(Neuf heures quarante-sept minutes)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, bienvenue à toutes et à tous. Je constate que nous avons quorum. Conséquemment, la Commission des finances publiques est en... à même de pouvoir entreprendre ses
travaux.
Et, comme vous le savez, nous sommes ce matin
réunis afin de procéder à l'étude du volet Finances des crédits budgétaires du
portefeuille Finances pour l'exercice 2023‑2024. Une enveloppe de
1 h 45 min a été allouée pour l'étude de ces crédits.
Mme la secrétaire, bonjour. Y a-t-il des
remplacements ce matin?
La Secrétaire : Non, M. le
Président.
Finances
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Puisque nous avons légèrement commencé en retard sur l'heure prévue, y
aurait-il consentement afin que nous puissions dépasser sur le temps prévu? Il
y a consentement, très bien. Vous connaissez... vous êtes des habitués, vous
connaissez la manière de procéder.
Discussion générale
Nous allons donc aller par blocs d'échange
d'environ 15 à 20 minutes, selon le moment où nous en serons rendus dans
le courant de ce bloc. Et nous commençons par le porte-parole de l'opposition
officielle, le député de Marguerite-Bourgeoys. Vous disposez de
21 minutes.
M. Beauchemin : Merci beaucoup, M.
le Président. Bonjour à tous. Bonjour, M. le ministre. Bien, sans surprise, M.
le ministre, vous allez comprendre que je veux tout de suite plonger dans mon
sujet favori, le Fonds des générations. On a eu le débat sur le budget, puis
vous aviez mentionné qu'il ne fallait pas dépasser un certain ratio du Fonds
des générations par rapport à la dette puis que, notamment, faire fructifier le
Fonds des générations jusqu'à 100 milliards serait une grave erreur.
Est-ce que vous pourriez nous expliquer, M. le
ministre, quel est le montant maximal que, vous, vous voyez pour le Fonds des
générations?
Le Président (M. Simard) : ...
M. Beauchemin : Excusez.
• (9 h 50) •
M. Girard (Groulx) : Oui, merci, M.
le Président. Merci pour la question. En fait, moi, je parle en dernier. Il y a
250 professionnels, au ministère des Finances, qui nous conseillent, et
puis on fait beaucoup de consultations publiques. Au cours des cinq dernières
années, on a... plusieurs fois, on a fait appel aux principaux économistes de nos facultés d'économie au Québec, mais aussi des
universités ontariennes et du secteur privé. Et nous, on n'a pas jugé
nécessaire de divulguer un montant maximal, mais les conseils que nous
recevons, en général, indiquent qu'une taille entre
10 % et 20 % de la dette nette serait optimale. J'ai... on n'a pas
endossé, là... Les chercheurs ont droit à leur opinion, et puis on
accueille les suggestions avec ouverture.
Le Président (M. Simard) : ...
M. Beauchemin : Merci, M. le
Président. Donc, je comprends que c'est un consensus de 250 personnes,
approximativement, entités, groupes.
M. Girard (Groulx) : Non, ça, c'est
le nombre de professionnels qui me conseillent lorsqu'on doit prendre des
décisions au ministère des Finances, mais on a... dans ce cas-ci, on n'a pas
pris de décision.
M.
Beauchemin : Donc, vous n'avez pas pris de décision basée sur
des opinions de certains nombres de groupes, de personnes qui vous ont fait des
suggestions. De combien de ces groupes-là on peut parler ici, M. le Président?
M. Girard (Groulx) : Écoutez, de
mémoire, là, parce qu'il y a eu plusieurs consultations sur les cibles de dette, le Fonds des générations, mais je dirais,
l'Association des économistes québécois, la chaire en fiscalité, la chaire de macroéconomie de l'UQAM. L'IDQ, peut-être, a parlé de
cela. Et, au niveau du ministère des Finances, bien, on a toute une équipe, là, en gestion de dette et
prévisions, trajectoires, relations avec les agences. C'est... on a travaillé
très fort pour avoir un crédit AA, alors l'opinion des agences de
notation est importante aussi.
M.
Beauchemin : C'est drôle que vous arriviez, justement, sur les agences
de crédit, parce que, dans le fond, je pense qu'il y a une proportion de la
valeur du Fonds des générations par rapport à la dette nette, qui doit être observée, si on veut garder notre cote de crédit
avec les agences de crédit. Ça, ça prend, cependant, l'hypothèse suivante,
c'est que l'endettement du Québec continue sa trajectoire vers une diminution
de PIB-dette nette, évidemment, donc. Mais
dans un contexte où est-ce que, pour une raison quelconque, l'endettement du
Québec, comme avec une pandémie, se mettrait à réaugmenter, j'imagine
que toutes ces analyses-là sont à recommencer, parce qu'évidemment on n'est pas
exactement avec le même genre de scénario de baisse du ratio dette nette-PIB.
Mais je vous entends,
M. le ministre, puis je veux juste essayer de clarifier. Des grandes
institutions, la chaire de fiscalité, IDQ, etc., vous ont donné leurs opinions,
mais sur quels éléments ils se sont basés pour en arriver à leurs conclusions?
Ils vous ont donné des chiffres. Ce que vous me rapportez aujourd'hui, c'est
les chiffres, les proportions, le 10 % à 20 %, mais sur quels
éléments se sont-ils basés pour en arriver à ça?
M. Girard
(Groulx) : Bien, l'objectif du Fonds des générations est unique, hein,
réduire le poids de la dette au Québec, et donc... Puis c'est intéressant, ce
matin, je lisais un article, dans le Financial
Times, qui disait que les citoyens
n'arrivent pas à faire la différence entre million, milliard et trillion. Et il
disait : Pour aider les citoyens... c'est un article académique, dans le Financial Times, hein, parce que
je vois des gens qui sourient... il disait que c'est important, lorsqu'on donne
un chiffre, de le comparer à un autre chiffre, pour aider tout le monde à
comprendre de quoi on parle.
Alors, le Fonds des
générations, puisque son objectif, c'est de réduire la dette, la métrique pour
comparer sa taille, c'est la taille de la
dette. Puis là, nous, on se donne des objectifs à long terme en fonction de la
dette nette. Donc, une... un poids du Fonds des générations en
proportion de la dette nette, c'est la métrique. Après ça, est-ce que ce
poids-là, optimal, c'est 10, 20, 30, 40, 50, 75, etc., ça, il y a de
l'arbitraire là-dedans. Sur quelles bases eux ont recommandé une grandeur... un
ordre de grandeur entre 15 % et 20 %, bien, je ne pense pas que cet
aspect-là de justification ait été divulgué, mais certainement, on peut penser
que c'est relié au fait qu'on se trouve à mettre le gouvernement du Québec à
levier, puisque, pour investir dans le Fonds des générations on doit emprunter
de l'argent et donc on a plus de dettes que si on n'avait pas d'investissement
dans le Fonds des générations.
Et le levier, c'est
excellent quand ça fonctionne et c'est, évidemment, moins bon quand ça ne
fonctionne pas. Et là, avec la hausse de taux d'intérêt puis la performance
négative des marchés, bien, le levier, on voit que ça cause énormément de
problèmes, présentement, par exemple, au niveau des banques régionales
américaines.
M.
Beauchemin : Est-ce que je peux donc conclure qu'une des prémisses de
base de vous recommander 15 % à 20 % vient...
M. Girard
(Groulx) : Moi, je ne recommande rien.
M. Beauchemin :
Non, OK, d'accord. Mais ceux qui
vous ont été... ceux qui vous ont recommandé 15 % à 20 %, donc,
leur prémisse de base serait donc ce que vous me dites, c'est-à-dire le levier
est un élément...
M. Girard
(Groulx) : Bien, c'est que vous empruntez de l'argent sans risque pour
l'investir dans des actifs risqués, dans
l'espoir d'obtenir un rendement qu'on appelle une prime de risque, et la prime
de risque c'est du domaine de l'incertain, alors, à long terme, vous
avez une prime de risque positive. Dans notre cas, ça tourne autour de
2 %, le rendement espéré, la prime de
risque, 2 %. Ça, c'est le centre de la distribution, la valeur espérée,
mais vous avez des chiffres négatifs autour de ça. Vous pouvez avoir une
année à plus 5 %, plus 6 %, vous pouvez avoir une année à moins
6 %, moins 8 %.
M. Beauchemin :
...ma question. Est-ce que cet
élément-là était un élément décisif dans leur recommandation? Parce qu'on peut parler, évidemment, de l'argent
qui peut être investi dans les bons du Trésor, au «risk-free rate», puis on
peut parler des investissements en haut de la courbe de placement, qui sont
plus à risque, OK. Ça, on peut avoir une autre discussion et on l'aura. Mais en ce qui a trait à l'élément de
risque que vous mentionnez, du 15 % à 20 %, est-ce que c'est
donc ça qui était l'élément principal? Est-ce que je peux conclure que c'est ça
qui est l'élément principal de l'ensemble des intervenants qui vous ont fait
cette recommandation-là?
M. Girard
(Groulx) : Bien, écoutez, là, moi, je ne suis pas autorisé à parler au
nom de la chaire en fiscalité et finances publiques. Je ne suis pas non plus...
certainement pas autorisé à parler au nom de l'Association des économistes québécois. Puis surtout, quand c'est
des associations comme ça, d'avoir une position commune, là, en arrière,
il y a toute une panoplie de divergences d'opinions, là. Ce n'est pas parce que
l'Association des économistes québécois dit ça que tous les économistes
québécois en arrière sont d'accord avec la position de l'Association des
économistes québécois. Mais ça tourne autour du levier, du fait qu'on prend du
risque et que, lorsqu'on prend du risque, il y a des bonnes années puis il y en
a des moins bonnes.
M.
Beauchemin : OK. Mais juste pour qu'on soit clairs sur une affaire,
OK... Les gens vous ont fait des recommandations,
et vous, vous ne faites pas de recommandations, vous ne faites que redistribuer
cette information-là comme cible, pour le gouvernement, en termes de
gestion du Fonds des générations, 15 % à 20 %, parce que vous vous
l'êtes fait dire. C'est ça?
M. Girard
(Groulx) : Nous, on garde une flexibilité sur... On n'a pas donné de
cible sur la taille du Fonds des générations. On a donné une cible sur la
taille de la dette dans 15 ans, avec une cible intérimaire dans 10 ans,
parce que c'est... Le Fonds des générations, c'est un outil secondaire visant à
réduire le poids de la dette. Donc, on donne des cibles sur la réduction du
poids de la dette. Le Fonds des générations est un des outils qu'on utilise
pour réduire le poids de la dette.
M.
Beauchemin : OK. Donc, c'est deux... distinctes.
M. Girard
(Groulx) : Bien, on... Par exemple, cette année, on a pris de l'argent
du Fonds des générations, on le verse sur la dette, OK. C'est l'essence même du
Fonds des générations, 2,5 milliards. Pourquoi on fait ça? Pour réduire notre programme de financement cette
année, qui était élevé. Alors, on fait un versement, on réduit,
2,5 milliards.
M.
Beauchemin : Tout à l'heure, vous parliez de risque. L'argent, on
l'emprunte dans le marché obligataire court
terme, marché monétaire, marché bancaire, puis là, après ça, on la place dans
des actifs plus à risque. En finance de base, OK, quand, par exemple,
des déposants donnent de l'argent à un gestionnaire, ils ont le choix entre
donner de l'argent à un gestionnaire ou acheter des obligations du Trésor, des
«T-bills», qui coûtent... qui donnent un faible rendement, le rendement
«risk-free rate». Et donc, ça, c'est toujours l'alternative qui est devant des
déposants. La Caisse de dépôt, par exemple,
eux, reçoivent de leurs 27 déposants... puis je m'ai peut-être trompé, là, sur
le nombre de déposants, là, ça a peut-être augmenté, là, mais ils ont...
ils ont les déposants qui ont le choix de placer 100 % de leur argent dans du... des obligations du Trésor trois
mois, à un taux x, là, OK, ou investir ça dans la politique de placement de
la Caisse de dépôt. Ils prennent ce risque-là.
• (10 heures) •
M. Girard (Groulx) :
Mais c'est le déposant qui choisit sa politique de placement, là, ce n'est
pas la Caisse de dépôt.
M. Beauchemin :
Oui, je sais, mais ils ont le
choix entre tout mettre dans le 100 % marché obligataire trois mois, par
exemple, s'ils voulaient, marché monétaire trois mois, ou suivre les
recommandations, politiques de placement de l'équipe de la Caisse de dépôt puis avoir des rendements qui sont
différents, OK. Donc, on parle de quasiment 400 milliards de
dollars, qui est l'ensemble des gestionnaires qui, année après année, vont donc
avoir ces mandats-là par l'ensemble des
déposants, des mandats qui sont variables un par rapport à l'autre. Vous allez
voir, c'est une longue question, un
long préambule pour en arriver à la question, là. Mais c'est certain que si,
nous tous ici, dans la salle, demain matin, on était capables de
dire : L'année prochaine, ça ne va pas être une bonne année, là, on
devrait être tous dans les «T-bills» pour le reste de la saison, là, on serait
extrêmement riches, tout le monde, OK.
Donc, l'idée de faire
en sorte qu'une année peut être la raison pour laquelle il y a du risque dans
le Fonds des générations, une année pour laquelle on peut décider de ne plus
suivre la politique de placement recommandée par l'équipe au complet de la
Caisse de dépôt fait en sorte qu'on se dit : Bon, bien, OK, ça veut donc
dire que c'est fini, on ne sera plus jamais capables de refaire cet argent-là.
Quand on regarde la performance de la Caisse de dépôt depuis 2007-2008, depuis notre
crise canadienne et la crise du «subprime» aux États-Unis, oui, il y a eu
énormément d'argent, en pourcentage, beaucoup plus, qui a été fait que ce qui a
été perdu.
Donc, je comprends ce
que vous me dites quand vous dites : Bien, on ne peut pas prendre de
l'argent à levier, mais prendre l'argent à levier, là, c'est exactement la même
décision : emprunter le coût d'opportunité de l'argent à court terme,
trois mois, versus de l'argent qu'on dépose, la même analyse financière, le
«opportunity risk». Le risque d'opportunité est le même, de l'argent qui aurait
pu être dans des «T-bills» trois mois ou l'argent que j'ai investi dans du...
dans des actifs plus haut dans la courbe de risque.
Donc, pour en arriver
à la question... Vous, là, si vous aviez regardé, donc, la performance de la
Caisse de dépôt, qui a perdu, l'année passée, pour des raisons de mauvais
rendement, là... est-ce qu'il faudrait comme arrêter, donc, de faire une gestion active à la Caisse de dépôt puis juste mettre
de l'argent dans les «T-bills», selon vous, basé sur votre analyse du
Fonds des générations?
M. Girard
(Groulx) : Là, vous mélangez deux concepts. Vous mélangez la gestion
active de la Caisse de dépôt et le Fonds des générations. Alors, si vous
voulez, votre question, c'est... Pour le Fonds des générations, OK, on emprunte
de l'argent au taux du gouvernement du Québec, on a une durée... la durée,
c'est l'échéance moyenne de la dette, pour ceux qui nous écoutent à la
télévision. On a une échéance moyenne de la dette de 11 ans. Donc, si je
simplifie, à chaque année, on roule 10 % de notre dette. Notre taux
marginal d'emprunt en 2022, 3,5 %, OK? Le rendement du Fonds des
générations en 2022, moins 8 %. Ça fait que le coût d'opportunité en 2022
du Fonds des générations, 11,5 %, parce qu'on a emprunté à 3,5 % pour
investir, mais on a fait moins 8 %. Ça fait que notre coût d'opportunité,
c'est 11,4 %... là, je vais y aller à la décimale près, à la
page I-10, 11,4 % sur la taille du fonds, qui était de 19 milliards. Alors, si on avait eu 100 milliards,
bien, notre coût d'opportunité aurait été sur 100 milliards. Là,
notre coût d'opportunité, il a été sur 19 milliards. Alors, vous comprenez
qu'à négatif moins 11,5 %, on était bien contents de ne pas avoir
100 milliards dans le Fonds des générations.
M.
Beauchemin : Je comprends ça, M. le ministre, mais c'est
comme... Les déposants auraient pu, eux autres aussi, choisir, s'ils avaient voulu... parce qu'ils ont le choix, c'est
eux autres qui décident de la politique de placement, mettre tous les actifs qu'ils ont, gérés par la
Caisse de dépôt, dans de la dette 11 ans, durée moyenne du gouvernement de
Québec, à 3,5 % aussi et ils ne l'ont pas fait. C'est exactement la même
logique. Je ne mélange pas...
M. Girard (Groulx) : Il y a une
différence majeure.
M. Beauchemin : Je ne mélange pas
deux concepts. Mais je ne mélange pas...
M. Girard (Groulx) : Il y a une
différence majeure...
M. Beauchemin : Bien, il y a un...
M. Girard (Groulx) : ...c'est que
nous, on emprunte l'argent pour le mettre dans le Fonds des générations.
M. Beauchemin : Oui, mais, M. le
ministre...
Le Président (M. Simard) : S'il vous
plaît!
M. Beauchemin : Mais vous
comprenez...
Le Président (M. Simard) : Ça va
très bien. On va y aller un à la fois.
M. Beauchemin : Vous comprenez aussi
bien que moi, OK, que l'argent qui... On a une pile d'argent ici, là, OK. Si
elle n'est pas placée, elle perd son coût d'opportunité. Le coût d'opportunité
de l'argent, c'est le rendement trois mois
ou l'argent de 10 ans du gouvernement du Québec. Ça, c'est comme la
finance 101. Donc, on peut prendre...
M. Girard (Groulx) : Bien,
finances... finances 101, M. le député, on n'a pas de pile d'argent. On
emprunte 200 milliards d'argent à chaque année.
M. Beauchemin : Je comprends. Là,
moi, je vous parle...
M. Girard (Groulx) : Il n'y a pas de
pile.
M. Beauchemin : ...moi, je vous
parle de la Caisse de dépôt, les déposants, OK? OK. La même logique se... On
peut prendre l'argent, OK, emprunter de l'argent ou avoir de l'argent...
M. Girard (Groulx) : Oui, à
3,5 %.
M.
Beauchemin : ...c'est le même
rendement, OK, c'est exactement le même rendement. Donc, moi, je ne comprends
pas la vision que vous avez, qu'une année négative dans les marchés est la
raison principale pour laquelle on ne devrait jamais faire ça. Si c'était le
cas, bien, on ne devrait juste plus jamais investir dans les marchés, point.
M. Girard (Groulx) : Non.
M. Beauchemin : Bien, donc...
M. Girard (Groulx) : Pas du tout. Je
vous dis qu'on doit pondérer la taille du Fonds des générations en fonction de
notre appétit pour le risque. Si notre appétit... Sachant qu'en 2008 on a perdu
22 %, sachant qu'en 2022 on a perdu 8 %, alors est-ce que moi, j'ai
envie d'avoir un Fonds des générations de 100 milliards de dollars
qui perd 22 % dans une des 12 prochaines années? Non, c'est trop gros
en proportion d'une dette de 200 milliards. C'est une question d'appétit
pour le risque.
Oui, emprunter de l'argent au taux des
obligations du gouvernement du Québec et l'investir dans des actifs risqués, à
long terme, ça donne un rendement additionnel, qu'on appelle la prime de
rendement pour le risque, de 2,2 %. Alors, le Fonds des générations existe
depuis 15 ans. En moyenne, on a battu le rendement des obligations du
gouvernement du Québec de 2,2 %. Très bon. Mais ça doit être pondéré en
fonction qu'on sache que le 2,2 %, c'est une moyenne, qu'il y aura des
années négatives et que les années négatives, bien, plus le fonds est gros,
plus elles vont faire mal.
M. Beauchemin : En pourcentage, ça
va être la même douleur que depuis l'installation du fonds. Je veux dire, c'est
juste une question de voir que, de façon historique, ce genre de comportements
de deux classes d'actifs totalement différentes va tout le temps avoir ce
différentiel-là. Donc, si on n'est pas capables de vivre avec la volatilité...
C'est votre position. Si on est capables d'avoir un horizon plus long terme, on
le voit quand même qu'il va y avoir une surperformance par rapport au coût
d'emprunt.
M. Girard
(Groulx) : Oui, mais, là où il ne faut pas faire... parce que, par
exemple, là, si j'écoutais RDI économie, là, j'aurais un Fonds des générations
à 400 milliards de dollars, parce qu'eux ils disent : Mais
voyons, le rendement, c'est positif
2,2 % à long terme. Oui, mais ce n'est pas de même que ça marche.
2.2 %, c'est l'espérance de la distribution, le centre, la moyenne, OK? À
droite, c'est 3 %, 4 %, 5 %, mais à gauche, là, c'est 1 %,
0 %, -1 %, -2 %, -8 % l'an dernier, -22 % en
2008.
Bien, moi, là, quand je gère la dette du
gouvernement du Québec, il faut que je tienne compte de l'ensemble de la
distribution. Il ne faut pas juste que je parte avec mon baluchon puis je
dise : Bien, l'espérance est positive, 2.2 %, «let's go», on va
mettre 100 milliards dans le Fonds des générations.
M. Beauchemin : ...court terme de ce
que le profil de risque des marchés peuvent représenter. Si, un jour...
M. Girard (Groulx) : Bien, c'est
quoi, la meilleure mesure de risque, M. le député?
M. Beauchemin : S'il y avait, un
jour, M. le ministre, un...
M. Girard (Groulx) : C'est quoi, la
meilleure mesure de risque quand on gère de l'argent?
M. Beauchemin : La meilleure mesure
de risque, M. le ministre, c'est de considérer que des classes d'actifs qui sont différentes vont avoir des comportements
différents sur un horizon long terme. Si, pour une raison que je ne peux pas
m'expliquer, ça arriverait un jour où est-ce que les actifs dans lesquels le Fonds
des générations performerait de façon négative,
et ce, continuelle, par rapport aux coûts d'emprunt, au coût d'opportunité de
l'argent qui entre dans le Fonds des générations, on va être dans une
situation encore beaucoup plus pire que... c'est juste... ces deux courbes
d'actifs là qui ne sont pas dans le même... en surperformance.
• (10 h 10) •
Le Président (M. Simard) : Alors, en
conclusion, souhaitez-vous emprunter sur votre prochain bloc, cher collègue?
M. Beauchemin : Ça va aller, on
passe.
Le Président (M. Simard) : Ça va
aller? Très bien. Alors, sur ce, nous allons poursuivre nos échanges, et je
cède la parole à notre collègue de Maurice-Richard, qui
disposera de 10 min 34 s.
M. Bouazzi : Merci, M. le Président.
M. le ministre, chers collègues, je suis toujours très heureux de participer à
cet exercice démocratique. Et je vois le sourire de M. le ministre, je pense
qu'on apprécie tous les deux cet exercice.
Si je peux me permettre juste une réaction sur
la conversation qui vient d'avoir lieu, je la trouve délicieuse, si je peux me permettre ce genre d'adjectif, étant
donné que, quand même, on est dans une situation où on a une première
opposition qui veut absolument qu'un État utilise un effet de levier pour
investir en bourse. Et nous, on fait partie des gens qui ne pensent pas que
c'est le rôle de l'État, c'est le rôle de certains «hedge funds» et d'autres
compagnies qui aiment investir en bourse.
Ceci étant
dit, on pense que le rôle de l'état, c'est de taxer ces compagnies-là qui vont
ramasser de l'argent en bourse, peut-être un peu plus que ce qui est fait
actuellement. Et c'est peut-être là plutôt le désaccord qu'on pourrait avoir.
D'abord, le premier échange viserait un certain
nombre de clarifications qu'on aurait sur le budget. Dans le budget, on parle de la question de la dette nette
et de la dette brute. Est-ce que vous pourriez nous expliquer, M. le ministre,
c'est quoi, la différence?
M. Girard (Groulx) : Oui. Pour
arriver à... On prend la dette brute, on soustrait les valeurs mobilières ou
les placements pour obtenir la dette nette. Alors, si on va à la
page I-12, bien, on peut voir qu'au 31 mars 2023 il y avait
222,6 milliards de dette brute et que les actifs financiers totalisaient
15,8 milliards, donc la dette nette était de 206,8. Alors, ce sont des placements, valeurs mobilières.
Par définition, on parle d'actifs plus liquides et non d'immobilisation.
M. Bouazzi : OK. Donc, si je
comprends bien, ça contient, par exemple le Fonds des générations?
M. Girard
(Groulx) : Le Fonds
des générations, et, lorsqu'on
rapporte la dette brute, le Fonds des
générations est soustrait. Ça,
c'est entendu avec les agences. Alors, si on voulait la dette brute plus le Fonds
des générations, il faudrait simplement ajouter la valeur comptable à la dette
brute.
M. Bouazzi : Je n'y tiens pas.
C'était vraiment juste pour comprendre ce qu'il y a dedans, ce qu'il n'y a pas.
M. Girard (Groulx) : OK. Alors, le
222 devient approximativement 240.
M. Bouazzi : Et est-ce qu'il y a,
par exemple, la valeur d'Hydro-Québec?
M. Girard (Groulx) : Non.
M.
Bouazzi : Donc, de ce que je comprends, c'est non?
M. Girard
(Groulx) : Non.
M. Bouazzi : OK.
Excellent.
M. Girard (Groulx) : Et Hydro-Québec a son propre programme de financement... ses actifs, son propre
programme de financement, sa capitalisation. Bien sûr, on est
actionnaires et à 100 %.
M. Bouazzi : Merci,
M. le ministre, pour ces clarifications. Deuxième question aussi de
clarification, on a, donc, à la page 9 du volume I... on parle de la
cible pluriannuelle des dépenses, et il y a un écart à résorber dans ce... dans la... la présentation des deux valeurs, donc,
du coût de reconduction des programmes et puis l'objectif des dépenses
de programmes.
M. Girard (Groulx) : Pouvez-vous donner la
page exacte? Parce que, là, vous êtes dans les documents du Trésor. On
va les chercher pendant que vous posez votre question.
M. Bouazzi : C'est
le volume I, page 9.
M. Girard
(Groulx) : Parfait.
M. Bouazzi : Et
donc ma question est probablement simple, M. le ministre.
M. Girard
(Groulx) : D'accord.
M. Bouazzi : Je
serais curieux de vous entendre. Donc, on parle de la cible pluriannuelle.
Donc, ma première question c'est : Comment elle est fixée? Et puis la
deuxième, c'est : Pourquoi est-ce qu'elle est en dessous du coût de
reconduction?
M. Girard (Groulx) :
La cible pluriannuelle est en dessous du coût de reconduction.
Une voix :
...
M. Girard
(Groulx) : ...volume I, mais je vais y aller en général. Nous nous
sommes engagés à aller chercher 1 % d'efficience des dépenses sur quatre
ans. C'était un engagement électoral divulgué explicitement, très clairement,
et il était d'autant plus crédible qu'on avait fait la même chose dans les
quatre premières années du mandat. Alors, on a approximativement
150 milliards de dépenses à l'an... l'année 4, et donc 1 %,
ça... ça veut dire qu'on cherche 1,4 milliard d'efficience à l'an 4.
Et ça, le Trésor travaille avec les ministères pour diminuer la base budgétaire
de 0,25 % par année puis ça cumule jusqu'à 1 %.
Et cet exercice-là
est fait dans le cadre d'une saine gestion des finances publiques. D'abord,
tous les programmes ne doivent pas être totalement reconduits. À 99 %,
oui, mais c'est normal de se poser des questions. Puis est-ce que ce qu'on fait
fonctionne? Puis est-ce qu'avant d'ajouter des nouveaux programmes on pourrait,
par exemple, en éliminer? Ça, c'est d'une part.
Et d'autre part, on a
toute la question, qui a été divulguée plusieurs fois dans les documents
budgétaires, des dépenses réalisées qui sont inférieures aux dépenses
budgétées, c'est-à-dire qu'on n'arrive pas... Si on prévoit, par exemple, 135 milliards de dépenses cette
année, je pense que c'est 138 le chiffre exact, mais il est possible que les
dépenses réalisées soient de l'ordre de 135, 136. Et donc toute cette
question de dépenses réalisées, dépenses budgétées, coûts de reconduction des
programmes, efficience, tout ça est pris en compte par ma collègue dans la
prévision de la base budgétaire des ministères et programmes.
M. Bouazzi : Donc, est-ce que je comprends que le... la
différence entre le coût de reconduction des programmes et l'objectif des
dépenses du programme est due à... de ce que vous avez décrit, à deux axes? Un,
c'est les objectifs d'efficience que vous avez et qui enlèveraient 1,25
annuellement...
M. Girard
(Groulx) : Point, 0,25, pas...
M. Bouazzi : Oui,
un... point.
M. Girard
(Groulx) : Un zéro virgule...
M. Bouazzi :
Oui, on s'entend.
M. Girard
(Groulx) : On s'est compris.
M. Bouazzi : Un
point... un zéro virgule point... Ah! zut, ça ne marche pas.
M.
Girard (Groulx) : 0,25 par année.
M. Bouazzi :
Zéro virgule point 25...
M. Girard
(Groulx) : Pour un total de 1 % après quatre ans.
M. Bouazzi : Exact.
Et de l'autre côté, l'argent qu'on n'est pas capables de dépenser, tout
simplement, pour toutes sortes de raisons, qu'on n'ait pas réussi à embaucher
du monde ou toutes sortes...
M. Girard (Groulx) : Bien, c'est-à-dire que
l'argent qu'on n'est pas capables de dépenser, ça, c'est... il n'y a pas
de projection là-dessus, là. On projette...
M. Bouazzi : Ça
fait que ce serait juste le point zéro 25... le zéro... le 0,25? Bref, ce n'est
pas grave, vous pouvez peut-être nous revenir, c'était vraiment par...
M. Girard
(Groulx) : Oui. Non, non, mais je vais... on va trouver le... Bon, on
l'a trouvé, l'écart à résorber. Bon, alors, en 2024‑2025, coût de reconduction
des programmes, 118,3, et objectifs de dépenses, 117,7. C'est donc dire que le... la base budgétaire est inférieure
au coût de reconduction des programmes de 540 millions. Ça, c'est pour
l'ensemble du gouvernement. Et donc, en pourcentage, ce serait un
vingt-quatrième, OK? Un vingt-quatrième, ça doit tourner autour de 0,2 %.
Et donc, oui, il y a
une part efficience, mais à chaque année... En fait, moi, j'ai cinq ans
d'expérience. Il est normal d'avoir des
écarts à résorber dans le processus budgétaire, c'est... ça fait partie de la
saine gestion des finances publiques,
parce que si on projette des dépenses plus élevées que les coûts de
reconduction, c'est sûr que cet argent-là va être dépensé et on incite à
avoir une base budgétaire trop élevée qui va amener plus de dépenses non
réalisées.
M. Bouazzi : Merci, M. le ministre. Maintenant, sur un autre
sujet, mais ça touche quand même, évidemment, le même sujet, il y a une récente
analyse de l'IRIS qui titrait les... et ça ne donne pas... ça ne donne pas une
vraie idée de la situation, donc : Les prévisions des ministres des
Finances : Yves Séguin le meilleur, Eric Girard le pire.
M. Girard
(Groulx) : Oui, j'ai vu ça. J'ai une relation spéciale avec l'IRIS,
une relation spéciale.
M. Bouazzi : C'est
bon. Nous, on a une très bonne relation avec l'IRIS.
M. Girard
(Groulx) : C'est parfait. Je pense même qu'il y a un de vos candidats
qui travaille là, avec qui j'ai eu l'occasion de débattre à quelques reprises.
M. Bouazzi : Ah
oui! Il ne travaille plus là depuis très longtemps.
M. Girard (Groulx) : Ah non? Très sympathique.
On n'est pas de la même école économique mais très sympathique.
• (10 h 20) •
M. Bouazzi : Donc, et effectivement, ça... évidemment, vous
avez opéré dans des moments très fluctuants et assez imprévisibles d'un
point de vue budget.
M. Girard
(Groulx) : Même l'IRIS reconnaît ça.
M. Bouazzi : Absolument, absolument. D'ailleurs, l'IRIS est
très honnête dans ses analyses. Mais ça n'empêche que la question qui se pose,
c'est : Est-ce qu'on ne devrait pas avoir un deuxième oeil indépendant via
une institution comme le directeur parlementaire du budget? Qui est une
institution qui existe, évidemment, comme vous le savez, depuis plusieurs années à Ottawa. Est-ce que vous
seriez ouvert, M. le ministre, à explorer la possibilité d'avoir, donc, cet... deuxième oeil indépendant qui nous
donnerait des chiffres qui, possiblement, ne seraient meilleurs mais seraient indépendants?
Le Président (M.
Simard) : ...environ 20 secondes.
M. Girard
(Groulx) : Bien — 20 secondes — oui,
il ne faudrait pas qu'il y ait de dédoublement avec le travail que la Vérificatrice
générale fait, alors il faudrait que le... par exemple, le rapport préélectoral
migre de la Vérificatrice générale vers le
directeur parlementaire du budget. Et oui, on est ouverts à ça. Ça fait partie
des discussions en cours ou pas sur la réforme parlementaire.
Le Président (M.
Simard) : ...très bien.
M. Bouazzi : ...M.
le ministre.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci. Nous poursuivons nos échanges, qui vont très bien, du reste. M. le
député de Marguerite-Bourgeoys, vous disposez à nouveau de
21 minutes.
M.
Beauchemin : Merci, M. le Président. Je vais me passer... pas de
commentaire sur l'introduction de mon collègue de QS.
Juste, le dernier
paragraphe d'une étude qui a été faite par, justement, M. St-Maurice, Godbout
et St-Cerny... Mme St-Cerny : «Une
chose est claire, plusieurs études montrent que le Québec a d'importants défis
à relever face à une population vieillissante. La croissance potentielle
de l'économie sera ralentie par la faible augmentation du bassin de
main-d'oeuvre disponible, nuisant ainsi à la création de richesse. En même
temps, le gouvernement devra affronter une
hausse soutenue des dépenses en santé, conséquence d'une population âgée de
plus en plus nombreuse. Les futurs contribuables, donc les prochaines
générations, devront probablement supporter une charge fiscale plus importante
pour conserver le même niveau de service. Un problème d'équité
intergénérationnelle se pointe donc à l'horizon et c'est dans ce contexte et
cet environnement que les options sur l'avenir du Fonds des générations devront
être analysées.»
Toute la conversation
que j'ai eue avec vous tout à l'heure, M. le ministre, puis toute la
conversation que je maintiens depuis à peu près six mois dans l'espace public à
propos du Fonds des générations, c'est cet angle-là. Je ne fais pas que
regarder le Fonds des générations de façon juste ponctuelle par rapport à un
outil de levier qui nous aide à abaisser la
dette du Québec. C'est effectivement la prémisse qui a été mise de base par
M. Audet et le gouvernement libéral de l'époque de mettre en place
le Fonds des générations pour répondre aux inquiétudes du monde des affaires, pour répondre aux inquiétudes des agences de
crédit, pour installer une certaine discipline quelconque dans la gestion des
dépenses dans des... des finances publiques.
Mais maintenant, on
est rendus 20 ans, presque, plus tard puis on est dans un environnement de
croissance démographique totalement différent. Les prochaines générations vont
être de... vont être moins nombreuses. Ils vont être moins nombreux à avoir à prendre soin de plus en plus de monde.
Juste simplement se payer les services publics que nous, aujourd'hui, on prend
pour acquis, ça, ça va devenir extrêmement difficile et tout un défi pour eux
de le maintenir.
Dans ce contexte-là,
une... un repositionnement du concept même du Fonds des générations... Je ne
parle pas de faire comme ce que le collègue
de QS suggère, c'est-à-dire de tout simplement dilapider le Fonds des générations, là. Moi,
je parle de prendre le Fonds des
générations puis l'amener à un autre
niveau pour permettre, justement, que, pour les prochaines générations, on puisse leur donner les moyens de leurs
ambitions pour qu'ils puissent avoir les moyens d'avoir les mêmes
services que nous, aujourd'hui, on prend pour acquis.
Est-ce que vous, M.
le ministre, vous êtes ouvert à l'idée de regarder un fonds des générations,
peut-être un fonds santé, un fonds environnement basé sur le même concept du Fonds
des générations? Peut-être, c'est le Fonds des générations qu'on fait juste un
petit peu modifier la mission pour faire en sorte que, oui, on continue à avoir
un ratio dette nette-PIB intéressant pour
les agences de crédit, mais, en même temps, on positionne les générations futures
vers un avenir qui leur soit plus prospère. Est-ce que vous êtes d'accord pour
ça?
M. Girard (Groulx) : Bien là, vous me dites...
Puisque vous êtes contre un fonds des générations de taille plus
importante, seriez-vous pour qu'on garde la taille du Fonds des générations
puis qu'on fasse d'autres fonds à côté? Ma réponse, c'est non.
M. Beauchemin :
...l'idée de positionner les
générations futures vers un avenir où est-ce qu'ils pourraient aider... s'aider
eux-mêmes à avoir des revenus venant d'un fonds quelconque pour leur permettre
d'avoir sous contrôle les dépenses de santé, éducation, enseignement supérieur,
vous êtes contre l'idée?
M. Girard
(Groulx) : Bien là, vous mélangez deux choses. Vous m'avez demandé si
j'étais pour créer des nouveaux fonds. Je vous ai dit non, puis là vous faites
un jugement qualitatif sur ce que ça implique, ma réponse.
Alors, les bénéfices
de réduire le poids de la dette, ce que nous faisons avec une cible à long
terme, on va réduire le poids de la dette de
10 % sur 15 ans. C'est très bon, les bénéfices de ça, c'est...ils
sont énumérés à la page I-7. Ça
va contribuer à l'équité intergénérationnelle, ça va permettre un financement
stable des principales missions de l'État, ça va permettre de faire face
au coût du vieillissement de la population, mettre en place des mesures pour
lutter contre les changements climatiques, financer des investissements dans
les infrastructures, réduire le fardeau fiscal des Québécois, contrer de
nouvelles récessions, augmenter l'autonomie financière du Québec dans la
fédération parce qu'on reçoit toujours de la péréquation.
M.
Beauchemin : Je peux prendre l'exemple du transport en commun. Je
comprends exactement ce que vous dites.
Donc, ce que vous faites, c'est en réduisant le ratio dette nette-PIB, vous
augmentez la capacité d'emprunt future, au besoin, s'il y a, de faire
des ajustements pour les prochaines générations quand ce sera à leur tour
d'être en charge, là, de... du gouvernement. Mais l'exemple du transport en
commun est superintéressant.
Dans votre budget,
cette année, vous mettez 400 millions de dollars de mesures pour
aider l'ensemble des sociétés de transport, je pense que la demande était de
800 millions, aucune aide planifiée pour les années à venir. Donc, on peut se poser la question : Comment
vont-elles être capables, eux autres, s'il n'y a pas cette planification-là dans
votre plan à vous?
M. Girard
(Groulx) : Alors, il y avait...
M. Beauchemin : Transport en commun.
M. Girard
(Groulx) : Oui, mais il y avait toute une introduction à votre
question, puis je voulais souligner au président que c'était la première fois
depuis le début des crédits, aujourd'hui, que j'étais totalement d'accord avec
le député de l'opposition, parce que, oui, réduire le poids de la dette nous
donne plus de moyens à long terme et ceux qui auront le privilège d'être les
fiduciaires des finances publiques dans l'avenir pourront choisir dans les
différentes responsabilités : la lutte aux changements climatiques, les principales
missions d'État. Réduire le poids de la dette donne
plus de moyens à long terme puis c'est ça qu'on veut, OK? Puis il y a... il y a
une liste importante de responsabilités et les gouvernements futurs
pourront choisir où mettre les priorités.
Financement du transport en commun, c'est... le
transport en commun... Puis vous savez, moi, je suis ouvert aux critiques. Les
gens ont droit à leur opinion puis ils peuvent dire : Le gouvernement
aurait dû faire plus de ci puis ça. Le
transport en commun, le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec ont
donné 2,2 milliards de dollars aux sociétés de transport en commun pour les aider à faire face à la
pandémie. Le dernier versement était de 400 millions. Et, oui,
c'est de l'aide d'urgence parce que le volume de clientèle n'est pas revenu au
niveau d'avant la pandémie.
Maintenant, on doit faire une réflexion sur le
long terme. Et une de ces... des éléments de cette réflexion-là, c'est :
Est-ce que les usagers vont revenir? Est-ce qu'on va revenir à 100 %,
105 %, 110 % d'usagers? Parce que si on doit fonctionner avec
80 % d'usagers, bien là, il faut réfléchir à ça. Alors, il y a toute la
question de la demande. Et puis là il y a
une réflexion qui est en cours, qui est dirigée par ma collègue la vice-première
ministre, et évidemment les sociétés
de transport en commun, les municipalités sont consultées. Il y a une réflexion
à long terme sur le financement.
Mais quant aux 2,2 milliards que nous avons
donnés avec le gouvernement fédéral, j'en suis extrêmement fier. Je me suis battu pour bonifier la
contribution du gouvernement fédéral. Notre dernier 400 millions n'a pas
été apparié. Le gouvernement fédéral a choisi de ne rien mettre dans son
budget. Alors, le 400 aurait pu être 800. Ça aurait pris 400 du gouvernement
fédéral.
M. Beauchemin : Oui,
je comprends. Ça, c'est malheureux qu'Ottawa n'a pas voulu aider, évidemment,
là-dessus, mais c'est pour ça que je me dis, en guise de conclusion sur
l'ensemble du Fonds des générations... d'avoir la capacité de donner aux prochaines générations cette capacité future
d'emprunt, au besoin s'il y a, de pouvoir emprunter pour faire quoi que
ce soit, santé, services sociaux, etc., puis ça, c'est en supposant que les
marchés sont disponibles, en supposant que tu l'auras, mais un tiens vaut mieux
que deux tu l'auras... la raison pour laquelle je considère l'amélioration du Fonds
des générations en ayant des lentilles plus ouvertes que simplement la
réduction de la dette leur permettant de, justement, les équiper pour pouvoir
avoir ce véhicule les aidant à ce moment-là, et ils l'auront, le contrôle, ils
le tiendront dans leurs mains, c'est sûr que c'est plus sécuritaire. Quand on
parlait de risque, tantôt, ça, c'en est un.
Je veux maintenant passer au... Un des sujets
qu'on a discuté brièvement tantôt en étude de... avec votre collègue au
ministère du Revenu... président du Trésor, excusez.
• (10 h 30) •
M. Girard (Groulx) : Oui. Je
pensais que je venais de perdre ma job.
M. Beauchemin : Excusez.
M. Girard (Groulx) : Je suis
officiellement le ministre du Revenu.
M. Beauchemin : D'accord. Avec
votre collègue au Trésor, on a discuté effectivement, là, du coût de
reconduction des programmes puis les objectifs de dépenses et... Et donc je
veux juste voir avec vous. On regarde ça, ces
chiffres-là, puis on dit : Bon, OK, ça, c'est basé sur... Là, je suis à la
page du budget de... de votre budget... Je m'excuse, je n'ai pas de
numéro de page. Page 9, mais...
Une voix : ...
M. Beauchemin : Gestion des
dépenses?
M. Girard (Groulx) : Le cadre
financier, c'est la page H-5.
M. Beauchemin : Oui, moi, j'ai
une autre page. Je ne me souviens plus exactement c'est laquelle, mais, en tout
cas, j'ai... C'est peut-être un résumé de votre page.
M. Girard (Groulx) : D'accord.
Allez-y.
