Journal des débats (Hansard) of the Committee on Labour and the Economy
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Tuesday, October 8, 2024
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Vol. 47 N° 69
Special consultations and public hearings on Bill 71, An Act to improve support for persons and to simplify the social assistance regime
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Intervenants par tranches d'heure
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D'Amours, Sylvie
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Rouleau, Chantal
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Tardif, Marie-Louise
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Blais, Suzanne
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McGraw, Désirée
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Labrie, Christine
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Labrie, Christine
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D'Amours, Sylvie
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Paradis, Pascal
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Rouleau, Chantal
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Rouleau, Chantal
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D'Amours, Sylvie
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Poulet, Isabelle
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Tardif, Marie-Louise
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Blais, Suzanne
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McGraw, Désirée
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Cadet, Madwa-Nika
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Labrie, Christine
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Paradis, Pascal
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D'Amours, Sylvie
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Rouleau, Chantal
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Tardif, Marie-Louise
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Tardif, Marie-Louise
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D'Amours, Sylvie
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McGraw, Désirée
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Prass, Elisabeth
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Labrie, Christine
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Paradis, Pascal
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D'Amours, Sylvie
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Rouleau, Chantal
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Rouleau, Chantal
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D'Amours, Sylvie
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Tardif, Marie-Louise
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McGraw, Désirée
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Labrie, Christine
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Paradis, Pascal
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D'Amours, Sylvie
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Rouleau, Chantal
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Blais, Suzanne
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Tardif, Marie-Louise
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D'Amours, Sylvie
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McGraw, Désirée
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Prass, Elisabeth
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Labrie, Christine
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Paradis, Pascal
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Rouleau, Chantal
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Rouleau, Chantal
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D'Amours, Sylvie
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Poulet, Isabelle
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Cadet, Madwa-Nika
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Labrie, Christine
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Paradis, Pascal
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D'Amours, Sylvie
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Rouleau, Chantal
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Blais, Suzanne
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Poulet, Isabelle
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Tardif, Marie-Louise
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Tardif, Marie-Louise
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D'Amours, Sylvie
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McGraw, Désirée
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Prass, Elisabeth
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Labrie, Christine
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Paradis, Pascal
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D'Amours, Sylvie
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Rouleau, Chantal
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Tardif, Marie-Louise
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McGraw, Désirée
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McGraw, Désirée
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D'Amours, Sylvie
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Labrie, Christine
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Paradis, Pascal
9 h 30 (version non révisée)
(Neuf heures quarante-six minutes)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de l'économie et du travail ouverte. Je vous souhaite la bienvenue
et je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques, s'il vous plaît.
La commission est réunie afin de procéder
aux consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi no
71, Loi visant à améliorer l'accommodement des personnes... l'accompagnement,
pardon, des personnes et à simplifier le régime d'assistance sociale.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Boivin-Roy (d'Anjou—Louis-Riel) est remplacée par Mme Tardif Laviolette—Saint-Maurice);
M. Dufour (Abitibi-Est) est remplacé par Mme Blais (Abitibi-Ouest); Mme
Tremblay (Hull) est remplacée par Mme Poulet (Laporte); Mme Dufour (Mille-Îles)
est remplacée par Mme Prass (D'Arcy-McGee); Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey) est
remplacée par Mme McGraw (Notre-Dame-de-Grâce); et M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)
est remplacé par Mme Labrie (Sherbrooke).
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Nous débuterons ce matin par les remarques préliminaires, puis nous entendrons
par la suite les témoins suivants, soit : la Société québécoise de la
déficience intellectuelle, le Réseau des carrefours jeunesse emploi du Québec
et le Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec.
J'invite maintenant la ministre
responsable de la Solidarité sociale et de l'Action communautaire à faire ses
remarques préliminaires. Mme la ministre, vous disposez de six minutes. La
parole est à vous.
Mme Rouleau : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, d'abord, j'aimerais saluer et remercier les personnes
qui ont participé, de près ou de loin, à l'élaboration de ce projet de loi. D'entrée
de jeu, mes sincères remerciements vont à l'ensemble des groupes et des
individus qui ont été rencontrés lors de ma tournée à travers le Québec et qui
ont été généreux en recommandations pour nourrir ce travail. Je remercie
évidemment la Direction des affaires juridiques et toute l'équipe de la
solidarité sociale, de mon ministère. Je remercie mes adjointes
gouvernementales qui sont présentes aujourd'hui, ma sous-ministre, mon
sous-ministre adjoint et toute l'équipe du cabinet qui a... pour tout l'apport
incalculable à cet exercice.
Honorée d'ouvrir ces consultations aujourd'hui.
On amorce une modernisation qui est essentielle pour notre société. Les
programmes d'assistance sociale ont été inchangés depuis 20 ans et ne répondent
plus à notre réalité. Le projet de loi que j'ai déposé, il est nécessaire pour
arrimer nos programmes avec le Québec d'aujourd'hui. On doit reconnaître les défis
auxquels sont confrontés nos citoyens plus vulnérables. Et, depuis deux
décennies, on a vu une baisse importante, marquée, donc du nombre de
prestataires d'assistance sociale et une diminution du taux de chômage. Et le
meilleur moyen de se sortir de la pauvreté, bien, c'est par l'emploi,
notamment, faut-il encore bien accompagner les gens, surtout s'ils sont très
éloignés du marché du travail, pour les mener vers un emploi et une meilleure
intégration à notre société.
Et c'est là que le projet de loi no 71
intervient. Un projet qui n'est pas qu'une simple modernisation. Il place l'individu
au cœur de nos priorités. Il faut éviter que les personnes décrochent de la
société. Alors, offrons-leur des avenues pour réussir leur intégration vers un
emploi.
• (9 h 50) •
Avec ce projet de loi, on leur propose un
accompagnement personnalisé. Il est crucial de stabiliser les enjeux de santé
et de vie quotidienne des prestataires si nous voulons qu'ils s'intègrent
durablement en emploi, et nous suggérons donc d'élargir le programme d'aide et
d'accompagnement social pour y intégrer un nouveau volet de participation
sociale. Grâce à lui, les prestataires de nos programmes pourront renforcer
leurs habiletés dans des environnements plus souples. Et pour favoriser l'intégration
au marché du travail, le projet de loi no 71 propose également d'élargir l'accès
au programme Objectif Emploi. Nous voulons de plus que des personnes
bénéficient de ce programme pour y faire ses preuves et qu'il propose aussi...
Mme Rouleau : ...des
accompagnements... des services d'accompagnement personnalisé pour rendre
l'assistance sociale plus humaine. Et, à la demande des groupes que nous avons
consultés, nous voulons remplacer les contraintes à l'emploi par des
contraintes de santé. Les prestations... prestations que nous verserons seront
basées sur un état de santé d'une personne et non sur sa capacité à travailler.
On veut permettre à plus de professionnels de la santé des services sociaux
d'émettre les diagnostics qui reconnaissent les contraintes. Cette nouvelle
approche va faciliter notre capacité à cerner les besoins individuels de nos
prestataires et simplifiera l'accès à la solution adaptée. Le projet de loi
vise également à encourager la diplomation des prestataires dans plus de
40 % n'ont pas le diplôme d'études secondaires. Nous offrirons un soutien
financier supplémentaire aux prestataires qui suivront une formation. Nous
savons que l'éducation est une clé pour que les personnes plus vulnérables
améliorent leur condition. Dorénavant, grâce au projet de loi n° 71, nous
passerons d'un régime punitif à un régime plus simple, plus humain. Nous
voulons faire tomber des barrières qui bloquent trop souvent la progression des
prestataires. On compte individualiser le versement des prestations des couples
pour lutter contre la codépendance et la violence conjugale. Nous voulons
abolir le niveau, la notion, pardon, de contribution parentale pour que les
jeunes adultes n'aient plus à demander une attestation à leurs parents. Nous savons
aussi que les enjeux de littératie mènent parfois des situations de
surendettement involontaire. On propose donc d'attaquer le surendettement des
prestataires en limitant à cinq ans la période pouvant faire l'objet d'une
réclamation. Et en conclusion, Mme la Présidente, le but de ce projet de loi
est de mieux soutenir, mieux accompagner les personnes qui font appel à l'aide
de dernier recours et de leur simplifier la vie. Il convient donc de s'y
pencher attentivement. Les mesures doivent être prises dans leur ensemble et
non pas de façon isolée. Certains éléments peuvent être complexes. Il faut
s'assurer de bien les comprendre pour voir comment le projet de loi vise à bien
atteindre ses objectifs. Je suis à l'écoute et très ouverte à vos idées afin que
nous puissions ensemble mener ce projet pour le bien de nos plus démunis.
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
Mme la ministre. J'invite maintenant la porte-parole de l'opposition officielle
et députée de Notre-Dame-de-Grâce à faire ses remarques préliminaires pour une
durée de 4 min 30 s. La parole est à vous, Mme la députée.
Mme McGraw : Merci, Mme la
Présidente. Alors, je souhaite tout d'abord de saluer la ministre responsable
de la Solidarité sociale et de l'action communautaire, ainsi que les députés de
toutes les formations politiques et les équipes du ministère qui travaillent
sur ce projet de loi n° 71. Il est important de rappeler que le Parti
libéral du Québec a été à l'origine de deux réformes majeures de la Loi sur
l'aide aux personnes et aux familles, soit en 2016 et en 2018, dans le
programme de revenu de base mis en œuvre par ce gouvernement. Et on l'a salué.
Ces réformes ont marqué des avancées significatives pour améliorer le soutien
aux plus vulnérables de notre société. Permettez-moi aussi de rappeler que le
programme d'Objectif emploi est une initiative libérale introduite pour
favoriser l'intégration des personnes en première demande d'aide sociale. Ici,
le gouvernement veut vraiment capitaliser sur cette initiative libérale. Il est
impératif de renforcer l'accompagnement. Cet objectif reste aujourd'hui au cœur
des valeurs du Parti libéral offrir une personne selon ses capacités, une
véritable chance de se relever. L'opposition officielle s'inquiète de la
volonté du gouvernement à assurer un vrai accompagnement de qualité pour tous
les bénéficiaires. Nous constatons que le gouvernement propose une réforme à
coût nul. Comment peut-on envisager une réforme aussi vaste et promettre un
meilleur accompagnement, des services plus accessibles et une intégration plus
efficace au marché de travail sans y allouer les ressources financières
nécessaires? Simplifier l'administration est une chose, mais cela ne doit pas
se faire au détriment de la qualité des services offerts aux citoyens les plus
vulnérables. Le gouvernement propose de regrouper plusieurs programmes
existants en un seul programme d'aide financière de dernier recours. Nous
sommes particulièrement préoccupés par la manière dont ces changements vont
impacter les personnes avec des contraintes sévères à l'emploi, ce qui inclut
non seulement des problèmes de santé, mais aussi des défis psychosociaux qui
risquent de voir leur soutien diminuer ou revenir moins accessible. Avec une
réforme à coût nul, nous craignons que cette simplification ne soit en réalité,
qu'une réduction des services pour ceux qui en ont le plus besoin. La
simplification ne devrait jamais mener à la déshumanisation. Nous saluons
l'idée d'améliorer l'accompagnement des prestataires avec la mise en place des
réseaux régionaux d'accompagnement. Cependant, sans un financement suffisant,
une...
Mme McGraw : ...une bonne
coordination entre les différents acteurs, y compris les organismes
communautaires, les services de santé et les services sociaux, ainsi que les
acteurs économiques. Ce réseau risque de ne pas atteindre ses objectifs.
Le Parti libéral continuera de plaider
pour une approche plus rigoureuse et aussi plus humaine, qui ne soit pas
simplement une opération, comme on dit, cosmétique à coût nul.
Alors, nous allons rester... nous restons
très préoccupés, Mme la Présidente, par plusieurs aspects de ce projet de loi,
notamment l'insuffisance des ressources allouées et l'impact potentiel sur les
personnes qui vivent de la précarité. Bien que nous reconnaissons certains
aspects positifs de ce projet de loi, nous devons nous assurer que les
changements proposés apportent des réelles solutions aux personnes qui en ont
le plus besoin. Notre formation demeure vigilante pour que ces réformes soient
véritablement au service des Québécois les plus vulnérables, dont les personnes
qui vivent des handicaps...avec des handicaps, des déficiences les jeunes
familles, les aînés, les proches aidants et les femmes victimes de violence
conjugale. Nous espérons que le gouvernement saura ajuster ses propositions en
fonction des besoins réels de la population, car ce sont les citoyens les plus
fragiles, Mme la Présidente, qui risquent de pâtir des décisions prises dans
cette enceinte. Alors, on va laisser à la population de juger si ces programmes
sont vraiment plus humains. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
Mme la députée. J'invite maintenant la porte-parole du deuxième groupe
d'opposition, Mme la députée de Sherbrooke, à faire ses remarques
préliminaires. La parole est à vous.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à tous mes collègues. Je suis contente qu'on étudie enfin
ce projet de loi là. J'ai lu, dans les derniers jours, avec beaucoup d'intérêt,
cet ouvrage, qui est un recueil de coupures de presse sur les différentes
réformes qu'il y a eu sur l'aide sociale depuis 1969 et sur la mobilisation
citoyenne qu'il y a eu aussi autour de ces enjeux-là puis je dois dire que mon
souhait le plus sincère, c'est qu'on ne rejoue pas encore dans le même film. Ce
film qui se joue à répétition depuis des décennies, dans lequel les gouvernements,
peu importe lesquels, qui se sont succédés, ont toujours continué de répéter la
même chose : Qu'il fallait renvoyer les gens sur le marché du travail
parce que ça améliorerait leur situation, mais surtout parce qu'il fallait
aussi couper dans les dépenses des programmes d'aide sociale. Au fil du temps,
on a réussi à ramener beaucoup de gens sur le marché du travail, de sorte
qu'aujourd'hui il reste de moins en moins de prestataires d'aide sociale,
malgré une croissance de la population importante. Les personnes qui sont
actuellement sur ces programmes-là ont des situations de vie qui les rendent
très souvent bien éloignées du marché du travail.
Moi, j'accueille positivement beaucoup de
choses qui sont proposées dans le projet de loi, notamment l'élargissement du
nombre de professionnels auprès desquels ils vont pouvoir se tourner,
l'abolition de la contribution parentale, l'individualisation des prestations,
mais j'ai quand même beaucoup d'inquiétude que ça ne va pas simplifier la vie
de tout le monde. Donc, on va être là pour s'en assurer, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
Mme la députée. Avant de continuer, je dois vous demander le consentement pour
que notre collègue député de Jean-Talon puisse faire une remarque préliminaire
d'une durée d'une minute. Est-ce que j'ai votre consentement?
Des voix : Consentement.
La Présidente (Mme D'Amours) : Donc,
M. le député de Jean-Talon, la parole est à vous pour une minute.
M. Paradis : Merci, Mme la Présidente.
Alors, merci à la ministre, à toute l'équipe du ministère pour les travaux de
préparation de ce projet de loi. Je salue d'avance toutes les personnes qui
vont venir contribuer à nos réflexions, favoriser la mise en mouvement vers
l'emploi, améliorer l'accompagnement, contribuer à la pleine participation
sociale, simplifier et optimiser le régime d'assistance sociale. Voilà des
objectifs, des intentions qui sont très intéressants. J'abonde dans le même
sens que mes collègues, il y a beaucoup de propositions qui paraissent
intéressantes dans ce projet de loi, mais c'est un projet de loi qui est lié au
plan de lutte contre la pauvreté qui a été présenté au printemps dernier, qui a
été jugé assez timide par beaucoup d'organisations, de base. Donc, il faudra
voir, dans nos discussions, s'il s'agit plus d'une opération de communication
qu'un réel... une réelle avancée pour les personnes parmi les plus vulnérables
de notre société. Une réforme à coût nul, ce n'est pas facile. Alors, à nos
discussions. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Merci beaucoup. Donc, nous allons commencer nos travaux, et je souhaite
maintenant la bienvenue à la Société québécoise de la déficience
intellectuelle. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé,
s'il vous plaît.
Mme Duranleau (Amélie) : Mme
la Présidente, MM., Mmes les députés, premièrement, permettez-nous de vous
remercier pour votre invitation à présenter notre position sur le projet de loi
no 71 ce matin. Mon nom est Amélie Duranleau, je suis la directrice générale de
la Société québécoise de la déficience intellectuelle, la SQDI.
M. Ragot (Samuel) : Bonjour,
mon nom est Samuel Ragot. Je suis analyste senior aux politiques publiques à la
SQDI. Je suis aussi candidat au doctorat...
M. Ragot (Samuel) : ...en
travail social à l'École de travail social de l'Université McGill. Ma thèse
porte sur la sécurité financière des personnes en situation de handicap, donc à
ce propos.
• (10 heures) •
Mme Duranleau (Amélie) : Oui.
La SQDI a un regroupement provincial qui compte plus de 100 organisations
à travers la province et qui œuvre en déficience intellectuelle. Nous
travaillons à la promotion et à la défense des droits des personnes qui ont une
déficience intellectuelle et de leur famille. Mme la Présidente, la SQDI
accueille le projet de façon généralement positive mais avec des réserves
importantes en lien avec certains articles. Bien entendu, comme d'autres
groupes que vous entendrez au cours de la semaine, nous aurions aimé voir un
projet de loi qui va un peu plus loin sur certains aspects, un projet de loi
qui vient réellement humaniser le traitement des prestataires, un projet de loi
qui donne plus de soutien financier aux proches aidants des personnes qui ont
une déficience intellectuelle, un projet de loi qui permet réellement aux
prestataires de sortir de la pauvreté, un projet de loi qui généralise l'accès
au programme de revenu de base, un projet de loi, enfin, qui aurait mis le
Québec à l'avant-plan des provinces canadiennes en matière d'assistance
sociale. Malheureusement, ce n'est pas exactement ce projet de loi que nous avons
entre les mains. Malgré tout, nous pensons qu'il y a du bon dans le projet de
loi n° 71, nous tenons à le souligner, en autant que des amendements
soient adoptés pour l'améliorer.
En premier lieu, nous saluons
l'élargissement de la portée de la loi avec la création de programmes
d'assistance sociale qui viendront s'ajouter aux programmes d'aide financière.
Ce nouveau volet de la loi a du potentiel, en autant qu'il soit mis en œuvre de
façon ambitieuse et que des ressources soient mobilisées en conséquence.
L'emphase mise sur l'accompagnement des prestataires est également la
bienvenue. Nous apprécions le fait que la ministre ait mis l'accent sur
l'intégration d'emplois et sur la participation sociale en général. Pour bien
des personnes que nous représentons, l'emploi à temps partiel est une
possibilité qui doit être comblée par d'autres formes de participation sociale.
Toutefois, le projet de loi a grandement besoin d'amendements en lien avec
certains articles.
M. Ragot (Samuel) : Mme la
Présidente, nous avons envoyé un mémoire à la commission la semaine dernière.
Il y avait un certain nombre de recommandations qui étaient consignées. Je ne
veux pas toutes les répéter ce matin, sinon ça va être très long. Je vais
plutôt m'adresser... adresser certains aspects plus critiques. Premièrement, on
n'est pas certain de la pertinence de renommer les contraintes sévères à
l'emploi en contraintes sévères de santé. En fait, pour nous, il aurait été
préférable de voir l'apparition de contraintes psychosociales appuyées par des
diagnostics médicaux. Il s'agissait d'ailleurs d'une recommandation conjointe
de la direction de l'assistance sociale du ministère de l'Emploi, de la
Solidarité sociale et du milieu associatif en 2019.
Actuellement, comme vous le savez, le principal
défi des prestataires pour se faire reconnaître une contrainte sévère, c'est
l'accès à un médecin qui accepte de remplir les rapports médicaux. Les rapports
ne sont pas très adaptés aux contraintes psychosociales actuellement. Pourtant,
la majorité des prestataires ayant des contraintes sévères en emploi ont des
troubles de santé mentale, sont autistes ou ont une déficience intellectuelle.
Le point commun de ces personnes est qu'elles ont toutes une condition qui est
invisible, des conditions qui sont difficiles à diagnostiquer strictement sur
le plan médical. Donc, il est important de s'adresser aux contraintes
psychosociales dans ce contexte. Si la ministre à ouvert la porte à ce que
d'autres professionnels de la santé puissent compléter les rapports médicaux,
ce qui est très positif, il faudrait toutefois prioriser les aspects
psychosociaux plutôt que les aspects médicaux, surtout si l'objectif est
d'accompagner les prestataires à dépasser les défis auxquels ils et elles sont
confrontés.
L'autre problème avec l'encadrement des
contraintes sévères de santé lié à l'article 25 du projet de loi en ce qui
a trait aux programmes de préparation et d'intégration en emploi. En l'état, ce
critère fait en sorte de refuser à toute personne participant à des programmes
de préparation, d'intégration en emploi la reconnaissance d'une contrainte
sévère de santé. Ça veut dire que n'importe quelle personne ayant, par exemple,
une déficience intellectuelle sévère qui participerait à un plateau de travail
ou à un stage, dans lequel cette personne-là n'est pas payée par ailleurs,
serait considérée comme étant en préparation au travail et perdrait donc la
reconnaissance de sa contrainte sévère de santé, peu importe son éloignement du
marché du travail. Une telle situation, pour nous, est absurde. Elle est
contre-productive. Les personnes doivent être encouragées à essayer de
travailler, même si elles ont des contraintes sévères de santé. Et c'est
d'autant plus vrai que, pour beaucoup de personnes, ces personnes-là pourraient
travailler qu'à temps partiel de toute façon, elle n'aurait donc pas les moyens
de subvenir à leurs besoins. Dans un tel contexte, il nous semble injuste de
leur refuser la reconnaissance de la contrainte sévère de santé. Pensons que
l'article 25 doit être amendé pour retirer les éléments liés à la
préparation et à l'intégration au travail et que le maintien au travail doit
être qualifié par le critère de travail à temps plein.
Enfin, l'article 25 retire la
reconnaissance de contraintes temporaires de santé aux parents d'enfants
handicapés, aux proches aidants et aux personnes victimes de violence conjugale
qui sont en maison d'hébergement. Nous comprenons que la ministre a l'intention
d'inclure ces personnes dans un projet de règlement, mais, à notre avis, il est
préférable de les maintenir à l'article 53 de la loi. À défaut, si la
ministre tient réellement à leur donner accès à... tient réellement à
inclure...
10 h (version révisée)
M. Ragot (Samuel) : ...dans un
projet de règlement, bien, nous l'invitons à donner accès à ces populations au Programme
de revenu de base plutôt qu'une simple reconnaissance de contraintes
temporaires. L'accès au Programme de revenu de base étant réglementé par le
même règlement, la modification sera tout aussi facile à faire.
Mme Duranleau (Amélie) : En
ce qui concerne les plans d'intervention, nous apprécions la volonté
gouvernementale de mieux accompagner les prestataires et d'humaniser l'intervention
du ministère. Toutefois, il est crucial que le ministère travaille avec les
autres ministères et organismes gouvernementaux du Québec puisque des plans d'intervention
existent déjà dans d'autres sphères. Par exemple, des plans existent en santé
et services sociaux ainsi qu'au niveau de l'Office des personnes handicapées du
Québec. Il ne faut donc pas dupliquer, mais plutôt viser la complémentarité.
Par ailleurs, nous tenons à souligner la pertinence d'élargir le programme
Objectif emploi à tous les prestataires. Ce programme a prouvé sa pertinence
pour aider les prestataires à sortir de la pauvreté et à réintégrer le marché
du travail. Il faut toutefois s'assurer d'adapter ce programme aux besoins des
personnes plus éloignées de l'emploi dont certaines personnes qui ont une
déficience intellectuelle.
La SQDI a produit un avis en lien avec le
renouvellement de la Stratégie nationale pour l'intégration et le maintien en
emploi des personnes handicapées. Il nous fera plaisir de suggérer à la
ministre plusieurs mesures afin de bonifier les programmes pour les
prestataires du futur programme d'aide financière de dernier recours.
M. Ragot (Samuel) : En ce qui
a trait aux modalités de fonctionnement des programmes, nous reconnaissons que
des avancées ont été faites. Toutefois, elles restent encore trop limitées à
nos yeux. Par exemple, l'individualisation partielle des prestations et les
quelques assouplissements liés à la proche aidance sont pertinents mais ne sont
pas suffisants. À notre avis, il aurait fallu revoir entièrement le concept de
vie maritale et pleinement... individualiser les prestations. De façon
similaire, nous ne sommes pas certains si les propositions, en lien avec la
révision des dettes et les fausses déclarations, seront réellement porteuses d'améliorations,
les différences sémantiques étant absolument difficiles à évaluer en l'état.
En fait, le plus frappant en lien avec les
modalités de fonctionnement des programmes est vraiment l'absence d'une réelle
simplification à nos yeux. Même en fusionnant deux programmes, il restera tout
de même trois catégories de prestataires, avec des règles différentes, et il n'est
pas clair en quoi un tel choix résultera en une simplification des démarches et
de la gestion du programme. Nous aurions préféré voir un élargissement du Programme
de revenu de base pour toutes les personnes ayant des contraintes sévères ainsi
qu'un élargissement des modalités de fonctionnement de ce programme aux autres
programmes. En l'état, il ne nous semble pas clair que les solutions proposées
régleront réellement quoi que ce soit.
Mme Duranleau (Amélie) : Afin
de conclure, Mme la Présidente, nous pensons que le projet de loi 71 peut
être amélioré. Malgré toutes nos critiques et réserves, nous saluons l'intention
de la ministre de miser sur l'accompagnement et sur le soutien aux
prestataires. Nous pensons qu'il s'agit de la bonne direction à prendre. Bien
entendu, nous aurions aimé voir d'autres changements à la loi et nous avons des
propositions pour améliorer le projet de loi afin de mettre en marche le
changement de culture au sein des programmes d'aide financière de dernier
recours.
Mme la Présidente, fidèles à nos
habitudes, nous nous tenons à votre disposition... de la ministre et de la
commission pour faire en sorte de bonifier ce projet de loi. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter notre période d'échange.
Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Bien, merci
beaucoup, Mme la Présidente. Et merci beaucoup de votre présence et de tous vos
commentaires, du travail que vous avez effectué, là, pour venir nous faire part
de vos... de ce que vous considérez comme bon, très bon, moyen.
J'aimerais savoir... Bon. Dans la remise
en mouvement, là, des personnes qui ont une déficience intellectuelle, d'après...
d'après vous, combien de temps faut-il pour qu'une personne puisse intégrer un
emploi, puisse... Combien de temps faut-il pour qu'une personne soit bien
intégrée, puisse avoir une certaine autonomie?
Mme Duranleau (Amélie) : C'est
vraiment relatif d'un individu à l'autre, là. Il faut comprendre qu'on ne veut
pas mettre de limite de temps, mais bien adapter le temps aux besoins particuliers
des personnes qui ont une déficience intellectuelle. Pour certaines, ça peut
être quelques mois et, pour d'autres, ça peut être plusieurs années. Donc, ce
qu'on aimerait, c'est voir une certaine flexibilité à ce niveau-là.
Mme Rouleau : OK. Vous avez
parlé du PRB, Programme de revenu de base, pour les personnes qui sont... qui
ont des contraintes très sévères, très, très sévères, et vous... vous voulez,
vous souhaitez que le PRB soit élargi à tous les prestataires, c'est ce que je
comprends?
M. Ragot (Samuel) : Pas
exactement, Mme la ministre.
Mme Rouleau : Pouvez-vous
expliquer un petit peu plus ce que vous... ce que vous voulez proposer?
M. Ragot (Samuel) : Oui,
absolument. Ce qu'on propose, c'est que les personnes qui ont des contraintes
sévères à l'emploi actuellement aient accès au Programme de revenu de base, sans
passage par le Programme de solidarité sociale. Donc, si vous aviez un
programme à couper, entre guillemets, ce serait le Programme de solidarité
sociale <pour donner accès...
M. Ragot (Samuel) :
...sans
passage par le Programme de solidarité sociale. Donc, si vous aviez un
programme à couper, entre guillemets, ce serait le Programme de solidarité
sociale >pour donner accès au Programme de revenu de base à la place.
Une des raisons pour laquelle on propose ça, c'est que le Programme de revenu
de base est largement fiscalisé. Donc, toute personne qui travaillerait, qui
aurait des revenus, générerait... paierait de l'impôt et donc viendrait générer
une sorte d'équité entre les contribuables et une sorte d'équité entre les
personnes qui sont prestataires.
• (10 h 10) •
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
Mme Rouleau : Question :
Croyez-vous que, dans les contraintes temporaires qui existent aujourd'hui,
avoir 58 ans est une contrainte à l'emploi?
M. Ragot (Samuel) : Bien,
écoutez, je pense qu'on peut reconnaître, et ça a été reconnu par le
gouvernement du Québec, là, l'âgisme est quelque chose qui existe, c'est
quelque chose, là, qui est bien présent. Après ça, est-ce qu'avoir 58 ans
versus 59 ans... Il y a d'autres groupes qui vont pouvoir se prononcer
là-dessus, nous, on n'est pas des experts sur cette question-là. Donc, je vous
conseillerais de demander à ces autres groupes.
Mme Rouleau : Bien sûr, je
vais poser la question à d'autres organismes aussi. Vous avez parlé de
différents plans qui existent à travers le gouvernement, avez-vous... avez-vous
des recommandations sur des... une façon, un fonctionnement plus efficace, des
recommandations à faire, à intégrer, par exemple, dans notre notre orientation,
de mieux accompagner les personnes qui sont en situation de précarité? Avez-vous,
à travers les différents plans que vous avez analysés, vu des façons de faire
que nous devrions adopter dans notre façon de faire?
Mme Duranleau (Amélie) : Bien,
une des recommandations qu'on a amenée en entrée de jeu, c'est vraiment de
s'assurer qu'il y a une complémentarité, parce que ça peut être très variable
d'une personne à l'autre. Certaines personnes peuvent avoir déjà un plan
d'intervention, par exemple avec l'Office des personnes handicapées du Québec,
d'autres non. Donc, dans l'ensemble, on pense que c'est vraiment une bonne
idée, de sortir du punitif, faire de l'accompagnement est toujours quelque
chose de vraiment très positif. Mais je vous dirais que, tu sais, on n'est pas
allés dans le très, très concret à ce niveau-là. Somme toute, tu sais, ce qu'on
vise, c'est qu'il y a vraiment cette... une complémentarité puis un partage
d'information qui soit le plus facilitant pour le prestataire.
De façon générale, on demande à ce que les
plans soient bien établis. Puis aussi, ce n'était pas nécessairement très clair
sur qu'est-ce qu'on veut avec ce plan d'intervention individualisé, c'est quoi,
ses objectifs, puis à qui... comment ça s'adresse aussi. Donc, ça pourrait être
un élément de précision important.
M. Ragot (Samuel) : Si je
peux préciser, Mme la ministre. Puis je pense que c'est important de ne pas
demander aux personnes qui vivent dans la vulnérabilité ou dans la précarité de
répéter tout le temps à l'infini les difficultés auxquelles elles sont
confrontées. Puis ça, c'est quelque chose qui est très important. Les parents,
les personnes en situation de handicap sont souvent confrontés à cette
difficulté-là, de devoir réexpliquer, de devoir reremplir des formulaires, de
devoir réexposer les traumatismes qu'elles peuvent vivre, et ça, c'est quelque
chose qui est vraiment important d'éviter le plus possible. Donc, on a déjà un
certain nombre de plans. Il faut faire un maillage. Il faut essayer
d'accompagner les personnes sans avoir à les retraumatiser, sans avoir à aller
redemander une panoplie d'informations qui existent déjà par ailleurs.
Mme Duranleau (Amélie) : Oui.
Puis je pourrais ajouter à ce que dit Samuel aussi, que c'est toute une
question d'humanisation aussi. Donc, le plan d'intervention est très
intéressant, mais s'il est fait de la bonne façon, en mettant la personne au
cœur même de la démarche avec des principes d'autodétermination, là, qu'on
recommande à chacune des étapes de la vie de la personne, là.
Mme Rouleau : OK. Un bon
accompagnement social, ce serait quoi?
M. Ragot (Samuel) : C'est une
bonne question. Un bon accompagnement social, bien, je pense que ce serait déjà
permettre aux gens de sortir de la pauvreté en partant, ce qui n'est pas le cas
des programmes actuels, donc, déjà une première cible à atteindre. Un bon
accompagnement social, c'est quelque chose qui n'est probablement pas basé sur
la contrainte. Donc, on a vu le programme Objectif emploi quand il a été créé,
il était obligatoire, il ne l'est plus, c'est tant mieux. Mais viser sur les
forces des personnes, sur les compétences, mais aussi... Bon. Quand on parle
par exemple, nous, des plateaux de travail, des stages, ce qu'on dit, c'est :
Ça prend un programme clair de formation avec des objectifs clairs, mais aussi
des objectifs qui sont possibles à atteindre. Donc, ça ne sert à rien de
viser... Si vous demandez à un poisson de voler, il n'y arrivera pas, il
n'atteindra pas ce résultat-là, évidemment.
Donc, il faut s'adapter aux capacités des
personnes, il faut s'adapter à leurs aspirations aussi. Et je pense que c'est
important de le nommer. Puis vous l'avez nommé vous-même dans le projet de loi,
dans votre mémoire, au Conseil des ministres : Ce n'est pas juste
l'emploi. Il y a des personnes qui ne travailleront pas à temps plein en
emploi. C'est quelque chose qui existe, il faut le reconnaître. Et, dans ce
contexte-là, bien, ça peut être de leur trouver des activités qui sont stimulantes,
des activités de participation sociale, d'exercice de la citoyenneté, d'aller
dans la communauté, aider <les autres personnes...
M. Ragot (Samuel) :
...qui
sont stimulantes, des activités de participation sociale, d'exercice de la citoyenneté,
d'aller dans la communauté, aider >les autres personnes. Donc, il y a
toute une réflexion à avoir dans un continuum de services qui est aussi auprès
de d'autres ministères, dont le ministère de la Santé et des Services sociaux,
qui est auprès des organisations communautaires sur le terrain.
Donc, c'est vraiment un maillage à faire
avec tous ces acteurs-là pour s'assurer que les personnes puissent avoir une
vie digne, mais aussi avoir une vie riche comme les nôtres.
Mme Duranleau (Amélie) : Samuel
a tout dit. Puis évidemment ça prend des ressources aussi pour que cet
accompagnement-là soit optimal.
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui,
Mme la ministre.
Mme Rouleau : Pour vous, ça
se passe comment sur le terrain? Comment... comment les gens réagissent à cette
proposition du projet de loi?
Mme Duranleau (Amélie) : Bien,
pour toutes les organisations qu'on représente, là, pour tout ce qui est de
l'accompagnement, c'est généralement bien reçu, mais, évidemment, il y a
certains éléments, là, qui ne sont pas nommés dans le projet de loi. Donc,
c'est difficile de, je dirais, d'avoir une analyse qui est complète à ce
niveau-là. C'est beaucoup plus, par conséquent, qu'on va voir les résultats sur
le terrain. Puis évidemment c'est bien reçu, mais, toutefois, surtout pour les
organismes communautaires qui ont peu de financement, savent très peu comment
tout ça va pouvoir être appliqué de façon concrète... et qui développent
réellement aussi le rôle social actif de la personne. Donc, Samuel l'a
mentionné, mais, vraiment, qu'on évite la ségrégation des personnes puis
qu'elles puissent avoir réellement leur place dans la collectivité, qu'on les
amène vers l'emploi puis qu'on évite leur ségrégation aussi dans différentes
activités, que ça réponde, finalement, à leurs intérêts puis à leurs forces
également.
Donc, vraiment de le cibler en fonction
des individus et non d'un ensemble de personnes qui auraient le même
diagnostic.
M. Ragot (Samuel) : Si je
peux me permettre, il y a... une réforme sociale, c'est quelque chose qui est
extrêmement stressant pour les prestataires, pour les familles, pour les
personnes elles-mêmes. Il y a un effort de communication qui est gigantesque à
faire pour rassurer les personnes. On entend encore des personnes qui sont
admissibles au Programme de revenu de base puis qui ne croient pas que le
programme va aider leur situation. Ça fait pourtant plus qu'une année et demie
que le programme existe. Donc, il y a tout un effort de communication et de
rassurer le public, rassurer les personnes.
Il va falloir vraiment rentrer en
communication avec... leur expliquer le changement de la loi, vraiment, parce
que sinon on va avoir des drames qui vont se passer, c'est certain, des gens
qui ne vont pas comprendre les programmes, qui ne vont pas se prévaloir de
certaines mesures. Donc, cet effort de communication là, il est quasiment aussi
important que l'effort que vous avez mis pour écrire le projet de loi en tant
que tel.
Mme Rouleau : Il y a peut-être
des collègues qui aimeraient...
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui,
oui. Nous avions Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice. La parole est à
vous.
18071 Mme Tardif : Bonjour.
Premièrement, merci beaucoup, là, merci du travail que vous faites, merci du
travail des organismes aussi. On les aime beaucoup, on les aime beaucoup, ces
organismes-là. Il y en a partout, dans toutes les régions, là, et c'est
essentiel pour le bon développement et la santé d'une communauté. Donc, merci.
D'ailleurs, hier, je visitais le groupe Les Horizons Ouverts, qui ont un beau
plateau de travail, là, pour nos personnes qui vivent avec des DI ou avec des
troubles de l'autisme.
Est-ce que je comprends de ce que vous
vous comprenez ou ce que je peux déduire, c'est que ces problèmes-là, de santé
mentale ou de DI, vous... pour vous, dans la définition de l'article 25,
quand on parle de contraintes sévères de santé, ce ne serait pas un problème
sévère de santé, ce ne serait pas un problème de santé, mais un état qu'il
faudrait nommer et ajouter à cet article-là? Est-ce que je comprends bien?
M. Ragot (Samuel) : Oui.
Mme Tardif : Parfait. Et vous
nous demandez aussi... vous dites, vous avez une recommandation, qui est la
recommandation 12, qui est très pertinente, mais qui est aussi très large,
et qui nous demande de s'assurer de former adéquatement les agents responsables
de la création et de la mise en œuvre et du suivi d'un plan d'intervention
individualisé. Qu'est-ce que vous nous proposez comme plan de formation?
Qu'est-ce que vous jugez que nos agents responsables, disons... Qu'est-ce qui
manque, actuellement? Qu'est-ce que vous proposez?
• (10 h 20) •
M. Ragot (Samuel) : Bien,
merci pour cette question. Je pense qu'il faut ramener un peu le contexte des
plans. Bon. Il y a beaucoup d'actes qui ressemblent certainement, de près ou de
loin, à des actes réservés à des travailleuses sociales ou des travailleurs
sociaux. Il y a un certain nombre, évidemment, de professionnels du ministère
qui sont des travailleurs sociaux et des travailleuses sociales, ce qui est
excellent, mais, de façon générale, ce qu'on voit, c'est que la culture,
actuellement, de ces programmes-là est plus axée sur le contrôle, sur la
vérification, sur le fait de s'assurer que la personne a bien le bon montant
dans son compte, qu'elle n'a pas dépassé. Et c'est un <changement de
culture...
M. Ragot (Samuel) :
...le
fait de s'assurer que la personne a bien le bon montant dans son compte,
qu'elle n'a pas dépassé. Et c'est un >changement de culture. Donc, si on
veut aller vers l'accompagnement, il va falloir miser sur la bienveillance,
mais aussi miser sur la compréhension des prestataires. On sait que la majorité
des prestataires, c'est majoritairement des personnes qui ont des troubles de
santé mentale ou qui sont en situation de handicap, pour la solidarité sociale,
le Programme de revenu de base. C'est les statistiques qu'on a. Donc,
premièrement, bien, comprendre ce qu'est une situation de handicap, mais aussi
comprendre la pauvreté. Il y a beaucoup de choses dans une situation de
pauvreté. Être pauvre, ça prend du temps, ça coûte cher, c'est difficile. Il
faut réussir à fonctionner de façon improvisée, souvent on est tout le temps en
train d'essayer de trouver la prochaine chose qui va nous permettre d'y
arriver.
Donc, il y a comme un changement de
paradigme, au-delà de la formation même, qui est vraiment très pertinent, qu'il
faut le souligner, je pense que c'est très important. Mais, en termes de
formation, bien, ça va prendre de la formation sur comment interagir de façon
plus humaine, plus inclusive, plus soutenante et s'assurer, évidemment, que les
plans, bien, répondent aux besoins des personnes puis qu'on n'ait pas... Ce qui
est important, c'est de ne pas imposer des choses aux personnes qui ne
correspondent pas à leurs besoins ou de ne pas restreindre certains services
par le biais d'un plan d'intervention.
La Présidente (Mme D'Amours) : Mme
la députée d'Abitibi Ouest, vous vouliez intervenir?
Mme Blais (Abitibi-Ouest) : Merci,
Mme la Présidente. Il reste combien de temps?
La Présidente (Mme D'Amours) : Trois
minutes.
Mme Blais (Abitibi-Ouest) : Parfait.
Alors, dans un premier temps, je tiens à vous remercier de la présentation de
votre mémoire et surtout souligner le travail exceptionnel que vous faites
auprès de la déficience intellectuelle. Alors, ma question est très simple. Je
me base sur... dans votre mémoire, à la recommandation 4 qui dit «fonder
la reconnaissance des contraintes sévères sur un rapport psychosocial, appuyé
par des diagnostics médicaux, rendre ce rapport facile, remplir pour les
prestataires et pour les professionnels de la santé». Quel serait le rapport
idéal à remplir?
M. Ragot (Samuel) : Le
rapport idéal à remplir, c'est une bonne question, c'est une question qu'on
avait abordée quand on a eu les travaux sur le Programme de revenu de base. Ce
qui a été clair, c'est qu'il n'y a pas de rapport idéal, parce qu'un rapport,
ça va rester compliqué par définition. Cela dit, les contraintes
psychosociales, bien, ça peut être de documenter les déterminants sociaux de la
pauvreté ou de la santé, par exemple, de permettre une certaine flexibilité.
Actuellement, c'est très axé sur le médical, et les évaluations du comité
d'évaluation sont assez difficiles à passer. Ce qui a été proposé, c'était
vraiment d'essayer de comprendre l'entièreté de la situation de la personne, de
comprendre qu'est-ce qui constitue son environnement, qu'est-ce qui constitue
les déterminants qu'elle a ou qu'elle n'a pas pour réussir à être incluse en
emploi, par exemple. Donc, un rapport médical, un rapport optimal, je pense que
ça n'existe pas. Par contre, ce qu'on peut faire, c'est aussi reconnaître
certains autres rapports qui existent déjà. Donc, on a des gens, par exemple,
qui ont une tutelle, mais il y a déjà eu des rapports psychosociaux qui ont été
faits. Est-ce qu'on peut reprendre ces rapports-là plutôt que de demander à la
personne de répéter à l'infini, encore une fois, des informations qu'on a déjà...
qui ont déjà été approuvées, par ailleurs, par la cour?
Donc, il y a des choses comme ça qu'on peut
faire, outre la simplification d'un formulaire. Un formulaire, ça va rester
compliqué. C'est de l'administration publique, c'est normal, ça vient avec. On
veut s'assurer que les programmes soient bien paramétrés.
Mme Blais (Abitibi-Ouest) : Et,
lors de votre présentation, vous avez cité que vous vouliez un projet de loi
plus humanitaire. J'aimerais vous entendre sur le plus humanitaire. Qu'est-ce
que ça veut dire?
M. Ragot (Samuel) : Bien,
écoutez, je pense qu'on veut aller... Si on veut réellement rendre ces
programmes-là plus humains, premièrement, il faut sortir les personnes de la
pauvreté. C'est la chose la plus absolue, là, de façon très, très, très
pratico-pratique. On n'est pas au niveau de la mesure du panier de
consommation. On est très loin, en fait, de la mesure du panier de
consommation, qui est le seuil de pauvreté au Canada. Donc, commençons par ça.
Évidemment, c'est une mesure que le ministre des Finances va devoir appuyer.
Donc, on l'invite... il n'est pas là aujourd'hui, mais on l'invite à nous
écouter, parce que c'est dans ses mains majoritairement, ce n'est pas dans les
mains de la ministre a priori. Mais on va le répéter au ministre des Finances,
même s'il a refusé de nous rencontrer, on va lui renvoyer une autre lettre. Mais
c'est ça, commençons par donner plus d'argent aux gens, commençons par leur
donner la capacité de se sortir de la pauvreté, de se sortir de situations
difficiles.
Mme Blais (Abitibi-Ouest) : Selon
vous, c'est un projet de société?
M. Ragot (Samuel) : C'est
absolument un projet de société puis c'est un projet de société qui devrait
être porté par tout le monde dans cette pièce-là. Et je pense qu'il l'est, par
ailleurs, mais évidemment on aimerait avoir encore plus d'encouragement et un
petit peu plus de volonté pour y arriver.
Mme Blais (Abitibi-Ouest) : Je
vous remercie.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Maintenant, je vais céder la parole à la députée de
Notre-Dame-de-Grâce pour une période de 10 min 24 s.
Mme McGraw : Parfait. OK. Oui,
bon. Donc, merci, Mme la Présidente. Et merci beaucoup... Je remercie Mme
Duranleau et M. Ragot pour votre... de la SQDI, pour votre présentation, pour
votre présence aussi ce matin, en commission, et pour votre mémoire très
détaillé. On comprend que vous n'avez pas eu beaucoup de temps pour le
préparer, mais c'est excellent. <Le délai était très court...
Mme McGraw :
...mémoire
très détaillé. On comprend que vous n'avez pas eu beaucoup de temps pour le
préparer, mais c'est excellent. >Le délai était très court. Écoutez,
beaucoup de questions. Peut-être, une première question, c'est que la réforme,
essentiellement, est à coût nul. Alors, j'aimerais vous entendre,
financièrement, pour vous, les personnes qui vivent avec une déficience
intellectuelle, des gens que vous représentez, quels seraient les impacts de
cet... les plus d'humains de cet exercice à coût nul?
M. Ragot (Samuel) : Très
difficile à dire. On a beaucoup de choses qui sont dans les projets de
règlement futurs, et on n'a pas d'intention réglementaire ce matin à discuter,
donc, très difficile à dire. Mais évidemment la pauvreté, ce n'est pas une
question de mesures administratives, ce n'est pas une question de règlement,
c'est une question d'argent beaucoup, hein, veux veux pas. Il y a certaines
choses quand même qu'il faut reconnaître dans le... Bon. Évidemment, là, on se
base sur le mémoire qui a été envoyé au Conseil des ministres, il y avait des
mesures qui étaient intéressantes financièrement dans ce mémoire-là, donc, je
pense qu'il faut donner ce crédit-là. C'est important d'être juste pour nous.
Évidemment, on a les réserves qu'on a par rapport à l'article 25,
notamment la perte de contraintes sévères de santé ou à l'emploi, peu importe
comment on les appelle, et ça, ce serait quelque chose. La perte de ces
contraintes, de la reconnaissance de ces contraintes peut avoir un impact
vraiment important. Quand on n'a pas de reconnaissance des contraintes sévères
à l'emploi, on ne peut jamais arriver au Programme de revenu de base. Et le Programme
de revenu de base est actuellement un des meilleurs programmes au Canada.
Mme McGraw : Merci de le
reconnaître. Donc, effectivement, lorsque vous parlez de ces changements-là, le
Programme de revenu de base, c'est un programme de ce côté, et Objectif emploi,
de l'autre côté, avait des programmes un peu entre les deux. Mais là, avec les
changements qu'on propose, si je vous comprends bien, vous dites que,
maintenant, pour les personnes futures qui pourraient participer au PRB qu'on
reconnaît comme étant un excellent programme. C'est où, le pipeline,
effectivement, pour Programme de revenu de base? C'est quoi, l'impact sur ce
programme qu'on reconnaît comme étant excellent?
M. Ragot (Samuel) : En l'état
actuel des choses, notre compréhension du projet de loi est que, si vous
avez... vous participez à un programme de préparation ou d'intégration, de
maintien en emploi, même à temps partiel, même si vous n'êtes pas payé, vous
perdez votre contrainte sévère à l'emploi. Donc, si vous perdez votre
contrainte sévère à l'emploi, il n'y a pas de compteur pour aller vers le
programme de revenu de base, ça s'arrête. Donc, essentiellement, ce qu'on... je
pense qu'on pourrait penser, sous toutes réserves, qu'il y aurait plus de
personnes à la solidarité sociale actuelle, donc plus de nouveaux prestataires
du Programme de revenu de base, à part les quelques personnes qui viendraient
par le supplément pour enfants handicapés nécessitant des soins exceptionnels.
Mme McGraw : Donc, merci.
