(Onze heures treize minutes)
Le Président (M. Simard) : ...amis,
bienvenue à toutes et à tous. Je constate que nous avons quorum, et nous
pouvons donc entreprendre nos travaux.
Comme vous le savez, notre commission est réunie
afin de procéder aux consultations particulières et aux auditions publiques sur
le projet de loi n° 53, Loi édictant la Loi sur la
protection contre les représailles liées à la divulgation d'actes
répréhensibles et modifiant d'autres dispositions législatives.
Mme la secrétaire, bonjour. Bienvenue parmi
nous. Heureux de vous recevoir. Y aurait-il des remplacements ce matin?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Beauchemin (Marguerite-Bourgeoys) est remplacé par M. Morin
(Acadie); Mme Rizqy (Saint-Laurent), par Mme Prass (D'Arcy-McGee); et
M. Bouazzi (Maurice-Richard), par Mme Labrie (Sherbrooke).
Le
Président (M. Simard) : Alors, bienvenue à nos nouveaux collègues. Comme
vous le savez, nous débutons d'abord par des remarques préliminaires,
après quoi nous entendrons, bien sûr, nos invités.
Remarques préliminaires
Et, comme le veut la tradition, nous débutons en
laissant la parole à la ministre de l'Administration publique et présidente du Conseil
du trésor.
Mme Sonia LeBel
Mme LeBel : Bien, merci, M. le
Président. Tout d'abord, j'aimerais souhaiter la bienvenue à mon collègue d'en face, le député de l'Acadie, qui va se
joindre aux travaux. Ça fait qu'on va avoir le bonheur de pouvoir travailler
ensemble sur ce projet de loi, que je considère comme étant très important. La
députée de Sherbrooke, pas que je ne vous souhaite pas particulièrement la
bienvenue, mais on a déjà eu l'occasion de travailler ensemble, puis je pense
que ça va être comme d'habitude, on va le faire de façon... de façon
constructive parce que c'est un projet de loi qui est au bénéfice de la société. Je veux quand même vous permettre de
souligner la présence de l'équipe qui m'entoure, naturellement mes
collègues de la banquette parlementaire, mon collègue de Maskinongé, qui a
travaillé avec moi particulièrement sur ce projet de loi. Vous vous souviendrez
que la consultation qui avait été faite avant le dépôt du projet de loi avait
été menée avec brio par lui. Alors, je suis très contente de le voir à nouveau,
naturellement avec mes autres collègues, et
l'équipe qui m'entoure des... qui... M. Alexandre Hubert, qui est le secrétaire
associé aux ressources humaines gouvernementales, il y a M. Philippe
Matteau, qui est le directeur général des relations du travail et de la
gouvernance en éthique, Philippe Bettez Quessy, qui est coordonnateur
gouvernemental à l'éthique, Gabriel Roy, qui est
à la DAJ, notre DAJ, et, naturellement, ma conseillère politique, Emilie
Vallée. Ce sont des gens qui auront peut-être moins à intervenir au
niveau des consultations, mais, quand on en arrivera à l'étude article par
article, leur expertise, comme toujours, sera un atout indissociable de la
réussite de nos travaux, M. le Président.
Donc, aujourd'hui, je le disais, je présente un
projet de loi qui est là pour améliorer le fonctionnement de nos institutions.
Ultimement, ce qu'on veut faire, c'est favoriser une plus grande confiance de
la population envers le gouvernement et, particulièrement, l'intégrité et la
transparence de l'administration publique.
Vous savez, divulguer un acte répréhensible
commis par un employé ou un dirigeant ne devrait pas être un chemin... un chemin de croix, un chemin rempli
d'obstacles. Et, quand on a déposé le rapport de la mise en oeuvre de la loi
et les différents rapports du Protecteur du citoyen qui ont été déposés, deux enjeux majeurs
ressortaient : premièrement, le manque de compréhension du
processus et, deuxièmement, peut-être la... le manque de confiance dans... dans
ledit processus, compte tenu de la
structure, qui avait été jugée adéquate à l'époque, et c'est pour ça qu'on fait
des rapports de mise en oeuvre, M. le Président... la structure, qui
demandait de divulguer à l'intérieur même des organisations. Donc, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'on doit
faire en sorte que le mécanisme qui est en place inspire confiance et amène
plus de divulgations, bien, s'il y a des actes répréhensibles, naturellement,
parce que l'idée, c'est qu'on veut pouvoir corriger ces actes répréhensibles là
et les adresser, M. le Président.
Donc, les améliorations proposées découlent,
comme je le disais, entre autres du rapport de mise en oeuvre, de la consultation qui en a suivi par la
commission parlementaire et des différentes recommandations que le Protecteur
du citoyen a eu à faire et qu'il aura certainement l'occasion de réitérer
pendant nos consultations.
Donc, en gros, je
n'irai pas dans les mesures particulières, on aura l'occasion de les détailler
au moment de l'étude par... article par
article, mais ce qu'on veut, c'est avoir une... une confiance accrue, donc
protégée. Et comment cette confiance-là va se protéger? C'est par la confidentialité, assurer
aux gens qui vont avoir le courage de divulguer, parce que ça prend quand
même un certain courage pour le faire, et auront la volonté de le faire...
bien, on les protège mieux et on va protéger mieux leur confidentialité. On va
le faire comment? On va le faire en se dirigeant vers un guichet unique, qui
est à l'extérieur des institutions concernées par la divulgation, entre autres,
et différentes mécaniques de renforcement de la confidentialité. On aura
l'occasion de discuter des détails.
On
veut donner un meilleur accompagnement aux divulgateurs. Pendant la
commission... les commissions de... la commission parlementaire sur les
consultations pour le rapport de mise en oeuvre, un élément essentiel ressortait :
une fois qu'on est... qu'on divulgue, on est
un peu laissé à nous-même. Donc, une possibilité d'être accompagné. Par qui?
Bien, nous avons choisi que ce soit le Protecteur du citoyen, qui est le mieux
placé pour non seulement recevoir la divulgation, mais accompagner la personne
à travers le processus, parce qu'il faut toujours garder la question de la
confidentialité en tête. Donc, un meilleur accompagnement.
Une meilleure
prévention. Les gens qui étaient chargés, présentement, de recevoir les
divulgations, de façon très simpliste et très simple, bien, ils auront... ils
seront maintenant chargés de faire... de faire une meilleure information, une
meilleure, j'allais dire, formation de l'explication du processus, et donc on
pourra détailler leurs nouveaux... leurs nouvelles fonctions. Mais ils auront
quand même un rôle à jouer dans la divulgation, mais ce sera un rôle d'information
et de formation pour s'assurer que les gens sont bien au fait de cette
possibilité-là plutôt que de recevoir la divulgation. Donc... Et on a augmenté
les sanctions, là. Vous verrez qu'il y a des sanctions pénales qui sont
introduites dans le but, justement, d'avoir une meilleure dissuasion.
Donc, dans le cadre
de la grande prévention : formation, dissuasion, meilleur accompagnement,
meilleure... meilleure... assurance d'une
meilleure confidentialité. Je pense que ce sont, à haut niveau, les grands
principes qu'on veut mettre de l'avant avec les modifications qu'on aura
l'occasion de discuter.
Donc, sur ce, je
pense qu'on pourrait commencer nos consultations. Mais je veux encore remercier
tout le monde de l'excellent travail qui a
été fait et de ce que mon collègue a mené dans les consultations, le rapport,
et on pourra voir ce que sera la suite. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous, Mme la ministre. M. le porte-parole de l'opposition officielle et
député de l'Acadie.
M. André Albert Morin
M. Morin : Merci.
Merci, M. le Président. Alors, effectivement, je suis... je suis bien heureux
de siéger ce matin à cette commission. Comme vous l'avez souligné, je suis
depuis peu le porte-parole de l'opposition officielle en ce qui a trait au Conseil
du trésor et à l'action
gouvernementale. C'est une responsabilité que mon chef m'a confiée il y a peu de temps, et je vais donc remplacer ma
collègue députée de Saint-Laurent pendant... pendant quelques mois. Et donc j'aurai le privilège de siéger ici avec
les oppositions et la partie gouvernementale pour l'étude de ce projet de loi. J'aurai le privilège d'être accompagné de ma
collègue, de monsieur... mon recherchiste, M. Bourret, et de ma stagiaire,
Mme Florence Nadeau, stagiaire Bonenfant, qui m'accompagne depuis déjà quelques
mois.
• (11 h 20) •
C'est un projet de
loi qui est important parce que la divulgation des actes répréhensibles permet
à des personnes, au sein notamment de la... de la fonction publique, de divulguer
des actes qui, par ailleurs, ne devraient pas, évidemment, arriver, ne
devraient pas exister, et la possibilité de leur permettre fait en sorte que ça
augmente la confiance du public envers l'action gouvernementale, ce qui est
fondamental, puisque la fonction publique est là pour, évidemment, servir l'État, mais les citoyens et les citoyennes du
Québec. Donc, c'est un mandat qui leur est confié qui est excessivement important. Si jamais il y a
quelque chose qui ne fonctionne pas dans la machine, bien, il faut qu'il y ait
certains mécanismes pour que des fonctionnaires, notamment, puissent alerter
quelqu'un de ces actes qui sont posés.
Bien sûr, il est
important aussi de protéger les divulgateurs, parce qu'on ne veut pas,
évidemment, qu'ils ou qu'elles soient l'objet de représailles par la suite, et
de divulguer ces actes répréhensibles à un organisme qui est totalement
indépendant pour, évidemment, accroître la confiance des divulgateurs.
Simplifier le processus, je pense que c'est
important. Ça demande, je pense, pas mal de courage, déjà, pour dénoncer une
action gouvernementale, donc, si, en plus, le dénonciateur a de la
difficulté à s'y retrouver puis à savoir où il doit déposer sa plainte, c'est
loin d'être évident. Donc, c'est des
éléments que nous... que nous verrons dans le cadre de l'étude, évidemment,
article par article de ce projet de loi.
Important
d'accompagner aussi les divulgateurs et de prévoir des mécanismes de résolution
des plaintes le plus rapidement possible,
autant pour le divulgateur que pour l'appareil gouvernemental. Parce que ma
compréhension du but ultime de permettre une divulgation, c'est de
s'assurer que l'État va fonctionner rondement puis que le public aura confiance
dans les actions gouvernementales. C'est... C'est fondamental.
Je souligne,
évidemment, le rôle important du Protecteur du citoyen. Je suis très heureux
qu'on puisse les recevoir ce matin, qu'on...
on va les écouter, on va pouvoir échanger avec... avec l'équipe. Et le
Protecteur du citoyen, c'est... c'est très important, d'autant que,
récemment, le Protecteur du citoyen a déposé un rapport spécial, en décembre 2022, qui avait notamment pour mandat de
regarder la façon dont certaines divulgations d'actes répréhensibles étaient traitées. Donc, ils sont au coeur de
l'action, ils vont donc contribuer, avec les autres groupes qui vont venir...
qui vont venir nous rencontrer, à alimenter nos réflexions.
Alors, très hâte de
débuter l'étude de ce projet de loi, M. le Président, et je vous remercie.
Le Président (M. Simard) :
Merci à vous, M. le député de
l'Acadie. Je cède maintenant la parole à la députée de Sherbrooke et
porte-parole du deuxième groupe d'opposition. Chère collègue.
Mme Christine Labrie
Mme Labrie : Merci beaucoup, M. le
Président. Je vais y aller très brièvement, simplement pour remercier la
ministre pour le dépôt de ce projet de loi qui était quand même attendu. Il y a
des avancées très intéressantes dans le
projet de loi. J'ai hâte de collaborer à l'améliorer davantage. On aura
quelques suggestions. Ce qui est très important, c'est qu'il y ait une
porte d'entrée qui soit claire, qui soit rassurante aussi pour les personnes
qui veulent faire des divulgations. Donc, tout ce qui est mesures de protection
contre les représailles, on accueille ça très positivement. Puis j'ai hâte d'en
discuter plus en profondeur et puis d'entendre les recommandations des groupes
qui vont nous faire des présentations aujourd'hui et demain. Je vous remercie.
Le Président (M. Simard) : Merci à
vous, chère collègue.
Auditions
Alors, comme
vous le savez, chacune de nos... de nos auditions, dis-je, est d'une durée de
45 minutes, et nous commençons toujours par nos invités, qui disposent,
quant à eux, de 10 minutes pour leur présentation. Alors, madame,
messieurs, soyez les bienvenus. Auriez-vous d'abord l'amabilité de vous
présenter?
Protecteur du citoyen
M. Dowd
(Marc-André) : Oui. Mon nom est Marc-André Dowd, Protecteur du
citoyen du Québec, et je suis accompagné, à ma gauche, de Me Caroline
Moulin, avocate à la Direction des affaires juridiques et institutionnelles,
et, à ma droite, de M. Jean-Philippe Drapeau, qui est directeur de la Direction
des enquêtes sur les divulgations en matière d'intégrité publique.
Le Président (M. Simard) : Nous vous
écoutons.
M. Dowd (Marc-André) : Alors, M. le
Président de la Commission des finances publiques, Mme la ministre responsable
de l'Administration gouvernementale et présidente du Conseil du trésor, Mmes,
MM. membres de la commission, je remercie la Commission des finances publiques
d'avoir invité le Protecteur du citoyen à commenter le projet de loi n° 53, Loi édictant la Loi sur la protection contre les
représailles liées à la divulgation d'actes répréhensibles et modifiant d'autres
dispositions législatives. Pour la suite de ma présentation, je vais l'appeler
la Loi sur la protection contre les représailles.
Pour rappel, je précise que le Protecteur du
citoyen reçoit les plaintes de toute personne insatisfaite des services d'un
ministère ou d'un organisme du gouvernement du Québec ou d'une instance du
réseau de la santé et des services sociaux, et on agit également à titre
d'ombudsman correctionnel. On évalue également la mise en oeuvre des appels à
l'action de la Commission d'enquête sur les relations entre les autochtones et
certains services publics. Et enfin, et c'est très pertinent aujourd'hui, on
traite des divulgations d'actes répréhensibles à l'égard des organismes publics. Ce volet de son mandat l'amène à porter
une attention toute spéciale aujourd'hui au projet de loi qui est à l'étude.
Nous avons
analysé le projet de loi n° 53 dans l'optique où il vise directement l'exercice
de nos responsabilités dans l'application de la loi favorisant la
divulgation des actes répréhensibles à l'égard des organismes publics, que je vais appeler la LFDAROP pour la
suite de ma présentation. Fort de notre expérience des sept dernières
années en la matière, il me fait donc plaisir de vous partager nos principaux
constats.
Comme son nom l'indique, le projet de loi
propose en premier lieu d'adopter la loi sur la protection contre les
représailles. Cette loi désigne le Protecteur du citoyen comme principal
responsable de traiter les plaintes en matière
de représailles liées aux divulgations faites en vertu de la LFDAROP. Le projet
de loi n° 53 propose également différentes
modifications à la LFDAROP, notamment afin de doter le Protecteur du citoyen de
pouvoirs additionnels pour le traitement des divulgations qu'il reçoit en vertu
de cette loi. En outre, le... la Loi sur le Protecteur du citoyen est modifiée
pour permettre la nomination d'un troisième vice protecteur. Il sera... Il
serait responsable de l'exercice des fonctions du Protecteur du citoyen prévues
par la LFDAROP et par la loi sur la protection contre les représailles. C'est
dire que le Protecteur du citoyen est concerné au premier chef par le projet de
loi.
D'entrée de jeu, j'exprime évidemment mon total
appui à la volonté du législateur d'améliorer le régime de protection contre
les représailles. Cette volonté s'exprime notamment par une définition plus
large de ce qu'est une divulgation et, en
conséquence, par le fait qu'un plus grand nombre de personnes seront protégées
contre d'éventuelles représailles.
Je souligne aussi que j'apprécie vivement la
confiance dont témoigne le législateur à l'endroit du Protecteur du citoyen en matière d'intégrité publique. Cela
se traduit notamment par l'élargissement projeté de notre rôle. Ainsi, les
responsables de suivi des divulgations, qui deviendraient des responsables de
la gestion de l'éthique et de l'intégrité, seraient appelés à jouer un rôle
important de sensibilisation et de communication afin de développer... de
favoriser le développement d'une culture
d'intégrité dans les organismes, tandis que le Protecteur du citoyen
deviendrait le principal responsable de traiter les divulgations d'actes
répréhensibles au sein des organismes publics. Par l'effet de la loi, on se rapprocherait de
l'établissement d'un guichet unique, le recours au Protecteur du citoyen, tant
pour les divulgations à l'égard des
organismes publics que pour les recours en matière de représailles. Les
démarches des citoyens se verraient donc simplifiées et facilitées.
Enfin, le
Protecteur du citoyen est satisfait de constater que le projet de loi répond à
plusieurs recommandations qu'il avait formulées dans le cadre de son
bilan sur la mise en oeuvre de la LFDAROP en décembre 2019. C'est également le
cas des recommandations de... du mémoire que nous avons présenté à cette
commission parlementaire le 31 mai 2023 dans le cadre des consultations
particulières portant sur le rapport sur la mise en oeuvre de la LFDAROP qui
avait été présenté par le Secrétariat du Conseil du trésor.
J'en viens maintenant à des enjeux qui
appellent, selon moi, des modifications au projet de loi. Je vous résume les
éléments que je considère prioritaires.
D'abord, j'estime que le projet de loi doit
mieux reconnaître le caractère privé des interventions du Protecteur du
citoyen. Cela s'avère d'autant plus important qu'il est ici question d'un cadre
législatif conçu pour favoriser un
environnement sécuritaire pour les lanceurs d'alerte et pour les personnes qui
collaborent à une vérification ou à une enquête. J'insiste sur le fait
que la confidentialité est nécessaire à l'exercice des fonctions du Protecteur
du citoyen puisqu'elle permet d'assurer l'intégrité et l'indépendance de nos
interventions.
Dans le même sens, il importe pour le Protecteur
du citoyen que les dispositions qui établissent des exceptions à cette
obligation de confidentialité soient plus précises quant aux actions que nous
pouvons poser. Je fais référence aux pouvoirs relatifs aux conclusions et aux
commentaires publics de même qu'à ceux concernant le transfert de renseignements
à des organismes tiers.
• (11 h 30) •
En ce qui concerne plus particulièrement la loi
sur la protection contre les représailles, je remarque que plusieurs
dispositions importantes de la LFDAROP ne sont pas applicables dans le cadre
des fonctions que pourrait exercer le
Protecteur du citoyen en vertu de cette nouvelle loi. Ces dispositions figurent
parmi celles qui lui permettent de remplir adéquatement son rôle de
vérification et d'enquête en matière de représailles en toute cohérence et en
préservant la confidentialité nécessaire à cet exercice. Nous suggérons donc un
renvoi général aux dispositions de la LFDAROP qui pourraient être applicables
avec les adaptations nécessaires.
En matière de représailles et contrairement à la
recommandation faite par le Protecteur du citoyen dans son bilan de 2019, je
constate qu'en cas de refus ou d'échec de la médiation aucune mesure du projet
de loi édictant la Loi sur la protection
contre les représailles n'est prévue pour mettre un terme rapidement aux mesures
de représailles, permettant ainsi de réduire leur impact. Il s'agit d'un
enjeu important au sujet duquel il y a lieu de poursuivre la réflexion.
Suivant la logique du guichet unique, il serait
pertinent, selon moi, de retirer au ministre de la Famille le pouvoir de
traiter des divulgations d'actes répréhensibles pour transférer toute activité
de cette nature au Protecteur du citoyen. Le changement apporté serait cohérent
avec la logique qui sous-tend le présent projet de loi.
Finalement, aucune révision périodique de la
LFDAROP ou de la Loi sur la protection contre les représailles n'est prévue au
projet de loi. Or, il y a lieu de suivre attentivement le développement de ce
nouveau régime législatif en matière d'intégrité publique et de se donner l'occasion
de l'évaluer périodiquement. Cet exercice permettrait aux parlementaires
d'évaluer l'atteinte de leurs objectifs et d'ajuster les mesures en place afin
qu'elles puissent donner leur plein effet.
Le mémoire que je vous soumets aujourd'hui
comporte 30 recommandations pour donner au projet de loi et au cadre
législatif de la divulgation de meilleurs moyens de contribuer à une culture de
l'intégrité publique forte et affirmée. Je réitère que j'apprécie tout
particulièrement la confiance dont nous témoigne le législateur en élargissant
le mandat de notre institution en matière d'intégrité publique. Dans la mesure
où le Protecteur du citoyen bénéficiera de ressources suffisantes pour mener à
bien ses nouvelles responsabilités, je m'engage, au nom de mon équipe, à tout
mettre en oeuvre pour bien réaliser la volonté du législateur. Je vous remercie
de votre écoute et je suis maintenant prêt à répondre à vos questions.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci à vous, M. le protecteur. Je cède maintenant la parole à la ministre, qui
dispose d'un bloc global de 16 min 30 s.
Mme LeBel : Merci, M. le Président.
Donc, c'est... Merci. Bienvenue. Bienvenue et merci, encore une fois, d'être là et de participer à nos travaux.
D'ailleurs, vous êtes au coeur de cette... de ce projet de loi là, donc il
est... il est de bon aloi que vous soyez là pour en discuter avec nous.
On a eu l'occasion, par contre, à plusieurs
reprises d'en discuter par des... à travers des documents différents,
c'est-à-dire à travers le document que vous avez produit... les documents que
le protecteur a produits, la commission sur la consultation qu'on a eue sur le
rapport de mise en oeuvre du Conseil du trésor, que vous avez d'ailleurs aussi
commenté, différents échanges qui se sont faits dans le cadre de l'élaboration
du projet de loi, mais, encore une fois, merci de la... de votre présence.
Je n'ai eu, bon, accès à votre mémoire que
récemment. Ceci n'est pas un reproche, mais, je vais vous dire, je vois qu'il y
a quand même une trentaine de recommandations qui portent particulièrement sur
le projet de loi n° 53. Je peux vous assurer que,
tout comme les... tous les... tout comme les travaux que l'on fait avec vous
jusqu'à présent, on va considérer toutes ces modifications-là avec sérieux.
Il y a des choses qui sont beaucoup plus
techniques que d'autres, là, donc on parle... mais... mais donc on n'en
discutera pas une à une, ce n'est pas l'objet de mon propos. Je pense qu'on va
les regarder avec sérieux. Mais ce que je retiens, et je
les ai regardées très rapidement, là, ce que je retiens, et vous en avez fait
mention dans votre présentation, c'est toute
la question de la confiance dans le processus, et, au coeur de la confiance
dans ce processus-là, il y a toute la question de la confidentialité.
Parce que je vois, bon, entre autres, vous... vous parlez... pour ne citer
qu'un exemple, quand il y a une question de transfert, quand on dit que le Protecteur
du citoyen peut transférer la responsabilité de l'enquête à un autre organisme,
je pense, c'est l'article 22 du projet de loi... à un organisme en autant
que ça ne mette pas en cause la... l'identité du divulgateur, bien, vous nous
demandez de regarder une façon de peut-être renforcer encore une fois cette
notion de confidentialité là.
Donc, on va regarder les mécanismes, mais je
constate que la majorité de vos recommandations ont attrait avec cette
protection-là de la confidentialité. Naturellement, quand on met une mesure de
réparation contre les représailles, bien, c'est... on... ça ne nous empêche
pas, en amont, de vouloir... de vouloir éviter de s'y rendre. Donc, on veut éviter qu'il y ait des représailles,
naturellement, mais étant... les êtres humains étant ce qu'ils sont, si ça
arrive, on veut avoir un mécanisme de sanctions pénales pour
contrebalancer tout ça.
Donc, je vous ramène à la confidentialité. Pour
moi, je pense que c'est au coeur de cette... de ce renforcement-là. C'est au
coeur de la raison pour laquelle, entre autres, nous avons décidé comme
gouvernement, dans le projet de loi, de
proposer de vous confier la pleine responsabilité de ça, donc d'être le... la
porte d'entrée, de mener les enquêtes et d'accompagner le divulgateur.
Je veux faire un parallèle avec peut-être une
déclaration de M. Robert, qui... qui... l'agronome qui a été au coeur,
naturellement, de l'exemple d'un divulgateur qui... pour qui, je vais le dire
dans ses mots, le processus actuel a
peut-être... a peut-être fait défaut. Il a dit dernièrement : Je ne... je
ne recommande à personne de se tourner vers les médias, je recommande de
prendre la voie de la loi, tel qu'on propose de la renforcer, tel que vous
proposez de la renforcer. Êtes-vous d'accord avec ses propos? Est-ce que vous
pensez qu'il y a justement un enjeu de confidentialité?
Et je vais rajouter sur la table, pour moi,
la... on oppose souvent la transparence avec la confidentialité, la
transparence avec la rigueur. Ici, ce qu'on veut, c'est la confiance des
processus, la confiance en l'administration publique.
Au coeur de ça, il y a l'enquête. Il y a la protection de... des... du droit
des personnes visées aussi à ce qu'on ne divulgue pas avant le résultat
de l'enquête.
Et j'ai l'air de faire un long monologue, mais,
pour moi, il y a beaucoup... il y a beaucoup d'éléments en jeu dans cette
réflexion-là et dans cette demande-là de peut-être avoir la capacité de se
tourner vers les médias et du choix que l'on fait de ne pas le permettre. Et je
veux voir un peu quelle est votre réflexion par rapport à ça, le choix que l'on fait de ne pas le permettre, eu égard à
tous ces principes-là que je mets en jeu. Et on rappellera que vous avez la
capacité, dans votre rapport, de... de
divulguer le résultat de vos enquêtes une fois qu'elles sont avérées,
naturellement. Donc, quelle est votre réflexion au niveau de ça, par
rapport à tous ces enjeux-là que je viens de mettre sur la table?
M. Dowd (Marc-André) : Des
remarques préliminaires... de vos remarques préliminaires, de celles des
représentants de l'opposition, la notion de confiance, renforcer la confiance
envers le processus est fondamental. Et comment on peut renforcer la confiance
envers le processus? Bien, c'est en garantissant... en étant capables de
garantir la confidentialité des interventions du Protecteur du citoyen, qui a
un double volet actuellement.
Parce qu'actuellement dans la LFDAROP on réfère
aux dispositions de la Loi sur le Protecteur du citoyen, 24 et 34. J'y vais un peu techniquement parce que
c'est important pour nous. C'est... Ce double volet de la confidentialité,
c'est... d'une part, c'est qu'on va garantir à la personne qu'on intervient
privément, c'est l'article 24 de la Loi sur le Protecteur du citoyen, et
34 va nous dire qu'un employé, un vice-protecteur, un membre du personnel du Protecteur
du citoyen ne peut être contraint de faire... de... de dévoiler des
informations qu'il aurait obtenues dans le cadre d'une intervention.
Alors, 24 et 34 fonctionnent ensemble, ont été
interprétés, à travers les dernières années, par les tribunaux d'une façon qui
nous est tout à fait acceptable. Et c'est pourquoi un des éléments importants
sur le renforcement de la confidentialité qu'on vous propose, c'est...
l'objectif étant de faire de la LFDAROP une loi autoportante, et c'est ce qui
est visé par le projet de loi, mais c'est de reprendre ce libellé qui a été
interprété par les tribunaux depuis de nombreuses années et dont on est sûrs de
l'interprétation des... des tribunaux. Alors, ça, c'est pour le renforcement de
la confidentialité. L'objectif étant de tout mettre en oeuvre pour s'assurer de
la protection de l'identité du divulgateur, de la protection des personnes qui
collaborent à nos interventions et à nos enquêtes et de la protection des
droits des personnes mises en cause dans nos enquêtes, vous l'avez mentionné également.
La contrepartie de cette confidentialité, c'est
le fait d'avoir une discussion aujourd'hui, et le projet de loi propose des
pistes en ce sens-là sur, oui, c'est bien de garantir la confidentialité du
processus, mais il y a des attentes de la population en matière de transparence
pour dire : Oui, mais qu'est-ce que ça donne, les enquêtes en intégrité
publique? Qu'est-ce que ça donne, l'intervention du Protecteur du citoyen dans
les différents dossiers? Et le projet de loi propose des balises pour... puis
c'est un peu à l'invitation, j'en avais fait la... la demande... donc, propose
des balises pour être plus précis sur ce que
le Protecteur du citoyen peut déclarer publiquement par rapport aux
interventions ou aux enquêtes qu'il mène.
Alors, il y a des éléments qu'on reconnaît comme
étant des avancées, par exemple le fait de nommer l'organisme visé, la période
de temps. Donc, il y a quand même des éléments qui sont très positifs, mais on
souhaite aussi avoir une certaine forme de
marge de manoeuvre sur la façon dont on peut rendre publiques ces
informations-là. Et ce ne sera pas toujours nécessairement par la
parution d'un rapport. Il pourrait y avoir d'autres façons pour nous de rendre publiques des informations dans
l'objectif d'une meilleure transparence. Alors, on vous fait des propositions
de recommandations en ce sens-là, dont il me fera plaisir de discuter avec
vous.
• (11 h 40) •
Mme LeBel : Puis
on comprendra, vous l'avez sûrement mentionné également, donc, dans ce... dans
votre rapport... et vous l'avez dit, là,
pour moi, transparence et confidentialité, ce n'est pas nécessairement des...
des notions qui s'opposent. Tant que cette... cette confidentialité a un
but légitime, mais n'est pas maintenue à outrance, je vais le dire comme ça.
Donc, c'est pour ça qu'on propose, dans le
rapport, de vous donner la possibilité, comme vous venez de le dire, de nommer des organismes ou de même de...
j'allais dire la conclusion d'une enquête favorable. C'est favorable, ça
dépend du point de vue, là, mais disons que, quand une enquête conclut à l'acte
répréhensible, donc, je ne le qualifierai pas, parce que ça va toujours
dépendre du point de vue, vous avez la possibilité de divulguer cet acte
répréhensible là et donner autant de détails que vous... que faire se peut avec
la... La limitation étant de ne... ne pas faire en sorte que le divulgateur,
la... le nom du divulgateur ou l'identité du divulgateur soit dévoilé.
Donc, le public sera informé en temps opportun
d'une... d'un acte répréhensible commis dans un organisme à la conclusion d'une
enquête, si je comprends bien.
M. Dowd (Marc-André) : ...et là
il y a une distinction importante que je tiens à faire, et il y a des
recommandations qui s'adressent à cette question-là, qui concernent cette
question-là. C'est de dire qu'au terme de notre
enquête, on rédige un rapport d'enquête qui est assez détaillé, rapport
d'enquête qui est écrit de façon à protéger l'identité du divulgateur,
mais aussi pas seulement du divulgateur, des témoins à notre enquête, mais qui
est adressé à la personne qui a la plus haute autorité dans l'organisme visé.
Ce rapport-là est très précis parce qu'on doit être en mesure de convaincre la
personne qui lit le rapport du fait qu'un acte répréhensible a été... a été commis
et que nos recommandations sont appropriées.
En aucun cas ce rapport-là ne va être rendu
public, parce que ce rapport-là est très détaillé. Ce qu'on rend public, c'est un résumé des constats et un résumé
des recommandations rédigé dans une optique de communication publique. Et c'est une distinction que j'aimerais faire,
parce que, quand on parle du mot «le rapport», il ne faudrait pas qu'il y ait de
confusion pour qu'il y ait des attentes à ce qu'on dépose nos rapports... à ce
qu'on rende nos rapports d'enquête publics. Ce ne sera pas le cas.
Donc, c'est pourquoi on vous propose des
formulations qui nous laissent une marge de manoeuvre sur le style de
communication et le format des communications de ce que nous allons rendre
public. Mais, oui, l'objectif, Mme la
ministre, vous avez raison, M. le Président, c'est d'aller vers une plus grande
transparence en donnant l'information qu'on peut rendre disponible, tout
en nous permettant de protéger l'identité de nos divulgateurs et de nos témoins
à nos interventions et nos enquêtes.
Mme LeBel : Donc, dans le fond,
c'est aussi... je vais reprendre un concept de mon ancienne vie, que mon
collègue de l'Acadie va comprendre, c'est de ne pas compromettre les enquêtes
en cours, donc d'être capables de faire une
enquête adéquate. Et l'idée derrière tout ça, il ne faut pas jamais l'oublier,
c'est de favoriser la divulgation pour favoriser le cesser d'agir, donc
que le... que l'intervention, l'administration publique intervienne et corrige
la situation. Bon, on verra le degré de
correction approprié au degré de... d'actes divulgués ou la conclusion de
l'enquête. Donc, favoriser la divulgation.
Pour favoriser la divulgation, il faut augmenter
la confiance. Pendant le processus, donc, pour augmenter la confiance, il faut
augmenter la confidentialité. Mais, à terme, par transparence, il faut être
capables de communiquer, et c'est pour... là qu'il y a deux degrés de
communication, comme vous venez de le dire, la communication interne qui est
pour favoriser le cesser d'agir, si je veux le dire comme ça, et la
communication externe qui est un souci de transparence.
M. Dowd (Marc-André) : Et
j'ajouterais...
Mme LeBel : Je résume bien la
façon dont vous envisagez ça?
M. Dowd (Marc-André) : Tout à
fait, et j'ajouterais un troisième pilier qui est la prévention, et vous l'avez
mentionné, c'est qu'à partir de ces constats-là, de ces résultats-là, bien,
qu'on mette en place des moyens pour tirer des leçons de ce qu'il s'est passé
et faire en sorte que ça ne puisse plus se reproduire. Qu'est-ce qu'on met en
place pour éviter qu'une telle situation ne se reproduise? Et c'est là que je
trouve que la transformation du rôle des RSD en responsables de la gestion, de
l'intégrité... de l'éthique et de l'intégrité est intéressante parce qu'elle
leur donne un rôle de communication, elle leur donne un rôle de faire connaître
le régime. On propose d'ajouter un rôle, qu'elle puisse accompagner les
personnes dans leur divulgation au Protecteur du citoyen, on a une recommandation
en ce sens-là, mais ça en fait un rôle extrêmement positif.
Et nous, on se voit... de par les dispositions
du projet de loi, voir une responsabilité d'animer au Protecteur du citoyen ce
réseau, mettre... faire... mettre un... un réseau des responsables de la
gestion de l'intégrité et de l'éthique et de fournir de l'information, des
outils d'éducation, etc. Donc, je pense que ça, c'est une piste très porteuse pour... au-delà du cas individuel, de
faire porter les conclusions pour que tout le monde apprenne des erreurs
qui ont été commises et éviter que ça se reproduise.
Mme LeBel : Merci.
M. le Président, pour moi... À moins que mes collègues de la banquette
gouvernementale aient des questions, parce qu'il nous reste quelques
minutes, pour moi, c'est terminé. Je vois que mon collègue de Maskinongé en
aurait peut-être.
Le Président
(M. Simard) : Tout à fait. Cher collègue, à vous la parole. Il
vous reste encore quatre minutes.
M. Allaire : Parfait.
Merci, M. le Président. En fait, je... j'ai une seule question. Si on revient
aux consultations, là, de la première vague, je vais le dire comme ça,
l'ensemble des différentes unités syndicales sont venues nous dire qu'ils
souhaitaient accompagner de façon plus accrue leurs différents membres dans les
étapes lorsqu'ils font une divulgation. C'est sûr que, là, on voit que, dans le
présent projet de loi, ce n'est pas un élément qu'on a retenu. Entre autres, au
niveau de la confidentialité, on voit qu'il y a peut-être un enjeu. Vous, vous
en pensez quoi?
M. Dowd (Marc-André) : Écoutez,
je... Est-ce qu'on a une expérience d'accompagnement par... de certains
lanceurs d'alerte par des syndicats?
M. Drapeau (Jean-Philippe) : Bien,
c'est certain que... Excusez. C'est certain que, dans tous les dossiers qu'on a, les gens souhaitent avoir une certaine
forme d'accompagnement. Donc, on a un rôle... on joue ce rôle-là dans
chacun des dossiers pour déterminer : Bon, est-ce que l'accompagnateur est
valable un petit peu dans le... dans le processus pour accompagner cette
personne-là? C'est arrivé que... qu'il y a eu des... certains... certaines
personnes qui sont... qui ont été
accompagnées par leur syndicat, principalement des personnes mises en cause
plutôt que des témoins.
