Journal des débats (Hansard) of the Committee on Institutions
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
Tuesday, November 21, 2023
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Vol. 47 N° 49
Special consultations and public hearings on the report on the implementation of the Code of ethics and conduct of the Members of the National Assembly for the period 1 January 2015 to 31 March 2019 entitled : « Incursion au coeur du code d'éthique et de déontologie: de la théorie à la pratique »
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Intervenants par tranches d'heure
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Bachand, André
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Lemieux, Louis
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Derraji, Monsef
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Leduc, Alexandre
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Bourassa, Kariane
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Bourassa, Kariane
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Bachand, André
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Schmaltz, Valérie
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Boivin Roy, Karine
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Boivin Roy, Karine
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Bachand, André
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Lemieux, Louis
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Derraji, Monsef
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Derraji, Monsef
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Bachand, André
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Leduc, Alexandre
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Leduc, Alexandre
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Bachand, André
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Lemieux, Louis
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Schmaltz, Valérie
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Schmaltz, Valérie
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Bachand, André
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Lemieux, Louis
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Leduc, Alexandre
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Derraji, Monsef
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Bachand, André
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Boivin Roy, Karine
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Lemieux, Louis
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Lemieux, Louis
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Bachand, André
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Derraji, Monsef
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Derraji, Monsef
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Bachand, André
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Leduc, Alexandre
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Bourassa, Kariane
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Bourassa, Kariane
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Bachand, André
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Boivin Roy, Karine
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Lemieux, Louis
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Derraji, Monsef
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Leduc, Alexandre
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Bachand, André
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Bourassa, Kariane
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Schmaltz, Valérie
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Lemieux, Louis
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Derraji, Monsef
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Derraji, Monsef
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Bachand, André
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Leduc, Alexandre
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Bourassa, Kariane
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Bourassa, Kariane
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Bachand, André
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Lemieux, Louis
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Derraji, Monsef
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Leduc, Alexandre
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Bachand, André
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Leduc, Alexandre
9 h 30 (version révisée)
(Neuf heures trente et une minutes)
Le Président (M.
Bachand) :Bonjour, tout le monde, bon
matin. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des
institutions ouverte. Je vous souhaite, encore une fois, la bienvenue.
La commission est réunie afin de procéder
aux consultations particulières et aux auditions publiques sur le rapport de
mise en œuvre du Code d'éthique et de déontologie des membres de l'Assemblée
nationale 2015-2019, intitulé Incursion au cœur du code d'éthique et de
déontologie, de la théorie à la pratique.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y a-t-il
des remplacements?
La Secrétaire : M. le
Président, M. Morin (Acadie) est remplacé par M. Derraji (Nelligan)
et M. Zanetti (Jean-Lesage), par M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve).
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Cela dit, le 3 décembre
2010, l'Assemblée nationale a adopté, à l'unanimité, un code d'éthique et de
déontologie des membres de l'Assemblée nationale. Lors de la 41e législature,
conformément à l'article 114 du code, la Commission des institutions avait
étudié le premier rapport de mise en œuvre pour la période 2011-2014.
Aujourd'hui, conformément à la motion
adoptée par l'Assemblée nationale et à l'article 114 du Code d'éthique et
de déontologie, la commission des institutions entreprend l'étude du rapport
sur la mise en œuvre du code pour la période 2014-2019.
Nous allons débuter par les remarques
préliminaires puis nous entendrons les personnes et organismes suivants : l'Institut
d'éthique appliquée de l'Université Laval, mais nous débuterons avec la
Commissaire à l'éthique et à la déontologie, Mme Ariane Mignolet.
Remarques préliminaires
Cela dit, nous sommes maintenant aux
remarques préliminaires, alors je suis prêt à reconnaître un député de... partie
gouvernementale, M. le député de Saint-Jean, pour six minutes. Merci.
M. Louis Lemieux
M. Lemieux : Merci
beaucoup, M. le Président. Salutations. Et content de retrouver, après cette
semaine en circonscription, nos collègues autant de l'opposition que de la
partie gouvernementale.
Je dois dire que c'est un mandat un peu
particulier qu'on aborde, qui va nous changer de notre menu quotidien en
commission parlementaire, qui est celui de l'étude des projets de loi.
Remarquez qu'aujourd'hui les gens qui sont familiers avec nos travaux vont
reconnaître la procédure des consultations particulières. On en a pour toute la
journée et une partie de la soirée, on verra. Mais effectivement c'est un
mandat particulier que celui d'entendre et ensuite d'accoucher d'un rapport de
cette commission sur un rapport qui a été déposé le 5 décembre 2019 par la
Commissaire à l'éthique et à la déontologie, qu'on va être capables d'entendre et
avec qui on va pouvoir avoir des échanges au cours des deux prochaines heures.
D'ailleurs, la date du dépôt du rapport
est un peu l'éléphant dans la pièce, dans les circonstances, M. le Président,
vous allez en convenir, considérant la ligne du temps, pour l'appeler comme ça,
de ce qui s'est passé.
Ce rapport-là a été déposé, donc celui qu'on
va étudier ensemble, le 5 décembre 2019. Bon, on conviendra ensemble que
les travaux parlementaires prenaient fin à ce moment-là, ont repris fin janvier
2020. Sans faire une ligne du temps exhaustive, vous aurez compris qu'avec la COVID,
avec les mesures COVID, avec ce qui s'est passé après, on se retrouve aussi, à
la fin de tout ça, à l'été 2022, pour des élections en octobre 2022. On a
repris les travaux de cette législature, la 43e, le 29 novembre 2022, et
la session a pris fin le 10 décembre. Comptez le nombre de jours, ça nous
laissait 10 jours de travaux.
Donc, et vous l'avez dit, et c'est
important de le noter, selon l'article 114 du code, le commissaire doit
faire un rapport à tous les cinq ans sur la mise en œuvre du code et sur l'opportunité
de le modifier. Et il nous faut, donc, absolument étudier ce rapport qui date,
je le rappelle, du 5 décembre 2019, avant que le prochain soit déposé.
D'ailleurs, je soupçonne que la
commissaire et son équipe ont déjà beaucoup de travail d'accompli pour ce
prochain rapport. C'est pour ça que je parlais d'un éléphant dans la pièce,
dans la mesure où on parle de choses qui datent déjà pas mal et au moment où la
commissaire en train d'écrire et de penser, si ce n'est pas encore écrit, à
comment elle va écrire ce qu'elle va écrire dans son prochain rapport. Ça va
nous placer dans le contexte de pouvoir suivre pour le prochain rapport et ça
nous rafraîchit la mémoire pour celui-ci qu'avec mes collègues j'ai bien hâte...
dont j'ai bien hâte de discuter, pas seulement avec la commissaire, mais avec
les autres groupes et représentants qui vont venir discuter et échanger avec
nous au cours de la journée. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Nelligan, pour 3 min 36 s, s'il vous plaît.
M. Monsef Derraji
M. Derraji : Merci, M.
le Président. M. le Président, bonjour aux collègues de la partie du gouvernement
puis mon collègue aussi. J'aimerais, au tout début, saluer les équipes de l'Assemblée
nationale, donc, secrétariat de la commission, la régie, le service de
transcription, ceux et celles qui travaillent pour nous aider. Nous sommes très
heureux d'être ici ce matin afin d'effectuer les consultations particulières
sur le rapport de mise en œuvre du Code d'éthique et de déontologie des membres
de l'Assemblée nationale.
J'ai cru comprendre que mon collègue était
en train de justifier quelque chose par rapport à l'étude de ce <rapport...
M. Derraji :
... collègue était en train de justifier quelque chose par rapport à l'étude de
ce >rapport. Je tiens juste à rappeler que nous sommes en train
d'étudier un rapport avec trois ans, 11 mois et cinq jours de retard.
1 436 jours de retard. Donc, il y a une limite de tout mettre sur la
pandémie, il y a une limite, parce que, même pendant la pandémie, M. le
Président, nous étions capables de fonctionner avec des travaux en mode
virtuel.
Mais je tiens juste à rappeler que nous
étudions... en fait, que le rapport que nous étudions a été déposé à
l'Assemblée nationale le 5 décembre 2019. Le 16 décembre, 11 jours
plus tard, le député de LaFontaine, mon collègue, a déposé une lettre à
l'attention de la commission afin qu'elle se saisisse du mandat prévu par
l'article 114 du Code d'éthique et de déontologie des membres de
l'Assemblée nationale. Nous sommes ici, le 21 novembre 2023, afin
d'entreprendre l'étude de ce rapport de mise en œuvre, près de quatre ans après
son dépôt, M. le Président. Ce n'est pas du tout sérieux. Je l'ai mentionné,
c'est 1 436 jours de retard.
M. le Président, le rapport dont nous
sommes saisis aujourd'hui couvre uniquement la période entre 2015 et 2019.
Comment pouvons-nous entreprendre une réflexion rigoureuse sur notre code
d'éthique alors que le gouvernement de la CAQ occulte une partie de l'histoire?
M. le Président, le prochain rapport de mise en oeuvre de la commission à
l'éthique doit être présenté au plus tard le 1er janvier 2025.
Aujourd'hui, et pour saluer le travail de la commissaire, je pense que le
gouvernement doit prendre un engagement ferme sur le délai d'étude du prochain
rapport. Si on suit la même logique, le rapport, qui risque d'être déposé en
2025... Et, si je rajoute trois ans, on risque de l'étudier en 2028, sinon
2029. Je ne pense pas que ce sera le souhait de Mme la Commissaire à l'éthique.
Il est temps que la CAQ se conforme au
code d'éthique des membres de l'Assemblée nationale. Il n'existe pas un régime
d'exception pour les caquistes, et il faut le prendre...
Le Président (M.
Bachand) :...s'il vous plaît. Merci.
M. Derraji : Oui, pas de
problème. Mais, comme je vous le dis, M. le Président, nous avons, devant nous,
un exemple concret de l'étude d'un rapport qu'on aurait dû étudier lors de la
dernière législature. Malheureusement, après quatre ans de retard, on manque
beaucoup de rapports. Il y avait pas mal de travail que la commissaire a fait,
et malheureusement on ne va pas l'étudier.
Donc, j'espère que, tout au long de ces
consultations qu'on va avoir avec la commissaire et les autres groupes qu'on va
recevoir, qu'au bout de la ligne les recommandations de la commission vont
aller dans le sens qu'on veut tous, à savoir renforcer le code d'éthique. Et le
code d'éthique, il est là pour qu'on le suive, pour qu'on le respecte et pour
que notre institution soit respectée.
Alors, M. le Président, très hâte à
échanger avec les groupes, très hâte à échanger avec les autres collègues
membres de cette commission. Mais, encore une fois, je tiens à le rappeler, que
nous avons une déception par rapport à la lenteur avec laquelle le gouvernement
a donné suite au rapport, que... Je tiens à rappeler, il a été déposé le
5 décembre 2019 et, quatre ans plus tard... trois ans, 11 mois,
cinq jours, c'est presque quatre ans, c'est presque quatre ans, je vais dire «presque
quatre ans», on l'étudie quatre ans plus tard. Je pense que ce n'est pas
sérieux et j'espère que, pour le prochain rapport, on va se conformer dans les
délais. Alors, merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
Hochelaga-Maisonneuve, pour 1 min 30 s, s'il vous plaît.
M. Alexandre Leduc
M. Leduc : Merci, M. le
Président. Bonjour, tout le monde, Me Mignolet. Moi aussi, je ne peux que
déplorer la lenteur avec laquelle on a eu le réflexe collectif, je dirais, de
vous inviter ici en lien avec le rapport. Je salue mes collègues, la députée de
Mercier et le député de Jean-Lesage, qui, en février dernier, avaient demandé,
là, de pouvoir entendre Mme Mignolet. Ça a pris du temps, mais, bon, mieux
vaut tard que jamais, comme on dit. Donc, on va essayer d'approcher la journée
avec un peu de positivisme, même si, quand même, ça aurait dû être fait
beaucoup plus tôt, et je souscris à l'ensemble des propos de mon collègue qui
vient de s'exprimer.
• (9 h 40) •
Je veux aussi saluer mon collègue Vincent
Marissal, le député de Rosemont, qui est toujours en rémission suite à son
opération, que je remplace aujourd'hui. Donc, j'espère qu'il nous écoute,
peut-être. Si c'est le cas, on le salue, et il vous salue sûrement aussi,
j'imagine. Je sais que vous entretenez des bons rapports avec lui. Voilà, merci
beaucoup.
Auditions
Le Président (M.
Bachand) :...alors, on va débuter les
auditions. Alors, je souhaite la bienvenue à la Commissaire à l'éthique et à la
déontologie ainsi qu'à son équipe. Alors, je vous rappelle que vous disposez de
20 minutes pour votre exposé. Après, nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. Alors, bienvenue, encore une fois,
et la parole est à vous. Merci.
Commissaire à l'éthique et à la déontologie
Mme Mignolet (Ariane) : M.
le <Président, Mmes et MM. les...
Le Président (M.
Bachand) :
...fois,
et la parole est à vous. Merci.
Mme Mignolet (Ariane) :
M.
le >Président, Mmes et MM. les membres de la Commission des institutions,
je tiens d'abord à vous remercier de l'occasion qui m'est offerte d'échanger
avec vous sur le second rapport sur la mise en œuvre du Code d'éthique et de
déontologie des membres de l'Assemblée nationale, déposé, comme vous venez de
le mentionner, le 5 décembre 2019. Les 22 recommandations qu'il
contient découlent, entre autres, des réflexions suscitées par l'application du
code au quotidien et des défis rencontrés dans la mise en œuvre de certaines
dispositions.
Avant de débuter, je vous présente les
deux personnes qui m'accompagnent aujourd'hui : Mme Catherine Durepos, à
ma droite, secrétaire générale et directrice des affaires administratives et
institutionnelles, ainsi que Me Geneviève Geneau, à ma gauche, avocate. Je
tiens aussi à remercier tous les membres de mon équipe, présents et passés,
pour leur appui dans la préparation de ce rapport.
Incursion au cœur du code d'éthique et
de déontologie : de la théorie à la pratique couvre la période du 1er janvier
2015 au 15 novembre 2019. Il s'agit d'un important travail de réflexion
visant à faire le pont entre l'idéal recherché par les parlementaires au moment
où le code a été adopté et la pratique quotidienne de l'encadrement de
l'éthique et de la déontologie dans le milieu politique du Québec. L'idéal visé
est un juste milieu entre l'indépendance dont les élus doivent bénéficier dans
l'exercice de leurs charges et le respect des principes fondamentaux en matière
de prévention des conflits d'intérêts. Ainsi, il ne s'agit pas de rendre les
règles plus ou moins strictes, mais plutôt de donner au commissaire des outils
lui permettant de mieux exercer le mandat qui lui est confié dans le but de
maintenir la confiance des citoyens envers leurs élus et leurs institutions.
L'institution du commissaire s'inscrit
dans la volonté d'une politique plus intègre dans la société québécoise. C'est
dans cette optique que le code a été adopté il y a maintenant près de 13 ans.
Depuis son adoption, plusieurs autres jalons ont été posés afin d'affermir
cette culture d'éthique et d'intégrité. À titre d'exemple, la Loi sur l'éthique
et la déontologie en matière municipale a été modifiée en 2021 afin d'intégrer
notamment l'interdiction pour les élus municipaux de se comporter de manière à
porter atteinte à la dignité et à l'honneur de leurs fonctions et l'obligation
de suivre une formation en éthique et déontologie en matière municipale une
fois par mandat.
Le domaine de l'éthique et de la
déontologie dans les milieux politique et parlementaire évolue constamment. Le
contexte est, d'ailleurs, un élément central dans l'application des
dispositions du code. Chaque situation étant unique, il est nécessaire de
trouver un équilibre dans l'appréciation des règles en fonction des
circonstances particulières, sans pour autant procéder à du cas par cas, de
manière à assurer une certaine prévisibilité des règles qui vous sont
applicables.
Pour réaliser sa mission, qui est de
veiller au respect et à la mise en œuvre du code, le commissaire agit
essentiellement par le biais de la prévention et des enquêtes. J'aimerais
d'abord vous exposer aujourd'hui les principales réflexions découlant de notre
rôle préventif puis j'aborderai ensuite celles découlant de notre rôle
d'enquête. Bien entendu, ce rapport fait état de plusieurs autres
recommandations visant à améliorer l'efficacité de l'institution, et je serai
disponible pour échanger sur chacune d'entre elles.
Abordons, pour commencer, les
recommandations liées au rôle préventif du commissaire. Le code fait état des
valeurs, des principes éthiques et des règles déontologiques qui encadrent la
conduite des membres de l'Assemblée nationale. Pour résumer, ces dernières et
ces derniers doivent, dans l'exercice de leur charge, agir exclusivement dans
l'intérêt public. Pour les accompagner en ce sens, le bureau du commissaire met
l'accent sur la prévention. En effet, il m'apparaît primordial d'agir en amont
de manière à prévenir les situations de conflit d'intérêts.
Toutefois, un élément central et
indispensable d'une prévention adéquate des manquements déontologiques n'est
actuellement pas prévu au code, il s'agit de la formation obligatoire. La
connaissance et la juste compréhension par les membres de l'Assemblée nationale
des règles qui leur sont applicables sont essentielles puisqu'elles leur
permettent de porter un regard plus critique sur une situation donnée,
d'identifier plus rapidement ce qui pourrait engendrer un problème éthique ou
déontologique et, le cas échéant, nous consulter à ce sujet. De plus, ces
formations sont l'occasion d'établir un premier contact, de se familiariser
avec le code et de répondre à plusieurs questions, initier une collaboration
fructueuse entre les élus et le personnel du commissaire. Cependant, pour le
moment, ces formations ne sont pas obligatoires et elles ont parfois lieu alors
que le mandat des élus est déjà bien entamé ou qu'une situation à risque est
déjà avérée.
C'est pourquoi il m'apparaît essentiel que
le code soit modifié de manière à prévoir l'obligation pour les élus, comme
c'est le cas pour les élus municipaux depuis 2021, de participer à une
formation adaptée à leurs fonctions dans les six mois du début de leur mandat
et, par la suite, à au moins une reprise pour chaque mandat subséquent. Il est
très important que les élus soient sensibilisés le plus rapidement <possible...
Mme Mignolet (Ariane) :
...
Il est très important que les élus soient sensibilisés le plus rapidement >possible
parce qu'ils sont souvent les premiers et les mieux informés d'une situation
potentielle de conflit d'intérêts les concernant et, de ce fait, les mieux
placés pour la prévenir.
Depuis le début de la 43e législature,
le commissaire propose une offre bonifiée de formation s'adressant autant aux
députés qu'aux membres de leur personnel politique. Elle porte sur le code
ainsi que sur les dispositions applicables au personnel politique. D'autres
concernent les thématiques précises comme les conflits d'intérêts ou
l'utilisation des biens et services de l'État, entre autres choses.
Depuis la mise en place de cette offre de
formation donnée fréquemment et de façon cyclique à la faveur d'une démarche
plus proactive, nous constatons une augmentation de la participation aux
formations sur une base individuelle. Alors qu'au cours de la première année de
la 42e législature une vingtaine d'élus avaient suivi une formation, nous
en sommes à 47, un an après le début de la 43e législature. Le nombre de
membres du personnel politique ayant suivi au moins une séance de formation est
également fort encourageant. Nous remarquons, par ailleurs, que ces formations
sensibilisent les députés et les membres de leur personnel aux règles qui leur
sont applicables et nous permettent de les accompagner, d'ailleurs, souvent
immédiatement après une séance de formation.
L'action du commissaire porte-t-elle ses
fruits? Dans une certaine mesure, oui. Est-ce suffisant? Certainement pas. Je
maintiens, donc, plus que jamais ma recommandation et celle de mon prédécesseur
de rendre la formation obligatoire.
Par ailleurs, les deux dernières élections
générales m'ont amenée à faire certains constats, dont quelques-uns sont en
lien avec le volet préventif des activités du commissaire. Durant la période
électorale de 2018 et encore lors des dernières élections générales de 2022,
certaines personnes qui souhaitaient se porter candidates ont contacté le commissaire
afin d'obtenir un éclairage sur les règles qui leur seraient applicables dans
l'éventualité où elles étaient élues. Considérant les conséquences importantes
dans les sphères personnelle, professionnelle et familiale qu'engendre le fait
d'accéder à la fonction de député, voire de ministre, il me semble tout à fait
légitime qu'un candidat souhaite s'enquérir de l'impact de l'application du
code à son égard.
Cependant, actuellement, en vertu de
l'article 87 du code, seuls les députés peuvent présenter une demande
d'avis formel au commissaire. Ainsi, je crois qu'il serait souhaitable que le
code soit modifié de manière à ce qu'il soit possible de rendre des avis
formels aux personnes qui souhaitent se porter candidates, selon certains
critères déterminés par le commissaire, afin qu'une analyse plus complète de
leur situation particulière soit effectuée.
Lors de la campagne électorale de 2022, le
commissaire a produit un document d'information destiné aux personnes qui
songent à se porter candidates, qui a été joint au formulaire de déclaration de
candidature transmis par Élections Québec. Ce document présente notamment les
principes éthiques et les obligations déontologiques qu'elles devront respecter
si elles sont élues et les effets que ceux-ci pourraient avoir sur elles-mêmes
et sur les membres de leur famille. Or, il demeure que seul un avis du
commissaire permettrait aux candidates et aux candidats de prévoir des mesures
particulières adaptées à leur situation personnelle qu'ils devront
éventuellement mettre en place pour se conformer au code. Encore trop d'élus
réalisent, au lendemain de leur élection, les impacts des règles énoncées par
le code sur leur vie et sur celle des membres de leur famille immédiate.
Par ailleurs, depuis plusieurs années, le
commissaire constate certains enjeux d'application du code relatifs aux
expériences passées des élus. En effet, les dispositions du code encadrant les
conflits d'intérêts rendent parfois difficile pour les députés et ministres de
concilier leurs expériences passées et leur charge de représentant des
citoyens.
En ce sens, je souhaite mettre de l'avant
une recommandation du rapport qui vise à mieux l'adapter à la réalité des élus
en ce qui concerne l'article 25 du code. L'objectif de celui-ci n'est pas
d'empêcher quiconque de s'engager en politique active et de contribuer à
l'avancement de notre société. La variété des profils des membres de
l'Assemblée nationale est une richesse pour notre démocratie et elle est
souhaitable pour le bénéfice de l'ensemble de la population. C'est dans cet
esprit que j'ai recommandé de modifier l'article 25 du code afin que les
députés ayant un intérêt financier particulier puissent s'exprimer sur une
question débattue à cet égard, dans la mesure où ils déclarent publiquement cet
intérêt, sans toutefois avoir le droit de vote sur la question.
• (9 h 50) •
Actuellement, l'article 25 oblige les
députés qui ont un intérêt personnel et financier distinct de celui de
l'ensemble des députés ou de la population à se retirer des débats à l'égard
d'une question dont l'Assemblée nationale ou une commission dont ils ou elles
sont membres est saisie, question pour laquelle ils peuvent détenir une
expérience significative. Or, le profil social, professionnel ou
entrepreneurial peut être un élément crucial que les députés ont mis en
évidence en campagne électorale et sur lequel ils entendent fonder leur action
en tant que parlementaires. Puisque ces derniers se font notamment élire sur la
base de cette expérience, les citoyens peuvent parfois percevoir la contrainte
prévue à l'article 25 comme étant un obstacle au devoir de représentation
des élus.
J'estime qu'il est <nécessaire...
Mme Mignolet (Ariane) :
...
un obstacle au devoir de représentation des élus.
J'estime qu'il est >nécessaire d'avoir
un meilleur équilibre entre le privilège de la liberté de parole dont disposent
les élus, les attentes des citoyens qu'ils et elles représentent et la
transparence nécessaire, pour prévenir les risques de conflits d'intérêts. Ma
volonté est de permettre cette meilleure représentation des intérêts de la
population et de toutes les sphères d'activité de la société.
En ce sens, j'insiste sur le fait que
cette recommandation suit l'esprit du code et qu'il ne s'agit pas d'un recul
déontologique. Cette mesure favoriserait même une plus grande transparence. En
effet, à l'heure actuelle, un député qui a un intérêt personnel, financier
distinct dans une situation donnée ne se présentera tout simplement pas à la
séance de l'Assemblée ou de la commission parlementaire en question. Il n'a
donc pas à déclarer son intérêt. La modification proposée nécessiterait que l'élu
divulgue son intérêt publiquement pour pouvoir participer aux discussions dans
le cadre d'un projet de loi notamment. Il serait également souhaitable et au
bénéfice de tous que les déclarations publiques de conflits d'intérêts faites
en vertu de cet article soient compilées dans un registre public administré par
le commissaire.
J'aborderai maintenant certaines
recommandations en lien avec les activités d'enquête du bureau du commissaire,
lesquelles visent à faire la lumière sur des situations pour lesquelles il y a
des motifs raisonnables de croire à un manquement et de statuer sur l'absence
ou la présence de manquements. Il s'agit, donc, d'une dimension coercitive
puisqu'elle permet la recommandation de sanctions lorsqu'au terme d'une enquête
il est établi qu'un comportement n'est pas conforme au code. L'enquête est
actuellement le seul moyen dont dispose le commissaire pour intervenir, même en
cas de manquement avéré et pour lequel il n'y a aucune clarification à
apporter.
Ceci m'amène à vous parler de la
recommandation selon laquelle le commissaire devrait pouvoir imposer une
pénalité, plutôt que de recourir au processus d'enquête régulier dans certains
cas bien spécifiques. En effet, une enquête est un processus qui nécessite un
investissement en temps et en ressources. De plus, l'Assemblée nationale doit
passer nécessairement au vote, lorsqu'une sanction est recommandée à un élu,
pour qu'elle soit applicable. Or, dans les cas où le manquement au code est
d'ordre administratif ou technique, par exemple lorsqu'il est question d'un
retard dans la production d'une déclaration d'intérêts, de l'absence d'une
déclaration de don ou dans d'autres situations précises, le processus d'enquête
peut sembler lourd, coûteux et disproportionné. Dans un souci d'efficacité de
la mise en œuvre du code, le fait de permettre les pénalités administratives à
l'égard de certains manquements entraînerait un effet dissuasif. Enfin, je note
que de telles pénalités sont, d'ailleurs, prévues dans certaines lois relatives
aux conflits d'intérêts ailleurs au Canada.
Par ailleurs, il importe d'apporter...
d'aborder, pardon, la possibilité pour le commissaire de recommander une
sanction à un élu lorsqu'un manquement au code a été commis. Alors que
l'interprétation du code et la détermination du manquement... d'un manquement à
celui-ci relèvent exclusivement du commissaire, l'application d'une sanction
demeure la prérogative de l'Assemblée nationale en vertu de ses privilèges
parlementaires. Le commissaire ne peut que recommander, le cas échéant,
l'adoption d'une telle sanction.
Or, l'Assemblée nationale se prononce
actuellement sur le rapport d'enquête dans son entièreté. Il s'agit là d'une
incohérence puisque, lorsqu'un rapport d'enquête ne comporte pas de
recommandation de sanction, les membres de l'Assemblée nationale n'ont pas à se
prononcer à ce sujet. À cet égard, je rappelle l'importance de maintenir un
équilibre entre la mission de l'institution du commissaire, la confiance du
public et les droits des parlementaires.
Enfin, de respecter... Afin, pardon, de
respecter l'économie du code et ainsi réaffirmer l'indépendance de
l'institution, je propose que le code soit modifié afin de prévoir que le vote
des membres de l'Assemblée nationale ne porte que sur la recommandation de
sanction.
Enfin, j'insiste sur une dernière
recommandation relative aux enquêtes du commissaire, il s'agit de la protection
des témoins et des lanceurs d'alerte. Le travail de surveillance du commissaire
peut être réalisé grâce à de l'information communiquée par des citoyennes et
des citoyens ainsi que des personnes qui se trouvent dans l'entourage des élus
et qui, pour cela, doivent avoir confiance dans les mécanismes en place. Ces
personnes portent à mon attention certains faits, peuvent être appelées à jouer
un rôle dans les enquêtes. Il est, donc, nécessaire d'obtenir la pleine
collaboration de tous les témoins.
Or, l'actuel système québécois de
protection des lanceurs d'alerte instauré dans les dernières années ne protège
pas les personnes qui font des divulgations ou qui témoignent devant le
commissaire. Il s'agit, à mon avis, d'une lacune majeure affectant le
fonctionnement de l'institution. En effet, les actes répréhensibles qui
pourraient être commis par des membres de l'Assemblée nationale ne sont pas
couverts ni par la Loi facilitant la divulgation des actes répréhensibles à
l'égard des organismes publics ni par le Règlement facilitant la divulgation
d'actes répréhensibles à l'égard de l'Assemblée nationale.
C'est pourquoi je recommande que le code
soit modifié de manière à interdire les <mesures de...
Mme Mignolet (Ariane) :
...
recommande que le code soit modifié de manière à interdire les >mesures
de représailles ou des menaces de représailles à l'endroit d'une personne qui
communique des renseignements au commissaire ou qui collabore à une
vérification ou une enquête.
J'ai abordé aujourd'hui certaines des
recommandations présentées dans le rapport de mise en œuvre qui, à mon sens,
soulèvent des questions importantes sur lesquelles vous devriez, à titre de
législateurs, vous pencher. Le rapport fait état de plusieurs autres réflexions
importantes que je n'ai pu aborder ici compte tenu du temps limité dont nous
disposons. Par ailleurs, il est possible que vous souhaitiez, dans une optique
de révision du code, vous pencher sur d'autres enjeux, en plus de ceux contenus
au rapport rédigé il y a quatre ans. À ce propos, vous n'êtes pas sans savoir
qu'en vertu du code je dois remettre mon prochain rapport dans un an, soit au
plus tard le 1er janvier 2025. Vous comprendrez que mes réflexions en vue
de sa rédaction sont déjà entamées et qu'une étude de ce dernier en temps
opportun par votre commission vous permettra d'y être associés.
Comme je l'ai déjà indiqué, l'utilisation
des médias sociaux par les élus et les membres de leur personnel politique
soulève certains enjeux sur lesquels je souhaite me pencher. Je réfléchis, par
ailleurs, également au concept de dignité de la fonction qui ne se limite pas
uniquement à l'exercice de la charge, comme c'est maintenant le cas au Sénat du
Canada et au palier municipal. Il s'agit là de deux sujets sur lesquels j'ai
l'intention de soumettre des recommandations dans ce prochain rapport.
Je souhaite terminer mon allocution
aujourd'hui en vous parlant de confiance. Ultimement, c'est à vous que revient
la tâche de bâtir un lien de confiance avec la population et d'œuvrer à le
maintenir. Vous vous êtes dotés d'outils et d'institutions pour vous
accompagner et vous aider à tendre vers cet objectif. À la base, et le Journal
des débats de l'étude détaillée du projet de loi n° 48 est éloquent à
cet égard, le code se voulait un outil pour maintenir la confiance des citoyens
à l'égard des parlementaires, et il est, à mon sens, crucial que cet idéal ne
soit pas perdu de vue. Il est de votre responsabilité d'utiliser cet outil à
bon escient. Le risque d'instrumentalisation n'est jamais très loin. Or,
l'instrumentalisation d'une institution ne saurait correspondre à ce que la
population s'attend de ses représentants et peut miner de façon irréversible la
confiance dont doivent jouir nos institutions démocratiques. L'intégrité des
membres de l'Assemblée nationale est une composante essentielle du lien de
confiance, lien fragile, s'il en est un, entre la députation et les citoyens
qu'elle représente.
Je suis tout à fait consciente que les
discussions que nous aurons aujourd'hui et que celles que vous pourriez avoir à
la suite de ces consultations particulières sont fort sensibles puisqu'elles
concernent directement la manière dont vous exercez votre charge et pour laquelle
vous jouissez, en vertu de la Loi sur l'Assemblée nationale, d'une entière
indépendance. Sensibles également car elles interpellent plusieurs aspects de
votre fonction d'élu avec lesquels vous devez composer au quotidien, à savoir
les attentes élevées de vos commettants, les contraintes de temps et de
ressources, les lignes de parti, les causes profondes qui sont le socle de
votre engagement politique ou encore les sacrifices que l'exercice de la
politique active a requis de vous et de vos familles. Il est donc vrai qu'il
n'y a pas de bon moment ou de contexte parfait pour aborder ces questions,
d'autant qu'il peut toujours s'en dégager, à tort ou à raison, une impression
de vouloir alléger ses obligations.
Mais le code d'éthique et de déontologie dont
nous traitons aujourd'hui est bien plus qu'un code de conduite ou qu'une simple
loi, c'est avant tout une institution que vous avez voulue neutre, impartiale
et indépendante. Pour preuve, vous avez jugé opportun que le Commissaire à
l'éthique et à la déontologie, contrairement aux autres personnes désignées,
soit nommé par l'adoption d'une motion présentée conjointement par le premier
ministre et le chef de l'opposition officielle. S'il est une loi, dans le
corpus législatif québécois, qui vous concerne intimement, c'est bien le Code
d'éthique et de déontologie des membres de l'Assemblée nationale. C'est
pourquoi il importe que sa mise en œuvre et les réflexions entourant sa
révision, et pas uniquement aujourd'hui, soient vastes, régulières, exhaustives
et qu'elles se fassent de façon collaborative et transpartisane.
En terminant, je réitère mon ouverture à
discuter de vos préoccupations et vous offre mon entière collaboration pour la
suite du processus d'étude de ce rapport. Merci, M. le Président. Je suis
maintenant prête à répondre à vos questions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, Mme la commissaire.
Alors, je me tourne vers la partie gouvernementale pour un premier bloc
d'échange.
M. Lemieux : Combien de
temps, M. le Président?
Le Président (M.
Bachand) :Pour 49 minutes. Mme la
députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.
• (10 heures) •
Mme Bourassa : Oui.
Bonjour, bon début de journée. Écoutez, juste avec mes questions, on pourrait
faire la journée entière. Je vais en laisser un peu à mes collègues. Je vais
commencer par quelque chose que vous n'avez pas abordé présentement.
Vous parliez d'un examen préliminaire,
dans un délai de 15 jours ouvrables, afin de déterminer si une enquête
s'impose. On sait que ce sont les députés qui peuvent demander une enquête.
Vous pouvez initier également une enquête. J'aimerais vous entendre là-dessus.
Pourquoi est-ce que vous êtes arrivée à cette réflexion-là? Est-ce que c'est parce
que le préjudice peut être très important pour <quelqu'un quand
une enquête...
>
10 h (version révisée)
<19291
Mme Bourassa :
...réflexion-là. Est-ce que c'est parce que le préjudice peut être
très important pour >quelqu'un quand une enquête est ouverte même si ça
ne va pas nécessairement se terminer par des sanctions? Donc, qu'est-ce qu'une
enquête préliminaire permettrait?
Mme Mignolet (Ariane) : Je
vous remercie. Donc, effectivement, cette recommandation, elle est inspirée de
ce qui se fait ailleurs, notamment au fédéral. En matière d'enquête, les
dispositions qu'on retrouve dans le code, donc les articles 91 et
suivants, ne sont pas très, très claires quant à la possibilité de faire des
vérifications avant une enquête. Donc, l'article 91 prévoit que, donc, un
député qui a des motifs raisonnables de penser qu'il y aurait un manquement au
code peut faire une demande d'enquête.
Dans ces cas-là, il y a... donc, à moins
qu'il n'y ait pas de motif raisonnable, l'enquête se fait, et, même si, par la
suite, quand je commence l'enquête et que je me rends compte, peut-être, que la
demande n'était pas fondée, il y a un article qui prévoit que je peux y mettre
fin et l'indiquer dans mon rapport, mais c'est clair qu'il y a déjà tout le
processus d'enquête qui est enclenché à ce moment-là, et, comme je l'ai dit, c'est
un processus qui est effectivement... qui peut être lourd et que, oui, il y a
des impacts, tout à fait.
Je pense que ce serait intéressant d'avoir,
lors de toute demande, une période fixe qui permette clairement au commissaire
de faire une vérification préliminaire pour voir s'il y a lieu de faire une
enquête, et ce n'est pas parce que... il peut y avoir des motifs raisonnables,
mais simplement parce qu'on n'a pas accès à toute l'information... et une
simple vérification, avec ce pouvoir d'enquête... ce pouvoir de vérification,
pardon, clair, permettrait, dans un délai, de dire : Bon, bien, oui, il y
a matière à ouvrir l'enquête, et je l'ouvre, non, il n'y a pas matière, voici
pourquoi je ne l'ouvre pas.
Mme Bourassa : J'ai vu
également, bon, dans le rapport qu'en 2018-2022, donc les années électorales,
il y a beaucoup plus d'enquêtes. Et là vous vouliez baliser, justement, je
pense, quatre mois avant les élections, à date fixe... Donc, expliquez-nous qu'est-ce
qui vous a amené à proposer ça puis qu'est-ce que vous proposez concrètement.
Mme Mignolet (Ariane) : Oui,
là, vous m'amenez dans la recommandation qui fait... suggère de ne pas pouvoir
présenter une demande d'enquête pour un député dans les quatre mois qui
précèdent le scrutin. En fait, ça, c'est vraiment une recommandation... c'est
vraiment une recommandation qui... je dirais, qui découle un peu... C'est un
effet des élections à date fixe, hein? Je veux dire, avant ça, quand on ne
savait pas exactement, il y avait toujours une période où on pouvait se douter
que ça s'en venait, mais ce calendrier fixe fait état, premièrement, qu'on
rentre dans une période pré-électorale assez... on le voit tout de suite, quand
on rentre dans cette année-là, et je voulais éviter le plus possible... On sait
que, quand on embarque dans cette période pré-électorale, les tensions sont
parfois plus grandes, il y a un peu plus de partisanerie. Je pense que je ne
choque personne en disant ça.
Mme Bourassa : Éviter l'instrumentalisation...
Mme Mignolet (Ariane) : Éviter
l'instrumentalisation, justement, et évidemment je ne pense pas... Je ne dis
pas que je ne peux pas commencer d'enquête. Ce que je demande, c'est que les
demandes ne pourraient pas être faites, mais, si, à mon initiative, il y avait
quelque chose qui justifiait le début d'une enquête, je pourrais toujours le
faire, mais effectivement j'ai... je pense que d'arrêter ça... j'ai dit quatre
mois. Si vous vous demandez pourquoi quatre mois, c'est un petit peu parce que,
quant à moi, ça correspond à la fin de la période de travaux de juin, avant,
parce que, là, on rentre vraiment dans l'été, où la campagne est presque...
presque bien entamée.
Mme Bourassa : On a
combien de temps?
Le Président (M.
Bachand) :Il reste 45 minutes.
Mme Bourassa : On va
continuer. On va rester dans la période électorale. Vous parliez justement d'une
possible collaboration avec le DGEQ pour faire de la sensibilisation. Vous avez
dit que, cette année... bien, aux dernières élections, il y a eu de l'information
avec le formulaire de candidature. Est-ce que... Clairement, ce n'est pas
suffisant. Comment ça pourrait s'articuler, quelque chose d'obligatoire, qu'on
soit sûr que les candidats aient l'information et qu'ils la lisent vraiment?
Mme Mignolet (Ariane) : Bon,
je pense qu'il y a plusieurs choses qui peuvent... peuvent se faire. Moi, j'ai
pensé à cette solution avec ce partenariat avec le DGEQ. C'est une très bonne
chose qu'on ait déjà la pochette. Je pense que, comme je n'ai pas accès aux
personnes qui souhaitent se porter candidates, donc, évidemment... Je pense
que, dans un premier temps, d'obtenir la permission... Ça fait que le code
puisse me permettre que ces personnes qui souhaitent être candidates puissent
nous appeler et recueillir un avis formel sur leur situation, c'est une chose,
mais, l'autre chose, je pense que ça <revient aux partis politiques...
Mme Mignolet (Ariane) :
...sur
leur situation, c'est une chose, mais l'autre chose, je pense que ça >revient
aux partis politiques de bien expliquer et de bien présenter quand ils vont
recruter des candidats. Je pense que ça, c'est essentiel, puis ça, ça relève
des partis politiques. Je me suis toujours montrée très ouverte, avant les
élections, avec tous les partis, pour dire : Si vous avez des questions à
l'approche du recrutement des candidats, n'hésitez pas, mais je pense qu'au
préalable c'est à peu près la seule chose qui peut être faite.
Mme Bourassa : Et, quant
à la formation obligatoire, vous disiez, là, qu'à la 42e législature il y
a, quoi, une vingtaine de personnes, puis, à la 43e, il y a 47 personnes
environ qui ont suivi la formation. On a eu une formation, justement, sur
l'adaptation aux changements climatiques, transpartisane. Est-ce que c'est ce
que vous avez en tête quand vous parlez d'une formation en déontologie et en
éthique? Est-ce que ce serait en personne ou... Pour ma part, bien, je me
permets un commentaire, quand c'est Internet, peut-être qu'on porte un peu
moins attention, on a tellement de formations sur Internet, on clique, on
clique, peut-être qu'en personne, avec des experts, quand on explique, ce
serait plus porteur. Est-ce que c'est ça que vous aviez en tête?
Mme Mignolet (Ariane) : Oui,
dans un premier temps, je pense que, non, ce ne serait pas le format... Bon, je
ne sais pas exactement le format de la formation en gestion climatique que vous
avez ou... qui s'adresse à tout le monde. Moi, je vise vraiment une formation,
et vous l'avez bien dit, en mode synchrone, c'est-à-dire avec interaction, avec...
soit en visio, des fois, quand... mais avec quelqu'un, quelqu'un qui engage
avec vous... et je pense que ça devrait être adapté aux fonctions, et je pense
que ce genre de formation est beaucoup plus... beaucoup mieux reçue, et on en
profite plus quand vous êtes séparés par groupes parlementaires parce que les
gens osent plus poser des questions.
Donc, je ne souhaite pas faire... Il peut
y avoir un volet qui s'y prête, c'est-à-dire, je ne sais pas, moi, un volet, on
pourrait penser, sur l'éthique de manière générale, l'éthique des valeurs, peut-être
que tout le monde ensemble... mais je pense que ça doit être adapté non
seulement aux fonctions exactes... Donc, il y a vraiment des... Tu sais, quand
on est ministre, quand on est député, quand on a des fonctions parlementaires,
je pense que... quand on est dans l'opposition ou au gouvernement, il y a des
enjeux différents, et je pense que ces formations-là devraient y répondre et
devraient être en personne, engageant, en tout cas, avec quelqu'un en vrai.
Peut-être qu'il peut y avoir d'autres formations par la suite, des petites
formations plus précises, sur des sujets, qui peuvent être faites en ligne,
mais il faut que le premier contact, je pense, soit en personne, et rapidement.
Mme Bourassa : Il y
avait un bout que j'ai... il y avait un bout que j'ai moins saisi. Quand vous
parliez de pénalité administrative proposée quand il y a un manquement, par
exemple un document qui a oublié d'être fourni ou qui n'est pas adéquat, ce
serait quoi, la différence... Vous ne parlez pas des pénalités financières. Ce
serait quel type de...
Mme Mignolet (Ariane) : Oui,
ce seraient des pénalités financières, c'est à ça que je fais référence, des
pénalités administratives. On le voit ailleurs, et ce n'est pas...
Mme Bourassa : Comme un
SAP, comme une sanction administrative pécuniaire?
Mme Mignolet (Ariane) : Oui,
quelque chose comme ça, c'est-à-dire, pour... C'est parce que, souvent, le seul
moyen qu'on a... Si, par exemple, quelqu'un oublie de faire une déclaration de
don ou la déclaration des intérêts est en retard, je n'ai pas de moyen...
L'objectif, ce n'est pas de mettre des sanctions dès que ça a des retards, là, dès
qu'il y a le moindre retard, c'est d'avoir cette possibilité-là, qui existe
ailleurs, au fédéral, et je ne sais plus dans quelle... quelques... en Alberta,
notamment, je pense, et c'est pour inciter à produire les documents que le
commissaire demande dans les temps.
C'est-à-dire, déclaration des intérêts, ce
n'est pas grave si je fais un rappel, mais je ne ferais pas une enquête, je ne
vais pas déclencher une enquête parce que quelqu'un est en retard, même s'il
est très, très en retard. Je vais faire beaucoup de rappels, des déclarations
de dons... Il y a plusieurs... Si je demande expressément un document, il y a
quelques points qui pourraient... qui pourraient tomber sous ce coup-là, parce
que ce n'est pas tellement... Une enquête, c'est fait pour faire la lumière sur
une situation, mais on s'entend que la déclaration en retard, si... j'ai beau
faire plein, plein de rappels, et qu'elle n'arrive pas, bien, je ne vais pas
faire une enquête. Il n'y a pas de lumière à faire sur cette situation-là, il y
a un retard, c'est tout.
Mme Bourassa : Donc, ça
permettrait d'alléger, premièrement, votre travail, mais le processus, aussi, c'est
l'alourdir pour rien, présentement.
Mme Mignolet (Ariane) : Oui,
bien oui, exactement, exactement.
Mme Bourassa : Et ça,
est-ce que ça serait facilement implantable?
Mme Mignolet (Ariane) : Oui,
je pense que oui, mais il faut que le code le prévoie, mais je ne peux pas me
donner ce pouvoir de pénalité là toute seule, ça, c'est bien évident, mais il
faut que le code le prévoie, mais, évidemment, oui, c'est... ça se fait
ailleurs et c'est... ça se...
• (10 h 10) •
Mme Bourassa : Et là
j'essaie de regarder ma feuille, mais il y avait la question du vote des élus
lorsqu'il y a une sanction qui est applicable. Vous, vous proposez une
modification. Qu'est-ce que vous proposez?
Mme Mignolet (Ariane) : En
fait, je propose une clarification dans le texte de cet article-là qui... En fait,
à l'heure actuelle, on dit que, lorsque le rapport du commissaire comporte une
recommandation de sanction, donc, à la... un manquement qui a été... une
conclusion de manquement, et pour laquelle on recommande une sanction,
l'Assemblée doit adopter le rapport pour que la sanction devienne applicable.
Je souhaite juste que le <libellé de l'article reflète...
Mme Mignolet (Ariane) :
...rapport
pour que la sanction devienne applicable. Je souhaite juste que le >libellé
de l'article reflète ce que c'est vraiment, parce que, dans les faits, le vote,
il est sur la sanction parce que ça permet à la sanction de s'appliquer ou pas,
et donne... je donne un exemple. C'est-à-dire que, quand j'en viens à une
conclusion de manquement, il n'y a pas de vote. Donc, c'est juste pour refléter
le fait que le vote ne devrait avoir lieu que sur la recommandation de sanction,
qui sont parmi les privilèges de l'Assemblée, de décider... et moi, j'ai
entière... j'ai l'exclusivité en matière d'interprétation des règles, des conclusions
de manquement, ça, ça appartient... c'est l'indépendance de l'institution, et
de libeller ça pour que ce soit plus clair.
Mme Bourassa : Je vais
poser une question puis, après ça, je vais laisser mes collègues... Je
reviendrai s'il y a du temps. Je voulais juste... Vous parliez d'aviser le chef
d'un groupe parlementaire lorsqu'il y a une enquête. Donc, j'imagine que ce
n'est pas le cas présentement. Je pense que c'était, attendez, la
recommandation 6, donc, qu'à prévoir que le chef d'un groupe parlementaire soit
avisé par le commissaire du déclenchement d'une enquête concernant un député de
son groupe. Comment ça se passe présentement? Puis pourquoi est-ce que vous
ajoutez ça? Est-ce que c'est... Bien, quels avantages on aurait à aviser les
chefs?
