Journal des débats (Hansard) of the Committee on Labour and the Economy
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Thursday, October 10, 2024
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Vol. 47 N° 71
Special consultations and public hearings on Bill 71, An Act to improve support for persons and to simplify the social assistance regime
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Intervenants par tranches d'heure
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D'Amours, Sylvie
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Rouleau, Chantal
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Prass, Elisabeth
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Prass, Elisabeth
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D'Amours, Sylvie
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Labrie, Christine
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Paradis, Pascal
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Rouleau, Chantal
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Rouleau, Chantal
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D'Amours, Sylvie
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McGraw, Désirée
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Cadet, Madwa-Nika
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Labrie, Christine
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Paradis, Pascal
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D'Amours, Sylvie
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Rouleau, Chantal
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Prass, Elisabeth
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Prass, Elisabeth
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D'Amours, Sylvie
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Labrie, Christine
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Paradis, Pascal
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Rouleau, Chantal
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Rouleau, Chantal
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D'Amours, Sylvie
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McGraw, Désirée
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Labrie, Christine
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Paradis, Pascal
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D'Amours, Sylvie
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Rouleau, Chantal
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McGraw, Désirée
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McGraw, Désirée
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D'Amours, Sylvie
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Cadet, Madwa-Nika
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Labrie, Christine
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Paradis, Pascal
11 h (version révisée)
(Onze heures trente et une minutes)
La Présidente (Mme D'Amours) : Bonjour,
tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de l'économie et du travail ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je vous
demande, à toutes les personnes dans la salle, de bien vouloir éteindre la
sonnerie de votre appareil... de vos appareils électroniques.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 71, Loi visant à améliorer l'accompagnement des
personnes et à simplifier le régime d'assistance sociale.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Mallette (Huntingdon) est remplacée par Mme Blais
(Abitibi-Ouest); Mme Tremblay (Hull) est remplacée par Mme Poulet
(Laporte); Mme Dufour (Mille-Îles) est remplacée par Mme Prass
(D'Arcy-McGee); Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey) est remplacée par Mme McGraw
(Notre-Dame-de-Grâce); et M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve) est remplacé
par Mme Labrie (Sherbrooke).
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait.
Nous entendrons ce matin les témoins suivants, soit la Fédération des maisons d'hébergement
pour femmes, conjointement avec le Regroupement des maisons pour femmes
victimes de violence conjugale, et ainsi que le Syndicat de la fonction
publique et parapublique du Québec.
Je vous souhaite maintenant la bienvenue,
chers invités... qui est la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes
ainsi que le regroupement des maisons pour femmes. Je vous rappelle que vous
disposez, chères invitées, de 10 minutes pour nous faire part de votre
exposé, ensuite, nous irons avec la période d'échange avec les membres de la
commission. Donc, je vous demande de vous présenter et de commencer votre
exposé, s'il vous plaît.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Oui, bonjour. Julie St-Pierre-Gaudreault, je suis conseillère aux enjeux
politiques à la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes. Mathilde?
Mme Trou (Mathilde) : Oui,
bonjour. Mathilde Trou, je suis coresponsable des dossiers politiques au
Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Bien, d'abord, Mme la présidente de la commission, Mme la ministre, et Mmes
et MM. les députés, merci beaucoup pour votre invitation. On apprécie
grandement que vous nous donniez l'opportunité de représenter la fédération...
11 h 30 (version révisée)
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
...MM. les députés. Merci beaucoup pour votre invitation. On apprécie
grandement que vous nous donniez l'opportunité de représenter la fédération, le
regroupement. Et il y a également <i>l'alliance des maisons de 2e étape
qui a appuyé les revendications par rapport au projet de loi n° 71.
Aujourd'hui, on se veut les porte-parole
des femmes qui sont hébergées dans nos ressources puis qui sont admissibles à
la contrainte temporaire à l'emploi.
En fait, nos principales inquiétudes, là,
par rapport au projet de loi n° 71, bien, ça concerne l'article 25
qui propose des modifications à l'article 53 de la Loi sur l'aide aux
personnes et aux familles. C'est vraiment les impacts genrés que risquent d'avoir
ces modifications-là. Surtout, nous, en ce moment, on porte la voix des femmes
violentées qui sont présentes dans nos ressources, mais il y a également d'autres
groupes, là, qui vivent dans des situations précaires, qui vont être touchés
par cette modification-là.
Côté contextualisation, bien, en fait, il
faut savoir qu'actuellement les femmes hébergées dans nos ressources pourraient
toucher automatiquement la contrainte temporaire pour une durée de trois mois
ou plus. Donc... Donc, voilà, nous, ce qu'on trouvait inquiétant, c'est...
c'est le fait que ça devienne... qu'on doive présenter une déclaration médicale
pour maintenant avoir droit à cette prestation-là.
En fait, je ne sais pas si, justement,
vous savez. Peut-être que oui, peut-être que non, mais je vais le rappeler. En
fait, c'est que dans des situations de violence familiale, sexuelle ou
conjugale, il y a plusieurs stratégies de domination ou de contrôle qui vont
être utilisées par l'agresseur, dont notamment des stratégies de contrôle
coercitif. Ça peut être des stratégies d'exploitation, de manipulation qui sont
répétées et étendues dans le temps, puis ça peut comprendre, justement, de la
microrégulation des finances de la victime, l'appropriation du revenu de la
victime, dont les prestations d'aide sociale, si elles sont bénéficiaires, ou
différentes stratégies pour empêcher la victime d'occuper un emploi, ce qui
pourrait pousser vers le besoin d'aide financière. Ce qui fait en sorte qu'il y
a vraiment plusieurs femmes qui vont se retrouver avec peu de ressources lorsqu'elles
arrivent en maison ou qui sont souvent en situation de précarité financière
importante, même lorsqu'elles fréquentent les services externes.
Juste pour vous donner une idée, en
2023-2024, selon nos chiffres, parmi les femmes qui sont hébergées et
accompagnées par nos maisons d'hébergement, en plus du motif d'hébergement qui
est variable, là, comme on sait, il y a plusieurs formes de violence qui
peuvent s'entrecroiser, bien, il y a 35 % des femmes qui sont hébergées, là,
c'est vraiment les chiffres de la FMHF, qui vont vivre des difficultés
financières en arrivant. Puis ça peut être 29 % des femmes qui sont
suivies en externe. Il y a 50 % d'entre elles qui... qui affirment avoir
vécu de la violence économique. Par rapport aux chiffres du regroupement, ça se
ressemble beaucoup. Et c'est 42 % des 4 100 femmes qui sont
hébergées par les maisons du regroupement qui ont déclaré avoir un revenu
familial de moins de 20 000 $... bien, 20 000 $ ou moins.
Puis, dans les cas spécifiques justement où les femmes sont bénéficiaires d'aide
sociale, ça fait en sorte que la prestation pour contrainte à l'emploi devient
rapidement la seule aide qui est disponible pour ces femmes-là pour arriver à
justement se reconstruire, reprendre du pouvoir dans leur situation et répondre
à leurs besoins de base, même si on s'entend que c'est une prestation de
160 $, ce qui est plus faible.
Mathilde, je vais te laisser poursuivre.
Mme Trou (Mathilde) : Oui,
merci, Julie. Bien, c'est... Julie vient de vous indiquer pourquoi il est
primordial, en fait, que les femmes victimes de violence conjugale continuent
de bénéficier de cette aide supplémentaire à leurs prestations de base. Mais,
pour que ce soit véritablement efficace, il faut aussi que l'obtention de cette
aide soit simple. Parce qu'il ne faut pas oublier que, quand une femme victime
de violence conjugale arrive dans nos maisons, c'est souvent après un épisode
de violence qui a pu être particulièrement important, que ce soit envers elle
ou envers leurs enfants. Et leur rajouter une étape supplémentaire, qui est aller...
d'aller chercher un rapport médical pour toucher cette aide-là, ce n'est ni
aidant ni soutenant, en fait, pour leur... dans leur reprise de pouvoir, puis
ça vient juste augmenter leur charge émotionnelle et mentale, une charge qui
est déjà vraiment importante pour les... sur les épaules des victimes.
Un autre élément qui a été abordé aussi
par d'autres groupes, c'est que quand... C'est vraiment un fardeau
supplémentaire pour les personnes vulnérables de devoir aller répéter encore
une fois leur histoire à un professionnel qu'elles n'ont peut-être jamais vu
avant. Là, on parle vraiment d'histoires de violence physique, de violence
psychologique, mais souvent aussi de violence sexuelle. Donc, on peut
comprendre que ça peut créer des... recréer des traumatismes, hein, à chaque
fois qu'une personne doit aller de nouveau raconter son histoire.
Et, selon nous, c'est... c'est vraiment
une mesure qui vient en contradiction, en fait, avec le rapport Rebâtir la
confiance, donc ses 190 recommandations, là, qui sont incluses dans ce
rapport pour améliorer le <parcours...
Mme Trou (Mathilde) :
...rapport
pour améliorer le >parcours judiciaire des femmes victimes de violence
conjugale et de violence sexuelle, des personnes victimes de violence conjugale
et de violence sexuelle. Alors là, c'est sûr qu'on n'est pas dans le processus
judiciaire, mais l'idée, c'est, de ce... de ces 190 recommandations... c'est
de simplifier le parcours et de soutenir ces personnes. Et là on pense que
c'est vraiment une mesure qui va à l'encontre, justement, de l'esprit de ce
rapport et d'autres mesures aussi qui ont été mises en place par la CAQ dans
les dernières années pour venir soutenir et simplifier le parcours des victimes
de violence conjugale.
Et enfin un autre... un autre élément,
c'est que pour ces femmes qui vont devoir aller chercher un rapport médical,
elles peuvent peut-être mettre un mois ou deux à aller le chercher, parce que,
comme on le disait, c'est une charge supplémentaire. C'est un fardeau
supplémentaire. Puis elles ne vont pas être prêtes, dès le lendemain de leur
arrivée en maison, à faire cette démarche-là. Donc, ça peut aussi venir, du
coup, augmenter leur séjour en maison d'aide et d'hébergement, le temps
qu'elles aient accès à cette aide supplémentaire. Parce qu'on le rappelle,
hein, 160 $, pour elles, c'est vraiment une aide importante. Donc, ça peut
venir aussi contribuer à allonger leur délai de séjour dans les maisons d'aide
et d'hébergement dans une période où les maisons débordent et les maisons sont
déjà pleines.
Un argument qui a aussi été évoqué par
d'autres groupes, mais qu'on... qu'on porte également, c'est qu'il y a des
problèmes... d'accessibilité aux professionnels de la santé ou des services
sociaux. Je sais, Mme la ministre, vous avez indiqué que ça peut être des
professionnels qui pourraient être hors du réseau, mais ça nous crée aussi des
inquiétudes, parce que, dans nos maisons d'aide et d'hébergement, dans d'autres...
organismes communautaires, on... nos intervenantes des maisons ne sont pas
forcément membres d'un ordre professionnel puisque ce n'est pas une exigence
d'embauche. Nous, on fait vraiment du par et du pour les femmes, et ça fait
qu'il n'y a pas... d'attente d'avoir des intervenantes qui sont membres d'un
ordre. Donc, ça, ce n'est pas toutes nos maisons qui pourront, par exemple,
fournir un rapport médical puisqu'elles ne sont pas toutes membres... toutes
membres d'un ordre.
Et enfin, ce qui nous inquiète, c'est que
si ces femmes doivent aller voir d'autres professionnels, d'autres intervenants,
on sait qu'il y a encore des lacunes au niveau de la formation et au niveau des
connaissances en violence conjugale et au niveau du contrôle coercitif,
notamment des manifestations qui sont plus subtiles de violence conjugale, mais
qui ont un impact tout aussi important que de la violence physique sur la santé
physique et la santé mentale des femmes. Et on craint vraiment qu'une femme
puisse aller voir un professionnel, et que ce ne soit pas nécessairement
reconnu, ce qu'elles ont vécu, comme une contrainte à l'emploi. Donc, pour
nous, il y a aussi un risque par rapport à ça.
• (11 h 40) •
Et enfin, je conclurai là-dessus, au
niveau des enjeux de sécurité, si madame, par exemple, veut aller voir son
médecin de famille, peut-être que monsieur a le même médecin de famille. Puis
on le voit que ça peut être des stratégies des conjoints violents, de vouloir
aller influencer le diagnostic, d'aller voir le médecin et d'indiquer que non, madame
n'a jamais vécu de violence, que madame, en ce moment, ne va pas bien, qu'elle
est dépressive, qu'elle est folle. Ça, c'est des choses qu'on voit déjà sur le terrain.
Donc, ça aussi, ça peut nous inquiéter à... par rapport à cette... à cette
question-là.
Julie, je te redonne la parole.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Oui. Puis...
La Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce
que vous avez terminé votre exposé?
Mme Trou (Mathilde) : Non,
non.
La Présidente (Mme D'Amours) : Ah!
pardon.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Il restait un mini point si on a toujours le temps.
La Présidente (Mme D'Amours) : Il
vous reste 1 min 30 s.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Parfait. Je vais faire ça vite. En fait, c'était vraiment pour y aller
directement avec notre recommandation. Nous, on souhaite reconnaître
l'expertise des intervenantes en maison, comme Mathilde l'a mentionné. C'est
elles qui connaissent les dossiers des femmes, c'est elles qui connaissent leur
trajectoire de vie et ont l'expertise pour reconnaître certains enjeux ou
impacts psychologiques de la violence sous toutes ses formes. Puis c'est pour
ça qu'on recommanderait une modification, un amendement à l'article 53, où
ces travailleuses-là pourraient fournir l'attestation qui prouverait l'état
physique ou mental qui empêche la femme de retourner ou de rechercher un
emploi. Puis c'est quelque chose qui existe déjà dans le cas de la résiliation
de bail, qui est déjà inscrit dans le Code civil<i>, donc on s'est appuyées
sur cette... sur ce droit-là pour proposer notre recommandation, donc.
Puis, en tout cas, s'il me reste un mini
10 secondes, j'irais aussi avec le fait qu'on... qu'on appuie aussi les
revendications des autres groupes communautaires par rapport à l'impact de
cette modification-là sur différents groupes vulnérables, dont les femmes
monoparentales à la tête des familles, les femmes qui ont des enfants de moins
de cinq ans et les femmes de 58 ans et plus.
La Présidente (Mme D'Amours) : Vous
êtes dans votre temps, chères... chères invitées, toutes les deux. Merci
beaucoup pour votre exposé. Maintenant, nous commençons la période d'échange
avec la ministre. La parole est à vous.
Mme Rouleau : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Et merci beaucoup, Mme St-Pierre-Gaudreault et
Mme Trou, de participer à ces travaux très importants de modernisation du
régime d'aide sociale. Merci d'avoir accepté d'être avec nous ce matin.
Et d'emblée je veux vous rassurer sur une
chose. C'est qu'il n'est pas question, dans cette... dans la mise en place de
ce... de cette modernisation, de... En fait, je <vais...
Mme Rouleau :
...de
ce... de cette modernisation, de... En fait, je >vais vous expliquer
plus simplement. Les femmes, aujourd'hui, elles ont une contrainte d'emploi de
trois mois, et ce n'est pas trois mois et plus, c'est trois mois, contrainte
d'emploi. Et, en hébergement, elles ont un 100 $ de plus. Alors, ce qui...
ce que nous faisons, ce que nous proposons, c'est d'avoir... Bon, il y a
évidemment il y a la contrainte emploi qui va être... qui va être... qui va
devenir une contrainte santé, mais il y a des prestations spéciales. Et, pour
les femmes qui sont victimes de violence conjugale qui vont en hébergement, il
y a cette prestation spéciale qui sera de... en fait, combinée, le 161 $
plus le 100 $, une prestation, une seule demande qui sera confirmée par
l'intervenante qui est dans cette maison d'hébergement. Donc, on réduit, on
simplifie le... le processus, comme vous le souhaitez. Il n'y a pas, il n'y a
pas de billet du médecin qui est demandé pour confirmer l'état de la personne.
Il n'a... Ça n'a jamais été... Il n'a jamais été question de ça et il n'est pas
question de cela du tout. Ceci dit, bien, j'espère que je réponds à une
interrogation, là, que vous avez. Parce que le message doit passer, là. Ce
serait une fausseté de dire qu'il faut un billet du médecin. Ce n'est pas vrai.
Ceci dit, j'aimerais... En fait,
j'aimerais savoir, là, avec l'expérience que vous avez, quelle est l'évolution,
dans les dernières années, du profil des femmes prestataires d'aide sociale qui
doivent... qui sont victimes de violence conjugale et qui vont en hébergement?
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Pour notre part, en fait, on n'a pas nécessairement les chiffres, vu
justement... on trouvait intrusif de demander si les femmes étaient
prestataires d'aide sociale. On a seulement les chiffres que je vous avais
donnés par rapport aux 35 % qui ont des difficultés financières.
Je ne sais pas, Mathilde, toi, si, par
rapport au regroupement, vous aviez... vous aviez ces... ces profils.
Mme Trou (Mathilde) : Non,
c'est ça, nous, on récolte aussi uniquement les chiffres du revenu familial à
l'arrivée des femmes, mais on n'a pas nécessairement d'autres données plus
détaillées. Et notamment aussi, à cause de ce que tu ramenais, Julie, en début
de... à ton début d'audition, où tu... Tu sais, il y a aussi beaucoup la
question de la violence économique. Donc, c'est des femmes qui, avant de se
mettre avec monsieur, peuvent être à l'emploi, avoir un revenu décent, mais à
cause de la violence économique, de l'isolement qu'elles vont vivre, elles vont
finir par se retrouver à la maison. Monsieur va s'accaparer tous leurs revenus.
Et, quand elles arrivent à la maison d'aide et d'hébergement, là, elles vont
faire une demande d'aide sociale parce qu'elles se retrouvent avec plus aucun revenu.
Mais ça ne veut pas dire qu'elles vont rester très longtemps sur l'aide
sociale. Pour certaines femmes, oui, parce qu'on le sait qu'il peut y avoir des
parcours de vie différents, mais c'est des profils qui sont tellement variés
que c'est assez difficile d'avoir un portrait plus précis.
Puis je suis bien contente, Mme la
ministre, que vous reveniez sur les précisions, là, que vous nous avez amenées.
On aurait quand même une... une autre inquiétude, parce qu'on a entendu que,
justement, les modalités de ces prestations pourraient tomber dans le règlement
de la loi. Et, nous, c'est sûr que ça, ça nous inquiète aussi, parce que, là,
quand c'est dans la loi, c'est comme un acquis actuellement pour les femmes,
alors qu'on sait que, si ça tombe dans un règlement, ça peut être plus facile à
modifier. Donc, pour nous, ça viendrait comme un recul, finalement. Et c'est
sûr que ça peut... on peut aussi... on craint aussi que, comme on n'a pas les
modalités aussi de ça, que ça peut créer quand même... des étapes
supplémentaires, d'une manière ou d'une autre, pour les femmes, pour les
maisons. Mais, ce qui nous inquiète le plus, c'est que ça passe dans un
règlement qui peut facilement être modifiable.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Oui. Puis, si je peux ajouter un petit point, c'est aussi le fait que pour
nous, bien, justement, le délai qu'il pourrait y avoir entre l'adoption du
projet de loi et des règlements, bien, là, ça pourrait créer un trou de
services pour les femmes, justement, en ce moment, qui voudraient demander la
prestation.
Puis, en plus de ça, ce serait aussi
important pour nous, bien sûr, qu'il y ait les formes plus larges de violence
qui soient incluses, qui soient reconnues aussi par rapport à l'obtention de
cette prestation-là dans le but de ne pas laisser dans l'ombre certaines
femmes. Donc, oui, puis effectivement, comme Mathilde a mentionné.
Mme Rouleau : OK. Bien, pour
vous rassurer encore une fois, il n'y a pas de trou de service entre ce qui
existe aujourd'hui et l'adoption du projet de loi et le dépôt des règlements.
Il n'y a aucun trou de <service....
Mme Rouleau :
...Il
n'y a aucun trou de >service.
Mais j'aimerais savoir... Bon, en ce
moment, là, ce qu'on... dans la proposition du projet de loi n° 71, c'est,
par exemple, d'abolir la contribution parentale pour les jeunes adultes qui
n'habitent pas chez leurs parents, c'est de favoriser la diplomation, c'est le
prolongement des prestations, pour les femmes, de maternité, là, de cinq à 18 semaines
après l'accouchement, c'est un chèque par personne dans le couple, et dans le
but, ça, de favoriser la femme, là, de faire en sorte qu'elle ait sa propre
autonomie. Comment voyez-vous ces... ces changements apportés au régime? Et
est-ce que vous considérez que ce sont des avancées ou que... Bien, enfin,
considérez-vous que ce sont des avancées?
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Si tu me permets, Mathilde, je peux... je peux commencer pour justement
citer quelques points de l'avis qu'on a déposé.
Mais c'est sûr que par rapport à la mesure
qui est pour faciliter les... les jeunes femmes ou en tout cas les jeunes
personnes à avoir l'aide sociale sans qu'il y ait la prestation de leurs
parents, ça, je trouve que c'est vraiment une avancée. Dans le sens que, bien
que ça touche très peu de personnes au Québec, là, il faut le rappeler, bien...
mais ça permet quand même de briser, si on veut, le lien entre... entre l'enfant
et le parent, surtout si, par exemple, la jeune femme aurait pu vivre des
violences au sein de sa famille. Donc, ça, c'est sûr que, nous, on le voit
comme une avancée.
On voit également quand même...
l'individualisation, pardon, des prestations comme une avancée. Par contre,
c'est sûr qu'on soutient quand même les revendications du Collectif pour un
Québec sans pauvreté, qui mentionne que, bien qu'il y ait une
individualisation, il n'y a pas d'augmentation par rapport à ces prestations-là.
Donc, c'est sûr qu'il faut que l'un aille avec l'autre pour pouvoir... pour donner
aux personnes qui sont dans une situation précaire la chance de se sortir du
cycle de la pauvreté.
Puis peut-être, donc... peut-être,
Mathilde, je te laisserais poursuivre.
• (11 h 50) •
Mme Trou (Mathilde) : Oui. Bien,
tout à fait, tout ce qui vient soutenir les populations vulnérables, on est
bien évidemment contentes de voir de nouvelles mesures ou des mesures
supplémentaires intégrées dans le projet de loi. Mais ça, plus globalement,
c'est sûr que nous, ce qu'on... ce qu'on souhaite, comme d'autres groupes,
c'est d'avoir des prestations sociales qui permettent aux personnes qui en
bénéficient d'avoir un niveau de vie qui soit décent, de pouvoir répondre à
leurs besoins de base. Puis c'est notamment le cas aussi pour les femmes
victimes de violence conjugale. Quand elles arrivent en maison ou quand elles
font appel aux maisons d'aide et d'hébergement et qu'elles sont dans une
situation de précarité financière, pouvoir avoir un revenu qui leur permet de
vivre de manière autonome, de payer leur loyer, de pouvoir payer de la
nourriture pour elles et pour leurs enfants dès qu'elles quittent en fait une
relation de violence, pour nous, c'est vraiment une clé pour que ça brise le
cycle de la violence et pour qu'elles puissent se reconstruire sans avoir de
considérations économiques qui font en sorte que c'est un frein justement à
quitter leur relation violente. Parce que c'est vraiment ce qu'on voit beaucoup
pour un certain nombre de femmes, le fait de ne pas avoir peur de ne pas
trouver un logement, le fait de ne pas avoir peur de subvenir aux besoins de
leurs enfants. Bien, pour certaines, c'est quelque chose qui va... qui va les
empêcher de quitter leur foyer violent.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Puis, si je peux seulement... J'ai pensé à quelque chose en même temps.
Mais, nous, on a trouvé aussi que l'augmentation par rapport aux femmes
enceintes qui étaient jusqu'à la 18e semaine suivant l'accouchement plutôt
que la cinquième, c'est... c'est une très belle avancée. La seule chose qu'on a
trouvée un peu dommage dans... dans cette modification-là, c'est qu'avant, les
sages-femmes pouvaient justement être désignées dans le règlement, puis là ça a
été retiré dans la nouvelle... la nouvelle formulation. Donc, ça aurait été
aussi de remettre l'expertise des sages-femmes dans... dans l'article de loi.
Mme Rouleau : Les
sages-femmes sont toujours... Il n'y a pas... Il n'y a pas de changement à ce
niveau-là.
D'ailleurs, j'aimerais vous entendre sur
la reconnaissance des professionnels de la santé dans les diagnostics. Étant
donné qu'on passe de contrainte à l'emploi, qui vise à déterminer la capacité
d'une personne à travailler, on change en contrainte santé, qui est axée sur la
personne, sur son état, et on fait intervenir la dimension de santé mentale et
d'enjeux psychosociaux, et on reconnaît les... en fait, on reconnaît les... des
professionnels de la santé, là, pas seulement que le médecin, qui pourront faire
les diagnostics, qu'est-ce que vous pensez de cette... de cette proposition du
projet de <loi?...
Mme Rouleau :
...de
>loi?
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Pour nous, c'est sûr qu'il y a... il y a un enjeu ici. Dans le sens que
c'est pour ça aussi qu'on recommandait à ce que les travailleuses à la maison
puissent le faire, c'est qu'il n'y a pas nécessairement de formation qui va
être offerte à tous les médecins ou tous les professionnels de la santé et des
services sociaux par rapport à le diagnostic d'une situation de violence ou
d'impact de la violence psychologique chez la femme. Il n'y a pas non plus
nécessairement des formations obligatoires par rapport à la sensibilisation au
contrôle coercitif. Puis on sait que ça peut avoir des impacts, justement, sur...
sur la femme et sa possibilité à retourner rapidement sur le marché de l'emploi
après avoir quitté un foyer violent. Donc, c'est sûr que nous, pour ça, il y
aurait une problématique avec... avec ça.
Mme Rouleau : Mais, considérant
que la femme victime de violence conjugale qui va dans un refuge, là, va dans
un hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, lorsqu'elle...
lorsqu'elle est à l'aide de dernier recours, va avoir cette prestation
spéciale, prestation spéciale qui va être reconnue par l'intervenante qui est
en maison d'hébergement, et prestation spéciale qui va durer aussi longtemps
que la femme va demeurer dans cette maison d'hébergement, ce qui n'est pas le
cas à l'heure actuelle, parce que c'est trois mois, la... la contrainte
d'emploi à l'heure actuelle, et, si elle est là quatre mois, cinq mois, six
mois, ça va se prolonger... Mais alors, ce que vous demandez, c'est que les
intervenantes émettent des diagnostics. Mais déjà, elles vont confirmer la
situation. Est-ce que ça ne répond pas à vos... à vos interrogations? Elles ne
vont pas...
Une voix : En fait, il
faudrait...
Mme Rouleau : Elles ne vont
pas déterminer le diagnostic pour la suite des choses, là, parce que, là, c'est
un autre professionnel de la santé, mais en maison d'hébergement, c'est
l'intervenante qui pourra déterminer et qui pourra confirmer la situation.
Mme Trou (Mathilde) : Mais,
si c'est... si c'est juste... Bien, si c'est une intervenante qui n'est pas
reliée à un ordre professionnel mais, juste le fait qu'elle travaille en maison,
puisse faire cette attestation, c'est sûr que nous, ça nous conviendrait,
puisque, comme on... comme on le disait, dans... dans les maisons d'aide et
d'hébergement, il y a peu de travailleuses qui sont membres d'un ordre
professionnel. Donc, il ne faudrait pas que cette attestation soit reliée à la
signature d'une intervenante membre d'un ordre professionnel. Ça, c'est sûr que
ce serait une exigence, pour... pour nous, pour simplifier la procédure.
Après, c'est sûr que... ce qui nous
inquiète, c'est que si la femme, une fois sortie de la maison d'aide et
d'hébergement, doit aller chercher un diagnostic auprès d'un professionnel de
la santé, bien, là, ça revient un peu à toutes nos craintes qu'on... qu'on indiquait
dans notre... dans notre présentation.
Mme Rouleau : Alors, en
maison d'hébergement, ça ne change pas. C'est la personne qui est là, là, ce
que... le fonctionnement actuel qui va se poursuivre. Il n'y a pas de
changement.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Oui. Bien, en fait, si c'est ça, ça fonctionnerait. Mais je pense que
l'argument central sur lequel il faut retourner, c'est plus le fait que toutes...
toutes ces caractéristiques-là vont être incluses dans le règlement. On n'a pas
nécessairement l'information par rapport à ce qui va réellement être inclus
dans le règlement. Puis c'est pour ça qu'on...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je suis désolée, je dois vous interrompre, c'est tout le temps que
nous avions avec la partie gouvernementale. Maintenant... Maintenant, je cède
la parole à la députée de D'Arcy-McGee.