D'ailleurs, dans nos processus actuels,
l'accompagnement des témoins à proprement... Parce qu'il faut vraiment faire la distinction, l'accompagnement
des témoins n'est pas permis. Donc, on rencontre la... le témoin de façon
individuelle, tandis que les personnes mises en cause, c'est un... c'est une
autre sphère, qui est différente, où, là, la personne a besoin de plus
de soutien. Donc, dans ce contexte-là, c'est des choses qui sont... qui sont
valables, là, qui peuvent être permises.
M. Allaire : Ça va. Merci. Ça
va, M. le Président.
Le Président (M. Simard) : Oui.
M. Allaire : M. le Président,
ça va?
Le
Président (M. Simard) : Tout à fait. Excusez-moi, j'avais un petit
problème technique à régler. Allez-y, mon cher collègue, il vous reste
deux minutes.
M. Allaire : Ça va, je n'ai
plus de question.
Le Président (M. Simard) : Ça
va? Alors, je cède maintenant la parole au député de l'Acadie.
M. Morin : Merci,
M. le... le Président. Alors, je tiens à vous remercier beaucoup pour le... le
temps que vous nous accordez aujourd'hui, le rapport que vous avez produit
et... et, en fait, les... les réponses... et vos explications et les
réponses à nos questions.
Moi, j'ai... j'ai quelques questions pour vous,
ma collègue en aura également, et je réfère à la page 6 de votre document
quand... au début, quand vous avez identifié des enjeux. Vous... vous dites,
entre autres, que «le projet de loi omet
d'inclure des dispositions portant sur des pouvoirs de vérifications d'enquête,
recommandations. Ces dispositions lui permettraient d'exercer ses
fonctions en matière de représailles adéquatement, en toute cohérence et en
préservant la confidentialité nécessaire à
cet exercice.» On a déjà parlé de la confidentialité. Ce que j'aimerais
entendre de vous, c'est en quoi ces
pouvoirs-là vont vous aider à mieux rencontrer vos objectifs. Qu'est-ce que
vous demandez spécifiquement et
qu'est-ce qu'on pourrait faire pour bonifier le projet de loi pour que vous
puissiez rencontrer pleinement les objectifs, compte tenu des enjeux que
vous avez identifiés?
M. Dowd (Marc-André) : Bien, en
fait, il y a un premier lien qu'on doit faire, c'est-à-dire qu'on parle d'une logique, et c'est ce que je constate, que le
projet... Je constate que c'est ce que le projet de loi fait, là. C'est de dire
qu'avant on référait à des dispositions de la Loi sur le Protecteur du
citoyen, puis, avec l'expérience des sept dernières années, on s'est dit :
Ce n'est pas la meilleure façon de faire. La LFDAROP devrait être autoportante,
devrait contenir en elle-même les dispositions dont on a besoin pour mener les
interventions et les enquêtes, et c'est la même chose pour la Loi sur la
protection contre les représailles, la nouvelle loi.
Alors, je vais vous référer à la page... pour
répondre à votre question, à la page 21 de notre mémoire, où, de façon
plus précise, on note certaines dispositions qui seraient... certaines seraient
incluses à la LFDAROP, d'autres... et certaines ne le seraient pas, et
également, par la suite, à la loi sur la protection des représailles. Donc, la
façon simple de se sortir de ça, ce serait de dire : Bien, pourquoi ne pas
mettre à la loi sur la protection contre les représailles une disposition
générale disant que, lorsqu'il intervient, en... en intervention ou en enquête,
le Protecteur du citoyen peut utiliser les dispositions de la LFDAROP
applicables à ses enquêtes avec les adaptations nécessaires. Comme ça, on
serait certains de ne rien échapper.
M. Morin : Parfait. Je vous...
je vous remercie. Dans les enjeux, vous soulignez également qu'il est important d'avoir un guichet unique. Je comprends
que le projet de loi va dans ce sens-là. Personnellement, je vous dirais
que je pense que c'est une bonne chose,
parce qu'il y a effectivement présentement différents endroits où des personnes
peuvent déposer des plaintes, divulguer. Puis, comme je
le mentionnais dans mes remarques d'ouverture, c'est déjà souvent difficile de
divulguer ou de se plaindre, si, en plus, il faut que la personne se
demande : Oui, mais là je m'en vais où... Puis ce n'est pas toujours
clair, donc, ça, je pense que c'est un élément qui est très important.
• (11 h 50) •
Maintenant, on semble
laisser au ministre de la Famille le pouvoir de traiter des divulgations
d'actes répréhensibles. J'aimerais vous entendre là-dessus. Il me semble que,
si on veut créer un guichet unique, il faudrait être cohérents, donc vous donner l'ensemble des compétences. Puis est-ce
qu'il y a d'autres éléments... est-ce qu'il y a... est-ce qu'il y aurait d'autres endroits où
quelqu'un pourrait se plaindre, qui va échapper finalement à votre compétence
à la fin de l'étude de ce projet de loi?
M. Dowd
(Marc-André) : Je pense que le principal élément, pour l'instant,
c'est vraiment le... la question du ministre de la Famille qui conserverait le
pouvoir de recevoir et traiter des divulgations. Ce serait le seul ministre qui
pourrait continuer à recevoir et traiter des divulgations. Dans la logique du
projet de loi, qui amène vers un guichet unique, qui veut faciliter l'accès
pour le citoyen en disant : Bien, il y a un endroit où on va, c'est le Protecteur
du citoyen, et tenant compte du fait que dans les dernières années, on est
intervenus dans les réseaux de l'éducation, en actes répréhensibles, en
divulgation, on est intervenus dans les réseaux de la santé, on a été capables
de le faire et de mener à bien nos interventions, je vous soumets qu'on
pourrait également être la porte d'entrée pour les divulgations dans le réseau
de la petite enfance. Alors, on vous fait une recommandation d'envisager de...
d'omettre l'exception, là, qui permet de déposer sa divulgation au ministre de
la Famille.
M. Morin :
Je vous... je vous remercie. Maintenant, la prochaine... ma prochaine
question sort un peu du cadre de votre mémoire. Mais, je comprends, guichet
unique, c'est bien, vous avez des pouvoirs importants.
Maintenant, une fois
que ça va être fait... parce qu'on peut penser qu'avec 89 députés le
gouvernement va adopter le projet de loi, le contraire serait un peu surprenant...
et, de toute façon, c'est un bon projet de loi, alors, ça, l'idée... l'idée, elle est bonne, là, on peut
toujours l'améliorer, comme parlementaires, mais, je veux dire, on ne peut pas
être contre ça, là. Mais, vous, avez-vous
les ressources? Est-ce que vous avez, chez vous, assez de personnes,
d'enquêteurs? Parce que, là, ma compréhension, c'est que présentement,
effectivement, il y a... il y a des citoyens, ou des fonctionnaires, ou autres,
qui peuvent se plaindre à différents endroits. Est-ce que le but, au niveau de
la gestion de votre organisme, ça va être de rapatrier toutes ces
ressources-là? Est-ce que c'est prévu? Est-ce que vous travaillez là-dessus?
Avez-vous les budgets nécessaires? Parce qu'évidemment c'est toujours la
question.
Quand on donne des
droits aux gens, il est très probable qu'ils les exercent, en fait, il est bien
qu'il en soit ainsi, mais, si l'appareil gouvernemental n'est pas capable de
répondre, bien, ça... en fait, ça crée plus de frustration que n'importe quoi.
Donc, j'aimerais ça vous entendre là-dessus. Puis, si vous avez des besoins
particuliers à faire valoir, je vous invite à le faire. On a un moment
privilégié, là, ce matin.
M. Dowd
(Marc-André) : Bien... qu'historiquement le Protecteur du citoyen n'a
jamais eu de difficulté particulière à s'entendre avec le secrétariat du Conseil
du trésor pour obtenir les ressources nécessaires à l'accomplissement de ses mandats. Ça a été le cas lorsque la LFDAROP a
été... a été édictée en 2017. Par la suite, il y a eu un ajustement à la
hausse, tenant compte de l'augmentation de la volumétrie. Ça a été le cas
également quand on a fait... on a décidé de faire le suivi des appels à
l'action de la commission Viens. On a fait une demande pour avoir des
ressources pour avoir une équipe spécialisée. On a obtenu cette... cette équipe
spécialisée.
Alors, ce que je peux
vous dire actuellement, je n'ai pas d'inquiétude pour le moment. Nous sommes en
discussion avec le Conseil du trésor sur la question des ressources. On est en
train également d'évaluer les impacts de cette... de ces nouvelles
responsabilités qui nous sont confiées. D'ailleurs, par intérêt, vous pourriez
jeter un coup d'oeil sur notre annexe I où on a détaillé le processus actuel et
les processus selon la nouvelle loi, si le projet de loi était adopté tel quel,
qu'est-ce que ça amènerait comme nouvelles fonctions au Protecteur du citoyen.
Donc, ça vous donne une idée du modèle.
Mais, au moment où on
se parle, on est en discussion avec le secrétariat du Conseil du trésor, les
contacts sont établis, et je n'ai... je n'ai pas d'inquiétude particulière.
Soyez assurés que, si un enjeu de ressources se pose, je n'hésiterai pas à le
faire valoir.
M. Morin :
Je vous... je vous remercie. Oui, effectivement, l'organigramme que vous
suggérez est très bien fait. C'est très
facile à lire et à comprendre. Je vous remercie. Cependant, vous comprendrez
qu'à la lecture du dernier budget le gouvernement ne nage pas dans
l'argent, c'est le moins qu'on puisse dire. C'est un euphémisme. Donc, écoutez,
les crédits s'en viennent, donc n'hésitez pas. Moi, je vous tends la main. Si
vous avez besoin de notre aide, on va être là pour vous, c'est clair. Parce que
c'est... ce qu'on est en train de faire, c'est hyperimportant puis, oui, ça
vise effectivement à redonner de la confiance aux citoyens puis aux
fonctionnaires aussi qui travaillent pour l'État, dont le rôle est essentiel.
Mais évidemment, si vous, vous n'avez pas les ressources, bien, on aura beau
avoir le plus beau projet de loi, ça ne donnera pas grand-chose. Donc, je vous
invite à ne pas hésiter.
Finalement,
votre dernier enjeu, il n'y a pas de révision périodique de prévue. J'ai
tendance à penser que c'est toujours
bon. Ça permet, après ça, bien, aux parlementaires de regarder ce qui se fait
puis d'améliorer, finalement, la
législation puis de faire des propositions au gouvernement. J'aimerais vous
entendre là-dessus, s'il vous plaît.
M. Dowd
(Marc-André) : En particulier sur la question de la protection
contre les représailles, le renforcement de la protection contre les
représailles, on va... vous allez mettre en oeuvre un nouveau régime
législatif. On dit que c'est un premier pas vers un
guichet unique, mais ce n'est pas l'aboutissement du guichet unique, il y a
peut-être une évolution à surveiller. Alors, on vous propose pour les deux
lois, et pour la LFDAROP et pour la Loi sur la protection contre les
représailles, de prévoir un mécanisme de révision périodique à tous les cinq
ans et d'auditions par la commission parlementaire pertinente pour permettre un
débat, pour dire : Est-ce qu'on chemine dans la bonne direction? Est-ce
qu'il y a lieu d'ajuster ces régimes-là? Est-ce qu'il faut aller plus loin?
Est-ce que certaines mesures manquent la cible, et puis il faut faire autre
chose? Donc, ça donne l'occasion, à tous les cinq ans, d'avoir un débat sur les enjeux importants en matière d'intégrité
publique. C'est la recommandation qu'on vous fait pour les deux lois.
M. Morin :
Merci. J'ai terminé, M. le Président.
Le Président
(M. Simard) : Vous avez complété.
M. Morin :
Oui.
Le Président (M. Simard) : Mme
la députée de D'Arcy-McGee, si je ne m'abuse, c'est l'une de vos premières
présences à la Commission des finances publiques.
Mme Prass :
...
Le Président
(M. Simard) : Soyez la bienvenue parmi nous.
Mme Prass :
Merci beaucoup.
Le Président
(M. Simard) : Et vous avez même le droit de faire un voeu, comme
c'est la première fois.
Mme Prass :
Merci beaucoup. Bien, bienvenue aujourd'hui. Merci de votre mémoire et de
vos interventions. J'allais un petit peu
dans le même sens que mon collègue pour vous poser la question à propos des
effectifs que vous aurez besoin, mais là je comprends que vous êtes en
discussion. Mais avez-vous déterminé un nombre de... d'effectifs additionnels, par
exemple, que vous aurez besoin?
M. Dowd (Marc-André) : ...d'évaluer
la volumétrie. On regarde, par exemple, dans des organismes comparables,
on regarde dans les autres provinces, etc. Donc, les travaux sont en cours
actuellement.
Mme Prass : D'accord. Et là je vais
revenir... Quand la ministre a fait son mot d'introduction, elle a parlé de... du
courage qu'il faut avoir pour divulguer en premier lieu, mais là je fais
référence à une de vos recommandations, parce qu'il faut quand même donner la
confiance à ces personnes-là pour avoir le courage pour aller de l'avant. Et vous mentionnez que, malgré l'importance
d'accorder l'obligation de confidentialité par le législateur, il n'existe
aucune sanction à l'égard d'un acte
qui comprendrait la confidentialité de l'identité du divulgateur, des témoins
et de l'auteur présumé pour renforcer cette protection où contrevenir à
l'obligation de protéger la confidentialité et l'identité d'un divulgateur
devrait être constituée d'une infraction pénale.
Donc, je pense que
c'est nécessaire, justement pour que la personne ait le courage d'aller de
l'avant et savoir qu'ils vont être bien protégés. Est-ce que... est-ce qu'il y
a d'autres juridictions où c'est déjà le cas?
M. Dowd
(Marc-André) : Je vais donner la parole à Me Moulin sur cette
question. Tu peux peut-être...
Mme Moulin
(Caroline) : Oui. Pour les autres juridictions, en fait, au fédéral,
au fédéral, on peut voir qu'il y a un... il
y a un tribunal spécialisé où on entend, là, les personnes qui subissent des
représailles. Donc, oui, eux, ils ont différents moyens de pouvoir
protéger et ensuite aussi prévenir et émettre, là, différentes décisions, là,
concernant les représailles. Pour ce qui est des autres provinces, je ne
pourrais pas vous dire, là, je vais me référer à mon collègue, mais, oui, on
voudrait... Le projet de loi permet maintenant, là... bien, il permettrait
d'avoir des ordonnances de confidentialité, et le bris d'une ordonnance
permettrait d'aller en infraction pénale. Donc, ça, c'est une avancée, c'est ce
qu'on demandait, mais, pour des exemples dans les autres provinces,
malheureusement, je n'en ai pas.
Mme Prass :
Et quand vous mentionnez le...
Le Président
(M. Simard) : ...
Mme Prass :
Désolée. Et le tribunal, est-ce qu'il y a d'autres éléments qui ont... qui...
d'autres éléments du tribunal fédéral qu'on pourrait ramener à ce projet de
loi, justement, pour qu'il y ait plus de protection?
Mme Moulin
(Caroline) : Entre autres, il y a un élément qu'on retrouve, là,
dans...
Le Président
(M. Simard) : Succintement, s'il vous plaît.
Mme Moulin
(Caroline) : Des mesures intérimaires. Alors, le tribunal, lui,
peut prendre des mesures intérimaires pour protéger, là, un divulgateur.
Le
Président (M. Simard) : Très bien. Merci, Me Moulin, et, désolé, j'ai
la... l'ingrate tâche de vous contraindre dans le temps. Je cède la
parole à la députée de Sherbrooke, qui dispose de 4 min 8 s.
• (12 heures) •
Mme Labrie : Merci
beaucoup, M. le Président. J'ai bien pris note votre recommandation, que ce qui
concerne le ministère de la Famille, vous soyez la porte d'entrée. Ça
m'amène à vous amener sur une autre question. Les plaintes qui sont adressées... qui seraient adressées au ministère de la
Famille concernent les garderies privées, des CPE qui sont des ONBL ou des
coopératives, la loi, ce n'est prévu, actuellement, selon ma compréhension,
qu'on puisse faire des divulgations pour ce
qui concerne des organisations privées, mais qui reçoivent, par exemple, des
subventions de l'État, ou je pense
à... ça peut être des entreprises, ça peut être des organismes communautaires.
On peut... on peut quand même imaginer qu'il y a des situations où, dans ces
organisations-là, il y aurait des divulgations, là, de mauvaise utilisation
des fonds publics, par exemple, bon, on peut
imaginer d'autres scénarios. Est-ce qu'à votre avis on devrait élargir la loi
pour couvrir aussi ces situations-là et protéger les divulgateurs?
M. Dowd
(Marc-André) : Bien, il y a des distinctions à faire.
C'est-à-dire que vous avez parlé de l'utilisation abusive de fonds
publics, par exemple. L'idée derrière la loi, c'est des actes répréhensibles à
l'égard des organismes publics. Donc, ce
n'est pas nécessairement au sein de l'organisme public, c'est aussi à l'égard.
Donc, un organisme qui serait, par convention... qui recevrait du
financement, par exemple, lié à un organisme public et où il y aurait une
utilisation abusive de fonds publics, on pourrait intervenir.
Par contre, le cas grave de mauvaise gestion
actuellement, dans le libellé actuel, c'est au sein de l'organisme public.
Alors, on propose de... d'élargir pour dire : Ça pourrait être aussi à
l'égard, un peu pour la même raison... c'est-à-dire qu'un organisme à but non
lucratif ou privé qui serait lié par convention à un organisme public et au
sein duquel il y aurait un cas grave de mauvaise gestion, bien, ça impacte
nécessairement la livraison des services et ça impacte négativement l'organisme public qui a délégué des... des
responsabilités ou des fonctions. Alors, pour élargir la portée de la loi, on vous recommande que, pour les
cas graves de mauvaise gestion, ce ne soit pas seulement au sein de, mais
ça puisse être aussi à l'égard de.
Mme Labrie : Et ça, ça
inclurait seulement les... des organismes, par exemple, qui ont une entente de
financement, ça ne viendrait pas couvrir les entreprises privées qui reçoivent
ponctuellement une subvention.
M. Dowd (Marc-André) : ...il
faudrait que ce soit lié par convention à un organisme public, oui.
Mme Labrie : OK. Et pensez-vous
qu'il y a des opportunités pour élargir pour des situations où ce n'est pas lié
par convention mais où il y aura quand même... Il y a quand même plein
d'organisations qui reçoivent des fonds publics sans être liées par...
M. Dowd (Marc-André) : M. Drapeau
va compléter.
M. Drapeau (Jean-Philippe) : Bien,
en fait, que la... si la subvention est ponctuelle ou régulière, on va pouvoir
intervenir, c'est-à-dire que, du moment... puis c'est certain que nous, on va
évaluer le niveau de financement public dans
un organisme privé quelconque pour voir un peu notre niveau... pour qu'on ait
le bon niveau d'intervention. Mais, dans tous les cas, on va toujours
regarder la convention de... d'aide financière, l'entente de financement, là, peu importe, là, de quel... quel libellé elle a,
pour valider, est-ce que, par exemple, l'organisme privé a une reddition de comptes
à faire à l'organisme public. Si oui, donc, à ce moment-là, ça nous donne une
opportunité de pouvoir venir intervenir, par exemple, en usage abusif de fonds
publics.
Je vous donne un cas de figure. L'organisme
privé utilise le... les fonds publics qui lui sont attribués à d'autres fins
que le projet sur lequel il devrait travailler. Donc, à ce moment-là, ça nous
donne le... la voie pour aller intervenir dans l'organisme privé.
Mme Labrie : Puis j'ai une
autre question pour vous. Par exemple, dans une entreprise privée, quelqu'un,
un employé, constate qu'il y a violation à la loi sur l'environnement, ou que
des données qui doivent être transmises à un
ministère sont falsifiées, ou des choses comme ça. Est-ce que cette
personne-là, qui ferait une divulgation, peut être protégée avec ce qui
est prévu actuellement si elle est dans une entreprise privée?
Le Président (M. Simard) : Succinctement,
s'il vous plaît.
M. Dowd (Marc-André) : La réponse
que je vous donnerais, c'est qu'il faudrait vraiment regarder cas par cas.
C'est un peu le sens de la réponse de M. Drapeau, regardons les faits, puis,
des fois, on pourra trouver une façon de rattacher l'application de la loi, des
fois, non, par contre.
Le
Président (M. Simard) : Très bien. Alors, ceci met fin à notre période
d'échange. Conséquemment, M. le Protecteur du citoyen, Me Moulin,
M. Drapeau, merci pour la qualité de votre contribution à ces auditions.
Sur
ce, nous allons suspendre momentanément, histoire de faire place à nos
prochains invités.
(Suspension de la séance à
12 h 04)
(Reprise à 12 h 10)
Le Président (M.
Simard) : Alors, chers collègues, nous sommes en mesure de reprendre
nos travaux. Nous serons, dans le cadre de la prochaine audition, dans une
communication par visioconférence et nous avons l'honneur de recevoir des
représentants de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.
Alors, madame, monsieur, soyez les bienvenus. Auriez-vous d'abord l'amabilité
de vous présenter?
Fédération professionnelle des journalistes du Québec
(FPJQ)
M. Champagne (Éric-Pierre) : Je
commence, donc. Bien, je suis Éric-Pierre Champagne. Je suis le président de
la FPJQ et je suis accompagné de Martine Desjardins, qui est notre directrice
générale.
Le Président (M.
Simard) : Nous vous écoutons.
M. Champagne
(Éric-Pierre) : Parfait. Donc, bien, écoutez, brièvement, vous vous
rappelez, bon, je pense, vous connaissez
tous la FPJQ, mais vous le rappeler brièvement. Donc, c'est une organisation
qui existe depuis 1969. Notre mission est de défendre la liberté de
presse et le droit du public à l'information. La FPJQ est un organisme sans but
lucratif qui rassemble environ 1 600 journalistes dans plus de
250 médias écrits et électroniques. Chose qui est peut-être moins connue,
c'est la principale organisation journalistique au Canada. Les membres de la FPJQ
pratiquent tous les métiers de l'information, sont donc des reporters, des
recherchistes, des réalisateurs, des animateurs, chroniqueurs, photographes de
presse. Ils sont des cadres, des salariés, des pigistes et des contractuels. Il
y a aussi... bon, on a aussi des étudiants, des professeurs en journalisme, des
bénévoles, des médias communautaires et des journalistes retraités qui, eux,
sont des membres associés.
Une mise en contexte
de notre présentation aujourd'hui. Je voudrais quand même préciser, d'entrée de
jeu, là, on a eu très peu de temps pour se
préparer, seulement une semaine. Pour une petite organisation comme la FPJQ,
là, c'est... ça ne paraît peut-être pas, mais c'est beaucoup d'efforts,
là, considérant qu'on n'a pas une grosse équipe, mais on a une excellente
équipe, mais pas beaucoup de gens. Et puis les administrateurs, dont moi-même,
là, nous sommes des bénévoles, là. Moi, j'ai
un travail à temps plein comme journaliste. Donc, voilà, c'est dans ce
contexte-là qu'on a fait notre travail. On espère l'avoir bien fait.
En février 2016, la
FPJQ avait été conviée, lors de l'étude du projet de loi 87, facilitant la
divulgation d'actes répréhensibles dans les
organismes publics. On avait alors émis certaines recommandations qui n'ont
malheureusement pas été appliquées à la mouture finale de la loi. La
FPJQ souhaite donc profiter de cette nouvelle consultation pour réitérer certaines
de ses propositions. La loi n'est pas liée directement au travail
journalistique, mais nous sommes interpellés par les fondements démocratiques
qu'elle protège, notamment l'éthique et les transparences... et la transparence
de nos institutions et l'intérêt public. Je veux juste préciser ici, d'entrée
de jeu, là, nous, on n'est pas là en train de saliver en se disant : On
a... Il y a des matières à scoop, là. Ce n'est vraiment pas dans cette
optique-là. C'est vraiment dans une optique d'intérêt public.
La Loi facilitant la
divulgation des actes répréhensibles à l'égard des organismes publics a fait
l'objet d'un rapport sur sa mise en oeuvre en février 2020. La FPJQ a proposé
certaines recommandations lors des consultations, le 8 juin 2023, et avait
alors présenté certaines... certaines inquiétudes. Bien que la fédération soit
d'avis que... des contextes dans lesquels la divulgation d'informations
confidentielles n'est pas justifiée et qu'il doit y exister des balises, nous tenons à souligner que certaines
modifications prévues risquent de rendre la décision encore plus complexe
pour les lanceurs d'alerte. La loi fait déjà
reposer le fardeau de la preuve sur les... sur leurs épaules, et les
recommandations proposées, notamment
les modifications à l'article 7, feront augmenter la pression sur eux et
peuvent même créer certaine confusion.
Nous craignons que le
processus ne soit encore plus judiciarisé en rendant inaccessible son
utilisation pour un dénonciateur. Pour le bien de la... de la démocratie, pardon,
la FPJQ souhaite éviter que cette loi qui vise à faciliter la divulgation
d'actes répréhensibles devienne... on ne veut pas qu'elle devienne aussi
inefficace que la loi sur l'accès à l'information, qu'on connaît bien, et que
le Protecteur du citoyen se retrouve devant des dispositions inapplicables.
Concrètement, ça voudrait dire que le Protecteur du citoyen se retrouverait un
peu à se tourner les pouces. Ce n'est pas ce
qu'on souhaite. Rappelons qu'il faut du courage pour dénoncer. La loi devrait
donc faciliter le plus possible le mécanisme de protection de la
personne souhaitant lancer l'alerte.
On salue d'entrée de
jeu, par exemple, le projet de loi 53. C'est une bonne chose qu'on ait
confié au Protecteur du citoyen, là, les responsabilités. C'est lui qui va...
qui va avoir les mandats d'enquête et de reddition de comptes. Et on espère que
le Protecteur du citoyen va... pourra bénéficier des moyens financiers et des
ressources humaines, là, pour atteindre ses objectifs. On salue aussi... On est
d'avis que l'abolition des postes de responsable de suivi au sein des
organismes publics, c'est une bonne décision. On l'avait mentionné en 2016, il
y avait un risque de voir des dirigeants des organismes visés devenir juges et
parties.
Les difficultés, maintenant, de la divulgation
publique dont je vais vous parler. À la suite du rapport Charbonneau, la Loi
facilitant la divulgation d'actes répréhensibles à l'égard des organismes
publics avait subi quelques modifications, entre autres
l'ajout du secteur municipal dans la liste des organismes, là, qui relèvent de
la loi. Toutefois, l'article 7, qui prévoit la possibilité d'une
divulgation publique, n'a pas été modifié et il se lit toujours ainsi :
«...une personne a des motifs raisonnables de croire qu'un acte répréhensible
commis ou sur le point de l'être présente un risque [grand] pour la santé [et]
la sécurité d'une personne ou pour l'environnement...» Dans le cas de la
commission Charbonneau, comme nous l'avons souligné en 2016, la collusion dans
l'industrie de la construction ne représentait
ni un risque pour l'environnement ni un risque pour la santé. Pourtant, il
s'agissait d'actes répréhensibles.
La tenue de la
commission Charbonneau, qui s'est traduite par près de trois ans d'audiences
publiques et un rapport de 1 741 pages, a exposé des actes qui ont
causé un tort énorme à la santé de nos institutions et engendré un climat de
méfiance dans la population. Ce n'est pas sain ni pour la population ni pour
les instances démocratiques. Sans les lanceurs d'alerte et sans les... les
dénonciations, pardon, faites aux journalistes, cette commission n'aurait pas
eu lieu. Donc, de conserver ces dispositions-là à l'article 7, on trouve
que ça apporte des limites importantes dans l'intérêt public, et il faudrait reconsidérer
ça.
J'aimerais aussi
rappeler le cas de l'agronome Louis Robert qui avait lui-même respecté
l'ensemble du processus, qui a mis sa vie personnelle et sa carrière, là, sur
pause pour l'intérêt public. Je ne pense pas qu'il y a un lanceur d'alerte qui
voudrait subir le même traitement aujourd'hui. Il ne faudrait pas que le
législateur décourage, donc, les lanceurs
d'alerte de recourir à la divulgation publique. Mais, je veux bien me faire
entendre, là, on n'est pas là en disant : Il faut absolument que
tout soit public, mais il ne faut pas aussi faire en sorte qu'il n'y a rien qui
soit public, et ça ressemble un peu à ça en ce moment.
Je tiens à rappeler,
par ailleurs, il y a peut-être une mauvaise compréhension du travail
journalistique, les journalistes sont soumis à un code déontologique strict.
Évidemment, quand on reçoit des informations provenant d'un lanceur d'alerte, on a des vérifications à faire, des validations.
Ça ne veut pas dire qu'on publie n'importe quoi, là. Donc, il y a quand même un
travail qui est fait de ce côté-là. Il existe... On n'est pas un ordre
professionnel, mais il y a aussi le Conseil de presse, qui est un tribunal
d'honneur, qui est quand même... qui est quand même respecté. Et je peux
vous dire qu'il n'y a pas beaucoup de journalistes qui aiment recevoir des
blâmes du Conseil de presse.
Donc, une
recommandation qu'on fait, c'est qu'on doit revoir les critères énumérés à
l'article 7, parce qu'on a l'impression qu'on cherche plus à protéger les
institutions ici qu'à protéger les lanceurs d'alerte comme tels, là. Ils sont
tellement stricts, ces critères-là, que ça force la personne à faire une
analyse juridique, là, de la situation, de se dire :
OK, bien, je dois remplir tel, tel, tel critères, puis est-ce que... est-ce que
je m'y conforme, puis est-ce que je vais être protégé? Ça devient extrêmement compliqué. Il faudrait que les gens
soient tous des juristes accomplis pour faire ce travail-là. Et, dans ces circonstances-là, on ne voit pas comment il
pourrait y en avoir beaucoup, là, de dénonciations. On recommande, entre autres, aussi qu'on puisse
s'inspirer de la loi britannique, là, le Public Interest Disclosure Act, là,
à ce sujet-là.
Un autre élément,
protéger la notion d'intérêt public, on propose de modifier la notion d'intérêt
public et rattachant la notion d'intérêt public à l'objet de la divulgation
plutôt qu'aux intentions des personnes qui l'effectuent. Je résume ça
rapidement, là. En gros, les affaires de l'État, dans notre esprit, c'est
d'intérêt public. Donc, je ne pense pas qu'on ait lieu de se poser la
question : Est-ce que c'est d'intérêt public ou pas, une dénonciation? Par
la... par l'état des choses, là, par la force même, c'est d'intérêt public.
Donc, il faut que la personne soit de bonne foi et ait une bonne intention en
faisant ça. La loi prévoit, de toute façon, des critères d'exception, là. Par
exemple, quelqu'un ne peut pas dénoncer pour son... pour des conditions de
travail ou des choses comme ça. Donc, on trouve qu'il faut... il faut revoir cet
aspect-là.
Protéger les lanceurs
d'alerte, et le projet de loi n° 53 apporte quelque
chose d'intéressant, c'est qu'on protège les lanceurs d'alerte, notamment
lorsqu'un enfant bénéficie des services de l'État, en garderie, par exemple,
donc son enfant ne pourrait pas être suspendu ou expulsé de son CPE. Bon, c'est
intéressant, c'est une bonne chose. On se
pose la question : Pourquoi ça se retrouve là? Parce qu'il y a plusieurs
autres cas de figure qui pourraient être plus envisagés.
Par exemple, une personne,
dont le parent reçoit des services de l'État, un parent aîné reçoit les
services de l'État, par exemple un préposé
aux bénéficiaires du CLSC qui va trois fois par semaine, est-ce qu'un cas de
figure comme ça pourrait se produire?
Puis, dans le cas d'un lanceur d'alerte, son parent pourrait être pénalisé,
dans le cas d'un enfant en âge scolaire qui reçoit des services
éducatifs... En tout cas, on pense qu'il faudrait peut-être avoir une réflexion
pour étendre cette protection-là à d'autres cas de figure, parce que, si on
joue le jeu jusqu'à la limite, là, ça peut se produire
pour un enfant dans un service de garde, mais ça peut se produire pour d'autres
cas aussi, là. Donc, on fait cette recommandation-là.
On
a entendu, un petit peu plus tôt, là, la députée de Sherbrooke a posé des
questions là-dessus, on recommande d'étendre
la loi aux entreprises privées financées par des fonds publics. Évidemment, on
comprend que cet exercice-là, il
faudra faire une évaluation pour déterminer, là, quelles entreprises devraient
se soumettre à la loi, à quelle hauteur de financement ça doit se faire. Bon, je pense que ça serait à vous, les
députés, là, de faire cette évaluation-là, mais il faut certainement la
faire, parce que...
• (12 h 20) •
Le Président (M.
Simard) : En conclusion, s'il vous plaît, M. Champagne.
M. Champagne
(Éric-Pierre) : Oui. Et dernier élément, ça tombe bien, j'étais à la
fin, on recommande une révision
quinquennale. On pense que c'est important. Il faut qu'à tous les cinq ans on
puisse faire une révision de la loi, voir où on en est...
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
M.
Champagne (Éric-Pierre) : ...est-ce qu'il y a des choses à améliorer.
Voilà.
Le Président (M.
Simard) : Merci. Mme la ministre, à vous la parole.
Mme LeBel : Merci,
M. le Président. M. Champagne, si vous voulez conclure, je peux vous
laisser aller, là, sur les minutes qui me sont imparties, si vous avez quelques
remarques... pas préliminaires, mais supplémentaires à ajouter à ce que vous
venez de faire, là.
M. Champagne (Éric-Pierre) : Non,
mais je vous remercie de l'offre, mais j'avais... j'avais bel et bien terminé.
Mme LeBel : Vous
avez réussi à... OK. Bien, merci de votre...
M. Champagne
(Éric-Pierre) : Bien, je commence à avoir l'habitude, là.
Mme LeBel : Oui.
Merci de votre présentation. Je sais que vous êtes présents, là, à plusieurs
des étapes où on a eu à étudier soit le projet de loi d'origine, soit le
rapport de mise en oeuvre et toutes les options des possibilités d'amélioration
du processus. Bon, j'ai reçu votre mémoire il n'y a pas très longtemps, là,
donc je vais quand même prendre le temps de lire les recommandations. On va les
examiner avec les équipes, comme on le fait dans tous les cas de figure. Et, si on choisit de faire ou de ne
pas faire, on s'assurera de pouvoir bien expliquer nos positions. Je pense
que c'est la meilleure chose à faire.
Je vais vous amener,
par contre, sur une des recommandations, je pense, qui est plus... ce n'est pas
que les autres ne sont pas importantes, mais peut-être au coeur de votre
action, c'est la possibilité d'élargir la possibilité de divulguer à des médias
ou d'informer les médias. Je veux quand même vous dire d'entrée de jeu que la
commission Charbonneau n'avait jamais recommandé la divulgation aux médias,
donc, recommandait donc une meilleure protection
des lanceurs d'alerte. Je suis tout à fait d'accord avec vous, d'entrée de jeu,
qu'il est d'intérêt public... la lutte aux actes répréhensibles, si je
peux le dire comme ça, là, c'est mes termes à moi, est d'intérêt public. Le
fait qu'il y a potentiellement des actes répréhensibles à l'intérieur de nos
organisations et qu'est-ce qu'on fait pour y mettre fin, c'est d'intérêt public. Je pense que c'est
peut-être la question où, entre vous et moi, on diffère d'opinion, puis je vais
le faire de façon très transparente, c'est le moment où cette
divulgation-là doit être faite dans les médias.
