(Neuf
heures trente et une minutes)
Le
Président (M. Bachand) : Bonjour, tout le
monde, bon matin. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission des institutions ouverte. Je vous souhaite, encore une fois, la
bienvenue.
La commission est
réunie afin de procéder aux consultations particulières et aux auditions
publiques sur le rapport de mise en oeuvre du Code d'éthique et de déontologie
des membres de l'Assemblée nationale 2015-2019, intitulé Incursion au
coeur du code d'éthique et de déontologie, de la théorie à la pratique.
Avant de débuter, Mme
la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : M. le Président,
M. Morin (Acadie) est remplacé par M. Derraji (Nelligan)
et M. Zanetti (Jean-Lesage), par M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve).
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Cela dit, le 3 décembre 2010, l'Assemblée nationale
a adopté, à l'unanimité, un code d'éthique et de déontologie des membres de
l'Assemblée nationale. Lors de la 41e législature, conformément à l'article 114 du code, la
Commission des institutions avait étudié le premier rapport de mise en oeuvre
pour la période 2011-2014.
Aujourd'hui,
conformément à la motion adoptée par l'Assemblée nationale et à
l'article 114 du Code d'éthique et de déontologie, la commission
des institutions entreprend l'étude du rapport sur la mise en oeuvre du code
pour la période 2014-2019.
Nous
allons débuter par les remarques préliminaires puis nous entendrons les
personnes et organismes suivants : l'Institut d'éthique appliquée de l'Université Laval, mais nous
débuterons avec la Commissaire à l'éthique et à la déontologie, Mme Ariane Mignolet.
Remarques préliminaires
Cela dit, nous sommes
maintenant aux remarques préliminaires, alors je suis prêt à reconnaître un
député de... partie gouvernementale, M. le député de Saint-Jean, pour six
minutes. Merci.
M. Louis Lemieux
M. Lemieux :
Merci beaucoup, M. le Président. Salutations. Et content de retrouver,
après cette semaine en circonscription, nos collègues autant de l'opposition
que de la partie gouvernementale.
Je dois dire que
c'est un mandat un peu particulier qu'on aborde, qui va nous changer de notre
menu quotidien en commission parlementaire, qui est celui de l'étude des
projets de loi. Remarquez qu'aujourd'hui les gens
qui sont familiers avec nos travaux vont reconnaître la procédure des
consultations particulières. On en a pour toute la journée et une partie
de la soirée, on verra. Mais effectivement c'est un mandat particulier que
celui d'entendre et ensuite d'accoucher d'un rapport de cette commission sur un
rapport qui a été déposé le 5 décembre 2019 par la Commissaire à l'éthique et à la déontologie, qu'on va être capables
d'entendre et avec qui on va pouvoir avoir des échanges au cours des
deux prochaines heures.
D'ailleurs,
la date du dépôt du rapport est un peu l'éléphant dans la pièce, dans les
circonstances, M. le Président, vous allez en convenir, considérant la
ligne du temps, pour l'appeler comme ça, de ce qui s'est passé.
Ce rapport-là a été
déposé, donc celui qu'on va étudier ensemble, le 5 décembre 2019. Bon, on
conviendra ensemble que les travaux
parlementaires prenaient fin à ce moment-là, ont repris fin janvier 2020. Sans
faire une ligne du temps exhaustive, vous aurez compris qu'avec la COVID, avec
les mesures COVID, avec ce qui s'est passé après, on se retrouve aussi,
à la fin de tout ça, à l'été 2022, pour des élections en octobre 2022. On
a repris les travaux de cette législature,
la 43e, le 29 novembre 2022, et la session a pris fin le 10 décembre.
Comptez le nombre de jours, ça nous laissait 10 jours de travaux.
Donc, et vous l'avez
dit, et c'est important de le noter, selon l'article 114 du code, le
commissaire doit faire un rapport à tous les cinq ans sur la mise en oeuvre du
code et sur l'opportunité de le modifier. Et il nous faut, donc, absolument
étudier ce rapport qui date, je le rappelle, du 5 décembre 2019, avant que
le prochain soit déposé.
D'ailleurs, je
soupçonne que la commissaire et son équipe ont déjà beaucoup de travail
d'accompli pour ce prochain rapport. C'est
pour ça que je parlais d'un éléphant dans la pièce, dans la mesure où on parle
de choses qui datent déjà pas mal et au moment où la commissaire en
train d'écrire et de penser, si ce n'est pas encore écrit, à comment elle va écrire ce qu'elle va écrire dans son
prochain rapport. Ça va nous placer dans le contexte de pouvoir suivre pour le
prochain rapport et ça nous rafraîchit la mémoire pour celui-ci qu'avec mes
collègues j'ai bien hâte... dont j'ai bien hâte de
discuter, pas seulement avec la commissaire, mais avec les autres groupes et
représentants qui vont venir discuter et échanger avec nous au cours de la
journée. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Nelligan, pour 3 min 36 s, s'il vous plaît.
M. Monsef Derraji
M. Derraji : Merci, M. le
Président. M. le Président, bonjour aux collègues de la partie du gouvernement
puis mon collègue aussi. J'aimerais, au tout début, saluer les équipes de
l'Assemblée nationale, donc, secrétariat de la commission, la régie, le service
de transcription, ceux et celles qui travaillent pour nous aider. Nous sommes
très heureux d'être ici ce matin afin
d'effectuer les consultations particulières sur le rapport de mise en oeuvre du
Code d'éthique et de déontologie des membres de l'Assemblée nationale.
J'ai cru comprendre que mon collègue était en
train de justifier quelque chose par rapport à l'étude de ce rapport. Je tiens juste à rappeler que nous sommes
en train d'étudier un rapport avec trois ans, 11 mois et cinq jours de
retard. 1 436 jours de retard. Donc, il y a une limite de tout mettre
sur la pandémie, il y a une limite, parce que, même pendant la pandémie,
M. le Président, nous étions capables de fonctionner avec des travaux en mode
virtuel.
Mais je tiens
juste à rappeler que nous étudions... en fait, que le rapport que nous étudions
a été déposé à l'Assemblée nationale le 5 décembre 2019. Le
16 décembre, 11 jours plus tard, le député de LaFontaine, mon
collègue, a déposé une lettre à l'attention de la commission afin
qu'elle se saisisse du mandat prévu par l'article 114 du Code d'éthique et de déontologie des membres de
l'Assemblée nationale. Nous sommes ici, le 21 novembre 2023, afin
d'entreprendre l'étude de ce rapport de mise en oeuvre, près de quatre
ans après son dépôt, M. le Président. Ce n'est pas du tout sérieux. Je l'ai
mentionné, c'est 1 436 jours de retard.
M. le
Président, le rapport dont nous sommes saisis aujourd'hui couvre uniquement la
période entre 2015 et 2019. Comment pouvons-nous entreprendre une
réflexion rigoureuse sur notre code d'éthique alors que le gouvernement de la
CAQ occulte une partie de l'histoire? M. le Président, le prochain rapport de
mise en oeuvre de la commission à l'éthique doit être présenté au plus tard le
1er janvier 2025. Aujourd'hui, et pour saluer le travail de la
commissaire, je pense que le gouvernement
doit prendre un engagement ferme sur le délai d'étude du prochain rapport. Si
on suit la même logique, le rapport, qui risque d'être déposé en 2025...
Et, si je rajoute trois ans, on risque de l'étudier en 2028, sinon 2029. Je ne
pense pas que ce sera le souhait de Mme la Commissaire à l'éthique.
Il est temps que la CAQ se conforme au code
d'éthique des membres de l'Assemblée nationale. Il n'existe pas un régime
d'exception pour les caquistes, et il faut le prendre...
Le Président (M.
Bachand) : ...s'il vous plaît. Merci.
M. Derraji : Oui, pas de
problème. Mais, comme je vous le dis, M. le Président, nous avons, devant nous,
un exemple concret de l'étude d'un rapport
qu'on aurait dû étudier lors de la dernière législature. Malheureusement, après
quatre ans de retard, on manque beaucoup de
rapports. Il y avait pas mal de travail que la commissaire a fait, et
malheureusement on ne va pas l'étudier.
Donc,
j'espère que, tout au long de ces consultations qu'on va avoir avec la
commissaire et les autres groupes qu'on va recevoir, qu'au bout de la ligne les
recommandations de la commission vont aller dans le sens qu'on veut tous,
à savoir renforcer le code d'éthique. Et le code d'éthique, il est là pour
qu'on le suive, pour qu'on le respecte et pour que notre institution soit
respectée.
Alors, M. le Président, très hâte à échanger
avec les groupes, très hâte à échanger avec les autres collègues membres de
cette commission. Mais, encore une fois, je tiens à le rappeler, que nous avons
une déception par rapport à la lenteur avec laquelle le gouvernement a donné
suite au rapport, que... Je tiens à rappeler, il a été déposé le 5 décembre 2019
et, quatre ans plus tard... trois ans, 11 mois, cinq jours, c'est presque
quatre ans, c'est presque quatre ans, je
vais dire «presque quatre ans», on l'étudie quatre ans plus tard. Je pense que
ce n'est pas sérieux et j'espère que, pour le prochain rapport, on va se
conformer dans les délais. Alors, merci, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci. M. le député de
Hochelaga-Maisonneuve, pour 1 min 30 s, s'il vous plaît.
M. Alexandre Leduc
M. Leduc : Merci, M. le
Président. Bonjour, tout le monde, Me Mignolet. Moi aussi, je ne peux que
déplorer la lenteur avec laquelle on a eu le réflexe collectif, je dirais, de
vous inviter ici en lien avec le rapport. Je salue mes collègues, la députée de
Mercier et le député de Jean-Lesage, qui, en février dernier, avaient demandé,
là, de pouvoir entendre Mme Mignolet.
Ça a pris du temps, mais, bon, mieux vaut tard que jamais, comme on dit. Donc,
on va essayer d'approcher la journée avec un peu de positivisme, même si,
quand même, ça aurait dû être fait beaucoup plus tôt, et je souscris à
l'ensemble des propos de mon collègue qui vient de s'exprimer.
• (9 h 40) •
Je veux aussi saluer mon collègue Vincent
Marissal, le député de Rosemont, qui est toujours en rémission suite à son
opération, que je remplace aujourd'hui. Donc, j'espère qu'il nous écoute,
peut-être. Si c'est le cas, on le salue, et il vous salue sûrement aussi,
j'imagine. Je sais que vous entretenez des bons rapports avec lui. Voilà, merci
beaucoup.
Auditions
Le Président (M.
Bachand) : ...alors, on va débuter les
auditions. Alors, je souhaite la bienvenue à la Commissaire à l'éthique et à la déontologie ainsi qu'à son équipe. Alors,
je vous rappelle que vous disposez de 20 minutes
pour votre exposé. Après, nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Alors, bienvenue, encore une fois, et la
parole est à vous. Merci.
Commissaire à l'éthique
et à la déontologie
Mme Mignolet (Ariane) : M. le
Président, Mmes et MM. les membres de la Commission des institutions, je tiens
d'abord à vous remercier de l'occasion qui m'est offerte d'échanger avec vous
sur le second rapport sur la mise en oeuvre du Code d'éthique et de déontologie
des membres de l'Assemblée nationale, déposé, comme vous venez de le
mentionner, le 5 décembre 2019. Les 22 recommandations qu'il contient
découlent, entre autres, des réflexions suscitées
par l'application du code au quotidien et des défis rencontrés dans la mise en
oeuvre de certaines dispositions.
Avant de
débuter, je vous présente les deux personnes qui m'accompagnent
aujourd'hui : Mme Catherine Durepos, à ma droite, secrétaire générale et directrice des affaires
administratives et institutionnelles, ainsi que Me Geneviève Geneau, à ma gauche, avocate. Je tiens aussi à remercier
tous les membres de mon équipe, présents et passés, pour leur appui dans
la préparation de ce rapport.
Incursion au coeur du code d'éthique et de
déontologie : de la théorie à la pratique couvre la période du
1er janvier 2015 au 15 novembre 2019. Il s'agit d'un important
travail de réflexion visant à faire le pont entre l'idéal recherché par les
parlementaires au moment où le code a été adopté et la pratique quotidienne de
l'encadrement de l'éthique et de la
déontologie dans le milieu politique du Québec. L'idéal visé est un juste
milieu entre l'indépendance dont les
élus doivent bénéficier dans l'exercice de leurs charges et le respect des
principes fondamentaux en matière de prévention
des conflits d'intérêts. Ainsi, il ne s'agit pas de rendre les règles plus ou
moins strictes, mais plutôt de donner au commissaire des outils lui
permettant de mieux exercer le mandat qui lui est confié dans le but de
maintenir la confiance des citoyens envers leurs élus et leurs institutions.
L'institution du commissaire s'inscrit dans la
volonté d'une politique plus intègre dans la société québécoise. C'est dans cette optique que le code a été adopté
il y a maintenant près de 13 ans. Depuis son adoption, plusieurs autres jalons
ont été posés afin d'affermir cette culture d'éthique et d'intégrité. À titre
d'exemple, la Loi sur l'éthique et la déontologie en matière municipale a été
modifiée en 2021 afin d'intégrer notamment l'interdiction pour les élus municipaux de se comporter de manière à porter
atteinte à la dignité et à l'honneur de leurs fonctions et l'obligation de suivre
une formation en éthique et déontologie en matière municipale une fois par
mandat.
Le domaine de
l'éthique et de la déontologie dans les milieux politique et parlementaire
évolue constamment. Le contexte est, d'ailleurs, un élément central dans
l'application des dispositions du code. Chaque situation étant unique, il est nécessaire de trouver un équilibre dans
l'appréciation des règles en fonction des circonstances particulières, sans pour autant procéder à du cas par cas, de manière
à assurer une certaine prévisibilité des règles qui vous sont applicables.
Pour réaliser
sa mission, qui est de veiller au respect et à la mise en oeuvre du code, le
commissaire agit essentiellement par le biais de la prévention et des
enquêtes. J'aimerais d'abord vous exposer aujourd'hui les principales réflexions découlant de notre rôle
préventif puis j'aborderai ensuite celles découlant de notre rôle d'enquête.
Bien entendu, ce rapport fait état de plusieurs autres recommandations visant à
améliorer l'efficacité de l'institution, et je serai disponible pour
échanger sur chacune d'entre elles.
Abordons, pour commencer, les recommandations liées
au rôle préventif du commissaire. Le code fait état des valeurs, des principes éthiques et des règles déontologiques qui
encadrent la conduite des membres de l'Assemblée nationale. Pour
résumer, ces dernières et ces derniers doivent, dans l'exercice de leur charge,
agir exclusivement dans l'intérêt public.
Pour les accompagner en ce sens, le bureau du commissaire met l'accent sur la
prévention. En effet, il m'apparaît primordial d'agir en amont de
manière à prévenir les situations de conflit d'intérêts.
Toutefois, un élément central et indispensable
d'une prévention adéquate des manquements déontologiques n'est actuellement pas
prévu au code, il s'agit de la formation obligatoire. La connaissance et la
juste compréhension par les membres de
l'Assemblée nationale des règles qui leur sont applicables sont essentielles
puisqu'elles leur permettent de porter un regard plus critique sur une
situation donnée, d'identifier plus rapidement ce qui pourrait engendrer un problème éthique ou déontologique et, le cas
échéant, nous consulter à ce sujet. De plus, ces formations sont l'occasion
d'établir un premier contact, de se
familiariser avec le code et de répondre à plusieurs questions, initier une
collaboration fructueuse entre les élus et le personnel du commissaire.
Cependant, pour le moment, ces formations ne sont pas obligatoires et elles ont
parfois lieu alors que le mandat des élus est déjà bien entamé ou qu'une
situation à risque est déjà avérée.
C'est
pourquoi il m'apparaît essentiel que le code soit modifié de manière à prévoir
l'obligation pour les élus, comme
c'est le cas pour les élus municipaux depuis 2021, de participer à une
formation adaptée à leurs fonctions dans les six mois du début de leur mandat et, par la suite, à au moins une
reprise pour chaque mandat subséquent. Il est très important que les élus
soient sensibilisés le plus rapidement possible parce qu'ils sont souvent les
premiers et les mieux informés d'une situation potentielle de conflit
d'intérêts les concernant et, de ce fait, les mieux placés pour la prévenir.
Depuis le début de la 43e législature, le
commissaire propose une offre bonifiée de formation s'adressant autant aux
députés qu'aux membres de leur personnel politique. Elle porte sur le code
ainsi que sur les dispositions applicables
au personnel politique. D'autres concernent les thématiques précises comme les
conflits d'intérêts ou l'utilisation des biens et services de l'État,
entre autres choses.
Depuis
la mise en place de cette offre de formation donnée fréquemment et de façon
cyclique à la faveur d'une démarche plus proactive, nous constatons une
augmentation de la participation aux formations sur une base individuelle. Alors qu'au cours de la première
année de la 42e législature une vingtaine d'élus avaient suivi une
formation, nous en sommes à 47, un an après le début de la
43e législature. Le nombre de membres du personnel politique ayant suivi au moins une séance de formation est
également fort encourageant. Nous remarquons, par ailleurs, que ces formations
sensibilisent les députés et les membres de
leur personnel aux règles qui leur sont applicables et nous permettent de les accompagner,
d'ailleurs, souvent immédiatement après une séance de formation.