M. Beauchemin : C'est la
stratégie budgétaire, effectivement. Donc, on s'entend que quand on fait face à
une crise d'inflation, donc l'inflation arrive, hein, en premier. Par la suite,
va suivre une augmentation, comme vous l'avez
vécue, on l'a tous vécue, des revenus de l'État. Et puis, par la suite, bien,
il y a les dépenses de l'État aussi qui vont avoir augmenté. Il y a un effet de
retard, un «lag effect», d'une certaine façon, en ce qui a trait à la capacité
de l'État de pouvoir gérer par la suite, là, ses dépenses. Parce que,
quand l'inflation va ralentir, l'augmentation des revenus aussi va ralentir.
Cette courbe-là va suivre l'autre. Cependant, les dépenses, elles, vont
continuer à augmenter.
Et donc la question que j'avais quand je parlais
avec votre collègue au Trésor : Quelles sont les hypothèses d'inflation
qui ont été mises dans le modèle, ici, pour en arriver à ces chiffres-là?
M. Girard
(Groulx) : D'accord. M. le Président, si vous nous permettez de
souligner, on a une bande de jeunes auditeurs, là, qui nous surveillent en
haut, et je les salue. Ils sont passionnés par la Commission des finances publiques.
Alors, il y a de futurs fiduciaires des finances publiques. Peut-être que je
leur recommanderai d'autres lectures que l'IRIS, là, ou... C'est des blagues,
c'est des blagues. Il faut lire tout une... Il faut lire avec diversité
d'opinions.
Les hypothèses d'inflation, je... Indice des
prix à la consommation, page A-31 du budget : 2023, 3,5 %; 2024, 2,2 %; 2025, 2026, 2027, 2 %.
Alors, essentiellement, c'est la trajectoire de la Banque du Canada. On commence l'année 2023 autour de 5 %. On finit en
bas de 3 %, en moyenne 3,5 % en 2023. À la fin 2024, on est
revenus à l'inflation tendancielle de 2 %. C'est ça, les hypothèses.
M. Beauchemin : OK.
Donc, ça... Puis, pour ce qui est des revenus associés, donc, à votre budget,
c'est la même hypothèse de base au niveau des revenus.
M. Girard (Groulx) : Bien, les
revenus, le lien est avec le PIB nominal. Le PIB nominal du Québec, c'est
1,5 % de croissance à long terme tendanciel, plus 2 % d'inflation,
3,5 % de PIB nominal d'espérance à long terme. On vise à amener ça à 4 % avec des réformes structurelles. On
continue à travailler là-dessus, mais un 3,5 % de croissance,
l'hypothèse du PIB nominal.
M. Beauchemin : Quand on
regarde santé et services sociaux, vous avez mis, puis j'ai... Malheureusement,
la page, je l'avais ici, je suis désolé, je ne l'ai pas devant moi, là. Il y
avait une hypothèse, au niveau de 2024 à 2027, en termes de... Excusez. Non, il
y avait une hypothèse d'augmentation de 7,6 % ou 5,7 %.
M. Girard (Groulx) : Je peux
vous donner la page. Alors, c'est dans la section I... excusez, H.
M. Beauchemin : 29.
M. Girard (Groulx) : H.29.
M. Beauchemin : C'est ça. Je
viens de le retrouver, merci.
M. Girard (Groulx) : Parfait.
Oui.
M. Beauchemin : Alors,
quand on regarde les dépenses de portefeuille, pour 2022‑2023,
c'est une augmentation de 7,9 %.
M. Girard (Groulx) : Oui.
M. Beauchemin : Puis, pour ce
qui est de l'année 2023‑2024, c'est 1,2 %.
M. Girard (Groulx) : Oui.
M. Beauchemin : OK. Donc, ce
chiffre-là, il est net de l'inflation?
M. Girard (Groulx) : Non, c'est
des dépenses nominales.
M. Beauchemin : Nominales, oui.
M. Girard (Groulx) : Et puis là
vous devez lire la note 2, qui explique pourquoi on passe de 7,4 % à
1,2 %. Et là je félicite les
professionnels du ministère des Finances qui, à chaque fois qu'on a un chiffre
qui dévie de 2 % à 4 %, là, on met une note de bas de page puis on
l'explique. Quelle transparence. S'il y a quelqu'un du gouvernement fédéral
qui nous écoute, il pourrait faire pareil dans nos budgets.
M. Beauchemin : D'accord. Donc,
quand on regarde ça, pour revenir à l'image que j'essaie de me faire, de l'idée, là, c'est que quand on a des dépenses qui
ont augmenté, évidemment, en partie grâce... en partie à cause de l'inflation
dans les dernières années, et que
l'inflation s'estompe, la croissance que vous reflétez, là, dans votre... dans
la page H.29, reflète donc cette baisse-là d'inflation.
M. Girard (Groulx) : Oui, mais
il faut être bien conscient que, dans les dépenses, il y a...
M. Beauchemin : Il y a d'autres
facteurs.
M. Girard (Groulx) : Non, il y
a une partie importante qui est les salaires et qu'il y a une négociation dans
le secteur public alors nos croissances de dépenses reflètent les offres qui
ont été déposées. Mais essentiellement le profil d'inflation que je vous ai
donné, là, 3,5 % et 2 %, c'est que 2023 est la seule année où
l'inflation est supérieure à la tendance d'inflation de long terme. Après ça,
on revient à des conditions normales.
M. Beauchemin :
Puis, si on était capable de sortir Santé et Services sociaux, Éducation et
Enseignement supérieur de l'ensemble des dépenses de portefeuille, est-ce que
vous êtes en mesure de nous dire exactement ce que ça représenterait, disons,
en moyenne à partir de l'année prochaine, et ce, pour les quatre, cinq
prochaines années?
M. Girard (Groulx) : Bien là,
on est à la page H.42 et on y va par dépenses de portefeuille. Et puis là
les portefeuilles... il y a une distinction entre les portefeuilles et les
ministères, là. Par exemple, Affaires municipales et Habitation, c'est un portefeuille, mais c'est deux ministères. Alors,
vous avez, pour 2023‑2024, Santé et Éducation, 7,7 %;
Éducation, 6 %; Enseignement supérieur, 5 %; Famille, 5,8 %;
Transports, moins 1,3 %; Emploi, moins 42 % parce qu'il y a la fin du versement ponctuel... bien,
pas la fin, mais il y a eu des versements ponctuels. Affaires municipales,
moins 2,9 %; Économie, plus 12,3 %; Environnement, 14 %; autres
portefeuilles, 13 %.
En fait, la pandémie, là, a amené beaucoup de
volatilité dans les pourcentages parce qu'on a ajouté des dépenses extraordinaires, non récurrentes. Alors,
on a eu une hausse des dépenses très importante en 2021‑2022,
puis là on a eu des revenus
supplémentaires en 2022‑2023, et puis là, à partir de 2023‑2024,
on doit prendre la décision, est-ce que nos dépenses temporaires reliées
à la pandémie vont devenir permanentes ou vont se terminer. Et puis ça, il y a une... il y a un jugement là-dedans, mais, à
partir de 2023‑2024, on ne met plus de dépenses extraordinaires
reliées à la pandémie.
M. Beauchemin : Une
question spécifique, justement, par rapport à la page que vous mentionnez,
Économie, Innovation et Énergie, 2024‑2025, une baisse de 10 %.
M. Girard (Groulx) : Oui.
M. Beauchemin : 10,6 %.
Est-ce que vous pourriez nous l'expliquer un peu, qu'est-ce que ça veut dire?
M. Girard (Groulx) : Oui.
Alors, il faut aller à la note 9, qui est à la page H.43. Je vais
lire sans mes lunettes : «En 2023‑2024,
la croissance s'explique notamment par l'augmentation du coût du crédit d'impôt
et par l'accroissement ponctuel des
dépenses relatives aux interventions financières. En 2024‑2025,
la diminution s'explique notamment par l'effet des dépenses non
récurrentes en 2023-2024, dont celles pour le développement de la filière
batteries.»
C'est donc
qu'on prévoit, en 2023-2024, des interventions importantes au niveau du Fonds
de développement économique pour
soutenir le développement de la filière batterie. On a vu que c'est maintenant
que les multinationales du secteur de l'automobile prennent leurs
décisions où elles vont implanter leurs usines en Amérique du Nord. Alors, on prévoit avoir... devoir faire des interventions
en 2023‑2024, et le fait que ces interventions-là sont non
récurrentes, ça amène la chute en 2024‑2025.
• (10 h 40) •
M. Beauchemin : Est-ce que vous
pouvez me faire le même exercice, si c'était possible aussi, pour ce qui est
d'Emploi et Solidarité sociale. Parce que, pour l'année 2023‑2024, c'est
une grosse baisse, mais ça continue à baisser en 2024‑2025.
M. Girard (Groulx) : Oui. Alors
là, c'est la note 7. J'adore les notes de bas de page.
«En 2023‑2024, la diminution est de moins
5,2 %, si l'on exclut les montants ponctuels pour le coût de la vie. Cette variation s'explique par la diminution
du nombre de ménages bénéficiant de l'aide financière de dernier recours,
qui devrait être moindre en 2023‑2024 à la suite de la forte hausse en 2022‑2023
provenant des demandeurs d'asile. En 2024‑2025, la variation des dépenses
s'explique principalement par la révision de la planification des dépenses du
Fonds de développement du marché du travail.»
Ça veut dire que les ententes qui financent le
Fonds de développement du marché du travail viennent à échéance et qu'il faudra
les renouveler. Et il y a une part de ces fonds-là qui vient du gouvernement
fédéral et il faudra donc négocier avec le gouvernement fédéral et rebonifier
les enveloppes de ce Fonds de développement des partenaires du marché du
travail. Mais, lorsque les fonds expirent, bien, il y a une chute dans le
financement.
Le Président (M. Simard) : ...à
peine 30 secondes.
M. Beauchemin : Quand on
regarde encore la même page, M. le ministre, si ce n'était pas de l'année de la
pandémie, là, c'est 1,2 %. Quand on regarde le bas, la variation, 1,2 %,
2,2 %, est-ce que vous êtes capable... Mais là, malheureusement, on n'a
pas les autres années. Est-ce que vous êtes capable de nous donner un estimé de
ce que les autres années vont ressembler?
Le Président (M. Simard) : Alors,
en empruntant sur le prochain bloc...
M. Girard
(Groulx) : Juste rapidement vous dire que, si on exclut
l'effet des dépenses COVID en 2022‑2023, le 1,2 % aurait été 5,1 %.
Le Président (M. Simard) : Ça
va pour ce bloc-ci, cher collègue? M. le député de Maurice-Richard, vous
disposez de 10 min 32 s.
M. Bouazzi : Excusez-moi,
M. le Président. Est-ce que j'ai deux blocs en tout ou il y a un troisième
bloc?
Le Président (M. Simard) : Non,
c'est votre dernier.
M. Bouazzi : Dernier. Bon,
bien, écoutez, on va essayer d'aller vite, M. le ministre, étant donné...
M. Girard (Groulx) : Combien de
temps?
M. Bouazzi : 10 minutes.
M. Girard (Groulx) : Parfait.
M. Bouazzi : 10
minutes. Ça fait que j'ai un certain nombre de questions. J'en ai beaucoup,
malheureusement, ça fait que je vais devoir filtrer, mais malgré ça, il
va falloir quand même aller vite.
Bien, ma
première concerne les banques alimentaires. Donc, je vous lis le titre d'un
communiqué des Banques alimentaires
du Québec en réaction au budget : Le budget du Québec 2023-2024
aide alimentaire : Un soutien considérable pour améliorer les
infrastructures des banques alimentaires du Québec mais une aide nettement
insuffisante pour nourrir ceux qui en ont besoin aujourd'hui.
Et un peu plus loin dans le communiqué : «Alors que la demande d'aide
alimentaire atteint des sommets, les 2 millions prévus au budget sont
largement insuffisants pour remplir les ventres
vides. Dans le contexte actuel, en 2023 seulement, 24 millions de
dollars sont nécessaires pour acheter des denrées pour nourrir ceux qui
en ont besoin. Sans cela, les files d'attente vont s'allonger devant les
banques alimentaires... » Elles ne pourront... et les banques alimentaires
ne pourront répondre adéquatement à la demande.
On s'entend, M. le ministre, que l'extrême,
extrême, extrême majorité des personnes qui font la file devant les banques
alimentaires n'auront droit à aucune baisse d'impôt étant donné qu'ils font
déjà partie des populations et probablement du 30 % de Québécoises et de
Québécois qui n'auront pas le droit à ces baisses d'impôt car pas assez nantis. 24 millions, M. le ministre, ce n'est
pas beaucoup, là. Je veux dire, comment peut-on expliquer une baisse d'impôt
qui va coûter 1,7 milliard de dollars à l'État annuellement et ne pas
trouver les 24 millions dont ont besoin les banques alimentaires?
M. Girard (Groulx) : Bien, là
où vous et moi... Est-ce qu'on a trouvé la...
Une voix : Non.
M. Girard (Groulx) : Non? On va
la trouver. Là où, vous et moi, on s'entend, et je pense que tous les membres de l'Assemblée nationale, c'est sur
l'importance des banques alimentaires, indéniable. Et il y a... La situation,
avec la hausse du coût de la vie, est telle
qu'il y a eu une augmentation de la demande. Et il est même possible qu'il y
ait des gens qui aient eu des baisses d'impôt, qui ont... qui utilisent des
banques alimentaires. Il y a toutes sortes de raisons pour quoi des gens
doivent utiliser les banques alimentaires, et elles jouent un rôle extrêmement
important.
Alors, ça
prend des infrastructures. L'aide alimentaire change, la collaboration avec les
chaînes d'alimentation, le désir de réduire les pertes, je pense qu'on
en a déjà parlé de ce sujet-là. Bref, les infrastructures, c'est extrêmement
important puis c'est pour ça qu'on a bonifié de 20 millions. Puis ça, je
pense que c'est ce qui a été souligné, il y a eu 10 millions qui a été
émis pour les denrées comme telles, et c'est ce qu'on a jugé qui était nécessaire
au budget. Et puis il y avait déjà d'autres gestes qui avaient été annoncés
avant.
Et puis c'est certain, M. le député, que si, en
cours d'année, on doit mettre des sommes supplémentaires, on va le faire,
c'est... Je partage avec vous l'importance de ces organismes.
M. Bouazzi : Merci, M. le
ministre. Ça serait vraiment très apprécié. J'ai moi-même rencontré,
évidemment, celles de ma circonscription.
Pour vous donner une idée, M. le ministre, il y a cinq ans, il y avait à peu
près 900 foyers qui faisaient
appel à une des banques alimentaires de notre quartier. L'extrême majorité des
personnes étaient prestataires des aides sociales. Quatre ans plus tard,
on parle de plus que 2 000 personnes, donc une augmentation de
100 %. Les prestataires d'aide sociale représentent 65 % de ce
2 000 personnes. Donc, en chiffre brut, ils ont augmenté, mais, en pourcentage, ils ont beaucoup diminué, parce qu'on
voit maintenant des personnes aînées, des familles, des étudiants. Et
vous savez à quel point est-ce que c'est difficile aussi pour des questions de
dignité, là, de se retrouver là. Je pense que le minimum serait qu'ils arrivent
à trouver le réconfort dont ils ont besoin.
Donc, j'apprécie beaucoup. Vous êtes ouvert à
augmenter cet argent-là. Les associations sont claires sur leurs demandes. On
ne demande pas grand-chose, là, on parle d'une vingtaine de millions de plus
annuellement. Vous avez raison que beaucoup
de nos concitoyens ne font pas la différence entre 1 million et
1,1 milliard, mais on est d'accord, vous et moi, je suis sûr que
22 millions annuellement, ce n'est pas grand-chose devant le budget de
l'État.
M. Girard
(Groulx) : Juste pour préciser, eux demandent que le
financement soit augmenté à 22 millions, total?
M. Bouazzi : De plus. 24
millions en tout, oui.
M. Girard (Groulx) : OK. 24...
M. Bouazzi : Par
rapport aux 2 millions qu'eux ils ont vus dans le budget. Bien, j'ai lu
leur communiqué de presse, là.
M. Girard (Groulx) : OK. On va
vérifier tous ces chiffres-là, parce que je pense que c'est plutôt le niveau...
Il faut... parce que le 2 millions, c'est le 2 millions
supplémentaires qu'on met, ce n'est pas la somme totale qu'on donne. C'est
juste les nouveaux crédits budgétaires.
M. Bouazzi : Exact.
M. Girard (Groulx) : Alors, je
pense qu'on doit plutôt comparer le total qu'ils ont au total qu'ils voudraient
pour arriver au différentiel. On va tout valider ça.
M. Bouazzi : On peut faire
toutes sortes d'exercices financiers, au bout du compte, ça reste qu'eux ils
parlent de 22 millions de plus. Ce n'est pas grand-chose, M. le ministre.
Je suis sûr que...
M. Girard (Groulx) : Probablement
sur cinq ans, si je vérifie l'ordre de grandeur, parce on les a aidés en cours d'année. Mais, vous et moi, nous sommes
d'accord qu'ils font un travail exceptionnel et que c'est très important.
M. Bouazzi : Excellent. Est-ce
que vous... Est-ce que vous seriez ouvert à rencontrer leurs représentants dans
les prochains... dans les prochaines semaines?
M. Girard (Groulx) : Bien,
on... Nous avons une ministre responsable de la Solidarité sociale, qui fait un
excellent travail et qui est en contact avec eux.
M. Bouazzi : OK. Très bien.
C'est très bien, ce n'était pas... Il n'y a pas de problème, vous avez raison,
effectivement.
M. Girard (Groulx) : Merci.
M. Bouazzi : C'est juste, je
n'ai vraiment pas beaucoup de temps, malheureusement.
Dans... Vous avez annoncé, dans les questions de
budget, les questions qui touchent à la loi budgétaire. On parle notamment des
nouvelles cibles de rapport dette-PIB qui iraient vers le 30 %. On parle
aussi de tout ce qui touche au Fonds des générations, etc. Ça fait que comment
entendez-vous procéder pour déterminer tous les aspects, justement, de cette
loi budgétaire? Et puis est-ce que vous vous engageriez à faire une vaste
consultation pour que ça se fasse... justement, pour que nos concitoyens et
concitoyennes comprennent de quoi on parle et puis pour entendre certains de
nos spécialistes sur le sujet?
M. Girard (Groulx) : Bien, il y
a déjà eu plusieurs consultations des spécialistes, parce qu'on avait posé des
questions spécifiquement par rapport à ça dans le cadre des consultations
budgétaires. Et c'est dans l'omnibus budgétaire
de ce budget, pas celui que nous allons étudier d'ici la fin de la session. Ça,
c'est celui du budget 2022‑2023. Dans l'omnibus budgétaire du
budget 2023‑2024, qui serait déposé, par exemple, à l'automne, il y aura
des modifications à la Loi sur l'équilibre budgétaire et à la loi sur la
gestion de la dette et le Fonds des générations, et on pourra en discuter à la
Commission des finances publiques, mais il y a déjà eu beaucoup de débats sur
ces questions.
• (10 h 50) •
M. Bouazzi : Bien, il n'y a pas
de consultations associées aux lois omnibus dont vous parlez.
M. Girard (Groulx) : Normalement,
il n'y a pas de consultations particulières dans un omnibus budgétaire.
M. Bouazzi : C'est exact.
M. Girard (Groulx) : Ce serait
une innovation...
M. Bouazzi : Non, je vous
propose de faire...
M. Girard
(Groulx) : ...avec laquelle je suis plus ou moins favorable,
mais vous pouvez toujours la proposer.
M. Bouazzi : Parce qu'on
s'entend que le 30 %... Je veux dire, l'extrême majorité des économistes,
et pas seulement ceux de l'IRIS, M. le ministre, sont d'accord pour dire que la
dette, actuellement, est quand même sous contrôle, et puis l'idée de viser le
30 % est une... a des fortes conséquences sur les finances publiques,
incluant les finances de nos services publics.
Et donc je pense que ça serait vraiment bienvenu
d'avoir une consultation sur la question, une consultation publique sur la
question de la dette et du Fonds des générations, pour être... pour comprendre
quelles sont les raisons qui font qu'on prenne une décision ou une autre.
Je vois qu'il me reste
1 min 30 s, ça fait que je vais aller vite. Au tableau... Alors
là, il va falloir ouvrir le tableau A.6, à la page A.19... A.14, pardon.
On voit qu'il n'y a aucun impact financier à l'item Bonifier le Plan pour une
économie verte 2030. Pourquoi? Comment vous expliquez qu'il n'y a pas
d'impact financier?
M. Girard
(Groulx) :
Ah!
OK. C'est parce qu'en vertu de la loi l'augmentation des revenus du Plan
pour une économie verte sont 100 % dédiés à la lutte et à l'adaptation aux
changements climatiques. Alors, avec la hausse de revenus vient une hausse de
dépenses, d'où les tirets pour signifier un effet nul. Plus de revenus, plus de
dépenses, automatiquement. C'est un fonds dédié.
M. Bouazzi : Exact. Et donc ce
n'est pas... c'est de l'argent qui a toujours été prévu. On comprend que c'est
une évolution, d'ailleurs, d'un fonds qui existait avant votre arrivée.
M. Girard (Groulx) : Bien,
c'est-à-dire, oui, effectivement... Bien, on l'a modifié, là, il y avait des
enjeux de gouvernance.
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
M. Girard (Groulx) : Mais il y
a une hausse de 1,4 milliard au financement du plan de main-d'oeuvre pour
les années 2023‑2028.
Le Président (M. Simard) : M.
le député, quelques secondes.
M. Bouazzi : Bien, c'est une
hausse qui n'a pas d'impact sur l'argent neuf, en tant que tel, à part l'argent
qui était prévu dans le fonds. On le retrouve à 122 millions plus tard.
Le
Président (M. Simard) : Très bien. On doit arrêter là, malheureusement, M.
le ministre, parce que le bloc d'échange est terminé.
M. Girard (Groulx) : Non, mais
la...
Le
Président (M. Simard) : Alors, M. le ministre, à l'ordre, s'il vous plaît!
Très bien. Je vous remercie beaucoup, mais on a un échéancier à
respecter.
Alors, on a la chance d'avoir le député de
Camille-Laurin, qui, de ces temps-ci, court de salle en salle. Alors, c'est bon
pour l'exercice.
M. St-Pierre Plamondon : C'est
en effet le cas.
Le Président (M. Simard) : M.
le député, à vous la parole. Vous disposez de 6 min 50 s.
M. St-Pierre Plamondon : 6 min 50 s.
Donc, je fais du jogging parlementaire dans le cadre des crédits, on peut dire
ça. On a seulement 6 min 50 s. C'est le temps dont je dispose au
nom du Parti québécois. Donc, je vais me contenter de deux questions très
pointues.
La première, sur les intérêts sur les prêts et
bourses. Donc, comme vous le savez, on avait un gel sur les intérêts, et, tout
d'un coup, ça a bondi d'un seul coup à 7,2 %. C'est un enjeu pour un
groupe de notre société dont la capacité à générer des revenus est limitée.
C'est également une génération qui aura probablement peu ou pas accès à la propriété en raison de la hausse fulgurante du
prix de l'immobilier. Et je pense que c'est déductible d'impôt, mais la réalité, c'est que la plupart n'ont pas de revenu
sur lequel rabattre cette déduction. Au total, ce sont
380 000 Québécois et Québécoises qui ont présentement une
dette à rembourser auprès de l'aide financière aux études.
Dans le contexte d'une inflation qui, à
l'épicerie, fait mal, je vous ai parlé du logement, je vous ai parlé de
d'autres réalités, ma question est simple. Est-ce que vous êtes prêt à
reconsidérer la décision de mettre fin au gel ou, à tout le moins, d'explorer
des choses qui n'ont pas été envisagées? Comme nous, on avait déposé un projet
de loi pour que l'État, en plus d'être régulateur de ce genre de prêt là, soit
le créancier et donc qu'il y ait un meilleur contrôle sur le taux d'intérêt que
de passer par les banques qui, évidemment, vont chercher leur part de profits,
là. Ils sont à 7,2 %, mais le taux directeur est à 2,7 %. Donc, est-ce
que l'État est prêt à considérer des solutions pour tenter de donner une chance
à une génération puis un groupe qui est vulnérable?
M. Girard
(Groulx) : Merci pour la question. Alors, comme vous le
savez, l'éducation est une responsabilité du gouvernement du Québec. Le
gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec, durant la pandémie, avaient annoncé un gel sur les taux d'intérêt et les
remboursements de capital sur les prêts étudiants. Là, à partir de 2023‑2024,
le gouvernement fédéral annonce la poursuite du gel. Il y a un transfert
de fonds qui va au gouvernement du Québec, et comme
c'est une responsabilité du gouvernement du Québec, le Québec assume sa
responsabilité et choisit sa préférence au niveau de la bonification du
programme de prêts et bourses.
Alors,
la ministre de l'Enseignement supérieur est en consultation avec les leaders
étudiants, les représentants. Puis vous, les gens auxquels vous référez,
il y en a plusieurs qui sont... ne sont plus étudiants, évidemment, et on a décidé plutôt de bonifier les frais de subsistance. C'est la
décision que la ministre de l'Enseignement supérieur a divulguée. C'était dans le budget. Alors, il y a des dépenses
importantes associées à la bonification des frais de subsistance, et donc ce serait une bonification qui vise
principalement les étudiants existants, et votre suggestion amènerait un
transfert vers l'endettement des anciens étudiants.
Le Président
(M. Simard) : Très bien.
M. Girard
(Groulx) : Il y a une décision prise par la ministre de l'Enseignement
supérieur.
M. St-Pierre
Plamondon : Je veux vous parler également d'endettement du fédéral.
M. Girard
(Groulx) : Oui.
M. St-Pierre Plamondon : Je
veux revenir sur ce sujet-là. J'ai essayé d'avoir des réponses en Chambre. Je
sais que vous allez être sensible parce que je vous attribue la notion
de la qualité d'être prudent et responsable, là. Votre dernier budget, là, n'est pas irresponsable d'aucune manière, à mon
avis, sur le plan de l'équilibre entre la dette, puis nos choix, puis
les priorités. Par contre, ce qu'on voit au fédéral est fascinant, là. Donc, je
réitère les observations.
Et c'est dans le
contexte où le premier ministre du Québec, François Legault, nous réitère souvent
qu'on reste dans le Canada parce que c'est payant, le Canada. Mais lorsqu'on
regarde les chiffres, une grosse partie de ça vient de l'endettement du
fédéral, qui est complètement hors de contrôle. Je vous donne quelques
chiffres, là. Donc, pour l'avenir, on va
passer de 105 milliards à 174 milliards pour les six prochaines
années. Ça, c'est ce qu'il y a à venir. Donc, ça n'a rien à voir avec la
pandémie. Puis pour la partie pandémie, là, on est partis d'en... 2015, on
était à 634 milliards d'endettement et on va finir, dans cinq ans, à
1 312 milliards d'endettement.
Donc, on comprend ici
que ce qui est présenté comme un avantage pour le Québec d'être dans le Canada
découle de la capacité d'endettement du fédéral, que nous avons nous-mêmes, que
vous pourriez choisir d'exercer si c'est votre souhait, donc, et ça dans le
contexte où le fédéral offre peu ou pas de services à la population.
Donc, ma question est
assez simple. Est-ce que vous pouvez reconnaître qu'une grande partie de
l'argent dépensé via ce qu'on obtient du fédéral découle de la dette fédérale?
Puis vous, est-ce que vous êtes d'accord avec le rythme avec lequel le fédéral
nous endette pour le passé, mais également pour les cinq ou six prochaines
années?
M. Girard
(Groulx) : J'ai combien de temps, M. le Président?
Le Président
(M. Simard) : 1 min 42 s.
M. Girard
(Groulx) : Ah! Bien là...
Le Président
(M. Simard) : Et je vous surveille, là.
M. Girard
(Groulx) : Il va falloir que je fasse preuve de synthèse. Merci
beaucoup, mais c'est important de regarder
l'endettement en fonction du PIB, hein? C'est la référence, puis le PIB nominal
du Québec, c'est 590 milliards. Alors, le... celui du fédéral,
c'est cinq fois ça parce qu'on est 20 % de l'économie. Et donc, lorsqu'on
regarde, de façon générale, l'endettement du gouvernement fédéral par rapport à
la taille de l'économie canadienne, c'est stable à long terme, c'est viable.
Puis ça, moi, je peux dire ça, mais ce n'est pas particulièrement important
parce que ce n'est pas ma responsabilité, mais les agences de notation
accordent au Canada la cote de crédit AAA et donc confirment la viabilité du
plan financier du gouvernement fédéral.
Dans le dernier
budget, moi, ce qui est plus... où je mettrais un bémol, c'est que le cadre
financier repose sur des économies de dépenses qui ne sont pas identifiées. Et
ça, au gouvernement, c'est déjà difficile de réduire les dépenses. De réduire
des dépenses non identifiées, c'est encore plus difficile.
Le Président
(M. Simard) : Très bien. Alors, il nous reste 20 secondes.
M. St-Pierre
Plamondon : Bien, je vous remercie pour votre réponse et je vous
souhaite un bel après-midi.
M. Girard
(Groulx) : Merci beaucoup. On reçoit toujours 13 milliards de...
14 milliards de péréquation.
M. St-Pierre
Plamondon : Oh! bien là, attention. Wo!
Le Président
(M. Simard) : Il vous reste cinq secondes. Il vous reste cinq
secondes.
• (11 heures) •
M. St-Pierre
Plamondon : On en reparle.
M. Girard
(Groulx) : Merci. Avec plaisir.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Alors, merci. Nous poursuivons nos échanges, et je cède la parole au
député de Marguerite-Bourgeoys qui dispose de 21 minutes... enfin,
20 min 45 s, pardon.
M. Beauchemin :
Merci, M. le Président. Je veux diriger la conversation vers les centres
d'appels 9-1-1. Actuellement, la Sûreté du Québec, il y a des répartiteurs
d'urgence dans 11 centres de gestion des appels pour le Québec, ils ont un
taux de roulement de 25 %. Donc, année après année, là, le quart de la
main-d'oeuvre est à reconstruire année après année. C'est difficile de les
attirer, c'est difficile de les retenir. Le salaire qui semble être proposé,
là, à la Sûreté du Québec, c'est entre 35 000 $ à 46 000 $.
Puis pour le même travail... Puis juste peut-être pour clarifier, là, le concept du 9-1-1 pour M. et Mme Tout-le-monde,
là, il y a un... il y a la SQ qui reçoit l'appel en premier, par la
suite, c'est dispatché aux municipalités, dépendamment de la localisation des
individus et de la problématique. Pour le
même travail dans la municipalité, les salaires, écoutez, sont, semble-t-il, en
moyenne, quasiment 30 %... 25 à 30 % plus élevés.
Donc, le problème que, donc, la SQ semble avoir,
c'est... un, ils entraînent les gens. Les gens sont des répartiteurs sur le programme de la SQ, mais ils se rendent compte
rapidement qu'ils peuvent déménager leur emploi, s'ils le veulent, dans
des municipalités et faire 25 % de plus de salaires. Donc, année après
année, ce problème-là semble revenir tout le temps, tout le temps, tout le
temps. Ma question pour vous, M. le ministre, c'est... C'est un simple problème de classification, en fait, je
pense, au Québec pour la SQ parce que l'on considère que c'est des employés
de personnel de bureau, tandis que la terminologie qu'on devrait faire pour
pouvoir augmenter leur salaire, ça serait de
les appeler des des préposés aux télécommunications au Conseil du trésor. C'est
juste cette définition-là qui permettrait, donc, d'éliminer le problème
de perte d'employés année après année, de façon récurrente. Est-ce que c'est
quelque chose que vous êtes ouvert à l'idée de juste faire faire cette
différence de terminologie là au niveau de l'emploi?
M. Girard (Groulx) : Bien, je
vous remercie de souligner l'importance du réseau 9-1-1. Je pense que
l'importance de ce réseau est multipliée par ce qu'on a vu dans les récents
jours, là, puis les... Ce réseau-là, c'est extrêmement important. Et, dans le
budget, il y avait 45 millions pour moderniser les centres d'urgence, les
adapter aux textos et à l'évolution des communications. Là, vous, vous parlez
des salaires d'un groupe d'employés à la SQ. Nous
sommes en négociation avec les employés du secteur public. Je remercie tous les
employés du secteur public pour leur
contribution, leur travail exceptionnel qu'ils ont fait dans la pandémie, et je
ne commenterai pas les négociations, pour aucune classe d'employés.
M. Beauchemin : Selon ma compréhension,
lorsque j'ai discuté avec la présidente du Conseil du trésor, c'est qu'elle
était en conflit et que ce dossier-là était à vous, spécifiquement.
M. Girard (Groulx) : Il est à moi,
mais je ne le commenterai pas publiquement. Effectivement, c'est moi qui est le
responsable des négociations avec la SQ, les négociations du secteur public.
Par respect pour les gens impliqués à la
table des négociations, je ne ferai pas de déclaration associée à ça, outre les
remercier pour leur contribution exceptionnelle à la société québécoise.
M.
Beauchemin : OK, mais le problème, il est récurrent. C'est un
peu le problème, lors des crédits provisoires.
M. Girard
(Groulx) : Un des problèmes récurrents que vous mentionnez,
c'est que les employés des secteurs municipaux ont des salaires plus élevés que
les employés du gouvernement du Québec. C'est bien documenté.
M. Beauchemin : Effectivement, il va
y avoir des crédits provisoires. Le 22 mars dernier, là, vous vous êtes engagé
à nous revenir avec ce sujet-là. On n'a pas vraiment eu de sortie de votre
part, à part, là, que là, maintenant, vous ne voulez pas en parler parce que
vous êtes en négociation, c'est ça?
M. Girard (Groulx) : Bien, est-ce
que vous avez une question spécifique?
M. Beauchemin : Pour résorber le
problème de définition de l'emploi... parce que c'était vraiment juste une
définition de l'emploi.
M. Girard
(Groulx) : Oui. Bien, écoutez, il y a la classification des
emplois à la Sûreté du Québec, là, il y a... il y a deux niveaux
d'emploi, principalement, il y a les enquêteurs puis il y a les policiers sur
le terrain. Puis là vous amenez une précision spécifique au 9-1-1 et vous
soulignez que ces employés-là gagnent moins que des employés qui font un
travail équivalent dans le secteur municipal.
Bien, je vous remercie pour cette
information-là, mais je ne commenterai pas. Je laisse les négociateurs à la
table des négociations, qui font un excellent travail eux aussi, continuer leur
bon travail.
M. Beauchemin : ...juste pour...
peut-être pas répondre à la question au niveau de qu'est-ce que vous allez
faire pour les salaires ou la définition de titre en tant que telle, mais
est-ce que, pour vous, là, un taux de roulement de 25 %, c'est viable dans
une organisation?
M. Girard
(Groulx) : Bien, ça m'apparaît élevé par rapport aux normes
de ce qu'on observe dans l'ensemble de l'industrie, là, effectivement.
M. Beauchemin : C'est problématique?
M.
Girard (Groulx) : Est-ce que c'est problématique, un taux de
25 %? Toutes choses étant égales par ailleurs, oui.
M.
Beauchemin : Je veux vous amener sur un autre sujet, les congés
d'impôts, là, pour les grands projets. Est-ce que vous pourriez nous donner les
grandes lignes de qu'est-ce qui... nonobstant le 100 millions, là, qui
semble être le «benchmark», là, mais est-ce qu'il y a des investissements qui
sont plus souhaités que d'autres dans cette catégorie-là du congé d'impôt?
M. Girard
(Groulx) : Les secteurs... alors, grands secteurs d'activité ciblés,
page B.20, tableau B.11, grands secteurs
d'activités ciblés pour le nouveau congé fiscal pour grands projets
d'investissement : agriculture et foresterie, extraction de
minéraux critiques et stratégiques, fabrication... «fabrication», ça, c'est le
terme de... la qualification de Statistique Canada pour dire secteur
manufacturier, là, commerce de gros et détail, transport et entreposage,
industrie de l'information et industrie culturelle, services professionnels,
scientifiques et techniques, arts, spectacles et loisirs.
M.
Beauchemin : Quand vous avez pris cette décision-là d'y aller de
l'avant, il y avait, j'imagine, des estimés
qui avaient été mis en place pour dire : Si on fait ce genre de congé là,
bien, il va y avoir un coût associé à ça, mais il va y avoir aussi une
augmentation du produit intérieur brut, et/ou un nombre d'emplois créés, et/ou
des bénéfices quelconques, là, pour l'État québécois. Est-ce que vous pourriez
nous donner une idée, grosso modo, de ce que, vous, vous aviez anticipé en
faisant ce congé-là?
M. Girard
(Groulx) : Alors, le coût est estimé à 373 millions de
dollars sur cinq ans. On pourrait dire, en moyenne, 100 millions par année
de congé fiscal. Les bénéfices, on dit que... Attendez, là. Là, je suis à la
page B.23. Pour les bénéfices, on parle
de... qu'il va y avoir des investissements qui vont totaliser plus de
24 milliards de dollars... qui
vont bénéficier du congé, là. Je veux être précis avec les gens qui nous
écoutent. Ça ne veut pas dire que, si le congé n'est pas là, le
24 milliards n'aurait pas été fait, là. Ça veut dire qu'il y aura
24 milliards de dollars d'investissements qui vont être faits, parce
que ça stimule les investissements.
Et le bénéfice au
niveau de l'économie, en termes de points de PIB, ça, je vais devoir vous
revenir. On ne l'a pas calculé, on va le
trouver, je vous le donne dans une réponse subséquente. Ça devrait être de
l'ordre... 24 milliards, mettons que c'est sur 10 ans, alors
je dirais 2,5 milliards par année. On a une économie de 500 milliards
de PIB nominal. Ça devrait être autour de... 2,5 sur 500, ça pourrait-tu être
0,4 % de PIB?
M. Beauchemin :
Bien, je suis vos mathématiques, là, puis ça pourrait se tenir, mais...
M. Girard (Groulx) : Bien, il y a une chance
sur deux qu'on ne confirme pas mon calcul, qui était vraiment...
M.
Beauchemin : ...de grandeur devrait être...
• (11 h 10) •
M. Girard
(Groulx) : On va vous trouver le vrai chiffre.
M.
Beauchemin : L'ordre de grandeur semble tout de même probablement être
très voisin, mais vous avez tout de même dit que le 24 milliards, ce que
vous prenez pour faire ce calcul-là, là, OK, n'était pas automatiquement non
investi s'il n'y avait pas de congé d'impôt. C'est ça?
M. Girard
(Groulx) : Bien, c'est-à-dire que ça... Ce serait malhonnête de dire
que, s'il n'y avait pas de congé fiscal, il n'y aurait aucun investissement,
OK, mais on est en compétition avec l'Ontario, les États-Unis. Il y a des aides
fiscales partout. Alors, nous, au Québec, on a le crédit d'impôt
investissement, qui vise les investissements de moins de
100 millions de dollars, puis on a le congé fiscal pour grands
projets d'investissement, qui va au-delà de 100 millions de dollars.
Mais,
lorsqu'on encourage une entreprise à venir ici, là, on a l'aide fiscale puis on
a l'aide directe. Les portions d'équité puis de prêts, des prêts à taux
avantageux, l'aide directe... L'aide fiscale, l'aide directe, l'aide-conseil,
c'est ces trois niveaux d'aide là qui vont encourager une entreprise à investir
ici, avec la qualité de la main-d'oeuvre, la disponibilité des matières
premières, l'accès au marché. Il y a vraiment plusieurs facteurs qui amènent
une entreprise à prendre des décisions d'investissement, mais pas de congé
fiscal face à ce qui est offert dans d'autres juridictions. C'est sûr qu'on
serait en difficulté.
M.
Beauchemin : Est-ce que... Le 24 milliards que vous mentionniez
tantôt serait-il à risque, si les trois paliers d'aide que vous mentionniez
n'étaient pas présents? Serait-il entièrement à risque, partiellement à risque?
M. Girard
(Groulx) : Bien, ça dépend. Par exemple, si 373 millions d'aide
fiscale étaient convertis en aide directe,
pas nécessairement, mais il y aurait quand même un coût de 373 millions,
alors on tourne en rond, là. L'avantage du fiscal sur l'aide directe,
c'est qu'elle est disponible à tous, il n'y a pas de jugement discrétionnaire.
D'autres diraient : L'avantage de
l'aide directe, c'est qu'il y ait une intervention humaine qui décide qui va
recevoir l'aide, qui ne la recevra pas, et donc on peut optimiser les
projets.
En général, lorsqu'on donne de l'aide directe,
on tient compte de l'aide fiscale pour s'assurer que la somme d'aide est,
toutes proportions gardées, raisonnable par rapport à la taille des
investissements et des bénéfices.
M.
Beauchemin : Mais l'aide qu'on parle ici, là, pour les grands projets
de 100 millions et plus, vous avez sélectionné des secteurs pour qu'ils
puissent y avoir accès. Je me trompe-tu? OK.
M. Girard
(Groulx) : Oui, mais, par exemple, si une entreprise d'un de ces
secteurs disait...
M. Beauchemin :
À l'intérieur des secteurs choisis.
M. Girard
(Groulx) : Oui. Si une entreprise d'un secteur qui est éligible au
congé fiscal disait : Moi, je manque de financement, le congé fiscal
réparti dans le temps, ça ne fait pas mon affaire, j'ai besoin d'une injection de liquidités immédiate, à l'amorce du projet
en... une participation en équité, par exemple... s'il disait : Le
gouvernement, vous devez prendre 25 % du projet en équité, bien là, on
va... on pourrait faire cette intervention-là. Et, bien sûr, on va
mettre dans les clauses du contrat, là, de la lettre d'entente détaillée, que
cette entreprise-là ne pourra pas avoir aussi accès au congé fiscal.
M.
Beauchemin : OK. Donc, vous allez me revenir pour clarifier, là, en
termes d'aide?
M. Girard
(Groulx) : J'ai à peu près 28 économistes, là, qui chauffent.
M.
Beauchemin : Je ne veux pas... je ne veux pas mettre de...
M. Girard
(Groulx) : Ils essaient fort de ne pas tomber trop loin du 0,4 %
du ministre pour ne pas le faire mal paraître, là. Alors, c'est peut-être pour
ça que ça prend du temps.
M.
Beauchemin : Je ne veux pas faire surchauffer la machine, mais juste
pour qu'on soit clairs, donc, c'était... quelle est la valeur ajoutée en termes
de produit intérieur... en pourcentage de produit intérieur brut...
M. Girard
(Groulx) : C'est ce qu'on cherche.
M. Beauchemin :
...que ce programme-là,
spécifique, ferait par rapport, disons, aux 24 milliards? En d'autres
mots, quelle partie de ces 24 milliards là serait à risque de ne pas
venir, si jamais il y a ça? Et donc, par le fait même, on va être capables de
pouvoir calculer la valeur ajoutée.
M. Girard (Groulx) : Bien là, je vais vous
donner l'effet du 24 milliards. Et, s'il n'y avait aucune aide directe,
aucune aide fiscale, on fait l'hypothèse qu'il n'y aurait pas le
24 milliards, OK?
M.
Beauchemin : D'accord. Bien, ceci, ça m'amène à vous parler plus
spécifiquement de l'industrie de l'aluminium,
qui n'a pas pu bénéficier du congé d'impôt, là, pour les grands projets. Ça
semble avoir été une question entre deux ministères importants, ici,
pour votre gouvernement, entre vous et le ministre de l'Économie. Est-ce que
vous pourriez nous expliquer un petit peu quelles étaient les divergences de
vues, là, que...(panne de son)... puis la raison pour laquelle vous avez
tranché comme vous avez tranché?
M. Girard
(Groulx) : Bien, en fait, moi et mon collègue le ministre de
l'Économie et de l'Énergie, on a plein de discussions sur plein de sujets, qui
sont toujours dynamiques, et vraiment, c'est un plaisir de travailler avec lui.
Et nous, pour estimer les coûts fiscaux d'investissement, on a besoin d'une
certitude dans les méthodes de calcul.
