(Neuf heures quarante-quatre minutes)
Le Président (M. Bachand) : Bon matin. À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte.
La commission
est réunie afin de procéder à l'étude du volet Relations canadiennes et
Francophonie canadienne des crédits
budgétaires du portefeuille Conseil exécutif pour l'exercice
financier 2023-2024. Une enveloppe de 45 minutes est allouée
pour l'étude de ces crédits.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y a-t-il
des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Asselin (Vanier-Les Rivières) est remplacé par M. Thouin (Rousseau);
Mme Bourassa (Charlevoix—Côte-de-Beaupré),
par M. Gagnon (Jonquière); M. Morin (Acadie), par Mme McGraw (Notre-Dame-de-Grâce).
Relations canadiennes et Francophonie canadienne
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Comme vous le
savez, nous allons procéder à une discussion d'ordre général par blocs
d'échange, incluant les questions et les réponses. La mise aux voix de ces
crédits sera effectuée à la fin du temps qui leur est alloué, soit vers... ce
matin, vers 10 h 30.
Discussion générale
Je suis maintenant prêt à reconnaître une
première intervention, Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce, s'il vous plaît,
pour une période de 13 min 28 s.
Mme McGraw : Alors,
merci beaucoup, M. le Président, et bon matin, chers collègues. Alors,
permettez-moi d'abord... tout d'abord de vous saluer, ainsi que le
secrétariat de la Commission, et tout le travail pour préparer cette session.
Je voudrais aussi saluer le ministre et son équipe, le personnel du ministère
aussi. Enfin, j'aimerais saluer les collègues de la banquette ministérielle
ainsi que les collègues qui font partie des autres groupes d'opposition.
L'étude des crédits budgétaires est un moment
important de l'année parlementaire et l'occasion pour le ministre de répondre devant l'Assemblée nationale
des actions de son ministère et de la gestion des finances publiques. Je suis
donc très heureuse d'être ici ce matin et, comme nous ne disposons que de peu
de temps, je vais immédiatement enchaîner
avec mes premières questions. Entre autres, en plus d'être porte-parole des
relations canadiennes et francophonie canadienne,
je suis aussi porte-parole en environnement et changements climatiques. Alors,
ma toute première question, M. le Président, pour le ministre, c'est pour
discuter de l'agence canadienne de l'eau en termes de relations canadiennes.
Alors, vous le savez peut-être qu'en 2019 le
gouvernement fédéral s'est engagé à mettre sur pied cette agence. Un mouvement
s'était formé parmi plusieurs organismes pour promouvoir la candidature de
Montréal pour accueillir cette agence, ce qui aurait eu des impacts positifs
pour la métropole et le Québec tant au niveau de notre réputation, mais aussi
de l'économie. Et, parmi les appuis, selon un article du journal Les Affaires,
on pouvait compter sur l'accord de la
Coalition québécoise pour des eaux saines, la ville de Montréal, la ville de
Québec, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le Réseau
Environnement, la Fédération des chambres de commerce du Québec, l'Université de Montréal et l'UQAM,
entre autres. Malheureusement, le siège de cette agence nous a échappé,
et elle sera établie à Winnipeg.
Alors, la
question que j'aimerais poser, M. le Président, au ministre, j'aimerais donc
savoir quels efforts ont été déployés par son gouvernement dans ce dossier et
comment se fait-il que le Québec, dont le système hydrographique du
Saint-Laurent draine 25 % des réserves mondiales d'eau douce, a-t-il non
seulement perdu... perdre la partie, mais ne s'était même pas présenté,
si je comprends bien, comme candidat pour cette agence sur l'eau. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Roberge : M. le Président, ma
collègue va me permettre de faire un peu comme elle, saluer les collègues, donc
les collègues des oppositions, les collègues de la partie gouvernementale.
M. le Président, c'est important, cet exercice
de reddition de comptes de l'étude des crédits, puis je suis content d'être
appuyé aussi par les membres du cabinet qui m'entourent, l'équipe
ministérielle, qui va m'aider à donner les
meilleures réponses possibles. Des fois, si la question est très, très précise,
je n'ai pas tout le temps la réponse directement.
On va essayer de nous la transmettre électroniquement, même des fois une ou
deux questions plus tard, mais on va essayer de répondre le plus
justement possible aux interrogations dans un exercice de reddition de comptes devant les collègues, mais je voudrais surtout, devant la
nation québécoise, hein, l'exercice... C'est un exercice de reddition de comptes
qui est important.
Sur la question de
l'eau, je tiens à mentionner que le gouvernement a déposé, le 6 avril
dernier, le projet de loi n° 20 sur les redevances sur l'eau. Donc, ça, je
pense que c'est important. L'eau relève du champ de compétence du Québec, puis
le Québec dispose de ressources extrêmement importantes en eau douce,
évidemment, donc en eau potable. On a une
grande responsabilité comme nation fiduciaire de cette ressource-là. Je pense
que c'est important qu'on bouge nous-mêmes dans cette direction-là. Peu
importe ce que le gouvernement fédéral fera, nous, on est déterminés à protéger
notre ressource pour les générations à venir. Mais, comme l'eau relève du
Québec, est-ce que le Parti libéral du Québec demande à ce qu'il y ait plus
d'ingérence fédérale? Il voudrait que le fédéral prenne une plus grande place
dans la gestion de l'eau au Québec? J'essaie de comprendre l'intention de la
collègue.
Mme McGraw : Bien,
écoutez, M. le Président, le ministre, il sait très bien qu'on est en train de
faire une reddition de compte, et c'est au gouvernement de répondre aux
questions et non pas de les poser. Alors, je repose la question. Comme on l'a
vécu avec la COP15, on était très fiers d'avoir la COP15 sur la biodiversité à
Montréal, au Québec, pourquoi on ne s'est pas présentés comme candidat pour
l'agence canadienne sur l'eau, qui nous aurait... il y aurait eu des
importantes retombées économiques et réputationnelles, entre autres?
• (9 h 50) •
M. Roberge : Écoutez,
le gouvernement du Québec s'est opposé à la création de l'agence canadienne de
l'eau. L'eau, ça relève de la compétence du Québec, puis on ne cédera rien,
nous, dans nos champs de compétence. D'accord? On n'est pas nationaliste le
matin, de 9 heures à midi, pour faire un discours différent ensuite dans
le reste de la journée. Donc, nous ne croyons pas que le gouvernement fédéral
devrait s'ingérer, là, comme une pieuvre tentaculaire, dans chaque champ de
compétence du Québec. On ne veut pas que l'agence canadienne de l'eau soit
instituée. On ne se battra pas pour avoir, comme un cheval de Troie, le siège
social d'une organisation qui ne devrait pas exister. Alors, c'est peut-être
votre politique, mais ce n'est pas la nôtre.
Mme McGraw : Merci,
M. le Président, au ministre d'avoir répondu à la question. Alors, on va passer
au plan d'action fédéral sur les langues officielles. Je souhaiterais
l'aborder, cette question-là. Ma collègue porte-parole en matière de langue
française a eu l'occasion de mentionner que nous aurions souhaité des
investissements plus soutenus pour le français au Québec. Mais ma question
portera plutôt sur les discussions avec le gouvernement fédéral dans ce dossier. Le plan fédéral prévoit des investissements
dans plusieurs champs de compétence du Québec, notamment en matière
d'éducation. Alors, la première question : Dans un premier temps,
j'aimerais savoir quels sont les échanges que vous avez eus à ce sujet
avec votre homologue fédéral depuis votre entrée en poste.
M. Roberge : D'abord,
j'ai le privilège d'être le ministre de la Langue française du Québec et aussi
ministre des Relations canadiennes, ministre de la Francophonie canadienne,
puis il n'y a pas d'opposition dans tout ça. On peut vouloir une francophonie
canadienne qui est forte tout en voulant défendre la langue française au Québec
puis la nation québécoise. Et je ne pense pas que l'un doive gagner pour que
l'autre perde ou que le Canada doit perdre pour
que le Québec gagne. C'est une approche que d'autres ont. Ils verront quelles
sont les vertus, là, d'avoir toujours un gagnant et un perdant. Je pense qu'on
est capable de fonctionner dans une dynamique gagnant-gagnant. On l'a vu
avec les négociations que j'ai eues sur C-13.
Et
ma collègue veut savoir si j'ai eu des conversations avec ma collègue.
Absolument. J'ai eu des conversations avec
Mme Petitpas Taylor, très, très, très fréquentes. Je me suis rendu
d'ailleurs directement à Ottawa, je l'ai rencontrée personnellement, et on a parlé de C-13 puis on a
eu beaucoup, beaucoup, beaucoup d'échanges, elle et moi, en personne, en visioconférence et de plusieurs manières. Nos
cabinets se sont parlé, et les administrations se sont parlé aussi, c'est ce
qui nous a permis de faire des gains importants dans C-13 puis d'avoir une
certaine harmonisation pour que des pans entiers de la charte québécoise de la langue française se retrouvent
dans la Loi sur les langues officielles, ce qui n'était jamais arrivé auparavant. On est très, très, très
fiers de ça, je vous dirais, et je pense qu'il y a beaucoup d'observateurs,
autant sur la scène fédérale que sur la
scène québécoise, qui ont salué cette approche-là où la collaboration,
finalement, a permis de trouver des solutions.
Le
Président (M. Bachand) : Mme la députée.
Mme McGraw :
Alors donc, pour aller un peu plus loin, pouvez-vous nous expliquer les
négociations à venir dans ce dossier? J'imagine qu'il y aura des discussions
avec le gouvernement fédéral sur comment ces sommes seront investies. Et est-ce
que vous avez comme principe clair que les sommes octroyées par le gouvernement
fédéral soient entièrement utilisées pour
des initiatives dans les mêmes domaines que ceux ciblés par le gouvernement
fédéral ou est-ce que vous avez d'autres orientations?
M. Roberge : Par
rapport au PALO, là, au Plan d'action pour les langues officielles du
gouvernement fédéral, puis je ne suis pas le
porte-parole du gouvernement fédéral, OK, absolument pas. Ça ne m'intéresse
aucunement. Donc, je vais laisser ma collègue présenter son plan d'action
et le défendre. Moi, je vais défendre la francophonie canadienne puis surtout, surtout, la nation québécoise puis la langue
française au Québec. C'est mon mandat, puis je pense que c'est le bon
mandat.
Suite au dépôt du
plan d'action, la semaine passée, j'ai exprimé des inquiétudes parce qu'en
première lecture je n'avais pas vu de choses qui étaient à ma satisfaction par
rapport au français au Québec. Or, avec les discussions qu'on a eues dernièrement avec le gouvernement
fédéral, puis plus particulièrement avec Mme Petitpas Taylor, mais je
pourrais aussi parler avec Dominic LeBlanc, avec Pablo Rodriguez, je
parle à beaucoup d'acteurs au gouvernement fédéral, le gain qu'on a fait, c'est
d'avoir une approche asymétrique pour la première fois, parce que, du point de
vue du gouvernement fédéral, historiquement,
on ne voulait que défendre les communautés en situation minoritaire. Ça, ça
veut dire les francophones hors Québec ou les anglophones au Québec, puis on a
réussi à faire entendre... je vais même dire la voix de la raison, là,
de dire que le français est menacé même au Québec. Le français est majoritaire
au Québec, mais vulnérable. Ça appartient à
l'État du Québec de poser tous les gestes pour assurer la pérennité de la
langue française, mais on voulait qu'au gouvernement fédéral on prenne
acte de ça. C'est inscrit en toutes lettres maintenant dans C-13, qui sera
bientôt adopté. Il fallait aussi que ça se vive dans le plan d'action, parce
que c'est bien beau d'avoir des concepts,
mais dans l'action, dans les gestes, dans les budgets, il faut que ça se voie.
À ma première lecture, je ne le
voyais pas tellement. C'est écrit dans le mot du premier ministre, M. Trudeau,
mais ce n'était pas dans les... Je vais m'arrêter. Bon, je reviendrai.
Le Président (M. Bachand) : Parce que le temps va extrêmement rapidement. Mme la députée, s'il vous
plaît.
Mme McGraw : Merci,
M. le Président. Alors j'aimerais rapidement vous parler du programme d'appui à
la recherche de votre secrétariat. Je fais référence à la demande de
renseignements particuliers n° 6 de l'opposition officielle. Le programme
vise à appuyer le développement et la diffusion des connaissances qui
contribuent à une meilleure compréhension du Québec et de ses relations canadiennes.
Alors, la question, c'est : À la lecture de la réponse fournie par votre ministère, on semble comprendre qu'il n'y a
que 268 000 $ qui ont été octroyés par des crédits alloués de
700 000 $. Comment expliquez-vous que près de 60 % des sommes
disponibles ne sont pas utilisées?
M. Roberge : Oui.
Mais, M. le Président, je vais prendre connaissance de la fiche précise. Je
remercie ma collègue pour sa question. On est vraiment dans les crédits. Je
veux trouver l'information ici. Demandes reçues, 22, demandes acceptées, on en
a 11, subventions pluriannuelles...
Mme McGraw : Puis,
pendant que vous regardez, j'ajouterais une autre question.
M. Roberge :
Oui.
Mme McGraw :
Parce que, j'imagine, le temps va s'écouler. Quels sont les efforts que vous
faites pour faire reconnaître ce programme? Alors, je vous réfère à la question
numéro... de renseignement 6.
M. Roberge : Oui,
c'est ça, la question 6 dans le cadre du programme d'appui à la recherche.
Et là la question, vous me demandez comment faire pour mieux faire connaître ce
programme-là. Question pertinente. On va s'assurer que ces informations-là
percolent, que ce soit mieux, je dirais, diffusé dans nos universités parce que
ce sont pour l'essentiel nos universités qui demandent des fonds pour aller de
l'avant avec ça. Ce qu'on a vu, c'est que l'Université de Régina a déposé une
demande, puis ils ont reçu 83 520 $. L'Université de Sherbrooke, pour
le colloque Nations, nationalismes et
mondialisation. L'Université de Toronto pour la stabilisation du Canada
francophone. Il y a quand même plusieurs, plusieurs universités,
plusieurs professeurs qui ont mobilisé, je vous dirais, les étudiants et d'autres chercheurs dans les domaines visés. Ce
que je comprends, c'est que l'ensemble des fonds n'ont pas été utilisés.
Mme McGraw : C'est
ça, la question...
M. Roberge : Oui.
Mme McGraw : Est-ce
que vous pouvez confirmer que c'est seulement 268 000 $ sur les
700 000 $, c'est-à-dire 60 % des sommes disponibles seulement
qui ont été utilisés?
M. Roberge : D'accord,
mais écoutez, on va...
Mme McGraw : ...qui
n'ont pas été... 60 % qui n'ont pas été utilisés.
M. Roberge : Oui,
écoutez, c'est une problématique qui m'interpelle. Je veux m'assurer qu'à
partir de cette année et même, je vous
dirais, très prochainement on diffuse mieux cette information-là. Les sommes
sont allouées à une mission qui est importante. On veut qu'ils soient utilisés.
On veut que de la recherche aille dans la bonne direction. Donc, vous pouvez être certaine qu'on va s'assurer
de transmettre aux facultés, aux chercheurs, les informations pertinentes.
Je sais, d'ailleurs...
Le
Président (M. Bachand) : Merci.
M. Roberge : ...qu'on est un partenaire important pour le
congrès de l'ACFAS, qui est vraiment très important.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, M. le ministre. M. le député de Jean-Lesage, pour
9 min 1 s, s'il vous plaît.
M.
Zanetti : Merci, M. le Président. Merci, M. le ministre. Écoutez, au
Port de Québec en ce moment, là, le port est
en train de battre son record historique du plus long lock-out de son histoire,
à peu près huit mois, c'est 81 familles affectées, des dépressions.
En l'absence de débardeurs expérimentés, les risques d'accidents de travail, de
blessures, de mort, de catastrophes
écologiques montent en flèche. Et, en ce moment, pourquoi est-ce qu'il y a un
lock-out aussi long? C'est parce que
c'est un territoire canadien puis qu'il n'y a pas de loi anti-briseurs de grève
comme au Québec. Ce n'est pas normal.
C'est une injustice profonde, qui a des... qui est en train d'avoir des
conséquences graves sur ces familles-là, potentiellement aussi sur les
travailleurs qui sont engagés en ce moment pour les remplacer et pour
l'écologie. Qu'est-ce que vous allez faire comme ministre des Relations
canadiennes pour faire débloquer ce dossier-là?
• (10 heures) •
M. Roberge : Écoutez,
c'est une question intéressante, mais là on est purement dans la politique
fédérale. Si mon collègue veut vraiment
négocier au nom du gouvernement fédéral, je l'invite à se présenter aux
élections fédérales. Ce serait particulier considérant, sa chefferie à Option
nationale. Mais, écoutez, les lois fédérales sont ce qu'elles sont. Moi,
j'ai fait le choix conscient d'être candidat puis j'ai le plaisir d'avoir la
confiance des citoyens ici dans ce que je considère... ce que je considère
comme notre Parlement national. Les lois fédérales relèvent des députés
fédéraux, mais, écoutez, je peux passer le message, évidemment, à mon collègue
du Travail au gouvernement fédéral parce que ça
a des impacts au Québec, ça a des impacts à Québec. Ce n'est pas le
gouvernement du Québec qui va voter les lois, mais on peut très certainement communiquer avec nos homologues fédéraux
pour en venir à une résolution du conflit, parce qu'à la fin ce qu'on
veut, c'est que le conflit soit résolu.
M. Zanetti : Bien, j'aimerais ça que vous vous impliquiez,
effectivement, là-dedans parce que les travailleurs et les travailleuses
du port, les débardeurs, ce sont des Québécois. Ils habitent en territoire
québécois. Des potentielles catastrophes écologiques qu'il va y avoir parce que
les travailleurs expérimentés ne sont plus là, c'est nous qui allons les
éponger. Puis les soins de santé qu'on va prodiguer, c'est nous qui allons le
faire aussi. Je ne pense pas qu'on peut, à
cause de la Constitution canadienne, que vous semblez trouver légitime, abdiquer
notre responsabilité par rapport à ça. Alors, oui, je vous invite...
M. Roberge : Excusez-moi,
M. le Président, on me prête des intentions ici.
Le
Président (M. Bachand) : Oui, il faut
juste faire attention...
M. Roberge : Je
n'ai jamais dit que la Constitution canadienne était légitime. Je n'ai jamais
dit ça puis je ne le dirai jamais.
Le Président (M. Bachand) : S'il vous plaît! Alors... C'est parfait, c'est noté. M. le député de Jean-Lesage, on fait attention, s'il vous plaît.
M. Zanetti : Merci, pas de problème. Mais, OK, je m'excuse,
parce que j'avoue que ce n'était pas fin. Est-ce que vous trouvez que la
Constitution canadienne est légitime?
M. Roberge : La
nation québécoise ne l'a jamais signée. Elle sera légitime pour la nation
québécoise si un jour nous la signons, celle-ci ou une autre. Mais, pour
l'instant, on ne reconnaît pas la Constitution de 1982.
M. Zanetti : Et
puis celle de 1867?
M. Roberge : Pas
davantage.
M. Zanetti : Pas
davantage. Excellent! Donc, on devrait aller intervenir, parce que le port,
finalement, c'est un territoire québécois, et je pense qu'on a... on a... on a
le devoir de le défendre. Qu'en pensez-vous?
M. Roberge : Écoutez,
je l'ai mentionné, que nous allions intervenir, c'est-à-dire communiquer avec
nos homologues fédéraux, ça, on peut le faire en concertation. Souvent, quand
il y a une intervention à faire auprès du gouvernement fédéral, on travaille en
duo, c'est-à-dire le ministre qui est responsable du dossier puis le ministre
des Relations canadiennes. Quand on parle de la langue française, ça adonne
bien, c'est deux fois la même personne, mais,
lorsqu'on parle, par exemple, de santé, bien, je travaille avec mon collègue le
ministre de la Santé, lorsqu'on parle du travail, je travaille avec mon
collègue du Travail. Mais on va poser les questions, mais, encore une fois, je
dois quand même le dire, la question soulevée par mon collègue relève du
gouvernement fédéral.
M. Zanetti : Bien,
je vous remercie, je... on... j'assurai un suivi sur cette question.
Je
vais vous poser une autre question, qui a déjà été posée par le passé à vos
prédécesseurs : Est-ce que la politique d'affirmation du Québec et des
relations canadiennes, j'ouvre les guillemets, «Québécois, notre façon d'être
Canadiens» est encore la politique
officielle de la CAQ? C'est la politique qui avait été mise de l'avant par le
gouvernement libéral et, à ma connaissance, c'est toujours celle qu'on retrouve
quand on va sur le site Internet de votre ministère.
M. Roberge : On
se gouverne en fonction des priorités du gouvernement, et les priorités du
gouvernement en ce moment, je vous dirais
que ça a été beaucoup, beaucoup de s'entendre avec le gouvernement fédéral et
de faire toutes les
pressions nécessaires pour défendre le fait français au Québec, d'abord et
avant tout, et ensuite dans les communautés minoritaires francophones
dans le reste du Canada, parce qu'on est solidaires avec nos collègues puis
avec nos partenaires francophones canadiens.
Cette politique du précédent gouvernement fédéral, ça remonte à quoi, à maintenant
cinq, six ans. Ce n'est pas ce qui guide chacune de mes actions au
quotidien.
M. Zanetti : Il
est quand même étonnant que cette politique-là, pour un parti nationaliste,
cette politique d'affirmation du Québec, n'ait pas été renouvelée et n'ait pas
été une priorité après plus d'un mandat. Je le note comme ça, peut-être que ça
le deviendra.
J'ai une autre
question aussi : Pourquoi est-ce que vous ne voulez pas, alors que ça a
déjà été un engagement de votre parti, pourquoi ne voulez-vous pas, alors qu'il
y a même des partis, le Bloc québécois appuyé par le Parti conservateur, au
niveau canadien, qui le demandent, pourquoi ne voulez-vous pas d'un rapport
d'impôt unique géré par le Québec?
M. Roberge : Oui.
Bien, cette demande, je pense qu'elle ferait bien plaisir à bien des Québécois,
puis c'est une des demandes que le
gouvernement a formulées au gouvernement fédéral, et puis je pense qu'on va y
arriver un jour. Vous savez, la politique de tout ou rien, la politique
de «je gagne, tu perds» ou alors «si tu gagnes, c'est alors que je perds», ce
n'est pas quelque chose, là, qui, je pense, nous inspire. Ça ne veut pas dire
qu'on n'affirme pas avec une force puis une vigueur importantes les positions
nationales du Québec, ça veut dire qu'on essaie de trouver des solutions qui
sont gagnant-gagnant. Puis je pense qu'un rapport d'impôt unique, ce serait
gagnant-gagnant au bout du compte. On ne l'a pas encore obtenu, mais des gains,
on en a fait, on en a fait.
On a eu plusieurs
ententes que... je pourrais vous parler de l'entente sur le logement social
avec Ottawa, de 1,8 milliard d'argent,
qui vient nous aider à répondre aux besoins des Québécois, l'entente sur les
services de garde de 6 milliards sans aucune condition dans le
dossier de la famille, donc c'est de l'argent qui s'en vient au gouvernement du
Québec pour répondre aux besoins des Québécois, l'entente de 1,2 milliard
sur les infrastructures, précédente, et celle qu'on vient de faire, de
2,6 milliards, sur les infrastructures ici, au Québec, avec le
gouvernement fédéral. C'est des choses qui
nous permettent de défendre les intérêts des Québécois, et on va continuer de
revendiquer et de faire des gains un à la fois. On aimerait que ça aille
plus vite, mais l'avenir, c'est long.
M. Zanetti : Je
ne m'attendais pas à être content de quelque chose dans notre échange, mais là
je suis content de voir votre ouverture par
rapport à la question du rapport d'impôt unique. Puis, c'est sûr, je vais vous
relancer par rapport à ça. Je trouve ça tellement important. Puis ça
pourrait être un legs important d'un parti nationaliste, là, même si rien ne
remplacera l'indépendance, là. Je pense que, si, au moins, entretemps, on
pouvait avoir ça, ça serait... ça serait bien pour l'avenir. Alors, je note
avec beaucoup de satisfaction votre ouverture par rapport à ça, à relancer ce
débat-là.
C'est
quoi... Là, je vais vous poser une question qui va faire sourire, là, à un...
quelqu'un qui a probablement, là, voté oui en 1995 : Quel est le plus gros
avantage pour le Québec de demeurer une province canadienne, selon vous?
M. Roberge : Bien,
d'abord, un peu de contexte, là. La Coalition avenir Québec s'inscrit dans
une... je vous dirais dans une volonté des
Québécois de tirer les avantages du Canada en ayant une affirmation nationale
québécoise très, très forte, en défendant notre culture, notre langue,
nos institutions.
Puis je pense qu'en
créant la Coalition avenir Québec on a répondu aux aspirations légitimes des
Québécois. L'article 1 du programme politique de la CAQ se lit comme
suit :
«La Coalition avenir
Québec est un parti nationaliste moderne dont l'objectif premier est d'assurer
le développement et la prospérité de la nation québécoise à l'intérieur du
Canada, tout en défendant avec fierté son autonomie, sa langue, ses valeurs et
sa culture.»
Je pense que c'est
vraiment l'écho d'une très grande majorité de Québécois. Et je vous inviterais
à demander à vos concitoyens s'ils sont
d'accord avec cet énoncé-là, même les énoncés de... des... de circonscriptions
montréalaises que Québec solidaire vient de gagner à la dernière
élection. D'après moi, ils se reconnaissent pas mal plus dans l'article 1
de la CAQ que dans la souveraineté proposée par Québec solidaire...
Le
Président (M. Bachand) : En 10 secondes, M. le député de Jean-Lesage, un dernier
commentaire rapidement.
M. Roberge : ...un jour
sur deux.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député de Jean-Lesage,
rapidement.
M. Zanetti : Je
note qu'il n'y a pas beaucoup d'avantages, donc, à... pour le Québec, de rester
une province canadienne.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le député de Jean-Lesage. M. le député de Camille-Laurin, pour une courte période de
2 min 56 s. M. le député, s'il vous plaît.
M. St-Pierre
Plamondon : Merci, M. le Président. Donc, en
2 min 56 s, j'ai rapporté, moi aussi, avec moi le document
intitulé Un nouveau projet pour les nationalistes du Québec, daté de
2015. C'est marqué que c'est un projet ambitieux. Je vous cite quelques
passages. François Legault dit en introduction :
«J'ai
la conviction qu'il est possible aujourd'hui de mettre de l'avant une action politique
forte pour obtenir des résultats à l'intérieur du cadre fédéral canadien. La
CAQ doit pouvoir offrir ce projet nationaliste gagnant pour le Québec.».
C'est un document de 2015. On est rendus
en 2023, donc on peut tracer un bilan de cette posture-là. Les constats
sont frappants. Le gouvernement canadien a ignoré votre front commun pour les
transferts en santé, vous avez obtenu le 1/6 de ce que vous demandiez. Il a
ignoré vos appels à une approche asymétrique, et, contrairement à ce que vous dites, respectueusement soumis, M. le
Président, l'asymétrie, elle se retrouve dans les 133 millions versés pour
la promotion de l'anglais au Québec pendant qu'on obtient des pinottes pour la
promotion du français et, à votre demande,
que les 133 millions soient utilisés en francisation. À date, on n'a rien
obtenu de concret, à part un engagement très flou comme quoi, peut-être, certaines sommes seraient attribuées à la
francisation. Vous avez également rapidement laissé tomber votre demande
de rapatriement des pleins pouvoirs en immigration, malgré des déclarations sur
la louisianisation et... adoptée par vos militants en mai 2022.
• (10 h 10) •
Sur plusieurs
dossiers, vous nous... vous nous parlez de force et de vigueur des positions du
Québec, mais on n'a noté aucune intervention dans la dernière année sur
le rapport d'impôt unique, aucune demande formelle, aucune intervention sur le transfert de points d'impôt,
aucune intervention sur les normes pancanadiennes de résidence pour aînés,
aucune intervention sur les rapatriements de
pouvoirs en culture, aucune intervention sur la primauté des lois
environnementales, aucune intervention sur l'encadrement du pouvoir de
dépenser. Et, pire, vous nous présentez comme
des victoires des ententes administratives qui constituent des empiétements
unilatéraux du gouvernement fédéral dans
nos champs de compétence, comme, par exemple, les garderies, que vous venez de
mentionner, ou encore les soins dentaires.
Donc, ma question est très simple : Si
votre plan a une quelconque valeur et est encore valide...
Ah oui,
puis j'ai sauté : «Canadiens, notre façon d'être Québécois.» Vous avez
encore la doctrine de Philippe Couillard vis-à-vis le fédéral.
Donc, si ce
document-là a une quelconque valeur, si ce n'est pas de la poudre aux yeux,
comme le troisième lien, nommez-moi quels gestes concrets vous avez faits pour
obtenir, dans votre mandat, là, comme ministre, les pleins pouvoirs en
immigration, des gestes vérifiables. Nommez-moi un geste concret pour rapatrier
les points d'impôt, un geste concret pour rapatrier les budgets fédéraux en
culture, bref, mettre en oeuvre ce document-là.
Le Président (M.
Bachand) : Neuf secondes de
commentaire, M. le ministre.
M. Roberge : Bien, mon collègue, je
pense qu'il est plus intéressé par ses questions que par les réponses. Alors,
je vais le laisser à ses questions, là, il veut... il ne me laisse pas le temps
de répondre.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Mme la députée de
l'opposition officielle, pour 13 min 15 s, là, s'il vous
plaît.
Mme
McGraw : Merci, M. le Président. Je vais vous laisser... je
vais laisser au ministre le temps de répondre. On va commencer... on va passer
à la francophonie canadienne. On sait très bien, M. le Président, que le Québec
est le navire amiral de la francophonie au Canada. Nous avons une
responsabilité de veiller... de défendre les intérêts des francophones
de partout au pays et, considérant les engagements officiels du gouvernement du
Québec en matière de francophonie canadienne, notamment, et je cite, de «jouer
un rôle de premier plan, au sein de la francophonie, dans le respect de la
diversité et des communautés francophones et acadienne et des autres
gouvernements».
Et je souligne — vous le savez par mon accent — que
je suis évidemment Québécoise d'expression anglaise, mais j'ai aussi l'expérience d'avoir vécu en Colombie-Britannique et j'ai fait partie de la communauté francophone
parce que nous avons... nous avons
choisi d'envoyer les enfants... de poursuivre leurs études en français en Colombie-Britannique, comme au Québec. Alors, pour moi, c'est un...
c'est une réalité qui a été vécue, c'est quelque chose qui me tient à coeur,
la francophonie canadienne.
Alors, on va
commencer avec les Acadiens. Alors, je voudrais prendre un moment pour parler
du Nouveau-Brunswick. Le poids
démographique des francophones, au Nouveau-Brunswick, recule, il est passé de 31,6 %, en 2016, à 30 %
en 2021. Ces dernières années, le gouvernement de Blaine Higgs a multiplié
les attaques contre les droits des francophones dans sa province. Dans
les derniers mois seulement, le gouvernement Higgs a aboli le programme
d'immersion en français dans les écoles, il a ignoré un rapport sur la réforme
des lois sur les langues officielles pendant plus d'un an, il a
jonglé avec l'idée d'abolir le poste de Commissaire aux langues officielles.