Mme Prass : Merci, Mme la
Présidente. Merci de votre exposé ce matin. Je pense que ce qu'on entend de
votre part, puis en lisant le projet de loi, c'est qu'il y a un désavantage pour
plusieurs groupes de femmes avec ce qui est proposé aujourd'hui, des effets
négatifs qui vont faire en sorte que les femmes vont être indûment pénalisées,
si on veut, car on referme davantage les obstacles rendant l'accès. Et
justement, comme vous avez mentionné, vous le mentionnez dans votre mémoire, il
y a plusieurs catégories de femmes qui vont être touchées : il y a les
femmes victimes de violence conjugale qui sont dans les hébergements, mais il y
a les mamans monoparentales, il y a également les mères qui sont enfants d'un
enfant handicapé, tous ces différents groupes là qui représentent des
populations vulnérables, évidemment, en raison de leur précarité financière.
Donc, je voudrais vous entendre, de façon plus générale, comment vous voyez les
effets négatifs spécifiquement sur les femmes dans les différentes mesures qui
sont proposées dans ce projet de loi.
Mme Trou (Mathilde) : Bien,
comme... comme vous l'avez très bien indiqué, c'est différents groupes qui sont
parmi les plus vulnérables dans notre société. Et là, venir couper une
prestation <ou...
Mme Trou (Mathilde) :
...Et
là, venir couper une prestation >ou l'inclure, si elle est incluse dans
le règlement, on revient vraiment à ce qu'on a dit. C'est que, là, on passe de
quelque chose qui est acquis à un règlement qui est un peut-être et qui peut se
modifier surtout beaucoup plus facilement. Puis, pour certaines catégories des
populations les plus vulnérables, c'est en grande majorité des femmes. Donc là,
on vient encore mettre un fardeau supplémentaire ou peut-être appauvrir un
certain nombre de femmes, parce que, pour une raison ou pour une autre, elles
ne rentreraient plus dans... dans ces catégories ou ces catégories seraient...
seraient abolies.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Ça fait que... Puis si... Juste pour vous donner un chiffre que j'imagine
peut-être le collectif a... a déjà mentionné, mais, tu sais, pour les femmes monoparentales
qui sont bénéficiaires de l'assistance sociale, c'est à peu près 89,1 %
des familles monoparentales qui ont une femme comme cheffe, donc on... on sait
que ça va... ça va impacter vraiment disproportionnellement les femmes de
manière disproportionnée. Puis pareil aussi pour les enfants... les femmes qui
ont des... en leur charge un enfant de moins de cinq ans, qui représentent un
petit peu plus que 30 %. Donc, c'est vraiment... c'est vraiment... ça va
avoir des impacts genrés.
• (12 heures) •
Mme Prass : Oui. Puis je
rappellerais dans les propos de la ministre qu'elle a parlé d'un règlement pour
l'allocation pour les femmes victimes de violence conjugale, mais pas pour les mères
monoparentales et pas pour les parents d'enfants handicapés. Donc, il y a
encore énormément de femmes qui vont se retrouver sans cette aide essentielle,
parfois pour leur survie et la survie de leur famille.
Et, dans le même sens que vous avez mentionné
la question du règlement, ma collègue de Notre-Dame-de-Grâce, hier, a déposé
une demande pour demander à la ministre de... plutôt que de passer certains
éléments dans un règlement... Comme vous avez dit, on ne sera pas consultés.
Nous, on nous demande de voter sur un projet de loi. Et, quand on nous demande
de voter sur un règlement puis on ne sait pas ce qu'il va... ce qu'il va
comprendre parce qu'il va être élaboré du côté du gouvernement, bien, ça nous
inquiète énormément. Donc, comme vous l'avez mentionné, peut-être juste...
réitérer l'importance pour les femmes victimes de violence conjugale qui se
retrouvent dans les hébergements, pour que ceux qui les aident... les
organismes comme les vôtres, mais les femmes elles-mêmes, qu'elles... qu'il n'y
ait pas de questionnement que cet argent va leur revenir, donc qu'il soit
clairement établi dans le projet de loi, et non dans un règlement.
Mme Trou (Mathilde) : Oui,
tout à fait. Puis c'est... c'est sûr que, tu sais, si on... Même si, dans le
règlement, il est indiqué que quand les femmes arrivent en maison, elles vont
pouvoir recevoir leurs prestations spéciales supplémentaires grâce à une
attestation d'une maison d'aide et d'hébergement... enfin, même si les durées
de séjour augmentent dans... malheureusement, dans les maisons d'aide et
d'hébergement, les femmes vont rester peut-être entre un jour et trois mois, et
plus pour certains cas qui sont un peu plus complexes. Mais, si une femme, au
bout de deux, trois mois, part de la maison d'aide et d'hébergement, elle va...
Il y en a beaucoup qui ne seront toujours pas capables de retourner travailler
à cause de toutes les conséquences de violences qu'elles ont vécues. Puis là,
on revient à l'obstacle supplémentaire qui va être pour elles d'aller chercher
un rapport médical auprès d'un professionnel de la santé. Donc, oui, on nous
garantit ça pour le durée... la durée d'hébergement, mais ensuite, ça reste
toujours un obstacle qui vient vraiment... qui peut vraiment être décourageant
pour les femmes.
Mme Prass : Eh bien, comme
vous le dites, tout le changement de «contrainte à l'emploi» vers «contrainte à
la santé», bien, on va vraiment limiter le nombre de personnes qui vont avoir
accès à ces prestations-là. Parce que présentement, avec «contrainte à
l'emploi», bien, il y a plusieurs circonstances, considérations qui sont
prises, tandis que, comme vous le mentionnez, avec une contrainte à la santé,
on vient vraiment cibler que ce soit... il faut que ce soit un enjeu de santé
mentale ou un enjeu physique qui peut être diagnostiqué. Il y a tellement de
situations justement où c'est des circonstances plutôt que des états de santé,
donc, encore une fois, les femmes davantage qui vont se retrouver limitées par
rapport à les groupes qui pourront avoir accès à cette prestation.
Mme Trou (Mathilde) : Vas-y,
Julie.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Oui. Bien, en fait, c'est ça. Puis moi aussi, ce que... ce que je peux
rappeler, c'est qu'en plus de... de représenter une charge supplémentaire sur
le dos des femmes ou des personnes les plus vulnérables de notre société, bien,
c'est aussi que ça vient engorger encore plus le système de santé. Puis, pour
nous, c'est une contradiction avec le projet de loi n° 68, qui est
actuellement déposé, qui vise à désengorger le système de santé. Donc, ce
serait... ce serait logique, dans notre... en tout cas dans... pour nous, qu'il
y ait des mesures qui soient mises en place pour... pour désengorger le système
de santé, donc qu'il y ait des mesures où les femmes n'auraient pas
nécessairement... ou n'importe quel autre groupe visé par le projet de loi
n° 71 n'aurait pas à avoir une déclaration médicale.
Mme Prass : Et en espérant que
la ministre sera ouverte à...
12 h (version révisée)
Mme Prass : ...et en espérant
que la ministre sera ouverte à revenir vers les contraintes à l'emploi, plutôt
qu'à la santé, quand on parle d'accompagnement, parce que c'est un élément du
projet de loi.
Est-ce que vous pensez que ceux qui font
de l'accompagnement devraient recevoir... bien, disons, ceux qui vont faire de
l'accompagnement avec des femmes qui ont été victimes de violence conjugale
devraient recevoir une formation pour bien comprendre les réalités de ces
femmes-là, pour bien les orienter, les intégrer quand va venir le temps de l'emploi?
Parce qu'il y a certaines contraintes qu'il faut prendre en considération. Et
pensez-vous donc qu'une formation particulière à cette réalité-là devrait être
offerte à ceux qui vont faire de l'accompagnement?
Mme Trou (Mathilde) : Oui,
tout à fait. C'est vraiment une de nos inquiétudes aussi. Nous, de l'accompagnement,
nos différentes maisons en font déjà quand elles reçoivent des demandes de
formation. Elles vont former un certain nombre d'acteurs dans leur région,
justement, aux impacts de la violence conjugale, du contrôle coercitif, mais
elles ne peuvent pas répondre actuellement à toutes les demandes qu'elles
reçoivent. Donc, c'est sûr qu'il faudrait que ça vienne aussi avec plus de
financement des groupes communautaires, parce qu'on le sait que c'est compliqué
en ce moment.
Puis je vous dirai que c'est très
important, cette question de l'accompagnement, parce que, là, on le voit, dans
les dernières années, par exemple, il y a toute une expertise qui a été
développée par rapport aux traumatismes crâniens que les femmes peuvent vivre
quand elles vivent des épisodes de violence. Et ça, une femme qui a... par
rapport à l'étranglement, qui peut créer des traumatismes crâniens, ce n'est
pas des symptômes, ce n'est pas des manifestations qui sont visibles toujours
très clairement puis comprises par les professionnels de santé. La femme va
paraître... elle peut hésiter sur les mots, elle peut paraître un petit peu
perdue, un peu confuse, mais il y a sûrement des professionnels de santé qui
vont dire : Bien, tu sais, oui, madame peut présenter certains signes,
mais elle n'est, pour autant, pas inapte à l'emploi. Alors que, finalement,
quand une femme va se rendre à l'hôpital, qu'il y a des tests qui vont être faits,
bien là on va se rendre compte de tout l'impact de la violence qu'elle a vécue
et puis là il y a un diagnostic qui va faire en sorte qu'elle est inapte à
aller travailler pour...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup, merci. Je suis désolée, c'est tout le temps que nous avions. Je cède
maintenant la parole à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. Je comprends votre préoccupation par rapport au fait que ce soit
inscrit dans la loi par rapport à l'article 53, même si vous voyez les
règlements d'avance puis qu'ils vous rassuraient. En fait, c'est la précarité d'un
règlement versus la loi qui vous inquiète.
Vous nous proposez une formulation d'amendement
à l'article 53. Dans cette rédaction-là, vous n'utilisez pas le mot
«hébergement». J'imagine qu'il y a une raison pour ça. Est-ce que c'est parce
que toutes les femmes qui sont dans une situation où elles auraient besoin de
ce soutien-là ne sont pas nécessairement hébergées dans vos services?
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Exactement. Bien, en fait, c'était vraiment pour pouvoir ouvrir la porte
aussi au fait que, bien, les contraintes à l'emploi vont perdurer dans le
temps, et ça va peut-être... ça ne va pas arrêter nécessairement après x temps.
Donc, c'est sûr que si ces attestations-là pouvaient être utilisées pour un
posthébergement, bien, ça permettrait d'offrir le soutien nécessaire pour les
femmes. Puis c'est aussi pour ça, dans le fond, qu'on... c'est pour laisser le
moins de... le moins possible les femmes dans l'ombre, en fait, qu'on avait
rédigé de cette manière-là puis c'est aussi pour ça qu'on avait inclus
plusieurs formes de violence aussi, dont sexuelle, familiale et y compris
conjugale.
Mme Labrie : Est-ce que...
Mme Trou (Mathilde) : Oui,
puis, si je peux...
Mme Labrie : Ah! allez-y.
Mme Trou (Mathilde) : Oui, juste
rapidement. Aussi, Julie parlait de posthébergement, mais là, avec les... c'est
ça, les maisons qui ont des taux d'occupation très, très importants, il y a des
femmes qui vont... et puis il y a des femmes aussi qui vont préférer passer en
services externes, c'est-à-dire obtenir de l'accompagnement de nos
intervenantes de maison, mais sans hébergement. Mais ce n'est pas parce qu'une
femme va pouvoir aller se loger chez des amis ou chez sa famille et non en
maison d'aide et d'hébergement, qu'elle n'aura pas besoin de ces prestations
supplémentaires pour vivre de manière décente.
Mme Labrie : Donc, la
distinction est importante, là, qu'on ne fasse pas juste référence à l'hébergement,
mais bien à la situation de violence que la personne a vécue. Par curiosité,
avec les modalités actuelles, donc, une femme qui est rendue en maison de deuxième
étape, est-ce qu'elle est... est-ce qu'elle est couverte ou non?
Mme Trou (Mathilde) : Ça, je
vous dirai qu'on pourrait aller vérifier avec nos collègues de l'alliance des
maisons de 2e étape.
Mme Labrie : OK. Parce que la
ministre semblait laisser entendre que ce serait similaire à ce qui existe
actuellement, là, comme... comme soutien offert, puis je cherche à savoir si ça
couvre assez loin, en fait, dans le parcours.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Bien, c'est sûr qu'actuellement... si je me rappelle bien, c'est ça, c'est...
la prestation pour contrainte temporaire en emploi était disponible pour trois
mois. Donc, c'est pour ça que ça s'appliquait beaucoup plus aux situations qu'on
appelle d'urgence ou en tout cas, qui sont par rapport aux services de première
étape. Donc, c'est sûr qu'en élargissant aux services externes, situation de posthébergement
ou hébergement de deuxième étape, bien là, c'est vrai qu'on <vient...
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
...posthébergement ou hébergement de
deuxième étape, bien là, c'est vrai qu'on >vient couvrir un bon
continuum de services là.
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
avions... Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup
d'être avec nous. C'était très important pour nous de vous entendre, d'entendre
vos voix aujourd'hui parce que vous nous rappelez, notamment, que les femmes
victimes de violence sont souvent victimes de diverses formes de violence, dont
la violence économique, qu'elles vivent dans la précarité économique. Vous nous
rappelez que 42 % des femmes hébergées, en 2023-2024, ont déclaré un
revenu familial de 20 000 $ ou moins. Vous dites donc : S'il y a
des mesures régressives dans le projet de loi n° 71, ça va affecter
particulièrement les femmes.
Vous nous dites que la modification
régressive la plus dévastatrice — c'est votre adjectif — c'est
celle proposée à l'article 53, et, notamment, l'abolition des contraintes
temporaires à l'emploi, qui viserait les femmes en hébergement après qu'elles
aient été victimes de violence. La ministre vous dit aujourd'hui qu'il va y
avoir des ajustements à la prestation, avec une nouvelle prestation d'un niveau
financier équivalent, puis ça, ça va être par l'entremise d'un règlement qu'on
ne connaît pas, qu'on n'a pas vu. Est-ce que vous êtes rassurées?
Mme Trou (Mathilde) : Non.
Non, bien...
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Non...
Mme Trou (Mathilde) : Bien, la
réponse courte est non.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Bien, c'est un flou, en fait, là. Puis, je veux dire, bien... D'accord, si
c'est inclus, ça peut être inclus, puis ce serait... ce serait l'idéal, mais
dans le sens que ce n'est pas... ça ne va pas avoir les mêmes répercussions que
l'automatisme de la loi, ce sera... Puis, en ce moment, ce qui est inquiétant,
c'est que c'était inclus, donc c'est... Nous, on voit ça comme une régression,
là.
M. Paradis : Vous dites aussi
que le projet de loi risque d'augmenter ou d'ajouter des barrières à la
reconnaissance, par les femmes, des contraintes qu'elles vivent de manière
factuelle. La ministre vous dit : Non, non, non, il n'y aura pas tant de
changements que ça, puis, là-dessus, il n'y a pas de nouvelles barrières.
Êtes-vous rassurées?
Mme Trou (Mathilde) : Bien, c'est...
c'est ça, c'est que, si l'attestation peut être fournie par une intervenante
d'une maison d'aide et d'hébergement, le temps que la femme est hébergée ou
accompagnée, en effet, ça ne créera pas d'obstacle supplémentaire. Mais, encore
une fois, une femme...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je suis désolée, c'est tout le temps que nous avions. Je vous
remercie, mesdames, pour votre contribution à nos travaux à la commission.
Je suspends les travaux quelques instants
afin de permettre aux prochains invités de prendre place.
(Suspension de la séance à 12 h 10)
(Reprise à 12 h 12)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, s'il vous plaît. Je souhaite maintenant la bienvenue au Syndicat
de la fonction publique et parapublique du Québec. Je vous rappelle, chers
invités, que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous
invite donc à vous présenter et à nous donner votre exposé, s'il vous plaît.
M. Daigle (Christian) :Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, je me présente,
Christian Daigle, président général du Syndicat de la fonction publique et
parapublique du Québec. À ma gauche, M. Michel Girard, deuxième vice-président
de l'exécutif national, et, à ma <droite...
M. Daigle (Christian) :
...M. Michel Girard, deuxième vice-président de l'exécutif
national, et, à ma >droite, M. Isaïe Dubois-Sénéchal, conseiller à la
recherche aux services du SFPQ. Alors, Mme la Présidente, monsieur... Mme la
ministre, Mmes et MM. les députés, nous vous remercions de cette invitation.
Le Syndicat de la fonction publique et
parapublique du Québec est un syndicat qui regroupe environ 44 000 membres,
répartis dans 40 accréditations syndicales, dont plus de 5 000 travailleuses
et travailleurs du ministère de l'Emploi et de la Solidarité. Parmi ces
personnes, on compte, entre autres, près de 2 600 agentes et agents
d'aide socioéconomique, qui interviennent, notamment, en matière d'aide
financière et d'aide à l'emploi.
L'annonce du dépôt d'un projet de loi
réformant le régime d'assistance sociale, dès avril 2023, avait généré de
nombreuses attentes. Il était, effectivement, grand temps de dépoussiérer la
Loi sur l'aide aux personnes et aux familles pour que celle-ci permette de
véritablement lutter contre la pauvreté. Force est de constater qu'avec le
projet de loi n° 71 la grande majorité de ces attentes n'ont pas été rencontrées.
Il est manifeste que ce projet de loi ne s'attaque pas aux trois enjeux que
nous jugeons les plus urgents, soit la lutte à la pauvreté, l'accompagnement
vers l'emploi et la dématérialisation des services au ministère.
En matière de lutte à la pauvreté, le
projet de loi en fait bien peu. La prestation de base est trop faible pour
permettre une réelle sortie de la pauvreté, et ça, nos membres sont à même de
le constater quotidiennement. Nous nous expliquons mal que les prestations
accordées en vertu de la Loi sur l'aide sociale de 1969 étaient de 217 $
par mois, soit 1 776 $ en dollars d'aujourd'hui, alors que la
prestation de base actuelle est de 807 $ par mois, bien en deçà du
nécessaire pour combler les besoins essentiels et de base. À cela s'ajoute la
question des pièges de pauvreté. La loi ne modifie pas un assez grand nombre de
mécanismes qui participent au maintien des prestataires dans la pauvreté, et je
parle ici des revenus de travail permis, qui sont trop faibles, du trop sévère
plafond des avoirs personnels, forçant leur dilapidation, ou de l'obligation de
retirer sa Régie des rentes du Québec dès l'âge de 60 ans.
De plus, nous nous expliquons mal le
remplacement des contraintes à l'emploi par les contraintes de santé. S'il est
vrai que le régime actuel ne reconnaît pas suffisamment les contraintes à
l'emploi issues d'enjeux de santé, il est périlleux de prétendre que c'est par
l'emploi qu'on sort de la pauvreté tout en refusant de reconnaître qu'une femme
victime de violence conjugale en maison d'hébergement ou qu'une personne ayant
une personne handicapée à sa charge n'aient pas aussi d'importantes contraintes
en matière d'employabilité. Les agentes et agents d'aide à l'emploi le
constatent chaque jour, les barrières à l'emploi dépassent les simples enjeux
de santé.
La réforme va donc dans le sens inverse de
la lutte à la pauvreté et perpétue la précarisation des milliers de personnes
vulnérables. Nous recommandons donc que le projet de loi prévoie des mesures
afin d'assumer que le montant de prestations d'aide de dernier recours permette
de vivre dignement. Nous recommandons également l'élimination de toute
situation menant à un piège de pauvreté. Il est également de notre opinion que
la ministre doit abolir les catégories à l'aide sociale.
Pour l'aide à l'emploi, comme je le
mentionnais tout à l'heure, les agentes et agents du MESS jouent généralement,
à l'égard de l'aide sociale, l'un des deux rôles suivants, soit l'aide à
l'emploi ou l'aide financière. Le projet de loi échoue à prendre en compte les
réalités complexes de l'intervention nécessaire pour favoriser l'insertion et
la réinsertion en emploi. Prenons d'abord le programme Objectif emploi, qui
impose des pénalités aux prestataires ne respectant pas certaines obligations.
Ce programme est dysfonctionnel. Non seulement il stigmatise les bénéficiaires
en difficulté, mais il n'a jamais vraiment prouvé son efficacité. Étendre
Objectif emploi à des prestataires y ayant déjà participé sans succès, comme le
propose l'article 35, est une mesure coercitive, qui s'éloigne des principes
d'accompagnement en fonction des besoins des prestataires. Le SFPQ reconnaît
donc l'abrogation de l'article 35 et la suppression des pénalités financières
liées à ce programme.
La sous-traitance des services d'employabilité
nous préoccupe également. Depuis plusieurs années, le gouvernement externalise ces
services, transférant ainsi des responsabilités vers des organismes
communautaires. Cette tendance avait pour origine le principe de
complémentarité des services. Force est de constater que la ligne de
démarcation entre ces responsabilités du ministère et celles des organismes
communautaires a été brouillée par la gestion néolibérale des dernières
décennies. À cet effet, le projet de loi donne encore davantage de marge de
manœuvre à la ministre pour avoir recours à la sous-traitance. À l'article 14,
on abroge, entre autres, la disposition actuelle selon laquelle une entente
avec un organisme ne peut prévoir l'administration de la prestation par un
organisme ou par un tiers. La sous-traitance entraîne une concurrence malsaine
entre le service public et le secteur communautaire, tout en affaiblissant la
cohérence et la qualité des services offerts des deux côtés. Nous dénonçons
cette déresponsabilisation de l'État et en appelons à un retour des services
d'employabilité au MESS.
Parallèlement, la mise sur pied des
réseaux régionaux représente également, sous sa forme proposée, un danger en
matière d'intégrité des services publics. Nous demandons des clarifications sur
le <rôle...
M. Daigle (Christian) :
...un danger en matière d'intégrité des services
publics. Nous demandons des clarifications sur le >rôle que joueront les
agents d'aide à l'emploi dans ces réseaux et la fonction de gestionnaire de
parcours qui devrait leur être dévolue. Afin d'assurer des services d'employabilité
cohérents, il n'importe pas seulement de favoriser l'interaction entre les
acteurs de l'accompagnement, il faut s'assurer que les prestataires ayant
recours à des plans individualisés puissent avoir accès à une
personne-ressource qui leur est dédiée, qui les aide dans leur prise de
décision, en toute neutralité, qui dispose de la formation nécessaire et qui
offre elle-même des services d'aide à l'emploi. Somme toute, il faut que les
agents d'aide à l'emploi jouent un rôle de gestionnaire de parcours et que les
prestataires bénéficient d'un accompagnement humain et axé sur leurs besoins
spécifiques.
Si nous vous soumettons, dans notre
mémoire, un certain nombre de recommandations en matière d'aide à l'emploi, je
souhaite en souligner quatre dès à présent. Soit, en tout premier lieu, que le
projet de loi affirme de manière claire le fait que les agents d'aide à
l'emploi sont les premiers responsables des mesures d'employabilité
s'apparentant à l'évaluation des besoins, à l'élaboration du plan d'intervention
individualisé, aux suivis, aux liaisons que les ressources externes ou tout
autre organisme... et, enfin, à l'évaluation finale du cheminement. Bref, que
le rôle en tant que gestionnaire de parcours soit inclus.
En deuxième, que l'abrogation de l'article 35
de la Loi sur l'aide aux personnes et aux familles soit revue afin de conserver
le principe selon lequel une entente avec un tiers ne peut prévoir
l'administration de la prestation par celui-ci. Ce principe devrait également
être étendu à l'ensemble des rôles assumés par les agents d'aide à l'emploi,
pour éviter la confusion des rôles entre le milieu communautaire et le service
public.
En troisième, que le projet de loi
clarifie la composition exacte des réseaux régionaux d'accompagnement, et qu'il
établisse que ce sont les agents d'aide à l'emploi qui doivent assurer le rôle
principal en matière de prestation des services d'employabilité, de
coordination des réseaux et de gestion des parcours individuels.
Finalement, que la mise en place des réseaux
ne permette pas de favoriser l'externalisation de l'action ministérielle en
accompagnement des personnes prestataires.
• (12 h 20) •
La dernière grande inquiétude que nous
voulons soulever concerne la dématérialisation des services, notamment à
travers le projet de décloisonnement des dossiers à l'aide sociale. Ce
projet... ce projet entraînera une taylorisation des tâches des agents d'aide
financière, qui ne seront plus responsables de dossiers individuels, mais
effectueront des tâches réparties de manière automatisée. Cette approche
présente plusieurs dangers en matière d'accès aux services publics, de risques
d'erreurs, d'imputabilité de l'action publique et du suivi auprès des
prestataires. La déshumanisation des services d'aide financière s'en retrouve
accrue. Cette transformation de l'aide sociale en chaîne de montage forcera les
agentes et agents à traiter du volume plus rapidement, limitant leur capacité à
prendre connaissance des dossiers, souvent, très complexes. Les prestataires
devront péniblement raconter plusieurs fois leur histoire, parfois,
traumatisante, à des agents différents. Toute notion de suivi personnalisé et
de lien de confiance avec l'administration publique est ainsi mise à mal par ce
projet de loi.
Le décloisonnement ouvre aussi la porte à
des dérives inquiétantes en matière de gestion des dossiers. On craint
d'ailleurs qu'il ne s'agisse d'un premier pas vers la gestion algorithmique de
dossiers à l'aide sociale, ce qui entraînerait des conséquences dévastatrices
sur des personnes déjà très marginalisées. L'article 67 du projet de loi
vient pérenniser cette gestion déshumanisée, en proposant que les décisions rendues
ne soient plus identifiées au nom des agents, mais plutôt au nom de leur unité
administrative. Le SFPQ recommande donc l'abrogation de cet article, mais
également, que le projet de loi intègre les principes selon lesquels les
prestataires doivent avoir un gestionnaire de dossier attitré du côté de l'aide
financière, et qu'ils puissent être en mesure de communiquer avec ce
gestionnaire.
Enfin, tout ce qui a trait au travail des
agents d'aide financière, nous recommandons que le projet de loi précise la
notion d'intention et les modalités de son application en ce qui a trait aux
fausses...
Une voix : Déclarations.
M. Daigle
(Christian) : ...aux fausses déclarations, excusez-moi, afin
d'être assurés que les agents puissent appliquer de manière uniforme la loi.
En conclusion, nous considérons que le
projet de loi n° 71 représente une occasion manquée de réformer en
profondeur le régime d'assistance sociale au Québec. Les changements, quoique
cosmétiques, qu'il propose ne suffiront pas à répondre aux besoins criants des
personnes les plus précaires de notre société ni aux enjeux de déshumanisation
des services publics. Il nous apparaît également nécessaire qu'une réforme
ambitieuse inclue des moyens afin d'assurer une amélioration concrète des
conditions de vie des personnes prestataires ainsi que l'accès à des services
d'accompagnement universels et de qualité. Nous invitons donc la commission à
revoir ce projet en tenant compte de nos recommandations, considérant les
failles majeures de ce projet de loi présent. Nous invitons également la
ministre à organiser des assises sociales de la pauvreté rapidement. Je vous
remercie de votre attention.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la période
d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Bien, je vous
remercie beaucoup, Mme la Présidente, et merci beaucoup, MM. Daigle, Girard et
Dubois-Sénéchal, pour votre présence aujourd'hui et votre participation aux
travaux de cette commission, qui vise à moderniser le régime d'aide sociale, ce
qui n'a pas été <fait...
Mme Rouleau :
...aux
travaux de cette commission, qui vise à moderniser le régime d'aide sociale, ce
qui n'a pas été >fait depuis 20 ans, dans toute sa globalité. Dans
votre mémoire, vous évoquez que les programmes d'assistance sociale comptent
plusieurs pièges à pauvreté et des barrières qui... des barrières à la sortie
de la pauvreté. Est-ce que... est-ce que vous croyez qu'avec des... la notion
d'accompagnement que nous proposons dans ce projet de loi n° 71,
l'accompagnement et inclusion des enjeux psychosociaux et de santé mentale en
allant vers les contraintes emplois... ne pensez-vous pas qu'on pourrait
contribuer à diminuer ces barrières de sortie de la pauvreté?
M. Daigle (Christian) :Dans un premier temps, si on ne faisait qu'ajouter les
contraintes ou les barrières que vous mentionnez, ce serait bien, mais en
enlevant les autres possibilités que les personnes ont déjà de ressources
supplémentaires, on vient enlever des aides, on vient enlever, à ce moment-là,
des possibilités de revenus supplémentaires pour ces personnes-là qui ont des
contraintes à l'emploi, qui sont différentes que des contraintes de santé
seulement. Ça, pour nous, c'est une barrière qui était, avant ça, dans le
projet... qui était dans la loi avant, qui permettait d'avoir une ressource
financière supplémentaire, mais qui ne seront plus dans le prochain... dans la
prochaine loi, selon le projet de loi actuel qui est déposé. Je vais laisser
mon confrère Isaïe poursuivre sur cet aspect.