Et là le problème,
dans le secteur de l'aluminium, c'est qu'eux, ils ont des contrats
d'électricité qui sont en fonction...
notamment, le coût de l'électricité, certains contrats, là, parce qu'il y a
plusieurs contrats dans le secteur de l'aluminium, là, chaque contrat est
différent, mais il y a plusieurs contrats qui sont en fonction du prix de
l'aluminium sur les marchés mondiaux, ce qui amène une volatilité dans
le coût de l'électricité, ce qui amènerait une volatilité dans le coût du congé
fiscal, ce qui nous amenait à énormément de difficulté à estimer le coût
d'inclure l'industrie de l'aluminium.
Alors, la position
qu'on a prise, c'est que, puisque nous ne pouvions pas le calculer avec
précision, nous avons préféré l'exclure, mettre une note de bas de page, dire
que les travaux se poursuivent. Et c'est certain que le ministère des Finances
et le ministère de l'Économie veulent le développement de l'industrie de
l'aluminium au Québec puisque c'est un de nos cinq secteurs stratégiques qu'on
appuie.
Alors, je dirais que
les travaux se poursuivent. Chaque cas... chaque aluminerie est un cas
spécifique, et on va continuer de collaborer
pour s'assurer que ces alumineries-là, non seulement restent au Québec, mais se
développent et se décarbonent... qui est une variable supplémentaire,
maintenant, puisque ces industries sont émettrices de gaz à effet de serre.
M. Beauchemin :
Donc, rapidement, si c'était
possible... Vous avez parlé que l'industrie de l'aluminium fait partie des
cinq secteurs stratégiques. Est-ce que vous pourriez me nommer les quatre
autres?
M. Girard (Groulx) : Oui. Sciences de la vie,
intelligence artificielle et informatique... intelligence artificielle,
TI, mais... donc, sciences de la vie, aluminium, aéronautique, intelligence
artificielle, et là il m'en manque un, ça s'en vient. Je m'excuse d'avance.
Des
voix : ...
M.
Girard (Groulx) : Sciences
de la vie, aluminium, intelligence artificielle, aéronautique... Il en manque
un.
Une voix :
...
M.
Girard (Groulx) : Ah! merci.
Vous voyez, j'ai 250 professionnels, mais c'est ma directrice des communications
qui l'a. C'est la filière batterie. Elle connaît son budget.
M.
Beauchemin : Juste revenir un peu sur l'aluminium, qui est une
commodité à travers le monde. C'est une commodité
qui est produite aussi, évidemment, à travers le monde. Il y a
des technologies comme... qu'on est en train de vouloir stimuler...
M.
Girard (Groulx) :
ELYSIS.
• (11 h 20) •
M. Beauchemin : ELYSIS, là, qu'on essaie
de pouvoir stimuler ici, là, au Québec, ça va devenir, évidemment, un élément qui va distinguer l'aluminium
québécois, mais il faudrait qu'ELYSIS puisse opérer. Donc, dans ce contexte-là,
il n'y avait pas moyen d'associer l'aide aux projets de
100 millions de dollars et plus pour ce projet-là de façon indépendante, juste s'assurer que l'investissement
puisse, lui-même, aller de l'avant et donc être aidé par le gouvernement.
M. Girard
(Groulx) : Les négociations reliées à ce projet-là relèvent du
ministre de l'Économie. Si on a besoin d'aide fiscale pour que ces projets-là
se réalisent, bien, on va s'ajuster. C'est pour ça qu'on a reconnu dans le
budget que ce n'est pas parce que nous étions incapables d'estimer les coûts
reliés au secteur de l'aluminium que ce serait toujours le cas.
Alors,
la situation du secteur de l'aluminium, on veut... Le ministère de l'Économie
et le ministère des Finances, on veut une industrie de l'aluminium
prospère, qui se décarbone, au Québec, et, si l'aide fiscale est nécessaire à
cela, elle sera au rendez-vous.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Il reste environ 20 secondes, cher collègue.
M.
Beauchemin : Dans le contexte de l'avenir de cette industrie-là,
spécifiquement en termes de faire de l'aluminium vert, évidemment, c'est une
voie d'avenir qui peut être aidée, que ce soit fiscalement ou autre, là, c'est
sûr et certain. Je voyais juste l'opportunité de le faire à travers cette
mesure-là qui aurait pu être simplifiée.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Merci. Alors, c'était ici notre dernier bloc d'échange. Je cède maintenant
la parole au député d'Orford, qui dispose de 11 min 11 s. Ça
porte chance.
M. Bélanger :
Merci, M. le Président. Aujourd'hui, je voudrais profiter de la présence de
l'Autorité des marchés financiers. Il y a quelqu'un, je pense, qui, d'ici
quelques mois, va quitter, puis c'est tout un bagage... c'est tout un bagage d'expérience. Ça fait que peut-être
que le ministre va permettre à M. Morisset de répondre aux questions, ce
sera à la discrétion du ministre, pour le bénéfice de ceux qui sont autour de
la table et de ceux qui nous écoutent.
Je suis l'adjoint
parlementaire du ministre, mais je suis responsable de tout ce qui est
connectivité et infrastructures de connectivité. Puis il y a un type d'actif
qui m'intrigue beaucoup, c'est un actif qui représente une très grande
consommation d'énergie. On parlait des filières, utilisation de l'énergie,
c'est la cryptomonnaie, tout ce qui est
relié, minage du bitcoin, puis tout ça. Moi, ça me préoccupe au niveau des
infrastructures. On peut prendre, par exemple, il y a quelques jours,
là, un centre de données à Paris qui a brûlé, puis ça a fait que Google a été
en panne partout en Europe à cause de cette situation-là.
Mais je veux en venir
au niveau des marchés financiers, parce que c'est quand même très attractif. On
entend toujours le voisin qui a fait fortune puis que... tu ne connais jamais
ses mauvais coups, mais tu connais juste ses bons coups. Au niveau de ce type de transaction là et de ce type d'actifs,
j'aimerais ça savoir quel type d'encadrement, avec toutes les années
d'expérience que vous avez... mais quel type d'encadrement que l'Autorité des
marchés financiers assure pour... au
bénéfice, là, justement, de ceux qui veulent investir, mais aussi toutes les
différentes plateformes que ça représente.
M. Girard
(Groulx) : Alors, je vais prendre les 30 premières secondes et ensuite
je vais passer la parole au PDG de
l'Autorité des marchés financiers, M. Louis Morisset. Et j'en profite pour
le remercier pour ses 10 ans à la tête de l'Autorité des marchés
financiers, 10 ans qui n'ont pas été un long fleuve tranquille. Alors,
merci énormément pour votre contribution.
Moi, je vais laisser
la parole à notre PDG, mais je tiens à dire, pour tous les gens qui nous
écoutent, que les cryptomonnaies ne sont pas un outil d'épargne et ne sont pas
un outil d'échange, et, en aucun cas, le gouvernement du Québec n'encourage
l'utilisation de la cryptomonnaie. Et ceux qui le font doivent le faire avec
prudence et une saine gestion des risques.
Et c'est, à ce moment-ci, s'il y a un consentement, que je passe la parole au
PDG de l'Autorité des marchés financiers.
M. Bélanger : J'apprécie votre
réponse.
Le
Président (M. Simard) : Alors, y aurait-il consentement? Consentement.
M. Morisset, à vous la parole, mais, pour les fins de nos travaux, bien que
vous soyez un habitué, auriez-vous l'amabilité de vous représenter pour une
dernière fois?
M. Morisset
(Louis) : Bien sûr. Alors, Louis Morisset, président-directeur général
de l'Autorité des marchés financiers.
Alors, bien, évidemment,
nous aussi, on a des préoccupations à l'égard des cryptoactifs, préoccupation
qu'a évoquée M. le ministre. Donc, c'est une activité qui nous accapare
beaucoup, à l'autorité, sur différents fronts. D'abord, on travaille à encadrer les plateformes d'échange de ces
cryptoactifs. Il y a 10 plateformes qui sont encadrées adéquatement
au Canada, en ce moment, donc des plateformes qui sont inscrites comme
courtiers, puis il y a d'autres plateformes qui ne sont pas encore
officiellement encadrées mais qui ont accepté de s'assujettir d'elles-mêmes à
certains types, là, d'encadrement volontaire. Mais, si j'avais un conseil à
donner aujourd'hui aux gens qui nous écoutent, c'est de transiger avec une
plateforme inscrite et de s'assurer de l'inscription de ces plateformes-là. On
a, sur notre site Internet, notamment, le nom des plateformes en question.
C'est un marché qui
est très volatil. En 2022, je veux dire, l'ensemble des cours, si on veut, des
cryptoactifs s'est effondré. En 2023, ça semble reprendre, donc, on sent un
engouement encore dans la population. Donc, on fait beaucoup de travaux de
sensibilisation. Donc, c'est un actif volatil, c'est un actif qui est souvent
utilisé à des fins frauduleuses. D'ailleurs, ce matin, dans le Globe and
Mail, on parlait encore, là, d'une plateforme qui est poursuivie par nos
collègues en Colombie-Britannique parce qu'ils ont... ils orchestraient une
vaste fraude avec ces... avec leur plateforme.
Donc,
on fait beaucoup de sensibilisation. On est en campagne. En fait, on était en
campagne, même encore tout récemment, dans les médias, dans la presse,
notamment, avec une campagne choc, un peu, là, sur... Voyez-vous le risque?,
puis on essayait de sensibiliser la population, justement, aux risques de ces
actifs-là.
On
prend aussi plusieurs actions en termes de poursuites. On a lancé tout
récemment, il y a à peu près deux semaines, une poursuite à l'égard
d'une plateforme étrangère qui opère ici illégalement. Donc, on est très actifs
sur différents fronts. On veut aussi s'assurer que, si nos institutions
financières au Québec s'intéressent aux cryptoactifs, bien, qu'elles le fassent avec prudence ou encore, si
elles le font... ultimement, qu'elles auront un coût important à payer en
termes de capital.
Donc,
on est vraiment, je dirais, multifacettes dans notre encadrement, mais
peut-être, mon message principal, aujourd'hui, c'est qu'on veille au grain mais
il faut que la population veille elle-même au grain. C'est un actif,
encore une fois, hautement, hautement volatil et souvent, malheureusement,
frauduleux.
M. Bélanger :
Mais l'empreinte environnementale est quand même significative, l'énergie
qui est requise, et on confond souvent ce type d'infrastructure de centres de
données avec d'autres centres de données traditionnels qui peuvent être... qui
peuvent favoriser un peu l'intelligence artificielle ou les véhicules
autonomes.
En termes d'empreinte
environnementale, est-ce que c'est un secteur où vous avez une certaine
connaissance, où vous sensibilisez les consommateurs, ou les utilisateurs de
cryptomonnaie, ou ceux qui veulent investir à l'impact environnemental d'une
telle transaction?
M. Morisset
(Louis) : Non. Ça ne fait pas partie de notre... disons, de nos
responsabilités. Nous, on s'intéresse évidemment davantage, là, à l'impact
financier que ces actifs-là... ou la détention de ces actifs-là peuvent avoir sur les consommateurs, mais je partage
entièrement votre perspective que c'est excessivement énergivore puis que, dans
le monde dans lequel on évolue aujourd'hui, il faudra sérieusement se poser la
question, si c'est de l'énergie bien investie. Mais, encore une fois, c'est
hors mandat de l'Autorité, là, de questionner l'impact environnemental de cette
activité-là.
Quoique ça m'amène à
faire un saut sur l'intérêt que nous avons aujourd'hui, et depuis quelques
années maintenant, sur la finance durable et des divulgations qu'on va exiger
au cours des prochaines années des entreprises publiques québécoises et
canadiennes sur, ultimement, l'impact des changements climatiques sur leurs
activités, l'impact de leurs propres émissions en gaz à effet de serre, et
ainsi de suite.
Donc, ça va faire
partie, éventuellement, des exigences que nous aurons à l'égard des entreprises
publiques, mais, pour répondre
spécifiquement à votre question, aujourd'hui, ce n'est donc pas un aspect, là,
sur lequel on s'attarde en ce moment.
M. Bélanger :
Parfait. Puis, avec l'expérience que vous avez... Là, je vais trahir un peu
mon âge, mais je me rappelle du temps des REA, qui permettaient un peu un
esprit d'entrepreneurship, puis quand même une disponibilité de fonds, puis un
peu l'engouement de passer publiques, pour des petites entreprises... puis il y
a quand même eu un certain succès.
Je voudrais avoir
votre avis sur quels sont les leviers au niveau de la croissance du PIB, puis
la croissance du PIB nominal au Québec, mais aussi... puis je vois une
différence, là, je ne vois pas nécessairement une corrélation linéaire, le PIB par habitant. Et c'est quoi...
quels sont les moyens qui pourraient venir favoriser, justement, cette
croissance-là du PIB? Ce n'est pas...
• (11 h 30) •
M. Morisset (Louis) : Non, puis ce
n'est pas... Ce n'est peut-être pas une question pour un avocat, peut-être plus
pour un économiste, mais j'aurai... Je ne sais pas si, M. le ministre, vous
voulez répondre d'abord, puis je vais ajouter par la suite.
M. Girard (Groulx) : Je
pense que, puisque l'angle de sa question est relié aux REA, qui étaient une
importante composante de l'épargne québécoise, je vous laisse répondre.
Vous avez 10 ans d'expérience, allez-y.
M. Morisset
(Louis) : Bien, j'étais moins actif que vous l'étiez, peut-être, à
l'époque des REA, mais quoi qu'il en soit, le monde a bien changé depuis cette
époque-là, on peut dire la belle époque, hein, puis on voit combien de fleurons québécois sont nés à l'époque des REA.
Bien, quand je dis que le monde a bien changé, c'est que le capital,
aujourd'hui, est disponible beaucoup plus facilement qu'il ne l'était à
l'époque, autrement, par des acteurs, là, des... je dirais, privés. Par
exemple, les fonds fiscalisés, au Québec, Fondaction, le fonds de solidarité,
et autres sont des acteurs actifs qui investissent souvent à des moments, tu
sais, de naissance de ces entreprises-là ou un peu plus tard dans leur développement, puis ce n'est pas des
acteurs qui cherchent nécessairement, comme on le voit de d'autres acteurs,
là, du marché «venture», de sortir très rapidement.
Donc, tout ça pour
dire que les marchés financiers demeurent une voie, évidemment, à privilégier
pour certaines entreprises, mais ce n'est
plus une obligation, une quasi-obligation, qu'on vivait à l'époque, malheureusement.
M. Girard
(Groulx) : Oui. Et je vais juste utiliser une portion de ce bloc pour
répondre au député de Marguerite-Bourgeoys. Alors, 0,25 % du PIB serait
l'effet sur 10 ans, et c'est que le 2,4 milliards d'investissements
moyens par année doit être réduit du volume d'importation, là, parce que tout
ce qui va être investi n'est pas produit ici,
au Québec, et donc l'ordre marginal de l'effet est plus de l'ordre de
1,5 milliard par année, ce qui amène à 0,25 %, plutôt que le
0,4 % que j'ai dangereusement affirmé tantôt.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Très bien. Alors, merci beaucoup, M. le ministre.
Sur ce, nous avons
terminé l'étude des crédits pour le présent volet. Avant de quitter, toutefois,
je tenais, au nom de la Commission des finances publiques, à saluer M. Morisset
et le remercier pour l'essor qu'il a donné à l'institution qu'il a si bien
dirigée depuis 2013. Alors, au plaisir de vous retrouver dans de nouvelles fonctions.
Sur
ce, nous allons suspendre nos travaux quelques minutes, 15 minutes à
peine, hein? Alors, n'allez pas trop loin.
(Suspension de la séance à
11 h 32)
(Reprise à 11 h 46)
Le Président (M.
Simard) : Alors, chers collègues, nous sommes en mesure de reprendre
nos travaux. Je constate que nous avons
quorum. Nous avons légèrement commencé en retard. Y aurait-il consentement pour
poursuivre au-delà de l'heure prévue? Consentement. Je vous remercie.
Alors, la commission
est réunie afin de procéder à l'étude du volet Revenu Québec des crédits
budgétaires du portefeuille Finances pour
l'exercice financier 2023‑2024, et une enveloppe de 45 minutes a été
attribuée à nos échanges.
Alors, Mme la
secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Non, M. le Président.
Revenu Québec
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Alors, nous poursuivons selon ce que nous avons
entrepris depuis maintenant plusieurs heures. M. le député de Marguerite-Bourgeoys,
vous disposez de 13 min 39 s.
M.
Beauchemin : Puis, juste pour une précision, on parle Revenu Québec
spécifiquement?
Le Président (M.
Simard) : Revenu Québec, quoique notre tradition entend que nous
soyons très larges dans l'approche de la chose.
Discussion générale
M.
Beauchemin : Exact. D'accord. Bien, merci beaucoup, M. le Président.
Le 20 mars
dernier, vous avez été cité dans un article de La Presse, M. le
ministre, à propos de ce qui devrait être fait pour la chasse, si on peut dire,
aux Airbnb illégaux. Vous avez mentionné que vous n'étiez pas contre une hausse
du nombre d'inspecteurs. Ça, c'est évidemment suite à l'incident, là, mortel,
là, qu'on a tous été affectés en regardant ce qui s'est passé, les images dans
le Vieux-Montréal, le nombre de personnes qui sont mortes dans ce Airbnb-là qui
était clairement mal géré. Vous en êtes où, dans votre processus de vouloir
améliorer Airbnb?
M. Girard
(Groulx) : Bien, la...
M.
Beauchemin : Ou le concept de l'industrie.
M. Girard
(Groulx) : Oui, la réglementation qui entoure Airbnb. Bien, c'est la
ministre du Tourisme qui pilote le dossier, puisqu'il y avait eu des
modifications législatives dans le précédent mandat, et qu'on a, bien sûr, observé qu'il y avait un
nombre extrêmement important d'offres de logements qui n'avaient pas le numéro
d'enregistrement. Donc, la proportion de gens qui suivaient les règles,
par rapport au nombre d'annonces, n'était pas suffisante, et la ministre a annoncé qu'il y aurait un resserrement
et, notamment, une responsabilité de la plateforme... de la plateforme Airbnb
et des autres plateformes du genre, qui, eux, devront maintenant s'assurer que
les... suite aux modifications législatives,
là, devront s'assurer que les numéros d'enregistrement sont visibles et qu'il
n'est pas possible de s'afficher sur ces sites-là sans respecter la
réglementation québécoise.
Et,
quant à ce qui est fait au niveau des vérifications actuelles, si vous voulez
poursuivre sur cette question-là, bien, on pourra passer la parole à
notre PDG de Revenu Québec, qui est avec nous aujourd'hui.
M.
Beauchemin : On a été tous heureux d'apprendre, là, que les numéros
d'identification, là, pour que la procédure de location court terme Airbnb
et/ou équivalent, là... que le numéro d'identifiant soit obligatoire, là. Ça,
clairement, c'était la première étape à faire. Mais c'est quoi, le rôle...
Peut-être, on peut passer la parole à Revenu Québec, mais quel est le rôle,
selon vous, de Revenu Québec dans ce dossier-là spécifiquement?
M. Girard (Groulx) : Bien, c'est un rôle
d'inspection. Il faut savoir... Est-ce qu'on est rendus à
11 000 employés ou...
Une voix : ...
M. Girard
(Groulx) : Oui.
Le Président (M.
Simard) : Alors...
M. Girard
(Groulx) : 12 000 employés. Alors, il faut savoir que...
Excusez-moi, M. le Président, là. OK, près
de 12 000 employés. Il faut savoir que la fonction principale de
Revenu Québec, c'est la conformité fiscale, là. Les inspections de la
conformité, par exemple, dans le secteur de la restauration, du taxi, du
Airbnb, de l'hébergement touristique, c'est
une fonction importante mais secondaire. Puis on ne peut pas avoir
5 000 inspecteurs sur 12 000 employés. Ça, on... ce
n'est pas la bonne proportion. Donc, le rôle, c'est un rôle d'inspection, mais
il y a plusieurs choses qu'on inspecte, pas seulement les plateformes
d'hébergement.
M.
Beauchemin : L'information que vous donnez est bonne. Effectivement,
5 000 sur 12 000, ce serait beaucoup
trop d'inspecteurs. Je pense, ce serait peut-être un rendement marginal
extrêmement décroissant, là, rendu là, probablement.
Mais vous avez quand même répondu positivement à l'idée que ça en prendrait
plus lorsque vous avez été questionné, là, le 20 mars. Est-ce que
vous avez...
• (11 h 50) •
M. Girard
(Groulx) : Oui. Bien, d'abord, je tiens à dire que ce qui s'est passé
à Montréal, évidemment, c'est une situation
qui est tragique, et qu'il y a une enquête du coroner, et qu'il y aura
certainement des responsabilités qui seront identifiées dans ce
dossier-là.
Et ce qu'on... ce que
cet incident-là a amené, c'est la constatation qu'il y avait énormément
d'offres d'hébergement touristique qui ne respectaient pas la législation
québécoise sur... en toute connaissance de cause, sur ces plateformes-là. Et donc les opérateurs de ces plateformes-là, ils
ont une responsabilité... c'est-à-dire que nous, on a beau rajouter des
inspecteurs, si les plateformes n'assument pas leurs responsabilités, on ne
s'en va pas dans la bonne direction. Alors, pour un nombre d'inspecteurs donné,
les plateformes ont un rôle extrêmement important à jouer.
M.
Beauchemin : Je comprends. Donc... Mais, juste pour comme clarifier,
peut-être, pour les gens qui nous écoutent, le rôle de Revenu Québec, dans son
mandat, en ce qui a trait à ces hébergements touristiques là, en est un de s'assurer que les taxes sont payées, les impôts
sont payés. Il n'y a pas aucune... au niveau de la réglementation municipale,
c'est vraiment au niveau des enjeux propres à Revenu Québec. Puis peut-être que
c'est madame qui peut répondre.
M. Girard
(Groulx) : Est-ce qu'il y aurait consentement pour que notre PDG
prenne la parole?
Le Président (M.
Simard) : Y a-t-il consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M.
Simard) : Madame, pour les fins de nos... auriez-vous l'amabilité de
vous présenter?
Mme
Tremblay (Christyne) : Certainement. Merci, M. le Président. Je
suis Christyne Tremblay et je suis...
M.
Beauchemin : On n'entend pas bien.
Mme
Tremblay (Christyne) : ...la PDG de Revenu Québec.
M.
Beauchemin : C'est beau. Bien, on vous entend bien.
Mme Tremblay
(Christyne) : Parfait. Alors, bien, merci beaucoup de poser la
question parce que Revenu Québec a
quand même différents rôles dans le secteur de l'hébergement touristique. On
est un partenaire, comme M. le ministre l'a mentionné, du ministère du Tourisme. On travaille en étroite
collaboration avec eux, mais aussi avec les municipalités, qui sont un
partenaire de premier plan. On a un rôle de faire... s'assurer de la conformité
des obligations.
Donc,
on a des gens sur le terrain, des inspecteurs qui vont s'assurer que les
plateformes, aussi les propriétaires qui vont louer à... pour courte durée
remplissent leurs obligations, donc, jusqu'à maintenant, est-ce qu'ils avaient
bien leurs numéros de certification,
par exemple. Donc, on a une équipe de 80 inspecteurs, tous secteurs
confondus, qui sont sur le terrain, qui sont visibles et qui assurent
cette fonction-là.
Après eux, quand on
voit qu'il y a de la non-conformité, on va travailler avec nos enquêteurs pour
s'assurer à ce moment-là qu'on est capables d'imposer des pénalités, des
amendes, et on va aller jusqu'à travailler au niveau des poursuites pénales.
Cette... on a 2,9 millions de dollars d'amendes qui ont été imposées.
Il y a également le
côté fiscal. Monsieur... Ah!
Le Président (M.
Simard) : Très bien. C'est beau.
Mme
Tremblay (Christyne) : Bien, le côté
fiscal est aussi important...
Le Président (M.
Simard) : Non. C'est beau, madame. Alors, M. le député, veuillez
poursuivre.
M.
Beauchemin : Oui. Donc, dans un contexte, justement, où est-ce que la
conformité, mais la conformité dans l'ensemble, autant les règlements
municipaux, dont les inspecteurs ont à observer si l'ensemble des variables
municipales sont aussi respectées... Est-ce que j'ai bien compris ça ou...
Mme
Tremblay (Christyne) : Non, pas du tout.
Les municipalités sont responsables de faire respecter leurs propres règlements
et lois. Nous, de notre côté, c'est en matière d'hébergement touristique. On
s'assure du respect de la Loi sur l'hébergement touristique et la Loi sur
l'administration fiscale.
J'avais amorcé une
réponse en vous disant qu'on fait aussi des activités de vérification et de
contrôle fiscal. On a fait ça auprès de 1 916 entreprises, puis c'est
6,3 millions qui a été récolté de cette façon-là.
M.
Beauchemin : Sur ça, en fait, les inspecteurs de Revenu Québec, il y a
un an, en juillet 2022, il y avait des
articles, là, dans Le Soleil qui avaient été mentionnés comme quoi qu'il
n'y avait pas vraiment de critère pour mettre les amendes en
application. En d'autres mots, ça pouvait être entre 0 $ à
3 700 $ d'amende par faute commise, mais il n'y avait pas de barèmes
à partir desquels les critères pouvaient... Je peux faire référence à
l'article, si vous voulez. C'est paru par Marc Allard, le 6 juillet 2022,
où est-ce qu'une amende entre 3 700 $ ou un simple avis de... un
simple avertissement, pardon, peut être, en fait, émis, là, par Revenu Québec.
Il n'y avait pas de critères à savoir les échelles avant d'en arriver à mettre,
là, l'amende à 3 700 $.
Est-ce que vous
pourriez peut-être nous éclairer un peu pour savoir qu'est-ce qui s'est passé
dans la dernière année pour mettre un peu de structure là-dedans?
Mme
Tremblay (Christyne) : Je vais être
capable de vous répondre. En fait, les amendes, en principe, elles sont
déterminées dans la loi, elles ne sont pas discrétionnaires. Mais, comme un peu
les policiers sur la route, il y a un travail de sensibilisation. Et, lorsqu'il
constate qu'il peut y avoir un manquement, notre inspecteur a quand même le
pouvoir discrétionnaire de décider si on impose l'amende ou si, dans un certain
cas, on donne un avertissement.
M. Girard
(Groulx) : ...
Le Président (M.
Simard) : Pardon. M. le ministre, vous souhaitiez ajouter?
M. Girard (Groulx) : J'allais dire que,
lorsqu'il y a une nouvelle législation, avant de distribuer des amendes à tout le monde, bien, on encourage la conformité.
Il faut que la loi soit comprise. L'hébergement existait avant la nouvelle loi.
Le Président (M.
Simard) : ...M. le député.
M.
Beauchemin : ...sur, justement, les... après l'avertissement, là, les
critères qui acheminent à tel montant d'amende pour tel genre de critique,
etc., il y a-tu comme un tableau de disponible ou...
M. Girard
(Groulx) : Une liste des sanctions?
Mme
Tremblay (Christyne) : Bien, une liste des
sanctions, ça existe, qu'on pourrait vous fournir sans problème, mais il n'y a
pas de critère. Il y a l'amende, elle vaut tant, s'il y a une infraction, c'est
le prix à payer. Puis il n'y a pas non plus de droit à un avertissement. Si un
policier vous arrête pour excès de vitesse, en principe, il va vous émettre
un... c'est une infraction. Dans certaines circonstances, il peut utiliser son
pouvoir, son discernement pour vous donner un avertissement, mais ce n'est pas
un droit.
M.
Beauchemin : OK, mais donc, nonobstant les avertissements, est-ce que
toutes les amendes sont à 3 700 $? Est-ce qu'il y a comme une échelle
d'amendes de disponible pour qu'on puisse se faire une tête à savoir la façon
que c'est géré?
Mme
Tremblay (Christyne) : Bien, comme M. le ministre l'a
mentionné, on pourrait vous fournir la liste avec la... le tarif pour chaque
amende et lié à chaque infraction. C'est différent pour chaque secteur. Là, on
parle de l'hébergement touristique, mais on aurait aussi des inspecteurs qui
vont donner des amendes dans le secteur des restos,
des bars, qui vont le faire dans le secteur du tabac. Donc, pour chacun de ces
secteurs-là, on va avoir une grille qui va être différente.
M.
Beauchemin : Moi, je fais...
Le Président (M.
Simard) : ...dans la suite des choses, est-ce que le ministre s'engage
à distribuer cette information à la commission?
M.
Beauchemin : ...tourisme, là, pas...
M. Girard
(Groulx) : L'information qui est publique sera déposée à la commission,
oui.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. M. le député, veuillez poursuivre.
M.
Beauchemin : D'accord. Donc, si on peut revenir un petit peu sur
les... peut-être, c'est peut-être dévoiler quelque
chose qui devrait être rendu public éventuellement, mais depuis, donc, la
triste tragédie du mois de mars passé, à part identifier, avoir le numéro
d'identifiant des promoteurs, si on peut dire, des gens qui utilisent la plateforme
Airbnb et autres, est-ce qu'il y a eu d'autres avancées qui ont été faites par
le ministère pour clarifier un peu la procédure puis aider à ce que
cette industrie-là soit plus encadrée?
M. Girard
(Groulx) : Bien là, je ne veux pas me décharger de ma responsabilité
de répondre à la question, mais c'est vraiment une question pour la ministre du
Tourisme. Il y a... Je reviens à la responsabilité des plateformes, OK, parce que, oui, on va exiger que le numéro
d'enregistrement soit sur la plateforme, puis il faut que le numéro soit valide.
Ce n'est pas tout... On ne s'invente pas un numéro, puis on va dans une case,
puis... où c'est marqué «mettez votre
numéro», vous mettez n'importe quoi. Les plateformes ont une responsabilité de
s'assurer que ce qui est sur leur site est légal.
Le Président (M.
Simard) : Alors, en conclusion.
• (12 heures) •
M. Girard
(Groulx) : On est dans une société où chacun doit assumer ses
responsabilités.
Le Président (M.
Simard) : En conclusion, s'il vous plaît.
M. Girard
(Groulx) : Puis, si ces plateformes-là veulent continuer à opérer...
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
M. Girard
(Groulx) : ...bien, elles doivent être des citoyens corporatifs
nobles.
Le Président (M. Simard) :
Merci, M. le ministre. M. le député, et... en fait, est-ce que vous
empruntez sur le prochain bloc ou vous voulez poursuivre?
M.
Beauchemin : Un petit 30 secondes, simplement pour dire, au
niveau... Je parle ministère du Revenu en tant que tel, là, c'est vraiment dans
cet enjeu-là que je parle, donc l'imposition d'avoir l'identifiant public. Et
est-ce qu'il y a eu d'autres mesures qui ont été prises par rapport à votre
ministère à vous?
M. Girard
(Groulx) : Le ministère du Revenu va s'ajuster à la législation qui
sera adoptée par les élus à l'initiative de la ministre du Tourisme.
Le Président (M.
Simard) : Merci beaucoup.
M. Girard
(Groulx) : Alors, il n'y a pas...
Le Président (M. Simard) : Merci.
Merci, M. le ministre. Je cède la parole au député de Maurice-Richard, qui dispose de 9 min 6 s.
M. Bouazzi : Merci, M. le Président.
J'adorerais parler de Airbnb. Malheureusement, je n'aurai pas le temps, mais je
dirai quand même une phrase, c'est que le fait que ces compagnies-là opèrent de
manière... à la limite de la légalité ou souvent dans des
vides juridiques, le fait qu'en plus elles ne paient pas d'impôts ici ou
pour... d'ailleurs, elles ne paient d'impôts nulle part, pour beaucoup d'entre
elles. Le fait qu'elles s'accaparent les données qui font qu'il y a une coupure entre les clients et les
services que les Québécoises et Québécois offrent à travers ces plateformes,
le fait que ça demande une complexité fiscale font en sorte qu'il y a un
transfert de coûts qui arrive à vos ministères pour faire appliquer la loi, et je pense qu'une des choses sur
lesquelles on doit réfléchir, c'est comment s'assurer que ça ne coûte pas une fortune à l'État de réussir à faire
appliquer la loi et qu'on transfère une partie de ce coût-là à ces compagnies.
Moi, je voudrais aller au niveau du
relevé 31. On sait qu'une des mesures sociales les plus importantes au Québec, c'est le crédit d'impôt pour solidarité et
qui comporte, ça... qui touche, bon an, mal an, 3 millions de ménages
à peu près, et... afin d'obtenir la composante logement, les bénéficiaires
doivent produire le relevé 31, qui est émis par le locataire, puis, pour toutes sortes de raisons, que ce soit par
négligence ou carrément pour embêter les locataires, il arrive que les
propriétaires ne donnent pas ce relevé-là à leurs locataires, ce qui a toutes
sortes de conséquences très, très pénibles pour les locataires qui auraient
droit à l'aide en question. Et un des problèmes, c'est... en fait, les pénalités qui y sont associées, on pense au
fait de ne pas donner le relevé 31, qui sont actuellement de 100 $.
Ça fait que peut-être... J'aurais plusieurs
questions, mais, parmi elles, ça serait, d'abord, combien est-ce qu'il y a de
propriétaires... Est-ce qu'on a le chiffre qui dit combien de propriétaires ont
payé cette pénalité-là? Parce qu'il faut s'en occuper, et c'est probablement
fastidieux, et puis, évidemment, il faut que les gens portent plainte. Combien
est-ce qu'il y en a qui n'ont jamais porté plainte? Combien... Et puis surtout
est-ce qu'on est prêts à avoir des mécanismes pour pouvoir avoir quelque chose
de plus dissuasif que ça, pour obliger les propriétaires à livrer le fameux
relevé 31 à leurs locataires?
M. Girard (Groulx) : Alors,
simplement pour dire que, par rapport à votre premier point, la responsabilité fiscale de ces plateformes, je rappelle que Revenu
Québec et le gouvernement du Québec... est la première administration au
Canada qui a obligé ces plateformes à percevoir la taxe sur l'hébergement.
Alors, on est proactifs, mais évidemment la responsabilité fiscale, ça va
au-delà de la taxe sur l'hébergement. Là-dessus, on est d'accord.
Pour ce qui est du relevé 31, est-ce que
notre PDG de Revenu Québec aurait des informations là-dessus?
Mme Tremblay (Christyne) : Bien, merci beaucoup pour la question. Vous avez raison que
c'est un enjeu parfois d'obtenir le relevé 31. D'ailleurs, on a fait
beaucoup de travail cette année avec les organismes bénévoles qui aident les personnes vulnérables, les citoyens à
remplir leur déclaration de revenus, puis dans... On est allés sur le terrain, et
c'est un enjeu qui a été soulevé, et pour lequel on va regarder s'il y a lieu
de travailler plus fort, mais, règle générale, quand même, une bonne majorité
de propriétaires se conforment.
Mais, si on veut parler d'un logement, je
voulais peut-être aussi mentionner qu'il y a tout un programme d'allocation logement qui permet aux personnes qui
sont à faibles revenus d'accéder à une allocation pour subventionner leur
logement, et on a vraiment fait beaucoup de travail cette année à ce niveau-là.
Le Président (M. Simard) : ...de Maurice-Richard.
M.
Bouazzi : ...vraiment le sujet que je touchais. L'idée,
c'est de se dire... Vous comprenez que, si un propriétaire ne donne pas ce relevé-là à une personne qui
aurait le droit au crédit d'impôt pour solidarité, dans la portion logement,
ça a des conséquences dramatiques étant donné, souvent, vraiment, le peu de
revenus que ces personnes-là ont. Et actuellement, la pénalité est de
100 $ pour le... Bien, je comprends qu'on travaille avec la personne qui
souffre des conséquences de tout ça, mais
probablement qu'il faudrait, je pense, évaluer d'autres mécanismes qui
obligeraient les propriétaires de délivrer ces relevés.
Rapidement, il y a, donc, un... Actuellement,
dans les prévisions des dépenses en informatique pour le ministère, il y a pratiquement 1 milliard, de
mémoire, j'y vais... 1 milliard sur les 10 prochaines années.
J'étais curieux... oui, j'étais curieux... bien, peut-être
900 millions, là, c'était, en tout cas, le deuxième plus haut après les
questions de santé. Est-ce que c'est... C'est quel projet exactement? Est-ce
que c'est la question de préremplir les différentes déclarations d'impôt?
Est-ce que... C'est quel projet exactement qui coûterait aussi cher?
Mme
Tremblay (Christyne) : Merci beaucoup pour la question. En fait, ce qu'on
veut vraiment, Revenu Québec, de concert avec M. le ministre, c'est
rendre la fiscalité plus simple, plus conviviale, la rendre plus facile pour
les citoyens, citoyennes, puis ça, ça passe notamment par des services en ligne
qui sont plus faciles d'utilisation, fiables et sécuritaires. On veut faire la
même chose pour les entreprises pour qu'elles passent moins de temps à remplir
leurs obligations fiscales.
Le Président (M. Simard) : ...poursuivre.
Allez-y, je vous prie.
Mme Tremblay (Christyne) : Alors, dans les projets qui sont mentionnés, on veut
simplifier la... toutes les obligations liées, par exemple, au crédit de
maintien à domicile. Alors, ça, c'est un projet qui est dans notre plan.
Le Président (M. Simard) : ...poursuivre,
s'il vous plaît. La parole est au député. M. le député.
M. Bouazzi : Je n'ai vraiment pas
beaucoup de temps, ça fait que, malheureusement, vous ne pouvez pas me donner
une réponse de cinq minutes quand j'ai cinq minutes en tout.
Juste pour comprendre,
donc, est-ce que ce milliard-là ou ce 900 millions comporte l'objectif,
qui ressort d'un certain nombre de communications que vous avez eues au
ministère, de pouvoir préremplir... Oui? Est-ce que, dans ces... Je sais qu'il
y a... Je pense qu'il y a un projet pilote pour 25 000 cas cette année, si
je ne me trompe pas, peut-être l'année prochaine. Est-ce que, dans ce genre
d'approche, ça ne serait pas seulement tout préremplir, mais il y aurait aussi
une interaction facilitée avec les citoyens pour pouvoir répondre à deux,
trois, quatre questions, pour pouvoir faire
ce genre de chose, ou c'est vraiment... l'idée, c'est vraiment d'envoyer une
déclaration d'impôt préremplie pour que la personne la valide et puis la
signe, ou c'est trop tôt pour le dire?
Mme Tremblay (Christyne) : Donc, vous avez raison, il va y avoir un projet pilote. Ce
sera au printemps prochain, pour la déclaration de revenus 2023. Ça va
concerner environ 100 000 citoyens, citoyennes à situation fiscale simple,
des personnes vulnérables. On va les prendre en accompagnement du début à la
fin, on va les inviter, et ça va... On va
leur offrir une... préremplie. Ça va être une déclaration, comme vous l'avez
mentionné, où les informations que l'on possède vont être présentées aux
contribuables. S'il n'y a pas de changement, ça va... on va...
• (12 h 10) •
M. Bouazzi : Donc, il y a une
interaction avec eux. Ce n'est pas juste qu'ils vont...
Mme Tremblay (Christyne) : Oui, il va y en avoir une.
M.
Bouazzi : OK. Rapidement, j'aimerais aller sur le... il me
reste une minute, sur le RRQ pour les personnes handicapées.
Actuellement, une personne handicapée qui prend son RRQ à 65 ans est
pénalisée d'entre 18 % et 24 % étant
donné qu'elle ne travaillait pas à l'âge de 60 ans. Ma question c'est
qu'est-ce que ça coûterait au RRQ... À l'époque, c'était 36 %. Il y
a eu un geste du gouvernement à 24 %. Qu'est-ce que ça coûterait au gouvernement...
au RRQ, pardon, de passer... d'éliminer
cette pénalité, surtout étant donné que l'espérance de vie de ces personnes-là
est évidemment moindre que le reste
de la population et qu'on s'entend qu'une personne tétraplégique n'a pas
décidé, à 60 ans, d'arrêter de travailler? Elle n'est juste pas
capable.
Le Président (M. Simard) : M. le
ministre, en 20 secondes seulement.
M. Girard (Groulx) : Oui, bien,
c'est une question extrêmement pointue, que Retraite Québec aurait pu nous
aider à répondre, mais Retraite Québec était disponible dans le précédent bloc.
Simplement pour dire qu'au niveau de la rente invalidité...
Le Président (M. Simard) : Très
rapidement.
M. Girard (Groulx) : ...il y a eu
des modifications législatives pour la bonifier dans le précédent mandat et
qu'il y a aussi un recours judiciaire qui limite notre capacité à faire des
commentaires ici.
Le
Président (M. Simard) : Très bien, très bien. Malheureusement,
nous devons arrêter ici notre bloc d'échange. Je cède la parole au
député de Marguerite-Bourgeoys, qui dispose de 12 min 50 s.
M. Beauchemin : Merci. Merci
beaucoup, M. le Président. Je veux vous amener sur un autre sujet. Est-ce qu'on
pourrait avoir une définition un peu de... du nombre de temps qu'un employé qui
était un ancien employé de Revenu Québec doit être isolé, si on peut dire,
d'une certaine façon, d'aller travailler, là, pour une industrie dans laquelle
l'ex-employé avait déjà peut-être eu des recherches... puis je y aller plus
spécifique, là. Quand il y a comme, par exemple, des resserrements au niveau de
l'éthique, un employé qui travaillait pour Revenu Québec, qui, par la suite, part de Revenu Québec pour aller,
finalement, travailler chez le client de Revenu Québec qui était sous enquête,
est-ce qu'on peut avoir un peu d'éclaircissements sur les resserrements que
vous avez l'intention de faire ou l'éthique qui a été mise en place, les
politiques de période de «noncompete» qu'on appelle en anglais, là?
Le Président (M. Simard) : Oui, je
vais passer la parole à notre PDG, mais simplement pour dire qu'il y a, dans...
Lorsque ce sujet-là est sorti dans l'actualité, là, il y avait une prémisse que
ce que le fédéral faisait, c'était bon, puis
ce qu'on faisait n'était pas bon. Je tiens à corriger cette mauvaise perception
et je permets à notre PDG de nous expliquer exactement ce que nous
faisons.
Mme Tremblay (Christyne) : Merci beaucoup pour cette question. C'est très important,
la perception puis s'assurer que nos gens sont intègres.
Donc, comme M. le ministre l'a mentionné, on a
des règles qui sont parfois supérieures à la fonction publique au fédéral. En
fait, nos employés, il n'y a pas de période limitée, ils sont... qui suit la
cessation de l'emploi. Ça s'applique donc
hors limite de temps, contrairement aux règles du fédéral. Donc, c'est interdit
à toute personne, en tout temps, qui a cessé d'exercer ses fonctions à
Revenu Québec de tirer avantage indu des fonctions qu'ils ont assumées chez
nous, ou encore des informations auxquelles ils auraient pu avoir droit, ou
encore donner des conseils qui seraient fondés sur de l'information qui n'est
pas disponible au public et auxquels ils auraient eu accès. Donc, on a vraiment
un set de bonnes pratiques en place. Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas
aller vers une certaine amélioration, ce qu'on est en train d'examiner.
M.
Beauchemin : Et concrètement, là, expliquez-moi ça, là, comme si
j'étais un citoyen, là, ordinaire du Québec qui essaie de comprendre, parce que
le message est un peu complexe, là. Vous me dites que, finalement, un employé
ou un ex-employé de Revenu Québec ne peut pas aller travailler, finalement,
dans le privé, dans l'industrie ou dans la compagnie dans laquelle il
enquêtait. C'est ça?
Mme Tremblay (Christyne) : On ne peut pas dire qu'il ne peut pas aller travailler dans l'industrie
ou l'entreprise auxquelles il travaillait, mais il ne pourrait pas
travailler sur le même dossier...
