(Neuf heures quarante-six minutes)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît!
Bonjour, tout le monde. Très content de vous retrouver.
Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte. Je vous souhaite, bien sûr,
encore la bienvenue.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet
n° 32, Loi instaurant l'approche de sécurisation culturelle au sein des
réseaux... du réseau de la santé et des services sociaux.
Avant de débuter, j'aimerais vous présenter
notre nouveau secrétaire, M. Philippe Brassard, donc. Et Sabine n'est pas
malade, elle n'a pas rien, elle relève de nouveaux défis, alors c'est Philippe
qui va être avec nous.
Alors, M. le secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Bourassa (Charlevoix—Côte-de-Beaupré) est remplacée par M. St-Louis
(Joliette).
Remarques préliminaires
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Nous allons,
d'abord, débuter, ce matin, par les remarques préliminaires puis nous
entendrons, par la suite, les organismes suivants, soit le Collège des médecins
du Québec, l'Ordre des infirmières et
infirmiers du Québec et la Commission des droits de la personne et des droits
de la jeunesse. Donc, on débute
maintenant les remarques préliminaires. Alors, M. le ministre, je vous cède la
parole pour une période de six minutes. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Comme on fait de la sécurisation culturelle, ce
matin, puis on fait les choses différemment, j'aimerais vous demander la
permission de laisser mon adjoint gouvernemental pour ouvrir cette période de
remarques, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : ...alors, M. le député de
Joliette, s'il vous plaît.
M. François
St-Louis
M. St-Louis : Merci, M. le
Président. Merci, M. le ministre. Permettez-moi, d'abord, de saluer nos
collègues des oppositions ainsi que mes collègues de la banquette
gouvernementale. En fait, ce que je souhaitais faire, c'est souligner le
travail et la collaboration des 22 députés membres du caucus autochtone.
Le caucus est un des outils qui nous permet d'entretenir des bonnes relations
avec les 55 communautés. Ça nous permet de cultiver et de nourrir le
vivre-ensemble. Donc, au-delà des 22 députés, naturellement, il y a le Conseil
des ministres, qui entretient aussi des relations avec nos 11 nations et
nos... nos 55 communautés, pardon. Tous ensemble fait tout près de
50 % du caucus gouvernemental, là, qui
travaille en collaboration avec nos communautés. Donc, c'est ce que je
souhaitais souligner, ce matin, d'entrée de jeu. M. le ministre.
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Lafrenière : ...
Le Président (M.
Bachand) : Oui, oui, il reste
4 min 50 s.
M. Ian Lafrenière
M. Lafrenière : Je vais faire
ça turborapide. Merci, M. le Président. Avant de commencer l'étude... bien, la consultation sur notre projet de loi, ce matin,
mes premières pensées vont aller à Joyce Echaquan, à Carol,
son conjoint, à sa famille, les
enfants. C'est ce qui nous a amenés ici aujourd'hui. Oui, c'est des
recommandations de la commission Viens, c'est ce qu'on va tenter de
répondre avec notre projet de loi, M. le Président, mais, avant tout, on le
sait, on sait ce qui a propulsé... ce qui a
remis en évidence l'importance d'agir, c'est la mort tragique de Joyce
Echaquan. Et ça, personne n'est resté insensible, au Québec, suite à ce
qui est arrivé.
Alors, on va recevoir plusieurs groupes, déjà,
notre premier groupe qui est avec nous, ce matin, dans nos consultations. Bien,
je veux vous dire, M. le Président, avant même de faire les consultations ici,
à l'Assemblée nationale, tout en respectant
le processus de l'Assemblée nationale, nous avons rencontré 13 groupes,
13 groupes autochtones pour nous guider, pour
nous aider dans notre choix, pour voir où on pouvait aller avec cette
promesse-là. Parce que c'est une promesse importante que moi et mon collègue
ministre de la Santé, Christian Dubé, on avait fait ensemble lors de la
dernière législation. On avait dit : On va déposer un projet de loi pour
inclure la sécurisation culturelle dans la loi sur la santé et services
sociaux. Et, M. le Président, on avait cette ferme intention, mais on n'y
arrivait pas dans le processus législatif. Il aurait fallu l'inclure dans un
autre projet de loi, et ça, après avoir consulté quelques groupes autochtones,
ça ne convenait pas, mais pas du tout. Ils voulaient avoir un projet
autoportant qui parlait uniquement de sécurisation culturelle. Alors, on s'est
ravisé, en disant : On va faire nos devoirs, on va revenir avec un projet
de loi. Puis c'est là où on est aujourd'hui. C'est ça qui s'appelle procéder de
façon différente, M. le Président.
Puis, vous allez voir, on va parler beaucoup,
beaucoup de sécurisation culturelle. Puis, des fois, on se creuse la tête en
disant : Ça veut dire quoi? Ça veut dire d'arrêter de demander aux gens de
s'ajuster au système puis demander au système de s'ajuster à eux. Et ça, ça
tient tout son sens quand on parle de recevoir des soins de santé, quand on se présente à l'hôpital, dans un... dans
un système, qu'on veut être traité, où on veut être soigné. On s'attend
à ce que le système réagisse, s'ajuste à nous, alors c'est ce qu'on va vous
démontrer dans les consultations.
• (9 h 50) •
Je vous l'ai dit tantôt, on répond à des appels
de la commission Viens, parce que, pour nous, c'est sans équivoque, tout le
monde doit avoir accès à des soins de santé qui ne sont pas... qui ne sont pas
biaisés, ou que les soins sont donnés de la
bonne façon, et c'est pour ça qu'on y va avec des exemples très concrets. Puis,
M. le Président, je suis allé,
récemment, entre autres, au CHUL, à Québec, et de voir que, dans leur cas, ce
qu'ils ont fait, ils ont adapté une chambre, une chambre pour les
membres des Premières Nations, quand ils reçoivent des soins de santé. C'est un
exemple qui est concret. Je peux vous parler de Joliette aussi, M. le
Président, où, au CISSS... au CIUSSS de Joliette, l'adjoint de la PDG est un membre des Premières Nations, c'est lui qui
traite les plaintes. Alors, oui, il a été mention... On pouvait parler
d'un ombudsman, d'un système de plaintes plus administratif, mais là c'est une
personne, un humain à qui les membres de la nation attikamek peuvent lui parler
dans leur langue et peuvent être reconnus de cette façon-là. Le CIUSSS a même
rajouté des employés attikameks, qui proviennent de la nation, entre autres, de
Manawan. Alors, ce sont des exemples.
Et la raison pour laquelle j'ai fait cette
nomenclature, M. le Président, c'est qu'on ne veut pas aller dans le mur-à-mur.
On veut s'assurer que, dans le réseau de la santé, quand ils sont à proximité
d'une communauté... qu'ils puissent
développer ensemble des solutions qui conviennent à cette région-là. Le danger,
quand on fait du mur-à-mur, c'est, des fois, on ne s'adapte pas bien. Et il y a
plus qu'une nation, au Québec, mon collègue le sait très bien, on a
55 communautés, incluant 14 villages nordiques, il n'y a pas une
seule solution pour tout le Québec, M. le Président.
Alors, j'ai bien hâte d'entendre les groupes,
j'ai bien hâte qu'on puisse entendre les recommandations qu'on souhaite dans
cet esprit positif. On nous avait reproché, l'an passé, de ne pas avoir déposé
notre projet de loi. Ça m'a fait beaucoup de peine de ne pas y avoir réussi,
mais là on le fait aujourd'hui, c'est un grand moment. C'est un grand moment
pour donner suite aux recommandations de la commission Viens. C'est aussi un
grand moment pour donner suite à ce drame
horrible qui est le décès de Joyce Echaquan, où on avait dit, on s'était promis
qu'il y aurait des changements dans le système de la santé, puis c'est
ce qu'on va vous confirmer avec notre projet de loi. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre.
M. le député de l'Acadie pour 4 min 30 s...
M. André Albert
Morin
M. Morin : Merci, merci, M. le
Président. M. le ministre, collègues, écoutez, je suis très heureux, ce matin,
de revenir au Parlement et de commencer avec l'étude de ce projet de loi dans
le cadre de consultations. Projet de loi important, oui, la sécurisation
culturelle, c'est quelque chose qui est fondamental, mais je vous dirais que,
d'emblée... Et je prends un peu la balle au
bond... le ministre parlait du drame de Mme Joyce Echaquan et ce qu'elle a
vécu à l'hôpital de Joliette. Moi, je vous dirais qu'un des éléments que
je veux soulever dès le départ, c'est que ce projet de loi là, à mon avis, ne
va pas assez loin. Dans le préambule, on parle du Principe de Joyce, et je
pense que ce que les gens veulent, c'est que ce soit inclus dans la législation
comme telle, principe, d'ailleurs, qui tire son origine de la Déclaration des Nations
unies sur les droits des peuples autochtones. Donc, si on veut parler
véritablement, si on est sérieux, quand on veut parler de sécurisation
culturelle, on a un outil, on a un mécanisme, il y a des textes fondamentaux
qui en parlent, bien, je pense qu'on ne devrait pas avoir peur si on veut faire
les choses autrement.
Puis, pour citer un peu le Dr Vollant... Moi, je
vais en parler, de l'éléphant dans la pièce, le Principe de Joyce ne se
retrouve pas dans le projet de loi comme tel, ce n'est pas articulé. C'est,
pour moi, un manque important. Et je tenais à le souligner d'emblée, parce que
moi, je vais continuer à marteler que ce principe-là doit être inclus dans
notre législation et que, par la suite, il va en découler, en consultation avec
les peuples autochtones, une mise en oeuvre qui va véritablement apporter un
changement notable dans les soins, dans les services de santé qui peuvent leur
être donnés. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Jean-Lesage, pour 1 min 30 s. M. le député.
M. Sol Zanetti
M. Zanetti : Oui, merci, M. le
Président. Alors, évidemment, on va être à l'écoute des différents membres qui
vont venir témoigner pour nous dire comment améliorer ce projet de loi là. Par
contre, clairement, on peut être sceptiques, là, que la
question de la sécurisation culturelle dans le réseau de la santé et des
services sociaux va être réglée en cinq articles. Je déplore aussi le fait que
c'est un autre projet de loi qu'on va faire qui est supposé être au service des
autochtones, mais qui se fait dans un contexte colonial qui nuit à
l'efficacité, finalement, législative de ces mesures-là. Alors, voilà, on va
quand même participer à l'étude et voir ce que ça va donner.
Auditions
Le Président (M.
Bachand) : ...on va débuter les auditions.
Il me fait plaisir d'accueillir les gens du Collège des médecins. Alors, je
vous inviterais à vous présenter, bien, comme vous savez, vous êtes des
habitués ici, alors vous avez 10 minutes de présentation. Après ça, nous
aurons un échange avec les membres de la commission. Donc, M. le Président, la
parole est à vous.
Collège des médecins du
Québec (CMQ)
M. Gaudreault
(Mauril) : M. le ministre, Ian Lafrenière,
M. André Bachand et membres de la Commission des institutions, bonjour. Je
m'appelle Mauril Gaudreault, je suis président du Collège des médecins du
Québec et médecin de famille. Ancien doyen associé à la faculté de médecine de l'Université
de Sherbrooke, j'ai mis en place le programme de formation médicale à
Chicoutimi, où j'ai exercé pendant 40 ans. Je suis accompagné, à ma
droite, de la vice-présidente du collège, Nathalie Saad, pneumologue,
vice-doyenne adjointe aux affaires étudiantes de la faculté de médecine de l'Université
McGill, et, à ma gauche, de Nathalie Duchesne, médecin-conseil au Collège des
médecins, radiologue et anthropologue médicale, qui se consacre
particulièrement à l'amélioration des soins de santé aux populations
vulnérables.
Nous remercions la commission de nous avoir
invités à commenter le projet de loi n° 32, car l'intérêt du Collège des
médecins est entier sur la question de la sécurisation culturelle et est
empreint d'humilité. D'ailleurs, avant d'aller
plus loin, je vais procéder à la lecture de l'énoncé de reconnaissance
territoriale du collège : «Reconnaissant les faits historiques et
culturels, le Collège des médecins du Québec souligne que ses bureaux sont
situés sur un lieu de rencontre et d'échange
entre les peuples autochtones. Le collège s'engage à saisir les opportunités de
rapprochement avec tous les peuples autochtones pour favoriser un
enrichissement réciproque et un meilleur équilibre entre l'environnement et la
santé. Nous reconnaissons, donc, que nous sommes aujourd'hui, à l'Assemblée
nationale, sur des terres wendat.»
Le mémoire que nous présentons à la commission
souligne que le gouvernement fait un premier pas dans la bonne direction, mais il devra aller plus loin
s'il veut sincèrement, avec humilité et une véritable volonté de changement,
instaurer la sécurisation culturelle en santé pour toutes les clientèles
fragilisées, partout au Québec. La sécurisation culturelle ne concerne pas que
les autochtones. Elle doit englober toutes les personnes qui vivent des
inégalités et de l'oppression reliées à leur identité, mais, avant de
s'attaquer au problème, il faut d'abord le reconnaître, ce que ne fait pas ouvertement le gouvernement en refusant
d'admettre que le racisme systémique existe en santé. Reconnaissons que
les soignantes et soignants, de même que les gestionnaires ont parfois des
biais.
C'est dans cet esprit que le collège a déjà posé
une série d'actions concrètes sur l'enjeu de la sécurisation culturelle. En
décembre 2020, le collège tenait une journée de réflexion sur le racisme
systémique en santé, et nous signions, quelques semaines plus tard, une lettre
ouverte avec les chefs autochtones Ottawa et Awashish. À la suite du décès
tragique de Mme Echaquan, il y aura bientôt trois ans dans quelques jours,
nous avons reconnu et dénoncé publiquement le racisme systémique dans le réseau
de la santé et des services sociaux. Notre conseil d'administration a, de plus,
pris une position sans équivoque en adhérant au Principe de Joyce. Nous nous
attaquons présentement concrètement au racisme systémique et à combattre le
colonialisme en santé.
Deux exemples. Le collège a mis sur pied un
groupe de travail du conseil d'administration pour élaborer un plan d'action sur la question des interruptions de
grossesse et des stérilisations non consenties de femmes autochtones. Nous
co-élaborons actuellement aussi une formation de base en sécurisation
culturelle des soins de santé pour les 26 000 médecins
du Québec et créons un comité... un groupe consultatif permanent composé de
membres des communautés fragilisées.
J'ai exercé, pendant des années, à l'Hôpital de
Chicoutimi. Quand une personne nous arrivait à l'urgence, confuse et perdue, le
premier réflexe que... souvent, que nous avions était de soupçonner qu'il était
en état d'ébriété. Pourtant, dans les faits,
un état confusionnel aigu, c'est bien souvent autre chose. Ça peut être une
infection, un accident vasculaire cérébral, une tumeur cérébrale ou
encore les effets d'un médicament inapproprié. J'avais un biais, oui, tout
comme bien de mes collègues.
Les choses doivent changer, et pas seulement
avec de la sensibilisation, car, à ce moment-là, on parle plus
d'accommodements. C'est ce que nous reprochons au projet de loi. Il ne va pas
assez loin, il n'est pas suffisamment contraignant. Et, principalement, il est
écrit pour les personnes fragilisées et non pas avec elles. Le gouvernement
continue de penser qu'il sait ce qu'il faut faire pour sécuriser ces personnes.
En comptant la page titre, le texte du projet
de loi ne fait que quatre pages et, à l'inverse des autres documents
gouvernementaux, le mot «autochtone» y est écrit avec un petit a, comme
si les autochtones n'étaient pas une nation à part entière.
Notre mémoire compte
13 recommandations qui formulent comment le projet de loi pourrait aller
plus loin dans ce premier pas. D'abord, la future loi doit être élaborée avec
des autochtones, pas à leur place. Autrement, c'est du colonialisme. Pendant sa
rédaction, notre mémoire a été cocréé avec quatre experts de la question
autochtone avant sa diffusion. Nous recommandons, donc, que le gouvernement
reconnaisse enfin le racisme systémique, qu'il adhère au
Principe de Joyce, qu'il reconnaisse le savoir autochtone et ses expériences en
matière de santé, que les structures de soins soient décolonisées et
coconstruites, que des soins sécurisants soient introduits partout et hors...
dans et hors des établissements, que la formation sur les réalités culturelles
et historiques des autochtones soit cocréée et révisée avec eux, les
autochtones, que la reddition de comptes annuelle sur les avancées de la
sécurisation culturelle inclue également une instance autochtone, que soient
clarifiées aussi les dispositions sur l'autorisation accordée à des autochtones
de pratiquer des activités professionnelles réservées et finalement que le
projet de loi englobe la santé mentale et physique dans l'ensemble du réseau.
• (10 heures) •
Le dicton dit que les
bottines doivent suivre les babines. Si ce qui sort de la bouche du
gouvernement est timide, les pas vers la sécurisation culturelle se sont...
seront, d'emblée, courts et hésitants. Le projet de loi prévoit que les
établissements devront, et j'ouvre les guillemets, «adapter, lorsque possible,
l'offre de services de santé et des services sociaux». Je ferme les guillemets.
On conviendra tous ensemble que c'est un peu mou.
Au printemps dernier,
je suis allé au Nunavik pendant plusieurs jours. Là-bas, des médecins de
famille, des infirmières soignent des autochtones, mais il n'y a, pour ce
faire, ni bloc opératoire, ni lits de soins intensifs, ni de tomodensitométrie,
ni médecin d'autres spécialités à temps plein, ni laboratoire d'analyses
spécialisé. L'espérance de vie est une
douzaine d'années sous la moyenne québécoise, le taux de mortalité infantile
est près de huit fois plus élevé, le taux de suicide est 10 fois
supérieur à la moyenne et les cas de tuberculose sont jusqu'à 300 fois
plus nombreux.
Je suis revenu tout à
fait découragé de l'offre de soins et de services sociaux fournis à cette
population autochtone et des conditions dans lesquelles le personnel soignant
exerçait. Il y a clairement, dans ce territoire, des inégalités en soins de
santé. Et on sait aussi que, partout au Québec, des autochtones hésitent à
consulter et à se déplacer, car ils se méfient de la manière dont ils seront
accueillis. Entre-temps, leur état de santé se détériore.
L'égalité d'accès aux
soins, c'est lorsque les gens ne craignent pas de consulter et qu'ils ne
craignent pas d'être discriminés, que leur méfiance envers notre système de
santé n'aggrave pas, pendant ce temps, leur condition physique, mentale.
Le Collège des
médecins reconnaît et salue l'intention du gouvernement, vraiment, de s'engager
dans une démarche de sécurisation culturelle. Si les personnes fragilisées,
dont les autochtones, sont exclues de l'élaboration de la loi et des processus
d'implantation et de reddition de comptes, le colonialisme sera perpétué. Si on
ne reconnaît pas leur apport, leur savoir, si on ne les forme pas davantage
pour soigner ou accompagner les membres de leurs communautés, collectivement,
nous ferons du surplace. La sécurisation culturelle doit se faire main dans la
main. Nous tendons la nôtre au gouvernement et aux autochtones pour apporter
les amendements requis à son projet de loi pour qu'il soit une réussite.
Je
tiens de nouveau à remercier les experts qui ont cocréé notre mémoire : Marjolaine Sioui et Karine Millaire, de la Commission de la santé et des services
sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador, Pierre Picard, pilote
du Groupe de recherche et d'intervention psychosociale en milieu autochtone,
Alexandre Bacon, formateur et facilitateur
dans les rencontres entre les organisations canadiennes et les Premières
Nations, et la Dre Louise-Josée Gill, médecin de famille au centre de
santé de Mashteuiatsh.
Mes collègues et moi
sommes prêts à répondre à vos questions. Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
M. le Président. Donc, on va débuter la période d'échange, du côté
gouvernemental, pour 16 min 30 s. M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Lafrenière : Merci beaucoup, MM. les
présidents. Là, ça va devenir mélangeant aujourd'hui, M. le Président,
M. le président du Collège des médecins. Merci d'être avec nous aujourd'hui.
Je vous l'ai dit
tantôt, quand je vous ai serré la main, à première vue, ce matin, quand j'ai vu
l'article, je l'ai trouvé fort en café, mais j'ai entendu vos commentaires puis
je vais vous dire que vous avez fait plusieurs bons commentaires, M. le président. Puis, entre autres, un commentaire de
révision linguistique, vous avez parlé d'autochtone avec un petit a,
puis, malheureusement, souvent, quand on envoie les textes, on met un s à Inuit
et on met un petit a à autochtone. Ça fait que, ça, on va pouvoir y travailler
rapidement, vous avez un bon point.
Quand vous avez parlé
de révision, avec des groupes autochtones, M. le président, vous avez dit que
vous avez consulté quatre personnes. Je veux juste vous rassurer, moi, avant de
m'asseoir ici aujourd'hui, j'ai fait la tournée des 55 communautés au
Québec, et on a rencontré 13 groupes avant même de penser à rédiger un
projet de loi. Je sais que c'est... pour vous, ce n'est pas une coécriture, je
le comprends, mais on est allé plus loin que ce que normalement on faisait.
Normalement, on l'aurait fait en consultation comme on fait là, puis c'est ce
qu'on fait aujourd'hui, on consulte les
groupes qui veulent bien venir nous voir pour le bonifier, avec les collègues
des oppositions, pour trouver la meilleure loi.
Et il ne faut pas
juger. Tantôt, vous avez dit : Les bottines doivent suivre les babines, et
vice versa. Je veux juste corriger un petit point pour vous. La loi n° 79, quand on l'a présentée, on n'a pas mesuré l'importance
de la loi par le poids du papier sur lequel on l'a imprimée. Ça amène des
changements qui sont visibles sur le terrain, puis, ça, je veux vous rassurer
là-dessus. Et j'imagine, parce que je ne le sais pas, puis c'était une des
premières questions que j'avais pour vous, puis ça va me permettre de
comprendre comment vous travaillez, au Collège des médecins, suite à la loi n° 79... Je sais qu'il y a des médecins qui nous donnent un
coup de main, ils travaillent avec nous puis les groupes d'opposition pour
faire le suivi, pour comprendre les rapports, et tout. Mais ça a été quoi, le
positionnement du Collège des médecins là-dedans?
Puis je vais vous
dire pourquoi je vous pose cette question-là, pour être bien transparent :
parce que je veux savoir, par la suite, quand on regarde un projet de loi comme
celle qu'on a aujourd'hui, de quelle façon... Parce que j'entends
la critique, mais moi, je vais un pas plus loin, je veux voir comment on peut
travailler ensemble là-dedans. Alors, si on se base sur 79, où on n'a pas eu la
chance de beaucoup travailler ensemble... (panne de son) ...comment on va
réussir à travailler ensemble? Parce que, bien honnêtement, ce projet de loi
là, on le porte avec la Santé, mais, tout seul, on n'y arrivera pas. Puis, avec
des joueurs comme vous, si on vous a comme partenaires, c'est... le gage de
réussite, il est là.
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, tout seul, on n'y
arrivera pas non plus. On est tout à fait d'accord pour travailler avec vous,
comme on le fait avec la Santé, avec M. Dubé et compagnie, avec les autres
partenaires, avec les autres ordres professionnels, avec le public également,
par rapport à voir tous ensemble comment on pourrait améliorer le réseau,
comment on pourrait améliorer le système de santé.
Je veux juste revenir
avec le fait qu'on n'a pas consulté ces personnes-là, on a écrit notre mémoire
avec elles. C'est ça qu'on veut dire par cocréer, coconstruire, coécrire, donc,
faire ça ensemble et non pas pour eux, mais avec eux. Et, pour l'ensemble
des... je dirais, des mémoires que nous présentons par rapport aux différents
projets de loi, on essaie toujours de fonctionner de cette façon-là par rapport
à... évidemment, avec nos membres. C'est ça, notre vision, c'est : le
collège pose des actions et prend des décisions pour se rapprocher du public et
lui assurer des soins de qualité. Donc, c'est toujours par rapport à améliorer
les soins au public et à la population autochtone, plus particulièrement celle
qui est visée ici aujourd'hui.
M. Lafrenière :
Merci beaucoup. M. le président, quand vous avez parlé de personnes
fragilisées, j'aimerais ça vous entendre davantage là-dessus, ce que vous
voulez dire par là. Parce que vous avez dit qu'on semblait adresser notre
projet de loi vraiment juste aux autochtones, vous auriez aimé qu'on
l'élargisse à une plus grande clientèle. Puis, ça, j'imagine que les personnes
qui ont coécrit le mémoire avec vous sont d'accord qu'il faudrait élargir ça,
ne pas laisser ça juste aux autochtones, c'est bien ça?
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui, l'ensemble des
personnes... Bien, en fait, nous... Là, aujourd'hui, on parle d'autochtones,
puis c'est parfait, là, je veux dire, mais cette communauté-là est insécure,
lorsqu'elle consulte dans notre système de santé, et ce n'est pas la seule
communauté qui est insécure dans de telles situations. Quand on parle de personnes fragilisées, c'est également d'autres
communautés qui se sentent insécures à consulter, de peur de préjugés dans
notre système de santé. Mais, là-dessus, peut-être que je donnerais la parole à
notre experte, au collège, la Dre Duchesne.
Mme Duchesne
(Nathalie) : Bonjour. En fait, c'est important, pour nous aussi, que
l'intersectionnalité soit incluse dans votre projet de loi, parce que, dans une
personne, il n'y a pas qu'une sorte de discrimination et qu'une sorte de
fragilisation. Alors, par exemple, un exemple pratique, pour les femmes
autochtones, elles ont à la fois le fait d'être fragilisées parce qu'elles sont
des femmes et aussi parce qu'elles sont autochtones. Et ces deux types de
fragilisation peuvent se potentialiser, se multiplier. Alors donc, c'est pour
ça qu'on trouve que c'est important d'élargir à tous les types de
fragilisation, tous les types de discrimination qui existent, pour pouvoir
considérer, donc, tout ce qui peut arriver à l'intérieur d'une même personne.
Parce qu'il ne faut pas stéréotyper, et chaque personne est différente. Merci.
M. Gaudreault
(Mauril) : C'est pour ça qu'on parle de
savoir autochtone, partir de ce qu'est l'autochtone, partir de ce qu'il sait,
de ce qu'il vit, des idées qu'il a sur son problème, des sentiments qu'il vit
par rapport à ça. Donc, partir du savoir autochtone, pour nous, c'est ça. Mais
c'est la même chose pour tout patient aussi, en fait, hein? Mais là, plus
particulièrement pour la population autochtone, je pense qu'il faut plus
considérer leur savoir, leurs façons de faire, leurs valeurs.
M. Lafrenière :
Merci. Merci pour votre réponse, ça permet de bien comprendre ce que vous
voulez nous envoyer comme message, puis je l'apprécie. Je vais vous avouer que
je reste encore sur mon appétit, quand vous avez dit que les personnes avec qui
vous avez travaillé étaient d'accord pour élargir autres qu'autochtones, mais
on va y revenir tout à l'heure.
J'imagine
que vous connaissez la Clinique Minowé, parce que vous parlez de considérer le
savoir autochtone. Vous savez qu'on l'a déjà mis en place, entre autres à
Val-d'Or et dans deux autres cliniques. C'est exactement un exemple de
sécurisation culturelle que vous amenez là.
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui.
M. Lafrenière :
Lorsqu'on a écrit «lorsque possible»... Puis, ça, je veux vous entendre
là-dessus parce qu'une des... quand je vous ai dit qu'on a rencontré
13 groupes, un des points qui nous est revenu, c'est qu'on ne peut pas
l'imposer. Tantôt, je disais aux collègues, quand j'ai fait le début de cette
présentation-là, qu'on ne voulait pas faire du mur-à-mur, on voulait laisser
une chance aussi au réseau, c'est-à-dire localement, avec les communautés qui
les entourent, de travailler ensemble, de développer des choses qui
conviennent. On a écrit «lorsque possible», parce qu'on s'est fait dire de ne
pas imposer la même chose à tout le monde. Et c'était la crainte que certains
avaient, sur le terrain, que ce soit, excusez l'expression bien anglaise, un
«check in the box» : on l'a fait, c'était dit de le faire, on l'a fait. On voulait
laisser l'initiative au terrain. Mais je comprends que vous avez parlé d'un
effet pervers là-dedans, avec le «lorsque possible». J'aimerais vous
entendre là-dessus.
• (10 h 10) •
M. Gaudreault
(Mauril) : ...«lorsque possible», pour
nous, on aimerait que ce soit plus contraignant pour tous les établissements,
d'ailleurs, on l'a dit également, hors des établissements de santé, pas juste
les établissements hospitaliers de santé, mais aussi les CHSLD et autres
résidences intermédiaires, etc. Donc, pour nous, pour que ça change, il
faudrait utiliser des termes de façon plus contraignante et non pas seulement
«lorsque possible». Alors, c'est pour ça qu'on parle de... lors de la révision
de reddition de comptes annuels, de le faire avec une instance autochtone. On
peut poursuivre avec l'idée, puis je comprends très bien, là, ce que vous
dites, M. le ministre, puis que ce n'est pas évident de contraindre tous les
établissements, mais il faut quand même viser cela, que ce soit plus
contraignant éventuellement.
M. Lafrenière : Et, selon vous,
M. le président, le fait de rendre ça public... Parce que vous avez compris
aussi qu'annuellement, sur notre site Web, on veut démontrer, dans un effort de
transparence, comme on fait, justement, pour les actions de la commission Viens...
de démontrer ce qui a été fait. De notre côté, ce qu'on croyait, puis je veux
vous entendre là-dessus, c'est qu'il y avait deux effets à ça. Le premier,
comme vous avez dit, c'est d'être transparent, que les gens voient ce qui a été
fait, puis ça, c'est l'effet plus coercitif. Mais, l'effet positif entraînant
de partager des bonnes pratiques, moi, j'avais... on avait comme l'impression
que ça pourrait donner... ça pourrait partager ces bonnes pratiques là à
d'autres groupes, d'autres hôpitaux, d'autres centres de santé. Puis j'ai bien
compris de... l'élargissement de la définition, ça aussi, je l'ai pris en note.
Mais ça pourrait avoir un effet positif pour entraîner d'autres centres de
santé à faire mieux. Je vous ai donné l'exemple de Joliette, tantôt, qui était
un précurseur, mais je pense que ce qui a été fait à Joliette, d'autres centres
sont tentés de faire la même chose.
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, encore une fois, je vais
me répéter, là, peut-être que vous allez finir par nous trouver tannants, mais
le faire avec les communautés autochtones et non pas pour elles. Donc, si on
fait ça avec les communautés autochtones par rapport à élargir cela dans tous
les établissements de santé, à mon sens, on a plus de chances de bien réussir
cela que si les autochtones ou les populations autochtones ne se sentent pas à
part entière dans ce projet.
M. Lafrenière : ...on vise la
même chose, je n'arrive juste pas à mettre le doigt sur le comment vous le
proposez. Parce que, vous l'avez dit, vous avez coécrit votre mémoire avec
quatre personnes qui, je suis persuadé, ont amené leur vision à eux, puis je ne
suis pas sûr qu'ils sont d'accord avec tout ce qu'il y a là, c'est normal, au
même titre que nous, on a rencontré 13 groupes avant même de s'asseoir
ici. Vous parlez de coécriture. À part de tenir le crayon ensemble ou avoir les
doigts sur le clavier en même temps, je ne vois pas comment ça prendrait forme,
bien honnêtement, en tout respect.
M. Gaudreault
(Mauril) : Moi aussi, en tout respect,
puis là aussi je ne veux pas être tannant, mais je vais revenir avec la
reconnaissance du problème, tu sais? En médecine, après évaluation, on pose des
diagnostics et, par après, on propose aux patients un traitement, une conduite
à tenir, etc. Donc, dans le diagnostic, pour moi, il y a la reconnaissance d'un
problème, et la reconnaissance d'un problème, je le sais que ça vous met mal à
l'aise, souvent... Je l'ai dit quelques fois, nous, on est mal à l'aise avec la
situation, mais vous, vous semblez mal à l'aise avec le mot. Donc, je pense qu'il faut, d'abord, reconnaître ce
racisme systémique dans le réseau de la santé. On l'a fait, au collège,
après avoir sondé plusieurs médecins. On n'est pas arrivé tout à coup puis on a
dit : Il y a du racisme systémique dans le système de santé. Donc, pour
corriger une situation, il faut, d'abord, la reconnaître en toute humilité.
C'est dans le sens de notre mémoire, dans le
sens de mon propos de ce matin. Ce n'est pas pour vous faire avaler de mauvaise
façon votre gorgée de café, mais c'est pour que, tous ensemble, on reconnaisse
la situation puis qu'on s'y attaque.
M. Lafrenière : ...clair, je ne
suis aucunement mal à l'aise de reconnaître qu'il y a du racisme, qu'il y a des
gens qui sont intolérants, qu'il y a des médecins, du personnel soignant qui
sont racistes et qui donnent des mauvais services. Je suis totalement d'accord
avec vous, M. le président, ça, je suis avec vous. Là où j'ai de la difficulté
avec ma gorgée de café, ce matin, c'est... Je regardais les commentaires et je
me suis posé la question, parce que c'est M. Picard, de l'APNQL, qui
amenait ce point-là avec la commission royale d'enquête, en 1996, puis je me
disais : Aujourd'hui, j'ai comme
l'impression que, vu qu'on a fait un premier pas, on se fait dire par tout le
monde : Tu aurais dû en faire
10. Parce qu'aujourd'hui c'est clair, ce qu'on fait, ce n'est pas parfait, on
fait un premier pas. Puis je me disais, a contrario : Le Collège des médecins, depuis 96, depuis la
commission royale d'enquête, depuis tout ce qui a été demandé, quel
apport ils ont fait pour changer ça?
Parce que, vous avez raison, la sécurisation
culturelle, c'est important, mais honnêtement ça peut partir des médecins
aussi. Je ne pense pas qu'on a besoin d'un projet de loi. Là, ce qu'on vient
faire, c'est envoyer un message clair à tout le monde. Mais j'ai lu les
infirmières, j'ai lu les différents groupes qui veulent collaborer, trouver une
solution, on l'a dit tantôt, là, puis je
pense qu'on est sans équivoque là-dessus, si on ne le fait pas ensemble, on n'y
arrivera pas. J'ai beau écrire une loi de 400 pages, si les gens
sur le terrain ne font pas les changements, on n'y arrivera pas. Moi, j'ai besoin de vous comme partenaires, j'ai
besoin d'un message fort. Je l'avais souligné, pour la stérilisation forcée,
un beau message fort qui avait envoyé, mais
il y a d'autres choses qui auraient pu être faites par le Collège des médecins
avant aujourd'hui. C'est là-dessus que mon café a mal passé, ce n'est pas sur
le reste.
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, de notre côté, puis là je
peux passer la parole à Nathalie Saad... mais, de notre côté, on a posé des actions, on a pris des décisions pour se
rapprocher de la communauté médicale à ce sujet mais aussi du public,
évidemment. Donc, il y a une série de choses qu'on a faites. Je vous ai lu,
tout à l'heure, l'énoncé de reconnaissance culturelle, notamment, le groupe que
j'ai eu l'honneur de présider, par rapport aux stérilisations non consenties
chez les femmes autochtones, qui est actuellement à réfléchir sur un
positionnement qu'on va adopter de façon
officielle au conseil d'administration de décembre. Le Principe de Joyce, on l'a adhéré, etc. On a fait des choses, à l'intérieur de nos possibilités à nous et à
l'intérieur de la communauté médicale, aussi, pour continuer, continuer
vraiment à rendre les gens de plus en plus conscients de biais. Puis je
l'ai dit, même moi-même, là, puis je n'ai pas de problème à dire ça, puis je
n'étais pas le seul, ce biais inconscient là par rapport à la personne confuse,
autochtone, qui arrive à l'urgence, et plusieurs situations comme ça. Et
peut-être Nathalie pourrait en ajouter.
Mme Saad (Nathalie) : Je pense
qu'une des choses que le collège a faites qui a permis de faire avancer les choses, c'est de reconnaître le racisme
systémique, reconnaître le Principe de Joyce. Ça a peut-être l'air un peu banal,
dit comme ça, puis être des mots, mais, en fait, bon, je suis vice-présidente,
mais je suis aussi médecin qui travaille et qui enseigne, en particulier, et je
peux vous dire que ça a forcé une prise de conscience, au niveau de
l'enseignement, aux étudiants en médecine,
aux résidents. Donc, si on veut changer les choses, c'est une bonne place pour
commencer. Quand le collège a reconnu le problème, je pense que ça a forcé
l'ensemble de la communauté médicale à se poser des questions puis à se
dire : Oui, on le savait. Mais c'est peut-être plus que de le savoir, puis
il faut faire avancer les choses.
Alors, je pense que, dans le milieu de
l'enseignement, il y a eu vraiment une prise de conscience sur la façon de faire, le vocabulaire à utiliser, les approches
à considérer, le contexte de sécurisation culturelle dans lequel il fallait
commencer à pratiquer. C'est vrai pour le milieu autochtone, c'est vrai aussi
pour l'ensemble des populations. Je travaille dans un milieu où on a une forte
population immigrante, à Montréal, on en voit plusieurs, des populations
fragilisées, que ce soient des problèmes de langue, quand ils sont... quand on
ne les comprend pas et qu'on assume de la
raison de la visite. Ça se fait encore, Dr Gaudreault y a fait allusion dans
son exemple. Malheureusement, je dois dire que j'ai probablement fait
les mêmes faux pas quelques fois.
Alors, je
pense que cette humilité-là et cette reconnaissance-là fait partie des choses
qui ont été faites récemment par le collège, qui permet d'amorcer la
création d'un environnement qui met de l'avant la sécurisation culturelle.
Le Président (M.
Bachand) : ...M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui, allez,
rapidement — ça
va tellement vite, je suis désolé — mais je veux vous remercier de votre apport. Je l'ai dit tout à l'heure, je le
pense encore une fois, malgré le fait que vous ayez consulté quatre personnes,
je suis persuadé que les gens avec qui vous
avez travaillé seraient mal à l'aise qu'on élargisse à autres qu'autochtones, parce
que les 13 groupes ont été sans équivoque pour nous. Mais, encore une
fois, on verra. Puis je suis heureux de la main tendue que vous avez
aujourd'hui.
On n'a aucune prétention que c'est parfait. On a
une prétention, c'est qu'on est les premiers, on agit. C'est le troisième
projet de loi qui est déposé, en matière autochtone, depuis 25 ans, alors
c'est sûr que ce n'est pas parfait, mais on agit, on avance. Moi, je m'attends
à travailler ensemble.
Puis il y a un point que je veux mettre au
clair. Quand on a corédigé le guide de sécurisation culturelle, ça a été fait
avec des autochtones. Et, aujourd'hui, ce qu'on présente comme projet de loi,
ce n'est pas une loi qu'on impose aux autochtones, c'est un projet de loi qu'on
s'impose à nous, comme gouvernement, et, par le biais... bien, à vous, à vos membres, je suis persuadé qu'ils vont
tous adhérer puis nous donner un coup de main quand on a trouvé la bonne
formulation ensemble. Je le dis encore une fois, sans le personnel soignant, on
peut avoir le plus beau projet de loi du monde, ça ne va donner absolument
rien, puis, dans quelques années, il y a d'autres personnes qui auront pris notre place, en disant : Peut-être qu'on
a reconnu des choses, à l'époque, mais on n'a pas fait l'effort supplémentaire
pour changer la donne. C'est sûr qu'on a besoin de vous. Alors, monsieur,
mesdames, merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Je me tourne
maintenant vers l'opposition officielle, pour 12 min 23 s. M. le
député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Merci, M. le président du Collège des médecins, pour votre exposé,
ainsi que les membres du collège qui vous accompagnent. J'ai lu avec attention
votre mémoire, c'est... en fait, c'est très bien fait, c'est très intéressant.
Ma première question est la suivante. Vous l'avez mentionné, M. le président,
vous avez, l'ordre... le Collège des médecins a reconnu le Principe de Joyce,
et madame a commencé un peu à répondre à la question, mais pourquoi c'était si
important pour le Collège des médecins de reconnaître ce principe-là?
• (10 h 20) •
M. Gaudreault
(Mauril) : Un début de réponse et, après
ça, une suite pour Nathalie Duchesne. OK. C'était important d'écouter,
d'écouter cette population-là, d'écouter, d'écouter... d'être empathique par
rapport à ce qu'ils vivent, cette
communauté-là. Pour nous, c'était important de reconnaître ça. Ça faisait suite
à... Ce n'est pas arrivé tout d'un coup comme ça, là, ça faisait suite à
une longue journée de réflexion sur le racisme systémique en santé, que nous
avions tenue, au collège, avec l'ensemble des administrateurs et certains
membres de la permanence. Donc, c'était dans le début, je dirais... bien,
c'était comme la suite d'une évolution de réflexions puis de sensibilisations
de notre ordre professionnel à ce sujet-là.
Raison pour laquelle, dans les semaines qui avaient suivi, c'était en janvier
2021, j'avais signé une lettre ouverte avec les
chefs Awashish et Ottawa, à ce moment-là, et, quand est arrivée, en... cette
situation-là déplorable de Mme Echaquan, c'était clair pour nous qu'il fallait
prendre position.
C'est dans le sens d'un nouveau collège, aussi,
un collège qui est maintenant plus près des gens, un collège qui est devenu un
acteur social plus important, soucieux de se prononcer sur des grands enjeux
sociétaux liés à la santé, dont celui-ci. Nathalie.
Mme Duchesne (Nathalie) : C'est
important de reconnaître ce qui existe, parce que c'est de faire une
réflexivité, donc, de penser et de revoir notre position. Si on ne reconnaît
pas ce qui existe, on ne peut pas établir un lien de confiance. Si on n'a pas
de lien de confiance, malheureusement, on se retrouve avec des gens qui,
n'ayant pas confiance au système, ne consulteront pas et vont souvent se
retrouver avec des problèmes de santé, là, qu'on a décrits tout à l'heure.