Mme Mignolet (Ariane) : Tout
ce qui touche les enquêtes est confidentiel. Quand il y a une demande d'enquête
qui vient d'un parlementaire concernant un autre parlementaire, dans la
majorité des cas, le député demandeur rend publique cette demande. Donc, il n'y
a pas d'enjeu, c'est public, tout le monde le sait, mais, quand je commence une
enquête à mon initiative, ce n'est pas forcément public, et je ne le rends pas
public, à moins que ça le soit, que le député... et, à ce moment-là... Donc, je
reviens quatre ans en arrière. Je réalisais, à ce moment-là, qu'il peut y avoir
des cas où il y a des enquêtes qui touchent un membre de l'Assemblée, mais on
sait qu'une enquête sur un membre de l'Assemblée peut avoir un impact sur le groupe
parlementaire, et je me disais : Il me semble que c'est important que le
chef de ce parti-là soit avisé si son député ne le dit pas. Mais, quand je me
suis préparée pour revenir ici, donc... pour venir ici aujourd'hui, là, je ne
peux pas dire que c'est une recommandation-phare, d'accord, hein, on peut le
dire, hein? Donc, ça, c'est vraiment... c'était... à ce moment-là, je me disais :
Ça peut être intéressant, ce n'est pas un enjeu pour l'institution. On va dire
ça comme ça.
Mme Bourassa : Parfait.
Merci beaucoup. Je vais laisser la place à mes collègues.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Mme la députée de
Vimont, s'il vous plaît.
Mme Schmaltz : Merci, M.
le Président. Merci de votre présence ce matin. En fait, vous m'avez titillée
tantôt en lien avec les constats que vous avez faits, notamment avec... Vous
avez passé rapidement... parce que je pense que vous ne vouliez pas l'intégrer,
ou peut-être j'ai mal compris, c'est l'utilisation des réseaux sociaux par les
élus. Quand vous mettez ça de l'avant, est-ce que, selon vous, il y a... il
pourrait y avoir des manquements à l'éthique du fait de... que les élus soient
présents sur les réseaux sociaux, se confient, peu importe, là, je veux dire,
écrivent... Ça peut être très large, là. Je ne veux pas rentrer dans le détail,
là, mais qu'est-ce que vous avez remarqué?
Mme Mignolet (Ariane) : Bien,
je peux répondre.
Le Président (M.
Bachand) :Allez-y.
Mme Mignolet (Ariane) : Merci.
Je n'ai... Vous avez entendu ça tantôt dans mon allocution. Je vous indiquais
que c'est un sujet sur lequel je me penche, mais pour lequel je ne suis pas
prête à tirer des conclusions. Ma réflexion commence. Elle a débuté, je vous
dirais, l'année dernière, peut-être même un petit peu avant. Quand le code a
été adopté, là, on s'entend que les médias sociaux, ce n'était pas tellement
autant... il n'y avait pas autant de... ce n'était pas un enjeu autant, hein? On
se remet... 13 ans... il y a de ça 13 ans, ce n'était pas un enjeu
qui pouvait affecter... il n'y avait pas une utilisation si répandue.
Maintenant, c'est un incontournable dans
la vie, et incluant la vie des parlementaires et des membres du personnel
politique, pour rejoindre vos citoyens, pour communiquer vos... Ça, c'est... Je
ne remets pas du tout en... le... je ne remets pas du tout en cause... et ce
n'est pas du tout l'objet de ma réflexion, de dire : Bien, on ne peut pas
utiliser les réseaux sociaux. Ce n'est pas là qu'on est, mais j'ai remarqué... Notamment,
quand on arrive dans l'année électorale, les contenus des sites de médias
sociaux deviennent plus partisans, et là il y a certaines... certaines
réflexions qui... par exemple... parce qu'on dit souvent le... C'est important
de ne pas créer la confusion et de bien séparer les <activités qui sont
liées...
Mme Mignolet (Ariane) :
...c'est
important de ne pas créer la confusion et de bien séparer les >activités
qui sont liées à l'exercice de votre charge et d'autres activités qui relèvent
soit de votre sphère privée ou partisanes. Comme vous savez, le code s'applique
dans l'exercice de votre charge, permet une utilisation des biens et services
de l'État pour l'exercice de votre charge, ce qui exclut les activités
partisanes.
Donc, à un moment donné, on constate que,
des fois, plus on arrive près d'une période électorale, plus le contenu se
mélange, en quelque sorte, et c'est difficile de faire la part des choses.
Est-ce le député de ma circonscription? Est-ce le ministre Untel de tel secteur
qui s'adresse à moi? Est-ce le premier ministre qui... ou c'est le chef du
parti, de tel parti ou un autre, ou c'est la députée qui se... sortante qui va
se représenter pour son... et c'est là où il peut y avoir certains enjeux.
Si une personne s'est abonnée à une page
en disant : Moi, je veux savoir... je m'abonne toujours à la page de mon
député ou du premier ministre parce que je souhaite avoir des informations sur
le gouvernement, ce que le gouvernement met de l'avant, etc., et puis, donc, je
m'abonne, et, à un moment donné, ce que je reçois, c'est du contenu partisan, et
je n'ai peut-être pas... je ne me suis peut-être pas abonnée pour ça.
Donc, il y a une réflexion qui se fait
ici, mais qui se fait ailleurs, un peu partout. Donc, je consulte beaucoup mes
collègues, mes homologues ailleurs au Canada, et il y a certaines directives
qui existent déjà ailleurs, notamment pour les ministres, de ne pas mélanger
leurs comptes, les contenus qui sont liés à leurs charges, à leurs fonctions,
et, d'un autre côté, des activités pour faire la promotion d'une activité de
financement ou pour faire... etc.
Mme Schmaltz : ...vous
parlez de la période électorale et l'utilisation des réseaux sociaux ou
l'utilisation des réseaux sociaux juste quand on... bien, en fait, durant le
mandat?
Mme Mignolet (Ariane) : Écoutez,
c'est l'utilisation des médias sociaux au sens large. Ce que j'ai... ce que
j'ai mentionné, c'est que, quand on arrive près de la période électorale, c'est
généralement là qu'il y a le plus de risque de confusion, c'est à ce moment-là
que les contenus commencent à être un peu plus partisans en vue de l'élection
qui s'en vient. Donc, il peut y avoir des enjeux de confusion, d'utilisation
des biens et services de l'État, qui n'ont... est-ce qu'on a... on parle d'une
page qui est liée... page de député ou c'est ma page de candidat de... Donc,
c'est ce genre d'enjeu là et...
Mme Schmaltz : ...devient
candidat, on n'est plus techniquement...
Mme Mignolet (Ariane) : Oui,
mais là je... là, vous parlez de la période, stricto sensu, électorale...
Mme Schmaltz : Oui,
c'est ça, exactement. Oui, c'est ça.
Mme Mignolet (Ariane) : ...alors
que moi, je parle de dès le début de l'année, déjà, électorale, ça commence
tranquillement, mais c'est sûr qu'en période électorale vous êtes des députés
sortants, mais...
Mme Schmaltz : J'ai ici
ma collègue... elle m'interpelle parce qu'elle veut poser une question dans...
Le Président
(M. Bachand) :Oui, Mme la députée de
Charlevoix—Côte-de-Beaupré, rapidement, oui.
Mme Bourassa : Juste
dans votre réflexion, il ne faut pas oublier... Tu sais, par exemple, quelqu'un
qui a été agent immobilier, n'importe quoi, qui s'est créé une communauté sur
les réseaux sociaux, qui s'est fait connaître comme ça, il y a des gens qui la
suivaient avant. Maintenant, si sa page... qu'ils continuent à la suivre... Par
exemple, elle était journaliste avant, elle avait une page de journaliste. Elle
est devenue agente immobilière, elle a transformé sa page... agente
immobilière, devenue députée... Tu sais, il y a des gens qui la suivent depuis
des années puisque Facebook existe depuis des années. La page est aussi liée à
la profession de la personne.
Donc, je pense que ça va avec la fluctuation
de son rôle de députée. Il y a une période où cette personne-là doit se vendre,
doit se faire connaître, et ça sert... Tu sais, maintenant, les... on sait que
les campagnes électorales ont changé. Ce n'est plus que du téléphone. Ce n'est
plus que du porte-à-porte. C'est une façon de rejoindre l'électorat et de
rejoindre un peu des gens qu'elle connaît.
Donc, je suis intéressée à la réflexion
derrière ça, mais je pense que c'est une utilisation des réseaux sociaux... même,
en campagne électorale... peut-être qu'un message en haut, dire... à afficher
en campagne ou... tu sais, de préciser que ça pourrait être partisan, mais
n'empêche que ça fait partie du travail de députée d'être en campagne si elle
veut être élue. Donc, je fais juste... faire attention, parce que, tu sais, la
page peut être la page, depuis très longtemps, de cette personne, pour son
niveau professionnel.
• (10 h 20) •
Mme Mignolet (Ariane) : Oui,
je peux... Je suis tout à fait consciente de ça, c'est simplement que... Puis
vous faites bien de mentionner une autre activité qui n'était pas liée à la...
aux élections, là. Par exemple, vous parlez de quelqu'un qui avait une autre
fonction avant, et que ça suit... C'est intéressant, ce que vous amenez. C'est
évident que ça fait partie des réflexions et des <enjeux qui nous sont
soulevés...
Mme Mignolet (Ariane) :
...vous
amenez. C'est évident que ça fait partie des réflexions et des >enjeux que...
qui nous sont soulevés, avec qui on a déjà échangé un petit peu avec certaines personnes,
mais il y a aussi... Je pense qu'il y a la... ailleurs, on le voit à certains
endroits, ce n'est pas toujours facile, ce que... ce dont je vais parler, dans
le sens où on peut imaginer... proposer peut-être... Il peut y avoir
différentes pages, et je sais que vous allez me dire : Il y en a beaucoup,
mais là... pas le temps de gérer plusieurs pages, mais c'est évident que, si
vous maintenez la même page...
Donc, il y a des gens qui se sont
peut-être abonnés, justement, à vous parce que vous étiez agente immobilière,
parce que vous êtes ministre de, je ne sais pas, l'Agriculture, etc., et là
tout de... et je... et tous mes exemples sont fictifs, et là je... vous...
parce que vous vous intéressez au domaine, mais pas forcément parce que vous
êtes en accord avec les opinions ou le groupe parlementaire avec lequel est
formé le gouvernement actuellement, mais ça... Le nombre d'abonnés qui vous
suit parce que vous êtes ministre, parce que vous êtes députée de la
circonscription de... en publicité, quand, après ça, vous voulez joindre le
plus de gens possible pour passer votre message qui peut être partisan ou qui
peut... mais ça a une valeur quand même, là, puis, si vous prenez... ce n'est
pas des gens qui se sont... qui se sont dit : Moi, je veux recevoir des
publicités pour le groupe...
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. J'ai... la
députée d'Anjou—Louis-Riel, s'il vous plaît.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci, Mme la commissaire, pour la présentation ce
matin. Je pense qu'effectivement il y a un travail de réflexion de fond qui a
été fait sur les années 2015 à 2019. Vous nous parlez de l'application du
code au quotidien, évidemment, l'équilibre que vous devez établir, et que nous devons
tous établir, entre l'indépendance des députés et également le respect des
règles du code, et que ce n'est pas nécessairement facile d'avoir cette
prévisibilité-là puisqu'évidemment les situations se présentent de cas par cas,
mais on ne doit pas faire une étude de cas par cas, bien qu'il y a des éléments
particuliers dans chacun des dossiers.
Alors, c'est, là aussi, un exercice que
vous avez à soupeser pour éviter, justement, qu'il y ait des situations... des
manquements... et qu'on souhaite avoir une prévention adéquate. Je pense que
c'est un exercice intéressant, là, de voir s'exercer la mission du code, mais à
la fois l'indépendance des députés et la protection du public. Donc, tout ça
ensemble est une tâche complexe au quotidien, ce qui m'amène à avoir pour vous,
si j'ai le temps, bien sûr, cinq questions et un commentaire.
Alors, ma première question est
relativement aux formations que vous nous avez parlé dans la
recommandation 1. Donc, vous proposez que les formations qui sont
actuellement non obligatoires le deviennent et soient intégrées dans le code et,
bien sûr, dans la pratique des élus. Alors, je vais vous... Ma question, en
fait, va vous proposer les deux axes. D'un côté, est-ce que vous pensez
vraiment que les formations obligatoires peuvent atteindre leur objectif? Lorsqu'effectivement
il peut y avoir des particularités dans des cas, est-ce que, d'un côté, ce ne
serait pas mieux que les élus, lorsqu'ils vivent des situations, vous
contactent pour un avis du Commissaire à l'éthique sur une situation donnée?
Alors, ça, c'est un côté du pendulum, et, de l'autre côté du pendulum, est-ce
que vous pensez qu'une formation à l'intérieur d'un mandat de quatre ans est
suffisante?
Et je vous dis ça sur la base de mon passé
personnel en tant qu'élue municipale, où j'avais suivi toutes les formations
qui étaient disponibles en éthique et en déontologie, et je peux vous dire que
les situations... nombreuses situations peuvent se présenter à l'intérieur d'un
mandat de quatre ans, et on a besoin de revenir, par nous-mêmes, de manière
indépendante, relire les règles du code pour se rafraîchir la mémoire. Alors,
de l'autre côté du pendulum, est-ce que vous pensez qu'une formation en début
de mandat est suffisante à l'intérieur d'un même mandat? C'est ma première
question pour vous.
Mme Mignolet (Ariane) : Merci.
Je vous remercie aussi de me permettre de répondre question par question, sinon
j'aurais dû prendre tout en note.
Donc, je pense que le premier volet de
votre question, la formation, oui, c'est extrêmement pertinent, et,
effectivement, en éthique, déontologie, ce n'est jamais... ce n'est jamais tout
blanc ou tout noir, tout est question de contexte, et, en même temps, c'est... on
ne veut pas... Donc, chaque... chaque cas d'espèce est important, mais, oui,
c'est fondamental, mais, évidemment, ça ne remplace pas les demandes <d'avis
qu'il peut y avoir...
Mme Mignolet (Ariane) :
...pas
les demandes >d'avis qu'il peut y avoir. En fait, plus il y a de
formations, plus les personnes visées par les règles sont formées, même, plus
on a de demandes d'avis. L'objectif d'une formation, c'est de susciter des
réflexes, notamment, c'est de présenter des enjeux et de dire : Voici les
situations dans lesquelles vous devriez... il devrait y avoir une petite
lumière rouge qui s'allume : Oh! dans des cas comme ça, je pense que...
Donc, c'est surtout ça... c'est pour
instaurer, en quelque sorte, ce que j'appelle le réflexe éthique, et ça, c'est
nécessaire, parce qu'on n'a pas toujours l'impression... On arrive en poste puis
on se dit : Bien, je suis une personne raisonnable, j'ai des bonnes
valeurs, j'ai des bons réflexes, je viens d'un milieu qui avait beaucoup de
questions d'éthique, déontologie, ça va... Et on se pense protégé, mais l'enjeu
n'est pas tant là. L'enjeu, il est que le code a des dispositions très précises
dans certains cas et demande des... une action très précise, et, si on ne sait
pas qu'est-ce qu'elle est, bien, on ne peut même pas anticiper le fait de dire :
Je devrais consulter le bureau du commissaire. Donc, je pense que, oui, la
formation est fondamentale et elle ne remplace pas les avis. C'est deux... Ça
fait partie du... On est toujours en prévention, mais ça se complète. Pour moi,
c'est fondamental.
Est-ce qu'une formation, maintenant, au
début du mandat, est suffisante? La réponse est non. Moi, je vous parle d'un
minimum, d'accord, le minimum. Je pense que, quand on arrive à l'Assemblée, on
devrait avoir des bases, des bases pour, justement, avoir le réflexe et ne pas
attendre qu'une situation problématique se pose pour consulter, parce que, des
fois, il peut être trop tard, parce qu'on ne l'a pas vu venir, mais qu'un
collègue l'a vu ou qu'un journaliste l'a vu venir, par exemple, et là il est un
peu tard pour entamer l'échange, mettons, avec mon bureau.
Donc, l'objectif, c'est que ça prend une
formation obligatoire en début de mandat. Ça n'exclut pas qu'il puisse y avoir...
Beaucoup de professions... On a des heures de formation continue, hein, tout au
long de... Donc, il peut y avoir un module de base. Il peut y avoir des modules
complémentaires sur des situations précises, sur des petits points précis, au
fil du temps. Je pense qu'au minimum une formation obligatoire en commençant,
c'est la base, mais ça n'exclut pas plus.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup pour votre réponse. Alors, je comprends bien qu'il y a cette
complémentarité entre les formations de base et puis les avis au Commissaire à
l'éthique. D'ailleurs, je souligne la qualité des formations qui sont
disponibles présentement pour les élus. Merci beaucoup pour la variété et aussi
la qualité de vos professionnels qui offrent ces formations-là.
Pour ma deuxième question, je vais faire
référence à votre recommandation 2, alors que vous parlez, là, du fait que
les parlementaires réfléchissent à l'opportunité de rendre publiques dans un
registre certaines mesures prises pour prévenir des situations de conflits
d'intérêts. Est-ce que vous pouvez nous en dire davantage? Tout à l'heure, vous
nous avez parlé de l'objectif ultime de l'article 25, qui amène, notamment,
à une meilleure représentation des citoyens, une plus grande transparence de
manière générale, mais, lorsqu'on parle d'un registre, concrètement, à quoi
pensez-vous, dans le détail, là, des informations qui seraient divulguées?
Mme Mignolet (Ariane) : Alors,
cette recommandation, elle vise vraiment la... une plus grande transparence,
d'accord, des intérêts ou des... qui... dont les élus pourraient avoir... face
aux citoyens.
Donc, quand on est contacté, notamment,
quand on est dans le processus d'accompagnement d'un élu ou d'un ministre, et
qu'il nous dit : Bon, bien, voici, j'ai telle situation, j'ai des intérêts
dans telle entreprise, ou ma conjointe est dans tel domaine, etc. Peu importe,
il peut y avoir une variété de sujets pour lesquels on demande notre avis et
pour lesquels on dit : Bien, voici ce qu'il faudrait faire. Vous allez
prendre, par exemple, un engagement... Si on parle d'un ministre, vous allez
prendre un engagement auprès de votre sous-ministre, auprès du premier ministre.
Vous allez demander explicitement de ne pas être présent lors des séances du Conseil
des ministres qui parlent de ce sujet. Vous allez aviser votre sous-ministre ou
votre directeur de cabinet de ne jamais vous amener les dossiers qui sont liés
à telle ou telle entreprise, parce que ma conjointe ou mon conjoint est là.
• (10 h 30) •
Donc, ce sont des exemples de ce qu'on
appelle un peu des processus mis en place pour éviter les conflits d'intérêts,
mais ce genre d'information... peut-être pas dans tout, mais ce genre
d'information, il y en a une grande partie qui, je pense, serait intéressante...
que ce soit rendu public pour la connaissance des citoyens... de le savoir, de
ne pas simplement... d'être au courant que tel député, tel ministre, il y a
tels <enjeux, ils ont une... l'information et aussi...
>
10 h 30 (version révisée)
< Mme Mignolet (Ariane)T :
...savoir, de ne pas simplement... d'être au courant que tel député,
tel ministre, il y a tels >enjeux. Ils ont une... l'information et aussi
surtout l'information qu'il y a eu des démarches pour se prémunir contre les
conflits d'intérêts. Parce que, sinon, on ne le sait pas, puis, après ça, il y
a des questions, on entend parler de, puis là on fait des vérifications, et ça
peut amener la personne visée à se retrouver dans le centre d'une espèce... d'un
tourbillon médiatique, ou je ne sais pas, alors que cette personne-là a pris
les mesures qu'on lui a demandé de prendre. Et je pense qu'en matière de
transparence ça serait une bonne chose que ce soit connu, sauf des cas
exceptionnels, évidemment.
Mme Boivin Roy : Parfait.
Merci beaucoup. Ma troisième question, sur la recommandation 8, alors que
vous parlez... bien, en fait, ma collègue a déjà abordé... sur la question, là,
des pénalités administratives pour éviter, là, justement, qu'il y ait des
manquements, est-ce que de vos... J'imagine que, lorsque vous faites cette
analyse, vous regardez les meilleures pratiques à travers le monde et puis,
bien sûr, à travers les provinces et au fédéral. Est-ce que l'effet dissuasif
est démontré comme étant concluant?
Mme Mignolet (Ariane) : De
par mes collègues au Canada qui ont cette possibilité, c'est oui, la réponse
est oui. Et les autres collègues qui n'ont pas cette possibilité-là, il y en a
beaucoup qui souhaiteraient... qui souhaiteraient l'avoir, ça facilite les
choses, et l'effet dissuasif qui reste quand même, je dois dire, dans tous les
cas, à la discrétion du commissaire. C'est-à-dire... ce n'est pas automatique, OK?
Ce n'est pas parce qu'il y a un retard d'un jour qu'il y a... je veux dire,
mais que le commissaire, quand il l'estime nécessaire, se dit : OK, là, ça
fait huit fois que j'essaie, ça fait quatre semaines... bon, qu'il puisse y
avoir cette possibilité-là.
Mais évidemment on parle de gestes
administratifs techniques parce que... Par exemple, l'obligation de donner... d'informer
le commissaire de tout changement significatif, la déclaration de don, on
pourrait penser que, si jamais la commission devient... la commission, la
formation devient obligatoire, que, si elle n'a pas été tenue dans... il peut
y... Tout ce qui est des petits... pas manquements, mais, en tout cas, des
gestes qui sont demandés, qui sont requis par le code, mais qui ne nécessitent
pas... Je veux dire, moi, je ne ferais pas une enquête pour ça, là, je veux
dire, c'est clair, mais je pense que ça permettrait peut-être de, justement,
faire en sorte qu'on ait un peu plus de déclarations de don, faire en sorte
que... Parce qu'on ne peut pas être partout non plus. On ne surveille pas... On
n'a pas d'équipe de surveillance. Ce n'est pas l'objectif non plus. Mais je
pense que ça permettrait... ça permettrait d'avoir peut-être moins de relance à
faire auprès de certains retardataires et d'inciter à déclarer les dons, des
choses comme ça.
Mme Boivin Roy : Très
bien, merci beaucoup. Ma quatrième question pour vous est relativement à la
recommandation 13. Alors que vous parlez, là, de la question des situations de
harcèlement dans le code, à la page 63, vous nous dites : «Il
pourrait être pertinent que le commissaire soit avisé de toute plainte fondée à
l'encontre d'un membre de l'Assemblée nationale en vertu de la politique de l'Assemblée
nationale.» Moi, ma question pour vous, c'est : A contrario, quelle est
votre réflexion sur la manière d'encadrer tout le processus?
Vous savez, peut-être avez-vous été
informée de l'émission Enquête la semaine dernière, qui présentait, là,
des situations où des élus sont, eux, harcelés par des citoyens, citoyennes,
entre autres, un élu municipal qui s'était fait intimider, qui avait eu... qui
avait subi de la violence physique, etc. Ce soir, à l'agora, il y aura la
présentation du film Je vous salue salope. Bref, il y a toutes sortes de
situations qui démontrent des difficultés qui sont vécues par les élus
présentement alors qu'on a différentes crises, là, qu'on doit rencontrer et on
doit répondre par rapport aux citoyens, aux citoyennes.
Alors, dans l'autre sens, là, comment
prévoyez-vous aider les élus, justement, qui, eux aussi, peuvent être victimes
de situations? Est-ce que c'est quelque chose qui pourrait être intégré dans le
code sur la manière dont on pourrait être accompagnés lorsque ce sont les élus
qui, eux, vivent des situations de harcèlement?
Mme Mignolet (Ariane) : Alors,
dans le cas que vous m'exposez, je vois difficilement comment... Le code s'applique
vraiment aux élus et aux membres de leur personnel. Donc, c'est plus dans
cette... dans ce forum-là, dans cet écosystème-là dans lequel on a réfléchi la
situation du harcèlement. Je n'ai pas de pouvoir contre des citoyens. Donc, je
ne pense pas... je ne pense pas que ce soit la vocation du code de <pouvoir...
Mme Mignolet (Ariane) :
...contre
des citoyens. Donc, je ne pense pas... je ne pense pas que ce soit la vocation
du code de >pouvoir. Par contre, j'imagine que... Et je vous avoue bien
humblement, je n'ai pas été vérifier cet aspect-là dans la politique sur le
harcèlement, là, qui existe à l'Assemblée nationale. Est-ce que vous êtes
protégés via cette politique-là? Peut-être. Mais la question du harcèlement,
telle qu'elle a été présentée dans le rapport sur la mise en œuvre, concerne
vraiment des situations qui impliquent... qui impliquent des membres de
l'Assemblée nationale ou des membres de leur personnel politique.
Mme Boivin Roy : Je vais
préciser ma question.
Mme Mignolet (Ariane) : D'accord.
Mme Boivin Roy : Est-ce
que vous pensez qu'un encadrement serait nécessaire dans la manière dont les
élus choisissent de se défendre face à des situations qu'ils peuvent vivre de
harcèlement?
Mme Mignolet (Ariane) : Certainement.
Je ne sais pas si le code est le meilleur endroit, par exemple, mais
certainement.
Mme Boivin Roy : Parfait.
Merci pour la réponse. Dernière question pour vous, et, en fait, c'est une
question, mais, en même temps, un souhait. Vous nous avez parlé, tout à
l'heure, de la dignité de la fonction, un domaine que vous souhaitez explorer
dans le prochain rapport, qui nous sera remis l'année prochaine. Évidemment, on
voit le cynisme de la population, depuis des années, là, à l'égard des élus. Et
ce concept de dignité de la fonction, le respect de l'institution, en soi, est
une valeur que nous partageons tous, je pense, tous paliers confondus. Et,
évidemment, lorsqu'il se passe quelque chose, quelconque palier, quelconque
situation, ça rejaillit sur l'ensemble des élus, et on doit, tous ensemble,
collectivement, viser à ce meilleur équilibre et les valeurs mêmes que vous
partagez dans le code. Est-ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus,
davantage, sur où vous souhaitez aller lorsque vous parlez du concept de la
dignité de la fonction?
Mme Mignolet (Ariane) : Je
vous remercie pour cette question. Oui, effectivement, c'est un sujet que je
pense qui est très important. Les limites du code actuel, et je l'avais
également soulevé dans ma recommandation qui portait plus sur le harcèlement,
la possibilité... j'avais recommandé, à ce moment-là, la possibilité d'élargir
éventuellement le spectre d'application du code en allant un petit peu plus
large que le strict exercice de la charge, parce que, justement, il y a des
situations qui se produisent et qui rejaillit sur toute la classe politique,
tous partis confondus, l'institution de l'Assemblée nationale. Et je pense que
c'est important de prévoir ça. Et la tendance que j'observe, on s'en va vers
là, de la même façon que... même la question du harcèlement, que vous avez
évoquée il y a quelques instants, la tendance est qu'on va vers... on sort
du... en fait, on fait de certaines situations, comme la dignité de la fonction
au sens large, l'honneur de la fonction, les questions de harcèlement, on sort
du comportement de... du domaine plus éthique, on en fait une règle
déontologique, là, qui peut être sanctionnable et qui... Donc, comme ça a été
fait pour les élus municipaux, notamment, vous avez adopté cette pièce
législative, moi, je pense que c'est fondamental aussi qu'on explore ça.
• (10 h 40) •
Puis qu'est-ce que ça veut dire, la
dignité, l'honneur de la fonction? Je peux vous dire, il y a des... comment
dire, on voit ça dans d'autres spectres, dont notamment la déontologie
professionnelle, il y a des exemples, mais je pense que ce qui va constituer
vraiment un écart, une atteinte à la dignité de la fonction de député, de
ministre, mes réflexions vont certainement, sans aucun doute, vous inclure pour
déterminer ce que c'est. Je ne pense pas qu'il m'appartienne à moi seule de
venir déterminer qu'est-ce qui est acceptable.
C'est ça qui est la... qui est un petit
peu difficile quand on parle des valeurs et des principes éthiques dans le
code, parce que c'est quand même... c'est vaste. Et la... certaines valeurs,
comme le respect des institutions, comme veiller ou voir au bien-être
socioéconomique des Québécois, ça ne veut pas dire la même chose pour un élu de
vos formations politiques respectives. Donc, je pense que c'est quelque chose
qu'il va falloir... et qui évolue constamment quand... Si jamais on va vers là,
bien, il faudra voir aussi où la... les attentes de la population sont rendues
par rapport à ça aussi. Ça fait que c'est quelque chose que je ne ferai pas en
vase clos.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup.
Mme Boivin Roy : Mme la
commissaire, merci beaucoup pour l'échange.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
Saint-Jean, pour huit <minutes...
Mme Boivin Roy : ...pour
l'échange.
Le Président (M.
Bachand) :
Merci. M. le député de
Saint-Jean, pour huit >minutes.
M. Lemieux : ...pour
votre candeur et la largeur de la palette de vos commentaires, qui sont, quand
il est question de dignité de la fonction, de médias sociaux, de confiance, qui
sont plus qu'importants, c'est fondamental. Je suis sorti des médias en disant
que le cynisme ambiant était devenu lourd pour entrer dans un monde politique
où il n'est pas juste lourd, le cynisme ambiant. Alors, d'entendre votre vision
de la chose, ça me donne déjà hâte de lire votre prochain rapport, bon.
Et, justement, pour garder ça large, vous
avez parlé, tantôt, de réflexe éthique. J'ai allumé là-dessus. C'est à la mode,
le réflexe ci, le réflexe ça, mais ce n'est pas juste à la mode, c'est
important, parce qu'il y a plusieurs références dans votre rapport, dans vos
commentaires aussi, sur... mais plus dans le rapport, sur le changement de
culture au Québec vis-à-vis les principes de déontologie et d'éthique. Et je me
demandais si vous avez l'impression qu'on est encore en rattrapage, le code a
11 ans, sauf erreur, si on est encore en rattrapage, si on est passé date,
si on est encore... si on a encore raison d'être fier de ce qu'il y a
là-dedans. Pas dans la marge, là, parce que, dans la marge, on peut s'entendre
sur un paquet de choses que vous avez recommandées, puis je vais y venir, mais,
au sens large, est-ce qu'on est à la mode ou on est dépassés, nous autres, ici,
là?
Mme Mignolet (Ariane) : Le
Québec a été la dernière province au Canada à se doter d'un code d'éthique pour
les membres de l'Assemblée nationale, les ministres. Alors, ce fait-là fait en
sorte que, quand on l'a fait, quand le législateur s'y est penché, bien, il
avait beaucoup d'exemples, hein? On a été prendre partout, on a été regarder ce
qui se faisait ailleurs, le comité qui avait été mis en place, etc., les
recommandations qui ont été faites là-dedans. Il y a eu des consultations avant
même, je pense, le dépôt du projet de loi, des consultations pour le projet de
loi, tout ça, donc on s'est inspirés de ce qui se faisait ailleurs. Ce qui fait
que, moi, quand je suis arrivée en poste, donc en 2017, et que j'ai rencontré
mes homologues canadiens, moi, ce que j'entendais, c'est : Wow! Vous êtes
vraiment chanceux, au Québec, vous avez un code qui est très avancé, on est
envieux des dispositions, tout ça. Donc... Puis ça, c'était en 2017. Donc, ça
fait six ans. Donc, je ne pense pas qu'en six ans le code est devenu désuet, là.
On n'est pas dépassé.
Par contre, on est dans un... on le voit,
puis, même depuis l'adoption du code, il y a eu une grande montée, on l'a vu
dans plusieurs domaines, d'autres institutions, d'autres législations qui ont
vu le jour en matière d'intégrité publique au sens large, on est dans cette
voie-là, et il est nécessaire... Je pense que la volonté du législateur
d'inscrire cette révision aux cinq ans est primordiale, surtout en début, comme
ça. On est... je vais dire, ça fait bientôt 13 ans, mais on s'entend qu'on
est un bébé institution, là, dans l'écosystème. Donc, on est encore en
développement, et je pense que c'est important de le revoir régulièrement, de
ne pas avoir peur de requestionner tout pour s'assurer que ça reflète toujours
les attentes des citoyens, et ça reflète toujours ce qu'on attend de vous, et
ce qu'il est... et de bien prévenir, en même temps, de maintenir la confiance,
mais de vous assurer une certaine flexibilité, une certaine indépendance dans
l'exercice de vos fonctions.
L'objectif, ce n'est pas que vous ne
puissiez plus rien faire, que vous ayez peur de faire... de jouer votre rôle,
c'est de mettre en place des outils qui vous permettent... C'est un délicat
équilibre, hein, qu'il faut maintenir en tout temps. Et je pense que cette
révision périodique est absolument nécessaire, parce que, même ce qui est
acceptable... ce qui était acceptable il y a cinq ans commence à l'être moins,
et etc., puis on... Donc, c'est nécessaire, mais ça ne veut pas dire qu'il
n'est pas bon, qu'il est désuet, mais il faut toujours rester à la page.
M. Lemieux : Merci
beaucoup du cadrage. Sauf erreur, il me reste moins de quatre minutes, M. le
Président? Merci beaucoup.
Au niveau préventif, parce qu'on en a
parlé, mais je veux revenir là-dessus parce que, pour moi, c'est fondamental,
vous avez un lien avec le DGE qui vous permet d'alimenter une certaine
information. On va s'entendre que c'est très peu quand on arrive comme candidat.
Les piles de papiers qui arrivent du DGE, <là...
M. Lemieux :
...
information.
On va s'entendre que c'est très peu quand on arrive comme candidat. Les piles
de papiers qui arrivent du DGE, >là... puis surtout que c'est du chinois
pour la majorité des candidats, puis c'est leur machine qui s'en occupe, alors,
le candidat devenu député, il ne l'a probablement pas vu passer.
Et pourtant il me semble que c'est là que
c'est le plus important. Quand vous dites : On en a eu 47 sur 125, je ne
vous dirais pas que c'est un gros score pour la 43e législature, là. Et,
sous-entendu, j'entends que ce n'est pas juste pour les députés, c'est pour le
public, c'est pour les équipes, c'est pour le personnel, c'est pour l'intérêt
public, parce que c'est ce que c'est.
Donc, dans le fond, vous êtes un peu...
pas frustrée, mais un peu mal placée pour dire : Bien, je ne peux pas
faire de publicité comme le Protecteur du citoyen en fait ou comme la
Commission des droits de la personne peut en faire. Puis, en même temps, c'est
ça que ça prendrait pendant la période électorale, mais là c'est le DGE qui a
tout le tapis devant lui. Mais il y a sûrement moyen de faire plus que ce qu'on
fait en ce moment avec le DGE pour aller chercher et capter l'intérêt et la
connaissance des presque 1 000 personnes qui sont susceptibles,
quelques semaines plus tard, de devenir candidat. Moi, pour moi, ça m'apparaît
clair, clair, clair.
Pour la suite des choses, une fois rendu,
je vous dirais que je me suis inscrit, je fais partie des 47, merci beaucoup, mais
ça reste fastidieux, dans le sens que c'est vraiment le un à un qui est le plus
payant. On a tous des questions personnelles et on oublie trop souvent qu'une
fois qu'on vous a interpelé et que vous nous répondez, c'est la loi,
c'est-à-dire qu'à partir de là on est en confiance. Plus tard, je parlerai avec
la jurisconsulte parce que j'ai hâte de voir ce qu'elle pense de ce qu'elle est
en train de devenir dans le contexte.
Il me reste à peine... pour que vous
puissiez répondre, il reste à peine 1 min 30. Je vous laisse choisir votre
réponse, mais j'aurais aimé ça entendre... parmi les trois questions que je viens
de poser, mais j'aurais aimé ça entendre quelque chose au sujet de la
jurisconsulte.
Mme Mignolet (Ariane) : OK.
Bien, je vais commencer par là, parce que sinon...
Le Président (M.
Bachand) :...s'il vous plaît.
Mme Mignolet (Ariane) : Donc,
écoutez, on a constaté... depuis mon arrivée, j'ai constaté, avec les
prédécesseurs de la jurisconsulte actuelle, donc il y avait Me Beaudoin et Me
LeBel, donc, avec qui j'ai eu le plaisir de collaborer un petit peu... quand le
code a été adopté, je pense que l'objectif n'était pas de mettre... Le rôle du
jurisconsulte a perduré. Je pense qu'au début il y avait probablement des
craintes de se dire : Bien, moi, j'ai un peu peur, peut-être, d'aller
téléphoner à la commissaire, qui a un rôle d'enquête, qui a deux chapeaux.
Est-ce que, moi, quand je vais appeler, elle va utiliser ça pour... du côté
enquête? Et tranquillement... Et puis les députés étaient habitués à avoir le
rôle de jurisconsulte, il existait par le passé. Mais, tranquillement, ce qui
s'est fait, c'est que les gens ne consultent plus le jurisconsulte. Donc, et de
un, ça me dit que les gens ont de plus en plus confiance en l'institution, et
ça me rassure. Je mets un paquet énorme... pour moi, c'est la prévention,
l'accompagnement qui est prioritaire dans mon mandat. Ça, pour moi, c'est
essentiel. La députée, un peu plus tôt, l'a souligné, que mon équipe était très
présente dans l'accompagnement, et je suis ravie de ce lien de confiance. Et
surtout, je pense, ce qu'est l'élément clé, c'est que les avis que pourrait
rendre la jurisconsulte ne lient pas le commissaire.
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de Nelligan, pour 36 min 45 s,
s'il vous plaît. M. le député.
M. Derraji : Merci, M.
le Président. Bonjour. Merci pour votre présence. Merci pour le rapport
détaillé avec pas mal de recommandations. J'aimerais bien vous entendre sur le
délai que l'Assemblée nationale... je l'ai mentionné tout à l'heure dans mes
remarques préliminaires, que c'est presque quatre ans. Qu'est-ce que vous en
pensez, qu'on étudie votre rapport quatre ans plus tard?
• (10 h 50) •
Mme Mignolet (Ariane) : Écoutez,
moi, j'ai fait mon bout de chemin, j'ai fait mon travail, ce qui était requis.
J'ai déposé ce rapport-là, qui contient beaucoup de recommandations. Le reste,
ça vous appartient. Je ne suis pas... Est-ce que j'aurais souhaité pouvoir
venir en débattre avec vous avant? La réponse, c'est oui, bien évidemment. Ça...
Je ne peux pas vous dire autre chose.
Maintenant, je ne contrôle pas cette
partie-là. Je me réjouis d'avoir l'occasion de le faire aujourd'hui. C'est
certain que, ce faisant, je vais attendre avec grand intérêt de voir les
recommandations ou de voir les discussions qui sortiront après ça, et de voir
ce que vous avez pensé et ce que vous recommandez suite à mes recommandations.
Par contre, le fait que j'en prépare un actuellement pour bientôt, somme toute
dans un an, vous comprendrez que, pour travailler un rapport comme ça, c'est
presque demain <matin...
Mme Mignolet (Ariane) :
...bientôt,
somme toute dans un an, vous comprendrez que, pour travailler un rapport comme
ça, c'est presque demain >matin.
Donc, moi, ce que je souhaite à ce
moment-ci, c'est sûr, c'est que les réflexions que vous aurez là-dessus vont me
guider un peu aussi, là, puis voir un peu... Je vais écouter avec intérêt ce
qui se... les échanges qui auront lieu avec les restes des personnes qui
viendront vous parler. Mais c'est sûr que, quand on fait ces
recommandations-là, c'est parce qu'on vise... on vous propose de faire
certaines modifications comme législateurs au code. Mais c'est certain que, aujourd'hui,
je me présente devant vous, si vous me dites : Suite à ça, est-ce qu'on
peut changer le code?, et qu'il y a un projet de loi qui est présenté en
février prochain, bien, je vous dirais : Oui, c'est bien, mais j'aurais
aimé ça, peut-être, attendre le prochain rapport pour que, quand vous allez
modifier le code, vous prendrez en compte tout. Parce que, si on modifie le
code au printemps prochain, bien, six mois plus tard, je vais vous proposer
peut-être d'autres choses. Ça fait que ça rend l'exercice un peu...
M. Derraji : Un peu? Un
peu? Vas-y. Oui, oui.
Mme Mignolet (Ariane) : Un
peu... je ne sais pas trop. C'est comme un exercice, marcher sur des oeufs, où
on ne sait pas trop... je ne sais pas qu'est-ce qui... qu'est-ce que je
souhaite... pardon, qui... Si vous m'aviez entendue il y a deux ans, je vous
aurais dit : Puis, regardez, je suis prête à, tout de suite... S'il y a un
projet de loi qui se prépare, allons-y, on va le travailler ensemble.
Maintenant, c'est sûr que, si vous me dites : Il y a un projet de loi qui
va... le gouvernement choisit de présenter un projet de loi pour étude, bien,
je vais être un petit peu entre deux. Je vais me sentir pressée d'accoucher de
ma réflexion qui commence pour les prochaines recommandations. Voilà.
M. Derraji : Oui. Mais
je pense que vous avez la réponse. Moi je ne voulais pas vous poser cette
question, mais j'ai vu mes deux collègues, ils ont posé des questions sur le
prochain rapport. Ce que je trouve dommage, c'est qu'on ne va pas l'aborder. Je
peux même... On peut, parce qu'ils ont abordé pas mal de questions. C'est très
pertinent. En fait, c'est ce qu'on vit présentement.
Et je ne veux pas vous ramener sur
l'utilisation des pages Facebook, on a vu, même, des conférences de presse du
premier ministre sur sa page et non pas celle... sur celle du gouvernement. Il
n'y a aucune recommandation qu'on va étudier sur ça aujourd'hui. Aucune. Zéro.
J'ai, devant moi, un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, neuf
rapports depuis 2019 jusqu'à aujourd'hui, abstraction faite aux commentaires
que vous avez vus, constatés depuis le dépôt de votre rapport. C'est là, je me
dis... et je sais que vous êtes prudente, c'est bon, mais ça ne devrait pas
être le cas. C'est une leçon. On ne peut plus attendre quatre ans pour étudier
un rapport, vous lier les mains pour un autre rapport qu'on risque d'étudier,
si on suit la même logique, en 2028.
Ça veut dire que vos recommandations pour
l'année prochaine, quand est-ce qu'elles seront applicables? Et c'est là où je
veux vous écouter et vous entendre. Parce que je peux passer une heure... La
collègue l'a dit, vous avez tellement de bonnes recommandations, j'ai des
questions sur chaque recommandation. Mais ce que vous nous dites aujourd'hui,
c'est que, même si on a l'intention et le gouvernement a l'intention de déposer
un projet de loi, je ne pense pas que c'est bon parce que, votre rapport, on
doit l'attendre en 2025.
Donc, devant cette situation, pas... parce
qu'on ne peut pas faire abstraction à tout cela, dans un monde idéal... Parce
que j'en suis sûr et certain, que vous avez déjà des idées en tête. Vous avez
vu beaucoup de choses : il y a des rapports, il y a des blâmes, il y a des
votes, il y a des choses qui se ressemblent un peu, je les ai notées. Mais, si
on veut prendre les derniers... les quatre dernières années, ça serait quoi,
votre suggestion?
Mme Mignolet (Ariane) : Je
ne suis pas tout à fait sûre de comprendre votre question. C'est-à-dire depuis
le dépôt du rapport?
M. Derraji : Oui. Depuis
le dépôt du rapport, vous avez un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit,
neuf. J'ai les dates, j'ai les noms, je pense que vous les connaissez par cœur.
Dans chaque rapport, il y avait des recommandations. Il y a des recommandations
qu'on trouve même dans presque le rapport déposé en 2019. Ce que nous sommes en
train d'étudier, c'est le rapport qui date de 2019. Là, vous dites que, si le
gouvernement veut aller avec un projet de loi : Je ne suis pas sûre que je
vais être prête pour la prochaine année. Ça veut dire qu'on doit attendre votre
rapport de 2024 et l'étudier, étudier les recommandations.
Mme Mignolet (Ariane) : Juste
peut-être clarifier. Je me suis peut-être mal exprimée. Ce n'est pas que je ne serai
pas prête s'il y a un projet de loi, je serai... j'y participerai, évidemment,
avec... Ce n'est pas que ça m'empêchera de présenter le rapport, c'est juste
que je me dis : Les réflexions qui ont suivi le dépôt de ce rapport, comme
vous dites, oui, il y a eu plusieurs rapports <d'enquête...
Mme Mignolet (Ariane) :
...qui
ont suivi le dépôt de ce rapport, comme vous dites, oui, il y a eu plusieurs
rapports >d'enquête, il y a eu aussi... on a progressé en matière
d'accompagnement, de... on a présenté plusieurs lignes directrices pour
clarifier des choses, mais c'est certain que, oui, dans un monde idéal, je me
dis que ce serait préférable d'attendre le dépôt du prochain pour envisager une
modification du code.
M. Derraji : C'est
excellent. Ça, pour moi, ça répond exactement à ma question. Donc, votre
suggestion, si le législateur envisage un changement, ce que vous nous suggérez
aujourd'hui, c'est attendre le dépôt du prochain rapport.
Mme Mignolet (Ariane) : Oui
et de l'étudier rapidement. Je pense que, si on se revoit dans un an et demi,
on aura le portrait global de mes recommandations sur...
M. Derraji : C'est
excellent.
Mme Mignolet (Ariane) :
...basé sur mon expérience de...
M. Derraji : J'apprécie.
Et c'est là où ça me ramène à ma deuxième question. Vu ce qui s'est passé,
qu'il y avait quatre ans d'attente et il n'y a personne qui était préparé, j'ai
entendu les commentaires que... pandémie, pas pandémie, mais le Parlement a
continué à fonctionner. Et ce n'est pas vrai que nous, on n'a pas démontré de
l'intérêt. Je vous ai dit que, 11 jours plus tard, nous avons interpelé le
gouvernement pour statuer sur une date pour étudier. On n'a pas donné suite à
notre lettre.
Maintenant, est-ce que vous voyez d'un bon
oeil une recommandation de la commission qu'on s'engage à étudier le prochain
rapport soit dans un délai raisonnable? Et, s'il y a un délai raisonnable,
est-ce que, pendant le mandat actuel de la 43e législature, si on... si le
gouvernement... ou si on envisage un dépôt de loi, la commissaire veut qu'on
étudie son rapport, idéalement, dans la première année du dépôt, deuxième année?
C'est quoi, l'idéal, pour vous?
Mme Mignolet (Ariane) : Écoutez...
M. Derraji : Et je
comprends que ce n'est pas votre responsabilité, c'est notre responsabilité,
nous. Mais, vous, dans un monde idéal, vous travaillez tellement fort avec des
rapports d'enquête, avec des recommandations, à un certain moment, c'est plate
qu'on ne voie pas ça avancer.
Mme Mignolet (Ariane) : Écoutez,
de mon point de vue, c'est évident que je ne peux pas vous dire autre chose que
ce code, c'est... son objectif, c'est vous accompagner dans l'exercice de votre
charge. C'est quelque chose qui vous concerne, je l'ai dit tantôt, intimement.
Donc, c'est sûr que, comme Commissaire à l'éthique et à la déontologie, ce que
je souhaite, c'est d'avoir la possibilité d'avoir plus d'échanges avec vous
là-dessus. Je veux dire, une fois aux cinq ans, c'est un minimum, ça aussi,
mais je pense que tout le monde y gagnerait si on avait des... la possibilité
d'échanger sur des notions qui vous concernent, sur les valeurs, sur les... Je
veux dire, c'est des choses que je ne peux pas faire seule puis, je veux dire...