M.
Beauchemin : OK. Donc, dans un contexte...
Mme
Tremblay (Christyne) : ...ou un dossier
sur lequel il aurait travaillé à Revenu Québec.
M.
Beauchemin : Oui, puis la différence avec ce que vous proposez et ce
qui est à Ottawa, la différence, c'est qu'à Ottawa... puis peut-être
voulez-vous me l'expliquer, ce qui se passe à Ottawa, pour être clair, ou je
peux le dire, si vous voulez.
M. Girard
(Groulx) : À Ottawa, l'obligation est limitée à un an. Alors...
M. Beauchemin :
L'obligation est limitée à un an,
mais dans l'ensemble de l'industrie, c'est ça. Donc, pour vous, ce que
vous dites, c'est que c'est éternel, cette limite-là?
Mme
Tremblay (Christyne) : Oui, effectivement,
c'est illimité dans le temps.
M.
Beauchemin : Mais vraiment pointu? Donc, par exemple, un employé de
Revenu Québec, qui avait le dossier de la compagnie XYZ, puis là quitte Revenu
Québec, il ne peut pas aller travailler pour la compagnie XYZ, pour poursuivre
le gouvernement?
M. Girard (Groulx) : ...la
compagnie, mais une firme de comptables ou d'avocats qui représente cette
compagnie, parce que, là, on parle souvent de fiscalité, de fiscalistes.
M.
Beauchemin : OK, d'accord, oui. Ça fait que, là... puis juste, on se
parle entre nous, là, et tout le monde, la traditionnelle pause café le matin,
à 10 h 30, où est-ce que les employés vont se prendre un petit café, puis
ils se parlent entre eux autres des dossiers, puis tout ça, il y a de
l'information quand même qui se partage souvent : Tu travailles sur quel
dossier, toi, cette semaine? Ah! Je travaille sur celui-là. Ah oui! C'est quoi,
l'enjeu? Puis il y a de ce genre
d'information là qui s'échange entre employés, souvent, pour trouver les
meilleures façons, trouver les meilleurs remèdes, trouver les meilleures
manières d'avancer chacun pour son dossier. Quelqu'un d'expérience peut
suggérer d'arrêter de considérer telle ou telle façon de procéder dans tel
dossier, mais cette personne-là qui donne le conseil n'est pas dans ce
dossier-là spécifique, cette personne-là quitte Revenu Québec, elle a été
exposée à l'information. Elle peut donc, elle, aller à un bureau de comptables,
un bureau d'avocats ou même travailler spécifiquement pour la compagnie XYZ en
sachant des choses. Est-ce que je me trompe quand je dis ça?
Mme
Tremblay (Christyne) : Bien, je dirais que
l'information à Revenu Québec est de l'information hautement confidentielle.
Donc, les gens sont régis par des règles éthiques très sévères. La machine à
café, comme vous venez de le présenter, ça
ne pourrait pas fonctionner. D'abord, il y a des règles qui gèrent la gestion
des dossiers. Il y a des murs de Chine, parfois, qui sont imposés pour
que certaines personnes n'accèdent pas à de l'information s'ils avaient déjà,
par exemple, travaillé sur un dossier. Ils sont régis aussi par leur propre
code de déontologie.
Donc, ces gens-là,
souvent, que ce soient des avocats fiscalistes, sont aussi régis par les règles
du Barreau, la même chose si c'est un comptable. Donc, ils sont régis par
plusieurs codes très rigoureux qui font que ce genre d'information là ne s'échange
pas à la machine à café. Et, en plus, on peut suivre à l'intérieur de nos
systèmes, qui sont journalisés, l'accès aux données.
M.
Beauchemin : Ça fait que vous avez... à la direction dans laquelle
j'allais. Donc, ce n'est pas simplement un individu, ça pourrait être comme un
groupe d'individus qui pourrait, donc, être plus restreint par la suite, après
avoir quitté Revenu Québec, en d'autres mots.
Mme
Tremblay (Christyne) : Oui, effectivement,
ça pourrait.
M. Beauchemin :
OK. Donc, ce n'est pas juste un
individu spécifique, ça peut être l'équipe au grand complet, là, qui pourrait
être... La raison pour laquelle je vous parle de ça, c'est que, vous l'avez
tous vu, là, on parle de la porte tournante pour un ex-avocat de Revenu Québec,
M. Mathieu Gendron, qui est l'avocat qui a été embauché, là, par la
famille qui possède Gildan.
Expliquez-moi
d'abord ce dossier-là. J'essaie de comprendre, parce que ce que vous me dites,
ça ne semble pas vraiment avoir été spécifiquement fait dans ce dossier.
Mme
Tremblay (
Christyne
) :
Je ne pourrais pas commenter vraiment le cas d'un employé spécifique, mais je
peux vous dire que tout ce que je vous ai mentionné a été appliqué dans ce
dossier.
M. Beauchemin : Donc, ce
Mathieu Gagnon n'avait aucune information spécifique par rapport à la famille
Chamandy.
M. Girard (Groulx) : Bien, les
dossiers fiscaux des entreprises, des individus, c'est confidentiel, et on ne discutera pas de ce cas-là ici. Les règles
d'éthique s'appliquent à tous les employés, les anciens employés, et les règles
ont été suivies dans ce dossier-là, mais je pense qu'il n'est pas
approprié de discuter de la situation fiscale d'une entreprise particulière à
la Commission des finances publiques.
Le Président (M. Simard) : M.
le député.
M. Beauchemin : Mathieu Gagnon
était en terrain connu dans les comptes des Chamandy car ce fiscaliste en est à son deuxième aller-retour entre la pratique
privée et Revenu Québec, et, selon ses déclarations en cour, il a travaillé
pour lui dans les cabinets où il est passé. Je comprends ce que vous me dites,
M. le ministre, mais y a-tu un forum qui
pourrait être plus propice, où est-ce qu'on pourrait discuter des procédures
d'éthique, qui semblent clairement, ici, avoir permis à ce
M. Gendron de pouvoir sortir... En tout cas, ça donne l'impression, OK,
que ça n'a pas été suivi au niveau des... de la restriction.
• (12 h 20) •
M. Girard
(Groulx) : On peut discuter des normes d'éthique en vigueur
chez Revenu Québec sans discuter du dossier fiscal d'une entreprise ou
du dossier particulier d'un ancien employé.
M. Beauchemin : ...une
question, d'abord. Est-ce que quelqu'un qui travaille sur un dossier... la même
question que j'ai posée tantôt, qui travaille sur un dossier spécifique par
rapport à un individu et/ou la ou les sociétés auxquelles cet individu-là est associé ne peut donc pas aller
travailler, par la suite, dans un bureau pour tout le temps, là? Si j'ai
bien compris, ce n'est pas juste une question d'un an comme à Ottawa, là.
Donc...
M. Girard
(Groulx) : ...travaillé chez Revenu Québec sur le dossier
d'une entreprise, vous ne pouvez pas aller dans le secteur privé et représenter cette entreprise contre Revenu
Québec dans une... dans un dossier d'interprétation fiscale.
M. Beauchemin : Comptable,
légal...
M. Girard (Groulx) : Comptable,
avocat, fiscaliste.
M. Beauchemin : Comment qu'on
peut expliquer la situation de M. Gendron?
Mme Tremblay
(Christyne) : Lorsque les gens
reviennent... viennent à Revenu Québec, puis c'est quelque chose qui arrive,
là, que les gens viennent du secteur privé, puis on accueille cette expertise
puisqu'ils ont vu l'autre côté, les
stratagèmes, donc ils viennent nous aider. On a un dévoilement des conflits
d'intérêts, puis ça, ça ne se fait pas juste à Revenu Québec, ça se fait
dans les grandes entreprises, et là la personne doit dévoiler pour qui elle a
travaillé dans le passé dès le début de
l'embauche, et, à ce moment-là, toutes les mesures que je vous ai parlé, les
pare-feux, les... la segmentation des dossiers... On va s'assurer qu'un
dossier sur lequel quelqu'un a déjà travaillé ne lui est pas attribué et qu'il
n'est pas non plus mis au courant d'informations. Et il y a aussi... c'est une
infraction fiscale, hein, au niveau de dévoiler le secret fiscal, et il y a des
poursuites qui peuvent être entreprises.
M. Beauchemin : Là,
vous donnez l'exemple de quelqu'un qui part du privé et qui arrive chez Revenu
Québec, mais quelqu'un qui part de
Revenu Québec pour retourner au privé, ce qui semble être la situation de
M. Gendron, à ce moment-là...
Mme Tremblay (Christyne) : Il y a des infractions, si vous dévoilez un secret fiscal.
Tous nos employés sont soumis à ça.
M. Beauchemin : Vous parliez,
tout à l'heure, d'améliorations qui pourraient être mises en place, là, pour
améliorer le code d'éthique dans son ensemble, là, pour Revenu Québec. Est-ce
que vous pourriez nous en présenter ou discuter de quelques-unes?
Mme Tremblay
(Christyne) : Par exemple, on pourrait
avoir des règles plus contraignantes pour les emplois stratégiques. On parle...
Par exemple, nos gens qui travaillent dans les planifications fiscales
agressives, on pourrait avoir, pour eux,
peut-être, des déclarations qui seraient plus étoffées. On pourrait avoir un
processus aussi qui permettrait l'envoi d'une lettre de rappel sur les
obligations professionnelles à tout le monde, déclaration d'intérêts, je l'ai
mentionné, en entrée de fonction, mais vraiment avec un suivi qui pourrait être
plus élaboré. Il y a différentes mesures
qu'on pourrait mettre en place pour ajouter un peu de robustesse, surtout dans
ces emplois stratégiques, où on voit un peu plus de mobilité entre
l'agence et le secteur privé.
M. Beauchemin :
Ça fait que je vous ai entendu parler, là, au... On pourrait. Pourquoi
qu'on ne le fait pas?
Mme
Tremblay (Christyne) : Bien, en fait, on
va le faire.
M.
Beauchemin : On va le faire.
Mme Tremblay (Christyne) : On va le soumettre à nos administrateurs au
prochain conseil d'administration, qui va avoir lieu en juin, et puis,
suite à leur approbation, on va pouvoir aller de l'avant.
Le Président (M.
Simard) : Alors, en conclusion, avec 30 secondes, M. le député.
M. Beauchemin :
Est-ce que c'est donc l'ensemble
des mesures pour améliorer l'éthique à Revenu Québec que vous m'avez
mentionnées ou il y en a d'autres?
Mme Tremblay (Christyne) : Bien, on a fait différentes options qu'on va présenter à nos
administrateurs, mais celles que je vous ai parlé, elles y figurent
toutes.
Le Président (M.
Simard) : 10 secondes. En conclusion.
M.
Beauchemin : Bien, écoutez, non. Merci pour vos réponses. On va
prendre ça.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Alors, je cède maintenant la parole au député
d'Orford, qui dispose de sept minutes.
M. Bélanger :
Merci. Merci, M. le Président. Hier, il y avait une annonce, une annonce
qui a été faite par la ministre déléguée à
la Santé et aux Aînés, puis c'est une annonce quand même assez intéressante
parce que c'est un montant substantiel pour venir en aide aux aînés,
puis là on parle de... Éventuellement, avec la transformation numérique, on parle de télémédecine, et tout ça, puis ça va
favoriser le maintien à domicile, ce qui est... ce qui est une bonne chose. Je pense
qu'il y a beaucoup d'aînés qui recherchent à passer plus de temps à domicile
versus les hôpitaux.
Moi, je voudrais
savoir, Revenu Québec... On a entendu parler de crédit d'impôt pour maintien à
domicile. On a entendu parler aussi de crédit d'impôt pour les proches aidants.
Je ne sais pas si c'est la même chose ou si c'est complémentaire, mais comment
cette initiative-là de crédits d'impôt vient bonifier puis vient en aide, justement,
aux aînés et à leurs familles? En plus de
l'annonce d'hier, comment Revenu Québec vient supporter, là, cette bonne nouvelle
là de pouvoir passer plus de temps, lorsqu'on est aîné, à domicile?
M. Girard
(Groulx) : J'ai combien de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Simard) : Il vous reste 5 min 37 s.
M. Girard
(Groulx) : Alors, je vais peut-être répondre à quelques questions du
député de Maurice-Richard dans mon bloc de réponses.
Alors, si votre
propriétaire ne vous donne pas le relevé 31, Revenu Québec vous permet de
fournir une copie de votre bail. Alors, ça, ça permet de pallier au fait que
votre propriétaire ne vous a pas remis le relevé 31.
Et l'autre question
était : Qu'est-ce qui est fait avec les sommes importantes qui sont
investies en technologie dans le projet
Vision? Bien, on pourrait dire qu'en général on vise à simplifier le régime
fiscal, et il y a un important volet, qui
est la fiscalité des entreprises, la compétitivité des entreprises. C'est donc
les aider à remplir leurs obligations fiscales de façon numérique et
plus agile.
Et je reviens à la
question du député d'Orford, parce que c'est important, M. le Président. On me
pose des questions, je me dois d'y répondre. Et puis la... en plus, la question
du relevé 31, je pense que c'est extrêmement important parce que ça permet
l'éligibilité au crédit d'impôt solidarité, composante logement, que nous avons
bonifié dans le budget pour aider les gens
qui font face à ces hausses de loyer importantes, puis on sait que le marché
est serré, puis c'était une excellente mesure dont on n'a pas assez
parlé, M. le Président.
M. le député
d'Orford, le crédit d'impôt maintien à domicile a été bonifié de 35 % à
40 % sur un horizon de cinq ans au budget 2019‑2020, je crois. 2020‑2021?
Une voix : ...
M. Girard
(Groulx) : 2020‑2021. Le budget 2019‑2020, c'est le budget de la
pandémie.
Le Président (M.
Simard) : Désolé, M. le ministre, ce n'est pas vous que je regardais.
M. Girard
(Groulx) : OK, 2020‑2021. Et le crédit d'impôt pour proches aidants a
été simplifié et bonifié, et tout ça, c'est
parce qu'effectivement les gens veulent vivre plus longtemps à domicile, et
d'où les importantes enveloppes pour les soins à domicile, qui est un
élément différent de ce qui a été annoncé hier. Hier, c'était précisément les
hospitalisations à domicile.
M.
Bélanger : M. le Président, je voudrais savoir il me reste combien de
temps, considérant qu'il n'y a plus de présence des...
Le Président (M.
Simard) : Non, s'il vous plaît, cher collègue, alors...
M. Bélanger :
Parfait. J'allais suggérer qu'on puisse partir un petit peu plus tôt, mais
j'ai quand même une question.
Le Président (M.
Simard) : Bien, en fait, le temps qui n'est pas utilisé est considéré
comme écoulé. Alors, ça vous appartient.
M. Bélanger :
OK. Bon, bien, moi, je considère... comme il est écoulé... écoulé, à moins
que le ministre soit prêt à prendre une autre question, qui est reliée au
système de paie...
M. Girard
(Groulx) : Bien, moi, je...
M. Bélanger :
...système de paie électronique,
mais ce n'est peut-être pas un sujet qui est pertinent à ce stade-ci.
M. Girard
(Groulx) : Bien, moi, je serais prêt à faire la promotion de
l'excellente cafétéria de l'Assemblée nationale...
M. Bélanger :
C'est ce que... c'était ma proposition.
M. Girard
(Groulx) : ...et de l'encourager à ce qu'on s'y retrouve dans quelques
minutes.
M. Bélanger :
C'est adopté.
Documents déposés
Le Président (M.
Simard) : Alors, en terminant, je dépose les réponses aux demandes de
renseignements de l'opposition.
Ceci met donc un
terme à nos échanges pour le présent bloc concernant le Revenu, et on se
retrouve un peu plus tard, après les affaires courantes, autour de 15 h 15. À
nouveau, merci pour votre précieuse collaboration.
(Suspension de la séance à
12 h 29)
(Reprise à 15 h 30)
Le Président (M.
Simard) : ...avons quorum. Merci pour votre habituelle ponctualité.
Alors, comme vous le savez, notre commission est réunie afin de procéder à
l'étude du volet Caisse de dépôt et de placement du Québec des crédits
budgétaires du portefeuille Finances pour l'exercice financier 2023-2024.
Une enveloppe de deux heures a été allouée pour l'étude de ces crédits.
Mme la secrétaire,
bonjour. Y a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Non, M. le Président.
Caisse de dépôt et placement
du Québec
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Alors, nous avons commencé à temps, pas besoin de
consentement pour aller au-delà de l'heure prévue.
Discussion générale
Nous
fonctionnons, comme à notre habitude, par blocs d'échange d'environ
18 minutes et nous cédons la parole au porte-parole de l'opposition
officielle et député de Marguerite-Bourgeoys, qui dispose, donc, de 18 minutes.
M.
Beauchemin : Merci beaucoup, M. le Président. Merci à vous tous. Merci
aux gestionnaires et administrateurs de la Caisse de dépôt d'être avec nous
aujourd'hui. Je.vais tout de suite plonger dans le vif du sujet qui a retenu,
évidemment, l'attention, là, des médias dans les derniers jours, dans les
dernières semaines. Je vais lire un
article... une partie de l'article de M. Michel Girard du Journal de Montréal en ce
qui a trait à... les composantes de la
rémunération variable : «Le calcul de ladite rémunération variable,
c'est-à-dire des bonis, il y a trois composantes : le rendement
global sur cinq ans; le rendement par secteur sur cinq ans; et la contribution
individuelle.»
Comprenez-moi, là... d'enjeu, je ne suis
absolument pas contre la motivation qui vient avec, évidemment, les... la
rémunération variable, les bonus comme on appelle souvent. Et donc, pour moi,
c'est normal qu'il y ait ce genre de structure de compensation dans une institution comme la Caisse
de dépôt, comme des institutions qui doivent compétitionner de façon mondiale
pour obtenir les meilleurs rendements possible pour l'ensemble des Québécois.
Puis c'est normal que
ce soit comme ça, mais, dans l'article, ça... de M. Girard, ça a bel et
bien été exposé qu'une composante
importante... en fait, deux éléments imposants de la composition du... de la
rémunération variable vient de la performance de la Caisse de dépôt dans
les années antérieures. Donc, je m'imaginais l'exemple de quelqu'un qui joint l'institution, la Caisse de
dépôt, après deux mois, travaille fort, c'est le temps du bonus, il va avoir plus
de quatre ans de la compensation qui va être basée sur ce que la performance
de... les anciens ont été capables de générer.
Et
donc, à partir de ce moment-là, il y a donc une question qui m'est venue à
l'esprit, puis je me suis demandé cette question-là, tout à fait honnêtement.
J'ai dit : Est-ce que c'est normal que la compensation des administrateurs,
compensation des gestionnaires de la Caisse de dépôt, des hauts gestionnaires
de la Caisse de dépôt soit basée sur les performances
qui n'étaient pas les leurs, parce qu'elles étaient... ont été sous la gouverne
de l'ancienne administration? Je trouve ça un petit peu spécial. Puis
moi, je me posais la question... J'ai une question, en fait, qui s'adresse à...
peut-être à M. Emond. Est-ce que vous trouvez ça normal que la
compensation ait une composante qui n'est pas du tout reliée aux actions de
votre présence au sein de la Caisse de dépôt?
Le Président (M.
Simard) : Alors, y aurait-il consentement afin que M. Emond puisse
nous répondre?Il y a consentement.
Alors, M. Emond, d'abord, soyez le bienvenu. Vous êtes bien connu du grand
public, mais, quand même, auriez-vous d'abord l'amabilité de vous
présenter, s'il vous plaît?
M. Emond (Charles) : Oui. Charles Emond,
président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Merci, M. le Président.
Bien, pour répondre à
la question, vous faites référence à un article, là... précisément, l'hypothèse
de base est que ça va avantager les employés
en toutes circonstances. Il faut comprendre que, premièrement, il est
préférable que, dans l'ensemble de l'organisation, on soit tous sur un
même alignement puis un score semblable, sinon on aurait 1 500 personnes avec des données
différentes en fonction de quand elles arrivent, donc qu'on rame tous dans la
même direction.
Mais je donne des
exemples, peut-être, dans mon cas, pour faire spécifique. Si on regarde
aujourd'hui la valeur ajoutée par rapport à nos indices cinq ans, au
31 décembre 2022, ça a été 18 milliards qui a été créé. Donc, la
performance depuis les cinq dernières années, et la valeur ajoutée qu'on a dans
les trois dernières années, 95 % de cette valeur ajoutée là, cinq ans, a
été faite dans les trois dernières années. Donc, est-ce que ça m'avantage que
ma rémunération contienne les performances de 2018‑2019, avant que j'arrive
comme PDG? La réponse, c'est non, ça me désavantage.
Si on regarde, par
exemple, je sais qu'il avait fait référence à d'autres membres de notre comité
de direction, dans l'article... Je pense à M. Vincent Delisle, qui est
chef des marchés liquides. M. Delisle est arrivé dans le courant de 2020 avec
une performance où le marché boursier, le portefeuille marché boursier était
80 points de base sous son indice, quelque chose qui le pénalise
immédiatement et pendant cinq ans, à chaque année, à moins qu'il corrige la
situation, ce qu'il est en train de faire.
Donc, c'est vrai que,
dans certains cas, il peut y avoir des personnes que ça les avantage peut-être
un peu, au début. Il y en a que ça les
désavantage énormément. En moyenne, tout ça, quand on regarde, notre système de
rémunération est basé sur les meilleurs standards de l'industrie, puis
il est préférable d'avoir, en fin de compte, comme alignement organisationnel... Les gens rentrent en toute
connaissance de cause : Voici quel est le score, et puis tu vas suivre le
reste de l'organisation comme ça. Comme quand tu rentres dans une entreprise
puis tu arrives où tu arrives à ce moment-là dans l'évolution de la
société.
Ça fait que, de ce
point de vue là, pour nous, on considère que le système accomplit ce qu'il doit
accomplir, puis, les gens, c'est quelque
chose qu'ils acceptent. Et puis, des fois, ça peut venir avec quelque chose qui
peut sembler avantageux; dans
d'autres cas, c'est extrêmement désavantageux. Mais les gens se joignent à
l'organisation, peu importe.
M. Beauchemin :
...toute connaissance de cause, que ce soit pour vous, ou M. Delisle, ou
les autres.
M. Emond
(Charles) : Tout le monde.
M. Beauchemin :
Tout le monde est au courant de la
performance passée qui va avoir une influence, des conséquences, donc,
sur les rémunérations à avoir les années suivantes.
M. Emond
(Charles) : Oui, exactement. Mais ce que ça fait, au moins, c'est que
les gens peuvent bâtir leur propre historique sur leurs performances
individuelles. La performance de leur équipe est déjà fixée puis la performance globale est là, donc il y a une partie
qu'ils peuvent quand même tout de suite bâtir immédiatement. Mais, dans
d'autres cas, pour ce qui est du score global, la caisse n'a qu'une seule
performance, puis on veut que les gens rament tous dans la même direction.
M.
Beauchemin : Les trois composantes, est-ce qu'elles sont pondérées
égal?
M. Emond
(Charles) : Si on est un employé plus bas niveau, plus
d'emphase sur ta performance individuelle et d'équipe, plus tu montes
jusqu'au comité de direction, c'est une plus forte majorité sur le score caisse
global. Donc, c'est en
fonction... Comme on voit dans plusieurs organisations, on s'attend à ce que le
comité de direction, les membres, les
vice-présidents exécutifs, premiers vice-présidents, aient un alignement sur
les objectifs d'ensemble de l'organisation. Donc, les trois composantes
sont toujours présentes, mais elles varient selon le niveau hiérarchique.
M.
Beauchemin : Puis, dans le cas de la strate qui vous représente et le
conseil, les hauts gradés, est-ce qu'il y a une pondération plus... vraiment
beaucoup plus importante pour la performance Caisse de dépôt? Est-ce que vous
êtes capables de nous mentionner qu'est-ce que c'est, la pondération?
M. Emond
(Charles) : Je dirais que, pour les premiers vice-présidents, on parle
à peu près un 60 %, plus ou moins 5 %, là. Je vous demanderais de me
laisser une petite marge de manoeuvre, mais à peu près 60 % de la
rémunération variable qui est sur le global caisse.
Puis il faut toujours
comprendre que, dans chaque année qu'on nous paie... dans chaque année qu'on
nous paie, il y a le rendement absolu, combien on génère, dans un contexte de
marché précis, la valeur ajoutée par rapport à nos indices, des éléments de
notre stratégie d'ensemble, climatique, notre mandat au Québec qui fait partie
de notre charte. Et, à chaque année, c'est une performance, un score sur cinq
ans, qui est... qui est suivie, ce qui permet un alignement avec les objectifs
de nos clients puis une emphase sur les rendements à long terme.
M.
Beauchemin : Est-ce qu'il y a moyen...
Le Président (M.
Simard) : ...
M. Girard
(Groulx) : J'aimerais avoir une précision de procédure, M. le
Président, parce qu'idéalement les questions de rémunération seraient répondues
par le président du conseil, parce qu'évidemment un employé n'est pas
responsable de sa rémunération. Mais là le député a posé sa question au
président, puis il répond. Alors, je veux juste être clair, la procédure, est-ce que c'est nous qui choisit qui répond à
la question ou la question doit être répondue par celui à qui elle a été
posée?
Le Président (M.
Simard) : Alors, en théorie, comme ministre, vous disposez de la
réponse.
M. Girard
(Groulx) : Alors, les réponses sur la rémunération seront répondues
par le président du conseil d'administration.
• (15 h 40) •
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Alors, nous allons poursuivre, chers collègues. Souhaitez-vous revenir
ou vous attendez la réponse?
M.
Beauchemin : ...j'assume que ça va être les mêmes réponses.
M. Girard
(Groulx) : Évidemment.
M.
Beauchemin : J'assume que...
Le Président (M.
Simard) : Très bien...
M.
Beauchemin : ...que M. Emond nous a dit est en concordance avec ce que
le...
Le Président (M. Simard) : C'est
très bien ainsi. Donc, M. St-Gelais, vous également, vous êtes très bien connu du
grand public, mais, pour les fins de nos travaux, auriez-vous l'amabilité, s'il
vous plaît, de vous présenter?
M. St-Gelais
(Jean) : Oui, M. le Président. Jean St-Gelais, président du conseil
d'administration de la Caisse de dépôt et de placement du Québec.
Alors,
écoutez, comme il a été mentionné par le ministre et, je pense, par M. le
député aussi, le président-directeur général,
M. Emond, a très bien répondu sur les grandes lignes de la rémunération, qui
fonctionne de la même manière pour toutes les équipes, là, selon les
échelles, un petit peu comme M. Emond l'a mentionné, avec un poids plus
grand pour la performance individuelle, quand on est plus bas dans l'échelon.
Puis, à mesure qu'on monte, on veut que les dirigeants soient vraiment imputables
de la performance globale de la caisse.
Mais, sans répéter
tout ce que M. Emond a dit, je peux vous dire qu'il y a un processus strict, au
conseil d'administration, avec le comité de
ressources humaines qui fait rapport au conseil d'administration dans son ensemble
sur les objectifs qui sont donnés au
président et chef de la direction, de même qu'à son équipe. Donc, il y a les
éléments que vous avez mentionnés, M. le député : rendement absolu,
rendement relatif, les objectifs sur le développement économique du Québec.
On sait que la caisse
est un des seuls organismes avec ces deux mandats-là qui sont inscrits dans la
loi, et de même que tout ce qu'on exige de
la caisse, qui est un organisme, je dirais, dont la crédibilité à travers le
monde n'est pas à refaire. Elle est faite, elle a été établie depuis les
années 60. Donc, on leur demande, ESG, tout ce qui est pour environnement,
social, gouvernance, l'éthique, d'être vraiment au-dessus de la mêlée, ce qui
fait que le conseil prend tous ces éléments-là en considération.
Il y a la formule qui est
calculée pour le rendement, etc., mais, pour les éléments qui sont plus
qualitatifs, on regarde est-ce que... jusqu'à quel point, par exemple, le
projet du REM va bien, avance, puis tous ces éléments-là sont pris en
considération. La performance du président lui-même, individuelle, est aussi
prise en considération avec tous les enjeux qu'il a à gérer dans une...
Le Président (M. Simard) : Merci. M.
le député.
M.
Beauchemin : Merci. Merci, M. le Président. Donc, juste
simplement, donc, revenir, alors, sur la composante individuelle, la composante
groupe de l'équipe, la composante... la caisse dans son ensemble, la composante
ESG, la composante... les deux, trois autres, là, que vous avez
mentionnées. Est-ce qu'il y a une pondération?
M.
St-Gelais (Jean) : Oui, il y a une pondération pour chacune. Je vous
dirais que la plus grande pondération, par exemple, pour M. Emond, c'est
sur les résultats globaux de ce qu'on appelle le tableau de bord de la caisse,
donc sur les rendements en absolu et les rendements en relatif des différents
portefeuilles : portefeuille revenus fixes, les actions, les... également
avec les placements privés, etc. Ça, c'est un bloc important. Par la suite, on
a également le volet Québec, sur comment
l'équipe, par exemple, qui est dirigée ici par Mme Thomassin, livre la
marchandise sur les objectifs qui sont donnés pour le Québec, et là on établit
différents critères pour voir le total des investissements au Québec. Il
y a le maillage d'entreprises au Québec...
Le Président (M. Simard) : Très
bien. M. le député.
M. Beauchemin : Merci. Vous
mentionniez tantôt comme quoi que c'est des pratiques... les «best practices»
de l'industrie. D'accord. Est-ce qu'il y a eu des rapports de ressources
humaines venant de consultants externes pour confirmer ces histoires... ce que
vous mentionnez?
M. St-Gelais (Jean) : Oui.
Premièrement, les équipes, à l'interne, de la caisse ont besoin... L'équipe RH,
là, fait affaire... puis c'est... Je pense que ça, c'est dans les réponses qui
ont été confiées aux membres de la commission, sur les différents contrats qui ont été donnés... aux ressources
humaines, que les gens de la caisse ne se privent pas pour faire affaire à l'externe lorsqu'ils en ont
besoin. Et le conseil d'administration a mandaté une firme qui l'accompagne,
qui vient valider les rapports et les recommandations qui sont données au
comité de ressources humaines, pour nous dire :
Oui, ça se compare à ce qui se fait chez les fonds de pension canadiens mais
dans l'industrie en général également.
M.
Beauchemin : Bien, justement, c'est le sujet où est-ce que je
m'en vais, là. Je pense qu'en langage parlementaire c'est une passe sur
la palette, là. Mais est-ce qu'il y a eu d'autres comparatifs canadiens que
vous pouvez nous illustrer pour expliquer la différence?
M.
St-Gelais (Jean) : On prend, par exemple, pour les équipes de la
caisse, un échantillon d'entreprises. Il y a les fonds de pension, mais aussi
les entreprises du secteur financier. Mais, pour le président et chef de la
direction, on se restreint à un échantillon des pairs au Canada, donc
les Maple 8, là, les huit, ou, des fois, le nombre varie, qui font un travail
similaire, mais pas tout à fait pareil. Les mandats ne sont pas tous les mêmes,
ils n'ont pas tous 48 déposants comme la caisse puis un mandat double.
Mais juste, par exemple, le président de Teachers, sa rémunération, c'était 6,35 millions pour l'année; CPP, M. Graham,
5,35 millions; PSP, 4,95 millions; et M. Émond, comme on l'a indiqué,
4,2 millions.
Donc, avec plus d'actifs à gérer que les pairs,
avec des comparables validés par les firmes, dont... je ne vais pas mentionner
de noms de firmes, là, spécialisées en cette matière-là, on a quand même un PDG
qui est rémunéré moins que ses vis-à-vis ou ses pairs, ses collègues.
M. Beauchemin : Je vous entends, je
vous comprends puis je... des valeurs relatives, c'est quelque chose dans
lequel je suis familier. La performance de Teachers, 4 %, 4,2 % ou
4 %, Caisse de dépôt dans le négatif, donc, cette composante-là, donc, elle commence à affecter les niveaux de rémunération
variable à partir de vice-président, plus que... par rapport à ce qu'on disait
tantôt, la composante étant plus importante pour l'ensemble de la performance
de la caisse ou de M. Emond.
M. St-Gelais (Jean) : Moi, je dirais
que ce qu'on établit avec les comparables avec les autres organisations puis ce que les firmes nous recommandent, c'est un
modèle qui s'applique à la caisse. On dit : Le modèle que la caisse
a retenu, oui, il tient la route, quand on compare avec ce qui se fait
ailleurs. Maintenant, année après année, la caisse, on la mesure par rapport à
ce qui est dans ses indices, par exemple. Alors, on l'a dit depuis quelques
années... 10 milliards de valeur ajoutée cette année. Si la caisse n'avait
fait que comme les indices qui lui sont donnés, vous savez comment ça fonctionne avec la performance relative, juste aller à
ces indices, elle aurait eu 10 milliards de moins de valeur ajoutée
que ce qu'elle a fait comme rendement.
Donc, la
performance de M. Emond, des vice-présidents, cette année, c'est comparé au
modèle qu'on a établi après l'avoir validé avec d'autres. Mais on ne se compare
pas, année après année, avec chacun, puis dire : Bien, cette année, Teachers
a fait mieux, son président gagne plus. L'année prochaine, Teachers va peut-être
faire moins bien, mais son président va continuer à gagner plus quand même.
M.
Beauchemin : ...merci, OMERS, 4,2 %, merci. Est-ce que
vous avez une idée, par exemple, du modèle de compensation, chez Teachers, pour la haute direction? Est-ce que c'est
similaire à ce que vous avez à la Caisse de dépôt?
M. St-Gelais (Jean) : Bien, écoutez,
je ne le connais pas par coeur. C'est similaire dans ses grandes lignes, mais
ce n'est pas... ils ne sont pas, toutes et tous, comparables avec la caisse
parfaitement.
M. Beauchemin : ...Québec, là.
M. St-Gelais (Jean) : Ils n'ont pas
le mandat Québec. Des fois, aussi, les indices ne sont pas les mêmes
nécessairement. Ils n'ont pas à s'ajuster sur 48 déposants comme nous puis
ils choisissent des pratiques... Il y en a... je ne me souviens plus
lesquelles, là, beaucoup plus simples.
Comme on dit, il y a un indice simple, puis
c'est juste par rapport à ça que se compare toute l'organisation. Mais, quand
on repart avec les huit puis qu'on regarde les pratiques qu'a retenues, la
caisse, bien, c'est parmi les meilleurs. C'est ce que nos consultants nous
disent, nous confirment, puis on vise à chaque année, avec les gens des
ressources humaines, à améliorer. Vous avez parlé de la question du cinq ans,
tout à l'heure, M. Émond y a répondu. Bien, c'est des questions qu'on discute.
Il y a des avantages et des inconvénients à cette formule-là. Si on faisait
juste une année, ça ferait beaucoup de variations.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. M. le ministre souhaite intervenir.
M. Girard (Groulx) : J'ai combien de
temps?
Le Président (M. Simard) : 30 secondes,
à peine.
M. Girard (Groulx) : OK. Bien,
simplement sur l'essentiel de l'argument de M. Girard, parce que je pense qu'il
y avait plusieurs choses dans son article, mais essentiellement, ce qu'il dit,
c'est qu'on n'aurait pas dû donner de rémunération variable parce que le
rendement était négatif. Or, le rendement était négatif, mais l'indice de
référence était à moins 8,4 %...
• (15 h 50) •
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
M. Girard (Groulx) : ...on a donc
battu l'indice de 260 points de base. Le portefeuille 60-40, lui,
aurait été à moins 11...
Le Président (M. Simard) : Merci, M.
le ministre.
M. Girard (Groulx) : Et je finis, M.
le Président...
Le Président (M. Simard) : On
poursuivra au prochain bloc.
M. Girard (Groulx) : Parfait.
Le Président (M. Simard) : J'ai
signe qu'on ne veut pas amputer sur le prochain bloc. Alors, M. le député de
Maurice-Richard, à vous la parole.
M. Bouazzi : Merci, M. le Président.
Quel plaisir, encore une fois, d'être dans cette commission. Merci beaucoup
pour tout ce que vous faites pour nos retraites. C'est vraiment important, et
puis on voit aussi l'importance de décisions politiques qui ont été prises, il
y a plusieurs décennies maintenant, et quel impact elles peuvent avoir sur les
prochaines décennies. Et même vos investissements sont sur le temps très long,
étant donné qu'on parle souvent de nos retraites, et donc merci beaucoup.
Moi, je voudrais
parler des objectifs de diminution de gaz à effet de serre que vous avez. Et
j'en profite pour avoir, dans une autre vie, eu à réfléchir sur la
manière de quantifier les émissions de gaz à effet de serre d'investissements,
que c'est un exercice qui n'est pas simple et qui manque d'ailleurs, parfois,
de régulation pour pouvoir obliger un peu tout le monde à faire la job et pas
juste les institutions financières, à la fin, parce que c'est compliqué.
J'irai d'abord dans votre rapport
d'investissement durable. Il y a un graphique, le graphique 14, qui est
l'empreinte absolue du portefeuille en mégatonnes de CO2, à l'intérieur du
périmètre de calcul en gigadollar. Et donc il y a les deux courbes. Il y a une
courbe qui est le pourcentage de diminution de GES en fonction des quantités de
milliards que vous gérez et, de l'autre côté, il y a les diminutions brutes, si
on veut, de GES. Je commencerai par une question toute simple ou un constat que
j'aimerais partager avec vous.
Si, demain, les 400 milliards à peu près
que vous gérez deviennent 800 milliards, parce que c'est une année
exceptionnelle et qu'on a 100 % d'augmentation, on va se retrouver à
baisser de facto la quantité de GES par milliard investi de 50 %. Et donc,
ma question suivante, c'est : Quelle valeur ça a, par rapport à la valeur
brute, qui, d'après nous, est la valeur la plus importante à monitorer, à
suivre, d'avoir, en fait, la diminution de GES par milliard investi, plutôt que
tout simplement la diminution de GES tout court?
M.
Girard (Groulx) : On va passer la parole à notre PDG.
Le Président (M.
Simard) : ...
M. Emond
(Charles) : Merci. Écoutez, M. le Président, c'est une excellente
question, parce qu'en fait ce qu'on parle ici, c'est est-ce que c'est mieux
d'avoir des cibles en absolu de réduction de gaz à effet de serre ou en relatif, qui est en pourcentage de millions
investis. Vous avez tout à fait raison, en fait, collectivement, tout le monde,
on vise net zéro, disons, 2050, ou si c'est 2040... et donc c'est une
cible absolue, il faut baisser.
Ce qui est une
entreprise, c'est assez simple. Disons qu'on a une entreprise, elle a une
usine, un exemple simple, elle doit réduire
ses émissions de gaz à effet de serre en absolu. Ce qui est différent avec un
investisseur comme nous, c'est qu'on est un intermédiaire auprès de
plusieurs entités. Donc, nous, on n'est pas une entreprise, on est investis dans 5 000 entreprises. Alors,
ce qui arriverait, si on calculait, pour un investisseur, en cible en absolu...
c'est que nous, dans un secteur, on
va financer l'entreprise A, l'entreprise B, l'entreprise C, et ainsi de suite.
On va multiplier, disons, par 10, si on est investis dans les
10 entreprises du secteur. Alors, c'est clair qu'en absolu on monterait
par le simple fait de faire ce qu'on doit faire, c'est-à-dire financer les
entreprises.
Ce qui est important,
alors, comme investisseur, c'est de s'assurer qu'on finance des entreprises,
par millions de dollars qu'on investit, mais qui, de plus en plus, à chaque
année, réduisent leurs gaz à effet de serre. Et donc c'est ce qui fait que
c'est là la métrique que l'on utilise.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Très bien. M. le député.
M. Bouazzi : Donc,
est-ce qu'on est... Je comprends ce que vous dites, mais juste... parce que
c'est quand même important, je pense. Et vous avez les deux chiffres, ça fait
que ça tombe bien, là, mais...
M. Emond
(Charles) : En fait, les deux baissent, oui.
M. Bouazzi : Les
deux baissent, effectivement, d'ailleurs, de manière impressionnante. Je vous
remercie beaucoup, hein, d'être en avance
sur pas mal d'institutions financières dans les objectifs de baisse de gaz à
effet de serre. Ceci étant dit,
encore une fois, les baisses relatives sont à prendre avec un grain de sel par
rapport aux baisses absolues, qui sont, à nos yeux, de loin les plus
importantes.
Je
vous... j'irais ensuite au graphique 4 qui montre, en fait... donc, qui
s'appelle : Une minorité d'investissements génèrent la majorité des
empreintes de carbone du portefeuille. Et puis on voit, en gros, quels
pourcentages de quels investissements créent
quelles proportions de tonnes de CO2. Et puis ce qu'on voit, c'est, par
exemple, que l'électricité non renouvelable, qui représente, si je ne me
trompe pas, dans la lecture de votre graphique, 3 %, à peu près, des
actifs, se retrouve à produire 42 % des gaz à effet de serre. On fait quoi
avec ça?
Le Président (M.
Simard) : ...M. Emond.
M. Emond
(Charles) : ...la règle du 80-20, vous avez bien raison. Si on prend
l'ensemble du 400 milliards de la caisse, 85 %, à peu près, c'est des
actifs à zéro ou faible émission. Évidemment, on a encore des actifs qui sont
parfois avec une plus forte teneur en gaz à effet de serre, mais on les
accompagne, ces entreprises-là, pour essayer de changer, avec nos
investissements... souvent les convertir dans leurs mixtes, si vous me
permettez l'expression, qu'est-ce qui est en énergie fossile versus énergie
plus sobre en carbone. On fait ça avec des entreprises aux États-Unis, des
entreprises en Inde.
Donc, le but, comme
on dit tout le temps, c'est qu'on essaie aussi de financer tous les secteurs,
parce qu'on va avoir besoin de certains secteurs qui sont pollueurs,
aujourd'hui, mais l'ambition, c'est de les faire baisser. C'est pour ça,
d'ailleurs, qu'on a lancé une enveloppe de transition de 10 milliards,
entre autres, mais qu'en même temps, aussi, on est sortis de la production
pétrolière.
M. Bouazzi : Je
m'excuse, je n'ai vraiment pas beaucoup de temps. Ça fait que je vais essayer
de poser des questions courtes, et puis si vous pouvez m'aider avec des
réponses courtes...
M. Emond
(Charles) : Il n'y a pas de problème. Pas de problème.
M. Bouazzi : Dans
les émissions de GES, il y a la question de niveaux de scope, qu'on appelle
scope 1, scope 2, scope 3. Donc, scope 1, c'est les émissions directes liées
aux opérations courantes et aux bâtiments; scope 2, c'est les émissions
indirectes liées à l'approvisionnement en énergie; et le scope 3, c'est les
émissions indirectes liées, par exemple, aux chaînes d'approvisionnement et
surtout aux émissions financées par les portefeuilles d'actifs. Dans un cas, si
on veut, par exemple, le transport de gaz naturel, est-ce que vous comptez
l'utilisation du gaz, à la fin, dans vos émissions de gaz à effet de serre?
M. Emond
(Charles) : Dans l'industrie, actuellement, le scope 3 est très, très,
très difficile à quantifier. Je vous dirais qu'à ce stade-là il y a des travaux
qui sont en cours dans l'industrie, mais on n'est pas encore à l'étape de quantifier le scope 3. D'ailleurs, tous les grands
joueurs dans le monde se concentrent sur le scope 1, scope 2, parce que
la précision de ces informations-là serait extrêmement difficile à quantifier
aujourd'hui.
M.
Bouazzi : Donc, plus précisément, le transport de gaz naturel, juste
le fait d'être propriétaire du tuyau, on ne compte pas le scope 3, et donc le
tuyau en lui-même n'est pas émetteur de gaz à effet de serre?