Alors donc, que de faire la reconnaissance, c'est de faire un pas vers
l'humilité, de reconnaître d'où on arrive,
quel type de médecine qui est en cours, malheureusement, encore souvent. Et on
dit «malheureusement» parce qu'on discute avec les membres, on sonde, on
entend beaucoup d'histoires et on est conscient que ça existe présentement.
Nous avons beaucoup d'exemples.
Et donc c'est important aussi de reconnaître
avec le Principe de Joyce... de reconnaître le trauma que ces personnes-là ont
eu dans le passé et, malheureusement, qu'elles vivent encore. Alors donc, c'est
de... la sécurisation culturelle, elle
passe, d'abord, par l'humilité, la reconnaissance des faits, le racisme
systémique, le colonialisme qu'il y a encore,
et aussi la reconnaissance du fait qu'il y a des traumas, il y en a eu puis il
y en a encore, et tout ça, ça empêche, malheureusement, un accès aux
soins à tout le monde. Donc, c'est pour ça que c'est important pour nous.
M. Morin : Donc, je comprends
de votre intervention, de votre témoignage que ce serait, finalement, bénéfique
pour l'ensemble du Québec si le projet de loi reconnaissait spécifiquement le
Principe de Joyce. Ça nous permettrait de, finalement, comprendre un état puis,
après ça, de trouver des moyens pour essayer de le solutionner. Est-ce que je
me trompe? Êtes-vous d'accord avec moi?
M. Gaudreault
(Mauril) : ...dans le sens... bien sûr,
dans le sens de reconnaître le problème, hein, je le répète, là, l'existence de
racisme systémique dans le milieu, donc de reconnaître le problème. Mais, avec
le principe de l'adopter, ça va encore plus
loin, dans le sens de faire en sorte de travailler plus avec les communautés
autochtones, de les intégrer dans nos façons de faire aussi. C'est ce
que nous visons également, au collège, par rapport à intégrer des médecins
autochtones. On a parlé de Stanley Vollant, tout à l'heure, il est intégré dans
le fonctionnement avec un comité,
particulièrement, au collège. Donc, ça aussi, adhérer au Principe de Joyce,
c'est également participer... faire intégrer, faire travailler, cocréer,
coconstruire avec eux, les autochtones, le système de santé plus sécurisant
pour eux.
M. Morin : Alors,
êtes-vous d'accord avec moi si, quand on parle de sécurisation culturelle, le
Principe de Joyce, c'est un minimum?
M. Gaudreault
(Mauril) : Ça passe, d'abord et avant tout, par cela, je veux
dire, la reconnaissance, et l'appui, puis, je dirais, l'accord avec ce
qu'il y a à l'intérieur de ce principe-là.
M. Morin : Que le projet de loi
ne fait pas.
M. Gaudreault
(Mauril) : À notre sens, oui.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Vous avez parlé, tout à l'heure, madame, de l'intersectionnalité. Il
y a effectivement des groupes, dans notre société, qui sont doublement,
triplement défavorisés, malheureusement. Donc, cette... en fait, cette méthode
d'analyse là permet de reconnaître ces groupes-là et de corriger le problème.
Est-ce que vous trouvez que le projet de loi va assez loin dans ce sens-là?
Mme Duchesne (Nathalie) : En
fait, on trouvait, justement, qu'il fallait que ce soit mentionné qu'il y aura une perspective intersectionnelle dans le projet
de loi, tant dans l'évaluation des actes qui vont être posés... Il ne faut pas les
évaluer seulement d'une façon, mais il faut, justement, pouvoir évaluer... Ce
sont des nouvelles méthodes, l'intersectionnalité,
il y a des nouvelles méthodes pour évaluer la performance des programmes qu'on
met en place, etc., avec la lentille intersectionnelle, justement, pour
ne pas évaluer qu'une seule partie d'un individu, mais un individu dans son
entier. Alors, tout à fait, c'est pour ça qu'on disait que c'est important que
ce soit dans le projet de loi.
M. Morin : Parfait, je vous
remercie. On a parlé, à l'article 1 du projet de loi, le
paragraphe 4°, en fait, «adapter, lorsque possible». Je vous ai bien
entendu, ça ne semble pas, effectivement, être très contraignant. Auriez-vous
des pistes de réflexion pour le législateur pour s'assurer que ce qui est écrit
après, qui est effectivement important :
«embauche de personnel autochtone», «formation obligatoire»... D'ailleurs, ça
me semble un peu contradictoire : «lorsque possible», une
«formation obligatoire», bref, et tenir «en compte des réalités propres aux
femmes et aux filles». Donc, d'après vous,
le projet de loi, est-ce qu'il devrait être plus... en fait, plus... obliger le
gouvernement à faire?
Et puis j'ai un autre élément sur lequel
j'aimerais que vous puissiez m'éclairer. On dit : «...prise en compte des réalités propres aux femmes et aux filles
autochtones», ce qui est un enjeu, mais on parle aussi beaucoup des enfants autochtones.
Donc, est-ce qu'on devrait l'élargir à l'ensemble des enfants autochtones ou
juste le laisser comme ça?
M. Gaudreault (Mauril) : Je
ne reviendrai pas sur «lorsque possible», là, je pense que tantôt j'ai bien
exprimé notre pensée puis notre désir. Je pense qu'il faut être plus
contraignants, et tout en respectant tout le monde à l'intérieur des
établissements de santé au Québec, évidemment, là, mais en visant plus haut que
cela. Un.
Deuxièmement,
c'est toutes les clientèles, c'est à la fois les enfants, les adultes, etc.,
les... On a parlé beaucoup de santé mentale, il faut parler de santé
physique aussi par rapport à tout ça. Pour nous, c'est un tout. Quand on parle
du savoir autochtone, c'est la même chose, de toute façon, pour vous qui... un
patient qui consultez un médecin, il va partir de ce que vous savez, de ce que
vous êtes, de vos croyances, de vos idées par rapport à votre problème de santé
puis des sentiments que vous vivez par rapport à ça. Donc, on veut insister
là-dessus pour ce qui est du savoir particulier qu'ont les autochtones.
M. Morin :
Et, au niveau de... Parce que le projet de loi parle également de formation
puis de modifications au Code des professions. Qu'est-ce qui pourrait être fait
pour assurer qu'on va inclure le savoir autochtone dans le milieu médical, tout
en s'assurant de la protection du public?
M. Gaudreault (Mauril) : Je demanderais au Dr Saad de répondre, qui est, parmi nous, la
clinicienne encore active.
M. Morin :
Parfait, merci.
Mme Saad (Nathalie) :
Alors, bien sûr, la formation, j'y ai fait allusion un peu plutôt, c'est
sûr que c'est une partie importante. Je pense qu'il faut faire attention, quand
on parle de formation, de ne pas tomber dans quelque chose qui pourrait
perpétuer des biais ou mettre en lumière certains biais, mais dépasser ce
niveau-là de formation. Et, pour y arriver,
c'est là qu'on revient un peu sur un des principes qu'on a discuté un peu plus
tôt de cocréation de ces formations-là,
où, justement, des autochtones sont impliqués, des représentants,
potentiellement, de d'autres communautés, populations fragilisées, pour
arriver avec des formations où il y a des solutions, où il y a une
compréhension qui va permettre la sécurisation culturelle et pas juste des
formations où on fait une réalisation de problèmes actuels. Oui, c'est
important, puis on l'a dit, il faut reconnaître le problème, ça peut faire
partie de la formation, mais il faudrait que
les formations dépassent ça, qu'on arrive à y amener des solutions et une compréhension
pour amener la sécurisation culturelle,
amener à comprendre les différences qui sont si importantes et ces nuances-là
qui vont permettre une meilleure accessibilité aux soins, par la suite,
dans un environnement où ces... où les populations vont se sentir accueillies
et comprises, ou respectées, à tout le moins.
M. Morin :
Et, au Collège des médecins, est-ce que ces formations-là sont déjà en
place? Est-ce que vous avez complété le cursus ou vous êtes en train de le
faire?
M. Gaudreault
(Mauril) : On est en train de le faire,
OK, pour assurer aux 26 000 médecins du Québec une formation en ce
sens qui sera prête pour 2024, afin que tout le monde... plus que sensibiliser
à la question, là, mais comprenne bien et intègre ça dans leur dans leurs
activités quotidiennes.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Il vous
reste 1 min 40 s, M. le député d'Acadie.
• (10 h 30) •
M. Morin :
Vous avez parlé de la situation au Nunavik, situation qui est déplorable.
J'ai eu à quelques reprises à questionner le gouvernement là-dessus, à ce
sujet-là, entre autres l'envoi d'un CT scan, parce que ça a l'air qu'ils n'en
ont toujours pas. Est-ce que vous avez des recommandations particulières pour
la population inuite, dans le cadre de ce projet de loi, sur la façon dont on
pourrait le bonifier ou accorder davantage, finalement, de ressources ou de
solutions pour qu'ils soient considérés dans leurs réalités?
Le
Président (M. Bachand) : En une minute. M.
le président, s'il vous plaît.
M. Gaudreault
(Mauril) : Je l'ai dit, j'ai été
découragé, à la suite de cette visite-là, j'en ai parlé à M. Dubé. On va s'en reparler très certainement. Je pense
que ça prend un plan global pour cette communauté, pour ce territoire-là notamment,
pour faire face à la situation puis aux défis qui sont immenses et qui
dépassent sans doute, également, le ministère de la Santé, mais un plan global
que le gouvernement devra travailler, avec lequel nous allons collaborer, pour
changer la situation. Parce que ça n'a vraiment pas de bon sens, ce qui se
passe là-bas. Je vais me limiter à cela.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, merci. M. le député de Jean-Lesage, pour
4 min 8 s. M. le député, s'il vous plaît.
M. Zanetti : Merci, M. le Président. Merci
beaucoup pour votre mémoire, votre présentation, que j'ai trouvés tous
les deux très courageux et clairs.
L'article 3
du projet de loi parle d'activités professionnelles réservées, puis on dit,
dans le fond : Le gouvernement pourrait, par règlement, élargir un peu ça,
assouplir dans le but que des activités professionnelles puissent être faites
par des autochtones sur... dans... sur un certain territoire, etc. Donc,
est-ce qu'au Collège des médecins vous avez de l'ouverture par rapport à ça,
permettre au gouvernement de faire ça par règlement, en collaboration, en
copartenariat avec différentes communautés autochtones, par exemple?
M. Gaudreault
(Mauril) : D'abord, bonjour,
M. Zanetti.
M. Zanetti : Bonjour.
M. Gaudreault
(Mauril) : Je suis content de vous revoir. Bien, je pense que,
oui, oui, on va être... on est tout à fait d'accord pour voir ensemble comment
on pourrait clarifier ça, parce que, bien sûr, il y a des choses réglementaires
là-dedans, puis ce n'est pas une porte ouverte à n'importe quoi, là, mais je
pense que ça fait partie aussi de responsabiliser les communautés autochtones
ensemble, de faire en sorte que...
Vous savez, le problème, il est... le problème,
il est de x générations, hein, par rapport à tout ce qu'on appelle la conduite,
là, colonisatrice, là, des... de nos populations antérieures, de notre... de
nos façons de faire. Donc, de voir à faire en sorte, avec les autochtones,
comment on pourrait améliorer les choses, notamment pour ce qui est d'accompagner des patients autochtones qui ont à
consulter notre système de santé, mais aussi la possibilité qu'il y ait des autochtones qui puissent agir de... d'une
façon additionnelle par rapport à la prise en charge, par rapport, je dirais, à
la conscientisation de ce problème-là, mais aussi de faire en sorte, là,
d'assumer des responsabilités qu'actuellement ils ne peuvent pas. Mais, cela,
il va falloir regarder ça comme il faut, mais nous, on est d'accord pour
participer à des discussions pour voir comment on pourrait élargir ça.
M. Zanetti : Merci. Puis est-ce
que vous trouvez que, dans sa forme actuelle, disons, le projet de loi, là,
instaure une description, une définition de la sécurisation culturelle qui est
opérationnalisable, c'est-à-dire que, dans le
système de santé, on va pouvoir dire : Ça marche, ça répond aux critères;
ah! non, là, il n'y a pas la sécurisation culturelle? Trouvez-vous que
c'est opérationnalisable de la façon dont c'est formulé, dont c'est fait?
M. Gaudreault
(Mauril) : ...tout est perfectible, puis on va participer
avec vous, avec les gens du gouvernement pour le rendre plus
perfectible, mais, je le redis, je le redis, c'est un premier pas dans une
bonne direction. On est là pour travailler avec vous afin de l'améliorer,
travailler avec les autochtones aussi, et non pas pour eux. Ça, c'est clair
pour moi. C'est des conditions essentielles à respecter avant, puis c'est pour
ça qu'on parle d'assises essentielles pour faire en sorte que le tout
s'améliore.
M.
Zanetti : Puis une dernière question, rapidement, sur votre
recommandation 3 : «Que le projet de loi n° 32 adopte une
approche intersectionnelle envers toutes les personnes autochtones, englobant
tous les types d'inégalités et d'oppressions et non seulement le racisme et le colonialisme»,
pouvez-vous nous l'expliquer un peu plus? Aïe! en 30 secondes, ce n'est
pas... En tout cas, faites comme vous pouvez.
M. Gaudreault
(Mauril) : Dre Duchesne.
Mme Duchesne (Nathalie) : Oui,
bien... Oui, c'est ça. Alors, bien, ça revient à ce que je disais tout à
l'heure, donc de ne pas considérer seulement le fait qu'il y a le colonialisme,
c'est-à-dire qu'on essaie d'imposer nos façons de faire et qu'on essaie
d'imposer notre savoir, mais aussi d'essayer de regarder toutes les autres façons
qu'on essaie d'imposer sur les communautés
autochtones, entre autres, par exemple, sur les femmes. Il y a du sexisme, il y
a un paternalisme, aussi, médical, etc., il y a de l'âgisme qui,
parfois, intervient. Donc, c'est de regarder toutes ces autres façons
d'opprimer qu'on impose, parfois, sur les... parfois et souvent, trop souvent,
sur les communautés autochtones. Donc, tu sais, de regarder tout ça, c'est ça,
l'approche intersectionnelle.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Alors, Dre
Duchesne, Dre Saad, Dr Gaudreault, merci beaucoup d'avoir été avec nous
ce matin. Très, très, très apprécié
Je suspends les travaux quelques instants pour
accueillir nos prochains invités. Merci. À tantôt.
(Suspension de la séance à 10 h 36)
(Reprise à 10 h 42)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend
ses travaux.
Alors, il nous fait plaisir d'accueillir l'Ordre
des infirmières et infirmiers du Québec. Alors, vous connaissez les règles, un 10 minutes de présentation,
après ça, on fait une période d'échange avec les membres. Alors, merci d'être
ici. Puis je vous invite, d'abord, à vous présenter, s'il vous plaît, et
débuter votre intervention. Merci.
Ordre des infirmières
et infirmiers du Québec (OIIQ)
M. Mathieu (Luc) :
Bonjour. Alors, bien, M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les
parlementaires, alors, à titre de président
de l'Ordre des infirmières, infirmiers du Québec, je vous remercie de
l'invitation à émettre nos commentaires et recommandations sur le projet
de loi n° 32 concernant la Loi instaurant l'approche de sécurisation
culturelle au sein du réseau de la santé et des services sociaux. Alors, je
suis Luc Mathieu. Je suis accompagné de ma collègue Caroline Roy, qui est
directrice à la Direction du développement et soutien professionnel à l'ordre.
L'ordre
tient à souligner que nous avons eu l'occasion de bénéficier des commentaires
de membres de communautés autochtones lors de notre rédaction de notre mémoire.
Alors, on les remercie pour leur contribution et leur générosité.
D'entrée
de jeu, nous accueillons favorablement le projet de loi, qui s'inscrit dans la
foulée des recommandations de la commission Viens et reconnaît la volonté du
gouvernement de présenter un projet de loi qui prévoit, entre autres, des
mécanismes de reddition de comptes, sans oublier qu'il est dans la lignée du rapport
du Comité sur l'application du projet de loi
n° 21 au sein des communautés autochtones. Toutefois, l'ordre souhaite
présenter son point de vue et ses recommandations pour améliorer les liens de
confiance et de partenariat avec les membres des Premières Nations et les
Inuits.
C'est dans cet
esprit, mais aussi dans une vision empreinte de respect et dans une perspective
d'assurer la protection du public, que nous vous énonçons aujourd'hui les cinq
recommandations de notre mémoire. Ces recommandations visent, d'une part, à
bonifier le projet de loi entourant l'approche de sécurisation culturelle et,
d'autre part, à exprimer nos préoccupations quant à la réglementation des
activités professionnelles réservées et relatives au domaine de la santé
mentale et des relations humaines.
L'ordre reconnaît
l'intention d'implanter des pratiques sécurisantes dans le réseau de la santé,
en estimant qu'il est primordial de considérer les facteurs contribuant à
favoriser l'accès équitable à l'ensemble des soins et services pour les membres
des Premières Nations et les Inuits. Il s'avère essentiel de mettre de l'avant
les concepts d'humilité, d'antiracisme,
d'équité et d'accès à un continuum de soins et de services efficaces, et ce,
dans une perspective contextuelle autochtone unique.
À juste titre, les
consultations que nous avons menées en vue de ce mémoire ont mis en lumière des
lacunes sur le plan du langage utilisé, du manque de transversalité dans le
continuum de soins et de services et, finalement, par rapport à la création
d'une formation obligatoire.
À plusieurs endroits
dans le texte législatif, nous avons constaté l'utilisation de termes
flexibles, tels que «lorsque possible», ou restrictifs, comme «femmes et filles
autochtones», qui pourraient être remplacés par «femmes et enfants autochtones», ainsi que l'omission de thématiques importantes
telles que l'équité en matière de santé et d'accès aux services de
santé. Nous sommes d'avis que ce langage minimise la teneur et la portée du
projet de loi, alors que l'approche de sécurisation culturelle se veut être un
incontournable. En ce sens, l'ordre recommande que le projet de loi utilise un langage clair, fort et inclusif
afin de renforcer l'aspect incontournable de l'approche de sécurisation
culturelle.
La deuxième
recommandation, qui est incontournable du point de vue de la protection du
public, concerne la transversalité des soins
et l'accès à des ressources langagières. Effectivement, la complexité de
l'organisation des soins dans le système de santé de même que les défis
liés à l'étendue géographique limitent nos capacités à fournir des soins équitables, accessibles et culturellement
sécuritaires. Tous ces enjeux réunis soulèvent un manque criant de continuité
de soins pouvant nuire à la sécurisation culturelle, entre autres lors des
transferts interétablissements d'une personne autochtone et en l'absence de
communication ou de ressource d'accompagnement dans la langue de la personne.
Or, sans l'obligation d'avoir des ressources langagières appropriées, des soins
risquent de ne pas être effectués en raison d'une évaluation erronée engendrée
par des barrières de langue. Pour ce faire, il est essentiel d'établir une
trajectoire de soins optimale entre les
réseaux de santé et des services sociaux et les centres de santé des
communautés autochtones afin de permettre un continuum de soins.
Nous recommandons,
donc, que le projet de loi soit ajusté pour assurer une meilleure accessibilité
aux soins et services et éviter un bris dans la continuité des soins et
services sociaux qui contribuerait à accentuer la vulnérabilité des membres des
communautés. Plus particulièrement, il faudrait que toute mention des établissements
du réseau de la santé et des services sociaux dans le projet de loi soit
modifiée pour mentionner les établissements du réseau de la santé et des
services sociaux et centres de santé des communautés autochtones et ainsi
garantir une transversalité et un continuum de soins. Il faudrait aussi que
l'accès à des ressources langagières soit renforcé.
De surcroît, si ce
projet de loi veut considérer les valeurs, les réalités culturelles et le
contexte historique des communautés autochtones, les formations obligatoires
offertes aux employés se doivent d'être coconstruites avec les membres de ces
communautés. Il s'agit d'une condition gagnante pour arrimer les savoirs
autochtones aux savoirs occidentaux en tenant compte de leurs perspectives et
de leurs réalités. Dans ce contexte, nous recommandons que toutes les
formations obligatoires sur la sécurisation culturelle destinées à tous les
employés soient coconstruites avec des membres des Premières Nations et des
Inuits.
L'article 3 nous
apparaît être une réponse à l'appel à l'action 106, «mettre en oeuvre le
plus rapidement possible les recommandations du Comité sur l'application du
projet de loi au sein des communautés des Premières Nations et des villages
inuits», présenté en 2016 dans le rapport final sur la Commission d'enquête sur
les relations entre les Autochtones et
certains services publics : écoute, réconciliation et progrès. Celui-ci,
le rapport, prenait appui sur des travaux réalisés afin de faire état de
l'impact du projet de loi n° 21 sur les communautés des Premières Nations
et des villages inuits. L'ordre est d'avis
que le statu quo ne peut plus durer. Des solutions pérennes et novatrices
doivent être mises de l'avant, tout en s'assurant que l'accessibilité
compétente demeure le fondement incontournable.
Tel qu'il est
structuré actuellement, le système professionnel vise à régir les activités à
risque de préjudices en raison de la complexité qu'elles comportent et des
connaissances et compétences qu'elles requièrent pour leur exercice. Les activités visées à l'article 3
du projet de loi constituent des activités pouvant causer des préjudices à la
clientèle.
Nous
sommes évidemment sensibles aux contraintes et enjeux que peuvent vivre les
communautés autochtones dans l'accessibilité à des soins de santé et
services sociaux. De ce fait, nous sommes soucieux aussi de collaborer à
trouver une solution innovante à des enjeux d'accessibilité de taille pour les
communautés concernées.
Soulignons que le Code des professions permet
déjà d'autoriser, par la voie réglementaire, des professionnels ou des
non-professionnels à exercer, en fonction de certaines conditions et modalités,
des activités qui, autrement, seraient réservées aux membres de la profession d'exercice dit exclusif.
En ce sens, l'ordre considère que l'autorisation par voie réglementaire
constitue une voie intéressante. Toutefois, certaines conditions ou modalités
restent pour nous incontournables et
nécessitent une réflexion en partenariat avec les communautés concernées et
avec les ordres professionnels intéressés.
• (10 h 50) •
Les ordres demeurent
des acteurs clés relativement à l'exercice d'activités à risque de préjudices,
notamment lorsqu'il s'agit de conjuguer différents enjeux pour établir un cadre
qui permet d'assurer la qualité... la qualité et la sécurité des soins offerts.
Nous sommes d'avis que le projet de loi demeure silencieux quant aux mécanismes
qui permettront d'assurer un exercice sécuritaire des activités. Pour ces
raisons, les ordres doivent, donc, faire partie de la solution en amont, et
nous offrons toute notre collaboration en ce sens.
Dans le souci de
préservation et de respect du principe d'accessibilité compétente et peu
importe le cadre législatif ou réglementaire dans lequel cette solution
s'inscrit, l'ordre recommande que l'article 3 du projet de loi prévoie la
consultation préalable de l'ensemble des parties prenantes, dont les
communautés autochtones concernées et les ordres intéressés par les activités
professionnelles autorisées par règlement du gouvernement.
En
sus des éléments mentionnés précédemment, notons un des principes sous-jacents
au système professionnel. La notion
d'accessibilité compétente demeure vitale dans une perspective de protection du
public afin d'assurer le contrôle des activités professionnelles. Ce
principe présuppose l'acquisition de compétences et de connaissances essentielles à un exercice de qualité... un
exercice sécuritaire et de qualité qui puisse répondre aux besoins des
communautés autochtones concernées où les enjeux liés à l'accès et au
continuum de soins représentent un défi majeur qui s'ajoute à bien d'autres déjà présents. En ce sens, nous
souhaitons porter à l'attention des parlementaires certaines démarches mises en
place en 2021, notamment grâce aux travaux d'un groupe d'experts constitué de
membres des communautés autochtones concernées et des ordres intéressés.
Dans un souci de
cohérence systémique et considérant les recommandations émises dans le rapport
du Comité sur l'application du projet de loi au sein des communautés
autochtones, l'ordre recommande finalement que le groupe de travail constitué d'experts soit réactivé, et ce, dans le
but d'identifier les conditions et modalités requises en ce qui concerne
les compétences essentielles attendues et, d'autre part, d'identifier les
mécanismes de contrôle pertinents en vue d'émettre des recommandations visant à
répondre aux principes de l'accessibilité compétente et assurer la protection du
public.
Alors, je vous
remercie pour votre écoute. Nous sommes maintenant prêts à accueillir vos
questions.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. Mathieu. M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, merci beaucoup à nos invités d'être
avec nous aujourd'hui. Merci de votre approche en mode solution. Vous avez
proposé beaucoup de points qui sont très précis. Je pense qu'ils vont nous aider dans nos travaux, dans cette commission.
Alors, je veux vous remercier. Merci beaucoup. Et, même, tout à l'heure, vous
avez mentionné avoir fait des consultations, d'avoir consulté des groupes
autochtones avant même de venir nous voir. Alors, bravo!
Ceci étant dit, j'ai
quelques points, questions pour vous, et un qui m'apparaît vraiment
important... Quand vous avez parlé de
ressources langagières, on est tous d'accord, en passant, c'est ce qu'on
souhaiterait. Vous comprenez très bien qu'on a certaines limites, entre
autres, je vous donne un exemple comme ça, au hasard, avec la communauté
Wolastoqiyik Wahsipekuk, qui sont présentement cinq locuteurs. Je pense qu'ils
seraient très occupés dans le monde de la santé.
Alors, ce n'est pas
une excuse en disant : Ça ne fonctionnera pas, on ne le fait pas. Ce qu'on
a plutôt proposé, avec l'exemple de Joliette, c'est d'avoir des navigateurs,
donc des gens qui sont issus de la communauté, qui ne sont pas nécessairement
du personnel soignant mais qui agissent comme navigateurs.
La raison pour
laquelle je vous le mentionne, c'est parce que le point que vous amenez, il est
extrêmement important. La solution qu'on a trouvée, en plus d'ajouter du
personnel soignant qui parle la langue, qui connaît la culture... Parce que c'est ce qu'on vit à Joliette. On a la chance
d'avoir du personnel qui est embauché qui est d'origine attikamek. On a des
brancardiers, des navigateurs. L'adjoint à la PDG du CIUSSS est lui-même un
Attikamek, c'est lui qui reçoit les plaintes. Ça, c'est vraiment
ceinture, bretelles. On est très heureux. Mais, dans d'autres exemples... parce
qu'on ne veut pas y aller avec une approche mur à mur, puis j'aimerais vous
entendre là-dessus, parce que, d'un centre hospitalier à l'autre, il n'y a pas
les mêmes réalités, dans les centres de soins. Puis, déjà là, je vais élargir la façon que je vous ai présenté le mot, «centre
de soins». J'ai bien compris la façon de l'élargir, puis on va y travailler, je
trouve ça intéressant. Mais l'approche mur à mur, de ce que j'ai entendu des
13 groupes qu'on a rencontrés, ce n'est pas ce qu'ils préconisaient. Ils
voulaient qu'on laisse vraiment plus de... d'initiatives sur le terrain pour
réagir à des réalités qui soient soit géographiques ou soit avec des
différentes cultures. J'aimerais vous entendre là-dessus, s'il vous plaît.
M. Mathieu
(Luc) : ...on est pas mal à la même place
là-dessus, c'est que... l'idée, c'est qu'on se donne des obligations de moyens
dans le contexte que l'on a. Alors, ce qui s'est fait à l'hôpital de Joliette,
vous l'avez mentionné... moi, je suis allé
rencontrer les gens, là, dans le cadre de la tournée des régions que j'ai faite
au printemps dernier, et on voyait, là, comment c'était apprécié de la
part des autochtones eux-mêmes. Et puis l'impact que les navigateurs, excusez-moi, j'ai de la misère avec
le mot, l'impact qu'ils ont au niveau des autochtones, que ce soit pour
la prise de rendez-vous, par exemple... Il y a une navigatrice qui me
disait : Bien, moi, je les contacte par Messenger, c'était la façon de
faire, ce que moi, je n'aurais pas pensé, mais c'était...
Et vous avez un... Je suis
d'accord avec vous aussi sur le fait que les communautés autochtones, ce n'est
pas un bloc monolithique. Tu sais, il y en a 11, communautés, là, autochtones,
là, au Québec, puis le défi, c'est de les nommer. Déjà ça, ça serait bon qu'à
peu près tout le monde puisse faire ça. Et ils ont leurs approches spécifiques,
leurs cultures... Alors, qu'on se dote de ressources langagières mais selon le
contexte, moi, je pense, c'est l'approche à
donner. Mais il faut se donner... il ne faut pas juste dire : Si... bien,
«lorsque possible», tu sais, il faut faire les efforts. À Joliette, là, il y a une crise, ils ont fait les
efforts. Il y a... Peut-être, dans certaines communautés, c'est plus difficile,
mais je suis sûr que, si on met les communautés dans le coup, souvent, ils vont
trouver les solutions, là, ou les idées à mettre de l'avant.
M. Lafrenière : Vous avez
mentionné «lorsque possible», puis je comprends que c'est un terme qui est
faible, hein, qui ne donne pas vraiment d'engagement. Puis, tantôt, vous avez
dit : Lorsqu'on en a. C'est un petit peu le terme qu'on cherchait, c'était
de dire : Il faut être conscient que ça ne s'appliquera pas partout. Je
vous ai donné l'exemple avec une communauté, je pourrais vous dire Montréal, à
l'inverse, où les 11 nations visitent Montréal aussi. Alors, quelle langue
qu'on devrait privilégier? Bref, c'était plus une réflexion, en vous
disant : Je comprends très bien quand vous parlez de ressources
langagières. C'est un point qui est extrêmement important.
Avant de laisser la parole à mon collègue, M. le
Président, il y a un autre point qui est important pour moi : quand vous
avez parlé de coconstruction. Je veux vous rassurer parce que le guide de
sécurisation culturelle a été coconstruit avec les Premières Nations, c'est
vrai. La formation qui a été faite, elle a été faite avant les événements de la tragédie de Joyce Echaquan. On le savait,
là, on doit remettre ça à jour. Alors, votre point est très bon. De développer avec
des communautés, des communautés locales aussi, avec des réalités qui sont
différentes, ça, on l'a bien reçu.
Et l'autre point, quand vous avez parlé des...
de rencontrer les ordres, de l'importance d'impliquer les ordres dans la troisième partie de l'article, c'est très
vrai. Je vais les rencontrer avec ma collègue Sonia LeBel. On doit le faire.
Et j'ai compris votre message, là, pour la façon de le phraser dans notre
projet de loi. Alors, merci beaucoup.
M. le Président, je pense, j'ai un collègue de
la banquette ministérielle qui a une question.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de
Joliette.
M. St-Louis : Merci, M. le
Président. M. Mathieu, bonjour, Mme Roy. Le projet de loi parle de
consulter les communautés concernées. Vous proposez de consulter toutes les
parties prenantes. J'aimerais que vous puissiez nous éclairer un peu plus
là-dessus, là, sur le comment, en fait.
M. Mathieu (Luc) : ...je vais vous donner l'exemple que nous, on a fait, à
l'ordre, là, suite aux événements de
l'hôpital de Joliette, là, au décès de Mme Echaquan. On a créé un groupe
de travail composé majoritairement d'autochtones
pour développer un énoncé de position au niveau de l'ordre. Alors, il y avait
des gens... des autochtones, il y avait des allochtones, il y avait des
gens du milieu de l'enseignement, il y avait quelqu'un qui est titulaire d'une
chaire de recherche, là, sur les communautés autochtones à l'Université de
Montréal. Alors, les parties prenantes, tu sais,
c'est... autrement dit, c'est les personnes concernées par un enjeu, un projet,
quoi que ce soit. Alors, c'est d'avoir... Dépendamment du sujet qui est
à l'étude, ce qu'on veut mettre de l'avant, c'est de réunir ces gens-là. Je ne
sais pas si c'est le sens de votre question.
M. St-Louis : Oui, ça répond en
partie à ma question. Merci. C'est gentil.
Le Président (M.
Bachand) : ...M. le ministre.
M. Lafrenière : M. le
Président, depuis tout à l'heure, monsieur a fait le lien avec communiquer de
façon différente avec les gens des Premières
Nations. J'ai reçu, justement, un message, pendant qu'on se parlait, sur
Messenger, quelqu'un qui dit de
corriger. On ne dit pas «navigateurs» à Joliette, on dit des «agents de
sécurisation culturelle». Alors, on nous écoute, M. le Président, soyons
avertis.
Blague à part, je voulais vous entendre aussi...
Tout à l'heure, vous avez parlé de formation, et je trouve que c'est important.
Je voulais savoir à quel point l'Ordre des infirmières était disposé à
travailler avec nous pour bâtir une formation pour ses membres. Parce que,
tantôt, je l'ai dit à vos prédécesseurs, on peut avoir, comme législateurs, les
meilleures intentions du monde, si on ne le fait pas ensemble, on n'y arrivera
jamais. Vous êtes les personnes extrêmement importantes, c'est vous qui êtes
sur le terrain. Alors, est-ce que vous avez cette ouverture-là à développer une
formation ensemble?
M. Mathieu
(Luc) : Tout à fait, avec les gens, là... au premier chef,
les communautés autochtones. D'ailleurs, dans le cadre d'un projet de
recherche... Puis je vais te laisser répondre, tu as plus l'information que
moi, Caroline, qu'est-ce qui est en train de se faire, là, puis comment
un projet de formation peut en découler.
Mme Roy (Caroline) : Parce que, justement,
c'était un fondement très important de notre énoncé de position, de
s'assurer que nos membres, les infirmières et infirmiers, soient... aient une
formation pour... qui soit vraiment une formation qui vise la sécurité
culturelle. Donc, on a travaillé de concert avec eux. Et on a fait des liens
aussi avec la chaire de recherche, là, qui
est menée par Mme Amélie Blanchet Garneau, le but étant de s'assurer que c'est
une approche qui va vraiment déconstruire les mythes et s'assurer qu'on
apporte les bons éléments pour que nos infirmières et infirmiers
puissent soigner de manière inclusive et de ne pas faire preuve de
discrimination. Donc, on travaille activement avec une chercheur pour,
justement, s'assurer qu'il y ait une formation qui soit disponible à l'ensemble
de nos membres pour qu'on puisse avoir une
approche antiraciste et s'assurer qu'on... dans nos interventions de soins,
on prenne conscience des éléments qui peuvent influencer les soins et donc de
s'assurer de se mettre à la place de la personne, de travailler en fonction de
ses valeurs, ses croyances. Donc, pour nous, c'est essentiel au courant de la prochaine année. On travaille aussi avec un groupe
de concertation, là, pour s'assurer qu'on est en phase et qu'on... que
tous nos membres aient la formation et les compétences requises pour exercer
auprès des communautés autochtones et les Inuits.
M. Mathieu
(Luc) : En complément, si vous me
permettez, M. le ministre, c'est que, dans la foulée des événements du décès de
Mme Echaquan, on a demandé au comité de formation de l'ordre de faire un
inventaire de ce qui se fait dans les programmes de formation initiale, parce
que, oui, la formation continue, mais il faut que les différents professionnels
de la santé, dont les infirmières, les infirmiers, puissent être non seulement
sensibilisés, mais apprennent... aient des
connaissances, développent des compétences comment aborder les communautés
autochtones puis les autres communautés fragilisées. Alors, il y a un
constat qui a été fait, il y a un avis qui a été déposé au conseil d'administration puis qu'on a envoyé aussi
aux maisons d'enseignement. Alors, nous, c'est un avis. Et là ça serait
peut-être plus à votre collègue, là, de l'Enseignement supérieur de voir
qu'est-ce que les maisons d'enseignement, là, que ce soient les cégeps
ou les universités, ont fait avec ces recommandations-là.
• (11 heures) •
M. Lafrenière : Merci beaucoup à vous
deux. Puis, vous avez raison, la formation initiale, elle est importante; la
formation continue, elle l'est extrêmement aussi, parce que, souvent, après
cinq ans, 10 ans, on peut développer des
biais, on peut développer des façons de travailler. Puis on a cette
ouverture-là aussi d'aller avec des exemples concrets de ce qu'on vit
puis comment on peut agir différemment. Ça fait que je suis d'accord avec vous.
Dernière
question pour moi, M. le Président, avant de passer la parole à quelqu'un de la
banquette ministérielle : Est-ce que vous nous demandez qu'on impose ce
projet de... ce projet de loi là, pardon, aux établissements
autochtones? Est-ce que c'est bien ce que je comprends de vos recommandations?
Parce que je vous avouerais que, sur le terrain, la réception était plutôt
tiède. Quand on parlait des établissements de santé de façon générale, ça
passait. Quand on allait en communauté,
établissements autochtones, donc sous régime fédéral, c'était plus tiède comme
réception. Je veux savoir quelle est votre vision là-dessus.
M. Mathieu
(Luc) : Le mot «imposer» est peut-être
fort, à notre sens, là, où on en est rendu. C'est que dépendamment... Puis là
la commission parlementaire vise ça, à bonifier le projet de loi. Alors, dans
la mesure où les communautés autochtones
vont se reconnaître dans les modifications qui seront éventuellement apportées
au projet de loi, là, oui, ça pourrait les concerner. L'idée, c'est de les
mettre dans le coup dans la rédaction, la bonification du projet de loi
puis aussi dans son application.
M. Lafrenière :
Merci.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député de
Saint-Jean.
M. Lemieux :
Pour combien de temps, M. le Président?
Le
Président (M. Bachand) : Tout le temps que
vous voulez ou presque, 6 min 40 s.
M. Lemieux :
Six?
Le
Président (M. Bachand) : 6, 40. Ce n'est
pas l'autoroute, là.
M. Lemieux :
Parfait. J'en prendrais toujours plus, vous le savez. Bonjour. Je ne sais
pas si vous étiez avec nous tout à l'heure,
lorsque le ministre, à un moment donné, a dit : La sécurisation
culturelle, c'est un énorme pas en avant, et, quand on arrive avec, on se fait dire : Bien, vous auriez dû en
faire 10 fois plus. Je caractérise et je synthétise l'expression du
ministre à ce moment-là, mais, moi, ça m'a frappé. De tout ce que vous nous
avez dit et de ce que vous nous donnez dans le mémoire, il y a des choses très
positives, des choses qui viennent rajouter aussi à la réflexion du ministre par rapport à comment finir et comment on
va travailler ici, en commission, pour aboutir avec cette première loi
sur la sécurisation culturelle.
Mais, juste sur ça,
là, juste sur l'idée de et le pas qui est franchi, ça doit être pour vous et
les vôtres, dans le monde des infirmières, soulageant. C'est comme une espèce
de bouffée d'air frais, non?
M. Mathieu
(Luc) : Bien, on s'active, là. Tu sais,
c'est un processus qu'on amorce. Dans les discussions qu'on a eues avec les communautés autochtones, la sécurisation
culturelle, c'est un processus. La résultante, c'est la sécurité
culturelle.
Tu sais, tantôt, il y
avait une question qui était posée : Comment vous voyez ça, la
sécurisation culturelle? Comment l'évaluer?
Bien, il faudrait évaluer auprès des communautés autochtones : Est-ce
qu'ils se sentent en sécurité en agissant avec... dans le cadre du
réseau de la santé? C'est comme ça qu'on peut évaluer. Parce que la
sécurisation culturelle, oui, puis c'est un
premier pas, puis, on le dit dans notre mémoire, oui, c'était plus que temps
qu'on fasse ça.
Et puis, en amont du
projet de loi, au niveau de la société, en général, tu sais, nos liens avec les
communautés autochtones, il y a plein de choses à défaire, d'abord, des a
priori... pas seulement des a priori, mais, moi, ce que j'ai appris dans l'Histoire
du Canada, ce qu'on appelait dans le temps, il y a plein de choses
là-dedans que... Moi, j'ai lu certains volumes, dont les écrits de
M. Serge Bouchard, anthropologue, bien, il y a des choses à réviser. Les a
priori qu'on a dans le système de santé, là, une affaire que vous savez, un
exemple que je donne souvent, une personne autochtone qui rentre dans une salle
d'urgence puis qui titube un peu, bien, souvent, les gens vont penser qu'elle
est en état d'ébriété. Mais cette
personne-là peut simplement avoir des troubles neurologiques, mais ça fait partie
des a priori qui ont... qui sont ancrés.
Alors, il y a beaucoup de déconstruction à
faire, de la construction, mais, oui, le projet de loi, là, va dans le bon
sens. Un projet de loi... Au fil des années, on le voit, hein, il y a des... le
gros projet de loi n° 15, là, sur la loi sur les services de santé, ça se
révise, ça se bonifie, et tout ça. Alors, nous, on le voit dans ce sens-là.
M. Lemieux : Merci
beaucoup de rappeler à notre mémoire le regretté Serge Bouchard. Effectivement,
il a fait énormément pour nous aider à comprendre ce qu'on ne comprenait pas à
l'époque puis ce qu'on ne savait pas, à la limite.
Mais revenons à la sécurité... la sécurisation
culturelle. Dans le monde infirmier, dans l'ordre des infirmières, comment
est-ce que vous pourriez nous décrire des pratiques de sécurisation culturelle
qui n'avaient pas besoin d'une loi pour être faites? Je veux dire, la loi nous
encadre, nous amène, petit peu par petit peu, avec un premier bon pas, mais, au-delà de ça, dans la vie de tous les
jours et dans la vision infirmière de la sécurisation culturelle, pouvez-vous
me parler de ce qu'on a déjà, de pratiques qu'on s'est dit : Bien oui, on
va faire ça, ça va de soi? On parle de quoi quand on parle de sécurité
culturelle?
