To use the Calendar, Javascript must be activated in your browser.
For more information

Home > Parliamentary Proceedings > Committee Proceedings > Journal des débats (Hansard) of the Committee on Public Finance

Advanced search in the Parliamentary Proceedings section

Start date must precede end date.

Skip Navigation LinksJournal des débats (Hansard) of the Committee on Public Finance

Version préliminaire

43rd Legislature, 3rd Session
(début : May 5, 2026)

Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.

Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions

Friday, June 5, 2026 - Vol. 49 N° 10

Clause-by-clause consideration of Bill 5, An Act to accelerate the granting of the authorizations required to carry out priority national-scale projects


Aller directement au contenu du Journal des débats


 

Journal des débats

11 h 30 (version non révisée)

(Douze heures une minute)

Le Président (M. Laframboise) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la commission des finances publiques ouvertes. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.

La commission est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 5, Loi visant à accélérer l'octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d'envergure nationale.

Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?

La Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Mallette (Huntingdon) est remplacée par M. Asselin (Vanier-Les Rivières) et Mme Zaga Mendez (Verdun), par M. Grandmont (Taschereau).

Le Président (M. Laframboise) : Merci beaucoup, Mme la secrétaire.    Lors de l'ajournement de nos travaux, hier, nous en étions à l'étude de l'article 27. Y a-t-il d'autres interventions sur cet article?

M. Grandmont : Oui, M. le Président...


 
 

12 h (version non révisée)

Le Président (M. Laframboise) : M. le député de Taschereau.

M. Grandmont : Oui, merci. Concernant le, donc, deuxième alinéa, deuxième paragraphe, il est inscrit : Dans un territoire inscrit au registre des aires protégées au Québec, en vertu des articles 5 de la Loi sur... pardon, en vertu, oui, c'est ça, oui, au Québec, en vertu des articles 5 de la Loi sur la conservation patrimoniale naturelle, chapitre C-61.01. J'aimerais déposer un amendement, donc, si vous permettez d'avoir une courte suspension.

Le Président (M. Laframboise) : Suspension.

(Suspension de la séance à 12 h 03)

(Reprise à 12 h 08)

Le Président (M. Laframboise) : Donc, avant la suspension, nous en étions à l'article 27 et notre... le député de Taschereau se proposait de déposer un amendement. M. le député.

M. Grandmont : Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Donc, je vais lire mon amendement, d'abord :

Remplacer, dans le paragraphe 2o du deuxième alinéa de l'article 27 du projet de loi, les mots «au Québec en vertu des articles 5» par «et des autres mesures de conservation efficaces au Québec en vertu des articles 5 et 6.1».        L'article 27 du projet de loi, tel qu'amendé, se lirait ainsi :

«Les travaux préparatoires permis en vertu de l'article 12 ne peuvent à eux seuls être assujettis à la procédure d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement en vertu de l'article 31.1 de la Loi sur la qualité de l'environnement (chapitre Q-2).

«Ces travaux préparatoires ne peuvent être réalisés aux endroits suivants :

«1° dans un milieu présentant un intérêt particulier pour la conservation identifié dans un plan régional des milieux humides et hydriques élaboré conformément à la sous-section 3 de la section IV de la Loi affirmant le caractère collectif des ressources en eau et favorisant une meilleure gouvernance de l'eau et des milieux associés (chapitre C-6.2);

«2° dans un territoire inscrit au registre des aires protégées et des autres mesures de conservation efficaces au Québec en vertu des articles 5 et 6.1 de la Loi sur la conservation du patrimoine naturel (chapitre C-61.01);

«3° dans un refuge faunique ou dans un territoire mis en réserve en vue d'y établir un refuge faunique au sens de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (chapitre C-61.1);

«4° dans l'habitat d'une espèce faunique ou floristique menacée ou vulnérable au sens de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables (chapitre E-12.01).

«Lorsque le ministre permet la réalisation de travaux préparatoires dans des milieux humides et hydriques au sens de l'article 46.0.2 de la Loi sur la qualité de l'environnement, il doit tenir compte des objectifs énoncés à l'article 46.0.1 de cette loi.»

Si vous permettez, je vais expliquer ma proposition d'amendement. Encore une fois, là, je reviens sur l'importance, là, d'assurer la crédibilité environnementale du Québec auprès des Québécois mais aussi à l'international. On se targue d'être une nation qui est ambitieuse sur ces enjeux-là, d'être une nation qui en fait beaucoup. À ce titre-là, on signe des engagements internationaux, on doit s'assurer d'être... que les actions suivent les ambitions annoncées.

Et l'article 27 du projet de loi n° 5 liste des catégories de milieux naturels qui sont protégés ou hautement sensibles, qui doivent être exemptés ou faire l'objet de précautions absolues face aux dérogations réglementaires. Ça, il y a quelque chose de bien là-dedans, mais évidemment, le texte actuellement, tel qu'il est écrit, l'article 27 ne vise que les aires protégées, on pourrait nommer, classiques, déjà déterminées, déjà formellement identifiées en vertu de l'article 5 de la Loi sur la conservation du patrimoine naturel.

En ajoutant les autres mesures de conservation... les autres mesures de conservation efficaces, souvent nommées, là, AMCE, puis en incluant la référence à l'article 6.1 de la Loi sur la conservation du patrimoine naturel, on vient harmoniser le projet de loi n° 5 avec les outils de conservation les plus modernes de l'État québécois. Et ça permettrait de protéger davantage et mieux le territoire, de faire des gains majeurs indispensables pour la biodiversité.