On
a eu l'occasion d'en discuter avec le Protecteur du citoyen. Pour moi, et,
encore là, je viens peut-être d'une... je vais vous parler de mon
ancienne vie. La protection des actions criminelles en cour, c'est fort
important pour nous, tant qu'on ne dépose pas de plainte, qu'il y ait une
confidentialité sur les enquêtes. Pour nous, c'est très important. Et moi... en
faisant les adaptations nécessaires, on n'est pas dans le domaine criminel, je
le comprends, pour moi, renforcer la
confiance dans le processus, c'est fort important. Vous l'avez mentionné,
sortir des organisations pour ne pas
que ça soit juge et partie, et que, même si ce n'est pas le cas, que ce n'est
pas la perception, parce que la perception empêche la divulgation
également, c'était important d'aller vers un guichet unique.
Je comprends de vos
propos que vous êtes d'accord avec la décision d'envoyer le processus, si on
veut, vers... je simplifie, là, mais vers le
Protecteur du citoyen. Mais là où — et
je vais être très transparente — où
on diffère, c'est le moment de la divulgation potentielle aux médias.
Pour moi, c'est contre le principe de... Et, OK, je vais quand même dire
d'entrée de jeu : Je ne doute pas du tout de la probité, je ne doute pas
du tout de la bonne foi, du professionnalisme des journalistes. Donc, on évacue
ça de l'espace de notre discussion, ce n'est pas un enjeu. Mais vous me permettrez de dire, avec beaucoup de
respect, qu'une validation journalistique n'est pas une enquête au même
titre que celle que le Protecteur du citoyen va mener pour conclure à l'acte
répréhensible. Je pense qu'on peut se mettre
d'accord là-dessus, la meilleure des validations journalistiques ne sera jamais
une enquête, telle que menée par le Protecteur du citoyen ou tout autre
processus d'enquête mené par toute autre entité chargée de faire des enquêtes.
Ça fait que, pour
moi, c'est difficile de voir comment on peut protéger cette confidentialité-là,
protéger également la réputation des personnes en cause, ultimement, si l'acte
répréhensible, malgré votre validation, s'avère, par la suite d'une enquête,
non avéré. Remettre la pâte à dents dans le tube, là, ce n'est pas évident, OK?
Et, de la même façon, comment on peut s'assurer de protéger l'identité du
divulgateur à partir du moment où les détails de cette information-là, bien que validés de façon adéquate, soient mis — au
niveau de validation, naturellement, comme je viens de dire, là, avec la
précaution que je viens de prendre — soient mis dans l'espace
public? Comment on va faire pour ne pas reconnaître l'entité, le ci, le ça?
Donc, pour moi, c'est
très difficile de comprendre quand vous dites, à votre... je pense que c'est la
recommandation n° 2, là, de revoir les critères de l'article 7. Parce
que je pense qu'il faut dire, d'entrée de jeu... il y a des moments où on peut,
de par la loi présentement, permettre la divulgation aux médias. Bon, il y a
une... des étapes à suivre, vous l'avez dit,
il y a des notions de santé et sécurité du public. Il y a des notions de
risques graves. Il y a des notions de
situation d'urgence. Et, dans le fond, le facteur sous-jacent de ça,
c'est : si tu n'as pas le temps de divulguer puis que tu penses que
le fait de ne pas divulguer fait en sorte que la situation va s'aggraver, bien,
peut-être que la voie journalistique ou la voie médiatique est la voie
appropriée. Encore une fois, le diable étant toujours dans les détails, je
simplifie à outrance l'article 7, mais c'est quand même l'idée derrière
tout ça. Tu n'as pas le temps de le faire par la voie correcte et officielle,
donc, on veut quand même qu'il y ait un cesser d'agir. Les actions font que,
chaque jour où ça continue, il y a une notion de risque grave pour la santé et
la sécurité, donc il faut qu'on le sache au plus vite pour que ça cesse.
C'est un peu ça, le résumé très, très simpliste
de l'article 7. Bien... et vous proposez de l'élargir comment? Et
pourquoi, alors que le Protecteur du citoyen lui-même ne... déconseille, en
cours d'enquête, je vais dire en cours d'enquête, la divulgation? Parce que l'intérêt
public est servi, là, par le fait que, quand le Protecteur du citoyen considère
que l'acte répréhensible est avéré,
va pouvoir émettre un rapport, va pouvoir le divulguer. Donc, je suis d'accord
avec vous, c'est d'intérêt public que les actes répréhensibles soient
divulgués et c'est d'intérêt public que la population connaisse un acte répréhensible avéré et connaisse... et que
l'administration publique, en l'occurrence, le gouvernement en place, soit mis dans une position de devoir agir
pour faire cesser l'acte répréhensible, donc, d'où les recommandations
qui vont être émises par le Protecteur du citoyen.
Moi, à partir de ce moment là, quand ça... que
ça devienne public, je n'y vois pas d'enjeu. Je suis vraiment dans la protection, la confidentialité, dans la
protection de l'enquête et, je m'excuse, la protection des personnes visées,
de la réputation des personnes visées, tant
que l'acte répréhensible n'est pas avéré. Et qui va le décider? C'est le
Protecteur du citoyen. Ce n'est pas
l'organisme. Donc, on vient de sortir la notion de conflit d'intérêts, là. Ce
n'est pas l'administration publique qui va décider elle-même si
l'administration publique a commis un acte répréhensible ou non, et, pour ça, vous aviez tout à fait raison. C'était peut-être
adéquat au moment où on l'a mis en place, mais, après plusieurs années,
on considère que ça fait peut-être moins de sens. Et même M. Robert l'a dit
lui-même : Si c'était à recommencer, je n'aurais pas fait ça aux médias.
Et ce qui a déclenché son action aux médias, c'est le manque de confiance dans
le processus, et ce qu'on veut faire, nous, c'est augmenter le manque de
confiance dans le processus.
Alors, quels sont les critères... quel est
l'élargissement que vous feriez, là, pratico-pratique? Quels sont les cas de
figure que vous voudriez qu'on divulgue aux médias au lieu de le faire au
Protecteur du citoyen?
Le Président (M. Simard) : M.
Champagne.
M. Champagne (Éric-Pierre) : Oui. Ça
va? Je peux...
Le Président (M. Simard) : Oui, tout
à fait, M. Champagne.
Mme LeBel : Et vous avez tout le
temps pour y répondre, là. C'est très long, donc, je vous donne...
Le Président (M. Simard) : Bien sûr.
M. Champagne (Éric-Pierre) : Il n'y
a pas de problème. Écoutez, je vais tenter d'y répondre le mieux que je peux.
Évidemment, comme je l'ai dit, nous, on ne souhaite pas, là, que, dès que
quelqu'un constate qu'il y a quelque chose de répréhensible, là, que son... la
première chose qu'il fasse, c'est de contacter un journaliste, là, ce n'est pas... on n'est pas là. Puis là-dessus, je
vais juste, en fait, donner un exemple, là. Récemment, il y a eu la journée
des lanceurs
d'alerte. Puis l'agronome Louis
Robert, justement, a confié qu'il y avait... il y avait une démarche en
cinq points dans sa dénonciation, puis le cinquième point était de parler à un
journaliste. Donc...
Mme LeBel : Oui, en 2017, avant les
modifications qu'on fait présentement.
M. Champagne (Éric-Pierre) : C'est
ça, c'est ça, mais... Donc, c'était... la dernière chose qu'il faisait, c'était ça, c'était de parler aux journalistes, ce
n'était pas la première affaire qu'il a faite. Donc, évidemment, il y avait la
question de la confiance envers le processus, et tout ça. Là, vous dites qu'on
crée... Bon, là, on crée quelque chose de
nouveau, là, avec le Protecteur du citoyen, et tout ça. Il n'y a pas de raison
de douter du Protecteur du citoyen, mais c'est quand même une nouvelle structure, si on peut dire, là, qui se met
en place. Vous le savez, la confiance, ça va prendre un certain temps
avant... avant d'être établi.
Donc, il faut... il faut aussi penser que ça
peut prendre... ça ne sera pas demain matin, là, que les gens vont se garrocher
pour faire des dénonciations. Mais, si, à un moment donné, les gens ont
l'impression qu'ils ont... ils ont, comme on dit, franchi un certain nombre
d'étapes pour essayer de dénoncer un acte répréhensible puis qu'il ne se passe à rien, bien, c'est là que les gens vont en
venir à vouloir contacter des médias, là. C'est vraiment comme... c'est comme
ça qu'il faut le comprendre. Alors, je ne pense pas qu'il va y en avoir des
tonnes, là, mais est-ce qu'on doit... Aussitôt que la personne dénonce à un
média, là, tout d'un coup, elle devient... elle n'est plus protégée. C'est ça
qui nous inquiète, là.
• (12 h 30) •
Mme LeBel : OK. Bien, je vous
relance, parce que votre... votre recommandation est quand même assez large, revoir les critères de l'article 7.
L'article 7, bon, je suis d'accord avec vous, ce sont des situations qui
sont balisées dans l'article 7, naturellement. Donc, vous êtes
d'accord avec moi qu'on doit baliser l'intervention aux médias. Donc, qu'est ce que vous proposez comme
élargissement de critères? Quels sont les critères que vous proposez d'ajouter
à l'article 7 et quelle est la limite de votre balise, là, je veux dire?
Je prends un cas de figure. Le processus fonctionne. Le Protecteur du citoyen
fait ce qu'il a à faire. Il n'a pas de raison de ne pas avoir confiance. Il
fait son enquête. Bien, il n'y a pas de
raison de divulguer aux médias, d'après ce que vous dites. Mais quelles sont
les balises? Parce que... Qu'est-ce que vous... Comment vous proposez
d'élargir l'article 7 de façon très précise, là?
M. Champagne (Éric-Pierre) : Bien,
de façon très précise, je ne peux pas vous donner de suggestions parce qu'on a eu une semaine pour préparer tout ça. Ça
fait qu'on est allés au plus rapide et au meilleur de nos connaissances.
Il y a des problèmes... Il y a des choses
qui nous semblent problématiques, mais, je vous l'avoue bien... bien
honnêtement, on n'a pas de propositions hyperprécises dans ce sens-là.
Mais, tu sais, notamment, à mon souvenir, dans les... aussi dans
les, comment dire, dans les critères, là, il faut même qu'une personne ait fait
une dénonciation à la police, tu sais. Ça
fait que, donc là, je veux dire, tu sais, ce n'est pas... Dans plusieurs cas,
ce n'est pas nécessairement des actes criminels, là, qui sont commis, ça
peut être des actes répréhensibles, mais qui sont de nature éthique.
Donc, il faut
absolument avoir fait une dénonciation à la police pour pouvoir être protégé,
si ensuite on fait une dénonciation aux médias, bien là ça aussi, ça nous
semble problématique, là. Mais je n'ai pas la solution à vous proposer, mais je
vois un problème là. Avoir eu plus de temps et plus de ressources, je serais
arrivé avec des recommandations plus... plus précises.
Mme LeBel : Et...
Mme Desjardins
(Martine) : À notre avis, si je peux...
Mme LeBel : Oui,
allez-y.
Mme Desjardins (Martine) : ...excusez-moi,
si je peux me permettre. À notre avis, c'est la question d'avoir les... Il y a quand même cinq critères qui sont associés
à l'article 7 pour que, justement, il puisse... le lanceur d'alerte puisse
être protégé. Les cinq critères doivent être répondus pour pouvoir bénéficier,
en fait, de cette protection-là. Et c'est justement le fait qu'il y ait des
«et» et non pas des «ou» dans l'article qui posait problème à l'origine. Comme
le disait Éric-Pierre, on n'a pas de proposition claire, ça nous aurait pris
une étude plus approfondie de ce qui se fait ailleurs. On vous a donné une
piste de suggestion pour aller voir au niveau de la loi britannique, où il y a
seulement trois critères, et c'est un des
trois critères qui doivent être répondus pour qu'il puisse bénéficier de cette
protection-là. C'est un peu ce qu'on vous suggère de faire.
Mais, encore une
fois, là, la rapidité de la consultation nous a empêchés de vous faire une
proposition plus claire à ce propos, mais il y a quand même des pistes de
solution. Pour nous, c'est le critère restrictif des cinq critères qui doivent
être répondus qui était problématique.
Mme LeBel : OK.
Bien, merci pour cette réponse. Bon, naturellement, ceci n'est pas un reproche,
mais l'article 7 date quand même de 2016, là, et ce n'est pas votre
première intervention sur le sujet. Donc, si vous avez une suggestion à faire
par la suite, n'hésitez pas à la faire parvenir. On pourra la voir. Mais déjà
votre réponse sur l'addition des critères plutôt que le «ou», là, je ne dis pas
que je suis d'accord, mais c'est une piste de solution et de réflexion plus
précise qu'on va... qu'on va regarder. Puis je vois qu'effectivement, dans vos
recommandations, vous faites référence à la loi britannique, là, sur... je ne
la répéterai pas, mais la loi britannique, donc, on va aller voir. J'avoue que
moi non plus, je ne la connais pas par coeur, là. Et ça vient... Je viens de le
voir dans votre mémoire. On ira voir. Mais là, bien, vous... vous comprenez un
peu où on se situe. Donc, je comprends que, comme moi, vous êtes d'accord avec
le fait que ce n'est pas... ça ne doit pas être un bar ouvert de divulgations
médiatiques quand on parle d'actes répréhensibles, là. Et je comprends que ce
n'est pas là où vous allez.
M. Champagne
(Éric-Pierre) : Pas du tout. Je vous rejoins là-dessus, là.
Mme LeBel : Donc,
c'est de regarder l'article 7 et de voir si cet article 7 là, qui
permet déjà certaines circonstances, est-ce qu'on peut le clarifier, est-ce qu'on
peut un peu le moduler, mais ça ne veut pas dire d'élargir à outrance le bassin
de possibilités. C'est ce que je comprends. Parfait. Bien, je vais... je vais
étudier ça avec beaucoup de sérieux. Merci de votre intervention, à nouveau.
Merci.
Le Président (M.
Simard) : Alors, nous poursuivons. Mme la députée de D'Arcy-McGee,
vous disposez de 12 min 20 s.
Mme Prass : Merci
de votre présence et merci du travail rapide pour le dépôt du mémoire. Je vais
faire écho à ce que la ministre vient de vous poser comme question. Là, je
comprends, ça a été vite fait, mais vous faites... vous faites référence à la
loi britannique, Public Interest Disclosure Act. Premièrement, savez-vous en
quelle année ça a été mis en place et
pouvez-vous nous donner un petit peu un résumé de ce que ça pourrait
représenter pour... dans le cadre de ce projet de loi?
M. Champagne
(Éric-Pierre) : Bien, en fait, le... les... Depuis quand ça existe, je
vous avoue, je l'ignore. C'est des recommandations qu'on a vues dans d'autres
documents que... qui nous ont été soumis, là, dans le cadre de cette consultation-là, qu'on a trouvé
intéressantes. En fait, c'est vraiment... Parce que, nous, ce qui nous... ce
qui nous a titillés, là, c'est, comme... comme l'a souligné Martine, là,
c'est les cinq critères qui s'additionnent, là. C'est, un, le premier critère, et le deuxième, et le troisième,
bon, puis dont l'un des critères, c'est notamment, là, d'avoir déposé une
plainte... une plainte à la police ou... il
y avait un autre... un autre organisme, là, à qui il fallait avoir déposé une
plainte. Donc, ça nous... ça nous apparaissait très, très, très
limitatif, là. Donc, c'est pour ça qu'on voyait un intérêt dans cette
approche-là, là, de la loi britannique, là, avec ces trois critères-là. C'est
moins... c'est moins restrictif, mais il y a quand
même des critères pour ne pas que ce soit un bar ouvert, là, donc. Mais je suis
désolé de ne pas pouvoir vous en dire plus, mais voilà.
Mme Prass : Puis
là j'ai une question hypothèse. Si quelqu'un vient vous voir, justement, un
lanceur d'alerte, puis ils veulent véhiculer une situation, et vous êtes
le premier à qui il se tourne, donc il ne s'est pas tourné vers le Protecteur
du citoyen, dans un organisme, c'est vraiment au journaliste, est-ce que votre
instinct, ce serait... vous allez les écouter, vous allez voir, mais est-ce que
votre instinct serait aussi de leur demander de suivre le processus qui est en
place pour s'assurer... Parce que ce n'est pas... Oui, les... dans l'immédiat,
peut faire un certain travail pour mettre la lumière sur certains enjeux, mais
que, vraiment, il y a un processus à suivre et, pour que le processus soit
efficace, il faudrait qu'il passe par ce mécanisme également.
M. Champagne
(Éric-Pierre) : Bien, d'une certaine façon, oui. Ce que je vous
dirais, c'est que, moi, comme journaliste, si quelqu'un m'approchait, l'une des
questions que je lui poserais, bien : Avez-vous... avez-vous signalé cette
problématique-là? Bon, là, c'est au Protecteur du citoyen. Puis là, si, par
exemple, la personne me répondait : Bien oui, je l'ai fait, puis, bon,
j'ai... il ne semble pas y avoir d'intérêt de leur côté, puis que moi, je juge qu'il y a visiblement un intérêt là, bon, il se
peut que j'en... il se peut que j'en fasse quelque chose. Mais, tu sais, c'est
vraiment du cas par cas à chaque fois, là.
Donc, je... mais
c'est certain qu'on va vouloir s'assurer que la personne a fait... a fait... a
suivi le processus, parce que c'est ce qui permet de démontrer qu'il y a un
problème ou pas dans le... dans le fonctionnement de l'appareil de l'État, là.
Si la personne a fait une dénonciation puis qu'il n'y a pas eu d'écoute, bien
là on peut se poser la question après ça,
nous : Bon, OK, est-ce qu'on va de l'avant, est-ce qu'on fait un reportage
là-dessus? Bien là, on va faire nos évaluations. Mais c'est certain
qu'on va se poser la question, là : Y a-t-il eu une dénonciation auprès
des autorités compétentes, là?
Mme Prass : Et
vous ne l'avez pas mentionné dans votre mémoire, mais, par exemple,
présentement, le Protecteur du citoyen, quand il fait des recommandations
auprès d'un ministère, d'un organisme, il y a certains mécanismes de suivi. Justement, dans le cas où le Protecteur du citoyen
va faire enquête sur des situations de divulgation, pensez-vous qu'il
devrait y avoir, de la même façon, un mécanisme de suivi pour s'assurer
justement que les cas ne se répètent pas et aussi que ces entités-là prennent
acte de l'enjeu et puissent mettre en place des mécanismes pour s'assurer que
ça... que ça ne se répète pas?
M. Champagne
(Éric-Pierre) : Bien, c'est une évidence, là. Je veux dire, si on ne
veut... on ne veut pas que ça se reproduise, là. Parce que, finalement, sinon,
on ne fait qu'encourager la... En fait, ça risque de continuer à miner la confiance, là, des... bon, des potentiels
lanceurs d'alerte au sein de l'appareil de l'État, là. Si on se rend compte
que des divulgations ont été faites puis que
les problèmes continuent de perdurer, on va... on va douter de la pertinence
de tout ça, là.
Mme Prass : Exact.
C'est justement, encore une fois, pour donner toute la confiance aux personnes
qui vont avoir le courage de mettre leur histoire de l'avant, mettre de... la
situation de l'avant. Il faut s'assurer qu'eux aussi, ils soient assurés que le processus n'a pas été pour rien, qu'en fin de
compte l'enjeu qu'ils ont voulu, justement, mettre en lumière sera
adressé, et... et pas juste durant la période de l'enquête, mais à long terme,
justement, pour que ça ne se répète pas.
M. Champagne
(Éric-Pierre) : Tout à fait.
Mme Prass :
J'ajouterai juste peut-être que, comme le Protecteur du citoyen et, je pense,
que plusieurs autour de la table, vous suggérez aussi qu'il y ait... qu'il y
ait une révision quinquennale de la loi. Parce que, comme on le voit
aujourd'hui, on est rendus six, sept ans après que la loi a été mise en place,
et là on est là pour justement mettre à jour
certains éléments. Donc, l'importance... Parce que les choses bougent vite,
puis ce n'est pas... une réalité aujourd'hui ne sera pas nécessairement
la réalité dans cinq ans. Donc, je pense que c'est important de reconnaître
l'importance de revoir à chaque fois, parce que... Encore une fois, pour
s'assurer que les gens se sentent en confiance et sont bien protégés, il faut
faire la lumière de l'écosystème à ce moment-là.
• (12 h 40) •
M. Champagne
(Éric-Pierre) : Bien oui, en fait, ce qu'on demande, c'est... Bien, en
fait, notre proposition, c'est que ce soit statutaire, là. Parce que, tu sais,
on peut bien dire qu'on va faire la réévaluation, mais, si c'est inscrit dans la loi qu'elle doit être réévaluée, bien, on
s'assure de le faire, là. Puis après ça il se peut qu'après cinq ans on n'ait
pas une si grosse révision à faire puis que, cinq ans plus tard, ça va être
plus important. Ça dépend de toutes sortes de circonstances. Mais, au moins,
quand c'est inscrit dans la loi, on s'assure de faire l'exercice, là.
Mme Prass : ...bien,
merci beaucoup pour vos interventions.
Le Président (M.
Simard) : Merci à vous, chère collègue. Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci,
M. le Président. Je vous ai entendus déplorer le peu de temps que vous avez eu
pour vous préparer. Je suis désolée que vous ayez eu si peu de temps. Ça arrive
trop souvent ici qu'on reçoit des groupes qui n'ont même pas eu le temps de
rédiger un mémoire. Donc, au moins, vous avez pu nous en envoyer un.
Je comprends
que vous n'ayez donc pas pu analyser tout ce qui est écrit dans ce projet de
loi là en profondeur, mais vous connaissez le sujet depuis longtemps,
quand même, ça fait que vous avez quand même une idée. Si jamais vous aviez dans les prochaines semaines, avant qu'on soit en
étude détaillée ou pendant qu'on y est, des suggestions pour répondre aux
préoccupations que vous avez nommées, sachez que vous pouvez nous les
transmettre, il ne sera pas trop tard, là, même si vous ne les avez pas
aujourd'hui. Des formulations d'amendements, par exemple, que vous auriez, moi,
je vous invite à nous les faire parvenir prochainement quand vous en aurez.
Je vais y aller sur votre recommandation qui
concerne les établissements... les organismes privés. Vous l'avez dit, que vous
avez de l'intérêt pour ça, qu'il faudrait cibler il est où, le... il est où, le
paramètre, finalement, qui détermine si c'est visé par la loi ou pas. Je sais
que vous n'avez pas eu le temps de vous faire une tête complètement là-dessus, mais j'aimerais quand même vous
entendre sur quels types de paramètres devraient être considérés, par exemple.
M. Champagne (Éric-Pierre) : Bien,
par exemple, certainement, il y a un paramètre de... financier, parce qu'évidemment,
bon, les entreprises privées qui reçoivent des fonds de l'État, là, au Québec,
là, je ne pense pas apprendre grand-chose à personne, là, il y en a énormément.
Donc, à partir de quand on... on deviendrait éligible à... éligible et qu'on
serait soumis à cette loi-là? Est-ce que c'est parce qu'on a reçu une
subvention x puis que, là, tout d'un coup,
on est... on doit se soumettre à la loi ou c'est quelque chose de plus
important? Est-ce que c'est une proportion de... du financement de
l'entreprise? Je l'ignore, là, là-dessus, je vous avoue, là, qu'on n'a pas...
Mme Desjardins (Martine) : ...
M.
Champagne (Éric-Pierre) : ...des affaires, mais on est conscients que ça...
que c'est... que c'est un enjeu, là, qu'il faut le faire, mais il ne faut quand
même pas, comment dire, écarter ça à cause de la... peut-être de la difficulté,
là, de déterminer qui serait... serait assujetti à cette loi-là à cause de ça.
Parce que, bon, il y a quand même des organismes... des organismes et
des entreprises privés qui reçoivent des fonds publics importants, et ceux-là
devraient... devraient être assujettis à la loi. Là, la difficulté,
c'est : On la trace où, la ligne, là? Et je vous avoue que je n'ai pas la
réponse claire, mais c'est certain qu'on ne doit pas mettre sur un pied
d'égalité, par exemple, une entreprise qui a reçu une subvention de 5 000 $ puis une autre dont 35 % de son
budget de fonctionnement dépend des fonds de l'État. Et ce n'est pas...
ce n'est pas la même chose, là. Donc, après ça...
Mme Labrie : Je comprends. Donc,
c'est...
M. Champagne (Éric-Pierre) : ...la
ligne, elle serait tracée où? Là, je pense que ce serait un exercice que vous auriez à faire, les élus, pour déterminer ça,
puis certainement entendre d'autres parties qui auraient des propositions
à faire, mais il faut le regarder, là.
Mme Labrie : Donc, à savoir si ça
devrait être un montant ou un pourcentage, vous n'avez pas non plus les idées
claires là-dessus?
M.
Champagne (Éric-Pierre) : Bien non, parce que c'est... comme je vous disais,
c'est complexe, là, tu sais. Je ne pense pas que toute entreprise qui reçoit
une subvention de l'État doit être assujettie à ça, parce qu'en fait ça va
être à peu près... bon, à peu près... je ne sais pas, là, combien
d'entreprises, mais il y en a beaucoup. Donc, il faut... il faut se donner un critère, mais certainement
celles qui reçoivent, en tout cas, des fonds importants, mais là les qualifier,
là, je ne saurais pas quoi dire.
Mme Labrie : En même temps, je... en
même temps, je vous soumets aussi qu'il peut y avoir des choses qui se passent
dans des organisations privées qui ne reçoivent même pas de subvention, mais
qui pourraient aussi causer un préjudice pour le public, par exemple en matière
environnementale. Donc, est-ce que vous pensez qu'on devrait pouvoir protéger
les lanceurs d'alerte qui sont, par exemple, des employés de ces
entreprises-là, qui décident de dénoncer si, par exemple, ils constatent qu'il
y a un manquement au respect de la législation?
M. Champagne (Éric-Pierre) : Bien,
ce n'est pas l'objet, ça ne fait pas partie de notre recommandation, mais
certainement que ça pourrait quand même être évalué. Là, j'imagine que, bon,
les critères seraient peut-être un peu plus... seraient différents en tout cas,
certainement, là. L'exemple que vous donnez, mettons, une entreprise en
environnement, puis quelqu'un juge qu'il y a un acte qui pourrait causer de
graves préjudices, là, est-ce que cette personne-là devrait être protégée? Je
pense que oui, mais là on... on n'en fait pas la proposition. Pour l'instant,
ce qu'on vous propose, là, c'est vraiment pour les organismes et les
entreprises qui reçoivent des fonds de l'État.
Mme Labrie : Parfait.
M.
Champagne (Éric-Pierre) : Mais j'en... Votre question est intéressante, puis
je pense qu'il faudra peut-être la... y songer éventuellement.
Mme Desjardins (Martine) : Il y a
quand même des...
Mme Labrie : Parce qu'en ce moment
le seul recours serait les médias pour une personne comme... dans... qui serait
dans cette situation-là?
Mme
Desjardins (Martine) : Oui. Puis il y a quand même des obligations.
M. Champagne
(Éric-Pierre) : ...il peut y avoir... par exemple, la personne peut
contacter les autorités publiques. Mettons, dans le cas de l'environnement, on
peut certainement contacter le ministère de l'Environnement. Il y a toutes
sortes de choses qui peuvent être faites, mais bon. Donc, puis là il y a les
médias aussi, tout à fait, là, mais ce n'est pas le seul recours qu'une
personne en entreprise privée aurait, là.
Mme Desjardins
(Martine) : Tout à fait. Puis il y a quand même une obligation, du
côté des médias aussi, de protéger les lanceurs d'alerte, là. Plusieurs...
Comme on le disait, on a un guide déontologique à respecter. Plusieurs
entreprises de presse ont également des guides et des grilles, en fait, pour
protéger les lanceurs d'alerte. Donc, il y a
quand même une obligation déontologique, journalistique, qui est liée au fait
de protéger aussi ces lanceurs d'alerte là qui viendraient révéler
certaines problématiques aux médias. Donc, de notre côté, on a quand même des
obligations aussi à respecter.
Mme Labrie : Parfait.
Je vous remercie.
Le Président (M.
Simard) : Vous aviez encore quelques instants, si vous le souhaitiez.
Mme Labrie : C'est
correct.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Alors, sur ce, merci beaucoup pour la qualité de
votre présentation et de votre présence parmi nous aujourd'hui. Ce fut fort
instructif.
Nous allons donc
suspendre nos travaux et nous revenons plus tard cet après-midi. À nouveau,
merci pour votre collaboration.
(Suspension de la séance à
12 h 47)
(Reprise à 15 h 05)
Le Président (M.
Simard) : Alors, chers collègues, je constate que nous avons quorum.
Conséquemment, nous sommes en mesure de reprendre nos travaux.
Et
je vous rappelle que notre commission est réunie dans le cadre de consultations
portant sur le projet de loi n° 53, Loi édictant la Loi sur la
protection contre les représailles liées à la divulgation d'actes
répréhensibles et modifiant d'autres dispositions législatives.
Et nous avons
l'honneur de recevoir des représentants du Syndicat de professionnelles et
professionnels du gouvernement du Québec. Messieurs, bonjour. Auriez-vous
d'abord l'amabilité de vous présenter?
Syndicat de professionnelles et professionnels du
gouvernement du Québec (SPGQ)
M. Bouvrette
(Guillaume) : Oui, bonjour à vous tous. Je suis Guillaume Bouvrette,
président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du
Québec. Je suis accompagné de M. Jean-François Landry, conseiller politique, et
de M. Marc Dean, à ma gauche, conseiller à la recherche.
Le Président (M.
Simard) : Alors, bienvenue! Vous disposez de 10 minutes afin de
faire votre présentation.
M. Bouvrette
(Guillaume) : Merci, M. le Président. Mesdames et messieurs, députées
et députés membres de la Commission des finances publiques, Mmes et MM. membres du SPGQ affectés à la bonne
marche des travaux de la commission
parlementaire des finances publiques et des travaux parlementaires en général,
bonjour. Nous venons nous présenter.
Alors, nous
représentons aujourd'hui le SPGQ, le plus grand syndicat de professionnels au
Québec, en fait, dis-je, et il représente plus de 35 000 spécialistes
travaillant au sein des ministères et organismes de l'État québécois.
Je tiens d'abord à
remercier chacun d'entre vous pour votre présence à cette allocution dédiée à
un sujet qui est essentiel pour l'intégrité de
notre État et pour lequel le SPGQ intervient depuis de nombreuses années,
c'est-à-dire la protection des
divulgateurs et la lutte contre les actes répréhensibles dans la fonction
publique. Depuis de nombreuses années,
je le disais, le SPGQ a milité pour la mise en place de mécanismes visant à
protéger ceux qui, au sein de l'administration, ont le courage de
dénoncer des agissements qui pourraient être contraires à l'éthique.
À maintes reprises,
le SPGQ a exprimé ses préoccupations, formulé des recommandations pour
renforcer la protection des divulgateurs.
Ces efforts-là ont été concrétisés de notre côté par la publication de mémoires
et documents de réflexion mettant en
lumière l'importance cruciale de cette question pour notre démocratie et notre
fonction publique intègres.
Il est indéniable, évident que les membres du
SPGQ, qu'on représente, dépositaires de l'expertise de l'État québécois et stratégiquement positionnés pour
assurer la mission gouvernementale, peuvent être, dans l'exercice de leurs
fonctions, témoins d'actes répréhensibles.
Ils et, je dirais surtout,
elles, parce que nous représentons une majorité de femmes au SPGQ maintenant,
elles jouent un rôle essentiel en tant que gardiens, gardiennes de l'intégrité
des services publics. Une mission qui revêt une importance capitale, vous le
savez, pour garantir le bon fonctionnement de notre société et d'assurer la
confiance des citoyens envers leurs institutions publiques.
Et pourtant, malgré les efforts déployés à
travers les années, le SPGQ ne peut que percevoir un constat d'échec en ce qui concerne la divulgation à
l'interne, au sein des ministères et organismes gouvernementaux. Ceux-ci se
sont révélés souvent inefficaces, manquant d'indépendance et de rapidité dans
le traitement des plaintes.
L'affaire Louis Robert, agronome et conseiller
expert dans le secteur des grains, est un exemple tragique de ces lacunes. L'expérience qu'il a vécue, où il a
été réprimandé, c'est-à-dire congédié, hein, pour avoir dénoncé l'ingérence du
privé dans la recherche publique, a soulevé à l'époque des questions
fondamentales sur la protection des lanceurs d'alerte au Québec.
Mais c'est
pourquoi aujourd'hui le SPGQ accueille — c'est
beau, merci — accueille
favorablement l'intention du projet de loi n° 53 de transformer le Protecteur
du citoyen en un guichet unique pour la divulgation d'actes répréhensibles au sein des ministères et
organismes gouvernementaux. Nous aurons par la suite quelques recommandations
de bonification, mais entendez bien que le SPGQ accueille favorablement les
recommandations principales du projet de loi.
Si cette mesure est adoptée, elle permettra de
simplifier les procédures, d'offrir une protection accrue aux divulgateurs et aux lanceurs d'alerte. De plus,
donc, le SPGQ est d'avis que les divulgateurs devraient avoir la possibilité
de s'adresser non seulement au Protecteur du citoyen, mais aussi aux médias, et
ce, afin d'éviter que tout repose sur une seule autorité, tout indépendante
soit elle. Favoriser cette diversité de canaux est, pour nous, fondamental afin
de garantir l'efficacité du processus de divulgation et éviter les pressions
externes indues.
Par ailleurs, dans la même veine, il est
crucial, pour nous, de protéger les sources des médias, véritables piliers de
notre démocratie. Le SPGQ s'oppose donc à toute obligation de communiquer avec
un service de police ou le Commissaire à la lutte contre la corruption avant de
pouvoir divulguer publiquement les actes répréhensibles. Cette restriction, si elle était maintenue,
entrave, selon nous, la liberté d'expression et dissuade les divulgateurs
potentiels de se manifester, comme l'a illustré dans le passé le cas de
Louis Robert.
En ce qui concerne la structure de divulgation
d'actes répréhensibles au gouvernement du Québec, le SPGQ reconnaît la
complexité actuelle et se réjouit des mesures de simplification proposées par
le projet de loi n° 53. Toutefois, il reste certaines questions légitimes
qu'on soulève quant à la multiplication des instances de divulgation, et on
recommandera de tendre vers un guichet unique pour l'ensemble de l'appareil
gouvernemental.
• (15 h 10) •
Dans son mémoire, le SPGQ souhaite formuler
quelques recommandations au gouvernement pour améliorer la protection des
lanceurs d'alerte. Il y en a six, la première se lit comme suit : «Afin
d'en finir avec les actes répréhensibles, le
SPGQ croit que les divulgateurs devraient pouvoir divulguer l'information sans
crainte de représailles à une
autorité indépendante comme le Protecteur
du citoyen.» De plus, comme je le
disais tout à l'heure, on... il devrait aussi pouvoir le faire auprès des médias afin d'éviter que tout repose sur une
seule autorité. Il n'est jamais exclu, malheureusement, qu'un dirigeant
d'organisme soit soumis à des pressions externes indues, ce qui pourrait
altérer l'objectivité de ses décisions.
La deuxième recommandation est à l'effet que le
SPGQ recommande la mise en place de mécanismes de divulgation simplifiés, dotés
de suivis rigoureux pour encourager les individus à signaler les actes
répréhensibles. Il s'agit de promouvoir une culture proactive de dénonciation
au sein de la fonction publique québécoise.
On propose également des modifications à la loi
pour étendre la définition des actes répréhensibles, renforcer la protection
des divulgateurs et rendre les enquêtes publiques dans l'intérêt de la
transparence.
En outre, le SPGQ appelle à une sensibilisation
accrue sur les lois existantes et futures afin de promouvoir une culture de
transparence et certainement de mettre fin aux possibilités de représailles
contre les divulgateurs.
Enfin, on préconise de placer les responsables
de la gestion de l'éthique sous l'autorité indépendante du Protecteur du citoyen ou du commissaire à l'éthique pour assurer leur indépendance et leur protection
contre les représailles.