M. Emond
(Charles) : Bien, c'est quand même des actifs avec plus forte teneur
de gaz à effet de serre, mais on ne se rend pas jusqu'à l'utilisateur final.
Comme, par exemple, comme... si on détient Alimentation Couche-Tard, on ne va
pas quantifier comment les gens émettent avec l'usage de leurs véhicules.
M. Bouazzi : Bien,
prenons un cas au hasard, prenons Énergir, par exemple. Ici, est-ce qu'on tient
compte ou pas de l'utilisateur final? Je
veux dire, aujourd'hui, le gaz naturel, dans nos bâtiments, c'est 7 % des
gaz à effet de serre au complet du Québec. Est-ce que ce 7 % là
apparaît dans les chiffres que vous avez ou pas?
M. Emond
(Charles) : On se concentre sur le scope 1, scope 2, mais, comme je
vous dis aussi, dans Énergir, ce qu'on considère, c'est tout le plan
décarbonation qu'ils ont, le gaz naturel renouvelable, l'efficacité
énergétique...
M. Bouazzi : Est-ce
que le 7 % dont je parle, qui est le 7 % des émissions de gaz à effet
de serre dans les bâtiments dus au gaz naturel, est pris en compte, oui ou non?
M. Emond
(Charles) : Bien, il va être pris en compte dans nos édifices, nos
actifs immobiliers, mais pas dans tous les...
M. Bouazzi : Pas
dans Énergir?
M. Emond
(Charles) : Non, pas dans... Non.
M. Bouazzi : Donc, Énergir retomberait... le fait d'être
propriétaire d'un distributeur de gaz naturel ne tomberait pas dans les
fortes émissions de gaz à effet de serre?
M. Emond
(Charles) : Vous allez devoir me répéter cette question-là. Je ne suis
pas certain d'avoir saisi.
M. Bouazzi : Donc,
le fait d'être propriétaire... Étant donné que la... les émissions de gaz à
effet de serre dues aux consommateurs
d'Énergir, de gaz naturel, ne comptent pas dans les émissions de gaz à effet de
serre, Énergir, qui est juste un transporteur, qui n'est pas ni un
producteur ni un consommateur, à la fin, ne tombe pas dans les compagnies que
vous considérez comme émettrices de gaz à effet de serre?
M. Emond
(Charles) : Bien, il n'y a pas de catégorie «n'émet pas ou émet des
gaz à effet de serre». Elles ont une intensité carbone, chacune d'elle, puis on
l'intègre, à ce moment-là...
M. Bouazzi : Exact.
Mais donc c'est faible...
M. Emond
(Charles) : ...avec le scope 1 et 2.
M. Bouazzi :
...faible intensité carbone?
M. Emond
(Charles) : Bien, ce ne serait pas une faible intensité carbone, parce
que c'est quand même une... par rapport à l'ensemble, si vous prenez une
entreprise de services, ça émet beaucoup plus.
M. Bouazzi : Est-ce
que vous considérez le gaz fossile comme une énergie de transition?
• (16 heures) •
M. Emond
(Charles) : Juste le gaz naturel, parce que les sources d'énergies
fossiles sont 80 % des sources d'énergie dans le monde. On est sortis du
pétrole, on est sortis du charbon. Le renouvelable est seulement 10 %.
Alors, on considère que le gaz naturel est la dernière énergie fossile
importante qui est nécessaire dans la transition, parce que c'est un élément très important, sinon il ne restera plus rien
pour faire fonctionner l'économie. Donc, on est un très grand investisseur dans le renouvelable, mais il faut garder un
peu du côté du gaz renouvelable... du gaz naturel, pardon, un
investissement comme source de transition.
Le Président (M.
Simard) : M. le député.
M. Bouazzi : Je comprends. Je rappelle encore une fois que
c'est quand même 7 % des émissions de gaz à effet de serre du...
tout le Québec, sont dues au chauffage au gaz dans nos édifices ou l'énergie
utilisée. Il n'y a pas juste le chauffage, évidemment, et je ne parle pas
spécialement de l'utilisation industrielle.
Peut-être ma question
pour M. le ministre, c'est... Actuellement, la Caisse de dépôt fait du très bon
travail sur les deux piliers dont elle est responsable, donc, créer de la
richesse à partir de ses investissements et faire avancer l'économie du Québec.
Est-ce que l'idée d'y incorporer une troisième... un troisième pilier qui est
considéré à enchâsser, si on veut... dont la mission, les
objectifs de baisse à... gaz à effet de serre mondial, parce que c'est des
investissements mondiaux, incluant aussi les implications sociales, serait
quelque chose... vous seriez ouvert? Vous savez, évidemment, que nous avons
déposé un projet de loi dans ce sens, la semaine dernière. Est-ce que...
Le Président (M.
Simard) : En quelque 30 secondes, s'il vous plaît.
M. Girard
(Groulx) : Bien, je pense qu'on n'a pas besoin d'un projet de loi. La
caisse est déjà en mouvement, vous l'avez souligné vous-même. Et puis ensuite
il faut se rappeler que la caisse, c'est un fiduciaire, c'est-à-dire qu'elle
place de l'argent qui ne lui appartient pas. C'est des... Il y a des politiques
de placement, en arrière de l'argent qui lui est confié, et ces politiques de
placement visent à...
Le Président (M.
Simard) : Très bien...
M. Girard
(Groulx) : ...maximiser un rendement versus un passif. Et donc...
Le Président (M.
Simard) : Merci beaucoup...
M. Girard
(Groulx) : ...donc, on est dans une gestion d'appariement des caisses
de retraite.
Le Président (M. Simard) : Nous poursuivrons au
prochain bloc, M. le ministre. M. le député de Marguerite-Bourgeoys,
vous disposez de 18 minutes.
M.
Beauchemin : Merci beaucoup, M. le Président. Azure, je veux discuter
un petit peu avec vous de ça. Je veux, en
fait, confirmer une chose. Plus de 50... en fait, selon un article, là, que
j'ai vu, 53,4 % de l'actionnariat d'Azure est détenu par la Caisse de dépôt. Est-ce que c'est fréquent? Je pose la
question au ministre pour qu'il la dispatche, là. Est-ce que c'est
fréquent d'avoir au-dessus de 30 % dans un capital-actions d'une
compagnie?
Le Président (M.
Simard) : ...
M. Emond
(Charles) : ...entreprises. On peut parler peut-être d'une... 35
positions dans tout l'ensemble du portefeuille, donc c'est un tout petit
pourcentage, et la loi le permet déjà dans certaines circonstances. Souvent,
c'est quand il y a un fondateur qu'on doit
remplacer, qui avait une position majoritaire. Si c'est avant, un premier
rappel public à l'épargne... ou si la société, des fois, a des enjeux de
liquidité et qu'on doit faire une injection, et ça le permettait dans...
surprenamment, dans les entreprises gazières et pétrolières, à l'époque, avec
la nouvelle stratégie axée sur le renouvelable. Il y a eu un amendement sur la
loi pour pouvoir nous aider à nous distinguer davantage encore sur les marchés,
capter des transactions et aller en ligne avec notre stratégie climatique.
Le Président (M.
Simard) : Cher collègue.
M.
Beauchemin : Merci, M. le Président. Est-ce que vous pouvez nous
expliquer le processus de décision d'investissement qui a été mis en place, je
pense, en 2016, pour faire cet investissement-là?
M. Emond (Charles) : Bien, Azure, c'est une
entreprise, comme vous dites, qu'on détient à 53 %. À l'époque, ça
n'a pas été 53 %, on a monté au fil des années. Il y a aussi le fonds...
Régime de retraite des employés municipaux de l'Ontario, OMERS, qui est avec nous
à hauteur de 22 %. Et c'est une entreprise dans le renouvelable, c'est un
des plus grands producteurs d'électricité dans le renouvelable en Inde, forte
croissance, qui fait également toujours des profits aujourd'hui. Et donc, ça
s'est inscrit dans cette expansion-là, dans un marché où est-ce qu'il y avait
des bons actifs, une société profitable avec des actifs réels dans un marché en
émergence.
M.
Beauchemin : OK. Donc, si ça avait été évalué de cette façon-là, ça
cochait les cases...
M. Emond
(Charles) : Oui.
M.
Beauchemin : ...c'était l'investissement.Parfait. Le suivi a
été fait comment? Comme l'ensemble des
placements, mais, disons, spécifiquement à Azure, le suivi, là, le monitoring
de l'investissement, ça se faisait comment?
M. Emond
(Charles) : Bien, il y a un conseil d'administration, il y a une
équipe d'investissement. C'est sous la
responsabilité du chef des infrastructures, Emmanuel Jaclot, qui est un
portefeuille en forte croissance qui représente aujourd'hui peut-être
55 milliards sur le 400, et il y a des équipes en Inde, sur place. On a
une présence importante là-bas. On a des
équipes membres de conseil d'administration, et le suivi se faisait sur une
base, là, régulière, sur un actif qui, je dirais, était peut-être dans
les quatre, cinq plus importants en Inde.
M.
Beauchemin : Donc, c'était régulier, trimestriel?
M. Emond
(Charles) : Oui, bien, même, les équipes... Sur des investissements
comme ça, il y a des équipes qui vont avoir
quatre, cinq dossiers. Donc, ils sont, sur une base continue, là, au quotidien,
à la semaine, très impliqués dans ces dossiers-là. Les dossiers d'actifs
privés, c'est avec des équipes sur place, sur le terrain.
M. Beauchemin : OK. Le premier signe
qui est apparu comme quoi il y avait potentiellement, là, du sable dans
l'engrenage, c'est arrivé quand?
M. Emond
(Charles) : Bien, je dirais que ce qui est arrivé... Vous
faites référence, là, aux nouvelles qu'il y a eu. Puis je dois être
prudent, je veux juste le dire d'avance, sur Azure, qui est une société
publique. Il y a juste un petit pourcentage de la compagnie qui demeure public,
mais elle est soumise aux mêmes obligations.
Ce qu'on a eu, c'est des enjeux de contrôle
interne sur un contrat spécifiquement, et donc l'entreprise... Dès qu'on a su
ça, nous, comme actionnaire principal, on a pris toutes les mesures
immédiatement pour faire une analyse de tous les contrats en cours.
Actuellement, au moment où on se parle, même si ça impliquait, ça, d'avoir créé
un comité indépendant du conseil d'administration d'Azure pour faire toute une
analyse puis une enquête indépendante, il y
a aussi trois grands cabinets comptables qui sont actuellement en place pour
mettre en... une recommandation sur tous les contrôles internes.
Alors, pour nous, même si ça impliquait un délai
dans le dépôt des états financiers, on voulait faire tout ce qu'on avait à
faire. Il y a eu des changements au niveau de la direction suite à ça, parce
qu'il y a des personnes qui avaient agi, de notre point de vue, pas de la bonne
façon d'un point de vue éthique, des nouveaux membres du conseil
d'administration également qui ont été... puis qui sont en voie d'être nommés.
Actuellement, le dépôt des états financiers, on y travaille avec ces
cabinets-là, ça devrait se faire dans les semaines à venir. On est en
discussion avec les banques pour obtenir tout ce qu'on a besoin. On va avoir
une conclusion de l'enquête indépendante...
Le Président (M. Simard) : Très bien.
M. Emond (Charles) : ...sous peu.
Puis la compagnie fait toujours des profits. Donc, il faut faire attention...
entre le prix de l'action qu'on voit, alors qu'il reste seulement 4 %,
5 % coté en bourse, et les mesures qui sont mises en place. C'est une
société encore en santé financière, de ce point de vue là.
M.
Beauchemin : Justement, vous parliez de membres sur le conseil
du CA, vous en avez deux actuellement, c'est bien ça?
M. Emond (Charles) : Oui.
M. Beauchemin : Est-ce que
l'intention, c'est d'en avoir plus?
M. Emond (Charles) : C'est toujours
lié un peu aussi au pourcentage d'actions qu'on a. Initialement, on en avait quatre, donc, c'est-à-dire, des fois, il y a
des gens... Disons qu'on a un nombre de postes du conseil d'administration
qui nous revient par la gouvernance, de par
l'investissement qu'on a, il y en avait quatre, incluant le président du
conseil. On avait deux de nos
employés qui y siégeaient également et deux qu'on nommait les administrateurs
désignés par la caisse, mais ne travaillant pas à la caisse.
M.
Beauchemin : D'accord. Puis là vous m'excuserez, je crois qu'on
parle ici de dollars canadiens, initialement, donc, l'investissement
était valorisé à 630 millions de dollars canadiens?
M. Emond (Charles) : À peu près
600 millions, oui.
M.
Beauchemin : 600 millions, OK. Puis aujourd'hui la valeur
au... de votre position, ça vaut convient maintenant?
M. Emond (Charles) : Bien, on est
dans un... On est dans une fourchette, là, comme on peut voir dans les états financiers. Pour nous, c'est un
investissement qui n'est pas nécessairement parfaitement représenté, là, par le
cours de bourse. Donc, on a une
valeur au livre qui est inférieure au coût original de 600 millions, je
vous dirais, aux environs peut-être de quelque chose qui est un peu plus
comme dans le coin d'un 400 millions.
M. Beauchemin : 400?
M. Emond (Charles) : 400 millions.
M. Beauchemin : OK. Maintenant que
l'histoire évolue, il y a eu des développements, et tout... les grandes leçons
qu'on pourrait, disons, prendre de ça pour améliorer la politique
d'investissement à l'avenir, ce serait quoi?
• (16 h 10) •
M. Emond (Charles) : Bien, c'est une
bonne question, parce qu'on tire toujours des leçons, là, quand... Puis ce n'est pas un investissement encore que... je
veux dire, qui va avoir une perte nécessairement, là. L'histoire est loin
d'être terminée, puis c'est une entreprise qui fait des profits. Mais
premièrement, on met une nouvelle politique en place pour toutes encadrer nos sociétés opérantes.
«Sociétés opérantes», j'entends par là qu'on détient plus de 50 %. Il n'y
en a pas beaucoup, mais on en met une. Il va y avoir, entre autres avec
les dirigeants de ces entreprises-là, celles qui sont basées en Inde... On va
demander des attestations annuelles du président et de son comité de direction
pour attester, pour qu'ils répondent à nos
exigences en matière de contrôle interne, d'éthique, tout ça. Il y a une
formation obligatoire également qu'on
met, là, pour tous les membres du conseil d'administration sur ce qui sont...
au niveau de nos attentes en termes d'éthique puis de conformité.
Et puis, donc, c'est
tout un travail d'encadrement et de gestion de nos filiales comme ça, qui est
en place, et tout ce que ça implique au
niveau RH, fiscalité et comptabilité. Donc, de ce point de vue là, je dirais,
c'est ce qui résume les principales mesures.
M.
Beauchemin : ...donc, mise en place suivant la radiation?
M. Emond
(Charles) : Je dirais qu'on a des politiques... Bien, premièrement, il
n'y a pas de radiation encore, je tiens à le dire, mais une baisse de valeur,
mais pas de radiation. Ces politiques-là étaient en place, mais, comme dans n'importe quelle autre politique de
conformité à la caisse, ou d'éthique, ou de... on vise toujours à continuer à
s'améliorer au fur et à mesure qu'on fait d'autres types d'investissement.
Donc, on est venus bonifier, je dirais, des pratiques existantes
davantage, surtout pour des entreprises où est-ce qu'on se retrouve dans des
marchés émergents, tout ça, donc, des
attestations, tout ça, de la part de la direction. On trouvait que c'étaient
des choses qui viennent encore plus entériner ce qu'on a besoin.
M. Beauchemin :
Vous avez mentionné tantôt
qu'Azure, qui est dans le solaire, fait partie de votre portefeuille
d'infra?
M. Emond
(Charles) : Infrastructures.
M. Beauchemin :
OK. Ça représente combien, le
portefeuille d'infrastructure en pourcentage de la Caisse de dépôt?
M. Emond
(Charles) : 15 %, grosso modo, oui, plus ou moins 1 %, là.
M.
Beauchemin : La répartition géographique en infrastructures, est-ce
que vous auriez cette information?
M. Emond (Charles) : 70 %... Je vais y
aller un peu de mémoire, donc permettez-moi, au besoin, de préciser. Je dirais 65 %, 70 %, Amérique du Nord;
15 %, 20 %, Europe... 65 %, Amérique du Nord, je dirais, un
15 %, 20 %, Europe; un 15 %, reste du monde, à peu près.
M.
Beauchemin : OK. Je vais vous la poser directement, là. La place du
Canada, quand vous parlez d'Amérique du Nord, c'est combien, dans le 65 %,
là?
M. Emond (Charles) : Je n'aurais pas
l'information. Je vais me risquer à 20 % à peu près. Ce serait majoritairement
aux États-Unis.
M.
Beauchemin : Donc, 20 % de 65 % ou...
M. Emond
(Charles) : 20 %.
M.
Beauchemin : ...ou le tiers de 65 %?
M. Emond
(Charles) : Le tiers du 65 %, oui.
M. Beauchemin :
D'accord. Est-ce que,
là-dedans... je vais y aller encore plus spécifique. Combien là-dedans
représenteraient des projets d'infrastructure au Québec?
M. Emond
(Charles) : Projets d'infrastructure au Québec, bien, il y en a un
très beau qui s'appelle le REM, qui est un projet important. On a, au niveau
d'Énergir... Il y a des sociétés également qui sont dans l'infrastructure
renouvelable, on parle des sociétés comme Boralex, on parle de sociétés comme
Innergex. Il y a eu une transaction récemment au niveau de l'autoroute 25,
qui a été annoncée, dont on en a parlé.
Donc, il y a quelques
milliards, là, au Québec. Dans les 80 milliards au Québec, il y a quelques
milliards facilement en infrastructures, oui, puis beaucoup de potentiel, je
dirais, également, probablement, le portefeuille avec le plus de potentiel pour
le Québec dans les investissements à venir.
M.
Beauchemin : Au Québec, en tant que tel.
M. Emond
(Charles) : Oui.
M.
Beauchemin : Je vous amène sur ce terrain-là, parce qu'il y a
clairement une prime géopolitique, là, d'investir dans d'autres juridictions,
comme, par exemple, en Inde. Est-ce que le... Dans le modèle que vous utilisez
à la caisse pour pouvoir prendre cette décision-là, de savoir où aller placer
votre argent en infrastructures, est-ce que la prime de risque associée à un
pays est évidemment calculée, j'imagine?
M. Emond
(Charles) : Oui, évidemment, si on fait un projet d'infrastructure aux
États-Unis versus en Inde, ou dans un marché émergeant, ou en Indonésie, ou peu
importe, évidemment il y a une prime de risque additionnelle qu'on demande,
qu'on exige dans notre rendement pour... toutes choses étant égales, par
ailleurs, oui.
M.
Beauchemin : Puis actuellement, quand vous regardez les conditions de
marchés mondiaux dans le secteur infrastructures, est-ce qu'il y a un équilibre
rendement-risque qui semble se démontrer ou il y a encore des opportunités plus
intéressantes dans certaines juridictions?
M. Emond
(Charles) : C'est un secteur qu'il faut être prudent parce que c'est
le secteur qui est le plus actif de toutes les classes d'actifs dans le monde.
Il y a comme des centaines de milliards de nouveaux fonds qui sont très
déployés, donc, il peut y avoir une surenchère.
L'avantage qu'on a,
il est de deux aspects. Un, notre taille nous permet d'aller... pour des
transactions qui fait qu'il y a peu de
compétition. La deuxième des choses, c'est parfois... c'est de le jouer
intelligemment dans un autre volet, plus en amont, disons, avec parfois
des plateformes, des développeurs. Donc, au lieu d'acheter du renouvelable qui
coûte très cher, qui est déjà mature, on aide à le construire puis à le vendre,
par la suite, à d'autres qui veulent payer cette prime-là. Donc, on achète la
prime de profits, le greenfield.
M.
Beauchemin : D'accord. Selon vous, il y aurait-tu une place plus
importante... Indirectement, là, vous avez répondu à ma question, mais, plus
précisément, si on avait à dire les tops trois géographies pour le monde
de l'infrastructure, selon vous, ça représente lesquels?
M. Emond (Charles) : Ça dépend du type
d'infrastructure. Il y a beaucoup de choses en infrastructures. Il y a des...
M.
Beauchemin : Dans... disons, dans le solaire.
M. Emond (Charles) : Ça dépend, mais, je veux
dire... On a fait récemment une... Je vais... de façon intéressante. On
a ouvert récemment une première transaction dans le renouvelable au Japon, qui
avait des attributs intéressants. Les
États-Unis, évidemment, avec le IRA, il y a beaucoup de vélocité dans ce
marché-là actuellement. On a fait beaucoup de solaire également en
Espagne, dans les dernières années, en Europe.
Ceci dit, on n'a pas
de quota de dire : Ça prend tant dans tel pays. On essaie de comprendre la
dynamique réglementaire, le potentiel de
chaque marché, mais on y va aussi d'une façon opportuniste avec les
transactions qu'on voit, qui nous sont apportées.
M.
Beauchemin : Est-ce que... Je vais vous poser la question
différemment. Est-ce que le Canada représente un endroit, que ce soit dans
l'énergie et infrastructure, que ce soit le solaire ou le «wind», est-ce que,
selon vous... ou autre, là, est-ce que le Canada représente un bon potentiel de
futurs investissements en infrastructures?
M. Emond
(Charles) : Oui. S'il y a un TGF ou un TGV, ça fait un gros projet
d'infrastructure...
M.
Beauchemin : C'est certain.
M. Emond
(Charles) : ...évidemment, des entreprises ici qui ont développé
l'éolien. Je pense qu'au niveau infrastructure,
il y a beaucoup au niveau du transport et puis du renouvelable qui est possible
au Canada, puis évidemment au Québec, tout particulièrement. Alors, oui,
c'est quelque chose qu'on surveille très attentivement. Quand je faisais
mention que l'infrastructure est probablement la classe d'actif qu'on voit le
plus fort potentiel, tout à l'heure, bien, ça s'inscrit un peu là-dedans.
M.
Beauchemin : Puis justement, par rapport à ce commentaire-là, c'est
infrastructures dans le sens large...
M. Emond
(Charles) : Sens large.
M.
Beauchemin : ...et non spécifique à, disons, le transport.
M. Emond (Charles) : Oui, sens large, mais la
mobilité durable est dans... qui est particulièrement intéressant qu'on
voie, mais c'est quand même la classe d'actifs dans son ensemble malgré tout.
M.
Beauchemin : Au niveau de la course à la décarbonation, au niveau des
sources d'énergie, selon vous, lesquelles
représentent le plus de potentiel à l'échelle mondiale, disons, en termes...
pour un investisseur comme vous?
M. Emond
(Charles) : Ah! bien, comme je disais tout à l'heure, le...
Évidemment, on ne pense pas que c'est dans l'énergie fossile, parce qu'on en
sort, alors il y a une courbe de baisse de demande. Le renouvelable, je l'ai
dit tout à l'heure, il y a seulement
10 % de toutes les sources énergétiques dans le monde, donc, il y a
énormément à faire de ce côté-là.
Donc, pour nous, on considère que, comme classe
d'actifs, tout ce qui est dans le renouvelable et... va continuer à avoir un vent de dos important de par la force des choses.
Évidemment, il va falloir être prudent dans les valeurs, combien qu'on
paie pour ça, mais il y a une façon de le faire intelligemment. D'ailleurs, la
preuve, si on regarde dans les cinq
dernières années, si on n'avait pas sorti de la production pétrolière, mais
qu'on avait gardé, à notre portefeuille, la même pondération...
Le Président (M. Simard) : Quelque
30 secondes, s'il vous plaît.
M. Emond (Charles) : ...que dans
l'indice, on aurait fait 200 millions de profit sur cinq ans avec l'énergie
production pétrolière. On a fait 6,4 milliards de profits sur cinq ans
avec le renouvelable.
Le Président (M. Simard) : Conclusion,
s'il vous plaît.
M. Beauchemin : ...je vais
probablement continuer sur ce sujet dans mon prochain bloc.
• (16 h 20) •
Le
Président (M. Simard) : Merci à vous, cher collègue. Il vous restait cinq
secondes qui vous seront ajoutées. M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci beaucoup, M. le
Président. Ma première question... En fait, il y a à peu près un an, suite à un
rapport de la Vérificatrice générale du Québec, Le Devoir titrait :
La Vérificatrice générale écorche les pratiques de la Caisse de dépôt. Elle
déplorait, et je cite, qu'«il n'y a pas de politique relativement au blanchiment
d'argent ou certaines politiques directives ne sont pas appliquées telles
qu'elles sont décrites».
Ça fait que ma première question, c'est :
Est-ce que vous avez mis, à la suite du rapport de la vérificateur général...
est-ce que vous avez développé un plan d'action?
M. Emond
(Charles) : Oui. Il faut comprendre que c'était un audit de
conformité. Donc, si, à un seul moment... on le fait à 99 % du temps, mais
qu'il y a à un moment donné que ce n'est pas fait exactement comme ça devrait
être fait, donc, ça rentre comme non conforme. Ceci dit, pour vous rassurer,
parce que c'est très important, on a raffiné encore plus nos politiques,
et 90 % de toutes les recommandations de la VGQ seront implantées d'ici la
fin de l'année. Donc, essentiellement, tout le plan, là, va être fait d'ici
quelques mois.
M.
Bouazzi : Et j'imagine que vous pouvez... les mesures sont ou
publiques, ou vous pouvez nous les communiquer, les mesures que vous
avez mises en place?
M. Emond (Charles) : Bien, en tout
cas, on a... Notre VGQ assiste à tous nos comités de vérification, et puis il surveille avec nous... on doit faire un
rapport sur l'implantation des mesures, des recommandations qu'ils nous
ont faites, puis on les applique de façon très diligente.
M. Bouazzi : Vous avez dit, ces
dernières années, que la caisse ne vise pas, par ses placements, dans les
entreprises ayant recours aux paradis fiscaux ou... la question de payer un
minimum de 15 % d'impôt était importante
pour vous, et qu'il avait un certain
nombre de compagnies que vous aviez sur une liste de surveillance pour... si on
dérogeait à ce 15 %. Combien il y a d'entreprises sur cette liste de
surveillance?
M. Emond (Charles) : Donc, sur une
analyse de plus de 1 800 dossiers, il y a 11 dossiers, donc,
c'est 0,05 % en nombre de dossiers en dollars.
Ces 11 dossiers là totalisent 1 milliard de dollars. Ça ne veut
pas dire qu'on pense qu'elles font de l'abus fiscal. Il peut y avoir des
raisons comme, une année, ils ne font pas d'argent, donc, ils ne paieraient pas d'impôt, mais néanmoins, à la lumière
de l'analyse du dossier qu'on a, on juge qu'il est nécessaire d'avoir
une discussion plus en profondeur avec la société et sa direction.
M. Bouazzi : Et donc est-ce qu'il y
a des entreprises où vous êtes désengagés sur cette base-là ou...
M. Emond
(Charles) : Bien, en fait, quand on a émis cette nouvelle
politique là en place, en fin 2020 début 2021, si on considère, après
analyse, que la société ne paie pas un minimum de 15 % d'impôt, soit qu'on
refuse le dossier d'investir, si on n'est
pas déjà investi, mais qu'on pensait investir, ou soit qu'on demande de changer
leur structure fiscale, ou, si on
détient déjà la société, on peut être amené... puis qu'il n'y a pas
d'ouverture, on peut être amené à la vendre comme on l'a déjà fait.
Ces trois catégories-là, qu'est-ce que la
politique... est-ce qu'elle a eu des dents? Je vous dirais, elle nous a permis de soit vendre, refuser ou changer la
structure fiscale pour à peu près une dizaine de milliards en investissements
dans les deux, trois dernières années. Et puis je dirais qu'on est les seuls
dans le monde... on a gagné un prix à cet effet-là. On est le seul investisseur
institutionnel dans le monde qui a une telle politique.
M. Bouazzi : Et
vous en avez vendu combien... l'ordre de grandeur sur ces bases-là?
M. Emond (Charles) : Honnêtement,
jusqu'à présent, on a juste, à mon souvenir, eu besoin... C'est parce que, des
fois, on vient changer la structure fiscale... vendre en tant que tel, il y a
juste un cas que je me souviens dans les deux dernières années, parce qu'on a
senti qu'après discussion avec la société, il n'y avait pas d'ouverture, et
puis on a vendu notre position.
Ceci dit, on vend la position de façon
responsable. Ça veut dire, une fois qu'on décide qu'il n'y a plus rien de ce
côté-là, bien, ça ne veut pas dire qu'on vend demain matin. On peut vendre un
mois après, deux mois après pour le faire de façon responsable, d'un point de
vue fiduciaire, mais la décision de se départir, à ce moment-là, est prise.
M. Bouazzi : L'ordre de grandeur,
c'est un, ça peut-être deux peut-être...
M. Emond (Charles) : Dossiers, oui,
mais on parlait de plusieurs centaines de millions, là.
M. Bouazzi : OK. L'an passé, la
caisse a investi 2,5 milliards de dollars dans la zone franche de
Jebel Ali aux Émirats arabes unis. Sur son site Web, on s'y vante d'un taux
d'imposition de 0 % sur les sociétés et de 0 % sur les revenus
personnels. Et questionné par le journal de Québecor, vous avez déclaré :
«Une zone franche, ce n'est pas la même chose qu'un paradis fiscal.» On peut,
excusez-moi l'expression, faire des acrobaties linguistiques sur qu'est-ce
qu'un paradis fiscal ou qu'est-ce que du dumping fiscal, mais probablement que,
malgré nos désaccords nombreux entre moi et M. le ministre, on peut se mettre
d'accord que l'existence de ces paradis fiscaux, sous toutes sortes de noms, est une attaque à la capacité de
tous les États du monde, en fait, pas juste le nôtre, à recueillir les recettes
fiscales dont elles ont besoin pour fournir tous les services qu'elles ont à
donner aux citoyens. Comment justifier une telle initiative?
M. Emond (Charles) : Oui, on l'a
étudié en profondeur. Premièrement, pour nous, il faut regarder toujours d'un
point de vue des critères du BEPS, hein, qui est le Base Erosion Profit
Sharing. Dans le cadre d'une zone franche
comme ça, qui est une décision gouvernementale simplement dans un port, ce
n'est pas comme une société qui essaie de faire accroire que ses
activités sont en substance dans une juridiction où est-ce qu'on paie moins
d'impôt. Il n'y a pas un transfert de profits vers un pays à fiscalité réduite.
Le port opère toutes ses activités dans la zone franche qui est une décision
gouvernementale comme il y a plein d'autres programmes ailleurs dans le monde.
Ceci étant dit, les Émirats arabes unis sont
signataires du traité de l'OCDE et des 130 pays qu'ils composent, qui est
appuyé par le G20, et donc s'engagent à payer le 15 % d'impôt dans ce
traité-là. Et vers cette migration-là, ce qu'on
va voir également, c'est que les entreprises qui vont avoir plus de
750 millions de profit... de revenus, même dans la zone franche,
sont appelées normalement à faire partie de cet échantillon d'entreprises là
qui va être sujet à un impôt minimum de
15 %. Donc, notre point de vue, c'est pour ça qu'une zone franche, un,
était différente d'un paradis fiscal et,
deux, on voit aussi le pays et la zone franche migrer à terme parce qu'on
considère qui est à... il y a un point de vue acceptable au niveau
fiscal.
M. Bouazzi : Je vais aller sur un
tout autre sujet. On a beaucoup parlé de la question climatique qui est
importante, la question sociale aussi, puis la manière de le calculer, mais il
y a des cas qui sont très, très, très concrets, et la caisse, via sa
participation dans Allied Universal et G4S, est également liée à la compagnie
israélienne Policy Ltd, qui est l'architecte
et l'administrateur de l'académie nationale de police d'Israël. Tous les
policiers israéliens y sont formés, y compris des unités militarisées
qui reçoivent un entraînement aux pratiques répressives que l'on connaît, ainsi que les agents du milieu carcéral où des cas de
torture, de traitements dégradants de prisonniers politiques palestiniens, y compris sur des
enfants, sont largement documentés par des organisations de défense des droits
de la personne.
Rappelons que les rapports dont on parle sont
les rapports qui parlent du système d'apartheid qui se passe en Palestine, Israël. C'est des rapports d'Amnesty
International, de Human Rights Watch, de B'Tselem, une organisation de droits de la personne israélienne et puis,
évidemment, de rapporteurs aussi des... de l'ONU. Comment la Caisse de dépôt
justifie-t-elle d'être encore liée financièrement à cette compagnie?
M. Emond
(Charles) : Bien, je suis... on est entièrement d'accord avec
vous, là, ce n'est pas le genre d'activités auquel on souscrit du tout. Ceci dit, voyons comment tout ça est arrivé
puis voyons ce qu'on essaie de faire pour répondre à la question que
vous me posez.
Premièrement, quand on a été investi, nous,
c'est dans la société Allied. Alors, par la suite, après notre investissement,
quelques années plus tard, Allied a acheté la société G4S. Et donc il faut
comprendre que maintenant ce n'était pas dans la thèse de l'investissement
initial. Les activités dont vous faites référence, je suis entièrement d'accord
avec vous, là, de ce côté-là, juste pour les mettre en contexte... Puis il n'y
a pas de seuil de la matérialité de notre
côté. Dès qu'il y a des activités comme ça, même dans un seul cas, on met ça à
l'agenda et on met de la pression sur la compagnie. On a deux
administrateurs sur 11 au conseil. Des fois, c'est dans la difficulté de ces
activités-là. Premièrement, c'est un
placement privé, donc, on ne pourrait pas vendre immédiatement, comme en
bourse. Ce n'est pas une société cotée. On a 28 %, donc, on est
minoritaires.
Ceci dit, on a
plusieurs appels avec la société sur le sujet en question, dont vous me faites
mention. Il faut comprendre que c'est une entreprise, ça, qui est comme... qui
est à zéro dans les livres d'Allied, parce que c'est tout petit.
C'est vraiment tout petit. Je pense qu'on parle de 4, 5 millions de
revenus, et Allied n'a seulement que 25 %. Donc, il y a un autre partenaire. Donc, je ne peux pas trop révéler,
sauf que vous dire que c'est comme... G4S et Allied s'étaient engagés,
lors de la transaction où Allied a acheté G4S... Il y avait des activités qu'on
s'engageait à vendre. Ce qui est difficile
parfois, c'est qu'il y a des contrats gouvernementaux là-dedans. Le
renouvellement ou l'expiration, tout ça est un peu plus complexe. Il faut que
tu te trouves un acheteur, dans ce cas-ci, un partenaire local.
Je
ne peux pas en dire plus, mais je peux vous dire que c'est exactement dans le
sens de ce que vous faites. On pousse
la compagnie à faire ce qu'elle a dit qu'elle ferait, puis on n'a pas
d'inquiétude qu'à terme, c'est ce qui va arriver.
• (16 h 30) •
M. Bouazzi : Donc,
je comprends que vous faites des efforts pour vous départir...
M. Emond
(Charles) : Oui, tout à fait.
M. Bouazzi : ...d'investissements.
Il me reste combien de temps?
Le Président (M.
Simard) : 1 min 13 s.
M. Bouazzi : 1 min 13 s.
Alors, allons dans un sujet qui n'a rien à voir, mais parlons des conversions
résidentielles des tours à bureaux, qui est un gros sujet actuellement.
Évidemment, Ivanhoé Cambridge, qui est votre bras immobilier, a plusieurs tours
de bureaux, au centre-ville, entre autres, mais il y en a ailleurs. Est-ce
que... Où en êtes-vous sur ce dossier? Est-ce que ça avance, l'idée de... Quel
pourcentage, quel objectif, quelle vision vous avez pour toutes ces tours à bureaux par rapport à la transformation d'une
partie en résidentiel pour les prochaines années?
M. Emond (Charles) : C'est du cas par cas. Les
bureaux, contrairement aux centres commerciaux, ça dépend beaucoup de ce
qui se passe selon la ville, selon... Donc, ce qui se passe à San Francisco puis
à New York, Chicago est très différent de dans des villes secondaires comme,
disons, Atlanta ou Nashville. Deuxième chose, la qualité de l'édifice, au
risque de dire l'évidence, importe énormément. Il y a encore une demande pour
du AAA, très bonne qualité. On le voit ici,
à Montréal, nos édifices comme Édifice Jacques-Parizeau, PVM, son taux
d'occupation est de plus de 90 %, même 100 %. On a à peu près,
je dirais, huit, neuf bureaux dans tout notre portefeuille à travers le
monde...
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
M. Emond (Charles) : ...qui nécessitent
d'avoir un redressement, puis c'est du cas par cas pour une conversion.
Le Président (M. Simard) : Merci,
M. Emond. Et nous poursuivons... M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin :
Je reviens à l'infrastructure.
Vous parliez tantôt que vous vouliez aller plus loin en infrastructures. Juste peut-être nous clarifier... Il y a-tu une
préférence entre la mobilité ou le développement en énergie, développement
énergétique?
M. Emond
(Charles) : Non, c'est deux thèmes, je dirais, prioritaires, mais pas
une préférence.
M.
Beauchemin : OK. Puis quand vous regardez un actif qui a déjà été,
donc, construit, qui produit de l'énergie sans dégager, évidemment, de GES, ça,
c'est une chose... Mais tantôt, on parlait de greenfield pour aller vers du...
éventuellement, brownfield, éventuellement. Est-ce que, dans ce contexte-là, la
composante GES aussi fait partie du processus décisionnel?
M. Emond
(Charles) : Toujours. D'ailleurs, l'infrastructure va probablement
être la classe d'actifs, dans l'enveloppe de transition de 10 milliards
qu'on a annoncée, qui va être la plus active, c'est-à-dire on va souvent
prendre des entreprises, comme je disais plus tôt, qui ont un bon pourcentage
en énergie fossile pour les amener à avoir un renouvellement complet vers du
renouvelable sur quatre, cinq ans, avec nos investissements. Donc, ce n'est pas juste d'acheter du vert, mais d'améliorer, en
fait, des secteurs qui ont un point de départ plus exigeant pour, en bout
de ligne, se retrouver au net avec moins de gaz à effet de serre pour la
planète.
M.
Beauchemin : Donc, on peut comprendre qu'il y a encore un appétit pour
le développement, mais il y a aussi un appétit, si jamais des opportunités dans
le secondaire avaient lieu.
M. Emond
(Charles) : Tout à fait.
M. Beauchemin :
OK. Je veux vous amener sur un
autre investissement, c'est celui de Celsius. Est-ce que vous pouvez
nous expliquer la... le processus de décision d'investissement, là, d'aller de
l'avant dans Celsius, jadis?
M. Emond (Charles) : Oui. Donc, Celsius, c'est
une... ce qu'on appelle le capital de risque. Il y en a peut-être pour
1 milliard et demi, deux milliards à la caisse. C'est un portefeuille qui
a rapporté pas loin de 20 % par année. En général, on fait de la série C.
Sans être trop technique, ça veut dire... je sais que vous connaissez le terme,
mais plus mature comme entreprise, bien que ça reste des entreprises immatures
par rapport à des entreprises établies.
Dans ce cas-ci, il faut
comprendre que, comme tout projet d'entreprise de capital de risque, il y avait
un plan de transformation important de notre part puis un désir aussi... parce
qu'on voyait que c'était un secteur où est-ce qu'il y avait énormément de
volume de transactions, beaucoup d'investisseurs qui s'impliquaient. On voulait
mettre un montant pour se familiariser avec
la... je le dis toujours mal en français, le bloc de... blockchain, on va dire,
si vous me permettez l'expression, qui est une technologie qui a des
applications dans bien des secteurs.
On avait avec nous le numéro deux... le CFO de
la Banque Royale qu'on avait engagé pour mettre en place tout un plan.
Malheureusement, il faut comprendre que le marché a commencé à avoir des
difficultés pas longtemps après. On avait
investi de façon prudente, en dette, en deux montants, pour voir comment toutes
les choses allaient aller. Ceci dit,
la société s'est retrouvée avec les marchés dans une crise de liquidités et le
résultat a été celui qu'on connaît.
Mais, en
termes de processus d'investissement, pour répondre à la question, ça a suivi
les processus d'investissement pour une entreprise de cette
envergure-là. On avait des spécialistes de la crypto aux États-Unis, dans des
firmes établies comme chez Deloitte, et
ailleurs. Il n'y a pas eu... Il n'y a pas de processus qui sont court-circuités
ou raccourcis pour faire un investissement comme ça. Et on voit qu'il y
a eu des... Par la suite, il y a eu des représentations qu'on considère qui ont
été fausses et trompeuses. Comme investisseur, on a déposé certains recours. On
voit que le juge nous a donné raison dans les premières instances. C'est une première
étape vers quelque chose un peu plus loin, on verra. Et le... dans le fond, le
processus est inscrit de cette façon-là.
Moi, ce que je dirais, comme j'ai déjà
mentionné, les leçons apprises dans tout ça seraient... Il y avait un désir,
pour nous, de réglementer le secteur. Probablement que, tant que ce n'est pas
réglementé par les autorités, même si on discutait avec elles, on resterait à
l'écart de ça. Tout nouveau secteur dans lequel on veut investir, on va
rehausser les niveaux d'approbation. L'autre élément aussi que je dirais, c'est
revenir à la recette qui a été gagnante. On ne fait que de la série C. C'était
de la série B, on est peut-être rentrés un an ou deux trop tôt dans la société.
Un bon plan, mais trop de choses, mauvais contexte, donc pas une bonne
transaction, mais ça explique un peu dans... comment ça a été fait.
M. Beauchemin : Puis évidemment,
dans la crise de liquidités, là, qui est arrivée avec Celsius, ça s'est fait
relativement rapidement à cause de la baisse de toutes les cryptos à peu près
en même temps. La fréquence de vérification, est-ce qu'elle était trimestrielle
avant que...
M. Emond
(Charles) : Ah! c'est un dossier qui a apparaît... Bien,
pardon, aviez-vous terminé votre question?
M. Beauchemin : Bien oui, c'est ça,
en fait.
M. Emond (Charles) : Oui. C'est un
dossier qui accaparait une équipe multidisciplinaire au jour, sur une base
quotidienne, parce qu'on avait un plan de transformation, puis du capital de
risque, c'est toujours le cas. Ce que je dirais également, qu'on apprend
là-dedans, c'est que, quand il y a eu une... vous savez, on appelle un fameux
«run on the bank». L'avantage du blockchain, bien, c'est que c'est transparent.
Désavantage du blockchain, c'est que c'est transparent. Ça fait que, quand les
gens commencent à retirer leurs fonds... le font encore plus rapidement que
dans une banque régulière, parce que c'est de façon extrêmement transparente,
on le voit, ce qui a fait que ça s'est déroulé extrêmement vite tout ça. Donc,
je dirais, c'est un autre élément qui était particulier.
Ceci dit, on a quand même fait notre transaction
d'une façon prudente dans une entité. Et c'est ce que je reviens, que le juge
nous a donné raison, où est-ce qu'en bout de ligne on était protégés, où est-ce
qu'il n'y a pas de passif des déposants lié à leurs dépôts. Donc, on verra ce
que ça donne sur la finalité de l'investissement.
M. Beauchemin : Bien, somme toute,
l'investissement, il était quand même classifié à risque... à moyen, haut
risque?
M. Emond (Charles) : Capital de
risque.
M. Beauchemin : Capital de risque...
M. Emond (Charles) : ...oui, c'est
ce qu'on fait de plus risqué dans la caisse. C'est seulement 1,5 milliard,
2 milliards. Je dirais, par exemple, qu'on fait, si vous me permettez
l'expression, du capital de risque prudent, un peu pépère, c'est-à-dire
investisseur de capital de risque typique, vu qu'on est un fonds de pension, on
est dans la partie plus prudente. On est allés peut-être un petit peu plus
loin, parce qu'on se disait qu'on allait la transformer à terme. Et il faut
comprendre, c'est une société qui a amassé plus d'actifs que la Banque
Laurentienne en trois ans. Elle était sur
une forte croissance, mais ça n'a pas donné le résultat escompté. Ceci dit,
malgré cette perte-là, c'est un portefeuille qui a rapporté 20 %
aux Québécois par année depuis cinq ans.