L'action
du commissaire porte-t-elle ses fruits? Dans une certaine mesure, oui. Est-ce
suffisant? Certainement pas. Je
maintiens, donc, plus que jamais ma recommandation et celle de mon prédécesseur
de rendre la formation obligatoire.
Par ailleurs, les
deux dernières élections générales m'ont amenée à faire certains constats, dont
quelques-uns sont en lien avec le volet
préventif des activités du commissaire. Durant la période électorale de 2018 et
encore lors des dernières élections générales de 2022, certaines
personnes qui souhaitaient se porter candidates ont contacté le commissaire afin d'obtenir un éclairage sur les
règles qui leur seraient applicables dans l'éventualité où elles étaient élues.
Considérant les conséquences importantes
dans les sphères personnelle, professionnelle et familiale qu'engendre le fait
d'accéder à la fonction de député, voire de ministre, il me semble tout à fait
légitime qu'un candidat souhaite s'enquérir de l'impact de l'application
du code à son égard.
Cependant,
actuellement, en vertu de l'article 87 du code, seuls les députés peuvent
présenter une demande d'avis formel
au commissaire. Ainsi, je crois qu'il serait souhaitable que le code soit
modifié de manière à ce qu'il soit possible de rendre des avis formels
aux personnes qui souhaitent se porter candidates, selon certains critères
déterminés par le commissaire, afin qu'une analyse plus complète de leur
situation particulière soit effectuée.
Lors de la campagne
électorale de 2022, le commissaire a produit un document d'information destiné
aux personnes qui songent à se porter candidates, qui a été joint au formulaire
de déclaration de candidature transmis par Élections Québec. Ce document
présente notamment les principes éthiques et les obligations déontologiques
qu'elles devront respecter si elles sont élues et les effets que ceux-ci
pourraient avoir sur elles-mêmes et sur les membres de leur famille. Or, il demeure que seul un avis du commissaire permettrait
aux candidates et aux candidats de prévoir des mesures particulières
adaptées à leur situation personnelle qu'ils devront éventuellement mettre en
place pour se conformer au code. Encore trop
d'élus réalisent, au lendemain de leur élection, les impacts des règles
énoncées par le code sur leur vie et sur celle des membres de leur
famille immédiate.
Par ailleurs, depuis
plusieurs années, le commissaire constate certains enjeux d'application du code
relatifs aux expériences passées des élus. En effet, les dispositions du code
encadrant les conflits d'intérêts rendent parfois difficile pour les députés et ministres de concilier leurs expériences
passées et leur charge de représentant des citoyens.
En
ce sens, je souhaite mettre de l'avant une recommandation du rapport qui vise à
mieux l'adapter à la réalité des élus en ce qui concerne l'article 25 du
code. L'objectif de celui-ci n'est pas d'empêcher quiconque de s'engager en
politique active et de contribuer à l'avancement de notre société. La variété
des profils des membres de l'Assemblée nationale
est une richesse pour notre démocratie et elle est souhaitable pour le bénéfice
de l'ensemble de la population. C'est
dans cet esprit que j'ai recommandé de modifier l'article 25 du code afin
que les députés ayant un intérêt financier particulier puissent
s'exprimer sur une question débattue à cet égard, dans la mesure où ils
déclarent publiquement cet intérêt, sans toutefois avoir le droit de vote sur
la question.
• (9 h 50) •
Actuellement,
l'article 25 oblige les députés qui ont un intérêt personnel et financier
distinct de celui de l'ensemble des députés
ou de la population à se retirer des débats à l'égard d'une question dont
l'Assemblée nationale ou une
commission dont ils ou elles sont membres est saisie, question pour laquelle
ils peuvent détenir une expérience significative.
Or, le profil social, professionnel ou entrepreneurial peut être un élément
crucial que les députés ont mis en évidence
en campagne électorale et sur lequel ils entendent fonder leur action en tant
que parlementaires. Puisque ces derniers se font notamment élire sur la
base de cette expérience, les citoyens peuvent parfois percevoir la contrainte
prévue à l'article 25 comme étant un obstacle au devoir de représentation
des élus.
J'estime
qu'il est nécessaire d'avoir un meilleur équilibre entre le privilège de la
liberté de parole dont disposent les élus, les attentes des citoyens
qu'ils et elles représentent et la transparence nécessaire, pour prévenir les
risques de conflits d'intérêts. Ma volonté
est de permettre cette meilleure représentation des intérêts de la population
et de toutes les sphères d'activité de la société.
En ce sens, j'insiste
sur le fait que cette recommandation suit l'esprit du code et qu'il ne s'agit
pas d'un recul déontologique. Cette mesure favoriserait même une plus grande
transparence. En effet, à l'heure actuelle, un député qui a un intérêt personnel, financier distinct dans une situation donnée
ne se présentera tout simplement pas à la séance de l'Assemblée ou de la commission parlementaire en question. Il n'a
donc pas à déclarer son intérêt. La modification proposée nécessiterait
que l'élu divulgue son intérêt publiquement pour pouvoir participer aux
discussions dans le cadre d'un projet de loi
notamment. Il serait également souhaitable et au bénéfice de tous que les
déclarations publiques de conflits
d'intérêts faites en vertu de cet article soient compilées dans un registre
public administré par le commissaire.
J'aborderai
maintenant certaines recommandations en lien avec les activités d'enquête du
bureau du commissaire, lesquelles visent à faire la lumière sur des
situations pour lesquelles il y a des motifs raisonnables de croire à un
manquement et de statuer sur l'absence ou la présence de manquements. Il
s'agit, donc, d'une dimension coercitive puisqu'elle
permet la recommandation de sanctions lorsqu'au terme d'une enquête il est
établi qu'un comportement n'est pas
conforme au code. L'enquête est actuellement le seul moyen dont dispose le
commissaire pour intervenir, même en cas de manquement avéré et pour
lequel il n'y a aucune clarification à apporter.
Ceci m'amène à vous parler de la recommandation
selon laquelle le commissaire devrait pouvoir imposer une pénalité, plutôt que
de recourir au processus d'enquête régulier dans certains cas bien spécifiques.
En effet, une enquête
est un processus qui nécessite un investissement en temps et en ressources. De
plus, l'Assemblée nationale doit passer nécessairement au vote,
lorsqu'une sanction est recommandée à un élu, pour qu'elle soit applicable. Or,
dans les cas où le manquement au code est
d'ordre administratif ou technique, par exemple lorsqu'il est question d'un
retard dans la production d'une déclaration d'intérêts, de l'absence d'une
déclaration de don ou dans d'autres situations précises, le processus d'enquête peut sembler lourd, coûteux et
disproportionné. Dans un souci d'efficacité de la mise en oeuvre du code, le fait de permettre les
pénalités administratives à l'égard de certains manquements entraînerait un effet
dissuasif. Enfin, je note que de telles pénalités sont, d'ailleurs, prévues
dans certaines lois relatives aux conflits d'intérêts ailleurs au Canada.
Par ailleurs,
il importe d'apporter... d'aborder, pardon, la possibilité pour le commissaire
de recommander une sanction à un élu
lorsqu'un manquement au code a été commis. Alors que l'interprétation du code
et la détermination du manquement... d'un manquement à celui-ci relèvent
exclusivement du commissaire, l'application d'une sanction demeure la prérogative de l'Assemblée nationale en
vertu de ses privilèges parlementaires. Le commissaire ne peut que
recommander, le cas échéant, l'adoption d'une telle sanction.
Or, l'Assemblée nationale se prononce
actuellement sur le rapport d'enquête dans son entièreté. Il s'agit là d'une incohérence puisque, lorsqu'un rapport
d'enquête ne comporte pas de recommandation de sanction, les membres de
l'Assemblée nationale n'ont pas à se prononcer à ce sujet. À cet égard, je
rappelle l'importance de maintenir un équilibre entre la mission de
l'institution du commissaire, la confiance du public et les droits des
parlementaires.
Enfin, de respecter... Afin, pardon, de
respecter l'économie du code et ainsi réaffirmer l'indépendance de l'institution, je propose que le code soit modifié
afin de prévoir que le vote des membres de l'Assemblée nationale ne porte
que sur la recommandation de sanction.
Enfin,
j'insiste sur une dernière recommandation relative aux enquêtes du commissaire,
il s'agit de la protection des témoins et des lanceurs d'alerte. Le travail de
surveillance du commissaire peut être réalisé grâce à de l'information communiquée par des citoyennes et des citoyens
ainsi que des personnes qui se trouvent dans l'entourage des élus et qui, pour cela, doivent avoir confiance dans les
mécanismes en place. Ces personnes portent à mon attention certains faits,
peuvent être appelées à jouer un rôle dans les enquêtes. Il est, donc,
nécessaire d'obtenir la pleine collaboration de tous les témoins.
Or, l'actuel
système québécois de protection des lanceurs d'alerte instauré dans les
dernières années ne protège pas les
personnes qui font des divulgations ou qui témoignent devant le commissaire. Il
s'agit, à mon avis, d'une lacune majeure affectant le fonctionnement de
l'institution. En effet, les actes répréhensibles qui pourraient être commis
par des membres de l'Assemblée nationale ne
sont pas couverts ni par la Loi facilitant la divulgation des actes
répréhensibles à l'égard des organismes publics ni par le Règlement
facilitant la divulgation d'actes répréhensibles à l'égard de l'Assemblée
nationale.
C'est pourquoi je recommande que le code soit
modifié de manière à interdire les mesures de représailles ou des menaces de
représailles à l'endroit d'une personne qui communique des renseignements au
commissaire ou qui collabore à une vérification ou une enquête.
J'ai abordé aujourd'hui certaines des recommandations
présentées dans le rapport de mise en oeuvre qui, à mon sens, soulèvent des questions importantes sur lesquelles vous
devriez, à titre de législateurs, vous pencher. Le rapport fait état de
plusieurs autres réflexions importantes que je n'ai pu aborder ici compte tenu
du temps limité dont nous disposons. Par ailleurs, il est possible que
vous souhaitiez, dans une optique de révision du code, vous pencher sur
d'autres enjeux, en plus de ceux contenus au rapport rédigé il y a quatre ans.
À ce propos, vous n'êtes pas sans savoir
qu'en vertu du code je dois remettre mon prochain rapport dans un an, soit au
plus tard le 1er janvier 2025. Vous comprendrez que mes réflexions
en vue de sa rédaction sont déjà entamées et qu'une étude de ce dernier en
temps opportun par votre commission vous permettra d'y être associés.
Comme je l'ai déjà indiqué, l'utilisation des
médias sociaux par les élus et les membres de leur personnel politique soulève
certains enjeux sur lesquels je souhaite me pencher. Je réfléchis, par
ailleurs, également au concept de dignité de
la fonction qui ne se limite pas uniquement à l'exercice de la charge, comme
c'est maintenant le cas au Sénat du
Canada et au palier municipal. Il s'agit là de deux sujets sur lesquels j'ai
l'intention de soumettre des recommandations dans ce prochain rapport.
Je souhaite terminer mon allocution aujourd'hui
en vous parlant de confiance. Ultimement, c'est à vous que revient la tâche de
bâtir un lien de confiance avec la population et d'oeuvrer à le maintenir. Vous
vous êtes dotés d'outils et d'institutions
pour vous accompagner et vous aider à tendre vers cet objectif. À la base, et
le Journal des débats de
l'étude détaillée du projet de loi n° 48 est éloquent à cet égard, le code
se voulait un outil pour maintenir la confiance des citoyens à l'égard des
parlementaires, et il est, à mon sens, crucial que cet idéal ne soit pas perdu
de vue. Il est de votre responsabilité
d'utiliser cet outil à bon escient. Le risque d'instrumentalisation n'est
jamais très loin. Or, l'instrumentalisation d'une institution ne saurait
correspondre à ce que la population s'attend de ses représentants et peut miner de façon irréversible la confiance dont
doivent jouir nos institutions démocratiques. L'intégrité des membres de
l'Assemblée nationale est une composante essentielle du lien de confiance, lien
fragile, s'il en est un, entre la députation et les citoyens qu'elle
représente.
Je
suis tout à fait consciente que les discussions que nous aurons aujourd'hui et
que celles que vous pourriez avoir à la suite de ces consultations
particulières sont fort sensibles puisqu'elles concernent directement la
manière dont vous exercez votre charge et
pour laquelle vous jouissez, en vertu de la Loi sur l'Assemblée nationale,
d'une entière indépendance. Sensibles également car elles interpellent
plusieurs aspects de votre fonction d'élu avec lesquels vous devez composer au quotidien, à savoir les
attentes élevées de vos commettants, les contraintes de temps et de ressources,
les lignes de parti, les causes profondes qui sont le socle de votre
engagement politique ou encore les sacrifices que l'exercice
de la politique active a requis de vous et de vos familles. Il est donc vrai
qu'il n'y a pas de bon moment ou de contexte
parfait pour aborder ces questions, d'autant qu'il peut toujours s'en dégager,
à tort ou à raison, une impression de vouloir alléger ses obligations.
Mais le code d'éthique et de déontologie dont
nous traitons aujourd'hui est bien plus qu'un code de conduite ou qu'une simple
loi, c'est avant tout une institution que vous avez voulue neutre, impartiale
et indépendante. Pour preuve, vous avez jugé
opportun que le Commissaire à l'éthique et à la déontologie, contrairement aux
autres personnes désignées, soit nommé par l'adoption d'une motion
présentée conjointement par le premier ministre et le chef de l'opposition
officielle. S'il est une loi, dans le corpus législatif québécois, qui vous
concerne intimement, c'est bien le Code
d'éthique et de déontologie des membres de l'Assemblée nationale. C'est
pourquoi il importe que sa mise en oeuvre et les réflexions entourant sa révision, et pas uniquement
aujourd'hui, soient vastes, régulières, exhaustives et qu'elles se
fassent de façon collaborative et transpartisane.
En terminant,
je réitère mon ouverture à discuter de vos préoccupations et vous offre mon
entière collaboration pour la suite
du processus d'étude de ce rapport. Merci, M. le Président. Je suis maintenant
prête à répondre à vos questions.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, Mme la commissaire. Alors, je me
tourne vers la partie gouvernementale pour un premier bloc d'échange.
M. Lemieux : Combien de temps,
M. le Président?
Le Président (M.
Bachand) : Pour 49 minutes. Mme la
députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.
• (10 heures) •
Mme Bourassa : Oui. Bonjour,
bon début de journée. Écoutez, juste avec mes questions, on pourrait faire la
journée entière. Je vais en laisser un peu à mes collègues. Je vais commencer
par quelque chose que vous n'avez pas abordé présentement.
Vous parliez d'un examen préliminaire, dans un
délai de 15 jours ouvrables, afin de déterminer si une enquête s'impose.
On sait que ce sont les députés qui peuvent demander une enquête. Vous pouvez
initier également une enquête. J'aimerais
vous entendre là-dessus. Pourquoi est-ce que vous êtes arrivée à cette
réflexion-là? Est-ce que c'est parce
que le préjudice peut être très
important pour quelqu'un quand une enquête est ouverte même si ça ne va pas
nécessairement se terminer par des sanctions? Donc, qu'est-ce qu'une enquête
préliminaire permettrait?
Mme Mignolet
(Ariane) : Je vous remercie. Donc, effectivement, cette
recommandation, elle est inspirée de ce
qui se fait ailleurs, notamment au fédéral. En matière d'enquête, les
dispositions qu'on retrouve dans le code, donc les articles 91 et
suivants, ne sont pas très, très claires quant à la possibilité de faire des
vérifications avant une enquête. Donc,
l'article 91 prévoit que, donc, un député qui a des motifs raisonnables de
penser qu'il y aurait un manquement au code peut faire une demande
d'enquête.
Dans ces cas-là, il y a... donc, à moins qu'il
n'y ait pas de motif raisonnable, l'enquête se fait, et, même si, par la suite, quand je commence l'enquête et que
je me rends compte, peut-être, que la demande n'était pas fondée, il y a un article qui prévoit que je peux y mettre fin et
l'indiquer dans mon rapport, mais c'est clair qu'il y a déjà tout le processus
d'enquête qui est enclenché à ce moment-là,
et, comme je l'ai dit, c'est un processus qui est effectivement... qui peut
être lourd et que, oui, il y a des impacts, tout à fait.
Je pense que ce serait intéressant d'avoir, lors
de toute demande, une période fixe qui permette clairement au commissaire de faire une vérification préliminaire
pour voir s'il y a lieu de faire une enquête, et ce n'est pas parce que...
il peut y avoir des motifs raisonnables, mais simplement parce qu'on n'a pas
accès à toute l'information... et une simple
vérification, avec ce pouvoir d'enquête... ce pouvoir de vérification, pardon,
clair, permettrait, dans un délai, de dire :
Bon, bien, oui, il y a matière à ouvrir l'enquête, et je l'ouvre, non, il n'y a
pas matière, voici pourquoi je ne l'ouvre pas.
Mme Bourassa : J'ai vu
également, bon, dans le rapport qu'en 2018-2022, donc les années électorales,
il y a beaucoup plus d'enquêtes. Et là vous
vouliez baliser, justement, je pense, quatre mois avant les élections, à date
fixe... Donc, expliquez-nous qu'est-ce qui vous a amené à proposer ça
puis qu'est-ce que vous proposez concrètement.
