert,
ravie de vous revoir dans le cadre de l'étude... bien, en fait, des consultations
liées, donc, au projet de loi n° 71. Je vais faire un peu du pouce sur les
propos de ma collègue, en fait, sur votre réponse, donc sur l'importance du
lien de confiance et de la flexibilité nécessaire pour... bien, en fait, là,
pour que le jeune, donc, soit mieux accompagné une fois, donc, qu'il en...
qu'il en vient, donc, à bénéficier, donc, de vos différents services.
Le projet de
loi, donc... Puis la ministre, donc, a publiquement, donc, souvent, donc,
énoncé, donc, le... qu'une démarche vers l'emploi était celle, donc, qui
permettait, donc, aux jeunes, donc, d'obtenir, donc... bien, aux jeunes ou, en fait, aux bénéficiaires ici, là, mais
dans... dans votre cas, on va dire «aux jeunes», de... donc, d'améliorer, donc,
leurs différentes conditions.
• (11 h 20) •
Pour que ça puisse se faire, de ce que je
comprends, donc, de vos propos, bien, il faudrait que les services qui les
accompagnent, donc, puissent bénéficier des différentes ressources pour pouvoir
bien le faire, le faire de façon individualisée, le faire dans une façon, donc,
qui est... qui soit humaine et qui est flexible. Donc, dans... dans la mesure
de ce que vous nous avez exposé jusqu'à présent, quelle est la capacité, donc,
des différents services publics d'emploi, donc, à pouvoir le faire, dans l'état
actuel des choses?
M. Humbert
(Rudy) : On part souvent de la prémisse de quand on veut,
on peut. Puis c'est un peu la philosophie qui sous-tend les mesures
d'activation. Dans les faits, ce qu'on voit sur le terrain, c'est plutôt «quand
on peut, on veut». Donc, c'est de s'assurer de réunir les conditions pour que
ça fonctionne.
Actuellement, les organisations sur le terrain
sont à un point de rupture par rapport aux services qu'ils peuvent offrir.
On a mentionné, le taux de chômage a augmenté de façon drastique dans les...
auprès des jeunes dans les derniers mois. Les enjeux psychosociaux explosent,
les enjeux de décrochage scolaire. On a donc déjà des files d'attente
actuellement dans nos organisations. Et on est à un croisement particulier
actuellement dans notre histoire des services publics à destination des jeunes
au Québec, c'est qu'on a une courbe des besoins qui augmente, un nombre de
jeunes qui augmente puis un financement public qui est plutôt décroissant
envers les jeunes. Donc, on arrive à ce point de rupture actuellement où les
organisations n'ont plus les ressources nécessaires pour accompagner les
jeunes.
Et la crainte, c'est
de se dire : Formidable! Un jeune va intégrer le programme Objectif emploi,
ensuite il arrive au carrefour, mais est-ce que le carrefour a les moyens
d'accompagner ce jeune-là, de pouvoir le mettre en mouvement? Est-ce que les
mesures d'employabilité dans lesquelles on va le mettre ne sont pas trop
contraignantes, trop carrées? Est-ce qu'on ne va pas exclure ce jeune-là
d'autres types de participation? Et on est effectivement à un tournant,
actuellement dans nos organisations, où le point de bascule est assez proche
dans l'incapacité à fournir les services adéquats aux jeunes due à des
paramètres trop serrés des programmes publics.
Mme Cadet : Donc, vous venez de le
dire, donc, que vous approchez un certain point de bascule. Je pense que
l'ensemble des collègues autour de cette table ont... ont souligné, donc, le
chiffre assez frappant, là, de 53 000 jeunes, donc, sur l'aide
sociale, et donc des... et des jeunes, donc, ayant des besoins
d'accompagnement, donc, spécialisés.
Plus tôt, je pense qu'en répondant, donc, à
quelqu'un d'autre, donc, vous disiez, donc, évidemment, donc il y a... le projet de loi, donc, répond, donc, à certaines
questions. Vous disiez, donc, la prochaine question à poser, bien, c'est...
c'est celle, donc, qu'on vient d'aborder.
Donc, quelle est cette capacité? Donc, ce que vous dites, c'est qu'avec les...
que, si on veut que les mesures qui
soient... qui sont prévues dans le projet de loi soient productives, en fait,
ce qu'il faudrait, c'est que le financement soit... le financement... et
l'encadrement, là, au-delà, donc, du financement en termes de fonds publics, mais l'encadrement, la souplesse qui
est... qui est octroyée aux carrefours jeunesse emploi, donc, devrait également
suivre pour que le projet loi puisse actualiser son objectif.
M. Humbert
(Rudy) : Votre diagnostic, je le partage.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...secondes.
M. Humbert
(Rudy) : Oui. Bien, l'aide sociale, c'est un engrenage dans lequel on
fait passer les jeunes vers d'autres
mesures. Donc là, le projet permet de faciliter cet engrenage-là, mais il faut
s'assurer que les mécanismes qui suivent soient adéquats pour les
jeunes. Donc, réformer les services publics d'emploi, réformer l'accompagnement
de retour aux études et élargir les perspectives en participation sociale.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...c'est tout le temps que nous avions. Je cède maintenant
la parole à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci.
Il a été beaucoup question de l'avantage que présente de pouvoir faire affaire
à d'autres professionnels pour une évaluation psychosociale. Vous avez beaucoup
parlé du lien de confiance aussi qui est important à développer avec les
jeunes. J'aimerais ça savoir, vous, de... quels types de professionnels vous
pensez qu'on devrait prévoir, là, pour faire ces évaluations-là.
M. Humbert (Rudy) : Il
va falloir effectivement le regarder au cas par cas, parce que les jeunes vont
créer des... un lien de confiance, des contacts avec des professionnels
différents tout au long de leur parcours de vie. Chaque histoire personnelle
est... est différente. Il va falloir aussi se questionner si ces professionnels
sont disponibles sur l'ensemble du territoire. Est-ce que le jeune sur la
Côte-Nord va pouvoir accéder aux mêmes professionnels que le jeune à Montréal?
Donc, ça pose la question aussi de la disponibilité des services sur nos
territoires. Et enfin ça pose la question de la formation.
Mme Labrie : En
fait, je vous pose la question pour savoir quels titres... quels titres de
professionnel vous pensez qu'on devrait prévoir pour ça, psychologues,
travailleurs sociaux ou psychoéducateurs, par exemple. Puis aussi je veux vous
amener... En fait, vous avez probablement, dans vos équipes, certains
professionnels membres de leur ordre. Est-ce que vous pensez que ça pourrait
être pertinent qu'ils puissent eux-mêmes être habilités à faire ces
évaluations-là?
M. Humbert (Rudy) : Absolument.
Il y a actuellement une réforme qui concerne l'Ordre des conseillers et des conseillères
d'orientation en ce qui a trait notamment à l'évaluation psychosociale. C'est
une perspective qui me semble extrêmement
intéressante, mais, pour y arriver, on ne peut pas le faire demain matin, parce
qu'il faut s'assurer que la personne
en face du jeune ait les qualifications, le temps et les ressources nécessaires
pour bien l'accompagner. Donc, ça prend une réflexion de fond avec les
ordres professionnels et surtout de penser à comment qualifier ces personnes-là. Ce n'est pas en suivant une
formation de quelques jours qu'on va développer les habiletés pour accompagner des
jeunes de plus en plus éloignés, qui ont une comorbidité de leurs
problématiques. Donc, il va falloir regarder à quel parcours de formation on va
donner accès à ces professionnels-là avant de leur donner, justement,
l'autorisation de poser ces actes-là.
Mme
Labrie : Puis vous devez côtoyer beaucoup de jeunes qui ont des
responsabilités familiales, j'imagine, dans
vos... dans votre réseau. Le fait que, dorénavant, les parents d'enfant d'âge
préscolaire, après 18 mois... 18 semaines, pardon, suivant la
naissance, n'auront plus accès à la contrainte, qu'est-ce que vous pensez de
cette mesure-là? Quel effet ça va avoir sur les gens?
M. Humbert (Rudy) : C'est
un vrai point d'interrogation à éclaircir, effectivement, dans le fameux
article 25, qui suscite, à
raison, beaucoup de pistes de réflexion. On a beaucoup de... entre autres, de
jeunes femmes monoparentales qui viennent dans nos organisations. Et le
fait d'enlever le caractère automatique du 161 $ pour les enfants de moins
de cinq ans va pouvoir engendrer d'autres questionnements, d'autant plus dans
un contexte où l'accès aux garderies n'est
pas garanti, d'autant plus où la desserte territoriale de l'accompagnement pour
ces jeunes mères là est complexe.
Donc, on essaie, dans nos organisations, de
développer des initiatives. On a des garderies directement dans nos organisations
pour pouvoir accompagner la personne dans le même temps, d'essayer de passer
outre ces questions de contraintes familiales. Mais personne ne peut imaginer
qu'une jeune mère avec un enfant de 18 semaines puisse retourner sur le
marché du travail à temps plein. Donc, il va falloir trouver des mesures
d'accommodement. Et ce qui est tributaire des changements des règles, c'est de
s'assurer que l'accompagnement suive. Et c'est vraiment là qu'est le noeud de
l'investissement qu'il faut faire et du regard qu'il faut porter.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...c'est tout le temps que nous avions. Maintenant, je
cède la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci.
Je vous amène à la toute fin de votre mémoire, où vous nous parlez du seuil de
revenus de travail admissibles dans le calcul des prestations sociales. Et
c'est lié, bien sûr, à un des objectifs principaux du projet de loi, qui est de
favoriser la mise en mouvement vers l'emploi, notamment des jeunes. Vous nous
rappelez que le seuil de 200 $ par mois, au maximum, avant que le chèque
soit réduit, n'a pas été indexé depuis 1999, ce qui... ce qui voulait dire, à
l'époque, 29 heures de travail par mois. Aujourd'hui, ça veut dire
13 heures de travail par mois. Est-ce que vous voulez un petit peu
élaborer là-dessus?
M. Humbert
(Rudy) : Absolument. L'idée, c'est de voir comment l'intégration sur
le marché du travail peut être attractive pour ces personnes-là qui ne peuvent
pas basculer du jour au lendemain de zéro heure de travail, à plusieurs années
de difficultés sur le marché, à un emploi à temps plein. Donc, il faut trouver
comment est-ce qu'on peut faire travailler
au fur et à mesure ces jeunes-là, augmenter leur temps d'heures. Et on le voit,
dans nos organisations des fois, au-delà du marché du travail, même des
projets d'engagement citoyen, de participation sociale, on va donner des
cotisations à ces jeunes-là. Parfois, ils vont dire : Non, parce que je
risque de voir mon chèque diminuer. Ça pose la question aussi de pourquoi
l'intégration sur le marché du travail n'est pas si... assez payante. Pourquoi,
même en étant sur le marché du travail, on se retrouve encore parfois en
difficulté pour couvrir ses besoins de base?
Donc, il y a déjà eu
des avancées dans les derniers mois, par règlement, de diminuer les pénalités
de 10 %, mais ce seuil de 200 $, on devrait poursuivre la réflexion
pour voir jusqu'où on peut l'amener pour permettre aux jeunes de retourner
davantage sur le marché du travail, de solliciter des revenus qui vont leur
permettre de mieux se nourrir, se loger, se vêtir et développer leur
employabilité, tout en ayant une réflexion sur l'équité, sur les personnes au
salaire minimum.
M. Paradis : Est-ce
que vous avez une réflexion? Est-ce que vous avez une idée des chiffres que
vous voudriez nous proposer sur ce seuil?
M. Humbert
(Rudy) : Je n'ai pas de seuil préétabli à vous fournir ici, mais je
pense qu'il faut entamer la réflexion pour aller un peu plus loin. On a besoin
de documenter beaucoup, je pense que c'est un des axes qu'on doit développer
dans ce projet de loi là, c'est l'évaluation, la documentation et de mener des
recherches-actions. Pourquoi ne pas le tester dans certaines régions, varier
les seuils, voir l'effet que ça peut avoir sur certains jeunes, sur
l'incitation au travail, le tester à d'autres endroits, le fait qu'Objectif
emploi ne soit pas obligatoire, mais volontaire, voir si c'est un incitatif ou
pas sur les taux de réussite et de décrochage? Je pense qu'il faut se laisser
la flexibilité de tester des modèles, de les documenter pour pouvoir mettre en
avant les pratiques gagnantes.
M. Paradis : Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup. Je vous remercie pour votre contribution
aux travaux de la commission.
Je suspends les
travaux quelques instants afin de permettre à nos prochains invités de prendre
place.
(Suspension de la séance à
11 h 29)
(Reprise à 11 h 35)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue au Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au
Québec. Je vous rappelle, chers invités, que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, puis nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à commencer votre exposé, s'il vous plaît.
Groupe de recherche et
de formation sur
la pauvreté au Québec (GRFPQ)
M. Handfield (Stéphane) : Merci
beaucoup. Je m'appelle Stéphane Handfield. Je suis co-coordonnateur au Groupe
de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec.
Mme Bernard (Chantal) : Moi,
mon nom, c'est Chantal Bernard. Je suis une personne en situation de pauvreté.
Je suis membre du Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté du Québec
et je suis aussi membre du regroupement des assistés sociales et sociaux du
Témiscouata, où je suis aujourd'hui.
M. Handfield (Stéphane) : Ça fait
qu'au groupe de recherche, nous autres, on travaille avec des chercheurs et des personnes qui vivent de la pauvreté pour
réfléchir ensemble à des solutions à la pauvreté. Au groupe de recherche,
on fait de l'éducation populaire, on part de l'expérience des gens pour
réfléchir aux solutions aux problèmes sociaux. Donc, pour évaluer une réforme de l'aide sociale, on considère qu'on
devrait écouter ce que disent les personnes assistées sociales sur leur propre
situation.
Selon les personnes assistées sociales, il y a
cinq barrières qui les empêchent d'exercer leur citoyenneté puis de prendre part à la société. La première, c'est
la pauvreté elle-même, qui rend malade puis qui prend toute la place dans
leur vie.
La deuxième
barrière, c'est les discriminations et les préjugés, notamment ceux qui disent
qu'elles sont à l'aide sociale par choix, qu'elles sont en mesure de se
trouver un emploi et qu'elles ne contribuent pas à la société parce qu'elles
n'ont pas d'emploi.
La troisième barrière, c'est le système d'aide
sociale lui-même, qui surveille, contrôle et punit les personnes assistées
sociales.
Quatrième barrière, c'est le manque de formation
adaptée à leur rythme d'apprentissage et à leurs besoins.
Et la cinquième, c'est le marché du travail, qui
les exclut à cause de leurs limites et de leurs capacités.
Selon nous, la réforme qui est proposée ne
contribue à régler aucune de ces barrières-là. Donc, ce qu'on veut faire aujourd'hui, c'est vous parler de la
violence de notre système d'aide sociale pour vous convaincre de profiter de
cette occasion de faire une réforme là pour plutôt vous attaquer aux barrières
à la citoyenneté des personnes assistées sociales.
Chantal va vous partager son témoignage, puis,
comme on est un groupe d'éducation populaire, qu'on fait des choses
participatives, je vous demanderais, s'il vous plaît, les personnes qui sont
dans la salle, de lever la main à chaque fois que Chantal parle d'une situation
que vous avez personnellement déjà vécue.
Mme Bernard (Chantal) : Merci.
Je m'appelle Chantal Bernard. Je suis une femme de 62 ans, mère de cinq
enfants, et je suis aussi,
maintenant, grand-mère. Je viens d'une famille de la classe moyenne où je n'ai
jamais manqué de rien, j'y ai reçu une bonne éducation, j'y ai été sincèrement
aimée, et, chez nous, les études étaient encouragées.
Après mon passage au cégep, à 23 ans,
j'avais un travail à temps plein et j'étais conseillère municipale dans mon
village, Saint-Ferréol-les-Neiges. J'étais plus particulièrement assignée aux
loisirs et à la culture. C'est dans ce contexte que j'ai participé à
l'implantation de la bibliothèque municipale et que j'ai été chercher une
première subvention pour réaliser un projet d'atelier d'art multidisciplinaire
destiné à neuf jeunes de mon village. À 23 ans, la vie s'annonçait bien
pour moi.
Quelques années plus tard, avec de jeunes
enfants à charge, je me retrouvais confrontée à une situation de violence coercitive complexe et traumatisante. Ce
fut là, pour moi, l'occasion de ma descente dans l'enfer de la pauvreté,
que je n'ai jamais réussi à quitter depuis.
Pendant environ 30 ans, j'ai alterné entre des emplois, des périodes de
chômage, des périodes d'aide sociale. D'ailleurs, j'ai toujours été
volontaire pour participer aux mesures d'employabilité ou les formations qui
m'étaient proposées.
• (11 h 40) •
Mais prendre soin d'une famille quand on n'a pas
assez d'argent pour le nécessaire, ça demande du temps, du temps que j'ai dû
passer pour courir les banques alimentaires, les comptoirs vestimentaires, ceci
sans jamais avoir la certitude d'y trouver ce dont on a besoin. J'ai fait des
potagers, j'ai passé des nuits complètes à mettre des légumes en conserves.
J'en ai fait, des biscuits et des galettes, du pain chaque semaine. Tout ceci
pour être sûre que mes enfants ne manquent jamais de rien. Du temps, j'en ai
mis, aussi, pour accompagner mes enfants afin de se remettre des traumatismes
occasionnés par la violence que nous avions vécue. Nous sommes allés voir une
longue liste de travailleuses sociales, psychologues, pédopsychiatres, et
compagnie. Mes enfants ont fait preuve de résilience et, malgré leur chemin
ardu, sont maintenant tous des travailleurs.
Moi, de toutes ces années de pauvreté, j'en
ressors fière d'être la femme que je suis, mais j'en ressors aussi avec un système nerveux qui a été hyper stimulé
par les stress économiques, et autres, constamment. Autrement dit, c'est
la douleur partout dans mon corps au quotidien, une anxiété débilitante, et
j'ai l'insomnie facile. Cet état physique, c'est la rançon de mon état
économique.
La pauvreté, c'est déjà un défi au quotidien, un
défi colossal et une réalité inimaginable pour qui ne l'a pas vécue. Mais la
pauvreté, c'est aussi une violence insidieuse et taboue, une violence
dissimulée derrière les préjugés que l'on croit presque tous comme étant
légitimes.
Pendant plus de 30 ans
maintenant, moi et mes enfants avons reçu des commentaires, des jugements
gratuits et méchants plus souvent qu'à notre tour. Mes enfants ont vécu de
l'intimidation parce que j'étais pauvre. Pour moi, le poids de toute cette
violence sociale sournoise aura été plus difficile et encore plus marquant que
toute la misère et la privation quotidienne vécue des années durant due à ma
précarité financière. Je vous remercie de votre écoute, et en espérant que ce
témoignage vous sera utile. Merci.
M. Handfield
(Stéphane) : Merci beaucoup, Chantal. Merci de votre
participation dans la salle pour vos mains levées. J'ai remarqué que...
beaucoup de mains qui se sont levées au début, quand Chantal parlait de sa
jeunesse, qui s'est plutôt bien passée. Puis je n'ai plus vu de mains quand
Chantal a commencé à parler de la pauvreté puis des difficultés qu'elle a eues
dans sa vie. Donc, je conclus qu'il y a peu de gens dans la salle qui ont vécu
des situations comme celle de Chantal. Pourtant, vous êtes là pour proposer des
solutions à la pauvreté puis aux personnes qui ont un vécu comme celui de Chantal. C'est correct, on ne vous le souhaite
pas. Ce n'est pas de votre faute. On vit dans une société où les
personnes qui vivent dans la pauvreté n'ont rien à dire sur les politiques qui
les concernent puis où les gens qui décident de l'aide qui va leur être
apportée ou qui ne leur sera pas apportée n'ont pas connu ça eux-mêmes.
J'aimerais ça
mettre à l'envers pour vous donner un exemple. On a vu, moi et Chantal,
l'horaire de la journée de commission.
Vous ne devez pas passer beaucoup de temps à la maison, c'est des longues
journées, puis la conciliation travail-famille
d'une personne qui est dans l'Assemblée
nationale, ça doit être très
difficile. Mais Chantal et moi, même si on est parents, on n'a aucune
solution à vous proposer sur votre conciliation travail-famille, parce qu'on
n'a jamais vécu ça.
De votre côté, vous êtes sûrement pleins de
bonne volonté, mais vous ne trouverez jamais de solutions, que ce soit pour
réellement aider les gens ou même si vous voulez juste les renvoyer au travail,
si vous ne connaissez pas vous-même les problèmes avec lesquels... que vous
voulez régler. Donc, le message de Chantal et moi, aujourd'hui, c'est :
S'il vous plaît, écoutez les personnes qui vivent la pauvreté et les
organisations qui travaillent avec elles, parce qu'elles savent de quoi elles
parlent. Ne leur imposez-leur surtout pas à une autre réforme qui ne va rien
changer aux barrières qui les excluent d'un statut de citoyennes à part
entière. Si vous êtes prêts à écouter puis à apprendre avec nous aujourd'hui,
on va être très heureux de répondre à vos questions. Merci beaucoup.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Je vous remercie pour votre exposé. Nous
allons maintenant commencer la période d'échange. Mme la ministre, la
parole est à vous.
Mme
Rouleau : Bien, je vous remercie beaucoup, M. Handfield
et Mme Bernard, de participer à cette commission. Puis je vous
remercie, Mme Bernard, pour votre témoignage, qui, évidemment, nous touche
énormément, parce qu'effectivement, si on parle d'une modernisation de la loi
et de ce régime d'assistance sociale, c'est parce que ça n'a pas été fait
depuis 20 ans. Et on considère qu'il y a certains ajustements qui sont à
faire, des ajustements importants pour être plus en adéquation avec notre
société aujourd'hui. Le monde a changé depuis 20 ans.
J'aurais une
première question pour vous. Dans cette modernisation de la loi, dans les
changements importants qui sont faits, c'est de passer des contraintes
d'emploi à contraintes à la santé... contraintes en santé, pardon. Est-ce que
vous avez réfléchi à ça? Quelle est votre votre opinion, là, sur le changement
de passer de contraintes emploi à contraintes santé, pour être axés beaucoup
plus sur la personne que sur sa capacité à travailler?
Mme Bernard (Chantal) : Stéphane?
M.
Handfield (Stéphane) : Je vais y aller. Au groupe de recherche, on voit
difficilement comment est-ce qu'un passage de contraintes à l'emploi,
qui peut inclure des contraintes de santé, des contraintes familiales, des
contraintes régionales, des contraintes
d'exclusion liées au marché de l'emploi, même si c'est rare que c'est pris en
considération, des contraintes de
discrimination que les personnes peuvent vivre... de réduire ça à simplement
contraintes de santé, qui est un des
éléments des contraintes à l'emploi, on voit difficilement comment c'est un
élargissement de la reconnaissance des contraintes.
Je dirais
aussi qu'en ce moment on se bat encore avec l'étiquette de contraintes
permanentes à l'emploi et de... du statut d'apte ou d'inapte à l'emploi,
qui ont été changés il y a 25 ans maintenant. Ces visions-là, ces mots-là
qui sont utilisés pour parler des gens restent bien au-delà de la réforme. Ça
fait que, pour nous, ce changement-là, là, risque
de limiter la reconnaissance des contraintes réelles des personnes bien au-delà
de, même, la prochaine réforme, qui changera de nom. Ça fait que ce
serait plutôt l'occasion d'élargir ça pour, finalement, reconnaître le manque
de scolarité, l'analphabétisme, le fait de vivre dans une région avec un haut
taux de chômage comme des facteurs d'exclusion du marché de l'emploi.
Mme Rouleau : OK. J'ai eu
l'occasion, au cours de la dernière année et demie, de faire le tour de toutes
les régions du Québec. J'ai rencontré beaucoup de gens, beaucoup d'organismes,
mais aussi des personnes qui sont en situation de précarité et qui sont
prestataires de l'aide sociale. Et j'aimerais savoir : De votre point de
vue, est-ce que vous voyez un changement, une certaine évolution de la
personne, là, qui est en situation de précarité? Est-ce que... est-ce qu'il y a
des changements qui se sont opérés au cours des dernières années?
Mme
Bernard (Chantal) : Personnellement, je ne pourrais pas vous dire que
moi, j'observe des changements. Puis
ce que je trouve déplorable, souvent, on met le poids uniquement sur la
personne assistée sociale à se sortir de sa situation et
on oublie que, dans ses recherches d'emploi ou sa volonté de réintégrer la
société, elle fait... pratiquement toujours, elle est confrontée à des
préjugés, puis les préjugés sont des barrières immenses et presque
insurmontables. Dans mon témoignage, je parlais de la violence vécue par les
personnes en situation d'aide sociale. Moi, c'est quelque chose que j'ai vu
couramment. J'ai été élevée dans une famille où est-ce qu'il n'y en avait pas,
de pauvreté, puis le jour où je me suis retrouvée confrontée à, ça a suivi mes
enfants, même à l'école. Et le poids est immense.
Puis, quand on va pour aller mener un CV, notre
CV va être relégué au bas de la pile parce que, souvent, on est vus comme des
personnes qui ne veulent pas, qui ne sont pas habiles, qui sont moins
intelligentes, qui sont moins volontaires. Ça fait que quelque part, malgré
notre volonté, il y a un effort à faire, aussi, ailleurs, auprès de la société
en général, pour changer notre perception des personnes.
M. Handfield (Stéphane) : Je
voudrais ajouter que je... ce qu'on constate, là, puis le ministère le constate
aussi dans plusieurs de ses rapports, c'est que les personnes... par exemple,
depuis 20, 30 ans, il y a beaucoup moins de personnes assistées sociales
parce qu'il y a un resserrement des critères de l'aide sociale. Et ce qui
reste, c'est que les personnes qui restent à l'aide sociale sont celles qui
n'ont vraiment pas d'autre choix, et donc qui ont plus de limitations, en
moyenne, que les personnes assistées sociales, en moyenne, il y a 20 ans.
Déjà, il y a 20 ans, il y a un rapport interne du ministère qui
considérait qu'il y avait seulement 8,5 % des personnes que le ministère
considérait ne pas avoir de contraintes qui
étaient réellement considérées comme capables de se trouver un emploi. Ça fait
que ça en dit long, là, sur la
situation en ce moment, là, on présumerait qu'il y aurait moins de 8,5 %,
des personnes considérées sans contraintes par le ministère qui en
auraient réellement. Ça fait qu'on pense que c'est pas mal parlant.
• (11 h 50) •
Mme Rouleau : OK. Dans le plan de
lutte à la pauvreté que j'ai déposé au mois de juin dernier, on parle du plan
de lutte à la pauvreté et à l'exclusion sociale, il y a un volet important qui
est sur la lutte aux préjugés. Parce qu'effectivement, on le sait, il y a des efforts
qui sont faits pour lutter contre les préjugés, il faut continuellement le
faire, on ne peut pas s'arrêter. Est-ce que vous auriez des propositions à nous
faire pour lutter contre les préjugés?
Mme Bernard (Chantal) : Je vais
laisser commencer Stéphane.
M.
Handfield (Stéphane) : Oui. Bien, en tout respect, je commencerais par ne
pas parler du nombre d'emplois disponibles comme une des raisons
justifiant une réforme vers l'accompagnement, vers l'emploi. Les personnes
assistées sociales, si elles sont sur l'aide sociale, ce n'est pas parce
qu'elles ne veulent pas travailler. Et des phrases comme ça, ça fait perdurer
des préjugés comme ça. Les personnes assistées sociales sont à l'aide sociale
parce qu'elles sont cassées et qu'elles n'ont pas d'autres choix. Elles
arrivent là la tête basse. Elles arrivent là en ayant très hâte de sortir de
là. Puis c'est... ça ne sert à rien de dire qu'il y a des jobs de disponibles
pour justifier des réformes, ça fait juste mettre dans la tête des gens qu'il
faut sortir les personnes assistées sociales de l'aide sociale, alors qu'elles
sont les premières à souhaiter sortir de là. Si elles restent là, c'est parce
qu'elles n'ont pas le choix.
Mme Bernard (Chantal) : J'aimerais
rajouter, moi, mon plus grand rêve dans la vie, ce n'était pas de faire le tour
du monde ou ce n'était pas de gagner 1 million à la loterie, ça aurait été
d'avoir une vie normale, avec un travail à temps plein, et d'être en mesure par
moi-même de subvenir aux besoins de mes enfants, OK?
La contrainte de santé, pour moi, est venue au
fil du temps à cause de l'impact de la précarité dans ma vie. Une contrainte,
il y en avait une, il y avait cinq enfants. En tant que tel, ce n'est pas une
contrainte, mais, comme on avait tous été confronté à une situation de violence
complexe et traumatisante, il y avait de l'accompagnement à faire avec ces
enfants-là pour aller chercher des ressources. Ça fait qu'en tant que tel, ce
n'est pas une contrainte de santé comme on parle maintenant, mais c'est une contrainte
réelle. Et le temps que j'ai mis là, maintenant, OK, c'est correct, tous mes
enfants travaillent, mais, pendant ce temps-là, moi, je n'étais pas capable
d'être sur le marché du travail et je n'avais pas de contrainte reconnue. Puis
la précarité financière... comme le montant accordé était en fonction du fait
que je n'avais pas de contrainte, il est minimum, il ne comble pas les besoins
essentiels.
Mme Rouleau : Bien, justement, ce
qu'on cherche, c'est de considérer beaucoup mieux le fait qu'il y ait des gens
qui sont plus éloignés du marché du travail, qui ont besoin d'accompagnement,
d'un meilleur accompagnement pour une meilleure intégration dans la société
parce qu'on veut éviter l'isolement. On veut une meilleure intégration et aller
vers le marché de l'emploi pour que les gens puissent y contribuer à la hauteur
de leurs moyens. Et, parmi les objectifs qu'on a, c'est, par exemple, le
Programme d'aide et d'accompagnement social, le PAAS, qu'on appelle, où on
ouvre un volet de participation sociale. Qu'est-ce... Comment considérez-vous
ce... Est-ce que c'est quelque chose qui vous... qui vous parle, ça, le PAAS,
et d'ouvrir ce volet de participation sociale?
Mme Bernard (Chantal) : Moi, j'ai
participé, j'ai fait un PAAS quelques années ici, au RASST. Puis, encore là,
comme je disais, la violence a laissé des traces chez moi. Puis, à un moment
donné, les enfants, même à l'âge d'adultes, ils ont eu besoin d'aide. Mais,
quand ton système nerveux, il est toujours sollicité puis il est toujours en
état d'alerte et toujours en état d'urgence, à un moment donné, ça ne prend
presque plus rien pour t'affecter physiquement et mentalement. Ça fait que même
le PAAS, je n'ai pas été capable de le maintenir plus qu'un certain laps de
temps et je n'aurais pas nécessairement été capable d'aller dans un emploi
régulier après, OK, ce qui n'était pas le cas quand j'étais plus jeune. La
pauvreté a eu un impact majeur, moi, tout au long de ma vie et a été débilitante
au niveau physique et au niveau de ma santé mentale.
Mme
Rouleau : Alors, justement, ce qu'on propose, c'est de passer de
contraintes à l'emploi, donc la capacité de travailler, à contraintes de santé
pour tenir compte des enjeux, notamment... bon, évidemment des contraintes de
santé physique, mais aussi des enjeux psychosociaux et de santé mentale, étant
donné qu'on parle beaucoup plus aisément, aujourd'hui, des enjeux de santé
mentale, c'est aussi... on en parle autant qu'on parle de santé physique. Et
vous avez dit d'entrée de jeu que vous étiez... si je me souviens bien, vous
avez dit que vous étiez contre le changement de passer de contraintes emploi à
contraintes de santé. Pourtant, ce qu'on veut faire, c'est d'élargir les
contraintes pour inclure les contraintes de santé mentale et des enjeux
psychosociaux. Ce qui me semble être ce que vous avez vécu, là, depuis un...
depuis un certain nombre d'années, Mme Bernard. Et pouvez-vous m'expliquer
pourquoi vous êtes contre parler de contraintes de santé, aujourd'hui, tel que
nous le proposons?
Mme Bernard
(Chantal) : Première des choses, en tant que tel, avec les enfants,
quand j'allais dans des accompagnements auprès de travailleuses sociales et
travailleurs sociaux, ma santé mentale était encore potable à cette époque-là,
mais ce n'est pas nécessairement reconnu comme une contrainte. Pourtant,
l'accompagnement me demande du temps, OK? La santé... Puis le fait de ne pas
être reconnue dans ce besoin-là, OK, et qu'on demande quand même de faire des
démarches à l'emploi dans des conditions comme ça, c'est ce qui va souvent
créer les problèmes de santé, le stress
inhérent à toutes ces conditions-là. C'est déjà pénible d'aller chercher de
l'aide, de faire des pieds et des mains et de développer sa créativité
dans tous les sens pour combler les besoins, mais ça, ça accentue les
problématiques.
Justement, quand on
a... quand la pandémie est arrivée, en 2020, puis que les gens se sont ramassés
confinés, OK, ça n'a pas pris deux semaines qu'on disait que ça affectait la
santé mentale des gens, mais l'argent auquel on a accès couvre à peine nos
besoins essentiels, ça fait qu'il n'est pas question de sortir après. La
pauvreté en elle-même a un impact sur la santé mentale.
M. Handfield (Stéphane) : J'aimerais
compléter en disant qu'il y a énormément de... comme je l'ai dit tantôt,
là, de contraintes à l'emploi qui n'ont rien à voir avec la santé. Le fait de
ne pas savoir lire et écrire, essayez de vous trouver une job au Québec en
2024. Ça n'a rien à voir avec la santé, c'est du psychosocial, mais ce n'est
pas de la santé. Puis, si on dit aux gens qui doivent évaluer les contraintes à
l'emploi, des contraintes de santé, jamais ils ne vont mettre l'analphabétisme
sur les formulaires. Puis, de toute façon, les professionnels qui remplissent
ces formulaires-là ne sont pas formés pour les remplir. Ça fait que, si tu
écris «contraintes de santé» ils vont dire : Excusez, madame, ce n'est pas
une contrainte de santé, et je ne vous le remplis pas, votre papier, puis la
personne n'aura jamais reconnaissance de ses contraintes, même s'il n'y a
jamais un boss qui va la rappeler.
Ça exclut aussi le fait que, comme Chantal disait,
la pauvreté puis le système d'aide sociale, c'est eux-mêmes des contraintes
à l'emploi. Il n'y a pas besoin d'avoir... de reconnaître d'autres contraintes
à l'emploi que simplement être à l'aide sociale avec les tout petits montants
qui sont donnés. Il y a plusieurs recherches qui montrent clairement que les
montants de base à l'aide sociale sont eux-mêmes un obstacle à se trouver un
emploi. Tout le temps qu'il faut que le monde mette pour survivre alors qu'ils
sont endettés le premier du mois juste pour payer le loyer, réussir à faire
leur mois, ils ne sont pas disponibles pour se chercher un emploi. Le stress
constant, les nuits passées à ne pas dormir parce qu'on se demande quand est-ce
qu'on va manger un repas complet, ça affecte la capacité à se présenter dans un
emploi, la santé qui dégringole parce qu'on mange mal, on dort mal, on ne prend
pas nos médicaments, quand on en a, parce qu'on ne peut pas se les payer, on a
les dents toutes cariées parce qu'on n'est pas capables de se soigner, on n'est
pas présentables, on n'est pas embauchables.
