(Onze
heures vingt-trois minutes)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Bon matin à tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la
séance la Commission des institutions ouverte. Je vous souhaite encore une fois
la bienvenue.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et les auditions
publiques sur le projet de loi n° 14, Loi modifiant diverses dispositions
relatives à la sécurité publique et édictant la Loi visant à aider et à
retrouver des personnes disparues.
Avant de débuter, Mme
la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, M. le Président, M. Lemieux (Saint-Jean) est
remplacé par M. Lamothe (Ungava); M. Zanetti (Jean-Lesage), par M. Fontecilla
(Laurier-Dorion).
Auditions (suite)
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Ce matin,
nous débuterons les auditions avec les représentantes de l'Association des familles de personnes
assassinées ou disparues. Mesdames, merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
Alors, je vous invite d'abord à vous présenter puis faire votre exposé. Après
ça, on aura une période d'échange avec les membres de la commission. Merci
beaucoup d'être ici.
Association des familles de personnes
assassinées ou disparues (AFPAD)
Mme Carretta
(Christine) : Merci. Alors, bonjour. Mon nom est Christine Carretta.
Je suis la soeur d'une victime d'homicide, Cathy Carretta, qui a été victime
d'un féminicide en 1998. Et je suis aussi PDG de l'AFPAD.
Mme Béchard
(Andrée) : Bonjour. Mon nom, c'est Andrée Béchard. Je suis la mère de Marilyn
Bergeron, qui est portée disparue depuis 15 ans. Je ne fais pas partie de
l'administration de l'AFPAD, mais je suis membre à l'AFPAD.
Mme Carretta
(Christine) : Alors, je vais pouvoir vous présenter l'association des
familles de victimes... pardon,
l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues, l'AFPAD.
Donc, l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues, AFPAD,
est un organisme à but non lucratif qui intervient à travers le Québec
et dont la mission principale est de soutenir et accompagner les familles ayant
vécu l'assassinat ou la disparition d'un proche.
Depuis 2005, l'AFPAD
reconnaît que les proches de victimes d'homicide ou de disparition vivent des
souffrances sans nom qui doivent être impérativement reconnues au même titre
que leurs droits. Nous sommes témoins au quotidien des ravages dévastateurs et
des traumatismes profonds que vivent les proches de victimes d'actes criminels.
De toute évidence, au nom de notre mission, notre mandat vise à déployer les
efforts nécessaires dans le but de soutenir professionnellement cette partie de
la population affligée qui reste trop souvent sans réponse et qui se sent
parfois oubliée.
L'AFPAD offre à plus
de 1 300 familles, au Québec, membres une ouverture de dossier, des
rencontres, de l'écoute active, diverses
ressources et publications adaptées à leurs besoins, du soutien lors d'un
procès ou de libérations conditionnelles, de l'aide à la rédaction de la
déclaration de la victime, de la documentation adaptée et constructive, des
ateliers, des conférences et de l'accompagnement auprès des corps policiers.
Nos interventions sont nécessaires du fait que plusieurs de nos familles sont à
risque de se retrouver en situation d'isolement social et de solitude. Pour
éviter des répercussions sur leur santé, une de nos priorités est donc de
briser l'isolement pour qu'ils ne se sentent plus seuls dans cette épreuve de
vie difficile.
Dans
un premier temps, l'AFPAD souhaite remercier la famille Bergeron et Béchard,
parents de Marilyn Bergeron, disparue en 2008, de nous avoir
recommandés à la Sécurité publique en tant qu'organisme intervenant en matière
de disparition d'adulte au Québec. Il est
aussi important pour nous de souligner la participation et la collaboration de
cette famille ainsi que tant d'autres ayant vécu une disparition pour
leurs recommandations au processus d'élaboration de cette loi.
Dans le même ordre
d'idées, l'AFPAD remercie la Sécurité publique de nous faire participer aux
présentes réflexions collectives et au
développement des meilleures pratiques en matière de disparition. Votre geste
est considérablement apprécié. De par la reconnaissance et le soutien
crucial que nous offrent la Sécurité publique et le ministère de la Justice, il est de notre devoir de respecter les valeurs
qui nous guident au quotidien, à savoir l'intégrité, l'équité,
l'honnêteté, la transparence, le respect et l'entraide.
Un de nos objectifs principaux est la
prévention. En raison de ce fait, il est important pour nous de développer un vaste réseau de soutien auprès d'organismes et
corps policiers avec lesquels nous avons tissé des liens. Par conséquent, il est de notre rôle, en
matière de disparition, de contribuer à la sensibilisation, à la prévention et
l'éducation auprès des divers partenaires et grand public.
Pour faire suite aux
documents présentés concernant le projet de loi n° 14 dans l'axe de la
sécurité publique, nous saluons la diligence du ministre d'avoir effectué des
changements de procédure. Nous reconnaissons la volonté du gouvernement
d'améliorer les moyens pour retrouver les personnes disparues. De ce fait,
l'AFPAD a pris connaissance du projet de loi n° 14 et des amendements que
le ministre a déposés à l'Assemblée nationale. C'est à la lumière des
recommandations de la déposition de l'article 17 faisant référence aux
personnes disparues que nous observons une démocratisation de la loi,
c'est-à-dire un avancement prometteur qui se traduit par un véritable espoir
pour l'avenir. À cette fin, les éléments techniques apportés à
l'article 117 serviront à de meilleures pratiques qui seront, de toute
évidence, plus efficaces en matière de communication, de renseignements,
permissions, recherche, collaboration, attentes et visibilité.
L'importance de
l'ajout de l'article 117 est majeure, et il représente, pour l'AFPAD et
ses familles, une avancée. Nous pensons, après plusieurs lectures, que les
recommandations apportées font preuve d'une réflexion rigoureuse dans le but de
faciliter le travail de recherche des enquêtes et les cas... dans les cas de
disparition. Chacun des points de l'article 117 fait preuve d'une percée
inédite que nous appuyons. L'AFPAD est donc en accord avec les changements
proposés. Par conséquent, nous soutenons les interventions élargies des corps
policiers. Puisqu'ils sont au coeur de l'action, l'article 117 leur
permettra dès lors de progresser de manière efficace et stratégique sur le
terrain. De plus, ils seront en mesure de développer des collaborations et des
relations transversales. Le partage d'informations, de connaissances et
d'expertises est crucial au sein des différents corps policiers. Dans un cas de
disparition, l'échange et le travail
conjoint dès le début du signalement entre les... entre les corps municipaux et
provinciaux sont essentiels. Il devient, par conséquent, impératif de
réduire les délais de communication et d'intervention en matière de recherche.
L'équipe de recherche
terrain doit être composée de personnes ayant reçu une formation
professionnelle reconnue pour protéger, le cas échéant, les indices et les
scènes de crime. Les corps policiers doivent être connectés avec différents
intervenants tels que travailleurs sociaux, travailleurs de rue, maisons
d'hébergement ou refuges pour femmes battues, centres pour les itinérants,
intervenants en santé mentale, DPJ, hôpitaux, Enfants Retour, et autres, de là
l'importance de soutenir les différents organismes en matière de disparition et
aussi de manière récurrente.
• (11 h 30) •
Aussi, le fait de
recevoir des suivis de la part des corps policiers diminue les craintes que
peuvent éprouver les familles. Celles-ci ressentent le besoin de rester
informées dans la progression de l'enquête. Le tout reste dans l'objectif de
minimiser un éventail d'émotions négatives et parfois même dévastatrices.
Selon l'AFPAD,
l'article 117 contribue à l'émergence d'un souhait de société en matière
de disparition. De toute évidence, l'accroissement des procédures déployées
concrétise le fait d'offrir le meilleur service auprès de la population. Ce
virage nous montre l'engagement du gouvernement ainsi que sa capacité
d'adaptation et d'action. Les données et les
structures spécifiques présentées définissent très bien les attentes de l'AFPAD
et de ses membres familles.
Je ne sais pas s'il
me reste encore un peu de temps. Deux minutes? Alors, j'aimerais juste
peut-être souligner rapidement les recommandations.
L'AFPAD
invite les personnes concernées à l'étude et à la rédaction de
l'article 117 à prendre en considération nos recommandations,
telles que... Donc, le chapitre I, Dispositions interprétatives, nous
approuvons chacun des points mentionnés.
Cependant, le point 2°, «efforts raisonnables», peut-être que la
clarification du terme «raisonnables» serait nécessaire. Ce terme laisse
libre choix à la police de le définir eux-mêmes, alors que les premières heures
sont critiques.
L'article 2,
nous l'approuvons dans sa totalité. Nous l'appuyons.
Chapitre II,
Ordonnance de communication visant les tiers et autorisation de pénétrer dans
un lieu, à l'article 3, nous
apprécions que l'ordonnance en vertu de cet article offre une énumération
exhaustive et précise. Elle semble couvrir l'ensemble des informations pertinentes aux recherches. Aussi, au
quatrième paragraphe, nous appuyons «[et accordons] un nouveau délai».
L'article 4, au
point 1°, nous pensons que le mot «statut» pourrait être rajouté. Au
point 4°, nous pensons que «et des écrits» pourrait être rajouté aussi. Au
point 8°, nous pensons que le mot «stage» pourrait être rajouté. Au
point 10°, nous pensons que les mots «renseignements testamentaires»
pourraient être aussi rajoutés. Au point 11°, nous pensons rajouter un s à
«autre» et un s à «renseignement», parce qu'il y en aura, donc, plusieurs.
Articles 5 et 6,
nous les appuyons.
Chapitre III,
Communication au public, articles 8 et 9, nous les appuyons également.
Chapitre IV,
pour Dispositions modificatives et finale, l'article 10, 11, 12, nous
sommes favorables aux mesures de concordance. Nous appuyons le tout.
De plus, à la
page 9, l'article 4, nous l'appuyons dans sa totalité.
Pour
l'AFPAD, une de nos préoccupations, au-delà de tout ce qui précède, serait
l'affichage unique. Nous aurions aimé qu'il soit réalisable et qu'il y ait une
base de données d'affichage des personnes disparues. Merci beaucoup.
Le
Président (M. Bachand) : Merci infiniment.
Peut-être rappeler aux membres de la commission que le mémoire de l'association
vient d'être déposé sur Greffier. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Bonnardel : Merci,
M. le Président. Mme Béchard, Mme Carretta, c'est un honneur de vous recevoir
ce matin. Merci d'être là, encore une fois. Vous savez, je reste convaincu
qu'avec l'adoption de cette loi, l'édiction de cette loi pour les personnes
disparues dans la loi n° 15, si, un jour, on réussit à retrouver une
personne ou à sauver une vie, ce sera une réussite, cette loi. Est-ce qu'elle
est parfaite? Peut-être pas. Vous amenez certains petits points, là, qui méritent
une attention particulière.
Ma première question, je voulais juste que vous
clarifiiez un peu plus, là, à l'article 4, là, où vous dites... Au
point 1°, au point 4°, vous dites : Nous pensons que le mot
«statut» pourrait être rajouté, et «des écrits» pourrait être ajouté.
Pouvez-vous élaborer sur ces deux mots que vous souhaitez... Je vous laisse...
Mme
Carretta (Christine) : Attendez, je le cherche, article 4, dans le
chapitre II. L'article 4, c'est ça, point 1°... C'est le point 4°, c'est
ça, monsieur?
M.
Bonnardel : Bien, vous avez indiqué, dans l'article 4, point
1° et point 4°. Vous nous dites : Il faudrait ajouter «statut»
et «des écrits».
Mme Carretta (Christine) : Alors, au
point 1°, oui, «des renseignements relatifs à l'identité», son statut... Moi,
je parlais au niveau du statut, le statut de la personne. Est-ce qu'elle est,
par exemple, un immigrant? Est-ce que c'est quelqu'un qui... Son statut, pas
dans le sens : Est-il marié ou divorcé, célibataire?, mais le statut au
niveau de... C'est ça, est-ce que la personne est déjà... Peut-être que je n'ai
pas utilisé le bon terme, mais est-ce que la personne, c'est ça, vient d'un autre pays? Est-ce que c'est un immigrant? Est-ce
que c'est quelqu'un qui est recherché? On voudrait juste savoir au
niveau du statut, que ce soit peut-être un peu petit plus clair de ce côté-là.
Pour ce qui est du point 4°, des écrits...
Alors, «des photos et des vidéos, y compris des images de télévision en circuit
fermé», des écrits, oui, parce que peut-être qu'il pourrait y avoir des écrits
qui ont été laissés aussi. Donc, on pensait que ça pouvait être important.
M. Bonnardel : OK. J'ai bien reçu
votre...
Mme
Carretta (Christine) : Des écrits, lorsque je parle d'écrits, ça peut
être un journal que quelqu'un aurait écrit, ça peut être des papiers, un
mémoire, peu importe.
M. Bonnardel : ...bien reçu. Quel
est votre avis aussi sur l'ajout... On a souvent l'impression... Une personne
disparue, on veut géolocaliser, on veut avoir ces renseignements, mais, la
personne qui accompagne une personne disparue, votre avis sur ce concept
additionnel qu'on a ajouté dans la loi, là, donc, sur l'ajout du concept de
personne qui accompagne une personne disparue... Croyez-vous que c'est un...
c'est un élément important pour être capable d'aller chercher de l'information?
Exemple, quelqu'un qui enlève un enfant, cet ajout comme tel, là, pour vous,
j'imagine que c'est un point positif.
Mme Carretta (Christine) : Je suis
désolée, ce n'est pas clair, pour moi, ce que vous êtes en train de...
Mme Béchard (Andrée) : Je peux y
répondre.
M.
Bonnardel :
Allez-y.
Mme Béchard (Andrée) : Là, vous
voulez dire que, s'il y a quelqu'un qui accompagne la personne disparue... Dans
n'importe quelles circonstances, c'est un ajout essentiel, parce qu'on ne sait
pas à qui on a affaire exactement. Et je pense que ça peut donner vraiment des
pistes aussi aux enquêteurs. Alors, c'est essentiel de l'avoir, ça, parce qu'il y a souvent, surtout au niveau des
enfants, une personne qui accompagne. Ça, c'est certain. Dans le cas d'adultes,
ça peut être quelqu'un du milieu criminalisé aussi. Alors, il y a beaucoup de
choses qui peuvent ressortir sur ce point de vue là.
Je trouve que vous avez fait une bonne chose de
l'ajouter. Parce que nous, on s'est posé la question aussi, à savoir si notre
fille était accompagnée de quelqu'un. Alors... Et ça, ça joue énormément. Ça
peut être aussi quelqu'un qui va prendre sa place dans un guichet automatique,
qui va sortir de l'argent à sa place. Alors, il y a toutes sortes d'exemples
qui peuvent arriver. Alors, je trouve que c'est essentiel de l'inscrire.
M. Bonnardel : Comment vous trouvez
la mesure, l'ajout de la communication du renseignement... du renseignement au public? Comment tout ça... Bien,
j'imagine que vous allez me dire que c'est bénéfique de donner tous les
renseignements possibles au public pour être capable de retrouver, mais, cet
aspect-là, est-ce qu'on devrait l'améliorer encore plus ou vous trouvez
que ça touche précisément, là, les informations que le public devrait recevoir
quand on...
Mme
Béchard (Andrée) : Bon, le public, c'est un atout essentiel. D'abord,
le public, là, qu'est-ce qui arrive... Quand
les policiers donnent des renseignements, il faut qu'ils soient précis. Il faut
que la photo paraisse. Il faut que ce soit clair pour le public, pour
identifier, d'abord, la personne.
Les renseignements qui sont à donner, c'est si
on peut craindre pour sa sécurité. Ça, c'est important de le dire, parce qu'une disparition, c'est souvent une
question de vie ou de mort et de délai. Alors, les délais sont extrêmement
importants aussi, au moment où c'est diffusé, au niveau
de l'information, parce que c'est prouvé que, même, un enfant, après trois
heures, il peut être décédé. Et, un adulte, bon, on ne le sait pas, dans sa
vulnérabilité, etc.
Alors, je pense que
les policiers, au public, doivent donner des renseignements qui ne peuvent pas
nuire à l'enquête, ne pas trop en dire, mais dire vraiment ce qu'il faut pour
faire en sorte que le public soit ouvert et... ouvert à ce drame-là d'une
disparition et qu'il faut la retrouver, la personne.
Alors, les mots
choisis par les policiers... Il y a un langage pour les disparitions. Alors,
les mots choisis par les policiers sont
essentiels, mais de garder certaines choses pour l'enquête. Mais il y a comme
une nuance à faire entre les deux. Alors, moi, c'est...
• (11 h 40) •
M.
Bonnardel : ...dernière question avant de laisser les questions à mes
collègues, votre opinion sur le fait de
lever le secret professionnel pour obtenir certaines informations précises,
précises sur la capacité d'établir... d'établir une piste x sur une recherche x
qui serait importante. Parce que, bon, c'est quand même... Le secret
professionnel, vous le savez, là, c'est quand même protégé, important,
là.
Mme Béchard
(Andrée) : Bon, là, écoutez, moi, ce que je pense, c'est que les personnes
disparues, c'est des cas d'exception. Vous n'avez pas de scène de crime, vous
n'avez pas la personne. Ce n'est pas palpable. La personne disparue peut se
retrouver n'importe où. La famille qui arrive puis qui signale une disparition,
c'est une famille qui est angoissée, parce que, la personne, ce n'est pas son
comportement normal. Ce n'est pas quelque chose qui est... qui est dans sa
routine de vie.
Donc, le secret
professionnel... Il y a un équilibre à avoir. Je pense que cet équilibre-là, il
n'est pas nécessairement... il n'est pas là. Vous avez les droits de la
personne que c'est comme ça, il y a une définition, et vous avez, par la suite,
le drame de la disparition, jusqu'où on va. C'est qu'il y a un... Il y a quand
même un équilibre, parce qu'on parle d'une question de vie ou de mort. Alors,
je pense qu'en ce qui concerne le secret professionnel, si cette loi-là peut
permettre de sauver une vie, il y a des choses qui doivent être dites. À ce
moment-là, ce que... Je dirais que, si la
personne est retrouvée vivante, ces informations-là doivent être détruites par
la suite. Mais, si la personne est décédée, ou quoi que ce soit... Mais
le but, c'est de retrouver la personne.
Alors, je pense qu'il
y a un équilibre à avoir pour les cas de disparition. Ce sont des cas
d'exception, parce qu'on ne sait rien. Ce n'est... Comme je vous ai dit, ce
n'est pas palpable. On cherche, et le temps compte aussi. Alors, je pense que
le secret professionnel, s'il peut sauver une vie, alors, pourquoi pas? Je
pense qu'il y a des limites aussi. On est rendus en 2023, là. Alors, je pense
que ce qu'on avait comme recherche... Je pense qu'on a besoin d'actualiser le
traitement des disparitions, parce qu'il faut oublier les années 70, là.
On est rendus plus loin que ça. Alors, je pense que c'est une question
d'équilibre, d'aller chercher de l'information.
Le
Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup. M. le député d'Ungava, s'il vous plaît.
M. Lamothe :
Bien, d'abord, félicitations pour être ici. Alors, vous avez vécu... dans
le sens que vous avez vécu des expériences
que je n'aimerais pas vivre. Puis, de vous engager comme vous le faites dans
l'organisme, je tiens à vous en féliciter. Vous avez parlé... Vous êtes
pas mal affairées au niveau policier. Vous avez parlé de faciliter les
recherches d'enquête. La collaboration et le partage d'information avec les
corps policiers est crucial.
Dans le projet de
loi... Il y a différents intervenants qui sont venus ici puis qui ont... On a
une place, à un certain moment donné dans le projet de loi, pour les
interpellations policières, les contrôles de routine. Il y en a qui sont contre ça. Moi, ce que je dis, c'est qu'à un
certain point c'est nécessaire. Lorsqu'on pense qu'il y a quelque chose
de pas normal qui se passe, il faut faire des vérifications. Vous pensez quoi
de ça, vous?
Mme Carretta
(Christine) : Bien, moi, je suis tout à fait d'accord avec vous. J'ai
eu à plusieurs reprises l'occasion, donc, d'être en communication avec les
corps policiers, et c'est sûr que les corps policiers ont besoin d'avoir cette
amplitude-là de pouvoir aller chercher des renseignements, de pouvoir... Pour
eux, ça les guide. Ça leur permet de... Ça leur donne une ouverture dans leur
travail. Et j'ai l'impression que ça rend aussi le travail beaucoup plus
satisfaisant pour eux, mais aussi lorsqu'ils rencontrent, après ça, les
familles, pour pouvoir les guider un petit peu, pour pouvoir leur donner
certaines informations.
Ces familles-là ont
besoin d'avoir de l'information. Elles se sentent complètement oubliées,
tellement oubliées que leur vie prend une autre dimension. Ce n'est pas du tout
comme un homicide. Ces gens-là sont continuellement dans l'attente. Et, pour
pouvoir fonctionner, ils font semblant, presque, des fois, ça n'existe pas.
Donc, on continue de... Vous comprenez ce que je veux dire? Et ce qu'on
reproche beaucoup aux corps policiers, nos membres, ce qu'ils leur reprochent,
c'est ce manque d'ouverture là, ce manque de communication d'information. Donc,
pour nous, c'est très important.
Et les corps
policiers, lorsqu'ils font appel à l'AFPAD, ils nous donnent de l'information
qui est précieuse. Et nous, on peut aussi faire un peu l'intermédiaire entre
les corps policiers et le membre, ce qui rassure les gens beaucoup. Alors, nous
aussi, des fois, on a de l'information qu'on peut... qu'on peut donner aussi
aux corps policiers qui leur viennent en aide aussi. Je me souviens, entre
autres, d'un cas en particulier, là, où est-ce qu'on les a mis sur une piste en
particulier, pour un cas de disparition, qui était vraiment pertinente. Donc,
oui, c'est important qu'il y ait une collaboration, oui, c'est important que
les policiers puissent avoir cette ouverture-là sur le terrain, de pouvoir
aller chercher de l'information qu'ils ont besoin en tout temps.
M. Lamothe :
Juste vite fait, un dernier point...
Mme Carretta
(Christine) : Mme Béchard voulait répondre aussi quelque chose.
Mme Béchard (Andrée) : ...rajouter
quelque chose, monsieur. La formation d'agents communautaires, je trouve que
c'est essentiel, parce que ce sont des gens qui sont capables de bien
communiquer. Comme je vous dis, il y a un
langage pour les familles de personnes disparues. Ce sont des agents qui
peuvent aussi faire le lien entre la famille et le corps policier. Ces gens... Ces personnes-là sont vraiment... sont
vraiment capables et formées pour une bonne approche dans ce cas-là.
Alors, c'est ce que je suggère, moi.
M. Lamothe : ...que
l'idéal, c'est que tous les policiers pourraient faire cette job-là, tu sais,
au niveau communautaire, mais souvent...
Mme Béchard (Andrée) : C'est
sûr, mais...
M. Lamothe : Je suis d'accord
avec ce que vous dites. C'est juste une réflexion. J'ai fait ce métier-là.
Bien, souvent, on tague trop des gens :
Ah! toi, tu vas t'occuper de ça, ah! toi, tu vas t'occuper de ça, tandis qu'un
policier devrait faire plusieurs tâches connexes, entre autres prendre
le temps de communiquer. Mais je comprends ce que vous dites.
Peut-être
juste un dernier point vite fait. Juste à titre informatif, collaboration...
Vous parlez de la collaboration des
corps policiers puis sur le partage d'information. Vous avez sûrement vécu des
expériences négatives. J'aimerais vous entendre là-dessus.
Mme Béchard (Andrée) : Ce qui
arrive, c'est que c'est nous-mêmes qui a été chercher un lien, une personne
lien entre le corps de police qui s'occupait de l'enquête et le... Bon, je ne
sais pas si je dois nommer les corps de
police, là, mais ce qui arrive, c'est que notre fille demeurait dans un autre
endroit que celui où elle... que Québec. Puis ce qui est arrivé, c'est
que nous, on voulait vraiment transférer... faire transférer le dossier parce
que sa vie était ailleurs. Et elle a été
24 heures à la maison seulement. Alors, on trouvait qu'il y avait quand
même une enquête qui aurait pu se faire directement dans son milieu. Et
c'est... Notre difficulté, elle a été là. Alors, on a amené le corps de police de la ville en question à faire un lien et de
s'unir, les deux corps policiers ensemble. Et ça a pris quelques années. Ça nous
a pris... Ça a été très, très ardu. Et, bon, souvent, on nous répondait :
Bien, c'est à nous autres, cette enquête-là, là.
Alors, nous, ce qu'on disait, c'est qu'une
personne disparue peut se retrouver n'importe où. Alors, on a été partout. On a été en Ontario, on a... On a donné
des... On a rencontré beaucoup de corps de police. Alors, c'est pour ça que je vous dis que c'est... La communication
entre corps de police, là, il faut vraiment qu'elle soit présente, parce qu'il
faut qu'ils fassent confiance aussi en leur
profession, en leurs collègues qui sont d'ailleurs. Alors, moi, je trouve que
c'est faire confiance en la profession.
M. Lamothe : Bon point, madame.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de Vimont, s'il vous plaît. Il reste un
peu moins de trois minutes.
Mme Schmaltz : Parfait. Merci. M. le
Président. Bonjour, mesdames. Bonjour, Mme Carretta. Je voulais... En fait, on
a répondu déjà un petit peu à ma question... Pardon. C'est que j'aurais aimé
connaître, justement, le rôle important, je... de ce que j'ai cru comprendre,
là, par le fait que vous pouvez souvent apporter aussi de l'information aux
corps policiers, rassurer aussi à la fois vos membres. Et puis j'aurais aimé un
petit peu que vous détailliez ce rôle-là. Mais on a un petit peu répondu quand
même là-dessus. Je ne sais pas s'il y avait quelque chose d'autre que vous
auriez aimé ajouter.
Mme Carretta (Christine) : Bien,
écoutez, c'est sûr que la relation entre les corps policiers et les membres,
c'est quand même une relation qui est excessivement importante. C'est ce qui
fait que les membres qui se sentent complètement démunis et dévastés peuvent
aussi se raccrocher, en fin de compte, hein, aux corps policiers.
Je pourrais vous citer un exemple comme ça qui
me vient à brûle-pourpoint, là, à l'esprit. J'avais eu un cas, justement, de
disparition où on a eu une personne qui nous a... le conjoint de la personne
qui nous avait demandé, donc, d'enlever de sur notre site le nom de cette
personne-là en tant que personne disparue. Il avait tellement d'insistance que
j'ai trouvé ça quand même particulier. Et donc j'ai communiqué tout de suite
avec un des corps de police au niveau des crimes majeurs, avant ça aussi, les
corps de police, et on m'a dit : Bien, écoutez, Mme Carretta, vous venez de lever, justement, un flag, là, parce
qu'on avait un doute, et là on va pouvoir faire des vérifications. Et, en
fin de compte, ça a débouché sur autre chose que les corps de police
soupçonnaient, mais que nous, on a pu valider avec eux.
Mme Schmaltz : ...police vous
appellent souvent. Ils vous reconnaissent. Ils savent qui vous êtes.
Mme Carretta (Christine) : Ah oui,
oui! C'est sûr, c'est sûr, c'est sûr. On travaille en partenariat, d'accord?
Des fois, par exemple, si un corps de police... Je vais vous donner un autre
exemple. Si, par exemple, j'ai des membres qui n'en peuvent plus, là, d'être
dans l'attente, dans l'attente, dans l'attente, qui vont aller aux corps de
police, puis, à un moment donné, les corps de police vont nous appeler :
Pouvez-vous, Mme Carretta, s'il vous plaît, à l'AFPAD,
vous occuper de cette personne-là? Parce qu'on est envahis. Puis je leur
dis : Oui, mais c'est compréhensible si vous ne leur donnez pas
d'information. Ces gens-là sont à la recherche de la personne chère et ils
veulent avoir des réponses.
Alors, automatiquement, nous, on les prend. Et,
si on juge qu'effectivement on a besoin de rentrer en communication, c'est plus
facile, des fois, de communiquer avec... à travers l'AFPAD que directement avec
le membre, qui, lui, est excessivement émotionnel et qui a aussi des exigences
auxquelles, des fois, le corps de police ne peut pas toujours répondre. Donc,
on a un peu comme l'effet tampon, en fin de compte.
• (11 h 50) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée
de Westmount—Saint-Louis,
s'il vous plaît.
Mme Maccarone : Oui. Merci beaucoup.
Bonjour, Mme Carretta, Mme Béchard. Merci beaucoup pour les deux mémoires,
dans le fond, que nous avons reçus. C'est grandement apprécié. Et je veux
d'emblée vous partager mes sincères condoléances et beaucoup de compassion pour
ce que vous avez vécu.
Des voix : ...
Mme
Maccarone : Bien, condoléances, peut-être pour Mme Carretta.
Oui, tout à fait. Puis, pour vous, Mme Béchard, sache que... je pense
qu'on a tous des pensées pour vous et votre famille, en espérant que c'est un
cas qui sera résolu. Puis je veux vous remercier aussi pour ce que vous faites,
parce que votre témoignage ici, les informations que vous partagez avec nous,
c'est sûr, ça va faire avancer les cas pour plusieurs autres familles qu'on...
On espère qu'on n'en aura plus, des cas de disparition, mais merci beaucoup
pour ce que vous faites.
Dans le mémoire que vous avez partagé avec nous,
Mme Béchard, vous avez parlé de la proposition d'un fichier unique. Pourriez-vous élaborer là-dessus?