Donc, je l'ai dit aussi tout à l'heure, moi, je souhaite que tout ce qui
concerne le code puisse faire l'objet de discussions vastes, exhaustives, mais
surtout de manière collaborative et transpartisane.
Et là, quand vous me demandez de répondre
à la question : Quand est-ce que vous voulez... je veux dire, je souhaite,
évidemment — je veux dire, c'est le fruit des réflexions que je vous propose — que
vous y réfléchissiez, mais je connais aussi la réalité, le contexte. Je veux
dire, si je suis appelée à venir en commission débattre de questions comme ça,
qui vous touchent tous, 10 jours après le dépôt d'un rapport controversé
d'enquête, je ne suis pas sûre que ce soit le bon moment non plus. Donc, il
faut un... voilà, un moment propice.
M. Derraji : Je ne veux
pas vous poser cette question, mais vous me donnez le goût. Donc, il y a deux
rapports en attente. Est-ce que vous attendez que la commission passe pour les
déposer?
Mme Mignolet (Ariane) : Je
vais vous répondre à cette question que tous mes rapports sont faits de manière
diligente, et, dès qu'ils sont terminés, je les envoie à la présidence pour
dépôt.
• (11 heures) •
M. Derraji : Je ne peux
pas m'empêcher, parce qu'il y a deux rapports qu'on attend, et on va les
attendre, Mme la commissaire.
Je vais revenir à cette question
parce que, je trouve, quatre ans, c'est beaucoup. Tout à l'heure, quand vous
avez évoqué les réseaux sociaux, j'en suis sûr et certain, que les collègues
autour de la table ont beaucoup de questions, moi-même, mais je vous... je
tiens à le rappeler, que c'est plate, faire deux élections et ne pas prendre en
considération les recommandations. Parce que votre réflexion a commencé depuis
2019. On vient de terminer 2022. Vous avez vu ce qui s'est passé, ça a été
soulevé par plusieurs personnes, l'achat de publicités Facebook pour des <conférences
de presse, une page FacebookT...
>
11 h (version révisée)
<17923
M. Derraji :
...l'achat de publicité Facebook pour des >conférences de
presse, une page Facebook, et je sais de qui je parle, je parle de la page
Facebook du premier ministre, qui, dans un temps record, est devenue la source
informationnelle de 8 millions de Québécois. La même page qui a été
utilisée pendant la pandémie est devenue la source d'information pour une
campagne électorale par la suite. Je n'ai pas prévu aller là, mais je vous ai
vu répondre à mes collègues. Est-ce que c'est sur ces enjeux que vous êtes en
train de réfléchir?
Mme Mignolet (Ariane) : Je
réfléchis, de façon globale, à tous les enjeux qui sont soulevés qui concernent
l'utilisation des médias sociaux, tant par les élus que les membres de leur
personnel. J'ai déjà clarifié certaines choses à cet égard pour les membres du
personnel en produisant des lignes directrices un petit peu avant la dernière
campagne, où j'aborde certaines questions aussi, mais je ne souhaite pas,
aujourd'hui, faire référence à des cas particuliers comme vous venez de
mentionner, mais vous dire que c'est des enjeux sur lesquels je me pencherai.
M. Derraji : OK, mais,
vu l'importance de ces enjeux, j'imagine que vous avez des attentes à l'égard
du prochain rapport, le prochain rapport ne doit pas être tabletté. C'est pour
cela que je dois revenir à ma question première : C'est quoi, pour vous,
le moment idéal d'étudier vos recommandations une fois déposées? Parce que je
veux bien étudier les recommandations de 2019, qui couvrent, et je tiens à le
rappeler, 2012, corrigez-moi si ma mémoire, elle est bonne, 2012 à 2018.
Mme Mignolet (Ariane) : Non,
ça... 2015 à 2019.
M. Derraji : 2015 à
2019. Donc, nous sommes en train de parler des rapports de 2015, de 2016, 2017.
Pas besoin de rappeler que le public a été pas mal interpelé par vos enquêtes
et vos rapports d'enquête au courant de la 42e et même la 43e.
Je répète ma question : C'est quoi,
selon vous, le meilleur timing, si je peux utiliser le timing, d'étudier vos
prochaines recommandations et de passer à un changement si jamais il y a des
changements par projet de loi?
Mme Mignolet (Ariane) : OK.
Il y a plusieurs choses. Je ne suis pas certaine de voir le lien que vous
faites dans votre question, peut-être que c'est moi qui ne la comprends pas.
M. Derraji : Ce n'est
pas grave, je vais le répéter, parce que, tout à l'heure, vous avez dit...
Mme Mignolet (Ariane) : Non,
non, le lien entre les rapports d'enquête que je dépose...
M. Derraji : Non, parce
que les rapports d'enquête et les recommandations, moi, j'ai, devant moi, neuf
rapports, mais j'aimerais bien que... En commission, on va en parler, on va
émettre des recommandations, mais je trouve qu'il y a des recommandations que
vous nous invitez à les interpréter en fonction du code, il y a des
améliorations, il y a des choses. Je trouve juste que... Est-ce qu'on peut les
incorporer? Parce qu'ils ne faisaient pas partie du rapport, ces constats que
vous avez constatés depuis le 3 décembre 2019, jusqu'à la dernière
enquête, c'est... dernier rapport, c'est le 11 septembre 2023, concernant
le ministre de la Justice.
Donc, cette liste, il y avait des recommandations.
Quand vous faites un rapport d'enquête ou vous déposez un rapport, il y a des
recommandations qui viennent avec chaque rapport. Moi, je les ai lus, c'est
très important, parce que ce qu'il y a de la bonne information que... vous nous
invitez à les prendre en considération.
Mme Mignolet (Ariane) : Oui,
mais, dans ces rapports d'enquête, il y a... ça arrive qu'il y ait une
recommandation pour... qu'il y ait des recommandations pour aborder les choses
d'une certaine manière. Ce n'est pas toujours des recommandations qui sont
liées à des modifications qui sont souhaitées dans le code, par exemple, là, j'invite
à la prudence, il y a certaines... Je peux recommander de mettre en place des
processus pour... mais ce n'est pas forcément des des modifications que... ça
ne veut pas dire que tout ce qui est dans les rapports d'enquête risque de se
retrouver dans le prochain rapport de mise en œuvre, là, pas du tout. Souvent,
c'est une interprétation que je fais d'un article, je viens préciser les critères
dans la jurisprudence qui s'instaure, du commissaire, mais ce n'est pas des... Ça,
c'est l'évolution normale de la jurisprudence et ce n'est pas... ça n'a pas
lieu d'être dans le rapport sur la mise en œuvre, en tout cas, pas tous,
certainement.
Mais c'est sûr qu'un rapport d'enquête, la
façon dont ça fonctionne, tout ce que j'ai à dire sur le rapport, c'est un
petit peu... un peu comme un jugement. Je ne m'exprime pas à côté de ça, je ne
viens pas compléter, je ne viens pas expliciter davantage. Toute la
justification qui se trouve dans mes rapports fait foi du raisonnement et de ce
qui s'est passé. Donc, je ne viens pas, par la suite, je ne... Il n'est pas
prévu que j'en discute ou que je vienne expliciter davantage, sauf s'il y a un
enjeu particulier qui va faire l'objet peut-être d'une rubrique <d'un
éventuel rapport...
Mme Mignolet (Ariane) :
...et
de ce qui s'est passé. Donc, je ne viens pas, par la suite, je ne... Il n'est
pas prévu que j'en discute ou que je vienne expliciter davantage, sauf s'il y a
un enjeu particulier qui va faire l'objet peut-être d'une rubrique >d'un
éventuel rapport sur la mise en œuvre, le prochain, mais ce n'est pas... ça ne
fait pas... Dans la préparation d'un... pardon, d'un rapport sur la mise en
œuvre, je regarde... ce n'est pas les rapports d'enquête, je ne fais pas
forcément suite à tous les rapports d'enquête. Ce n'est pas parce qu'il y avait
des recommandations ou des appels à la prudence, ou des choses comme ça, que ça
invitait à des modifications ou des réflexions plus larges... certainement,
mais vraiment pas tous.
M. Derraji : OK. Je vais
passer au rapport qu'on a devant nous. Et, encore une fois, je vous remercie
pour la qualité des recommandations. Je veux revenir sur la formation
obligatoire. Pensez-vous, parce que la plupart des élus, il y a toujours des
séances de formation obligatoire, pensez-vous que l'emphase sur le code, la
formation sur le code d'éthique doit être renforcée? La plupart des élus qui viennent,
chacun a une expérience de travail. Il y a des organisations où il y avait un
code d'éthique à suivre, mais parfois pas au même degré, et je dis, je pèse mes
mots, au même degré, toujours, un code, on doit le suivre. Mais, par la suite,
peu importe l'élu, bonne volonté, l'interprétation de la charge publique qui
vient avec la fonction, peu importe la fonction parlementaire, élu, ministre,
adjoint parlementaire, peu importe, pensez-vous qu'il doit être renforcé?
Mme Mignolet (Ariane) : La
formation que je propose de rendre obligatoire, je pense évidemment que cette
formation doit être... J'ai répondu un petit peu tout à l'heure à la question
de votre collègue, mais il y a comme une base, je pense, qui est nécessaire et
qui doit être adaptée à votre réalité, aux fonctions que vous occupez à
l'Assemblée nationale. Je ne sais pas si ça répond à votre question ou si j'ai
mal saisi votre question. Renforcer... Nous, on offre... pour l'instant, on
offre... Les formations qu'on offre, on a des formations qui sont... qui
portent sur l'ensemble du code et on a des formations sur mesure, on a des
formations par sujets thématiques. Ce qui est important, c'est que tout le
monde qui accède à la fonction de député puisse avoir un minimum de formation
pour être capable d'avoir le réflexe de se dire : Woups! Attention, quand
je vais dans cette direction. Oh! je n'avais pas pensé à ceci, il va falloir
que je consulte, pour avoir les réflexes, un minimum de réflexes, de prudence,
et de consulter notre équipe.
M. Derraji : Oui, c'est
excellent. Et vous mentionnez des filtres anticonflits d'intérêts, recommandation 2,
vous dites que «les parlementaires réfléchissent à l'opportunité de rendre
publiques, dans un registre, certaines mesures prises pour prévenir des
situations de conflit d'intérêts». Je comprends la notion de cette... je
dirais, l'importance de la recommandation, et même le sens de la
recommandation, mais pourquoi vous voulez insister à ce que ça soit rendu
public dans un registre? Est-ce que c'est parce que vous avez déjà suggéré
certains filtres, et la personne n'a pas suivi les filtres ou les
recommandations, et, par la suite, on se ramasse à courir derrière ou... C'est
quoi, le but de les rendre publiques? Si jamais la personne a eu une discussion
avec vous, vous avez proposé un filtre, vous avez proposé... vous avez des
suggestions, pourquoi vous insistez à les rendre publiques?
Mme Mignolet (Ariane) : Par
souci de transparence, d'information pour les citoyens. C'est essentiellement ça.
Ce n'est pas tant parce que je pense qu'elles ne sont pas mises de l'avant,
c'est parce que je pense qu'elles sont d'intérêt public, probablement pas
toutes, mais ça permet une meilleure transparence.
M. Derraji : OK. Avez-vous
un exemple en tête?
• (11 h 10) •
Mme Mignolet (Ariane) : Bien,
écoutez, moi, j'ai un exemple. Prenons un cas fictif de... Un membre du Conseil
exécutif qui, pour x raisons, que ce soit en raison d'intérêts personnels,
ou d'intérêts d'un membre de sa famille immédiate, ou je ne sais pas, ne doit
pas être mêlé à un dossier ou à une entreprise en particulier, bien, on va
recommander à cette personne-là de... dans un premier temps, de mettre en place
des mesures pour que l'information n'arrive pas à lui, donc, d'informer son
sous-ministre, d'informer le secrétaire général du gouvernement, le premier
ministre, son chef de cabinet, pour que des mesures soient mises en place, et,
comme ça, bien, ça lui évite d'être... que ces informations soient portées à sa
connaissance, et je pense que c'est d'intérêt... pas toutes, hein, soit dit en
passant, pas toutes, mais, quand c'est le cas, comme ça, ça permet de
dire : Bien, voyez, moi, j'ai ça, <mais sachez que...
Mme Mignolet (Ariane) :
...connaissance,
et je pense que c'est d'intérêt... pas toutes, hein, soit dit en passant, pas
toutes, mais quand c'est le cas, comme ça, ça permet de dire : Bien,
voyez, moi, j'ai ça, >mais sachez que j'ai mis en place des mesures,
c'est public. Voilà. C'est... ça permet...
M. Derraji : Donc, dans
un monde idéal, vous faites votre rencontre... D'ailleurs, je vous remercie,
parce que moi, j'ai eu pas mal d'avis. C'est très rassurant, avoir un avis,
même si j'aime plus un avis écrit, verbal, ça, j'aimerais bien vous entendre,
parce que c'est un stress. Je ne parle au nom de personne, je parle en mon nom,
parfois, je veux avoir un écrit, c'est très rassurant. Et je ne remets en aucun
doute l'expertise de vos équipes, très bien accompagnées, parfois, parce qu'on
veut être plus blanc que blanc, mais parfois les paroles s'envolent et les
écrits restent. C'est ma devise dans la vie.
Pourquoi, pourquoi on ne donne pas un avis
écrit? Il faut se battre pour l'avoir. Je dis «se battre», entre guillemets, parce
que vous réussissez toujours, mais, de facto, si vous me donnez un avis verbal,
je sais, c'est rapide, mais il y a toujours un doute : Est-ce que je fais
la bonne chose? Un avis écrit me rassure, un, je l'imprime, je le lis, je le
relis. Qu'est-ce que vous en pensez?
Mme Mignolet (Ariane) : Bien,
j'espère... ça m'inquiète si vous me dites que vous deviez vous battre pour en
avoir un. Je vais parler à mon équipe, là, je suis un peu inquiète.
M. Derraji : Non, non,
non, j'ai dit, non, non, non, j'ai dit, entre guillemets, parce que «battre»,
ce n'est pas se battre dans le sens «se battre», mais je me suis senti dans
l'obligation d'avoir deux options, un avis verbal ou écrit, mais, dans
n'importe quel cas, on veut toujours être bien protégé. Quelqu'un nous pose la
question : Écoutez, j'ai déjà fait mes vérifications, j'en avais... Je ne
vais pas leur dire : Appelez la commissaire, elle va vous donner un avis
verbal, j'ai l'avis écrit.
Mme Mignolet (Ariane) : Bien,
écoutez, ça, c'est vraiment laissé à l'appréciation de chacun. Il y a des
situations qui sont peu problématiques et pour lesquelles, je veux dire, on
nous appelle, cinq minutes après, c'est réglé. Est-ce que c'est... c'est
quelque chose qui... Bon, est-ce que je peux aller à tel événement, ça se passe
demain? Merci, au revoir, c'est réglé. Je peux accepter ou pas ce don. Bon, il
y a cette facilité et cette rapidité, je pense que toute personne qui appelle
au bureau pour être accompagnée va l'être très rapidement. Ça, je m'assure de
ça.
Mais ce n'est pas tout le monde, vous indiquez
que vous préférez avoir un écrit, et c'est tout à fait valable, et on le
conseille nous-mêmes dans certaines situations plus... ou, par exemple, quand
on sait que c'est quelque chose qui risque de sortir dans les médias, qui
risque... ou quand on nous appelle : Écoutez, j'ai vraiment besoin de ça, puis
je veux l'écrit parce que je veux pouvoir le montrer. C'est tout à fait ça. Mais
je veux vous rassurer que, quand vous appelez au bureau du commissaire et que
vous parlez à quelqu'un de l'équipe de la prévention et qu'il vous donne un
avis, cet avis, il n'est pas... il ne vaut pas moins qu'un avis écrit, et tout
ce qu'on vous dit, on prend des notes de, quand même... tu sais, je veux dire,
on prend des notes sur ce qui a été dit. Si vous rappelez dans trois ans :
Souvenez-vous, je vous avais parlé... Absolument. On a une note d'entretien au
dossier. Donc, il ne faut pas s'inquiéter. Oui, c'est moins facile de dire :
J'ai contacté, j'ai contacté, je ne peux pas vous le montrer, mais... puis
c'est tout à fait...
M. Derraji : Mais je
vais juste... je vais vraiment le préciser, je ne mets pas... Je vous le dis,
très bien accompagné, les conseils sont là, l'écoute, elle est là. C'est plus
une perception personnelle d'être plus rassuré par un écrit. Je ne dis pas que
les valeurs... que les paroles qu'on entend ou qu'on nous partage, ce n'est pas
la même chose qu'un écrit, c'est juste une perception d'être beaucoup plus
rassuré par un avis écrit et non pas verbal. Mais je le dis, en aucun cas... il
y a toujours de l'écoute et de l'accompagnement.
Je continue dans la logique des filtres.
Donc, la rencontre est faite, vous suggérez les filtres anticonflits
d'intérêts, oui, filtres anticonflits d'intérêts. Vous suggérez que ça soit
public pour plus de transparence, mais là, un peu plus loin, et c'est là où...
en fait, j'aime la logique, recommandation 8, vous dites que «le code soit
modifié de manière à permettre au commissaire d'imposer une pénalité pour le
défaut de respecter certaines obligations prescrites par le code». Pénalité,
c'est la première fois que ça arrive, pourquoi la commissaire veut qu'on lui
donne le pouvoir d'imposer des pénalités et quel genre de pénalités vous avez
en tête? Et, si c'est oui, avez-vous étudié quelques exemples de pénalités?
Mme Mignolet (Ariane) : Alors,
d'abord, pour vous rappeler, j'ai fait cette recommandation, mais elle a été
faite par mon prédécesseur dans le rapport sur la mise en œuvre 2011-2014, donc,
qui a été présenté en 2015, et la Commission des institutions qui avait étudié
le rapport de mon prédécesseur avait accueilli favorablement cette
recommandation-là. Et, oui, on a regardé, notamment, ce qui se fait ailleurs,
et, par exemple, il y avait des modalités, les sujets sur lesquels ça aurait pu
<être quelque chose...
Mme Mignolet (Ariane) :
...qui
avait étudié le rapport de mon prédécesseur avait accueilli favorablement cette
recommandation-là. Et, oui, on a regardé, notamment, ce qui se fait ailleurs,
et, par exemple, il y avait des modalités, les sujets sur lesquels ça aurait pu
>être quelque chose, une omission ou un refus de répondre pour fournir
un document. Ça peut être défaut d'aviser le commissaire de s'être retiré d'une
séance, comme l'article 25 le prévoit. On peut penser à la... si jamais il
y a une obligation de formation dans un certain délai, défaut d'aviser le
commissaire d'un changement significatif dans sa déclaration d'intérêt.
Donc, c'est ce genre de... c'est ce genre
de pénalités là, de sujets pour lesquels, pour lesquels on propose une
pénalité, qui, comme je l'ai mentionné, se fait à certains autres endroits.
M. Derraji : Mais est-ce
que, depuis que la recommandation a été acceptée, est-ce que vous vous étiez
fait interpeler à imposer une pénalité ou non?
Mme Mignolet (Ariane) : Mais
il n'a pas été mis en oeuvre, hein, ça n'a pas été... Il n'y a pas eu de projet
de loi qui a donné suite au rapport de la Commission des institutions qui a
étudié le dernier rapport.
M. Derraji : Oui, c'est
excellent.
Mme Mignolet (Ariane) : Donc,
moi, je n'ai toujours pas le pouvoir et moi, je ne...
M. Derraji : Oui, mais
vous le souhaitez, parce que...
Mme Mignolet (Ariane) : Oui.
M. Derraji : OK,
excellent. Mais là, maintenant, c'est à nous de déterminer la pénalité, OK. Donc,
vous, vous ne voulez pas jouer dedans, quel type de pénalité, dans quel type
de... Vous n'avez pas de suggestion...
Mme Mignolet (Ariane) : Bien,
je pense que... Bien, en fait, ce qui se fait ailleurs, c'est, généralement,
une pénalité qui est associée, par exemple, à un maximum, c'est-à-dire, par
exemple, soit une... Il y a toujours une pénalité, par exemple, par jour de
retard, des frais comme ça, ou avec un maximum de, des choses comme ça.
Évidemment, si la commission le souhaite, je peux toujours vous envoyer les
informations pertinentes de ce qui se fait ailleurs, le détail, par la suite.
M. Derraji : Oui, oui, si
ça ne vous dérange pas, oui, ce serait intéressant.
Mme Mignolet (Ariane) : On
va vous l'envoyer.
Le Président (M.
Bachand) :...envoyer à la commission.
Merci.
M. Derraji : Recommandation 9,
vous insistez beaucoup sur les lanceurs d'alerte et interdire des mesures de
représailles. On se comprend que cette recommandation 9 date de 2019. Vous
pensez que c'est le cas même dans la période qu'on ne couvre pas aujourd'hui,
que c'est toujours la même chose?
Mme Mignolet (Ariane) : Bien
oui. Oui, oui.
M. Derraji : Vous
comprenez c'est quoi, la suite, c'est que vous étiez obligée... pas obligée...
vous étiez amenée à faire d'autres enquêtes, et vous pensez qu'il y avait — je
pèse mes mots — des mesures de représailles sur certaines personnes?
Mme Mignolet (Ariane) : Je
pense que... Je ne discuterai évidemment pas de cas particuliers, mais je
pense... pas je pense, je l'affirme, qu'il y a des cas où des personnes ne
souhaitaient pas témoigner, ne souhaitaient pas collaborer à l'enquête parce
qu'elles avaient peur de représailles. Et, dans un cas comme ça, moi, je ne
peux pas... j'ai le pouvoir de forcer quelqu'un à témoigner, et tout ça, mais,
si je ne peux pas protéger la personne, je ne la forcerai pas à témoigner.
M. Derraji : Oui. Ça
veut dire que... Vous êtes en train de me dire que, pour certains rapports
d'enquête, vous étiez comme obligée de ne pas interpeler certaines personnes et
avoir encore davantage d'informations, parce que ces personnes risquaient
quelque chose, notamment par rapport à l'autre... à leur vie ou à des mesures
disciplinaires?
Mme Mignolet (Ariane) : Je
ne dis pas que ces personnes risquaient quelque chose. Je ne peux pas en être
certaine. Je pense que certaines personnes avaient peur. Et j'ai dû,
effectivement, me passer de certains témoignages, que ce soit... pas forcément
pour des enquêtes qui ont été... qui ont fait l'objet de rapport, ça peut être
des enquêtes qui n'ont pas eu lieu en raison de ça.
• (11 h 20) •
M. Derraji : Oui. Les
dernières années... Je reste toujours dans les enquêtes, je sais que vous
prenez votre temps, vous faites le tour de la question. Pensez-vous qu'en
fonction de ce que vous avez entre les mains vous êtes capable de mener une
enquête de A à Z avec ce que vous avez entre les mains? Dans un monde idéal,
pour aller plus en détail, est-ce que la commissaire a l'ensemble des données,
expertises autour de la table? Je ne parle pas de la chasse au faisan, je parle
d'enquêtes beaucoup plus complexes, où vous fouillez davantage, avec plus
d'informations et d'informateurs.
Mme Mignolet (Ariane) : Vous
parlez en termes de ressources?
M. Derraji : Pas
uniquement ressources, mais aussi de pouvoir d'enquêter. Le pouvoir d'enquêter,
il est limité. Vous pensez qu'aujourd'hui vous avez l'ensemble des ressources
pour mener une enquête? Sur un sujet où vous dites : Misère que... si
j'avais <telle ou telle chose...
M. Derraji :
...pas
uniquement ressources, mais aussi de pouvoir d'enquêter. Le pouvoir d'enquêter,
il est limité. Vous pensez qu'aujourd'hui vous avez l'ensemble des ressources
pour mener une enquête? Sur un sujet où vous dites : Misère que... si
j'avais >telle ou telle chose, là, je vais aller jusqu'au bout, et
probablement mon rapport serait autrement que le rapport que je viens de
déposer.
Mme Mignolet (Ariane) : Je
pense que j'ai tout ce qu'il faut pour mener les enquêtes que je mène. Je n'ai
jamais... Je n'ai pas déposé de rapport en me disant : Je suis... j'aurais
pu aller plus loin, ce n'est pas ça, non. Si je dépose un rapport, c'est parce
que j'ai été au bout du dossier que j'avais devant moi. Et, si je n'ai pas les
ressources ou la compétence dans un sujet très, très pointu, j'ai toujours la
possibilité d'engager quelqu'un à l'externe pour m'appuyer dans certains
dossiers, le cas échéant.
M. Derraji : OK.
Recommandation 13 : «Que les parlementaires réfléchissent à la
question de l'encadrement des situations de harcèlement par le code.» Il y a un
extrait dans la page 54, d'abord, le code ne prévoit pas de... disposition
propre à la question du harcèlement. Donc, vous nous suggérez... c'est quoi, votre
suggestion par rapport au présent rapport?
Mme Mignolet (Ariane) : C'est
que la question du harcèlement, mon prédécesseur avait évoqué cette question
aussi, et la réponse de la Commission des institutions avait été, à l'époque :
On vient d'adopter une politique sur le harcèlement, donc, votre recommandation
n'est peut-être plus pertinente. Je l'ai refaite parce que je pense que la
pertinence est encore d'actualité, parce que la politique contre le harcèlement
ne vise absolument pas les mêmes objectifs que le code, et qu'une politique
contre le harcèlement vise à faire cesser le harcèlement, à y mettre un terme
ou à le prévenir. On est souvent, pas exclusivement, dans des situations de
relations de travail, mais le code, c'est un objectif d'exemplarité.
Et la tendance qu'on voit maintenant,
quand on regarde le Sénat du Canada, on regarde en France, tout ça, la tendance
est même de faire de la question du harcèlement un manquement déontologique, c'est-à-dire
qu'à partir du moment où une situation de harcèlement est avérée et, par
exemple, qu'elle vise un élu de l'Assemblée nationale, bien, ça devient
automatiquement un manquement déontologique, et c'est la tendance qu'on voit.
Donc, c'est pour ça que j'ai recommandé à nouveau, je l'ai fait en 2019, mais
elle est encore d'actualité actuellement.
M. Derraji : Recommandation 14,
il reste deux minutes : «Que le code soit modifié de manière à permettre à
un député qui a un intérêt personnel et financier, de l'ensemble des députés ou
de la population, de prendre part aux débats sans droit de vote.» Comment vous
envisagez l'application de telles modifications du code pour permettre aux
députés, ayant des intérêts distincts, de participer aux débats parlementaires
sans voter? Il y a plusieurs décisions qui passent au Conseil des ministres.
C'est quoi, les assurances et les garanties de transparence? Et des débats, en
commission parlementaire, où, autour de la table, on peut débattre de l'aide
aux PME, autour de la table, il y a pas mal de propriétaires de PME. Je donne
des exemples fictifs, on procède à des votes. C'est quoi, votre suggestion?
Mme Mignolet (Ariane) : En
fait, cet article-là est quand même très particulier et il est interprété
restrictivement, là, je veux dire, si une mesure qui est débattue, c'est une
mesure qui est large, qui touche, de manière générale, un sujet, ça ne posera
peut-être pas d'enjeu. Mais moi, ce que je recommande, c'est que... C'est ça,
il y a certaines personnes qui s'engagent en politique et qui ont fait campagne
en disant : Bien, écoutez, moi, j'ai l'expérience de terrain, je suis là,
je suis parmi vous. J'ai telle expérience. Je suis agriculteur, je suis... peu
importe, et moi, je vais porter votre voix à l'Assemblée nationale. Puis on
arrive à l'Assemblée nationale, puis qu'est-ce que moi, je viens leur dire :
Mais non, tu ne peux pas parler là-dessus. C'est ce que je veux éviter. Il y a
une... Les citoyens s'attendent... ils ont voté pour quelqu'un, et on s'attend,
par son expérience... et il y a une espèce d'empêchement.
Moi, je pense que cette expertise doit
être... doit pouvoir s'exprimer, si on a voté pour quelqu'un, pour qu'il aille
défendre, justement, principalement certains intérêts ou... qu'il représente,
il doit pouvoir s'exprimer. Par contre, je suis tout à fait d'accord pour dire
qu'il ne devrait pas voter, mais il devrait pouvoir dire : Voici, je viens...
Oui, j'ai cette expérience, oui, je possède des intérêts dans tel... dans ma
ferme ou dans je ne sais quoi, et, maintenant, je vous parle de mon expérience.
À la fin, voici, c'était mon expérience, je me retire pour le vote.
M. Derraji : Mme la ministre,
impliquée en économie, dépose un projet de loi pour promouvoir l'économie, ne
doit pas voter, même si elle déclare...
Mme Mignolet (Ariane) : Non,
mais ça, je parle... L'article 25, c'est des <situations bien
spécifiques...
M. Derraji :
...impliquée
en économie, dépose un projet de loi pour promouvoir l'économie, ne doit pas
voter, même si elle déclare...
Mme Mignolet (Ariane) :
Non,
mais ça, je parle... L'article 25, c'est des >situations bien
spécifiques, là.
M. Derraji : Oui.
Mme Mignolet (Ariane) : Effectivement,
si un ministre propose une politique qui s'applique de manière large, il n'y a
pas forcément d'enjeu à chaque fois, là. Mais moi, je parle de sujets bien
précis, là, de...
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Merci. M. le
député d'Hochelaga-Maisonneuve, pour 12 min 15 s, s'il vous
plaît.
M. Leduc : Merci, M. le
Président. Rebonjour. Vous ne serez peut-être pas surprise du sujet sur lequel
je vais vous amener, à savoir la rémunération des élus. Je vois un sourire,
donc, la surprise est gâchée. Bien, ma question, d'abord, est très simple :
Avez-vous écouté les échanges alentour du projet de loi n° 24 de juin
dernier?
Mme Mignolet (Ariane) : Le
projet de loi n° 24, c'est-à-dire le projet de loi... la loi qui a modifié
vos...
M. Leduc : Exact.
Mme Mignolet (Ariane) : ...au
printemps dernier. Écoutez, dans mon rapport, il y a une recommandation qui
fait état, là, d'un souhait d'avoir un comité indépendant qui puisse se pencher
sur ces questions de conditions de travail et rémunération qui touchent les
élus. C'est une situation un peu particulière, parce qu'ailleurs, dans d'autres
endroits... Il y a des exemples, hein, dans d'autres législations au Canada, il
y a des exemples de comités indépendants dont les décisions sont exécutoires,
et il y a également, de l'autre côté du spectre, il y a certains qui ont des
dispositions qui énoncent clairement que les députés... ne constituent pas un
intérêt personnel, pour les députés, leurs conditions de travail, leur
rémunération, c'est-à-dire qu'ils excluent ça de la notion d'intérêt personnel
pour permettre les débats là-dessus. Donc, il y a vraiment les deux.
Et ce qu'il y a, c'est que le code, moi,
ce que je trouve, c'est que l'article 25, justement, dont on parlait il y
a deux secondes, prévoit explicitement que, quand on a un intérêt personnel
financier distinct de la population ou de la députation, on ne peut pas
s'exprimer. Mais, dans ce cas-là, comme ça vous concerne tous, ça vise toute la
députation, l'article 25 ne s'applique pas. Et je pense que cet article
là, la façon dont il est rédigé, je pense qu'on le voulait un peu, un pendant à
ce qu'on trouve dans d'autres législations et qui permet de discuter. Sauf que
la façon dont le code est bâti, on reste quand même avec les articles-phares,
c'est-à-dire les articles 15 et 16 du code, qui dit qu'«on ne peut pas
favoriser ses intérêts personnels et qu'on ne peut pas laisser un intérêt
personnel influencer son indépendance de jugement». C'est des articles-phares
en matière de conflits d'intérêts, et on est là avec ces articles.
Donc, c'est évident que je pense que les
débats qui entourent ça, puis je l'ai exprimé, j'ai dit que je pense qu'il y
a... je pense que les recommandations qui avaient été faites, à l'époque, du
rapport L'Heureux-Dubé est qu'on puisse avoir un comité indépendant. Je pense
que c'est important. Je pense que c'est ce qu'on s'attend. Je pense que les
expectatives de la population, de ce qu'on entend, je pense que c'est ce vers
quoi on doit tendre. Mais le code n'est pas fait, n'est pas bâti pour que je
mette l'ensemble de la députation en manquement, là. Ça fait que je comprends
tout à fait que le...
M. Leduc : ...
Mme Mignolet (Ariane) : Non,
non, mais c'est ça, mais je comprends tout à fait que, oui, il y a un enjeu,
puis, oui, je répète que je pense que ça prendrait un comité indépendant et
qu'au minimum, quand on adopte des modifications comme ça qui nous touchent,
bien, si on... si, au moins, on les repoussait à la législature suivante, et
non pas d'application pendant la législature actuelle, ça enlèverait beaucoup
de perceptions de conflits d'intérêts puisqu'on n'est jamais sûr d'être réélu à
la prochaine législature.
M. Leduc : À la
page 106, vous... je reprends un peu ce que vous venez de dire, tu sais.
«À ce sujet, j'ai fait mienne la recommandation du... n° 31
du Comité consultatif indépendant — je pense qu'on fait référence à
L'Heureux-Dubé ici — qui dit : "Le comité recommande que
l'Assemblée nationale envisage la création d'un comité indépendant permanent
doté de pouvoirs décisionnels en matière de conditions de travail des députés."»
Si je relis votre recommandation 21,
à la page 107, «qu'un mécanisme indépendant soit instauré afin de
déterminer les conditions de travail des membres de l'Assemblée nationale»...
• (11 h 30) •
La question que je vous posais à
l'instant, c'était voir si vous aviez écouté les échanges qui avaient eu lieu
pendant la commission. Puis la raison pour laquelle je pose la question, c'est
que le ministre de la Justice et moi, en l'occurrence le leader parlementaire
du gouvernement qui chapeautait le projet de loi, on avait un désaccord sur la
nature de l'exercice qui était en cours. Lui soutenait, grosso modo, là, je
reprends ses arguments, que c'était un comité indépendant puis que c'était,
grosso modo, exécutoire, parce que nous l'exécutions, nous. Moi, je plaidais
plutôt que, bien, si c'est nous qui l'exécutons, c'est, donc, qu'il n'est pas
exécutoire en soi. Je pense que ma version est un peu plus proche peut-être de
l'esprit, en tout cas, de ce qu'était L'Heureux-Dubé, que vous reprenez.
Alors, est-ce que vous, dans votre <vision...
>
11 h 30 (version révisée)
<17935
M. Leduc :
...moi, je plaidais plutôt que, bien, si c'est nous qui l'exécutons,
c'est donc qu'il n'est pas exécutoire en soi. Je pense que ma version est un
peu plus proche, peut-être, de l'esprit, en tout cas, de ce qu'était RL'Heureux-Dubé,
que vous reprenez.
Alors, est-ce que, vous, dans votre >vision,
dans ce que vous recommandez à 21, il faudrait vraiment qu'il n'y ait pas...
que les députés n'aient pas à se mouiller, en quelque sorte, puis à pétrir la
pâte d'un projet de loi pour que ça soit vraiment décisionnel et exécutoire?
Est-ce que vous comprenez un peu ma question?
Mme Mignolet (Ariane) : Oui,
je pense, mais, écoutez, dans la façon dont, je crois, la Loi sur l'Assemblée
nationale est faite et... je pense qu'à l'heure actuelle, avec les dispositions
qui sont actuelles... je pense que vous n'avez pas le choix de les... de tenir
un vote là-dessus. Dans un monde idéal, je pense qu'effectivement ça serait
bien de ne pas l'avoir, mais, s'il y avait la constitution d'un comité
indépendant qui... pas juste pour régler une situation particulière mais qui
est sur les conditions de travail, un peu comme le rapport L'Heureux-Dubé, qui
a regardé l'ensemble des conditions de travail et qui est mandaté, peut-être
que ça peut être automatique, c'est-à-dire qu'à chaque début de législature il
y a un rapport du comité. Il y en a, certaines législations que j'ai vues, qui
ont ça, là, c'est vraiment de manière régulière qu'on s'y penche. Et puis, s'il
y a une disposition qui est déjà prévue, qui dit : Bien, quand le comité
indépendant dépose un rapport, bien, ça devient... ça s'applique, et, même si
vous devez tenir un vote dessus, dans la mesure où c'est clair que vous ne
faites... vous n'avez pas le pouvoir de modifier ce rapport-là puis que ça
devient... c'est quand même déjà... c'est déjà quelque chose de bien. Puis, à
défaut de ça, comme je le dis, de repousser à une prochaine législature, ça
enlève, tant qu'à moi, beaucoup de risques de conflits d'intérêts.
M. Leduc : Oui. C'est ce
qu'on avait essayé de faire, notamment dans l'étude détaillée, sans succès, de
la part de mes collègues d'en face et d'à côté, malheureusement, mais OK.
Une autre question, alors, sur le
caractère indépendant. Le rapport qui avait été utilisé par le gouvernement
pour procéder au projet de loi était un rapport de trois personnes, dont deux
ex-députés, des ex-collègues que j'ai eu la chance de côtoyer, comme j'ai siégé
à la précédente législature, puis il y a des gens dans l'espace public qui
questionnaient, justement, le degré de distance entre le député sortant puis le
fait qu'il proposait un rapport.
Est-ce que, selon vous, il y a une... il y
aurait lieu d'avoir une distance plus grande ou est-ce que c'est : une
fois qu'on n'est plus là, on n'est plus là, puis on pourrait, comme, se
prononcer, puis on... et on peut, donc, avoir ce titre-là d'indépendant, même
si ça fait à peine quelques mois qu'on n'est plus dans notre fonction?
Mme Mignolet (Ariane) : Je
pense que le fait d'avoir, sur ce comité-là, quelqu'un ou des personnes qui
connaissent le travail d'un parlementaire, certainement, du côté pratique, c'est...
ce n'est pas négatif, là. Maintenant, je veux dire, ça dépend toujours à quel
moment. Si cette personne-là... si, dans les conditions qui sont débattues...
si le mandat du comité est de regarder l'ensemble des conditions et que ça peut
toucher les sommes qui... que quelqu'un peut toucher en quittant le... quand il
n'est plus député, bien, on peut peut-être avoir un enjeu de... mais, a priori,
le fait d'avoir été un parlementaire n'est pas un obstacle, pour moi.
M. Leduc : Même si ça
fait quelques mois à peine, ce n'est pas un... OK. Pas de problème.
Dans les échanges que j'avais avec le
ministre, où je mettais au jeu des arguments, là, disant que c'est un peu
malaisant, comme élu, de voter là-dessus, etc., il me renvoyait l'exemple
inverse en disant : Bien là, M. le député d'Hochelaga, vous êtes leader
parlementaire de votre groupe parlementaire puis vous avez voté et négocié une
entente de début de législature qui comprenait des nouvelles fonctions,
notamment, bien, de leader parlementaire, celle que j'occupe en ce moment, qui
viennent avec des bonus, là, de certains pourcentages, puis il disait que,
donc, moi, j'étais aussi en conflit d'intérêts d'avoir négocié ça et d'avoir
voté ça. C'est un argument qui m'avait un peu surpris. Est-ce qu'il a une bonne
piste en soumettant ça, le ministre, ou est-ce qu'au contraire on était plus
dans une joute politique où, là, les... tous les arguments peuvent être
utilisés?
Mme Mignolet (Ariane) : Écoutez,
je n'aime vraiment pas rentrer dans les cas particuliers, donc je vais m'abstenir.
Mais je pense que les... je ne pense pas que les discussions autour d'un... de
vos indemnités, de vos conditions de travail... c'est sûr que c'est... je pense
que c'est un petit peu différent que ce qui est voté, les enveloppes pour vos
groupes respectifs, mais je ne suis pas... je ne me suis pas du tout penchée
là-dessus, donc je préfère m'abstenir.
M. Leduc : Pas de souci.
Peut-être une dernière question sur ce thème-là. La semaine dernière, on a
appris que nos collègues du... de la partie gouvernementale avaient peut-être
eu une réflexion a posteriori sur l'augmentation automatique qui est intégrée
avec les pourcentages <similaires...
M. Leduc :
...a
posteriori sur l'augmentation automatique qui est intégrée avec les
pourcentages >similaires, là, de la fonction publique, les cadres de la
fonction publique, et que là, considérant x, y raisons qu'on... dont on n'a pas
eu les détails, mais ce n'est pas important... bref, ils seraient en mesure de
vouloir proposer de suspendre cette hausse-là, pas nécessairement la hausse
générale, bien sûr, qu'on a connue en juin dernier, mais la hausse automatique
du pourcentage du secteur public, et à la reporter plus tard. Et là on n'est
pas tout à fait au parfum de comment ça va se faire, mais, si, d'aventure, il y
avait un projet de loi qui était déposé, est-ce que ce projet de loi là, qui
viendrait rouvrir, on imagine, la loi de la même façon que le précédent de juin
dernier l'a fait... est-ce qu'il viendrait, encore une fois, jouer dans ce
film-là, qu'on espère voir terminer ou, en tout cas, ne plus se reproduire, une
série qui se prolonge, puis on aimerait que ce soit l'épisode final, où on n'a
toujours pas de comité indépendant? Est-ce qu'on devrait éviter ce genre de
scénario là? Puis je comprends que la loi actuelle le permet, hein, ce n'est
pas ça, ma question, c'est juste... je veux juste comprendre. Parce que, si on
veut se fier à votre recommandation, si on veut aller plus loin sur votre
recommandation n° 21, qui fait suite à celle de Mme
L'Heureux-Dubé et de son comité, là, il y a quelques années, est-ce qu'on
devrait éviter le chemin d'un projet de loi à nouveau?
Mme Mignolet (Ariane) : Bien,
je pense que... je veux dire, c'est la réflexion que j'avais il y a quelques
mois... est la même, là, je veux dire, mais ça vaut pour... dès qu'on discute
des conditions de travail dont... du salaire ou de l'indemnité que vous pouvez
toucher. Puis la réflexion était aussi valable en je ne sais plus exactement
quelle année, il y a peut-être deux, trois ans, je ne sais plus, peut-être un
peu plus, quand un projet de loi a été adopté pour palier l'imposition du
fédéral sur certaines allocations, la réflexion était la même à ce moment-là
aussi. Dès qu'on touche à ça, c'est... c'est ma réflexion.
M. Leduc : Donc, même si
l'objectif de fond rejoint un peu ce que vous disiez tantôt, à savoir qu'on
voudrait suspendre jusqu'au prochain mandat cette hausse automatique là, même
si on pourrait être d'accord sur le fond, sur la forme, le fait de passer de
nouveau par un projet de loi, ça serait à éviter, idéalement.
Mme Mignolet (Ariane) : Bien,
je pense que, dès qu'on se met les mains dedans pour jouer dans les conditions
de travail, mon opinion est la même.
M. Leduc : Parfait.
Merci. C'est très clair.
Le Président (M.
Bachand) :...M. le député.
M. Leduc :
30 secondes? Mon Dieu! Je vous les offre. Est-ce qu'il y a un sujet que
vous auriez voulu aborder et que vous n'avez pas eu le temps d'aborder
aujourd'hui?
Mme Mignolet (Ariane) : Non,
je vous remercie. C'est bien. Je... En terminant, peut-être juste... Moi, ma
recommandation-phare, j'ai toujours dit, c'est la formation. Si je termine avec
ça, je terminerais avec ce mot-là. Je vous remercie.
M. Leduc : ...c'est
bien, ça? Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Sur ce, Mme la commissaire, et
à vos équipes, merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin. C'est très, très
apprécié.
Et, sur ce, je suspends les travaux
quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 38)
(Reprise à 11 h 42)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux.
Il nous fait plaisir d'accueillir les
représentants de l'Institut d'éthique appliquée de l'Université Laval. Alors,
merci beaucoup d'être avec nous. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes de présentation. Après ça, on aura une période d'échange avec
les membres de la commission. Donc, je vous invite d'abord à vous présenter puis
à débuter votre exposé. Merci beaucoup.
Institut d'éthique appliquée de l'Université Laval
(IDEA de l'UL)
M. Jacob (Steve) : M. le
Président, Mmes et MM. les membres de la commission, merci pour cette
invitation. Donc, nous sommes les représentants de l'Institut d'éthique
appliquée de l'Université Laval. Je suis Steve Jacob, professeur en sciences
politiques à l'Université Laval, et je suis accompagné de Jordan Mayer, qui est
étudiant à la maîtrise en droit et membre du Barreau de Québec, qui m'a aidé à
préparer le mémoire qu'on vous a soumis pour les travaux de cette commission.
Donc, les consultations particulières,
c'est une occasion de réfléchir à l'encadrement éthique du milieu politique
québécois, et également de faire un bilan de la mise en œuvre du code à la
lumière des travaux scientifiques les plus récents, et de formuler des
recommandations visant à renforcer une culture politique sensible à l'éthique.
Les réflexions qui sont contenues dans le mémoire que nous avons présenté sont
notamment tirées d'un ouvrage qu'Eric Montigny et moi avons publié sur les
cadeaux et les dons offerts aux élus de l'Assemblée nationale. Donc, on a eu
l'occasion de se pencher sur le code d'éthique au concret et de voir comment
les membres de l'Assemblée nationale s'en saisissaient. C'est une recherche qui
a été réalisée dans le cadre des travaux de la chaire sur la démocratie et les
institutions parlementaires de l'Université Laval.
Tout d'abord, un constat, c'est que
l'engagement des élus envers l'intégrité et le développement d'une culture
politique sensible à l'éthique occupe une place grandissante dans la
gouvernance de nombreux États à travers le monde. Les citoyens et citoyennes
ont des exigences élevées à l'égard de la probité et de l'intégrité dans la
conduite des affaires publiques. Les élus ont pris la mesure de l'importance de
l'éthique et de l'intégrité et ils sont conscients qu'aux yeux du public leur
réputation, c'est un bien précieux qui pourrait être mis à mal rapidement avec
un comportement inapproprié.
Le changement de culture, il ne s'est pas
fait d'une manière spontanée, c'est le fruit d'une longue évolution, et le code,
et son institutionnalisation par la création du Commissaire à l'éthique et à la
déontologie, offre un cadre de référence commun aux élus. Néanmoins, ce qu'on a
pu observer dans les travaux, c'est que la sensibilité éthique varie en
fonction des expériences individuelles. Cette sensibilité, elle est alimentée
par plusieurs considérations : la peur de la controverse, la
sensibilisation aux enjeux et leur importance, la réalité du suivi de la
conduite des élus par les journalistes et la connaissance, parfois la confusion,
ou la méconnaissance des règles en matière d'éthique.
Et donc, dans les travaux, en s'appuyant
sur ce que l'on a pu observer, on a pu distinguer différents types de profils
parlementaires en lien avec l'éthique, qui va des puritains en passant par les
serviteurs, les profiteurs et les intrépides davantage en matière d'éthique. Je
ne vais pas m'attarder sur l'ensemble de ces profils.
Ce que l'on observe quand on regarde
l'institutionnalisation de l'éthique, c'est qu'en réponse à cette perte de
confiance des citoyens envers les responsables politiques et les institutions
démocratiques, il y a des politiques de confiance qui vont être adoptées, mises
en œuvre et qui vont comporter des éléments de nature déontologique ou éthique.
Et l'ensemble normatif qui combine les effets des multiples instruments légaux
réglementaires vise à assainir les mœurs politico-administratives, et ça forme
ce que l'on peut qualifier d'un système d'intégrité publique.