Alors, la
première question : Selon vous, quels sont les principaux défis qui
touchent les Acadiens et quels sont les moyens du Québec pour venir leur
donner un coup de pouce?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M.
Roberge : M. le Président, au gouvernement du Québec, on est
solidaires des communautés francophones à l'extérieur du Québec. On n'a pas une approche paternaliste, cependant,
pour aller leur dire ce qu'ils doivent faire, comment ils doivent se gouverner.
Peut-être c'est quelque chose qui a malheureusement eu cours dans les années
précédentes, mais notre nouvelle politique québécoise de francophonie
canadienne, c'est une politique de partenaires. Nous sommes là pour discuter avec eux, les entendre, pour voir si on
est capables de faire, parfois, des alliances, même des fronts communs
face au gouvernement fédéral. Mais je ne dirai pas quoi faire aux communautés
francophones de l'extérieur du Québec et je ne vais pas faire non plus d'ingérence dans la
politique provinciale et remettre en question les décisions des autres...
des autres gouvernements provinciaux.
Par contre, c'est
certain que, lorsque, par exemple, on a... on discutait ensemble du projet de
loi C-13 sur les langues officielles, on a
trouvé plusieurs points de convergence, des intérêts communs entre ce qui se passe
au Québec puis ce qui se passe dans d'autres provinces canadiennes, puis on a
réussi à trouver des solutions qui sont bonnes à la fois pour le Québec
et la francophonie canadienne.
Il y a eu des moments
où des gens croyaient que c'était un ou l'autre, hein, c'est... à cause de
cette vieille mentalité où on disait :
Bien, on doit protéger seulement les situations... les communautés minoritaires
au Canada. Donc, ce qui est bon pour
les communautés francophones, supposons, en Acadie, ou en Alberta, ou en Saskatchewan, c'est ce qu'on doit
appliquer dans les communautés anglophones québécoises et, vice versa, ce qu'on
fait pour les communautés anglophones
québécoises, voilà ce qui devrait être fait pour les communautés... les
communautés francophones à l'extérieur du Québec.
C'est quelque chose
qui ne fonctionne pas dans le cadre canadien, parce que le français est menacé
partout au Canada, même au Québec. Donc,
lorsque j'ai communiqué avec plusieurs ministres fédéraux, là, on ne communique
pas qu'avec la ministre responsable des Langues officielles, j'ai fait valoir
cette perspective-là, puis je pense qu'on a trouvé écho au gouvernement
fédéral.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Mme la députée, s'il vous plaît.
Mme McGraw : Alors,
je laisserai mon collègue, plus tard, vous parler de certains enjeux. Mais je
reviens sur la question de la francophonie
canadienne, parce que votre gouvernement a pris des engagements, là, M. le
ministre. Alors, je reviens là-dessus. Depuis votre nomination,
pouvez-vous... pouvez-vous nous indiquer combien de fois avez-vous rencontré ou
parlé avec votre homologue en Nouveau-Brunswick par rapport à la situation des
Acadiens?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
Mme McGraw : Combien
de fois, M. le ministre?
M. Roberge : M.
le Président, les conversations, là, je les fais lors de rencontres formelles à
mon cabinet. Je les fais aussi par la voie de mon collègue, qui est mon adjoint
parlementaire, le député de Saint-Jean, qui a une connaissance très, très fine
des communautés francophones canadiennes, et je vais même dire acadiennes.
Écoutez, c'est un nombre... c'est très,
très, très fréquent, qu'on communique à la fois avec les Acadiens du
Nouveau-Brunswick, là, les francophones
du Nouveau-Brunswick, et les communautés à l'extérieur, parfois directement
avec certaines communautés, parfois avec le regroupement national,
parfois dans le cadre d'événements importants, d'événements nationaux qui peuvent se produire ici, au Québec,
ou ailleurs, parfois avec le Centre de la francophonie des Amériques,
qui est un organisme qui a été créé par le gouvernement du Québec, mais qui...
qui se préoccupe, je vous dirais, de la francophonie des Amériques au complet,
mais aussi à l'intérieur du Canada. Donc, écoutez, on s'est... on a multiplié
les interventions, les rencontres, les échanges, les dialogues.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Mme la députée, s'il vous plaît.
Mme McGraw : Et ces échanges fréquents portent sur quels
enjeux, M. le ministre? Qu'est-ce que vous voyez comme défis principaux?
M. Roberge : Les
principaux défis, là, c'est la vitalité de la langue française et ça peut
s'exprimer de plusieurs manières, mais on parle parfois de la qualité de la
langue française, mais je vous dirais beaucoup du nombre de locuteurs français.
Et, quand on regarde le nombre absolu, on dit : Ah! bien, le français
n'est pas menacé au Canada, il y a 10 000, 15 000,
20 000 personnes de plus qui parlent français. Ça, ce serait, là...
ce serait vraiment un miroir aux alouettes. Ça ne fonctionne pas comme ça. Il
faut regarder en pourcentage, parce que, si le nombre augmente, mais que le pourcentage de francophones décroît, on est
perdants. Et, parfois, on se fait dire ça : Il ne faut pas s'inquiéter, le nombre de francophones augmente au
Canada, là. N'écoutez pas ce discours-là, regardez le pourcentage.
C'est pour ça que
j'ai interpelé très vivement mes homologues fédéraux puis, encore vendredi
dernier, la ministre des Langues officielles en disant : Ça nous prend des
cibles pour l'immigration francophone. On ne peut pas se réjouir d'avoir
atteint une cible minimale pour la première fois avec 4,4 % pour
l'immigration francophone hors Québec. Donc, quand la cible est infime,
l'atteinte, ce n'est pas une grande fierté. Il faut maintenant qu'ils se
donnent une cible qui est beaucoup plus forte. Puis je pense que les
communautés francophones à l'extérieur du Québec sont contentes d'avoir l'appui
du Québec dans ce domaine-là.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Mme la
députée.
Mme McGraw : ...parle
de cibles, et, pour atteindre des cibles, il faut avoir des investissements, on
comprend bien. Donc, la question très
précise, parce qu'on parle de crédits budgétaires : Quelles sont les
sommes qui sont investies par ce gouvernement pour offrir du soutien à
la francophonie canadienne au Nouveau-Brunswick et quelle proportion de vos
budgets est dédiée ou affectée aux Acadiens?
• (10 h 20) •
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
ministre, s'il vous plaît.
M.
Roberge : Oui. La réponse s'en vient, c'est bon. On finance
beaucoup de projets en collaboration, notamment, notamment, Québec, Nouveau-Brunswick. Sur l'ensemble du Canada, c'est
presque 4 millions, 3,7 millions qui ont été investis en
2022-2023 pour soutenir des communautés francophones à l'extérieur du Québec.
Mais juste rappeler quelque chose. Quand on
agit, on agit sur plusieurs fronts. On a fait aussi, dans le cadre de la loi
n° 96, un geste important, une main tendue aux francophones à l'extérieur
du Québec, où on a dit : Si, dans votre province, un programme n'est pas
offert en français, attention, il faut qu'il soit... il faut... On ne veut pas
cannibaliser nos collègues de l'extérieur du Québec, mais, si un programme
universitaire n'est pas offert en français dans votre province, vous pouvez
venir étudier au Québec au même tarif que les Québécois. Ça, je pense que c'est
quelque chose qui est très porteur, parce qu'on ne vient pas vider les
institutions francophones hors Québec, mais, en même temps, on vient permettre
aux francophones d'atteindre leur rêve en français.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée.
Mme
McGraw : Alors, si je comprends bien, c'est
3,7 millions qui sont... qui sont investis aux communautés
francophones hors Québec. Alors, parlons donc d'une autre communauté
francophone hors Québec, c'est-à-dire en Ontario.
Le poids démographique des Franco-Ontariens... pardon, est passé de 3,8 %,
en 2016, à 3,4 % en 2021. Cette baisse s'accompagne de
défis quant au maintien des services en français. L'année dernière, un sondage
Ipsos révélait que 61,4 % des
Franco-Ontariens considéraient que le français est en déclin en Ontario. Le
même sondage révélait aussi que
65 % des Franco-Ontariens souhaitaient le rétablissement du commissariat
indépendant aux services en français, aboli par le gouvernement Ford
en 2018. Considérant, donc, ces enjeux, pouvez-vous m'indiquer combien
de... combien de fois vous avez rencontré ou
parlé avec votre homologue Caroline Mulroney depuis votre nomination? Et quels
sont les aspects précis de la situation des Franco-ontariens que vous
avez abordés?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Roberge : Merci. Oui. Bien, quand
même des réponses importantes, des précisions aussi. La nouvelle politique
québécoise de la francophonie canadienne s'appuie sur un rehaussement de
financement de 8 millions sur trois ans.
Donc, c'est quand même conséquent, là, on parle d'un budget total, maintenant,
de 24,5 millions sur trois ans. Donc, on ne fait pas simplement que prendre des positions, mais on
finance puis on aide, aussi on vient en appui aux gens. En Ontario, on
parle de 46 projets financés au total, à 700... presque...
708 000 $.
Les discussions qu'on a faites par rapport à
C-13, c'est très, très structurant. Ça... C'est venu soutenir les communautés
et la communauté francophone québécoise, ça, c'est sûr, mais ça vient aider
aussi les francophones hors Québec. Parce
que des entreprises à charte fédérale, il n'y en a pas qu'au Québec, hein? Ils
sont partout au Canada. Et, avec
C-13, on est allés gagner quelque chose de très important, c'est-à-dire que,
dans les communautés francophones, là où le nombre le justifie, ou une
formulation, quelque chose comme ça, le droit de travailler en français dans un
milieu de travail qui est... qui est... qui
est francophone est un nouveau droit dont pourront bénéficier les
Franco-Ontariens, les Franco-Albertains, comme tous les francophones
hors Québec. Et ça, ce n'est pas quelque chose qui se vit aujourd'hui, mais ça va se vivre très bientôt, dès
que la loi va être sanctionnée puis que ça... elle sera mise en force. Donc, c'est
bon pour le Québec...
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. Roberge : ...mais c'est bon aussi
pour les communautés francophones hors Québec.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée, il reste un peu
plus qu'une petite minute.
Mme
McGraw : Merci, M. le Président. Donc, je vais revenir sur
une question antérieure, c'est-à-dire la question du programme d'appui à
la recherche. Je veux bien comprendre, si le ministre peut bien confirmer
clairement son engagement, si je comprends
bien, nous avons un engagement que les sommes seront investies entièrement,
100 %, dans les prochaines années. Le 700 000 $ sera investi
dans les prochaines années. Est-ce que c'est un engagement clair de la
part du ministre?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Roberge : Bien, M. le Président,
c'est certain qu'on ne va pas réallouer ces sommes-là ailleurs. Ces sommes-là
ont été prévues pour un financement qui est... qui est important. Et puis on va
les allouer conséquemment puis on va faire
tout ce qu'il faut pour informer le milieu universitaire, pour animer, je vous
dirais, la vie francophone universitaire
et que les recherches soient faites de manière à ce qu'on arrive à qu'elles...
qu'on atteigne notre objectif.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Saint-Jean, pour 4 min 35 s, s'il vous plaît.
M. Lemieux : Merci, M. le Président.
Vous avez dit combien?
Le Président (M. Bachand) : 4 min 33 s,
maintenant.
M. Lemieux : Oupelaïe!
Merci.
Le
Président (M. Bachand) : 4 min 31 s,
maintenant. Allez-y.
M. Lemieux : L'aimez-vous
comme président, monsieur... En tout cas, M. le ministre, si j'ai bien compté,
le troisième groupe d'opposition, qui avait
2 min 56 s, en a pris 2 min 47 s, vous n'avez pas
eu le temps de répondre, mais je voulais vous emmener là, moi, de toute
façon, alors vous avez une belle chance. Parce que C-13, ça a été qualifié de changement de paradigme. Vous l'avez dit
tantôt, la politique du tout ou rien, ce n'est pas la mienne. Vous avez parlé de
gagnant-gagnant. Ça, ça pourrait être vrai pour Roxham, ça pourrait être vrai
pour l'entente sur les infrastructures, mais
vous savez que c'est C-13 qui m'anime tout particulièrement. Expliquez-nous
comment on fait pour ne pas perdre des deux côtés et gagner des
deux côtés quand on a quelque chose d'aussi complexe que la Loi sur les
langues officielles à Ottawa, associée
maintenant du PALO, le Plan d'action sur les langues officielles. Ça semble
contradictoire parce qu'on sait ce qu'on veut. Et puis, vous l'avez dit
tout à l'heure, le français est menacé aussi au Québec, même si c'est
majoritaire. Donc, vous avez réconcilié tout ça dans une formule
gagnante-gagnante. Expliquez-nous ça.
M. Roberge : Bien,
merci, cher collègue, je vais répondre à votre question puis à celle du
collègue du Parti québécois, qui était
peut-être plus intéressé à faire une clip qu'à faire un débat, finalement. Mais
on a utilisé nos pouvoirs pour faire des gains, que ce soit le pouvoir
d'influence du gouvernement du Québec, qui est quand même considérable...
On a utilisé aussi un bureau, on a... On
n'est pas... on n'est pas démunis, on a un bureau du Québec à Ottawa puis on a
du personnel politique hautement compétent, qui connaissent bien les
rouages de la politique fédérale, qui connaissent bien plusieurs des acteurs de la politique fédérale. Je me suis rendu
moi-même dans ce bureau-là, j'ai échangé avec notre personnel pour faire
le point puis pour tirer sur toutes les ficelles possibles pour faire des gains.
Donc, on utilise le pouvoir démocratique et démographique du Québec, on utilise
notre personnel et nos antennes à l'extérieur du Canada, nos antennes... nos
bureaux du Québec à Ottawa, à Toronto, l'antenne qu'on a à Calgary, l'antenne
qu'on a à Vancouver. Bien sûr, on l'utilise pour faire du développement
économique, mais on l'utilise aussi comme levier politique, puis on utilise
aussi nos leviers législatifs.
Le Parti québécois
est dans une démarche de tout ou rien. Ma belle-mère... plutôt, mon beau-père
dirait : Tout ou pantoute. Mais la vérité, c'est qu'on a réussi à inscrire
la Charte de la langue française dans la Constitution. On a modifié unilatéralement la Constitution
canadienne sans reconnaître la
Constitution de 1982. Je ne pense pas que le Parti québécois s'attendait à ça puis je ne pense même pas qu'il le
souhaitait, parce qu'on a prouvé que ça fonctionnait.
D'ailleurs, juste
pour clarifier les choses, le gain de C-13 est tel qu'il a inspiré la citation
que je vais vous dire, puis on va jouer à un petit jeu : vous allez
deviner qui a dit ça, parlant de C-13. Je cite :
«C'est une vraie
victoire pour le français au Québec. Je tiens à dire bravo à tous ceux qui se
sont battus pour ça. Je ne pensais pas que ça arriverait, c'est arrivé.»
Qui a dit ça? Est-ce
que c'est un ancien ministre libéral fédéral, libéral provincial? Est-ce que
c'est, je ne sais pas, moi, un conservateur? Bien non! C'est le dernier chef du
Parti québécois, Jean-François Lisée, qui d'ailleurs était chef à la campagne électorale alors que l'actuel chef était
candidat sous sa chefferie. Donc, il devait être d'accord avec son chef, il était candidat, il travaillait
pour lui, il faisait des vidéos, il serrait des mains, il faisait du
porte-à-porte. Donc, Jean-François
Lisée, qui, lui, a l'honnêteté intellectuelle de saluer les bons coups du
gouvernement du Québec, l'actuel chef du PQ, il devrait s'en inspirer.
Le
Président (M. Bachand) : ...20 secondes,
dernier commentaire.
M. Lemieux : Pour
la francophonie canadienne, je veux juste que vous ayez la chance, en
10 secondes, de rappeler jusqu'à quel point c'est aussi gagnant-gagnant
pour le Québec et pour la francophonie canadienne, ce qu'on est en train de
faire.
M. Roberge : Bien, c'est dans... Effectivement, C-13 vient
toucher les entreprises à charte fédérale au Québec et à l'extérieur du
Québec, parce qu'on a fait des gains, évidemment, pour le Québec, mais c'est...
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Merci, M.
le ministre.
Adoption des crédits
Alors,
le temps alloué à l'étude du volet Relations canadiennes et Francophonie
canadienne des crédits budgétaires du portefeuille Conseil exécutif étant
presque écoulé, nous allons maintenant procéder à la mise aux voix des
crédits. Est-ce que... Le programme 3, intitulé Relations canadiennes, est-il
adopté?
Des voix : Adopté.
Des voix : Sur
division.
Le Président (M.
Bachand) : Sur division. Merci.
Documents déposés
En terminant, je
dépose les réponses aux demandes de renseignements de l'opposition.
Et,
compte tenu de l'heure, la commission suspend ses travaux jusqu'à
10 h 40, où elle va entreprendre l'étude du volet Institutions
démocratiques des crédits budgétaires du portefeuille Conseil exécutif. Merci.
À tantôt.
(Suspension de la séance à
10 h 30)
(Reprise à 10 h 39)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Alors, on continue. La Commission des institutions continue ses
travaux.
Institutions démocratiques
Donc,
la commission réunie afin de procéder à l'étude du volet Institutions
démocratiques des crédits budgétaires du portefeuille Conseil exécutif pour l'exercice financier 2023-2024. Une enveloppe de
45 minutes a été allouée pour l'étude de ces crédits.
Avant de débuter, Mme
la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis) est remplacée par M. Derraji
(Nelligan).
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Nous allons procéder à une discussion d'ordre général
par blocs d'échange, incluant les questions et les réponses.
Discussion générale
Je
suis maintenant prêt à reconnaître une première intervention de l'opposition
officielle. M. le député de Nelligan, vous avez la parole pour un
premier bloc de 13 min 45 min... 45 s, pardon.
• (10 h 40) •
M. Derraji :
Mais j'ai aimé les 45 minutes.
Le
Président (M. Bachand) : Oui, oui!
M. Derraji : Premièrement, merci, M. le Président. Je tiens à remercier le ministre,
ses équipes, les collègues, mes
collègues membres du gouvernement, mon collègue de l'opposition. Je vais
essayer, avec le temps qu'on a de géré, de poser des questions courtes, parce
qu'il y a tellement de sujets. Mais je vais commencer avec le premier qui me
vient à l'esprit. Et j'aimerais bien savoir,
le ministre, qu'est-ce qu'il pense de ce sujet : l'hypertrucage,
l'hypertrucage, les deepfakes, et l'impact sur la démocratie.
M. Roberge :
Bon, bonjour, M. le Président. Bonjour, collègue de Nelligan. Les avancées
de l'intelligence artificielle représentent une opportunité, mais, en même
temps, ça crée des vulnérabilités, évidemment. Ça pose des enjeux sur la protection des renseignements personnels,
ça apporte des enjeux sur les droits d'auteur quand on regarde ce qui se passe
dans le milieu artistique, donc c'est sûr qu'on va étudier cette question-là
dans les prochaines semaines et dans les prochains mois. On va consulter
les experts qu'on a ici, au Québec. On est... On est chanceux d'avoir, au
Québec, des pôles mondiaux qui sont importants, beaucoup, beaucoup de
compétences sur l'intelligence artificielle.
Puis on a vu,
d'ailleurs, que les gens qui sont parmi les... les sommités, pardon, à la fois
à Montréal, québécoises et mondiale, quand M. Bengio a dit : Attention,
attention, ne pas aller trop vite dans cette direction-là, il faut tirer profit
de ça.
D'ailleurs,
dans mon précédent mandat, alors que j'étais à l'Éducation, on avait lancé un
chantier qui s'appelle L'Intelligence numérique. On a fait des partenariats
avec MILA, avec IVADO pour faire, même, de la prédiction puis affiner
les interventions pour prévenir le décrochage. Donc, oui, il y a des
opportunités, mais il faut prendre garde.
M. Derraji : Oui,
je comprends. Je vais juste cerner la discussion. Je ne suis pas sur
l'intelligence artificielle de... au niveau global et je sais qu'il y a un
gros... je suis vraiment sur la menace au niveau de l'impact sur la démocratie. Et, je tiens juste à vous rappeler, ça
existe déjà. Il y a pas mal d'articles : L'hypertrucage : une
grave menace pour notre sécurité et la démocratie; Intelligence
artificielle grand public : quand un jouet devient une arme. Ça,
c'est Justin Trudeau, mais ce n'est pas Justin Trudeau. Je pense, M. le
ministre, nos institutions démocratiques souffrent déjà. Je ne vais pas parler
du cynisme, je pense que, la dernière semaine, avec le troisième lien, on a
frappé un record avec le cynisme. Je vais revenir à l'avenir dans notre
démocratie. La conversation entre Justin Trudeau et Joe Rogan est complètement
fausse.
La
menace, elle est réelle, réelle. Ce n'est pas que ça n'existe pas, elle est
réelle, la menace. Les élections, c'est dans quatre ans. Si ça nous prend un
plan d'action pour contrer tout ce qui est hypertrucage, j'aimerais bien le voir, j'aimerais bien qu'on se parle. J'aimerais
bien qu'opposition et vous, qu'on travaille ensemble parce que c'est une menace
à la démocratie. C'est de ça que je parle, M. le ministre.
M. Roberge : Très
bien, je vous remercie. J'avais mal entendu le terme hypertrucage pour créer
des vidéos qui sont fausses, avec des fausses déclarations, des fausses
conversations où on mettrait en scène, par exemple, mon collègue et moi qui...
et on mettrait, avec ma voix, des déclarations que je n'ai jamais dites, et
même chose pour lui. Donc, c'est sûr que
ceci est dangereux parce que ça amène ce qu'on appelle des fausses nouvelles.
Et puis après, une fois que quelqu'un a partagé sur des réseaux sociaux une
fausse conversation, bien, ça risque... ça risque de s'imprégner, hein? Il y en a qui disent, ils disent : Mentez,
mentez, il en restera toujours quelque chose. Ce n'est pas ma devise, mais les
gens qui font ces trucages-là misent là-dessus.
Il faut dire que ça
pose la question aussi de l'ingérence étrangère. Donc, évidemment, ça peut
poser un enjeu, ça peut faire des vidéos qui sont marrantes, qui sont drôles,
mais ça peut aussi avoir des impacts importants. Il faut se demander qui a intérêt à induire les gens en...
les gens en erreur ici, sur le territoire québécois, avec ces hypertrucages-là.
Donc,
est-ce qu'on sera capables, avec des algorithmes, d'empêcher la diffusion de
ça, d'empêcher la propagation de fausses conversations, de... soit en
reprenant l'image ou seulement le son? C'est un défi législatif mais c'est
aussi un défi technologique. Puis mon collègue dit qu'il faudrait qu'on en
parle ensemble. Bien, je pense qu'effectivement c'est quelque chose qui touche
tous les parlementaires.
M. Derraji : Merci. Le but, aujourd'hui, M. le ministre, c'est
vraiment... je ne veux pas que l'année prochaine, quand on va voir se
voir aux crédits, qu'on va reparler, qu'on n'a rien fait pendant un an. On le
voit, et, au-delà de la menace
internationale ou l'ingérence, aujourd'hui, avec les outils technologiques qui
existent, vous le savez pertinemment que je peux ou quelqu'un peut
faire... faire n'importe quoi en utilisant l'hypertrucage. C'est très sensible.
Ça risque de nous frapper probablement au courant des prochaines élections, que
ce soit au municipal ou au provincial.
Ce
qui m'intéresse aujourd'hui, surtout que j'ai en face de moi le ministre
responsable des Institutions démocratiques, je l'ai démontré au début, qu'il y a
déjà le cynisme alimenté par plusieurs choses qu'on ne contrôle pas. Parfois,
vous, vous contrôlez. Je vous ai fait mention au troisième lien, ça alimente le
cynisme. Là, maintenant, il y a quelque chose qu'on peut contrôler.
L'hypertrucage,
ça risque, et on le voit, ça risque de frapper directement une élection. Donc,
au lieu d'attendre que nos institutions démocratiques souffrent de ça,
qu'est-ce que vous comptez faire? Et je vous ai dit que je suis prêt à ce qu'on collabore. Mais, vous, quand on
vous parle d'attaque directe à nos institutions démocratiques, je ne pense pas
que c'est la première fois que vous avez entendu parler de ça, là. Moi, je
pense que l'article de Justin Trudeau a fait pas mal jaser. Le Journal de
Montréal a parlé... «Le deepfake évolue si rapidement que les limites de
l'hypertrucage demeurent inconnues, mais pas
les dommages qui sont déjà bien réels.» C'est quoi, le rôle de législateur?
C'est prendre les dommages et dire : OK, comment on peut protéger
nos institutions démocratiques?
Ce
que je veux, aujourd'hui, du ministre responsable des Institutions
démocratiques : Qu'est-ce qu'il compte faire pour nous éviter les
dommages? Parce qu'ils seront là. On sera touchés par ça, là.
M. Roberge : Mon collègue soulève un enjeu qui est réel, je le
reconnais pleinement. Il nous montre des articles de presse dont j'ai pris
connaissance. Je suis tout à fait d'accord. S'il me demande, ici, là, sur le
champ, de déposer un plan d'action pour contrôler puis harnacher un
phénomène mondial qui est tout nouveau et que les programmeurs créent encore au moment où on se parle, vous
comprendrez qu'on n'a pas toutes les solutions en ce moment. Ce que je peux
dire, c'est qu'à l'interne on se questionne, on étudie la chose. Vous savez,
avant de prendre action... On veut toujours aller vite, hein? Puis moi le premier, je veux toujours
aller vite, je veux faire les choses rapidement. Mais, en même temps, il
faut bien faire les choses. Je pense qu'il faut analyser la situation, documenter
la situation.
Je
pourrai regarder si le Directeur général des élections... évidemment, je ne lui
dis pas quoi faire, mais parfois on peut lui soumettre une question, lui poser
une question à cet égard-là pour voir ce qu'on peut faire ici pour éviter...
puis je pense que c'est la préoccupation de mon collègue, je ne veux pas lui
mettre des mots dans la bouche, mais il va avoir l'occasion de corriger, mais
ce qu'on veut éviter, c'est que les résultats des élections soient influencés
par ce qu'on appelle des fausses nouvelles
qui nous proviendraient de l'hypertrucage, de personnes malveillantes qui feraient
croire que moi, j'ai dit quelque chose que
je n'ai pas dit, ou que mon collègue aurait dit quelque chose qu'il n'a pas
dit, ou qu'un chef d'un parti aurait fait une déclaration ou tenu une
conversation, fait une allégation...
Le
Président (M. Bachand) : Merci.
M. Roberge : ...qui
serait fausse.
Le
Président (M. Bachand) : Merci.
M. Roberge : Donc,
on voudra prévenir ça.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député,
s'il vous plaît.
M.
Derraji : Oui. Merci, M. le ministre. Je veux juste mettre les choses
au clair. Je n'ai pas demandé un plan d'action maintenant en vous posant une
question. J'aurais aimé que, quand je vais parler de l'hypertrucage ou les deepfakes... Je comprends que le ministre suit ce
qui se passe, je n'ai pas dit le contraire, mais je veux un engagement aujourd'hui de la part du ministre. C'est une
question sérieuse. Ce n'est pas nouveau, parce que l'hypertrucage date depuis
quand même un certain temps. Ça a commencé avec tout ce qui est vocal.
Maintenant, c'est rendu beaucoup plus poussé
avec l'intelligence artificielle. C'est que je peux utiliser votre image, je ne
vais pas la faire, je ne suis pas intéressé, je peux utiliser vous-même,
votre visage, votre voix et vous faire dire des choses. Ça risque d'être...
C'est réel.
• (10 h 50) •
Donc, je ne pense pas
que, demain, vous allez vivre avec un deepfake qui encourage les gens à ne pas
voter. Je ne pense pas que, demain,
quelqu'un qui va utiliser ce qui s'est passé avec le troisième lien à Québec
avec un deepfake et pousser les gens à faire... de prendre un autre
choix. L'enjeu, il est réel, M. le ministre. Je ne demande pas un plan d'action aujourd'hui. Moi, aujourd'hui, je soulève
une problématique. L'avenir de nos institutions démocratiques est en jeu
avec ce qui se passe, avec l'hypertrucage, couplé avec l'intelligence
artificielle. Et, comme ministre responsable de nos institutions démocratiques,
je pense que c'est la meilleure tribune qu'ont prise nos collègues, vos
collègues de la partie gouvernementale, que nous tous, on se donne un mot
d'ordre.
Est-ce que vous, vous
pouvez mandater le Directeur général des élections du Québec à avoir une idée
sur ça? J'ai vu qu'ils ont eu quatre
mandats. Est-ce qu'on peut leur demander? Et je sais qu'on... tu sais, on peut
formuler une demande de savoir qu'est-ce qu'ils pensent, mais
aujourd'hui on ne peut pas faire abstraction que c'est une menace réelle à la
démocratie. C'est juste ça, la question.
M. Roberge : Parmi les options qu'on a devant nous, vous avez
raison, il y a la question de poser la question, donner un mandat au Directeur
général des élections pour qu'il se penche sur cette question-là. C'est une
avenue. Il y a aussi le fait qu'il existe un comité consultatif formé
des différentes formations politiques représentées à l'Assemblée nationale, les leaders qui, je sais, se
rencontrent, ils vont se rencontrer, je pense, en mai ou en juin par rapport
aux modifications qui pourraient être apportées à la Loi électorale.
Puis on... c'est le genre de choses qu'on veut faire de manière consensuelle.
On ne veut pas politiser les... Excusez-moi, ça ne sera pas long. On ne veut
pas politiser, là, les modifications à la Loi électorale. D'ailleurs, juste avant l'élection qu'on vient de faire il n'y a même
pas un an, il y a eu des modifications à la Loi électorale. Puis ça s'est fait
de manière consensuelle parce que le comité consultatif s'était penché sur ces questions-là. Donc, il y a quand
même une instance qui existe, et mon collègue, à titre de leader, y siège.
Il pourra apporter cette préoccupation-là aussi, en plus de l'autre opportunité
dont j'ai parlé précédemment.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le
député de Nelligan.
M. Derraji : Je comprends. J'ai reçu la même invitation. Je
suis en train de voir mon agenda aussi pour assister au comité consultatif. Mais, M. le ministre,
aujourd'hui, je pense que nous sommes d'accord sur la menace des deepfakes. Je
pense qu'on est d'accord sur ce point. Je peux dire qu'on est d'accord? C'est
une menace réelle à la démocratie?
M. Roberge : Bien,
c'est sûr que toute fausse information qui circule, qui est créée par quelqu'un
qui est malveillant, qui veut induire la
population en erreur, ça menace l'intégrité du processus électoral. Si on tente
d'induire les électeurs, nos citoyens en erreur sur des choses qui sont
politiques, c'est grave.