M. Mathieu (Luc) : Ma collègue va vous répondre.
Mme Roy (Caroline) : Oui, bien,
encore une fois, dans l'énoncé de position, c'est un volet important qu'on a voulu adresser avec le comité d'experts, la
pratique professionnelle, comment on s'assure que la pratique professionnelle
vise la sécurité culturelle. Donc, c'est par l'adaptation, justement, des
interventions dans le contexte unique des communautés autochtones, donc de
s'assurer d'adapter ses interventions au niveau du langage, on le nommait, mais
aussi au niveau de toute la pharmacopée qu'ils peuvent utiliser. Donc, nous, on
a publié, également, un énoncé de... un
énoncé de position pour que les approches complémentaires soient considérées
dans l'exercice infirmier. Donc, c'est un pas de plus de sensibiliser nos
membres par rapport à nos attentes sur l'utilisation d'approches
complémentaires. Entre autres, auprès des
communautés autochtones, on a travaillé des situations de cas pour s'assurer
que nos membres s'appropriaient ça et qu'ils en tenaient compte dans
leurs interventions.
Donc, pour nous, c'est vraiment, dans la vision
infirmière, s'assurer que la pratique infirmière déconstruit certains mythes,
d'une part, ait une approche antiraciste, mais qu'elle s'assure aussi d'adapter
ses interventions à la clientèle quand elle intervient auprès des communautés
autochtones.
M. Lemieux : Merci,
Mme Roy. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M. Lemieux : Je vois M. le
ministre qui me regarde. Il doit avoir quelque chose à dire.
Le Président (M.
Bachand) : Oui. Il reste 1 min 50 s, M. le
ministre.
M. Lafrenière : Ça va être très
rapide. Bien, merci. Tantôt, vous avez fait un commentaire que j'ai beaucoup aimé, quand on parle de sécurisation culturelle,
et vous avez dit : C'est aux autochtones de nous dire si eux se sentent en
sécurité. Puis, je vous dirais, dans les consultations qu'on a menées, le
message qu'on a bien entendu aussi, c'est le dilemme qu'on a entre être assez
précis, mais être assez flexible aussi.
Puis je vais vous donner un exemple bien précis
puis j'aimerais vous entendre là-dessus. Je m'excuse, il va rester quelques secondes, j'imagine. Quand on
parlait de la définition de sécurisation culturelle, ce qu'on s'est fait dire, c'est
que c'est aux autochtones de nous dire ce que ça leur prend à eux pour se
sentir en sécurité. Puis ça ne veut pas dire
que la réponse va être la même chose à Joliette qu'elle pourrait être à Val-d'Or
ou à Montréal. Ça fait que je pense qu'il faut essayer de se donner un
petit peu de flexibilité, tout en donnant... puis j'ai bien compris le message,
là, être assez coercitif. Il faut passer un
message clair qu'on veut des changements, mais il faut être assez flexible
quand même. C'est ce que j'ai entendu.
M. Mathieu (Luc) : Oui, il faut être flexible, puis, dans la mesure que les
communautés autochtones puis les Inuits s'y retrouvent, dans la flexibilité,
là, je vais reprendre votre propos, oui.
M. Lafrenière : C'est pour ça,
quand on parle du Nunavik, on garde la flexibilité et l'autonomie à la régie,
qui est présentement au Nunavik. Avec tous les défis qu'on connaît, d'avoir du
personnel et de le garder, ça aussi, j'imagine qu'on aura de l'aide de votre
part. C'est un beau défi qu'on a.
M. Mathieu (Luc) : Tout à fait.
M. Lafrenière :
M. le Président, merci. Merci de votre présence.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député d'Acadie,
s'il vous plaît.
M. Morin : Merci. Merci, M. le
Président. Alors, bonjour. Merci d'être là. Merci pour votre mémoire. Au tout début, dans votre mémoire, vous souhaitez que
le projet de loi utilise un langage clair, fort, inclusif. Maintenant, dans
le projet de loi, dans aucun article on ne reconnaît comme tel, spécifiquement,
le Principe de Joyce. Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus. Pour vous,
est-ce que c'est un manque? Est-ce que c'est quelque chose qu'on devrait
ajouter pour bonifier le projet de loi,
compte tenu, évidemment, de la Déclaration des Nations unies sur les Droits des
peuples autochtones?
M. Mathieu (Luc) : Oui. Bien, le gouvernement a tous les leviers, hein, pour
reconnaître le Principe de Joyce dans son application. Nous, comme ordre, là,
on n'a pas tous les leviers. Comme par exemple, dans le Principe de Joyce,
c'est dit qu'il y a un membre d'un ordre professionnel au conseil
d'administration, il devrait avoir un membre d'une communauté autochtone. Mais
nous, on n'a pas ce pouvoir-là, c'est une élection, là. Alors, il y a certains
éléments, nous, comme ordre, où on n'a pas ces leviers. Mais le gouvernement,
s'il avait la volonté de modifier les lois ou le règlement pour permettre,
là... ce qui se retrouve dans le Principe de Joyce, oui, ça ferait du sens
parce que les communautés autochtones sont en attente de ça. C'est un besoin
pour eux.
La même chose pour la reconnaissance du racisme
systémique. Quand on a travaillé suite aux événements du décès de
Mme Echaquan sur les travaux pour développer notre énoncé de position, on
s'est mis en action avec le comité de travail qui était composé majoritairement
d'autochtones, puis ils nous ont dit : Ça nous aiderait... bien, ça nous
aiderait, on a le besoin que, comme ordre, vous reconnaissiez le racisme systémique.
Nous, on pensait le faire à l'intérieur des travaux qu'on démarrait avec eux,
mais on s'est vite rendu compte que c'était... pour eux, c'était un préalable.
Alors, c'est ce qu'on a fait. On a déposé un projet de résolution avec le
conseil d'administration, puis ça n'a pas été compliqué.
Alors, moi, quand je dis d'être sensible, pas
seulement sensible, mais comprendre... Si on veut que les autochtones se
sentent en sécurité, oui, le Principe de Joyce, parce qu'au niveau du
gouvernement il y a les leviers, la reconnaissance... Nous, on a reconnu, là,
le racisme systémique, là, parce qu'on le sait, qu'il y en a dans notre
profession. Puis je ne parle pas pour le reste de la Santé, là, je vais parler
pour nos membres.
Alors, il y a des efforts à faire, puis, tous
ces efforts-là, il faut qu'ils s'inscrivent, je vais profiter de votre
question, dans la continuité. Parce que c'est bien beau de dire : Tu
reconnais le racisme systémique, «check», tu reconnais
le Principe de Joyce, «check», mais, après, qu'est-ce qu'on fait? Tu
sais, toutes les actions, là, de formation initiale, formation continue
dans le réseau de la santé avec nos partenaires du réseau de la santé, il faut
rester vigilant à ça puis viser une... il faut apprendre à connaître,
reconnaître, puis ça, ça vaut pour les communautés autochtones, mais toutes les
autres communautés fragilisées aussi.
• (11 h 10) •
M. Morin : Oui, merci. Donc,
évidemment, on parle de sécurisation, de sécurité, donc je comprends que...
Puis c'est une question de volonté, là. Vous l'avez souligné. Donc, si le
gouvernement avait cette volonté, il pourrait carrément l'inclure dans le
projet de loi, ce qui va... Puis, évidemment, vous avez raison, c'est un
continuum, là, évidemment. Ce qu'on ne veut pas, c'est qu'on dise : Ah!
bien, on l'a écrit dedans. Bonjour, c'est fini. Non, non. Ce n'est pas ça. Ça, c'est le début d'une démarche,
et donc ça pourrait éventuellement amener à dialoguer avec les nations autochtones
pour voir si, ultimement, ils se sentent en sécurité. Mais ça, c'est une
question de volonté, et de volonté gouvernementale. Est-ce qu'on s'entend bien
là-dessus?
M. Mathieu (Luc) : Oui, volonté gouvernementale, puis, après ça, volonté de
tous les autres... comme les ordres, par exemple, ou d'autres groupes aussi,
qui... de qui découlent, là, certains des principes, là, qu'on trouve à
l'intérieur du Principe de Joyce.
M. Morin : Oui, sauf qu'on
s'entend que, si ça part du gouvernement, donc de la loi qui est adoptée par
l'Assemblée nationale, après ça, bien, évidemment, pour les ordres
professionnels et les autres instances, elles vont devoir s'y conformer. On est
d'accord, on est d'accord là-dessus.
M. Mathieu (Luc) : Oui.
M. Morin : Parfait. Merci
beaucoup. On a parlé, un peu plutôt ce matin, avec le Collège des médecins, de
l'intersectionnalité. Le projet de loi n'en fait pas état. J'aimerais vous
entendre là-dessus. Est-ce que ce serait un avantage pour éviter que des
personnes issues de nations autochtones soient doublement ou triplement
discriminées?
Mme Roy
(Caroline) : Effectivement, l'approche ne peut pas être unique.
On doit avoir plusieurs perspectives. Donc, c'est important de voir,
tous les acteurs autour de la table, y compris le système de santé, le
gouvernement, comme vous le dites, mais
aussi les municipalités, comment on s'assure d'assurer que tous les filets de
sécurité sont mis. Donc, ce n'est pas une approche unique. Je pense
qu'il faut avoir une perspective beaucoup plus large pour s'assurer que tous
les acteurs sont autour de la table puis qu'on répond à ce besoin d'amener la
sécurité culturelle. Je pense que c'est dans plusieurs secteurs. Il faut le
regarder plus largement, effectivement.
M. Morin : Parfait.
Donc, ça serait un avantage, finalement.
Mme Roy (Caroline) : Oui.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie. Il y a une disposition du projet de loi, l'article 2, qui parle,
en fait, du rendre compte. On dit que «tout
établissement doit informer le ministre des pratiques sécurisantes», puis
qu'après ça, bien, il y a une
diffusion annuelle d'une liste de pratiques. Sauf que la façon dont c'est
rédigé, ça donne une obligation au ministre, mais il n'y a pas de
mécanisme de consultation. On ne fait pas référence aux nations autochtones, on
ne fait pas référence aux ordres
professionnels. Est-ce que ce sera un élément qui améliorerait le projet de loi
si on prévoyait un mécanisme de consultation et un dépôt,
éventuellement, par exemple, à l'Assemblée nationale, de l'ensemble de ces
pratiques, et comment, évidemment, on les a mises en place?
M. Mathieu (Luc) : Ça pourrait être ça, mais l'autre chose, je vous écoutais,
ça pourrait être aussi dans le règlement, là, qui va découler de la loi, là, où
ça pourrait être spécifié, ces choses-là. Parce qu'on le sait, hein, un projet
de loi, c'est plus long à modifier qu'un règlement, puis, après ça, des lignes
directrices, c'est plus facile qu'un règlement, etc. Alors, c'est de trouver le
bon véhicule pour... si je peux dire ça comme ça, là, pour aller dans le sens
de ce que vous venez d'énoncer.
M. Morin : Parfait. Et on
parle, évidemment, de diffuser une liste des pratiques, mais je n'ai pas vu,
dans le projet de loi, après ça, un suivi qui pourrait être fait. Donc, c'est
comme si on diffusait les pratiques, puis, après ça, bien, une fois que c'est
diffusé, on arrête là. Est-ce qu'on gagnerait à ce qu'il y ait une disposition,
par exemple, qui parle des suivis, de la mise en oeuvre, évaluation des résultats?
Parce qu'évidemment, tout ça, ça doit être fait, mais il faut être capable, à
un moment donné, si vous me permettez, de le mesurer. Est-ce que c'est quelque
chose qui, d'après vous, bonifierait le projet de loi?
M. Mathieu (Luc) : Oui, sans être dans le trop spécifique, parce que, si on
change le... ne pas rentrer trop dans le moyen, là, mais dans l'objectif, ça
pourrait faire du sens de le faire. Puis là le moyen pourrait rentrer plus dans
le règlement, un peu comme je le disais dans la... votre question précédente.
M. Morin : Parfait.
Je vous remercie. L'article 3 traite, justement, du Code des professions et de la possibilité, par règlement, de modifier, en fait,
certains articles puis de prévoir, j'imagine, d'autres actes qui pourraient
être posés dans le domaine médical.
Il n'y a pas, comme tel, de... il ne semble pas
y avoir de mécanisme prévu pour une consultation avec les nations autochtones
et l'ordre professionnel visé. Dans votre cas, ça serait l'ordre des
infirmières, des infirmiers. Le fait d'avoir
un processus de consultation plus spécifique inclus dans le projet de loi,
est-ce que c'est quelque chose qui aiderait les ordres professionnels,
selon vous?
M. Mathieu (Luc) : Oui. Bien, c'est ça qu'on dit dans une de nos
recommandations, là, que toutes les parties prenantes, dont les communautés
autochtones et les ordres intéressés, là, à ces actes-là, qu'on pourrait
donner... Parce que c'est beaucoup aux non-professionnels, hein? C'est souvent
ça, l'enjeu. Puis, dans les non-professionnels, bien, s'ils sont appelés à
poser des actes qui... dans le système professionnel, c'est un peu à la base,
qui sont à risque de préjudices parce que ça prend des connaissances, des
compétences, bien là il faut jauger puis il faut... être innovants entre le
préjudice de ne pas avoir les connaissances puis les compétences puis les
préjudices de ne pas avoir accès aux soins
et aux services. Alors, c'est pour ça que c'est en mettant à contribution les
différentes personnes, groupes concernés, là, qu'on peut trouver un...
En tout cas, nous, on s'offre aussi en collaboration pour trouver des façons de
faire qui vont... où tout le monde va y trouver son compte, je vais dire ça
comme ça.
M. Morin : Puis
j'imagine que la meilleure façon, évidemment... Parce que, l'ordre
professionnel, c'est d'assurer, en bout de piste, la protection du public, donc
c'est de faire en sorte qu'il y ait une évaluation, par exemple, entre la pratique
comme telle et l'ordre pour que le public, en bout de piste, n'en subisse pas
de préjudice, évidemment.
M. Mathieu (Luc) : Oui, puis un encadrement aussi, tu sais, un suivi des
personnes pour lesquelles, par règlement, là, on autoriserait à pratiquer
certains actes.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. J'aimerais qu'on parle du Nunavik, donc des Inuits. Est-ce qu'il y a
des éléments, d'après vous, dans le projet de loi qui, d'une façon
particulière, vont... ou si vous avez peut-être des suggestions, mais qui vont aider particulièrement les Inuits qui vivent,
en plus, dans des situations qui sont malheureusement, au niveau de la
santé, très, très précaires? Est-ce que le projet de loi, quant à vous, va
répondre à plusieurs de leurs besoins, qui sont souvent spécifiques, ou s'il
faudrait autre chose?
M. Mathieu (Luc) : Bien, c'est dans l'application qui va découler du projet de
loi, puis tu pourras compléter, Caroline, là, mais... Parce qu'on le sait,
hein, ils font partie des communautés, là. Ce n'est pas... Quand on parle des
communautés autochtones puis les Inuits, ce n'est pas homogène, hein, un. C'est
une situation vraiment particulière. Nous,
on pense qu'au niveau de la loi, de façon... si on regarde de façon macro, il y
a ce qu'il faut. Dans l'application puis les
efforts qui devront être mis, là, pour cette communauté-là, particulièrement,
là on n'a pas fait... on ne l'a pas regardé,
le projet de loi, particulièrement pour cette situation-là, mais on pense qu'il
y a ce qu'il faut, là, à ce moment-ci, là, pour agir, là, pour améliorer
la situation dans cette... dans cette communauté-là.
M. Morin :
Parfait. Je vous remercie.
Des voix :
...
Le
Président (M. Bachand) : Alors, il vous
reste 1 min 50 s, M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui,
dernière... dernière question, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : Merci.
M. Morin :
Depuis la tragédie de Joyce Echaquan, est-ce que, vous, au niveau de l'ordre
professionnel, vous avez mis en place différents mécanismes pour reconnaître et
éliminer, évidemment, le racisme systémique? Puis qu'est-ce que vous avez fait
pour vos membres?
M. Mathieu
(Luc) : Oui. Bien, il y a l'énoncé de
position, là, qu'on a coconstruit avec les communautés autochtones, qu'on a
rendu public, diffusé auprès de l'ensemble de nos membres. On l'avait diffusé
ici, là. On a... Il y a l'avis, là, de notre
comité de formation, dont je parlais tantôt, qui a été émis, qui a été envoyé
au... déposé au conseil d'administration, envoyé aux maisons
d'enseignement, là, dans le milieu collégial et universitaire aussi. Et là on prend... il y a des travaux d'un groupe de travail
en suivi de notre énoncé de position qui va commencer ses travaux bientôt.
Alors, tu peux peut-être donner le sens des travaux qui vont se faire,
Caroline.
Mme Roy
(Caroline) : Oui. Le 27 septembre, on aura déjà une première
rencontre avec un groupe de concertation
constitué de personnes autochtones qui vise à mettre... à faire un suivi,
justement, sur les recommandations qui découlent de notre énoncé de
position pour faire vivre cette posture-là, donc de voir comment on peut faire
plus d'actions pour s'inscrire en continuité puis offrir la sécurité...
finalement, des interventions sécuritaires d'un point de vue culturel. Donc, on
va poursuivre ces travaux-là de manière continue avec ce groupe qui va être un
groupe qui va nous donner des recommandations pour qu'on puisse aller plus
loin, y compris avec les maisons d'enseignement, avec les établissements de
santé.
Et on continue de
voir aussi comment on peut influencer la pratique. Je vous disais tout à
l'heure, là, qu'on avait adopté un cadre de référence pour les approches
complémentaires. Donc, on essaie de voir toutes les stratégies qui peuvent être utilisées pour sensibiliser les
infirmières et les infirmiers à développer cette compétence culturelle là, mais
ça va passer aussi beaucoup par le groupe de concertation qui a été constitué.
M. Morin :
Parfait. Merci beaucoup. Merci, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de Jean-Lesage.
• (11 h 20) •
M. Zanetti :
Oui. Merci, M. le Président. Merci beaucoup pour votre mémoire et votre
présentation. Une des questions, moi, qui me
taraude, disons, c'est : Comment est-ce qu'on va mesurer l'application des
pratiques sécurisantes, par exemple, dans le système de santé? Je sais
qu'il y a déjà des établissements, des endroits où on applique certaines
pratiques sécurisantes. Est-ce que, selon ce que vous en savez, il est
possible, à l'heure actuelle, dans ce qui se fait, de mesurer, disons, l'application de pratiques sécurisantes? Puis
comment est-ce que ça pourrait s'opérationnaliser dans un projet de loi,
cet objectif-là?
M. Mathieu
(Luc) : Une vaste question. Dans un projet
de loi, je ne sais pas, peut-être faire allusion au fait qu'il faut évaluer les
mesures, les mesures qui sont mises en place, là, comme on devrait faire
partout, là, quand on met des programmes sociaux, ou de la santé, ou peu
importe les programmes que le gouvernement met de l'avant, on devrait se
soucier de l'évaluation.
Quant à la façon de le
faire, bien, il y a différentes choses. Au niveau des établissements du réseau
de la santé, il y a des gens qui sont
spécialisés dans l'évaluation des pratiques, puis tout ça. Alors, ça, il y aura
des choses à évaluer. Il y a... Je pense à la chaire de recherche qui existe à l'Université de Montréal, là, il y a des travaux de recherche qui
pourraient être faits, mais là, de façon plus systématique, pour avoir des gens
indépendants à ce qui se fait dans le réseau de la santé.
Alors, il y a
différentes modalités qui peuvent... celles que j'explique, il pourrait y en
avoir d'autres, là. Je ne sais pas si tu veux compléter, Caroline. Mais il faut
avoir ce souci-là, parce que... Puis le groupe de travail dont ma collègue a
fait mention tantôt, qui vont commencer, là, le 27 septembre, leurs
travaux, bien, vont aller, entre autres, dans ce sens-là.
Mme Roy (Caroline) : Bien, je
pense aussi qu'il faut s'assurer d'implanter des pratiques sécurisantes, et de
s'assurer que ces pratiques-là sont implantées partout, et de s'assurer qu'il y
ait un impact. Donc, je pense que ça passe par l'implantation de pratiques
sécurisantes.
Ça passe aussi par la
décolonisation de certains actes qui sont posés, donc de vraiment se poser la
question comme professionnels aussi, quand on intervient. Donc, de... ça passe
par la formation, par la diffusion de cadres de référence, entre autres, pour
que les gens s'approprient, mais je pense qu'après il faut mesurer l'impact de
tout ça puis s'assurer qu'il y ait un suivi, puis qu'on le fasse vivre aussi à
travers le temps, et non pas juste comme une liste, comme on le mentionnait,
mais vraiment aller avec les interventions puis qu'il y ait des outils de
mesure qui soient déployés pour s'assurer qu'on a des pratiques qui sont
sécurisantes.
M. Mathieu (Luc) : Puis, en complément, je peux juste dire... Hier, il y a une
journaliste qui me demandait : Pensez-vous que les infirmières, les
infirmiers vont avoir du temps pour la sécurisation? Bien, j'ai dit : Ce
ne sais pas d'avoir du temps, il faut que ce
soit incarné dans leur pratique, un peu comme un collègue vient de dire, dans
le tous les jours, là, tenir compte
de : Bien, c'est une personne autochtone. OK. Quelle communauté? Bien,
c'est quoi, ses référents culturels? Comment il voit la santé, la maladie, la
mort? C'est quoi, la pharmacopée qu'il utilise? Alors, c'est incarné. Ce
n'est pas une chose à part, parce que, d'avoir des activités, ça, c'est dans le
processus, mais, après ça, c'est d'évaluer le résultat, ce qu'on parlait
tantôt, la sécurité. Puis là c'est les autochtones qu'il faut mettre à
contribution.
M. Zanetti : Merci. Puis j'ai
combien de temps?
Le Président (M.
Bachand) : Une minute.
M. Zanetti : Une minute. Est-ce
que c'est arrivé, disons, dans le passé jusqu'ici, même si le concept de sécurisation culturelle n'est pas dans une loi,
puis tout ça, pour l'instant, que, comme ordre professionnel, vous auriez...
vous ayez reçu des plaintes liées à des
pratiques, bien, coloniales, mettons, ou non sécurisantes de la part
d'autochtones? C'est-tu arrivé que le monde nommait ça comme ça en
faisant une plainte à l'Ordre des infirmiers et infirmières?
Mme Roy (Caroline) : Bien,
c'est certain qu'on n'a pas de donnée sur toutes les... au niveau du syndic,
mais on peut vous dire que... bien, entre autres, au niveau de
Mme Echaquan, il y a eu des interventions qui ont été prises, et ça a été
pris très au sérieux, donc d'où l'amorce d'une démarche systématique qui
inclut.
Mais c'est certain qu'on n'est pas à l'abri de
ça au niveau des membres, des infirmières et infirmiers. Donc, je pense que
c'est de rester à l'affût. On sait qu'il y a encore des épisodes de racisme,
donc c'est pour ça qu'on se mobilise puis qu'on veut s'assurer que nos membres
soient formés, qu'elles aient la compétence, qu'elles aient des guides de pratique pour s'y référer. Mais
malheureusement c'est certain que ça peut encore arriver, mais c'est ce qu'on
veut, que ça n'arrive plus. C'est ce qu'on souhaite.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Alors, Mme Roy,
M. Mathieu, merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin. Très, très
intéressant.
Sur ce, je suspends les travaux quelques
instants. Merci. À tantôt.
(Suspension de la séance à 11 h 24)
(Reprise à 11 h 32)
Le Président
(M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous
plaît! La commission reprend ses travaux.
Alors, il nous fait plaisir d'accueillir la
Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Alors, merci beaucoup d'être avec nous. Comme vous
savez, vous avez 10 minutes de présentation. Alors, je vous cède la parole
d'abord, peut-être, en vous présentant. Alors, encore une fois, merci beaucoup
de travailler... De participer aux travaux de la commission. Merci.
Commission des droits
de la personne et
des droits de la jeunesse (CDPDJ)
Mme Pierre
(Myrlande) : Alors, M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM.
les députés, je suis Myrlande Pierre, vice-présidente de la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse, responsable du mandat
charte. Je suis accompagnée de Me Suzanne Arpin, vice-présidente et
responsable du mandat charte, ainsi que de Me Karina Montminy, conseillère
juridique, et de Mathieu Forcier, chercheurs, tous deux à la Direction de la recherche. Alors, je tiens à souligner l'apport
particulier de nos collègues commissaires à l'analyse, qui nous amènent,
sur une base continue, une perspective croisée à l'ensemble de nos travaux.
Alors, la commission a pour mission d'assurer le
respect et la promotion des principes énoncés dans la Charte des droits et
libertés de la personne. La commission assure aussi la protection de l'intérêt
de l'enfant ainsi que le respect et la
promotion des droits qui lui sont reconnus par la Loi sur la protection de la
jeunesse. Elle veille également à l'application de la Loi sur l'accès à
l'égalité en emploi dans les organismes publics.
La commission accueille favorablement
l'instauration d'une approche de sécurisation culturelle en santé dans les
milieux de la santé et des services sociaux. Cependant, nous tenons à souligner
que la commission commente le projet de loi à l'étude, mais que, dans le
respect du droit à l'autodétermination des peuples autochtones et suivant un esprit de réconciliation, les autorités des Premières
Nations et Inuits devraient être les premières interlocutrices du législateur dans toute mesure visant les personnes
autochtones. La mise en oeuvre de ces recommandations nécessiterait des
discussions préalables avec ces autorités.
Conformément à leur droit à l'autodétermination,
le projet de loi devrait reconnaître le rôle prépondérant des peuples
autochtones pour déterminer comment ils veulent recevoir les services de santé
et les services sociaux dont ils ont besoin.
Il serait, donc, nécessaire de mentionner explicitement, dans le préambule de
la loi envisagée, que les peuples autochtones sont les mieux placés pour
déterminer les besoins et pratiques sécurisantes.
Plus largement, la commission croit nécessaire
d'insister sur l'importance, pour le gouvernement du Québec, de prendre les
mesures appropriées pour concrétiser son adhésion aux principes de la
Déclaration des Nations Unies sur les Droits des peuples autochtones, auxquels
le droit à l'autodétermination participe.
La commission souhaite ensuite porter votre attention
sur un autre des éléments essentiels qui devrait... qui devrait être au coeur
de l'approche de sécurisation culturelle, soit la collaboration avec les
peuples autochtones. S'il est vrai que le projet de loi réfère au partenariat
des établissements avec les autochtones, il n'est pas clair de quel type de partenariat il est question. Il serait,
donc, nécessaire de préciser la notion de partenariat afin qu'elle soit
comprise au sens du droit à la participation des peuples autochtones aux
décisions qui les concernent.
Dans une même logique, la sécurisation
culturelle doit être entendue comme un moyen qui vise à décoloniser les
pratiques institutionnelles, à corriger et à prévenir les situations de
discrimination. Cette approche met l'accent sur
l'effet des structures, des préjugés et des relations de pouvoir sur les
inégalités de santé et les expériences de soins des patients et usagers.
Alors, pour corriger la situation actuelle, marquée par le sentiment
d'insécurité des personnes des Premières Nations et des Inuits dans leurs
relations avec les services publics, il est nécessaire d'en reconnaître les facteurs sous-jacents que sont le colonialisme, la
discrimination et le racisme. À cet égard, la commission recommande au
législateur d'inscrire dans le projet de loi les éléments que le ministère de
la Santé et des Services sociaux a retenus
dans le guide récemment publié sur la sécurisation culturelle concernant les
inégalités de santé et de traitement vécues par les autochtones.
Alors, dans cette perspective, la commission
réitère l'importance de mettre en place une politique québécoise de lutte
contre le racisme et la discrimination systémique tenant compte des
particularités des Premières Nations et des
Inuits. Alors, une telle politique pourrait notamment servir de point d'ancrage
à l'élaboration et au déploiement de toute mesure visant à éliminer les
manifestations de ces phénomènes, comme celle actuellement sous étude.
Alors, je cède la parole à ma collègue,
Mme Arpin.
Mme Arpin (Suzanne) : Alors, la
commission juge, d'ailleurs, que le projet de loi élude complètement les
obligations légales qui concourent à l'adoption de pratiques culturellement
sécurisantes. Le Québec a pourtant des obligations
précises à respecter en matière de prestation des services de santé et des
services sociaux, tant en droit interne qu'en droit international. Le
droit à la santé des peuples autochtones devrait guider le recours à l'approche
de sécurisation culturelle.
La commission recommande, depuis plus de
20 ans, d'inscrire explicitement le droit à la santé à la charte. Cette
recommandation prend tout son sens dans le contexte du projet de loi. C'est
pourquoi la commission la réitère.
Dans cet esprit, la commission est d'avis que le
préambule proposé devrait reconnaître clairement les obligations juridiques sous-jacentes à l'approche de sécurisation
culturelle... (Interruption) pardon, en référence à la charte. Il est
ici entendu que la mise en oeuvre des droits qui y sont consacrés participe au
respect du droit des personnes autochtones de jouir, en toute égalité, du
meilleur état possible de santé physique et mentale.
Dans l'optique de favoriser l'exercice du droit
à l'égalité, la commission estime qu'il est nécessaire de prendre en compte les
réalités et besoins individuels des personnes autochtones qui reçoivent des
services de santé ou des services sociaux,
pensons aux femmes et aux filles autochtones, aux personnes bispirituelles et
LGBT, aux enfants et leurs familles, ainsi qu'aux aînés et aux personnes
en situation de handicap.
Sur un autre sujet, la commission juge qu'il
faudrait modifier le projet de loi afin qu'il y soit précisé que l'embauche du
personnel autochtone relève d'une obligation légale pour les établissements du
réseau de la santé et des services sociaux. Cette mesure est présentée dans le
projet de loi comme devant être adoptée lorsque possible, alors qu'en vertu de
la Loi sur l'accès à l'égalité en emploi dans les organismes publics... (Interruption)
pardon, les établissements doivent oeuvrer
activement à atteindre les objectifs de représentation en emploi des personnes
autochtones.
Pour rester dans le domaine de l'emploi, la
commission est d'avis que la formation obligatoire du personnel devrait porter explicitement sur la sécurisation
culturelle et être élaborée en collaboration avec les autorités autochtones. Elle devrait aborder le cadre des
droits de la personne de façon à favoriser une bonne compréhension des
enjeux de discrimination. Enfin, la formation devrait être continue et soumise
à une évaluation des acquis.
• (11 h 40) •
De façon complémentaire, la commission croit que
la formation initiale est un facteur clé du succès de l'adoption d'une approche
de sécurisation culturelle en santé et en services sociaux. C'est pourquoi elle
recommande que les programmes éducatifs en
santé et en services sociaux comportent une formation antiraciste axée sur la
sécurisation culturelle et les droits des peuples autochtones, incluant
l'éducation aux droits et libertés prévus à la charte.
La commission remarque, par ailleurs, que le
projet de loi ne prévoit aucun mécanisme d'évaluation des pratiques et de
reddition de comptes. Cela est étonnant considérant que la sécurité culturelle
doit être définie par la personne qui entre en relation avec le réseau de la
santé et des services sociaux. Il est, donc, nécessaire de prévoir, en
collaboration avec les autorités autochtones, des mécanismes pour mesurer la
qualité des services et leur sentiment de sécurité.
En terminant, la
commission est d'avis que la modification proposée au Code des professions
contribuerait à lever certains obstacles à la prestation de services
culturellement sécuritaires en territoire autochtone. Cependant, elle déplore
que les conditions et les modalités suivant lesquelles des personnes
autochtones pourraient exercer certaines activités professionnelles réservées
ne seraient pas prévues à la loi. Il est alors difficile de se prononcer quant
à la conformité des conditions et modalités d'exercice au droit de la Loi sur
la protection de la jeunesse et de la charte. Dans
ce contexte, la commission invite le gouvernement à s'assurer de préserver
l'équilibre entre la prestation des services de santé et des services sociaux de qualité et les besoins à combler en
termes de ressources humaines dans les communautés autochtones pour poser
certains actes réservés.
Nous vous remercions de votre attention et nous
sommes, tous les quatre, disponibles pour répondre à vos questions. Merci.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Merci à vous quatre d'être ici aujourd'hui. Merci énormément. Ça nous aide. Ça nous aide comme
législateurs, parce que c'est ça, le but, hein? C'est de vous entendre,
d'améliorer ce qu'on a fait, et, sans aucune prétention, aujourd'hui, on fait
un premier pas. Puis, je le dis depuis ce matin, la sécurisation culturelle, on
en parle depuis des années. Là, on fait le premier pas, on le fait. Est-ce que
c'est parfait? La réponse est non. Mais est-ce que vous allez nous aider à
l'améliorer? La réponse est oui.
Mme Arpin, j'ai bien aimé quand vous avez
parlé de formation tantôt, puis, je suis totalement d'accord, ce n'est pas un
vaccin. Alors, la formation, on peut la recevoir, oui, quand on commence une
profession, mais c'est important, la formation continue. Alors, j'ai bien reçu
ce que vous avez parlé pour la formation et je suis totalement d'accord avec
vous. C'est ce que je parlais tout à l'heure avec les infirmières, avec les
médecins. Oui, la formation initiale, c'est bien, mais, après cinq ans,
10 ans, on peut développer des biais parfois, et la formation peut nous
aider à partager des meilleures pratiques. Alors, ça, je vous suis là-dessus.
Pour ce qui est de la reddition de comptes,
j'aimerais ça vous amener un petit point parce quà l'article 2, ce qu'on
dit, c'est que les établissements doivent rendre compte au ministre, moi en
l'occurrence, qui va le mettre sur son site
Web pour que ça soit transparent, pour que les gens puissent le commenter,
puissent apporter leurs commentaires sur comment c'est fait. Et,
croyez-moi, on a fait la même chose quand on a mis en place l'approche dans la
commission Viens. Pour répondre aux demandes de la commission Viens, ça a été
mis public. On sait très bien que le Protecteur du citoyen fait son suivi par
la suite. Notre prétention, en tout cas, ce qu'on pensait, puis je veux vous
entendre là-dessus, on se disait qu'en le mettant public sur un site Web, les
gens pourraient, un, le commenter et voir ce qui est fait. Ça, c'est l'effet
plus coercitif. L'effet plus entraînant, je vous dirais, c'est que, à l'opposé,
je me disais que... On se disait que les
centres de santé, les établissements de santé pourraient voir les meilleures
pratiques ailleurs et être tentés de
les importer ou de voir de quelle façon ça peut s'ajuster à eux. Ça fait que
ça, c'est une première question que j'avais pour vous.
Mme Pierre (Myrlande) : ...alors
je vais proposer quelques éléments de réponse, M. le premier ministre... M. le
ministre, pardon.
M. Lafrenière : Juste ministre,
oui.
Mme Pierre (Myrlande) : Alors,
selon les informations qui circulent, la formation offerte actuellement, en ce moment, n'aborderait pas le concept spécifique
de la sécurisation culturelle. Et ça, c'est important de nommer ce dont
on parle lors d'une formation, non seulement pour avoir une compréhension
commune de ce qu'est la sécurisation culturelle et l'aborder dans toute sa
complexité.
Vous parliez aussi de toute la question de la
reddition de comptes. Ça nous apparaît un élément vraiment prépondérant pour
mesurer la portée et l'évaluation des acquis. Alors, l'évaluation apparaît une
composante, là, intrinsèque à toute
formation pour mesurer la portée à court, moyen et long terme et surtout
mesurer, hein, l'évaluation des acquis. Et la commission formule aussi,
par exemple, la recommandation 11, qui vise la formation initiale des
étudiants dans des programmes des secteurs de la santé et des services sociaux
également. Donc, c'est vraiment sur une base
continue. Et cette formation, inévitablement et fondamentalement, devrait
comprendre une composante évaluative. Comme
tout projet de loi, il est impliqué... il est important aussi d'impliquer les
peuples autochtones dans la conception même des paramètres d'évaluation, des indicateurs
d'évaluation. Donc, tout au long de ce processus, l'implication et la
contribution substantives des peuples autochtones doit se faire de manière
intrinsèque et de manière continue.
M. Forcier (Mathieu) : Si je
peux me permettre, sur la question de la reddition de comptes, donc,
effectivement, le projet de loi prévoit déjà que les établissements devraient
partager, là, avec le ministre les pratiques qui seront adoptées. C'est
effectivement un premier pas. Par contre, nous, ce qu'on dit, ce qu'on vient
démontrer dans le mémoire, c'est que,
considérant le fait que la sécurisation culturelle est une approche qui vise à
changer les pratiques pour que les
personnes autochtones elles-mêmes se sentent en sécurité et que la sécurité
culturelle, elle est subjectivement définie par les personnes
autochtones qui reçoivent les services, bien, à ce moment-là, c'est important
de mesurer le sentiment des patients, des patientes, des usagers autochtones
dans leur relation avec les services. Et, pour ce faire, bien, selon nous,
c'est important de développer des mécanismes en collaboration avec les
autorités autochtones pour mesurer le
sentiment de sécurité. À cet égard-là, la commission Viens avait, d'ailleurs,
soulevé le problème d'un manque de données sur l'identité autochtone collectées
dans les organismes publics. Donc, on... La commission a déjà formulé
plusieurs recommandations à cet effet, là, de collecter des données
désagrégées, selon les motifs de discrimination, dans une optique claire de lutte contre la discrimination. Donc, ici, on
revient sur cette recommandation, mais vraiment sur des personnes
autochtones. Puis on spécifie aussi, dans... que cette collecte de données là,
elle doit être faite dans le respect des
protocoles de recherche et dans le respect de la gouvernance autochtone sur les
données, donc, vraiment en collaboration avec les autorités autochtones.
M. Lafrenière : Oui. Merci, M.
le Président. Écoutez, vous m'amenez plein de questions dans votre réponse. Ça
fait que... Merci beaucoup. Ça veut dire que c'est intéressant, puis on va être
capables de cheminer ensemble.
Vous avez parlé des données, puis ce n'est pas
la première fois que j'échange avec la CDPDJ. Vous le savez, c'est un sujet que
j'aime beaucoup. Et, à chaque fois, je me pose la même question : Comment
le faire d'une façon qui est culturellement sécuritaire, qui est adaptée, où on
ne donne pas l'impression de faire un profilage? Puis juste pour tout le monde
qui nous écoute à la maison, parce qu'en passant on nous écoute... Tantôt on
m'a même corrigé en direct sur mon cellulaire. Alors, imaginons qu'on a un soin
de santé qui est donné dans un établissement X, et, à la fin, on passe un
questionnaire à la personne en disant : Vous vous identifiez de quelle
communauté? Puis je le sais, qu'on a déjà eu des échanges dans un autre monde,
qui était le monde policier à l'époque, où on se disait : Comment on peut
le faire sans que ça ait l'air du profilage? J'ai encore le même... le même
petit drapeau qui sort dans ma tête, parce
que j'ai lu votre recommandation 12 puis je comprends très bien ce qu'il y
a en arrière de tout ça. Puis, de façon bien pragmatique, ma question
pour vous, c'est : Comment le faire sans que les gens aient cette
impression-là? Exemple, s'ils ont un mauvais soin ou il arrive quoi que ce
soit, ce n'est pas parce qu'ils ont déclaré qu'ils étaient issus d'une communauté autochtone. Ça peut avoir
l'air large comme question, mais, je pense, ça se pose. C'est de façon
pragmatique qu'on veut le faire.
Mme Pierre (Myrlande) : Oui.
Bien, écoutez, comme par exemple dans le programme... la Loi sur l'accès à
l'égalité en emploi, par exemple, c'est aussi par l'auto-identification. Donc,
ce sont les personnes elles-mêmes qui s'auto-identifient comme appartenant à un
groupe spécifique. Donc, cela peut se faire déjà sur cette base-là. Donc, la
question de la discrimination, finalement, on l'occulte, mais... On l'occulte,
mais on prend en compte, par exemple, différents motifs de discrimination qui
sont déjà prévus à la Charte des droits et libertés. Donc, c'est une façon de
procéder. Et puis la loi, par exemple, sur l'accès à l'égalité, comme je le
mentionnais, prévoit, justement, différentes catégories dans la manière pour
les personnes d'elles-mêmes s'autodéfinir.
M. Lafrenière : Merci, merci.
C'est une piste.
Mme Pierre (Myrlande) : Est-ce
que ça répond?
M. Lafrenière : En partie.
Mme Pierre (Myrlande) : C'est
une piste quand même, oui.
M. Lafrenière : En partie parce
que, de façon pragmatique, je me le demande. Pour le vivre sur le terrain,
j'imagine la personne qui part de Manawan pour recevoir des soins à Joliette,
où il y a... Puis là on va parler de la langue.
C'est clair, langue, culture, il y a un petit blocage. Puis elle entend qu'on
lui demande à quelle communauté elle s'identifie.
Honnêtement, il y a un potentiel de déraper. Mais je pense qu'en travaillant
avec vous on pourra trouver quelque chose là-dessus.
Ma question pour vous. Ce projet de loi là,
est-ce que ça va vous aider dans votre quotidien, vous, la CDPDJ, dans votre travail que vous avez à faire pour
tenir nos organismes comme redevables, de voir ce qui est fait sur le terrain? Est-ce
que c'est un outil qui peut vous aider?
• (11 h 50) •
Mme Arpin (Suzanne) : En fait,
le projet de loi qui est présenté est un début, est une amorce, mais il faut toujours se rappeler que cette amorce-là doit être
faite... Avant de servir à quiconque, elle doit être faite par les autochtones,
avec les autochtones. Alors, ce projet de loi là doit garder en tête que c'est
d'abord avec les communautés et les nations autochtones qu'il faudra travailler
ce projet de loi là.
S'il peut servir? Ultimement, oui, parce qu'il y
aura reconnaissance... reconnaissance des droits des personnes dans le cadre de
ce projet de loi là en termes de charte et de droit de la protection de la
jeunesse. Et, ultimement, si le gouvernement en venait à la conclusion
d'insérer, dans la charte, le droit à la santé, ce serait une reconnaissance... ce serait un outil appréciable
pour la commission afin de... Dans le cadre des plaintes qui sont à traiter,
de... Et, oui, et, dans notre mandat jeunesse également, le fait de reconnaître
l'autodétermination, par exemple, dans les mandats jeunesse, dans le mandat
charte, viendrait aider la commission, bien sûr, dans son rôle de promotion des
droits auprès de tous... toutes les personnes au Québec, dont les nations, dont
les Premières Nations et les Inuits.