Ce système d'intégrité publique, au
Québec, il a vu le jour depuis plusieurs années, et c'est surtout au début des
années 2000 que se sont multipliés les efforts en vue d'édifier un système
d'intégrité publique qui va reposer sur la complémentarité de l'action de
plusieurs institutions ou organismes de surveillance ou de contrôle, dont le Commissaire
à l'éthique et à la déontologie.
Néanmoins, avec l'accumulation des
institutions, des législations, des réglementations, il convient de
s'interroger pour savoir si l'action est suffisamment coordonnée et cohérente
pour atteindre les objectifs qui sont recherchés en matière d'éthique et d'intégrité.
L'image que j'utilise par rapport à cette accumulation de règles et <d'institutions...
M. Jacob (Steve) :
...intégrité.
L'image que j'utilise par rapport à cette accumulation de règles et >d'institutions,
si vous avez la dent sucrée, c'est davantage le mille-feuille; la dent salée,
c'est davantage la lasagne. Donc, on a une accumulation de couches et on ne
sait pas si l'ensemble, à la fin, peut être digeste.
Plusieurs auteurs se sont prononcés, au
cours des dernières années, en faveur d'une meilleure coordination
institutionnalisée des organismes en matière d'intégrité publique, et donc on
souhaite éviter cette fragmentation, ce travail en vase clos. Donc, à cet
égard, la première recommandation que nous avons formulée témoigne d'un souci
d'adopter une approche systématique préventive en matière d'éthique et
d'intégrité, qui vise à davantage coordonner, intégrer l'action des organismes
de surveillance et de contrôle qui œuvrent en matière d'intégrité publique.
Ensuite, dans le mémoire, nous vous
présentons un bilan des 10 ans de l'entrée en vigueur du code d'éthique et
de déontologie en ayant pu observer, tout d'abord, qu'il y a de réels
changements de pratiques qui ont pu être observés, et ces changements de pratiques,
ils doivent être consolidés.
Un autre élément qui ressort des travaux
de recherche qu'on a pu réaliser, c'est qu'avec l'encadrement éthique est venue
une forme d'instrumentalisation de l'éthique parlementaire à des fins
partisanes. Vous en avez discuté dans les échanges avec la commissaire. Et ce
que l'on observe, c'est que l'éthique parlementaire vise, à certains moments, à
attaquer, discréditer l'intégrité des membres d'autres formations politiques,
et le Commissaire à l'éthique risque, dans ce cas, d'être instrumentalisé
lorsqu'un élu va procéder à une demande d'enquête basée sur des motifs
partisans. Et donc, dans ce contexte, l'éthique devient une munition politique.
Et cette situation, elle est préjudiciable dans la mesure où l'exagération et
le signalement d'apparence d'inconduite à des fins partisanes alimentent le
cynisme de la population à l'égard de l'ensemble des élus.
La politisation de l'éthique, c'est aussi
un risque lors du dépôt d'un rapport d'enquête recommandant une sanction, et, à
ce sujet, nous jugeons important de recommander une modification au code pour
éviter que l'indépendance du Commissaire à l'éthique soit compromise. Il y a
plusieurs scénarios qui pourraient être envisagés, soit de confier au
Commissaire à l'éthique le pouvoir d'imposer une sanction, soit de confier au
Commissaire à l'éthique la réalisation de l'enquête et de recommander une
sanction en cas de manquement, et cette recommandation serait confirmée ou
rejetée soit par un comité d'éthique ou par la présidence de l'Assemblée
nationale, ou alors de confier au Commissaire à l'éthique la réalisation de
l'enquête et, en cas de manquement, la sanction appliquée serait déterminée par
un comité en éthique ou par la présidence de l'Assemblée nationale.
Toujours dans un souci d'éviter le plus
possible l'instrumentalisation de l'éthique, nous jugeons que la cinquième
recommandation du rapport sur la mise en œuvre devrait être considérée avec
grand intérêt. La possibilité de faire des vérifications préliminaires avant
d'ouvrir une enquête permettrait de simplifier le processus administratif du
Commissaire à l'éthique mais aussi d'éviter des potentielles attaques reposant
sur des motifs partisans. Par contre, on peut avoir quelques réserves sur les
recommandations d'aviser le chef du groupe parlementaire quand une enquête est
ouverte.
Un autre constat à l'égard de la mise en
œuvre du code, c'est la méconnaissance, la confusion des règles, et donc ici
j'insiste sur le besoin de formation. On voit qu'il y a un accroissement de
législation, de réglementation qui s'impose. Il y a un besoin de formation qui
est important, de sensibilisation aux enjeux éthiques. Le Commissaire à l'éthique
propose une offre de formation qui est riche, diversifiée aux élus mais aussi
au personnel politique. Or, trop peu de personnes assistent à ces formations.
C'est pour ça que nous appuyons la recommandation de rendre obligatoires les
formations au Code d'éthique et de déontologie. Et cette recommandation, elle
pourrait être élargie, logiquement, au personnel politique, parce que, dans les
travaux qu'on a pu mener, on s'est rendu compte que le personnel politique
jouait un rôle important en matière de prévention et d'accompagnement des élus
dans certaines situations. De même, l'offre de formations, elle pourrait être
accrue pour d'autres publics cibles pertinents tels que les donateurs réguliers
ou encore les candidats et les candidates aux élections générales ou
partielles.
• (11 h 50) •
Dans le bilan de la mise en œuvre du code,
ce qu'on observe aussi, c'est les interactions que vous avez avec le
Commissaire à l'éthique. En ayant fait la recherche, on était un peu les
confidents des membres de l'Assemblée nationale et d'anciens membres de
l'Assemblée nationale. Toutes et tous mettent en évidence le rôle de conseiller
impartial des élus en matière de déontologie et
d'éthique. L'obtention d'avis et de conseils sur l'interprétation du code <répond...
M. Jacob (Steve) :
...déontologie
et d'éthique. L'obtention d'avis et de conseils sur l'interprétation du code
>répond à un besoin concret des élus qui se questionnent sur leurs
propres situations personnelles en regard des dispositions du code. Et, comme
il s'est... il était mentionné ce matin, l'avis écrit confère l'immunité à un
élu qui a procédé à la demande. Mais, dans certains cas, des élus soulèvent la
difficulté d'obtenir une réponse tranchée de la part du Commissaire à
l'éthique, qui doit s'assurer de gérer des cas complexes en posant beaucoup de
nuances. Et donc, à cet égard, certains élus expriment un inconfort de ne pas
avoir une réponse tranchée sur certaines... certaines situations qu'ils peuvent
vivre. En effet, les exemples d'interprétation du code qui sont rendus dans les
avis du CED permettent d'alimenter cette réflexion éthique, mais, dans beaucoup
de situations, ces avis écrits, ils sont inaccessibles. Donc, je parle d'une
sorte de jurisprudence cachée par rapport à cette situation, qui pourrait être
utile pour davantage mettre en évidence les cas à envisager.
Pour conclure, et je vais m'arrêter
là-dessus, je vous encourage vivement à maintenir vivant et à faire évoluer le
code, donc à prévoir des moments de réflexion sur les modifications à apporter
pour que ce code reflète l'évolution de la société québécoise. Je vous
remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci infiniment. Donc, on va
débuter la période d'échange du côté gouvernemental. Du côté gouvernemental?
M. Lemieux : Oui.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de Saint-Jean,
allez-y.
M. Lemieux : Merci, M.
le Président. Bonjour, messieurs. Merci beaucoup. Vous avez été le premier
mémoire reçu, alors vous avez été le premier mémoire lu. Content de vous
retrouver maintenant pour en discuter avec vous.
Vous avez rajouté le mot
«instrumentalisation» en parlant de la recommandation n° 5,
de mémoire : «Que soit modifié de manière à prévoir que le commissaire,
après avoir reçu une demande en vertu de l'article 91, procède à un examen
préliminaire dans un délai de 15 jours ouvrables, afin de déterminer si
une enquête s'impose.» Ça semblait tomber sous le sens. Pourquoi, à l'époque,
ils n'ont pas écrit le code comme ça? Je ne sais pas. Peut-être parce qu'on
voulait donner un privilège supplémentaire aux députés de pouvoir dénoncer.
Mais vous, vous êtes allés jusqu'à dire : Attention, c'est de
l'instrumentalisation potentielle. Est-ce qu'on perd quelque chose si on fait
ça? Je comprends qu'on ne peut plus instrumentaliser, mais est-ce qu'on y perd
au change?
M. Mayer (Jordan) : Je ne
sais pas si je comprends bien votre question, mais, je pense, dans l'optique de
notre mémoire, c'était davantage d'aller un peu dans le même sens que le
Commissaire à l'éthique le prévoit, c'est-à-dire que la vérification devient
une option pour diminuer les coûts, les ressources associés aux enquêtes, mais
aussi l'opportunité de laisser l'expertise du commissaire se déployer dans la
vérification.
M. Lemieux : Moi, je
suis d'accord, puis, je trouve, c'est logique et conséquent. Je pense qu'on
aurait dû l'écrire comme ça pour commencer. Mais, une fois qu'il faut le changer,
je me demande, ceux qui ne seraient pas d'accord, est-ce qu'on... sans prêter
des intentions, ce qu'on ne peut surtout pas faire ici, c'est la pire chose
qu'on puisse faire, mais est-ce que cette dimension d'instrumentalisation est le
seul problème ou il y a d'autres problèmes potentiels, là, si on l'écrit comme
vous le suggérez là, et comme la commissaire le demande aussi?
M. Jacob (Steve) : Bien,
pour répondre à cette question, ça peut régler une partie du problème.
Néanmoins, la question de l'instrumentalisation, elle est permanente. Donc, il
y a... ça doit se travailler à différents niveaux par rapport à la
sensibilisation des élus à l'éthique, par rapport à l'utilisation que l'on va
faire des dispositions du code. Parce que, quand on regarde dans l'histoire du
code, dès son entrée en vigueur, dans les jours qui ont suivi, immédiatement,
il y a déjà eu une demande d'enquête. Donc, ça offre des munitions politiques
dans la joute parlementaire. Ça peut être de bonne guerre, mais il faut aussi
être conscient des répercussions que ça peut avoir sur l'ensemble de la
population plus largement.
M. Lemieux : J'allais y
venir, parce que, pour moi, la confiance... et le cynisme ambiant, c'est une
phobie. Mais je reviens, parce que j'ai un passé journalistique, et là où je
trouvais qu'il y avait une arme un peu nucléaire dans la dimension où on dit
que c'est effectivement de l'instrumentalisation, c'est que la manchette, après
qu'un député demande officiellement à ce qu'on fasse une enquête, elle va
automatiquement être faite, puisque c'est la seule voie possible pour la
commissaire. Donc, la manchette, ce serait quoi? La Commissaire à l'éthique
déclenche une enquête sur...
Alors, là où je veux en venir, c'est que
la manchette était toujours... Bien sûr, on déclenche une enquête, mais ça ne
veut pas dire qu'il y a plus de matière au moment où on la déclenche qu'au
moment où elle a été demandée, la matière est à venir. Donc,
dans ma vision journalistique des choses, et donc médiatique de <l'utilisation...
M. Lemieux :
...Donc,
dans ma vision journalistique des choses, et donc médiatique de >l'utilisation
de ce potentiel outil d'instrumentalisation, on vient court-circuiter ça, ce
qu'on n'avait pas vu au moment où on a écrit le code. Je vous suis? Je vous
comprends? Et vous m'avez compris aussi. Parfait!
Je reviens à cette dimension de la
confiance, parce que c'est, me semble-t-il... et j'en parlais avec la
commissaire, c'est, me semble-t-il, la... ce dont on a le plus besoin. Puis
c'est vrai aussi dans mon passé médiatique. Les médias et les politiciens sont...
ne sont pas très loin dans le fond du baril, mettons. Et c'est triste parce que
c'est la confiance qui est au cœur de tout ça. Et c'est cette capacité de
combattre le cynisme, qui est plus qu'ambiant, qui est rendue à bout de
souffle, là.
Est-ce que ce code-là, dont nous
disposons, est suffisamment transparent pour le commun des mortels qui n'est
jamais venu ici et qui n'écoute pas les nouvelles tant que ça? Est-ce qu'on en
fait assez pour dire qu'il y a un code, dont on nous a dit tout à l'heure qu'au
moment où on l'a adopté il était sur la coche, comme on dit chez nous? Il a des
défauts, on va essayer de les corriger, mais est-ce qu'on a raison de
s'enorgueillir de ce code-là? Et est-ce qu'on devrait s'en vanter davantage?
M. Mayer (Jordan) : Je
pense, si je peux me permettre, le code, en soi, est une très bonne avancée. Tu
sais, je pense qu'on peut regarder un peu partout... puis Me Mignolet en
parlait tout à l'heure, le code a été adopté en dernier, oui, mais a été adopté
en fonction d'autres exemples sur la scène canadienne, sur la scène
internationale. Encore est-il que, bon, la confiance, c'est un grand concept.
C'est beaucoup une question d'apparences. Donc, on souhaite que les élus
soient, dans l'esprit du public, comme les personnes les plus intègres
possible. Ça va de soi. Mais c'est sûr que... c'est un peu ce qu'on met dans
notre mémoire, c'est qu'on souhaite que le code continue d'évoluer et qu'il y
ait un mécanisme, peut-être, de révision qui permette de le faire évoluer
davantage.
Je tiens à attirer votre attention,
peut-être, sur l'exemple britannique, qui est quand même un exemple intéressant
parce que, bon, le système constitutionnel est similaire au nôtre. Au-delà de
ça, bien, c'est un système qui fait intervenir plusieurs acteurs en termes
d'intégrité publique. Donc, il y a un organisme indépendant pour la question du
harcèlement, un organisme indépendant aussi qui est sensiblement pareil au Commissaire
à l'éthique, mais aussi un organisme... un comité d'éthique, puis c'est ce
qu'on recommande.
Donc, je pense qu'il y a quand même un
souci de faire évoluer le code, repenser peut-être la coordination de
différents acteurs ou la structure institutionnelle en place. Mais, pour
répondre à votre question, donc, oui, le code, en soi, est excellent, puis je
pense qu'il ne faut pas oublier, quand même, la mesure qu'il doit continuer
d'évoluer.
M. Lemieux : Permettez,
M. le Président, que je jette un coup d'œil du côté de la banquette, si
quelqu'un...
Le Président
(M. Bachand) :...
M. Lemieux : Merci.
Mme Schmaltz : ...vous
avez mentionné, tantôt, pour garantir l'indépendance du Commissaire à
l'éthique, le fait d'avoir des outils supplémentaires, comme pouvoir donner des
sanctions ou certaines pénalités. Quand vous parlez de sanctions, pénalités,
qu'est-ce que vous voyez?
M. Mayer (Jordan) : Bon,
dans le mémoire, ce qui était dit, si je ne me trompe pas... Bon, en termes de pénalités,
évidemment, la commissaire a parlé tout à l'heure des SAP, des sanctions
administratives pécuniaires. C'est une possibilité. Évidemment, ce n'est pas
une sanction parfaite, il y a toujours des écueils à chacune des sanctions
possibles, mais ça peut être une forme d'incitation, d'effet dissuasif, un peu,
de... pour certaines conduites ou certaines pratiques. Je pense que ce que le
code prévoit, c'est davantage de donner la possibilité au Commissaire à
l'éthique d'avoir recours à ce type de sanction là, mais ça ne devient pas une
fin en soi. Donc, il faut que ça reste une sanction qui est possible, qui est
laissée à la discrétion de l'institution, mais ça doit être une sanction pour
permettre, justement, de se conformer le plus possible au code d'éthique.
• (12 heures) •
Mme Schmaltz : Est-ce
que vous pensez que le fait d'avoir... d'introduire des sanctions va... je ne
veux pas employer le terme «améliorer», mais va redonner une certaine confiance
au sein de la population? Parce que, tantôt, on a parlé beaucoup d'image, on a
parlé de plusieurs caractéristiques, là, en lien, justement, avec le... Le fait
de mettre ça de l'avant, vous pensez que ça va aider l'image?
M. Mayer (Jordan) : C'est
quand même... Je ne sais pas si...
M. Jacob (Steve) : ...l'enjeu
derrière la question de ces sanctions, c'est surtout de permettre à la
commissaire d'avoir tous les outils pour que l'ensemble des dispositions du
code soient mises en œuvre. Et donc, si on est certain que la commissaire
dispose de tous les outils pour que le code soit mis en œuvre, ça peut
permettre d'augmenter la confiance. Néanmoins, en termes de causalité dans
cette relation, c'est... ce n'est pas un seul petit <instrument qui va
être ajouté...
>
12 h (version révisée)
< M. Jacob (Steve)T :
...dans
cette relation, c'est... ce n'est pas un seul petit >instrument qui va
être ajouté qui peut avoir de grands effets. C'est l'ensemble de l'œuvre qu'il
faut regarder.
Mme Schmaltz : Est-ce
que ça va permettre, à ce moment-là, à l'élu de recevoir la réponse tranchée
dont il attend? Vous l'avez mentionné tantôt, souvent, l'élu n'a pas de réponse
tranchée de la part du commissaire. En imposant des sanctions, est-ce qu'on va
rejoindre, justement, cette demande d'avoir cette réponse-là, qui est tranchée?
M. Jacob (Steve) : Bien,
la question de la sanction, ici, porte davantage sur le fait que certaines
dispositions du code ne seraient pas respectées par un élu. On parlait,
notamment, le fait de ne pas transmettre des documents. Donc, ça, c'est quelque
chose qui pourrait se faire assez rapidement.
L'autre élément, quand je parlais des avis
qui sont transmis par le commissaire, qui sont les avis écrits qui contiennent
les interprétations du code, c'est davantage sur des éléments pour outiller les
membres de l'Assemblée nationale, les élus de l'Assemblée nationale. Parce que
j'utilise le terme de «jurisprudence cachée», pas que la commissaire souhaite
cacher la jurisprudence, mais parce que, par la nature des avis et de la
confidentialité, ils ne sont pas rendus publics. Et je pense qu'il faudrait
réfléchir à un moyen de pouvoir, sur la base de la jurisprudence, en accumulant
un certain nombre de dossiers et de cas qui concernent certains avis du code,
certaines... certains articles du code, pardon, qu'on puisse dire : Bien,
dans ce cas-là, voici comment on peut interpréter cette dimension.
Et je l'ai vu avec les dons et avantages.
Les interprétations sont très, très variables d'un élu à l'autre. Certains vont
être plus rigoureux que d'autres. Et, dans certains cas, il y a aussi une
méconnaissance des dispositions du code. Donc, c'est là-dessus où je pense qu'il
faut trouver un moyen de pouvoir vous outiller pour pouvoir appliquer le code
en vous... en mettant un maximum d'informations à votre disposition.
Mme Schmaltz : D'où la
formation obligatoire, entre autres.
M. Mayer (Jordan) : D'où la
formation obligatoire.
Mme Schmaltz : Est-ce
que j'ai du temps? Il y a encore...
Le Président (M. Bachand) :...
Mme Schmaltz : Oui? Ah!
je pensais qu'il y avait mon collègue.
Justement, j'aimerais ça revenir à la
formation obligatoire, incluant, donc, le personnel politique. Parce que, selon
les recherches, vous vous êtes rendu compte que, si le personnel politique est
informé au même titre que le député, on peut éviter, à ce moment-là, peut-être,
quoi, certains dérapages, peut-être du fait que la personne peut être nouvelle
aussi, puis qu'elle ne maîtrise pas encore complètement toutes les règles, là,
entourant ses fonctions. Quand on parle de formation, vous la voyez à quel
niveau? Est-ce que c'est une formation qui se donne, comme on l'a mentionné, en
début de mandat? C'est une formation qui doit être revue à chaque année? C'est
quel genre de formation?
M. Jacob (Steve) : Bien,
par rapport aux formations, les... à l'heure actuelle, les développements en
termes de pédagogie sont assez rapides. Donc, je pense que c'est une formation
qui doit être régulière, avec des... quelques piqûres de rappel, si je peux
utiliser l'expression, sur des... à des moments clés par rapport à des
situations particulières.
Mais je voudrais revenir sur la question
du personnel politique. Parce que le personnel politique, c'est... et notamment
le personnel de cabinet, si on pense à des ministres, ce sont des personnes qui
sont là pour accompagner les ministres et aussi pour, entre guillemets, les
protéger. Et donc, à certains moments, eux peuvent avoir davantage de temps
pour pouvoir obtenir de l'information et s'assurer que les élus vont avoir le
comportement qui est approprié.
Mme Schmaltz : J'imagine
que vous avez étudié la question, à savoir quelle est la différence entre la
transparence et, à un moment donné, presque du voyeurisme, là. Parce que c'est
bien, d'être transparent, je n'ai aucun problème là-dessus, mais, à un moment
donné, est-ce qu'on n'est pas un peu de l'autre côté, à tout, tout dire de soi
puis, d'une certaine façon, s'afficher et d'être un peu... c'est ça, un peu du
voyeurisme obligé, là?
M. Jacob (Steve) : Oui.
Bien, sans nécessairement parler de voyeurisme, mais en reprenant les travaux
sur les dons et avantages, beaucoup de cadeaux qui sont... pas... L'extrême
majorité des cadeaux qui sont offerts aux élus sont de nature complètement
désintéressée. Néanmoins, certains élus vont préférer refuser tous les cadeaux
qui peuvent leur être offerts plutôt que de se dire : Bien, je vais
peut-être mal interpréter une règle, donc je préfère être... instaurer une
politique de zéro cadeau pour que mon nom ne figure pas dans le registre de
déclaration des dons et avantages si c'est un montant supérieur à 200 $.
Donc, c'est un peu comme si le... ce registre apparaît comme une liste de la
honte pour certains élus disant : Moi, je ne veux pas figurer là-dedans,
donc je vais refuser tous les cadeaux, alors que dans certains cas, ça respecte
l'esprit et le texte des articles du code.
Mme Schmaltz : Mais il y
a toujours la perception, hein? Puis la perception, en politique, on sait que <c'est...
Mme Schmaltz :
...Mais
il y a toujours la perception, hein? Puis la perception, en politique, on sait
que >c'est...
Le Président (M.
Bachand) :...il reste trois minutes.
M. Lemieux : Merci, M.
le Président. Vous avez deviné ma question.
Vous avez... J'ai lu dans votre mémoire
que vous aviez, puis vous y avez fait allusion tout à l'heure... vous avez
catégorisé les députés puritains, entre autres. Bon. Vous avez, donc,
j'imagine, travaillé à partir d'entrevues avec des députés sur leur perception.
Est-ce que vous avez été capables de faire vraiment une bonne différence entre
l'éveil ou la capacité pour un nouvel élu... Et je vais vous dire tout de suite
où je m'en vais avec ça. C'est qu'on a parlé, tout à l'heure, de travailler en
amont avec des candidats, déjà, avant de travailler avec des députés élus. Est-ce
qu'il y a une grosse différence, vous pensez, entre la perception et les
attentes d'un candidat et puis des élus que vous avez rencontrés, et ceux qui
étaient nouvellement élus, qui ont eu la surprise de dire : Ah oui? Je ne
peux pas faire ça? Est-ce que ça... Parce que j'adore le titre de votre... du
travail que vous avez fait, C'est pas un cadeau!, là. C'est un bon titre.
Et c'était en collaboration avec la commissaire, je comprends, mais mettez-nous
dans le coup un peu aussi, là, de cette étude-là, par rapport à vos
conclusions.
M. Jacob (Steve) : Par
rapport à cette dimension, je pense que c'est important, effectivement, de
pouvoir transmettre un certain nombre d'informations sur les obligations qui
existent à l'égard des élus, pour que les candidats et candidates prennent leur
engagement de se porter candidats à une élection en toute connaissance de cause,
ce qui n'est sans doute pas le cas actuellement. Et, effectivement, certains et
certaines élues peuvent, au moment de leur entrée en fonction, se rendre compte
qu'il y a plusieurs choses qui leur sont imposées.
Et, dans des travaux que j'ai pu réaliser,
plusieurs élus ont mentionné le fait que ça va très vite. Donc, on doit se
familiariser au travail parlementaire en même temps que de devoir apprendre les
dimensions d'éthique, en même temps que de devoir apprendre d'autres enjeux. Et
donc il y a un tsunami d'informations qui arrivent au même moment. Et donc
c'est de se dire : Bien, comment est-ce qu'on peut faire en sorte qu'on va
pouvoir distiller les informations en lien avec le code à différents moments
pour que ce soit le plus pertinent et le plus utile pour les membres de
l'Assemblée nationale?
M. Lemieux : Sur...
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Lemieux : Oui?
Le Président (M.
Bachand) :Moins d'une minute.
M. Lemieux : Oui. Sur la
question du jurisconsulte, vous voyez comment, vous, une adaptation avec l'arrivée
du commissaire? Et là les rôles vont se réajuster? Parce que, ce que vous avez
noté tout à l'heure, je considère que c'est hyperimportant. Le jurisconsulte a
beau vous dire quoi que ce soit, ça ne compte pas pour le commissaire. C'est ce
que le commissaire vous a dit qui est important, en tout cas, pour l'éthique.
M. Jacob (Steve) : Oui. Tout
à fait. Puis ça, c'est un enjeu important qui revient dans la recommandation de
regarder l'ensemble des outils et des mécanismes. Et peut-être que, dans certains
cas, ça peut être nécessaire de dire : Bien, cette fonction-là n'est plus...
est remplie par une autre institution, et peut-être qu'il faut soit supprimer
cette institution ou alors réfléchir à son mandat exclusif qui ne serait pas en
train de se superposer avec le mandat et la mission d'un autre organisme.
M. Lemieux : Merci, messieurs.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve,
pour 4 min 15 s, s'il vous plaît.
• (12 h 10) •
M. Leduc : ...bonjour. Beau
bouquin. Je l'ai parcouru. Je veux vous entendre sur la dépolitisation. Je
comprends où vous voulez aller, puis je me... mais je me questionne en même
temps sur notre rôle de député, qui est un rôle de contrôle du gouvernement
aussi, tu sais. Puis il y a peut-être une espèce de... pas une contradiction,
mais il y a peut-être une synthèse à aller chercher dans... entre ce que vous
soulignez, avec justesse, parce que c'est vrai que, des fois, ça devient une
espèce d'arme, vous avez, je pense... cartouche politique ou, en tout cas, une
arme politique qu'on brandit, les oppositions par rapport au gouvernement, mais
je ne sais pas si vous avez aussi réfléchi au fait que c'est à double
tranchant. C'est arrivé, dans le passé, où on demande une enquête sur quelque
chose, mais que l'enquête, finalement, a blanchi complètement le ministre en
question, puis là, c'est le... c'est là où le parti qui a demandé l'enquête qui
a l'air un petit peu... qui rentre le caquet bas, mettons, dans son caucus, tu
sais. Mais est-ce que le simple fait qu'on ait demandé enquête, c'est déjà un
peu une espèce de tache envers le ou la ministre? Bon, je comprends où vous
voulez aller, mais je me demande s'il n'y a pas moyen de faire les deux, à
savoir davantage encadrer ça ou davantage donner de pouvoirs, mais permettre
quand même au député de le faire. Parce que ça reste, je pense, un outil
important de débat public et d'intérêt public, que les députés qui sont les
deux mains dans la politique puissent lever le drapeau.
Puis une dernière question avant de vous
laisser aller pour le temps qui reste : Sentez-vous ou pensez-vous que,
puis j'aurais peut-être dû lui poser la question tantôt... que la Commissaire à
l'éthique, elle se sent l'obligation de répondre positivement à chacune de nos
demandes, les députés d'opposition, quand on fait : Je demande enquête,
etc.?
M. Mayer (Jordan) : Oui.
Bien, peut-être pour répondre à votre première question, c'est sûr que les
députés ont un rôle à <jouer...
M. Mayer (Jordan) :
…Oui. Bien, peut-être pour répondre à votre première question, c'est sûr que
les députés ont un rôle à >jouer. C'est... Ça va de soi. C'est assez
essentiel. Puis maintenant c'est de trouver le juste milieu entre... que, oui,
les demandes d'enquête sont faites, puis la commissaire peut enquêter de son
initiative aussi, mais ce ne doit pas nécessairement devenir une fin uniquement
partisane. Donc, ça doit... Il doit quand même y avoir un intérêt public
derrière ça parce qu'évidemment on va vers l'ultime but de la confiance du
public. Donc, ça doit passer par ça.
Je donne l'exemple du cas britannique. Au
Royaume-Uni, donc, c'est un commissaire à l'éthique un peu similaire aux
fonctions. Une fois que c'est passé devant le Commissaire à l'éthique,
maintenant, il y a une instance parlementaire, avant même la Chambre des
communes, avant même la Chambre de l'Assemblée, qui se prononce sur les
résultats d'enquête et ensuite qui propose soit une sanction ou qui décide de
ne pas donner suite. C'est un juste milieu, selon moi, entre la partie plus
parlementaire de la chose et la partie davantage expertise éthique ou expertise
de l'institution. Donc, peut-être, oui, effectivement, il y aurait peut-être un
juste milieu à trouver. Je pense que les réflexions sont intéressantes, puis il
y aurait matière à faire évoluer peut-être la réflexion encore davantage. Mais,
oui, je pense que la question se soulève. Encore là, est-il que l'institution
du Commissaire à l'éthique a un rôle névralgique à jouer dans cette
perspective-là? On essaie de trouver jusqu'où la politique peut aller, mais
donc je pense que oui, il y aura peut-être un juste milieu à y avoir.
M. Leduc : Sur le fait
que la commissaire se sentirait obligée de répondre à chacune de nos demandes,
est-ce que c'est votre impression?
M. Jacob (Steve) : Bien,
je ne peux pas parler au nom de la commissaire, mais je pense que c'est
important que les demandes d'enquête existent et soient... La question sur
l'instrumentalisation n'est pas nécessairement sur le fait qu'on va faire des
demandes d'enquête par rapport à un signalement d'un manquement éventuel. C'est
aussi par rapport à l'utilisation qui peut être faite ensuite d'un rapport par
rapport au moment où l'Assemblée est amenée à voter sur l'ensemble du rapport
sans distinguer la question du manquement et de la sanction, qui est, en gros,
à prendre ou à laisser, et ce qui peut laisser cette... faire... introduire
cette logique partisane au moment du vote sur le rapport.
M. Leduc : Donc, il
faudrait éviter le vote ou trouver un moyen qu'il n'y ait pas de vote? Comment
vous voyez ça?
M. Jacob
(Steve) :
C'est…
Ce qu'on suggère dans le rapport, c'est de dire... de se questionner sur
ce mécanisme pour que soit le commissaire ait un pouvoir d'imposer la sanction
ou alors de distinguer clairement l'identification du manquement et
l'association de la sanction, qu'on distingue les deux.
M. Leduc : C'est ça,
qu'il y ait plus de pouvoir pour appliquer la sanction. D'accord. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci beaucoup. Alors,
M. le député de Nelligan, pour 12 min 45 s, s'il vous plaît.
M. Derraji : Merci, M.
le Président. J'arrive au bon moment. On dirait que c'est coordonné.
Merci. Bonjour. Je tiens à m'excuser. Je
n'ai pas entendu vos minutes d'intervention, mais j'ai lu avec grand intérêt
votre rapport.
Première question, c'est par rapport au
délai de l'étude du rapport que nous avons eue depuis 2019. C'est quoi, votre
interprétation de l'étude de ce rapport?
M. Jacob (Steve) : Bien
là, je vais me lancer là-dessus. J'ai... Avant de travailler sur la question
d'éthique, d'éthique publique, je travaillais aussi sur la question d'évaluation
et de gestion de la performance. Et, en matière de l'évaluation, dans certains
cas, il existe des lois, puis ça pourrait être le... Si vous ouvrez la loi, ça
peut être une occasion de prévoir un délai à partir duquel, lorsqu'un rapport
est reçu, il doit être débattu au sein d'une commission. Il y a toutes sortes
de clauses évaluatives qui peuvent exister, comme aussi le fait de dire :
Bien, on va remettre... réouvrir la loi au bout d'un certain temps. Puisque le
code d'éthique, ce n'est pas une loi qui devrait être figée, donc ça
permettrait de la rendre... de la rendre vivante.
M. Derraji : OK. Je vais
vous ramener à la page 6. Vous dites : «Bien que l'adoption du code
et de son institutionnalisation par la création du CLD offre un cadre de
référence commun aux élus, la sensibilité éthique varie en fonction des
expériences individuelles. La relation des élus avec l'éthique parlementaire
est différente pour chacun.» Pouvez-vous élaborer? Est-ce que je peux
comprendre qu'il y a de... un peu d'éthique élastique?
M. Jacob (Steve) : Bien,
ce qu'on a pu... ce qu'on a observé, puis c'est ce qu'on mentionne, c'est qu'il
va y avoir des manières d'interpréter le code qui vont varier en fonction des
personnes, en fonction de leur sensibilité éthique. Et, dans certains cas, certains
élus vont avoir une vision plus <restrictive...
M. Jacob (Steve) :
...de
leur sensibilité éthique. Et, dans certains cas, certains élus vont avoir une
vision plus >restrictive du code, une vision très, très précise, et
d'autres vont considérer que, si on va jusqu'à la figure des intrépides dont on
parle dans le mémoire, que les questions éthiques ne sont pas véritablement
pour eux ou elles et que c'est davantage une question légale qui va uniquement s'appliquer.
Donc, je ne parlerais pas d'éthique
élastique, mais simplement le fait qu'à certains moments on ne va pas percevoir
les enjeux de la même manière, en fonction de son parcours professionnel, en
fonction des formations que l'on a pu avoir, en fonction des situations que
l'on a pu vivre ou de ce que va nous dire notre entourage politique.
M. Derraji : Oui. Mais
c'est là où votre réflexion est intéressante. Mais je veux vraiment aller au
fond des choses. Parce que vous êtes en mesure de décrire trois types :
les intrépides, les serviteurs et les profiteurs. C'est ce que vous faites dans
la page 7, en se basant sur un livre, C'est pas un cadeau! Et vous
dites, vers la fin : «D'abord, la sensibilité à l'éthique des membres de
l'Assemblée nationale varie en fonction de leur personnalité et leur expérience
individuelle, voire du contexte dans lequel ils évoluent.» Vous êtes en train
de nous dire qu'on doit prendre le type de personnalité des trois parce qu'au
bout de la ligne on veut que tout le monde suit le code et suit les règles. On
ne peut pas, aujourd'hui, adapter le code si tu es un intrépide, ou serviteur,
ou profiteur. Je pense que ce n'est pas votre souhait ni le souhait de personne
autour de la table. Mais ce serait quoi, votre suggestion, tenant ou prenant en
considération que les trois personnalités existent?
M. Jacob (Steve) : Bien,
les... Il y a quatre profils : il y a les puritains, serviteurs,
profiteurs et intrépides. Cette... Pardon. Désolé. Donc, cette typologie, elle
permet de regarder la manière dont les élus vont effectivement appliquer,
interpréter le code. Je ne dis pas qu'on doit avoir des codes différents par
rapport aux profils de parlementaires. Je dis qu'à partir du moment où on va...
Et c'est ce qu'on observe : on met en place un code, les élus vont se
l'approprier différemment. On peut regarder, par exemple par rapport au fait
que certains élus vont suivre la formation ou ne pas la suivre, actuellement,
ça démontre un élément par rapport à cette sensibilité à l'éthique. Le fait que
les cadeaux, les dons et avantages ne soient pas interdits aujourd'hui dans le
code, mais que néanmoins des parlementaires vont dire : Moi, je n'accepte
aucun don et avantage, ça montre qu'on peut interpréter et se comporter de
différentes manières par rapport à l'interprétation du code.
M. Derraji : Mais je ne
dis pas qu'il faut adapter le code. Le code est là pour tout le monde. Mais, ce
que vous ramenez, quand même, c'est que, oui, le code, il est là, mais vous
constatez qu'il y a trois types de personnes, et que... Écoutez, je... «Les
profiteurs, pour leur part, donnent préséance à leur intérêt personnel au
détriment de l'intérêt public. Ils sont prêts à accepter des conduites jugées
discutables et s'en remettent au jugement de leurs collègues pour apprécier
leur propre conduite.» C'est quand même fort. Je vous le dis. C'est votre
opinion, mais moi, je veux juste comprendre. Si on dit qu'il y a trois types
de... je dirais, de personnes ou de profils, c'est juste, je veux mieux
comprendre la réflexion derrière.
• (12 h 20) •
M. Mayer (Jordan) : Oui.
Bien, je pense que l'effort de typologie, c'est davantage pour amener un peu
aux recommandations qu'on propose dans le mémoire, c'est-à-dire que la
formation obligatoire, c'est une façon aussi de s'adapter. Puis c'est le grand
paradoxe, en fait, d'un code de déontologie et d'éthique. Le code se veut
général, les règles sont générales, mais les cas sont particuliers. Donc, les
sensibilités de chacun, évidemment, sont différentes, parce qu'on a tous un
vécu, des horizons différents avant même d'arriver en politique. Je pense que
c'est un peu l'opprobre du code d'éthique. Mais donc ça amène vers les
recommandations de l'obligation de formation continue puis aussi, on n'en a pas
parlé encore, mais la recommandation qu'on propose dans le mémoire sur une
façon peut-être de rendre publics les avis du commissaire tout en respectant
les données sensibles ou confidentielles, d'essayer de trouver une façon de
permettre aux élus d'avoir le plus d'outils en leur possession pour avoir une
réflexion éthique sur leur conduite.
M. Derraji : ...une
formation adaptée, au départ. D'ailleurs, vous avez assisté à l'échange tout à
l'heure avec Mme la commissaire. C'est que la formation obligatoire doit
prendre en considération les trois types de profils que vous faites dans votre
analyse.
M. Jacob (Steve) : Oui. Tout
à fait. Puis l'enjeu, quand on a réalisé des <entrevues...
M. Jacob (Steve) :
...Oui.
Tout à fait. Puis l'enjeu, quand on a réalisé des >entrevues avec des
parlementaires et des anciens parlementaires, certains parlementaires étaient
capables de me réciter presque par cœur les articles du code qui concernent les
cadeaux, et d'autres parlementaires, quand je leur demandais s'il fallait qu'il
existe un registre public des cadeaux, ils me disaient : Bien, on n'en a
pas besoin, alors que ça existe. Je posais une question sur la question de la
transparence, et certains ne savaient même pas qu'il y avait une obligation de
déclarer des cadeaux d'un montant supérieur à 200 $. C'est là où je parle
de cette différence par rapport à cette sensibilité à l'éthique. Et,
l'objectif, c'est de ramener tout le monde vers le centre par rapport aux
comportements et aux règles qui sont attendus en matière d'éthique et de déontologie.
M. Derraji : OK. Dans la
page 11, vous parlez : «Nous nous questionnons sur la pertinence de
maintenir les services d'un jurisconsulte en matière de déontologie et
d'éthique. Dans un souci de coordonner les actions et les mandats des organismes
oeuvrant en matière d'intégrité publique, le mandat conjoint du jurisconsulte
et du CED peut poser un problème, car il existe une possibilité de confusion au
sujet de l'interprétation du code, tel comme le mentionne le CED dans son
rapport sur la mise en œuvre.»
M. Mayer (Jordan) : Oui. Bien,
en fait, je pense qu'on a eu l'occasion de soulever le point tout à l'heure.
Dans un souci de coordination de différents acteurs en intégrité publique,
c'est sûr que ça peut poser un enjeu, d'avoir des chevauchements de compétences,
d'avoir des chevauchements entre différentes institutions. Donc, c'est soumis
dans notre mémoire. C'est de réfléchir peut-être à la pertinence d'avoir
toujours recours aux services d'un ou d'une jurisconsulte, tout en ayant la possibilité
d'avoir des avis auprès du Commissaire à l'éthique. Donc, je pense que le
mémoire parle un peu de lui-même, c'est-à-dire que malgré l'excellent travail
des jurisconsultes à l'Assemblée nationale, le mandat a évolué avec le temps.
Et puis je tiens, par ailleurs, à dire, je pense que c'est en 2008, le
jurisconsulte de l'époque souhaitait que sa fonction devienne le Commissaire à
l'éthique et qu'elle disparaisse. Donc, je pense qu'il y a quand même un souci
depuis plusieurs années qu'il y ait une coordination de ces différents acteurs,
quitte à peut-être supprimer une fonction.
M. Derraji : Vous parlez
beaucoup de l'instrumentalisation de l'éthique parlementaire à des fins partisanes.
Pour ne pas tomber dans ce sens, et vous avez vu et entendu, tout à l'heure,
Mme la commissaire est très sensible à ce sujet, ce serait quoi, votre
suggestion?
M. Jacob (Steve) : Bien,
la principale suggestion, piste de réflexion, c'est d'identifier les moyens
pour que l'indépendance, l'impartialité de la commissaire continue à être
préservée, et de regarder à quel moment les risques d'instrumentalisation sont
les plus grands. On parlait tout à l'heure, avec un de vos collègues, des
demandes d'enquête. Et je signalais le fait que demander une enquête, c'est... ce
n'est pas nécessairement une instrumentalisation. Néanmoins, quand on le voit
dans le rapport, et quand on regarde les demandes d'enquête, quand on voit qu'à
quelques jours d'une élection un élu demande une pléthore d'enquêtes auprès de
la commissaire, on peut se questionner sur l'intention réelle. Et le point, à
mon avis, majeur, c'est l'ensemble... et c'est quelque chose qui n'avait
peut-être pas été anticipé au moment de l'adoption du code, mais c'est
l'ensemble des débats qui entourent les rapports d'enquête avec la
recommandation d'une sanction. On l'a vu dans l'histoire récente, tous ces rapports
ont bien souvent fait l'objet d'actions, de discussions qui peuvent miner
l'indépendance et l'impartialité de la Commissaire à l'éthique.
M. Derraji : Et je veux
juste comprendre. Parce que déposer une demande d'enquête, c'est tout à fait
légitime, si on se base sur le code, là. Vous ne me remettez pas ça en cause.
Comme la commissaire a le droit de refuser l'enquête si elle la juge non
recevable, j'essaie juste de comprendre c'est quoi, le problème que... Utiliser
pendant une durée proche d'une campagne électorale? C'est... Si vous voulez
aller plus en profondeur par rapport à la réflexion. Je ne vois pas le lien.
M. Jacob (Steve) : Bien,
le lien, c'est qu'on a pu observer que la période de la campagne électorale
peut être un moment peut-être propice pour certains de chercher à jeter le
discrédit sur d'autres membres ou d'autres formations politiques. Donc,
l'objectif derrière, et ça rejoint la possibilité d'octroyer des pouvoirs
d'enquête préliminaire, c'est que ça <permettrait...
M. Jacob (Steve) :
...d'octroyer
des pouvoirs d'enquête préliminaire, c'est que ça >permettrait très
rapidement de pouvoir voir si on peut se rendre compte qu'il n'y a pas de...
pas lieu d'aller plus loin dans la demande d'enquête.
Le Président (M.
Bachand) :...
M. Derraji : Bien, vous
voulez parler des formations, mais je pense que vous avez pas mal insisté.
Rendre la formation obligatoire pour tout le monde, élus, personnel, ça, vous
êtes d'accord. J'aurais aimé vous entendre sur les médias sociaux, mais
brièvement.
Le Président (M.
Bachand) :...
M. Jacob (Steve) : Mais
je pense qu'on a entendu des premières pistes de réflexion ce matin. Je n'ai
pas eu l'occasion...
M. Derraji : Mais vous,
vous en pensez quoi?
M. Jacob (Steve) : Je
pense que ce doit être... Il y a sans doute une nécessité à encadrer et à baliser
cet enjeu.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Merci beaucoup
d'avoir été avec nous.
Sur ce, la commission suspend ses travaux
jusqu'après les avis touchant les travaux des commissions. Merci!
(Suspension de la séance à 12 h 27)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 17)
Le Président (M.
Bachand) :Bonjour, tout le monde! La Commission
des institutions reprend ses travaux.
On poursuit, donc, les consultations
particulières et auditions publiques sur le rapport de mise en œuvre du Code d'éthique
et de déontologie des membres de l'Assemblée nationale 2015-2019, intitulé
Incursion au cœur du code d'éthique et de déontologie : de la théorie à
la pratique.
Cet après-midi, nous entendrons les
personnes et organismes suivants : le Cercle des ex-parlementaires, Mme Martineau,
professeure d'éthique organisationnelle, le Commissaire au lobbyisme, mais nous
allons débuter avec Me Deschamps, jurisconsulte des membres de l'Assemblée
nationale. Me Deschamps, merci beaucoup d'être avec nous. Alors, comme
vous savez, vous avez 10 minutes de présentation, puis, après ça, on aura
une période d'échange de 50 minutes avec les membres de la commission.
Donc, la parole est à vous.
Mme Marie Deschamps
Mme Deschamps (Marie) : Je
vous remercie beaucoup, M. le Président, et je salue Mmes les députées, MM. les
députés. Je ne prendrai probablement pas toutes mes 10 minutes pour ma
présentation. J'ai trois petits points à vous faire valoir, mais je tiens d'abord
à dire que je vous remercie de me donner l'occasion de vous rencontrer et de
contribuer dans la mesure de ce que je peux vous apporter, donc, de contribuer
à vos travaux.
Alors, j'ai trois petits points. Le
premier, c'est une remarque sur le plan social. Vous aurez remarqué qu'on a
fait grand état récemment de la majorité des femmes à la Cour suprême. En
regardant la composition de votre comité, j'ai constaté qu'il y avait des
précédents dans la branche législative du gouvernement. Alors, je salue la
majorité féminine dans vos travaux. Alors, c'était mon premier point, qui est
un petit clin d'oeil social à l'évolution de notre société.
Le deuxième point a trait à... Je veux
faire un petit peu un retour en arrière sur la fonction de jurisconsulte. D'abord,
comme vous l'avez probablement vu, au cours de vos précédents travaux, la
fonction de jurisconsulte a été créée en 1982, donc ça fait plus de 40 ans.
Je suis la sixième jurisconsulte, la première femme, mais quand même la sixième
jurisconsulte. Vous avez eu de très, très éminents juristes, certains qui ont
eu des termes très prolongés, je pense à l'ancien juge Albert Mayrand, qui...
dont les écrits sont encore cités dans les décisions. Alors donc, cette
institution-là a quand même de l'âge. Elle a subi un énorme changement, en fait,
un changement fondamental lorsque le code d'éthique et de déontologie a été
adopté en 2010 et mis en vigueur en 2011.
• (15 h 20) •
Alors, à ce moment-là, le fondement de la
compétence du jurisconsulte, qui était auparavant dans la Loi sur l'Assemblée
nationale, s'est retrouvé dans le code d'éthique et de déontologie. Et, à ce
moment-là, j'ai lu quand même les... une partie des travaux qui ont donné lieu
ou qui ont précédé l'adoption du code, et, à ce moment-là, les députés se sont interrogés
sur le maintien de la fonction de jurisconsulte. Je suis consciente qu'ils ont
pris une décision qui leur revenait. Maintenant, au cours de l'évolution, au
cours de la vie, de ce chevauchement entre la possibilité pour le commissaire
de donner des avis, qui eux étaient protégés, et la possibilité pour le
jurisconsulte de lui aussi donner des avis, bien, un modus operandi s'est
établi et s'adapte... je ne sais pas si ça a débuté sous Me Bisson, mais <certainement...
Mme Deschamps (Marie) :
...pour
le jurisconsulte de lui aussi donner des avis, bien, un modus operandi s'est
établi et s'adapte... je ne sais pas si ça a débuté sous Me Bisson, mais >certainement
au cours de le... du mandat de Me Jean-Louis Baudoin. Et le modus operandi
s'est poursuivi au cours du mandat de Me LeBel, avec qui je me suis entretenue
avant même que ma... mes... d'avoir à donner les premiers avis.