C'est
sans parler de l'itinérance, du fait que les gens se découragent de faire leur
budget avec ces montants-là. Il n'y a pas besoin de reconnaître d'autres
contraintes à l'emploi que juste être à l'aide sociale. C'est déjà une méchante
contrainte.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
je cède maintenant la parole à la députée de Laviolette—Saint-Maurice pour une minute.
• (12 heures) •
Mme Tardif : Bonjour. Merci. Merci beaucoup. Merci, Mme
Bernard. Ça prend beaucoup de courage et d'humilité de nous présenter ça
comme ça. Et je vous dirais que, dans nos bureaux de circonscription, en tant
que députés, oui, nous n'avons pas vécu les atrocités que vous avez eu à vivre,
mais, à tous les jours, nous sommes là pour aider des gens comme vous, et je
veux que le Québec l'entende, parce que nous nous dévouons vraiment pour vous
aider.
Et ce projet de loi là vise à changer des choses
qui existent depuis 20 ans et qui n'ont pas été changées. On parle
d'emploi, mais je vous entends aussi, et vous parlez aussi de scolarisation,
vous parlez de manque de scolarisation, vous parlez de la nécessité d'avoir un
accompagnement personnalisé, et c'est ce vers quoi nous voulons aller.
Donc, je n'ai pas de
question, je veux simplement vous remercier sincèrement de votre grande
franchise. Nous vous entendons, nous vous avons entendue et nous allons
travailler pour vous aider encore.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole à la
députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. J'aimerais tout d'abord vous saluer et surtout
saluer Mme Bernard. Merci d'avoir
partagé votre expérience vécue. Je vous salue aussi d'avoir élevé cinq enfants.
N'importe... dans n'importe quelle
circonstance, c'est extraordinaire, mais, avec des ressources limitées, c'est
vraiment extra-extraordinaire. Donc, je voulais tout d'abord vous
saluer.
Je veux vous pousser
encore plus sur votre expérience vécue. Effectivement, vous avez parlé beaucoup
de... le temps, le temps que ça vous a pris
de... avec des ressources limitées, de préparer des repas, d'accompagner les
enfants qui vivent avec vous aussi des traumatismes complexes,
difficiles. On comprend que la pauvreté, c'est coûteux, c'est coûteux surtout au niveau du temps ou... pour citer
mon grand-père américain, il disait : «There's no shame in poverty,
it's just damn inconvenient», c'est un sacré inconvénient.
Alors,
j'aimerais vous entendre plus sur votre expérience vécue et surtout au niveau
de... vous avez des moments où vous avez eu accès à l'aide sociale.
Est-ce que vous pouvez nous parler des obstacles que vous avez rencontrés en
accédant en... justement en lien avec les programmes d'aide sociale?
Mme Bernard (Chantal) : Première des
choses, aller faire une demande d'aide sociale, c'est quelque chose qui est
difficile, c'est quelque chose qui est honteux, puis on se sent coupable. Il y
a quelque chose à guérir en dedans de soi. Il n'y a personne qui veut aller
faire une demande d'aide sociale, OK? Les programmes, souvent dans les
organismes, ils ont une sensibilité qu'ailleurs ils n'ont pas, mais la
formation qu'on vient chercher ici, ça ne veut pas dire, quand on va aller
chercher un emploi ailleurs et qu'on a terminé une formation dans un organisme,
que l'employeur ailleurs va être aussi ouvert, OK?
Puis j'aimerais ça souligner quelque chose.
Quand on parle de scolarisation des personnes en situation de pauvreté... Mes
enfants sont brillants. Ma fille, quand elle est rentrée au cégep, le premier
examen qu'elle a fait, elle a eu 102 % parce qu'il y avait des questions
bonus, OK? Elle rêvait de devenir médecin légiste et elle en avait les
capacités, mais la situation de sa précarité économique a elle aussi joué sur
la détérioration de sa santé mentale. Puis, à un moment donné, elle a fait une
dépression majeure, elle a été en psychiatrie et, bon, elle est sortie de là.
Elle a été chercher un cours, elle a un emploi, mais pas à la hauteur des
capacités qu'elle avait, et c'est un médecin qu'on... qui nous manque à tout le
monde.
Mme McGraw : Merci,
Mme Bernard. On est d'accord pour dire que les politiques publiques
éclairées doivent tenir compte des expériences vécues des gens. Alors,
j'aimerais vous entendre, parce qu'on n'a pas reçu de mémoire. Et,
Mme Bernard et M. Handfield, ça serait... je ne sais pas si vous
prévoyez éventuellement soumettre des recommandations écrites, ça serait très
utile. On ne va pas avoir le temps, avec le temps qui nous reste, de rentrer en
détail, mais je pense que, si on veut vraiment prendre ces expériences vécues
puis traduire en recommandations ou en analyses... En tout cas, je pense que ça
serait très apprécié.
Maintenant, avec le temps qu'on a, moi et ma
collègue, on a plusieurs questions. On est allés... Vous avez parlé, on a
beaucoup parlé, la ministre a posé de très bonnes questions par rapport
à : Si l'objectif, c'est vraiment d'aller s'attaquer aux diverses
contraintes en emploi, qui incluent des... pour justement élargir santé...
Donc, c'est une bonne intention, et on le souligne. On espère qu'on... On
partage cet objectif-là, et le défi, ça va être de trouver les bons mots,
peut-être des amendements pour vraiment refléter cette réalité-là.
J'aimerais vous entendre. Vous avez parlé de
diverses contraintes qui ne sont pas nécessairement liées à la santé, mais,
Mme Bernard, vous avez dit état de santé... pardon, état économique à
faire en sorte que ça a un impact sur mon état de santé, ça fait qu'on comprend
qu'il y a des liens. Est-ce qu'on... juste vous entendre encore une fois, dans
la définition lorsqu'on parle de contraintes en emploi, à part des contraintes
santé ou même des contraintes médicales, quelles seraient aussi les autres
contraintes qui seraient importantes à souligner lorsqu'on fait cette
réforme-là? Je ne sais pas si c'est M. Handfield, ou Mme Bernard, ou
les deux, mais la question se pose.
Mme Bernard (Chantal) : La pauvreté
en elle-même, c'est une contrainte. Le revenu qui est accordé aux personnes
ne... selon le collectif, je pense, comble 46 % des besoins de base. Bien,
la partie manquante, il faut faire des pieds et des mains et développer sa
créativité pour combler ces besoins-là. Moi, je me suis ramassée... j'ai déjà
vu avoir un paquet de saucisses, diviser ça au nombre d'enfants qu'on était,
j'attends de manger en dernier, puis, quand je vois qu'ils ont faim, je prends
mes saucisses puis je les mets dans l'assiette des enfants. Puis ça joue sur
l'estime de soi, OK, et... mais, vraiment, le temps qu'on met pour combler nos
besoins essentiels autrement qu'en allant à l'épicerie acheter ce qu'on a
besoin ou, encore là, courir les banques, les banques vestimentaires pour aller
chercher des vêtements... on n'a pas toujours ce qu'on a besoin dans ces
vêtements-là. C'est toujours courir et ça devient quasiment, en tant que tel,
une job à temps plein pour combler les besoins de base, OK?
Ça fait que, quelque part, ça, ça affecte la
santé à tous les niveaux. Ça affecte aussi l'estime de soi et la perception
généralisée qu'on a des personnes en situation de pauvreté, surtout quand on
est à l'aide sociale, c'est quelque chose de négatif. Dans une discussion que
j'ai eue avec Stéphane, il disait : Les deux catégories de gens envers
lesquels on a le plus de préjugés socialement, c'est les personnes en situation
d'aide sociale et les politiciens. Ça fait que, quelque part... Mais c'est
vrai, moi, je suis convaincue qu'indépendamment de votre allégeance politique,
vous êtes... la plupart de vous êtes là pour les bonnes raisons et parce que
vous voulez le mieux pour notre société. Mais, quelque part, on... ce n'est pas
nécessairement facile, on est confrontés aux préjugés, puis, en situation de
pauvreté, on est déjà faible, et ça va dans le registre de la violence.
Aujourd'hui, on dénonce les violences faites aux
gens de races, faites aux gens avec des orientations ou des identités
sexuelles, aux personnes... on parle de grossophobie, etc., on ne parle jamais
de la violence qui est faite aux personnes
assistées sociales : C'est tous des lâches, c'est tous des profiteurs. Et,
moi, c'est ce que j'entendais, là, OK, puis
c'est ce qu'on entend régulièrement : Ils profitent du système. Je n'ai
jamais voulu profiter du système et je cherche du mieux que je peux à y
contribuer avec les moyens que j'ai. Pour moi, aujourd'hui, être ici, c'est
contribuer à la société avec les moyens que j'ai.
Mme McGraw : Effectivement,
Mme Bernard, c'est le cas, et on vous remercie. Je vais maintenant passer,
avec la permission de la présidente, le reste de mon temps à ma collègue.
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui,
je vais lui céder la parole. C'est à la députée de D'Arcy-McGee. La parole est
à vous pour deux minutes.
Mme
Prass : Merci, Mme la Présidente. Merci pour votre
témoignage. C'est vraiment... ça met vraiment les choses en perspective d'entendre l'histoire de quelqu'un
qui a vécu et qui vit une situation dont on va débattre en commission.
Vous avez parlé, au début, de la question de
l'accompagnement adapté. Vous avez parlé de votre situation, vous venez d'un milieu où il y avait de la
violence conjugale. Il y a des gens avec, disons... sur le spectre de
l'autisme, avec une déficience intellectuelle. Il y a plein de
différentes situations.
Dans le
projet de loi, on parle d'accompagnement, mais d'un accompagnement qui
viendrait du ministère Emploi et
Solidarité sociale. On comprend qu'il y a des situations, telle la vôtre, qui
ont besoin d'un accompagnement plus humain, disons, de la part d'une travailleuse sociale, ou quoi que ce soit, et
qui reçoivent aussi des formations pour vraiment bien comprendre les
réalités, les différentes situations et comment les aborder et comment bien
faire un accompagnement.
Dans votre
situation, qu'est-ce que vous auriez voulu voir, comme accompagnement, qui
aurait fait en sorte soit de vous faciliter la vie en ayant accès aux
différents programmes du gouvernement ou à vous remettre sur vos pieds?
• (12 h 10) •
Mme
Bernard (Chantal) : Comme je disais, j'ai vu... moi, j'ai... Avec les
enfants, on a rencontré une panoplie de travailleurs et travailleuses
sociales, psychologues, pédopsychiatres. Je n'ai jamais hésité à aller chercher
de l'aide quand c'était nécessaire. J'ai rencontré des personnes qui ont été
des perles dans la vie, mais il y a aussi parfois des personnes qui sont moins
professionnelles et qui ont eux-mêmes des préjugés à notre égard avant de nous
rencontrer et de nous parler. Ça fait qu'il y a vraiment un effort à faire, et
même là.
Puis, quelque part, je regarde... Moi, je
n'avais pas de problème d'anxiété comme je fais maintenant. Je vais tricoter de
la dentelle et faire des toutous avec un crochet, mais toute la technologie,
c'est quelque chose de difficile. Le fait
qu'on s'en aille de plus en plus vers de l'informatique pour répondre aux
besoins puis qu'il y a de moins en moins... nous avons de moins en moins
accès à des ressources directement, ça va nuire aux personnes et à leur
possibilité de réintégrer, quelque part, la société.
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout le temps que nous avions avec la collègue. Maintenant, je cède la parole à
la députée de Sherbrooke.
Mme
Labrie : Merci, Mme la Présidente. Je veux vous remercier
tous les deux pour vos propos très, très éloquents. Mme Bernard, je veux vous... souligner
votre... le courage que vous avez eu à l'époque de vous sauver, vous et vos
enfants, de cette situation de violence là puis tout ce que ça a dû vous
prendre pour réussir à traverser aussi la situation de pauvreté dans laquelle
vous avez été placée par la suite. Vous avez exprimé très clairement que ce qui
vous a... ce qui a été une entrave pour vous à retourner sur le marché du
travail, c'est la pauvreté dans laquelle vous avez été plongée. Je vais vous
laisser tout mon temps. J'aimerais juste ça vous entendre sur qu'est-ce qui
doit être fait pour éviter que les personnes qui se retrouvent dans le dernier
maillon de notre filet social se retrouvent dans une telle situation de
précarité comme vous avez vécue?
Mme Bernard (Chantal) : Bien, je
regarde. De ce que j'ai lu de la réforme qui est proposée, il y a... je pense qu'il y a plein de belles intentions, mais il n'y
a pas nécessairement de hausse de la prime qui est offerte aux personnes
en situation de pauvreté. Et, comme je dis, c'est le premier handicap, c'est
l'absence de ressources suffisantes pour combler les besoins essentiels puis
l'impact que ça, ça peut avoir sur la santé physique, sur la santé mentale et
sur l'estime de soi, OK? Le revenu en tant que tel auquel on a accès, c'est le
premier handicap, et, souvent, ça va nous embarquer dans une suite d'événements
pour aller combler ces besoins-là de part et d'autre. Puis, quand on étire
notre temps dans une position où est-ce qu'on est en... justement confronté à
l'aide sociale en position de pauvreté, bien, ça fait des trous dans notre CV
et ça fait qu'on est de moins en moins intéressant pour un employeur. OK?
Puis il y a des employeurs qui vont beaucoup
aimer quand ils vont avoir accès à une subvention pour avoir, justement... une subvention salariale pour avoir
quelqu'un pendant six mois, puis on lui fait miroiter qu'après les six mois la
personne va être là, mais l'employeur perd sa subvention, bien, il va mettre la
personne à la porte puis il va aller en chercher une autre. Il y a comme un
aspect... Puis, là-dessus, on se sent lésé parce qu'on espère, on y va, on veut
et on se ramasse, après coup... non, on n'a pas l'emploi que l'employeur nous a
fait miroiter, malgré le fait qu'on a dit oui à la mesure qui nous était
proposée. Il y aurait peut-être une surveillance accrue à avoir de ce côté-là.
Mme Labrie : Merci beaucoup.
M. Handfield (Stéphane) : S'il me
reste le temps de compléter, là, si on revient justement aux barrières à la citoyenneté qui sont exprimées par les personnes
assistées sociales, il y a la pauvreté en premier, comme Chantal l'a dit,
puis il y a aussi le marché du travail. Puis ça, la réforme ne s'attaque pas du
tout à la manière dont est fait le marché du travail. Déjà, on présume que, si
les gens ne travaillent pas, c'est qu'ils ne veulent pas y aller. Mais il n'y a
pas besoin de forcer les personnes assistées sociales à aller travailler, elles
veulent y aller. Puis, si elles ne vont pas travailler, c'est qu'elles ne sont
pas capables en ce moment, ou qu'on ne leur offre pas de job, ou qu'elles
s'occupent d'une manière qu'elle juge pertinente
socialement. C'est comme des philanthropes, mais pas riches, tu sais, dans le
fond. Puis...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci.
M. Handfield
(Stéphane) : ...si je peux compléter rapidement, le marché du
travail...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Il n'y a pas de... je suis désolée, on manque de temps. Il
va falloir passer maintenant la parole au député de Jean-Talon. M. le député,
la parole est à vous.
M. Paradis : Voulez-vous
compléter votre phrase en 30 secondes?
M. Handfield (Stéphane) :
...Ça me ferait plaisir. Merci beaucoup. Ça prend un changement du marché
du travail. Il y a beaucoup de personnes qui sont à l'aide sociale qui peuvent
travailler du trois jours, du quatre jours semaine, mais qui, une journée par
semaine, vont avoir des douleurs chroniques le matin ou faire des crises de
panique, ne pourront pas aller à la job. Il n'y a aucun employeur qui ne les
met pas à la porte en dedans d'un mois. Ça ne veut pas dire qu'ils ne sont pas
capables de travailler, mais le marché du travail n'est pas ouvert à leurs
capacités.
M. Paradis : Merci. Alors, il nous
reste deux minutes, littéralement. Je comprends que... Vous êtes les troisièmes
à témoigner aujourd'hui, et les trois nous ont dit : Ça passe par une
bonification des programmes d'aide financière de dernier recours, au moins au
niveau du mesure... de la mesure du panier de consommation. Bien noté.
Mme Bernard, merci pour votre présence, merci
de votre témoignage. En quelques secondes, là, dans les barrières, vous
nous avez parlé... au début, là, il y a cinq barrières, vous nous avez
dit : Il y a le système lui-même. Qu'est-ce que vous nous recommandez de
ne pas faire absolument? Puis qu'est-ce qu'il faut faire absolument pour
humaniser le système d'aide sociale?
Mme Bernard
(Chantal) : Je ne serais pas capable de répondre à cette question-là,
c'est trop complexe, mais, pour moi, il y a un travail à faire, il y a une
conscientisation globale dans la société en général sur les préjugés. Au niveau
du système et de la loi, les technicalités, je vais plutôt laisser répondre
Stéphane.
M. Paradis :
Allez-y, M. Handfield.
M.
Handfield (Stéphane) :
Merci. Ce que je dirais, bien, à la base, oui, un revenu qui
permet de couvrir ses besoins de base. Ce revenu-là, pour permettre de couvrir
ses besoins de base, devrait être à l'abri des coupures puis des dettes tant
qu'on n'est pas au-dessus de ça. Ça fait que l'aide sociale qui coupe les gens
parce qu'ils sont en couple, même si maintenant ils vont avoir chacun leur
chèque, mais coupés pareils, si on suit la réforme telle qu'elle est, ça, ça
place les... ça remettrait les gens en situation de pauvreté. Ils sont coupés
s'ils essaient de travailler pour s'en sortir, ils sont coupés s'ils ne
dépensent pas leur argent comme il faut, ils sont coupés s'ils ne remplissent
pas les formulaires comme il faut, formulaires qui sont complètement
incompréhensibles. Ça fait que juste arrêter de couper les gens tant qu'ils
sont dans la pauvreté, ça les rend plus pauvres encore. Ça, c'est inhumain.
On entend beaucoup
parler que les agents, quand les personnes appellent les agents, sont
méprisants. Ça, on l'entend beaucoup. La proposition dans la réforme de...
voyons, de ne plus avoir d'agent attitré, ça, c'est inhumain pour les gens
parce qu'à chaque fois qu'ils appellent il faut qu'ils racontent leur situation
encore. Chantal, ça lui a pris beaucoup d'énergie aujourd'hui pour témoigner.
Imaginez, s'il faut, à chaque deux semaines, parler à un nouvel agent d'aide
sociale, raconter son histoire au complet, pourquoi on ne travaille pas, etc.
Ça, ça vide les gens. Ça, c'est inhumain. Avoir un agent, qu'on lui raconte son
histoire une fois, qui comprend puis qui nous suit là-dedans, ça, ce serait
humain. Puis, absolument...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Merci. C'est tout le temps que nous avons.
M. Handfield et Mme Bernard, merci infiniment pour votre contribution
à nos travaux de la commission.
Et je suspends les
travaux jusqu'à les avis touchant les travaux des commissions vers
15 h 15. Merci.
(Suspension de la séance à
12 h 18)
(Reprise à 15 h 15)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de l'économie et du travail reprend
ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous poursuivons les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 71, Loi visant à améliorer
l'accompagnement des personnes et à simplifier le régime d'assistance sociale.
Cet
après-midi, nous entendrons les témoins suivants, soit le Collectif Petite
Enfance, Banques alimentaires du Québec, la Fédération des chambres de
commerce du Québec, le Collectif pour un Québec sans pauvreté et le Front
commun des personnes assistées sociales du Québec.
Je souhaite maintenant la bienvenue au Collectif Petite Enfance. Je vous
rappelle, chers invités, que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter et à nous donner votre exposé.
Collectif Petite
Enfance
Mme
Bonneville (Elise) : Bonjour. Merci d'accueillir le Collectif Petite
Enfance. D'abord, le collectif rassemble plusieurs réseaux nationaux qui sont d'horizons divers, donc des
organismes communautaires famille, des organismes qui oeuvrent en
périnatalité ou en insécurité alimentaire. Divers organismes représentent aussi
des réalités diverses, dont celle des pères, des Premières Nations, des gens
d'expression anglaise, des gens issus de l'immigration ou encore on peut aller
jusqu'à la persévérance scolaire ou le milieu municipal. Nous avons un objectif
commun, c'est de faire de la petite enfance une priorité sociétale en
s'assurant... en accentuant nos efforts pour réduire les inégalités sociales.
Ainsi, nous avons donc naturellement posé notre regard sur le projet de loi
pour l'analyser sous l'angle des besoins des parents et des tout-petits de
0-5 ans.
Aujourd'hui,
je vais, d'abord, aborder les quatre... les quatre aspects précis du projet de
loi qui ont attiré notre attention, donc, d'abord, la volonté de
prioriser l'insertion en emploi, mais sous l'angle des besoins des familles
ayant des enfants de moins de cinq ans, ensuite, le souhait d'offrir un
meilleur accompagnement pour les prestataires ainsi que la bonification de l'allocation
pour l'état de grossesse, puis enfin la prise en considération plus importante
des facteurs psychosociaux, mais d'abord je vous fais un bref rappel des
facteurs influençant le développement des tout-petits. Je vais aller très
rapidement sur cette section puisque, dans notre mémoire, je vous invite à vous
référer à la première section pour avoir l'ensemble de la littérature
scientifique à ce sujet. Donc, je fais un bref survol.
Je ne vous
apprendrai rien, mais le facteur le plus important duquel découlent tous les
autres, c'est le revenu. Donc, pour les familles, un revenu de base est
bien sûr le fondement. Si on regarde le logement, c'est un autre facteur
extrêmement important pour le développement des tout-petits, mais, d'ailleurs,
on sait qu'en 2023 les loyers au Québec ont connu une hausse de 7,4 %.
Donc, c'est une pénurie qui vise surtout les grands appartements, ce dont ont
besoin les familles. Évidemment, les plus touchés sont les familles à faibles
revenus. Puis l'insécurité alimentaire... Il faut garder en tête que les
principales causes de l'insécurité des ménages, c'est le manque de ressources
financières. Si on prend le prix à jour du panier de provisions nutritif et
économique pour la région de Montréal, on réalise que ça représente 40 %
des revenus d'une famille type qui reçoit des prestations d'aide sociale. C'est
énorme.
Alors, je me lance sur les quatre aspects que
nous avons analysés. D'abord, d'entrée de jeu, je dois spécifier que le
Collectif Petite Enfance ne prend pas position spécifiquement par rapport à la
question de savoir si c'est une bonne chose ou non de prioriser les actions
gouvernementales sur l'insertion en emploi. Toutefois, on se propose de
vérifier ce qui doit être fait spécifiquement pour les familles vulnérables ayant
des enfants de moins de cinq ans si on souhaite prioriser l'insertion en
emploi.
D'abord, il faudra s'assurer que les
programmes ou les mesures mis en place offrent de la stabilité et de la
flexibilité. La réalité des familles avec des jeunes enfants change vraiment au
jour le jour, comme les enfants. Il faut à tout prix éviter les chocs
tarifaires à mesure que les parents évoluent dans les différents programmes, et
donc leur offrir un revenu suffisant et constant.
Ensuite, il faut s'assurer que tous les enfants
aient une place en service de garde éducatif à l'enfance. C'est intrinsèquement
lié à la capacité d'être sur le marché de l'emploi. Évidemment, ça prend des
places, et ça prend des places de qualité.
Ici, présentement, je veux surtout attirer votre attention sur la gratuité des
services. Pourquoi on insiste ici sur ce point, c'est parce que
seulement quelques programmes donnent droit à la gratuité d'une place en
garderie.
• (15 h 20) •
Quand il est question d'insertion en emploi, il
y a, pour le moment, seulement le programme... programme Objectif emploi qui le permet. C'est bien, mais c'est très restrictif parce qu'il y a
vraiment plusieurs différents programmes d'insertion. Il faut donc
s'assurer que tous les parents qui s'impliquent dans un parcours d'insertion
puissent avoir droit à la gratuité pour la durée du parcours, voire plus,
toujours pour éviter les chocs tarifaires. Même si on parle de payer une contribution dite réduite, la gratuité
est importante pour ces clientèles-là. On veut vraiment éviter les chocs.
Si, par exemple, on prend l'exemple d'un parent
avec un nouvel emploi au salaire minimum, s'il paie la cotisation réduite de 8 $ par jour et qu'il a deux enfants, on
parle de 80 $ par semaine, soit 17 % de son salaire minimum hebdomadaire
net qui est absorbé par ces frais, mais, s'il n'y a que les... mais il n'y a
pas que les parents qui sont directement affectés par ça. C'est aussi
problématique pour les services de garde éducatifs à l'enfance. Le calcul de la
subvention pour l'accueil de clientèles défavorisées est basé sur le nombre de
parents ayant le droit à la gratuité. Et donc, si un service de garde éducatif
pouvait... pourraient eux aussi, du jour au lendemain, perdre une partie de
leur subvention qui sert à offrir des services spécifiques à ces enfants
vulnérables, ils en seraient aussi perdants. Il faudrait aussi que cette
question soit arrimée avec celle du ministère de la Famille. Je crois qu'il y a
vraiment des arrimages solides qui pourraient être possibles afin de permettre
de bien atterrir ce projet de loi.
En terminant,
on doit nommer notre inquiétude quant à l'abolition de l'allocation pour les
familles vulnérables ayant des enfants de moins de cinq ans, notamment
les familles monoparentales. Il s'agit certainement des familles les plus
vulnérables de l'ensemble de la société, la littérature scientifique à l'appui.
Les programmes d'insertion en emploi sont peut-être une bonne chose, mais il
faut tout de même continuer de s'assurer que ces familles-là ont des revenus
suffisants pour garantir des conditions de vie décentes à leurs tout-petits. La
littérature scientifique est sans équivoque. Le facteur principal influençant
la précarité d'un ménage est son revenu disponible. Ça fait le tour du premier
point.
Second point, on souhaite saluer le souhait
d'offrir un meilleur accompagnement aux prestataires avec les plans
d'intervention individualisés, dont on changerait le nom pour «plan
d'accompagnement personnalisé». De même, le développement des réseaux régionaux
d'accompagnement doit être salué. Ça rejoint vraiment les concepts-phares pour
le collectif, soit l'importance du travail intersectoriel et de manière
concertée. Pour les familles vulnérables et le développement des enfants, c'est
impératif parce que leurs besoins sont nécessairement multiples et interreliés.
Cela
dit, il semble, pour le moment, qu'on ait oublié de prendre en compte un grand
nombre d'organisations, c'est-à-dire les organisations de la société civile et
les organismes communautaires travaillant pour les enfants et leurs familles, en concentrant leurs... ou celles qui
concentrent leurs activités en période périnatale. Ce sont eux, les experts de
la parentalité et des familles. Si on veut
insister sur le retour en emploi des familles ayant des enfants âgés de moins
de cinq ans, les familles vulnérables ou monoparentales, il est crucial
de travailler avec ces organisations-là. Autrement dit... autrement, comme dit
précédemment, on pense aussi que le ministère de l'Emploi et de la Solidarité
sociale gagnerait à se rapprocher du ministère de la Famille, qui est un bon
collaborateur de ces organisations.
En troisième point, on doit vraiment saluer
l'intention d'accroître les allocations relatives à l'état de grossesse.
C'est un soutien supplémentaire dans un des moments les plus critiques de la
vie de toutes les familles, mais on aimerait proposer que la mesure suive les
mêmes fondements logiques qu'une mesure déjà existante, disponible à d'autres familles du Québec. Je parle ici du RQAP.
Puisque le souhait exprimé au projet de loi est vraiment de focusser sur
l'insertion à l'emploi pour les prestataires, on pense qu'il faut suivre la
logique du RQAP et les consensus sociétaux autour de l'importance d'être
présent à 100 %, disponible pour son nouveau-né, dans sa première année de
vie et offrir le même nombre de semaines de congé parental en dehors des aléas
du marché de l'emploi, que ce soit pour les parents qui ont pu cotiser aux
régimes comme ceux qui ne pouvaient pas par le passé, mais qui se trouvent maintenant
dans des processus d'insertion en emploi.
Autrement dit, si on
se dit collectivement que la meilleure chose à faire pour des nouveaux parents,
c'est de prendre une pause de travail quand ils accueillent un nouvel enfant,
ce devrait être valable aussi pour les prestataires qui s'engagent dans des
parcours d'insertion en emploi. On pense qu'ils doivent avoir le même droit à
50 semaines de congé parental. Rappelons que cette période est très
importante. C'est une période de vulnérabilité reconnue pour toute la famille.
C'est aussi une période privilégiée pour la création des liens d'attachement
parent-enfant qui vont influencer le reste de son parcours, mais c'est aussi
une phase de transition et de changement les plus importantes dans la vie d'une
personne.
Finalement, on salue
le désir de vouloir prendre plus largement en considération les facteurs
psychosociaux dans ce qui... dans ce que représente une contrainte de santé. On
souhaite vraiment que ça aide à reconnaître l'ensemble des facteurs qui peuvent
avoir un impact sur les familles vulnérables, par exemple tous les enjeux liés
aux enfants ayant des besoins de soutien particuliers ou encore ceux qui...
ceux qui vivent en contexte de séparation. Cependant, on sait qu'il y a
beaucoup d'enjeux d'accès aux professionnels du réseau et on souhaite insister
sur le fait qu'il faut réfléchir à prioriser l'accès à des services pour les
familles les plus vulnérables ayant de jeunes enfants.
En conclusion, le
Collectif Petite Enfance souhaite porter à votre attention que le projet de loi
n° 71 doit certainement être réfléchi pour
que les propositions qui y sont faites ne nuisent pas aux familles ayant de
jeunes enfants. C'est aussi une occasion à saisir pour s'assurer que les
propositions qui s'y trouvent répondent pleinement aux besoins spécifiques des
tout-petits et de leurs parents, soit les familles les plus vulnérables de
notre société. Nous croyons qu'en agissant ainsi on se donne de meilleures
chances de briser les cycles de la pauvreté. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Merci pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la
période d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Oui, bien, d'abord, merci
beaucoup d'être avec nous aujourd'hui et de contribuer à ces auditions
pour mettre en place, là... en fait, développer cette modernisation du régime
d'aide sociale. Votre contribution est très, très importante parce que vous
touchez, évidemment, les parents des enfants, et vous vivez de près les
situations, et vous comprenez bien que l'objectif de la modernisation, bon,
c'est d'accompagner les gens qui sont en situation de précarité et les
accompagner vers l'insertion, et vers l'emploi, l'insertion sociale et,
ultimement, vers l'emploi parce que c'est par l'emploi qu'on améliore son sort,
évidemment, et le sort de la famille. Pour les familles avec... et les mères en
particulier, les parents avec des enfants en bas âge, il y a... il y a un
arrimage certain à faire avec les services de garde, CPE. J'aimerais que vous
me parliez de cette réalité pour vous. Qu'est-ce... comment ça se passe,
l'arrimage?
Mme Bonneville (Elise) : L'arrimage
entre les gens qui ont présentement... qui sont sous le régime d'assistance
sociale? En fait, présentement, lorsqu'un parent... bien, en fait, lorsqu'un
service de garde éducatif accueille des enfants qui sont sous les programmes
d'assistance sociale, il y a une subvention qui est remise en partie pour que
le service de garde puisse subvenir aux besoins, et, en même temps, la gratuité
du parent permet la présence de l'enfant, et c'est assuré que, si cette
entente-là ou cette collaboration-là, elle n'est pas permise ou n'est pas
possible dans les autres programmes qui seraient développés, il y aurait donc,
oui, une pression sur la famille de devoir assumer un frais supplémentaire qui
est de 8 $, mais aussi une perte de revenus pour le service de garde
éducatif, qui, lui, devra quand même possiblement déployer des services
supplémentaires pour des enfants qui sont dans un contexte de vulnérabilité. Donc, cette collaboration-là et
cette reconnaissance dans le programme, présentement, d'emploi favorisent
quand même un accès et une capacité aux services de garde de répondre aux
besoins des tout-petits.
Mme
Rouleau : OK, et c'est bon... cette gratuité, c'est bon dans Objectif
emploi et dans les différents programmes d'emploi?
Mme Bonneville
(Elise) : Assurément qu'il n'y a pas tous les programmes qui permettent
la gratuité par rapport à l'accès aux services de garde éducatifs. C'est une
des recommandations qui a été émise par les membres du collectif, notamment
dans le plan de lutte à la pauvreté, ce serait d'élargir la gratuité à tous les
programmes où s'inscrivent les gens qui sont... qui sont bénéficiaires de
l'assistance-emploi. Donc, c'est d'assurer un élargissement de la gratuité et
aussi, dans les recommandations qui sont émises dans notre mémoire, c'est
d'assurer une gratuité, peu importe qu'on passe d'un programme à un autre, donc
une stabilité qui ne fragilise pas la capacité des parents à envoyer leurs
enfants dans un service de garde éducatif gratuit.
Mme Rouleau : Dans un autre ordre
d'idées, vous avez mentionné dans vos... votre mémoire, là, l'importance
de développer un véritable réflexe communautaire. Pourriez-vous développer,
s'il vous plaît?
Mme Bonneville (Elise) : Oui.
Donc, dans les plans d'intervention individualisés, vous proposez de collaborer
avec plusieurs organismes, mais ce qu'on a
accès dans la lecture du projet de loi, c'est... En fait, le réflexe
communautaire est très axé sur des organismes qui sont dans de l'offre
de service de gestion de crise ou de problématiques précises. Dans l'optique
d'une famille d'un tout-petit, on parle plus des organismes communautaires qui
sont dans l'offre de service globale au bien-être des enfants. Donc, le réflexe
communautaire, organismes famille et périnatalité, c'est davantage là où on
veut porter notre regard, sur l'élargissement des types d'organisations qui
pourraient être...
• (15 h 30) •
D'emblée, donc, dès
qu'on pourrait accueillir une famille avec un tout-petit, le plan
d'intervention ou le plan d'accompagnement
personnalisé, comme on pourrait le proposer, serait, de facto, accompagné
d'organismes communautaires famille qui sont sur le territoire des
familles pour s'assurer que le lien puisse persévérer malgré qu'il n'y a
peut-être pas une problématique psychosociale marquée. Le fait d'avoir ce
lien-là avec l'organisation communautaire, on le sait, la littérature et le
terrain le disent, c'est un filet social solide qui pourrait perdurer dans le
lien à travers le plan d'intervention que vous proposez.