Mme Mignolet
(Ariane) : Oui, là, vous m'amenez dans la recommandation qui
fait... suggère de ne pas pouvoir présenter une demande d'enquête pour
un député dans les quatre mois qui précèdent le scrutin. En fait, ça, c'est
vraiment une recommandation... c'est vraiment une recommandation qui... je
dirais, qui découle un peu... C'est un effet des élections à date fixe, hein?
Je veux dire, avant ça, quand on ne savait pas exactement, il y avait toujours
une période où on pouvait se douter que ça s'en venait, mais ce calendrier fixe
fait état, premièrement, qu'on rentre dans une
période pré-électorale assez... on le voit tout de suite, quand on rentre dans
cette année-là, et je voulais éviter le plus possible... On sait que, quand on
embarque dans cette période pré-électorale, les tensions sont parfois plus grandes,
il y a un peu plus de partisanerie. Je pense que je ne choque personne en
disant ça.
Mme Bourassa : Éviter
l'instrumentalisation...
Mme Mignolet (Ariane) : Éviter
l'instrumentalisation, justement, et évidemment je ne pense pas... Je ne dis pas que je ne peux pas commencer d'enquête. Ce que
je demande, c'est que les demandes ne pourraient pas être faites, mais,
si, à mon initiative, il y avait quelque chose qui justifiait le début d'une
enquête, je pourrais toujours le faire, mais effectivement j'ai... je pense que d'arrêter
ça... j'ai dit quatre mois. Si vous vous demandez pourquoi quatre mois, c'est
un petit peu parce que, quant à moi, ça correspond à la fin de la période de
travaux de juin, avant, parce que, là, on rentre vraiment dans l'été, où la
campagne est presque... presque bien entamée.
Mme Bourassa : On a combien de
temps?
Le Président (M.
Bachand) : Il reste 45 minutes.
Mme Bourassa : On va continuer.
On va rester dans la période électorale. Vous parliez justement d'une possible collaboration avec le DGEQ pour faire de
la sensibilisation. Vous avez dit que, cette année... bien, aux dernières
élections, il y a eu de l'information avec le formulaire de candidature. Est-ce
que... Clairement, ce n'est pas suffisant. Comment ça pourrait s'articuler,
quelque chose d'obligatoire, qu'on soit sûr que les candidats aient l'information
et qu'ils la lisent vraiment?
Mme Mignolet (Ariane) : Bon, je
pense qu'il y a plusieurs choses qui peuvent... peuvent se faire. Moi, j'ai
pensé à cette solution avec ce partenariat avec le DGEQ. C'est une très bonne
chose qu'on ait déjà la pochette. Je pense que, comme je n'ai pas accès aux
personnes qui souhaitent se porter candidates, donc, évidemment... Je pense
que, dans un premier temps, d'obtenir la permission... Ça fait que le code
puisse me permettre que ces personnes qui souhaitent être candidates puissent
nous appeler et recueillir un avis formel sur leur situation, c'est une chose,
mais, l'autre chose, je pense que ça revient aux partis politiques de bien
expliquer et de bien présenter quand ils vont recruter
des candidats. Je pense que ça, c'est essentiel, puis ça, ça relève des partis
politiques. Je me suis toujours montrée très ouverte, avant les élections, avec tous les partis, pour
dire : Si vous avez des questions à l'approche du recrutement des
candidats, n'hésitez pas, mais je pense qu'au préalable c'est à peu près la
seule chose qui peut être faite.
Mme Bourassa : Et, quant à la
formation obligatoire, vous disiez, là, qu'à la 42e législature il y a,
quoi, une vingtaine de personnes, puis, à la 43e, il y a 47 personnes
environ qui ont suivi la formation. On a eu une formation, justement, sur
l'adaptation aux changements climatiques, transpartisane. Est-ce que c'est ce
que vous avez en tête quand vous parlez
d'une formation en déontologie et en éthique? Est-ce que ce serait en personne
ou... Pour ma part, bien, je me permets un commentaire, quand c'est
Internet, peut-être qu'on porte un peu moins attention, on a tellement de formations sur Internet, on clique, on clique,
peut-être qu'en personne, avec des experts, quand on explique, ce serait plus
porteur. Est-ce que c'est ça que vous aviez en tête?
Mme Mignolet (Ariane) : Oui,
dans un premier temps, je pense que, non, ce ne serait pas le format... Bon, je ne sais pas exactement le format de la
formation en gestion climatique que vous avez ou... qui s'adresse à tout le
monde. Moi, je vise vraiment une formation, et vous l'avez bien dit, en mode
synchrone, c'est-à-dire avec interaction, avec... soit en visio, des fois, quand... mais avec quelqu'un, quelqu'un
qui engage avec vous... et je pense que ça devrait être adapté aux
fonctions, et je pense que ce genre de formation est beaucoup plus... beaucoup
mieux reçue, et on en profite plus quand vous êtes séparés par groupes
parlementaires parce que les gens osent plus poser des questions.
Donc, je ne souhaite pas faire... Il peut y
avoir un volet qui s'y prête, c'est-à-dire, je ne sais pas, moi, un volet, on pourrait penser, sur l'éthique de
manière générale, l'éthique des valeurs, peut-être que tout le monde ensemble...
mais je pense que ça doit être adapté non
seulement aux fonctions exactes... Donc, il y a vraiment des... Tu sais, quand on est ministre, quand on est député, quand on a
des fonctions parlementaires, je pense que... quand on est dans l'opposition ou au gouvernement, il y a
des enjeux différents, et je pense que ces formations-là devraient y répondre
et devraient être en personne, engageant, en tout cas, avec quelqu'un en vrai.
Peut-être qu'il peut y avoir d'autres formations
par la suite, des petites formations plus précises, sur des sujets, qui peuvent
être faites en ligne, mais il faut que le premier contact, je pense,
soit en personne, et rapidement.
Mme Bourassa : Il y avait un
bout que j'ai... il y avait un bout que j'ai moins saisi. Quand vous parliez de
pénalité administrative proposée quand il y a un manquement, par exemple un
document qui a oublié d'être fourni ou qui
n'est pas adéquat, ce serait quoi, la différence... Vous ne parlez pas des
pénalités financières. Ce serait quel type de...
Mme Mignolet
(Ariane) : Oui, ce seraient des pénalités financières, c'est
à ça que je fais référence, des pénalités administratives. On le voit
ailleurs, et ce n'est pas...
Mme Bourassa : Comme un SAP,
comme une sanction administrative pécuniaire?
Mme Mignolet (Ariane) : Oui,
quelque chose comme ça, c'est-à-dire, pour... C'est parce que, souvent, le seul
moyen qu'on a... Si, par exemple, quelqu'un oublie de faire une déclaration de
don ou la déclaration des intérêts est en retard, je n'ai pas de moyen...
L'objectif, ce n'est pas de mettre des sanctions dès que ça a des retards, là,
dès qu'il y a le moindre retard, c'est
d'avoir cette possibilité-là, qui existe ailleurs, au fédéral, et je ne sais
plus dans quelle... quelques... en
Alberta, notamment, je pense, et c'est pour inciter à produire les documents
que le commissaire demande dans les temps.
C'est-à-dire, déclaration des intérêts, ce n'est
pas grave si je fais un rappel, mais je ne ferais pas une enquête, je ne vais
pas déclencher une enquête parce que quelqu'un est en retard, même s'il est
très, très en retard. Je vais faire beaucoup de rappels,
des déclarations de dons... Il y a plusieurs... Si je demande expressément un
document, il y a quelques points qui
pourraient... qui pourraient tomber sous ce coup-là, parce que ce n'est pas
tellement... Une enquête, c'est fait pour faire la lumière sur une
situation, mais on s'entend que la déclaration en retard, si... j'ai beau faire
plein, plein de rappels, et qu'elle n'arrive pas, bien, je ne vais pas faire
une enquête. Il n'y a pas de lumière à faire sur cette situation-là, il y a un
retard, c'est tout.
Mme Bourassa : Donc, ça
permettrait d'alléger, premièrement, votre travail, mais le processus, aussi,
c'est l'alourdir pour rien, présentement.
Mme Mignolet (Ariane) : Oui,
bien oui, exactement, exactement.
Mme Bourassa : Et ça, est-ce
que ça serait facilement implantable?
Mme Mignolet
(Ariane) : Oui, je pense que oui, mais il faut que le code le
prévoie, mais je ne peux pas me donner ce pouvoir de pénalité là toute
seule, ça, c'est bien évident, mais il faut que le code le prévoie, mais,
évidemment, oui, c'est... ça se fait ailleurs et c'est... ça se...
• (10 h 10) •
Mme Bourassa : Et
là j'essaie de regarder ma feuille, mais il y avait la question du vote des
élus lorsqu'il y a une sanction qui est applicable. Vous, vous proposez
une modification. Qu'est-ce que vous proposez?
Mme Mignolet (Ariane) : En
fait, je propose une clarification dans le texte de cet article-là qui... En
fait, à l'heure actuelle, on dit que,
lorsque le rapport du commissaire comporte une recommandation de sanction,
donc, à la... un manquement qui a été... une conclusion de manquement, et pour
laquelle on recommande une sanction, l'Assemblée doit adopter le rapport pour que
la sanction devienne applicable. Je souhaite juste que le libellé de l'article
reflète ce que c'est vraiment, parce
que, dans les faits, le vote, il est sur la sanction parce que ça permet à la
sanction de s'appliquer ou pas, et donne... je donne un exemple. C'est-à-dire
que, quand j'en viens à une conclusion de manquement, il n'y a pas de vote. Donc, c'est juste pour refléter le
fait que le vote ne devrait avoir lieu que sur la recommandation de sanction,
qui sont parmi les privilèges de
l'Assemblée, de décider... et moi, j'ai entière... j'ai l'exclusivité en
matière d'interprétation des règles,
des conclusions de manquement, ça, ça appartient... c'est l'indépendance de
l'institution, et de libeller ça pour que ce soit plus clair.
Mme Bourassa : Je
vais poser une question puis, après ça, je vais laisser mes collègues... Je
reviendrai s'il y a du temps. Je voulais juste... Vous parliez d'aviser le chef
d'un groupe parlementaire lorsqu'il y a une enquête. Donc, j'imagine que ce n'est pas le cas présentement. Je
pense que c'était, attendez, la recommandation 6, donc, qu'à prévoir que le
chef d'un groupe parlementaire soit avisé par le commissaire du déclenchement
d'une enquête concernant un député de
son groupe. Comment ça se passe présentement? Puis pourquoi est-ce que vous
ajoutez ça? Est-ce que c'est... Bien, quels avantages on aurait à aviser
les chefs?
Mme Mignolet (Ariane) : Tout ce
qui touche les enquêtes est confidentiel. Quand il y a une demande d'enquête qui vient d'un parlementaire concernant
un autre parlementaire, dans la majorité des cas, le député demandeur
rend publique cette demande. Donc, il n'y a pas d'enjeu, c'est public, tout le
monde le sait, mais, quand je commence une enquête à mon initiative, ce n'est
pas forcément public, et je ne le rends pas public, à moins que ça le soit, que
le député... et, à ce moment-là... Donc, je reviens quatre ans en arrière. Je
réalisais, à ce moment-là, qu'il peut y avoir des cas où il y a des enquêtes
qui touchent un membre de l'Assemblée, mais on sait qu'une enquête sur un
membre de l'Assemblée peut avoir un impact sur le groupe parlementaire, et je
me disais : Il me semble que c'est important que le chef de ce parti-là
soit avisé si son député ne le dit pas. Mais, quand je me suis préparée pour revenir ici, donc... pour venir ici aujourd'hui,
là, je ne peux pas dire que c'est une recommandation-phare, d'accord, hein, on
peut le dire, hein? Donc, ça, c'est
vraiment... c'était... à ce moment-là, je me disais : Ça peut être
intéressant, ce n'est pas un enjeu pour l'institution. On va dire ça
comme ça.
Mme Bourassa : Parfait. Merci
beaucoup. Je vais laisser la place à mes collègues.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de
Vimont, s'il vous plaît.
Mme Schmaltz : Merci,
M. le Président. Merci de votre présence ce matin. En fait, vous m'avez
titillée tantôt en lien avec les constats que vous avez faits, notamment
avec... Vous avez passé rapidement... parce que je pense que vous ne vouliez pas l'intégrer, ou peut-être j'ai mal
compris, c'est l'utilisation des réseaux sociaux par les élus. Quand vous
mettez ça de l'avant, est-ce que, selon
vous, il y a... il pourrait y avoir des manquements à
l'éthique du fait de... que les élus soient présents sur les réseaux sociaux,
se confient, peu importe, là, je veux dire, écrivent... Ça peut être très
large, là. Je ne veux pas rentrer dans le détail, là, mais qu'est-ce que
vous avez remarqué?
Mme Mignolet (Ariane) : Bien,
je peux répondre.
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y.
Mme Mignolet
(Ariane) : Merci. Je n'ai... Vous avez entendu ça tantôt dans
mon allocution. Je vous indiquais que c'est un sujet sur lequel je me penche,
mais pour lequel je ne suis pas prête à tirer des conclusions. Ma réflexion commence.
Elle a débuté, je vous dirais, l'année dernière, peut-être même un petit peu
avant. Quand le code a été adopté, là, on
s'entend que les médias sociaux, ce n'était pas tellement autant... il n'y
avait pas autant de... ce n'était pas un enjeu autant, hein? On se remet...
13 ans... il y a de ça 13 ans, ce n'était pas un enjeu qui pouvait
affecter... il n'y avait pas une utilisation si répandue.
Maintenant,
c'est un incontournable dans la vie, et incluant la vie des parlementaires et
des membres du personnel politique, pour rejoindre vos citoyens, pour
communiquer vos... Ça, c'est... Je ne remets pas du tout en... le... je
ne remets pas du tout en cause... et ce n'est pas du tout l'objet de ma
réflexion, de dire : Bien, on ne peut pas utiliser les réseaux sociaux. Ce
n'est pas là qu'on est, mais j'ai remarqué... Notamment, quand on arrive dans
l'année électorale, les contenus des sites de médias sociaux deviennent plus
partisans, et là il y a certaines... certaines réflexions qui... par exemple...
parce qu'on dit souvent le... C'est important de ne pas créer la confusion et
de bien séparer les activités qui sont liées
à l'exercice de votre charge et d'autres activités qui relèvent soit de votre
sphère privée ou partisanes. Comme
vous savez, le code s'applique dans l'exercice de votre charge, permet une
utilisation des biens et services de l'État pour l'exercice de votre
charge, ce qui exclut les activités partisanes.
Donc, à un moment donné, on constate que, des
fois, plus on arrive près d'une période électorale, plus le contenu se mélange, en quelque sorte, et c'est
difficile de faire la part des choses. Est-ce le député de ma circonscription?
Est-ce le ministre Untel de tel secteur qui s'adresse à moi? Est-ce le premier
ministre qui... ou c'est le chef du parti, de
tel parti ou un autre, ou c'est la députée qui se... sortante qui va se
représenter pour son... et c'est là où il peut y avoir certains enjeux.
Si une
personne s'est abonnée à une page en disant : Moi, je veux savoir... je
m'abonne toujours à la page de mon député ou du premier ministre parce que je
souhaite avoir des informations sur le gouvernement, ce que le gouvernement
met de l'avant, etc., et puis, donc, je m'abonne, et, à un moment donné, ce que
je reçois, c'est du contenu partisan, et je n'ai peut-être pas... je ne me suis
peut-être pas abonnée pour ça.
Donc, il y a une réflexion qui se fait ici, mais
qui se fait ailleurs, un peu partout. Donc, je consulte beaucoup mes collègues,
mes homologues ailleurs au Canada, et il y a certaines directives qui existent
déjà ailleurs, notamment pour les ministres,
de ne pas mélanger leurs comptes, les contenus qui sont liés à leurs charges, à
leurs fonctions, et, d'un autre côté, des activités pour faire la
promotion d'une activité de financement ou pour faire... etc.
Mme Schmaltz : ...vous parlez
de la période électorale et l'utilisation des réseaux sociaux ou l'utilisation
des réseaux sociaux juste quand on... bien, en fait, durant le mandat?
Mme Mignolet (Ariane) : Écoutez,
c'est l'utilisation des médias sociaux au sens large. Ce que j'ai... ce que
j'ai mentionné, c'est que, quand on arrive près de la période électorale, c'est
généralement là qu'il y a le plus de risque
de confusion, c'est à ce moment-là que les contenus commencent à être un peu
plus partisans en vue de l'élection qui
s'en vient. Donc, il peut y avoir des enjeux de confusion, d'utilisation des
biens et services de l'État, qui n'ont... est-ce qu'on a... on parle
d'une page qui est liée... page de député ou c'est ma page de candidat de...
Donc, c'est ce genre d'enjeu là et...
Mme Schmaltz : ...devient
candidat, on n'est plus techniquement...
Mme Mignolet (Ariane) : Oui,
mais là je... là, vous parlez de la période, stricto sensu, électorale...
Mme Schmaltz : Oui, c'est ça, exactement.
Oui, c'est ça.
Mme Mignolet (Ariane) : ...alors
que moi, je parle de dès le début de l'année, déjà, électorale, ça commence
tranquillement, mais c'est sûr qu'en période électorale vous êtes des députés
sortants, mais...
Mme Schmaltz : J'ai ici ma
collègue... elle m'interpelle parce qu'elle veut poser une question dans...
Le Président
(M. Bachand) : Oui, Mme la députée de
Charlevoix—Côte-de-Beaupré,
rapidement, oui.