Votre deuxième recommandation est sur le fait de changer le mot «insertion» par
le mot «inclusion». Alors, quelle est la différence pour la population vivant
avec une déficience ou un handicap?
Mme Duranleau (Amélie) : ...pardon.
Il y a toute la question des adaptations dans l'environnement aussi, où la
personne évolue, développe son plein potentiel. Donc, quand on parle
d'insertion, ça prend moins en compte, en fait, toutes les modifications qu'on
peut faire, les accommodements qu'on peut apporter, les adaptations. Donc,
l'inclusion, c'est vraiment de faire en sorte que l'environnement peut être
adapté à tous. Donc, c'est pour ça qu'on encourage davantage le terme «inclusion»
qu'«insertion».
M. Ragot (Samuel) : Si je
peux me permettre aussi, pour prendre une image très, très simple, là,
l'exclusion, ce n'est ne pas être dans l'Assemblée nationale, l'intégration, c'est
être en arrière puis regarder ce qui se passe, puis l'inclusion, c'est être
capable de vous parler aujourd'hui.
Mme McGraw : Donc, c'est
aller plus loin et faire des démarches vraiment, des gestes vraiment...
M. Ragot (Samuel) : C'est
faire partie de la communauté, c'est être intégré, c'est d'être vraiment inclus
comme une personne, comme tout le monde, d'avoir sa chance de participer à la
société, de participer à la vie démocratique et à la vie communautaire, à la
vie collective.
Mme McGraw : Justement, vous
avez parlé de participer à la vie démocratique. On s'aperçoit que beaucoup va
se faire par règlement et, contrairement au gouvernement libéral qui avait
publié, lors de sa réforme, les intentions réglementaires, aucune intention
réglementaire n'a été publiée en lien avec ce projet de loi. Est-ce qu'on peut
vous entendre là-dessus? Quels seraient vos souhaits? Parce qu'on n'a pas les
intentions réglementaires. Quels seraient vos souhaits dans les règlements en
lien avec ce projet de loi?
M. Ragot (Samuel) : C'est sûr
que c'est... ça a rendu l'analyse du projet de loi plus difficile, de ne pas
savoir exactement où est-ce que... qu'est ce qui allait être dans un projet de
règlement futur. Mais je pense qu'outre cet aspect-là on parle de populations
qui sont plus vulnérables, on parle de populations qui sont à l'intersection de
problèmes sociaux, parfois de violence conjugale, par exemple. Et quand on
protège ces personnes-là dans la loi, la protection est plus grande que dans un
projet ou dans un règlement, évidemment. Un règlement se change en
45 jours. C'est très opaque comme processus. On a soumis des mémoires par
rapport à des projets de règlement. On n'a jamais vraiment su ce qui se passait
après, <à part consulter...
M. Ragot (Samuel) :
...change
en 45 jours. C'est très opaque comme processus. On a soumis des mémoires
par rapport à des projets de règlement. On n'a jamais vraiment su ce qui se
passait après, à >part consulter la Gazette officielle.
• (10 h 30) •
Donc, quand on veut protéger des
populations qui sont vulnérables ou quand on veut protéger des populations qui
sont en quête d'équité, la meilleure chose, c'est de le faire dans la loi parce
que c'est plus difficile à modifier.
Mme McGraw : Merci. Vous avez
parlé de... du PRB. Vous avez parlé un moment d'accès... sans accéder à la
solidarité sociale, de pouvoir accéder directement au Programme de revenu de
base, et aussi les pénalités et certains éléments. Je ne sais pas si vous
pensez mon projet de loi 693, où on prend des éléments de calcul du PRB
cumulatif plus élevé, pour les amener au même... à la même clientèle,
effectivement, de solidarité sociale. Là, tout ça, ça va changer avec ce projet
de loi.
Alors, avec ce qu'on propose, que pensez-vous...
ou est-ce que vous avez des suggestions pour justement ne pas pénaliser ces
personnes avec des contraintes sévères, qui sont quand même... peut-être, ils
ont la capacité, si elles ont la capacité d'aller chercher un peu plus d'argent
pour eux-mêmes, en pleine crise de coût de la vie, mais aussi en pleine, aussi,
pénurie de main-d'oeuvre, pour aller soutenir aussi l'économie et la société?
M. Ragot (Samuel) : Bien,
écoutez, une chose est claire, le Programme de revenu de base, encore une fois,
c'est un des meilleurs programmes qu'on a au Canada. C'est un programme qui
vise vraiment le fait de donner une chance aux personnes, de leur donner une
chance de travailler, mais aussi de vivre avec un conjoint ou une conjointe
sans avoir de pénalité excessive. Si on avait un programme à garder parmi tous
les programmes qui existent dans la province actuellement, ce serait le Programme
de revenu de base, parce que c'est le programme qui permet aux gens de
travailler, et c'est le programme qui permet aux gens de payer de l'impôt.
Payer de l'impôt, c'est une excellente nouvelle, ça veut dire qu'on n'est plus
dans la pauvreté extrême. Donc, s'il fallait qu'on ait un programme, ce serait le
Programme de revenu de base.
Le gouvernement du Québec a fait des
excellentes avancées en lien avec l'encadrement réglementaire du PRB. Je pense
qu'on peut tout à fait s'en inspirer, tout à fait généraliser certaines des
pratiques qui sont au PRB.
Mme McGraw : Parfait. Je vais
revenir, parce qu'il nous reste, je pense, trois minutes à peu près, Mme la
Présidente?
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
Mme McGraw : Vous avez... Je
veux aller sur le... Vous avez... vous proposez de renommer ou de revenir à
«contraintes sévères à l'emploi» en contrainte... Pardon. Le projet de loi
renomme «contraintes sévères à l'emploi» en «contraintes sévères de santé»,
mais vous souhaiteriez inclure les contraintes psychosociales et autres, donc,
pas juste des raisons médicaux. Ça fait qu'on a élargi les personnes qui vont
pouvoir prendre des décisions, ce qui est une bonne chose, mais on rétrécit
justement les contraintes. Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus, parce que
je sais que c'est un point crucial pour votre organisme et les gens que vous
représentez.
M. Ragot (Samuel) : Oui, bien
certainement. Encore une fois, la santé, bon, on peut avoir un débat sur la
définition de l'Organisation mondiale de la santé, sur ce qu'est la santé, on
ne le fera pas maintenant. Mais reste que les contraintes psychosociales, pour
la majorité des personnes sur le Programme de solidarité sociale, sont des
contraintes qui sont invisibles. Elles sont majoritairement liées au
fonctionnement de la personne, mais ce n'est pas... ce n'est pas une personne
en fauteuil roulant, ce n'est pas une personne qui a une canne, c'est une
personne qui a de la difficulté à être en emploi, pour plein de raisons. Puis
ça peut être que le milieu de l'emploi n'est pas inclusif encore, ça peut être
qu'il n'y a pas de programme qui existe pour soutenir ces personnes-là, mais
ces contraintes-là sont dans l'environnement, elles sont dans l'environnement
de la personne, elles sont dans son environnement social et parfois elles sont
dans la personne aussi au niveau psychosocial.
Donc, ce n'est pas juste la santé, ce
n'est pas juste une question de : Cette personne-là a le bras cassé, on
est capable de le diagnostiquer, c'est facile à faire. Un diagnostic
psychosocial, ça prend en compte tous les déterminants sociaux de la santé,
tous les déterminants sociaux du bien-être, parce que la santé inclut le
bien-être physique, mental et émotionnel. Donc, c'est vraiment important
d'aller un petit peu plus large. Et c'est très intéressant parce que la
ministre l'avait mis dans son mémoire au Conseil des ministres. Donc, on fait
juste souligner ça puis dire : Bien, adaptons la réalité de ce qui est sur
le papier...
Mme McGraw : Il reste 50 secondes,
donc je vous le laisse. Est-ce qu'il y a quelque chose que vous voulez ajouter
ou amener à l'attention de la commission et de la ministre en conclusion?
M. Ragot (Samuel) : Écoutez,
ce n'est pas un mauvais projet de loi. On n'est pas là... nous, on n'est pas là
pour donner des slogans coups-de-poing, on n'est pas là pour faire les
manchettes, on est là pour vous aider à améliorer le projet de loi. C'est ça
qui est important pour nous. On pense qu'il y a du bon dans le projet de loi,
mais qu'il faut faire des amendements. Puis on a 21 ou 22 recommandations.
Donc, vous aurez le loisir, là, en étude détaillée, de passer dedans,
j'imagine.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole à la députée de Sherbrooke. La parole
est à vous pour 3 min 28 s.
Mme Labrie : Merci. Je vais
revenir sur la question des plateaux de travail, que vous avez abordée avec des
collègues. Donc, si j'ai bien compris votre inquiétude, des personnes qui sont
sur des plateaux de travail actuellement, à cause de la formulation de
l'article 25, pourraient perdre la reconnaissance de leurs contraintes de
santé, et puis ça a des impacts... pas juste à court terme, mais à très long
terme aussi pour eux. La recommandation 7 que vous nous formulez...
10 h 30 (version révisée)
Mme Labrie : ...la
reconnaissance de leurs contraintes de santé. Puis ça a des impacts, pas juste
à court terme, mais à très long terme aussi pour eux. La recommandation 7,
que vous nous formulez, de formulation, pour vous, ça, c'est le changement incontournable
à faire pour permettre aux personnes sur des plateaux de travail d'avoir accès
à cette reconnaissance-là encore. C'est bien ça?
M. Ragot (Samuel) : Pas juste
les plateaux de travail, toute personne qui est en préparation. Actuellement, c'est
important, le ministère de la Santé reconnaît les plateaux de travail comme des
activités de préparation à l'emploi. Donc, oui, il faut changer cet article.
Mme Labrie : Ça représente
combien de gens?
M. Ragot (Samuel) : Bien, plusieurs
milliers de personnes, très certainement.
Mme Duranleau (Amélie) : Donc,
ça peut être une personne aussi, par exemple, qui va recourir à des services d'un
organisme en employabilité, là. C'est... Ça fait partie de la préparation en
emploi. Donc, oui, plateaux de travail, stages en entreprise, mais aussi tout
soutien aussi dans une démarche, là, de préparation en emploi.
Mme Labrie : OK. Je veux vous
amener aussi sur un autre élément de l'article 25 où on vient éliminer,
là, de la liste, là, certaines personnes. Il y a notamment les parents d'enfants
handicapés là-dedans. Qu'est-ce que ça peut représenter, pour ces familles-là,
de ne plus se faire reconnaître automatiquement cette contrainte, en termes de
démarches administratives, là, pour... ou de capacité à travailler, vraiment?
M. Ragot (Samuel) : C'est
toujours plus compliqué de devoir prouver quelque chose que de l'avoir
automatiquement. Particulièrement au niveau de la fonction publique, c'est... c'est
toujours des formulaires de plus, c'est toujours quelque chose de plus. Est-ce
que ça va être dans un règlement? C'est possible, mais personnellement, je préfère
que ce soit dans une loi que dans un règlement. Ça rassure les personnes,
notamment.
Mme Labrie : Puis, pour les
réalités que vous connaissez, là, les parents d'enfants handicapés, est-ce qu'ils
sont aptes au travail?
M. Ragot (Samuel) : Encore
une fois, c'est une question de l'environnement de la personne. Dans ce... Dans
ce cas-ci, nous, ce qu'on aimerait voir, c'est que les personnes proches
aidantes aient accès au Programme de revenu de base. Ça simplifierait leur vie
grandement, ça sécuriserait leur sécurité financière et ça viendrait vraiment
rendre les choses plus faciles pour... pour ces parents-là.
Mme Duranleau (Amélie) : Quelques...
Quelques notes aussi, là, pour les parents d'enfants... d'enfants en situation
de handicap ou les proches aidants qui ont des contraintes temporaires aussi. Donc,
il y a eu le retrait de l'alinéa 3, 7 et 9, qui garantissaient aux
personnes... aux personnes qui ont des enfants handicapés ou qui sont des
proches aidantes ou des personnes qui vivent avec la violence conjugale et qui
résident en ressources d'hébergement une contrainte temporaire à l'emploi.
Donc, enlever ces dispositions-là, pour nous, même les... pour les réintégrer
dans un projet de règlement, viendrait fragiliser leur protection et leur
sécurité financière. Donc, on parle aussi de femmes ou même d'hommes qui ont
une déficience intellectuelle, qui sont plus à risque de violence, de violence
conjugale, de violence sexuelle. Donc, comme le disait Samuel, c'est impératif,
là, pour sécuriser leur parcours, là, de réintégrer ces dimensions-là.
Mme Labrie : Donc, il faut
reculer sur l'abrogation de ces... alinéas-là, donc.
Combien de temps?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
Mme Labrie : 50 secondes.
Je vous remercie. J'ai peut-être une question supplémentaire concernant les
contraintes psychosociales. Le fait que des professionnels de la santé différents
des médecins vont pouvoir procéder, vous, votre compréhension ou votre souhait,
en fait, est-ce que ça doit être seulement les professionnels du réseau de la
santé ou ceux des organismes communautaires également qui pourraient remplir
cette documentation-là pour faciliter la vie des gens?
La Présidente (Mme D'Amours) :
...
M. Ragot (Samuel) : C'est une
bonne question. Et, oui, ça pourrait être intéressant. Cela dit, je doute que
le gouvernement du Québec ouvre cette porte.
Mme Duranleau (Amélie) : Oui.
Puis c'est... c'est aussi... ça demande aussi... Il faut vraiment qu'il y ait
des balises qui encadrent cette pratique-là. Donc, évidemment, oui, peut-être
des organismes communautaires, mais il faut avoir l'expertise pour le faire
aussi. Donc, il faut être vigilants à ce niveau-là aussi, vraiment.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
merci infiniment. Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon pour une
durée de 2 min 38 s.
M. Paradis : J'aimerais, moi aussi,
continuer sur l'article 25 du projet de loi, qui modifie l'article 53.
Vous nous dites que vous êtes extrêmement préoccupés par la présence d'un
nouveau critère, c'est-à-dire que la prestation de base qui est augmentée est
une allocation pour contrainte sévère, si la personne, donc, présente des
contraintes qui nuisent à la réalisation d'une activité de préparation à l'emploi,
d'insertion ou de maintien à l'emploi. Donc, vous dites : Non seulement ce
n'est pas clair, ce que ça veut dire, de quelles activités il s'agit, mais
surtout, vous dites que «dans l'état actuel, ça risque de dissuader fortement
les tentatives d'accès à l'emploi pour les personnes ayant une déficience
intellectuelle et pour les personnes ayant des contraintes sévères à l'emploi».
Pourriez-vous élaborer là-dessus, sur le risque qui vous semble très, très,
très important que ça n'aide pas, cet article-là, que ça nuise?
M. Ragot (Samuel) : Oui.
Bien, il faut savoir qu'à... à l'heure actuelle on peut... une personne
prestataire de la solidarité sociale peut travailler, avoir une prestation de
0 $ tout en gardant son carnet de réclamation, ses médicaments, son
dentaire, par exemple. Ce qu'on voit actuellement, c'est que, si la personne n'a
plus sa reconnaissance, essentiellement, elle perd... elle perd l'argent de
plus qu'elle a, qu'elle reçoit, mais aussi, elle va perdre la capacité à
accumuler <des...
M. Ragot (Samuel) :
...elle
va perdre la capacité à accumuler >des mois pour accéder au Programme de
revenu de base. Et on sait que l'objectif, pour beaucoup de personnes qui ne
pourront pas travailler à temps plein, ultimement, c'est de ne pas rester sur
la solidarité sociale. C'est d'aller vers le Programme de revenu de base pour
vivre de façon plus digne. Donc, si on va vers ça, bien, évidemment,
premièrement, il n'y aura plus personne qui ira au Programme de revenu de base,
puis deuxièmement, bien, on est en train de fragiliser financièrement les
personnes.
• (10 h 40) •
M. Paradis : C'est à dire que
non seulement ce n'est pas une avancée, c'est un recul, même par rapport à la
situation actuelle.
M. Ragot (Samuel) : C'est
notre compréhension.
M. Paradis : Alors, vous nous...
vous nous recommandez d'abroger, de ne pas adopter cette... cette mesure-là.
Est-ce qu'à l'inverse il y a une... il y a une chose, il y a un pas en avant
qu'on pourrait faire relativement à ce fameux critère?
M. Ragot (Samuel) : Bien,
je... je pense qu'il faut être... il faut reconnaître que le fait que, bon, le
maintien à temps plein en emploi pourrait laisser sous-entendre qu'il n'y a pas
nécessairement une contrainte sévère à l'emploi, c'est... c'est peut-être
quelque chose qu'on pourrait faire. Nous, ce qu'on proposait, c'est d'ajouter
un qualificatif de «temps plein». Donc, «un maintien en emploi à temps plein»,
on peut faire une différence. Il y a des personnes qui ont des contraintes
sévères à l'emploi qui vont travailler à temps partiel. En dessous de
28 heures, c'est du temps partiel. Donc, on peut avoir des gens qui
travaillent à temps partiel. Mais, je pense, le plus important, c'est d'abroger
ce morceau de phrase et de rajouter le... qualificatif «temps plein».
M. Paradis : Très bien.
Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Donc, Mme Duranleau et M. Ragot, merci pour votre contribution à nos
travaux.
Et je suspends les travaux quelques
instants afin de permettre à nos prochains invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 41)
(Reprise à 10 h 46)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et maintenant je souhaite la bienvenue au Réseau des
carrefours jeunesse-emploi du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à
commencer votre exposé, s'il vous plaît.
M. Humbert (Rudy) : Mme la
Présidente, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, je suis Rudy Humbert,
directeur général du Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec.
Aujourd'hui, je suis surtout la personne honorée de vous alimenter sur nos
perspectives quant à la modernisation de l'aide sociale et les réalités
jeunesse.
À cet égard, permettez-moi tout d'abord de
vous partager le témoignage d'Emmanuelle :
«Je suis reconnaissante pour tout le
soutien, l'accompagnement et l'aide que j'ai reçus. En franchissant pour la
première fois le seuil du CJE, ma propre existence ne me donnait plus envie.
Aujourd'hui, je suis une femme forte, indépendante et accomplie, et rien ni
personne ne peut arrêter le feu qui brûle en moi.»
Comme Emmannuelle, chaque année, plus de
150 000 jeunes franchissent la porte de leur carrefour en quête
d'accompagnement et d'un avenir meilleur. Ils sont nombreux à n'avoir ni filet
social ni moyens suffisants pour poursuivre leurs études, trouver un emploi ou
simplement s'épanouir. Le parcours de beaucoup d'entre eux est semé d'embûches,
et les CJE sont souvent leur dernier recours. C'est alors pour permettre à tous
d'être accompagnés dignement que nous vous partageons nos réflexions.
Pour aborder la modernisation de l'aide
sociale, nous devons nous attaquer à la racine des enjeux. Ainsi, nos actions
doivent permettre d'intervenir à la fois sur les causes et sur les
conséquences. Dans une société qui a besoin des talents de tous, la pauvreté
est plus qu'un drame individuel, c'est une responsabilité collective. Et cette
responsabilité impose de comprendre les réalités, notamment celles des jeunes,
mais aussi des leviers disponibles pour s'en sortir.
Même si la pauvreté est une réalité
multidimensionnelle, sa dimension économique est incontournable. Toutefois, il
ne faut pas se limiter à la vision commune de la pauvreté envisagée uniquement
sous le prisme du manque de revenus. Il faut la considérer comme un manque de
capabilités. Nous proposons donc de voir le développement comme une extension
des libertés, autrement dit un élargissement des possibles, que le jeune a de
choisir la vie qu'il souhaite mener.
Nous sommes ainsi reconnaissants d'avoir
hérité d'un État providence. Et nous devons désormais bâtir pour les prochaines
années un projet pour la dignité, l'émancipation et l'espérance des jeunes.
Pour ce faire, il nous semble que nous devons embrasser trois principes :
d'abord, la prévention, qui attaque les inégalités avant qu'il ne soit trop
tard, car c'est tout à la fois plus efficace et plus juste, ensuite,
l'universalité, qui donne les mêmes droits à chacun et favorise l'égalité des
chances et l'inclusion, cela implique de s'attaquer aux discriminations parce
que c'est le seul moyen de rebâtir la confiance dans notre système, et enfin,
la dignité par l'accompagnement, le travail, la formation et la participation
sociale.
Les jeunes sont nombreux à croire qu'ils
font partie de la dernière génération à vivre confortablement et à se sentir
impuissants face aux problèmes de la société. Ainsi, développer la prévention
et l'investissement social, c'est leur redonner confiance et espoir et c'est
refuser que les enfants pauvres d'aujourd'hui soient les adultes pauvres de
demain. Nous devons faire le choix d'un Québec inclusif, ouvert à la mobilité
sociale, favorisant la coopération solidaire plutôt que la compétition
solitaire. Refusons l'exclusion des services, intégrons les parcours de vie,
prévenons les ruptures, offrons un accompagnement universel vers l'autonomie.
Nous pensons qu'il est impératif d'adopter
une perspective jeunesse. En effet, en date du 31 mars dernier, <c'est...
M. Humbert (Rudy) :
...En
effet, en date du 31 mars dernier, >c'est plus de
53 000 jeunes qui avaient eu recours à un programme d'assistance
sociale. On a eu une tendance à la baisse dans les dernières années, mais cette
proportion a tendance à croître récemment. Les jeunes sont donc de plus en plus
nombreux, mais on les voit de moins en moins. Ils traversent une période de
transition marquée par les défis économiques, sociaux, mais aussi écologiques
et technologiques qui ont un impact direct sur leur parcours vers l'autonomie.
• (10 h 50) •
Permettez-moi d'égrener quelques données
quant aux défis à relever. Les idées noires prennent racine chez eux. 24 %
des jeunes ont pensé qu'ils seraient mieux morts. 10 000 jeunes quittent
chaque année les bancs d'école sans diplôme. Nous vivons aussi une épidémie
silencieuse de solitude. La moitié de notre jeunesse vit de l'isolement. Leur
taux de chômage est en hausse fulgurante aussi dans les derniers mois. Il
atteint plus de 12 %. C'est plus du double du reste de la population. Et
80 % des pertes d'emplois du ralentissement économique ont été portées par
les jeunes de façon disproportionnée. Près d'un jeune sur deux vit de
l'insécurité alimentaire, et l'accès à la propriété est devenu une chimère.
Plus grave encore, au Canada, près de 6 000 jeunes dorment dans la
rue chaque nuit. Au-delà de ces chiffres, il y a des noms, des visages et un
cri du coeur. La moitié des jeunes considèrent qu'il n'y a plus d'espoir pour
l'humanité. Comment alors mettre en mouvement vers l'emploi, les études ou
l'engagement, quand ceux censés bâtir l'avenir n'y croient plus?
Si l'aide sociale constitue une ressource
clé, les jeunes entretiennent un rapport très hétérogène avec elle. Elle est
parfois vécue comme un droit ou un moyen pour subvenir à ses besoins, une aide
de dernier recours ressentie parfois avec humiliation, une tactique pour
accéder à d'autres biens et services ou encore une option qui est non envisagée
pour une question de principe.
Dans ce contexte où les besoins des jeunes
sont préoccupants, nous accueillons favorablement de nombreuses dispositions du
projet de loi qui pourraient avoir des retombées positives sur leur parcours.
Je nommerais notamment la révision du concept de «contrainte à l'emploi» pour
la remplacer par «contrainte à la santé». Dans notre environnement de crise de
santé mentale, cela devrait permettre d'améliorer la reconnaissance des
contraintes de nature psychosociale. Soulignons l'élimination de la
contribution parentale. C'est une avancée significative pour les jeunes en
rupture familiale et ceux des centres jeunesse, ce qui pourrait élargir leur
admissibilité à des mesures d'accompagnement. Mentionnons l'individualisation
des chèques pour les couples. Ça permet assurément de favoriser l'autonomie des
personnes et les aide à vaincre les enjeux de codépendance et de violence
conjugale. Nous accueillons très positivement la valorisation du retour aux
études avec les primes. On le sait, les prestataires sont généralement peu
scolarisés, 42 % d'entre eux n'ont aucun diplôme. Pour l'élargissement des...
du programme d'Objectif emploi, on reconnaît la nécessité d'intervenir de façon
importante auprès des demandeurs d'aide sociale pour un accompagnement
individualisé.
Tout en soulignant les avancées concrètes
que ce projet de loi permettrait, nous vous proposons quelques pistes de
réflexion pour saisir pleinement l'opportunité de développer le plein potentiel
des jeunes. Certaines réflexions pourraient dépasser le cadre du projet de loi,
mais elles nous semblent s'inscrire dans l'esprit de nos travaux.
Nous proposons de veiller à ce que les
jeunes ayant une expérience vécue de la pauvreté soient au centre de la
conception, de la mise en oeuvre et de l'évaluation des politiques mises en
place.
Nous devons aussi agir en prévention pour
briser les cercles de pauvreté. Il faut tisser un véritable filet, voire bâtir
un solage social. Pour y arriver, nous vous proposons un virage. Il se déploie
dans le projet carrefour jeunesse, une approche visionnaire pour l'avenir des
jeunes qui mise sur le caractère universel des CJE. Nous invitons aussi à
favoriser la réussite éducative en s'appuyant notamment sur les modèles des
écoles au carrefour pour accompagner les jeunes en rupture avec le système
formel d'éducation.
Principalement, il nous faut moderniser
les services publics d'emplois en faveur des jeunes. Rejoindre ceux éloignés du
marché du travail, ça nécessite du temps, des approches créatives et
spécifiques et l'établissement d'un lien de confiance. Or actuellement, nous...
nous faisons face à un réel risque d'effondrement de ces services. Des mesures
qui étaient dédiées aux jeunes ont disparu. Nous proposons alors la création
d'un groupe jeunesse dans le panier de services d'Emploi-Québec afin de
coconstruire des services d'employabilité à la hauteur des transformations du
marché du travail et pour accompagner les jeunes selon leurs besoins et leurs
aspirations et favoriser une intégration socioprofessionnelle qui soit
véritablement durable.
Objectif emploi. Nous suggérons de
conserver les suppléments et de renoncer aux sanctions prévues, considérant que
les prestations ne permettent pas de couvrir les besoins de base.
Nous devrions aussi envisager de sortir de
la conditionnalité. A minima, l'obligation qui engage le jeune prestataire
devrait être mutuelle, c'est-à-dire que l'État devrait aussi avoir l'obligation
d'offrir des services publics d'accompagnement adaptés au jeune et financés
adéquatement. Il nous apparaît aussi nécessaire d'accompagner les demandeurs
d'asile et de leur offrir un meilleur accès aux services publics, notamment à
ceux d'employabilité.
Nous valorisons la participation sociale
comme facteur de mise en mouvement. De nombreux jeunes doivent tout d'abord
stabiliser leur parcours de vie avant de parler d'études et de marché du
travail. Il faut aussi assurer la continuité et la complémentarité des services
dans les réseaux régionaux qui sont proposés dans le projet de loi.
L'accompagnement des jeunes nécessite effectivement une stratégie globale
d'intervention et ne peut pas être traité en silo. Nous suggérons alors
d'intégrer systématiquement une perspective jeunesse avec la participation des carrefours.
Nous devrions aussi sécuriser les parcours et rendre l'insertion en emploi
attractive, comme augmenter les seuils de revenus de travail admissibles, par
exemple.
Pour conclure, en dehors de la
partisanerie, nous sommes convaincus que tous les députés peuvent s'unir pour
offrir le meilleur accompagnement à tous les jeunes <afin...
M. Humbert (Rudy) :
...accompagnement
à tous les jeunes >afin que chacun puisse devenir qui il est. Face aux
changements climatiques et à la révolution induite par l'intelligence
artificielle, nous avons besoin d'approches nouvelles et adaptées pour relever
les défis contemporains. Nous avons, au Québec, avec les CJE, un réseau unique
de 110 organismes communautaires ancrés sur le territoire et au plus près
des besoins des jeunes. Il est indispensable de s'appuyer sur ce réseau unique
au monde pour faire du Québec une référence dans l'accompagnement des jeunes et
dans la lutte à l'exclusion sociale. Nos recommandations abondent dans ce sens.
Nous réitérons notre offre de collaboration.
Et enfin nous remercions les membres de
cette commission pour l'attention accordée et l'opportunité qui nous a été
offerte de nous exprimer devant vous. Au plaisir de poursuivre nos échanges
dans les prochaines minutes.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Donc, merci pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la période
d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Bien, merci
beaucoup, Mme la Présidente. Et... merci, M. Humbert, de collaborer, de
participer à cette commission pour la modernisation de... du régime
d'assistance sociale.
Ma... Ma première question, ce serait :
À la lumière, là, de l'analyse que vous faites de ce projet de loi, est-ce que
vous croyez que la situation d'un jeune est améliorée par la mise en place des
nouvelles mesures?
M. Humbert (Rudy) : Il y a
effectivement, dans le projet de loi, de nombreuses dispositions qui vont avoir
un impact concret sur la vie des jeunes. On parlait de l'abolition de la
contribution parentale, pensons au jeune sortant des centres jeunesse ou en
rupture avec ses parents qui nécessitait de retourner dans le foyer familial
pour pouvoir demander des prestations, là, on vient de changer concrètement le
destin de ces jeunes-là. Idem pour Objectif emploi. De pouvoir mettre en
mouvement les jeunes dans des processus d'intégration socioprofessionnelle, de
leur offrir l'accompagnement indispensable dont ils ont besoin, là, on vient de
changer concrètement leur vie. Également, dans le projet de loi, il y a toute
la question de l'endettement qui est retravaillée. Ça permet aussi de ne pas
appauvrir davantage les jeunes.
La suite de la conversation devrait aussi
porter sur la capacité qu'auront les organismes à accompagner ces jeunes-là
dans des services qui leur sont adéquats.
Mme Rouleau : OK. Vous
avez... Vous vous prononcez en faveur, là, des projets... des projets pilotes.
Est-ce que vous avez des idées sur les projets pilotes qu'on pourrait mettre en
place?
M. Humbert (Rudy) : Merci de
soulever cette initiative. C'est quelque chose qu'on reconnaît de façon
extrêmement favorable dans le projet de loi, cette nécessité de faire
autrement. Ça a été mentionné, c'est un projet de loi qui a été peu dépoussiéré
durant 20 ans, on ne peut pas se permettre ce luxe-là à l'avenir. Il faut
pouvoir tester des approches nouvelles, mais aussi les documenter pour pouvoir
les mettre en oeuvre à l'avenir. On pense par contre, par exemple, à des
dispositions pour les jeunes victimes d'exploitation sexuelle, certains
aménagements qui doivent être apportés au programme Objectif emploi en ce qui a
trait aux liquidités ou autres, mais aussi de regarder des initiatives qui
peuvent sortir du cadre.
Dans le mémoire, on vous parle des projets
de mobilité à l'international qui ont des retombées absolument extraordinaires
sur les jeunes, sur leur retour en études ou en emploi, on a... on a parlé des
plateaux de travail tout à l'heure, des écoles au carrefour, donc en dehors du
système d'éducation formelle, et tous les projets qui sont par et pour les
jeunes, où le jeune n'est plus vu comme un client mais comme un participant,
voire un acteur ou un créateur de son accompagnement. On devrait s'inspirer de
ce type d'initiative là à l'avenir.
Mme Rouleau : OK. Vous avez
mentionné dans le... dans votre mémoire, là, que le ministère peut être plus
clément concernant les personnes qui font des erreurs de bonne foi dans leurs
réclamations. Puis il y a... il y a tout un volet qui traite de la... du
caractère intentionnel. Comment vous définiriez le caractère intentionnel, vous?
M. Humbert (Rudy) : C'est le
défi, hein, de savoir comment sonder le coeur et les reins de chacune des
personnes qui remplissent les formulaires. C'est extrêmement complexe. Mais je
pense qu'on peut partir de la présomption que les formulaires sont extrêmement
complexes à remplir. Je pense que c'est aussi dans la philosophie de ce projet
de loi là de faire baisser la bureaucratie. Beaucoup de jeunes qu'on accompagne
ont aussi des enjeux de littératie et de numératie, d'où parfois la difficulté
aussi de pouvoir remplir les formulaires ou, pour des jeunes en milieu rural ou
en régions éloignées, de ne pas avoir l'accompagnement pour faire les démarches
nécessaires. Donc, je... plutôt davantage des défis que peuvent avoir les
jeunes à remplir les formulaires de façon... de façon cohérente. Et là il
devient difficile de marquer la question de l'intention. Mais, si on part de la
présomption que ça a été rempli de bonne foi et/ou valider que le jeune ait
bien eu l'accompagnement dont il avait besoin pour pouvoir le remplir, à partir
de là, je pense qu'on peut trouver des voies de passage.
• (11 heures) •
Mme Rouleau : OK. Concernant
la formation et les... bon, encore là, l'orientation, là, d'aller vers... de
faciliter la formation, vous mentionnez que plusieurs milliers de jeunes sont
susceptibles de décrocher du secondaire. Est-ce que l'obtention d'un diplôme...
la bonification de la prestation pour l'obtention d'un diplôme...
11 h (version révisée)
Mme Rouleau : ...la
bonification de la prestation pour l'obtention d'un diplôme va... peut être un
réel déclencheur pour un jeune d'aller vers l'emploi et de se ressaisir,
disons.
M. Humbert (Rudy) : D'une
part, on note la reconnaissance du fait que le décrochage scolaire est un
enjeu. On le mentionnait, souvent, on nomme que l'intégration en emploi est le
levier le plus puissant pour sortir de la pauvreté. Eh bien, l'éducation est
probablement le levier le plus puissant pour éviter d'y rentrer. On a la
démonstration, dans les dernières années, que l'incitatif financier peut
effectivement permettre à des jeunes de retourner sur les bancs d'école, d'études.
On a eu des programmes sectorialisés, comme une offensive en construction, le <i>programme
d'aide à la formation et de rehaussement de compétences, et les bonifications à
ces programmes-là ont amené des centaines et des milliers de jeunes à retourner
sur les bancs d'école.
Ce dont on va avoir besoin, c'est de s'assurer
que ces jeunes-là aient l'accompagnement pour pouvoir persévérer dans leurs
études, pouvoir concilier, parfois, travail, études, vie personnelle, et ne pas
les envoyer directement, par exemple, à l'école aux adultes, qui, avec toutes
les retombées positives qu'elle peut avoir, est aussi parfois un cadre déjà
trop rigide pour beaucoup de jeunes dans l'accompagnement dont ils pourraient
disposer.
Mme Rouleau : OK. Et,
concernant le... le PAAS, le <i>Programme d'aide et d'accompagnement
social, comment... comment vous vivez ce programme-là et comment vous voyez les
améliorations qu'on veut faire, là, de participation... participation sociale?
M. Humbert (Rudy) : Vous
l'avez souligné, il y a trois piliers dans la vision qui est proposée : une
qui concerne le retour en emploi, ça concerne davantage des jeunes qui peuvent
être un peu plus près du marché du travail; le retour aux études, pour ceux qu'on
a besoin de rehausser les compétences ou de requalifier; puis, le troisième
volet, celui du développement des habiletés sociales ou de la participation
sociale.
C'est un levier qui nous apparaît
indispensable. On a beaucoup de jeunes en situation de vulnérabilité ou qui ont
des parcours de vie atypiques. Un parcours de vie linéaire, ça n'existe à peu
près plus, et beaucoup de jeunes n'en sont pas rendus à discuter de CV quand
ils viennent nous voir le ventre vide ou sans savoir où ils dormiront ce soir.
Donc, tout le volet participation sociale va nous permettre d'initier une mise
en mouvement des jeunes.
Pour ça, il faut s'appuyer sur des
initiatives déjà existantes sans dédoubler d'autres programmes. Il y a du
financement, dans les carrefours jeunesse-emploi, qui provient entre autres du
Secrétariat à la jeunesse ou même du Secrétariat à l'action communautaire, qui
nous permet de mettre les jeunes en mouvement à travers des projets de
bénévolat, d'entrepreneuriat ou de volontariat. On pourrait s'appuyer sur ces
politiques publiques déjà en place pour référer systématiquement les jeunes
prestataires vers les carrefours, ils pourraient être mis en mouvement à
travers des processus d'engagement citoyen.
Mme Rouleau : OK. Et vous
proposez, dans votre mémoire aussi, pour rendre intéressant le retour en
emploi, de conserver temporairement le droit des personnes qui sont sur l'aide
de dernier recours de garder le carnet de réclamation. Et, en termes d'équité
pour les personnes qui travaillent 40 heures semaine au salaire minimum,
comment vous considérez cette position?
M. Humbert (Rudy) : C'est
effectivement le défi à relever. C'est la même question sur le montant maximum
de salaire qui peut être reçu avant de toucher aux prestations sociales. Ce qu'on
perçoit, c'est qu'actuellement on a un frein. Il nous arrive qu'il y ait des
jeunes qui nous disent : Écoutez, je ne veux pas intégrer le marché du
travail tout de suite, parce que, dans deux semaines, j'ai rendez-vous pour
refaire mes lunettes, pour refaire mes dents, ou des frais de transport, puis,
si je n'ai pas accès à ces services-là, bien, je n'irai pas à l'entrevue parce
que ça peut me causer des enjeux d'estime de moi. Donc, actuellement, on peut
avoir quelques freins ici, et il faut rendre effectivement le retour en emploi
intéressant.
Ça pose... et ce n'est effectivement pas
le lieu de ce débat-là, mais peut-être la question du salaire minimum aussi.
Pourquoi le retour en emploi ne permet pas systématiquement de sortir de la
pauvreté et de subvenir à ses besoins? On a beaucoup de jeunes dans les banques
alimentaires qui sont aussi des jeunes travailleurs, pas uniquement des jeunes
prestataires de l'aide sociale. Donc, on a effectivement une réflexion à mener
sur ce continuum-là. Comment donner les moyens aux jeunes d'utiliser l'aide
sociale, non pas comme un sable mouvant qui va détruire leur employabilité,
mais comme un tremplin vers la suite de leur parcours professionnel?
Mme Rouleau : OK. Merci
beaucoup. Mme la Présidente, on peut...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...merci,
Mme la ministre. Mme la députée de Laporte, la parole est à vous.
Mme Poulet : ...aux travaux.
Vous avez dit... vous avez mentionné qu'il y avait 53 000 jeunes sur
l'aide sociale, qui sont de plus en plus nombreux et de plus... ils sont
invisibles, là, on ne les voit pas, qui vivent l'isolement.
Je voudrais voir avec vous, dans tout l'écosystème,
est-ce que... est-ce que c'est... tout est couvert? Est-ce qu'il y a des angles
morts? Est-ce que... Bon, vous avez apporté des amendements, des idées, des
projets, entre autres, des idées. Vous avez... il y a plusieurs choses qui ont
été couvertes, mais, pour vous, est-ce que tous les angles <morts...
Mme Poulet :
...il y
a plusieurs choses qui ont été couvertes, mais, pour vous, est-ce que tous les
angles >morts seraient couverts, justement, pour aider nos jeunes?
M. Humbert (Rudy) : Assurément,
collectivement, je pense qu'on peut faire plus et mieux dans l'organisation de
nos services publics d'emploi à destination des jeunes. Ils sont souvent en
silo, il y a souvent... très paramétrés. Il y a des jeunes exclus de certains
programmes du côté d'Emploi-Québec, par exemple, ou une lourdeur administrative
énorme qui peut reposer sur les intervenants et les intervenantes qui vient
réduire le temps d'intervention qu'ils peuvent passer avec les jeunes.
Le phénomène qu'on vit dans les dernières
années, c'est qu'on a une explosion des enjeux psychosociaux que doivent vivre
les jeunes, d'où la nécessité de moderniser la loi comme il est fait. Dans les
trois avenues intéressantes à explorer, effectivement, le retour en emploi, mais
ça, on peut le faire uniquement si on adapte aussi nos programmes
d'employabilité, du côté d'Emploi-Québec, qui aujourd'hui ne sont pas adaptés
aux jeunes. Retour aux études, c'est un marqueur extrêmement significatif pour
leur réussite, mais ça peut fonctionner seulement s'il y a une personne qui
accompagne le jeune pour éviter de décrocher. Puis la participation sociale,
c'est la même chose, il faut offrir des opportunités d'engagement sur le
territoire.
Donc, il y a trois avenues intéressantes
pour la sortie de l'aide sociale, mais pour ça ça prend des mesures qui soient
spécifiques pour les jeunes, ce qui n'est pas tout à fait le cas dans les
autres programmes des autres ministères.
Mme Poulet : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout, Mme la députée? Oui. Donc, je cède maintenant la parole à la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Mme Tardif : Merci. Vitement,
parce que j'ai d'autres collègues, là, qui veulent poser des questions. Premièrement,
merci beaucoup, nos carrefours emploi ou carrefours jeunesse-emploi, comme on
les nommait précédemment, sont extrêmement utiles. Et vous avez parlé aussi
d'intégration de demandeurs d'asile, mais j'irais plutôt vers la francisation
que vous faites auprès des immigrants et des immigrants qui travaillent dans
nos entreprises. Donc, merci beaucoup pour votre travail auprès des jeunes,
c'est assez impressionnant.
Ce qui m'a un peu surprise, ce matin, ce
sont vos statistiques, là, 53 000 jeunes qui ont recours à
l'assistance sociale, 10 000 jeunes qui coûtent... qui quittent les
bancs d'école, 12 % de taux de chômage, c'est plus élevé que la moyenne,
et un jeune sur deux qui vit de l'insécurité alimentaire. J'imagine que ces
jeunes-là ne restent pas chez leurs parents, ou en tout cas je... ce sont des
statistiques, là, qui me... qui me choquent, qui me... qui me dérangent, si
c'est le cas.
Ceci dit, ça démontre votre pertinence, et
j'entends que vous voulez être impliqués beaucoup dans le projet de loi, dans
la mise en œuvre de cette nouvelle loi là, donc merci. Et, par rapport à la
mise en place des réseaux régionaux d'accompagnement, vous... vous nous dites :
«Nous sommes d'accord. Par contre, il faut intégrer systématiquement une
perspective jeunesse et avoir une approche globale avec la participation des
carrefours.» Je veux vous entendre là-dessus.
M. Humbert (Rudy) : Merci
beaucoup, Mme la députée de Laviolette, pour vos bons mots envers les
carrefours, et effectivement les statistiques sont glaçantes, et c'est
nécessaire de les remettre un peu à l'agenda public.
En ce qui a trait aux réseaux régionaux,
je pense, c'est une très bonne nouvelle de vouloir briser les silos. Un jeune
ne rentre dans aucune case. Donc, lorsqu'il vient nous voir dans un... dans le
carrefour, il va nous parler d'employabilité, mais il y a peut-être un enjeu
d'éducation, il y a peut-être un enjeu de santé, il y a peut-être un enjeu de
conciliation avec les garderies. Donc, le fait de créer ces réseaux régionaux
et de briser les barrières entre les différents ministères est une excellente
nouvelle.
Toutefois, ce qu'on vous propose, c'est de
dire... Il y a un nombre important de jeunes qui sont prestataires de l'aide
sociale, et on sait que plus on intervient tôt, plus les retombées seront
significatives. C'est pourquoi on vous mentionne de vous appuyer sur les
réseaux déjà existants pour ne pas les dédoubler, et, on pense, ce serait une
bonne idée d'avoir un carrefour sur chacune de ces réseaux régionals là pour
assurer une perspective jeunesse. Et les carrefours travaillent sur l'ensemble
des sphères de vie des jeunes, donc on aurait une vision transversale de ces
besoins-là. Pourquoi ne pas même avoir quelques jeunes parfois autour de la
table ou un comité de jeunes qui viendrait nourrir ces réflexions-là? Donc, il
faut continuer ce continuum entre le secteur public — t en brisant
les silos des ministères — le communautaire et même le privé et la
société civile.
Mme Tardif : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole à la députée d'Abitibi-Ouest.
• (11 h 10) •
Mme Blais : ...M. Humbert,
pour votre présentation. Alors, concernant l'évaluation psychosociale et
médicale par d'autres professionnels de la santé, vous nous recommandez de nous
inspirer des travaux réalisés par le <i>Curateur public en ce domaine.
Pouvez-vous nous dire quels sont les aspects de ses travaux qui vous
sembleraient les plus intéressants et pertinents dans le cadre de notre projet
de loi?
M. Humbert (Rudy) : Donc,
effectivement, il y a deux <aspects...
Mme Blais :
...cadre
de notre projet de loi?
M. Humbert (Rudy) :
Donc,
effectivement, il y a deux >aspects extrêmement intéressants à explorer,
le fait de basculer de contrainte à l'emploi à contrainte en santé pour
reconnaître la nature psychosociale. L'élargissement à d'autres professionnels a...
pour nous, a des retombées significatives aussi. Parce que, souvent, les jeunes
sont déjà en contact avec d'autres intervenants du système de la santé, ça leur
évite donc de retourner voir un médecin avec les délais que ça suppose puis la
lourdeur administrative pour le personnel médical qui est présent.
Les jeunes qu'on accompagne souvent ont
basculé d'intervenants en intervenantes, de conseillers en conseillères et sont
en rupture et en désaffiliation avec les institutions. Donc, juste leur parler
du système de santé, ils ne veulent pas forcément y aller, du système scolaire,
il y a une rupture qui est consommée. Donc, le fait d'élargir les
professionnels qui pourraient poser ces gestes-là, on va pouvoir trouver la
personne avec qui le jeune a déjà un lien de confiance.
Il y a par exemple des initiatives autour
des aires ouvertes, une initiative du ministère de la Santé sur lequel on
collabore, qui permet d'avoir des services de santé qui sont destinés un peu
par et pour les jeunes de 12 à 25 ans, dans des lieux qui leur ressemblent
davantage, qui permet une réconciliation des jeunes avec le système public.
Donc, il y a probablement des avenues à explorer de ce côté-là.
Mme Blais : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Mme la ministre, il vous reste une minute.
Mme Rouleau : Est-ce que vous
pourriez me parler de l'arrimage possible entre les emplois de qualité et Objectif
emploi pour les jeunes?
M. Humbert (Rudy) : Vous
mettez le doigt sur un élément central ici. Il y a la question de l'insertion
sur le marché du travail, mais les emplois les plus disponibles rapidement sont
souvent les moins bien payés, qui demandent le moins... de qualification et qui
nécessitent le plus d'ajustements. Là où on pourrait regarder à moyen terme, c'est
s'assurer que la personne qui accompagne le jeune dans le carrefour
jeunesse-emploi s'assure de la qualité de l'emploi pour travailler un maintien
durable et s'assurer que le jeune ne mette pas juste un pas sur le marché du
travail, perde son emploi dans les semaines qui suivent, d'autant que la
plupart de nos PME n'ont pas de direction des ressources humaines ou de
département RH et que les jeunes ont des défis particuliers de savoir être, de
savoir-faire. Donc, on a besoin de travailler pas seulement l'insertion,
l'intégration durable, et ça, ça prend des heures d'accompagnement en maintien
et en accompagnement aux entreprises.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole à la députée de Notre-Dame-de-Grâce. La
parole est à vous.
Mme McGraw : Merci, Mme la
Présidente. Et j'en profite pour saluer et souligner l'excellent travail du
carrefour jeunesse sur l'ensemble du Québec, mais aussi à Notre-Dame-de-Grâce,
à notre directeur général Hans Heisinger qui est là depuis 26 ans, 1998.
C'est vraiment un organisme fort, très reconnu à Notre-Dame-de-Grâce. Donc,
j'en profite pour le souligner.
Maintenant, vous avez parlé d'une
explosion des défis psychosociaux chez les jeunes. Alors, ma question, je vais
aller là-dessus pour commencer. Dans le projet de loi, la nouvelle définition
des contraintes de santé inclut désormais les contraintes psychosociales.
Alors, est-ce que vous pensez que cette reconnaissance est suffisante pour répondre
aux besoins des jeunes en difficulté? Et aussi, comment pourrait-elle être
mieux appliquée dans les services d'accompagnement pour éviter que les jeunes
en situation de fragilité ne soient pénalisés?
M. Humbert (Rudy) : La
prémisse selon laquelle il faut s'ouvrir aux contraintes de nature
psychosociale et ouvrir le débat sur les questions de santé mentale est
vraiment la bonne dans les prérogatives que vous soulignez. Ce qu'on a besoin
pour aller un peu plus loin, c'est de s'assurer que les jeunes vont avoir accès
au système de santé. Il nous arrive assez régulièrement de recevoir des jeunes
qui ont des troubles de santé mentale, mais ils sont non diagnostiqués. Et, si
on le réfère au système de santé, on lui dit : Bien, il y a deux ans
d'attente.