Donc, si j'y vais un petit peu plus concrètement, là, moi, ce que je veux, c'est, reconnaître les... les autres mesures de compensation efficaces dans le... dans le droit québécois, en fait. Je veux que ces... ce soit reconnu, en fait, dans le droit, et on passerait, dans le fond, par l'article 27 pour se faire. Les...

M. Grandmont : ...mesures de conservation efficaces, ce sont des territoires qui sans être des aires protégées traditionnelles, comme des parcs, par exemple, là, sont gérées de manière à assurer la conservation durable de la biodiversité. Il y a déjà une volonté de maintenir en l'état des zones importantes qui ont un caractère particulier sensible sur le territoire québécois.

Donc, le Québec a officiellement modernisé sa législation, là, pour introduire l'article 6.1 afin de pouvoir reconnaître ces territoires-là. Donc, c'est une forme de concordance que de l'ajouter formellement dans la loi, le projet de loi n° 5. Moi, je pense que le législateur québécois a fait un choix fort judicieux d'introduire l'article 6.1 dans la loi sur la protection... sur la Loi sur la conversation... la conservation du patrimoine naturel pour créer le cadre des autres mesures de conservation efficaces, là, les AMCE. Donc, en quelque sorte, ignorer cet article-là, le 6.1, dans le projet de loi n° 5, c'est, à mon sens à moi... une anomalie juridique qu'on se doit dès maintenant de corriger.

Si l'État québécois reconnaît officiellement qu'un territoire constitue déjà formellement, à travers l'article 6.1, une mesure de conservation efficace au sens de la loi, bien, il est incohérent, selon moi, de ne pas lui accorder la même immunité face aux dérogations qui sont permises ou qui seront permises, en fait, dans le projet de loi n° 5, par rapport aux autres aires protégées dites régulières. Donc, mon amendement ne fait que corriger, réparer. Alors, soit, c'est mon point de vue, c'est ce que... ma prétention, réparer un oubli de concordance législative. Donc, c'est un... c'est un enjeu de cohérence, en fait. C'est d'abord que je veux souligner à travers ça.

J'en ai parlé d'entrée de jeu, mais je tiens à le rappeler, on s'est fait... On se targue d'être des champions environnementaux à bien des égards à l'international, notamment en ce qui a trait à la protection du territoire. On a signé des engagements clairs, notamment, là, les engagements internationaux... Kunming-Montréal, et dans le cadre mondial, donc de l'ONU, sur la biodiversité, auquel le Québec a adhéré formellement, bien, on s'est engagé formellement, et on le répète abondamment, on vise une cible de protection de 30 % de notre territoire d'ici 2030. Et ça, ça doit être atteint à la fois par un réseau d'aires protégées et par des AMCE. Dans le calcul du gouvernement, en fait, on inclut déjà les AMCE au cœur de la stratégie pour atteindre le 30 %.

Alors, vous comprendrez que si on répète, c'est... sur toutes les tribunes internationales que le Québec va atteindre l'objectif de 30 % de protection de son territoire d'ici 2030, bien, faut qu'on se donne les moyens d'y arriver. Alors, si l'ONU... Bien, en fait, l'ONU est très, très claire, là. Si... On n'y arrivera pas, en fait, si on n'inclut pas les AMCE dans ce calcul-là. Et donc, les exclure du projet de loi nous empêche ou pourrait nous empêcher de façon importante d'atteindre notre cible de 30 %. C'est-à-dire que le ministère de l'Environnement fait déjà l'inclusion des AMCE dans ses propres lois. Mais ici, dans le projet de loi n° 5, on les oublie. Donc, si le ministère des Finances, par le choix qu'il fera des différents projets qu'il va prioriser parce qu'il les considère d'envergure nationale... Donc, si le ministre des Finances se donne le droit de détruire, pas lui volontairement, évidemment, mais à travers des projets qu'il choisit, de détruire des AMCE par décret d'exception sous le PL 5, bien, on sabote notre bilan international, notre bilan... nos velléités d'atteindre l'objectif de 30 % du territoire protégé d'ici 2030.

Mon amendement garantit... permet de garantir que le Québec va rester un leader crédible dans la protection de la biodiversité sur son territoire et qu'il participe donc, de façon importante, à l'effort mondial pour protéger la biodiversité. Je... Les AMCE, bien, j'en ai parlé un peu hier, mais quand même je tiens à le rappeler, c'est une nouvelle journée, ça inclut souvent des territoires qui sont... qui sont protégés par des instances locales ou régionales. Donc, il y a des initiatives régionales du monde municipal, des MRC qu'il ne faut pas...

M. Grandmont : ...qu'il ne faut pas détruire. Il y a un... il y a un effort très grand, d'abord qui est demandé aux municipalités, aux MRC, par le gouvernement lui-même, c'est-à-dire qu'on délègue une partie importante de la protection du territoire du Québec pour... pour atteindre nos objectifs de 30 %. Donc, il y a déjà une délégation, les municipalités ont... puis les citoyens, là... sur le terrain aussi ont décidé de prendre à bras le corps cet objectif-là et de faire leur effort d'identifier des territoires et de les... de les amener à devenir des aires protégées, de manière un peu plus classique. Mais entre temps, on est en voie de le faire, donc ces... ces territoires-là sont en voie d'être éventuellement protégés.

Et donc, les AMCE souvent, incluent des territoires qui sont... autour desquels il y a une mobilisation municipale et citoyenne et donc, par exemple, des boisés urbains, des... des corridors forestiers de MRC, ceinture verte, dont j'ai parlé hier, là. Il y a un gros mouvement autour... dans la communauté métropolitaine de Québec pour créer cette ceinture verte là, qui est à la fois un corridor... de biodiversité, puis à la fois aussi un rempart contre un grugeage permanent, continuel du territoire par l'étalement urbain ou l'étalement des fonctions industrielles ou commerciales, qui a trait... qui a cours au Québec en général.