Parce que ça n'a pas fait partie de la présentation que nous avons eue,
puis je pense que la proposition est assez intéressante, puis ça peut amener
des amendements à ce projet de loi.
Mme Béchard (Andrée) : Bon, j'ai
présenté un travail à la Sécurité publique pour démontrer de quelle façon les
disparitions étaient... les personnes disparues étaient affichées. Vous avez
31 corps de police. Vous en avez à peu près huit qui affichent
correctement les personnes disparues, vous en avez à peu près cinq qui sont
vraiment par des liens et vous avez
18 corps de police qui ne les affichent pas. Peut-être qu'ils n'en ont pas
non plus. Bon, moi, j'ai répertorié 408 personnes portées disparues
au Québec, mais, en réalité, il y a 1 200 personnes de portées
disparues au Québec.
Alors, nous, ce qu'on a besoin, c'est des yeux.
Les yeux, c'est le public, et le public, il ne sait pas où aller. Moi, à chaque
fois que je rencontre des gens, ils me disent : Bien, comment ça se fait
que Marilyn n'est pas affichée à la Sûreté du Québec? Parce que c'est un corps
municipal qui s'occupe de la disparition. Ce n'est pas la Sûreté du Québec qui
s'occupe de toutes les disparitions au Québec. Ça va avec les... chacun des
corps policiers. Alors, c'est là que vous voyez que c'est à la discrétion des
corps policiers de faire des affichages.
Et, toutes nos personnes disparues au Québec,
qui sont 1 200, je pense qu'au Québec maintenant, en 2023, il est temps
qu'on les affiche et que les Québécois puissent avoir accès à un seul
affichage, quitte à mettre le lien qui va avec le corps de police qui s'occupe
de l'enquête. Alors, les gens, s'ils ont des informations à donner, pourront, à
ce moment-là, communiquer avec le corps de police en question. Il me semble que
ça ne doit pas être si compliqué que ça à faire. Parce que ça, c'est du respect
pour les familles de personnes disparues que d'afficher leur personne qui est
disparue, parce que c'est des drames au quotidien, c'est des vies bouleversées.
Et ce n'est plus... Notre vie n'est plus la
même. Alors, le public, comme je vous dis, c'est un atout essentiel pour les
retrouver, parce qu'une personne disparue, je le répète, peut être
n'importe où. Puis, entre nous, est-ce que c'est normal de disparaître? Alors,
c'est ce que j'ai à vous dire là-dessus. Ça en prend un. Disparus-Canada, ça en
est un, mais Disparus-Canada... Je sais que la Sûreté du Québec travaille
actuellement pour pouvoir afficher toutes les personnes disparues du Québec
là-dessus, mais sauf que ça nous en prend un
quand même au Québec, pour notre province, parce que vous avez des provinces
qui sont sur Disparus-Canada et vous avez des provinces qui ont leur
affichage unique aussi, au Québec.
Mme
Maccarone : Puis, selon vous, Disparus-Canada, c'en est un,
outil dont nous pouvons s'en inspirer ici. On peut tirer des leçons de
ceci.
Mme Béchard (Andrée) : Oui,
absolument. Oh oui, oui!
Mme Maccarone : Oui. Hier, j'ai
posé, il y a... Merci. C'est... Dans le fond, je ne comprends pas pourquoi que
ce n'est pas déjà le cas, c'est la question qu'on se pose, parce que je trouve
que c'est logique. C'est logique puis c'est une recommandation que, je présume,
on va pouvoir poursuivre avec.
Hier, j'avais posé une question à la Sûreté du
Québec pour voir s'ils pensaient que nous devons ajouter quelque chose dans la loi pour aider les policiers
en ce qui concerne la recherche des personnes disparues, puis eux, ils
trouvaient que c'était complet. J'ai posé la même question à SPVM, puis eux,
ils ont dit que nous devons permettre l'accès aux applications comme Facebook,
Messenger, Instagram. Votre avis là-dessus.
Mme Béchard (Andrée) : Oui. C'est
une collaboration, c'est certain. C'est... Ce sont des réseaux sociaux. Pour
les personnes disparues, plus on les voit, mieux c'est. Alors, c'est un
réseau... Ce sont des réseaux qui s'étendent un peu
partout dans le monde. Parce que, vous savez, une jeune fille, par exemple, qui
a fugué et qui... je ne le sais pas moi, qui est prise par le crime... les
gangs de rue ou n'importe quoi, au bout de 24 heures, elle peut être
complètement rendue dans l'Ouest canadien, et je pense que les réseaux sociaux
peuvent vraiment aider, là...
Mme Carretta (Christine) : ...
Mme Béchard (Andrée) : Oh oui, oui!
Ça facilite, ça facilite. Il faut s'en servir, mais s'en servir à bon escient.
C'est ça qui compte. C'est dans le respect puis à bon escient. Je pense qu'il y
a comme toute une définition à refaire des personnes disparues. De quelle façon
on doit les chercher? Qu'est-ce qui peut être efficace? C'est un travail de
partenariat. On a besoin organismes. On a besoin du public. On a besoin des
policiers. Les policiers sont les piliers. Au départ, les familles vont
vraiment se concentrer sur les policiers, parce qu'eux ont nécessairement
l'expertise pour retrouver les personnes disparues. Alors, ce sont les piliers
au départ. Et ça, il faut que les familles aient confiance tout de suite. Vous
savez, quand vous entrez dans un hôtel puis que vous êtes mal reçu, on ne veut
plus y retourner, hein?
Mme Maccarone : Non.
Mme Béchard (Andrée) : Bien, c'est
la même chose. La façon qu'on est reçu par le corps policier, la façon qu'ils
prennent l'enquête, tout ça, c'est des piliers. Alors, par la suite, ça
s'étend, comme je vous dis, avec du partenariat un peu partout.
Mme Maccarone : Puis, en basant sur
le partenariat, je vous ai entendues dans vos derniers échanges, est-ce que,
selon vous, nous devons aussi apporter des modifications à cette loi pour avoir
des suivis obligatoires d'une base régulière avec la famille? Parce que, si...
À moins que je n'aie pas bien saisi vos points, mais il y a un manque
d'information reçue par les membres de la famille. C'est très important. Alors,
si on mettait ça dans la loi pour s'assurer que ça devient un fait, est-ce que
ça, ce serait bienvenu?
Mme Béchard (Andrée) : Moi, je pense
que oui. C'est sûr que, nous, les suivis, je peux dire que peut-être qu'on est
gâtés, parce qu'on a vraiment... On a vraiment appuyé là-dessus. On est une
famille qui s'est beaucoup débattue pour
avoir des suivis, et on les a, et le corps de police nous respecte beaucoup
là-dedans, bon, mais ce n'est pas le cas de toutes les familles, qui ont
de la difficulté au niveau des communications. Je pense que vous pouvez
apporter quelque chose.
Mme Carretta (Christine) : ...je
vous dirais qu'on a des familles qui sont vraiment exceptionnelles, dans le sens où on a des gens qui sont instruits, on a des
gens qui sont bien soutenus par des amis, par le restant de leurs familles
aussi, et qui arrivent à développer, en fin
de compte, des moyens de pouvoir aller chercher l'information comme ils
peuvent. Mais ce n'est pas la grande majorité.
Ce qu'il faut... ce qu'il faut comprendre aussi,
c'est que la majorité, nous, de nos membres, nos familles, sont des gens qui
sont démunis, qui ont perdu leurs emplois du fait du choc post-traumatique qui
s'est engendré par la suite, cause... Donc,
il y a un manque financier, il y a un manque technologique, il y a... On a
beaucoup de gens qui n'ont même pas encore Internet. On est obligés de
leur donner toute la documentation...
Mme Maccarone : C'est un très bon
point.
Mme Carretta (Christine) : ...d'accord,
par la poste. Ça nous coûte une fortune de frais de poste. On n'a pas le choix. Il faut répondre à ces gens-là.
Donc, est-ce que toutes les familles sont habilitées à? Je ne crois pas. Et ce n'est
pas de la mauvaise volonté. C'est juste qu'ils sont tellement anéantis et
éprouvés. Et on... Pour eux, ils n'ont tellement
pas... ils n'ont pas de statut, ils n'ont pas eu de reconnaissance, ils n'ont
pas de soutien. C'est difficile, de là l'importance des organismes comme
l'AFPAD ou comme Enfants Retour.
Et ça, je voudrais juste le mentionner, c'est la
deuxième année, là, qu'on est vraiment subventionnés en partie par la Sécurité
publique. Et c'est vraiment grandement apprécié, parce qu'on a été capables
d'aller chercher, nous, tous nos membres et
de leur offrir toute la documentation nécessaire, des guides, des dépliants
qu'on a faits exprès pour les cas de disparition. Ils sont soutenus. Ils
ont des groupes de soutien. Alors, nous, avec ces groupes-là, on est capables aussi de les inciter à aller faire des
démarches auprès des policiers. On est capables, nous, de... s'ils n'ont pas de
courriel, s'ils n'ont pas... de faire ça pour eux et d'écrire aussi à leurs
employeurs et à leurs médecins. Vous comprenez?
Mme Maccarone : Oui.
Mme Carretta (Christine) : Donc,
c'est important.
Le Président (M.
Bachand) : ...
Mme
Maccarone : Ah! bien, peut-être, votre définition de
«raisonnable», vous l'avez soulevé, on a besoin d'avoir une
clarification sur le mot «raisonnable» dans le chapitre I, point 2°.
Quelle est votre définition de «raisonnable»?
Le
Président (M. Bachand) : Très, très, très
rapidement, s'il vous plaît.
Mme
Carretta (Christine) :
Attendez, il faut juste que je le trouve. Alors, vous me dites, c'est quel
chapitre?
Mme Maccarone : C'est... Bien, moi,
je l'ai ici, là, les dispositions interprétatives, «raisonnable de craindre
pour sa sécurité».
Mme Carretta (Christine) : Je ne le
vois pas. Je ne le vois pas. Je ne le vois pas.
Mme
Maccarone : Puis vous nous demandez de clarifier. Alors, je
voulais savoir c'était quoi, votre définition.
• (12 heures) •
Mme
Carretta (Christine) : Raisonnable... Je m'excuse. Est-ce que vous pouvez
juste me dire c'est dans quel chapitre?
Le
Président (M. Bachand) :
Pas de souci. Bien, écoutez, je
vais passer la parole au député de Laurier-Dorion. Oui. Alors, la parole
est à vous. Donc, allez-y.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président, on va continuer sur cette question-là, mais, avant, je voulais vous
saluer, vous remercier de collaborer à cette commission et vous remercier de
tout le travail que vous faites, là, depuis des années. Je suis étonné
d'apprendre que ça fait juste... seulement deux ans que vous êtes financés, et
vous avez fonctionné pendant plusieurs années. Je vous connais parce que des
membres de ma famille, ma mère, en particulier, étaient très intéressés à votre travail. Donc, voilà, je vous ai suivis
un peu depuis de longues années. Donc, je vous félicite et je vous remercie pour tout le travail que vous
avez fait, là. Vous avez acquis, en plus, un très haut niveau d'expertise
dans cette matière-là. Donc, c'est très intéressant, là.
Justement,
pour continuer sur la même veine, la question du raisonnable, donc, c'est au chapitre I,
paragraphe 2°, qui est : «...une personne disparue s'entend
d'une personne, à la fois :
«2° qui est introuvable, malgré les efforts
raisonnables ayant été faits par un corps de police...»
Et tantôt
vous avez dit aussi, là, que les familles ont, des fois, des attentes
démesurées, là, par rapport au travail des
corps policiers, des... des choses que les corps policiers ne sont pas en
mesure de faire. Donc, il y a comme une... Le raisonnable est au coeur de cette... de ces dossiers-là, c'est-à-dire
qu'est-ce qu'on peut faire pour retrouver les personnes disparues, et vous dites : Il faudrait le
clarifier davantage, donc, le terme «raisonnable». Est-ce que vous pourriez
nous donner des éléments supplémentaires, là, pour clarifier qu'est-ce
qui pourrait être raisonnable?
Mme Carretta (Christine) : Bien,
parce que, selon nous, le terme «raisonnable», c'est une question aussi de
perception pour chacun. Qu'est-ce qui est raisonnable pour vous n'est peut-être
pas raisonnable pour moi. Ce qui est raisonnable pour un policier n'est
peut-être pas raisonnable pour une proche de victime. Donc, c'est le point.
C'est comment on pourrait clarifier ce
mot-là pour qu'il soit compris de tous au même niveau et non interprété. Je ne
sais pas si je réponds à votre question. Mais je trouve que c'est un mot
qui est tellement vague. Et, comme je vous dis, c'est une question de
perception, le raisonnable.
M. Fontecilla : Vous avez fait aussi
mention, là, de la question de... bien, tout l'enjeu de la coordination, la
collaboration entre corps policiers, là. Vous avez mentionné qu'une personne
disparue, rapidement, peut se retrouver à
des centaines, voire des milliers de kilomètres. Est-ce que vous pensez que le
projet de loi n° 14 répond à cet enjeu-là de meilleure coordination
des corps policiers?
Mme Carretta (Christine) : Bien,
enfin, moi... Oui. Je pense que oui, hein?
Mme Béchard (Andrée) : Bien, je vais
vous le dire oui, oui, parce que, si on veut vérifier, par exemple, chez un
transporteur, peu importe, si on veut vérifier des choses qui peuvent amener la
personne à aller à l'extérieur, qui pourrait se rendre à l'extérieur, oui,
parce que ça donne... ça donne le pouvoir aux policiers de pouvoir vérifier
avec des hauts niveaux de... je ne sais pas, moi, d'un aéroport, ou de vérifier
au niveau d'une gare, ou de niveau de... Ça amène les policiers à vérifier si
la personne est sortie à l'extérieur du territoire. Alors, je pense que c'est
essentiel.
Ce qui est dans cette loi-là, ça touche, en
fait, tout ce qui peut arriver à une personne disparue, toutes les
circonstances. Elle peut se retrouver à l'hôpital. Elle peut se retrouver
ailleurs. Elle peut se retrouver prise avec un groupe organisé. Elle peut... Je veux dire, c'est une loi qui donne
vraiment une flexibilité, si je pourrais dire, aux policiers de vérifier
des zones où ça a été impossible. Écoutez, moi, ça fait 15 ans, je ne sais
même pas si ma fille est passée dans un hôpital du Québec.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Je dois céder la
parole à la députée de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Merci. Bien, merci
d'être parmi nous pour partager votre expérience. Ce n'est pas... ce n'est pas
évident, là, ce que vous avez vécu et ce que vous vivez encore.
J'ai
deux petites questions. Ma première. Tantôt, on parlait des réseaux
sociaux, les ordinateurs, ces choses-là. Moi, je ne voulais pas
savoir... En fait, ma question, c'est à savoir si... pas à permettre à la
police, là, de diffuser sur les réseaux sociaux, parce
que plus qu'on voit l'image, plus ça aide, pas cette partie-là, mais est-ce
que... Les parents ou... des personnes recherchées ou les proches, est-ce
qu'elles seraient d'accord pour que... donner accès à l'appareil, peut-être,
de la personne disparue pour aller voir sur Internet, aller voir l'historique
de navigation sur Internet, aller voir les
messages textes, les messages entrants, sortants? Plus cette partie-là. Est-ce
qu'il y aurait... Est-ce que vous voyez ça comme une entrave, un peu
trop loin, ou vous vous dites : Non, c'est correct?
Mme Carretta
(Christine) : Bien, moi, je... Écoutez, je vais parler par expérience,
là. Ce que je peux vous dire, c'est que moi, je pense qu'une personne qui a
perdu un être cher est prête à tout mettre sur table ce qui pourrait aider, en
fin de compte, les policiers à pouvoir retrouver cette personne-là. Parce qu'on
n'est pas dans le jugement. On est vraiment en mode solution. On est en mode
proactif. Et il faut que les choses bougent vite. Donc, téléphones cellulaires, écrits, comme j'ai dit, manuscrits,
peu importe, agendas, tout ce que c'est qu'on pourrait avoir à déployer,
réseaux sociaux, à mon avis, c'est nécessaire et ce serait même fortement
apprécié.
Mme Nichols :
Parfait. Donc, donner accès, pour vous, c'est... c'est possible.
Mme Carretta
(Christine) : Donner accès complètement, totalement.
Mme Béchard
(Andrée) : Je pourrais ajouter, même, donner un délai, un délai dans
la loi aussi, un délai, c'est-à-dire 72 heures pour avoir une...
officiellement, un document d'une institution, ou quoi que ce soit, parce qu'une disparition, ça presse, hein, parce que ce
n'est pas dans la... Il n'y a pas de délai d'inscrit dans la loi, mais moi,
je pense qu'un délai devrait être inscrit dans la loi aussi.
Mais vous avez
raison, particulièrement, là... Je pense qu'une famille est prête, même...
C'est tellement dangereux que ça... On peut se mettre en situation de
dangerosité aussi lorsqu'on cherche une personne disparue, parce que les polices n'ont pas accès à certains
endroits. Et nous, on l'a fait, et puis... C'est parce qu'on veut vraiment
trouver la personne. Alors, on est sur l'adrénaline à ce moment-là.
Mme Carretta
(Christine) : Juste pour ajouter aussi, le fait que... le fait qu'on
puisse, justement, déployer tout ça, tous
ces outils-là, je pense que ça fait preuve aussi d'une grande collaboration de
part et d'autre, donc, de là aussi l'importance qu'il y ait une
collaboration en pouvant divulguer toute l'information.
Mme Nichols :
Merci. Merci beaucoup.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Sur ce, Mme Carretta, Mme Béchard, merci infiniment
d'avoir été avec nous aujourd'hui. C'est très apprécié.
Sur ce, je suspends
les travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à
12 h 07)
(Reprise à 12 h 11)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux. Alors, il nous fait plaisir
d'accueillir la Commissaire à la déontologie policière. Merci beaucoup d'être
avec nous. Comme vous savez, vous avez
10 minutes de présentation. Après ça, on aura un échange avec les membres.
Alors, la parole est à vous, s'il vous plaît. Merci.
Commissaire à la déontologie policière
Mme Hillinger
(Mélanie) : Merci beaucoup. Bonjour, M. le ministre. Bonjour, M. le
Président. Bonjour, membres de la
commission. Il me fait plaisir aujourd'hui d'être présente à cette consultation
particulière, et je vous en remercie, de cette invitation. Mon
allocution portera sur les modifications législatives proposées au régime de déontologie policière, particulièrement au regard
de celles qui relèvent de notre compétence. Mais permettez-moi, dans un
premier temps, de vous présenter brièvement mon organisation.
Le Commissaire à la
déontologie policière est une organisation gouvernementale indépendante
composée de civils, dont la mission est
d'assurer la surveillance des agents de la paix sur le plan déontologique. Nous
avons le mandat de recevoir,
d'examiner et de traiter les plaintes déposées à l'endroit des policiers, des
agents de protection de la faune, des constables spéciaux, des
contrôleurs routiers, des dirigeants et enquêteurs de l'unité anticorruption
permanente, l'UPAC, de même que les
dirigeants et enquêteurs du Bureau
des enquêtes indépendantes qui
n'auraient pas respecté le Code de
déontologie des policiers du Québec. Par notre action, nous nous assurons que
des agents de la paix adoptent une conduite professionnelle dans le
respect des droits des citoyens en vue de maintenir, voire renforcer le lien de
confiance entre eux et la population qu'ils desservent.
L'analyse du projet
de loi n° 14 s'est réalisée à travers le spectre de trois postulats :
offrir à la population et aux agents de la
paix un mécanisme de surveillance civile indépendant qui soit juste, impartial,
accessible, efficient et transparent; veiller à une utilisation
judicieuse des ressources dans un contexte où ces ressources ne sont pas
illimitées; et concourir par notre action à une saine administration de la
justice.
Sur
la base de ces fondements, nous accueillons favorablement les intentions du
projet de loi n° 14. Tout d'abord, l'ajout de nouvelles responsabilités en
matière de prévention et d'éducation en matière de déontologie policière
suscite particulièrement notre intérêt. En plus de s'inscrire en parfaite
adéquation avec les orientations de notre
plan stratégique 2021-2025, nous croyons à l'importance de prévenir les
manquements déontologiques avant que ceux-ci ne surviennent et à la
nécessité de mieux informer les citoyens de leurs droits et de leurs recours
lorsqu'ils interagissent avec les agents de la paix.
Plus concrètement, il
nous apparaît fondamental de sensibiliser les agents de la paix sur les
comportements à risque des manquements déontologiques et de les soutenir par le
renforcement de bonnes pratiques. En corollaire, les citoyens doivent être au
fait des pouvoirs et des devoirs dévolus aux agents de la paix afin de pouvoir
adopter un comportement sécuritaire et réagir promptement aux comportements
s'écartant des pratiques établies.
Dans la mesure où le
projet de loi était adopté sur cet aspect, la commissaire entend offrir une
offre de services adaptés pour mieux répondre aux besoins diversifiés de sa
clientèle, mettre en place un programme de prévention
comportant des outils de sensibilisation et d'information destinés au public et
aux agents de la paix et accompagner son personnel dans le développement
de ses compétences sur des enjeux d'importance tels que le profilage racial et
social.
De plus, la
commissaire souscrit à la volonté d'accroître l'accessibilité aux recours
déontologiques mais juge essentiel que des balises soient définies et
permettent d'assurer le traitement des plaintes avec plus d'efficience, et donc
plus rapidement. En ce sens, nous saluons l'introduction d'un deuxième mode de
dénonciation d'un événement, en l'occurrence
le signalement, qui nous apparaît le véhicule le plus adapté au degré
d'implication de la personne par rapport à l'événement dénoncé et le plus
respectueux de la préservation des renseignements personnels des personnes impliquées.
Cette proposition
nous apparaît également la plus optimale au regard d'une utilisation judicieuse
des ressources et d'une saine administration de la justice, particulièrement
dans le contexte où nous sommes conscients que
les délais de traitement des plaintes sont présentement une source d'irritants.
Sur cet enjeu de taille, je tiens à mentionner que nous sommes en action
et que les différentes mesures qui sont proposées par le projet de loi
pourraient soutenir l'atteinte de cet objectif.
Enfin, cette mesure
est complémentaire à la possibilité qui serait désormais accordée à la
commissaire d'analyser des événements qui
n'auraient peut-être pas été soumis à son examen autrement, lui permettant
ainsi d'assurer une meilleure protection du public.
Nous désirons
également porter à l'attention des membres de la commission quelques aspects
sur lesquels une vigilance est de mise. Alors que la conciliation s'avère le
premier mode de règlement des plaintes en déontologie policière, le projet de
loi suggère d'introduire la conciliation sur une base facultative au plaignant
alléguant la conduite discriminatoire d'un agent de la paix. Consciente que la
conciliation peut s'avérer une démarche exigeante pour certains plaignants, nous sommes néanmoins convaincus qu'il s'agit
d'une étape essentielle au rétablissement du lien de confiance et une
occasion unique de s'exprimer sur les événements, de rapprocher les parties et
d'en tirer des apprentissages pour le futur. La conciliation doit être vue
comme une mesure de prévention en ce qu'elle vise à faire évoluer les comportements et les pratiques en
vigueur. Bien au-delà de la situation pour laquelle les parties sont réunies,
elle a comme objectif d'amener le citoyen et l'agent de la paix à prendre du
recul sur les événements et à identifier la façon
d'intervenir dans le futur pour éviter qu'une situation ne s'envenime. Il
s'agit d'une démarche dont les bénéfices surpassent plus souvent
qu'autrement les appréhensions exprimées au départ, et nous en sommes
conscients.
De plus,
l'introduction d'un parcours différencié pour une partie de notre clientèle
n'est pas sans risque et pourrait avoir pour effet de discréditer, pour l'autre
partie, ce véhicule d'échange qui a pourtant fait ses preuves au cours des
années. Partant du fait que l'enquête déontologique ne puisse systématiquement
conduire à la citation d'un policier devant le comité en raison des règles de
droit applicables, il apparaît opportun de laisser le soin à la commissaire de
déterminer, parmi la conciliation ou l'enquête, lequel des deux modes
s'avère le plus approprié dans les
circonstances. Le maintien de l'exercice de cette discrétion permettrait de
préserver l'équilibre entre les attentes du citoyen et les réelles chances d'obtenir une sanction au terme d'une
audience devant le comité. Ce précepte est également en adéquation avec
la tendance observée dans d'autres systèmes de justice qui prônent les modes
alternatifs de règlement des différends à la judiciarisation des litiges. De
surcroît, il est important de retenir que la commissaire n'exerce pas une
discrétion arbitraire en favorisant la conciliation dans certaines situations.
Sa décision repose plutôt sur sa conviction de pouvoir ou non faire la preuve
prépondérante d'un manquement déontologique devant le comité.
Persuadés des retombées
positives de la conciliation, nous recommandons son maintien comme premier mode de règlement des plaintes dans les
situations, bien évidemment, qui le requièrent. De plus, advenant une
indécision du plaignant, nous suggérons de maintenir la conciliation
comme première étape du processus déontologique.
Le projet de loi
n° 14 ouvre la porte à la tenue de conciliation adaptée aux nouvelles
technologies. En sus des conciliations
virtuelles, nous estimons essentiel de pouvoir tenir des conciliations par voie
de conférences téléphoniques dans les cas où les plaignants n'auraient pas
accès à des outils technologiques. Bien que les conciliations en
présentiel, et je tiens à le mentionner, doivent demeurer le mode privilégié,
ces nouvelles modalités permettraient la souplesse nécessaire pour répondre à des besoins particuliers en plus d'assurer
une conciliation contemporaire aux événements et de répondre aux besoins
de certains plaignants souhaitant une conclusion rapide de leurs dossiers.
• (12 h 20) •
Enfin, s'il advenait
que le législateur confère au comité le pouvoir d'établir une mesure de
réparation au chapitre des sanctions possibles, nous suggérons que la mesure de
réparation préconisée fasse l'objet d'une recommandation conjointe entre la
commissaire et la partie policière à la suite de représentations faites au
préalable par les parties.
En
terminant, je tiens à souligner l'engagement exceptionnel et le dévouement de
chacun des membres de mon équipe. Durant la pandémie, un travail colossal a été
réalisé pour mettre en place de nouveaux processus et maintenir notre offre de
services. De plus, je tiens à remercier mes partenaires que sont les
organisations représentant les citoyens, les
organisations policières de même que les organisations représentant les agents
de la paix, mes partenaires du
ministère, le ministre, qui travaillent chaque jour avec nous pour faciliter la
conduite du processus déontologique dans le respect, bien évidemment, de
nos rôles et de nos juridictions respectives.
Toutes ces actions
combinées aux intentions du projet de loi n° 14 constituent, à notre avis,
la voie à suivre pour améliorer, voire moderniser la déontologie policière.
Néanmoins, il m'importe d'insister sur le fait que des ressources
additionnelles seront nécessaires au commissaire pour assurer l'implantation
des nouveautés qui découleront des travaux législatifs et afin de préserver la
confiance de nos parties prenantes, qui sont en droit de s'attendre à un
traitement des plaintes qui soit efficient, diligent et bienveillant. La
mobilisation de tous les acteurs intéressés s'avère un incontournable dans la
réussite de ce projet de modernisation. Et je tiens à souligner que mon
organisation sera au rendez-vous pour répondre aux orientations législatives
que les parlementaires détermineront.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
Mme la commissaire. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Bonnardel :
Merci, M. le Président.
Mme Hillinger, merci d'être là aujourd'hui. Vous avez un mémoire... un
exercice qui est important pour... qui est partie prenante de notre... bon, de
notre projet de loi qui a été déposé.
Puis mon premier
point, puis j'en ai plusieurs, mais je sais que mes collègues vont vouloir en
poser aussi, là, mais on va essayer de faire ça de façon succincte, là :
Êtes-vous capable de nous exposer, pour la gouverne de tous, la distinction ou
les distinctions entre le signalement et les plaintes? Certains nous ont dit
hier que ça pourrait être une perte en
termes de droits pour les citoyens. Est-ce que, pour vous, c'est un gain en
efficience d'aller... d'aller... d'aller là? Donc, rapidement, sur ce
premier point, qu'est-ce que vous... qu'est-ce que vous pouvez nous exposer et
nous expliquer entre un signalement, une plainte et les changements qu'on a...
qu'on a apportés dans la loi, là?
Mme Hillinger (Mélanie) : Peut-être mentionner,
tout d'abord, qu'il s'agit, effectivement, de deux véhicules
distincts, mais qui ont le même objectif, à savoir porter à la connaissance du
commissaire une situation qui pourrait s'avérer un manquement déontologique.
Donc, premièrement, l'objectif est le même.
Deuxièmement,
l'analyse qui sera faite du signalement et de la plainte seront au même effet.
Ils auront la même considération, le même égard. Nous allons, effectivement,
nous baser sur les mêmes critères et les mêmes règles de droit pour juger ou
non de l'admissibilité. À titre d'exemple, est-ce qu'il s'agit d'une situation
qui relève de la compétence du commissaire? Est-ce qu'il s'agit, effectivement,
d'une situation où un policier était dans l'exercice de ses fonctions? Est-ce qu'il s'agit d'une situation où le policier
était dans le cadre d'une intervention avec le public? Est-ce que la
force utilisée dans les circonstances était raisonnable ou non? Est-ce qu'il y
a un droit d'un citoyen qui a pu être compromis? Donc, toute l'analyse de
l'admissibilité de départ sera au même effet.
Où la distinction se
trouve, c'est lorsqu'il s'agit, pour le commissaire, d'en effectuer son suivi.