Notre troisième recommandation est certainement
de souligner l'importance d'un processus de divulgation simple, rapide, doté de mécanismes de suivi rigoureux qui
encourageraient les individus à signaler les actes répréhensibles, suggère concrètement la création d'un guichet
unique pour les divulgations répréhensibles dans l'ensemble de l'appareil
gouvernemental, que la procédure soit donc
plus efficace, et permette de renforcer la confiance des divulgateurs potentiels
dans le système établi.
À la
recommandation n° 4, vous le lirez dans le mémoire, on se permet de
revenir sur certaines des recommandations émanant du mémoire de mai 2023
du Protecteur du citoyen qui permettait... qui proposait de renforcer la Loi
facilitant la divulgation d'actes répréhensibles. Et on attire votre attention
notamment sur certaines recommandations de
ce rapport-là. La première, leur recommandation n° 4 est à l'effet que les
cas graves de mauvaise gestion commis
à l'égard d'un organisme public devraient être considérés comme un acte
répréhensible au sens de la loi.
La recommandation 10, à l'effet que l'adoption
par les organismes publics de directives internes relevant les avocats et
notaires de leur secret professionnel aux fins des vérifications et des
enquêtes menées en vertu de la loi... Ils ajoutaient également, et on les
supporte dans ça, que le défaut de protéger la confidentialité, l'identité
d'une personne ayant effectué une divulgation
devrait être considérée comme une infraction pénale. C'était leur recommandation 13. La protection de la
confidentialité des divulgateurs et des divulgations permet de protéger tout le
monde. Voilà.
Il y avait également ensuite l'obligation pour
les dirigeants d'organismes publics d'informer adéquatement leurs membres et
leur personnel relativement à la loi, de développer une culture et éthique qui
facilite la divulgation d'actes répréhensibles et que des
moyens soient pris pour protéger les divulgateurs des représailles. C'était leur
recommandation 19.
Je
passe à notre cinquième recommandation, à l'effet que le SPGQ estime qu'une
campagne de sensibilisation sur la Loi facilitant la divulgation d'actes
répréhensibles et sur la future Loi sur la protection contre les représailles,
celle qu'on étudie aujourd'hui, le PL 53, devrait être menée pour
provoquer un changement de culture dans les organismes publics. Il faut bien
communiquer ces modifications-là dans une campagne qui viserait à promouvoir la
transparence et à mettre fin au silence, à l'intimidation, à la dissimulation
et aux réflexes d'étouffement des plaintes.
Notre dernière
recommandation est à l'effet que nous sommes d'avis que les responsables de la
gestion de l'éthique des ministères et
organismes gouvernementaux devraient être placés sous l'autorité du Protecteur
du citoyen ou du Commissaire à l'éthique et à la déontologie de
l'Assemblée nationale, comme je le disais précédemment, toujours dans
l'objectif de garantir l'indépendance de leurs fonctions et d'éviter la crainte
de représailles.
Je
terminerai cette allocution en vous mentionnant qu'évidemment, comme syndicat,
nous sommes fermement engagés à défendre les droits et les intérêts de
nos membres. Nous défendons le droit à un environnement de travail où la loyauté envers l'intérêt public est valorisée
et surtout protégée. Nous appelons également les autorités gouvernementales
à reconnaître, à respecter le rôle crucial des professionnels de la fonction
publique québécoise dans la promotion du bien commun en garantissant leur
indépendance, en assurant leur protection lorsqu'ils agissent dans l'intérêt du
public. Selon nous, il est impératif de reconnaître les défis auxquels nos
membres sont confrontés et veiller à ce qu'ils puissent exercer leur travail
avec intégrité et professionnalisme sans craindre de représailles ou de pressions extérieures. Nous continuerons à être un
défenseur vigilant des droits à la dignité de nos membres, tout en oeuvrant
pour un environnement de travail juste et équitable pour tous. Je vous remercie
de votre écoute.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous, M. le président. Nous allons donc amorcer notre période d'échange,
et je cède la parole à la ministre de l'Administration publique.
Mme LeBel : Merci, M. le Président. Merci, M. Bouvrette. Merci
à vous et aux collègues qui vous accompagnent. Vous participez souvent à des
commissions parlementaires sur des sujets, naturellement, qui vous préoccupent,
et c'est... c'est fort apprécié d'avoir votre
point de vue, le point de vue que vous représentez, là, par rapport à la... au
positionnement de vos membres. Je pense que c'est important d'avoir ce point de
vue là.
Je... Bon, je n'ai
pas eu l'occasion de lire le mémoire actuel et je vous en fais une pleine
transparence. Je vois qu'il y a cinq... cinq recommandations, là, qui...
dont certaines beaucoup plus étoffées que d'autres, c'est-à-dire avec certains sous-points. On va prendre la peine,
comme on fait avec tous les mémoires, je vous le garantis, de les examiner
une par une. Rapidement, j'en vois qui semblent être répondu par d'autres
mécaniques, mais on pourra faire le même exercice rapidement pour être capable
de bien y répondre.
Je vais peut-être y
aller sur quelques aspects à haut niveau, si vous le permettez. Votre... dans votre...
parce qu'on a eu quelques exercices de consultation. On en a eu un au mois de
juin, je pense, ou au mois de mai dernier, si je ne me trompe pas, sur le dépôt
du rapport de mise en oeuvre de... du Conseil du trésor sur la loi d'origine,
c'était prévu dans la loi qu'on devait faire un rapport de mise en oeuvre et
étudier ce rapport en commission parlementaire. On l'a fait. Le Protecteur du
citoyen a eu l'occasion aussi de déposer quelques rapports d'analyse, quelques
recommandations dont on a tenu compte. Alors, fort de tous ces travaux-là, on a
déposé une proposition sur la table pour améliorer.
Je vois que dans...
et, dans votre mémoire de 2023 à l'époque, là, vous formuliez plusieurs
recommandations qui, d'ailleurs, sont dans
le même esprit que ce que vous rajoutez aujourd'hui. Là, vous êtes dans la même
ligne de pensée, mais je vais quand
même voir quelques petits aspects avec vous pour un peu voir votre... prendre
votre pouls là-dessus.
Vous demandiez, bon,
à l'époque que c'était important de pouvoir divulguer l'information sans
crainte de représailles à une autorité
indépendante; on a sélectionné le Protecteur du citoyen. Je pense qu'à cet
effet-là vous étiez... vous êtes d'accord avec le choix, vous l'avez
mentionné. Vous précisiez également, en 2023, les médias. Toutefois, vous avez aussi, en 2023... puis je pense que ça
revient aussi dans votre mémoire, là, je l'ai regardé rapidement pendant
que vous faisiez votre présentation, le fait qu'on devait permettre à tout
divulgateur ou personne qui collabore aux vérifications, je vais appeler ça
«divulgateur», «témoin potentiel», bon, il y a trois... il y a trois...
trois personnes, trois catégories
de personnes qui, dans le grand... je dirais, dans le cheminement de la
divulgation d'un acte répréhensible, qui sont impliquées. Bon, le divulgateur
lui-même, les témoins potentiels ou les gens qu'on interroge et la ou
les personnes visées. Donc, ce sont les acteurs du... de la divulgation, si on
veut, de l'acte répréhensible.
C'est important, vous
le soulignez que c'est important de s'assurer que les collaborateurs et le
divulgateur soient traités dans le plus grand respect de la confidentialité de
leur identité et des faits qu'ils dévoilent. Toutefois, vous dites que, quand même, on devrait quand même leur permettre de
dévoiler aux médias. Pour moi, c'est important cette notion-là. Je suis d'accord avec cette recommandation-là de
mai 2023, de permettre à tout divulgateur qui collabore aux
vérifications d'être traité dans le plus grand respect de la confidentialité de
leur identité et des faits qu'il dévoile, de garantir des mécanismes de
traitement des divulgations qui agissent avec discrétion et placent l'intégrité
publique au coeur de leur action et de
donner confiance aux citoyens. Bon, je pense que ça, on est tous d'accord
là-dessus, c'est pour ça qu'on agit. Mais, pour moi, il y a un moment où
on peut... où l'intérêt public de faire connaître la situation entre en jeu,
c'est quand l'enquête est terminée et que l'acte... l'acte s'avère avéré.
«S'avère avéré», c'est un peu redondant, là, mais l'acte... l'acte
répréhensible est avéré au terme de l'enquête, enquête qui sera menée ici,
selon la proposition qu'on fait, par le Protecteur du citoyen.
Donc, comment
vous arrimez ces deux... ces deux propositions-là? Je ne dis pas que... Parce
que, comprenez-moi bien, je pense qu'il est d'intérêt public qu'un acte
répréhensible, lorsqu'avéré, soit connu et divulgué. Ça met le gouvernement dans une position, et j'en suis là... Moi, je
pense, ça prend, en bon français, du «checks and balances», ça met le gouvernement dans une position d'agir.
On ne veut pas que ces actes répréhensibles là soient camouflés et on
veut qu'il y ait un cesser d'agir.
• (15 h 20) •
Par contre,
je reviens à la base. Il y a trois types d'acteurs : le divulgateur,
le témoin et la personne visée, qui a, elle aussi, le droit à une
certaine discrétion tant que l'acte n'est pas avéré et qui pourrait être membre
de votre syndicat, d'ailleurs, la personne visée. Donc, comment vous
réconciliez tout ça et à quel moment vous pensez ou dans quelles circonstances
vous pensez qu'on peut s'adresser aux médias? Comment on réconcilie votre
première recommandation, avec qui... avec
laquelle je suis d'accord à 100 %, et l'autre qui, pour moi, est un peu
contradictoire avec le besoin de la plus grande discrétion?
Des voix : ...
M.
Bouvrette (Guillaume) : Ce que j'ai envie de dire dans un premier temps,
c'est que notre recommandation de pouvoir... de multiplier les canaux de
divulgation, elle est certainement lorsque les mécanismes prévus ne
fonctionnent pas. Et l'expérience nous a montré qu'il arrive que les
divulgations faites dans le cadre des processus établis ne sont... ne soient pas prises en considération ou
échouent à leur mission. Et, dans ce cas-là précisément, on devrait pouvoir
certainement aller plus loin.
Ce que... ce que votre question soulève et
sous-entend, c'est toujours la question de, je veux dire, loyauté envers l'employeur où le droit du travail nous
enseigne que c'est sacro-saint et que c'est d'abord à l'employeur que la loyauté va. On vous soumet qu'il y a une question
qui se pose quand on est tributaire de l'expertise de l'État québécois. La...
Les professionnels qu'on représente dans tous les domaines ont à coeur la
mission du Québec, de ses services, de ses
différents ministères et organismes. Et c'est d'abord envers les citoyens de
l'État québécois que cette loyauté-là devrait aller, à notre sens.
Évidemment, si ces mécanismes bonifiés, mis en place, simplifiés, permettent
d'atteindre les résultats dans des délais raisonnables et de protéger tout le
monde dans ça, on y est... on y est favorable. Ce qu'on soumet, c'est que, dans des cas où ça ne fonctionne pas, on devrait
pouvoir utiliser d'autres canaux de communication.
Mme LeBel : Je veux juste être
claire et préciser que je ne mettais pas dans la balance la question de la
loyauté avec l'État, je mettais dans la balance, je vous dirais, la question de
la protection des droits de tous, y inclus la personne visée, qui demeure une
personne visée tant que l'enquête n'est pas complétée. Et on peut comprendre
les dommages à la réputation d'une personne quand l'enquête n'est pas
complétée. Je disais ce matin, j'avais la discussion avec la Fédération
professionnelle des journalistes du Québec : C'est difficile de remettre
la pâte à dents dans le tube une fois qu'on a mis sur la place publique des
faits et que... et que, par la suite, on dit : Bien, l'enquête n'a pas été
concluante, etc. Donc, moi, je mettais ça dans la balance.
Donc, je comprends que, pour vous, ce que vous
me dites... et je ne veux pas vous mettre des mots dans votre bouche, donc je
reformule, et vous me direz si je suis à la bonne place, je comprends que ce
que vous me dites, c'est qu'on... vous persistez et signez sur le fait que le
processus doit être le plus confidentiel possible et le plus discret possible.
Ce que vous nous dites, c'est que, s'il ne fonctionne pas, ce processus-là, on
devrait avoir une alternative. Et peut-être
que l'alternative, on... à y réfléchir serait une divulgation devant les
médias. C'est ce que... c'est ce que vous nous dites?
M.
Bouvrette (Guillaume) : Oui, et j'ajouterais que, si... bon, vous avez
parlé avec la fédération de journalistes, les journalistes ont un
travail à faire, de leur côté, de recherche, de validation, de... d'analyse de
l'intérêt public, de communiquer des informations ou pas. Donc, évidemment que
les personnes visées ont aussi droit à une protection. Et il est de la responsabilité, à ce moment-là, des journalistes
d'analyser les tenants et aboutissants, de ne pas eux-mêmes nuire à la
réputation de gens alors que des faits ne seraient pas fondés. Ils ont... Ils
ont, et ils le savent, une responsabilité éthique et professionnelle en
ce sens-là.
Mme
LeBel : Oui. Bien, on avait... D'ailleurs, j'avais cette
discussion-là avec le président de la fédération ce matin, et je ne
remets pas du tout en question l'éthique et le professionnalisme des
journalistes, mais on a conclu... il a... en tout
cas, je ne veux pas encore une fois vous... On pourra le réécouter, mais il
semblait être d'accord avec moi qu'une... même la meilleure des
validations journalistiques n'équivaut pas à l'enquête que le Protecteur du
citoyen va faire, va mener pour être capable d'arriver à une conclusion.
Donc, moi, c'était vraiment dans ces... la
circonstance de la protection des droits de tout le monde et non pas de...
de... Je ne mettais pas en opposition la loyauté envers l'employeur dans cette
équation-là, dans mon souci de penser qu'on doit protéger l'enquête en cours
tant que le résultat n'est pas... n'est pas avéré ou tant que la conclusion n'est
pas... n'est pas définitive dans cette enquête-là.
Donc, vous faites référence, comme... comme
d'ailleurs le président de la fédération l'a fait ce matin, à l'article 7,
qui permet déjà une certaine divulgation dans des cas de figure, à certains cas
de figure qui sont prévus dans l'article 7 de la loi actuelle aux médias.
De façon très simple, on parle de cas d'urgence, santé... santé, bon, et de l'urgence et de l'incapacité de faire le
processus, là. Il y a une notion de temps et d'urgence qui était... et de... et
de santé... de santé publique là-dedans. Est-ce que vous avez une idée
de... pour nous proposer comment on pourrait élargir cet article 7 là?
Parce que qui va juger que l'enquête n'est pas concluante? Qui va juger... Bon,
je vous donne un cas de figure. Le Protecteur du citoyen a fait une enquête qui
est bien faite mais conclut qu'il n'y a pas d'acte répréhensible.
On fait quoi avec ça? Je veux dire... Et je présume, dans mon cas de figure,
que l'enquête est bien faite et qu'il n'y a
pas d'actes répréhensibles, mais la personne, pour une raison x, y, z,
n'est pas d'accord avec la conclusion du Protecteur du citoyen. Est-ce
qu'on lance l'information dans l'espace public, alors que le résultat de
l'enquête est qu'il n'y a pas d'acte répréhensible? Comment on balise cette...
M. Bouvrette
(Guillaume) : La réponse...
Mme LeBel : ...cette
possibilité-là?
M. Bouvrette (Guillaume) : Je
n'ai pas de réponse claire à vous donner à cette question-là aujourd'hui, mais
on sera certainement ouverts à se pencher là-dessus avec vous et à trouver des
mécanismes de solution.
Mme LeBel : Et,
si vous avez une proposition à nous faire d'ici l'étude article par article,
soyez très à l'aise de la communiquer via la
commission pour que tout le monde puisse en prendre connaissance comme...
donc... mais...
M. Bouvrette
(Guillaume) : Absolument. Merci. Merci de l'offrir, Mme la ministre.
Mme LeBel : Ça
me ferait plaisir d'avoir votre... votre input là-dessus. Merci. Merci. Je n'ai
pas d'autre question, à moins que mes collègues de la banquette gouvernementale
en aient.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Alors, M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci,
M. le Président. Alors, bonjour, bon après-midi. Merci. Merci d'être là, de
nous consacrer du temps et merci pour le mémoire que vous avez... que vous avez
déposé et que j'ai lu. Je vous dirais, j'ai écouté attentivement les questions
que Mme la ministre vous posait. J'ai... j'ai aussi un peu cette
préoccupation-là. Donc, si vous pouvez partager avec nous des cas de figure
précis, ça... ça nous... ça nous aiderait. Parce que, dans ma vie antérieure,
avant de faire de la politique, bien, j'étais procureur de la couronne. Donc,
évidemment, tu sais, toute la notion
d'enquête en cours, protéger, tu sais, pour permettre au Protecteur du citoyen
de faire, par exemple, son travail puis ne pas avoir quelque chose qui
va faire en sorte que ça va avoir un impact négatif sur son enquête, bien,
c'est quelque chose aussi que je mets dans
la... dans la balance. Alors, si vous avez des cas précis, j'apprécierais, ce
serait... en tout cas, moi, ça m'aiderait dans mon rôle... dans mon rôle
de parlementaire. Et je vous en... je vous en remercie.
Dans la même
recommandation, à la page 11 de votre mémoire, bon, vous parlez de la
restriction imposée au divulgateur, mais, évidemment, quand c'est un risque
grave pour la santé ou la sécurité d'une personne ou d'un environnement, je peux comprendre, parce que, si
c'est quelque chose qui est effectivement très grave, ça pourrait se faire. Mais, quand vous dites de revoir la restriction,
est-ce que c'est parce que vous avez en tête d'autres cas de figure où on pourrait
y avoir une divulgation? Et, si oui, quels sont-ils? Ou si on laisse ça comme
ça.
Le Président (M.
Simard) : ...sinon M. Dean.
M.
Dean (Marc) : Oui. Bien, en fait, le cas
de figure, c'est : Si c'est urgent, pourquoi on devrait passer par un
intermédiaire? Parce que, dans la loi actuelle, on dit que, dans une cause
urgente, environnementale ou de santé publique, on a... on pourrait avoir le
droit de révéler aux médias parce que c'est... on est dans l'urgence, mais on
doit passer par... Là, je ne me souviens pas, là. C'est le commissaire aux...
Ah! j'ai un blanc de mémoire, là, pour les deux...
les deux... On peut s'adresser à la police puis on peut s'adresser à une
deuxième organisation si c'est vraiment... Moi, je me posais la
question : Quand on est dans un cas urgent, pourquoi on devrait avoir à
s'adresser à la... On pourrait... on peut
s'adresser directement à la police, mais on peut aussi s'adresser aux médias.
Je ne vois pas pourquoi on aurait besoin d'avoir la balise de la police
ou du commissaire à l'éthique...
M. Morin : OK.
Bien, en fait, dans ma compréhension de la loi actuelle, les deux corps
qui sont visés, c'est un corps de police ou
le Commissaire à la lutte contre la
corruption, à l'article... à
l'article 7. Écoutez... Bien, je... en fait, dans la loi actuelle, je
peux... je peux voir, si effectivement il y a une situation urgente, que ce
soit pour la santé, la sécurité,
l'environnement, bien, qu'on communique avec un corps de police, ce n'est
peut-être pas une mauvaise idée, là, pour qu'il y ait des mesures qui
soient prises rapidement, là.
Maintenant... Et j'ai
peut-être mal compris ce que vous avez souligné dans votre première
recommandation, mais moi, je croyais que vous voulez qu'on étende à d'autres
situations que celles où il y a évidemment urgence, risque grave pour la santé
ou la sécurité d'une personne ou pour l'environnement. Est-ce que je vous ai
bien compris ou si vous voulez qu'on laisse
ça au risque grave pour la santé ou la sécurité d'une personne ou pour
l'environnement, mais que vous voulez
qu'il y ait... qu'on puisse en discuter ou en divulguer directement avec un
journaliste? Est-ce que c'est les deux ou c'est un des deux? Ou, en
fait, j'ai peut-être mal compris.
• (15 h 30) •
M. Bouvrette (Guillaume) : Non,
on pense que, dans un cas d'urgence, on devrait pouvoir divulguer directement à
un journaliste, un journaliste d'enquête. Et on insistait également sur la
nécessité de protéger les sources journalistiques.
M. Morin : Oui. OK, je comprends.
Puis je comprends qu'il y a des dispositions législatives présentement qui
protègent aussi, présentement, les sources journalistiques, là, mais...
M. Bouvrette
(Guillaume) : Présentement.
M. Morin : ...mais... mais je
comprends, je comprends ce que vous dites. Je vous remercie.
Autre élément. Quand vous dites, dans la
recommandation 3 : «Le défaut de protéger la confidentialité de
l'identité d'une personne ayant effectué une divulgation devrait être considéré
comme une infraction pénale», vous faites
référence, je comprends, au mémoire du Protecteur du citoyen, sa recommandation
R-13. La recommandation R-13 du
protecteur réfère à une loi de la Colombie-Britannique. Dans l'infraction que vous suggérez, est-ce que
vous voulez qu'on qualifie, si vous
voulez, l'intention? Parce que, si mon souvenir est bon, dans la loi sur la
Colombie-Britannique, on dit
«wilfully disclose», c'est-à-dire que c'est une divulgation qui est faite, mais
sciemment. Donc là, la personne voulait vraiment le faire, ce n'est pas un accident, là, c'est... tu sais,
c'est... avait l'intention véritablement de le faire, probablement pour
nuire à quelqu'un. Est-ce que c'est ce genre d'infraction là ou... que vous
avez en tête ou si c'est une infraction qui est plus générale puis qui
couvrirait plusieurs cas de figure?
M. Bouvrette (Guillaume) : Votre
question est très précise, et, je pense, vous avez, M. le député, plus de connaissances que moi précises là-dessus, mais
c'est certainement l'intention de se coller là-dessus. Par contre, je vous
dirais que, si la commission à une chose à retenir de cette... notre...
pourquoi on insiste sur cette recommandation-là, c'est qu'on doit
accorder le plus d'importance possible à la protection de la confidentialité.
Alors, maintenant, là, il appartiendra, là,
aux travaux parlementaires de définir quelles sont-elles, mais que ça soit
pénal ou formulé de manière... divulgué de manière involontaire, ou
accidentelle, ou autre, nous insistons surtout sur la nécessité de protéger la
confidentialité.
M. Morin : D'accord. Je vous
remercie. C'est très clair. Merci, merci beaucoup. À la recommandation 4,
vous parlez d'une campagne de sensibilisation à l'égard des organismes publics.
Je pense que c'est effectivement important.
Avez-vous des recommandations, des suggestions sur la façon dont on pourrait
procéder? Est-ce que ça pourrait être
une campagne conjointe, bon, les syndicats et le gouvernement, seulement le
gouvernement? Avez-vous des exemples en tête de ce qu'on... ce qui
devrait être inclus, juste pour nous aider davantage?
M. Bouvrette (Guillaume) : Tout à
fait. Puis merci de la suggestion de campagne conjointe. Nous serions
certainement ouverts, là. Puis je vous dirais que, de manière générale, c'est
connu du côté du Conseil du trésor qu'au SPGQ on prône un syndicalisme de
collaboration. Mais, au-delà de ça, il appartiendra, là, donc au gouvernement
de voir comment il souhaite promouvoir ces
enjeux-là auprès de son personnel. Cette campagne-là doit surtout envoyer comme
message d'être vigilant, d'être proactif, d'avoir l'oeil ouvert pour toujours
protéger les intérêts des Québécois.
J'ai l'impression que je reviens sur l'exemple
parce qu'il est... il a été frappant, mais le cas de Louis Robert, lorsqu'il a
été congédié, a envoyé un message aux professionnels de l'État québécois :
Si vous osez lever la main et dénoncer, vous serez sanctionnés. Par la suite,
le gouvernement a fait la chose à faire, je le souligne, là, a réintégré M. Robert, a fait amende honorable, et les travaux
qu'on fait aujourd'hui et d'autres modifications à la loi visent à faire
mieux dans le futur, on le reconnaît, on le
souligne. Ça a quand même laissé des traces dans la perception du personnel de l'État québécois qui... ils peuvent
certainement être sanctionnés s'ils osent dénoncer. Alors, je pense qu'il est
clair que la volonté du gouvernement, c'est de changer cette culture-là, de
promouvoir une culture de transparence, d'ouverture, de vigilance. Parce que les professionnels et les
fonctionnaires de l'État québécois sont les gardiens de celui-ci, tout comme
le gouvernement l'est. Alors, on serait certainement ouverts à faire une
campagne conjointe, mais il appartiendra au gouvernement de le faire, là. C'est
toujours bien son personnel à la fin.
M. Morin : Parfait. Merci. Merci
beaucoup. À votre recommandation trois, à la page 12 de votre mémoire,
vous parlez de l'obligation, pour les dirigeants d'organismes publics,
d'informer adéquatement les membres de leur personnel relativement à la loi,
développer une culture éthique qui facilite la divulgation. C'est aussi en lien
avec une recommandation du Protecteur du citoyen. Qu'est-ce que vous avez en
tête? Puis, si jamais il y a des dirigeants qui ne le font pas, est-ce que vous
suggérez des sanctions? Est-ce que vous suggérez une infraction pénale? Est-ce
que c'est un... c'est uniquement un devoir de gestion de la part des
organismes? Comment... comment vous voyez ça?
M. Bouvrette (Guillaume) : On n'est
pas allés jusqu'à suggérer des moyens concrets. Par contre, on est toujours
dans la même... dans le même principe général, j'ai envie de dire, de
promouvoir la culture, d'informer les gens de l'existence des mécanismes prévus
à la loi et d'encourager la mise en place de ceux-ci.
M. Morin : Parfait, je vous
remercie. Puis finalement, en fait, je ne crois pas l'avoir vu dans votre...
dans votre mémoire, mais le Protecteur du
Citoyen recommande, dans le sien, une période de révision périodique, qui permet
toujours de... En fait, c'est un temps d'arrêt. Ça nous permet de faire une
analyse, les parlementaires, voir ce qui a été fait, s'il y a des choses qu'on
peut améliorer. J'ai peut-être raté cette portion-là de votre mémoire. Est-ce que
vous l'avez recommandé? Puis sinon, est-ce que c'est quelque chose que vous
pensez qui pourrait être important d'inclure dans le projet de loi?
M. Bouvrette (Guillaume) : C'est
certainement intéressant. On n'a pas repris intégralement le mémoire du Protecteur
du citoyen, même si vous aurez compris qu'on y est absolument favorables, parce
qu'ils ont fait un travail de fond très sérieux là-dessus, c'est certainement
une avenue à explorer.
M. Morin : Parfait.
Bien, je vous... je vous remercie beaucoup. Merci, M. le Président,
peut-être que ma collègue aura des questions.
Le Président (M. Simard) : Merci.
Oui, Mme la députée de D'Arcy-McGee.
Mme Prass : J'ai une question juste
pour jouer l'avocat du diable. Quand vous demandez qu'une personne n'est pas
allée à la police ou au Commissaire à la lutte contre la corruption avant
d'aller à un journaliste, parce que c'est un cas urgent, justement, on peut se
dire : C'est comme... On sait que les enquêtes vont prendre un certain
nombre de temps. Et, comme c'est urgent, on veut signaler le plus tôt possible.
Alors, pourquoi... et, justement, ne pas valider, mais avoir un petit peu
l'opinion, si vous voulez, soit du commissaire, soit des forces de l'ordre, à
savoir si on a bien formulé, on reconnaît bien l'enjeu qui est... dont on
parle? Donc, pourquoi demander que l'un ne soit pas nécessaire avant l'autre,
comme on sait qu'une enquête va prendre plus de temps puis on veut que ça
commence le plus tôt possible pour qu'il y
ait, justement, des répercussions et qu'on... on mette à lumière... on mette en
lumière l'enjeu?
M. Bouvrette (Guillaume) : Je
comprends la question, et, je veux dire, il y aura des cas de figure où c'est
arrivé. Notre compréhension est peut-être... notre compréhension actuelle du
projet de loi, comme il est formulé, est à l'effet que, si des gens auraient
dénoncé sans respecter la procédure prévue actuellement et, donc, n'auraient
pas dénoncé à un corps de police ou au Commissaire à la lutte contre la
corruption dans un premier temps, ils ne seraient donc plus protégés par la loi
contre les représailles, les divulgateurs d'actes répréhensibles. Alors que si
l'urgence le requiert et qu'ils ont procédé autrement, le message qui doit être
envoyé, selon nous, c'est : Aviser, informer, lever les drapeaux rouges le
plus rapidement possible. Et, si la procédure, telle que dictée par la loi, n'a
pas été tout à fait respectée, encadrons les choses pour protéger les gens qui
ont osé lever le drapeau au moment opportun.
Mme Prass : C'est beau. Merci.
Le
Président (M. Simard) : D'autres commentaires? Nous passons donc la parole
à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, M. le Président.
Je vais y aller d'abord sur votre recommandation 2. Vous dites : Ne
devrions-nous pas orienter vers un guichet unique pour les divulgations d'actes
répréhensibles dans l'ensemble de l'appareil
gouvernemental? Le Protecteur du citoyen nous a aiguillés sur le ministère de
la Famille qui, actuellement... bon,
c'est le seul, selon ce qu'ils nous ont dit. Est-ce que vous voyez, vous,
d'autres... d'autres portes d'entrée, en ce moment, que celle du Protecteur du citoyen dans le projet
de loi pour... à part le ministère de la Famille, je veux dire? Parce que vous
n'avez pas été explicites sur qu'est-ce qui fait défaut au guichet unique,
actuellement.
M. Bouvrette (Guillaume) : Oui,
mais, en fait, en ce qui concerne spécifiquement les membres qu'on représente, le guichet unique est le Protecteur du
citoyen, ça... ça, ça va, on est favorables à ça. On comprend que n'est pas...
ce n'est pas tout à fait vrai, donc il y a certains groupes qui seraient
dirigés vers, vous l'avez nommé, le ministère de la Famille. Je pense qu'il n'y
en a pas d'autres actuellement, mais la multiplication des endroits pour faire
la divulgation, à notre sens, peut amener de la confusion et, lorsqu'il y a
confusion, peut-être à une hésitation à faire les dénonciations requises.
Mme
Labrie : Donc, je comprends que vos membres à vous ne sont
pas concernés par le ministère de la Famille, mais vous pensez aussi que
ça devrait être orienté vers le Protecteur du citoyen.
M. Bouvrette (Guillaume) : De
manière générale, oui.
Mme
Labrie : Parfait. J'ai une autre question concernant votre
recommandation 4, là, concernant la campagne. Vous en avez discuté avec mon collègue, qui vous
proposait une campagne conjointe, mais, selon vous, c'est la responsabilité
de qui, de s'occuper d'une telle campagne de sensibilisation sur la loi?
• (15 h 40) •
M. Bouvrette (Guillaume) : C'est la
responsabilité de l'employeur, dans ce cas-ci, le gouvernement, via le Secrétariat
du Conseil du trésor. Mais le principe général de la recommandation, là, on
l'indique à la fin, c'est toujours de promouvoir cette culture de transparence,
de lancer un message que l'intimidation, la discrimination, ce n'est plus accepté au sein de l'appareil
gouvernemental québécois, qu'il est de bonne pratique d'avoir un environnement
de travail sain où l'autonomie
professionnelle est encouragée, où l'expression de nos conclusions, de nos
expertises, elle est valorisée, et c'est vrai dans tous les domaines où
on représente des professionnels au sein de l'État québécois.
Mme
Labrie : Puis pensez-vous que le Protecteur du citoyen
aussi aurait un rôle à jouer pour cette campagne de sensibilisation, pour faire connaître, par exemple, les mécanismes de
protection contre les représailles, ou c'est surtout l'État, de votre
point de vue?
M.
Bouvrette (Guillaume) : Ça me semble une excellente suggestion. Le
Protecteur du citoyen l'a démontré, son niveau d'expertise dans le domaine, et
je suis certain que, dans le cadre de l'application de la mise en oeuvre
la loi, il serait intéressé à le faire, mais il vous appartiendra de leur poser
la question.
Mme Labrie : Pour
ce qui est de faire connaître à toutes les personnes concernées les changements
à la loi, qui devrait être partie prenante de l'information sur les nouveaux
mécanismes, la nouvelle porte d'entrée?
M. Bouvrette (Guillaume) : Bien, en
clair, je pense qu'on le disait tout à l'heure, mais plus il y aura une
collaboration, une vision commune énoncée, et plus le message sera entendu par
les employés de l'État québécois. Le gouvernement, comme employeur, a la
responsabilité de le faire, mais on sera certainement ouverts à collaborer, à
transmettre ce message-là, à insister sur le rôle que les gens ont à jouer en
termes de vigilance et de signalement des actes répréhensibles.
Mme Labrie : Puis je pose la
question, pour recevoir souvent des témoignages de travailleurs, travailleuses
du secteur public qui voient des choses qui les dérangent, qui ont quand même
une peur profonde, là, de vivre des représailles
s'ils en parlent, ils ont un grand souci de confidentialité, puis je les
comprends, mais moi, je sens qu'il y a quand même l'absence de lien de
confiance en ce moment par rapport à ça vis-à-vis de l'employeur, parce qu'ils
ont vu des situations où des collègues
avaient pris la parole, par exemple sur des réseaux sociaux ou toutes sortes
d'autres façons, puis ils avaient
été... avaient subi des sanctions disciplinaires après. Qu'est-ce que vous
pensez qu'on peut faire pour rétablir ce lien de confiance là?
M. Bouvrette (Guillaume) : Il faut
en parler. Il faut... il faut que le gouvernement exerce un leadership clair et
envoie lui-même le message, à travers la structure gouvernementale, qu'il y a
un changement de culture qui doit s'opérer en ce sens-là. Et...
Mme Labrie : ...vous voulez dire qui
sont sur le terrain aussi?
M. Bouvrette (Guillaume) : Absolument,
absolument, parce que c'est en première ligne que ça se passe, que ce message-là se transmet. Il fut un temps pas
si lointain où les journalistes, au Québec, avaient accès à l'expertise
du personnel de l'État québécois, pouvaient
obtenir de l'information, des commentaires. On mettait en valeur notre fonction
publique forte, indépendante, autonome, professionnelle. C'est plus difficile
aujourd'hui, mais on sera présents pour trouver des solutions qui répondront
aussi aux besoins du gouvernement, mais... à répondre aux besoins des citoyens
d'obtenir cette information-là. Mais là je me suis écarté un peu de votre
question, je termine en ramenant... en disant que
c'est un changement de culture que ça demande, et ça prend du temps, et le
gouvernement a un leadership à exercer.
Le Président (M. Simard) : Merci
beaucoup, M. le président, pour votre participation. Je salue également MM.
Landry et Dean. Vous avez largement contribué à notre réflexion.
Alors, sur
ce, nous allons suspendre nos travaux momentanément, le temps de faire place à
nos prochains invités.
(Suspension de la séance à 15 h 44)
(Reprise à 15 h 49)
Le Président (M. Simard) : Alors,
collègues, nous sommes en mesure de reprendre nos travaux. Nous sommes en compagnie de représentants de
l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec. Messieurs,
soyez les bienvenus. Auriez-vous l'amabilité de vous présenter?
Association
professionnelle des ingénieurs du
gouvernement du Québec (APIGQ)
M. Martin (Marc-André) : Oui.
Bonjour. Est-ce que je dois m'approcher?
Le Président (M. Simard) : C'est
parfait comme ça.
M. Martin (Marc-André) : Comme ça,
on est corrects. Bon. Bonjour, je me présente, Marc-André Martin. Je suis
président de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du
Québec.
M. Guyaz (Andy) : Andy Guyaz,
secrétaire-trésorier de l'APIGQ également.
M. Dubé (Simon) : Simon Dubé,
premier vice-président de l'association.
Le Président (M. Simard) : Alors,
messieurs, vous disposez de 10 minutes.