Alors donc, selon ce modus operandi là, le
jurisconsulte, lorsqu'il reçoit une demande, explique les différentes options
qui s'offrent aux députés et explique aussi certains des avantages que... du
fait que l'avis puisse être donné avec une garantie de... avec une certaine
protection prévue par le code. Et, selon l'expérience, il n'y a pas eu de cas
où les jurisconsultes ont été appelés à donner des avis qui étaient
susceptibles d'entrer... je ne dirais pas en conflit, mais de prêter à
interprétation si, par exemple, un député obtenait deux avis, et que les
gens... il y aurait eu une mauvaise communication, par exemple, entre le
jurisconsulte et la Commissaire à l'éthique. Alors, ce modus operandi là a
fonctionné depuis plusieurs années, et c'est cette pratique-là que je respecte
moi-même.
Alors, j'en viens à mon troisième point,
qui est... J'ai lu aussi le rapport qui est devant vous pour étude. Et, dans ce
rapport-là, il y a une recommandation qui vous invite à étudier ou qui invite
l'Assemblée nationale à étudier ou à revoir le rôle du jurisconsulte. Alors, il
est évident que ça demeure une décision politique. Je respecte la décision des
députés, en 2010, lorsqu'ils ont décidé de maintenir le poste. Alors, il y a
différentes options qui s'offrent. Une des options, c'est de limiter ou de
prévoir que seul le Commissaire à l'éthique puisse donner des avis; une autre
des options est de maintenir le statu quo; et une troisième option pourrait
être de, plus ou moins, mettre en pratique le modus operandi qui s'est établi.
Et, suivant cette option-là, le
jurisconsulte ne serait appelé à donner des avis que lorsque la Commissaire à l'éthique
en ferait la demande. Alors, ça pourrait être une option plus souple que ce qui
est déjà prévu par le code, parce que la commissaire peut déjà elle-même
nommer, faire nommer un commissaire ad hoc, mais ça pourrait être des
circonstances encore plus souples que celles qui peuvent présentement donner
lieu à la nomination d'un commissaire ad hoc. Alors, ça complète les
commentaires préliminaires, et il me fera plaisir de répondre à toutes vos
questions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, Me Deschamps.
Alors, Mme la députée d'Anjou—Louis-Riel, s'il vous plaît.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci pour vos commentaires très appréciés. Et puis
on entend votre appréciation sur la gent féminine au niveau des députés de
l'Assemblée nationale. Donc, nous aussi, sommes bien fiers.
Question pour vous, donc, vous nous dites
qu'en 2010 il y avait le maintien du poste qui avait été décidé à ce moment-là.
On a à nouveau la question devant nous, en 2023, avec les trois options que
vous nous proposez. Alors, pour vous, plus précisément, quelle est votre
opinion entre l'option deux et l'option trois? Est-ce que vous avez une
préférence? Et, si c'est possible, de le justifier. Merci.
Mme Deschamps (Marie) : Oui.
Alors, je <pense...
Mme Boivin Roy :
...quelle
est votre opinion entre l'option deux et l'option trois? Est-ce que vous avez
une préférence? Et, si c'est possible, de le justifier. Merci.
Mme Deschamps (Marie) :
Oui.
Alors, je >pense que le statu quo n'est pas très souhaitable pour deux
raisons. D'abord, le... moi, j'aime la clarté, et, pour les députés, qu'il y
ait deux institutions, si je peux dire, l'institution du jurisconsulte et
l'institution de la Commissaire à l'éthique, qui ont des compétences égales
pour donner des avis, ça peut créer une confusion. Selon moi, c'est mieux que
les députés aient un parcours plus clair, dire : Oui, la première
institution où on s'adresse, c'est la Commissaire à l'éthique.
Et je dois dire aussi qu'il y a une
relation de confiance qui s'établit et je ne trouverais pas souhaitable qu'il y
ait des raisons qui ne sont pas formelles ou qui ne sont pas transparentes pour
lesquelles les gens voudraient s'adresser soit à un jurisconsulte, soit à la
Commissaire à l'éthique. Moi, je favorise la clarté d'un parcours, et donc,
entre deux et trois, entre l'abolition... pas l'abolition, mais le maintien pur
et simple, si c'est ça, votre question, et une option où est-ce que la fonction
pourrait être maintenue mais seulement lorsqu'il y a une... lorsque le
Commissaire à l'éthique en ferait la demande, il me semble que, pour les
députés, ce serait un parcours beaucoup plus clair.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup pour votre réponse. Peut-être une dernière question très rapide.
Est-ce que vous pensez qu'à ce moment-là... Si tant est que c'était la
troisième option qui était retenue, est-ce que vous pensez qu'il y aurait lieu
d'avoir des méthodes de communication qui seraient aussi claires que ce que
vous souhaitez, dans le choix de l'option, pour que les gens puissent bien
comprendre, justement, là, le processus à suivre?
Mme Deschamps (Marie) : Oui,
en fait, si... le... pour... du côté du député, à mon avis, les députés
devraient, en premier lieu, se rendre au bureau de la commissaire. Comme je
vous dis, c'est... elle est là en permanence, elle est accessible, et ce serait
de la responsabilité de la commissaire de déterminer la raison pour laquelle le
jurisconsulte pourrait être appelé à intervenir. Et ça pourrait être des
raisons très larges. Il y a... Par exemple, elle pourrait se retrouver devant
une situation où il y a un surcroît de demandes, donc des situations qui ne
sont pas déjà prévues où est-ce qu'elle peut donner... nommer un commissaire ad
hoc, et ça pourrait être aussi des situations semblables, et ça pourrait
devenir une situation où elle n'aurait plus besoin de nommer des commissaires
ad hoc.
Mme Boivin Roy : Très
bien. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :...interventions du côté gouvernemental?
M. le député Saint-Jean.
M. Lemieux : ...combien
de temps, monsieur?
Le Président (M.
Bachand) :Il vous reste 20 minutes.
• (15 h 30) •
M. Lemieux : Merci, M.
le Président. Bonjour, Me Deschamps. Si vous voulez, dans l'intérêt et pour la
curiosité des députés qui siègent ici mais dans l'intérêt du public, qui si tant
est... s'intéresse à la chose, je vais juste reculer un tout petit peu. Parce
qu'on est rentrés avec vous dans le vif du sujet, en pays de connaissance, tout
le monde comprenait, mais j'aime ça rétropédaler un tout petit peu.
Alors, Me Deschamps, si je vous disais,
tout à l'heure, pendant les autres consultations, on s'est fait dire que la
grosse différence, si le député que je suis va cogner à votre porte puis, s'il
décide de ne pas aller cogner à votre porte pour un problème d'éthique puis
qu'il va cogner à la porte de la commissaire, en sortant de chez la
commissaire, il y a une entente, entre guillemets, de compréhension qui est
garantie, par rapport à ce qu'elle nous dit comme opinion, qu'on peut faire ou
qu'on ne peut pas faire, puis on part de là avec une assurance que j'appelle,
moi, la garantie. Si on va vous voir, on va avoir un aussi bon service, j'en
suis certain, mais on part pas de garantie, si j'ai bien compris.
Mme Deschamps (Marie) : Exactement.
M. Lemieux : C'est la
seule différence? Point d'interrogation.
Mme Deschamps (Marie) : Bien,
c'est-à-dire que c'est la seule différence juridique. Cependant, en pratique,
la commissaire, elle, elle est intégrée dans tout un processus où est-ce
qu'elle a d'autres mécanismes que <juste les avis...
>
15 h 30 (version révisée)
< Mme Deschamps (Marie)T :
...que c'est la seule différence juridique. Cependant, en pratique,
la commissaire, elle, elle est intégrée dans tout un processus où est-ce qu'elle
a d'autres mécanismes que >juste les avis. Elle a, par exemple, toute
une section qui fait de l'information. Alors, je vois quand même un état où la
commissaire, elle, dispose d'un plus grand réseau, d'un plus grand accès à
toute sa jurisprudence à elle. Alors, je vois quand même des avantages dans le
fonctionnement à se diriger vers la Commissaire à l'éthique.
M. Lemieux : De toute
évidence, maître, vous ne vous cherchez pas de clients, mais, en même temps...
c'est parce que ce n'est pas tout ce que vous faites comme jurisconsulte.
Apprenez-moi un peu ce que c'est qu'une jurisconsulte ou un jurisconsulte. Vous
êtes la sixième, vous?
Mme Deschamps (Marie) : Oui.
Alors, le jurisconsulte donne des avis aux députés en matière d'éthique, mais le
jurisconsulte, aussi, est appelé à donner des avis au Bureau de l'Assemblée nationale
en vertu du programme d'assistance juridique aux députés et aux anciens
députés.
M. Lemieux : Et autres
tâches connexes ou ça s'arrête là?
Mme Deschamps (Marie) : Bien,
écoutez, autres tâches connexes, là... Je vais vérifier. C'est les deux
tâches...
M. Lemieux : C'est les
deux gros mandats.
Mme Deschamps (Marie) : Oui,
exactement, parce qu'un est dans le code d'éthique, l'autre est dans la Loi sur
l'Assemblée nationale, alors... Bien, c'est-à-dire, oui, une des tâches connexes,
c'est lors du dépouillement du vote.
M. Lemieux : D'accord.
Ce matin, on s'est rendu compte que la commissaire actuelle est probablement
déjà en train d'écrire son rapport pour la prochaine étape, parce que ça datait
déjà de plusieurs années, ce rapport qu'on étudie, mais ça a le bénéfice aussi
de nous montrer 10 ans, et même un peu plus, derrière. On a eu toutes
sortes de discussions. Il y en a une en particulier, moi, qui a attiré mon
attention, c'est au sujet de la capacité. Et j'ai même été voir la commissaire,
je le confesse, en sortant avant le lunch, pour dire : Bien, c'est-tu ça
ou ce n'est pas ça? Puis il y a comme une espèce... ce n'est pas un vide
juridique, mais il y a une question d'interprétation.
À partir du moment où un député dépose une
demande d'enquête, la commissaire a un certain droit de regard sur la capacité
qu'elle a de faire enquête ou pas, mais ce n'est pas aussi clair que ce qu'il nous
est proposé dans le rapport qu'on a, à savoir de procéder à l'analyse d'opportunité
de tenir une enquête ou non, qui serait plus claire en termes de procédure. Et
ça ouvre la porte, évidemment, à cette hypothèse qu'on a entendu, qu'il y avait
une certaine instrumentalisation dans la mesure où, à chaque fois qu'un député
demande une enquête, c'est presque automatique, et ça fait grand bruit, et ça
fait de la médiatisation, et, finalement, l'enquête doit procéder et on sent qu'il
pourrait y avoir instrumentalisation partisane. Est-ce que vous êtes avec moi
sur ce que je viens de dire, ou je me suis planté quelque part là-dedans, ou on
pense... on comprend la même chose?
Mme Deschamps (Marie) : J'ai
cru comprendre, d'après les rapports que j'ai lus... parce qu'évidemment je ne
suis pas... je n'ai lu que le projet... le rapport pour les années écoulées
depuis 2019, 2018, mais, même d'après les recommandations de ce rapport-là, je
comprends qu'en période électorale il y a tendance à utilisation de mécanismes
à des fins qui ne sont peut-être pas prévues initialement par le code.
M. Lemieux : D'accord.
Je voudrais vous amener maintenant sur tout ce qu'on a discuté ce matin parce
que c'est au cœur du sujet et c'est la première recommandation de la
commissaire, la formation. Il fut une époque où il y avait plus d'avocats qu'autre
chose à l'Assemblée nationale. Maintenant, en tout cas, au gouvernement, il n'y
en a pas tant. Puis, de l'autre côté de la Chambre, je pense qu'il n'y en a pas
tant non plus. Est-ce que la formation sur le code, qui est quand même très
frais, là, il a à peine une douzaine d'années... est-ce que, pour vous, ça fait
partie de ce que devrait être la priorité des députés que nous sommes quand on
arrive, d'apprendre ce code-là? Et, est-ce qu'a fortiori, on devrait <imposer
de la formation aux députés?...
M. Lemieux :
...qu'a
fortiori, on devrait >imposer de la formation aux députés?
Mme Deschamps (Marie) : Absolument.
Selon moi, la formation en éthique devrait être obligatoire. Mais, comme vous
savez, j'ai une formation juridique et je suis très favorable à la formation
des avocats, et je suis très favorable à la formation en éthique. Et je peux
vous dire que c'est avec plaisir que je prends... comme avocate, depuis ma
retraite de la magistrature, je prends la formation et je suis très soucieuse
de toujours prendre la formation en éthique malgré toute l'expérience que je
peux avoir accumulée. J'ai 71 ans, j'ai eu toutes sortes d'expériences et,
malgré tout, je pense que la formation, ça doit être de la formation continue.
Donc, à plus forte raison, la formation en
éthique, selon moi, lors d'une première activité comme député, devrait être
obligatoire et ça devrait être aussi obligatoire d'avoir de la formation
continue.
M. Lemieux : Et pour le
personnel des députés aussi? Parce que, généralement, un nouveau député arrive
avec du nouveau monde, entre guillemets. Est-ce qu'on peut dire que ça va de
soi que son personnel subisse aussi, entre guillemets, une formation?
Mme Deschamps (Marie) : Ça
dépend de quel personnel on parle, là. Le personnel qui a une marge de
manoeuvre puis qui a un contact direct avec le public, oui. Le personnel qui...
dont toutes les activités sont surveillées ou si quelqu'un n'est jamais appelé,
par exemple, à signer une lettre parce que toutes les lettres sont signées par
quelqu'un d'autre... Alors, je dirais que, dans tous les cas où il y a... je ne
veux pas dire risque, là, mais exposition à des interactions avec le public
dans le cadre des responsabilités du député, la réponse, c'est oui.
M. Lemieux : Parce qu'il
n'y a pas juste... Les temps ont bien changé, il n'y a pas juste qu'il y a
moins d'avocats qu'il y en avait assis au salon bleu, il y a aussi que
l'éthique et la déontologie prennent de plus en plus de place. Et, si vous
voulez... même si vous ne me la demandez pas, je vais vous le dire, si vous
voulez mon opinion, c'est parce qu'on a une crise de confiance qui est de plus
en plus importante, autant pour les médias que pour la classe politique, et
qu'on a tout intérêt à marcher les fesses serrées, comme on dit.
Donc, comment on fait pour raccommoder
tout ça ensemble? On est arrivé. On a été une des dernières provinces, un des
derniers gouvernements à se donner un code, il y a une douzaine d'années. Mme
la commissaire m'a dit ce matin que, quand on l'a obtenu, tout le monde disait :
Oh, wow, vous êtes bien équipé, c'est le dernier qu'on... qui est créé, il est
super bon, mais il demande à être perfectionné. C'est ce qu'on est en train
d'essayer de considérer. On fait comment? Est-ce que notre code est à la
hauteur, à vos yeux? Puis est-ce que c'est par là que ça doit forcément passer,
ce problème de confiance qui, de toute évidence, est réel, mais correspond à
une crise peut-être plus large que juste les députés, là, mais qui englobe
beaucoup l'éthique et la déontologie un peu partout dans le monde, là?
• (15 h 40) •
Mme Deschamps (Marie) : C'est
sûr qu'adopter une loi ne règle pas la solution si les gens l'ignorent,
premièrement. Et, deuxièmement, ça ne couvre pas toutes les situations qui sont
susceptibles de... soit de faire perdre la confiance du public, soit de la
rehausser.
Je pense qu'une des façons de rehausser la
confiance du public, c'est la transparence, alors... Puis on ne peut pas s'attaquer
à tous les aspects de la fonction du député, mais certainement le fait qu'il y
ait des diffusions de vos activités en comité, le fait qu'il y ait des
divulgations proactives, là, à défaut d'un meilleur mot, des communications qui
sont faites par les députés, des activités qu'il y a dans les bureaux des
membres de l'exécutif. Selon moi, la transparence est un des grands moyens qui
est à la disposition des députés et l'exécutif pour contribuer à rehausser la
confiance <dans l'institution parlementaire....
Mme Deschamps (Marie) :
...et
l'exécutif pour contribuer à rehausser la confiance >dans l'institution
parlementaire.
M. Lemieux : ...alors,
j'ai quelques questions rapides pour vous parce qu'on arrive un petit peu au
bout et puis je voudrais quand même vous entendre sur des choses qu'on va
forcément considérer. La première, c'est ce registre dont parle la commissaire
dans son rapport qui permettrait à... et l'idée, justement, à cause de la
transparence, mais à cause la confiance du public, qui dit... un élu se fait
élire en disant : Moi, je connais ça, je vais aller vous régler ça. Mais,
rendu au Parlement, il connaît tellement ça qu'il a les deux mains et la langue
liées parce qu'il ne peut pas se prononcer sur certaines questions parce qu'il
est en conflit d'intérêts.
La suggestion qui nous est proposée, c'est
de dire : Bien, il pourrait déclarer son conflit d'intérêts, participer
aux conversations, mais ne pas voter. Moi, je trouve ça novateur et je trouve
ça intéressant. Vous?
Mme Deschamps (Marie) : Je
pense que cette recommandation, qui a été faite par Mme Mignolet, avait
aussi été faite par son prédécesseur. Et j'avais trouvé que c'était assez
créatif parce que ça permet à quelqu'un d'apporter de l'information, tout en ne
permettant pas que, s'il y a intérêt, ça fasse pencher la balance.
Cependant, je vois tout de même un risque
de... je ne dirais pas d'influence indue, mais que la voix de cette
personne-là, qui a un intérêt, porte plus fort que quelqu'un qui n'a pas
d'intérêt. Alors, c'est l'espèce de tension entre l'expérience, l'apport
objectif que la personne peut apporter et l'intérêt qui peut prendre le second
rang, même dans le cadre d'une discussion. Alors, c'est, je pense, la raison
pour laquelle souvent, dans les institutions, on ne permet même pas à la
personne de contribuer aux discussions. Même, on va souvent demander à la personne
de se retirer de la salle pendant les discussions pour éviter... ou pour
favoriser une plus libre discussion.
Alors, pour répondre à votre question ou à
votre commentaire, oui, c'est très créatif, mais ça devrait être fait avec
beaucoup de prudence.
M. Lemieux : Ce n'est pas
toujours facile d'écrire ça dans une loi.
Mme Deschamps (Marie) : C'est
vrai.
M. Lemieux : Mais ça
montre aussi qu'il n'y a jamais de solution parfaite et que l'équilibre,
particulièrement en éthique, est à la base de tout. Dites-moi, pour protéger
les personnes qui communiquent des renseignements... puis là, bien, on ne parle
pas de vous, mais on parle de la commissaire, on parle de... on n'est pas dans
le lanceur d'alerte, mais quelqu'un qui n'est pas à l'aise de venir dévoiler
des choses par crainte de représailles. On est en 2023, on essaie de les
protéger à tous égards, lanceurs d'alertes, partout. Est-ce qu'on aurait besoin
d'ajuster le code à cet égard-là?
Mme Deschamps (Marie) : Je
ne peux pas dire que j'ai bien réfléchi à la question, mais quelqu'un qui se
rend chez la commissaire devrait être protégé. La confidentialité devrait être
inhérente à la fonction de la commissaire et on ne devrait pas avoir besoin de
ce mécanisme-là. Et, si un tel mécanisme devait être créé, il devrait être
limité pour les cas où, je dirais, accidentellement, il y a un élément qui a
été rendu public, malgré toute la confidentialité et la prudence qui entourait
la communication avec la commissaire. Encore là...
M. Lemieux : Je vous lis
la... Oui?
Mme Deschamps (Marie) :
Oui.
M. Lemieux : Ça va?
C'est bon?
Mme Deschamps (Marie) :
Oui, allez-y.
M. Lemieux : Merci
beaucoup. Je vous lis la recommandation 16, qui fait partie du rapport
qu'on est en train de considérer : «Que le code soit modifié de manière à
ce que le commissaire puisse autoriser un député à partager... à participer à
un marché avec le gouvernement, un ministère ou un organisme public, pourvu que
l'importance de l'intérêt ou les circonstances entourant la conclusion de ce
marché ne permettent vraisemblablement pas la collusion ou une influence indue
aux conditions <que le commissaire fixe»...
M. Lemieux :
...influence
indue aux conditions >que le commissaire fixe.»
Morale de l'histoire, maître, pensez-vous
qu'il serait intéressant que la commissaire... j'aime mieux dire «la» dans les
circonstances, là, même si, dans la loi, on dit «le», que la commissaire ait
plus de marge de manœuvre afin de tenir compte des situations particulières des
élus?
Mme Deschamps (Marie) : Bien,
je n'avais pas lu cette recommandation-là comme voulant dire qu'elle était
limitée dans le type de circonstances. Si on pense à une plus longue
énumération, moi, je ne suis pas favorable aux longues énumérations de type Code
criminel, je suis plus favorable à une utilisation d'un terme général qui, lui,
laisserait une grande marge de manœuvre, et une grande marge de manœuvre pour
lui permettre d'imposer les critères les plus stricts avant d'autoriser la...
un acte qui pourrait, à première vue, être susceptible de pas nécessairement
rehausser la confiance du public.
M. Lemieux : J'aurais pu
vous poser la même question au regard de la recommandation 17 : « Que le code soit modifié de
manière à accorder la discrétion au commissaire d'autoriser un marché entre une
entreprise privée dans laquelle un membre du conseil exécutif détient un
intérêt et le gouvernement, un ministère ou un organisme public aux conditions
que le commissaire détermine.»
Mme Deschamps (Marie) : «Aux
conditions que le commissaire détermine», je trouve ça assez général, parce que
ça lui permet de tenir compte de toutes les circonstances qui peuvent être
pertinentes et aussi d'être suffisamment rigoureuses et restrictives pour que
la confiance du public soit protégée.
M. Lemieux : Voilà, on
est toujours dans la confiance du public, dans l'équilibre puis dans le gros
bon sens. Même si on n'est pas des avocats, le gros bon sens a sa place, là.
Mme Deschamps (Marie) : Exactement.
M. Lemieux : Je termine
en vous demandant si vous faites partie de celles qui voient d'un bon œil que,
lorsque le... on vote, les députés votent au bleu... au salon bleu, pardon, sur
une résolution et une motion pour blâmer un député, entériner, en quelque sorte,
une sanction, qu'on le fasse seulement sur la sanction plutôt que sur le
rapport qui mène à cette sanction-là. Est-ce que, pour vous, ça fait une
différence ou c'est tout pareil? Pas en théorie, là, mais en pratique, parce
que je sais que ce n'est pas tout pareil.
Mme Deschamps (Marie) : Non,
non, non, c'est ça, mais, selon moi, un député ne peut pas faire abstraction
des circonstances. Alors, limiter ça à la sanction, c'est un petit peu miner la
responsabilité du député dans son vote.
M. Lemieux : Merci
beaucoup, Me Deschamps. Je vous souhaite une bonne fin de journée et je
vous laisse aux bons soins des oppositions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Nelligan, pour 18 min 22 s, s'il vous plaît.
M. Derraji : Oui. Merci,
M. le Président. Bonjour, Me Deschamps, merci pour votre présence et les
clarifications. Je vais juste commencer par une première question avant d'aller
parler de votre rôle. Combien d'avis vous avez formulé, si je peux dire, les
deux dernières années ou bien si vous avez une idée, sur la 42e législature?
Mme Deschamps (Marie) : J'ai
été nommée en avril 2023, donc ça ne fait pas très longtemps, et j'ai été
appelée à donner des avis en vertu de la loi sur... en fait, du régime de
protection juridique, et j'ai été appelée à donner un avis verbal où j'ai été interpelée
de façon dont... je ne dirais pas impromptue, mais j'ai été interpelée pour
donner un avis verbal, sommaire dans une circonstance où la personne n'était
pas en mesure de rejoindre la commissaire.
• (15 h 50) •
M. Derraji : OK. Vous
dites que la personne n'était pas... ça veut dire... on parle d'un élu?
Mme Deschamps (Marie) : On
parle d'un député.
M. Derraji : D'un député
qui n'était pas en mesure de rejoindre la Commissaire à l'éthique, et...
Mme Deschamps (Marie) : Parce
qu'il y avait une situation d'urgence.
M. Derraji : OK. Et, du
moment qu'il y avait cette urgence, le député ou la députée vous a appelée pour
avoir un avis?
Mme Deschamps (Marie) : Exactement.
M. Derraji : OK. Je lis
le rapport de la Commissaire à l'éthique et à la déontologie, page 34, et
je comprends que le rapport parle d'une ancienne période, mais il disait :
«En terminant, il faut préciser que les services-conseils du jurisconsulte de
l'Assemblée nationale ne sont aujourd'hui presque plus utilisés, <comme
nous l'a indiqué ce dernier...
M. Derraji :
...plus
utilisés, >comme nous l'a indiqué ce dernier — mais on parle
de quelqu'un qui était avant vous. Très peu d'avis ont été demandés au cours
des deux dernières années.» Mais, on s'entend, il faut lire le rapport dans son
contexte. On ne parle pas de vous, on ne parle pas de la dernière période.
Pourquoi il y a peu d'avis, selon vous?
Là, vous me dites que, quand même, depuis votre nomination, il y a quand
même... on vous a interpelée en situation d'urgence. Vous étiez là, vous avez
répondu et il y avait un autre avis que vous avez formulé. Et là, au niveau de...
le rapport de la Commissaire à l'éthique, on dit qu'il y a peu d'avis. Comment
vous pouvez expliquer ceci?
Mme Deschamps (Marie) : D'accord.
Il y a deux... il y a une nuance à établir. Quand je vous ai dit que j'ai
fourni des avis en vertu du régime de protection, ça appartient aux juristes en
vertu de la loi... au jurisconsulte, pardon, en vertu de la Loi sur l'Assemblée
nationale. Ce ne sont pas des avis qui relèvent du code de déontologie.
Pour l'autre situation d'urgence, c'était
vraiment très ponctuel et, en principe, et ça été confirmé par Me LeBel
qui m'a précédée, compte tenu du fait que, lorsqu'un député, ou une députée, je
devrais dire les deux, consulte le jurisconsulte, celui-ci, d'abord, invite la
personne à se diriger ou à s'adresser à la Commissaire à l'éthique. Et cela
s'explique par, selon moi, le fait que la Commissaire à l'éthique a maintenant
établi son autorité, elle a une présence beaucoup plus grande que celle du
jurisconsulte, elle est nommée en priorité ou, je dirais, de façon très visible
dans le code d'éthique. Alors, je comprends que les députés vont s'adresser à
elle en tout premier lieu.
M. Derraji : OK,
excellent. Je vais... Merci pour les clarifications. Je vais revenir à votre
présentation pour parler et clarifier le rôle que vous jouez à l'intérieur de
l'institution, à l'intérieur du Parlement. Vous avez dit... vous proposez...
D'ailleurs, je veux juste clarifier quelque chose, vous êtes contre le statu
quo. Ça, on l'a bien compris.
Mme Deschamps (Marie) : Oui.
Moi-même, je pense que, pour les députés, il faut qu'ils sachent... il faut
qu'il y ait un ordre, il faut que ce soit clair.
M. Derraji : Oui, c'est
excellent, donc il faut que ça soit clair, mais, qui dit clarification dit
aussi... Vous savez, je ne sais pas, si on va faire un sondage, si tout le
monde est au fait de votre rôle exactement. Je ne prétends rien. Mais
pensez-vous que l'ensemble des personnes qui auront à vous poser... ou vous contacter
pour un avis... est-ce qu'elles savent où ils sachent... est-ce qu'ils savent
un peu le rôle que vous jouez ou que vous avez la possibilité de jouer?
Mme Deschamps (Marie) : Mon
rôle... Bien, si quelqu'un me consulte, c'est qu'il a entendu parler du
jurisconsulte et, s'il a cherché ma compétence, il s'est retrouvé dans le code
de déontologie... oui, dans le code de déontologie. Alors, dans le code de
déontologie, c'est clairement dit que le jurisconsulte peut donner des avis.
Alors, c'est sûr que le député peut savoir ça. Là où je dis qu'il y a un besoin
de clarification, c'est que la commissaire peut aussi donner des avis, alors le
député peut dire...
M. Derraji : Oui, et
c'est là où je veux vous ramener, c'est là où je veux vous ramener. C'est
excellent. Donc là, on se ramasse avec deux options. La Commissaire à l'éthique,
vous, vous deux, vous avez le droit de donner des avis. Là, on le voit très
bien, qu'au niveau de la page 34, ce que la Commissaire à l'éthique et à
la déontologie mentionne... «Considérant que l'avis du jurisconsulte ne lie pas
le commissaire, ce dernier pourrait conclure à un manquement au code dans un
cas où le jurisconsulte déduirait l'inverse. De plus, le jurisconsulte n'a pas
accès à la jurisprudence et aux interprétations du commissaire dans le cadre de
ses fonctions. Cette situation est préoccupante, tant du point de vue de la
prévisibilité, du droit, que de la crédibilité de ces deux institutions.»
J'aimerais bien savoir... Est-ce que vous partagez tout ce qui a été dit ici,
c'est clair et vous êtes à l'aise avec ce constat?
Mme Deschamps (Marie) : Je
suis d'accord que c'est un avantage immense d'avoir accès aux <interprétations
antérieures de la commissaire...
Mme Deschamps (Marie) :
...d'accord
que c'est un avantage immense d'avoir accès aux >interprétations
antérieures de la commissaire et de son prédécesseur. Ceci dit, ça n'a pas
toujours été le cas.
Pour ce qui est de la prévisibilité, c'est
un avantage parce qu'il y a une espèce de cohérence. Ça ne veut pas dire que le
jurisconsulte est complètement démuni, mais, tout de même, il y a un grand
avantage au fait que le député sache qu'il y a une cohérence dans les
interprétations.
M. Derraji : OK. Et
c'est justement... c'est sur cette cohérence que vous avez beaucoup insisté au
début sur clarifier le rôle pour éviter la confusion.
Mme Deschamps (Marie) : Exactement.
M. Derraji : OK. Si je
vous demande, dans un monde idéal, pour clarifier le rôle et éviter la
confusion, vous êtes d'accord, la porte d'entrée première pour le député doit
être la commissaire ou vous?
Mme Deschamps (Marie) : Oui,
la commissaire.
M. Derraji : La
commissaire. Dans le cas où le député veut faire affaire avec vous et demander
un avis, avez-vous un exemple pour, justement, éviter la confusion, avoir plus
de prévisibilité, à ne pas tomber dans... que, comme ce qui a été dit, un avis
et un avis qui déduirait l'inverse?
Mme Deschamps (Marie) : Il
y a différents mécanismes. Si, par exemple, les députés de l'Assemblée
nationale désiraient maintenir le chevauchement ou les voies parallèles, il
pourrait y avoir différents mécanismes qui pourraient être mis en place, mais
il n'y a aucun de ces mécanismes-là qui pourraient être... donner la même
prévisibilité. Et je pense, par exemple, à une possibilité de partage de
jurisprudence sans que ce soit un partage des opinions, parce que la
confidentialité doit être maintenue, mais un partage d'interprétation type qui
pourrait être mis à la disposition du jurisconsulte.
M. Derraji : Oui. Vous
avez beaucoup insisté sur le parcours, le parcours. Et, vous savez, au niveau
de l'Assemblée nationale, il y a toujours, toujours des nouveaux élus. Tant
mieux, parce que ça, c'est une très bonne chose pour le Parlement. Je me mets
dans la place de quelqu'un qui vient d'arriver, ce n'est pas facile, naviguer à
l'intérieur de l'institution. Déjà comprendre comment ça marche, le Parlement,
et les commissions parlementaires, et tout le reste, c'est beaucoup, beaucoup
de travail et ça prend du temps. Par la suite, naviguer avec la Commissaire à
l'éthique, naviguer avec l'ensemble des partenaires... Moi, j'ai des
partenaires, c'est des partenaires de l'institution qui nous aident, qui aident
les élus à bien faire leur travail.
Quand vous parlez d'un parcours... La
commissaire a beaucoup insisté sur la formation obligatoire... D'ailleurs, je
tiens juste à le mentionner, que, notre formation, que ce soient les élus et
même les employés du bureau de comté, c'est rendu obligatoire sur la formation.
Ce n'est pas une question de choix, c'est vraiment obligatoire. Mais, quand
vous parlez d'un parcours, c'est quoi, le parcours idéal pour éviter, justement,
qu'un élu, après quelques mois, se ramasse à, justement, éviter cette
incohérence qu'on risque d'avoir? Je sais que la volonté, c'est ne pas avoir
cette incohérence, mais c'est quoi, le parcours idéal, selon vous?
• (16 heures) •
Mme Deschamps (Marie) : Quand
vous parlez de parcours, je ne suis pas sûre que j'ai utilisé exactement cette expression-là.
M. Derraji : Bien, vous
avez dit «clarté d'un parcours», vous avez dit «clarifier le rôle», «revoir le
rôle de jurisconsulte», «éviter la confusion» et vous avez dit que la première
à consulter, c'est la Commissaire à l'éthique.
Mme Deschamps (Marie) : Oui,
c'est... Donc, le...
M. Derraji : Mais
maintenant, vous, dans ce rôle...
Mme Deschamps (Marie) : Comment
je...
M. Derraji : Oui, je
vais juste... je vais terminer. Vous, à l'intérieur de ces services, comment on
peut dire que la jurisconsulte est nécessaire dans ce parcours? Si l'élu doit
faire affaire avec la Commissaire à l'éthique, vous venez de le mentionner, si
c'est fait avec la commissaire à l'éthique, votre rôle... vous voulez
intervenir à quel moment?
Mme Deschamps (Marie) : Je
voudrais qu'il soit clair que je ne propose pas... je présente des options à
votre commission. Je ne suis pas là pour défendre le rôle du jurisconsulte. Si
c'est votre choix de ne maintenir que la fonction de la commissaire et avec une
large possibilité d'avoir recours à des commissaires ad hoc, ce sera votre <décision...
>
16 h (version révisée)
< Mme Deschamps (Marie)T :
...et avec une large possibilité d'avoir recours à des commissaires
ad hoc, ce sera votre >décision, et je n'ai rien à dire.
M. Derraji : Non, non,
mais, vraiment, je ne suis pas là, vraiment, ma question, ce n'est pas... Non,
non, non. Je vais clarifier. Me Deschamps, ma question ne vise pas ce que vous
venez de me dire. J'essaie juste de comprendre «clarifier le rôle». Parce que,
comme vous dites, «clarifier le rôle», je veux bien le comprendre aussi, et je
sais que ça nous revient, si on veut maintenir telle ou telle chose, aller avec
les recommandations dans un projet de loi, amender un projet de loi, si jamais
le gouvernement veut aller de l'avant avec un projet de loi. J'essaie juste de
comprendre, parce que j'ai, devant moi, une recommandation de la commissaire,
et je n'essaie pas de vous faire dire des choses que vous ne voulez pas : «Que
les parlementaires réfléchissent à l'opportunité de maintenir les services de
conseil en matière d'éthique et de déontologie du jurisconsulte.» C'est ça, la
recommandation que j'ai de la part de la commissaire.
Mme Deschamps (Marie) : Oui,
oui. Alors, la commissaire, en mots polis, elle vous dit : Abolissez la
fonction avis du jurisconsulte.
M. Derraji : Oui. C'est...
Vous faites l'interprétation comme ça, c'est votre droit. Moi, j'essaie de
comprendre le parcours. Vous avez dit que le statu quo n'est plus tenable :
clarifiez les rôles. Je reste convaincu, c'est pour cela que j'ai la chance de
vous avoir en face de moi, le rôle de la jurisconsulte, il était là depuis
plusieurs années, ça veut dire que ça répond à un besoin. Moi, c'est ce
besoin-là que je veux entendre aujourd'hui de votre part.
Mme Deschamps (Marie) : OK.
Le besoin, il existait certainement avant 2011, et c'était la fonction. Il n'y
avait pas de commissaire à l'éthique. Depuis 2011, il y a une espèce de
chevauchement qui est créé qui, selon moi, n'est pas souhaitable. Alors, je
vous suggère que vous avez le choix entre... Je vous ai donné trois options, et
une des options, c'était d'abolir la fonction du jurisconsulte, comme la
commissaire le dit poliment à la recommandation 4; l'autre option, c'est
de maintenir le statu quo, qui n'est pas ce que je suggère; et une troisième
option, c'est de prévoir un rôle... je ne suis pas sûre que l'expression
française décrit bien, mais subsidiaire, c'est-à-dire : on s'adresse d'abord
à la commissaire, et, si, pour quelque raison, la commissaire a besoin d'un
référé au jurisconsulte ou souhaite un référé au jurisconsulte, c'est cette
troisième option où le jurisconsulte agit de façon subsidiaire, mais après que
la commissaire ait eu l'occasion de se prononcer. Et je vous soumets que c'est
ce qui correspond... c'est ce qui se rapproche le plus à... au vécu depuis
plusieurs années.
M. Derraji : OK. Excellent.
Là, on avance. On va oublier l'option 1, on va oublier l'option 2, on
va se concentrer sur l'option 3. Donc, vous voulez que la porte d'entrée
soit la Commissaire à l'éthique, et, si la Commissaire à l'éthique le juge
pertinent, de référer la personne, pour quelque raison, à vous?
Mme Deschamps (Marie) : Exactement.
M. Derraji : Oui. Et si
on peut dire... Avez-vous une idée sur les quelques raisons? C'est quoi, les
raisons, selon vous, où vous jugez pertinent que la commissaire vous réfère des
personnes?
Mme Deschamps (Marie) : OK.
Il y a... La Commissaire à l'éthique, on doit le noter, a la possibilité de
donner des... de nommer des commissaires ad hoc. Les circonstances sont
énumérées. Si la Commissaire à l'éthique désire avoir une plus large marge de
manœuvre, elle pourrait vouloir simplement référer au jurisconsulte.
M. Derraji : OK. Merci,
Me Deschamps, pour votre présence et les clarifications concernant votre rôle.
Merci. Très apprécié.
Mme Deschamps (Marie) : Ça
me fait plaisir.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve,
pour autour de huit minutes.
M. Leduc : Merci, M. le
Président. Bonjour, bonjour.
Mme Deschamps (Marie) : Bonjour,
M. le député.
M. Leduc : Toujours
contents de recevoir des témoins. D'abord, je ne sais pas si vous, dans votre
fonction de jurisconsulte, vous avez quelque chose à dire par rapport à la
suggestion de Me Mignolet, là, sur la question de la rémunération des élus, où
est-ce qu'elle souscrit à la recommandation, là, de la juge L'Heureux-Dubé, là,
de son rapport d'il y a quelques années, à savoir que ça devrait être un comité
indépendant exécutoire. Est-ce que vous avez, dans votre fonction de
jurisconsulte, une <opinion à ce sujet...
M. Leduc : ...exécutoire.
Est-ce que vous avez, dans votre fonction de jurisconsulte, une >opinion
à ce sujet?
Mme Deschamps (Marie) : Oui,
je suis favorable à ce que ce soit une institution indépendante qui fixe les
conditions. Je suis sûrement influencée par mes précédentes fonctions comme
juge. Et je dois vous dire que ça a été une évolution positive qui a favorisé
le... d'abord, l'indépendance, un aspect de l'indépendance des juges, mais
aussi le respect aussi des montants qui étaient fixés, parce que ce sont des
tiers indépendants, il y a toutes sortes de représentants sur cette
commission-là... sur ce comité-là.
M. Leduc : Donc,
idéalement, idéalement, si on avait à rouvrir cette loi-là dans un avenir
proche ou moins proche, on pourrait migrer vers un système vraiment
indépendant, bon, dont les modalités seraient à définir. Vous seriez favorable
à ça? OK. Merci de votre...
Mme Deschamps (Marie) : Tout
à fait.
M. Leduc : ...de votre
clarification. J'aimerais vous entendre aussi sur le groupe qui vous a précédée
ce matin, là, de l'Université Laval, le professeur et son adjoint, son
étudiant, sur la question de la dépolitisation des demandes d'enquête. Est-ce
que, dans votre fonction, aussi, vous constatez... est-ce que vous faites le
même constat qu'eux, à savoir que, des fois, les élus, on peut, à juste titre
parfois ou même maladroitement, politiser les demandes d'enquête en éthique?
Mme Deschamps (Marie) : Je
dois vous dire que je n'ai pas d'expérience là-dessus. Tout ce que j'en sais,
c'est ce que j'ai lu dans le rapport. Alors, je ne peux pas dire que ma
contribution serait très... que je peux... je ne peux pas apporter de
commentaire pertinent outre que ce que je lis... ce que j'ai lu. Donc, je suis
une observatrice de ce point de vue là.
M. Leduc : D'accord.
L'échange qu'on... Je ne sais pas si vous avez réussi à entendre l'échange
qu'on avait, là, avant le dîner, à savoir que, dans le fond, c'est... est-ce
que c'est les élus qui doivent demander les enquêtes à la commissaire. Des
fois, on le fait dans le cas d'un dossier politique, on le fait à travers une
lettre, on le fait à travers un tweet, même, des fois sur les réseaux sociaux.
Est-ce que c'est aux élus de faire ça? Est-ce que c'est aux élus de — vous
avez eu un échange tantôt — peut-être... de trancher ces choses-là à
travers des votes? Donc, ce que je comprends, c'est que, sur cet aspect-là,
vous vous gardez une certaine réserve?
Mme Deschamps (Marie) : C'est
aussi que je n'ai pas de commentaire pertinent à vous faire valoir.
M. Leduc : Je comprends.
Mme Deschamps (Marie) : Je
ne peux pas... Je ne connais pas assez le domaine, là, pour pouvoir avoir une
contribution aux travaux.
M. Leduc : Il y a des
gens qui suggèrent d'attacher, en quelque sorte, ou du moins d'élargir la
fonction de la commissaire avec une commission, hein, de la faire travailler
avec une commission. On fait référence, des fois, à une commission comme celle
qui se passe au Royaume-Uni, là, à la Chambre des communes là-bas, où est-ce
qu'il y a un nombre de députés, il y a un nombre de gens de la société civile
qui sont là aussi puis que c'est eux et elles qui doivent un peu trancher les
rapports pour sortir les élus de cette... de ce rôle-là qui peuvent être... qui
peut être inconfortable parfois. Est-ce que c'est un chemin sur lequel on doit
s'engager?
Mme Deschamps (Marie) : Là,
vous parlez au niveau de l'approbation des rapports et de la... et des
sanctions?
M. Leduc : Exact.
• (16 h 10) •
Mme Deschamps (Marie) : Tout
ce qui peut apporter une perception de plus grande indépendance, selon moi,
c'est une voie qu'on doit sérieusement étudier, et dépolitiser l'approbation
des rapports, dépolitiser toute la question d'éthique est certainement
souhaitable.
M. Leduc : Puis est-ce
qu'il y a un chemin à privilégier plutôt qu'un autre dans cet objectif de
dépolitiser?
Mme Deschamps (Marie) : ...vous
me parlez du modèle du Royaume-Uni. Ils sont souvent bien en avant de plusieurs
autres pays pour favoriser l'indépendance, là, j'ai plusieurs exemples qui me
viennent en mémoire. Mais il y a certainement une étude à faire des différents
moyens qui sont utilisés, pas seulement au Royaume-Uni, mais dans d'autres
pays, pour s'assurer que toutes les questions d'éthique ne soient pas
manipulées à des fins politiques.
M. Leduc : Il me reste
quelques minutes. J'aime ça, des fois, offrir aux gens qui viennent nous voir
le temps pour voir s'il y a des aspects qu'on n'a pas abordés aujourd'hui puis
que vous aimeriez, vous, mettre au jeu pendant qu'on est tout ouïe.
Mme Deschamps (Marie) : Malheureusement,
<j'étais en réunion...
M. Leduc : ...mettre au
jeu pendant qu'on est tout ouïe.
Mme Deschamps (Marie) :
Malheureusement,
>j'étais en réunion
tout l'avant-midi, je n'ai pas eu l'occasion de
vous écouter et puis j'ai fait ma préparation en lisant les précédents débats
sur le code et en lisant le rapport. Mais donc j'étais là ici pour répondre à
vos questions. Ça me fait bien plaisir de contribuer à vos travaux. Et, si vous
avez d'autres questions à me poser, je serai heureuse de revenir pour pouvoir
répondre à vos questions.
M. Leduc : Donc, pas de
point varia pour vous aujourd'hui?
Mme Deschamps (Marie) : Non,
merci.
M. Leduc : Ça marche.
Mme Deschamps (Marie) : En
fait, non.
M. Leduc : Merci bien.
Mme Deschamps (Marie) : Alors,
merci de m'avoir offert cette possibilité-là.
M. Leduc : Ça me fait
plaisir.
Le Président (M.
Bachand) :Alors, Me Deschamps, merci
infiniment d'avoir été avec nous cet après-midi.
Sur ce, la commission suspend ses travaux
quelques instants. Merci beaucoup encore.
(Suspension de la séance à 16 h 12)
(Reprise à 16 h 16)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Alors, il me fait plaisir d'accueillir Me
Jean-François Routhier, Commissaire au lobbyisme du Québec. Merci beaucoup
d'être avec nous cet après-midi.
Alors, comme vous savez, vous avez 10 minutes
de présentation. Alors, je vous cède la parole. Peut-être, en débutant,
présenter les gens qui vous accompagnent. Merci beaucoup, M. le <commissaire...
Le Président (M.
Bachand) :...débutant, présenter les gens
qui vous accompagnent. Merci beaucoup, M. le >commissaire.
Lobbyisme Québec
M. Routhier
(Jean-François) : Merci. Merci, M. le Président, Mmes et MM. les
députés membres de la Commission des institutions.
Donc, j'occupe, depuis le
17 octobre 2017, la fonction de Commissaire au lobbyisme du Québec,
une autre personne désignée par l'Assemblée nationale pour un mandat de cinq
ans qui a été renouvelé en avril dernier. Et je suis accompagné, cet
après-midi, par Mme Émilie Giguère, qui est secrétaire générale et directrice
des affaires institutionnelles et de l'administration de Lobbyisme Québec, à ma
droite, et Mme Isabelle Bélanger, adjointe exécutive à la direction de
notre institution.
Le commissaire et l'organisation que je
dirige, sous l'appellation Lobbyisme Québec, ont pour fonction d'assurer le
respect de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme et
du Code de déontologie des lobbyistes. Notre rôle : assurer la surveillance
et le contrôle et promouvoir la transparence et la saine pratique des activités
de lobbyisme exercées auprès des titulaires de charges publiques, dont les
députés, des institutions parlementaires, gouvernementales et municipales.
En premier lieu, je vous remercie,
évidemment, de nous offrir l'opportunité de participer à vos travaux concernant
le Rapport sur la mise en oeuvre du Code d'éthique et de déontologie des
membres de l'Assemblée nationale 2015-2019. Je vais me prononcer
aujourd'hui sur certaines des recommandations qui sont formulées dans le
rapport de la commissaire à l'éthique et je vais me limiter aux éléments de ce
rapport pour lesquels nous jugions pouvoir apporter un éclairage d'intérêt pour
les travaux de votre commission.
D'emblée, il m'apparaît important de
souligner à quel point le travail de votre commission sera important pour
permettre tant à la commissaire Mignolet qu'à moi-même d'atteindre les
objectifs légitimes de nos régimes d'encadrement, soit promouvoir et maintenir
la confiance des Québécois dans leurs institutions publiques en faisant en
sorte que les meilleures pratiques d'intégrité soient appliquées dans les plus
hautes sphères décisionnelles et législatives de l'État, car les citoyens du
Québec ont besoin que leurs élus et dirigeants montrent l'exemple et
s'astreignent aux standards les plus élevés en matière d'intégrité publique, de
transparence et d'éthique.