La plainte est un véhicule qui vise une
personne qui est plus directement visée par l'événement, donc, qui a subi
l'intervention ou qui en a été témoin, tandis que le signalement serait
davantage réservé à une personne tierce à l'événement, qui n'était pas présente
sur les lieux et qui ne peut pas en attester, qui ne peut pas, malheureusement,
contribuer à l'analyse du commissaire en apportant des faits qui pourraient,
effectivement, venir amener un éclairage qui est nécessaire au traitement et à
la conduite.
M. Bonnardel :
Donc, rapidement, un signalement peut amener une... ou des signalements sur
un cas x peut amener, de votre côté, une plainte.
Mme Hillinger
(Mélanie) : Le signalement pourrait déboucher, effectivement, sur une
enquête.
M.
Bonnardel : Une enquête, c'est ça.
Mme Hillinger
(Mélanie) : Une enquête, effectivement, puisque... La conciliation ne
serait pas le véhicule opportun étant donné que la personne n'était pas partie
ou témoin de cet événement-là.
Puis je pense que ce
qu'il est important aussi de mentionner, c'est que... Hier, j'ai entendu le
fait que le signalement pourrait amener une perte de droits de la personne qui
le formule. Dans les faits, ce qu'il faut comprendre, c'est... Encore une fois,
le droit de révision, à la suite de la décision qui pourrait être portée sur le
signalement, de l'accepter ou de le rejeter s'établit sur la base de faits ou
d'éléments nouveaux. Donc, lorsque le commissaire exerce sa discrétion en
révision d'une décision initiale, c'est pour des éléments nouveaux. Le
signalant qui n'a pas été partie à l'événement ne serait probablement pas en
mesure d'amener ces faits et éléments nouveaux puisqu'il n'a pas été partie à
l'événement, puisqu'il n'a pas été témoin de cet événement-là. Donc, à toutes
fins pratiques, ce recours-là de révision serait, bon an, mal an, plus
théorique qu'autre chose.
M.
Bonnardel : J'aimerais aussi vous entendre davantage sur le fait de
remplacer l'appel de plein droit par un appel de permission. Certains nous ont
dit que c'était un recul.
Mme
Hillinger (Mélanie) : Je pense que c'est une question d'opportunité qui
relève de vous, les législateurs, mais, pour vous apporter un éclairage,
je vous soulèverais certains éléments. Il faut comprendre que l'appel de plein droit est ouvert tant au commissaire qu'à la partie
policière. Donc, s'il y avait des changements à ce niveau-là, autant le
commissaire que la partie policière en seraient, effectivement, là, les gens
qui, je vous dirais, devraient s'adapter à la nouvelle situation.
Il ne s'agit pas de retirer, encore une fois, le
droit d'appel. Il s'agit de l'encadrer et de l'assujettir à, effectivement, une
permission. Ce qu'on disait tout à l'heure, c'est dans un contexte de
ressources limitées, dans un contexte où on souhaite la saine administration de
la justice. Il faut comprendre que l'appel de plein droit peut amener, encore
une fois, une forme de systématisme où, chaque fois qu'on n'est pas
nécessairement, je vous dirais, en accord avec la décision, on pourrait décider
d'aller, effectivement, au niveau de la Cour d'appel et lui demander une
nouvelle appréciation des faits. Ce que l'appel sur permission viendrait
apporter, c'est d'amener une forme de filtre permettant, encore une fois, à la
Cour d'appel d'apprécier à sa face même si le dossier comporte une erreur
manifeste et déterminante qui justifie son action. Donc, si, effectivement, à
sa face même, il y a cette erreur-là, ces motifs sérieux là sont mis en
évidence, à ce moment-là, la Cour d'appel se saisirait de la situation.
Ce qu'il faut aussi comprendre, c'est
qu'actuellement on peut assister à un certain débalancement dans l'exercice du
droit d'appel. Bon an, mal an, je vous dirais que la partie policière peut
exercer son droit d'appel de plein droit à peu près dans 65 % des dossiers
pour lesquels le policier a un manquement déontologique reconnu, alors que, le
commissaire, c'est plutôt dans 10 % des situations où le policier voit le
comportement non dérogatoire reconnu par le comité.
Actuellement, au niveau des tribunaux
spécialisés en matière administrative, je vous dirais que le droit sur
permission est davantage la norme. Il y a un seul... en tout cas, selon
l'évaluation qu'on en a faite, un seul tribunal administratif, qui est le
tribunal des marchés financiers, qui aurait, effectivement... ou dont ses
décisions seraient assujetties à l'appel de plein droit, alors que tous les
autres tribunaux administratifs sont assujettis à un appel sous permission ou
encore ne sont assujettis à aucun droit d'appel, donc, seulement un pourvoi en
contrôle judiciaire du côté de la Cour supérieure.
Donc, encore une fois, l'idée n'est pas
d'empêcher le recours à la Cour d'appel, mais plutôt de circonscrire sur des
motifs sérieux pour éviter qu'il y ait une forme d'automatisme qui pourrait
avoir pour effet d'engendrer des coûts, d'engendrer la mobilisation des
ressources, d'engendrer des délais, aussi, supplémentaires. Combien de fois les
parties nous disent que les processus déontologiques sont longs et amènent une
charge émotive importante sur les parties? Bien, il faut comprendre que,
lorsqu'on exerce un droit d'appel, bien, c'est sûr que la situation s'allonge
et a pour effet de perdurer dans le temps. Alors, le fait de peut-être mettre
un filtre et de s'assurer que les motifs, à sa face même, sont sérieux pourrait
amener, encore une fois, un usage, là, qui pourrait, encore une fois, s'avérer
davantage, là, équilibré dans une société de droit.
• (12 h 30) •
Certains experts pourraient peut-être même vous
dire que ce débalancement entre l'exercice du droit d'appel du côté de la
partie policière et du côté du commissaire pourrait avoir une incidence sur
l'évolution du droit, sur l'évolution de la jurisprudence. Je m'explique. On
arrive dans un contexte où, pour tel manquement déontologique, on a une
fourchette de sanctions qui est de l'ordre de cinq jours à 10 jours,
à titre d'exemple. Le commissaire souhaite,
effectivement, faire évoluer la fourchette de sanctions à la hausse. Du côté de
la partie policière, bien, ce serait peut-être l'inverse, de vouloir,
encore une fois, à la baisse, diminuer cette fourchette-là, jugeant les
manquements trop sévères. Bien, c'est sûr que, si une des parties va tout le
temps en appel et demande, effectivement, à ce que la fourchette aille vers le
bas... bien, c'est sûr qu'à un moment donné on peut se retrouver dans une
situation où, à long terme, l'équilibre s'en trouve rompu. Alors, c'est la
raison pour laquelle l'exercice doit demeurer. Mais l'exercice pourrait avoir
un avantage, et être mieux encadré, et mieux circonscrit.
M. Bonnardel : On souhaite... Vous
souhaitez, on souhaite accompagner les plaignants. On s'est fait dire plus
d'une fois que les plaignants se sentaient bien seuls face... face à... aux
policiers et à ceux qui... à ceux qui l'accompagnent. Vous souhaitez former et
accompagner, donc, ces plaignants. On s'est fait dire aussi qu'on... Comment on va s'assurer de la neutralité ou de
l'indépendance de ceux qui accompagnent le plaignant, c'est un peu une
inquiétude que certains avaient hier. Pouvez-vous nous exposer rapidement ce
que vous... ce que vous pensez faire?
Mme Hillinger (Mélanie) : Oui.
La personne qui pourrait accompagner, effectivement, les personnes issues de la
minorité visible serait, évidemment, une personne qui assumerait un rôle
neutre. Elle n'aurait pas le rôle de prendre fait et cause sur le plaignant.
Son rôle serait davantage d'assurer une sécurisation sur le plan culturel,
d'être quelqu'un qui vient l'appuyer dans la conduite du processus et qui est
bien au fait de ce qu'elle vit, de ses impacts, des conséquences qui peuvent,
effectivement, découler de la situation qu'elle a vécue.
On a déjà une expérience similaire au
Commissaire à la déontologie policière lorsqu'il est question de notre
clientèle autochtone. Nous avons, depuis deux ans, un agent de liaison
autochtone qui a, effectivement, la possibilité d'accompagner la clientèle
autochtone dans le processus, mais, encore une fois, non pas dans la
perspective de prendre fait et cause, mais plutôt dans la perspective de
démystifier le processus, de l'accompagner, encore une fois, dans le parcours
et de la sécuriser à chacune des étapes, effectivement, du processus.
Donc, oui, ce serait une personne du
commissaire, mais une personne qui, dans un contexte de conciliation, est
neutre et tente de rapprocher les parties en vue de la conclusion d'une
entente.
M. Bonnardel : Rapidement,
comment vous allez vous assurer... Vous en avez parlé dans votre préambule, la
conciliation à distance, c'est un exercice
que vous souhaitez faire pour maximiser le temps, et tout, mais on nous signalait aussi hier : Comment on va s'assurer de la
confidentialité, que personne ne pourra enregistrer cette conciliation à
distance? Avez-vous déjà pensé à ça?
Mme Hillinger
(Mélanie) : Oui. Actuellement, nous avons une entente de
confidentialité qui est signée systématiquement par tous les plaignants et les
policiers qui participent à la conciliation. C'est, effectivement, une entente,
je vous dirais, là, qui est relativement étoffée et qui fait état, encore une
fois, de toutes les conditions qui gouvernent
la conciliation et l'étanchéité parfaite qu'il doit y avoir entre les propos
qui y sont tenus et la suite des choses. Donc, pas de possibilité de
visionnement, pas de possibilité de mettre ça sur les médias sociaux, pas de
possibilité d'amener ça devant les cours de
justice. Il y a vraiment, encore une fois, une très grande préoccupation qui
est mise de l'avant-plan pour s'assurer du respect de cette
confidentialité-là. Et les plaignants ont la responsabilité aussi d'en informer
leur personne accompagnatrice, qui, elle-même, devient assujettie à cet
engagement-là.
Et ce que je pourrais
vous dire, c'est que, même dans le contexte de conciliation en présentiel, en
vertu, maintenant, des nouvelles
technologies, des téléphones intelligents, il pourrait y avoir malgré nous un
enregistrement, effectivement, de conversation. Mais, après
vérification, depuis la création du commissaire, aucune telle situation
n'aurait été portée à notre connaissance. Et, s'il y avait, effectivement, bris
de confidentialité, il pourrait y avoir des recours, là, qui soient pris pour,
encore une fois, là, demander réparation.
M. Bonnardel :
Une dernière question avant de... que le député d'Ungava vous en pose une.
Vous signalez, dans votre... dans vos
sommaires des conclusions, à la page 5, le dernier picot, «que la mesure
de réparation fasse l'objet d'une recommandation conjointe des parties
au comité». C'est un ajout, ça, que vous souhaiteriez voir apparaître.
Mme Hillinger
(Mélanie) : Oui, oui. On a entendu, hier, des intervenants. Je
souscris, effectivement, aux préoccupations qui ont pu être témoignées. Les
mesures de réparation, ce sont des mesures qui sont relativement très
personnelles et qui appellent au caractère propre de la personne dans une
situation donnée. Je suis d'avis que ces mesures-là devraient normalement
relever, au premier chef, de l'employeur, qui a, effectivement, un lien plus
étroit et privilégié avec les personnes en
cause, qui connaissent leur situation, leur état d'esprit, leurs besoins. Donc,
pour moi, ce devrait être, au premier chef, un rôle qui est dévolu à
l'employeur.
Par contre, s'il y
avait éventuellement de telles mesures, ma recommandation... la recommandation
de mon organisation serait qu'il y ait d'abord et avant tout une recommandation
entre les parties, donc entre la partie policière et le commissaire, en vue
d'en faire la présentation au comité, le cas échéant.
Le Président (M. Bachand) : M. le député d'Ungava, deux minutes, question et réponse. Deux minutes
maximum.
M. Lamothe :
Il y a des représentants syndicaux qui se sont présentés hier, trois, puis
ils sont tous unanimes à dire que les
nouvelles règles déontologiques vont augmenter le désintéressement du policier
face au travail qu'il a à faire. Vous en pensez quoi?
Mme Hillinger
(Mélanie) : C'est une préoccupation, effectivement, qu'on doit tous
avoir. Ce que je vous dirais par rapport à ça, c'est que le volet prévention
qui serait ajouté, effectivement, à la mission du commissaire va, à mon avis,
changer la donne. Ce qu'on veut travailler en prévention, c'est éviter,
justement, qu'il y ait des manquements déontologiques et qu'il y ait des
plaintes qui soient déposées. Comment le faire? À partir de l'expérience, de
l'expertise qu'on a développée au cours des années par le traitement de
milliers de plaintes au fil du temps, donc,
identifier les comportements à risque de manquement déontologique et renforcer
les bonnes pratiques par des exemples,
effectivement, qui sont heureux et dont les dénouements sont, effectivement,
salutaires. Donc, prévenir en amont
et venir sensibiliser le policier en l'accompagnant et en le soutenant serait,
encore une fois, à notre avis, une porte positive, là, pour qu'ils se
sentent, encore une fois, là, soutenus dans la réalisation de leur travail.
Et le Commissaire à
la déontologie a un rôle, effectivement, d'assurer la protection du public. Et
c'est sûr qu'on est conscients de
l'insatisfaction qu'on peut générer. Lorsqu'on refuse une plainte pour une
preuve insuffisante, à titre d'exemple, c'est sûr qu'on crée,
effectivement, des insatisfactions. Il faut les expliquer. Il faut communiquer.
Il faut que les gens comprennent le rôle. Du côté des policiers, c'est la même
chose.
Quand on parle d'une
plainte au niveau de la société, chaque plainte est une plainte de trop. C'est
à nous, comme société, de mettre en place
toutes les conditions gagnantes pour faire en sorte que les manquements soient
le plus limités possible et qu'au global toute la sécurité du public
soit assurée.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Désolé. Je dois passer la parole à la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone :
Merci beaucoup. Merci beaucoup pour votre témoignage ainsi que votre
mémoire. Je pense que ça va nous aider à élaborer la prochaine étape dans cette
loi.
Nous avons entendu en
commission hier la Ligue des droits et libertés, et eux, ils proposent quand même
des craintes. Ils disent qu'il y a beaucoup, beaucoup de discrétion laissée au
commissaire. Que répondez-vous à eux? Comment pouvons-nous rejoindre leurs
préoccupations ainsi que... Comme le collègue vient de dire, on a aussi les
corps de policiers qui disent que les mesures déontologiques qui sont comprises
dans cette loi sont des pénalités qui sont très sévères, les plus sévères que
nous n'avons jamais vues. Comment voyez-vous votre rôle de gérer les deux, les
deux considérations? Les deux côtés disent qu'ils sont préoccupés.
Mme Hillinger
(Mélanie) : Vous avez, effectivement, soulevé un bon point. Et, ce que
nos partenaires nous disent, nous le considérons au premier chef. Nous avons un
rôle d'éducation. Nous avons un rôle de formation. Nous avons un rôle
d'accompagnement. Dans notre planification stratégique, c'est un élément qu'on
a mis en exergue. Il faut mieux communiquer et avoir une force de frappe plus
importante. Donc, c'est important, encore une fois, que les gens comprennent
l'exercice de notre rôle et sur quels paramètres ce rôle-là est établi. Nous ne
jugeons pas en équité selon ce qu'on a envie de faire dans la journée. Nous
sommes assujettis à un cadre strict, à des règles, à des principes qui sont
dégagés par la jurisprudence. Et c'est sur la base de cet encadrement-là que
nous nous gouvernons, à partir d'aide... d'outils d'aide à la tâche, de
critères, de grilles qui nous permettent d'assurer un traitement uniforme, un
traitement juste, un traitement équitable.
• (12 h 40) •
Mais maintenant c'est de rendre la décision et
d'expliquer correctement, dans un langage clair, dans un langage accessible et
digestible, les raisons qui ont motivé nos choix. Et ça, on a du travail à
faire, on est conscients, et c'est la raison pour laquelle nous essayons de
mettre sur notre site Internet notre intégration sur les médias sociaux, la
participation dans des salons, dans des événements qui permettent aux citoyens
de communiquer avec nous et des événements qui nous permettent de former aussi
des policiers recrues, des agents de la paix.
Donc, plus les gens vont comprendre notre rôle,
plus les gens vont comprendre notre action, mieux on sera capables de rendre ce
que l'on fait. Nous croyons que ça va aider à la transparence, à légitimer
l'exercice de notre juridiction et à apaiser, possiblement, certaines personnes
qui peuvent se questionner, à juste titre, sur nos façons de faire et les
décisions que nous prenons.
Mme Maccarone : Merci. Alors,
vous avez beaucoup parlé de la conciliation. Vous êtes d'avis que la
conciliation devrait être obligatoire. On a aussi entendu la Ligue des droits
et libertés qui nous disent que ça devrait être facultatif, parce que, dans
certains cas, ça se peut qu'on ait des plaignants qui ne voudront pas
poursuivre avec de la conciliation. Et on a aussi entendu la même préoccupation
des policiers qui ont passé en commission hier. Que répondez-vous à eux? Puis
pourquoi ça doit être obligatoire et non facultatif? Il y a quand même des cas,
peut-être, qui devront être pris comme exceptionnels.
Mme Hillinger (Mélanie) : Merci
de la question. La conciliation est un véhicule, effectivement, qui est
engageant, qui est exigeant. Moi, je parle souvent de la conciliation comme
premier mode ou comme première étape du
processus déontologique, parce qu'il n'est pas systématiquement obligatoire, tu
sais, dans tous les cas. Il peut y avoir une enquête qui soit décrétée
au terme de l'analyse préliminaire d'une plainte. Donc, il faut comprendre
qu'il y a certaines situations d'intérêt public, de blessures graves. Il peut y
avoir, effectivement, des cas de récidive, des considérations de droits fondamentaux qui auraient été, effectivement,
compromis qui vont justifier le décret d'une enquête.
Par contre, ce qu'il faut comprendre, c'est
qu'encore une fois tous les dossiers ne peuvent pas se rendre en enquête, parce
qu'encore une fois c'est une question de preuve. Nous ne pourrions pas faire la
preuve devant le comité de déontologie des
éléments constitutifs d'un manquement déontologique. Donc, le véhicule qui
demeure, à ce moment-là, pour permettre à un citoyen de se faire
entendre, il a vécu quelque chose de difficile, il veut l'exprimer, il veut
faire valoir sa voix, bien, la conciliation est la bonne étape pour lui permettre
de le faire. Et, si j'avais des conciliatrices et des conciliateurs,
aujourd'hui, de mon équipe qui étaient devant vous, ils vous diraient que,
malgré les appréhensions de départ, au terme des conciliations, les gens sont
tellement contents.
Je regardais les derniers chiffres, 79 % de
taux de succès. Les gens ne rentrent pas en conciliation nécessairement bien,
apaisés, paisibles et heureux, mais il y a de belles histoires qui se
terminent. Et, encore une fois, comme je le mentionnais, au-delà de la conciliation
pour l'événement pour lequel les parties sont réunies, le citoyen va devoir
continuer de cohabiter avec les forces de l'ordre. Il va devoir composer au
fait que, dans la société, il y a des agents de la paix qui assurent la
sécurité publique. Donc, il est important de leur donner un véhicule d'échange
dans un cadre respectueux, balisé, avec le concours d'un conciliateur neutre,
équitable et impartial pour les faire grandir dans la situation, pour les
informer, les sensibiliser.
Et même les représentants syndicaux nous disent,
au commissaire, que c'est bon, effectivement, pour les policiers. C'est un
rafraîchissement. Hier, on parlait du consensus sur la formation, la formation
continue. Bien, la conciliation, c'en est une, forme de formation continue.
Quand le policier est dans la pratique, dans le feu de l'action, bien, il y a
bien des choses qui se passent, mais, parfois, de venir en conciliation et de
se faire rappeler certaines choses, ça peut l'aider dans sa pratique, ça peut
l'aider sur ses prochaines interventions. Donc, on voit les bénéfices réels de
ce véhicule-là.
Mme Maccarone : Merci. J'ai vu
dans votre mémoire que vous êtes contente avec la modification législative
proposée qui va permettre à votre organisation d'accompagner, encore plus
personnalisé, les plaignants. Vous avez eu un échange préliminaire avec le
ministre. Mais, quand je lis votre mémoire, je vois aussi que le nombre de
plaintes reçues par vous sont en croissance. Si on parle de 2017‑2018,
1 818. Puis là, en 2021‑2022, ça augmente à 2 493. Comment allez-vous
rejoindre ce nouveau critère? Malgré que je le salue puis je trouve que c'est
une bonne idée, comment allez-vous
rejoindre, maintenant, ce nouvel indice, qui me semble très nécessaire puis
très utile? Mais, si vous êtes en manque d'effectifs, comment allez-vous
réaliser?
Mme Hillinger (Mélanie) : Au
cours des cinq dernières années, nous avons vu le nombre de plaintes augmenter de 37 %. À l'instar des autres
organisations, c'est vrai qu'il y a des enjeux de ressources. On a,
effectivement, une
rareté d'expertise. Quand on a un joueur qui quitte l'organisation, ça fait
mal. Dans une organisation comme la mienne, on est environ
39 personnes. C'est un concentré d'une expertise très spécialisée.
Alors, c'est
sûr que, durant la pandémie, on a eu, encore une fois, des plaintes, on vous
dirait, qui se sont ajoutées par rapport à ce qu'on a connu dans les
années précédentes, et ça a créé une pression. Donc, je vous laisse... Je ne
vous cache pas, et je l'ai dit dans mon mot d'ouverture et je l'ai écrit dans
le mémoire, on a fait de l'optimisation à l'interne.
On a révisé nos processus. On a regardé chacun des endroits où on pouvait
gagner en efficience. Mais j'ai été très claire, et je pense avoir reçu
une belle écoute de M. le ministre quand je lui ai dit que, là, je ne pouvais
plus aller plus loin dans la situation actuelle, que mon équipe avait
impérativement besoin de ressources pour que je puisse préserver la confiance
de mes partenaires et que je puisse décharger les plaignants et les policiers
de cette charge-là qui fait que mon processus, quand il est long, amène sur
leurs épaules une charge émotive qui, à un moment donné, n'est plus saine dans les circonstances. Donc, un
processus déontologique, il faut, pour que la force de frappe arrive, que le dénouement soit le plus contemporain
possible à l'événement qui a donné lieu, effectivement, à cette rencontre-là. Donc,
oui, ça m'en prend, des ressources.
Ce n'est pas que des ressources. Il y a une
multitude, effectivement, de mesures qui doivent être mises en place. Mais
chaque petit élément de souplesse... On parlait tantôt des conciliations
virtuelles. Bien, encore une fois, je l'ai
dit, c'est un mode privilégié, le présentiel, mais, si, à un moment donné, on
se retrouve à avoir des conciliations en région que l'on doit regrouper
pour, effectivement, tenter d'utiliser judicieusement les ressources, bien, ça
peut faire en sorte que je vais allonger mon délai, alors que, dans d'autres
circonstances, par une conciliation virtuelle ou téléphonique, je peux
rapprocher le moment d'échange entre les parties.
Donc, il faut
humaniser le processus de déontologie et mettre nos parties prenantes au coeur
de ce processus-là, et que nous soyons des facilitateurs pour qu'il y
ait un début, une fin, mais que ça se fasse selon les plus hauts standards et
selon les règles de l'art, parce qu'il n'y aura pas de justice à rabais au
Commissaire à la déontologie policière, c'est sûr.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Avant
d'aller plus loin, j'aurais besoin d'un petit cinq minutes puis d'un
consentement pour rajouter un petit cinq minutes à la séance. Consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Bachand) :
Merci. M. le député de Laurier-Dorion.
M. Fontecilla : Merci,
M. le Président. Bonjour, Mme Hillinger. Et merci beaucoup d'être ici avec
nous, là. Très intéressant, ce que vous nous apportez.
Écoutez, j'aimerais soulever quelques préoccupations,
là, qui ont été... qu'on a entendues, là, ici concernant le processus de
signalement. On nous rapporte qu'il y a eu une étude en 2022, toute récente,
là, comme quoi les signalements des... pas les signalements, les plaintes
d'un... les plaintes provenant d'une personne tierce qui n'a pas assisté aux
événements, c'est tout de même très minoritaire dans l'ensemble des plaintes,
3,2 %, là. On est loin de... comment dire, de... d'une vague de plaintes
qui pourraient être frivoles. Mais pourtant, là, ces plaintes-là provenant d'un
plaignant tiers aboutiraient à 22,6 % des dossiers amenés devant le Comité
de déontologie policière et constituent 27 %, presque 28 % des
plaintes qui donnent lieu à une sanction par ce comité. Donc, une petite
minorité de plaintes qui amène quand même à
un grand... à une prise en considération très importante. Est-ce que vous ne
croyez pas que ça pourrait... l'élimination de cette possibilité-là
pourrait vous priver de rendre justice?
• (12 h 50) •
Mme Hillinger (Mélanie) : C'est
un très bon point. Les plaignants tiers ont un rôle fondamental à jouer au niveau du commissaire, et nous sommes très
reconnaissants de toutes les situations qu'ils ont portées à notre connaissance,
parce que nous n'avons pas actuellement, dans le cadre de la loi actuelle, la
possibilité de nous saisir de nous-mêmes d'une intervention. Donc, toutes les
plaintes qui ont été formulées par des plaignants tiers, effectivement, ont
reçu de la considération et, vous l'avez dit, ont conduit, dans bon nombre de
dossiers, à des sanctions.
Le signalement va conférer la même possibilité
pour le plaignant tiers de porter ces situations-là à notre connaissance. Le seul élément qui va,
effectivement, changer, c'est la façon dont nous allons effectuer le suivi auprès
de ce plaignant-là en termes de confidentialité des informations qui entourent
un événement pour lequel ils ne sont pas partie.
Donc, le
principe va demeurer entièrement le même. Ils vont continuer d'avoir une
tribune pour sensibiliser le commissaire. Le dossier va être analysé de la même
façon qu'actuellement, selon les mêmes critères, avec les mêmes paramètres,
les mêmes règles de droit. Mais, au moment où on aura pris la décision, ce que
l'on demande, c'est d'avoir une souplesse
additionnelle pour être peut-être un peu moins éloquents dans les motifs qui
pourraient générer telle ou telle décision afin de préserver la
confidentialité d'informations sensibles qui concernent des personnes à
l'événement et pour lequel cette personne-là n'était pas partie. Donc, c'est
vraiment dans une perspective d'assurer la protection de la vie privée des gens
qui étaient partie à l'événement
Mais ce n'est d'aucune façon une façon détournée
de les empêcher d'exercer la légitimité, encore une fois, de l'apport qu'ils faisaient
au commissaire, mais c'est vraiment, peut-être, de prévoir une façon d'y
répondre qui est différente. On parlait de
ressources, on parlait de délais, on parlait de saine administration de la
justice, bien, c'est une façon de livrer, encore une fois, le suivi.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme la
députée de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols :
Oui. Merci, M. le Président. Bonjour. Avec les différentes modifications
législatives, ça ferait beaucoup de chapeaux. On parle, entre autres, de
l'accompagnement, de la prévention, du tribunal. Vous avez sûrement entendu les
différents groupes, là, qui sont passés. On disait : Est-ce qu'il n'y a
pas un conflit d'intérêts, ou est-ce qu'on ne devrait pas plutôt confier la
prévention à une autre entité, ou... Moi, j'aimerais vous entendre, là, sur
l'ensemble des chapeaux. Puis, on en a parlé, là, il y a des collègues qui en
ont parlé, les effectifs, c'est sûr que ça va prendre plus d'effectifs, mais il
y a des... il y a l'argent aussi, là, en arrière de tout ça, le financement.
Mme Hillinger (Mélanie) : Vous
avez une très bonne question. Pour nous, et ça, on l'a mentionné, notre équipe
de prévention serait vraiment étanche de l'équipe qui traite les plaintes. Il y
aurait vraiment deux secteurs distincts, du côté du commissaire, qui auraient,
effectivement, des fonctions et des rôles propres qui leur seraient dévolus, parce qu'on n'est pas à l'intérieur du
même environnement. Donc, la prévention, on est plus en amont des plaintes
ou des signalements, alors que, lorsqu'on arrive au niveau de la plainte, on est
en aval. Donc, à ce moment-là, il faut vraiment qu'il y ait une étanchéité.
Mais, par contre, il y aura nécessaire communication entre ces deux entités-là,
parce que le traitement des plaintes, c'est la mine d'informations qu'on va
aller rechercher.
Mme Nichols : Comment
vous allez faire? Comment vous allez faire ce mur-là? Comment vous allez... Ça
va être des équipes séparées? Comment vous allez y arriver?
Mme Hillinger (Mélanie) : Ça va
être des équipes séparées, mais qui vont avoir, effectivement, quand même le
rôle de communiquer de manière à aller chercher la matière première pour
identifier les manquements déontologiques potentiels. Le traitement des
plaintes nous amène à voir certains comportements à risque. Ça va être
important, en fonction du traitement des plaintes, d'aller communiquer avec
l'équipe de prévention pour dire : On voit
beaucoup de plaintes, actuellement, de tel ordre, qui amènent tels risques dans
le comportement, donc il serait bien de travailler des outils, une
information... une formation qui porte sur ces éléments-là. Donc, c'est sûr que
ce sont des équipes distinctes, comme on
voit souvent dans les organisations, mais qui doivent se parler pour assurer la
cohérence, encore une fois, du livrable qui va en résulter.
Le Président
(M. Bachand) : Dernier commentaire,
Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : En deux secondes,
là, j'imagine.