M. Derraji : Oui,
je n'ai vraiment pas beaucoup de temps, mais... Oui, je dis «de manière courte»
parce que je n'ai pas beaucoup de temps.
L'hypertrucage, c'est une menace à la démocratie, c'est une menace à nos
élections. Ça, est-ce que vous êtes d'accord?
M. Roberge : Je
viens de répondre...
M. Derraji :
Oui, c'est beau.
M.
Roberge : ...en disant que
toutes les choses qui alimentent les fausses nouvelles puis qui tentent
d'induire la population en erreur
sont des choses auxquelles on doit s'attaquer. On veut que les... les électeurs
aient l'information juste.
M. Derraji : OK. Donc, au-delà du comité consultatif, qui, lui,
a une mission sur la Loi électorale, vous, vous pensez que la meilleure tribune qu'on
a, parce qu'on va probablement tous siéger, tous les partis, y compris votre parti,
ça passe par là, le comité consultatif, ou
c'est un mandat que vous pouvez formuler au Directeur général des élections,
d'avoir une réflexion profonde? Parce que, si ce n'est pas dans votre champ ou vous
ne voulez pas le faire, ça prend quelqu'un
aujourd'hui qui va nous revenir avec un plan d'action. Parce que je risque de
vous poser la question, la même question
l'année prochaine. La seule chose que je n'aimerais pas, c'est que : C'est
nouveau, oui, c'est une menace, mais on n'a rien fait durant la dernière
année.
Donc,
ce que je veux, c'est aussi un engagement de votre part, M. le ministre. Vous
êtes conscient de l'ampleur de la
chose. C'est réel. On risque de le voir à la prochaine élection fédérale. Moi,
ce que je veux aujourd'hui, c'est : Qu'est-ce qu'on va faire pour,
d'ici l'année prochaine, au moins avoir une avancée par rapport à ça, d'un
point de vue législatif ou via le Directeur général des élections du Québec?
M. Roberge : Bon...
Le Président (M. Bachand) : ...le
bloc est terminé. Alors, M. le député Jean-Lesage, pour 9 min 12 s, s'il vous plaît.
M.
Zanetti : Merci, M. le Président. Merci beaucoup, M. le
ministre des Institutions démocratiques. Alors, j'aurais une question un peu philosophique à vous poser,
d'entrée de jeu : Trouvez-vous que le nombre de sièges qu'a eu votre
parti aux dernières élections est juste?
M.
Roberge : Bien, d'abord, je veux juste dire que ça me fera
plaisir de répondre à la question du collègue du Parti libéral tout à
l'heure. Je n'ai pas eu l'occasion, mais ce n'est pas parce que je ne veux pas
répondre. Je vais répondre à mon collègue de Québec solidaire.
Mon collègue, là, pose une question directe,
mais, dans le fond, c'est qu'il fait un détour, c'est qu'il veut parler du processus électoral. Parfois, les gens
disent qu'il y a eu une élection l'automne dernier. En fait, il n'y a pas eu
une élection, il y a eu 125 élections. La Coalition avenir Québec en a
gagné 90 sur 125. Ce serait bien mal avisé de penser que la solution,
c'est de dire que, dans un comté donné, la personne qui a reçu moins de votes
devrait être celle qui représente la
circonscription. Il me semble que, d'habitude, on y va avec la démocratie,
c'est-à-dire que plus il y a d'électeurs dans une circonscription qui
ont voté pour un candidat affilié à un parti, bien, évidemment, c'est cette
personne-là qui devrait représenter les citoyens ici, à l'Assemblée nationale.
J'espère que mon collègue ne dit pas qu'il y a des gens, à l'Assemblée
nationale, qui n'ont pas la légitimité de siéger.
M. Zanetti : Donc, si je comprends
bien, pour le ministre, un parti qui obtient... 41 % des voix et 72 %
des sièges, il a le juste nombre de sièges.
Je pose des questions un peu socratiques, là. Ce n'est pas des questions
compliquées, c'est juste la petite base.
M. Roberge : Non, pas tellement. Je
trouve qu'on est assez au ras des pâquerettes. Mon collègue a déjà été prof de philosophie, mais je ne vois pas... je ne
vois pas vraiment, là... On n'est pas dans les hautes sphères, là. On est dans
les mathématiques électorales. Puis, comme le résultat de la dernière élection
n'a pas avantagé sa formation politique, il voudrait changer la formule. On est plus dans les maths, en réalité, que
dans la philo, je vous dirais. Mais on s'est engagés, lors de la
dernière campagne électorale...
M. Zanetti : M. le Président.
M. Roberge : Oui?
Le Président (M.
Bachand) : Oui, M. le député de Jean-Lesage?
M. Zanetti : Article 35. Je pense
que le ministre me prête des intentions. Il pourrait retirer ses propos.
Le Président (M.
Bachand) : Bon, OK. On fait attention, M.
le ministre? Oui. Continuez.
M.
Roberge : Je vais prendre garde. D'accord. Le collègue pose
ses questions avec respect, je vais répondre avec respect aussi. Donc,
on va garder ça comme ça.
On s'est
engagés, lors de la campagne électorale 2022, à évidemment respecter le
résultat de l'élection, évidemment, et
à ne pas jouer dans le processus électoral. C'est un engagement qu'on a pris
devant les Québécois. On va respecter cet engagement.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député.
M. Zanetti : Bien, j'ai une petite
déception parce que je pose au ministre des Institutions démocratiques des questions qui sont les mêmes, essentiellement, je
leur demande... je lui demande si les résultats du mode de scrutin au Québec sont justes, puis c'est une façon de savoir
s'il pense... pas que le mode de scrutin est avantageux ou désavantageux pour
sa formation ou pour d'autres formations politiques, mais juste : Est-ce
que le mode de scrutin et ses résultats, au Québec, sont justes?
M.
Roberge : Bien, moi, je pense qu'un parti qui gagne 90
élections sur 125 est tout à fait légitime de gouverner.
Le processus électoral québécois n'est pas
parfait. Je n'en connais aucun qui est parfait. Et toute proposition de modification amènerait probablement des
avantages, mais aussi des inconvénients. Si ça avait été simple et évident,
ça ferait longtemps que ce serait fait.
Mais, chaque fois que la question s'est posée, il y a eu des questions, il y a
eu des propositions, il y a eu des prises de position, puis, à la fin,
on a conservé notre processus électoral.
Je pense que le gouvernement, en ce moment,
ayant gagné 90 des 125 élections, est tout à fait légitime. Et je reconnais la
légitimité de mon collègue d'être ici, de représenter ses citoyens puis de me
poser toutes les questions comme il le fait en ce moment. Il a toute la légitimité
pour le faire.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député.
M.
Zanetti : Est-ce que le ministre des Institutions
démocratiques pense qu'au Québec chaque vote devrait compter?
M. Roberge : Bien,
M. le Président, si les votes ne comptaient pas, il ne pourrait pas y avoir
d'élections.
M. Zanetti : Donc, le ministre, s'il
estime que chaque vote devrait compter, ce qui n'est pas vraiment le cas en ce
moment, il reconnaît qu'il serait bien que la proportion, le pourcentage de
sièges qu'un parti obtient ressemble au pourcentage de votes qu'il obtient lors
d'une élection générale?
M. Roberge : Bon, ça, c'est un peu
un sophisme, là.
M. Zanetti : Un sophisme?
M. Roberge : Les poissons rouges
vivent dans l'eau, les requins vivent dans l'eau, donc les poissons rouges sont
des requins, là. C'est un petit peu un raccourci, là, ce qu'il fait là, là. De
dire que, dans le système électoral, les votes ne comptent pas, c'est faux, là.
Les votes comptent.
Et puis il faut faire attention au message qu'il
est en train d'envoyer. Il est en train de dire... On ne parle pas juste entre nous, là, on est en train de parler
aux citoyens qui nous écoutent. Il est en train de dire qu'il y a des votes qui
ne comptent pas. Je regrette, mais c'est faux.
Le Président (M.
Bachand) :
...juste faire attention
à ce que vous...
M. Roberge : Oui, mais là, à un
moment donné...
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y.
M.
Roberge : Tous les votes comptent au Québec. Et c'est le
résultat des élections qui compte. Et d'ailleurs on a des mesures aussi de
compensation. Le fait que, par exemple, ma formation politique n'a pas gagné
une circonscription, ça ne veut pas dire que les Québécois de ce comté
n'ont pas bien fait et que leur vote n'a pas compté. Leur vote... Ils se sont exprimés, ça envoie un message, et, en
plus, le financement des partis aussi dépend des votes. Donc, il y a plusieurs
gains, et chaque vote compte au Québec.
Attention de
ne pas dire qu'il y a des votes qui ne comptent pas, là, parce que, là, ça va
causer de la désaffection, ça va faire... ça va entraîner une baisse de
taux de participation, puis on ne veut rien de ça.
• (11 heures) •
M. Zanetti : Bon, avant que le
ministre, là, mette la responsabilité sur les militants d'une réforme du mode de scrutin qui soit démocratique, la
responsabilité de l'abstention politique, là, je l'arrête en lui posant une
autre question. Ce serait quand même
un pas particulier à franchir. 60 %, à peu près, du monde au Québec, là,
n'ont pas voté pour la CAQ, mais la
CAQ représente 72 % des circonscriptions. N'y a-t-il pas là un écart
important? Le Parti conservateur du
Québec a eu à peu près 13 % des
votes, il a zéro siège au Parlement. Est-ce que les votes des électeurs du
Parti conservateur ont compté?
M.
Roberge : Bien sûr que les votes... tous les votes comptent
au Québec. Mais de prendre les pourcentages puis de les regarder au national, ça défait complètement le principe qu'un...
qu'un député représente les gens de sa circonscription. Moi, je suis très fier de représenter les gens de
Chambly, puis Chambly, là, c'est cinq villes, là, c'est Chambly, Carignan,
Saint-Basile-le-Grand,
Saint-Mathias-sur-Richelieu et Richelieu, pas juste la ville de Chambly. Je
suis redevable devant eux.
Si on ne fait
que prendre les résultats, à l'échelle nationale, en pourcentage puis
dire : Bien, voici ce que devrait être l'Assemblée nationale, bien, on
enlève complètement la question des personnes qui font campagne, qui connaissent
les gens sur le terrain, qui vont leur parler, qui les écoutent, surtout, et
qui les représentent à l'Assemblée nationale. C'est pour ça qu'on dit qu'il n'y
a pas une élection, mais il y a des élections, 125 élections, et, dans
chaque comté, chaque vote compte, puis celui
ou celle qui a le plus de votes dans ce comté-là a toute la légitimité pour
représenter tous les citoyens, ceux qui ont voté pour lui comme ceux qui
n'ont pas voté pour lui.
M. Zanetti : Il y a à peu près, je
pense, là... Je pense que c'est rigoureux de dire qu'il y a quatre pays dans le
monde qui ont le système de mode de scrutin
qu'on a, uninominal à un tour. Dans notre cas, minimalement, c'est un héritage
du régime britannique. C'est une des affaires qui est reconnue par les experts
du mode de scrutin dans le monde comme étant un des systèmes qui crée le plus
de distorsion entre la volonté de la population puis le résultat en nombre
de sièges. Donc, c'est un des systèmes qui donne les plus grands écarts puis
les plus grandes distorsions démocratiques. Je suis étonné de voir un ministre des Institutions
démocratiques, nationaliste de surcroît, faire l'éloge de notre héritage
britannique, disons, issu de la monarchie dans un contexte où il y a
beaucoup de monde, au Québec depuis des années, qui disent que ça n'a pas de bon sens. Est-ce que le ministre
est à l'écoute des gens qui trouvent que leur vote n'est pas représenté
dans le mode de scrutin dans lequel on est?
Le Président (M.
Bachand) : ...M. le ministre.
M. Roberge : D'abord, je suis
content qu'il dise que je suis un nationaliste et je ne suis pas monarchiste d'aucune, d'aucune manière. Le système actuel
n'est pas parfait, je le reconnais, puis je pense que le débat va continuer sur
des propositions pour l'améliorer, puis je suis ouvert à ça.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Merci. Désolé, le temps file. M. le député de Nelligan, pour 13 min
51 s, s'il vous plaît.
M. Derraji : Combien?
Le Président (M. Bachand) : 13 min 51 s.
M. Derraji : OK, merci, M. le
Président. Je comprends que vous allez répondre à la dernière question?
M. Roberge : ...je m'excuse, là,
parce que, là, j'ai...
M. Derraji : Non, non, ce n'est pas
grave.
M. Roberge : C'était...
M. Derraji : Au fait, sur
l'engagement de...
M.
Roberge : OK. Bien, effectivement, mon collègue, tout à
l'heure, nous parlait de l'hypertrucage, des solutions. Ce que j'ai dit, c'est
que les députés peuvent s'en parler, évidemment, au comité consultatif, qui va
guider, après, les actions gouvernementales
pour une modification législative pour le système électoral. Je vais tenir
compte de tout ça, puis, je pense, c'est important de fonctionner par
consensus.
Par contre, ce que je dis, c'est que... Et puis
mon collègue dit : Je ne voudrais pas qu'on se revoie dans un an sans que
rien n'ait avancé. Je le comprends. Je suis d'accord. Je veux vous assurer
qu'avant l'étude des crédits nous avons
commencé à nous intéresser à cette question-là. On documente. On étudie. Est-ce
qu'il y aura un mandat donné au DGEQ? Je ne peux pas vous le dire à ce
moment-ci. On va prendre le temps d'analyser les choses, et puis je vous dis
que, d'ici l'an prochain, évidemment que la réflexion aura avancé.
M.
Derraji : Oui, bien, merci. Gardez en tête qu'il y a une
élection municipale et, après, une élection provinciale. Donc, ça risque d'être le cas au niveau de
l'élection municipale, mais je comprends votre engagement et je vous remercie.
Je vais revenir sur quelque chose que votre
gouvernement a fait lors de la dernière... de la 42e législature. Souvenez-vous
de l'article 163 du 96, le fameux projet de loi n° 96. Je vais vous
le dire, ne vous inquiétez pas. C'est très
simple. Vous avez, dans le projet de loi, changé le nom de la circonscription
«Bourget» par «Camille-Laurin». Je suis content d'entendre que vous avez
dit que la Commission de représentation électorale a un travail... Elle a aussi
des valeurs. Ils ont un rôle à jouer. Tout
est public. Je veux juste comprendre c'est quoi, votre vision par rapport aux
changements de noms. Est-ce que vous allez encore continuer à déposer
des projets de loi pour changer les noms de circonscription
ou bien c'est fini? C'était une tentative de ne pas respecter le rôle de la
Commission de représentation électorale avec Camille-Laurin, et vous
allez dorénavant respecter le choix et le travail de la commission?
M.
Roberge : Je m'excuse, là, mais on respecte le travail de la
commission en tout temps. Je veux... Je n'accepte pas la déclaration de mon collègue, comme quoi le
gouvernement ne respecte pas le travail de la commission. La commission
joue un rôle...
M. Derraji : Mais vous avez...
M. Roberge : Je m'excuse, laissez-moi...
M. Derraji : Mais vous avez changé
le nom.
M. Roberge : Je vais... Laissez-moi
répondre, s'il vous plaît.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, allez-y, oui.
M. Roberge : Avec... vraiment, on
respecte le travail de la commission, d'accord? On va continuer de le faire. La commission, d'ailleurs, va entamer des
travaux. Peut-être qu'il y a des noms de circonscriptions qui seront étudiés, peut-être
que certains seront modifiés. Il y a eu une situation exceptionnelle. On
adoptait une modification à la Charte de la
langue française. On ne fait pas ça à
chaque année. On allait même inscrire cette loi-là dans la Constitution canadienne. C'est un geste
d'affirmation nationale extrêmement important. Vous savez, dans une situation
exceptionnelle arrivent des mesures exceptionnelles.
Le Président (M.
Bachand) : En terminant.
M. Roberge : Je pense que c'était
à-propos dans ce cas-ci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Nelligan.
M. Derraji : Désolé,
mais je vais vous... je vais vous lire... suite à ce que vous avez fait avec le
96 au niveau de Bourget : «"J'ai
été surpris, vraiment surpris", indique Pierre Reid, d'entrée de jeu, dans
une rare entrevue. "L'idée, vous
comprendrez que ce n'est pas de savoir si le nom de Camille-Laurin est
approprié ou non. Là n'est pas la question. La question qui se pose, c'est le respect du processus que les
parlementaires eux-mêmes ont établi depuis 1979 et qui, à ce jour, a
toujours bien fonctionné."»
Vous avez
pris la décision de mettre dans un projet de loi le nom d'une circonscription.
Le rôle de faire ça, ce n'est pas le rôle du gouvernement, et le DGEQ a dit
que... pas au gouvernement de décider, M. le ministre, pas moi qui le dit, là, c'est le DGEQ. Circonscription
Camille-Laurin : pas au gouvernement de décider. Ça, c'est selon le Directeur général des élections du Québec.
Ce n'est pas le député de Nelligan qui a inventé ça de nulle part, là. Et je rajoute
une autre tentative de votre collègue, dépôt du projet de loi n° 696, de
changer Arthabaska.
Donc, est-ce
qu'on va respecter les rôles et responsabilités de nos institutions
démocratiques ou, encore une fois, votre gouvernement va choisir des méthodes
qui ressemblent à ceux faites dans le 96 pour changer les noms des comtés?
M.
Roberge : Bien, je pense qu'il y a la règle, d'accord,
qu'on... qui s'applique dans la quasi-totalité des situations puis, des fois, il y a l'exception à la règle. Quand
survient une situation exceptionnelle, il faut faire preuve de flexibilité,
ce qui s'est passé avec Camille-Laurin. Puis vous regarderez, au Québec, si les
gens sont fâchés que, dans le cas d'une modification
historique de la Charte de la langue française, on a honoré le père de la
Charte de la langue française. En tout cas, ça appartient à mon collègue
de remettre cet état de fait là en doute. Moi, je pense que c'était nécessaire.
M. Derraji : ...M. le Président.
Le Président (M. Bachand) : Alors, on fait... juste faire attention. Alors...
M.
Derraji : ...une
discussion très cordiale. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, OK?
Vous avez changé, dans le cadre du 96, le nom de la circonscription. Je parle
du nom. Là, vous faites du patinage artistique, de me ramener sur la
Charte de la langue française, Camille Laurin. Moi, je vous parle de... Il y a
une commission, M. le ministre. Ça s'appelle la Commission de la représentation
électorale. Je vous ai mentionné la réponse du DGEQ, qui vous a dit que ce n'est pas de... votre rôle de changer le
nom. On est dans une discussion d'institutions démocratiques. Allez-vous
respecter le rôle des institutions démocratiques? Je peux comprendre que vous
avez fait une exception, hein, une exception
dans le cas du 96, un peu de marketing, vous voulez changer le nom, mais ne me
dites pas que... Ce n'est pas ce que j'ai dit, là. Ma question est très
claire.
• (11 h 10) •
M.
Roberge : Très bien. Alors, j'invite mon collègue aussi à ne
pas me prêter des intentions. Nous respectons la commission, d'accord? Quand
arrive une situation exceptionnelle, on est capables de faire preuve de
flexibilité, et ça s'est fait dans le cadre d'une loi adoptée par les
parlementaires. Donc, je pense que personne ne peut remettre en question cette légitimité. Lorsqu'une loi est
votée par l'Assemblée nationale, c'est parce qu'elle est... s'inscrit dans un
cadre législatif. Il n'y avait absolument rien d'illégal. Il y a des
gens qui sont en accord, il y a des gens qui sont en désaccord pratiquement à chaque fois qu'une loi est votée au Québec. La
majorité... D'ailleurs, les Québécois ne le savent pas, mais la majorité des lois sont votées à
l'unanimité à l'Assemblée nationale, hein? Il y a des discussions, il y a des débats, il y a des gens qui sont en désaccord sur
certains articles, mais la grande majorité des lois sont adoptées à
l'unanimité. Puis celle-ci, la loi n° 96, en fait, le projet
de loi n° 96, qui a donné la loi n° 14,
peu importe, est parfaitement légitime, et le gouvernement et ceux qui
ont voté avaient le droit de changer le nom de cette circonscription.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de
Nelligan, s'il vous plaît.
M. Derraji : Je vais revenir au rôle
de la Commission de la représentation électorale. M. le ministre, vous le savez
très bien, mais je peux juste... Je veux rappeler, juste, votre collègue,
qu'est-ce qu'il disait, l'année dernière, presque à la même question : «Ceci
étant dit, je vous dirais que, de façon très macro, je pense que mon collègue
[...] qu'on doit peut-être avoir une réflexion sur la façon dont la commission
opère pour attribuer un nom à chaque circonscription.» Ça,
c'est le verbatim de votre collègue qui était responsable... sur
le fait qu'il n'est... qu'il n'a présentement comme obligation la seule obligation de prendre l'avis de la Commission de toponymie du Québec : «Par contre, bien que je pense que l'avis
du député en fonction relativement à la circonscription soit pertinent, mais,
je le dis, pour ma circonscription, je ne me sentirais pas, moi, habilité à le
faire de mon propre chef. Donc, j'ai l'impression que ça prendrait peut-être une réflexion beaucoup plus
grande que le type de consultation qui doit être faite avant qu'on décide
du nom d'une circonscription.»
Je vous dis,
c'est un précédent, changer Camille-Laurin. Je comprends. Je veux dire, par
rapport au futur, est-ce qu'il y avait d'autres tentatives avec un autre
projet de loi? Respectons le rôle de la Commission de la représentation
électorale, c'est ça, mon... le but de mon échange avec vous.
M. Roberge : Je vous rassure à
l'effet que le gouvernement respecte et respectera... puis je continue de dire que, même lorsqu'il arrive une situation
exceptionnelle, d'aucune manière on ne peut dire que le gouvernement n'a pas respecté
le rôle de la commission. Il peut arriver qu'on soit parfois en désaccord sur
une question sans manquer de respect à qui
que ce soit. Puis, exceptionnellement, les parlementaires peuvent déposer un
projet de loi et changer le nom d'une circonscription sans passer par le
processus régulier. Vous savez, il y a l'autoroute qu'on suit, et qu'on doit
prendre, puis
c'est... Il y a un processus normal, régulier. C'est comme ça que ça fonctionne
la grande majorité du temps, parfois arrive une situation particulière.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M.
Derraji : Cette année, c'est l'année du changement de la
carte électorale. Il y a beaucoup de voix qui se lèvent pour parler.
Est-ce qu'une circonscription, on doit prendre en considération le nombre
d'électeurs ou le nombre de la population? Donc, électeurs versus population,
vous, vous êtes... vous vous situez où par rapport à ça?
M.
Roberge : Bien là, je vais rappeler à mon collègue
exactement ce qu'il vient de dire précédemment. Il faut respecter nos
institutions. Il y a un processus. Ce n'est pas le ministre, là, qui, tout à
coup, arrive et dit quoi faire à la commission
puis aux instances qui vont amorcer une réflexion, qui vont faire des
consultations, qui vont tenir compte du facteur d'éloignement. Est-ce
qu'il y a des circonscriptions qui sont dans des situations vraiment
particulières, qui sont de plus grande taille ou qui sont de très petite taille?
On peut penser aux Îles-de-la-Madeleine. Donc, de dire, là, qu'il y a une seule règle, je pense que ça ne
refléterait pas la réalité du Québec, puis le Québec des régions doit être bien
représenté à l'Assemblée nationale. Donc, parfois, ça pourrait arriver à
ça. Pour bien représenter les Québécois et la réalité
du Québec, qui est autre chose qu'une réalité simplement montréalaise, bien, il
faut être capables parfois de faire preuve de flexibilité. Ce n'est pas le
ministre qui va prendre ces décisions-là directement. On va laisser les
institutions faire leur travail.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de
Nelligan.
M. Derraji : Oui, mais on... Je suis
content que vous allez laisser... parce qu'on doit laisser les institutions
faire leur travail. Ma question, c'est plutôt d'ordre... Vous venez, dans votre
réponse, parler des régions. Donc, vous êtes d'accord qu'on doit prendre en
considération la réalité régionale, l'éloignement. Il y a des critères aussi,
mais il y a aussi le critère qu'on ne peut
pas juste prendre ce qui nous arrange. Il y a le critère aussi de la
population. Il y a des endroits surpeuplés. Vous êtes député
comme moi. Vous savez très bien c'est quoi, le rôle d'un député de proximité,
servir 30 000 sur un territoire très éloigné, qui fait probablement deux
départements français, versus une population surpeuplée dans un quartier
urbain, ce n'est pas la même chose.
M. Roberge : Non, ce n'est pas la
même chose et ce ne sera pas la même chose. Je pense que vous l'avez très, très bien dit, il arrive, dans certaines
régions du Québec, où un comté est très, très grand en termes de kilomètres,
il y a moins d'électeurs, et c'est normal,
parce que, pour le député, pour... parfois, même, il y a deux... il y a
deux bureaux de comté, même trois bureaux de comté plutôt qu'un seul. Moi, dans
ma circonscription de Chambly, j'ai un seul bureau de comté puis je n'en demanderais pas un deuxième. En termes de
kilomètres, là, je pense, je peux traverser mon comté en 35, 40 minutes. En transport, ça se fait très bien. Dans
d'autres cas, c'est des heures, puis il faut le faire en avion.
Le Président (M.
Bachand) : En terminant.
M. Roberge : Donc, vous savez,
équité et égalité sont deux choses.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député.
M. Derraji : C'est excellent, et
j'espère qu'en temps et lieu je vais avoir un allié pour défendre ça, parce que
c'est encore une fois nos institutions
démocratiques et la population qui en paiera le prix, là. Donc, vous avez vu ce
qui se passe avec le fédéral, où, pour une règle mathématique, on essaie
d'enlever une circonscription. Je pense que ça mérite débat.
Dernière
question. Je salue l'initiative de votre collègue ministre des Affaires
municipales de lancer une campagne contre
la haine. Pourquoi il n'y avait pas la même campagne pour les élus du
Parlement, campagne, aussi, qui visait les élus du Parlement du Québec?
M.
Roberge : Je crois que vous parlez de l'intimidation ou du
harcèlement pour les élus municipaux. Est-ce que c'est bien ça?
M.
Derraji : Oui, oui, ce qui est une très bonne chose, mais je
pense que nous avons déjà, nous-mêmes, participé à quelque chose en
2018.
M. Roberge : C'est vrai.
M.
Derraji : Et vous avez vu ce qui s'est passé en 2022. Je
pense qu'aussi ça mérite une attention, faire la même campagne au niveau
du provincial.
M.
Roberge : Je pense, c'est une suggestion très intéressante.
Il faut... il faut s'assurer que personne, aucun élu, là, qu'il soit au municipal, au provincial ou même, on
pourrait dire, au fédéral, mais ce n'est pas notre champ de compétence, ne subisse des pressions qui sont indues, de
l'intimidation, des menaces. Il y a des élus municipaux qui ont démissionné
dernièrement parce que ce n'était plus... ce n'était plus tenable. Donc, je
pense que ma collègue aux Affaires municipales pose le bon geste. Il faudrait
voir ce qu'on peut faire à notre niveau, au niveau provincial.
C'est sûr
que, lorsqu'on fait une campagne, ça touche tout le monde, hein? Quand on dit
qu'il faut faire attention puis qu'on doit respecter les gens, qu'on ne doit
pas les intimider, évidemment qu'on ne doit intimider personne, mais on va voir ce qu'on peut faire, parce que, sur les
médias sociaux, ça... il y a beaucoup d'acrimonie, c'est vrai, puis on avait
fait une initiative intéressante en 2018, c'était avant la pandémie, puis on le
sait tous que, pendant la pandémie, je vous dirais qu'il y a des
personnes plus vulnérables qui sont devenues plus agressives, malheureusement.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le ministre.
15 secondes, M. le député.
M.
Derraji : Oui. Je vous ai dit que c'est une très bonne
chose. La raison pour laquelle je ramène la question, c'est qu'on peut l'élargir au niveau provincial
aussi. Je ne dis pas que ce n'est pas une bonne idée. Au contraire, ça nous
prend beaucoup de campagnes pareilles.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Saint-Jean, pour 7 min 20 s, s'il vous plaît.
M. Lemieux : Merci, M. le Président.
Tout est dans tout, M. le ministre. La conversation que vous venez d'avoir au sujet de la Commission de
représentation électorale m'a fait apprécier, avec vos arguments, vos arguments
sur la réforme du mode de scrutin. Les
députés sont tous différents. Les comtés sont tous différents. Il y a
125 élections. Et je suivais votre conversation, puis il y avait
comme quelque chose de linéaire, et ça m'a forcé, moi, à être linéaire aussi, parce que le collègue, en parlant du mode
de scrutin, parlait de l'héritage britannique, ce qui m'a fait penser que
l'héritage britannique, ce n'est pas seulement la monarchie, c'est le mode de
scrutin, c'est vrai, c'est aussi la façon dont travaille le Parlement.
Sauf erreur,
et je sais que ce n'est pas dans votre cour, M. le ministre, mais je voulais
quand même passer par là avant d'arriver au fameux serment, sauf erreur,
une réforme parlementaire serait aussi une bonne chose au menu, en tout cas, de la part des députés de ce côté-ci de
la banquette, c'est clair. Mais je m'en vais, avec cet héritage britannique,
au serment, et vous allez me pardonner d'exprimer ma frustration, parce qu'il y
a à peine moins d'un an, au mois de juin
l'année dernière dans cette commission, M. le Président, j'avais voté fièrement
pour qu'on abolisse le serment au roi. C'est au mois de juin 2022.
Ma frustration, c'est de voir que
l'après-période électorale a été consacrée à ce mur-à-mur et que, finalement, c'était comme si on ne voulait pas ça, alors que
c'était très clair que non seulement c'est ce qu'on voulait, mais qu'on a
voté pour ça dans une commission
parlementaire, en étude article par article, je pense. Alors, on l'a fait.
Racontez-moi pourquoi, pas juste parce qu'on voulait le faire en juin
2022, mais pourquoi et comment on s'est rendus là.
M. Roberge : Bien, je vous remercie.
Il nous reste, quoi, trois, quatre minutes?
• (11 h 20) •
Le
Président (M. Bachand) :
Cinq minutes, mais je
rappellerais aussi que les prises de photos... est interdite, hein?
Alors, je m'attends à une belle collaboration de tout le monde. M. le ministre.
M.
Roberge : Merci. Oui, la question du serment, bon, avant, on
disait «à la reine», on dit «au roi», donc, serment à la monarchie britannique, c'est un caillou dans
le soulier, d'accord? C'est un anachronisme. Les Québécois sont des
démocrates, ne sont pas des monarchistes. Le système actuel électoral, je
pense, sert bien les intérêts des Québécois, mais
il y a quand même certains éléments qui sont dérangeants et pour lesquels les
Québécois se reconnaissent très peu. On
se reconnaît très, très peu dans une monarchie britannique. On se reconnaît
très, très peu dans toute forme de monarchie, et d'avoir à prêter
serment à un monarque d'un autre pays, mais même si c'est un monarque d'ici, je
ne pense pas que ça fait vibrer grand monde
au Québec. J'ai dû le faire en 2014, en 2018, en 2022 parce que c'étaient les
règles du jeu et que je savais qu'en déposant mon bulletin de
candidature j'étais obligé. On est dans un État de droit, puis je devais
respecter cette loi-là.