M. Lafrenière :
Quand vous parlez du traitement des plaintes, M. le Président, on avait eu
un échange à ce sujet-là, et avec plusieurs membres des Premières Nations, on
nous a dit que ce n'était pas nécessairement de culture, c'est d'aller soit sur
un site Web, d'aller... même appeler un ombudsman pour se plaindre, juste comme
complément d'information. C'est pour ça
qu'on est allé avec une approche un peu différente dans des services de santé,
en s'assurant qu'il y ait des gens qui... soit qui
sont des navigateurs, des agents de sécurisation culturelle, je l'ai bien dit,
soit qu'on y va avec des gens de la communauté atikamekw, dans le cas de
Joliette, qui ont été embauchés, qui travaillent dans le centre hospitalier.
Pourquoi je vous dis tout ça? C'est que, souvent, ce qu'on s'est fait dire,
c'est que c'est la transmission par la parole. Alors, souvent, la personne, la
première... la première personne à qui elle va pouvoir se confier dans sa
langue, elle va porter plainte, et non pas nécessairement par un formulaire
officiel. C'est un petit peu un élément de réponse.
Mais, avant de passer
ma... la parole à ma collègue de Laval-des-Rapides, j'avais une petite
réflexion que j'aimerais vous entendre. Parce que, tantôt, vous avez dit :
C'est important de le développer avec les Premières Nations. Je suis totalement d'accord avec vous. Le guide de sécurisation
culturelle, qui est l'amorce de ce qu'on présente aujourd'hui, il faut
se rappeler qu'il a été coécrit avec des Premières Nations. Avant d'être devant
vous aujourd'hui, on a rencontré 13 groupes différents. Puis, ça, on ne
fait pas ça d'habitude, mais on l'a fait en tout respect avec cette institution. On a quand même rencontré des groupes
au préalable pour les entendre, pour voir de quelle façon on pourrait le
travailler. Mais, quand vous parlez de coconstruire, bien, c'est un terme qu'on
a beaucoup entendu aujourd'hui. J'aimerais
ça savoir comment ça se matérialise pour vous, la CDPDJ, coconstruire. Parce
que, moi, honnêtement, comme gouvernement, qui a 55 communautés, incluant
14 villages nordiques, 11 nations, réalité urbaine, réalité en
communauté, quand on parle de coconstruction, oui, on a des
consultations comme on fait, c'est notre exercice parlementaire habituel, mais on le bonifie parce qu'on se rend
bien compte que c'est peu adapté... mais peut-être partager votre vision,
quand vous parlez de coconstruire les choses à la CDPDJ, comment vous le
faites. Parce que, c'est clair, je vais vous donner
un exemple, on fait des consultations, il y a un organisme important, vous avez
parlé des autorités autochtones, il y a l'APNQL qui n'est pas avec nous,
qui a décidé de ne pas être présent. On fait quoi à ce moment-là?
Mme Pierre
(Myrlande) : D'accord. Bien, surtout dans une perspective de
sécurisation culturelle, donc, qui vise aussi à corriger... puis, ça, on le...
on développe cet aspect-là dans notre mémoire, de corriger les rapports de
pouvoir inégaux qui sont hérités par le colonialisme. Et le colonialisme invite
à quoi exactement? Bien, ça invite aussi à
un changement de paradigme, à une façon de repenser les processus qui sont en
place pour, justement, qu'il y ait une place en toute égalité pour les
peuples autochtones de participer à la conception même, c'est-à-dire lorsqu'on
réfléchit un projet de loi, qu'on pense un projet de loi ou une politique
publique, c'est de les impliquer dès la conception même du projet de loi. Donc,
c'est ce qui nous apparaît, là, fondamental lorsqu'on parle de corriger les rapports de pouvoir inégalitaires, de repenser les
structures. Et la collaboration est, d'ailleurs, au centre des appels à
l'action de la commission Viens.
Alors, c'est aussi dans cette perspective-là qu'on invite le gouvernement à
impliquer les peuples autochtones, à repenser les structures qui sont en
place et à avoir une approche décoloniale. Et ça implique vraiment une manière d'aborder les enjeux dans toute leur
complexité et permet aussi à l'action gouvernementale de pérenniser ses
actions, et de manière durable également, et d'aborder les questions, les
enjeux à la source même des problèmes.
M. Lafrenière :
J'ai bien entendu ce que vous avez dit. Je suis persuadé que vous avez bien
entendu ce que j'ai dit aussi. On a
rencontré 13 groupes avant même d'être ici aujourd'hui. Quand vous parlez
d'une approche différente, c'était dans notre vision. Mais, encore là,
on ne pouvait pas rencontrer tout le monde.
Mme Pierre
(Myrlande) : Non, tout à fait.
M. Lafrenière :
Il y a des gens qui ont décidé de participer, d'autres non. Et c'est pour ça
que je voulais vous entendre, parce que vous
dites : Vous auriez dû le faire en amont. C'est ce qu'on a fait. Mais,
encore là, je veux... J'essaie de m'améliorer dans tout ça. Puis, à
chaque fois qu'on présente un projet de loi, ça n'arrive pas souvent aux
Affaires autochtones, mais on essaie de rencontrer les groupes avant pour faire
différemment. Puis les gens nous disent : Écoutez, en commission, ce n'est
pas notre habitude, ce n'est pas comme ça qu'on fonctionne. On veut le faire différemment. Alors, c'est ce qu'on a fait
avant. On a lancé une table politique, vous savez, aussi avec l'APNQL.
Je pense qu'on a lancé plusieurs... Ce n'est pas parfait, en passant, hein? Je
n'ai aucune prétention que c'est parfait, mais on veut le faire différemment.
C'est pour ça que je vous... Je vous ai entendue, mais je vais laisser ma
collègue de Laval-des-Rapides, je crois, qui avait une question pour vous.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Mme la
députée, s'il vous plaît.
Mme Haytayan :
Merci, M. le Président. Merci à toutes et à tous de votre présence, de
votre temps. Est-ce que vous pouvez nous
aider à comprendre comment on pourrait légalement, juridiquement, rendre
obligatoire l'embauche de personnel autochtone comme vous l'avez suggéré
un peu plus tôt?
Mme Pierre
(Myrlande) : Bien, écoutez, nous avons, hein, une loi au Québec, la
Loi sur l'accès à l'égalité en emploi dans les organismes publics, et les
milieux des services santé et sociaux sont assujettis à cette loi-là. Alors, la
loi... La commission a le mandat, justement, d'assurer l'application de cette
loi-là. Alors, nous faisons des suivis auprès des organismes qui sont
assujettis à la loi. Il y a les groupes qui sont visés par la loi, donc ce
qu'on appelle les groupes historiquement
discriminés dans les domaines de l'emploi, dont les femmes, les minorités
visibles, les personnes... les
autochtones, les personnes handicapées et les personnes d'origine ethnique.
Donc, il y a cinq groupes actuellement qui sont visés par la loi sur
l'accès à l'égalité.
Et
ce que l'on constate clairement, c'est, en ce qui concerne les autochtones, ça
stagne. Donc, les organismes n'arrivent pas à atteindre les objectifs visés par
la loi. Donc, on invite, et c'est le travail que l'on fait au quotidien, c'est qu'on fait les suivis de manière à ce que
l'application de cette loi soit optimale pour atteindre une représentativité
beaucoup plus équitable des personnes autochtones, et ce, pas seulement dans
des postes d'entrée, mais dans toute la hiérarchie des organisations, incluant
aussi les lieux décisionnels, les lieux stratégiques où l'on prend des
décisions, que les personnes autochtones soient représentées de manière
équitable.
Mme Haytayan :
Merci. Combien de temps, M. le Président?
Le
Président (M. Bachand) : Il reste une
minute.
Mme Haytayan :
Une minute. Donc, je vais laisser mon collègue continuer.
Une voix : ...
Mme Haytayan :
Donc, d'accord. Depuis que vous assurez ces suivis, qu'est-ce que vous
voyez comme amélioration dans l'embauche de personnel autochtone, concrètement?
Mme Pierre
(Myrlande) : Je... D'ailleurs, nous allons sortir notre rapport
triennal, qui est une obligation, hein, pour
la commission, de rendre publiques les données qui sont dans le contexte de la
Loi sur l'accès à l'égalité en emploi, et ce que l'on constate, c'est
que, bon an, mal an, il y a une sous-représentation que moi, j'appelle
chronique des personnes autochtones à l'emploi. Donc, il nous faut vraiment que
l'ensemble des institutions qui sont assujetties à la loi puisse faire des efforts continus pour améliorer cette
représentativité des personnes autochtones à l'emploi. Et ça concerne
aussi la progression en emploi. Il est important d'avoir les personnes non
seulement en emploi, mais aussi dans les corps décisionnels de ces organismes.
Donc, énormément de travail reste à faire à cet égard, parce que, on le constate, ça stagne. Depuis plus de 20 ans de
l'application de la Loi sur l'accès à l'égalité en emploi, pour les personnes autochtones,
il reste énormément de travail à faire pour pouvoir atteindre les cibles et les
objectifs.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Merci
beaucoup. M. le député de l'Acadie.
M. Morin :
Merci, M. le Président. Merci, Mme Pierre, Me Arpin,
Me Montminy et M. Forcier, d'être là avec nous. Ça nous éclaire dans
nos travaux. Je vous remercie.
J'ai lu votre mémoire
avec attention. Il y a des éléments que j'aimerais discuter avec vous, parce
qu'on en a parlé aussi avec d'autres groupes un peu plus tôt ce matin. Le
projet de loi, dans son préambule, fait référence au Principe de Joyce, mais il
n'en parle pas dans le texte même de la loi. Et le Principe de Joyce, il y a un
parallèle à faire avec la Déclaration des Nations unies sur les Droits des
peuples autochtones, notamment, l'article 24. Et, quand on parle de
sécurisation culturelle, je pense que, si on veut avoir un résultat, il faut
prendre tous les moyens à notre disposition. Selon vous, quels sont les
avantages d'inclure directement le Principe de Joyce dans la loi plutôt que de
l'insérer comme il est dans le préambule?
• (12 heures) •
Mme Pierre
(Myrlande) : Bien, écoutez, en ce qui concerne le Principe de Joyce,
la commission embrasse clairement les principes et les valeurs du Principe de
Joyce. La commission s'est positionnée plusieurs fois dans le même sens que plusieurs éléments contenus dans le
Principe de Joyce, par exemple, la reconnaissance du droit à la santé,
le droit à l'accès sans aucune discrimination, et ça, on insiste, sans aucune
discrimination à tous les services sociaux et de santé, et également la
reconnaissance du racisme systémique, qui permet, là, justement, d'aborder les
questions complexes de sécurisation
culturelle, de discrimination à la source, donc la reconnaissance, donc, du
racisme systémique, la lutte contre
le racisme et l'appui à la sécurisation culturelle dans les services sociaux et
de santé et, bien sûr, comme nous
l'avons mentionné plus d'une fois, la reconnaissance du droit à
l'autodétermination, qui est un principe fondamental dans toute action
gouvernementale, mais que ce soit de la société civile également dans cette
reconnaissance du droit, donc, cette reconnaissance du droit à
l'autodétermination, c'est quelque chose qui nous apparaît fondamental dans
toute approche qui serait préconisée par le gouvernement.
Mme Montminy
(Karina) : Si vous permettez, M. le député. Oui, j'ajouterais, c'est
pour ça qu'on... nous avons formulé plusieurs recommandations, là, mais... dont
la recommandation qui reprend... bien, plusieurs de nos recommandations, là,
sont directement en lien avec les... le Principe de Joyce. Bon, effectivement,
votre question vient sur : Est-ce qu'on
devrait aussi le mentionner dans la loi? Bien, c'est ce que nous, on vient
préciser. Ce qu'on demande, c'est de référer exactement aux concepts qui
sont nommés dans le Principe de Joyce, les concepts de discrimination,
décolonisation, racisme et toutes les inégalités qu'on retrouve, qui sont
reconnues, qui sont inscrites dans le guide, là, du ministère de la Santé et
des Services sociaux.
Donc, l'importance de
les retrouver dans la loi, bien qu'un préambule puisse servir aussi, là,
d'interprétation, bien, évidemment, dans
l'application de la loi, mais de le retrouver dans le corps même, là, de la
législation, ça viendrait renforcer, là, selon nous. C'est ce qu'on dit
dans notre mémoire.
M. Morin : Merci. Parce
qu'évidemment, bon, le préambule, vous l'avez très bien souligné, c'est un
texte qui permet de cerner les paramètres, d'interpréter la loi, mais ce n'est pas
la loi comme telle. Donc, tant qu'à faire un premier pas
vers la sécurisation, bien, pourquoi ne pas en faire un bon et l'inclure
directement dans le projet de loi? Ça permettrait de régler ça, puis, après ça,
bien, peut-être — évidemment,
on a entendu le Collège des médecins un peu plus tôt aujourd'hui — de
cerner tous les paramètres et d'employer, par la suite, des moyens qui vont
nous permettre d'avancer. Donc, ce serait un avantage, finalement, de l'inclure
comme tel dans le texte législatif, le Principe de Joyce?
Mme Montminy (Karina) : Ça,
sans qu'on se soit prononcé directement sur cette question-là, bien, ça va dans
le sens de ce qu'on vient recommander, là.
M. Morin : OK. Merci, merci
beaucoup. J'aimerais aussi bien comprendre, parce que, Me Arpin, vous avez fait
référence à la Loi sur l'accès à l'égalité en emploi, et cette loi-là,
évidemment, impose des obligations aux employeurs, notamment, au gouvernement.
Et, dans le projet de loi, le gouvernement nous dit, à l'article 1,
alinéa 4°, «adapter, lorsque possible, l'ordre des services de santé et de
services sociaux par des moyens comme l'embauche de personnel autochtone».
On nous a dit un peu plus tôt aujourd'hui que,
«lorsque possible», ce n'était pas très, très... en fait, pas assez fort, ça ne
donnait pas une véritable obligation. Mais est-ce que, en utilisant cette
rédaction-là, le gouvernement ne vient pas affaiblir les dispositions de la Loi
sur l'accès à l'égalité en emploi?
Une voix : C'est ma collègue qui est
spécialisée.
Mme Pierre
(Myrlande) : Oui. Bien, en fait, alors... En fait, c'est parce
qu'à la commission j'ai la responsabilité d'assurer, là, le suivi de
cette loi-là, bien sûr, avec les membres du personnel de la direction de
l'accès à l'égalité, qui a le mandat, effectivement, d'assurer ce suivi-là
auprès des organismes qui sont assujettis à la loi.
Puis pour peut-être... en termes d'indicateurs,
en 2019, le taux des personnes autochtones était de 0,3 %, alors que la
cible était de 0,9 %. Alors, la loi, il y a une obligation légale. Donc,
moi, je pense que c'est là la prise que nous avons comme institution, c'est, il
y a une obligation légale, pour les organismes qui sont assujettis à la loi, d'appliquer la loi. Alors, «lorsque c'est
possible», bien, ça vient, quelque part, un peu diluer cette obligation
d'appliquer la Loi sur l'accès à l'égalité en emploi.
Alors, je vous dirais, comme étant responsable
de la loi, la commission, par exemple, est en mesure de dire que les
autochtones, comme je le mentionnais, sont sous-représentés dans toutes les
catégories d'emploi et dans tous les
secteurs d'activité, également. Alors, ce que vous soulevez comme question,
bien, je vous dirais, c'est par le principe d'application de la Loi sur l'accès à l'égalité en emploi que l'on peut
parvenir à corriger les discriminations historiques en emploi pour les
personnes autochtones.
M. Morin : Je
vous remercie. Et, pour moi, c'est très important, je vais vous expliquer
pourquoi. Évidemment, le législateur, quand il adopte, quand on travaille un
projet de loi, il est censé savoir ce qu'il fait, il a une connaissance
de l'ensemble du corpus législatif. Et donc ma crainte, c'est comme si, au lieu
de venir renforcer la Loi sur l'accès à l'égalité
en emploi, on venait diminuer son application dans une autre loi du même
Parlement. Or, pour moi, ça m'apparaît quelque chose qui n'est pas
cohérent.
Donc, si on veut qu'il y ait une cohérence entre
les différents textes législatifs, ne devrions-nous pas modifier la disposition
pour qu'elle ait une force beaucoup plus obligatoire, pour qu'il y ait une
cohérence entre les différents textes législatifs?
Mme Pierre (Myrlande) : Mais
est-ce que cela se pose en termes dichotomiques? Je ne pense pas. La Loi sur
l'accès à l'égalité en emploi existe, puis, comme je le mentionne, il y a une
obligation légale pour les organismes qui sont assujettis à la loi d'appliquer
cette loi. Donc, il faudrait peut-être renforcer cet élément-là, en s'appuyant
sur une loi qui existe depuis plus de
20 ans au Québec et qui a été adoptée à l'unanimité par l'Assemblée
nationale du Québec.
M. Morin : Et évidemment la loi
vise tous les établissements du réseau de la santé et des services sociaux.
Mme Pierre (Myrlande) : C'est
exact. Oui, tout à fait.
M. Morin : Donc, ils sont déjà
inclus.
Mme Pierre (Myrlande) : Exactement,
oui.
M. Morin : Donc... Et là
j'écoute votre témoignage, et c'est très intéressant, donc, parce qu'on sait
que cette loi-là existe depuis longtemps. Malgré les objectifs, les cibles à
atteindre, vous confirmez qu'on n'est pas là.
Mme Pierre (Myrlande) : En ce
qui concerne les autochtones, clairement, les données stagnent, et ce, dans
toutes les catégories, dans tous les secteurs d'emploi, les progrès ne sont pas
au rendez-vous, donc, les cibles ne sont pas au rendez-vous. Et c'est à ce
titre que la commission fait des suivis soutenus auprès de ces organismes qui
ont la responsabilité d'appliquer la loi de manière à ce qu'on puisse atteindre
cette représentativité en toute égalité pour les personnes autochtones.
M. Morin : Et
ça, je comprends que ça touche également les Premières Nations et les Inuits.
Mme Pierre (Myrlande) : Tout à
fait, tout à fait.
M. Morin : D'accord. Je vous
remercie. Dans le projet de loi, toujours, toujours au même article, on traite
évidemment de la prise en compte des réalités propres aux femmes et aux filles
autochtones. Je comprends très bien pourquoi
ça a été rédigé de cette façon-là, mais je pense que la commission a aussi un
mandat fort, un mandat important en ce qui a trait à la jeunesse, donc, à tous
les enfants. Est-ce qu'il y aurait moyen de bonifier le projet de loi en le modifiant
pour inclure visiblement tout le monde?
Mme Arpin (Suzanne) : ...le
projet de loi, le projet de loi devrait s'adresser à toute personne autochtone,
Premières Nations, inuite, que ce soit les
enfants, les aînés, toutes populations... toutes populations confondues.
D'ailleurs, à la... justement, à la recommandation n° 8,
on recommandait de modifier la loi de façon à ce que les établissements visés soient tenus d'adopter des pratiques
sécurisantes qui tiennent compte des réalités et besoins spécifiques de la
personne autochtone qui reçoit les
services de santé et les services sociaux, donc les enfants, les aînés et toute
personne qui se décrit comme une personne des Premières Nations, inuite.
M. Morin : Merci.
J'ai une autre question dans... Le projet de loi ne semble pas faire référence
à l'intersectionnalité, et vous savez que, dans certains cas, pour certaines personnes,
tout dépendant de notre état, bien, on peut vivre de la double ou de la triple
discrimination. Est-ce que l'inclure comme tel, obliger le gouvernement à en
tenir compte quand il s'agit des Premières Nations et des Inuits, ce
serait un avantage et ça viendrait bonifier le projet de loi?
• (12 h 10) •
Le Président (M.
Bachand) : En quelques secondes,
40 secondes.
M. Forcier (Mathieu) : Je vais
y aller brièvement. Ça va vraiment dans le sens de la recommandation, dont on vient de traiter, à l'effet de prendre en
compte les besoins spécifiques de la personne autochtone qui reçoit les services
et de tenir compte du fait que cette personne-là peut se situer à
l'intersection de différents axes de pression et qu'elle n'est pas seulement
une personne autochtone, mais de vraiment tenir compte de ses réalités et
besoins spécifiques.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Jean-Lesage.
M. Zanetti : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup pour votre présentation et votre contribution au
débat, qui est fondamental. Je ne sais pas si... Je vais vous poser une
question. Je ne sais pas si vous avez déjà analysé ça, puis, si vous avez besoin de le faire plus tard, bien, on aura d'autres
correspondances. Mais je me questionne, si... Bon. Par rapport à la
déclaration des Nations unies, les droits des peuples autochtones, le Québec,
en 2019, par motion, a comme reconnu ces principes, mais on n'a jamais légiféré
là-dessus, on ne l'a pas intégré encore, pour l'instant. Et c'est peut-être
dans les plans, on va voir, je vous relancerai là-dessus. Mais je me
demande : Est-ce que ce projet-là, par
exemple, là, respecte le principe que nous reconnaissons au Québec, là,
d'autodétermination des Premières Nations et des Inuits... compte tenu
du fait que, bien, il n'a pas été fait par et pour les autochtones, là, les
nations autochtones, il a été fait à la
place de, pour, là... J'entends bien le ministre, qui dit : En consultant
13 organisations, et tout ça, mais, quand même, il n'a pas été
coécrit.
Alors, est-ce que, selon l'analyse que vous en
faites, ça ne viendrait pas, ce projet-là de loi, comme il est rédigé
actuellement, en contradiction avec le principe d'autodétermination des peuples
autochtones?
Mme Montminy (Karina) : Bien,
je pense que, dans notre mémoire, on l'aborde à plusieurs reprises. On vient
rappeler, hein, au gouvernement, au législateur, là, les engagements du Québec,
hein, face à la... en vertu de la déclaration de l'ONU sur les droits des
peuples autochtones, mais également en vertu de d'autres conventions,
déclarations. Et sans entrer, là, dans... est-ce qu'on n'a pas fait ce type
d'analyse là dans le cadre du projet de loi, là, mais, évidemment, on est venu
se... on a fait des analyses pour dire qu'il faut intégrer, il faut intégrer
les principes, le principe du droit à l'autodétermination, c'est notre première
recommandation, hein? Notre première recommandation vise spécifiquement à
s'assurer, s'assurer qu'on travaille, que le... que ce soit fait en collaboration
avec les peuples autochtones.
Donc, la question de... votre question de se
dire : Bien, est-ce que ça répond aux engagements? Bien, nous, on vient
les rappeler à plusieurs endroits, là, dans notre mémoire, on vient les
souligner. Puis il y a plusieurs des droits
qui sont spécifiquement, là... dont le droit à la santé des personnes
autochtones, qui est au centre du projet de loi, bien évidemment.
M. Zanetti : Puis l'inscription
du droit à la santé dans la charte, au fond, qu'est-ce que, concrètement, ça viendrait amener comme outil de plus, par exemple,
pour la sécurisation culturelle? Vous en avez parlé, là, mais si vous
pouviez élaborer un peu plus?
Mme Montminy (Karina) : Bien,
c'est sûr que c'est une recommandation qu'on porte de longue date à la commission, le droit à la santé, de l'inscrire
spécifiquement, donc, d'avoir un droit qui est reconnu, qu'on peut... donc,
un droit positif, hein, c'est plus... C'est
beaucoup plus facile, par la suite, à faire valoir, à le rendre effectif, et ça
permet aussi sa reconnaissance, hein? C'est...
Quand on inscrit un droit dans nos lois, c'est qu'on reconnaît, on reconnaît
tout ce qu'il signifie, sa... L'interprétation qui est donnée, tant par le
droit international, il est... Comme on l'explique dans notre mémoire, on est
déjà liés à ses interprétations, mais de le reconnaître spécifiquement, bien,
on endosse... ça vient endosser, et on peut s'y appuyer, là, par la suite, de
façon beaucoup plus concrète.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Merci beaucoup
d'avoir été avec nous aujourd'hui, ça a été très, très, très apprécié.
Sur ce, la commission suspend ses travaux
jusqu'après les avis touchant les travaux des commissions. Merci. Bon lunch.
(Suspension de la séance à 12 h 15)
(Reprise à 15 h 50)
Le
Président (M. Bachand) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Bon
début d'après-midi. La Commission des
institutions reprend ses travaux.
Nous poursuivons, donc, les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 32, Loi
instaurant l'approche de sécurisation culturelle au sein du réseau de la santé
et des services sociaux.
D'abord, je tiens à nous excuser, c'est la
rentrée parlementaire, alors on a pris du retard, mais, par respect pour
l'ensemble des groupes qui sont ici puis qui vont suivre, si vous êtes
d'accord, on réduirait d'une façon proportionnelle
l'ensemble des temps des parlementaires pour pouvoir respecter le plus possible
l'horaire qu'on s'était donné. Est-ce qu'il y aurait consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M.
Bachand) : Merci infiniment. Donc, on
débute cet après-midi avec le Regroupement des centres d'amitié autochtones du
Québec. Alors, merci d'être ici. Encore une fois, désolé pour le retard. Alors,
je vous laisse débuter, vous avez 10 minutes de présentation, et je vous
laisse aussi vous présenter. Merci beaucoup.
Regroupement des
centres d'amitié autochtones du Québec (RCAAQ)
Mme Lainé
(Amélie) : «Kwe», bonjour. Amélie Lainé, membre de la
première nation de Wendake et directrice du développement stratégique au
Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec. Le regroupement est
une association provinciale des centres d'amitié autochtones. C'est une
organisation qui se porte à la défense des droits et intérêts des citoyens
autochtones dans les villes au Québec et qui soutient l'action des centres
d'amitié. Les centres d'amitié sont présents dans 13 villes au Québec et
les centres ont une politique portes ouvertes et desservent l'ensemble des citoyens autochtones, qu'importe la
nation d'appartenance, le lieu de... le lieu de résidence. Je te donne
la parole.
Mme Cloutier (Édith) : Merci.
«Kwe», bonjour. Édith Cloutier, membre de la première nation anishnabe,
directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or, également membre
du conseil d'administration du Regroupement des centres d'amitié autochtones.
Alors, nous
remercions la commission de cette invitation à contribuer à ces travaux
d'études du projet de loi n° 32, la Loi instaurant l'approche de la
sécurisation culturelle au sein du réseau de la santé et des services sociaux.
Si de nombreuses initiatives entourant le déploiement de la démarche de
sécurisation culturelle ont pris place en Ontario, en Alberta ou en Colombie-Britannique ces dernières années, aucune
province canadienne n'a encore inscrit ses intentions dans un projet de
loi. Le Québec fait un pas important dans la bonne direction.
Dans un premier temps, nous sommes d'avis que la
vision de la sécurisation culturelle, telle que proposée dans le projet de loi n° 32, est nettement
insuffisante. Il faut se rappeler que la démarche de sécurisation culturelle
originale a été le chemin choisi par le peuple maori de la
Nouvelle-Zélande pour combattre la discrimination et le racisme. Au Québec, la
sécurisation culturelle a été documentée et recommandée par la commission
Viens, qui, par le fait même, a reconnu que la discrimination systémique
existe. Le Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec est en phase
avec ce constat, qui découle de centaines de témoignages de personnes
autochtones invitées à partager leurs expériences
dans les services publics québécois, ainsi que de nombreuses présentations
provenant d'instances autochtones, de chercheurs et d'experts
autochtones et non autochtones.
Donc, ce que le regroupement propose dans son
mémoire aujourd'hui, c'est d'optimiser, de bonifier et de renforcer le projet de loi n° 32 et de faire
en sorte que ses dispositions puissent s'incarner dans des actions, des mesures
et des pratiques concrètes permettant au
gouvernement, en étroite collaboration avec les partenaires autochtones
concernés, de consolider sa responsabilité populationnelle à l'égard de
la population autochtone. Notre mémoire propose une feuille de route avec ses pistes de solutions, ses moyens et ses
stratégies pour, justement, transformer de manière durable un système
qui fait défaut.
La population autochtone en milieu urbain croît
deux fois plus rapidement que celle des communautés territoriales ou les réserves. Selon les données recensées par Statistique Canada en 2021, 61 % des membres des Premières Nations et du peuple inuit détiennent
une résidence permanente dans les villes, ce qui représente trois personnes
autochtones sur cinq, et les femmes sont plus nombreuses que les hommes.
Donc, au sein du
mouvement des centres d'amitié autochtones du Québec, la sécurisation
culturelle est une démarche qui est à
l'oeuvre depuis plus d'une décennie, notamment par l'implantation de cliniques
en santé autochtone. Ces cliniques, codéveloppées avec le réseau de la santé et
des services sociaux du Québec, ne sont pas une finalité, mais plutôt un
moyen de décolonisation et un levier de transformation systémique.
Le projet de loi
n° 32 est perfectible et doit aller au-delà d'une intention. Légiférer en
matière de sécurisation culturelle signifie s'engager ensemble comme société à
apporter des changements réels et mesurables en matière de réduction des écarts
et d'amélioration de la qualité de vie des autochtones du Québec. Ce que nous
proposons, c'est un véritable chemin de
réconciliation, et la réconciliation requiert d'abord de s'instruire de la
réalité. Ce que le regroupement offre pour ces travaux, c'est la voie du
dialogue, de l'ouverture et de l'éducation. Les centres d'amitié sont sur le terrain au quotidien, riches d'une histoire de
plus de 50 ans au Québec. Nous rencontrons, à chaque jour, des personnes
abîmées par tous les types d'abus, toutes les portes fermées, et nous marchons
à leurs côtés en quête de solutions tangibles.
Pour contrer la
discrimination systémique, il faut des avancées systémiques. Le premier signe
de l'apport du gouvernement en matière d'avancée systémique a été donné en 2019
au moment de la présentation des excuses de l'État québécois en réponse à
l'appel à l'action n° 1 du rapport de la commission Viens, mais ces
excuses prennent un sens véritable par l'action. Également, l'investissement
d'importantes ressources par le gouvernement dans le développement de cliniques
en santé autochtone, un modèle de coresponsabilité et d'innovation sociale, est
un pas concret vers une transformation systémique et la reconnaissance
égalitaire des apports de chacune des parties au mieux-être de la population
autochtone.
L'exemple du présent
projet de loi s'inscrit aussi à l'enseigne d'une avancée systémique. Bien que
plusieurs de ses dispositions doivent être
amendées, il offre néanmoins une opportunité inédite de prendre la mesure du
chemin parcouru, mais aussi du chemin
à parcourir quant à une transformation des façons de faire au sein du réseau
québécois de la santé et des services
sociaux. Dans sa mouture actuelle, le projet de loi ne permettra pas une
réduction significative des écarts. La sécurisation culturelle est
fondée sur une relation à renouveler. Il n'y a pas de sécurisation culturelle unilatérale. Elle ne peut pas venir du
gouvernement seul ou des Premières Nations seules de leur côté. Une démarche de
sécurisation culturelle se construit sur les bases d'une relation et une
volonté commune de réconciliation fondée sur l'ouverture, la compréhension et
le dialogue.
Et donc, en
conclusion, nous avons quatre recommandations, présentées dans notre mémoire,
qui tracent la voie en ce sens. La
recommandation n° 1 : «Que le projet de loi n° 32 conduise à l'amélioration
tangible des conditions de vie et de santé de la population des
Premières Nations et du peuple inuit par une réduction significative des écarts
entre la population québécoise et la population autochtone.»
La recommandation
n° 2 : «Que le projet de loi reconnaisse la contribution unique du
regroupement des centres d'amitié et de ses
centres affiliés à la mise en oeuvre d'une démarche de sécurisation culturelle
communautaire et culturellement ancrée pour le bénéfice de l'ensemble de
la population autochtone.»
Troisièmement :
«Que le projet de loi n° 32 inclue des mécanismes et des mesures afin de
combattre la discrimination et le racisme en consolidant ses avancées
systémiques en matière de réconciliation avec les membres des Premières Nations
et du peuple inuit.»
Et enfin la
recommandation n° 4 : «Que les dispositions du projet de loi
n° 32, à partir du réseau de santé et services
sociaux, se déploient dans tous les ministères et que ses principes et
orientations fassent l'objet d'une harmonisation au sein de l'État
québécois.» «Meegwetch». Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Merci infiniment.
Alors, période d'échange, on débute avec M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière :
Merci beaucoup, M. le Président. «Kwe, kwe».Très heureux de vous recevoir
aujourd'hui. Encore une fois, à mon tour de présenter mes excuses pour le
retard. Désolé, mais, vous voyez, quand on travaille avec les oppositions, on
trouve une belle solution. On va couper dans notre temps pour vous permettre
d'être ici avec nous. Merci. Merci de votre présentation.
• (16 heures) •
J'imagine que les
oreilles vous ont silé, ce matin, parce que j'ai parlé... j'ai fait référence à
des belles choses que vous faites. Le réseau
des centres d'amitié autochtones du Québec est très innovateur dans son
approche, entre autres avec les cliniques, que j'ai le plaisir d'appeler
Minowé, mais que je devrais appeler Mino Pimatisi8in. Je m'excuse, je suis moins bon dans celle-là. Bien,
effectivement, on en a... j'ai eu la chance de les visiter, de les voir sur le
terrain, puis c'est une belle approche. C'est un bel exemple de comment on peut
faire différemment puis c'est ce que je passais comme message ce matin
aussi au Conseil des médecins. Il y a des belles choses qui se font sur le
terrain. Quand on allie le savoir autochtone avec la médecine, on peut arriver
à quelque chose de bien.
Et j'ai bien aimé ce
que vous avez dit aussi quand vous avez dit : On doit travailler ensemble,
si on fait ça chacun de notre bord, on n'arrivera absolument à rien. C'est
l'autre message que j'ai passé aussi au Conseil des médecins, en disant :
Si les gens de première ligne ne sont pas impliqués avec nous, on peut passer
les règles ici, là, ensemble, même avec les
oppositions, on peut passer le plus beau projet de loi, il n'y aura pas de
changement. Puis, dans quelques années, nous serons assis à la même
place en se disant : Mon Dieu! On n'a pas réussi.
Ça fait que merci pour vos
recommandations. J'ai quelques petites questions bien techniques. Puis la
première, c'est votre recommandation n° 1. Quand vous dites que le
projet de loi, là, «conduise à l'amélioration tangible des conditions de vie»,
moi, j'aimerais ça savoir comment on pourrait traduire ça dans le texte de loi.
Est-ce que vous avez déjà une suggestion à nous faire, si on va un petit peu
plus loin avec ce que vous avez proposé dans votre recommandation n° 1?
Mme Cloutier
(Édith) : Bien, vous avez fait référence à ce qu'on appelle maintenant
nos cliniques en santé autochtone, ce sont des cliniques qui se retrouvent dans
les murs du centre... d'un centre d'amitié. On en a plusieurs en déploiement dans le réseau. Ces cliniques sont
codéveloppées, codirigées sous une coresponsabilité avec les centres de... les
CISSS et les CIUSSS. Donc, cette démarche-là vise à renouveler et à diversifier
l'offre de services de soins santé et services sociaux pour les
autochtones en milieu urbain. Concrètement, des services sont donnés à travers
une équipe médicale et professionnelle, mais qui interagit avec l'équipe
élargie du centre d'amitié autochtone. Donc, l'approche
se veut une approche participative collective où les cliniques ne sont pas des
silos à l'intérieur d'un centre. Et
ce n'est pas le réseau qui s'implante à l'intérieur d'un centre d'amitié, c'est
vraiment une approche renouvelée avec des perspectives autochtones du
mieux-être et de la santé, et ces cliniques-là viennent cohabiter et même
interagir avec des approches culturelles de guérison traditionnelles.
Donc, c'est quand
même novateur parce que ça n'existe pas ailleurs. Même à l'échelle du Canada,
le modèle que nous avons, c'est un modèle unique au Canada. Et, d'ailleurs,
l'innovation dans la relation qui s'est coconstruite avec le réseau de la santé et les centres d'amitié, c'est sous l'égide
d'une entente de coresponsabilité, qui est une avancée en soi systémique
qui met de l'avant un partage du réseau de la santé et de la gouvernance d'un
centre d'amitié pour mettre en place ces services.
M. Lafrenière :
Oui. Je laisserais la parole à mon collègue de Joliette, s'il vous plaît.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député de
Joliette.
M. St-Louis : Merci, M. le Président.
Bonjour, mesdames. Ma question, moi, est en lien avec la recommandation
n° 4, où vous suggérez l'harmonisation dans tous les ministères de ce que
le projet de loi n° 32 vise à faire pour les services sociaux... la santé et les services sociaux.
Alors, que penseriez-vous d'une approche plus étapiste, là, qui toucherait,
d'abord, la santé et les services sociaux sur la base de l'expérience acquise
et qui prévoirait, par la suite, là, subséquemment, des interventions adaptées
pour les autres secteurs de l'action de l'État québécois?
Mme Cloutier
(Édith) : Merci de votre question. En fait, la vision du mieux-être
autochtone déborde du cadre strict de la santé physique, on englobe les
composantes plus larges et on parle même de déterminants de la santé
autochtones qui sont spécifiques aux peuples autochtones. C'est pour ça qu'une
approche transversale plus globale, plus
intégrée répond, est arrimée et harmonisée de façon beaucoup plus efficace et
efficiente dans le contexte autochtone.
Il faut dire aussi
que le racisme et la discrimination ne sont pas spécifiques à un domaine en
particulier qu'est la santé et services sociaux. L'exposition... les
traumatismes ne tiennent pas compte que d'un seul secteur. On peut penser qu'une approche globale en matière de
mieux-être, d'habitation, d'éducation, de différentes... de l'employabilité
dans toutes ses sphères contribue globalement à un mieux-être. Donc... Mais je
comprends que le Québec fait un premier pas. D'ailleurs, je l'ai mentionné dans
mon introduction, dans nos recherches, le Québec est la première province à
légiférer sur la question de la sécurisation culturelle, malgré qu'il y a
beaucoup d'avancées dans d'autres provinces, et je pense qu'on est en mesure de
comprendre la démarche et également, évidemment, d'y participer et d'y
contribuer.
M. St-Louis :
Merci.
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Lafrenière :
Oui. Merci beaucoup, M. le Président. À la recommandation 2, je vois
que vous voulez qu'on reconnaisse ce que le Regroupement des centres d'amitié
autochtones fait. Moi, je le reconnais à tous les jours. Mais, de façon concrète, comment ça prendrait
forme? Parce que, vous comprenez, puis, ce matin, j'en parlais avec d'autres
groupes, on a 55 communautés au Québec si on inclut les 14 villages
nordiques. On a des réalités qui sont propres à chacune de ces communautés-là, on a... Vous représentez très bien une
réalité urbaine qu'on a tendance à oublier quand on parle des réalités autochtones, et non pas «de la», mais des réalités
autochtones. Alors, quand je lis votre recommandation, je me demande de
quelle façon on pourrait aller là, parce que ça pourrait être une liste
exhaustive. Est-ce que vous avez déjà une autre idée?
Mme Lainé
(Amélie) : Bien, c'est certain qu'une reconnaissance... Édith le
mentionnait, il y a déjà eu des avancées qui ont été faites, il y a quand même
une reconnaissance du MSSS qui a été faite des cliniques qu'Édith vous a... le Mino Pimatisi8in de Val-d'Or, mais
aussi, à Québec, il y a Nitnat, à La Tuque, il y a la clinique Acokan. Dans
la majorité des centres d'amitié autochtones au Québec, en ce moment, il y a
des cliniques en santé autochtone qui accueillent les citoyens, qui sont une
porte d'entrée, là, pour des services culturellement pertinents et sécurisants,
là, en santé et services sociaux.
Dans
notre mémoire, vous pourrez le constater, on en parle de façon plus exhaustive,
on parle de l'importance de cette
reconnaissance-là. On comprend que, dans un projet de loi, on ne peut peut-être
pas tant nommer le regroupement et les centres. Ça, on en est
conscients. Vous l'avez dit, M. le ministre, il y a des réalités. Par contre,
les centres d'amitié tombent dans la juridiction provinciale au Québec. On
n'est pas sous juridiction fédérale, on est à l'extérieur des communautés. On
interagit avec tous les réseaux du gouvernement québécois, que ça soit en
santé, en éducation, en justice. On a des ententes, des collaborations pour
développer des services et s'assurer, justement, que les citoyens autochtones
aient une équité de services, comme tous les citoyens québécois.
Bien, vient
avec ça du financement, tu sais, on va appeler ça... on va dire les vraies
choses. Une reconnaissance, on en a eu une. Ça serait bien que ça se
perdure dans le temps et, si c'est possible, peut-être de pouvoir l'indiquer
dans un projet de loi, que le financement des cliniques qui sont coconstruites,
codirigées par le réseau de la santé, en ce moment, et les centres d'amitié
soit un modèle reconnu et mis de l'avant.
Mme Cloutier (Édith) : Si je
peux juste me permettre un petit ajout, on avait présenté à votre... pardon,
mon mot, le fait que les centres d'amitié peuvent très bien être la porte
d'entrée du réseau de la santé et des services sociaux auprès des autochtones
en milieu urbain, donc l'accessibilité, rétablir la relation de confiance. Les
centres d'amitié et l'offre de services des centres d'amitié, et donc des
cliniques en développement, pourraient s'inscrire formellement dans l'offre de
services publics et dans l'écosystème des services de santé et services sociaux
du Québec, non pas comme un partenaire, mais
vraiment en coresponsabilité pour soutenir cette responsabilité populationnelle,
mais de se faire à travers la reconnaissance formelle et, comme la commission
Viens l'a recommandé également, avec un financement qui n'est pas morcelé, qui
n'est pas par projet, qui n'est pas par programme déterminé, mais bien de
manière pérenne.