• (15 h 50) •
M. Martin (Marc-André) : Merci.
Donc, M. le Président de la Commission des finances publiques, Mme la
présidente du Secrétariat du Conseil du trésor, Mmes et MM. les députés,
bonjour. L'Association professionnelle des ingénieurs
du gouvernement du Québec représente plus de 1 900 ingénieurs à
l'emploi dans les ministères et organismes de l'État. Nos membres oeuvrent principalement au ministère des
Transports, mais aussi, également, significativement au
ministère de l'Environnement, le ministère de la Cybersécurité et du Numérique,
les Affaires municipales, les Ressources naturelles, où ils sont responsables
de la gestion de grands travaux d'infrastructure.
C'est avec grand intérêt que nous présentons ce
mémoire, en continuité avec celui... le précédent de l'année passée, dans le cadre des consultations
particulières et des auditions publiques concernant le projet de loi n° 53
sur la loi... excusez-moi, Loi sur la protection contre les représailles
liées à la divulgation d'actes répréhensibles et modifiant d'autres
dispositions législatives. L'an dernier, nous avons formulé plusieurs
recommandations dans notre précédent mémoire,
et celui-ci s'inscrit dans la continuité de nos propositions antérieures.
Aujourd'hui, nous sommes convaincus de pouvoir apporter une contribution
constructive à votre évaluation et de proposer des ajustements supplémentaires
pour améliorer la proposition de modification du projet de loi n° 53.
Donc, je tombe tout de suite dans nos
recommandations, je vous... Dans le mémoire, vous pourrez lire le reste si vous souhaitez une belle introduction.
Donc, on tombe tout de suite dans le vif du sujet : les recommandations.
En premier lieu, je vous parle de
l'article 1 de la loi. Tout d'abord, nous exprimons une crainte quant au fardeau de preuve incombant au divulgateur. En
effet, afin de pouvoir jouir de la protection que lui conférera le PL
n° 53, la divulgation devra se qualifier au sens de l'article 1.
Autrement dit, le divulgateur devra s'assurer que les renseignements
fournis puissent démontrer un acte répréhensible afin d'avoir la protection
contre les représailles.
Dans la loi sur la divulgation d'actes
répréhensible à l'égard des organismes publics que le PL n° 53 inclut,
dans la divulgation, le principe de renseignements pouvant démontrer qu'un acte
répréhensible a été commis ou sur le point de l'être, nous recommandons, afin
de faciliter l'accès à la protection contre les représailles, de modifier la notion de «renseignements pouvant démontrer» par
la notion de «renseignements, croyant, en toute bonne foi, pouvoir
démontrer». Notre recommandation se base notamment sur le Code criminel,
article 425.1, que je vous ai mis en annexe.
Celui-ci met de l'avant la notion de «croire avoir été» et «en train d'être
commis». Comme on peut le constater à la lecture du paragraphe 1 de
l'article 425.1 en annexe, il n'est pas nécessaire, contrairement au
paragraphe b de l'article 1 du PL
n° 53, que l'acte répréhensible ait été commis ou qu'il soit sur le point
de l'être. Il suffit, au regard de l'article 425.1 du Code
criminel, que le salarié croie qu'un tel acte a été commis ou qu'il croit qu'il
est en train d'être commis. Autrement...
De plus, dans l'actuelle Loi sur les normes du
travail, article 122, voir en annexe encore une fois, celle-ci ratisse
plus large en matière de protection au divulgateur. En effet, la Loi sur les
normes du travail confère une protection au divulgateur pour autant que
celui-ci ait divulgué, de bonne foi, et ce, que les renseignements puissent
démontrer ou non un acte répréhensible. Autrement dit, le texte législatif
proposé pour le PL n° 53 est plus restrictif que celui de la Loi sur les normes du travail actuelle. Nous craignons
que cette restriction dissuade les gens de divulguer des actes
répréhensibles. Donc, notre recommandation 1, c'est : Afin d'assurer
l'accès au divulgateur de la protection conférée par le PL n° 53, nous
recommandons de modifier l'article 1 et de remplacer la notion de
«renseignements pouvant démontrer» par «renseignements, croyant, en toute bonne
foi, pouvoir démontrer».
Nous poursuivons avec l'article 17. La
section Recommandations du PL n° 53 débute avec l'article 17, qui
prévoit que «le Protecteur du citoyen peut effectuer une vérification ou une
enquête afin de déterminer si une plainte est fondée», dans la section
Recommandations, bien sûr.
Nous vous soulevons l'interrogation
suivante : Le Protecteur du citoyen n'est-il pas déjà, au préalable... n'a
il pas déjà, au préalable, fait ses vérifications ainsi que son enquête afin de
déterminer si la plainte était recevable en vertu
des articles 5, 6 et 7? Par la suite, nous exprimons certaines
préoccupations quant au cadre d'application de la loi et des possibles décisions du Protecteur du citoyen
lorsqu'un salarié syndiqué dépose une plainte dans le cadre de
représailles, tout en déposant un grief au sein de son organisation. Nous
voulons nous assurer que le Protecteur du citoyen ne se désiste pas de
l'enquête ou ne refuse pas de statuer sur la plainte à raison d'un grief en
cours. Nous soulignons que le Protecteur du citoyen est investi du pouvoir à
mener une enquête approfondie a contrario d'une organisation syndicale.
Donc,
l'article 17... un des paragraphes de l'article 17, je vous en fais
grâce de toute la lecture, mais commence ainsi : «Toutefois, le Protecteur du citoyen ne peut effectuer une
vérification ou une enquête ni faire des recommandations lorsque le
plaignant exerce un recours devant un tribunal...» Et je vous fais grâce du
reste du paragraphe. C'est de celui-là que je veux discuter, qui est dans mon
mémoire. Il y aurait lieu de préciser la notion de tribunal afin d'éviter tout débat de compétence sur la portée de cette
expression. À titre d'exemple, est-ce que la notion de tribunal inclurait
un organisme exerçant des fonctions quasi judiciaires tel un arbitre de griefs?
Nous demandons à la commission de préciser l'article 17... nous demandons
à la commission de préciser, à l'article 17, ce que vise la notion de
tribunal afin d'y exclure, et je me répète,
afin d'y exclure les organismes exerçant des fonctions quasi judiciaires tel
l'arbitre de griefs.
Nous transportons, dans la partie II du PL n° 53, donc à l'article 16, la section où est-ce qu'on
amende la loi favorisant la divulgation des
actes répréhensibles à l'égard des organismes publics. Donc, un autre aspect
crucial requérant votre attention
concerne le contrôle... excusez-moi, concerne le rôle — excusez-moi,
ma langue a fourché — concerne
le rôle qu'une organisation syndicale peut prendre au sein d'un processus de
signalement d'actes répréhensibles. Chaque
année, plusieurs de nos membres se tournent vers notre organisation pour être
conseillés sur des pratiques qu'ils estiment douteuses ou contraires à
l'intérêt public. Ils le font en raison de la confiance et de la sécurité
qu'ils éprouvent envers leur syndicat. Actuellement, l'intervention du syndicat
n'a lieu que lorsque le salarié est confronté à des représailles. Au plus fort,
le PL n° 53 autorise un divulgateur désirant déposer une plainte pour
représailles à être accompagné par tout
organisme ou toute association. Nous croyons fermement que l'organisation
syndicale devrait pouvoir s'impliquer plus tôt dans le processus de
divulgation et accompagner le salarié tout au long de celui-ci. Nous
recommandons qu'une disposition similaire à celle du PL n° 53 soit
introduite dans les amendements de la loi favorisant la divulgation d'actes
répréhensibles à l'égard des organismes publics.
Dans
la majorité des cas, le salarié interpellera son syndicat afin d'obtenir des
conseils en lien avec la divulgation et, dans la quasi-totalité des situations
de représailles, bien sûr, le syndicat sera impliqué et devra défendre le salarié, ce qui renforce la nécessité de son
implication précoce. Donc, notre troisième recommandation, nous demandons
à la commission d'introduire une disposition
dans les amendements de la loi favorisant la divulgation d'actes répréhensibles
à l'égard des actes... voyons, excusez-moi,
des organismes publics afin d'accorder aux organisations syndicales le droit d'accompagner
les salariés tout au long du processus de divulgation d'actes répréhensibles.
Enfin, dans la continuité d'une... dans la
continuité d'une plus grande implication au sein de cette démarche législative,
nous demandons la légitimité des syndicats à effectuer des divulgations au nom
de nos membres. Nous rappelons que
l'association est contrainte à un devoir de confidentialité et de protection de
ses membres, sans compromis ou discrétion. Pour ces raisons, il est
souvent plus aisé pour un membre de nous interpeller que d'intervenir auprès de
son ministère ou du Protecteur du citoyen. C'est avec les meilleures intentions
que nous accompagnons nos membres dans ce processus de divulgation, souvent
auprès du Protecteur du citoyen. Malheureusement, notre implication dans un dossier est reçue avec méfiance et scepticisme,
et ce, même lorsque les faits parlent d'eux-mêmes. Nous demandons à la commission d'introduire une disposition dans
les amendements de la loi favorisant la divulgation d'actes répréhensibles
à l'égard d'organismes publics afin de
permettre aux syndicats d'effectuer des divulgations au nom de leurs membres.
J'arrive proche de la fin. Article 20. Dans
la deuxième partie toujours, on prévoit l'insertion de l'article 11.2 dans la Loi facilitant la divulgation d'actes
répréhensibles à l'égard des organismes publics. Cette insertion se lit comme
ceci : «Le Protecteur du citoyen peut
interdire à [toute] personne de communiquer à quiconque, si ce n'est à son
avocat, toute information liée à une enquête.» Selon nous, cette
disposition législative mérite d'être précisée.
Le Président (M. Simard) : Vous
avez dépassé votre temps, mais la ministre vous permet de poursuivre votre
intervention sur le temps qui lui est alloué. Excusez-moi de vous avoir
interrompu.
M. Martin (Marc-André) : Oui,
il n'y a pas de problème.
Une voix : ...l'horloge.
Le Président (M. Simard) : Oui.
Veuillez poursuivre, je vous prie.
• (16 heures) •
M. Martin (Marc-André) : J'ai
presque fini. J'ai presque fini. Là, j'accélère. Donc, on vous demande...
Excusez-moi. On demande de préciser, à l'article 11.2, s'il s'agit de
l'avocat du Protecteur du citoyen, s'il s'agit de l'avocat de la... que la personne a délégué pour le représenter et
particulièrement l'avocat de l'association qui pourrait représenter le
salarié. Nous comprenons, là, de l'article 11.2 précité, que l'avocat de
l'association pourrait être au courant de toute l'information liée à une
enquête enclenchée en ce sens à la suite d'une plainte par un salarié. Dans le
cas contraire, nous demandons que les membres de la commission puissent nous
préciser quelle est la portée de cette disposition afin d'éviter tout imbroglio
à ce sujet.
Donc,
j'arrive à ma dernière recommandation. Nous recommandons à la commission de
préciser la portée de la disposition 11.2 qui sera introduite en
amendement dans la loi favorisant la divulgation d'actes répréhensibles à
l'égard des organismes publics, particulièrement quant à la notion d'avocat.
En terminant, nous souhaitons remercier la Commission
des finances publiques pour l'invitation qui nous a été accordée de partager
notre expérience. Nous espérons sincèrement que vous pourrez prendre en
considération nos recommandations et amender
la loi du... à l'amender... pour le projet de loi... PL 53 ainsi que la Loi
facilitant la divulgation d'actes répréhensibles à l'égard des
organismes publics. Donc, je vous remercie beaucoup pour l'écoute.
Le Président (M. Simard) : Merci,
M. Martin. Et je cède la parole à la présidente du Conseil du trésor.
Mme LeBel : Merci,
M. le Président. Bonjour, M. Martin. Bonjour à ceux qui vous accompagnent.
On a déjà eu l'occasion de se
croiser. Merci d'être présents. Vous avez eu l'occasion, je pense, de
participer également aux consultations sur la mise en oeuvre du rapport.
Les consultations qu'on a faites, j'oublie toujours la date, mais avant le
dépôt du projet de loi n° 53, donc, sur la mise en
oeuvre de la loi d'origine avant de... et sur les recommandations pour
améliorer cette mise en oeuvre là. D'ailleurs... cette loi-là. D'ailleurs, à
l'époque, vous aviez déjà, si je ne me trompe pas,
mis l'accent sur la nécessité d'accompagnement. La nécessité d'accompagnement,
je vais droit au but, là, on va... je vais prendre la... Soyez assuré
qu'on va prendre connaissance du mémoire et de toutes les recommandations, mais
je vais peut-être juste en discuter
quelques-unes avec vous pour avoir un peu plus votre point de vue un peu plus
précis.
Je me souviens qu'on... Vous aviez mis beaucoup
l'accent sur le besoin des gens d'être accompagnés. Dans le régime actuel, les gens divulguent. Et après ça
vous disiez : Bien, ils sont un peu laissés à eux-mêmes. Je ne veux pas
paraphraser, mais c'est ma... c'est ma... mon souvenir, là, des discussions qui
avaient eu lieu, là, à cette époque-là. Dans le projet de loi actuel, le projet
de loi n° 53, bien, on a retenu la recommandation
d'accompagnement, mais, compte tenu... pour d'autres raisons, je ne veux pas
discuter de la motivation, mais, entre autres, là, maintenir la
confidentialité, l'intégrité et la discrétion absolue du processus, là, on a
donné cette notion d'accompagnement là au Protecteur du citoyen. Donc,
maintenant, on ne divulgue pas à l'intérieur de son propre organisme.
Il y avait une sensibilité avec ça, on le
comprend très bien, puis on peut comprendre que ça pouvait être un frein à la divulgation, de devoir divulguer à
l'intérieur de son propre lieu de travail. Là, je simplifie, mais on se comprend.
Maintenant, on sort la notion de divulgation
à l'extérieur, on met en charge de cette... de ce processus-là un organisme indépendant, qui est le Protecteur du citoyen, et
on donne une notion d'accompagnement parce que vous aviez fait valoir que
c'était une lacune. Et, sur ça, je pense que vous aviez un point extrêmement
pertinent à faire valoir. On ne peut pas,
une fois que la personne a divulgué, la laisser à elle-même dans ce processus-là,
qui peut être assez... peut être
parfois porteur de beaucoup de stress, on le comprend. Est-ce que vous pensez
que le Protecteur du citoyen n'est pas apte à faire cet
accompagnement-là? Parce que vous maintenez la recommandation.
M. Martin
(Marc-André) : Ce n'est pas nécessairement une question d'être
apte ou pas, c'est que la personne, lorsqu'elle souhaite faire une
divulgation, des fois, tu sais, elle... Nous, les ingénieurs, la particularité
qu'on a, c'est que, des fois, on peut avoir
un refus de signer un document. On peut avoir affaire à un refus si, en toute
conscience morale, on ne peut pas entériner ce qui va être fait. Et les
gens, déjà, peuvent commencer à vivre des représailles de... par leur patron ou plus haut, de par cette problématique-là.
Donc, nous, il nous interpelle déjà, à ce moment-là, pour dire : Écoutez,
il dit, j'ai peut-être un congédiement déguisé ou j'ai peut-être du
harcèlement. Et on leur dit... souvent, on veut les accompagner pour leur dire : Allez vers le Protecteur du citoyen, mais on a souvent des démarches parallèles à
faire.
Et je vous entends très bien que vous avez peur
pour toute la notion de la confidentialité et vous avez intégré dans le... dans
le projet de loi 53 une notion qui vise à... qui permet, en tout cas, au Protecteur
du citoyen d'interdire à une personne de communiquer : «Le Protecteur du
citoyen peut interdire à une personne de communiquer à quiconque, si ce n'est à
son avocat...» Mais je dirais que cet article-là pourrait être étendu. Et ça
pourrait être étendu à des organismes si vous nous permettez d'accompagner les
gens. Si on divulgue des informations qui nous avaient été demandées de ne pas
divulguer, mais c'est un outrage.
Donc, comprenez qu'il pourrait y avoir là un
amendement ou il pourrait y avoir quelque chose, une possibilité pour nous,
parce que les gens, lorsqu'ils veulent divulguer, tu sais, c'est suffisamment
grave.
Lorsqu'une personne prend la décision de
divulguer une information, vous avez fait une loi pour ça, puis c'est louable,
puis c'est ce qu'on souhaitait aussi, mais on s'apprête à faire une deuxième
loi pour quoi? Parce que c'est suffisamment grave, ce qui peut arriver à cette
personne-là, si elle divulgue l'information, qu'elle peut vivre des
représailles, qu'elle peut avoir des problèmes avec... dans ses conditions de
travail, des problèmes avec sa carrière, aller jusqu'au congédiement. Donc, ça,
souvent, c'est dans la cour des syndicats, cette partie-là.
Donc, les gens, ils vont... ils vont nous
consulter, et, par la bande, tu sais, on aurait aimé ça les accompagner, pas
nécessairement parce qu'on veut les informations. Il y a toujours moyen de
moyenner pour faire en sorte qu'on soit
juste accompagnateur sans être... comment je peux dire ça, on ne veut pas
prendre la job du Protecteur du
citoyen, on pense qu'ils
sont... c'est l'entité qu'il faut qui enquête, si vous me permettez de dire
ainsi.
Mme LeBel : Bien, merci. Je voulais
comprendre le fond de votre pensée. On va pouvoir mieux soupeser votre
recommandation à la... à la lumière de vos réponses.
Mais je reviens peut-être à l'autre
recommandation, qui est celle de pouvoir divulguer en lieu et place du
divulgateur, je vais le dire comme ça.
Donc, encore une fois, je ne dirais pas que je
suis... j'étais d'accord, mais je peux concevoir que, quand, dans le mécanisme
actuel, la divulgation se fait à l'interne, c'est peut-être... c'est peut-être
une barrière ou une protection supplémentaire, là, entre la personne qui
divulgue et la personne qui est visée par la divulgation, disons-le comme ça.
Donc, c'était peut-être une couche de protection
supplémentaire, mais, à partir du moment où on divulgue au Protecteur du
citoyen... C'est quand même assez sérieux, une divulgation d'un acte
répréhensible.
Là, on ne parle pas de relations de travail, là,
je ne parle pas de relations de travail. Puis je comprends que vous vivez des
enjeux, que vous venez de mentionner, par rapport à votre code de déontologie,
etc., qui... Je ne diminue pas les enjeux,
mais, pour moi, ce n'est pas des actes répréhensibles, c'est des relations de
travail. Je ne suis pas dans les relations de travail.
Un acte répréhensible, c'est une liste d'actes
qui est prévue à la loi, qui a une gravité objective quand même assez sérieuse,
on va le dire comme ça.
Est-ce que vous nous proposez de dire que vous
voulez pouvoir divulguer au Protecteur du citoyen en lieu et place de divulgateur? Est-ce que ça veut dire que
le Protecteur du citoyen n'aura pas accès au divulgateur? Quelle est la différence
entre ça et de l'accompagnement?
Parce que vous venez de me dire que peut-être
qu'on pourrait juste avoir un rôle d'accompagnateur avec de l'information limitée, mais, si vous êtes le
divulgateur à la place de la personne qui est témoin, je vais dire comme ça...
Parce que, bon, souvent le divulgateur est témoin de quelque chose ou, à tout
le moins, a assez d'informations précises pour pouvoir se permettre de
divulguer. Mais, dans la mécanique où le Protecteur du citoyen devient le
guichet unique, comment peut... comment
est-ce que vous justifiez ce besoin-là? Puis je fais la différence de
l'accompagnement, là, je... Là, vous m'avez parlé de l'accompagnement,
c'est une chose.
Maintenant, pourquoi vouloir divulguer en lieu
et place? C'est bien différent que d'accompagner, que de s'assurer que ses
droits sont respectés. Là, c'est de faire un écran entre le divulgateur et le Protecteur
du citoyen. Dans l'état actuel du projet de
loi et non pas le mécanisme qui a cours pour maintenant, comment pouvez-vous
maintenir cette recommandation-là?
M. Martin
(Marc-André) : Je vais vous faire un... un cas théorique, parce
que... Je ne ferais plus de cas pratique, là, on ne va pas dévier le
débat.
Dans un cas très théorique, une personne vient
chez nous puis se dit vivre des représailles, elle vit des représailles parce
qu'elle a refusé de signer un document, nous, dans notre convention collective,
c'est des relations de travail. La personne a le droit de
ne pas signer un document qu'il ne peut pas entériner moralement, entre... on
va se le dire comme ça. Mais lorsqu'elle nous... Nous autres, pour la
conseiller et la diriger vers... Est-ce que c'est un document administratif?
Puis on lui dit : Regarde, tu n'auras pas de problème à signer ou... Elle
nous expose la problématique.
Et, des fois, lorsqu'on se fait exposer une
problématique, la personne qui vit déjà des relations houleuses avec son
employeur n'a pas les forces, la force ou le courage, des fois, d'aller vers
la... le Protecteur du citoyen pour dire : Regarde, c'est vrai que
j'aurais dû divulguer, mais là j'ai mes problèmes à moi. Avant de régler le
problème des autres, je vais régler les miens. Donc, nous, on est au courant de
cette situation-là puis on dit : Ça, ça pourrait être une situation qui
aurait dû ou qui pourrait être divulguée.
Dans ce cadre-là, à partir du moment que nous,
on a l'information, on aurait aimé ça pouvoir divulguer, puisque le Protecteur
du citoyen, lui, il a un pouvoir d'enquête. À partir du moment qu'il a l'info
qu'on lui divulgue en toute bonne foi, il peut aller vérifier, il peut aller
vérifier, dans le ministère ou l'organisme, ce qu'on avance, c'est vrai ou ce
n'est pas vrai.
Donc, c'est pour ça que je vous dis : Si on
veut... si on peut divulguer, étant donné... avec les pouvoirs que le Protecteur
du citoyen a, il peut aller enquêter sur les allégations qu'on va lui faire
puis il va finir par trouver, en tout cas, il va tomber sur le divulgateur
parce que c'est...
La majorité du temps, nous, les ingénieurs, les
projets sont... on est capables de cibler assez facilement qui qui aurait
divulgué une information parce que les projets, c'est deux, trois ingénieurs
qui travaillent par projet.
Donc, c'est dans ce cadre-là qu'on aurait aimé
pouvoir, nous, divulguer à titre d'organisation, aiguiller le protecteur,
dire : Tu devrais peut-être aller fouiller là, mais...
• (16 h 10) •
Mme LeBel : Mais juste, peut-être,
M. Martin, m'éclairer. Qu'est-ce qui vous empêche de divulguer au moment
où on se parle? Vous êtes... Parce que la loi ne dit pas que le divulgateur
doit être témoin, là, la loi dit : Le divulgateur croit qu'il y a un acte
répréhensible — là,
je paraphrase, là — puis
il divulgue, puis là le protecteur enquête. Qu'est-ce qui vous empêche, dans ce
cas de figure là, de divulguer? Vous avez une information qui vous... qui vous
met à penser qu'il y a un acte répréhensible, la personne qui vous transmet
l'information, qui a peut-être eu l'information de quelqu'un d'autre,
d'ailleurs, c'est très possible, vous informe de ça puis vous dit : Bien,
moi, pour x raisons valables, je n'ai pas ni l'intérêt, ni la force, ni... je
ne veux pas aller voir le Protecteur du citoyen.
Mais vous êtes quand même, bon, en tant que
fonctionnaire et également comme président du syndicat, vous êtes quand même
capable d'aller divulguer. Qu'est-ce qui vous empêche de le faire?
M. Martin (Marc-André) : Présentement,
ce qu'on en comprend, quand on a voulu divulguer au Protecteur du citoyen,
c'est qu'on ne peut pas le faire à titre d'organisme, on ne peut pas le faire à
titre de syndicat, je suis obligé de le faire à titre de moi, personnellement,
Marc-André Martin, puis là c'est moi qui se mets sur la sellette.
Donc, alors, lorsque le syndicat... Ce n'est pas
moi, Marc-André Martin, qui a accès à ces informations-là, c'est l'association,
c'est le syndicat.
Donc, on aurait aimé ça pouvoir divulguer au nom
du syndicat plutôt qu'être obligé de prendre quelqu'un personnellement,
dire : Je fais une divulgation au Protecteur du citoyen. C'est dans ce
cadre-là.
Mme LeBel : OK. Puis quel est
votre... Vous êtes président d'un syndicat, donc ce n'est pas la première fois
que, dans une relation de travail, employeur à employeur, là, vous avez à
voir... je ne vais pas... je vais... là, je vais revenir dans les relations de
travail, avoir à... avoir des différends ou des confrontations avec votre
employeur sur des relations de travail par
rapport à vos... à vos membres. Qu'est-ce que vous craignez? Parce que vous le
faites à titre personnel, mais dans
le... vous avez... vous avez... vous êtes venu au fait de l'information dans le
cadre de vos fonctions. Qu'est-ce que vous craignez?
Et vous allez bénéficier de la même protection,
de toute façon, théoriquement, de la même confidentialité. Je ne vois pas de frein pour vous à faire cette
divulgation-là, honnêtement, dans l'état actuel des choses, et encore moins
si c'est le Protecteur du citoyen qui reçoit.
Je peux comprendre, là, comprenez-moi, que je
pense que l'analyse ou l'argumentaire prend un sens différent dans l'état
actuel des choses quand on divulgue à l'interne, je vais le dire comme ça,
mais, à partir du moment où on divulgue à une entité indépendante, qui est le Protecteur
du citoyen, ce n'est pas un policier, ce n'est pas ça, là, mais il a une indépendance similaire face aux organisations,
a une capacité de protéger la personne qui divulgue. Je saisis mal votre
crainte, mais peut-être que c'est juste moi, là.
M. Martin (Marc-André) : Je peux
peut-être juste préciser un peu, c'est parce qu'à toutes les fois qu'on veut
divulguer, puis je divulgue souvent de l'information que je reçois dans le
cadre de mon travail syndical, souvent,
c'est perçu avec scepticisme en disant : Écoutez, c'est des relations de
travail, des fois, ça émane d'un conflit de travail. Ça fait que le Protecteur
du citoyen dit : Moi, je ne me mêle pas de ce genre de choses là. Il
dit... C'est pour ça que, si c'était permis de le faire, ce serait plus simple,
ce serait plus simple.
Mme LeBel : Oui. Puis je suis
d'accord avec vous dans le cadre actuel des choses, mais, à partir du moment où c'est devenu clair pour le Protecteur du citoyen qu'il doit enquêter sur une divulgation d'acte
répréhensible, peut-être que...
peut-être que... ça devient peut-être moins... moins évident, cette notion-là
d'être obligé... de pouvoir divulguer au nom d'une organisation.
Mais je comprends, je
voulais juste... L'idée, c'est de tester, là, votre argumentaire et de voir où
est-ce que vous vous situez par rapport à ça. Je vous dis...
Vous donnez un cas de figure, tantôt, en matière
d'accompagnement ou en matière de divulgation. Qu'est-ce qu'on fait quand la
personne visée est également membre du syndicat?
Un divulgateur vient vous voir, on vous
permet... on permet, là, on acquiesce à vos deux recommandations, OK, on acquiesce à vos deux recommandations, et la
personne qui vient vous voir est également membre du syndicat. Là, vous êtes pris entre l'arbre et l'écorce. Vous
êtes au fait d'une situation délicate, vous protégez la confidentialité de
qui, la réputation de qui? Comment ça fonctionne?
M. Martin
(Marc-André) : Ça, c'est le principe de la muraille de Chine. Tu
sais, on va quand même scinder, on va... On fait ça, des fois, lorsque
deux... je vous dirais, deux... deux personnes du même syndicat sont en conflit
de personnalités, où il arrive des choses. Comment est-ce qu'on fait, nous, à
titre d'organisation, pour être capable de mettre
une muraille entre les deux puis traiter les deux équitablement ou on ferait la
même chose dans cette situation-là, tout dépendant qui ça vise?
Tu sais, on a des instances, il y a plusieurs
niveaux, il y a des... tu sais, sur nos... sur les instances syndicales, tu as
un comité de surveillance. Si eux autres s'aperçoivent que ça vise une personne
du syndicat, c'est sûr que ça va être... la chose va leur être acheminée. Je
n'ai pas... je n'ai pas de crainte avec ça, là.
Mme LeBel : Revenons peut-être à
quelque chose que vous ne mentionnez pas, mais je suis... bien, pas de façon
explicite, mais vous l'avez mentionné au passage, la promotion de tout ça, la
confiance dans le processus.
J'imagine que vous pensez, à l'instar de
votre... votre collègue du syndicat précédent, qu'il va être important de faire
la promotion du nouveau processus. Puis est-ce que vous pensez que le nouveau
processus, nonobstant les corrections que
vous demandez dans vos recommandations, le nouveau processus est quand même de
nature à pouvoir inspirer une plus
grande confiance, là? Surtout du fait qu'on a sorti la divulgation de
l'interne, si on veut, pour l'amener au Protecteur du citoyen. Est-ce
que vous pensez que c'est de nature à pouvoir redonner confiance? Et comment
pensez-vous qu'on pourrait faire cette promotion-là?
Je comprends que c'est la responsabilité du
gouvernement, là, mais je vous demande votre collaboration et vos idées sur ce
sujet-là.
M. Martin (Marc-André) : Bien, c'est
sûr que vous allez l'avoir, notre collaboration, là. C'est ça... c'est ça qu'on
souhaite, là. Non, nous autres, on... c'est...
Mais, je vous dis, si on veut promouvoir les
gens... Tu sais, je vais dire : Là, il faudrait que tu divulgues. Si je
veux faire la promotion de la divulgation puis je leur dis : Bien,
divulgue, mais je ne peux pas t'accompagner, je ne peux pas t'aider, voici les
critères...
C'est pour ça que, si je veux faire la promotion
de quelque chose, il faut que je sois capable d'accompagner la personne dans le
mécanisme.
Le
Président (M. Simard) : Très bien. Merci beaucoup, M. Martin. Nous
poursuivons en cédant la parole à notre collègue de l'Acadie.
M. Morin : Merci. Merci, M. le
Président. Alors, bonjour, messieurs. Merci, merci d'être là. Merci pour votre
mémoire.
Avant...
avant de vous poser quelques questions puis de dialoguer avec vous sur
certaines de vos recommandations, je dois avouer que j'ai... j'ai lu la
page 2 de votre mémoire, et ça m'a un peu surpris, admettons.
En tout cas,
c'est... c'est clair dans votre mémoire, mais, au-delà de ça, je... puis
corrigez-moi si je fais erreur, mais j'ai l'impression que j'entends de
vous une espèce de cri du coeur en disant : Écoutez, écoutez-nous, on est
des syndicats, on est comme à côté, on est comme
sur une voie de garage, on voudrait travailler avec le Conseil du trésor, le gouvernement, mais ça ne semble pas être le cas ou ça semble
être bien difficile. Parce que vous utilisez quand même des mots qui sont... tu sais, qui sont... qui sont très, très...
très précis : «l'absence de considération accordée aux organisations syndicales dans l'ensemble du projet
de loi». Puis je comprends, pour moi, en tout cas, que les syndicats ont
un rôle fondamental à jouer là-dedans.
Qu'est-ce qui manque? Où ça a achoppé, à un
moment donné, pour que vous arriviez puis que vous... vous écriviez ça dans votre mémoire? Qu'est-ce qu'on
peut faire pour vous aider davantage puis faire en sorte qu'on vous écoute
puis qu'on prenne en considération ce que vous avez à nous dire, qui, par
ailleurs, pour moi, est très important?
Ça fait que j'aimerais qu'on... qu'on commence
comme ça puis qu'on ait une discussion là-dessus, parce que j'avoue que ça
m'a... ça m'a frappé, là, quand j'ai lu ça.
M. Martin
(Marc-André) : ...content, parce que c'était ça, le but. C'est un
principe de communication. Quand on veut intéresser le lecteur...
M. Morin : C'est ce que je pensais.
M. Martin (Marc-André) : Quand on
veut intéresser le lecteur, là, c'est exactement ce genre de chose-là qu'il
faut faire.
M.
Morin : C'est ce que je croyais. Alors, je vous tends... je vous tends
la main, je vous tends une perche, là.
M. Martin
(Marc-André) : Écoutez, il y a... On aurait pu rajouter beaucoup,
beaucoup de choses dans ce mémoire-là, tu sais.
On a discuté un peu
tantôt que, dans le mémoire précédent puis dans la loi précédente, pour
faciliter la divulgation, on a modifié le processus pour permettre, par
exemple... éviter que les personnes aient à divulguer dans leur propre
organisme. Mais, quand on regarde les amendements un peu plus loin dans le
projet de loi, on dirait qu'on fait chemin arrière.
Allons à un bel
exemple à la partie II. La partie II, article 22, puis là on
vient amender la loi sur la... pour faciliter la divulgation puis on dit, en
insérant l'article 13.1, que «le Protecteur du citoyen estime que la
divulgation peut, en raison de sa nature et
de sa gravité, être traitée de manière plus appropriée par l'organisme [...]
peut confier le traitement de cette divulgation à la personne [à] plus
haute autorité administrative [...] de [l'organisme]». Donc, c'est comme un
retour par en arrière.
Comme je vous dis,
là, on a... on a dit : On ne divulgue plus à l'organisme, on divulgue au
Protecteur de citoyen, on va faire la
promotion que c'est là, il faut que ce soit absolument... Tu sais, c'est eux
qui vont gérer la... qui vont gérer la divulgation. Puis, avec cet
article-là, le Protecteur du citoyen peut décider de le retourner à
l'organisme. C'est comme un pas de recul, mais on ne l'a pas mis dans le
mémoire. Mais c'est pour ça...
M. Morin : Mais...
Oui, mais c'est ça. Mais c'est important, ce que vous dites, parce
qu'effectivement vous l'avez... vous ne l'avez pas mis dans le mémoire.
Donc, moi, quand j'ai
regardé votre mémoire, ce paragraphe-là m'a sauté aux yeux, mais, par ailleurs,
quand moi, je regarde le projet de loi, bien, je me dis : C'est une
amélioration parce qu'il va pouvoir y avoir une divulgation à l'externe.
Sauf que, là, vous
attirez mon attention sur l'article 22, puis là vous dites : C'est un
recul. Ça fait que c'est pour ça... j'aimerais... j'aimerais qu'on parle
finalement de peut-être de choses que vous n'avez pas mis dans votre mémoire,
mais là je vous donne la chance d'en parler.
Parce que, là, je
comprends que, pour vous, l'article 22 du projet de loi, c'est un enjeu.
M. Martin
(Marc-André) : Oui, c'en est un, enjeu, mais je vous ai mis les
principaux dans le mémoire. Parce que ça pourrait être un enjeu aussi si on
veut parler, par exemple, comment est-ce qu'on nomme le médiateur. Tu sais, si on veut s'assurer que... avoir
confiance au gouvernement, qui nomme le médiateur? C'est-tu le médiateur du Protecteur
du citoyen? C'est-tu le médiateur du ministère... de la ministre du Travail?
C'est-tu le médiateur privé?
Tu sais, c'est tout
ce genre de choses là. Quand on veut avoir confiance, il faut que ce soit comme
clarifié.
M. Morin : Puis,
vous, votre recommandation, ce serait quoi?
M. Martin
(Marc-André) : Ah! pour nommer le médiateur?
M. Morin : Oui.
• (16 h 20) •
M. Martin
(Marc-André) : Ah! écoutez, je ne me suis pas penché là-dessus, là, je
ne suis pas... je ne sais pas qui que ça
pourrait... que ça pourrait être, mais, clairement, si c'est une divulgation au
sein du Protecteur du citoyen, ça ne peut pas être le médiateur du Protecteur
du citoyen. Mais vous comprenez, là?
M. Morin : Oui. Donc, vous... En fait, si je vous comprends
bien, parce que le projet de loi parle aussi de la... de la médiation,
donc... puis... puis est-ce qu'on est d'accord que, dans certains cas, ça peut
être bénéfique d'avoir un médiateur?