Le Président
(M. Bachand) : Ah! une minute.
Mme Nichols : Ah! quand même,
quand même, quand même. OK. Oui, je vais y aller. Les recommandations qui
pourraient s'appliquer... En fait, là, suite à des dossiers, le tribunal
pourrait faire des recommandations qui seraient appliquées par une organisation
différente. Et ça, ce serait, quoi? Via la formation?
Le Président
(M. Bachand) : En 30 secondes.
Mme Hillinger (Mélanie) : Je ne
suis pas sûre de saisir. Quand vous dites par une organisation différente, vous
voulez dire quoi? Je ne suis pas sûre de saisir votre question.
Mme Nichols : Bien, en fait, c'est
vous qui allez... qui allez offrir aussi ce service-là?
Mme Hillinger
(Mélanie) : Oui, c'est l'équipe de prévention. Donc, il
pourrait y avoir de la formation, effectivement, qui est donnée par
l'équipe, effectivement, qui est dédiée à ce secteur d'activité.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme la
commissaire, merci beaucoup d'avoir été avec nous, sincèrement.
Mme Hillinger (Mélanie) : Merci
à vous.
Le Président
(M. Bachand) : Alors, la commission
suspend ses travaux jusqu'à 15 heures. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 54)
(Reprise à 15 h 0
4)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît!
Bonjour à tout le monde, en ce magnifique après-midi du 5 avril, dans... à
Québec. Alors, la Commission des institutions reprend ses travaux.
Nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 14, Loi modifiant diverses
dispositions relatives à la sécurité publique et édictant la Loi visant à aider
et retrouver des personnes disparues.
Alors,
on débute cet après-midi avec l'Association des directeurs de police du Québec.
Merci beaucoup d'être avec nous. Grand plaisir. Alors, je vous invite d'abord à
vous présenter et à débuter votre exposé. Merci beaucoup encore.
Association des directeurs de police du Québec (ADPQ)
M. Brochet
(Pierre) : Très bien. Donc, Pierre Brochet, président de l'Association
des directeurs de police du Québec et directeur de la police de Laval.
M. Deramond (Didier) : Didier Deramond, directeur général de l'Association des directeurs de
police du Québec.
M. Brochet
(Pierre) : On y va?
Le
Président (M. Bachand) : Oui, allez-y.
M. Brochet
(Pierre) : Alors, M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les
commissaires, l'ADPQ remercie la Commission
des institutions de lui donner l'occasion de se prononcer sur le projet de loi
n° 14. Pour notre présentation, bien évidemment, je suis accompagné
de M. Didier Deramond.
M. le Président,
l'ADPQ salue les efforts du gouvernement afin de faire évoluer la Loi de police
et reconnaît certains ajouts à la loi actuelle qui sont des plus pertinents.
Toutefois, l'ADPQ
tient à émettre certaines réserves et doit avouer qu'elle est préoccupée en ce
qui concerne le rôle de gestion élargi que le gouvernement veut donner au
tribunal administratif, qui, selon elle, remet en question le rôle du... de
gestionnaire des directeurs de police du Québec.
De plus, notre
association tient à préciser qu'elle est préoccupée en lien avec la gestion par
ligne directrice et par règlement.
Bien, avant d'aller
plus loin et de vous faire part de nos observations, réserves et inquiétudes,
voici la mission de l'association : la
mission première de l'ADPQ est de représenter les dirigeants policiers et leurs
partenaires afin de contribuer à l'amélioration de la sécurité publique
du Québec.
Comme je vous l'ai
mentionné précédemment, notre compréhension du projet de loi n° 14 est
qu'il offre des pistes de solution
innovantes et efficaces en sécurité publique. Toutefois, notre association
remarque que ce projet de loi propose également des modifications qui,
selon notre humble avis, nécessitent non seulement des précisions, mais
également des ajustements afin que les changements proposés ne nuisent pas au
rôle de gestion des directeurs de police et que la sécurité publique et
l'indépendance des corps de police ne soient en aucun temps compromises par
quoi que ce soit ou par qui que ce soit.
Comme vous l'avez
sûrement constaté, nous avons structuré notre mémoire en deux catégories, soit
les réserves, qui regroupent les changements proposés dont l'ADPQ éprouve un
malaise et une inquiétude au niveau du projet
de loi, et les observations, qui font état des préoccupations, d'ajustements
souhaités ou encore d'appuis au projet de loi. Pour les besoins de cette
présentation et compte tenu du temps qui nous est alloué, nous allons nous
concentrer sur, évidemment, les réserves. À ce sujet, nous avons soulevé
quatre... quatre éléments : l'absence de reconnaissance des fonctions du
rôle du... des directeurs de police, la gestion par règlement et ligne
directrice, qui ouvre la voie à des règlements
plus politisés ou de l'ingérence potentielle, la gouvernance, sujet qui n'a pas
été abordé dans le projet de loi, et la reddition de comptes demandée,
qui peut devenir une surcharge de travail et représenter des coûts
additionnels. Je présenterai donc les deux premiers enjeux et laisserai M.
Deramond vous expliquer les deux derniers points avant de faire la conclusion.
Débutons avec
l'absence de reconnaissance des fonctions du rôle du directeur de police. Il
s'agit d'un enjeu majeur. L'ADPQ a un malaise en ce qui concerne le rôle de
gestion élargi que le gouvernement veut attribuer au tribunal administratif au
point 65, article 234, en lui confiant, par exemple, la possibilité d'évaluer...
d'imposer une évaluation médicale ou une thérapie à des policiers. En faisant
de la sorte, le gouvernement remet en question le rôle de gestionnaire du
directeur de police et le travail quotidien qui est fait par ce dernier pour
former, encadrer et assurer la pertinence de leurs actions. L'ADPQ tient donc à
rappeler au gouvernement que les policiers sont déjà encadrés non seulement par
des lois et des normes professionnelles, mais qu'ils sont également d'avis...
ils sont également suivis et évalués par leur propre organisation, dont le
directeur en est le haut responsable.
Je dois vous avouer
que l'association se questionne quant aux objectifs de ces insertions. Pourquoi
le gouvernement désire-t-il que le tribunal administratif fasse la... fasse de
la gestion des ressources humaines au détriment du rôle des directeurs de
police? Ne serait-il pas mieux d'assurer une saine gestion de la sécurité
publique, que le rôle du tribunal
administratif n'entre pas en conflit avec le rôle de gestion des directeurs de
police? L'association enjoint donc le gouvernement de réviser le mandat
qu'il veut attribuer à son nouveau tribunal administratif et lui demande de faire confiance aux directeurs de
police en laissant les compétences en gestion des ressources humaines, dont
la formation et l'encadrement, à ceux-ci.
Toujours en lien avec
la reconnaissance des fonctions du rôle de directeur de police, l'association
est surprise et perplexe sur le rôle élargi que le gouvernement veut attribuer
au commissaire. En effet, au point 47, à l'article 187, le projet de loi semble à nouveau faire fi des
responsabilités qui incombent aux directeurs de police quant à la gestion
du personnel. Comment pourrait-on expliquer autrement le fait que le
commissaire, lorsqu'une plainte est rejetée, pourrait communiquer directement,
par sa propre initiative, à la demande du ministre, avec un policier ses
observations sur la nature des conduites à améliorer?
D'ailleurs, l'ADPQ se
demande comment un ministre pourrait être au courant d'une plainte rejetée par
le commissaire et lui demander de partager ses observations avec un policier.
Est-ce que l'association doit comprendre que le commissaire devra... se devra
de partager l'information qu'il possède au niveau du ministre?
L'ADPQ est en désaccord avec l'idée de permettre
au ministre de communiquer avec le commissaire concernant le dossier des
policiers, alors qu'il se doit de garder une distance afin d'éviter toute
ingérence politique potentielle. L'ADPQ propose donc un nouveau texte de loi à
l'article 187 qui oblige le commissaire à communiquer directement et
uniquement aux directeurs de police ses observations. Enfin, l'association est
d'avis d'éviter toute ingérence potentielle, qu'il est nécessaire de retirer du
texte de loi «ou à la demande», le... entre guillemets, «ou à la demande du
ministre».
• (15 h 10) •
Passons maintenant à la gestion par règlement
ou par ligne directrice, qui ouvre la voie, selon nous, à de la réglementation
plus politisée ou à de... ou à de l'ingérence potentielle. Nul besoin de vous
dire que nous sommes inconfortables avec cette approche. Par exemple, la
gestion par règlement proposée au point 14, à l'article 116,
préoccupe l'association, car il est impossible d'entrevoir les changements qui
seront éventuellement souhaités lors de la
formation continue des policiers. Il est primordial, selon nous, de s'assurer
que ce genre de formation ne devienne pas plus politisée ou dépendante d'événements médiatisés, et ce, au
détriment des coûts et de la capacité organisationnelle du service et
des citoyens. L'ADPQ souhaite donc qu'il soit précisé, dans l'article de loi,
que ledit règlement devra, en tout temps, être rédigé en concertation avec les
parties prenantes, soit l'ADPQ et l'École nationale de police.
Enfin, bien que... bien que l'ADPQ accueille
favorablement les ajouts proposés au point 86, à l'article 263.4,
l'association tient à rappeler que, plus souvent qu'autrement, il est... il est
facile de tomber dans les opérations lorsqu'on détermine des priorités d'action
ou des directives. Donc, il est risqué de tomber rapidement dans la gestion des
opérations, ce qui doit être, à notre avis, évité à tout prix. De même, il
arrive trop souvent que les réalités terrain, qui sont différentes d'une région
à l'autre, ne soient pas prises en compte lors de l'élaboration de lignes
directrices. À nouveau, ceci doit être évité
à tout prix. L'association recommande d'ajouter, à
l'article 263.4, que le gouvernement doit assurer que, dans
l'élaboration de ses priorités d'action et de ses directives, ces dernières
n'aient pas d'influence directe sur les opérations, qu'elles tiennent compte
des réalités terrain de chaque région et qu'elles soient faites en concertation
avec l'ADPQ.
L'ADPQ ne peut également que réitérer son
malaise envers la proposition de lignes directrices que le gouvernement propose
au point 96, article 307, qui ouvre la voie, selon nous, à une
ingérence potentielle et à l'élaboration de
lignes directrices potentiellement politisées. L'ADPQ recommande donc de ne pas
changer l'article 307. Toutefois, si le gouvernement décidait de ne pas
suivre cette recommandation... cette recommandation, il est essentiel que ces...
ces lignes directrices soient élaborées avec la collaboration de l'Association
des directeurs de police du Québec. Didier.
M. Deramond
(Didier) : Alors, M. le Président, M. le
ministre, Mmes et MM. les commissaires, bonjour. Alors, l'ADPQ est préoccupée par la... par la présence de certains vides
juridiques dans le projet de loi, et ce, bien qu'elle ait émis des pistes de solution dans son mémoire,
qu'on a déposé au Comité consultatif sur la réalité policière en 2020. Cela fait maintenant plus de cinq ans que
l'association réclame que la gouvernance soit traitée dans la Loi sur la
police.
Cela
étant dit, bien que l'association soit en accord avec l'insertion au
point 100, à l'article 354.1, elle recommande d'inclure des éléments
de gouvernance afin que ces règles communes à l'ensemble des services de police
soient mises en place pour la nomination, la suspension ou la destitution des
directeurs de police. Il va de soi que ces règles devraient être élaborées en
concertation avec notre association.
En ce qui concerne la reddition de comptes,
l'association se doit de mentionner son inconfort avec certains ajouts. Alors,
l'association croit que la modification apportée au point 89, à
l'article 267, au premier paragraphe, est louable. Toutefois, l'ADPQ est
inconfortable avec l'ajout du deuxième et troisième élément, qui se lisent
ainsi, là :
«3° des états, des données statistiques et
d'autres renseignements nécessaires afin d'évaluer l'état de la criminalité et
l'efficacité de l'action policière; et
«4° des renseignements et des documents
nécessaires à l'exercice de ses fonctions [ou de sa charge].»
Alors, l'ADPQ se demande pourquoi le
gouvernement désire évaluer l'efficacité des actions policières, alors que ces
dernières relèvent, dans la majorité des cas, des municipalités.
De plus, permettez-moi de mentionner que cette
nouvelle demande de reddition de comptes créera une pression supplémentaire sur
les services policiers. Les organisations policières ont des ressources
limitées. Le gouvernement se doit d'être conscient que, pour être en mesure
d'effectuer ce genre de reddition de comptes, de nouvelles ressources seront nécessaires. Et à quel prix? L'ADPQ craint
fortement que, si les paragraphes 3° et 4° ne sont pas retirés, cette reddition
de comptes alourdira les responsabilités des directeurs et des organisations
policières. L'ADPQ recommande donc de retirer les ajouts des paragraphes
3° et 4° de l'article 267.
En terminant, M. le Président, M. le ministre et
Mmes et MM. les commissaires, le respect des citoyens et la confiance mutuelle
qui doit exister entre les policiers et la population sont le fondement de la
légitimité du travail policier. C'est
pourquoi l'ADPQ soutient les efforts du ministre visant à contrer la
discrimination dans les activités policières et la reddition de comptes
qui y est associée. Toutefois, comme les directeurs de police doivent maintenir
le juste équilibre entre l'encadrement du travail policier et la marge de
manoeuvre nécessaire pour assurer la sécurité des citoyens, nous croyons qu'il
est important de rappeler au gouvernement que c'est dans un contexte
d'augmentation de la violence et d'enjeux en santé mentale de plus en plus
présents que les directeurs de police doivent en tout temps s'assurer de la
mobilisation des policiers au Québec. À ce sujet, l'ADPQ tient à être claire,
les directeurs de police de la province ont le leadership nécessaire pour
relever ces défis, et le gouvernement doit leur faire confiance.
Le Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup. On est rendus à la période d'échange. Désolé. 10 minutes en
bonne compagnie, ça passe tellement rapidement. M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Bonnardel :
Merci, M. le Président. Merci, M. Deramond, M. Brochet, d'être là cet
après-midi. Votre rapport et votre mémoire
est important pour la suite des choses. Puis je tiens compte... Puis je vais
aller sur différents... deux, trois petits points, là, qui me reviennent
en tête sur ce que vous avez... sur ce que vous avez dit.
Bon, les lignes
directrices, vous n'êtes pas sans savoir... Un des points les plus importants
que j'ai mentionnés lors du dépôt de ce projet de loi, c'est de répondre aux
situations de profilage que l'actualité a amenées de l'avant, que les situations ont amenées de l'avant, que vous êtes
bien au fait aussi. Vous travaillez avec... Vous êtes en contact avec
vos collègues aussi puis les différents corps de police pour être capables
de... Quand il y a une interpellation ou une interception, il y a trois quarts
des corps de police, présentement, là, qui remplissent une fiche comme telle, là, qui... que je souhaite toujours
assez succincte pour ne pas non plus... On a souvent parlé de désengagement.
Puis, pour moi, ce n'est pas d'alourdir le travail des policiers, mais c'est de
leur rendre ça le plus simple possible, puis
que ça prenne une ou deux minutes à cocher les informations pour que, par la
suite, pour la première fois... où un ministère soit capable, dans une
reddition de comptes... vous n'aimez peut-être pas le mot, mais reddition de
comptes annuelle, pour qu'on soit capables d'avoir et de colliger des infos
pour la première fois, au ministère, qui vont nous donner... nous donner...
qu'on puisse connaître un peu nos façons de faire, nos façons de travailler et
d'avoir des informations qui, je crois, vont être importantes.
Donc,
est-ce que vous y voyez un enjeu comme tel, d'être capables de nous fournir ça,
même si le travail se fait déjà? Où vous vous situez là-dessus? Parce que, veux
veux pas, c'est un point... c'est un point pour... pas juste pour moi, je
pense, pour l'ensemble de la société civile, puis surtout ceux qui,
malheureusement, ont subi certains... certains cas, là. Puis je ne veux pas nommer personne ni aucun corps de police,
mais ça a été d'actualité. Puis, pour nous, il fallait trouver un
équilibre, qui n'est pas simple non plus, là, dans tout ça. Puis je pense que
ça, c'est un outil, un outil qui va être important pour autant votre travail à
vous, que pour vos policiers, policières, que pour nous.
M. Brochet
(Pierre) : Non, bien, en réponse à ça, M. le ministre, les directeurs
de police sont sensibilisés comme jamais, au cours des dernières années, à la
notion de racisme, discrimination, de profilage racial. Et on a beaucoup
évolué, au cours des dernières années, à mettre en place, par exemple, des
pratiques policières et des nouvelles politiques d'intervention. Par exemple,
présentement, pour faire une intervention sur un piéton, une interpellation, ça
prend des motifs et des soupçons. Donc, on ne peut pas y aller de façon
aléatoire. Donc, nous...
Et d'ailleurs nous,
on est très, très à l'aise avec la reddition de comptes, M. le ministre. Ça
fait partie de nos fonctions. Comme directeurs de police, comme service public,
un des éléments importants dans la gouvernance, c'est d'être capables de rendre
compte de nos actions de façon transparente. Et ça, on n'a pas aucun problème
avec ça.
Notre préoccupation,
c'est dans l'ampleur que pourrait prendre la notion de ligne directrice, et là
des... certaines lignes directrices... En fonction, par exemple, de pressions
médiatiques ou de crises médiatiques, certains gouvernements pourraient être
tentés de mettre en place rapidement des actions en fonction des lignes
directrices. Il faut bien comprendre que... Puis, tu sais, ça fait 38 ans
que je suis policier. C'est quand même un changement qu'il ne faut pas
négliger. Donc, pour la première fois, on étend les pouvoirs du ministère de la
Sécurité publique à donner des lignes directrices. Alors, la préoccupation que
j'ai, c'est qu'on rentrerait soit dans les enquêtes ou les opérations policières en dictant aux directeurs et aux
services policiers québécois... en dictant la façon de faire les choses.
Donc...
Mais, avec la
reddition de comptes, parfaitement à l'aise avec ça.
• (15 h 20) •
M.
Bonnardel : À l'article 86 du projet de loi, on modifie
l'article 263.5 de la Loi sur la police puis on dit que... prévoir que le
directeur ou un membre d'un corps de police doit refuser de communiquer ou de
confirmer l'existence d'un renseignement dont la divulgation pourrait avoir des
incidences sur l'administration de la justice et la sécurité publique,
«notamment lorsqu'elle serait susceptible de nuire à une enquête ou à une
intervention policière, de révéler une méthode d'enquête ou de mettre en danger
la vie ou la sécurité d'une personne». D'accord avec ça?
M. Brochet
(Pierre) : Ah! tout à fait d'accord. Bien, je pense que c'est un
élément positif du projet de loi. C'est de régir, si on veut, les relations, au
niveau municipal, entre les directeurs de police, et les élus, et
l'administration municipale. Donc, ça a été une recommandation dans le livre
vert, et on est très, très à l'aise avec ça. À ce niveau-là, pas de problème.
M.
Bonnardel : Du côté des... Il y avait certaines inquiétudes hier, là,
des... de certains policiers, je pense que
c'était la fraternité des policiers provinciaux, l'embauche de policiers, là,
enquêteurs qui viennent du milieu civil, donc, une entrée parallèle pour les
enquêteurs, là, qui ont... qui ont une expertise très... très nichée, là, très
nichée. Puis le but de cet article,
encore une fois, ce n'était pas d'empêcher les policiers, là, qui ont... qui
ont de l'ambition, là, d'aller un jour... Puis vous en avez eu, puis bravo,
bravo, bravo pour votre travail puis l'expérience que vous avez aujourd'hui,
mais est-ce que vous êtes d'accord avec cette entrée parallèle, je vais
l'appeler ainsi, là, qu'on souhaite mettre en place
pour aller chercher... Puis on va... on va le... Je le disais... je le disais
hier au... je pense que c'était à M. Painchaud, on va travailler avec vous là-dedans, là, pour qu'on dicte de façon...
de façon correcte les postes ou les... l'expertise, je veux dire,
l'expertise précise qu'on souhaite avoir dans ce... dans ce contexte, là.
M. Brochet (Pierre) : En fait, oui,
on est... on est à l'aise avec ça. Ça va être dans les paramètres qu'on va
identifier. Et je... Et, vous l'avez bien dit, hein, autant les policiers à
travers le Québec, c'est un cheminement de carrière qui
est reconnu. Tu passes cinq, 10, 15 années sur la patrouille, là, tu
deviens enquêteur et là tu profites de toute ton expérience terrain pour être
un meilleur enquêteur. C'est pour ça que nous, malgré cela, on est... on est ouverts pour certaines fonctions spécialisées. On
n'a qu'à penser à la cybercriminalité et aux fraudes, où c'est de plus
en plus complexe. Et c'est...
Et ce n'est pas tous
les policiers qui veulent faire ce type d'enquête là, pour être bien honnête.
Donc, si on pouvait aller chercher une
expertise dans ces domaines-là, par exemple, on aurait des enquêteurs, même
avec des entrées parallèles, qui seraient probablement beaucoup plus
motivés et mieux équipés, mieux formés pour faire ce type d'enquête là. Je ne
sais pas si tu veux compléter.
M.
Deramond (Didier) : Au niveau... au niveau
des articles de loi, par contre, là, il y a peut-être des éléments à regarder, à rephraser quand on parle de
postes spécifiques ou postes particuliers, là, parce que c'est vraiment
ouvert très largement dans la loi présentement. C'est autant au niveau des
enquêtes que des enquêtes spécifiques, là. Alors,
il y aurait peut-être des choses à travailler là-dedans, là, justement, pour
s'assurer d'avoir vraiment l'intention qu'on souhaite, là. Mais on était... on était pour les entrées parallèles,
justement, là, pour les corps de police spécialisés et les postes
spécialisés, là.
M.
Bonnardel : Parfait. Ça peut être un besoin, je pense. Vous en
convenez, là.
M.
Deramond (Didier) : Tout à fait, tout à fait.
M. Bonnardel :
Ça fait que c'est pour un... pour
une spécialisation très nichée, là, cybercriminalité ou x, y, là. Je
pense qu'on peut répondre à ça.
M.
Deramond (Didier) : Tout à fait.
M.
Bonnardel :
À l'article 14, qui modifie l'article 116 de la Loi sur la police, on
dit prévoir que le gouvernement peut, par règlement, déterminer «les
qualités minimales requises, dont la formation, pour exercer, dans un corps de police autre qu'un corps de
police spécialisé, les fonctions d'enquête [...] de gestion ou toute autre
fonction qu'il détermine». Vous... vous vous situez où dans cette...
M.
Deramond (Didier) : Bien, c'est de la
gestion par règlement. Encore une fois, là, comme on le dit, là, il faut vraiment
qu'on soit partie prenante là-dedans, justement, pour regarder les normes
minimales, qu'elles ne soient pas abaissées,
ces normes minimales là, parce qu'on est quand même la province avec la
meilleure formation canadienne et, je pense, nord-américaine, là, au
grand complet, là, au niveau de l'Amérique, donc, il faut... il faut garder ça,
c'est très important, puis M. St-Antoine est ici, il pourra vous le dire, là,
tout à fait, les normes que l'on a mises en place. Donc, il faut vraiment qu'on
soit partie prenante, encore une fois, dans le cadre des règlements. Quand on
parle des inconforts qu'on a par la gestion par un règlement, il faut juste
s'assurer qu'on soit assis, que les parties prenantes soient assises alentour
de la table, qu'on puisse élaborer ça ensemble.
M.
Bonnardel : Deux dernières questions rapides avant que mon collègue
d'Ungava puisse en poser une. La formation
continue, ça a été un sujet depuis... depuis hier. Êtes-vous à la même place
que nous, qu'on doit... qu'on doit mieux accompagner nos policiers, puis
là au-delà de la requalification, là, de la vraie formation continue, là, dans leur rôle, dans leur travail? J'ai souvent
dit : Le policier d'aujourd'hui, versus celui de voilà 25 ans, versus
celui dans 25 ans, le rôle évolue, change. Le policier doit
toujours... doit toujours s'améliorer, je crois, comme dans n'importe quelle
profession. Êtes-vous à la même place que nous pour...
M. Brochet
(Pierre) : Bien, soyez assurés que nous sommes tout à fait conscients
qu'une fois que tu es rentré comme policier, au cours des années, tu devrais
avoir une formation minimum, un maintien des compétences. L'enjeu qu'on vit à travers ça, bien,
premièrement, ça va être de définir ensemble que ce... ce que sera ce maintien
des compétences là.
Mais, vous savez,
les... avec à peu près toutes les recommandations du coroner, les commissions
d'enquête, on nous... on recommande de
former les policiers, et je vous dirais que ça met une pression énorme sur le
système. Les jours de formation s'accumulent, s'accumulent. Donc, il va falloir
réfléchir à l'impact économique, l'impact financier, parce que, quand tu
formes des policiers, bien, tu les sors des opérations. La plupart du temps, il
faut que tu les remplaces. Ça fait qu'il y a
des impacts. Dès que tu décides de donner tant de jours de formation par année
pour un maintien des compétences, il
y a des coûts puis il y a des impacts. Mais, en même temps, ce n'est pas pour
rien qu'il y a... dans chaque rapport d'étude, qu'on revient à la formation.
C'est essentiel de bien former.
M.
Bonnardel : Bien, si je vous en... si je vous en pose une un petit peu
plus précise, là... Excuse, Denis, je... Vous
représentez les corps de police comme tels. Hormis la requalification, dans la
majorité de vos corps, vous diriez que...
quoi, y a-tu un trois heures, quatre heures, cinq heures, annuellement, là, qui
est une moyenne pour vos policiers, là, qui sont... qui reçoivent une
formation ou c'est aléatoire, ça varie selon...
M. Brochet (Pierre) : Bien, ça
varie, oui. Ça varie beaucoup d'un corps de police à l'autre. Je vous dirais...
Par exemple, le Service de police de Laval, c'est cinq jours par année.
M. Bonnardel : OK.
Cinq jours.
M. Brochet (Pierre) : Cinq jours,
oui. C'est cinq jours et c'est dans la convention collective. Donc... Et c'est
exigeant, là, c'est-à-dire que ça nous prend toute une équipe. Puis c'est... Ce
qui est exigeant, les requalifications... Parce qu'on a implanté une arme
longue, entre autres, une arme qui... On l'appelle le 223. Donc, ça, c'est très
exigeant. C'est cinq jours par année, à part les formations. Par exemple, quand
on a reformé tout le monde sur le profilage racial, la discrimination, on a
reformé tout le monde. Donc, ça a été en dessus des cinq jours. Mais ça varie
beaucoup d'un service de police à l'autre.
M. Deramond (Didier) : Mais on est... on est en mouvement, M. le ministre. D'une
façon ou d'une autre... On est avec le DPCP aussi. On est en train de revoir
notre partenariat avec le DPCP, ne serait-ce qu'on puisse participer aussi à des journées de formation sur
toutes les jurisprudences à partir de l'École des poursuivants, etc., avec... avec
les procureurs de la couronne. Donc, on est vraiment en mouvement là-dedans,
puis c'est...
Le «one-size-fits-all» est difficile pour toutes
les organisations policières, parce que les besoins sont différents. La
réalité... la réalité policière et la carte policière au Québec, bien, on ne
l'a pas adressée encore, là, mais on... ça viendra un jour, là, mais ça nous
amène certaines disparités à gauche et à droite.
M. Bonnardel : Oui. Personnes
disparues, avec votre expérience, là, on oublie-tu quelque chose ou c'est...
M. Brochet
(Pierre) : ...on est très... Tu compléteras, Didier, mais on
est très, très heureux de ça, évidemment. Les personnes disparues, c'est des drames pour les familles, pour les
personnes disparues, pour les... pour les proches. Donc, de nous donner
des moyens supplémentaires, parce que ce n'est pas un événement criminel, ça
nous manquait. Donc, on apprécie énormément cette initiative-là.
M. Deramond (Didier) : Tout à fait. Et puis le fait d'avoir des outils aussi
lorsqu'il n'y a pas nécessairement des enquêtes criminelles, bien sûr, avec
tous les outils que les enquêtes criminelles nous donnent, là, donc, d'avoir
ces outils-là aussi en matière de disparition, c'est vraiment apprécié.
Bon, l'élément, je pense qu'on en a fait mention
dans le mémoire, l'élément urgence serait peut-être à regarder, mais je ne suis pas sûr qu'on doit le regarder dans le cadre
de ce projet de loi ou de l'adresser beaucoup plus, peut-être, au niveau
des modifications de la loi d'accès à l'information, là, et permettant,
justement, le transfert d'information lorsqu'il y a urgence.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre.
M. le député d'Ungava.
M. Lamothe : ...
Le Président (M.
Bachand) : 4 min 30 s.
M. Lamothe : Ma collègue a une
question. Je vais aller vite. Bon, j'ai fait votre métier pendant 30 ans.
Au niveau des lignes directrices, je
comprends très bien que le politique ne se mêle pas aux enquêtes, que le
politique ne fait pas en sorte... les
opérations, mais je trouve fortement, par exemple, que le politique peut
arriver, à un certain moment donné, dire : Voici la ligne
directrice concernant les communications des corps policiers, voici une ligne
directrice concernant les informations que les corps policiers doivent
transmettre sur différents cas. On a eu un exemple à matin, là, d'une madame qui est venue, puis deux corps de policiers qui
ne se parlaient pas suite à une disparition. Ça fait que ce que je dis... À certains moments donnés,
administrativement parlant, je pense que le gouvernement peut arriver
pour uniformiser la formation. Bon, y a-tu moyen que les formations... au
détriment des coupures budgétaires, au détriment, tu sais, des formateurs.