Donc, évidemment, ces AMCE ne se qualifient pas comme parcs nationaux, mais sont quand même ultra nécessaires à l'échelle locale et régionale. Donc, les municipalités puis les MRC déploient des efforts, mais colossaux, M. le Président, colossaux pour protéger des milieux naturels de proximité à travers leurs schémas d'aménagement notamment. Et le statut d'AMCE de l'article 6.1, c'est l'outil parfait pour donner une reconnaissance nationale à ces efforts locaux et régionaux.

Alors, permettre, c'est ma prétention, là, permettre au PL no5 d'ignorer ces milieux-là, puis d'y parachuter des projets jugés prioritaires par le ministre des Finances, par décret ministériel, sans égard aux AMCE c'est, selon moi, ignorer, voire bafouer, la volonté de protection des élus locaux, puis d'encourager la conservation de proximité.

Les gouvernements de proximité ont un rôle essentiel à jouer dans la protection de la biodiversité. Ça rejoint, ça nous permettra d'atteindre, je l'espère, nos objectifs de 30 % du territoire protégé d'ici 2030. Il faut absolument éviter de décourager cet entrain manifeste que nous sentons à l'échelle locale et régionale.

Même si le ministre tantôt, quand il prendra la parole, peut-être, me dira : Nous serons sensibles à cela. Ne pas l'inscrire dans la loi, c'est déjà envoyer le signal que... qu'il y a péril en la demeure, qu'il y a un risque de voir ces efforts de mobilisation locale et régionale bafoués éventuellement. Ça fragilise, donc, ces mobilisations-là.

Et, je vous le dis, M. le Président, nous n'arriverons jamais à atteindre nos objectifs de protection du territoire québécois, qui sont ambitieux, 30 % d'ici 2030, il ne nous reste que trois ans et demi pour ce faire. Si on ralentit la mobilisation, si on la décourage à travers l'oubli de l'ajout des AMCE à travers l'article 6.1, à l'intérieur de l'article 27 du projet de loi no 5, je pense que ça aurait un effet démobilisant pour les milieux locaux et régionaux.

Évidemment, vous m'excuserez, il y a un... il y a une notion scientifique aussi, évidemment, derrière tout ça. Au-delà de la mobilisation qu'il faut préserver, puis encourager plutôt que de... que de nuire et de décourager. C'est tout l'enjeu de la science derrière l'importance de la protection de ces AMCE. Parce que les AMCE jouent un rôle d'une importance capitale, un rôle névralgique de zone tampon ou de corridor écologique qui permettent de relier les grandes aires protégées entre elles, ce qui permet d'éviter l'isolement des espèces.

Je l'ai mentionné, je reprendrai pour illustrer un peu mon propos, là, les... une espèce menacée bien connue au Québec, un emblème québécois importante, là, le caribou, dont on a fêté, malheureusement, là, le 10ᵉ anniversaire du non-plan de protection. Donc, on a eu des engagements par le passé de protéger davantage le caribou, qui est en... qui est une espèce menacée, au Québec, et...

M. Grandmont : …on n'y est pas arrivé encore. On n'a toujours pas de plan, malgré les appels répétés de la société civile à cet égard-là. Mais ces espèces-là souffrent notamment de la fragmentation de leur territoire. Leurs migrations sont limitées, voire empêchées par les installations humaines. Et donc on peut très bien imaginer qu'un projet désigné par le ministre des Finances pourrait accélérer le déclin de certaines populations, parce qu'on viendrait mettre des barrières anthropiques sur le chemin migratoire, qui sont essentielles à la vitalité de nos espèces vulnérables.

Ces corridors écologiques là, ces corridors, finalement, où peuvent circuler des hordes de caribous, par exemple, permettent de… justement, de trouver l'alimentation nécessaire, permettent de favoriser une génétique plus forte à travers un mélange au niveau des cycles de reproduction des espèces. Donc, c'est essentiel d'éviter la fragmentation du territoire.

Alors, en biologie, là, une île écologique isolée est vouée à disparaître, M. le Président, les parcs nationaux ont besoin d'être connectés entre eux. Ce n'est pas… on ne peut pas percevoir le maintien des espèces et de la biodiversité comme des îlots isolés des uns… les uns des autres. Ça ne peut pas fonctionner comme ça.

C'est d'ailleurs le plan qui, actuellement est celui du gouvernement pour le caribou, c'est de créer des petits enclos dans lesquels, dans le fond, on a des caribous qui sont protégés, mais ne le sont pas sur le long terme parce qu'on a un appauvrissement, notamment génétique, sur le plus long terme.

Donc, c'est très important de s'assurer que les parcs nationaux, notamment, soient bien connectés entre eux par des corridors de biodiversité. Et c'est exactement le rôle des AMCE.

Alors, si l'article 27 ne protège que les parcs à travers l'utilisation simple de l'article 5, là, bien, et que le projet de loi 5 permet, ou risque de… de permettre, la destruction des AMCE tout autour, bien, on va fragmenter les écosystèmes et annuler les bénéfices écologiques de nos parcs. Donc, c'est une… c'est une erreur scientifique importante que mon amendement propose de corriger, M. le Président.

Un autre angle sous lequel j'aimerais que… sous lequel j'aimerais que M. le ministre voie mon amendement, en fait, c'est pour ce qui est de la… ça a trait, en fait, à la… à une clarté, puis une prévisibilité pour les investisseurs économiques.