Mme Bourassa : Juste dans votre
réflexion, il ne faut pas oublier... Tu sais, par exemple, quelqu'un qui a été agent immobilier, n'importe quoi, qui s'est créé
une communauté sur les réseaux sociaux, qui s'est fait connaître comme
ça, il y a des gens qui la suivaient avant. Maintenant, si sa page... qu'ils
continuent à la suivre... Par exemple, elle était
journaliste avant, elle avait une page de journaliste. Elle est devenue agente
immobilière, elle a transformé sa page... agente immobilière, devenue
députée... Tu sais, il y a des gens qui la suivent depuis des années puisque
Facebook existe depuis des années. La page est aussi liée à la profession de la
personne.
Donc, je pense que ça va avec la fluctuation de
son rôle de députée. Il y a une période où cette personne-là doit se vendre, doit se faire connaître, et ça
sert... Tu sais, maintenant, les... on sait que les campagnes électorales ont
changé. Ce n'est plus que du
téléphone. Ce n'est plus que du porte-à-porte. C'est une façon de rejoindre
l'électorat et de rejoindre un peu des gens qu'elle connaît.
Donc, je suis
intéressée à la réflexion derrière ça, mais je pense que c'est une utilisation
des réseaux sociaux... même, en
campagne électorale... peut-être qu'un message en haut, dire... à afficher en
campagne ou... tu sais, de préciser que ça pourrait être partisan, mais n'empêche que
ça fait partie du travail de députée d'être en campagne si elle veut être élue. Donc, je fais juste... faire attention,
parce que, tu sais, la page peut être la page, depuis très longtemps, de cette
personne, pour son niveau professionnel.
• (10 h 20) •
Mme Mignolet (Ariane) : Oui, je
peux... Je suis tout à fait consciente de ça, c'est simplement que... Puis vous
faites bien de mentionner une autre activité qui n'était pas liée à la... aux
élections, là. Par exemple, vous parlez de quelqu'un qui avait une autre
fonction avant, et que ça suit... C'est intéressant, ce que vous amenez. C'est
évident que ça fait partie des réflexions et
des enjeux que... qui nous sont soulevés, avec qui on a déjà échangé un petit
peu avec certaines personnes, mais il y a aussi... Je pense qu'il y a
la... ailleurs, on le voit à certains endroits, ce n'est pas toujours facile,
ce que... ce dont je vais parler, dans le sens où on peut imaginer... proposer
peut-être... Il peut y avoir différentes
pages, et je sais que vous allez me dire : Il y en a beaucoup, mais là...
pas le temps de gérer plusieurs pages, mais c'est évident que, si vous
maintenez la même page...
Donc, il y a
des gens qui se sont peut-être abonnés, justement, à vous parce que vous étiez
agente immobilière, parce que vous
êtes ministre de, je ne sais pas, l'Agriculture, etc., et là tout de... et
je... et tous mes exemples sont fictifs, et là je... vous... parce que
vous vous intéressez au domaine, mais pas forcément parce que vous êtes en
accord avec les opinions ou le groupe parlementaire avec lequel est formé le
gouvernement actuellement, mais ça... Le nombre d'abonnés qui vous suit parce que vous êtes ministre, parce que vous
êtes députée de la circonscription de... en publicité, quand, après ça, vous voulez joindre le plus de
gens possible pour passer votre message qui peut être partisan ou qui peut...
mais ça a une valeur quand même, là, puis, si vous prenez... ce n'est pas des
gens qui se sont... qui se sont dit : Moi, je veux recevoir des
publicités pour le groupe...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. J'ai... la
députée d'Anjou—Louis-Riel,
s'il vous plaît.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci, Mme la commissaire, pour la présentation ce
matin. Je pense qu'effectivement il y a un travail de réflexion de fond qui a
été fait sur les années 2015 à 2019. Vous nous parlez de l'application du
code au quotidien, évidemment, l'équilibre que vous devez établir, et que nous
devons tous établir, entre l'indépendance des députés et également le respect
des règles du code, et que ce n'est pas nécessairement facile d'avoir cette
prévisibilité-là puisqu'évidemment les situations se présentent de cas par cas,
mais on ne doit pas faire une étude de cas par cas, bien qu'il y a des éléments
particuliers dans chacun des dossiers.
Alors, c'est, là aussi, un exercice que vous
avez à soupeser pour éviter, justement, qu'il y ait des situations... des
manquements... et qu'on souhaite avoir une prévention adéquate. Je pense que
c'est un exercice intéressant, là, de voir
s'exercer la mission du code, mais à la fois l'indépendance des députés et la
protection du public. Donc, tout ça ensemble est une tâche complexe au quotidien,
ce qui m'amène à avoir pour vous, si j'ai le temps, bien sûr, cinq questions
et un commentaire.
Alors, ma
première question est relativement aux formations que vous nous avez parlé dans
la recommandation 1. Donc, vous
proposez que les formations qui sont actuellement non obligatoires le
deviennent et soient intégrées dans le code et, bien sûr, dans la
pratique des élus. Alors, je vais vous... Ma question, en fait, va vous
proposer les deux axes. D'un côté, est-ce que
vous pensez vraiment que les formations obligatoires peuvent atteindre leur
objectif? Lorsqu'effectivement il peut y avoir des particularités dans
des cas, est-ce que, d'un côté, ce ne serait pas mieux que les élus, lorsqu'ils
vivent des situations, vous contactent pour un avis du Commissaire à l'éthique
sur une situation donnée? Alors, ça, c'est
un côté du pendulum, et, de l'autre côté du pendulum, est-ce que vous pensez
qu'une formation à l'intérieur d'un mandat de quatre ans est suffisante?
Et je vous dis ça sur la base de mon passé personnel
en tant qu'élue municipale, où j'avais suivi toutes les formations qui étaient
disponibles en éthique et en déontologie, et je peux vous dire que les
situations... nombreuses situations peuvent se présenter à l'intérieur d'un
mandat de quatre ans, et on a besoin de revenir, par nous-mêmes, de manière
indépendante, relire les règles du code pour se rafraîchir la mémoire. Alors,
de l'autre côté du pendulum, est-ce que vous
pensez qu'une formation en début de mandat est suffisante à l'intérieur d'un
même mandat? C'est ma première question pour vous.
Mme Mignolet (Ariane) : Merci.
Je vous remercie aussi de me permettre de répondre question par question, sinon
j'aurais dû prendre tout en note.
Donc, je pense que le premier volet de votre
question, la formation, oui, c'est extrêmement pertinent, et, effectivement, en éthique, déontologie, ce n'est
jamais... ce n'est jamais tout blanc ou tout noir, tout est question de
contexte, et, en même temps, c'est... on ne veut pas... Donc, chaque... chaque
cas d'espèce est important, mais, oui, c'est fondamental, mais,
évidemment, ça ne remplace pas les demandes d'avis qu'il peut y avoir. En fait,
plus il y a de formations, plus les
personnes visées par les règles sont formées, même, plus on a de demandes
d'avis. L'objectif d'une formation,
c'est de susciter des réflexes, notamment, c'est de présenter des enjeux et de
dire : Voici les situations dans lesquelles vous devriez... il
devrait y avoir une petite lumière rouge qui s'allume : Oh! dans des cas
comme ça, je pense que...
Donc, c'est surtout ça... c'est pour instaurer,
en quelque sorte, ce que j'appelle le réflexe éthique, et ça, c'est nécessaire,
parce qu'on n'a pas toujours l'impression... On arrive en poste puis on se
dit : Bien, je suis une personne raisonnable,
j'ai des bonnes valeurs, j'ai des bons réflexes, je viens d'un milieu qui avait
beaucoup de questions d'éthique, déontologie,
ça va... Et on se pense protégé, mais l'enjeu n'est pas tant là. L'enjeu, il
est que le code a des dispositions très précises dans certains cas et
demande des... une action très précise, et, si on ne sait pas qu'est-ce qu'elle
est, bien, on ne peut
même pas anticiper le fait de dire : Je devrais consulter le bureau du
commissaire. Donc, je pense que, oui, la formation est fondamentale et
elle ne remplace pas les avis. C'est deux... Ça fait partie du... On est
toujours en prévention, mais ça se complète. Pour moi, c'est fondamental.
Est-ce qu'une formation, maintenant, au début du
mandat, est suffisante? La réponse est non. Moi, je vous parle d'un minimum,
d'accord, le minimum. Je pense que, quand on arrive à l'Assemblée, on devrait
avoir des bases, des bases pour, justement, avoir le réflexe et ne pas attendre
qu'une situation problématique se pose pour consulter, parce que, des fois, il
peut être trop tard, parce qu'on ne l'a pas vu venir, mais qu'un collègue l'a
vu ou qu'un journaliste l'a vu venir, par exemple, et là il est un peu tard
pour entamer l'échange, mettons, avec mon bureau.
Donc, l'objectif, c'est que ça prend une
formation obligatoire en début de mandat. Ça n'exclut pas qu'il puisse y
avoir... Beaucoup de professions... On a des heures de formation continue,
hein, tout au long de... Donc, il peut y avoir un module de base. Il peut y
avoir des modules complémentaires sur des situations précises, sur des petits points précis, au fil du temps. Je pense
qu'au minimum une formation obligatoire en commençant, c'est la base,
mais ça n'exclut pas plus.
Mme Boivin
Roy : Merci beaucoup pour votre réponse. Alors, je comprends
bien qu'il y a cette complémentarité entre
les formations de base et puis les avis au Commissaire à l'éthique. D'ailleurs,
je souligne la qualité des formations qui
sont disponibles présentement pour les élus. Merci beaucoup pour la variété et
aussi la qualité de vos professionnels qui offrent ces formations-là.
Pour ma deuxième question, je vais faire
référence à votre recommandation 2, alors que vous parlez, là, du fait que
les parlementaires réfléchissent à l'opportunité de rendre publiques dans un
registre certaines mesures prises pour prévenir des situations de conflits
d'intérêts. Est-ce que vous pouvez nous en dire davantage? Tout à l'heure, vous nous avez parlé de l'objectif ultime de
l'article 25, qui amène, notamment, à une meilleure représentation des
citoyens, une plus grande
transparence de manière générale, mais, lorsqu'on parle d'un registre,
concrètement, à quoi pensez-vous, dans le détail, là, des informations
qui seraient divulguées?
Mme Mignolet
(Ariane) : Alors, cette recommandation, elle vise vraiment
la... une plus grande transparence, d'accord, des intérêts ou des...
qui... dont les élus pourraient avoir... face aux citoyens.
Donc, quand on est contacté, notamment, quand on
est dans le processus d'accompagnement d'un élu ou d'un ministre, et qu'il nous
dit : Bon, bien, voici, j'ai telle situation, j'ai des intérêts dans telle
entreprise, ou ma conjointe est dans tel
domaine, etc. Peu importe, il peut y avoir une variété de sujets pour lesquels
on demande notre avis et pour lesquels on dit : Bien, voici ce
qu'il faudrait faire. Vous allez prendre, par exemple, un engagement... Si on parle d'un ministre, vous allez prendre un
engagement auprès de votre sous-ministre, auprès du premier ministre. Vous allez
demander explicitement de ne pas être présent lors des séances du Conseil des
ministres qui parlent de ce sujet. Vous allez aviser votre sous-ministre ou
votre directeur de cabinet de ne jamais vous amener les dossiers qui sont liés
à telle ou telle entreprise, parce que ma conjointe ou mon conjoint est là.
• (10 h 30) •
Donc, ce sont
des exemples de ce qu'on appelle un peu des processus mis en place pour éviter
les conflits d'intérêts, mais ce
genre d'information... peut-être pas dans tout, mais ce genre d'information, il
y en a une grande partie qui, je pense, serait intéressante... que ce
soit rendu public pour la connaissance des citoyens... de le savoir, de ne pas simplement...
d'être au courant que tel député, tel ministre, il y a tels enjeux. Ils ont une... l'information et aussi
surtout l'information qu'il y a eu des démarches pour se prémunir contre
les conflits d'intérêts. Parce que, sinon, on ne le sait pas, puis, après ça, il y a des questions, on entend parler
de, puis là on fait des vérifications, et ça peut amener la personne visée à
se retrouver dans le centre d'une espèce... d'un tourbillon médiatique, ou je
ne sais pas, alors que cette personne-là a pris
les mesures qu'on lui a demandé de prendre. Et je pense qu'en matière de
transparence ça serait une bonne chose que ce soit connu, sauf des cas
exceptionnels, évidemment.
Mme Boivin Roy : Parfait. Merci
beaucoup. Ma troisième question, sur la recommandation 8, alors que vous parlez... bien, en fait, ma collègue a déjà
abordé... sur la question, là, des pénalités administratives pour éviter, là,
justement, qu'il y ait des manquements, est-ce que de vos... J'imagine
que, lorsque vous faites cette analyse, vous regardez les meilleures pratiques
à travers le monde et puis, bien sûr, à travers les provinces et au fédéral.
Est-ce que l'effet dissuasif est démontré comme étant concluant?
Mme Mignolet
(Ariane) : De par mes collègues au Canada qui ont cette
possibilité, c'est oui, la réponse est oui. Et les autres collègues qui
n'ont pas cette possibilité-là, il y en a beaucoup qui souhaiteraient... qui
souhaiteraient l'avoir, ça facilite les
choses, et l'effet dissuasif qui reste quand même, je dois dire, dans tous les
cas, à la discrétion du commissaire. C'est-à-dire... ce n'est pas
automatique, OK? Ce n'est pas parce qu'il y a un retard d'un jour qu'il y a... je veux dire, mais que le commissaire, quand il
l'estime nécessaire, se dit : OK, là, ça fait huit fois que j'essaie, ça
fait quatre semaines... bon, qu'il puisse y avoir cette possibilité-là.
Mais
évidemment on parle de gestes administratifs techniques parce que... Par
exemple, l'obligation de donner... d'informer le commissaire de tout changement
significatif, la déclaration de don, on pourrait penser que, si jamais
la commission devient... la commission, la formation devient obligatoire, que,
si elle n'a pas été tenue dans... il peut y... Tout ce qui est des petits... pas manquements, mais, en tout cas, des
gestes qui sont demandés, qui sont requis par le code, mais qui ne
nécessitent pas... Je veux dire, moi, je ne ferais pas une enquête pour ça, là,
je veux dire, c'est clair, mais je pense que ça permettrait peut-être de,
justement, faire en sorte qu'on ait un peu plus de déclarations de don, faire en sorte que... Parce
qu'on ne peut pas être partout non plus. On ne surveille pas... On n'a pas
d'équipe de surveillance. Ce n'est pas l'objectif non plus. Mais je
pense que ça permettrait... ça permettrait d'avoir peut-être moins de relance à
faire auprès de certains retardataires et d'inciter à déclarer les dons, des
choses comme ça.
Mme Boivin
Roy : Très bien, merci beaucoup. Ma quatrième question pour vous est
relativement à la recommandation 13. Alors
que vous parlez, là, de la question des situations de harcèlement dans le code,
à la page 63, vous nous dites : «Il pourrait être pertinent que le
commissaire soit avisé de toute plainte fondée à l'encontre d'un membre
de l'Assemblée nationale en vertu de la politique de l'Assemblée nationale.»
Moi, ma question pour vous, c'est : A contrario, quelle est votre
réflexion sur la manière d'encadrer tout le processus?
Vous savez, peut-être
avez-vous été informée de l'émission Enquête la semaine dernière, qui
présentait, là, des situations où des élus sont, eux, harcelés par des
citoyens, citoyennes, entre autres, un élu municipal qui s'était fait
intimider, qui avait eu... qui avait subi de la violence physique, etc. Ce
soir, à l'agora, il y aura la présentation du film
Je vous salue salope. Bref, il y a toutes sortes de situations qui
démontrent des difficultés qui sont vécues par les élus présentement
alors qu'on a différentes crises, là, qu'on doit rencontrer et on doit répondre
par rapport aux citoyens, aux citoyennes.
Alors, dans l'autre
sens, là, comment prévoyez-vous aider les élus, justement, qui, eux aussi,
peuvent être victimes de situations? Est-ce
que c'est quelque chose qui pourrait être intégré dans le code sur la manière
dont on pourrait être accompagnés lorsque ce sont les élus qui, eux,
vivent des situations de harcèlement?
Mme Mignolet
(Ariane) : Alors, dans le cas que vous m'exposez, je vois
difficilement comment... Le code s'applique vraiment aux élus et aux membres de
leur personnel. Donc, c'est plus dans cette... dans ce forum-là, dans cet
écosystème-là dans lequel on a réfléchi la situation du harcèlement. Je n'ai
pas de pouvoir contre des citoyens. Donc, je
ne pense pas... je ne pense pas que ce soit la vocation du code de pouvoir. Par
contre, j'imagine que... Et je vous avoue bien humblement, je n'ai pas
été vérifier cet aspect-là dans la politique sur le harcèlement, là, qui existe
à l'Assemblée nationale. Est-ce que vous
êtes protégés via cette politique-là? Peut-être. Mais la question du
harcèlement, telle qu'elle a été présentée dans le rapport sur la mise
en oeuvre, concerne vraiment des situations qui impliquent... qui impliquent
des membres de l'Assemblée nationale ou des membres de leur personnel
politique.
Mme Boivin
Roy : Je vais préciser ma question.
Mme Mignolet
(Ariane) : D'accord.