Qu'est-ce qu'on fait avec ce jeune-là en
attendant? Comment est-ce qu'on le garde en mouvement, on favorise son
autonomie, sans le perde durant ces deux années-là? Donc, il va falloir
effectivement éclaircir, peut-être dans les intentions réglementaires ou dans
l'étude détaillée qui sera faite par la suite, quelles sont ses natures...
quelles sont ces contraintes de nature psychosociale qui sont ciblées, quels
sont les professionnels, quels sont la formation qu'ils vont pouvoir avoir, tout
en se posant la question de comment s'assurer que les jeunes vont pouvoir
accès... avoir accès à ces professionnels-là pour avoir le diagnostic qui leur
permettront de reconnaître cette contrainte de santé.
Mme McGraw : Merci.
J'aimerais aller maintenant sur les projets pilotes. On comprend, selon les
neurosciences, qu'effectivement les jeunes sont câblés pour l'innovation ou
l'expérimentation, l'inventivité. Alors, il faut vraiment s'appuyer sur cet
atout-là chez les jeunes. Et vous proposez que cet objectif de... les approches
innovantes, multiplier les projets pilotes, d'avoir un triple effort. Alors,
j'aimerais vous entendre là-dessus, pour s'assurer que ces projets pilotes
soient efficaces et qu'on travaille en collaboration avec les bons... les... une
bonne coordination sur le terrain avec les organismes clés.
M. Humbert (Rudy) : Il n'y a
pas de réponse mur à mur possible pour l'accompagnement des jeunes dans... dans
<l'aide...
M. Humbert (Rudy) :
...il
n'y a pas de réponse mur à mur possible pour l'accompagnement des jeunes
dans... dans >l'aide sociale. Il y a des mesures, par exemple, en
Europe, qui parlent de : un jeune égale une solution. Donc, tout est
taillé sur mesure, ce qui fait qu'on se doit de se donner de la flexibilité
pour avoir des initiatives qui peuvent être parfois juste régionalisées, ou
juste sur certains profils de jeunes, et de tester des approches nouvelles. On
parlait dans le mémoire, par exemple, d'initiatives d'école au carrefour, de
projets de mobilité internationale, des projets, essentiellement, qui n'attendent
plus que le jeune vienne dans nos organisations, mais on va vers le «vers avec».
Donc, c'est toute la question du travail de proximité.
Enfin, ce qui est documenté dans nos
organisations, c'est comment redonner du pouvoir au jeune qui vient te voir, et
que lui soit lui-même en charge de proposer des projets, des initiatives, et
que sa voix puisse porter dans les initiatives. Parce que, s'il est seulement
client, on va avoir du mal à le faire progresser dans ce cheminement, alors
que, s'il est acteur de son propre parcours, on pourrait avoir des initiatives
extrêmement inspirantes à mettre en place. Il y en a déjà de très nombreuses
présentes sur le territoire. Il faudrait s'appuyer sur ces initiatives-là.
Mme McGraw : Merci. Une autre
question. On parle de... Le projet de loi se dit simplifier... cherche à
simplifier le système, mais il ne faut pas confondre la simplification avec l'humanisation.
On parle de projets ou d'approches individualisés, ce qui ne veut pas dire plus
humains. Et on a des préoccupations, par exemple, par... aux agents, qui sont
peut-être formés en travail social ou en société, qui ne sont pas
nécessairement des agents qui vont être... qui vont avoir travaillé avec les
gens qui... au niveau de ces programmes en aide sociale, etc. Et, je me pose la
question, pour des jeunes qui vivent déjà des histoires complexes, qui vivent
déjà des réalités difficiles, qui vivent la précarité, quel serait l'impact
potentiel de toujours avoir à se répéter, à réexpliquer leur histoire, de ne
pas avoir quelqu'un qui est dédié à... qui connaît déjà leur parcours?
M. Humbert (Rudy) : Vous avez
raison, on a un enjeu, de façon globale, de déshumanisation de nos services. C'est
encore plus vrai pour des jeunes qui subissent la fracture numérique ou qui
sont en région rurale ou éloignée pour pouvoir accéder à la bonne personne, au
bon service, au bon moment. Il est indispensable, pour la réussite de ces
jeunes-là, de pouvoir créer un lien de confiance avec la bonne personne, et un
lien de confiance, ça ne se transfère pas à un collègue ou à une autre
organisation. C'est quelque chose qui prend du temps, qui prend de l'énergie,
qui prend des compétences. D'où la nécessité, pour nous, de souligner : Oui,
un plan d'accompagnement individualisé. C'est le meilleur moteur, de partir des
aspirations de la personne, de ses besoins, et, pour ça, il faut s'assurer que
les organismes qui les accompagnent ont les ressources nécessaires, les
compétences nécessaires pour pouvoir le suivre dans la durée et que les mesures
dans lesquelles on va mettre ces jeunes-là soient taillées pour eux.
Un exemple, on a des paramètres qui
limitent le temps d'intervention auprès des jeunes, dans les mesures d'Emploi-Québec,
à 75 heures. Or, quand un jeune est rendu sur l'aide sociale, c'est
souvent qu'il a épuisé toutes les autres initiatives, et, à 70 heures d'accompagnement,
75 heures d'accompagnement, ce n'est pas suffisant pour pouvoir le faire
cheminer à long terme. Donc, on a besoin de davantage de flexibilité aussi dans
les mesures existantes, parce qu'elles correspondent peut-être à d'autres
profils dans la population, mais pas aux jeunes, c'est certain.
Mme McGraw : Merci. Mme la
Présidente, je vous demande de céder le reste de mon temps à ma collègue, notre
porte-parole non seulement en jeunesse, mais aussi en emploi et travail.
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait,
merci. Je cède maintenant la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. Humbert, ravie de vous revoir dans le cadre de l'étude...
bien, en fait, des consultations liées, donc, au projet de loi n° 71. Je
vais faire un peu du pouce sur les propos de ma collègue, en fait, sur votre
réponse, donc, sur l'importance du lien de confiance et de la flexibilité
nécessaire pour... bien, en fait, là, pour que le jeune, donc, soit mieux
accompagné une fois, donc, qu'il en... qu'il en vient, donc, à bénéficier,
donc, de vos différents services.
Le projet de loi, donc... Puis la
ministre, donc, a publiquement, donc, souvent, donc, énoncé, donc, le... qu'une
démarche vers l'emploi était celle, donc, qui permettait, donc, aux jeunes,
donc, d'obtenir, donc... bien, aux jeunes ou, en fait, aux bénéficiaires ici,
là, mais dans... dans votre cas, on va dire «aux jeunes», de... donc, d'améliorer,
donc, leurs différentes conditions.
• (11 h 20) •
Pour que ça puisse se faire, de ce que je
comprends, donc, de vos propos, bien, il faudrait que les services qui les
accompagnent, donc, puissent bénéficier des différentes ressources pour pouvoir
bien le faire, le faire de façon individualisée, le faire dans une façon, donc,
qui est... qui soit humaine et qui... qui est flexible. Donc, dans... dans la
mesure de ce que vous nous avez exposé jusqu'à présent, quelle est la capacité,
donc, des différents services publics d'emploi, donc, à pouvoir le faire, dans
l'état actuel des choses?
M. Humbert (Rudy) : On part
souvent de la prémisse de quand on veut, on peut. Puis c'est un peu la <philosophie...
M. Humbert (Rudy) :
...on
part souvent de la prémisse de quand on veut, on peut. Puis c'est un peu la
>philosophie qui sous-tend les mesures d'activation. Dans les faits, ce
qu'on voit sur le terrain, c'est plutôt «quand on peut, on veut». Donc, c'est
de s'assurer de réunir les conditions pour que ça fonctionne.
Actuellement, les organisations sur le
terrain sont à un point de rupture par rapport aux services qu'ils peuvent
offrir. On a mentionné, le taux de chômage a augmenté de façon drastique dans
les... auprès des jeunes dans les derniers mois. Les enjeux psychosociaux
explosent, les enjeux de décrochage scolaire. On a donc déjà des files
d'attente actuellement dans nos organisations. Et on est à un croisement
particulier actuellement dans notre histoire des services publics à destination
des jeunes au Québec, c'est qu'on a une courbe des besoins qui augmentent, un
nombre de jeunes qui augmente, puis un financement public qui est plutôt
décroissant envers les jeunes. Donc, on arrive à ce point de rupture
actuellement, où les organisations n'ont plus les ressources nécessaires pour
accompagner les jeunes.
Et la crainte, c'est de se dire :
Formidable, un jeune va intégrer le programme Objectif emploi, ensuite il
arrive au carrefour, mais est-ce que le carrefour a les moyens d'accompagner ce
jeune-là, de pouvoir le mettre en mouvement? Est-ce que les mesures
d'employabilité dans lesquelles on va le mettre ne sont pas trop
contraignantes, trop carrées? Est-ce qu'on ne va pas exclure ce jeune-là
d'autres types de participation? Et on est effectivement à un tournant,
actuellement, dans nos organisations, où le point de bascule est assez proche dans
l'incapacité à fournir les services adéquats aux jeunes due à des paramètres
trop serrés des programmes publics.
Mme Cadet : Donc, vous venez
de le dire, donc, que vous approchez un certain point de bascule. Je pense que
l'ensemble des collègues autour de cette table ont... ont souligné, donc, le
chiffre assez frappant, là, de 53 000 jeunes, donc, sur l'aide
sociale et donc des... et des jeunes, donc, ayant des besoins d'accompagnement,
donc, spécialisés.
Plus tôt, je pense qu'en répondant, donc,
à quelqu'un d'autre, donc, vous disiez, donc, évidemment, donc il y a... le
projet de loi, donc, répond, donc, à certaines questions. Vous disiez, donc, la
prochaine question à poser, bien, c'est... c'est celle, donc, qu'on vient
d'aborder. Donc, quelle est cette capacité? Donc, ce que vous dites, c'est
qu'avec les... que, si on veut que les mesures qui soient... qui sont prévues
dans le projet de loi soient productives, en fait, ce qu'il faudrait, c'est que
le financement soit... le financement... et l'encadrement, là, au-delà, donc,
du financement en termes de fonds publics, mais l'encadrement, la souplesse qui
est... qui est octroyée aux carrefours jeunesse emploi, donc, devrait également
suivre pour que le projet loi puisse actualiser son objectif.
M. Humbert (Rudy) : Votre
diagnostic, je le partage.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...secondes.
M. Humbert (Rudy) : Oui.
Bien, l'aide sociale, c'est un engrenage dans lequel on fait passer les jeunes
vers d'autres mesures. Donc là, le projet permet de faciliter cet engrenage-là,
mais il faut s'assurer que les mécanismes qui suivent soient adéquats pour les
jeunes. Donc, réformer les services publics d'emploi, réformer l'accompagnement
de retour aux études et élargir les perspectives en participation sociale.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...c'est
tout le temps que nous avions. Je cède maintenant la parole à la députée de
Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci. Il a été
beaucoup question de l'avantage que présente de pouvoir faire affaire à
d'autres professionnels pour une évaluation psychosociale. Vous avez beaucoup
parlé du lien de confiance aussi qui est important à développer avec les
jeunes. J'aimerais ça savoir, vous, de... quels types de professionnels vous
pensez qu'on devrait prévoir, là, pour faire ces évaluations-là.
M. Humbert (Rudy) : Il va
falloir effectivement le regarder au cas par cas, parce que les jeunes vont
créer des... un lien de confiance, des contacts avec des professionnels
différents tout au long de leur parcours de vie. Chaque histoire personnelle
est... est différente. Il va falloir aussi se questionner si ces professionnels
sont disponibles sur l'ensemble du territoire. Est-ce que le jeune sur la
Côte-Nord va pouvoir accéder aux mêmes professionnels que le jeune à Montréal?
Donc, ça pose la question aussi de la disponibilité des services sur nos
territoires. Et enfin ça pose la question de la formation.
Mme Labrie : En fait, je vous
pose la question pour savoir quels titres... quels titres de professionnel vous
pensez qu'on devrait prévoir pour ça, psychologues, travailleurs sociaux ou
psychoéducateurs, par exemple? Puis aussi je veux vous amener... En fait, vous
avez probablement, dans vos équipes, certains professionnels membres de leur
ordre, est-ce que vous pensez que ça pourrait être pertinent qu'ils puissent
eux-mêmes être habilités à faire ces évaluations-là?
M. Humbert (Rudy) : Absolument.
Il y a actuellement une réforme qui concerne <i>l'Ordre des conseillers
et des conseillères d'orientation, en ce qui a trait notamment à l'évaluation psychosociale.
C'est une perspective qui me semble extrêmement intéressante, mais pour y
arriver, on ne peut pas le faire demain matin, parce qu'il faut s'assurer que
la personne en face du jeune ait les qualifications, le temps et les ressources
nécessaires pour bien l'accompagner. Donc, ça prend une réflexion de fond avec
les ordres professionnels, et surtout de penser à comment qualifier ces
personnes-là. Ce n'est pas en suivant une formation de quelques jours qu'on va
développer les habiletés pour accompagner des jeunes de plus en plus éloignés,
qui ont une comorbidité de leurs problématiques. Donc, il va falloir regarder à
quel parcours de formation on va donner accès à ces professionnels-là avant de
leur donner, justement, l'autorisation de poser ces actes-là.
Mme Labrie : Puis vous devez
côtoyer beaucoup de jeunes qui ont des responsabilités familiales, j'imagine,
dans vos... dans votre réseau. Le fait que, dorénavant, les parents d'enfant
d'âge préscolaire, après 18 mois... 18 semaines, pardon, suivant la
naissance, n'auront plus accès à la contrainte, qu'est-ce que <vous...
Mme Labrie :
...mois...
18 semaines, pardon, suivant la naissance, n'auront plus accès à la contrainte,
qu'est-ce que >vous pensez de cette mesure-là? Quel effet ça va avoir
sur les gens?
M. Humbert (Rudy) : C'est un
vrai point d'interrogation à éclaircir, effectivement, dans le fameux article 25,
qui suscite, à raison, beaucoup de pistes de réflexion. On a beaucoup de... entre
autres, de jeunes femmes monoparentales qui viennent dans nos organisations. Et
le fait d'enlever le caractère automatique du 161 $ pour les enfants de
moins de cinq ans va pouvoir engendrer d'autres questionnements, d'autant plus
dans un contexte où l'accès aux garderies n'est pas garanti, d'autant plus où
la desserte territoriale de l'accompagnement pour ces jeunes mères là est
complexe.
Donc, on essaie, dans nos organisations,
de développer des initiatives. On a des garderies directement dans nos organisations
pour pouvoir accompagner la personne dans le même temps, d'essayer de passer
outre ces questions de contraintes familiales. Mais personne ne peut imaginer
qu'une jeune mère avec un enfant de 18 semaines puisse retourner sur le
marché du travail à temps plein. Donc, il va falloir trouver des mesures
d'accommodement. Et ce qui est tributaire des changements des règles, c'est de
s'assurer que l'accompagnement suive. Et c'est vraiment là qu'est le nœud de
l'investissement qu'il faut faire et du regard qu'il faut porter.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...c'est
tout le temps que nous avions. Maintenant, je cède la parole au député de
Jean-Talon.
M. Paradis : Merci. Je vous
amène à la toute fin de votre mémoire, où vous nous parlez du seuil de revenus
de travail admissibles dans le calcul des prestations sociales. Et c'est lié,
bien sûr, à un des objectifs principaux du projet de loi, qui est de favoriser
la mise en mouvement vers l'emploi, notamment des jeunes. Vous nous rappelez que
le seuil de 200 $ par mois, au maximum, avant que le chèque soit réduit,
n'a pas été indexé depuis 1999, ce qui... ce qui voulait dire, à l'époque, 29 heures
de travail par mois. Aujourd'hui, ça veut dire 13 heures de travail par
mois. Est-ce que vous voulez un petit peu élaborer là-dessus?
M. Humbert (Rudy) : Absolument.
L'idée, c'est de voir comment l'intégration sur le marché du travail peut être
attractive pour ces personnes-là qui ne peuvent pas basculer du jour au
lendemain de zéro heure de travail, à plusieurs années de difficultés sur le
marché, à un emploi à temps plein. Donc, il faut trouver comment est-ce qu'on
peut faire travailler au fur et à mesure ces jeunes-là, augmenter leur temps
d'heures. Et on le voit, dans nos organisations, des fois, au-delà du marché du
travail, même des projets d'engagement citoyen, de participation sociale, on va
donner des cotisations à ces jeunes-là. Parfois, ils vont dire : Non,
parce que je risque de voir mon chèque diminuer. Ça pose la question aussi de
pourquoi l'intégration sur le marché du travail n'est pas si... assez payante.
Pourquoi, même en étant sur le marché du travail, on se retrouve encore parfois
en difficulté pour couvrir ses besoins de base?
Donc, il y a déjà eu des avancées dans les
derniers mois, par règlement, de diminuer les pénalités de 10 %, mais, ce
seuil de 200 $, on devrait poursuivre la réflexion pour voir jusqu'où on
peut l'amener pour permettre aux jeunes de retourner davantage sur le marché du
travail, de solliciter des revenus qui vont leur permettre de mieux se nourrir,
se loger, se vêtir et développer leur employabilité, tout en ayant une
réflexion sur l'équité, sur les personnes au salaire minimum.
M. Paradis : Est-ce que vous
avez une réflexion? Est-ce que vous avez une idée des chiffres que vous
voudriez nous proposer sur ce seuil?
M. Humbert (Rudy) : Je n'ai
pas de seuil préétabli à vous fournir ici, mais je pense qu'il faut entamer la
réflexion pour aller un peu plus loin. On a besoin de documenter beaucoup, je
pense que c'est un des axes qu'on doit développer dans ce projet de loi là,
c'est l'évaluation, la documentation et de mener des recherches-actions.
Pourquoi ne pas le tester dans certaines régions, varier les seuils, voir
l'effet que ça peut avoir sur certains jeunes, sur l'incitation au travail, le
tester à d'autres endroits, le fait qu'Objectif emploi ne soit pas obligatoire,
mais volontaire, voir si c'est un incitatif ou pas sur les taux de réussite et
de décrochage? Je pense qu'il faut se laisser la flexibilité de tester des
modèles, de les documenter pour pouvoir mettre en avant les pratiques
gagnantes.
M. Paradis : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour votre contribution aux travaux de la
commission.
Je suspends les travaux quelques instants
afin de permettre à nos prochains invités de prendre place.
(Suspension de la séance à 11 h 29)
11 h 30 (version révisée)
(Reprise à 11 h 35)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue au Groupe de
recherche et de formation sur la pauvreté au Québec. Je vous rappelle, chers
invités, que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous
invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé, s'il vous plaît.
M. Handfield (Stéphane) : Merci
beaucoup. Je m'appelle Stéphane Handfield. Je suis co-coordonnateur au Groupe
de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec.
Mme Bernard (Chantal) : Moi,
mon nom, c'est Chantal Bernard. Je suis une personne en situation de pauvreté.
Je suis membre du Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté du Québec
et je suis aussi membre du Regroupement des assistés sociales et sociaux du
Témiscouata, où je suis aujourd'hui.
M. Handfield (Stéphane) : Ça
fait qu'au groupe de recherche, nous autres, on travaille avec des chercheurs
et des personnes qui vivent de la pauvreté pour réfléchir ensemble à des
solutions à la pauvreté. Au groupe de recherche, on fait de l'éducation
populaire, on part de l'expérience des gens pour réfléchir aux solutions aux
problèmes sociaux. Donc, pour évaluer une réforme de l'aide sociale, on
considère qu'on devrait écouter ce que disent les personnes assistées sociales
sur leur propre situation.
Selon les personnes assistées sociales, il
y a cinq barrières qui les empêchent d'exercer leur citoyenneté puis de prendre
part à la société. La première, c'est la pauvreté elle-même, qui rend malade
puis qui prend toute la place dans leur vie.
La deuxième barrière, c'est les
discriminations et les préjugés, notamment ceux qui disent qu'elles sont à l'aide
sociale par choix, qu'elles sont en mesure de se trouver un emploi et qu'elles
ne contribuent pas à la société parce qu'elles n'ont pas d'emploi.
La troisième barrière, c'est le système d'aide
sociale lui-même, qui surveille, contrôle et punit les personnes assistées
sociales.
Quatrième barrière, c'est le manque de
formation adaptée à leur rythme d'apprentissage et à leurs besoins.
Et la cinquième, c'est le marché du
travail, qui les exclut à cause de leurs limites et de leurs capacités.
Selon nous, la réforme qui est proposée ne
contribue à régler aucune de ces barrières-là. Donc, ce qu'on veut faire,
aujourd'hui, c'est vous parler de la violence de notre système d'aide sociale
pour vous convaincre de profiter de cette occasion de faire une réforme là pour
plutôt vous attaquer aux barrières à la citoyenneté des personnes assistées
sociales.
Chantal va vous partager son témoignage,
puis, comme on est un groupe d'éducation populaire, qu'on fait des choses
participatives, je vous demanderais, s'il vous plaît, les personnes qui sont
dans la salle, de lever la main à chaque fois que Chantal parle d'une situation
que vous avez personnellement déjà vécue.
Mme Bernard (Chantal) : Merci.
Je m'appelle Chantal Bernard. Je suis une femme de 62 ans, mère de cinq
enfants, et je suis aussi, maintenant, grand-mère. Je viens d'une famille de la
classe moyenne où je n'ai jamais manqué de rien, j'y ai reçu une bonne
éducation, j'y ai été sincèrement aimée, et, chez nous, les études étaient
encouragées.
Après mon passage au cégep, à 23 ans,
j'avais un travail à temps plein et j'étais conseillère municipale dans mon
village, Saint-Ferréol-les-Neiges. J'étais plus particulièrement assignée aux
loisirs et à la culture. C'est dans ce contexte que j'ai participé à l'implantation
de la bibliothèque municipale et que j'ai été chercher une première subvention
pour réaliser un projet d'atelier d'art multidisciplinaire destiné à neuf
jeunes de mon village. À 23 ans, la vie s'annonçait bien pour moi.
Quelques années plus tard, avec de jeunes
enfants à charge, je me retrouvais confrontée à une situation de violence
coercitive complexe et traumatisante. Ce fut là, pour moi, l'occasion de ma
descente dans l'enfer de la pauvreté, que je n'ai jamais réussi à quitter depuis.
Pendant environ 30 ans, j'ai alterné entre des emplois, des périodes de
chômage, des périodes d'aide sociale. D'ailleurs, j'ai toujours été volontaire
pour participer aux mesures d'employabilité ou les formations qui m'étaient
proposées.
• (11 h 40) •
Mais prendre soin d'une famille quand on n'a
pas assez d'argent pour le nécessaire, ça demande du temps, du temps que j'ai
dû passer pour courir les banques alimentaires, les comptoirs vestimentaires,
ceci sans jamais avoir la certitude d'y trouver ce dont on a besoin. J'ai fait
des potagers, j'ai passé des nuits complètes à mettre des légumes en conserves.
J'en ai fait, des biscuits et des galettes, du pain chaque semaine. Tout ceci
pour être sûre que mes enfants ne manquent jamais de rien. Du temps, j'en ai <mis...
Mme Bernard (Chantal)T :
...conserves.
J'en ai fait, des biscuits et des galettes, du pain chaque semaine. Tout ceci
pour être sûre que mes enfants ne manquent jamais de rien. Du temps, j'en ai >mis,
aussi, pour accompagner mes enfants afin de se remettre des traumatismes
occasionnés par la violence que nous avions vécue. Nous sommes allés voir une
longue liste de travailleuses sociales, psychologues, pédopsychiatres et
compagnie. Mes enfants ont fait preuve de résilience et, malgré leur chemin
ardu, sont maintenant tous des travailleurs.
Moi, de toutes ces années de pauvreté,
j'en ressors fière d'être la femme que je suis, mais j'en ressors, aussi, avec
un système nerveux qui a été hyper stimulé par les stress économiques et
autres, constamment. Autrement dit, c'est la douleur partout dans mon corps au
quotidien, une anxiété débilitante, et j'ai l'insomnie facile. Cet état
physique, c'est la rançon de mon état économique. La pauvreté, c'est déjà un
défi au quotidien, un défi colossal et une réalité inimaginable pour qui ne l'a
pas vécue. Mais la pauvreté, c'est aussi une violence insidieuse et taboue, une
violence dissimulée derrière les préjugés que l'on croit presque tous comme
étant légitimes. Pendant plus de 30 ans maintenant, moi et mes enfants
avons reçu des commentaires, des jugements gratuits et méchants plus souvent
qu'à notre tour. Mes enfants ont vécu de l'intimidation parce que j'étais pauvre.
Pour moi, le poids de toute cette violence sociale sournoise aura été plus
difficile et encore plus marquant que toute la misère et la privation
quotidienne vécue des années durant due à ma précarité financière. Je vous
remercie de votre écoute, et en espérant que ce témoignage vous sera utile.
Merci.
M. Handfield (Stéphane) : Merci
beaucoup, Chantal. Merci de votre participation dans la salle pour vos mains
levées. J'ai remarqué que beaucoup de mains qui se sont levées au début, quand
Chantal parlait de sa jeunesse, qui s'est plutôt bien passée. Puis je n'ai plus
vu de mains quand Chantal a commencé à parler de la pauvreté puis des
difficultés qu'elle a eues dans sa vie. Donc, je conclus qu'il y a peu de gens
dans la salle qui ont vécu des situations comme celles de Chantal. Pourtant,
vous êtes là pour proposer des solutions à la pauvreté puis aux personnes qui
ont un vécu comme celui de Chantal. C'est correct, on ne vous le souhaite pas.
Ce n'est pas de votre faute. On vit dans une société où les personnes qui
vivent dans la pauvreté n'ont rien à dire sur les politiques qui les concernent,
puis où les gens qui décident de l'aide qui va leur être apportée ou qui ne
leur sera pas apportée n'ont pas connu ça eux-mêmes.
J'aimerais ça mettre à l'envers pour vous
donner un exemple. On a vu, moi et Chantal, l'horaire de la journée de
commission. Vous ne devez pas passer beaucoup de temps à la maison, c'est des
longues journées, puis la conciliation travail-famille d'une personne qui est
dans l'Assemblée nationale<i>, ça doit être très difficile. Mais Chantal
et moi, même si on est parents, on n'a aucune solution à vous proposer sur
votre conciliation travail-famille parce qu'on n'a jamais vécu ça.
De votre côté, vous êtes sûrement pleins
de bonne volonté, mais vous ne trouverez jamais de solutions, que ce soit pour
réellement aider les gens ou même si vous voulez juste les renvoyer au travail,
si vous ne connaissez pas vous-même les problèmes avec lesquels... que vous
voulez régler. Donc, le message de Chantal et moi, aujourd'hui, c'est :
S'il vous plaît, écoutez les personnes qui vivent la pauvreté et les
organisations qui travaillent avec elles parce qu'elles savent de quoi elles
parlent. Ne leur imposez-leur surtout pas à une autre réforme qui ne va rien
changer aux barrières qui les excluent d'un statut de citoyennes à part
entière. Si vous êtes prêts à écouter puis à apprendre avec nous, aujourd'hui,
on va être très heureux de répondre à vos questions. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la période
d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Bien, je vous
remercie beaucoup, M. Handfield et Mme Bernard, de participer à cette
commission. Puis je vous remercie, Mme Bernard, pour votre témoignage, qui,
évidemment, nous touche énormément, parce qu'effectivement, si on parle d'une
modernisation de la loi et de ce régime d'assistance sociale, c'est parce que
ça n'a pas été fait depuis 20 ans. Et on considère qu'il y a certains
ajustements qui sont à faire, des ajustements importants pour être plus en
adéquation avec notre société aujourd'hui, le monde a changé depuis
20 ans.
J'aurais une première question pour vous.
Dans cette modernisation de la loi, dans les changements importants qui sont
faits, c'est de passer des contraintes d'emploi à contraintes à la santé...
contraintes en santé, pardon. Est-ce que vous avez réfléchi à ça? Quelle est
votre votre opinion, là, sur le changement de passer de <contraintes...
Mme Rouleau :
...pardon.
Est-ce que vous avez réfléchi à ça? Quelle est votre votre opinion, là, sur le
changement de passer de >contraintes emploi à contraintes santé, pour
être axés beaucoup plus sur la personne que sur sa capacité à travailler?
Mme Bernard (Chantal) : Stéphane?
M. Handfield (Stéphane) : Je
vais y aller. Au groupe de recherche, on voit difficilement comment est-ce qu'un
passage de contraintes à l'emploi, qui peut inclure des contraintes de santé,
des contraintes familiales, des contraintes régionales, des contraintes d'exclusion
liées au marché de l'emploi, même si c'est rare que c'est pris en
considération, des contraintes de discrimination que les personnes peuvent
vivre... de réduire ça à, simplement, contraintes de santé, qui est un des
éléments des contraintes à l'emploi, on voit difficilement comment c'est un
élargissement de la reconnaissance des contraintes.
Je dirais aussi qu'en ce moment, on se bat
encore avec l'étiquette de contraintes permanentes à l'emploi et de... du
statut d'apte ou d'inapte à l'emploi, qui ont été changés il y a 25 ans
maintenant. Ces visions-là, ces mots-là qui sont utilisés pour parler des gens
restent bien au-delà de la réforme. Ça fait que pour nous, ce changement-là,
là, risque de limiter la reconnaissance des contraintes réelles des personnes,
bien au-delà de, même, la prochaine réforme, qui changera de nom. Ça fait que
ce serait plutôt l'occasion d'élargir ça pour, finalement, reconnaître le
manque de scolarité, l'analphabétisme, le fait de vivre dans une région avec un
haut taux de chômage comme des facteurs d'exclusion du marché de l'emploi.
Mme Rouleau : OK. J'ai eu l'occasion,
au cours de la dernière année et demie, de faire le tour de toutes les régions
du Québec. J'ai rencontré beaucoup de gens, beaucoup d'organismes, mais aussi
des personnes qui sont en situation de précarité et qui sont prestataires de l'aide
sociale. Et j'aimerais savoir : De votre point de vue, est-ce que vous
voyez un changement, une certaine évolution de la personne, là, qui est en
situation de précarité? Est-ce que... est-ce qu'il y a des changements qui se
sont opérés au cours des dernières années?
Mme Bernard (Chantal) : Personnellement,
je ne pourrais pas vous dire que moi, j'observe des changements. Puis ce que je
trouve déplorable, souvent, on met le poids uniquement sur la personne assistée
sociale à se sortir de sa situation et on oublie que dans ses recherches d'emploi
ou sa volonté de réintégrer la société, elle fait... pratiquement toujours,
elle est confrontée à des préjugés, puis les préjugés sont des barrières
immenses et presque insurmontables. Dans mon témoignage, je parlais de la
violence vécue par les personnes en situation d'aide sociale. Moi, c'est
quelque chose que j'ai vu couramment. J'ai été élevée dans une famille où
est-ce qu'il n'y en avait pas, de pauvreté, puis le jour où je me suis
retrouvée confrontée «à», ça a suivi mes enfants, même à l'école. Et le poids
est immense.
Puis quand on va pour aller mener un CV,
notre CV va être relégué au bas de la pile, parce que souvent, on est vus comme
des personnes qui ne veulent pas, qui ne sont pas habiles, qui sont moins
intelligentes, qui sont moins volontaires. Ça fait que quelque part, malgré
notre volonté, il y a un effort à faire, aussi, ailleurs, auprès de la société
en général, pour changer notre perception des personnes.
M. Handfield (Stéphane) : Je
voudrais ajouter que je... ce qu'on constate, là, puis le ministère le constate
aussi dans plusieurs de ses rapports, c'est que les personnes... par exemple,
depuis 20, 30 ans, il y a beaucoup moins de personnes assistées sociales,
parce qu'il y a un resserrement des critères de l'aide sociale. Et ce qui
reste, c'est que les personnes qui restent à l'aide sociale sont celles qui n'ont
vraiment pas d'autre choix, et, donc, qui ont plus de limitations, en moyenne,
que les personnes assistées sociales, en moyenne, il y a 20 ans. Déjà, il
y a 20 ans, il y a un rapport interne du ministère qui considérait qu'il y
avait seulement 8,5 % des personnes que le ministère considérait ne pas
avoir de contraintes qui étaient réellement considérées comme capables de se
trouver un emploi. Ça fait que ça en dit long, là, sur la situation en ce
moment, là, on présumerait qu'il y aurait moins de 8,5 % des personnes
considérées sans contraintes par le ministère qui en auraient réellement. Ça
fait qu'on pense que c'est pas mal parlant.
• (11 h 50) •
Mme Rouleau : OK. Dans le
plan de lutte à la pauvreté que j'ai déposé au mois de juin dernier... on parle
du plan de lutte à la pauvreté et à l'exclusion sociale, il y a un volet
important, qui est sur la lutte aux préjugés. Parce qu'effectivement, on le
sait, il y a des efforts qui sont faits pour lutter contre les préjugés, il
faut continuellement le faire, on ne peut pas s'arrêter. Est-ce que vous auriez
des propositions à nous <faire...
Mme Rouleau :
...pour
lutter contre les préjugés, il faut continuellement le faire, on ne peut pas
s'arrêter. Est-ce que vous auriez des propositions à nous >faire pour
lutter contre les préjugés?
Mme Bernard (Chantal) : Je
vais laisser commencer Stéphane.
M. Handfield (Stéphane) : Oui.
Bien, en tout respect, je commencerais par ne pas parler du nombre d'emplois
disponibles comme une des raisons justifiant une réforme vers l'accompagnement,
vers l'emploi. Les personnes assistées sociales, si elles sont sur l'aide
sociale, ce n'est pas parce qu'elles ne veulent pas travailler. Et des phrases
comme ça, ça fait perdurer des préjugés comme ça. Les personnes assistées
sociales sont à l'aide sociale parce qu'elles sont cassées et qu'elles n'ont
pas d'autres choix. Elles arrivent là la tête basse. Elles arrivent là en ayant
très hâte de sortir de là. Puis c'est... ça ne sert à rien de dire qu'il y a
des jobs de disponibles pour justifier des réformes, ça fait juste mettre dans
la tête des gens qu'il faut sortir les personnes assistées sociales de l'aide
sociale, alors qu'elles sont les premières à souhaiter sortir de là. Si elles
restent là, c'est parce qu'elles n'ont pas le choix.
Mme Bernard (Chantal) : J'aimerais
rajouter, moi, mon plus grand rêve dans la vie, ce n'était pas de faire le tour
du monde ou ce n'était pas de gagner 1 million à la loterie, ça aurait été
d'avoir une vie normale avec un travail à temps plein et d'être en mesure par
moi-même de subvenir aux besoins de mes enfants. OK? La contrainte de santé,
pour moi, est venue au fil du temps à cause de l'impact de la précarité dans ma
vie. Une contrainte, il y en avait une, il y avait cinq enfants. En tant que
tel, ce n'est pas une contrainte, mais comme on avait tous été confronté à une
situation de violence complexe et traumatisante, il y avait de l'accompagnement
à faire avec ces enfants-là pour aller chercher des ressources. Ça fait qu'en
tant que tel, ce n'est pas une contrainte de santé comme on parle maintenant,
mais c'est une contrainte réelle. Et le temps que j'ai mis là, maintenant, OK,
c'est correct, tous mes enfants travaillent, mais pendant ce temps-là, moi, je
n'étais pas capable d'être sur le marché du travail et je n'avais pas de contrainte
reconnue. Puis la précarité financière... comme le montant accordé était en
fonction du fait que je n'avais pas de contrainte, il est minimum, il ne comble
pas les besoins essentiels.
Mme Rouleau : Bien,
justement, ce qu'on cherche, c'est de considérer beaucoup mieux le fait qu'il y
ait des gens qui sont plus éloignés du marché du travail, qui ont besoin
d'accompagnement, d'un meilleur accompagnement pour une meilleure intégration
dans la société parce qu'on veut éviter l'isolement. On veut une meilleure
intégration et aller vers le marché de l'emploi pour que les gens puissent y
contribuer à la hauteur de leurs moyens. Et parmi les objectifs qu'on a, c'est,
par exemple, le Programme d'aide et d'accompagnement social<i>, le PAAS<i>,
qu'on appelle, où on ouvre un volet de participation sociale. Qu'est-ce...
Comment considérez-vous ce... Est-ce que c'est quelque chose qui vous... qui
vous parle, ça, le PAAS<i>, et d'ouvrir ce volet de participation sociale?
Mme Bernard (Chantal) : Moi,
j'ai participé, j'ai fait un PAAS<i> quelques années, ici, au RASST.
Puis, encore là, comme je disais, la violence a laissé des traces chez moi.
Puis à un moment donné, les enfants, même à l'âge d'adultes, ils ont eu besoin
d'aide. Mais quand ton système nerveux, il est toujours sollicité puis il est
toujours en état d'alerte et toujours en état d'urgence, à un moment donné, ça
ne prend presque plus rien pour t'affecter physiquement et mentalement. Ça fait
que même le PAAS<i>, je n'ai pas été capable de le maintenir plus qu'un
certain laps de temps et je n'aurais pas nécessairement été capable d'aller
dans un emploi régulier après, OK, ce qui n'était pas le cas quand j'étais plus
jeune. La pauvreté a eu un impact majeur, moi, tout au long de ma vie et a été
débilitante au niveau physique et au niveau de ma santé mentale.
Mme Rouleau : Alors,
justement, ce qu'on propose, c'est de passer de contraintes à l'emploi, donc la
capacité de travailler, à contraintes de santé pour tenir compte des enjeux,
notamment... bon, évidemment des contraintes de santé physique, mais aussi des
enjeux psychosociaux et de santé mentale, étant donné qu'on parle beaucoup plus
aisément, aujourd'hui, des enjeux de santé mentale, c'est aussi... on en parle
autant qu'on parle de santé physique. Et vous <avez...
Mme Rouleau :
...aujourd'hui,
des enjeux de santé mentale, c'est aussi... on en parle autant qu'on parle de
santé physique. Et vous >avez dit, d'entrée de jeu, que vous étiez... si
je me souviens bien, vous avez dit que vous étiez contre le changement de
passer de contraintes emploi à contraintes de santé. Pourtant, ce qu'on veut
faire, c'est d'élargir les contraintes pour inclure les contraintes de santé
mentale et des enjeux psychosociaux. Ce qui me semble être ce que vous avez
vécu, là, depuis un... depuis un certain nombre d'années, Mme Bernard. Et
pouvez-vous m'expliquer pourquoi vous êtes contre parler de contraintes de
santé, aujourd'hui, tel que nous le proposons?
Mme Bernard (Chantal) : Première
des choses, en tant que tel, avec les enfants, quand j'allais dans des
accompagnements auprès de travailleuses sociales et travailleurs sociaux, ma
santé mentale était encore potable, à cette époque-là, mais ce n'est pas
nécessairement reconnu comme une contrainte. Pourtant, l'accompagnement me
demande du temps, OK? La santé... Puis le fait de ne pas être reconnue dans ce
besoin-là, OK, et qu'on demande quand même de faire des démarches à l'emploi
dans des conditions comme ça, c'est ce qui va souvent créer les problèmes de
santé, le stress inhérent à toutes ces conditions-là. C'est déjà pénible
d'aller chercher de l'aide, de faire des pieds et des mains et de développer sa
créativité dans tous les sens pour combler les besoins, mais ça, ça accentue
les problématiques.
Justement, quand on a... quand la pandémie
est arrivée, en 2020, puis que les gens se sont ramassés confinés, OK, ça n'a
pas pris deux semaines qu'on disait que ça affectait la santé mentale des gens,
mais l'argent auquel on a accès couvre à peine nos besoins essentiels, ça fait
qu'il n'est pas question de sortir après. La pauvreté en elle-même a un impact
sur la santé mentale.
M. Handfield (Stéphane) : J'aimerais
compléter en disant qu'il y a énormément de... comme je l'ai dit tantôt, là, de
contraintes à l'emploi qui n'ont rien à voir avec la santé. Le fait de ne pas
savoir lire et écrire... essayez de vous trouver une job, au Québec, en 2024.
Ça n'a rien à voir avec la santé, c'est du psychosocial, mais ce n'est pas de
la santé. Puis, si on dit aux gens qui doivent évaluer les contraintes à
l'emploi, des contraintes de santé, jamais ils ne vont mettre l'analphabétisme
sur les formulaires. Puis, de toute façon, les professionnels qui remplissent ces
formulaires-là ne sont pas formés pour les remplir. Ça fait que, si tu écris
«contrainte de santé» ils vont dire : Excusez, madame, ce n'est pas une
contrainte de santé, et je ne vous le remplis pas, votre papier, puis la
personne n'aura jamais reconnaissance de ses contraintes, même s'il n'y a
jamais un boss qui va la rappeler.
Ça exclut aussi le fait que, comme Chantal
disait, la pauvreté puis le système d'aide sociale, c'est eux-mêmes des
contraintes à l'emploi. Il n'y a pas besoin d'avoir... de reconnaître d'autres
contraintes à l'emploi que simplement être à l'aide sociale avec les tout
petits montants qui sont donnés. Il y a plusieurs recherches qui montrent
clairement que les montants de base à l'aide sociale sont eux-mêmes un obstacle
à se trouver un emploi. Tout le temps qu'il faut que le monde mette pour
survivre alors qu'ils sont endettés le premier du mois juste pour payer le
loyer, réussir à faire leur mois, ils ne sont pas disponibles pour se chercher
un emploi. Le stress constant, les nuits passées à ne pas dormir parce qu'on se
demande quand est-ce qu'on va manger un repas complet, ça affecte la capacité à
se présenter dans un emploi, la santé qui dégringole parce qu'on mange mal, on
dort mal, on ne prend pas nos médicaments, quand on en a, parce qu'on ne peut
pas se les payer, on a les dents toutes cariées parce qu'on n'est pas capables
de se soigner, on n'est pas présentables, on n'est pas embauchables.
C'est sans parler de l'itinérance, du fait
que les gens se découragent de faire leur budget avec ces montants-là. Il n'y a
pas besoin de reconnaître d'autres contraintes à l'emploi que juste être à
l'aide sociale. C'est déjà une méchante contrainte.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
je cède maintenant la parole à la députée de Laviolette—Saint-Maurice pour une
minute.
• (12 heures) •
Mme Tardif : Bonjour. Merci.
Merci beaucoup. Merci, Mme Bernard. Ça prend beaucoup de courage et d'humilité
de nous présenter ça comme ça. Et je vous dirais que dans nos bureaux de circonscription,
en tant que députés, oui, nous n'avons pas vécu les atrocités que vous avez eu
à vivre, mais à tous les jours, nous sommes là pour aider des gens comme vous,
et je veux que le Québec l'entende parce que nous nous dévouons vraiment pour
vous aider.
Et ce projet de loi là vise à changer des
choses qui existent depuis 20 ans et qui n'ont pas été changées. On parle
d'emploi, mais je vous entends, aussi, et vous parlez aussi de scolarisation...
12 h (version révisée)
Mme Tardif : ...loi-là vise à
changer des choses qui existent depuis 20 ans et qui n'ont pas été
changées. On parle d'emplois, mais je vous entends aussi, et vous parlez aussi
de scolarisation, vous parlez de manque de scolarisation, vous parlez de la
nécessité d'avoir un accompagnement personnalisé, et c'est ce vers quoi nous
voulons aller.
Donc, je n'ai pas de question, je veux
simplement vous remercier sincèrement de votre grande franchise. Nous vous
entendons, nous vous avons entendus et nous allons travailler pour vous aider
encore.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole à la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. J'aimerais tout d'abord vous saluer et surtout saluer Mme Bernard.
Merci d'avoir partagé votre expérience vécue. Je vous salue aussi d'avoir élevé
cinq enfants. N'importe... dans n'importe quelle circonstance, c'est
extraordinaire, mais, avec des ressources limitées, c'est vraiment extra-extraordinaire.
Donc, je voulais tout d'abord vous saluer.
Je veux vous pousser encore plus sur votre
expérience vécue. Effectivement, vous avez parlé beaucoup de... le temps, le
temps que ça vous a pris de... avec des ressources limitées, de préparer des
repas, d'accompagner les enfants qui vivent avec vous aussi des traumatismes
complexes, difficiles. On comprend que la pauvreté, c'est coûteux, c'est
coûteux surtout au niveau du temps ou... pour citer mon grand-père américain,
il disait : «There's no shame in poverty, it's just damn inconvenient», c'est
un sacré inconvénient.
Alors, j'aimerais vous entendre plus sur
votre expérience vécue et surtout au niveau de... vous avez des moments où vous
avez eu accès à l'aide sociale. Est-ce que vous pouvez nous parler des
obstacles que vous avez rencontrés en accédant en... justement en lien avec les
programmes d'aide sociale?
Mme Bernard (Chantal) : Première
des choses, aller faire une demande d'aide sociale, c'est quelque chose qui est
difficile, c'est quelque chose qui est honteux, puis on se sent coupable. Il y
a quelque chose à guérir en dedans de soi. Il n'y a personne qui veut aller
faire une demande d'aide sociale, OK? Les programmes, souvent, dans les
organismes, ils ont une sensibilité qu'ailleurs ils n'ont pas, mais la
formation qu'on vient chercher ici, ça ne veut pas dire, quand on va aller
chercher un emploi ailleurs et qu'on a terminé une formation dans un organisme,
que l'employeur ailleurs va être aussi ouvert, OK?
Puis j'aimerais ça souligner quelque chose.
Quand on parle de scolarisation des personnes en situation de pauvreté... Mes
enfants sont brillants. Ma fille, quand elle est rentrée au cégep, le premier
examen qu'elle a fait, elle a eu 102 % parce qu'il y avait des questions
bonus, OK? Elle rêvait de devenir médecin légiste et elle en avait les
capacités, mais la situation de sa précarité économique a elle aussi joué sur
la détérioration de sa santé mentale. Puis, à un moment donné, elle a fait une
dépression majeure, elle a été en psychiatrie, et, bon, elle est sortie de là.
Elle a été chercher un cours, elle a un emploi, mais pas à la hauteur des
capacités qu'elle avait, et c'est un médecin qu'on... qui nous manque à tout le
monde.
Mme McGraw : Merci, Mme Bernard.
On est d'accord pour dire que les politiques publiques éclairées doivent tenir
compte des expériences vécues des gens. Alors, j'aimerais vous entendre, parce
qu'on n'a pas reçu de mémoire. Et, Mme Bernard et M. Handfield, ça
serait... je ne sais pas si vous prévoyez éventuellement soumettre des
recommandations écrites, ça serait très utile. On ne va pas avoir le temps,
avec le temps qui nous reste, de rentrer en détail, mais je pense que, si on
veut vraiment prendre ces expériences vécues puis traduire en recommandations ou
en analyses... En tout cas, je pense que ça serait très apprécié.
Maintenant, avec le temps qu'on a, moi et
ma collègue, on a plusieurs questions. On est allés... Vous avez parlé, on a
beaucoup parlé, la ministre a posé de très bonnes questions par rapport à :
Si l'objectif, c'est vraiment d'aller s'attaquer aux diverses contraintes en
emploi, qui incluent des... pour justement élargir santé... Donc, c'est une
bonne intention, et on le souligne. On espère qu'on... On partage cet
objectif-là, et, le défi, ça va être de trouver les bons mots, peut-être des
amendements pour vraiment refléter cette réalité-là. J'aimerais vous entendre.
Vous avez parlé de diverses contraintes qui ne sont <pas nécessairement
liées à la santé...
Mme McGraw :
...j'aimerais
vous entendre. Vous avez parlé de diverses contraintes qui ne sont >pas
nécessairement liées à la santé, mais, Mme Bernard, vous avez dit état de
santé... pardon, état économique à faire en sorte que ça a un impact sur mon
état de santé, ça fait qu'on comprend qu'il y a des liens. Est-ce qu'on...
juste vous entendre encore une fois dans la définition, lorsqu'on parle de
contrainte en emploi, à part des contraintes santé ou même des contraintes
médicales, quelles seraient aussi les autres contraintes qui seraient
importantes à souligner lorsqu'on fait cette réforme-là? Je ne sais pas si
c'est M. Handfield, ou Mme Bernard, ou les deux, mais la question se
pose.
Mme Bernard (Chantal) : La
pauvreté en elle-même, c'est une contrainte. Le revenu qui est accordé aux
personnes ne... selon le collectif, je pense, comble 46 % des besoins de
base. Bien, la partie manquante, il faut faire des pieds et des mains et
développer sa créativité pour combler ces besoins-là. Moi, je me suis ramassée...
j'ai déjà vu avoir un paquet de saucisses, diviser ça au nombre d'enfants qu'on
était, j'attends de manger en dernier, puis, quand je vois qu'ils ont faim, je
prends mes saucisses, puis je les mets dans l'assiette des enfants. Puis ça
joue sur l'estime de soi, OK, et... mais, vraiment, le temps qu'on met pour
combler nos besoins essentiels autrement qu'en allant à l'épicerie acheter ce
qu'on a besoin ou, encore là, courir les banques, les banques vestimentaires
pour aller chercher des vêtements... on n'a pas toujours ce qu'on a besoin dans
ces vêtements-là. C'est toujours courir et ça devient quasiment, en tant que
tel, une job à temps plein pour combler les besoins de base, OK?