Mais, au niveau administratif, moi, je crois fortement à ce que le gouvernement
du Québec puisse arriver avec des lignes
directrices, parce qu'au bout de la ligne, vous l'avez mentionné tantôt, c'est
une question de sécurité publique, c'est une question des gens qui sont
sur le terrain, qui ont le droit d'avoir un service uniforme sur certains
points.
Mais, par
contre, au niveau des enquêtes, puis des opérations spéciales, puis les médias,
comme je vous disais, je le comprends très bien. Vous en pensez quoi?
M. Brochet
(Pierre) : Ah! bien, écoutez, c'est là, je pense, qu'il y
aurait lieu... Je comprends ce que vous dites. Je suis d'accord avec vous et... Il y a une très... une énorme
différence entre les activités, les opérations et l'administration. Et notre préoccupation de... avec le libellé de la
loi, c'est que ce n'est pas précis, comme ça. Ça ouvre la porte à des
réactions, si on veut, à certains événements, et là on serait facilement portés
à émettre une directive pour calmer le jeu. Et ça, ça nous préoccupe
grandement, parce que, tu sais, ça peut nous faire...
Puis, tu
sais, ça va dans les deux sens, hein, c'est important de le dire. Et les
services de police, là, ça fait partie d'une démocratie. Puis
l'indépendance, ce n'est pas parce qu'on veut être indépendants, hein, c'est la
crédibilité d'un système de justice puis
d'un système de police. Et, si tu ne réussis pas à garder ça en vie, bien,
c'est... on est à risque au niveau de la crédibilité. Ça fait que c'est
extrêmement important pour nous, là. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée de Vimont, s'il
vous plaît.
Mme Schmaltz : Merci,
M. le Président. Bonjour, messieurs.
• (15 h 30) •
M. Brochet (Pierre) : Bonjour.
Mme Schmaltz : Vous avez soulevé à
plusieurs reprises le mot «ingérence», l'ingérence politique dans votre mémoire. Ma question est la suivante : Est-ce
que vous ne pensez pas que, dans le rôle d'un... du ministre, il y a quand
même une part de responsabilité, il y a une
part d'intervention qui doit être... qui doit être faite et que, peut-être, le
mot «ingérence» n'est peut-être pas nécessairement approprié?
M. Brochet (Pierre) : Bien, écoutez,
j'ai mis «ingérence potentielle», parce qu'on est toujours, là... Présentement,
on a un gouvernement x. La situation est calme. Ça va bien. Mais regardez... Et
on l'oublie souvent... Puis l'indépendance
des services de police, ça ressort souvent dans des grandes commissions
d'enquête. Par exemple, la tuerie de masse qu'il y a eu à Portapique, je
ne sais pas si vous avez pris connaissance du rapport, mais il y a une grande
section, celle sur l'indépendance des services de police. La... On a eu la
commission Chamberland il n'y a pas si
longtemps ici, au Québec. Donc, je ne dis pas qu'il y a des gens en place ici,
ou dans le gouvernement actuel, ou quoi que ce soit, qui seraient portés
à le faire, mais il reste que ça va des deux côtés.
Il pourrait y avoir des décisions, qu'un
gouvernement dise : Écoutez, ça, telle action, on ne veut plus que vous le
fassiez sur le terrain parce que ça crée des impacts négatifs, puis on subit
une certaine pression, ou, le contraire...
Je vais vous donner un autre exemple. Par exemple, on a eu une série de
manifestations en 2008, bien, le... 2012, le printemps érable, par
exemple. Alors, j'ai eu à gérer ça au niveau du service de police de Montréal.
J'étais directeur des opérations. Donc, il y
avait une énorme pression sur le gouvernement. Donc, est-ce qu'un gouvernement,
à ce moment-là, aurait pu être tenté d'émettre des lignes directrices pour
calmer le jeu en termes de manifestations?
Donc, c'est vraiment une vision globale puis
d'encadrer ce qu'un gouvernement peut donner comme lignes directrices ou non à un service de police. Ça peut
s'appliquer à l'usage de la force, par exemple. Il pourrait y avoir un
événement dramatique où on a utilisé une technique d'usage de la force, et un
gouvernement pourrait dire : Là, cessez d'utiliser cette
technique-là immédiatement, alors qu'on doit consulter les comités d'experts,
la formation, etc. Donc, c'est des exemples que je veux vous donner pour
illustrer le risque. Puis je pense que c'est notre responsabilité de vous
montrer ce portrait-là de risques potentiels.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée
de Westmount—Saint-Louis,
s'il vous plaît.
Mme
Maccarone : Merci, M. le Président. Bonjour, M. Brochet. Un
plaisir de vous revoir. Bonjour, M. Deramond, à vous également. Merci
beaucoup pour votre présentation.
Je vais prendre la balle au bond en ce qui
concerne les lignes directrices, parce qu'on comprend que c'est quand même un outil, comme, aussi, de la gestion
par règlement. Je suis d'avis comme vous qu'on cherche une transparence, puis on cherche, évidemment, une
concertation puis le travail avec vous en ce qui concerne les lois que nous
allons adopter ici.
Dans cette
loi, le ministre a dit qu'il avait besoin d'avoir cette ligne... les lignes
directrices, parce que, dans le fond, il faut combattre le profilage racial, le
profilage discriminatoire. Selon vous, est-ce que les lignes directrices qui sont
incluses dans cette loi vont avoir un effet positif pour combattre le profilage
racial?
M. Brochet
(Pierre) : Bien, clairement, oui, parce qu'on parlait de
reddition de comptes, tout à l'heure, ça amène l'obligation... Puis c'est un grand pas en avant. Il ne faut pas
l'oublier, là. Ça veut dire que, moi, comme directeur de police, et
l'ensemble des directeurs de police au Québec doivent mettre en place un
système et dire à chacun des policiers qui
font une interception aléatoire en fonction de 636 de colliger de l'information
dans un système. Et là il va y avoir une série d'informations. Il va y
avoir des données.
Vous savez, quand c'est sorti, le jugement
Yergeau, on a fait une sortie le lendemain pour dire qu'on est préoccupés par ça, et on avait, malheureusement,
peu de données sur l'article 636. Depuis ce temps-là, on a fait sortir des
données, et, vous savez, dans certaines
régions du Québec, on atteint le 40 %... il y a 40 %, 50 %,
60 % des arrestations pour facultés affaiblies qui sont initiées
grâce à un 636. On n'avait pas ce type de données là. Donc, on doit... C'est
l'équilibre, hein? On doit préserver certains outils pour... et, en même temps,
on doit éviter le profilage racial.
Mais je peux vous dire qu'il y a une très
grande, je le répète, une très grande prise de conscience de tous les policiers au Québec, des directeurs de police. On
a des énoncés de direction, dans la plupart des services de police, où...
tolérance zéro à la discrimination, des contrôles... Il y a des dossiers qui
vont en déontologie à la Commission des droits de la personne. Donc, je pense
qu'il y a une prise en charge actuellement, là.
Mme
Maccarone : Serez-vous à l'aise de partager ces informations
avec les membres de la comité, parce que... de la commission? Parce que
je pense que ce serait utile. Une des choses qu'on entend souvent, c'est qu'on
a très peu de données en ce qui concerne
l'article 636. Alors, si vous serez à l'aise, je pense que ce serait une
information qui serait bienvenue.
M. Brochet (Pierre) : Avec plaisir,
oui. On les a au niveau de l'association.
Mme Maccarone : Parfait. Merci.
Le Président (M. Bachand) : ...officiellement,
vous allez faire parvenir tout ça au secrétariat de la commission?
M. Brochet (Pierre) : Oui.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée.
Mme
Maccarone : Merci. Puis, si les lignes directrices faisaient
partie d'une consultation, vous serez plus à l'aise.
M. Brochet (Pierre) : Oui, bien,
c'est ce qu'on dit. Si on va de l'avant... Parce qu'il y a l'élément lignes directrices pour le profilage racial, mais il ne
faut pas oublier qu'il y a un article qui dit, de façon très large : Les
lignes directrices dans les activités
policières. C'est là que la porte est ouverte très large. Ça fait que nous, on
dit : Ça nous inquiète.
En même
temps, si le gouvernement décide d'aller de l'avant, il faut absolument que les
directeurs de police soient consultés et que ce soit intégré dans la loi
pour protéger cette indépendance-là.
Mme Maccarone : Merci. Je veux
revenir à votre témoignage ainsi que votre mémoire. Quand vous parlez de le
rôle élargi du BEI puis le rôle du commissaire, vous utilisez à deux
reprises... vous êtes surpris et vous êtes perplexes.
Pourriez-vous nous guider, d'abord, de la façon que vous, vous voyez, mettons,
un amendement à la loi pour rejoindre
vos préoccupations puis aussi de rejoindre ce que le ministre souhaite
accomplir en ce qui concerne la réforme pour la police?
M. Brochet (Pierre) : Dans
l'allocution que j'ai faite, j'ai parlé de ce qui a vraiment un impact négatif
actuellement. Bien, premièrement, déjà, on change le nom. On parle d'un comité
de déontologie, un tribunal administratif. Alors, déjà, c'est un message qui
est passé aux policiers du Québec.
Mais, en plus, quand on ajoute des sentences
qui... je dois dire, des sanctions, qu'on intègre dans le projet de loi, qui s'apparentent beaucoup plus à des
sanctions qui sont données dans des procès criminels, je ne sais pas si... Ça
fait que, là, moi, écoutez... Puis, quand je dis qu'il faut garder les
policiers engagés, mobilisés, c'est un enjeu. Il faut vraiment s'assurer
que les gestes qu'on fait soient réfléchis, qu'on aille dans la bonne
direction. Et, quand je vous dis ça, ce n'est pas pour seulement protéger les
policiers, pour faire en sorte que... Puis je peux en parler, je peux en
témoigner. À Laval, le nombre de fusillades est en augmentation, etc. Donc, il
faut toujours qu'on contrôle les gestes des policiers et qu'en même temps on
s'assure qu'il y ait une liberté puis une confiance d'agir sur le terrain.
C'est vraiment avec ça qu'on doit évoluer, comme service de police. Ça fait que
c'est vraiment au niveau des sanctions que ça nous préoccupe. On pense que ça
va trop loin.
Puis on pense que c'est notre responsabilité. Si
on pense qu'un employé a des problèmes psychologiques, on doit prendre des
mesures d'encadrement. Bien, c'est notre responsabilité. C'est... On doit
prendre et on les prend, ces responsabilités-là.
Mme Maccarone : Surtout quand on
parle de le dossier médical, par exemple.
M. Brochet
(Pierre) : Oui, surtout. Bien, il y a travaux communautaires,
dossier médical. C'est... À la limite, tu sais, souvent, c'est presque,
comme, humilier le policier, tu sais, c'est comme... Là, ce n'est pas un
criminel, hein? Il a été en déontologie puis... Tu sais, c'est ce qu'on dit.
Puis c'est
important, puis j'ai une grande confiance à la commission, au comité de
déontologie. C'est important, parce
que, si on a confiance en ces institutions-là, ça donne confiance à la
population. Puis, si le policier a fait des erreurs, il a mal agi, bien,
il y a des conséquences. Puis des journées de suspension, c'est ce qu'il y a
actuellement, puis je pense que ça devrait demeurer.
Mme Maccarone : Parfait.
M. Deramond (Didier) : C'est une très belle orientation aussi que la commissaire a
prise... la nouvelle commissaire a prise en matière de prévention des
comportements des policiers sujets à y avoir des plaintes, là. Bref, c'est
vraiment... Et il faut vraiment continuer dans ce sens-là, à mon humble avis,
là, de continuer à faire de la prévention.
Alors, on voit mal comment, en matière de prévention, en rajoutant des mesures,
comme M. Brochet le dit très
bien, là, comment ça viendrait... ça viendrait aider peut-être les orientations
qu'on souhaite prendre, le changement qu'on souhaite amorcer en matière
de déontologie policière au Québec.
Pour le BEI, pour le rôle élargi du BEI aussi,
Pierre en a parlé, effectivement, il y avait la transmission de documents de façon systématique, aussi, à
différents organismes, qu'on trouvait un peu particulier, là, la façon de faire,
de transmettre des documents, là, à partir du BEI, que ce soit la déontologie,
que ce soit un peu partout, de donner l'opportunité,
du moins, dans un article de loi, de le faire. Alors, il y a des éléments
confidentiels là-dedans. Il y a plein de choses, là, qui nous
préoccupent là-dedans.
Puis, le rôle
élargi du commissaire, bien, Pierre en a parlé, effectivement, c'est
préoccupant par rapport aux mesures additionnelles, et, vraiment,
l'apport aussi, de donner de l'information au ministre, qu'on puisse passer
directement au policier, alors qu'on esquive un peu le directeur de police dans
son rôle de gestion des ressources humaines.
Mme Maccarone : Et le vide
juridique, les éléments de gouvernance que vous faites référence.
M.
Deramond (Didier) : Oui, bien, c'est parce
qu'il n'y a rien, au niveau de la loi, qui donne un processus uniforme dans les
municipalités, notamment, là, quant aux allégations, aux suspensions, aux
nominations des directeurs de police au Québec.
Mme Maccarone : Oui. Parlez-nous un
peu de la sélection de directeurs de police de la SQ. Vous avez souligné vos
préoccupations dans votre mémoire.
M. Brochet (Pierre) : Bien, écoutez,
c'est que ce que ça disait dans le projet de loi. C'est qu'en l'absence d'un
sous-ministre il pouvait être remplacé. Mais nous, on pense que c'est une
sélection extrêmement importante pour la
province de Québec, évidemment, pour les citoyens. Ça fait que ça devrait être
précisé dans la loi, au moins, que ce
soit un niveau équivalent à un sous-ministre qui puisse remplacer le
sous-ministre qui est absent. C'est... c'est aussi simple que ça.
M.
Deramond (Didier) : Parce qu'on parle de personne désignée, mais
désignée, ça peut vouloir dire plein de gens.
Mme Maccarone : Ça peut être large.
Oui, oui, tout à fait. OK. Puis, s'il me reste juste un tout petit peu de... un
deux minutes, j'aimerais vous entendre parler en ce qui concerne l'éducation,
sensibilisation de la population, parce que,
quand on parle de profilage racial, on a aussi entendu, par exemple, la Ligue des droits et libertés qui dit que la grande partie de la
population ne sont pas au courant de leurs droits. Comment voyez-vous cet élément?
Comment devons-nous le traiter, aussi, dans la lutte contre le racisme?
• (15 h 40) •
M. Brochet (Pierre) : Bien, écoutez,
c'est un bon point, et je pense que c'est vrai. Moi, j'ai lancé une démarche,
sondage. On a fait une démarche, je pourrais donner mon exemple, là, Nouveau
regard, ce qu'on appelle un sondage avec une
firme spécialisée, au niveau de la perception des citoyens lavallois en lien
avec la discrimination, puis
effectivement on s'apercevait, à l'intérieur des démarches puis les «focus
groups», qu'ils connaissaient très peu les moyens pour porter plainte.
Ça fait qu'on avait des comités consultatifs qui nous disaient : Vous
devriez illustrer davantage. Entre autres, on l'a fait sur notre site internet.
On dit comment aller porter plainte. Ça fait que c'est vrai.
Puis là on parle de plus en plus de
multiethnique. Puis là, des fois, on prend pour acquis que les gens des
différentes communautés écoutent les mêmes stations de télévision que nous
autres, mais ce n'est pas ça du tout, là. Ils ont leurs réseaux à eux. Ça fait
que c'est un défi de communication. Puis, je dirais, pour un directeur de
police dans un milieu multiethnique, c'est un défi de communication de
rejoindre tout le monde quand tu veux vraiment te rapprocher des gens, te
rapprocher des minorités. Ça fait que c'est... Le défi va demeurer constant.
M. Deramond (Didier) : Je siège aussi sur le comité de liaison avec la Commissaire
à la déontologie. Donc, on a un plan
d'action qui a été élaboré suite à l'arrivée de la nouvelle commissaire et puis
on traite des communications, justement.
Quand on parle de prévention, quand on parle de communication publique, c'est
un point saillant du plan d'action.
Mme Maccarone : Parfait. Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Laurier-Dorion, s'il vous plaît.
M.
Fontecilla : Merci, M. le Président. Bonjour, M. Brochet,
M. Deramond. Merci beaucoup d'être ici avec nous.
Écoutez, je vous entends, je vous entends. Ce
projet de loi, un des principes qui président ce projet de loi, c'est
d'accentuer l'indépendance des corps policiers. Et vous, dans votre mémoire,
vous ouvrez... vous affirmez que certains articles ouvrent la porte à
l'ingérence politique. C'est un peu paradoxal. Et vous précisez que, si... en particulier l'article 307, qui est un des
articles centraux du projet de loi visant à enrayer le phénomène du profilage
racial, que... vous recommandez le retrait, s'il est appliqué, qu'il soit
élaboré et... les lignes directrices, en collaboration avec vous, là.
Quelle forme ça pourrait être, cette collaboration? Est-ce que vous pensez que
ça devrait être inscrit dans le texte de loi ou ça pourrait être fait par
règlement? Expliquez-nous.
M. Brochet (Pierre) : La première
partie de votre question, effectivement, ça peut sembler ambigu, mais ce que je constate dans le projet de loi, c'est qu'effectivement,
au niveau municipal, on a fait des grands pas en avant. Tu sais, là, il y a les relations entre les maires,
le DG, le directeur de police. Puis ça avait été un enjeu direct de la
commission Chamberland, on s'en souvient. Ça fait que c'est un pas en
avant.
Mais, en même temps, de l'autre côté, on a, puis
c'est écrit textuellement dans l'article, là... on élargit le pouvoir du
ministère de la Sécurité publique. Et là ce n'est pas en raison des individus
qui sont en place ou quoi que ce soit, mais il reste qu'on donne plus de
pouvoirs à un autre niveau. Ça fait que, là, les directeurs de police, on va se
retrouver... Parce que nos patrons immédiats, hein, c'est les villes aussi,
comme, moi, c'est le maire, le DG, là, c'est...
puis là, en même temps, bien, on va recevoir des priorités aussi du ministère
de la Sécurité publique. Selon la nouvelle loi, on peut recevoir des
priorités, des directives. Ça fait qu'il y a quand même un peu une ambiguïté à
ce niveau-là.
Puis, écoute,
je pense qu'on devrait être prudents. Tu sais, je le répète, c'est pour ça
qu'on... Je pense qu'on devrait être
prudents sur... Puis, je l'ai dit d'entrée de jeu, ça fait 38 ans que je
suis policier, c'est quand même un changement majeur qu'on est en train de faire. Donc, on donne beaucoup, beaucoup de
marge de manoeuvre à un... au gouvernement en fonction de cet
article-là. Et, à moins qu'on... vraiment, qu'on le... mette des paramètres
précis pour ne pas que ce soit dans les activités policières... Si c'est au niveau administratif,
je comprends mieux, mais ça peut facilement rentrer dans les activités
policières, dans les opérations.
M. Fontecilla : Puis comment éviter
cela?
M. Brochet (Pierre) : Bien, on en a
parlé, si le gouvernement va de l'avant, bien évidemment, c'est de le faire en consultation, en consensus avec
l'Association des directeurs de police du Québec. Puis, on le dit sans
prétention, veux veux pas, on est les experts en sécurité publique. Tu
sais, c'est notre métier. Ça fait des années qu'on fait ça, puis en... Quand on
se regroupe, on a un conseil d'administration, on échange, on se challenge sur
différents enjeux, on développe une
expertise. C'est pour ça qu'on dit que cette... ces directives-là devraient
être faites avec nous et que ça devrait être dans la loi.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Merci beaucoup.
Mme la députée de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Oui. Merci, M. le
Président. Merci d'être parmi nous aujourd'hui, avec la belle météo. Petite question. Vous parlez, là, au niveau de la
gouvernance, dans votre mémoire, qu'il y a des pistes de solution que vous
avez... des pistes de solutions, dans le mémoire, au Comité consultatif
sur la réalité policière. Vous mentionnez que ça fait cinq ans, entre autres,
là, que vous demandez que la gouvernance soit traitée par la Loi sur la police.
Dans le rapport final du comité, est-ce que c'est vos recommandations qui ont
été retenues?
M. Deramond (Didier) :
Ah! c'est une bonne question. Tout à fait. Au niveau du CCRP, oui, il y a
plusieurs de nos recommandations qui ont été retenues, là, dans les
recommandations du CCRP, oui, tout à fait.
Mme Nichols : Parfait. Puis est-ce
qu'il y en a une plus qu'une autre, là, que vous voudriez porter à notre
attention puis qu'on devrait retenir dans la... Oui, hein?
M. Brochet (Pierre) : Bien, écoutez,
l'enjeu, c'est qu'actuellement il y a des... Puis c'est directement relié à
l'indépendance, hein? Il y a des sélections, actuellement, de directeurs de
police au Québec, au niveau municipal, qui se
font sans processus connu, à tout le moins. Donc, d'un coup, on apprend que
c'est un tel qui est nommé directeur. Et, même s'il y a un processus,
bien, il n'y a pas d'uniformité et une apparence d'impartialité dans le
processus.
C'est pour ça qu'il faut vraiment s'asseoir
sur... dire : Comment on sélectionne les directeurs de police, au Québec,
pour aller accentuer l'indépendance? Et qu'est-ce qui fait qu'on suspend...
Qu'est-ce qui fait qu'un maire ou un DG pourrait suspendre un directeur de
police au Québec? Et ça, ce n'est pas encadré non plus. Donc, est-ce qu'on
mettrait des pare-feux ou des paramètres qui disent : C'est tellement
important, comme décision, puis, si vous voulez aller de l'avant, suspendre
votre directeur de police, il doit y avoir, par exemple, un comité de travail
ou différentes mesures qui font en sorte que ça ne peut pas se faire de façon
unilatérale, par exemple?
M. Deramond (Didier) : Vous savez, une fois qu'un directeur est suspendu, le mal
est fait, hein, la légitimité est attaquée très fortement. Alors, il est très
difficile... Par la suite, on ne peut pas remettre le dentifrice dans le tube.
C'est impossible, là. Alors, c'est pour ça qu'on dit tout à fait.
Notamment, dans
l'autre législature, là, qu'on a adressée, dans l'autre assemblée auparavant,
le projet de loi n° 1 faisait état de la nomination du directeur de la
Sûreté du Québec, de l'UPAC, et on s'est inclus dans ce projet de loi là.
Donc, dans tout le processus de nomination, ça prend un directeur de police ou
ancien directeur de police, dépendamment, là, de la nomination, l'endroit où on
a un processus de sélection. Donc, on est inclus dans la loi pour s'assurer
vraiment d'une transparence, avec des objectifs qui sont clairs, qui sont
clairs, qui sont donnés lors de l'affichage de poste. Alors, on est capables,
en toute transparence...
Puis on ne veut pas se substituer au choix
final. Ce n'était pas là notre intention. C'est vraiment de s'assurer que les gens ont la compétence, ont la légitimité,
que le processus est transparent. Parce qu'on sait très bien, comme Pierre
le disait tantôt, quand ça va bien, tout est correct, mais c'est quand il
commence à y avoir de l'orage, quand il commence à y avoir du mauvais temps,
là, entre parenthèses, là... c'est là que la légitimité est remise en question
puis c'est là que l'absence de processus fait mal.
Mme Nichols : Je comprends très bien
votre position. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. À moi de vous remercier
infiniment d'avoir été avec nous aujourd'hui. Très constructif. Merci
infiniment.
Sur ce, je suspends les travaux quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 48)
(Reprise à 15 h 51)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission continue ses travaux.
Alors,
il nous fait plaisir de recevoir les représentants de l'École nationale de
police du Québec, hein, on parle de formation, formation, formation. Alors
donc, on a déjà avec nous, donc, Mme Deschênes et M. St-Antoine. Merci
beaucoup d'être ici. Alors, comme vous le savez, la parole est à vous pour
10 minutes. Après ça, on aura une période d'échange. Merci beaucoup
d'être ici, encore une fois.
École nationale de
police du Québec (ENPQ)
M. St-Antoine (Pierre) : Merci, M.
le Président. Je me présente, Pierre St-Antoine, directeur général de l'École
nationale de police du Québec. Je suis accompagné aujourd'hui...
Mme
Deschênes (Andréanne) : D'Andréanne Deschênes, directrice de l'innovation,
des affaires académiques et institutionnelles.
M.
St-Antoine (Pierre) : Alors, en quelques minutes, pour résumer notre
mémoire de l'École nationale de police du Québec, lorsque le législateur a créé
l'École nationale de police du Québec en 2000, trois mots-clés qu'on a à se
rappeler : pertinence, qualité, cohérence. Et je pense que c'est ce qu'on
veut encore par le dépôt de ce projet de loi là. C'est ce que je note. C'est qu'on veut, entre autres, en formation
continue, assurer qu'il y ait pertinence, qualité et cohérence.
L'École nationale de police du Québec, c'est de
la formation initiale de tous les policiers québécois. C'est également du perfectionnement professionnel, c'est
un centre de recherche, c'est des expertises, mais c'est également de la formation dans le domaine de la sécurité
publique. L'école nationale joue un rôle clé en matière de perfectionnement
professionnel au Québec, et sa grande particularité, en plus de ses
partenariats avec le réseau collégial et universitaire et les corps de police,
c'est clairement son approche expérientielle. Donc, on ramène le policier,
l'apprenant dans l'action. C'est ce qui fait la grande différence ENPQ.
L'école déploie ses formations de différentes
façons. Naturellement, on a beaucoup développé de nouvelles approches au cours
des dernières années, que l'on pense au présentiel, en ligne, hybride, en
campus, à Nicolet, hors campus bientôt, à
Montréal, par une antenne qu'on déploie à compter de janvier 2024. Mais
tout ça se fait, naturellement, comme je le mentionnais, en concertation
avec les acteurs du milieu.
Rappelons quelques éléments, si vous me le
permettez, que le législateur avait intégrés dans la Loi sur la police, en 2000, qui influencent un peu les règlements
qui seront à venir au cours des prochains mois, là, si le projet de loi
est adopté, entre autres, l'aspect qu'annuellement un plan de formation et un
bilan de formation est remis à l'École nationale
de police du Québec annuellement par les corps de police québécois. Donc, ça,
c'est un élément important où l'école
dispose déjà des données en matière de plans et de bilans de formation des
organisations policières québécoises.
Rappelons
qu'en 2000 la formation policière québécoise était classée en trois grandes
catégories : la formation en patrouille-gendarmerie, l'enquête et
la gestion policière. Rappelons également que l'école peut confier à des
établissements d'enseignement de niveau collégial et universitaire des
partenariats, ou à des corps de police, donc, peut établir des ententes pour
avoir des partenariats et de la collaboration, puis elle peut également
homologuer des programmes de formation qui proviennent d'autres instances
universitaires ou collégiales au Québec, ce qui, donc, la place dans un lieu
central pour favoriser la concertation et la collaboration.
Également, nous avons, dans notre institution,
une commission de formation de recherche qui lui permet de suivre le bilan du
perfectionnement professionnel et d'en faire des constats. Je souligne... Et
l'école appuie cette démarche réglementaire là tout particulièrement dans le
domaine de la formation continue. Nous croyons, comme École nationale de police
du Québec, que c'est un gain important que la réglementation, entre autres, en
formation continue, qui est une nouveauté proposée... et qui va faire de
l'école une... qui va faire du système québécois une amélioration par rapport à
ce qu'on avait déjà.
Encore la semaine passée, vous l'avez noté, le
fédéral a sorti un rapport sur les pertes... en lien avec les pertes massives à
Portapique. Puis un des éléments... J'avais hâte de voir les grands constats,
Et, rapidement, en lisant ces constats-là, il y a une grande recommandation non
seulement pour la GRC, mais pour l'ensemble des corps de police canadiens et des écoles de police canadiennes, qui
disait : Rehaussez les programmes de formation, allez plus loin, on
a besoin, au Canada, de rehausser les systèmes, à l'exception du Québec. Et,
quand j'ai vu le «à l'exception du Québec», j'avais une grande fierté mais, en
même temps, une humilité, parce qu'on a encore des choses à améliorer. Puis je
suis très heureux de constater que l'élément qu'on a à améliorer, c'est la
formation continue, parce que, là-dedans, nos partenaires canadiens sont, effectivement,
plus en avance que nous, et là c'est un constat que l'on a et que vous avez
noté dans le mémoire de l'école.
Quelques points à considérer, sur la formation
continue, qu'on désire faire noter. On pense, naturellement, que l'école peut
jouer un rôle clé dans l'offre de formation, en collaboration avec ses
partenaires collégiaux et universitaires ainsi que les corps de police. L'école
ne veut pas faire seule, veut faire avec.
Le futur règlement devra également définir
clairement la différence entre la formation continue et la requalification. Je
pourrai vous en... aborder ces éléments-là, si vous voulez bien, tantôt. Nous
pensons qu'il devrait y avoir, assurément, une commission de formation continue
qui devrait questionner les thématiques à couvrir en formation continue, le
nombre d'heures et la périodicité des spécificités associées à cela, avec les
parties prenantes importantes, pour que ces lignes-là directrices soient
données en concertation.
Et on pense également... Il faut toujours penser...
On m'a toujours dit : Dans la vie, quand on pose une question, il faut
être prêt à... il faut connaître déjà la réponse ou il faut savoir comment
gérer la réponse. Et, quand je vois le règlement qui s'en vient, est-ce que
l'École nationale de police du Québec est en mesure d'assurer le suivi de cette reddition-là? Parce que l'ensemble des corps de
police, s'ils ont à faire de la formation continue obligatoire, bien, l'école a déjà un système de gestion des
dossiers scolaires, a les outils, qu'on va devoir adapter, mais qui vont nous
permettre de dresser le portrait et de mettre à jour ce portrait-là de
formation continue québécois, de ce qui se fait.