Mme Rouleau :
...mentionné aussi, là, le 161 $ que la mère pourrait perdre avec... en
modifiant la contrainte emploi en contrainte
santé. La contrainte emploi permet d'avoir 161 $. Et ce qu'on... ce qu'on
vise, c'est à ce que les femmes puissent aller vers le marché du travail
et puissent avoir accès aux différents programmes d'emploi, notamment Objectif emploi. Et Objectif emploi permet, lorsqu'on... lorsqu'on s'y engage, d'aller
chercher jusqu'à 475 $ par semaine. Est-ce que... est-ce qu'il est
plus avantageux d'aller vers l'emploi à 475 $ par semaine ou avoir cette
allocation de 161 $ par mois?
Mme Bonneville (Elise) : Assurément
que c'est une bonne question. Nous, on le voit dans la perspective de la
période particulière que représente la
fondation d'une famille, donc la petite enfance, dans une perspective d'une
transition importante pour une personne qui est dans un des... un des
espaces de vulnérabilité assez importants lorsqu'on est sur l'assistance sociale. Donc, on part d'une
perspective d'une histoire assez particulière, dans une période particulière,
et d'aller vers l'emploi pendant
cette période-là peut vraiment demander beaucoup de flexibilité, de défis dans
la conciliation de toutes ces réalités-là. Et on pense que la meilleure
façon de soutenir les parents dans cette transition-là, c'est de considérer
cette personne... cette période-là comme particulière. Et le revenu stable
reste le meilleur moyen de soutenir la famille dans sa... dans son évolution.
Donc, assurément que, si on veut emmener ces
familles-là à être dans un... dans une perspective d'emploi, il faut considérer
que les premières années de vie vont apporter une forme de houle, qu'on parle
beaucoup, pour toutes les familles au Québec et, je pourrais même dire, à
travers plusieurs sociétés du monde. La conciliation famille-travail existe
pour ces raisons. Les mesures de conciliation à l'emploi pour les familles avec
petits enfants font partie des réalités des personnes qui sont à l'emploi. Et
donc, là, si on rajoute le contexte de départ de l'assistance sociale allant
vers une perspective d'emploi, c'est vraiment de considérer un moyen de
soutenir les revenus des familles de façon stable dans cette grande transition
pour réellement, je pense, réussir une transition vers l'emploi de façon stable
et saine, je dirais.
Mme Rouleau :
Vous avez... vous avez salué, là, la proposition de réseaux régionaux
d'accompagnement. Comment voyez-vous la chose plus précisément?
Mme Bonneville (Elise) : C'est
une très bonne question. En fait, assurément que notre société, dans toutes ses
régions, a vraiment des filets sociaux solides, et des concertations, et des
noyaux de mobilisation qui ont des variables et une géométrie
différentes. Assurément que d'avoir des réseaux régionaux d'accompagnement...
Pour moi, je les vois bien rattachés à des
réseaux qui sont déjà existants. Je vois vraiment qu'on a des bonnes assises.
Les communautés sont mobilisées
autour des familles, autour des tout-petits, autour des populations plus
vulnérables dans les différentes régions du Québec. Il faut des moyens
financiers, il faut de la coordination, il faut aussi cogner aux portes des
organisations qui sont déjà mobilisées. Donc, bien sûr, au niveau des familles,
il y a déjà des réseaux régionaux qui sont mobilisés autour des organismes
communautaires famille. Il y a des concertations régionales en petite enfance
qui sont souvent mobilisées avec la santé publique. Il y a donc déjà un terreau
et des fils qui sont à peut-être rattacher à la perspective que vous voyez.
Mme Rouleau : On
peut demander si des collègues veulent poser quelques questions...
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui,
Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Mme Tardif : Bonjour. Merci,
premièrement, merci pour le travail que vous faites, là, la mère en moi en a
bénéficié à plus d'une reprise. Là, c'est une question peut-être un peu hors
sujet, mais je vagabonde et je réfléchis en vous écoutant par rapport au projet
de loi, et je me demandais... Parce que, là, je fais toujours le parallèle
entre mon comté et... de la réalité terrain de mon comté, et je me dis :
Concrètement, en termes de nombre d'enfants, est-ce que vous avez évalué s'il y
a beaucoup d'enfants, de personnes... parce que ce sont des jeunes parents...
est-ce qu'il y a beaucoup de jeunes parents sur l'assistance sociale qui
n'envoient pas leurs enfants en CPE? Quel est le pourcentage que vous estimez?
Parce qu'évidemment notre but est que ces jeunes parents là envoient les
enfants en CPE, vous le savez, d'une part... ça ne relève pas de cette
commission-ci ni de ce projet de loi là, mais... et ces parents-là, de les
amener aussi dans le système soit de l'éducation, pour une diplomation, ou sur
le marché du travail. Donc, je ne sais pas si vous avez compris ma question,
là, mon préambule était un peu long, mais...
Mme
Bonneville (Elise) : ...tout à fait. Oui, je l'ai... Merci pour la
question. Je n'aurais pas le... je n'ai pas le chiffre précis en ce
moment. Ce que je peux dire par rapport à l'accès aux services éducatifs à
l'enfance, globalement, il y a présentement, donc, 35 000 enfants qui
sont en attente d'une place, de façon globale. Ce qu'on sait, ce qui est bien documenté, c'est que les familles issues de
contextes de plus grande vulnérabilité ont encore moins accès aux services de
garde éducatifs à l'enfance que les enfants venus de contextes plus favorables
économiquement présentement...
Mme Tardif : Pourquoi?
Mme
Bonneville (Elise) : ...parce qu'il y a un manque de... pardon, oui,
parfait... donc, parce que, d'une part, il y a une... il y a un manque
de places dans les installations, et la façon dont les CPE se sont développés,
c'est souvent dans les quartiers ou dans
les... dans les régions où il y avait une plus grande mobilisation citoyenne
pour mettre en place des services de garde éducatifs à l'enfance. Donc,
pour l'instant, c'est ce que je peux vous donner comme réponse.
Donc,
assurément que certains membres du collectif pourraient davantage vous donner
les bons chiffres précis. C'est quelque chose, je pense, qui est quand
même accessible. Pour ce qui est des enfants qui sont sur l'assistance sociale,
je n'ai pas les chiffres précis par rapport à l'accès aux services de garde
éducatifs. Cela dit, ça fait partie des objectifs d'en accueillir davantage.
Mme
Tardif : Parce que, si on se rappelle, il n'y a pas si
longtemps, la fameuse COVID, où il y a eu des fermetures de services de
garde en milieux familiaux... Par la suite, il y en a plusieurs, dans mon comté
et dans d'autres comtés du Québec, qui n'ont pas rouvert. Et nous avons des
places qui sont disponibles, une banque de places, vous le savez, mais il n'y a
pas d'éducatrices, il n'y a pas de services de garde comme tels. Qu'est-ce que
vous entrevoyez, là, à court ou à moyen terme, par rapport à ça? Est-ce qu'il y
a un engouement qui reprend? Parce qu'effectivement, nous, ce qu'on veut, vous l'avez très bien compris, on
veut aider les gens qui sont sur l'assistance sociale, qui sont de jeunes
parents, à retourner sur le marché du travail, ou à aller à l'école, ou
terminer leur secondaire III, à tout le moins, et... ou faire un
professionnel, mais on a besoin, effectivement, de places en garderie.
Mme
Bonneville (Elise) : Très bonne... c'est une très bonne question.
Assurément que l'importance de donner accès à des services de garde
éducatifs, je crois que c'est la priorité pour tout le monde. Effectivement que
la pénurie de main-d'oeuvre, elle est
décriée beaucoup. Assurément que les organisations membres du collectif, il y
en a qui sont très, très, très actifs à travailler sur ces projets...
ces enjeux-là, notamment de pair avec le ministère de la Famille, qui est à
pied d'oeuvre sur ce dossier-là, on le sait bien.
Pour nous, au collectif et dans le cadre de
cette... de cette consultation-là, on a vraiment été davantage sur les besoins
dont ces familles... qu'on souhaite revoir s'accrocher en milieu d'emploi, en insertion
en emploi, donc les ingrédients essentiels à mettre en place pour s'assurer
d'un réel retour en capacité à l'emploi pour ces familles-là, et c'est vrai,
effectivement, que d'avoir une place en services de garde éducatifs à
l'enfance, c'est une... c'est sine qua non pour y arriver. Cela dit,
présentement, les stratégies qui ont été développées pour rejoindre les gens à
l'emploi, il y a plusieurs aspects, là,
de... des groupes nationaux qui ont fait des efforts dans cette lignée-là, mais
pas que je pourrais vous répondre en ce moment.
• (15 h 40) •
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je donne maintenant la parole à la ministre. Mme la ministre.
Mme Rouleau : Dans le changement,
là, d'aller de... des contraintes emploi vers la santé, on reconnaît la
compétence, disons, des... de certains professionnels de la santé. Et, dans
votre mémoire, vous mentionnez que vous priorisez
les membres de l'Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et
familiaux du Québec, l'Ordre des
psychologues, l'Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec.
Pourquoi est-ce que ce sont ces ordres-là, prioritairement, que vous proposez?
Mme Bonneville (Elise) : Assurément
que la perspective est beaucoup sur le développement des tout-petits lorsqu'on réfléchit aux ordres et aux professions
qui doivent entourer la période critique du développement du tout-petit,
donc tout ce qui est des développements... des
différentes sphères de développement, donc langagier, socioaffectif... Donc, le
penchant... notre grille d'analyse, c'est vraiment les données de l'EQDEM et de
l'EQPPEM, donc des données qui nous ont permis de faire un portrait des cinq
sphères de développement, donc socioaffectif, la motricité fine, la motricité
globale, l'attachement et le langage.
Donc, c'est
sûr que ces ordres-là sont en réponse à l'importance de développer ces cinq
sphères de façon simultanée, donc, à une vitesse assez égale. Parce que
ce qu'on sait dans la littérature, c'est que le développement humain est dans
une période exceptionnelle de la naissance à l'âge d'environ cinq ans, bon,
puis il y a des débats sur l'âge où le cerveau finit sa maturité. Mais
assurément que ces ordres-là représentent...
Mme Rouleau : ...
Mme Bonneville (Elise) : Pardon?
Mme Rouleau : Ça ne finit jamais.
Mme
Bonneville (Elise) : Ça ne finit jamais, on se le souhaite. Mais
assurément que de miser sur des professionnels, en adéquation au plein
développement des tout-petits, c'est vraiment la perspective de notre
recommandation, parce qu'en fait il y a des opportunités qui ne reviendront
jamais sur le développement humain, en matière de reculer sur les retards de
développement. Éventuellement, on arrive à un point, dans le développement
humain, où on devra être en curatif, donc agir sur des problématiques qu'on
aurait pu régler dans la petite enfance, notamment pour permettre à ces... à
ces enfants-là, une fois arrivés dans le milieu scolaire, de pouvoir être dans
un cadre académique dans lequel il est bien.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Maintenant, je vais céder la parole à la
députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme
McGraw : Merci, Mme la Présidente. Et merci beaucoup,
Mme Bouchard-Bonneville, c'est très apprécié, votre mémoire et aussi votre présentation
en présentiel aujourd'hui. Je ne suis pas experte en développement des
tout-petits, mais je suis parent, comme beaucoup de personnes autour de la
table, et mère de trois enfants, mère de famille. Si je comprends bien, les
enfants, les tout-petits qui sont dans des milieux défavorisés ou vivant une
situation de précarité sont triplement pénalisés à cause de, un, la précarité,
la pauvreté, le fait que leur parent ou un parent n'ait pas vraiment accès à un
congé parental cotisé, et, troisièmement, l'accès aux CPE, aux services de
garde qui sont subventionnés est très
difficile aussi, bien que je comprends, avec le nouveau projet de loi qui va
prendre effet vers... éventuellement, la liste de 0 à 5 qui va prendre effet
l'année prochaine ou peut-être après, si je comprends bien, ces
familles-là seraient priorisées s'il y a une place qui se libère. Mais on
comprend qu'il y a 35 000 enfants qui sont sur la liste d'attente.
Donc, si je comprends bien ce contexte-là,
j'aimerais revenir sur certains points pour vraiment comprendre de façon très humaine l'impact sur ces
familles 0 à 5 ans de ce gros changement proposé dans ce projet de
loi, c'est-à-dire l'abolition de
l'allocation pour les familles les plus vulnérables. Alors, j'aimerais vous
entendre encore plus là-dessus.
Mme Bonneville (Elise) : Oui, merci.
En fait, lorsqu'on regarde la période critique de la petite enfance dans une
perspective de réinsertion sociale... non «sociale», mais à l'emploi,
assurément qu'il faut avoir des éléments, des ingrédients
de base, des fondements qui vont sécuriser ces familles dans les grandes
transitions. On le sait nous-mêmes, comme
individus, quand on est parent, comment c'est une... c'est un nouvel univers
lorsqu'on accueille un nouveau-né. C'est démontré que c'est une période
d'une très grande vulnérabilité pour la majorité des familles en général, d'une
grande adaptation, et ça demande beaucoup de stabilité, beaucoup de
prévisibilité dans nos moyens financiers.
Lorsqu'on
regarde, présentement, le coût d'un panier alimentaire économique pour une
famille type à Montréal, c'est 40 % du revenu. Il faut se dire
qu'assurément on n'a pas encore atteint les moyens de stabiliser cette
famille-là pour qu'elle permette d'offrir les conditions de vie à leurs
tout-petits de façon maximale pour qu'ils puissent se développer pleinement. Et l'adéquation entre les conditions de vie et le
développement d'un tout-petit n'est plus à démontrer.
Et là vous
allez voir, dans une grande partie de notre mémoire, on a remis des éléments de
la... de la littérature scientifique, mais parce que c'est vraiment très
bien documenté. On a cette richesse-là au Québec d'avoir accès à autant de
savoir qu'on va jusque sur le terrain pour constater que c'est tout à fait
en adéquation aussi. Donc, assurément que, lorsqu'on vise une réinsertion en
emploi, on doit permettre les meilleures conditions pour que ces familles-là,
qui, déjà, doivent s'adapter à leur nouvelle réalité de parents, puissent
oeuvrer... agir dans leur nouveau rôle d'employé avec une capacité à prévoir
les choses.
Donc, stabilité et flexibilité, pourquoi? Parce
qu'un tout-petit, c'est souvent malade. Parce que, si on pense à une personne
qui est dans un contexte de transition, d'un retour vers l'emploi, c'est
beaucoup, beaucoup d'étapes de transition et d'inconnues. Donc, de permettre de
ne pas enlever l'herbe sous le pied à chaque fois qu'on passe d'un programme à
l'autre en matière de moyens financiers, d'accès à de la gratuité, ce serait
réellement des assises solides pour
permettre une transition peut-être plus gagnante pour ces personnes-là, qui
sont déjà dans un parcours du combattant à certains moments.
Mme
McGraw : Et, si je comprends bien, vraiment, leur revenu
disponible est le facteur numéro un en termes de développement éventuel de l'enfant, et qui a un effet sur le
logement, l'insécurité alimentaire. Donc, c'est vraiment leur revenu disponible qui
prévoit le moyen terme à long terme. Donc, on comprend que c'est vraiment des
investissements lorsqu'on investit dans ces familles, ces tout-petits
là, parce qu'à long terme aussi leur santé, participation à l'économie, à
l'école, leur éducation c'est vraiment des investissements, si je comprends
bien?
Mme Bonneville (Elise) : Assurément
qu'on est dans une perspective de vouloir briser les cycles de la pauvreté en
proposant de soutenir financièrement les familles de façon suffisante, adéquate
et stable pour agir et offrir les conditions de vie à leurs tout-petits,
puisqu'effectivement les conditions dans lesquelles les enfants vont évoluer,
les tout-petits, vont les suivre possiblement sur un long... un long moment de
leur vie. Et la littérature, encore là, elle est unanime, ça va jusqu'à la
prévention de la maltraitance, ça va jusqu'à la prévention de contextes de
maltraitance assez sévères ou même violence par la pression économique subie
par les parents, par la pression de capacité à subvenir à tous leurs besoins de
base. Et, bien, on peut faire un clin d'oeil aux recommandations d'un autre
rapport, celui de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la
protection de la jeunesse. Ça fait partie des recommandations, d'assurer aux
familles en contexte de vulnérabilité des revenus suffisants pour prévenir la
maltraitance. Donc, on pourrait aller jusque-là.
Si on recule
d'un pas et qu'on se dit, bien, pour que tous les enfants puissent se
développer dans une perspective d'équité, un revenu de base qui assure
de répondre aux besoins des conditions de vie, donc, effectivement, un loyer
capable d'être payé par les parents sans avoir la pression de devoir couper sur
l'alimentation ou sur les besoins vestimentaires, par exemple... et là on ne
parle même pas des besoins particuliers, donc un enfant qui a besoin de soutien
en orthophonie, d'évaluations ou qui a des besoins spécifiques, des handicaps,
donc on est vraiment dans une famille typique... effectivement que de miser sur
ses premières conditions de vie, ça a un impact sur le reste de son parcours
et, effectivement, ça devient un investissement, pour une société, qui
contribue grandement lorsqu'il est devenu un adulte.
Mme McGraw : Donc, lorsqu'on veut
briser le cycle de la pauvreté, lorsqu'on veut lutter contre la pauvreté puis
on dit : On ne peut pas juste être en mode réaction, mais qu'il faut poser
des gestes structurants en amont, il me semble qu'il n'y a pas de meilleur
investissement... ou de pire politique publique que de retirer des
allocutions... des allocations, pardon, en
aide financière pour les familles qui sont parmi les plus vulnérables. Et je
lis dans votre mémoire : Du point de vue du développement de
l'enfant, notre futur, là, de notre société, notre économie, il n'y a pas de
pire moment pour précariser son ménage.
• (15 h 50) •
Pour revenir à l'équité, vous parlez, dans votre
mémoire, de l'équité des parents. Peu importe qu'ils soient... cotisations
cotisées, accès au RQAP. Les parents qui cotisent, ils ont accès à... au Régime
québécois d'assurance parentale. Alors, vous proposez, justement, bien qu'on
ajoute les... jusqu'aux 20 semaines, c'est une bonne chose, mais vous
proposez aller jusqu'à 55 semaines, comme le RQAP, incluant monoparentales
ou des enfants multiples. Alors, parlez-nous un peu de ce... de cette
proposition-là très intéressante.
Mme
Bonneville (Elise) : Oui, en
fait, ce qu'on... ce qu'on recommande, c'est de s'inspirer des fondements... j'ai
le mot «idéologiques», mais ce n'est pas le bon mot... les fondements qui sont
les assises du RQAP...
Une voix : ...
Mme
Bonneville (Elise) : ...merci, pas idéologiques, scientifiques, oui,
tout à fait, du RQAP, qui, en fait, sont aussi... font consensus dans
notre société. C'est d'assurer un revenu stable, qui permet aux adultes de se
retirer du milieu de l'emploi, lorsqu'ils accueillent un nouveau-né, pendant
55 semaines. On se dit : Pourquoi pas... pourquoi cette... Cette
science a démontré... du fait de devoir permettre aux parents de se retirer du
milieu de l'emploi en n'ayant aucune préoccupation... peut-être pas aucune,
mais en ayant moins de préoccupations financières par le fait que, oui, bien
sûr, ils ont cotisé, ils ont un revenu qui leur permet de vivre leur première
année de vie avec leur nouveau-né. Parce que ça a des impacts réels sur le
développement, encore là, du lien parent-enfant, ça permet aux parents de vivre
la première année de transition, importante, de façon sécuritaire et stable.
Pourquoi ne pas le permettre à ces populations, qui... On va quand même pouvoir
mettre la lumière sur le fait qu'ils cumulent davantage de vulnérabilité, du
fait qu'ils sont sur un programme comme l'assistance sociale.
Donc, on
recommande de réfléchir à prolonger... Déjà, effectivement, c'est un énorme pas
d'être allés jusqu'à 20 semaines... ou 18 semaines, pardon,
18 semaines. Par contre, 18 semaines, lorsqu'on pense à un
tout-petit, c'est quelques mois, c'est quelques semaines de vie. C'est un
moment, donc, encore, où il y a beaucoup d'insécurité ou d'instabilité dans la
dynamique familiale, et donc, si on rajoute un effet d'instabilité ou de
transition, du fait qu'on doit retourner en emploi, assurons-nous de stabiliser
les revenus, du moins. Mais pourquoi pas ne pas permettre à ces personnes-là
aussi de bénéficier d'un congé de 55 semaines?
Mme McGraw : Une famille... Juste en
terminant, combien de familles seraient affectées par cette... enlever ces
allocations, pardon? Combien de familles au Québec seraient affectées?
Mme Bonneville (Elise) : On sait
que, présentement, il y a environ 7 500, 7 600 tout-petits...
familles avec des tout-petits, là, sur l'assistance sociale. Donc, on parle de
ce... de ce nombre pour l'instant, et là on rêve que toutes les familles à
venir puissent bénéficier aussi de ça.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole à la députée de Sherbrooke, s'il vous plaît.
Mme Labrie : Merci.
Je vais rester sur le même sujet parce que vous dites quelque chose de très
important, je pense, dans votre mémoire par rapport au RQAP, c'est que les deux
parents, soit qu'ils sont sur le RQAP ou dans... ou sur l'aide sociale, les
deux doivent être considérés comme plus utiles à la société en étant
prioritairement aux côtés de leurs tout-petits. Je pense que c'est vraiment
important, la réflexion que vous amenez là-dessus, parce qu'en fait c'est ça, l'objectif, de ramener les
gens vers le marché du travail, c'est de leur permettre de jouer un rôle... de
contribuer à la société. Mais, en fait, ce
que vous, vous nous dites, c'est, pour un enfant en bas d'un an, la
contribution la plus utile, ce n'est pas nécessairement d'aller sur le
marché du travail puis ce n'est pas nécessairement d'envoyer ces personnes-là
vers le programme Objectif emploi. C'est de leur permettre d'être auprès de
leur enfant. C'est ce que vous nous dites.
Mme Bonneville
(Elise) : En fait, basé sur les fondements du RQAP, les fondements
scientifiques, pour reprendre vos mots, effectivement, la place la plus
importante pour un adulte, c'est d'être auprès de son tout-petit à ce moment
critique pour possiblement mieux oeuvrer en tant qu'employé et contributeur de
la société au moment où la première année de vie est passée pour le tout-petit,
que les choses sont peut-être davantage stabilisées.
Mme Labrie : J'aimerais
ça vous entendre sur l'impact, justement, critique de cette période-là de la
vie pour développer un lien affectif parent-enfant, puis qu'est-ce que ça peut
avoir comme... comme retombées à moyen, long termes, justement, quand on n'a
pas réuni les bonnes conditions, dans cette période critique là, pour que le
parent et son enfant puissent développer ce lien-là.
Mme Bonneville (Elise) : Oui.
Assurément que je ne suis pas la plus grande experte de l'attachement. Il y
aurait certainement des chercheurs qui vont me dire après : Ah! il
y aurait eu ce mot-là à dire.
Mme Labrie : ...aussi,
au niveau du développement.
Mme Bonneville
(Elise) : Mais assurément que, pour le développement humain, la
première année de vie, c'est la période où
le cerveau crée le plus de connexions neuronales. Et lorsqu'on est dans des
conditions sécurisantes pour un nouveau-né, qu'on est dans un contexte
où la famille peut vivre vraiment le rythme de développement de l'humain sans
vivre de grands stress, de grande précarité... Et là on pense à l'alimentation,
on pense à... au stress. Le stress... Ça a été longtemps été ésotérique de
parler de stress, mais maintenant on est tout à fait au courant que ça a même
des répercussions sur le développement du cerveau. Donc, effectivement que,
pour le lien d'attachement, de se connaître entre le parent et le bébé, ça va
jusqu'à la qualité et la capacité des neurones du cerveau à se connecter.
Donc là, j'arrête
parce que je ne suis pas... je ne suis pas l'experte plus loin que ça, mais
assurément que c'est une vitrine, dans le
développement humain, qu'on ne pourra jamais reproduire. Donc, si on est aussi
dans un attachement insécurisant, et que le parent n'a pas pu jouer son
rôle parce qu'il avait d'autres préoccupations plus grandes et que le tout-petit et la... et le parent ne développent pas leur
lien, c'est aussi des opportunités et des vitrines qui se referment sur
l'attachement, qu'on ne pourra jamais retrouver. Assurément qu'on peut quand
même développer des liens, mais, sur le développement humain et les capacités,
après, qui vont toucher un paquet de facteurs...
Mme Labrie : Comme
le décrochage scolaire, la réussite...
Mme Bonneville (Elise) : ...comme
le décrochage scolaire, effectivement, la capacité à persévérer, la capacité
à éventuellement fonctionner dans les différentes sphères de la société, ça a
tout à fait des impacts sur ce... sur tous ces aspects.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, c'est tout le temps que nous avions. Maintenant, je
vais céder la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Vous
nous rappelez, dans les premières pages de votre mémoire, qu'en gros tout se
joue avant cinq ans, et donc que le soutien des familles, particulièrement les
familles monoparentales avec des enfants de moins de cinq ans, c'est vraiment essentiel. Vous prenez acte du fait qu'il y
a abolition des allocations pour la reconnaissance de contraintes temporaires à l'emploi, que la
plupart sont remplacées, mais vous dites : Attention, pas celles qui
touchent ces familles-là, justement.
Le gouvernement dit : Bien, certains
prestataires pourraient avoir droit à l'allocation pour contraintes de santé
si les besoins le justifient. Vous dites : On n'est pas vraiment
là-dedans. Certaines contraintes temporaires à l'emploi abolies seront
remplacées par des ajustements à la prestation ou des prestations spéciales.
Vous dites : Bien là, on ne tomberait pas là-dedans non plus. Puis il y a
aussi un droit acquis pour ceux qui les ont déjà, mais ça ne vise pas les
nouvelles familles. Donc là, vous dites : On est en train de manquer
quelque chose d'important dans ce projet de loi là ou prendre des risques
importants. Je vous ai bien suivie là-dessus?
Mme Bonneville
(Elise) : Tout à fait.
M. Paradis : Alors,
qu'est-ce qu'il faut faire? D'abord, ce que vous nous dites, c'est de ne pas
abolir cette disposition-là?
Mme
Bonneville (Elise) : En fait... (Interruption) ...je voulais
juste être sûre que mon micro fonctionne. En fait, assurément qu'il faut
réfléchir à une stabilité des revenus pour ces familles-là. Le projet de loi
n'est pas ficelé, donc, nous, on est
vraiment ici pour émettre ces recommandations et peut-être élever des drapeaux
en disant : Faites attention de ne pas échapper cette allocation et
qu'elle ne se retrouve pas, d'une autre façon, bonifiée pour ces familles-là.
Assurément qu'on se dit que ces familles ont
déjà de la difficulté à avoir accès à des services. Donc, pour démontrer est-ce
qu'ils auront des contraintes de santé ou pas pour bénéficier de programmes ou
d'allocations supplémentaires, ça peut devenir un parcours assez complexe.
Donc, si on pense précisément aux populations des familles monoparentales, on
le sait, qui sont encore plus vulnérables du fait que, si deux... deux adultes
ne sont pas capables de subvenir à tous les besoins d'un enfant, imaginez les
conséquences, pour une famille monoparentale, de réduire les revenus ou les
allocations possibles.
Donc, nous,
effectivement, ce qu'on recommande, c'est de réfléchir les programmes à venir,
dans les règlements du projet de loi, de façon à ne pas oublier ces
populations, qui sont extrêmement fragilisées par la perte d'un revenu, ne
serait-ce que minime. Donc, après, on n'est pas les experts pour pointer quel
programme ou comment ça pourrait se dessiner, mais on émet vraiment des
recommandations de réfléchir à ces populations, qui n'ont possiblement pas de
contraintes sévères de santé, mais ne serait-ce que parce qu'elles sont
monoparentales, la littérature, elle est claire, ils vivent de grands défis
socioéconomiques plus grands que la majorité des autres ménages.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
c'est tout le temps que nous avions. Merci beaucoup pour votre contribution à
notre commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre aux prochains invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 59)
(Reprise à 16 h 03)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue à Banques
alimentaires du Québec. Je vous rappelle, chers invités, que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous
invite donc à vous présenter puis à commencer votre exposé, s'il vous
plaît.
Les Banques
alimentaires du Québec
M. Munger
(Martin) : Bonjour. Mon nom est Martin Munger. Je suis
directeur général des Banques alimentaires du Québec. Notre association
joue un rôle clé pour nourrir les personnes vulnérables depuis une trentaine
d'années. Notre association regroupe les Moissons
du Québec, donc 34 membres Moissons et membres associés dans des régions
où il n'y a pas de Moissons. Et c'est... nos
membres desservent 1 300 organismes partout au Québec, qui, eux,
répondent à 2,6 millions de demandes d'aide alimentaire par mois.
Je dis tout de suite qu'on est plus des
spécialistes de l'insécurité alimentaire et moins de l'aide sociale, mais il y
a comme un lien aussi assez important entre les deux. Et j'inviterais mon
collègue Christian, qui est... qui est un de nos membres, à se présenter.
M. Bibeau (Christian) : Bonjour.
Christian Bibeau, directeur général chez Moisson Estrie.
Alors, Moisson Estrie est située à Sherbrooke,
entourée de six MRC rurales. Donc, nous offrons une aide directe de dépannage
alimentaire. Nous livrons, nous distribuons des denrées, donc, dans
67 organismes, certains en milieu urbain, d'autres en milieu rural, tel
que mentionné, et nous transformons des denrées en grandes quantités.
M. Munger (Martin) : Donc, parmi...
Vous savez que notre organisme publie le bilan fin à chaque année, et une des
données importantes du bilan fin, c'est qu'il y a 41 % des ménages qui ont
reçu un dépannage alimentaire, qui ont déclaré avoir l'aide sociale comme
source principale de revenu, mais il y a aussi 18,5 % des ménages ayant
reçu un dépannage alimentaire qui ont déclaré avoir un emploi comme... avoir
l'emploi comme source principale de revenu. Donc, ce qu'on peut déduire avec
ces deux statistiques-là, c'est que, même si on oriente quelqu'un vers
l'emploi, ça ne veut pas dire qu'on l'a sorti d'une situation d'insécurité
alimentaire.
Je tiendrais à souligner d'entrée de jeu que nos
organismes ont fait... ont fait face à une demande croissante au cours des cinq
dernières années, une demande très importante. Et je tiens à souligner l'appui
que le gouvernement du Québec nous a donné, que la ministre Rouleau nous a
donné par une aide de 30 millions dans le dernier budget, ça fait une
différence importante. Je tiens à souligner, par ailleurs, que ce
30 millions là, je le mets en relation, notre réseau distribue pour une
valeur de 542 millions de dollars de denrées alimentaires. Donc,
l'aide gouvernementale représente 5 % de ce que l'ensemble de notre réseau
distribue partout au Québec. La portée de nos activités ainsi que notre contact
avec les différentes réalités régionales et locales à travers le Québec font de
nous des experts de l'aide alimentaire et des leaders de la lutte contre
l'insécurité alimentaire.
Une grande variété
d'organismes communautaires s'appuie sur notre approvisionnement pour répondre
aux besoins de la population, que ce soient
des comptoirs alimentaires, des services de collation pour les enfants, des
cuisines collectives, des maisons d'hébergement pour femmes victimes de
violence, etc. C'est important de préciser que ces organismes peuvent également
offrir une vaste gamme de services, soit de la formation, de l'aide au
logement, des services en santé mentale, des services de... Ils peuvent aussi
rediriger les organismes vers d'autres... c'est-à-dire les individus vers
d'autres organismes qui peuvent aider au niveau de l'aide à l'emploi, de l'aide
aux devoirs pour les enfants, et ainsi de suite. Malheureusement, les données
préliminaires qu'on a vues, qu'on va publier à la fin du mois, du bilan fin,
nous laissent croire que la situation, malheureusement, ne s'améliore pas, on
risque de publier des indicateurs qui sont encore au rouge cette année, et que
la situation s'est encore détériorée depuis l'année passée.
Si j'en viens au projet de loi plus directement,
je vous précisais qu'on n'est pas des spécialistes, on note quand même des
mesures intéressantes qui... entre autres, la séparation des prestations pour
les couples et pour les jeunes, c'est des choses qui peuvent augmenter
l'autonomie des femmes qui peuvent être, justement, en situation de violence,
ou quoi que ce soit, et ainsi que l'élargissement des objectifs du programme
Objectif emploi aux personnes qui ont déjà été prestataires. C'est des mesures
intéressantes.
On souligne
aussi que l'objectif d'orienter 50 000 personnes vers l'emploi est un
objectif intéressant, et louable, et non négligeable. Toutefois, pour la
raison que je mentionnais tout à l'heure, à l'effet que, souvent, les personnes
qui sont des travailleurs à faibles revenus demeurent dans une situation
d'insécurité alimentaire, on ne croit pas que les mesures du projet de loi vont
réduire de façon sensible la fréquentation des banques alimentaires.
M. Bibeau (Christian) : Je vais
faire du pouce là-dessus, si tu me permets.
M. Munger (Martin) : Bien sûr.
• (16 h 10) •
M. Bibeau
(Christian) : Évidemment, on s'entend, là, puis c'est ce que
nous dit aussi l'Observatoire québécois des inégalités, là, les
prestations d'aide sociale sont insuffisantes, ça ne permet pas de couvrir,
donc, le panier... la mesure du panier de
consommation, on comprend ça. Par contre, là, ce qu'on essaie de nommer ici,
c'est que de sortir les gens de
l'aide sociale ne signifie pas que ces gens-là vont sortir de la pauvreté.
Alors, ce que M. Munger nommait, c'est que, déjà dans nos chiffres,
là, on parle de 18,5 % des bénéficiaires de l'ensemble de notre réseau qui
sont des gens dont le revenu principal est relié à un emploi.
Et là, si j'allais vraiment dans une mesure sur
le terrain, alors, chez Moisson Estrie spécifiquement, c'est le type de
population, là, les gens à l'emploi, qui a subi la plus importante hausse par
rapport au nombre de demandes que l'on reçoit. Autrement dit, les gens en
emploi se présentent de plus en plus nombreux chez nous.
Alors, pour obtenir une aide de dépannage
alimentaire, on parle, là, de 49 % de 2022-2023 à 2023-2024. Et on est
actuellement encore vers une prévision où on augmentera encore ce chiffre-là de
près de 55 %. Bref, il y a beaucoup de gens qui viennent nous voir à la
banque alimentaire qui ont pourtant des revenus d'emploi, mais qui n'arrivent
pas, tout simplement, à se nourrir convenablement. Alors, ils viennent
chercher, là, une aide pour remplir le frigo, là, en cours de mois. Donc, c'est
important, quand même, de le nommer.