M. Dubois-Sénéchal (Isaïe-Nicolas) :
Bien, si je peux me permettre également, il y a des éléments, dans le
projet de loi, qui sont... qui sont absents, là. Je prends l'exemple de...
Même, en matière de contrainte de santé, on a des gens qui sont sur l'aide
sociale, en ce moment, qui peuvent avoir des enjeux de santé mentale qui font
en sorte que, bien, d'un jour à l'autre, ça ne va pas de la même manière, hein?
Il peut y avoir des épisodes psychotiques quand on vit de la schizophrénie, il
peut y avoir plein d'éléments qui font en sorte que notre retour en emploi ne
se fait pas de manière linéaire. À partir du moment où est-ce que, par exemple,
on garde des gains d'emploi permis qui sont très bas, on peut, un mois, être
capable de retourner sur le marché de l'emploi, mais... puis, dépassé cette
limite de 200 $ là de gains permis, et, après ça, boum! on se retrouve à
retourner sur l'aide sociale parce qu'on retombe dans un épisode psychotique,
par exemple, ce qui fait en sorte qu'il y a beaucoup de personnes qui vivent
l'aide sociale en ce moment, comme des portes tournantes.
Et donc, oui, il y a une notion
d'accompagnement qui peut être intégrée dans le projet de loi, que nous
saluons. Néanmoins, le fait que l'accompagnement ne soit pas assez intégré, et
le fait que ces trappes à pauvreté, par exemple, qui font en sorte que, si on
dépasse la limite de gains permis, on débarque, et, après ça, on rembarque, et
on débarque, et on rembarque, ça devient un enjeu. Et donc le principe
d'accompagnement, selon nous, doit être élargi après, doit faire un... La loi
doit permettre un petit peu plus de flexibilité pour que les personnes
prestataires qui se retrouvent dans des situations, justement, où... de portes
tournantes potentielles, bien, ne s'y retrouvent pas.
M. Daigle (Christian) :Et c'est pour ça aussi que nous souhaitons que
l'accompagnement soit individualisé au niveau des prestataires d'aide sociale,
et que ce ne soit pas une chaîne de montage, comme le projet de loi le prévoit
présentement, en séparant les différentes fonctions qu'il va y avoir dans les
dossiers.
Mme Rouleau : Compte... Est-ce
que vous voyez une évolution dans le profil des prestataires d'aide sociale,
des gens qui viennent demander l'aide... cette aide de dernier recours? Et
comment voyez-vous un accompagnement adéquat pour qu'ils puissent sortir de... l'idée
n'est pas de rester à l'aide sociale, on s'entend là-dessus, c'est de pouvoir
en sortir... comment voyez-vous cet accompagnement ou comment voyez-vous cette
sortie?
M. Daigle (Christian) :Bien, le premier aspect, c'est d'avoir quelqu'un qui est
dédié au dossier, comme je viens de le mentionner, comme nous avons même fait
mention également dans notre mémoire, donc de ne pas, à ce moment-là,
tayloriser le travail, mais d'avoir vraiment une personne qui, du début jusqu'à
la fin, comme ça se fait présentement... qui va pouvoir accompagner la
personne, qui va pouvoir connaître ses besoins, qui va connaître son histoire
également aussi, qui va connaître les différents épisodes de sa vie pour offrir
la meilleure porte de sortie à cette personne-là, offrir la meilleure option
pour pouvoir, justement, en sortir.
Un autre aspect vient aussi du fait qu'il
faudrait changer les barèmes au niveau des gains à l'emploi, qui sont beaucoup
trop bas, de changer également les barèmes sur les avoirs des personnes, qui,
pour, moi-même, d'avoir travaillé à l'aide sociale, parce que j'étais un agent
d'aide socioéconomique à la base même, permettaient à des gens de ne pas
pouvoir utiliser des biens, ils devaient devoir liquider une automobile,
liquider les avoirs qu'ils avaient avant de pouvoir bénéficier de l'aide
sociale, ce qui est un non-sens si on veut que la personne se réinsère en
emploi, puisse se déplacer, puisse aller occuper un emploi à ce niveau-là. Même
principe également avec la Régie des rentes<i>, qui doit être utilisée à
partir de 60 ans, comme une obligation, et non pas de pouvoir reporter ça
plus tard, pour éviter une précarité tardivement au niveau de quand elle sera
plus âgée.
Mme Rouleau : OK. Dans le
plan de lutte à la pauvreté et à l'exclusion sociale, que j'ai pu déposer en
juin dernier, vous retrouverez, là, que le... on <procède...
Mme Rouleau :
...l'exclusion
sociale, que j'ai pu déposer en juin dernier, vous retrouverez, là, que le...
on >procède... on veut procéder à l'abolition du premier test d'avoirs
liquides, justement. Alors, on répond à une de vos demandes.
Les demandeurs d'asile sont de plus en
plus nombreux dans le régime d'assistance sociale. Est-ce que... est-ce que
cela affecte... ou quel est... quel est le... ou est-ce que cela affecte le
travail des... de nos... de nos agents?
M. Daigle (Christian) :Oui, effectivement, il y a un impact direct sur le travail
de nos agents et de ce qui est amené à travers l'ensemble du ministère, parce
que, souvent, ces gens-là sont concentrés à certains endroits précis. Mais
comme c'est une question que mon confrère a beaucoup élaborée, je vais laisser
Isaïe poursuivre au niveau des explications.
M. Dubois-Sénéchal (Isaïe-Nicolas) :
Oui, c'est ça. Donc, on constate une hausse des demandeurs d'asile, en ce
moment, qui font des demandes à l'aide sociale et on constate que ça provient
également d'un retard, qui nous provient d'Ottawa, en matière de permis de
travail. C'est pour ça que, dans le mémoire, il est, entre autres, proposé au
gouvernement... et non pas en matière de projet de loi, mais il est proposé au
gouvernement que celui-ci, dans une percée nationaliste d'autonomisation des
pouvoirs du Québec, bien, décide de donner des permis de travail à ces
personnes-là, qui, pour beaucoup, sont en mesure de travailler, et qui, pour
plusieurs, parlent déjà le français, ont des compétences, ne peuvent pas les
utiliser, sont pognées à aller à l'aide sociale, alors qu'elles pourraient
travailler.
Donc, c'est pour ça que le mémoire
recommande également au gouvernement, bien, de passer par-dessus ces délais-là
qui nous proviennent d'IRCC, et de ne pas utiliser les demandeurs d'asile comme
pions dans cet... dans cet échange-là entre Ottawa et Québec, et, vraiment, de
faire en sorte que, si ces personnes-là sont en mesure de travailler, bien,
justement, qu'on s'assure que ces personnes-là puissent travailler coûte que
coûte.
• (12 h 30) •
Mme Rouleau : OK, merci. Le
gain de travail. Quelles seraient vos suggestions pour améliorer le gain de
travail des prestataires d'aide sociale?
M. Daigle (Christian) :Bien, on pense que la limite de 200 $ est beaucoup
trop basse de qu'est-ce qui peut être disponible aujourd'hui. Tantôt, mon
confrère en a parlé également, c'est des choses qui peuvent varier. On pense
que, peut-être, une base annuelle pourrait être intéressante, de hausser,
minimalement, le gain mensuel aussi, ou le gain par semaine, par rapport à ça.
Là, ce serait des choses à regarder. Nous aurions aimé pouvoir vous en parler
autrement qu'ici en commission parlementaire, parce que nous avons fait des
demandes pour vous rencontrer à quatre reprises depuis 2022. Malheureusement,
ça n'a pas été possible de pouvoir vous rencontrer. Mais on aurait pu en
discuter, on aurait peut-être pu vous apporter des solutions, justement, sur
ces situations-là, parce qu'on représente plus de 2 600 personnes qui
travaillent au quotidien avec ces gens-là. Ça nous aurait fait plaisir d'aller
plus loin dans la démarche. Parce que, oui, il y a des situations à travailler,
dont le gain à l'emploi. On pense qu'avec le marché du travail d'aujourd'hui il
y a une certaine volatilité au niveau du travail, mais il faut également
regarder les possibilités de gains qu'on a pour chacune des personnes.
Mme Rouleau : Vous n'êtes pas
en faveur d'ouvrir le programme Objectif emploi, et je comprends mal pourquoi.
Pourriez-vous m'expliquer un peu plus?
M. Daigle (Christian) :Sur les détails, je vais laisser Isaïe vous entretenir de
la situation, puis, après ça, je pourrais revenir de manière générale
également.
M. Dubois-Sénéchal (Isaïe-Nicolas) :
Oui, en fait, il faut comprendre qu'Objectif emploi là, quand ça avait été
apporté, déjà, à l'époque, le SFPQ s'était opposé, pour plusieurs raisons.
C'est-à-dire que, premièrement, là, les personnes qui travaillent en ce moment,
là, en aide à l'emploi et en aide financière, ce sont des personnes qui ont un
ethos des services publics, un ethos de l'accompagnement. On considère qu'Objectif
d'emploi... Et il y a des choses positives, comme, par exemple, le supplément,
qui peut arriver. Mais le fait qu'il y ait des coupures sur le chèque d'aide
sociale, sur le chèque de base là, qui est de 807 $, et qui est coupé,
dans la mesure où est-ce qu'on ne participe pas, c'est quelque chose, bien, qui
s'apparente à un système punitif, et c'est quelque chose que nos agents, nos
agentes n'aiment pas faire non plus, parce qu'elles constatent qu'elles mettent
les gens dans le pétrin...
Et il faut comprendre également que ne pas
participer à Objectif emploi, la plupart du temps, ce n'est pas de la paresse,
c'est d'autres éléments. On prend, par exemple, des personnes qui ne se font
pas forcément reconnaître des contraintes, même temporaires, à l'heure
actuelle, parce que c'est difficile de se les faire reconnaître, il faut avoir
accès à un professionnel de la santé, il faut avoir accès à la paperasse. C'est
un processus excessivement complexe. Et donc, dans la mesure où est-ce qu'on a
des coupures sur les prestations parce que, par exemple, on vit des
traumatismes, on n'est pas prêt à revenir en emploi et on ne se fait pas encore
reconnaître la contrainte, parce qu'on est dans un trou, on est dans un désert
de services, on a du mal à être capable de se prévaloir, en fait, des documents
nécessaires pour se faire reconnaître les contraintes et donc ne pas embarquer
sur Objectif emploi, ça a créé une précarisation, ça a crée une pauvreté
supplémentaire.
Et le SFPQ, en ce sens-là, milite pour que
l'aide sociale en soit un... en soit une d'accompagnement, et non de punition, en
faisant la distinction entre les bons pauvres...
12 h 30 (version révisée)
M. Dubois-Sénéchal (Isaïe-Nicolas) :
...milite pour que l'aide sociale en soit un... en soit une d'accompagnement
et non de punition, en faisant la distinction entre les bons pauvres, les
mauvais pauvres, ceux qui travaillent, ceux qui ne travaillent pas, ce qui, à
notre opinion, à partir du moment où est-ce qu'on est rendus à l'aide sociale,
où est-ce qu'on est rendus dans un tel niveau de précarité, ne fait pas sens.
Mme Rouleau : Vous vouliez
poursuivre?
M. Daigle (Christian) :Merci. C'est beau. Je pense qu'il a couvert tous les
domaines.
Mme Rouleau : Je veux vous
préciser que, dans la tournée que j'ai faite à travers le Québec, de nos 17 belles
grandes régions du Québec, je suis allée en milieu urbain, en milieu rural, et,
à chaque fois, je me faisais un point d'honneur, une obligation d'aller... et
un plaisir aussi d'aller rencontrer les... nos employés de nos bureaux de Services
Québec, à passer au moins une heure avec eux pour discuter du plan de lutte, et
du prochain projet de loi, et écouter leurs recommandations puis leurs...
certaines appréhensions qu'ils pouvaient avoir, et je peux vous dire qu'il y a
plusieurs de ces... l'issue, le fruit de ces discussions-là qui se retrouvent
dans le projet de loi. Alors, j'ai voulu être à l'écoute autant de nos employés
du côté gouvernemental que des centaines de personnes que j'ai rencontrées et
organismes qui ont pu me parler, évidemment, de la situation.
Croyez-vous qu'une personne qui est
éloignée du marché du travail, qui... qui fait appel à l'aide de dernier
recours, est capable de s'en sortir? Est-ce qu'avec le projet de loi... mettons
en place les mesures adéquates d'accompagnement pour que ces gens-là puissent s'insérer,
s'intégrer et aborder le marché du travail de manière digne?
M. Daigle (Christian) :À ce niveau...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Daigle (Christian) :30 secondes? Je vais y aller. Donc, à ce moment-là, c'est
sûr que quelqu'un qui est là depuis... qui n'est pas sur le marché du travail
depuis fort longtemps va avoir de la difficulté à bien se réintégrer. Il faut
qu'on l'accompagne. Cet accompagnement-là peut prendre différentes formes. On
parle des réseaux régionaux, mais il faut qu'il y ait quelqu'un du ministère
qui soit avec cette personne-là à chaque étape parce que c'est une étape... c'est
un suivi qui va se faire par étapes, qui va se faire peut-être parfois
cahin-caha à certains niveaux. Il va falloir qu'on bien identifie les besoins
que la personne, elle a, qu'on identifie les pistes de solution pour qu'elle s'en
sorte. Ça peut arriver. Ça peut se faire. C'est pour ça que nos gens, non 2 100 personnes,
travaillent à ce niveau-là aussi.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je suis maintenant prête à céder la parole à la députée de
Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Merci, Mme la
Présidente. Avec votre approbation, j'ai une couple de questions, mais, par la
suite, j'aimerais céder la parole à ma collègue. Alors, je vous demanderais de
garder les réponses courtes pour que... Ma collègue a des questions très
intéressantes.
Alors, en premier lieu, les gains de
travail. Justement, on a déposé, vous le savez peut-être, un projet de loi, 693,
justement, pour s'inspirer de certains éléments du Programme de revenu de base,
qui est très bien reconnu, je pense, et respecté, pour... pour les gains de
travail en matière de solidarité sociale, le calcul cumulatif annuel plus élevé,
pour ne pas pénaliser les gens en pleine pénurie de main-d'oeuvre, mais aussi
crise du coût de la vie. Donc, j'aimerais vous entendre là-dessus,
premièrement. Est-ce que ça aurait une place au sein de cette réforme, selon
vous?
M. Daigle (Christian) :On pense que oui. On peut trouver une place au sein de la
réforme pour avoir justement des mesures qui vont être plus larges pour
justement favoriser ces gains-là à l'emploi, qui vont permettre également aussi
aux personnes d'aller chercher des revenus d'emploi sans être pénalisées sur
les revenus de prestations d'aide sociale, parce que le but, c'est de s'en
sortir, puis, présentement, à 11 000 $ par année, on ne peut pas s'en
sortir avec le coût de la vie, les besoins qui sont demandants aussi.
Puis je vais laisser un 15 secondes à
mon collègue pour poursuivre aussi sur certains aspects.
M. Dubois-Sénéchal (Isaïe-Nicolas) :
Je laisserais peut-être, en fait, même, dérouler les questions. Je pense
que c'est bien couvert.
Mme McGraw : Parfait, super.
Merci. Donc, la ministre, elle a rencontré les gens sur le terrain, les
fonctionnaires sur le terrain, mais, vous aussi, vous rencontrez vos
fonctionnaires, entre autres, et est-ce que vous pouvez élaborer sur l'impact
aussi? Parce qu'on parle des plans individuels, mais, si je comprends bien, ça
ne veut pas dire des plans personnalisés, ou une approche personnalisée, ou une
approche humaine. Ça va peut-être dans le sens contraire, malgré la volonté et
les principes. Alors, parlez-nous un peu plus de l'impact sur les agents qui
cherchent à accompagner les bénéficiaires.
M. Daigle (Christian) :Les agents ont des formations de travail social. Les gens
ont des formations pour venir en aide à des gens. Donc, c'est pour ça que ça
nous demande... C'est les compétences de base que nous avons de besoin pour
devenir agents d'aide socioéconomique. Ceci dit, avec la... avec le découpage
qui se fait des tâches, on n'aura plus cet accompagnement-là qui va se faire.
On va perdre ce lien personnalisé qu'on a avec les prestataires qu'on
accompagne, autant pour les prestataires d'aide sociale que pour les gens qui
veulent retourner à l'emploi, pour les agents d'aide à l'emploi aussi. On va
arriver avec seulement des portions de dossiers qu'on va travailler. On va
faire du travail à la chaîne, ce qui est... ce qui est impensable, pour nous,
comme <agents d'aide socioéconomique...
M. Daigle (Christian) :
...on va faire du travail à la chaîne, ce qui est
impensable, pour nous, comme >agents d'aide socioéconomique.
Nous, on veut être là pour aider la
personne, puis c'est une fierté pour les agents d'aide socioéconomique de
pouvoir dire à quelqu'un : On l'a sortie de la pauvreté, on l'a... elle
n'est plus à l'aide sociale parce que j'ai travaillé le dossier, et ça a été
ma... c'est ma victoire un petit peu à travers ça aussi. Ça, on va le perdre
là-dedans parce que les personnes vont travailler une partie du dossier
seulement et, pour les prestataires de l'autre côté, également, aussi, il va
avoir des difficultés parce qu'on va devoir répéter l'histoire à chaque fois,
alors que chaque cas est individuel. Ce n'est pas un deux-par-quatre ou une
fenêtre qu'on monte ou qu'on produit sur une chaîne de montage. C'est un
individu qui est personnalisé dans son cheminement, dans sa vie, et avec les
traumatismes qu'elle a subis à travers le temps.
Mme McGraw : Et c'est des
situations souvent très complexes et pénibles à répéter, donc...
M. Daigle (Christian) :Tout à fait.
Mme McGraw : Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...la
parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous. Heureuse de faire votre connaissance.
Je vais revenir, donc, sur certains
aspects de votre mémoire, notamment... Bon, pour vous, donc, je pense que c'est
assez clair, donc, contrainte à l'emploi, donc, n'également pas contrainte à la
santé. Il y a d'autres groupes avant vous qui sont venus nous exposer, donc,
cette vision, puis ça nous semble assez clair. Donc, vous nous dites, donc, que...
que le PL n° 71 retire la possibilité de disposer d'un
montant supplémentaire pour plusieurs prestataires qui auraient, donc, d'autres
types de contraintes. À combien de personnes vous évaluez, donc, le... En fait,
quel serait, pour vous, donc, le nombre de personnes qui seraient exclues de
l'allocation supplémentaire, donc, qui serait prévue à l'article 25 de l'article...
du PL n° 71?
M. Daigle (Christian) :Pour une information si précise, je vais laisser mon
collègue y répondre.
M. Dubois-Sénéchal (Isaïe-Nicolas) :
Donc, il y a l'estimation du Collectif pour un Québec sans pauvreté, qui
prend les personnes de 58 ans et plus et qui prend... sur la base actuelle, puis
on sait qu'il y a une forme de clause grand-père, là. Donc, le calcul ne peut
être exact, mais les personnes de 58 ans et plus ainsi que les personnes avec
un enfant de moins de cinq ans ou une personne handicapée à charge, ça fait
environ 38 000 personnes. Si on inclut l'ensemble des autres catégories en ce
moment, là, ça tournerait autour de 40 000, peut-être. L'enjeu, également...
Mme Cadet : En incluant les
femmes en hébergement, comme on a entendu auprès du groupe précédent.
M. Dubois-Sénéchal (Isaïe-Nicolas) :
Exactement, exactement. L'enjeu, également, c'est que faire reconnaître une
contrainte à la santé, ce n'est pas évident pour tout le monde. Avoir accès à
un médecin de famille, avoir accès à un psychologue, avoir accès à une
travailleuse sociale et ces ordres professionnels là qui sont... comme on le
mentionnait dans la dernière... avec Mme Trou, qui passait juste avant, ce
n'est pas toujours évident.
Donc, est-ce que... bien, est-ce qu'il y a
des gens là-dedans qui ont déjà des contraintes de santé et qui pourraient les
faire reconnaître? Peut-être, mais est-ce qu'il y a des gens qui ont des
contraintes de santé, et qui ne pourront pas les faire reconnaître dans des
délais raisonnables, et qui, donc, ne pourront pas se prévaloir justement de
cette contrainte de santé? Peut-être également. Donc, pour nous, quand on
considère le manque d'accès à des services de santé en ce moment, à partir du
moment où est-ce qu'on fait un projet de loi qui reconnaît des contraintes de
santé, il faut être en mesure de comprendre que c'est un système public qui, en
ce moment, ne fournit pas.
• (12 h 40) •
Mme Cadet : Merci. Donc, ce
que j'entends, c'est que non seulement, donc, l'estimation est relativement
conservatrice, mais qu'en plus de ça... Non seulement, donc, on comptabilise,
donc, celles qui n'auraient pas, donc, de contraintes à la santé et qui... et
qui, pour autres... d'autres motifs tout à fait raisonnables, donc, devraient
pouvoir, donc, se faire reconnaître, donc, cette contrainte-là, mais, en plus
de ça, bien, il y a tous ceux qui seraient... qui ne sont pas... qui n'ont pas
accès à un médecin de famille, et donc qui ne sont pas en mesure, donc, de se
faire reconnaître, donc, ladite contrainte à la santé. Maintenant, au niveau de
l'aide à l'emploi, vous nous dites : «Les prestataires et les demandeurs
d'aide de dernier recours interagissent souvent avec une institution bicéphale.»
Qu'est-ce que vous voulez dire par là?
M. Daigle (Christian) :Au niveau, présentement, des groupes communautaires qui
viennent en aide aux gens dans les prestations, avant c'était une
complémentarité qu'on espérait avoir avec le milieu communautaire. Maintenant,
c'est qu'il y a un accompagnement qui se fait, de par les groupes
communautaires, qui va plus loin que ça. C'est un petit peu comme de la
sous-traitance... qu'on y va avec ces groupes-là, alors que le principe premier
du ministère Emploi et Solidarité sociale, c'est d'accompagner ces gens-là pour
le retour au niveau de l'emploi, pour le retour... pour l'accompagnement qui se
fait. Donc, d'avoir deux réseaux parallèles, c'est là qu'on dit qu'il y a une
incompatibilité. Donc, les groupes communautaires, qui sont souvent des OSBL,
sont là pour des besoins complémentaires au ministère, et on ne doit pas
transférer cette demande-là vers ces groupes-là. Donc, on se doit de garder
l'intégrité au niveau du ministère pour l'accompagnement à travers le suivi
puis le retour à l'emploi là-dessus.
Mme Cadet : Vous dites aussi :
De manière générale, la population prestataire est plus éloignée du marché du
travail qu'autrefois, que les gens, donc, demeurent plus longtemps sur l'aide
sociale, que le profil, il a changé. Bien, j'aimerais, donc, vous voir, donc,
élaborer là-dessus. Puis vous dites, donc, qu'il importe de questionner les
moyens et les stratégies de suivi mis en place pour favoriser l'employabilité
et l'intégration en emploi des prestataires d'aide sociale.
M. Daigle (Christian) :Dans un premier temps, quand on dit que les gens sont plus
loin du marché du travail, souvent, les gens qui... quand une usine fermait,
mettons, en région, ils tombaient sur l'aide sociale parce qu'ils n'avaient pas
de chômage ou ainsi de suite, ces gens-là pouvaient se retrouver un emploi dans
une période assez moyenne. Donc, ils avaient de l'aide sociale pendant un
certain temps, retournaient sur le marché du travail aussi.
Aujourd'hui, avec le marché du travail que
l'on connaît, tous les gens qui ont la possibilité d'aller travailler
rapidement l'ont fait déjà. Il n'y a personne qui peut survivre avec un chèque
d'aide sociale annuellement selon les montants qui sont versés présentement.
Donc, tous les gens qui pouvaient faire ce retour-là... Les gens qui sont
encore à l'aide <sociale sont des gens qui ont des...
M. Daigle (Christian) :
...pouvaient faire ce retour-là... Les gens qui sont
encore à l'aide >sociale sont des gens qui ont des difficultés plus
grandes en matière personnelle, en matière professionnelle, en matière
d'intégration sociale pour retourner sur le marché du travail. Donc, c'est pour
ça qu'il y a un clivage qui s'est fait entre les gens qui, à l'époque, il y a
plusieurs décennies, attendaient le retour de... ou attendaient une opportunité
d'emploi, et aujourd'hui, où est-ce que l'opportunité est là, bien, c'est les
difficultés d'intégration à l'emploi qui amènent ce...
Mme Cadet : Bien, justement,
vous dites des difficultés d'intégration à l'emploi. On sait que le projet de
loi parle parle beaucoup d'intégration, mais peu de maintien à l'emploi. Est-ce
que, pour vous, ça signifie aussi qu'il faudrait avoir plus de mesures
d'accompagnement pour le maintien à l'emploi étant donné que les clientèles
sont beaucoup plus éloignées du marché du travail?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...pour
cet échange. Je cède maintenant la parole à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci. Je
n'aurai pas beaucoup de temps. Je trouve ça vraiment intéressant de vous
entendre parce que vous représentez les personnes qui appliquent les modalités
actuelles du régime d'aide sociale. Vous avez dit très clairement : Les
prestations ne permettent pas de vivre dignement en ce moment. Il faudrait
abolir les catégories. Vous avez nommé que les... vos travailleurs, dans le
fond, veulent pouvoir être... être assignés à un dossier. C'est de l'accompagnement
qu'il faudrait faire.
J'ai le goût de vous demander... On a
entendu la ministre manifester de l'ouverture pour que les personnes membres
des ordres professionnels qu'elle aura ciblés, par exemple, les travailleurs
sociaux, puissent faire les évaluations, là, pour les contraintes même s'ils
sont d'un organisme communautaire, par exemple. Vous avez dit que bon nombre
d'agences ont même, par exemple, des travailleurs sociaux. S'ils sont membres
de leur ordre professionnel, est-ce qu'ils devraient aussi pouvoir remplir ces
formulaires pour reconnaître les contraintes?
M. Daigle (Christian) :C'est particulier aussi, parce que, si la personne
accompagne déjà la personne, on ne veut pas... il faudrait que ça soit une
personne différente. Donc, on n'exclut pas la possibilité de... si elle a le
titre, elle a la capacité. Souvent, les gens qu'on représente, c'est des
techniciens. Donc, ils ont une technique en travail social. Pour être
travailleur social, il faut avoir un bac universitaire. Certains l'ont,
d'autres ne l'ont pas. Donc, il faudrait établir à ce moment-là un profil et
une déclaration qui pourraient se faire, mais qui pourraient très bien être
accompagnés, parce que, oui, il y a des difficultés à faire reconnaître
certaines contraintes. Si on pouvait faciliter le tout, ce serait quelque chose
d'intéressant à ce niveau-là.
Mme Labrie : Exact, parce que
vous, vous le voyez, qu'il y a des personnes qui ont de la difficulté d'aller
chercher ce professionnel-là ailleurs, là, pour avoir la reconnaissance.
M. Daigle (Christian) :Tout à fait, puis les agents qu'on représente le disent
aussi, puis ils ont beau dire à la personne quoi faire, où aller, ou essayer de
trouver des raccourcis, parfois, qu'ils connaissent, pour essayer de l'aider, on
voit que les délais sont des fois très, très longs, et ce délai-là qui est très
long amène une perte financière durant ce temps-là qui ne fait qu'amener un
cercle négatif à la personne qui le vit aussi.
Mme Labrie : Puis, très
rapidement, ce que... vos recommandations principales, là, les plus
essentielles pour qu'on puisse vraiment réussir à sortir les personnes de la précarité,
en ce moment, ce serait quoi, vous, comme... comme agent?
M. Daigle (Christian) :C'est de retirer les différentes coupures qu'on amène à
travers le projet de loi, de permettre justement d'avoir plus de prestations,
d'avoir plus d'argent de disponible pour ces gens-là, de hausser le montant de
base qui est... qui stagne à ce niveau-là également aussi, d'avoir un
accompagnement pour les réseaux régionaux à ce moment-là aussi, d'avoir des
gens d'aide à l'emploi qui soient là-dedans, que ça ne soit pas juste une
sous-traitance qu'on effectue via ces réseaux-là, mais qu'on ait des agents du
ministère qui y travaillent, qui continuent d'accompagner les gens également
aussi à travers ça.
Mme Labrie : Merci.
M. Daigle (Christian) :Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Sous-investissement,
sous-traitance, désarticulation du rôle de gestionnaire du parcours des
prestataires, dématérialisation, plus de distance entre les agents puis les
personnes concernées. Quand je vous écoute puis quand je lis votre mémoire, je
n'ai pas l'impression qu'avec ce projet-là la ministre va réussir à atteindre
ses objectifs d'améliorer l'accompagnement, de simplifier et d'optimiser le
régime d'assistance sociale et de le rendre plus humain. Est-ce que j'ai bien
compris vos propos?