Nous souhaitons aborder, spécifiquement,
quatre des recommandations de la commissaire, soit les recommandations
n° 1, 9, 10-A et 15, en plus de vous informer sur certains aspects
complémentaires que nous avons jugés d'intérêt pour vos travaux.
La recommandation n° 1, soit
l'introduction d'une formation obligatoire en matière d'éthique pour l'ensemble
des élus assujettis, nous paraît essentielle et possiblement la plus importante
de ce rapport. Nous suggérons, considérant les liens évidents entre les régimes
administrés par la Commissaire à l'éthique et le régime d'encadrement du
lobbyisme dont je suis chargé, qu'une telle formation comprenne l'ensemble des
principaux aspects des deux régimes.
Un rapport publié en 2022 par l'Organisation
de coopération et de développement économiques, l'OCDE, recommande, d'ailleurs,
l'instauration d'un régime de formation visant les multiples exigences éthiques
et de transparence adoptées pour les élus et autres titulaires de charges
publiques au Québec. Ce rapport fait également état de la nécessaire
collaboration de tous les acteurs voués à la transparence et à l'éthique au
sein de l'État, pour en promouvoir les meilleures pratiques.
C'est pourquoi nous espérons que la
commission appuiera la recommandation n° 1 afin de rehausser le niveau de
connaissance des membres de l'Assemblée nationale et de leur personnel quant au
rôle qu'ils ont à jouer dans la préservation de l'intégrité publique et pour
développer aussi leurs réflexes face aux enjeux auxquels ils sont confrontés.
Concernant la recommandation n° 9
portant sur l'application du régime de protection des lanceurs d'alerte aux
membres de l'Assemblée nationale, nous désirons souligner que le régime
québécois en matière de protection des lanceurs d'alerte, mis en place en 2016
par la Loi facilitant la divulgation d'actes répréhensibles à l'égard des
organismes publics, est certainement l'un des plus importants régimes de
protection adoptés par l'État au cours de la dernière décennie. Ce type de
protection est un élément central d'une saine démocratie, car il favorise la
divulgation d'actes jugés répréhensibles tout en protégeant ceux qui
deviennent, bien souvent, la seule source d'information pour aider les gardiens
de l'éthique, tels la Commissaire à l'éthique ou encore le Protecteur du
citoyen, à accomplir leur mandat.
Nous croyons, donc, qu'il est fondamental
que toutes les strates décisionnelles de l'État soient assujetties à un tel
régime afin de préserver la confiance du public et de protéger adéquatement les
personnes qui dénoncent des actes répréhensibles au sein de l'appareil
étatique. Il nous apparaît, donc, essentiel que les élus et leur personnel
soient également assujettis à ce régime.
• (16 h 20) •
Concernant la recommandation n° 10-A,
qui vise le maintien de l'application du code d'éthique en période électorale,
nous croyons que le vide juridique créé par la dissolution de l'Assemblée
nationale lors du déclenchement d'une élection, qui entraîne aussi la perte de
statut de titulaire de charge publique par les députés sortants, n'est pas <souhaitable...
M. Routhier
(Jean-François) :
... de titulaire de charge publique par les
députés sortants, n'est pas >souhaitable. En conservant le statut de
titulaire de charge publique pendant la période électorale, nos élus
demeureraient, en tout temps, assujettis à des règles éthiques qui renforcent
la confiance des citoyens. Au surplus, ils continueraient également de
bénéficier de la protection que leur accorde notamment le Code de déontologie des
lobbyistes dans le cadre des représentations d'intérêts dont ils pourraient
faire l'objet pendant la campagne électorale. Et ces représentations
demeureraient elles-mêmes transparentes par le maintien de l'exigence de leur
publication au Registre des lobbyistes, aujourd'hui appelé Carrefour lobby
Québec.
Je rappelle aux membres de cette
commission qu'en vertu du Code de déontologie des lobbyistes ceux-ci doivent
tenir compte de l'intérêt public, agir avec honnêteté et intégrité et éviter de
vous placer dans une situation où vous seriez amenés à contrevenir aux normes
éthiques qui vous sont applicables. Il nous semble, par conséquent, bénéfique
que les obligations imposées aux représentants d'intérêts par notre loi et par
son code de déontologie subsistent pendant une campagne électorale, cela
devenant un gage de transparence pour l'ensemble des parties prenantes.
Enfin, la recommandation n° 15
porte sur un enjeu d'interprétation qui s'avère plus technique, et nous croyons
que le rapport de la commissaire exprime bien les effets involontaires du
chevauchement des obligations prévues aux deux paragraphes de son article 60.
Nous jugeons néanmoins important de clarifier que l'enjeu soulevé par la
commissaire est essentiellement dû à la rédaction même de l'article 60 et
que le risque de confusion avec les prescriptions de notre loi sur le lobbyisme
est faible, considérant que celle-ci n'est pas applicable dans la très grande
majorité des situations où un élu demeure titulaire d'une charge publique après
avoir quitté sa fonction de député. Nous avons tout de même cru opportun
d'apporter certaines clarifications dans notre mémoire concernant l'application
des règles d'après mandat prévues à la loi, en espérant qu'elles sauront donner
un éclairage suffisant aux membres de cette commission.
En ce qui concerne plus spécifiquement le
fondement de la recommandation de la Commissaire à l'éthique pour cette
recommandation n° 15, nous jugeons effectivement que
les obligations combinées des deux paragraphes de l'article 60 engendrent
des restrictions trop importantes, alors qu'un élu continue d'œuvrer au sein et
pour le compte de l'État. Dans les faits et dans certaines circonstances, ces
restrictions deviennent quasi impossibles à mettre en œuvre et nous suggérons
qu'une réflexion soit effectuée pour clarifier l'application de ces
dispositions au bénéfice de toutes les parties prenantes.
La deuxième partie de notre mémoire traite
de deux points additionnels qui relèvent de liens importants entre le code
d'éthique et la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme.
Le premier concerne l'absence de règles d'après mandat et de restrictions
concernant les activités de lobbyisme pour les députés sortants qui n'ont pas
été membres du Conseil exécutif. De telles obligations existent notamment pour
les élus municipaux, mais notre loi n'en prévoit pas pour les députés de
l'Assemblée nationale n'ayant pas occupé de charge ministérielle. Plusieurs
juridictions au Canada prévoient de telles restrictions, et nous invitons donc
les membres de cette commission à considérer cet aspect dans les
recommandations qui seront formulées à la suite de vos travaux.
Le dernier point que je souhaite soulever
vise à rappeler aux membres de la commission qu'il existe un lien juridique
fondamental entre le code d'éthique et la Loi sur la transparence et l'éthique
en matière de lobbyisme. Alors que nous avons trop souvent déploré que notre
loi ne comporte pas d'obligation spécifique qui exige des titulaires de charge
publique qu'ils la mettent en œuvre, le code d'éthique des membres de
l'Assemblée nationale crée, à travers son article 61, une obligation non
équivoque pour les membres du Conseil exécutif ainsi que l'ensemble des
institutions dont ils sont responsables d'intervenir lorsqu'ils constatent une
contravention aux règles établies aux articles 59 et 60 du code d'éthique.
Concrètement, cela voudrait dire, par exemple, que le ministre des Finances
doit s'assurer que la direction et le personnel de la Caisse de dépôt et
placement du Québec et de Revenu Québec refusent de traiter avec une personne
agissant en contravention des articles 59 et 60 du code d'éthique ou
encore que le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie s'assure
de la même chose pour Investissement Québec et Hydro-Québec, pour ne nommer que
ceux-là.
Et, bien que ça peut paraître excessif que
chaque membre du Conseil exécutif assure personnellement le respect de ces
dispositions, malgré la rédaction de l'article, nous croyons que le
gouvernement pourrait exiger la mise en place de politiques qui permettraient
de respecter ces obligations, incluant la vérification des inscriptions au
Registre des lobbyistes et la dénonciation des manquements constatés en regard
de la loi que nous administrons. La désignation de répondants ministériels en
matière de lobbyisme nous apparaît la voie la plus appropriée pour concrétiser
les visées de telle politique, et, même si cette désignation ne s'est pas
encore formellement concrétisée au palier gouvernemental, nous <constatons
qu'il y a un intérêt...
M. Routhier
(Jean-François) :
... pas encore formellement concrétisée au
palier gouvernemental, nous >constatons qu'il y a un intérêt, notamment
par les grandes municipalités qui ont déjà emboîté le pas en nommant des répondants
en lobbyisme. Nous vous soumettons respectueusement que la commission pourrait
formuler une recommandation à cet égard au gouvernement.
Ceci complète, donc, mon allocution. Et je
vous assure, évidemment, de notre disponibilité pour répondre à toutes vos
questions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le commissaire.
Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré, s'il vous plaît.
Mme Bourassa : Oui.
Bonjour. Bon après-midi.
M. Routhier
(Jean-François) : Bonjour.
Mme Bourassa : Merci de
vous prêter à l'exercice... Oui?
Le Président (M.
Bachand) :...17 minutes, total, du
côté gouvernemental. Merci.
Mme Bourassa : Parfait.
Donc, je vais en laisser aussi pour mes collègues. Je veux juste savoir, quand
vous parlez des députés sortants qui ne sont pas soumis aux mêmes règles, après
leur mandat, que les ministres, par exemple, vous vous dites : Il faudrait
peut-être que ce soit encadré. Est-ce que vous mettriez les mêmes règles,
justement, que les ministres, considérant qu'on n'a pas les mêmes... la même
influence et peut-être les mêmes contacts, les mêmes positions? Qu'est-ce que
vous voyez comme restrictions?
M. Routhier
(Jean-François) : Alors, effectivement, il existe une certaine
modulation des obligations. Par exemple, les directeurs de cabinet ont une
période de restriction d'un an, alors que les membres de l'Exécutif ont une
restriction de deux ans. Alors, on pourrait peut-être penser à une modulation
de même nature, comme il existe dans d'autres juridictions, comme je vous le
mentionnais. Il y a d'autres juridictions au Canada qui ont prévu ces types de
règles d'après-mandat, par exemple, pour des députés sortants. Je pense que le
délai est une chose qui peut être discutée et la nature aussi de
l'interdiction.
Ce que nous, on a proposé, dans la réforme
de la loi, on a fait différentes propositions pour réformer notre loi, c'était d'aussi...
de donner au commissaire, en fait, un certain pouvoir d'évaluation ou de
dispense qui permettrait de regarder une situation dans toute sa complexité et
de prendre une décision pour ajuster à la baisse, par exemple, des obligations
qui deviendraient trop contraignantes.
Mme Bourassa : Donc, du
cas par cas ou...
M. Routhier
(Jean-François) : C'est-à-dire, je pense que ça prend une règle
générale. Disons, un an. Mais, par la suite, dans certaines circonstances, il
pourrait y avoir des aménagements ou encore des permissions particulières qui
pourraient être accordées selon certains critères, toujours dans le bénéfice de
l'intérêt public.
Mme Bourassa : Je vous demanderais
également des précisions concernant le déclenchement des élections. Donc, vous
avez dit que, puisqu'un député n'est plus législateur au moment de la
dissolution du Parlement, qu'on tombe candidat aux prochaines élections ou
simplement député sortant, qu'est-ce que vous aimeriez, au niveau de la loi,
qui change? Parce que, si le statut change, en fait, il faudrait avoir accès
aussi, encore, à nos locaux de fonction. Tu sais, comment on peut être encore
député, être soumis au code d'éthique, sans avoir les responsabilités,
peut-être, les privilèges qui viennent avec le fait d'être député?
M. Routhier
(Jean-François) : Alors, il existe... On n'a pas fait une étude
complète, on est repartis essentiellement de la recommandation de la
Commissaire à l'éthique. Je pense qu'il y a une réflexion à faire sur le
statut, par exemple, des députés sortants.
Évidemment, les membres de l'Exécutif
continuent d'être visés, et donc ce n'est pas les ministres, par exemple, qui
sont visés par cette disposition-là. Le simple fait de maintenir un statut de
titulaire de charge publique ou encore, comme ça se fait dans d'autres
juridictions, de le redonner rétroactivement... C'est qu'on est face à un
député qui est un député sortant qui se représente et qui faisait peut-être
partie du gouvernement. Dans certaines circonstances, évidemment, les
représentations d'intérêts, le lobbyisme qui peut se faire en campagne
électorale peut amener une certaine... un certain questionnement de la part des
citoyens. On pense que, dans la mesure où ces représentations-là, par exemple,
continueraient d'être transparentes, parce qu'obligatoirement inscrites au Registre
des lobbyistes, on favoriserait la confiance des citoyens également. Et on
continue, comme je le mentionnais, de protéger le député contre des... en fait,
de favoriser des actes qui sont bien accomplis par les lobbyistes en campagne
électorale.
• (16 h 30) •
Quant à l'ensemble, évidemment, des
conséquences, bien, il y a beaucoup d'éléments qui relèveraient davantage d'une
étude du côté de l'Assemblée nationale et du fonctionnement des bureaux des
députés. Nous, ce qu'on mentionne essentiellement, c'est que la perte de ce
statut de titulaire de charge publique fait en sorte qu'il y a un vide
juridique, présentement, et donc qu'il n'y a pas de protection. Il n'y a pas
non plus de transparence des activités de lobbyisme qui sont accomplies en
période électorale.
Mme Bourassa : Et, si on
regarde ça sous cet angle-là, est-ce que les candidats devraient également être
soumis à cette règle-là ou, du moins, peut-être avoir de l'information? On
parlait tout à l'heure avec le DGEQ d'une formation de l'information qui
pourrait être transmise de cette manière-là.
M. Routhier
(Jean-François) : Encore là, il y a peut-être une distinction à faire
entre quelqu'un qui était, à la veille d'une élection, un titulaire de charge
publique, et donc toutes les activités lobbyistes qu'on faisait auprès de cette
personne-là devaient être publiques et rendues publiques et transparentes, et
une personne qui n'a jamais été titulaire d'une charge publique. <Encore,
tout ça est une question...
>
16 h 30 (version révisée)
< M. Routhier (Jean-François)T :
...et une personne qui n'a jamais été titulaire d'une charge
publique. >Encore, tout ça est une question de réflexion. Ce qu'on
souligne, c'est que ce vide juridique là n'est peut-être pas souhaitable. Il ne
semble pas souhaitable non plus du point de vue de l'application du code d'éthique,
et que donc, dans la mesure où cette réflexion se fait par la commission sur la
poursuite du statut de titulaire de charge publique, évidemment, nous, on
souhaiterait ça pour pouvoir couvrir également la portion qui relève évidemment
de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme.
Mme Bourassa : J'ai une
dernière question, et elle est facile. Je pense que tout le monde s'entend pour
dire que la formation serait une bonne idée, qu'il faut mieux informer, mieux
outiller les élus face aux enjeux éthiques. Qu'est-ce que vous mettriez dans
cette formation-là puis quelle forme elle devrait prendre selon vous?
M. Routhier (Jean-François) :
...en fait, je partage les commentaires qui ont été déjà formulés que ces
formations sont généralement très, très utiles quand elles sont données soit
par caucus ou par groupe parlementaire, parce que ça permet d'avoir des
questions spécifiques et un débat un peu plus soutenu. Je pense que ces
formations-là devraient peut-être s'étaler. On sait que votre horaire et les
charges de députés sont énormes, et donc la commissaire prévoit, dans les six
mois, par exemple, de l'entrée en fonction... On aurait le même genre de
proposition à faire. Il y a déjà des formations qui sont données par l'Assemblée
nationale, malheureusement, l'assistance à ces formations-là n'est pas très
importante du côté des députés. Par contre, je dois souligner que, du côté
gouvernemental, du côté des cabinets politiques, il y a quand même une hausse
de l'intérêt pour la formation, et ils sont les premiers gardiens aussi, donc,
ils ont cet intérêt, je pense, à protéger.
L'autre élément, c'est ce qui me semble le
plus important aussi, c'est la fonction de répondants, parce que ces personnes
pourraient faire partie d'un réseau que nous allons former, que nous allons
tenir informé et qui pourrait répondre à des questions plus spécifiques en
cours de mandat.
Mme Bourassa : Merci.
M. Routhier (Jean-François) :
Ça me fait plaisir.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée d'Anjou—Louis-Riel,
s'il vous plaît.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup. Alors, merci à vous pour la présentation. Je comprends, là, de
votre... bien, de vos propos, également de votre mémoire, que le Commissaire au
lobbyisme a été interpelé à plusieurs reprises, auprès des instances de l'Assemblée
nationale, afin de formuler des avis en lien avec le code d'éthique en 2009, en
2016, et à nouveau aujourd'hui. Alors, merci d'être présent dans cet échange et
cette discussion.
J'aimerais revenir sur les commentaires de
ma collègue relativement aux règles d'après-mandat et la recommandation 15
relativement aux députés non membres du Conseil exécutif. Vous parlez de
modulation des obligations. Évidemment, je comprends que vous vous inspirez des
meilleures pratiques dans le domaine, mais est-ce que vous tenez compte
également de la jurisprudence relativement aux clauses de non-concurrence? On
comprend, là, que les trois éléments qui sont regardés sont la nature de l'interdiction,
la distance et la durée. Alors, est-ce que vous êtes sensible à l'opinion des
tribunaux sur le sujet, qui, évidemment, est très élaboré puisque c'est un
sujet qui a fait couler beaucoup d'encre au cours des années, puis, bien sûr,
les positions semblent avoir un effet d'entonnoir de plus en plus? Est-ce que c'est
quelque chose que vous considérez dans votre réflexion?
M. Routhier (Jean-François) :
Alors, j'espère bien comprendre votre question. Les clauses de
non-concurrence sont généralement appliquées lorsque, par exemple, un employé
ou un associé va quitter un cabinet et... pour une autre fonction. Et, oui, il
y a eu des jugements qui ont probablement déterminé que ces clauses étaient
exorbitantes et empêchaient la personne de faire son travail. Dans notre cas,
évidemment, considérant que les clauses... en fait, les règles d'après-mandat
sont clairement établies dans une loi et que ces restrictions-là sont
applicables... En fait, je dirais, partout au Canada, il existe de telles
clauses de restriction d'après-mandat. Et, d'ailleurs, il faut bien comprendre
que la restriction n'est pas entière. La restriction, c'est d'accomplir
directement des activités de lobbyisme, ce qui n'empêche pas de se retrouver un
emploi, même dans un cabinet-conseil, par ailleurs, si la personne ne fait pas
elle-même des activités de lobbyisme, si elle ne va pas rencontrer, par
exemple, des élus ou des titulaires de charge publique.
Donc, à ce jour, on n'a pas été confronté
à une contestation des règles d'après-mandat. Oui, certains députés m'ont déjà
fait part personnellement de leur mécontentement face à la durée, par exemple,
de deux ans. Ma réponse a été : Écoutez, deux ans, c'est deux ans au
Québec, c'est sept ans au fédéral. Alors, il faut aussi regarder les choses en
perspective, en fonction des autres juridictions.
Mme Boivin Roy : Tantôt,
vous parliez également d'une année, possiblement, aussi, là.
M. Routhier
(Jean-François) : En ce qui concerne... bien, de faire une distinction
entre <un député sortant...
M. Routhier (Jean-François) :
...en fonction des autres juridictions.
Mme Boivin Roy :
Tantôt,
vous parliez également d'une année, possiblement, aussi, là.
M. Routhier (Jean-François) :
En ce qui concerne... bien, de faire une distinction entre >un
député sortant qui n'a jamais été membre du Conseil exécutif et les ministres
ou les membres du Conseil exécutif puisqu'ils n'ont pas eu accès nécessairement
à la même nature d'information. On pourrait même dire que les députés membres
du gouvernement pourraient avoir des exigences plus grandes du gouvernement
actuel, pourraient avoir des exigences plus grandes que les députés de
l'opposition. Ce sera peut-être à votre commission de faire des recommandations
là-dessus. C'est clair que nous, on réfléchit à ça dans le cadre d'une
éventuelle réforme de la loi.
Mme Boivin Roy : Très
bien. Donc, vous répondez à ma question sur le parallèle qui peut être fait à
certains niveaux. Vous nous parlez... En fait, vous souhaitiez apporter un
éclairage d'intérêt sur les recommandations 1, 9, 10... et 15. J'aimerais
quand même vous entendre sur les recommandations 2 et 8, la création d'un
registre, également la mise en place de pénalités administratives.
M. Routhier (Jean-François) :
Ah! D'accord. Alors, bien, en ce qui concerne la création d'un registre
public, je vous dirais que, de façon générale, je prône toujours, parce que
c'est mon rôle, c'est le rôle de notre organisation, la transparence la plus
absolue. Et donc je comprends de la recommandation n° 2,
que ce serait lorsqu'il y a des restrictions ou lorsque des règles ont été
établies à l'égard d'un député de lui permettre de faire certaines choses, dans
la mesure où ces restrictions-là sont rendues publiques dans un registre
public. Alors... Et j'ai entendu évidemment, tout à l'heure, aussi un
commentaire à l'effet qu'un tel registre pourrait être mal perçu. Les registres
sont généralement très mal perçus au Québec. Je peux vous dire que le Registre
des lobbyistes est un de ceux-là.
Cela dit, oui, moi, j'approuverais
évidemment ce type de... parce que je crois peu aux interdictions lorsque
l'enjeu est un enjeu de transparence. Je pourrais vous faire un parallèle avec,
par exemple, la rémunération, par exemple, des lobbyistes. Lorsqu'ils font des
activités, on exige la rémunération. Et on leur interdit présentement de faire
des activités de lobbyisme à pourcentage selon le gain qui serait accompli, alors
que, peut-être, qu'on devrait réfléchir à ça et dire : Bien, plutôt que
d'interdire cette action-là, on devrait divulguer le pourcentage. Ça va amener
un éclairage différent. En ce qui concerne la deuxième, la numéro 16, je
crois...
Mme Boivin Roy : La numéro 8.
M. Routhier (Jean-François) :
La numéro 8, rappelez-moi, pardon.
Mme Boivin Roy : Sur les
pénalités, la mise en place de pénalités.
M. Routhier (Jean-François) :
Oui, les pénalités administratives. Voilà. Alors, ça fait plusieurs années.
En 2019, en fait, quand on a déposé notre énoncé de principe, encore en 2022,
quand l'OCDE a déposé son rapport, nous prônons un changement radical
d'orientation de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de
lobbyisme, qui devrait davantage être une loi axée sur les pénalités ou sur les
sanctions administratives, parce qu'on est dans des délais, on est dans du
dépôt, de la fourniture d'information. Je pense que c'est à ça que la
commissaire fait référence en matière de sanctions administratives pécuniaires
pour favoriser la conformité. Ces régimes-là ont démontré qu'ils avaient des
effets positifs. Et donc je soutiendrais également cette recommandation.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup.
M. Routhier (Jean-François) :
Ça me fait plaisir.
Le Président
(M. Bachand) :M. le député de
Saint-Jean.
M. Lemieux : Pour quatre
minutes, si je comprends bien.
Le Président
(M. Bachand) :Exactement.
• (16 h 40) •
M. Lemieux : Voilà. On a
le même chronomètre. Me Routhier, c'est très clair. Merci beaucoup et merci
d'être là. Il reste quatre minutes. Alors, je vais me concentrer sur ce que
vous avez dit qui était le plus important, mais ce qui a pris le moins de temps
dans votre présentation, la formation. Et j'ai cru comprendre, corrigez-moi si
je me trompe, que vous avez un plan de deux pour un, là, pour nous autres, là,
avec la Commissaire à l'éthique. Est-ce que vous avez déjà discuté de ce que ce
pourrait être, pas dans le détail, on va leur dire ci, dire ça, mais sur l'idée
de travailler ensemble dans le cadre d'une formation qui se... qui
s'adresserait aux caucus des nouveaux élus et des anciens aussi, puisque, dans
l'objectif d'une formation permanente, il y a quand même, surtout s'il y a des
changements au code, il y a des choses à revoir puis à corriger? C'est déjà
dans les cartons entre vous et la commissaire?
M. Routhier (Jean-François) :
Non. En fait... c'est-à-dire qu'on n'a pas discuté spécifiquement de ça.
C'est déjà arrivé à quelques reprises qu'on ait été invités à donner des
formations de façon conjointe. Et essentiellement on ne peut pas tout regrouper
à l'intérieur d'une seule formation, comme je le disais. Par contre, il y a des
sujets qui sont communs, d'une part, par exemple, les règles d'après-mandat,
d'autre part, bon, en ce qui concerne, par exemple, les dons ou autres
avantages, bien, il y a la contrepartie, du côté aussi lobbyiste, qui ne peut
inciter un titulaire de charge publique à contrevenir à ses règles éthiques.
Donc, il y a quand même plusieurs éléments complémentaires, je dirais, entre
nous. Et il y a eu, à travers le temps, une collaboration qui a <toujours
été étroite...
M. Routhier (Jean-François) :
...à ses règles éthiques. Donc, il y a quand même plusieurs éléments
complémentaires, je dirais, entre nous. Et il y a eu, à travers le temps, une
collaboration qui a >toujours été étroite entre la Commissaire à
l'éthique et le Commisaire au lobbyisme. Donc, c'est essentiellement aussi pour
optimiser le temps et les échanges avec les députés.
M. Lemieux : En parlant
d'optimiser le temps, il me reste deux minutes. Je vais vous donner le temps de
répondre à ma dernière question, de toute évidence. C'est sur la formation,
mais, avec la Commissaire à l'éthique, ce matin, on parlait des résultats de
ces offres de formation en ligne depuis un peu plus d'un an, qui ne cassaient pas
des briques, là, mais qui étaient quand même meilleurs que la 42e. Je me suis
abonné à votre page d'information, infolettre patati, patata que je reçois
maintenant, je ne dirais pas que vous êtes dans mes indésirables, mais vous
êtes un désirable souvent difficile à trouver dans le lot de tout ce qui rentre
dans nos boîtes. Mais vous n'avez pas offert de formation, vous, aux députés,
comme ça, de la même façon que... avec le même genre de programme? En tout cas,
s'il y en a, c'est rentré dans mes indésirables parce que je ne l'ai pas vu
passer. En avez-vous, de la formation continue pour les députés?
M. Routhier (Jean-François) :
Alors, oui, on a de la formation continue. En fait, d'abord et avant tout,
tous les cabinets, tous les partis politiques qui nous approchent pour
organiser une formation, on le fait. J'en donne, d'ailleurs, une demain
spécifiquement à la demande, et on l'ajuste en fonction du temps qui nous est
donné. Donc, du point de vue des cabinets, du point de vue des partis
politiques, chaque fois que cette demande-là est faite, on a une offre, je
dirais, sur mesure.
Maintenant, on a aussi plusieurs
formations à date fixe qui sont offertes à chaque année. On en a au moins
quatre qui sont offertes au grand public, aux titulaires de charge publique et
aux lobbyistes. On a donné, en fait, plus de 70 formations au cours de la
dernière année. Donc, notre offre est... oui, ne fait peut-être pas partie du
lobbyscope, et j'en prends note.
M. Lemieux : Merci.
Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Nelligan, pour 12 min 45 s, s'il vous plaît.
M. Derraji : Merci, M.
le Président. Merci pour votre présence, rapport et analyse et aussi merci à...
tu sais, en lien avec votre disponibilité. Je sais que notre formation
politique a demandé une formation. Je l'ai mentionné au début, ça va... c'est
obligatoire pour les membres du personnel politique au sein de l'ensemble de...
gérer des cabinets de circonscription et même, je pense, au niveau de l'aile
parlementaire. Et donc, merci beaucoup pour vos services, et surtout le
contenu, ça va nous aider beaucoup à bien faire notre travail.
Je vais aller directement, règles d'après-mandat,
recommandation 15, vous avez dit : «Le Commissaire au lobbyisme
appuie cette recommandation, donc la recommandation 15, et formule
certaines observations additionnelles.» Je vous ai entendu tout à l'heure
parler de... ma collègue vous a posé cette question, et vous dites : «Le Commissaire
au lobbyisme appuie, donc, la recommandation qu'un ancien membre du Conseil
exécutif puisse communiquer, intervenir auprès d'autres entités de l'État, dans
la mesure où il demeure un titulaire d'une charge publique, il agit dans le
cadre de ses fonctions; trois, il n'effectue aucune activité de lobbyisme
auprès de ces entités en dehors de ses fonctions.»
Et, quand vous avez lu cette
recommandation, et vous avez formulé certaines observations additionnelles,
pourquoi... où vous voulez en arriver? Je ne veux juste pas... au niveau de...
pratico-pratique, au niveau de la fin de mandat, qu'est-ce qu'il vous... C'est
quoi, l'élément déclencheur qui vous a poussé à avoir ces certaines
observations additionnelles?
M. Routhier (Jean-François) :
Alors, bien, il y a vraiment deux choses distinctes ici. La recommandation n° 5 de la Commissaire à l'éthique est un enjeu technique
d'interprétation de son article 60, qui fait en sorte, en fait, que le
ministre, je donne un exemple, le ministre de l'Environnement, en fait, était
un député, donc, il était ministre de l'Environnement, quitte sa fonction de
député, quitte sa fonction de ministre de l'Environnement et devient
sous-ministre de l'Environnement le lendemain. Théoriquement, en vertu de
l'article 60, il est empêché de discuter avec les personnes avec qui il a
eu des rapports importants au cours de son mandat, dans l'année qui précède. Il
est devenu le sous-ministre de son propre ministère.
Alors, on est face à une situation où ça
devient impossible d'appliquer les deux paragraphes de cet article-là. Et donc
ce que je mentionne à l'égard de la recommandation n° 15,
que, oui, je pense que ça mérite une clarification, parce que, dans les faits,
c'est presque impossible d'appliquer ces paragraphes-là sans arriver à une
conclusion <qui est incohérente...
M. Routhier (Jean-François) :
...je pense que ça mérite une clarification, parce que, dans les
faits, c'est presque impossible d'appliquer ces paragraphes-là sans arriver à
une conclusion >qui est incohérente. Par contre, ce que j'amène dans la
seconde partie de notre mémoire, c'est que ces articles 59 et 60 créent
une obligation claire pour les membres de l'exécutif de s'asurer que les
infractions qui sont prévues... infractions, si vous voulez, ou les manquements
qui sont prévus aux articles 59 et 60 doivent, s'ils sont constatés, être
obligatoirement divulgués et ils doivent prendre des actions pour empêcher,
justement. Et, quand on est dans l'article 60 même...
M. Derraji : Empêcher
quoi? Désolé.
M. Routhier (Jean-François) :
Bien, en fait... les articles ici, là, on parle, à 59, d'agir pour le
compte d'autrui à l'égard de la même procédure. «Agir pour le compte d'autrui»,
l'interprétation qu'on en fait, c'est faire des activités de lobbyisme. Donc,
si quelqu'un fait des activités de lobbyisme, qu'on... à l'encontre de cet
article-là ou encore de l'article... du deuxième paragraphe de
l'article 60, le ministre qui est au courant de cette contravention doit
intervenir et doit empêcher cette activité. Alors, c'est... Mais ce sont
vraiment deux choses distinctes. Là, je n'ai vraiment pas... Comme je vous
disais, c'est assez technique comme application, mais essentiellement c'est
dans le cas où on est face à un lobbyiste. Donc, une personne qui ferait des
activités de lobbyisme et qui... ça amènerait, ces activités-là, à une
contravention à 59 ou 60.
Alors, le ministre responsable doit
intervenir, et on dit ici «s'abstenir de traiter avec cette personne dans le
cadre d'une procédure», donc, doit interdire qu'on fasse affaire avec ce
lobbyiste. Alors, ça crée une obligation qui est... qui va au-delà, en fait, de
ce que la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme édicte
via le code d'éthique des députés.
M. Derraji : OK, merci.
Partie 2, je pense que c'est dans la même... le même contexte, vous dites «observations
et commentaires additionnels du Commissaire au lobbyisme concernant l'absence
de restriction d'après-mandat pour les députés non membres du Conseil exécutif».
Vous dites : «Le code ne contient
aucune restriction d'après-mandat pour les députés non membres du Conseil
exécutif alors... et là qu'elle en prévoie pour un maire, un président
d'arrondissement, un préfet, un président du conseil d'une communauté
métropolitaine ou un membre du comité exécutif d'une municipalité ou une
communauté...» En fait, ça s'applique partout, pour plusieurs paliers, vous
mentionnez le palier municipal, mais il y a aussi des règles qui existent
ailleurs au Canada pour les députés sortants, et vous mentionnez plusieurs
autres provinces.
Pourquoi, selon vous, c'est important
d'élargir aussi aux députés non membres du Conseil exécutif? Là, vous parlez,
partie gouvernementale ou bien vous ciblez tout le monde, tous les élus?
• (16 h 50) •
M. Routhier (Jean-François) :
Ah! Donc, en fait, présentement, ce qu'on cible, c'est l'ensemble des
députés par cette recommandation d'y réfléchir. Parce qu'une personne qui a
siégé à l'Assemblée nationale et qui devient, au lendemain, en fait, lobbyiste,
par exemple, au sein d'une organisation qui fait des activités de lobbyiste, ça
peut miner la confiance du public, ça peut amener un questionnement du public à
l'égard des liens privilégiés que ce député pourrait avoir, même s'il n'a pas
été au pouvoir. Cela dit, cette obligation-là devrait fort probablement être
modulée en fonction, justement, du fait que la personne était peut-être au
gouvernement ou encore dans une opposition. Mais reste qu'il existe... Nous, on
tend toujours à faire valoir les meilleures règles d'éthique pour l'ensemble
des élus, et donc on pense que cette obligation pourrait s'étendre à l'ensemble
des élus. Si c'est valable pour les maires et les conseillers municipaux,
peut-être que c'est valable également pour les députés.
M. Derraji : Mais
j'essaie juste de voir, parce que je comprends où vous voulez en arriver, mais
comment un député qui n'était pas membre du Conseil exécutif ou même député de
l'opposition, vous le mettez au même niveau d'information pour ne pas exercer
une activité de lobbyisme?
M. Routhier (Jean-François) :
C'est-à-dire que je ne le mets pas au même niveau d'information. Ce que je
mentionnais, c'est que, dans cette réflexion-là, il devrait y avoir une
modulation quant à l'étendue des obligations ou des restrictions et la durée
d'une telle restriction en fonction, potentiellement, du fait que la personne
était au parti gouvernemental ou dans une opposition.
M. Derraji : Oui. Et là
vous le considérez dans une durée, genre, si on élargit pour les députés non
membres <du Conseil exécutif...
M. Routhier (Jean-François) :
...potentiellement, du fait que la personne était au parti
gouvernemental ou dans une opposition.
M. Derraji :
Oui.
Et là vous le considérez dans une durée, genre, si on élargit pour les députés
non membres >du Conseil exécutif, donc ça veut dire l'ensemble de la
députation, en fait, tous les députés qui n'étaient pas ministres, peu importe
le titre du député. Dans les autres provinces, parce que, désolé, je ne suis
pas au courant de ce qui se fait ailleurs, dans les autres provinces, est-ce
qu'il y a un délai pour qu'ils puissent, si jamais ils le veulent, ils le
souhaitent, exercer d'autres activités de lobbyisme? Est-ce qu'il y a un délai
ou...
M. Routhier (Jean-François) :
Il y a toujours des délais à ces restrictions, il y a toujours des... et
elles peuvent varier d'une juridiction à l'autre. Je vous donnais l'exemple
tout à l'heure du fédéral, qui est... dont les délais sont beaucoup plus élevés
qu'au Québec, ou encore même au Québec, un membre de l'Exécutif va avoir une
restriction de deux ans alors qu'un directeur de cabinet va avoir un an. Mais
donc ces délais-là peuvent être modulés, ils peuvent être modulables également.
Et ce qu'on propose, nous, dans une réforme de la loi, c'est que le commissaire
ait aussi un pouvoir de dispense, en tout ou en partie, en fonction de
l'intérêt public et de certains critères, pour, justement, amener une
modulation supplémentaire lorsque les circonstances le justifient.
M. Derraji : OK. Donc,
si on comprend vraiment votre analyse, c'est : vous suggérez aux membres
de la commission de suivre un peu ce qui se fait ailleurs dans les autres provinces
et qu'il y ait une modulation, on se comprend, le ministre, deux ans, les chefs
de cabinet des ministres, un an. Donc, selon vous, ça ne peut pas être en bas
d'un an, minimum un an comme les autres chefs de...
M. Routhier (Jean-François) :
Je n'ai pas fait de recommandation quant à la durée prévue.
M. Derraji : OK. Un peu
plus loin, vous mentionnez que... Oui, vous parlez beaucoup de l'imputabilité
des institutions publiques à l'égard de la mise en oeuvre et vous dites :
«Dans le respect des valeurs véhiculées par le code d'éthique, nous suggérons
respectueusement que la meilleure façon de satisfaire à cette responsabilité
impérative serait d'exiger que tous les ministères, organismes et autres
institutions parlementaires et gouvernementales, que l'ensemble des cabinets
adoptent une politique claire et mettent en place des mesures de gouvernance
interne permettant de se conformer à cette obligation.» C'est la page 9.
Pouvez-vous juste élaborer un peu?
M. Routhier (Jean-François) :
Bien, essentiellement, ce que je mentionne... ce que je mentionne à
l'article... en fait, dans cette section, c'est que les obligations qui sont
imposées aux membres de l'exécutif, en vertu de cet article 60, sont
exorbitantes. On ne peut pas demander à un ministre de s'assurer que tous les
employés d'Hydro-Québec et d'Investissement Québec suivent ces règles-là, et
que, dès lors qu'il serait informé d'un manquement, qu'il agisse
personnellement comme ministre. Alors, ce qu'on propose, nous, c'est que ce
soit des règles de gouvernance et des politiques qui soient établies, au sein
des institutions, pour s'assurer qu'il y a un suivi, pour s'assurer notamment
qu'il y a des répondants. Et il y en a plusieurs, ministères, qui ont déjà
adopté ce type de politique et même désigné des répondants. On a des répondants
aussi qui sont nommés au niveau municipal dans les cinq plus grandes villes du
Québec.
Alors, ce qu'on propose plutôt, c'est un
accompagnement à l'interne, mais des politiques claires qui disent qu'est-ce
qu'on fait lorsqu'il y a des activités de lobbyistes et qu'est-ce qu'on fait
lorsqu'on constate une contravention au code d'éthique, tel que prévu à cet
article.
M. Derraji : OK.
Le Président (M.
Bachand) :...
M. Derraji : OK. Je n'ai
pas eu l'occasion de vous poser la question sur les formations obligatoires. Je
l'ai mentionné, quand un député arrive, il y a tellement de choses à apprendre
et, tant mieux, il y a un renouvellement de la classe politique. C'est excellent.
Et, dans un parcours idéal, vous, à la lumière de ce que vous avez entendu,
aussi les recommandations de la commissaire, obligatoire la première année, les
premiers mois, qu'est-ce que vous en pensez?
M. Routhier (Jean-François) :
Je vous dirais que, pour plein de raisons, obligatoire dans les premiers
mois du mandat, parce que, parmi les premières choses qu'un député va apprendre
en arrivant à l'Assemblée nationale, c'est que plusieurs représentants
d'intérêt vont tenter de le convaincre de prendre des décisions et que la Loi
sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme va s'appliquer.
M. Derraji : Oui, c'est
excellent. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. le député. M. le
député d'Hochelaga-Maisonneuve, pour 4 min 15 s, s'il vous plaît.
M. Leduc : Merci.
Bonjour, M. Routhier. Bonjour, monsieur... les gens qui vous accompagnent.
C'est vrai que c'est un choc la première fois qu'on se fait approcher par des
lobbyistes quand on devient un élu, ça m'est arrivé dans le précédent mandat.
Vous parlez des lanceurs d'alerte...
M. Routhier (Jean-François) :
Oui.
M. Leduc : ...pouvez-vous
nous expliquer un peu votre proposition à ce niveau-là?
M. Routhier (Jean-François) :
Essentiellement, ma proposition est de suivre la recommandation de la
Commissaire à l'éthique, que les membres de l'Assemblée nationale soient
également assujettis, ou c'est-à-dire que les personnes qui souhaitent
divulguer des actes répréhensibles soient également protégées <au sein de
l'institution...
M. Routhier (Jean-François) :
... de l'Assemblée nationale soient également assujettis, ou
c'est-à-dire que les personnes qui souhaitent divulguer des actes
répréhensibles soient également protégées >au sein de l'institution
qu'est l'Assemblée nationale, comme elles sont protégées dans le reste de
l'État. Je propose essentiellement de mettre en œuvre la recommandation de la
commissaire, puisque ces personnes ont un apport important, évidemment, dans
les enquêtes, et, bien souvent, particulièrement chez nous, si on n'a pas de
divulgation, si on n'a pas de dénonciation, on n'a aucune façon de savoir s'il
y a des manquements qui ont été commis. Et donc que les personnes qui dénoncent
ces situations-là aient le même régime de protection que dans l'ensemble de
l'État, même si ces actes ou ces... ont été commis à l'Assemblée nationale ou à
l'intérieur d'un cabinet, par exemple, de l'Assemblée nationale.
M. Leduc : Ça
nécessiterait une ouverture de la loi, révision de la loi?
M. Routhier (Jean-François) :
Honnêtement, je ne sais pas dans quelle mesure. Je crois que, par
l'entremise d'une modification au code de déontologie, ce serait possible
d'assujettir, mais je pense qu'il y a aussi une réflexion sur la loi,
l'actuelle loi concernant la divulgation d'actes répréhensibles, et que, donc,
dans cette modification-là, si elle devait avoir lieu, que ce changement
pourrait être apporté.
M. Leduc : On a parlé
beaucoup de formation, vous en parlez aussi, vous dites qu'il devrait y avoir
un volet sur le lobbyisme, là, d'intégré. J'ai manqué le bout... Est-ce que
vous considérez, vous aussi, que ça devrait être obligatoire, cette
formation-là?
M. Routhier (Jean-François) :
Absolument.
M. Leduc : ...obligatoire
à l'intérieur de la formation obligatoire?
M. Routhier (Jean-François) :
Bien, en fait, je souhaitais partager la formation, notamment avec la
Commissaire à l'éthique, parce qu'il y a beaucoup de sujets qui sont communs,
qui sont conjoints et qu'on travaille beaucoup ensemble sur différents sujets.
Évidemment, on a chacun aussi notre réseau, mais ça me paraît tout aussi
important que les députés soient au courant des obligations ou des règles
entourant le lobbyisme, également.
M. Leduc : Donc, ça
pourrait être une formation conjointe, éventuellement.
M. Routhier (Jean-François) :
Ça pourrait être une formation conjointe dans la mesure où les députés ont
ce souhait et le temps de le faire.
M. Leduc : Ah! mais là,
au-delà du souhait, si vous dites que c'est... si c'est obligatoire, qu'on le
souhaite ou pas, il faudrait y passer, mais je pense que ça serait bénéfique de
toute façon. Combien de temps il me reste, M. le Président?
Le Président (M.
Bachand) :Une minute.
M. Leduc : Est-ce qu'il
y a un aspect, M. Routhier, que vous auriez voulu aborder, avec la minute
qui nous reste, qu'on n'a pas eu le temps de parler, dans votre rapport?
M. Routhier (Jean-François) :
Bien, essentiellement, vous remercier, parce que c'est un privilège pour
nous, comme personnes désignées aussi, de pouvoir s'adresser à vous en
commission. Ce n'est pas une occasion qui nous est présentée souvent, et vous
assurer que nous sommes là, comme des gardiens, en fait, et des institutions
qui souhaitent la transparence, qui souhaitent l'éthique et renforcer la
confiance dans... des citoyens envers les institutions. Donc, n'hésitez pas à
faire appel à nous si vous avez besoin de nous.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le
commissaire. Merci infiniment d'avoir été avec nous cet après-midi.
Sur ce, je suspends les travaux quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 59)
17 h (version révisée)
(Reprise à 17 h 03)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Alors, il nous fait plaisir d'accueillir Mme Martineau,
professeure d'éthique organisationnelle aux HEC de Montréal. Alors, encore une fois,
merci d'être avec nous. Alors, vous connaissez les règles, un petit 10 minutes
de présentation, après ça, on aura une période d'échange avec les membres de la
commission. Donc, la parole est à vous.
Mme Joé T. Martineau
Mme Martineau (Joé T.) : Merci
beaucoup. Donc, d'emblée, j'aimerais remercier la Commission des institutions
de m'avoir invitée à partager avec vous mes observations sur le rapport de la
mise en œuvre du Code d'éthique et de déontologie des membres de l'Assemblée
nationale pour les années 2015-2019.
Déjà, j'aimerais souligner l'importance du
travail du Commissaire à l'éthique et à la déontologie et de son équipe, et
les... évidemment, les efforts majeurs, là, qui ont été mis dans ce rapport, et
les réflexions vraiment pertinentes qui sont transmises dans le rapport. J'ai
trouvé qu'il y avait un niveau de réflexion qui était extrêmement intéressant.
J'ai trouvé, le rapport, qu'il était clair et qu'il donnait une compréhension
détaillée du rôle qui est joué par le commissaire, mais aussi de l'utilisation
du code d'éthique et de déontologie, mais aussi que le rapport va au-delà d'une
description, finalement, de ce qui s'est passé dans les années 2015 à
2019, mais aussi des enjeux et du futur, finalement, là, qu'on... comment
entrevoir la suite et le travail sur... pour faire évoluer à la fois l'institution
du Commissaire à l'éthique, mais aussi le Code d'éthique et de déontologie des membres
de l'Assemblée nationale.
Je dirais que, de façon générale, je... Évidemment,
l'éthique et la déontologie à l'Assemblée nationale se sont développées
récemment. On pourrait dire que ça fait quand même déjà 12 ans, 13 ans
maintenant, donc depuis 2010, c'est ce que j'ai compris à travers le rapport,
et donc ça fait 12 ans, mais 12 ans, c'est quand même assez récent,
là, dans notre histoire. Et donc c'est une institution qui est quand même
récente et qui est en développement. Donc, on le voit bien, dans le rapport, qu'il
y a du travail énorme qui a été fait dans la dernière décennie, mais qu'il
reste du travail à faire pour vraiment institutionnaliser les pratiques en
matière d'éthique et de déontologie auprès des membres de l'Assemblée
nationale, mais aussi d'aller vers cette transformation culturelle auquel la
commissaire nous invite dans la conclusion du rapport, c'est-à-dire de
transformer, finalement, d'infuser peut-être, je dirais, l'éthique dans la
culture de travail des députés, ce qui reste encore à faire selon la lecture du
rapport.
Bien, ça m'a interpelée, cette transformation
culturelle, parce que je dirais que ce n'est pas la transformation culturelle
des organisations et des institutions afin de mieux intégrer ce souci d'éthique
et de favoriser un réflexe éthique de la part des députés, mais que ce soit
dans d'autres types d'organisations aussi, là, des entreprises privées, des
organisations publiques, des organisations... des institutions gouvernementales.
Elles font toutes face à cette transition culturelle d'intégration d'un plus
grand souci d'éthique et de transformation des pratiques et du travail,
finalement, pour s'assurer que, finalement, l'éthique, elle est... devient un
réflexe. C'est ce qui guide le travail dans tous ses aspects et non pas
seulement dans une perspective un peu <légaliste...