• (16 h 10) •
M. Lafrenière : Merci beaucoup,
M. le Président. Autre question pour vous... puis je veux être très transparent
avec vous, je vais vous avouer que j'ai certains mémoires qui ont été déposés
qui me laissent croire qu'il y a urgence d'agir, d'autres me demandent de lever
le pied sur la pédale un petit peu, de prendre un pas de recul. Alors, en toute
transparence, je veux avoir votre opinion là-dessus. Vous savez, on devait le
présenter dans l'ancienne législature. On s'est fait reprocher de ne pas
l'avoir fait. C'est une... C'était un engagement qu'on avait pris à ce
moment-là suite à la tragédie de Joyce Echaquan et c'était quelque chose qui
était important. Et là je veux savoir aujourd'hui votre position à vous, du
regroupement. Puis je ne veux pas faire une généralisation, là, je parle
vraiment pour le regroupement, est-ce qu'il y a urgence d'agir? Est-ce que,
pour vous, c'est pressant? Vous avez dit qu'on est la première province à y
aller, j'en suis très heureux, mais est-ce qu'il y a urgence d'agir, selon
vous?
Mme Cloutier (Édith) : Bien,
vous parlez à des gens qui viennent d'un mouvement communautaire ancré sur le
terrain. On l'a mentionné, on est à tous les jours avec des membres de nos
communautés. Nous sommes un mouvement en action, et donc c'est sûr que, pour
nous, nous avons des solutions. Nous en proposons plusieurs, nous avons établi plusieurs champs d'intervention avec
différents ministères, que ce soit dans le domaine... comme Amélie l'a
mentionné, en justice, en éducation, en habitation, en santé, en services
sociaux. Donc, pour nous, passer à l'action, c'est au coeur de notre démarche
et de notre mission. Donc, pour nous, il ne s'agit pas de rejeter l'approche,
telle que définie dans le projet de loi, mais c'est la vision de la
sécurisation culturelle proposée qui est nettement insuffisante. La
sécurisation culturelle n'est pas une question d'individus ou de personnes,
c'est une question de collectif, et ça implique la mise en relation, et ça
implique le dialogue, la compréhension et la coconstruction.
M. Lafrenière : ...rapide. Je
pense que je connais la réponse, mais je vais y aller quand même. Est-ce que
c'est un défi, pour vous aussi, de faire l'embauche de personnel autochtone?
Parce qu'on l'a mis dans les actions à poser
puis on y croit. Des fois, on a des solutions comme des navigateurs, mais, je
veux dire, même au sein de mon cabinet, quand j'en embauche, je me les
fais voler par la suite. Je ne visais pas personne en particulier, mais c'est
une réalité. Alors, j'aimerais savoir, de votre côté, est-ce que vous avez la
même réalité?
Le Président (M.
Bachand) : Très rapidement, parce que... (panne
de son)
Mme Lainé (Amélie) : ...oui, en
effet, il y a une pénurie de main-d'oeuvre, là. Je veux dire, tout le monde la
vit au Québec, le milieu autochtone doit être encore plus... Veux veux pas, on
a moins de population, on a de la difficulté.
Par contre, les... on a plusieurs ressources autochtones formées, mais, oui,
c'est un défi. Par contre, elles choisissent de venir travailler dans
nos services à nous.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Merci. Merci
beaucoup. M. le député de l'Acadie, pour 9 min 54 s, s'il
vous plaît. Merci beaucoup.
M. Morin : Parfait. Merci.
Merci, M. le Président. Merci beaucoup, mesdames. Merci d'être là. Merci pour
votre mémoire. C'est, en fait, superintéressant de vous écouter. Et j'ai eu la
chance de visiter un des centres d'amitié autochtones, celui de Trois-Rivières,
où vous avez une clinique juridique et même un... en fait, une clinique
médicale qui est en train... en fait, qui
était en train d'être créée, là je pense que c'est terminé. Moi, je... Il y a
quelques éléments que j'aimerais explorer avec vous, vous avez fait un
peu allusion à ça tout à l'heure, quand on parle évidemment de toute la
sécurisation culturelle. Est-ce que le projet de loi pourrait être bonifié si
le gouvernement reconnaissait formellement, pas dans le
préambule, mais dans un des articles, le Principe de Joyce, qui est, en partie,
inspiré de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones, plutôt que de le mettre dans un préambule, donc pour que ça ait un
impact, finalement, et que le gouvernement s'engage davantage à faire la
promotion de la sécurisation culturelle, mais dans un continuum?
Mme Cloutier
(Édith) : Notre recommandation n° 3, qui met de l'avant des...
qui exige des mécanismes de mesures pour combattre le racisme et la
discrimination en consolidant des avancées systémiques... En fait, nous
recommandons que, dans un premier temps, l'adoption formelle du Principe de
Joyce et de ses dispositions soit faite par
l'État québécois, solidaire avec l'ensemble de nos frères et soeurs au Québec.
Également, nous proposons l'élaboration d'une stratégie de mise en oeuvre du Principe de Joyce pour l'ensemble de la population autochtone au Québec.
Également, on n'a pas
eu l'occasion, mais vous me donnez l'occasion aussi de proposer l'adoption de
la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones,
considérant que le Québec ne l'a pas encore endossée, à l'instar de nombreuses
autres provinces et du Canada. Donc, nous, nous croyons qu'effectivement il
faut faire un pas dans ce sens-là.
M. Morin :
Je vous remercie. Écoutez, ça m'éclaire, parce que, vous savez, dans le
cadre du travail d'un député de l'opposition, comme parlementaire, bien, c'est,
entre autres, de bonifier et d'améliorer des projets de loi. Donc, en ce
sens-là, votre témoignage aujourd'hui est très utile parce qu'évidemment j'ai à
coeur le fait que les projets de loi soient
bonifiés. Et je suis convaincu que le député ministre ici écoute bien ce que je
suis en train de lui dire, il sait que j'y tiens particulièrement. Voilà. Donc,
ça, je tenais à faire ce point-là puis je vous remercie évidemment de...
du témoignage que vous rendez à ce sujet-là.
J'aurais aussi
d'autres questions pour vous. À l'article 1 particulièrement, et ça, il y
a d'autres groupes qui en ont parlé avant vous aujourd'hui, on parle d'adopter
des pratiques sécurisantes qui visent tous les établissements du réseau de la santé et des services sociaux. Et là,
après ça, bien, il y a un «notamment», donc on en décrit quelques-uns et
on dit «adapter, lorsque possible, l'offre des services de santé[...], comme
l'embauche de personnel autochtone». Est-ce que, pour vous, «lorsque possible»,
ce n'est pas assez, c'est trop faible? Est-ce qu'on devrait carrément dire «adapter l'offre de services pour embaucher du
personnel autochtone»? Je comprends, vous y avez fait allusion, il y a
une pénurie de main-d'oeuvre, mais, à un moment donné, si on veut faire changer
les choses, bien, des fois, il faut des correctifs un peu plus sévères, si vous
me permettez l'expression.
Mme Cloutier
(Édith) : Bien, on a eu la question précédente. On comprend que c'est
un défi à l'échelle plus large du Québec, partout, le recrutement de
main-d'oeuvre, on le vit également. Mais, dans notre mémoire, vous aurez, à la
page 9, suite à la recommandation n° 1, les propositions du
regroupement pour la mise en oeuvre de plusieurs pratiques institutionnelles,
notamment dans le but de rejoindre la population, parce qu'il y a une
diversité, il y a un déploiement géographique, il y a aussi comment travailler
à des nouveaux protocoles de soins, des moyens d'intervention, d'accroître la
fréquentation du réseau, et donc d'arriver à une transformation significative,
là, des conditions de vie.
Ça fait que je pense
que ça passe par différentes stratégies, certes, qu'une personne autochtone
soit présente dans les murs d'un hôpital, par exemple. Mais ce que nous, on a
proposé aussi, c'est de travailler ensemble à l'instauration de navigateurs
culturels dans les centres d'amitié qui pourraient interagir avec le réseau québécois.
Des navigateurs culturels, l'exemple se voit en Nouvelle-Zélande, c'est un
réseau de navigateurs à l'échelle... à une plus grande échelle qui participent
ensemble à accroître les accès. Donc, je pense qu'il y a aussi à regarder les
moyens et les méthodes avec lesquelles on veut, justement, augmenter les
pratiques institutionnelles.
M. Morin :
Merci. Vous avez mentionné, un peu plus tôt, que les centres d'amitié
autochtones pourraient être la porte
d'entrée des autochtones dans le service de santé, particulièrement en milieu
urbain, parce qu'effectivement vous êtes situés en milieu urbain puis
que, vous l'avez très bien dit, il y a un nombre important d'autochtones qui
vivent en milieu urbain. Donc, il y a un besoin qui est là. Est-ce que vous
pouvez préciser ou peut-être me donner des exemples davantage de ce que ça
pourrait être et comment vous pourriez faciliter cette entrée?
Mme Cloutier (Édith) : Bien,
merci de votre question. On a parlé, évidemment, des cliniques en santé
autochtones. Ça devient vraiment des portes d'entrée importantes. Vous
donner un exemple, à Val-d'Or, c'est à l'oeuvre depuis une douzaine d'années, là, ça ne date pas d'hier, et nous sommes...
aujourd'hui, on compte cinq médecins, une psychiatre, une orthophoniste, trois infirmières qui
s'ajoutent à la grande équipe du centre d'amitié, formée d'intervenants
sociaux, d'éducateurs spécialisés, d'organisateurs communautaires, et
même des conseillers en employabilité, des avocates qu'on a au centre d'amitié.
Donc, vous voyez qu'à travers les portes d'un centre d'amitié, on est capable
d'assurer une liaison, ou une coordination, ou un accès plus grand aux
services.
• (16 h 20) •
Parce qu'on ne peut
pas vivre de façon distincte et en vase clos, ce n'est pas le but des centres
d'amitié autochtones, mais c'est plutôt d'agir comme cette interface qui
facilite l'accès aux services publics québécois. Donc, on a plusieurs exemples.
Il y a des modèles de cliniques en justice, également, où les personnes
autochtones peuvent avoir un lieu sécurisant pour rencontrer des juristes, des
avocats, des avocates pour leur permettre d'agir sur leurs droits. Donc, il y a d'autres exemples.
Évidemment, je pourrais vous parler de l'employabilité, je pourrais vous parler
de tout le réseau d'habitations communautaires, les logements sociaux
qui sont en train de se développer à travers les centres d'amitié autochtones,
le regroupement à une société immobilière.
Donc, je pense qu'on est
bien positionné pour agir comme une porte d'entrée, mais on va même plus loin, d'inscrire l'offre de services du réseau des
centres d'amitié de façon formelle dans l'offre de services publics québécois,
tout en maintenant évidemment notre autonomie, notre gouvernance et notre
capacité d'agir comme institution.
M. Morin : Merci.
Rapidement, parce que le temps file, à l'article 2 du projet de loi, on
dit que, dans les trois mois suivant
la fin de l'exercice financier, tout établissement doit informer le ministre
des pratiques sécurisantes qu'il a mises en oeuvre. Pour vous, est-ce
que c'est suffisant en termes de rendre compte ou s'il faut aller plus loin, ou
s'il faut également qu'il y ait une évaluation de ces pratiques qui soit faite
puis collaborer, travailler avec les peuples autochtones qui reçoivent des
services pour voir si ça correspond à leurs besoins? Et ça, ça semble être
absent du projet de loi présentement.
Mme Lainé (Amélie) : Vous avez
la réponse. En effet, au-delà de faire état... un état des lieux, ça prend une
évaluation, un suivi qui doit être fait avec les Premières Nations, les Inuits
concernés, parce que, sinon, je me permets de dire : C'est facile de se
taper dans le dos puis de dire qu'on a embauché une ressource autochtone puis
ça finit là. Tu sais, je veux dire, à un moment donné, on l'a dit, c'est de la
coconstruction, de la coresponsabilité, ça doit être une évaluation de
qu'est-ce qui est mis en place et une évaluation qui est construite avec les
Premières Nations et les Inuits, là, dans ce cas-ci.
M. Morin : Oui, ça, je pense
que c'est aussi très important, là, puis merci pour votre réponse.
Effectivement, il faut que ça soit fait en collaboration...
Mme Lainé (Amélie) : Tout à fait.
M. Morin : ...ce n'est pas
juste une liste en disant : On a donné une formation, bonjour, puis on ne
sait pas ce que ça donne.
Mme Lainé (Amélie) : Exactement.
M. Morin : Alors, d'accord.
Très bien, on se comprend. Alors, je pense que mon temps est écoulé. Alors,
merci beaucoup.
Le
Président (M. Bachand) :
Oui, merci beaucoup. M. le député
de Jean-Lesage, pour 3 min 18 s. M. le député.
M. Zanetti : Oui, merci. Bon.
Alors, j'ai deux questions, je vais y aller vite pour vous laisser le temps de
répondre. Première question : Est-ce qu'un hôpital, dans le réseau de la
santé québécois, ça peut être sécurisant si on y applique, disons, un protocole
de pratique sécurisante ou ça prend plus que ça? Puis ma deuxième question,
bien, je vais la poser après.
Mme Cloutier (Édith) : Je l'ai
mentionné... pardon, je l'ai mentionné dans la discussion qu'on a, que la
sécurisation culturelle ne peut pas être limitée qu'à un bon accueil
bienveillant des personnes dans les murs d'un hôpital
par une infirmière. La sécurisation culturelle ne peut se déployer sur les
bases... sur une base d'individus. C'est une démarche collective qui doit être systémique et avoir des impacts
systémiques. On comprend que, dans les hôpitaux, il y a une prise de
conscience. On apprécie que l'environnement physique puisse permettre
d'aménager des lieux où on a des repères culturels.
Mais, ceci étant dit, ce n'est pas de la
sécurisation culturelle, ce n'est pas une démarche de sécurisation culturelle. Une démarche prend action et agit
directement pour changer les systèmes. L'approche, parce que c'est le titre,
une approche pour nous, c'est plus une intention d'agir, mais il faudrait
qu'elle... qu'on inscrive ce projet de loi là davantage comme une démarche de
sécurisation culturelle, et ça, il y a de la documentation, pour vraiment, je
vais le dire en anglais, faire le «statement» qu'on a une... on a plus qu'une
intention. On veut directement agir de manière systémique dans la
transformation des services publics auprès des autochtones.
M. Zanetti : Merci. Et ma
deuxième question : Est-ce qu'il y a, des fois, des problèmes, par
exemple, dans, disons, le référencement d'une personne qui arrive en première
ligne dans une clinique de santé d'un centre d'amitié autochtone puis que, là,
il doit être référé à un hôpital pour quelque chose? Est-ce que, des fois, il y
a des problèmes d'arrimage qui fait que la
personne doit tout réexpliquer son histoire à nouveau ou il y a-tu des choses
qui, là, devraient être plus arrimées?
Le Président (M.
Bachand) : ...s'il vous plaît. Merci.
Mme Cloutier (Édith) : Oui,
rapidement, je vais vous parler d'un exemple très concret, le modèle de la
clinique en santé du centre d'amitié autochtone, avec l'entente de
coresponsabilité, qui est assez novateur, fait en sorte qu'on a implanté le
système de la plateforme Omnimed à l'intérieur de la clinique, donc du centre
d'amitié, où notre personnel, autant le personnel médical que le personnel de
première ligne, avec des accès limités évidemment, interagissent sur
l'interface du réseau public québécois de santé. Nos médecins inscrivent leurs
notes, nos infirmières inscrivent leurs notes sur cette
plateforme qui se traduit dans le dossier médical, dans le DME, qui permet,
donc, aussi que le réseau puisse avoir un accès sur les interventions qui sont
faites à l'intérieur de nos cliniques. Alors, ça, pour moi, c'est concret, ce sont des avancées. Et, évidemment, transformer
les systèmes, ça prend du temps. Je vous ai dit, ça fait 12 ans
qu'on est en coconstruction.
Maintenant,
on a des ressources qui nous ont été données par le gouvernement du Québec pour
agir, mais il y a une pérennisation, dans un an, du financement, pour
poursuivre ces avancées systémiques en coconstruction avec le réseau. Donc, évidemment, il faudra faire les
démonstrations nécessaires, mais la pérennisation, tel que Viens l'a mentionné
dans son rapport, la pérennisation d'un
financement est une clé, évidemment, aussi pour assurer un continuum de services
qui agit concrètement pour le bénéfice des autochtones.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Merci, Mme Cloutier. Merci, Mme Lainé d'avoir été avec nous. C'est
très, très, très apprécié. Cela dit, je suspends les travaux quelques instants
pour accueillir notre prochain groupe d'invités. Merci.
(Suspension de la séance à
16 h 27)
(Reprise à 16 h 31)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Merci. La commission reprend ses travaux. Alors, il nous fait
plaisir d'accueillir M. Flamand, chef du Conseil des Atikamekw de Manawan,
accompagné. Alors donc, merci beaucoup d'être ici. Désolé du petit retard, on
s'en excuse.
Alors, chef, vous
avez la parole. Je vous inviterais à débuter, mais d'abord à présenter qui vous
accompagne, s'il vous plaît. Alors, la parole est à vous. Merci.
M. Sipi Flamand
M. Flamand
(Sipi) : (S'exprime en atikamekw).
Salutations à la
présidence de la Commission des institutions, ministre, députés, membres de
l'Assemblée nationale. Nous sommes honorés
d'être ici. Nous sommes honorés d'être présents à cette commission aujourd'hui
afin que nous puissions exprimer nos préoccupations concernant le projet
de loi n° 32 en matière de la santé. Nous formulons des recommandations au
gouvernement et à l'ensemble des députés de l'Assemblée nationale dans le cadre de ces discussions que nous avons
aujourd'hui et demain, et ce, pour les prochains jours, prochains mois, et même
pour les prochaines sept générations. Je suis accompagné de la conseillère
Claudia Newashish, conseil... membre du conseil
de Manawan, puis Jolianne Ottawa, directrice du Centre de santé Masko-Siwin.
Elles vont pouvoir s'exprimer, elles aussi, dans notre intervention.
Je dois constater que
le projet de loi, tel qu'il est écrit actuellement, ne répond pas aux besoins
pour rétablir la confiance des autochtones dans les institutions hospitalières,
car il manque la vision autochtone dans ce projet. C'est dans cette ligne
directrice que je veux orienter notre intervention aujourd'hui. Si nous voulons
travailler conjointement, c'est dans le respect de nos juridictions, de nos
gouvernances, et c'est dans cette approche que nous pourrions intégrer la
vision autochtone de la sécurisation culturelle, et ainsi sera évitée une autre
forme d'imposition colonialiste dans nos relations. J'y reviendrai, de cette
position, un peu plus tard dans mon intervention.
Afin
de faire un survol rapide de notre mémoire, nous aborderons le «miro
pimatisiwin», décoloniser le système de la santé, le Principe de Joyce et la
sécurisation culturelle, plus d'une... plus qu'une action pour la dignité
humaine.
«Miro pimatisiwin»,
décoloniser le système de la santé. Premièrement, je voudrais, d'abord, vous
mettre en perspective ce qu'est la philosophie, la cosmologie et le mode de vie
des Atikamekw Nehirowisiwokw en matière de santé.
La santé est ce qui est le plus précieux dans nos vies en tant qu'êtres
humains. Nous parlons de «miro pimatisiwin», qui signifie mieux-être ou
bien-vivre dans nos langues, en Anishinabeg... Eeyou. Le «miro pimatisiwin»,
c'est une renaissance continue. Nous honorons
les uns et les autres, les femmes, les jeunes, les aînés, «two-spirit». Le
«miro pimatisiwin» implicite est une habitation continue d'un lieu, une
compréhension intime de la relation entre les humains et l'écosystème et la
nécessité de maintenir cet équilibre.
Le mieux-être, chez
les peuples autochtones, ce n'est pas seulement un aspect physique, mais
également mental, émotionnel et spirituel.
La santé est là où il y a un équilibre entre tous ces états d'être. Dans cette
philosophie, nous parlons de la roue de la médecine, qui représente
également la guérison basée sur les systèmes de croyance traditionnels
autochtones. L'importance du cercle est évidente pour les peuples autochtones à
bien des égards. Le cercle est un symbole sacré de l'interdépendance de toutes
les formes de vie.
Repenser la santé
globale dans une perspective autochtone. Afin d'aller un peu plus loin dans une
nouvelle relation avec le gouvernement du Québec, commençons par réfléchir
comment nous pourrions établir ça dans une perspective décolonisée. Je rappelle
que les peuples autochtones ont décidé de leur propre citoyenneté, un système
de gouvernance complexe respectant les valeurs et les principes relationnels et
écosystémiques au sein des groupes et des
collectivités. Le projet de loi en question ici en est un bon exemple dans
lequel nous pourrions... où nous pourrions commencer à redéfinir, et
surtout repenser nos relations politiques, ce que nous pourrions appeler des
relations de nation à nation, où le respect
mutuel y est de mise, chose qui n'est pas encore au point dans nos relations actuellement.
Prenons nos responsabilités collectivement en
main maintenant en déconstruisant les inégalités, les iniquités, les
injustices, de même que les failles existantes dans le système de la santé, en
nous impliquant davantage dans la rédaction du projet de
loi et dans les prises décisionnelles, en partant de la reconnaissance de nos
juridictions respectives, de nos gouvernances et de nos droits inhérents à
l'autodétermination, tel qu'indiqué en vertu de l'article 35 de la Loi
constitutionnelle de 1982. Gardez en tête ces éléments fort importants afin que
vous puissiez comprendre dans quelle direction ce projet de loi doit être
rédigé, et ainsi repenser la santé globale comme un mouvement, en transformant
votre conception de nos modes de pensée et de nos modes de vie en tant que
peuples autochtones.
En général, afin de changer les perspectives
sociales et sociétales au sein du Québec, l'Assemblée nationale doit oeuvrer
dans la sensibilisation sur les enjeux et les réalités autochtones afin de
diminuer le niveau de préjugés au sein de
son administration, mais aussi dans la société en général. Cela doit alors se
faire sur tous les plans au sein de la société,
que ce soit au niveau de l'éducation, de la sécurité publique, dans le
développement des ressources naturelles, de même qu'au niveau médiatique, afin
que tout individu ou collectivité autochtone qui bénéficie des services publics
puisse se sentir en sécurité culturellement et en confiance envers les
institutions.
La sécurisation culturelle passe également par
la résurgence culturelle autochtone en faisant référence à la récupération et à
la régénération des langues et traditions autochtones ainsi qu'au lien avec les
terres et les plans d'eau ancestraux. La
résurgence culturelle s'inscrit dans un vaste mouvement visant à se
réapproprier les lois, identités et systèmes de savoir autochtones tout
en décolonisant les infrastructures, les communications et les moyens
technologiques, qui représentent de puissants outils d'autonomie
gouvernementale.
Dans le
mémoire que nous avons déposé, nous indiquons 11 recommandations qui vont
dans le sens... sur la... sur une nouvelle relation de nation à nation,
sur la reconnaissance de nos modes de gouvernance et sur l'adoption du Principe
de Joyce, puis prendre des mesures concrètes et immédiates, telles qu'énumérées
dans le mémoire du Principe de Joyce.
Puis j'invite ma collègue Claudia à continuer.
Mme Newashish
(Claudia) : Bonjour, «kwei». (S'exprime en atikamekw).
Bonjour. Je me nomme Claudia Newashish. Je suis membre élue du Conseil
des Atikamekw de Manawan.
Je vais vous parler du Principe de Joyce. Nous
voudrions rappeler l'importance que nous portons en lien avec le Principe de
Joyce. Le Conseil des Atikamekw de Manawan et l'ensemble de la nation Atikamekw
Nehirowisiw avait déposé le mémoire du Principe de Joyce auprès des deux
paliers gouvernementaux, soit auprès du Canada et du Québec, réclamant une
meilleure qualité de soins pour les populations autochtones. Ce principe vise à
garantir à tous les autochtones un droit d'accès équitable, sans aucune
discrimination, à tous les services sociaux et de santé ainsi que le droit de
jouir du meilleur état possible de santé physique, mentale, émotionnelle et
spirituelle. Le Principe de Joyce requiert obligatoirement la reconnaissance et
le respect des savoirs et connaissances traditionnels et vivants des
autochtones en matière de santé.
Nous dénonçons et déplorons, par ailleurs, la
position politique du gouvernement actuel en ce qui concerne l'absence d'appui et de reconnaissance limitée au
Principe de Joyce, exprimant, par le fait même, un débat sémantique par
rapport au racisme systémique, un enjeu qui est réel pour les peuples
autochtones du Québec et au Canada. Les Atikamekw
de Manawan, comme la plupart des nations autochtones du Québec, s'inscrivent
dans une relation asymétrique colonialiste encore bien présente avec
l'État, impliquant, par le fait même, la présence du racisme systémique, qui
est contraire à la dignité, les droits humains et surtout le droit à l'autodétermination.
• (16 h 40) •
C'est dans ce contexte que nous nous
positionnons afin d'apporter des changements concrets dans nos relations avec
les gouvernements tant au niveau fédéral et au provincial, bien que certains
fonctionnaires soient ouverts à notre réalité. Comprenons que le racisme
systémique, c'est la production sociale d'une inégalité fondée sur la race dans
les décisions dont les gens font l'objet et les traitements qui leur sont
dispensés. L'inégalité raciale est le résultat
de l'organisation de la vie économique, culturelle et politique d'une société.
Le racisme systémique désigne un rapport
social inégal, constitué de dynamiques d'infériorisation, de subordination et
d'exclusion issues de l'organisation sociale, qui impose aux groupes racisés,
notamment aux communautés noires et aux peuples autochtones, un cumul de
désavantages dans différentes sphères de leur existence.
Afin de créer un dialogue sur cette réalité, la
confiance des membres de la communauté de Manawan a été gravement affectée lors
de la médiatisation mondiale d'un cas de racisme systémique avec la diffusion
en direct du décès tragique de notre soeur Joyce Echaquan, où on l'entend subir
des comportements et des paroles manifestement empreints d'un racisme profond,
affirmé, toléré et même banalisé. Depuis, la communauté de Manawan milite pour
la reconnaissance du racisme. Le Conseil des Atikamekw de Manawan, en
collaboration avec le Conseil de la nation atikamekw,
avait l'espoir que les gouvernements fédéral et provinciaux puissent être en
mesure de passer rapidement... entamer le changement de raisonnement
nécessaire à l'éradication du racisme systémique.
Le mémoire
fournit des solutions concrètes et rapides, réalisables afin d'apporter des
changements intersectionnels concrets au sein des instances
gouvernementales, mais surtout dans les relations entre les peuples autochtones
et la société québécoise. L'adoption du Principe de Joyce permettrait de faire
valoir les droits des autochtones en matière de
santé et de services sociaux. Le mémoire du Principe de Joyce constitue un
rappel et une demande d'engagement formel pour les gouvernements ainsi
que pour leurs institutions envers le respect du droit autochtone et des droits
des autochtones en matière de santé et services sociaux.
Nous
recommandons trois... reconnaître, adapter et mettre en oeuvre l'intégrité et
l'intégralité du Principe de Joyce en l'insérant dans le cadre d'un
projet de loi spécifique; recommandation 2, créer des tables de travail ou
des comités de réconciliation avec les communautés des différentes régions et
les institutions hospitalières afin d'améliorer les perspectives
relationnelles entre les patients autochtones et les professionnels de la
santé; trois, mettre en place un comité
d'experts et professionnels de la santé autochtone au niveau... en vue de le
suivi et de la mise en oeuvre du projet de loi et de ses réalisations ainsi que de la mise en place d'une mesure
d'évaluation sur les craintes, les peurs, l'absence de confiance qu'ont
les autochtones en matière du système de la santé. «Meegwetch».
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Alors, on a dépassé un peu plus le 10 minutes.
Alors, le ministre a consenti à vous donner plus de temps. Alors, M. le
ministre, il vous reste, grosso modo, 11 minutes.
M. Lafrenière : Parfait. Merci. «Kwei,
kwei», «meegwetch» à vous trois. Merci d'être avec nous aujourd'hui. On
l'apprécie beaucoup. Merci d'avoir accepté de participer à l'exercice. On sait
que c'est des procédures qui sont plus strictes un petit peu puis, rapidement,
avec le président, on a réussi à compenser le temps, que vous ayez tout le
temps pour présenter ce que vous avez à faire, c'est ce qu'il y a de plus
important aujourd'hui. Alors, merci d'être là. Avant même de parler de ce que
vous avez déposé, je pense qu'on ne peut pas parler aujourd'hui de sécurisation
culturelle sans faire une référence à Joyce Echaquan et, dans quelques jours,
on aura ce devoir de mémoire. Ça va faire trois ans que Joyce nous a quittés
dans des circonstances incroyables que vous avez mentionnées tantôt. On a tous
ce devoir de mémoire aujourd'hui.
M. le Président,
avant de passer à l'autre question, je voulais souligner quelque chose, parce
qu'ils me l'ont rappelé tout à l'heure, puis
ce sont des gens qui aiment bien se moquer de moi, ce sont des gens extrêmement
accueillants, et, quand un ministre se déplace dans leur communauté puis
qu'il y a un hasard routier qui le guette, ils sont là pour l'aider. Alors, c'est soit le côté très
accueillant ou des mauvaises langues pourraient dire qu'ils voulaient être sûrs
que je m'en aille par la suite, mais, bref, merci beaucoup pour cet
accueil-là. C'est une communauté au complet qui s'est mobilisée. Puis, quand je
le dis, ça a un lien avec ce qu'on dit aujourd'hui. Pourquoi? Vous avez une
façon de voir complètement différente, puis on a beaucoup à s'inspirer de vous.
Ce jour-là, tout le monde a mis l'épaule à la roue, tout le monde cherchait, était en mode solution, chose qu'on a peut-être
perdue, des fois, dans des milieux plus urbains où on est moins habitués
comme ça... puis j'ai beaucoup appris ce jour-là. Je tenais à vous le dire.
Dans ce que vous avez
présenté, moi, la première question, qui va être très courte, mais la réponse,
je suis persuadé qu'elle va être plus longue, chef Flamand, vous avez
dit : Ça aurait dû être fait différemment. Moi, je me rappelle d'avoir
fait une première présentation à la table des chefs à l'APNQL. On a rencontré
13 groupes avant d'arriver ici aujourd'hui, puis ce n'est pas ce qu'on
fait d'habitude, dans notre système parlementaire, puis c'est loin d'être
parfait, en passant, puis c'est un changement qu'on tentait de faire. Qu'est-ce
qu'on aurait pu faire de différent pour nous aider à s'améliorer dans tout ça?
M. Flamand
(Sipi) : Je pense que ce que le gouvernement aurait pu faire, surtout
la CAQ, qui est un nouveau parti politique au Québec, qui veut apporter du
pragmatisme dans sa gouvernance, dans son approche de travailler dans la
société québécoise, ça aurait été de travailler de concert avec les communautés
autochtones. C'est un principe de base. C'est à ce moment-là qu'on aurait pu
créer un début d'une nouvelle relation de nation à nation, mais il n'est pas
encore tard. Il faut que votre gouvernement avance davantage auprès des
communautés.
M. Lafrenière :
Donc, vous voulez dire, via les chefs, via la table des chefs, via l'APNQL,
excusez, je...
M. Flamand
(Sipi) : Toutes les instances de gouvernance autochtone.
M. Lafrenière :
OK, donc, pas nécessairement sur l'approche bilatérale, les 13 rencontres
qu'on a tenues, mais plus dans une approche, vous voulez dire, plus large,
comme une grande messe, une grande table?
M. Flamand
(Sipi) : Une grande messe? Moi, je ne suis pas catholique, là, mais...
M. Lafrenière :
Une grande table, une grande table. Vous connaissez l'expression, une
grande table.
M. Flamand
(Sipi) : Une grande table, effectivement, dans un grand cercle où tout
leader autochtone puisse prendre parole puis prendre le crayon et faire des
recommandations, quel texte proposer dans ce projet de loi.
M. Lafrenière :
Comme vous faites aujourd'hui.
M. Flamand
(Sipi) : Ça peut être long, mais, en même temps, c'est dans cette
manière-là que votre gouvernement pourrait travailler s'il veut travailler dans
une relation de respect mutuel avec les communautés.
M. Lafrenière :
Justement, vous parlez de recommandations. Dans une de vos recommandations,
vous parlez des tables, les tables de concertation, la présence sur les tables.
Est-ce que ce qui existe présentement, c'est approprié?
Est-ce que ça fonctionne bien pour vous? Parce qu'il existe des tables en
santé, mais, je me demande, est-ce que c'est vraiment le bon outil qu'on
a mis en place?
M. Flamand (Sipi) : Je dirais
que ce n'est pas assez démocratique. Ça prend des gens, des professionnels,
oui, mais ça prend aussi que les gens puissent être sur le terrain. Ceux qui
n'ont pas eu la chance d'aller chercher de l'expérience académique,
professionnelle, c'est ceux qui ont vraiment besoin de l'expertise au niveau de
la santé.
M. Lafrenière :
Autre question, puis j'apprécie beaucoup, ça nous permet... puis, depuis
tout à l'heure, on prend beaucoup de notes.
Ça nous permet assez de bonifier ce qu'on présente aujourd'hui, et on a inclus,
dans le préambule... puis les collègues vont sûrement vous en parler,
dans le préambule, on a inclus des références au Principe de Joyce, et moi, ma
question va paraître très directe, mais elle très franche, très honnête, puis
je sais que c'est comme ça que vous allez répondre aussi. C'était notre volonté
d'y faire référence. On trouvait ça important. Est-ce que, pour vous, c'est un
faux pas d'y faire référence dans le préambule?
M. Flamand (Sipi) : Je pense
qu'un préambule, c'est un préambule. Ça n'a pas de pouvoir juridique. Si on
travaille de concert vers l'adoption du Principe de Joyce, c'est, d'abord,
créer un dialogue pour qu'on puisse établir comment
on peut amener ensemble ce projet de loi là, que le Principe de Joyce soit
adopté au niveau de l'Assemblée nationale.
M. Lafrenière : Et, dans le
Principe de Joyce, il y a plusieurs recommandations, puis je ne veux pas
demander, parce que ça va être un exercice très difficile pour vous, de dire
quel qui est le plus important, mais juste de nous aider dans ce qu'on devrait
prioriser un petit peu parmi ces recommandations-là.
M. Flamand (Sipi) : Dans le
Principe de Joyce, il y a des recommandations qui sont adressées auprès du
gouvernement du Québec, puis je pense que ça aurait pu être intégré dans ce
projet de loi qu'on est... celui qu'on est en discussion actuellement.
M. Lafrenière : Pour ce qui est
du mécanisme qu'on met en place pour avoir de la transparence, puis c'est
important que les gens puissent voir ce qui est fait ou ce qui n'est pas fait
aussi, à l'article 3, ce qu'on vient dire, c'est qu'il y aura cette
obligation-là de présenter au ministre, de la part du système de la santé... de
ce qui a été fait. Je le disais ce matin, il y a le côté plus coercitif, où on
vient dire : Regardez, vous devez... vous avez l'obligation de nous rendre
compte, au ministre, à mon collègue ministre de la Santé, mais je pense qu'il y
a peut-être un effet aussi mobilisateur de venir dire ce qui se fait de bien
dans le monde de la santé puisqu'il y a des belles initiatives, je pense, à
plusieurs endroits.
La raison pour laquelle je vous en parle, c'est
que, du côté de Joliette, cet événement tragique a amené une mobilisation, a
amené certains changements, entre autres pour l'adjoint de la PDG, qui est
responsable des plaintes, entre autres pour un membre sur le conseil
d'administration, entre autres pour des brancardiers qui viennent... Bref, il y
a plusieurs initiatives, puis je pense que ces initiatives-là pourraient
peut-être venir contaminer positivement l'ensemble du réseau, donner des
indicatifs sur ce qui est intéressant.
• (16 h 50) •
Ma question a deux volets. Est-ce que le fait de
rendre compte au ministre, que ça soit publié sur un site Web, que l'ensemble des gens, l'ensemble des
communautés autochtones puissent voir ce qui a été fait et ce qui n'a été
pas fait, est-ce que ça amène une
coercition? Et, de l'autre côté, est-ce que vous croyez que ça a une valeur
positive pour inciter les gens à faire plus, à faire mieux? On dirait
que j'ai sorti un slogan, là, je m'excuse.
M. Flamand (Sipi) : Je vais
laisser ma directrice répondre.
Mme Ottawa
(Jolianne) : «Kwei». Moi, c'est Jolianne Ottawa, (S'exprime en atikamekw), directrice des services de santé
Masko-Siwin. (S'exprime en atikamekw).
Par rapport à la question, ministre Lafrenière,
j'ai... tu sais, ce qui a été mis en place au niveau du CISSS à Lanaudière, les
postes qui ont été mis comme PDG, oui, il y a de la relation, il y a beaucoup
de communication. Ça, c'est un point
positif. Je crois que, maintenant, l'écoute est là, mais on est davantage... On
a davantage à aller vers... de comprendre... d'entendre et de comprendre
les besoins de la communauté. Ça fait plusieurs rencontres qu'on fait, beaucoup de rencontres ont été faites pour faire
l'adoption du Principe de Joyce, et puis on n'est pas entendus, on n'est
pas compris, et c'est ça qui va répondre à
la sécurisation culturelle. C'est ça qui va nous ramener le sentiment de
sécurité dans les établissements, en commençant par le CISSS Lanaudière.
Je vais porter aussi, tu sais, l'attention...
Ici, on avait la recommandation 6 par rapport à la... d'évaluer... les moyens d'évaluer que la sécurisation culturelle
est vraiment intégrée et implantée dans le système de la santé québécois. Ce
n'est pas vraiment spécifié dans le projet de loi, comment ça va être mesuré,
comment va être mesuré... c'est quoi, l'outil qui va être utilisé pour
mesurer la sécurité, le sentiment que... de peur que nos gens, que moi, que le
chef, notre élu, a. Tu sais, quand on va
dans les services de santé, dans les établissements, la peur qu'on a, la peur
d'aller mourir, ça existe encore. En 2023, voilà pas longtemps encore,
malgré que Joyce est décédée, on a encore des gens qui ont peur d'aller mourir
à l'hôpital de Joliette ou même dans d'autres hôpitaux. Ça fait que comment
vous allez mesurer le sentiment de peur? Comment vous allez pouvoir éradiquer
aussi le sentiment de peur, de répondre à ce besoin-là d'être en sécurité dans
les établissements puis dans le système? C'est un besoin de base.
Ce que je veux aussi amener, c'était la
recommandation 7. Tu sais, tantôt, on a parlé d'avoir des... la création
de postes de direction distincts puis vraiment avec des pouvoirs clairs de
décision, d'amener des postes de direction, au niveau de l'agence Santé Québec,
également dans les agences de santé au niveau régional, qui va amener un
sentiment qu'il va y avoir des gardiens qui vont être là pour s'assurer qu'on
n'ait plus peur d'aller dans les établissements et de se faire soigner, parce
que c'est ça, le système de la santé, c'est d'avoir... d'être pris en charge
quand on a besoin de soins. Présentement, ce n'est pas ça que ça amène.
Le
Président (M. Bachand) : Un dernier
commentaire, M. le ministre, rapidement.
M. Lafrenière : Le commentaire,
là, je termine en disant que ce n'est pas la dernière rencontre, qu'on aura la
chance d'échanger encore ensemble. J'ai trois autres questions qu'on pourra
discuter. «Chi meegwetch». Merci d'être avec nous aujourd'hui. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup pour votre témoignage et votre mémoire. Je vous ai
évidemment écoutés attentivement. Comme vous le savez, je me suis rendu à
Manawan, dans votre communauté. Vous avez dit, dans votre témoignage, que, dans
ce projet de loi là, il manque la vision autochtone. Quand le gouvernement a
décidé de rédiger le projet de loi, est-ce que vous avez été consultés? Est-ce
que vous avez participé à sa rédaction? Parce qu'on parle de sécurisation des
peuples autochtones.
M. Flamand (Sipi) : Je pense
qu'une consultation, ce n'est pas pour envoyer des questions par courriel,
c'est convoquer, c'est inviter les leaders, les professionnels de la santé pour
réfléchir ensemble comment on pourrait amener un projet de loi. Au tout début,
je pense que ça aurait pu être l'approche qui devait être préconisée pour
rédiger un projet de loi, et même le fondement même de ce qu'est la
sécurisation culturelle.
M. Morin : Je comprends que ça,
ça n'a pas été fait.
M. Flamand (Sipi) : Par
courriel seulement.
M. Morin : Oui, c'est ça. Donc,
vous avez reçu un courriel, mais véritablement s'asseoir avec vous, avec vos
gens, dire : Écoutez, là, le gouvernement, là, on veut régler une
situation, on veut travailler ensemble pour en arriver éventuellement à un
texte législatif, puis s'asseoir, comme vous l'avez dit, puis ça peut prendre
du temps, puis parler, ça, ça n'a pas été fait?
M. Flamand (Sipi) : Malheureusement,
cela n'a pas été fait.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. J'ai lu, et, évidemment, on comprend, vous implorez le gouvernement
du Québec, dans votre recommandation 11, et le terme, le mot est fort,
vous implorez... Je peux vous dire que... aidez-moi, parce que, moi aussi,
j'implore le gouvernement du Québec, puis mes mots sont bien pesés, à adopter
le Principe de Joyce. Je pense que la sécurisation culturelle va passer d'abord
par un geste concret du gouvernement du Québec, qui va le reconnaître dans une
loi, pas dans un préambule, et vous l'avez dit très clairement. Aidez-moi à les
implorer puis expliquez-nous pourquoi c'est si important puis ce que ça fait de
néfaste au niveau de l'absence de sécurisation culturelle si ce n'est pas
adopté.
M. Flamand (Sipi) : Si le
Principe de Joyce n'est pas adopté, c'est qu'on a failli à nos responsabilités
tant dans nos communautés, tant le gouvernement du Québec et tant la société
québécoise. La société québécoise n'a pas évolué entre l'époque de Duplessis
puis maintenant. Il y a eu des cas, des situations qui se sont déroulés,
notamment des propos racistes, des préjugés qui sont encore bien présents dans
la société. Malgré que certains partis politiques ne veulent rien reconnaître de cette réalité-là, je pense que, si on
veut apporter des changements, c'est en reconnaissant cette réalité-là,
le racisme systémique ou la discrimination systémique, pour qu'on puisse
apporter des solutions. Déjà, reconnaître un
enjeu, une réalité, c'est déjà reconnaître... à trouver des solutions ensemble.