Ça fait que, quelque part, ça, ça affecte
la santé à tous les niveaux. Ça affecte aussi l'estime de soi et la perception
généralisée qu'on a des personnes en situation de pauvreté, surtout quand on
est à l'aide sociale, c'est quelque chose de négatif. Dans une discussion que
j'ai eue avec Stéphane, il disait : Les deux catégories de gens envers
lesquels on a le plus de préjugés socialement, c'est les personnes en situation
d'aide sociale et les politiciens. Ça fait que quelque part... Mais c'est vrai,
moi, je suis convaincue qu'indépendamment de votre allégeance politique, vous
êtes... la plupart de vous êtes là pour les bonnes raisons et parce que vous
voulez le mieux pour notre société. Mais quelque part, on... ce n'est pas
nécessairement facile, on est confrontés aux préjugés, puis, en situation de
pauvreté, on est déjà faible, et ça va dans le registre de la violence.
Aujourd'hui, on dénonce les violences
faites aux gens de races, faites aux gens avec des orientations ou des
identités sexuelles, aux personnes... on parle de grossophobie, etc., on ne
parle jamais de la violence qui est faite aux personnes assistées sociales :
C'est tous des lâches, c'est tous des profiteurs. Et moi, c'est ce que
j'entendais, là, OK, puis c'est ce qu'on entend régulièrement : Ils
profitent du système. Je n'ai jamais voulu profiter du système et je cherche du
mieux que je peux à y contribuer avec les moyens que j'ai. Pour moi,
aujourd'hui, être ici, c'est contribuer à la société avec les moyens que j'ai.
Mme McGraw : Effectivement,
Mme Bernard, c'est le cas, et on vous remercie. Je vais maintenant passer,
avec la permission de la présidente, le reste de mon temps à ma collègue.
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui,
je vais lui céder la parole. C'est à la députée de D'Arcy-McGee. La parole est
à vous pour deux minutes.
Mme Prass : Merci, Mme la
Présidente. Merci pour votre témoignage. C'est vraiment... ça met vraiment les
choses en perspective d'entendre l'histoire de quelqu'un qui a vécu et qui vit
une situation dont on va débattre en commission.
Vous avez parlé, au début, de la question
de l'accompagnement adapté. Vous avez parlé de votre situation, vous venez d'un
milieu où il y avait de la violence conjugale. Il y a des gens avec, disons...
sur le spectre de l'autisme, avec une déficience intellectuelle. Il y a plein
de différentes situations. Dans le projet de loi, on parle d'accompagnement,
mais d'un accompagnement qui viendrait du ministère Emploi et Solidarité
sociale. On comprend qu'il y a des situations, telle la vôtre, qui ont besoin
d'un accompagnement plus humain, disons, de la part d'une travailleuse sociale,
ou quoi que ce soit, et qui reçoivent aussi des formations pour vraiment bien
comprendre les réalités, les différentes situations et comment les aborder et
comment bien faire un accompagnement.
• (12 h 10) •
Dans votre situation, qu'est-ce que vous
auriez voulu voir, comme accompagnement, qui aurait fait en sorte soit de vous
faciliter la vie en ayant accès aux différents programmes du gouvernement ou à vous
remettre sur vos pieds?
Mme Bernard (Chantal) : Comme
je disais, j'ai vu... moi, j'ai... Avec les enfants, on a rencontré <une
panoplie de travailleurs...
Mme Prass :
...remettre
sur vos pieds?
Mme Bernard (Chantal) :
Comme
je disais, j'ai vu... moi, j'ai... Avec les enfants, on a rencontré >une
panoplie de travailleurs et travailleuses sociales, psychologues,
pédopsychiatres. Je n'ai jamais hésité à aller chercher de l'aide quand c'était
nécessaire. J'ai rencontré des personnes qui ont été des perles dans la vie,
mais il y a aussi parfois des personnes qui sont moins professionnelles et qui
ont eux-mêmes des préjugés à notre égard avant de nous rencontrer et de nous
parler. Ça fait qu'il y a vraiment un effort à faire et même là.
Puis quelque part je regarde... Moi, je
n'avais pas de problème d'anxiété comme je fais maintenant. Je vais tricoter de
la dentelle et faire des toutous avec un crochet, mais toute la technologie,
c'est quelque chose de difficile. Le fait qu'on s'en aille de plus en plus vers
de l'informatique pour répondre aux besoins puis qu'il y a de moins en moins...
nous avons de moins en moins accès à des ressources directement, ça va nuire
aux personnes et à leur possibilité de réintégrer, quelque part, la société.
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout le temps que nous avions avec la collègue. Maintenant, je cède la parole à
la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. Je veux vous remercier, tous les deux, pour vos propos très, très
éloquents. Mme Bernard, je veux vous... souligner votre... le courage que
vous avez eu à l'époque de vous sauver, vous et vos enfants, de cette situation
de violence là puis tout ce que ça a dû vous prendre pour réussir à traverser
aussi la situation de pauvreté dans laquelle vous avez été placée par la suite.
Vous avez exprimé très clairement que, ce qui vous a... ce qui a été une
entrave pour vous à retourner sur le marché du travail, c'est la pauvreté dans
laquelle vous avez été plongée. Je vais vous laisser tout mon temps. J'aimerais
juste ça vous entendre sur qu'est-ce qui doit être fait pour éviter que les
personnes qui se retrouvent dans le dernier maillon de notre filet social se
retrouvent dans une telle situation de précarité comme vous avez vécue?
Mme Bernard (Chantal) : Bien,
je regarde. De ce que j'ai lu de la réforme qui est proposée, il y a... je
pense qu'il y a plein de belles intentions, mais il n'y a pas nécessairement de
hausse de la prime qui est offerte aux personnes en situation de pauvreté. Et,
comme je dis, c'est le premier handicap, c'est l'absence de ressources
suffisantes pour combler les besoins essentiels puis l'impact que ça, ça peut
avoir sur la santé physique, sur la santé mentale et sur l'estime de soi. OK?
Le revenu en tant que tel auquel on a accès, c'est le premier handicap, et,
souvent, ça va nous embarquer dans une suite d'événements pour aller combler
ces besoins-là de part et d'autre. Puis, quand on étire notre temps dans une
position où est-ce qu'on est en... justement confronté à l'aide sociale en
position de pauvreté, bien, ça fait des trous dans notre CV et ça fait qu'on
est de moins en moins intéressant pour un employeur. OK?
Puis il y a des employeurs qui vont
beaucoup aimer quand ils vont avoir accès à une subvention pour avoir,
justement... une subvention salariale pour avoir quelqu'un pendant six mois,
puis on lui fait miroiter qu'après les six mois la personne va être là, mais
l'employeur perd sa subvention, bien, il va mettre la personne à la porte puis
il va aller en chercher une autre. Il y a comme un aspect... Puis, là-dessus,
on se sent lésé parce qu'on espère, on y va, on veut et on se ramasse, après
coup... non, on n'a pas l'emploi que l'employeur nous a fait miroiter, malgré
le fait qu'on a dit oui à la mesure qui nous était proposée. Il y aurait
peut-être une surveillance accrue à avoir de ce côté-là.
Mme Labrie : Merci beaucoup.
M. Handfield (Stéphane) : S'il
me reste le temps de compléter, là, si on revient, justement, aux barrières à
la citoyenneté qui sont exprimées par les personnes assistées sociales, il y a
la pauvreté en premier, comme Chantal l'a dit, puis il y a aussi le marché du
travail. Puis ça, la réforme ne s'attaque pas du tout à la manière dont est
fait le marché du travail. Déjà, on présume que, si les gens ne travaillent
pas, c'est qu'ils ne veulent pas y aller. Mais il n'y a pas besoin de forcer
les personnes assistées sociales à aller travailler, elles veulent y aller.
Puis, si elles ne vont pas travailler, c'est qu'elles ne sont pas capables en
ce moment, ou qu'on ne leur offre pas de job, ou qu'elles s'occupent d'une
manière qu'elle juge pertinente socialement. C'est comme des philanthropes,
mais pas riches, tu sais, dans le fond. Puis...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. Handfield (Stéphane) : ...si
je peux compléter rapidement, le marché du travail...
La Présidente (Mme D'Amours) : Il
n'y a pas de... je suis désolée. On manque de temps. Il va falloir passer
maintenant la parole au député de Jean-Talon. M. le député, la parole est à
vous.
M. Paradis : Voulez-vous
compléter votre phrase en 30 secondes?
M. Handfield (Stéphane) : ...Ça me
ferait plaisir. Merci beaucoup. Ça prend un changement du <marché du
travail...
M. Handfield (Stéphane) :
...Ça
me ferait plaisir. Merci beaucoup. Ça prend un changement du >marché du
travail. Il y a beaucoup de personnes qui sont à l'aide sociale qui peuvent
travailler du trois jours, du quatre jours semaine, mais qui, une journée par
semaine, vont avoir des douleurs chroniques le matin, ou faire des crises de
panique, ne pourront pas aller à la job. Il n'y a aucun employeur qui ne les
met pas à la porte en dedans d'un mois. Ça ne veut pas dire qu'ils ne sont pas
capables de travailler, mais le marché du travail n'est pas ouvert à leurs
capacités.
M. Paradis : Merci. Alors, il
nous reste deux minutes, littéralement. Je comprends que... Vous êtes les
troisièmes à témoigner aujourd'hui, et les trois nous ont dit : Ça passe
par une bonification des programmes d'aide financière de dernier recours, au
moins au niveau du mesure... de la mesure du panier de consommation. Bien noté.
Mme Bernard, merci pour votre
présence, merci de votre témoignage. En quelques secondes, là, dans les
barrières, vous nous avez parlé... au début, là, il y a cinq barrières, vous
nous avez dit : Il y a le système lui-même. Qu'est-ce que vous nous
recommandez de ne pas faire absolument? Puis qu'est-ce qu'il faut faire
absolument pour humaniser le système d'aide sociale?
Mme Bernard (Chantal) : Je ne
serais pas capable de répondre à cette question-là, c'est trop complexe, mais,
pour moi, il y a un travail à faire, il y a une conscientisation globale dans
la société en général sur les préjugés. Au niveau du système et de la loi, les
technicalités, je vais plutôt laisser répondre Stéphane.
M. Paradis : Allez-y,
M. Handfield.
M. Handfield (Stéphane) : Merci.
Ce que je dirais, bien, à la base, oui, un revenu qui permet de couvrir ses
besoins de base. Ce revenu-là, pour permettre de couvrir ses besoins de base,
devrait être à l'abri des coupures puis des dettes, tant qu'on n'est pas
au-dessus de ça. Ça fait que l'aide sociale qui coupe les gens parce qu'ils
sont en couple, même si maintenant ils vont avoir chacun leur chèque, mais
coupés pareils, si on suit la réforme telle qu'elle est, ça, ça place les... ça
remettrait les gens en situation de pauvreté. Ils sont coupés s'ils essaient de
travailler pour s'en sortir, ils sont coupés s'ils ne dépensent pas leur argent
comme il faut, ils sont coupés s'ils ne remplissent pas les formulaires comme
il faut, formulaires qui sont complètement incompréhensibles. Ça fait que juste
arrêter de couper les gens tant qu'ils sont dans la pauvreté, ça les rend plus
pauvres encore. Ça, c'est inhumain.
On entend beaucoup parler que les agents,
quand les personnes appellent les agents, sont méprisants. Ça, on l'entend
beaucoup. La proposition dans la réforme de... voyons, de ne plus avoir d'agent
attitré, ça, c'est inhumain pour les gens parce qu'à chaque fois qu'ils
appellent, il faut qu'ils racontent leur situation encore. Chantal, ça lui a
pris beaucoup d'énergie aujourd'hui pour témoigner. Imaginez, s'il faut, à
chaque deux semaines, parler à un nouvel agent d'aide sociale, raconter son
histoire au complet, pourquoi on ne travaille pas, etc. Ça, ça vide les gens. Ça,
c'est inhumain. Avoir un agent, qu'on lui raconte son histoire une fois, qui
comprend puis qui nous suit là-dedans, ça, ce serait humain. Puis,
absolument...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Merci. C'est tout le temps que nous avons. M. Handfield et
Mme Bernard, merci infiniment pour votre contribution à nos travaux de la
commission.
Et je suspends les travaux jusqu'à les
avis touchant les travaux des commissions vers 15 h 15. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 18)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 15)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de l'économie et du travail reprend ses
travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous poursuivons les consultations
particulières et <auditions publiques sur le...
La Présidente (Mme D'Amours) :
...nous
poursuivons les consultations particulières et >auditions publiques sur
le projet de loi n° 71, Loi visant à améliorer
l'accompagnement des personnes et à simplifier le régime d'assistance sociale.
Cet après-midi, nous entendrons les
témoins suivants, soit le Collectif Petite Enfance, <i>Banques
alimentaires du Québec, la Fédération des chambres de commerce du Québec, le
Collectif pour un Québec sans pauvreté et le Front commun des personnes
assistées sociales du Québec.
Je souhaite maintenant la bienvenue au Collectif
Petite Enfance. Je vous rappelle, chers invités, que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à
nous donner votre exposé.
Mme Bonneville (Elise) : Bonjour.
Merci d'accueillir le Collectif Petite Enfance. D'abord, le collectif rassemble
plusieurs réseaux nationaux qui sont d'horizons divers, donc des organismes
communautaires famille, des organismes qui oeuvrent en périnatalité ou en
insécurité alimentaire. Divers organismes représentent aussi des réalités
diverses, dont celle des pères, des Premières Nations, des gens d'expression
anglaise, des gens issus de l'immigration, ou encore on peut aller jusqu'à la
persévérance scolaire ou le milieu municipal. Nous avons un objectif commun,
c'est de faire de la petite enfance une priorité sociétale en s'assurant... en
accentuant nos efforts pour réduire les inégalités sociales. Ainsi, nous avons
donc naturellement posé notre regard sur le projet de loi pour l'analyser sous
l'angle des besoins des parents et des tout-petits de 0-5 ans.
Aujourd'hui, je vais, d'abord, aborder les
quatre... les quatre aspects précis du projet de loi qui ont attiré notre
attention, donc, d'abord, la volonté de prioriser l'insertion en emploi, mais
sous l'angle des besoins des familles ayant des enfants de moins de cinq ans, ensuite,
le souhait d'offrir un meilleur accompagnement pour les prestataires ainsi que
la bonification de l'allocation pour l'état de grossesse, puis enfin la prise
en considération plus importante des facteurs psychosociaux, mais, d'abord, je
vous fais un bref rappel des facteurs influençant le développement des
tout-petits. Je vais aller très rapidement sur cette section puisque, dans
notre mémoire, je vous invite à vous référer à la première section pour avoir
l'ensemble de la littérature scientifique à ce sujet. Donc, je fais un bref
survol.
Je ne vous apprendrai rien, mais le
facteur le plus important duquel découlent tous les autres, c'est le revenu.
Donc, pour les familles, un revenu de base est, bien sûr, le fondement. Si on
regarde le logement, c'est un autre facteur extrêmement important pour le
développement des tout-petits, mais, d'ailleurs, on sait qu'en 2023 les loyers
au Québec ont connu une hausse de 7,4 %. Donc, c'est une pénurie qui vise
surtout les grands appartements, ce dont ont besoin les familles. Évidemment,
les plus touchés sont les familles à faibles revenus. Puis l'insécurité
alimentaire... Il faut garder en tête que les principales causes de
l'insécurité des ménages, c'est le manque de ressources financières. Si on
prend le prix à jour du panier de provisions nutritif et économique pour la
région de Montréal, on réalise que ça représente 40 % des revenus d'une
famille type qui reçoit des prestations d'aide sociale. C'est énorme.
Alors, je me lance sur les quatre aspects
que nous avons analysés. D'abord, d'entrée de jeu, je dois spécifier que le
Collectif Petite Enfance ne prend pas position spécifiquement par rapport à la
question de savoir si c'est une bonne chose ou non de prioriser les actions
gouvernementales sur l'insertion en emploi. Toutefois, on se propose de
vérifier ce qui doit être fait spécifiquement pour les familles vulnérables
ayant des enfants de moins de cinq ans si on souhaite prioriser l'insertion en
emploi.
D'abord, il faudra s'assurer que
les programmes ou les mesures mis en place offrent de la stabilité et de la
flexibilité. La réalité des familles avec des jeunes enfants change vraiment au
jour le jour, comme les enfants. Il faut à tout prix éviter les chocs
tarifaires à mesure que les parents évoluent dans les différents programmes, et
donc leur offrir un revenu suffisant et constant.
Ensuite, il faut s'assurer que tous les
enfants aient une place en service de garde éducatif à l'enfance. C'est
intrinsèquement lié à la capacité d'être sur le marché de l'emploi. Évidemment,
ça prend des places, et ça prend des places de qualité. Ici, présentement, je
veux surtout attirer votre attention sur la gratuité des services. Pourquoi on
insiste ici sur ce point, c'est parce que seulement quelques programmes donnent
droit à la gratuité d'une place en garderie.
• (15 h 20) •
Quand il est question d'insertion en
emploi, il y a, pour le moment, seulement le programme programme Objectif
emploi qui le permet. C'est bien, mais c'est très restrictif parce qu'il y a
vraiment plusieurs différents programmes d'insertion. Il faut donc s'assurer
que tous les parents qui s'impliquent dans un parcours d'insertion puissent
avoir droit à la gratuité pour la durée du parcours, voire plus, toujours pour
éviter les chocs tarifaires. Même si on parle de payer une contribution dite
réduite, la gratuité est importante pour ces clientèles-là. On veut vraiment
éviter les chocs.
Si, par exemple, on prend l'exemple d'un
parent avec un nouvel emploi au salaire minimum, s'il paie la cotisation
réduite de 8 $ par jour et qu'il a deux enfants, on parle de 80 $ par
<semaine, soit 17 % de son salaire minimum...
Mme Bonneville (Elise) :
...de
8 $ par jour et qu'il a deux enfants, on parle de 80 $ par >semaine,
soit 17 % de son salaire minimum hebdomadaire net qui est absorbé par ces
frais, mais, s'il n'y a que les... mais il n'y a pas que les parents qui sont
directement affectés par ça. C'est aussi problématique pour les services de
garde éducatifs à l'enfance. Le calcul de la subvention pour l'accueil de
clientèles défavorisées est basé sur le nombre de parents ayant le droit à la
gratuité. Et donc, si un service de garde éducatif pouvait... pourrait eux
aussi, du jour au lendemain, perdre une partie de leur subvention qui sert à
offrir des services spécifiques à ces enfants vulnérables, ils en seraient
aussi perdants. Il faudrait aussi que cette question soit arrimée avec celle du
ministère de la Famille. Je crois qu'il y a vraiment des arrimages solides qui
pourraient être possibles afin de permettre de bien atterrir ce projet de loi.
En terminant, on doit nommer notre
inquiétude quant à l'abolition de l'allocation pour les familles vulnérables
ayant des enfants de moins de cinq ans, notamment les familles monoparentales.
Il s'agit certainement des familles les plus vulnérables de l'ensemble de la
société, la littérature scientifique à l'appui. Les programmes d'insertion en
emploi sont peut-être une bonne chose, mais il faut tout de même continuer de
s'assurer que ces familles-là ont des revenus suffisants pour garantir des
conditions de vie décentes à leurs tout-petits. La littérature scientifique est
sans équivoque. Le facteur principal influençant la précarité d'un ménage est
son revenu disponible. Ça fait le tour du premier point.
Second point, on souhaite saluer le
souhait d'offrir un meilleur accompagnement aux prestataires avec les plans
d'intervention individualisés, dont on changerait le nom pour «plan
d'accompagnement personnalisé». De même, le développement des réseaux régionaux
d'accompagnement doit être salué. Ça rejoint vraiment les concepts-phares pour
le collectif, soit l'importance du travail intersectoriel et de manière
concertée. Pour les familles vulnérables et le développement des enfants, c'est
impératif parce que leurs besoins sont nécessairement multiples et interreliés.
Cela dit, il semble, pour le moment, qu'on
ait oublié de prendre en compte un grand nombre d'organisations, c'est-à-dire
les organisations de la société civile et les organismes communautaires
travaillant pour les enfants et leurs familles, en concentrant leurs... ou
celles qui concentrent leurs activités en période périnatale. Ce sont eux, les
experts de la parentalité et des familles. Si on veut insister sur le retour en
emploi des familles ayant des enfants âgés de moins de cinq ans, les familles
vulnérables ou monoparentales, il est crucial de travailler avec ces
organisations-là. Autrement dit... autrement, comme dit précédemment, on pense
aussi que le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale gagnerait à se
rapprocher du ministère de la Famille, qui est un bon collaborateur de ces
organisations.
En troisième point, on doit vraiment
saluer l'intention d'accroître les allocations relatives à l'état de grossesse.
C'est un soutien supplémentaire dans un des moments les plus critiques de la vie
de toutes les familles, mais on aimerait proposer que la mesure suive les mêmes
fondements logiques qu'une mesure déjà existante, disponible à d'autres
familles du Québec. Je parle ici du RQAP. Puisque le souhait exprimé au projet
de loi est vraiment de focusser sur l'insertion à l'emploi pour les
prestataires, on pense qu'il faut suivre la logique du RQAP et les consensus
sociétaux autour de l'importance d'être présent à 100 %, disponible pour
son nouveau-né, dans sa première année de vie et offrir le même nombre de
semaines de congé parental en dehors des aléas du marché de l'emploi, que ce
soit pour les parents qui ont pu cotiser aux régimes comme ceux qui ne
pouvaient pas par le passé, mais qui se trouvent maintenant dans des processus
d'insertion en emploi.
Autrement dit, si on se dit collectivement
que la meilleure chose à faire pour des nouveaux parents, c'est de prendre une
pause de travail quand ils accueillent un nouvel enfant, ce devrait être
valable aussi pour les prestataires qui s'engagent dans des parcours
d'insertion en emploi. On pense qu'ils doivent avoir le même droit à
50 semaines de congé parental. Rappelons que cette période est très
importante. C'est une période de vulnérabilité reconnue pour toute la famille.
C'est aussi une période privilégiée pour la création des liens d'attachement
parent-enfant, qui vont influencer le reste de son parcours, mais c'est aussi
une phase de transition et de changement les plus importantes dans la vie d'une
personne.
Finalement, on salue le désir de vouloir
prendre plus largement en considération les facteurs psychosociaux dans ce qui...
dans ce que représente une contrainte de santé. On souhaite vraiment que ça
aide à reconnaître l'ensemble des facteurs qui peuvent avoir un impact sur les
familles vulnérables, par exemple tous les enjeux liés aux enfants ayant des
besoins de soutien particuliers ou encore ceux qui... ceux qui vivent en
contexte de séparation. Cependant, on sait qu'il y a beaucoup d'enjeux d'accès
aux professionnels du réseau et on souhaite insister sur le fait qu'il faut
réfléchir à prioriser l'accès à des services pour les familles les plus
vulnérables ayant de jeunes enfants.
En conclusion, le Collectif Petite Enfance
souhaite porter à votre attention que le projet de loi n° 71 doit certainement
être réfléchi pour que les propositions qui y sont faites ne nuisent pas aux
familles ayant de jeunes enfants. C'est aussi une occasion à saisir pour
s'assurer que les propositions qui s'y trouvent répondent pleinement aux <besoins
spécifiques des...
Mme Bonneville (Elise) :
...que
les propositions qui s'y trouvent répondent pleinement aux >besoins
spécifiques des tout-petits et de leurs parents, soit les familles les plus
vulnérables de notre société. Nous croyons qu'en agissant ainsi on se donne de
meilleures chances de briser les cycles de la pauvreté. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Merci pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la période
d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Oui, bien, d'abord,
merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui et de contribuer à ces auditions
pour... pour mettre en place, là... en fait, développer cette modernisation du
régime d'aide sociale. Votre contribution est très, très importante parce que
vous touchez, évidemment, les parents des enfants, et vous vivez de près les
situations, et vous comprenez bien que l'objectif de la modernisation, bon, c'est
d'accompagner les gens qui sont en situation de précarité, et les accompagner
vers l'insertion, et vers l'emploi, l'insertion sociale et, ultimement, vers l'emploi
parce que c'est par l'emploi qu'on améliore son sort, évidemment, et le sort de
la famille. Pour les familles avec... et les mères en particulier, les parents
avec des enfants en bas âge, il y a... il y a un arrimage certain à faire avec
les services de garde, CPE. J'aimerais que vous me parliez de cette réalité pour
vous. Qu'est-ce... comment ça se passe, l'arrimage?
Mme Bonneville (Elise) : L'arrimage
entre les gens qui ont présentement... qui sont sous le régime d'assistance
sociale? En fait, présentement, lorsqu'un parent... bien, en fait, lorsqu'un
service de garde éducatif accueille des enfants qui sont sous les programmes d'assistance
sociale, il y a une subvention qui est remise en partie pour que le service de
garde puisse subvenir aux besoins, et, en même temps, la gratuité du parent
permet la présence de l'enfant, et c'est assuré que, si cette entente-là ou
cette collaboration-là, elle n'est pas permise ou n'est pas possible dans les
autres programmes qui seraient développés, il y aurait donc, oui, une pression
sur la famille de devoir assumer un frais supplémentaire qui est de 8 $,
mais aussi une perte de revenus pour le service de garde éducatif, qui, lui,
devra quand même possiblement déployer des services supplémentaires pour des
enfants qui sont dans un contexte de vulnérabilité. Donc, cette
collaboration-là et cette reconnaissance dans le programme, présentement, d'emploi
favorisent quand même un accès et une capacité aux services de garde de
répondre aux besoins des tout-petits.
Mme Rouleau : OK, et c'est
bon... cette gratuité, c'est bon dans Objectif emploi et dans les différents
programmes d'emploi?
Mme Bonneville (Elise) : Assurément
qu'il n'y a pas tous les programmes qui permettent la gratuité par rapport à l'accès
aux services de garde éducatifs. C'est une des recommandations qui a été émise
par les membres du collectif, notamment dans le plan de lutte à la pauvreté, ce
serait d'élargir la gratuité à tous les programmes où s'inscrivent les gens qui
sont... qui sont bénéficiaires de l'assistance-emploi. Donc, c'est d'assurer un
élargissement de la gratuité et aussi, dans les recommandations qui sont émises
dans notre mémoire, c'est d'assurer une gratuité, peu importe qu'on passe d'un
programme à un autre, donc une stabilité qui ne fragilise pas la capacité des
parents à envoyer leurs enfants dans un service de garde éducatif gratuit.
Mme Rouleau : Dans un autre
ordre d'idées, vous avez mentionné dans vos... votre mémoire, là, l'importance
de développer un véritable réflexe communautaire. Pourriez-vous développer, s'il
vous plaît?
Mme Bonneville (Elise) : Oui.
Donc, dans les plans d'intervention individualisés, vous proposez de collaborer
avec plusieurs organismes, mais ce qu'on a accès dans la lecture du projet de
loi, c'est... En fait, le réflexe communautaire est très axé sur des organismes
qui sont dans de l'offre de service de gestion de crise ou de problématiques
précises. Dans l'optique d'une famille d'un tout-petit, on parle plus des
organismes communautaires qui sont dans l'offre de service globale au bien-être
des enfants. Donc, le réflexe communautaire, organismes famille et
périnatalité, c'est davantage là où on veut porter notre regard, sur l'élargissement
des types d'organisations qui pourraient être...
• (15 h 30) •
D'emblée, donc, dès qu'on pourrait
accueillir une famille avec un tout-petit, le plan d'intervention ou le plan d'accompagnement
personnalisé, comme on pourrait le proposer, serait, de facto, accompagné d'organismes
communautaires famille qui sont sur le territoire des familles pour s'assurer
que le lien puisse persévérer malgré qu'il n'y a peut-être pas une
problématique psychosociale marquée. Le fait d'avoir ce lien-là avec l'organisation
communautaire, on le sait, la littérature et le terrain le disent, c'est un
filet social solide qui pourrait perdurer dans le lien à travers le plan
d'intervention que vous proposez.
Mme Rouleau : ...mentionné
aussi, là, le 161 $ que la mère...
15 h 30 (version révisée)
Mme Bonneville (Elise) : ...qui
pourrait perdurer dans le lien, à travers le plan d'intervention que vous
proposez.
Mme Rouleau : ...mentionné
aussi, là, le 161 $ que la mère pourrait perdre avec... en modifiant la
contrainte emploi en contrainte santé. La contrainte emploi permet d'avoir
161 $. Et ce qu'on... ce qu'on vise, c'est à ce que les femmes puissent
aller vers le marché du travail et puissent avoir accès aux différents
programmes d'emploi, notamment Objectif emploi. Et Objectif emploi permet,
lorsqu'on... lorsqu'on s'y engage, d'aller chercher jusqu'à 475 $ par
semaine. Est-ce que... est-ce qu'il est plus avantageux d'aller vers l'emploi à
475 $ par semaine ou avoir cette allocation de 161 $ par mois?
Mme Bonneville (Elise) : Assurément
que c'est une bonne question. Nous, on le voit dans la perspective de la
période particulière que représente la fondation d'une famille, donc la petite
enfance, dans une perspective d'une transition importante pour une personne qui
est dans un des... un des espaces de vulnérabilité assez importants lorsqu'on
est sur l'assistance sociale. Donc, on part d'une perspective d'une histoire
assez particulière, dans une période particulière, et d'aller vers l'emploi
pendant cette période-là peut vraiment demander beaucoup de flexibilité, de
défis dans la conciliation de toutes ces réalités-là. Et on pense que la
meilleure façon de soutenir les parents dans cette transition-là, c'est de
considérer cette personne... cette période-là comme particulière. Et le revenu
stable reste le meilleur moyen de soutenir la famille dans sa... dans son
évolution.
Donc, assurément que, si on veut emmener
ces familles-là à être dans un... dans une perspective d'emploi, il faut
considérer que les premières années de vie vont apporter une forme de houle, qu'on
parle beaucoup, pour toutes les familles au Québec et, je pourrais même dire, à
travers plusieurs sociétés du monde. La conciliation famille-travail existe
pour ces raisons. Les mesures de conciliation à l'emploi pour les familles avec
petits enfants font partie des réalités des personnes qui sont à l'emploi. Et
donc, là, si on rajoute le contexte de départ de l'assistance sociale allant
vers une perspective d'emploi, c'est vraiment de considérer un moyen de soutenir
les revenus des familles de façon stable dans cette grande transition pour,
réellement, je pense, réussir une transition vers l'emploi de façon stable et
saine, je dirais.
Mme Rouleau : Vous avez... vous
avez salué, là, la proposition de réseaux régionaux d'accompagnement. Comment
voyez-vous la chose, plus précisément?
Mme Bonneville (Elise) : C'est
une très bonne question. En fait, assurément que notre société, dans toutes ses
régions, a vraiment des filets sociaux solides, et des concertations, et des
noyaux de mobilisation qui ont des variables et une géométrie différentes.
Assurément que d'avoir des réseaux régionaux d'accompagnement... Pour moi, je
les vois bien rattachés à des réseaux qui sont déjà existants. Je vois vraiment
qu'on a des bonnes assises. Les communautés sont mobilisées autour des
familles, autour des tout-petits, autour des populations plus vulnérables dans
les différentes régions du Québec. Il faut des moyens financiers, il faut de la
coordination, il faut aussi cogner aux portes des organisations qui sont déjà
mobilisées. Donc, bien sûr, au niveau des familles, il y a déjà des réseaux
régionaux qui sont mobilisés autour des organismes communautaires famille. Il y
a des concertations régionales en petite enfance qui sont souvent mobilisées
avec la santé publique. Il y a donc déjà un terreau et des fils qui sont à
peut-être rattacher à la perspective que vous voyez.
Mme Rouleau : On peut
demander si des collègues veulent poser quelques questions...
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui,
Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Mme Tardif : Bonjour. Merci,
premièrement, merci pour le travail que vous faites, là, la mère en moi en a
bénéficié à plus d'une reprise. Là, c'est une question peut-être un peu hors
sujet, mais je vagabonde et je réfléchis, en vous écoutant par rapport au
projet de loi, et je me demandais... Parce que, là, je fais toujours le
parallèle entre mon comté et... de la réalité terrain de mon comté, et je me dis :
Concrètement, en termes de nombre d'enfants, est-ce que vous avez évalué s'il y
a beaucoup d'enfants, de personnes... parce que ce sont des jeunes parents...
est-ce qu'il y a <beaucoup...
Mme Tardif :
...s'il
y a beaucoup d'enfants, de personnes... parce que ce sont des jeunes parents...
est-ce qu'il y a >beaucoup de jeunes parents sur l'assistance sociale
qui n'envoient pas leurs enfants en CPE? Quel est le pourcentage que vous
estimez? Parce qu'évidemment, notre but est que ces jeunes parents là envoient
les enfants en CPE, vous le savez, d'une part... ça ne relève pas de cette
commission-ci ni de ce projet de loi là, mais... et ces parents-là, de les
amener aussi dans le système soit de l'éducation, pour une diplomation, ou sur
le marché du travail. Donc, je ne sais pas si vous avez compris ma question,
là, mon préambule était un peu long, mais...
Mme Bonneville (Elise) : ...tout
à fait. Oui, je l'ai... Merci pour la question. Je n'aurais pas le... je n'ai
pas le chiffre précis en ce moment. Ce que je peux dire par rapport à l'accès
aux services éducatifs à l'enfance, globalement, il y a présentement, donc,
35 000 enfants qui sont en attente d'une place, de façon globale. Ce
qu'on sait, ce qui est bien documenté, c'est que les familles issues de
contextes de plus grande vulnérabilité ont encore moins accès aux services de
garde éducatifs à l'enfance que les enfants venus de contextes plus favorables,
économiquement, présentement...
Mme Tardif : Pourquoi?
Mme Bonneville (Elise) : ...parce
qu'il y a un manque de... pardon, oui, parfait... donc, parce que, d'une part,
il y a une... il y a un manque de places dans les installations, et la façon
dont les CPE se sont développés, c'est souvent dans les quartiers ou dans
les... dans les régions où il y avait une plus grande mobilisation citoyenne
pour mettre en place des services de garde éducatifs à l'enfance. Donc, pour
l'instant, c'est ce que je peux vous donner comme réponse.
Donc, assurément que certains membres du
collectif pourraient davantage vous donner les bons chiffres précis. C'est
quelque chose, je pense, qui est quand même accessible. Pour ce qui est des
enfants qui sont sur l'assistance sociale, je n'ai pas les chiffres précis par
rapport à l'accès aux services de garde éducatifs. Cela dit, ça fait partie des
objectifs d'en accueillir davantage.
Mme Tardif : Parce que, si on
se rappelle, il n'y a pas si longtemps, la fameuse COVID, où il y a eu des
fermetures de services de garde en milieux familiaux... Par la suite, il y en a
plusieurs, dans mon comté et dans d'autres comtés du Québec, qui n'ont pas
rouvert. Et nous avons des places qui sont disponibles, une banque de places,
vous le savez, mais il n'y a pas d'éducatrices, il n'y a pas de services de
garde comme tel. Qu'est-ce que vous entrevoyez, là, à court ou à moyen terme,
par rapport à ça? Est-ce qu'il y a un engouement qui reprend? Parce
qu'effectivement, nous, ce qu'on veut, vous l'avez très bien compris, on veut
aider les gens qui sont sur l'assistance sociale qui sont de jeunes parents à
retourner sur le marché du travail, ou à aller à l'école, ou terminer leur
secondaire III, à tout le moins, et... ou faire un professionnel, mais on
a besoin, effectivement, de places en garderie.
Mme Bonneville (Elise) : Très
bonne... c'est une très bonne question. Assurément que l'importance de donner
accès à des services de garde éducatifs, je crois que c'est la priorité pour
tout le monde. Effectivement que la pénurie de main-d'œuvre, elle est décriée
beaucoup. Assurément que les organisations membres du collectif, il y en a qui
sont très, très, très actifs à travailler sur ces projets... ces enjeux-là,
notamment de pair avec le ministère de la Famille, qui est à pied d'œuvre sur
ce dossier-là, on le sait bien.
Pour nous, au collectif, et dans le cadre
de cette... de cette consultation-là, on a vraiment été davantage sur les
besoins dont ces familles... qu'on souhaite revoir s'accrocher en milieu
d'emploi, en insertion en emploi, donc les ingrédients essentiels à mettre en
place pour s'assurer d'un réel retour en capacité à l'emploi pour ces
familles-là, et c'est vrai, effectivement, que d'avoir une place en services de
garde éducatifs à l'enfance, c'est une... c'est sine qua non pour y arriver.
Cela dit, présentement, les stratégies qui ont été développées pour rejoindre
les gens à l'emploi, il y a plusieurs aspects, là, de... des groupes nationaux
qui ont fait des efforts dans cette lignée-là, mais pas que je pourrais vous
répondre en ce moment.
• (15 h 40) •
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je donne maintenant la parole à la ministre. Mme la ministre.
Mme Rouleau : Dans le
changement, là, d'aller de... des contraintes emploi vers la santé, on
reconnaît la compétence, disons, des... de certains professionnels de la santé.
Et, dans votre mémoire, vous mentionnez que vous priorisez les membres de
l'Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du <Québec...
Mme Rouleau :
...les membres de l'Ordre des travailleurs sociaux et des
thérapeutes conjugaux et familiaux du >Québec, <i>l'Ordre des
psychologues, l'Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec.
Pourquoi est-ce que ce sont ces ordres-là, prioritairement, que vous proposez?
Mme Bonneville (Elise) : Assurément
que la perspective est beaucoup sur le développement des tout-petits lorsqu'on
réfléchit aux ordres et aux professions qui doivent entourer la période
critique du développement du tout-petit, donc tout ce qui est des
développements... des différentes sphères de développement, donc langagier,
socioaffectif... Donc, le penchant... notre grille d'analyse, c'est vraiment
les données de l'EQDEM et de l'EQPPEM, donc des données qui nous ont permis de
faire un portrait des cinq sphères de développement, donc socioaffectif, la
motricité fine, la motricité globale, l'attachement et le langage. Donc, c'est
sûr que ces ordres-là sont en réponse à l'importance de développer ces cinq
sphères de façon simultanée, donc, à une vitesse assez égale. Parce que ce qu'on
sait dans la littérature, c'est que le développement humain est dans une
période exceptionnelle de la naissance à l'âge d'environ cinq ans, bon, puis il
y a des débats sur l'âge où le cerveau finit sa maturité. Mais assurément que
ces ordres-là représentent...
Mme Rouleau : ...
Mme Bonneville (Elise) : Pardon?
Mme Rouleau : Ça ne finit
jamais.
Mme Bonneville (Elise) : Ça
ne finit jamais, on se le souhaite. Mais assurément que de miser sur des
professionnels, en adéquation au plein développement des tout-petits, c'est
vraiment la perspective de notre recommandation, parce qu'en fait il y a des
opportunités qui ne reviendront jamais sur le développement humain, en matière
de reculer sur les retards de développement. Éventuellement, on arrive à un
point, dans le développement humain, où on devra être en curatif, donc agir sur
des problématiques qu'on aurait pu régler dans la petite enfance, notamment
pour permettre à ces... à ces enfants-là, une fois arrivés dans le milieu
scolaire, de pouvoir être dans un cadre académique dans lequel il est bien.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Maintenant, je vais céder la parole à la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Merci, Mme la
Présidente. Et merci beaucoup, Mme Bouchard-Bonneville, c'est très
apprécié, votre mémoire et aussi votre présentation en présentiel aujourd'hui.
Je ne suis pas experte en développement des tout-petits, mais je suis parent,
comme beaucoup de personnes autour de la table, et mère de trois enfants, mère
de famille. Si je comprends bien, les enfants, les tout-petits qui sont dans
des milieux défavorisés ou vivant une situation de précarité sont triplement
pénalisés à cause de, un, la précarité, la pauvreté, le fait que leur parent ou
un parent n'ait pas vraiment accès à un congé parental cotisé, et,
troisièmement, l'accès aux CPE, aux services de garde qui sont subventionnés
est très difficile aussi, bien que je comprends, avec le nouveau projet de loi,
qui va prendre effet vers... éventuellement, la liste de 0 à 5 qui va prendre
effet l'année prochaine, ou peut-être après, si je comprends bien, ces
familles-là seraient priorisées s'il y a une place qui se libère. Mais on
comprend qu'il y a 35 000 enfants qui sont sur la liste d'attente.
Donc, si je comprends bien ce contexte-là,
j'aimerais revenir sur certains points pour vraiment comprendre, de façon très
humaine, l'impact, sur ces familles 0 à 5 ans, de ce gros changement
proposé dans ce projet de loi, c'est-à-dire l'abolition de l'allocation pour
les familles les plus vulnérables. Alors, j'aimerais vous entendre encore plus
là-dessus.
Mme Bonneville (Elise) : Oui,
merci. En fait, lorsqu'on regarde la période critique de la petite enfance dans
une perspective de réinsertion sociale... non «sociale», mais à l'emploi,
assurément qu'il faut avoir des éléments, des ingrédients de base, des
fondements qui vont sécuriser ces familles dans les grandes transitions. On le
sait nous-mêmes, comme individus, quand on est parent, comment c'est une...
c'est un nouvel univers lorsqu'on accueille un nouveau-né. C'est démontré que
c'est une période d'une très grande vulnérabilité pour la majorité des familles,
en général, d'une grande adaptation, et ça demande beaucoup de stabilité,
beaucoup de prévisibilité dans nos moyens financiers.
Lorsqu'on regarde, présentement, le coût
d'un panier alimentaire économique pour une famille type à Montréal, c'est
40 % du revenu. Il faut se dire qu'assurément on n'a pas encore atteint
les moyens de stabiliser cette famille-là pour qu'elle permette d'offrir les
conditions de vie à leurs tout-petits de façon maximale, pour qu'ils puissent
se développer pleinement. Et l'adéquation entre les conditions de vie et le
développement d'un tout-petit n'est plus à démontrer.
Et là vous allez voir, dans une grande partie de notre mémoire, on a
remis des éléments de la... de la littérature scientifique, mais parce que
c'est vraiment très bien <documenté...
Mme Bonneville (Elise) :
...on
a remis des éléments de la... de la littérature scientifique, mais parce que
c'est vraiment très bien >documenté. On a cette richesse-là au Québec
d'avoir accès à autant de savoir, qu'on va jusque sur le terrain pour
constater que c'est tout à fait en adéquation aussi. Donc, assurément que,
lorsqu'on vise une réinsertion en emploi, on doit permettre les meilleures
conditions pour que ces familles-là, qui, déjà, doivent s'adapter à leur
nouvelle réalité de parents, puissent œuvrer... agir dans leur nouveau rôle
d'employés, avec une capacité à prévoir les choses.
Donc, stabilité et flexibilité, pourquoi?
Parce qu'un tout-petit, c'est souvent malade. Parce que, si on pense à une
personne qui est dans un contexte de transition, d'un retour vers l'emploi,
c'est beaucoup, beaucoup d'étapes de transition et d'inconnues. Donc, de
permettre de ne pas enlever l'herbe sous le pied à chaque fois qu'on passe d'un
programme à l'autre, en matière de moyens financiers, d'accès à de la gratuité
ce serait réellement des assises solides pour permettre une transition
peut-être plus gagnante pour ces personnes-là, qui sont déjà dans un parcours
du combattant à certains moments.
Mme McGraw : Et, si je
comprends bien, vraiment, leur revenu disponible est le facteur numéro un en
termes de développement éventuel de l'enfant, et qui a un effet sur le
logement, l'insécurité alimentaire. Donc, c'est vraiment leur revenu disponible
qui prévoit le moyen terme à long terme. Donc, on comprend que c'est vraiment
des investissements lorsqu'on investit dans ces familles, ces tout-petits là,
parce qu'à long terme aussi, leur santé, participation à l'économie, à l'école,
leur éducation c'est vraiment des investissements, si je comprends bien?
Mme Bonneville (Elise) : Assurément
qu'on est dans une perspective de vouloir briser les cycles de la pauvreté en
proposant de soutenir financièrement les familles de façon suffisante, adéquate
et stable pour agir et offrir les conditions de vie à leurs tout-petits,
puisqu'effectivement les conditions dans lesquelles les enfants vont évoluer,
les tout-petits, vont les suivre possiblement sur un long... un long moment de
leur vie. Et la littérature, encore là, elle est unanime, ça va jusqu'à la
prévention de la maltraitance, ça va jusqu'à la prévention de contextes de
maltraitance assez sévères, ou même, violence par la pression économique subie
par les parents, par la pression de capacité à subvenir à tous leurs besoins de
base. Et, bien, on peut faire un clin d'oeil aux recommandations d'un autre
rapport, celui de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la
protection de la jeunesse. Ça fait partie des recommandations d'assurer aux
familles en contexte de vulnérabilité des revenus suffisants pour prévenir la
maltraitance. Donc, on pourrait aller jusque-là.
Si on recule d'un pas et qu'on se dit, bien,
pour que tous les enfants puissent se développer dans une perspective d'équité,
un revenu de base qui assure de répondre aux besoins des conditions de vie,
donc, effectivement, un loyer capable d'être payé par les parents sans avoir la
pression de devoir couper sur l'alimentation ou sur les besoins vestimentaires,
par exemple... et là on ne parle même pas des besoins particuliers, donc un
enfant qui a besoin de soutien en orthophonie, d'évaluations ou qui a des
besoins spécifiques, des handicaps, donc on est vraiment dans une famille
typique... effectivement que de miser sur ses premières conditions de vie, ça a
un impact sur le reste de son parcours, et, effectivement, ça devient un
investissement, pour une société, qui contribue grandement lorsqu'il est devenu
un adulte.
Mme McGraw : Donc, lorsqu'on
veut briser le cycle de la pauvreté, lorsqu'on veut lutter contre la pauvreté
puis on dit : On ne peut pas juste être en mode réaction, mais qu'il faut
poser des gestes structurants en amont, il me semble qu'il n'y a pas de
meilleur investissement... ou de pire politique publique que de retirer des allocutions...
des allocations, pardon, en aide financière pour les familles qui sont parmi
les plus vulnérables. Et je lis dans votre mémoire : Du point de vue du
développement de l'enfant, notre futur, là, de notre société, notre économie,
il n'y a pas de pire moment pour précariser son ménage.
• (15 h 50) •
Pour revenir à l'équité, vous parlez, dans
votre mémoire, de l'équité des parents. Peu importe qu'ils soient...
cotisations cotisées, accès au RQAP. Les parents qui cotisent, ils ont accès
à... au Régime québécois d'assurance parentale. Alors, vous proposez,
justement, bien qu'on ajoute les... jusqu'aux 20 semaines, c'est une bonne
chose, mais vous proposez aller jusqu'à 55 semaines, comme le RQAP,
incluant monoparentales ou des enfants multiples. Alors, parlez-nous un peu de
ce... de cette proposition-là très intéressante.
Mme Bonneville (Elise) : Oui,
en fait, ce qu'on... ce qu'on recommande, c'est de s'inspirer des <fondements...
Mme Bonneville (Elise) :
...Oui,
en fait, ce qu'on... ce qu'on recommande, c'est de s'inspirer des >fondements...
j'ai le mot «idéologiques», mais ce n'est pas le bon mot... les fondements qui
sont les assises du RQAP...
Une voix : ...
Mme Bonneville (Elise) : ...merci.
Pas idéologiques, scientifiques, oui, tout à fait, du RQAP, qui, en fait, sont aussi...
font consensus dans notre société. C'est d'assurer un revenu stable, qui permet
aux adultes de se retirer du milieu de l'emploi, lorsqu'ils accueillent un
nouveau-né, pendant 55 semaines. On se dit : Pourquoi pas... pourquoi
cette... Cette science a démontré... du fait de devoir permettre aux parents de
se retirer du milieu de l'emploi en n'ayant aucune préoccupation... peut-être
pas aucune, mais en ayant moins de préoccupations financières par le fait que,
oui, bien sûr, ils ont cotisé, ils ont un revenu qui leur permet de vivre leur
première année de vie avec leur nouveau-né. Parce que ça a des impacts réels
sur le développement, encore là, du lien parent-enfant, ça permet aux parents
de vivre la première année de transition, importante, de façon sécuritaire et
stable. Pourquoi ne pas le permettre à ces populations, qui... On va quand même
pouvoir mettre la lumière sur le fait qu'ils cumulent davantage de
vulnérabilité, du fait qu'ils sont sur un programme comme l'assistance sociale.