M. Daigle (Christian) :Bien, effectivement, il y a des aspects très négatifs ou
des aspects qui auraient pu être corrigés, qui auraient pu être amenés, qui ne
le sont pas à travers le projet de loi, puis on enlève des éléments de la loi
actuelle aussi qui vont amener des difficultés supplémentaires au niveau des
personnes qui ont recours à l'aide sociale. Oui?
M. Dubois-Sénéchal (Isaïe-Nicolas) :
Si je peux me permettre, l'article 66, spécifiquement, du projet de
loi, je le trouve assez intéressant parce qu'il modifie la notion selon
laquelle les décisions qui sont faites par le ministère doivent être
nominalement inscrites, c'est-à-dire l'agent doit inscrire son nom dessus. Le
fait qu'on enlève ça et qu'on parle simplement du secteur qui a pris la
décision, c'est une espèce de... ça représente... c'est emblématique, en fait,
de cette déshumanisation de l'aide sociale où on fait justement de
l'accomplissement de tâches plutôt que du suivi de dossiers individualisés, en
faisant en sorte... et en actant, en fait, le fait que l'aide sociale devient
déshumanisée parce que ce n'est plus un responsable individuel qui suit le
dossier, mais ça devient un secteur, et on travaille tâche par tâche dans le
dossier de la personne prestataire plutôt que de lui faire un suivi.
M. Paradis : Très bien. Même
chose, il nous reste quelques secondes, vous dites : La mise en mouvement
vers l'emploi, ça risque de ne pas arriver parce que d'imposer à tous les
prestataires, même ceux qui ne font pas une première demande d'aide financière,
là, d'être dans le programme Objectif emploi, on n'a pas démontré que ça
fonctionne. Il n'y a pas de données probantes à cet effet-là. Et vous, vous
dites : Nous, on a l'impression que ça, c'est pour se confirmer aux
aspirations <patronales québécoises...
M. Paradis :
...Nous,
on a l'impression que ça, c'est pour se confirmer aux aspirations >patronales
québécoises afin d'obtenir de la main-d'œuvre subventionnée et qu'il faut
revenir à un accompagnement plus structurant plutôt que de forcer ça. C'est
bien ce que je comprends?
M. Daigle (Christian) :Effectivement, si on veut avoir des gens qui vont faire un
retour à l'emploi, puis qui va être... qui va être couronné de succès, il faut
absolument accompagner ces gens-là au fur et à mesure dans chacune des étapes
qui vont leur permettre un plein retour à l'emploi éventuellement, parce qu'il
y a des contraintes qui vont amener certains points où est-ce que la personne
va avoir une rechute, ne pourra pas continuer, va avoir un besoin
d'accompagnement, voire un changement de direction peut-être à faire aussi.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Je vous remercie pour votre contribution à
nos travaux.
La commission suspend ses travaux jusqu'à
14 heures. Merci, tout le monde.
(Suspension de la séance à 12 h 48)
13 h 30 (version révisée)
(Reprise à 14 h 01)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de l'économie et du travail reprend ses
travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques, s'il vous plaît.
Nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 71, <i>loi
visant à améliorer l'accompagnement des personnes et de simplifier le régime d'assistance
sociale. Cet après-midi, nous entendrons les témoins suivants : la
Fédération québécoise de l'autisme, Centraide du Grand Montréal et M. François
Blais.
Je souhaite donc la bienvenue à nos invitées
qui représentent la Fédération québécoise de l'autisme. Je vous rappelle, chères
invitées, que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Donc, je
vous invite à vous présenter et à commencer votre exposé, s'il vous plaît.
Mme Quessy (Martine) : Mme la
Présidente, messieurs, mesdames les députés, nous tenons tout d'abord à vous
remercier de l'invitation pour nous permettre de vous présenter notre position.
Tout d'abord, je me présente. Mon nom, c'est
Martine Quessy. Essentiellement, je suis la présidente de la Fédération
québécoise de l'autisme et directrice générale d'Autisme Mauricie, mais je suis
avant tout une mère de deux jeunes hommes, dont un avec un diagnostic d'Asperger
et un trouble d'anxiété généralisée. Actuellement, il est sans emploi, car
aucun travail ne correspond à ses aptitudes et à ses capacités, et les
ressources d'aide offertes sont instables pour lui.
Présente depuis près de 50 ans, la...
Excusez-moi. Je voudrais aussi vous présenter, d'ailleurs, aussi Lili, de...
Lili Plourde, la directrice générale de la Fédération québécoise de l'autisme.
Présente depuis près de 50 ans, la
Fédération québécoise de l'autisme regroupe 16 associations régionales
présentes dans chacune des régions du Québec. La mission de la fédération est
de mobiliser tous les acteurs concernés afin de promouvoir le bien-être des
personnes autistes et leurs familles, de sensibiliser et d'informer la
population sur l'autisme et contribuer au développement des connaissances et à
leur diffusion. C'est-à-dire de... C'est à titre de représentantes de
l'ensemble des personnes autistes et de leurs familles que nous déposons...
14 h (version révisée)
Mme Quessy (Martine) : ...de
l'ensemble des personnes autistes et de leurs familles que nous déposons nos...
nos commentaires dans le cadre de la consultation particulière sur le projet de
loi n° 71. Bien que nous ayons présenté un court
avis, nous tenons à préciser que nous soutenons l'ensemble des recommandations
du mémoire de la Société québécoise de la déficience intellectuelle. La
fédération se réjouit d'ailleurs de l'intérêt du gouvernement du Québec d'améliorer
la situation des personnes en situation de précarité financière, tout en étant
inquiète des défis qui attendent des personnes autistes dans leurs démarches
pour obtenir l'aide de dernier recours. Notre présentation d'aujourd'hui s'attardera
davantage à nommer ces défis et sur des amendements qui devraient être faits.
Mme Plourde (Lili) : Depuis
plusieurs mois déjà, la fédération et le COSME militent pour le retour de l'autiste,
de la schizophrénie et de la bipolarité dans la liste des diagnostics évidents
donnant accès... un accès direct... direct au Programme de solidarité sociale.
Nous sommes donc inquiets de la notion de «contrainte de santé» qui ne
prendrait pas en considération le côté psychosocial... psychosocial et
environnemental de la personne. Nous avons raison de craindre que les personnes
autistes, surtout celles ayant des besoins de soutien légers, auront beaucoup
de difficultés à faire reconnaître une contrainte sévère de santé.
Il faut prendre en considération qu'il
puisse y avoir des obstacles environnementaux, que ce soit au niveau des normes
sociales, de performance au travail ou les limites des programmes existants. La
contrainte sévère à l'emploi ne vient pas nécessairement de la personne. Une
personne handicapée qui présente une incapacité moindre peut vivre la même
situation de handicap qu'une personne ayant une incapacité plus sévère. Donc,
une personne autiste ayant besoin de soutien léger peut avoir plus de
difficulté à se maintenir en emploi qu'une personne autiste ayant des grands
besoins, mais travaillant dans un... dans un milieu protégé et adapté. On ne
peut pas mesurer le destin d'un individu à sa contrainte de santé, et ce n'est
pas parce qu'une personne avec un même diagnostic a réussi à intégrer un milieu
d'emploi de son choix que nécessairement une autre personne avec le même
diagnostic va pouvoir y arriver. C'est pourquoi, dans cette incertitude, il
faut relever le plancher pour tout le monde.
Nous sommes inquiets des préjugés dont
sont victimes les personnes autistes au sein même de plusieurs... de plusieurs
ministères, dont celui de la Solidarité sociale. Même si nous rêvons d'un monde
accueillant qui ferait une place aux personnes autistes en les acceptant comme
elles sont, avec leurs grandes forces et leurs défis, nous ne pouvons que
constater que leur inclusion dans notre société et dans le monde professionnel
est loin d'être atteinte. De plus, en investissant... en n'investissement pas
de montant dans le programme de Contrat d'intégration au travail, en le coupant,
même, on enlève aussi parfois aux personnes autistes l'opportunité d'un premier
emploi. L'autisme est une condition à vie et le maintien en emploi est un défi
constant.
Le projet de loi prévoit aussi la
réalisation d'un plan d'intervention, qui est une bonne idée sur papier, mais
on ne peut pas appliquer une formule, pensant qu'elle répondra à tous... à tous
et à toutes sans adaptation. Il est irréaliste de penser qu'on arrivera à des
résultats positifs si le personnel n'a pas... n'a pas la formation et la... la
flexibilité, l'ouverture et les connaissances nécessaires pour adopter...
adapter le plan d'intervention à la réalité des personnes, et non pas imposer
des actions qui ne... qui ne répondent pas aux besoins et ensuite pénaliser les
personnes.
Nous avons déjà des familles et des
adultes qui témoignent du manque de compréhension des agents lors de l'adhésion
au programme Objectif emploi, qui ne prennent pas en considération tout l'historique
de la personne, ses traumas et ses défis. Un plan d'intervention, ce n'est pas
une baguette magique. Les personnes autistes doivent être partie prenante de
leur propre plan d'intervention, les mesures qu'on y trouve doivent faire du
sens et mettre la personne au centre de l'action en misant sur ses forces, ses
capacités et ses intérêts. Tout comme pour le programme Objectif emploi, l'adhésion
doit être volontaire et ne doit pas être punie en cas de refus.
Le projet de loi insiste sur un
accompagnement vers l'emploi, mais qu'en est-il ensuite du maintien dans l'emploi,
le grand défi des personnes autistes? Si on veut soutenir les personnes, il
faut inclure un concept d'agent d'intégration en emploi à large échelle. Le
projet de loi ne prévoit pas... ne prévoit pas de suivi à partir du moment où
la personne se trouve un emploi, ce qui est problématique à notre avis. Nous
avons déjà fait part de nos recommandations à ce sujet dans un avis commun avec
les regroupements provinciaux sur la Stratégie nationale pour l'intégration et
le maintien en emploi des personnes handicapées. De plus, nous continuons de
revendiquer l'augmentation des gains d'emploi pour les personnes sur le Programme
de solidarité sociale. Plusieurs personnes autistes bénéficieraient de
travailler à temps partiel, amélioreraient leur situation financière et
pourraient développer des compétences en emploi.
Lors de leur présentation, la Société
québécoise de déficience intellectuelle a soulevé que les personnes participant
à un plateau de travail ou à un stage non payé seraient considérées comme étant
en préparation au travail et perdraient donc la reconnaissance de la contrainte
sévère de santé. La personne serait donc pénalisée financièrement et n'aurait
pas la capacité de subvenir à ses besoins. Il est donc impératif, à notre avis,
d'amender l'article 25 pour retirer les éléments liés à la préparation et
à l'intégration au travail. Nous sommes aussi en faveur de la simplification
des <programmes...
Mme Plourde (Lili) :
...à
la préparation et à l'intégration au travail. Nous sommes aussi en faveur de la
simplification des >programmes en abolissant le programme de... la
solidarité sociale en faveur du passage de toutes les personnes ayant des
contraintes sévères à l'emploi ou de santé vers le... le Programme de revenu de
base, qui est plus avantageux et permet réellement aux personnes d'être
incluses dans la société, entre autres en leur permettant de travailler.
Mme Quessy (Martine) : En
conclusion, dans son mémoire, Mme la ministre indique que le projet de loi
propose des mesures visant à favoriser la mise en mouvement vers l'emploi pour
une meilleure insertion sociale et professionnelle des prestataires de
l'assistance sociale. Le projet de loi prévoit des modifications favorisant
l'accompagnement des personnes, encourageant leur pleine participation sociale.
Avant de mettre tout le poids sur le
succès professionnel sur les épaules des personnes, il faudrait changer la
mentalité de la population québécoise, surtout celle des employeurs, afin de
permettre une réelle inclusion des personnes. Les employeurs sont encore très
hésitants à... à embaucher des personnes autistes. Une réelle inclusion, cela
implique toute la société. Ce qui est positif, parmi les dispositions générales
de la loi se trouve... l'obligation de communiquer... de communiquer dans des
termes clairs et concis. Le langage utilisé actuellement est souvent difficile
à comprendre pour les prestataires. Nous appuyons la recommandation des <i>mouvements
des Personne d'abord du Québec qui demandent la mise sur pied d'un comité
d'usagers. Ces comités, en plus d'être une mesure d'accompagnement et de
protection pour des personnes, permettent aussi aux personnes concernées de
valider le contenu des documents.
• (14 h 10) •
En terminant, j'ajouterai un mot pour le
soutien aux parents proches aidants. L'article 25 retire la reconnaissance
des contraintes temporaires de santé aux parents d'enfants handicapés. Nous
comprenons qu'il y a un projet de règlement ultérieur, mais ça risque de poser
un problème à court terme. D'indiquer des mesures de soutien prévues dans le
projet de loi protégera mieux les familles quand les... quand les projets de
règlement... que dedans le projet de règlement. Dans le meilleur des mondes, les
parents d'enfants handicapés auraient accès directement au Programme de revenu
de base plutôt qu'une reconnaissance temporaire.
Les raisons sont nombreuses expliquant
qu'un parent doive quitter son emploi, amplifiant la précarité financière des familles :
une expulsion scolaire, un enfant ayant de très grands besoins, des activités
socioprofessionnelles à temps partiel pour leur enfant devenu adulte, des
délais pour un hébergement substitut pouvant aller jusqu'à 15 ans, la
course pour les services. Nombreuses sont les études qui démontrent que le
surplus du coût de l'appauvrissement des familles dont un des membres a des
besoins particuliers... Améliorer l'accompagnement des personnes, c'est aussi
assurer du bien-être des parents proches aidants. Voilà.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Nous sommes maintenant rendus à la période d'échange. Mme la
ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Merci beaucoup,
Mme la Présidente, et merci à vous deux, Mme Quessy et Mme Plourde, pour votre
présence aujourd'hui et votre contribution aux travaux permettant la
modernisation du régime d'aide sociale. Vos commentaires sont... sont très
importants.
Je voudrais faire une petite mise au
point. Vous craignez que les personnes qui ont actuellement des contraintes
temporaires ou contraintes sévères perdent ces contraintes sévères lorsqu'on
change les contraintes en emploi vers contraintes santé. Et ce n'est pas le cas,
c'est indiqué dans le mémoire, d'ailleurs que, dans le changement qui s'opère,
il y aura les ajustements où les prestations spéciales correspondant à ce que
les gens ont à l'heure actuelle... ça fait qu'il n'y a personne qui perd dans
cet... dans ce changement.
Vous faites une recommandation. Vous
parlez de la création de comités d'usagers. Pourriez-vous expliquer un peu plus
comment vous voyez ces comités d'usagers? À quoi servent-ils? Ils sont composés
de qui? Ils s'adressent à qui? Comment ça fonctionne?
Mme Plourde (Lili) : C'est
une recommandation des mouvements Personne d'abord, que nous avons empruntée et
qu'on trouve que c'est une bonne idée. Les comités des usagers, c'est vraiment
des personnes... les personnes elles-mêmes, les personnes qui sont sur les
aides de dernier recours, qui participent à des comités, entre autres pour le
contenu des communications, tu sais, pour valider le contenu des
communications. Il y a d'autres groupes avant nous qui l'ont dit, les
communications du ministère, c'est souvent... Ça ressemble à des mises en
demeure. C'est extrêmement complexe à comprendre. C'est difficile pour les
personnes. Donc, d'avoir des comités avec des personnes elles-mêmes, peu
importe le handicap, qui pourraient donner leur opinion sur le contenu des<
documents...
Mme Plourde (Lili) :
...peu
importe le handicap, qui pourraient donner leur opinion sur le contenu des >documents
pour qu'ils soient plus faciles à comprendre.
Mme Rouleau : OK. Et vous
proposez aussi de fixer le délai de... réévaluation selon la condition de la
personne. Pouvez-vous élaborer un petit peu sur ces délais, cette réévaluation
des délais?
Mme Plourde (Lili) : Bien,
vous parlez, dans votre projet de loi, là, de faire des réévaluations annuelles
des contraintes. L'autisme est une condition à vie. Ça, on l'a toujours dit.
Austiste un jour... puis les personnes vont être autistes jusqu'à leur fin...
jusqu'à la fin de leur vie. Imposer des... des réévaluations annuelles, c'est
encore une fois une source d'anxiété pour les personnes, et on... c'est...
c'est une source d'anxiété.
Mme Rouleau : OK. On avait
une petite... un petit éclaircissement là-dessus. Je comprends que vous
craignez que pour des... pardon, des personnes dont la situation est... ne
changera pas... qu'on ne soit pas obligés de réévaluer continuellement, mais
c'était... en fait, c'est une disposition pour répondre à des... à des
questionnements de la part de spécialistes de la santé qui ont... mais on aura
l'occasion d'en discuter encore... il n'y a rien de...
Vous... J'aimerais savoir, on a rencontré
un organisme en particulier hier qui nous a parlé de l'enjeu de contrainte
santé. Parce que l'objectif que nous avons de passer de contrainte à l'emploi,
qui est... qui sert à déterminer la capacité de la personne à travailler... de
passer à la contrainte santé est beaucoup plus axé sur la personne, sur les... Et
on fait intégrer la dimension de santé mentale et les enjeux psychosociaux, et
c'est beaucoup plus axé, là, sur l'état de la personne et le besoin
d'accompagnement qu'elle a, pour être mieux insérée dans la société, puis
accéder au travail, et être maintenue au travail, si cela est possible, parce
qu'on sait que, pour des personnes, ce ne sera pas possible non plus. Mais
cette notion de contrainte santé, qu'est-ce que vous en pensez?
Mme Plourde (Lili) : En fait,
notre inquiétude, c'est, quand on parle de contrainte de santé, on parle de
comment va la personne. Ça, c'est un élément parmi tant d'autres quand on parle
d'une personne autiste en milieu de travail.
On va prendre une personne autiste dans un
milieu de travail... la même personne, dans un milieu de travail superadapté,
avec des consignes claires, avec un supérieur hiérarchique qui comprend très
bien sa situation, avec des consignes claires, avec de la sensibilisation qui a
été faite auprès des collègues de travail. On prend la même personne, on la
change de milieu, dans un milieu où le supérieur hiérarchique ne comprend rien,
où les consignes changent continuellement, ne sont pas écrites, où les
collègues de travail font preuve d'une intolérance sans fin. On a la même
personne et on n'aura pas le même résultat, pas deux secondes. Ça fait que la
deuxième... la personne dans la deuxième situation risque de se désorganiser,
de faire un burn-out autistique, de quitter son emploi, d'être pénalisée, alors
que c'est la même personne. C'est vraiment l'environnement du milieu de travail
qui a fait en sorte qu'elle n'est pas capable de se maintenir en emploi. Et,
pour nous, le maintien en emploi, on l'a dit, est hyperimportant. C'est... c'est
ce qui fait toute la différence, là, dans la carrière professionnelle d'une
personne.
Ça fait que les contraintes de santé qui
prendraient en considération la personne, mais pas tant l'adaptation du milieu
de travail... Tu sais, quand on... il y a beaucoup de groupes qui ont parlé
d'inclusion plutôt que d'intégration, mais, quand on parle d'inclusion, une
véritable inclusion des personnes en milieu de travail, il faut vraiment
prendre en considération tout le côté psychosocial, tout l'environnement de la
personne.
Mme Rouleau : Est-ce que vous
avez des suggestions à faire pour... en termes de nomenclature? Est-ce que... est-ce
qu'il est important pour vous de... Est-ce que c'est cohérent pour vous, là, de
modifier les contraintes à l'emploi, qui font que des personnes sont finalement
pénalisées, là? Il y a certaines personnes qui, parce qu'elles ont une
contrainte à l'emploi, ne peuvent pas aller vers des programmes d'emploi. Et
c'est une des raisons pour lesquelles on parle de contrainte santé. Ça... ça permet
une plus grande ouverture vers des programmes d'insertion ou même des
programmes d'emploi. Mais est-ce que vous avez des termes ou une terminologie,
là, qui serait... qui répondrait mieux à vos <objectifs...
Mme Rouleau :
...vous
avez des termes ou une terminologie, là, qui serait... qui répondrait mieux à
vos >objectifs à vous?
Mme Plourde (Lili) : Au
niveau de la nomenclature, pour le moment, je n'ai pas d'idée, je pourrais
revenir. Mais c'est dans la nature de la contrainte, c'est vraiment ça pour
nous qui est important. C'est qu'est-ce qui... M. Fougeyrollas l'a le dit hier,
le processus... le processus de production du handicap, qu'est-ce qui fait que
la personne a de la difficulté à se maintenir en emploi. C'est... pour nous,
là, tout doit porter autour de ça. Parce qu'il y a des personnes qui peuvent
participer à des programmes d'employabilité, qui peuvent participer à un programme
Objectif emploi, mais ça ne veut pas dire que ça va être un succès, tout
dépendant du milieu de travail où la personne va se retrouver. Ça fait que c'est
peut-être cette inclusion-là qui doit faire partie du projet de loi. C'est
comment on fait en sorte d'adapter les milieux de travail. Pour la
nomenclature, pour répondre à votre question, je n'y ai pas réfléchi dans ce
sens-là, à moins que Martine ait une idée, mais c'est vraiment toute la notion
d'inclusion, là, qui est importante pour nous.
Mme Rouleau : Oui. Que
pensez-vous de... Bien, d'une part, on veut faire en... on veut permettre, là,
aux personnes d'avoir un plan d'accompagnement personnalisé, individualisé et
qui s'inscrit dans un plan régional d'accompagnement aussi. Est-ce que ce n'est
pas là, la réponse qu'on pourrait avoir à ce questionnement-là? Parce que, dans
les... dans la contrainte santé, on fait intervenir les enjeux psychosociaux,
donc l'environnement, là, immédiat de la personne, sa condition. Est-ce
qu'elle... Quels types d'enjeux, de problèmes elle peut rencontrer, puis
peut-être ponctuellement, ou peut-être pour... pour très longtemps, et la santé
mentale aussi, qui n'est pas considérée aujourd'hui. Et donc un plan
d'accompagnement, d'insertion, d'intégration, d'emploi qui s'inscrit dans un
plan, dans un réseau régional. Et quand on dit «réseau», bien, c'est parce
qu'il y a... il y a des gens, là, qui sont là, là, qui... qui veillent à ce que
ça fonctionne, que ce soit bien coordonné dans le milieu. Qu'est-ce que ça...
Est-ce que ça vous dit quelque chose de bon? Vous êtes en accord avec ça ou
totalement en désaccord?
• (14 h 20) •
Mme Plourde (Lili) : Tout à
fait en accord avec un plan d'accompagnement pour aider les personnes à faire
toutes ces démarches-là, en collaboration avec ce qui existe déjà, pour ne pas
refaire la roue. Parce que... parfois, les gens ont encore un dossier au réseau
de la santé et ont parfois un plan... un plan d'intervention déjà, mais on va...
Il faut vraiment insister sur la formation des gens, parce que vous savez qu'en
2024 il y a encore beaucoup, beaucoup, beaucoup de préjugés face à l'autisme,
même dans le réseau de la santé. Parce qu'il y a des adultes qui nous disent se
présenter à l'urgence et se faire dire : Tu me regardes dans les yeux, tu
n'es pas autiste, c'est quoi, ton problème? On l'a entendu... Bien, vous
comprenez que ça, pour nous, c'est... c'est inquiétant, qu'en 2024 on entende
encore des choses comme ça.
Et les... je le dis tout le temps, il y a
une tranche de personnes autistes qui est entre celles qui sont prises en
charge par le réseau de la santé et celles qui sont super autonomes et qui
travaillent, qui n'ont... qui... qui ont de la difficulté à comprendre les
consignes, mais on dit tout le temps : L'autisme, c'est une condition
invisible. Donc, c'est le genre de personne à qui on va demander : As-tu
compris? Qui va dire oui, mais qui n'a pas compris toutes les consignes, qui ne
comprend pas comment manquer un rendez-vous, ça va avoir une incidence. Ça fait
que tout ce «fine-tuning» là, excusez mon anglicisme, là, c'est... ça vient
avec de la formation puis un changement de philosophie d'intervention. Ça fait
que, pour nous, oui, c'est une bonne idée, l'accompagnement, mais ça prend un
petit plus pour aider les... le personnel, les agents qui vont soutenir les
personnes.
Mme Quessy (Martine) : J'aurais
envie de donner une complémentarité à Mme Plourde. En fait, c'est que je trouve
aussi que la stabilité du réseau, surtout dans les... dans certaines régions où
est-ce l'employabilité est plus difficile, là, à trouver, la solidité du
suivi... Vous savez que, pour connaître mon... juste pour connaître mon fils,
ça prend quand même plus qu'une rencontre, là, avant que l'intervenante soit en
mesure de bien comprendre son profil puis bien comprendre ses besoins, parce
que lui-même a peut-être plus de difficulté aussi à les nommer. Il ne les nomme
pas tous, tu sais. Et, si la personne n'a pas le temps à consacrer, puis si on
ne trouve pas la ressource, aussi, parce qu'elles sont tellement changeantes,
il n'y a tellement pas de stabilité... que je crois que ça, ça va être à
travailler, ainsi que la communication. Parce que la communication en... dans
le réseau est quand même beaucoup à travailler, on ne se le <cachera pas,
là...
Mme Quessy (Martine) :
...la
communication en... dans le réseau est quand même beaucoup à travailler, on ne
se le >cachera pas, là, là.
Mme Rouleau : OK. Qu'est-ce
que... Quelle est la mesure, là, dans le projet de loi... Je pense que, globalement,
c'est quand même une bonne chose, là, de procéder à la modernisation. Je crois
que vous êtes en accord avec ça. Mais qu'est-ce que vous aimeriez voir? Ce
serait quoi, la mesure la plus importante qu'il faudrait... qu'il faudrait
mettre de l'avant pour répondre à vos objectifs?
Mme Plourde (Lili) : Grande...
grande question, qui demande une réflexion rapide, mais vite de même, le Programme
de revenu de base accessible plus rapidement, plus largement, Programme de
revenu de base accordé aux parents d'enfants handicapés, qui, pour toutes
sortes de raisons, donc, qu'on a nommées en début, perdent leur emploi, ne
peuvent pas occuper un emploi à temps partiel. Pour nous, ce serait vraiment...
ce serait comme notre priorité.
Mme Rouleau : Ce serait
l'idéal. OK.
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout?
Mme Rouleau : Oui...
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est...
c'est bon pour vous. Est-ce qu'il y a des questions? Côté gouvernemental,
c'était complet? Donc, je vais céder la parole à la députée de D'Arcy-McGee. La
parole est à vous.
Mme Prass : Merci, Mme la
Présidente. Merci, mesdames, de votre témoignage et de votre mémoire. Vous
l'avez mentionné dorénavant, mais, pour vous, en gros, est-ce que c'est un
recul d'aller à une contrainte de travail à une... à une contrainte à l'emploi?
Mme Plourde (Lili) : Si on
fait reposer le... si c'est à la personne de démontrer qu'elle a une contrainte
de santé, sans prendre en considération tous les éléments environnementaux,
oui. Il faut vraiment... Ça fait des années qu'avec les... voyons, que les
grands regroupements le demandent. Il faut passer à une évaluation
psychosociale, puis une évaluation psychosociale, ce n'est pas juste une
évaluation de santé, il faut vraiment y aller plus large.
Mme Prass : Justement, dans
toute la question des diagnostics évidents qui ont été retirés, une de vos
plaintes, si vous voulez, c'était le fait que ça a été fait sur une base
biomédicale plutôt que psychosociale. Donc, on voit déjà qu'il peut y avoir un
biais et qu'on rétrécit, disons, les aspects qu'on regarde pour évaluer la
situation de la personne. Donc, on sait que, dans le <i>plan de lutte
contre la pauvreté que la ministre a présenté, on parle justement d'aller vers
une évaluation psychosociale. Donc, quand on dit justement... on parle de
nomenclature, on parle de mots, je pense que les mots sont importants, et,
quand on se limite ou on limite l'esprit à dire que c'est une contrainte
médicale, il y a beaucoup de situations et beaucoup d'autres aspects qui sont
ignorés.
Mme Plourde (Lili) : Oui,
tout à fait.
Mme Prass : Et, quand... et
là on a parlé de l'accompagnement, puis vous avez parlé de la formation qui est
nécessaire pour que les personnes soient bien accompagnées dans leur réalité.