Je terminerais aussi... je vais dévier un peu,
mais je terminerais quand même pour dire qu'à l'instar de ce que nommait
l'intervenante qui nous a précédés là, il y a quand même cette question de
l'allocation, notamment pour les enfants,
là, en bas âge, etc. C'est important, les familles monoparentales aussi, en
pourcentage, là, dans la fréquentation des
banques alimentaires. Donc, on souhaite, évidemment, que ces familles-là, avec
des jeunes enfants, voient, en fait, les mesures venir renforcer leur
capacité d'action, et non pas, finalement, les amener vers les banques
alimentaires.
M. Munger
(Martin) : J'aimerais vous dire deux mots, aussi, concernant
le programme PAAS Action. Vous savez, les banques alimentaires ont
toujours tenu à redonner elles-mêmes à la société en intégrant à leur
main-d'oeuvre des employés avec des difficultés, soit des handicaps physiques
ou des problèmes de santé mentale, et c'est quelque chose qui est très, très
fréquent dans les banques alimentaires.
Et on nous a dit que... nos membres nous ont mentionné
que le programme a eu à se... s'est resserré beaucoup vers le retour en emploi,
ce qui fait que des personnes qui bénéficiaient de ce programme-là dans les...
dans les Moissons ne sont plus éligibles au programme, et ça, c'est très
malheureux, parce que ces personnes-là avaient développé une autonomie,
travaillaient au sein des banques alimentaires, étaient fières de travailler
pour la Moisson. Mais, comme ce n'est pas des gens qui vont être aptes à
l'emploi demain matin, ou dans six mois, ou même dans un an, donc, ces gens-là
ne se qualifient plus ou beaucoup moins pour ces programmes-là. Et donc c'est
une préoccupation importante que... qu'a notre réseau par rapport au programme
PAAS Action, qui se resserre progressivement.
C'est sûr qu'il peut y avoir d'autres
programmes, plus d'intégration en emploi pour des personnes avec des... avec
des mesures, mais, quand même, le programme PAAS Action était un outil qui
était apprécié des Moissons. Donc, Christian, est-ce que tu voulais ajouter
quelque chose, ou...
M. Bibeau (Christian) : ...bien,
là-dessus, à dire que les gens qui sont en réinsertion socioprofessionnelle ou
qui font des retours à l'emploi doivent être vus comme étant des... En fait,
chacun a son propre parcours. Donc, les mesures, le souhait qui est émis ici,
c'est que ces mesures-là demeurent flexibles pour qu'on soit capables de
s'adapter à ces gens-là. Ça ne veut pas dire, parce que la personne revient à
l'emploi, qu'elle va être capable de soutenir cet emploi-là à moyen ou à long
terme. Il faut donc mettre en place un certain filet pour être capables d'accompagner ces gens-là, et, pour ça, bien, on a besoin de
programmes qui soient capables de nous permettre cette flexibilité.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
infiniment, merci pour votre exposé, messieurs. Nous allons maintenant
commencer la période d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme
Rouleau : Bien, merci beaucoup, M. Munger, M. Bibeau. Ça
fait plaisir de vous voir. Je vous remercie d'être avec nous pour
contribuer à ce projet de loi, cette modernisation du régime d'aide sociale.
Même si ce n'est pas votre spécialité, vous avez quand même un créneau, si je
peux l'appeler ainsi, là, qui est quand même très connexe à ce qui... à ce qui
touche les gens qui sont en situation de précarité, de par le travail que vous
faites avec les banques alimentaires.
D'emblée, là,
vous dites que, par rapport à l'année dernière, il y a une augmentation des
demandes aux banques alimentaires, et pouvez-vous... Avez-vous un
portrait, un portrait plus clair des personnes qui viennent demander... qui
viennent aux banques alimentaires?
M. Munger (Martin) : Oui, oui, mais
ça va être les données de 2024 qu'on a sorties... c'est-à-dire les données de
2023, puisqu'on va sortir le prochain bilan fin à la fin du mois... du mois
d'octobre.
Mais, si on
regarde le profil au Québec, le profil des gens qui utilisent les banques
alimentaires, 18,5 % des ménages ont un emploi, donc, comme source
principale de revenu, c'est une augmentation de 102 % depuis 2019.
45 % des ménages aidés sont des familles avec enfants, 37 % des
personnes, c'est des personnes... des adultes vivant seuls. Une autre qui est plus évidente, 78 % sont
des ménages locataires et 62 % sont des locataires au sein de logements
privés, et donc pas de logement... de logement public ou social. Si...
au niveau... c'est moins le profil des gens, mais, en fait, il y a
72 000 personnes qui ont utilisé les services des banques
alimentaires au mois de... au mois de mars, c'est une donnée de mars 2023, qui ont demandé 2,6 millions de services, là,
d'aide alimentaire, et tout ça, c'est une augmentation de 33 % depuis
2019. Le nombre de paniers de provisions distribués par notre réseau a doublé
en quatre ans, passant de 345 000 à 682 000. Donc, c'est très
important.
Mme Rouleau : OK. On met en place de
nombreuses mesures pour aider les Québécois. On sait qu'il y a eu le... que le
coût de la vie, là, atteint les gens, évidemment, il y a toute la postpandémie,
et puis une demande, on a pu le constater, là, depuis 2022, au moins, là, un
accroissement des personnes qui vont vers les banques alimentaires. Mais ce
qu'on voit aussi, c'est qu'en termes d'aide sociale, des prestataires à l'aide
sociale, il y a une diminution des gens qui sont à l'aide sociale, mais un
accroissement des personnes... des demandeurs d'asile, par exemple, je dois le
mentionner. Alors, est-ce que vous voyez plus de demandeurs d'asile aux banques
alimentaires?
M. Munger
(Martin) : On n'a pas de données spécifiques sur les
demandeurs d'asile, on en a sur l'immigration, qui... C'est à peu près
18,5 % de notre clientèle et ça a été assez stable ces dernières années.
Je vous dirais que le facteur principal que les organismes nous
mentionnent, que les gens mentionnent aux organismes lorsqu'ils vont fréquenter
ou demander de l'aide, c'est la crise du logement à l'heure actuelle. C'est le
facteur principal. Vous savez, avec l'augmentation des loyers, bien, la partie
compressible, c'est souvent l'alimentation et c'est pour ça qu'ils viennent aux
banques alimentaires. Et, je pense, Christian, tu voulais ajouter.
M. Bibeau
(Christian) : Bien, si j'avais à ajouter quelque chose, là,
encore une fois, c'est un portrait très terrain de la réalité d'une
moisson avec ses spécificités, reste qu'en 2021-2022 on réalisait, chez Moisson
Estrie, à peu près 12 000 dépannages alimentaires; cette année, on va
franchir la barre des 20 000 dépannages alimentaires. Donc, c'est
substantiel comme hausse des demandes de dépannage. Et les populations, là, qui
viennent cogner à la porte, là où il y a les plus grandes augmentations, je le
nommais tout à l'heure, il y a les gens qui sont à l'emploi, c'est souvent des
emplois précaires, des emplois avec une rémunération de base, qui arrivent au
fait où, comme M. Munger le disait, avec l'accroissement du coût des logements,
souvent du loyer, souvent, ces personnes-là n'arrivent plus à couvrir
l'ensemble de leurs frais. L'autre élément, c'est la population étudiante, qui
constitue l'une des principales hausses, chez nous, des demandes de dépannage
alimentaire.
• (16 h 20) •
Mme Rouleau : Lors de mes visites à
travers le Québec, j'ai été dans plusieurs des Moissons, dont la vôtre, M. Bibeau, et puis je sais que les programmes
d'insertion, d'intégration en emploi, le programme PAAS notamment, sont
très importants. Le PAAS, on propose d'ajouter un volet de participation
sociale. Donc, c'est d'élargir le programme PAAS, c'est d'élargir aussi le
programme Objectif emploi. Comment ça se passe pour vous, là? Ces programmes,
ce sont de bons programmes? Est-ce qu'il y a
des... Bon, vous avez parlé de certains enjeux tout à l'heure, mais pourriez vous
développer un petit peu plus, là, sur l'intégration sociale au sein de vos
organisations?
M. Bibeau
(Christian) : Bien sûr. Ce sont des employés qui viennent donner
un coup de pouce aux organisations. Là, c'est vrai pour les Moissons,
c'est vrai pour un très grand nombre d'organismes communautaires, d'ailleurs.
Donc, ce sont des gens qui vont venir donner un coup de main, ce sont des gens
qui nécessitent un encadrement particulier aussi.
Donc, l'organisation doit quand même s'assurer
d'offrir des conditions qui vont permettre à ces gens-là de vraiment pouvoir s'épanouir en emploi, donc d'être
capables de réaliser le mandat pour lequel ils viennent chez nous. Donc, ce sont toujours des mesures qui sont positives et qui
sont surtout donnant-donnant. Donc, la personne qui vient dans un processus de
réinsertion va aussi retirer énormément de son expérience, autant que
l'organisme ou la Moisson va aussi avoir, permettez-moi l'expression, mais du
jus de bras supplémentaire, là, pour venir effectuer nos mandats puis réaliser
nos missions. Alors, ce sont des mesures qui sont... qui demeurent importantes,
qui nécessitent néanmoins du travail, hein, de l'encadrement de la part de
l'organisme qui reçoit ces personnes-là. Donc, chez nous, ça prend vraiment des
gens qui vont pouvoir soutenir ces personnes-là à l'emploi.
Par ailleurs, ce qu'on souhaite, c'est avoir...
Quand on passe du temps avec ces gens-là, souvent des gens qui sont loin du
marché de l'emploi, ce qu'on souhaite, c'est, si on y met du temps, si on y met
de la formation, c'est de pouvoir compter sur le temps de... le travail de ces
personnes-là sur une durée prolongée. Si on intervient auprès de ces
personnes-là, on leur offre un cadre qui est rassurant, un cadre dans lequel
ils peuvent développer leur potentiel. Mais, en contrepartie, s'il faut répéter
l'expérience à tous les six mois ou à tous les huit mois, parce que les gens
changent, parce que, finalement, la mesure fait en sorte que la personne doit
quitter, bien là on est un peu en train de... on est dans un éternel
recommencement, si je peux me permettre.
Mme Rouleau : OK. Dans le projet de
loi, on met... on propose de mettre en place des réseaux régionaux
d'accompagnement, vous avez pu en prendre connaissance, j'imagine. Comment
voyez-vous ces réseaux régionaux qui ont comme objectif, là, de briser les
silos, de mieux coordonner les ressources sur le terrain? Et comment vous
voyez-vous dans cette... dans ce réseau régional?
M. Munger (Martin) : Je pense que
les... Je voyais dans la mesure qu'effectivement il y a une coordination entre
ministères aussi dans ces réseaux régionaux là. Je pense que les Moissons sont
justement des acteurs, je dirais, souvent des têtes de réseau dans leur région
respective, parce qu'ils offrent leurs appuis à plusieurs organismes locaux.
Donc, je pense que les Moissons peuvent être des acteurs clés dans la
coordination de ces mesures-là. Et, bien entendu, comme on le fait toujours, on
sera toujours là pour collaborer avec le gouvernement, pour faire en sorte que
les gens sortent de l'insécurité alimentaire, et, si on peut le faire, on le
fera avec plaisir.
Mme Rouleau : Et qu'on parle d'une
même voix en sécurité alimentaire.
M. Bibeau (Christian) : Mais j'ai
envie d'ajouter à ça que le fait de pouvoir prendre soin des spécificités des
régions peut aussi être un apport intéressant, donc.
Mme Rouleau : Absolument. Mme la
Présidente, peut-être, les collègues veulent...
La Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce
qu'il y a des collègues qui veulent poser des questions sur le côté
gouvernemental? Mme la députée d'Abitibi-Ouest, la parole est à vous.
Mme Blais : Combien de temps, Mme la
Présidente?
La Présidente (Mme D'Amours) : Six
minutes.
Mme Blais : Parfait. Alors, dans un
premier temps, je tiens à vous remercier, parce que le travail que vous faites,
c'est un travail exceptionnel. Vous amenez du pain dans les assiettes des gens
qui en ont réellement besoin. Moi, j'aime bien parler du vécu, alors j'aimerais
que vous me disiez quel a été votre coup de coeur depuis que vous travaillez
dans cet organisme-là. Qu'est-ce qui vous a marqué le plus?
M. Munger (Martin) : Bien, en ce qui
me concerne, ça fait trois ans que je suis aux Banques alimentaires du Québec,
ce qui m'a marqué le plus, c'est de voir le dynamisme de nos membres, leur...
le côté innovant, qu'ils travaillent à mettre en place toujours des nouvelles
solutions pour... Vous savez, on l'a mentionné d'entrée de jeu, la demande a
explosé dans les dernières années, et ça a commencé avant mon arrivée. On me
disait effectivement que les banques alimentaires sont... ont été présentes
pendant la pandémie, ont transformé leurs opérations parce qu'elles perdaient
des bénévoles. Donc, ce sont des organismes qui innovent constamment pour mieux
servir le bassin des organismes et les gens en insécurité alimentaire.
Donc, moi, c'est ce qui m'a impressionné le
plus. Christian.
M. Bibeau (Christian) : Bien, il va
sans dire. Je vous inviterai évidemment à faire... à venir faire un séjour chez
Moisson Estrie. Le mode de dépannage alimentaire qui est préconisé, c'est un
fonctionnement d'épicerie tout à fait normal, donc les gens vont choisir les
denrées, vont participer à leur dépannage alimentaire. Et évidemment ce sont
des gens qui arrivent... Ce n'est jamais le fun, aller dans une banque
alimentaire, hein? Il n'y a pas de plaisir là, c'est difficile, donc, d'aller
chercher cette aide-là. Donc, une fois arrivés, c'est important d'humaniser le
processus.
Et c'est à la
sortie, c'est quand les gens ont terminé leur dépannage alimentaire, qu'ils
retournent à la maison avec des denrées suffisantes pour les soutenir
pendant plusieurs jours, il y a là souvent un sentiment d'accomplissement, je
vais le dire comme ça, ayant participé à leur propre processus. Et là repartir
avec des denrées en sachant que, ce soir, ils vont peut-être avoir... ils vont
peut-être avoir le meilleur repas qu'ils ont eu, peut-être, depuis une semaine
ou deux, alors, évidemment, il y a un sentiment, là, de... Il y a un partage de
réjouissances, je vais le dire en guillemets, là, mais il
y a évidemment un sentiment d'aide, là, qui est très profond, et de
reconnaissance de la part des gens qui reçoivent cette aide-là.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole à la députée de Saint-Maurice... Laviolette—Saint-Maurice.
Mme Tardif : Bonjour. Merci, tout
d'abord. Je voulais savoir avec vous... parce qu'une de nos grandes
préoccupations, c'est aussi au niveau de l'alimentation, mais de la... la
subsistance et l'apprentissage. Et je ne veux pas être péjorative, mais nous,
en Mauricie, on essaie d'apprendre à pêcher aussi. Et, vous, vu que vous êtes à
la tête des Moissons, est-ce que vous avez un programme ou est-ce que vous avez
pensé à commencer un certain concept de cuisine collective pour apprendre,
justement, à ces gens-là, à comment... parce que... Vous le savez davantage que
moi, mais je suis allée, à l'occasion, leur remettre des denrées, et, des fois,
c'est de la levure, là, puis la personne me dit : Bien, j'en ai eu la
semaine passée, mais je n'ai pas de farine, ça fait que laisse faire la levure,
ou c'est des pots pour bébé, ou ça dépend de ce que vous avez.
Et, des fois, il y a des... de la perte
alimentaire aussi, et c'est ce qu'on ne veut pas qu'il y ait. Et est-ce qu'on
pourrait ensemble, et là «ensemble», c'est vous, vous avec les autres Moissons,
concevoir un programme de cuisine alimentaire aussi et pour leur montrer à
éviter les gaspillages?
M. Munger (Martin) : Ça tombe... ça
tombe bien, on vient justement de lancer, avec une grande chaîne
d'alimentation, avec Metro, le programme des Cuisines partagées Metro. Metro
nous avait offert, compte tenu de notre expertise dans le domaine, de financer
un programme comme ça où des cuisines pourraient être partagées par plusieurs
organismes de... d'une même région, et ainsi, bien, la cuisine collective peut
aller utiliser des installations modernes et appropriées pour aller aider les
gens à développer leurs compétences culinaires. Mais ça peut être aussi un
autre organisme qui va développer... qui va faire des repas préparés pour...
pour une clientèle plus âgée ou un organisme qui va travailler à faire des collations
pour des clientèles plus jeunes. Et, au lieu que cette installation-là, par
exemple, ne soit utilisée qu'à certaines heures par jour, parce qu'il y a des
groupes différents qui viennent, bien là c'est plusieurs organismes d'une même
communauté qui vont se la partager.
Donc, on a déjà accepté... Pour une première
année, il y a huit projets qui ont été... qui ont été retenus partout au
Québec, et c'est un programme qui devrait se continuer. Donc, ça va exactement
dans le sens...
La Présidente (Mme D'Amours) : Pardon,
excusez-moi, merci. Je laisse la dernière minute... le mot de la fin pour Mme
la ministre, pour son groupe parlementaire.
Mme Rouleau : Bien, en fait... Bien,
d'abord, merci d'être... d'être avec nous, encore une fois. Quel serait les
meilleurs coups que vous avez pu réaliser depuis... tiens, depuis que vous êtes
là, M. Munger?
• (16 h 30) •
M. Munger (Martin) : Les
meilleurs coups qu'on a pu réaliser? Bien, en fait, on a développé énormément
le Programme de récupération en
supermarchés. On a plus de 645 supermarchés, au Québec,
qui recueillent... qui donnent leurs invendus aux banques alimentaires.
C'est devenu une source d'approvisionnement très importante qui permet de
donner aux gens des denrées fraîches. Parce que c'est souvent ça, la denrée
rare, quoique les denrées sèches sont rares
aussi. Donc, ça, ça a augmenté beaucoup l'approvisionnement. Et on a beaucoup
de projets qui sont en gestation à l'heure
actuelle, de nouvelles sources d'approvisionnement. Et ça, c'est très présent
dans différentes Moissons. Christian pourrait vous en parler.
La
Présidente (Mme D'Amours) : C'est tout le temps. Merci beaucoup. C'est tout le
temps que nous avions. Maintenant, je vais céder la parole à la députée
de Notre-Dame-de-Grâce, s'il vous plaît.
Mme
McGraw : Merci, Mme la Présidente. Effectivement, votre
travail, vos accomplissements sont vraiment extraordinaires. Et, en tant
que porte-parole pour ma formation en matière de solidarité sociale, mais aussi
d'action communautaire, j'ai eu la chance de visiter beaucoup de vos membres,
dont en Estrie en tant que porte-parole de ma formation en Estrie. C'est
vraiment... c'est plus qu'une banque alimentaire, c'est vraiment une entreprise
sociale en Estrie. C'est vraiment
remarquable. Mais on comprend que les banques alimentaires, on est surtout en
mode réaction, surtout de façon générale. Je ne dis pas qu'il n'y a pas
des... on s'attaque aux causes aussi, mais c'est surtout réaction. Et nous, on
veut voir des gestes structurants qui vont agir en mode prévention.
Alors, selon les données que vous avez
présentées, là, c'est le bilan fin 2023. Là, j'imagine, les chiffres vont
changer bientôt, dans les quelques semaines. Donc, j'aimerais premièrement vous
entendre là-dessus. Est-ce que les chiffres changent beaucoup en termes,
surtout, là, je parle de revenus, source de revenus? Les principaux sources...
les principales sources de revenus, est-ce qu'on va être encore à 41,8 %
aide sociale et ensuite 18,5 % avec des revenus d'emploi? Est-ce que la
tendance continue? C'est la première question.
M. Munger (Martin) : Malheureusement,
je ne peux... je n'ai pas encore les données officielles du prochain bilan fin,
qui va être à la fin du mois. Je peux vous dire que... je peux vous dire que la
tendance se continue. Ça, je vous dirai... je vous dirais ça ainsi. Mais
j'aimerais réagir un peu. C'est vrai que nous ne contrôlons pas l'entrée ou
les... ou le... le... nous ne contrôlons pas l'ampleur de la demande pour les
banques alimentaires, et en ce sens-là, on peut dire
qu'on peut être en réaction, effectivement, parce que c'est des... pour
abaisser la demande pour les banques alimentaires, il faut des mesures
structurantes qui ont un effet sur la pauvreté. Et ça, malheureusement, ce
n'est pas entre nos mains, c'est plus entre les mains du gouvernement, donc...
Mais on n'est pas seulement réaction, on est aussi... on est très proactifs
pour essayer de travailler activement pour fournir suffisamment de denrées à
cette clientèle-là dans le besoin. Donc, c'est développer des programmes,
développer des nouvelles sources. Donc, en ce sens-là, on est très, très, très
proactifs.
Mme McGraw : Et
je n'en doute pas et je le sais. Ce que je voudrais dire, par contre, c'est...
justement, cette réforme, c'est une
opportunité en or pour poser des gestes structurants, pour éventuellement
prévenir plus de personnes qui s'ajoutent à vos lignes. Alors, ma
question, M. Munger. Vous avez dit que ce projet de loi ne va... ne va...
si j'ai bien compris, et je le cite, «ne va pas réduire nos lignes d'attente».
Est-ce que ce projet de loi, avec l'abolition... d'allocations, pardon, j'ai toujours
des... avec l'abolition des allocations importantes pour des groupes importants
que vous avez cités, les familles 0 à 5 ans, les femmes victimes de
violence conjugale, des jeunes, avec l'abolition de ces allocations, est-ce que
ce projet de loi risque d'augmenter la demande pour vos services?
M. Munger (Martin) : Ça
soulève... Quand on parle des femmes... des mères monoparentales, comme l'a dit
l'intervenante précédente tout à l'heure, c'est une clientèle sensible,
effectivement, et ça soulève des inquiétudes chez nous. Effectivement,
si les femmes avec des très jeunes enfants n'ont plus cette allocation-là
spéciale, bien, elles vont être en situation, je dirais, de... elles vont être
plus démunies, et donc risquent d'utiliser davantage des banques alimentaires
s'il n'y a pas d'autres programmes ou d'autres allocations pour pallier à cette
situation.
Mme McGraw : Donc, si je comprends
bien, avec cette abolition qui est prévue par ce projet de loi, les lignes... la
demande pour vos services risque d'augmenter?
M. Munger
(Martin) : Je ne... Je ne peux pas affirmer ça maintenant. Comme je le
mentionnais d'entrée de jeu, on n'est pas des spécialistes de l'aide sociale.
On a... On a fait des lectures, on a lu le projet de loi, on a lu les...
certaines critiques d'autres organismes aussi qui soulevaient des points
intéressants. On a ce souci-là. Nous, ce qu'on dit aujourd'hui, c'est qu'on ne
pense pas que ça va diminuer. Je ne suis pas prêt à affirmer que ça va le faire
augmenter, mais je ne crois pas que ça va diminuer la fréquentation des banques
alimentaires.
Mme McGraw : Merci
beaucoup. Et avec la... si la... Mme la Présidente me permet de céder mon temps
à ma collègue. Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Je cède maintenant la parole à la députée de D'Arcy-McGee.
Mme Prass : Merci,
Mme la Présidente. Merci de la présentation et des données que vous nous avez
données. Je pense que ça nous... ça nous permet de faire évoluer notre pensée, nos
questions.
Moi, je vais juste
revenir, parce que moi, j'ai une banque alimentaire dans mon comté, MultiCaf,
qui, et j'imagine, comme vous, n'est pas seulement là pour être banque
alimentaire, mais vous êtes là un petit peu comme des travailleurs, des
travailleuses sociales, parce qu'il y a des gens itinérants avec des enjeux de
santé mentale, avec des handicaps, etc., qui viennent envers vous pour des
aliments, mais souvent qui se fassent... se font orienter vers d'autres
services, parce que vous faites un petit peu le dépistage, vous voyez ces gens
à tous les jours, vous les voyez de plein de vues.
Et on parle
d'accompagnement pour les nouveaux travailleurs, par exemple, dans le projet de
loi, mais je vous donne l'exemple d'une personne qui a un trouble du spectre de
l'autisme ou une déficience intellectuelle. Ce qu'on propose dans le projet de
loi, c'est de l'accompagnement, mais par des travailleurs, des fonctionnaires,
si on veut, du ministère de l'Emploi, puis on comprend que les personnes avec certaines
vulnérabilités ont besoin d'un accompagnement, on dit «un accompagnement
social», du ministère de l'Emploi et Solidarité sociale. Mais on comprend que
c'est des gens que... si les employés ne sont pas formés pour reconnaître la
réalité, leur réalité, par exemple pour intégrer un nouvel emploi, les
questions d'accessibilité qu'il faut, d'accommodement, on n'est pas bien placé
si on ne reconnaît pas la réalité de ces personnes-là comme vous, vous le
faites et vous les orientez vers d'autres services.
Donc, pensez-vous que, pour de l'accompagnement,
il faut vraiment que les personnes qui vont le faire soient formées pour
comprendre les réalités des différents groupes de personnes vulnérables pour
vraiment pouvoir les accompagner pas seulement pour trouver un emploi, mais
pour le garder? Parce qu'on entend souvent des personnes qui vont intégrer un
emploi, mais l'employeur ne va pas comprendre comment bien les accommoder,
comment leur... comment bien pouvoir les encadrer selon la réalité de cette personne-là.
Donc, ma question pour vous, c'est : Est-ce
que vous pensez qu'il y a une forme... il y a des formations qui doivent
être obligatoires pour les personnes qui vont faire de l'accompagnement pour
vraiment comprendre la personne qu'ils accompagnent dans la question de
l'intégration à l'emploi?
M. Bibeau
(Christian) : C'est une question intéressante. À notre niveau, par
exemple, les gens qui vont venir nous rencontrer, comme vous l'avez donné dans
votre exemple de la banque alimentaire sur votre territoire, donc, on va
rencontrer les gens, on veut aborder la question... les questions avec ces
personnes-là dans leur globalité, en fait, on ne veut pas...
Au-delà de l'aide alimentaire, ces gens-là ont
d'autres besoins, il y a d'autres façons de contribuer à leur mieux-être,
et donc on va effectivement être un lieu de
référence et on va référer partout là où il est possible d'obtenir des
services, donc d'abord chez nos
collègues et dans les... d'autres organismes communautaires, là où il y a des
expertises. Peu importe le sujet dont on parle, on va donc le référer au
bon endroit, à la bonne organisation pour obtenir le soutien nécessaire.
Mais là tous les...
tous les soutiens sont... sont d'utilité, j'ai envie de dire. Alors, on peut
référer ces gens-là à plus d'un endroit,
puis, ensuite de ça, ces gens-là vont aller utiliser ces services-là et ils
vont être à même de prendre... d'utiliser, en fait, la ressource qui...
qui leur aide, qui vient... tu sais, qui répond davantage à leurs besoins.
• (16 h 40) •
Mais c'est sûr que,
de notre point de vue, si on réfère une personne dans une organisation X,
Y, bien, à partir du moment où la personne est référée puis va dans cette
organisation-là, ça ne relève plus de notre intervention. Par contre, une chose
qui est sûre, c'est que, comme Moissons, on fait affaire avec un très grand
nombre d'organismes communautaires sur nos territoires respectifs, et c'est
souvent une porte qu'on va utiliser pour que les gens puissent aller chercher
le soutien dont ils ont besoin. Mais ce n'est pas exclusif, donc on va les
référer, tout simplement, à toutes les ressources d'aide potentielles, et ce
sera à eux, ensuite de ça, d'aller frapper aux portes et de bénéficier des
services que chacun peut apporter.
Mme Prass : Et
avec l'augmentation du prix des aliments et des loyers dans les dernières
années, là vous parlez du phénomène des gens qui ont un emploi, mais qui
doivent quand même se tourner envers les banques alimentaires, j'imagine que
ça, c'est un phénomène que vous voyez depuis les dernières années, qui a été
accentué justement par l'inflation, le prix des aliments, le prix du logement.
M. Munger
(Martin) : Le nombre de personnes dont la source principale
d'emploi... pardon, la source principale de revenus est un emploi a doublé dans
les banques alimentaires depuis 2019. Donc, c'est effectivement relié.
Oui, on a parlé de l'inflation. Même si l'inflation s'est calmée, il reste que
les prix n'ont pas diminué, ils augmentent seulement moins rapidement. Mais ce
qu'on nous dit vraiment, et au risque de me répéter...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci.
M. Munger
(Martin) : ...c'est vraiment le facteur du loyer qui est la
différence.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup. C'est tout le temps que nous avions avec
la députée. Maintenant, je cède la parole à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour, messieurs. Vous avez nommé plusieurs fois que vous
n'étiez pas experts de l'aide sociale, vous êtes quand même experts de la
précarité. C'est à ce titre qu'on vous entend aujourd'hui, donc merci d'être
là.
J'ai vraiment trouvé
intéressante la piste sur laquelle vous nous ameniez en disant que ce n'est pas
parce que les gens quittent l'aide sociale vers le marché du travail qu'ils ont
forcément réglé leurs questions d'insécurité financière et alimentaire. Vous
dites que le logement est un facteur important, là, de cette hausse-là du côté
des gens qui travaillent. Bon, on n'a pas...
comme gouvernement, il n'y a pas un contrôle, là, sur l'ensemble des loyers.
Par contre, il y a un contrôle sur le salaire minimum. Est-ce que vous
pensez qu'une hausse du salaire minimum viendrait avoir un impact, là, sur le
volume de la demande qui vient des gens qui sont sur le marché du travail?
M. Munger
(Martin) : Ça fait partie des demandes qu'on a formulées, entre
autres, dans le cadre de... dans notre mémoire, dans le cadre du plan de lutte
à la pauvreté. On pense effectivement qu'un salaire minimum plus élevé est un
facteur qui peut contribuer à réduire l'insécurité alimentaire.
Mme Labrie : OK. Puis j'ai le goût de
vous poser une question sur l'âge des personnes qui fréquentent... Je sais
que, dans certaines régions, bon, notamment en Estrie, il y a beaucoup
d'étudiants, là, ça fait que ce n'est peut-être pas nécessairement là où ça se
voit le plus, mais, quand même, globalement, dans votre réseau, est-ce que...
c'est quoi le portrait, là, des personnes, disons, en haut de 50 ans qui
fréquentent vos organismes?
M. Munger (Martin) : Je
n'ai malheureusement pas de statistiques spécifiques sur l'âge. Je peux vous
dire qu'on entend, puis peut-être Christian pourra compléter, les
personnes seules, les personnes âgées seules sont une clientèle qui est fragile
et qui sont souvent aidées par les organismes qu'on dessert. Et moi, je trouve
personnellement que c'est une oeuvre très, très utile. On pense à des personnes
isolées où souvent l'idée d'offrir un repas permet de briser l'isolement et a
un impact multiple sur la vie des personnes. Mais j'aimerais laisser Christian
aller plus loin.
M. Bibeau
(Christian) : Bien, pour renchérir...
Mme Labrie : Je
vous pose la question... je vous pose la question plus spécifiquement, parce qu'il
y a une des mesures dans le projet de loi qui fait en sorte que les personnes,
à 58 ans, n'auront plus accès, là, à la contrainte... à la reconnaissance
d'une contrainte. Donc, pensez-vous que ça peut avoir un impact, là, sur la
demande chez vous?
M. Bibeau (Christian) : Bien,
en fait, tu sais, il n'y a pas... je n'ai pas de réponse pour ça, là. Ce que
j'ai envie de dire, par exemple, c'est que, parmi les organismes chez
qui on distribue davantage de denrées, il y a les centres d'action bénévole qui,
généralement, sur leur territoire, sont responsables des popotes roulantes pour
les personnes de 50 ans et plus ou 60 ans et plus, selon les barèmes.
Donc, si cette demande-là va croissante, bien, forcément, il y a des enjeux
pour les personnes qui ont 50 ans et plus. C'est important, cette
hausse-là des denrées qu'on envoie dans les centres d'action bénévole.
L'autre
élément, ce n'est pas, encore là, une question d'âge, mais une question de
provenance. En fait, sur le territoire, on constate des enjeux très
significatifs pour tout ce qui est les territoires ruraux, donc d'accessibilité
aux services, de distance, même de nombre de services disponibles, là, sur les
territoires. Donc, ça, c'est un autre enjeu. La quantité de nourriture qu'on
envoie dans les territoires plus éloignés des grands centres a vraiment changé
aussi. C'est en croissance.
Et tantôt, je le disais, l'une des... l'un des
types de population que l'on reçoit le plus grand nombre actuellement
chez Moisson Estrie, c'est vraiment la population étudiante.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup. C'est tout le temps que nous avions avec
la députée. Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci. Ce matin, nous
avons reçu le Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec
qui nous disait qu'il y avait cinq grands phénomènes qui constituaient des
barrières à l'emploi, dont notamment les préjugés et la discrimination. Si j'ai
bien compris, un de vos messages principaux aujourd'hui, c'est de réaliser le
nouveau visage de la pauvreté au Québec, c'est-à-dire qu'il y a non seulement
des gens qui font appel au régime d'assistance sociale du Québec, mais il y a
beaucoup d'immigrants, notamment, et il y a des gens qui travaillent, qui
touchent un revenu et qui se retrouvent quand même dans les banques
alimentaires du Québec. Donc, vous nous invitez à faire face à cette nouvelle
réalité. J'ai bien compris?
M. Munger (Martin) : Oui,
c'est une réalité. Et je pense qu'on doit en être conscients. Sortir les gens
de l'aide sociale, ce n'est pas
nécessairement les sortir de la pauvreté, parce qu'il y a des travailleurs qui
sont quand même en situation de pauvreté. Et, très honnêtement, moi,
j'ai toujours un malaise de parler plus spécifiquement des travailleurs versus
d'autres personnes sous prestations qui fréquentent les banques alimentaires.
Pour moi, les deux situations sont inacceptables. Les gens ne devraient pas
devoir aller dans une banque alimentaire pour se nourrir. Ils devraient avoir
les moyens pour se nourrir eux-mêmes. Mais de parler des travailleurs qui ont
de la difficulté à se nourrir, selon moi, ça montre une cassure dans le
système. Il y a quelque chose qui ne marche pas, quand des gens contribuent à
l'économie du Québec et à renforcer le développement économique du Québec mais
sont, malgré ça, incapables de se nourrir convenablement ou de nourrir leur
famille. Je trouve que c'est une image qui montre qu'il y a quelque chose qui
ne fonctionne pas dans notre système.
M. Paradis : Et
donc est-ce à dire que notre filet social, ici, on parle du filet social de
dernier recours, devrait chercher à ratisser encore plus large parce qu'il y a
ce nouveau visage de la pauvreté? Par exemple, quand on parle de plan d'intervention individualisé, de réseaux régionaux
d'accompagnement, ils devraient viser plus largement que moins
largement, c'est bien ça?
M. Munger
(Martin) : Je suis d'accord.
M. Paradis : Et ce que vous nous invitez à faire, en réalité,
c'est de s'assurer que des organisations comme la vôtre font partie de ces
réseaux régionaux et contribuent à la détermination des plans... des plans
d'intervention individualisés.