Donc, on recommande de réfléchir à
prolonger... Déjà, effectivement, c'est un énorme pas d'être allés jusqu'à 20 semaines...
ou 18 semaines, pardon, 18 semaines. Par contre, 18 semaines,
lorsqu'on pense à un tout-petit, c'est quelques mois, c'est quelques semaines
de vie. C'est un moment, donc, encore, où il y a beaucoup d'insécurité ou d'instabilité
dans la dynamique familiale, et donc, si on rajoute un effet d'instabilité ou
de transition, du fait qu'on doit retourner en emploi, assurons-nous de
stabiliser les revenus, du moins. Mais pourquoi pas ne pas permettre à ces
personnes-là aussi de bénéficier d'un congé de 55 semaines?
Mme McGraw : Une famille...
Juste en terminant, combien de familles seraient affectées par cette... enlever
ces... allocations, pardon? Combien de familles au Québec seraient affectées?
Mme Bonneville (Elise) : On
sait que, présentement, il y a environ 7 500, 7 600 tout-petits...
familles avec des tout-petits, là, sur l'assistance sociale. Donc, on parle de
ce... de ce nombre pour l'instant, et là on rêve que toutes les familles à
venir puissent bénéficier aussi de ça.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole à la députée de Sherbrooke, s'il vous plaît.
Mme Labrie : Merci. Je vais
rester sur le même sujet, parce que vous dites quelque chose de très important,
je pense, dans votre mémoire, par rapport au RQAP, c'est que les deux parents,
soit qu'ils sont sur le RQAP ou dans... ou sur l'aide sociale, les deux doivent
être considérés comme plus utiles à la société en étant, prioritairement, aux
côtés de leurs tout-petits. Je pense que c'est vraiment important, la réflexion
que vous amenez là-dessus. Parce qu'en fait, c'est ça, l'objectif, de ramener
les gens vers le marché du travail, c'est de leur permettre de jouer un rôle...
de contribuer à la société. Mais, en fait, ce que vous, vous nous dites, c'est
pour un enfant en bas d'un an. La contribution la plus utile, ce n'est pas
nécessairement d'aller sur le marché du travail, puis ce n'est pas nécessairement
d'envoyer ces personnes-là vers le programme Objectif emploi. C'est de leur
permettre d'être auprès de leur enfant. C'est ce que vous nous dites.
Mme Bonneville (Elise) : En
fait, basé sur les fondements du RQAP, les fondements scientifiques, pour
reprendre vos mots, effectivement, la place la plus importante pour un adulte,
c'est d'être auprès de son tout-petit à ce moment critique, pour, possiblement,
mieux œuvrer en tant qu'employé et contributeur de la société au moment où la
première année de vie est passée pour le tout-petit, que les choses sont
peut-être davantage stabilisées.
Mme Labrie : J'aimerais ça
vous entendre sur l'impact, justement, critique de cette période-là de la vie
pour développer un lien affectif parent-enfant, puis qu'est-ce que ça peut
avoir comme... comme retombées, à moyen, long terme, justement, quand on n'a
pas réuni les bonnes conditions, dans cette période critique là, pour que le
parent et son enfant puissent développer ce lien-là.
Mme Bonneville (Elise) : Oui.
Assurément que je ne suis pas la plus grande experte de l'attachement. Il y
aurait certainement des chercheurs qui vont me dire, après : Ah! il y
aurait eu ce mot-là à dire.
Mme Labrie : ...aussi, au
niveau du développement.
Mme Bonneville (Elise) : Mais
assurément que, pour le développement humain, la première année de vie, c'est
la période où le cerveau crée le plus de connexions neuronales. Et lorsqu'on
est dans des conditions sécurisantes pour un nouveau-né, qu'on est dans un contexte
où la famille peut vivre vraiment le rythme de développement de l'humain, sans
vivre de grands stress, de grande précarité... Et là on pense à l'alimentation,
on pense à... au stress. Le stress... Ça a été longtemps été ésotérique de
parler de stress, mais, maintenant, on est tout à fait au courant que ça a même
des répercussions sur le développement du cerveau. Donc, effectivement que,
pour le lien d'attachement, de se connaître, entre le parent et le bébé, ça va
jusqu'à la qualité et la capacité des neurones du cerveau à se <connecter...
Mme Bonneville (Elise) :
...ça
va jusqu'à la qualité et la capacité des neurones du cerveau à se >connecter.
Donc là, j'arrête, parce que je ne suis
pas... je ne suis pas l'experte plus loin que ça, mais assurément que c'est une
vitrine, dans le développement humain, qu'on ne pourra jamais reproduire. Donc,
si on est aussi dans un attachement insécurisant, et que le parent n'a pas pu
jouer son rôle parce qu'il avait d'autres préoccupations plus grandes et que le
tout-petit et la... et le parent ne développent pas leur lien, c'est aussi des
opportunités et des vitrines qui se referment sur l'attachement, qu'on ne
pourra jamais retrouver. Assurément qu'on peut quand même développer des liens,
mais, sur le développement humain et les capacités, après, qui vont toucher un
paquet de facteurs...
Mme Labrie : Comme le
décrochage scolaire, la réussite...
Mme Bonneville (Elise) : ...comme
le décrochage scolaire, effectivement, la capacité à persévérer, la capacité à,
éventuellement, fonctionner dans les différentes sphères de la société, ça a
tout à fait des impacts sur ce... sur tous ces aspects.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
c'est tout le temps que nous avions. Maintenant, je vais céder la parole au
député de Jean-Talon.
M. Paradis : Vous nous
rappelez, dans les premières pages de votre mémoire, qu'en gros tout se joue
avant cinq ans, et donc que le soutien des familles, particulièrement les
familles monoparentales avec des enfants de moins de cinq ans, c'est vraiment
essentiel. Vous prenez acte du fait qu'il y a abolition des allocations pour la
reconnaissance de contraintes temporaires à l'emploi, que la plupart sont
remplacées, mais vous dites : Attention, pas celles qui touchent ces
familles-là, justement. Le gouvernement dit : Bien, certains prestataires
pourraient avoir droit à l'allocation pour contraintes de santé si les besoins
le justifient. Vous dites : On n'est pas vraiment là-dedans. Certaines
contraintes temporaires à l'emploi abolies seront remplacées par des ajustements
à la prestation ou des prestations spéciales. Vous dites : Bien là, on ne
tomberait pas là-dedans non plus. Puis il y a aussi un droit acquis pour ceux
qui les ont déjà, mais ça ne vise pas les nouvelles familles. Donc là, vous
dites : On est en train de manquer quelque chose d'important dans ce
projet de loi là ou prendre des risques importants. Je vous ai bien suivie
là-dessus?
Mme Bonneville (Elise) : Tout
à fait.
M. Paradis : Alors, qu'est-ce
qu'il faut faire? D'abord, ce que vous nous dites, c'est de ne pas abolir cette
disposition-là?
Mme Bonneville (Elise) : En
fait... (Interruption) ...je voulais juste être sûre que mon micro fonctionne...
en fait, assurément qu'il faut réfléchir à une stabilité des revenus pour ces
familles-là. Le projet de loi n'est pas ficelé, donc, nous, on est vraiment ici
pour émettre ces recommandations et peut-être élever des drapeaux en disant :
Faites attention de ne pas échapper cette allocation, et qu'elle ne se retrouve
pas d'une autre façon, bonifiée pour ces familles-là. Assurément qu'on se dit
que ces familles ont déjà de la difficulté à avoir accès à des services, donc
pour démontrer est-ce qu'ils auront des contraintes de santé ou pas pour
bénéficier de programmes ou d'allocations supplémentaires ça peut devenir un
parcours assez complexe. Donc, si on pense précisément aux populations des
familles monoparentales, on le sait, qui sont encore plus vulnérables du fait
que, si deux... deux adultes ne sont pas capables de subvenir à tous les
besoins d'un enfant, imaginez les conséquences, pour une famille monoparentale,
de réduire les revenus ou les allocations possibles.
Donc, nous, effectivement, ce qu'on
recommande, c'est de réfléchir les programmes à venir, dans les règlements du
projet de loi, de façon à ne pas oublier ces populations, qui sont extrêmement
fragilisées par la perte d'un revenu, ne serait-ce que minime. Donc, après, on
n'est pas les experts pour pointer quel programme ou comment ça pourrait se
dessiner, mais on émet vraiment des recommandations de réfléchir à ces
populations, qui n'ont possiblement pas de contraintes sévères de santé, mais
ne serait-ce que parce qu'elles sont... monoparentales, la littérature elle est
claire, ils vivent de grands défis socioéconomiques, plus grands que la
majorité des autres ménages.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
c'est tout le temps que nous avions. Merci beaucoup pour votre contribution à
notre commission.
Je suspends les travaux quelques instants
afin de permettre aux prochains invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 59)
16 h (version révisée)
(Reprise à 16 h 03)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue à <i>Banques
alimentaires du Québec. Je vous rappelle, chers invités, que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à commencer
votre exposé, s'il vous plaît.
M. Munger (Martin) : Bonjour.
Mon nom est Martin Munger. Je suis directeur général des Banques alimentaires
du Québec. Notre association joue un rôle clé pour nourrir les personnes
vulnérables depuis une trentaine d'années. Notre association regroupe les <i>Moissons
du Québec, donc 34 membres Moissons et membres associés dans des régions
où il n'y a pas de Moissons. Et c'est... nos membres desservent 1 300 organismes
partout au Québec, qui, eux, répondent à 2,6 millions de demandes d'aide
alimentaire par mois.
Je dis tout de suite qu'on est plus des
spécialistes de l'insécurité alimentaire et moins de l'aide sociale, mais il y
a comme un lien aussi assez important entre les deux. Et j'inviterais mon
collègue Christian, qui est... qui est un de nos membres, à se présenter.
M. Bibeau (Christian) : Bonjour.
Christian Bibeau, directeur général chez Moisson Estrie.
Alors, Moisson Estrie est située à
Sherbrooke, entourée de six MRC rurales. Donc, nous offrons une aide directe de
dépannage alimentaire. Nous livrons, nous distribuons des denrées, donc, dans
67 organismes, certains en milieu urbain, d'autres en milieu rural, tel
que mentionné, et nous transformons des denrées en grandes quantités.
M. Munger (Martin) : Donc, parmi...
Vous savez que notre organisme publie le bilan fin à chaque année et une des
données importantes du bilan fin, c'est qu'il y a 41 % des ménages qui ont
reçu <un dépannage alimentaire...
M. Munger (Martin) :
...parmi...
Vous savez que notre organisme publie le bilan fin à chaque année et une des
données importantes du bilan fin, c'est qu'il y a 41 % des ménages qui ont
reçu >un dépannage alimentaire, qui ont déclaré avoir l'aide sociale
comme source principale de revenu, mais il y a aussi 18,5 % des ménages
ayant reçu un dépannage alimentaire qui ont déclaré avoir un emploi, comme...
avoir l'emploi comme source principale de revenu. Donc, ce qu'on peut déduire
avec ces deux statistiques-là, c'est que même si on oriente quelqu'un vers
l'emploi, ça ne veut pas dire qu'on l'a sorti d'une situation d'insécurité
alimentaire.
Je tiendrais à souligner d'entrée de jeu
que nos organismes ont fait... ont fait face à une demande croissante au cours
des cinq dernières années, une demande très importante. Et je tiens à souligner
l'appui que le gouvernement du Québec nous a donné, que la ministre Rouleau
nous a donné par une aide de 30 millions dans le dernier budget, ça fait
une différence importante. Je tiens à souligner, par ailleurs, que ce
30 millions là, je le mets en relation, notre réseau distribue pour une
valeur de 542 millions de dollars de denrées alimentaires. Donc,
l'aide gouvernementale représente 5 % de ce que l'ensemble de notre réseau
distribue partout au Québec. La portée de nos activités ainsi que notre contact
avec les différentes réalités régionales et locales à travers le Québec font de
nous des experts de l'aide alimentaire et des leaders de la lutte contre
l'insécurité alimentaire.
Une grande variété d'organismes
communautaires s'appuie sur notre approvisionnement pour répondre aux besoins
de la population, que ce soit des comptoirs alimentaires, des services de
collation pour les enfants, des cuisines collectives, des maisons d'hébergement
pour femmes victimes de violence, etc. C'est important de préciser que ces
organismes peuvent également offrir une vaste gamme de services, soit de la
formation, de l'aide au logement, des services en santé mentale, des services
de... Ils peuvent aussi rediriger les organismes vers d'autres... c'est-à-dire
les individus vers d'autres organismes qui peuvent aider au niveau de l'aide à
l'emploi, de l'aide aux devoirs pour les enfants, et ainsi de suite.
Malheureusement, les données préliminaires qu'on a vues, qu'on va publier, à la
fin du mois du bilan fin, nous laissent croire que la situation,
malheureusement, ne s'améliore pas. On risque de publier des indicateurs qui
sont encore au rouge cette année, et que la situation s'est encore détériorée
depuis l'année passée.
Si j'en viens au projet de loi plus
directement, je vous précisais qu'on n'est pas des spécialistes, on note quand
même des mesures intéressantes qui... entre autres, la séparation des
prestations pour les couples et pour les jeunes, c'est des choses qui peuvent
augmenter l'autonomie des femmes, qui peuvent être, justement, en situation de
violence, ou quoi que ce soit, et ainsi que l'élargissement des objectifs du programme
Objectif emploi aux personnes qui ont déjà été prestataires. C'est des mesures
intéressantes. On souligne aussi que l'objectif d'orienter
50 000 personnes vers l'emploi est un objectif intéressant, et
louable, et non négligeable. Toutefois, pour la raison que je mentionnais tout
à l'heure, à l'effet que souvent les personnes qui sont des travailleurs à
faibles revenus demeurent dans une situation d'insécurité alimentaire, on ne
croit pas que les mesures du projet de loi vont réduire de façon sensible la
fréquentation des banques alimentaires.
M. Bibeau (Christian) : Je
vais faire du pouce là-dessus, si tu me permets.
M. Munger (Martin) : Bien
sûr.
• (16 h 10) •
M. Bibeau (Christian) : Évidemment,
on s'entend, là, puis c'est ce que nous dit aussi l'Observatoire québécois des
inégalités, là, les prestations d'aide sociale sont insuffisantes, ça ne permet
pas de couvrir, donc, le panier... la mesure du panier de consommation, on
comprend ça. Par contre, là, ce qu'on essaie de nommer ici, c'est que de sortir
les gens de l'aide sociale ne signifie pas que ces gens-là vont sortir de la
pauvreté. Alors, ce que M. Munger nommait, c'est que, déjà, dans nos
chiffres, là, on parle de 18,5 % des bénéficiaires de l'ensemble de notre
réseau, qui sont des gens dont le revenu principal est relié à un emploi.
Et là, si j'allais vraiment dans une
mesure sur le terrain, alors, chez Moisson Estrie spécifiquement, c'est le type
de population, là, les gens à l'emploi, qui a subi la plus importante hausse
par rapport <au nombre de demandes...
M. Bibeau (Christian) :
...alors,
chez Moisson Estrie spécifiquement, c'est le type de population, là, les gens à
l'emploi, qui a subi la plus importante hausse par rapport >au nombre de
demandes que l'on reçoit. Autrement dit, les gens en emploi se présentent de
plus en plus nombreux chez nous. Alors, pour obtenir une aide de dépannage
alimentaire, on parle, là, de 49 % de 2022-2023 à 2023-2024. Et on est,
actuellement, encore, vers une prévision où on augmentera encore ce chiffre-là
de près de 55 %. Bref, il y a beaucoup de gens qui viennent nous voir à la
banque alimentaire, qui ont, pourtant, des revenus d'emploi, mais qui n'arrivent
pas, tout simplement, à se nourrir convenablement. Alors, ils viennent
chercher, là, une aide pour remplir le frigo, là, en cours de mois. Donc, c'est
important, quand même, de le nommer.
Je terminerais aussi... je vais dévier un
peu, mais je terminerais quand même pour dire qu'à l'instar de ce que nommait l'intervenante
qui nous a précédés là, il y a quand même cette question de l'allocation,
notamment pour les enfants, là, en bas âge, etc. C'est important, les familles
monoparentales aussi, en pourcentage, là, dans la fréquentation des banques
alimentaires. Donc, on souhaite, évidemment, que ces familles-là, avec des
jeunes enfants, voient, en fait, les mesures venir renforcer leur capacité d'action,
et non pas, finalement, les amener vers les banques alimentaires.
M. Munger (Martin) : J'aimerais
vous dire deux mots, aussi, concernant le programme PAAS Action. Vous savez,
les banques alimentaires ont toujours tenu à redonner elles-mêmes à la société
en intégrant à leur main-d'œuvre des employés avec des difficultés, soit des
handicaps physiques ou des problèmes de santé mentale, et c'est quelque chose
qui est très, très fréquent dans les banques alimentaires.
Et on nous a dit que... nos membres nous
ont mentionné que le programme a eu à se... s'est resserré beaucoup vers le
retour en emploi, ce qui fait que des personnes qui bénéficiaient de ce
programme-là dans les... dans les Moissons ne sont plus éligibles au programme,
et ça... c'est très malheureux, parce que ces personnes-là avaient développé
une autonomie, travaillaient au sein des banques alimentaires, étaient fières
de travailler pour la Moisson. Mais comme ce n'est pas des gens qui vont être
aptes à l'emploi demain matin, ou dans six mois, ou même dans un an, donc, ces
gens-là ne se qualifient plus, ou beaucoup moins, pour ces programmes-là. Et
donc c'est une préoccupation importante que... qu'a notre réseau par rapport au
programme PAAS Action, qui se resserre progressivement.
C'est sûr qu'il peut y avoir d'autres
programmes, plus d'intégration en emploi pour des personnes avec des... avec
des mesures, mais, quand même, le programme PAAS Action était un outil qui
était apprécié des Moissons. Donc, Christian, est-ce que tu voulais ajouter
quelque chose, ou...
M. Bibeau (Christian) : ...bien,
là-dessus, à dire que les gens qui sont en réinsertion socioprofessionnelle ou
qui font des retours à l'emploi doivent être vus comme étant des... En fait,
chacun a son propre parcours. Donc, les mesures, le souhait qui est émis ici, c'est
que ces mesures-là demeurent flexibles pour qu'on soit capables de s'adapter à
ces gens-là. Ça ne veut pas dire, parce que la personne revient à l'emploi, qu'elle
va être capable de soutenir cet emploi-là à moyen ou à long terme. Il faut donc
mettre en place un certain filet pour être capables d'accompagner ces gens-là,
et, pour ça, bien, on a besoin de programmes qui soient capables de nous
permettre cette flexibilité.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
infiniment, merci pour votre exposé, messieurs. Nous allons maintenant
commencer la période d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Bien, merci
beaucoup, M. Munger, M. Bibeau. Ça fait plaisir de vous voir. Je vous remercie
d'être avec nous pour contribuer à ce projet de loi, cette modernisation du
régime d'aide sociale. Même si ce n'est pas votre spécialité, vous avez quand
même un créneau, si je peux l'appeler ainsi, là, qui est quand même très
connexe à ce qui... à ce qui touche les gens qui sont en situation de
précarité, de par le travail que vous faites avec les banques alimentaires.
D'emblée, là, vous dites que, par rapport
à l'année dernière, il y a une augmentation des demandes aux banques
alimentaires, et pouvez-vous... Avez-vous un portrait, un portrait plus clair
des personnes qui viennent demander... qui viennent aux banques alimentaires?
M. Munger (Martin) : Oui,
oui, mais ça va être les données de 2024 qu'on a sorties... c'est-à-dire les
données de 2023, puisqu'on va sortir le prochain bilan fin <à la fin du
mois...
Mme Rouleau :
...qui
viennent aux banques alimentaires?
M. Munger (Martin) :
Oui,
oui, mais ça va être les données de 2024 qu'on a sorties... c'est-à-dire les
données de 2023, puisqu'on va sortir le prochain bilan fin >à la fin du
mois... du mois d'octobre.
Mais, si on regarde le profil au Québec,
le profil des gens qui utilisent les banques alimentaires, 18,5 % des
ménages ont un emploi, donc, comme source principale de revenu, c'est une
augmentation de 102 % depuis 2019; 45 % des ménages aidés sont des
familles avec enfants, 37 % des personnes, c'est des personnes... des
adultes vivant seuls; une autre qui est plus évidente, 78 % sont des
ménages locataires et 62 % sont des locataires au sein de logements
privés, et donc pas de logement... de logement public ou social. Si... au
niveau... c'est moins le profil des gens, mais, en fait, il y a
72 000 personnes qui ont utilisé les services des banques
alimentaires au mois de... au mois de mars, c'est une donnée de mars 2023, qui
ont demandé 2,6 millions de services, là, d'aide alimentaire, et tout ça,
c'est une augmentation de 33 % depuis 2019. Le nombre de paniers de
provisions distribués par notre réseau a doublé en quatre ans, passant de
345 000 à 682 000. Donc, c'est très important.
Mme Rouleau : OK. On met en
place de nombreuses mesures pour aider les Québécois. On sait qu'il y a eu
le... que le coût de la vie, là, atteint les gens, évidemment, il y a toute la
postpandémie. Et puis une demande, on a pu le constater, là, depuis 2022, au
moins, là, un accroissement des personnes qui vont vers les banques
alimentaires. Mais ce qu'on voit aussi, c'est qu'en termes d'aide sociale, des
prestataires à l'aide sociale, il y a une diminution des gens qui sont à l'aide
sociale, mais un accroissement des personnes... des demandeurs d'asile, par
exemple, je dois le mentionner. Alors, est-ce que vous voyez plus de demandeurs
d'asile aux banques alimentaires?
M. Munger (Martin) : On n'a
pas de données spécifiques sur les demandeurs d'asile, on en a sur
l'immigration qui... C'est à peu près 18,5 % de notre clientèle, et ça a
été assez stable ces dernières années. Je vous dirais que le facteur principal
que les organismes nous mentionnent, que les gens mentionnent aux organismes
lorsqu'ils vont fréquenter ou demander de l'aide, c'est la crise du logement à
l'heure actuelle. C'est le facteur principal. Vous savez, avec l'augmentation
des loyers, bien, la partie compressible, c'est souvent l'alimentation et c'est
pour ça qu'ils viennent aux banques alimentaires. Et, je pense, Christian, tu
voulais ajouter.
M. Bibeau (Christian) : Bien,
si j'avais à ajouter quelque chose, là, encore une fois, c'est un portrait très
terrain de la réalité d'une moisson avec ses spécificités, reste qu'en
2021-2022, on réalisait, chez Moisson Estrie, à peu près
12 000 dépannages alimentaires; cette année, on va franchir la barre
des 20 000 dépannages alimentaires. Donc, c'est substantiel comme
hausse des demandes de dépannage. Et les populations, là, qui viennent cogner à
la porte, là où il y a les plus grandes augmentations, je le nommais tout à
l'heure, il y a les gens qui sont à l'emploi, c'est souvent des emplois
précaires, des emplois avec une rémunération de base, qui arrivent au fait où,
comme M. Munger le disait, avec l'accroissement du coût des logements, souvent
du loyer, souvent, ces personnes-là n'arrivent plus à couvrir l'ensemble de
leurs frais. L'autre élément, c'est la population étudiante, qui constitue
l'une des principales hausses chez nous des demandes de dépannage alimentaire.
• (16 h 20) •
Mme Rouleau : Lors de mes
visites à travers le Québec, j'ai été dans plusieurs des Moissons, dont la
vôtre, M. Bibeau, et puis je sais que les programmes d'insertion,
d'intégration en emploi, le programme PAAS notamment, sont très importants. Le
PAAS, on propose d'ajouter un volet de participation sociale. Donc, c'est
d'élargir le programme PAAS, c'est d'élargir aussi le programme Objectif
emploi. Comment ça se passe <pour vous, là...
Mme Rouleau :
...de
participation sociale. Donc, c'est d'élargir le programme PAAS, c'est d'élargir
aussi le programme Objectif emploi. Comment ça se passe >pour vous, là?
Ces programmes, ce sont de bons programmes? Est-ce qu'il y a des... Bon. Vous
avez parlé de certains enjeux tout à l'heure, mais pourriez vous développer un
petit peu plus, là, sur l'intégration sociale au sein de vos organisations?
M. Bibeau (Christian) : Bien
sûr. Ce sont des employés qui viennent donner un coup de pouce aux
organisations. Là, c'est vrai pour les Moissons, c'est vrai pour un très grand
nombre d'organismes communautaires d'ailleurs. Donc, ce sont des gens qui vont
venir donner un coup de main, ce sont des gens qui nécessitent un encadrement
particulier aussi.
Donc, l'organisation doit quand même
s'assurer d'offrir des conditions qui vont permettre à ces gens-là de vraiment
pouvoir s'épanouir en emploi, donc, d'être capables de réaliser le mandat pour
lequel ils viennent chez nous. Donc, ce sont toujours des mesures qui sont
positives et qui sont surtout donnant-donnant. Donc, la personne qui vient dans
un processus de réinsertion va aussi retirer énormément de son expérience,
autant que l'organisme ou la Moisson va aussi avoir, permettez-moi
l'expression, mais du jus de bras supplémentaire, là, pour venir effectuer nos
mandats puis réaliser nos missions. Alors, ce sont des mesures qui sont... qui
demeurent importantes, qui nécessitent néanmoins du travail, hein, de
l'encadrement de la part de l'organisme qui reçoit ces personnes-là. Donc, chez
nous, ça prend vraiment des gens qui vont pouvoir soutenir ces personnes-là à
l'emploi.
Par ailleurs, ce qu'on souhaite, c'est avoir...
Quand on passe du temps avec ces gens-là, souvent, des gens qui sont loin du
marché de l'emploi, ce qu'on souhaite c'est, si on y met du temps, si on y met
de la formation, c'est de pouvoir compter sur le temps de... le travail de ces
personnes-là sur une durée prolongée. Si on intervient auprès de ces
personnes-là, on leur offre un cadre qui est rassurant, un cadre dans lequel
ils peuvent développer leur potentiel. Mais, en contrepartie, s'il faut répéter
l'expérience à tous les six mois ou à tous les huit mois, parce que les gens
changent, parce que, finalement, la mesure fait en sorte que la personne doit
quitter, bien là, on est un peu en train de... on est dans un éternel
recommencement, si je peux me permettre.
Mme Rouleau : OK. Dans le projet
de loi, on met... on propose de mettre en place des réseaux régionaux
d'accompagnement, vous avez pu en prendre connaissance, j'imagine. Comment
voyez-vous ces réseaux régionaux qui ont comme objectif, là, de briser les
silos, de mieux coordonner les ressources sur le terrain? Et comment vous
voyez-vous dans cette... dans ce réseau régional?
M. Munger (Martin) : Je pense
que les... Je voyais dans la mesure qu'effectivement il y a une coordination
entre ministères aussi dans ces réseaux régionaux là. Je pense que les Moissons
sont justement des acteurs, je dirais, souvent des têtes de réseau dans leur
région respective, parce qu'ils offrent leurs appuis à plusieurs organismes
locaux. Donc, je pense que les Moissons peuvent être des acteurs clés dans la
coordination de ces mesures-là. Et, bien entendu, comme on le fait toujours, on
sera toujours là pour collaborer avec le gouvernement, pour faire en sorte que
les gens sortent de l'insécurité alimentaire, et, si on peut le faire, on le
fera avec plaisir.
Mme Rouleau : Et qu'on parle
d'une même voix en sécurité alimentaire.
M. Bibeau (Christian) : Mais
j'ai envie d'ajouter à ça que le fait de pouvoir prendre soin des spécificités
des régions peut aussi être un apport intéressant, donc.
Mme Rouleau : Absolument. Mme
la Présidente, peut-être, les collègues veulent...
La Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce
qu'il y a des collègues qui veulent poser des questions sur le côté
gouvernemental? Mme la députée d'Abitibi-Ouest, la parole est à vous.
Mme Blais : Combien de temps,
Mme la Présidente?
La Présidente (Mme D'Amours) : Six
minutes.
Mme Blais : Parfait. Alors,
dans un premier temps, je tiens à vous remercier, parce que le travail que vous
faites, c'est un travail exceptionnel. Vous amenez du pain dans les assiettes
des gens qui en ont réellement besoin. Moi, j'aime bien parler du vécu, alors
j'aimerais que vous me disiez quel a été votre coup de cœur depuis que vous
travaillez dans cet organisme-là. Qu'est-ce qui vous a marqué le plus?
M. Munger (Martin) : Bien, en
ce qui me concerne, ça fait trois ans que je suis aux Banques alimentaires du
Québec, ce qui m'a marqué le plus, c'est de voir le dynamisme de nos membres,
leur... le côté innovant qu'ils travaillent à mettre en place, toujours des
nouvelles solutions pour... Vous savez, on l'a mentionné d'entrée de jeu, la
demande a explosé dans les dernières années, et ça a commencé avant mon
arrivée. On me disait, effectivement, que les banques alimentaires sont... ont
été présentes pendant la... pandémie ont transformé leurs opérations, parce
qu'elles perdaient des bénévoles. Donc, ce sont des organismes qui innovent
constamment pour mieux servir <le bassin des organismes...
M. Munger (Martin) :
...pandémie
ont transformé leurs opérations, parce qu'elles perdaient des bénévoles. Donc,
ce sont des organismes qui innovent constamment pour mieux servir >le
bassin des organismes et les gens en insécurité alimentaire.
Donc, moi, c'est ce qui m'a impressionné
le plus. Christian.
M. Bibeau (Christian) : Bien,
il va sans dire. Je vous inviterai, évidemment, à faire... à venir faire un
séjour chez Moisson Estrie... Le mode de dépannage alimentaire qui est préconisé,
c'est un fonctionnement d'épicerie tout à fait normal, donc, les gens vont
choisir les denrées, vont participer à leur dépannage alimentaire. Et,
évidemment, ce sont des gens qui arrivent... Ce n'est jamais le fun, aller dans
une banque alimentaire, hein? Il n'y a pas de plaisir là, c'est difficile,
donc, d'aller chercher cette aide-là. Donc, une fois arrivés, c'est important d'humaniser
le processus.
Et c'est à la sortie, c'est quand les gens
ont terminé leur dépannage alimentaire, qu'ils retournent à la maison avec des
denrées suffisantes pour les soutenir pendant plusieurs jours, il y a là,
souvent, un sentiment d'accomplissement, je vais le dire comme ça, ayant
participé à leur propre processus. Et là repartir avec des denrées en sachant
que, ce soir, ils vont peut-être avoir... ils vont peut-être avoir le meilleur
repas qu'ils ont eu, peut-être, depuis une semaine ou deux, alors, évidemment,
il y a un sentiment, là, de... Il y a un partage de réjouissances, je vais le
dire en guillemets, là, mais il y a, évidemment, un sentiment d'aide, là, qui
est très profond, et de reconnaissance de la part des gens qui reçoivent cette
aide-là.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole à la députée de Saint-Maurice... Laviolette—Saint-Maurice.
Mme Tardif : Bonjour. Merci,
tout d'abord. Je voulais savoir, avec vous... parce qu'une de nos grandes
préoccupations, c'est aussi au niveau de l'alimentation, mais de la... la
subsistance et l'apprentissage. Et je ne veux pas être péjorative, mais nous,
en Mauricie, on essaie d'apprendre à pêcher aussi. Et vous, vu que vous êtes à
la tête des Moissons, est-ce que vous avez un programme ou est-ce que vous avez
pensé à commencer un certain concept de cuisine collective pour apprendre,
justement, à ces gens-là, à comment... parce que... Vous le savez davantage que
moi, mais je suis allée, à l'occasion, leur remettre des denrées, et, des fois,
c'est de la levure, là, puis la personne me dit : Bien, j'en ai eu la
semaine passée, mais je n'ai pas de farine, ça fait que laisse faire la levure,
ou c'est des pots pour bébé, ou ça dépend de ce que vous avez.
Et, des fois, il y a des... de la perte
alimentaire aussi, et c'est ce qu'on ne veut pas qu'il y ait. Et est-ce qu'on
pourrait ensemble, et là ensemble, c'est vous, vous avec les autres Moissons, concevoir
un programme de cuisine alimentaire aussi et pour leur montrer à éviter les
gaspillages?
M. Munger (Martin) : Ça
tombe... ça tombe bien, on vient, justement, de lancer, avec une grande chaîne
d'alimentation, avec Metro, le programme des Cuisines partagées Metro. Metro
nous avait offert, compte tenu de notre expertise dans le domaine, de financer
un programme comme ça, où des cuisines pourraient être partagées par plusieurs
organismes de... d'une même région, et ainsi, bien, la cuisine collective peut
aller utiliser des installations modernes et appropriées pour aller aider les
gens à développer leurs compétences culinaires. Mais ça peut être aussi un
autre organisme qui va développer... qui va faire des repas préparés pour...
pour une clientèle plus âgée, ou un organisme qui va travailler à faire des
collations pour des clientèles plus jeunes. Et, au lieu que cette installation-là,
par exemple, ne soit utilisée qu'à certaines heures par jour, parce qu'il y a
des groupes différents qui viennent, bien là, c'est plusieurs organismes d'une
même communauté qui vont se la partager.
Donc, on a déjà accepté... Pour une
première année, il y a huit projets qui ont été... qui ont été retenus partout
au Québec, et c'est un programme qui devrait se continuer. Donc, ça va
exactement dans le sens...
La Présidente (Mme D'Amours) : Pardon,
excusez-moi, merci. Je laisse la dernière minute... le mot de la fin pour Mme
la ministre, pour son groupe parlementaire.
Mme Rouleau : Bien, en
fait... Bien, d'abord, merci d'être... d'être avec nous, encore une fois. Quel
serait les meilleurs coups que vous avez pu réaliser depuis... tiens, depuis
que vous êtes là, M. Munger?
• (16 h 30) •
M. Munger (Martin) : Les
meilleurs coups qu'on a pu réaliser? Bien, en fait, on a développé énormément
le programme de récupération en supermarché. On a plus de 645 supermarchés
au Québec qui recueillent... qui donnent leurs invendus aux banques
alimentaires. C'est devenu une source d'approvisionnement très importante...
16 h 30 (version révisée)
M. Munger (Martin) : ...on a plus
de 645 supermarchés au Québec qui recueillent, qui donnent leurs invendus
aux banques alimentaires. C'est devenu une source d'approvisionnement très
importante qui permet de donner aux gens des denrées fraîches. Parce que c'est
souvent ça, la denrée rare, quoique les denrées sèches sont rares aussi. Donc,
ça, ça a augmenté beaucoup l'approvisionnement. Et on a beaucoup de projets qui
sont en gestation à l'heure actuelle, de nouvelles sources d'approvisionnement.
Et ça, c'est très présent dans différentes <i>Moissons. Christian pourrait
vous en parler.
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout le temps. Merci beaucoup. C'est tout le temps que nous avions. Maintenant,
je vais céder la parole à la députée de Notre-Dame-de-Grâce, s'il vous plaît.
Mme McGraw : Merci, Mme la
Présidente. Effectivement, votre travail, vos accomplissements sont vraiment
extraordinaires. Et en tant que porte-parole pour ma formation en matière de
solidarité sociale mais aussi d'action communautaire, j'ai eu la chance de
visiter beaucoup de vos membres, dont en Estrie en tant que porte-parole de ma
formation en Estrie. C'est vraiment... c'est plus qu'une banque alimentaire, c'est
vraiment une entreprise sociale en Estrie. C'est vraiment remarquable. Mais on
comprend que les banques alimentaires, on est surtout en mode réaction, surtout
de façon générale. Je ne dis pas qu'il n'y a pas des... on s'attaque aux causes
aussi, mais c'est surtout réaction. Et nous, on veut voir des gestes
structurants qui vont agir en mode prévention.
Alors, selon les données que vous avez
présentées, là, c'est le bilan fin 2023. Là, j'imagine, les chiffres vont
changer bientôt, dans les quelques semaines. Donc, j'aimerais premièrement vous
entendre là-dessus. Est-ce que les chiffres changent beaucoup en termes, surtout,
là, je parle de revenus, source de revenus? Les principaux sources... les
principales sources de revenus, est-ce qu'on va être encore à 41,8 % aide
sociale et ensuite 18,5 % avec des revenus d'emploi? Est-ce que la
tendance continue? C'est la première question.
M. Munger (Martin) : Malheureusement,
je ne peux... je n'ai pas encore les données officielles du prochain bilan fin
qui va être à la fin du mois. Je peux vous dire que... je peux vous dire que la
tendance se continue. Ça, je vous dirai... je vous dirais ça ainsi. Mais j'aimerais
réagir un peu. C'est vrai que nous ne contrôlons pas l'entrée ou les... ou
le... le... nous ne contrôlons pas l'ampleur de la demande pour les banques
alimentaires, et en ce sens-là, on peut dire qu'on peut être en réaction
effectivement, parce que c'est des... pour abaisser la demande pour les banques
alimentaires, il faut des mesures structurantes qui ont un effet sur la
pauvreté. Et ça, malheureusement, ce n'est pas entre nos mains, c'est plus
entre les mains du gouvernement, donc... Mais on n'est pas seulement réaction,
on est aussi... on est très proactifs pour essayer de travailler activement
pour fournir suffisamment de denrées à cette clientèle-là dans le besoin. Donc,
c'est développer des programmes, développer des nouvelles sources. Donc, en ce
sens-là, on est très, très, très proactifs.
Mme McGraw : Et je n'en doute
pas et je le sais. Ce que je voudrais dire, par contre, c'est... justement,
cette réforme, c'est une opportunité en or pour poser des gestes structurants,
pour éventuellement prévenir plus de personnes qui s'ajoutent à vos lignes.
Alors, ma question, M. Munger. Vous avez dit que ce projet de loi ne va...
ne va... si j'ai bien compris, et je le cite, «ne va pas réduire nos lignes d'attente».
Est-ce que ce projet de loi, avec l'abolition... d'allocations, pardon, j'ai
toujours des... avec l'abolition des allocations importantes pour des groupes
importants que vous avez cités, les familles, 0 à 5 ans, les femmes
victimes de violence conjugale, des jeunes, avec l'abolition de ces
allocations, est-ce que ce projet de loi risque d'augmenter la demande pour vos
services?
M. Munger (Martin) : Ça
soulève... Quand on parle des femmes... des mères monoparentales, comme l'a dit
l'intervenante précédente tout à l'heure, c'est une clientèle sensible,
effectivement, et ça soulève des inquiétudes chez nous. Effectivement, si les
femmes avec des très jeunes enfants n'ont plus cette allocation-là spéciale,
bien, elles vont être en situation, je dirais, de... elles vont être plus
démunies et donc risquent d'utiliser davantage des banques alimentaires s'il n'y
a pas d'autres programmes ou d'autres allocations pour pallier à cette <situation...
M. Munger (Martin) :
...des
banques alimentaires s'il n'y a pas d'autres programmes ou d'autres allocations
pallier à cette >situation.
Mme McGraw : Donc, si je
comprends bien, avec cette abolition qui est prévue par ce projet de loi, les lignes...
la demande pour vos services risque d'augmenter?
M. Munger (Martin) : Je ne...
Je ne peux pas affirmer ça maintenant. Comme je le mentionnais d'entrée de jeu,
on n'est pas des spécialistes de l'aide sociale. On a... On a fait des
lectures, on a lu le projet de loi, on a lu les... certaines critiques d'autres
organismes aussi qui soulevaient des points intéressants. On a ce souci-là.
Nous, ce qu'on dit aujourd'hui, c'est qu'on ne pense pas que ça va diminuer. Je
ne suis pas prêt à affirmer que ça va le faire augmenter, mais je ne crois pas
que ça va diminuer la fréquentation des banques alimentaires.
Mme McGraw : Merci beaucoup.
Et avec la... si la... Mme la Présidente me permet de céder mon temps à ma
collègue. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
cède maintenant la parole à la députée de D'Arcy-McGee.
Mme Prass : Merci, Mme la
Présidente. Merci de la présentation et des données que vous nous avez données.
Je pense que ça nous... ça nous permet de faire évoluer notre pensée, nos
questions.
Moi, je vais juste revenir, parce que moi,
j'ai une banque alimentaire dans mon comté, MultiCaf, qui, et j'imagine comme
vous, n'est pas seulement là pour être banque alimentaire, mais vous êtes là un
petit peu comme des travailleurs, des travailleuses sociales, parce qu'il y a
des gens itinérants avec des enjeux de santé mentale, avec des handicaps, etc.,
qui viennent envers vous pour des aliments, mais souvent qui se fassent... se
font orienter vers d'autres services, parce que vous faites un petit peu le
dépistage, vous voyez ces gens à tous les jours, vous les voyez de plein de
vues.
Et on parle d'accompagnement pour les
nouveaux travailleurs, par exemple, dans le projet de loi, mais je vous donne
l'exemple d'une personne qui a un trouble du spectre de l'autisme ou une
déficience intellectuelle. Ce qu'on propose dans le projet de loi, c'est de
l'accompagnement, mais par des travailleurs, des fonctionnaires, si on veut, du
ministère de l'Emploi, puis on comprend que les personnes avec certaines
vulnérabilités ont besoin d'un... d'un accompagnement, on dit : «un
accompagnement social» du ministère de l'Emploi et Solidarité sociale. Mais on
comprend que c'est des gens que... si les employés ne sont pas formés pour
reconnaître la réalité, leur réalité, par exemple pour intégrer un nouvel
emploi, les questions d'accessibilité qu'il faut, d'accommodement, on n'est pas
bien placé si on ne reconnaît pas la réalité de ces personnes-là comme vous,
vous le faites et vous les orientez vers d'autres services.
Donc, pensez-vous que, pour de
l'accompagnement, il faut vraiment que les personnes qui vont le faire soient
formées pour comprendre les réalités des différents groupes de personnes
vulnérables, pour vraiment pouvoir les accompagner pas seulement pour trouver
un emploi, mais pour le garder? Parce qu'on entend souvent des personnes qui
vont intégrer un emploi, mais l'employeur ne va pas comprendre comment bien les
accommoder, comment leur... comment bien pouvoir les encadrer selon la réalité
de cette personne-là.
Donc, ma question pour vous, c'est :
Est-ce que vous pensez qu'il y a une forme... il y a des formations qui doivent
être obligatoires pour les personnes qui vont faire de l'accompagnement pour
vraiment comprendre la personne qu'ils accompagnent, dans la question de
l'intégration à l'emploi?
M. Bibeau (Christian) : C'est
une question intéressante. À notre niveau, par exemple, les gens qui vont venir
nous rencontrer, comme vous l'avez donné dans votre exemple de la banque
alimentaire sur votre territoire, donc, on va rencontrer les gens, on veut
aborder la question... les questions avec ces personnes-là dans leur globalité,
en fait, on ne veut pas...
Au-delà de l'aide alimentaire, ces gens-là
ont d'autres besoins, il y a d'autres façons de contribuer à leur mieux-être,
et donc on va effectivement être un lieu de référence et on va référer partout
là où il est possible d'obtenir des services, donc d'abord chez nos collègues
et dans les... d'autres organismes communautaires, là où il y a des expertises.
Peu importe le sujet dont on parle, on va donc le référer au bon endroit, à la
bonne organisation pour obtenir le soutien nécessaire.
Mais là, tous les... tous les soutiens
sont... sont d'utilité, j'ai envie de dire. Alors, on peut référer ces gens-là
à plus d'un endroit, puis ensuite de ça, ces gens-là vont aller utiliser ces
services-là et ils vont être à même de prendre... d'utiliser en fait la
ressource qui... qui leur aide, qui vient... tu sais, qui répond davantage à
leurs besoins.
• (16 h 40) •
Mais c'est sûr que, de notre point de vue,
si on réfère une personne dans une organisation x, y, bien, à partir du
moment où la personne est référée puis va dans cette organisation-là, ça ne
relève plus de notre intervention. Par contre, une chose qui est sûre, c'est
que, comme <i>Moissons, on fait affaire avec un très grand nombre
d'organismes <communautaires...
M. Bibeau (Christian) :
...avec
un très grand nombre d'organismes >communautaires sur nos territoires
respectifs, et c'est souvent une porte qu'on va utiliser pour que les gens puissent
aller chercher le soutien dont ils ont besoin. Mais ce n'est pas exclusif, donc
on va les référer, tout simplement, à toutes les ressources d'aide
potentielles, et ce sera à eux, ensuite de ça, d'aller frapper aux portes et de
bénéficier des services que chacun peut apporter.
Mme Prass : Et avec
l'augmentation du prix des aliments et des loyers dans les dernières années, là
vous parlez du phénomène des gens qui ont un emploi, mais qui doivent quand
même se tourner envers les banques alimentaires, j'imagine que ça, c'est un
phénomène que vous voyez depuis les dernières années, qui a été accentué
justement par l'inflation, le prix des aliments, le prix du logement.
M. Munger (Martin) : Le
nombre de personnes dont la source principale d'emploi... pardon, la source
principale de revenus est un emploi a doublé dans les banques alimentaires
depuis 2019. Donc, c'est effectivement relié. Oui, on a parlé de
l'inflation. Même si l'inflation s'est calmée, il reste que les prix n'ont pas
diminué, ils augmentent seulement moins rapidement. Mais ce qu'on nous dit
vraiment, et au risque de me répéter...
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci.
M. Munger (Martin) : ...c'est
vraiment le facteur du loyer qui est la différence.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps que nous avions avec la députée. Maintenant, je
cède la parole à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, messieurs. Vous avez nommé plusieurs fois que vous n'étiez
pas experts de l'aide sociale, vous êtes quand même experts de la précarité.
C'est à ce titre qu'on vous entend aujourd'hui, donc merci d'être là.
J'ai vraiment trouvé intéressante la piste
sur laquelle vous nous ameniez en disant que ce n'est pas parce que les gens
quittent l'aide sociale vers le marché du travail qu'ils ont forcément réglé
leurs questions d'insécurité financière et alimentaire. Vous dites que le
logement est un facteur important, là, de cette hausse-là du côté des gens qui
travaillent. Bon, on n'a pas... comme gouvernement, il n'y a pas un contrôle,
là, sur l'ensemble des loyers. Par contre, il y a un contrôle sur le salaire minimum.
Est-ce que vous pensez qu'une hausse du salaire minimum viendrait avoir un
impact, là, sur le volume de la demande qui vient des gens qui sont sur le
marché du travail?
M. Munger (Martin) : Ça fait
partie des demandes qu'on a formulées, entre autres, dans le cadre de... dans
notre mémoire, dans le cadre du plan de lutte à la pauvreté. On pense
effectivement qu'un salaire minimum plus élevé est un facteur qui peut
contribuer à réduire l'insécurité alimentaire.
Mme Labrie : OK. Puis j'ai le
goût de vous poser une question sur l'âge des personnes qui fréquentent... Je
sais que, dans certaines régions, bon, notamment, en Estrie, il y a beaucoup
d'étudiants, là, ça fait que ce n'est peut-être pas nécessairement là où ça se
voit le plus, mais quand même, globalement, dans votre réseau, est-ce que...
c'est quoi le portrait, là, des personnes, disons, en haut de 50 ans qui
fréquentent vos organismes?
M. Munger (Martin) : Je n'ai
malheureusement pas de statistiques spécifiques sur l'âge. Je peux vous dire
qu'on entend, puis peut-être Christian pourra compléter, les personnes seules,
les personnes âgées seules sont une clientèle qui est fragile et qui sont
souvent aidées par les organismes qu'on dessert. Et moi, je trouve
personnellement que c'est une oeuvre très, très utile. On pense à des personnes
isolées où souvent l'idée d'offrir un repas permet de briser l'isolement et a
un impact multiple sur la vie des personnes. Mais j'aimerais laisser Christian
aller plus loin.
M. Bibeau (Christian) : Bien,
pour renchérir...
Mme Labrie : Je vous pose la
question... je vous pose la question plus spécifiquement, parce qu'il y a une
des mesures dans le projet de loi qui fait en sorte que les personnes à
58 ans n'auront plus accès, là, à la contrainte... à la reconnaissance
d'une contrainte. Donc, pensez-vous que ça peut avoir un impact, là, sur la
demande chez vous?
M. Bibeau (Christian) : Bien,
en fait, tu sais, il n'y a pas... je n'ai pas de réponse pour ça, là. Ce que
j'ai envie de dire, par exemple, c'est que parmi les organismes chez qui on
distribue davantage de denrées, il y a les centres d'action bénévole qui,
généralement, sur leur territoire, sont responsables des popotes roulantes pour
les personnes de 50 ans et plus ou 60 ans et plus, selon les barèmes.
Donc, si cette demande-là va croissante, bien, forcément, il y a des enjeux
pour les personnes qui ont 50 ans et plus. C'est important, cette hausse-là
des denrées qu'on envoie dans les centres d'action bénévole.