Dans la précédente
législature, comme formation politique puis... notre leader avait déposé un
projet de réforme parlementaire qui comportait beaucoup d'éléments qui
lutteraient contre le cynisme puis donneraient une plus grande voix aux députés. Peu de ces éléments-là ont été
actualisés à ce jour. J'ai espoir, puis ça ne se passera pas par une loi, ça va
être une entente entre les formations politiques, mais j'ai espoir que, dans le
mandat actuel, il va y avoir plusieurs éléments de cette réforme parlementaire
qui seront adoptés, mais il faut clarifier les choses.
La Coalition
avenir Québec dans le dernier mandat, avant même l'élection, avait clairement
dit que nous, on voulait éliminer le serment au roi. Une autre formation
politique, Québec solidaire, soyons bons joueurs, avait exactement cette même
position-là puis avait déposé un projet de loi qui devait être étudié au mérite
puis probablement modifié, amendé. On était intéressés, d'ailleurs. Il faut se
rappeler que, si on n'a pas réglé ça avant l'élection d'octobre 2022, c'est parce que le Parti libéral du Québec a fait
obstruction en juin 2022. Ça aurait dû être réglé. Ça aurait été réglé si le Parti
libéral du Québec ne s'était pas posé en défenseur de la monarchie puis ne nous
avait pas gardés quelque part au XVIe siècle ou je ne sais trop, et on
l'aurait fait. Ce qui n'était pas fait était à faire.
Donc, on l'a fait, et j'en parlais d'ailleurs au
secrétaire général, je pense, hier, on disait que... Le jour de mon
assermentation comme ministre, au cocktail, quoi, trois heures après
l'assermentation, je suis allé le voir, j'ai dit : Là, là, c'est la première affaire qu'il faut qu'on règle, on règle ça
avant Noël. Donc, ce n'était pas du fait des quelques députés
qui ont dit : Bien, moi, je ne rentre pas au parlement tant que ce n'est
pas réglé. Ça n'a pas été réglé... N'en déplaise à ce qu'on appelle, entre
guillemets, les spins médiatiques, ce n'est pas grâce à eux. D'ailleurs, ils
n'étaient pas là pour voter la solution au problème qu'ils ont nommé.
M. Lemieux : Je
voulais profiter de l'occasion pour vous remercier d'avoir déposé ce projet de
loi et de l'avoir fait voter en bonne et due forme.
Je vais terminer avec la laïcité parce que,
périodiquement dans l'actualité, il y a des vagues où... on pense aux lieux de
prière dans les écoles, par exemple, récemment, où la loi n° 21,
la loi sur la laïcité du Québec, refait surface,
et qu'on en discute. On est toujours déterminés à la défendre coûte que coûte
parce que j'imagine qu'on approche d'un moment où il va falloir le
faire. Le temps fait son oeuvre.
M.
Roberge : Absolument, il y a des gens qui, malheureusement,
tentent d'invalider une des lois qui est maintenant une loi fondatrice pour la nation québécoise, de
la laïcité, puis la laïcité, là, ça n'a pas commencé en 2021 au Québec, là. On a commencé dans les années 60 à se
déconfessionnaliser. Avant ça, c'étaient les religions qui s'occupaient de nos
soins de santé, éducation. Santé, éducation, hein, deux des principales
missions de l'État québécois, c'étaient les religions qui s'en occupaient, les religieux. On s'est
affranchis de ça graduellement, jusqu'à ce qu'en 1998 on déconfessionnalise
notre réseau scolaire. Et puis, après ça, est arrivé le débat des
accommodements raisonnables, jusqu'à ce qu'après des années d'un débat mature et éclairé on adopte la loi n° 21, qui ne saurait être remise en cause. Je pense que c'est une
loi, maintenant, qui fait consensus au Québec. La laïcité de l'État amène la
séparation de l'Église et de l'État, ça amène la
neutralité religieuse de l'État, donc l'égalité des gens, de tous les citoyens,
et donc une plus grande liberté de religion et de conscience, et ça,
c'est bon pour tous ceux et toutes celles qui habitent le territoire québécois.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre.
Compte tenu
de l'heure, la commission suspend ses travaux jusqu'à 17 h 15, où
elle va entreprendre l'étude du volet Affaires autochtones des crédits
du portefeuille Conseil exécutif. Merci. À tantôt.
(Suspension de la séance à 11 h 25)
(Reprise à 17 h 14)
Le
Président (M. Bachand) :
Alors, bonjour à tous et à
toutes. «Kwe». Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission des institutions ouverte.
La commission est réunie afin de procéder à
l'étude détaillée... à l'étude du volet Affaires autochtones des crédits
budgétaires du portefeuille Conseil exécutif pour l'année... l'exercice
financier 2022‑2024. Une enveloppe de deux heures est allouée pour l'étude de
ces crédits.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y a-t-il
des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Asselin (Vanier-Les Rivières) est remplacé par M. St-Louis (Joliette);
Mme Bourassa (Charlevoix—Côte-de-Beaupré)
est remplacée par Mme Guillemette (Roberval); et Mme Haytayan
(Laval-des-Rapides) est remplacée par M. Allaire (Maskinongé).
Document déposé
Le
Président (M. Bachand) :
Merci. Veuillez noter que je
dépose des réponses aux demandes de renseignements de l'opposition pour
le volet Institutions démocratiques du portefeuille Conseil exécutif, qui a été
étudié ce matin.
Affaires autochtones
Discussion générale
Nous allons
procéder à une discussion d'ordre général par blocs d'échange, incluant les
réponses et les questions, et la mise aux voix de ces crédits sera faite
à la fin du temps qui est alloué, vers 19 h 15.
Alors, il me fait plaisir de céder la parole au
député d'Acadie pour une période de 18 min 31 s, s'il vous
plaît.
M. Morin : Merci. Merci, M. le
Président. Bonjour, M. le ministre. Je salue également l'équipe qui vous
accompagne ainsi que mes collègues de la partie gouvernementale.
Ma première question est la suivante, M. le
Président. M. le ministre, si je ne me trompe pas, a débuté hier des
consultations auprès des Premières Nations en vue d'un éventuel projet de loi
sur les langues autochtones. Or, ce processus
de consultation n'est pas sans controverse. Les chefs des Premières Nations ne
reconnaissent pas la légitimité de
l'exercice. L'APNQL a déclaré qu'il s'agissait, en fait, d'une fausse bonne
idée puisque la démarche est menée, selon eux, au mépris de leurs droits
inhérents à l'autodétermination et à l'autonomie gouvernementale.
D'ailleurs, l'APNQL a envoyé deux
correspondances dans la dernière année au premier ministre, M. Legault,
exigeant au gouvernement de ne pas légiférer en ce sens. Et récemment l'APNQL a
envoyé, en mars 2023... et nous pourrons déposer auprès
de la commission, M. le Président, une copie de la lettre qui a été envoyée à
M. le premier ministre, j'imagine. Je ne vois pas le nom de M. le ministre en
CC, mais j'imagine que le bureau du premier ministre lui a transmis une copie
de la lettre, datée du 8 mars 2023 à Wendake, et M. Picard soulignait
qu'en vertu du droit inhérent à l'autonomie gouvernementale les Premières
Nations élisent leurs gouvernements et ont leurs lois. En plus de leurs lois
coutumières, elles peuvent adopter et faire respecter leur propre législation.
Or, M. le chef Picard ajoute que le gouvernement de la province de Québec ne
peut pas imposer ses lois aux Premières Nations lorsqu'elles ne relèvent pas de
leur autorité et il indique donc que légiférer sur la question des langues
autochtones est une fausse bonne idée. Ce n'est pas dans la lettre. Ça a été
repris dans les médias.
Alors, ma
question, M. le Président, pour M. le ministre, est la suivante. Donc, pourquoi
tenir ces consultations, sachant que les Premières Nations crient haut et fort
qu'elles ne veulent pas que vous légifériez sur cet enjeu?
Le
Président (M. Bachand) :
...je crois que vous allez faire
parvenir la lettre au secrétariat? Merci beaucoup. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Lafrenière : Oui, merci beaucoup,
M. le Président. Je suis persuadé qu'avec l'accord de mon collègue... Je vais
prendre juste un instant pour saluer les équipes qui nous accompagnent, parce
que, M. le Président, c'est un deux heures
de temps de qualité qu'on va passer ensemble, mais, pour les équipes, ce sont
des jours et des heures de travail. Alors, je veux remercier les équipes
qui sont avec nous aujourd'hui.
Avec moi, M. le Président, le chef de cabinet,
M. Étienne Vézina, Alana Boileau, conseillère principale. J'ai M. Patrick Lahaie, Patrick Brunelle, Lucien-Pierre
Bouchard, Olivier Bourdages Sylvain, Yannick Larouche-Tremblay, Julie
Martel, Igor Farkas. Et, M. le Président, c'est juste pour vous dire la
quantité de travail, pour les gens qui nous écoutent, là, à la maison, qui est
fait pour cette reddition de comptes aujourd'hui, qui est si importante.
Avant de répondre directement à la question,
puis je crois que plusieurs collègues l'ont fait au salon bleu tout à l'heure,
je joins ma voix à mes collègues concernant les deux pompiers qui sont toujours
manquants. C'est une nouvelle qui est incroyable, M. le Président, alors de
tout coeur avec les collègues, les amis et la grande famille de pompiers. J'ai
été pompier pendant plusieurs années, alors très touché par ce qui se passe.
M. le Président, la question du collègue est
totalement à point, et ça va prendre un petit peu de temps pour la réponse, si vous me permettez, M. le Président,
puis on verra, mon collègue me coupera quand ce sera trop long, parce
que c'est une question qui est fondamentale. Elle est sensible, elle est
profonde, puis c'est important, et, vous savez, M. le Président, je vais y
aller à deux volets.
La partie de faire des lois qui touchent les
Premières Nations, est-ce qu'on devrait le faire ou pas, comme gouvernement?
Avec mes collègues des oppositions, on s'est rendus, il n'y a pas plus tard
qu'une semaine, à Manawan pour déposer le bilan de la loi n° 79, et la loi
n° 79, on l'a faite, on l'a faite ensemble, on l'a faite de façon non partisane, et c'est important, on devait le
faire, et le bilan qu'on a déposé avec les familles, c'est qu'il y a
80 familles, présentement, avec qui on travaille pour retrouver
120 enfants, et ça, on a légiféré, là-dedans, pour mon collègue. C'est vrai qu'on l'a fait. On se devait de le
faire et on l'a fait pour nous, M. le Président, c'est pour nous lier, nous,
avec ce travail-là qui était si important.
• (17 h 20) •
Pourquoi je vous parle de tout ça pour revenir
avec langue, culture, c'est qu'en matière de langue, culture, depuis ma tournée sur le terrain, j'ai fait les
55 communautés, j'ai rencontré les organismes en milieu urbain, et, sans équivoque, tout le monde me dit l'importance de
faire quelque chose pour protéger les langues vernaculaires, les langues des
Premières Nations, des Inuits. Et, comme c'est revenu à chaque reprise depuis
un an, M. le Président, il n'y a pas de surprise,
je l'ai dit sur toutes les tribunes, on devait faire quelque chose. Le premier
ministre l'a dit aussi. Il a dit qu'il fallait
faire l'équivalent d'une loi 101 pour les Premières Nations, pour les
autochtones. Alors, les gens peuvent être déçus, mais ils ne peuvent pas
être surpris, M. le Président. Ça a été sans équivoque.
Et hier,
notre première consultation, il y a 82 personnes qui étaient présentes, des
gens qui nous ont fait comprendre leur
volonté, l'importance de protéger la langue, et, pour mon collègue, je veux lui
annoncer aujourd'hui que, suite à cette première rencontre-là, on a
changé des choses.
Premièrement, ce n'est pas des consultations. Le
terme a changé, c'est un dialogue, c'est une rencontre, ce sont des échanges.
Ce n'est pas une consultation au terme strict de la loi. Deuxièmement, sur la
forme, on va même se donner plus de temps pour la prochaine rencontre qu'on a
du côté d'Uashat, qui est la semaine prochaine, parce qu'il y avait beaucoup de
gens qui étaient présents.
Puis, M. le Président, en terminant, parce que
je vois que je parle beaucoup, M. le Président, ce qui était important... puis
ma collègue de la deuxième opposition le sait parce qu'elle-même avait fait
cette suggestion-là, de légiférer, de
trouver une façon d'aider les Premières Nations avec leurs langues, et jamais
ce n'était sorti de façon partisane. Pourquoi? Parce que je sais qu'il y
avait une bonne intention. Ça part de ça. On veut faire la même chose. On veut travailler avec les Premières Nations. On veut se
lier, comme gouvernement, pour les aider dans la protection de la langue.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Merci, M. le ministre.
Et, juste avant d'aller au député d'Acadie, juste une petite correction. Alors, la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré est remplacée par le député de Maskinongé. M. le député
d'Acadie, s'il vous plaît.
M.
Morin : Oui, puis on comprend bien, M. le Président,
pourquoi la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré, évidemment, est remplacée
aujourd'hui, et permettez-moi également de joindre ma voix à celle de M. le
ministre en ce qui
a trait à la situation tragique qui est vécue là-bas. On pense notamment aux
familles des deux pompiers qui sont disparus, qui n'ont pas été
retrouvés, je pense, à ce jour.
Donc, si on revient à nos questions, M. le
Président, quel est le coût de cet exercice en ce qui a trait aux langues, finalement,
des Premières Nations? Quel est votre échéancier pour terminer l'exercice, mais
combien cela va-t-il coûter?
Le Président (M.
Bachand) : ...
M.
Lafrenière : Oui, merci, M. le Président. Bien, avant d'aller
sur le coût des... j'étais pour dire «consultations» encore, mais je
vais devoir m'ajuster, de nos rencontres, de nos dialogues, c'est
important de rappeler qu'on va aller à quatre
endroits. Hier, on était à Val-d'Or, la semaine prochaine, à Uashat, par la
suite, ce sera Kuujjuaq, et on va terminer à Montréal.
J'aimerais... Puis c'est important parce qu'hier
c'est une question qui m'a été apportée, à Val-d'Or, pour mon collègue, il y a
quelqu'un qui m'a dit : Si vous avez vraiment du coeur puis vous voulez
vraiment nous aider pour les langues,
cultures, pourquoi vous ne faites pas comme la Colombie-Britannique et mettre
35 millions pour la protection et la promotion des langues, des
cultures autochtones?
Et, M. le
Président, je me suis rendu compte que c'est peut-être parce que notre plan
n'avait pas été connu, le plan Ensemble
pour les prochaines générations,
qu'on a déposé l'année passée. Ce que je veux vous dire aujourd'hui, M. le
Président, c'est que tout ce qu'on fait là, c'est conséquent. L'an passé, on a
déposé un plan, et le pilier le plus important du plan d'action sociale, ce sont les langues, cultures autochtones,
pour 35 millions, pour les prochaines années. Je parle de chiffres,
là, mais ce qui est le plus important pour les gens, c'est quelque chose qui me
tient à coeur, combien ça va coûter?
Puis, en même
temps que je vous parlais, j'attendais la petite fiche qui va me confirmer le
coût. Elle va arriver plus tard parce qu'on commence notre exercice. On se rend
sur le terrain, et j'ai fait trois rencontres avec les chefs. Je les ai
rencontrés en personne à leur demande, en Teams à ma demande. Alors, à trois
reprises, avec l'APNQL, on les a rencontrés dans la dernière année,
quatre rencontres qui se font en milieu urbain et en communauté autochtone. Par
la suite, ce qu'on va faire, M. le
Président, c'est réfléchir avec tout ce qu'on a reçu puis se dire :
Qu'est-ce qu'on fait, quel est le meilleur outil, où on devrait aller?
Et, en terminant, M. le Président, je veux
rassurer mon collègue. On a reçu plusieurs lettres d'appui, des gens qui disent : Il faut faire quelque chose en
matière de langues, cultures autochtones, il faut aider. Parce que ce qui a été
déclaré hier par un des participants de la rencontre, selon les Nations unies,
on se dit que les 7 000 langues autochtones, dans un horizon
de quelques années, disparaîtraient majoritairement. Il faut agir.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie.
M.
Morin : Oui. Alors, merci, M. le Président. Dans les
crédits de transfert, en fait, du ministère du Conseil exécutif, là, le
secrétariat est sous ce chapeau-là, dans le budget des dépenses 2023-2024,
à la page 4-11, on remarque que le fonds
de développement pour les autochtones est passé de 350 000 $, en
2022-2023, à 182 000 $ en 2023-2024. Comment pouvez-vous nous
expliquer cette baisse, M. le ministre?
M. Lafrenière : Oui, M. le
Président. Bien, je veux vous rassurer, premièrement, pour ce qui est du Fonds d'initiatives autochtones, la somme a été majorée.
En même temps qu'on fait la vérification dans le budget pour répondre à la question très précise de mon collègue, il n'y
a pas eu de baisse. Puis je veux rassurer mon collègue, M. le Président,
il n'y a pas eu de baisse du tout, puis je vous donne l'exemple, Fonds
d'initiatives autochtones, dans le budget, c'est 185 millions qui ont été
confirmés. Alors, aucune baisse.
Pour ce qui est de la question très précise de
mon collègue, puis c'est pour ça que j'attendais pour recevoir la note, je vous confirme que c'était une entente.
C'étaient des sommes qui étaient résiduelles dans un... dans le transfert, et
c'est pour ça qu'il y a une légère baisse, mais, au niveau du Fonds
d'initiatives autochtones, ce qui est, c'est-à-dire,
notre bras économique au Secrétariat des
relations avec les Premières Nations et les Inuit, je vous confirme qu'il n'y a
aucune baisse, on est à 185 millions.
Dans les
autres sommes, c'est toutes des hausses, là. Quand on regarde dans toutes les
lignes, monsieur... pour mon collègue, on a des hausses partout. Le budget n'a
pas été amputé du tout, M. le Président. Je veux le rassurer. C'est
important. Puis le Fonds d'initiatives autochtones, c'est ce qui nous permet,
puis on pourra en parler tantôt en échange,
c'est ce qui nous permet d'aider des projets importants dans les communautés.
On pourrait parler d'Atikuss. On pourrait parler d'hébergement. On pourrait
parler de plusieurs choses. Ça nous permet de les aider et de tenir les cercles
économiques aussi.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Donc, je souhaite maintenant aborder l'enjeu des Premières Nations en milieu urbain, M. le Président. La proportion
des membres des Premières Nations vivant en milieu urbain a augmenté de
plus de 12 % en cinq ans et compose près de la moitié de la population
autochtone. D'ailleurs, à Montréal, c'est la ville au Canada qui a connu la
plus forte augmentation de la population autochtone en cinq ans, soit
32,4 %. Une fois arrivés en ville, les
membres des Premières Nations font face à plusieurs défis. Ils se heurtent à
une réalité urbaine, font parfois l'expérience d'un choc
culturel. Ils sont victimes de discrimination raciale quant à la quête d'un
travail ou d'un logement.
D'ailleurs,
les enjeux d'itinérance et d'accès au logement touchent les membres des
Premières Nations en milieu urbain.
En matière d'itinérance, les autochtones sont surreprésentés parmi les
populations itinérantes au Canada. De plus, une étude, en 2014, estime qu'une personne autochtone sur 15 à travers
le Canada est susceptible de se retrouver en situation d'itinérance.
C'est une proportion beaucoup plus forte que les autres personnes.
Face à ces
chiffres alarmants, pouvez-vous ou que comptez-vous faire pour améliorer la
situation des Premières Nations en
milieu urbain, notamment dans l'appui des organismes établis qui leur viennent
en aide? Et j'aimerais aussi attirer l'attention, M. le Président, de M.
le ministre à la page E.67 du plan budgétaire du gouvernement, parce que, sous la rubrique «Assurer la continuité des
services d'hébergement pour les autochtones en situation d'itinérance à
Montréal», en 2023-2024, il y a 6,5 millions, mais, par la suite, il n'y a
absolument rien, alors que la population, malheureusement, autochtone en ville
augmente et qu'il y a beaucoup d'itinérants.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M.
Lafrenière : Merci, M. le Président. Mon collègue va me
permettre une réponse longue parce que sa question était chargée de
points hyperimportants.
Je vais
commencer par le dernier point, puis vous avez bien fait de le noter, c'est le
projet qu'on appelle PAQ2, et le 6,5 millions, la raison pour
laquelle il n'y a pas de récurrence, c'est de l'immobilisation, on est à 50-50
avec les fédéraux là-dedans, et c'est pour une nouvelle bâtisse — je ne
peux pas vous confirmer l'endroit aujourd'hui, ça va se faire très bientôt — pour
aider les gens en situation d'itinérance, et mon collègue connaît bien
Montréal, là, c'est un secteur qu'on connaît bien, qui est Milton Park.
C'est un endroit où il y a une clientèle itinérante qui est présente. Il n'y a pas beaucoup de services dans ce secteur-là.
On veut aider PAQ, qui existe déjà, à faire l'achat d'une résidence. C'est
pour ça que le 6,5 millions, il n'est pas récurrent. Ce n'est pas pour les
services qui sont donnés à l'intérieur, c'est pour l'achat d'un local,
premièrement.
Deuxièmement, quand on parle de plan d'action de
l'itinérance 2021-2026 avec mon collègue ministre qui est à Santé et
Services sociaux, c'est 14 millions qui ont été gardés spécifiquement pour
les Premières Nations, pour les Inuits. Quand je suis arrivé en place, M. le
Président, une des premières priorités, puis c'est mon passé de policier qui me
l'a ramenée, c'était la situation qu'on connaît au centre-ville de Montréal, au
square Cabot, où, moi, ce qui me faisait
vraiment peur, M. le Président, c'est que c'est un endroit où les clientèles
itinérantes sont, c'est un endroit qu'ils se retrouvent. Cependant, au
niveau des services, il n'y avait plus grand-chose. Pourquoi? Il y a un boom
immobilier. Dans ce secteur-là, il y a une
grande pression immobilière qui a été faite. Les couteaux... Les couteaux! Les
locaux coûtent une fortune, et les organismes se déplaçaient, mais la
clientèle itinérante ne suivait pas.
Alors,
rapidement, on a mis 3,6 millions de dollars pour Résilience. On a
demandé au fédéral de faire la même chose.
Et, M. le Président, ce que j'ai été très heureux d'apprendre, il y a plusieurs
fondations qui ont décidé d'embarquer avec
nous, des grandes corporations qui ont décidé de donner un coup de main parce
que, mon collègue l'a bien dit, la situation de l'itinérance, c'est
particulier. On l'a à Montréal. On l'a en région.
Je veux terminer en vous disant, M. le
Président, qu'hier j'étais à Val-d'Or, où on a annoncé, avec le Centre d'amitié
autochtone de Val-d'Or, des investissements importants avec le fédéral pour
agrandir le centre d'amitié. Pourquoi? Parce
qu'ils ont une clinique sur place, qui donne des soins qui sont adaptés, qui
font aussi de l'hébergement. Voilà
deux ans, on a annoncé 15 millions pour la clinique et, hier, on annonçait
10 millions pour agrandir le centre d'amitié autochtone.
Ça fait que c'est clair, puis je vais avoir la
chance d'en parler souvent, le dossier de l'itinérance, du côté autochtone, est hyperimportant. On a plusieurs
centres d'amitié au Québec. Là, je vois que je parle trop longtemps. Ça fait
qu'on pourra en reparler pour les différents centres d'amitié, mais c'est une
réalité qui est vraie. Puis mon collègue fait bien de le dire, hein? Il y a les communautés, on a
55 communautés, mais on a des gens qui vivent en milieu urbain,
puis eux aussi ont besoin de services, M. le Président.
• (17 h 30) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député,
s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le Président.
J'aimerais également parler du centre Ullivik, à Dorval, qui est un centre d'hébergement destiné aux Inuits qui doivent
séjourner dans le Sud afin de pouvoir se rendre dans les hôpitaux et aller à
des rendez-vous médicaux. En 2022, un article de Radio-Canada révèle qu'il y a
eu plusieurs plaintes d'usagers concernant l'état de la salubrité au centre Ullivik,
punaises de lit, manque de propreté des installations, parfois même du personnel irrespectueux envers les Inuits et
qualité de la nourriture qui est déficiente. Depuis la sortie de cet article,
enfin, êtes-vous au courant de la situation
au centre Ullivik et avez-vous entrepris des démarches avec la Régie régionale de
la santé et des services sociaux du Nunavik et la direction du centre pour
remédier à la situation?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M.
Lafrenière : Oui, merci beaucoup, M. le Président. Écoutez,
c'est un dossier que je connais bien, que j'ai connu, dans le passé, comme
policier, le centre Ullivik, qui était au centre-ville de Montréal, qui est
rendu justement à Dorval, et effectivement
ce que le collègue a mentionné, je l'ai entendu, puis ce n'est pas des choses
qui nous plaisaient, mais pas du tout.
Depuis ce temps-là, il y a eu un
rapport avec des recommandations, 27 recommandations qui ont été déposées,
et, M. le Président, je veux vous rassurer que la régie a accepté un mandat
d'accompagnement qui va commencer en juin
prochain. Alors, la régie va être accompagnée par des gens qu'ils ont acceptés
pour les aider dans ce mandat-là qui est colossal, de venir faire des
changements, d'appliquer les 27 recommandations qui ont été déposées dans
le rapport, parce qu'il y a des changements à faire.
Puis je vais terminer
en donnant un exemple bien concret puis je suis sûr que mon collègue l'a vu
aussi. Récemment, je pense que c'est
Radio-Canada qui rapportait qu'au centre Ullivik il y avait un manque de
chaises roulantes. C'était rendu au point qu'il y avait... les gens
utilisaient, vous savez, des petits carrosses qu'on a à l'aéroport, là, pour déplacer des gens qui étaient à mobilité réduite,
et on a agi rapidement. J'ai parlé à la présidente de la régie, que je connais
personnellement, Mme Jennifer Munick, et, la semaine d'après, ça a été réglé,
M. le Président.
Alors,
oui, il y a des enjeux, c'est vrai, puis on travaille ensemble avec nos
partenaires du... de la régie de santé, mais là de savoir qu'ils ont accepté le
mandat d'accompagnement, ça va commencer en juin prochain, c'est rassurant.
Puis je veux rappeler... puis c'est bien de
questionner ce qui va moins bien, mais il faut se rappeler que le centre
Ullivik, c'est unique. Ça permet aux gens qui viennent de recevoir des
traitements à Montréal d'être hébergés dans un endroit qui est
sécuritaire, qui est adapté pour eux. La sécurisation culturelle, c'est un bel
exemple à quel point c'est important. Puis
je sais qu'avec mon collègue on a eu au moins deux débats de fin de séance
ensemble là-dessus. Il faut se rappeler la partie autonome du... de la
santé dans le Nord avec les Inuits, mais ils ont accepté un mandat
d'accompagnement, puis moi, je pense que c'est garant pour le futur.
Le Président (M. Bachand) : Alors, avec votre accord, on passerait maintenant à la députée de
Sainte-Marie—Sainte-Anne pour une période de 12 min
21 s, s'il vous plaît.
Mme Massé : Si
ça vous va, M. le Président, on va dire «Sainte-Marie—Saint-Jacques».
Le
Président (M. Bachand) : Ah! excusez, j'ai
dit quoi?
Mme Massé : Moi,
j'aime bien les saintes, mais j'ai un saint, quand même, dans mon...
Le
Président (M. Bachand) : Oui, OK,
excusez-moi. Merci. Merci beaucoup.
Mme Massé : Alors, plus sérieusement, maintenant, M. le
ministre, chers collègues, je vais poursuivre l'échange, pour ne pas dire
le dialogue, sur la question des langues, la protection des langues
autochtones. En fait, ce qui me frappe, c'est vraiment l'attitude, M. le
ministre, que vous persistez à vouloir déposer une loi, alors que, dans leurs
instances décisionnelles collectives, les chefs vous disent qu'ils n'en veulent
pas. Pouvez-vous m'expliquer pourquoi vous persistez?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M. Lafrenière :
Oui, merci beaucoup, M. le
Président. Puis je suis content que la question vienne de ma collègue de la
deuxième opposition, parce que je sais qu'elle a connu le même... le même sort,
elle aussi, en 2021, quand elle s'est présentée à Wendake en disant
qu'elle voulait déposer un projet de loi. Puis je sais qu'au final ce qu'elle
voulait, c'était aider la réalité des
langues autochtones. Et vous vous rappellerez, je suis sorti dans les
entrevues, je suis sorti dans les médias sociaux pour dire que, bien que
surpris, je reconnaissais, je soulignais l'approche, parce qu'il faut faire
quelque chose pour les langues.
Là
où je veux corriger ce qui a été mentionné, parce je l'ai dit sur toutes les
tribunes, au final, on va accoucher de
quoi, M. le Président? Est-ce qu'on veut avoir un projet de loi? On a dit qu'on
était prêts à aller jusque-là. Cependant, ce qu'on fait aujourd'hui, là, c'est quelque chose qu'on n'a jamais
fait, ça fait que c'est normal que les gens réagissent. On rencontre...
on fait un dialogue avant même de déposer un projet de loi. Vous savez comment
ça fonctionne dans les commissions, pour ma
collègue? Normalement, on dépose un projet de loi, les gens peuvent nous
remettre un document, on va les
consulter par la suite. Là, ce n'est pas ce qu'on fait. On les rencontre, on
fait un dialogue avant même de penser à un projet de loi. On veut savoir
avec eux comment, nous, comme gouvernement, on peut être liés, comment on peut travailler ensemble, puis il n'y a pas juste
l'aspect budgétaire, comment on peut les aider, comment on peut se donner
certaines obligations de notre côté.
Puis,
M. le Président, on n'est pas plus méchant que les autres, là, le fédéral l'a
fait, la Colombie-Britannique, la Nouvelle-Écosse, Territoires du
Nord-Ouest. Nous, on s'inspire de ça, mais, je vous le dis encore une fois,
puis mon collègue l'a dit tantôt : Oui,
il y a les 55 communautés, il y a des autochtones qui vivent en milieu
urbain qui nous demandent d'agir, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : Mme la députée,
s'il vous plaît.
Mme Massé : Oui,
mais il ne faut pas opposer ce monde-là, il ne faut pas opposer ce monde-là. Et
d'ailleurs il y a une forme d'unanimité dont
vous ne parlez pas du tout. Ces gens-là nous demandent de décoloniser nos lois
depuis longtemps, dont notamment le projet de loi n° 96, la loi n° 14, qui, elle, comporte
explicitement des éléments qui viennent nuire aux langues des Premières Nations
et à leurs pleins pouvoirs sur leur langue. Alors, pourquoi tout simplement ne
pas agir? On le sait que le bât blesse à ce niveau-là.
Le Président (M. Bachand) : M.
le ministre.
M.