Parlons maintenant un peu de réglementation en
gestion. Encore une fois, toutes les recherches, les rapports d'enquête du
coroner, etc., des 20, 25 dernières années, pour les avoir lus dans mes
33 dernières années à l'École nationale de police du Québec, parlent de
formation initiale en gestion. Et déjà c'était une capacité de réglementation
qui se faisait, et il n'y avait pas encore de consensus québécois, je pense,
pour qu'il y ait une réglementation dans le domaine de la gestion. Et là,
effectivement, je sens, comme directeur général de l'école, que le fruit est
mûr au Québec également, au-delà de la formation continue, pour qu'il y ait des
réglementations en gestion au niveau du superviseur de premier niveau, du cadre
intermédiaire et du cadre supérieur, et que ça peut vraiment faire une
différence, ce qui a été, entre autres, noté dans le dernier rapport de la
semaine passée du fédéral en lien avec les événements de Portapique mais dans
de multiples rapports québécois, là, et commissions, dont le comité sur les
réalités policières d'il y a quelques années au Québec.
Sur le plan de la gestion, encore une fois, la
loi dit que l'école a l'exclusivité en matière de gestion, en formation
initiale en gestion. Donc, on pense qu'on pourra y jouer, en partenariat, un
rôle central. On pense que... Cette formation-là, on ne veut pas la faire
seule, je le réitère. Il y a des expertises-écoles, par exemple, pour un
superviseur de premier niveau, que l'École nationale de police du Québec a en
gestion critique des événements, par exemple, mais par la suite il y a des
ajouts en matière de formation universitaire qui pourraient se faire dans plein
de domaines, comme la gestion de conflits,
les relations de travail, la gestion des ressources humaines, etc., et, entre
autres, des formations d'intégration, à la fin d'un programme de gestion,
qui pourront permettre d'allier toutes les expertises universitaires,
collégiales et écoles pour que le nouveau gestionnaire puisse gérer
adéquatement ses ressources. Encore une
fois, tout ne doit pas se faire à Nicolet — hors campus, Nicolet, antenne de Montréal à
compter de 2024, en ligne, etc. — pour permettre d'implanter de
façon réaliste un programme de formation qui viserait les trois niveaux.
Mais, clairement, le niveau de superviseur
auprès de nos patrouilleurs et enquêteurs est clairement un niveau à prioriser,
selon l'École nationale de police du Québec, parce que ça permet tellement une
belle intégration des recrues dans le métier
de policier et de policière. Et, ce désengagement-là qu'on entend beaucoup
parler et que vous avez, dans les derniers jours, entendu parler à la
commission également, bien, le superviseur de premier niveau peut y faire toute
qu'une différence dans l'intégration d'une recrue dans le cadre de son emploi.
Alors, globalement, c'étaient nos propos et
notre introduction, École nationale de police du Québec.
Le Président (M.
Bachand) : Merci infiniment,
M. St-Antoine. M. le ministre, s'il vous plaît.
• (16 heures) •
M. Bonnardel : M. le Président,
M. St-Antoine, Mme Deschênes, merci d'être là... (panne de son)
...pour le travail que vous faites et de
bien former, vous l'avez dit humblement, mais vous l'avez dit, puis je vous
le... je ne suis pas gêné de le dire devant tout le monde, pour le
travail que vous faites depuis d'innombrables années pour former de très bons, très, très bons policières et
policiers au Québec. Donc, là-dessus, un énorme merci. Et je sais que vous êtes
entourés de...
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Bonnardel : ...excusez-moi,
oui, êtes entourés de très, très bonnes personnes. Oups! Regarde donc ça.
Le Président (M.
Bachand) : ...
M.
Bonnardel : Alors,
oui, c'est ça. Alors, merci, encore une fois.
Mais vous
avez évoqué tantôt, dans le rapport sur Portapique... Bon, oui, la
reconnaissance du Québec est là, là, avec son école, mais j'ai retenu
quelque chose. Vous avez dit : Nos partenaires canadiens sont plus avancés
que nous pour ce qui est de la formation continue. Puis c'est un point
névralgique, je pense que tout le monde en convient, la formation continue. On
l'a entendu assez souvent depuis hier, là. Pourquoi on est en retard? Sur
quelle base nous sommes en retard? Et
comment on peut aller chercher ce retard d'ici les deux, trois prochaines
années? On le souhaite, là.
M. St-Antoine (Pierre) : Effectivement,
quand on pense aux provinces de l'Ontario et de la Colombie-Britannique, par
exemple, et également le fédéral avec la GRC, qui ont déjà plus de normes et
d'obligations, soit réglementaires ou législatives, en matière soit de
requalification, ou de formation continue, ou de perfectionnement des policiers une fois qu'ils ont leur formation
initiale... Puis peut-être que les autres instances provinciales, je vous dirais,
sont plus avancées que nous là-dedans. Puis mon interprétation, mon analyse de
cela, c'est qu'ils se sont peut-être un petit peu moins concentrés sur les
formations initiales au cours des dernières décennies. Et, étant donné que leur
formation initiale est un peu plus courte, puis eux n'ont pas le privilège et
la chance d'avoir un système collégial qui prépare
les futurs policiers, policières, bien, ils se sont concentrés, pour regagner
en compétence rapidement, dans leur système de perfectionnement policier
et de maintien des compétences, de requalification et de formation continue.
Ils sont donc plus avancés, parce qu'ils ont, au
fédéral, par exemple, ce qu'ils appellent des entraînements en bloc, où,
annuellement ou aux deux ans, il y a des obligations, pour des agents de la
GRC, d'avoir un certain nombre d'heures,
avec des thématiques qui sont décidées. C'est la même chose en
Colombie-Britannique. C'est la même chose dans... en Ontario. Il y en a
au Québec, que l'on pense, par exemple, à l'obligation annuelle, en vertu du
Guide des pratiques
policières, d'être requalifié en tir ou sur une arme longue, sur l'arme
électrique également. Mais c'est quand même assez succinct, comme
obligation québécoise, ce que l'on a, quand on se compare à nos collègues d'à
travers le Canada.
M. Bonnardel : Comment, selon vous,
on devrait articuler cette formation continue? Parce qu'on a entendu M. Brochet
tantôt. Il disait : À Laval, nous... Puis, tantôt, je vous poserai la
question sur la requalification versus la formation,
là, parce que c'est deux choses qu'il faut départager complètement, là. Mais de
quelle façon, selon vous, on devait articuler ça, à savoir...
Bon, si Laval me dit : Moi, je fais cinq
jours, la Sûreté du Québec fait x nombre d'heures, Laval... Montréal me
dit : Moi, je fais un nombre d'heures x, donc, est-ce qu'on y va avec
un mur-à-mur ou on laisse une certaine autonomie puis on prend vous, là,
l'école nationale, puis on dit : Bien, c'est ça, là, qu'il faut être
capable d'aller minimalement, minimalement chercher, comme formation, selon
l'évolution du travail des policiers dans le temps? Parce que, je l'ai souvent dit, là, entre le policier d'aujourd'hui puis
l'exercice qu'il aura... son travail qu'il aura dans 15 ans, versus celui qui est là depuis 15, 20 ans, vous le
savez mieux que moi, ça a évolué, ça a changé, là. Donc, comment on va...
Comment vous pensez articuler cette formation? De quelle façon on devrait
l'articuler?
M. St-Antoine (Pierre) : La première
étape, dans toute étape de formation, M. le ministre, c'est d'établir les
besoins. Puis on pense que la création, appelons-le d'une commission de
formation continue où il y a, naturellement, le
ministère de présent, l'École
nationale de police du Québec,
l'ADPQ, l'Association des directeurs de police du Québec, SQ, SPVM, qui
sont les grands acteurs, et les syndicats pourraient être présents également...
Et cette commission-là pourrait permettre d'évaluer le besoin. Donc, si on y va
avec une périodicité que, pour les deux prochaines années, voici le x heures de
formation continue requises, établissons, premièrement, le quoi, quelle est
cette catégorie de formation là.
Maintenant, dans le développement de l'offre,
pour répondre à cela dans les deux prochaines années, c'est de dire qu'est-ce que l'école a déjà en stock, comme
formation, qui répond à ces thématiques-là qui ont été sélectionnées et
déterminées, un, qu'est-ce qu'on peut développer, comme école de police, pour
répondre à ces nouveaux besoins de la société, deux, appel à communication et à
formation de la part de nos partenaires collégiaux et universitaires pour dire
qu'est-ce que vous pouvez remplir dans cette offre-là de x heures, au cours des
deux prochaines années, pour répondre aux
besoins des policiers, policières au Québec, trois, appel aux services de
formation, les corps de police également, parce qu'ils font également
d'excellentes formations.
Une fois qu'on a tout ce bloc de formation là
disponible, bien là, on offre aux corps de police la possibilité de remplir le
x heures en allant avec certaines formations en ligne, certaines formations à
distance, hors campus, mais également des formations avec des nouveaux modèles.
Un modèle qui était présent à Montréal, au SPVM, il y a quelques années, on appelle ça le modèle des appels simulés, M. le
ministre, c'est-à-dire que... L'enjeu que les corps de police ont, c'est
l'investissement qu'ils ont à faire en formation.
On peut également, dans certaines formations,
permettre que, le policier, dans une journée de travail de patrouille, on le
retire de sa patrouille lors d'un appel de l'après-midi, on lui enlève son
arme, on lui met une arme bleue, on dit : Dans la prochaine heure et 30
min, tu t'en vas faire une mise en situation avec un comédien sous la responsabilité d'un formateur ENPQ de ton corps de
police qui a été accrédité par l'école, et là ça va être une mise en
situation en matière d'interception, de profilage racial, d'interpellation, de
pouvoirs et devoirs. Il va vivre cette mise en
situation là, un débriefing de 15, 20 minutes avec un formateur accrédité, on
lui remet son arme réelle, il s'en retourne sur le terrain.
Donc, il y a moyen de trouver autrement des
façons de faire pour permettre que l'intégration des heures de formation requises en formation continue ne soit
pas seulement un déplacement du policier, de la policière vers Nicolet, mais
qui se fasse de différentes façons au cours des deux années, par exemple, qu'il
aurait à remplir l'ensemble de son expertise. Ça...
M. Bonnardel : M. St-Antoine, c'est
des pratiques qui se font déjà ailleurs, Montréal...
M.
St-Antoine (Pierre) : Ah! Montréal faisait ça il y a quelques années, et
je sais qu'ils recommencent à intégrer ces
éléments-là. Je vous dirais que c'est assez novateur au Québec, là, de... par
l'expertise. Puis nos équipes, justement, préparent des éléments comme ceux-là pour qu'on puisse déployer des
activités de formation comme ça, pour que ça se fasse en cours d'emploi.
Je vous donne un autre exemple de pratique
novatrice. En profilage racial, nous pourrons lancer bientôt des nouvelles
capsules de formation d'une durée de 15, 20 minutes à compter... juste avant
l'été, et ces capsules-là pourront être
diffusées sur un briefing du matin. Le rassemblement des patrouilleurs, des
patrouilleuses dure 15, 20 minutes. Un
répondant formé par l'école va faire une rétroaction pour faire un suivi de la
capsule. 30 minutes avant qu'ils partent sur leur journée de
patrouille, ils ont reçu une sensibilisation puis une formation en matière de
profilage racial qui n'a pas exigé un déplacement, une connexion Internet, etc.
Donc, c'est...
Naturellement, il y a aussi des formations
complètes. Parfois, ça demande de la présence. Ça prend des mises en situation.
Mais il y a... Il faut avoir cette diversité-là, et que ce ne soit pas juste de
l'école mais également de nos partenaires collégiaux, universitaires et du
corps de police lui-même, parce que, si SPVM, par exemple, ou SQ ont déjà une
formation du même niveau homologuée par l'école, bien, pourquoi est-ce que ce
ne serait pas possible qu'elle soit accréditée dans ce programme de formation
continue là mais homologuée par l'école? D'où la présence du
rôle clé et neutre de l'école, et indépendant, pour nous assurer d'une qualité,
pertinence, cohérence, les trois mots que je vous ai parlé tantôt, au début,
dans le projet de loi.
Au... À la fin, il y
a le déploiement de tout ça, donc, de se laisser une périodicité suffisante
pour que ça se fasse sur deux ans ou sur
trois ans, ne pas mettre un nombre d'heures sur un an. Il y a des corps de
police qui ont moins de flexibilité
puis d'agilité dans le déploiement des programmes de formation. Je pense que ça
prend un certain temps.
Et, naturellement, la
reddition, et c'est là que l'école aussi peut jouer un rôle, parce que,
naturellement, vous allez nous demander des suivis, M. le ministre, et c'est
tout à fait normal, bien, nous, il faut avoir le suivi qui est global, Québec,
et nous, comme institution centrale, bien, on va être en mesure, en s'outillant
puis en adaptant nos systèmes, d'intégrer
l'ensemble des activités de formation en lien avec la formation continue et le
rééditer adéquatement sur le plan
québécois. Ça fait que, globalement, c'est comment on voit que ça pourrait être
articulé sur le plan québécois.
M.
Bonnardel : Oui. L'école a la capacité de répondre à cette demande, à
cette obligation qu'on va se donner, tous ensemble.
M. St-Antoine
(Pierre) : Naturellement, on va se donner, M. le ministre, des délais
réalistes. Et on a... Tout est en place, comme système, à la base. Il va
falloir adapter des choses. Mais, il y a 10 ans, comme école de police, je
vous aurais répondu : M. le ministre, nous allons tout faire et faire
seuls. Aujourd'hui, en 2023, on va tout faire, mais en partenariat, les trois
éléments que je vous ai parlé, des éléments école, des éléments collégiaux et
universitaires, des éléments des corps de police eux-mêmes, et c'est ce qui va
faire qu'on... Nous avons ensemble la capacité de répondre à cette
réglementation.
M.
Bonnardel : Une dernière, une dernière : Requalification,
formation continue... Rapidement.
M. St-Antoine (Pierre) : Et, pour avoir lu vos
travaux, je pense que c'est important d'en faire une différence. Puis je
vais laisser Mme Deschênes aborder ces... cette différence-là entre
requalification et formation continue, si vous le voulez bien, M. le ministre.
Mme Deschênes
(Andréanne) : ...en fait, nous, à l'école, on parle de requalification
lorsqu'on est dans un domaine spécifique où on va vraiment établir des
obligations de formation avec une périodicité obligatoire, puis ça nous permet
de maintenir un titre, une fonction. Par exemple, en tir, on doit faire une
requalification à chaque année pour pouvoir être en mesure d'utiliser son arme
de service. Même chose en sécurité routière. Lorsqu'on parle des techniciens
qualifiés en alcootest, bien, pour exercer, pour être reconnus, reconnus à la
cour, ils doivent se faire requalifier pour maintenir cette certification-là.
Donc, au niveau de la certification, c'est... la requalification, c'est
vraiment sous cet angle-là.
• (16 h 10) •
La formation
continue, elle est beaucoup plus large, c'est-à-dire qu'elle est... Elle est
différente, c'est-à-dire que ça peut être... Elle pourrait devenir de la
requalification, mais pas nécessairement, c'est-à-dire que, là, vraiment, on va enrichir les compétences professionnelles
avec différentes thématiques. Donc, ça peut être du légal, ça peut être des
thématiques sociales, santé mentale, violence conjugale. Donc, on va être un
petit peu plus larges. Donc, on peut avoir une périodicité de formation.
Et on n'est pas obligés d'aller dans de la requalification, c'est-à-dire que je
ne suis pas obligé de mettre une obligation de dire : Je suis requalifié à
chaque... à chaque trois ans sur la santé mentale. Ce n'est pas ça, l'idée.
L'enrichissement, c'est de se maintenir à jour, rester contemporains dans les
nouvelles réalités qu'on doit vivre.
Donc,
c'est un peu la distinction qu'on fait : formation continue, beaucoup plus
englobante, même, à la limite, pourrait englober la partie de
requalification; requalification, beaucoup plus restrictive, je dirais. Je ne sais
pas si ça vous éclaire un peu, là.
M. St-Antoine
(Pierre) : Puis, si on prend un exemple, en ce moment, en conduite
d'urgence au Québec, il n'y a pas d'obligation d'être requalifié, après la
formation initiale en patrouille-gendarmerie, sur la conduite d'un véhicule d'urgence. Donc, par une ligne
directrice, par un guide des pratiques policières, par une directive, on
pourrait obliger un policier, à tous
les cinq ans, d'être... d'avoir une formation de requalification en conduite
d'urgence, qui ne devrait pas, à notre avis, faire partie du bloc de formation
continue. C'est vraiment un... une autre façon de voir les choses.
En formation
continue, par exemple, si on veut améliorer les interpellations, les pouvoirs
et devoirs, bien, clairement, c'est en
formation continue qu'on pense que ça pourrait être abordé. Mais, après deux
cycles de formation continue, ça pourrait devenir une requalification à
refaire aux trois ans ou aux quatre ans si on le juge à propos.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. J'aurais le député d'Ungava, puis après ça j'aurais le
député de Vanier-Les Rivières.
M. Lamothe : Bonjour.
Vite fait, bon, formation continue à distance, décentralisation, quant à moi,
c'est le secret. C'est le secret, que ce soit d'embaucher des formateurs
régionaux, locaux, peu importe, avec une base. Ça évite les déplacements, ça réduit les coûts. Il n'y a pas d'excuse pour
les corps de police, les villes, ou qui que ce soit, dire : Bien là, les budgets achèvent, on ne
peut pas former. La formation pour les policiers en 2023, elle est importante,
puis il faut qu'elle
soit uniforme, hein? On dit le mot «uniforme». J'ai-tu encore une minute, vite
fait? Je ne veux pas prendre le temps de la collègue, là. C'est de
l'innovation. Puis ça, c'est... On est là. On est vraiment là.
Si on parle
d'innovation, moi, ce que je parle... au niveau formation des corps policiers
autochtones en anglais. Je pense qu'à un moment donné il faut que l'École
nationale de police se penche là-dessus. C'est la réalité. Je comprends tout ce
qu'il en est de la loi n° 96, je comprends ce qu'il
en est du français, mais il y a des places... Chez
nous, entre autres, les corps policiers cris... Il y a des Cris qui peuvent
devenir policiers, mais, quand il arrive, à un moment donné, de la
formation, que ce soit à Nicolet, terminer leur cégep, ou peu importe, il y a
un bogue. Je pense qu'à un moment donné
l'école... Je m'en allais dire l'IPQ. Dans le temps que j'étais là, c'était
l'IPQ, là. Bien, je pense que l'école nationale devrait avoir une
flexibilité, autant qu'au niveau de la formation décentralisée.
Puis, en terminant,
les normes... les normes d'acceptabilité à Nicolet, je reviens encore avec les
autochtones, ce n'est pas nécessairement d'être avec les normes provinciales
partout. Je comprends que c'est important, la condition physique puis
rencontrer ces normes-là, mais, chez les Cris, c'est un problème, ça aussi,
parce que tu as des Cris qui ne rencontrent pas ces normes-là qui feraient de
très bons policiers. Puis moi, je crois aux corps policiers autochtones dans
leur milieu. Ils ont la sensibilité. Ils ont l'écoute. Puis c'est plus facile
pour tout le monde, que ce soient les résidents ou pour eux-mêmes. Je pense
qu'il y a une flexibilité qu'il devrait y avoir là.
Mais,
au niveau formation, décentralisation régionale, félicitations, parce que ça va
être accessible à tous. Puis je pense que c'est le but de tout le monde
qu'il y ait la même vision, la même façon de faire.
Le
Président (M. Bachand) : M. St-Antoine, peut-être
rapidement, parce que j'ai un autre député qui veut poser une question.
Allez-y.
M. St-Antoine (Pierre) :
Vous dire, M. le député, que, depuis 2012, les corps de police autochtones
nous ont tous demandé d'avoir la même
formation que tous les policiers québécois, et on peut vous assurer qu'ils
l'ont depuis 2012. On n'a plus de programme de constable spécial où ils
peuvent juste travailler en communauté. La formation qui est donnée par
l'école, en anglais et en français, leur donne l'accessibilité à tous... à
toutes les communautés.
Lorsqu'on n'est pas
capables, en anglais, de répondre en formation initiale, on a des partenariats
avec l'Ontario Police College, en Ontario, qui nous permet de collaborer avec
eux, et en formation en enquête également. Et une forte partie de notre
perfectionnement professionnel est également offerte par des policiers formateurs
autochtones, en anglais et en français, dans les communautés policières.
Mais
il y a des enjeux, effectivement, en lien avec le recrutement. J'en... Et on
travaille fort pour améliorer cela, je vous le confirme. Merci de votre
propos.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup. Rapidement,
M. le député de Vanier-Les Rivières.
M. Asselin : Oui,
rapidement. M. St-Antoine, Mme Deschênes, merci beaucoup pour votre
intervention. Je voudrais vous entendre sur le pourquoi est-ce que la formation...
l'école de police... neutre. En quoi le caractère neutre de votre institution fait que vous avez duré dans le temps puis
que vous êtes devenus... disons, que vous avez une expertise
particulière à ce niveau-là? Parce que l'école de police est renommée au
Québec.
M. St-Antoine
(Pierre) : Je pense que c'est par nos partenariats, par le fait que...
La particularité, c'est que le futur policier québécois y est formé et par les
collèges, dans des milieux ouverts, sous le ministère de l'Éducation, et par
l'école, sous le ministère de la Sécurité publique, puis avec des partenariats
avec les universités. On a été les premiers à faire un bac en sécurité
publique, en partenariat avec l'Université du Québec à Trois-Rivières, c'est
assez exceptionnel, depuis les années 70. Quand mes partenaires canadiens me
regardent, ils nous envient, bien sincèrement.
Ils regardent le Québec pour... D'ailleurs, j'avais des appels depuis la
semaine passée, suite à Portapique, pour me dire : Donne-nous ton
modèle québécois, parce qu'on veut... on veut l'importer puis on veut voir
comment ça fonctionne, dis-nous quel est ce
partenariat-là. Ça fait que je pense que c'est le partenariat qui fait cette
différence-là.
Mais, humblement,
c'est parce qu'aussi il faut se laisser influencer, grandir, puis changer, puis
modifier notre programme de formation pour
suivre la société, et c'est ce qu'on tente de faire avec le maximum de
flexibilité. Mais ce n'est pas toujours facile, parce qu'on veut grandir
de l'intérieur dans le même temps de formation, d'où l'importance de faire
autrement, puis c'est ce qu'on fait en ce moment.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Monsieur... Mme la députée de Westmount—Saint-Louis, s'il vous plaît.
Mme
Maccarone : Bonjour, M. St-Antoine. Bonjour, Mme Deschênes.
Un plaisir de vous avoir avec nous. Vous
êtes tellement passionnés, j'ai envie de suivre des cours. J'aime ça. Je trouve
ça bien. Quelle... Qu'est-ce que vous offrez présentement, comme
formation, pour combattre le profilage racial?
M. St-Antoine (Pierre) : Alors, naturellement,
dans tout le programme collégial en techniques policières, il y a 1 800 heures
de formation, dont autour de 150 heures, dans les collèges, qui touchent
plus spécifiquement tout ce qui est l'ouverture à la diversité, dont le
profilage racial. Quand on parle de profilage racial et d'interpellations, il
ne faut pas oublier tous les pouvoirs et devoirs, toutes les formations en
matière de juridique, qui donnent la confiance au policier, et la connaissance,
et la compétence au policier de savoir quand agir, comment agir et avec quels
droits et quels pouvoirs il peut agir. Ça, ça fait une extrême grande
différence.
À l'école, il y a des
rappels là-dessus, des mises en situation, des scénarios qui sont accordés
pendant le 500 heures École nationale de police du Québec. Puis, sur le
plan du perfectionnement, suite à une collaboration entre la CDPDJ, le
ministère, l'École nationale de police du Québec et les corps de police, à
compter de l'été prochain, nous avons un
nouveau programme de perfectionnement, que je parlais tantôt, qui va être
offert sur les lieux de formation, sur l'ensemble du Québec — de
cinq ou six capsules, Mme Deschênes? — ...
Mme Deschênes (Andréanne) : Cinq
capsules.
M. St-Antoine (Pierre) : ...cinq
capsules qui vont traiter, sur un an et demi, de profilage racial, pour que ça
puisse être maintenu comme élément de compétence dans les corps de police, mais
avec des rappels sur le plan des pouvoirs, devoirs, des interpellations, avec
des notions de qu'est-ce que le racisme, les biais, l'ouverture à la diversité.
C'est couvert de différentes façons et ça va être couvert.
Donc, en
gros, là... Et, naturellement, on a des partenariats avec les universités. Dans
le bac en sécurité publique, il y a des formations où que les policiers
peuvent s'inscrire en matière d'ouverture à la diversité dans différents domaines. Il y a des formations ouverture
autochtone. Et, sur le site de l'école même, le rapprochement de nos formations
initiales autochtones avec nos formations allochtones fait une grande
différence. Quand j'accueille nos aspirants autochtones et que je vois
qu'ils sont entremêlés beaucoup avec nos formations régulières, ce rapprochement-là
des dernières années fait toute la différence dans l'ouverture vers l'autre.
Quand tu as un ami autochtone puis tu as un collègue
autochtone et allochtone à partir de tes débuts de formation, tu ne vois plus
l'autre de la même manière jamais, puis je pense que ça, ça peut faire
une grande différence.
Mme Maccarone : ...les rappels vont
être obligatoires?
M. St-Antoine (Pierre) : En ce
moment, non. En perfectionnement, non. C'est-à-dire que nous, on offre la formation à l'ensemble des corps de police
québécois, d'où l'importance d'un programme de formation continue avec
des thématiques réglementées. Si vous lancez
ça dans l'univers, Mme la députée, bien, il n'y aura pas de réponse
nécessairement.
Mme
Maccarone : Même question, sauf que je change pour l'état
mental perturbé. Quelle formation offrez-vous à...
M. St-Antoine (Pierre) : Alors,
encore une fois, sur le plan collégial, la santé mentale, encore il y a
quelques années, le ministère de l'Enseignement supérieur a rehaussé d'une
trentaine d'heures le programme de formation collégiale. À l'école, on est en
train de réviser notre programme, parce que vous savez qu'on passe de
650 aspirants policiers annuellement à
1 000, grâce à un financement gouvernemental qu'on vient de recevoir dans
le dernier budget, et, en plus, on fait une révision où on ajoute des
plateaux, des mises en situation en matière de santé mentale. Donc, le futur
policier est clairement bien préparé.
• (16 h 20) •
En perfectionnement, maintenant, depuis déjà
quelques années, on a une formation en communication, en désescalade, en
intervention auprès d'un individu qui a des problématiques de santé mentale. On
a une nouvelle offre de services en collaboration avec la SQ. La SQ nous a
offert son programme, qui s'appelle Réponse état mental perturbé, REMP, appelé
dans le milieu. Nous avons des formateurs ENPQ qui sont en finalisation d'être
formés. Ça va être déployé sur l'ensemble du territoire, non seulement pour former
d'autres corps de police municipaux, mais également
pour aider la SQ dans son déploiement auprès de ses propres unités à travers le
territoire québécois. Mais on a également, de notre côté, une formation
en ligne sur la communication, désescalade, intervention en santé mentale et
des formations pratiques qui y sont associées. Mais, encore une fois, elles
sont offertes. Ça ne veut pas dire qu'il y a des
inscriptions. Et, nous, l'offre est prête. La question, c'est : Y a-t-il
des inscriptions? Et cette formation-là continue et la réglementation
peut faire une différence.
Mme Maccarone : Bien, tout à fait.
Puis on a entendu, hier, avec l'APPQ, qui nous ont dit... Je pense que c'est à
peu près un tiers des policiers qui ont cette formation de REMP. Alors, est-ce
qu'il y a un moyen d'offrir cette formation pour que ce soit plus facilement
accessible pour eux aussi? Je vous ai entendu, pas nécessaire de toujours se déplacer à Nicolet. On peut faire des choses en
ligne. Mais, étant donné que c'est tellement particulier, est-ce que, ça,
on a un moyen d'offrir aussi cette formation
au sein de notre réseau de santé et services sociaux? Parce qu'on comprend
qu'eux, ils font partie de la problématique.
Vous savez probablement que j'ai déposé un
mandat d'initiative. Je souhaite sincèrement étudier ce phénomène et cette
cause, car on voit une augmentation assez importante en ce qui concerne la
violence à travers la province depuis 2005,
de 21 %. Puis, quand on parle de l'état mental perturbé, les fameuses
portes tournantes, ça varie, les interpellations, entre 9 % et
127 %. Alors, est-ce qu'on a moyen d'encapsuler ça pour que ce soit plus
facile, pour nos policiers ainsi que le
réseau de santé, de recevoir la formation de vous aussi?
M.
St-Antoine (Pierre) : Bien, déjà, REMP, ou notre formation sur la santé
mentale, est déjà partiellement en ligne.
Mais, je vous rappelle, l'expertise de l'ENPQ,
c'est aussi de l'approche expérientielle. Il vient un moment, comme futur policier, ou policier actif, ou
policière active, vous devez avoir des pratiques, des scénarios, des mises en
situation qui amènent de la communication. L'interaction avec un comédien
professionnel de l'école... Vous savez, quand je vois une scène de violence
conjugale à l'école... Je vous rassure, c'est simulé. Ça fait 30 ans que je les
vois. J'ai encore les
émotions, parce que nos comédiens sont exceptionnels. Puis ça, il n'y a pas une
vidéo qui va remplacer ça, et je tiens à le rappeler.