L'autre élément, ce n'est pas, encore là,
une question d'âge, mais une question de provenance. En fait, sur le
territoire, on constate des enjeux très significatifs pour tout ce qui est les
territoires ruraux, donc d'accessibilité aux services, de distance, même de
nombre de services disponibles, là, sur les territoires. Donc, ça, c'est un
autre enjeu. La quantité de nourriture qu'on envoie dans les territoires plus
éloignés des grands centres a vraiment changé aussi. C'est en croissance.
Et tantôt, je le disais, l'une des... l'un
des types de population que l'on reçoit le plus grand nombre actuellement chez
Moisson Estrie, c'est <vraiment...
M. Bibeau (Christian) :
...le
plus grand nombre actuellement chez Moisson Estrie, c'est >vraiment la
population étudiante.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps que nous avions avec la députée. Je cède
maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci. Ce matin,
nous avons reçu le Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au
Québec qui nous disait qu'il y avait cinq grands phénomènes qui constituaient
des barrières à l'emploi, dont notamment les préjugés et la discrimination. Si
j'ai bien compris, un de vos messages principaux aujourd'hui, c'est de réaliser
le nouveau visage de la pauvreté au Québec, c'est-à-dire qu'il y a non
seulement des gens qui font appel au régime d'assistance sociale du Québec,
mais il y a beaucoup d'immigrants notamment, et il y a des gens qui
travaillent, qui touchent un revenu et qui se retrouvent quand même dans les
banques alimentaires du Québec. Donc, vous nous invitez à faire face à cette
nouvelle réalité. J'ai bien compris?
M. Munger (Martin) : Oui,
c'est une réalité. Et je pense qu'on doit en être conscients. Sortir les gens
de l'aide sociale, ce n'est pas nécessairement les sortir de la pauvreté, parce
qu'il y a des travailleurs qui sont quand même en situation de pauvreté. Et,
très honnêtement, moi, j'ai toujours un malaise de parler plus spécifiquement
des travailleurs versus d'autres personnes sous prestations qui fréquentent les
banques alimentaires. Pour moi, les deux situations sont inacceptables. Les
gens ne devraient pas devoir aller dans une banque alimentaire pour se nourrir.
Ils devraient avoir les moyens pour se nourrir eux-mêmes. Mais de parler des
travailleurs qui ont de la difficulté à se nourrir, selon moi, ça montre une
cassure dans le système. Il y a quelque chose qui ne marche pas, quand des gens
contribuent à l'économie du Québec et à renforcer le développement économique
du Québec, mais sont malgré ça incapables de se nourrir convenablement ou de
nourrir leur famille. Je trouve que c'est une image qui montre qu'il y a
quelque chose qui ne fonctionne pas dans notre système.
M. Paradis : Et donc est-ce à
dire que notre filet social, ici, on parle du filet social de dernier recours,
devrait chercher à ratisser encore plus large parce qu'il y a ce nouveau visage
de la pauvreté? Par exemple, quand on parle de plan d'intervention
individualisé, de réseaux régionaux d'accompagnement, ils devraient viser plus
largement que moins largement, c'est bien ça?
M. Munger (Martin) : Je suis
d'accord.
M. Paradis : Et ce que vous
nous invitez à faire, en réalité, c'est de s'assurer que des organisations
comme la vôtre font partie de ces réseaux régionaux et contribuent à la
détermination des plans... des plans d'intervention individualisés.
M. Munger (Martin) : Bien, on
souhaite contribuer, bien entendu, il faudra voir comment ça peut se passer. On
a une mission importante à réaliser qui est de fournir des denrées alimentaires
à 1 300 organismes au Québec. On est heureux de...
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci.
M. Munger (Martin) : ...de contribuer
si possible, mais il faut voir comment ça se passe.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Merci infiniment, chers invités, de votre contribution à notre
commission.
Donc, je suspends les travaux quelques
instants afin de permettre aux prochains invités de prendre place. Merci.
M. Munger (Martin) : Merci de
nous avoir entendus.
(Suspension de la séance à 16 h 49)
(Reprise à 16 h 51)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et maintenant je souhaite la bienvenue à la Fédération
des chambres de commerce du Québec.
Je vous rappelle, chers invités, que vous
disposez... de 10 minutes, pardon, pour votre exposé, et ensuite nous
procéderons à la période d'échange avec les collègues de la commission. Donc,
je vous invite à vous présenter et à nous donner votre exposé, s'il vous plaît.
M. Gagnon (Alexandre) :Merci beaucoup, Mme la Présidente. Mme la ministre, Mmes et
MM. les députés, bonjour, et merci de nous accueillir pour discuter de cet
important projet de loi, le projet de loi n° 71, visant à améliorer l'accompagnement
des personnes et à simplifier le régime d'assistance sociale. Mon nom est
Alexandre Gagnon, je suis vice-président, Travail et capital humain, à la Fédération
des chambres de commerce du Québec. Je suis accompagné aujourd'hui par Audrey
Langlois, conseillère principale, Main-d'oeuvre et affaires publiques.
Vous nous connaissez, la FCCQ porte deux chapeaux,
en tant que chambre de commerce provinciale, mais également en tant que
fédération. La FCCQ regroupe ainsi près de 120 chambres de commerce et
1 000 membres corporatifs, représentant plus de 45 000 entreprises
dans tous les secteurs de l'économie québécoise, et de toutes les régions du
Québec.
Aujourd'hui, nous vous partagerons nos
réflexions et recommandations pour assurer le succès de cette importante
réforme du régime d'assistance sociale, un programme qui a eu droit à sa
dernière modernisation en 2005, et une légère modification, là, en 2016.
Il est crucial de revoir notre approche pour les personnes éloignées du marché
de l'emploi.
Nous tenons à signifier, tout d'abord, que
nous sommes fiers, comme Québécois, de mettre à disposition des personnes les
plus vulnérables un tissu social fort et diversifié. La lutte à la pauvreté est
un enjeu primordial pour notre société, également pour les entreprises
québécoises.
Nous croyons également que l'outil de
lutte à la pauvreté par excellence a toujours été et restera toujours la
capacité à intégrer ces derniers sur... et à les... à les conserver sur le
marché du travail. À cet effet, le projet de loi n° 71 apporte des
changements indispensables, reflétant l'évolution de notre société et de notre
économie. Évidemment, d'autres éléments du projet de loi pourraient être
légèrement améliorés, et c'est d'ailleurs pour cette raison que nous vous
présenterons sept recommandations.
Tout d'abord, l'été dernier, le
gouvernement a présenté un plan ambitieux d'action gouvernemental contre la
pauvreté et l'exclusion sociale, un plan que... visant à accompagner plus de
50 000 bénéficiaires de l'assistance sociale vers l'emploi ou une
autre forme de participation sociale d'ici 2029. Pour atteindre cet
objectif, la mobilisation de l'ensemble des intervenants est évidemment cruciale
et au centre de cette stratégie, auquel nous souscrivons.
D'ailleurs, le ministère de l'Emploi, un
acteur clé, a déployé, au cours des années, de nombreux services et ententes de
collaboration à travers le Québec pour faciliter l'intégration en emploi des
personnes éloignées du marché du travail. Au coeur de ses stratégies et de son
réseau, 17 conseils régionaux des partenaires du marché du travail, qui
sont des lieux de concertation privilégiés entre des représentants du secteur
de la main-d'oeuvre, des entreprises, du milieu de l'éducation, des ministères,
du secteur communautaire, du développement local et de Services Québec. Ils
représentent ainsi la parfaite alliance afin de mobiliser l'écosystème derrière
des plans d'action et des projets pilotes pour l'intégration en emploi des
différentes clientèles du ministère de l'Emploi. Il nous semble donc plus qu'adéquat,
dans cette circonstance, de trouver des moyens de renforcer la collaboration
entre le ministère de la Solidarité sociale et de l'Action communautaire ainsi
que le ministère de l'Emploi.
L'idée d'avoir des réseaux régionaux, tel
que proposé dans le projet de loi, est évidemment excellente, nous y
souscrivons. Cependant, d'ailleurs, elle a déjà été mise en place, depuis de
nombreuses années, par le réseau de la Commission des partenaires du marché du
travail. La création d'un nouveau réseau nous semble, dans les circonstances, à
revoir, puisqu'il viendrait ainsi dupliquer des structures qui nous semblent
déjà existantes, et ayant, fondamentalement, le même mandat.
Le projet de loi viendra élargir l'accès à
des services d'employabilité et de préemployabilité à des Québécois n'ayant pas
tous les outils afin d'intégrer le marché du travail rapidement. Il faut s'attendre
que chaque individu ainsi soutenu aura besoin d'un support et d'un
accompagnement plus important, afin que cette situation soit un succès à long
terme. Le projet de loi prévoit un accompagnement de préemployabilité. Il nous
semblerait adéquat d'également prévoir un accompagnement afin de favoriser le
maintien en emploi.
La FCCQ recommande donc au gouvernement
d'offrir un accompagnement aux <employeurs...
M. Gagnon (Alexandre) :
...La FCCQ recommande donc au gouvernement d'offrir
un accompagnement aux >employeurs qui accueilleront ces travailleurs
afin d'assurer l'intégration durable de ces travailleurs dans leur entreprise.
Le projet de loi vient également élargir l'accès
à de la formation pour les bénéficiaires d'un programme social. Cet
élargissement est un bon pas, mais nous croyons qu'il faut élargir un peu
davantage encore. L'objectif est de pallier au trou dans l'offre de soutien
entre les programmes de prêts et bourses et l'offre actuelle.
L'offre de formation s'est grandement
améliorée au cours des années, les modalités de formation également. Une large
part de formations, très pertinentes et variées, sont données par les
institutions d'enseignement reconnues, sans pour autant être sanctionnées par
le ministère de l'Éducation. Nous pensons, notamment, à diverses formations de
courte durée, telles que les certifications collégiales, qui ont... qui mènent
à un emploi intéressant et rapidement.
À cet effet, nous demandons au
gouvernement de permettre le maintien des prestations durant ces formations,
qui sont souvent plus adaptées à une clientèle qui a quitté les bancs d'école
depuis longtemps. Les primes à la diplomation pourraient d'ailleurs également
être attribuées à ceux qui auront complété le parcours.
Par conséquent, nous recommandons au
gouvernement de modifier la proposition au projet de loi n° 71, qui
modifie l'article 55 de la Loi sur l'aide aux personnes et aux familles,
afin d'indiquer que la prime sera offerte à la réussite de la formation, et non
uniquement à la diplomation.
Finalement, nous tenons à saluer les
modifications apportées au programme Objectif emploi, qui suppriment la
restriction de l'accompagnement personnalisé à la seule première demande d'un
bénéficiaire. Cependant, la FCCQ recommande que la formation et l'accompagnement
offerts par le programme Objectif emploi soient obligatoires pour les
bénéficiaires des programmes d'assistance sociale qui n'ont pas de contraintes,
évidemment, si une période prolongée de recherche d'emploi n'est pas fructueuse.
Le projet de loi est une suite logique des
changements apportés par le projet loi n° 70, adopté en 2016, visant
à mieux soutenir les bénéficiaires de l'aide sociale vers le marché du travail.
Les succès des mesures instaurées par le projet de loi n° 70, notamment le
programme Objectif emploi, nous amènent à voir positivement les propositions
faites au sein de ce nouveau projet de loi.
Merci de votre temps. Nous avons fait un
peu plus rapidement. Nous sommes, évidemment, à votre disposition pour répondre
à vos questions.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Maintenant, nous commençons, débutons la période d'échange.
Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Bien, M.
Gagnon, Me Langlois, merci beaucoup d'être avec nous pour ces auditions et
participer à cette modernisation du régime d'assistance sociale. Vous avez des
propos qui sont très éclairants. J'ai une première question, concernant le
réseau régional d'accompagnement. Vous saluez cette initiative, mais vous dites
que ça existe déjà. J'aimerais savoir en quoi ça existe déjà.
M. Gagnon (Alexandre) :Nous saluons l'idée de l'importance de rassembler tous les
partenaires autour d'actions concrètes, concertées pour aider les personnes,
évidemment, qui sont éloignées du marché du travail, dont des prestataires de l'aide
sociale, de l'aide de dernier recours. Mais il existe, depuis de nombreuses
années, affiliée à la... par... au... le leadership au niveau du ministère de l'Emploi,
la Commission des partenaires du marché du travail, qui, elle-même, a déployé,
au courant des années, des instances de concertation des différents acteurs
régionaux, pour bien identifier quelles seraient les mesures les plus
porteuses, les opportunités, également, pour la réalité locale du marché du
travail, puis des bassins de candidats, également, qui sont disponibles. Donc,
on y retrouve pratiquement l'ensemble des intervenants que vous proposez d'inclure
dans vos propres réseaux régionaux, dont... Les syndicats, les employeurs, les
organismes communautaires sont représentés, les institutions d'enseignement,
les divers acteurs ministériels également. Donc, tous ces acteurs-là que vous
proposez de mettre ensemble, ils nous semblent, évidemment, aller de soi dans
une démarche d'employabilité puis de concertation sociale.
Nous sommes déjà présents, actuellement,
là, dans les 17 régions du Québec. Est-ce qu'ils pourraient être mieux
exploités? Est-ce qu'il pourrait y avoir une meilleure collaboration entre les
acteurs de... évidemment, de l'assurance sociale, de vos clientèles auxquelles
vous... avec lesquelles vous faites affaire, et celles plus au niveau de l'assurance-emploi,
et les autres clientèles éloignées du marché du travail? Évidemment. Mais nous
pensons que ce serait un bon véhicule à utiliser, dans les circonstances,
plutôt que de recréer une autre structure, qui aurait peut-être des
orientations, des stratégies, des intervenants différents.
• (17 heures) •
Mme Rouleau : OK. Bien,
certainement, l'intention n'est pas de réinventer la roue. Si ça existe, tant
mieux, mais il semble y avoir... tu sais, ça ne répond peut-être pas exactement
aux objectifs qu'on a d'accompagner les personnes qui sont très éloignées du
marché du travail, d'accompagnement vers la participation sociale...
17 h (version révisée)
Mme Rouleau : ...qu'on a d'accompagner
les personnes qui sont très éloignées du marché du travail, de...
accompagnement vers la participation sociale, l'intégration sociale et vers l'emploi.
Mais je retiens par exemple que vous êtes très, très intéressés à collaborer.
Puis l'idée, c'est aussi de créer des liens plus formels et mieux coordonner
les gens qui sont déjà sur le terrain. Encore là, on ne réinvente rien, on
utilise les ressources qui existent et on brise les silos, puis peut-être il y en
avait un là qu'on ne voyait pas et qu'on pourra défaire.
J'ai une petite question pour vous. L'intervenant
juste avant vous, <i>Banques alimentaires Québec, disait que ce qui
permettrait d'améliorer le sort des travailleurs, notamment, là, ce serait d'augmenter
le salaire minimum, ça éliminerait une partie de la pauvreté. Alors, vous,
comme représentants des PME du Québec, qu'est-ce que vous en pensez?
M. Gagnon (Alexandre) :Bien, on représente l'ensemble des entreprises de toutes
tailles. Mais oui, effectivement, l'emploi, on vous le dit, c'est effectivement
le premier vecteur de lutte à la pauvreté. On y adhère.
Maintenant, il y a plusieurs études
internationales qui sont venues mettre des caveats, un petit peu, sur des
salaires minimums trop élevés. On a certains endroits... certains experts
internationaux, des économistes de renom, qui ont... qui sont venus... et sur
lesquels les différents gouvernements des dernières années se... sont venus s'appuyer
à l'effet que, lorsqu'on dépasse le 50 % du salaire moyen d'un État — d'une
province, dans le cas échéant — on a des impacts pervers qui peuvent
se manifester au niveau de l'employabilité de ces personnes-là.
Donc, c'est des personnes qui à la base
nécessitent... n'ont peut-être pas tous les atouts pour intéresser l'œil d'un
employeur... Donc, lorsqu'on augmente le salaire minimum trop... de façon trop
élevée, de façon trop importante, on a des effets pervers sur le nombre d'heures
offert ou sur le nombre d'emplois offerts, tout simplement, et donc les taux de
chômage plus élevés. Donc, c'est une pratique assez bien répandue, et on se
tient à ce 50 % là depuis de nombreuses années, peu importent les couleurs
de gouvernement, là, des dernières décennies.
Mme Langlois (Audrey) :Et, si je peux me permettre, pour ajouter un court point, c'est
que, quand on regarde justement les postes vacants, les postes vacants,
généralement, les salaires... qu'on pourrait penser qu'ils sont à bas salaires,
sont en réalité un peu plus élevés, parce que, justement, ils ne trouvent pas.
Donc, ça répond en partie à votre question, parce que ce n'est pas des salaires
qui sont minimums à ce moment-ci.
Et ce qu'on peut savoir, c'est que
généralement ce sont des emplois qui nécessitent un peu moins de compétences,
ou du moins des compétences qu'on peut acquérir par des formations
professionnelles ou techniques. Donc, c'est quand même assez accessible pour
une main-d'oeuvre qui souhaite poursuivre leurs études ou qui souhaite intégrer
le marché de l'emploi d'une manière plus rapide avec un salaire qui est un peu
plus alléchant, je vais dire ça comme ça.
Mme Rouleau : Et on souhaite
favoriser la formation pour que les gens puissent... Tu sais, en aide sociale,
en assurance... assistance sociale, 42 % des gens n'ont pas de diplôme d'études
secondaires, donc pas de diplôme d'études qualifiantes, là, comme tel, et c'est...
lorsqu'ils obtiennent... s'ils obtiennent leur diplôme, ils ont un bonus et ils
ont... ils sont accompagnés tout le long de leur formation pour arriver à ce
diplôme.
Et l'objectif de tout ça, c'est... c'est
qu'ils aillent en emploi. On veut les accompagner le mieux possible, sachant qu'ils
sont éloignés du marché du travail, et les accompagner pour aller vers le
marché du travail. Et là, il y a une adéquation à faire évidemment avec l'employeur.
Comment... Comment l'employeur doit agir?
Qu'est-ce... Et quel serait le meilleur scénario pour qu'on puisse s'assurer du
maintien en emploi aussi? Parce que c'est ce qu'on cherche, à ce que les gens
restent en emploi. Quelles seraient les solutions que vous pourriez nous
proposer?
Mme Langlois (Audrey) :Oui, je vais y aller. Je vais commencer, puis, Alexandre,
tu compléteras au besoin.
Donc, c'est quand même un élément qui est
surprenant, c'est que dans le projet de loi il n'y a aucune mention de maintien
en emploi. On parle beaucoup d'intégration au marché de l'emploi, mais le
maintien est quand même absent.
Oui, les employeurs, ils ont un rôle à
jouer. Les employeurs ont besoin d'un accompagnement, parce qu'on parle d'une
main-d'œuvre qui est bien sûr éloignée du marché du travail depuis un peu plus
longtemps par moments et qui peut avoir des inquiétudes quant à retourner sur
le <marché...
Mme Langlois (Audrey) :
...longtemps par moments et qui peut avoir des
inquiétudes quant à retourner sur le >marché du travail. Donc,
l'accompagnement doit se faire pour le maintien avec l'employeur, pour
l'appuyer, mais réellement aussi avec ce nouveau travailleur là, pour s'assurer
que tous les défis qui vont être rencontrés ou problématiques, qu'elles soient
adressées.
Et nous, ce qu'on vous propose, c'est
qu'il y ait un accompagnement qui soit offert jusqu'à une année après
l'intégration en emploi. Ça peut être plus court, ça peut être... justement, ça
peut être une année en entière, ça va dépendre du profil du candidat. Donc, si
on voit une personne qui a vraiment eu plus de difficultés dans le passé, mais
qui a une volonté à vouloir persévérer, à vouloir demeurer en emploi et que
l'employeur a également les ressources pour l'aider à rester en emploi, bien
d'avoir une situation de... plus gagnante à ce moment-ci. Alexandre, tu as-tu
autre chose à rajouter?
M. Gagnon (Alexandre) :Bien, ça y ressemble beaucoup. Effectivement, là, on a vu
que... puis, oui, les clientèles de l'aide sociale, mais on l'a vu dans
d'autres types de clientèles un peu plus éloignées du marché du travail, qui
ont plus de difficultés à l'intégrer, que les réseaux pour l'intégration en
emploi sont quand même performants. Ils sont quand même présents et ils ont
cette capacité-là à le faire, le...
Je vais vous répéter, le ministère de
l'Emploi ont des bonnes collaborations avec un réseau large au niveau du
maintien en... de la préemployabilité puis de l'employabilité, mais là où le
bât blesse, c'est que le temps de l'emploi est parfois très court, parce que
l'accompagnement, le support termine une fois que la personne a acquis
l'emploi. Donc, ce qu'on a vu dans les pratiques gagnantes, c'est vraiment
lorsqu'il y a un maintien de conseil, d'accompagnement, de support de
l'employeur qui était... lui également doit persévérer dans cette
expérience-là, de quelqu'un qui a peut-être des défis un petit peu différents
qu'un autre travailleur disponible sur le marché du travail. Donc, c'est
vraiment par de l'accompagnement, le soutien d'experts en employabilité qu'on
peut atteindre... atteindre ces résultats-là, que ce soit beaucoup plus perrein
dans le temps, là, et durable, cette intégration-là de cette clientèle-là.
Mme Rouleau : Alors, c'est...
pour qu'il y ait maintien en emploi, soit à temps complet ou à temps partiel,
là, parce que ça peut-être à temps partiel aussi, il faut que l'employeur...
autant l'employé que l'employeur soient... disons, qu'il y ait un arrimage, là,
entre les deux et que l'employeur soit, comment dire, pas formé, mais qu'il
y... qu'il y ait un accompagnement. Comment vous voyez cet accompagnement-là?
M. Gagnon (Alexandre) :Bien, les... C'est vraiment au niveau de comment réagir,
quels outils à mettre en place avec la personne. Les organismes
d'employabilité, ils ont souvent développé une relation de confiance avec le
travailleur. Et parfois, il faut que l'employeur puisse dire : Moi, la
personne qui va rentrer, ce matin... ou a des enjeux de relations
conflictuelles avec des collègues de travail, comment j'agis, comment je réagis
dans ces situations-là? Une moyenne ou une grande entreprise, ils ont des
experts en ressources humaines qui ont été formés pour ça, un peu mieux pour...
pour mieux réagir. La grande, grande, vaste majorité des entreprises au Québec
n'ont pas cette expertise-là à l'interne.
Donc, c'est dans ce volet-là que, des
fois, il faut... il faut les accompagner pour savoir comment réagir, comment
mieux supporter le travailleur, quelle tolérance avoir, qu'est-ce qui est
normal, qu'est-ce qui ne l'est pas d'une personne qui n'a, depuis longtemps,
pas eu d'emploi. Donc, c'est vraiment dans ce style de conseil là, d'avoir une
ressource à disposition pour répondre aux questions, aux préoccupations, lever des
petits drapeaux et puis pour soutenir cet employeur-là dans cette démarche-là.
Mme Rouleau : Est-ce que vous
avez des exemples qui existent déjà sur le terrain et qui peuvent nous
inspirer?
M. Gagnon (Alexandre) :Il y en a quelques-uns, mais, pour être honnête avec vous,
c'est un enjeu qu'on retrouve partout actuellement, les organismes... les
organismes-conseil en emploi, par exemple, n'ont... sont rarement reconnus pour
supporter, pour offrir cet accompagnement-là.
Nous, on l'a fait dans un programme de
stage en milieu de travail, pendant les années où on avait un partenariat avec
le réseau AXTRA des centres-conseils en emploi pour offrir cet
accompagnement-là, ce soutien pour des stagiaires qui avaient des défis
particuliers à intégrer le marché du travail. Donc, on avait accompagné plus de
1 200 étudiants qui avaient éloigné... qui avaient des enjeux
d'intégration en milieu de travail où, en partenariat avec les réseaux des
centres-conseils en emploi, on a réussi à avoir des taux de succès beaucoup
plus importants que sans cet accompagnement-là puis des taux de satisfaction
généralement qui était très élevé de la part des <employeurs...
M. Gagnon (Alexandre) :
...puis des taux de satisfaction généralement qui
était très élevé de la part des >employeurs, également, qui
participaient. Généralement, ils revenaient auprès de nous pour cet
accompagnement-là d'année en année, ce qui est un signe de succès, évidemment,
là, évident.
Mais, malheureusement, ce soutien-là, ce
financement-là, pour permettre cet accompagnement-là, est rarement disponible,
malheureusement, avec les enveloppes disponibles pour... dans le cadre du
ministère de l'Emploi.
• (17 h 10) •
La Présidente (Mme D'Amours) : OK.
Merci. Je vais maintenant céder la parole à la députée de Laporte. Il reste 3 min 30 s.
Mme Poulet : Bonjour à vous
deux. Merci beaucoup de votre participation aux travaux. Là, vous avez parlé
beaucoup de l'intégration, mais je vous amène en amont. Outre le soutien
financier, quelles seraient, selon vous, les actions qui pourraient être posées
pour inciter les prestataires de l'assistance sociale à entamer une formation
en vue de développer des compétences et d'intégrer le marché du travail?
M. Gagnon (Alexandre) :Bien, il faut qu'ils rencontrent évidemment des experts
pour les accompagner. Nous... Oui, il y a le soutien financier, évidemment, qui
le rend indispensable, mais il y a aussi l'incitatif d'avoir quelqu'un qui le
supporte, l'accompagne là-dedans, quelqu'un qui vous appelle pour vous dire :
On a une formation pour toi, est-ce que tu y crois? Puis comment on peut
reconnaître ce que tu as acquis comme compétence auparavant? Donc, plutôt que
le refaire partir de zéro pour un nouvel emploi, de faire un bilan de
compétences avec ces personnes-là, des différents acquis qu'ils ont eus un
peu... un peu n'importe quand au courant de leur carrière, au cours de leur
vie, dans leurs loisirs ou peu importe, donc, pour... afin de raccourcir ou de
rendre le plus pertinent possible l'intervention qui va être faite, auprès de
ce candidat-là, pour éviter qu'il ait l'impression de perdre son temps,
parfois, pour des choses qu'il a peut-être déjà acquises dans son parcours
personnel ou professionnel passé.
Donc, il y a toute une démarche de
reconnaissance des compétences, des acquis expérientiels, qu'on appelle, qui
fait qu'on réussit à avoir des approches beaucoup plus précises, beaucoup plus
ciblées en fonction de la réalité puis de l'expérience personnelle du
travailleur. Donc, ça, c'est un gros mandat important qu'on pourrait faire,
auprès de ces personnes-là, pour les inciter, les amener faire les bonnes
formations au bon moment, les bonnes durées, pour leur faire atteindre les
emplois désirés, là.
Mme Poulet : Pour en assurer
le succès. Alors, vous, vous êtes déjà mis... est-ce que vous êtes déjà en
action à ce niveau-là?
M. Gagnon (Alexandre) :Oui, on est en collaboration avec plusieurs milieux
d'enseignement, avec plusieurs organismes communautaires, au courant des
années, pour développer des outils comme ça, de bilan de compétences, de
reconnaissance des compétences. Encore une fois, les organismes communautaires,
on ne crée rien de nouveau, particulièrement parce que les milieux
d'enseignement font de la reconnaissance des compétences, les organismes
communautaires en font. C'est, malheureusement, parfois, un peu complexe, un
peu lourd, mais, oui, il y a un beau travail de concertation qui se fait
actuellement pour essayer d'alléger ces mécanismes-là, les rendre... les
démocratiser, les rendre plus accessibles à une clientèle différente. Donc, il
y a des travaux en cours depuis de nombreuses années, mais là on sent une
accélération, là, dans les derniers mois, par rapport à ça.
Mme Poulet : Excellent.
Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
45 secondes, Mme la ministre.
Mme Rouleau : Vous avez
mentionné être très en faveur de projets pilotes. Avez-vous des suggestions à
faire?
M. Gagnon (Alexandre) :Bien, projet pilote, ça veut aussi dire de s'adapter aux
réalités des différentes régions, toutes les régions sont différentes. On croit
beaucoup à la capacité des acteurs locaux d'identifier leur propre réalité.
Donc, c'est la capacité de donner aux réseaux régionaux ou les CRPMT la
capacité de développer ces projets pilotes là en fonction des employeurs
présents, des clientèles présentes, pour vraiment que ce soit le plus adapté à leur
réalité locale. Des grands projets pilotes plus nationaux, parfois, des
contraintes un peu plus difficiles à obtenir des bons résultats,
malheureusement.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Maintenant, je vais céder la parole à la
députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. Gagnon. Bonjour, Mme Langlois. Merci d'être
avec nous aujourd'hui dans le cadre de l'étude de ce projet de loi. Je vais y
aller avec les propositions que vous faites, donc, dans votre mémoire et puis
vos observations, en fait, surtout.
Puis au niveau, donc, de votre première
recommandation, donc, vous nous dites, donc : Il faut mobiliser les
intervenants du milieu de l'emploi. De ce que je saisis de votre mémoire, c'est
que vous craignez, donc, certains dédoublements, donc, de différents services,
parce qu'il existe déjà des instances et des consortiums qui sont dédiés à
l'analyse et la proposition de solutions pour l'intégration des personnes
éloignées du marché du travail. Vous nous dites : «Une collaboration
renforcée entre le ministère de l'Emploi et celui de la Solidarité sociale est
essentielle afin d'éviter ce dédoublement.»
D'abord, peut-être voir, est-ce que vous
trouvez qu'en ce moment, donc, qu'il y a un manque de collaboration? Puis,
ensuite, peut-être plus largement, donc, sur les capacités, là,
d'enchevêtrement, là, qui serait possible dans le cadre de votre recommandation
<un...
Mme Cadet :
...d'enchevêtrement,
là, qui serait possible dans le cadre de votre recommandation >un.
M. Gagnon (Alexandre) :Oui. Bon, au niveau du manque de collaboration, je
n'oserais pas dire ça, qu'il y a un manque de collaboration, mais... Et,
historiquement, le ministère de l'Emploi et le ministère de la Solidarité
sociale avaient le même écosystème de fonctionnaires jusqu'à un certain point.
Encore une fois, le ministère, en lui-même, il est lié. Donc, c'est des
collègues... Malheureusement, parfois, il y a... entre divisions d'un même
ministère, les communications ne sont pas toujours optimales. On le vit
également avec d'autres ministères, là, que ce soit l'Éducation, l'Immigration.
Parfois, on travaille avec les mêmes clientèles, avec des politiques très
similaires, mais avec des objectifs différents. Donc, pour nous, ça...
Aujourd'hui, on s'adresse au ministère concerné au niveau de l'emploi, mais...
et de la solidarité sociale, mais c'est un critère qui pourrait s'appliquer à
l'ensemble du gouvernement et pas... Il n'y a pas de couleur à cette
adresse-là, là, c'est un vieux enjeu gouvernemental, mais...
Donc, ça, aujourd'hui, nous, la
préoccupation... juste de soulever cette idée des réseaux régionaux nous
soulève la question qu'il y a un manque de communication évident, là, entre les
ministères, entre les personnes concernées, là. Donc... Parce que les
missions... effectivement, si on peut parler de dédoublement, les organismes
communautaires, on est des organismes qui sont spécialisés en intégration, en
développement de l'employabilité, on a des organismes d'insertion. Tous ces
beaux modèles là, ces beaux systèmes là sont déjà en collaboration aujourd'hui,
au quotidien, ensemble, avec les employeurs, avec les chambres de commerce,
avec les cégeps locaux ou les centres de services scolaires. Tous ces gens-là
se parlent déjà fréquemment et pour un objectif de développer des opportunités
de développement de l'employabilité des clientèles, là.
Donc, pour nous, on essaie de voir quels
nouveaux acteurs qu'on pourrait amener à l'intérieur de cet écosystème-là. Ce
n'est jamais fermé. Évidemment, le plus de gens possible qu'on peut mobiliser
autour de ces initiatives-là, tant mieux, mais de créer une nouvelle
orientation, une nouvelle direction auprès d'une clientèle très similaire, des
partenaires très similaire également, ça nous causerait des enjeux de... pas
uniquement structuraux, là, quoique, déjà ça, on a un enjeu évidemment de ne
pas dédoubler des structures, mais aussi au niveau des orientations.
On le vit au niveau des organismes
d'employabilité puis d'insertion au niveau de la clientèle immigrante, où les
partenariats et les ententes auprès d'un même organisme, lorsqu'ils viennent du
ministère de l'Emploi, quand ils viennent du ministère de l'Immigration, sont
complètement différents, les objectifs sont différents, ça cause des problèmes
de reddition de comptes et des problèmes opérationnels aux organismes puis à
leur clientèle quotidien. On aimerait éviter d'ajouter un troisième carrosse,
là, à cette charade-là, à cette roue-là de différents partenaires puis
d'entente de collaboration, là.
Mme Cadet : Ça fait que vous,
comme partenaire, donc, vous voyez, donc, non seulement, donc, la complexité,
là, d'avoir... d'avoir, donc, différents interlocuteurs parmi les ministères,
mais en plus de ça, là, je vous entends sur les orientations. Donc, il y a...
ce n'est pas juste une question de paperasse, là, tu sais, ce n'est pas juste
une question, donc, d'interlocuteurs, mais vraiment, donc, si les orientations
sont différentes, il risque, donc, d'avoir, donc, des entrechocs, là, entre les
structures que... les structures existantes puis celles qui seraient créées par
ce projet de loi. C'est ça?
M. Gagnon (Alexandre) :Oui. Donc, parfois, c'est qu'il y a une clientèle qui peut
rentrer dans deux cases, donc l'organisation doit savoir dans quelle case de
ces ententes gouvernementales diverses elles devraient placer le parcours
nécessaire qui vont avec. Malheureusement, des fois, il peut y avoir des
décisions qui sont prises, peut-être pas à l'avantage de la clientèle, mais
peut-être à l'avantage des ententes et des ententes de financement qui ont été
créées pour des objectifs très précis parfois.
Donc, oui, des enjeux d'orientation aussi,
un enjeu de paperasse, là, évident, là. Les organismes communautaires ne sont
pas ceux qui sont les plus dotés en soutien administratif, là, puis ce n'est
pas ça qu'on veut non plus. On veut que les argents aident en service à la
clientèle, donc on veut éviter, là, des multiplications d'ententes puis de
complexité comme ça.
Mme Cadet : Oui, puis c'est
ce qu'ils veulent aussi, là. On l'entend bien souvent, ils veulent être
capables d'accompagner la clientèle beaucoup plus que de faire cette
gestion-là.
• (17 h 20) •
Je vais... je vais aller donc sur vos
autres recommandations, parce que je comprends que la recommandation deux était
complémentaire à la première, là, dans le fond, que les réseaux régionaux, là,
qu'ici, donc, ils soient... que ce soit, donc, les conseils régionaux des
partenaires du marché du travail, là, qui soient un peu utilisés comme... comme
instance, là, pour faire passer, donc, ces nouvelles orientations là.
À trois et quatre, donc, vous nous parlez
d'accompagnement des employeurs, donc, d'une part du côté du maillage et,
d'autre part, donc, du côté de <l'embauche...
Mme Cadet :
...donc,
d'une part du côté du maillage et, d'autre part, donc, du côté de >l'embauche
et du maintien en emploi. Peut-être d'abord, donc, sur le maillage, on vous a
entendus un petit peu, là, sur le maintien en emploi dans les questions
précédentes, donc, entre les employeurs et les participants des projets pilotes?
M. Gagnon (Alexandre) :Oui...
Mme Langlois (Audrey) :Oui...
M. Gagnon (Alexandre) :Oui, vas-y, Audrey. Vas-y.
Mme Langlois (Audrey) :C'est sûr qu'actuellement il y a quand même... Alexandre
l'a dit, il y a quand même des organismes qui sont présents. Le défi qu'on
rencontre souvent, surtout pour les petits employeurs, les PME, c'est de
découvrir ces organismes-là et de rentrer, des fois, en contact avec eux. Ce
n'est pas la faute des organismes nécessairement, c'est qu'il y a quand même
beaucoup d'acteurs dans les différentes régions qui ont, justement, les
capacités de faire du maillage mais que, pour une raison x, ça ne se fait pas toujours
super bien.
Donc, nous, ce qu'on demande, c'est que,
justement, il y ait un meilleur partage d'informations, que ça soit beaucoup
plus accessible pour les employeurs de découvrir que, oui, cette
main-d'œuvre-là existe, de un, mais, de deux, c'est que c'est des personnes qui
sont, comme on le dit, plutôt très éloignées du marché du travail. Donc, c'est
dur pour un employeur d'aller les découvrir par eux-mêmes. Il faut vraiment
qu'il y ait un intervenant qui va venir les accompagner, qui va dire :
Voici comment faire, mettons, un CV, comment faire une entrevue, comment
aborder un employeur et aller à la découverte, justement, de ces employeurs-là.
Donc, ça, c'est le premier penchant.
Le deuxième, c'est effectivement :
les employeurs, comment est-ce qu'ils peuvent découvrir cette main-d'œuvre-là
ou cette future main-d'œuvre-là? C'est vraiment la communication, de bâtir des
liens avec les organismes en employabilité, qui vont avoir la responsabilité
d'intégrer les participants des projets pilotes sur le marché de l'emploi.
Mme Cadet : Merci.
Maintenant, donc, au niveau... votre quatrième recommandation, donc, encore une
fois, au niveau de l'accompagnement des employeurs, puis vous le dites... puis
vous l'écrivez, en fait, dans votre mémoire, donc, les employeurs sont au cœur
de l'inclusion en emploi de ces personnes qui sont éloignées du marché du
travail. Donc, c'est important qu'il y ait cet accompagnement-là pour qu'ils
soient capables, donc, de bien les intégrer. Puis, comme vous l'avez souligné,
le projet de loi en ce moment, donc, ne parle pas de maintien à l'emploi, donc
il se concentre, donc, sur l'intégration en emploi, mais, au final, donc le...
il y a un défi au niveau de l'intégration, manifestement, parce qu'il faut
faciliter ce maillage-là, mais il y a un autre qui perdure par la suite au
niveau du maintien en emploi.
Donc, plus la personne est éloignée du
marché du travail, moins elle a les outils, plus elle doit être accompagnée au
niveau, donc, de ce maintien-là, sinon il y a un travail qui se perd, en fait.
Donc, la capacité d'aller chercher... de chercher ce capital humain là est
plutôt difficile sans ce soutien au maintien. Vous recommandez qu'un
accompagnement, donc, soit fait, donc, jusqu'à un an suivant la date d'intégration
en emploi. Pourquoi un an?
Mme Langlois (Audrey) :Parce que, justement, c'est une main-d'œuvre qui peut
présenter différentes particularités. Ça peut être quelqu'un que ça fait des
années, des années qu'il n'est pas actif sur le marché du travail. Il y en a,
dans des cas, que ça peut être assez rapide. Ça va dépendre aussi de l'emploi,
ça dépend du profil de cette personne-là. On dit un an juste pour s'assurer
qu'on a un cas de réussite. Donc, il faut donner du temps pour ce nouveau
travailleur là ou cette personne qui réintègre le marché de l'emploi, mais
également pour l'employeur afin de s'assurer que tous les outils dont les
employeurs et le travailleur ont besoin, qu'ils sont accessibles. C'est
littéralement aussi simple que ça.
Mme Cadet : Justement, vous
dites jusqu'à un an parce que vous considérez que ça devrait être flexible, là.
Je pense, M. Gagnon, vous parliez de pratiques gagnantes en répondant à
une autre question, là.
M. Gagnon (Alexandre) :Oui. Oui, oui, effectivement, là. Parfois, les... on a des
critères de trois mois, de six mois, de neuf mois. Il faut éviter de tomber
dans une règle qui régit tous les cas, là, tu sais, tous les cas sont
différents, là.
Mme Cadet : Votre septième
recommandation... Le temps file. Voilà, donc, vous disiez, donc, en ce moment,
donc, c'est obligatoire, donc, pour les premiers demandeurs. Je voulais juste
saisir, donc, la nuance entre ce que vous proposez ici, à votre septième
recommandation, puis ce qui est proposé dans le projet de loi.
M. Gagnon (Alexandre) :Oui, on parle davantage de mettre à disposition, pour ceux
qui le demandent, l'accès au programme Objectif emploi. Il y a un volet plus
volontaire d'avoir accès. Pour nous, parfois, ça pourrait être exigé, lorsqu'il
n'y a pas de contrainte à l'emploi ou de santé, peu importe le langage utilisé,
vous comprendrez, que de les encourager très fortement à sortir de ce cercle
vicieux là parfois d'être éloigné du marché du travail.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci beaucoup.
C'est très intéressant de vous entendre. Ça paraît qu'il y a une belle
sensibilité qui s'est développée, là, dans les milieux que vous représentez,
pour la question de la précarité économique des gens. Puis c'est sûr que
beaucoup d'entreprises vivent les impacts collatéraux aussi, là, en termes de
sécurité dans les quartiers, vol à l'étalage. On a entendu quand même beaucoup
de préoccupations là-dessus. Donc, j'apprécie beaucoup les suggestions que vous
nous faites.
Moi, j'ai une <question...
Mme Labrie :
...j'apprécie
beaucoup les suggestions que vous nous faites.
Moi, j'ai une >question pour
vous concernant justement le retour au travail des gens. En ce moment, une
personne qui suit les programmes et qui réussit à retourner travailler ne
pourra pas gagner plus que 200 $ par mois sans se faire couper,
finalement, le revenu qu'elle gagne. Est-ce que vous pensez que ça, c'est un
incitatif à retourner sur le marché du travail ou au contraire que c'est un
désincitatif?
M. Gagnon (Alexandre) :Ça va rester un incitatif et il faut quand même garder la
part des choses, jusqu'à quand on amène le soutien financier au retour au
travail. Dans le passé, des revenus minimums garantis, jusqu'à un certain
point, là, lorsqu'il n'y a pas de désincitatif, là...
Mme Labrie : Non, bien, ce
dont je vous parle, en fait, c'est le gain de travail, là, le fait que le
salaire que la personne va gagner, elle ne peut pas le garder, à vrai dire.
Est-ce que vous pensez que ça, ça contribue à encourager les gens à aller sur
le marché du travail?
M. Gagnon (Alexandre) :Bien, rapidement, quand même... l'aide sociale, on atteint
rapidement le niveau... en travaillant, on atteint rapidement ce niveau-là de
couverture. Donc, on pense quand même que les gens vont trouver leurs gains
financiers assez rapidement, là, par rapport à ça. On espère qu'avec un
accompagnement, un soutien, ils se rendent au point où ils se rendent compte
que leur vie est beaucoup plus simple, beaucoup plus facilitée en persévérant
sur le marché du travail. Tous les programmes sociaux ont un «phasing out», là.
Mme Labrie : En ce moment,
c'est 200 $. Donc, pour une personne, par exemple, qui trouve un emploi,
on peut imaginer que ça va lui coûter plus que ça, là, pour se vêtir
convenablement, pour aller travailler, pour s'y déplacer, pour s'y nourrir. Et,
en ce moment, elle ne pourra pas conserver ces revenus-là au-delà de 200 $.
Donc, moi, je vous... je vous soumets que, si on augmentait le montant que les
personnes peuvent garder de leurs revenus de travail, ce serait stimulant pour
eux. Parce qu'en ce moment, au-delà de 13 heures par mois, ça ne vaut pas
la peine pour eux, là, d'y aller.
M. Gagnon (Alexandre) :Oui, bien, il y a un modèle au niveau de l'assurance-emploi
qui permet d'avoir un 50 % du salaire qui est... de supplémentaire à cette
base-là, pour permettre que c'est toujours intéressant financement, de
continuer à travailler. Il y a... C'est peut-être une avenue à explorer, là,
qui permettrait d'y aller de façon plus progressive, qu'il y ait toujours un
intérêt financier de faire une heure de plus, effectivement.
Mme Labrie : Donc, avec une
base de pourcentage comme ça, vous, c'est quelque chose que vous pensez qui
serait intéressant, là.
Puis j'ai le goût de vous demander aussi,
vous êtes en contact avec beaucoup d'employeurs quand même, là, à quel niveau
la pénurie de places en services de garde peut être une contrainte à retourner
sur le marché du travail?
M. Gagnon (Alexandre) :Audrey devrait être experte sur le sujet.
Mme Langlois (Audrey) :C'est encore un défi majeur. Malgré des avancées des
dernières années, malgré le projet de loi n° 1 qui a été adopté ça fait
quand même quelque temps. Pour plusieurs, on se retrouve avec des travailleurs
qui sont obligés de retarder leur retour en emploi après justement un congé de
maternité ou de paternité, ou devoir travailler à temps partiel. Donc, il y a
un impact économique à tout ça. On parle de moins de main-d'oeuvre disponible
pour les employeurs, on...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je suis désolée, c'est tout le temps que nous avions avec la députée.
Je vais céder maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Vos
recommandations trois et quatre : Accompagner les employeurs pour
faciliter le mariage et offrir un accompagnement aux employeurs pour l'embauche
et le maintien en emploi des prestataires. Qu'entendez-vous par accompagnement?
Est-ce que vous demandez des ressources?
Mme Langlois (Audrey) :Non, pas nécessairement... pas nécessairement. Comme Alexandre
en a parlé un peu plus tôt, on parle justement d'informations, de boîtes à
outils qui vont justement aider les employeurs dans leur poursuite à faciliter
l'intégration en emploi de ces personnes-là, même chose pour ces personnes qui
vont intégrer le marché du travail. Mais de rajouter d'autres ressources, elles
existent déjà dans les différentes régions. Il faut juste les connaître
actuellement.
M. Paradis : Donc, c'est une
question de coordination ou de mise en lien. Ce n'est pas une question de
ressources que vous demandez pour les employeurs, c'est bien ça?
Mme Langlois (Audrey) :C'est bien ça.
M. Paradis : Très bien. Et
comment vous voyez le rôle proactif des employeurs pour contribuer à ce
maillage et pour contribuer à l'embauche et au maintien en emploi des
prestataires? Est-ce que... Est-ce qu'on ne pourrait pas demander aux
employeurs... Dans un contexte de ressources limitées, hein, vous comprenez le
sens de mes questions, parce que c'est une des critiques qu'on fait à ce projet
de loi, hein, parce qu'on a dit : C'est à coût nul. Est-ce que ça ne
pourrait pas être une contribution proactive des employeurs pour que ça
fonctionne, et qu'à la fin on aide ou on s'aide à combler la question, donc, de
la pénurie de main-d'œuvre que vous signalez au début de votre mémoire?
• (17 h 30) •
M. Gagnon (Alexandre) :Oui. Les employeurs en font déjà beaucoup, là, bien
honnêtement, là, la question n'est pas...
17 h 30 (version révisée)
M. Gagnon
(Alexandre) :...les employeurs en font
déjà beaucoup, là, bien honnêtement, là. La question n'est pas : Est-ce qu'eux...
Un coût de recrutement est déjà important. Ce qu'on veut faire c'est, au lieu
de les amener vers un... le recrutement traditionnel, on veut les inciter vers
une clientèle qui a parfois un peu plus de défis. Donc, si en plus on ajoute un
coût financier à ce recrutement-là, supplémentaire que de recruter dans les
bassins de recrutement normaux, on n'atteindra pas notre objectif d'intégration
des diversités ou des personnes éloignées du marché du travail. Donc, il faut
plus trouver des incitatifs, ou de l'accompagnement, ou de la facilitation, que
d'essayer de trouver des moyens de financement différents, là, pour atteindre ça,
ces objectifs. Par le passé, je ne suis pas sûr que c'est une pratique qui a eu
beaucoup de succès, le cas échéant.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...c'est
tout le temps que nous avions. Je vous remercie, chers invités, pour votre
contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants
afin de permettre aux prochains invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 31
)
(Reprise à 17 h 35
)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue au Collectif pour
un Québec sans pauvreté. Je <vous rappelle...
La Présidente (Mme D'Amours) :
...
la bienvenue au RCollectif pour un Québec sans pauvreté. Je >vous
rappelle chers invités, que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé,
et puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de notre
commission. Donc, je vous invite à vous présenter et à nous... à commencer
votre exposé, s'il vous plaît.
M. Petitclerc (Serge) : Oui.
Bien, bonjour. Merci, Mme la Présidente. Bonjour, Mme la ministre, et merci à
l'ensemble de la commission de nous avoir invités aujourd'hui. Je me nomme
Serge Petitclerc, je suis coordonnateur du Collectif pour un Québec sans
pauvreté. Je suis accompagné de Stéphanie Vallée, cocoordonnatrice de <i>L'R
des centres de femmes, un membre du collectif; par Marise, qui est porte-parole
du GRAP Chaudière-Appalaches, sur la Rive-Sud de Québec; et Olivier Ducharme,
qui est analyste politique au collectif, qui a été le principal rédacteur du
mémoire.