M. Munger (Martin) : Bien, on souhaite
contribuer, bien entendu, il faudra voir comment ça peut se passer. On a une mission importante à réaliser, qui est de fournir
des denrées alimentaires à 1 300 organismes au Québec. On est heureux
de...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci.
M. Munger
(Martin) : ...de contribuer, si possible, mais il faut voir comment ça
se passe.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup. Merci infiniment, chers invités, de votre
contribution à notre commission.
Donc, je suspends les travaux quelques instants
afin de permettre aux prochains invités de prendre place. Merci.
M. Munger
(Martin) : Merci de nous avoir entendus.
(Suspension de la séance à
16 h 49)
(Reprise à 16 h 51)
La Présidente (Mme
D'Amours) : Nous reprenons nos travaux. Et maintenant je souhaite la
bienvenue à la Fédération des chambres de commerce du Québec.
Je vous rappelle, chers
invités, que vous disposez... de 10 minutes, pardon, pour votre exposé, et
ensuite nous procéderons à la période d'échange avec les collègues de la
commission. Donc, je vous invite à vous présenter et à nous donner votre
exposé, s'il vous plaît.
Fédération des chambres
de commerce du Québec (FCCQ)
M. Gagnon (Alexandre) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Mme la ministre, Mmes et
MM. les députés, bonjour et merci de nous
accueillir pour discuter de cet important projet de loi, le projet de loi
n° 71, visant à améliorer l'accompagnement des personnes et à
simplifier le régime d'assistance sociale. Mon nom est Alexandre Gagnon, je
suis vice-président, Travail et capital humain, à la Fédération des chambres de
commerce du Québec. Je suis accompagné aujourd'hui par Audrey Langlois,
conseillère principale, Main-d'oeuvre et affaires publiques.
Vous nous connaissez, la FCCQ porte
deux chapeaux, en tant que chambre de commerce provinciale, mais également
en tant que fédération. La FCCQ regroupe ainsi près de 120 chambres de
commerce et 1 000 membres corporatifs, représentant plus de 45 000 entreprises
dans tous les secteurs de l'économie québécoise et de toutes les régions du
Québec.
Aujourd'hui,
nous vous partagerons nos réflexions et recommandations pour assurer le succès
de cette importante réforme du régime
d'assistance sociale, un programme qui a eu droit à sa dernière modernisation
en 2005, et une légère modification, là, en 2016. Il est
crucial de revoir notre approche pour les personnes éloignées du marché de
l'emploi.
Nous tenons à signifier, tout d'abord, que nous
sommes fiers, comme Québécois, de mettre à disposition des personnes les plus
vulnérables un tissu social fort et diversifié. La lutte à la pauvreté est un
enjeu primordial pour notre société, également pour les entreprises
québécoises.
Nous croyons
également que l'outil de lutte à la pauvreté par excellence a toujours été et
restera toujours la capacité à
intégrer ces derniers sur... et à les... à les conserver sur le marché du
travail. À cet effet, le projet de loi n° 71 apporte des changements indispensables, reflétant
l'évolution de notre société et de notre économie. Évidemment, d'autres
éléments du projet de loi pourraient être légèrement améliorés, et c'est
d'ailleurs pour cette raison que nous vous présenterons
sept recommandations.
Tout d'abord, l'été dernier, le gouvernement a
présenté un plan ambitieux d'action gouvernemental contre la pauvreté et l'exclusion sociale, un plan que...
visant à accompagner plus de 50 000 bénéficiaires de l'assistance
sociale vers l'emploi ou une autre forme de participation sociale
d'ici 2029. Pour atteindre cet objectif, la mobilisation de l'ensemble des
intervenants est évidemment cruciale et au centre de cette stratégie, auquel
nous souscrivons.
D'ailleurs, le ministère de l'Emploi, un acteur
clé, a déployé, au cours des années, de nombreux services et ententes de
collaboration à travers le Québec pour faciliter l'intégration en emploi des
personnes éloignées du marché du travail. Au coeur de ses stratégies et de son
réseau, 17 conseils régionaux des partenaires du marché du travail, qui
sont des lieux de concertation privilégiés entre des représentants du secteur
de la main-d'oeuvre, des entreprises, du milieu de l'éducation, des ministères,
du secteur communautaire, du développement local et de Services Québec. Ils
représentent ainsi la parfaite alliance afin de mobiliser l'écosystème derrière
des plans d'action et des projets pilotes pour l'intégration en emploi des
différentes clientèles du ministère de l'Emploi. Il nous semble donc plus
qu'adéquat, dans cette circonstance, de trouver des moyens de renforcer la
collaboration entre le ministère de la Solidarité sociale et de l'Action
communautaire ainsi que le ministère de l'Emploi.
L'idée d'avoir des réseaux régionaux, tel que
proposé dans le projet de loi, est évidemment excellente, nous y souscrivons.
Cependant, d'ailleurs, elle a déjà été mise en place, depuis de nombreuses
années, par le réseau de la Commission des partenaires du marché du travail. La
création d'un nouveau réseau nous semble, dans les circonstances, à revoir,
puisqu'il viendrait ainsi dupliquer des structures qui nous semblent déjà
existantes et ayant, fondamentalement, le même mandat.
Le projet de loi viendra élargir l'accès à des
services d'employabilité et de préemployabilité à des Québécois n'ayant pas
tous les outils afin d'intégrer le marché du travail rapidement. Il faut
s'attendre que chaque individu ainsi soutenu aura besoin d'un support et d'un
accompagnement plus important afin que cette situation soit un succès à long
terme. Le projet de loi prévoit un accompagnement de préemployabilité. Il nous
semblerait adéquat d'également prévoir un accompagnement afin de favoriser le
maintien en emploi.
La FCCQ
recommande donc au gouvernement d'offrir un accompagnement aux employeurs qui
accueilleront ces travailleurs afin d'assurer l'intégration durable de
ces travailleurs dans leur entreprise.
Le projet de loi vient également élargir l'accès
à de la formation pour les bénéficiaires d'un programme social. Cet
élargissement est un bon pas, mais nous croyons qu'il faut élargir un peu
davantage encore. L'objectif est de pallier au trou dans l'offre de soutien
entre les programmes de prêts et bourses et l'offre actuelle.
L'offre de formation s'est grandement améliorée
au cours des années, les modalités de formation également. Une large part de
formations, très pertinentes et variées, sont données par les institutions
d'enseignement reconnues sans pour autant être sanctionnées par le ministère de
l'Éducation. Nous pensons notamment à diverses formations de courte durée,
telles que les certifications collégiales, qui ont... qui mènent à un emploi
intéressant et rapidement.
À cet effet, nous demandons au gouvernement de
permettre le maintien des prestations durant ces formations qui sont souvent
plus adaptées à une clientèle qui a quitté les bancs d'école depuis longtemps.
Les primes à la diplomation pourraient d'ailleurs également être attribuées à
ceux qui auront complété le parcours.
Par conséquent, nous recommandons au
gouvernement de modifier la proposition au projet de loi n° 71, qui
modifie l'article 55 de la Loi sur l'aide aux personnes et aux familles,
afin d'indiquer que la prime sera offerte à la réussite de la formation, et non
uniquement à la diplomation.
Finalement, nous tenons à
saluer les modifications apportées au programme Objectif emploi, qui suppriment
la restriction de l'accompagnement personnalisé à la seule première demande
d'un bénéficiaire. Cependant, la FCCQ recommande que la formation et
l'accompagnement offerts par le programme Objectif emploi soient obligatoires
pour les bénéficiaires des programmes d'assistance sociale qui n'ont pas de
contraintes, évidemment, si une période prolongée de recherche d'emploi n'est
pas fructueuse.
Le projet de loi est une suite logique des
changements apportés par le projet loi n° 70, adopté en 2016, visant
à mieux soutenir les bénéficiaires de l'aide sociale vers le marché du travail.
Les succès des mesures instaurées par le projet de loi n° 70, notamment le
programme Objectif emploi, nous amènent à voir positivement les propositions
faites au sein de ce nouveau projet de loi.
Merci de
votre temps. Nous avons fait un peu plus rapidement. Nous sommes, évidemment, à
votre disposition pour répondre à vos questions.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Maintenant, nous commençons, débutons la période
d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Bien, M. Gagnon,
Me Langlois, merci beaucoup d'être avec nous pour ces auditions et
participer à cette modernisation du régime d'assistance sociale. Vous avez des
propos qui sont très éclairants. J'ai une première question concernant le
réseau régional d'accompagnement. Vous saluez cette initiative, mais vous dites
que ça existe déjà. J'aimerais savoir en quoi ça existe déjà.
M. Gagnon (Alexandre) : Nous saluons l'idée de l'importance de rassembler tous les
partenaires autour d'actions concrètes, concertées pour aider les personnes,
évidemment, qui sont éloignées du marché du travail, dont des prestataires de
l'aide sociale, de l'aide de dernier recours. Mais il existe, depuis de
nombreuses années, affiliée à la... par... au... le leadership au niveau du ministère
de l'Emploi, la Commission des partenaires du marché du travail, qui,
elle-même, a déployé, au courant des années, des instances de concertation des
différents acteurs régionaux pour bien identifier quelles seraient les mesures
les plus porteuses, les opportunités, également, pour la réalité locale du
marché du travail, puis des bassins de candidats, également, qui sont
disponibles. Donc, on y retrouve pratiquement l'ensemble des intervenants que
vous proposez d'inclure dans vos propres réseaux régionaux, dont... Les
syndicats, les employeurs, les organismes communautaires sont représentés, les
institutions d'enseignement, les divers acteurs ministériels également. Donc,
tous ces acteurs-là que vous proposez de mettre ensemble, ils nous semblent, évidemment,
aller de soi dans une démarche d'employabilité puis de concertation sociale.
Nous sommes déjà présents actuellement, là, dans
les 17 régions du Québec. Est-ce qu'ils pourraient être mieux exploités?
Est-ce qu'il pourrait y avoir une meilleure collaboration entre les acteurs
de... évidemment, de l'assurance sociale, de vos clientèles auxquelles vous...
avec lesquelles vous faites affaire, et celles plus au niveau de
l'assurance-emploi, et les autres clientèles éloignées du marché du travail? Évidemment.
Mais nous pensons que ce serait un bon véhicule à utiliser dans les
circonstances plutôt que de recréer une autre structure qui aurait peut-être
des orientations, des stratégies, des intervenants différents.
• (17 heures) •
Mme Rouleau : OK. Bien,
certainement, l'intention n'est pas de réinventer la roue. Si ça existe, tant
mieux, mais il semble y avoir... tu sais, ça ne répond peut-être pas exactement
aux objectifs qu'on a d'accompagner les personnes qui sont très éloignées du
marché du travail, d'accompagnement vers la participation sociale,
l'intégration sociale et vers l'emploi. Mais je retiens, par exemple, que vous
êtes très, très intéressés à collaborer. Puis l'idée, c'est aussi de créer des
liens plus formels et mieux coordonner les gens qui sont déjà sur le terrain.
Encore là, on ne réinvente rien, on utilise les ressources qui existent et on
brise les silos, puis peut-être il y en avait un là qu'on ne voyait pas et
qu'on pourra défaire.
J'ai une
petite question pour vous. L'intervenant juste avant vous, Banques alimentaires
Québec, disait que ce qui permettrait
d'améliorer le sort des travailleurs, notamment, là, ce serait d'augmenter le
salaire minimum, ça éliminerait une partie de la pauvreté. Alors, vous,
comme représentants des PME du Québec, qu'est-ce que vous en pensez?
M. Gagnon (Alexandre) : Bien, on représente l'ensemble des entreprises de toutes
tailles. Mais, oui, effectivement, l'emploi, on vous le dit, c'est
effectivement le premier vecteur de lutte à la pauvreté. On y adhère.
Maintenant,
il y a plusieurs études internationales qui sont venues mettre des caveats, un
petit peu, sur des salaires minimums trop élevés. On a certains
endroits... certains experts internationaux, des économistes de renom qui
ont... qui sont venus... et sur lesquels les différents gouvernements des
dernières années se... sont venus s'appuyer à l'effet que, lorsqu'on dépasse le 50 % du salaire moyen d'un État — d'une
province, dans le cas échéant — on
a des impacts pervers qui peuvent se manifester au niveau de
l'employabilité de ces personnes-là.
Donc, c'est des personnes qui, à la base,
nécessitent... n'ont peut-être pas tous les atouts pour intéresser l'oeil d'un employeur... Donc, lorsqu'on augmente le
salaire minimum trop... de façon trop élevée, de façon trop importante, on
a des effets pervers sur le nombre d'heures offert ou sur le nombre d'emplois
offerts, tout simplement, et donc les taux de chômage plus élevés. Donc, c'est
une pratique assez bien répandue, et on se tient à ce 50 % là depuis de
nombreuses années, peu importent les couleurs de gouvernement, là, des
dernières décennies.
Mme Langlois (Audrey) : Et, si je peux me permettre, pour ajouter un court point,
c'est que, quand on regarde, justement, les
postes vacants, les postes vacants, généralement, les salaires... qu'on
pourrait penser qu'ils sont à bas salaires sont en
réalité un peu plus élevés parce que, justement, ils ne trouvent pas. Donc, ça
répond en partie à votre question, parce que ce n'est pas des salaires qui sont
minimums à ce moment-ci.
Et ce qu'on peut savoir, c'est que,
généralement, ce sont des emplois qui nécessitent un peu moins de compétences
ou, du moins des compétences qu'on peut acquérir par des formations
professionnelles ou techniques. Donc, c'est quand même assez accessible pour
une main-d'oeuvre qui souhaite poursuivre leurs études ou qui souhaite intégrer
le marché de l'emploi d'une manière plus rapide avec un salaire qui est un peu
plus alléchant, je vais dire ça comme ça.
Mme Rouleau : Et on souhaite
favoriser la formation pour que les gens puissent... Tu sais, en aide sociale,
en assurance... assistance sociale, 42 % des gens n'ont pas de diplôme
d'études secondaires, donc pas de diplôme d'études qualifiantes, là, comme tel,
et c'est... lorsqu'ils obtiennent... s'ils obtiennent leur diplôme, ils ont un
bonus et ils ont... ils sont accompagnés tout le long de leur formation pour
arriver à ce diplôme.
Et l'objectif de tout ça, c'est... c'est qu'ils
aillent en emploi. On veut les accompagner le mieux possible, sachant qu'ils
sont éloignés du marché du travail, et les accompagner pour aller vers le
marché du travail. Et là il y a une adéquation à faire, évidemment, avec
l'employeur.
Comment... Comment l'employeur doit agir?
Qu'est-ce... Et quel serait le meilleur scénario pour qu'on puisse s'assurer du
maintien en emploi aussi? Parce que c'est ce qu'on cherche, à ce que les gens
restent en emploi. Quelles seraient les solutions que vous pourriez nous
proposer?
Mme Langlois (Audrey) : Oui,
je vais y aller. Je vais commencer, puis, Alexandre, tu compléteras au besoin.
Donc, c'est
quand même un élément qui est surprenant, c'est que, dans le projet de loi, il
n'y a aucune mention de maintien en
emploi. On parle beaucoup d'intégration au marché de l'emploi, mais le maintien
est quand même absent.
Oui, les employeurs, ils ont un rôle à jouer.
Les employeurs ont besoin d'un accompagnement, parce qu'on parle d'une
main-d'oeuvre qui est bien sûr éloignée du marché du travail depuis un peu plus
longtemps, par moments, et qui peut avoir des inquiétudes quant à retourner sur
le marché du travail. Donc, l'accompagnement doit se faire pour le maintien
avec l'employeur pour l'appuyer, mais réellement aussi avec ce nouveau
travailleur là pour s'assurer que tous les défis qui vont être rencontrés ou
problématiques, qu'elles soient adressées.
Et, nous, ce qu'on vous propose, c'est qu'il y
ait un accompagnement qui soit offert jusqu'à une année après l'intégration en
emploi. Ça peut être plus court, ça peut être... justement, ça peut être une
année en entière, ça va dépendre du profil du candidat. Donc, si on voit une
personne qui a vraiment eu plus de difficultés dans le passé, mais qui a une
volonté à vouloir persévérer, à vouloir demeurer en emploi, et que l'employeur
a également les ressources pour l'aider à rester en emploi, bien, d'avoir une
situation de... plus gagnante à ce moment-ci. Alexandre, tu as-tu autre chose à
rajouter?
M. Gagnon (Alexandre) : Bien, ça y ressemble beaucoup. Effectivement, là, on a vu
que... puis, oui, les clientèles de l'aide sociale, mais on l'a vu dans
d'autres types de clientèles un peu plus éloignées du marché du travail, qui
ont plus de difficultés à l'intégrer, que les réseaux pour l'intégration en
emploi sont quand même performants. Ils sont quand même présents et ils ont
cette capacité-là à le faire, le...
Je vais vous répéter, le ministère de l'Emploi
ont des bonnes collaborations avec un réseau large au niveau du maintien en...
de la préemployabilité puis de l'employabilité, mais là où le bât blesse, c'est
que le temps de l'emploi est parfois très court parce que l'accompagnement, le
support termine une fois que la personne a acquis l'emploi. Donc, ce qu'on a vu
dans les pratiques gagnantes, c'est vraiment lorsqu'il y a un maintien de
conseil, d'accompagnement, de support de l'employeur qui était... lui également
doit persévérer dans cette expérience-là, de quelqu'un qui a peut-être des
défis un petit peu différents qu'un autre travailleur disponible sur le marché
du travail. Donc, c'est vraiment par de
l'accompagnement, le soutien d'experts en employabilité qu'on peut atteindre...
atteindre ces résultats-là, que ce
soit beaucoup plus perrein dans le temps, là, et durable, cette intégration-là
de cette clientèle-là.
Mme
Rouleau : Alors, c'est... pour qu'il y ait maintien en
emploi, soit à temps complet ou à temps partiel, là, parce que ça peut être à
temps partiel aussi, il faut que l'employeur... autant l'employé que
l'employeur soient... disons, qu'il y ait un arrimage, là, entre les
deux et que l'employeur soit, comment dire, pas formé, mais qu'il y... qu'il y
ait un accompagnement. Comment vous voyez cet accompagnement-là?
M. Gagnon (Alexandre) : Bien, les... C'est vraiment au niveau de comment réagir,
quels outils à mettre en place avec la personne. Les organismes
d'employabilité, ils ont souvent développé une relation de confiance avec le
travailleur. Et parfois il faut que l'employeur puisse dire : Moi, la
personne qui va rentrer ce matin... ou a des enjeux de relations conflictuelles
avec des collègues de travail, comment j'agis, comment je réagis dans ces
situations-là? Une moyenne ou une grande entreprise, ils ont des experts en
ressources humaines qui ont été formés pour ça, un peu mieux pour... pour mieux
réagir. La grande, grande, vaste majorité des entreprises au Québec n'ont pas
cette expertise-là à l'interne.
Donc, c'est dans ce volet-là que, des fois, il
faut... il faut les accompagner pour savoir comment réagir, comment mieux supporter
le travailleur, quelle tolérance avoir, qu'est-ce qui est normal, qu'est-ce qui
ne l'est pas d'une personne qui n'a, depuis longtemps, pas eu d'emploi. Donc,
c'est vraiment dans ce style de conseil là, d'avoir une ressource à disposition
pour répondre aux questions, aux préoccupations, lever des petits drapeaux et
puis pour soutenir cet employeur-là dans cette démarche-là.
Mme Rouleau : Est-ce que vous avez des
exemples qui existent déjà sur le terrain et qui peuvent nous inspirer?
M. Gagnon (Alexandre) : Il y en a quelques-uns, mais, pour être honnête avec vous, c'est un
enjeu qu'on retrouve partout actuellement, les organismes... les
organismes-conseil en emploi, par exemple, n'ont... sont rarement reconnus pour
supporter, pour offrir cet accompagnement-là.
Nous, on l'a fait
dans un programme de stage en milieu de travail, pendant les années où on avait
un partenariat avec le réseau AXTRA des centres-conseils en emploi pour offrir
cet accompagnement-là, ce soutien pour des stagiaires qui avaient des défis
particuliers à intégrer le marché du travail. Donc, on avait accompagné plus de
1 200 étudiants qui avaient éloigné... qui avaient des enjeux
d'intégration en milieu de travail où, en partenariat avec les réseaux des
centres-conseils en emploi, on a réussi à avoir des taux de succès beaucoup
plus importants que sans cet accompagnement-là puis des taux de satisfaction
généralement qui était très élevé de la part des employeurs, également, qui
participaient. Généralement, ils revenaient auprès de nous pour cet
accompagnement-là d'année en année, ce qui est un signe de succès, évidemment,
là, évident.
Mais, malheureusement, ce soutien-là, ce
financement-là, pour permettre cet accompagnement-là, est rarement
disponible, malheureusement, avec les enveloppes disponibles pour... dans le
cadre du ministère de l'Emploi.
• (17 h 10) •
La Présidente (Mme
D'Amours) : OK. Merci. Je vais maintenant céder la parole à la députée
de Laporte. Il reste 3 min 30 s.
Mme Poulet : Bonjour
à vous deux. Merci beaucoup de votre participation aux travaux. Là, vous avez
parlé beaucoup de l'intégration, mais je vous amène en amont. Outre le soutien
financier, quelles seraient, selon vous, les actions qui pourraient être posées
pour inciter les prestataires de l'assistance sociale à entamer une formation
en vue de développer des compétences et d'intégrer le marché du travail?
M. Gagnon (Alexandre) : Bien, il faut qu'ils rencontrent évidemment des experts pour les
accompagner. Nous... Oui, il y a le soutien financier, évidemment, qui
le rend indispensable, mais il y a aussi l'incitatif d'avoir quelqu'un qui le
supporte, l'accompagne là-dedans, quelqu'un qui vous appelle pour vous
dire : On a une formation pour toi, est-ce que tu y crois? Puis comment on
peut reconnaître ce que tu as acquis comme compétence auparavant? Donc, plutôt
que le refaire partir de zéro pour un nouvel emploi, de faire un bilan de
compétences avec ces personnes-là, des différents acquis qu'ils ont eus un
peu... un peu n'importe quand au courant de leur carrière, au cours de leur
vie, dans leurs loisirs ou peu importe,
donc, pour... afin de raccourcir ou de rendre le plus pertinent possible
l'intervention qui va être faite
auprès de ce candidat-là pour éviter qu'il ait l'impression de perdre son
temps, parfois, pour des choses qu'il a peut-être déjà acquises dans son
parcours personnel ou professionnel passé.
Donc, il y a toute
une démarche de reconnaissance des compétences, des acquis expérientiels, qu'on
appelle, qui fait qu'on réussit à avoir des approches beaucoup plus précises,
beaucoup plus ciblées en fonction de la réalité puis de l'expérience
personnelle du travailleur. Donc, ça, c'est un gros mandat important qu'on
pourrait faire auprès de ces personnes-là pour les inciter, les amener faire
les bonnes formations au bon moment, les bonnes durées, pour leur faire
atteindre les emplois désirés, là.
Mme Poulet : Pour
en assurer le succès. Alors, vous, vous êtes déjà mis... est-ce que vous êtes
déjà en action à ce niveau-là?
M. Gagnon (Alexandre) : Oui, on est en collaboration avec plusieurs milieux d'enseignement, avec
plusieurs organismes communautaires, au courant des années, pour
développer des outils comme ça, de bilan de compétences, de reconnaissance des
compétences. Encore une fois, les organismes communautaires, on ne crée rien de
nouveau, particulièrement parce que les milieux d'enseignement font de la
reconnaissance des compétences, les organismes communautaires en font. C'est
malheureusement, parfois, un peu complexe, un peu lourd, mais, oui, il y a un
beau travail de concertation qui se fait
actuellement pour essayer d'alléger ces mécanismes-là, les rendre... les
démocratiser, les rendre plus accessibles à une clientèle différente.
Donc, il y a des travaux en cours depuis de nombreuses années, mais là on sent
une accélération, là, dans les derniers mois, par rapport à ça.
Mme Poulet : Excellent.
Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. 45 secondes, Mme la ministre.
Mme Rouleau : Vous avez mentionné être
très en faveur de projets pilotes. Avez-vous des suggestions à faire?
M. Gagnon (Alexandre) : Bien, projet pilote, ça veut aussi dire de s'adapter aux réalités des
différentes régions, toutes les régions sont différentes. On croit
beaucoup à la capacité des acteurs locaux d'identifier leur propre réalité. Donc, c'est la capacité de donner aux réseaux
régionaux ou, les CRPMT, la capacité de développer ces projets pilotes
là en fonction des employeurs présents, des clientèles présentes, pour vraiment
que ce soit le plus adapté à leur réalité locale. Des grands projets pilotes
plus nationaux, parfois des contraintes un peu plus difficiles à obtenir des
bons résultats, malheureusement.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. C'est tout le temps que nous avions. Maintenant, je
vais céder la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme
Cadet : Merci, Mme la Présidente. Bonjour, M. Gagnon.
Bonjour, Mme Langlois. Merci d'être avec nous aujourd'hui dans le
cadre de l'étude de ce projet de loi. Je vais y aller avec les propositions que
vous faites, donc, dans votre mémoire et puis vos observations, en fait,
surtout.
Puis, au niveau, donc, de votre première
recommandation, donc, vous nous dites, donc : Il faut mobiliser les
intervenants du milieu de l'emploi. De ce que je saisis de votre mémoire, c'est
que vous craignez, donc, certains dédoublements, donc, de différents services,
parce qu'il existe déjà des instances et des consortiums qui sont dédiés à
l'analyse et la proposition de solutions pour l'intégration des personnes
éloignées du marché du travail. Vous nous dites : «Une collaboration
renforcée entre le ministère de l'Emploi et celui de la Solidarité sociale est
essentielle afin d'éviter ce dédoublement.»
D'abord,
peut-être voir, est-ce que vous trouvez qu'en ce moment, donc, qu'il y a un
manque de collaboration? Puis ensuite peut-être plus largement, donc,
sur les capacités, là, d'enchevêtrement, là, qui seraient possibles dans le
cadre de votre recommandation 1.
M. Gagnon (Alexandre) : Oui.
Bon, au niveau du manque de collaboration, je n'oserais pas dire ça, qu'il y a
un manque de collaboration, mais... Et, historiquement, le ministère de
l'Emploi et le ministère de la Solidarité sociale avaient le même écosystème de fonctionnaires jusqu'à un certain point.
Encore une fois, le ministère, en lui-même, il est lié. Donc, c'est des collègues... Malheureusement,
parfois, il y a... entre divisions d'un même ministère, les communications
ne sont pas toujours optimales. On le vit
également avec d'autres ministères, là, que ce soit l'Éducation, l'Immigration.
Parfois, on travaille avec les mêmes clientèles, avec des politiques très
similaires, mais avec des objectifs différents.
Donc, pour nous, ça... Aujourd'hui, on s'adresse
au ministère concerné au niveau de l'emploi, mais... et de la solidarité
sociale, mais c'est un critère qui pourrait s'appliquer à l'ensemble du
gouvernement et pas... Il n'y a pas de couleur à cette adresse-là, là, c'est un
vieux enjeu gouvernemental, mais...
Donc, ça,
aujourd'hui, nous, la préoccupation... juste de soulever cette idée des réseaux
régionaux nous soulève la question
qu'il y a un manque de communication évident, là, entre les ministères, entre
les personnes concernées, là. Donc... Parce que les missions...
effectivement, si on peut parler de dédoublement, les organismes
communautaires, on est des organismes qui sont spécialisés en intégration, en
développement de l'employabilité, on a des organismes d'insertion. Tous ces
beaux modèles là, ces beaux systèmes là sont déjà en collaboration aujourd'hui,
au quotidien, ensemble, avec les employeurs,
avec les chambres de commerce, avec les cégeps locaux ou les centres de
services scolaires. Tous ces gens-là se parlent déjà fréquemment et pour
un objectif de développer des opportunités de développement de l'employabilité
des clientèles, là. Donc, pour nous, on essaie de voir quels nouveaux acteurs
qu'on pourrait amener à l'intérieur de cet écosystème-là. Ce n'est jamais
fermé.
Évidemment,
le plus de gens possible qu'on peut mobiliser autour de ces initiatives-là,
tant mieux, mais de créer une nouvelle orientation, une nouvelle
direction auprès d'une clientèle très similaire, des partenaires très
similaires également, ça nous causerait des
enjeux de... pas uniquement structuraux, là, quoique, déjà ça, on a un enjeu
évidemment de ne pas dédoubler des structures, mais aussi au niveau des
orientations.
On le vit au niveau des organismes
d'employabilité puis d'insertion au niveau de la clientèle immigrante, où les
partenariats et les ententes auprès d'un même organisme, lorsqu'ils viennent du
ministère de l'Emploi, quand ils viennent du ministère de l'Immigration, sont
complètement différents, les objectifs sont différents, ça cause des problèmes
de reddition de comptes et des problèmes opérationnels aux organismes puis à
leur clientèle quotidien. On aimerait éviter d'ajouter un troisième carrosse,
là, à cette charade-là, à cette roue-là de différents partenaires puis
d'entente de collaboration, là.
Mme Cadet : Ça fait que vous, comme
partenaire, donc, vous voyez, donc, non seulement, donc, la complexité, là,
d'avoir... d'avoir, donc, différents interlocuteurs parmi les ministères, mais,
en plus de ça, là, je vous entends sur les orientations. Donc, il y a... ce
n'est pas juste une question de paperasse, là, tu sais, ce n'est pas juste une
question, donc, d'interlocuteurs, mais vraiment, donc, si les orientations sont
différentes, il risque, donc, d'avoir, donc, des entrechocs, là, entre les
structures que... les structures existantes puis celles qui seraient créées par
ce projet de loi. C'est ça?
M. Gagnon (Alexandre) : Oui. Donc, parfois, c'est qu'il y a une clientèle qui peut
rentrer dans deux cases, donc l'organisation doit savoir dans quelle case de
ces ententes gouvernementales diverses elle devrait placer le parcours
nécessaire qui vont avec. Malheureusement, des fois, il peut y avoir des
décisions qui sont prises, peut-être pas à l'avantage de la clientèle, mais
peut-être à l'avantage des ententes et des ententes de financement qui ont été
créées pour des objectifs très précis parfois.
Donc, oui,
des enjeux d'orientation aussi, un enjeu de paperasse, là, évident, là. Les
organismes communautaires ne sont pas ceux qui sont les plus dotés en
soutien administratif, là, puis ce n'est pas ça qu'on veut non plus. On veut que les argents aident en service à la clientèle,
donc on veut éviter, là, des multiplications d'ententes puis de complexité
comme ça.
• (17 h 20) •
Mme Cadet : Oui, puis c'est ce
qu'ils veulent aussi, là. On l'entend bien souvent, ils veulent être capables
d'accompagner la clientèle beaucoup plus que de faire cette gestion-là.
Je
vais... je vais aller donc sur vos autres recommandations, parce que je
comprends que la recommandation deux était complémentaire à la première, là,
dans le fond, que les réseaux régionaux, là, qu'ici, donc, ils soient... que ce
soit, donc, les conseils régionaux des partenaires du marché du travail, là,
qui soient un peu utilisés comme... comme instance, là, pour faire passer,
donc, ces nouvelles orientations là.
À 3 et 4, donc, vous
nous parlez d'accompagnement des employeurs, donc, d'une part, du côté du
maillage et, d'autre part, donc, du côté de l'embauche et du maintien en
emploi. Peut-être d'abord, donc, sur le maillage, on vous a entendus un petit
peu, là, sur le maintien en emploi dans les questions précédentes, donc, entre
les employeurs et les participants des projets pilotes?
M.
Gagnon (Alexandre) : Oui...
Mme
Langlois (Audrey) : Oui...
M.
Gagnon (Alexandre) : Oui, vas-y, Audrey.
Vas-y.
Mme Langlois (Audrey) : C'est sûr qu'actuellement il y a quand même... Alexandre l'a dit, il y a
quand même des organismes qui sont présents. Le défi qu'on rencontre
souvent, surtout pour les petits employeurs, les PME, c'est de découvrir ces
organismes-là et de rentrer, des fois, en contact avec eux. Ce n'est pas la
faute des organismes nécessairement, c'est qu'il y a quand même beaucoup
d'acteurs dans les différentes régions qui ont, justement, les capacités de
faire du maillage, mais que, pour une raison x, ça ne se fait pas toujours super
bien.
Donc, nous, ce qu'on
demande, c'est que, justement, il y ait un meilleur partage d'informations, que
ça soit beaucoup plus accessible pour les employeurs de découvrir que, oui,
cette main-d'oeuvre-là existe, de un, mais, de deux, c'est que c'est des
personnes qui sont, comme on le dit, plutôt très éloignées du marché du
travail. Donc, c'est dur pour un employeur d'aller les découvrir par eux-mêmes.
Il faut vraiment qu'il y ait un intervenant qui va venir les accompagner, qui
va dire : Voici comment faire, mettons, un CV, comment faire une entrevue,
comment aborder un employeur et aller à la découverte, justement, de ces
employeurs-là. Donc, ça, c'est le premier penchant.
Le deuxième, c'est effectivement les employeurs,
comment est-ce qu'ils peuvent découvrir cette main-d'oeuvre-là ou cette
future main-d'oeuvre-là. C'est vraiment la communication, de bâtir des liens
avec les organismes en employabilité qui vont avoir la responsabilité
d'intégrer les participants des projets pilotes sur le marché de l'emploi.
Mme Cadet : Merci. Maintenant, donc,
au niveau... votre quatrième recommandation, donc, encore une fois, au
niveau de l'accompagnement des employeurs, puis vous le dites... puis vous
l'écrivez, en fait, dans votre mémoire, donc,
les employeurs sont au coeur de l'inclusion en emploi de ces personnes qui sont
éloignées du marché du travail. Donc, c'est important qu'il y ait cet
accompagnement-là pour qu'ils soient capables, donc, de bien les intégrer.
Puis, comme vous l'avez souligné, le projet de loi, en ce moment, donc, ne
parle pas de maintien à l'emploi, donc il se concentre, donc, sur l'intégration
en emploi, mais, au final, donc, le... il y a un défi au niveau de
l'intégration, manifestement, parce qu'il faut faciliter ce maillage-là, mais
il y a un autre qui perdure par la suite au niveau du maintien en emploi.
Donc, plus la personne est éloignée du marché du
travail, moins elle a les outils, plus elle doit être accompagnée au
niveau, donc, de ce maintien-là, sinon il y a un travail qui se perd, en fait.
Donc, la capacité d'aller chercher... de chercher
ce capital humain là est plutôt difficile sans ce soutien au maintien. Vous
recommandez qu'un accompagnement, donc, soit fait, donc, jusqu'à un an
suivant la date d'intégration en emploi. Pourquoi un an?