Vous savez, les… les promoteurs puis les grands donneurs d'ordre ont besoin de savoir précisément quels terrains sont disponibles pour le développement puis lesquels sont exclus. Le Conseil du patronat, là, et la Fédération des chambres de commerce du Québec demandent que les règles du jeu soient claires, soient prévisibles.

En refusant d'inclure les AMCE à l'article 27, et je ne prétends pas, évidemment, que M. le ministre va refuser mon amendement, on laisse planer une zone grise qui est… qui amène de l'incertitude pour les promoteurs. Un promoteur pourrait être… pourrait investir des millions de dollars pour planifier, par exemple, un projet sur un site qui est reconnu comme une AMCE, pour ensuite se buter à une contestation sociale ou scientifique qui serait féroce. Et vous voyez le portrait un peu se dessiner, M. le Président. Si, suite à une recommandation, à un avis du ministère de l'Environnement, le… le ministre des Finances décide, ultimement, de ne pas autoriser le projet, parce qu'il y a contestation citoyenne, il y a contestation scientifique forte, contestation des élus locaux et qu'en plus il y a un avis défavorable du ministère de l'Environnement, bien, le ministre des Finances va dire : OK, ce projet-là, on ne le fait pas parce que nous avons ici une l'AMCE, bien, le promoteur, finalement, se retrouve devant une situation où il a dépensé en pensant pouvoir développer son projet sur un terrain qui n'était pas clairement identifié dans le projet de loi 5 et donc se voit, finalement, devant une situation où je pense qu'il aurait apprécié davantage d'avoir des règles claires.

Ce sont des territoires sensibles. Ce sont des territoires qui sont… qui font l'objet d'une mobilisation régionale et locale très forte. Moi, je pense qu'il vaut mieux tout de suite les inclure dans le projet de loi 5 pour s'assurer que les promoteurs de projets aient tout de suite l'information que ce ne sont pas des territoires à développer.

Donc, en intégrant les articles 5 et 6.1 côte à côte, le signal est très clair et limpide, le marché a l'information, ces deux types de territoires là sont protégés…

M. Grandmont : …ne peuvent pas faire l'objet de développement. Donc, les entreprises savent exactement où elles peuvent aller et où elles ne peuvent pas aller, et donc, de leur côté, aussi, investir avec davantage de sécurité. C'est une question de prévisibilité.

L'autre chose que j'aimerais mettre de l'avant, c'est toute la question de l'expertise interne, puis des outils du ministère de l'Environnement. Le ministère de l'Environnement utilise la LCPN comme sa boîte à outils principale pour orchestrer la transition écologique.

Vous savez, lorsque les professionnels puis les scientifiques du ministère de l'Environnement inscrivent un territoire au registre des AMCE, en vertu de l'article six que je me propose, que je propose, en fait, d'inclure à l'article 27. Ils posent un geste administratif quand même lourd, assez… assez pesant, en fait, parce que... et je pense que le projet de loi cinq ne doit pas agir comme un bulldozer sur l'expertise de nos ministères sectoriels. Je l'ai dit, je le répète, l'expertise qu'il y a au ministère de l'Environnement, elle est d'une très grande valeur. Elle travaille pour d'excellentes raisons, notamment à aider le gouvernement à atteindre ses propres objectifs pour lesquels il s'est engagé de protéger le… 30 % du territoire d'ici 2030. Et donc, en intégrant pleinement les AMCE dans les exceptions de l'article 27, comme je le propose, on redonne au ministère de l'Environnement son plein rôle de gardien du territoire et on assure, et ça, je pense que c'est très important, une cohérence interministérielle qui est essentielle, M. le Président.

On ne peut pas avoir un ministère qui essaie de nous tirer vers le haut et d'atteindre nos objectifs de protection du territoire d'ici 2030, puis, de l'autre, un autre ministère qui met en place des règles qui nous empêchent potentiellement de les atteindre. Donc, je pense que cet amendement-là est pleinement justifié, nous permet de bien protéger le territoire, de reconnaître les mobilisations régionales et locales, nous permet de reconnaître l'expertise du ministère de l'Environnement, des fonctionnaires du ministère de l'Environnement, de donner au ministère sa capacité d'agir comme un chien de garde. Je pense aussi que du point de vue des promoteurs, ça envoie un signal clair. S'il y a un… une AMCE et donc devient protégée par l'ajout de mon amendement à l'article 27, ça indique clairement que ce territoire-là n'est pas à développer, au lieu de laisser croire qu'il peut potentiellement l'être. Moi, je vous dis, M. le Président, s'il y a un risque pour un… pour un promoteur de voir ça, mais qu'en même temps il y a… il y a un gisement, il y a un filon, il y a… il y a quelque chose d'important et que ça se peut...

Le Président (M. Laframboise) : ...c'est tout le temps que vous aviez pour cet amendement, M. le député de Taschereau. Donc, est-ce que j'ai d'autres questions, commentaires? Donc, est-ce que l'amendement déposé par la députée de Taschereau à l'article 27...

Une voix : ...

Le Président (M. Laframboise) : Donc, vote par appel nominal.

La Secrétaire : Pour, contre, abstention. M. Grandmont (Taschereau)?

M. Grandmont : Pour.

La Secrétaire : M. Girard (Groulx)?

M. Girard (Groulx) : Contre.

La Secrétaire : Mme Hébert (Saint-François)?

Mme Hébert : Contre.

La Secrétaire : M. Asselin (Vanier-Les Rivières)?

M. Asselin : Contre

La Secrétaire : M. St-Louis (Joliette)?

M. St-Louis : Contre.

La Secrétaire : M. Beauchemin (Marguerite-Bourgeoys)?

M. Beauchemin : Abstention.

La Secrétaire : Et M. Laframboise (Blainville)?