J'aurais deux questions à cet égard-là. Combien de temps pensez-vous que
l'accompagnement devrait durer? Parce qu'il y a des personnes qui vont pouvoir
intégrer un emploi en quelques semaines, d'autres en quelques mois, d'autres, après
un an, il y a quelque chose qui ne fonctionne plus. Et, comme vous avez dit,
beaucoup de personnes ont une crainte que, s'ils intègrent un emploi et il y a
quelque chose qui ne fonctionne pas, bien là, ils vont se retrouver à devoir
tout recommencer de nouveau avec rien. Donc, pour vous, quelle devrait être la
durée de cet accompagnement pour cette population?
Mme Plourde (Lili) : Je ne
mettrais pas de durée, mais plutôt de ponctualité selon la situation de la
personne. Il y en a toujours au moment de l'entrée en emploi, ça prend un
soutien intensif. Ça se peut que la personne aille bien super longtemps, puis
il peut arriver quelque chose comme un changement de poste. La personne va
superbien, on décide de lui donner une petite promotion puis donner des
changements de poste. Là, il faut revenir avec... avec un agent d'intégration.
À chaque fois qu'il y a des modifications, à chaque fois que la personne
demande de l'aide... Parce que ça, c'est bien important, il faut écouter la
personne, il faut y aller avec ses préférences, avec ses envies, mais, quand la
personne demande de l'aide, il faut que l'aide soit disponible maintenant.
Présentement, le problème des agents
d'intégration, c'est qu'ils appartiennent aux SSMO, aux services spécialisés de
main-d'oeuvre. Mais il y a beaucoup de personnes autistes qui ne passent pas
par les services spécialisés de main-d'oeuvre pour se trouver un emploi et qui
n'ont pas accès à cet agent d'intégration là. Ça fait qu'il faut trouver une
façon d'avoir des agents d'intégration partout, dans toutes les régions, qui
sont accessibles et qui sont accessibles rapidement en cas de problème, parce
qu'un emploi, là, ça se perd en dedans d'une semaine. S'il n'y a pas de
solution pour l'employeur, s'il se passe de quoi, si la personne se
désorganise, si elle fait un burn-out autistique, n'importe quoi, il faut que
la réponse soit rapide.
Mme Prass : Et, dans ce même
sens, on sait que, malheureusement, il y a pas mal... probablement plus de
personnes avec un trouble du spectre de l'autisme qui ont une volonté d'être
employées que d'employeurs qui sont prêts à les... à les accepter, encore moins
de les accommoder dans leur <réalité...
Mme Prass :
...d'employeurs
qui sont prêts à les... à les accepter, encore moins de les accommoder dans
leur >réalité. Donc, qu'est-ce que... Et en plus que la majorité des
entreprises au Québec sont des PME, donc n'ont pas beaucoup de ressources, n'ont
pas de département de ressources humaines, par exemple. Donc, qu'est-ce que
vous pensez ou qu'est-ce que vous aurez comme suggestion pour le gouvernement
pour soit aider les entreprises à comprendre la réalité des personnes qu'ils
vont employer, pour bien les accommoder ou sensibiliser... Bien, comment... En
fait, comment faire pour aller trouver... pour améliorer le lien entre les
employés avec un TSA et les employeurs qui sont prêts à les accommoder pour
avoir une réussite dans cet emploi?
Mme Plourde (Lili) : Les
employeurs vont dire la même chose que les personnes : des agents
d'intégration pour les soutenir. Parce que ça se peut que la personne autiste
ne veuille pas que son diagnostic soit diffusé à l'intérieur de son... de son
milieu de travail, puis ça, c'est correct aussi, mais elle a quand même besoin
de soutien. Et l'employeur, c'est ce qu'il va nommer aussi, le besoin de
soutien pour mieux encadrer la personne. Ça fait que oui, de la sensibilisation
quand... quand c'est possible, mais les agents d'intégration pour les
employeurs aussi sont essentiels. Parce que ce n'est pas normal non plus qu'une
personne est dans un emploi depuis de nombreuses années, qu'elle change de
supérieur hiérarchique puis qu'en dedans d'un mois elle n'a plus de travail. Ça
fait que ce n'est pas juste le milieu de travail, c'est la mentalité des gens,
la façon dont on comprend l'autisme qui est en jeu là-dedans.
Mme Prass : Donc, pour vous,
justement, cet accompagnement, qui ne devrait pas être... ne devrait pas avoir
une durée, mais plutôt devrait être ponctuel, il devrait y avoir, disons, plus
de présence aussi auprès de l'employeur. Parce que ce n'est pas juste question
d'accompagner la personne, mais d'assurer que l'environnement qui les accueille
est accommodant ou adapté à leur réalité également.
Mme Plourde (Lili) : Oui.
• (14 h 30) •
Mme Prass : Puis vous avez...
On a mentionné plus tôt toute la question de règlement pour le changement
envers les contraintes temporaires, et, tel que vous l'avez mentionné aussi...
Et ma collègue de Notre-Dame-de-Grâce, hier, a déposé justement une demande à
la ministre pour que les règlements... les éléments de règlement soient déposés
dans le cadre de l'étude détaillée que nous allons faire sur le projet de loi.
Parce que, comme vous avez dit, il va toujours y avoir des craintes de ce qui
ne se fait pas... tu sais, de ce qui se fait derrière les portes. Et justement
le but de la commission et de l'étude détaillée, c'est de nous demander, en
tant que législateurs, de voter sur des éléments qui vont devenir loi, et donc
il serait juste que nous, et vous, et les personnes concernées soyons bien
informés de ce qui va aller de l'avant.
Donc, pour vous, juste peut-être revenir
un petit peu sur la réalité ou bien la crainte des parents, justement, ou des
familles, ou des personnes affectées, qui ne savent pas si... plutôt que...
Tout ce qui est dans le projet de loi, on sait que ça va devenir loi, on sait à
quoi s'attendre. Ce qui est dans un règlement, bien, on ne sait jamais ce qui
peut se trouver ou ne pas se retrouver, donc la crainte que ça... ça révèle
pour ces personnes-là.
Mme Plourde (Lili) : Tout à
fait. C'est plus... c'est plus rassurant quand c'est dans un... dans une loi
que dans un projet de règlement, puis... Et il y a plusieurs études qui
démontrent, hein, et ici, entre autres, Catherine Des Rivières-Pigeon a fait
plusieurs recherches sur l'appauvrissement des familles avec un enfant autiste
ou avec un autre handicap. Ça fait que ça reste une source d'inquiétude
constante pour les familles, là, cette précarité financière là.
Mme Prass : Et, comme vous
l'avez évoqué dans votre mémoire et votre témoignage, toute la question des
parents d'enfants avec un TSA qui doivent rester à la maison, soit à cause d'un
bris de services, il n'y a pas d'école, il n'y a pas de ressources, il n'y a
pas de services pour leur enfant, on sait que ça amène non seulement des
éléments de précarité financière, et, comme vous venez de le dire, les parents
d'enfants handicapés sont souvent parmi les moins bien nantis à cause de leur
réalité et parce qu'il doit... ils doivent se retirer du marché du travail, ça
amène des enjeux de santé mentale, ça amène des enjeux d'isolement, ça amène
énormément d'enjeux.
Et donc vous voulez que les parents
d'enfants handicapés puissent recevoir le revenu de base, parce que, bien, eux,
ils vont être responsables de... d'être proches aidants pour leur enfant
pour... même au-delà de l'âge de 18 ans, dépendamment de la situation du
jeune. Donc, pour vous, c'est vraiment essentiel que les parents puissent avoir
accès à cette... ce financement-là pour ne pas être, disons, doublement
pénalisés, parce que déjà ils doivent rester à la maison parce que les
ressources ne sont pas là pour bien accommoder, adapter envers leur enfant, et
là, en plus, bien, il n'y a pas de salaire qui... qui vient, puis... bien,
c'est ça, donc ils sont doublement pénalisés dans ce sens-là.
Mme Plourde (Lili) : Et,
allons-y d'un point de vue purement gestionnaire, un enfant dans un milieu
résidentiel substitut coûte plus cher qu'un parent sur le PRB. Donc, soutenons
les familles, soutenons les parents qui s'occupent de leur enfant. Ils vont
faire un rapport d'impôt, ils vont dépenser, ils vont être plus capables de
subvenir à leurs besoins. Puis, quand leur enfant...
14 h 30 (version révisée)
Mme Plourde (Lili) : ...ils
vont dépenser puis ils vont être plus capables de subvenir à leurs besoins.
Puis, quand leur enfant va réintégrer certains services, bien, ils vont pouvoir
peut-être faire le choix d'aller travailler à temps partiel. Donc, tout le
monde est... tout le monde serait gagnant.
Mme Prass : Et on se comprend
que la réalité est que, quand on a un enfant avec un handicap, bien, il y a des
coûts additionnels qui viennent avec tout ça. Oui, il y a des services de la
part du gouvernement, mais il y a plus de listes d'attente, des fois, qu'il y a
de services. Donc, les parents doivent assumer davantage de responsabilités
financières, donc ça s'accumule, disons, c'est... On reste à la maison, on n'a
pas de revenu, mais il faut des services pour nos enfants, des thérapies, quoi
que ce soit. Donc, tout ça fait en sorte que les parents se retrouvent dans des
situations où ils n'arrivent pas à s'en sortir.
Mme Plourde (Lili) : Ça
provoque de l'iniquité dans l'accès aux soins. Parce que les parents qui sont
mieux nantis financièrement vont aller chercher plus de services dans le privé,
alors qu'un parent qui est sur... qui est sur l'aide sociale ou qu'il y a juste
un des deux parents qui travaille et que l'autre parent n'a pas de revenu,
bien, ça va être plus difficile pour eux d'aller chercher des services alors qu'il
y a des listes d'attente importantes. Même... Même, d'âge scolaire, de plus en
plus de parents se tournent vers le privé parce que les écoles ne seront pas
capables de répondre aux besoins des enfants. Donc, ça crée de l'iniquité entre
deux catégories de citoyens.
Mme Prass : J'ai quelques
secondes qui restent, donc je vais juste vous remercier, mesdames, pour aujourd'hui
et tous les efforts que vous faites au cours de l'année. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. J'aimerais ça rester un peu sur ce sujet-là pour vous entendre un
peu plus, là, la question des parents d'enfants handicapés et peut-être même de
certains enfants devenus adultes handicapés ou qui ont un trouble du spectre de
l'autisme. Vous avez demandé à ce qu'ils puissent avoir accès au revenu de
base. J'ai bien compris pourquoi. Si ce n'est pas ce que la ministre décide de
faire et puis que ce n'est pas inscrit dans la loi, comme ce l'est
actuellement, qu'il y a une reconnaissance d'une contrainte dans la loi, qu'est-ce
que ça représente pour ces familles-là, comme parcours, comme fardeau
supplémentaire?
Mme Plourde (Lili) : Bien, c'est
toute la question financière. Si les parents... Bon, parce qu'à l'âge adulte il
y a de moins en moins de services à temps plein, de services... (panne de son).
Donc, automatiquement, il y a un des deux parents qui laisse son emploi. Si c'est
une maman monoparentale, bien là, c'est l'aide sociale, et là il va y avoir une
contrainte temporaire, mais qui ne sera pas validée par une loi. Ça fait que c'est
toujours le danger de l'extrême pauvreté pour les familles. L'enfant, à ce
moment-là, devrait hypothétiquement être reconnu pour une contrainte sévère de
santé, mais il y a toujours... c'est toujours une situation de pauvreté, qu'il
faut faire des choix, ensuite, sur ce qu'on peut payer, là, dans une vie.
Mme Labrie : ...que ça ajoute
également des démarches à faire au niveau d'aller chercher une reconnaissance
de cette contrainte-là, si ce n'est pas reconnu automatiquement, déjà, en plus
de tout ce qui est démarche auprès du réseau de la santé et des services
sociaux, et autres, pour l'enfant en question. D'aller chercher cette
reconnaissance-là pour la personne qui en prend soin, c'est un fardeau
supplémentaire, j'imagine, aussi?
Mme Plourde (Lili) : C'est
beaucoup de démarches administratives. Souvent, les parents sont épuisés, ils
en ont déjà beaucoup sur les épaules, ça fait des années qu'ils demandent des
services, qu'ils sont sur des listes d'attente. Ça fait qu'on rajoute une
lourdeur administrative à des parents qui n'ont pas d'autre choix. Tu sais, on
l'a dit, un milieu résidentiel substitut, à Montréal, c'est neuf à 15 ans
d'attente. C'est long, 15 ans, quand tu es obligé de laisser ton travail
pour t'occuper de ton enfant.
Mme Labrie : Puis, comme vous
l'avez dit, ça reste plus économique de leur donner le revenu de base que de
risquer que cet enfant-là, finalement, doive être pris en charge dans une
famille d'accueil.
Mme Plourde (Lili) : Tout à
fait.
Mme Quessy (Martine) : Il n'y
a pas juste ça. Aussi, dans... au niveau organisationnel, ce qu'il faut prendre
en considération, quand c'est un adulte autiste, c'est à lui à parler. Le
système fait qu'on demande à lui de s'informer, à lui de faire la démarche,
mais ça ne veut pas dire que lui, il est prêt à faire cette démarche-là, cet
individu-là. Et là le parent qui doit se battre aussi pour reconnaître le fait
qu'il parle au nom de son enfant, mais qu'il n'est pas dans l'abus ou qu'il n'est
pas dans le contrôle de celui-ci... Ça fait que ça demande beaucoup de pression
puis beaucoup d'anxiété de la part du parent. Si la reconnaissance n'y est pas,
bien, ça devient un combat, je vous dirais quotidien.
La santé de nos adultes change facilement.
Il peut y avoir plusieurs choses au niveau hormonal, au niveau de...
relationnel au travail, un nouveau qui arrive. Ça peut être aussi, pour la
femme, hormonal, quand on arrive à la préménopause. Le parent, quand il est
rendu plus vieux, parce qu'il demeure quand même un parent, voit son enfant en
détresse, il n'est pas en mesure de l'aider, il n'est pas reconnu comme étant
un parent, là, quand il est <rendu plus vieux...
Mme Quessy (Martine) :
...
mesure de l'aider, il n'est pas reconnu comme étant un parent, là, quand il est
>rendu plus vieux. Vous savez, nos enfants vieillissent puis ils ont
besoin de nous. En autisme, même quand on est rendu à 80 ans puis que
notre enfant a la quarantaine, cinquantaine, ça peut devenir plus difficile
pour le parent d'être reconnu comme étant un proche aidant quand on est rendu à
l'âge plutôt d'être aidé.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je suis désolée, c'est tout le temps que nous avions avec la députée
de Sherbrooke. Maintenant, je vais céder la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Vous nous
rappelez, dans votre mémoire et dans votre témoignage aussi, qu'il y a des
préjugés dont sont victimes les personnes autistes, et vous nous rappelez qu'on
ne peut pas mesurer leur destin à une contrainte de santé parce que, notamment,
lorsqu'il s'agit de personnes autistes, la contrainte sévère à l'emploi ne
vient pas nécessairement de la personne elle-même, mais de son environnement.
Ce qui fait en sorte qu'une personne autiste, même avec des besoins légers,
peut avoir plus de difficulté à se maintenir en emploi qu'une personne autiste
ayant des plus grands besoins mais travaillant dans un milieu protégé. Donc,
vous nous dites : Passer de la contrainte sévère à l'emploi à la
contrainte de santé, ce n'est pas le bon critère pour les personnes autistes. Et
je vous ai entendus dire, tout à l'heure : La façon dont on considère les
personnes autistes est en jeu. Considérez-vous que le projet de loi n° 71, actuellement, fait la bonne chose de ce côté-là?
Mme Plourde (Lili) : Il
y aurait des amendements à faire dans le projet de loi. Ça fait des mois,
depuis le 1ᵉʳ juillet 2022, qu'on milite pour que l'autisme revienne dans
la liste des diagnostics évidents donnant un accès direct aux programmes de
solidarité sociale. Pas parce que le monde ne veulent pas aller travailler,
parce que les embûches, les défis sont nombreux et puis on veut...
Puis, vite, vite, parce que je sais que vous
n'avez pas beaucoup de temps. En 2017, l'INSPQ a publié une surveillance des
personnes autistes de 0 à 24 ans qui démontre qu'il y a deux fois plus de
personnes autistes que non autistes qui décèdent par suicide et cinq fois plus
qui décèdent pour autres problèmes de santé que la population non autiste.
Pourquoi? Le manque de services dans le réseau de la santé, le manque de services
tout court et l'apparition de troubles de santé mentale. Ces événements-là,
quand on vit toutes les embûches administratives, après avoir fait des
tentatives multiples de travail, ça vient compliquer la vie des gens.
• (14 h 40) •
M. Paradis : Vous nous
invitez à prendre en compte plutôt les besoins particuliers des personnes, et
notamment des personnes autistes, puis c'est ce que vous nous rappelez là, et
vous dites : Pour faire ça, ça va prendre des ressources conséquentes. Et
vous espérez que le projet de loi va être à la hauteur. On nous dit que le
projet de loi va se mettre en œuvre à coût nul. Est-ce que vous êtes confiantes?
Mme Plourde (Lili) : Ça
va prendre... Ça prend des ressources. Pour le plan d'intégration et pour
l'accompagnement des personnes, ça va prendre des ressources.
M. Paradis : Très bien.
Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Merci, mesdames, pour votre contribution à la commission.
Je suspends les travaux quelques minutes
afin de faire prendre place nos autres invités. Alors, merci.
(Suspension de la séance à 14 h 41)
(Reprise à 14 h 43)
La Présidente (Mme D'Amours) :
Nous reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue à la
Fédération québécoise de l'autisme...
Une voix : ...
La Présidente (Mme D'Amours) : Centraide?
Ah! je n'ai pas le bon document. Oh! Oui, ici, pardon, Centraide du Grand
Montréal. Je vous rappelle, chers invités, que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de notre commission. Donc, je vous invite à vous présenter et à commencer
votre exposé, s'il vous plaît.
M. Pinard (Claude) : Merci,
Mme la Présidente. Donc, mon nom est Claude Pinard, président-directeur général
de Centraide du Grand Montréal. Je suis accompagné de...
M. Régis (Mario) : Excusez.
Mario Régis, directeur principal à la direction générale de Centraide du Grand
Montréal.
Mme Brunet Kitchen (Marie-Eve) : Marie-Ève
Brunet, responsable, Relations gouvernementales pour Centraide du Grand
Montréal.
M. Pinard (Claude) : Alors,
merci de nous accueillir. On est très heureux d'être ici aujourd'hui. Merci de
prendre le temps, donc, de discuter d'un sujet qui nous touche particulièrement,
à Centraide, comme notre mission d'organisation est de rassembler et agir pour
un Grand Montréal inclusif et sans pauvreté.
Donc, on est devant vous aujourd'hui dans
le but de parler d'une réalité qui nous touche tous et toutes, et qu'on veuille
se l'admettre ou pas. Je veux dire, on a tous dans nos environnements des gens
qui sont en situation difficile, vivent des situations de vulnérabilité. Que ce
soit dans les rues, dans les quartiers, dans les communautés dans lesquelles on
évolue, il y a des personnes et des familles qui se battent tous les jours pour
surmonter les défis qui, on dirait, sont de plus en plus importants.
Et je donne souvent l'exemple lorsque je
présente dans différents événements de campagne. Vous savez, l'automne, c'est
le Thanksgiving, et il y a une raison pour laquelle c'est l'Action de grâce,
c'est le temps des récoltes et c'est le temps où les gens étaient très généreux,
donc c'est également le temps au sens où tous les Centraide du Québec se
mettent à l'oeuvre dans le but de récolter l'argent qui va servir à faire des
investissements sociaux.
Je raconte souvent l'anecdote d'un couple
de Côte-des-Neiges, un quartier de Montréal, qui, comme vous et moi, se lève
tous les matins dans la plus grande dignité, s'assure que le petit ait son
manteau, qu'il ait son... peut-être son lunch, l'amènent à l'école. Ils vont
travailler comme vous et moi. Ils vont cacher souvent le poids de ce qu'ils
portent, et ce sont des préoccupations qui sont très souvent liées à la crise
du logement, donc les... Ce jeune couple va souvent se retrouver en banque
alimentaire, le 27, le 28 du mois, parce qu'il va consacrer plus de 50 %
de son revenu net pour se loger. C'est des choses qu'on connaît assez bien.
Vous savez que, lorsque vous dépensez
50 % de vos revenus nets pour vous loger, il ne reste pas grand-chose pour
les fournitures scolaires ou les autres besoins essentiels. Donc, c'est une
pression qui est ressentie tous les jours, chaque semaine, ce qui... Il y a des
décisions qui doivent se prendre : Est-ce qu'on achète de la nourriture ou
est-ce qu'on paie nos factures? Puis ce qui est important, c'est que, ces
personnes-là, il n'y a personne qui se lève le matin en disant : Yes! Je
m'en vais à la banque alimentaire ce soir, je suis un bénéficiaire de banque
alimentaire. Ils ne veulent pas la charité, ils souhaitent des solutions
durables, comme l'ensemble de leurs concitoyens. Ils aspirent à une vie où,
dans le fond, l'anxiété ne fait pas partie de leur réalité quotidienne dans le
but de subvenir aux besoins de leur famille.
Et ce n'est pas des cas isolés. On parle
de milliers de personnes, de familles au Québec qui vivent dans une sorte de
précarité. Il y a plus d'un million de Québécois, vous le savez, qui ont
de la misère avec les fins de mois, donc qui peinent à s'en sortir à chaque
mois, beaucoup de travailleurs sont dans cette situation-là. Donc, la pauvreté,
c'est un peu insidieux, et ça peut frapper n'importe qui.
Et c'est là que le projet de loi n° 71...
71, pardon, entre en jeu, car si la stratégie gouvernementale est de ramener
les gens vers l'emploi, encore faut-il que cette réalité donne un nouveau
souffle aux personnes vivant sous le seuil de la pauvreté. Ainsi, nous avons
une occasion unique de repenser notre approche face à cette réalité complexe.
Le projet de loi n° 71 ne se limite pas à
des chiffres et des réglementations, il touche à la dignité humaine, et il faut
le reconnaître, il vise à transformer la manière dont nous soutenons ceux qui
en <ont besoin...
M. Pinard (Claude) :
...
reconnaître, il vise à transformer la manière dont nous soutenons ceux qui en
>ont besoin. Centraide du Grand Montréal en appelle à une approche
ambitieuse pour lutter contre la pauvreté, axée non seulement sur la réduction
du nombre de personnes statistiquement pauvres, mais sur l'amélioration des
conditions de vie des Québécois. Et là-dessus, collectivement, nous avons la
capacité d'agir. Si nous sommes tous en accord avec les intentions d'humaniser
l'assistance sociale et de renforcer la dignité des personnes, reconnaissons du
même coup qu'il sera essentiel de s'assurer que ces intentions se concrétisent en
effets recherchés.
En ce sens, Centraide du Grand Montréal
recommande de faire appel à un tiers indépendant pour évaluer les impacts
cumulatifs des différentes mesures mises en œuvre auprès des bénéficiaires.
Quelle sera l'augmentation de l'aide
financière mensuelle accordée? Combien de personnes en bénéficieront? Quel
impact aura l'abolition de la comptabilisation d'une contribution présumée des
parents, la révision de la notion maritale pour les personnes qui cohabitent en
raison de limitations fonctionnelles de l'une ou l'autre et le supplément pour
les personnes qui poursuivent des études menant à l'obtention d'un diplôme
secondaire? Et ici, comme vous savez, je ne nomme que certaines des mesures que
nous saluons en particulier.
J'aimerais qu'on prenne un instant pour
également parler de l'article 4 du projet de loi n° 71,
qui met en lumière l'importance des programmes d'aide et d'accompagnement social.
Dans le cadre du <i>plan de lutte à la pauvreté, il est proposé de former
le personnel qui intervient auprès des familles en situation de pauvreté afin
d'adopter une approche d'accompagnement respectueuse de leurs besoins et de
leurs réalités. Ici... et vous, très certainement, entendez mon commentaire sur
le fait que j'insiste pour vous mentionner et réitérer l'expertise du milieu
communautaire qui travaille sur... au quotidien avec les personnes qui sont
prestataires du régime d'assistance sociale, particulièrement ceux travaillant
auprès des demandeurs d'asile. Pour maintenir et renforcer cette expertise, un
soutien financier adéquat et prévisible est essentiel. Sans ce financement, la
stabilité des équipes et la qualité de l'accompagnement, qui sont au cœur de ce
projet de loi, pourraient être mises en péril.
• (14 h 50) •
Aussi, Centraide du Grand Montréal
recommande que les organismes communautaires participent activement à la
définition de l'approche à adopter et ne soient pas simplement consultés.
Ceux-ci pourront par ailleurs s'assurer que les contraintes environnementales
et structurelles qui influencent le parcours des individus soient considérées
dans la définition des paramètres d'accompagnement. Car rappelons que de
nombreux facteurs échappent à la volonté des personnes en situation de
vulnérabilité. Souvent, trop souvent, les personnes se retrouvent en situation
de vulnérabilité ou de pauvreté pour des raisons qui sont largement hors de
leur contrôle. Leur environnement, ainsi, peut être un obstacle.
Finalement, permettez-moi de souligner que
le projet de loi est une opportunité pour discuter des réalités complexes de la
pauvreté et de la manière dont nous la mesurons. Il est aujourd'hui nécessaire
de moderniser les indicateurs de mesure de la pauvreté pour mieux refléter la
réalité des personnes. Et s'il est vrai, selon la mesure du panier de
consommation, la MPC, que le taux de pauvreté diminue, il est aussi vrai qu'il
n'y a jamais eu autant de personnes en situation d'itinérance dans nos rues et
que les banques alimentaires n'ont jamais été si fréquentées et sollicitées.
Comment expliquer une telle dissonance entre la réalité et les données
statistiques?
Mmes et MM. les élus, la pauvreté est un
défi que nous ne pouvons ignorer. Nous avons l'opportunité de transformer cette
lutte en une action collective, une action qui vise à... à briser, pardon, le
cycle de la pauvreté. Ainsi, dans le cadre de vos travaux, nous vous invitons à
prévoir la modernisation de nos indicateurs de pauvreté, à mesurer l'impact des
mesures proposées et à s'assurer... assurer que celles-ci reflètent la réalité
vécue par des milliers de Québécois. Nos approches, nos définitions et la façon
qu'on a d'intervenir doivent évoluer. Je vous remercie beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vous remercie pour votre exposé. Nous allons débuter maintenant notre période
d'échange avec la ministre. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Merci
beaucoup, Mme la Présidente, et merci beaucoup, M. Pinard, Mme Kitchen,
Mme Brunet... Brunet Kitchen, ainsi que M. Régis de votre présence
aujourd'hui pour votre... Merci pour votre contribution à ces travaux qui
mènent à la modernisation du régime d'aide sociale. Vos commentaires sont très
importants. Votre aide est importante aussi.
Vous parlez, bien sûr, de dignité humaine,
et j'en suis. J'aimerais que vous m'expliquiez un petit peu plus, là, ce que
vous entendez par un tiers indépendant. Qui <est le tiers...
Mme Rouleau :
... un
petit peu plus, là, ce que vous entendez par un tiers indépendant. Qui >est
le tiers indépendant, et il fait... et que fait cette personne, ou cet
organisme, ou... On situe ce tiers indépendant où dans votre réflexion?
M. Pinard (Claude) : Merci de
la question, Mme la ministre. Je vais passer la parole à mon collègue, Mario
Régis. Et — juste fermer ton micro — ...et juste vous
mentionner que c'est exactement dans deux heures que monsieur prendra sa
retraite et qu'il va quitter Centraide, après 10 ans d'extraordinaires et
loyaux phénoménals services. Donc, imaginez-vous, il n'y a pas grand citoyens
au Québec qui peuvent se targuer de dire que leur dernière intervention pour
leur employeur aura été de participer en commission parlementaire. Donc,
là-dessus, Mario, je te passe la parole.
Mme Rouleau : Je suis
d'autant plus honorée de vous avoir avec nous, M. Régis.
M. Régis (Mario) : L'honneur
est pour moi, Mme la ministre. Merci, Claude, ce n'est pas vraiment nécessaire,
mais, bon, on va le prendre.
À votre question, en fait, on ne l'a pas
identifié explicitement, on n'est pas allés jusque là. Mais il existe des
observatoires, l'observatoire sur la lutte à la... sur les inégalités, il y a
le centre de... que la loi a créé au niveau de la lutte à la pauvreté.
Là-dessus, on n'est pas allés dans l'identification. Par contre, ce qui nous
apparaissait important, c'est, quand on regardait l'ensemble des mesures, on disait :
OK, mais quel effet ça va avoir au concret? Donc, ultimement, c'est plus la recherche
de l'effet qu'on... qui nous importait. Qui doit l'évaluer? Je pense que les
gens au sein du ministère ont peut-être une meilleure connaissance, une
connaissance plus large, en tout cas, à travers le Québec, des organisations
qui pourraient le faire.