Lafrenière : Oui, M. le Président. Écoutez, si on veut aller du côté
partisan, moi, ça me fait plaisir, mais il y a deux volets que j'aimerais...
que j'aimerais apporter pour la collègue. Un, on l'a dit, ce qu'on cherche,
c'est des solutions. Et quand j'ai consulté
les gens, lors du dépôt du projet de loi n° 96, ce qu'on nous a dit, c'est
que ça remontait aussi à la charte. Il y avait certains enjeux que les
communautés avaient. Alors, on a pu mettre, excusez l'expression, un diachylon sur quelque chose qui est plus
profond. Nous, on a dit : Non, comme les Premières Nations veulent quelque
chose qui est adapté, qui leur ressemble, on fait un projet de loi. Et là où je
m'interroge, M. le Président, puis en toute camaraderie avec ma
collègue, elle fait quand même un virage puisqu'en 2021 c'est son propre parti
qui proposait de faire un projet de loi pour protéger les langues, cultures
autochtones. Ça a été décrit par les chefs. Je me suis abstenu de faire de la
politique là-dessus. Je l'ai supporté en disant : Je comprends
l'intention.
Alors, aujourd'hui,
de dire que j'ai une mauvaise idée de le faire, permettez-moi d'être surpris,
encore une fois, aujourd'hui, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : Mme la députée,
oui.
Mme Massé : Je
ne vais pas perdre beaucoup de temps là-dessus, là, mais je veux juste dire que
ce n'est pas les chefs qui en avaient contre ce que je proposais, mais bien le
chef de Wendake, qui n'avait pas aimé que j'oublie de l'avertir que j'allais faire ce projet de loi là. Ceci étant dit,
après ça, j'ai écouté les chefs. Les chefs, ils ont dit : Heille!
Québec, vous ne voulez même pas adopter la Déclaration des Nations unies pour
les droits des peuples autochtones. Vous ne
voulez même pas créer une commission spéciale où on va pouvoir s'asseoir avec
l'ensemble des parlementaires pour discuter de nation à nation sur les
sujets qui nous incombent, et la culture et la langue en est un, bien sûr, et
là vous voulez présenter une loi. Bien, moi, tout de suite, j'ai dit : OK,
je vous ai compris, je n'ai pas besoin d'aller consulter, ce que ça prend, c'est une reconnaissance complète de
l'autorité des instances qui sont là. Et ces instances-là nous indiquent
que, si on veut décoloniser les lois, on sait... à travers le projet de loi
n° 14... D'ailleurs, ce n'est pas pour rien, ils nous traînent en cour,
ils nous traînent en cour pour dire : Vous jouez dans ma cour, justement.
Alors... Donc, j'espère, j'ai réglé la
question de 2021. Et maintenant l'autre question, c'est : On le sait, quoi
faire, M. le ministre, c'est indiqué; pourquoi on n'y va pas?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M. Lafrenière :
Oui, merci, merci beaucoup, M. le
Président. Puis je veux nous rappeler que la loi n° 96,
elle a été votée. Mes collègues de la deuxième opposition officielle étaient en
accord avec 96. Je pense qu'on ne refera pas l'histoire. Pour ce qui est
de 2021, pour ce qui est de cette approche, ce que je veux rappeler, c'est vrai
que le chef de Wendake avait réagi, mais je sais très bien que, pour ma
collègue, au sein même de son... de son groupe politique, il y en a qui
n'étaient pas en accord.
Ce
que je veux essayer de dire aujourd'hui, M. le Président, là : C'est un
enjeu qui est sensible, je le sais. Et ce que je viens de dire à deux
reprises : Le projet de loi, là, il n'y a rien d'écrit, puis on ne sait
même pas si on va aller sur un projet de loi. Mais on ne peut quand même
pas m'en vouloir d'écouter tout le monde, de me faire dire : Non, les
chefs ont dit qu'ils n'étaient pas à l'aise malgré le fait que, moi,
contrairement à ce qui est arrivé à Wendake, ça fait un an que je leur dis qu'on veut travailler avec eux pour les langues.
Moi, on écoute tout le monde. Il y a 82 personnes qui sont venues hier.
Puis moi, je ne suis pas d'accord de dire que ces gens-là n'ont pas le droit de
parler puis ils n'ont le droit au chapitre. On écoute tout le monde.
• (17 h 40) •
Au final, est-ce
qu'on a un plan pour un projet de loi? Peut-être que non. Je suis très ouvert,
mais on ne peut pas nous empêcher de vouloir
faire quelque chose, alors que c'est mentionné clairement dans la Déclaration
des Nations unies, la DNUDPA, à l'article 13, il est mentionné
qu'on doit faire quelque chose pour les langues. Puis là on me reproche de vouloir... d'avoir l'intention de
consulter avant de consulter. Je ne peux pas aller plus faible que ça, M. le
Président, là. On écoute tout le monde, on est sur le territoire, on
entend les gens. Il y a le milieu urbain, il y a les chefs. On veut entendre tout le monde. On verra ce qui va en résulter.
Puis, par la suite, on verra si on doit déposer de quoi, puis on le fera
ensemble, puis les oppositions vont faire leur travail de nous questionner si
on va là, mais on n'est même pas là, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Mme la
députée.
Mme Massé : C'est
sûr que je ne vous empêche pas d'écouter le monde. Vous le dites vous-même,
vous avez fait le tour des 55 communautés. J'imagine, vous n'êtes pas
juste allé puis reparti, là, vous avez jasé avec eux autres. C'est clair que la question de la culture, des langues et de
bien d'autres choses, c'est fondamental, mais gardez-vous une petite gêne quand
vous référez à la déclaration, là. C'est vrai que l'article 13 invite les
États à respecter l'autonomie, mais il y a l'article 3 qui nous
invite à — puis
tout le préambule d'ailleurs — à mettre en oeuvre les principes de la déclaration. Alors, il me semble que vous
contestez quand même au Canada que le Canada avait suggéré que c'était une bonne
idée qu'on regarde ensemble comment on allait mettre en oeuvre ça. Est-ce qu'on
est toujours en contestation là-dessus?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Lafrenière : La Déclaration des Nations unies, juste rappeler à
la collègue qu'on a tous voté à l'unanimité à deux reprises, qu'on était
d'accord. On ne refera pas l'histoire là non plus. On était tous d'accord pour
la Déclaration des Nations unies. Cependant, puis je vais finir ma réponse,
cependant, il y a une chose qui est très, très claire, la Colombie-Britannique l'a fait et, quand on les a
questionnés sur la mise en place, ils ont dit qu'ils vont se faire un comité
parce qu'ils essaient de voir... C'est beau, le principe, nous, on est dans
l'action, là. Le principe est là, mais comment on lui donne vie au quotidien? Nous, ce qu'on a dit, dans nos ententes
modernes, on veut donner vie à cette déclaration des Nations unies.
Alors, on n'est pas contre. Je ne sais pas du tout... puis peut-être j'ai mal
compris, là, mais on n'est pas contre. On
essaie de trouver une façon de la mettre en place, de l'impliquer dans...
avec... de lui donner vie, dans le fond, avec nos traités qui sont
modernes. Alors, on n'est pas contre, mais pas du tout.
C'est vrai, madame, pour ma collègue, c'est vrai
que, dans certains sujets, avec le fédéral, c'est vrai qu'on a certaines batailles sur les droits. Mais je pense
que ma collègue, qui est dans un parti plutôt souverainiste, devrait être d'accord
avec moi là-dessus.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée, oui.
Mme
Massé : Je m'excuse, là, mais les deux motions qui ont été
adoptées, là, n'incluaient pas la mise en oeuvre de la déclaration. Ça fait que
c'est beau de dire : Oui, on croit en la déclaration, mais, quand il
s'agit... le temps de mettre en oeuvre, vous avez battu toutes les
motions que j'ai présentées depuis ce temps-là.
Je vais changer de sujet pour aller vers quelque
chose qui nous rassemble plus, la commission Viens. Je veux juste savoir vous
en êtes rendu où, comment ça se passe puis c'est quoi, votre niveau de
satisfaction, mettons, en deux minutes.
M.
Lafrenière : ...en 15 secondes, pour la déclaration des
Nations unies, juste vous dire, parce que ma collègue a raison, il faut le travailler avec les Premières
Nations, j'ai lancé une invitation à l'APNQL, auquel j'attends toujours la
réponse.
Pour ce qui
est de la commission Viens, notre rapport, M. le Président... puis ça, c'est
important, parce qu'il faut être transparent, et l'état d'avancement de nos...
de nos travaux est disponible sur notre site Web. Les gens peuvent aller voir, pas... pas juste nous croire, aller voir ce
qu'on a fait. Je pense, c'est Yvon Deschamps qui le disait, là : On ne
veut pas le savoir, on veut le voir. Ils peuvent aller voir ce qui est
fait.
On est rendus
à 86 appels qui sont en cours de réalisation à des niveaux différents,
pour être bien honnête, M. le Président, puis c'est normal. Quand un des... des
appels à l'action est de présenter des excuses, vous allez comprendre
que c'est fait assez rapidement. Quand l'appel à l'action 99 est de mettre
fin à l'itinérance, il n'y a personne qui va se tenir devant vous en vous
disant qu'il l'a réglé. S'il vous plaît, croyez-le pas.
Alors, il y a différents niveaux, c'est vrai. On
a avancé. La question était de savoir comment je suis heureux là-dedans.
Honnêtement, on a fait un pas vers l'avant. Est-ce que c'est terminé? La
réponse, c'est non. Il y a encore beaucoup
de travail, puis il faut se rappeler, quand on regarde les sommes, il faut se
rappeler que c'était sur cinq ans aussi, M. le Président, hein? Il y a
des choses qui ont avancé, on a encore de l'argent à mettre là-dedans.
Puis
l'exemple concret, je vais terminer rapidement, vous avez dit deux minutes,
c'est les résidences étudiantes qui existent,
qui sont là, c'est visible, des cliniques Minowé. Il y a plusieurs exemples
concrets, je pourrais faire la liste, où les gens peuvent voir qu'on a
avancé, mais ce n'est pas parfait.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée.
Mme Massé : ...au niveau de
satisfaction, même si ce n'est pas parfait.
M. Lafrenière : Je suis heureux,
mais on continue.
Mme
Massé : Je reviens un pas en arrière, parce que j'ai
oublié de... Dans le fond, sur la question des langues, je pense qu'on a
eu un débat un peu stérile, mais, ceci étant dit, il y a un geste que vous
pouvez poser, et votre ami Richard et... vous a demandé de le poser,
c'est-à-dire d'assurer qu'au niveau du Directeur de l'état civil, lorsque les autochtones veulent y faire inscrire leur nom
autochtone, que ça ne leur coûte pas une cenne. Est-ce que ça, c'est quelque
chose que vous vous engagez à faire?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M.
Lafrenière : Oui, ma collègue a raison que, quand on tombe sur
des dossiers bien, bien, bien concrets comme ça, c'est là qu'il faut agir. Et
nonobstant notre divergence de vision au niveau de langue, culture, je suis
d'accord avec elle, il faut trouver
une solution concrète. On était avec lui hier. Vous allez comprendre, M. le
Président, je ne suis pas en mesure de dire comment ça va se passer,
mais je l'ai bien entendu. Et ce que Richard a dit, il a raison de vouloir
retrouver son nom, puis là je veux voir comment ça peut se matérialiser de
façon bien concrète.
Mme Massé : Je vous donne une
indication, M. le ministre, nous l'avons fait dans le projet de loi n° 2 pour les personnes
non binaires en reconnaissant qu'on avait commis une erreur par le passé. Donc,
je pense que, si on l'a fait pour les non binaires, il est grand temps
qu'on le fasse, ça n'a pas l'air compliqué.
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M. Lafrenière : Souvent, le diable
est dans les détails. Ma collègue va être sûrement d'accord avec moi. Puis je vais vous donner un autre exemple, parce
qu'avant nous c'était la SAAQ qui était présente. On a changé quelque
chose où ça permet d'avoir des caractères différents sur les permis de
conduire, d'avoir des huit, d'avoir des deux-points. Ce que je veux dire, on peut changer les choses, c'est vrai, ma collègue
va être d'accord avec moi. J'ai eu la demande hier, j'y travaille, mais
moi, je suis d'accord.
Mme
Massé : ...M. le ministre, vous l'avez eu en même temps
que moi, le mois passé. Ce n'est pas hier que vous avez eu... J'ai eu
cette demande-là en même temps que vous.
M. Lafrenière : Vous avez raison, on
avait reçu la lettre, mais, hier, j'étais avec Richard, et, sur place, il m'a
rappelé l'importance de ça, puis il a raison...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup...
M. Lafrenière : ...puis il m'a
rappelé le coût avec l'État, puis j'ai dit qu'on trouverait une solution
Mme Massé : Parfait.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de
l'Acadie, s'il vous plaît.
M.
Morin : Merci, M. le Président. Alors, j'aimerais
continuer, M. le Président, avec le centre Ullivik, parce que M. le
ministre faisait référence à un rapport tout à l'heure. Est-ce que le ministre
peut s'engager à déposer et à rendre public ce rapport?
M. Lafrenière : M. le Président, en
toute honnêteté, vous allez comprendre que, dans mon ministère, puis j'aurais
dû commencer par cette mise en garde, je travaille avec tous les autres ministères.
Ce n'est pas un rapport qui m'appartient du tout, c'est la régie, c'est la
régie qui est ciblée, qui a reçu les recommandations. Ce n'est pas que je ne le veux pas, je ne suis pas en position pour
vous répondre à ça. Je peux faire les vérifications, vous revenir, mais,
correctement, la régie l'a reçu, a reçu des recommandations, c'est vrai, et a
accepté le mandat d'accompagnement. Mais, comme je vous dis, si c'était mon
ministère qui l'avait produit ou si c'était moi qui l'avais commandé, je serais
en mesure de dire à mon collègue oui ou non, puis je répondrais, honnêtement,
mais ça ne m'appartient pas du tout, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député.
M. Morin : Alors, là-dessus, M. le
Président, j'aimerais apporter une précision. J'ai peut-être mal compris, mais il me semble que ce rapport-là a été demandé
à la demande du gouvernement du Québec, donc le ministre devrait en
avoir une copie quelque part.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui, absolument. Ce
que je disais, puis mon collègue n'a pas tort, là, je veux dire, c'est le
gouvernement du Québec, je parlais de mon ministère, de mon secrétariat. Et je
sais qu'il y a un des enjeux pour lequel ça
n'a pas été transmis, c'est qu'il y avait un enjeu de confidentialité au niveau
des ressources humaines. Mais ce que
j'essaie de dire, je vais faire une vérification, je peux prendre l'engagement
de faire une vérification, voir si ça peut être transmis, mais, a
priori, c'est impossible à cause des enjeux de ressources humaines qu'il y
avait.
M.
Morin : Merci. Alors, je comprends, M. le Président, que
le ministre... M. le ministre m'a regardé, il ne s'oppose pas comme tel au
dépôt du rapport, mais il va regarder l'aspect ressources humaines, mais qu'on
pourra avoir éventuellement une copie du rapport. Je vous remercie.
M. Lafrenière : Juste être bien
clair pour mon collègue...
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Lafrenière : ...si vous me
permettez, M. le Président, je ne veux pas jouer sur les mots. Je n'ai pas dit que j'étais en accord, je ne peux pas dire :
Je suis en accord ou en désaccord avec quelque chose qui ne m'appartient pas. Je
vais faire... Je suis en accord à 100 % à vérifier et revenir parce que je
trouve ça important. Puis c'est vrai qu'il y a 27 recommandations, c'est
vrai que Makivik, c'est vrai que la régie a reçu ce rapport-là, mais je veux
juste vérifier pour ne pas dire quelque chose, là, qui ne tient pas la route,
M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) :
Et merci de tenir la commission,
bien sûr, au courant. Merci. M. le député de l'Acadie.
M.
Morin : Merci, M. le Président. Vous avez parlé également d'un mandat
d'accompagnement de la régie pour le centre Ullivik. Est-ce que vous pouvez
nous en dire davantage sur le mandat qui a été confié?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Lafrenière : Oui, M. le Président. C'est des professionnels de la
santé, je ne peux pas vous dire c'est... c'est
qui aujourd'hui, honnêtement, parce que je ne le sais pas. Je sais qu'ils ont
accepté d'être accompagnés par des gens dont c'est le travail de faire la gestion dans le milieu de la santé,
c'est un mandat qui est vraiment d'accompagnement. On a une nouvelle présidente qui est en place, Mme
Jennifer Munick, je l'ai mentionné tout à l'heure. C'est une dame que je
connais depuis plusieurs années. Ça amène un vent de changement. Et ce nouveau
comité-là a accepté d'avoir de l'accompagnement par des gens qui viennent de
Montréal, des gens qui... Puis vous comprenez pourquoi je parle d'accepter pour mon collègue, M. le Président, on
est vraiment en accompagnement là-dedans, on reconnaît l'autonomie des
Inuits, on reconnaît l'autonomie de la santé, de la régie de la santé, mais on
y va avec de l'accompagnement pour les aider.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député.
M. Morin : Merci.
Merci, M. le Président. Finalement, on lit également, dans les médias, et on
nous rapporte que les installations du centre Ullivik sont trop petites pour
répondre à la demande. Ullivik aurait même été obligé de conclure un accord avec un hôtel voisin pour y loger
plusieurs dizaines de patients par nuit. Est-ce que vous prévoyez
éventuellement un agrandissement du centre afin de regrouper tout le monde sous
le même toit et offrir des services de qualité?
• (17 h 50) •
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Lafrenière : M. le Président, puis ce n'est pas une réponse que, je
sais, qui est bien, bien à la mode quand on parle de COVID, mais, effectivement, pendant la
COVID, il y a eu beaucoup d'enjeux. Et, entre autres, M. le Président,
avant que les gens puissent retourner au Nord, ils devaient être gardés en
quarantaine, puis c'est vrai que ça a causé des enjeux, que j'ai vus, moi-même,
à Montréal, plusieurs hôtels que je ne nommerai pas, là, mais qui ont dû garder
une clientèle inuite plus longtemps à Montréal pendant cette quarantaine-là de
14 jours. Et je le sais très bien parce qu'il
y a des factures qui ont été... qui nous ont été envoyées par la suite. Alors,
on va vérifier, avec Ullivik, quels sont les besoins.
Encore une fois, je
reviens en disant qu'Ullivik fait partie du réseau de la santé du Nord, ils ont
une forme d'autonomie. On va vérifier avec eux. On est au rendez-vous pour les
supporter, puis on l'a fait dans d'autres projets que je peux parler tantôt, entre autres, avec Isuarsivik, Isuarsivik qui
est un centre de traitement de la dépendance qui est à la fine pointe de
la technologie, qui est incroyable, on les a aidés. Quand c'est le temps, on le
fait. Du côté d'Ullivik, je vais vérifier ce
qui a été mentionné, mais je sais que, pendant la COVID, ça a été vraiment un
problème, et il y a des gens qui ont été hébergés dans plusieurs hôtels.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député.
M. Morin : Oui. Alors, merci, M. le Président. J'aimerais
maintenant parler du Foyer pour femmes autochtones de Montréal. J'ai eu
le privilège de rencontrer des administrateurs de ce centre-là, qu'ils me
disent, M. le ministre, qu'ils ne reçoivent pas suffisamment d'argent pour être
capables d'encadrer et d'aider notamment les autochtones, les Inuits. Ils donnent des services à la
communauté autochtone, mais de langue anglaise, et ils ont également des enjeux
avec le groupe Batshaw qui s'occupe de la jeunesse chez les anglophones en
situation de protection ou de délinquance. Êtes-vous au courant des
enjeux d'un foyer pour femmes autochtones et qu'entendez-vous faire pour y
remédier?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre,
s'il vous plaît.
M.
Lafrenière : Oui, merci, M. le Président. Organisme qui est bien connu
sous le nom de Women's Shelter à Montréal,
avec qui j'ai travaillé, avec Nakuset que je connais très bien, entre autres.
Tantôt, je vous parlais du premier... premier
dossier, sur lequel je me suis attardé à mon arrivée, qui était Resilience, qui
est un centre, là, qui est à proximité du Square Cabot. Alors, je connais bien
le Foyer pour femmes autochtones, ça a pris une seconde de faire la
traduction, le Women's Shelter, qui est à
proximité du Square Cabot, qui est un organisme hyperimportant. Et on a annoncé
plusieurs sommes. Tantôt, j'en parlais pour la partie itinérance, pour la
partie des organismes. Je vais regarder ce que vous m'avez dit... Excusez, M. le Président, je vais
regarder ce que mon collègue — on
était rendus dans un échange direct — ce que mon collègue m'a dit
tout à l'heure pour le financement.
Je sais qu'il y a des
enjeux, je sais que, souvent, on nous le demande. Je regarde les sommes qui ont
été... qui ont été investies. Je vous
dirais, M. le Président, quand il y a un problème pour avoir un bâtiment, qui
est une somme... du jamais-vu, là, un 3,6 millions, on l'a trouvé.
Ça fait que je vais regarder avec Nakuset s'il y a vraiment un enjeu là-dessus, on regardera. Je sais qu'au niveau de
la reddition de compte, ce n'était pas... ce n'était pas facile. On a travaillé
avec eux pour trouver des solutions, mais je
vais vérifier avec l'enjeu spécifique qui m'a été mentionné, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député, s'il vous plaît,
oui.
M. Morin : Je
peux vous confirmer, M. le Président, que, notamment, pendant la rencontre,
Nakuset était... était là. Donc, effectivement, si vous pouviez vérifier, M. le
ministre, ce serait très apprécié.
Maintenant,
je veux également parler du travail incroyable qui est fait par le groupe de
chez vous, M. le ministre, selon la
loi n° 79, et par l'association... ou Awacak, travail
d'une grande importance, on l'a vécu à Manawan récemment, ma collègue était là également, afin de permettre
aux familles autochtones disparues ou décédées à la suite d'une admission en établissement de faire la lumière sur leurs
proches qui sont disparus. Pouvez-vous nous parler de votre vision à long
terme des sommes investies pour permettre la continuité de ces travaux si
importants?
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Lafrenière : Bien, merci, M. le
Président. Puis merci à mon collègue, puis je tiens... en passant, je veux saluer ma collègue de la deuxième opposition, avec
qui on a travaillé pour la loi n° 79 puis on... En passant, M. le Président, quand on parle de dossiers autochtones, on
travaille de façon non partisane, on travaille bien ensemble. Puis 79, ça a été
un exemple incroyable. Moi, je m'en rappelle très, très bien, puis je ne
suis pas sûr qu'on était dans cette salle, mais on n'était pas loin d'ici, puis
je me rappelle d'avoir fait une gaffe monumentale, puis c'est ma collègue qui
m'a aidé là-dedans...
Une voix : ...
M.
Lafrenière : Je voulais vous
faire rire un peu, j'avais réussi à voter contre mon propre amendement, quelque
chose de solide. J'étais... Je commençais,
c'est une excuse quand même. Mais, sérieusement, je le dis parce qu'en affaires
autochtones, déjà, on a un déficit de crédibilité, M. le Président. Tu
sais, on ne corrigera pas 400 ans d'histoire rapidement. On a travaillé
ensemble, puis les collègues le font. Et, quand on s'est rendus... En passant,
chaque année, le rapport de la loi n° 79, on le présente dans une communauté face aux familles puis on le fait
avec les oppositions, et les
oppositions font partie du comité de suivi, M. le Président. On veut vraiment
se décoller de toute forme de partisanerie.
Quand on me
demande c'est quoi, ma vision, premièrement, au dernier budget, mon collègue
ministre des Finances a doublé le budget d'opération de la Direction du
soutien aux familles, doublé. Pourquoi? Parce qu'on s'en va vers une phase qui va être difficile, M. le Président.
Puis je l'ai dit aux familles quand on était ensemble à Manawan : On
arrive à des exhumations. M. le Président, ça va être difficile, ça va être
très difficile. On va avoir les ressources pour supporter les familles,
on va travailler avec elles.
Et l'autre volet, M. le Président, qui n'était
pas prévu, c'est qu'il y a des familles qui viennent nous voir pour nous parler de la partie pensionnats autochtones.
Ils font confiance à Awacak, ils font confiance aux gens sur le terrain. Je
ne peux pas les référer comme dans une grande surface en disant : Ce n'est
pas mon département, allez voir quelqu'un d'autre. Alors, on a réussi à doubler
le budget, les ressources qu'on a avec Awacak, les ressources qu'on a avec la Direction de soutien aux familles, des
femmes qui font un travail incroyable. On l'a doublé pourquoi? Parce qu'on
veut accompagner.
Et, quand on a fait la loi n° 79,
M. le Président, on s'était dit : Donnons-nous du temps, donnons du temps,
parce que ce n'est pas vrai que, du jour au
lendemain, tout le monde va décider de nous faire confiance, tout le monde
va venir nous voir. C'est ce qu'on fait.
Moi, j'ai... À chaque fois que je parle de 79, je suis comme déchiré entre deux
volets, M. le Président. D'un côté, je vous dis que j'ai
80 familles qui viennent nous voir pour nous aider à retrouver 120 de leurs enfants. Je peux vous dire que je suis
content parce que plusieurs personnes nous font confiance. Puis je pense que,
collectivement, dans cette salle, on doit tous avoir de la peine en se
disant : Ça ne se peut pas, ça ne se peut pas qu'au Québec on ait 120 enfants qui ont disparu,
120 enfants qui sont décédés ou qui sont manquants suite à des missions
dans un centre de santé.
Ça fait que vous comprenez ce que je veux vous
dire, M. le Président, c'est un dossier qui est hautement humain, puis on le
travaille très bien ensemble avec les oppositions. Je pense, pour le futur, il
faut se donner cette flexibilité-là de voir ce qui se passe. Puis je vous donne
l'exemple, là, concret. Avec les pensionnats autochtones, ce n'était pas prévu,
mais on va supporter les familles dans leurs demandes d'archives, dans les
demandes de suivi. Et l'exhumation, on en avait parlé à 79, là on arrive
là-dedans, il va falloir supporter les familles.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député,
s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Alors, maintenant,
j'aimerais parler, M. le Président, de la situation au Nunavik. Il y a des
enjeux majeurs de santé, d'éducation, d'approvisionnement en eau et d'accès à
la justice, notamment. Mais, sur l'axe de la santé, j'aimerais simplement prendre
quelques instants pour rappeler à nouveau les délais dans les traitements pour
les victimes suite à un accident avec un trauma. On apprenait, en janvier
dernier, qu'un résident du Nunavik est à
quatre fois plus à risque de subir un trauma que la population du reste du
Québec et 40 fois plus à risque d'en mourir. Une des raisons, c'est qu'il n'y a aucune opération
de traumatologie au Nunavik. Les patients doivent être envoyés par avion à Montréal pour être soignés. Puis, vous
comprendrez, je ne suis pas médecin, mais, quand on a un accident avec
trauma, bien, les premières minutes, les premières heures comptent.
La région, en plus, ne dispose d'aucun appareil
de tomodensitométrie, communément appelé un CT scan. Un CT scan permettrait de mieux diagnostiquer les patients et... au
Nunavik. Le MSSS... Au MSSS, on indique que la Régie de la santé et des
services sociaux du Nunavik avait transmis une demande pour obtenir un appareil
de tomodensitométrie, un CT scan, en
2018. Le projet a été mis sur la glace. Une nouvelle demande aurait été faite
en août dernier, serait analysée dans le cadre des
travaux entourant la construction de l'hôpital au Nunavik. C'est ce qu'on nous
assure au MSSS. 15 février dernier, je me suis levé, au salon bleu, pour
demander quand la région du Nunavik aurait son CT scan. Le ministre de la Santé m'a répondu, à ce moment-là,
qu'il n'y avait pas de demande qui avait été faite. C'était la réponse
du ministre. J'ai vérifié, puis, quand j'ai pris connaissance de l'article, il
n'y a pas de demande qui a été faite encore. Or, suite à des demandes d'accès à
l'information, ce qu'on découvre, M. le Président, c'est qu'il y a des échanges
et il y aurait des demandes. Donc, ma
question est la suivante : Est-ce que M. le ministre va mettre de la pression
sur son collègue de la Santé pour que le Nunavik ait enfin son CT scan?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous
plaît.
M.
Lafrenière : Oui, merci beaucoup, M. le Président. Puis mon
collègue, je reconnais son intérêt pour le Nunavik. Ce n'est pas la première fois qu'on a des
échanges, puis on n'en parle pas assez souvent, M. le Président, honnêtement. Souvent,
je sors la carte, on a déjà fait l'exercice ensemble pour rappeler aux
Québécois que c'est une partie qui est au
Québec qu'on connaît peu. Et tantôt mon collègue disait les risques, les
risques encourus pour les gens du Nunavik, puis je vais même en rajouter, M. le Président, je vais me faire mal,
là, je vais en rajouter en vous disant que les risques vont être accrus
dans le futur avec les changements climatiques.
Je vais vous donner l'exemple. Je pense qu'on a
tous vu que la semaine passée, l'endroit où il a fait le plus chaud au Québec, c'est à Kuujjuaq.
Pour nous, M. le Président, pour certains, c'est l'arrivée du gazon, et tout.
Pour les gens du Nunavik, ça veut dire l'empêchement de se déplacer d'un
endroit à l'autre. Et, quand je suis allé à Kuujjuaq la dernière fois, ce qu'on m'a dit, c'est que, cette année, ils n'ont
pas réussi à se rendre d'un village à l'autre en motoneige à cause des
changements climatiques, ils ont un enjeu qui était majeur. Pourquoi je vous
parle de ça, M. le Président? Quand
mon collègue parle d'accident, et tout, avec les changements, avec le fait
qu'on a moins de couverture de neige à certains endroits, et tout ça...
Puis, on s'entend, les gens, les Inuits au Nunavik doivent se déplacer en
motoneige. Ça va amener des risques d'accident qui sont accrus. Alors, je suis
dans la même lignée que mon collègue.
• (18 heures) •
Pour répondre à ça, il y a trois points, je
pense, qui sont importants à savoir, M. le Président, le premier, c'est la fibre optique. Pourquoi je vous parle de fibre
optique? Fibre optique qui se rend jusqu'à Puvirnituk maintenant, donc jusqu'à Piovo, où on a un centre hospitalier.
Avant ça, M. le Président, ça prenait, exemple, avec une radiologie, il fallait
prendre une infirmière qui prenait la radio, qui embarquait dans l'avion pour
se rendre jusqu'à Montréal, pour porter la radio, pour qu'elle puisse être
évaluée, ce qui est pathétique, M. le Président, en 2023.
Aujourd'hui, avec la fibre optique, on est
capable d'envoyer cette même radio à Montréal. Mon collègue parlait aussi des besoins d'équipements
spécialisés. Moi, je l'ai vu, ce besoin-là. Et je sais très bien que, pour la
régie, il y a une évaluation qui se fait pour le nouveau centre
hospitalier. Et je sais que c'était dans les questionnements, à savoir : Est-ce qu'on a un nouveau centre?