Mme
Langlois (Audrey) : Parce que, justement,
c'est une main-d'oeuvre qui peut présenter différentes particularités. Ça peut
être quelqu'un que ça fait des années, des années qu'il n'est pas actif sur le
marché du travail. Il y en a, dans des cas, que ça peut être assez rapide. Ça
va dépendre aussi de l'emploi, ça dépend du profil de cette personne-là. On dit
un an juste pour s'assurer qu'on a un cas de réussite. Donc, il faut donner du
temps pour ce nouveau travailleur là ou cette personne qui réintègre le marché
de l'emploi, mais également pour l'employeur afin de s'assurer que tous les outils dont les employeurs et le travailleur
ont besoin, qu'ils sont accessibles. C'est littéralement aussi simple
que ça.
Mme Cadet : Justement,
vous dites jusqu'à un an parce que vous considérez que ça devrait être
flexible, là. Je pense, M. Gagnon, vous parliez de pratiques gagnantes en
répondant à une autre question, là.
M. Gagnon (Alexandre) : Oui. Oui, oui, effectivement, là. Parfois, les... on a des critères de
trois mois, de six mois, de neuf mois. Il faut éviter de tomber dans une
règle qui régit tous les cas, là, tu sais, tous les cas sont différents, là.
Mme Cadet : Votre septième
recommandation... Le temps file. Voilà, donc, vous disiez, donc, en ce moment,
donc, c'est obligatoire, donc, pour les premiers demandeurs. Je voulais juste
saisir, donc, la nuance entre ce que vous proposez ici, à votre septième
recommandation, puis ce qui est proposé dans le projet de loi.
M.
Gagnon (Alexandre) : Oui, on parle
davantage de mettre à disposition, pour ceux qui le demandent, l'accès au programme
Objectif emploi. Il y a un volet plus volontaire d'avoir accès. Pour nous,
parfois, ça pourrait être exigé lorsqu'il
n'y a pas de contrainte à l'emploi ou de santé, peu importe le langage utilisé,
vous comprendrez, que de les encourager très fortement à sortir de ce
cercle vicieux là, parfois, d'être éloigné du marché du travail.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Je cède maintenant la parole à la
députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci beaucoup. C'est
très intéressant de vous entendre. Ça paraît qu'il y a une belle sensibilité qui
s'est développée, là, dans les milieux que vous représentez, pour la question
de la précarité économique des gens. Puis
c'est sûr que beaucoup d'entreprises vivent les impacts collatéraux aussi, là,
en termes de sécurité dans les quartiers, vol à l'étalage. On a entendu quand même beaucoup de préoccupations
là-dessus. Donc, j'apprécie beaucoup les suggestions que vous nous
faites.
Moi, j'ai une
question pour vous concernant justement le retour au travail des gens. En ce
moment, une personne qui suit les programmes et qui réussit à retourner
travailler ne pourra pas gagner plus que 200 $ par mois sans se faire
couper, finalement, le revenu qu'elle gagne. Est-ce que vous pensez que ça,
c'est un incitatif à retourner sur le marché du travail ou, au contraire, que
c'est un désincitatif?
M.
Gagnon (Alexandre) : Ça va rester un
incitatif, et il faut quand même garder la part des choses, jusqu'à quand on
amène le soutien financier au retour au travail. Dans le passé, des revenus
minimums garantis, jusqu'à un certain point, là, lorsqu'il n'y a pas de
désincitatif, là...
Mme Labrie : Non,
bien, ce dont je vous parle, en fait, c'est le gain de travail, là, le fait que
le salaire que la personne va gagner, elle ne peut pas le garder, à vrai dire.
Est-ce que vous pensez que ça, ça contribue à encourager les gens à aller sur
le marché du travail?
M.
Gagnon (Alexandre) : Bien, rapidement,
quand même... l'aide sociale, on atteint rapidement le niveau... en
travaillant, on atteint rapidement ce niveau-là de couverture. Donc, on pense
quand même que les gens vont trouver leurs gains financiers assez rapidement,
là, par rapport à ça. On espère qu'avec un accompagnement, un soutien, ils se
rendent au point où ils se rendent compte que leur vie est beaucoup plus
simple, beaucoup plus facilitée en persévérant sur le marché du travail. Tous
les programmes sociaux ont un «phasing out», là.
Mme Labrie : En ce moment, c'est
200 $. Donc, pour une personne, par exemple, qui trouve un emploi, on peut
imaginer que ça va lui coûter plus que ça, là, pour se vêtir convenablement,
pour aller travailler, pour s'y déplacer, pour s'y nourrir. Et, en ce moment,
elle ne pourra pas conserver ces revenus-là au-delà de 200 $. Donc, moi,
je vous... je vous soumets que, si on augmentait le montant que les personnes
peuvent garder de leurs revenus de travail, ce serait stimulant pour eux. Parce
qu'en ce moment, au-delà de 13 heures par mois, ça ne vaut pas la peine
pour eux, là, d'y aller.
M.
Gagnon (Alexandre) : Oui, bien, il y a un
modèle au niveau de l'assurance-emploi qui permet d'avoir un 50 % du
salaire qui est... de supplémentaire à cette base-là, pour permettre que c'est
toujours intéressant financement de continuer à travailler. Il y a... C'est
peut-être une avenue à explorer, là, qui permettrait d'y aller de façon plus
progressive, qu'il y ait toujours un intérêt financier de faire une heure de
plus, effectivement.
Mme Labrie : Donc,
avec une base de pourcentage comme ça, vous, c'est quelque chose que vous
pensez qui serait intéressant, là.
Puis j'ai le goût de
vous demander aussi, vous êtes en contact avec beaucoup d'employeurs, quand
même, là, à quel niveau la pénurie de places en services de garde peut être une
contrainte à retourner sur le marché du travail?
M.
Gagnon (Alexandre) : Audrey devrait être
experte sur le sujet.
Mme
Langlois (Audrey) : C'est encore un défi
majeur. Malgré des avancées des dernières années, malgré le projet de loi n° 1 qui a été adopté ça fait
quand même quelque temps, pour plusieurs, on se retrouve avec des travailleurs qui
sont obligés de retarder leur retour en emploi après justement un congé de
maternité ou de paternité ou devoir travailler
à temps partiel. Donc, il y a un impact économique à tout ça. On parle de moins
de main-d'oeuvre disponible pour les employeurs, on...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup. Je suis désolée, c'est tout le temps que
nous avions avec la députée. Je vais céder maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Vos
recommandations 3 et 4, accompagner les employeurs pour faciliter le mariage et
offrir un accompagnement aux employeurs pour l'embauche et le maintien en
emploi des prestataires, qu'entendez-vous par «accompagnement»? Est-ce que vous
demandez des ressources?
Mme
Langlois (Audrey) : Non, pas
nécessairement... pas nécessairement. Comme Alexandre en a parlé un peu plus
tôt, on parle justement d'informations, de boîtes à outils qui vont justement
aider les employeurs dans leur poursuite à faciliter l'intégration en emploi de
ces personnes-là, même chose pour ces personnes qui vont intégrer le marché du
travail. Mais de rajouter d'autres ressources, elles existent déjà dans les
différentes régions. Il faut juste les connaître, actuellement.
M. Paradis : Donc, c'est une question de coordination ou de
mise en lien. Ce n'est pas une question de ressources que vous demandez
pour les employeurs, c'est bien ça?
Mme Langlois (Audrey) : C'est bien ça.
M. Paradis : Très bien. Et comment
vous voyez le rôle proactif des employeurs pour contribuer à ce maillage et
pour contribuer à l'embauche et au maintien en emploi des prestataires? Est-ce
que... Est-ce qu'on ne pourrait pas demander aux employeurs... Dans un contexte
de ressources limitées, hein, vous comprenez le sens de mes questions, parce
que c'est une des critiques qu'on fait à ce projet de loi, hein, parce qu'on a
dit : C'est à coût nul. Est-ce que ça ne pourrait pas être une
contribution proactive des employeurs pour que ça fonctionne et qu'à la fin on
aide ou on s'aide à combler la question, donc, de la pénurie de main-d'oeuvre
que vous signalez au début de votre mémoire?
• (17 h 30) •
M. Gagnon (Alexandre) : Oui. Les employeurs en font déjà beaucoup, là, bien
honnêtement, là, la question n'est pas : Est-ce qu'eux... Un coût de
recrutement est déjà important. Ce qu'on veut faire c'est, au lieu de les
amener vers un... le recrutement traditionnel, on veut les inciter vers une
clientèle qui a parfois un peu plus de défis. Donc, si, en plus, on ajoute un
coût financier à ce recrutement-là supplémentaire que de recruter dans les
bassins de recrutement normaux, on n'atteindra pas notre objectif d'intégration
des diversités ou des personnes éloignées du marché du travail. Donc, il faut
plus trouver des incitatifs, ou de l'accompagnement, ou de la facilitation que
d'essayer de trouver des moyens de financement différents, là, pour atteindre
ça, ces objectifs. Par le passé, je ne suis pas sûr que c'est une pratique qui
a eu beaucoup de succès, le cas échéant.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...c'est
tout le temps que nous avions. Je vous remercie, chers invités, pour votre
contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre aux prochains invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 31
)
(Reprise à 17 h 35
)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue au Collectif pour
un Québec sans pauvreté. Je vous rappelle, chers invités, que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, et puis nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de notre commission. Donc, je vous invite à vous
présenter et à nous... à commencer votre exposé, s'il vous plaît.
Collectif pour un
Québec sans pauvreté
M. Petitclerc (Serge) : Oui. Bien,
bonjour. Merci, Mme la Présidente. Bonjour, Mme la ministre, et merci à
l'ensemble de la commission de nous avoir invités aujourd'hui. Je me nomme
Serge Petitclerc, je suis coordonnateur du
Collectif pour un Québec sans pauvreté. Je suis accompagné de Stéphanie Vallée,
co-coordonnatrice de L'R des centres de femmes, un membre du collectif,
par Marise, qui est porte-parole du GRAP Chaudière-Appalaches, sur la rive sud
de Québec, et Olivier Ducharme, qui est analyste politique au collectif, qui a
été le principal rédacteur du mémoire.
Alors, dans le fond, d'entrée de jeu, pour bien
comprendre notre point de vue, c'est important de se rappeler pourquoi il y a
une loi sur l'assistance sociale au Québec. Cette loi découle, en fait, de la
déclaration universelle des droits humains qui stipule que tous les êtres
humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Il y a un autre
article de cette déclaration qui dit que toute personne a droit à un niveau de
vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille,
notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux
ainsi que pour les services sociaux nécessaires. Elle a droit à la sécurité en
cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou, dans
les autres cas, de perte de ses moyens de subsistance par la suite de
circonstances indépendantes de sa volonté.
Le Québec s'est doté d'une loi... d'une première
loi sur l'assistance sociale en 1969 pour correspondre, entre autres, à cet
engagement dans la déclaration. Par ailleurs, l'Assemblée nationale, en 2019, a
adopté à l'unanimité cette motion :
«Que l'Assemblée nationale [...] qu'il y a...»
«Que l'Assemblée nationale souligne qu'il y a
50 ans le gouvernement du Québec adoptait la Loi sur l'aide sociale afin
d'introduire un droit à l'assistance sociale;
«Qu'elle reconnaisse l'importance de cette loi
non seulement pour les personnes dans le besoin, mais pour l'ensemble de la
société;
«Qu'elle
s'assure de l'évolution de cette loi au fil du temps, de sorte que l'inclusion
économique et la participation sociale des personnes et des familles à
faible revenu se poursuivent.»
Eh bien, à ce moment, à l'aube d'une énième
réforme de l'aide sociale depuis les 50 dernières années, nous, on a
l'impression qu'on assiste encore à une réforme qui va bafouer les droits des
personnes assistées et non pas les améliorer. D'abord, parce qu'on passe
clairement à côté du problème, puis ça a été nommé par plusieurs intervenants depuis ce matin : les montants des prestations sont
tellement bas que ça ne permet pas aux personnes et aux familles d'assurer leur
santé et leur bien-être.
On a reproduit un
petit tableau, que vous trouvez à la page 4 de notre mémoire, où on
montre, dans le fond, que, peu importe le programme et malgré les autres
crédits d'impôt qui sont... il n'y a personne qui peut se retrouver avec un
revenu suffisant pour couvrir l'ensemble de ses besoins, même avec le Programme
de revenu de base, qui a le plus haut pourcentage. Dans le fond, ce programme
serait censé couvrir l'ensemble des besoins, et ce n'est pas le cas
actuellement. Et, dans le cas du Programme d'assistance sociale, on parle d'un
taux de couverture de 46 %. Donc, les gens se retrouvent avec un revenu
autour de 940 $ par mois pour se loger, se nourrir, se vêtir, se déplacer.
Et, quand on sait que le prix moyen d'un trois et demi au Québec, c'est de 915 $...
914 $, comment est-ce qu'on peut considérer que les droits de ces
personnes sont respectés et comment on peut être considérés libres et égaux en
dignité et en droits avec un tel revenu?
Ce droit est aussi
bafoué parce que le gouvernement du Québec a pris la décision d'investir des
sommes faméliques dans son dernier plan de lutte contre la pauvreté. Pour
donner un ordre de grandeur, le projet de loi n° 71, qui a été compté, entre autres, dans le plan de
lutte... Et on voit, dans le mémoire du ministère au Conseil des ministres, qu'on
a pour 96 millions d'investissements sur cinq ans. C'est 12 fois
moins qu'en 2017, lorsque le Programme de revenu de base a été introduit avec
le troisième plan de lutte contre la pauvreté.
Et enfin ce droit est
bafoué parce que le gouvernement du Québec a décidé de financer cette réforme à
même les prestations des futurs demandeurs
d'aide sociale. Comment? Eh bien, en abolissant l'allocation temporaire à
l'emploi de 161 $ par mois. Ça
va toucher les personnes qui, actuellement, ont moins de 58 ans, de
futures familles monoparentales qui vont avoir des enfants de moins de cinq
ans. Actuellement, il y a 38 000 personnes qui ont une contrainte
temporaire à l'emploi pour ces deux raisons-là. Et ça, ça signifie que,
dans quelques années, il y a quelques dizaines de milliers de personnes
assistées sociales qui vont se voir privées de cette allocation.
Pour terminer, je
veux faire peut-être un dernier petit commentaire de nature plus personnelle.
Moi, ça fait une trentaine d'années que je milite, que je travaille dans le
milieu communautaire, puis je peux vous dire que nos... dans nos organisations,
on côtoie des personnes assistées sociales au quotidien puis on peut vous
assurer qu'il n'y a personne, et qu'il n'y a absolument personne, qui a fait le
choix d'être à l'aide sociale. L'aide sociale, ça prive les gens de leur
liberté, de leur sécurité et souvent de leur dignité. Alors, le moins qu'on
puisse faire, c'est d'assurer un revenu décent à ces personnes, ce qui n'est
pas le cas actuellement et ce qui, malheureusement, avec le projet de loi tel
qu'il est présenté... ce ne sera pas le cas plus tard. Alors, je vais passer la
parole à Stéphanie.
• (17 h 40) •
Mme Vallée (Stéphanie) : Oui.
Bonjour. Merci. Merci d'avoir invité le collectif pour cette prise de parole
là. Puis j'aimerais aussi remercier chaleureusement le Collectif pour un Québec
sans pauvreté qui a eu l'amabilité de nous inclure en voyant qu'aucun
groupe de femmes, ni même le Conseil du statut de la femme et la FFQ, n'était
invité à cette commission.
L'R regroupe 72 centres de femmes à travers
le Québec. Ils sont là pour toutes les femmes, incluant celles qui
vivent... je veux dire, qui survivent avec les différents programmes d'aide de
l'assistance-emploi. Les intervenantes des centres de femmes qui sont
quotidiennement avec des femmes monoparentales, proches aidantes ou encore avec
celles qui sont victimes de violence sont à
même de constater l'insuffisance des revenus d'aide sociale et des différents programmes.
Les changements apportés par le projet de loi n° 71
ne vont rien améliorer de leurs conditions de vie ou même vont aider à
l'intégration au marché du travail ou à des milieux scolaires tout simplement
parce qu'on peut comprendre le manque de places en garderie, l'inflation,
l'insécurité alimentaire, le manque de transport partout au Québec, le
logement.
Et on constate un
gros oubli, dans le projet de loi : l'analyse différenciée selon les sexes
plus ou encore intersectionnelle. On pensait que cette longue lutte féministe
était encore... était enfin réglée et que le gouvernement comprenait enfin que les lois n'avaient pas le
même impact sur les hommes, que sur les femmes, que sur les personnes
vulnérables, que sur les personnes racisées, handicapées, vieillissantes. Mais
nous sommes encore une fois devant un projet de loi qui ne tient pas compte de
l'ADS+.
Les mesures annoncées
par le projet de loi concernant l'abolition des contraintes temporaires à
l'emploi, particulièrement aux personnes ayant la garde d'un enfant à charge ou
handicapées, et celles des proches aidantes se conjuguent au féminin,
c'est-à-dire que ce sont majoritairement des femmes qui seront visées par ces
mesures, de même que celles concernant les victimes de violence en maison
d'hébergement. Ces mesures alourdissent le fardeau administratif en obligeant
les femmes, en mode survie, à fournir des rapports médicaux sans obtenir plus
de fonds pour améliorer leurs conditions de vie.
Nous constatons que
ce projet de loi n'aidera en rien l'atteinte de l'égalité et même nuira à
celle-ci. Je vous invite, à ce sujet-là, à prendre connaissance de l'avis de la
FFQ et de la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes pour plus de
précisions. Et vous en avez reçu beaucoup, là, des autres regroupements.
En terminant, nous
sommes très inquiètes de constater que le PL n° 71 va
nuire à l'autonomie des groupes communautaires en santé et services sociaux,
alors que leurs regroupements n'ont pas été invités ici. Les groupes
communautaires sont autonomes dans leurs pratiques, et leur financement à la
mission globale serait compromis s'ils devaient appliquer les plans
d'intervention personnalisés cités dans le PL n° 71.
Et je vous remercie
de votre attention. J'ai fait ça vite. Bon, je vais laisser la parole à Marise,
ici.
Mme Proulx (Marise) : Alors,
bonjour. Moi, je suis une citoyenne engagée. Depuis plus de 11 ans,
maintenant, je fais la lutte à la pauvreté autour de moi, et puis c'est
la première fois que j'ai l'opportunité de me tenir devant vous, et je vous en
remercie pour l'invitation.
Premièrement, dans le
fond, je voulais vous remercier pour les nouvelles mesures qui ont été pensées,
même si elles sont, d'après moi, largement insuffisantes. Cependant, je me
demande sérieusement où est-ce qu'on s'en va. Comment avez-vous pensé que
c'était une bonne idée ou la solution d'abolir une mesure qui existe déjà, qui
est même, en... soit-elle insuffisante, au profit de d'autres qui le sont tout
autant? Honnêtement, moi, je trouve que c'est de la maltraitance financière,
tout simplement de la maltraitance financière.
À l'aube du quatrième plan de lutte à la
pauvreté, vous avez reçu de nombreux mémoires. Il s'agissait simplement de puiser à l'intérieur d'eux des idées
qui pouvaient... qui avaient été pensées par les premières personnes
concernées. C'était tout simplement facile, selon moi, de trouver des mesures
qui pouvaient convenir à tous. Voilà.
M. Ducharme (Olivier) : Avec le
projet de loi n° 71, le gouvernement manque une occasion, on pourrait dire une autre occasion, après... nous autres, on
l'appelle l'insignifiant et décevant quatrième plan de lutte, et après aussi le
10 % d'augmentation des gains de travail permis, que plusieurs groupes
jugent insultante, comme mesure. Donc, le gouvernement
manque une autre occasion de faire une différence marquée dans la vie des
personnes assistées sociales.
Les quelques modifications que le projet de loi
apporte à la Loi sur l'aide aux personnes et aux familles, on pense ici à
l'individuation des prestations, les changements apportés à la contribution
parentale ou au programme Objectif emploi, sont nettement insuffisantes pour
améliorer les conditions de vie des personnes assistées sociales et ne rendent
pas le régime d'assurance sociale moins punitif, comme le souhaite la ministre.
Comme un peu plus de 350 organisations
communautaires et syndicales et 200 professeurs universitaires, le
collectif est d'avis que le gouvernement devrait, pour améliorer
substantiellement et durablement les conditions de vie des personnes assistées
sociales, rendre admissibles l'ensemble des personnes assistées sociales au
Programme de revenu de base. L'assouplissement des critères d'admissibilité du
revenu de base signifierait, pour les personnes assistées sociales qui actuellement n'y ont pas le droit — il
y a environ 70 %, en ce moment, qu'ils n'ont pas droit au revenu de base à l'assistance sociale — donc
ça signifierait une augmentation de leur revenu disponible.
L'individualisation...
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
suis dans le regret de vous couper, parce que votre 10 minutes est
terminé. Est-ce qu'il vous reste encore beaucoup de choses à nous dire? Mme la
ministre, est-ce que vous...
Mme Rouleau : ...
La
Présidente (Mme D'Amours) : On peut accorder du temps sur votre temps? Donc,
s'il vous plaît, en terminant.
M. Ducharme (Olivier) : Parfait. Je
vais faire ça vite. Donc, afin de mettre fin à la discrimination inhérente au
régime d'assistance sociale, lequel est fondé sur une évaluation arbitraire de
l'aptitude au travail, et afin de favoriser le respect du droit à un niveau de
vie décent, le gouvernement doit : assurer à toutes les personnes
assistées sociales un revenu disponible au moins égal à la mesure du panier de
consommation; accorder à toutes les personnes assistées sociales une pleine
prestation individualisée; troisièmement, abolir les catégories de l'aptitude
au travail; quatrièmement, augmenter
substantiellement les revenus de travail permis; cinquièmement, individualiser
et augmenter les avoirs liquides; sixièmement, indexer les prestations
sur une base individuelle; ensuite, mettre fin à l'obligation, pour les personnes assistées sociales, de retirer
leur rente du régime des rentes du Québec à compter de 60 ans; ensuite,
abolir les frais d'intérêt sur les dettes à l'assistance sociale; mettre fin à
l'obligation de participer au programme Objectif emploi; abolir les pénalités
financières.
Tout ça
permettrait d'avoir une véritable réforme de l'assistance sociale, et, tout ça,
on ne le retrouve pas dans le projet de loi ni dans le quatrième plan.
Donc, ce serait la chose à faire pour avoir une véritable réforme.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci beaucoup. Merci pour votre exposé. Nous
allons maintenant commencer la période d'échange. Mme la ministre, la
parole est à vous.
Mme Rouleau : Bon, bien, c'est un
plaisir de vous avoir ici pour l'analyse de ce projet de loi, qui est quand
même fort important, parce qu'on parle de modernisation du régime d'assistance
sociale, ce qui n'a pas été fait depuis
20 ans. Alors, je veux vous remercier, M. Petitclerc,
M. Ducharme, et Mme Vallée, et Mme Proulx, pour votre présence
et de nous faire connaître vos préoccupations. C'est très important.
Le plan de
lutte à la pauvreté, c'est un plan évolutif et c'est un plan qui a une valeur
de 4,3 milliards de dollars, quand
on... parce qu'on y intègre la dimension hébergement et la lutte à
l'itinérance, et qui comprend 750 millions de dollars de différentes mesures, dont une bonne partie axée
sur la sécurité alimentaire et une autre partie sur l'accompagnement. Et,
dans cet accompagnement, on a inscrit ce projet de loi qui est fort important
parce qu'il vise l'accompagnement des personnes qui sont plus éloignées du
marché du travail, de les accompagner pour mieux les intégrer, intégrer à la
société, et qui vise aussi l'allègement de ce régime qui est fort complexe.
Nous en convenons, et j'en conviens, c'est compliqué. Alors, il y a différentes
modalités d'allègement.
Et j'aimerais vous entendre sur ce qui serait
l'idéal de l'allègement du régime d'assistance sociale pour vous.
M.
Petitclerc (Serge) : Bien,
écoutez, de manière générale, le principal obstacle pour les personnes, ce sont
des revenus trop bas, ce sont des conditions d'admissibilité à l'aide
sociale qui sont compliquées, c'est l'ensemble des papiers qui sont demandés
pour obtenir des contraintes à l'emploi, pour obtenir des contraintes sévères à
l'emploi. Quand vous arrivez à l'aide
sociale, tout est compliqué, tout, tout, tout est compliqué. Puis je comprends
que vous avez peut-être un souci d'alléger
certaines contraintes, mais il n'en demeure pas moins que, pour les personnes,
ça ne va pas simplifier leur vie pour la simple et bonne raison que les gens
vont se retrouver encore avec un revenu de misère pour vivre.
Et ça, tu sais, on
parle beaucoup d'accompagnement, avec votre projet de loi, mais, je suis
désolé, mais le premier accompagnement, c'est de fournir aux gens un revenu
décent qui va leur permettre de se payer un loyer, de bien manger. Parce que,
sinon, les gens tombent malades, les gens voient leur santé se dégrader, les
gens vont voir leur santé mentale aussi se dégrader. Les gens se retrouvent
avec des difficultés pour se déplacer, et, dans toutes ces situations là, que ce soit pour un retour au
travail, un retour à l'emploi, un retour aux études ou que ce soit tout
simplement pour réorganiser sa vie... Parce que, quand on arrive à
l'aide sociale, généralement, c'est parce que ça veut dire que ça va mal depuis
probablement des mois, sinon des années. Et les gens qui chutent à l'aide
sociale, il y en a certains et certaines qui en ressortent assez rapidement,
mais certains restent poignés là pour la simple et bonne raison que les
conditions de vie qu'on leur offre sont juste épouvantables.
• (17 h 50) •
Alors, si on veut faire une différence dans la vie
des gens, oui, on peut améliorer les conditions d'admissibilité, oui, on
peut simplifier la machine, mais bonyenne!, il faut améliorer les revenus des
gens d'abord et avant tout et faire en sorte que les personnes assistées
sociales, lorsqu'ils ont des problèmes, ils puissent parler à des humains.
Actuellement, ils parlent à des machines ou ils ne parlent jamais avec le même
agent ou avec la même agente. Ça, ce n'est pas pour aider. Tu n'as pas le goût
de conter ta situation de violence conjugale ou ta... tes problèmes de santé
mentale, de santé physique, que tu manques de... tu n'as pas ton
secondaire V, tu as un problème d'alphabétisation, tu es itinérant, tu es
dans un centre jeunesse ou tu es dans une auberge du coeur parce que tu es
sorti d'un centre jeunesse parce que tu as 18 ans... tu n'as pas le goût
de parler à huit agents. Quand tu as parlé à deux puis trois, après tu arrêtes
puis tu te contentes de ce que tu as, puis ta santé se dégrade, et puis tu
finis à l'hôpital, sinon tu finis en prison ou dans la rue.
Mme Rouleau :
Alors, est-ce que vous pensez que d'avoir un plan d'accompagnement
individualisé, un plan personnalisé, ça peut
être une bonne idée pour aider les gens à mieux s'intégrer dans la société et
d'aller vers l'emploi? Parce que c'est ce qu'on vise, là, parce que
c'est l'emploi qui va faire que la condition économique va s'améliorer. Mais il faut... il faut un processus aussi, là,
pour certaines personnes. Vous l'avez dit, il y a des gens qui sont... il y en
a qui vont entrer rapidement puis il y en a pour qui ça va être plus
difficile. Mais est-ce que vous pensez que le plan d'accompagnement individualisé, qui fait partie d'un réseau régional
d'accompagnement, va permettre d'aider les gens?
M. Petitclerc
(Serge) : J'aurais le goût de laisser parler Marise là-dessus.
Mme Proulx (Marise) : Bien,
jusqu'à un certain point, oui, mais il faut regarder aussi qu'est-ce qu'il y a
à l'entour. Est-ce que la personne est en position de se déplacer?
Est-ce qu'elle a des gardiennes pour ses enfants? Est-ce qu'elle a la santé
mentale et la... Parce qu'à un moment donné on devient épuisé, on devient... on
est fatigué de toujours se battre, et se battre, et toujours retomber à la case
de départ, tu sais, c'est... Oui, jusqu'à un certain point, je pense que ça
pourrait être une bonne mesure, mais surtout pas au détriment d'une autre
mesure.
Mme Rouleau : C'est sûr. Et, quand on
dit qu'on passe des contraintes à l'emploi, donc de la capacité de travail d'une
personne, sa capacité à aller travailler, et qu'on passe de contraintes de
travail vers contraintes à la santé, et qu'on
fait intervenir dans les contraintes de santé toute la dimension de santé
mentale et des enjeux psychosociaux, ça inclut la consommation, etc., là, ce qu'on... ce qu'on voit, là, sur le
terrain... Alors, quand on parle de cette transformation, de contraintes
à l'emploi vers contraintes à la santé, et qu'on élargit la possibilité d'avoir
les diagnostics par des professionnels de la santé plutôt que seulement le
médecin, est-ce que c'est une bonne idée? Qu'est-ce que vous en pensez?
Mme Proulx (Marise) :
Je ne suis pas certaine de bien comprendre.
Mme Rouleau :
Bien, on passe de... À l'aide sociale, il y a la prestation de base, et
vous... en fonction des contraintes à
l'emploi, il y a des allocations supplémentaires, bon, et là on passe de contraintes
à l'emploi, on transforme contraintes à l'emploi en contraintes de
santé. Alors, c'est axé sur la personne, sur l'état de la personne, et non pas
seulement uniquement sur sa capacité à travailler. C'est comment va la...
comment elle est, comment allez-vous et comment va votre santé physique et
votre santé mentale, votre santé morale, qu'est-ce qui se passe dans votre vie
puis comment on peut vous aider. C'est à peu près ça.
M. Petitclerc
(Serge) : Bien, on ne croit pas que c'est en médicalisant encore plus
le système d'assistance sociale qu'on va
aider les personnes, parce que, de notre point de vue, du point de vue d'autres
personnes que nous avons entendues
aujourd'hui, le problème de base, pour nous, c'est notamment les catégories à
l'aide sociale. Il y a tellement de programmes et de sous-programmes, à
l'aide sociale, et ça n'aide pas les gens.
Et tout ça, c'est basé... On a beau dire que,
là, on veut créer une contrainte santé, mais il n'en demeure pas moins que la
logique de base de l'assistance sociale, c'est toujours le rapport avec le
marché au travail, alors... Parce qu'il y a
un vieux préjugé crasse, au Québec, comme dans bien des sociétés, que les
personnes qui sont sur les programmes de sécurité
du revenu, en général, ce sont des gens qui sont paresseux, qui ne veulent pas
aller sur le marché du travail, quand on sait très bien, dans nos
organisations, que les gens, ils vivent toutes sortes de conditions de vie qui
les empêchent d'aller sur le marché du travail. Et le premier obstacle au
marché du travail, c'est d'être à l'aide sociale puis d'avoir un revenu de
misère, parce que ça te met dans une position où, comme disait Marise, il faut
que tu coures après tout pour être capable d'avoir le minimum pour te rendre au
prochain mois. C'est une course à obstacles, l'aide sociale, pendant tout le
mois.
Mme Proulx
(Marise) : ...n'est pas considéré comme un enjeu de santé,
mais, tu sais, c'est tout aussi important. Moi, je pense qu'on devrait plutôt nommer ça de... s'occuper de son
entreprise familiale. Parce que changer quatre trente sous pour une piasse puis stresser notre enfant chaque
matin : Envoie! Go, go! Vite, vite! On s'habille! On y va! On y va! Tu
sais, je trouve qu'à quelque part la qualité de vie d'un enfant... Pour avoir
1 $ de plus à la fin du mois, je ne trouve pas que ça en vaut la peine.
Mme Rouleau : OK. Merci.
Mme Vallée
(Stéphanie) : Je pourrais juste me permettre... Par rapport à
vos plans d'intervention personnalisés, bien, évidemment que ce serait
le fun que ce soit travaillé avec les organismes communautaires si vous voulez
les impliquer dans cette... puis que ce ne soit certainement pas des projets
spécifiques ou des... Parce qu'on milite pour que notre financement soit à la
mission globale, puis là ce qu'on voit dans le PL n° 71,
c'est que ce seraient des ententes de
services. On traduit ça comme ça. Ça fait qu'on dit un peu bye à notre... à
notre autonomie dans ce sens-là. Puis en plus, bien, on est pris entre
l'arbre et l'écorce, comme intervenante, exemple, dans un centre de femmes en
qui la participante peut avoir confiance. Puis après ça il faut pousser pour
son plan d'intervention personnalisé. Ça ne fonctionne pas. Ça fait que, si
c'est un plan pour que ce soit le communautaire qui s'en occupe, il y a des...
il y a des réticences, je vais dire ça comme ça.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci. Je vais céder la parole à la députée d'Abitibi-Ouest.
Mme
Blais : Merci, Mme la Présidente. Ma question sera pour
Mme Stéphanie. Alors, dans un premier temps, merci pour votre présentation et merci pour qu'est-ce que vous faites
pour la société. Mme Marise, lors de votre présentation, vous avez fait
part... vous avez fait part que notre projet de loi pourrait nuire à certains
organismes communautaires. Alors, j'aimerais vous entendre sur vos craintes.
Mme Vallée (Stéphanie) : C'est
justement ce que je viens de dire.
Mme Blais : Ah! excusez-moi.
Mme Vallée (Stéphanie) : Non, mais
ce n'est pas grave, je peux répéter, ça va me faire plaisir. C'est que les
organismes communautaires en santé et services sociaux, notamment, parce que je
peux parler pour eux, je suis dans un regroupement financé par le programme
Soutien aux organismes communautaires, travaillent très fort pour avoir du financement à la mission globale. À côté de ça,
il y a des projets spécifiques, des projets ponctuels que les organismes
sont tentés, je vais dire comme ça, de faire appel parce qu'ils n'ont pas assez
de financement. Mais ces projets-là spécifiques amènent d'autres redditions de
comptes qui sont très lourdes puis qui fait que les personnes qui sont des
participantes, par exemple, dans ce cas-là, dans les organismes peuvent perdre
confiance envers l'organisme en question si on les pousse trop à faire des
plans. Parce que, de façon générale, on ne tient pas de dossiers, dans les
organismes communautaires, on n'est pas nécessairement des professionnels, tu
sais, qui sont membres d'un ordre, on n'a pas d'obligation. On va avec le par
et pour, hein, dans les organismes communautaires.
M. Petitclerc (Serge) : ...
Mme Vallée
(Stéphanie) : C'est ça. Ça fait que, là, ça nous donne comme un
autre rôle, un peu comme, exemple, les organismes en employabilité qui
ont cette fonction-là, cette mission-là à faire puis... qui ont une autre
mission, en fait, que les organismes communautaires en santé, services sociaux.
Mais ça, c'est nos craintes.