Mme Martineau (Joé T.) :
...pratiques
et du travail, finalement, pour s'assurer que, finalement, l'éthique, elle
est... devient un réflexe. C'est ce qui guide le travail dans tous ses aspects
et non pas seulement dans une perspective un peu >légaliste, déontologique
seulement, c'est-à-dire surveiller et contrôler le travail, mais aussi
inspirante en matière d'éthique. C'est-à-dire l'éthique, oui, il y a cet aspect
contrôle qui est souvent lié à la déontologie, mais la perspective sur
l'éthique, elle nous amène à davantage réfléchir sur ce qui est la nature même
et l'essence même de la mission et... de la mission, que ce soit dans une
institution publique ou dans des entreprises privées, dans lesquelles
j'interviens aussi.
Donc, cette transformation culturelle,
elle a été... elle est rendue complètement nécessaire depuis deux... je dirais,
deux décennies qui ont été marquées, tant dans les entreprises privées que dans
les organisations publiques ou les institutions gouvernementales, par
différentes problématiques. On a eu des scandales, corruption, collusion. On a
eu aussi des enjeux, dans les entreprises privées, de fraude, etc. Donc, cette
transformation, elle est cruciale et elle est... on ne peut y échapper,
c'est-à-dire que toutes les institutions et les organisations doivent y faire
face, et donc ont ce même souci de mieux intégrer l'éthique et la déontologie,
notamment dans ses pratiques. Et c'est tout à fait, donc, d'actualité et ça
nécessite qu'on y mette vraiment les efforts afin de favoriser la confiance du
public, notamment dans les institutions québécoises.
Donc, je me permets, d'une part, dans mon
intervention, de souligner tout le travail accompli depuis 2010 par les deux
commissaires, mais aussi de souligner, de mettre en lumière aussi ce qui reste
à faire, à continuer d'améliorer cette institution qu'est celle du Commissaire
à l'éthique et aussi du Code d'éthique et de déontologie de l'Assemblée
nationale. Donc, voici quelques observations ou points cruciaux sur lesquels je
crois qu'il va falloir réellement travailler.
Premièrement, bien, évidemment, je ne peux
que déplorer que les recommandations du rapport de 2015, notamment celles...
les 12 sur lesquelles les membres de la commission étaient... sont tombés
d'accord et avaient recommandé, n'aient pas été appliquées depuis ces années,
et donc qu'il y ait encore des recommandations qui manquent... qui n'ont pas
été appliquées, notamment aussi sur la Commission d'enquête sur l'octroi et la
gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction. Donc, on se
dit que... on peut... on ne peut que déplorer que ces recommandations n'aient
pas été suivies et mises en place. Donc, j'enjoins vraiment la commission et
l'Assemblée nationale à faire suite au rapport présent, celui qui nous est soumis,
le 2015-2019, afin qu'il ne soit pas tabletté, mais qu'on prenne vraiment
connaissance et qu'on prenne ces recommandations comme des recommandations qui
sont extrêmement importantes pour favoriser la confiance du public. Et on n'est
pas en surplus... J'interviens souvent sur le sujet de la confiance des
organisations et des institutions, et on ne peut pas dire qu'on est en surplus
de confiance dans notre société, dans les organisations de façon générale.
Donc, pour générer cette confiance-là, il est très important de s'assurer à la
fois d'une transparence, mais aussi du suivi des recommandations.
• (17 h 10) •
Évidemment, il est noté dans le code...
dans le rapport, mais aussi, pour moi, ça me saute aux yeux, un code d'éthique
qui n'a pas été révisé depuis 10 ans, c'est beaucoup trop long. Donc, on
recommande la révision quand même assez régulière d'un code d'éthique ou de... un
code de déontologie. Et évidemment, en 10 ans, il s'est passé un nombre de
choses dans notre société, dans le travail des parlementaires, dans le travail
des députés, qui évolue, mais aussi qui est soumis à d'énormes pressions et à
un impératif de transparence qui était peut-être moins présent il y a déjà
encore 10 ans. Donc, je crois qu'il va falloir s'atteler à la révision de
ce code d'éthique afin d'y intégrer, notamment, les recommandations qui sont
soulignées par la commissaire.
La recommandation première du rapport, qui
vise à intégrer dans le code, donc, une obligation de formation en éthique et
déontologie pour les membres de l'Assemblée nationale, me paraît cruciale,
extrêmement importante pour la suite. On voit le nombre quand même un peu
famélique d'élus qui ont été formés depuis les 10 dernières années, du
moins depuis l'établissement du code d'éthique... est quand même assez... ce
sont des chiffres qui sont très, très faibles. Et donc, pour ma part, c'est...
je trouve, cet aspect est un peu inquiétant. On s'attendrait à ce que tous les
élus soient formés, rapidement après leur élection, après leur assermentation,
en matière d'éthique et de déontologie. Cette formation permettrait déjà de
mieux sensibiliser et de mieux faire connaître la fonction d'éthique et déontologie
du <commissaire...
Mme Martineau (Joé T.) :
...d'éthique
et de déontologie. Cette formation permettrait déjà de mieux sensibiliser et de
mieux faire connaître la fonction d'éthique et déontologie du >commissaire,
à la fois les aspects déontologiques, mais aussi les aspects d'éthique, qui
sont tellement importants à souligner, les valeurs qui sont au cœur même du
travail des députés. Elle pourrait davantage sensibiliser sur les règles liées
aux dons et aux avantages, ce qui semble être un enjeu, là, souligné dans le
rapport, et aussi sur l'utilisation responsable des budgets et les allocations
qui sont alloués aux députés. Donc, tout ça pourrait être vu dès le départ dans
les... dans cette formation, et donc, pour moi, c'est une recommandation qui
est majeure.
Ensuite, la recommandation n° 7, dans
le rapport, qui vise à ce que le code soit modifié de manière à ce que
l'Assemblée nationale ne soit appelée à se prononcer que sur la recommandation
de sanction et non pas sur l'évaluation éthique et déontologique qui a été
faite par le commissaire et son équipe, m'a particulièrement interpelée. En
fait, pour moi, cette recommandation me paraît être le symptôme d'une
difficulté par la commissaire à bien jouer son rôle de façon indépendante et
touche, donc, un enjeu important de pouvoir et de légitimité de l'institution.
Si, à chaque fois qu'une recommandation est discutée par l'Assemblée nationale,
et ça, quand on renverse les recommandations... bien là, ce que j'ai compris,
c'est qu'on renverse parfois l'évaluation même qui a été faite de la situation,
on décrédibilise et on délégitimise l'institution même de la... de Commissaire
à l'éthique et à la déontologie.
Et, pour moi, ça, c'est un enjeu
important, puisque cette institution en vient à jouer seulement un rôle
symbolique, seulement, ce qui peut diminuer grandement, là, pour moi, la
confiance du public dans les institutions parlementaires. Et donc c'est très
important, je trouve que cette recommandation, elle est importante,
c'est-à-dire, je comprends que l'Assemblée nationale peut avoir une prérogative
sur la sanction, à évaluer la sanction, mais pas l'évaluation éthique du
dossier qui a été faite suite à une enquête...
Le Président (M.
Bachand) :Merci, Mme Martineau. On est
déjà rendus à la période d'échange, désolé. Alors, Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré,
s'il vous plaît.
Mme Bourassa : Bien, je
vais rebondir, en fait... Bonjour, bonjour, enchantée.
Mme Martineau (Joé T.) : Bonjour.
Mme Bourassa : Je vais
rebondir sur ce que vous venez juste de dire. Parce que, oui, le fait que la
commissaire a évoqué que les élus devraient seulement se prononcer sur les
sanctions proposées, bien, ça ne donne pas trop de pouvoir à une seule
personne, justement, parce que la commissaire n'est pas non plus à l'abri soit
d'une mésinformation, ou je ne sais pas. Le fait qu'il y ait d'autres personnes
qui se prononcent sur des enjeux aussi importants que celui de l'éthique...
Vous ne trouvez pas que c'est donner beaucoup de pouvoir à une seule personne
si ce n'est pas débattu ou étudié en Chambre?
Mme Martineau (Joé T.) : Bien,
c'est-à-dire que, bon, premièrement, la Commissaire à l'éthique travaille
sûrement... Oui, elle fait une évaluation. Si vous l'avez mise en place, si les
gens l'ont choisie pour sa compétence, il faut faire confiance à la compétence.
Et il faut aussi faire confiance à l'indépendance d'une personne neutre pour
évaluer les questions d'éthique et de déontologie, mais, si, à chaque fois qu'on
fait... Bien, donc, j'imagine que vous mettez pas mal de ressources là-dedans
puis que cette personne, la commissaire, doit mettre beaucoup de ressources, et
de temps, et d'énergie avec son équipe à faire des enquêtes, à faire des
évaluations de situation, etc. Et, si, à la fin de cette évaluation, bien, l'Assemblée
nationale rejette, finalement, l'évaluation même, c'est qu'on rejette le
travail qui est fait, c'est-à-dire qu'on décrédibilise complètement
l'institution et on délégitimise le travail qui est fait par la commissaire.
Pour ma part, c'est assez problématique, parce qu'on se dit : Alors, pourquoi
avoir un Commissaire à l'éthique et à la déontologie si, finalement, on ne lui
fait pas confiance pour traiter ces enjeux?
Mme Bourassa : Parfait. J'aimerais
aussi vous entendre sur la formation. Là, on a entendu pas mal tout le monde
là-dessus jusqu'ici. Vous avez utilisé le mot «une formation obligatoire», que ce
serait crucial, que c'est inquiétant, présentement, que les gens ne la suivent
pas nécessairement. Et vous avez fait ce que j'ai demandé à plusieurs
personnes, vous avez nommé, justement, les éléments qui seraient intéressants à
mettre dans cette formation-là, notamment les allocations, les budgets, la
gestion responsable, les dons.
Justement, que devrait contenir, là, la
formation de base? Est-ce qu'on met tout en même temps? Ça peut être lourd,
justement, quand un élu entre. Je me donne comme exemple, 31 ans, première
fois à l'Assemblée nationale, beaucoup d'informations. Est-ce que ça devrait
être fait par phases? Est-ce que ça devrait être à tous les ans, comme... Et ça
joint aussi votre point sur la révision du code. Est-ce qu'on révise aussi la
formation? Comment vous voyez ça?
Mme Martineau (Joé T.) : Alors,
une formation en éthique et en... bien, déjà, d'emblée, ce que je répondrais,
c'est qu'il y a comme... il y a deux grandes fonctions, là, de ce code éthique.
Il y a à la fois cette fonction préventive, culturelle, établir les grandes
valeurs qui devraient guider le travail des <députés...
Mme Martineau (Joé T.) :
...il
y a deux grandes fonctions, là, du... de ce code éthique. Il y a à la fois
cette fonction préventive, culturelle, établir les grandes valeurs qui
devraient guider le travail des >députés et une fonction de contrôle,
hein, c'est-à-dire s'assurer qu'on est capable de détecter des problématiques,
des situations où le code n'est pas suivi et d'éventuellement sanctionner,
potentiellement, s'il y a vraiment un enjeu, là, de comportement ou de décision
qui serait contraire au code d'éthique et de déontologie.
Donc, l'éthique et la déontologie, ce
n'est pas exactement la même chose non plus, hein, et donc il devrait y avoir,
pour ma part... Est-ce que c'est exactement la même formation, le même moment? Bien,
je pense que l'aspect éthique est extrêmement important à intégrer, d'une part,
parce qu'il est au coeur, je pense... je me dis, il est au coeur de cette
vocation, de cet appel à servir le public. C'est-à-dire que, si on s'en va en
politique, si on... c'est parce qu'on a à coeur l'intérêt public, et on veut
servir la population du Québec, et donc, si on veut faire ça, c'est que...
c'est-à-dire, on doit être mus de valeurs, on doit être motivés par des valeurs
qui sont au centre du fameux code d'éthique dont on parle aujourd'hui. Donc, de
rappeler ça, parce qu'en fait on peut interpréter tous les comportements, tous
les règlements qui sont plutôt déontologiques au regard de ces valeurs-là, donc,
de parler de ces valeurs-là, de les remettre de l'avant, pour moi, c'est
central, et c'est... on devrait commencer par là.
Aussi, pour rappeler, puis je le fais
toujours dans tous les types d'organisation, que la fonction d'éthique et
de... des... conformité ou de déontologie, elle a à la fois un rôle-conseil,
mais aussi un rôle de contrôle. Et de voir que, finalement, on peut travailler
ensemble, il faut entrer dans un dialogue avec les gens qui sont responsables
de l'éthique, pour ne pas, justement... Des fois, les gens ont tendance à vouloir
les éviter, parce qu'ils les associent trop au contrôle... pour pouvoir,
justement, jouer un rôle de contrôle... de... pardon, inspirant et de conseil,
davantage.
Donc, je dirais que, pour moi, oui, tout
ça, ça devrait rentrer dans une formation. Je comprends que ça peut être lourd.
J'entendais tantôt un de vos collègues vous dire qu'il y a beaucoup à
apprendre, puis vous le disiez vous-même, lorsque... Et j'imagine qu'il y a
beaucoup à apprendre, mais, pour ma part, je pense que, s'il y a quelque chose
à apprendre qui est crucial, dès le départ, ce sont les aspects d'éthique et de
conformité, ne serait-ce que pour donner confiance, mais aussi pour partir sur
un bon départ, là.
Mme Bourassa : Parfait.
Bien, merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Mme la députée de
Vimont, s'il vous plaît.
Mme Schmaltz : Merci, M.
le Président. Bonjour. Tantôt, vous avez mentionné qu'il faut assurer
l'indépendance de la commission, j'imagine, en lui donnant plus de pouvoirs,
vous l'avez mentionné. Quelles sortes de pouvoirs la commission devrait avoir
pour, justement, assurer de son indépendance et surtout s'assurer que son
constat n'est pas remis en cause?
Mme Martineau (Joé T.) : Bien,
alors, ce que j'ai compris, dans la lecture du rapport, c'est qu'elle est déjà
identifiée comme... la commission est déjà identifiée comme une personne...
comme neutre, et elle a déjà le pouvoir de recommander. Donc, elle n'a pas le
pouvoir de sanctionner, mais elle a le pouvoir de recommander. Déjà, de s'en
tenir à ce pouvoir-là et de l'officialiser... c'est-à-dire qu'elle a le pouvoir
de recommander. Après, je vois bien que la... que c'est la prérogative de
l'Assemblée nationale que de discuter sur les recommandations qui sont faites par
la Commissaire à l'éthique et à la déontologie, mais, après ça, devient chose
publique, c'est-à-dire qu'après ça revient à l'Assemblée nationale que de dire :
Bon, c'est... ça, ça a été recommandé, mais on va... on ne veut pas aller dans
le sens de la recommandation.
Moi, ce qui m'inquiète, c'est quand on dit
qu'on va rejeter, finalement, les constats, c'est-à-dire rejeter l'enquête de
l'institution ou de ce... du commissaire. À ce moment-là, pour moi, je me dis,
bien, ça devient... je suis désolée de le dire comme ça, mais une mascarade,
là. Pourquoi on fait tout ça? Pourquoi on met de l'argent, et des ressources,
et du temps là-dedans si, finalement, ça ne sert absolument à rien? C'est de
l'argent public dépensé pour rien.
• (17 h 20) •
Donc, pour s'assurer, finalement, le bon
fonctionnement de l'équipe du Commissaire à l'éthique et à la déontologie, il
faut lui donner cette neutralité-là pour reconnaître qu'elle a droit de
faire... bien, elle ou il a le droit à la... de faire cette évaluation et cette
recommandation-là. Il faut les choisir en conséquence, et leur donner les
coudées franches pour pouvoir faire les recommandations, puis, après ça, ne pas
remettre en question tout le temps le travail. En fait, pour moi, c'est une
question de légitimité.
Mme Schmaltz : Pensez-vous
qu'elle peut sanctionner, qu'elle pourrait sanctionner?
Mme Martineau (Joé T.) : Alors,
il y a différents cas de figure dans différents pays, mais aussi, bon, mon
expertise, elle est beaucoup au niveau organisationnel, là, aussi, dans les
entreprises, notamment, là. Dans certaines entreprises, oui, dans certaines
organisations, là, tout dépendant comment c'est... la gouvernance est
structurée, elles peuvent sanctionner, mais ce que je vois davantage, c'est
souvent la recommandation, un pouvoir de recommandation, avec pas <nécessairement...
Mme Martineau (Joé T.) :
...est
structurée, elles peuvent sanctionner, mais ce que je vois davantage, c'est
souvent la recommandation, un pouvoir de recommandation, avec pas >nécessairement...
Je ne m'avancerais pas plus là-dessus, parce que je pense qu'un pouvoir de
recommandation, c'est déjà important, s'il est respecté, c'est-à-dire, s'il est
respecté, et ce qui est supposé d'être, je pense, dans la façon de fonctionner
actuellement. Donc, si on s'en tient à un pouvoir de recommandation, pour moi, ce
serait déjà de respecter la recommandation, puis le fonctionnement, et le
travail de la commission. Ce serait déjà un bel avancement.
Mme Schmaltz : Dernière
petite question? OK. Tantôt, vous parliez d'une révision régulière du code. C'est...
pour vous, c'est quoi, régulier? Est-ce que c'est annuel, c'est aux cinq ans?
C'est quoi, de faire cette révision du code?
Mme Martineau (Joé T.) : Bien,
alors, habituellement, quand on établit une nouvelle politique, et je ne parle
pas nécessairement dans... une politique publique, ou une politique
organisationnelle, ou même une politique en... dans une entreprise privée... la
première révision est habituellement plus rapide. C'est-à-dire, souvent, on va
mettre en place une politique et, après, on va dire : Bon, bien, on va la
réviser dans deux ans parce qu'on veut... on va la faire vivre, là, puis
s'assurer comment que ça fonctionne, et, après ça, on fait une révision rapide.
Après ça, souvent, les organisations en font, des révisions, qui peuvent aller
aux cinq ans, cinq ans et même à 10 ans. Une fois qu'on est arrivé à un
niveau qui est fonctionnel, ça peut être des révisions... mineures aussi, là, tu
sais, mais je pense qu'au début d'une nouvelle politique on se doit de la
réévaluer plus rapidement qu'aux 10 ans. Et là, bien, peut-être que ce
serait une bonne idée que de réviser ça aux cinq ans au minimum.
Mme Schmaltz : OK,
merci. Je ne sais pas si j'ai des collègues...
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
Saint-Jean.
M. Lemieux : Combien de
temps, M. le Président?
Le Président (M.
Bachand) :7 min 29 s.
M. Lemieux : Merci
beaucoup. 7 min 25 s. Bonjour, Mme Martineau.
Mme Martineau (Joé T.) : Bonjour.
M. Lemieux : On a
compris, en discutant avec la commissaire, tout à l'heure, que les codes, c'est
un peu comme les ordinateurs dans le temps, Pentium 1, Pentium II, Pentium
III, Pentium 4, c'est-à-dire que, aussitôt que tu as le nouveau, c'est plus
gros, c'est le meilleur, c'est le plus bon, comme disait ma fille, mais, au
final... Et on a fait des jaloux, il y a 12 ans, quand on a sorti ça, on a
fait des jaloux. Et puis, là, bien, il faut l'ajuster.
Et c'est un peu ce que vous étiez en train
de nous dire, d'entrée de jeu, quand vous avez dit : Bien, ça ne fait pas,
quand même, si longtemps que ça. 12 ans, c'est encore relativement
nouveau, mais ce qui est nouveau aussi, pour les Québécois, puis on est quand
même les 125 représentants des Québécois, c'est cette attirance-là vers...
C'est tendance. Je ne dirai pas que c'est une mode, l'éthique, là, mais c'est
très... une tendance lourde, en ce moment, c'est comme un refuge. Et, pour
nous, c'est un refuge important à cause de la crise de confiance, il y a comme
une espèce de crise de confiance, je l'appelle l'espèce de cynisme ambiant, qui
fait en sorte qu'à un moment donné on ne sait plus à quel saint se vouer, puis
l'éthique devient un gage de capacité d'avoir une représentation.
Je voulais vous entendre sur la partie
inspirante de l'histoire. C'est un mot que vous avez souvent en bouche pour
parler de ce que ça doit faire, un code, et de comment ça doit percoler dans la
pratique quotidienne des gens qui le respectent. Puis ce réflexe éthique dont
vous parlez, qui est une autre affaire que je décode chez les spécialistes, que
le réflexe éthique, c'est comme la saveur du mois, là, c'est devenu... ça,
c'est à la mode, il faut avoir le réflexe éthique, ça dépend de son code puis
ça dépend de la connaissance du code. Donc, tout est dans tout. Ça fait une
grande question, parce que j'espère une grande réponse, pour que vous m'ameniez
là où il faut qu'on s'en aille, dans le détail. Il y a des recommandations
qu'on a, il y en a qu'on connaît, il y en a... on a entendu, mais c'est plus...
Ce que je vais chercher, là, dans ma question, pour votre réponse, c'est
vraiment l'ambiance de toute l'histoire au moment où on va s'asseoir puis on va
regarder dans le code.
Mme Martineau (Joé T.) : OK,
bien, alors, bien, merci pour la question, c'est une grande question, comme vous
disiez, avec d'autres questions à l'intérieur. Déjà, d'emblée, je peux vous
dire, même si plusieurs, même si certains observateurs parlent d'une mode par
rapport à l'éthique, on peut dire que l'éthique, c'est une... l'éthique, là,
c'est une branche de la philosophie qui est appliquée, une réflexion sur ce qui
est bien, hein, une réflexion sur le bien commun, qu'est-ce qu'on doit faire,
quelles décisions on doit prendre pour le bien commun. Et ça, je pense que,
déjà, les philosophes de l'Antiquité nous parlaient, évidemment, de l'éthique,
si je vous ramène à vos cours de philo au cégep, de Platon à Aristote. Donc, la
discussion sur l'éthique, ça existe depuis toujours, depuis qu'on réfléchit et
depuis que les humains s'organisent aussi en société.
Et donc c'est sûr que ça a été mis de
l'avant avec tous les scandales qu'on a vécus dans les 20 dernières années,
principalement. Et donc cette crise de confiance, que vous mentionnez, elle ne
sort pas de nulle part, hein, elle sort de <différentes...
Mme Martineau (Joé T.) :
...qu'on
a vécus dans les 20 dernières années, principalement. Et donc cette crise
de confiance, que vous mentionnez, elle ne sort pas de nulle part, hein, elle
sort de >différentes évolutions de notre société qui font que oui...
Et les... vous avez raison de le dire, que
l'éthique devient parfois un refuge. Pourquoi? Parce que les gens sont en
manque de repères, en manque de repères sur quelles sont les valeurs sur
lesquelles on doit s'entendre dans notre société, et ces repères-là, bien, ils
sont donnés par l'éthique. Et l'éthique, peut-être que, oui, on en parle
davantage dans les milieux publics, dans les milieux organisationnels, mais ça
a toujours été là. On appelait ça différemment, ou c'était intuitif. C'est
simplement que, maintenant, c'est beaucoup plus formalisé. C'est-à-dire que ces
intuitions-là, qui étaient des intuitions de personnes qui voulaient mener une
bonne vie, qui voulaient prendre les bonnes décisions puis faire une bonne job,
maintenant elles sont formalisées dans des codes.
Et ces codes-là, ce code-là, bien, ça peut
être très utile ou ça peut ne rien faire du tout, là, si on laisse ça tabletté,
bon, c'est juste... ça reste un bout de papier. Pour que ça devienne utile et
pour que ça fasse du sens pour le travail, que ce soit dans une entreprise, que
ce soit dans une institution publique, il faut que ce code-là, ces valeurs-là,
elles soient infusées dans la culture d'une organisation, et que ça aille de
soi, et que ce ne soit pas juste le code qui institue cette pression-là chez
les gens, mais que ce soit les pairs, les façons de travailler, la culture
ambiante, et que ce soit... tout ça, ce soit... ça aille dans la même
direction.
Et ce réflexe éthique là, bien, c'est...
finalement, c'est quoi, au-delà d'être ce que vous mentionnez comme étant un
peu un mot à la mode? C'est de se dire : Bien, j'ai une décision à
prendre, j'ai une décision qui est devant moi ou j'ai un dilemme aujourd'hui,
par rapport à une situation, je prends un pas de recul puis je me... je réfléchis
aux valeurs qui sont supposées guider mon travail. Et ça, c'est un réflexe de
se dire : Ah! il me semble qu'il y a quelque chose qui ne va pas,
peut-être, dans la situation. C'est ça, c'est tout simplement ça, le réflexe
éthique, au lieu de ne pas prendre le temps, puis c'est normal, on est pressés
par le temps, les parlementaires, les gens en organisation, tout le monde,
hein, qui travaille est pressé par le temps. L'accélération de ce rythme-là a
été vécue par tout le monde, mais ce réflexe-là de réfléchir à... d'avoir ce
souci et cette préoccupation pour l'éthique, ça devrait être une préoccupation
majeure, là, pour... à la fois pour l'Assemblée nationale et toutes les
organisations du Québec.
M. Lemieux : ...et ce
l'est, justement, on est en train de voir comment on met le caramel dans la
Caramilk, parce que ce qu'on essaie de faire, c'est de rendre ça encore plus
efficace. Il y a des recommandations, la commissaire nous en a fait. Il y a
plein de témoins qui... de consultations, comme vous, qui viennent nous aider,
mais, au premier chapitre, quand on pense à l'institution du Parlement, de
l'Assemblée nationale, il y a énormément de petits détails. Alors, il ne faut
pas se laisser obnubiler non plus par un petit détail. Tout à l'heure, vous
avez parlé de cadeaux, d'autres parlent d'autres points qui les concernent,
mais ce que vous venez de faire comme introduction à l'éthique, dans les
dernières minutes de votre réponse, ça me ramène à la première demande que la
commissaire a. C'est : quelle que soit la formatrice et quel que soit le
programme, c'est la formation qui va faire la différence. Il faut sensibiliser,
parce que chacun arrive avec un bagage différent. Il y a une jeune femme de
31 ans qui arrive des médias, il y a un vieux de 62 ans qui arrive
des médias. On arrive tous les deux avec un bagage différent, puis des attentes
différentes, puis une façon différente de vouloir faire les choses. Donc, pour
vous, c'est la clé, c'est... comme tout ce qu'on s'est fait dire aujourd'hui,
c'est la formation?
Le Président (M.
Bachand) :Quelques secondes seulement,
Mme Martineau, oui.
Mme Martineau (Joé T.) : Pour
moi, c'est la clé. Cette formation, cette sensibilisation-là, elle doit être
dès le départ, après l'élection ou l'assermentation, elle doit être régulière
aussi.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Nelligan, pour 12 min 45 s, s'il vous plaît.
• (17 h 30) •
M. Derraji : Merci, M.
le Président. Merci, Mme Martineau, pour votre exposé et les commentaires
très pertinents par rapport au code que nous sommes en train d'étudier. J'ai
écouté votre intervention et j'aimerais bien vous poser une petite question par
rapport au rapport que nous sommes en train d'étudier. Je l'ai mentionné, ce
matin, je ne sais pas si vous avez eu le temps de suivre nos travaux, ce matin,
ce rapport a été déposé le 5 décembre 2019. On l'étudie presque après
1 436 jours, en fait, si je peux dire, pour être beaucoup plus
précis, trois ans, 11 mois, cinq jours, je peux arrondir, quatre ans plus
tard. La Commissaire à l'éthique, ce matin, était en train
de nous dire qu'elle est... qu'elle a déjà commencé sa réflexion par rapport au
prochain rapport, qui risque d'arriver l'année prochaine.
On s'entend que ce n'est pas banal, hein?
C'est un code qui est extrêmement important. C'est un code... si on ne le suit
pas, c'est l'image de l'institution démocratique qu'on représente, à savoir le <Parlement...
>
17 h 30 (version révisée)
<17923
M. Derraji :
...ce n'est pas banal, hein? C'est un code qui est extrêmement
important. C'est un code, si on ne le suit pas, c'est l'image de l'institution
démocratique qu'on représente, à savoir le >Parlement, mais aussi notre
rôle en tant qu'élu.
Ma question est très simple : Vu la
situation exceptionnelle de ces quatre ans, ce serait quoi, selon vous, la
recommandation pour le prochain rapport? Pour celui-là, c'est un peu trop tard,
on l'étudie quatre ans plus tard. Mais, pour le prochain, c'est quoi, vos
conseils par rapport à l'étude d'un rapport qu'on se donne, qu'on a déjà reçu,
ça fait quand même quatre ans?
Mme Martineau (Joé T.) : Bien,
c'est intéressant que vous me posiez cette question-là, parce que je me suis
posé la question moi-même. Je me suis dit : Mais ça fait quatre ans que ça
a été déposé, ce rapport-là, soit ça a pris deux ans pour l'écrire ou soit ça
fait vraiment très longtemps qu'il est déposé. Donc, c'est ce que je comprends
qui est arrivé, ça fait très longtemps qu'il est déposé. Bien, vous avez raison
de le souligner, je pense que... je pense que c'est trop long. C'est... Bon. J'imagine
que la commission doit avoir énormément de travaux à mener. Mais, quand on
pense à l'aspect central quand même du code de déontologie ou et d'éthique des
parlementaires, mais aussi de l'importance de maintenir la confiance et la
transparence envers cette institution-là, pour moi, c'est important... ce
serait important d'y voir plus rapidement, là, tu sais. Et donc, quand un
rapport, un tel rapport est déposé, surtout s'il y a des problématiques qui
sont identifiées, moi, je pense qu'il y a des problématiques qui ont été
identifiées dans le rapport que l'on... que j'ai étudié, et qui auraient dû
être vues avant trois ans et demi, là, et donc c'est important, ne serait-ce
que parce que... Et il y a des enjeux à traiter puis à améliorer rapidement.
Oui, ça devrait être vu, du moins, j'oserais penser au moins dans l'année qui
suit le dépôt d'un rapport.
M. Derraji : OK. C'est
excellent. C'est là où je voulais vous ramener. Parce que selon vous, on ne
peut pas déposer un rapport qui touche une période quand même qui date
depuis... Moi, je n'étais pas là. C'est le... Ça nous a été confirmé ce matin,
si ma mémoire, elle est bonne, 2015-2016, ou 2016, 2017, 2018. Là, nous sommes
en 2023. Et parce que, comme nous sommes en commission qui étudie ce rapport,
pour vous, la recommandation la plus juste, c'est que, une fois le rapport est
déposé, la moindre des choses, il faut l'étudier pendant le mandat ou l'année
en cours et passer à l'action au niveau des recommandations.
Mme Martineau (Joé T.) : Bien,
bien sûr, parce que, vous voyez... Puis, ce que vous disiez tantôt, j'imagine...
On a vécu une pandémie pendant trois ans depuis qui ont été... que ça, ça a été
déposé, ce fameux rapport-là, qui était avant la pandémie, j'imagine, donc,
toutes les problématiques qui ont pu être liées aussi en matière d'éthique. Il
y en a eu, des enjeux aussi, avec cette transformation-là. Ça fait que, oui, il
faut y voir plus rapidement. Il faut y voir, je me dirais, dans l'année suivant
le dépôt d'un rapport. Oui.
M. Derraji : OK. Merci
pour cette recommandation, parce que j'y tiens. Et on va la mettre dans nos
recommandations aussi, parce que je pense qu'on ne peut plus, en tant que
parlementaires, quand la commissaire dépose un rapport, prendre autant de
temps. La moindre des choses, c'est que, avant de se lancer dans une nouvelle
élection, au moins prendre en considération les dernières recommandations pour
qu'on puisse tous évoluer ensemble. Ça touche l'éthique, ça touche la rigueur,
ça touche des enjeux sérieux au niveau de l'institution. Et je pense que tout
le monde autour de la table veut juste bien faire, mais en suivant notre code.
Merci beaucoup.
Vous aussi, vous êtes pour rendre
obligatoires les formations, que ce soit au niveau du Commissaire à l'éthique,
je ne sais pas si vous avez suivi le dernier groupe, Commissaire au lobbyisme
aussi. Donc, pour vous, il faut la rendre obligatoire, les deux?
Mme Martineau (Joé T.) : Je
suis catégorique là-dessus : il faut que la formation soit obligatoire.
Tantôt, votre collègue, autre député, l'a mentionné, les gens viennent... les
députés viennent de différents milieux, de différentes générations, de différentes
industries, ils ont travaillé dans différentes fonctions et ils sont porteurs
de fonctions de façons de travailler qui peuvent être très différentes de celles
de l'Assemblée nationale, et on doit s'entendre sur les valeurs qui sont au
coeur du travail dès le départ.
M. Derraji : Oui. La
formation obligatoire, selon vous, uniquement les élus ou le staff politique
aussi, que ce soit en circonscription ou au niveau des cabinets ministériels?
Mme Martineau (Joé T.) : C'est
intéressant, parce que ça a été souligné dans le rapport. Je pense que, bien,
de toute façon, minimalement, tous les élus devraient être formés. Et ils
devraient être formés aussi, avoir un rappel à chaque mandat, c'est-à-dire à
chaque fois qu'ils sont réélus. Par contre, le personnel qui tourne autour
doivent aussi avoir cette préoccupation et cette... ce souci-là pour que tout
le monde presse dans la même direction, et non pas qu'il y ait des...
finalement, des conflits dans les équipes ou du moins des pressions qui peuvent
être vécues par les élus, qui, eux, ont... sont au courant des règles. Et les
gens de leur staff, par exemple que ce que vous mentionnez, pourraient avoir...
être moins sensibilisés à ces enjeux-là. Donc, oui, <idéalement...
Mme Martineau (Joé T.) :
...mentionnez,
pourraient avoir... être moins sensibilisés à ces enjeux-là. Donc, oui, >idéalement,
ce sont des... Il devrait y avoir aussi une formation qui soit généralisée à
l'ensemble du personnel.
M. Derraji : OK. Je vais
vous ramener à une autre recommandation. C'est la recommandation n° 2 :
«Que les parlementaires réfléchissent à l'opportunité de rendre publiques, dans
un registre, certaines mesures prises pour prévenir des situations de conflit
d'intérêts, filtre anti-conflit d'intérêts.» Vous me suivez?
Mme Martineau (Joé T.) : Oui,
je l'ai ici, oui.
M. Derraji : Oui.
Qu'est-ce que vous en pensez?
Mme Martineau (Joé T.) : Alors,
c'était... Finalement, si je me souviens bien, je le reformule, là, peut-être, c'était
une recommandation pour s'assurer que certaines recommandations soient rendues
publiques, pour s'assurer, finalement, qu'il y ait un registre qui puisse
lister, finalement, les situations et les recommandations qui ont été faites
pour qu'on progresse, finalement, pour qu'on avance sur les résolutions. Je
pense que ça pourrait être intéressant d'anonymiser, si c'est possible, hein?
Des fois, par contre, les recommandations, ça peut mettre un peu en lumière les
gens et ça peut... Je dirais, dans certaines situations, dans certaines
organisations, lorsqu'on va faire un registre, si on peut identifier, il y a
une identification qui est possible des situations qui fait que certaines
personnes peuvent être... avoir un désincitatif à vouloir divulguer des
situations, parce qu'elles ont peur qu'il y ait comme une publicisation, là, finalement,
d'une situation fâcheuse dans laquelle ils se sont ramassés. Donc, il faut
s'assurer, s'il y a un tel registre, qu'on maintient l'anonymat des personnes,
des personnes qui ont été visées par ces recommandations-là.
M. Derraji : Oui. Mais,
pour vous, les filtres anti-conflit d'intérêts, un, c'est nécessaire pour
prévenir des situations de conflit d'intérêts, mais le rendre public, vous avez
des réticences?
Mme Martineau (Joé T.) :
Bien, c'est-à-dire que, pour le rendre public, il faut s'assurer qu'on rend
public... on n'a pas les noms des personnes qui sont... Et donc il faut
s'assurer vraiment pour que ça ne devienne pas un désincitatif à divulguer des
situations. Est-ce que vous me suivez? C'est-à-dire que, si on a un registre qui
est très précis de recommandations ou d'évaluations de situations, on peut
avoir un enjeu de... où les gens ont peur de divulguer des situations de
conflit d'intérêts. Parce qu'on s'entend, un conflit d'intérêts, par
définition, on n'est pas... on n'a rien fait de mal, là. Tout le monde a des
intérêts dans la vie, et tous les députés en ont, je suis certaine. Mais c'est
une question plutôt de savoir qu'est-ce qu'on fait : Est-ce qu'on va agir
en situation de conflit d'intérêts, et donc est-ce qu'on divulgue, et est-ce
qu'on est transparent par rapport à la situation?
M. Derraji : Mais vous
ne pensez pas que, si c'est rendu public, ça va juste augmenter la perception
que, justement, la personne a tout mis en place pour éviter une situation
d'apparence de conflit d'intérêts ou d'être en conflit d'intérêts? Je comprends
ce que vous voulez dire, mais le but, ce n'est pas... Ce n'est pas un crime,
déclarer un conflit d'intérêts. Ça se fait.
Mme Martineau (Joé T.) :
Tout à fait.
M. Derraji : Ça se fait.
Ce n'est pas mauvais, au contraire, là. Mais...
Mme Martineau (Joé T.) : C'est
très bien, même. C'est tout à fait de la... C'est tout à fait bien, de le
déclarer. Ce que je veux dire, c'est que c'est... Et peut-être que c'est une
incompréhension sur le registre. Mais, si on est sur les registres des
sanctions, par exemple, ou des recommandations de sanctions, c'est là où ça
peut être plus difficile en termes de rendre le tout... si on peut identifier
les gens, tu sais. Quand on fait des rapports habituellement sur l'éthique,
dans des différentes organisations, on fait des rapports annuels qui nous indiquent
finalement ce qu'on a traité comme plaintes, par exemple, ce qu'on a traité,
mais façon très anonyme. Mais, dans le cas où vous... que vous identifiez
maintenant, c'est plutôt un registre où on a une déclaration publique des
intérêts qui amène plus de transparence, c'est ce que je comprends, là, où on
amène plus de transparence. Et c'est sûr que tout ce qui amène plus de
transparence est mieux pour la confiance du public.
• (17 h 40) •
M. Derraji : Je vais
juste vous ramener sur une autre information que nous avons eue sur les
lanceurs d'alerte. Et, vous avez vu, la commissaire, ce matin, insistait
beaucoup, Commissaire au lobbyisme aussi : ils disaient qu'ils cherchaient
davantage de protection pour les lanceurs d'alerte pour protéger l'intégrité de
tout le processus, que des gens disent non parce qu'ils ont peur. Ça limite un
peu le champ d'intervention de la commissaire, mais aussi ça ne donne pas
l'assurance nécessaire à la personne qui aimerait parler, par peur, par
crainte.
Mme Martineau (Joé T.) : Oui.
Bien, en fait, c'est la dernière intervention que j'avais à faire tantôt
lorsque j'ai dépassé un petit peu mon 10 minutes. Il me restait une
intervention sur cette recommandation n° 9 sur la protection des
divulgateurs. Pour moi, c'est vraiment important de protéger les gens qui
veulent divulguer des situations afin de maintenir la confiance et aussi faire
cette transformation culturelle dont on parle depuis <tantôt...
Mme Martineau (Joé T.) :
...de
maintenir la confiance et aussi faire cette transformation culturelle dont on
parle depuis >tantôt, c'est-à-dire s'assurer que, maintenant, ça
devienne un réflexe, ça devienne une... On est témoin d'une situation, on a de
l'information par rapport à une situation spécifique, et que ce soit naturel
que les gens divulguent des situations qui sont contraires à l'éthique. Et donc,
de protéger les divulgateurs contre des... toute forme de «retaliation», là,
toute forme de conséquences négatives, là, par rapport à leur carrière, par
rapport à leur situation, ça contribuerait à favoriser ce changement culturel
et la confiance.
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Derraji : Oui. Merci
beaucoup. À moins, si vous voulez ajouter quelque chose, merci beaucoup pour
votre intervention. C'était très clair. Merci beaucoup. Je ne sais pas si vous
voulez ajouter quelque chose. Il me reste une minute. Sinon, bien, merci pour
votre...
Mme Martineau (Joé T.) : Bien,
je rajouterais peut-être que je vous remercie d'avoir fait appel à moi pour cette
commission. Et puis j'espère que j'ai pu aider un petit peu à amener quelques
lumières là-dessus.
M. Derraji : Très
apprécié.
Le Président (M.
Bachand) :Et ce n'est pas terminé. Il
reste encore le député d'Hochelaga-Maisonneuve, pour 4 min 15 s.
M. le député.
M. Leduc : Merci, M. le
Président. Bonjour, Mme Martineau. D'abord, sur la rémunération des élus,
je ne sais pas si vous avez entendu quelques échanges plus tôt aujourd'hui.
Avez-vous une opinion à ce sujet?
Mme Martineau (Joé T.) : Bon.
Bien, alors, je ne l'ai pas abordé dans mon 10 minutes, mais j'y ai
réfléchi. Je réfléchissais à cet aspect-là. En fait, je n'ai pas entendu les
échanges qui ont été faits aujourd'hui, et je n'ai pas pu assister à toutes...
à tous les travaux de la commission. Cela dit, c'est vrai que, dans le contexte
d'une organisation publique, là, qui est soucieuse de maintenir le lien de
confiance avec la population, que les parlementaires soient juges et parties,
donc que... dans une situation, donc pour établir leur propre salaire, ça peut miner
un petit peu la confiance, à mon avis.
Et je trouve que la recommandation qui est
faite par la commissaire, elle n'est pas très précise, là, dans le document, c'est-à-dire
d'instituer quelque chose de... finalement, un mécanisme neutre pour réfléchir
aux conditions salariales. Elle est bienvenue, c'est-à-dire, bon, elle devrait
être précisée. Puis c'est probablement à l'Assemblée nationale ou... à trouver
ce mécanisme ou cette façon de fonctionner pour s'assurer que, oui, les... qu'un
parti au pouvoir qui aurait une majorité ne puisse pas, justement... les
parlementaires eux-mêmes, décider de leur propre traitement salarial puisque je
pense que c'est un enjeu. Et je ne parle pas de la dernière augmentation salariale
qui a été donnée pour les parlementaires, parce que, bon, je pense que tout le
monde s'entend sur le fait qu'il y avait un rattrapage à faire. Est-ce que
c'était le bon moment et le bon choix, bon, c'est une autre question. Mais mon
intervention, elle est seulement sur la neutralité, là, la vision de la
neutralité par rapport à la population du Québec qui peut se dire : Bon,
bien, ils se votent eux-mêmes un propre... leur propre salaire, donc ça peut
miner la confiance du public.
À mon avis, s'il y avait une commission
neutre ou un mécanisme qui, finalement, pourrait assurer davantage de
neutralité, qui assurerait, finalement, aussi une forme de veille, hein, sur
les salaires, les traitements salarials, les conditions salariales des députés
par rapport à d'autres pays, d'autres provinces, etc., et qui pourrait amener
ça de façon neutre, je pense que ce serait très bienvenu.
M. Leduc : Merci.
Pourriez-vous nous donner... Est-ce que vous connaissez, en fait, des exemples?
Parce que vous parlez de modernisation continue de notre code, notamment, puis
il y a d'autres personnes qui ont évoqué ça aujourd'hui, comment on fait, puis,
tu sais, c'est quoi, les délais pour revisiter tout ça. Est-ce que vous, vous
connaissez des exemples d'organisations qui ont des processus de... j'oserais
dire d'amélioration continue ou de modernisation continue? Et, si oui, lesquels
ils ont choisis?
Mme Martineau (Joé T.) : Bien,
c'est sûr que les organisations... Vous avez, dans une organisation d'une
grande complexité, là aussi, qui est... et qui se doit, par sa nature, d'être
consultative, là, donc vous avez... contrairement à des... Dans certaines
entreprises privées, hein, on n'a pas nécessairement... On va mettre à jour le
code d'éthique ou ces procédures-là de façon un peu «top-down», là, mais c'est
un peu plus compliqué dans le type de... dans le type de... dans une
organisation publique ou dans une institution gouvernementale. Donc,
évidemment, il y a une forme de lourdeur qui peut s'installer, si on...
lorsqu'on fait la révision d'un code d'éthique, parce qu'on veut consulter, on
veut s'assurer, finalement, d'une forme de participation, là, dans ce
travail-là. Cela dit, en tout cas, de ma part, le travail de la Commissaire
à l'éthique est quand même déjà complet. Il y a une base de travail,
déjà là, qui est, pour ma part, de grande qualité pour pouvoir améliorer ce
fameux code d'éthique. Et donc, sur la base de recommandations, ça pourrait se
faire de façon régulière et pas trop de façon assez... Je veux dire, c'est sûr
que ça prend un certain temps, ça prend les ressources et ça prend la
consultation, mais il y a déjà une <base...
Mme Martineau (Joé T.) :
...prend
un certain temps, ça prend les ressources et ça prend la consultation, mais il
y a déjà une >base de travail qui est tellement importante qu'à mon avis
ça se fait assez bien. Ça devrait être fait de façon plus régulière. Là, déjà...
Déjà là, ça fait 10 ans, là. C'est le temps de le faire. Mais, après ça,
peut-être aux cinq à 10 ans encore.
M. Leduc : Parfait.
C'est bon. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup.
Mme Martineau, merci beaucoup d'avoir été avec nous. C'est un grand
plaisir.
Cela dit, je suspends les travaux quelques
instants. Le prochain groupe est déjà branché. Merci, à tantôt.
(Suspension de la séance à 17 h 47)
(Reprise à 17 h 48)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux.
Alors, il me fait plaisir d'accueillir les
représentantes du Cercle des ex-parlementaires de l'Assemblée nationale du
Québec. Alors, j'ai la présidente, Mme Dionne. Alors, Mme Dionne, je
vous laisse la parole. Merci beaucoup d'être avec nous. Puis je vous inviterais
à présenter les gens qui vous accompagnent.
Cercle des ex-parlementaires de l'Assemblée
nationale du Québec
Mme Dionne (France) :Oui. Bonjour, M. le Président. C'est un plaisir d'être avec
vous cet après-midi. Qui m'accompagnent : deux ex-parlementaires bien
connues, Manon Blanchet, députée de Crémazie, 1998-2003, et secrétaire du
conseil d'administration du cercle, et Agnès Maltais, ex-députée de Taschereau,
1998 à 2018, et administrative au sein de notre conseil d'administration.
Alors... Et moi-même, France Dionne, ex-députée de Kamouraska-Témiscouata de
1985 à 1997. Et je suis présidente du conseil d'administration du cercle des
ex-parlementaires.
Alors, merci de nous avoir invitées à
venir... à participer à cette audition sur le rapport de mise en œuvre du Code
d'éthique et de déontologie des membres de l'Assemblée nationale. C'est
important de faire cet exercice-là. Et nos représentations comporteront, après
quelques observations préliminaires, des commentaires sur certaines recommandations
du rapport, non pas toutes, en ne retenant que celles qui nous semblaient les
plus appropriées. Nous espérons que ces quelques commentaires aideront les
législateurs et les législatrices actuels à éclairer les enjeux qui gravitent
autour du code d'éthique et de déontologie des élus.
Depuis maintenant 30 ans, le Cercle
des ex-parlementaires de l'Assemblée nationale du Québec regroupe les hommes et
les femmes qui ont été membres du Parlement dans le but de favoriser la
promotion des institutions parlementaires du Québec et la diffusion
d'informations sur le parlementarisme et la démocratie. En somme, nous sommes
des bénévoles qui souhaitent continuer de partager notre expertise et notre
expérience accumulées pendant notre séjour à l'Assemblée nationale avec les
parlementaires actuels et futurs, dont vous êtes.