Ça coûte cher, la formation policière. Il faut
avoir un juste équilibre entre le en ligne, le hors campus et le en présence, mais il y a des moments où ça prend
quelqu'un qui va interagir avec notre policier et qui va faire la différence
dans l'acquisition de sa compétence.
Mme Maccarone : Une dernière question
que je pourrais vous poser. Je souhaite vous entendre... Je sais que vous
faites quand même des études en ce qui concerne le désengagement policier. Puis
vous êtes, je pense, à la troisième phase,
si je ne m'abuse. Je souhaite vous entendre là-dessus, surtout en ce qui
concerne les nouvelles mesures déontologiques
qui font partie de cette loi. Est-ce que... Parce que, là, vous êtes en train
de former des nouveaux policiers qui n'ont pas d'expérience
nécessairement sur le terrain. Ça fait que ce n'est pas un changement de
procédure pour eux. Ça va être une insertion
dans une position où ça va être une première expérience. Est-ce que ça, ça va
engendrer plus de désengagement ou
est-ce qu'il va y avoir un effet plutôt positif en ce qui concerne le contrôle
puis... de comportement?
M. St-Antoine (Pierre) : La
troisième phase de l'étude sur le désengagement que l'école a faite était une phase qui suivait une rencontre de
21 policiers, policières québécois pour évaluer c'est quoi, pour
vous, le désengagement, comment vous le voyez, est-ce que vous voyez des
actes, des actions de désengagement dans votre environnement policier au
quotidien, etc. De ça, on a fait un questionnaire qu'on a envoyé dans le milieu
policier par les médias sociaux. On a validé la gestion de qui répondait à ce
sondage-là, et 3 000 policiers, policières au Québec nous ont répondu. Là, en ce moment, on est dans l'analyse de
ces 3 000 policiers là. Déjà, on sait que... Par le 3 000, sur
15 000 policiers québécois, on voit qu'il y a un intérêt d'entendre parler
de cette thématique-là.
Dans l'échantillonnage, de façon préliminaire,
ce qu'on sait en ce moment, c'est qu'il y a clairement des... un mouvement de désengagement au Québec. Mais, en ce
qui a trait à la hauteur et la spécificité... Bien, notre chercheure va revenir
de son congé de maternité bientôt, puis on va pouvoir finir les éléments
d'étude et analyser les 8 000 commentaires qu'on a eus des
3 000 policiers, dans l'ensemble des éléments de réponse, pour, justement,
évaluer comment... quel est l'état de situation sur le désengagement, mais
surtout comment est-ce qu'on doit l'adresser, comment est-ce qu'on peut ramener l'engagement policier. C'est
ça, le rôle de l'école, c'est de faire le point sur une problématique qu'on
vit puis dire : En formation, en action, en intervention, qu'est-ce qu'on
peut faire de mieux?
Clairement,
ce qui... ce qui se dégage, c'est le soutien de la part de l'organisation
elle-même ou politiquement, qui est extrêmement important, de la part du
policier sur le terrain, de sentir qu'il est soutenu dans ses interventions
policières. Sur le plan de la formation, clairement, la gestion du stress au
quotidien, d'avoir un climat de travail harmonieux avec ses collègues de
travail, de sentir qu'il a une écoute de ses collègues de travail fait vraiment
une grande... une grande différence. Un
problème associé au désengagement, c'est souvent l'impact médiatique, les
caméras qui les... qui filment tout,
la crainte d'être sur les médias sociaux pour une petite bourde qu'ils viennent
de commettre. Ça, ça crée vraiment des actions de désengagement. C'est
ce qu'on constate en ce moment.
Mais, clairement, on peut se trouver... trouver,
grâce à cette étude-là, qu'on va avoir les conclusions dans les prochains mois,
des nouvelles pratiques puis des façons de faire pour ramener un meilleur
engagement policier. Donc, il vaut mieux agir en prévention tout de suite avant
que cette problématique-là s'aggrave.
Mme Maccarone : ...avec les mesures
déontologiques qui sont comprises dans cette loi, est-ce que ça, ça va
engendrer plus de désengagement, moins...
M.
St-Antoine (Pierre) : Bien, un peu comme mes collègues l'ont abordé, de
l'ADPQ et des corps de police, ce n'est pas évident, là, le fragile équilibre
entre responsabiliser le policier et le suivre sur le plan déontologique
versus lui laisser sa capacité d'action sur
le terrain. Alors, il est clair, selon ma perception de l'étude que j'ai
devant... avec les travaux préliminaires
que j'ai devant moi, que l'ajout de certains éléments punitifs ou de sanctions
pourrait amener un impact sur le désengagement policier au Québec, oui.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Avant de passer
la parole à Laurier-Dorion, donc, on parle d'une étude qui va être
partagée publiquement, M. St-Antoine?
M. St-Antoine (Pierre) : Vers le
premier trimestre de 2024. Absolument, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Laurier-Dorion, s'il vous plaît.
M.
Fontecilla : Merci, M. le Président. M. St-Antoine, Mme
Deschênes, merci beaucoup d'être ici avec nous, là. Votre expertise est
essentielle à nos travaux.
Écoutez, vous parliez tantôt de, comment dire,
la présence de vos élèves d'origine autochtone avec des élèves blancs, là, on va les appeler comme ça, et que c'était très
prolifique. Ça m'amenait à aborder... à vouloir aborder avec vous un sujet, là, qui a été... qui n'a pas été
mentionné, là, c'est la question du recrutement. Certains disent, là, affirment
que nos services de police sont trop blancs, il n'y a pas assez de diversité,
et certains disent qu'il est très difficile de recruter dans les communautés
racisées, communautés noires, arabes, latinos, etc. Quels sont... quels sont
vos... votre réflexion sur cette... Est-ce
que c'est vrai qu'on a de la difficulté à recruter? Est-ce qu'il y a des
efforts? Est-ce qu'il y a des choses qui peuvent être faites?
M. St-Antoine
(Pierre) : Alors, déjà, pour avoir 1 000 aspirants policiers en
formation à compter de septembre dernier, le ministre a autorisé
240 attestations d'études collégiales. C'est-à-dire qu'il y a deux moyens
de devenir policier au Québec : trois ans de techniques policières,
15 semaines à l'école de police, diplôme, accès à la profession; deuxième
moyen, attestation d'études collégiales après un autre DEC dans un autre
domaine avec une promesse d'embauche d'un corps de police, donc, l'option
d'aller chercher des gens, par exemple, de la diversité, et par la suite 15 semaines à l'école et
embauche. Habituellement, les attestations d'études collégiales étaient au
nombre d'environ une trentaine par année. Et là, grâce au fait... aux
besoins importants de sécurité publique au Québec, il y a une hausse à 240 à compter de septembre prochain.
Donc, ça, ce sera une belle occasion d'aller accéder à la diversité.
Naturellement, les collèges sont pleinement
sensibilisés à faire du recrutement, des admissions en ouvrant à la diversité, que ce soit... beaucoup à Montréal.
Maisonneuve, Ahuntsic, John-Abbott sont des collèges, là, qui travaillent,
entre autres, eux, là, très, très fort à ouvrir à cette diversité-là. Les corps
de police, par leurs services de recrutement, vont
dans les... C'est au niveau des écoles secondaires qu'il faut aller chercher
cette diversité-là. Nous, l'école, on est au bout de la machine à
saucisses puis on n'est pas au début.
Il ne manque
pas d'intérêt à devenir policier, policière au Québec, je vous le dis, là,
clairement. Mais, clairement, quand vous
venez d'un milieu racisé, ce n'était peut-être pas, historiquement, valorisé
comme métier, d'où l'importance... Puis on peut prendre l'exemple de M.
Fady Dagher, directeur du service de police de Montréal, d'origine libanaise, et qui a vécu en Côte d'Ivoire, qui a eu la piqûre
de la police lorsqu'il est arrivé au Québec à 17 ans, puis que, là, il a
décidé de s'en aller comme futur
policier. Bien, cette piqûre-là, il faut la donner. Puis l'école accueille des
gens annuellement, des institutions primaires et secondaires de Montréal
qui viennent nous visiter, puis parfois on voit, dans les yeux, l'étincelle,
puis on les revoit, trois ans après, quatre ans après, arriver à l'école. Ça
fait que c'est des petits gestes, mais qui vont faire la différence pour avoir
cette diversité-là dans notre communauté policière au Québec.
M. Fontecilla : Mais, en ce...
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y, M. le député, en
terminant.
M. Fontecilla : En ce moment, est-ce
que vous arrivez à atteindre des objectifs? Est-ce que vous vous placez des
objectifs? En fait, pas vous, mais en général, là.
M. St-Antoine (Pierre) : Bien, nous
n'avons pas d'objectif à l'ENPQ, mais, clairement, en ce moment, il y a des difficultés à atteindre des objectifs. Nous
espérons, entre autres, par le 240 de cette année, que le Service de police de la ville de Montréal, qui a
130 aspirants policiers dans ces... ce groupe d'AEC là, sur les 240, aura
toute la liberté d'aller recruter des gens de la diversité puis d'être
dans l'action pour, justement, hausser ce pourcentage-là de diversité bien
attendu à Montréal.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée
de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Merci,
M. le Président. Merci d'être parmi nous. Félicitations! C'est vrai que l'école
de police a une belle réputation,
puis ça rayonne... ça rayonne partout. Donc, je pense qu'on est bien fiers...
bien fiers de ça au Québec aussi.
J'avais une
petite question. Il y a plusieurs commentaires, là... Parce qu'on parlait, là,
que des civils pourraient devenir
enquêteurs. On le sait, là, vous êtes une institution qui croyez beaucoup en la
formation, qu'il sort des policiers, là, avec une formation extraordinaire
de votre école. Qu'est-ce que vous pensez de ça? Vous avez sûrement un avis à
nous donner.
M. St-Antoine (Pierre) : Mme
Deschênes.
Mme
Deschênes (Andréanne) : Bien, nous, on pense... En fait, on se positionne
un peu comme nos partenaires policiers, c'est-à-dire qu'on pense que c'est
pertinent dans des domaines très nichés de formation, en cyberenquête,
entre autres. Donc, on pense... On croit à ça, ce maillage-là entre les civils
et l'expertise policière. Puis d'ailleurs c'est ce qui fait notre force, à l'école, c'est ce maillage-là entre nos civils
et nos policiers. Donc, nous, de permettre cet accès... cet accès-là à
des civils dans des fonctions très nichées, particulières, on y croit. On pense
que c'est pertinent. Puis on le vit, là, avec d'autres, avec l'UPAC, avec le
BEI, entre autres. On voit que ça amène une valeur ajoutée, là.
Mme
Nichols : Mais, un civil qui va peut-être devoir faire des
opérations typiquement policières, est-ce qu'on ne devrait pas lui demander, justement, de bifurquer puis d'aller faire
un peu de formation à l'École nationale de police?
• (16 h 30) •
Mme Deschênes (Andréanne) : Oui,
tout à fait.
Mme Nichols : Est-ce que ça ne
pourrait pas être une suggestion...
Mme
Deschênes (Andréanne) : Bien, présentement, c'est un peu ce qu'on vit avec
les enquêteurs de l'UPAC, entre
autres, là, qui viennent vraiment faire une formation complète, formation
initiale avec nos partenaires, un bout au collégial, et par la suite ils viennent à l'École nationale de police,
donc, une formation initiale qui est vraiment complète, qui s'inscrit dans un
corpus similaire. Donc, ils vont chercher un bagage, là, de base, puis par la
suite ils vont s'inscrire dans le
même cheminement que les policiers. Donc, oui, c'est tout à fait... C'est essentiel, je pense, là, de pouvoir aller...
M. St-Antoine
(Pierre) : Et, si vous me permettez, c'est extrêmement important, parce
que ce n'est pas parce que vous avez un bac en droit, en informatique, en
technologie, ou peu importe quel autre domaine, que vous avez cette
expertise-là d'enquête, par exemple. Et cette formation-là préparatoire en
enquête ramène, en 15 semaines, tout ce
qu'il n'a pas fait pendant son trois ans de techniques policières,
15 semaines à l'École nationale de police du Québec, et sept, huit
ans de patrouille. Rapidement, donc, on réinvestit ses expertises
universitaires comme futur employé, et par la suite il rentre dans le même
créneau de formation initiale en enquête que tous les policiers québécois.
C'est ce qu'on fait,
en ce moment, pour l'UPAC et le BEI. On pense que ça pourrait être un
itinéraire qui pourrait être extrêmement
identique ou similaire, là, pour les futurs enquêteurs spécialisés des corps de
police réguliers.
Mme Nichols :
Quitte à ce que ce soit une formation moins longue ou...
M. St-Antoine
(Pierre) : Tout à fait. Absolument.
Le
Président (M. Bachand) : Rapidement.
Mme Nichols :
Oui, rapidement. Vous ajustez votre cursus, là, vous ajustez votre
formation aux réalités policières sur le
terrain. J'ai vu, là, qu'il y a des sondages qui sont faits. Vous l'adaptez
aussi en fonction des sondages. Il y
a des experts que vous consultez. Est-ce qu'il y a d'autres... Tu sais, le
pouls vient d'où pour ajuster, mettons, votre plan de cours, ajuster les formations que vous donnez? Est-ce que ça
vient des différents corps policiers, de l'Association des directeurs?
Ça vient d'où, en gros?
M. St-Antoine
(Pierre) : L'école fait partie... On a fait un décompte il n'y a pas
longtemps, Mme la députée, 53 comités
différents, nationaux, internationaux. On fait partie d'un réseau international
qui s'appelle FRANCOPOL, qu'on a fondé avec la Sûreté du Québec en 2008,
qui est le Réseau international francophone de formation policière. On fait des
appels à collaboration pour demander des thématiques particulières, voir
qu'est-ce qui se fait de mieux dans ces
pratiques-là. C'est les comités, c'est les rapports du coroner, les rapports
d'enquête. Tout est analysé. Nos experts vont eux-mêmes témoigner dans
des rapports d'enquête et du coroner.
Naturellement, les
rapports, comme le CCRP, nous amènent beaucoup d'apports aussi, la réalité
policière, les nouveaux outils, tout ce qui
existe dans le milieu policier. On était... vraiment, d'être en vigie, en
veille. On a un centre de recherche qui va chercher de meilleures
pratiques également. On est en collaboration avec les réseaux policiers
québécois, nationaux. On essaie vraiment...
Mme Nichols :
...de vous mettre...
M. St-Antoine (Pierre) : Oui. Puis
effectivement... Puis d'où l'importance d'être flexible, d'être agile. Ce n'est
pas toujours facile, mais on le fait avec les autres.
Le Président (M. Bachand) : Sur ce, Mme Deschênes, M. St-Antoine, de notre... de notre École
nationale de police du Québec, merci infiniment d'avoir été avec nous
cet après-midi.
Je suspends les
travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à
16 h 34)
(Reprise à 16 h 38)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux.
Alors, il nous fait
plaisir de recevoir les représentants du Bureau des enquêtes indépendantes du
Québec. Alors, merci beaucoup d'être avec
nous cet après-midi, alors, M. Goulet, Mme Plourde. Alors, vous connaissez
les règles de la commission, une
petite présentation de 10 minutes, après, un échange avec les membres.
Merci encore. Et la parole est à vous.
Bureau des enquêtes indépendantes (BEI)
M. Goulet (Pierre) : Merci beaucoup, M. le
Président. Alors, je me présente, Pierre Goulet, directeur du Bureau des enquêtes indépendantes... (panne de son)
...2020, avocat de formation depuis 1989. Je suis accompagné par Me Amélie...
Mélissa Amélie Plourde, excuse-moi...
Mme Plourde
(Mélissa Amélie) : Bonjour.
M. Goulet
(Pierre) : ...qui est avocate depuis 2003. Elle est au bureau
depuis 2018 et elle garde son statut d'avocat... d'avocate, mais elle est superviseure aux enquêtes au bureau. C'est la
première civile à occuper une fonction du genre.
Alors,
je remercie la commission d'avoir invité le BEI à partager ses réflexions sur
le projet de loi. Comme vous l'avez vu dans notre mémoire, on s'est attardés
surtout aux points qui avaient un impact particulier sur notre travail. Si vous
me permettez, je vais suivre le mémoire en vous indiquant à quelle page je me
trouve présentement.
Je vais vous inviter
à vous trouver en page 5. Je voudrais juste rappeler quelques faits pour
présenter le BEI, pour ceux qui ne le
connaîtraient pas. Alors, le BEI a été fondé, créé et institué en vertu de la
Loi sur la police en 2013 et a débuté les opérations en juin 2016. Nous
sommes un corps de police spécialisé, comme l'UPAC, et les membres du BEI sont
des agents de la paix et détiennent des pouvoirs et des devoirs, évidemment,
qui découlent de leur statut. Quand on dit
«corps de police spécialisé», ça veut dire que les cas où le BEI peut enquêter
doivent être définis par la loi. C'est ainsi qu'en page 5 vous
allez voir notre mission, qui est décrite de façon plus précise.
• (16 h 40) •
Mais
laissez-moi juste dire qu'au départ le BEI enquête surtout sur ce qu'on appelle
les enquêtes indépendantes, des événements où une personne décède, a
subi des blessures graves lors d'interventions policières. Ce n'est pas une
enquête sur une infraction criminelle commise par un individu, mais sur un
événement.
Par contre, nous
avons deux autres mandats qui nous ont été confiés au fil du temps, dont un,
qui été ajouté à la Loi sur la police, qui
nous permet d'enquêter sur toute allégation relative à une infraction à
caractère sexuel commise par un
policier en fonction. Et, plus récemment, en 2018, suite aux événements de
Val-d'Or, de la commission Viens, on
a confié au BEI la mission d'enquêter toute allégation relative à une
infraction criminelle commise par un policier, en fonction ou pas, lorsque le plaignant ou la victime
est autochtone. Une précision importante, le BEI ne dépose pas d'accusation
criminelle. Tous ces dossiers sont soumis au Directeur des poursuites
criminelles et pénales, à qui il revient de décider ou pas si des accusations
criminelles doivent être portées.
Au niveau de la
composition de notre bureau, on parle de 52 ressources présentement, huit
personnes dans l'équipe d'administration.
Mais, au niveau des enquêtes, ce qui est intéressant, qui a été remarqué par
certains groupes dans leurs représentations à la commission, c'est le
fait que l'équipe d'enquête est composée d'ex-policiers et... je vais les
appeler des ex-civils. D'ailleurs, M. St-Antoine vient de vous parler de
la formation qu'on suit avec l'UPAC. On est engagés dans cette voie-là. Et nous
avons, au total, 41 enquêteurs et superviseurs. Puis, parmi ceux-ci, 18
sont des ex-policiers et 23 sont des civils. Il faut comprendre que le
règlement qui gouverne le BEI oblige le directeur à favoriser la parité. Donc,
à 23-18, c'est l'équipe qui s'occupe des enquêtes et de la supervision des
enquêtes.
Vous allez remarquer,
en page 6, la diversité de formation et de provenance des membres du
bureau. Ça vous démontre la richesse, dans notre équipe, en expérience civile
et aussi en expérience policière provenant de divers corps de police.
Statistiquement,
je voulais en parler très, très brièvement, le BEI a fait l'objet de critiques,
dans le passé, sur le délai de traitement de ses dossiers d'enquête,
autant les enquêtes d'allégations criminelles, mais surtout les enquêtes
indépendantes. Et je vais... Pour vous démontrer l'amélioration, vous avez, en
pages 7 et 8, les statistiques, là, que je veux souligner très rapidement.
Allégations criminelles, en 2019, on avait traité 68 dossiers, avec un délai
moyen de transmission au DPCP de 6,2 mois. En 2022, le même nombre de
dossiers, 68, mais dans un délai de 2,4 mois. Et, en enquêtes
indépendantes, la progression est importante : en 2017, 49 dossiers,
13,7 mois; en 2022, 56 dossiers traités, soumis au DPCP en
3,7 mois.
À la page suivante,
depuis le P-72 en décembre 2020, le BEI doit préciser le nombre et la durée
moyenne des enquêtes qui impliquent un membre
d'une communauté autochtone. Donc, vous allez constater que les délais sont sensiblement
les mêmes pour les deux... les deux types de statistiques. On parle, en 2022,
pour quatre enquêtes indépendantes, de
3,5 mois. Et, les enquêtes criminelles, la plus grande majorité de nos
enquêtes proviennent du mandat autochtone. On a 45 dossiers qui ont
été traités par... en 2,5 mois.
Maintenant, en
page 9 de notre document, on vous parle de la formation. Je suis content
que M. St-Antoine ait été là avant nous,
parce qu'il connaît ça beaucoup mieux que nous tous. Mais on est embarqués,
comme je le disais, dans le même type de programme. Il faut comprendre
que, le Bureau des enquêtes indépendantes, la formation est régie par un règlement sur la sélection et la
formation des enquêteurs. Et on doit suivre le programme de formation des enquêteurs
du BEI, qui est donné par l'École nationale de police. Bien, nous avons décidé,
avec l'UPAC, de nous engager dans la voie de la formation de 15 semaines,
formation collégiale à l'École nationale de police, et, je pense, au mois d'août, nous aurons cinq ou six enquêteurs
qui vont débuter, des civils, qui vont débuter cette formation-là, ce qui
va nous permettre, par la suite, d'avoir accès à la formation professionnelle
en enquête et en perfectionnement.
En page 10, je
vais sauter les autres points pour vous parler, essentiellement, de la
modification qui est prévue à
l'article 289.1, qui est la nature de l'enquête indépendante. Il faut
comprendre que cette modification-là ne change absolument rien à la
mission du BEI lorsqu'il mène une enquête indépendante. Et elle précise la
vraie nature de l'enquête, qui porte sur un
événement qui implique des policiers. Alors, puisqu'en principe, à ce
moment-là, il n'y a pas d'infraction
criminelle sous enquête par le bureau, le statut des policiers que nous allons
rencontrer va être déterminé par le règlement sur le déroulement des
enquêtes indépendantes. Donc, il va y avoir le statut de policier témoin, qui
est un policier qui est présent lors de l'événement, et un policier impliqué,
qui est un policier dont les actions ou les décisions
pourraient avoir contribué au décès ou aux blessures graves. Comme vous le
constatez, les décisions pourraient avoir
contribué. Et donc c'est un critère qui est quand même assez large. Et le BEI
espère, si jamais cette modification-là est adoptée par l'Assemblée nationale, permettre aux personnes
concernées, dans une enquête indépendante, de mieux comprendre le rôle
du BEI lors de nos enquêtes.
Ensuite, en
page 11, évidemment, il y a une modification importante pour la mission du
bureau. Cette modification-là est proposée par le projet de loi n° 14, qui
s'inspire de la recommandation n° 9 de Me Giauque,
qui est une ancienne première directrice du BEI, qui avait publié, en 2019, des
recommandations à cet effet-là, et aussi à la recommandation 113 du Comité
consultatif de la réalité policière.
Actuellement,
le BEI ne peut pas mettre fin à une enquête. Lorsqu'une enquête indépendante
est déclenchée, on doit la compléter, donc, faire une enquête complète, tous
les témoins, la scène, rédiger un rapport et le soumettre au DPCP. Et ça, ça
arrive assez souvent que le BEI fait face à des situations qui, même si ça
présente des caractéristiques d'une enquête
indépendante, c'est-à-dire un décès, blessures graves, intervention policière,
il apparaît évident, au début ou en cours d'enquête, que l'intervention
policière n'a pas contribué au décès, aux blessures graves du citoyen,
le tout, évidemment, basé sur une preuve crédible et indépendante.
Nous avons sorti des
exemples, mais juste, peut-être, pour fins de discussion, pour dire que, dans
la majorité des cas, on se retrouve, dans cette situation-là, dans des cas de
suicide ou tentative de suicide, d'abus de substances, de surdose, parfois, des
conditions médicales préexistantes, des cas de perte de conscience, qui sont
prévus dans un guide qui caractérise la perte de conscience comme étant une
blessure grave, donc, qui impliquent des interventions policières pour
lesquelles le BEI doit faire enquête.
À titre indicatif, en
2022, sur 56 enquêtes, les superviseurs ont identifié neuf dossiers
potentiels qui auraient pu faire l'objet
d'une telle mesure. Et disons qu'on considère que cette mesure-là va permettre
de conclure plus rapidement sur les événements au bénéfice des personnes
concernées, que ce soient les citoyens ou les familles, en cas de décès, ainsi
que pour les policiers impliqués et témoins.
Et évidemment, en cas
de décès, nous sommes les yeux et...
Mme Plourde
(Mélissa Amélie) : ...les bras aussi.
M. Goulet
(Pierre) : ...et les bras, excusez-moi, du coroner. Donc, on va quand
même aviser le coroner que l'enquête indépendante est terminée, mais on va
poursuivre quand même notre collaboration avec ce dernier, ce qui va permettre
au coroner aussi, évidemment, de pouvoir conclure son... son rapport plus
rapidement. Et évidemment, dans un cas semblable, comme dans d'autres, là,
juridictions, quand le directeur prend une décision qui met fin à une enquête, qui n'est pas cautionnée par une décision
du DPCP ou autre, alors, dans ce cas-là, il y aura une communication
publique qui sera exigée du directeur pour expliquer les motifs de la décision
de mettre un terme à l'enquête.
Le
Président (M. Bachand) : En terminant,
peut-être, maître... s'il vous plaît, Me Goulet.
M. Goulet
(Pierre) : Oui, oui... (panne de son) ...je voulais juste ajouter...
(panne de son) ...en page 12, on parle
de la communication de dossier. Je l'ai entendu tantôt. En ce qui concerne le
Protecteur du citoyen, je veux juste préciser que les dossiers d'enquête
indépendante ne sont pas transmis au Protecteur du citoyen lorsque ça vise des
policiers. C'est dans les situations où un constable spécial serait impliqué
dans un événement, dans un événement... dans
un milieu correctionnel. Donc, dans ces cas-là, vu que ces gens-là ne sont pas
visés par l'enquête indépendante, ne sont pas non plus gouvernés par le
Commissaire à la déontologie, c'est la raison pour laquelle on aurait la
permission de... (panne de son) ...au Protecteur du citoyen.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. On va débuter la période d'échange. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M.
Bonnardel : Merci,
M. le Président. M. Goulet, Mme Plourde, merci d'être là. C'est
important de vous entendre.
Puis je vais sur le
point que vous venez juste de terminer, là, sur l'article 91 et
l'article 94, là, le pouvoir de mettre fin à une enquête indépendante, là.
Vous en avez parlé assez rapidement, là. Donnez-nous... donnez-nous des
exemples concrets, là, des cas de figure. Là, vous dites, tantôt, en 2022 il y
avait 56 enquêtes. Si ce pouvoir avait été disponible, pour vous, de mettre fin à une enquête, il y aurait eu neuf
enquêtes de... vous auriez mis fin à neuf enquêtes. Juste pour notre
gouverne à nous tous, qu'on comprenne bien, là, concrètement, là, quand le
policier arrive, il constate ceci ou cela, donnez-nous des exemples concrets
pour qu'on puisse bien comprendre votre... ce point-là.
• (16 h 50) •
M. Goulet (Pierre) : Je vais vous donner...
(panne de son) ...le plus anonymisé possible, là, pour éviter que les personnes
se reconnaissent. Bien, souvent, dans un cas ici, on a un appel au 9-1-1 dans
un cadre de rassemblement de COVID, une
personne agressive a été arrêtée et transportée au poste. La personne était
désorganisée, se frappait la tête. À la sortie du véhicule, elle a perdu
conscience, a été transportée à l'hôpital. À l'arrivée du BEI, la personne
avait reçu son congé de l'hôpital. Et son état était causé, selon les autorités
de l'hôpital, par une intoxication au GHB. Donc, c'était un cas qui fait que,
par le temps qu'on réagisse puis qu'on intervienne dans l'événement, on
constate qu'à ce moment-là la blessure grave n'est aucunement en lien avec
l'intervention policière.
J'ai un autre cas
ici, encore une fois, un appel 9-1-1 pour un cas de violence conjugale. La
plaignante informe les policiers que son conjoint est armé d'un couteau. Il est
aperçu par les policiers à l'intérieur de la maison avec une blessure au cou et il continue de s'infliger des blessures au
cou avec le couteau. Les policiers interviennent. Le sujet est transporté par
ambulance. Le citoyen est rencontré et indique, par le BEI, qu'il s'est blessé
avant l'intervention policière. Et on a un enregistrement vidéo, dans la
cuisine, qui confirme cet état de fait là. Donc, c'est un cas où, encore une
fois, l'intervention policière n'est pas en lien avec la blessure grave. Donc,
c'est des cas où on aurait pu mettre fin à l'enquête dans les deux cas, à des
moments différents. J'ai d'autres... (panne de son) ...on pourrait...
Le
Président (M. Bachand) : ...aussi, là.
M.
Bonnardel : Oui, oui. Non, non, c'est ça. C'est... Merci, là.
On n'ira pas plus loin. Je pense qu'on a compris... on a compris...
Mais, dites-moi, là, la confiance du public peut être affectée, vous l'avez
mentionné un petit peu tantôt,
là, quand vous décidez de mettre fin à une enquête. De quelle façon, là, vous
croyez être capables d'exposer ou de donner... de donner l'information
puis des motifs, surtout, qui amènent... qui amènent votre décision, là, de
mettre fin à cette enquête? Quel sera le modus operandi ou vos façons de faire?