Mme Boivin Roy : Est-ce que vous pensez
qu'un encadrement serait nécessaire dans la manière dont les élus choisissent
de se défendre face à des situations qu'ils peuvent vivre de harcèlement?
Mme Mignolet
(Ariane) : Certainement. Je ne sais pas si le code est le meilleur
endroit, par exemple, mais certainement.
Mme Boivin Roy : Parfait. Merci pour la
réponse. Dernière question pour vous, et, en fait, c'est une question, mais, en
même temps, un souhait. Vous nous avez parlé, tout à l'heure, de la dignité de
la fonction, un domaine que vous souhaitez explorer dans le prochain
rapport, qui nous sera remis l'année prochaine. Évidemment, on voit le cynisme
de la population, depuis des années, là, à l'égard des élus. Et ce concept de
dignité de la fonction, le respect de l'institution, en soi, est une valeur que
nous partageons tous, je pense, tous paliers confondus. Et, évidemment,
lorsqu'il se passe quelque chose, quelconque palier, quelconque situation, ça
rejaillit sur l'ensemble des élus, et on doit,
tous ensemble, collectivement, viser à ce meilleur équilibre et les valeurs
mêmes que vous partagez dans le code. Est-ce que vous pouvez nous en
dire un petit peu plus, davantage, sur où vous souhaitez aller lorsque vous
parlez du concept de la dignité de la fonction?
Mme Mignolet
(Ariane) : Je vous remercie pour cette question. Oui, effectivement,
c'est un sujet que je pense qui est très important. Les limites du code actuel,
et je l'avais également soulevé dans ma recommandation qui portait plus sur le harcèlement, la possibilité...
j'avais recommandé, à ce moment-là, la possibilité d'élargir éventuellement
le spectre d'application du code en allant
un petit peu plus large que le strict exercice de la charge, parce que,
justement, il y a des situations qui se produisent et qui rejaillit sur
toute la classe politique, tous partis confondus, l'institution de l'Assemblée
nationale. Et je pense que c'est important de prévoir ça. Et la tendance que
j'observe, on s'en va vers là, de la même façon que... même la question du
harcèlement, que vous avez évoquée il y a quelques instants, la tendance est
qu'on va vers... on sort du... en fait, on fait de certaines situations, comme
la dignité de la fonction au sens large,
l'honneur de la fonction, les questions de harcèlement, on sort du comportement
de... du domaine plus éthique, on en
fait une règle déontologique, là, qui peut être sanctionnable et qui... Donc,
comme ça a été fait pour les élus municipaux,
notamment, vous avez adopté cette pièce législative, moi, je pense que c'est
fondamental aussi qu'on explore ça.
• (10 h 40) •
Puis qu'est-ce que ça
veut dire, la dignité, l'honneur de la fonction? Je peux vous dire, il y a
des... comment dire, on voit ça dans
d'autres spectres, dont notamment la déontologie professionnelle, il y a des
exemples, mais je pense que ce qui va
constituer vraiment un écart, une atteinte à la dignité de la fonction de
député, de ministre, mes réflexions vont certainement, sans aucun doute,
vous inclure pour déterminer ce que c'est. Je ne pense pas qu'il m'appartienne
à moi seule de venir déterminer qu'est-ce qui est acceptable.
C'est ça qui est la... qui
est un petit peu difficile quand on parle des valeurs et des principes éthiques
dans le code, parce que c'est quand même...
c'est vaste. Et la... certaines valeurs, comme le respect des institutions,
comme veiller ou voir au bien-être
socioéconomique des Québécois, ça ne veut pas dire la même chose pour un élu de
vos formations politiques respectives. Donc, je pense que c'est quelque
chose qu'il va falloir... et qui évolue constamment quand... Si jamais on va
vers là, bien, il faudra voir aussi où la... les attentes de la population sont
rendues par rapport à ça aussi. Ça fait que c'est quelque chose que je ne ferai
pas en vase clos.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup.
Mme Boivin Roy : Mme la
commissaire, merci beaucoup pour l'échange.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de
Saint-Jean, pour huit minutes.
M. Lemieux : ...pour votre
candeur et la largeur de la palette de vos commentaires, qui sont, quand il est
question de dignité de la fonction, de médias sociaux, de confiance, qui sont
plus qu'importants, c'est fondamental. Je
suis sorti des médias en disant que le cynisme ambiant était devenu lourd pour
entrer dans un monde politique où il n'est pas juste lourd, le cynisme ambiant.
Alors, d'entendre votre vision de la chose, ça me donne déjà hâte de lire votre
prochain rapport, bon.
Et, justement, pour garder ça large, vous avez
parlé, tantôt, de réflexe éthique. J'ai allumé là-dessus. C'est à la mode, le réflexe ci, le réflexe ça, mais ce
n'est pas juste à la mode, c'est important, parce qu'il y a plusieurs références
dans votre rapport, dans vos commentaires aussi, sur... mais plus dans le
rapport, sur le changement de culture au Québec vis-à-vis les principes de
déontologie et d'éthique. Et je me demandais si vous avez l'impression qu'on
est encore en rattrapage, le code a
11 ans, sauf erreur, si on est encore en rattrapage, si on est passé date,
si on est encore... si on a encore
raison d'être fier de ce qu'il y a là-dedans. Pas dans la marge, là, parce que,
dans la marge, on peut s'entendre sur un paquet de choses que vous avez
recommandées, puis je vais y venir, mais, au sens large, est-ce qu'on est à la
mode ou on est dépassés, nous autres, ici, là?
Mme Mignolet (Ariane) : Le
Québec a été la dernière province au Canada à se doter d'un code d'éthique pour
les membres de l'Assemblée nationale, les ministres. Alors, ce fait-là fait en
sorte que, quand on l'a fait, quand le législateur s'y est penché, bien, il
avait beaucoup d'exemples, hein? On a été prendre partout, on a été regarder ce
qui se faisait ailleurs, le comité qui avait
été mis en place, etc., les recommandations qui ont été faites là-dedans. Il y
a eu des consultations avant même, je pense, le dépôt du projet de loi,
des consultations pour le projet de loi, tout ça, donc on s'est inspirés de ce
qui se faisait ailleurs. Ce qui fait que, moi, quand je suis arrivée en poste,
donc en 2017, et que j'ai rencontré mes homologues canadiens, moi, ce que
j'entendais, c'est : Wow! Vous êtes vraiment chanceux, au Québec, vous avez un code qui est très avancé, on
est envieux des dispositions, tout ça. Donc... Puis ça, c'était en 2017. Donc,
ça fait six ans. Donc, je ne pense pas qu'en six ans le code est devenu désuet,
là. On n'est pas dépassé.
Par contre, on est dans un... on le voit, puis,
même depuis l'adoption du code, il y a eu une grande montée, on l'a vu dans plusieurs
domaines, d'autres institutions, d'autres législations qui ont vu le jour en
matière d'intégrité publique au sens large, on est dans cette voie-là, et il
est nécessaire... Je pense que la volonté du législateur d'inscrire cette
révision aux cinq ans est primordiale, surtout en début, comme ça. On est... je
vais dire, ça fait bientôt 13 ans, mais
on s'entend qu'on est un bébé institution, là, dans l'écosystème. Donc, on est
encore en développement, et je pense que
c'est important de le revoir régulièrement, de ne pas avoir peur de
requestionner tout pour s'assurer que ça reflète toujours les attentes
des citoyens, et ça reflète toujours ce qu'on attend de vous, et ce qu'il
est... et de bien prévenir, en même temps,
de maintenir la confiance, mais de vous assurer une certaine flexibilité, une
certaine indépendance dans l'exercice de vos fonctions.
L'objectif, ce n'est pas que vous ne puissiez
plus rien faire, que vous ayez peur de faire... de jouer votre rôle, c'est de mettre en place des outils qui vous
permettent... C'est un délicat équilibre, hein, qu'il faut maintenir en tout
temps. Et je pense que cette révision périodique est absolument
nécessaire, parce que, même ce qui est acceptable... ce qui était acceptable il
y a cinq ans commence à l'être moins, et etc., puis on... Donc, c'est
nécessaire, mais ça ne veut pas dire qu'il n'est pas bon, qu'il est désuet,
mais il faut toujours rester à la page.
M. Lemieux : Merci beaucoup du
cadrage. Sauf erreur, il me reste moins de quatre minutes, M. le Président?
Merci beaucoup.
Au niveau préventif, parce qu'on en a parlé,
mais je veux revenir là-dessus parce que, pour moi, c'est fondamental, vous
avez un lien avec le DGE qui vous permet d'alimenter une certaine information.
On va s'entendre que c'est très peu quand on
arrive comme candidat. Les piles de papiers qui arrivent du DGE, là... puis
surtout que c'est du chinois pour la majorité des candidats, puis c'est
leur machine qui s'en occupe, alors, le candidat devenu député, il ne l'a
probablement pas vu passer.
Et pourtant il me semble que c'est là que c'est
le plus important. Quand vous dites : On en a eu 47 sur 125, je ne vous dirais pas que c'est un gros score pour la
43e législature, là. Et, sous-entendu, j'entends que ce n'est pas juste
pour les députés, c'est pour le public,
c'est pour les équipes, c'est pour le personnel, c'est pour l'intérêt public,
parce que c'est ce que c'est.
Donc, dans le fond, vous êtes un peu... pas
frustrée, mais un peu mal placée pour dire : Bien, je ne peux pas faire de
publicité comme le Protecteur du citoyen en fait ou comme la Commission des
droits de la personne peut en faire. Puis, en même temps,
c'est ça que ça prendrait pendant la période électorale, mais là c'est le DGE
qui a tout le tapis devant lui. Mais il y a sûrement moyen de faire plus que ce
qu'on fait en ce moment avec le DGE pour aller chercher et capter l'intérêt et
la connaissance des presque 1 000 personnes qui sont susceptibles,
quelques semaines plus tard, de devenir candidat. Moi, pour moi, ça m'apparaît
clair, clair, clair.
Pour la suite des
choses, une fois rendu, je vous dirais que je me suis inscrit, je fais partie
des 47, merci beaucoup, mais ça reste fastidieux, dans le sens que c'est
vraiment le un à un qui est le plus payant. On a tous des questions
personnelles et on oublie trop souvent qu'une fois qu'on vous a interpelé et
que vous nous répondez, c'est la loi, c'est-à-dire qu'à partir de là on est en
confiance. Plus tard, je parlerai avec la jurisconsulte parce que j'ai hâte de
voir ce qu'elle pense de ce qu'elle est en train de devenir dans le contexte.
Il me reste à
peine... pour que vous puissiez répondre, il reste à peine 1 min 30. Je
vous laisse choisir votre réponse, mais
j'aurais aimé ça entendre... parmi les trois questions que je viens de poser,
mais j'aurais aimé ça entendre quelque chose au sujet de la
jurisconsulte.
Mme Mignolet
(Ariane) : OK. Bien, je vais commencer par là, parce que sinon...
Le
Président (M. Bachand) : ...s'il vous
plaît.
Mme Mignolet (Ariane) : Donc,
écoutez, on a constaté... depuis mon arrivée, j'ai constaté, avec les prédécesseurs
de la jurisconsulte actuelle, donc il y avait Me Beaudoin et Me LeBel, donc,
avec qui j'ai eu le plaisir de collaborer un petit peu... quand le code a été
adopté, je pense que l'objectif n'était pas de mettre... Le rôle du
jurisconsulte a perduré. Je pense qu'au
début il y avait probablement des craintes de se dire : Bien, moi, j'ai un
peu peur, peut-être, d'aller téléphoner à la commissaire, qui a un rôle
d'enquête, qui a deux chapeaux. Est-ce que, moi, quand je vais appeler, elle va
utiliser ça pour... du côté enquête? Et tranquillement... Et puis les députés
étaient habitués à avoir le rôle de jurisconsulte, il existait par le passé.
Mais, tranquillement, ce qui s'est fait, c'est que les gens ne consultent plus
le jurisconsulte. Donc, et de un, ça me dit que les gens ont de plus en plus
confiance en l'institution, et ça me rassure. Je
mets un paquet énorme... pour moi, c'est la prévention, l'accompagnement qui
est prioritaire dans mon mandat. Ça, pour
moi, c'est essentiel. La députée, un peu plus tôt, l'a souligné, que mon équipe
était très présente dans l'accompagnement,
et je suis ravie de ce lien de confiance. Et surtout, je pense, ce qu'est
l'élément clé, c'est que les avis que pourrait rendre la jurisconsulte
ne lient pas le commissaire.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Nelligan, pour 36 min 45 s, s'il vous plaît. M. le député.
M. Derraji :
Merci, M. le Président. Bonjour. Merci pour votre présence. Merci pour le
rapport détaillé avec pas mal de
recommandations. J'aimerais bien vous entendre sur le délai que l'Assemblée
nationale... je l'ai mentionné tout à l'heure dans mes remarques
préliminaires, que c'est presque quatre ans. Qu'est-ce que vous en pensez,
qu'on étudie votre rapport quatre ans plus tard?
• (10 h 50) •
Mme Mignolet (Ariane) : Écoutez,
moi, j'ai fait mon bout de chemin, j'ai fait mon travail, ce qui était requis. J'ai
déposé ce rapport-là, qui contient beaucoup de recommandations. Le reste, ça
vous appartient. Je ne suis pas... Est-ce que j'aurais souhaité pouvoir venir
en débattre avec vous avant? La réponse, c'est oui, bien évidemment. Ça... Je
ne peux pas vous dire autre chose.
Maintenant, je ne
contrôle pas cette partie-là. Je me réjouis d'avoir l'occasion de le faire
aujourd'hui. C'est certain que, ce faisant, je vais attendre avec grand intérêt
de voir les recommandations ou de voir les discussions qui sortiront après ça,
et de voir ce que vous avez pensé et ce que vous recommandez suite à mes
recommandations. Par contre, le fait que
j'en prépare un actuellement pour bientôt, somme toute dans un an, vous
comprendrez que, pour travailler un rapport comme ça, c'est presque
demain matin.
Donc, moi, ce que je
souhaite à ce moment-ci, c'est sûr, c'est que les réflexions que vous aurez
là-dessus vont me guider un peu aussi, là, puis voir un peu... Je vais écouter
avec intérêt ce qui se... les échanges qui auront lieu avec les restes des personnes qui viendront vous parler. Mais c'est
sûr que, quand on fait ces recommandations-là, c'est parce qu'on vise...
on vous propose de faire certaines modifications comme législateurs au code.
Mais c'est certain que, aujourd'hui, je me
présente devant vous, si vous me dites : Suite à ça, est-ce qu'on peut
changer le code?, et qu'il y a un
projet de loi qui est présenté en février prochain, bien, je vous dirais :
Oui, c'est bien, mais j'aurais aimé ça, peut-être, attendre le prochain
rapport pour que, quand vous allez modifier le code, vous prendrez en compte
tout. Parce que, si on modifie le code au printemps prochain, bien, six mois
plus tard, je vais vous proposer peut-être d'autres choses. Ça fait que ça rend
l'exercice un peu...
M. Derraji :
Un peu? Un peu? Vas-y. Oui, oui.
Mme Mignolet
(Ariane) : Un peu... je ne sais pas trop. C'est comme un exercice,
marcher sur des oeufs, où on ne sait pas trop... je ne sais pas qu'est-ce
qui... qu'est-ce que je souhaite... pardon, qui... Si vous m'aviez entendue il y a deux ans, je vous aurais dit : Puis,
regardez, je suis prête à, tout de suite... S'il y a un projet de loi qui se
prépare, allons-y, on va le travailler ensemble. Maintenant, c'est sûr
que, si vous me dites : Il y a un projet de loi qui va... le gouvernement choisit de présenter un projet de loi
pour étude, bien, je vais être un petit peu entre deux. Je vais me sentir pressée
d'accoucher de ma réflexion qui commence pour les prochaines recommandations.
Voilà.
M. Derraji :
Oui. Mais je pense que vous avez la réponse. Moi je ne voulais pas vous
poser cette question, mais j'ai vu mes deux collègues, ils ont posé des
questions sur le prochain rapport. Ce que je trouve dommage, c'est qu'on ne va pas l'aborder. Je peux même... On
peut, parce qu'ils ont abordé pas mal de questions. C'est très pertinent.
En fait, c'est ce qu'on vit présentement.
Et
je ne veux pas vous ramener sur l'utilisation des pages Facebook,
on a vu, même, des conférences de presse du premier ministre sur sa page et non
pas celle... sur celle du gouvernement. Il n'y a aucune recommandation qu'on va
étudier sur ça aujourd'hui. Aucune. Zéro.
J'ai, devant moi, un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, neuf
rapports depuis 2019 jusqu'à aujourd'hui, abstraction faite aux
commentaires que vous avez vus, constatés depuis le dépôt de votre rapport.
C'est là, je me dis... et je sais que vous êtes prudente, c'est bon, mais ça ne
devrait pas être le cas. C'est une leçon. On
ne peut plus attendre quatre ans pour étudier un rapport, vous lier les mains
pour un autre rapport qu'on risque d'étudier, si on suit la même
logique, en 2028.