Puis le principe de Joyce, c'est une
solution que la nation atikamekw propose à la société québécoise, au
gouvernement, à l'Assemblée nationale, puis c'est à vous, maintenant,
parlementaires, de faire l'effort de discuter. Je pense que vous êtes, ici,
tous des bons parlementaires, des
députés qui veulent apporter des changements dans la société. C'est votre
autorité. C'est votre pouvoir.
M. Morin : En fait,
si je vous comprends bien, ce principe, il faut l'inclure dans la loi pour que
ce soit reconnu, et pas dans le préambule, que ça fasse partie
intégrante de la loi?
M. Flamand (Sipi) : Assurément.
M. Morin : Bien, je vous
remercie, c'est très clair. J'ai aussi une autre question pour vous, vous y
avez fait allusion, et c'est en lien avec une de vos recommandations, la
recommandation 7, parce que, dans l'article 1 du projet de loi, quand
on parle d'adopter des pratiques sécurisantes, on dit : «...lorsque
possible, l'offre des services de santé et
de services sociaux par des moyens comme l'embauche de personnel autochtone...»
Donc, je comprends que vous, vous voulez que le législateur aille plus loin. Ce
n'est pas lorsque c'est possible, c'est... Il en faut. Est-ce que je vous
comprends bien?
M. Flamand
(Sipi) : Effectivement, je pense qu'il y a des autochtones
qui ont des compétences, malgré qu'il y a une difficulté de recruter...
Effectivement, c'est une réalité, mais, je pense, ce serait bien que le
gouvernement fasse en sorte... pour reconnaître les compétences culturelles des
autochtones pour améliorer le système de la santé. Ils ont des
connaissances culturelles. Ils ont des connaissances relationnelles avec les
membres de leur communauté, puis je pense qu'ils peuvent contribuer à améliorer
les services.
• (17 heures) •
M. Morin :
Je vous remercie. Et puis, finalement, parce que l'article 2 du projet
de loi parle d'une forme... de rendre compte, mais je pense que, madame, vous y
avez fait allusion, moi, ce que je lis de l'article 2, c'est que, bon, à la fin de l'exercice financier, un
établissement va devoir informer le ministre de pratiques sécurisantes qu'il a
mises en oeuvre et le ministre va diffuser une liste de pratiques mises en
oeuvre. Bon, ça appelle à la transparence, mais ce que je lis là-dedans, c'est
que c'est une liste qu'on va publier, c'est-à-dire que je ne vois pas, dans le
projet de loi, d'éléments qui vont faire en sorte qu'il y aura une consultation
auprès des nations autochtones pour voir si la sécurité ou le sentiment de
sécurité des peuples autochtones augmente quand ils vont, évidemment, se faire
soigner dans des centres de santé. Ce
volet-là me semble absent de l'article 2. J'aimerais d'abord
savoir si vous avez la même lecture que moi puis, par la suite,
qu'est-ce qu'on pourrait faire pour bonifier le projet de loi pour assurer un
sentiment et une sécurité, pas seulement un
sentiment, mais une sécurité pour... chez les peuples autochtones qui vont
aller se faire soigner.
Mme Ottawa (Jolianne) : Bien,
en fait, tu sais, tantôt, on a parlé de comment mesurer, parce qu'en ce moment
je ne sais pas c'est quoi, la vision. Ce que j'ai entendu, ce que j'ai compris,
ce... ce serait plus une compétition qui serait instaurée au niveau des
établissements qui vont mettre des éléments, mais je ne sais pas c'est
lesquels, là, qui va avoir été listés par le... dans le projet de loi. Les
meilleures personnes qui vont pouvoir évaluer leur sentiment, c'est les personnes eux-mêmes, ça fait que... pour
Manawan, Wemotaci, Obedjiwan et pour les Innus, pour les différentes régions, va être les meilleures personnes pour
pouvoir participer à construire, à coconstruire les outils d'évaluation pour
pouvoir mesurer que le... la peur est diminuée puis que la sécurité, elle est
bien instaurée.
M. Morin :
Évidemment, ça va devoir se faire dans un dialogue, assis à la même table.
Parce que, je veux dire, tu sais, si on
parle en matière de rendre compte, comme, par exemple, des indicateurs, bien,
il va falloir que vous soyez présents pour développer des indicateurs
avec le gouvernement. On ne peut pas juste avoir une liste qui est publiée.
Est-ce qu'on s'entend là-dessus? Et puis c'est ce qui manque dans le projet de
loi?
Mme Ottawa (Jolianne) :
Absolument. Absolument. C'est exactement ça. C'est : il faut être là,
il faut être à la table, il faut être des
décideurs. Il faut être là pour pouvoir décider et choisir. Puis c'est nous qui
le vivons. C'est nous. Je ne suis pas... Je ne suis pas certaine qu'il y a des
personnes ici, quand ils vont à l'hôpital, ils se posent la question :
Comment je vais être traitée? Moi, quand j'y
vais, c'est ça qui me plane tout le temps. Ça fait que ça, c'est nous qui allons
pouvoir répondre à ça.
M. Morin :
...ça poursuit l'objectif du projet de loi, qui est d'amener une
sécurisation? C'est le titre même du document.
Mme Ottawa (Jolianne) : Absolument.
Puis avoir une définition claire aussi, également, parce que, là, on fait...
on est dans la traduction. Normalement, on
devrait probablement voir une «sécurité culturelle» plutôt que de la
«sécurisation», ça glisse mieux. «Sécurité», c'est là, c'est instauré,
c'est là.
M. Morin :
Exact. Merci. Puis...
Le
Président (M. Bachand) : ...M. le député.
M. Morin :
Pardon?
Le
Président (M. Bachand) : 40 secondes.
M. Morin :
40 secondes. Alors, dernière question : L'article 3, Code
des professions, par règlement, donc, pour permettre, finalement, au savoir
médical autochtone d'être considéré, c'est une bonne chose? Ça va assez loin,
pas assez loin? Avez-vous des suggestions là-dessus?
Mme Ottawa (Jolianne) : Bien,
en fait, je me dis que, peu importe que tu sois Premières Nations, allochtone, tu
as le droit d'avoir des évaluations des personnes qui vont te prendre en charge
puis qui vont avoir des lignes directrices de... un code, un code de déonto,
un... tu sais, des balises pour pouvoir t'évaluer. Ce n'est pas parce que je
suis autochtone que n'importe quel autochtone peut agir en tant qu'évaluateur.
Je pense que j'ai le droit à ça, d'avoir de
la sécurité puis d'avoir de la rigueur. Même s'il n'y a pas d'institution, la
rigueur doit être là pour assurer une sécurité.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. Morin :
Merci. Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de Jean-Lesage.
M. Zanetti : Merci,
M. le Président. «Kwei, kwei». Merci, chef Flamand, Mme Ottawa,
Mme Newashish. C'est vraiment important, pour nous, que vous soyez là.
J'ai une question à vous poser par rapport au
processus de l'écriture du projet de loi, parce qu'il y a beaucoup d'insatisfaction. C'est... La sécurisation
culturelle, c'est énorme. Il y a cinq articles. Cinq articles, c'est... pour
changer un système, ce n'est pas
beaucoup, disons. Puis j'entends aussi votre insatisfaction par rapport à la
façon d'être consultés. Un courriel,
ce n'est pas une consultation, je comprends tellement ce que vous voulez dire.
Pensez-vous qu'il ne serait pas mieux, par exemple... Parce que le
ministre pourrait faire ça, là. Il pourrait dire, mettons : OK, on
recommence, le PL n° 32, là, on le met de côté puis on en fait un de la
façon dont vous l'avez proposé tantôt à... vous avez esquissé, là, tu sais,
on... il faudrait en discuter plus, mais avec... toutes les nations
représentées et qui... Tout le monde y va
avec les principes, formule des choses, puis, après ça, on envoie ça aux
juristes de l'Assemblée nationale. De toute façon, là, ce n'est jamais
les députés ou les ministres qui écrivent les articles d'un projet de loi. Ils
disent ce qu'ils veulent faire, puis c'est les juristes qui le font après ça.
Puis, après ça, on revient à cette table-là, on regarde, est-ce qu'il y a
des... est-ce que ça convient à tout le monde, puis, quand tout le monde est
content, après ça, on amène ça dans le processus de l'Assemblée nationale,
puis... tu sais? Est-ce que vous trouveriez intéressant cette idée de dire,
même si c'était pour prendre un peu plus de temps, là... bien, probablement pas
mal plus de temps, mais on disait : On le refait, mais là il serait
vraiment coécrit?
M. Flamand (Sipi) : C'est mieux
de prendre plus de temps pour faire mieux. C'est ce que je peux répondre.
M. Zanetti : OK. Merci. Puis,
dans votre recommandation n° 2, par exemple, là, «reconnaître nos modes de
gouvernance et nos conceptions philosophiques et cosmologiques en matière de
santé autochtone en insérant dans le projet de loi», bon, évidemment, ce n'est
pas des concepts qu'on maîtrise, là. Ici, il n'y a personne qui maîtrise ça.
Vous le verriez comme une référence, mettons? Y référer puis après... mais sans
les décrire parce qu'on ne peut pas vraiment,
mais juste dire que, là, ce doit être pris en compte dans l'application, par
exemple? Comment vous verriez ça?
M. Flamand (Sipi) : Dans...
Bien, j'ai apporté cette réflexion-là à cette commission, c'est pour pouvoir
réfléchir, là. Par exemple, le «miro pimatisiwin», c'est un concept, c'est un
mode de vie. Il y a également ce qu'on peut appeler la roue de la médecine, où
on intègre le plan émotionnel, physique, sentimental et spirituel. Tous ces
éléments-là qui fait un être, un être humain qui puisse vivre sa bonne vie, son
mieux-être, je pense que c'est ce qui manque
dans la société présentement. Je sais qu'on est dans un... une société laïque,
mais il y a aussi, genre... Comment je pourrais expliquer ça? On est des êtres
humains. Puis, pour être un être humain, il y a des choses auxquelles on
doit aller chercher pour être en équilibre, puis c'est cet équilibre-là qui
nous maintient en vie.
Le Président (M.
Bachand) : ...sur ce, merci beaucoup
d'avoir participé. C'est très, très, très apprécié.
Et je
suspends les travaux quelques instants pour accueillir le prochain groupe.
Merci beaucoup. À très bientôt.
(Suspension de la séance à 17 h 08
)
(Reprise à 17 h 11)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Alors, il nous fait plaisir d'accueillir les
représentants de la Société Makivik. Alors, merci beaucoup d'être avec nous
aujourd'hui. C'est très, très apprécié.
Donc, vous connaissez la procédure, 10 minutes de présentation. Alors, je
vous cède la parole puis je vous
inviterais, bien sûr, en débutant, de... votre présentation, à vous présenter
vous-mêmes, s'il vous plaît. Merci.
Société Makivik
M. Arteau
(Jean-François) : Bien sûr. Merci beaucoup. Merci à vous. Merci à la
commission de nous recevoir, M. le Président.
Alors, oui, nous représentons la Société
Makivik. On va vous dire quelques mots sur la Société Makivik, mais peut-être
d'abord présenter la personne qui m'accompagne. Il s'agit de Fabien Pernet,
Fabien qui est conseiller stratégique senior
auprès du président de la Société Makivik et de Makivik, l'institution tout
entière. Et je suis Jean-François Arteau, je suis avocat et je suis
conseiller stratégique et juridique auprès du président de la société, Pita
Aatami, qui, d'ailleurs, salue le ministre et vous salue tous aujourd'hui. Il
ne pouvait pas être avec nous. Il est malheureusement
retenu à Kuujjuaq. Il arrive du Groenland. Alors, c'est un peu
compliqué, des fois, les voyages. Bon. C'est ça, il est retenu à Kuujjuaq.
Quelques mots sur Makivik, qui est, ma foi, une
organisation assez mal connue au Québec. Makivik est née par une loi de la... refondue du Québec, donc
c'est une loi du Québec qui a créé la Société Makivik. La Société Makivik
représente, bien sûr, les Inuits du Grand Nord, les Inuits du Nunavik, donc
14 communautés, pour l'essentiel. Mais il y a aussi des Inuits à Chisasibi,
qui, techniquement, ne fait pas partie du Nunavik, est au-dessous du
55e parallèle, et aussi une communauté qui est maintenant abandonnée qui
s'appelle Killiniq.
Donc, Makivik
représente les Inuits, gère, bien sûr, le fonds de compensation qui a été donné
aux Inuits par la Convention de la Baie James en 1975. On va,
d'ailleurs, bientôt fêter le 50e anniversaire de la convention, ce n'est quand même pas rien. Et Makivik, donc, c'est une
organisation politique à but non lucratif. Makivik a succédé en 1978, donc ce n'est pas Makivik qui a négocié la
Convention de la Baie James, c'est l'Association des Inuit du Nord du
Québec, la Northern Québec Inuit Association, qui a négocié la Convention de la
Baie James.
Bon. Makivik a, bien sûr, une représentation
politique importante, c'est-à-dire qu'on fait... on est l'interface, pour ainsi dire, entre les Inuits, le gouvernement
du Québec et le gouvernement du Canada, mais on a aussi beaucoup
d'éléments de développement économique. Makivik, et c'est mal connu, encore une
fois... Makivik et ses filiales, puis je vais arriver aux filiales dans
quelques instants, c'est 6 700 employés, c'est des dizaines d'avions,
c'est des Boeing 737-300, c'est des bateaux énormes de transport de
marchandises, c'est la pêche aux crevettes, par exemple, qui est vendue massivement au Japon, c'est une
compagnie de thé, de tisane, une compagnie de géomatique. Donc, Makivik, c'est
énorme. C'est un moteur économique extrêmement important au Québec et même au
Canada, je vous dirais.
Donc, Makivik, comment ça fonctionne, la
gouvernance de Makivik, c'est un conseil d'administration qui est composé de
21 personnes, donc une personne élue localement dans chacun des
16 endroits que je vous ai nommés tout
à l'heure, plus un exécutif au nombre de cinq, qui, lui, est élu, l'exécutif,
au suffrage universel. Donc, le président de Makivik, ce sont des
mandats de trois ans... le président de Makivik, qui est Pita Aatami, a été élu
par l'ensemble des Inuits du Nunavik, à peu près 13 000 Inuits, je vous
dirais. Donc, Makivik a ce double mandat, si on veut. C'est différent des
autres. Chez les Cris, par exemple, ça ne fonctionne pas comme ça. Mais, chez
les Inuits, on a décidé de joindre à la fois le mandat de représentation
politique et le mandat de développement économique.
La raison
pour laquelle on est ici aujourd'hui, bien sûr, c'est pour vous parler du
projet de loi n° 32, pour réagir à celui-ci. On peut, d'emblée,
mentionner qu'on aurait aimé que le Principe de Joyce, à l'instar de ce que
vous a mentionné le chef Flamand, soit intégré directement dans le projet de
loi n° 32. On aurait aimé qu'à tout le moins ses principes soient repris.
On aurait aimé, justement, que ses recommandations soient suivies, et qu'on y
fasse référence peut-être de façon plus directe, encore une fois pour reprendre
un peu les mots du chef Flamand, pas nécessairement seulement dans le
préambule, mais véritablement dans le corps de la loi. Alors, c'est un... pas
un reproche, mais c'est une... un commentaire qu'on aimerait vous faire
d'emblée.
Quant à la coécriture du projet de loi, c'est
toujours un peu embêtant, d'abord parce que c'est compliqué techniquement, je
pense, de coécrire des projets de loi. Évidemment, toutes les nations ne sont
pas les mêmes. Les Inuits non plus ne sont pas des Premières Nations. Les
Inuits ont un régime juridique différent, c'est celui de la Convention de la Baie James, dont je viens de vous
parler, ils ont un régime fiscal qui est différent aussi, donc il n'y a
pas beaucoup de points de jonction, je vous dirais. Il y en a, il en existe,
bien sûr, mais les points de jonction entre les Premières Nations et les Inuits
ne sont pas si nombreux qu'on pourrait le croire aux premiers abords. Donc, de
coécrire un projet de loi comme celui-ci ou n'importe quel projet de loi, à ce
compte-là, c'est une entreprise qui est quand même difficile, c'est une entreprise
hasardeuse. Ça ne veut pas dire pour autant qu'il ne faut pas le faire, qu'il ne faut pas essayer de le faire. Mais de trouver
les bons représentants, d'y consacrer le temps nécessaire, c'est difficile.
Bien sûr que la sécurisation culturelle dans les
établissements de santé du Nunavik ne ressemble pas à celle qu'on exige, par exemple, à l'Hôpital de Joliette.
C'est complètement différent, parce que, d'abord, les hôpitaux sont sur le territoire. Donc, il y a un hôpital à Kuujjuaq,
qui s'appelle Tulattavik, et un hôpital à Puvirnituq, qui s'appelle
Inuulitsivik, qui sont tous deux, ces
hôpitaux-là, gérés dans leur direction générale par des Inuits. Alors, on a
Larry Watt à Kuujjuaq et Sarah Beaulne à Puvirnituq. Donc, la
gouvernance des hôpitaux, si vous voulez, bien sûr leur conseil d'administration,
mais aussi leur direction générale est
attribuée à des Inuits. Il y a, donc, une forme de reconnaissance, à tout le
moins, dans le fonctionnement quotidien des hôpitaux, pour ne prendre
que l'exemple des hôpitaux, dans lequel les Inuits se reconnaissent. Bon. Il y
a des problèmes, je ne vous dis pas que tout est parfait dans les centres de
santé, ce n'est pas ça du tout. Mais la sécurisation culturelle qui est
demandée, qui est requise par les Inuits lorsqu'ils se présentent à Tulattavik
ou à Inuulitsivik n'est très certainement pas la même que celle de l'Hôpital de
Joliette. Donc, de vouloir coécrire un projet de loi tous ensemble, ça me
paraît difficile. Ça ne veut pas dire, encore une fois, qu'on ne doit pas y...
s'essayer, y consacrer les efforts nécessaires, mais les réalités sont
tellement différentes d'un endroit à un autre que c'est... ce n'est pas facile.
Un autre élément sur lequel je veux insister,
avant de laisser la parole à mon confrère sur les ordres professionnels, c'est
l'exclusion de ces deux hôpitaux, Tulattavik et Inuulitsivik, des
articles 1 et 2. Je vous avoue que, chez Makivik, on est un peu étonnés de
ça parce que c'est presque la troisième fois de suite que le Nunavik est exclu.
On... Le projet de loi n° 15 sur la réforme de la santé, par exemple, le
Nunavik aussi est exclu. Le programme d'aide financière sur les billets à
500 $, le Nunavik aussi était exclu. Finalement, on a réussi à régler la
situation, tout va très bien de ce côté-là, mais on était, aux premiers abords,
exclus. Les droits de traité qui se retrouvent en 1975, il n'y en a pas tant
que ça, des traités, au Québec, quand même, là... les droits qui ont été
consacrés par le traité qui est la convention de la Baie James et du nord du
Québec octroient aux Inuits des droits particuliers, des privilèges et imposent
au Québec des obligations qui sont aussi particulières. Ça ne veut pas dire
qu'il faut nous ignorer. Ça ne veut pas dire qu'il faut nous mettre de côté
parce qu'on nous comprend mal, parce qu'on a peur de nous blesser, on a peur de
nous insulter. Les Inuits reconnaissent l'autorité de l'Assemblée nationale du
Québec. Les lois du Québec s'appliquent au Nunavik. Le projet de loi n° 32
ne s'appliquera pas à Manawan, il ne s'appliquera pas dans une réserve indienne. Alors, c'est étonnant que les
deux hôpitaux du Nunavik soient exclus des articles 1 et 2, et on voulait,
justement, vous soulever cet imbroglio, un petit peu, ou cette espèce
d'incongruité, je vous dirais.
Fabien, peut-être, tu peux continuer avec les
ordres professionnels.
M. Pernet (Fabien) : Oui. Merci
beaucoup. Les ordres professionnels, c'est l'article 3 du projet de loi.
Alors, évidemment, on accueille positivement les modifications qui sont
proposées au Code des professions. C'est quelque chose
qui a été demandé de très longue date, je pense ici au rapport sur
l'application du PL n° 21 dans les communautés autochtones, alors, de voir ces
éléments inclus dans un projet de loi, c'est un pas dans la bonne direction.
Ceci dit, ce
qu'on souhaite souligner encore une fois, c'est que ce rapport de 2016, auquel
des représentants du Nunavik ont
participé et continuent de... avec un groupe de travail sur lequel des
représentants du Nunavik continuent de
travailler, c'est un pas intéressant, mais c'est insuffisant. Il y avait
d'autres recommandations dans ce rapport de 2016. Et c'était souligné dès le
début, par les coauteurs de ce rapport, à quel point c'était important de
saisir et de prendre toutes les
recommandations ensemble. Il y a plusieurs de ces recommandations dans ce
rapport qui ne sont pas encore mises en oeuvre, et c'est dommage de se
limiter à ce seul élément dans la modification au Code des professions.
• (17 h 20) •
Avant l'application du PL n° 21, au
Nunavik, on avait la chance d'avoir une cohorte de travailleurs communautaires
inuits qui étaient capables d'oeuvrer dans les communautés et de performer un
certain nombre d'actes aujourd'hui réservés et dont ils sont exclus. Cette
main-d'oeuvre a été, en bonne partie, éliminée par le PL n° 21. Et, 10 ans après, on n'a pas été capable de
reconstituer cette main-d'oeuvre. Ces modifications sont, encore une fois, un pas dans la bonne direction, mais on
souhaite vraiment s'assurer que l'ensemble de ces recommandations qui
étaient dans ce rapport de 2016 soient mises en oeuvre dans le cadre de ce
rapport pour permettre de reconstituer une main-d'oeuvre inuite.
Et je terminerais là-dessus : la
sécurisation culturelle, en particulier au Nunavik, ne vise pas tant à avoir
une main-d'oeuvre non inuite compétente culturellement, elle vise à dispenser
des services par une main-d'oeuvre inuite. Et c'est la priorité. Et c'est ce à
quoi le Code des professions a posé un certain nombre d'obstacles au cours des
dernières années. Alors, je terminerais là-dessus. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : ...alors, M. le ministre, vous
avez la parole.
M. Lafrenière : Oui, merci,
merci beaucoup. Bien, premièrement, merci beaucoup pour votre présentation. Merci pour vos recommandations, dans un mode où on
cherche des solutions ensemble, alors on l'apprécie beaucoup.
Puis vous l'avez dit tantôt, puis j'ai bien aimé
quand vous avez souligné votre incompréhension à savoir pourquoi on ne vous a
pas inclus, et ce n'est pas par oubli. Vous savez qu'il y a un régime qui est
totalement différent. À l'inverse, on ne
voulait pas imposer un système mur à mur. Et je dois vous avouer qu'on avait
invité aussi la régie dans nos... dans notre série de rencontres. Tout à
l'heure, le collègue de l'opposition demandait comment ça s'était passé, les
consultations. La régie, la CSSSPNQL ont été invitées comme des gens qui
donnent des services de santé pour parler au nom, exemple, des Premières
Nations pour la CSSSPNQL, et la régie pour les Inuits.
Ceci étant dit, je vous entends bien. Puis je me
demande aujourd'hui, à l'étape où on en est rendu, comment on pourrait faire quand on se demande comment
faire pour que ça s'applique. Parce que vous parlez, là, de la proposition
de loi sur la santé et les services sociaux des Inuits du Nunavik : De
quelle façon on pourrait l'inscrire de façon bien concrète pour que ça
fonctionne sans l'imposer?
M. Arteau (Jean-François) : Non,
effectivement. Puis on avait bien compris aussi, M. le ministre, que vous ne
nous aviez pas oubliés.
M. Lafrenière : Jamais.
M. Arteau (Jean-François) : Non.
On ne s'inquiétait pas de ça. Maintenant, c'est l'après aussi qui nous intéresse, comme vous le dites, comment intégrer
tout ça, comment intégrer, bien sûr, le régime juridique qui est différent,
on parle ici d'un chapitre d'une convention de la Baie James, le
chapitre 15. Il y a des dispositions ailleurs sur la santé, mais,
principalement, c'est le chapitre 15. Et il y a aussi cette particularité
au Nunavik. Vous faisiez référence à la Régie de la santé et des services
sociaux du Nunavik, ce n'est pas un hasard si elle s'appelle encore régie, là.
Elle ne s'appelle pas CISSS puis elle ne s'appelle pas CIUSSS parce qu'elle est
protégée par la Convention de la Baie James, en quelque sorte, et, par voie de
conséquence, par la Constitution canadienne.
Ceci étant dit, la régime... la régie, comme
vous l'avez bien souligné, donne des services de santé à travers les
établissements de santé. Elle ne s'exprime pas au nom des Inuits du Nunavik.
Seul Makivik fait ça. Et Makivik est prêt, c'est le message que le président
m'a chargé de vous porter, il est prêt à travailler avec vous pour améliorer ce
projet de loi là, y participer, et est surtout prêt à ce que le projet de loi
s'applique chez nous. Donc, les exclusions qu'on retrouve aux articles 1
et 2, nous, si vous nous disiez : Bien, on est prêt à vous inclure dans le
projet de loi puis on est prêt à travailler avec vous dans le respect du
chapitre 15, des Inuits, puis tout ça, bien, on embarque là-dedans à pieds
joints, c'est sûr.
M. Lafrenière : Merci. Quand
vous dites que l'approche de sécurisation culturelle qu'on propose, là, c'est
morcelé, c'est dilué, qu'est-ce que vous voulez dire par là?
M. Arteau (Jean-François) : C'est-à-dire
que c'est... Les Inuits ne se retrouvent pas dans ce projet de loi là. Et là,
évidemment, vous allez me dire : Vous êtes exclus, puis on a... on aurait
un régime particulier pour vous. Bon, évidemment. Mais, dans l'hypothèse où on
n'était pas exclus et on faisait partie d'un projet de loi, celui-ci ou un
projet de loi semblable, ce que j'essayais d'exprimer à travers le mémoire,
c'est de dire exactement ce que je disais tout à l'heure, c'est-à-dire que les
Inuits, comme les autres nations, j'imagine bien, ont une façon ou des attentes
à l'égard de la sécurisation culturelle qui sont
différentes. Quand on arrive à l'hôpital, à Kuujjuaq, bien, on ne se sent pas
tellement dans un hôpital de Kuujjuaq, je ne parle même pas d'hôpital inuit,
là, bon : ça se passe beaucoup en français,
les travailleurs sont beaucoup blancs, la signalisation est en français. Puis
je ne lance pas la pierre à personne, certainement pas à l'hôpital, il y
a des obligations qui doivent être respectées par les employés de l'hôpitaux,
c'est syndiqué, ce milieu-là, bon, tout ça,
les choses ne sont pas aussi simples parfois qu'elles y paraissent, mais
certainement qu'on peut changer les choses et certainement que les
Inuits peuvent se sentir plus à l'aise.
Et mon
collègue Fabien en parlait, entre autres, quant aux ordres professionnels,
c'est difficile, M. le ministre, de faire bouger les ordres professionnels. Ils
sont à cheval sur leur corporatisme. Et c'est extrêmement difficile de
dire : Bien, est-ce qu'on ne pourrait pas faire place à quelqu'un qui ne
parle pas français, par exemple? Bon. Ça, ça a l'air d'être un danger,
là, de la dernière chance, là, je ne sais pas pourquoi, là. Mais, si quelqu'un
parlait inuktitut et anglais, pourquoi ne pourrait-il pas oeuvrer à l'hôpital
et aider, justement, les patients inuits? Parce que c'est bien de ça dont il
s'agit : à 95 %, 96 %, c'est des patients inuits. Bien, ces
gens-là, lorsqu'ils se présentent devant un médecin, c'est un peu normal qu'ils
sachent de quoi ils souffrent. Ça paraît facile à dire comme ça, mais, quand on
dit : Vous souffrez de telle, telle,
telle maladie dans une langue seconde, et que c'est reçu par la personne qui
souffre de cette maladie-là aussi dans une langue seconde, c'est
difficile. Donc, si on avait ce qu'on appelle des navigateurs qui parlent inuktitut et qui sont facilement reconnus
et intégrés à l'hôpital, avec des conditions de travail qui se comparent
à leurs collègues blancs, ça aiderait beaucoup, beaucoup les choses.
M. Lafrenière : Le principe des
navigateurs qu'on a vu à d'autres endroits, exemple, à Joliette, pour ne pas le
nommer?
M. Arteau (Jean-François) : Exactement.
M. Lafrenière : Sur les
dispositions sur le PL n° 21, que vous
avez fait référence, qu'est-ce qu'on pourrait faire pour aller plus vite
là-dedans? Puis je trouve ça important que vous savez le pourquoi, hein?
M. Arteau (Jean-François) : Oui.
M. Lafrenière : Si, dans
d'autres... dans d'autres articles, vous n'étiez pas sûrs d'être ciblés, je
suis persuadé que vous comprenez que, dans 3, vous êtes complètement ciblés.
M. Arteau
(Jean-François) : Absolument. Mon collègue Fabien va répondre à
votre question, M. le ministre.
M. Pernet (Fabien) : Oui.
Merci. Excusez-moi.
Au niveau des recommandations, les... la
question d'un mécanisme réglementaire, c'est ce qui est touché dans le cadre du
projet de loi. Je dirais tout de suite, du côté des mesures incitatives aux
conditions d'emploi, c'est ce que mon confrère vient de mentionner, le fait que
les Inuits qui doivent travailler dans les établissements de santé du Nunavik n'ont pas les mêmes conditions de travail
que les non-Inuits qui viennent y travailler, c'est un enjeu. Autant, il
y a quelques décennies, ils se sentaient déjà dévalorisés dans leur cadre de...
dans le cadre de leurs conditions de travail, aujourd'hui, les conditions de
travail ne se sont pas améliorées. Alors, il y a cet élément qui devrait être
mis en oeuvre.
Les mesures adaptées de formation qualifiante,
de reconnaissance, de rehaussement des compétences, il y a eu des travaux, et c'est probablement là-dessus
que les travaux du PL n° 21 se sont focalisés. Il y a besoin, dans le
cadre d'un projet de loi, d'éléments qui viennent faire bouger les
ordres professionnels pour l'ensemble des mesures, en réalité, qui
permettraient, justement, d'augmenter la main-d'oeuvre inuite. Donc, on est
vraiment dans ces mesures : inscrire, dans le projet de loi, des mesures
qui permettent, finalement, de faire bouger complètement les ordres sur
l'ensemble de ces mesures-là.
M. Lafrenière : Merci. Je sais
que mon collègue de Joliette avait une question.
Le Président (M.
Bachand) : ...député de Joliette.
M. St-Louis : ...le Président.
Messieurs, merci d'être ici. Dans votre mémoire, vous indiquez que l'objectif
de la sécurisation culturelle est de faire en sorte que les résultats de santé
des usagers autochtones soient comparables à ceux des usagers non autochtones.
Pouvez-vous nous en dire davantage sur cette vision de sécurisation culturelle?
M. Pernet (Fabien) : Bien,
effectivement, là, je pense que c'est... ça rejoint la question des iniquités
de santé. Les résultats de santé... Je suis un peu plus technique, là, dans...
mais je pense que votre question l'est. Les résultats de santé, c'est de quelle
manière, lorsqu'on va bénéficier d'un soin ou d'un service dans un
établissement de santé, un hôpital, le résultat est comparable. Le résultat de
santé peut être, très techniquement, survie après une chimiothérapie cinq ans
après.
Le résultat de santé d'une personne autochtone
est statistiquement beaucoup plus faible que celui d'une personne non
autochtone. Et les résultats de santé, le service rendu, le résultat du service
rendu est moins bon. Il y a toutes sortes de raisons pour ça. Mais la question
de la sécurisation, la qualité du soin, la peur d'aller recevoir le service, qui fait recevoir le service plus tard, finalement,
qu'il aurait dû être reçu, tous ces éléments font en sorte que, techniquement,
statistiquement, ces résultats de santé sont moins bons. Ça, c'est une approche
individuelle. Puis on peut prendre une approche populationnelle, là, je vous
donne juste un indicateur : l'espérance de vie, au Nunavik, c'est
15 ans en dessous de celle du Québec.
M. St-Louis :
Merci.
M. Arteau
(Jean-François) : Et... Si je peux me permettre d'ajouter là-dessus
aussi, parfois, ce sont de petits détails auxquels on ne fait pas
nécessairement attention. Mais, par exemple, la gêne de demander de la traduction. Un patient inuit va se présenter à
Tulattavik, à Kuujjuak ou à Inuulitsivik, à Puvirnituq, et on va lui demander :
Est-ce que tu as besoin d'un traducteur, tu as besoin... on va... On est tous
pareils, on... Non, non, je vais comprendre, c'est correct. Mais, parfois, de
petits détails sur notre état de santé, ça peut faire une très, très grande
différence.
Et,
ce que Fabien mentionnait sur la durée, après, par exemple, une opération ou un
traitement de cancer, il y a une différence notable chez les populations
autochtones en termes de durée par rapport aux populations non autochtones. Et
ce sont tous ces petits gestes là qui relèvent, en quelque sorte, de la
sécurisation culturelle, lorsqu'on se présente dans un établissement de santé, qui
font une grande différence à la fin.
Le
Président (M. Bachand) : ...de Saint-Jean.
M. Lemieux :
...M. le Président?
Le
Président (M. Bachand) : 4 min
56 s... 55 s.
M. Lemieux :
Et est-ce que... Oui. D'accord. Oui, merci, M. le Président.
Messieurs, j'avoue
mon ignorance du Nunavik. Je suis allé dans presque toutes les communautés et
dans les institutions et établissements des
communautés de la Baie-James et un peu partout sur le territoire, mais pas le
Nunavik. Ça manque à ma culture. Et vous m'avez amené, vous m'avez
ouvert les portes avec les annonces en français dans l'hôpital à Puvirnituq
puis à Kuujjuaq. Puis là vous m'avez frustré : vous êtes passé à autre
chose puis vous avez négocié avec le ministre. Ramenez-moi dans les corridors.
Je comprends qu'au final c'est une belle image pour dire : Bien là, c'est parce que, si vous insistez pour
parler français, puis nous autres, on a... on n'est pas capables de traduire du
français au Puvirnituq, puis ça passe par l'anglais, on a comme un problème...
bien, pas à Puvirnituq, mais le...
Une voix :
...
M. Lemieux : ...l'inuktitut, merci, c'est une belle image,
quand même, en termes de compréhension de la réalité. Il n'y a pas juste
ça, là.
M. Arteau
(Jean-François) : Non.
M. Lemieux :
Bon. Qu'est-ce qu'il y a d'autre?
• (17 h 30) •
M. Arteau (Jean-François) : Bien,
il y a beaucoup de choses. D'abord, l'impossibilité d'accéder aux professions.
J'en ai parlé, Fabien en a parlé aussi. Ça, c'est un élément important, quand
même, cette espèce de barrière qui nous est imposée, lorsqu'on est un
Inuk, un Inuk, des Inuits, d'accéder à ces professions-là. C'est quand même
assez étonnant. D'abord, il y a, bien sûr... il y a la distance pour aller
étudier et, bien sûr, il y a le grand éloignement. Bien sûr, il y a tout ça. Mais, au-delà de ça, il y a la capacité, la
simple capacité intellectuelle, mentale de faire ça. C'est comme si les
Inuits se disaient : Ce n'est pas pour nous, ces professions-là. Moi, M.
le député, je suis tanné de ça. Ça fait 25 ans qu'on dit ça : Ça, ce
n'est pas pour nous, ça, c'est pour les autres, ça. Ça ne prend pas grand-chose
puis ça pourrait aller pas mal mieux.
Puis comment ça
pourrait aller mieux? Bien, dans le respect des uns et des autres. Le dialogue
commence, le dialogue s'installe, mais il y
a certainement une façon de faire beaucoup mieux que ça. Et ce n'est pas qu'une
question de langue. Vous avez vu juste. Évidemment, j'ai pris l'image.
Bon. Mais ça va bien au-delà de la langue. C'est que, quand on entre à
l'hôpital, on se sent chez soi, quand on est un Inuit, d'abord parce qu'on est
chez nous. Ils étaient là bien avant nous,
bon, ils étaient là depuis des milliers d'années, selon certaines personnes,
plus que centaines d'années, si on
fait abstraction des Tunits, et tout ça, bon, je n'entrerai pas dans le détail
de tout ça, mais très certainement avant nous. Et quand ces services de
santé là ont été imposés, tantôt par l'armée américaine, tantôt par l'armée
canadienne, tantôt par le fédéral, tantôt par le Québec, il y a une forme de
désappropriation, et c'est ça qu'il faut qui arrête. La sécurisation
culturelle, ça doit mettre fin à la désappropriation. Je vous parle dans le cas
du Nunavik. Chez les Premières Nations, c'est complètement différent. Dans le cas du
Nunavik, il faut que cet élément-là, cette situation-là cesse.
M. Lemieux :
Merci de me l'avoir expliqué. M. le ministre a d'autres questions, je
pense, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : Oui, M. le
ministre. Deux petites minutes.
M. Lafrenière :
...beaucoup. Puis merci... en début d'échange, vous avez évoqué la
difficulté, vous n'avez pas dit l'impossibilité, mais la très grande difficulté
de faire une corédaction ensemble, et je le comprends. Puis vous comprenez que notre principe... on a tenté de le
faire, on a tenté de trouver une solution, de le faire différemment de ce qu'on
fait d'habitude ici, c'est-à-dire les consultations avec les groupes. On a
tenté de le faire en amont, différemment, et notre approche, ça a été,
comme je l'ai dit tantôt, avec la régie et la CSSSPNQL, qui, par la suite,
j'imagine, ont écrit aux communautés en
disant : Donnez-nous votre feedback. Ça n'a pas été notre approche.
C'était dans des rencontres qui étaient en personne, pendant
90 minutes.
Mais, une fois qu'on
dit tout ça, moi, je veux avoir votre opinion... puis je veux avoir l'opinion
de Makivik, là, pas pour les autres... pour les Premières Nations, mais du côté
de Makivik : Est-ce qu'on arrête tout? Est-ce qu'on recule? On a une
fenêtre d'opportunité pour avancer. En aucun moment on ne dit que c'est
parfait, mais on veut faire un premier pas. Il y a un autre groupe qui était
assis juste avant vous qui nous disait : Écoutez, c'est la première province
à légiférer. On fait un premier pas. Est-ce que c'est parfait? La réponse,
c'est non. Mais est-ce qu'on doit tout arrêter? Est-ce qu'on doit prendre un
pas de recul ou on continue dans quelque chose qui est imparfait, mais qui est
un pas vers l'avant?
M. Arteau (Jean-François) : Bien,
évidemment, comme vous l'avez mentionné, moi, je représente Makivik,
donc je représente les Inuits du Nunavik. Ce que les Inuits du Nunavik vous
disent, c'est qu'il ne faut pas arrêter, il faut aller de l'avant. On veut être
soumis à ce projet de loi là, donc on veut développer des éléments de
sécurisation culturelle qui vont faire en
sorte qu'on va se réapproprier notre système de santé. C'est le choix qui avait
été fait il y a près de 50 ans, en 1975. Le chapitre 15 n'est
pas arrivé dans la Convention de la Baie James par hasard. Vous savez, M. le ministre, il n'y a pas de hasard dans la
vie. Donc, les Inuits, déjà, à l'époque, voulaient s'approprier des services
de santé, qui arrivaient tantôt par bateau, avec toutes sortes d'histoires
horribles, tantôt par avion, tantôt par les fédéraux, tantôt par la GRC. Bon,
on n'ira pas là, mais les Inuits veulent se réaccaparer ça. Mais, si on met un
stop à cet effort de sécurisation culturelle, tout imparfait soit-il, je pense
qu'on fait fausse route.
M. Lafrenière : Nous continuerons
bilatéral pour avancer sur ce dossier-là, vous pouvez être sûr. Vous pouvez
transmettre le message au président qu'on ne l'a jamais oublié.
M. Arteau
(Jean-François) : Je vais faire ça avec plaisir.
M. Lafrenière :
On voulait, justement, s'assurer de ne pas imposer la même chose mur à mur,
mais là on travaillera ensemble avec la régie aussi.
M. Arteau
(Jean-François) : Parfait. Oui, avec plaisir.
M. Lafrenière :
Merci beaucoup. «Nakurmiik», merci.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de l'Acadie.
M. Morin :
Merci, M. le Président. Merci beaucoup pour, d'abord, votre mémoire et
votre exposé très, très éclairants. Ma
première question, c'est celle-ci, vous en avez parlé, c'est... d'ailleurs,
c'est dans une de vos recommandations,
j'en ai parlé plus tôt aujourd'hui, c'est de mettre en oeuvre le Principe de Joyce dans son intégralité, ce que ne fait pas le projet de loi. Bien,
en fait, il est dans le préambule. Pourquoi c'est important que ce soit dans la
loi elle-même, et qu'est-ce que ça va changer de le mettre dans la loi? Je vous
pose la question. Je suis un convaincu, mais je veux juste que vous m'aidiez à
convaincre le gouvernement, puis ça, c'est plus compliqué.
M. Arteau
(Jean-François) : La raison pour laquelle c'est si important, en ce
qui concerne Makivik, que le Principe de Joyce se retrouve dans son intégralité
au projet de loi, c'est parce qu'il a fait l'objet d'un consensus, ce Principe
de Joyce là. Puis je veux, tout de suite, vous dénoncer mon conflit d'intérêts,
là : j'ai participé à l'écriture du Principe de Joyce, tout comme Fabien
Pernet, d'ailleurs. Donc, on était aux premières armes du Principe de Joyce. Ça aussi, c'est imparfait, là, il n'y a rien de
parfait dans la vie. Maintenant, il fait consensus à travers les Premières Nations et les Inuits aussi, qui
ont fait sien... fait leur, plutôt, le Principe de Joyce. Donc, c'est important
que ces éléments-là se retrouvent, d'abord,
parce que le principe est intéressant, c'est-à-dire de ne pas souffrir de
discrimination, sous quelque forme que ce soit, et obtenir les meilleurs
services de santé possible. Ça, je pense qu'honnêtement c'est juste normal. Puis vous avez vu que je n'ai pas
mentionné racisme systémique, là. Je vous parle juste du principe... du
Principe de Joyce, bon.