Alors, dans le fond, d'entrée de jeu, pour
bien comprendre notre point de vue, c'est important de se rappeler pourquoi il
y a une loi sur l'assistance sociale au Québec. Cette loi découle, en fait, de
la <i>déclaration universelle des droits humains qui stipule que tous les
êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Il y a un autre
article de cette déclaration qui dit que toute personne a droit à un niveau de
vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille,
notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux
ainsi que pour les services sociaux nécessaires. Elle a droit à la sécurité en
cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou, dans
les autres cas, de perte de ses moyens de subsistance par la suite de
circonstances indépendantes de sa volonté.
Le Québec s'est doté d'une loi... d'une
première loi sur l'assistance sociale en 1969 pour correspondre, entre autres,
à cet engagement dans la déclaration. Par ailleurs, l'Assemblée nationale, en
2019, a adopté à l'unanimité cette motion :
«Que l'Assemblée nationale... qu'il y
a...» «Que l'Assemblée nationale souligne qu'il y a 50 ans le gouvernement
du Québec adoptait la Loi sur l'aide sociale afin d'introduire un droit à
l'assistance sociale;
«Qu'elle reconnaisse l'importance de cette
loi non seulement pour les personnes dans le besoin, mais pour l'ensemble de la
société;
«Qu'elle s'assure de l'évolution de cette
loi au fil du temps, de sorte que l'inclusion économique et la participation
sociale des personnes et des familles à faible revenu se poursuivent.»
Eh bien, à ce moment, à l'aube d'une
énième réforme de l'aide sociale depuis les 50 dernières années, nous, on
a l'impression qu'on assiste encore à une réforme qui va bafouer les droits des
personnes assistées et non pas les améliorer. D'abord, parce qu'on passe
clairement à côté du problème, puis ça a été nommé par plusieurs intervenants
depuis ce matin : les montants des prestations sont tellement bas que ça
ne permet pas aux personnes et aux familles d'assurer leur santé et leur
bien-être.
On a reproduit un petit tableau, que vous
trouvez à la page 4 de notre mémoire, où on montre, dans le fond, que peu
importe le programme et malgré les autres crédits d'impôt qui sont... il n'y a
personne qui peut se retrouver avec un revenu suffisant pour couvrir l'ensemble
de ses besoins, même avec le Programme de revenu de base, qui a le plus haut
pourcentage. Dans le fond, ce programme serait censé couvrir l'ensemble des
besoins, et ce n'est pas le cas actuellement. Et, dans le cas du Programme
d'assistance sociale, on parle d'un taux de couverture de 46 %. Donc, les
gens se retrouvent avec un revenu autour de 940 $ par mois pour se loger, se
nourrir, se vêtir, se déplacer. Et, quand on sait que le prix moyen d'un trois
et demi au Québec, c'est de 915 $... 914 $, comment est-ce qu'on peut
considérer que les droits de ces personnes sont respectés et comment on peut
être considérés libres et égaux en dignité et en droits avec un tel revenu?
Ce droit est aussi bafoué parce que le
gouvernement du Québec a pris la décision d'investir des sommes faméliques dans
son dernier <i>plan de lutte contre la pauvreté. Pour donner un ordre de
grandeur, le projet de loi n° 71, qui a été compté,
entre autres, dans le plan de lutte... Et on voit, dans le mémoire du ministère
au Conseil des ministres, qu'on a pour 96 millions d'investissements sur
cinq ans. C'est 12 fois moins qu'en 2017, lorsque le Programme de revenu
de base a été introduit avec le troisième plan de lutte contre la pauvreté.
Et enfin, ce droit est bafoué parce que le
gouvernement du Québec a décidé de financer cette réforme à même les
prestations des futurs demandeurs d'aide sociale. Comment? Eh bien, en
abolissant l'allocation... temporaire à l'emploi de 161 $ par mois. Ça va
toucher les personnes qui, actuellement, ont moins de 58 ans, de futures
familles monoparentales qui vont avoir des enfants de moins de cinq ans.
Actuellement, il y a 38 000 personnes qui ont une contrainte
temporaire à l'emploi pour ces deux raisons-là. Et ça, ça signifie que, dans
quelques années, il y a quelques dizaines de milliers de personnes assistées
sociales qui vont se voir privées de cette allocation.
Pour terminer, je veux faire peut-être un
dernier petit commentaire de nature plus personnelle. Moi, ça fait une
trentaine d'années que je milite, que je travaille dans le milieu
communautaire, puis je peux vous dire que nos... dans nos organisations, on
côtoie des personnes assistées sociales au quotidien puis on peut vous assurer
qu'il n'y a personne, et qu'il n'y a absolument personne, qui a fait le choix
d'être à l'aide sociale. L'aide sociale, ça prive les gens de leur liberté, de
leur sécurité et souvent de leur dignité. Alors, le moins qu'on puisse faire,
c'est d'assurer un revenu décent à ces personnes, ce qui n'est pas le cas
actuellement et ce qui, malheureusement, avec le projet de loi tel qu'il est
présenté... ce ne sera pas le cas plus tard. Alors, je vais passer la parole à <Stéphanie.
• (17 h 40) •
Mme Vallée (Stéphanie) :
Oui...
M. Petitclerc
(Serge) :
...présenté... ce ne sera pas le cas plus tard.
Alors, je vais passer la parole à >Stéphanie.
• (17 h 40) •
Mme Vallée (Stéphanie) : Oui.
Bonjour. Merci. Merci d'avoir invité le collectif pour cette prise de parole
là. Puis j'aimerais aussi remercier chaleureusement le Collectif pour un Québec
sans pauvreté qui a eu l'amabilité de nous inclure, en voyant qu'aucun groupe
de femmes, ni même le Conseil du statut de la femme et la FFQ, n'était invité à
cette commission.
L'R regroupe 72 centres de femmes à
travers le Québec. Ils sont là pour toutes les femmes, incluant celles qui
vivent... je veux dire, qui survivent avec les différents programmes d'aide de
l'assistance-emploi. Les intervenantes des centres de femmes qui sont
quotidiennement avec des femmes monoparentales, proches aidantes ou encore avec
celles qui sont victimes de violence sont à même de constater l'insuffisance
des revenus d'aide sociale et des différents programmes. Les changements
apportés par le projet de loi n° 71 ne vont rien
améliorer de leurs conditions de vie ou même vont aider à l'intégration au
marché du travail ou à des milieux scolaires, tout simplement parce qu'on peut
comprendre le manque de places en garderie, l'inflation, l'insécurité
alimentaire, le manque de transport, partout au Québec, le logement.
Et on constate un gros oubli, dans le
projet de loi : l'analyse différenciée selon les sexes plus ou encore
intersectionnelle. On pensait que cette longue lutte féministe était encore...
était enfin réglée et que le gouvernement comprenait enfin que les lois
n'avaient pas le même impact sur les hommes, que sur les femmes, que sur les
personnes vulnérables, que sur les personnes racisées, handicapées,
vieillissantes. Mais nous sommes encore une fois devant un projet de loi qui ne
tient pas compte de l'ADS+.
Les mesures annoncées par le projet de loi
concernant l'abolition des contraintes temporaires à l'emploi, particulièrement
aux personnes ayant la garde d'un enfant à charge ou handicapées, et celles des
proches aidantes se conjuguent au féminin, c'est-à-dire que ce sont
majoritairement des femmes qui seront visées par ces mesures, de même que
celles concernant les victimes de violence en maison d'hébergement. Ces mesures
alourdissent le fardeau administratif en obligeant les femmes, en mode survie,
à fournir des rapports médicaux sans obtenir plus de fonds pour améliorer leurs
conditions de vie. Nous constatons que ce projet de loi n'aidera en rien
l'atteinte de l'égalité et même nuira à celle-ci. Je vous invite, à ce
sujet-là, à prendre connaissance de l'avis de la FFQ et de la Fédération des
maisons d'hébergement pour femmes, pour plus de précisions. Et vous en avez
reçu beaucoup, là, des autres regroupements.
En terminant, nous sommes très inquiètes
de constater que le PL n° 71 va nuire à l'autonomie
des groupes communautaires en santé et services sociaux, alors que leurs
regroupements n'ont pas été invités ici. Les groupes communautaires sont
autonomes dans leurs pratiques, et leur financement à la mission globale serait
compromis s'ils devaient appliquer les plans d'intervention personnalisés cités
dans le pl n° 71.
Et je vous remercie de votre attention.
J'ai fait ça vite. Bon, je vais laisser la parole à Marise, ici.
Mme Proulx (Marise) : Alors,
bonjour. Moi, je suis une citoyenne engagée. Depuis plus de 11 ans,
maintenant, je fais la lutte à la pauvreté autour de moi, et puis c'est la
première fois que j'ai l'opportunité de me tenir devant vous, et je vous en
remercie pour l'invitation.
Premièrement, dans le fond, je voulais
vous remercier pour les nouvelles mesures qui ont été pensées, même si elles
sont, d'après moi, largement insuffisantes. Cependant, je me demande
sérieusement où est-ce qu'on s'en va. Comment avez-vous pensé que c'était une
bonne idée ou la solution d'abolir une mesure qui existe déjà, qui est même, en...
soit-elle insuffisante, au profit de d'autres qui le sont tout autant?
Honnêtement, moi, je trouve que c'est de la maltraitance financière, tout
simplement, de la maltraitance financière.
À l'aube du quatrième plan de lutte à la
pauvreté, vous avez reçu de nombreux mémoires. Il s'agissait simplement de
puiser à l'intérieur d'eux des idées qui pouvaient... qui avaient été pensées
par les premières personnes concernées. C'était tout simplement facile, selon
moi, de trouver des mesures qui pouvaient convenir à tous. Voilà.
M. Ducharme (Olivier) : Avec
le projet de loi n° 71, le gouvernement manque une occasion, on pourrait
dire, une autre occasion, après... nous autres, on l'appelle l'insignifiant et
décevant quatrième plan de lutte et après aussi le 10 % d'augmentation des
gains de travail permis, que plusieurs groupes jugent insultante, comme mesure.
Donc, le gouvernement manque une autre occasion de faire une différence marquée
dans la vie des personnes assistées sociales.
Les quelques modifications que le projet
de loi apporte à la Loi sur l'aide aux personnes et aux familles, on pense ici
à l'individuation des prestations, les changements apportés à la contribution
parentale ou au programme Objectif emploi, sont nettement insuffisantes pour
améliorer les conditions de vie des personnes assistées sociales et ne rendent
pas le régime d'assurance sociale moins punitif, comme le souhaite la ministre.
Comme un peu plus de 350 organisations
communautaires et syndicales et 200 professeurs universitaires, le
collectif est d'avis que le gouvernement devrait, pour améliorer
substantiellement et durablement les conditions de vie des personnes assistées
sociales, rendre admissibles l'ensemble des <personnes assistées...
M. Ducharme (Olivier) :
...
de vie des personnes assistées sociales, rendre admissibles l'ensemble des >personnes
assistées sociales au Programme de revenu de base. L'assouplissement des
critères d'admissibilité du revenu de base signifierait, pour les personnes
assistées sociales qui actuellement n'y ont pas le droit — il y a
environ 70 % ce moment qu'ils n'ont pas droit au revenu de base à
l'assistance sociale — ...donc, ça signifierait une augmentation de
leur revenu disponible. L'individualisation...
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
suis dans le regret de vous couper, parce que votre 10 minutes est
terminé. Est-ce qu'il vous reste encore beaucoup de choses à nous dire? Mme la
ministre, est-ce que vous...
Mme Rouleau : ...
La Présidente (Mme D'Amours) : On
peut accorder du temps sur votre temps? Donc, s'il vous plaît, en terminant.
M. Ducharme (Olivier) : Parfait.
Je vais faire ça vite. Donc, afin de mettre fin à la discrimination inhérente
au régime d'assistance sociale, lequel est fondé sur une évaluation arbitraire
de l'aptitude au travail, et afin de favoriser le respect du droit à un niveau
de vie décent, le gouvernement doit : assurer à toutes les personnes assistées
sociales un revenu disponible au moins égal à la mesure du panier de
consommation; accorder à toutes les personnes assistées sociales une pleine
prestation individualisée; troisièmement, abolir les catégories de l'aptitude
au travail; quatrièmement, augmenter substantiellement les revenus de travail
permis; cinquièmement, individualiser et augmenter les avoirs liquides; sixièmement,
indexer les prestations sur une base individuelle; ensuite, mettre fin à
l'obligation, pour les personnes assistées sociales, de retirer leur rente du
régime des rentes du Québec à compter de 60 ans; ensuite, abolir les frais
d'intérêt sur les dettes à l'assistance sociale; mettre fin à l'obligation de
participer au programme Objectif emploi; abolir les pénalités financières.
Tout ça permettrait d'avoir une véritable
réforme de l'assistance sociale, et, tout ça, on ne le retrouve pas dans le
projet de loi ni dans le quatrième plan. Donc, ce serait la chose à faire pour
avoir une véritable réforme.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Merci pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la période
d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Bon, bien,
c'est un plaisir de vous avoir ici pour l'analyse de ce projet de loi qui est
quand même fort important, parce qu'on parle de modernisation du régime
d'assistance sociale, ce qui n'a pas été fait depuis 20 ans. Alors, je
veux vous remercier, M. Petitclerc, M. Ducharme, et Mme Vallée,
et Mme Proulx pour votre présence et de nous faire connaître vos
préoccupations. C'est très important.
Le plan de lutte à la pauvreté, c'est un
plan évolutif et c'est un plan qui a une valeur de 4,3 milliards de
dollars, quand on... parce qu'on y intègre la dimension hébergement et la lutte
à l'itinérance, et qui comprend 750 millions de dollars de
différentes mesures, dont une bonne partie axée sur la sécurité alimentaire et
une autre partie sur l'accompagnement. Et, dans cet accompagnement, on a
inscrit ce projet de loi qui est fort important parce qu'il vise
l'accompagnement des personnes qui sont plus éloignées du marché du travail, de
les accompagner pour mieux les intégrer, intégrer à la société, et qui vise
aussi l'allègement de ce régime qui est fort complexe. Nous en convenons et
j'en conviens, c'est compliqué. Alors, il y a différentes modalités
d'allègement.
Et j'aimerais vous entendre sur ce qui
serait l'idéal de l'allègement du régime d'assistance sociale pour vous.
M. Petitclerc (Serge) : Bien,
écoutez, de manière générale, le principal obstacle pour les personnes, ce sont
des revenus trop bas, ce sont des conditions d'admissibilité à l'aide sociale
qui sont compliquées, c'est l'ensemble des papiers qui sont demandés pour
obtenir des contraintes à l'emploi, pour obtenir des contraintes sévères à
l'emploi. Quand vous arrivez à l'aide sociale, tout est compliqué, tout, tout,
tout est compliqué. Puis je comprends que vous avez peut-être un souci
d'alléger certaines contraintes, mais il n'en demeure pas moins que, pour les
personnes, ça ne va pas simplifier leur vie, pour la simple et bonne raison que
les gens vont se retrouver encore avec un revenu de misère pour vivre.
Et ça, tu sais, on parle beaucoup
d'accompagnement, avec votre projet de loi, mais je suis désolé, mais le
premier accompagnement, c'est de fournir aux gens un revenu décent qui va leur
permettre de se payer un loyer, de bien manger. Parce que sinon les gens
tombent malades, les gens voient leur santé se dégrader, les gens vont voir
leur santé mentale aussi se dégrader. Les gens se retrouvent avec des
difficultés pour se déplacer, et, dans toutes ces situations là, que ce soit
pour un retour au travail, un retour à l'emploi, un retour aux études ou que ce
soit tout simplement pour réorganiser sa vie... Parce que, quand on arrive à
l'aide sociale, généralement, c'est parce que ça veut dire que ça va mal depuis
probablement des mois, sinon des années. Et, les gens qui chutent à l'aide
sociale, il y en a certains et certaines qui en ressortent assez <rapidement,
mais...
M. Petitclerc (Serge) :
...chutent
à l'aide sociale, il y en a certains et certaines qui en ressortent assez >rapidement,
mais certains restent poignés là pour la simple et bonne raison que les
conditions de vie qu'on leur offre sont juste épouvantables.
• (17 h 50) •
Alors, si on veut faire une différence
dans la vie des gens, oui, on peut améliorer les conditions d'admissibilité,
oui, on peut simplifier la machine, mais bon-yenne!, il faut améliorer les
revenus des gens, d'abord et avant tout, et faire en sorte que les personnes
assistées sociales, lorsqu'ils ont des problèmes, ils puissent parler à des
humains. Actuellement, ils parlent à des machines ou ils ne parlent jamais avec
le même agent ou avec la même agente. Ça, ce n'est pas pour aider. Tu n'as pas
le goût de conter ta situation de violence conjugale ou ta... tes problèmes de
santé mentale, de santé physique, que tu manques de... tu n'as pas ton
secondaire V, tu as un problème d'alphabétisation, tu es itinérant, tu es
dans un centre jeunesse ou tu es dans une auberge du cœur parce que tu es sorti
d'un centre jeunesse parce que tu as 18 ans... tu n'as pas le goût de
parler à huit agents. Quand tu as parlé à deux puis trois, après tu arrêtes
puis tu te contentes de ce que tu as, puis ta santé se dégrade, et puis tu
finis à l'hôpital, sinon tu finis en prison ou dans la rue.
Mme Rouleau : Alors, est-ce
que vous pensez que d'avoir un plan d'accompagnement individualisé, un plan
personnalisé, ça peut être une bonne idée pour aider les gens à mieux
s'intégrer dans la société et d'aller vers l'emploi? Parce que c'est ce qu'on
vise, là, parce que c'est l'emploi qui va faire que la condition économique va
s'améliorer. Mais il faut... il faut un processus aussi, là, pour certaines
personnes. Vous l'avez dit, il y a des gens qui sont... il y en a qui vont
entrer rapidement puis il y en a pour qui ça va être plus difficile. Mais
est-ce que vous pensez que le plan d'accompagnement individualisé, qui fait
partie d'un réseau régional d'accompagnement, va permettre d'aider les gens?
M. Petitclerc (Serge) : J'aurais
le goût de laisser parler Marise là-dessus.
Mme Proulx (Marise) : Bien,
jusqu'à un certain point, oui, mais il faut regarder aussi qu'est-ce qu'il y a
à l'entour, est-ce que la personne est en position de se déplacer, est-ce
qu'elle a des gardiennes pour ses enfants, est-ce qu'elle a la santé mentale et
la... Parce qu'à un moment donné on devient épuisé, on devient... on est
fatigué de toujours se battre, et se battre, et toujours retomber à la case de
départ, tu sais, c'est... Oui, jusqu'à un certain point, je pense que ça
pourrait être une bonne mesure, mais surtout pas au détriment d'une autre
mesure.
Mme Rouleau : C'est sûr. Et
quand on dit qu'on passe des contraintes à l'emploi, donc de la capacité de
travail d'une personne, sa capacité à aller travailler, et qu'on passe de
contraintes de travail vers contraintes à la santé, et qu'on fait intervenir
dans les contraintes de santé toute la dimension de santé mentale et des enjeux
psychosociaux, ça inclut la consommation, etc., là, ce qu'on... ce qu'on voit,
là, sur le terrain... Alors, quand on parle de cette transformation, de
contraintes à l'emploi vers contraintes à la santé, et qu'on élargit la
possibilité d'avoir les diagnostics par des professionnels de la santé plutôt
que seulement le médecin, est-ce que c'est une bonne idée? Qu'est-ce que vous
en pensez?
Mme Proulx (Marise) : Je ne
suis pas certaine de bien comprendre.
Mme Rouleau : Bien, on passe
de... À l'aide sociale, il y a la prestation de base, et vous... en fonction
des contraintes à l'emploi, il y a des allocations supplémentaires, bon, et là
on passe de contraintes à l'emploi, on transforme contraintes à l'emploi en
contraintes de santé. Alors, c'est axé sur la personne, sur l'état de la
personne, et non pas seulement uniquement sur sa capacité à travailler. C'est
comment va la... comment comment elle est, comment allez-vous et comment va
votre santé physique et votre santé mentale, votre santé morale, qu'est-ce qui
se passe dans votre vie puis comment on peut vous aider. C'est à peu près ça.
M. Petitclerc (Serge) : Bien,
on ne croit pas que c'est en médicalisant encore plus le système d'assistance
sociale qu'on va aider les personnes. Parce que, de notre point de vue, du
point de vue d'autres personnes que nous avons entendues aujourd'hui, le
problème de base, pour nous, c'est notamment les catégories à l'aide sociale.
Il y a tellement de programmes et de sous-programmes, à l'aide sociale, et ça
n'aide pas les gens.
Et tout ça, c'est basé... On a beau dire
que, là, on veut créer une contrainte santé, mais il n'en demeure pas moins
moins que la logique de base de l'assistance sociale, c'est toujours le rapport
avec le marché au travail, alors... Parce qu'il y a un vieux préjugé crasse, au
Québec comme dans bien des sociétés, que les personnes qui sont sur les
programmes de sécurité du revenu, en général, ce sont des gens qui sont
paresseux, qui ne veulent pas aller sur le marché du travail, quand on sait
très bien, dans nos organisations, que les gens, ils vivent toutes sortes de
conditions de vie qui les empêchent d'aller sur le marché du travail. Et le
premier obstacle au marché du travail, c'est d'être à l'aide sociale puis
d'avoir un revenu de misère, parce que ça te met dans une position où, comme
disait Marise, il faut que tu coures après tout pour être capable d'avoir le
minimum pour te rendre au prochain mois. C'est une course à <obstacles...
M. Petitclerc (Serge) :
...
être capable d'avoir le minimum pour te rendre au prochain mois. C'est une
course à >obstacles, l'aide sociale, pendant tout le mois.
Mme Proulx (Marise) : ...n'est
pas considéré comme un enjeu de santé, mais, tu sais, c'est tout aussi
important. Moi, je pense qu'on devrait plutôt nommer ça de... s'occuper de son
entreprise familiale. Parce que changer quatre trente sous pour une piasse puis
stresser notre enfant chaque matin : Envoie, go, go, vite, vite, on
s'habille, on y va, on y va... Tu sais, je trouve qu'à quelque part la qualité
de vie d'un enfant... Pour avoir 1 $ de plus à la fin du mois, je ne
trouve pas que ça en vaut la peine.
Mme Rouleau : OK. Merci...
Mme Vallée (Stéphanie) : Je
pourrais juste me permettre... Par rapport à vos plans d'intervention
personnalisés, bien, évidemment que ce serait le fun que ce soit travaillé avec
les organismes communautaires, si vous voulez les impliquer dans cette... puis
que ce ne soit certainement pas des projets spécifiques ou des... Parce qu'on
milite pour que notre financement soit à la mission globale, puis là ce qu'on
voit dans le PL n° 71, c'est que ce seraient des
ententes de services. On traduit ça comme ça. Ça fait qu'on dit un peu bye à
notre... à notre autonomie dans ce sens-là. Puis en plus, bien, on est pris
entre l'arbre et l'écorce, comme intervenante, exemple, dans un centre de
femmes, en qui la participante peut avoir confiance. Puis après ça il faut
pousser pour son plan d'intervention personnalisé. Ça ne fonctionne pas. Ça
fait que, si c'est un plan pour que ce soit le communautaire qui s'en occupe,
il y a des... il y a des réticences, je vais dire ça comme ça.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci. Je vais céder la parole à la députée d'Abitibi-Ouest.
Mme Blais (Abitibi-Ouest) : Merci,
Mme la Présidente. Ma question sera pour Mme Stéphanie. Alors, dans un premier
temps, merci pour votre présentation et merci pour qu'est-ce que vous faites
pour la société. Mme Marise, lors de votre présentation, vous avez fait part...
vous avez fait part que notre projet de loi pourrait nuire à certains
organismes communautaires. Alors, j'aimerais vous entendre sur vos craintes.
Mme Vallée (Stéphanie) : C'est
justement ce que je viens de dire.
Mme Blais (Abitibi-Ouest) :
Ah! excusez-moi.
Mme Vallée (Stéphanie) : Non,
mais ce n'est pas grave, je peux répéter, ça va me faire plaisir. C'est que les
organismes communautaires en santé et services sociaux, notamment, parce que je
peux parler pour eux, je suis dans un regroupement financé par le <i>programme
Soutien aux organismes communautaires, travaillent très fort pour avoir du
financement à la mission globale. À côté de ça, il y a des projets spécifiques,
des projets ponctuels que les organismes sont tentés, je vais dire comme ça, de
faire appel parce qu'ils n'ont pas assez de financement. Mais ces projets-là
spécifiques amènent d'autres redditions de comptes qui sont très lourdes puis
qui fait que les personnes qui sont des participantes, par exemple, dans ce
cas-là, dans les organismes, peuvent perdre confiance envers l'organisme en
question, si on les pousse trop à faire des plans. Parce que, de façon
générale, on ne tient pas de dossiers, dans les organismes communautaires, on
n'est pas nécessairement des professionnels, tu sais, qui sont membres d'un
ordre, on n'a pas d'obligation. On va avec le par et pour, hein, dans les
organismes communautaires.
M. Petitclerc (Serge) : ...
Mme Vallée (Stéphanie) : C'est
ça. Ça fait que, là, ça nous donne, comme, un autre rôle, un peu comme,
exemple, les organismes en employabilité qui ont cette fonction-là, cette
mission-là à faire puis... qui ont une autre mission, en fait, que les
organismes communautaires en santé, services sociaux. Mais ça, c'est nos craintes.
Puis pour revenir à la notion d'égalité — c'était-tu
ça aussi que vous aviez, comme question? — bien, pour moi, si une
femme est forcée de retourner au travail puis qu'elle est, dans un sens, forcée
parce que sa mesure temporaire de santé ou... est terminée, bien, il faut qu'il
y ait une place en garderie. Elle va s'appauvrir pour aller payer cher une...
une personne qui va garder son enfant au lieu d'une place en garderie. Ça ne
tient pas la route. Il n'y en a pas, de places en garderie, en ce moment. Ça
fait que c'est encore la femme qui reste à la maison pour s'occuper de son
enfant, quand le couple vit sur l'aide sociale puis qu'il est forcé de
retourner au travail ou à l'école. La même chose pour les proches aidantes, c'est
souvent les femmes qui sont des proches aidantes. La même chose pour les
personnes qui prennent soin des personnes handicapées, c'est surtout des femmes
qui le font.
Ça fait que c'était pour ça, notre analyse
différenciée selon les sexes, intersectionnelle, était importante pour nous,
là, dans les nouveaux projets de loi, spécifiquement.
Mme Blais (Abitibi-Ouest) : Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci.
Merci. Alors, il reste 3 min 35 s. Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice,
vous avez aussi une question?
• (18 heures) •
Mme Tardif : Très vite, pour
laisser la place à la ministre, là. Mais notre objectif est de tenter de
réintégrer 50 000 personnes, au Québec, à travers le Québec, sur le
marché de l'emploi et de les garder sur le marché de l'emploi. Là, vous nous
avez dressé un portrait qui est réel, qui est souffrant et qui existe vraiment.
Mais selon vous, là, quel est le pourcentage des gens sur l'assistance...
18 h (version révisée)
Mme Tardif : ...vraiment. Mais
selon vous, là, quel est le pourcentage des gens sur l'assistance sociale...
qui bénéficient de l'assistance sociale et qu'on pourrait aider? Ceux qui
commencent, ceux qui, avant de, comme vous disiez, là, tomber trop bas, comment
on peut faire pour... Et c'est là qu'on va avoir besoin de vous puis des
organismes communautaires, là, pour les raccrocher. Est-ce que c'est pensable?
Est-ce que c'est faisable, ce qu'on fait là, là?
M. Petitclerc (Serge) : Bien,
en fait, j'ai un peu l'impression malheureusement de vivre un peu le jour de la
marmotte. Je me souviens de M. Hamad qui avait promis la même chose avec le Pacte
pour l'emploi puis le Pacte pour l'emploi Plus. Le Parti québécois a fait la
même chose aussi à une certaine époque. Il y a beaucoup de gouvernements qui ont
mis de l'avant des programmes en employabilité. Mais, ce qui arrive en général,
c'est que les gens qui bénéficient de ces programmes-là, souvent, c'est des
gens qui sont déjà proches du marché du travail. Souvent, c'est des gens qui
sortent du chômage, qui font une demande d'aide sociale parce qu'il y a comme...
ils ont besoin d'un pont puis ils retournent sur le marché du travail.
Michelle Courchesne, qui a déjà été
ministre de la Solidarité sociale, elle l'avait dit, son ministère l'avait dit,
il y a à peine 8,5 %, à peu près une personne sur 10, à l'aide sociale qui
a une capacité réelle à rebondir rapidement pour retourner sur le marché du
travail. Je veux dire, ce qu'il faut... La majorité des personnes assistées
sociales n'ont pas un secondaire V. Il y a des gens qui ne savent ni lire
ni écrire. Les gens, ils ont des problèmes de santé, reconnus ou non. Ça touche
vraiment beaucoup de monde.
Ça fait que oui, de l'accompagnement. Les
groupes en demandent, de l'accompagnement, sauf que l'accompagnement, quand il
se fait avec parfois une menace avec des programmes comme Objectif emploi, où
on dit qu'on va faire des parcours... individualisés, bien, j'ai bien hâte de
voir les parcours. Je veux dire, les groupes qui travaillent dans le
développement de la main-d'oeuvre nous disent qu'ils ont de la misère à avoir
du financement pour développer des programmes. Alors, je veux bien, on dit qu'on
veut retourner les gens à l'école pour qu'ils puissent avoir un diplôme, tant
mieux, ils sont où, les profs, puis elles sont où, les classes qui vont
accueillir ces gens-là?
Je veux dire, on dit qu'on veut faire une
réforme à coût nul, je dis que ça va coûter de l'argent. Il va falloir des
agents. Et puis ce n'est pas une réforme à coût nul. Là, on n'en parle pas
depuis tantôt, là, mais il y a des compressions liées à cette réforme, 100 millions de
dollars qui vont disparaître. Quand on regarde les documents du ministère...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions, M. Petitclerc. Je suis désolée.
M. Petitclerc (Serge) : C'est
beau. Pas de problème.
La Présidente (Mme D'Amours) : On
a terminé le temps de la partie gouvernementale, mais on a le temps maintenant
avec les oppositions. Je cède maintenant la parole à la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Merci, Mme la
Présidente. M. Petitclerc, veuillez compléter votre réflexion.
M. Petitclerc (Serge) : Ah!
bien, tout simplement, quand on regarde le document qui a été déposé au Conseil
des ministres, on voit que «l'ensemble des mesures proposées dans ce projet de
loi sera financé à même les crédits réguliers du ministère de l'Emploi et de la
Solidarité sociale». Tantôt, je vous ai dit que les investissements liés au
projet de loi sont de 95 millions, autour de, puis quand on regarde dans
le tableau à la page 12, on voit que «révision de la notion de contrainte
à l'emploi, moins 99,7 millions». C'est de là qu'il vient, l'argent pour
financer cette réforme-là, qui est nettement insuffisante, en plus! Merci.
Mme McGraw : Merci beaucoup.
Oui, on a bien regardé le mémoire. Et justement on... le... une réforme à coût
nul, on dit que c'est timide et même cynique d'aller chercher vis-à-vis
certaines personnes ou populations vulnérables pour en appuyer d'autres. C'est
une somme effectivement à coût nul qui ne sert personne.
Et d'ailleurs on est très préoccupés par
le fait que les... allocations vont être abolies pour des populations
vulnérables telles des jeunes familles 0 à 5, certaines personnes, 58 ans
et plus, les proches aidants, des familles avec des enfants avec des... qui
vivent avec des handicaps ou des déficiences, les femmes, des femmes en
général, les femmes victimes de violence conjugale, les femmes aussi qui sont
souvent les personnes qui s'occupent des enfants, etc. Donc, on a des grosses
préoccupations. Donc, là-dessus, j'aimerais vous entendre plus là-dessus.
On se préoccupe aussi que cette
simplification, ça ne veut pas dire... nécessairement dire humanisation, de...
de s'assurer que c'est vraiment une réforme pour... humaniser l'aide sociale,
les programmes d'aide sociale. Donc, peut-être vous entendre là-dessus, pour
aller plus sur des populations qui sont déjà vulnérables, qui vont se voir
peut-être encore plus marginalisées suite à cette baisse qui est proposée dans
le projet de loi. Peut-être vous entendre plus là-dessus.
Puis après j'irais sur des angles morts.
M. Ducharme, vous avez parlé, à la toute fin de votre présentation, très, très
vite, sur les angles morts... Donc, madame... c'est madame... Oui, Mme Proulx. Pardon.
Mme Proulx (Marise) : En
fait, une belle solution, ce serait le revenu de base pour tous. Ça, c'est sûr
et certain. Tu sais, mis à part ça, tu sais, <c'est...
Mme Proulx (Marise) :
...Tu
sais, mis à part ça, tu sais, >c'est... Tu sais, on... J'ai... Les mots
me manquent un petit peu, tu sais. C'est... C'est insuffisant à plusieurs
niveaux. C'est surtout, comme en région éloignée, si on arrive pour se
déplacer, c'est difficile. On a une voiture qui... on ne sait même pas si elle
va faire le village voisin. Puis, si on se rend, c'est... c'est bien, mais, tu
sais... Puis combien d'argent qu'il faut dépenser pour faire réparer cette
voiture-là, qui marche puis qui ne marche pas trop? Tu sais, c'est... Encore là,
c'est une dépense. Tu sais, on a assez... Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup
de contraintes qui fait que le retour à l'emploi... Tu sais, ce n'est pas
nécessairement la maladie aussi, là, tu sais. Des fois, c'est rien que le fait
qu'on se fait opérer, on est en attente d'une opération, ça fait qu'on a... on
ne peut pas... Tu sais, à un moment donné, on est comme... on est comme assis
entre deux chaises, là, tu sais. C'est... Moi, personnellement, j'ai eu
plusieurs emplois, mais malheureusement, j'ai... il a fallu que je me fasse
opérer, là, j'ai eu ma famille, j'ai... Tu sais, il y a comme même plusieurs choses
qui fait qu'à un moment donné on retourne toujours à la case départ. Puis, à un
moment donné, ça devient épuisant. C'est... C'est difficile de rebondir.
Mme McGraw : Et... Oui.
Mme Vallée (Stéphanie) : ...l'augmentation
des prestations, c'est une évidence. Les choses de base, là. Je veux dire,
regardez nos logements. En ce moment, la crise du logement, les garderies, le
marché de l'emploi n'est pas fait pour tout le monde présentement, le transport.
Le transport, on peut... on peut être bien peut-être à Québec, à Montréal, à Trois-Rivières,
mais dans plein... d'endroits à travers le Québec, c'est désuet. Il y a un
autobus qui passe le matin puis qui revient le soir. Et ce n'est pas dans les
villages qu'il se... que se trouvent des emplois ou des endroits pour... pour
aller suivre un parcours scolaire.
Il y a... Il y a une réalité des personnes
vulnérables qui... Et il faut... il faut arrêter de penser que... Justement,
les préjugés que Serge disait tantôt, il faut... il faut passer au-delà de ça.
Puis le revenu minimum garanti est une bonne idée. Je ne sais plus si on
appelle ça comme ça, là, mais où... Puis ce n'est jamais étudié. Il y a eu
des... Il y a eu 10 milliards de solutions qui ont été exposées, dans le
temps, d'un autre regroupement, là.
M. Petitclerc (Serge) : La
Coalition Main rouge.
Mme Vallée (Stéphanie) :
C'était la Coalition Main rouge. Il y avait plein de solutions pour... pour établir
ça. La philosophie de retourner les gens au travail de force, en partant, c'est
une mauvaise idée. Puis on...
M. Petitclerc (Serge) : Puis
ça ne fonctionne pas.
Mme Vallée (Stéphanie) : Puis
ça ne fonctionne pas. Puis ça s'attaque à une minorité, à une minorité
marginalisée de personnes qu'on dit qui seraient capables peut-être de
retourner au travail.
Mme McGraw : Vous avez parlé
aussi, Mme Vallée, les... des organismes communautaires, l'importance des
organismes communautaires. Et on sait que les groupes communautaires font face
à une tempête parfaite présentement, avec demandes explosives, surtout avec les
services essentiels, services publics, le système est en faillite, on va dire,
et aussi en même temps qui ont ces demandes, mais aussi manque de personnel,
manque d'espace, manque de financement à la mission. Alors, comment appuyer ces
groupes communautaires qui vont appuyer les personnes qui vivent de la
précarité pour ces plans, on va dire, personnalisés? Mais je dirais que c'est
plutôt des plans peut-être individualisés. Je ne sais pas si ça va être très
personnel, mais ça va être peut-être individualisé. Alors, peut-être vous
entendre plus sur les groupes communautaires pour les appuyer.
Mme Vallée (Stéphanie) : Bien,
moi, vous me donnez une... vous me donnez une perche, là, je vais... je vais la
prendre. Mais, ce que ça prend, c'est 2,5 milliards de dollars pour
les organismes communautaires au Québec. C'est ça, la revendication. Et
présentement il nous manque 1,5 million. Ça fait que c'est... On est en
sous-financement. Les équipes de travail ne suivent pas. Les conditions de
travail, au lieu de les augmenter, on garde les personnes à l'emploi, puis ils
finissent par quitter pour le réseau parce qu'ils n'ont plus assez de... Puis
ça, encore là, ce sont des femmes qui travaillent dans les organismes
communautaires. On s'entend. Alors, c'est la même chose. C'est pour ça que je
parlais tantôt que l'égalité ne sera pas atteinte si on ne regarde... on ne
fait pas un regard global par rapport à notre société.
Mme McGraw : Je crois que
l'écart salarial, communautaire, public privé, c'est un 33 %, c'est un...
assez élevé.
Mme Vallée (Stéphanie) : L'écart
salarial.
Mme McGraw : C'est encore des
femmes. Puis on a déjà entendu dire ici, dans la salle : Bien, c'est une
vocation, donc ça devrait... Non, bien non, c'est des femmes qui sont sous...
sous-payées.
• (18 h 10) •
Mme Vallée (Stéphanie) : Mais
oui. Ça a été ça aussi, les profs, c'est une vocation, les infirmières aussi,
c'est une vocation. Puis c'est... c'est toutes des femmes qui ont dû lutter
très fort dans le mouvement féministe pour arriver où elles sont. Puis ce n'est
pas tout... totalement encore satisfaisant. Mais le milieu communautaire a
besoin d'un... évidemment de...
Mme McGraw : Plus d'appui. Petite...
Une dernière question. Si on a le temps, j'aimerais que ma collègue pose une
question, vite, vite. Là, on parle évidemment de... on passe à <un...
Mme McGraw :
...Là,
on parle évidemment de... on passe à >un... Des grands... Des grands
changements proposés, c'est de passer à «contrainte à l'emploi», «contrainte de
santé». Puis on comprend que les contraintes à l'emploi, ça peut être beaucoup
plus que la santé, même santé médicale, psychosociale. Je comprends que la
ministre, si je comprends bien, veut aller dans cette direction-là. Ce qui est
très bien. Ce n'est pas nécessairement présentement reflété dans le projet de
loi tel qu'écrit présentement. Mais aujourd'hui on a entendu aussi des... de <i>Mme
Bertrand, entre autres, qu'une des grosses contraintes à l'emploi, c'est la
pauvreté, et que c'est... ce n'est pas honteux, mais c'est coûteux aussi d'être
pauvre. Donc, peut-être une...
Mme Vallée (Stéphanie) : C'est
bien dit. Mais, moi, j'appellerais ça des contraintes sociales à l'emploi, là,
plus que de santé. Ce n'est pas... À mon... À mon idée, être... être en train
de porter un enfant, ce n'est pas un problème de santé. C'est... Ce n'est même
pas un problème, là. Ça ne devrait même pas être dans... dans ça. Mais, oui, on
est d'accord avec vous, il y a... La pauvreté... La pauvreté, c'est une
violence. C'est une violence faite aux personnes.
M. Petitclerc (Serge) : Mais,
en fait...
Mme Vallée (Stéphanie) : Tu
l'as bien dit tantôt, en plus.
M. Petitclerc (Serge) : Oui.
En fait, il devrait... Nous, on n'a pas le goût de parler de contrainte de
santé ou même de contrainte temporaire ou de contrainte sévère à l'emploi. On
veut qu'il y ait un seul programme pour tout le monde qui offre un revenu
décent aux gens. Parce qu'effectivement la petitesse du revenu mensuel est le
premier obstacle à tout, à la vie, je dirais. Je veux dire, les gens en
situation de pauvreté, ils meurent plus jeunes, ils vivent moins longtemps en
bonne santé, et ça, ça a des impacts partout sur le système de santé. Vous
voulez aider le milieu communautaire? Bien, faites en sorte que le monde ne
finisse pas dans nos groupes. En assurant aux gens un revenu décent, un accès
aux services publics, un accès au système d'éducation, les gens ne se
retrouveront pas dans les groupes communautaires, puis on n'aura peut-être même
plus besoin de nous autres à un moment donné. Puis ce serait une bien bonne
affaire parce qu'il n'y aurait plus de pauvreté au Québec.
La Présidente (Mme D'Amours) : 50 secondes.
Mme Prass : Une question
vite. Dans votre mémoire, vous parlez de l'abolition de l'allocation pour
contraintes temporaires aux familles monoparentales avec enfants à charge de
moins de cinq ans et aux personnes âgées de 58 ans et plus. On sait que
l'itinérance augmente d'année en année, et c'est surtout les personnes aînées
présentement qui se retrouvent en situation de vulnérabilité. Comment est-ce
que vous pensez que l'abolition de cette mesure pourrait avoir un effet négatif
sur ces personnes aînées ou proches d'être aînées?
M. Petitclerc (Serge) : Bien,
c'est certain... Bon. C'est clair, les personnes qui ont déjà la contrainte
vont la conserver. Ça, ça va. Mais c'est certain que pour les nouvelles
personnes qui vont arriver à 58 ans dans les prochaines années, bien, ces
gens-là, on va les laisser dans une situation plus difficile plus longtemps,
jusqu'à tant qu'elles aient peut-être la chance de se rendre à la retraite à
65 ans puis d'avoir la pension de vieillesse.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...c'est
tout le temps que nous avions. Je cède maintenant la parole à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente.
Peut-être une question pour vous, M.
Petitclerc. Vous avez plusieurs décennies de militance sur le dossier, vous
avez vu défiler beaucoup de gouvernements et de ministres qui ont apporté des
changements ou des réformes aux modalités de l'aide sociale, toujours dans le
même objectif de sortir des gens de l'aide sociale en les ramenant en emploi.
Est-ce que vous pensez que ce qu'on a entre les mains comme projet de loi va
être une occasion d'y arriver ou... Qu'est-ce qui manque, selon vous, dans
cette réforme-là pourra être celle qui va permettre vraiment de sortir les gens
de la pauvreté, finalement?
M. Petitclerc (Serge) : Bien,
il faut travailler sur tous les... toutes les facettes de la pauvreté. Je veux
dire, cette réforme-là en particulier, moi, je considère que ça ne va pas nous
faire beaucoup avancer. Mais il faudrait travailler sur tellement d'autres
affaires en même temps. Il faut augmenter le salaire minimum, il faut faire en
sorte que l'ensemble des protections publiques au Québec... Là, on parle de
l'aide sociale aujourd'hui, mais on pourrait parler de la CSST, on pourrait
parler de l'IVAC, on pourrait parler de l'Aide financière aux études, faire en
sorte que les gens se retrouvent avec un revenu décent, peu importe la
condition, un peu comme je faisais référence, au début de la présentation, à la
<i>Déclaration universelle des droits humains. Peu importent les raisons
pour lesquelles tu te retrouves sans revenus, tu dois avoir un soutien de
l'État. Et c'est ça qui fait qu'on va avoir une société plus égalitaire, une
société plus belle, une société plus harmonieuse.
Il faut renforcer les services publics,
investir en éducation, investir effectivement dans... dans les milieux de la
petite enfance pour que les gens aient accès à une garderie subventionnée pour
peut-être éventuellement retourner sur le marché du travail. Parce que ce qu'on
oublie, ce qu'on disait beaucoup, au collectif, on le dit moins de ces
temps-ci, mais la catégorie de personnes qui a le plus diminué à l'assistance
sociale, c'est les familles, dont les femmes monoparentales. Pourquoi? Parce
qu'on a créé la politique familiale. Parce qu'on a créé à l'époque la mesure de
soutien aux enfants, qui rendait des allocations... familiales beaucoup plus
généreuses. Le <fédéral...
M. Petitclerc (Serge) :
...beaucoup
plus généreuses. Le >fédéral a fait la même chose. Et ça, ça a fait en
sorte que les gens, ils ont eu de l'argent. Qu'est-ce qui arrive quand les
gens, ils ont de l'argent? Bien, ils pensent à autre chose qu'à manger puis
qu'à chercher de la nourriture. Ça fait qu'ils peuvent éventuellement, s'ils en
ont la capacité, retourner sur le marché du travail... bien, retourner aux
études pour avoir un diplôme qualifiant et éventuellement retourner sur le
marché du travail.
Mais là on dirait qu'on va à l'inverse. On...
Les petits avantages, le 161 $ qu'une personne de 58 ans ou qu'une
femme monoparentale peut avoir, on va l'enlever. Là, ça va la pousser, comme
par magie, vers le marché du travail. Et ça, c'est des choses qu'on cherche à
faire depuis plus de 10 ans. Je veux dire, on a vu des documents qui ont
circulé dans le ministère, il y a des ministres qui ont refusé d'aller vers
l'abolition des contraintes temporaires, il y a des ministres qui ont accepté
de le faire, en partie. Ça date depuis longtemps. Ça les achale. Ça les achale.
Parce qu'on est prêts à aider les gens quand ils ont des problèmes de santé,
parce que ça, ça paraît bien, mais aider des personnes qui ont de la difficulté
à aller sur le marché du travail juste parce qu'ils sont un petit peu trop
vieux, un petit peu ou pas assez éduqués, avec des enfants, ça, ça... ça ne
sent pas bon. Ça ne sent pas bon. On sent la fraude. C'est ça. Il y a plein de
préjugés envers les personnes assistées sociales dans notre société.
Et juste le fait de, désolé, Mme la
ministre... mais de commencer une conférence de presse en disant qu'il y a des
dizaines de milliers d'emplois disponibles pour des gens qui n'ont pas de
diplôme, ça n'aide pas pour les préjugés.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : C'est quand même
malheureux qu'il n'y ait aucun groupe de femmes qui participe à ces
consultations particulières. Vous, vous avez réussi à vous intégrer dans un
groupe qui vous a fait de la place. Est-ce que vous êtes au courant d'autres
groupes de femmes qui ont demandé à être entendus et qui n'ont pas pu le faire?
Mme Vallée (Stéphanie) : Oui.
Je sais que le Conseil du statut de la femme aurait aimé être là. Je sais que
la FFQ aurait aimé être là. Il y a... Il aurait pu y avoir des regroupements
féministes ici ce soir.
M. Paradis : Il y a des
mémoires qui sont déposés.
Mme Vallée (Stéphanie) : Oui,
des mémoires qui sont déposés.
M. Paradis : En tout cas je
peux assurer ces groupes-là qu'on va les lire avec beaucoup d'attention.
Mme Vallée (Stéphanie) : Merci.
M. Paradis : Très bien. Vous
nous dites en réalité que cette réforme passe à côté de l'essentiel. C'est... Vous
commencez votre mémoire comme ça. Et ensuite vous nous dites que dans ce qu'on
a devant nous, si je comprends bien, le risque principal dans le projet de loi tel
que présenté, c'est vraiment l'abolition, donc, des... d'un certain nombre de
critères permettant d'être... de faire reconnaître des contraintes à l'emploi,
donc notamment pour les mères monoparentales d'enfants de moins de cinq ans
puis pour les personnes âgées. Puis ça, vous dites, ça vise
38 000 personnes qui n'ont aucune garantie que ça va être remplacé
par d'autres allocations. Disons qu'on réussit à faire ce que vous nous
demandez, de garder ces critères-là, puis même de les élargir, est-ce que vous
voyez d'autres risques importants dans ce projet de loi là dont on doit tenir
compte ou il y a des... Parce qu'il y a eu suffisamment de choses, vous dites :
C'est bien, vous pourriez aller plus loin, mais j'ai vu celui-là, là, qui vous
paraît particulièrement important. Est-ce qu'il y en a d'autres?