Mais ce qui nous importait, c'est
dire : Il faut que les intentions auxquelles on appuie... Claude a été
clair dans son message d'ouverture, on les appuie, ces mesures-là, au niveau de
l'intention. Maintenant, dans une analyse différenciée selon les sexes, selon
les groupes d'âge, est-ce qu'effectivement il y aura un impact significatif
auprès des prestataires, et combien de personnes vont pouvoir bénéficier de cet
impact positif, et de combien sera cet impact-là? Il est difficile de le
mesurer quand on regarde le projet de loi. Mais, encore une fois, on le
souligne, l'intention, elle est parfaite, elle est bonne, mais c'est l'effet
qu'on cherche, et là on dit : Bien, ce serait intéressant qu'on le mesure
correctement puis qu'on fasse rapport, après, pour voir si on a atteint nos
objectifs.
Mme Rouleau : Ça fait appel à
un aspect de recherche et de documenter de manière plus structurelle encore...
structurante, je dirais, tout l'effet, là, des mesures qu'on met en place.
Petite question. Dans... L'objet de la
modernisation de la... du régime, du régime d'assistance sociale et du projet
de loi n° 71, d'abord, l'accompagnement et la
simplification des régimes... du régime, moins de bureaucratie, moins de
paperasse, moins de formulaires. Et je pense qu'on a des propositions qui vont
en ce sens. Alors, plus d'accompagnement, ça veut dire un plan d'accompagnement
personnalisé auquel les gens ont droit, ils peuvent le demander et l'obtenir,
et un plan régional, un réseau régional d'accompagnement qui inclut, donc, les
différents joueurs régionaux pour une meilleure coordination, disons-le comme
ça. Comment voyez-vous ces deux aspects, le plan personnalisé et le réseau
régional? Et comment Centraide se voit? Est-ce que vous vous voyez dans ces
initiatives-là?
M. Pinard (Claude) : Bien,
nous... Un, je voulais un peu renchérir sur ce que Mario a dit tantôt, en deux
secondes, juste... puis vous m'avez régulièrement, j'imagine, lu et entendu,
Mme la ministre, sur le fait que les...
Mme Rouleau : ...
M. Pinard (Claude) : Oui. Les
solutions... Oui, voilà. Les solutions ne peuvent plus venir que du
gouvernement. Donc, je pense que ça prend... on doit, tout le monde,
s'installer autour de la même table puis discuter ces nouvelles définitions là.
Quant à... J'aime bien votre intervention,
dans le contexte où on pense également, chez Centraide, que la complexité des
interventions ou de la pauvreté, telle qu'on la voit maintenant, c'est-à-dire
l'effet d'addition des facteurs de pauvreté chez une même personne, font en
sorte qu'on doit absolument considérer la notion de continuum de personnes. Et
quand on parle de continuum de personnes, ça veut dire, donc, qu'il y a un
écosystème d'organismes qui peuvent contribuer ou qui contribuent à faire en
sorte qu'on s'occupe des gens de la bonne façon ou qu'ils ont les services. Et
l'exemple que j'aime souvent donner, c'est une banque alimentaire de la
Rive-Sud qui a embauché une intervenante en santé mentale. Donc, une banque
alimentaire qui embauche une intervenante en santé mentale, c'est un peu
curieux, mais donc ils ont vu le besoin puis ils ont décidé de faire en sorte
que cette dame-là pouvait bénéficier des deux services en même temps.
Sur l'aspect régional de la chose, je vais
passer la parole à Mario.
M. Régis (Mario) : Merci. En
fait, sur l'aspect régional, dans le mémoire, à l'article 6, là... le
point 6 du mémoire, <puis on se base...
M. Régis (Mario) :
...
En fait, sur l'aspect régional, dans le mémoire, à l'article 6, là... le
point 6 du mémoire, >puis on se base sur notre propre expérience,
en termes de mobilisation, partenariat régional, Centraine fait ça depuis des
années. Je dirais que je résumerais en disant la... On a identifié des acteurs
clés qui doivent être là, notamment des représentants du marché du travail. Parce
que ça va être important de considérer que l'accompagnement des personnes, oui,
elle doit répondre à leurs besoins de formation, de soutien, compte tenu des
défis et des limites qu'ils rencontrent, mais aussi du marché du travail qui
est présent dans le secteur où elles demeurent, ces personnes-là. Parce qu'on
ne se cachera pas, il y a des enjeux aussi d'adaptation du marché du travail à
ces gens-là, en termes de politiques discriminatoires, en termes d'horaires de
travail qui ne permettent pas la conciliation famille-travail, notamment pour
des femmes cheffes de famille monoparentale. Donc, l'effort d'adaptation ne
peut pas être que du seul côté des personnes prestataires.
Du point de vue régional, la condition
importante qu'on a ajoutée, au-delà des représentants, on a identifié certains
représentants, mais la condition, c'est qu'il faut que les personnes qui
siègent à cette instance régionale aient le pouvoir d'aplanir les contraintes
et aligner les actions des différentes organisations. Si on ne peut faire que
des constats, c'est déjà pas pire, mais on ne pourra pas bouger. Là, il y a des
arrimages à faire entre le milieu de la formation, le milieu du travail, les
organismes qui font l'accompagnement, les profils des personnes qui... du
secteur, pour être capable d'aligner l'action et vraiment lever les...
assouplir les coins, comme on pourrait dire, des fois, les... pour faire en
sorte que les mesures arrivent au bon moment et arrivent dans une séquence qui
permette vraiment de soutenir la motivation puis la mobilisation des acteurs
dans leurs propres cheminements. Et pour nous, ça, c'est une condition
essentielle. Sinon, c'est une instance où les gens vont déplorer les problèmes,
mais on ne sera pas capables de les faire bouger.
• (15 heures) •
Mme Rouleau : OK. Je
comprends. Dans votre mémoire, vous soulignez l'enjeu de l'accroissement des
demandeurs d'asile qui deviennent temporairement des prestataires d'aide
sociale parce que, lorsqu'ils arrivent, on les accueille, puis il y a des gens
qui ont besoin d'aide, et nous leur donnons cette aide-là par l'aide de dernier
recours. Depuis quelques années, il y a un accroissement, là, comme vous le
mentionnez. Avez-vous des suggestions à nous faire? Quelles mesures
pourrions-nous mettre en place pour favoriser la sortie de l'aide sociale et
vers l'emploi? Qu'est-ce qui... Qu'est-ce qui pourrait être fait? Qu'est-ce qui
manque, à votre avis, dans votre expérience?
M. Régis (Mario) : Bien, en
fait, j'aurais tendance à répondre très généralement, parce qu'il faudrait
aller s'asseoir, à ce moment-là, dans ce contexte-là, avec, entre autres, les...
je pense à la TCRI, la <i>table de concertation régionale des organismes,
qui accueillent, qui ont une expertise. On est en lien avec ces
organisations-là.
Je vous dirais que les défis sont
nombreux. Déjà, la recherche d'un logement, la signature d'un bail quand tu
n'as aucun historique de crédits. Il y a des organismes communautaires qu'on le
sait ils sont... ils ont pris le risque de contresigner le bail, se sont portés
garants. C'est la seule façon de permettre à ces gens-là de pouvoir bénéficier
de logement. Si tu n'as pas de logement, ça se peut que tu aies de la
difficulté, effectivement, à te trouver un emploi. Puis il y a effectivement,
il faut le reconnaître, un marché noir pour embaucher les personnes immigrantes
avec un non-respect des normes du travail. C'est pour ça qu'on disait que, dans
l'instance régionale, il faut qu'il y ait des représentants qui ont un pouvoir
d'action sur le milieu du travail. Et après ça il y a toute la question de
l'accès aux cours de francisation, des incitatifs pour leur permettre l'accès
aux services de garde pour pouvoir aller chercher la formation. Je pense que
plusieurs améliorations y sont possibles. Et ça... et c'est là que l'instance
régionale devient hyperintéressant et hyperpertinente, comme idée, pour bien
les identifier.
Puis, bien, c'est sûr que, présentement,
on y fait face. On a eu des collaborations, à Centraide, avec, entre autres, votre
collègue et avec vous, pour venir soutenir l'action des organismes
communautaires qui travaillent auprès de ces populations-là, parce qu'ils sont
vraiment au front et avec un risque d'épuisement, aussi, il faut le constater.
Ça fait que la réussite du virage repose sur les moyens et la reconnaissance de
cette expertise-là et de leurs connaissances, justement, pour identifier très
clairement les coins qu'il faut arrondir et être capable d'avoir les bonnes
personnes autour de la table, pour être capable de les arrondir un coup qu'on
les a identifiés.
Mme Rouleau : OK...
M. Pinard (Claude) : J'ajouterais
à ça... J'ajouterais à ça, je ne suis pas sûr que je m'adresse au bon ordre de
gouvernement, mais il faut régulariser la situation le plus rapidement possible
dans le but qu'ils puissent avoir un permis de travail et se mettent
immédiatement à l'emploi.
Mme Rouleau : Je suis
d'accord avec vous. Et ça, c'est du côté du gouvernement fédéral. Avec
insistance, on leur demande de réduire les délais pour que les personnes, les
demandeurs d'asile puissent...
15 h (version révisée)
Mme Rouleau : ...de réduire
les délais pour que les personnes, les demandeurs d'asile puissent obtenir leurs
permis.
Ceci étant dit, je vous amène sur l'aspect
des contraintes en emploi qu'on connaît aujourd'hui. On va vers les contraintes
de santé, considérant que les gens sont plus éloignés du marché du travail, ont
des enjeux plus importants, que la contrainte emploi, elle vise à calculer la
capacité de la personne à travailler, alors que la contrainte santé est plus
axée sur l'état de la personne et fait intervenir tout l'aspect de santé
mentale et d'enjeux psychosociaux, ce qui ne... ce qui n'est pas inclus dans la
contrainte emploi à l'heure actuelle.
Qu'est-ce que vous pensez de cette mesure que
nous... que nous prévoyons dans le plan de... dans le projet de loi?
M. Régis (Mario) : En fait,
très sincèrement, madame... Mme la ministre, je... on n'a pas l'expertise pour
nuancer exactement toute cette nuance-là. Maintenant, je me réfère à l'expérience
où il faut s'assurer que... Il y a des choses... Est-ce qu'elles relèvent de l'emploi
ou de la santé quand on parle, par exemple, de préemployabilité, quand on n'a
pas été habitué de gérer des relations avec un patron, quand on n'est pas... de
prendre personnels des commentaires? Et là je réfère, là... Claude disait que
je pars à la retraite, là, je n'ai quand même pas juste travaillé à Centraide
avant. Dans les entreprises d'insertion, il y a des... un travail important qui
se fait au niveau de toute la préemployabilité, au niveau d'apprendre à
respecter un horaire, à respecter le travail d'équipe, à ne pas prendre
personnels des commentaires sur le... la qualité de ton travail, etc. Est-ce
que ça, c'est une contrainte à l'emploi ou c'est une contrainte à la santé?
Parce qu'indépendamment de la définition, c'est une contrainte importante pour
accéder à l'emploi et maintenir la rétention d'emploi. Il faut faire attention
d'éviter que les gens aient une multitude d'échecs parce que la confiance en
soi finit par tomber.
Mme Rouleau : Oui. Et...
M. Régis (Mario) : Alors,
je... Donc, oui, je vous laisse aller.
Mme Rouleau : Oui. Bien, en
fait, j'allais dire, justement, dans ce sens-là, on a... il y a deux programmes
importants, là, qu'on va... qu'on souhaite améliorer. Il y a le programme PAAS,
qui est le Programme d'aide et d'accompagnement social, où on va créer le
nouveau volet Participation sociale, justement pour que les personnes qui sont
très éloignées puissent refaire leurs réseaux, revenir, parce que c'est plus difficile.
Ils ne sont pas... Ils ne seront pas en préemployabilité tout de suite, c'est
plus pré-préemployabilité. Alors, c'est un espace de plus, là, qu'on... qu'on
suggère pour... pour amener les gens, les insérer, mieux les insérer, intégrer
et, éventuellement, aller vers l'emploi. Donc, je pense qu'on va dans ce...
dans la direction que vous... que vous souhaitez aussi. De même, on veut
élargir le programme Objectif emploi, pour que ce ne soit pas que les
premiers... que les gens qui demandent pour la première fois l'aide sociale qui
aient... qui aient accès à Objectif emploi, mais ils reviennent une deuxième
fois et ils auront accès.
Des mesures semblables dans un plan de
lutte, c'est... ça vous semble correct ou... Vous avez une opinion là-dessus?
M. Pinard (Claude) : Bien, c'est...
c'est définitivement très intéressant, Mme la ministre. Ce que je ne peux pas m'empêcher
de penser, comme... comme président de Centraide du Grand Montréal, c'est qu'on
est rendus, comme société, à faire des projets de loi, comme le projet de loi
n° 71, où on va toucher, avec des mesures extrêmement précises, très
humaines, dans la dignité, 4 000, 5 000, 6 000, 7 000
personnes, ce qui me fait penser que, a contrario, on est peut-être rendus à
une certaine fin du modèle où... à un moment donné, où on doit se dire : Peut-être
qu'on devrait se redéfinir une façon d'intervenir auprès des personnes qui sont
en situation de pauvreté.
Ça fait que l'ensemble des initiatives qui
sont contenues dans le PL 71 sont superintéressantes, mais, si on voulait
effectuer... ou avoir un impact plus grand sur plus de personnes, il faudrait
redéfinir l'ensemble des interventions. Que ce soit dans le projet... dans le
plan de lutte à la pauvreté ou au PL 71, moi, je pense que ce qui est contenu
ou ce qu'on... ce dont on discute ce matin... cet après-midi, pardon, est
définitivement intéressant quant à prendre en connaissance la... ou en cause,
pardon, la situation un peu plus personnalisée d'un nombre de personnes. Et,
pour nous, c'est important, parce que, vous <savez...
M. Pinard (Claude) :
...plus
personnalisée d'un nombre de personnes. Et, pour nous, c'est important, parce
que, vous >savez, l'intervention qu'on fait dans le Grand Montréal et
partout au Québec, les Centraide, c'est de s'assurer de resserrer les mailles
du filet, et c'est un peu ça qu'on fait ici, mais on veut s'assurer qu'on est
capables de peut-être voir où il y a des trous dans les filets, puis, au moment
où on se parle, il y en a plusieurs. Je le mentionnais tantôt, la MPC dit qu'il
y a une réduction de... du nombre de personnes en situation de pauvreté, mais,
en même temps, le président-directeur général de <i>Banques alimentaires
Québec est devenu votre meilleur ami aussi. Ça veut dire qu'il y a énormément
de personnes qui ont accès encore plus aux banques alimentaires, alors que
supposément les gens diminuent.
Donc, on a besoin d'avoir, je pense, une
nouvelle conversation sur comment... quelles sont les nouvelles définitions
puis comment on va... on va s'assurer de bien servir les personnes qui sont en
situation de précarité ou vulnérabilité.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps que nous avions avec la ministre. Maintenant, je
cède la parole à la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Combien de
minutes, madame?
La Présidente (Mme D'Amours) : 10 min 24 s.
Mme McGraw : Merci, Mme la
Présidente. Et merci d'être avec nous aujourd'hui en virtuel, mais aussi pour
votre excellent mémoire.
Peut-être, on va aller commencer,
justement, sur... on va revenir sur la question des contraintes de
l'environnement, parce que la ministre, elle soulève qu'avec le projet de loi
on parle plutôt maintenant de conditions de santé ou contraintes de santé et
non de contraintes à l'emploi. On comprend très bien qu'il y a des personnes
qui ont des problèmes de santé qui puissent travailler, mais on comprend aussi
qu'il y a des personnes qui ne puissent pas travailler à cause de contraintes
qui ne sont pas liées à la santé. Alors, on parle d'un élargissement, mais
peut-être un rétrécissement. Que pensez-vous de cette approche? Et aussi
souligner votre approche de... Vous parlez de contraintes de l'environnement
sur lesquelles les personnes n'ont pas nécessairement... peu ou pas de pouvoir.
• (15 h 10) •
M. Régis (Mario) : Merci pour
votre question, Mme la députée. En fait, comme on le mentionnait tout à
l'heure, là, on... je n'ai pas la prétention de bien maîtriser l'impact de la
différence entre la santé versus la condition d'emploi, mais force est
d'admettre qu'il y a effectivement des contraintes qui... sur lesquelles ni la
personne qui est prestataire ni les personnes qui vont l'accompagner ont un
réel pouvoir. Si vous avez lu, notamment, le roman <i>Rue Duplessis
dernièrement, on en a là une bien belle preuve.
Ce qu'on a mentionné dans notre... dans
notre mémoire... on en a identifié quelques-unes, on les a regroupées, mais
effectivement est-ce que les personnes qui ont des enjeux personnels ont
réellement accès aux ressources pour améliorer leur état de santé, donc
l'inaccessibilité aux services de santé mentale, au soutien psychologique,
orientation professionnelle, est-ce qu'ils ont accès, et est-ce que ces
services-là sont accessibles pour ces personnes-là dans le contexte du
transport en commun ou des moyens de transport?
Même à Montréal, c'est... puis Mme la
ministre doit comprendre, là, elle est députée de Pointe-aux-Trembles. Bien,
des fois, de partir de Pointe-aux-Trembles puis aller dans d'autres coins de la
ville, ce n'est pas toujours évident au niveau du transport en commun. Donc, il
faut que le service existe et il faut y avoir accès. Même chose pour la formation
disponible, cours de francisation, formation limitée dans... liée au marché de
l'emploi. Le coût de ces formations-là est... Quand je dis le coût de... tout
le matériel qu'il faut pour le suivre, il y a des enjeux là-dessus où les
personnes pourraient se retrouver, et se retrouvent effectivement, incapables
de suivre la formation, incapables d'avoir ces accès-là, parce que le service
n'existe pas ou qu'il n'est pas accessible compte tenu des... de la mobilité,
des conditions de mobilité dans lesquelles elles se retrouvent et de l'offre de
mobilité du secteur dans lequel elles demeurent, pour ne nommer que celles-là,
là.
Mme McGraw : Merci. Il y a
beaucoup de groupes, juste pour... qui soulignent le fait qu'il y a des
groupes, vous savez peut-être, entiers qui vont perdre leurs... c'est aboli
carrément, les allocations, des familles monoparentales, des femmes victimes de
violence conjugale et autres, des personnes âgées de 58 ans et plus, etc.
Et ça représente des dizaines de milliers de personnes au Québec, quand même,
qui vont se trouver dans une situation très différente, pas les prestataires
présentement, mais c'est les futurs, les futures personnes, on va dire, visées.
Autre question. Plan de... individualisé,
c'est un... on trouve ça très intéressant comme approche, très prometteur,
mais, pour revenir à votre langage, on insiste sur le fait que les effets
recherchés... de regarder pas juste les intentions, mais est-ce que c'est
vraiment l'effet. Donc, plan individualisé, vous parlez posture
d'accompagnement, vous parlez de, justement, s'assurer que les personnes... il y a un lien de confiance entre la personne aidée et la
personne qui <l'accompagne...
Mme McGraw :
...il y
a un lien de confiance entre la personne aidée et la personne qui >l'accompagne.
On a entendu aujourd'hui le <i>syndicat
des fonctionnaires de la fonction publique et parapublique, qui, justement,
parle des agents qui sont découragés, démoralisés parce que l'approche est
d'enlever, justement, cette approche personnalisée où la personne qui est aidée
doit... va devoir raconter et répéter son histoire, souvent complexe et pénible,
avec ces changements-là, et aussi que le plan individualisé, ça va être sur
demande.
Mais, M. Pinard, vous avez cité... dans LaPresse,
vous avez écrit : «La personne en situation d'itinérance n'a pas besoin d'une
seconde chance. Ce qui l'aiderait vraiment, c'est d'être soutenue sur le long
terme, avec un plan solide d'intervention.» Et ce constat s'applique tant aux
personnes prestataires de l'assistance sociale.
Mais les personnes en situation d'itinérance,
est-ce que vous pensez, selon votre expertise, qu'ils vont être dans une
position de demander ce plan individualisé? Donc, c'est sur demande. Est-ce que
ça devrait être universel, avec l'option de nier, de dire non? Avec les
populations vulnérables avec lesquelles vous connaissez très bien, que
pensez-vous de cette approche?
M. Pinard (Claude) : Bien, je
crois... Juste m'assurer de comprendre votre question, Mme la députée. C'est
que je pense qu'il faut commencer quelque part, et, l'approche personnalisée,
je ne suis pas en train de m'en faire le... un promoteur, mais ce que je vois
actuellement, dans mes interventions sur le terrain avec les organismes
communautaires, c'est l'effet multiplicateur des... de la pauvreté, donc c'est
comment... Les organismes communautaires, si vous leur posez la question, ont
tous ajouté un ou deux services dans la dernière année. Pour quoi? Pour s'assurer
de suivre ce dont les questions... ce dont les personnes avaient besoin.
Alors, lorsque je parle de cette... de
cette dame de... Quand j'en parle, j'aime ça lui donner le nom de Julie, mais
pour personnaliser un peu. Donc, cette Julie qui se présente en banque
alimentaire puis qui a besoin également d'aide au niveau de l'accompagnement en
santé mentale, les gens ne lui ont pas demandé : As-tu besoin d'accompagnement
en santé mentale, Julie? Les gens ont vu la détresse de la personne et ont
adapté. Alors, cette agilité-là doit se retrouver également dans les services
gouvernementaux et doit se retrouver chez les organisateurs communautaires des
CIUSSS.
Moi, je vais vous dire, j'ai vu également,
à Laval, un organisateur communautaire qui n'a... de CIUSSS qui n'a pas de
bureau, donc son bureau est partout sur le terrain, et je l'ai vu aller dans un
organisme que je visitais récemment, et qui connaissait l'ensemble des personnes
dans l'organisation et qui était en mesure de, comment dirais-je, s'identifier,
et comprendre les problèmes, et ne pas faire répéter les gens.
Ça fait que je pense que, quand vous me
posez la question, je vous répondrais que, oui, il y a très certainement un
moment où on n'a pas le choix, je pense, de repasser à travers un certain...
comment dirais-je, description de l'histoire ou du vécu de la personne, mais ça
peut juste servir à long terme.
Je ne sais pas, Mario, si tu veux ajouter
quelque chose.
Mme McGraw : Pour... Peut-être,
je vais... je vais poursuivre juste pour manque de temps. Donc, posture d'accompagnement,
vous avez souligné l'importance, et ce n'est pas surprenant avec l'expertise de
Centraide, l'expertise du milieu communautaire, qui travaille au quotidien avec
les personnes aux prises avec des enjeux importants, etc. Donc, parlez-nous de
cette... l'importance de souligner l'importance de l'expertise du milieu
communautaire, mais aussi, en même temps, les réseaux. Vous avez aussi des
recommandations face aux réseaux régionaux et de s'assurer que les personnes
qui y siègent ont un réel pouvoir pour aplanir les contraintes et aligner l'action
de leurs organisations et réseaux respectifs en appui aux objectifs de plan d'accompagnement.
Donc, j'aimerais vous entendre sur milieu communautaire et réseaux régionaux.
M. Régis (Mario) : Oui. Bien,
en fait, dans le mémoire, on le souligne aussi, et particulièrement dans la
région de Montréal, où, effectivement, un pourcentage assez important des
personnes prestataires sont des migrants en situation de très grande
vulnérabilité. Et on sait que leur parcours migratoire fait en sorte qu'ils
peuvent avoir une relation difficile avec l'institutionnel, et il faut en tenir
compte. Et là-dessus il faut souligner l'expertise que le milieu communautaire,
particulièrement auprès des migrants, ont développée pour développer cette
confiance.
Faire affaire avec un officier de l'État,
aussi sympathique puisse-t-il être, ça peut poser des barrières importantes du
point de vue de la personne. Même chose, travailler auprès des gens qui sortent
de la rue, la relation de confiance est importante à tisser. Et là, pour bien
des personnes, travailler avec un représentant de l'État, bien, c'est de travailler avec, peut-être, le représentant
de la DPJ qui est venu retirer les <enfants...
M. Régis (Mario) :
...bien,
c'est de travailler avec, peut-être, le représentant de la DPJ qui est venu
retirer les >enfants pendant un petit bout de temps. Il y a des
amalgames qui peuvent s'opérer, d'où l'importance de vraiment prendre en compte
cette dimension-là, cette vulnérabilité des différentes populations qui sont
prestataires de la sécurité.
C'est pour ça que... Puis c'est un des
principes qu'il y a dans le livre blanc au niveau de la mobilisation de tous
les partenaires, en commençant par les personnes qui sont prestataires. Donc,
pour nous, l'instance régionale devrait aussi inclure des représentants des
personnes qui vivent les plans d'intervention pour voir comment ces gens-là, à
qui on destine les plans, bien, peuvent faire remonter, à travers ces
représentants, les... la fluidité des plans, les bons coups des plans, parce
qu'il va y en avoir, mais aussi les limites qu'on rencontre dans le déploiement.
En fait, c'est une mécanique humaine qu'on
cherche à mettre, pour être capables de l'avoir, l'humanité, mais on doit le
gérer parce que l'État est ainsi composé de différents programmes. Donc, il ne
faut pas voir cette instance-là comme une mécanique qui gère des programmes
mais qui met les programmes au service des besoins et des parcours des
individus. Et c'est pour ça qu'il est important que les gens qui soient là
puissent être capables de revenir dans leurs organisations respectives puis
dire : OK, là on rencontre une difficulté. Comment on peut l'aplanir?
Comment on peut faire... Comment on peut faire ça plus souple? Il faut cette
marge de manœuvre là. Et c'est pour ça, d'ailleurs, qu'on soulignait
l'importance que... du pouvoir qui est conféré à la ministre... bien, au
ministre, là, dans ce cas présent c'est la ministre, d'avoir des projets
pilotes pour pouvoir expérimenter des façons beaucoup plus simples, beaucoup
plus souples, puis s'adapter réellement, en le meilleur temps possible, pour réussir
cet accompagnement-là des personnes.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup.
M. Pinard (Claude) : Et
j'ajouterais...
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
suis désolée, c'est tout le temps que nous avions avec la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Maintenant, je vais céder la parole à la députée de Sherbrooke.
• (15 h 20) •
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. Je veux revenir avec vous sur la question des contraintes de
l'environnement que vous avez abordée tout à l'heure. Vous donnez d'excellents
exemples, là, accès à des cours de francisation, on pourrait penser à
l'alphabétisation aussi, transport en commun, transport adapté parfois. Quand
vous entendez la ministre parler de sa vision à elle, là, d'une contrainte de
santé, où elle englobe le psychosocial également, est-ce que vous avez
l'impression que ça prend en considération les contraintes de l'environnement
que vous avez mises de l'avant?
M. Régis (Mario) : Bien, on
l'a identifié dans le mémoire parce qu'effectivement on ne le voyait pas. Comme
je le disais tout à l'heure, comment on la définit, la contrainte de la... à la
santé versus la contrainte à l'emploi... on n'est pas allés fouiller, là, y
a-tu un lexique en arrière de ça, puis il y a assurément toujours une zone
grise. C'est un continuum, là, ce n'est pas deux affaires. Ça fait que, comme
je le nommais tantôt, la préemployabilité ou la pré-préemployabilité, est-ce
que c'est une contrainte liée à la santé de la personne ou c'est une contrainte
à l'emploi? Mais c'est une... Mais le fait est que, dans la vraie vie, c'est
une contrainte réelle.
Donc, la question, pour moi, elle est
plus... pour nous, elle était plus de dire : Bien, quelles sont les
contraintes auxquelles les gens sont confrontés quand vient le temps d'accéder
à l'emploi? Il y a effectivement des contraintes liées à la santé. Il y a des
contraintes liées à... aux conditions de vie dans lesquelles les... ces
personnes-là évoluent, leur parcours, particulièrement leur parcours migratoire,
mais il y a aussi des contraintes liées à l'environnement, au marché du
travail. Puis je ne répéterai pas ce qu'on a nommé tantôt, là, je vais vous
laisser le temps, mais, pour nous, c'est important qu'on les nomme pour ne pas
qu'on laisse présager l'image que l'effort est juste du côté de la personne qui
doit s'adapter au marché du travail.
Il y a 10 ans, on a sorti une recherche
sur les travailleurs pauvres et on a fait la démonstration qu'à Montréal, en
2016, il y avait... sur 10 personnes qui vivaient sous le seuil de pauvreté, il
y en avait quatre qui travaillaient, il y en avait trois qui travaillaient à
temps plein, et, malgré tout, elles étaient sous le seuil de faibles revenus.
Et ce serait intéressant qu'on remette à jour cette étude-là aujourd'hui.
Mme Labrie : Donc, si je vous
entends bien, ce n'est pas suffisamment clair dans... dans les intentions, là,
du projet de loi qu'on prend en compte ces enjeux-là, mais ce sont des vraies
contraintes qui sont constatées, là, très régulièrement sur le terrain, puis
qu'il faut prendre en considération.