Ça veut dire que vos
recommandations pour l'année prochaine, quand est-ce qu'elles seront
applicables? Et c'est là où je veux vous écouter et vous entendre. Parce que je
peux passer une heure... La collègue l'a dit, vous avez tellement de bonnes
recommandations, j'ai des questions sur chaque recommandation. Mais ce que vous
nous dites aujourd'hui, c'est que, même si
on a l'intention et le gouvernement a l'intention de déposer un projet de loi,
je ne pense pas que c'est bon parce que, votre rapport, on doit
l'attendre en 2025.
Donc,
devant cette situation, pas... parce qu'on ne peut pas faire abstraction à tout
cela, dans un monde idéal... Parce que j'en suis sûr et certain, que
vous avez déjà des idées en tête. Vous avez vu beaucoup de choses : il y a
des rapports, il y a des blâmes, il y
a des votes, il y a des choses qui se ressemblent un peu, je les ai notées.
Mais, si on veut prendre les derniers... les quatre dernières années, ça serait
quoi, votre suggestion?
Mme Mignolet
(Ariane) : Je ne suis pas tout à fait sûre de comprendre votre
question. C'est-à-dire depuis le dépôt du rapport?
M. Derraji :
Oui. Depuis le dépôt du rapport, vous avez un, deux, trois, quatre, cinq,
six, sept, huit, neuf. J'ai les dates, j'ai
les noms, je pense que vous les connaissez par coeur. Dans chaque rapport, il y
avait des recommandations. Il y a des
recommandations qu'on trouve même dans presque le rapport déposé en 2019. Ce
que nous sommes en train d'étudier, c'est le rapport qui date de 2019.
Là, vous dites que, si le gouvernement veut aller avec un projet de loi :
Je ne suis pas sûre que je vais être prête pour la prochaine année. Ça veut
dire qu'on doit attendre votre rapport de 2024 et l'étudier, étudier les
recommandations.
Mme Mignolet
(Ariane) : Juste peut-être clarifier. Je me suis peut-être mal
exprimée. Ce n'est pas que je ne serai pas
prête s'il y a un projet de loi, je serai... j'y participerai, évidemment, avec...
Ce n'est pas que ça m'empêchera de présenter le rapport, c'est juste que
je me dis : Les réflexions qui ont suivi le dépôt de ce rapport, comme
vous dites, oui, il y a eu plusieurs rapports d'enquête, il y a eu aussi... on
a progressé en matière d'accompagnement, de... on a présenté plusieurs lignes directrices pour clarifier des choses, mais
c'est certain que, oui, dans un monde idéal, je me dis que ce serait
préférable d'attendre le dépôt du prochain pour envisager une modification du
code.
M. Derraji : C'est excellent. Ça, pour
moi, ça répond exactement à ma question. Donc, votre suggestion, si le
législateur envisage un changement, ce que vous nous suggérez aujourd'hui,
c'est attendre le dépôt du prochain rapport.
Mme Mignolet
(Ariane) : Oui et de l'étudier rapidement. Je pense que, si on se
revoit dans un an et demi, on aura le portrait global de mes recommandations
sur...
M. Derraji :
C'est excellent.
Mme Mignolet
(Ariane) : ...basé sur mon expérience de...
M. Derraji : J'apprécie. Et c'est là
où ça me ramène à ma deuxième question. Vu ce qui s'est passé, qu'il y avait
quatre ans d'attente et il n'y a personne qui était préparé, j'ai entendu les
commentaires que... pandémie, pas pandémie, mais le Parlement a continué à fonctionner. Et ce n'est pas vrai que
nous, on n'a pas démontré de l'intérêt. Je vous ai dit que, 11 jours plus tard, nous avons interpelé
le gouvernement pour statuer sur une date pour étudier. On n'a pas donné suite
à notre lettre.
Maintenant,
est-ce que vous voyez d'un bon oeil une recommandation de la commission qu'on
s'engage à étudier le prochain rapport soit dans un délai raisonnable? Et, s'il
y a un délai raisonnable, est-ce que, pendant le mandat actuel de la 43e législature, si on... si le gouvernement...
ou si on envisage un dépôt de loi, la commissaire veut qu'on étudie son
rapport, idéalement, dans la première année du dépôt, deuxième année? C'est
quoi, l'idéal, pour vous?
Mme Mignolet
(Ariane) : Écoutez...
M. Derraji : Et je comprends que ce n'est pas votre responsabilité, c'est notre
responsabilité, nous. Mais, vous, dans un monde idéal, vous travaillez
tellement fort avec des rapports d'enquête, avec des recommandations, à un
certain moment, c'est plate qu'on ne voie pas ça avancer.
Mme Mignolet
(Ariane) : Écoutez, de mon point de vue, c'est évident que je ne peux
pas vous dire autre chose que ce code, c'est... son objectif, c'est vous
accompagner dans l'exercice de votre charge. C'est quelque chose qui vous concerne, je l'ai dit tantôt, intimement.
Donc, c'est sûr que, comme Commissaire
à l'éthique et à la déontologie, ce que je souhaite, c'est d'avoir la
possibilité d'avoir plus d'échanges avec vous là-dessus. Je veux dire, une fois
aux cinq ans, c'est un minimum, ça aussi,
mais je pense que tout le monde y gagnerait si on avait des... la possibilité
d'échanger sur des notions qui vous concernent, sur les valeurs, sur
les... Je veux dire, c'est des choses que je ne peux pas faire seule puis, je veux dire... Donc, je l'ai dit
aussi tout à l'heure, moi, je souhaite que tout ce qui concerne le code puisse
faire l'objet de discussions vastes, exhaustives, mais surtout de manière
collaborative et transpartisane.
Et là, quand vous me
demandez de répondre à la question : Quand est-ce que vous voulez... je
veux dire, je souhaite, évidemment — je veux dire, c'est le fruit
des réflexions que je vous propose — que vous y réfléchissiez, mais je connais aussi la réalité, le contexte. Je
veux dire, si je suis appelée à venir en commission débattre de questions
comme ça, qui vous touchent tous,
10 jours après le dépôt d'un rapport controversé d'enquête, je ne suis pas
sûre que ce soit le bon moment non plus. Donc, il faut un... voilà, un
moment propice.
M. Derraji : Je ne veux pas vous poser
cette question, mais vous me donnez le goût. Donc, il y a deux rapports
en attente. Est-ce que vous attendez que la commission passe pour les déposer?
Mme Mignolet
(Ariane) : Je vais vous répondre à cette question que tous mes
rapports sont faits de manière diligente, et, dès qu'ils sont terminés, je les
envoie à la présidence pour dépôt.
• (11 heures) •
M. Derraji :
Je ne peux pas m'empêcher, parce qu'il y a deux rapports qu'on attend, et
on va les attendre, Mme la commissaire.
Je vais
revenir à cette question parce que, je trouve, quatre ans, c'est beaucoup. Tout
à l'heure, quand vous avez évoqué les
réseaux sociaux, j'en suis sûr et certain, que les collègues autour de la table
ont beaucoup de questions, moi-même,
mais je vous... je tiens à le rappeler, que c'est plate, faire deux élections
et ne pas prendre en considération les recommandations. Parce que votre
réflexion a commencé depuis 2019. On vient de terminer 2022. Vous avez vu ce
qui s'est passé, ça a été soulevé par plusieurs personnes, l'achat de
publicités Facebook pour des conférences de presse, une page Facebook, et je
sais de qui je parle, je parle de la page Facebook du premier ministre, qui,
dans un temps record, est devenue la source
informationnelle de 8 millions de Québécois. La même page qui a été
utilisée pendant la pandémie est devenue la source d'information pour
une campagne électorale par la suite. Je n'ai pas prévu aller là, mais je vous
ai vu répondre à mes collègues. Est-ce que c'est sur ces enjeux que vous êtes
en train de réfléchir?
Mme Mignolet
(Ariane) : Je réfléchis, de façon globale, à tous les enjeux qui sont
soulevés qui concernent l'utilisation des médias sociaux, tant par les élus que
les membres de leur personnel. J'ai déjà clarifié certaines choses à cet égard pour les membres du personnel
en produisant des lignes directrices un petit peu avant la dernière campagne,
où j'aborde certaines questions aussi, mais
je ne souhaite pas, aujourd'hui, faire référence à des cas particuliers comme
vous venez de mentionner, mais vous dire que c'est des enjeux sur
lesquels je me pencherai.
M. Derraji :
OK, mais, vu l'importance de ces enjeux, j'imagine que vous avez des
attentes à l'égard du prochain rapport, le prochain rapport ne doit pas être tabletté.
C'est pour cela que je dois revenir à ma question première : C'est quoi, pour vous, le moment idéal d'étudier vos
recommandations une fois déposées? Parce que je veux bien étudier les
recommandations de 2019, qui couvrent, et je tiens à le rappeler, 2012,
corrigez-moi si ma mémoire, elle est bonne, 2012 à 2018.
Mme Mignolet
(Ariane) : Non, ça... 2015 à 2019.
M. Derraji :
2015 à 2019. Donc, nous sommes en train de parler des rapports de 2015, de
2016, 2017. Pas besoin de rappeler que le
public a été pas mal interpelé par vos enquêtes et vos rapports d'enquête au
courant de la 42e et même la 43e.
Je répète ma
question : C'est quoi, selon vous, le meilleur timing, si je peux utiliser
le timing, d'étudier vos prochaines recommandations et de passer à un
changement si jamais il y a des changements par projet de loi?
Mme Mignolet (Ariane) : OK.
Il y a plusieurs choses. Je ne suis pas certaine de voir le lien que vous
faites dans votre question, peut-être que c'est moi qui ne la comprends
pas.
M. Derraji :
Ce n'est pas grave, je vais le répéter, parce que, tout à l'heure, vous
avez dit...
Mme Mignolet
(Ariane) : Non, non, le lien entre les rapports d'enquête que je
dépose...
M. Derraji : Non, parce que les
rapports d'enquête et les recommandations, moi, j'ai, devant moi, neuf
rapports, mais j'aimerais bien que... En commission, on va en parler, on va
émettre des recommandations, mais je trouve qu'il y a des recommandations que
vous nous invitez à les interpréter en fonction du code, il y a des
améliorations, il y a des choses. Je
trouve juste que... Est-ce qu'on peut les incorporer? Parce qu'ils ne faisaient
pas partie du rapport, ces constats que vous avez constatés depuis le
3 décembre 2019, jusqu'à la dernière enquête, c'est... dernier rapport,
c'est le 11 septembre 2023, concernant le ministre de la Justice.
Donc, cette liste, il y
avait des recommandations. Quand vous faites un rapport d'enquête ou vous
déposez un rapport, il y a des recommandations qui viennent avec chaque
rapport. Moi, je les ai lus, c'est très important, parce que ce qu'il y a de la
bonne information que... vous nous invitez à les prendre en considération.
Mme Mignolet
(Ariane) : Oui, mais, dans ces rapports d'enquête, il y a...
ça arrive qu'il y ait une recommandation pour... qu'il y ait des
recommandations pour aborder les choses d'une certaine manière. Ce n'est pas
toujours des recommandations qui sont liées à des modifications qui sont
souhaitées dans le code, par exemple, là, j'invite à la prudence, il y a certaines... Je peux recommander de mettre en place des
processus pour... mais ce n'est pas forcément des des modifications
que... ça ne veut pas dire que tout ce qui est dans les rapports d'enquête
risque de se retrouver dans le prochain rapport de mise en oeuvre, là, pas du
tout. Souvent, c'est une interprétation que je fais d'un article, je viens
préciser les critères dans la jurisprudence qui s'instaure, du commissaire,
mais ce n'est pas des... Ça, c'est l'évolution
normale de la jurisprudence et ce n'est pas... ça n'a pas lieu d'être dans le
rapport sur la mise en oeuvre, en tout cas, pas tous, certainement.
Mais c'est sûr qu'un rapport d'enquête, la façon
dont ça fonctionne, tout ce que j'ai à dire sur le rapport, c'est un petit peu... un peu comme un jugement. Je
ne m'exprime pas à côté de ça, je ne viens pas compléter, je ne viens pas
expliciter davantage. Toute la justification qui se trouve dans mes rapports
fait foi du raisonnement et de ce qui s'est passé.
Donc, je ne viens pas, par la suite, je ne... Il n'est pas prévu que j'en
discute ou que je vienne expliciter davantage, sauf s'il y a un enjeu particulier qui va faire l'objet peut-être d'une
rubrique d'un éventuel rapport sur la mise en oeuvre, le prochain, mais
ce n'est pas... ça ne fait pas... Dans la préparation d'un... pardon, d'un
rapport sur la mise en oeuvre, je regarde...
ce n'est pas les rapports d'enquête, je ne fais pas forcément suite à tous les
rapports d'enquête. Ce n'est pas parce qu'il y avait des recommandations
ou des appels à la prudence, ou des choses comme ça, que ça invitait à des
modifications ou des réflexions plus larges... certainement, mais vraiment pas
tous.
M. Derraji : OK. Je vais passer
au rapport qu'on a devant nous. Et, encore une fois, je vous remercie pour la qualité des recommandations. Je veux revenir sur
la formation obligatoire. Pensez-vous, parce que la plupart des élus, il
y a toujours des séances de formation obligatoire, pensez-vous que l'emphase
sur le code, la formation sur le code d'éthique
doit être renforcée? La plupart des élus qui viennent, chacun a une expérience
de travail. Il y a des organisations où il y avait un code d'éthique à
suivre, mais parfois pas au même degré, et je dis, je pèse mes mots, au même
degré, toujours, un code, on doit le suivre.
Mais, par la suite, peu importe l'élu, bonne volonté, l'interprétation de la
charge publique qui vient avec la
fonction, peu importe la fonction parlementaire, élu, ministre, adjoint
parlementaire, peu importe, pensez-vous qu'il doit être renforcé?
Mme Mignolet (Ariane) : La
formation que je propose de rendre obligatoire, je pense évidemment que cette formation doit être... J'ai répondu un petit peu
tout à l'heure à la question de votre collègue, mais il y a comme une base,
je pense, qui est nécessaire et qui doit être adaptée à votre réalité, aux
fonctions que vous occupez à l'Assemblée nationale. Je ne sais pas si ça répond
à votre question ou si j'ai mal saisi votre question. Renforcer... Nous, on
offre... pour l'instant, on offre... Les formations qu'on offre, on a des
formations qui sont... qui portent sur l'ensemble du code et on a des formations sur mesure, on a des formations par sujets
thématiques. Ce qui est important, c'est que tout le monde qui accède à la fonction de député puisse
avoir un minimum de formation pour être capable d'avoir le réflexe de se dire : Woups! Attention, quand je vais
dans cette direction. Oh! je n'avais pas pensé à ceci, il va falloir que je
consulte, pour avoir les réflexes, un minimum de réflexes, de prudence,
et de consulter notre équipe.
M. Derraji : Oui,
c'est excellent. Et vous mentionnez des filtres anticonflits d'intérêts,
recommandation 2, vous dites que «les parlementaires réfléchissent à
l'opportunité de rendre publiques, dans un registre, certaines mesures
prises pour prévenir des situations de conflit d'intérêts». Je comprends la
notion de cette... je dirais, l'importance de la recommandation, et même le
sens de la recommandation, mais pourquoi vous voulez insister à ce que ça soit
rendu public dans un registre? Est-ce que
c'est parce que vous avez déjà suggéré certains filtres, et la personne n'a pas
suivi les filtres ou les recommandations, et, par la suite, on se
ramasse à courir derrière ou... C'est quoi, le but de les rendre publiques? Si jamais la personne a eu une
discussion avec vous, vous avez proposé un filtre, vous avez proposé... vous
avez des suggestions, pourquoi vous insistez à les rendre publiques?
Mme Mignolet
(Ariane) : Par souci de transparence, d'information pour les
citoyens. C'est essentiellement ça. Ce
n'est pas tant parce que je pense qu'elles ne sont pas mises de l'avant, c'est
parce que je pense qu'elles sont d'intérêt public, probablement pas
toutes, mais ça permet une meilleure transparence.
M. Derraji : OK. Avez-vous un
exemple en tête?
• (11 h 10) •
Mme Mignolet (Ariane) : Bien,
écoutez, moi, j'ai un exemple. Prenons un cas fictif de... Un membre du Conseil
exécutif qui, pour x raisons, que ce soit en raison d'intérêts personnels,
ou d'intérêts d'un membre de sa famille immédiate, ou je ne sais pas, ne doit
pas être mêlé à un dossier ou à une entreprise en particulier, bien, on va
recommander à cette personne-là de... dans un premier temps, de mettre en place
des mesures pour que l'information n'arrive
pas à lui, donc, d'informer son sous-ministre, d'informer le secrétaire général
du gouvernement, le premier ministre, son
chef de cabinet, pour que des mesures soient mises en place, et, comme ça,
bien, ça lui évite d'être... que ces informations soient portées à sa
connaissance, et je pense que c'est d'intérêt... pas toutes, hein, soit dit en
passant, pas toutes,
mais, quand c'est le cas, comme ça, ça permet de dire : Bien, voyez, moi,
j'ai ça, mais sachez que j'ai mis en place des mesures, c'est public.
Voilà. C'est... ça permet...
M. Derraji : Donc, dans un
monde idéal, vous faites votre rencontre... D'ailleurs, je vous remercie, parce
que moi, j'ai eu pas mal d'avis. C'est très
rassurant, avoir un avis, même si j'aime plus un avis écrit, verbal, ça,
j'aimerais bien vous entendre, parce que c'est un stress. Je ne parle au
nom de personne, je parle en mon nom, parfois, je veux avoir un écrit, c'est très rassurant. Et je ne remets en aucun doute
l'expertise de vos équipes, très bien accompagnées, parfois, parce qu'on veut être plus blanc que blanc, mais
parfois les paroles s'envolent et les écrits restent. C'est ma devise dans la
vie.