Et il y a beaucoup de
moyens d'action qui sont identifiés, encore une fois, le chef Flamand y faisait
référence un petit peu plus tôt, qui s'adressent tantôt au gouvernement
fédéral, tantôt aux institutions, tantôt à la société civile, par exemple, et,
bien sûr, au gouvernement du Québec. Donc, ces moyens d'action là, là, je ne
vais pas vous les mettre dans une hiérarchie d'importance, là, je ne serais pas
capable de faire ça, puis ça ne m'appartient pas du tout de faire ça non plus,
mais c'est important de retrouver des éléments du Principe de Joyce pour
rassurer, pour faire en sorte que les Premières Nations se disent : OK, on
a été entendues, peut-être que tout n'est pas d'importance égale, peut-être que
tout ne sera pas fait... on n'a pas construit Rome en trois jours, là... tout
ne sera pas fait en même temps, mais on se retrouve là-dedans. Ça aussi, c'est
une forme de sécurisation, puis c'est la raison pour laquelle Makivik insiste
tant pour que les principes et l'intégralité du Principe de Joyce se retrouvent
au projet de loi.
M. Morin :
Vous êtes probablement d'accord avec moi pour dire que, justement, rassurer,
c'est, justement, un élément fondamental de la sécurisation, parce qu'on veut
éventuellement que les gens se sentent en sécurité.
M. Arteau (Jean-François) : ...tout
à fait, tout part de là. Donc, quand on parle de sécurisation, c'est parce qu'on
veut être rassuré. C'est qu'il y a un élément de peur qui nous tenaille et on
veut faire cesser cet élément-là. Donc, le
Principe de Joyce répond à ces peurs-là, en disant : Bien, voici, si,
dorénavant, le système de santé du Québec se comportait de la façon suivante, avec les moyens d'action qui sont
identifiés au principe, on fait le pari que ça irait pas mal mieux.
M. Morin : Et je comprends, et
corrigez-moi si je fais erreur, que le Principe de Joyce peut très bien
s'insérer dans les différentes dispositions de la Convention de la Baie James qui
vont régir, par exemple, la société ou le territoire où sont les Inuits.
M. Arteau (Jean-François) : Oui.
Mais, M. le député, je dois être honnête avec vous, là, je suis juriste :
avec la Convention de la Baie James, rien n'est simple. Alors, si on veut
modifier la Convention de la Baie James, il faudra procéder par convention
complémentaire. Ça se fait, ça s'est fait à des dizaines de fois. C'est plus
long, c'est plus compliqué, mais tout est possible.
M. Morin : Donc,
le meilleur moyen législatif, au fond, ce ne serait pas d'avoir un addendum à
la Convention de la Baie James, mais bien de l'inclure dans un projet de
loi comme le projet de loi qu'on regarde présentement.
M. Arteau (Jean-François) : Oui,
parce que l'ensemble des lois du Québec s'applique sur le territoire du
Nunavik, ce qui n'est, évidemment, pas le cas dans les réserves autochtones.
M. Morin : Exact, tout à fait.
Excellent. Donc, ça... Donc, au fond, pour reprendre le Dr Vollant, ne pas inclure le Principe de Joyce, ou ne pas en parler,
c'est comme un peu ne pas parler de l'éléphant dans la pièce. Je le cite,
c'est ce qu'il a dit aux médias. Je trouvais
que c'est une belle image, mais c'est un peu ça. Donc, au fond, si on ne l'inclut
pas dans la loi, c'est comme si on faisait fausse route au départ.
M. Arteau (Jean-François) : J'ai
beaucoup de respect pour le Dr Vollant. Je partage pas mal ce qu'il a... si
c'est fidèle à ce qu'il vous a dit, puis je n'ai pas de raison d'en douter...
M. Morin : C'est ce que j'ai
lu, là. Et il va venir témoigner, ça fait qu'on va pouvoir lui en parler.
M. Arteau (Jean-François) : Bon,
OK. Maintenant, tout est dans la mesure des choses. Évidemment, c'est les principes, c'est les moyens d'action qu'on
retrouve au Principe de Joyce qui sont importants. Peut-être pas chaque
mot est important, mais ces éléments-là, sur lesquels les Attikameks, d'abord,
de Manawan, ont réfléchi, à cause de la tragédie de Joyce, bien, c'est important
d'y faire écho. C'est important de reprendre ces principes-là, encore une fois,
peut-être pas mot à mot. Il y a certainement
une façon de dire les choses autrement, de viser les ordres professionnels,
entre autres, autrement. La gouvernance des
institutions de santé, peut-être qu'il y a une façon de faire qui est différente
aussi. Mais il faut se retrouver quelque part, parce que c'est le terrain de
jeu auquel on est conviés, là.
M. Morin : Et je comprends de
vous que, suite à une consultation et au travail de différentes communautés des
Premières Nations et des Inuits, le Principe de Joyce fait consensus?
M. Arteau (Jean-François) : Absolument.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Quand on regarde, bon, l'article 1 et 2, bon, je comprends que
ça ne s'applique pas directement chez vous, mais, si on s'inspire, en fait, du
principe de ce qui est énoncé... On dit, entre autres : «...lorsque possible, [utiliser] des moyens comme
l'embauche de personnel autochtone...» Bon, alors, j'imagine que, si on
obligeait ou si on accélérait l'embauche d'un processus... de personnel
autochtone, ça permettrait aux gens d'avoir un sentiment de sécurité. Est-ce
que je me trompe?
M. Arteau (Jean-François) : Vous
avez raison, évidemment, hormis cette responsabilité professionnelle, bien sûr,
qui est bien particulière dans le monde de la santé, personne ne voudrait se
faire traiter par un médecin qui n'est pas membre du Collège des médecins. Ça,
ça va de soi, bon.
M. Morin : Oui, ça va de soi.
M. Arteau (Jean-François) : Mais,
au-delà de ça, de la responsabilité professionnelle, oui, vous avez tout à fait
raison, je partage votre point de vue.
• (17 h 40) •
M. Morin : Parfait, je vous
remercie. Et maintenant, pour embaucher des gens, et puis, si, évidemment, éventuellement, je souhaitais très fortement et
rapidement que ce soient des gens des communautés qui soient embauchés, il faudrait quand même qu'il y ait une parité en ce qui a
trait aux conditions salariales, ce qui ne semble pas être toujours le cas
présentement. Est-ce que je me trompe?
M. Arteau (Jean-François) : Non,
vous ne vous trompez pas du tout. C'est loin d'être le cas. Ce sont des gens qui travaillent... qui sont syndiqués, pour
la plupart, qui travaillent sous des conventions collectives qui prévoient
que, pour l'essentiel, vous obtenez des bénéfices particuliers lorsque votre
lieu de résidence est à 50 kilomètres de votre travail. Autrement, non.
Alors, l'effet de ça, c'est que les gens qui viennent du sud... on appelle ça
le sud, là, tu sais... bon, on est tous au sud de quelqu'un, j'imagine, là,
mais les gens qui proviennent du sud du Nunavik, eux, ont une maison, des billets d'avion pour retourner
voir leur famille, des allocations cargo, un certain nombre de privilèges, dont
les employés inuits ne peuvent pas bénéficier. Donc, je ne vous cacherai pas
que ça crée des tensions, parce qu'à peu près les mêmes activités, les
mêmes fonctions sont exercées par un Inuk et un non-Inuk avec des conditions de
travail qui sont bien différentes, là. Fabien, tu veux ajouter...
M. Pernet (Fabien) : ...simplement
ajouter que cette situation est spécifique, aujourd'hui, spécifique au réseau
de la santé au Nunavik. Ce n'est pas le cas dans les autres institutions du
Nunavik, actuellement.
M. Morin : Uniquement dans le
réseau de la santé.
M. Arteau (Jean-François) : Absolument.
M. Pernet (Fabien) : C'est ça.
M. Morin : D'accord, je vous
remercie. Autre question. Là, c'est plus à l'article 2 du projet de loi.
On parle, évidemment, que l'établissement va devoir informer le ministre des
pratiques sécurisantes qu'il a mises en oeuvre. On en a parlé avec d'autres
groupes avant vous, vous avez peut-être entendu les questions que j'ai posées.
Ça donne un peu l'impression que les différents établissements vont faire une
liste de ce qui a été fait, puis ça va être publié. Ce n'est pas, en soi, une
mauvaise chose. Sauf qu'au niveau de la sécurité ou de l'évaluation de la
sécurité de la personne qui va recevoir les soins, il n'y a comme aucun
indicateur, ou ça ne semble pas en tenir compte. Est-ce que c'est une chose
qu'on devrait ajouter dans le projet de loi pour bonifier le projet de loi et,
évidemment, avoir une meilleure sécurité pour les usagers?
M. Arteau (Jean-François) : Oui,
je pense que oui. Ce à quoi vous faites référence, du partage des bonnes
pratiques, je pense que c'est quand même intéressant d'avoir ces bonnes pratiques
là. Évidemment, toutes les bonnes pratiques ne s'appliquent pas de la même
façon partout, ça va de soi. Ça rejoint un peu ce que je vous disais tout à l'heure, chaque nation est particulière. Bon, on
ne peut pas dire qu'on va faire de la sécurisation pour les autochtones.
Moi, je pense que ce serait une erreur que
de dire ça. La sécurisation culturelle chez les Attikameks n'est pas la même
que chez les Inuits, que chez les
Algonquins. Bon, je vais arrêter la liste, là, mais vous aurez compris que c'est
différent d'un endroit à l'autre.
D'avoir des indicateurs, c'est intéressant.
Maintenant, il y a certainement une difficulté à les établir, ces
indicateurs-là, parce que chacun n'a pas les mêmes attentes face aux services
de santé. Par exemple, les gens... les Inuits de Puvirnituq, là où il y a un
hôpital, sur la côte de l'Hudson, ont des attentes particulières à l'égard de
leur hôpital. Bon, bien, les Inuits
d'Umiujaq, qui, somme toute, ne sont pas très loin, mais qui ne sont pas dans
le même village, et les deux villages ne sont pas reliés par route, ont
des attentes bien différentes. Probablement qu'ils ont une peur plus grande, un peu, d'aller à Puvirnituq que les
gens de Puvirnituq. Puis la situation est la même à Kuujjuaq.
Les usagers de Kuujjuaq, inuits, bien, évidemment, n'ont pas vraiment
peur d'aller à l'hôpital de Kuujjuaq. Les gens qui viennent d'ailleurs ont
peut-être des réticences, des gênes, bon, tout ça.
Donc, comment
établir, comment évaluer si ces gens-là se sont sentis suffisamment sécurisés
au plan culturel, ça risque d'être
difficile. Mais, sur le principe même des indicateurs, oui, moi, je trouve que
c'est une proposition intéressante.
M. Morin : Parfait. Puis,
finalement, est-ce que vous l'avez eu, votre CT-Scan?
M. Arteau (Jean-François) : Oui,
oui.
M. Morin : Vous l'avez eu?
M. Arteau (Jean-François) : Bien,
finalement, je pense que oui, hein? Non?
Une voix : ...pas encore.
M. Arteau (Jean-François) : Ah!
non, pas encore. OK, pas encore.
M. Morin : Parce que moi, j'ai
posé bien des questions au ministre de la Santé là-dessus — je
fais un aparté — mais
vous êtes là, là, puis, tu sais, unissons-nous dans le combat. Ça fait qu'il
n'est pas encore rendu?
M. Arteau
(Jean-François) : Non, non.
M. Morin :
Il est-tu dans le bateau?
M. Arteau (Jean-François) : Non,
parce qu'il n'y a plus de bateau. Les glaces vont arriver avant le bateau, là.
M. Morin :
OK. Merci beaucoup. Merci, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M.
le député de Jean-Lesage, s'il vous plaît.
M. Zanetti :
Merci, M. le Président. Merci beaucoup, M. Arteau, et vous aussi, pour
votre présentation. Je voulais savoir... Dans votre recommandation n° 3, vous dites que le projet de loi n° 32 intègre et
met en oeuvre les recommandations du comité
sur l'application du PL n° 21 dans leur intégralité. Pourriez-vous développer
un peu plus sur ce point-là?
M. Pernet
(Fabien) : Oui, avec plaisir. Il y avait un certain nombre de
recommandations, donc, qui avaient été élaborées en 2016, puis publiées dans ce
rapport. Il y a eu un certain nombre de travaux qui ont eu lieu, avec un comité
conjoint. La régie dont parle le ministre en fait partie. Une partie de ces
travaux sont sur le point d'aboutir. Dans
les faits, les éléments de compétence culturelle et linguistique ont fait
l'objet de développement d'un guide. Ce guide doit faire l'objet,
ensuite, d'une pratique pour que des établissements, des maisons d'enseignement
reconnaissent, finalement, ces compétences.
Alors, c'est beaucoup d'années, beaucoup de travail technique pour aboutir à un
résultat qui est, somme toute, assez mince par rapport à ce qui faisait
partie des recommandations initiales de ce rapport.
Donc, ce rapport
identifiait des éléments qui, finalement, devaient permettre de favoriser la
pratique d'actes réservés à des personnes
qui ne se qualifieraient pas normalement. Je vous donne un exemple, la
protection de la jeunesse. Faire de l'évaluation, ça prend d'être un TS
qui parle français. Évaluer des familles inuites sans être soi-même Inuk, bien, il y a un risque de biais qui est là, quand
bien même les personnes font partie d'un ordre professionnel. Donc, ça, c'est un des obstacles, et cet élément-là n'est
pas complètement résolu. Ça, c'est un des éléments qui pourrait être résolu
avec ce qui fait partie du PL n° 32.
D'autres mesures
figuraient dans les recommandations. Les conditions de travail, donc des
incitatifs pour que des personnes viennent travailler, des Inuits, dans... en
ce qui nous concerne, viennent travailler et prendre ces postes de travailleurs communautaires, de travailleurs
sociaux. Donc, toutes ces mesures ont été pensées comme un faisceau,
comme un ensemble qui permettrait de résoudre les problématiques d'accès à ces
services au Nord. Et, à l'heure actuelle,
donc, finalement, sept ans après le dépôt du rapport, bien, les résultats,
comme je l'ai mentionné, sont encore assez minces à l'heure actuelle, et
il y a très peu d'aménagements qui ont été réalisés. Et c'est ce qu'on
souhaite, c'est que les recommandations qui
avaient été formulées en 2016 soient mises en oeuvre, dans le cadre du projet
de loi, ensemble, comme considérées comme un tout, de manière, finalement, à
donner un accès réel aux Inuits à des services fournis par des
professionnels inuits, en particulier dans les relations humaines ou le travail
social.
Le
Président (M. Bachand) : ...M. le député
de Jean-Lesage, le temps vite... temps passe vite.
M. Zanetti :
Ça va, ça fait le tour de mes questions. Merci.
Le Président (M. Bachand) : Ça va? Donc, merci, merci beaucoup, j'apprécie. Alors, sur ce, merci
beaucoup d'avoir été avec nous cet après-midi, ça a été très, très, très
apprécié.
Et je suspends les
travaux quelques instants pour accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à
17 h 47)
(Reprise à 17 h 51)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Merci beaucoup. La commission reprend ses travaux. Alors, il nous
fait plaisir d'accueillir les représentantes de Femmes autochtones du Québec.
Merci beaucoup d'être avec nous. Vous connaissez les règles, 10 minutes de
présentation, après ça, une période d'échange avec les membres. Donc, je vous
cède la parole. D'abord, vous présenter, et débuter votre présentation, s'il
vous plaît. Merci.
Femmes autochtones du Québec (FAQ)
Mme Étienne (Marjolaine) : «Kwe»,
bonjour. Marjolaine Étienne, présidente, Femmes autochtones du Québec.
Mme Rock (Laura) : «Kwe», bonjour. Mon nom
est Laura Rock, je suis Innue de la communauté de Pessamit.
Je suis directrice générale par intérim chez Femmes autochtones du Québec.
Mme Étienne (Marjolaine) : Je
peux maintenant commencer? Oui? Merci beaucoup. Donc, merci beaucoup pour
l'invitation à cette consultation, audition, M. le ministre et les membres de
la commission. Tout d'abord, j'aimerais, au moins, vous
parler un peu de la mission de FAQ. Nous travaillons très fort pour l'atteinte
de l'égalité et de l'épanouissement des femmes et des filles autochtones. Notre
mission est de représenter et défendre les intérêts des femmes autochtones à
travers le Québec. Nous mettons en oeuvre également toutes les actions
nécessaires au développement du plein potentiel des femmes autochtones et,
également, nous luttons contre les politiques, les pratiques et les lois qui
entretiennent les inégalités et la discrimination.
Donc, tout d'abord, nous avons... comme
organisation, nous avons répondu par écrit à certaines questions, nous avons
également participé à des... à une séance, une courte séance de vidéo avec des
représentants du ministère de la Santé et des Services sociaux, mais, d'emblée,
Femmes autochtones du Québec n'a jamais été invitée à participer aux travaux du
comité de mettre en place le guide de la sécurisation culturelle, qui a été
rendu public en mars 2021. Donc, FAQ a été également informée à la veille du
dépôt du projet de loi, soit le 8 juin dernier. La consultation et la
participation, nous trouvons que c'est des éléments très essentiels au
processus d'obtention du consentement libre, préalable et éclairé. La
déclaration des peuples autochtones exige des États qu'ils coopèrent de bonne
foi avec les peuples autochtones avant d'adopter et d'appliquer des mesures
législatives ou administratives.
Dans le
projet de loi, nous avons, effectivement, pris connaissance que, parmi un item...
celle de la page 2, là, à... de la lettre d, il est mentionné que
«la prise en compte des réalités propres aux femmes et [...] filles
autochtones»... Donc, à notre avis, comment
on peut faire en sorte de pouvoir y participer concrètement quand le service ou
la satisfaction que les femmes ou les filles autochtones utilisatrices
de services en santé ou aux services sociaux est plus ou moins documenté? On a...
on connaît, effectivement, qu'aujourd'hui il y a des... il y a quand même des
rapports qui font mention, effectivement, de
la stérilisation imposée à l'égard des femmes et des filles autochtones. Donc,
les autres rapports qui ont été consultés, c'est... dont celui aussi,
également, sur... en ce qui concerne les femmes des enfants disparus en milieu
hospitalier. Donc, FAQ considère que la situation vécue et dénoncée relevant
l'enjeu plus large du racisme et de la
discrimination systémique par les membres des Premières Nations et des Inuits
au sein des établissements de santé et, plus largement, auprès des
services publics québécois mérite plus de considération de la part du
gouvernement du Québec.
Le cadre juridique applicable, le développement
de la déclaration des peuples autochtones, la charte des droits,
la Loi constitutionnelle et les nombreux rapports de recherche de
différentes commissions au cours des récentes années, la commission
Viens, Laurent, femmes disparues et assassinées, stérilisations imposées
appuient clairement la nécessité de
privilégier, à l'égard d'un tel enjeu, une approche adaptée, développée en
collaboration avec les Premières Nations
et les Inuits, incluant aussi également les femmes et les filles autochtones.
Cette collaboration doit particulièrement inclure les femmes
autochtones, en raison de leur position de première ligne. Elles ont accès au
réseau de la santé et des services sociaux pour elles-mêmes, pour accoucher,
mais elles accompagnent aussi très souvent leurs enfants, les parents, les grands-parents, les hommes. Elles
sont également les plus grandes victimes de la discrimination et du racisme
systémique.
Pour ne
nommer que quelques projets, à ce moment-ci, de Femmes autochtones du Québec,
présentement, il y a des formations qui sont offertes aux femmes dans les
communautés et les centres urbains afin de leur permettre de s'exprimer sur
leur vécu et de les former à reconnaître les situations de racisme et de
discrimination systémique qu'elles ont vécues ou pourraient vivre.
Donc, dans le
cadre de ma tournée effectuée en 2022, et au tout début de l'automne, où est-ce
que je vais y retourner, c'est que
j'entends, j'entends, j'écoute, je reçois des paroles, des témoignages de
femmes, de filles, dont une... une aînée me raconte qu'elle ne parle pas
français, elle s'est fait référer, par le centre de santé de sa communauté, en
urgence, à l'hôpital, pour qu'elle... parce
qu'elle présentait des symptômes d'infection sévère, température élevée,
douleurs à un pied, parce qu'elle était aussi diabétique. Le personnel soignant
a évalué que sa situation n'exigeait pas de soins d'urgence et l'a remerciée,
elle a remercié cette dernière. Deux jours plus tard, cette aînée a été admise
de nouveau pour une infection au tibia. Elle est demeurée hospitalisée
plusieurs semaines.
Donc, ces récits que j'entends, que j'écoute...
je crois ces femmes et ces filles qui me racontent aussi ces témoignages, qui
ne sont non seulement localisés dans une partie soi-disant géographique au
niveau du Québec, mais je l'entends à travers... au niveau du Québec, lorsque
je rencontre des femmes et des filles dans leurs milieux.
FAQ considère aussi également que les résultats
qui résultent de l'analyse des discussions tenues lors de cet événement
pourraient permettre de mieux définir les priorités et les pistes de solutions.
Ce que j'entends par ça, c'est qu'en 2024 FAQ va organiser des états
généraux dans le cadre de son 50e anniversaire. FAQ va célébrer son
50 ans d'existence, de fondation, elle est la source qui contient... qui a
une richesse, une expertise sur les enjeux des femmes autochtones. Et, en 2024,
elle va accueillir plus de 160 femmes autour des états généraux et autour
d'une thématique qui est celui de la santé. Donc, nous serons en mesure,
effectivement, de les entendre, d'entendre les préoccupations à l'égard... au
niveau des... de leur santé, de leur propre... de santé, mais aussi aller plus
largement, et ce qui va nous permettre, effectivement, de dégager, avec elles,
des pistes de solutions. Donc, sur ce, nous, ce qu'on recommande à ce
moment-ci, c'est que... de reporter l'adoption du projet de loi après les états
généraux de Femmes autochtones du Québec,
afin de nous permettre une réelle consultation et de prise en compte des droits
et intérêts, préoccupations des Premières Nations, incluant ceux des
femmes et des filles autochtones.
Nous croyons aussi qu'il serait important de
recommander... d'amender, excusez, le projet de loi pour inclure la
reconnaissance du racisme et de la discrimination systémique, la mise en oeuvre
du Principe de Joyce, de même que l'article 24 de la Déclaration des
Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Il est important aussi de
prévoir à la loi un processus d'évaluation
des impacts des pratiques sécuritaires dans les différents établissements, dont
feraient partie des représentants des Premières Nations. Nous recommandons
aussi également de définir ce que signifie une pratique sécuritaire pour
les communautés autochtones, plutôt que de proposer unilatéralement une
définition qui ne concorde pas avec notre vision et qui
n'est pas élaborée de concert avec les acteurs du milieu, soutenir les
activités du Bureau du Principe de Joyce, afin d'assurer la cohérence de
l'amendement.
En conclusion, il est bien indiqué, dans
différents articles de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des
peuples autochtones, notamment l'article 15 : «Les États prennent des
mesures efficaces, en consultation et en coopération avec les peuples
autochtones concernés, pour combattre les préjugés et éliminer la
discrimination et promouvoir la tolérance, la compréhension et de bonnes
relations entre les peuples autochtones et toutes les autres composantes de la
société.» Ou encore, l'article 22, qui stipule que «les États prennent des
mesures, en concertation avec les peuples autochtones, pour veiller à ce que
les femmes et les enfants autochtones soient pleinement protégés contre toutes
les formes de violence et de discrimination et bénéficient des garanties
voulues».
En ce sens, la présente consultation est
insuffisante, en tant... tant dans sa forme que dans son contenu. Le
gouvernement du Québec aurait tout à gagner à travailler dans un esprit de
réelle collaboration, en amont, pendant et en aval d'un tel processus, avant de
proposer des outils concrets, adaptés et efficaces.
• (18 heures) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci infiniment. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Merci, mesdames, d'être là aujourd'hui, bonjour à vous deux. J'ai lu, avec beaucoup d'attention,
votre... vos recommandations et je l'apprécie beaucoup. Ça nous aide, nous,
comme élus, à améliorer, justement, les lois
qu'on présente. Et, d'ailleurs, je dois vous dire que, même dans le processus,
tout à l'heure, j'en parlais, de comment on
a fonctionné, comment on a décidé de, en aval, rencontrer certains groupes, de
choisir des groupes qui étaient plus impliqués dans des soins de santé, qui
donnaient des soins de santé, comme la CSSSPNQL, comme la régie. Mais j'ai bien
compris votre message aussi dans votre volonté d'être impliqués, et ça, je
l'apprécie pour la suite des choses.
Par ailleurs, je vous dirais, quand je regardais
vos états généraux en mai 2024, il m'est venu une idée, je me
disais : Comme on va devoir définir des activités, qu'on va devoir définir
des façons d'apporter de la sécurisation culturelle...
Et ce que j'ai entendu, depuis ce matin, là, sécurisation culturelle, de mettre
ça mur à mur en disant : Voici comment ça fonctionne, ce n'est
peut-être pas la meilleure solution. On devrait peut-être y aller... de mieux
s'adapter d'une communauté à l'autre, d'un
lieu à l'autre. Alors, peut-être que vos états généraux seraient un bon
momentum pour faire la rencontre avec les gens du CISSS, avec les gens de la
santé, pour déterminer, avec les gens que vous allez rencontrer, les
femmes qui font partie de votre regroupement, qu'est-ce qui est la meilleure
façon.
L'autre point que je voulais vous apporter...
parce qu'on ne fait jamais l'unanimité, puis c'est normal. C'est normal, il y a plusieurs courants de vision. Puis
je veux avoir votre opinion là-dessus. Quand on va dans le point 1, là,
c'est plate quand je dis une affaire de même, là, 1, 4°, b... 1, 4°,
d : «la prise en compte des réalités propres aux femmes et aux filles autochtones», c'est comme ça
qu'on l'a libellé. Il y a un groupe qui nous suggérait plutôt de changer
«filles» pour «aux enfants autochtones». J'aimerais avoir votre opinion
là-dessus, encore là pour avoir une pluralité d'opinions.
Mme Étienne (Marjolaine) : ...me
permettre? Merci, M. le ministre. En fait, si je peux reprendre, peut-être, votre
première intervention, je pourrai répondre à la suivante, c'est que, oui,
effectivement que le fait de pouvoir consulter des groupes, c'est aussi
important, mais, vous savez, au niveau... à travers du Québec, il y a
pratiquement presque... près de 50 000 femmes
et filles autochtones. Donc, moi, je pense qu'effectivement la venue des états
généraux, qui va se dérouler en mai 2024, comme je le citais tantôt,
c'est que c'est un moment, effectivement, où est-ce que les femmes vont pouvoir faire en sorte de pouvoir
partager leurs préoccupations et de faire en sorte de voir aussi leur propre avenir.
Donc, ce qui est important pour nous, c'est d'avoir une approche tournée vers
les femmes, d'entendre encore plus davantage
leurs préoccupations en matière de santé et services sociaux, mais aussi de
répondre réellement à leurs besoins.
Donc, c'est avec elles et pour elles que nous serons... que nous y serons, pour
pouvoir aller trouver des pistes de solutions dans la thématique,
notamment, de la santé.
Et, si je fais un peu de... si je comprends
bien, c'est qu'effectivement l'opportunité des états généraux versus au niveau d'une possibilité de pouvoir inviter
d'autres... le CIUSSS ou d'autres organisations et ministères, vous êtes les bienvenus...
mais est-ce que je comprends, effectivement, que vous répondez à ma
recommandation qui est celui de reporter le
projet de loi et attendre les préoccupations des femmes des Premières Nations?
Et, dans ce sens-là, dans les états généraux, il est certain que nous
allons inviter des acteurs importants qui vont graviter autour des thématiques,
dont celui de la santé. Et vous serez aussi également invité, M. le ministre.
Donc, de
l'autre côté de votre... l'autre intervention par rapport... changer «filles»
pour «enfants», bien, je pense, effectivement, que l'idée est bonne, mais on
pourrait peut-être penser aussi de penser à «femmes» et «familles». On
rejoint, à ce moment-ci, l'aspect où est-ce que les femmes ont un rôle
important, qui est celui de la transmission des savoirs culturels, y compris
nos langues. Donc, je pense qu'effectivement l'aspect de toucher familles
répond bien aussi également aux enfants, dont... On n'exclut pas personne, on
est plus dans une démarche inclusive. Donc, on inclut tout le monde, donc
femmes et famille, ce serait peut-être une autre avenue aussi à regarder.
M. Lafrenière : Merci beaucoup.
Merci pour la clarification, ça va nous aider. Puis je vais répondre à votre...
On fait du ping-pong un peu ensemble, je vais répondre à votre affirmation.
Pour ce qui est de reporter après vos états généraux et plus tard, je pense
que, dans votre mémoire, vous mentionnez : Pourquoi il y a tant
d'empressement de la part du gouvernement d'agir et de changer les choses
là-dedans? Je vais vous répondre en deux temps.
Première des choses, à la
page 7, dans ce que vous nous avez présenté, c'est marqué : «Quelques
récits entendus récemment lors des visites de FAQ dans les communautés
autochtones...» En passant, j'ai eu le plaisir de faire la tournée des
communautés, de voir les villages nordiques, d'entendre des gens, moi aussi, et
ce que vous avez rapporté là, je l'ai entendu moi aussi. Je prends un exemple.
Vous avez dit : Une aînée autochtone qui ne parle pas le français s'est
fait référer dans un centre de santé, vous l'avez dit tout à l'heure. Vous avez
dit aussi : Deux femmes nous témoignent avoir récemment subi une
stérilisation forcée, et ce, avant l'âge de 35 ans. Et vous avez fait un
récit, donc, de plusieurs choses que vous avez entendues sur le terrain, que
j'ai entendues moi aussi.
Ma première réponse, c'est de vous dire que
c'est un petit peu pour ça que je suis empressé de bouger. C'est un petit peu
pour ça que je réponds à cet appel à l'aide, les gens qui nous disent : Il
faut agir en sécurisation culturelle. Vous savez, c'est un engagement qu'on
avait pris. On l'a reporté une première fois, on devait le faire dans le
précédent mandat. On l'a reporté pour répondre vraiment à une demande qui nous
avait été faite de la part de certaines
autorités autochtones. J'entends ce que vous me dites quand vous dites :
On voudrait le reporter de peut-être deux ans dans notre législation, parce
que, normalement, de la manière qu'on siège, ça irait plus à l'automne, et,
après ça, adopté à l'hiver. J'entends tout ça, mais j'entends aussi des
groupes qui nous disent qu'ils sont pressés d'agir.
Alors, ce que
je vous ai dit, tout à l'heure, quand j'ai fait référence à vos états généraux,
je suis en mode solution. Je me disais : J'entends très bien ce que
vous dites, d'un autre côté, je sais que, lorsqu'on parle de sécurisation culturelle, c'est un terme qu'on va devoir
définir, on va devoir regarder comment on va le faire d'une région à l'autre,
et c'est là-dessus qu'on va avoir besoin de votre aide. C'est peut-être cette
approche-là que je regarderais avec vous.
Mme Étienne
(Marjolaine) : Bien, en fait, en termes de définition de la
sécurisation culturelle, effectivement, je pense que c'est important de
la définir en amont d'un projet de loi. C'est important, effectivement, aussi,
vous l'entendez dans les différentes communautés, dans les visites que vous
avez effectuées, je les entends, et puis tout le reste. Est-ce que le fait,
effectivement, de pouvoir précipiter le projet de loi maintenant... Tu sais,
c'est comme un peu... Ma vision des choses, c'est de mettre l'expression...
quand on dit de mettre les boeufs avant la charrue. On... je le cite, dans mon rapport, effectivement, que la
consultation est très importante en amont de toute démarche de projet de loi, ce que je n'ai pas senti réellement au tout
début. Parce que je suis rentrée aussi en décembre 2021 et je fais mention, aussi,
également, dans mon rapport.
Moi, je
trouve, effectivement, que le fait de pouvoir... Si on veut travailler un bon
projet de loi, un projet de loi qui va aussi faire en sorte de mettre une
empreinte des femmes, des filles autochtones, des familles autochtones, des
Premières Nations, c'est de le travailler en commun, c'est de travailler en
amont. Et ça, je pense, effectivement, qu'on
n'aura pas, d'après moi, si j'appréhende dans cinq ans, dans 10 ans...
Vous savez, les choses changent, les choses changent, puis je pense, à mon
avis, que la parole ou les préoccupations des femmes qui vont s'exprimer en mai
2024 va être des éléments importants
pour élaborer ou cocréer un projet de loi ensemble. Et ça, je pense, c'est garant
d'avenir, parce que je trouve qu'effectivement ça vient mettre une table
d'écriture entre nous et d'inclure les femmes et les filles autochtones à
travers le Québec.
Bien, je pense, effectivement, que la
sécurisation culturelle... Puis, vous savez, M. le ministre, on a eu quand même une discussion, vous êtes venu aussi à
l'assemblée générale des Femmes autochtones en décembre 2022. Tu sais, on...
vous avez entendu aussi, également, là, les préoccupations. On vous a envoyé
aussi, également, une résolution de l'AGA en ce qui concerne, effectivement, de
travailler sur la reconnaissance de la discrimination systémique. Je pense,
effectivement, que ce qu'on entend, ce que vous entendez, c'est important de
pouvoir les documenter, hein? Les paroles partent, les écrits restent. Je pense
que c'est important, en amont, de pouvoir faire en sorte de pouvoir, comme je
le disais tantôt... Si on veut connaître les vrais enjeux et les réalités des
femmes et des filles autochtones, il faut
les documenter, vraiment les documenter en amont pour prévoir, effectivement,
que, dans le projet de loi, là... soit aussi bien encadré, centré sur
les besoins des Premières Nations, incluant des femmes.
Le Président (M.
Bachand) : ...de Laval-des-Rapides, s'il
vous plaît.
Mme Haytayan : Merci, M. le
Président. Bonjour. Merci d'être là, merci de prendre le temps avec nous. Selon
vous, quels types de dispositions il faudrait... devraient être dans le PL,
dans le projet de loi afin d'intégrer les femmes et les filles autochtones
disparues et assassinées?
• (18 h 10) •
Mme Étienne (Marjolaine) : La
reconnaissance de... du racisme et de la discrimination systémique, d'inclure
les principes de Joyce. Il y a différentes études, rapports étudiés, surétudiés
au niveau des femmes autochtones des Premières Nations au Québec. Le rapport du
coroner le mentionne : reconnaissance du racisme, de la discrimination
systémique. Vous travaillez en amont avec ça, c'est la source pour pouvoir
faire en sorte de pouvoir travailler sur quelque chose pour faire en sorte,
effectivement, que ça puisse diminuer. On ne pourra pas l'enrayer, là, on va être réaliste, là, on ne pourra pas
l'enrayer, mais, si on fait en sorte, effectivement, de travailler sur cet
enjeu-là, je pense qu'on vient de travailler sur quelque chose où que
c'est drôlement intéressant puis qu'on fait en sorte, effectivement, de pouvoir
faire en sorte de minimiser aussi. Donc, moi, je trouve effectivement que, dans
l'aspect de cet enjeu de reconnaissance discrimination systémique, c'est
quelque chose à y travailler maintenant.
Mme Haytayan : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : ...M. le ministre, peut-être?
Oui.
M. Lafrenière :
...
Le Président (M.
Bachand) : Deux petites minutes, oui.
M. Lafrenière : ...puis merci,
merci de nous aider dans notre réflexion. Je le disais tout à l'heure, ça nous
aide. Moi, je tends encore la main, hein, ce que j'ai dit tout à l'heure. Parce
que je sais qu'on vous a rencontrées, à l'été 2022, en vous annonçant qu'on
avancerait dans ce projet de loi là. Et moi, je tends encore la main en disant
qu'avec vos états généraux je pense que c'est un bon moment où on pourra voir
comment ça se passe sur le terrain.
Puis je veux vous amener sur un autre point.
Tantôt, on parlait de la définition stricte de la sécurisation culturelle, de
le définir, de le mettre plus clair. Je vous dirais, je suis déchiré entre deux
choses. D'un autre côté, j'entends les groupes ici qui me disent d'être
prudent, encore une fois, de laisser la flexibilité, que ça vienne des groupes
autochtones, qu'ils nous disent ce qu'ils veulent et non pas nous à dire ce
qu'ils devraient avoir. Je pense que c'est
ce qui nous anime. Je pense que vous êtes à la même place. De quelle façon on
peut donner voix... Peut-être, vos
états généraux vont nous aider là-dedans aussi, pour le matérialiser. Parce
que, n'oubliez pas, aujourd'hui, ce qu'on fait, on parle d'un projet de loi, mais, par la suite, ça va prendre des
actions, du concret, sur le terrain, pour matérialiser ça, puis c'est
là-dessus qu'on va avoir besoin de votre aide aussi.
Mme Étienne (Marjolaine) : On a
toujours été une organisation où est-ce qu'on a voulu apporter notre aide. On a
toujours été, je pense, effectivement, de... une organisation d'ouverture.
Depuis 50 ans, Femmes autochtones du Québec défend les intérêts des femmes
autochtones, que ce soit dans les différents services qu'elles utilisent...
Vous le savez, le constat, comme moi, les enjeux que les femmes autochtones
font face, tantôt, quand je vous disais que les femmes sont celles qui sont en
première ligne pour aller chercher des soins pour elles, pour accoucher, puis
que ce qu'on entend dans les différents rapports qui sont rendus publics,
notamment celui sur la stérilisation imposée, puis qu'on indique effectivement, encore une fois, qu'il y a du racisme, de
la discrimination systémique. Tu sais, mettez-les, là, les rapports, là,
qui concernent les femmes autochtones, sur la table, regardons les
recommandations qui sont là, regardons ce qui est écrit sur la discrimination
systémique... regardons-les et mettons un projet de loi.
À mon avis... ce n'est pas parce que... Je n'ai
rien contre la sécurisation culturelle, c'est parce qu'il faut la définir avec nous et non sans nous. Il faut la
définir aussi avec les femmes, les femmes des Premières Nations, pour faire
en sorte qu'on ait un projet de loi qui nous rassemble et qui nous ressemble
aussi également.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci. Merci, M. le
Président. Merci beaucoup pour votre mémoire et votre témoignage devant la commission aujourd'hui. Vous y avez fait
référence, je vais partir de l'article 15 de la déclaration des Nations
unies sur les peuples autochtones, quand on y lit, à 15.2 : «Les
États prennent des mesures efficaces, en consultation et en coopération avec
les peuples autochtones concernés, pour combattre les préjugés [...] éliminer
la discrimination...» Donc, est-ce que je me trompe en disant que, quand le
gouvernement dépose ce projet de loi là, la... les mesures efficaces, la consultation, la coopération, en
tout cas, avec vous, Femmes autochtones, on repassera? Donc, vous n'avez
pas travaillé en amont avec le gouvernement
là-dessus, on vous a informées que ça s'en venait, est-ce que c'est exact?
Mme Étienne (Marjolaine) : Ce
que j'ai mentionné, c'est que nous n'avons pas été consultées ni impliquées dans la démarche de préparation pour le
guide de la sécurisation culturelle qui a été rendu public, FAQ a été absente. Ce qu'on a eu, par la suite, c'est
effectivement une rencontre d'échange, hein? Bon, j'ai eu une rencontre
d'échange aussi, également, là-dessus. On a eu quatre questions, hein,
on a exprimé effectivement sur ces quatre questions-là. Et puis, par la suite,
le 8 juin, on apprenait, effectivement, que le projet de loi se déposait
le neuf. Je ne l'ai pas su, je l'ai su par des intermédiaires de mon réseau.
Donc, c'est un peu ça.
Ce que la loi... ce que la déclaration des
peuples autochtones exprime, quand on parle de consultation libre...
préalablement éclairée, c'est effectivement si on a une intention, une volonté
de. Je sais que tout le monde ont une bonne
volonté à quelque part, mais il doit effectivement faire en sorte d'avoir le
réflexe que, quand c'est des questions ou des enjeux autochtones,
incluant les femmes autochtones... que les choses se fassent en amont, en
amont, puis ça, ça demande, effectivement,
l'implication des Premières Nations. Ça demande aussi l'implication de notre
organisation. Nous, comme organisation, ça va faire 50 ans, on
connaît les enjeux, les réalités, mais on doit davantage, aussi, être plus...
d'aller consulter nos femmes qui utilisent les services de santé et des
services sociaux aussi également.
Donc, dans ma tournée, j'ai entendu...
d'ailleurs, j'ai fait mon rapport de l'année passée, de ma tournée... ce que
j'ai entendu, c'est les préoccupations des femmes à l'égard... au niveau de la
protection des enfants, les soins de santé,
la langue. Donc, c'est toutes des choses comme ça. Donc, je m'apprête à faire
la deuxième tournée, j'en ai déjà fait une, tout récemment, et ce qui
est revenu, c'est effectivement des témoignages en matière de services de santé
qu'ils reçoivent.
M. Morin : Merci. Donc, je
comprends, finalement, que, le réflexe, le gouvernement ne l'a pas. Alors là,
vous êtes très, très claire là-dessus : le gouvernement est là, il devrait
entendre. On espère que le réflexe va se développer, mais évidemment, dans un domaine
aussi important, quand on parle de sécurisation, pour arriver à une sécurité,
bien, évidemment, la concertation, la collaboration, l'écoute, le partage en
amont m'apparaît essentiel. Je vous remercie.
J'ai
une autre question, et c'est en lien avec vos états généraux. Vous demandez,
dans vos recommandations, d'attendre, qu'il y ait un délai pour que le
législateur puisse bénéficier de l'apport, évidemment, de ces témoignages, de
ces faits vécus de femmes, et puis de situations que vous allez avoir lors des
états généraux. Si j'ai bien compris, M. le
ministre veut agir assez rapidement, parce qu'il faisait référence, à la
page 7, à des situations, dont une que vous nous avez partagée sur la
façon dont une aînée a été traitée, ce qui, quant à moi, est tout à fait
terrible. Non seulement cette femme-là a souffert davantage, mais en
plus elle a été hospitalisée plus longtemps.