Le Président (M. Laframboise) : Abstention. Donc, l'amendement est rejeté.

Nous revenons à l'article 27. Donc, des questions, commentaires sur l'article 27?

M. Grandmont : ...prenne la parole, ça va.

Le Président (M. Laframboise) : Ça va.

M. Grandmont : Oui. Bien, écoutez, M. le Président, je pense qu'on peut encore améliorer l'article 27. Donc, je vous demanderais une courte suspension pour déposer un amendement, s'il vous plaît.

Le Président (M. Laframboise) : Suspension.

(Suspension de la séance à 12 h 31)


 
 

12 h 30 (version non révisée)

(Reprise à 12 h 37)

Le Président (M. Laframboise) : …qu'il y avait une suspension qui avait été demandée. Juste avant, pour la semaine prochaine, parce qu'à partir de lundi on va être encore ensemble probablement pour une bonne semaine, là, donc, ce que je vais vous demander… C'est parce que j'ai le privilège… j'ai le pouvoir, comme président, de gérer les suspensions. Je vous ai donné un cinq minutes pour les suspensions, c'est correct. Par contre, je vais vous demander de nous envoyer les articles, là, j'ai déjà reçu tous les articles du gouvernement, donc les articles d'opposition, les amendements que vous voulez déposer, de nous les faire parvenir avant lundi, s'il vous plaît. Je vais vous le demander… je gérerai différemment les suspensions à partir de lundi. Donc, là, vous aurez toute la fin de semaine pour préparer vos amendements, nous les faire parvenir, le plus possible. Évidemment, on sait qu'il peut arriver des choses durant… en cours de séance, mais au moins d'avoir vos amendements le plus possible déposés à la commission avant lundi pour qu'on puisse être capables d'avoir une semaine de respect entre collègues pour la prochaine semaine.

Donc, nous sommes maintenant à l'article 27, et nous en étions à une demande d'amendement du député de Taschereau.

M. Grandmont : Oui. Merci, M. le Président. Avant, j'aimerais répondre à votre… votre intervention, là. On verra ce qu'on peut faire, évidemment, avec nos… nos maigres moyens, là, on est une petite équipe parlementaire, mais on vous entend bien. Merci.

Oui, donc, mon amendement. On l'a, oui. Donc, parfait, c'est ça. Donc Ajouter, après le paragraphe 4° du deuxième alinéa de l'article 27 du projet de loi, le paragraphe suivant :

«5° Les milieux humides et hydriques qui figurent sur une version provisoire d'un Plan régional des milieux humides et hydriques.»

L'article 27 du projet de loi, tel qu'amendé, se lirait ainsi :

«27. Les travaux préparatoires permis en vertu de l'article 12 ne peuvent à eux seuls être assujettis à la procédure d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement en vertu de l'article 31.1 de la Loi sur la qualité de l'environnement (chapitre Q-2).

«Ces travaux préparatoires ne peuvent être réalisés aux endroits suivants :

«1° dans un milieu présentant un intérêt particulier pour la conservation identifié dans un plan régional des milieux humides et hydriques élaboré conformément à la sous-section 3 de la section IV de la Loi affirmant le caractère collectif des ressources en eau et favorisant une meilleure gouvernance de l'eau et des milieux associés (chapitre C-6.2);

«2° dans un territoire inscrit au registre des aires protégées au Québec en vertu de l'article 5 de la Loi sur la conservation du patrimoine naturel (chapitre C-61.01);

«3° dans un refuge faunique ou dans un territoire mis en réserve en vue d'y établir un refuge faunique au sens de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (chapitre C-61.1);

«4° dans l'habitat d'une espèce faunique ou floristique menacée ou vulnérable au sens de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables (chapitre E-12.01);

«5° Les milieux humides et hydriques qui figurent sur une version provisoire d'un Plan régional des milieux humides et hydriques.

«Lorsque le ministre permet la réalisation de travaux préparatoires dans des milieux humides et hydriques au sens de l'article 46.0.2 de la Loi sur la qualité de l'environnement, il doit tenir compte des objectifs énoncés à l'article 46.0.1 de cette loi.»

M. le Président, si vous me permettez, je vais présenter mon amendement.

Le Président (M. Laframboise) : Allez-y.

• (12 h 40) •

M. Grandmont : Donc, mon amendement, ça aborde un enjeu de planification territoriale et de protection écologique qui est d'une très grande importance pour les municipalités et les MRC du Québec. L'article 27 du projet de loi 5 liste les milieux qui sont déjà comme considérés hautement sensibles, qui doivent être exclus des mécanismes d'exemption ou faire l'objet de barrières absolues face à l'accélération des permis permises par le PL-5. Actuellement, par contre, le texte, tel qu'il est libellé, ne protège en fait que les milieux humides et hydriques qui sont déjà officialisés. Donc, en y ajoutant l'amendement, là, les milieux humides et hydriques qui figurent sur une version provisoire d'un plan régional des milieux humides et hydriques, on appelle ça souvent des PRMHH, là, dans le jargon, vous protégez… vous protégeriez le travail colossal d'inventaire qui est réalisé par les MRC du Québec, et on empêcherait que l'urgence générée par des projets choisis par le ministre, des projets industriels, vienne en quelque sorte, saccager des barrières naturelles, par exemple, contre des inondations avant même que leur plan officiel ne soit signé. Et ça, en fait, on a tiré ça, cette idée-là de…

M. Grandmont : ...plusieurs organisations qu'on a rencontrées pendant les études... les audiences particulières, notamment le CPEQ, le Conseil Patronal de l'Environnement du Québec, qui soulignait qu'il y avait une ambiguïté majeure, notamment, là, sur... concernant les PRMHH, là. Il posait la question : est-ce qu'on doit comprendre qu'il est permis de procéder à des travaux préparatoires dans des milieux qui ne sont pas encore dans des plans finalisés? C'est une question qui est tout à fait pertinente à laquelle je tente de répondre. Le CPEQ a aussi rappelé que plusieurs plans régionaux sont toujours en phase d'analyse ou n'existent que sur la... sous leur phase provisoire et sans un amendement, là, ces milieux resteraient juridiquement vulnérables aux travaux de drainage ou de remblayage qui pourraient être autorisés par le ministre des Finances.