M.
Beauchemin : Bien, justement, la décision, parce qu'il y avait
une transformation à envisager, et tout ça, est-ce que ça, ça sortait un peu à l'extérieur des
paramètres habituels de décision dans une série B pour la Caisse de dépôt?
M. Emond (Charles) : Non, même en
série C, il y a toujours une transformation importante, vous savez, dans ces
entreprises-là. Elles sont peu matures, elles ont une forte croissance mais
n'ont pas de système encore aussi établi que
des grandes entreprises, là, cotées en bourse. Donc, c'est toujours la même
dynamique, il y a une... il y a une stratégie de
transformation de multivolets qui est toujours impliquée. Celle-là peut être un
petit peu plus importante, dans le sens
qu'il y avait une bonne transformation à faire, mais c'est une variation sur le
même thème, là, par rapport à ce qu'on fait toujours en capital de
risque. C'est la même recette.
M. Beauchemin : OK. Dans le cas
présent, je veux dire, la géographie, il n'y a pas vraiment de... il n'y a pas de... La juridiction en tant que telle, ce n'est
pas un élément qui aurait... la décision a eu... comme, ça n'a pas influencé
la décision d'investissement ou ça a influencé la décision de l'investissement?
M. Emond (Charles) : Dans Celsius?
M. Beauchemin : Oui.
M. Emond (Charles) : Non.
M. Beauchemin : Aucunement?
M. Emond (Charles) : Non.
• (16 h 40) •
M. Beauchemin : Quand on regarde,
maintenant, le domaine «overall» du blockchain en tant que tel, pour vous, ça va donc prendre une réglementation au
niveau des banques centrales, sur cette industrie-là en général, pour faire
une prochaine... nouvelle étape ou une prochaine étape?
M. Emond (Charles) : Bien, c'est dur
à dire, mais, vous savez, la crypto en général... ce n'était pas une thèse sur la crypto, mais c'était sur la
blockchain, mais peu importe. Puis, si on regarde la... je pense qu'il va y
avoir... Il n'en demeure pas moins qu'il y en a beaucoup qui circulent
encore, puis une réglementation va être nécessaire sous une forme ou sous une
autre.
Moi, ce que je pense de ce que... Les cryptos,
c'est une chose... ça, on verra, puis probablement que ça, ce n'est pas quelque
chose qui est pour nous. Pour ce qui est du blockchain, bien, ça a une
application qui peut avoir des applications extraordinaires, soit pour les
transferts lors de vente hypothécaire... ça amène une transparence, de l'unicité, une visibilité. Ça, je pense, c'est une
technologie qui, des fois, peut commencer d'une façon, des fois, chaotique, mais qui, à terme, trouve les endroits où est-ce
que ça va être utile. Pour ce qui est de la réglementation, je vais laisser
aux autorités ça, la charge de s'occuper de ça.
M.
Beauchemin : Actuellement, donc, la Caisse de dépôt n'a pas
d'investissement dans du blockchain, que ce soit privé ou public?
M. Emond (Charles) : Non.
M. Beauchemin : Aucun?
M. Emond (Charles) : Non. Il y a...
on pourrait peut-être avoir une petite position infime, indirectement via des
fonds qui auraient un petit investissement, là, parce que je ne veux pas vous
faire croire qu'on aurait... mais ce serait minuscule, là.
M. Beauchemin : Il n'y a pas de
thèse d'investissement.
M. Emond (Charles) : Non, non, il
n'y a pas de thèse d'investissement.
M. Beauchemin : Ce n'est pas une
thèse d'investissement. OK. Parfait.
M. Emond (Charles) : Non, non,
non...
M.
Beauchemin : Je veux toucher un petit peu la question de la
filière d'Ivanhoé Cambridge, qu'on a discutée brièvement, tantôt, avec mon collègue de Québec solidaire. La caisse
possède quand même plusieurs actifs immobiliers à travers le Québec. On a vu ce qui s'est passé, là, récemment, avec la
propriété de Laurier tout juste ici, à côté. Pour la caisse, le centre-ville de
Montréal, comment vous faites pour vous assurer que ça va aider au
développement économique de Montréal,
votre approche globale par rapport au développement d'Ivanhoé Cambridge dans la
région de Montréal, mais aussi ici, à Québec?
M. Emond (Charles) : Oui. Bien, en
fait, toute la stratégie Québec, j'en ai fait l'affaire de tous, c'est-à-dire
qu'il y a... même au sein d'Ivanhoé Cambridge, il y a une personne dédiée avec
son équipe que sur le Québec... qu'elle soit concentrée sur ces efforts-là.
D'ailleurs, on est impliqués dans la relance du centre-ville, là, je parle de Montréal, c'est Ivanhoé Cambridge, Élise Proulx qui préside la relance... le comité de relance de la CCMM, la Chambre de commerce de Montréal métropolitain. Évidemment,
quand on pense... je pourrais nommer plusieurs initiatives, mais, quand on regarde, il y a l'anneau à l'esplanade de Place
Ville-Marie, toute l'activation qu'on va faire, là, estivale de l'esplanade
avec C2.Mtl, Les 3 Géants, le festival de Montréal.
Il y a également... je le mentionne parce que
l'infrastructure puis l'immobilier, ça va un peu de pair en termes d'impact
structurant sur un centre-ville. Je me permets de leur dire que l'ouverture du
REM, ce printemps, l'antenne Rive-Sud, va également aider à la relance du
centre-ville, amener plus de gens au centre-ville...
M. Beauchemin : Donc, c'est
confirmé, c'est au printemps.
M. Emond
(Charles) : Oui, c'est ça, c'est que... la meilleure date
qu'on a, jusqu'à présent, c'est qu'on réitère notre engagement pour le printemps. Donc, un, une emphase au niveau des
équipes avec des équipes dédiées au Québec. Deux, il y a un comité transversal
de toutes les classes d'actif pour avoir une action structurante que Kim Thomassin préside. Et puis on a des initiatives sur le terrain, tant par Ivanhoé
que le groupe d'infrastructures pour aider à la relance du centre-ville.
Puis il y a d'autres projets qui sont
actuellement en cours, là, avec... en discussion avec le gouvernement par ces
deux groupes-là. Ça fait que c'est pour ça que je reviens avec
l'infrastructure, l'immobilier ont beaucoup de potentiel très, très, très dynamique
et structurant pour le centre-ville de Montréal. Donc, il y a ça à Montréal,
puis ici, également, à Québec, il y a
plusieurs projets qu'on regarde qui vont nous permettre d'aider à la relance de
centres-villes un peu partout... bien, ici, mais également ailleurs.
M. Beauchemin : Quand vous parlez,
là, de relance de centres-villes, que ce soit Québec, ou Montréal, ou ailleurs, vous... vous sembliez faire une
distinction, tout à l'heure, à propos des actifs d'Ivanhoé Cambridge, qui sont
dans les centres commerciaux, versus peut-être, quoi, les tours à
bureaux, c'est ça?
M. Emond (Charles) : Oui. Au Québec,
il y a beaucoup de choses, là, avec Ivanhoé Cambridge. On a des tours à
bureaux, on a des centres commerciaux, on a du résidentiel puis on a des
entrepôts, de la logistique, et tout... Chacun
de ces actifs-là peut avoir un volet structurant, et Ivanhoé Cambridge est en
discussion sur tous ces aspects-là soit avec la ville, soit avec le
gouvernement, soit avec des propriétaires ou des partenaires.
Il y a aussi
toute la densification, aussi, autour du REM qui vient s'inscrire. Quand je
parle d'une convergence entre l'immobilier puis l'infrastructure, c'est qu'on
voit tout ce qui s'est construit sur la Rive-Sud. Je ne suis pas au
centre-ville, mais c'est quand même la création d'un pôle important sur la
Rive-Sud. Il s'est bâti pour 4,5 milliards, en trois ans, autour du REM. Donc, le REM va agir comme une colonne
vertébrale. Au fur et à mesure qu'il va s'étendre, on va voir un peu la
même chose qui va se créer. On est en discussion avec plusieurs promoteurs pour
des pôles, je dirais, multirésidentiel, commercial, de bureaux, qui va faire en
sorte qu'on va avoir un centre-ville ou une île de Montréal qui va être habitée, densifiée, avec des services puis qui va
redéfinir non seulement comment qu'on se déplace dans la ville, mais le rapport à la ville. Ça fait que c'est un peu
comme ça que le projet va venir un peu stimuler tant au niveau
immobilier que le déplacement des usagers.
M. Beauchemin : En ce qui a trait au
centre-ville, disons, prenez l'exemple de Montréal en tant que tel, les centres commerciaux et le résidentiel alentour du
REM, bien, c'est déjà, comme, pas mal développé, ça, en tant que tel. Y
a-tu une densification additionnelle qui est possible avec les actifs d'Ivanhoé
Cambridge à l'intérieur?
M. Emond (Charles) : Bien, c'est ça
qui s'est fait. Là, je reviens à Québec, Laurier, c'est un peu ça, c'est de
redéfinir le concept. Dans certains cas, ils sont déjà bâtis. Dans certains
cas, on peut en rajouter. Ça dépend.
Là, je ne peux pas donner d'exemple, mais, à
chaque fois, ce qu'on vise à voir, c'est que, dans le fond, le REM, c'est un...
c'est un TOD, hein, c'est un «transit-oriented development», je m'excuse pour
l'anglais. Alors, ce qui permet avec le REM... c'est de pouvoir créer un pôle
d'attraction, une densification puis, je dirais, une mixité de l'immobilier
plutôt qu'elle soit en vase clos, ce qui fait en sorte que les gens, au niveau
du bureau, leurs résidences, les services,
le commercial, on met les gens plus en proximité dans des quartiers... trouvent
tout ce qu'ils ont besoin, moins de déplacements, c'est plus durable.
Tout ça s'inscrit dans une façon qui est logique.
M. Beauchemin : Oui, je comprends.
Je comprends l'argumentaire. Je n'ai aucun problème avec l'argumentaire en tant
que tel, mais quelqu'un me faisait penser à ça, l'autre jour, que, dans le
fond, c'est une façon beaucoup plus mastodonte, si je peux utiliser
l'expression, les TOD, que, par exemple, les voitures, parce que des voitures,
c'est des gens, ils se déplacent, ils font le trafic sur le pont, ils...
finalement, ils vont s'installer dans les banlieues comme on voit à Brossard,
là, tout ce qui s'est construit alentour de l'extension, là, du REM. Donc,
c'est le même phénomène, en fait, mais de façon beaucoup plus gigantesque tout
alentour du REM.
Donc, pour ce qui est de la densification de
Montréal en tant que telle, ça ne la met pas un peu... pas à risque, mais, disons, ça... c'est comme un vase
communicant, l'eau va couler un petit peu plus vers Brossard, si on peut dire,
d'une certaine façon.
M. Emond (Charles) : Bien non, parce
que, là, on parle juste de la première antenne. Bien là, on arrive à Montréal,
mais on va se déplacer vers l'ouest, vers le nord-ouest, tout ça va s'inscrire.
La même discussion, on l'a un peu partout, puis, à Montréal, il y a beaucoup d'intérêt
de propriétaires fonciers. Vous savez, les bureaux sont plus attrayants si vous
avez un REM qui passe à côté. Puis on est capables de venir redévelopper des
choses comme le Centre
Eaton ou de... d'autres projets, l'édifice Montréal Trust qu'on détient. Donc,
il y a quand même une revalorisation même du mobilier existant, quand on
arrive avec un projet comme ça, parce que ça ouvre une toute nouvelle... C'est regardé sous une nouvelle lentille par les
employeurs, ça amène de l'achalandage, ça amène du trafic. Et, dans ce sens-là,
bien, c'est avantageux.
M. Beauchemin :
...bien, tu sais, si je me mettais dans vos souvenirs puis je reçois le
pipeline de deals potentiels qui pourraient se faire alentour, à savoir est-ce
qu'on va développer plus dans le coin de Kirkland, dans le West Island, est-ce qu'on va développer, peut-être
avec le REM de l'Est éventuel... mais ça, ce sera un autre dossier, ce
n'est pas le vôtre.
Est-ce que je me
trompe à dire qu'en ce qui a trait au développement du centre-ville de Montréal
ça ne va pas un petit peu, comme, rendre,
disons, secondaire, parce que c'est plus dispendieux, reconstruire,
retransformer, etc., au centre-ville?
Ça coûte moins cher sur du «greenfield», si je peux dire ça comme ça, dans
l'ouest de la ville. Je me trompe-tu en disant ça ou...
M. Emond
(Charles) : Je ne vois... je ne fais pas le lien aussi directement,
là, je dirais. Vous savez, tous les projets
de... tous les projets de développement, en fait, sont faits en accord puis en
lien avec les plans de développement des municipalités. Donc, ce n'est pas non
plus Ivanhoé qui va le faire, mais c'est en lien avec ce que les villes
recherchent comme densité puis services qu'ils veulent offrir à la population.
Nous, on s'inscrit là-dedans avec les promoteurs.
Le Président
(M. Simard) : Alors, merci. Je cède maintenant la parole au
député de Camille-Laurin, à qui je dois dire qu'on a collé une petite puce sur
vous, ce matin, puis on peut suivre vos déplacements dans le Parlement toute la
journée en direct.
M. St-Pierre
Plamondon : ...hein, je suis la Myriam Bédard des crédits...
Le Président
(M. Simard) : Vous disposez d'environ huit minutes, cher
collègue.
• (16 h 50) •
M. St-Pierre Plamondon : ...je
skie, puis ensuite je viens faire mon... Bonjour à vous tous. Huit minutes,
c'est ça?
Le Président
(M. Simard) : Un peu moins, oui.
M. St-Pierre
Plamondon : Bon, c'est ça. Donc, ce n'est pas beaucoup de temps. C'est
le sujet des paradis fiscaux qui m'intéresse le plus. Je veux vous parler de ce
sujet-là parce que, bon, c'est une question de finances publiques. C'est
également une question de démocratie, c'est-à-dire que notre démocratie est
fondée sur le fait que tout le monde paie
des impôts. Et, lorsque certains s'y dérobent, bien, ça crée un sentiment
d'injustice qui est tout à fait compréhensible.
Le Parti québécois a
fait plusieurs propositions sur ce sujet-là, notamment de rendre toute
subvention ou aide étatique conditionnelle à
ne pas être dans les paradis fiscaux. Et là j'inclus zones franches, paradis
fiscaux, c'est-à-dire qu'aussitôt que
le taux d'imposition d'un endroit ne correspond pas à l'imposition qui aurait
été normalement prélevée il y a là un mécanisme d'évitement. Puis on
peut utiliser une série de vocabulaires, là, mais, pour les fins de l'exercice
de huit minutes, «paradis fiscaux» inclut tous les endroits où l'imposition est
anormalement basse, et ça permet donc à soit des véhicules ou des compagnies
d'éviter de payer ces impôts-là.
Michel Girard, dans Le
Journal de Montréal, nous apprenait que la caisse est toujours très friande
des paradis fiscaux et des autres endroits avantageux sur le plan fiscal. Elle
continue d'y détenir des placements pour une vingtaine de milliards de dollars
dans plus de 150 sociétés et fonds enregistrés à la... dans des pays à
fiscalité légère. C'est du moins ce qu'il a
réussi à comptabiliser, parce qu'il rapporte également un enjeu de transparence
sur... quels endroits et quels placements, là, se retrouvent dans ces paradis
fiscaux. Et ce qu'on comprend, c'est que la CDPQ a décidé de ne plus publier la
liste de ses investissements dans les paradis fiscaux, ce qui, à nouveau,
soulève des enjeux de démocratie, et de transparence, et donc de confiance.
Ma première question :
Pouvez-vous vous engager à déposer, de manière transparente et complète, toutes
les informations relatives aux investissements de la caisse dans les paradis
fiscaux, comme c'était le cas avant, avec les montants ventilés et toute
l'information pour que ce soit clair?
M. Emond
(Charles) : Bien, en fait, notre information est plus précise
qu'avant. Je suis content que vous me posiez la question parce que... Revenons
sur les faits qui étaient absents dans l'article en question. Notre politique
est unique dans le monde parmi les investisseurs institutionnels. Elle est
supersimple, elle est concrète puis facile à comprendre pour la population.
Puis, quand on l'a établie, cet élément-là était important. Notre politique
est : Est-ce que la société dans laquelle on est investis paie un minimum
de 15 % d'impôt, tel que conforme à l'accord mené par l'OCDE, puis plus de
130 pays, puis par le G20? Point final. Il y a... il n'y a pas d'autre
critère.
Elle ne paie pas ça?
On ne reste pas ou on demande une modification de leur structure fiscale. Et,
si elle le paie, c'est correct, si la
société... On a regardé plus de 1 800 dossiers dans notre
portefeuille, tous les dossiers, en fait, qui étaient en placements
privés, là, et en infrastructure, et en immobilier, tout ça. Et on a
11 dossiers sur plus de 5 000
qui... peut-être pour 1 milliard de dollars, pas 20 milliards,
1 milliard de dollars, vont nécessiter une revue plus en
profondeur, qu'on veut voir si elles ont un mécanisme quelconque qui fait en
sorte qu'elles ne voudraient pas payer plus de 15 %.
Donc, ce qu'on a fourni dans notre
rapport annuel, par rapport à avant, c'est quelles sont les entreprises qui ne
paient pas d'impôt. Ce qu'on avait avant,
puis M. Girard... vous faites référence à M. Girard... dans son article,
voulait, c'est une liste de pays, mais un pays n'est pas une fin en soi, ce qui
est important, c'est ce que... la société paie des impôts, point final. Sinon, ça veut dire qu'une
entreprise au Canada qui paie 2 % d'impôt c'est correct, mais l'entreprise
qui serait dans un paradis fiscal, pour d'autres raisons, ça, ce ne
serait pas correct.
Donc, pour nous,
quand on dit qu'on est friands de ça... vous savez, on est le seul investisseur
institutionnel au monde qui a cette
politique-là. On a gagné un prix, on a impressionné les juges là-dessus, le
IJGlobal ESG Award, quelque chose qu'aucun autre investisseur, selon les
juges, n'accorde. Et je comprends que ça ne fait peut-être pas l'affaire, cette
liste-là, mais elle est plus précise qu'auparavant. On fournit une liste
d'entreprises qu'on considère qui pourraient être fautives.
Le Président (M.
Simard) : M. le député.
M. St-Pierre
Plamondon : Vu que j'ai huit minutes, je vais vous relancer sur autre
chose. J'irai chercher cette information-là. Vous me l'apprenez, on fera la
vérification, on pourra faire un suivi, ultérieurement.
M. Emond
(Charles) : Parfait. Avec plaisir.
M. St-Pierre
Plamondon : Dans la mesure où il reste, supposons, 1 milliard,
peu importe qu'est-ce qui reste en paradis fiscaux, il faut comprendre aussi
que le grand public, lui, suit ça à partir de l'époque où les paradis fiscaux
et la caisse, c'était un sujet qui revenait quand même souvent dans les médias,
à savoir qu'on réclamait de la caisse qu'elle
se retire complètement. Dans la mesure qu'il reste 1 milliard, ou
2 milliards, ou 500 millions dans des endroits où est-ce que le taux d'imposition n'existe pas ou
peu, est-ce que la caisse a un plan pour se retirer complètement de ce qu'on
appelle des zones franches ou des paradis fiscaux? Et, si oui, pour quelle
année ce sera fait?
M. Emond
(Charles) : Bien, il faut voir. Premièrement, on n'en veut pas, c'est
la politique. Donc, dans les 11 dossiers qui sont en cours, on va aller
parler aux équipes de direction, aux présidents de ces sociétés-là puis on va
aller vraiment dans une analyse en profondeur pour juger. Premièrement, une
entreprise, il est possible qu'elle ne paie pas d'impôt pendant une année,
peut-être qu'elle perd de l'argent, ils ont peut-être droit à des crédits
d'impôt ou... je ne le sais pas, ou quoi que ce soit, c'est... Il faut voir
aussi s'il y a un esprit derrière une intention, ou c'est simplement qu'ils ont
un peu moins de 15 % pour une année précise, mais, après ça, ça remonte à
25 %. Il faut regarder ça dans le temps.
Ce que je peux vous
dire, c'est que, dans les deux, trois dernières années, depuis que cette
politique-là a été mise en place, avec la
nouvelle politique de l'OCDE, soit qu'on a refusé de faire l'investissement,
quand on s'est rendu compte d'une telle structure, soit qu'on a vendu,
soit qu'on a changé la stature fiscale... la structure fiscale, pardon, pour
des dizaines de... pour à peu près une dizaine de milliards de dollars.
M. St-Pierre
Plamondon : ...la réponse que la situation s'est améliorée. Ma
question, par contre, est légèrement
différente, M. le Président. C'est : Est-ce que vous vous engagez à un
retrait complet, donc à une politique de résultat et non pas
d'intention, une politique de résultat, tolérance zéro pour les zones franches
et les paradis fiscaux dans vos investissements à la caisse? C'est ça, ma
question.
M. Emond (Charles) : Bien, on ne veut pas être
dans les paradis fiscaux. C'est ce que la nouvelle politique dit.
M. St-Pierre
Plamondon : Ça, c'est votre intention.
M. Emond
(Charles) : Non, non.
M. St-Pierre
Plamondon : Moi, je vous dis : Est-ce que vous prenez un
engagement ferme à y arriver, et, si oui, pour quelle année?
M. Emond
(Charles) : Ce n'est pas une intention. La politique, ça veut dire
qu'on se régit de cette façon-là, à ne pas investir...
M. St-Pierre
Plamondon : Donc, on ne devrait pas... donc, on ne devrait pas en
retrouver, si la politique a déjà... a déjà confirmé le refus complet des
paradis fiscaux et des zones franches?
M. Emond
(Charles) : Nous, si une société ne paie pas, non, on ne va pas rester
dedans ou on ne va pas investir dedans.
M. St-Pierre
Plamondon : Donc, votre engagement à avoir zéro... Votre engagement
tolérance zéro envers les paradis fiscaux et les zones franches, il est
effectif en date d'aujourd'hui?
M.
Emond (Charles) : Bien, écoutez, là, je... ce que je vous dis, c'est
que peut-être que je vais... j'en ai une dans
le 1 milliard qui reste. Je ne peux pas vous dire, mais on va le réviser
puis, s'il y avait quelque chose, on va prendre les mesures qui
s'imposent, mais c'est une revue exhaustive qui s'est faite.
Et, pour la zone
franche, j'ai mentionné tantôt, une réponse tout à l'heure, il faut comprendre
qu'une zone franche, pour nous, ce n'est pas
un cas d'abus de transfert de profit vers une juridiction qui est... disons,
une entreprise veut faire accroire qu'elle a des activités...
Le Président (M.
Simard) : En 30 secondes.
M. Emond
(Charles) : ...dans un pays à fiscalité réduite, et sont signataires,
de... le pays en question, du traité de l'OCDE. Et on croit qu'à terme ils vont
avoir, dans la structure qu'on est, pour une entreprise d'une telle taille, un
pourcentage minimum d'impôt de 15 % qui va être payé.
M. St-Pierre
Plamondon : ...
Le Président (M.
Simard) : Merci à vous, M. le député de Camille-Laurin. Puis on vous
enlèvera votre... on vous enlèvera votre puce, là. Alors, je cède maintenant la
parole au député de Marguerite-Bourgeoys.
M.
Beauchemin : ...président, j'aimerais ça aller sur le terrain des
indices de référence, le benchmarking, le global,
la façon que c'est présenté, en fait, là, dans le rapport, peut-être mettre le
contexte, là, pour que tous soient à peu près sur le même pied d'égalité, là. L'indice de référence que... qui
est utilisé à la Caisse de dépôt, ça a été monté comment puis quelle
sorte de groupes d'intervention à l'interne et à l'externe ont pu participer,
là, pour la construction, là, de l'indice de référence?
M. Emond
(Charles) : Oui, c'est important. Il y a une gouvernance très solide qui
est faite autour des indices, plusieurs
étapes, avec plusieurs firmes externes auditées, vérifiées jusqu'au conseil
d'administration, notifiant nos clients de tout changement, et qui
eux-mêmes, nos clients, les déposants, demandent des avis à leurs consultants
externes. Donc, je sais que des gens pensent que je m'amuse à inventer des
indices dans mon bureau, mais la réalité, c'est que ce sont des indices qui
existent mais qui sont validés en termes de leur représentativité, leur
simplicité, leur mesurabilité. Et cet élément-là, aussi, est un des éléments où
est-ce qu'on va avoir des firmes externes, des firmes de consultants qui
comparent avec ce qui se passe dans l'industrie et viennent valider
l'exactitude.
Alors, c'est
vraiment... tant au départ, il y a un comité à la caisse, indépendant des
équipes d'investissement, qui établit
qu'est-ce que ça devrait être. Donc, les gens qui auraient un intérêt à vouloir
un indice plus qu'un autre sont exclus
constamment de ça. Et ça monte à un sous-comité du conseil d'administration,
qui est le CGR, qui est le comité investissement, gestion, risques, sur
lequel siège notre président, mais d'autres personnes du conseil. C'est validé
par le CA, c'est audité chaque année. Nos
clients sont avisés des changements, demandent des avis à leurs consultants
externes. Donc, c'est quelque chose
sur lequel on est très, très, très surveillés et vérifiés, parce qu'en réalité
ce que les déposants veulent de nous, c'est qu'on leur fournisse une
valeur ajoutée de 80 points de base sur cinq ans. C'est notre bulletin.
Alors, cet élément-là est très important.
Est-ce
qu'il peut varier d'un joueur ou un fonds de pension à l'autre? Bien, la
réponse, c'est oui. Évidemment, elles n'ont pas toutes le même mandat,
elles n'ont pas toutes la même répartition d'actifs. Il faut que tu aies quand
même des indices qui soient représentatifs de ce que tu fais, mais je peux dire
qu'on a des indices qui sont exigeants puis à la hauteur de ce que nous avons
comme stratégie. Il faut comprendre qu'à la caisse, contrairement à d'autres
fonds de pension, nos déposants décident ultimement de la répartition d'actifs,
et donc cet élément-là entre en ligne de compte également.
• (17 heures) •
M.
Beauchemin : ...où est-ce que je voulais en arriver. 48 déposants?
M. Emond
(Charles) : Oui.
M.
Beauchemin : 48 mandats différents?
M. Emond
(Charles) : Oui.
M.
Beauchemin : 48 indices de référence différents?
M. Emond
(Charles) : Non. Il faut comprendre que ce qui distingue les
48 déposants... ils ont le droit à, disons,
cinq portefeuilles, cinq, six portefeuilles qui sont les mêmes, portefeuille
revenu fixe, portefeuille d'actions publiques, portefeuille placements privés,
infrastructures, immobiliers, mais ils ont tous le même produit avec les mêmes
indices. C'est dans la pondération,
il y en a qui vont prendre très peu de risques, il y en a qui vont prendre
beaucoup plus de risques.
Donc, ils ont le
même, je dirais... toujours le même petit cube de jello pour chacun, mais ils
ne mettent pas la même proportion de tout
ça. Mais ce sont les mêmes indices en immobilier pour les 48 déposants, et
peut-être qu'il y a un déposant qui a 5 % d'immobilier, peut-être
que l'autre en a 14 %.
M.
Beauchemin : Est-ce que lorsque c'est... l'annonce des résultats de la
caisse, qu'est-ce qui détermine, donc, ce
genre d'indice de référence, là, qui... la pondération semble être... Est-ce
que ça, c'est la moyenne des déposants, finalement, qu'on voit?
M. Emond
(Charles) : Bien, en fait, c'est une bonne question. Quand on
dit : La caisse génère 9 % de rendement, je ne veux jamais faire peur
à personne, là, quand je dis ça, mais c'est une... ça n'existe pas, c'est une
vue de l'esprit, c'est la moyenne pondérée
des rendements tous différents des 48 déposants. Ceci étant dit, on a
quand même huit déposants qui représentent près de 90 %, si ce n'est pas
plus, de tous nos actifs. La RRQ, juste celui-là, 100 milliards, le plus gros, puis il y en a des tout-petits.
Donc, évidemment, c'est une... c'est un total agrégé de l'ensemble et puis
c'est ce qui fait que le rendement de la caisse, c'est... c'est une
moyenne, mais, la preuve, je ne parle jamais du rendement global de la caisse à
un de nos clients. Ça ne l'intéresse pas.
M.
Beauchemin : ...
M. Emond
(Charles) : Oui, exactement.
M.
Beauchemin : OK. Donc, dans le contexte où est-ce qu'on comprend,
donc, que chaque classe d'actif a été pondérée, chaque sous-classe d'actif a
été mesurée, il y a la construction de l'indice qui a été faite, etc. Puis ça, vous... il y a eu des consultants externes, des
gens à l'interne à la caisse qui ont pu avoir un... peut-être un petit peu leur
grain de sel là-dessus.
Est-ce que vous êtes
capables de nous expliquer la différence entre ce qui se passe à la Caisse de
dépôt, par exemple, puis à une autre caisse de retraite, comme, par exemple,
OMERS ou...
M. Emond
(Charles) : Teachers'.
M.
Beauchemin : ...Teachers' ou...
M. Emond
(Charles) : Bien, si on prend, par exemple... bien, ça va...
premièrement, les fonds de pension dans le Maple 8, il y en a qui vont
vouloir établir un indice basé plus sur le niveau de risque qu'ils prennent
dans l'ensemble. Il y en a qui ne se cassent
pas la tête. Si on prend le Régime de pensions du Canada et on prend un indice
85-15... 85 % actions, 15 % obligations, c'est tout. Nous, ce serait
un 60-40. Ce n'est pas dans nos indices, mais on regarde tout le temps... Il y en a d'autres que c'est plus un
appariement de passifs, où est-ce qu'à ce moment-là la valeur absolue, c'est
moins un élément. Teachers', OMERS sont comme ça. Nous, la caisse ne gère pas
l'aspect passif de ses clients. Puis, dans d'autres cas, ça peut être... ça
peut être autre chose.
Si on prend, par
exemple, Teachers', ce qui peut être trompeur, si je regarde sur cinq ans, nos
indices ont été plus exigeants que pratiquement toutes les classes d'actifs que
Teachers'. Nos indices ont été plus exigeants, depuis cinq ans, en
infrastructures que Teachers', plus exigeants que ceux de Teachers' en
immobilier.
M.
Beauchemin : Plus exigeants dans quel sens?
M. Emond
(Charles) : Plus élevés.
M.
Beauchemin : Plus élevés. Ah!
M. Emond
(Charles) : Ils ont fait une performance plus élevée. Donc, la barre
était plus haute.
Ceci dit, tu peux
quand même arriver, au global, puis, même si on est plus exigeants dans chaque
catégorie d'actifs avec notre indice, Teachers' a un indice global qui va être
plus élevé que nous. Bien, pourquoi? Bien, ils ont peut-être beaucoup plus d'actions,
puis on a beaucoup plus de revenus fixes. Ça fait que, même si notre indice de
revenus fixes est plus exigeant que le leur, puis notre indice d'actions est
plus exigeant que le leur, il n'en demeure pas
moins que les actions, ça fait plus de rendements que les obligations. S'ils
ont beaucoup plus d'actions que nous, puis nous, on en a plus de revenus fixes, même si chaque indice est plus
exigeant, ça va être... ça va être plus bas, au global. C'est ce qui
peut mélanger, des fois, certains chroniqueurs.
M.
Beauchemin : ...on avait une conversation, M. le ministre et moi, ce
matin, entre les classes d'actifs, les obligations
à rendement moindre, les actions à rendement plus... supérieur. J'expliquais la
différence entre la performance du Fonds des générations et le coût
d'emprunt du Québec.
M. Girard
(Groulx) : Mais, juste une précision, M. le Président. On surveille,
évidemment, puisque moi, je suis aussi déposant, on surveille, évidemment, la
performance par rapport aux pairs. Il y a huit caisses de retraite majeures au
Canada. Il y a un enjeu de comparabilité où les périodes de mesure de rendement
ne sont pas les mêmes. Et, comme on est dans
une période de volatilité de marché, de comparer des rendements qui ne sont pas
pour la même période, c'est
difficile. C'est pour ça qu'on va aller... on va regarder le cinq ans, le 10
ans, et la performance de la caisse est bonne par rapport à son indice
cinq ans et 10 ans, et c'est signe d'une saine gestion.
Le
Président (M. Simard) : M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M.
Beauchemin : Merci. Donc, juste revenir... Donc, il y a 90 %,
donc, de la gestion de la caisse... ça, c'est les huit plus gros déposants, là,
qui dictent ça. Quand vous regardez ça puis vous comparez, disons, si c'est
possible de se comparer, parce qu'il y a quand même plusieurs parties qui tirent la couverte de leur bord,
si on peut dire, d'une certaine façon, quand vous comparez, par exemple,
à OMERS, simple, les retraités, là, tu sais, c'est comme...
M. Emond (Charles) :
Oui. La façon de le faire, à ce moment-là... parce que je viens d'un milieu
qui va vous être familier, je me mesure tout
le temps par rapport aux autres, puis avec mes équipes également, sauf qu'on ne
peut pas prendre le global caisse, parce que la caisse a un niveau de risque,
parmi le Maple 8, qui est essentiellement le plus bas ou
l'avant-dernier, beaucoup plus bas. Ce qu'on peut faire, par exemple, puis que
je montre à mes clients, quand ils veulent savoir comme clients :
Qu'est-ce que tu peux me donner comme meilleure mesure, néanmoins?, bien, notre
plus gros déposant, la RRQ, lui, je peux le comparer parce qu'il a un niveau de
risque qui s'apparente plus à mes autres...
mes autres, pardon, je ne vais pas dire compétiteurs, les autres fonds de
pension parce qu'ils en ont juste un, déposant. Donc là, je prends le
plus... ça adonne que c'est le plus gros en plus. Tant mieux.
Si on regarde pour
2022, donner une idée, parce que, ça, je le montre à chacun de nos clients, la
RRQ a un rendement de moins 3,9 cette année, et elle était septième. Ça la
plaçait septième, dans le monde, sur les 40 plus grands fonds de pension dans
le monde. La moyenne de ces 40 plus grands fonds de pension dans le monde était
d'à peu près moins 8,5 à moins 9, là. J'y
vais de mémoire. Le CPP, qui est le fonds de pension du Canada, lui, émet à tous
les trimestres, donc on peut le calculer,
pour le 31 décembre... comme nous, était à moins 5, alors que le RRQ,
moins 3,9. HOOPP est à moins 8,6, on était...
Bon,
à ce moment-là aussi, ce qu'on peut regarder, en 2021, le RRQ a fini premier
parmi le Maple 8. Cette année, vous faites référence à deux noms,
OMERS puis Teachers', qui ont fait à peu près 4 % chacun. Ce sont les
seuls qui ont eu... Teachers'... Ce sont les seuls qui ont eu un rendement
positif dans le monde parmi ces 40 là, les seuls.
Donc, ce n'est pas la
caisse, je dirais, qui est comme une exception, c'est plus ces deux-là. Il y a
une couple de raisons à ça. Dans le cadre de Teachers', ils ont un mandat très
particulier, il y a 20 % de leur portefeuille qui est pour «hedger» à
l'inflation, parce qu'ils s'occupent du passif puis ils doivent fournir des
prestations de retraite nettes de l'inflation. Ils n'ont pratiquement pas de
marché boursier, ils sont en bas de 9 %. La caisse va avoir 25 %,
27 %, et donc, ça, c'est un des éléments qui rentrent en ligne de compte.
Un des éléments
aussi, c'est que Teachers' avait une durée, dans son portefeuille de revenus
fixes, d'un an. Nous, nos clients préfèrent une durée plus longue. On a
10 ans. Dans une hausse de taux, quelqu'un comme vous sait qu'est-ce que
ça a fait, ça a fait une plus grande volatilité. Mais, de ce côté-là, ce que ça
fait, c'est que, si on regarde sur un an, cinq ans, 10 ans, le RRQ se place
toujours à peu près numéro deux ou numéro trois parmi le Maple 8.
M. Beauchemin :
...si on compare, justement, le
portefeuille de Teachers'... excusez, des obligations rendement réel, et
puis aussi du marché monétaire, ou un an obligataire...
M. Emond
(Charles) : Oui, puis plus de... liquides.
• (17 h 10) •
M.
Beauchemin : ...plus de... liquides, effectivement. Quand on regarde
ça puis on regarde, donc, le profil de
déposants de Teachers' en tant que tel, est-ce qu'ils sont rendus, donc, plus
matures comme... non pas comme gestionnaires, mais comme gestionnaires, en fait, de... Est-ce que leurs clients, hein,
les déposants, sont plus matures, disons, dans le processus du cycle? En d'autres mots, à chaque
année, maintenant, Teachers' est plus orienté vers redistribuer de l'argent versus
recevoir des nouvelles contributions?
M. Emond
(Charles) : Oui, du Maple 8, c'est le plus avancé. En fait, il y a
6 %, 7 % de sortie de fonds par année, probablement une base
démographique, les enseignants, qui est plus âgée. Puis il faut comprendre,
donc, que c'est une... ils ont une politique de placement un petit peu... très
différente des autres 40 grands fonds de pension que je vous ai mentionnés. La preuve, c'est, quand on
prend la... Teachers' versus la RRQ, on a dépassé Teachers' comme rendement
dans les quatre des cinq dernières années et on les a dépassés sept fois dans
les 10 dernières années. C'est une stratégie très particulière que
de payer dans une hausse d'inflation record qu'il y a eue comme pour la
première fois en 40 ans, qui a fait que Teachers' est ressorti du lot des
39 autres. Mais, sur le long terme, c'est quelque chose qui nous a plus... bien, qui n'est pas le même
mandat pour nous, mais que, de toute façon, sur le long terme, a été bénéfique
aux déposants de la caisse.
M.
Beauchemin : Le gestionnaire le moins preneur de risque, on peut dire,
d'une certaine...
M. Emond
(Charles) : Oui, bien, pas juste ça, mais qui ont un mandat net de
l'inflation qui fait qu'ils s'occupent également du passif, pas comme nous.
Donc, ils peuvent aller mettre la répartition d'actifs où est-ce qu'ils
veulent, ils ont un seul client. Il y a de l'appariement qui est important. Il
y a un «hedge» à l'inflation pour 20 %.
Vous savez, si tu as 20 % de ton portefeuille qui est lié à ça, cette
année, c'est quelque chose qui a fait du 20 %, il n'y a personne dans le
monde qui avait le même mandat que ça, ça a donné 4 % pour Teachers'. Ça
adonne que c'est un de nos voisins. On est contents pour eux, mais, en
réalité, sur le long terme, ce n'est pas une stratégie qui s'est avérée constamment payante, mais ce n'est pas ça qu'ils
visent non plus, là. Teachers' a eu d'excellentes performances pareil dans
le passé.
M.
Beauchemin : ...simplement s'assurer d'avoir l'argent
annuellement pour distribuer à leurs pensionnaires.
M. Emond (Charles) : Oui, exact.
M. Beauchemin : Dans le cas de la
caisse, avec les 48 déposants, est-ce que le profil, avec la démographie
qu'on connaît, est-ce que le profil est en train de changer aussi?
M. Emond (Charles) : Oui, il est en
train de changer. Ça fait depuis 1965 qu'en fait il y a des rentrées de fonds à
la caisse. À partir de 2024‑2025, on va atteindre un point de bascule. C'est
très petit encore. Je ne voudrais pas
inquiéter les gens d'aucune façon. Je l'ai déjà mentionné publiquement. Ça veut
dire qu'il va commencer à y avoir 0,25 % ou 0,5 % de sortie de
fonds de nos actifs. Ce que ça veut simplement dire, c'est qu'il va y avoir un
tout petit pourcentage des rendements, maintenant, annuellement, qui vont
devoir financer les pensions, alors qu'avant on pouvait prendre tous nos rendements, les mettre de côté. La croissance
de la caisse s'est surtout faite par les rendements, à 95 %, mais, oui, il y a un petit point de
bascule, ce qui fait que moins de Teachers'... mais plus que CPP, qui lui a des
rentrées de fonds pour encore
50 ans, la caisse se retrouve dans le milieu où est-ce que, je dirais, ça
fait en sorte que ça change, ça module un peu vers une prise de risque
un peu moindre.
Je vous dirais que notre... Si le client de CPP
a 30 ans puis le client Teachers' a 70, nous, il approche le tournant de
la cinquantaine puis il commence à prendre moins de risques.
M. Beauchemin : C'est
un petit peu... En fait, on arrive vers la conclusion, c'est un petit peu vers
là où est-ce que je voulais en
arriver, dans le sens que ça, ça va vraiment être l'élément qui va faire en
sorte que la gestion, à l'avenir, de
la Caisse de dépôt va être de moins en moins risquée, si on peut dire, d'une
certaine façon. Tranquillement pas vite, le profil de risque devrait
s'appairer à ce que la... au profil, finalement, des déposants.
M. Emond
(Charles) : ...oui et non. En fait, il y a une prise de risque
intelligente. Il est possible de maintenir leur rendement, mais ce qu'on
essaie de faire, c'est toujours de moduler la construction de portefeuille pour
leur faire prendre du risque additionnel mais qui est marginal puis qui
rapporte plus. Donc, est-ce que, par exemple, il est bon de passer des
obligations à un petit peu plus de crédits privés ou d'infrastructure pour
simplement arriver à... on appelle un... je ne veux pas tomber dans la
technicalité, mais un «Sharpe ratio», le ratio qui fait en sorte qu'on réussit
à maintenir des rendements d'une façon qui est prudente pour eux et qui
continue à répondre à leurs besoins, là, le fameux 6 % annuel, au global.
M. Beauchemin : Effectivement,
puis justement, une des... Je ne me souviens plus, je pense que c'est à la
page 61, là, du rapport de la Caisse de dépôt où on le voit, puis je
reviens encore sur le point, là, de l'infrastructure, qui semble être quand
même la piste d'avenue, là, on semble être... s'orienter vers cette
décision-là. La proportion des
investissements... en placement, excusez, de la Caisse de dépôt au Canada,
c'est 30 % en infra, on parle de 15,7 % canadien, puis, hors Canada, c'est 70 % du
portefeuille de la caisse, toutes classes d'actifs confondues, là. Les
infrastructures représentent
85 %. Donc, évidemment, si je peux en arriver à une conclusion... puis
il me reste peut-être 30 secondes, M. le Président?
Le Président (M. Simard) : Ah!
un peu plus, 50.
M. Beauchemin : Merci. On en...
généreux, généreux. On en arrive donc à peut-être se dire que la piste de
solution, c'est d'avoir le plus possible d'infrastructures canadiennes,
finalement, en bout de piste, qui serait l'objectif le plus ultime.
M. Emond (Charles) : C'est pour
ça que, dans mes commentaires, j'avais dit qu'avant d'aller faire des projets
d'infrastructures ailleurs, à l'autre bout du monde, ce qu'on va continuer à la
faire... mais un véhicule comme CDPQ Infra peut amener beaucoup de projets
structurants pour le Québec, et, en ce sens-là, je pense que ça s'inscrit dans
vos propos.
M. Beauchemin : Toutes
catégories d'infrastructures confondues. Ça peut...
M. Emond (Charles) : Oui, oui.
M. Beauchemin : OK. Autant de
l'existant que du «greenfield»?
M. Emond (Charles) : Oui.
M. Beauchemin : D'accord. Bien,
écoutez...
Le Président (M. Simard) : ...
M. Beauchemin : C'est terminé, oui?
Merci beaucoup.