Est-ce qu'on ne serait pas mieux de parler
de contrainte à l'emploi, comme on le faisait dans le passé, ou de contrainte
au maintien en emploi, par exemple, pour être plus englobants, versus
contrainte de santé, qui, pour moi non plus, là, n'inclut pas ces éléments-là
que vous avez mentionnés?
M. Régis (Mario) : Woups! Pardon.
Je... En fait, je ne me substituerai pas au rôle du législateur pour savoir
comment l'écrire, mais je rejoins votre pensée à l'effet qu'elles font partie
de la vraie vie et qu'au-delà des mots il faut qu'on trouve la façon qui
reflète que cette contrainte-là doit être prise en compte dans le plan
d'accompagnement, autant individuel que dans les instances d'accompagnement à
l'échelle régionale.
Mme Labrie : Donc, on
passerait à côté de la volonté de vraiment s'adapter aux réalités de la
personne si on ne tenait pas en compte de ces enjeux-là. Ça passerait à côté de
l'objectif, là, <finalement...
Mme Labrie :
...on
ne tenait pas en compte de ces enjeux-là. Ça passerait à côté de l'objectif,
là, >finalement.
M. Régis (Mario) : Notre
objectif final, c'est qu'effectivement on fasse tous les efforts pour que ces
personnes-là puissent accéder au marché de l'emploi. On ne peut pas faire
abstraction de ces difficultés-là.
Mme Labrie : Puis les places
en service de garde, j'imagine, aussi?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...c'est
tout le temps que nous avions. Je suis désolée. Je passe maintenant la parole
au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci.
Intéressant. Là, vous nous amenez à deux endroits, avec des propositions
originales, la première sur l'évaluation des effets cumulés par un tiers
indépendant. Vous avez eu des échanges avec la ministre là-dessus. Vu qu'on n'a
pas beaucoup de temps, moi, je vais vous amener à ce que vous nous dites sur
les réseaux régionaux. Vous dites : Bien, peut-être pas une mauvaise idée,
mais ça va avoir des effets positifs à deux conditions : d'abord qui en
fait partie et qu'est-ce que ça peut faire.
D'abord, sur qui en fait partie, vous nous
dites : Bien, des personnes prestataires. Et ça, vous êtes... il y a
plusieurs personnes qui sont venues nous dire : Il faut toujours écouter
la voix des personnes concernées, et ça, c'est vrai qu'il n'y a rien là-dessus
dans le projet de loi, donc j'imagine que c'est un ajout qu'on pourrait faire.
Mais vous dites, après ça, des représentants des organismes communautaires, des
représentants du secteur du marché du travail. Quand vous regardez
l'article 43.2, modifié par l'article 18 du projet de loi, on dit
qu'il peut y avoir des organismes concernés, toute association... vous, vous
voudriez qu'on le précise dans le projet de loi, la nature des organismes, c'est
ça?
M. Régis (Mario) : Oui. C'est
le... C'est le sens de la proposition, de notre recommandation dans le mémoire.
M. Paradis : Parce qu'à
défaut de le préciser, vous dites, vous avez peut-être l'impression qu'il y
aurait un risque que ces acteurs-là, qui sont essentiels, n'y soient pas, c'est
ça?
M. Régis (Mario) : Exact. En
fait, c'est une reconnaissance aussi du rôle essentiel qu'ils jouent, c'est...
on l'a nommé tout à l'heure, et il faut que ce soit dans le temps, là. On ne
voudrait pas que ce soit : dans une région ça l'est, dans une région ça ne
l'est pas. Donc, si on veut réussir, il faut identifier les conditions
essentielles. Et, selon nous, compte tenu de ce qu'on a mentionné plus tôt,
tant l'expertise du milieu communautaire que les contraintes qu'on observe dans
le marché du travail, il faut que ces deux facteurs-là soient représentés
autour de la table au niveau régional.
M. Paradis : Bon. Et ensuite
vous...
M. Pinard (Claude) : Et la
clé... la clé, c'est le mot «reconnaissance» ici. Alors, donc, on a des gens
qui sont en contact quotidien avec... avec les différents prestataires ou les
gens qui recherchent un emploi ou qui... ou qui essaient d'améliorer leur sort,
et ces gens-là, c'est le communautaire, par-dessus bien souvent les
organisateurs communautaires des CIUSSS. Donc, on... je pense qu'il y a une
perte d'expertise, et une perte de connaissances, et une possibilité de
reconnaissance du travail des organismes communautaires.
M. Paradis : Bon. Puis vous
leur dites : Ça prendrait aussi un pouvoir pour réduire les barrières.
Donc, vous les voyez décider, pouvoir prendre des décisions et que ces
décisions-là soient applicables? Comment vous voyez ça?
M. Régis (Mario) : Bien, en
fait, c'est un pouvoir réel d'influence au sein de leurs organisations. Vous
allez me dire que Centraide, ce n'est pas un ministère, peut-être, mais, quand
on va dans... quand les employés de Centraide vont dans des... dans des lieux,
on est capables de revenir après puis dire : Qu'est-ce qu'on peut faire
pour faciliter la condition? On n'a pas tous les pouvoirs, on s'entend, mais on
essaie de le faire. Donc, on ne peut pas... Si on n'a que des gens qui nous
disent : Bien, le règlement, il est fait comme ça, puis ça finit là, puis
on ne peut rien faire, puis qu'on se rend compte que ça pose un enjeu puis ça
pose un problème dans la réalisation des plans d'accompagnement...
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci.
M. Régis (Mario) : ...bien, il
faut que ces personnes-là... D'accord.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Je suis désolée.
M. Régis (Mario) : Non, non,
pas de problème. Je comprends.
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout le temps que nous avions. Merci infiniment pour votre contribution à nos
travaux de la commission.
Je suspends les travaux afin que nos
prochains invités prennent place. Merci. Merci, tout le monde.
(Suspension de la séance à 15 h 27)
(Reprise à 15 h 29)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue à M. François
Blais, qui d'ailleurs... un ancien collègue de 2014 à 2018, qui était député
libéral dans Charlesbourg. Je vous rappelle, M. Blais, que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission, comme vous êtes habitué, j'en suis
convaincue. Je vous invite donc à vous présenter, avec le titre qui vous suit
aujourd'hui, pour notre commission et commencer votre exposé, s'il vous plaît.
M. Blais (François) : Alors,
merci beaucoup, Mme la Présidente. Et puis je remercie, bien sûr, les députés,
Mme la ministre de m'avoir invité aujourd'hui.
Donc, je suis François Blais, professeur
titulaire au Département de science politique à l'Université Laval, ancien
ministre de l'Emploi et de Solidarité, responsable de deux projets de loi, là, le
projet de loi sur le revenu de base et aussi sur Objectif emploi.
Donc, j'ai un document que j'ai préparé.
Je suis surchargé en ce moment, mais je l'ai préparé. Si jamais quelqu'un parmi
vous le veulent, écrivez-moi à l'Université Laval, puis je pourrai vous
l'envoyer avec plaisir.
• (15 h 30) •
La Présidente (Mme D'Amours) : ...M.
Blais, aussi à la commission. On pourrait le partager à tous les députés si...
M. Blais (François) : Bien,
c'est très bien, madame. Très bien. Merci.
Donc, la présence à l'aide sociale
s'explique notamment par des difficultés personnelles et conjoncturelles, des
mauvais coups du sort de toutes sortes qui peuvent frapper au cours de
l'existence chacun d'entre nous. C'est pourquoi il faut applaudir toute forme
d'accompagnement intelligent, éducation, tutorat, aide financière, bien sûr,
pouvant aider ceux et celles qui s'en sortent moins bien. Il reste cependant à
définir de manière critique, sans complaisance, la bonne façon de le faire, à
la fois respectueuse mais aussi efficace. En effet, notre devoir envers les
plus démunis ne peut pas seulement reposer sur de bons sentiments ou de moins
bons sentiments, comme la culpabilisation, et doit reposer sur une conception
explicite de la justice sociale et mobiliser des solutions qui font la preuve
ou qui ont fait la preuve, en partie du moins, de leur efficacité.
Les difficultés personnelles ou
conjoncturelles n'expliquent pas tout, bien entendu, dans la situation des plus
démunis. Par exemple, il est aussi possible que la longévité de la présence à
un programme comme l'aide sociale s'explique par des failles structurelles du
programme. Et, quand c'est le cas, il ne faut pas avoir peur de les remettre en
question et de tenter d'y remédier, sans créer, bien entendu, d'autres
problèmes.
Je suis convaincu depuis très longtemps
que ces deux niveaux de difficultés, conjoncturelles et structurelles,
coexistent dans nos débats sur l'avenir de l'aide sociale. Il n'y a pas de
solution parfaite au désœuvrement, à la désaffiliation sociale courante de
notre époque et à la capacité humaine de faire des mauvais choix pour soi-même,
parfois, et pour les autres. Mais, heureusement pour nous, certaines solutions
institutionnelles sont meilleures que d'autres et peuvent parfois faire une
grande différence dans la vie des personnes.
Mon exposé, aujourd'hui, sera divisé en
deux parties. Dans la première, je vais saluer la volonté de la ministre de
vouloir mieux accompagner les prestataires de l'aide sociale et je ferai
quelques commentaires pour rappeler combien c'est une tâche difficile mais
nécessaire. Dans la seconde, je traiterai de certaines failles structurelles
profondes et très anciennes autour de l'aide sociale qui ne sont pas remises en
question par le projet de loi n° 71, en utilisant, pour les illustrer,
trois propositions de projets pilotes, et je vous félicite d'avoir pensé à
intégrer éventuellement la possibilité pour le ministère de faire des projets
pilotes, et qui devraient être expérimentés, j'espère, dans les prochaines
années par le ministère.
Mieux accompagner. Le ministère a procédé
à une évaluation méthodique du programme Objectif emploi. Les principales
conclusions de cette évaluation sont positives : l'intégration au marché
du travail, la diminution du recours à l'aide sociale, l'augmentation du
recours aux mesures...
15 h 30 (version révisée)
M. Blais (François) : ...l'intégration
au marché du travail, la diminution du recours à l'aide sociale, l'augmentation
du recours aux mesures de services publics d'emploi, l'augmentation de la
participation aux études et à la formation.
S'appuyant sur ces bons résultats, la
ministre présente sa réforme comme une occasion d'étendre au plus grand nombre
les mesures du programme, ce à quoi personne ne peut s'opposer. Et je crois, madame,
que personne ne s'est opposé à ça ici cette semaine. Il faut simplement être
prudent sur nos attentes et sur les comparaisons avec Objectif emploi.
Tout d'abord, c'est en partie la clé du
succès d'Objectif emploi, le programme s'adresse uniquement à des premiers
demandeurs d'aide sociale, 2 %, 3 %, à peu près, des bénéficiaires de
l'aide sociale, et les recherches indiquaient... indiquent très clairement que
c'est ceux qui sont les plus faciles à sortir, hein, de l'aide sociale. Ils
sont plus faciles à mobiliser que tous les autres prestataires.
Deuxièmement, il y a deux obligations
à Objectif emploi. La première, c'est de rencontrer, en même temps ou presque,
que le dépôt de sa demande un agent d'aide, un agent en emploi, dont la
fonction n'est pas administrative, vérifier des comptes en banque, mais plutôt
établir un premier contact, comprendre la situation et ses besoins. La seconde
obligation est de s'engager dans l'un des trois parcours possibles qui lui
seront offerts et qu'il choisira. L'introduction de ces obligations ont créé
beaucoup de résistances et d'objections à l'époque de la commission
parlementaire sur Objectif emploi — je ne vous souhaite pas la même
résistance, madame — mais il est clair que les chercheurs du
ministère qui ont comparé des groupes de jeunes soumis à ces obligations et à d'autres
qui, l'année précédente, n'avaient pas été soumis à de telles obligations
expliquent le grand succès d'Objectif emploi... bon, un certain succès, pardon,
d'Objectif emploi à partir de ces nouvelles obligations.
Si je comprends bien, le projet de loi ne
modifie en rien Objectif emploi et les obligations qui y sont associées, mais
elle étend ses autres mesures, notamment des majorations de leur allocation sur
une base volontaire s'ils participent et, ce que je comprends, le retrait de
ces majorations, je suppose, s'ils cessent un jour ou l'autre de participer.
Alors, je ne suis pas du tout venu ici
pour vous demander de créer de nouvelles obligations à l'aide sociale, mais il
est à mon avis clair que l'on ne peut pas s'attendre aux mêmes résultats pour
les raisons évoquées plus haut. Les mesures d'accompagnement qui sont proposées
pour l'essentiel ne sont pas nouvelles. Celles qui donnent les meilleurs
résultats sont connues par les fonctionnaires du ministère, les rendre plus
nombreuses, plus accessibles est certainement une bonne chose. Mais n'oublions
pas que l'on se retrouve aujourd'hui avec des personnes encore plus éloignées
du marché du travail, avec des difficultés encore plus importantes, notamment
des difficultés graves de santé mentale. Il faut donc être réaliste dans nos
attentes sur les résultats, sans jamais baisser les bras pour autant,
simplement parce que nous n'avons pas le droit de le faire.
Ce qui est certain, c'est que la volonté
de démultiplier l'offre de programmes d'accompagnement va entraîner des coûts
importants. Ces coûts vont provenir essentiellement de la majoration des
niveaux de soutien pour les participants, des différentes formules d'accompagnement
et suivi qu'il faudra bien livrer et des ententes avec des organismes qui
feront les prises en charge.
Si ma mémoire est bonne, et je peux me
tromper, c'est à vérifier, dans le cas d'Objectif emploi, on avait évalué à peu
près à 55 millions les coûts sur cinq ans. Il faut s'attendre
possiblement à des coûts beaucoup plus importants si jamais les bénéficiaires
sont nombreux, et on le souhaite, sont nombreux à s'inscrire au cheminement
individualisé proposé.
Comme mentionné plus tôt, il arrive
parfois que nos programmes conduisent à des effets indésirables, des enjeux de
nature structurelle qui n'ont rien à voir avec les personnes, mais plutôt qui
ont à voir avec les conditions dans lesquelles ils sont placés.
Je tiens à souligner que... sur ce plan
des changements plus structurels, qui sont proposés par le projet de loi, qui
me semblent positif, notamment, l'abolition de la comptabilisation des parents
lorsqu'un jeune demandeur n'habite plus chez eux, la réduction à cinq ans
de la période à partir de laquelle le gouvernement peut réclamer une somme en
vertu d'une fausse déclaration.
Je suis aussi d'accord avec l'idée de ne
plus considérer l'âge de 58 ans automatiquement comme une contrainte d'emploi.
C'est une règle d'une autre époque. Il existe encore des défis pour des
personnes de cet âge, bien sûr, mais au point de les considérer automatiquement
comme sous contraintes, je crois que cela envoie un mauvais message.
Je vais étonner plusieurs, mais je suis
plus prudent cependant sur la valorisation du volet participation sociale, ou <i>PAAS,
plus prudent. Un sous-ministre m'a un jour mis la puce à l'oreille que cela
pouvait conduire à développer une main-d'oeuvre bon marché pour des entreprises
qui, certes, ont une vocation sociale irréprochable mais qui sont devenues
dépendantes de cette main-d'oeuvre. Et cela pourrait les conduire à enfermer,
volontairement ou non, cela ne change rien, ces personnes dans une situation de
sous-employabilité, si ça dure trop longtemps.
Afin d'identifier ou d'illustrer les
impacts d'un autre... d'autres contraintes structurelles qui nuisent davantage
à <l'émancipation...
M. Blais (François) :
...d'autres
contraintes structurelles qui nuisent davantage à >l'émancipation des
bénéficiaires de l'aide sociale, je vais prendre prétexte du fait que le projet
de loi intègre la possibilité de mettre en place des projets pilotes. Et je
propose trois projets pilotes différents qui devraient permettre de
sensibiliser ceux qui refusent encore de voir ces limites structurelles.
Premier projet : combattre le piège
de la pauvreté et de l'inactivité. Sélectionnez un grand nombre de volontaires
sans contraintes connues et bénéficiaires de la sécurité sociale depuis assez
longtemps. Permettez-leur de prendre un emploi et de maintenir leurs prestations
partiellement en abaissant le taux de récupération sur leurs prestations d'au
moins 50 %. C'est mon taux marginal personnel, 50 %, je le propose
pour les plus démunis de la société, pendant une durée d'au moins un an.
Par la suite, augmentez très progressivement, sur plusieurs mois, le taux de
récupération sur leur chèque jusqu'au moment où ils ne recevront plus de
prestations de l'aide sociale. Observez notamment : s'il y a prise
d'emploi; s'ils s'y maintiennent et une fois leurs prestations annulées; et
l'économie nette ou le coût net pour le gouvernement de cette mesure.
Deuxième projet pilote : le piège de
l'isolement et de la monoparentalité. Sélectionnez parmi des volontaires des
bénéficiaires, en particulier des femmes chefs de familles monoparentales. Permettez-leur
de déclarer une vie de couple sans considérer leurs revenus autant et en
abaissant le taux de récupération pendant une période de temps assez longue.
Observez notamment : la formation de ménage et... si la formation de ménage
est plus importante, pardon, s'il y a une plus grande mixité sociale, notamment
une mixité de revenus dans le ménage, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
Troisième projet : le piège du
surendettement à l'aide sociale. Sélectionnez parmi des volontaires des
bénéficiaires qui ont cumulé une dette importante à l'aide sociale qu'ils ne
seront jamais en mesure de rembourser tant les taux d'intérêt sur ces dettes
sont élevés. Permettez...
• (15 h 40) •
La Présidente (Mme D'Amours) : ...M.
Blais, pardon, on a terminé notre... votre...
M. Blais (François) : Très
bien.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...votre
temps. Mais, Mme la ministre, est-ce que vous laissez M. Blais terminer son exposé?
Mme Rouleau : Oui, vous
pouvez terminer.
La Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce
que vous aviez bientôt terminé?
M. Blais (François) : Une
page, madame. Merci. Alors, permettez donc de... à ces personnes qui sont
surendettées à l'aide sociale de prendre un emploi en les libérant complètement
ou partiellement de cette dette, que le gouvernement ne retrouvera jamais de
toute façon. Observez notamment : s'il y a prise d'emploi et s'ils s'y
maintiennent.
Le but de ces projets pilotes est d'autant
cognitif que transformatif — je termine. Il est cognitif car il va
nous... vont nous apprendre beaucoup sur le comportement des bénéficiaires de
l'aide sociale et il est aussi transformatif, parce qu'indépendamment des
observations, indépendamment des observations que l'on pourra en tirer, ils
mettent le doigt sur les limites inhérentes, structurelles de l'aide sociale,
des limites partiellement dépassées dans le Programme de revenu de base actuel
et qu'il faudra un jour introduire progressivement dans un régime de revenu
minimum garanti complètement différent de ce que nous connaissons aujourd'hui.
Nous savons comment y arriver. Et, bien sûr, je vous remercie de votre
attention.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
M. Blais, pour votre exposé. Maintenant, on va débuter la période d'échange.
Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Rouleau : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Et merci, M. Blais, d'avoir accepté notre invitation et de
participer à la modernisation du régime d'assistance sociale, chose importante
qui, je le rappelle, n'a pas été faite dans les 20 dernières années,
hormis le Programme de revenu de base que vous avez proposé dans le plan de
lutte, que nous avons mis en place le 1er janvier 2023, et Objectif
emploi. Objectif emploi, pourquoi l'avez-vous... avez-vous déterminé qu'il
fallait qu'il soit obligatoire?
M. Blais (François) : Ah! c'est
une drôle d'histoire. Ça, ça a commencé avec mon prédécesseur. Et, quand je
suis revenu au ministère, il y avait ça sur la table, et puis voilà, c'était
parti un peu sur des chapeaux de roue, là, parce qu'on parlait de... qu'on
allait peut-être obliger des prestataires à quitter leur région pour aller
travailler dans un endroit où ils auraient besoin de personnes et... bon. Donc,
il fallait un peu ramener ça et regarder un peu ce qui avait des chances de
fonctionner.
Donc, le problème qu'on en avait, avec
l'aide sociale pour les jeunes, c'est qu'on ne les connaissait pas, et on se
doutait fort bien qu'il y avait un... disons, on avait sous-estimé probablement
les problèmes de santé mentale de ces jeunes-là, parce qu'on ne les a
rencontrés, parce qu'il n'y avait pas d'obligation de recontres. Donc, il y
avait cet enjeu-là. Mais comment les obliger? Bien, il faut les obliger en leur
disant : Écoutez, vous allez à une rencontre, une première rencontre, sans
ça... et vous n'aurez pas d'aide sociale, hein? Donc, c'était...
Et ce qui est très intéressant dans la
recherche qui a été faite par votre ministère, madame, c'est que... le chiffre
qui est le plus intéressant, c'est que, dans une entrevue de plusieurs
centaines de personnes qui ont participé à Objectif emploi, ils disent que, les
fonctionnaires qu'ils ont rencontrés, donc les agents d'aide à l'emploi qu'ils
ont rencontrés lors de la première rencontre, ils ont été très bien <accueillis...
M. Blais (François) :
...d'aide
à l'emploi qu'ils ont rencontré lors de la première rencontre, ils ont été très
bien >accueillis. Plus de 90 % de ces jeunes-là ont dit : On
avait quelqu'un qui nous écoutait, qui était là pour écouter nos problèmes, nos
difficultés. On n'était pas en train de vous présenter notre rapport d'impôt ou
encore notre situation bancaire, mais quelqu'un pour nous écouter. Plus de
90 %. Vous avez raison d'être fiers de vos agents d'aide en emploi parce
que, là, on est en train de faire du travail social quand on travaille avec ces
jeunes-là.
Et bien sûr, la contrepartie pour arriver
à faire ça, c'est d'introduire, oui, des petites pénalités qui étaient
révocables. D'ailleurs, dans votre projet, je crois, vous allez être obligé,
pas d'introduire des pénalités, mais c'est clair que le volontaire arrive. Pour
un plan d'individualisation, il est volontaire. Quand il sort avec son plan d'individualisation,
il est conscrit, c'est-à-dire qu'il y a une entente, hein, de réciprocité. On
va majorer des montants, on met des services à ta disposition, mais on s'attend
à ce que... on s'attend à ce qu'il y ait quelque chose de ton côté aussi.
Donc, dans vos discussions sur le projet
de loi, je vous suggère, dans la trousse, d'avoir une réflexion sur la
révocation possible de ces augmentations-là ou de ces bonifications-là. À quel
moment on va décider qu'on les utilise peut-être même pour, hein, changer une
dynamique? Est-ce que, dès que quelqu'un va... n'ira pas dans un cours après
une semaine, on va décider qu'on lui coupe ses majorations? Alors, c'est
des enjeux intéressants, pertinents à discuter et ils sont inévitables, bien
sûr, quand on veut aller dans une dynamique de proximité, comme vous le
suggérez.
Mme Rouleau : Bien, vous avez
pu constater tout l'aspect éminemment humain du ministère et des gens qui
répondent et reçoivent les personnes qui font la demande d'aide de dernier
recours et à qui on propose d'emblée de... lorsque c'est la première fois
qu'ils arrivent, là, d'aller sur le... sur le programme, et là on... qui
fonctionne, qui fonctionne bien, puis qu'il y a une rétention, là, les gens
demeurent en emploi, là... ça va assez bien. Et puis... Mais il y en a pour qui
ça... qui sont sur l'aide sociale, qui vont sortir et qui vont revenir, puis on
leur dit : Bien, vous pouvez avoir accès au programme lorsque vous
revenez. Et là vous dites que ce n'est pas nécessairement une bonne idée.
Pourquoi?
M. Blais (François) : Non,
non, c'est une très bonne idée. Non, non.
Mme Rouleau : Ah! OK. Ce
n'est pas ce que j'ai compris tantôt.
M. Blais (François) : Ah!
pardon. Je m'excuse, je m'exprime mal. Donc, c'est une très bonne idée
d'inviter les gens à pouvoir participer à des programmes, d'avoir une
évaluation individualisée de ce qu'ils ont besoin, et tout ça. Ce que j'ai
mentionné, c'est que vous comptez... et c'est une très bonne idée aussi de
majorer les montants qui sont accordés, Objectif emploi le fait aussi, donc... Mais,
en contrepartie, vous allez créer une relation de réciprocité, hein? Donc, il y
aura comme une forme de contrat qui va être entre la personne et le ministère.
Vous vous engagez, hein, puis nous, on s'engage de notre côté. Mais, bien sûr,
si ce contrat-là est brisé, et vous le savez, il va être brisé assez
fréquemment, ça arrive assez fréquemment, malheureusement, bien, il faut
trouver une façon de gérer un peu, hein, la fin ou la continuité de ce
contrat-là. C'est le principe de révocation, hein?
Mme Rouleau : Vous avez
réfléchi au Programme de revenu de base et vous avez... vous avez proposé, bon,
évidemment, que ce soit pour les personnes qui ont des contraintes sévères,
persistantes à l'emploi et établi aussi que c'est à partir de 66 mois sur
72 que les personnes obtiennent... à partir de la solidarité sociale,
obtiennent le Programme de revenu de base, là, avec une majoration de
57 %, là, environ, que nous avons établi. Pourquoi avez-vous déterminé que
c'est 66 mois sur 72?
M. Blais (François) : Il
fallait un critère. On savait que c'était un nid de guêpes et on voulait passer
le projet, hein, et le premier ministre Couillard voulait qu'on réussisse avec
ce projet-là parce qu'on voulait changer la donne aussi. Donc, ce que le
ministère nous disait, c'est qu'après un certain nombre de mois... pardon,
d'années à la solidarité sociale, il y a très peu de retour en arrière. Les
gens restent parce que les problèmes n'ont pas été résolus, alors qu'avant deux ans,
trois ans, il y a plusieurs personnes qui ont réglé leur problème de santé
et qui sortent de la solidarité sociale. À partir de cette évaluation-là, à
partir, il faut bien le dire, des sommes qui étaient à notre disposition aussi,
on a décidé de ce critère-là. Ça pourrait être un autre critère.
J'ai commencé en disant : C'est un
nid de guêpes. Vous comprenez pourquoi? Parce que c'est assez difficile de
définir... avec exactitude et équité, finalement, qu'est-ce qu'une contrainte
sévère et combien elle dure, mais ça nous permettait d'avoir un critère <relativement...
M. Blais (François) :
...qu'est-ce
qu'une contrainte sévère et combien elle dure, mais ça nous permettait d'avoir
un critère >relativement facile à gérer qui s'applique automatiquement.
C'est-à-dire que, dès que vous atteignez ce seuil-là, vous n'avez pas à
retourner, hein, pour faire évaluer votre situation, vous avez droit
automatiquement à ça. Donc... Mais on pourrait imaginer d'autres critères, il
pourrait y avoir un débat là-dessus, mais je pense qu'on serait encore en
commission parlementaire si on avait ouvert la boîte de Pandore.
Mme Rouleau : Une boîte de
Pandore.
M. Blais (François) : Oui,
parce que c'est assez... assez difficile, hein? J'ai remarqué que vous-même,
vous réfléchissez ou même vous proposez de changer un peu la définition, hein,
de... et «santé» ou «contraintes sévères». Moi, j'aimais bien «contraintes
sévères», dans ma perception...
Mme Rouleau : C'est-à-dire «contraintes
en emploi»... «contraintes en emploi» versus «contraintes de santé». Ça
n'empêche pas la sévérité, mais c'est de distinguer la capacité d'aller... la
capacité de travail pour mieux se centrer sur l'état de la personne et inclure
la dimension de santé mentale et des enjeux psychosociaux.
M. Blais (François) : Oui. Bien,
à ma connaissance, la santé mentale était bien reconnue, à ma connaissance,
mais là vous avez des informations que je n'ai pas vues, donc vous pourrez les
présenter, bien sûr, à vos collègues. Parce que ce que je me souviens, c'est
qu'à la solidarité sociale il y avait beaucoup de personnes qui avaient des
problèmes de santé mentale, et même aussi à Objectif emploi, mais ça, vous avez
mieux... plus d'informations que moi.
Moi, j'aimais bien le critère auparavant,
j'avais vérifié avec d'autres provinces. Si je me souviens bien, encore une
fois, le ministère va vous informer là-dessus, on avait quand même une bonne
proportion de personnes qui étaient reconnues avec l'ancien critère quand on
comparait avec les autres provinces. C'est peut-être de dire... Ça veut
peut-être dire qu'on était généreux, finalement, et inclusifs, mais bon, ça,
vous aurez les discussions là-dessus. Je n'ai pas les moyens et les ressources
d'avoir une discussion avec vous là-dessus.