Pourquoi,
pourquoi on ne donne pas un avis écrit? Il faut se battre pour l'avoir. Je dis
«se battre», entre guillemets, parce que vous réussissez toujours, mais,
de facto, si vous me donnez un avis verbal, je sais, c'est rapide, mais il y a
toujours un doute : Est-ce que je fais la bonne chose? Un avis écrit me
rassure, un, je l'imprime, je le lis, je le relis. Qu'est-ce que vous en
pensez?
Mme Mignolet
(Ariane) : Bien, j'espère... ça m'inquiète si vous me dites
que vous deviez vous battre pour en avoir un. Je vais parler à mon
équipe, là, je suis un peu inquiète.
M. Derraji : Non, non, non,
j'ai dit, non, non, non, j'ai dit, entre guillemets, parce que «battre», ce
n'est pas se battre dans le sens «se battre», mais je me suis senti dans
l'obligation d'avoir deux options, un avis verbal ou écrit, mais, dans n'importe quel cas, on veut toujours
être bien protégé. Quelqu'un nous pose la question : Écoutez, j'ai déjà
fait mes vérifications, j'en avais... Je ne vais pas leur dire : Appelez
la commissaire, elle va vous donner un avis verbal, j'ai l'avis écrit.
Mme Mignolet
(Ariane) : Bien, écoutez, ça, c'est vraiment laissé à
l'appréciation de chacun. Il y a des situations qui sont peu
problématiques et pour lesquelles, je veux dire, on nous appelle, cinq minutes
après, c'est réglé. Est-ce que c'est...
c'est quelque chose qui... Bon, est-ce que je peux aller à tel événement, ça se
passe demain? Merci, au revoir, c'est
réglé. Je peux accepter ou pas ce don. Bon, il y a cette facilité et cette
rapidité, je pense que toute personne qui appelle au bureau pour être
accompagnée va l'être très rapidement. Ça, je m'assure de ça.
Mais ce n'est pas tout le monde, vous indiquez
que vous préférez avoir un écrit, et c'est tout à fait valable, et on le
conseille nous-mêmes dans certaines situations plus... ou, par exemple, quand
on sait que c'est quelque chose qui risque de sortir dans les médias, qui
risque... ou quand on nous appelle : Écoutez, j'ai vraiment besoin de ça,
puis je veux l'écrit parce que je veux pouvoir le montrer. C'est tout à fait
ça. Mais je veux vous rassurer que, quand vous appelez au bureau du commissaire et que vous parlez à quelqu'un de
l'équipe de la prévention et qu'il vous donne un avis, cet avis, il
n'est pas... il ne vaut pas moins qu'un avis écrit, et tout ce qu'on vous dit,
on prend des notes de, quand même... tu
sais, je veux dire, on prend des notes sur ce qui a été dit. Si vous rappelez
dans trois ans : Souvenez-vous, je vous avais parlé... Absolument. On a une note d'entretien au dossier.
Donc, il ne faut pas s'inquiéter. Oui, c'est moins facile de dire :
J'ai contacté, j'ai contacté, je ne peux pas vous le montrer, mais... puis
c'est tout à fait...
M. Derraji : Mais je vais
juste... je vais vraiment le préciser, je ne mets pas... Je vous le dis, très
bien accompagné, les conseils sont là, l'écoute, elle est là. C'est plus une
perception personnelle d'être plus rassuré par un écrit. Je ne dis pas que les valeurs... que les paroles qu'on entend ou
qu'on nous partage, ce n'est pas la même chose qu'un écrit, c'est juste une perception d'être beaucoup
plus rassuré par un avis écrit et non pas verbal. Mais je le dis, en aucun
cas... il y a toujours de l'écoute et de l'accompagnement.
Je continue dans la logique des filtres. Donc,
la rencontre est faite, vous suggérez les filtres anticonflits d'intérêts, oui,
filtres anticonflits d'intérêts. Vous suggérez que ça soit public pour plus de
transparence, mais là, un peu plus loin, et c'est là où... en fait, j'aime la
logique, recommandation 8, vous dites que «le code soit modifié de manière
à permettre au commissaire d'imposer une pénalité pour le défaut de respecter
certaines obligations prescrites par le code». Pénalité, c'est la première fois
que ça arrive, pourquoi la commissaire veut qu'on lui donne le pouvoir d'imposer des pénalités et quel genre de
pénalités vous avez en tête? Et, si c'est oui, avez-vous étudié quelques
exemples de pénalités?
Mme Mignolet (Ariane) : Alors,
d'abord, pour vous rappeler, j'ai fait cette recommandation, mais elle a été
faite par mon prédécesseur dans le rapport sur la mise en oeuvre 2011-2014,
donc, qui a été présenté en 2015, et la Commission des institutions qui avait
étudié le rapport de mon prédécesseur avait accueilli favorablement cette
recommandation-là. Et, oui, on a regardé, notamment, ce qui se fait ailleurs,
et, par exemple, il y avait des modalités, les
sujets sur lesquels ça aurait pu être quelque chose, une omission ou un refus
de répondre pour fournir un document. Ça
peut être défaut d'aviser le commissaire de s'être retiré d'une séance, comme
l'article 25 le prévoit. On peut penser à la... si jamais il y a une obligation de formation dans un certain
délai, défaut d'aviser le commissaire d'un changement significatif dans
sa déclaration d'intérêt.
Donc, c'est ce genre de... c'est ce genre de
pénalités là, de sujets pour lesquels, pour lesquels on propose une pénalité,
qui, comme je l'ai mentionné, se fait à certains autres endroits.
M. Derraji : Mais
est-ce que, depuis que la recommandation a été acceptée, est-ce que vous vous
étiez fait interpeler à imposer une pénalité ou non?
Mme Mignolet
(Ariane) : Mais il n'a pas été mis en oeuvre, hein, ça n'a pas été...
Il n'y a pas eu de projet de loi qui a donné suite au rapport de la Commission
des institutions qui a étudié le dernier rapport.
M. Derraji :
Oui, c'est excellent.
Mme Mignolet
(Ariane) : Donc, moi, je n'ai toujours pas le pouvoir et moi, je ne...
M. Derraji :
Oui, mais vous le souhaitez, parce que...
Mme Mignolet
(Ariane) : Oui.
M. Derraji : OK, excellent. Mais là,
maintenant, c'est à nous de déterminer la pénalité, OK. Donc, vous, vous ne
voulez pas jouer dedans, quel type de pénalité, dans quel type de... Vous
n'avez pas de suggestion...
Mme Mignolet
(Ariane) : Bien, je pense que... Bien, en fait, ce qui se fait
ailleurs, c'est, généralement, une pénalité
qui est associée, par exemple, à un maximum, c'est-à-dire, par exemple, soit
une... Il y a toujours une pénalité, par
exemple, par jour de retard, des frais comme ça, ou avec un maximum de, des
choses comme ça. Évidemment, si la commission
le souhaite, je peux toujours vous envoyer les informations pertinentes de ce
qui se fait ailleurs, le détail, par la suite.
M. Derraji :
Oui, oui, si ça ne vous dérange pas, oui, ce serait intéressant.
Mme Mignolet
(Ariane) : On va vous l'envoyer.
Le
Président (M. Bachand) : ...envoyer à la commission.
Merci.
M. Derraji :
Recommandation 9, vous insistez beaucoup sur les lanceurs d'alerte et
interdire des mesures de représailles. On se comprend que cette
recommandation 9 date de 2019. Vous pensez que c'est le cas même dans la
période qu'on ne couvre pas aujourd'hui, que c'est toujours la même chose?
Mme Mignolet
(Ariane) : Bien oui. Oui, oui.
M. Derraji :
Vous comprenez c'est quoi, la suite, c'est que vous étiez obligée... pas
obligée... vous étiez amenée à faire d'autres enquêtes, et vous pensez qu'il y
avait — je
pèse mes mots — des
mesures de représailles sur certaines personnes?
Mme Mignolet
(Ariane) : Je pense que... Je ne discuterai évidemment pas de cas
particuliers, mais je pense... pas je pense, je l'affirme, qu'il y a des cas où
des personnes ne souhaitaient pas témoigner, ne souhaitaient pas collaborer à l'enquête parce qu'elles avaient
peur de représailles. Et, dans un cas comme ça, moi, je ne peux pas... j'ai le
pouvoir de forcer quelqu'un à témoigner, et tout ça, mais, si je ne peux pas
protéger la personne, je ne la forcerai pas à témoigner.
M. Derraji :
Oui. Ça veut dire que... Vous êtes en train de me dire que, pour certains
rapports d'enquête, vous étiez comme obligée de ne pas interpeler certaines
personnes et avoir encore davantage d'informations, parce que ces personnes risquaient quelque chose, notamment
par rapport à l'autre... à leur vie ou à des mesures disciplinaires?
Mme Mignolet
(Ariane) : Je ne dis pas que ces personnes risquaient quelque chose.
Je ne peux pas en être certaine. Je pense que certaines personnes avaient peur.
Et j'ai dû, effectivement, me passer de certains témoignages, que ce soit...
pas forcément pour des enquêtes qui ont été... qui ont fait l'objet de rapport,
ça peut être des enquêtes qui n'ont pas eu lieu en raison de ça.
• (11 h 20) •
M. Derraji :
Oui. Les dernières années... Je reste toujours dans les enquêtes, je sais
que vous prenez votre temps, vous faites le
tour de la question. Pensez-vous qu'en fonction de ce que vous avez entre les
mains vous êtes capable de mener une
enquête de A à Z avec ce que vous avez entre les mains? Dans un monde idéal,
pour aller plus en détail, est-ce que la commissaire a l'ensemble des données,
expertises autour de la table? Je ne parle pas de la chasse au faisan, je parle d'enquêtes beaucoup plus
complexes, où vous fouillez davantage, avec plus d'informations et
d'informateurs.
Mme Mignolet
(Ariane) : Vous parlez en termes de ressources?
M. Derraji : Pas uniquement
ressources, mais aussi de pouvoir d'enquêter. Le pouvoir d'enquêter, il est
limité. Vous pensez qu'aujourd'hui vous avez l'ensemble des ressources
pour mener une enquête? Sur un sujet où vous dites :
Misère que... si j'avais telle ou telle chose, là, je vais aller jusqu'au bout,
et probablement mon rapport serait autrement que le rapport que je viens
de déposer.
Mme Mignolet
(Ariane) : Je pense que j'ai tout ce qu'il faut pour mener les
enquêtes que je mène. Je n'ai jamais... Je
n'ai pas déposé de rapport en me disant : Je suis... j'aurais pu aller
plus loin, ce n'est pas ça, non. Si je dépose un rapport, c'est parce
que j'ai été au bout du dossier que j'avais devant moi. Et, si je n'ai pas les
ressources ou la compétence dans un sujet
très, très pointu, j'ai toujours la possibilité d'engager quelqu'un à l'externe
pour m'appuyer dans certains dossiers, le cas échéant.
M. Derraji : OK.
Recommandation 13 : «Que les parlementaires réfléchissent à la
question de l'encadrement des
situations de harcèlement par le code.» Il y a un extrait dans la page 54,
d'abord, le code ne prévoit pas de... disposition propre à la question du harcèlement. Donc, vous
nous suggérez... c'est quoi, votre suggestion par rapport au présent rapport?
Mme Mignolet (Ariane) : C'est
que la question du harcèlement, mon prédécesseur avait évoqué cette question
aussi, et la réponse de la Commission des institutions avait été, à
l'époque : On vient d'adopter une politique sur le harcèlement, donc,
votre recommandation n'est peut-être plus pertinente. Je l'ai refaite parce que
je pense que la pertinence est encore d'actualité, parce que la politique
contre le harcèlement ne vise absolument pas les mêmes objectifs que le code,
et qu'une politique contre le harcèlement vise à faire cesser le harcèlement, à
y mettre un terme ou à le prévenir. On est
souvent, pas exclusivement, dans des situations de relations de travail, mais
le code, c'est un objectif d'exemplarité.
Et la tendance qu'on
voit maintenant, quand on regarde le Sénat du Canada, on regarde en France,
tout ça, la tendance est même de faire de la question du harcèlement un
manquement déontologique, c'est-à-dire qu'à partir du moment où une situation
de harcèlement est avérée et, par exemple, qu'elle vise un élu de l'Assemblée
nationale, bien, ça devient automatiquement
un manquement déontologique, et c'est la tendance qu'on voit. Donc, c'est pour
ça que j'ai recommandé à nouveau, je l'ai fait en 2019, mais elle est
encore d'actualité actuellement.
M. Derraji :
Recommandation 14, il reste deux minutes : «Que le code soit
modifié de manière à permettre à un député
qui a un intérêt personnel et financier, de l'ensemble des députés ou de
la population, de prendre part aux débats sans droit de vote.» Comment vous envisagez l'application de telles
modifications du code pour permettre aux députés, ayant des intérêts
distincts, de participer aux débats parlementaires sans voter? Il y a plusieurs
décisions qui passent au Conseil des ministres. C'est quoi, les assurances et
les garanties de transparence? Et des débats, en commission parlementaire, où, autour de la table, on peut
débattre de l'aide aux PME, autour de la table, il y a pas mal de propriétaires
de PME. Je donne des exemples fictifs, on procède à des votes. C'est quoi,
votre suggestion?
Mme Mignolet (Ariane) : En
fait, cet article-là est quand même très particulier et il est interprété
restrictivement, là, je veux dire, si une mesure qui est débattue, c'est une
mesure qui est large, qui touche, de manière générale, un sujet, ça ne
posera peut-être pas d'enjeu. Mais moi, ce que je recommande, c'est que...
C'est ça, il y a certaines personnes qui
s'engagent en politique et qui ont fait campagne en disant : Bien,
écoutez, moi, j'ai l'expérience de terrain, je suis là, je suis parmi
vous. J'ai telle expérience. Je suis agriculteur, je suis... peu importe, et
moi, je vais porter votre voix à l'Assemblée nationale. Puis on arrive à
l'Assemblée nationale, puis qu'est-ce que moi, je viens leur dire : Mais
non, tu ne peux pas parler là-dessus. C'est
ce que je veux éviter. Il y a une... Les citoyens s'attendent... ils ont voté
pour quelqu'un, et on s'attend, par son expérience... et il y a une
espèce d'empêchement.
Moi,
je pense que cette expertise doit être... doit pouvoir s'exprimer, si on a voté
pour quelqu'un, pour qu'il aille défendre, justement, principalement
certains intérêts ou... qu'il représente, il doit pouvoir s'exprimer. Par
contre, je suis tout à fait d'accord pour dire qu'il ne devrait pas voter, mais
il devrait pouvoir dire : Voici, je viens... Oui, j'ai cette expérience, oui, je possède des intérêts
dans tel... dans ma ferme ou dans je ne sais quoi, et, maintenant, je vous parle
de mon expérience. À la fin, voici, c'était mon expérience, je me retire pour
le vote.
M. Derraji :
Mme la ministre, impliquée en économie, dépose un projet de loi pour
promouvoir l'économie, ne doit pas voter, même si elle déclare...
Mme Mignolet
(Ariane) : Non, mais ça, je parle... L'article 25, c'est des
situations bien spécifiques, là.
M. Derraji :
Oui.
Mme Mignolet
(Ariane) : Effectivement, si un ministre propose une politique qui
s'applique de manière large, il n'y a pas forcément d'enjeu à chaque fois, là.
Mais moi, je parle de sujets bien précis, là, de...
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Merci. M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve, pour
12 min 15 s, s'il vous plaît.
M. Leduc :
Merci, M. le Président.
Rebonjour. Vous ne serez peut-être pas surprise du sujet sur lequel je vais
vous amener, à savoir la rémunération des élus. Je vois un sourire, donc, la
surprise est gâchée. Bien, ma question, d'abord, est très simple :
Avez-vous écouté les échanges alentour du projet de loi n° 24 de juin
dernier?
Mme Mignolet
(Ariane) : Le projet de loi n° 24, c'est-à-dire le projet de
loi... la loi qui a modifié vos...
M. Leduc : Exact.
Mme Mignolet
(Ariane) : ...au printemps dernier. Écoutez, dans mon rapport, il y a
une recommandation qui fait état, là, d'un souhait d'avoir un comité
indépendant qui puisse se pencher sur ces questions de conditions de travail et
rémunération qui touchent les élus. C'est une situation un peu particulière,
parce qu'ailleurs, dans d'autres endroits...
Il y a des exemples, hein, dans d'autres législations au Canada, il y a des
exemples de comités indépendants dont
les décisions sont exécutoires, et il y a également, de l'autre côté du
spectre, il y a certains qui ont des dispositions qui énoncent clairement que les députés... ne
constituent pas un intérêt personnel, pour les députés, leurs conditions de
travail, leur rémunération, c'est-à-dire
qu'ils excluent ça de la notion d'intérêt personnel pour permettre les débats
là-dessus. Donc, il y a vraiment les deux.