M. Emond
(Charles) : Merci.
Le
Président (M. Simard) : Alors, merci à vous. Je cède maintenant la parole,
pour un dernier bloc d'échanges, au député d'Orford.
M. Bélanger : Merci, M. le
Président. Je comprends qu'on n'est pas obligés d'utiliser tout le bloc. Donc,
moi, je me suis gardé deux questions parce que... deux questions pour des
secteurs où je suis extrêmement passionné. Puis
ça m'intéresse beaucoup, l'expertise de la caisse, parce que je réalise qu'au
fur et à mesure des investissements, vous avez développé une expertise
vraiment intéressante, surtout pour analyser les dossiers. Donc, j'ai une
question qui est dans le secteur du numérique puis j'en ai un autre qui est
dans le secteur de l'énergétique.
Je vais commencer par énergétique, puis c'est
peut-être une question vraiment pointue, là, mais c'est quelque chose qui me
passionne, c'est au niveau de l'hydrogène, puis de l'hydrogène vert. Puis je me
posais la question : Comment vous voyez le potentiel pour ce marché-là,
hydrogène vert? Puis là je mettrais la particularité, parce qu'au Québec c'est
un peu sensible, là, mais «off grid», OK, qui pourrait être, exemple, produit à
partir de l'éolien, et le potentiel au niveau de l'utilisation subséquente du
traitement par l'électrolyse, là, de l'énergie et de l'engrais au niveau
mondial. Je pense que c'est quelque chose qui a été regardé depuis quelques
années, mais, à cause des tarifs, tout ça, c'était moins intéressant.
Mais là je comprends que les tarifs, peut-être,
commencent à descendre. Ça fait que comment la caisse... au niveau mondial, là,
pour cette filière-là, en particulier?
M. Emond (Charles) : Bien,
c'est une bonne question. Puis souvent il arrive des nouvelles, on va dire, nouvelles thématiques comme ça, puis on commence à
s'y intéresser d'avance. Évidemment, des fois, il y a des choses qui
paraissent intéressantes avant que ça devienne investissable à l'intérieur de
nos paramètres de risques. Ça, c'est une deuxième
chose. Néanmoins, la façon de faire, habituellement, qu'on aime, c'est
approcher plusieurs industriels, les joueurs majeurs dans le monde, dans
l'hydrogène, pour apprendre d'eux, pour voir le trafic, qu'est-ce qui se passe,
qu'est-ce qui se développe, les nouvelles connaissances, les projets, qu'est-ce
qui se fait ailleurs dans le monde.
Une des choses qu'on a faites en ce sens-là,
c'est un début, je crois que c'est cette année, on a investi dans un des plus gros fonds d'hydrogène au monde, mais il
n'est pas gros, il était seulement à 1 milliard et quelques de dollars avec
tous les gros joueurs, les gros dans le monde, les Air Liquide. On a mis une
centaine de millions pour commencer à faire des transactions dans le secteur,
se familiariser, avoir une intelligence de marché. Puis, si on veut faire un peu plus, avoir des partenaires, des
joueurs stratégiques qui oeuvrent dans cette industrie-là, puis éventuellement
aussi importer après ça, cette connaissance-là, puis en... en leur mettant le
Québec sur leur radar. Donc, c'est un peu ce qu'on a fait jusqu'à présent.
M. Bélanger : C'est intéressant. Je
vais arriver avec ma deuxième question, c'est au niveau du numérique, mais ça,
c'est un secteur qui me passionne beaucoup. Puis je ne veux pas parler du
Québec, je veux parler à l'échelle mondiale.
Évidemment, il y a la transformation numérique de l'économie au niveau mondial,
la venue du 5G, l'Internet des objets, son impact au niveau de
l'agriculture, puis tout ce domaine-là, puis tout ça transite par une toile,
par le Web, et puis, bon, c'est une toile qui est... c'est majeur et ça utilise
beaucoup d'énergie, d'énergie qui origine au niveau du charbon, de l'énergie
non renouvelable. Donc, on se retrouve avec des gros joueurs, moi, je dirais...
je vais mettre ça plus simple, les GAFAM. Les GAFAM ont un souci de se
décarboner et dans... ce souci-là fait qu'ils regardent au niveau
d'investissements qui leur permettraient, justement, de se décarboner à ce
niveau-là.
Ça fait que quel potentiel au niveau mondial
vous voyez suite à la... à ce qui est en cours, là? Transformation numérique de
l'économie, est-ce qu'il y a un potentiel à aller chercher à ce niveau-là?
• (17 h 20) •
M. Emond
(Charles) : Vous voulez dire au niveau des investissements qui
permettent aux GAFAM de se décarboner?
M. Bélanger : Oui.
M. Emond (Charles) : Dans
le fond, du «offset» ou des choses comme ça?
M. Bélanger : Les investissements
que les GAFAM pourraient peut-être faire... par exemple, je peux mettre ça
simple, un centre de données en Scandinavie parce que, bon, il utilise de
l'énergie... un vieux barrage, etc. Mais est-ce
qu'il y a un potentiel? Est-ce que la caisse voit un potentiel à ce niveau-là
dans cette... parce que c'est quand même, le Web, je simplifie, là, mais
c'est quand même un des plus... Si c'était un pays, là...
M. Emond (Charles) : Oui, c'est un
gros consommateur.
M. Bélanger : C'est un gros
consommateur d'énergie.
M. Emond (Charles) : C'est un pays,
oui.
M. Bélanger : Oui.
M.
Emond (Charles) : Je dois admettre qu'on n'a pas eu de discussion avec
des GAFAM particulièrement sur ça. Je sais qu'ils ont quand même beaucoup
d'intérêt pour le Québec, les centres de données et d'autres éléments, mais on n'a pas vraiment exploré, je pourrais vous
dire, cet aspect-là avec eux spécifiquement actuellement. Peut-être dans le
futur, là, on serait ouverts à le considérer, certainement, mais j'ai... je ne
peux pas vous faire une référence, là, à un projet ou à une discussion
particulière avec eux à ce stade-ci.
M. Bélanger :
Parfait.
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
M. Bélanger :
Moi, je n'avais pas d'autre question.
Le Président (M.
Simard) : Ça va? Alors, merci à vous, cher collègue d'Orford.
Donc,
M. Emond, M. St-Gelais, merci beaucoup pour votre présence parmi nous
aujourd'hui. Ce fut fort apprécié.
Documents déposés
En
terminant, je dépose les réponses formulées par le gouvernement aux questions
adressées par l'opposition.
Et, compte tenu de
l'heure qui avance, nous allons suspendre momentanément nos travaux afin de
faire place à nos prochains invités. Et on se retrouve à 17 h 40. Au
revoir.
(Suspension de la séance à
17 h 22)
(Reprise à 17 h 39)
Le Président (M. Simard) : Chers
collègues, nous reprenons nos travaux. Nous avons quorum. Nous sommes en
mesure de poursuivre nos échanges.
Et notre commission
est maintenant réunie afin de poursuivre l'étude du volet Loto-Québec des
crédits budgétaires du portefeuille Finances pour l'exercice financier 2023‑2024.
Alors, une enveloppe d'une heure, cette fois-ci, a été allouée pour l'étude de
ces crédits.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Non, M. le Président.
Loto-Québec
Discussion générale
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Alors, comme d'habitude, nous fonctionnons par
blocs d'échange, et je laisse le soin au député de Marguerite-Bourgeoys de
casser la glace.
• (17 h 40) •
M.
Beauchemin : Merci beaucoup, M. le Président. Merci à tout le monde
qui sont ici aujourd'hui. On a un dossier
intéressant. On veut comprendre les motivations et on veut comprendre la
progression de la société Loto-Québec pour l'avenir, donc, le modèle d'affaires
de Loto-Québec, évidemment, le jeu, sous plusieurs formes, évidemment.
Propriétaire de
casinos... Il y a des endroits, à travers le Québec au grand complet, où des
machines à sous sont accessibles pour
plusieurs Québécois et Québécoises... aller s'entretenir avec ces machines-là.
Le gouvernement... bien, en fait, Loto-Québec, semble vouloir y aller de
l'avant avec aussi des concepts de salons de jeux. On a entendu, dans le passé, là, ce qui s'est passé avec le
Salon de jeux dans la grande région de Québec, puis là, maintenant, on entend
parler, là, du salon de jeux qui est envisagé au centre-ville de Montréal.
Je voulais avoir
votre opinion... je voulais avoir votre opinion sur... c'est pour le ministre,
qui peut peut-être répondre ou passer le microphone, à savoir, l'initiative de
faire le salon de jeux au Centre Bell, est-ce que la thèse d'investissement, si
on peut dire, tient la route, selon vous?
Le Président (M.
Simard) : M. le ministre.
M. Girard
(Groulx) : Bien, c'est un projet de Loto-Québec, alors on a son PDG
qui est ici, on va lui passer la parole. Et
nous, on a l'occasion souvent de se parler, si vous voulez avoir mon opinion
spécifique, ça me fera plaisir de répondre, mais là, on a juste une
heure avec l'équipe de Loto-Québec, on va passer la parole à notre PDG.
Le Président (M.
Simard) : Alors, M. Bergeron, vous êtes bien connu du grand public,
mais néanmoins, auriez-vous d'abord l'amabilité de vous présenter?
M.
Bergeron (Jean-François) :
Bien sûr. Mon nom est
Jean-François Bergeron, je suis le PDG de Loto-Québec. Bonsoir à tous.
Le
Président (M. Simard) : Alors, nous vous écoutons, monsieur...
M.
Bergeron (Jean-François) : Oui, bien, en
fait, le projet du salon de jeux de Loto-Québec, ce n'est pas un projet
nouveau, en fait. D'abord, j'aimerais dire que Loto-Québec a le mandat de gérer
l'offre de jeux de hasard et d'argent au
Québec depuis 50 ans, et la mission de Loto-Québec, c'est de le faire avec
un équilibre entre une commercialisation et une offre responsable. Et,
chemin faisant, au travers ça, on a eu aussi le mandat, voilà 30 ans, de sortir les vidéopokers des bars, hein, il y
avait 40 000 appareils, et de réduire le nombre, de mettre une offre
alternative. Et ça fait 30 ans,
et Loto-Québec a fait une bonne job au travers ça, mais ça fait 30 ans.
Aujourd'hui, on se rend compte que les vidéopokers... en fait, c'est des
ALV, maintenant, dans les bars...
M. Girard
(Groulx) : ...les acronymes, pour les gens qui nous suivent, qui
écoutent, ALV, appareil de loterie vidéo.
M.
Bergeron (Jean-François) : Merci.
M. Girard
(Groulx) : Allez-y.
M.
Bergeron (Jean-François) : Et donc, aujourd'hui, ce qu'on
souhaite faire, c'est de revoir un peu le modèle de l'offre et de le rendre
encore plus sécuritaire. Il y a une adéquation entre l'offre quand elle est
offerte d'un point de vue isolé et... C'est un gradateur, et plus ce qui est
offert dans une forme isolée, où le joueur s'isole... plus que les risques liés au jeu sont élevés, plus
que... À l'opposé du spectre, plus... ce qui est offert dans un environnement
où il y a de la socialisation, où il y a du divertissement, les risques sont
moins grands... mais il y a toujours un risque.
Donc, le projet,
maintenant, du salon de jeux s'inspire du succès des deux autres salons de jeux
qu'on a déjà, celui de Trois-Rivières et
celui de Québec. Et on le voit encore plus dans une offre de divertissement où
l'offre alimentaire s'amalgame au divertissement et aux jeux de hasard
et d'argent. Donc, on a eu une opportunité de considérer un tel salon à côté du
Centre Bell. Donc, c'est vraiment dans un esprit d'amalgamer le divertissement
qu'on retrouve au Centre Bell avec l'offre de Loto-Québec, et évidemment il y a
d'autres étapes, là.
M. Beauchemin :
De par le passé, il y avait eu un
salon de jeux ici, à Québec, qui a été finalement déménagé. Est-ce que vous
pourriez nous ramener un petit peu dans l'histoire, pourquoi, finalement, ça
avait été déménagé?
M. Bergeron (Jean-François) : Le Salon de jeux a été relocalisé, en fait, ça fait un an et demi, à peu
près, là, novembre, pas passé, mais l'autre d'avant, a été fait à partir...
parce que l'opération était dans le secteur de Vanier, et il y avait certaines opinions, à savoir que ce
secteur-là était plus dans un secteur considéré vulnérable et il était
préférable de le relocaliser, ce qui a été fait, à Beauport.
J'aimerais souligner,
cependant, que ce déménagement-là s'est bien fait. En fait, les seules
critiques qu'on a eues, c'est de partir de Vanier. Quand on a démarré le Salon
de jeux à Québec... à Beauport, ça s'est très bien fait. Ça s'est fait en collaboration avec la communauté
autour de Beauport, ça s'est fait avec le milieu d'affaires de Beauport, alors on
n'a eu aucune mauvaise presse avec ce salon de jeux là. D'ailleurs, on découvre
que les salons de jeux signés Loto-Québec offrent une offre beaucoup plus
sécuritaire que des appareils à loterie vidéo dans les bars.
M.
Beauchemin : Est-ce que, vous, M. le ministre, vous étiez d'accord
avec cette décision-là de faire ce déménagement-là?
M. Girard
(Groulx) : Bien sûr. C'est moi qui l'ai autorisé.
M.
Beauchemin : D'accord.
M. Girard
(Groulx) : Puis il y avait... Il y a eu toute une étude en arrière de
ça, un processus. Ça a été fait de façon très professionnelle, et c'est positif
d'un point de vue monétaire, d'un point de vue social. Bref, ça a été bien
planifié et c'est un succès.
M.
Beauchemin : La raison pour... que la CAQ voulait, donc, le déménager,
c'était la même raison que vous avez mentionnée, là?
M. Girard
(Groulx) : Bien, je ne sais pas pourquoi vous dites la «CAQ», là.
M.
Beauchemin : Bien, le gouvernement. Excusez.
M. Girard
(Groulx) : C'est parce que c'était connu que le... c'est le
gouvernement, là. C'est connu que le Salon de jeux était dans un secteur
défavorisé, et, en vertu des critères de la Santé publique, il n'était pas
optimal d'être dans ce secteur, et une décision a été prise de regarder les
alternatives. Lorsque les... Dans les alternatives qui ont été
analysées, il y avait la possibilité de faire un casino à Québec. Il y avait
même des gens qui idéalisaient une situation, là, où on faisait un casino au
Château Frontenac et tous les croisiéristes venaient dépenser leur argent
étranger dans un casino à Québec.
Le
Président (M. Simard) : Très bien.
M. Girard (Groulx) : Et
puis on s'est rendu compte que, premièrement, les bateaux de croisière
n'aimaient pas ça...
Le Président (M.
Simard) : En conclusion.
M. Girard
(Groulx) : ...parce qu'ils avaient des casinos sur leurs propres
bateaux et que, deuxièmement, la majorité des joueurs étaient des joueurs
locaux et non des touristes.
Le Président (M.
Simard) : Merci, M. le ministre.
M.
Beauchemin : Parfait. Donc, quand on regarde l'Institut national de
santé publique du Québec, ils ont un géoportail de santé publique du Québec et
ils font une cartographie de la région, là, de Montréal pour démontrer le même
indice, là, de vulnérabilité aux jeux et... hasard et d'argent, et il y a une
gradation, évidemment, de couleurs. Je vais vous la montrer, la carte, là, mais
pâle, beige, blanc, c'est très faible, et puis vert forêt, c'est un risque très
élevé d'exposition au jeu pour la population qui est vulnérable.
Sur cette carte-ci,
on voit... je ne sais pas si tout le monde peut bien la voir, là, mais, sur
cette carte-ci, on voit, donc, les zones vert forêt, vert foncé. C'est les
zones qui sont à risque un peu partout, là, mais spécifiquement, ici, on parle du centre-ville de Montréal, puis
c'est juste ici. Et puis ça, c'est une zone qui est aussi à risque que ce que ça
a été pour le Salon de jeux, là, de Québec, et puis la décision a été quand
même d'aller de l'avant avec le 1909, avenue
du Canadien, là, pour que l'adresse soit précise, là. C'est le point, là, ici,
qui est là-dessus, puis c'est le Centre Bell.
Donc, cette
décision-là d'aller de l'avant avec ce projet-là de salon de jeux à Montréal,
en considération de l'information qui vient
de l'Institut national de santé publique du Québec, semble être exactement la
même information qui a été à la base de la décision pour bouger le
casino, qui était... il a bougé, là, donc, il y a un an et demi. Ça fait que la raison pour laquelle je pose la question,
c'est que ça semble être les mêmes variables qui justifiaient le déménagement à Beauport, pour celui de Québec, mais, pour
Montréal, on n'a pas réagi de la même... on n'a pas eu la même... la même
décision n'a pas été prise. Est-ce que vous pouvez m'expliquer pourquoi?
• (17 h 50) •
M. Girard
(Groulx) : Bien, d'abord, vous utilisez... la langue française est
précise, vous utilisez le terme «décision» pour un projet. Alors, il n'y a pas
de décision. Ensuite, j'ai demandé un avis à la Santé publique. Je n'ai pas reçu de réponse à cet avis-là, mais c'est
certain que ce qui est intéressant, puis là je vais passer la parole à M.
Bergeron, notre PDG, c'est qu'on retirerait des appareils de loterie
vidéo dans la région. Au net, il y aurait moins d'appareils de... Le projet, tel qu'il est conçu, au net, il y
a moins d'appareils de loterie vidéo dans le secteur. Alors, j'ai demandé
un avis à la Santé publique.
M.
Bergeron (Jean-François) : Si je peux me
permettre, les critères dont vous parlez, on n'utilise pas tout à fait les
mêmes, mais ils viennent de la Santé publique aussi, là. Donc, la cartographie,
elle fonctionne par région, par arrondissement. Et, si on prend un rayon de 2,3
kilomètres, c'est ce qu'on utilise, bon, ça touche quatre secteurs, en fait, et
trois de ces secteurs, sur les quatre, on est sous le seuil de nombre de
machines et de nombre de portes. Donc, on pourrait, aujourd'hui, avec les mêmes
critères, ajouter de l'offre et on serait toujours sous les critères sur
lesquels gouvernent les décisions de Loto-Québec, qui ont été établis avec
Santé publique.
Ceci dit, si on se
limitait à ce qu'on propose, on pourrait le voir comme vous le voyez, mais le
projet est beaucoup plus complet, c'est-à-dire que, non seulement on retire...
en fait, on n'ajoute aucune machine, on n'ajoute aucun appareil, on transfère
certains appareils du Casino de Montréal... on transférerait certains appareils
du Casino de Montréal au nouveau salon de jeux, donc on n'ajoute pas une offre.
On réduit de 250 appareils autour du salon de jeux puis on en retire un
autre 350 sur l'île de Montréal, et, de ce fait, on réduit de 20 % l'offre
qui est offerte sur l'île de Montréal. Et,
pour nous, d'un point de vue de santé publique, bien, la finalité est qu'il y a
moins d'accessibilité.
Puis
il faut comprendre qu'on met beaucoup d'emphase, au Québec, sur le nombre
d'appareils, alors que nous, on considère que c'est le nombre de portes, le
nombre de lieux où il s'offre du jeu de hasard qu'on devrait repositionner. Et
c'est au Québec qu'on a le plus de portes en arrière desquelles on offre du jeu
de hasard. Et le nombre de machines, ce
n'est pas tellement un enjeu, en ce qui nous concerne. Donc, avec la
proposition que l'on a actuellement, qui permet à Santé publique...
Le Président (M.
Simard) : M. le député.
M. Beauchemin :
Merci. Merci, M. le Président.
Donc, l'île Notre-Dame, sur cette carte, ici, c'est, disons, une...
pâle, OK? Donc, le Casino de Montréal est...
Le Président (M.
Simard) : ...parce qu'on ne la voit pas à l'écran. Parfait.
M. Beauchemin :
Donc, la petite zone pâle qui est
ici, ça, c'est l'île Notre-Dame, dont l'indice de vulnérabilité aux jeux et...
hasard est inexistant, grosso modo, si on peut dire. Et là, donc, vous
transférez d'une zone où est-ce que c'est à bas risque à une zone où
est-ce que c'est à haut risque, c'est-à-dire dans le secteur du Centre Bell.
Quand vous parliez tantôt qu'il y a une
réduction sur le Grand Montréal au grand complet, j'imagine que... Est-ce que
cette carte-là vous est familière? Parce qu'il y a quand même beaucoup
d'espaces pâles, sur cette carte-là, donc à bas risque.
Est-ce que l'étude a été faite à savoir si on prenait de ces bas risques... ces
territoires à bas risques sur l'île de Montréal pour condenser dans un secteur
qui est encore à haut risque, celui alentour du Centre Bell?
Donc, moi, c'est pour
ça que je pose la question. C'est qu'en regardant cette statistique, qui vient
de l'Institut national de santé publique, je
me pose la question... Je veux dire, la décision, clairement, n'est pas de
vouloir, justement, considérer la vulnérabilité des citoyens dans le secteur du
Centre Bell, mais c'est plus une question d'optimisation de la machine de Loto-Québec? Est-ce qu'il y a... parce
que, si c'était sur la vulnérabilité des citoyens, bien, en tout cas, de
toute évidence, la décision serait de ne pas aller là.
M. Girard
(Groulx) : Non, parce que je vous ai dit qu'au net il y a moins
d'appareils. Vous, vous semblez dire qu'on prend les appareils de Loto-Québec
du casino puis qu'on les met là...
M.
Beauchemin : ...vient de dire.
M. Girard
(Groulx) : ...mais ça, c'est l'étape un. Ensuite, on réduit les
appareils dans des endroits où on ne devrait pas être, c'est-à-dire des
sous-sols noirs de bars de moins grande qualité. Je vais m'arrêter là sur le
descriptif. On retire les appareils de là,
c'est donc un mouvement en deux étapes, mais c'est certain que, si vous
regardez seulement la première étape, du casino au Centre Bell, qui sont deux
lieux de divertissement connus, bien, c'est certain que, marginalement,
vous pouvez faire l'affirmation que vous dites là, mais il y a deux étapes.
M.
Beauchemin : Est-ce que vous êtes...
M. Girard
(Groulx) : Peut-être que vous voulez donner les chiffres exacts de
votre projet?
M. Bergeron (Jean-François) : ...juste autour du Centre Bell, dans le... dans un rayon de
2,3 kilomètres, il y a 25 établissements, actuellement, qui
offrent du jeu de hasard, qu'on fermerait. Donc, d'un point de vue
vulnérabilité, on réduit le risque. Et, en concentrant l'offre dans un salon de
jeu, à côté du Centre Bell, signé Loto-Québec, avec les paramètres de sécurité,
avec toutes les mesures de jeux responsables qui sont offertes à Loto-Québec,
l'offre est nettement plus responsable.
Et deuxièmement,
bien, la clientèle visée n'est pas les citoyens autour. La clientèle visée,
c'est celle qui visite le Centre Bell. Et
donc l'offre et la qualité de l'offre... ça va être une offre haut de gamme, au
tarif haut de gamme. Ça ne s'adresse pas à une population vulnérable, ça
s'adresse à une clientèle, celle qui consomme les produits du Centre
Bell. Et, au total, on parle à peu près de mettre 200 appareils au salon
de jeux et on en réduirait tout près de 600 dans les secteurs que vous pointez,
étant les plus verts.
Alors, au final, il y
a une diminution du risque et une diminution de l'exposition. On parle de
réduire de 20 % sur le territoire de
Montréal. Et, au final, l'île de Montréal est mieux servie d'un point de vue
jeux de hasard et d'argent. Et, je le répète, plus que l'offre est offerte
dans un milieu où on se divertit, où il y a de la socialisation, bien, moins qu'il y a de risque à l'égard du... alors que des
cinq, six machines dans des bars un peu sombres, il y a un risque plus grand.
Le Président (M.
Simard) : ...député.
M. Beauchemin :
...que c'est de zone vert foncé à
vert foncé que le transfert se fait, grosso modo. Et, en même temps, il
y a une réduction. Donc, il n'y aura pas de transfert de zone pâle vers des
zones foncées, selon votre plan de match, là, si je comprends bien. C'est ça?
M.
Bergeron (Jean-François) : Non, c'est ça.
On va prendre les appareils là où les critères de vulnérabilité sont les plus
élevés et...
M.
Beauchemin : ...au Centre Bell.
M. Bergeron (Jean-François) : On les concentre au Centre Bell. Bien, on ne les concentre pas, dans le
sens...
M.
Beauchemin : Ce qui m'amène à poser la question...
Le Président (M.
Simard) : En 10 secondes, s'il vous plaît.
M.
Beauchemin : Oui, ce qui m'amène à poser la question, puis peut-être
qu'on pourra déborder dans mon temps pour la
prochaine... ce qui m'amène à poser la question... Le modèle d'affaires du
Centre Bell, c'est... ouvert lorsque les gens vont voir un match de hockey ou
un concert. Est-ce que le salon va être ouvert pendant les mêmes heures?
M. Bergeron (Jean-François) : Le salon va être ouvert, pas sur les heures des casinos, hein, qui sont
possiblement... qu'on peut opérer 24 heures sur 24. Le salon de jeux va
opérer sous... à l'intérieur des horaires des bars.
Un bar, aujourd'hui, il peut ouvrir à 8 heures et fermer à 3 heures.
Nous, on a l'intention d'ouvrir vers 11 heures et de fermer à
3 heures. Donc, c'est l'horaire qu'on prévoit actuellement.
M.
Beauchemin : Donc... va rester similaire aux endroits lugubres,
là, que M. le ministre décrivait tantôt, dans le sens qu'eux autres
aussi c'est des heures de bar.
M. Bergeron
(Jean-François) : C'est des heures de bar,
mais il y a beaucoup plus de portes et ce ne sont pas des lieux signés
Loto-Québec, avec la sécurité, là, mais ça a une différence importante. Si vous
considérez l'offre actuellement offerte dans les bars, où, souvent, les
machines se retrouvent au fond du bar... ils ne sont pas tous comme ça, il y en
a des très, très bons, tenanciers de bars, mais ceux qu'on cible, c'est ceux
qu'on considère moins lumineux. Et, oui, de ce point de vue là, il y a
définitivement moins de risques.
M.
Beauchemin : Dernière question : Ça n'aurait pas été plus approprié
de... je pose la question, là, de présenter un projet où la zone... dans
le vert foncé?
M. Bergeron
(Jean-François) : Les zones où... sont
vert pâle, c'est parce qu'il n'y a pas de bar dans ces secteurs-là. Alors là, ça prend un permis. Et la raison pourquoi le parc
Jean-Drapeau est vert pâle, c'est parce qu'il y a eu une adresse
civique, et c'est le Casino de Montréal. Alors, c'est sûr qu'il est vert pâle.
M. Girard (Groulx) : Alors, juste,
M. le Président, je pense que je vais donner une précision importante :
J'ai demandé un avis à la Santé publique.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Alors, collègue, auriez-vous l'amabilité de déposer votre carte à la commission? Très bien... en la transmettant au
secrétariat. On poursuit avec le député de Maurice-Richard, qui dispose
de 12 min 11 s.
• (18 heures) •
M. Bouazzi : Donc, j'ai un seul
12 minutes en tout? Je pensais que c'était deux fois six. OK. Super! Merci
beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup
d'être là, chers représentants de Loto-Québec. Toujours un plaisir de participer
à ces études de crédits.
Donc, je voudrais revenir, justement, sur le
déménagement du Salon de jeux de Québec de Vanier à Beauport en novembre 2021. Est-ce que... Donc, l'idée,
c'était qu'il y avait une raison de santé publique, évidemment, associée à
ce déménagement. D'abord, par curiosité, ce déménagement a coûté combien?
M. Bergeron
(Jean-François) : 11 millions... 11,9
millions, 12 millions.
M. Bouazzi : Est-ce que...
D'ailleurs, j'en profite pour saluer mes collègues du gouvernement, parce que
c'était une promesse de la CAQ qui a été accomplie, entre autres, sous la
gouvernance... Une fois n'est pas coutume, M. le ministre. Je pense que c'était
une très, très bonne idée de déménager, effectivement, ce centre de jeux.
Actuellement, ce que nous dit l'Institut
national de santé publique, c'est que, pendant la pandémie, on a eu, en fait,
une augmentation de la participation aux jeux vidéo. On parle de 20 % des
Québécoises et des Québécois qui se sont
laissé tenter par le jeu en ligne, entre autres. L'IRIS nous dit qu'il y a
quatre des cinq... 4 $ sur 5 $ dépensés en jeu préviennent de... proviennent de jeu
compulsif. La loterie vidéo légalisée a entraîné le suicide d'au moins
401 personnes entre 2016 et 2019, sans compter, évidemment, les
drames humains, les divorces, les questions de banqueroute ou...
Donc, ma question, c'est combien est-ce que
Loto-Québec a-t-elle investi en prévention l'année dernière, par exemple, en ce
qui touche au jeu vidéo... enfin, au jeu tout court?
M.
Bergeron (Jean-François) :
Oui, bien, il y a plusieurs
actions qui ont été prises, là. J'aimerais quand même ramener en contexte qu'il
y a eu effectivement une augmentation significative du jeu en ligne dans les
deux dernières années, plus particulièrement ceux de la pandémie, là, mais, en
contrepartie, il faut contextualiser, parce qu'il n'y avait pas d'offre
terrestre et, au total, il s'est joué moins de jeux au Québec... en fait, 1,9 milliard de
dollars de moins qui s'est joué pour la même période.
Alors, le transfert qu'on note au niveau du jeu
en ligne, on l'a vu dans le commerce de détail, on l'a vu dans la restauration
ou dans la livraison, on l'a vu dans plusieurs autres secteurs, pour compenser
les lacunes d'offre qui n'étaient pas présentes. Donc, au total, je vous dirais
qu'il s'est joué moins au Québec.
L'étude ne fait pas toutes ces adéquations-là,
que vous venez de faire, à propos des suicides puis à propos... En termes
d'investissements, maintenant, bien, il y a déjà 25 millions ou
23 millions qui sont investis annuellement dans la prévention et dans la
recherche. Loto-Québec a lancé des offensives d'information...
Le Président (M. Simard) : Très bien.
M. Bergeron
(Jean-François) : ...dans la dernière année. Il y a beaucoup de
mesures de jeu responsable qui sont prises.
Le Président (M. Simard) : Très bien.
M.
Bergeron (Jean-François) :
Donc, il y a beaucoup d'investissements. Le chiffrer pour le jeu en ligne, je
n'ai pas cette information-là.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. On a peu de temps. Allez-y, cher collègue.
M.
Bouazzi : Parlons du jeu en général. C'est quel pourcentage
du revenu, excusez-moi, le 21 millions dont vous parlez? Vous avez
dit 21 millions, c'est ça?
M.
Bergeron (Jean-François) :
Oui, bien, c'est dans... c'est
dans la loi, c'est dans la... Le 21 millions, c'est dans...
M.
Bouazzi : Bien, c'est... En tout respect, quel pourcentage
des revenus, je peux vous le dire si vous me dites combien c'est, vos
revenus. C'est facile.
M. Bergeron
(Jean-François) :
Bien, les revenus
de jeux en ligne, c'est 400 millions.
M. Bouazzi : Non, mais parlons des
jeux en général. Excusez-moi, j'ai... je me suis mal exprimé.
M.
Bergeron (Jean-François) :
Mais il faut penser... il faut
voir que la prévention se fait de plusieurs façons, elle se décline de
plusieurs façons...
M. Bouazzi : Donc, en tout...
M. Bergeron
(Jean-François) : ...il n'y a pas nécessairement des
investissements en recherche, mais je vous dirais
que l'ensemble de nos employés travaillent pour offrir un environnement de jeu
responsable. Donc, l'investissement est large, là, ce n'est pas juste
des investissements en fonds de recherche, là.
M. Girard (Groulx) : Mais, pour
répondre à votre question, là, bénéfice net : 1,6 milliard.
M. Bouazzi : Et donc... Mais, du
coup, c'est la première, en fait, question que je ne suis pas sûr d'avoir reçu
une réponse. Est-ce qu'on est capable de dire quel montant Loto-Québec investit
en prévention, par année, dans ce qui touche au jeu tout court?
M. Bergeron
(Jean-François) : Je n'ai pas cette
information-là, parce qu'on ne décline pas nécessairement. L'effort est multiple à l'égard du jeu responsable
et à l'égard de la prévention. Elle se décline de toutes sortes de façons, là.
M. Girard (Groulx) : Le
21 millions auquel vous faites référence, c'est le montant qui est
transféré au fonds de prévoyance du ministère de Santé et Services sociaux.
Est-ce que la ministre des Finances voudrait confirmer?
Une voix : Bien, pas ministre des
Finances, là, mais...
M. Girard (Groulx) : La... peut-être
à venir. Sous-ministre.
Une voix : ...
M. Girard (Groulx) :
22 millions, voilà.
Une voix : Au Fonds de lutte contre
les dépendances.
M. Girard (Groulx) : Au Fonds de
lutte contre les dépendances, qui est donné au ministre responsable des
Services sociaux.
M.
Bouazzi : Je vous avouerais que je ne m'attendais pas à ne
pas avoir un chiffre sur combien est-ce que le... mais ça doit être...
sur combien Loto-Québec met en prévention, tout simplement.
Actuellement, c'est Loto-Québec qui, à elle
seule, en fait, décide le contrôle du... qui a le contrôle du nombre et du lieu
des appareils de loterie vidéo, les fameux AVL. Et ma question est peut-être
plus pour M. le ministre. Il y a la... Il y
a la question de gouvernance ou des... «segregation of duties», comme on dit,
la ségrégation de tâches. Est-ce qu'il ne serait pas mieux... ou est-ce
que vous seriez ouvert à transférer le contrôle des appareils ou leur placement
à un autre organisme, l'un ou l'autre, là,
comme, par exemple, la régie des alcools et des jeux, plutôt que laisser les
deux, et l'opération et le placement, à la... à Loto-Québec?
M. Girard (Groulx) : Bien, disons
que ça précède mon arrivée au gouvernement, mais mon parti politique a toujours
été contre la prolifération des appareils de loterie vidéo. Et il y a un long
historique, mais là on a atteint un objectif
que nous nous étions collectivement donné, et je fais référence au député de La Peltrie et le député de Granby, qui avaient ce sujet à coeur, et on
avait décidé de ramener le nombre d'appareils loterie vidéo inférieur à
10 000 au Québec. Alors, ça, c'était
dans l'opposition, puis il y avait le gouvernement précédent qui a été poussé
par les oppositions. On a réduit, le gouvernement précédent... nous, ça
s'est poursuivi. On a maintenant moins de 10 000 appareils vidéo. On part,
il y a une trentaine d'années, de probablement plus... As-tu dit 40 000...
M. Bergeron (Jean-François) : 30
ans, 40 000.
M. Girard (Groulx) : Puis moi, j'avais une
référence plus récente, peut-être, à 24 000 appareils. Là, on a atteint
un... l'objectif qu'on s'était donné : moins de 10 000.
Loto-Québec... Ce qui est proposé, là, avec le salon de jeu au Centre Bell,
c'est un redéploiement de cette offre-là pour minimiser les
effets néfastes. Et c'est certain qu'il faut trouver le bon équilibre,
parce que, si on les éliminait complètement, ils réapparaîtraient sous une
forme illégale.
M. Bouazzi :
Je vous entends. La question, c'était plus : Est-ce qu'on est capable
d'avoir un équilibre sur la gouvernance entre... et partager une partie des
responsabilités d'où les placer et...
M. Girard (Groulx) : ...juste pour préciser,
la RACJ intervient dans cette décision-là, mais, peut-être, si c'est vraiment
le sujet qui vous intéresse, on peut passer la parole au PDG pour clarifier le
rôle de la RACJ dans la localisation de ces appareils. Mais, comme vous
n'avez pas beaucoup de temps...
M. Bouazzi :
Exact. Je suis curieux de savoir combien il me reste, en fait.
Le Président
(M. Simard) : 3 min 6 s.
M. Bouazzi :
Donc, peut-être...
M. Girard
(Groulx) : Donc, allez-y, en 30 secondes, sur ce point.
M. Bergeron
(Jean-François) : Oui. Bien, ça se fait
d'un concert avec la RACJ, qui accorde et le permis d'alcool et le permis d'opérer en précisant le nombre de machines. Donc,
ça, il y a déjà un contrôle qui est fait. Ensuite, c'est Loto-Québec qui
gère l'inventaire. Donc, on a franchi la barre des 10 000, donc on est
sous les 10 000, et c'est Loto-Québec, en fonction de ce que la RACJ
accorde... c'est Loto-Québec qui gère cet inventaire-là. Donc, il y a une
demande plus grande, il y a des permis plus grands que l'offre que Loto-Québec
a en termes d'appareils.
Le Président
(M. Simard) : Merci, cher collègue.
• (18 h 10) •
M. Bouazzi : Merci, M. le Président.
Je ne peux pas me retenir de dire que je suis content que le député de La
Peltrie ait tenu cette promesse-là.
On espère qu'il y en aura d'autres dans le numérique, ça nous aiderait, dans ce
qui relève de lui.
J'avais préparé plus
ou moins une carte similaire...
M. Girard
(Groulx) : Chacun a sa carte.
M. Bouazzi :
La mienne est... a plus de rouge, évidemment, parce que c'est les couleurs
qu'on a trouvées. Je suis curieux de voir d'où vient le vert. Mais évidemment,
on a une certaine inquiétude de voir que le nouveau casino dont on parle tombe
pile-poil en plein milieu d'une zone, quand même, qui est enrobée de rouge.
Donc, de ce que je comprends de ce que vous avez dit, et puis je ne vais pas
vous faire répéter tous les arguments que vous avez faits, c'est que la
Direction de la santé publique a été consultée pour ce projet?
M. Girard
(Groulx) : ...écrit à la Direction de la santé publique pour avoir un
avis sur le projet.
M. Bouazzi :
Et donc, on n'a pas encore l'avis à ce jour?
M. Girard
(Groulx) : On n'a pas la réponse, non.
M. Bouazzi : OK. Donc, ma question
suivante, c'est : Est-ce que vous vous engagez, M. le ministre... ou
est-ce que le ministre s'engage à respecter les recommandations de la Santé
publique en ce qui concerne le minicasino au Centre Bell?
M. Girard
(Groulx) : Mais ce n'est pas un minicasino, là, c'est un...
M. Bouazzi :
C'est un casino tout court.
M. Girard (Groulx) : La réponse... Ce n'est
pas... Ce n'est pas important, là, mais la réponse, c'est oui.Ce n'est
pas ça... puisque je leur ai... Ma démarche est sincère. Puisque j'ai demandé
leur avis, je considère que...
M. Bouazzi :
Bien, on peut...
M. Girard
(Groulx) : ...c'est important de l'avoir.
M. Bouazzi :
C'est très bon. Je suis très, très heureux d'entendre ça. Et
malheureusement... et là je parlerai de... je ne parlerai pas de d'autres de
vos collègues, mais on peut faire appel à toutes sortes de rapports qu'on ne
suit pas. Je suis content que, celui-là, vous vous engagez à le suivre...
Le Président
(M. Simard) : ...
M. Bouazzi : En
30 secondes, peut-être la dernière question, c'est pour M. Bergeron.
On a rencontré un certain nombre d'intervenants dans le quartier,
d'associations qui sont vraiment inquiets face à ce minicasino, je n'ai pas
d'autre mot, mais n'importe quel mot...
Une voix : ...
M. Bouazzi : Salon de jeu.
Est-ce que vous seriez ouvert à les rencontrer et puis à écouter leurs
inquiétudes?
M. Bergeron
(Jean-François) : Bien sûr.
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
M. Bergeron
(Jean-François) : Nous sommes déjà en
démarche, en fait, dans ce sens.
Le Président (M. Simard) : Très
bien, cher collègue.
M. Bergeron
(Jean-François) : Donc, oui, on va le
faire.
Le Président (M. Simard) : Merci.
Alors, je cède... Désolé de vous interrompre comme ça, mais il faut poursuivre. Je cède la parole au député de Marguerite-Bourgeoys. Mais avant, cher collègue de Maurice-Richard, auriez-vous
l'amabilité de vous... de nous transmettre, vous aussi, votre carte? Merci.
Collègue, à vous la parole.
M. Beauchemin : ...merci,
M. le Président. Donc, dans la chronologie des événements alentour du
déménagement, là, de... du salon de
jeu qui était dans le secteur Vanier à Beauport, est-ce qu'un avis à la Santé
publique avait été aussi demandé pour voir s'ils approuvaient le
déménagement ou s'ils recommandaient le déménagement?
M. Girard (Groulx) : De
mémoire, non. Mais, en fait, moi, je n'en avais pas demandé, là. Il y avait...
Ça avait plutôt... Ça a été fait dans un contexte différent, où il y avait eu
étude... possibilité de créer un casino à Québec, et ça avait été étudié beaucoup d'une façon commerciale, et on a
finalement pris la décision de ne pas créer de casino, parce que,
notamment, un casino à Québec aurait eu un effet dévastateur sur le Casino de
Charlevoix.
M. Beauchemin : Donc, dans le
contexte de Montréal, le salon de jeu au Centre Bell versus le casino de l'île
Notre-Dame, c'est un peu le même raisonnement, finalement?
M. Girard (Groulx) : Non, pas du
tout le même raisonnement. Le raisonnement ici, c'est d'offrir... puis je vais
vous laisser défendre votre projet après, mais d'offrir une offre de jeux plus
moderne et de réduire les appareils de loterie vidéo dans des endroits où ils
ne devraient pas être, moderniser l'offre de jeux. C'est Loto-Québec qui prend
sa place.
Et puis il y a toute la notion, qui n'a pas été
abordée, mais du pari sportif, parce que, depuis qu'on a le pari sur simple événement
sportif qui a été légalisé par le gouvernement fédéral, le pari sportif prend
beaucoup de place, à tout le moins visuellement, et il y a beaucoup
d'entreprises étrangères qui opèrent illégalement et qui ont même fait des
partenariats avec des équipes sportives québécoises. Et là contre-offensive de
Loto-Québec, qui prend sa place, et évidemment, s'associer avec un partenaire
prestigieux comme les Canadiens de Montréal serait, au niveau du pari sportif,
dans toute la légalité et la responsabilité qu'amène Loto-Québec par rapport
aux opérateurs étrangers... ce serait un gain.
M.
Beauchemin : Bien, vous m'amenez sur... justement, c'est...
deuxième volet de questions que j'avais pour vous : la publicité des jeux
en ligne. Combien que la société d'État dépense-t-elle en publicité, là, pour
le jeu en ligne?
M.
Bergeron (Jean-François) :
En fait, je vous dirais qu'il y a
eu très peu d'investissements de faits sur le jeu en ligne. En fait,
Loto-Québec, je vous dirais, dans les dernières années, a été plutôt sobre,
parce que les opérateurs illégaux s'affichaient déjà énormément, et,
pendant la COVID, Loto-Québec a tout simplement fait le choix de se retirer, et
les publicités que l'on fait sont plutôt informatives à l'égard du jeu
responsable.
Donc, en termes de jeu en ligne, on a fait des
campagnes dans la dernière année pour informer qu'est-ce qui est légal,
qu'est-ce qui n'est pas légal. Je vous dirais que ce n'est pas le plus grand...
la plus grande portion de nos budgets en publicité. Donc, on n'a pas fait
aucune publicité à l'égard du jeu en ligne proprement dit. Donc...
M.
Beauchemin : Est-ce que, dans votre budget de publicité, il y a
de la publicité pour aller visiter un casino, Montréal, ou aller visiter
un casino, Charlevoix, par exemple?