Puis, pour
revenir à la notion d'égalité — c'était-tu
ça aussi que vous aviez comme question? — bien,
pour moi, si une femme est forcée de retourner au travail puis qu'elle
est, dans un sens, forcée parce que sa mesure temporaire de santé ou... est
terminée, bien, il faut qu'il y ait une place en garderie. Elle va s'appauvrir
pour aller payer cher une personne qui va garder son enfant au lieu d'une place
en garderie. Ça ne tient pas la route. Il n'y en a pas, de places en garderie
en ce moment. Ça fait que c'est encore la femme qui reste à la maison pour
s'occuper de son enfant quand le couple vit sur l'aide sociale puis qu'il est
forcé de retourner au travail ou à l'école. La même chose pour les proches
aidantes, c'est souvent les femmes qui sont des proches aidantes. La même chose
pour les personnes qui prennent soin des personnes handicapées, c'est surtout
des femmes qui le font.
Ça fait que c'était pour ça. Notre analyse
différenciée selon les sexes, intersectionnelle, était importante pour nous,
là, dans les nouveaux projets de loi spécifiquement.
Mme Blais : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci.
Merci. Alors, il reste 3 min 35 s. Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice, vous avez aussi une question?
• (18 heures) •
Mme Tardif : Très
vite, pour laisser la place à la ministre, là, mais notre objectif est de
tenter de réintégrer 50 000 personnes au Québec, à travers le Québec,
sur le marché de l'emploi et de les garder sur le marché de l'emploi. Là, vous
nous avez dressé un portrait qui est réel, qui est souffrant et qui existe
vraiment. Mais, selon vous, là, quel est le pourcentage des gens sur
l'assistance sociale... qui bénéficient de l'assistance sociale et qu'on
pourrait aider? Ceux qui commencent, ceux qui, avant de, comme vous disiez, là,
tomber trop bas, comment on peut faire pour... Et c'est là qu'on va avoir
besoin de vous puis des organismes communautaires, là, pour les raccrocher.
Est-ce que c'est pensable? Est-ce que c'est faisable, ce qu'on fait là, là?
M. Petitclerc
(Serge) : Bien, en fait, j'ai un peu l'impression, malheureusement, de
vivre un peu le jour de la marmotte. Je me souviens de M. Hamad qui avait
promis la même chose avec le Pacte pour l'emploi puis le Pacte pour l'emploi
Plus. Le Parti québécois a fait la même chose aussi à une certaine époque. Il y
a beaucoup de gouvernements qui ont mis de l'avant des programmes en
employabilité. Mais, ce qui arrive en général, c'est que les gens qui
bénéficient de ces programmes-là, souvent, c'est des gens qui sont déjà proches
du marché du travail. Souvent, c'est des gens qui sortent du chômage, qui font
une demande d'aide sociale parce qu'il y a comme... ils ont besoin d'un pont
puis ils retournent sur le marché du travail.
Michelle Courchesne,
qui a déjà été ministre de la Solidarité sociale, elle l'avait dit, son
ministère l'avait dit, il y a à peine 8,5 %, à peu près une personne sur
10, à l'aide sociale qui a une capacité réelle à rebondir rapidement pour
retourner sur le marché du travail. Je veux dire, ce qu'il faut... La majorité
des personnes assistées sociales n'ont pas un secondaire V. Il y a des
gens qui ne savent ni lire ni écrire. Les gens, ils ont des problèmes de santé,
reconnus ou non. Ça touche vraiment beaucoup de monde.
Ça fait que, oui, de
l'accompagnement. Les groupes en demandent, de l'accompagnement, sauf que
l'accompagnement, quand il se fait avec parfois une menace avec des programmes
comme Objectif emploi, où on dit qu'on va faire des parcours individualisés,
bien, j'ai bien hâte de voir les parcours. Je veux dire, les groupes qui
travaillent dans le développement de la main-d'oeuvre nous disent qu'ils ont de
la misère à avoir du financement pour
développer des programmes. Alors, je veux bien, on dit qu'on veut retourner les
gens à l'école pour qu'ils puissent avoir un diplôme, tant mieux. Ils
sont où, les profs, puis elles sont où, les classes qui vont accueillir ces
gens-là?
Je veux dire, on dit
qu'on veut faire une réforme à coût nul, je dis que ça va coûter de l'argent.
Il va falloir des agents. Et puis ce n'est
pas une réforme à coût nul. Là, on n'en parle pas depuis tantôt, là, mais il y
a des compressions liées à cette réforme, 100 millions de
dollars qui vont disparaître. Quand on regarde les documents du ministère...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions, M. Petitclerc. Je suis désolée.
M. Petitclerc
(Serge) : C'est beau. Pas de problème.
La Présidente (Mme
D'Amours) : On a terminé le temps de la partie gouvernementale, mais
on a le temps maintenant avec les oppositions. Je cède maintenant la parole à
la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Merci,
Mme la Présidente. M. Petitclerc, veuillez compléter votre réflexion.
M. Petitclerc (Serge) : Ah!
bien, tout simplement, quand on regarde le document qui a été déposé au Conseil des ministres, on voit que
«l'ensemble des mesures proposées dans ce projet de loi sera financé à même les
crédits réguliers du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale».
Tantôt, je vous ai dit que les investissements liés au projet de loi sont de
95 millions, autour de, puis, quand on regarde dans le tableau à la
page 12, on voit que révision de la
notion de contrainte à l'emploi, moins 99,7 millions. C'est de là qu'il
vient, l'argent pour financer cette réforme-là, qui est nettement
insuffisante, en plus. Merci.
Mme McGraw : Merci beaucoup. Oui, on a bien regardé le
mémoire. Et, justement, on... le... une réforme à coût nul, on dit que c'est timide et même cynique
d'aller chercher vis-à-vis certaines personnes ou populations vulnérables
pour en appuyer d'autres. C'est une somme effectivement à coût nul qui ne sert
personne.
Et d'ailleurs on est
très préoccupés par le fait que les allocations vont être abolies pour des
populations vulnérables telles des jeunes familles 0 à 5, certaines
personnes 58 ans et plus, les proches aidants, des familles avec des
enfants avec des... qui vivent avec des handicaps ou des déficiences, les
femmes, des femmes en général, les femmes victimes de violence conjugale, les
femmes aussi qui sont souvent les personnes qui s'occupent des enfants, etc.
Donc, on a des grosses préoccupations. Donc, là-dessus, j'aimerais vous
entendre plus là-dessus.
On se préoccupe aussi
que cette simplification, ça ne veut pas dire... nécessairement dire
humanisation, de s'assurer que c'est
vraiment une réforme pour humaniser l'aide sociale, les programmes d'aide
sociale. Donc, peut-être vous
entendre là-dessus pour aller plus sur des populations qui sont déjà
vulnérables, qui vont se voir peut-être encore plus marginalisées suite
à cette baisse qui est proposée dans le projet de loi. Peut-être vous entendre
plus là-dessus.
Puis après j'irais
sur des angles morts. M. Ducharme, vous avez parlé, à la toute fin de votre
présentation, très, très vite, sur les angles morts... Donc, madame... c'est
madame... Oui, Mme Proulx. Pardon.
Mme
Proulx (Marise) : En fait, une belle solution, ce serait le revenu de
base pour tous. Ça, c'est sûr et certain. Tu sais, mis à part ça, tu sais,
c'est... Tu sais, on... J'ai... Les mots me manquent un petit peu, tu sais.
C'est... C'est insuffisant à plusieurs niveaux. C'est surtout, comme en région
éloignée, si on arrive pour se déplacer, c'est difficile. On a une voiture
qui... on ne sait même pas si elle va faire le village voisin. Puis, si on se
rend, c'est... c'est bien, mais, tu sais... Puis combien d'argent qu'il faut
dépenser pour faire réparer cette voiture-là, qui marche puis qui ne marche pas
trop? Tu sais, c'est... Encore là, c'est une dépense. Tu sais, on a assez... Il
y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de contraintes qui fait que le retour à
l'emploi... Tu sais, ce n'est pas nécessairement la maladie aussi, là, tu sais.
Des fois, c'est rien que le fait qu'on se fait opérer, on est en attente d'une
opération, ça fait qu'on a... on ne peut pas... Tu sais, à un moment donné, on
est comme... on est comme assis entre deux chaises, là, tu sais. C'est... Moi,
personnellement, j'ai eu plusieurs emplois, mais malheureusement, j'ai... il a
fallu que je me fasse opérer, là, j'ai eu ma famille, j'ai... Tu sais, il y a
comme même plusieurs choses qui fait qu'à un moment donné on retourne toujours
à la case départ. Puis, à un moment donné, ça devient épuisant. C'est... C'est
difficile de rebondir.
Mme McGraw :
Et... Oui.
Mme Vallée (Stéphanie) : ...l'augmentation
des prestations, c'est une évidence. Les choses de base, là. Je veux dire,
regardez nos logements. En ce moment, la crise du logement, les garderies, le
marché de l'emploi n'est pas fait pour tout
le monde présentement, le transport. Le transport, on peut... on peut être
bien, peut-être, à Québec, à Montréal, à Trois-Rivières, mais dans plein
d'endroits à travers le Québec, c'est désuet. Il y a un autobus qui passe le
matin puis qui revient le soir. Et ce n'est pas dans les villages qu'il se...
que se trouvent des emplois ou des endroits pour aller suivre un parcours
scolaire.
Il y a... Il y a une réalité des personnes
vulnérables qui... Et il faut... il faut arrêter de penser que... Justement,
les préjugés que Serge disait tantôt, il faut... il faut passer au-delà
de ça. Puis le revenu minimum garanti est une bonne idée. Je ne sais plus si on
appelle ça comme ça, là, mais où... Puis ce n'est jamais étudié. Il y a eu
des... Il y a eu 10 milliards de solutions qui ont été exposées, dans le
temps, d'un autre regroupement, là.
M.
Petitclerc (Serge) : La Coalition Main rouge.
Mme Vallée
(Stéphanie) : C'était la Coalition Main rouge. Il y avait plein de
solutions pour... pour établir ça. La philosophie de retourner les gens au
travail de force, en partant, c'est une mauvaise idée. Puis on...
M. Petitclerc
(Serge) : Puis ça ne fonctionne pas.
Mme Vallée (Stéphanie) : Puis ça ne fonctionne pas. Puis ça s'attaque à
une minorité, à une minorité marginalisée de personnes qu'on dit qui
seraient capables peut-être de retourner au travail.
Mme McGraw : Vous avez parlé aussi,
Mme Vallée, les... des organismes communautaires, l'importance des organismes communautaires. Et on sait que les
groupes communautaires font face à une tempête parfaite présentement,
avec demandes explosives, surtout avec les services essentiels, services
publics, le système est en faillite, on va dire, et aussi en même temps qui ont
ces demandes, mais aussi manque de personnel, manque d'espace, manque de
financement à la mission. Alors, comment appuyer ces groupes communautaires qui
vont appuyer les personnes qui vivent de la précarité pour ces plans, on va
dire, personnalisés? Mais je dirais que c'est plutôt des plans peut-être
individualisés. Je ne sais pas si ça va être très personnel, mais ça va être
peut-être individualisé. Alors, peut-être vous entendre plus sur les groupes
communautaires pour les appuyer.
Mme Vallée
(Stéphanie) : Bien, moi, vous me donnez une... vous me donnez une
perche, là, je vais... je vais la prendre. Mais ce que ça prend, c'est
2,5 milliards de dollars pour les organismes communautaires au
Québec. C'est ça, la revendication. Et
présentement il nous manque 1,5 million. Ça fait que c'est... On est en
sous-financement. Les équipes de travail ne suivent pas. Les conditions
de travail, au lieu de les augmenter, on garde les personnes à l'emploi, puis
ils finissent par quitter pour le réseau parce qu'ils n'ont plus assez de...
Puis ça, encore là, ce sont des femmes qui travaillent dans les organismes
communautaires, on s'entend. Alors, c'est la même chose. C'est pour ça que je
parlais tantôt que l'égalité ne sera pas atteinte si on ne regarde... on ne
fait pas un regard global par rapport à notre société.
Mme McGraw : Je crois que l'écart
salarial, communautaire, public/privé, c'est un 33 %, c'est un... assez
élevé.
Mme Vallée
(Stéphanie) : L'écart salarial.
Mme McGraw : C'est
encore des femmes. Puis on a déjà entendu dire ici, dans la salle : Bien,
c'est une vocation, donc ça devrait... Non, bien non, c'est des femmes qui sont
sous-payées.
• (18 h 10) •
Mme Vallée
(Stéphanie) : Mais oui. Ça a été ça aussi, les profs, c'est une
vocation, les infirmières aussi, c'est une vocation. Puis c'est... c'est toutes
des femmes qui ont dû lutter très fort dans le mouvement féministe pour arriver
où elles sont. Puis ce n'est pas tout... totalement encore satisfaisant. Mais
le milieu communautaire a besoin d'un... évidemment de...
Mme McGraw : Plus d'appui. Petite... Une dernière question. Si
on a le temps, j'aimerais que ma collègue pose une question vite, vite. Là, on parle évidemment de... on passe à un...
Des grands... Des grands changements proposés, c'est de passer à
«contraintes à l'emploi», «contraintes de santé». Puis on comprend que les
contraintes à l'emploi, ça peut être beaucoup plus que la santé, même santé
médicale, psychosociale. Je comprends que la ministre, si je comprends bien,
veut aller dans cette direction-là. Ce qui est très bien. Ce n'est pas
nécessairement présentement reflété dans le projet de loi tel qu'écrit
présentement. Mais aujourd'hui on a entendu aussi des... de Mme Bertrand, entre
autres, qu'une des grosses contraintes à l'emploi, c'est la pauvreté, et que
c'est... ce n'est pas honteux, mais c'est coûteux aussi d'être pauvre. Donc,
peut-être une...
Mme Vallée
(Stéphanie) : C'est bien dit. Mais moi, j'appellerais ça des
contraintes sociales à l'emploi, là, plus que de santé. Ce n'est pas...
À mon... À mon idée, être... être en train de porter un enfant, ce n'est pas un
problème de santé. C'est... Ce n'est même pas un problème, là. Ça ne devrait
même pas être dans... dans ça. Mais, oui, on est d'accord avec vous, il y a...
La pauvreté... La pauvreté, c'est une violence. C'est une violence faite aux
personnes.
M. Petitclerc (Serge) : Mais, en
fait...
Mme Vallée (Stéphanie) : Tu l'as
bien dit tantôt, en plus.
M. Petitclerc (Serge) : Oui. En
fait, il devrait... Nous, on n'a pas le goût de parler de contraintes de santé
ou même de contraintes temporaires ou de contraintes sévères à l'emploi. On
veut qu'il y ait un seul programme pour tout
le monde, qui offre un revenu décent aux gens. Parce qu'effectivement la
petitesse du revenu mensuel est le premier obstacle à tout, à la vie, je
dirais. Je veux dire, les gens en situation de pauvreté, ils meurent plus
jeunes, ils vivent moins longtemps en bonne santé, et ça, ça a des impacts
partout sur le système de santé.
Vous voulez aider le milieu communautaire? Bien,
faites en sorte que le monde ne finisse pas dans nos groupes. En assurant aux
gens un revenu décent, un accès aux services publics, un accès au système
d'éducation, les gens ne se retrouveront pas dans les groupes communautaires,
puis on n'aura peut-être même plus besoin de nous autres à un moment donné.
Puis ce serait une bien bonne affaire parce qu'il n'y aurait plus de pauvreté
au Québec.
La Présidente (Mme D'Amours) : 50 secondes.
Mme Prass : Une question vite. Dans
votre mémoire, vous parlez de l'abolition de l'allocation pour contraintes
temporaires aux familles monoparentales avec enfants à charge de moins de cinq
ans et aux personnes âgées de 58 ans et plus. On sait que l'itinérance augmente
d'année en année, et c'est surtout les personnes aînées, présentement, qui se
retrouvent en situation de vulnérabilité. Comment est-ce que vous pensez que
l'abolition de cette mesure pourrait avoir un effet négatif sur ces personnes
aînées ou proches d'être aînées?
M. Petitclerc (Serge) : Bien, c'est
certain... Bon, c'est clair, les personnes qui ont déjà la contrainte vont la
conserver. Ça, ça va. Mais c'est certain que, pour les nouvelles personnes qui
vont arriver à 58 ans dans les prochaines années, bien, ces gens-là, on va
les laisser dans une situation plus difficile plus longtemps, jusqu'à tant
qu'elles aient peut-être la chance de se rendre à la retraite à 65 ans
puis d'avoir la pension de vieillesse.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...c'est
tout le temps que nous avions. Je cède maintenant la parole à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente.
Peut-être une question pour vous, M. Petitclerc.
Vous avez plusieurs décennies de militance sur le dossier, vous avez vu défiler
beaucoup de gouvernements et de ministres qui ont apporté des changements ou
des réformes aux modalités de l'aide sociale, toujours dans le même objectif de
sortir des gens de l'aide sociale en les ramenant en emploi. Est-ce que vous
pensez que ce qu'on a entre les mains comme projet de loi va être une occasion
d'y arriver ou... Qu'est-ce qui manque, selon vous, dans... cette réforme-là
pourra être celle qui va permettre vraiment de sortir les gens de la pauvreté,
finalement?
M. Petitclerc (Serge) : Bien, il
faut travailler sur tous les... toutes les facettes de la pauvreté. Je veux
dire, cette réforme-là en particulier, moi, je considère que ça ne va pas nous
faire beaucoup avancer. Mais il faudrait travailler sur tellement d'autres
affaires en même temps. Il faut augmenter le salaire minimum, il faut faire en
sorte que l'ensemble des protections publiques au Québec... Là, on parle de
l'aide sociale aujourd'hui, mais on pourrait parler de la CSST, on pourrait
parler de l'IVAC, on pourrait parler de l'Aide financière aux études, faire en
sorte que les gens se retrouvent avec un revenu décent, peu importe la
condition, un peu comme je faisais référence, au début de la présentation, à la
Déclaration universelle des droits humains. Peu importent les raisons pour
lesquelles tu te retrouves sans revenus, tu
dois avoir un soutien de l'État. Et c'est ça qui fait qu'on va avoir une
société plus égalitaire, une société plus belle, une société plus
harmonieuse.
Il faut renforcer les services publics, investir
en éducation, investir effectivement dans les milieux de la petite enfance pour
que les gens aient accès à une garderie subventionnée pour peut-être
éventuellement retourner sur le marché du travail. Parce que ce qu'on oublie,
ce qu'on disait beaucoup, au collectif, on le dit moins de ces temps-ci, mais la catégorie de personnes qui a le plus diminué à
l'assistance sociale, c'est les familles, dont les femmes monoparentales.
Pourquoi? Parce qu'on a créé la politique familiale. Parce qu'on a créé, à l'époque,
la mesure de soutien aux enfants qui rendait des allocations familiales
beaucoup plus généreuses. Le fédéral a fait la même chose. Et ça, ça a fait en
sorte que les gens, ils ont eu de l'argent. Qu'est-ce qui arrive quand les
gens, ils ont de l'argent? Bien, ils pensent à autre chose qu'à manger puis
qu'à chercher de la nourriture. Ça fait qu'ils peuvent éventuellement, s'ils en
ont la capacité, retourner sur le marché du travail... bien, retourner aux
études pour avoir un diplôme qualifiant et éventuellement retourner sur le
marché du travail.
Mais là on dirait
qu'on va à l'inverse. On... Les petits avantages, le 161 $ qu'une personne
de 58 ans ou qu'une femme monoparentale peut avoir, on va l'enlever. Là,
ça va la pousser, comme par magie, vers le marché du travail. Et ça, c'est des
choses qu'on cherche à faire depuis plus de 10 ans. Je veux dire, on a vu
des documents qui ont circulé dans le ministère, il y a des ministres qui ont
refusé d'aller vers l'abolition des contraintes temporaires, il y a des
ministres qui ont accepté de le faire, en partie. Ça date depuis longtemps. Ça
les achale. Ça les achale. Parce qu'on est prêts à aider les gens quand ils ont
des problèmes de santé, parce que ça, ça paraît bien, mais aider des personnes
qui ont de la difficulté à aller sur le marché du travail juste parce qu'ils
sont un petit peu trop vieux, un petit peu ou pas assez éduqués, avec des
enfants, ça, ça... ça ne sent pas bon. Ça ne sent pas bon. On sent la fraude.
C'est ça. Il y a plein de préjugés envers les personnes assistées sociales dans
notre société.
Et juste le fait de, désolé, Mme la ministre, mais
de commencer une conférence de presse en disant qu'il y a des dizaines
de milliers d'emplois disponibles pour des gens qui n'ont pas de diplôme, ça
n'aide pas pour les préjugés.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. C'est tout le temps que nous avions. Je cède
maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : C'est
quand même malheureux qu'il n'y ait aucun groupe de femmes qui participe à ces
consultations particulières. Vous, vous avez réussi à vous intégrer dans un
groupe qui vous a fait de la place. Est-ce que vous êtes au courant d'autres
groupes de femmes qui ont demandé à être entendus et qui n'ont pas pu le faire?
Mme Vallée
(Stéphanie) : Oui. Je sais que le Conseil du statut de la femme aurait
aimé être là. Je sais que la FFQ aurait aimé être là. Il y a... Il aurait pu y
avoir des regroupements féministes ici ce soir.
M. Paradis : Il
y a des mémoires qui sont déposés.
Mme Vallée
(Stéphanie) : Oui, des mémoires qui sont déposés.
M. Paradis : En
tout cas, je peux assurer ces groupes-là qu'on va les lire avec beaucoup
d'attention.
Mme Vallée
(Stéphanie) : Merci.
M. Paradis : Très
bien. Vous nous dites en réalité que cette réforme passe à côté de l'essentiel.
C'est... Vous commencez votre mémoire comme ça. Et ensuite vous nous dites que,
dans ce qu'on a devant nous, si je comprends bien, le risque principal dans le
projet de loi tel que présenté, c'est vraiment l'abolition, donc, des... d'un
certain nombre de critères permettant d'être... de faire reconnaître des
contraintes à l'emploi, donc notamment pour les mères monoparentales d'enfants
de moins de cinq ans puis pour les personnes âgées. Puis ça, vous dites, ça
vise 38 000 personnes qui n'ont aucune garantie que ça va être
remplacé par d'autres allocations. Disons qu'on réussit à faire ce que vous
nous demandez, de garder ces critères-là, puis même de les élargir, est-ce que
vous voyez d'autres risques importants dans ce projet de loi là dont on doit
tenir compte ou il y a des... Parce qu'il y a eu suffisamment de choses, vous
dites : C'est bien, vous pourriez aller plus loin, mais j'ai vu celui-là,
là, qui vous paraît particulièrement important. Est-ce qu'il y en a d'autres?
M. Petitclerc (Serge) : Bien,
en fait, on ne le sait pas parce que ce qui serait vraiment intéressant, c'est
s'il y avait un dépôt d'intentions réglementaires. Ça nous permettrait
de voir les détails. On avait un petit rassemblement devant l'Assemblée
nationale sur l'heure du dîner. Puis, entre autres, il y avait le
vice-président du SFPQ qui disait : Bien, il y a telle mesure, il y a
telle mesure, mais on ne le sait pas, il y a telle mesure, mais on ne le sait
pas, il y a telle mesure, mais on ne le sait pas. Pourquoi? Parce que ça, ça se
retrouve dans un règlement. Je veux dire, tant qu'on n'aura pas le règlement...
Juste donner un
exemple. On fusionne deux programmes, le Programme d'aide sociale, le Programme
de solidarité sociale, pour créer le programme d'aide financière de dernier
recours. OK, c'est bien beau, mais qu'est-ce qui va arriver? Ça va être quoi,
le montant des prestations? Est-ce que ça va être encore des prestations
séparées, différentes? On imagine que oui, mais peut-être pas. Qu'est-ce qui va
arriver avec la valeur des maisons? Qu'est-ce qui
va arriver avec les avoirs liquides? Qu'est-ce qui va arriver avec les gains de
travail permis? Est-ce qu'il va y avoir les mêmes différences qu'actuellement? Parce que, s'il y a les mêmes
différences qu'actuellement, on n'avance pas, et ça va être aussi
compliqué qu'avant. Mais, s'il y a des améliorations là, bien, tant mieux. Je
veux dire, il pourrait y avoir des reculs aussi. On ne le sait pas. Il faut...
Il faut les règlements.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, M. Petitclerc, Mme Vallée, Mme Proulx et M.
Ducharme. Merci pour votre contribution à nos travaux de la commission.
Et je suspends les travaux quelques instants
afin de permettre à nos prochains invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à
18 h 20)
(Reprise à 18 h 26)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue au Front commun
des personnes assistées sociales du Québec. Je vous rappelle, chers invités, que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, et ensuite nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Donc, je vous invite à vous présenter et à débuter
votre exposé, s'il vous plaît.
Front commun des personnes assistées sociales du Québec
(FCPASQ)
Mme Pelletier
(Sarah) : Donc, bonjour. Moi, je m'appelle Sarah Pelletier. Alors, je
m'adresse à vous en tant que présidente du Front commun des personnes assistées
sociales du Québec. Je suis également prestataire de l'assistance sociale et
aussi une militante active dans la défense des droits sociaux.
D'abord, quand j'ai
su que la ministre Rouleau avait l'intention de faire une grande réforme de l'assistance
sociale, ce qui n'a pas été fait depuis bien des années, j'avoue que j'ai eu la
naïveté d'espérer, et je sais que je ne suis pas la seule prestataire dans
cette situation-là, que nous serions enfin capables de couvrir nos besoins de
base et faire en sorte que nos vies ne soient plus constamment en mode survie.
Sérieusement, une belle grosse réforme qui serait enfin à l'image du Québec
d'aujourd'hui, avouez quand même que ça laisse espérer gros. Derrière nous, le
stress de ne pas être capables de payer nos logements, d'avoir le ventre encore
vide rendus en soirée et d'espérer que la neige n'arrive pas trop parce que les
seuls souliers qu'il me reste sont troués. C'est sans oublier que nous
vivons... que nous vivons constamment dans l'angoisse avec nos prestations qui
sont beaucoup trop basses pour remplir nos besoins de base. Vous avez compris
que ces espoirs-là ont été assez rapidement refroidis quand la réforme a
finalement été déposée, le 11 septembre dernier.
Dans toute la
réforme, il y a... il n'y a aucune mesure qui permettra d'augmenter les
prestations à la source. Je dis bien aucune. Et savez-vous pourquoi il n'y en a
aucune? Parce que la ministre Rouleau considère que, pour sortir de la pauvreté, il faut aller travailler.
Mais, en plus de mettre de l'avant un gros préjugé sur les personnes assistées sociales du Québec que... comme quoi la majorité
pourrait retourner travailler, la ministre prend l'enjeu tout à l'envers.
D'abord, la ministre n'a aucune intention
d'augmenter les montants des prestations, même pour les prestataires qui
ont des contraintes reconnues. Considérant en plus les embûches pour faire
reconnaître leurs contraintes, et vous pouvez me croire, je sais de quoi je
parle et je ne suis pas la seule non plus, la majorité des prestataires ne sont
tout simplement pas en mesure d'occuper un emploi à temps plein, mais on dirait
que la ministre accepte de laisser ces personnes-là en situation de pauvreté.
Parce que, vous savez, elles ne peuvent pas travailler. La réforme de la ministre
n'aidera aucunement les prestataires ayant des contraintes sévères.
• (18 h 30) •
Et c'est sans
oublier, la nouvelle réforme autoriserait le ministère de l'Emploi et de la
Solidarité sociale à réévaluer les contraintes des prestataires aux
12 mois.
Mais, en plus, la ministre Rouleau a axé sa
réforme sur des mesures d'incitation à l'emploi et à la diplomation.
Donc, j'imagine, ce doit être de bonne foi, mais comment voulez-vous que ces
personnes, qu'elles aient l'énergie, en plus d'avoir le ventre vide et l'espace
mental... en plus, le temps de s'investir dans des démarches de réinsertion à
l'emploi? Qu'est-ce que fait... Que ferait-elle, une mère de famille qui a le
choix entre aller à une rencontre de formation ou aller à la banque alimentaire
pour nourrir ses enfants? Ou encore une personne qui a des douleurs chroniques
qui doit faire 50 minutes d'autobus et de marche pour se rendre à sa
formation professionnelle. Nos prestations ne nous permettent pas non plus de
nous procurer une voiture pour nos déplacements. Alors, moi, je me demande
comment les prestataires qui vivent à la campagne pourraient se déplacer pour
suivre une formation professionnelle. Et, comme plusieurs personnes autour de
moi, j'ai déjà essayé d'en faire un, programme d'insertion à l'emploi, et plus
d'une fois, même. Et, à chaque fois, j'ai eu une légère bonification sur mes
prestations, mais c'était encore très loin d'être suffisant pour couvrir mes
besoins de base. Je peux vous affirmer que c'est impossible de terminer un
programme d'insertion à l'emploi lorsque nous avons le ventre vide. Merci. À
toi, Steve.
M. Baird
(Steve) : Bonjour, je m'appelle Steve Baird. Je suis organisateur
communautaire au Front commun des personnes assistées sociales du Québec.
La dernière fois que
le gouvernement du Québec a réduit substantiellement l'admissibilité à des
allocations, c'était en 2013. Il était question des mêmes allocations qui sont
actuellement en jeu, et la Commission des droits de la personne et des droits
de la jeunesse avait rappelé au gouvernement que les coupures proposées étaient
contraires aux droits protégés par la charte. Et elle a rajouté, et je les
cite, que «ces modifications contreviennent notamment aux droits à la vie, à la
sécurité, à l'intégrité physique et psychologique, au droit à l'égalité, au
droit à un enfant, à la protection, à la sécurité, à l'attention», et j'en
passe.
Nous invitons tous les... à tous les députés
présents à bien se poser une question : Est-ce que vous croyez qu'il est acceptable
et humain de rendre encore plusieurs personnes inadmissibles, des milliers de
personnes inadmissibles à des allocations?
Est-ce que vous trouvez ça normal de nuire aux droits fondamentaux de ces
personnes, tels que pouvoir manger à sa faim, avoir un toit sur la tête
et prendre soin, avec dignité, de ses enfants?
Chez
les familles monoparentales, vous proposez des coupures qui affectent très
majoritairement des femmes en situation de
pauvreté, car il y a neuf femmes monoparentales à l'assistance sociale pour
chaque homme. Il est aberrant que la réforme soit en bonne partie
financée en coupant ces femmes et ces enfants.
Pour les personnes de 58 à 64 ans, je vous
rappelle que ces personnes sont particulièrement nombreuses à être éloignées
du marché de l'emploi, alors que d'autres sont simplement dans l'incapacité de
réaliser des emplois situés en bas de l'échelle, qui sont souvent physiquement
exigeants. Pour des raisons de santé, plusieurs de ces personnes sont seulement
en mesure de travailler à temps partiel, mais les règles actuelles pénalisent
toujours fortement les prestataires qui travaillent plus que trois heures
par semaine.
Nous avons été choqués d'entendre la ministre
prétendre que ces coupures vont améliorer la situation des personnes concernées,
car certaines vont pouvoir participer à des mesures d'employabilité. En
général, c'est plutôt comme si on mettait la tête sous l'eau de quelqu'un qui
était déjà en train de se noyer, au lieu de lui lancer une bouée. On sait pertinemment que, pour chaque personne qui sera
transférée vers un programme d'employabilité, il y en aura plusieurs autres qui vont souffrir d'avoir moins de revenus,
qui vont avoir encore plus de difficultés à manger et à payer le loyer.
Je vais maintenant
vous parler brièvement de la possibilité de réviser annuellement les
contraintes sévères de santé, telle que proposée par le projet de loi, car nous
sommes convaincus que la révision annuelle va ajouter une lourdeur
bureaucratique qui va surtout avoir pour effet de cesser de reconnaître des
contraintes à plusieurs personnes. Je parle
de personnes dont les... qui ont des contraintes, qui... mais qui auront de la
difficulté à bien suivre le processus pour,
à nouveau, les faire reconnaître. Cette exigence va aussi ajouter énormément de
stress à des personnes vulnérables. Nous recommandons fortement le
retrait de cette disposition.
Nous tenons aussi...
Vous parlez de la vie maritale. Depuis plus de 20 ans, nous réclamons des
changements sous le slogan Une personne, un chèque. Et nous avons été
choqués de voir que le gouvernement s'est approprié de notre slogan, mais qui
l'a dénaturé en prévoyant seulement le modeste changement d'envoyer environ la
moitié de la prestation mensuelle à chaque membre du couple et seulement à partir
de 2028-2029.
Une vraie solution au
problème doit aller beaucoup plus loin que ça. Pour le front commun, le slogan Une
personne, un chèque, ça veut dire, en partie, mettre fin aux coupures
d'environ le quart des montants des chèques des personnes qui sont considérées
conjointes lorsqu'on parle de deux personnes qui sont à l'assistance sociale.
Plusieurs personnes voudraient se mettre en couple et habiter avec une
personne... une personne qu'elles aiment mais trouvent cela impossible de le
faire selon les règles actuelles.
Même l'Assemblée nationale a déjà reconnu à
l'unanimité, en 2023, dans une motion présentée conjointement par les
quatre partis politiques, que le gouvernement doit, et je cite : «[Tenir]
compte du droit des personnes assistées sociales
[à] cohabiter, [à] s'entraider et de s'aimer sans que cela affecte le montant
de leurs prestations.» Le problème est
bien reconnu, et il n'est pas normal pour nous que le gouvernement ne fasse
presque aucun changement à cet égard.
Notre slogan Une
personne, un chèque, ça réclame aussi des changements pour des couples dont
une personne a des revenus de travail, ce qui rendrait vite l'autre personne
inadmissible à de l'assistance. Cela met la personne sans aide dans une
situation de dépendance financière qui n'est pas choisie et qui est un terrain
fertile pour de la violence économique,
psychologique, physique ou sexuelle. En plus, une personne qui travaille au
salaire minimum n'a généralement pas
un revenu suffisant pour pouvoir prendre en charge toutes les dépenses d'une
personne conjointe.
Pour le Front
commun des personnes assistées sociales du Québec, le régime de vie maritale est toujours basé sur des vieilles notions de l'homme pourvoyeur et,
en 2024, ça n'a pas de bon sens de toujours avoir ces vieilles règles.
Le gouvernement du Québec a même, par le passé,
porté une solution, bien que très partielle, au problème des revenus des conjoints. Au Programme de revenu de
base, introduit il n'y a pas... il n'y a pas si longtemps, il y a un gros
pas dans la bonne direction en prévoyant une exemption partielle pour les
revenus de la personne conjointe.
Donc, nous
recommandons fortement que le projet de loi 71 soit amendé pour non
seulement ajouter une disposition similaire
qui s'appliquerait à toutes les personnes assistées sociales, mais d'aller
encore plus loin en arrêtant complètement
de comptabiliser les revenus de la personne conjointe. Pour nous, il est
choquant qu'on maintienne des règles sexistes et vétustes qui ont des
effets dévastateurs sur plusieurs femmes et sur d'autres personnes vulnérables.
La Présidente (Mme
D'Amours) : C'est tout le temps que nous avions. Je suis désolée.
C'est tout le temps que nous avions.