Le Centre québécois pour le droit de l'environnement, le CQDE, lui, notait que le libellé actuel de l'article 27 limite l'exclusion aux milieux d'intérêts particuliers identifiés, et non aux milieux humides ou hydriques en général. Donc, ce qui est souligné, c'est qu'il y avait un risque de destruction. L'amendement que moi, je propose de faire, là, vient appliquer le principe de précaution dont j'ai déjà parlé précédemment dans le processus d'étude détaillée. Le Centre québécois pour le droit de l'environnement puis l'Association des biologistes du Québec soutiennent que les travaux préparatoires du déboisement, du dynamitage, du drainage, qui pourraient éventuellement être autorisés par le ministre pour la... la réalisation d'un projet d'envergure sont, malheureusement, souvent irréversibles et ne devraient pas être réalisés avant que la valeur écologique d'un milieu soit confirmée par un plan final ou encore une évaluation complète.

Sinon, après ça, il y avait aussi, encore une fois, le Conseil Patronal de l'Environnement du Québec qui demandait de préciser la portée de l'article 27 pour inclure les milieux figurant dans une version provisoire d'un plan. À ça, il y avait un appui scientifique de l'Association des biologistes du Québec qui recommandait d'aller encore plus loin en soumettant systématiquement les travaux préparatoires à une évaluation dès qu'ils touchent un écosystème, qu'ils soient ou non identifiés comme sensibles. Donc, ça rejoint en fait l'esprit de mon amendement. Eau Secours... ce n'est pas un appel à l'aide, c'est l'organisme qui rappelait que la protection des milieux humides doit être une priorité nationale, surtout dans un contexte où les mesures d'évitement font défaut au développement industriel.

Donc, en résumé, selon les organisations qu'on a rencontrées pendant les audiences particulières, d'un point de vue juridique, je pense que mon... mon amendement est cohérent avec l'objectif de l'article 27, d'une part, qui est de protéger les milieux sensibles contre les travaux préparatoires discrétionnaires. Il vise à s'assurer que la vitesse administrative ne l'emporte pas sur la connaissance scientifique incomplète du territoire au moment de la décision ministérielle.

Donc, l'article 27 du projet de loi, comme je le disais, limite, là... en fait, vient protéger des milieux hautement sensibles, mais seulement ceux pour qui on a déjà donné une dénomination officielle, donc en ajoutant les milieux humides et hydriques qui figurent sur une version provisoire d'un plan régional des milieux humides et hydriques, bien, on vient protéger ce travail d'inventaire là qui est en cours. Donc, quelques arguments... D'abord, c'est une question de respect du... de la décentralisation et du travail qui est fait par les MRC, parce qu'en vertu de la Loi sur l'eau, là, le gouvernement du Québec a confié aux MRC le mandat de concevoir les plans régionaux des milieux humides... humides et hydriques, des PRMHH.

Et ces démarches-là prennent des années à réaliser. Ça coûte des millions de dollars quand on regarde ça à l'échelle du Québec. Et ça mobilise aussi des biologistes ainsi que des cartographes partout sur le territoire du Québec. Alors, les MRC du Québec, ils ont pris leur rôle au sérieux. Ils ont pris... ils ont accepté la responsabilité confiée par l'État qui leur était de planifier la protection de l'eau sur leur territoire. Et une version provisoire d'un PRMHH, ce n'est pas un document de travail griffonné sur le coin d'une table. Ça n'a pas été écrit sur une napkin. C'est un inventaire scientifique et rigoureux qui est déjà complété, qui attend tout simplement l'approbation ministérielle finale avant de pouvoir être considéré légalement comme un lieu protégé au sens de la loi.

Donc, ignorer ces versions provisoires dans le PL 5, ça revient à dire aux élus municipaux que leur travail ne vaut pas grand-chose et que le ministère des Finances peut, par décret...

M. Grandmont : …balayer tout le travail qu'ils ont fait pendant des années à cartographier, à inventorier le territoire.

Je… J'ajouterais que l'amendement que je propose, en fait, vise également à éviter la frénésie de destruction avant l'homologation finale. Si la loi, là, demeure telle qu'elle est écrite actuellement et ne protège pas les versions provisoires, bien, elle crée une fenêtre d'opportunité dangereuse, je pense, pour les promoteurs. Sans cet amendement-là, sans mon amendement, l'article 27 crée, en quelque sorte, un incitatif pour les promoteurs industriels qui sont de nature plus agressifs. Alors, sachant qu'une MRC s'apprête à faire homologuer son plan final qui protégerait, par exemple, un marécage, une tourbière de grande valeur, un milieu humide, un promoteur pourrait faire des pressions sur le ministre des Finances pour obtenir un décret d'exception du PL 5 le plus rapidement possible pour obtenir le droit de détruire ce milieu-là avant que la protection ne devienne permanente. C'est une… c'est un incitatif à des sprints de destruction, à une frénésie destructrice que nous devons bloquer. Et c'est ce que je propose de faire à travers cet amendement-là.