M. Goulet
(Pierre) : Bien évidemment, le fait que, présentement, nos dossiers
sont soumis au DPCP, puis on a une décision du DPCP, ça donne une double
garantie d'indépendance. Donc, dans la mesure où le DPCP n'aura pas été
consulté... ou il pourrait avoir été consulté, mais la décision est prise, par
le directeur du BEI, de mettre fin à l'enquête, évidemment, ça va prendre une
communication qui soit très transparente pour permettre de justifier cet
événement-là. Donc, on va partir avec la situation originale dans laquelle on a
eu un déclenchement, comme on le fait présentement,
et ensuite, à l'aide d'éléments d'enquête, comme je l'ai dit tantôt, ça va
prendre des éléments crédibles, indépendants de la police qui vont nous
permettre d'expliquer aux citoyens pourquoi l'enquête indépendante a été
terminée, parce qu'il n'y avait pas de lien avec l'intervention policière.
Alors, on pense être
en mesure de le faire. Il y a d'autres juridictions qui le font. On parle de la
Colombie-Britannique, entre autres. Souvent,
leurs communications, qui sont assez extensives... Évidemment, il faut faire
attention à la protection des
renseignements personnels dans la situation des personnes, mais je pense qu'on
est en mesure de faire un travail qui va être assez convaincant pour la
population dans ces cas-là.
M.
Bonnardel : Autre question, à la page 10, là, de votre mémoire, à
l'article 90, qui modifie l'article 289 de la Loi sur la police, pourquoi
c'est important de préciser la nature de l'enquête indépendante du BEI dans la
loi?
M. Goulet
(Pierre) : Bien, il y a des gens qui... des organismes, des
organisations qui considèrent que l'intervention policière du BEI devrait
systématiquement permettre... obliger le BEI à aviser les gens de leurs droits
constitutionnels, comme un prévenu ou un détenu. Ça s'est discuté beaucoup lors
d'un recours devant les tribunaux de la Cour supérieure. Je ne veux pas aller
plus loin que ça. On est en appel.
Bien, on a pensé
qu'autant pour la population que pour d'autres ce serait important de préciser
la situation, parce que, souvent, on va
critiquer le BEI en disant : Ils enquêtent, mais il n'y a jamais
d'accusations criminelles qui sont portées. Bien, c'est normal, parce
que ce n'est pas une enquête à partir de motifs raisonnables et probables de
croire qu'une infraction criminelle est
commise. C'est parce que la loi nous dit d'enquêter lorsque les circonstances
d'enquête indépendante sont réunies, donc, blessures graves, décès,
intervention policière. Alors, c'est pour ça qu'on pense que c'est important de
démystifier, dans la Loi sur la police, quelle est la vraie nature de cette
enquête.
M.
Bonnardel : Bien reçu. Dernière question, formation des enquêteurs,
page 9, vous... Bon, j'ai la réponse, mais
je vous la pose quand même, là, la réponse... pas la réponse, la question sur
l'École nationale de police, qui vous supporte
dans la formation. Est-ce qu'on est à la bonne place présentement ou on peut
encore faire mieux pour répondre aux besoins des enquêteurs civils, là,
qui souhaitent être recrutés par vous puis qui vont être formés, nécessairement,
par la suite? J'ai vu, là, les différents
corps de métier. Là, je me réjouis de voir, là, qu'il y a différents corps de
métier, là, de personnes qui ont...
qu'on pense aux... des gens dans la psychologie, enquêteurs civils, coroners,
travailleur social, directrice d'une école secondaire, journaliste,
agente de relations humaines en toxicologie. Donc, c'est intéressant de voir
la... de voir la diversité de ces gens, là.
M. Goulet
(Pierre) : C'est une grande richesse pour le bureau que ces gens-là apportent,
mais effectivement ils n'ont pas
d'expérience en enquête criminelle ou policière. Donc, avant ça, avec le
règlement, la formation qu'on avait était
bien spécifique au bureau, puis ça pouvait être difficile aussi de créer des
cohortes assez grandes pour pouvoir justifier une formation à des coûts
importants.
Puis aussi mon
constat, quand je suis arrivé, c'est que nos enquêteurs civils, même nos
enquêteurs policiers qui suivaient des formations, étaient isolés des autres
policiers. Nous... Moi, mon souhait, c'est que mes gens soient formés comme tous les enquêteurs au Québec. Et je
pense qu'ils gagnent... Les enquêteurs civils gagnent à être connus par
la fréquentation avec d'autres policiers qui sont formés à l'École nationale de
police.
Donc, c'est la raison
pour laquelle on est un peu des pionners puis on embarque avec l'UPAC, avec
l'École nationale de police, pour que des
gens de milieux civils puissent suivre une formation professionnelle,
collégiale assez importante pour pouvoir, par la suite, s'investir dans
les programmes en enquête criminelle, en spécialisation. Donc, on pense que
c'est très important. Je dois dire que c'est quand même assez lourd, au niveau
des horaires, de se priver de cinq, six
personnes pendant 15 semaines, mais je pense que ça vaut le coup pour
faire du BEI une équipe qui va être, premièrement, crédible auprès de la
population et aussi crédible auprès des policiers qu'on a à enquêter.
M.
Bonnardel : ...une dernière question. Vous avez dit tantôt, là, que
votre possibilité... la possibilité, pour le BEI, de mettre fin à une enquête,
là, il y aurait eu neuf enquêtes de moins sur les 56 de 2022. Avez-vous fait le
même exercice pour les années avant 2022 ou vous n'avez pas eu...
M. Goulet
(Pierre) : Je veux juste préciser, potentielles, potentielles.
M.
Bonnardel : Oui, oui, potentielles.
M. Goulet (Pierre) : ...va me le
dire. Attendez-moi une seconde. C'était un peu plus nombreux. Je m'excuse de ne
pas l'avoir.
M.
Bonnardel : Vous nous le donnerez plus tard si vous ne l'avez pas là.
Ce n'est pas grave, là.
M. Goulet
(Pierre) : ...
M.
Bonnardel : Ce n'est pas grave.
Le
Président (M. Bachand) : C'est beau? Merci
beaucoup. M. le député d'Ungava.
M. Lamothe : Une
minute...
Le Président
(M. Bachand) : Huit.
M. Lamothe : Huit.
Bonjour. Vous avez amené beaucoup de statistiques tantôt, ça fait que je vais
poser des questions sur les statistiques. Vous avez 18 ex-policiers,
23 civils. De ces 18 ex-policiers là, combien de la Sûreté du Québec
et combien des corps policiers municipaux?
M. Goulet
(Pierre) : Je l'ai, j'ai réponse à cette question-là. On a trois
enquêteurs qui proviennent de la Sûreté du Québec; du SPVM, trois superviseurs,
pas d'enquêteur; de la GRC, on a un membre... un enquêteur du SPVM, plus un de
la GRC, puis il nous en manque un de Longueuil. On a aussi un superviseur de
Longueuil.
M. Lamothe : La
dynamique est bonne entre les policiers, oui?
M. Goulet
(Pierre) : La dynamique... (panne de son) ...très bonne.
M. Lamothe : La
dynamique est très bonne, oui?
M. Goulet
(Pierre) : Bien, selon moi... (panne de son)... oui, entre...
M. Lamothe : Pardon?
M. Goulet
(Pierre) : Selon moi, oui, entre les policiers, la dynamique est
bonne. Elle est bonne aussi avec les civils.
Vous seriez surpris de voir à quel point des enquêteurs d'expérience de crimes
majeurs peuvent trouver une vertu, des avantages à côtoyer des
enquêteurs civils lorsqu'on aborde une enquête.
M. Lamothe : Vous
avez trois équipes d'enquêteurs, de ce que je sais.
M. Goulet
(Pierre) : Oui.
M. Lamothe : C'est
trois équipes... Vous avez trois équipes de...
M. Goulet (Pierre) : ...deux équipes divisées
en deux, pour avoir des périodes de garde où on peut... Il faut toujours
prévoir avoir deux déclenchements dans la même journée. Malheureusement, ça
arrive. Donc, on a une première équipe qui est en première garde. Lorsque
celle-ci est déployée, la deuxième équipe tombe en première garde.
M. Lamothe : OK.
Puis les responsables d'équipe, c'est des ex-policiers ou il y a des civils
là-dedans?
M. Goulet
(Pierre) : J'ai présenté tantôt Me Mélissa Amélie Plourde, qui est à
côté de moi, qui est avocate. Elle n'a jamais été agente de la paix et elle a
été promue superviseure aux enquêtes, là, au début de l'année.
M. Lamothe : Félicitations!
Puis une autre question, la dernière : Le nombre d'enquêtes 52, 56, pour
2022?
Mme Plourde (Mélissa
Amélie) : C'est 56.
M. Lamothe : 56,
hein?
M. Goulet
(Pierre) : ...
M. Lamothe : Je
m'excuse. C'est 56?
M. Goulet
(Pierre) : Oui.
M. Lamothe : Combien
de mises en accusation sur les 56 enquêtes?
M. Goulet
(Pierre) : Il y a eu une seule mise en accusation dans toute
l'histoire du BEI pour un événement qui était survenu sur l'autoroute à
Drummondville, et c'est un policier de la Sûreté du Québec. Il a été acquitté
cette année.
M.
Lamothe : Il y a eu 56 dossiers d'ouverts, mais une mise en
accusation, pas une personne reconnue coupable, là, mise en accusation.
M. Goulet
(Pierre) : Mise en accusation par le Directeur des poursuites
criminelles et pénales.
M. Lamothe : J'ai
entendu aussi que les dossiers autochtones vous tiennent occupés pas mal.
• (17 heures) •
M. Goulet (Pierre) : Bien, en fait, c'est une
grosse partie de notre mandat, parce que l'autre volet d'allégations
criminelles qu'on a, ce sont les infractions à caractère sexuel commises par un
policier en fonction. Donc, c'est moins fréquent. Tous les événements qui impliquent un plaignant, une victime
autochtone en lien avec un policier, une infraction criminelle, tous les corps de police de la
province nous les réfèrent. On reçoit aussi des plaintes de la part des
citoyens, des membres des communautés autochtones. Donc, oui,
effectivement, ça nous tient occupés, pas parce qu'il y a plus de criminalité,
c'est parce que le mandat est beaucoup plus large que l'autre.
Les autres situations
où on fait des enquêtes en allégations criminelles, c'est lorsque le ministre
nous confie une enquête particulière qui ne
rentre pas dans le cadre de notre mandat prévu par la loi. Donc, le ministre a
le pouvoir de nous confier de ces enquêtes-là, qu'on fait avec diligence,
évidemment.
M. Lamothe :
...vous avez des policiers autochtones dans le groupe d'enquêteurs?
M.
Goulet (Pierre) : Je n'ai
pas de policier autochtone, mais... ni d'enquêteur autochtone, mais on a procédé,
cette année, à un recrutement pour un agent de liaison autochtone et aussi pour
un policier autochtone. Le concours vient à
échéance bientôt. J'ai été agréablement surpris de voir qu'au niveau de la
liaison autochtone j'ai sept membres des
communautés autochtones qui ont appliqué sur le poste. Donc, on va procéder aux
entrevues la semaine prochaine. Et je sais qu'il y a des personnes qui
ont signifié leur intérêt d'être enquêteur autochtone. Ça fait que, si on
pouvait avoir un ou deux enquêteurs ou
même... avec un agent de liaison autochtone au sein de notre équipe, ce serait
vraiment une très grande plus-value pour notre organisation puis aussi
une plus grande transparence auprès des communautés qu'on dessert.
M. Lamothe : Peut-être
que je me trompe, mais vous aviez une agente de liaison autochtone
antérieurement.
M. Goulet
(Pierre) : Oui. On avait une excellente agente de liaison autochtone
de la nation innue, mais qui nous a quittés
pour l'Université du Québec au Témiscamingue. D'ailleurs, c'est une personne
avec qui on est encore en contact
pour nous suggérer de nouvelles formations pour continuer d'alimenter nos
enquêteurs sur la réalité autochtone.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme
Maccarone : Merci beaucoup pour votre témoignage et votre mémoire.
J'aurais quelques questions pour vous. Vous
avez sans doute suivi la commission puis aussi les autres groupes qui ont passé
avant vous. Alors, vous avez sans doute remarqué qu'il y a plusieurs
regroupements de policiers, incluant l'Association des directeurs de police du Québec, qui vient tout juste de passer
avant vous, qui disent qu'ils sont surpris de constater que le gouvernement
souhaite rendre responsable le BEI de signaler à des tierces parties des
renseignements qui peuvent être confidentiels, avec l'insertion de la... de
la... proposé article 289.3.1, qui stipule qu'une fois une enquête
terminée le directeur du BEI doive
transmettre le dossier au Directeur
des poursuites criminelles et pénales
et, s'il y a lieu, au coroner, au
Commissaire de la déontologie policière, aux affaires internes du corps de
police dont est membre le policier impliqué ou au Protecteur du citoyen
pour que ceux-ci en fassent le traitement.
Vous savez sans doute
que ce serait le seul ordre... ordre ou regroupement de professionnels qui
seront assujettis à un tel règlement, alors, même pas le Collège des médecins,
puis vous, vous êtes des avocats, même pas au
Barreau, que nous sommes assujettis à des telles mesures déontologiques. Alors,
comment voyez-vous ça? Puis c'est quoi,
votre réponse envers ces organisations qui s'inquiètent sincèrement de cette
nouvelle mesure qui est proposée dans le projet de loi n° 14?
M. Goulet
(Pierre) : Oui. C'est une préoccupation importante, mais la grande
distinction entre la façon dont j'interprète
l'article et l'Association des directeurs de police du Québec, c'est qu'on
sous-tendait que c'était une transmission systématique, alors que moi,
je l'interprète comme étant discrétionnaire, par le Bureau des enquêtes
indépendantes, parce qu'on dit, bon :
Transmettre au DPCP — on
voit clairement que, oui, on doit le faire — et, s'il y a lieu, au coroner, au
Commissaire à la déontologie, aux affaires internes du corps de police et au
Protecteur du citoyen. J'ai expliqué tantôt
dans quelles circonstances. Donc, nous, ce n'est pas de façon systématique
qu'on transmettrait le dossier. Ce serait simplement dans les cas où on pense qu'il y aurait lieu, pour le
commissaire ou les affaires internes, de se pencher sur ce qui s'est
passé dans un événement particulier.
Ce qu'il faut
comprendre dans la mécanique, si je peux me permettre de l'expliquer, c'est
que, quand on complète un dossier, le DPCP dit : Bon, il n'y a pas
d'accusation contre un... dans telle enquête indépendante, on reçoit, pas
systématiquement mais très souvent, des demandes en accès de l'information par
le Commissaire à la déontologie, qui nous
demande de lui transmettre le dossier afin d'exercer ses fonctions. Et ça,
c'est causé par le fait que, dans toute et chacune de nos enquêtes qu'on
fait, on a l'obligation de faire l'avis au citoyen du fait qu'il peut porter
plainte au Commissaire en déonto.
Donc,
dans les faits, c'est la même chose pour les cas des affaires internes. Quand
il y a une allégation criminelle, entre autres, puis il n'y a pas
d'accusation, on avise le directeur de police de la situation, puis,
pratiquement systématiquement, on va nous
demander de transmettre, par l'accès à l'information, ce dossier-là aux
affaires internes du corps de police
consulté pour qu'il puisse prendre position, s'il y a des sanctions à prendre
ou pas. Donc, dans les faits, ça se passe de façon... je ne veux pas
dire systématique, je n'ai pas de chiffre pour justifier ça, mais,
régulièrement, la mécanique est celle-ci.
Là, on aurait
une mécanique différente où ce serait le directeur qui dirait : Bien, ce
cas-là, on pense que, même s'il n'y a pas eu d'accusation par le
Directeur des poursuites criminelles et pénales, il y aurait lieu que les
affaires internes de son corps de police ou
le Commissaire à la déontologie se penchent sur la conduite du policier. C'est
comme ça que je verrais...
Mme Maccarone : Ça fait que,
d'abord, selon vous, nous aurons besoin d'avoir un amendement à la loi pour dire que... C'est parce que, selon vous, ce n'est
pas à chaque fois, c'est selon la discrétion. Alors, ça prend probablement
une précision, parce que, moi, ma la lecture de la loi, c'est chaque cas.
M. Goulet (Pierre) : Bien, peut-être
qu'une précision serait la bienvenue, puisqu'il semble, de toute évidence, qu'il y a des personnes qui ne pensent
pas comme moi. Mais c'est correct. Puis je pense qu'effectivement peut-être
qu'il y aurait lieu de préciser dans quels cas il y a lieu de faire une
transmission. Donc... (panne de son) ...pour dissiper la confusion, je
pense que oui.
Mme Maccarone : Parfait. Merci.
Puis, en ce qui concerne le BEI... Puis merci de faire l'explication de qui vous êtes, votre mission ou comment les groupes
sont formés puis comment vous fonctionnez, vos valeurs, parce qu'on a quand même entendu plusieurs groupes, puis on
lit la revue de presse, puis... exemple, celle en 2021... Puis vous allez
m'excuser que je veux être très transparente avec vous. On comprend que la Cour
supérieure du Québec a rendu une décision renforçant les constats de dire que
le BEI n'a pas été indépendant et impartial dans les communications avec le public. Vous connaissez sans doute Fannie
Lafontaine, qui est une observatrice civile indépendante. Puis elle, elle vous
critique férocement en termes de le manque
d'opacité et transparence, même qu'elle vous qualifie de cancres au Canada, en
matière de transparence, dans un rapport rendu public en octobre 2020.
Ce qui est inclus dans le projet de loi n° 14,
est-ce que vous pensez que ça va vous aider à améliorer le niveau de transparence puis la réputation envers
la société civile et les gens qui suivent vos travaux, hein, pour assurer
que... Dans le fond, il y a un manque de confiance. Alors, que répondez-vous à
ça? Puis est-ce que la loi répond à un besoin d'avoir plus de transparence et
plus d'opacité en ce qui concerne le BEI, vos travaux puis vos enquêtes?
• (17 h 10) •
M. Goulet (Pierre) : Bon, la
première des choses que j'aimerais préciser, la cause à laquelle vous faites
référence, cette cause-là est présentement en appel, donc je ne la commenterai
pas, malheureusement. Quand vous parlez de Me Fannie Lafontaine qui parle de
cancres en matière d'opacité puis de transparence, on pourrait en discuter longuement. Ce que je dois dire,
premièrement, c'est que Me Lafontaine, quand elle a fait l'étude des dossiers
qui concernaient des plaignants victimes autochtones, elle n'a étudié aucun
dossier du BEI. C'étaient des dossiers du SPVM qui avaient été faits avant.
J'ai eu des discussions avec elle à mon arrivée en fonction et je ne crois pas
qu'on puisse nous traiter de cancres. On fait des communications publiques qui
nous sont permises par la loi. Donc, quand on déclenche l'enquête indépendante,
on dit ce qui s'est passé, pourquoi on le fait, puis, quand le dossier est
terminé, le DPCP produit un résumé des faits, une explication juridique,
pourquoi il porte accusation ou pas, et nous, on fait un bilan des mesures
d'enquête qu'on a entreprises dans ce dossier-là en particulier.
Le fait que vous nous souligniez l'événement
judiciaire de 2021 démontre un peu à quel point c'est sensible, le fait de communiquer des informations sans
démontrer une apparence de parti pris par rapport soit aux policiers ou par
rapport aux familles des victimes. Donc, c'est une situation qui est très
délicate. Je pense qu'il faut y aller tranquillement.
Ce que je pourrais dire par rapport au fait
qu'on serait des cancres au Canada... Il faut comprendre quelque chose. C'est
que les... Premièrement, on ne l'est pas, je peux vous le dire. Mais les
organismes qui communiquent plus que nous ont souvent un statut juridique
différent. Par exemple, la Independent Investigations Office de la
Colombie-Britannique va, à chaque enquête, produire un rapport assez exhaustif.
Bien, il faut comprendre qu'eux, ils ne déposent pas systématiquement au DPCP.
Donc, il n'y a pas une justification du réseau de poursuites de la
Colombie-Britannique qui va venir... ce qu'on vit, nous autres, ici, au Québec.
Donc, dans ce cas-là, le directeur vient dire à la population : Je n'ai
pas soumis le dossier au DPCP parce que je ne crois pas avoir des motifs
raisonnables et probables qu'il y ait une infraction qui soit commise. C'est la
même chose en Ontario.
Mme Maccarone : Mais la société
civile vous demande de fournir des rapports détaillés, exhaustifs, faits à
l'anonymat. Quand on parle des enquêtes, lorsque le... Je comprends que le
DCPI... excusez-moi, DPCP ne porte pas accusation. Il n'y a pas un moyen
d'avoir un mi-chemin, là-dedans, pour s'assurer qu'il y a quand même une
transparence au niveau des travaux qui sont entamés?
M. Goulet (Pierre) : Oui,
certainement, mais tout ça demande des ressources, compte tenu des obligations
légales auxquelles on est... Donc, ça prend des ressources juridiques puis des
ressources de communication pour pouvoir éplucher, entre guillemets, les
rapports d'enquête puis voir qu'est-ce qui peut être transmis au public. Ça
fait qu'on n'est pas... on n'est pas contre ça, on n'est pas contre ça, mais ça
prend des ressources pour que ça aille dans un cadre plus
global d'enquête criminelle. Donc, c'est un petit peu ça, la situation dans
laquelle on se trouve. Ce n'est pas parce qu'on ne veut pas communiquer.
Mme
Maccarone : Merci beaucoup.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. le député de Laurier-Dorion, s'il vous plaît.
M. Fontecilla :
Oui. Merci, M. le Président.
Bonjour, monsieur dame. Merci beaucoup d'être ici avec nous, là. Je vais
continuer sur la même veine. Je veux bien comprendre par rapport à la demande
de rendre public le rapport détaillé, exhaustif et anonymisé des enquêtes
indépendantes lorsque le DPCP décide de ne pas porter d'accusation. Je veux bien comprendre ce que vous nous dites.
Est-ce qu'il y a un empêchement, comment dire, légal, là, à procéder de cette façon-là, donc, de publier des rapports
détaillés, exhaustifs ou anonymisés, ou il y a une question de ressources,
là, qui est impliquée, là, dans cette façon de faire, là?
M. Goulet
(Pierre) : Bien, premièrement, si vous me permettez, nous, sur notre
site Web, on va publier un communiqué de déclenchement d'enquête indépendante,
au conditionnel, pour que la population sache qu'on va scruter un événement, on
va faire la lumière sur un événement qui implique une intervention policière
parce qu'une personne est décédée, ou il y a
eu des blessures graves, ou un événement qui est survenu en détention. Après
ça, le DPCP, on va émettre un
communiqué comme quoi on a soumis notre dossier, et par la suite le DPCP va
émettre un communiqué dans lequel il va expliquer son résumé des faits
tels que lui les perçoit à partir de la preuve qui était présentée puis des
justifications légales de l'accusé, ou pas, en analysant le droit en lien avec
les faits qui sont là. Cette décision-là se
retrouve sur notre site Web lorsqu'elle est publiée par le DPCP. Et par la
suite le BEI produit ce qu'on appelle le bilan. Donc, le bilan va
mentionner, essentiellement, qu'on a rencontré, mettons, trois, quatre témoins
civils, cinq témoins policiers, on a procédé à des expertises, on a saisi des
caméras de surveillance. Donc, ça va être un résumé sommaire des démarches d'enquête
qui ont été faites.
Donc,
si on prend les deux communications, elles sont quand même bonnes. Est-ce que
ça peut être plus que ça? Bien, je suis bien d'accord avec vous, mais
avec la limite de protection des renseignements personnels, puis éviter, par la
description qu'on fait, d'identifier les acteurs de l'événement. Ça, c'est très
important aussi. Donc, oui, on peut toujours être plus transparents, mais il y
a toujours une limite de protection des renseignements personnels qui doit être
respectée dans ces cas-là. Donc, c'est un... Ce n'est pas un enjeu de mauvaise
foi. C'est un enjeu d'avoir les moyens de
pouvoir s'assurer que ce qu'on va faire ne résultera pas en une poursuite par
une des parties qui va se sentir lésée par notre compte rendu, voyez-vous?
M.
Fontecilla : Combien de temps il me reste?
Le
Président (M. Bachand) : Une trentaine de
secondes.
M. Fontecilla :
Une trentaine de secondes. Est-ce
que... Seriez-vous d'accord avec le fait que n'importe quelle personne
puisse informer le Bureau des enquêtes indépendantes sur une blessure grave ou
vous pensez que ça doit continuer à être comme c'est le cas actuellement,
seulement le directeur du service de police impliqué?
M. Goulet
(Pierre) : Bien, on n'aurait pas de difficulté avec ça, sauf qu'avant
de faire un déclenchement on a besoin
d'avoir des informations. Donc, à ce moment-là, je ne pense pas qu'un citoyen
soit aussi bien outillé qu'un corps de
police pour produire des cartes d'appel, des appels audio, des horaires de
policier avant qu'on détermine de déclencher ou pas, quelle est la
nature des blessés, quelle est l'identité de la personne qui a été blessée. Des
fois, ça peut-être le plaignant, mais ça peut-être quelqu'un qui se plaint d'un
événement de... qui n'est pas le plaignant. Je m'excuse, j'ai perdu mon fil.
Donc, à ce moment-là, on va avoir une enquête en validation importante à faire.
Ça va demander énormément de ressources. On n'aura pas des chiffres comme...
enquêtes indépendantes. On va peut-être bien en avoir quand même encore, là, 70, 71, puis on va peut-être en avoir
validé 20, 30, sans résultat. Comprenez-vous? Ça fait que ça implique
des ressources.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Mme la
députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Oui. Merci, M. le Président. Bonjour à vous deux.
Il y en a plusieurs, là, qui doutent de l'indépendance du BEI, parce
que, souvent, on dit que c'est des policiers qui enquêtent sur des policiers,
puis qui sont soumis à la même loi, puis qui
relèvent du même ministre. C'est comme ça, hein, on est portés à se dire,
bien : Où il peut y avoir un conflit d'intérêts, où est
l'indépendance dans tout ça? Mais, quand vous enquêtez, vous présentez vos dossiers aux procureurs, puis c'est souvent
aussi les mêmes procureurs qui travaillent probablement avec les mêmes
enquêteurs que vous enquêtez. Ça fait que ça fait... Encore là, on arrive avec
un autre... un autre aspect où on se dit : Oui, bien là, ça ne fonctionne... ça ne fonctionne pas plus. Selon vous,
est-ce que ce ne serait pas plus approprié que les avocats qui
travaillent avec vous soient retirés du DPCP puis qu'ils soient dédiés à vous
le temps de l'enquête, ou une autre suggestion, une autre suggestion que vous
pouvez peut-être...
M. Goulet (Pierre) : Je voulais
juste... Avant de vous répondre, je voulais juste valider quelque chose. Bon,
premièrement, évidemment, ce sera au Directeur des poursuites criminelles et
pénales de juger dans quels cas ses procureurs sont en
conflit d'intérêts avec des policiers dont on soumet un rapport. Ça, c'est le
premier point. Donc, je ne veux pas
m'immiscer là-dedans. Mais je dois vous dire que nos rapports sont transmis au
bureau du service-conseil du DPCP. Donc, ce n'est pas nécessairement des
procureurs en région qui travaillent avec ce policier-là. C'est des procureurs
qui sont basés à Québec ou à Montréal, qui ne font que du service-conseil, qui
font l'analyse de nos dossiers. Ça fait que
la situation que vous proposez risque peu d'arriver. Mais, moi, ayant passé ma
carrière au DPCP, si une telle situation arrivait, c'est sûr que je
dénoncerais le conflit d'intérêts potentiel.
Quant à l'autre question que vous soumettez, là,
il y a deux volets importants. Le premier, c'est le législatif. La loi oblige... empêche le directeur de nommer un
policier enquêteur principal pour son ancien corps de police. Donc, il
ne peut pas être enquêteur principal. L'autre volet, c'est dans le règlement
sur le déroulement des enquêtes indépendantes. Le policier ou même le civil se
doit de dénoncer un conflit d'intérêts potentiel lorsqu'il est assigné à une
enquête. Donc, on est informés de ces situations-là. On garde un registre de
ça.
Puis vous avez le volet aussi de la parité, dans
lequel vous avez des civils qui sont en mixité avec des enquêteurs, qui fait
que, selon nous, ça représente une garantie d'indépendance dans la conduite de
nos enquêtes. Donc, ça crée un climat, un
contexte différent. Puis il ne faut pas oublier non plus que les enquêteurs,
chez nous, policiers sont là depuis cinq, six ans. Je ne vous dis pas
que ce qui... ça ne peut pas faire un an, mais il y a quand même un certain détachement puis un... je vais appeler ça
un «commitment» aux valeurs du Bureau des enquêtes indépendantes qui,
selon nous, garantit une indépendance.
Et je peux aller plus loin. Si vous voulez
comparer avec les autres BEI, entre guillemets, au Canada, il y en a qui embauchent des policiers actuels, en fonction.
En Ontario, c'est plus de policiers que de civils. Donc, on n'est pas si
mal, quand même... (panne de son) ...garanties, selon moi.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Merci beaucoup,
Me Plourde, Me Goulet. Merci infiniment d'avoir été avec nous.
Cela dit, la
commission ajourne ses travaux au jeudi 6 avril 2023, après les avis
touchant les travaux des commissions. Belle soirée dans la tempête.
Merci. À demain.
(Fin de la séance à 17 h 20)