Moi, je vous pose la
question suivante : Si on est pressé d'agir pour empêcher ça et pour
éliminer le racisme systémique, est-ce qu'on ne devrait pas être pressé
d'inclure, dans le projet de loi, le Principe de Joyce et que ce sera un bon
début, ce que le gouvernement ne fait pas? Puis j'aimerais vous entendre
là-dessus.
Mme Étienne
(Marjolaine) : Parfois, se presser, ce n'est peut-être pas la bonne
solution, parce qu'on risque d'oublier certaines choses, on risque d'oublier
des familles, des familles, des femmes autochtones. Le risque est là. Le risque
de se presser est trop grand. C'est majeur. Moi, je trouve qu'effectivement le
fait de pouvoir travailler sur les vraies choses, comme je le disais tantôt,
sur la reconnaissance de la discrimination, du racisme systémique, c'est
justement un enjeu que, depuis un bout... que Femmes autochtones du Québec
travaille, à faire entendre nos voix, la voix des femmes des Premières Nations
à travers le Québec, mais aussi d'adopter le plus rapidement, hein, que je dis,
rapidement le Principe de Joyce avant de s'empresser de faire un projet de loi.
Je pense qu'en travaillant sur ces deux choses-là, ces deux enjeux-là, on est
en... Je pense qu'en... on est sur la route de travailler sur quelque chose qui
va ressembler à... aux femmes et aux familles des Premières Nations, puis d'un
projet de loi qui va être commun, qui va être travaillé entre nous puis que...
Je trouve que c'est une partie gagnant-gagnant, hein, de travailler sur quelque
chose, parce que je trouve qu'effectivement... qu'il faut que les situations, à
ce moment-ci, qu'on connait... Je vais en entendre encore puis je pense que le ministre
va en entendre aussi, probablement, dans le cadre de sa tournée, mais entendre,
c'est une chose, mais agir sur les vraies affaires, c'est encore plus meilleur.
• (18 h 20) •
M. Morin :
Je suis d'accord avec vous. Donc,
évidemment, si on incluait le Principe
de Joyce pour travailler, pour
éliminer le racisme systémique dans le projet de loi, non pas dans son
préambule, c'est quelque chose avec lequel vous seriez d'accord?
Mme Étienne
(Marjolaine) : Je serais d'accord d'inclure le Principe de Joyce,
d'inclure sur... de travailler sur la reconnaissance du racisme, de la
discrimination systémique.
M. Morin :
D'accord. Je vous remercie. À l'article 2 du projet de loi, parce que
j'aimerais avoir votre expertise, si vous pouvez la partager avec nous, on
parle de publier des pratiques sécurisantes et puis que le ministre va diffuser
ces pratiques-là. Évidemment, ça fait appel à de la transparence, c'est bien,
sauf qu'il n'y a rien qui indique qu'on va devoir mettre en place des
indicateurs pour nous donner si les gens se sentent plus en sécurité ou pas. Quand on lit l'article 2, ça a l'air
d'une liste qu'on va publier. Bien, en soi, ce n'est pas une mauvaise chose,
des gens peuvent s'inspirer des bonnes pratiques d'autres institutions,
mais on dirait qu'il n'y a pas de véritable rendre compte, il n'y a pas
d'évaluation puis il n'y a pas de travail avec les peuples autochtones pour
évaluer des critères qui vont faire en sorte qu'ils vont être plus en sécurité.
Est-ce que vous avez la même lecture que moi? Puis est-ce que c'est quelque
chose qui devrait être ajouté au projet de loi?
Mme Étienne
(Marjolaine) : J'en fais une même lecture, mais la grande question à
se poser : Qu'est-ce que c'est, d'être en sécurité, comme femmes, femmes
autochtones, qui sont les... celles qui vont chercher les services pour avoir
des soins pour elles dans des milieux où est-ce que, bon, on dit sécurisants,
soi-disant sécurisants? Puis qu'en bout de ligne la sécurisation culturelle,
c'est un peu le même terme de développement durable, où est-ce qu'on sait, mais
on ne le sait pas que c'est que ça veut dire.
Moi, je trouve
qu'effectivement le fait de travailler sur la sécurisation culturelle, ça ne se
fait pas en solo, là, ça se fait avec nous, sur cette grande notion là qui va
déterminer, effectivement, un aspect sécurisant, mais l'aspect sécurisant... Tu
sais, c'est dans le sens que je rentre dans un milieu, je me sens en sécurité
parce que, probablement, il y a des choses
qui me ressemblent, comme femme autochtone, il y a des «dream catchers», il y a
des... Mais le bobo, il n'est pas là, il est dans les soins de clients,
clientes, interventions médicales et clientes.
Je pense que je n'ai
pas besoin de nommer des faits. Déjà, on a eu un fait. Déjà, ça va faire trois
ans pour Mme Joyce Echaquan, son décès. Est-ce que c'était un milieu
sécurisant? Est-ce que le fait de pouvoir faire en sorte d'avoir des soins par
rapport... Comme tout... Des droits d'accès à des soins, comme... Je pense que
c'est important aussi également que les femmes des Premières Nations soient
sécurisées, mais ce n'est pas là, il faut travailler en amont sur les
politiques coloniales des hôpitaux, et tout le reste. Il faut peut-être les revisiter,
le mettre à jour.
M. Morin :
Et le Principe de Joyce va aider à ça, évidemment?
Mme Étienne
(Marjolaine) : Le Principe à Joyce va aider à ça, puis ça va aider,
effectivement, là, à... au niveau... sur l'enjeu sur le racisme, la discrimination
systémique.
M. Morin :
Merci beaucoup, madame.
Le Président (M.
Bachand) : ...M. le député de Jean-Lesage.
M. Zanetti : Merci,
M. le Président. Merci beaucoup. J'ai l'impression que les obstacles auxquels
font face les nations autochtones pour obtenir la sécurisation culturelle puis
le Principe de Joyce, et tout ça, la reconnaissance du racisme systémique, les
racines de ces obstacles-là, c'est le système politique colonial, dans lequel
on est, qui nie la souveraineté des peuples autochtones, finalement. Vous me
direz si vous partagez cette lecture-là.
Bon. C'est un gros problème, là, il faudrait
changer le système au complet. Moi, je veux bien faire ça, tu sais. À un moment donné, on va le faire, mais là, en ce
moment, bon, il y a un gouvernement qui n'est pas sur cette voie-là. Puis
là il dit... bon, il fait un projet de loi comme ça, en faisant une
consultation très imparfaite, hein? Puis ça, vous l'avez bien dit, et vous
n'êtes pas les seuls. Comment ça pourrait se faire? Comment est-ce qu'on
pourrait imaginer... Parce que... puis je fais référence à votre recommandation
n° 1, là, reporter, suspendre l'étude du projet de loi à après les
consultations, les états généraux que vous ferez l'année prochaine. Comment ça
pourrait se faire, recommencer à zéro, là, le PL n° 32 et puis coécrire
ça? Comment ça pourrait se faire, la coécriture d'un projet de loi comme ça?
Mme Étienne (Marjolaine) : Je
vous dirais qu'avant même de procéder à coécrire un projet de loi je verrais,
effectivement, en amont de toutes les recommandations qui ont été ressorties
dans... même dans la commission Viens... Il y en a, là, tu sais, c'est bien, là,
c'est correct, déjà là, en amont, une fois que les recommandations sont
sorties, je pense que ce qui aurait été bien, c'est de former un genre de
commission, de comité qui pourrait dégager, OK... puis là j'inclus les femmes
autochtones, là, je parle pour mon organisation également, mais je n'oublie
pas, là, les familles autochtones non plus puis je n'oublie pas les autres
communautés autochtones, bien au contraire.
C'est qu'on aurait pu effectivement participer à
une table où est-ce qu'on aurait pu dégager un plan à court, moyen, long terme. Déjà là, on aurait pu,
effectivement, probablement, travailler sur des choses, mais il reste que,
quand même, quand on voit la continuité, la ligne de temps, hein, c'est
que, tout de suite, on s'est dit, sur deux promesses de ministres, de travailler sur la sécurisation culturelle. Est-ce que
c'était la bonne recommandation à travailler? Est-ce que c'était la
bonne recommandation, de travailler sur la sécurisation culturelle pour
produire un projet de loi? Et pourquoi ça n'aurait pas été la recommandation
n° 2 au lieu de celle de la sécurisation culturelle? C'est ça aussi. Et
puis comment on implique les communautés autochtones là-dedans? Comment on
implique aussi les femmes et les filles dans ça, considérant qu'elles sont,
elles aussi, les utilisatrices, les principales utilisatrices? Puis je ne vais
pas... je ne veux pas qu'on me fasse de l'interprétation, il y a aussi des
hommes qui vont chercher des services aussi également, mais, la plupart du
temps, les femmes sont aussi en première ligne.
Comment? Bien, moi, je pense effectivement dans
tout ça... Comme je disais tantôt, dans toute bonne initiative, toute bonne
idée de projet qui touche des peuples comme les peuples autochtones, les femmes
autochtones, c'est : on s'assoit, on s'en parle, on en discute et puis on
travaille ensemble. C'est ça.
Le Président (M.
Bachand) : OK. Sur ce...
Mme Étienne (Marjolaine) : Moi,
je pense, c'est ce que je verrais.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Sur ce, merci
beaucoup d'avoir participé aux travaux de la commission. C'est très apprécié.
Alors, on va
suspendre quelques instants. Je vous rappelle que le prochain groupe, ça va
être en visioconférence avec interprétation simultanée. Merci. À tantôt.
(Suspension de la séance à 18 h 27)
(Reprise à 18 h 32)
Le
Président (M. Bachand) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Merci
beaucoup. La commission reprend ses travaux. Alors, il nous fait plaisir
d'accueillir les représentantes du conseil des Mohawks de Kahnawake.
Alors, mesdames, merci beaucoup d'être ici, en
espérant que la traduction simultanée va continuer à bien fonctionner. Alors, on est très contents de vous
avoir avec nous. Alors, vous connaissez les règles, donc 10 minutes de
présentation, et, après ça, on aura un échange avec les membres de la
commission. Donc, la parole est à vous. Je vous invite d'abord à vous
présenter individuellement. Merci.
Conseil
mohawk de Kahnawake
Mme Diabo
(Valerie) : «Kwe». My name is Valerie Diabo.
I'm the executive director of Kateri Memorial Hospital here, in Kahnawake. I'm part of the Turtle Clan.
«Nia:wen» for having us.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : Hi. My
name is Mendy Sananikone. I'm the associate executive
director under Valerie Diabo in Kahnawake.
Le Président (M.
Bachand) : You can start now, yes. OK.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : Thank you.
Mme Diabo (Valerie) : Alright. So, we'd like to start offwith we feel
that Bill 32 is incomplete. It has created more of prejudism. It lacks consultation with
Indigenous communities to define what culture safety is for us. This bill
was created for us, not with us. It shows lack of partnership.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : Again,
too many times the community has been told what to do and how to do things.
This bill shows again that the Administry has defined what cultural safety is
for the Indigenous people without getting their real
input. Starting with the first point, it really lacks substance. The poor
wording does not concretize any meaningful
actions that will support health for the Indigenous community. Starting with
the first point, where you say that each «institution must adopt safe
[practice in] considering [...] values and cultural and historical realities of
Indigenous [people]», the word «consideration» is not enough.
Mme Diabo (Valerie) : And, for us, if you want to look at the historical realities of Indigenous
communities, it has to start at the education level, it has to start bringing
our culture back into the education system, starting from the elementary
schools to the high schools, to the CEGEPs, so everybody is aware of the... our
cultural realities. And so, when they do get into the healthcare field, they're
already aware of our historical realities.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : You've also talked about promoting
partnership in an effective communication with Indigenous people. It has to be
beyond just communication. This bill should reflect a real partnership that
will sustain in time.
Mme Diabo (Valerie) : And our reality right now is, you know, we
have a partnership with the CISSSMO and we have a good partnership with them.
And there's a lot of consultation that happens. They develop projects. And
again, that's one of our issues, is that they submit projects on behalf of our
community, which was not right. You know, if they're going to summit a project, they should be consulting us. Just like this
bill, there has to be some consultation with us, as Indigenous communities.
And also, our relationship has
improved with the CISSSMO. Now, they consult with us, they get our realities of
what our challenges are, and we create a plan together. So, that's one of an
example where we've had bumps on the road, but we were able to get through, and
they now consult with us. So, an example is : they consulted with us what
is our issues, and speech pathology for children was one. And, in the CISSSMO, in
the Montérégie, they just have
it for French. So, we were able to work with them, with Montreal Children's and
create a corridor of service for our children to get the speech pathology
interventions that they needed.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : Another way that lacks a lot of
substance is that you talk about being welcoming and inclusive for the
Indigenous people. However, the Act respecting health and social services
already talks about that. So, it needs even more to support what meaningful change
should be.
You also talk about «adapting,
where possible, health services» should be. The «where possible» does not... is not enough again. It weakens the whole purpose
of this bill, where our CISSS's and CIUSSS's can just say it wasn't
possible and sustain... and maintain the status quo but still answer to the
requirement you've asked.
Mme Diabo (Valerie) : So, in this bill, it speaks to the youth and mental health, but it
is far more than this. We need to expand to other... to include other healthcare
professionals, and the bill needs to... it lacks measures to support holistic
care for First Nation communities.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : So, again, in your point 3, the
amendment should reflect the reality of the frontline challenges that seems
really misunderstood in this point and should be beyond what it states, which
is mental health and youth services.
Mme Diabo (Valerie) :
So, when we talk about culture barriers
for providing holistic care within First Nation
communities, Indigenous communities, you know, the needs are completely
different. You know, there is different points in our lives that we need
to do ceremonies. An example is when a child is born. You know, the birth of
the child has to be complete silence, so the child only hears the language that
they need to be spoken to, whether it's kanien'kéha or Cree language. That's
the first language that they need to hear.
So, taking consideration into
all these traditional... and ceremonies that need to be done, we need to look
at that as a holistic approach, and we feel this bill lacks that... looking at
us from a holistic point of view within our cultural needs.
So, an example is, just last
week, we had a family that was being treated in an acute care hospital outside
the community and was end-of-life care. In our community, in our culture, you
know, we all support families. So, it's... we end up with a lot of people going
to support the families. And again, they were confronted, security was... had
to intervene, and they didn't get the care
that they needed for the end-of-life care to provide that holistic approach for
that individual that was in end-of-life care.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) :
So,
speaking to that, this bill really feels like a checkbox into saying :
We're doing this, but not thinking it through. Even on the behalf of reporting
within the fiscal year, where is the concrete accountability of all the
healthcare professionals there of the network? You say that they have to report
all the ongoing improvement into a list, but how are you
going to evaluate the impact without the Indigenous people? You are going to
list them off, and then what? Celebrate the «bons coups», as we said, without
real positive results on the Indigenous community?
Mme
Diabo (Valerie) :
And this is where we feel partnership is so important. You know, you
need to have... you need to meet with First Nation, Indigenous communities to
see our realities, and to be part of the implementation and the evaluation
process for our communities, for...
You
know, an example is, you know, an evaluation piece, you know, did they allow
our traditional ceremonies to happen? Did
they allow the person to go through the process that they needed to do? That's
an evaluation piece, which again, if there is partnership and we are included
in this bill, we could help you to get those indicators to make sure that it's being implemented. So,
consultation with First Nation and communities is very important to obtain
their reality or their challenges.
And
again, you know, looking at Joyce's Principle, it's mentioned in the bill, but
how can you make it real, that it really happens, that all these principles are
met?
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) :
But
again, this bill has been... seemed to be developed without assessing the real needs since there is really a
lack of consultation with the real Indigenous people or health authorities
that are... spoke up on behalf of the Indigenous people. So, too many times
have been... they told again what was good
for them, and, this time, it has to change. This bill will not answer or
correct any root cause of the discrimination or challenges that were
historically embedded in the healthcare network. We fear that this bill will be
used as a crutch that has no value added, no real impact on the health of our
Indigenous community in any meaningful ways. Therefore,
we urge you to not miss out on this opportunity to create a real partnership
with Indigenous health authorities, and have this bill modified, changed
to create this partnership that is really needed, and create that meaningful
change that we've spoken about for the Indigenous community.
• (18 h 40) •
Mme
Diabo (Valerie) :
It's already hard to navigate the system and imagine trying to do it
with all these barriers put in place.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) :
Before
we end, there are so much more we would want to say, hence why this consultation should not just be 10 minutes in this panel.
It is absolutely crucial that we create something more meaningful to
create that change.
Mme
Diabo (Valerie) :
Thank you. «Nia:wen».
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup pour votre présentation. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Lafrenière :
Thank you. «Nia:wen kowa». Hello. «Shé:kon». Very
happy to see you today. Unfortunately, it's from a
distance, but extremely happy that we can have you with us today.
First
of all, I want to thank you for your brief, because you mentioned it's only 10
minutes of discussion, but it's way more than that because the brief talks by
itself. It's going to be extremely helpful for us.
That
have been said, if... I just want to correct a perception. First of all, I just
want to be loud and clear about it, we had no... we got no intention whatsoever
to impose or dictate how to do things for Indigenous. The purpose of the bill
for itself is to impose ourselves, as a Government, some requirements, some obligations. So, I understand the
perception, and that's the reason why I want to clarify that. The purpose of
that bill is, first of all, to answer the Viens Commission call to actions.
There are three important for
us. And it's one step ahead. It's not perfect, believe me, it's not perfect at
all.
We've
been consulting... We've been consulting today, we'll be consulting tomorrow,
we did some consultations before that. It's
not perfect. We've tried something different because normally, at the National Assembly, we don't do things like that. It's only
that... I'll call that the formal briefing like we do, we don't do
preconsultations. We did consult 13 groups,
including the AFNQL health authority, for about 90 minutes to get their
feedback, to help us out to propose a
bill that we're proposing today. And, believe me, having your brief, having
your presentation is going
to help us out. And that's why
I've got some pretty important
questions for you.
First
of all, I heard your openness. I want to thank it. What should be the
indicators for us to establish, to evaluate whether or not what was put in
place answer the needs? I think that's... Again, your proposition, it's
well-accepted. I want to hear about it.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : So, thank you, Mr. Lafrenière.
First of all, I agree with you that it is,
and apologies, in the most diplomatic way, not perfect. And our fear is that it
may become misunderstood by our partners, such as the CISSS's and
CIUSSS's, where the information will trickle down into the frontline team and
be so misunderstood that they will not implement something that will impact the
change. Again, it's like an accreditation standard where you check a box, and
then you say you've done what has been told. But how do you evaluate that it
will give something back in a positive result for the Indigenous people?
And, at this specific moment, I
believe that this question
should be answered by each Indigenous community. They have similar needs, but, considering the location, considering
their vulnerability, it will change from one community to another. So, for us
to speak on behalf of all communities would not necessarily be the right thing
to answer.
So, again, it speaks on the fact that we should and you
should partner with those Indigenous health authorities
or health services that are already in place to know what are their needs, so
you can develop those indicators specifically
to evaluate : Does the improvement has a point? Has it been improving the
health? And how do you measure health? Your definition of health may not
be the same definition of health as the Indigenous people.
M. Lafrenière : You're right, and that's totally the reason why I don't believe in
the wall-to-wall approach, because it's so
different from one community to the other. And you've been referring that,
specifically in your community, you didn't have to wait until a bill to
do some improvement. And I want to say I'm extremely happy to hear this.
That have been said, that's why
we include local partnership, because we believe that it should be established,
the community and the CISSS, the CIUSSS, together, because, again, this is
different realities.
You're referring also, I think
it's in the first recommendation of your brief, that the bill doesn't use strong words. We're using
«history» and «culture», we're using «partnership», the importance of hiring
Indigenous people, the training, «women» and «girls». And we had that
discussion, a bit earlier, about whether or not we should keep «girls», or «family», or «kids». Again, we do have
some different recommendations. So, these words were chosen because it means something. But I want to hear you about it. If you got
other recommendations, we're
more than happy.
And again, what we're doing
now, it's... Consultation is the perfect timing to get that feedback. And, if
we need to do bilateral, we'll be more happy to do so.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : So, to tie in on the strong wording,
I think I can tie in another recommendation that was put into the «mémoire», is that there's no actionable
words, there's no concrete action that will
bring that change. A lot of these are very general. A lot of these are like...
are... sorry for the... I'll switch to French, is like a «parapluie» of everything that you would like to do but has no
real meaning. It says : I want to do good in the world, but how
will you do good in the world? How will you put those into something
actionable? That's where the powerful wording has not...
You talk here, and we've said
it in our speech, where you talk «consideration». Considering something would not be enough. You need to partner. You need
to make, create that relation. You have to maintain that relation. Because, let's be honest, just like we've learned
in... and in the healthcare network, improvement, it is in a continuous
process, it's a continuous process that will continue to change within... the
years, so it cannot just be done in a one point
in time. Therefore, it has to reflect that continuous change, but in a more
strengthening way. So, if you create that relationship with them, they
will tell you what they need.
M. Lafrenière :
And that's the reason why it's a one
step forward, it's... We don't believe that we're going to solve everything
with that bill, to be honest with you. We're just doing one step forward and
putting back just what you said about the
importance of establishing whether or not it answers the requirement of the
local community. That's why we want to leave that open for a local
partnership, not to dictate one way to see everything.
That have been said, just
before, my colleague will ask you a question about it, that's the reason why...
that's the purpose of putting all those actions on a website. First of all, I
want people to know about it so that you can see, and as First Nation, you can
comment about it. And I'm quite sure the Protecteur du
citoyen will look into it also, to see whether or not those changes, requirements
were met. But the purpose of that, it's also to inspire different groups,
so it could be a different CISSS, CIUSSS
that could see what happened in Kahnawake, for an example, and they could decide to
implement the same thing.
So, that's... I'm just trying
to explain why it was proposed like that. I strongly believe that there should
be some corrective measures. We need to see
what was... them, but also to... I'm a positive man, so I believe that's... when
people will see positive things, they could recreate that. So, that's the
purpose of it.
Mme Diabo (Valerie) :
And I think that's why it's important to have partnerships, right? Like
we said, we explained our partnership with the CISSSMO. You know, there are success stories that are
out there that need to be shared, you know.
But
I agree, you know, like «consideration», for me, and I
agree, like it's not strong enough, a consideration, like that word needs to be stronger.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : And, if I may add, you just brought
a good point, I think you can also offer support to our partners, because right now, as we said, we do have a
partnership with the CISSS—Montérégie-Ouest,
and the reality is that, even in their reality, when they're trying to help us,
there are barriers for them to create that change with us. So, if you're able
to support our partners on our behalf, even better. The change will not just be on our end, it will be on their
end. So, if they're not supported in that change, again, this bill will just be
a checkbox.
Le Président (M. Bachand) : M. le
député de Joliette, s'il vous plaît.
M. St-Louis : Merci, M. le
Président.
Good evening. Thanks for being here,
thanks for sharing. You talked about best practices earlier. Could you be more specific, tell us a little bit more about those practices?
• (18 h 50) •
Mme Sananikone-Thavonekham (Mendy) : Absolutely. I'll
let my executive director speak more, but I'll just introduce the subject. So,
we've created a very strong bond with our CISSS—Montérégie-Ouest, which is the shared territory CISSS that we have
with... with us, actually, and
they have created a position called navigator. Their navigator has worked
within the community, so it's being paid on their behalf, from the CISSS—Montérégie-Ouest, to work within the community of all the healthcare
services that we offer to assess all the obstacles the community has, how to
link all the right partners within her organization of the CISSS—Montérégie-Ouest with our organization here, in Kahnawake. She creates these spaces and
instances to make sure that we have actionable plans or an action plan to
tackle all the obstacles that are... were identified in the first point. So,
that, for us, that partnership had created something meaningful for the
community, and we are at a point where we're actually assessing if there is an
impact, with the consulting firm, to see that that partnership has created
within the last years, few years.
Mme
Diabo (Valerie) : So, some of the examples
that we worked with her was to navigate... you know, everybody in short, long-term-care beds, same thing with us within
our community, so how can she... She helped us navigate the system to say where
we could go place our community members that need long-term care for a short
period until we have a vacant bed. So, she was able to help us navigate the
system to get better outcomes for our community members.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) :
On
top of having the navigator from the CISSSMO, they are in the process of trying
to figure out an «agent de liaison» that will be someone from the community
that understand our services to be on the end of the CISSSMO. So, whether we...
whenever there is someone from the community using acute care, tertiary care
from the... our CISSS partners that do not... is not offered in the community,
there will be someone accompanying them to
make sure that they understand the system, they navigate the system well, that
there is few of those barriers that are not there. Well, these are the
kind of changes.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre. Merci.
M.
Lafrenière :
...I
just want to jump on what you said about navigators, and this is a very good
example. We were talking about that this morning, the reference of Joliette,
where they put in place a cultural safety agent, I get to correct myself,
because I was corrected this morning, it's not navigator, it's a cultural
safety agent. And the reason why I want to talk about it is because, at page 8,
you are mentioning the importance of doing comments, suggestions or, you know, doing complaints about service. And I heard,
during my presence, my tour in the province, that, for Indigenous, it's not common
to press... you know, to do a complaint by writing. It's... Most of the time,
it's verbally. And that's the reason why I
strongly believe in having navigators that could understand the language, the
culture...
And
sometimes, it's more appropriate to get, let's say, more possibilities to talk
to someone. In Joliette, for example, as you
might know, the assistant of the... the person in charge of the CIUSSS, he is a
member of the Attikamek Nation. He is
receiving complaints. You got a member from the board, «conseil
d'administration», which is a member from the Attikamek Committee as
well. You got the «brancardiers», you got navigators, you got liaison officers.
So, this is all different possibilities
where someone could address, you know, an issue, a problem. Because it's not a
tendency to call up a number, to call
up an ombudsman, to fill up, you know, a form. It's more verbally. Is it the
same way that you perceive it?
Mme
Diabo (Valerie) :
It's the same way within our community and actually to the point
where, like, our doctors right now are doing
the advocate for our community members. You know, they don't like to make
complaints, they don't verbalise it, but we are trying to get them to
verbalise it. And, the majority of time, they will do it with their physicians,
to say that, you know, they didn't get a call back on this or they were treated
wrong. You know, we've had... you know, because other bills are playing into
effects, right? So, we had one community member who went to see her oncologist and
refused to speak to her in English, you know. So, we're hitting all those
challenges, you know, and that makes it more
difficult. And so, a lot of times... well, recently, you know, our physicians
have been the advocate and making formal complaints to the organisations
that this is happening.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) :
I
think all the points that you are bringing up are all great suggestions and
points that should reflect in the bill, actually. Like everything you've said
so far seems very concrete. That should be reflected in how you want to promote
and bring this purpose to life. Even linking all the quality teams from the
CISSS's and CIUSSS's with our quality teams within the communities should be
something that could be considered as well, as they already work with
continuous quality improvement indicators, they know how to identify gaps, or obstacles, or challenges, they know exactly how
to develop an action plan, it says the risk within the organization. So, these are the parties that
should be maybe concretized within the bill to make sure that we sustain
that link, we sustain that accountability for the community.
M.
Lafrenière :
And
that's...
Le
Président (M. Bachand) : Two minutes left.
M. Lafrenière : ...that's the reason why I was hoping to put that on a website, to
create two things, like I mentioned earlier. Because, first of all, you, as a
member of a committee, when you're meeting a partner, you can put pressure on them, saying : You know what? We've
been looking at the website and we just figured out that you're not doing that
much, there should be more. At the opposite, talking about the example of
Joliette, which I love, it could create, you
know, a movement, and people can inspire themselves about good practices. And
this is the purpose at the end of the day. Like you said, sometimes,
yes, it's to be corrective, and sometimes it's also to help them out, to
provide them some guidance and some help, because it's not easy.
Just before we finish, because
I'm running out of time, I heard, I want to take that opportunity also to thank
you because we got a doctor from your
committee working on Bill 79. As you know, Bill 79 was put in place two years
ago to help out families to find out what happened to their kids. And we do
have a doctor from Kahnawake
present, helping us out understanding the medical report. And, believe me, this
is not easy, to understand medical reports, especially a medical report from
the 70s, for example. So, I just want to say this a perfect example where, when
we presented the bill, people were not too happy about it, but now we're seeing
result. And this is completely obligation on our side. So, again, «nia:wen,
nia:wen kowa». Thank you so much.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre.
M. le député d'Acadie. Et je vous rappelle qu'on est revenus au temps normal,
donc vous avez 12 min 23 s.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Est-ce que vous avez la traduction simultanée de votre côté si je
vous parle en français? Oui? Ça fonctionne? Est-ce que vous m'entendez?
Le Président (M.
Bachand) : Ça fonctionne?
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) :
Are
you talking to us?
M. Morin : Oui, c'est ça, oui.
On essaie de...
Des voix : Yes, yes.
M. Morin : On essaie de voir...
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) :
Sorry.
Oui, oui, on vous
entend.
M. Morin : Alors, si je vous
parle en français, vous entendez avec la traduction? Très bien. Je vous remercie.
Ma première question est la suivante. Je
comprends qu'il n'y a pas eu de processus de consultation avec votre communauté
avant le dépôt du projet de loi. C'est exact?
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : Exact.
Mme Diabo (Valerie) : That's correct.
M. Morin : Donc, au fond, c'est
un projet de loi du gouvernement sur la sécurisation culturelle pour vous sans
vous?
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) :
Exact.
M. Morin :
D'accord. Je vous remercie pour
cette précision.
J'ai lu attentivement votre mémoire et
j'aimerais qu'on puisse discuter de votre recommandation n° 6
sur le Principe de Joyce, parce que le projet de loi ne l'inclut pas, et je
pense que c'est important qu'on en parle parce qu'il me semble, et je vous le
soumets, que la sécurisation culturelle commence par la reconnaissance de ce
principe dans le projet de loi. Êtes-vous d'accord avec moi?
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : Tout à fait.
Mme Diabo (Valerie) : Yes.
M. Morin : Et donc...
Mme Diabo (Valerie) :
Very much so.
M. Morin : Merci.
Alors, est-ce que le gouvernement fait fausse route en ne l'incluant pas dans
le projet de loi?
Mme Diabo (Valerie) : Yes.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : Il en fait mention, mais pas assez en détail.
Mme Diabo (Valerie) :
It mentions it, but that's it.
M. Morin :
Que c'est... En fait, c'est mentionné dans le préambule, qui sert à
interpréter la loi, mais ce n'est pas dans
la loi. Et je comprends que, les communautés autochtones, chez vous, il y a un
consensus quant aux éléments du Principe de Joyce. Donc, ça aiderait
tout le monde si c'était dans le projet de loi.
• (19 heures)
•
Mme Diabo
(Valerie) :
Yes,
I agree.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) :
I
also think, though, that... and your point is that you were talking about
consolidating and talking to other communities member that, like us, was not
necessarily part of this consultation, maybe to be discussed of an Indigenous
health authority figure just like the one created in B.C. for First Nation
health authority, maybe that's another way of thinking on how to facilitate
that consultation with all the communities out there, in the Québec territory, should there be another
organization created to be able to discuss the element and represent the needs
of each of those community to the forefront.
M. Morin :
Parfait. Je vous remercie. Et, ça, évidemment, c'est absent présentement,
mais ça aiderait pour la sécurisation culturelle.
Mme Diabo (Valerie) : But, in Kahnawake, we do have our... it's called
Onkwata'karitáhtshera, and it is one that looks at the health and social. So,
if there was any consultation that would be done, it would be through the
Onkwata'karitáhtshera Committee, and that's where the health and social... So,
our health director is there, our ED's and
different organizations are there. So, we would be the body that would be
consulted if anything needs to be changed. So, that's an avenue
for you, guys, for Kahnawake.
M. Morin :
Absolument. Et donc, au fond, c'est une invitation que vous faites au
gouvernement d'entrer en dialogue avec vous pour que le projet de loi reflète
votre réalité.
Mme Diabo (Valerie) : Yes.
That would be much appreciated.
M. Morin :
Parfait.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) :
It's
a great opportunity to create that communication link, to understand what
already exists within the communities, and how can we really work from there,
and...
Mme
Diabo (Valerie) :
And then a partnership, in a consultation way, and supporting each
other.
M. Morin :
Parfait. Merci, merci beaucoup.
Quand on regarde votre recommandation n° 8, vous faites référence à
l'article 3 du projet de loi, et il est écrit, dans votre mémoire :
«The scope of section 3 should be expanded to provide appropriate exemptions
for all professions which contribute to service delivery in health and social
services.» Est-ce que vous pouvez nous en dire davantage? Quand vous
dites : «should be expanded to appropriate exemptions», là, qu'est-ce que
vous avez en tête? Parce que vous parliez, tantôt, de solutions concrètes, et,
pour le législateur, ça pourrait être une
façon d'améliorer le projet de loi. Donc, avez-vous des exemples concrets que
vous pouvez nous donner qu'on pourrait éventuellement inclure ou, en fait,
suggérer au gouvernement d'inclure dans le projet de loi?
Mme Sananikone-Thavonekham (Mendy) :
So, you've mentioned here about youth
protection. When a youth is being taken from their home to be placed in a home,
it needs to be assessed. Let's say it doesn't have the best nutrition. A
nutritionist should be able to do that type of assessment within the community,
within the realms of their needs, and their indicators of the cultural safety.
That's one type of example. There's many, many mores. I can give you... Do you
want to talk about that?
Mme
Diabo (Valerie) :
Go ahead...
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) :
Another
point is speech pathology, but we've talked about this one already. As you
know, in terms of speech pathology, the ones that speak English are absolutely
rare. The ones on our territory are all Francophones. Therefore, there was
absolutely no corridor of service that was facilitated for us.
Another
story that we can tell you is that we had a youth situation where it was a
crisis, where it was a suicide attempt, and, instead of going through a direct
corridor of service with our English partners, we were sent back and forth to
the GASMJ, so the «guichet d'accès de santé mentale pour enfants», to be
sent... because of administrative processes, to be rejected, and told us that:
No, we do not offer that service of «pédopsychiatrie» in the CISSS—Montérégie-Ouest, Centre or Est, therefore, we will send you to our
partner. That created a delay of service for that child that needed support of
«pédopsychiatrie». This could have a been a sentinel event and it could have
been avoided immediately. Those are the kind of challenges that the community
faces on a daily.
Another example that I can give
you that can be not necessarily on professional codes, but we have what we call
the CRDS, which is a «centre de distribution de services». Therefore, our
physicians here will have, because, again, of policies
and procedures, to send their demand and their request through that centre, the
CRDS. That CRDS, then, will find how and
where to dispatch the service, according to your territory. However, they will
call the community members only in French. The community members do not
understand French. So, they will pick up the phone, hear someone speak French
and will not understand or will just hang up and say : This was not for
us. So, they will wait a very long time and never get served or never receive
the service because the service was only offered in French.
Mme
Diabo (Valerie) :
And they only will get that notification when their physician knows
the one... the CRDS phones the physician and says : Oh! We tried to get in
touched with your client, and no luck. So, again, it's another delay of treatment
to see a specialist.
M. Morin :
Avez-vous des suggestions? Parce qu'évidemment, si la personne ne comprend
pas la langue, elle ne peut pas répondre, elle risque de rater un rendez-vous
ou de manquer un rendez-vous. Alors, avez-vous des recommandations concrètes
pour que cela ne se reproduise pas?
Mme Sananikone-Thavonekham (Mendy) :
Absolutely. This recommendation will
not be... should not be limited to what I'm going to suggest. I'm sure there
will be more that can be expressed by other professionals out there. And I would say that even my colleagues at
the CISSS's and CIUSSS's would be
able to offer some suggestions as well. One of them would be if we can
have a liaison that could, in advance, help us create those links for any types
of «rendez-vous», appointments,
for the community member, and then they can prepare either, in advance, again,
to someone to accompany them to facilitate the translation, to have someone who
will be understanding the system and can explain it to the community members,
someone who can express themselves in the language if it needs to be. So, just
that type pf preparation for the community members into a tertiary service
would be valuable.
Mme
Diabo (Valerie) : And again, like, you know,
we referenced earlier how our community is very verbal. So, like, if they have
someone to go with them, they're going to be able to access the services. But
again, when they hear a French message, they think it's a scam. They don't
understand it, so they just ignore it.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : And we even have...
M. Morin :
Merci. J'ai une question. Tout à
l'heure, vous avez parlé, entre autres, de la présence, par exemple, de
diététistes sur... qui pourraient travailler avec la communauté. Si ma compréhension
est bonne, présentement, pour avoir accès à une diététiste, il faut
avoir une ordonnance médicale. Et donc est-ce que vous pensez avoir accès à une
diététiste directement qui pourrait
travailler au sein de la communauté, qui consulterait les gens sans référence
médicale, ce qui n'est pas le cas présentement, ou si vous voulez
fonctionner avec le système tel qu'il est aujourd'hui, puis donc vous allez
voir un médecin, il vous réfère à une diététiste, puis, après ça, vous avez des
soins?
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : Actually, it's not as simple as
that. And, fun fact, the president of the order of the nutrition is actually
someone who has worked 10 years in the community, so it's not a service that we lack. Where, as we're saying, we should amend
and expand it to other professions is that, in this... shortage, sorry, of professionals that we have already, creating
barriers to those professions, to be able to work within the communities is a
problem. These are the types of obstacles that some professionals will face if
they want to come and work within the community.
So, we would like that to be facilitated for them to be able to come and serve
community members either within the organization
or outside of the organization.
Mme
Diabo (Valerie) : Because some of the orders
of professionals do have exemptions for professionals to come work in a First Nation community. But again,
the way it's worded in the the order of nurses is it's based on a remote
community, so they have to live in the community and they only service that
community to be exempted from the French language.
But
again, our situation is
different. You know, we're close to Montréal, we're close to Châteauguay, so people don't have to live in
our community. And I'm not just... you know, it's different orders. Social
workers is in the same boat. So, why can't we adapt the bill, adapt to
us to say : OK, yes, they
could come work in Kahnawake,
they don't have to reside here because they live 10 minutes from here?
• (19 h 10) •
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : So, what she wants to say on top
that is that most of these exemptions actually speak more on remote
communities. Therefore, when you read the exemption and the criteria that are
basically forced upon those professionals, it does not... it's not appealing
for them at all.
For instance, a nurse that would like
to work here, in Kahnawake, and would have to have the exemption
of having, let's say, a certain type of exam to be able to work here, well, she
will be able to get that exemption only if she lives in the community, only if
she has worked and lived in the community or had like a physical home in the
communities, which, for us, here, it's not a reality, the community lives nearby the urban
cities. So, they do not live within the communities, they will live in
their own home.
Mme
Diabo (Valerie) : And, with all the shortages...
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Mme Diabo (Valerie) : ...it impacts
our services.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de Jean-Lesage, pour
4 min 8 s, s'il vous plaît.
M. Zanetti :
Thank you very much. I hear very well your
unsatisfaction about this project and the PL No. 32. And you're not alone to be dissatisfied with
this. Do you think that this law should be... «projet
de loi, je ne sais pas comment on dit ça, projet de loi», this bill, ah! yes! this
bill should be put on hold and that all First Nations and Inuit should be
consulted on this, and that it should be cowritten with everyone implied
instead of just passing this bill as it is, like this?
Mme Diabo (Valerie) :
I think that there needs to be more
consultation with First Nation communities, Indigenous communities to reflect
the bill. There has to be more consultation.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) :
Absolutely.
And that's what we hope that is being promoted in the memoir that was given to
you.
M.
Zanetti :
And how would you imagine that
consultation? Like the Minister consults everyone individually or should there be something... a much wider process with
multilateral discussions and reflections? How do you see that, the way it
should be done on a macroscopic level, let's say?
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) :
So, I
don't think one... the other. I think both can exist and coexist in this process. I don't think that we
have the right answer, but I think you can do both, have it in our own groups,
so then they... we can all see, some of the communities' representative can say
like : Oh! We do have the same needs, this should be a priority
within the bill or not. And then, if there needs further more detailing, they
can go within the communities and understand
even the structure. As my executive director said before, she was talking about
the «onkwa», which is...
Mme
Diabo (Valerie) :
Onkwata'karitáhtshera, which is our one health authority for
health and social services within the community. So, that would be a
consultation body that you can consult, and it would be Kahnawake. But
there are other bodies that are out there
that are more... you know, we have a health directors committee that could be
consulted also, too.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) : They can designate someone.
M. Zanetti : OK. Thank you. And I hear the Minister saying : Oh! This is...
this bill is not perfect, but it's a good
first step, you know, towards the solution. And others seem to think that
making only one step will hurt more than it will do good. I don't know
what is your position on that. If we accept the bill as it is, what kind of
negative impact would that have, do you think, on your community?
Mme Diabo (Valerie) : I think it would lock the partnership within the community that's
needed. I think it's not strong enough to really make the other organizations
accountable to make sure that something really gets done. And again, it's
touching a handful of people within organization ant it's not trickling down to
the frontline workers that need to have this... culture sensitive and to be
aware of the cultural needs within the organizations. So, I really feel that
there still has to be a lot of work to be done.
Mme Sananikone-Thavonekham
(Mendy) :
We
fear, and I will say it again, is that this bill will... and we hope it's not a
stumbling step, is that it will maintain that status quo and use it as a crutch
and a checking mark of saying : We've done it, we've helped the Indigenous
communities, without really have a meaningful impact within their health. So,
this is what we're worried that the bill will propose if it's not concretized
or done well as a first step. It shouldn't be a stumbling step, it should be a
solid step, and it should start from consulting the right people for this bill,
not for them, but with them.
Le Président (M. Bachand) : Merci.
On that, thank you so much.
Alors, ceci étant dit, compte tenu de l'heure, la
commission ajourne ses travaux au mercredi 13 septembre, après les
avis touchant les travaux des commissions.
Have a great evening.
Merci pour... merci, tout le monde. Bye-bye.
(Fin de la séance à 19 h 15)