M. Martin
(Marc-André) : Ah! bien oui!
M. Morin : Donc,
au fond, si je vous entends, puis corrigez-moi si je fais erreur, là, vous
souhaiteriez qu'un médiateur soit nommé par quelqu'un d'autre, ou par les deux
parties, ou... Parce que, si ce n'est pas le Protecteur du citoyen,
ça peut être difficilement le gouvernement aussi dans les circonstances. Ça
fait que j'aimerais que vous puissiez m'éclairer là-dessus.
M. Martin
(Marc-André) : La seule chose que je peux vous dire, c'est que... Je
ne peux pas vous dire qui devrait nommer, mais je pourrais vous dire que ça
devrait être nommé à l'extérieur du Protecteur du citoyen.
M. Morin : OK.
Et est-ce qu'il y a d'autres éléments sur lesquels vous... vous voulez attirer
mon attention en lien avec les dispositions du projet de loi?
M. Martin
(Marc-André) : Bien, écoutez, je pense que la... la première recommandation,
là, tu sais, mise à part, là, les deux qu'on
a déjà faites préalablement dans notre ancien mémoire, la recommandation qui
est... qu'on voulait le plus attirer
votre attention, c'est le fardeau de la preuve, maintenant que le divulgateur
doit... Tu sais, le fardeau de la preuve s'est comme alourdi, si on
veut.
Si on enlève la notion «en
toute bonne foi», si on ne laisse pas planer que... si ça ne mène pas
nécessairement à être un acte répréhensible, est-ce qu'il peut avoir la
protection conférée par le PL 53? Je pense que c'est ça qui mérite d'être
clarifié pour s'assurer que quelqu'un, en toute bonne foi, divulgue quelque
chose, puis finalement ça se trouve à ne pas être un acte répréhensible, mais
qu'il puisse quand même avoir droit à cette protection.
M. Morin : OK. Puis là je comprends
de votre intervention et de votre mémoire qu'avec la rédaction actuelle, donc le renseignement pouvant
démontrer qu'un acte répréhensible a été commis, donc ce n'est pas une
certitude, le législateur, avec son projet de loi, dit «pouvant démontrer»,
pour vous, ça, ce n'est pas suffisant?
M. Martin (Marc-André) : Non, parce
que, nécessairement, ça doit démontrer, il faut que ça puisse démontrer un acte
répréhensible, alors que, nous, ce qu'on aimerait, c'est qu'en toute bonne foi
quelqu'un qui divulgue quelque chose, même
si, au bout de la... au bout du compte, ça ne démontre pas que c'est un acte
répréhensible, mais qui, en toute
bonne foi, pensait que c'en était un, je veux qu'il puisse être couvert. C'est
ça qu'on souhaite, M. le député.
M. Morin : OK. Donc, au fond, vous
souhaiteriez qu'on ajoute un élément, finalement, de bonne foi dans... dans le
test ou croire de bonne foi pour faire en sorte que, si jamais, à la fin de son
enquête, admettons, le Protecteur du citoyen en arrive à la conclusion que ce n'en est pas un,
ça, ça peut arriver, là, le divulgateur peut dire : Écoutez, moi, je
l'ai... moi, je pensais que c'en était un, je l'ai divulgué en toute bonne foi,
donc, à ce moment-là, je dois avoir la protection de la loi.
M. Martin (Marc-André) : C'est que
la présente Loi sur les normes du travail inclut déjà ce principe-là, ça
dit : En raison de la divulgation d'un acte répréhensible faite en... de
toute bonne foi par la personne.
Donc, la Loi sur les normes du travail venait
couvrir, à l'époque, quelqu'un qui fait une divulgation en toute bonne foi.
C'est juste ça qu'on souhaite que ce soit retranscrit ou que ça se reflète dans
le nouveau projet de loi.
M.
Morin : Je vous... je vous remercie. Vous... À votre
recommandation 3 quand vous parlez de l'accompagnement des salariés
par des organisations syndicales, corrigez-moi, là, si je fais erreur, mais...
mais j'avais l'impression que, dans ces situations-là, le syndicat accompagnait
déjà la personne. Donc, ce n'est pas toujours le cas?
M. Martin (Marc-André) : Bien, tout
ce qui touche les conditions de travail puis les relations de travail, on les
accompagne toujours.
Là, ce que la loi vient préciser, c'est qu'il y
a comme un chemin, une autre trail qui peut être battue par le Protecteur du
citoyen, alors que, nous, tu sais, c'est sûr qu'on va battre une trail en
parallèle pour s'assurer justement que ses droits soient protégés, tu sais,
que, si la personne décide de déposer une plainte au Tribunal administratif du
travail, qu'on puisse aussi... ou en cas où ce que l'employeur fait une preuve
que ce n'est pas... ce n'est pas en raison de la divulgation qu'il a renvoyé la
personne, c'est en raison d'autre chose, mais la personne, elle doit être
couverte aussi, on doit avoir couvert l'autre
partie de relations de travail. On est comme sur des chemins parallèles. Donc,
il faut s'assurer de maintenir les droits.
M. Morin : D'accord. Donc, maintenir
les droits des syndiqués que vous représentez, mais...
Parce que je comprends du projet de loi que le Protecteur
du citoyen, qui va devenir un peu le guichet unique,
va aussi offrir un accompagnement. Est-ce que votre accompagnement devrait être
à l'exclusion de l'accompagnement du Protecteur du citoyen ou s'il peut
y avoir, finalement, une conjonction des deux types d'accompagnement, ce qui
ferait en sorte que la personne qui divulgue pourrait avoir l'accompagnement du
Protecteur du citoyen et celle du syndicat?
M. Martin (Marc-André) : Nous, ce
qu'on souhaite, c'est que ça se fasse de pair. Toutefois, présentement, une
personne ne peut pas divulguer des informations confidentielles ou ne peut pas
se faire accompagner du syndicat pour aller vers le Protecteur du citoyen.
C'est ça, la problématique, c'est qu'on souhaite qu'elle soit accompagnée.
Tu sais, on vous a entendus... on a entendu
parler... Tu sais, l'article 7 de la... de la loi sur la facilitation de
la divulgation des actes répréhensibles permet aux gens d'aller divulguer dans
les médias dans plusieurs cas de figure, mais nous, là, on ne recommandera pas
aux gens de faire ça. Quand ils vont venir vers nous puis... si on peut les
accompagner, bien, on va leur dire : Écoutez, attendez, là, il y a des
critères, il y a des choses, on vous suggère de ne pas faire ça pour l'instant.
Mais, nous, étant donné qu'on n'est... on ne fait pas partie de l'équation, la
loi a comme sa propre voie, et que les syndicats sont exclus de ça, bien, je ne
peux pas... je ne peux pas demander aux gens qui me divulguent de l'information confidentielle, pour m'assurer que, oui ou
non, ils devraient aller au Protecteur
du citoyen ou sortir ça dans les... selon l'article 7.
C'est pour ça
que je vous dis qu'il faut être cohérent, il faut qu'on soit capables de
conférer des conseils aux gens. C'est dans ce sens-là qu'il faut les
accompagner.
M. Morin : Donc, est-ce que...
est-ce que je comprends de votre intervention que, quand vous soulignez à la
page 5 de votre mémoire puis que vous faites référence à l'article 20
du projet de loi, qui va modifier l'article 11.2 de la loi, qu'il pourrait y avoir, par exemple :
«Le Protecteur du citoyen peut interdire à une personne de communiquer à
quiconque, si ce n'est à son avocat [ou à son représentant syndical] toute
information liée à une enquête»?
M.
Martin (Marc-André) : Je ne suis pas sûr de vous avoir suivi.
Excusez-moi, M. le député.
M. Morin : Bien,
c'est parce que, dans le projet... dans votre mémoire, à la page 5, vous
dites que... au fond, vous faites référence à l'article 11.2 : «Le
Protecteur du citoyen peut interdire à une personne de communiquer[...], si ce
n'est à son avocat...» Est-ce que vous suggérez qu'on ajoute «si ce n'est à son
avocat ou à son représentant syndical»? Donc, comme ça, le syndicat pourrait
avoir accès à de l'information. C'est ça, ma question.
M. Martin
(Marc-André) : Ah! nous, ce qu'on veut... ce qu'on souhaite ici, c'est
que la notion d'avocat soit précisée, soit précisée parce que, dans le cas où
est-ce que la personne souhaite se faire accompagner en vertu... je pense,
c'est l'article 14, là, je ne l'ai plus dans la tête, souhaite se faire
accompagner par une organisation syndicale pour déposer une plainte en vertu du
PL 53, bien, son avocat, ça va devenir l'avocat de l'association. C'est
nous qui va lui fournir l'avocat dans ce cas-là précis.
Donc, si c'est
l'avocat de l'association, il faut préciser c'est quoi que la notion... la...
ce que le législateur souhaite par la notion d'avocat pour éviter qu'il y ait
un imbroglio puis qu'on ne puisse pas, nous, fournir l'avocat à la personne qui
vit des représailles.
M. Morin : OK. Je vous... je vous remercie pour... pour cette
précision. Moi, je n'ai pas d'autre question, M. le Président.
Le Président (M. Simard) :
Très bien. Merci à vous, cher collègue. Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, M. le Président. Bien, vous m'excuserez, je
vais revenir sur des sujets qui ont été abordés avec mes collègues,
notamment sur ça, là, la question de l'avocat.
J'essaie
de comprendre, moi, ce qui empêcherait que vous accompagniez quelqu'un, parce
que la responsabilité d'accompagner va pouvoir être prise par le Protecteur
du citoyen, mais, dans le fond, est-ce que c'est la mention «si ce n'est à son
avocat» qui fait en sorte que vous interprétez que la personne divulgatrice ne
pourra pas vous raconter, en fait, et donc que vous ne pourrez pas... plus
accompagner? C'est ça? Est-ce que c'est cette mention-là qui vous en
empêcherait?
M. Martin
(Marc-André) : En fait, oui et non. Ce qui arrive, c'est que, dans le Code
du travail, ce que ça précise, c'est que l'unique représentant des employés,
c'est le syndicat.
Donc, lorsqu'il
arrive quelque chose sur les lieux du travail, c'est le syndicat, c'est... La
personne ne peut pas se prendre un avocat personnel puis poursuivre
l'employeur, ça doit passer par le syndicat. Et, lorsqu'on fournit un avocat à la personne, bien, c'est l'avocat de
l'association. Donc, le client de l'avocat, ce n'est pas notre membre, c'est
l'association. C'est l'association syndicale qui est le... qui est le client.
Donc,
c'est pour ça qu'il faut préciser la notion d'avocat pour s'assurer que...
Écoutez, étant donné qu'on fournit un avocat, la relation
client-personne est... est moins... est moins... est moins directe.
Mme Labrie : Mais,
en dehors des avocats, à ce moment-là, qu'est-ce qui vous empêche de continuer d'accompagner, par exemple, en offrant du soutien
moral à la personne qui fait la démarche auprès du Protecteur du citoyen?
• (16 h 30) •
M. Martin
(Marc-André) : Non, du soutien moral, on peut en offrir, mais les
gens, quand qu'ils nous appellent, tu sais.,
c'est difficile de discuter d'une situation où ça ne peut pas parler du fond du
dossier. Et, dans des cas particuliers où est-ce c'est des actes
répréhensibles, on suggère à la personne de ne pas nous divulguer d'informations
confidentielles parce qu'elle se mettrait dans un... le devoir de loyauté
envers son employeur ne serait pas respecté.
Donc, c'est ça que...
C'est pour ça qu'on souhaitait pouvoir les accompagner, parce qu'on pourrait
dire aux gens qui veulent nous parler... on pourrait les écouter puis
comprendre l'ensemble de la problématique au lieu de dire : Wo! Wo! On met le break. Si tu dévoiles les informations
confidentielles, puis on n'est pas le Protecteur
du citoyen, bris du lien de
confiance, tu peux te faire congédier.
Mme Labrie : Donc, ce qui vous aiderait, ce serait qu'en tant qu'association
vous puissiez aussi être une personne qui a accès à l'information de la
divulgation.
M. Martin
(Marc-André) : Bien, on demande de pouvoir accompagner le membre,
accompagner le salarié syndiqué et...
Écoutez,
quand que... Je l'ai cité un peu tantôt, l'article. Vous pourriez amender un
article à l'effet que le Protecteur
du citoyen nous ordonne de ne pas divulguer d'informations, ce qui viendrait
baliser la confidentialité puis assurer la confidentialité de la chose. Si on
ne le respecte pas, c'est outrage.
Mme Labrie : OK.
L'autre question que j'ai, c'est sur la notion de bonne foi. Dans le fond, si
j'ai bien compris, votre... votre
compréhension à vous, c'est que les personnes pourraient ne pas être protégées
des représailles advenant que, finalement, au terme de l'enquête, il n'y
avait pas d'acte répréhensible. Si ce n'est pas formulé en mentionnant la bonne foi, votre compréhension,
c'est que cette personne-là pourrait ne pas être protégée des représailles?
M. Martin
(Marc-André) : Honnêtement, ce qu'on souhaite soulever ici, là, c'est
que la formulation qui est proposée dans le
PL 53, c'est qu'elle est... le fardeau de conviction, il est plus lourd
dans le PL 53 actuel que présentement ne pourrait l'être dans l'article 122 de la Loi sur les normes du travail ou, dans ce que je vous ai cité, là, le Code criminel, là, à 425.1.
Donc, nous, on souhaite alléger le tout parce
que, là, c'est quand même... ils sont quand même lourds de conséquences, les mots, quand on dit dans notre
mémoire «pouvant démontrer qu'un acte répréhensible a été commis».
Pour que la... pour que la divulgation puisse
être considérée comme étant une divulgation, il faut qu'elle puisse démontrer qu'un acte répréhensible a été
commis, donc c'est... on est plus loin, c'est plus lourd à prouver que si, juste
de bonne foi, je crois que c'est un acte répréhensible puis je l'ai divulgué.
C'est dans ce sens-là.
Mme Labrie : Je comprends ce que
vous dites. J'essaie juste de... de mieux comprendre comment donner suite à ça,
parce que «pouvant démontrer», il y a quand même une notion où ça pourrait
aussi ne pas le démontrer. Tu sais, il y a
quand même une notion... la notion de certitude n'est pas là dans la
formulation actuelle. Ça fait que moi, j'essaie juste de voir comment on
peut...
M. Martin
(Marc-André) : C'est... Pour M., Mme Tout-le-monde qui n'ont pas
des réflexes juridiques... Il me reste... C'est fini?
Le Président (M. Simard) : C'est
terminé, malheureusement. Alors, M. Martin, M. Dubé, M. Guyaz,
merci beaucoup pour votre présence parmi nous aujourd'hui et la richesse des
propos que vous nous avez partagés.
Sur ce, nous allons suspendre nos travaux
momentanément.
(Suspension de la séance à 16 h 33)
(Reprise à 16 h 43)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, nous voici de retour et nous avons l'honneur d'être en compagnie du professeur Seassaud qui est à la
Sorbonne, à Paris. Alors, cher professeur, merci d'être avec nous malgré
l'important décalage horaire.
M. Eric Seassaud
M. Seassaud (Eric) : Bien, merci à
vous de me donner l'opportunité de partager quelques réflexions avec cette
Assemblée.
Le Président (M. Simard) : Et vous
disposez, comme vous le savez, vous êtes un habitué de nos travaux, vous
disposez d'une dizaine de minutes.
M. Seassaud (Eric) : Parfait. Alors,
le... notre sujet... enfin, le sujet sur lequel j'ai été interrogé, c'était
donc en relation avec le projet de loi n° 53 sur la protection des
lanceurs d'alerte, un sujet sur lequel nous avons, en France et en Europe, une certaine actualité avec, eh
bien, l'adoption de la directive dite... enfin, la directive anti
procédure-bâillon, on l'appelle... on
la surnomme comme ça, qui a été adoptée le 27 février dernier. Alors,
c'est un sujet... Alors, ce n'est pas l'intégralité du sujet, mais ça
fait partie de l'actualité du sujet, avec à la fois une problématique de
statut, bien, qui existe déjà dans... dans votre droit par un texte précédent.
Et puis ce
projet, qui a pour objet la protection des... la protection accrue des lanceurs
d'alerte, on a à peu près le même cheminement en France et en Europe, où on a
eu la loi de 2016, Sapin II, qui a été ensuite complétée à la... après
l'adoption de la directive sur les lanceurs d'alerte par la loi Waserman, qui a
transposé cette directive sur les lanceurs
d'alerte en droit interne. Et, à l'issue de cette transposition de cette
directive en droit interne avec la loi Waserman, une nouvelle directive
est intervenue, hein, qui était en projet depuis longtemps, sur la
protection... enfin, sur plus exactement les modalités qui permettaient de
s'opposer aux procédures-bâillons, et donc d'assurer une meilleure protection
aux lanceurs d'alerte.
Alors, ces procédures-bâillons, bien, c'est
un... c'est un vrai sujet parce que c'est toujours la lutte du pot de fer
contre le pot de terre, des entités, des organismes disposant de moyens
significatifs peuvent, par la multiplication de procédures qui sont plus ou
moins fondées, tenter, ce faisant, de faire taire les gens qui cherchent à
porter des alertes qui sont fondées. Alors, cette actualité sur ces
procédures-bâillons, c'est, d'une part, la possibilité, et c'est quelque chose
qui se trouve... que j'ai retrouvé dans votre projet de loi n° 53,
la possibilité pour le juge d'examiner sommairement un recours et d'éconduire
ce retour... ce recours s'il l'estime manifestement infondé. Exactement la même
solution avec la directive européenne sur les procédures-bâillons, alors, sauf
que, eh bien, les États auront deux ans pour
la transposer. C'est-à-dire que vous aurez... vous aurez dans votre droit
positif la possibilité d'éconduire ces procédures abusives bien avant
que cette transposition intervienne en Europe, puisque, comme vous le savez,
les directives n'ont pas d'effet direct, elles nécessitent une transposition.
Elles n'auront pas d'effet direct sous réserve des dispositions qui sont suffisamment claires, précises et
inconditionnées. Bon, ça, c'est la... c'est la jurisprudence. On peut les invoquer directement sous ces... sous ces
conditions. Donc, ça, c'est effectivement un premier... un premier élément.
Deuxième
élément, que j'ai vu aussi dans le texte de la proposition n° 53,
c'est la possibilité d'avoir un... comment dirais-je, de financer aussi des
soutiens psychologiques. Alors, ce qui existe en droit français et européen après la transposition sur les... la directive sur
les lanceurs d'alerte et sa traduction en droit interne avec la loi Waserman
et qui est également assorti par la possibilité pour le juge de prendre en
charge une partie des frais de procédure. Alors, on en avait déjà... on avait
déjà évoqué cette thématique.
Le droit français a
exclu, et le droit européen a exclu la possibilité pour les lanceurs d'alerte
de se partager le bénéfice d'amendes, comme il se peut exister... enfin, comme
il existe aux États-Unis. Donc, ça, ce n'est pas une procédure qui est... qui a
été retenue. Pourquoi? Parce qu'on a eu, en France et en Europe, cet équilibre,
enfin, cette volonté d'équilibre entre la poursuite de l'intérêt public et le
caractère... l'absence de contrepartie financière directe. Bref, une sorte d'action dans l'intérêt de tous,
une sorte d'action qui tam. Et donc cette possibilité a été... a été écartée,
donc. Mais, en revanche, ces deux mesures-là, le soutien psychologique et la
prise en charge d'une partie des frais de procédure, donc, ça, j'ai vu cela
aussi dans la procédure... pardon, dans la... dans le projet de loi n° 53.
Si on regarde ensuite
les moyens qui sont ouverts en ce qui concerne les plaignants, la possibilité
de saisir la justice, le système qui est mis
en place, c'est un système en deux temps avec la saisine du Protecteur du citoyen. Et là aussi le Protecteur du citoyen a la
possibilité de rejeter prima facie un recours qui lui semblerait abusif. Donc,
ça, c'est une solution qui existe en droit... en droit français, en droit
européen, comme je le disais tout à l'heure.
• (16 h 50) •
Il
y a aussi la possibilité pour le Protecteur du citoyen d'exclure les plaintes
frivoles, vexatoires et de mauvaise foi.
Alors, le concept de plainte de mauvaise foi, c'est aussi quelque chose qui
existe en droit européen, en droit français, dans le cadre des
procédures-bâillons. Donc, ça aussi, on retrouve le même... le même concept. La
notion frivole, on l'a aussi, ce n'est pas le même terme qui est employé, mais
c'est l'absence de bien-fondé... l'absence de bien-fondé, l'absence de...
comment dirais-je, de sérieuses possibilités de voir la plainte prospérer.
«Vexatoire» se passe
de commentaire. «Vexatoire», à ma connaissance, nous ne l'avons pas introduit
dans notre... dans notre arsenal. En
revanche, nous avons un système qui peut peut-être arriver à la même solution,
qui consiste à obliger le lanceur d'alerte, pour se prévaloir du statut
de lanceur d'alerte, de s'identifier et l'obligation pour lui de faire un
signalement de bonne foi, ce qui, en creux, signifie qu'il pourrait engager sa
responsabilité s'il lançait de manière... de manière vexatoire une plainte, par
exemple, dans le but avéré de nuire à autrui. Voilà sur ces... sur ces
éléments. Alors, ces éléments, on les... on les retrouve dans notre... Il y a
vraiment des convergences qui sont assez... assez frappantes entre les deux...
les deux dispositifs. Et c'est... c'est une excellente chose. Ça montre qu'il y
a une convergence des législations pour traiter ce... le problème qui, au fond,
est commun à toutes les grandes démocraties modernes.
Vous
avez aussi choisi de conférer au Protecteur du citoyen, dans ce cadre de cette
proposition 53, des pouvoirs de vérification, d'enquête,
d'investigation. Ça, c'est aussi la solution qui a été retenue dans le cadre de
la loi Sapin II et maintenue avec la loi Waserman sur les... sur les lanceurs
d'alerte. Nous avons une... des... l'agence a une... a un pouvoir
d'investigation, d'enquête, d'obtention, de communication de documents. Elle
n'a pas un pouvoir d'autorité de police judiciaire, mais un pouvoir
d'investigation. Et on a aussi, si on regarde sur l'exemple anglais, une solution
similaire avec un pouvoir d'investigation
qui est donné au Serious Fraud Office qui est le pendant de l'Agence française
anticorruption.
Vous avez en revanche
une option qui a été prise et qui n'existe pas en droit français, en droit
européen, et qui me paraît vraiment
intéressante, c'est la possibilité de recourir à la médiation. Alors, je...
évidemment, la médiation ne pourra pas fonctionner dans tous les cas de
figure, mais le fait d'avoir la possibilité de recourir à cette solution peut permettre de débloquer certains cas de
manière assez rapide et peu onéreuse. Donc, j'ai trouvé ça vraiment... vraiment
intéressant dans le dispositif.
Enfin, il y a aussi
une solution qui est... qui est très... très innovante et qui a été aussi
retenue par la nouvelle directive contre les procédures-bâillons européennes
dont je parlais tout à l'heure, c'est une présomption de sanction illégale
lorsque l'on a un... comment dirais-je, un lanceur de... un plaignant qui se
voit sanctionné peu de temps après sa plainte. Il est extrêmement... On est
normalement sur... en régime de responsabilité quasi délictuelle, c'est-à-dire
qu'il faut prouver le fait, la conséquence dommageable et le lien de causalité
entre les deux, ce qui est en pratique extrêmement
dur à prouver. Et donc le fait d'inverser la charge de la preuve, comme ce
l'est... comme cela est proposé, cela permet effectivement... c'est une
disposition qui est très protectrice du lanceur d'alerte. Mais je vois que j'ai
épuisé mon temps de parole et je vais donc m'en arrêter là pour permettre les
échanges de questions-réponses.
Le Président (M.
Simard) : Merci beaucoup à vous, cher professeur. Et je cède
immédiatement la parole à la présidente du Conseil du trésor. Madame.
Mme LeBel : Bien, merci, M. le Président. Bonjour, professeur,
enchantée de faire votre connaissance, même si c'est à travers un écran.
M. Seassaud (Eric) : Bonsoir,
madame.
Mme LeBel :
Si vous voulez compléter votre présentation, j'apprécierais. Je peux... Bon, je
pense qu'on a eu la réception de votre mémoire actuel aujourd'hui, donc je vais
admettre et avouer que je n'ai pas eu l'occasion de le parcourir de façon très
extensive, mais j'apprécie beaucoup...
M. Seassaud (Eric) : Oui, je suis
vraiment... je suis vraiment désolé, j'ai bien...
Mme LeBel : Ce
n'est pas un reproche.
M.
Seassaud (Eric) : ...j'ai bien conscience que je vous l'ai envoyé
tardivement. J'en suis... j'en suis vraiment désolé.
Mme LeBel : Mais ne le percevez pas
comme un reproche mais plutôt comme une indication que peut-être mon échange sera moins étoffé que j'aurais voulu
l'avoir et peut-être que je vais vous poser des questions sur des choses
que vous mentionnez déjà dans votre mémoire. Donc, pardonnez-moi à l'avance,
là.
M. Seassaud (Eric) : Mais je vous en
prie.
Mme
LeBel : Je l'ai quand même
parcouru rapidement. Vous faites état de plusieurs... plusieurs comparaisons
entre notre projet de loi n° 53 ou notre mécanisme de divulgation qui est proposé et amélioré par le
projet de loi n° 53 et ce qui existe déjà, entre autres, en droit
français. Je vais m'intéresser, si vous le permettez, de façon plus précise,
aux canaux de signalement.
Nous avons choisi, dans la première loi ou la
loi actuelle, parce que la loi n'est pas encore modifiée, dans la loi actuelle,
de permettre un signalement à l'interne. Donc, on avait un mécanisme de
signalement que je pourrais qualifier de signalement à l'interne. Présentement,
on fait le choix de complètement s'en aller dans un signalement à l'externe des organisations concernées,
c'est-à-dire vers le Protecteur du citoyen qui a un recul et une notion d'indépendance face aux organisations publiques
qui sont visées, là, par... par la loi. Je vois qu'en droit français depuis
2022, avec la loi Waserman, il y a
trois canaux de divulgation qui existent. Peut-être que vous me corrigerez,
mais c'est ce que je semble détecter, trois canaux.
M. Seassaud (Eric) : Oui.
Mme LeBel : Et je comprends que,
dans la plupart des cas, la personne, le lanceur d'alerte peut choisir le canal externe ou le canal interne et qu'il
pourrait aller vers la divulgation publique, mais elle est balisée, cette
possibilité-là. Est-ce que vous pouvez nous entretenir un peu sur le
choix qui a été fait...
M. Seassaud (Eric) : Bien sûr.
Mme
LeBel : ...de pouvoir donner
une divulgation publique? Puis je vais vous donner un élément
supplémentaire. Eu égard à la notion de confidentialité de cet... de ce
processus-là de divulgation, de protection de la réputation des personnes visées par la divulgation tant que l'enquête
n'est pas terminée, comment vous contrebalancez toutes ces notions-là,
et quels sont les choix qui ont été faits en droit français, et pourquoi?
M. Seassaud (Eric) : Alors, c'est
un... ça a été un très long débat en France et en Europe sur effectivement ces
choix de canaux. Historiquement, dans la loi Sapin II de 2016, il y avait une
hiérarchie dans ces canaux. Il fallait d'abord opérer un signalement en
interne, et c'est seulement en cas d'absence de traitement du signalement en
interne qu'il était possible d'aller porter son signalement à l'externe. Ça, ça
a complètement changé avec la directive européenne de 2019 et la loi... et la
loi Waserman de transposition.
Qu'est-ce qu'on s'est dit sur ce sujet? Alors,
moi, personnellement, je pensais que c'était... c'était bien de donner aux
organisations la possibilité de traiter par eux-mêmes leurs... leurs alertes
avant que l'alerte ne soit portée auprès de tiers. S'est posé un problème de
confidentialité et de confiance dans ces systèmes d'alerte. Je m'explique. Selon les organisations, selon que vous ayez...
Certaines organisations avaient mis en place des systèmes d'alerte internes
avec un contrôle très élevé de gouvernance de la société, avec un comité dédié
du conseil d'administration qui était destinataire des rapports d'alerte. Donc,
on avait un niveau de contrôle assez... assez haut. D'autres organisations ont
fait des choix beaucoup plus modestes. Et donc on avait des systèmes d'alerte
internes qui inspiraient plus ou moins confiance aux lanceurs d'alerte.
Enfin, j'ajoute que, dans certains cas, il
était... selon la typologie des alertes, pour quelqu'un qui est informé, qui a
une connaissance en interne, vous le savez à peu près d'où vient l'alerte et
qui est susceptible de l'apporter. Parce qu'avec les éléments d'information
dont vous disposez, si vous êtes en interne, vous avez cette connaissance. La difficulté qui se pose, c'est : La
personne qui traite en interne, est-ce qu'elle a l'indépendance, la garantie
statutaire suffisante pour s'opposer à ce que l'employeur, l'entreprise,
l'organisation vienne regarder qui dit quoi, vienne faire des investigations?
• (17 heures) •
C'est toutes ces séries de considérations qui
font qu'on s'est dit à l'issue de ces débats : Eh bien, ouvrons les deux
canaux. Laissons le lanceur d'alerte choisir, laissons aux entreprises
l'opportunité d'être convaincantes en choisissant des systèmes qui vont
inspirer confiance, et donc, par exemple, des systèmes qui vont vous garantir
une confidentialité, parce que vous avez un «process» très, très spécifique qui
vous garantit un traitement à l'externe de cette information, de votre
identité. Et, en même temps, pour éviter l'instrumentalisation de l'alerte,
parce que ça peut aussi exister,
l'obligation de s'identifier et d'avoir son identification maintenue
confidentielle, ce qui permet de se... à l'organisation de se retourner contre
vous dans le cas où vous auriez lancé des alertes abusives, des alertes ayant
l'objet de nuire, etc.
C'est un peu ça,
l'équilibre qui a été trouvé à l'issue de ces débats. Et moi qui venais de...
au départ d'une solution où je trouvais que
le traitement en interne, c'était pas mal, d'abord, j'ai finalement été assez
rapidement convaincu de cette... de
cette option de choix laissée au lanceur d'alerte, parce que ça oblige les
entreprises à être convaincantes, ça oblige les entreprises à mettre en
place des systèmes...
Mme LeBel : J'ai-tu encore un peu de
temps?
Le Président (M. Simard) : Oui. Ah
oui! Vous avez 8 min 40 s.
Mme LeBel : ...peut-être revenir sur
quelque chose que vous venez de dire, que je trouve extrêmement intéressant, qui vient de... l'obligation de
s'identifier. Bon, je vais... je vais y aller d'entrée de jeu, la solution qui
est proposée ici découle également d'un déficit de confiance, là, dans
le processus interne qui avait été mis en place. Donc, le choix a été de
complètement ramener le processus à l'extérieur, donc différemment du choix qui
a été fait en France, où, vous dites
qu'on... que vous maintenez les deux... les deux possibilités, interne ou
externe. Au moins, ce n'est plus dans un processus de gradation.
C'est-à-dire, vous devez faire une première démarche avant d'aller à l'externe.
Mais quelque chose de fort intéressant que vous
venez de dire, qui n'était pas dans ce que j'ai lu jusqu'à présent, là, c'était la nécessité de se... de
s'identifier en tant que divulgateur tout en étant... en ayant le contrepoids
de la confidentialité, donc la protection de mon identité, pour éviter les
divulgations peut-être frivoles ou instrumentaliser les divulgations. Donc, pour vous, en France, c'était
fort important que le divulgateur divulgue lui-même à ce moment-là?
M. Seassaud (Eric) : Absolument,
absolument. Ça, je l'avais mis dans mon précédent rapport. C'est... l'objectif,
c'est que le... dans cette balance, c'est que le lanceur d'alerte soit et... et
protégé, parce qu'on a besoin de son
identité pour assurer sa protection, et à la fois responsabilisé, mais
responsabilisé... pas sur le terrain. On ne lui demande pas... À un
certain moment, il y avait des sociétés, des organismes qui mettaient des
«disclaimers» légaux sur les dispositifs, ça dissuadait les gens de... Il faut
être avocat pour comprendre ça, et, même quand on le lisait, un avocat n'était pas sûr de bien comprendre de quoi on
parlait. Donc, il y avait... il y a des... il y a des sujets qui peuvent être
assez complexes.
Donc, ça
obligeait... le fait de mettre en place... de mettre en place ce choix, ça
permettait à la fois d'identifier le
lanceur d'alerte, et donc de le protéger, et à la fois de le responsabiliser
dans l'éventualité où il mésuserait du dispositif d'alerte interne et
l'utiliserait à des finalités de type nuire à autrui, en tout cas avec... avec
en tête une motivation qui n'est pas celle
qui est prévue par le législateur. Et donc le fait d'avoir cette obligation
d'identification et de traitement confidentiel
de cette identification corrélativement avec la balance de responsabilités,
c'est l'équilibre qui avait été trouvé.
Alors, on a aussi introduit un dernier élément.
Dans certains cas, c'est extrêmement difficile pour un lanceur d'alerte de
s'identifier. Donc, toutes les procédures d'alerte ont accepté les signalements
anonymes dès lors que ces signalements anonymes étaient suffisamment
documentés, précis et qui donnaient prima facie une impression de sérieux. On a mis en place toute une série de
dispositifs pour pouvoir être en lien avec ces personnes. Quand elles utilisaient
un e-mail, bien, c'était facile de répondre à l'e-mail. Quand elles
téléphonaient sur une hot-line, eh bien, on donnait les rendez-vous successifs
pour être sûrs de pouvoir avoir un nouveau contact avec le lanceur d'alerte
anonyme. Et la loi a ouvert la possibilité
au lanceur d'alerte anonyme de s'identifier, s'il le souhaite, à un certain
moment pour bénéficier du statut protecteur. En fait, il appartenait au
lanceur d'alerte...
Le Président (M. Simard) : Merci.
Oui?
M. Seassaud (Eric) : Voilà, juste un
mot.
Le Président (M. Simard) : Oui.
M.
Seassaud (Eric) : Le lanceur d'alerte est juge de la meilleure
protection qu'il peut... qu'il peut obtenir, soit taire son identité parce qu'il pense que c'est la
meilleure façon d'être protégé, soit bénéficier du statut légal en
s'identifiant...
Mme LeBel : Mais je veux juste
conclure avec vous.
Le Président (M. Simard) : Vous avez
encore cinq minutes, Mme la ministre.
Mme LeBel : Est-ce que je comprends
donc que, pour bénéficier de la protection du statut lanceur d'alerte, il doit,
à un moment quelconque, s'identifier, par contre?
M. Seassaud (Eric) : Oui. Oui,
absolument. Oui.
Mme LeBel : Parfait. Merci. Merci,
professeur.
Le Président (M. Simard) : ...minutes,
Mme la ministre.
Mme LeBel : Oh oui?
Le Président (M.
Simard) : Oh oui! Quatre minutes.
Mme LeBel : Je pensais que
c'était... Alors, bien, peut-être, dans les quatre minutes qui nous
restent pour notre échange, professeur,
est-ce que vous pouvez me parler, donc, de l'étape... la dernière étape, qui
est la divulgation publique, qui, elle, est balisée et n'est pas un
choix de première ligne, je vais le dire comme ça, là, mais qui doit être fait à un... selon des circonstances très
particulières? Qu'est-ce qui a sous-tendu cette décision-là de permettre, dans
ce cas de figure, de pouvoir aller... mais je vais parler... vers les
médias? Parce que, souvent, une divulgation publique, c'est soit... bon, les
réseaux sociaux, maintenant, pourraient... pourraient en faire partie, là. Mais
qu'est-ce qui a sous-entendu ce choix-là, et qu'est-ce qui balise, selon vous,
et pourquoi on le permet?