M. Bergeron
(Jean-François) : Oui, il y a de la
publicité qui s'est faite au niveau des casinos. Encore là, on fait la
promotion du divertissement, dans nos publicités, beaucoup plus que le jeu de
hasard. Donc, évidemment, on fait la promotion, entre
autres, à Charlevoix, de notre hôtel, du golf, des autres... d'autres offres de
divertissement qui complètent le jeu de hasard. On essaie vraiment d'être
responsables et de ne pas mettre le jeu en premier plan. Donc, c'est
vraiment... ça se fait dans un esprit de jeu responsable.
M.
Beauchemin : Donc, votre demande pour du temps d'antenne en publicité,
que ce soit radio, que ce soit journaux, que ce soit à la télévision, tous
genres de publicité confondus, le budget est de combien?
M.
Bergeron (Jean-François) : Bien, c'est
autour de... Je peux vous trouver ça facilement, là, si vous me donnez quelques
instants. Publicité...
Des voix :
...
M.
Bergeron (Jean-François) : 25 millions.
M. Girard
(Groulx) : Par année?
M.
Bergeron (Jean-François) : Par année.
M.
Beauchemin : Puis ça, c'est-tu une augmentation par rapport à l'année
dernière, l'année précédente, l'année avant?
M.
Bergeron (Jean-François) : Bien, ça varie.
Je vous dirais que, nos bonnes années pré-COVID, on était dans ces mêmes eaux
là, là. Donc, on est pas mal stables là-dedans, là, oui.
M.
Beauchemin : OK. Et, durant le COVID, il y a eu une baisse?
M. Bergeron (Jean-François) : Bien, durant le COVID, il y a eu une baisse, bien sûr. Il y a... On a
été fermés 50 % du temps. Donc, évidemment, il y a eu une baisse
proportionnelle à tout ça, là, bien sûr.
M.
Beauchemin : Évidemment, pour ne pas faire la promotion d'aller visiter
un casino qui est fermé, mais, au niveau des... j'imagine qu'au niveau, quand
même, des enjeux de société associés, justement, au jeu du hasard... la
publicité a-t-elle continué?
M.
Bergeron (Jean-François) : Bien, on a
eu... effectivement, il y a eu une campagne sur se fixer des limites de temps et des limites de budget pendant
la COVID, plutôt que d'offrir du jeu de hasard. C'était une publicité qui s'appelait Poséidon, où on faisait
référence à des paramètres de temps. C'en est un, exemple, ça, où, plutôt que
d'afficher de la promotion de jeux, on affiche des mesures de jeu responsable.
M.
Beauchemin : Ça fait que votre message publicitaire est différent des
sites de jeu illégaux, là. Puis là je vais... je vais la simplifier, mais les
sites de jeu qui sont «dot ca» puis que, finalement, ils vous invitent à aller
sur un «dot com», ou un «dot uk», ou un
«dot» je ne sais pas trop quoi, que, là, c'est illégal, là... mais votre
enveloppe budgétaire, que, là... c'est de 25 millions, elle se
compare comment, selon les conversations que vous avez avec les agences de publicité, à travers lesquelles, j'imagine, vous
passez pour pouvoir faire votre placement médiatique, là... ça se compare à
quoi par rapport à l'ensemble des sites illégaux ou semi-illégaux, là?
M.
Bergeron (Jean-François) : On n'a pas
cette information-là, parce que, dans la publicité, il y a le coût de
production puis il y a le coût d'antenne, là, donc il y a ces... il y a ces
paramètres-là.
Ce
que je peux vous dire, c'est que, pendant les deux dernières années de la
COVID, il y a eu une surexposition des opérateurs illégaux, tant en
publicité qu'en partenariats, hein? Il n'y a pas beaucoup d'équipes sportives
qui n'a pas le logo d'un de ces opérateurs-là,
en passant, ce qui n'est pas le cas du Groupe CH, hein? Ils se sont... ils se
sont, là, retenus. Et c'est de là aussi l'intérêt de Loto-Québec d'avoir
un partenariat avec eux pour s'assurer de cristalliser cette exclusivité-là qu'on pourrait avoir avec eux et, par ricochet,
bien, empêcher l'opérateur illégal, là. Mais, ceci dit, on n'est pas
dans les mêmes eaux. Mais, dans la dernière année, en fait, c'est assez récent,
on a signé des exclusivités pour les retirer des... de les chaînes francophones.
Alors, si vous remarquez, depuis trois, quatre mois, à la télévision, dans les
chaînes francophones, on ne les voit plus maintenant, ce qui est une excellente
nouvelle pour nous.
• (18 h 20) •
M. Girard
(Groulx) : C'est une stratégie offensive, de signer les ententes
d'exclusivité avec les diffuseurs.
M.
Beauchemin : On voit ça. Donc, quand on regarde ça... vous avez dit,
vous n'êtes pas dans les mêmes eaux, là, que
l'ensemble des joueurs illégaux, là, si on peut les catégoriser comme ça.
Est-ce qu'il y a des conversations que
vous avez avec les joueurs illégaux pour voir s'il n'y a peut-être pas une
piste de solution à ce qu'ils, par exemple, pourraient, donc, prendre
des licences émises par le gouvernement pour pouvoir en arriver à devenir
légaux?
M. Girard
(Groulx) : Non, c'est-à-dire que c'est un modèle que
l'Ontario a choisi, que nous ne favorisons pas. Loto-Québec est le seul
opérateur légal au Québec.
M.
Beauchemin : Donc, c'est une guerre à finir, grosso modo, entre
l'argent en publicité que vous mettez, qui
n'est pas dans les mêmes eaux, finalement, mais la bataille, elle va se gagner
comment? Parce que, dans le fond, ils vont continuer à vouloir être
associés à des équipes de sport ou...
M. Girard
(Groulx) : Bien, il y a des mesures défensives puis il y a des mesures
offensives.
M.
Beauchemin : Pouvez-vous...
M. Girard
(Groulx) : Offensives, c'est Loto-Québec qui prend sa place et qui
fait la promotion du jeu responsable... je pense qu'on utilise le vocable
«100 % légal». Et il y a des mesures défensives qui pourraient nous
permettre de réaffirmer que c'est... le jeu est une juridiction que seul le...
en vertu de la législation québécoise, seule Loto-Québec a le droit d'opérer
des jeux de hasard au Québec.
Le
gouvernement précédent avait utilisé des moyens législatifs au niveau des
diffuseurs. On n'a pas eu de succès avec cette approche. Elle était
néanmoins légitime, elle visait à affirmer la souveraineté territoriale de
Loto-Québec sur le territoire du Québec ou
l'interdiction de ces opérateurs étrangers là. On a perdu en cour, on est allés
en appel, on... le dossier est clos. On regarde... puisqu'on a perdu, on
regarde les options législatives, différentes, avec les enseignements du
premier effort, et ça, ce serait une stratégie que je qualifierais de plus
défensive.
On se compare aussi à
l'Ontario, puisque l'Ontario a signé des ententes avec ces joueurs-là. Puis on
sait, par exemple, ce soir... bon, les... peut-être que... pas tous les fans
des Canadiens, mais peut-être que certains regarderont les Maple Leafs. Si vous
le regardez en français, bien, les ententes qui ont été faites vous permettront
de ne pas être inondé de publicités
d'opérateurs illégaux, mais, si vous êtes, par exemple, à CBC et que vous
écoutez les Maple Leafs, à Sportsnet, vous êtes littéralement inondé
d'opérateurs que nous, on qualifie d'illégaux, avec qui l'Ontario a fait des
ententes. Et il y a même des joueurs, des supervedettes de la ligue nationale,
il y en a une à Edmonton et il y en a... une supervedette, et une supervedette
à Toronto, qui sont associées à ces compagnies-là. Et je crois comprendre que le gouvernement de l'Ontario va réévaluer tout ça
et se pose des questions aussi sur : Est-ce que c'est vraiment le rôle
d'une mégastar de hockey de faire la promotion du jeu illégal?
M.
Beauchemin : Bien, c'est intéressant que...
M. Girard
(Groulx) : Qui est légal en Ontario.
M. Beauchemin :
Oui. Bien, c'est intéressant que
vous nous amenez là, parce que, si on recule au Moyen-Âge, là, quand on
parle, disons, du tabagisme, il a fallu qu'il y ait, justement, cette
coordination entre les gouvernements de
chacune des provinces et le fédéral pour, justement, bannir les publicités
radio, et télé, et journaux sur l'usage du tabac. Les seuls trucs
publicitaires qui étaient... c'était au niveau des effets santé nocifs, donc ce
que les gouvernements voulaient faire pour ça.
Donc, ce que je suis
en train de vous illustrer, c'est une piste de solution pour en arriver à la
même solution, c'est-à-dire d'empêcher que Loto-Québec ait à dépenser
25 millions de dollars par année pour avoir à faire de la publicité en ligne ou en publicité à la télé ou à
la radio. Parce que, dans le fond, si on a banni les publicités pour le tabac parce
que c'était nocif, il y avait des effets remarqués, documentés, nocifs pour la
santé, pour la santé des Québécois, des
Canadiens en général, la même chose est remarquée pour ce qui est des effets
nocifs du jeu en ligne. Et donc, c'est un enjeu de société. Il y a moyen
d'en arriver à la même solution. C'est une question de coordination.
Ma question, en fait,
c'est : Y a-tu moyen de faire, avec le jeu en ligne, la même chose qui a été
faite avec le tabac? Y a-tu la volonté de la
part du gouvernement de vouloir aller de l'avant avec une coordination
nationale pour bannir toute forme de publicité de jeux à la télévision,
à la radio, dans les journaux?
M. Girard
(Groulx) : Bien là, on est dans le secteur des télécommunications, qui
est de juridiction fédérale. Je n'ai pas entendu cette intention du
gouvernement fédéral.
Je prends note de
votre suggestion. On étudie nos pouvoirs législatifs et la façon d'évacuer ces
joueurs illégaux là du territoire québécois. Je prends note de votre
suggestion, là, qui serait de bannir totalement la publicité de jeux de hasard, par exemple. Et je crois
comprendre, dans votre suggestion, que cette... ce bannissement s'étendrait
à Loto-Québec.
M.
Beauchemin : Bien, pour exclure toute forme de jeu, là.
M. Girard
(Groulx) : Voilà. Alors, j'en... je prends acte de votre suggestion.
M.
Beauchemin : Bien, l'autre approche...
M. Girard
(Groulx) : Je vous remercie.
M. Beauchemin :
...l'autre approche a été de
légaliser, en échange de quoi, bien, il y aurait... légaliser l'ensemble
des sites illégaux, en échange de quoi il pourrait y avoir...
M. Girard (Groulx) : C'est
l'approche de l'Ontario.
M. Beauchemin : Exact.
M. Girard (Groulx) : C'est une
nouvelle approche. On va les regarder aller.
Nous, ce
n'est pas ce qu'on favorise. Tantôt, on a parlé du dividende de Loto-Québec,
qui était de 1,6 milliard l'an
dernier. Ça paie des hôpitaux, des écoles. On verra ce que... comment ça se
passe en Ontario. Ce n'est pas un modèle qu'on favorise et... Bien, si
on regarde ce qui s'est passé avec le cannabis, notre... le modèle que nous
avons choisi au Québec, pour l'instant,
semble supérieur à ce que l'Ontario a fait, c'est-à-dire de laisser
l'entreprise privée ouvrir des dispensaires de cannabis partout.
M. Beauchemin : Oui, je comprends,
je comprends, je comprends.
M. Girard (Groulx) : Le nombre de...
On aura une... On pourra en discuter demain avec la SQDC, mais le nombre de
succursales pour...
M. Beauchemin : De façon
philosophique...
Le Président (M. Simard) : ...s'il
vous plaît.
M. Girard (Groulx) : Excusez-moi.
M. Beauchemin : Je comprends que, de
façon philosophique, là, bon, c'est important pour le gouvernement de faire le 1,5, 1,6 milliard de dividende,
mais les enjeux de société qui sont associés avec la problématique du jeu en
ligne, illégal ou légal, les
conséquences pour l'humain sont quand même très significatives, tout comme le
tabagisme. Donc, on a pris cette décision-là de régler ou essayer de
régler le problème au niveau du tabagisme.
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
M. Beauchemin : J'assume qu'on va
essayer de faire le... tout ce qu'on peut pour...
M. Girard (Groulx) : Mais, en fait,
il ne se fait pas tant d'argent que ça dans le jeu en ligne.
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
M. Girard (Groulx) : C'est qu'il y a
vraiment une surexposition médiatique du jeu en ligne.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci beaucoup. Nous poursuivons avec l'intervention de la députée de Huntingdon.
Mme
Mallette : Merci, M. le Président. Bonsoir, M. Bergeron. M.
le ministre, j'ai une question assez simple. La pandémie a durement touché
Loto-Québec dans les deux derniers exercices, puis je pense que ça se comprend,
parce qu'on a dû fermer les établissements, ça a affecté les opérations,
on a cessé certaines activités aussi. Donc, cependant, à la lecture du
budget 2023‑2024, on constate que la situation, elle semble s'être
améliorée, étant donné que le dividende du
gouvernement, puis je pense qu'on l'a dit à plusieurs reprises, est d'environ,
là, 1,6... moi, j'avais 1,523 milliard, par rapport au montant de
1,3 milliard qui était prévu au rapport préélectoral d'août 2022.
Est-ce que
vous pourriez nous expliquer les facteurs du montant de 1,3 milliard qui
étaient... des facteurs, en fait, qui ont mené au résultat 2022‑2023?
Donc, comment ça qu'on a amélioré ce qu'on avait prévu en août 2022?
• (18 h 30) •
M. Bergeron
(Jean-François) : Oui. Bien, comme vous
l'avez dit, effectivement, Loto-Québec a été la société d'État le plus durement
touché dans les dernières années, et on a profité de ce moment-là pour revoir
certains modèles d'affaires, plus particulièrement dans le secteur des salons
de jeu et des casinos. On a revu notre offre, on a revu nos heures d'opération, ce qui a fait qu'on est sortis de la
pandémie beaucoup plus... beaucoup plus efficients qu'on était avant la
pandémie. Il y a aussi... Il faut comprendre que, les dernières années, il y a
eu tellement une sous-offre que je vous dirais qu'on a connu un début d'année
peut-être gonflé un peu par l'excitation du fait qu'on réouvert... qu'on
réouvrait. Mais je vous dirais que le plus gros de... du surplus qu'on a généré
cette année provient vraiment d'une opération qui est beaucoup plus... qui est
beaucoup plus efficace maintenant qu'elle était dans le passé.
Mme Mallette : Merci beaucoup. On en
a parlé à plusieurs reprises, justement, avec les oppositions. Vous avez, dans le fond, deux mandats, soit de gérer
l'offre de jeux de hasard et d'argent mais de le faire de façon responsable.
Comment faites-vous, là... puis là,
vraiment, de manière plus globale, de concilier les deux, de répondre à ces
deux missions-là?
M. Bergeron
(Jean-François) : Oui. Bien, c'est sûr que
la vocation double, elle est importante chez nous. On a des gens qui sont
chevronnés, qui font de l'offre de jeux de hasard leur métier, et ils le font
de façon vraiment superbonne, et, en
contrepartie, on a d'autres ressources, d'autres équipes qui travaillent et se
concentrent de le faire de façon responsable. Et cet équilibre-là, elle
est importante et elle se décline de plusieurs façons. Donc, on a plusieurs mécanismes, plusieurs mesures de sécurité dans nos aires de
jeux, que l'on ne retrouve pas, évidemment, chez les opérateurs illégaux. Et donc, c'est l'amalgame des deux. Il faut
vraiment toujours trouver cet équilibre-là. Donc, il faut prendre notre
place, bien sûr, mais il faut le faire d'une façon responsable.
Puis Loto-Québec, tu sais, ce n'est pas un enjeu
en soi, c'est une solution. Il faut se rappeler, la mission de Loto-Québec, c'était de migrer l'offre de jeux qui
s'offrait d'une façon illégale... de l'offrir de façon responsable. Et donc,
c'est cet équilibre-là que Loto-Québec doit toujours garder à l'esprit.
Mme Mallette : Bien, je vous
remercie beaucoup. Je vous laisserais le mot de la fin pour conclure avec ce
bloc Loto-Québec. Merci beaucoup.
M. Girard (Groulx) : Bien, moi, je
veux simplement remercier les employés, la direction de Loto-Québec, le conseil
d'administration. On a eu une période difficile avec la pandémie, et là, le jeu
de hasard au Québec, il n'y a pas eu de
modernisation dans l'offre de jeu depuis l'ouverture du casino au Mont-Tremblant.
Alors, je pense qu'on est mûrs pour une saine évolution de l'offre,
toujours dans le respect de nos responsabilités sociales.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Alors, ceci met fin à nos échanges.
Documents déposés
En terminant,
je dépose les réponses du gouvernement aux questions de l'opposition et
également les deux cartes qui nous ont été présentées dans le cadre de
nos échanges.
M. Bergeron,
merci pour votre présence parmi nous. Merci à vos membres de votre équipe qui
vous accompagnent.
Compte tenu de l'heure, nous allons suspendre
momentanément afin de faire place à nos prochains invités. À plus tard.
(Suspension de la séance à 18 h 35)
(Reprise à 18 h 39)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, à l'ordre, s'il vous plaît! Je constate que nous avons à
nouveau quorum. Nous sommes en mesure de poursuivre nos travaux.
Comme vous le savez, à ce stade-ci, la
commission est réunie afin de procéder à l'étude du volet Institut de la
statistique des crédits budgétaires du portefeuille Finances pour l'exercice
financier 2023‑2024. Une enveloppe de 30 minutes a été allouée pour
nos échanges.
Institut de la
statistique
Discussion générale
Et, afin de commencer nos débats, je cède la
parole au député de Marguerite-Bourgeoys.
M.
Beauchemin : Merci beaucoup, M. le Président. Merci à vous tous
d'être ici. Merci, statisticien en chef, d'être présent parmi nous.
Je veux vous amener dans de... dans la question
en ce qui a trait des bassins des travailleurs potentiels. On l'a vu, là, dans le budget présenté par le ministre
des Finances, que le bassin des travailleurs potentiels du Québec va stagner
au cours des prochaines années. Et, ce qu'on remarque quand on regarde ma page
favorite du budget, là, la page G.7, c'est
qu'effectivement le bassin de travailleurs potentiels du Québec, de 2024, là, à
2027, ça va être stagnant. Il n'y aura pas d'augmentation nette durant
ces années-là.
Donc, ma question par rapport à vous :
Est-ce que, vous, vous partagez, donc, ces projections?
M. Girard (Groulx) : Vous voulez une
question pour le statisticien en chef?
M. Beauchemin : Désolé. Oui, M. le
ministre.
M. Girard (Groulx) : Est-ce qu'il y
a consentement?
Le Président (M. Simard) : Alors, il
y a consentement?
M. Girard (Groulx) : Voilà.
Le Président (M. Simard) : Il y a
consentement. Alors, monsieur, pour les fins de nos travaux, auriez-vous
d'abord l'amabilité de vous présenter?
• (18 h 40) •
M.
Bergeron (Simon) : Oui. Mon nom est Simon Bergeron. Je suis
statisticien en chef de l'Institut de
la statistique du Québec. Ça fait plaisir d'être avec vous.
Donc, je
comprends que l'objet de la question, c'est de... quel genre de projections,
là, au niveau de la main-d'oeuvre,
qu'on... que l'ISQ peut faire et comment on peut contribuer peut-être plus
généralement aussi aux fins de la connaissance et de l'élaboration de la
connaissance autour de cette question-là. Je vous dirais, c'est sûr qu'on... à
l'Institut de la statistique, on... c'est notre mission. Puis on fait beaucoup,
déjà, d'enquêtes, là, qui nous aident de façon générale et qui vont aider nos
ministères partenaires à développer les connaissances sur toute cette
question-là. Par exemple, on a deux enquêtes en cours présentement, pour le
compte du ministère de l'Emploi et Solidarité, qui visent à mieux comprendre
les besoins de formation des entreprises et aussi, dans le contexte des gens
qui ont des entreprises, qui ont des
chômeurs de longue durée, mieux comprendre un peu quels sont les enjeux, les
problématiques que ces
entreprises-là... auxquels elles font face et pour justement être en mesure,
après ça, de mieux identifier le type de service qui pourra être servi.
C'est le genre de contribution que l'ISQ peut faire
au débat pour aider à bien apprécier quelles sont les difficultés vécues
actuellement par les entreprises sur cette question-là. Par exemple, l'enquête
sur la... justement, sur la question de la formation puis les besoins de
formation et surtout les difficultés liées au recrutement, on parle de près
de... c'est d'une quarantaine de mille, de mémoire, de répondants qui...
30 000, en fait, répondants qui vont nous permettre, là, de mieux
apprécier dans quelle mesure, justement, on peut identifier les enjeux, les
problématiques auxquels les entreprises font face.
C'est sûr que, par ailleurs, où on peut... où on
contribue déjà, l'ISQ, de façon importante à ces questions-là, c'est en matière
de projection démographique. C'est un des... Dans le fond, dans la Loi de
l'Institut de la statistique du Québec, il y
a un certain nombre de productions statistiques ou de produits qu'on doit
nommément faire en vertu de la loi. Il y a, un, de... un, de tenir un bilan
démographique qui inclut... par lequel on fait des projections démographiques.
On a aussi des enquêtes en lien avec la rémunération et maintenant avec le
suivi de la langue française. Mais, en matière, donc, de démographie, c'est
clair que pour ça, l'Institut de la statistique, on est beaucoup outillés avec l'équipe
de démographes pour faire des projections sur cette question-là. Puis je pense
que nos projections sont beaucoup utilisées
dans l'espace public pour comprendre l'évolution par tranches d'âge des gens au
Québec, selon les différentes... les différents groupes d'âge.
D'ailleurs, on a Le bilan démographique, qui est une publication phare
de l'ISQ sur cette question-là, qui nous permet vraiment, là, de faire les
projections par tranches d'âge.
Parmi les travaux peut-être vraiment encore en
lien avec ça, avec votre question, sur lequel on planche présentement puis que, bon, on espère être bons
pour livrer peut-être, là, dans la prochaine année, on voudrait essayer d'aller un peu plus loin, au-delà des projections
démographiques, pour essayer d'aller dans les projections au niveau, là, des
éléments qui caractérisent la population active, par exemple, les taux
d'activité puis ces questions-là, essayer de raffiner
un peu l'analyse au niveau démographique pour être en mesure peut-être
justement de voir dans les tendances de
long terme comment les enjeux liés au vieillissement vont impacter clairement,
là, l'évolution du bassin de main-d'oeuvre.
Donc, c'est
dans... Vraiment, je vous dirais, c'est peut-être, là, en quelques minutes...
c'est les éléments sur lequel on travaille puis qui pourraient assurément
éclairer, là, les débats sur cette question-là puis fournir des données intéressantes.
M. Beauchemin : Donc, à la
page G.7 du budget... Je ne sais pas si, vous, vous l'avez devant vous.
M. Girard
(Groulx) : Oui, mais le statisticien ne fait pas le budget,
là. Je vais prendre la question sur le budget.
M. Beauchemin : Non, mais juste
pour... Est-ce que... Si vous avez... la même statistique, vous voyez donc zéro
croissance du bassin de la population, vous aussi?
M. Girard (Groulx) : Je vais vous
répondre. La croissance du bassin de travailleurs potentiels pour la
période 2024‑2027, ça, c'est les travailleurs âgés entre 15 et
64 ans, on dit qu'il n'y aura pas de croissance, et c'est cohérent avec
les prévisions démographiques de l'Institut de la statistique du Québec.
M. Beauchemin : OK. Merci. Donc, M.
le...
M. Girard (Groulx) : Juste vous
rappeler que la tradition parlementaire... votre réponse doit être de la même
longueur que la question.
M. Beauchemin : Ce n'est pas
obligatoire parce que c'est quand même un sujet qui est... qui a de besoin de
plus d'explications. Ça fait qu'allez-y, là, j'ai... si jamais je veux couper,
j'ai moyen de couper, mais j'aimerais vous écouter.
Donc, c'est ça qui est important, je pense, que vous puissiez vous exprimer
pour éclairer les Québécois. La courbe démographique, donc, le livre que vous
publiez, la courbe démographique québécoise, elle se compare comment par
rapport aux neuf autres provinces canadiennes?
M. Bergeron (Simon) : Bon, je vous
dirais, c'est sûr que, de façon générale, le vieillissement est un peu plus
prononcé au Québec. C'est souvent ce qu'on dit, que dans le reste du Canada...
surtout lorsqu'on se compare avec les provinces
de l'Ontario puis les provinces de l'Ouest. C'est des éléments, là... C'est sûr
que je suis... Il faudrait que je fouille peut-être un peu plus davantage, là, pour trouver vraiment les bonnes
références, mais c'est des éléments qu'on présente, là,
dans les documents, là. On fait des comparaisons... on fait certaines
comparaisons par rapport à ça. Et aussi, lorsque Statistique Canada sort
ses publications, elles font des projections démographiques selon les
différentes provinces. Ça fait que c'est
des... c'est vraiment des projections qui sont... qu'on peut regarder, qu'on
peut comparer, qu'on pourrait toujours
vous ressortir, mais, je vous dirais, de façon générale, le Québec a une...
dans ce sens-là, le vieillissement est au... peut-être un peu plus
prononcé que dans le reste du Canada.
M. Girard
(Groulx) : ...juste une précision. Est-ce qu'on a vraiment un
vieillissement plus avancé que les provinces maritimes?
M. Bergeron (Simon) : C'est ça, je pense,
c'est... dans la moyenne canadienne, c'est les provinces maritimes. Puis je... c'est mon... c'est vraiment ce que j'ai
retenu, c'est que les provinces maritimes, effectivement, sont... le
vieillissement se fait peut-être... est peut-être plus important que le
Québec. Mais, quand on prend dans la moyenne canadienne
puis on regarde le reste du Canada, l'Ontario et l'Alberta,
Colombie-Britannique, particulièrement, ça fait en sorte que, par
rapport à la moyenne, le Québec est peut-être un peu...
M. Beauchemin :
...relativement similaire, mais
vu d'une autre façon, là. Est-ce que le Québec a la proportion la plus avancée de retraités par rapport à l'ensemble
de sa population? En pourcentage, là, pas en absolu, mais en pourcentage.
M. Bergeron (Simon) : ...je ne serais pas
capable de vous répondre, là, sur-le-champ, comme ça, M. le Président. Il
faudrait que je... Il faudrait que je fouille pour aller rechercher
l'information, là.
M. Beauchemin :
Mais c'est correct. On pourrait
avoir la réponse plus tard. Là, ça avait été intéressant parce que c'est
vraiment une statistique que je cherche à obtenir.
Il y a a donc le fait
que, bon, on a la courbe démographique la plus vieillissante. Ça veut dire...
Selon vous, ça se traduit-tu dans une façon de dire que, bien, les plus jeunes
vont être de moins en moins nombreux par rapport à ceux qui sont plus âgés?
C'est ça que ça veut dire?
M. Bergeron
(Simon) : Bien, souvent, ce qu'on... une façon de l'illustrer, c'est
qu'on regarde les arrivants dans la... sur le marché du travail, dans l'âge de
travailler, par rapport à ceux qui sont plus... qui vont faire le passage à la retraite. Puis c'est sûr que ce qui
caractérise le vieillissement démographique, c'est qu'on est rendus dans une
période où les nouveaux arrivants sur le marché du travail peinent à
suffire ou à compenser pour ceux qui partent à la retraite, qui est une
situation qui va quand même aussi perdurer dans le temps, là.
M.
Beauchemin : Est-ce qu'on est distincts au Québec là-dessus par
rapport au reste du Canada?
M. Bergeron
(Simon) : Bien, c'est sûr qu'il y a des phénomènes qui sont similaires
dans le reste du Canada, mais là, j'aurais de la difficulté, là, à vous donner,
là, des... avec des données bien précises par rapport à ça aujourd'hui, là. Je
suis peut-être moins familier avec tout le détail, surtout des comparaisons,
pour le faire, mais on pourrait... je pourrais toujours vérifier, là, qu'est-ce
qu'on a pour pouvoir vous revenir par rapport à ça.
M.
Beauchemin : ...M. le Président, j'aimerais ça avoir cette
information-là.
Le Président (M. Simard) : ...il
s'agit de transmettre ces informations, monsieur, au secrétariat de la
commission, qui va les repartager à ses membres.
M. Girard
(Groulx) : Mais c'est une simple comparaison interprovinciale des
cohortes d'âges, et Statistique Canada fait ça. C'est du domaine public. On va
vous trouver ça.
M. Beauchemin :
Mais l'ISQ le fait aussi,
n'est-ce pas? Donc, j'imagine que vos banques de données pourraient donner
la même résultante, là, que Statistique Canada.
M. Bergeron
(Simon) : Bien, c'est sûr qu'on a les données pour le Québec. Ce qu'il
va falloir faire, c'est d'aller voir, là,
avec les... dans les projections de Statistique Canada pour le Canada. Puis,
oui, on pourrait... c'est le genre de chose qu'on pourra regarder.
M.
Beauchemin : D'accord.
M. Girard
(Groulx) : Il y a toute une section de comparaisons interprovinciales
sur le site de l'ISQ.
• (18 h 50) •
M.
Beauchemin : Vos prévisions sur la... si je peux dire, la forme de la
courbe démographique actuelle au Québec,
quand vous disiez tantôt qu'on a la courbe la plus âgée... Si j'ai bien
compris, c'est ça, le terme que vous avez utilisé, là? C'est... C'était
bien...
M.
Bergeron (Simon) : Bien,
peut-être pas la plus âgée, là, si vous permettez, mais plus âgée que la moyenne
canadienne, mais pas la plus âgée. Si j'ai... peut-être, question d'être
précis.
M. Beauchemin : D'accord.
Et donc, quand vous regardez l'ensemble des ingrédients qui fait en sorte que,
bon, on a une population en croissance, ou peu, ou peu importe, là, il y a
évidemment, bien, la capacité d'avoir des enfants qui naissent, de
l'immigration qui rentre, etc., etc. Qu'est-ce qui nous distingue au Québec par
rapport aux autres provinces, selon vous,
pour refléter le fait que notre courbe démographique, donc, est la... celle qui
vieillit le plus rapidement, comme vous disiez? Quelle est la composante
qui fait que le résultat donne ça?
M. Bergeron (Simon) : En fait, encore
là, c'est... On est quand même assez pointus, je vous dirais, là, dans la
question, dans l'analyse des données. Ça fait que je veux quand même rester
prudent, là, dans ma compréhension, parce que c'est certain qu'on produit
beaucoup de documentation, comme vous pouvez comprendre, là, à l'institut, dans une année, puis moi, je les... même si je les
vois toutes passer, je ne suis pas le spécialiste, là, de... évidemment, là,
de chacune de ces questions-là. Mais c'est
certain que lorsqu'on regarde les données sur, par exemple... sur le marché
du travail, on voit que le taux de
participation des... puis ça, c'est... la participation des femmes au Québec a
vraiment beaucoup rattrapé les retards, entre guillemets, qu'on avait
par rapport au reste du Canada.
Puis ça,
c'est beaucoup... c'est des phénomènes qui se sont beaucoup accentués, là, dans
les années 2000, donc l'accélération, là, le rattrapage par les
différents groupes d'âge. Puis, ça c'est une façon intéressante de voir, justement, comment puis... comment les différentes
politiques ou services qui sont accessibles aujourd'hui au Québec contribuent
réellement à faire une différence sur le marché du travail pour la
participation des femmes. D'ailleurs, Pierre Fortin, dans ses
interventions, lui, c'est quelque chose qu'il se plaît beaucoup à rappeler puis
en comparant ces éléments-là. Ça fait que ça, c'est sûr que c'est, je vous
dirais... c'est certainement un trait qui caractérise, là, la situation au
niveau de la participation, en tout cas, à tout le moins, au marché du travail,
là, des femmes.
M. Beauchemin : Il y a-tu d'autres
éléments, selon vous, qui sont contributeurs à différencier la courbe
démographique québécoise par rapport aux autres provinces? Là, on parle des
femmes, oui. Est-ce qu'il y a d'autres éléments?
M. Bergeron (Simon) : Bien, en fait,
c'est sûr que ça a... En tout cas, c'est toujours difficile de faire des
analyses pour déterminer exactement dans quelle mesure, mais ça a sûrement aidé
à faire hausser le taux, là, de fécondité aussi des femmes dans les
années 2000 et puis de faciliter l'indice qu'on appelle l'indice de
fécondité du Québec. De faire... De
contribuer tous ces services-là, non seulement ça leur a permis d'accroître la
natalité, mais aussi de permettre une participation accrue au marché du
travail.
M. Beauchemin : Il
y a juste un article, là, qui m'est venu, c'est celui de... du Quotidien,
qui parle que le Québec a vu naître
seulement 80 700 enfants en 2022. C'est un creux en près de deux
décennies. C'est une diminution marquée de 4 200 naissances par rapport à l'année
précédente, où 84 900 petits Québécois ont vu le jour. Donc, ça,
c'est quand même une statistique intéressante.
M. Bergeron (Simon) : Intéressante,
oui.
M. Beauchemin : Qu'est-ce que...
Qu'est-ce que vous en pensez? Si on regarde les autres éléments qui peuvent contribuer à l'augmentation ou à la
stabilisation de la population, est-ce qu'on peut parler aussi de l'immigration?
Est-ce que l'immigration au Québec joue ce
rôle-là un peu de, comment pourrais-je dire... d'être tampon, d'une certaine façon, par rapport à ce que les autres provinces
semblent avoir une croissance, ce que, nous, on n'a pas? Là, je ne parle pas
des provinces de l'Est, je parle des autres.
M. Bergeron (Simon) : Bien, je vous
dirais, c'est peut-être difficile pour moi d'identifier, là, les mesures. C'est le... Notre rôle, nous, c'est vraiment de
faire... de produire ces données-là, comme... puis de les rendre disponibles
via notre... ce qu'on appelle notre Registre
des événements démographiques, qui permet de bien tenir compte de toutes les...
bon, les... autant les naissances évidemment que les décès, les mariages et les
divorces, par exemple. C'est des éléments qui arrivent dans le courant
d'une vie des gens.
Nous, dans le fond, notre rôle, c'est vraiment
de rendre ces données-là disponibles, dont les données les plus récentes dont vous venez de mentionner, puis de
laisser un peu... laisser l'espace aux spécialistes, aux autres spécialistes
pour essayer d'identifier vraiment quelles
mesures ont pu permettre, là... ou d'influer ou d'influencer sur ces
résultats-là. C'est...
M. Beauchemin : Est-que vous avez
des statistiques au niveau de l'immigration que vous pouvez partager?
M.
Bergeron (Simon) : Assurément. Dans notre bilan démographique puis
qui d'ailleurs... pour lequel l'édition... la prochaine édition va
sortir ce printemps, c'est certain qu'on traite de façon importante, là, de la
question de l'immigration. On a mis une emphase un peu particulière, même dans
le dernier... la dernière édition, sur tout ce qui concerne aussi la question, par exemple, des résidents non permanents.
Ça fait que c'est des choses que, oui, on traite, qu'on va continuer à
traiter.
Ce qui est
intéressant aussi de mentionner, c'est qu'avec l'accès que l'ISQ a à certaines
données administratives, on est même
aussi capables de regarder la migration à l'intérieur du Québec, entre les
régions aussi, des déplacements des gens
entre les régions. Ce sont d'autres données en lien avec toute l'évolution de
la situation démographique qu'on suit de façon très attentive, qui est vraiment une
mission de... en fait, une... parmi les services de base, là, ou essentiels,
là, de l'ISQ. Ça fait que, donc, on a beaucoup de données sur la
démographie.
M. Beauchemin : Merci. Je pense
qu'au niveau de l'immigration permanente, on entend les chiffres, on en a discuté au salon bleu à plusieurs reprises, c'est
les positions du gouvernement, 50 000 ou 62 000 l'année passée, etc.
Donc, ces chiffres-là sont connus.
L'immigration temporaire, est-ce que vous êtes capable de nous chiffrer ce que
l'immigration temporaire représente pour le Québec en 2022, le chiffre?
M. Bergeron (Simon) : Bien, c'est
certain qu'on... Encore là, comme je disais, M. le Président, là, dans le chapitre... dans notre chapitre sur les migrations
de notre dernier document, par exemple, c'est clair qu'on a les données sur
les migrations qui... la composition, là, de l'immigration au Québec, là, en
fonction... Puis ça, je fais référence vraiment au Bilan démographique du
Québec qu'on publie, là, à chaque année sur notre site Internet.
Le Président (M. Simard) : D'accord.
M.
Bergeron (Simon) : Ça fait que c'est clair que, dans ce document-là,
on prend le temps de bien distinguer les... C'est des migrations qui
sont des migrations régulières et des non... résidents non permanents et...
Le Président (M. Simard) : Merci
beaucoup, cher ami.
M. Bergeron (Simon) : ...aussi, pour
terminer.
Le Président (M. Simard) : Alors,
nous poursuivons. Vous souhaitiez avoir un chiffre, vous, cher collègue?
M. Beauchemin : ...
Le Président (M. Simard) : Dans une
générosité extrême, je vous accorde ce temps-là. En avez-vous un? Quand vous
l'aurez, vous nous le direz.
M. Beauchemin : Merci.
Le Président (M. Simard) : M. le
député de Maurice-Richard.
M.
Bouazzi : Merci beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup
d'être présente et présents à cette commission. Encore une fois, un
exercice démocratique important auquel j'ai l'honneur de participer.
Depuis longtemps, plusieurs analystes soulignent
l'importance de mesurer le bien-être d'une société selon d'autres
considérations que le PIB. Certaines initiatives très intéressantes se sont
manifestées, ces dernières années, en matière de données et d'indicateurs
permettant d'aller en ce sens. L'Institut de la statistique lui-même a publié
des indicateurs de progrès du Québec pour la mesure du bien-être et de la
richesse nationale.
Est-ce que... Cette initiative suivait celle du
regroupement du G15+ de la société civile qui avait également publié ses indicateurs du bien-être au Québec.
Malgré le caractère fort intéressant de tout ça, ce genre d'exercice trouve
ses limites en raison de l'indisponibilité de différentes données qui seraient
pourtant utiles. Et je cite ici le G15+ : «Donc, le G15+ est bien obligé d'admettre que, malgré ses efforts, il
n'a pas trouvé d'indicateurs fiables et fréquents pour presque une
vingtaine de facteurs qu'il faudrait pourtant, selon lui, pouvoir suivre, comme
le poids de l'économie sociale, la qualité
des services de garde à l'enfance, la viabilité des langues autochtones ou la
capacité de séquestration de carbone.»
Je ne vous cacherai pas que moi-même, quand je
cherche à creuser, de manière plus fine, un certain nombre de dossiers, comme la question des patrimoines
avec laquelle j'ai eu la chance d'échanger avec M. le ministre Girard, je me
bute à un manque de données, souvent. Donc, peut-être, ma première question
pour vous, c'est : Quel est... Quels seraient vos besoins pour
pallier à ce manque de données?
M. Girard (Groulx) : Un
instant.
Des voix : ...
M. Girard (Groulx) : Alors, on
a collaboré avec le G15+, là. On a essayé de les aider à rendre leurs indices plus représentatifs. M. Bergeron va donner
les détails. Le ministère des Finances et l'Institut du... statistique du Québec
ont été impliqués.
M. Bergeron (Simon) : Oui.
D'ailleurs, c'est ça, effectivement, on les a rencontrés déjà deux fois puis on
a... on va continuer à travailler avec eux pour justement voir dans quelle
mesure les indicateurs qu'ils ont identifiés, c'est
des... lesquels, parmi ceux qu'ils ont identifiés, qui... qu'on pourrait
continuer à travailler en collaboration aussi avec les gens du ministère de
l'Environnement. Parce que ce qui est important aussi de... quand même de...
aussi, je pense, de rappeler et de contextualiser là-dedans...
M. Bouazzi : Je
veux juste être sûr de préciser ma question. Je vous donne un exemple du
patrimoine. Il est important. Les économistes s'accordent pour dire que les
plus grosses inégalités, en fait, ne sont pas des inégalités de revenus, mais
des inégalités d'accumulation de patrimoine. On parle d'un rapport de un pour
18 000, si on compare le un pour 10 000 le mieux nanti, et une
personne qui appartient aux 40 % le moins nanti. Ceci étant dit, c'est des
chiffres très compliqués à obtenir, actuellement.
Donc, est-ce que, par exemple, sur la question
du patrimoine, qui est une question importante à nos yeux pour pouvoir, entre
autres, calculer un degré d'inégalité dans notre société, et donc aussi un
degré du bonheur parce que les deux sont liés... qu'est-ce qu'il vous
faudrait...
M. Bergeron (Simon) : ...sûr
que ça, il faudrait prendre le temps pour bien définir qu'est-ce qu'on veut...
qu'est-ce qu'on veut identifier, parce qu'on a, évidemment... on pourrait avoir
des données. Il y a déjà le patrimoine immobilier
qui est disponible. Dans le cadre du budget, ce qui est quand même intéressant,
c'est qu'il y a eu l'annonce comme de quoi, maintenant, l'Institut de la
statistique du Québec va pouvoir avoir accès aux données de Retraite Québec
pour les rendre accessibles pour les fins de la recherche. Sûrement, ça va être
une autre façon pour aller regarder puis mieux évaluer et essayer d'identifier
les patrimoines qui sont liés au régime de retraite des gens.
Je vous dirais, il faudrait que, dans ce genre
de démarche là... de la manière dont on va procéder, justement, lorsqu'on discute, là, par exemple, avec des
partenaires comme le G15+ ou avec des partenaires comme le ministère de l'Environnement, pour lequel eux aussi ont des
idées pour définir quels peuvent être les indicateurs de développement durable, souvent, on va essayer d'identifier comme
il faut, essayer de cerner le plus possible ces indicateurs-là, regarder
les sources de données qui existent probablement... pour l'avoir avec... dans
ces cas-là, est-ce que Statistique Canada a
certaines choses qu'il peut combler ou qu'il peut participer en partie,
répondre. Puis advenant le cas qu'il y a... on s'entend sur un
indicateur à construire pour lequel on n'a pas tout puis qu'on a besoin, par
exemple, de compléter par une enquête, bien
là, on peut... c'est là qu'on peut utiliser toute la puissance, entre
guillemets, de l'institut puis bâtir une enquête qui va nous permettre
d'y arriver.
M. Bouazzi : Donc, pour vous
dire, Statistique Canada donne les informations par quintile, ce qui est très,
très loin de pouvoir donner une idée des inégalités de patrimoine. Étant donné
que la courbe est plutôt exponentielle dans
les pourcentages, le 1 % et même le 0,001 %, de la même manière, le
patrimoine, qui est la maison, n'est en rien représentative de ces
inégalités, étant donné qu'elle se retrouve principalement dans des options et
des actions en bourse plutôt que dans la
maison, qui est le principal patrimoine de la classe moyenne en général. Donc,
ce serait quelque chose à pousser.
Le Président (M. Simard) : En
10 secondes...
M. Girard (Groulx) : ...votre
motivation est différente du G15+, là, parce que le G15+...
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
M. Girard (Groulx) : ...puis vous,
vous voulez taxer le patrimoine, là. Ce n'est pas la même chose, là.
Le
Président (M. Simard) : Alors, M. le ministre, sur ce, malheureusement, le
temps dévolu à ce bloc d'échange est terminé.
Documents déposés
Et, le temps global lui-même étant réputé être
écoulé, je dépose, bien entendu, les réponses du gouvernement aux questions de
l'opposition. Et je vous remercie pour votre présence parmi nous. Je salue,
bien sûr, nos collègues, M. le représentant de l'Institut de la statistique, et
toute son équipe.
Nous nous retrouvons demain, autour de
11 heures. À bientôt, merci pour votre collaboration.
(Fin de la séance à 19 h 05)