M. Petitclerc (Serge) : Bien,
en fait, on ne le sait pas. Parce que ce qui serait vraiment intéressant, c'est
s'il y avait un dépôt d'intentions réglementaires. Ça nous permettrait de voir
les détails. On avait un petit rassemblement devant l'Assemblée nationale sur
l'heure du dîner. Puis, entre autres, il y avait le vice-président du SFPQ qui
disait : Bien, il y a telle mesure, il y a telle mesure, mais on ne le
sait pas, il y a telle mesure, mais on ne le sait pas, il y a telle mesure,
mais on ne le sait pas. Pourquoi? Parce que ça, ça se retrouve dans un
règlement. Je veux dire, tant qu'on n'aura pas le règlement...
Juste donner un exemple. On fusionne deux
programmes, le Programme d'aide sociale, le Programme de solidarité sociale,
pour créer le programme d'aide financière de dernier recours. OK, c'est bien
beau, mais qu'est-ce qui va arriver? Ça va être quoi, le montant des
prestations? Est-ce que ça va être encore des prestations séparées,
différentes? On imagine que oui, mais peut-être pas. Qu'est-ce qui va arriver
avec la valeur des maisons? Qu'est-ce qui va arriver avec les avoirs liquides?
Qu'est-ce qui va arriver avec les gains de travail permis? Est-ce qu'il va y
avoir les mêmes différences qu'actuellement? Parce que, s'il y a les mêmes
différences qu'actuellement, on n'avance pas, et ça va être aussi compliqué
qu'avant. Mais, s'il y a des améliorations là, bien, tant mieux. Je veux dire,
il pourrait y avoir des reculs aussi. On ne le sait pas. Il faut... Il faut les
règlements.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
M. Petitclerc, Mme Vallée, Mme Proulx et M. Ducharme. Merci pour votre
contribution à nos travaux de la commission.
Et je suspends les travaux quelques
instants afin de permettre à nos prochains invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 18 h 20)
(Reprise à 18 h 26)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue au Front commun
des personnes assistées sociales du Québec. Je vous rappelle, chers invités,
que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, et ensuite nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Donc, je
vous invite à vous présenter et à débuter votre exposé, s'il vous plaît.
Mme Pelletier (Sarah) : Donc,
bonjour. Moi, je m'appelle Sarah Pelletier. Alors, je m'adresse à vous en tant
que présidente du Front commun des personnes assistées sociales du Québec. Je
suis également prestataire de l'assistance sociale et aussi une militante
active dans la défense des droits sociaux.
D'abord, quand j'ai su que la ministre
Rouleau avait l'intention de faire une grande réforme de l'assistance sociale,
ce qui n'a pas été fait depuis bien des années, j'avoue que j'ai eu la naïveté
d'espérer, et je sais que je ne suis pas la seule prestataire dans cette
situation-là, que nous serions enfin capables de couvrir nos besoins de base et
faire en sorte que nos vies ne soient plus constamment en mode survie.
Sérieusement, une belle grosse réforme qui serait enfin à l'image du Québec
d'aujourd'hui, avouez quand même que ça laisse espérer gros. Derrière nous, le
stress de ne pas être capables de payer nos logements, d'avoir le ventre encore
vide rendus en soirée et d'espérer que la neige n'arrive pas trop parce que les
seuls souliers qu'il me reste sont troués. C'est sans oublier que nous
vivons... que nous vivons constamment dans l'angoisse avec nos prestations qui
sont beaucoup trop basses pour remplir nos besoins de base.
Vous avez compris que ces espoirs-là ont
été assez rapidement refroidis quand la réforme a finalement été déposée le 11 septembre
dernier. Dans toute la réforme, il y a... il n'y a aucune mesure qui permettra
d'augmenter les prestations à la source. Je dis bien aucune. Et savez-vous
pourquoi il n'y en a aucune? Parce que la ministre Rouleau considère que, pour
sortir de la pauvreté, il faut aller travailler. Mais, en plus de mettre de
l'avant un gros préjugé sur les personnes assistées sociales du Québec que...
comme quoi la majorité pourrait retourner travailler, la ministre prend l'enjeu
tout à l'envers.
D'abord, la ministre n'a aucune intention
d'augmenter les montants des prestations, même pour les prestataires qui ont
des contraintes reconnues. Considérant en plus les embûches pour faire
reconnaître leurs contraintes, et vous pouvez me croire, je sais de quoi je
parle et je ne suis pas la seule non plus, la majorité des prestataires ne sont
tout simplement pas en mesure d'occuper un emploi à temps plein... mais on
dirait que la ministre accepte de laisser ces personnes-là en situation de
pauvreté. Parce que, vous savez, elles ne peuvent pas travailler. La réforme de
la ministre n'aidera aucunement les prestataires ayant des contraintes sévères.
• (18 h 30) •
Et c'est sans oublier : la nouvelle
réforme autoriserait le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale à
réévaluer les contraintes des prestataires aux 12 mois.
Mais, en plus, la ministre Rouleau a axé
sa réforme sur des mesures d'incitation à l'emploi et à la diplomation. Donc,
j'imagine, ce doit être de bonne foi, mais comment voulez-vous que ces
personnes, qu'elles aient l'énergie, en plus d'avoir le ventre vide et l'espace
mental... en plus, le temps de s'investir dans des démarches de réinsertion à
l'emploi? Qu'est-ce que fait... Que ferait-elle, une mère de famille qui a le
choix entre aller à une rencontre de formation ou aller à la banque alimentaire
pour nourrir ses enfants? Ou encore une personne qui a des douleurs chroniques
qui doit faire 50 minutes d'autobus et de marche pour se rendre à sa
formation professionnelle...
18 h 30 (version révisée)
Mme Pelletier (Sarah) : ...d'autobus
et de marche pour se rendre à sa formation professionnelle. Nos... nos
prestations ne nous permettent pas non plus de nous procurer une voiture pour
nos déplacements. Alors, moi, je me demande comment les prestataires qui vivent
à la campagne pourraient se déplacer pour suivre une formation professionnelle.
Et, comme plusieurs personnes autour de moi, j'ai déjà essayé d'en faire, un
programme d'insertion à l'emploi, et plus d'une fois même. Et, à chaque fois, j'ai
eu une légère bonification sur mes prestations, mais c'était encore très loin d'être
suffisant pour couvrir mes besoins de base. Je peux vous affirmer que c'est
impossible de terminer un programme d'insertion à l'emploi lorsque nous avons
le ventre vide. Merci. À toi, Steve.
M. Baird (Steve) : Bonjour,
je m'appelle Steve Baird. Je suis organisateur communautaire au Front commun
des personnes assistées sociales du Québec.
La dernière fois que le gouvernement du
Québec a réduit substantiellement l'admissibilité à des allocations, c'était en
2013. Il était question des mêmes allocations qui sont actuellement en jeu, et
la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse avait
rappelé au gouvernement que les coupures proposées étaient contraires aux
droits protégés par la charte. Et elle a rajouté, et je les cite, que «ces
modifications contreviennent notamment aux droits à la vie, à la sécurité, à l'intégrité
physique et psychologique, au droit à l'égalité, au droit à un enfant, à la
protection, à la sécurité, à l'attention», et j'en passe.
Nous invitons tous les... à tous les
députés présents à bien se poser une question : Est-ce que vous croyez qu'il
est acceptable et humain de rendre encore plusieurs personnes inadmissibles,
des milliers de personnes inadmissibles à des allocations? Est-ce que vous
trouvez ça normal de nuire aux droits fondamentaux de ces personnes, tels que
pouvoir manger à sa faim, avoir un toit sur la tête et prendre soin, avec
dignité, de ses enfants?
Chez les familles monoparentales, vous
proposez des coupures qui affectent très majoritairement des femmes en
situation de pauvreté, car il y a neuf femmes monoparentales à l'assistance
sociale pour chaque homme. Il est aberrant que la réforme soit en bonne partie
financée en coupant ces femmes et ces enfants.
Pour les personnes de 58 à 64 ans, je
vous rappelle que ces personnes sont particulièrement nombreuses à être
éloignées du marché de l'emploi, alors que d'autres sont simplement dans l'incapacité
de réaliser des emplois situés en bas de l'échelle, qui sont souvent physiquement
exigeants. Pour des raisons de santé, plusieurs de ces personnes sont seulement
en mesure de travailler à temps partiel, mais les règles actuelles pénalisent
toujours fortement les prestataires qui travaillent plus que 3 heures par
semaine.
Nous avons été choqués d'entendre la
ministre prétendre que ces coupures vont améliorer la situation des personnes
concernées, car certaines vont pouvoir participer à des mesures d'employabilité.
En général, c'est plutôt comme si on mettait la tête sous l'eau de quelqu'un
qui était déjà en train de se noyer, au lieu de lui lancer une bouée. On sait
pertinemment que pour chaque personne qui sera transférée vers un programme d'employabilité,
il y en aura plusieurs autres qui vont souffrir d'avoir moins de revenus, qui
vont avoir encore plus de difficultés à manger et à payer le loyer.
Je vais maintenant vous parler brièvement
de la possibilité de réviser annuellement les contraintes sévères de santé, telle
que proposée par le projet de loi, car nous sommes convaincus que la révision
annuelle va ajouter une lourdeur bureaucratique qui va surtout avoir pour effet
de cesser de reconnaître des contraintes à plusieurs personnes. Je parle de
personnes dont les... qui ont des contraintes, qui... mais qui auront de la
difficulté à bien suivre le processus pour, à nouveau, les faire reconnaître.
Cette exigence va aussi ajouter énormément de stress à des personnes
vulnérables. Nous recommandons fortement le retrait de cette disposition.
Nous tenons aussi... Vous parlez de la vie
maritale. Depuis plus de 20 ans, nous réclamons des changements sous le
slogan Une personne, un chèque. Et nous avons été choqués de voir que le
gouvernement s'est approprié de notre slogan, mais qui l'a dénaturé, en
prévoyant seulement le modeste changement d'envoyer environ la moitié de la
prestation mensuelle à chaque membre du couple et seulement à partir de
2028-2029.
Une vraie solution au problème doit aller
beaucoup plus loin que ça. Pour le <i>front commun, le slogan Une
personne, un chèque, ça veut dire, en partie, mettre fin aux coupures d'environ
le quart des montants des chèques des personnes qui sont considérées conjointes
lorsqu'on parle de deux personnes qui sont à l'assistance sociale. Plusieurs
personnes voudraient se mettre en couple et habiter avec une personne... une
personne qu'elles aiment, mais trouvent cela impossible de le faire selon les
règles actuelles.
Même l'Assemblée nationale a déjà reconnu
à l'unanimité, en 2023, dans une motion présentée conjointement par les quatre
partis politiques, que le gouvernement doit, et je cite, «tenir compte du droit
des personnes assistées sociales à cohabiter, à s'entraider et de s'aimer, sans
que cela affecte le montant de leurs prestations.» Le problème est bien
reconnu, et il n'est pas normal pour nous que le gouvernement ne fasse presque
aucun changement à cet égard.
Notre slogan Une personne, un chèque,
ça réclame aussi des changements pour des couples dont une personne a des
revenus de travail, ce qui rendrait vite l'autre personne inadmissible à de
l'assistance. Cela met la personne sans aide dans une situation <de...
M. Baird (Steve) :
...l'autre
personne inadmissible à de l'assistance. Cela met la personne sans aide dans
une situation >de dépendance financière qui n'est pas choisie et qui est
un terrain fertile pour de la violence économique, psychologique, physique ou
sexuelle. En plus, une personne qui travaille au salaire minimum n'a
généralement pas un revenu suffisant pour pouvoir prendre en charge toutes les
dépenses d'une personne conjointe.
Pour le Front commun des personnes
assistées sociales du Québec, le régime de vie maritale est toujours basé sur
des vieilles notions de l'homme pourvoyeur et, en 2024, ça n'a pas de bon sens
de toujours avoir ces... ces vieilles règles.
Le gouvernement du Québec a même par le
passé porté une solution, bien que très partielle, au problème des revenus des
conjoints. Au Programme de revenu de base, introduit il n'y a pas... il n'y a
pas si longtemps, il y a un gros pas dans la bonne direction en prévoyant une
exemption partielle pour les revenus de la personne conjointe.
Donc, nous recommandons fortement que le
projet de loi 71 soit amendé pour non seulement ajouter une disposition
similaire qui s'appliquerait à toutes les personnes assistées sociales, mais
d'aller encore plus loin en arrêtant complètement de comptabiliser les revenus
de la personne conjointe. Pour nous, il est choquant qu'on maintienne des
règles sexistes et vétustes qui ont des effets dévastateurs sur plusieurs
femmes et sur d'autres personnes vulnérables.
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout le temps que nous avions. Je suis désolée. C'est tout le temps que nous
avions.
Nous allons procéder maintenant à la
période d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Bien,
merci beaucoup, Mme la Présidente, puis merci à vous, Mme Pelletier,
M. Baird, pour votre présence et pour venir contribuer à ces travaux pour
la modernisation du régime d'assistance sociale. Je le répète, c'est quelque
chose qui n'a pas été fait depuis 20 ans. On a travaillé très fort pour
voir à ce que... en fait, travaillé très fort, mais j'ai aussi parcouru le
Québec pour aller écouter, rencontrer des organismes, des personnes, dont les
personnes en situation de précarité, et voir comment on pouvait vraiment
améliorer les choses.
Ce que j'ai entendu beaucoup, c'est le
besoin d'accompagnement... en fait, deux choses, et c'est là-dessus qu'on...
qu'on base la... toute la modernisation, c'est l'accompagnement des personnes
qui sont dans le régime d'assistance sociale et souvent éloignées du marché du
travail, et l'assouplissement, l'allègement, réduire la bureaucratie du... du
programme pour assurer un meilleur accès à l'aide sociale, parce que c'est une
aide de dernier recours qui est importante, et puis comment on peut faire pour...
pour améliorer cet accès.
Alors, on a travaillé différents...
différents... à différents niveaux, notamment en... au niveau de
l'accompagnement, en proposant des plans individualisés, personnalisés
d'accompagnement pour des gens qui sont éloignés, les amener vers l'intégration
sociale, vers la participation sociale et vers l'emploi autant que possible.
Parce que, oui, c'est par l'emploi qu'on peut améliorer la... sa condition
économique.
Mais avant ça, il y a tout cet aspect de
participation sociale, le volet participation sociale qu'on ajoute au programme
PAAS, que vous connaissez, là, parce que vous avez dit que vous aviez... je
pense, là, que vous êtes... vous y avez déjà participé. Je voudrais vous
entendre sur ce volet de participation sociale. Qu'est-ce que ça vous dit, à
vous?
M. Baird (Steve) : Sur...
sur le programme PAAS en particulier ou sur la participation sociale plus
largement?
Mme Rouleau : Bien, ça
peut être... Bien, en fait, on l'a intégré, parce que ça n'existait pas. On l'a
intégré au programme PAAS pour... pour que... faire en sorte que les gens
puissent vraiment, là, refaire le réseau pour briser l'isolement. Parce que ce
qu'on cherche en réduisant, en travaillant à lutter... en luttant... à lutter
contre la pauvreté, on veut briser l'isolement. Alors, ça, c'est une... c'est
une façon de faire en sorte que les gens puissent... On va les chercher, on les
accompagne et ils vont pouvoir participer au sein d'organismes à différents
niveaux. On parle d'une participation sociale avant... C'est comme de la pré,
pré, préemployabilité, là, mais en fait, c'est de... de refaire son réseau, de...
de réapprendre à vivre en société, parce qu'on sait qu'il y a des gens qui sont
éloignés. Qu'est-ce que vous en pensez?
• (18 h 40) •
M. Baird (Steve) : Bien,
c'est sûr que, oui, on connaît de nombreuses organisations qui utilisent le
programme PAAS. On sait que c'est... Il y a beaucoup de personnes assistées
sociales qui sont à ces programmes et des organisations qui y tiennent, et des
personnes, participants, participantes qui y tiennent. C'est sûr qu'on n'est
pas contre <qu'il...
M. Baird (Steve) :
...et
des personnes, participants, participantes qui y tiennent. C'est sûr qu'on
n'est pas contre >qu'il y a d'autres... comment dire, il y a... il y a
un nouveau volet qui permettrait à certaines personnes de suivre une autre...
une autre forme de programme PAAS en termes de participation sociale, parce
qu'on sait qu'il y a beaucoup de personnes qui sont très éloignées du marché du
travail. On comprend tout à fait le... que ça offre différentes options.
Il reste que les prestations des personnes
sont tellement basses qu'un des incitatifs à participer au programme PAAS,
c'est aussi que ça offre un petit peu... un petit peu quelque... un petit
quelque chose aux personnes qui y participent. Et c'est quand même pour nous
inquiétant de voir qu'il y a des personnes qui ont de la difficulté à mettre...
à mettre à manger sur la table, à manger à leur faim, à payer le loyer, et que...
qui sentent le besoin de participer à ça, non seulement parce qu'ils adhèrent
au programme, mais parce que les prestations sont tellement basses que les gens
sont en mode survie et que ça fait partie des stratégies de survie des prestataires.
Donc, c'est... On n'a rien contre le
programme PAAS, mais on veut rappeler aussi que les incitatifs pour les
participants sont quand même... sont quand même assez bas. Et ça revient aussi
au... au montant des prestations de base.
Mme Rouleau : OK. Vous
proposez le Programme de revenu de base pour... pour tous. C'est ce que je
comprends? Programme de... de revenu de base, il a été pensé, et lorsqu'on l'a
mis en place dès le 1er janvier 2023, c'est vraiment pour les personnes
qui ont des contraintes très sévères et qui... qui étaient laissées pour
compte. Et, est-ce que vous pensez que le Programme de revenu de base, qui
serait... qui serait donné à tous, permettrait une véritable équité avec les
gens qui travaillent 40 heures semaine avec des salaires un peu plus
élevés que... ça peut être le salaire minimum ou un petit peu plus élevé, mais
pour qui ce n'est pas si simple que ça? Est-ce que c'est... ce serait quelque
chose de... d'équitable dans notre société?
M. Baird (Steve) : C'est
sûr que le Programme de revenu de base, les prestations sont... sont plus...
plus adéquates que dans d'autres programmes d'action sociale. Mais il reste
qu'on parle de... des montants par année. Ils sont quand même loin des montants
que quelqu'un gagnerait en travaillant. Vous avez utilisé l'exemple de
quelqu'un qui travaillait 40 heures par semaine au salaire minimum, je
pense qu'on est à l'ordre de peut-être la moitié du revenu pour une personne
qui est... qui est au Programme de revenu de base. Moi, je n'ai pas l'exact...
les chiffres exacts devant moi, donc je ne vais pas... je ne vais pas m'avancer
sur le pourcentage exact, mais il y a quand même une grande différence entre
les deux.
Puis je... Ça fait penser quand même à le
plan de lutte, le troisième plan de lutte à la pauvreté du gouvernement. C'était
indiqué, je pense que c'était même le titre d'une des sections... de dire que
c'était... Le Programme revenu de base, qui était proposé, était proposé comme
une étape, une première étape vers l'instauration d'un programme... un revenu
de base plus large. Donc, c'était pensé comme ça à l'époque... que c'était mis
en place comme ça, mais qu'il y aurait un éventuel élargissement. C'était écrit
dans le plan d'action, en tout cas, sans... sans aucune précision de ce serait
quoi, l'éventuel élargissement.
Pour nous, c'est... et je pense qu'on
s'appuie là-dessus, sur beaucoup d'avis d'experts, que le... quand les
personnes sont dans une pauvreté très intense, quand elles n'ont pas assez
d'argent pour manger, c'est un des facteurs de risque qui fait en sorte qu'il y
a beaucoup moins de chances que la personne arrive à rétablir leur situation et
retourner sur le marché de travail.
Donc, je pense qu'il y a des bonnes
raisons de croire que, s'il y a des prestations plus généreuses, des programmes
plus flexibles qui permettent aussi aux personnes de réintégrer graduellement
le marché de l'emploi, si, au début, ils travaillent moins de 40 heures mais
ils sont en train de peut-être se rétablir au niveau de la santé ou autre, que
c'est... c'est une bonne étape pour que les personnes réintègrent le marché du
travail et pour aussi qu'entre-temps ils répondent à leurs besoins fondamentals.
Mme Rouleau : À l'heure
actuelle, on a des contraintes à l'emploi qui font que les personnes qui ont
ces contraintes à l'emploi ne peuvent pas aller vers des programmes d'emploi,
alors vont avoir une contrainte à l'emploi, et certains, ce sera 161 $ par
mois. En transformant les contraintes à l'emploi vers les contraintes de santé,
qui incluent, qui intègrent la dimension de santé mentale et d'enjeux
psychosociaux, ce que... ce qui n'existe pas, à l'heure actuelle, aujourd'hui,
c'est... contraintes à l'emploi, c'est la capacité de <travailler...
Mme Rouleau :
...n'existe
pas, à l'heure actuelle, aujourd'hui, c'est... contrainte à l'emploi, c'est la
capacité de >travailler.
Là, ce qu'on veut avec les contraintes de
santé, c'est d'être axés sur la personne, sur son état, l'état de la personne
réellement. Et ceci permet, quand on parle de contraintes de santé, d'avoir
accès à des programmes d'emploi, comme Objectif emploi, par exemple, où là il y
a une progression aussi selon le... là où se situe la personne, d'avoir accès à
de la formation, de l'intégration et un emploi. Puis on souhaite le maintien à
l'emploi, évidemment.
Et, quand elle est en emploi, bien, c'est
475 $ par semaine que la personne peut avoir. Alors, est-ce que... est-ce
que c'est quelque chose qui... qui a... qui a une résonance pour vous, de... d'accompagner
les personnes vers l'intégration, vers la socialisation, pour briser
l'isolement et les amener graduellement vers l'emploi? Est-ce que c'est quelque
chose qui est... qui est raisonnable de penser, ou les gens ne peuvent
absolument pas aller dans cette direction-là?
M. Baird (Steve) : J'aimerais
qu'on distingue les choses. C'est sûr que des mesures pour encourager les
personnes à participer à des mesures d'emploi, on n'est pas contre qu'il y a
des mesures de... d'emploi, on n'est pas contre que des... des gens ont des
opportunités de participer à différents programmes et mesures qui vont dans la
direction de l'emploi. Le... Mais là on parle de coupures aussi pour beaucoup
de personnes. Là, en ce moment, il y a... il y a environ... il y a plus de 30 000 personnes...
Mme Rouleau : Vous
permettez? Il n'y a pas de coupure, il y a... Il y a actuellement des... des
allocations, parce que ce sont des contraintes à l'emploi qui seront
transformées soit en contraintes santé ou en nouvelles allocations. Il n'y a
pas de coupure, il n'y a personne qui ne perd rien. Je veux que ce soit bien...
bien clair, là, il n'y a pas de coupure.
M. Baird (Steve) : Je
serais content de revenir là-dessus aussi, pas pour dire qu'on parle quand même
de... Je sais qu'il y a une sorte de clause de droit acquis qui fait en sorte
que les personnes qui, aujourd'hui, reçoivent une contrainte de santé parce
qu'ils ont 62 ans... Ils ne vont pas du jour au lendemain le perdre. Ça,
je comprends très bien.
Mais il reste que le gouvernement est en
train... en train de reculer d'une façon majeure sur... sur l'accès à des
allocations. Même si ça va être... ça ne va pas être les personnes qui les
reçoivent déjà qui vont les recevoir, on parle de presque 40 000 personnes
actuellement qui le reçoivent, soit en raison de l'âge, soit parce que c'est
des... des parents monoparentals d'enfants d'âge préscolaire.
Je pense qu'il faut appeler ça une
coupure, c'est... c'est écrit très clairement dans votre... votre mémoire au Conseil
des ministres que vous estimez que d'ici quelques années, au bout de cinq...
comme dans la cinquième année, il y aurait environ 34 millions de dollars de moins
qui seraient dépensés dans ces contraintes à cause de cette... je ne sais pas
comment l'appeler à part une coupure, 34 millions de dollars qu'on
enlève à des personnes... à ces personnes-là...
Mme Rouleau : ...pour
une personne qui a 58 ans, depuis 20 ans, on considère qu'avoir
58 ans c'est une contrainte à l'emploi. Mais vous savez que c'est... à
l'époque, lorsqu'il y avait énormément de chômage et qu'à partir de 50...
autour de 50 ans, si une personne perdait son emploi, c'était difficile de
retourner sur le marché du travail. Il y avait un taux de chômage très élevé.
Il y avait autour de 400 000 personnes qui étaient sur l'aide sociale à
l'époque.
Aujourd'hui, on a autour de 5 %. Et
on... Et, dans notre société, avoir 58 ans, ce n'est plus un problème de
travail, de capacité, de... Ce n'est pas un... ce n'est pas une contrainte à
l'emploi. Mais, si, si la personne a un enjeu de santé, bien sûr qu'on va en
prendre soin. Elle peut avoir 57 ans, 56 ans ou 60 ans, on va en
prendre soin, c'est certain. Et il y aura les allocations de santé qui seront
peut-être même supérieures à ce que... ce que la personne a aujourd'hui. Alors,
encore là, je ne vois aucune coupure.
M. Baird (Steve) : Mais
je pense que, quand... tu sais, quand le gouvernement dit qu'il va y avoir
34 millions de moins par année dans... dans ces allocations-là, on parle
comme... on ne peut pas dire qu'il y a plus d'argent, on parle d'une
diminution.
Mais je pense qu'il faut aussi rappeler
que, quand on parle de personnes entre 58 et 64 ans, vous l'avez sûrement
bien vu dans les statistiques, on parle de personnes qui, en moyenne, sont à
l'assistance sociale depuis plus de 15 ans. Ces personnes-là, est-ce qu'elles
ont tous à 100 % des contraintes spécifiques qui peuvent être démontrées
par leur travailleuse sociale ou leur médecin? Ils vont passer par le
processus, et tout ça. C'est difficile à dire, mais là, on... quand on parle
très majoritairement des personnes qui sont à l'aide sociale depuis plus de 15 <ans...
M. Baird (Steve) :
...quand
on parle très majoritairement des personnes qui sont à l'aide sociale depuis
plus de 15 >ans, permettez-moi d'être très sceptique sur le fait qu'il y
a une grande partie de ces personnes-là qui vont aller vers une mesure
d'employabilité qui va les ramener vite sur le marché du travail. On sait que
c'est peu probable.
• (18 h 50) •
Mme Rouleau : Et il est
probable que ces personnes aient une contrainte de santé. Et, avec
l'élargissement de... la contrainte santé, en... en intégrant la dimension de
santé mentale et d'enjeux psychosociaux, en permettant... Puis donnez-moi votre...
votre avis sur le fait de permettre à des professionnels de la santé de... de
faire des diagnostics... pas seulement que le médecin, mais des professionnels
de la santé pourront émettre les diagnostics de santé. Qu'est-ce que vous en
pensez?
M. Baird (Steve) : Ça,
on n'a... on n'a aucun problème avec ça. On comprend très bien que c'est...
c'est intéressant de permettre une évaluation plus large, pas uniquement par un
médecin ou une infirmière spécialisée, de... des contraintes sévères. Donc, ça,
c'est... c'est... on n'a... on n'a rien contre ça, mais ça... ça...
malheureusement, c'est l'aspect de couper des allocations pour certains pour
amener des... des améliorations pour d'autres qu'on n'est... qu'on n'est pas
d'accord.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Il reste 1 min 30 s. Est-ce qu'il y a des... Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Mme Tardif : Bien, je
peux... Je veux... je veux vous remercier, premièrement, puis je veux saluer
tout le monde qui est derrière. Merci d'être là. Je ne sais pas si vous avez
soif, si vous voulez de l'eau ou du café, on en a.
Mais, ceci dit, je pense, je... nous percevons
et nous comprenons très bien ce que vous nous amenez, merci beaucoup, mais il
faut voir aussi, et vous l'avez très bien nommé, les personnes touchant
actuellement des allocations en raison de l'âge ou du fait d'être monoparentales...
ne se feront pas enlever... Et la ministre l'a très bien dit et vous l'écrivez
très clairement aussi, là, dans votre rapport. Et ça, c'est essentiel et c'est
très important, et on va se battre bec et ongles pour que ça reste aussi comme
ça.
Les nouvelles personnes vont être
évaluées, vont avoir une évaluation psychosociale de santé, une évaluation
globale par différents spécialistes pour voir si elles sont aptes avant
qu'elles deviennent des personnes sur l'assistance sociale qui vont avoir plus
de deux, trois, quatre, et là on vous parlait de 15 ans, là, on
comprend... Donc, on essaie du mieux qu'on peut de faire que ces gens-là
conservent leur honneur, leur dignité, qu'ils ne se retrouvent pas comme
itinérants, parce que ce n'est pas ce qu'on veut. On veut aider les gens, on
veut que les gens soient... soient fiers.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...c'est
tout le temps que nous avons pour la partie gouvernementale. Je cède maintenant
la parole à la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, merci d'être avec nous aujourd'hui, pour le mémoire
très détaillé et la présentation. Donc, je voudrais revenir sur, un peu,
l'échange avec la ministre, sur contraintes de santé, contraintes...
contraintes à l'emploi. Puis je sais que, dans votre mémoire, vous... vous
critiquez la nouvelle terminologie, «contraintes de santé», qui remplace
«contraintes à l'emploi».
Donc, si je comprends bien, selon le
mémoire de la ministre au Conseil des ministres, à la page 12, justement,
la révision de la notion de contraintes à l'emploi représente des épargnes, on
va dire, de... presque 100 millions de dollars, mais il y a quand
même... on garde, par exemple, l'amélioration de l'évaluation des contraintes
de santé, un 58,5. Donc, nous, on parle de coût nul, mais, pour les personnes
qui vivent l'abolition des allocations, pour eux, c'est vécu comme des
coupures, même si, en général, c'est à coût nul. Mais je pense que c'est pour
ces personnes-là... Est-ce qu'on est... est-ce qu'on est d'accord pour dire ou
en désaccord pour dire que, pour ces personnes-là, pour ces groupes-là, c'est
vécu comme des coupures, cette abolition?
M. Baird (Steve) : Oui,
et je rajouterais que d'avoir un revenu de moins de 1 000 $ par mois et de
n'être pas capable de se loger, pas capable de trouver un logement, ce n'est
pas une contrainte de santé.
Mme McGraw : Et,
justement, donc il y a plusieurs... On comprend, aujourd'hui, on a... on a
écouté beaucoup de groupes, on a écouté des témoignages aussi par des personnes
qui... qui vivent... sont en situation de précarité, de vulnérabilité, de
pauvreté, et que, justement, des contraintes à l'emploi sont... pourraient être
beaucoup plus larges. Ça peut comprendre des contraintes ou des... des raisons
médicales, ça peut être... ça peut être la pauvreté même, ça peut être beaucoup
de contraintes plus larges. Donc, on <comprend...
Mme McGraw :
...la
pauvreté même, ça peut être beaucoup de contraintes plus larges. Donc, on >comprend
qu'on élargit les personnes qui puissent évaluer, mais on rétrécit, il me
semble... mais j'aimerais vos... vos commentaires, votre analyse... on rétrécit
les conditions qui vont être éligibles comme contraintes à l'emploi. Donc,
c'est une... c'est... Juste pour vous entendre là-dessus.
M. Baird (Steve) : C'est
sûr qu'on... qu'on retire surtout l'éligibilité qui est... qui est plutôt...
pas complètement automatique, il faut quand même faire la demande, mais
l'éligibilité selon l'âge. Donc, on vient complexifier le... le système, mais
on vient surtout enlever des... le droit d'allocations à certaines personnes
pour en... pour en donner à d'autres. Mais il reste qu'il y a des... des
personnes, dont les... des familles monoparentales et des personnes assez
âgées, qui vont se trouver privées de... des allocations.
Mme McGraw : Qui vont être
plus ou moins les personnes perdantes, les groupes qui vont perdre, qui vont
être... Il va y avoir des perdants dans... dans ce projet de loi. Alors, selon
vous, pour être constructifs, quelles seraient vos propositions pour des
alternatives, pour une meilleure reconnaissance des différentes contraintes?
M. Baird (Steve) : Bien,
je pense que la difficulté fondamentale, c'est qu'on parle de... d'une réforme
à coût nul. Mme la ministre l'a évoqué plusieurs fois. Donc, là où il y a des
améliorations à un endroit, il y a... il y a de l'argent qui doit être épargné
à un autre endroit. Donc, on... Tu sais, on enlève des droits à l'allocation à
certaines personnes pour en ajouter à d'autres. Nous, on s'oppose à le retrait
d'allocations à certaines personnes. Ce n'est... ce n'est pas comme ça qu'on
fait pour lutter contre la pauvreté. Malheureusement, ça... ça ne se fait pas
avec 0 $ de... de plus.
Mme McGraw : Vous avez
parlé aussi de... de la révision... du révision annuelle des contraintes
sévères de santé. Pensez-vous que cela pourrait compliquer... Vous avez parlé
justement... ou vous avez demandé de retirer cette proposition-là où c'est
prévu au projet de loi. Est-ce que vous pouvez juste élaborer là-dessus, sur «révision
annuelle»?
M. Baird (Steve) : Une
chose que j'aimerais rajouter, c'est que j'ai déjà entendu de... de collègues
qui travaillent dans le milieu de l'itinérance que les personnes en situation
d'itinérance, généralement, oubliez ça, les contraintes sévères, elles sont à
la prestation de base. Et ce n'est pas parce que leurs conditions de santé ne
sont pas très apparentes, ce n'est pas parce que... ce n'est même pas forcément
qu'elles n'ont pas accès à un médecin, mais il y a un processus un peu
complexe, un peu lourd, qui fait en sorte que plusieurs des personnes les plus
précaires, elles n'arrivent pas à passer à travers tout le processus.
Eh oui, ça va être un peu mieux si on peut
le faire avec une... avec une travailleuse sociale et pas juste avec un
docteur, mais il reste que c'est un processus assez exigeant et le fait qu'on
pense le réviser jusqu'à annuellement, ça va rajouter... ça va rajouter de la
bureaucratie, mais ça va surtout rajouter des embûches pour les personnes en
situation de vulnérabilité qui ne sont pas... qui ont de la difficulté à passer
à travers toutes les étapes du... du processus.
Mme McGraw : Est-ce
qu'il y aurait d'autres programmes québécois qui pourraient inspirer, qui pourraient
servir d'inspiration, par exemple le Régime québécois d'assurance parentale? Si
on fait une erreur... On fait une estimation des coûts, peut être une personne,
travailleur ou travailleuse autonome, s'il y a une erreur, là, on se fait... il
faut rembourser sans... sans pénalité. Est-ce qu'il y a d'autres... Est-ce
qu'on peut s'inspirer, dans ce projet de loi, d'autres programmes efficaces,
d'autres programmes gouvernementaux? Est-ce que vous avez fait un peu l'analyse — dont
on pourrait être proactifs et positifs et constructifs — aussi de
voir : Bon... ce qui ne marche pas, mais est-ce qu'il y a des alternatives
dont on pourrait s'inspirer au Québec ou peut-être ailleurs au Canada et dans
le monde?
M. Baird (Steve) : Bien,
sûrement, dans le sens qu'il y a beaucoup de... de systèmes beaucoup moins
pénalisants, avec beaucoup moins de contraintes et de pénalités. Même dans le
système d'aide sociale, si on remonte à un certain nombre d'années, il y
avait... c'était moins commun de... d'attribuer à des gens des dettes faramineuses,
parce qu'on considère qu'une omission qu'ils avaient faite sur un formulaire,
que ce n'était pas une erreur, peut-être que c'était juste une erreur de bonne
foi... mais qu'on considère que, là, il faut désigner ça comme étant une... une
sorte de fausse déclaration, qui est... qui est souvent juste une erreur de
bonne foi.
Donc, oui, absolument, je pense qu'il y a
d'autres programmes, et même le Programme de revenu de base, qui sont plus
modernes à cet égard et qui sont moins pénalisants et... et punitifs pour les
personnes prestataires.
• (19 heures) •
Mme McGraw : Parfait. Et
les plans individualisés, j'aimerais vous entendre un peu plus là-dessus. On
sait que la réforme, la ministre, elle... elle dit qu'elle aimerait simplifier
le système, puis, en principe, c'est une bonne idée, mais est-ce que cette
simplification va... va mener vers une déshumanisation? L'idée d'un plan
individualisé, encore une fois, ça a l'air très bien, mais voilà, la preuve va
être dans la... dans l'application de ces... de ces propos-là. Donc, j'aimerais
vous entendre plus...
19 h (version révisée)
Mme McGraw : ...très bien.
Mais voilà, la preuve va être dans l'application de ces... de ces propos-là.
Donc, j'aimerais vous entendre plus, une ou l'autre, sur ces plans individualisés
pour accompagner les prestataires avec les réseaux régionaux. En tout cas,
je... Bien, peut-être aller plus... donc, si ça ne vous dit pas quelque chose,
aller plus sur le... bien, justement, avec ce nouveau système, si on comprend
bien, il ne va plus avoir d'agents... ni nécessairement formés en travail social
ni nécessairement dédiés, qui va connaître l'histoire, le parcours peut-être
complexe d'une personne qui va devoir, donc, répéter son parcours, répéter, des
fois, des informations sensibles, même pénibles. Est-ce qu'on peut vous
entendre là-dessus? Je ne sais pas si vous avez des préoccupations.
M. Baird (Steve) : Oui, bien
sûr. C'est sûr que oui, il y a un grand changement qui est en cours, parce que
dans la plupart des régions du Québec, c'est toujours le cas, que les personnes
aux programmes d'aide sociale, solidarité sociale, même, je vais dire, emploi
ont un agent qui est attitré à leur dossier. Donc, ils savent avec quel agent
communiquer, et cet agent-là suit leur dossier probablement déjà depuis un
certain temps. Donc, on est en train de... Il y a... il y a des changements en
cours, comme quoi les personnes à ces programmes n'auront plus d'agent attitré
à leur dossier, ils risquent de parler à une personne différente à chaque fois,
et c'est des mesures qui, malheureusement, risquent de poser des problèmes pour
certaines personnes qui sont en train de passer par les systèmes toujours très
complexes.
Je sais qu'on parle de simplification dans
la loi, on ne voit pas beaucoup de simplification. Donc, comment... qu'est-ce
qui est... Qu'est-ce que les personnes prestataires vont devoir faire ou
comment ils vont vivre ça? On comprend qu'il y a des choses qui vont simplifier
l'administration des programmes, mais comment ça va se simplifier? Tout à l'heure,
on parlait de certaines personnes de... Une personne de 63 ans qui a une
contrainte de santé, bien, il ne pourra pas juste automatiquement se faire
reconnaître, avoir une allocation, mais il pourrait passer par un processus
pour prouver qu'il a une contrainte de santé. C'est... ce n'est même pas une
simplification, c'est une démarche supplémentaire qu'on rajoute. On rajoute des
règles et des règles, malheureusement, à des programmes comme ça, sans
forcément les simplifier, en mettant d'autres mesures en place, d'autres
contrôles en place. Donc, honnêtement, on ne trouve pas beaucoup de
simplification. Et oui, on craint pour la... qu'est ce qui va se passer avec la
qualité des services auprès de beaucoup de personnes vulnérables et qui passent
par des processus complexes avec les changements qui sont en cours.
Mme McGraw : Je crois qu'il
reste 20 secondes, 30 secondes. J'aimerais peut-être demander à Mme
Pelletier si elle aurait des choses à ajouter en conclusion, ou M. Baird. Il
reste 30 secondes, je crois, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : 30 secondes,
oui.
Mme McGraw : Quelque chose à
ajouter?
Mme Pelletier (Sarah) : Pouvez-vous
répéter, s'il vous plaît, j'ai mal compris?
Mme McGraw : C'est juste...
Est-ce que vous avez, en conclusion, quelque chose à ajouter?
Mme Pelletier (Sarah) : Oui,
en conclusion, moi, je voulais dire, bien, tant que les prestations de l'assistance
sociale ne seront pas augmentées pour... qui permettraient de répondre à nos...
aux besoins de base, les mesures d'incitation à l'emploi, ce serait totalement
inutile, comme moi, je l'ai déjà vécu, l'expérience, comme je vous ai expliqué
tout à l'heure, là.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Merci beaucoup.
Mme Pelletier (Sarah) : Parce
que c'est impossible d'étudier ou même de retourner à emploi le ventre vide.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
cède maintenant la parole à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. Je veux revenir sur l'échange que vous avez eu avec la ministre,
tout à l'heure, sur les coupures, puis, aussi, sur ce que vous venez de dire
par rapport à la simplification. La ministre vous a dit : Toutes ces
personnes-là, à peu près 40 000 personnes, vous nous dites, qui
perdraient la reconnaissance d'une contrainte de manière simplifiée, je vais
dire, en ce moment, la retrouveraient par ailleurs, la contrainte de santé. C'est
ce que la ministre nous a dit tout à l'heure, ces personnes ne seront pas
coupées, elles vont le ravoir autrement. Mais il va falloir qu'ils fassent des
démarches, c'est ce qu'on comprend. Il va falloir qu'ils aillent voir un
professionnel de la santé, pas nécessairement un médecin, mais quelqu'un pour
se faire reconnaître ça. Il va falloir qu'un fonctionnaire traite leur nouvelle
demande. Comme vous dites, ce n'est pas de la simplification ni pour ces
personnes-là ni même, j'oserais dire, pour le ministère. Est-ce que ça n'a pas
un coût en soi, ça, 40 000 personnes qui vont devoir remplir de la
paperasse alors qu'ils n'ont pas à en remplir en ce moment?
M. Baird (Steve) : Oui, ça
nous préoccupe, mais, aussi, comme... l'argent qui... qui est coupé, que le
gouvernement estime qu'il va avoir 34 000... 34 millions par année d'ici
cinq ans, dans la cinquième année, en tout cas, pour les contraintes qui sont
ce qu'on appelle actuellement des contraintes temporaires, qui sont des
contraintes de santé, tu sais, ça ne va pas forcément aux mêmes personnes non
plus, l'argent sert à financer d'autres choses. Il y en a qui va dans Objectif
emploi, il y en a qui va ailleurs. Il y a des <personnes...
M. Baird (Steve)T :
...l'argent
sert à financer d'autres choses. Il y en a qui va dans Objectif emploi, il y en
a qui va ailleurs. Il y a des >personnes qui vont être perdantes,
là-dedans. On ne peut pas dire que ces mêmes personnes vont... accès, par
d'autres moyens qui vont simplement être plus bureaucratiques. Il va y avoir
des personnes qu'eux, ils vont... ils vont être privés de montants.
Mme Labrie : Ça fait qu'il y
a un peu des deux. Il y a des gens pour qui ça va juste être plus compliqué de
faire les démarches pour avoir cette reconnaissance-là et il y a des gens
qui... au final, ce ne sera pas à eux que cet argent-là va se retrouver. C'est
ce que vous entrevoyez.
M. Baird (Steve) : Oui, en
effet.
Mme Labrie : Parfait. Vous
avez mentionné, vous, comme d'autres acteurs, que l'ultime demande, en fait, ce
serait le revenu de base pour tout le monde. Est-ce que déjà, ça ne serait pas
un pas intéressant, le revenu de base, pour toutes les personnes qui ont une
contrainte de santé?
M. Baird (Steve) : Mais oui,
absolument. C'est... Il y a un temps d'attente très long, de cinq ans et demi,
pour une personne qui a une contrainte qui est déjà considérée sévère, qui est
déjà reconnue par le gouvernement, que normalement, il faut que ça soit reconnu
pendant plus de cinq ans et demi avant de passer au programme de revenu de
base. Donc, on s'entend que c'est très long, considérant que certaines de ces
personnes-là, on sait très bien que ce n'est pas une contrainte qui va
disparaître d'ici un an ou deux, que c'est quelque chose d'assez permanent,
mais il faut passer par cette étape-là.
Mme Labrie : Ça fait que ce
délai-là, vous nous invitez à le réduire, puisqu'on ouvre la loi en ce moment.
M. Baird (Steve) : Oui,
c'est... bien, c'est quelque chose d'inquiétant et aussi qui limite l'accès.
Si, dans ces... Si, dans les six ans, la période de six ans avant qu'une personne
accède au programme, si, finalement, ils ne sont pas... ils n'ont pas leur
contrainte reconnue pour au moins cinq et demi de ces derniers six ans, ils
n'ont plus accès, ils ne peuvent pas passer aux prochaines étapes. Donc,
c'est... c'est aussi inquiétant au niveau de l'accès au programme.
Mme Labrie : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Alors, vous nous
rappelez, dans votre mémoire, que l'article 25 vise à réduire les motifs
donnant droit à une allocation supplémentaire pour des personnes ayant des
contraintes temporaires à l'emploi, désormais remplacées par l'appellation
contraintes de santé. Et moi, quand je lis les chiffres de la ministre, je vois
que cette mesure-là va permettre d'épargner 99,7 millions de dollars
dans les cinq prochaines années. Je vois se dessiner une question de
communication. Mme la ministre dit : Ce ne sont pas des coupures.
Si vous êtes une mère monoparentale d'enfant
de moins de cinq ans ou si vous avez 58 ans et plus, est-ce que, oui ou
non, ce projet de loi, dans sa forme actuelle, prévoit des coupures, selon
vous?
M. Baird (Steve) : Ça prévoit
99 millions de dollars de coupures dans les prochains cinq ans, comme
vous l'avez dit.
M. Paradis : Est-ce que vous
voyez, dans le projet de loi tel qu'il existe actuellement, des mesures qui
garantissent que les personnes qui vont subir ces coupures-là vont retrouver
d'autres prestations ou d'autres mesures de soutien financier ailleurs?
M. Baird (Steve) : Bien, non,
absolument pas. Et... si on prend l'exemple, là, des parents monoparentaux, il
y en a peut-être qui ont des problèmes de santé, mais ce n'est pas du tout
pareil de dire qu'une personne... une famille monoparentale, peut-être, aurait
pu plus facilement prouver qu'il a aussi une contrainte de santé. Ce n'est pas
le critère actuel.
M. Paradis : Alors, si vous
êtes... toujours dans le cas où vous êtes une mère monoparentale d'enfant de
moins de cinq ans, vous êtes quelqu'un de 58 ans, est-ce que vous êtes
d'accord avec la ministre quand elle dit que ce projet de loi là contient des
mesures qui vont vous aider à vous mettre en mouvement vers l'emploi, dans le
futur?
M. Baird (Steve) : Ça peut
contenir des nouveaux incitatifs à aller vers l'emploi, mais où on n'est pas
d'accord, c'est que ça contient clairement aussi des coupures et que les
personnes... il y a des personnes qui vont avoir beaucoup plus de misère à
manger, à nourrir leurs enfants, à payer le loyer en fonction de ces
coupures-là, même s'il y a d'autres possibilités de participer, peut-être, à un
programme d'employabilité pour certaines personnes qui le souhaitent.
M. Paradis : Donc, vous nous
appelez à appeler un chat un chat.
M. Baird (Steve) : Bien,
c'est ça.
M. Paradis : Merci. Je... Il
ne me reste pas beaucoup de temps, mais j'aurais aimé vous entendre parler,
aussi, de la dématérialisation des services. Je comprends que ça, c'est une
autre mesure qui va réduire l'accès aux services pour les personnes qui,
justement, n'ont souvent pas accès à Internet, c'est bien ça?
• (19 h 10) •
M. Baird (Steve) : Oui, et
c'est... Il y a eu des efforts, à un moment, du gouvernement du Québec de dire :
On reconnaît que, pour beaucoup de personnes en situation de pauvreté et de
vulnérabilité, il va falloir avoir des mesures pour assurer que les services
sont accessibles, qu'ils sont disponibles pas loin de chez eux, qu'il y a des
possibilités et à pas trop de kilomètres d'une personne d'accéder à des
services. On n'est pas là-dedans. On est dans des mesures pour sauver de
l'argent, mais il faut vraiment qu'on fasse très attention à qu'est-ce qui vont
être les conséquences de ces mesures dans la vie des personnes, surtout les
personnes très vulnérables, dont certaines qui ont un faible taux
d'alphabétisation, dont certaines qui n'ont pas de voiture et qui ne peuvent
pas se déplacer à 80 kilomètres pour aller à un bureau...
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci.
M. Baird (Steve) : ...dans
une autre <ville...
M. Baird (Steve)T :
...à
80 kilomètres pour aller à un bureau...
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci.
M. Baird
(Steve)T :
...dans une autre >ville. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps que nous avions. Merci, M. Baird, Mme Pelletier,
merci pour votre contribution à nos travaux de la commission.
Et j'ajourne les travaux jusqu'à demain,
mercredi le 9, à 8 heures, où elle se réunira en séance de travail. Merci,
tout le monde.
(Fin de la séance à 19 h 11)