Nous allons procéder
maintenant à la période d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau :
Bien, merci beaucoup, Mme la Présidente, puis merci à vous,
Mme Pelletier, M. Baird, pour votre présence et pour venir contribuer
à ces travaux pour la modernisation du régime d'assistance sociale. Je le
répète, c'est quelque chose qui n'a pas été fait depuis 20 ans. On a
travaillé très fort pour voir à ce que... en fait, travaillé très fort, mais
j'ai aussi parcouru le Québec pour aller écouter, rencontrer des organismes,
des personnes, dont les personnes en situation de précarité, et voir comment on
pouvait vraiment améliorer les choses.
Ce que j'ai entendu beaucoup, c'est le besoin
d'accompagnement... en fait, deux choses, et c'est là-dessus qu'on... qu'on
base la... toute la modernisation, c'est l'accompagnement des personnes qui
sont dans le régime d'assistance sociale et souvent éloignées du marché
du travail, et l'assouplissement, l'allègement, réduire la bureaucratie du
programme pour assurer un meilleur accès à l'aide sociale, parce que c'est une
aide de dernier recours qui est importante, et puis comment on peut faire
pour... pour améliorer cet accès.
Alors, on a travaillé différents... différents...
à différents niveaux, notamment en... au niveau de l'accompagnement, en
proposant des plans individualisés, personnalisés d'accompagnement pour des
gens qui sont éloignés, les amener vers l'intégration sociale, vers la
participation sociale et vers l'emploi autant que possible. Parce que, oui,
c'est par l'emploi qu'on peut améliorer la... sa condition économique.
Mais,
avant ça, il y a tout cet aspect de participation sociale, le volet
participation sociale qu'on ajoute au programme PAAS, que vous connaissez, là,
parce que vous avez dit que vous aviez... je pense, là, que vous êtes... vous y avez déjà participé. Je voudrais vous
entendre sur ce volet de participation sociale. Qu'est-ce que ça vous dit, à
vous?
M. Baird (Steve) : Sur...
sur le programme PAAS en particulier ou sur la participation sociale plus
largement?
Mme Rouleau : Bien,
ça peut être... Bien, en fait, on l'a intégré, parce que ça n'existait pas. On
l'a intégré au programme PAAS pour... pour que... faire en sorte que les
gens puissent vraiment, là, refaire le réseau pour briser l'isolement. Parce
que ce qu'on cherche en réduisant, en travaillant à lutter... en luttant... à
lutter contre la pauvreté, on veut briser l'isolement. Alors, ça, c'est une...
c'est une façon de faire en sorte que les gens puissent... On va les chercher,
on les accompagne et ils vont pouvoir participer au sein d'organismes à
différents niveaux. On parle d'une participation
sociale avant... C'est comme de la pré, pré, préemployabilité, là, mais en
fait, c'est de refaire son réseau, de réapprendre à vivre en société, parce
qu'on sait qu'il y a des gens qui sont éloignés. Qu'est-ce que vous en pensez?
• (18 h 40) •
M. Baird (Steve) : Bien,
c'est sûr que, oui, on connaît de nombreuses organisations qui utilisent le
programme PAAS. On sait que c'est... Il y a beaucoup de personnes
assistées sociales qui sont à ces programmes et des organisations qui y tiennent, et des personnes, participants,
participantes qui y tiennent. C'est sûr qu'on n'est pas contre qu'il y a
d'autres... comment dire, il y a... il y a un nouveau volet qui permettrait à
certaines personnes de suivre une autre... une autre forme de programme PAAS en
termes de participation sociale, parce qu'on sait qu'il y a beaucoup de personnes qui sont très éloignées du marché du
travail. On comprend tout à fait le... que ça offre différentes options.
Il reste que les prestations des personnes sont
tellement basses qu'un des incitatifs à participer au programme PAAS,
c'est aussi que ça offre un petit peu... un petit peu quelque... un petit
quelque chose aux personnes qui y participent. Et c'est quand même pour nous
inquiétant de voir qu'il y a des personnes qui ont de la difficulté à mettre...
à mettre à manger sur la table, à manger à leur faim, à payer le loyer, et
que... qui sentent le besoin de participer à ça, non seulement parce qu'ils
adhèrent au programme, mais parce que les prestations sont tellement basses que
les gens sont en mode survie et que ça fait partie des stratégies de survie des
prestataires.
Donc, c'est... On n'a
rien contre le programme PAAS, mais on veut rappeler aussi que les incitatifs
pour les participants sont quand même... sont quand même assez bas. Et ça
revient aussi au montant des prestations de base.
Mme Rouleau :
OK. Vous proposez le Programme de revenu de base pour... pour tous. C'est
ce que je comprends? Programme de... de revenu de base, il a été pensé, et
lorsqu'on l'a mis en place, dès le 1er janvier 2023, c'est vraiment pour
les personnes qui ont des contraintes très sévères et qui étaient laissées pour
compte. Et, est-ce que vous pensez que le Programme de revenu de base, qui
serait... qui serait donné à tous, permettrait une véritable équité avec les
gens qui travaillent 40 heures semaine avec des salaires un peu plus
élevés que... ça peut être le salaire minimum ou un petit peu plus élevé, mais
pour qui ce n'est pas si simple que ça? Est-ce que c'est... ce serait quelque
chose de... d'équitable dans notre société?
M. Baird
(Steve) : C'est sûr que le Programme de revenu de base, les
prestations sont... sont plus... plus adéquates que dans d'autres programmes
d'action sociale. Mais il reste qu'on parle de... des montants par année. Ils
sont quand même loin des montants que quelqu'un gagnerait en travaillant. Vous
avez utilisé l'exemple de quelqu'un qui travaillait 40 heures par semaine
au salaire minimum, je pense qu'on est à l'ordre de peut-être la moitié du revenu pour une personne qui est... qui est au
Programme de revenu de base. Moi, je n'ai pas l'exact... les chiffres exacts
devant moi, donc je ne vais pas... je
ne vais pas m'avancer sur le pourcentage exact, mais il y a quand même une
grande différence entre les deux.
Puis je... Ça fait penser quand même à le plan de
lutte, le troisième plan de lutte à la pauvreté du gouvernement. C'était indiqué, je pense que c'était même le
titre d'une des sections... de dire que c'était... Le Programme revenu de base,
qui était proposé, était proposé
comme une étape, une première étape vers l'instauration d'un programme... un
revenu de base plus large. Donc, c'était pensé comme ça à l'époque...
que c'était mis en place comme ça, mais qu'il y aurait un éventuel
élargissement. C'était écrit dans le plan d'action, en tout cas, sans... sans
aucune précision de ce serait quoi, l'éventuel élargissement.
Pour nous, c'est...
et je pense qu'on s'appuie là-dessus, sur beaucoup d'avis d'experts, que le...
quand les personnes sont dans une pauvreté très intense, quand elles n'ont pas
assez d'argent pour manger, c'est un des facteurs de risque qui fait en sorte
qu'il y a beaucoup moins de chances que la personne arrive à rétablir leur
situation et retourner sur le marché de travail.
Donc, je pense qu'il
y a des bonnes raisons de croire que, s'il y a des prestations plus généreuses,
des programmes plus flexibles qui permettent aussi aux personnes de réintégrer
graduellement le marché de l'emploi, si, au début, ils travaillent moins de
40 heures, mais ils sont en train de peut-être se rétablir au niveau de la
santé ou autre, que c'est... c'est une bonne étape pour que les personnes
réintègrent le marché du travail et pour aussi qu'entretemps ils répondent à
leurs besoins fondamentals.
Mme Rouleau :
À l'heure actuelle, on a des contraintes à l'emploi qui font que les
personnes qui ont ces contraintes à l'emploi ne peuvent pas aller vers des
programmes d'emploi, alors vont avoir une contrainte à l'emploi, et certains, ce sera 161 $ par mois. En
transformant les contraintes à l'emploi vers les contraintes de santé, qui
incluent, qui intègrent la dimension
de santé mentale et d'enjeux psychosociaux, ce que... ce qui n'existe pas à
l'heure actuelle, aujourd'hui, c'est... contraintes à l'emploi, c'est la
capacité de travailler.
Là,
ce qu'on veut avec les contraintes de santé, c'est d'être axés sur la personne,
sur son état, l'état de la personne
réellement. Et ceci permet, quand on parle de contraintes de santé, d'avoir
accès à des programmes d'emploi, comme Objectif emploi, par exemple, où
là il y a une progression aussi selon le... là où se situe la personne, d'avoir
accès à de la formation, de l'intégration et un emploi. Puis on souhaite le
maintien à l'emploi, évidemment.
Et, quand elle est en emploi, bien, c'est
475 $ par semaine que la personne peut avoir. Alors, est-ce que... est-ce
que c'est quelque chose qui a... qui a une résonance pour vous, de...
d'accompagner les personnes vers l'intégration, vers la socialisation, pour briser l'isolement et les amener
graduellement vers l'emploi? Est-ce que c'est quelque chose qui est...
qui est raisonnable de penser ou les gens ne peuvent absolument pas aller dans
cette direction-là?
M. Baird (Steve) : J'aimerais
qu'on distingue les choses. C'est sûr que des mesures pour encourager les
personnes à participer à des mesures
d'emploi, on n'est pas contre qu'il y a des mesures de... d'emploi, on n'est
pas contre que des... des gens ont
des opportunités de participer à différents programmes et mesures qui vont dans
la direction de l'emploi. Le... Mais là on parle de coupures aussi pour
beaucoup de personnes. Là, en ce moment, il y a... il y a environ... il y a
plus de 30 000 personnes...
Mme Rouleau : Vous
permettez? Il n'y a pas de coupure, il y a... Il y a actuellement des... des
allocations, parce que ce sont des contraintes à l'emploi qui seront
transformées soit en contraintes santé ou en nouvelles allocations. Il n'y a pas de coupure, il n'y a personne qui ne
perd rien. Je veux que ce soit bien... bien clair, là, il n'y a pas de coupure.
M. Baird (Steve) :
Je serais content de revenir là-dessus aussi, pas pour dire qu'on parle
quand même de... Je sais qu'il y a une sorte
de clause de droit acquis qui fait en sorte que les personnes qui, aujourd'hui,
reçoivent une contrainte de santé parce qu'ils ont 62 ans... Ils ne
vont pas du jour au lendemain le perdre. Ça, je comprends très bien.
Mais il reste que le gouvernement est en train...
en train de reculer d'une façon majeure sur l'accès à des allocations.
Même si ça va être... ça ne va pas être les personnes qui les reçoivent déjà
qui vont les recevoir, on parle de presque 40 000 personnes
actuellement qui le reçoivent soit en raison de l'âge, soit parce que c'est des
parents monoparentals d'enfants d'âge préscolaire.
Je pense qu'il faut appeler ça une coupure,
c'est... c'est écrit très clairement dans votre... votre mémoire au Conseil des
ministres que vous estimez que d'ici
quelques années, au bout de cinq... comme dans la cinquième année, il y aurait
environ 34 millions de dollars de moins qui seraient dépensés dans ces
contraintes à cause de cette... je ne sais pas comment l'appeler à part une
coupure, 34 millions de dollars qu'on enlève à des personnes... à ces
personnes-là...
Mme Rouleau : ...pour une personne qui
a 58 ans, depuis 20 ans, on considère qu'avoir 58 ans c'est une
contrainte à l'emploi. Mais vous savez que c'est... à l'époque,
lorsqu'il y avait énormément de chômage et qu'à partir de 50... autour de
50 ans, si une personne perdait son emploi, c'était difficile de retourner
sur le marché du travail. Il y avait un taux de chômage très élevé. Il y avait
autour de 400 000 personnes qui étaient sur l'aide sociale à
l'époque.
Aujourd'hui, on a autour de 5 %. Et on... Et,
dans notre société, avoir 58 ans, ce n'est plus un problème de travail, de
capacité, de... Ce n'est pas un... ce n'est pas une contrainte à l'emploi.
Mais, si, si la personne a un enjeu de santé, bien sûr qu'on va en prendre
soin. Elle peut avoir 57 ans, 56 ans ou 60 ans, on va en prendre
soin, c'est certain. Et il y aura les allocations de santé qui seront peut-être
même supérieures à ce que... ce que la personne a aujourd'hui. Alors, encore
là, je ne vois aucune coupure.
M. Baird (Steve) : Mais
je pense que, quand... tu sais, quand le gouvernement dit qu'il va y avoir
34 millions de moins par année dans ces allocations-là, on parle
comme... on ne peut pas dire qu'il y a plus d'argent, on parle d'une
diminution.
Mais je pense qu'il faut aussi rappeler que, quand
on parle de personnes entre 58 et 64 ans, vous l'avez sûrement bien
vu dans les statistiques, on parle de personnes qui, en moyenne, sont à
l'assistance sociale depuis plus de 15 ans. Ces personnes-là, est-ce
qu'elles ont tous à 100 % des contraintes spécifiques qui peuvent être
démontrées par leur travailleuse sociale ou leur médecin? Ils vont passer par
le processus, et tout ça. C'est difficile à dire, mais là on... quand on parle
très majoritairement des personnes qui sont à l'aide sociale depuis plus de
15 ans, permettez-moi d'être très sceptique sur le fait qu'il y a une
grande partie de ces personnes-là qui vont aller vers une mesure
d'employabilité qui va les ramener vite sur le marché du travail. On sait que
c'est peu probable.
• (18 h 50) •
Mme Rouleau :
Et il est probable que ces personnes aient une contrainte de santé. Et,
avec l'élargissement de... la contrainte santé, en... en intégrant la dimension
de santé mentale et d'enjeux psychosociaux, en permettant... Puis donnez-moi
votre... votre avis sur le fait de permettre à des professionnels de la santé
de faire des diagnostics, pas seulement que
le médecin, mais des professionnels de la santé pourront émettre les
diagnostics de santé. Qu'est-ce que vous en pensez?
M. Baird (Steve) : Ça,
on n'a... on n'a aucun problème avec ça. On comprend très bien que c'est...
c'est intéressant de permettre une
évaluation plus large, pas uniquement par un médecin ou une infirmière
spécialisée, de... des contraintes sévères. Donc, ça, c'est... on n'a...
on n'a rien contre ça, mais ça... ça, malheureusement, c'est l'aspect de couper
des allocations pour certains pour amener des améliorations pour d'autres qu'on
n'est... qu'on n'est pas d'accord.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Il reste 1 min 30 s. Est-ce qu'il y a des... Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Mme Tardif : Bien,
je peux... Je veux... je veux vous remercier, premièrement, puis je veux saluer
tout le monde qui est derrière. Merci d'être là. Je ne sais pas si vous
avez soif, si vous voulez de l'eau ou du café, on en a.
Mais, ceci dit, je
pense, je... nous percevons et nous comprenons très bien ce que vous nous
amenez, merci beaucoup, mais il faut voir aussi, et vous l'avez très bien
nommé, les personnes touchant actuellement des allocations en raison de l'âge
ou du fait d'être monoparentales ne se feront pas enlever... Et la ministre l'a
très bien dit, et vous l'écrivez très clairement aussi, là, dans votre rapport.
Et ça, c'est essentiel et c'est très important, et on va se battre bec et
ongles pour que ça reste aussi comme ça.
Les nouvelles
personnes vont être évaluées, vont avoir une évaluation psychosociale de santé,
une évaluation globale par différents
spécialistes pour voir si elles sont aptes avant qu'elles deviennent des
personnes sur l'assistance sociale qui vont avoir plus de deux, trois,
quatre, et là on vous parlait de 15 ans, là, on comprend... Donc, on
essaie du mieux qu'on peut de faire que ces
gens-là conservent leur honneur, leur dignité, qu'ils ne se retrouvent pas
comme itinérants, parce que ce n'est pas ce qu'on veut. On veut aider
les gens, on veut que les gens soient... soient fiers.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...c'est tout le temps que nous avons pour la partie
gouvernementale. Je cède maintenant la parole à la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Alors, merci d'être avec nous aujourd'hui, pour le
mémoire très détaillé et la
présentation. Donc, je voudrais revenir sur, un peu, l'échange avec la
ministre, sur contraintes de santé, contraintes...
contraintes à l'emploi. Puis je sais que, dans votre mémoire, vous... vous
critiquez la nouvelle terminologie, «contraintes de santé», qui remplace
«contraintes à l'emploi».
Donc, si je comprends bien, selon le mémoire de la
ministre au Conseil des ministres, à la page 12, justement, la révision de la notion de contraintes à l'emploi
représente des épargnes, on va dire, de... presque 100 millions de
dollars, mais il y a quand même... on
garde, par exemple, l'amélioration de l'évaluation des contraintes de santé, un
58,5. Donc, nous, on parle de coût nul, mais, pour les personnes qui
vivent l'abolition des allocations, pour eux, c'est vécu comme des coupures, même si, en général, c'est à
coût nul. Mais je pense que c'est pour ces personnes-là... Est-ce qu'on est...
est-ce qu'on est d'accord pour dire ou en désaccord pour dire que, pour ces
personnes-là, pour ces groupes-là, c'est vécu comme des coupures, cette
abolition?
M. Baird
(Steve) : Oui, et je rajouterais que d'avoir un revenu de moins de
1 000 $ par mois et de n'être pas capable de se loger, pas capable de
trouver un logement, ce n'est pas une contrainte de santé.
Mme McGraw : Et,
justement, donc, il y a plusieurs... On comprend, aujourd'hui, on a... on a
écouté beaucoup de groupes, on a écouté des témoignages aussi par des
personnes qui... qui vivent... sont en situation de précarité, de
vulnérabilité, de pauvreté, et que, justement, des contraintes à l'emploi
sont... pourraient être beaucoup plus larges. Ça peut comprendre des
contraintes ou des... des raisons médicales, ça peut être... ça peut être la
pauvreté même, ça peut être beaucoup de contraintes plus larges. Donc, on
comprend qu'on élargit les personnes qui puissent évaluer, mais on rétrécit, il
me semble... mais j'aimerais vos commentaires, votre analyse... on rétrécit les
conditions qui vont être éligibles comme contraintes à l'emploi. Donc, c'est
une... c'est... Juste pour vous entendre là-dessus.
M. Baird (Steve) : C'est sûr qu'on... qu'on retire surtout
l'éligibilité, qui est... qui est plutôt... pas complètement
automatique, il faut quand même faire la demande, mais l'éligibilité selon
l'âge. Donc, on vient complexifier le système, mais on vient surtout enlever
des... le droit d'allocations à certaines personnes pour en... pour en donner à
d'autres. Mais il reste qu'il y a des personnes, dont les... des familles
monoparentales et des personnes assez âgées qui vont se trouver privées de...
des allocations.
Mme McGraw : Qui
vont être plus ou moins les personnes perdantes, les groupes qui vont perdre,
qui vont être... Il va y avoir des perdants dans ce projet de loi. Alors, selon
vous, pour être constructifs, quelles seraient vos propositions pour des
alternatives, pour une meilleure reconnaissance des différentes contraintes?
M. Baird (Steve) : Bien,
je pense que la difficulté fondamentale, c'est qu'on parle de... d'une réforme
à coût nul, Mme la ministre l'a évoqué plusieurs fois. Donc, là où il y
a des améliorations à un endroit, il y a... il y a de l'argent qui doit être
épargné à un autre endroit. Donc, on... Tu sais, on enlève des droits à
l'allocation à certaines personnes pour en ajouter à d'autres. Nous, on
s'oppose à le retrait d'allocations à certaines personnes. Ce n'est... ce n'est
pas comme ça qu'on fait pour lutter contre la pauvreté. Malheureusement, ça, ça
ne se fait pas avec 0 $ de plus.
Mme McGraw :
Vous avez parlé aussi de la révision... du révision annuelle des
contraintes sévères de santé. Pensez-vous que cela pourrait compliquer... Vous
avez parlé, justement... ou vous avez demandé de retirer cette proposition-là où c'est prévu au projet de loi.
Est-ce que vous pouvez juste élaborer là-dessus, sur «révision annuelle»?
M. Baird
(Steve) : Une chose que j'aimerais rajouter, c'est que j'ai déjà
entendu de collègues qui travaillent dans le milieu de l'itinérance que les
personnes en situation d'itinérance, généralement, oubliez ça, les contraintes sévères, elles sont à la prestation de base. Et ce
n'est pas parce que leurs conditions de santé ne sont pas très apparentes,
ce n'est pas parce que... ce n'est même pas forcément qu'elles n'ont pas accès
à un médecin, mais il y a un processus un peu complexe, un peu lourd, qui fait
en sorte que plusieurs des personnes les plus précaires, elles n'arrivent pas à
passer à travers tout le processus.
Eh
oui, ça va être un peu mieux si on peut le faire avec une... avec une
travailleuse sociale et pas juste avec un docteur, mais il reste que c'est un
processus assez exigeant, et le fait qu'on pense le réviser jusqu'à
annuellement, ça va rajouter... ça va rajouter de la bureaucratie, mais ça va
surtout rajouter des embûches pour les personnes en situation de vulnérabilité
qui ne sont pas... qui ont de la difficulté à passer à travers toutes les
étapes du processus.
Mme McGraw :
Est-ce qu'il y aurait d'autres programmes québécois qui pourraient
inspirer, qui pourraient servir d'inspiration, par exemple le Régime québécois
d'assurance parentale? Si on fait une erreur... On fait une estimation des
coûts, peut être une personne, travailleur ou travailleuse autonome, s'il y a
une erreur, là, on se fait... il faut
rembourser sans... sans pénalité. Est-ce qu'il y a d'autres... Est-ce qu'on
peut s'inspirer, dans ce projet de loi, d'autres programmes efficaces,
d'autres programmes gouvernementaux? Est-ce que vous avez fait un peu l'analyse — dont on pourrait être proactifs et positifs et
constructifs — aussi
de voir : Bon... ce qui ne marche pas, mais est-ce qu'il y a des alternatives
dont on pourrait s'inspirer au Québec ou peut-être ailleurs au Canada et dans
le monde?
M. Baird
(Steve) : Bien, sûrement, dans le sens qu'il y a beaucoup de systèmes
beaucoup moins pénalisants, avec beaucoup moins de contraintes et de pénalités.
Même dans le système d'aide sociale, si on remonte à un certain nombre
d'années, il y avait... c'était moins commun de... d'attribuer à des gens des
dettes faramineuses parce qu'on considère qu'une omission qu'ils avaient faite
sur un formulaire, que ce n'était pas une erreur, peut-être que c'était juste
une erreur de bonne foi... mais qu'on considère que, là, il faut désigner ça
comme étant une... une sorte de fausse déclaration, qui est... qui est souvent
juste une erreur de bonne foi.
Donc, oui,
absolument, je pense qu'il y a d'autres programmes, et même le Programme de
revenu de base, qui sont plus modernes à cet égard et qui sont moins
pénalisants et punitifs pour les personnes prestataires.
• (19 heures) •
Mme McGraw :
Parfait. Et les plans individualisés, j'aimerais vous entendre un peu plus
là-dessus. On sait que la réforme, la ministre, elle... elle dit qu'elle
aimerait simplifier le système, puis, en principe, c'est une bonne idée, mais
est-ce que cette simplification va mener vers une déshumanisation? L'idée d'un
plan individualisé, encore une fois, ça a l'air très bien, mais, voilà, la
preuve va être dans la... dans l'application de ces... de ces propos-là. Donc,
j'aimerais vous entendre plus, une ou l'autre, sur ces plans individualisés
pour accompagner les prestataires avec les réseaux régionaux. En tout cas,
je... Bien, peut-être aller plus... donc, si ça ne vous dit pas quelque chose,
aller plus sur le... bien, justement, avec ce nouveau système, si on comprend
bien, il ne va plus avoir d'agent, ni nécessairement formé en travail social ni
nécessairement dédié, qui va connaître l'histoire, le parcours peut-être
complexe d'une personne qui va devoir, donc, répéter son parcours, répéter, des
fois, des informations sensibles, même pénibles. Est-ce qu'on peut vous
entendre là-dessus? Je ne sais pas si vous avez des préoccupations.
M. Baird (Steve) : Oui,
bien sûr. C'est sûr que, oui, il y a un grand changement qui est en cours parce
que, dans la plupart des régions du Québec, c'est toujours le cas que
les personnes aux programmes d'aide sociale, solidarité sociale, même, je vais
dire, emploi ont un agent qui est attitré à leur dossier. Donc, ils savent avec
quel agent communiquer, et cet agent-là suit leur dossier probablement déjà
depuis un certain temps. Donc, on est en train de... Il y a... il y a des
changements en cours, comme quoi les personnes à ces programmes n'auront plus
d'agent attitré à leur dossier, ils risquent
de parler à une personne différente à chaque fois, et c'est des mesures qui,
malheureusement, risquent de poser des problèmes pour certaines
personnes qui sont en train de passer par les systèmes toujours très complexes.
Je sais qu'on parle de
simplification dans la loi, on ne voit pas beaucoup de simplification. Donc,
comment... qu'est-ce qui est... Qu'est-ce que les personnes prestataires vont
devoir faire ou comment ils vont vivre ça? On comprend qu'il y a des choses qui
vont simplifier l'administration des programmes, mais comment ça va se
simplifier? Tout à l'heure, on parlait de certaines personnes de... Une
personne de 63 ans qui a une contrainte de santé, bien, il ne pourra pas
juste automatiquement se faire reconnaître, avoir une allocation, mais il
pourrait passer par un processus pour prouver qu'il a une contrainte de santé.
C'est... ce n'est même pas une simplification, c'est une démarche
supplémentaire qu'on rajoute. On rajoute des règles et des règles,
malheureusement, à des programmes comme ça sans forcément les simplifier, en
mettant d'autres mesures en place, d'autres contrôles en place.
Donc, honnêtement, on
ne trouve pas beaucoup de simplification. Et, oui, on craint pour la... qu'est
ce qui va se passer avec la qualité des services auprès de beaucoup de
personnes vulnérables et qui passent par des processus complexes avec les
changements qui sont en cours.
Mme McGraw : Je crois qu'il reste
20 secondes, 30 secondes. J'aimerais peut-être demander à Mme
Pelletier si elle aurait des choses à ajouter en conclusion, ou M.
Baird. Il reste 30 secondes, je crois, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : 30 secondes, oui.
Mme McGraw : Quelque
chose à ajouter?
Mme Pelletier
(Sarah) : Pouvez-vous répéter, s'il vous plaît, j'ai mal compris?
Mme McGraw : C'est
juste... Est-ce que vous avez, en conclusion, quelque chose à ajouter?
Mme Pelletier (Sarah) : Oui, en conclusion, moi, je voulais dire, bien,
tant que les prestations de l'assistance sociale ne seront pas augmentées pour... qui permettraient de répondre à
nos... aux besoins de base, les mesures d'incitation à l'emploi, ce
serait totalement inutile, comme moi, je l'ai déjà vécu, l'expérience, comme je
vous ai expliqué tout à l'heure, là.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Merci beaucoup.
Mme Pelletier
(Sarah) : Parce que c'est impossible d'étudier ou même de retourner à
emploi le ventre vide.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Je cède maintenant la parole à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci,
Mme la Présidente. Je veux revenir sur l'échange que vous avez eu avec la
ministre, tout à l'heure, sur les coupures, puis aussi sur ce que vous venez de
dire par rapport à la simplification. La ministre vous a dit : Toutes ces personnes-là, à peu près
40 000 personnes, vous nous dites, qui perdraient la reconnaissance
d'une contrainte de manière simplifiée, je vais dire, en ce moment, la
retrouveraient par ailleurs, la contrainte de santé. C'est ce que la ministre
nous a dit tout à l'heure, ces personnes ne seront pas coupées, elles vont le
ravoir autrement, mais il va falloir qu'ils
fassent des démarches, c'est ce qu'on comprend. Il va falloir qu'ils aillent
voir un professionnel de la santé,
pas nécessairement un médecin, mais quelqu'un pour se faire reconnaître ça. Il
va falloir qu'un fonctionnaire traite leur nouvelle demande. Comme vous
dites, ce n'est pas de la simplification ni pour ces personnes-là, ni même,
j'oserais dire, pour le ministère. Est-ce que ça n'a pas un coût en soi, ça,
40 000 personnes qui vont devoir remplir de la paperasse, alors
qu'ils n'ont pas à en remplir en ce moment?
M. Baird (Steve) : Oui,
ça nous préoccupe, mais aussi, comme... l'argent qui... qui est coupé, que le
gouvernement estime qu'il va avoir 34 000... 34 millions par année
d'ici cinq ans, dans la cinquième année, en tout cas, pour les contraintes qui
sont ce qu'on appelle actuellement des contraintes temporaires, qui sont des
contraintes de santé, tu sais, ça ne va pas forcément aux mêmes personnes non
plus, l'argent sert à financer d'autres choses. Il y en a qui va dans Objectif
emploi, il y en a qui va ailleurs. Il y a des personnes qui vont être perdantes
là-dedans. On ne peut pas dire que ces mêmes personnes vont... accès par
d'autres moyens qui vont simplement être plus bureaucratiques. Il va y avoir
des personnes qu'eux, ils vont... ils vont être privés de montants.
Mme Labrie : Ça
fait qu'il y a un peu des deux. Il y a des gens pour qui ça va juste être plus
compliqué de faire les démarches pour avoir cette reconnaissance-là et il y a
des gens qui... au final, ce ne sera pas à eux que cet argent-là va se
retrouver. C'est ce que vous entrevoyez.
M. Baird
(Steve) : Oui, en effet.
Mme Labrie : Parfait.
Vous avez mentionné, vous comme d'autres acteurs, que l'ultime demande, en
fait, ce serait le revenu de base pour tout le monde. Est-ce que déjà ça ne
serait pas un pas intéressant, le revenu de base pour toutes les personnes qui
ont une contrainte de santé?
M. Baird
(Steve) : Mais oui, absolument. C'est... Il y a un temps d'attente
très long de cinq ans et demi pour une personne qui a une contrainte qui est
déjà considérée sévère, qui est déjà reconnue par le gouvernement, que,
normalement, il faut que ça soit reconnu pendant plus de cinq ans et demi avant
de passer au programme de revenu de base. Donc, on s'entend que c'est très
long, considérant que certaines de ces personnes-là, on sait très bien que ce
n'est pas une contrainte qui va disparaître d'ici un an ou deux, que c'est
quelque chose d'assez permanent, mais il faut passer par cette étape-là.
Mme Labrie : Ça
fait que ce délai-là, vous nous invitez à le réduire, puisqu'on ouvre la loi en
ce moment.
M. Baird (Steve) : Oui,
c'est... bien, c'est quelque chose d'inquiétant et aussi qui limite l'accès.
Si, dans ces... Si, dans les six ans, la période de six ans avant qu'une
personne accède au programme, si, finalement, ils ne sont pas... ils n'ont pas
leur contrainte reconnue pour au moins cinq et demi de ces derniers six ans,
ils n'ont plus accès, ils ne peuvent pas passer aux prochaines étapes. Donc,
c'est aussi inquiétant au niveau de l'accès au programme.
Mme Labrie : Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Alors, vous nous
rappelez, dans votre mémoire, que l'article 25 vise à réduire les motifs
donnant droit à une allocation supplémentaire pour des personnes ayant
des contraintes temporaires à l'emploi, désormais remplacées par l'appellation
«contraintes de santé». Et moi, quand je lis les chiffres de la ministre, je
vois que cette mesure-là va permettre d'épargner 99,7 millions de
dollars dans les cinq prochaines années. Je vois se dessiner une question de
communication. Mme la ministre dit : Ce ne sont pas des coupures.
Si vous êtes une mère
monoparentale d'enfant de moins de cinq ans ou si vous avez 58 ans et
plus, est-ce que, oui ou non, ce projet de loi, dans sa forme actuelle, prévoit
des coupures, selon vous?
M. Baird (Steve) : Ça prévoit
99 millions de dollars de coupures dans les prochains cinq ans, comme
vous l'avez dit.
M. Paradis : Est-ce que vous voyez,
dans le projet de loi tel qu'il existe actuellement, des mesures qui
garantissent que les personnes qui vont subir ces coupures-là vont retrouver
d'autres prestations ou d'autres mesures de soutien financier ailleurs?
M. Baird (Steve) : Bien
non, absolument pas. Et, si on prend l'exemple, là, des parents monoparentaux,
il y en a peut-être qui ont des problèmes de santé, mais ce n'est pas du
tout pareil de dire qu'une personne... une famille monoparentale, peut-être,
aurait pu plus facilement prouver qu'il a aussi une contrainte de santé. Ce
n'est pas le critère actuel.
M. Paradis : Alors, si vous êtes...
toujours dans le cas où vous êtes une mère monoparentale d'enfant de moins de
cinq ans, vous êtes quelqu'un de 58 ans, est-ce que vous êtes d'accord
avec la ministre quand elle dit que ce projet de loi là contient des mesures
qui vont vous aider à vous mettre en mouvement vers l'emploi dans le futur?
M. Baird
(Steve) : Ça peut contenir des nouveaux incitatifs à aller
vers l'emploi, mais où on n'est pas d'accord, c'est que ça contient clairement aussi des coupures et que les
personnes... il y a des personnes qui vont avoir beaucoup plus de misère à manger, à nourrir leurs enfants,
à payer le loyer en fonction de ces coupures-là, même s'il y a d'autres possibilités
de participer, peut-être, à un programme d'employabilité pour certaines
personnes qui le souhaitent.
M. Paradis : Donc, vous nous appelez
à appeler un chat un chat.
M. Baird (Steve) : Bien, c'est ça.
M. Paradis : Merci. Je... Il ne me
reste pas beaucoup de temps, mais j'aurais aimé vous entendre parler aussi de
la dématérialisation des services. Je comprends que ça, c'est une autre mesure
qui va réduire l'accès aux services pour les personnes qui, justement, n'ont
souvent pas accès à Internet, c'est bien ça?
• (19 h 10) •
M. Baird
(Steve) : Oui, et c'est... Il y a eu des efforts, à un
moment, du gouvernement du Québec de dire : On reconnaît que, pour
beaucoup de personnes en situation de pauvreté et de vulnérabilité, il va
falloir avoir des mesures pour assurer que les services sont accessibles,
qu'ils sont disponibles pas loin de chez eux, qu'il y a des possibilités et à
pas trop de kilomètres d'une personne d'accéder à des services. On n'est pas
là-dedans. On est dans des mesures pour sauver de l'argent, mais il faut
vraiment qu'on fasse très attention à qu'est-ce qui vont être les conséquences
de ces mesures dans la vie des personnes, surtout les personnes très
vulnérables, dont certaines qui ont un faible taux d'alphabétisation, dont
certaines qui n'ont pas de voiture et qui ne peuvent pas se déplacer à
80 kilomètres pour aller à un bureau...
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci.
M. Baird (Steve) : ...dans une autre
ville. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps que nous avions. Merci, M. Baird,
Mme Pelletier, merci pour votre contribution à nos travaux de la
commission.
Et j'ajourne les travaux jusqu'à demain,
mercredi le 9, à 8 heures, où elle se réunira en séance de travail. Merci,
tout le monde.
(Fin de la séance à 19 h 11)