M. Seassaud (Eric) : Alors, le...
D'abord, c'est... c'est... c'est quelque chose qui est... comment dirais-je,
qui n'est pas... qui n'est pas possible sans condition. En droit, en droit
français, après la transposition de la directive, mais ça pourrait exister de
manière très, très large, cette divulgation publique, elle n'est possible que
dès lors qu'il n'y a pas de traitement
effectif du signalement effectué dans un... dans un délai raisonnable. Elle
peut être faite quand il y a un
risque sérieux de représailles, ou si le signalement n'a raisonnablement aucune
chance d'aboutir, ou bien encore un concept qui est... que vous avez
dans la proposition 53, de danger imminent ou manifeste pour l'intérêt
général.
Alors, le danger imminent ou manifeste pour
l'intérêt général, alors vous, vous avez pour les personnes et pour
l'environnement... le danger imminent ou manifeste pour l'intérêt général,
c'est un concept un peu difficile à manier
parce que c'est toujours difficile de définir ce qu'est l'intérêt général, mais
on arrive à en avoir une idée... une idée... une idée pratique qui peut fonder
la divulgation publique. Donc, la divulgation publique, c'est quand, vraiment,
on n'a pas de chance, on a... on peut... on
a raisonnablement... on a raisonnablement soit une chance très faible d'obtenir
un traitement, il y a urgence et il y a... ou c'est des critères alternatifs,
ou il y a un risque de représailles. C'est un petit peu ça, les critères qui
permettent la divulgation publique. Donc, vraiment, typiquement, c'est pour...
c'est pour quand... quand on considère que le signalement... quand on veut
faire taire un... quand le lanceur d'alerte risque d'être... de recevoir des pressions pour qu'il se taise, fasse l'objet
de représailles ou que son signalement a été enterré et que la seule
façon de se faire entendre, c'est de porter l'affaire devant les médias, sur la
place publique.
Mme LeBel : Alors, c'est une
solution de dernier recours dans... dans... dans...
M. Seassaud (Eric) : C'est une
solution de dernier recours, très clairement.
Mme LeBel : Parfait. Merci,
professeur.
M.
Seassaud (Eric) : Très clairement. Et c'est aussi... et c'est aussi,
dans votre texte, une solution, si je comprends bien, de dernier recours
aussi, parce qu'il y a des conditions d'urgence, de risques pour la personne,
de dommages à l'environnement. Ce sont des solutions de dernier recours, oui.
Mme LeBel : Merci, merci. Ça
complète.
Le Président (M. Simard) : Alors,
professeur, tenez bon, nous continuons, parce que je crois comprendre qu'il est
quand même assez tard pour vous.
M. Seassaud (Eric) : Non, mais ce
n'est vraiment pas grave, M. le Président, je suis à votre disposition.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Merci d'être là à nouveau. Alors, je cède la parole à la députée de D'Arcy-McGee.
Mme Prass : Merci, M. le Président.
Merci d'être avec nous, avec le fuseau horaire auquel vous êtes.
M. Seassaud
(Eric) :
Bonsoir,
madame.
Mme Prass : Dans votre mémoire, vous
avez fait une comparaison sans faire de recommandation en tant que telle. Je voudrais savoir, parce qu'évidemment,
bien, une des raisons pour lesquelles on vous a demandé de témoigner,
c'est pour toute la question des meilleures pratiques, comme vous connaissez
très bien la loi qui est en place en Europe.
Donc, si vous... Premièrement, comment est-ce que vous jugeriez le projet de
loi qui est devant vous, comparé à ce que vous avez déjà en place en
Europe et peut-être aux États-Unis, à savoir si les considérations ont été
prises pour vraiment faire le tour du dossier et vraiment protéger les
divulgueurs, etc.?
• (17 h 10) •
M. Seassaud (Eric) : Alors,
c'est un sujet un peu complexe. Alors, déjà, les deux textes, les deux...
les deux textes ne partent pas des mêmes approches, les... la
proposition... mais c'est lié au fait que vous avez déjà un premier texte
existant et que la protection des lanceurs d'alerte vient se greffer, vient
accroître la protection de ces derniers sur le fondement d'un texte
préexistant. Donc, en fait, vous avez... vous avez déjà ce premier socle qui
fait qu'il y a un certain nombre de choix
qui ont déjà été pris. Le texte français et européen est un peu différent parce
que... d'abord, en termes de «scope»... bien, pardon, pardonnez-moi
ce... cet anglicisme qui n'est pas de mise devant cette Assemblée,
le champ d'application. Le champ d'application est différent parce qu'on a et à
la fois le texte français et les textes européens concernant à la fois le
secteur public et le secteur privé. On n'a pas de régime distinct. Et l'idée,
ça a été justement de... Alors, on a des dispositions qui sont spécifiques à
l'intérieur du même texte, mais ils sont pris ensemble. Pourquoi? Parce que les
problématiques de corruption, elles proviennent d'un... souvent de conflits
d'intérêts sous-jacents et elles peuvent toucher le public comme le privé. Et
donc il y a une... il y a une... il y a ce traitement
commun dans le texte. Ensuite, parce que les lanceurs d'alerte... Alors, les
lanceurs d'alerte, c'est comme... comme vous, ce sont des personnes
physiques. On a eu le débat : Faut-il permettre, pour être très
transparent...
Le Président (M. Simard) : En
conclusion, professeur. En conclusion, je m'excuse.
M. Seassaud (Eric) : Oui, je
conclus, alors. Oui, je vous en prie.
Le Président (M. Simard) : Oui.
C'est parce qu'il y a... il y a un autre bloc d'échange après, et le temps qui était
imparti à la députée de D'Arcy-McGee est malheureusement terminé de plus
d'une minute.
M. Seassaud (Eric) : Oui, oui,
bien sûr. Oui, pardonnez-moi. Oui, oui, je... je conclus... je conclus de deux mots. Alors, le... les fondements étant
différents, les approches de... enfin, votre texte de renforcement de protection
est différent parce qu'assis sur un texte déjà préexistant, alors que les
textes français et européens ont opté pour un champ très large, toutes les
illégalités, les crimes, les... enfin, avec simplement le terme «illégalité»,
on couvrait déjà tout, les manquements à l'intérêt général, les manquements aux
accords internationaux et les personnes publiques et les personnes privées.
Donc, tout ça a été pris en compte dans un seul et même texte. Donc, quand il a
été modifié ensuite, eh bien, on a gardé les mêmes bases. Or, vous, vous avez
modifié sur des bases existantes qui étaient plus... plus... plus restreintes.
Mme Prass : D'accord,
parce qu'il y a certains éléments que vous avez soulevés dans votre mémoire et
lors de votre témoignage que je
trouve très intéressants, par exemple l'aide psychologique qui est offerte
comme accompagnement pour la personne qui fait la divulgation. Je pense
que, comme on l'a dit au début, c'est un processus qui n'est pas évident pour
la personne. On prend beaucoup de chances, on se pose beaucoup de questions. Et
d'avoir ce soutien-là, je pense qu'il serait
intéressant qu'on l'ait au Québec également, parce que, si on veut vraiment
encourager à accompagner ces personnes-là, il faudrait leur donner tous
les moyens pour s'assurer qu'ils sont bien encadrés et qu'ils ont tous les
aides dont ils ont besoin.
Alors, vous avez mentionné que dans la loi
française, dans les lois européennes, ça ne s'applique pas juste au public, mais ça s'applique au privé également. Et
c'est un enjeu dont certains ont soulevé de... au Québec. Et comment
est-ce que... Par exemple, est-ce que vous trouvez que... Est-ce que ça
fonctionne bien? Est-ce qu'il y a des enjeux entre
la distinction quand on applique ça au public et au privé? Qu'est-ce que vous
avez vu de la réalité sur le terrain?
M. Seassaud (Eric) : Alors, sur
la réalité, les entreprises, les grandes entreprises avaient très largement
anticipé ça parce que les grandes entreprises étaient déjà astreintes au texte
américain, FCPA, en raison de ses effets extraterritoriaux. Ensuite, on a eu
l'effet du UK Bribery Act de 2010, avec sa section 7, qui instituait un
délit d'absence de prévention de la corruption à effet extraterritorial aussi.
Donc, avant, bien avant la loi Sapin II, les grandes entreprises avaient
mis en place des dispositifs. Ce n'est pas... ce n'est pas nouveau pour eux. Le
secteur public, en revanche, pour lui, c'est complètement nouveau. Et il y a eu
une véritable révolution copernicienne que de comprendre que le secteur public
pouvait être... que c'est... c'est le... l'État ne peut pas mal faire, et donc
le fait que le secteur public se dise : Ah! mais moi aussi, je peux... je
peux être concerné par ce genre de sujet, on avait une dimension culturelle significative. Et donc il y a un écart très net
entre la mise en oeuvre de la loi dans le secteur public et dans le
secteur privé. Et d'ailleurs le régulateur, aujourd'hui, a un... comment
dirais-je, un... comment... un effort particulier
de justement de... pour s'assurer et pour accompagner la mise en oeuvre
effective de ces... de ces dispositifs au sein du secteur public. Donc,
il y a... il y a un écart, c'est... c'est... c'est très clair.
Mme Prass : D'accord. Et...
M.
Seassaud (Eric) : Et ensuite les petites... les petites et moyennes
entreprises, elles, elles ont été rattrapées, non pas parce qu'elles se
sentaient concernées par le sujet, mais tout simplement parce qu'elles sont
prises dans le cycle contractuel des grandes
entreprises donneuses d'ordre. Et donc ces grandes entreprises, on leur
demandait : Vous devez mettre en place ça, ça et ça, et... donc les
petites entreprises ont... ont suivi pour continuer à être référencées à
l'intérieur de... et donc par ces entreprises donneuses d'ordre. Voilà un peu
comment ça s'est... ça s'est articulé.
Mme
Prass : D'accord. Et, dans votre mémoire, vous mentionnez
que la directive européenne sur les lanceurs d'alerte implique un test,
un test objectif pour le lanceur d'alerte. Pouvez-vous nous... élaborer un
petit peu?
M. Seassaud (Eric) : Oui. Alors, ça,
c'est... ça, c'est un peu... c'est un peu du... je m'en excuse, c'est un peu du
jargon juridique. J'aurais peut-être dû ne pas le rédiger comme ça. Ça veut
juste dire qu'on va simplement regarder : Est-ce que vous avez un
fondement raisonnable? C'est... c'est... Alors, ce test-là, il est accompli par
le... en Hongrie, il est assez fréquent, c'est : Que ferait... Que ferait
une personne raisonnable ayant tel type de position, placée
dans ce type de situation? Et c'est un test qui se veut objectif. On ne va pas
regarder ce que vous, vous pensez sur le moment, ce n'est pas ça. C'est pour ça
qu'il y a un... et l'autre, c'est... c'est... c'est ce que je pense dans le moment, ça, c'est subjectif, et l'autre,
c'est : Est-ce que vous avez des moyens raisonnables de considérer que? Et
c'est là, on regarde, c'est un test que fait le juge d'une personne
placée dans une situation similaire agissant raisonnablement. C'est ça, ce... ce... et je reprendrai cette
terminologie parce qu'effectivement je trouve ça un peu jargonnant et je vous
prie de bien vouloir m'en excuser.
Mme
Prass : Donc, c'est une question de bien vouloir
déterminer l'objectivité de la personne et leur perception.
M. Seassaud (Eric) : Oui.
Mme
Prass : D'accord. Et, dans d'autres mémoires qu'on a
reçus, une des recommandations était comme on le fait aujourd'hui, qui est une
révision régulière de la loi, à chaque cinq ans, par exemple, ça a été
proposé. Je comprends, en France, ça a été mis en place, il n'y a pas eu
de révision. Donc, est-ce que vous...
M. Seassaud (Eric) : Non. Il y a...
Mme Prass : Est-ce que vous êtes
d'accord qu'avec l'évolution du monde dans lequel on vit que ça serait utile
justement qu'on revoie la formulation de la loi à chaque quelques années pour
s'assurer qu'elle est à jour avec les réalités?
M. Seassaud (Eric) : Oui, je
pense que c'est une très bonne chose. Alors, on a aussi... l'AFA émet...
l'Agence française anticorruption émet régulièrement des recommandations
qu'elle a fait évoluer avec le temps. Ce sont des... Ça, c'est équivalent aux
«guidelines» du Serious Fraud Office, c'est-à-dire, c'est de la recommandation,
ce n'est pas impératif, mais, en fait, comme l'AFA prend pour base de départ
soit que vous êtes conforme à mes recommandations et vous bénéficiez d'une
présomption simple de conformité à la loi, soit vous n'êtes pas conforme, mais
vous avez le droit, à mes recommandations, mais il vous appartient de me
démontrer que la méthode que vous avez
choisie arrive au même résultat. Donc, si vous voulez, il y a un fort
incitatif, évidemment, à suivre les recommandations de l'AFA, qui sont
au demeurant plutôt bien faites et qui sont faites après consultation des
acteurs économiques. Donc, ça, c'est un côté participatif et consultatif qui
est plutôt intéressant. Donc, il y a cette dimension de recommandation qui permet
une évolution régulière. C'est très facile de faire évoluer les
recommandations.
Et puis, ensuite, avoir un rendez-vous régulier
pour s'assurer qu'on met à jour la loi avec les exigences du temps présent, ça
ne peut me paraître qu'une très bonne idée, parce qu'évidemment, ça évolue
assez rapidement, et beaucoup de sujets qui n'étaient pas des sujets
en 2016 le sont aujourd'hui, les problématiques éthiques liées à
l'intelligence artificielle, l'utilisation d'algorithmes dans des arbres de
décision. Bref, il y a toute une série de sujets d'éthique qui se posent, qui ne se posaient pas nécessairement, en tout
cas, pas avec la même acuité en 2016. Et ça ira... voilà. Donc, le fait d'avoir un rendez-vous
périodique me paraît être une... pour réviser les textes me paraît être
effectivement une bonne chose.
Mme Prass : Et vous ne l'avez pas
mentionné dans votre mémoire, mais est-ce qu'il y a un mécanisme de suivi dans
la loi européenne qui fait en sorte qu'une fois que l'enquête est terminée et,
disons, un jugement est rendu il peut y avoir des recommandations qui vont être
faites à un ministère, à une entreprise, quoi que ce soit, pour que ça ne se reproduise pas? Est-ce qu'il y a un
mécanisme de suivi par la suite pour s'assurer que ces recommandations ont été mises
en place pour assurer que ça ne se répète pas?
• (17 h 20) •
M. Seassaud (Eric) : Alors, c'est
une question... c'est une question complexe. Je vais... je vais... je vais donner une réponse balancée. On a, d'une part, un
encadrement, dans les textes, des délais dans lesquels il faut répondre
aux alertes, c'est-à-dire que... Vous savez, on a parlé tout à l'heure des
différents canaux, et donc le lanceur d'alerte, quand il adresse une alerte, il
doit recevoir un accusé de réception, et ensuite l'organisme doit traiter son
signalement dans un délai raisonnable et
revenir vers le lanceur d'alerte. Donc, il y a déjà un premier calendrier fixé
par les textes, fixé par la directive de 2019 transposée par la loi Waserman.
Ça, c'est un premier sujet, mais c'est simplement de l'encadrement... de
l'encadrement du traitement du signalement.
Vous, votre sujet, si je le comprends bien,
c'est : Que fait... Que font les pouvoirs publics pour s'assurer que ces
mesures sont effectivement mises en place et que, si on a trouvé un problème,
eh bien, il y ait un traitement effectif? Alors, les grandes entreprises...
Alors là, on est lié avec aussi des sujets de «reporting» extrafinancier. Les
grandes entreprises, dans leur rapport annuel, sont obligées maintenant de
mentionner ces éléments de conformité, donc
le nombre d'alertes qui sont reçues, le traitement de ces alertes, etc. Donc
là, l'actionnaire, l'organe de gouvernance, parce que la conformité,
c'est un sujet fondamental de gouvernance, les actionnaires ont la possibilité
d'avoir accès à cette information et de poser des questions. Donc, ça, c'est
déjà un premier... un premier élément de réponse.
Deuxième élément de réponse, c'est que le
régulateur lui-même, bien, le régulateur, il regarde ces rapports et le
régulateur fait, avec les entreprises, comme a fait le Conseil de la
concurrence en 1986, il a pris... en France, il a pris... il a segmenté ses
marchés et il a pris tel secteur et il a contrôlé ce secteur, ainsi de suite,
pour se faire des benchmarks et avoir des référentiels à travers ces contrôles.
Et donc, quand vous avez un contrôle de l'AFA qui est réalisé au sein d'une
organisation, eh bien, ça se fait en deux temps. Il y a un rapport qui est
réalisé par le régulateur. Ce rapport identifie des
manquements graves et des manquements bénins. Vous avez une période de temps
qui vous permet de rectifier ces manquements. Et à l'issue de cette période...
en général, c'est deux ans, et, à l'issue de cette période-là...
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
M. Seassaud
(Eric) : ... le régulateur revient et vérifie ce que vous avez fait.
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
M. Seassaud
(Eric) : Si ce n'est pas, à ce moment-là, aux normes...
Le Président (M.
Simard) : Merci, merci.
M. Seassaud
(Eric) : ...vous pouvez avoir des difficultés. Pardonnez-moi pour la
longueur.
Le Président (M.
Simard) : Merci, professeur. Et nous poursuivons avec le dernier bloc
d'échange en compagnie de la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci,
M. le Président. J'aimerais vous entendre sur l'écart entre la protection
contre les représailles dans le secteur public puis dans le secteur privé en
France. Est-ce qu'il y a, dans votre législation, des mesures de protection
contre les représailles pour les divulgateurs qui sont dans le secteur privé?
M. Seassaud
(Eric) : Oui, ce sont les mêmes, en fait. On a... on n'a pas de...
Mme Labrie : Ce
sont les mêmes?
M. Seassaud
(Eric) : Oui. Oui, ce sont les... ce sont vraiment les mêmes. Il n'y a
pas de... On n'a pas dans un régime secteur
public, secteur privé, on a... Tous ces dispositifs s'appliquent au secteur
public de la même manière. Le secteur public doit mettre en place toutes les
mesures de conformité définies par la loi Sapin II, et incluant aussi les
lanceurs d'alerte. Donc, ça veut dire...
Mme Labrie : Est-ce
que vous nous encourageriez... est-ce que vous nous encourageriez à avoir le
même système de protection contre les représailles ici aussi pour le secteur
privé puis le secteur public? Est-ce que ça fonctionne bien chez vous?
M. Seassaud
(Eric) : Bien, moi, je dirais, très franchement, oui, bien sûr.
Pourquoi? Parce que, que vous soyez lanceur
d'alerte dans le public ou dans le privé, vous avez... vous faites face aux
mêmes difficultés, c'est-à-dire : Est-ce que je vais, oui ou non,
faire face à des représailles? Ça, c'est le premier sujet... le premier sujet
que le lanceur d'alerte se pose. Et alors la
représaille, ça peut être compliqué, parce que la représaille, ça peut être
différé avec le temps. La
représaille, ça peut prendre différents... différents... différentes méthodes,
ce n'est pas forcément être renvoyé, licencié. Ça peut être être mis au placard, ça peut être ostracisé, ça peut être
muté contre votre volonté et éventuellement, aussi, avec des fausses promotions
qui ont pour but de vous éloigner ou, en tout cas, de vous faire lâcher ce que
vous voulez... ce que vous voulez faire et ce pour quoi vous travaillez.
Moi, j'ai toute une
série de choses et puis, en même temps, de pression psychologique. Parce qu'il
y a quand même... il y a une dimension humaine qui est... qui est... qui est
très forte dans le lanceur d'alerte. C'est une personne humaine seule face à une organisation qui est puissante, donc... donc
avec toutes les fragilités humaines que... que cela peut... cela peut présenter. Donc, je... Pour
répondre très franchement à votre question, oui, parce que je ne vois pas de
raison de traiter différemment un lanceur
d'alerte qui se trouve dans le secteur public ou dans le secteur privé parce
que ses problèmes vont être exactement les mêmes.
Mme Labrie : Parfait.
Bien, je vous remercie vraiment beaucoup de votre réponse très, très limpide.
Merci.
M. Seassaud
(Eric) : Mais je vous en prie.
Le Président (M.
Simard) : Alors, cher professeur, voilà qui met un terme à nos
échanges. À nouveau, merci d'avoir pris le
temps de vous joindre à nous, malgré le décalage qui vous imposait une présence
parmi nous tard en soirée pour vous. Ce fut fort intéressant. À nouveau, nous
avons appris beaucoup de choses. Et au plaisir de vous retrouver parmi
nous sous peu, je l'espère.
M. Seassaud
(Eric) : Bien, merci beaucoup, M. le Président.
Le Président (M.
Simard) : À très bientôt. Au revoir.
M. Seassaud (Eric) : Bonsoir,
mesdames. Bonsoir, messieurs. Au revoir.
Le Président (M.
Simard) : Bonsoir. Nous allons donc suspendre nos travaux quelques
instants afin de faire place à nos prochains invités.
(Suspension de la séance à 17 h 26)
(Reprise à 17 h 30)
Le Président (M. Simard) : Donc,
chers collègues, nous sommes en mesure de poursuivre nos travaux et nous avons
l'honneur de recevoir des représentants du Syndicat de la fonction publique et
parapublique du Québec. Messieurs, soyez les bienvenus. Auriez-vous d'abord
l'amabilité de vous présenter?
Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec
(SFPQ)
M. Daigle (Christian) : Bien sûr. Merci, M. le Président. Avec moi, j'ai
M. Louis-Joseph Saucier, qui est conseiller à la recherche au niveau du
SFPQ. Et moi-même, Christian Daigle, président général de l'organisation.
Le Président (M. Simard) : Alors,
vous êtes des habitués de nos travaux, vous savez que vous disposez de
10 minutes afin de faire votre présentation.
M. Daigle (Christian) : Merci. Alors, M. le Président, Mme la ministre, MM., Mmes
les députés, un lanceur d'alerte, c'est une
personne qui, sans en tirer bénéfice, signale des pratiques contraires à l'intérêt
public. Sans une législation adéquate,
les lanceurs d'alerte font courageusement leur signalement d'intérêt public au
risque de représailles personnelles.
Au SFPQ, on réclamait depuis fort longtemps et
sans cesse l'instauration d'un régime pour les lanceurs d'alerte. Comme
en 1992, on avait même organisé un forum public sur la question. Il y a eu
le projet de loi n° 87 et l'adoption,
en 2016, de la première loi sur les lanceurs d'alerte. Malgré certaines
lacunes, il y avait une avancée significative pour la divulgation et la
protection des lanceurs d'alerte.
Dans tout cadre légal spécifique aux lanceurs
d'alerte, on doit viser deux choses, tout d'abord, de faciliter la
divulgation des actes répréhensibles et d'établir un régime de protection contre
les représailles.
Pour le SFPQ, c'est à partir des éléments de
comparaison internationaux des meilleures pratiques législatives qu'on a évalué
le présent projet de loi, et on se doit de le faire à chaque fois.
Nos recommandations s'inspirent aussi du rapport
spécial déposé en décembre dernier par le Protecteur du citoyen, rapport qui
démontrait, pour les travailleurs et travailleuses du secteur public au Québec,
que les moyens de divulgation sont méconnus et qu'il y a encore beaucoup de
crainte de représailles. Vraiment, il faut améliorer notre régime et aussi
mieux le faire connaître.
Après les consultations de juin dernier sur le
bilan de la loi sur les lanceurs d'alerte, nous sommes heureux de pouvoir vous entretenir du projet de loi
n° 53. Notre mémoire est divisée en trois parties. Dans un premier
temps, ce sera sur la protection
contre les représailles, dans un second temps, sur la facilitation de la
divulgation et, dans un troisième temps, sur les perspectives de
révision périodique.
Tout d'abord, quant aux protections contre les
mesures de représailles. Pour simplifier, on va faire référence bien sûr à la loi sur les représailles ainsi que
la loi sur les divulgations plutôt que de prendre le nom au grand complet.
Comme c'est une institution qui possède une plus grande expertise que la CNESST
en matière de divulgation d'actes répréhensibles,
on recommande d'adopter la disposition prévue pour octroyer au Protecteur du citoyen la responsabilité unique de traiter les
plaintes à l'égard des représailles et celle d'offrir de la médiation.
Comme il est bien sûr absolument essentiel pour
nous de toujours pouvoir défendre nos membres à propos de leur travail, on
recommande évidemment d'adopter les dispositions pour reconduire le droit à la
représentation syndicale en cas de plainte pour représailles en matière
d'emploi ou de stage qui sont traitées par le Protecteur du citoyen et qui sont
soumises à la médiation ou soumises au Tribunal administratif du travail.
Ensuite, nous recommandons d'adopter la
disposition pour enchâsser la présomption simple en faveur de la personne
plaignante à même la loi sur les représailles. Certes, cela existait déjà avec
la pratique interdite ajoutée à la Loi sur les normes du travail, mais on
demandait, au niveau du SFPQ, que ce fardeau de preuve pour l'employeur soit
écrit en toutes lettres dans une loi sur les lanceurs d'alerte. Voilà qui sera
fait, et nous en sommes satisfaits.
On demandait aussi depuis des années, en lien,
d'ailleurs, avec le fardeau de la preuve pour les employeurs, que la loi sur
les lanceurs d'alerte prévoie des mesures de redressement provisoires pour les
personnes visées et qui se sont engagées
dans des procédures pour faire valoir leurs droits contre des représailles. Il
peut en effet être très difficile pour un lanceur d'alerte, entre autres
sur le plan financier, d'attendre l'issue de telles procédures. Actuellement,
le temps moyen pour entendre un grief pour
congédiement d'un travailleur ou d'une travailleuse dans notre organisation
est de plus de 18 mois. En plus, la
personne qui doit se défendre contre un congédiement disciplinaire n'est pas
admissible à l'assurance-emploi.
Nous sommes heureux de constater que le projet
de loi prévoit favoriser les mesures de redressement provisoire par des
ordonnances du Tribunal administratif du travail, comme ordonner à l'employeur
de verser à la personne salariée une indemnité pour perte d'emploi ou ordonner
le financement du soutien psychologique. Nous recommandons aussi d'adopter la
disposition qui va faire en sorte que la loi sur les représailles puisse donner
lieu à une sanction pénale, mais aussi donner lieu à une sanction
disciplinaire. Ces dispositions dans le projet de loi pour la protection contre les représailles... À ces dispositions,
excusez-moi, dans le projet de loi, nous ajoutons aussi une proposition de
disposition qu'on juge importante : mentionner explicitement dans la loi
que des mesures correctrices à l'égard des
victimes de représailles pourraient inclure le remboursement des frais
juridiques, des dommages-intérêts ainsi qu'à la demande du plaignant la
possibilité de mutation vers un poste équivalent.
Du côté maintenant de
la facilitation de la divulgation, dès l'entrée en vigueur de la loi sur les
lanceurs d'alerte, en 2017, le SFPQ a fait valoir, tant auprès de ses personnes
déléguées dirigeantes, notre structure syndicale, que de ses membres et auprès
de la coalition des syndicats de la fonction publique, qui sont nos partenaires
à travers l'ensemble des ministères et organismes, qu'il valait mieux éviter
une divulgation au responsable désigné à l'interne et que la seule voie à
privilégier de signalement envisageable était le Protecteur du citoyen. On
appuie donc ce qui est, selon nous, la principale
avancée de ce projet de loi, soit de consacrer au Protecteur du citoyen le
canal unique pour recevoir les
divulgations, et donc d'abolir la fonction de responsable du suivi des
divulgations au sein des organismes publics.
Nous sommes aussi
d'accord pour qu'en place et lieu du responsable de suivi des divulgations ce
soient des responsables de la gestion de
l'éthique et de l'intégrité qui soient désignés à l'interne dans les ministères
et organismes publics et qu'une de
leurs principales fonctions soit de renseigner les membres du personnel sur la
possibilité d'effectuer une divulgation et sur la protection contre les
représailles. En effet, ça ne nous avance pas à grand-chose d'avoir les
meilleures procédures pour la divulgation si les travailleuses et travailleurs
qui sont à même de dénoncer ou d'être des
lanceurs d'alerte ne connaissent pas les façons de lancer des alertes ou s'ils
ne savent pas qu'ils sont protégés contre des représailles, le cas
échéant.
Toujours dans le
versant de la... de faciliter la divulgation, nous proposons d'ajouter au
projet de loi une disposition qui serait ou qui amènerait la divulgation, qui
viendrait reconnaître pleinement le droit à la représentation syndicale dans le
cadre d'une divulgation. Les personnes syndiquées dans le secteur public
pourraient ainsi obtenir des conseils auprès
de son syndicat pas seulement en cas de représailles liées à une divulgation,
mais aussi pour connaître les
conditions selon lesquelles une divulgation d'acte répréhensible peut être
réalisée. Ces informations très concrètes seraient complémentaires aux
renseignements offerts au personnel par les responsables de la gestion de
l'éthique et de l'intégrité ou par le Protecteur du citoyen. Les organisations
syndicales pourraient plus facilement aider à prévenir les divulgations
fautives en expliquant à des membres sous quelles conditions une divulgation
est conforme à cette loi et qu'on peut... ou
ne peut pas être faite. Il se pourrait que le signalement qui était envisagé
par une travailleuse ou un travailleur syndiqué ne soit pas couvert par
cette loi, exemple, l'objet porte uniquement sur une condition de travail de la
personne, mais que son syndicat puisse tout de même soutenir sa requête via une
autre tribune. Proposer d'ajouter une disposition à la loi sur les divulgations
pour garantir pleinement le droit à la représentation syndicale dans le cadre
de toute procédure de divulgation est plus que demandé.
De
plus, un fait très intéressant et dans l'intérêt général de la population et
des personnes visées, la commission parlementaire qui avait étudié le
projet de loi n° 87 en 2016... tous les députés des partis d'opposition
étaient favorables à l'ajout d'une telle disposition, et c'est d'ailleurs un
député de la CAQ qui avait déposé une demande d'amendement en ce sens à
l'époque.
Maintenant, pour une
divulgation publique plus facile, la possibilité de faire des révélations
publiques d'information sur des pratiques contraires à l'intérêt public sont
garants de la démocratie. Partout dans le monde, les lois sur les lanceurs
d'alerte qui balisent la divulgation publique rendent ce canal moins
accessible, et, dans l'intérêt public... et l'intérêt public en souffre,
excusez-moi. C'est le cas au Québec également, avec la loi actuelle sur la
divulgation, où une divulgation publique est seulement autorisée si elle
satisfait conjointement aux cinq conditions connues. Ce jeu des cinq conditions
cumulatives est si restrictif qu'il n'y a jamais eu, à notre connaissance, la
moindre divulgation publique qui a pu être faite en vertu de cette loi. Ce
serait surprenant que ce soit un jour le cas, d'ailleurs. Il faut donner un peu
d'air à la possibilité de divulgation publique. On considère donc que la
divulgation, incluant une protection des sources journalistiques, devrait faire
l'objet d'une nouvelle disposition dans la loi.
S'inspirant
directement de la loi britannique, nous proposons qu'une divulgation publique
soit conforme si elle satisfait à l'une des trois conditions suivantes, soit le
fait d'avoir déjà effectué un signalement équivalent à l'interne, le fait d'avoir... que si l'objet de la préoccupation est
exceptionnellement grave ou s'il y a de bonnes raisons de croire que
l'information serait restée secrète ou aurait été détruite.
Enfin, notre
troisième volet porte sur l'amélioration pour la suite. Il faudrait prévoir
d'autres révisions législatives pour
améliorer notre régime au fil du temps. Comme ce qui était proposé sur le
rapport sur la mise en oeuvre de la loi sur la divulgation qui a été
déposé en mars 2020, le SFPQ propose donc d'inclure au présent projet de loi
une disposition pour établir une révision périodique de la loi sur la
divulgation et de la loi sur les représailles tous les cinq ans, avec un
rapport quinquennal déposé à l'Assemblée nationale.
En conclusion, ce
sont de nouvelles avancées pour notre régime sur les lanceurs d'alerte à la
fois pour faciliter la divulgation et pour mieux protéger les personnes visées
contre des représailles, dont plusieurs sont des dispositions que le SFPQ
réclamait depuis fort longtemps. Il y a encore place à amélioration si on ne
veut pas que des travailleuses et des travailleurs du secteur public qui sont
témoins d'actes contraires à l'intérêt public se taisent parce qu'ils connaissent... parce qu'ils ne
connaissent pas les voies de signalement ou les protections contre les
représailles, mais nous avons fait un pas dans la bonne direction avec le
présent projet de loi. Merci de votre attention.
• (17 h 40) •
Le Président (M.
Simard) : Merci à vous, M. Daigle. Mme la ministre.
Mme LeBel : Merci, M. le Président.
Merci, M. Daigle. Peut-être, je vais prendre connaissance de votre mémoire, il y a beaucoup de choses, et je vois
que... bon, en le parcourant rapidement, je vois qu'il y a des recommandations
que vous saluez, donc que vous proposez d'intégrer, il y
a des recommandations que vous considérez comme étant manquantes ou qui
mériteraient peut-être un ajustement. Donc, je vais prendre la peine, avec les
équipes, de tout regarder ça parce que c'est un document qui était très étoffé,
merci beaucoup, et je veux... je veux quand même lui rendre justice en prenant
la peine de le lire correctement, là, avant de faire quoi que ce soit.
Mais peut-être deux sujets rapidement. La
question... la notion de l'accompagnement par le syndicat, c'est une notion qui a été soulevée pas juste par vous,
naturellement, par certains de vos collègues dans d'autres syndicats, qui avait
été soulevée lors de la première... la précédente consultation où il y avait
peut-être une lacune d'accompagnement de la personne qui divulgue.
Maintenant,
on se propose de changer de paradigme, c'est-à-dire qu'on ne fait plus de
divulgation à l'intérieur des
organisations, à l'interne, donc, pour simplifier, on décide de sortir le
processus de divulgation, d'enquête à l'extérieur, vers le Protecteur du
citoyen. Ce à quoi vous agréez, d'ailleurs, comme la plupart des gens qui sont
venus témoigner. Et on se propose, dans le cadre du projet de loi, de permettre
et de demander au Protecteur du citoyen d'accompagner les personnes à travers
le processus, parce qu'on peut comprendre que de divulguer... une fois qu'on a
divulgué, quand on est laissé à nous-mêmes, ça peut être assez déstabilisant,
je vais le dire comme ça, et même d'accompagner
la personne devant les tribunaux compétents s'il y a représailles ou s'il y a
réparation à y avoir en matière de représailles.
Comment... À
partir du moment où il y a cette possibilité d'accompagnement là, comment vous
le positionnez, votre rôle? Puis je veux faire la différence entre les
relations de travail, qui sont clairement de votre ressort, et vous êtes
clairement l'interlocuteur privilégié en matière de relations de travail, qui
se font d'ailleurs toujours encore à l'interne, hein, cette relation de travail
là va se discuter avec l'employeur, donc à l'interne, et la divulgation
d'un acte répréhensible qui, maintenant, se fait à l'externe. Comment vous
positionnez votre accompagnement? À quel moment... Je prends un exemple. Je
suis membre de votre syndicat, mais je décide de ne pas faire affaire avec
vous, je vais directement au Protecteur du citoyen. Est-ce que... Comment vous
voyez ça? Je veux dire, est-ce que vous... c'est
par la demande de votre... du membre? Est-ce que vous le voyez comme un rôle
simplement conseil et d'information, après
ça, vous sortez? Est-ce que vous voulez l'accompagner auprès du protecteur?
Comment on voit le rôle de... Je veux juste voir un peu comment vous
vous articulez en matière d'actes répréhensibles, et non pas en matière de
relations de travail.
Je peux comprendre que, des fois, il peut y
avoir un mélange apparent des genres. À ce moment-là, bien, je... bien, quand
il y a mélange apparent des genres, vous êtes nécessairement interpelé, puis, à
un moment donné, bien, les chemins se sépareront, puis on fera la part des
choses, mais, quand c'est clairement, là, dans le cadre d'un acte
répréhensible, comment vous voulez articuler ça?