Puis là il y a même des discussions au Nunavik, où ils se demandent :
Est-ce qu'on devrait y aller en
centres régionaux, côte ouest, côte est, parce que c'est deux réalités
complètement différentes? C'est une réalité.
Le troisième point qui est important, c'est
aussi les évacuations médicales. Et il y a eu des travaux qui ont été faits, oui, avec notre service qu'on appelle
Valentine, d'avions d'évacuation médicale. Mais, même avec des compagnies
privées, le Nunavik a travaillé à contrat pendant, entre autres, la COVID pour
être capable d'évacuer les gens qui avaient besoin de soins. Mais mon collègue
me dit : Est-ce que vous allez continuer de mettre de la pression pour qu'il
y ait les bons soins au Nunavik? La réponse, c'est oui. Ma collègue, tout à
l'heure, parlait de ma visite dans les communautés. Est-ce que je suis allé
dans 55 communautés? Oui. Est-ce que j'ai vu les besoins? Absolument. Et
une des réponses à ça, M. le Président,
parce qu'on a beau avoir les équipements, ça prend de la main-d'oeuvre, ça
prend des gens. Et on a annoncé tout récemment 150 habitations pour
les gens de la santé, pour être capable de les loger quand ils travaillent dans
le Nord. Ça ne réglera pas tout. On travaille beaucoup avec ma collègue au
Conseil du trésor pour avoir une convention
qui va aider les gens quand ils travaillent dans le Nord, mais il faut un
endroit pour les loger, puis ça, c'est une réalité nordique. On l'a
annoncé puis, dès cet été, on va travailler là-dessus.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de
l'Acadie.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. Toujours en santé et particulièrement au Nunavik, cette région est
affectée par un grave manque de personnel soignant, manque de travailleurs. Ça
affecte sensiblement et d'une façon importante
l'offre de service. Quatre dispensaires sur sept qui étaient fermés, qui
accueillaient des urgences uniquement, on parle notamment des dispensaires de
Puvirnituq, Inukjuak, Kuujjuarapik, Akulivik. Et donc la situation ne s'est pas
améliorée en 2023 du côté de la Baie-d'Hudson. Plusieurs infirmières ont démissionné. Elles ont lancé un cri d'alarme,
leur syndicat également. En réaction à ce
cri du coeur, le cabinet du ministre de la Santé nous dit être très sensible à
la situation. Une rencontre aurait
d'ailleurs eu lieu entre le syndicat. Pouvez-vous me dire quels sont les
efforts que vous déployez, M. le ministre, pour éviter une situation
similaire à celle de l'année dernière?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Lafrenière : M. le Président, je
vais rajouter un élément à la question de mon collègue, j'étais présent à cette rencontre-là avec le syndicat aussi, alors,
en toute transparence, j'étais là. Je me suis rendu avec le ministre de la
Santé, l'été passé à... au centre hospitalier, rencontrer les gens...
Puvirnituq, pardon, j'ai dit... Puvirnituq. Je me suis rendu sur place avec mon collègue ministre de la
Santé pour entendre les doléances puis voir cette réalité-là qui est sur le
terrain. Puis il y a plusieurs, plusieurs éléments de réponse à ce qui a été
dit parce que ce n'est pas si simple que ça.
La première chose, on regarde avec le syndicat
comment on peut amener des conditions qui sont différées pour cette région-là. Et ça, c'est la discussion
qu'on a eue avec le syndicat quand on les a rencontrés. Vous allez comprendre
qu'il y a des éléments que je ne partagerai pas. On a regardé avec eux comment
arriver avec des éléments qui sont différés.
Puis je vais vous donner un exemple, M.
le Président. Entre autres, les gens qui sont des résidents du Nunavik n'avaient pas les
mêmes conditions que ceux qu'on appelle les gens du Sud, ceux qui se
déplaçaient en avion pour aller travailler,
ils n'avaient pas les mêmes primes, et tout. Ça, en matière d'éducation, on a
réussi à trouver une solution. En matière de santé, on travaille encore
là-dessus, M. le Président, on est en négociations présentement.
Deuxième volet important, et je l'ai dit tout à
l'heure, je vais me répéter, les habitations. Les habitations, c'est... Pour nous, on peut décider de se
déplacer, malgré qu'on commence à avoir plus de difficultés, mais, dans le
Nord, c'est impossible. S'il n'y a pas d'habitations pour ces gens-là,
c'est vraiment extrêmement difficile d'aller recruter des gens. 150 habitations qui vont être ajoutées, on espère commencer
cet été. 176 millions, qu'on a investis là-dedans, avec un projet
pilote, pour bâtir différemment, c'est le deuxième volet, M. le Président, et
de valoriser ce travail-là puis de regarder
avec la régie, avec l'accompagnement que j'ai parlé un peu plus tôt. Parce
qu'au niveau de la gestion ils ont reconnu avoir besoin d'aide pour la
gestion au quotidien du système de la santé et des ressources humaines. Avec ce
volet d'accompagnement là, on espère améliorer les conditions de travail aussi,
M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Sur ce, je me
tourne vers le député de Saint-Jean pour un bloc de
9 min 52 s.
M.
Lemieux : Merci, M. le Président, que je vais partager avec
mes collègues, évidemment. Salutations, tout le monde, M. le ministre.
Ça m'a frappé, vous avez dit, M. le
ministre : On ne peut pas m'en vouloir d'écouter tout le monde. Moi, je ne
vous en veux pas, mais j'ai manqué quelque chose. Parce que nos collègues de
l'opposition officielle, le député de l'Acadie, étaient pressés de passer à la
partie controversée de l'histoire sur la Loi sur les langues autochtones. Et
elle l'a bien dit elle-même, la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques, le débat là-dessus avec vous a été assez niché et stérile, jusqu'à
un certain point. En tout cas, c'étaient vos mots.
Moi, je
voudrais que vous fassiez 180° pour moi. J'étais à la loi n° 96, projet de loi n° 96, à l'étude, j'ai entendu les demandes pour
inclure des dimensions sur la langue... les langues autochtones dans le 96. Là,
ramenez-moi, là, rembobinez puis ramenez-moi le Québécois moyen qui n'est pas
encore sûr de ce qu'il y a dans le 96 puis dites-lui où vous allez avec
ce qui sera peut-être ou peut-être pas une loi sur les langues autochtones.
Le Président (M. Bachand) : ...
M. Lafrenière : Oui, merci, M. le
Président. Bien, effectivement, quand on a eu le débat sur le 96, on a
rencontré différents chefs, dont le chef John Martin, de Gesgapegiag, et on l'a
questionné sur les enjeux qu'il y avait dans 96. Et, suite à cet échange-là, M.
le Président, ce qu'on entendait, c'est : il y avait des éléments qui
remontaient bien plus loin que 96. Et
rapidement, ce qu'on a dit très clairement aux gens qu'on rencontrait,
c'est-à-dire les différents chefs,
entre autres la cheffe Sky-Deer qui était venue ici, à Québec, rencontrer le
premier ministre, c'est qu'on voulait trouver une solution qui était
adaptée aux Premières Nations et non pas largement tout le monde.
Pourquoi je dis ça, M. le Président? Parce qu'on
a essayé, dans le passé, entre autres dans 79, on se rappellera la première
mouture, on voulait le faire rapidement, on a voulu inclure ça dans un autre
projet de loi, puis les autochtones nous on dit : Mêlez-nous pas à
d'autres choses, on veut des choses pour nous. C'est la même, même ligne qu'on a tenue dans 96, en disant : Si
on embarque largement avec les autres réalités, ça ne répond pas aux besoins.
Puis on a peut-être une occasion unique de
regarder, nous, comme nation, comment on peut traiter les langues autochtones,
les langues vernaculaires, comment on peut se donner des... on peut se lier,
aussi, en matière de culture, pour
subventionner les cultures autochtones. Parce qu'à l'époque ma collègue
ministre de la Culture m'avait dit : Moi, Ian, j'ai un paquet de beaux projets, j'ai des façons de mettre
l'argent, mais ce n'est pas dans... je ne suis pas liée avec une loi qui
m'oblige à le faire.
Dans le fond, ce que je vous dis, du jour au
lendemain, quelqu'un pourrait décider que c'est moins une priorité pour un
gouvernement, mettre ça de côté, ne plus mettre d'argent là-dedans. Moi, je
l'ai fait l'année passée, je vous l'ai dit tantôt, j'ai décidé de mettre
35 millions parce langues, culture, c'est important. Mais je ne suis pas
lié. J'ai décidé de le faire parce que je trouve ça important. Puis ce qu'on
propose, nous, c'est de regarder : Est-ce qu'on devrait aller jusqu'à
un... Est-ce qu'on devrait aller jusqu'à une loi pour nous lier dans le futur,
pour s'assurer qu'on va pérenniser ça. Ça fait que, quand je reviens à votre
question, dans 96, est-ce qu'il y avait des enjeux pour les Premières Nations?
Les Premières Nations nous disaient : Reconnaissez qu'on est... c'est
différent, on était là avant vous, on a nos langues. Je suis totalement
d'accord.
Écoutez, je vais vous donner un exemple. La
nation Wolastoqiyik Wahsipekuk malécite, il y a cinq locuteurs. Alors, est-ce que la loi est... est-ce que la
langue est en péril? La réponse, c'est oui. Est-ce que c'est important de les
aider? La réponse, c'est oui.
Puis c'est
pour ça que je veux entendre tout le monde. Pour mon collègue député de
Saint-Jean, je veux entendre des gens
en se disant : Ça ne veut pas dire que c'est d'un projet de loi qu'on a
besoin. Peut-être ils vont nous arriver avec d'autres idées. Mais qu'est
ce qu'on peut faire comme occasion?
Parce qu'on a entendu des
enjeux. Moi, je pourrais terminer ma tournée, dire : J'ai entendu tout le
monde qui m'ont dit... des parents, là, qui m'ont dit avec beaucoup d'émotion
qu'ils avaient peur parce que, suite à la COVID, leurs enfants ont été beaucoup sur les jeux vidéo, beaucoup sur les
médias sociaux, perte de culture, perte de langue. Puis, moi, de revenir
puis de dire : Je n'ai rien entendu? Non. J'ai entendu ça dans les
55 communautés.
Il faut pousser l'exercice, en se disant :
Mais qu'est-ce qu'on peut faire ensemble? Puis, quand je regarde ce qui s'est fait ailleurs au Canada, dans d'autres
provinces, on n'est pas plus fous que les autres. On doit tendre la main puis
dire : Comment on peut le faire
ensemble? Puis la preuve, c'est qu'il y a quand même 82 personnes qui se
sont présentées hier. J'ai des lettres d'appui, des gens qui
disent : Il faut faire quelque chose. Comment on va le faire? On va voir.
Puis, pour moi, ce n'est pas un ou l'autre,
hein? Ça peut être un et l'autre, c'est-à-dire on peut protéger le français, on l'a fait avec 96, puis on peut
protéger les langues autochtones aussi. Je pense, ça ne va pas un contre
l'autre, on peut faire les deux.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Saint-Jean.
M. Lemieux : Si j'ai bien compris,
quand vous parliez d'écouter tout le monde, c'est que ce n'est plus des consultations, c'est un dialogue. Et vous allez
faire le tour pour aller réentendre ce que vous avez senti en faisant votre
premier tour, parce que c'est ça, l'idée sur cette question-là en particulier,
et qui est fondamentale.
Je ne sais
pas si je vous l'ai déjà raconté, mais, dans ma carrière lointaine... C'est
vrai, je ne sais plus comment c'est aujourd'hui, mais dans... au parlement des
Territoires du Nord-Ouest, il y a une salle quatre fois grande comme ici
avec une énorme peau d'ours polaire au milieu et tous les députés autour. Mais
autour, là, vous voyez les fenêtres, en arrière,
il y en a tout le tour de la pièce, et ils traduisent simultanément en neuf
langues autochtones. Et ils parlent en anglais. Il y a quelque chose de
merveilleux. C'était un haut fait de ma lointaine carrière.
Ceci dit, donc... Mais je vous dis ça pour vous
stimuler un peu, M. le ministre, puis vous dire : Je suis certain qu'il y a... On n'est pas plus fous que les
autres, puis il y a probablement moyen d'arriver, en 2023, avec des choses pas
mal plus simples qu'on pense pour obtenir des résultats pas mal plus modernes
qu'on pense. Ceci dit, merci beaucoup de faire ça.
M. le Président, j'ai ma collègue, je pense, qui
peut enchaîner pour le gouvernement.
Le Président (M.
Bachand) : ...allez-y, oui.
• (18 h 10) •
M.
Lafrenière : Oui. Bien, rapidement, puis j'aime l'exemple,
parce que je me suis déplacé avec mon équipe, au Nunavut, pour aller voir ce qui se faisait là-bas et j'ai rencontré
le premier ministre. Puis j'ai appris, j'étais très surpris, qu'au
Nunavut ils ont l'équivalent de l'OQLF. Puis souvent, quand on parle de l'OQLF
au Québec, on pense que c'est des gens qui sont très intransigeants. Ils ont la
même chose au Nunavut, pour l'inuktitut, pour leurs langues à eux, pour s'assurer que leurs langues sont bien
respectées. Alors, c'est sûr qu'on regarde ce qui se passe ailleurs, on regarde
ce qui se fait ailleurs.
Mais je reviens encore à la base. Tantôt, vous
avez dit que vous avez entendu des gens sur le territoire. Je serais malhonnête
de dire que j'ai consulté les gens sur la langue. Je me suis déplacé en
communauté, les gens me l'ont dit. Là, on a dit : Attendez un peu, on va
organiser ça un petit peu différemment. On dit clairement qu'on veut les entendre sur l'enjeu de langues. On va à
quatre endroits, deux endroits, communautés, deux en milieu plus urbain,
pour les écouter, puis après ça se faire une tête, puis de dire : Bien,
écoutez avec ce qu'on a entendu, là, qu'est-ce qu'on fait ensemble? C'est une offre, c'est une main tendue. Puis je
vais vous avouer honnêtement qu'il y a des gens qui ont dit : Je n'ai pas le goût de me battre
contre le gouvernement, si vous voulez nous aider pour nos langues, j'ai le
goût qu'on travaille ensemble.
Il y en a d'autres qui ont des craintes. Et je
veux que tout le monde l'entende ici, je comprends les craintes, je les
partage. Parce que, malheureusement, on a un déficit de crédibilité qu'on a
accumulé en 400 ans, puis c'est normal que les gens soient craintifs puis
qu'ils se demandent si on ne va pas leur rentrer quelque chose dans la gorge.
Je le comprends très bien. C'est pour ça que j'ai changé des termes, parce que
les consultations, c'est lourd de sens, c'est
légal, on doit le faire d'une certaine façon. C'est vraiment un dialogue. Je
veux entendre les gens. Mais, en parlant de cet enjeu-là, je n'étais pas
à l'aise de dire que... En me promenant dans les communautés, en entendant les
gens, c'était clair, on y va vraiment là-dessus.
Et, en plus de ça, je vais terminer là-dessus,
on fait des rencontres bilatérales avec plusieurs organismes dont le travail est la protection des langues
autochtones, qui nous amènent leur lot de suggestions, de commentaires, de
critiques aussi, puis c'est bien correct.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci. Mme la députée de Vimont,
en remplaçant votre micro, s'il vous plaît aussi. Merci.
Mme
Schmaltz : Ah! désolée. Parfait. C'est-tu correct? Parfait.
Merci, M. le Président. Très intéressant, d'ailleurs, ce que le
collègue a parlé, de sa traduction simultanée, là. C'est assez incroyable.
Alors, salutations aux collègues, M. le ministre, son équipe.
En fait, moi,
j'aimerais parler d'entrepreneuriat autochtone. Donc, on sait, M. le Président,
que c'est très varié, mais c'est très influencé aussi par plusieurs enjeux,
plusieurs variables qui touchent les communautés, que ce soit au niveau de la géographie, des enjeux que ces communautés
sont... vivent à travers plusieurs opportunités, aussi, et puis plusieurs axes. On sait
qu'il y a plusieurs axes qui sont exploités, actuellement, par
l'entrepreneuriat autochtone. J'entends par là tout ce qui est foresterie, pêcheries, hébergement, tourisme — mon
Dieu! j'oublie un autre — ...énergie.
On sait même qu'au Nunavik on parle même d'une présence plus marquée,
aussi, des entreprises d'économie sociale.
Alors,
ma question, M. le Président, est la suivante. J'aimerais savoir de quelle
façon vous allez accompagner les entrepreneurs, les communautés qui
seraient intéressés, justement, à se lancer dans l'entrepreneuriat.
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Lafrenière :
Oui. Merci beaucoup, M. le
Président. Puis, écoutez, la collègue a amené beaucoup de volets. Un volet qui m'anime énormément, c'est le volet
touristique, parce que, oui, c'est un volet de développement économique,
c'est vrai, mais c'est un élément de rapprochement qui est vraiment, vraiment
intéressant. Puis au Québec, les gens l'oublient, là, on a plus de
250 opportunités de tourisme autochtone. Puis ça, c'est des occasions de
se rapprocher.
Ceci étant dit, quand
on regarde l'aide qu'on peut amener aux entreprises, parce qu'il y a des
entreprises de tourisme et d'autres
entreprises, on a plusieurs volets : volet développement économique,
garantie de prêts, infrastructure communautaire, on a aussi le volet
action communautaire, soutien en consultation, on a un volet femme, volet
jeunes entrepreneurs. Et je vais faire un lien avec le grand cercle économique
qu'on a fait à Montréal, M. le Président, avec l'APNQL.
Et, lors de ce grand
cercle économique, il y avait plus d'une centaine de groupes qui ont décidé de
signer une déclaration commune en disant : La relance économique du
Québec, on doit la faire ensemble. Et là on a eu des projets incroyables qui
ont été présentés, et, suite à ça, il y a trois cercles régionaux qui se sont
tenus à Mashteuiatsh, à Gatineau, à Val-d'Or, et toutes des occasions de
mobiliser les gens, de dire comment on peut travailler ensemble. Mais, au quotidien, c'est la partie la plus
palpitante de mon travail, c'est d'avoir des projets de développement économique
qui me sont soumis, dans lesquels on investit.
Je peux vous donner
plusieurs exemples, puis je vais vous en donner un que j'aime beaucoup :
Atikuss, avec Josée Leblanc. C'est des bottes, des bottes et des... différents
articles qui sont faits. Je pense qu'il y a des gens qui les connaissent. Et Josée a été nommée comme
entrepreneure de l'année; j'en suis extrêmement fier. Ce sont des exemples
comme ça, puis il y a de très beaux, très
beaux exemples, je peux vous en partager pendant plusieurs heures, là. Il y a
du beau, du beau développement économique qui se fait par les
entrepreneurs autochtones.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci,
M. le Président. Pour ma prochaine question, j'aimerais parler de la situation
des écoles au Nunavik. M. le ministre sait que cette question-là me touche
particulièrement. On a eu des débats de fin de séance, des questions là-dessus,
j'ai posé des questions, M. le Président, à M. le ministre, au salon bleu lors
de la période de questions, sur cet aspect-là, on a eu des débats, des
interpellations là-dessus. Il y a des enfants qui ne vont toujours pas à l'école, dans le Nunavik, parce
qu'il n'y a pas assez d'enseignants ou les écoles ne sont pas en bon état. 84 élèves
de la fin du secondaire qui n'ont eu que trois semaines d'enseignement en
sciences; c'est pourtant un cours obligatoire pour obtenir le diplôme d'études
secondaires. L'éducation est un droit au Québec.
Donc, ma question est
la suivante, M. le Président : Depuis les questions à la période de
questions, depuis les interpellations, qu'est-ce que vous avez fait, M. le
ministre, de concret pour régler cette situation-là?
M.
Lafrenière : Je vais commencer par acquiescer au début de la question
de mon collègue. C'est vrai que c'est un dossier qu'il suit de très, très près,
puis je l'ai dit à chaque fois, je le souligne parce que c'est rare, c'est rare
qu'on a cet... je ne veux pas dire cet
intérêt-là, ce n'est pas vrai, mais qu'on a la chance d'en parler aussi
souvent. Et ce que je dis à chaque fois, puis... puis je vais être très
prudent, je vais prendre une minute pour le dire clairement parce je ne veux pas avoir l'air de quelqu'un de désintéressé,
quand on parle de nation à nation, quand on parle d'une nation qui est
conventionnée, quand on parle de nation... de... de notion d'autonomie, il y a
la commission scolaire Kativik, ma job, ce
que moi, je peux faire dans la limite de ce qui m'est donné, en fait, dans
cette relation-là, c'est de maintenir, je
ne vais pas dire une pression, mais un suivi, un suivi avec eux pour
voir : Mais qu'est-ce qui se passe? Parce que ce que mon collègue a rapporté, moi aussi, comme père
de famille de deux jeunes filles de 13 ans, 15 ans, ça m'a
interpellé, en disant : Mais
pourquoi? Alors, j'ai fait des suivis, on maintient ces suivis-là, M. le
Président. Mais c'est sûr qu'il faut reconnaître une forme d'autonomie
avec la commission scolaire Kativik.
Ce
vendredi, M. le Président, je me... je me rends au cégep inuit qu'on a, à
Montréal, les rencontrer. Je maintiens le lien avec la commission
scolaire pour voir ce qui se passe, de voir comment les aider. Puis j'ai dit
tantôt qu'en matière de santé on a innové en faisant des logements qui étaient
différents. En matière d'éducation, ce qu'on a réussi à faire, c'est d'avoir
des conditions de travail qui étaient différentes pour permettre, justement, de
garder le personnel. Parce que c'est un
enjeu qui est vrai. Ce n'est pas facile de travailler au Nunavik, en passant,
M. le Président, on le sait. Alors, plusieurs enjeux, plusieurs façons,
que ce soit dans les logements, que ce soit dans les conditions de travail,
c'est ce que je peux faire.
Mais mon collègue
maintient ses... ses questions sur ce dossier-là, qui est extrêmement
important, et je veux terminer en disant que
tout est relié, aussi, hein? Parce que mon collègue parlait de l'eau courante,
c'est la même chose. Quand on a une problématique dans un... dans une
ville parce que les changements climatiques ont fait en sorte que les tuyaux
d'eau ont gelé cette année, c'est sûr que, pour les enseignants qui travaillent
dans cette communauté-là, qui ont une difficulté d'avoir de l'eau, c'est
compliqué, ça ne rend pas la job facile ou intéressante. Tout est relié. Mais
on travaille avec les gens qui sont sur place, tout en reconnaissant leur
autonomie, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député,
s'il vous plaît.
M.
Morin : Oui. Question complémentaire sur le même sujet, M.
le Président. On a fait une demande d'accès à l'information auprès du centre...
du centre scolaire, et on nous indique notamment qu'en 2022-2023 il manque
31 enseignants au primaire, 45 au secondaire. Le centre scolaire nous dit
qu'il participe à différents salons qui font la promotion du Nunavik.
J'aimerais savoir si M. le ministre est au courant de ces démarches, s'il les
appuie. Et que fait-il de façon concrète pour appuyer le centre de service pour
qu'il puisse trouver des enseignants?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous
plaît.
M.
Lafrenière : Oui. Merci, M.
le Président. Puis même les chiffres... Parce que je vois qu'on a eu une
discussion avec Harriet Keleutak, de
la CSK, puis on parlait de 67 postes qui étaient à combler. Ça fait que ce
que mon collègue dit, là, c'est très proche de cette réalité-là. C'est
un enjeu qui est réel.
Qu'est-ce que
je fais pour la soutenir dans tout ça? Bien, c'est avec mes collègues. Parce
que, tantôt, je ne l'ai pas mentionné, après avoir fait la tournée des
55 communautés, là, je suis dans la tournée des ministères, différents collègues, pour les sensibiliser sur les enjeux
qu'on a avec les Premières Nations, avec les Inuits. Et, dans le cas bien
présent quand on parle d'éducation,
c'est de regarder avec ma collègue au Conseil du trésor pour les conditions de
travail, avec mon collègue du ministère de l'Éducation, de voir comment
on peut aider.
Parce que, M. le Président, je l'avoue,
aujourd'hui, on a un taux de décrochage qui avoisine les 77 % à 80 %
au Nunavik. Totalement inacceptable. On travaille avec la commission scolaire,
mais, pour les profs, pour les garder en
place, il faut être plus attractif, il faut avoir des logis pour eux puis des
conditions de travail qui sont respectables. On continue de travailler
avec eux, de parler de cette réalité-là, c'est... Et ce n'est pas simple, M. le
Président, en toute honnêteté. Il faut
reconnaître leur autonomie, les appuyer, mais tout en reconnaissant leur
autonomie. C'est une nation qui est conventionnée.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député.
• (18 h 20) •
M.
Morin : Oui. Alors, M. le Président, tout à l'heure, M. le
ministre faisait référence à la question de l'accès à l'eau potable.
Alors, parlons-en, ma prochaine question est sur ce sujet.
C'est un enjeu majeur dans plusieurs villages
nordiques, au Nunavik, il n'y a pas de système d'aqueduc ni d'égouts dans 13 des 14 villages au nord. Ce
sont des camions-citernes qui doivent assurer le transport de l'eau potable
et le retrait des eaux usées. En hiver, cela pose des problèmes, ça peut
entraîner... le climat peut entraîner des retards dans la distribution de l'eau. Il y a des communautés qui peuvent passer
des jours, parfois des semaines sans eau. C'est arrivé à Ivujivik.
Je suis
conscient, M. le Président, que c'est l'Administration
régionale Kativik, donc l'ARK, qui
est responsable de la distribution de l'eau. Cependant, différents
maires ont affirmé dans des reportages qu'ARK ne semble pas du tout cerner
l'urgence de la situation. Alors, j'aimerais demander à M. le ministre :
Quelles sont vos solutions pour que l'ARK
puisse efficacement distribuer de l'eau potable dans les villages nordiques?
Concernant l'annonce récente de 163 millions
sur cinq ans à ARK, pouvez-vous garantir que cet argent sera destiné à régler
ce problème-là? Ce problème-là, M. le Président, est d'autant plus
paradoxal que le Québec est une réserve d'eau pour l'ensemble de la planète.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous
plaît.
M.
Lafrenière : Oui. Merci, M. le Président. Puis, en même temps,
je pense que c'est important pour les gens qui nous écoutent de parler
de cette réalité-là au Nunavik.
Parce qu'on
pourrait se dire : Pourquoi, en 2023, on ne creuse pas pour mettre un
système de tuyaux pour l'eau, les égouts? Je me suis rendu au Nunavut
pour voir comment ça fonctionnait, parce que tout le monde donne cet exemple-là
en comparaison. C'est une très petite partie d'Iqaluit qui est reliée par l'eau
et les égouts. Le reste de la communauté est
encore avec des camions de transport. Pourquoi? Un, premièrement, ils ont densifié
beaucoup à Iqaluit, ils ont bâti en hauteur, c'est beaucoup plus urbain.
Et, quand on voit notre situation au Nunavik, le premier problème qui nous guette avec les changements climatiques,
j'ai des problèmes avec des maisons ou des centres qui ont été bâtis, qui
sont très récents, qui craquent de partout : le pergélisol dégèle. On a
subventionné, récemment, deux rapports pour l'étude du dégel du pergélisol.
Vous pouvez vous imaginer si on mettait des tuyaux enfouis? Je ne gage pas sur
la période de temps que ça va rester.
Alors, on a de l'eau. Le problème qu'on a, c'est
la livraison de l'eau potable, M. le Président. Puis on l'a vécu pendant la
COVID, où des camions ont brisé, puis, faute de maintenance, de personnel
qualifié pour les réparer et de pièces, ils n'ont pas pu les réparer, ça a
causé des problèmes majeurs.
La dernière
fois, avec mon collègue, on a parlé, entre autres, d'Ivujivik, Ivujivik que
j'ai visité, et paradoxalement, M. le Président, le problème qu'ils ont
vécu, il a fait très froid, pas assez de neige. Normalement, la neige devient
un isolant, ça vient isoler le tuyau qui
part du lac qui est en haut de la colline, qui descend jusqu'en bas au centre,
où on peut traiter l'eau et la distribuer par la suite. Et il a manqué de
neige. Le tuyau a gelé solidement, ça a craqué, ça a éclaté. C'était du jamais vu. On a réussi, l'ARK
m'a confirmé, dans la dernière visite que je leur ai faite, qu'ils ont trouvé
un fournisseur qui va pouvoir refaire ce
tuyau-là. Parce qu'encore là d'avoir des fournisseurs au Nunavik, ce n'est pas
simple.
Et le suivi, je le
maintiens avec l'ARK. Ils sont de passage la semaine prochaine ici, à
l'Assemblée nationale, ça me fera plaisir d'inviter mes collègues des
oppositions pour les rencontrer aussi. J'ai donné les moyens financiers, on a renouvelé l'entente qu'on a avec eux. Le
problème n'était pas un problème d'argent, ils l'ont dit clairement, c'est un
problème de ressources pour être capable de faire ces changements-là. Puis
c'est sûr, encore une fois, que, pendant la période de COVID, ça a été
problématique.
Puis je vais donner un exemple bien concret, là.
Entre autres, à Quaqtaq, ils avaient décidé d'investir pour former un
mécanicien local. Eux, ils se sont très bien sortis de la période de pandémie.
Il y avait un mécanicien qui pouvait réparer les camions sur place. Ceux qui
devaient attendre un mécanicien qui se déplaçait, pendant la période où le
Nunavik était fermé à cause de la COVID, ont eu de graves, graves, graves
problèmes avec les véhicules de transport,
que ce soit le mazout, l'eau ou même les égouts qui devaient être évacués. Sans
camion, c'était problématique. Alors, c'est un enjeu.
Je sais que, pour les gens à la maison,
d'entendre que, dans le Nord, il y a des maisons qui ne sont pas reliées par l'eau et l'égout, ça fait bizarre. Mais, quand
on comprend la réalité du Nunavik, c'est par véhicules. L'eau potable,
elle est présente; le problème, c'est de la livrer jusqu'aux maisons. Et
là-dessus l'ARK nous l'a confirmé récemment, il n'y a pas d'enjeu d'argent. Ils
ont un enjeu aussi pour les camions, où il y avait deux ans de retard dans les livraisons. Et il y a deux... M. le Président, je
vais terminer en disant qu'annuellement, là, il y a deux bateaux qui font
de la livraison au nord, donc ils doivent
prévoir ça à l'avance pour avoir les camions pour être capables de les délivrer.
Mais on les appuie là-dedans. J'ai même
offert de trouver, avec du transport militaire, avec les liens que j'ai, pour
faire livrer des camions, tout ça. On est en lien avec eux.
Mais pour
Ivujivik, très bonne nouvelle, c'est tout récent, il y a eu un appel d'offres,
ça a fonctionné, ils vont faire les travaux.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie.
M. Morin : Alors, merci, M. le
Président. On demande parfois à l'opposition officielle ou aux oppositions de
faire des remarques constructives. Alors, peut-être que l'ARK pourrait
s'inspirer de ce qui se fait au Nunavut, parce que c'est également une région nordique, puis ils ont... on semble moins
avoir de problèmes d'approvisionnement en eau potable qu'au Nunavik.
Donc, voilà.