Les objectifs de notre organisme, qui
compte actuellement près de 470 membres, sont de mettre les connaissances
et l'expérience des ex-parlementaires de l'Assemblée au service de la démocratie
parlementaire, défendre et représenter les intérêts des ex-parlementaires
québécois et favoriser l'esprit de solidarité entre ces derniers, promouvoir
les relations entre les ex-parlementaires et les parlementaires actuels de
l'Assemblée, servir l'intérêt public et, bien sûr, favoriser le rayonnement des
institutions démocratiques au moment où les enjeux sont tellement grands à
travers le monde.
• (17 h 50) •
Le cercle travaille également pour aider
et accompagner les députés sortants, que ce soit par choix ou suite à une
défaite électorale. En effet, nous avons un comité sur la vie après la
politique qui prend contact avec les parlementaires qui annoncent quitter, mais
également pour tendre la main à celles et à ceux qui ont perdu leurs élections.
Ce travail s'effectue en collaboration avec l'Assemblée nationale. Dans le
cadre des prochaines élections générales, le cercle compte être plus proactif
et plus présent.
Le cercle des ex-parlementaires a pris
connaissance avec vif intérêt du rapport sur la mise en œuvre du code d'éthique
et de déontologie. Dans un premier temps, nous souhaitons souligner que ce code
contribue à accroître la confiance des citoyens à l'égard des élus de
l'Assemblée nationale. Dans les dernières années, les questions d'éthique et de
déontologie des parlementaires ont défrayé les manchettes des journaux, et le cercle
est heureux de constater que la Commission des institutions poursuit son
travail d'amélioration en étudiant le rapport de mise en œuvre de ce code <d'éthique...
Mme Dionne
(France) :
...en étudiant le
rapport de mise en œuvre de ce code >d'éthique.
Les ex-parlementaires cumulent énormément
d'expériences très diverses qui ont été vécues des deux côtés de la culture
partisane. Malgré le peu de temps que nous avons eu pour nous réunir et d'abattre
des recommandations de ce rapport, nous avons eu la chance d'entendre des
ex-parlementaires ayant vécu soit l'expérience du dépôt d'une demande
d'enquête, soit d'avoir subi les conséquences d'être sous la loupe de la commissaire
ou de ses prédécesseurs.
Premièrement, dans un article publié en
2021, la Commissaire à l'éthique mentionnait qu'«en éthique et en déontologie,
chaque cas est différent. On ne pourra jamais prévoir tous les cas de figure
dans les articles du code. Il faut laisser une souplesse, et c'est ce que je
demande.» Le cercle appuie le besoin de souplesse demandé par la commissaire.
Même si nous avons la ferme conviction que les demandes d'enquête doivent
continuer à être publiques et commentées publiquement, nous pensons qu'à chaque
fois que l'on apprend qu'un parlementaire commet un impair, cela affecte
l'image que la population québécoise a du niveau de probité de l'Assemblée
nationale.
Le cercle souhaite également vous
sensibiliser au fait qu'il est important de tenir compte de l'expérience des
parlementaires sortants qui ont souvent accumulé une bonne connaissance de
l'appareil gouvernemental et de son fonctionnement. Leur expertise peut être
d'une grande valeur une fois qu'ils ont quitté la vie politique et ceux-ci
pourraient poursuivre leur carrière en occupant des postes en soutien à l'État.
Les règles de l'après-mandat doivent être flexibles pour celles et ceux qui
n'ont pas occupé des postes de ministre pour qui il y a donc moins de conflits
d'intérêts potentiels en lien avec le poste occupé précédemment.
La recommandation n° 1. La première
recommandation du rapport a attiré l'attention du cercle, qui appuie la mise en
place d'une formation obligatoire. Nous suggérons même que cette formation soit
faite et qu'elle devienne obligatoire également pour le personnel politique oeuvrant
dans les cabinets et dans les bureaux de circonscription. De plus, le cercle
recommande que cette formation soit aussi offerte... au moins une fois par
année à l'ensemble des élus et du personnel politique.
Recommandation n° 3. Nous croyons que
les législateurs et les législatrices doivent réfléchir sérieusement à adopter
cette recommandation. Les élus peuvent croire que leur situation ne les met pas
en place... en situation de conflit d'intérêts et, par conséquent, ne pas
vouloir en référer à la commissaire. De plus, leur chef peut apprendre une...
peut apprendre une situation grave concernant le ou la membre de son caucus et
vouloir s'informer auprès de la commissaire sans alarmer outre mesure l'élu.
Cela peut aussi devenir un instrument de négociation pour mettre fin à une
situation déplaisante pour tous et toutes et aussi éviter une crise.
Le... Recommandation n° 5. Le déclenchement
d'une enquête est une chose grave, probablement plus grave qu'il n'y paraît de
prime abord, quand le code a été étudié puis adopté. Les répercussions d'une
annonce de déclenchement d'enquête sont immédiates : les partis s'en
emparent souvent de façon partisane, les médias transmettent l'information à
tous les Québécoises et les Québécois. Et les chefs parlementaires doivent
alors se positionner : l'élu visé doit-il ou doit-elle demeurer dans le
caucus ou au Conseil des ministres, selon le cas? L'élu a aussi des employés,
et un bureau de circonscription, et un cabinet à gérer. Ces employés vivent la
crise avec le ou la parlementaire.
Par ailleurs, si la présence grandissante
des médias sociaux est un outil qui peut permettre la diffusion d'idées
politiques, on y voit aussi une floraison d'insultes, d'injures et de menaces
qui pourrissent la vie de l'entourage du politique. La famille de l'homme ou de
la femme politique est affectée par tout ce branle-bas entourant la nouvelle
d'un déclenchement d'une enquête et le vit difficilement. Si le résultat de
l'enquête est qu'il n'y avait pas matière à enquêter, jamais cela n'effacera le
doute qui s'insinue dans toutes les couches de la société. Dans le cas d'une
enquête de la commissaire, comme dans le cas d'une enquête policière, la
présomption d'innocence est souvent malmenée. C'est pourquoi nous croyons qu'il
est raisonnable de permettre à la commissaire de procéder à une enquête
préliminaire dans un court délai de quatre jours ou de 14 jours au
maximum. Ce délai ne doit pas être utilisé en toutes circonstances, bien sûr. Il
doit être le plus court possible, car, dès le dépôt d'une demande d'enquête, la
rumeur circulera et affectera l'élu en question ainsi que son entourage.
Recommandation n° 6. Pour les raisons
précédemment édictées, ayant toujours en tête qu'un ou une élue est quasiment
automatiquement membre d'un caucus, et que les chefs parlementaires sont tenus
responsables de la probité de leur caucus et questionnés systématiquement au
déclenchement d'une enquête, nous appuyons cette recommandation.
Recommandations n° 10-A et 10-B. Pour
le cercle, les <recommandations...
Mme Dionne
(France) :
...appuyons cette
recommandation.
Recommandations n° 10a et 10b.
Pour le cercle, les >recommandations n° 10-A et 10-B devraient
tenir compte que les élus continuent à aider les citoyens de leur
circonscription pendant la période électorale. À cet effet, l'utilisation de
l'adresse courriel de l'Assemblée nationale peut être utilisée, car cette
adresse est affichée dans la section Contact de sa biographie publiée en ligne
sur le site de l'Assemblée nationale. Donc, il est important de ne pas porter
un blâme à un ou une député qui a utilisé cette adresse.
Recommandations n° 11 et 12. Le
cercle appuie ces recommandations, mais suggère que le rapport précise s'il
s'agit des candidats officiels ou de tous les candidats. De plus, le cercle est
d'avis que, si le... ce code continue d'être appliqué durant les campagnes
électorales, les enquêtes qui pourraient en découler devront être souples et
adaptées afin d'éviter des accusations partisanes et d'entacher la réputation
de celles ou de ceux qui se présentent ou se représentent aux élections.
Voilà, M. le Président, l'ensemble des
commentaires qu'il semble opportun pour le Cercle des ex-parlementaires de
l'Assemblée nationale de soumettre à la Commission des institutions. Nous
espérons que ceux-ci seront utiles à la réflexion et au débat. Et nous vous
remercions de vous... Et vous présentons nos salutations les plus cordiales, M.
le Président, et à tous les parlementaires autour de la table à la commission.
Alors, nous sommes prêts pour répondre à
vos questions.
Le Président (M.
Bachand) :Et vous êtes bonne, Mme Dionne,
drette sur le 10 minutes, alors bravo! Alors, Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré,
s'il vous plaît.
Mme Bourassa : Bonjour!
Je suis très contente de pouvoir bénéficier de votre expertise aujourd'hui.
Vous avez abordé un point qui, pour moi,
était l'une des recommandations de la commissaire, très importante, qui est
l'enquête préliminaire. Pour avoir travaillé dans les médias, j'ai vu que,
quand on déclenche une enquête, quand il y a un doute sur l'intégrité d'une
personne, ça peut faire les manchettes. La rectification peut être en page 117
dans le bas d'un encadré. Alors, oui, il peut effectivement y avoir des
conséquences très graves, vous l'avez mentionné, pas seulement pour l'élu, pour
son entourage, sa famille, son personnel politique. Alors, j'aimerais vous
entendre, justement. Vous avez dit qu'autour de vous il y avait des gens qui
ont déjà eu affaire au commissaire : Quel est l'impact du déclenchement
d'une enquête? Et à quel point l'enquête préliminaire pourrait peut-être
baliser tout ça?
Mme Dionne (France) :Écoutez, d'une part, je pourrais dire que c'est pour ça
qu'on pense que... qu'il y ait une préenquête, là, un 14 jours pour faire
l'exercice en tant que tel, c'est... ce n'est pas long, en tant que tel, mais
ça peut être tellement... protéger, effectivement.
Je pense que vous avez, d'ailleurs,
récemment vu, dans La Presse, il y a un ex-parlementaire qui... M. Surprenant,
qui vient d'écrire un livre qui relève, en fin de compte, tout ce qu'il a vécu.
Et sa réputation est entachée. Elle est entachée depuis le début de l'enquête.
Et, pour se retrouver dans une situation, quelques années plus tard, avoir... Et
je pense qu'il y a une correction qui est apportée aujourd'hui qui est portée
par... et qu'on a connue dans les médias, mais, pendant tant d'années, cet
ex-parlementaire a vécu ça. Et c'est difficile. Alors, je pense que... Et c'est
pour ça que nous, on trouve que c'est très important.
Et je ne sais pas si mes collègues ont
peut-être un commentaire à ajouter sur cet élément-là, mais, moi, pour moi, je
le trouve primordial. Agnès? Mme Maltais?
Mme Maltais (Agnès) : ...
Mme Dionne
(France) :Ton micro.
Le Président (M.
Bachand) :...
Mme Maltais (Agnès) : Bonjour.
Si je peux ajouter quelque chose, c'est qu'on a effectivement discuté avec des
parlementaires qui ont vécu la situation où ils ont été, à la fin, blanchis, mais
le choc sur la famille, du fait... Et non seulement blanchis, mais il n'y avait
probablement pas matière à enquête, seulement. Le choc sur la famille, le choc
sur l'entourage est énorme. En fait, ce parlementaire-là ne s'en est à peu près
jamais remis. Jamais remis, là, c'est sérieux, là.
• (18 heures) •
Puis, écoutez, quand il y a déclenchement
d'une enquête, il y a quasiment souvent sortie du caucus, parce que le chef est
sous pression, et ça entache la crédibilité de tout le caucus. Alors,
imaginez-vous, il n'y a même pas matière à enquête, vous êtes sorti d'un caucus,
les médias discutent sur votre cas, dans votre circonscription, vous allez
faire l'épicerie avec votre famille, des gens discutent. C'est très lourd. Il
faut que ça demeure grave, une enquête de la commissaire. Je pense que c'est
quelque chose qui doit résonner encore très fort. Ce n'est pas pour enlever
cette résonance-là, mais se donner, je dirais, la chance, comme groupe, vous
êtes les députés, d'éliminer le cas où il y aurait véritablement une innocence
évidente, pour la commissaire, ce serait bien. Ce serait très bien. Mais on ne...
La présidente du cercle nous a précisé qu'il est important que le 14 jours
ne soit pas un <automatisme...
>
18 h (version révisée)
< Mme Maltais (Agnès)T :
...la
présidente du cercle vous a précisé qu'il est important que le 14 jours ne
soit pas un >automatisme, parce que même le 14 jours d'une enquête...
on va appeler ça enquête préliminaire, là, ou étude préliminaire du sujet d'enquête
va être difficile à vivre. Mais, au moins, si, rapidement, la commissaire dit,
après trois jours : Non, il n'y avait pas matière à enquête, le dommage va
être beaucoup, beaucoup moins grand que d'attendre la fin d'une enquête. Mais
de garder le 14 jours non pas comme un plancher mais d'en faire un maximum,
pour que, s'il n'y a pas matière à enquête... qu'on le sache rapidement.
Mme Bourassa : Et ce
nouveau processus là, s'il y a cette... moi, j'aime mieux «étude préliminaire»,
parce que, quand on dit «enquête», effectivement, on pense tout de suite à une
enquête pour faute... devra être accompagnée d'une communication très claire
aux yeux du public, de dire : Bon, bien, le commissaire a une phase tampon
où il peut se faire une tête sur le sujet avant de dire si, oui ou non, il
enquête. Ça, ça va être important de publiciser ça aussi.
Mme Dionne (France) :Oui, comme... Mme la députée de Charlevoix, je pense, oui, comme
outil, mais c'est important que, pendant les 14 jours... je ne pense pas
que c'est important pour la commissaire de dire publiquement qu'elle procède à
ça. Ces 14 jours là, c'est pour elle, c'est pour le député et c'est pour
le chef du parti, alors... le président du caucus, en tant que tel... Bon. Et
alors ça, c'est important pour ces... Et c'est là où je pense que ça doit se
faire rapidement, avec beaucoup de diligence, beaucoup de prudence, mais ça
donnerait une marge de manœuvre, là, pour que tout le monde réagisse du mieux
possible aussi.
Mme Bourassa : Une
dernière question, parce que, mes collègues, je suis certaine qu'ils ont aussi
plein de questions. Vous parliez du fait qu'un député sortant, pour l'instant,
n'a pas les mêmes contraintes qu'un ministre au titre du conflit d'intérêts,
là, avec son futur emploi. Tout à l'heure, on a des gens qui nous parlaient
peut-être d'un an pour un député versus deux ans pour un ministre, tu sais, des
restrictions. Vous, vous l'avez fait, vous êtes sorties de la politique. Est-ce
que c'est difficile de se tenir loin, justement, de ce qu'on a connu quand on a
pataugé dans ce monde-là aussi longtemps? Si on met des restrictions pour les
députés qui n'ont pas été ministres, est-ce qu'il pourrait y avoir un certain
danger de difficulté de se replacer?
Mme Dionne (France) :Bien, d'une part, il ne faut quand même pas se... il ne
faut pas se cacher, là, du fait qu'un député ayant perdu ses élections, en tant
que tel... Bon, il y a toujours une période d'un an, là, où je pense qu'on a
convenu, à l'Assemblée nationale, qu'il y avait quand même une compensation qui
était accordée. Mais, en même temps, ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'un
député qui a perdu ses élections, qui... Celui qui décide de ne pas se
représenter, c'est une chose, mais un député qui a perdu ses élections dans un
comté... Et c'est toujours difficile, parce que c'est un leader, un député,
dans un comté, que ce soit un député urbain ou un député en région. Et, quand
il perd ses élections, ça veut aussi dire qu'il y a un nouveau député qui
reprend le leadership. Alors... Et il y a des situations difficiles qui sont
vécues, en tant que tel, et ça, il faut... on ne peut pas se le cacher. Il y en
a qui... S'ils... il avait un travail permanent dans le passé comme enseignant,
c'est plus facile de retourner à l'enseignement, mais ce n'est pas tout le
monde qui a... qui sort d'un emploi rémunéré ou protégé pour y retourner par la
suite.
Alors, je pense que c'est là où il faut
être très prudent, en tant que tel, et... Mais, en même temps, cet
ex-parlementaire, il a une connaissance de l'appareil gouvernemental assez
extraordinaire. Écoutez, dans un comté urbain, c'est peut-être un petit peu
plus limité, mais, si vous comptez, dans un comté rural, où tu touches à
presque tous les ministères du gouvernement, parce qu'il y a des... Alors, il y
a des... une connaissance. Et, si le député a fait un neuf ans, 10 ans ou
s'il a fait plus de temps, c'est un... c'est devenu un expert.
Alors, ce qu'on en dit, nous, c'est de
dire, que ce soit au Conseil exécutif ou dans différents ministères... et, s'il
y a des gens qui sont disponibles, qui sont intéressés à travailler pour le
gouvernement, bien, qu'ils puissent le faire, en tant que tel. C'est sûr que c'est
non partisan. Il faut que ça se respecte de cette façon-là. Mais il y a des
connaissances importantes.
Et, comme on est en pénurie de main-d'œuvre
partout dans le moment, je pense que d'avoir des gens d'expérience qui sont
capables, justement, d'aider les citoyens parce qu'ils l'ont... et des
entreprises, et des OBNL parce qu'ils les ont faits pendant cinq ans, pendant
10 ans, pendant 15 ans... bien, ça ne s'oublie pas, ça, le lendemain
matin, ça ne se perd pas. Et je pense que ça vaut la peine, pour la population
et... de pouvoir en profiter et que ça... que les positions soient aussi
ouvertes aux ex-parlementaires.
Mme Bourassa : Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Autres interventions du
côté gouvernemental? M. le député de <Saint-Jean...
Le Président (M.
Bachand) :
...du côté
gouvernemental? M. le député de >Saint-Jean, 8 min 34 s.
M. Lemieux : OK. Merci,
M. le Président. Bonjour, mesdames, presque bonsoir. D'abord, merci beaucoup de
contribuer comme ça à nos... à notre réflexion et d'avoir travaillé sur ce
rapport, qui date déjà de quelques années, pour qu'on puisse éventuellement le
réactualiser. Vous savez que la commissaire va présenter un nouveau rapport au
plus tard dans un an et quelques jours. Donc, forcément, ça va bouger. Et votre
perspective est intéressante et elle est importante.
Avant de poser ma question, je voulais
renchérir sur ce que ma collègue disait au sujet des médias. Effectivement, ça
n'effacera jamais le doute, ce que vous nous disiez, au sujet de quelqu'un qui
se retrouve, entre guillemets, dans l'actualité à cause d'une enquête. Puis, de
la même façon, la vision du public à l'égard de cette personne-là, non
seulement elle va rester flouée ou, en tout cas, elle va rester entachée, mais
les médias eux-mêmes ne rapporteront jamais autant qu'il n'y a rien eu que le
doute qu'il y avait quelque chose. Bon.
Une fois qu'on a dit ça, ce n'est quand
même pas si clair que ça. Moi, aujourd'hui, j'ai essayé de suivre d'un témoin à
l'autre, ce n'est quand même pas si clair que ça. La commissaire a une certaine
marge de manoeuvre pour répondre dès qu'un député dépose une plainte, en
disant... en demandant une enquête, en disant : Bien, à mon avis, il n'y a
pas matière à enquête. Mais c'est très flou puis c'est très peu, dans le code,
bien défini. Et donc c'est pour ça qu'elle nous demande de pouvoir aller avec
cette étape-là préliminaire, entre guillemets. Et effectivement vous... je vous
entendais dire : Oui, puis c'est juste pour elle, là, entre guillemets,
personne d'autre ne va savoir ça. Mais vous connaissez bien trop la politique
pour savoir que, quand un parti demande qu'on enquête sur l'autre, bien, c'est
parti, à partir de là, là, puis là arrivera ce qui pourra. Mais, au moins, il y
aura cette capacité de la commissaire, en dedans de quelques jours, de dire oui,
non, ou on verra. Phrase célèbre. Bon.
Je voulais vous entendre au sujet de la
souplesse. J'ai écrit ce mot-là en vous entendant dès le départ, quand vous
avez parlé de souplesse. Et il y a effectivement, même si ce n'est pas des recommandations
que vous avez ciblées comme étant quelque chose sur lequel vous vouliez parler...
mais il y a quand même la recommandation n° 16, n° 17, où la commissaire demande d'avoir un pouvoir un peu
plus discrétionnaire... bien là, je vulgarise, là, mais d'être capable
d'intervenir auprès d'un député qui... ou même d'un ministre qui se retrouve
avec une plainte mais qu'elle considère que, bien, le gros bon sens aurait
peut-être sa place, qui n'est pas nécessairement dans le code, alors elle
demande de la souplesse. Puis je me demandais, quand vous avez commencé à
parler de souplesse, si c'est à ce genre de choses dont vous parliez.
Mme Dionne (France) :Écoutez, je vais laisser, peut-être, mes collègues répondre
à ça, parce qu'au niveau de la souplesse, là, j'ai... elles sont peut-être plus
expertes, là, en tant que tel, que je peux l'être.
Le Président (M.
Bachand) : ...
Mme Dionne
(France) :Agnès, peut-être? Ton micro,
oui, oui, oui.
Mme Maltais (Agnès) : Oui,
oui. C'est... J'ai peu... J'ai eu peu de temps pour étudier ceci. Donner de la
souplesse... Écoutez, on n'a pas beaucoup commenté, on n'a pas beaucoup discuté
de cet article-là en groupe. C'est clair que, d'habitude, quand la commissaire
demande de la souplesse... je pense qu'elle doit vous présenter, peut-être,
les... de façon à ne pas évoquer le nom mais les raisons pour lesquelles elle
le demande. En général, c'est assez sérieux quand la Commissaire à l'éthique
demande de la souplesse. Mais je pense que Manon a peut-être plus participé que
moi aux discussions entourant cet article-là.
• (18 h 10) •
Mme Blanchet (Manon) : Bien,
oui et non. Bonjour, tout le monde. Mais, en fait, je pense que, de façon
générale, un rapport sur le code d'éthique, il y a toujours place à la
souplesse pour un peu tous les articles ou pour tout le code, parce que, comme
vous le disiez vous-même, M. le député, à un moment donné, effectivement, il y
a aussi le gros bon sens. Et je pense que la commissaire le témoigne dans...
rapidement, là, dans les échanges, dans les lettres, là, qu'il y avait en début
de rapport, c'est aussi pour s'adapter à toutes les situations possibles, parce
que, comme... et Mme la présidente le disait, justement, d'emblée, dans un
article, elle disait : On peut... Il n'y a pas de... C'est tout du cas par
cas, comme on dit, on ne peut pas faire du mur-à-mur. Donc, je pense que la
souplesse doit être là tout au long non seulement de la rédaction du code, mais
dans son application également. Je pense qu'on n'a pas le choix d'y aller avec
ça.
M. Lemieux : Effectivement.
C'est très particulier d'imaginer que ce sont tous des cas particuliers puis
qu'en même <temps...
M. Lemieux :
...tous des cas particuliers puis qu'en même >temps...
Une voix :Il faut que ça remplisse...
M. Lemieux : ...il n'y a
pas de codes qui peuvent codifier tout ça. Mais, justement, il y a, à la
recommandation n° 2... parce que tout le monde parle
de la n° 1, on est d'accord, bon, mais, la n° 2, «que les
parlementaires réfléchissent à l'opportunité de rendre publiques, dans un
registre, certaines mesures prises pour prévenir des situations de conflits
d'intérêts», ça, c'est intéressant, dans la mesure où, bon, il faudrait que ce
soit anonymisé. Et il y a peut-être juste vous, Mme Maltais ou Mme Blanchet,
qui diraient : Ah! c'est mon cas, ça, puis personne ne va le savoir, mais
ils l'ont pris comme exemple. Parce qu'effectivement il y a comme une espèce de
jurisprudence qui pourrait s'installer s'il y avait un répertoire, un registre
où on pourrait dire : Bien, il y a eu telle sorte de cas, telle sorte de
situation, ce n'est pas exactement comme moi, mais je comprends que la
décision, à ce moment-là, ça a été celle-ci. Parce que, la majorité du temps,
quand on va voir la commissaire, on ressort de là avec son petit bonheur sous
le bras en disant : OK, si je ne fais pas ça, je vais être correct ou...
Alors, ça, c'est le genre de truc qui devient un petit peu plus délicat, là,
parce que peut-être que vous allez vous reconnaître dans trois ans si jamais il
y a un registre, là.
Mme Dionne (France) :Mais, M. le député, moi, j'aimerais... oui, on parle de
souplesse, mais, en même temps, rappelez-vous la recommandation 1, sous
laquelle on parle de dire de façon... des formations obligatoires, et ce n'est
pas pour rien, c'est parce que... Tu sais, on peut, oui, avoir de la souplesse,
parce qu'il y a différents cas puis ce n'est pas facile, mais, en même temps,
ce que nous, on recommande, c'est qu'il y ait une formation obligatoire non
seulement aux députés, en tant que tel, mais aussi au personnel. Ça fait que,
quand on parle de situations délicates où la Commissaire à l'éthique doit
intervenir, en tant que tel... Bon.
Alors, si, parce qu'on est plus rigoureux
sur les formations qu'on donne puis qu'on donne à... puis nous, on recommande à
chaque année parce que, dans un cabinet de ministre ou un cabinet de député,
alors, il y a des changements. Alors donc, il faut, à un moment donné, que tout
le monde soit sur la même longueur d'onde, et c'est ça qui fait qu'on fait de
la... on fait... on prévient les problèmes, en tant que tel, donc, puis on met
plusieurs personnes... plus qu'une personne vigilante, parce que ça bouge vite
dans un bureau de comté, ça bouge vite dans un cabinet. Alors... Vous le savez.
Alors donc, c'est pour ça que nous, on dit que cette formation-là doit être
obligatoire et répétée de façon annuelle pour, justement, là, avoir une
rigueur...
M. Lemieux : Donnez-moi
juste...
Mme Dionne (France) :...de plus en plus grande.
M. Lemieux : Donnez-moi
juste une dernière minute, parce que je veux absolument... On aurait dû
commencer par ça, parce que vous êtes spécialistes dans l'après-mandat, nous,
on ne l'est pas, et c'est important parce que, là, tout à l'heure, le Commissaire
au lobbyisme et la Commissaire à l'éthique ont des intentions par rapport à ce
que ce pourrait être pour les députés, ce qui n'était pas vraiment le cas,
c'était pour les ministres seulement. Vous en avez parlé tout à l'heure, mais
vous voyez ça d'un bon oeil, qu'on resserre? Tant qu'à être plus éthiques,
soyons-le jusque-là?
Le Président (M.
Bachand) :...
Mme Dionne (France) :Mais que les... Les recommandations sur l'éthique, tu sais,
pour être vigilant, il y en a peut-être qui sont déjà bonnes puis qui ne sont
pas présentées dans les... dans tous les cabinets puis dans tous les bureaux de
circonscription, là. Alors, il y a déjà ça. Alors, si on doit les... en
ajouter, moi, je n'ai pas de problème, je n'ai pas de problème avec ça, parce
qu'on est rendu en 2023, et il y a des situations qui n'étaient pas là quand ça
a été développé puis que, là, maintenant, ça peut être amélioré.
Alors, nous, ce qu'on dit, c'est que... essayons
que tout le monde soit plus prudent, soit plus vigilant dès le départ puis de
façon annuelle pour qu'effectivement... qu'on se retrouve avec moins de
situations qui doivent aller au Commissaire à l'éthique. Alors, si la... Mme la
commissaire a congé parce qu'il ne se passe rien pendant six mois, bien, tant
mieux...
M. Lemieux : Tant mieux.
Mme Dionne (France) :...tant mieux, en tant que tel.
M. Lemieux : Merci
beaucoup, mesdames. Le président me fait des gros yeux. Merci, mesdames.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Non, non. Alors, M. le
député de Nelligan, pour 12 min 45 s. M. le député, s'il vous
plaît.
M. Derraji : Merci, M.
le Président. Chères collègues, merci. Merci de venir en commission. Merci pour
votre analyse. Merci pour la lettre. Je vais terminer mes mercis. Merci de
prendre le temps de venir nous éclairer et de nous faire part de vos
recommandations. Très, très apprécié, chères collègues.
J'ai plein de questions. Je vais reposer
la question de mon collègue parce que ça touche quelque chose que le Commissaire
au lobbyisme nous a dit qu'il voulait élargir. Sa recommandation, c'est que...
pour l'après-mandat, pour les députés non membres du Conseil exécutif. Ça veut
dire que, présentement, les ministres ne peuvent pas exercer un mandat de
lobbyisme pendant deux ans, les chefs de cab, un an. Il nous propose de
l'élargir à l'ensemble de la députation, partie gouvernementale et aussi les
oppositions. Qu'est-ce que vous en pensez?
Mme Dionne (France) :Vous... Est-ce que vous dites qu'élargir... deux ans pour
tout le monde, chefs de cabinet, ex-parlementaires, comme les ministres, qui
doivent respecter le deux ans? Est-ce que c'est ça, votre question?
M. Derraji : Non. Ce
qu'il disait, c'est qu'à... dans les autres provinces
canadiennes et que même chez nous, <l'après-mandat...
M. Derraji :
...dans
les autres provinces canadiennes et que même chez nous, >l'après-mandat,
ça touche les maires, présidents d'arrondissement, préfets, présidents du
conseil d'une communauté métropolitaine, membres du comité exécutif d'une
municipalité ou d'une communauté métropolitaine. Ce qu'il nous a proposé, c'est
que la restriction d'après-mandat doit dorénavant inclure les députés non
membres du Conseil exécutif, ça veut dire pas uniquement les ministres,
l'élargir à l'ensemble de la députation. J'ai posé la question : Est-ce
que c'est uniquement au niveau du gouvernement? Non, c'est l'ensemble des
députés. Donc... Et, présentement, les chefs de cab, c'est un an, les
ministres, c'est deux ans. Donc, j'aimerais bien vous entendre sur cette
recommandation.
Mme Maltais (Agnès) : Écoutez,
on n'a pas discuté beaucoup de cette recommandation-là, mais vous avez entendu
la présidente du cercle tantôt, elle a transmis l'impression que nous avons
tous, que le député a beaucoup de difficulté ensuite. Le député qui n'a pas de
métier dans la fonction publique, ou qui n'est pas dans le monde de
l'éducation, par exemple, ou professeur à l'université, ce n'est pas si simple,
se replacer après.
Je vais vous dire, je vais être bien
franche, là, un des endroits où on récupère bien les députés, je dirais, c'est
souvent, justement, dans des ressources de stratégie, de lobbying, et tout ça,
parce que le député a une connaissance fine de l'organisation gouvernementale.
Mais est-ce que le député a, dans les mains, le même type d'informations qu'a
un chef de cabinet ou un ministre? Mais pas du tout, pas du tout, sauf les
députés qui parfois vont avoir des mandats spéciaux. Je vais vous dire un nom,
André Drolet, ex-député de... dans Limoilou, de Jean-Lesage, avait eu un beau
mandat sur les PME. Là, il avait eu accès au ministère, mais c'était un mandat
bien précis et bien particulier. Il y a parfois des députés qui reçoivent des
mandats pointus, mais jamais, au grand jamais les députés n'ont accès aux
informations qu'ont les chefs de cabinet ou les ministres. Alors, moi, j'ai
peur qu'on les charge trop. Ce n'est pas pour rien qu'ils ont été écartés à
l'époque. J'étais là lorsqu'on avait parlé du code d'éthique, on disait de
protéger, quand même, l'avenir des députés.
Je ne sais pas si France veut rajouter
quelque chose. Parce que c'est le sens que tu disais. Je pense que ce n'est pas
si simple, la vie d'après-mandat.
Mme Dionne (France) :Oui, effectivement. Et on a eu... je pense que vous avez vu
à la télévision, je pense, c'était au printemps... d'ailleurs, on a... il y a
une journaliste de Radio-Canada qui a fait des entrevues avec certains
ex-parlementaires qui n'avaient pas trouvé... qui trouvaient leur vie après la
politique assez difficile, l'adaptation difficile. Alors donc, c'est une chose.
Mais, quand même, on doit reconnaître que
les députés, en tant que tel, et je prends les commentaires d'Agnès Maltais, en
tant que tel... écoutez, ils sont partout à travers le Québec, en tant que tel,
et ils ne veulent pas nécessairement être lobbyistes, mais ils ont acquis,
pendant tant d'années, une connaissance. C'est pour ça que pourquoi qu'on leur
dirait : Bien, pendant deux ans, vous ne pouvez pas être en lien avec le
gouvernement? Je trouve ça tout à fait inadmissible, moi, pour ma part, parce
qu'on parle des compétences et des aptitudes, en tant que tel, pour aider même
le gouvernement lui-même puis... Et la seule chose, c'est toute la question de
l'éthique. Quand un ex-parlementaire prend un mandat pour le gouvernement et il
était à l'opposition, c'est sûr que, si... il doit respecter le code d'éthique,
en tant que tel, et de non-partisan, et ça, ça se comprend très bien. Mais
j'aurais beaucoup de misère à trouver... à penser que, un ex-parlementaire, on
lui dirait : Maintenant, ce n'est plus un an, c'est deux ans.
• (18 h 20) •
M. Derraji : Oui. Non,
mais c'est... Merci beaucoup. Au fait, je voulais vraiment, parce que, tout à
l'heure, j'ai essayé de poser la question, je ne peux pas avoir mieux que trois
ex-collègues pour nous parler d'une réalité. Et je vous remercie, parce que
moi-même, j'ai été extrêmement touché de voir le reportage. Il y avait une
collègue avec qui j'ai collaboré les quatre dernières années. C'est très
difficile, la vie après. Et vous êtes là maintenant, je serai là dans quelques
années. Donc, il faut faire attention. Mais je voulais absolument avoir l'heure
juste avec vous. Ça a été une proposition sur la table, mais vous êtes mieux
placées de nous dire si on doit aller de l'avant ou pas avec cette
recommandation. Donc, c'est très clair.
Recommandation 3, «Que les parlementaires
réfléchissent à l'opportunité de prévoir, dans certaines circonstances, un
processus de consultation du commissaire par les chefs des groupes
parlementaires», vous avez déjà levé un drapeau rouge : «...doivent
réfléchir sérieusement à adopter cette recommandation.» Pouvez-vous nous dire c'est quoi, les choses que vous voyez que c'est <dangereux...
M. Derraji :
...c'est
quoi, les choses que vous voyez que c'est >dangereux ou, à la limite, on
ne doit en aucun cas aller de l'avant avec ces recommandations?
Mme Dionne (France) :Écoutez, je pense que... Peut-être, Agnès, tu t'es penchée
un peu plus sur ce dossier-là. Je te laisse...
Mme Maltais (Agnès) : En
fait... Oui. Merci, France. En fait, on était plutôt d'accord avec la
recommandation... dire que nous croyons que le chef peut parfois poser des
questions à la commissaire. Il est... Le chef est redevable de la probité, de
l'honnêteté et de l'intégrité de son caucus devant la population, via les
médias. Les médias questionnent les chefs à l'instant même où il se passe... où
il y a un indice de manque d'éthique, en quelque part, sur un député. Alors,
que le chef...
M. Derraji : «...doivent
réfléchir sérieusement à adopter...»
Mme Maltais (Agnès) : Oui,
oui, doivent réfléchir sérieusement à l'opportunité d'accepter cette recommandation...
M. Derraji : Oui,
adopter, oui.
Mme Maltais (Agnès) : ...à
l'adopter, parce qu'un processus de consultation du commissaire par les chefs
des groupes pourrait permettre, par exemple, qu'un chef qui réalise qu'un
député est dans une situation dangereuse et qu'il veut le convaincre de sortir
de cette situation-là... bien, avec un avis du commissaire, le chef peut s'asseoir
avec le député puis lui dire : Écoute, jeune homme ou jeune femme, il faut
que tu sortes de cette situation-là, parce que, sinon, on va avoir un problème,
tu as un problème d'éthique ou on va avoir un problème médiatique. Donc, c'est
important.
M. Derraji : OK. Merci
pour les clarifications. Donc, vous voulez utiliser l'autorité morale du chef
pour avoir un effet de levier, de négociation, c'est ce que vous dites par la
suite : «Cela peut aussi devenir un instrument de négociation pour mettre
fin à une situation déplaisante pour toutes et tous et ainsi éviter une crise»,
donc que l'avis soit communiqué au chef du... de la formation politique pour
que, par la suite, lui, il parle avec le député ou la députée concernée.
Mme Maltais (Agnès) : Oui,
mais aussi qu'un chef puisse faire... appeler la commissaire et dire :
J'ai un député qui... que je crois avoir un problème, un problème d'éthique,
est-ce que je peux te demander ton opinion?, que ce ne soit pas le député qui
le demande directement, ce qui était dans le premier code, ce qui était prévu,
mais que le chef des parlementaires puisse consulter la commissaire sur la
situation d'un de ses députés, pour ensuite parler à ce député et lui dire :
Écoute, tu dois mettre fin à cette situation-là, c'est mauvais pour toi, c'est
mauvais pour nous, c'est mauvais pour le parti, c'est mauvais pour l'Assemblée
nationale.
Parce que, écoutez, on se retrouve ici
devant une situation où on... ce que nous... dont nous faisons la promotion,
c'est la prévention. C'est-à-dire que, si le député quitte une situation où il
est en conflit d'intérêts ou manque d'éthique, grâce à cet avis de son chef via
le commissaire, bien, c'est intéressant pour tout le monde. On évite une crise,
on évite une médiatisation d'une mauvaise situation qui, ensuite, va pousser le
député à sortir puis qui va enclencher tout ça. Autrement dit, si ça peut
prévenir plutôt que guérir, c'est très bien.
M. Derraji : Oui, c'est
excellent, c'est très clair. Merci beaucoup pour les clarifications.
Recommandation 5. Je vous ai
entendues, tout à l'heure, parler du déclenchement d'une enquête. Oui, c'est
une chose grave, oui, il y a des répercussions, et le collègue l'a très bien
mentionné, c'est que l'effet du déclenchement de l'enquête... et on s'entend
que l'enquête... la commissaire, quand elle... qu'elle juge recevable
l'enquête, elle déclenche une enquête, ce n'est pas... c'est un début de
processus, ce n'est pas la fin du processus, mais, une fois le processus
terminé, il y a deux cas de figure ou trois cas de figure, mais on dirait que
l'emphase, elle est beaucoup plus sur la première phase, à savoir l'ouverture
d'enquête.
Vous, vous êtes à l'extérieur maintenant,
vous observez tout ce qui se passe. J'imagine, vous avez vu passer plusieurs
enquêtes. C'est quoi, votre interprétation? Si on veut vraiment que le
processus soit respecté, que la commissaire ou que la... les personnes ou la
commissaire elle-même peut déclencher une enquête, elle a tous les droits de
déclencher une enquête, elle n'a pas besoin que les parties lui demandent de
faire enquête... vous, comment vous voyez tout cela?
Mme Dionne (France) :En fait, quand on regarde la recommandation 5, elle se
termine... en tant que tel, on expose, effectivement, tous ceux qui sont
affectés par l'enquête, en tant que tel. Puis je pense qu'on a... il y a des
exemples que vous avez dû voir, là, du passé, où il y a des enquêtes qui ont
été... Tu sais, ça, c'est difficile pour tout le monde, en tant que tel, et
c'est pour ça qu'on parlait du délai de 14 jours, qui nous semblait <raisonnable...
Mme Dionne
(France) :
...et c'est pour ça
qu'on parlait du délai de 14 jours, qui nous semblait >raisonnable,
en tant que tel, pour prévenir. Nous autres, c'est toujours un peu ça, hein,
pour... effectivement, s'il y a des choses à faire, en tant que tel, de pouvoir
prévenir dans un délai de 14 jours maximum. Tu sais, on est prudents,
compte tenu de l'impact, maintenant, des médias sociaux à travers le Québec.
Alors, ça, c'est...
Et, vous savez, il y a des conclusions qui
sont positives, d'autres qui sont négatives. Alors, quand on a fait un
processus, en tant que tel, vous savez, c'est dur pour les gens. Alors, c'est
pour ça qu'on dit : Bien, oui, il faut... il ne faut pas... il faut... il
ne faut pas ne pas le faire, mais peut-être d'avoir un... être étapiste, si on
veut, un petit peu, pour permettre de protéger tous les gens et de s'assurer
que la vérité est là autour de la table, hein?
M. Derraji : Merci,
encore une fois, à vous trois. Le temps qu'il me reste est terminé, mais je
vais prendre les quelques minutes qu'il me reste, bien, pour remercier les
collègues, vous remercier. Mais je veux aussi, conformément à
l'article 176 de notre règlement... je demande à ce que, d'ici la fin de
la semaine, vous réunissiez, M. le Président, la commission en séance de
travail pour déterminer les observations et surtout les recommandations à la
lumière de l'ensemble des commentaires que nous avons reçus tout au long de la
journée. Merci beaucoup, chères collègues. Merci à vous trois.
Des voix : Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Donc, effectivement,
vous serez convoqués à une rencontre de... séance de travail très bientôt.
M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve, pour
4 min 15 s.
M. Leduc : Merci, M. le
Président. Je souscris à la proposition de mon collègue de l'opposition
officielle, c'est une bonne idée.
Salutations à nos trois ex-élues. Je me
rappelle que la formation qui m'avait le plus marqué quand j'ai été élu la
première fois, en 2018, c'était la formation en fin de journée où est-ce qu'on
avait d'ex-députés qui venaient nous parler de leur vie, conciliation
travail-famille, ne pas trop boire d'alcool dans les 5 à 7 où on est invités,
des choses comme ça. En tout cas, c'était vraiment une belle formation puis ça
m'avait vraiment marqué. Alors, je salue votre implication dans ce... dans
notre vie parlementaire à nous.
Je ne sais pas si le Cercle des
ex-parlementaires a une position sur le fameux débat alentour de la
rémunération des élus. Vous avez peut-être entendu les débats qu'il y a eu plus
tôt aujourd'hui ou les échanges en lien avec la recommandation, là, de Me
Mignolet, là, à savoir qu'il devrait y avoir un comité indépendant exécutoire.
Je ne sais pas si le cercle a une position là-dessus.
Mme Dionne (France) :Écoutez, je pense que, quand... On a vu tout ce qui s'est
passé quand vous avez travaillé, justement, à la révision des salaires, en tant
que tel, puis des indemnités. On vous a suivis de près, parce qu'il y a quand
même l'expérience passée, et je pense que, le rapport... qui a été préparé en
fonction des recommandations, c'étaient deux ex-parlementaires qui étaient là.
Alors, c'est certain que, peut-être, si ça avait été un juge, peut-être que,
pour avoir fait les mêmes recommandations, ça serait différent.
Mais il n'en demeure pas moins que, nous,
ce qui nous importait de... le plus, en tant que tel, c'était un autre élément,
dont on n'a pas pu parler, en tant que tel, c'est les pensions des
ex-parlementaires, parce qu'à ce niveau-là il y a un historique, hein, il y a
une partie des ex-parlementaires toujours vivants qui ont eu indexation totale,
une partie qui ont indexation seulement si l'inflation est de plus de 3 %,
et, par la suite, il y a eu aussi d'autres éléments qui ont été ajoutés, par la
suite.
Donc, nous, notre mention, c'est une
question d'équité. Alors, on se dit : Quand on a été ex-parlementaire, et
quel que soit le moment, en tant que tel, je pense que... Et il y a des
ex-parlementaires, vous savez, qui n'ont que leur pension d'ex-parlementaire,
et ça doit être très difficile ces temps-ci. Mais, cette année, pour la première
fois, l'indexation a été donnée à ceux qui n'avaient pas d'indexation dans le
passé.
Alors, vous comprenez que, nous, c'est
beaucoup plus notre préoccupation. Je sais que les parlementaires actuels, les
partis politiques ont fait leur travail avec diligence et... Bon. Alors, il y a
eu un choix qui a été fait, une décision. Mais, nous, notre préoccupation était
beaucoup plus au niveau de l'équité des pensions des ex-parlementaires.
• (18 h 30) •
M. Leduc : Je comprends.
Donc, pas de position formelle sur le mode à suivre par rapport à la révision
de la rémunération?
Mme Dionne (France) :En fait, je pense que vous êtes... si j'ai bien compris,
vous avez... les prochaines augmentations vont être au même moment que des...
les cadres supérieurs de la fonction publique.
M. Leduc : Ça, c'était
déjà dans la loi, ça fait... c'était déjà dans la loi.
Mme Dionne (France) :Bon, c'était déjà là. Donc... Bon. Alors, c'est comme ça.
Je pense que... Voilà.
M. Leduc : OK. Parfait.
Sur la... J'ai été bien sensible à votre argumentaire sur les demandes
d'enquête puis l'impact que ça peut avoir sur les élus en cours, sur leurs
familles, sur leurs environnements, leurs circos. J'essaie de réfléchir, tu sais,
au-delà de... Est-ce que c'est une culture? Est-ce que vous pensez que la
commissaire... le ou la commissaire se sent obligé de répondre à chacune des
demandes d'enquête qui peuvent provenir des oppositions? Est-ce qu'elle ne <pourrait
pas avoir le droit...
>
18 h 30 (version révisée)
<17935
M. Leduc :
...qui peuvent provenir des oppositions. Est-ce qu'elle ne >pourrait
pas avoir le droit de dire : Bien, cette demande-là, prima facie, me
semble un peu farfelue ou manque de substance, et écarter la demande d'enquête?
Est-ce que vous pensez qu'elle se sent obligée de dire oui à tout ce qu'on lui
propose de faire?
Mme Dionne (France) :Je vais laisser ma collègue Agnès, peut-être, répondre
parce qu'elle a travaillé un peu, dans le passé, sur le code d'éthique, là.
Mme Maltais (Agnès) : Je
ne crois pas que la commissaire se sente obligée. Elle a une énorme
responsabilité. Je pense aussi que, quand les députés déposent une demande d'enquête,
ils sont sérieux.
Je vous dirais que la commissaire a noté
aussi qu'avant les élections il en était tombé, parfois, beaucoup, ce qui est
peut-être un signe de période plus difficile à vivre, médiatiquement, pour les
enquêtes. Mais ce que je note surtout de la recommandation, c'est qu'elle
demande une enquête préliminaire. Là, on n'est pas entré dans les détails, mais
c'est sûr que, si tu fais une enquête préliminaire, tu peux aller chercher des
documents, tu peux rencontrer le député. Tu n'es pas en processus d'enquête,
mais tu as déjà, comme, l'approbation de l'Assemblée nationale et le député pour
commencer la discussion. Et peut-être que la discussion va s'arrêter très vite.
Mais, avant d'aller chercher des documents, puis tout ça, la commissaire doit,
donc, se mettre en branle, avoir un mandat d'enquête.
C'est pour ça que l'enquête... On dit
«enquête préliminaire», mais ce serait une étude préalable du cas avant de
faire une enquête. Si c'était bien inscrit, mieux inscrit dans le code, elle
pourrait peut-être le faire de façon un peu plus formelle, sans ameuter encore,
là, la place publique. Ça fait que je pense qu'il y a...
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
Mme Maltais (Agnès) : ...elle
cherche un intermédiaire qui permettrait de bien comprendre le dossier, mais de
ne pas être déjà en processus d'enquête. On trouve que ça a bien de l'allure.
M. Leduc : Merci beaucoup.
Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Alors, on
termine nos auditions avec vous, mesdames. Ça a été un grand privilège. Merci d'avoir
participé aux travaux de la commission.
Et, compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux au jeudi 23 novembre 2023, après les avis
touchant les travaux des commissions, où elle va entreprendre un nouveau
mandat. Merci beaucoup. À bientôt. Au revoir.
(Fin de la séance à 18 h 34)