Vous le savez, M. le Président, je l'ai mentionné, je pense, précédemment, mais je tiens à le rappeler, parce que c'est pour moi d'une importance capitale, surtout considérant les événements de plus en plus fréquents et importants que nous vivons, au Québec, avec les changements climatiques notamment, mais les inondations deviennent un problème immense, au Québec. Le ministre des Finances, évidemment, en est bien au courant, mais il y a la sécurité publique également. Les assureurs le répètent, évidemment sont au premier chef très au courant de cet enjeu-là. Bien, on a des moyens naturels de… de limiter les effets négatifs de l'action des changements climatiques sur les inondations, qui sont de plus en plus fréquentes et d'importance au Québec. Et ces milieux naturels là qui jouent un rôle essentiel dans la… dans la modération, voire l'empêchement d'inondations, bien, ce sont les milieux humides. Les tourbières, les marécages, les plaines inondables aussi, en quelque sorte, agissent comme des éponges naturelles qui vont venir réguler le début des eaux lorsqu'il y a des pluies torrentielles, lorsqu'il y a une fonte des neiges très importante au printemps, et vont venir prévenir des inondations de routes des quartiers résidentiels et nous permettent d'économiser énormément de coûts pour la société.

Vous imaginez, on se souvient de plusieurs événements, on les a tous en tête, évidemment, notamment à Baie-Saint-Paul, par exemple. Plus récemment, il y a eu… il y a eu des sorties publiques assez fortes à l'effet de protéger nos infrastructures routières. Il y a plusieurs villages qui sont relativement isolés sur le territoire du Québec, le territoire est grand, et on sait très bien que le nombre de points d'accès à ces villages, souvent, est très restreint. On va avoir une route avec… sur laquelle on va trouver plusieurs ponts, plusieurs ponceaux, et donc des routes… une seule route pour atteindre le village, mais une route qui traverse aussi plusieurs cours d'eau, qui, pendant des épisodes d'inondations majeurs, suite à des pluies torrentielles ou au printemps lors de la fonte des neiges, risque d'être endommagée de façon importante.

Donc, on… on a des coûts évidemment associés à ça, mais on a également des enjeux de sécurité publique importants. Qu'adviendra-t-il de ces villages isolés s'ils sont coupés de toute voie de communication pendant des jours, voire des semaines? C'est le genre de scénario un peu catastrophique mais, malheureusement, qu'on voit de plus en plus fréquemment. Donc, c'est important de conserver ces milieux naturels là pour prévenir des incidents comme ceux-là, qui peuvent coûter très cher, à la fois d'un point de vue financier que d'un point de vue humain.

Et donc mon amendement, là, que je propose, ce n'est pas… ce n'est pas une lubie environnementale, M. le Président, là, c'est une mesure de sécurité publique aussi pour nos villes, pour nos villages. Si une MRC inscrit provisoirement un milieu humide à 100 PRMHH, c'est que cette ville ou cette MRC-là considère que ce milieu-là joue un rôle critique dans la gestion des eaux et la prévention des catastrophes.

• (12 h 50) •

Alors, autoriser un projet prioritaire, par les super pouvoirs que se donne le ministre des Finances, à s'installer dans un milieu considéré comme à protéger par une MRC…

M. Grandmont : ...sous prétexte qu'il y a urgence économique de réaliser un projet, c'est condamner potentiellement les infrastructures municipales locales et les maisons des citoyennes et des citoyens à des inondations majeures sur le court terme.

Ça arrive de plus en plus souvent, les crues majeures qu'on avait aux 1 000 ans, on les a maintenant aux 100 ans, les crues de 100 ans, on les a aux 20 ans, les crues de 20 ans, on les a aux 10 ans. Le rythme s'accélère, on le sait, on le voit très bien, les assureurs le voient aussi et les citoyens, évidemment aussi le voient régulièrement.

Il y a aussi pour moi, je trouve, là dans... dans l'amendement que je dépose, là, un argument scientifique, là, la valeur écologique existe indépendamment de la bureaucratie. Les milieux humides, là, notamment, jouent un rôle de rétention important lorsqu'il y a des crues importantes, là. Mais les milieux humides purifient l'eau, abritent aussi une biodiversité qui est bien essentielle et qui... qui se doit d'être protégée dès qu'identifiée par une MRC.

Une tourbière, un marécage, ne commencent pas à rendre des services le jour où le plan régional est publié, a été validé, et est adopté, publié dans la Gazette officielle du Québec, là. Ce n'est pas... ce n'est pas parce qu'un milieu humide n'est pas encore désigné formellement comme étant à protéger qu'il ne rend pas déjà des services incroyables à la société québécoise, là. Sa valeur hydrogéologique et biologique existe déjà ici et maintenant.

Donc, à partir du moment où la science a parlé et que le milieu a été identifié dans une version provisoire d'un PRMHH, l'État, à mon avis, a l'obligation de lui accorder le bénéfice du doute et la protection face au processus, au mécanisme d'exception du PL no 5. Ce n'est pas...Donc, quand une MRC a fait son travail de la cartographie... de cartographie et d'inventaire sur le terrain et qu'on est sur le chemin d'une désignation officielle, remettre en question le travail des MRC est un non-sens pour moi. Il y a déjà démonstration que ce milieu-là agit de façon positive pour la société québécoise.

Pour moi aussi, l'amendement que je propose d'ajouter, là, à l'article 27 permettrait de prévenir l'explosion des coûts pour l'État et de soutenir le principe d'aucune perte nette. Vous savez, la politique québécoise sur les milieux humides impose un objectif d'aucune perte nette. Alors, détruire un milieu humide, ça oblige le promoteur ou l'État à payer des compensations financières qui sont quand même assez importantes généralement, ou à recréer des milieux artificiels qui, de toute façon, vont se faire à grands frais. Donc, dans tous les cas, il y a des sommes importantes qui sont engagées, à partir du moment où on... on détruit un milieu... un milieu humide.