Alors, mes prochaines questions, M. le
Président, sont en lien avec le sous-financement des services de police
autochtone. En fait, le sous-financement est un phénomène qui est bien
documenté. Ça met les services de police
autochtone en situation de vulnérabilité, parfois même leur existence est en
péril. Ça entrave aussi l'autodétermination des peuples autochtones et
leur capacité à développer des services dans le champ spécifique de la sécurité
publique. Ça a une conséquence aussi sur les offres de conditions salariales,
parce qu'en plus leurs conditions salariales sont inférieures à celles
octroyées aux autres corps de police au Québec, parfois même un écart de
40 %.
Il y avait plusieurs recommandations de la
commission Viens, M. le Président, qui concernent le financement des corps de
police établis dans les communautés des Premières Nations, et j'aimerais que M.
le ministre nous donne un état de la situation quant à l'application des
recommandations de la commission Viens relativement aux services de police
autochtone.
Le Président (M.
Bachand) : M. le Ministre, s'il vous
plaît.
M. Lafrenière : Oui, merci beaucoup,
M. le Président. Juste en commençant, de rappeler aux gens qu'il y a
22 corps de police autochtones et... ce qu'on appelle les CPA. Il y en a
22 au Québec. C'est l'endroit au Canada où il y en a le plus. Et ça peut partir
de l'exemple de Pakuashipi, avec trois policiers, jusqu'à une douzaine de
policiers. Alors, vous comprenez un petit peu la grandeur de ces services-là.
Le coût de financement annuel, c'est 51 millions qui est fait là-dedans.
M. le Président, mon collègue me demande ce qui
a été fait suite à la commission Viens, puis il a raison, c'est hyperimportant.
Je vous dirais que, dans mon... dans ma tournée des communautés, là, 30 %
des discussions, après la langue, on parlait de sécurité, sécurité publique,
alors je me sentais très à l'aise d'en parler avec eux. Et on a fait plusieurs
annonces, entre autres, pour permettre aux candidats policiers autochtones
d'avoir accès à la formation. Parce que, souvent, c'est un frein, c'est un
frein pour eux, ils ne pouvaient pas avoir accès à cette formation-là.
Deuxième élément que je veux vous partager, que
je trouve fort important, c'est les patrouilles mixtes. Et ce que ça veut dire, M. le Président, c'est que, dans
des communautés, surtout en milieu urbain, on a des policiers autochtones, on
a des policiers, exemple, du corps de police local, que ce soit la Sûreté
Québec, qui travaillent ensemble.
Puis je vais vous dire, M. le Président, on a
fait un essai avec un projet pilote, à Winneway, du côté du Témiscamingue, où
on a trois communautés qui sont ensemble avec la Sûreté du Québec, qui
patrouillent ensemble. Pourquoi? Un des modèles qu'on regarde, parce qu'encore
là on n'imposera pas le modèle, c'est aux autochtones à faire leur choix, c'est la régionalisation de la police, comme il a été
fait du côté allochtone, où on est passé de plusieurs services de police, au Québec, avec moins. Les
gens qui nous écoutent à la maison le savent, il y a plusieurs régies de police,
puis c'est ce qui est essayé présentement à Témiscamingue.
Alors, des annonces, on en a fait beaucoup. On
l'a dans le tableau Viens, je pourrais passer au travers, parce qu'on a fait beaucoup
d'annonces : entre autres de mieux financer l'association des directeurs
de police autochtones, ce qui n'était pas le
cas; plusieurs annonces en matière de prévention de la violence faite aux
femmes; meilleure formation des policiers; meilleur financement des
services de police aussi au niveau de l'accès à la formation, je l'ai dit
tantôt.
Et un autre exemple urbain
pour les gens de Montréal : une patrouille qui existe à Montréal, où les
gens du Centre d'amitié autochtone
patrouillent avec les policiers de Montréal au centre-ville. Pourquoi? C'est
quoi, l'avantage? Bien, au niveau de l'approche culturellement adaptée, langue,
culture, c'est vraiment prometteur, mais ça avec la Sûreté du Québec, puis c'est une des annonces fortes
qu'on a faites, plusieurs endroits au Québec, on a développé ce modèle-là.
Mais mon collègue fait bien de le dire, la
sécurité, la sécurité publique, c'est un gros, gros, gros enjeu dans les
communautés. Les gens nous en parlent beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : ...Acadie.
M. Morin : Merci. Je sais que, dans
le plus récent budget, il y avait certaines mesures annoncées concernant le
financement des corps de police autochtones. Est-ce que M. le ministre croit
que c'est suffisant pour rattraper le retard qui est accumulé?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Lafrenière : La question est
bonne, M. le Président. Puis je vais me permettre de partir sur un... ce que je
vous ai dit, tout à l'heure, avec le projet
pilote à Winneway. Parce qu'il y a plusieurs communautés innues qui se sont
rencontrées, qui regardent cette possibilité-là de travailler ensemble. Puis
pourquoi je vous en parle, M. le Président? C'est qu'il y a un certain enjeu
aussi : quand on se retrouve avec un service de police avec trois
policiers, ça devient très difficile de
garder les policiers, hein, parce que les chances d'accéder à une autre
fonction sont presque impossibles, et de policer dans la communauté dans
laquelle on vit, extrêmement lourd, M. le Président.
Alors, c'est une des possibilités qui est
regardée, entre autres avec les communautés innues, de faire une
régionalisation, peut-être une police tribale, on verra de leur côté ce qu'ils
veulent, mais c'est une des possibilités. Puis
pourquoi je vous en parle quand on parle de budget? Il y a des économies à
faire, mais surtout il y a une possibilité de garder les candidats. Parce que présentement, là, après une année, deux
années, les gens changent de travail, vont ailleurs. Il faut trouver une
façon d'être plus attractifs.
Le Service de police du Nunavik a trouvé quelque
chose de fort intéressant, où on forme des candidats maintenant, entre autres à
Regina, avec, en échange, un contrat de cinq ans où les gens doivent s'engager
à travailler au Nunavik. Sinon, ça devenait
un club-école, les gens passaient au Nunavik pendant 18 mois, une fois
qu'ils avaient assez d'ancienneté,
venaient travailler dans d'autres services de police. On veut garder les
candidats dans leur service. C'est une approche qui est intéressante.
Nous, on veut... Je n'ai pas de plan pour
changer le nombre de services de police, mais effectivement, s'ils le veulent, faire l'approche qu'on a faite à Winneway,
faire l'approche qu'on a faite ailleurs, de regarder une régionalisation, c'est
fort intéressant. Et surtout, M. le Président, ça répond à une de mes trois
grandes priorités que j'ai présentées au premier
ministre, c'est-à-dire la sécurité, puis mon collègue, je connais son passé, la
lutte au crime organisé, qui est une grande
priorité pour moi, crime organisé qui est présent dans toutes les communautés
au Québec, et les communautés autochtones n'y échappent pas.
Moi, dans ma
tournée, entre autres sur la Basse-Côte-Nord, j'ai eu le plaisir — c'est du sarcasme — de croiser des motards criminalisés qui se
promenaient dans les communautés. C'est un enjeu. Alors, c'est sûr que c'est
une priorité pour moi puis c'est sûr qu'on
va travailler avec les services de police et avec mon collègue ministre de la
Sécurité publique, en qui j'ai entièrement confiance.
• (18 h 30) •
Le Président (M.
Bachand) : M. le député, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. La... Merci, M. le
Président. La... Ma prochaine question... Et j'écoute attentivement M. le ministre, il parle de son dialogue qu'il a avec le
premier ministre, l'importance de la sécurité, l'importance de faire la lutte
au crime et au crime organisé. Malgré tout
ça, la Cour d'appel du Québec, en 2022, se rangeait du côté de la communauté
innue de Mashteuiatsh, reconnaissant que la communauté et le corps de police
n'étaient pas suffisamment financés par
Québec et Ottawa. On parle d'un montant d'à peu près 1,6 million de
dollars. Le gouvernement du Québec a décidé de porter cette décision en
appel. Est-ce que vous en avez parlé avec le Procureur général? Visiblement,
vous n'avez pas été capable de le
convaincre. Pourquoi avez-vous décidé de porter cette décision en appel plutôt
que de faire en sorte que ce corps de police soit financé adéquatement?
Le
Président (M. Bachand) :
Bien sûr, je vous invite à la
prudence, vu que la cause est judiciarisée. M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Lafrenière : C'est ce que
j'allais répondre. Non, je n'ai pas parlé au Procureur général dans ce
dossier-là. C'est un dossier qui est
judiciarisé, je veux être prudent. Juste vous dire qu'on se rappelle que, dans
le financement des services de police
autochtone au Québec, 52 % vient du gouvernement fédéral, 48 % du
gouvernement provincial. Dans cette
entente-là, on n'est pas seuls, alors on n'est pas seuls à aller en appel non
plus, à revoir ce mode de financement là. Un.
Cependant, je ne veux pas terminer sur une
réponse comme ça parce que je trouve qu'on ne va pas au fond des choses. Je veux rassurer mon collègue. Parce
qu'on parle de... Tantôt, j'ai parlé de lutte au crime organisé, mais je ne
suis pas à l'aise de parler de lutte sans
parler de prévention. Puis, la semaine prochaine, je veux souligner que les communautés innues, entre autres la communauté de
Uashat, organisent un sommet sur la prévention, lutte aux dépendances, aussi, qui est très présente dans les communautés. Et il
faut souligner ces gestes-là, M. le Président, quand les communautés envoient un message fort. Un, ils ont envoyé un
message fort de lutte au crime organisé, et là ils envoient un message fort de prévention, comment aider les jeunes dans
ce combat-là à la lutte aux dépendances. Alors, je voulais le souligner, M. le Président. Ça a lieu la semaine prochaine.
Je vais être présent. Et c'est un axe qui important, la prévention, aussi.
Le Président (M.
Bachand) : Il vous reste une minute, M. le
député d'Acadie.
M. Morin : Oui, c'est ça. Alors, je
vais commencer ma question, probablement que M. le ministre pourra répondre dans le prochain bloc. M. le ministre, il
a fait... l'a souligné, M. le Président, il vient de parler de la formation
à Regina, mais il y a également à l'École nationale de police du Québec, qui
offre un programme de formation en patrouille, gendarmerie autochtone, aux
cohortes autochtones, et les aspirants policiers évoluent dans un contexte de
formation qui stimule la... qui simule la réalité du travail policier
autochtone. Sachant que M. le ministre est un ancien
policier, pouvez-vous nous dire si le cursus du programme qui est offert a des
retombées positives? Est-ce que vous êtes
consulté sur le cursus? Est-ce que vous l'évaluez? Et puis est-ce que ça donne,
évidemment, des résultats positifs?
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Donc, comme convenu, on
ira peut-être dans un futur bloc d'échange pour la réponse. Désolé, le temps va
rapidement. Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : ...Président. J'entends,
et ce n'est pas la première fois que vous le dites, toute la question de vos
trois priorités, dont une est la sécurité publique.
J'aimerais aborder un sujet délicat, mais, quand
même, qui nécessite d'être abordé, et je parle de la situation à Kanesatake. En fait, ma première question est plus d'ordre
général, c'est : À quel moment, pour vous, M. le ministre, vous avez été en contact avec la réalité de cette
entreprise qui pollue de façon inacceptable et intolérable? La dompe, là, qu'on
pourrait dire en bon Québécois, quand est-ce que ça a été porté à votre
attention, ça, comme réalité?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui, merci beaucoup,
M. le Président. Puis on fait allusion à l'entreprise G&R Recycling, qui
est à Kanesatake. C'est un dossier que je connais bien, que j'ai travaillé avec
l'ancien conseil de bande. Donc, ça ne relève pas d'hier, M. le Président, là,
ça remonte... puis je vais vous trouver la date pendant qu'on se parle, là, ça
remonte déjà à un petit bout de temps, et ce qu'il faut comprendre là-dedans,
c'est qu'il y a eu plusieurs avis qui ont été émis par le gouvernement du
Québec. On dit que ça remonte aux années 2012. Ça vous donne un exemple, là, ça
remonte à plusieurs années, plusieurs constats qui ont été émis.
Dans les derniers mois, on a fait plusieurs
actions. J'ai travaillé avec les deux chefs, le grand chef qui était en place à
l'époque, grand chef Simon, le grand chef Bonspille. On a travaillé... J'ai
fait plusieurs rencontres avec le gouvernement
fédéral. Depuis tantôt que je le dis, M. le Président, c'est sûr que, quand on
travaille sur terre de réserve... c'est sûr qu'il y a une responsabilité
fédérale, mais on travaille avec nos collègues du gouvernement fédéral, dans
ce dossier-là, pour trouver des solutions,
parce que, présentement, bien qu'il n'y ait plus... bien qu'il n'y ait plus
d'activité nouvelle sur ce site-là, le site... puis ma collègue a bien
raison, le site demeure contaminé. Il faut agir.
On regarde,
avec le gouvernement fédéral... Nous, nos revendications, c'est qu'ils doivent
payer pour décontaminer. C'est une terre fédérale. Cependant, on
travaille toujours avec les collègues, mais ce que... Je veux vous rassurer. Il
n'y a plus, présentement, de nouvelle
matière qui s'ajoute là, et mon collègue ministre de l'Environnement aussi a
amené un nouveau règlement pour
suivre les chargements de matière contaminée pour s'assurer justement qu'on
n'ait pas de nouvelle matière qui arrive sur place.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée, s'il vous
plaît.
Mme
Massé : Donc, vous, vous avez été mis au courant de la
situation dès votre arrivée en poste puisque ça date de 2012. J'entends
bien.
Mon autre question, en fait, c'est qu'il y a la
situation, clairement, de cette entreprise qui a été délinquante pendant
plusieurs années, mais il y a aussi la réalité que... et là je reprends les
paroles de personnes qui résident à Kanesatake, qui disent que c'est une terre
de non-droit. Les gens ont peur. Les gens entendent des coups de fusil à
longueur de journée. Ils ont peur de laisser des enfants... En fait, je ne sais
pas si vous l'avez vue, la lettre ouverte, là, du groupe People for Reclaiming Kanesatake. Vous avez vu, M. le
ministre? Je pourrais vous la déposer aussi, là. Bien, je vais la déposer. Comme ça, ça la donnera aussi
à tout le monde ici, autour de la table. En fait, c'est ça, donc, la dimension
de la sécurité dans un endroit considéré comme un endroit... un lieu de
non-droit ici, au Québec, sur une terre que vous dites fédérale, mais ce n'est
pas une réserve... Oka est juste à côté. Ce n'est pas une réserve, Kanesatake.
Alors, moi,
je veux savoir, c'est ça, qu'est-ce que vous dites à ces gens qui ne savent
plus, comme on disait par chez nous, à quel saint ou à quelle sainte se
vouer? Qu'est-ce que vous répondez à ces familles?
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Juste avant de...
s'il vous plaît, faire parvenir par courriel la fameuse lettre au
secrétariat. M. le ministre, s'il vous plaît, oui.
Mme Massé : Oui, merci, M. le
Président.
M.
Lafrenière : Oui, puis ma collègue fait bien de le mentionner,
c'est un statut qui est particulier, à Kanesatake, pour la... Quand je vous disais «terre de
réserve», c'est une terre qui vient d'une loi fédérale, mais ce n'est pas une
terre de réserve comme on la connaît, ce qui donne un statut encore plus
complexe, pour être bien honnête. On est avec des lois fédérales.
Ceci étant dit, ce que ma collègue vient de
dire, oui, je l'ai lu, mais je l'ai entendu, puis il y a plusieurs personnes
qui m'ont approché là-dessus. Puis je vais vous avouer, M. le Président, que je
travaille, depuis le jour 1, avec, comme je vous dis, à l'époque, le grand
chef qui était sur place, Serge Simon par la suite, le chef Bonspille. Puis ma collègue le sait, présentement, on a une
situation qui est particulière au niveau politique à Kanesatake. On a un
grand chef qui est isolé. Lui-même l'a
avoué, qu'il avait besoin d'aide. J'ai demandé à plusieurs reprises à mon
collègue du fédéral, M. Marc Miller, de m'aider dans cette situation-là,
parce que c'est problématique. Les gens...
On va se dire
quelque chose, puis je pense que c'est important pour ma collègue, là, puis
elle va être d'accord avec moi, de passer le message que, présentement, là, les
gens de la communauté sont victimes. Ils sont victimes d'un petit groupe de gens qui sont parfois reliés au
crime organisé, qui font des activités illicites, et les résidents de
Kanesatake sont victimes de tout ça.
Alors, qu'est-ce qu'on a fait dans tout ça? On a
fait plusieurs approches. Dès mon arrivée, j'ai nommé un négociateur qui
travaille avec Kanesatake. C'est son travail à temps plein de faire le lien avec
la communauté puis d'explorer des solutions, d'explorer des solutions, parce
qu'on se rappellera ce qui est arrivé avec l'ancien corps de police autochtone
mohawk de Kanesatake, où la maison du chef a été brûlée. On connaît ce qui est
arrivé aussi dans cette réalité-là. On travaille avec les autres communautés,
les autres communautés autochtones. On essaie de trouver des solutions. On essaie d'être créatifs. Mais je
veux rassurer ma collègue. C'est un enjeu qui est très sérieux. J'ai une
personne qui est en lien au quotidien avec non seulement le grand chef, mais
les autres chefs, mais c'est complexe présentement, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée, s'il
vous plaît.
• (18 h 40) •
Mme Massé : C'est clairement
complexe, j'en suis, mais on est au Québec en 2022. La situation dure depuis
plus de 30 ans. Je ne comprends pas. Je comprends que vous êtes en
recherche de solutions. D'ailleurs, les gens qui habitent là et dont leur sécurité... Moi, ma sécurité à moi, elle n'est
pas en danger, là, mais la leur, elle l'est. Des balles perdues, ils n'osent plus envoyer les enfants
dehors. Ces gens-là, ce qu'ils nous demandent, c'est de faire ce qui doit être
fait.
Alors, si nos corps de police ne sont pas capables
d'agir sur le crime organisé, main dans la main avec, je ne sais pas, des corps
de police autochtones, est-ce que... Parce que même... Vous l'avez nommé, M. le
ministre, même le chef actuel demande de l'aide de la SQ avec tout ça. Ce que
les gens sur place nous proposent, c'est de dire : Bien, est-ce qu'il ne faut pas, comme on l'a fait
d'autres fois dans notre histoire quand le crime organisé dépasse nos
institutions... bien, c'est de créer
une... soit une commission d'enquête spéciale... Eux autres parlent d'un comité
parlementaire spécial ou... bien sûr,
avec le Canada, mais, nous, au Québec, là, la sécurité publique, c'est de
valeur, c'est de notre responsabilité. Alors, est-ce qu'on pourrait
explorer de ce côté-là? Est-ce que vous l'avez fait?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui, merci, M. le
Président. Puis ce serait tentant pour moi d'embarquer sur le volet sécurité publique, qui est chez mon collègue le ministre
responsable de la Sécurité publique. Je travaille avec lui, et c'est sûr que, même s'il y avait présentement des enquêtes qui
étaient en cours, je ne serais pas au courant, puis c'est la bonne chose
aussi. La police fait son travail, et on va les supporter là-dedans.
Je veux rappeler cette réalité qu'on connaît
présentement à Kanesatake, qu'on connaît, qu'on connaît depuis les événements
d'Oka, puis je veux rappeler aussi... Quand on parle de lutte au crime organisé
puis comment aider les communautés, pas plus
tard que l'an passé, M. le Président, à Akwesasne, une autre
communauté mohawk pas très, très
loin, on a investi, on a aidé la communauté à s'équiper pour faire la lutte au
passage d'alcool, de tabac qui se faisait sur place, à la contrebande.
Ils ont rajouté une unité nautique. On est au rendez-vous. On travaille avec
eux.
Présentement, du côté de Kanesatake, je vous
dirais qu'au niveau politique j'ai des gens qui nous demandent d'intervenir, d'autres qui nous disent que c'est
leur territoire, qu'ils ne laisseront pas les policiers arriver sur place. On
cherche une solution qui ne causera pas de
plus grands problèmes, mais effectivement ce que la collègue a mentionné... Puis moi, je l'entends des enclavés aussi. Ça,
c'est des gens de la municipalité qui vivent au travers cette terre fédérale.
On travaille avec eux, puis c'est pour ça
que j'ai nommé un facilitateur, un négociateur qui soit en lien avec ces
gens-là, qui, eux aussi, craignent pour leur sécurité, puis, moi, ça
m'interpelle, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée.
Mme
Massé : Alors, c'est peut-être pour ça qu'il faut regarder
plus loin, plus haut, se mettre ensemble, ensemble pas moi puis vous, là. Le
crime organisé, là, ce n'est pas notre... ce n'est pas notre tasse de thé,
mais, oui, il faut travailler avec les différents corps policiers,
fédéral, provincial, international, et une des façons...
En fait, moi, ce que je voulais surtout porter à
votre attention aujourd'hui, c'est qu'il y a des gens qui, maintenant, risquent leur vie parce qu'ils prennent
la parole. Bien sûr, ils ne la prennent pas publiquement, vous comprendrez
pourquoi, et moi, je pense qu'on a une responsabilité de tout faire par rapport
à ça, et je n'ai pas encore trouvé le chemin. Je le sais, que vous cherchez, mais
je pense que ces parents-là, ce qu'ils nous indiquent, c'est qu'il y a peut-être... c'est
peut-être de l'ordre de commissions qui dépassent qui on est puis qu'est-ce
qu'on fait. Moi, j'aimerais ça que vous le considériez.
Il
me reste une minute. Je voulais juste vous le lancer. Malheureusement, je
n'aurai pas le temps de l'aborder. C'est ça, il me reste une minute,
hein?
Le
Président (M. Bachand) : Deux minutes.
Mme Massé : Deux
minutes? En fait, j'aimerais savoir... parce que, là, je suis allée à Manawan avec
vous la semaine dernière. On a croisé, au
kilomètre 60, des autochtones qui protègent leurs terres ancestrales, et
ils ont obtenu un moratoire, mais un
moratoire, ça prend fin, et, encore une fois, ce qu'ils demandent, c'est de pouvoir
être impliqués, donc, moratoire pour pouvoir être impliqués, puis je
vous jure que, quand on voit ce qui se passe à Pipmuacan, c'est inquiétant.
C'est inquiétant parce que l'industrie du bois ne semble pas vouloir travailler
main dans la main avec les responsables, en
fait, les chefs de territoire, qui, eux autres, se retrouvent le lendemain,
comme l'ont vécu les Dubé avec leur
érablière qui a été... des arbres de plusieurs dizaines, voire centaines
d'années, qui sont disparus, alors qu'il n'y avait pas de droit de coupe là. Qu'est-ce que vous dites
à notre nouvelle ministre responsable des Forêts pour la convaincre que les terres ancestrales autochtones, là, c'est
fondamental pour la culture des autochtones puis qu'on doit ne pas laisser les
compagnies faire ce qu'elles veulent là-dedans?
Le
Président (M. Bachand) : En une minute, M.
le ministre, s'il vous plaît.
M.
Lafrenière : J'ai accumulé trois questions, en plus. Ça va être dur.
M. le Président, je
vais y aller rapidement sur le point que ma collègue a apporté puis, tantôt,
j'ai dit : Ce n'est pas un ou l'autre, c'est un ou l'autre. Je vais vous
dire la même chose au niveau de la foresterie parce que j'ai plusieurs...
Tantôt, on parlait de développement d'entreprises autochtones. J'ai plusieurs
entreprises autochtones qui vivent de la
foresterie aussi, qui me demandent des droits de coupe. Il faut faire un et
l'autre. Dans Pipmuakan, il y a eu des consultations en 2017, 2018,
2019, puis c'est ça qui est sorti récemment.
Est-ce qu'il faut
protéger des aires au Québec? La réponse, c'est oui. On s'est engagés, d'ici
2030, à avoir 30 % d'aires protégées,
c'est vrai. Ce que la famille Dubé a vécu à Manawan, c'est une erreur qu'on a
avouée. Ça fait 18 mois qu'on l'a avoué, les coupes dans
l'érablière n'auraient jamais dû arriver. J'ai parlé à... Je lui ai dit qu'on
ferait le suivi ensemble, qu'on cherche une solution. On a fait plusieurs
propositions, et, du côté de Wemo, qui n'est pas
très, très loin, le conseil de bande avait fait une entente sur un
développement, sur un plan de coupe. Il y a des familles qui ont dit qu'elles n'étaient pas bien
représentées là-dedans. On y travaille. J'ai nommé un facilitateur là-dedans
aussi. Mais c'est vrai qu'il faut faire un et l'autre, parce qu'il y a
plusieurs industries, plusieurs autochtones qui vivent de la foresterie aussi.
Il faut faire les deux.
Document déposé
Le
Président (M. Bachand) : Merci, M. le
ministre. Juste avant de passer la parole au député d'Acadie, je dépose officiellement
la lettre de l'association des Premières Nations du Québec-Labrador sur
Greffier. M. le député, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci. Merci, M. le Président. Alors donc, pour
continuer avec le bloc et la question sur la formation des policiers, que j'ai posée juste avant le bloc
qui était à ma collègue députée, alors j'attends la réponse de M. le ministre.
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre,
s'il vous plaît.
M.
Lafrenière : Oui, manque de temps, on aime ça.
La formation des
policiers à Nicolet, je vais me permettre de rajouter une étape avant tout ça,
qui est la technique policière. Et le prédécesseur, qui était membre du Parti
québécois pour René-Lévesque, m'avait apporté à l'époque, quand j'étais adjoint
parlementaire à la Sécurité publique, un projet pour développer... un projet de
TP, du côté de Baie-Comeau, avec une
composante importante des Premières Nations, puis on a réussi, M. le Président.
Alors, c'est un nouveau cours. Tout récemment, on annonçait qu'on doublait
le nombre de candidats pour amener justement des candidats qui connaissent et
qui veulent cette... qui ont cette volonté-là de travailler en communauté
autochtone.
Pour ce qui est du
côté de Nicolet, je connais bien la formation. Est-ce que moi, je contribue? La
réponse, c'est non. Mon travail est différent. Mon travail est de m'assurer que
les fonds sont là, m'assurer que je fais le travail avec mon collègue ministre de la Sécurité publique aussi, qu'il le
tienne en compte, puis, nous, ce qu'on a voulu faire, M. le Président, c'est s'assurer que les candidats
qui voulaient être policiers autochtones puissent le faire, que l'argent
ne soit pas un frein, puis ça, ça fonctionne. Il y a beaucoup plus de
candidats, puis on y va. Tantôt, ce que je disais pour le service de police du
Nunavik, qui ont une réalité différente, ils font cette entente-là avec la GRC
pour avoir une formation qui est adaptée et aussi pour avoir des candidats qui
prennent une entente de cinq ans.
Alors, oui, c'est
bien, ce qui est développé à Nicolet, en français, en anglais,
superintéressant. Les policiers ont accès à
de la formation initiale et aussi au maintien de compétences, puis ça, M. le
Président, c'est important. Quand on
a parlé du dossier de violence conjugale, il y avait beaucoup de formation à
faire en violence conjugale, en exploitation sexuelle des mineurs, puis
on s'est assurés que les policiers autochtones avaient accès à cette même
formation-là, chose qui était à géométrie variable dans le passé.
Le Président (M. Bachand) : Merci.
M. le député.
M. Morin : Bien,
merci, M. le Président. Alors, ma prochaine question, au fond, c'est une
continuation en partie de ce que ma collègue
la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques avait abordé, donc le réservoir de Pipmuacan. Il y a un litige
présentement puisqu'il y aurait des droits de coupe qui auraient été accordés,
et, dans un des dossiers, votre collègue la ministre des Ressources naturelles
affirme que les coupes forestières effectuées et planifiées étaient inévitables, et ce qu'on vient d'apprendre, et je
ne sais pas comment on peut transférer l'article parce que c'est sur un support
informatique dans La Presse, c'est
que son ministère contredirait cette affirmation pour au moins un des permis
puisque la ministre aurait l'autorité pour ne pas renouveler.
Donc, ma question est
la suivante, M. le Président : Quel est votre rôle, M. le ministre? Est-ce
que vous parlez avec vos collègues? Est-ce
que vous les conseillez? Parce que, quand on voit ce qui se passe, et ce sont
des enjeux qui sont excessivement
importants puis excessivement sensibles pour les communautés autochtones...
alors, comment ça fonctionne?
Document déposé
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Juste vous dire que la lettre officielle de la députée de
Sainte-Marie—Saint-Jacques,
là, concernant Kanesatake, est maintenant déposée. M. le ministre, s'il vous
plaît.
M.
Lafrenière : Oui, merci, M. le Président. Merci à mon collègue pour sa
question, parce que, tantôt, je n'ai pas eu le temps de l'établir clairement
pour les gens qui nous écoutent. Quand on est au Secrétariat des relations avec les Premières Nations et les Inuit... En
passant, le nom du secrétariat qui a été changé suite à une recommandation
de l'APNQL... Le premier ministre a fait ce changement-là, qui est un
changement qui est profond, hein? Avant ça, c'était Affaires autochtones, très
paternaliste. L'APNQL nous a suggéré de changer de nom. On l'a fait rapidement.
Quand on est au
secrétariat, on doit travailler avec tous les collègues ministres. J'ai le
plaisir de découvrir plein de dossiers que je connais un peu moins, en santé,
en sécurité publique, et tout. Il faut travailler avec tous les ministres, et Ressources naturelles, Forêts n'y
échappe pas. Après avoir fait la tournée des 55 communautés, l'autre mandat
que je me suis donné, vous allez en
convenir, qui est un peu moins exotique, c'est faire la tournée de tous mes
collègues ministres, leurs ministères, pour les sensibiliser à la chose
autochtone et voir comment on peut travailler ensemble et comment on peut
changer nos façons de faire parfois.
• (18 h 50) •
Puis mon collègue
parle de coupe forestière. Pas plus tard que la semaine dernière, ma collègue
ministre responsable des Forêts... c'est, en fait, une rencontre avec un chef
qui demandait des ajustements dans les coupes, et j'ai vu le message parce que le chef me l'a écrit. Il était vraiment,
vraiment heureux de voir cette relation-là, comment la ministre avait
réagi à cette demande.
Alors, est-ce que mes
collègues sont sensibles? La réponse, c'est oui. Est-ce qu'on travaille en
équipe? Oui. Est-ce que c'est parfait? Absolument pas, puis ça, j'en conviens,
mais le ministre... Le premier ministre a envoyé un message très, très fort
quand il m'a renommé au Secrétariat aux relations avec les Premières Nations et
les Inuit. Ce n'est pas la job de Ian ou de
Kateri de faire des relations avec les Premières Nations et les Inuit, c'est la
job de tout un gouvernement. Et moi, si je n'avais pas l'appui de mes
collègues ministres, je ne serais pas capable de faire avancer aucun dossier, M. le Président, parce que la
majorité ne sont pas dans mon portefeuille, ne sont pas dans mon ministère.
Je vais avoir de l'influence avec eux pour trouver des solutions.