• (15 h 50) •
Mme Rouleau : Et vous avez
terminé tantôt en parlant du revenu minimum garanti, n'est-ce pas, qui a été
votre dada longtemps, avant que vous deveniez député et ministre.
M. Blais (François) : Vous
pouvez même dire «marotte», madame, ça me fait plaisir.
Mme Rouleau : Une marotte. Parlez-moi
de l'équité entre ce... le revenu minimum garanti et la personne... donc pour
tous, là, c'est ce que vous souhaitez, proposez, et la personne qui travaille.
Quel est l'intérêt de travailler au salaire minimum 40 heures lorsqu'on a
le revenu minimum garanti? Est-ce que... Puis ma question est aussi :
Est-ce que l'emploi, le travail, ce n'est pas par le travail qu'on se... qu'on
se valorise, que la personne a toute sa fierté?
M. Blais (François) : Bien
sûr, bien sûr.
Mme Rouleau : Alors...
M. Blais (François) : Non,
mais le revenu garanti, ce n'est pas l'aide sociale. L'aide sociale est une
forme de revenu minimum garanti qui date des années 60, qui est une forme
de revenu minimum garanti du passé. Pourquoi? Parce qu'elle piège beaucoup trop
de personnes. Parce que le taux de récupération des sommes, quand ils quittent,
de l'aide sociale est 100 %. Moi, mon taux de taxation est de 50 %.
Quand je prends un emploi supplémentaire, il me reste 50 %. Quand un
assisté social veut quitter l'aide sociale, il doit, après l'avoir... après
avoir, disons, un petit 200 $ d'exemption, il est taxé à 100 %. On
connaît ça depuis les années 60-70.
Donc, ce qu'il nous faut, c'est des
mécanismes. Et il ne faut pas chercher loin, madame, ça existe déjà au Québec,
on a déjà des mécanismes. Il y a une autre époque assez lointaine où les
allocations familiales étaient un problème à l'aide sociale, parce qu'on
considérait qu'elles étaient trop généreuses... étaient trop généreuses pour
les assistés sociaux et pas assez pour les pauvres qui travaillent. Qu'est-ce
qu'on a fait? On a sorti les allocations familiales, hein, de l'aide sociale,
et maintenant c'est alloué à tout le monde, hein, selon les revenus. Et c'est
décroissant, ça n'empêche personne d'aller travailler. Ça va être la même chose.
Le crédit d'impôt de solidarité, c'est la même chose. Vous donnez un crédit
impôt de solidarité aux assistés sociaux, vous le donnez aussi aux pauvres qui
travaillent, heureusement, vous le donnez aussi aux pauvres qui travaillent.
Quand ils vont sortir de l'aide sociale,
les assistés sociaux, ils les ont encore, leur crédit d'impôt de solidarité. Le
revenu de base, c'est une forme de crédit d'impôt de solidarité, très majoré.
Et un jour, il va quitter, j'en suis certain, le ministère pour aller au
ministère du Revenu. Et ce n'est pas nuisible à l'emploi, simplement parce que,
quand les gens travaillent, ils sont récompensés pour leur travail. Ils en
gardent, ils en gardent un peu plus. Donc, c'est toute la logique de revenu
minimum garanti, ce n'est pas de payer des gens à ne rien faire. On paie les
gens à ne rien faire à l'aide sociale, parce qu'on leur dit : Si vous
allez travailler, vous allez perdre la totalité de votre chèque. Ça, on le
fait.
Donc, il faut avoir un mécanisme plus
souple. On en a déjà un certain nombre déjà, de mécanismes plus souples, qui
font en sorte que, quand ils vont travailler, ils sont moins pénalisés. Ce
n'est pas une idée de gauche ni de droite, ce que je viens de vous dire, là, madame,
c'est simplement pure logique économique. Et les assistés sociaux <comprennent...
M. Blais (François) :
...pure
logique économique. Et les assistés sociaux >comprennent très bien la
situation dans laquelle ils sont dans la grande majorité. C'est ma marotte.
Mme Rouleau : Oui. Vous
auriez aimé pouvoir instaurer cela lorsque vous étiez au gouvernement.
M. Blais (François) : Non,
je ne suis pas venu pour ça. Je suis venu pour d'autres... d'autres enjeux
politiques. Mais le premier ministre voulait qu'on mette le Québec dans la voie
d'un revenu minimum garanti. Le premier pas, c'est, je crois, le revenu de
base. Le second pas, ce ne sera pas le revenu de base. À mon avis, ça va être
une bonification importante du crédit d'impôt solidarité et mettre en
conjonction le revenu de base avec le crédit d'impôt de solidarité. Et
progressivement, avec les années, je crois qu'on va arriver à une forme d'impôt
négatif qui va être un progrès par rapport au programme de revenu minimum
garanti qu'on a hérité des années 60, qu'on appelle l'aide sociale.
Mme Rouleau : Et
concernant le travail pour les personnes qui sont sur l'aide sociale, le <i>supplément
de revenu de travail, on n'a pas changé depuis 20 ans le 200 $ qui
est... qui est... qui est permis. Pourquoi ne l'avez-vous pas bonifié?
Peut-être ne le pouviez-vous pas. Mais qu'est-ce que vous auriez aimé faire,
proposer?
M. Blais (François) : La
définition du montant que l'on verse à l'aide sociale et la définition de ce seuil-là
n'est pas liée à notre richesse collective. On pourrait, je ne sais pas,
trouver du pétrole et puis vouloir... le vouloir... vouloir l'utiliser, devenir
très riche. Le niveau d'aide sociale n'augmenterait pas. La définition du
montant d'aide sociale que l'on accorde, elle est liée à la structure des
salaires des plus faibles dans la société. Et augmenter l'aide sociale, c'est
faire en sorte que des gens se posent la question si ça vaut encore la peine de
travailler ou d'aller le chercher. Vous comprenez? Donc... Alors, ce
200 $, je ne me souviens pas, même pas, de l'avoir évalué. Je préférais
qu'on aille vers un revenu de base où il y aurait une forme d'exemption
partielle avec un seuil, bien sûr, on pourrait en parler, hein, qui était
beaucoup plus généreuse et qui facilite beaucoup plus la prise d'emploi.
Mme Rouleau : Bon. Donc,
le revenu de base plutôt qu'un supplément de revenu de travail?
M. Blais (François) : Non.
Je ne suis pas contre le supplément de revenu travail. Il faudrait que je
regarde exactement les chiffres, ce que ça donne. C'est les économistes en
général qui peuvent nous le dire...
Mme Rouleau : ...que les
gens du ministère vous en ont parlé.
M. Blais (François) : Oui.
Ah! oui, oui, j'en suis certain, mais je ne me souviens plus de... bon. Dans le
fond, le seul hic, c'est les effets d'attraction, hein, ce que vous avez... ce
qu'on appelle les effets d'attraction. Quand on accorde ça, quand on accorde
ça, est-ce qu'il y a un seuil au parti... au moment duquel la personne qui se
lève le matin, qui va travailler au dépanneur... J'en avais une... J'en ai vu
une, hier, qui était là depuis 9 heures le matin au dépanneur. Il était
8 heures du soir. Est-ce que cette personne-là va se dire : Bien,
finalement, moi, avec tous les avantages qu'on retrouve là, est-ce que ça vaut
vraiment la peine de faire ce boulot, hein? Donc, c'est ce différentiel, qui
est malheureux, qu'on doit entretenir à cause de la nature même du Programme
d'aide sociale. Vous avez raison, 200 $, ou 300 $, ou 400 $, ça
peut faire une différence, mais en même temps, ça peut diminuer ce
différentiel-là. Et là il y a un enjeu d'attraction.
La Présidente (Mme D'Amours) : 20 secondes,
Mme la ministre.
Mme Rouleau : Bien,
écoutez, je vous... Auriez-vous quelques... Qu'est-ce que vous aimez dans la
modernisation qu'on propose?
M. Blais (François) : ...mentionné
un certain nombre de choses puis je pense que vous avez raison de continuer sur
les plans individuels... individualisés, pardon. Vous avez raison de le faire.
Je pense que ça va être difficile. Il y en a... il y en a eu par le passé. Les
résultats sont difficiles. Vous êtes avec une clientèle qui est beaucoup plus
éloignée du marché du travail aujourd'hui. Donc, ça prend des investissements
importants. Puis je vous souhaite de pouvoir réussir bien entendu.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Merci beaucoup. C'est tout le temps que nous avions avec le temps de la
ministre. Je... Je cède maintenant la parole, pardon, à la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Merci, Mme
la Présidente. Et merci, Pr Blais, d'être avec nous aujourd'hui. On a bien
regardé le document et on a pris beaucoup de notes. Beaucoup de questions, moi
et ma collègue, ça fait qu'on va y aller l'une après l'autre.
Gains de travail. Donc, vous avez parlé du
PRB, 66 mois sur 72, parce qu'après un certain moment de temps, c'est
difficile d'y retourner. Alors, au niveau des gains de travail, on... 200 $
en pleine pénurie de main-d'oeuvre, ce n'était pas le cas dans votre temps, je
comprends, et crise de coût de la vie, est-ce que le 200 $, solidarité
sociale... Est-ce que vous trouvez que ça a de l'allure? Parce que ça... c'est
comme... ça pénalise les gens d'aller chercher un peu plus de fonds... de sous.
M. Blais (François) : Si
je me souviens bien, il y avait une surreprésentation des personnes qui
déclaraient 200 $. On se demandait comment ça que tout le monde <arrêtait...
M. Blais (François) :
...
surreprésentation des personnes qui déclaraient 200 $. On se demandait
comment ça que tout le monde >arrêtait à 200 $. Et puis, s'il y a
300 $, peut-être qu'il y aura une surreprésentation des personnes qui vont
déclarer 300 $. Le problème avec cette stratégie-là... je la comprends
très bien, mais à la suite de cela, vous êtes frappé par un taux de
récupération de 100 %. C'est pour ça que les gens déclarent massivement
200 $. Si c'est 300 $, ça sera 300 $.
Donc, il est préférable... c'est la pure
logique, disons, économique, il est préférable de diminuer le taux de
récupération. Ça, c'est difficile à faire. C'est ce que fait le crédit d'impôt
de solidarité, hein? L'avantage du crédit d'impôt de solidarité, c'est :
quand vous allez travailler, vous le gardez pendant un bon bout de temps, puis
il diminue tranquillement, tranquillement, jusqu'à s'effacer complètement.
Mme McGraw : Programme de
solidarité sociale, qui va être fusionné maintenant, donc disparaître,
effectivement, qui était un peu un pipeline envers le PRB, qu'est-ce que vous
pensez de ce fusionnement-là et... essentiellement, de la disparition du Programme
de solidarité sociale, et ensuite de cette distinction ou cette nouvelle
approche de regarder plutôt les contraintes de santé et non les contraintes à l'emploi?
Je pense que vous avez dit que vous auriez bien gardé la formule antérieure,
mais j'aimerais vous entendre plus clairement.
• (16 heures) •
M. Blais (François) : Vous
avez deux questions. La première, je n'ai pas de réponse. J'ai
l'impression que c'est plus de nature administrative. Je ne vois pas très bien
les enjeux. Il va peut-être y en avoir, et ça sera à vous d'en discuter
ensemble.
Dans la deuxième, c'est vraiment, disons...
Je sais que certains sont très inquiets par ce changement-là. Moi, je n'ai pas
d'idée. Je pense que vous aurez l'occasion d'en discuter, de bien comprendre
les enjeux.
Moi, ce que j'aimais dans... ce que
j'aimais, c'est qu'on tenait compte, pour statuer sur les contraintes
sévères... je crois qu'on tenait compte aussi de la situation sociale de la
personne, surtout des personnes qui sont fortement désaffiliées. Il y en a pas
mal. Quelqu'un qui n'a pas de handicap, mais, Bon Dieu, ça fait des années et
des années qu'il roule, et puis ça ne va nulle part, et on voit qu'il y a des
problèmes de santé mentale, mais ce n'est pas diagnostiqué, j'avais
l'impression... et je peux me tromper, vous aurez des discussions là-dessus
puis vous aurez plus d'informations que moi, j'avais ce sentiment qu'on était
plus... on intégrait mieux ce type de situation. Mais vous verrez, lors de vos
discussions, si c'est le cas.
Mme McGraw : Vous avez parlé
de plans individualisés, approche individualisée qu'on... je pense, qu'on
salue, c'est justement les deux chèques de... les deux chèques, ça va
être séparé pour les couples. Par contre, les montants ne vont pas changer.
Est-ce qu'on peut vous entendre sur le fond? Est-ce qu'il y a des raisons pour
lesquelles... parce qu'individualiser, c'est aussi libéral, pour être contre
individualiser non seulement les chèques, mais les montants pour respecter
l'individu et... peu importe leur statut de couple ou non?
M. Blais (François) : L'individualisation,
c'est l'arrêt qui m'a donné le plus de problèmes avec le Programme de revenu de
base, et le ministère des Finances a tout fait pour ne pas que ça arrive, parce
que c'est contraire à, à peu près, la base de la structure sociale de la
société, qu'il y a une coresponsabilité quand on vit avec quelqu'un, etc. Moi,
je crois que c'est une mesure du XXIe siècle, peut-être du XXIIe,
peut-être je me trompe de siècle, et qu'il faut arriver à ça. Le problème
politique, c'est qu'il n'y a aucun parti politique qui n'a jamais discuté de ça
pour le moment. C'est une discussion entre quelques philosophes, hein, dans les
universités.
Et l'autre problème, c'est que ça crée un
effet d'attraction et un déséquilibre parmi les citoyens si on commence à
individualiser ici, mais on n'individualise pas là. Parce que, pour ceux que ça
avantage de voir l'aide sociale individualisée, il y en a d'autres qui ont des
revenus, par exemple, qui aiment bien pouvoir, par exemple, prêter une
partie... envoyer une partie de leur REER à leur conjoint ou autre, vous voyez?
Donc, c'est une déstabilisation importante du système fiscal et parafiscal,
l'aide sociale, c'est un système parafiscal, importante.
Moi-même, je ne peux pas évaluer toutes
les conséquences possibles d'une individualisation, mais ce que je vous dis,
c'est qu'il y a un effet d'enchaînement. Si on demande l'individualisation
d'une part, et il faut le faire, je pense, comme finalité, il faut bien
comprendre qu'il y aura un effet d'entraînement par la suite sur d'autres
programmes et qu'il y aura des gagnants, mais il y aura aussi des perdants.
C'est pour ça que le gouvernement qui va vouloir s'attaquer à ça est mieux
d'être, disons, bien installé dans ses bottes parce que ça sera assez
difficile. C'est un gros, gros enjeu, assez complexe.
Mme McGraw : Mais, en
principe, c'est une bonne idée à viser éventuellement.
M. Blais (François) : Pourquoi?
Parce que, dans un monde, philosophiquement, libéral, disons, l'État n'a pas à
évaluer la nature des arrangements économiques entre les personnes...
16 h (version révisée)
M. Blais (François) : ...dans
un monde philosophiquement libéral, disons, l'État n'a pas à évaluer la nature
des arrangements économiques entre les personnes. Il y a différents types d'arrangements
économiques. Ça, c'est le principe, c'est la philosophie, mais on est dans un
monde bien différent aujourd'hui. Donc, c'est un enjeu auquel j'adhère, mais je
suis conscient des difficultés. Je suis conscient que la ministre ne peut pas
porter ça pour elle-même non plus, seule. Voilà.
Mme McGraw : Et question
finale de ma part, vous avez souligné des aspects positifs par rapport au
projet de loi. Quel serait, selon vous, l'effet, là, un recul? Qu'est-ce qui
serait, selon vous, l'aspect le plus problématique de ce projet de loi qu'il
faudrait retravailler pour... la justice sociale, entre autres?
M. Blais (François) : Un
recul? Écoutez, je sais qu'il y a eu des discussions, mais j'ai peu de... Il y
a beaucoup de discussions sur les femmes chefs de familles monoparentales, et
tout ça, et je ne suis pas apte à juger de ça. Je pense qu'il y a un problème,
puis vous pourriez le regarder, mais ça prendrait vraiment des études du
ministère. Je pense que les femmes chefs de famille monoparentale sont
particulièrement piégées à l'aide sociale, et que les conséquences humaines de
ce piège-là sont extrêmement importantes. Je pense que, sans pouvoir le
démontrer... Et je me souviens très bien d'une rencontre avec une personne qui
était dans un organisme communautaire qui conseillait les gens sur leur budget,
et elle me disait : Il n'y a pas moyen de les convaincre de prendre un
emploi parce que ce n'est pas assez payant pour elles de le faire. Ça, c'est ce
qu'on appelle, un piège.
Moi, je veux qu'on aide les gens et je ne
veux pas qu'on les empêche de prendre un emploi. Mais c'est une situation très
délicate. C'est pour ça que je n'ai pas le niveau d'information pour prendre
une position là-dessus et puis je ne veux pas non plus conseiller la ministre.
Mme McGraw : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Bon,
je cède maintenant la parole à la députée de Bourassa-Sauvé pour 2 min 30 s.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, Pr Blais. C'est toujours un... c'est toujours un charme de
vous entendre, manifestement, votre expertise est toujours très pertinente.
Vous avez mentionné que les... les
prestataires, donc, lorsqu'ils ont des... des interventions avec les agents d'aide
à l'emploi, qu'à 90 %, donc, ils sont très satisfaits de ces interactions
parce qu'elles sont très humaines. On voit donc tout le... On les voit, donc, déployer,
donc, leur... leur rôle un peu donc de travail social dans ces interactions.
Comment ces agents d'aide, donc, pourraient être mis à profit non seulement
pour, bon, l'intégration en emploi, mais également, donc, pour le maintien à l'emploi?
Parce que le projet de loi s'intéresse beaucoup, donc, à... évidemment, donc,
se penche sur l'intégration. Mais vous l'avez vous-même dit, donc, les
travailleurs, donc, d'aujourd'hui... en fait, les prestataires d'aujourd'hui
sont encore plus éloignés du marché du travail qu'ils ne l'étaient. Donc, on
comprend que l'intégration en emploi, c'est une chose, mais le maintien pour s'assurer
que le... que ça se passe bien pour eux, c'est un autre défi.
Donc, comment les agents d'aide pourraient
être mis à profit pour le maintien à l'emploi?
M. Blais (François) : Je n'ai
pas la compétence pour répondre à la question. Je pense cependant qu'Objectif
emploi a permis aux agents d'aide emploi de développer des compétences, je
crois, avec ce profil-là, ces personnes-là, la façon d'intervenir. Et si c'est
le cas et si ça peut permettre à d'autres, et ça, encore une fois, là, la
ministre nous le dira, hein, si ces compétences-là peuvent servir avec l'expansion
finalement des... de certains principes d'Objectif emploi, bien, je pense que
ça, c'est une bonne nouvelle. Mais je ne peux pas aller au-delà de ça pour...
pour votre question.
Mme Cadet : Ensuite, pour le
volet de la participation active, vous avez dit que vous étiez prudent sur ce
volet. Vous parliez, donc, des personnes... donc, enfin, que ça pouvait... les
personnes allaient demeurer en situation de sous-employabilité. Donc, j'aimerais
vous entendre développer là-dessus.
M. Blais (François) : Oui. Bien,
dans un contexte où il y a... il y a beaucoup de chômage, les employeurs ne
vont pas aller prendre ceux qui sont les plus fragiles parce que ça demande
beaucoup d'investissement et de temps, tout ça. Dans un contexte où il y a, on l'a
vu ces dernières années, il y a, au contraire, beaucoup d'emplois, les
employeurs ont été forcés, ce n'est pas facile, ils ne sont pas contents, mais
de prendre des gens qui sont beaucoup plus fragiles. Ils doivent les encadrer
davantage. C'est lourd, ça prend du temps, ça coûte cher. D'accord?
Mme Cadet : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps que nous avions avec la députée. Je cède
maintenant la parole à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. Merci pour votre présentation, M. Blais. C'était très intéressant,
notamment vos suggestions de projets pilotes. Vous qui avez mis sur pied le
revenu de base, vous avez peut-être constaté à quel point c'est un programme
qui est bien reçu. Presque tout le monde qui est passé ici nous a dit que la
solution, en fait, serait d'élargir à tous l'accès au revenu de base, <i>l'association
de la santé publique le recommande également. Donc, même dans les mémoires de
gens qui ne sont pas venus ici, c'est ce qu'on retrouve <comme
recommandation...
Mme Labrie :
...l'association
de la santé publique le recommande également. Donc, même dans les mémoires de
gens qui ne sont pas venus ici, c'est ce qu'on retrouve >comme
recommandation. Qu'est-ce que vous en pensez? Pourquoi on n'élargirait pas
l'accès au revenu de base pour s'assurer de remettre les gens en mouvement?
M. Blais (François) : Bien,
on peut, mais il faut éviter des problèmes d'équité horizontale entre
différentes catégories de personnes. Donc, structurellement, on peut
l'appliquer à différentes personnes. J'ai entendu, je pense, même les
personnes... soins à domicile, tout ça, là. Je n'ai jamais réfléchi à ça, mais
on pourrait imaginer, comme c'est une forme de crédit d'impôt remboursable, ça
pourrait être géré éventuellement. Mais moi, je pense que la deuxième étape,
mes amis des associations des personnes handicapées ne seront pas contents de
m'entendre, mais la deuxième étape, c'est plutôt d'aller maintenant vers les
personnes qui sont de l'aide sociale et... renforcer ou de diminuer la
structure qui fait en sorte qu'ils sont piégés. Ce serait ça, mon plan. Je ne
reviens pas en politique, donc, n'ayez pas peur de moi, mais ce serait... ce
serait mon plan. Et il faut préparer chacun d'entre vous une campagne
électorale. C'est sûr que le crédit d'impôt de solidarité a des défauts, je
peux tous... je peux vous les nommer, mais une amélioration substantielle du
crédit d'impôt de solidarité... Le crédit d'impôt de solidarité, c'est la
baisse d'impôt des pauvres, hein, d'accord, parce que baisser les impôts des pauvres...
comme ça qu'il faut faire.
Et donc, plus on va l'augmenter, plus les
gens... à chaque dollar de crédit d'impôt de solidarité qu'on donne à
quelqu'un, on diminue une fraction, très, très peu, de son taux de
récupération, parce qu'il a moins besoin d'argent pour sortir, éventuellement,
de l'aide sociale. Si j'avais à faire de la politique et à présenter la
prochaine étape, moi, j'irais par majoration substantielle, coûteuse, je le
reconnais, du crédit d'impôt de solidarité.
• (16 h 10) •
Mme Labrie : Donc, il y a
plusieurs moyens d'y arriver, vous en... vous en proposez un, l'élargissement
du revenu de base en serait un autre. Mais vous êtes d'accord sur le principe
que, quand on maintient les gens dans un état de grande précarité financière,
ça devient en soi une contrainte à retourner sur le marché du travail, le fait
d'être en mode survie.
M. Blais (François) : Oui,
puis c'est intéressant, parce qu'avec le... Puis je suis content que le
ministre, je pense, reprend à peu près ces montants-là, mais avec Objectif
emploi, on a été assez généreux dans les majorations, beaucoup plus importantes
que les majorations du passé, et je crois que ça a donné des résultats
intéressants. Ils sont encore dans le piège. Plus vous augmentez les prestations,
plus le piège s'approfondit, mais, en même temps, ils étaient en accompagnement
pour sortir du piège. Donc, vous comprenez, ça pourrait être intéressant.
Mais le dilemme de l'aide sociale, qu'on
connaît depuis longtemps, c'est que plus vous augmentez la prestation... C'est
pour ça qu'on n'a pas fait un revenu de base pour les personnes handicapées, en
vous disant : On va faire un gros solidarité sociale pour eux, parce que
les associations auraient refusé, parce que ce serait l'équivalent de leur donner
une rente d'inactivité. Comme il est détaxé, comme ils peuvent aller travailler
sans être pénalisés, à ce moment-là, on a joué sur les deux plans.
Mme Labrie : Exact. Bien,
c'est pour ça que je vous soumets que ça pourrait être une bonne piste
d'action, justement, pour remettre en action les gens, d'élargir l'accès au
revenu de base, parce que ça... ça vient enlever ce piège-là, de leur permettre
de retourner au travail.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
Mme la députée. C'est tout le temps que nous avions.
M. Blais (François) : ...
La Présidente (Mme D'Amours) :
Nous allons maintenant entendre le député de Jean-Talon pour son temps de
parole.
M. Paradis : L'un des
éléments centraux de ce projet de loi, c'est son article 35, qui fait en
sorte que toute personne, désormais, qui fera une demande d'assistance sociale
va participer obligatoirement au programme Objectif emploi. Vous en avez parlé
vous-même avec affection tout à l'heure de ce programme-là, puisque vous en
avez la paternité, je le comprends.
M. Blais (François) : Je me
rappelle bien de vos collègues, aussi, de l'époque.
M. Paradis : Oui. Cependant, l'Union
des consommateurs est venue nous parler de plusieurs études internationales qui
démontrent que cette approche de l'activation ou du «workfare» n'est pas
efficace pour sortir les personnes de la pauvreté, que d'imposer d'y
participer, bien, ça a un bilan assez... assez mitigé au plan international. Et
plus tôt aujourd'hui, on a également eu le témoignage du Syndicat de la
fonction publique du Québec, donc, ceux qui font fonctionner le programme et
qui nous disent qu'il n'y a pas de preuve que ça fonctionne. Qu'est-ce que vous
leur répondez? Parce que, vous-même, tout à l'heure, hein, vous avez dit :
Bien, le programme a atteint tous ses objectifs, puis là vous vous êtes repris,
vous avez dit : Certains de ses objectifs. Je ne suis pas sûr, là, je ne
me souviens pas des mots exacts, mais qu'est-ce que vous en pensez, vous, de ce
bilan-là? Quel bilan faites-vous?
M. Blais (François) : Le
bilan, ce n'est pas moi qui le fais, on va laisser les fonctionnaires... Moi,
je suis en conflit d'intérêts sur le bilan, hein, on va laisser les
fonctionnaires le faire. Ils l'ont fait, de bonne façon, avec une analyse
statistique rigoureuse. Le bilan est positif, ça veut dire que c'est mieux que
ce que c'était en termes de sortie de prises d'emploi, même de salaire. Ça,
c'est prouvé. Ceux qui indiquent le contraire, mais qu'ils viennent nous dire
comment ils font pour indiquer le contraire. Cependant, on a eu ces discussions-là,
lors de l'Objectif emploi. Objectif emploi, ce n'est pas du «workfare», ça n'a
rien à voir avec le «workfare». Le workfare, c'est dire à quelqu'un : Toi,
tu es assisté social, tu vas aller maintenant travailler. Tu vas garder ta
prestation, mais on va t'en donner un petit peu plus, <mais tu vas aller...
M. Blais (François) :
...toi,
tu es assisté social, tu vas aller maintenant travailler. Tu vas garder ta
prestation, mais on va t'en donner un petit peu plus, >mais tu vas aller
travailler ici, tu vas aller travailler là. Objectif emploi, on est vraiment
dans la logique d'accompagnement. Priorité, éducation si possible, ensuite,
bien sûr, accompagnement si les difficultés sont plus importantes.
C'est pour ça qu'on a vraiment bien dosé,
je crois, en tout cas, les chiffres semblent l'indiquer, on a bien dosé le
programme pour éviter le «workfare». Le «workfare», c'est un mot, un «buzzword»
qu'on utilise parfois et qui s'applique assez mal à Objectif emploi, mais qui s'appliquerait
à des tentatives qui ont été faites, notamment dans les années 70-80 en
Angleterre.
M. Paradis : Donc, vous
construisez... Vous dites que c'est... le bilan est suffisamment positif, en
tout cas, pour qu'on puisse construire dessus et en faire encore plus la pierre
d'assise du régime, parce que c'est un peu ce que le projet de loi semble
vouloir faire.
M. Blais (François) : Oui, on
peut construire, mais je n'ai pas dit que ça allait être facile. Ce n'est pas
une clientèle facile, un. J'ai dit aussi que la clientèle la plus facile, je l'ai
pris pour moi, et puis on a pris les plus jeunes, parce qu'on savait, on
savait, toutes les études le montraient, qu'on avait plus de chances avec eux.
Jamais, je ne serais allé à Objectif emploi pour une... pour une grande
catégorie de la population avec des contraintes, des pénalités. Je serais
encore en commission parlementaire.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
infiniment, M. Blais, pour votre contribution à nos travaux. Avant de conclure
les auditions...
Des voix : ...
La Présidente (Mme D'Amours) :
...avant de conclure les auditions, je procède au dépôt des mémoires des
personnes et des organismes qui n'ont pas été entendus lors des auditions
publiques.
Donc, la commission ayant accompli son mandat
ajourne ses travaux sine die. Merci.
(Fin de la séance à 16 h 15
)