M. Daigle (Christian) : Bien, merci beaucoup pour la question. Juste un petit
aparté. Au début, vous avez dit que vous prendriez connaissance de notre
mémoire. Si jamais vous avez des questions supplémentaires, je vous invite ou
j'invite votre équipe à communiquer avec nous également pour en savoir un petit
peu plus ou pour mieux comprendre, peut-être, certains passages.
Maintenant, présentement, c'est déjà un peu ce
qu'on fait au niveau des relations de travail. Je vais faire un parallèle, si vous voulez. Il y a des gens qui
peuvent déposer un grief par eux-mêmes, sans faire affaire avec le syndicat.
Il y a des gens qui vont contester, au
niveau d'une lésion professionnelle, devant la CNESST, au niveau des accidents
de travail, maladies professionnelles, ils vont contester par eux-mêmes, à ce
moment-là, une décision qui leur serait défavorable.
Le syndicat est là pour accompagner, pour les gens qui le souhaitent, lorsqu'il
y a des situations, justement, qui posent problème, et même en amont
aussi.
Ce qu'on souhaite à travers ça, c'est qu'on
puisse, mettons, confirmer auprès de gens qu'ils sont dans la bonne direction
ou parfois même leur éviter peut-être des problèmes. Comme j'en ai fait mention
aussi, quelqu'un qui voudrait dénoncer un
dossier qui relèverait peut-être plus des relations de travail, qui serait
peut-être une condition de travail personnel par rapport à ça, mais qui
ferait fausse route en prenant la voix des lanceurs d'alerte... Dans un premier
temps, on pense que d'avoir une bonne information pour l'ensemble du personnel
visé va être un bon pas dans la direction, mais le syndicat pourrait apporter
une plus-value à ça, où est-ce qu'on pourrait être de bon conseil pour les gens qui viendraient nous voir, sur le
fait de dire : Est ce que c'est vraiment... tu vas devenir un lanceur
d'alerte en faisant ça? Parce qu'il y en a qui vont se prendre pour,
justement, quelqu'un qui va... qui va renverser la machine ou qui va changer
les choses au niveau de la société, alors que, dans les faits, c'est une
condition qui est tout à fait personnelle et qui n'est pas d'intérêt public à
ce niveau-là, qui ne met pas... qui n'a pas l'intérêt d'aller voir un lanceur d'alerte. Donc, ça, on pourrait, nous,
déjà en partant, orienter la personne vers le bon canal de confirmation ou
le bon canal de communication via ça.
Après, d'accompagner la personne sur la suite
des choses devant ou avec le protecteur et ainsi que dans le processus, on pourrait également, par la suite...
Parce que la personne, une fois qu'elle a dénoncé, peut penser qu'elle a la
légitimité de faire ce qu'elle veut avec l'information qu'elle a dénoncée, ce
qui n'est pas le cas. Alors, il serait très important qu'on puisse
accompagner la personne et lui donner de bons conseils sur la suite des choses.
Maintenant, est-ce qu'elle va suivre ces conseils-là
ou pas? Mais nous, au moins, on aura pu faire notre accompagnement, de fait et
cause, pour, justement, qu'elle soit avec les bonnes informations sur la suite
à adopter ou pas dans les circonstances.
Mme LeBel : La première étape que
vous mentionnez, c'est-à-dire... je vais l'appeler l'étape du triage, c'est
peut-être réducteur, mais l'étape du triage, c'est-à-dire un membre de votre
syndicat ou un de vos membres va vous voir
de bonne foi avec une situation qu'il pense être une relation de travail ou
qu'il n'a pas qualifiée dans sa tête mais, spontanément,
se retourne vers le syndicat, je pense qu'il n'y a rien qui l'empêche, au
moment où on se parle, pour vous, de le
diriger vers la bonne entité, de lui dire : Bien, dans ce cas-ci, ce n'est
pas une relation de travail, ça ressort... et dirige-toi, si tu le
désires, vers le lanceur d'alerte et lui expliquer les protections. Je pense
qu'il n'y a rien qui l'empêche dans ce cadre-ci. À partir du moment où c'est
fait, il bénéficie de toute la protection, de l'encadrement du Protecteur du citoyen. Je vais faire une nuance
avec un grief. Quand on parle de grief dans le cadre des relations de travail,
dans le cadre des conventions collectives, on peut faire le choix de ne pas...
de faire le grief nous-mêmes sans passer par
le syndicat, mais on ne peut pas faire le choix d'être représenté par un autre
avocat que notre syndicat, le syndicat est le représentant unique.
Dans le cas des lanceurs d'alerte, quelqu'un
pourrait choisir de faire sa divulgation et, par la suite, s'il y a des choses, de se prendre un propre avocat. Je veux
dire, comment vous concevez votre rôle à ce moment-là dans tout ça? On
est... Parce que... En matière de relations de travail, là, pour moi, c'est
clair, là, je n'ai même pas de problème avec
le fait que vous soyez là, je veux dire, pour moi, c'est sans équivoque. C'est
peut-être plus délicat quand on parle de
la protection. Et je ne présume pas que vous allez... que vous allez divulguer.
Ne lisez pas de mauvaises intentions de ma part, mais on est dans un
processus où on nous demande d'être très discrets. Le Protecteur du citoyen ne
le recommande pas, d'impliquer les syndicats
à ce niveau-là. Et, naturellement, on ne peut pas empêcher, comme je vous dis,
la première ligne. Donc, vous avez quand même un rôle d'orientation à faire,
mais ce n'est pas recommandé.
Donc, pour
moi, j'essayais de comprendre un peu, dans le nouveau système que l'on propose,
comment on peut articuler cet accompagnement-là alors que le Protecteur
du citoyen peut être apte à fournir cet accompagnement-là. Et on ne pourra
jamais empêcher quelqu'un, de toute façon, de se tourner vers son syndicat. Ce
n'est pas interdit.
M. Daigle (Christian) : Effectivement, le Protecteur du citoyen a certainement les
compétences pour bien accompagner la personne. Je pense que le syndicat peut
être complémentaire à ce niveau-là et peut aider la personne à cheminer. Parce que les personnes qui vont
vouloir, justement, être lanceurs d'alerte ou dénoncer une situation qui se
produit n'ont pas une connaissance fine de l'appareil. Donc, nous aurions, à ce
moment-là, une aide supplémentaire à apporter à cette personne-là pour qu'elle
se dirige bien, quitte à ce qu'après ça elle veuille aller vers le Protecteur
du citoyen pour unique référence ou pour le
suivi également. Mais je sens que mon collègue voudrait également intervenir,
ça fait que je vais lui céder la parole pour le reste de la réponse.
M. Saucier (Louis-Joseph) : Merci.
En complément, on peut s'imaginer le cas où, par exemple, il y aurait un de nos membres qui se poserait la question, à
savoir si c'était possible ou envisageable de faire aussi une divulgation
publique, peut-être qu'on aura l'occasion de parler aussi de ce versant-là, là.
Mais il reste que, si cette personne-là, un de nos membres, est en train de se
poser cette question-là, à savoir si cette personne pourrait faire une
divulgation auprès du Protecteur du citoyen ou, encore, en vertu du fameux
article 7, bien, voilà aussi un cas où il serait fort à propos que le
syndicat puisse lui conseiller quelles sont les modalités de divulgation, entre
autres, de part et d'autre.
Mme LeBel : Rien ne semble
l'interdire à prime abord, et c'est pour ça que, d'entrée de jeu, je disais, je
comprends que, spontanément, quelqu'un de la fonction publique, son
interlocuteur approprié, habituellement, quand il y a des griefs, des conflits ou quoi que ce soit, c'est son syndicat,
on se comprend, là. Donc spontanément, quelqu'un pourrait se poser
toutes sortes de questions, ne même pas être sûr que c'est un acte
répréhensible, ne pas être sûr du canal,
donc je ne peux pas empêcher quelqu'un d'aller vous voir en première ligne, je
vais le dire comme ça, et de vous donner cette capacité. Donc, vous avez
cette capacité-là, d'orienter et de conseiller judicieusement. Et je comprends
très bien que vous ne conseillerez pas vos membres de ne pas suivre le
processus légal ou le processus mis en place pour lui assurer le bénéfice de la
protection qui vient avec ça. Mais rien ne l'empêche au moment où on se parle,
là.
• (17 h 50) •
M. Daigle (Christian) : Mais, comme vous venez de le dire, spontanément, lorsqu'on
parle de relations de travail, tous les travailleurs savent qu'ils vont se
virer vers le syndicat. Lorsqu'on va parler de la loi puis quelqu'un va
regarder la loi en disant : Je serais-tu en train de devenir un lanceur
d'alerte si je m'en vais vers le Protecteur du citoyen et je dénonce ça ou je
veux faire quelque chose, quand il va regarder le projet de loi ou la loi qui
va en découler, il ne va pas voir le rôle du
syndicat nécessairement à travers ça. Donc, de le mentionner viendrait
dire : Oui, ton syndicat peut t'accompagner et t'aider là-dedans,
alors que c'est sûr et certain qu'on le fait dans le cas des relations de
travail, dans le cas d'application de conventions collectives, cette fois-ci,
en le mentionnant dans le projet de loi, on
aurait à ce moment-là voix au chapitre en disant : Les gens peuvent se
référer au syndicat, ce qui n'est pas nécessairement le cas lors d'un
lanceur d'alerte. Parce que la personne qui veut dénoncer une situation, elle
va dire : Bien, ce n'est pas ma
convention collective qui prévoit ça, c'est la loi sur les lanceurs d'alerte,
puis mon syndicat ne semble pas être écrit à travers ça. Donc, on... en
l'écrivant, nous aurions une voix pour justement qu'elle se dirige vers
nous, si elle le souhaite.
Mme LeBel : Je comprends. Revenons à
la recommandation n° 14, justement, celle qui parle
de l'article 7 de la loi actuelle, sur
la possibilité de faire une divulgation publique qui est encadrée par
l'article... voyons, 7 présentement. Vous
faites référence... C'est peut-être un peu pour comprendre, là. Et merci, parce
que vous avez fait une proposition qui était très détaillée sur la façon
de revoir l'article 7 ou d'encadrer, et non pas juste demander, là,
d'ouvrir, donc ça nous permet d'avoir une discussion peut-être un peu plus
détaillée.
Mais, bon,
vous mentionnez les quatre critères qui se retrouvent au Royaume-Uni. Vous
dites que, naturellement, vous
laissez tomber un des critères, qui est celui de... en matière de représailles,
parce que vous considérez effectivement que lié à
la crainte des représailles... parce qu'on considère que le régime de
protection contre les représailles est justement par rapport à ça. Et il y a
même... Naturellement, on veut empêcher les représailles, mais on a aussi une solution, si, le cas advenant, il y en a, parce
qu'il faut toujours prévoir, malheureusement, les cas de figure où il pourrait
y avoir des représailles, et d'avoir des
réparations adéquates, et d'ouvrir sur ces réparations. Mais vous dites que
vous retenez trois des conditions. Le
fait d'avoir déjà effectué un signalement équivalent à l'interne, alors qu'on
sort complètement le processus de
l'interne pour l'envoyer à l'externe, alors comment on articule ça dans la
nouvelle... la nouvelle proposition qui est faite par le projet de loi
n° 53?
M. Daigle (Christian) : Bien, il faudrait juste adapter le texte à ce moment-là. Je
veux dire, le but d'avoir ces trois
articles-là est de ne pas avoir les cinq autres, qui sont cumulatives, mais
d'avoir au moins une de ces trois-là. Le fait d'avoir... On a peut-être
transposé directement ou trop directement le texte qu'il y avait de la loi
britannique qui est en vigueur depuis 1998,
mais il faudrait peut-être juste l'adapter en disant : d'avoir fait une
dénonciation, quand on prend à l'interne, ce serait au Protecteur du
citoyen. C'est de même qu'il faut le comprendre parce que c'est à travers le
processus de dénonciation pour les lanceurs d'alerte qu'on se doit. Donc, si on
prend le mot «interne», ce n'est pas interne ministériellement, mais c'est
interne par rapport à la loi qui est déjà en place. Donc, de faire...
Protecteur du citoyen, donc, on peut adapter les termes, si vous le souhaitez,
mais, pour nous, ça serait conforme à ce moment-là.
Mme
LeBel : OK. Bien, je vais aller un peu plus loin, parce
que, naturellement, je comprenais que probablement il fallait l'adapter,
mais mon intervention est peut-être un petit peu plus pointue que ça, en
voulant dire, bien, OK, mais est-ce que le seul fait d'avoir divulgué au
Protecteur du citoyen me permet d'aller publiquement par la suite? Je veux dire, est-ce que... À quel moment je... Parce
que là, la façon dont c'est libellé... Puis je veux juste... c'est vraiment
pour bien comprendre, OK? Parce que moi, je considère que, si l'objet de la
préoccupation est exceptionnellement grave,
là, c'est grosso modo ce qui est déjà prévu par l'article 7, bon, donc,
parce qu'on parle de situation grave, d'urgence, de santé, d'urgence. On
pourrait traduire que c'est, grosso modo, l'article 7 actuel.
Mais je vais prendre le fait d'avoir déjà
effectué un signalement équivalent à l'interne, lisons Protecteur du citoyen,
et à partir du moment de quand c'est déclenché, ma possibilité d'aller au
public? J'ai fait un signalement au Protecteur du citoyen, et là je suis
libérée d'aller dans le public? Je dois attendre qu'elle soit traitée? Je
dois... Il ne doit pas y avoir de traitement du Protecteur du citoyen, il ne
doit pas y avoir un traitement à ma satisfaction? Vous allez jusqu'où pour
l'encadrer? Parce qu'on doit quand même donner l'occasion au Protecteur du
citoyen de faire son enquête. Et il
pourrait, à bon droit, le Protecteur du citoyen, décider que le signalement,
bien qu'il soit fait en apparence de bonne foi, là, je ne mets pas en
doute le signalement, mais qu'il n'est pas avéré, bien, à ce moment-là,
conclure que, bien, ça se termine là,
l'enquête, est-ce qu'à ce moment-là... Donc, quel est le déclencheur plus
précisément de cette première recommandation ou ce premier critère,
selon vous?
M. Daigle (Christian) : Bien, chaque cas est un cas d'espèce, puis de vouloir
généraliser, ici aujourd'hui, l'ensemble des cas selon une procédure, on
dirait : Bien, ça prendrait trois mois, quatre mois, six mois avant de
pouvoir faire quelque chose, je pense que ce serait d'encarcaner un petit peu
les choses, selon des choses... des évaluations qui doivent être faites, je
pense, cas par cas. Est-ce que... Puis, là encore, moi non plus, je ne veux pas
dire qu'il peut y avoir un trafic d'influence ou quoi que ce soit, mais les
possibilités sont là. Les humains sont les humains. Est-ce que le Protecteur du
citoyen qui tasserait une demande en disant : Non, ce n'est pas... est-ce
qu'il n'y aura pas eu quelque chose qui se serait passé pour permettre ça? Ou
quelqu'un qui aurait un intérêt individuel à travers ça aurait mis de côté
quelque chose qu'il aurait fallu dénoncer? Peut-être qu'il y a des choses à
regarder à ce niveau-là. Puis je ne veux pas
présumer de quoi que ce soit. On pense que le Protecteur du citoyen est le
canal privilégié à utiliser.
Maintenant, si les choses ne vont pas assez
vite, puis qu'il y a un intérêt public à travers ça, puis il y a une situation
particulière, bien, peut-être qu'il y a un autre moyen de pouvoir dénoncer les
situations également aussi. La difficulté que nous souhaitons tout d'abord
adresser, c'est les cinq critères cumulatifs, présentement, que nous retrouvons dans la loi, qui ne permettent pas ça.
Si on peut modifier ça, quitte à revoir le tout — puis on est tout à fait disponibles pour
discuter de la situation — on
pense qu'on pourrait améliorer les choses et être plus facilitants.
Mme LeBel : OK, donc je vais
peut-être paraphraser, pour être sûre que je vous comprends bien, parce que je
ne veux pas déduire de vos propos. Dans le fond, c'est une proposition que vous
faites de revoir, mais, à la base, revenons à la base, vous trouvez que
l'article 7, dans ses critères cumulatifs, est beaucoup trop restrictif.
Il faudrait peut-être songer à élargir un peu la possibilité d'aller vers la
divulgation publique. Mais êtes-vous d'accord que cette divulgation publique
doit, dans tous les cas de figure, demeurer une solution de dernier recours et
qu'on doit privilégier la divulgation à travers le mécanisme prévu, en
l'occurrence, s'il est adopté, le Protecteur du citoyen? Parce qu'on ne peut
pas laisser à la personne qui divulgue le jugement de valeur de dire :
Bien, moi, je ne suis pas satisfait du traitement que le Protecteur du citoyen
a donné à ma plainte, je considère que, même si le Protecteur du citoyen a fait
une enquête puis décide qu'il n'y a pas d'avération, bien là moi, je m'excuse,
mais je suis en appel du Protecteur du citoyen moi-même et je décide que,
bien...
J'y vais toujours... C'est toujours dans les cas
extrêmes, hein, qu'on se comprend. Donc, je suis divulgateur, le Protecteur du citoyen a fait une enquête en
bonne et due forme, il décide, de façon appropriée, qu'il n'y a pas d'acte
répréhensible, ferme l'enquête, comme des
milliers d'enquêtes se ferment, même au niveau criminel, avec les policiers, mais moi, là, je décide que je ne suis pas satisfaite de ça
puis je divulgue quand même, malgré qu'il y a eu une enquête en bonne et
due forme, malgré tout. C'est là que je voulais voir, un peu, votre niveau de
confort.
Mais
je reviens à la base. Ce que vous nous dites, dans le fond, c'est : Les
critères cumulatifs, c'est quand même trop restrictif, il faudrait
songer peut-être à élargir un peu plus les possibilités. C'est ce que je
comprends?
M.
Daigle (Christian) : Tout à fait.
Mme LeBel : Parfait.
Merci.
Le Président (M. Simard) : Très
bien, merci. Je cède maintenant la parole à notre collègue de D'Arcy-McGee.
Mme Prass : Merci, M. le Président. Merci de votre mémoire et
de votre présence. Parmi vos recommandations, dans la recommandation 6, vous recommandez que les représailles
peuvent donner lieu à une sanction pénale et établir qu'elles peuvent
aussi donner lieu à une sanction disciplinaire. Comme vous le savez, quand le
Protecteur du citoyen sort un rapport ou des recommandations pour un ministère,
une entité gouvernementale, il y a un certain mécanisme de suivi pour s'assurer que les recommandations ont été prises en
considération, ont été mises en place. Comme... Et là vous mentionnez une
sanction disciplinaire, est-ce que vous ne pensez pas, justement, dans le cadre
des divulgueurs, que, suite à
l'enquête du Protecteur du citoyen, qui va faire des recommandations pour
s'assurer... bien, pour essayer... en espérant que la situation ne se
répète pas, qu'il ne devrait pas y avoir un mécanisme, justement, de suivi,
pour s'assurer que le travail qui a été fait va être mis en place pour essayer
d'éviter, dans le futur, que ça se reproduise?
M.
Daigle (Christian) : Effectivement, ça
devrait être quelque chose qu'on pourrait ajouter, à ce moment-là, pour s'assurer que le suivi est bien, que
l'accompagnement a été fait puis que les recommandations ont été bien suivies,
à ce moment-là, aussi. C'est tout à fait légitime de vouloir faire ça.
Puis ça va un peu
dans le sens, ce qu'on a demandé, qu'à tous les cinq ans il y ait un rapport
qui soit fait puis qu'il y ait une réévaluation qui puisse être faite à ce
moment-là, ce qui nous permettrait, si les suivis sont faits par le Protecteur
du citoyen sur les mesures qui ont été soumises pour rectifier la situation,
qu'on puisse également faire un bilan de
qu'est-ce qui s'est fait. Est-ce que le Protecteur du citoyen, à ce moment-là,
sous un couvert de recommandations, ou
de consultations, ou de quoi que ce soit, mais qu'il n'a pas un pouvoir
coercitif à travers le processus, on ne pourrait pas changer la donne,
peut-être, dans cinq ans, suivant le fait que, mettons, les choses ne se sont
jamais corrigées, mettons, ou elles se sont
corrigées, mais pas au niveau qui aurait été espéré par le Protecteur du
citoyen? Donc, d'avoir ce bilan-là qui soit fait périodiquement pourrait
certainement aider aussi à travers ça.
Mme Prass :
Et là vous avez... entres autres, vous avez salué, par exemple, le nouvel
élément de la médiation qui va être offert par le Protecteur du citoyen. On a
entendu, juste avant vous, un spécialiste, en Europe, qui nous parlait un petit peu des mesures, des modalités de la loi
européenne. Il parlait, entre autres, par exemple, il y a un accompagnement ou l'offre d'un accompagnement
psychologique, parce qu'on comprend que ça prend... Premièrement, de se
retrouver dans une situation où on se met dans la place où on doit divulguer
une certaine information, ce n'est pas
évident par la suite, le stress, ce qu'on peut vivre au travail, etc. Donc,
est-ce que vous pensez justement que ça serait un élément
d'accompagnement qui devrait être offert également?
• (18 heures) •
M. Daigle (Christian) : Oui, tout à fait. On a d'ailleurs demandé, justement, certaines mesures
d'accompagnement qui pouvaient se
faire, comme le remboursement de certains frais également aussi, donc toute
mesure d'accompagnement supplémentaire. Parce qu'on comprend que les
gens qui souhaitent dénoncer ne souhaitent pas être visés par la suite par des
représailles, ne souhaitent pas non plus avoir l'attention sur elles. Ce n'est
pas dans le but visé d'obtenir de l'attention que ces personnes le font, c'est
dans le but de pouvoir protéger la population, de vouloir dénoncer des
situations qui ne devraient pas se produire. Donc, une fois que la dénonciation
est faite, si elles pouvaient rester anonymes, ces personnes-là, et ne plus
avoir à être dans le collimateur ou être sous les projecteurs, tout dépendant
de la situation, c'est tout à fait... ce serait louable, mais ce n'est pas ce
qui se passe. Quand je me présente comme président général du syndicat, je
m'attends à être sous les projecteurs, je m'attends d'être visé par des
journalistes, par des situations, par... de
me faire interpeler également aussi. C'est mon rôle, en tant que président du
syndicat, de jouer dans cette
game-là. Mais, pour un lanceur d'alerte, ce n'est pas le cas. Donc, d'avoir
toutes mesures d'accompagnement et de soutien, c'est nécessaire à ce
niveau là.
Mme Prass : Parfait.
Également, vous avez parlé du rôle du syndicat en accompagnant la personne. Là,
on parle de... vous pouvez aller... une
personne, un employé peut venir vous... un membre du syndicat peut venir vous
voir pour vous demander votre
opinion, etc. Mais j'imagine que vous voudriez que le syndicat puisse
intervenir à n'importe quel moment, que la personne fasse appel à vous.
Donc, même si c'est suite à leurs... ils ont commencé avec le Protecteur du citoyen, que, par exemple, s'ils
veulent venir vous voir par la suite pour demander un accompagnement juridique, par exemple, que vous devriez être
capable justement à n'importe quel moment dans le processus, quand la personne... quand le membre de syndicat vient vous
voir, vous devez avoir l'habilité de leur offrir un accompagnement, une
intervention, quoi que ce soit.
M. Daigle (Christian) : Effectivement. Ce qu'on veut, c'est servir pour protéger
les gens afin d'éviter toute mesure négative envers eux, suivant la
dénonciation qui a été effectuée. Donc, de ce côté-là, oui, on souhaite pouvoir
le faire. On souhaite pouvoir être mentionné à quelque
part pour que les gens puissent se référer à nous. Je vais faire un parallèle
un petit peu avec les accidents de travail et maladies professionnelles.
Lorsque des gens contestent des situations, souvent, lorsqu'elles sont
refusées, ils vont venir nous voir, et après on les accompagne lors de la
révision. Et on a un très bon taux de succès, lorsqu'on va en révision,
justement parce qu'on peut les accompagner. Puis je sens que mon collègue va en
ajouter un petit peu, si vous le permettez. Il a quelques informations à
ajouter.
M. Saucier (Louis-Joseph) : Oui. En
complément d'information, c'est d'ailleurs ce que la loi fédérale permet dans
son libellé, qu'il puisse y avoir un accompagnement de toute partie, là, dans
le cadre de toute la durée du processus. Vous pourrez voir en note de bas de
page, dans notre mémoire, là, la référence à l'article en question. Parce
qu'autant c'est prévu dans le versant Protection contre les représailles,
nommément dans ce projet de loi ci, qu'autant au moment d'un accompagnement
tout à fait initial, oui, on peut le faire, mais il serait bien aussi qu'il
puisse avoir ce droit de représentation syndicale au moment de la divulgation,
même aussi auprès du Protecteur du citoyen, comme ça a d'ailleurs déjà été le
cas. Et ça peut permettre d'ailleurs, comme des organisations qui recensent de
façon internationale les meilleures pratiques le disent aussi, parce que, sans
surprise, si on est au fait, comme organisation syndicale, précisément du cas
de divulgation, si la personne le souhaite, bien, ça pourrait nous permettre de
pouvoir relever de façon très subtile les représailles qui pourraient avoir
lieu, parce qu'évidemment ça ne sera jamais fait de façon affichée.
Mme Prass : Et, justement, il y a un
autre groupe syndical qui est venu nous voir, qui a témoigné tantôt, et eux,
ils ont soulevé toute la question de... parce qu'on mentionne dans le projet de
loi que la confidentialité peut être suspendue pour des avocats, justement, qui
vont représenter le lanceur d'alerte. Et donc... mais il y avait la question de
comment est-ce qu'on désigne qui peut avoir accès à cette disposition, si vous
voulez. Donc, j'imagine, dans le cas où la personne peut être représentée par
un avocat fourni par le syndicat, puis il faudrait préciser justement que cette
personne-là également puisse avoir accès, justement, aux informations, donc la
levée de la confidentialité.
M. Daigle (Christian) : Bien, de notre côté, à partir du moment où est-ce qu'on va
le permettre, c'est sûr et certain qu'on va avoir un processus de notre côté
aussi. Ce n'est pas comme un grief où chaque délégué, les
1 800 délégués peuvent accompagner un membre pour déposer un grief.
Ils ont un processus très précis. Puis on comprend que les lanceurs d'alerte,
ça ne sera pas à chaque semaine puis à chaque jour non plus. Il y a donc
certains moments dans l'année. Puis on aura
des personnes qui seront identifiées et qui seront formées pour bien accompagner
la personne et qui seront également aussi, au niveau de la confidentialité, qui
seront tenues au secret par rapport à ça. Nous avons un contentieux à
l'interne. Ce n'est pas tous les syndicats qui en ont un nécessairement, mais
il y aura une personne d'identifiée ou de
préidentifiée qui pourrait, à ce moment-là, connaître les faits étonnants de la
situation pour bien accompagner le membre.
Mme Prass : Et vous mentionnez
également... excusez-moi, je veux juste revenir à votre... C'est ça, vous
mentionnez également que... bien, vous recommandez que le Protecteur du citoyen
devrait sensibiliser le public à la possibilité de divulguer un acte. Comment
est-ce que vous voyez... comment est-ce que vous entrevoyez cet... pour aller rejoindre le monde? Est-ce que c'est quelque
chose qui va se faire uniquement dans les entités où la loi s'applique?
Est-ce que c'est quelque chose qui va se faire au niveau du grand public?
Comment est-ce que vous envisagez cette campagne de sensibilisation, disons?
M. Daigle (Christian) : Bien, dans un premier temps, ce qui est... ce qui serait
nécessaire de faire, c'est de le faire connaître aux employés qui sont visés ou
qui peuvent être visés par ça. Déjà, depuis l'adoption qu'il y a eu du premier
projet de loi, il y a eu très peu d'informations qui ont été données au niveau
des employés. Donc, on pense qu'il y a déjà
une mesure de correction qui doit être appliquée dans les ministères,
organismes, dans un premier temps, pour s'assurer que l'ensemble des
personnes soient au fait de la situation, soient au fait de la nouvelle loi et
des implications de celle-ci et des possibilités qu'apporte cette nouvelle loi
là.
Maintenant, pour la suite des choses, comment le
faire connaître au niveau du grand public? Plusieurs façons peuvent être mises en place. Il y a des campagnes
de sensibilisation qui pourraient être mises en place. Il y a différents processus
qu'on pourrait utiliser. Et, même nous, comme organisation syndicale, à partir
du moment où est-ce qu'on nous demande de collaborer et qu'on... peut accompagner
la personne, on peut également faire valoir, auprès de la population, auprès du
public également, cette possibilité-là, donc, d'amener des connaissances pour
l'intérêt général.
Mme Prass : Puis est-ce que ça
serait une idée, par exemple, quand il y a une nouvelle personne qui est embauchée, puis là passe par tout le processus des
ressources humaines, que les ressources humaines aient une obligation
justement de leur faire part de cette réalité, pour que, quand ils entament
leur nouvel emploi, ils savent qu'il y a une protection, si vous voulez, qu'ils
puissent... puissent être lanceurs d'alerte si... le cas échéant?
M. Daigle (Christian) : Bien, c'est une façon de le faire, parce que, lorsqu'une
personne rentre en poste, elle a différentes directives à lire, elle a
différentes informations à acquérir. Donc, elle doit faire ses lectures. Mais
on ne pense pas qu'une personne qui entre en poste, dès la première semaine,
pourrait devenir un lanceur d'alerte, à moins que
ce soit quelque chose de vraiment très exceptionnel, mais il pourrait y avoir
des formations périodiques qui pourraient se faire. À tous les trois
mois, mettons, les employés qui ont été embauchés à travers les trois derniers
mois auraient une formation de groupe. Ça ne serait pas
une formation individuelle, mais ce serait une formation de groupe, ce qui
permettrait de limiter le recours à des personnes pour chaque personne qui
arrive.
Donc, on pourrait regrouper ces gens-là à tous
les trois mois ou, dès qu'on a un groupe de 20 personnes, à ce moment-là,
à travers différents ministères, on pourrait les former en conséquence aussi.
Mme Prass : Parfait. Et ma dernière
question, on parle de la création d'un guichet unique avec le Protecteur du citoyen, mais le ministère de la Famille est
toujours à part dans le processus. Ne pensez-vous pas que, justement, pour
que ce soit vraiment un guichet unique, il
faudrait que le Protecteur du citoyen ait la responsabilité de tous les
ministères, si vous voulez?
M. Daigle (Christian) : Bien, on pense qu'effectivement le guichet unique est la
meilleure solution. Et ça va éviter également les... la dichotomie à travers
l'information qui est donnée. On parlait tantôt de donner l'information au
niveau des employés. Quelqu'un qui travaille au ministère, mettons, des
Transports, au tout début, qui aurait eu l'information, que voici le guichet
unique, puis il s'en va par la suite... qui fait une mutation puis qui s'en va
vers le ministère de la Famille, mettons, là
ce n'est plus la même procédure, est-ce qu'on doit, à ce moment-là, donner une
nouvelle formation ou quoi que ce
soit? On pense qu'un guichet unique, avec une formation unique puis l'information
transmise conformément à ça, serait la meilleure solution.
Mme Prass : Parfait. Merci beaucoup.
M. Daigle (Christian) : Merci.
Le Président (M. Simard) : Mme la
députée de Sherbrooke.
Mme
Labrie : Merci, M. le Président. Je vais poser une question
qui est peut-être un petit peu champ gauche, qui ne fait pas partie de
votre mémoire. Mais, tout à l'heure dans votre présentation, vous avez
mentionné les délais de traitement de grief qui sont passablement longs. Puis
je suis allée vérifier dans le projet de loi puis, à moins que ça m'ait
échappé, parce qu'on fait plusieurs choses en même temps, je n'ai pas vu de
délai de traitement pour les plaintes de
représailles. Au Protecteur du citoyen, il y a un délai pour déposer cette plainte-là,
mais pas pour le traitement. Je me demande si vous... si vous trouveriez
ça approprié qu'on inscrive dans la loi, là, les délais pour... des délais
maximaux de traitement pour ces plaintes-là.
M. Daigle (Christian) : Ça peut être tendancieux un petit peu. On penserait à prime
abord que ce serait bon d'avoir un délai de traitement. Quand on vous mentionne
le délai de traitement de 18 mois pour un grief, ce n'est pas un délai qui est nécessaire. Le grief, on peut le
traiter en dedans de deux mois, trois mois, on peut le traiter très rapidement.
Le fait que, présentement, il y a beaucoup
de dossiers à traiter, donc, des fois, il y a peu d'arbitres de disponibles
également avec des dates d'arbitrage,
qui fait qu'on étire le dossier, malheureusement, pour les personnes
concernées. Le fait de mettre un délai de traitement...
Mme Labrie : Mais je ne vous parle
pas pour vos griefs, là, je parle pour...
• (18 h 10) •
M.
Daigle (Christian) : Non non, non, je sais, mais, pour le Protecteur du
citoyen, quand je reviens, mettons, aux plaintes de représailles qu'il
pourrait y avoir, de mettre un délai, ça veut dire : Qu'est-ce qui va se
passer au-delà du délai? Est-ce que ça veut dire que les... tu sais, la plainte
tombe ou est-ce qu'on fait droit à la plainte? Parce que, si c'est ça, on va devenir un petit peu dans le
jeu de dire : Bien, la personne ou la partie qui va avoir un intérêt à...
va laisser traîner le dossier impunément à ce moment-là. Moi, je pense
qu'on se doit de traiter les plaintes dans les meilleurs délais possible s'il y
avait des mesures de représailles de prises contre une personne. Et, à la
longue, comme on demande également une révision périodique de la situation, de
voir le nombre de plaintes qu'il pourrait y avoir et de voir, à ce moment-là
s'il y a vraiment trop de situations et si le délai devient trop long à ce
moment-là, de pouvoir le corriger par différentes mesures.
Mais, à prime abord, on pense que, dans la
situation qu'on parle avec les lanceurs d'alerte, c'est quelque chose qui est
vraiment très sensible, qu'on peut traiter ça très rapidement au niveau du
Protecteur du citoyen.
Mme Labrie : OK. Donc, vous ne
sentez pas le besoin qu'on inscrive ça, mais ça pourrait être quelque chose qui
est révisé, là, si on inclut dans la loi, justement, un mécanisme périodique de
révision.
M. Daigle (Christian) : Tout à fait.
Mme Labrie : Parfait. Bien, ça
répond...
M. Daigle (Christian) : On laisse la chance au coureur, mettons.
Mme
Labrie : Je comprends. Ça répond très bien à ma question.
Je ne sais pas si... Beaucoup de sujets ont été abordés déjà. Je ne sais
pas si vous souhaitiez ajouter quelque chose, sinon moi, j'aurais terminé.
M. Daigle
(Christian) : Bien, comme on l'a dit, tout
travail est perfectible, donc c'est un bon pas dans la direction qu'on voulait
prendre. Parce que, dans le passé, nous avons émis bon nombre de
recommandations qui n'ont pas été reconnues
ou qui n'ont pas été retenues à travers les anciens projets de loi ou le premier
projet de loi qui a été déposé en la
matière. On est contents que, cette fois-ci, notre voix a été entendue, même si
c'était la volonté également du
gouvernement de le faire, et on espère que ce que nous apportons aujourd'hui
pourrait s'appliquer dès maintenant et ne pas attendre une prochaine
révision de la loi avant d'être applicable.
Mme Labrie : Parfait. Avez-vous
quelque chose à dire aussi? Non? Bien, je vous remercie.
M. Saucier (Louis-Joseph) : Je suis
d'accord avec le président général.
Mme Labrie : Bien, je vous remercie.
M. Daigle (Christian) :
Merci.
Le Président (M. Simard) : MM. Daigle
et Saucier, du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec,
merci de votre présence parmi nous.
Sur ce, nous
avons terminé nos échanges pour aujourd'hui. Nous allons donc ajourner, et on
se retrouve demain, après les affaires courantes. Au revoir.
(Fin de la séance à 18 h 12)