Et la communauté
micmaque qui a rencontré ma collègue tout récemment a réussi à avoir des
avancées, à avoir gain de cause parce qu'il y avait un bon lien puis parce que
ma collègue est à l'écoute. Moi, avec ma collègue, que je ne nommerai pas,
Maïté, aujourd'hui, j'ai un excellent lien. C'est une partenaire extrêmement
importante. Et c'est sûr que c'est complexe, parce qu'on doit faire, je l'ai
dit tantôt, un et l'autre. Il y a plusieurs communautés qui nous demandent plus de coupe forestière parce
qu'ils vivent de la foresterie, mais on doit protéger aussi l'habitat du
caribou. Il faut faire les deux, et,
je pense, c'est là-dessus que c'est des décisions qui ne sont pas faciles, qui
ne sont pas simples, j'en conviens, puis j'ai vraiment une partenaire
incroyable puis j'ai une alliée avec ma collègue.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député,
s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Alors, écoutez, bien, merci. Merci, M. le
ministre, pour la... pour votre réponse. Maintenant, dans ce dossier-là
du réservoir Pipmuacan, j'invite le ministre, M. le Président, à parler à sa
collègue parce que, là, ça semble que ça ne va pas bien, grosse contradiction,
voilà.
Alors,
maintenant, prochain bloc, M. le Président, ça aussi, c'est assez documenté,
manque de logements dans les communautés autochtones. Donc, les communautés des
Premières Nations et des Inuits sont évidemment grandement affectées par
le manque de logements. Statistique Canada souligne que les autochtones sont
près de deux fois plus susceptibles de vivre dans des logements surpeuplés que
les non autochtones. Donc, il faut favoriser la construction de nouvelles
unités de logement dans ces communautés.
Dans
le plus récent budget, il y a des mesures pour améliorer l'offre de logements
au Nunavik ainsi que dans la communauté de Kitcisakik,
dans la région de l'Abitibi-Témiscamingue. Maintenant, pourquoi n'y a-t-il
aucune autre mesure prévue pour les autres communautés des Premières Nations,
alors que les besoins sont urgents?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui,
merci, M. le Président. Puis c'est important de parler de logement, puis je
vais vous dire... Je vais donner un exemple, M. le Président, pour les gens qui
nous écoutent à la maison, qui sont un peu moins familiers avec cette réalité autochtone, Lac-Simon, communauté tout près
de Val-d'Or, c'est 100 naissances par année, 100 naissances par année, et
les budgets fédéraux, parce qu'il est important de savoir, quand on est en
territoire fédéral, en terre de réserve, c'est que c'est le gouvernement fédéral
qui a cette responsabilité-là de financer les logements, il y a du
financement pour bâtir trois maisons par année. Je viens de vous dire qu'il y a
100 naissances par année, il y a du budget pour trois maisons, un déficit
qui est clair, et j'en parle régulièrement à mon collègue du fédéral.
Quand mon collègue me demandait pourquoi c'est
différent avec le Nunavik, nation qui est conventionnée, ça fait partie de
l'entente qu'on a, c'est-à-dire que le fédéral a la responsabilité de bâtir, et
nous, on ramasse, excusez l'expression, le déficit d'entretien, qui est souvent
beaucoup plus élevé que le coût de construction. C'est l'entente qu'on a. On
est à renégocier cette entente avec le fédéral.
On est à revoir aussi la façon de bâtir au Nord
avec les Inuits. Moi, tout récemment, en février, j'ai demandé à plusieurs acteurs québécois qu'on se challenge
un peu, qu'on regarde comment on peut bâtir différemment au Nunavik. Mon collègue, tantôt, disait : On peut
s'inspirer du Nunavut. Je suis allé voir ce qui se faisait là-bas. Je
peux dire qu'on ne peut pas appliquer
cette même règle-là parce que c'est très, très, très urbain pour eux, malgré
que c'est le Nunavut, là, mais Iqaluit, c'est vraiment très urbanisé. On
parle, des fois, de 36 logis, des plex, et ce n'est pas du tout la façon
qui est privilégiée du Nunavik, qui a plus d'étalement.
Alors, on a regardé ce qui se faisait. On a
regardé comment on pourrait bâtir différemment. Il y a des belles offres qui ont été faites. Dès cet automne, avec,
entre autres, Makivik, on espère avoir un sommet sur l'habitation pour voir
comment on peut bâtir différemment parce qu'il y a des besoins qui sont
différents. Est-ce qu'on peut bâtir, des fois,
des plex? Est-ce qu'on peut bâtir, des fois, un modèle que... je vous dirais
plus un condo avec une chambre au lieu d'avoir simplement des maisons
avec trois chambres? C'est toutes des possibilités qu'on va regarder avec
Makivik, mais effectivement c'est un enjeu qui est important, les logements.
Et je vais terminer en vous parlant d'une
réalité qu'on a... qu'on a réglée avec, entre autres, là, notre plan J'ai
espoir, c'est les logements étudiants, M. le Président, parce que, lorsqu'une
personne sortait de sa communauté pour venir
étudier, il y avait un grand problème, un, pour l'accessibilité à un logement
et, deux, majoritairement, ce sont des femmes qui reviennent aux études,
souvent avec leur famille. Ça fait que vous allez comprendre que d'aller dans
une résidence étudiante avec les deux enfants, ce n'était pas approprié, mais
pas du tout.
On a commencé
avec Sept-Îles, des logements étudiants qui sont sur place. Ce sont jusqu'à des
six et demie, donc, complètement adaptés à cette réalité-là. Il y a un
CPE qui est sur place. On continue avec Trois-Rivières, Québec. Le prochain sera Chibougamau. C'est une autre façon
de fournir du logement adapté pour la partie études, pour permettre à ces gens-là d'aller au bout de leurs rêves. Et
Sept-Îles, là, je vais y retourner la semaine prochaine, ce sont des logements
qui existent, qui sont en place. Les premiers étudiants vont entrer là. C'est
adapté, ça répond à leurs besoins, c'est une
façon de plus d'aider, mais en territoire fédéral, en territoire de bande, très
limité, ce que le gouvernement du Québec peut faire.
M. Morin : Alors, justement,
toujours sur la question du logement, M. le Président, quand on regarde les
documents budgétaires, donc, Un Québec engagé, le budget 2023-2024,
particulièrement à la page E.61, «Poursuivre l'aide au logement en milieu autochtone», il y a 17,8 millions en
2023-2024, 17 millions en 2024-2025. Après, il n'y a plus rien, il n'y a aucune prévision budgétaire,
et on sait qu'en plus le taux de natalité au sein des communautés autochtones, M. le Président, est souvent très élevé. Donc,
comment le ministre va faire pour être capable de livrer, alors qu'il n'y a
aucune... il n'y a aucun montant qui est prévu au budget après 2024-2025?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M.
Lafrenière : Oui, merci, M. le Président. Puis je suis content
que mon collègue le souligne, c'est de l'argent que j'ai... j'ai été capable
d'aller chercher avec mon collègue ministre des Finances. Ce n'était pas prévu.
Ce n'est pas prévu dans notre... dans notre façon de faire, normalement.
On a été capables d'aller chercher cet argent-là parce que c'était important.
Puis effectivement je vais avoir des représentations à faire pour le futur,
pour voir comment on continue, mais c'est nouveau. C'est un pas vers l'avant
qu'on a fait. Oui, on a une entente tripartite avec le fédéral.
Puis je vais vous donner un autre exemple, M. le
Président, juste ici, à Wendake, pas très, très loin, où on avait un centre qui
était demandé par la communauté huronne-wendat pour les personnes âgées, et ce
n'est pas de responsabilité provinciale, normalement. Ça aurait dû être le
fédéral. On a décidé d'embarquer, on a décidé de financer, malgré que ça ne soit pas notre responsabilité, puis on s'est
dit que le fédéral serait un bon joueur puis qu'il nous aiderait à payer par la
suite. Ils m'ont remercié à plusieurs reprises, mais ça a été la seule aide
qu'on a reçue de leur part.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui. J'attire également
votre attention, M. le ministre, à la page E.67 des documents budgétaires,
«Continuer d'appuyer l'habitation au
Nunavik», il y a 11 millions de prévus en 2023-2024, 17 millions en
2024-2025. Alors, on le sait parce qu'on en a déjà parlé, j'ai posé des
questions là-dessus pendant l'étude de ces crédits, il y a un manque flagrant de logements pour que la
population puisse avoir accès à des services. Alors, est-ce que vous pensez que
17 millions, c'est suffisant? Et
qu'allez-vous faire après 2025... 2024-2025? Parce qu'il n'y a aucune mesure
budgétaire de prévue.
Le Président (M. Bachand) : M.
le ministre.
M.
Lafrenière : Oui, merci, M. le Président. Mon collègue pose la bonne
question. Est-ce que c'est assez? La réponse, c'est non. La réponse, c'est non,
puis ce n'est pas pour rien qu'on vient d'annoncer 176 millions pour des logements pour les gens qui travaillaient dans
le milieu de la santé, puis il y a d'autres annonces qui vont avoir lieu, de ce
type-là. Ce qu'on a fait, on a innové. On a réussi à aller chercher des argents
pour deux ans. C'est sûr que je vais avoir des représentations à faire.
Et, en même temps, M.
le Président, ce qui est important de mentionner, on a une entente avec le
Nunavik, entre autres avec Makivik, qui vient à échéance, qu'on est à
renouveler. On va regarder de quelle façon on répartit les dépenses avec le
fédéral, mais c'est toujours ce trio-là. On doit le faire avec le fédéral,
mais, M. le Président, on n'arrêtera pas. En matière de logement, il y a du
travail à faire sur l'argent, mais aussi sur la façon de bâtir, puis ça, je vous le dis, on arrive avec des bons progrès,
des changements. On a des gens qui sont des bons partenaires. Et, dès cet automne,
on espère faire ce sommet sur l'habitation pour voir comment bâtir différemment
avec les changements climatiques.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député,
s'il vous plaît.
M. Morin : Oui.
J'attire également, M. le Président, l'attention de M. le ministre toujours à
la page E.67, «Poursuivre l'amélioration des conditions d'habitation à
Kitcisakik», il y a 0,3 million en 2023-2024. Est-ce qu'il s'agit d'un
projet particulier, et en quoi consiste ce projet?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Lafrenière : Merci, M. le Président. Ça m'amène à une réponse
superintéressante, quelque chose qui est très nouveau. C'est-à-dire,
Kitcisakik, c'était une communauté qui n'était pas reliée au réseau électrique.
Ça va être fait. Ça va être fait, annonce
avec Hydro-Québec, on l'a annoncé l'année passée. On se disait trois ans. Donc,
dans une année ou deux, la communauté
de Kitcisakik va être reliée au réseau électrique, et pourquoi on a mis de
l'argent comme ça pour Kitcisakik, c'est que, présentement, même si les
fils électriques se rendaient sur place, les maisonnées ne sont pas capables de
recevoir cette électricité-là. Il faut les ajouter. Vous allez comprendre qu'une
communauté qui n'a jamais été électrifiée, les maisons ne répondent pas à ces
normes-là du tout.
Alors, on est allés
chercher de l'argent pour s'assurer d'adapter les maisonnées pour recevoir
l'électricité en attendant le déménagement, M. le Président, parce que,
présentement, la communauté de Kitcisakik est sur un territoire où la nappe
phréatique est à la surface. On ne peut pas creuser. On ne peut pas creuser un
réseau d'eau, ou d'égout, ou quoi que ce
soit. C'est problématique. Ils doivent déménager. La communauté est déchirée
entre deux lieux, mais on va passer l'électricité jusqu'au lieu présent tout en
passant sur le même terrain que le lieu futur pour s'assurer que,
lorsqu'ils vont déménager, ils vont être électrifiés.
• (19 heures) •
Alors,
l'argent qu'on a prévu, c'est pour amener l'électricité, la rentrer dans les
maisonnées, que ça puisse être sécuritaire. C'est pour ça qu'on est allés
chercher de l'argent à une reprise seulement, là, pour adapter ces maisons-là,
et c'est une excellente nouvelle pour les gens de Kitcisakik, tout en
prévoyant qu'on doit les déménager. Il y a eu une période d'attente. Pendant
trop longtemps, on se disait : On ne mettra pas de l'argent pour rénover
les maisons si on doit les déménager, mais là, en 2023, de vivre dans une
maison qui n'est pas reliée au réseau électrique, ça n'a pas d'allure. Alors,
avec Hydro-Québec, on a fait cette belle annonce l'année passée.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député,
s'il vous plaît.
M. Morin : Oui.
Alors, M. le Président... (panne de son) ...les sommes annoncées pour améliorer
l'offre de logements au Nunavik. L'Office
municipal d'habitation Kativik estime que davantage d'efforts doivent être
consentis pour aider cet enjeu crucial. En fait, je peux même citer son
directeur général : «Ce n'est pas suffisant, ça ne répond pas du tout...» Il voudrait d'autres initiatives
d'accession à la propriété qui puissent être développées. Qu'est-ce que vous
répondez au directeur général afin d'être capable de régler la situation au
Nunavik?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Lafrenière : Je réponds qu'il a raison. C'est pour ça qu'avec eux...
On a déjà annoncé notre intention d'être des partenaires avec eux cet automne à
leur sommet sur l'habitation. Comme les autres partenaires, on sera là. J'ai
devancé aussi ces travaux-là un peu pour... Moi-même, je voulais m'enquérir
puis voir de quelle façon on pourrait faire différemment. Je suis allé voir au
Nunavut, comme mon collègue a mentionné, qui est une inspiration, une façon de
faire. J'ai compris aussi que c'était différent là-bas. Alors, oui, c'est
important. Il faut continuer. On a une entente qui a été renouvelée. On regarde
avec le fédéral comment on peut financer mieux, aussi de voir comment on peut
bâtir puis les accompagner dans tout ça, mais on va être au rendez-vous cet
automne, c'est sûr.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député.
M.
Morin : Oui, M. le Président. Ma prochaine question, je veux faire un
suivi sur ce que M. le ministre disait en
parlant des logements étudiants. J'étais heureux d'entendre M. le ministre dire
que les logements étaient mieux adaptés, parce qu'effectivement, dans
des communautés autochtones souvent, des femmes autochtones vont avoir des
enfants. Les enfants, c'est jeune. Donc, il est normal que le logement soit
adapté à leurs besoins et à leur réalité. Maintenant,
est-ce que, M. le ministre, vous pouvez nous en dire davantage sur un plan plus
global que vous avez pour rendre le
logement étudiant accessible à plus d'étudiants autochtones dans différentes
régions du Québec? Avez-vous un plan global?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Lafrenière : Oui, absolument, M. le Président. Puis merci pour la
question, parce que c'est la première fois que ça se faisait, hein? C'est
complètement nouveau. On a lancé quelque chose qui n'existait pas. On le fait
avec les centres d'amitié autochtones, ça
aussi, hein, c'est un beau partenariat qu'on n'aurait pas fait, et chacun des
endroits...
Puis je vais vous
donner l'exemple de Sept-Îles. Ça a été bâti sur un modèle des communautés
innues. Alors, même dans le plan architectural, on a demandé à des étudiants
comment ils le voyaient, comment ils se projetaient. On l'a bâti pour répondre à leur réalité. Je vous ai dit tantôt qu'il y
a présentement Trois-Rivières qui est en train de lever, Québec qui s'en vient, Chibougamau va suivre. Et
on a déjà offert aux centres d'amitié, à nos partenaires qui voulaient se
lancer dans ce projet-là, d'en faire à d'autres, endroits au Québec. Il y a des
besoins. Vous allez me dire : Pourquoi Chibougamau? Parce qu'à Chibougamau
lorsqu'on regarde les logements disponibles ce n'est presque rien, beaucoup de
besoins, entre autres, des communautés cries qui veulent aller étudier dans
cette région-là.
Donc, on a lancé ce
projet-là, mais on va le développer ailleurs, et c'est clair, c'est clair, M.
le Président, que c'est un besoin qui est
réel. On parle de sécurisation culturelle. C'est la même chose au niveau de
l'éducation, comment ces personnes-là peuvent se sentir bien, peuvent
aller à l'étude quand ils arrivent avec leurs enfants, CPE qui est intégré.
C'est un système qui n'existait pas, et la preuve, c'est que, quand on a
développé ça puis on voulait évaluer quel était le coût de revient à la porte,
et tout ça, ça ne répond à aucun, aucun des systèmes qu'on a habituellement
quand on calcule les coûts parce qu'on rentre là-dedans des locaux
communautaires parce qu'on veut qu'ils soient capables,
exemple, de faire leurs pratiques culturelles, et tout ça. Ça fait que ça ne
répondait pas à ce qu'on est habitués dans
nos petites cases, mais on l'a fait, on l'a fait différemment, puis moi, j'en
suis superfier, mais on va en développer d'autres.
M. Morin : Ma
dernière question, probablement, M. le Président. J'ai eu le privilège de
rencontrer la directrice générale du Centre d'amitié autochtone de
Trois-Rivières. Ils sont en train de développer... Ils ont une clinique
juridique. Ils sont en train de développer un centre médical pour les
populations qu'ils desservent. D'abord, est-ce
que M. le ministre est au courant?
Deuxièmement, est-ce
qu'il peut nous assurer qu'ils
garderont un financement d'une façon
pérenne pour que la clinique juridique et le centre, la clinique médicale
puissent continuer de fonctionner?
Le
Président (M. Bachand) : Une cinquantaine
de secondes, M. le ministre, s'il vous plaît.
M.
Lafrenière : J'étais là hier, j'étais à Val-d'Or, où on annonçait
l'agrandissement du Centre d'amitié autochtone
de Val-d'Or, et le... la clinique qui est développée, qui s'appelle la Clinique
Minowé, a été reproduite à d'autres endroits,
c'est-à-dire à Joliette, à La Tuque, à Québec, à Montréal, pour ne nommer que
ces endroits-là. Alors, c'est clair qu'on continue.
C'est un système
qu'on aime beaucoup. Pourquoi? Parce que ça allie le savoir traditionnel
autochtone avec la médecine, c'est culturellement adapté, c'est sécuritaire.
Et, oui, je l'ai visitée, cette clinique, je les ai toutes visitées, parce qu'on l'a annoncée en 2021, on a mis
12 millions pour en développer d'autres au Québec. C'est un système dans
lequel on croit beaucoup. Très, très heureux de ce qui a été développé là-bas.
Comme je vous dis, je l'ai visitée, puis on va continuer avec eux.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le député d'Acadie. M. le député de Joliette, s'il vous plaît.
M. St-Louis :
...M. le Président. Vous me
permettrez d'abord de saluer mes collègues de l'opposition officielle et de la deuxième opposition, ainsi que M. le
ministre et l'équipe ministérielle, mes collègues de la banquette
gouvernementale.
On a effleuré le
sujet, tout à l'heure, j'aimerais reparler, M. le Président, des enfants
disparus, en fait, de la Loi autorisant la communication de renseignements
personnels aux familles d'enfants autochtones disparus ou décédés à la suite
d'une admission en établissement. M. le ministre, dans le cadre de cette loi,
vous avez récemment déposé le rapport pour
la deuxième année de l'entrée en vigueur de la loi sur les enfants disparus.
Vous aviez d'ailleurs déposé le tout premier rapport à la même période
l'an dernier.
Cette loi, comme on
le sait, a été adoptée à la suite d'une recommandation de l'Enquête nationale
sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Et elle
découle de demandes de plusieurs familles de mener une enquête approfondie afin de retrouver les enfants disparus ou
décédés afin de pouvoir faire leur deuil. Jusqu'à maintenant, et vous l'avez
mentionné tout à l'heure, on dénombre 120 enfants disparus. J'aimerais
vous entendre un peu plus sur
l'origine du projet de loi devenu loi. Pouvez-vous nous en dire un peu plus? Où
on en est en termes d'enquête? Et qu'est-ce que, concrètement, le
gouvernement a fait de plus?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M.
Lafrenière : Oui, merci beaucoup, M. le Président. Puis je sais que ça
touche beaucoup mon collègue, parce que
c'est dans cette région, entre autres, qu'on a déposé le bilan, le deuxième
bilan. Puis, en passant, M. le Président, on a décidé de faire les choses différemment. On l'a fait avec les
collègues des oppositions, on se rend en communauté, mais, normalement,
on déposerait ça ici, à l'Assemblée nationale, puis ce serait comme ça. Et,
quand on a fait le projet de loi n° 79, on a décidé de le faire
différemment, de s'adapter et d'aller en communauté. Cette année, c'est à Manawan.
L'année passée, c'était à Pakuashipi. L'année prochaine, ça va être dans une
autre communauté, ce qui est beaucoup plus à propos.
Quand
on remonte dans le temps, pour savoir pourquoi on a fait ça, on se rappellera
qu'en 2015 Anne Panasuk, qui était journaliste, avait soulevé cette
réalité-là, avait rencontré plusieurs familles, des gens qui étaient victimes,
qui disaient qu'ils avaient perdu leur enfant. Et, je pense, ça avait été une
claque au visage pour plusieurs Québécois de découvrir cette réalité-là. À
notre arrivée, ma prédécesseure avait fait un projet de loi, qui avait été
présenté dans une autre loi, là, qui
touchait la médecine, c'était le projet de loi sur les pharmaciens, et les
communautés autochtones avaient réagi
en disant : On préférerait être vraiment... avoir notre projet de loi à
nous, pas être incorporés dans d'autres choses. On a pris un pas de
recul, on est revenus avec un projet de loi qui était vraiment destiné à cette
réalité-là.
Puis, avec les
oppositions, on a réussi à faire des choses incroyables, M. le Président, entre
autres d'avoir un comité de suivi, entre autres de le faire différemment,
c'est-à-dire avec un groupe autochtone qui s'appelle Awacak, confidence, Awacak qui est financé avec ses
intervenants parce que c'est différent, c'est culturellement adapté. Ce sont des
gens qui connaissent la culture, ce sont des
gens qui connaissent la réalité, ce sont souvent des gens qui, eux-mêmes, sont
des familles qui ont perdu des enfants. Alors, c'est... c'est une belle
approche.
Puis
je vais prendre un instant pour partager une réalité. Puis je vais être... je
vais être ému sur celle-là, M. le Président. La première famille qui a
reçu des informations qui ont été transmises par... grâce à ce projet de loi a
demandé que je sois présent, que je sois
présent, c'était en Teams, à l'époque, pour entendre ce qui arrivait. Puis,
c'est sûr, comme père de famille, moi, je ne peux pas croire qu'une
mère, pendant 40 ans, s'est demandé ce qui est arrivé à son enfant. Puis, cette journée-là, elle a appris que,
finalement, son enfant était décédé, mais, M. le Président, ça lui a pris
40 ans, 40 ans pour savoir ce qui est arrivé. C'était horrible
parce qu'elle a appris que son enfant était décédé, mais, pour elle, elle avait la paix de dire : Je vais pouvoir faire
mon deuil. Mais c'est horrible, c'est horrible de savoir que c'est arrivé dans
les années 50, 60, 70. Puis c'est pour ça qu'on fait la loi n° 79,
c'est pour donner accès à de l'information qui est importante. Si on ne le faisait pas, on a évalué qu'il y a environ
16 % des dossiers où les gens auraient l'information qu'ils ont
besoin, les autres chercheraient encore, attendraient encore.
Ce qu'on a fait, avec
79, on est venus déverrouiller de l'information qui était dans différents
ministères. Ça a commencé difficilement un peu, pour être honnête, parce que ce
n'est pas tout le monde qui connaissait notre loi. Maintenant, aujourd'hui, on
travaille vraiment ensemble, puis les gens du... de la Direction du soutien aux
familles, qui sont avec nous aujourd'hui,
qui font un travail qui est incroyable, qui est humainement difficile, c'est
vrai... Parce que, d'un côté, on a
des familles qui sont éprouvées, mais on a... de l'autre, on a des... on a des
familles qui sont heureuses d'avoir
le résultat, même si, parfois, ça veut dire d'apprendre que leur enfant est
décédé, mais enfin, enfin, ils peuvent faire leur... leur deuil.
Et ce qu'on a fait de
particulier dans le projet de loi n° 79, qui est la loi n° 79, on a
pu élargir la définition de «famille», parce
que, fréquemment, ce qui arrivait, c'est que mère, père étaient décédés, mais
là c'est les proches, hein? Donc, la
définition de «famille», on l'a revue. On a fait plein de choses différentes
avec cette loi-là. Puis, les résultats, je pense que mon collègue de
l'opposition officielle l'a vu, l'a vu que les familles... c'est exigeant,
hein, c'est dur émotivement, mais ça amène
finalement une réponse. On se devait, comme État, de le faire, on le fait. Puis
je remercie les oppositions, parce qu'on le fait vraiment bien ensemble
puis on ne fait pas de partisanerie là-dessus.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Monsieur... Mme la députée de Laval-des-Rapides.
Mme
Haytayan : ...parler des femmes entrepreneures puis des programmes
d'aide afférents?
• (19 h 10) •
M.
Lafrenière : Oui. Merci. Il y a une enveloppe spéciale dans le fonds
d'investissement autochtone qui est destinée aux femmes entrepreneures. Et
tantôt je vais revenir encore sur Attikus, je m'excuse, parce que c'est un
exemple que j'ai frais en tête, avec son économusée, qui est une première au
Québec, hein, économusée autochtone. Alors,
pour les gens qui sont de passage à Uashat, près de Sept-Îles, ils vont vouloir aller voir ce... cet
économusée, qui est merveilleux, on peut voir les artisans qui travaillent, qui
travaillent les cuirs, qui travaillent les différentes matières. C'est
un des exemples où on a des femmes entrepreneures qui sont incroyables.
Puis
je vais vous donner un autre exemple que j'ai beaucoup aimé. Quand on a fait le
Grand cercle économique de Montréal,
il y a une femme entrepreneure qui s'est levée, qui a dit : Moi, là,
j'aimerais ça, quand on cherche femmes autochtones sur Google, que ce
soient d'autres choses que des victimes qui apparaissent, qu'on démontre tout
notre savoir-faire, tout notre entrepreneuriat. Puis on a beaucoup de femmes
entrepreneures, des gens qui font des choses vraiment
intéressantes, puis on veut soutenir aussi le leadership, l'«empowerment» des
femmes. Les femmes sont très présentes dans le développement économique.
Je pense à Onquata
aussi, qui est une autre compagnie ici, à Wendake, où on fabrique des rames,
des rames qui sont merveilleuses, en
passant, avec des couleurs qui signifient différentes choses, que ce soit
l'espoir, que ce soit la santé. Ça fait qu'il y a beaucoup de femmes
entrepreneures. On les soutient avec un fonds d'investissement, un volet qui
est particulier pour elles. Et on fait la même chose pour les jeunes
entrepreneurs aussi, parce qu'effectivement c'est... ça fait du bien de
se rappeler qu'il y a des très belles choses qui se font. Souvent, quand on
parle des réalités autochtones, c'est pour décrier ce qui ne va pas bien, mais
on a des entrepreneurs qui sont incroyables.
Puis,
du côté touristique, je pourrais vous en parler pendant des heures, parce qu'on
en a à la grandeur du territoire, à la
grandeur du Québec, et c'est des projets qui sont merveilleux, avec des
résultats qui sont bien. Restaurant la Sagamité, qui est ici, tout près de l'Assemblée nationale, ceux qui ne sont pas
encore allés, je vous invite à y aller. J'en ai regardé plusieurs,
autour de la table, j'ai même vu des pouces en l'air, qui est un signe
international de c'est bon. Alors, c'est un
des endroits visités, mais vraiment il y a des... de beaux, beaux
développements. Les autochtones sont de très bons entrepreneurs qui font
des choses qui sont incroyables, c'est à nous de le découvrir.
Le
Président (M. Bachand) :
Alors, est-ce que ça va du côté
gouvernemental? Si ça va... Rapidement, en moins de deux minutes.
Mme
Haytayan : Très rapidement, sur le festival KWE! Donc, l'aide
financière au fonctionnement de la radio pour les autochtones dans leur langue
à eux, pouvez-vous nous en parler, bon, production, diffusion de ce
programme-là?
M. Lafrenière : Oui. Et, KWE!, le
lancement avait lieu hier. Et c'est un festival qui est extrêmement important ici, à Québec, parce que c'est à la
rencontre des premiers... des Premiers Peuples. Et, je vais vous dire, la
radio, c'est extrêmement important, puis je vais me permettre de regarder mon
collègue le député de Saint-Jean, parce qu'il nous parle souvent de Wapikoni mobile. Bien, il y a
Wapikoni mobile, c'est vrai, mais il y a aussi les radios, radios communautaires qui sont extrêmement importantes
dans les communautés. Et, on l'a vécu pendant la COVID, c'était la meilleure
façon d'aller rejoindre les communautés pour leur rappeler des gestes
barrières, des choses importantes à faire.
Et, tout
récemment, on a mis 1 million de dollars à Uashat,
mais du côté de Malio, dans leur radio communautaire, qui ont changé le bâtiment. C'est le coeur d'une
communauté, c'est le poumon de la communauté, la radio communautaire.
C'est comme ça, entre autres, qu'ils font les bingos. Les bingos, dans une
communauté, on ne manque pas ça, c'est à la radio communautaire. Et, quand on
fait nos rencontres, tantôt je parlais des consultations qui sont rendues des discussions, la meilleure façon de rejoindre les
communautés qui viennent nous voir, c'est par la radio communautaire. On
investit, on investit dans ces... dans ces radios-là, qui sont la base.
Et, pour
KWE!, on a confirmé notre investissement de 125 000 $, parce que
c'est un festival qui est extrêmement important,
et on s'est assurés que ce n'était pas sur une année, parce qu'à chaque année
le KWE! se demandait : Est-ce qu'on revient? Comment ça va se passer?
Alors, on a donné ça de façon qui était plus pérenne, et c'est important pour
eux et c'est un... une belle occasion pour rappeler aux gens d'aller à KWE!,
d'aller à la rencontre des peuples au mois
de juin, d'aller rencontrer les Premières
Nations et les Inuits et de passer du
temps à s'apprivoiser, à se connaître un peu mieux, parce qu'aujourd'hui, on a
eu la chance de passer deux heures à parler de Premières Nations et d'Inuits,
mais on ne le fait pas assez souvent.
Adoption des crédits
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Cela dit, le
temps alloué à l'étude du volet Affaires autochtone des crédits budgétaires du
portefeuille Conseil exécutif étant presque écoulé, nous allons maintenant
procéder à la mise aux voix des crédits.
Est-ce que le programme 4, intitulé
Relations avec les Premières Nations et les Inuit, est adopté?
Des voix : Adopté.
Des voix : Sur division.
Le Président (M.
Bachand) : Sur division. Merci.
Documents déposés
Cela dit, je dépose les réponses aux demandes de
renseignements de l'opposition.
Et, compte
tenu de l'heure, la commission ajourne ses travaux au mercredi 3 mai, à
11 h 30, où elle va entreprendre l'étude du volet Accès à l'information des crédits budgétaires du
portefeuille Conseil exécutif. Belle soirée, amusez-vous bien! Merci.
(Fin de la séance à 19 h 14)