On a la chance d'avoir avec nous le ministre des Finances qui s'assure de gérer les finances avec la plus grande rigueur. Alors, détruire un milieu humide identifié dans une MRC pour passer un projet prioritaire, ça va à l'encontre de nos lois, puis ça forcerait l'application de compensations financières qui sont lourdes. Pourquoi gaspiller des fonds publics ou imposer des coûts financiers majeurs de restauration, alors qu'il ne suffit que de respecter la planification provisoire des MRC, puis d'orienter les projets en dehors de ces zones sensibles là. Quand je parlais tantôt de travail, pas tantôt, mais précédemment, là, dans une autre séance, d'éviter de travailler en silo, c'est un peu ça. En fait, c'est exactement ça, détruire quelque chose pour repayer ailleurs, je veux dire, il y a un coût pour la société qui est immense.

Donc, c'est une approche... Mon amendement que je propose, je pense que c'est une approche qui est pragmatique et de saine gestion économique, M. le Président. J'ai... je pense également que mon amendement permet de... d'éviter une perte importante, celle de l'acceptabilité sociale des projets et de permettre aussi le maintien de la paix juridique locale. Vous savez, les... les citoyens puis les comités de bassins versants sont extrêmement sensibles à la préservation de l'eau, des milieux humides, puis imposer un projet par décret dans un milieu que la communauté...

M. Grandmont : …c'est à être sous évaluation régionale, mais ça brise la confiance, M. le Président. Ça brise la confiance. Le plus grand danger pour l'efficacité des projets prioritaires du gouvernement, c'est la contestation locale et la judiciarisation. Si les citoyens puis les groupes de conservation locaux voient un promoteur débarquer avec un décret autorisé par le ministre des Finances à travers le PL cinq pour détruire un marécage, un milieu humide que leur propre MRC vient tout juste de cartographier dans son plan provisoire, bien, la rupture de confiance va être totale, M. le Président. On va faire face à des levées de boucliers, à des injonctions, à des blocages de chantiers, potentiellement. Donc, mon amendement protège la paix sociale, en tout cas c'est ma prétention, ça vise à protéger la paix sociale en traçant une ligne de respect très claire : on ne touche pas aux milieux humides identifiés par les régions.

Donc, mon amendement, j'espère évidemment que le ministre a entendu comme il faut mes arguments, mais je pense que c'est un enjeu qui est important. On a… on a demandé aux MRC de protéger le territoire, d'aider le gouvernement à atteindre ses objectifs de protection du territoire au Québec, 30 % d'ici 2030. On leur donne cette responsabilité-là. Il est essentiel de maintenir, de maintenir cette... de respecter, en fait, l'engagement qui a été demandé aux municipalités. On doit évidemment aussi éviter que de ne pas inscrire les milieux hydriques en voie d'être confirmés aux milieux qui ne peuvent pas être… où on ne peut pas y réaliser des travaux préparatoires, que ça crée un régime de sprint de destruction. On doit s'assurer de maintenir la protection de ces milieux naturels qui, même s'ils ne sont pas homologués, rendent d'immenses services à nos communautés, notamment en assurant une meilleure qualité de l'eau, mais aussi en prévenant les risques importants d'inondation. Pour moi, c'est un… une question aussi de respect de la valeur scientifique. Les tourbières, les marécages ne commencent pas à rendre des services écologiques seulement à partir du moment où elles sont officiellement protégées. Elles commencent à le faire bien avant. Et si une MRC a pris le temps de cartographier, de faire un inventaire d'un milieu, c'est un milieu qui rend déjà des services. On ne peut pas bafouer, rejeter du revers de la main, par simple décret ministériel, toute cette valeur écologique, là, qui est à protéger. En incluant mon amendement, M. le Président, on s'assure, évidemment, de maintenir le principe d'aucune perte nette, c'est quelque chose d'important. Et je ne le répéterai jamais assez, mais, le ministre a une intention très claire de vouloir faire accélérer des projets. Or, en n'allant pas chercher, en s'assurant pas d'avoir l'acceptabilité sociale, qui pourrait peut-être être améliorée à travers l'adoption de mon amendement, il risque fort de ne pas...

Le Président (M. Laframboise) : M. le député de Taschereau, c'est tout le temps que vous aviez sur votre amendement. Donc, est-ce qu'il y a d'autres questions, commentaires?

Une voix : ...

Le Président (M. Laframboise) : Donc... Voter. Donc, par appel nominal. Mme la secrétaire.

La Secrétaire : Pour, contre, abstention. M. Grandmont (Taschereau)?

M. Grandmont : Pour.

La Secrétaire : M. Girard (Groulx)?

M. Girard (Groulx) : Contre.

La Secrétaire : Mme Hébert (Saint-François)?

Mme Hébert : Contre.

La Secrétaire : M. Asselin (Vanier-Les Rivières)?

M. Asselin : Contre.

La Secrétaire : M. St-Louis (Joliette)?

M. St-Louis : Contre.

La Secrétaire : M. Beauchemin (Marguerite-Bourgeoys)?

M. Beauchemin : Abstention.

La Secrétaire : Et M. Laframboise (Blainville)?

Le Président (M. Laframboise) : Abstention. Donc, l'amendement est rejeté.

Je vous remercie de votre collaboration. Compte tenu de l'heure, la commission ajourne au lundi 8 juin, à 14 heures. Et n'oubliez pas vos amendements. Merci beaucoup.

(Fin de la séance à 13 h 01)


 
 

Document(s) related to the sitting