Et ce qu'il y a, c'est que le code, moi, ce que
je trouve, c'est que l'article 25, justement, dont on parlait il y a deux
secondes, prévoit explicitement que, quand on a un intérêt personnel financier
distinct de la population ou de la députation,
on ne peut pas s'exprimer. Mais, dans ce cas-là, comme ça vous concerne tous,
ça vise toute la députation, l'article 25 ne s'applique pas. Et je pense
que cet article là, la façon dont il est rédigé, je pense qu'on le voulait
un peu, un pendant à ce qu'on trouve dans d'autres législations et qui permet
de discuter. Sauf que la façon dont le code est bâti, on reste quand même avec les articles-phares, c'est-à-dire les
articles 15 et 16 du code, qui dit qu'«on ne peut pas favoriser ses intérêts personnels et qu'on ne peut
pas laisser un intérêt personnel influencer son indépendance de jugement».
C'est des articles-phares en matière de conflits d'intérêts, et on est là avec
ces articles.
Donc, c'est évident que je pense que les débats
qui entourent ça, puis je l'ai exprimé, j'ai dit que je pense qu'il y a... je
pense que les recommandations qui avaient été faites, à l'époque, du rapport
L'Heureux-Dubé est qu'on puisse avoir un
comité indépendant. Je pense que c'est important. Je pense que c'est ce qu'on
s'attend. Je pense que les expectatives de la population, de ce qu'on
entend, je pense que c'est ce vers quoi on doit tendre. Mais le code n'est pas
fait, n'est pas bâti pour que je mette l'ensemble de la députation en
manquement, là. Ça fait que je comprends tout à fait que le...
M. Leduc : ...
Mme Mignolet
(Ariane) : Non, non, mais c'est ça, mais je comprends tout à
fait que, oui, il y a un enjeu, puis, oui,
je répète que je pense que ça prendrait un comité indépendant et qu'au minimum,
quand on adopte des modifications comme
ça qui nous touchent, bien, si on... si, au moins, on les repoussait à la
législature suivante, et non pas d'application pendant la législature
actuelle, ça enlèverait beaucoup de perceptions de conflits d'intérêts
puisqu'on n'est jamais sûr d'être réélu à la prochaine législature.
M. Leduc : À la page 106,
vous... je reprends un peu ce que vous venez de dire, tu sais. «À ce sujet,
j'ai fait mienne la recommandation du... n° 31 du Comité consultatif indépendant — je pense qu'on fait référence à L'Heureux-Dubé
ici — qui
dit : "Le comité recommande que l'Assemblée nationale envisage la
création d'un comité indépendant permanent doté de pouvoirs décisionnels
en matière de conditions de travail des députés."»
Si je relis
votre recommandation 21, à la page 107, «qu'un mécanisme indépendant
soit instauré afin de déterminer les conditions de travail des membres
de l'Assemblée nationale»...
• (11 h 30) •
La question que je vous posais à l'instant,
c'était voir si vous aviez écouté les échanges qui avaient eu lieu pendant la
commission. Puis la raison pour laquelle je pose la question, c'est que le
ministre de la Justice et moi, en l'occurrence
le leader parlementaire du gouvernement qui chapeautait le projet de loi, on
avait un désaccord sur la nature de l'exercice qui était en cours. Lui
soutenait, grosso modo, là, je reprends ses arguments, que c'était un comité
indépendant puis que c'était, grosso modo, exécutoire, parce que nous
l'exécutions, nous. Moi, je plaidais plutôt que, bien, si c'est nous qui l'exécutons, c'est, donc, qu'il n'est pas
exécutoire en soi. Je pense que ma version est un peu plus proche peut-être
de l'esprit, en tout cas, de ce qu'était L'Heureux-Dubé, que vous reprenez.
Alors, est-ce que
vous, dans votre vision, dans ce que vous recommandez à 21, il faudrait
vraiment qu'il n'y ait pas... que les députés n'aient pas à se mouiller, en
quelque sorte, puis à pétrir la pâte d'un projet de loi pour que ça soit vraiment
décisionnel et exécutoire? Est-ce que vous comprenez un peu ma question?
Mme Mignolet (Ariane) : Oui, je
pense, mais, écoutez, dans la façon dont, je crois, la Loi sur l'Assemblée nationale est faite et... je pense qu'à l'heure
actuelle, avec les dispositions qui sont actuelles... je pense que vous n'avez
pas le choix de les... de tenir un vote là-dessus. Dans un monde idéal, je
pense qu'effectivement ça serait bien de ne pas l'avoir, mais, s'il y avait la constitution d'un comité indépendant
qui... pas juste pour régler une situation particulière mais qui est sur les conditions de travail, un peu
comme le rapport L'Heureux-Dubé, qui a regardé l'ensemble des conditions de
travail et qui est mandaté, peut-être que ça peut être automatique,
c'est-à-dire qu'à chaque début de législature il y a un rapport du
comité. Il y en a, certaines législations que j'ai vues, qui ont ça, là, c'est
vraiment de manière régulière qu'on s'y
penche. Et puis, s'il y a une disposition qui est déjà prévue, qui dit :
Bien, quand le comité indépendant dépose un rapport, bien, ça devient... ça s'applique, et, même si vous devez
tenir un vote dessus, dans la mesure où c'est clair que vous ne
faites... vous n'avez pas le pouvoir de modifier ce rapport-là puis que ça
devient... c'est quand même déjà... c'est
déjà quelque chose de bien. Puis, à défaut de ça, comme je le dis, de repousser
à une prochaine législature, ça enlève, tant qu'à moi, beaucoup de
risques de conflits d'intérêts.
M. Leduc : Oui.
C'est ce qu'on avait essayé de faire, notamment dans l'étude détaillée, sans
succès, de la part de mes collègues d'en face et d'à côté,
malheureusement, mais OK.
Une
autre question, alors, sur le caractère indépendant. Le rapport qui avait été
utilisé par le gouvernement pour procéder au projet de loi était un rapport de
trois personnes, dont deux ex-députés, des ex-collègues que j'ai eu la chance de côtoyer, comme j'ai siégé à la
précédente législature, puis il y a des gens dans l'espace public qui
questionnaient, justement, le degré de distance entre le député sortant
puis le fait qu'il proposait un rapport.
Est-ce que, selon
vous, il y a une... il y aurait lieu d'avoir une distance plus grande ou est-ce
que c'est : une fois qu'on n'est plus là, on n'est plus là, puis on
pourrait, comme, se prononcer, puis on... et on peut, donc, avoir ce titre-là
d'indépendant, même si ça fait à peine quelques mois qu'on n'est plus dans
notre fonction?
Mme Mignolet
(Ariane) : Je pense que le fait d'avoir, sur ce comité-là, quelqu'un
ou des personnes qui connaissent le travail d'un parlementaire, certainement, du
côté pratique, c'est... ce n'est pas négatif, là. Maintenant, je veux dire, ça
dépend toujours à quel moment. Si cette personne-là... si, dans les conditions
qui sont débattues... si le mandat du comité est de regarder l'ensemble des
conditions et que ça peut toucher les sommes qui... que quelqu'un peut toucher en quittant le... quand il n'est plus député,
bien, on peut peut-être avoir un enjeu de... mais, a priori, le fait
d'avoir été un parlementaire n'est pas un obstacle, pour moi.
M. Leduc :
Même si ça fait quelques mois à peine, ce n'est pas un... OK. Pas de
problème.
Dans les échanges que
j'avais avec le ministre, où je mettais au jeu des arguments, là, disant que
c'est un peu malaisant, comme élu, de voter
là-dessus, etc., il me renvoyait l'exemple inverse en disant : Bien là, M.
le député d'Hochelaga, vous êtes
leader parlementaire de votre groupe parlementaire puis vous avez voté et
négocié une entente de début de législature qui comprenait des nouvelles
fonctions, notamment, bien, de leader parlementaire, celle que j'occupe en ce moment, qui viennent avec des bonus, là, de
certains pourcentages, puis il disait que, donc, moi, j'étais aussi en conflit
d'intérêts d'avoir négocié ça et d'avoir voté ça. C'est un argument qui m'avait
un peu surpris. Est-ce qu'il a une bonne piste en soumettant ça, le ministre,
ou est-ce qu'au contraire on était plus dans une joute politique où, là, les...
tous les arguments peuvent être utilisés?
Mme Mignolet
(Ariane) : Écoutez, je n'aime vraiment pas rentrer dans les cas
particuliers, donc je vais m'abstenir. Mais je pense que les... je ne pense pas
que les discussions autour d'un... de vos indemnités, de vos conditions de travail... c'est sûr que c'est... je
pense que c'est un petit peu différent que ce qui est voté, les enveloppes
pour vos groupes respectifs, mais je ne suis
pas... je ne me suis pas du tout penchée là-dessus, donc je préfère m'abstenir.
M. Leduc :
Pas de souci. Peut-être une dernière question sur ce thème-là. La semaine
dernière, on a appris que nos collègues
du... de la partie gouvernementale avaient peut-être eu une réflexion a
posteriori sur l'augmentation automatique qui est intégrée avec les pourcentages
similaires, là, de la fonction publique, les cadres de la fonction publique, et que là, considérant x, y raisons
qu'on... dont on n'a pas eu les détails, mais ce n'est pas important... bref,
ils seraient en mesure de vouloir proposer de suspendre cette hausse-là,
pas nécessairement la hausse générale, bien sûr, qu'on a connue en juin dernier, mais la hausse automatique du
pourcentage du secteur public, et à la reporter plus tard. Et là on
n'est pas tout à fait au parfum de comment ça va se faire, mais, si,
d'aventure, il y avait un projet de loi qui était déposé, est-ce que ce projet
de loi là, qui viendrait rouvrir, on imagine, la loi de la même façon que le
précédent de juin dernier l'a fait... est-ce
qu'il viendrait, encore une fois, jouer dans ce film-là, qu'on espère voir
terminer ou, en tout cas, ne plus se
reproduire, une série qui se prolonge, puis on aimerait que ce soit l'épisode
final, où on n'a toujours pas de comité indépendant? Est-ce qu'on
devrait éviter ce genre de scénario là? Puis je comprends que la loi actuelle
le permet, hein, ce n'est pas ça, ma question, c'est juste... je veux juste
comprendre. Parce que, si on veut se fier à votre recommandation, si on veut aller plus loin sur votre recommandation n° 21, qui fait suite à celle de Mme L'Heureux-Dubé et de son
comité, là, il y a quelques années, est-ce qu'on devrait éviter le chemin d'un
projet de loi à nouveau?
Mme Mignolet
(Ariane) : Bien, je pense que... je veux dire, c'est la réflexion que
j'avais il y a quelques mois... est la même, là, je veux dire, mais ça vaut
pour... dès qu'on discute des conditions de travail dont... du salaire ou de l'indemnité que vous pouvez toucher. Puis la
réflexion était aussi valable en je ne sais plus exactement quelle année,
il y a peut-être deux, trois ans, je ne sais plus, peut-être un peu plus, quand
un projet de loi a été adopté pour palier l'imposition
du fédéral sur certaines allocations, la réflexion était la même à ce moment-là
aussi. Dès qu'on touche à ça, c'est... c'est ma réflexion.
M. Leduc :
Donc, même si l'objectif de fond
rejoint un peu ce que vous disiez tantôt, à savoir qu'on voudrait
suspendre jusqu'au prochain mandat cette hausse automatique là, même si on
pourrait être d'accord sur le fond, sur la forme, le fait de passer de nouveau
par un projet de loi, ça serait à éviter, idéalement.
Mme Mignolet (Ariane) : Bien,
je pense que, dès qu'on se met les mains dedans pour jouer dans les conditions
de travail, mon opinion est la même.
M. Leduc :
Parfait. Merci. C'est très clair.
Le
Président (M. Bachand) : ...M. le député.
M. Leduc : 30 secondes? Mon Dieu! Je vous les offre.
Est-ce qu'il y a un sujet que vous auriez voulu aborder et que vous
n'avez pas eu le temps d'aborder aujourd'hui?
Mme Mignolet
(Ariane) : Non, je vous remercie. C'est bien. Je... En terminant,
peut-être juste... Moi, ma recommandation-phare,
j'ai toujours dit, c'est la formation. Si je termine avec ça, je terminerais
avec ce mot-là. Je vous remercie.
M. Leduc :
...c'est bien, ça? Merci.
Le Président (M. Bachand) : Sur ce, Mme la commissaire, et à vos équipes, merci beaucoup d'avoir été
avec nous ce matin. C'est très, très apprécié.
Et, sur ce, je
suspends les travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à
11 h 38)
(Reprise à 11 h 42)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux.
Il nous fait plaisir
d'accueillir les représentants de l'Institut d'éthique appliquée de
l'Université Laval. Alors, merci beaucoup
d'être avec nous. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes de
présentation. Après ça, on aura une période
d'échange avec les membres de la commission. Donc, je vous invite d'abord à
vous présenter puis à débuter votre exposé. Merci beaucoup.
Institut d'éthique appliquée de l'Université Laval (IDEA
de l'UL)
M. Jacob (Steve) : M. le Président, Mmes et
MM. les membres de la commission, merci pour cette invitation. Donc,
nous sommes les représentants de l'Institut d'éthique appliquée de l'Université
Laval. Je suis Steve Jacob, professeur en sciences politiques à l'Université
Laval, et je suis accompagné de Jordan Mayer, qui est étudiant à la maîtrise en
droit et membre du Barreau de Québec, qui m'a aidé à préparer le mémoire qu'on
vous a soumis pour les travaux de cette commission.
Donc,
les consultations particulières, c'est une occasion de réfléchir à
l'encadrement éthique du milieu politique québécois, et également de faire un
bilan de la mise en oeuvre du code à la lumière des travaux scientifiques
les plus récents, et de formuler des
recommandations visant à renforcer une culture politique sensible à l'éthique.
Les réflexions qui sont contenues dans le mémoire que nous avons
présenté sont notamment tirées d'un ouvrage qu'Eric Montigny et moi avons publié sur les cadeaux et les dons
offerts aux élus de l'Assemblée nationale. Donc, on a eu l'occasion de se
pencher sur le code d'éthique au concret et de voir comment les membres de
l'Assemblée nationale s'en saisissaient. C'est une recherche qui a été réalisée
dans le cadre des travaux de la chaire sur la démocratie et les institutions
parlementaires de l'Université Laval.
Tout d'abord, un
constat, c'est que l'engagement des élus envers l'intégrité et le développement
d'une culture politique sensible à l'éthique
occupe une place grandissante dans la gouvernance de nombreux États à travers
le monde. Les citoyens et citoyennes ont des exigences élevées à l'égard
de la probité et de l'intégrité dans la conduite des affaires publiques. Les
élus ont pris la mesure de l'importance de l'éthique et de l'intégrité et ils
sont conscients qu'aux yeux du public leur
réputation, c'est un bien précieux qui pourrait être mis à mal rapidement avec
un comportement inapproprié.
Le changement de
culture, il ne s'est pas fait d'une manière spontanée, c'est le fruit d'une longue
évolution, et le code, et son
institutionnalisation par la création du Commissaire à l'éthique et à la déontologie, offre un cadre de référence commun aux
élus. Néanmoins, ce qu'on a pu observer dans les travaux, c'est que la
sensibilité éthique varie en fonction des
expériences individuelles. Cette sensibilité, elle est alimentée par plusieurs
considérations : la peur de la controverse, la sensibilisation aux
enjeux et leur importance, la réalité du suivi de la conduite des élus par les
journalistes et la connaissance, parfois la confusion, ou la méconnaissance des
règles en matière d'éthique.
Et donc, dans les
travaux, en s'appuyant sur ce que l'on a pu observer, on a pu distinguer
différents types de profils parlementaires en lien avec l'éthique, qui va des
puritains en passant par les serviteurs, les profiteurs et les intrépides
davantage en matière d'éthique. Je ne vais pas m'attarder sur l'ensemble de ces
profils.
Ce que l'on observe
quand on regarde l'institutionnalisation de l'éthique, c'est qu'en réponse à
cette perte de confiance des citoyens envers les responsables politiques et les
institutions démocratiques, il y a des politiques de confiance qui vont être adoptées, mises en oeuvre et qui vont comporter
des éléments de nature déontologique ou éthique. Et l'ensemble normatif qui combine les effets des multiples instruments
légaux réglementaires vise à assainir les moeurs
politico-administratives, et ça forme ce que l'on peut qualifier d'un système
d'intégrité publique.
Ce système d'intégrité
publique, au Québec, il a vu le jour depuis plusieurs années, et c'est surtout
au début des années 2000 que se sont
multipliés les efforts en vue d'édifier un système d'intégrité publique qui va
reposer sur la complémentarité de l'action de plusieurs institutions ou
organismes de surveillance ou de contrôle, dont le Commissaire à l'éthique et à
la déontologie.
Néanmoins,
avec l'accumulation des institutions, des législations, des réglementations, il
convient de s'interroger pour savoir si l'action est suffisamment coordonnée et
cohérente pour atteindre les objectifs qui sont recherchés en matière d'éthique et d'intégrité. L'image que
j'utilise par rapport à cette accumulation de règles et d'institutions, si vous
avez la dent sucrée, c'est davantage le mille-feuille;
la dent salée, c'est davantage la lasagne. Donc, on a une accumulation de
couches et on ne sait pas si l'ensemble, à la fin, peut être digeste.
Plusieurs auteurs se sont
prononcés, au cours des dernières années, en faveur d'une meilleure coordination
institutionnalisée des organismes en matière d'intégrité publique, et donc on
souhaite éviter cette fragmentation, ce travail en vase clos. Donc, à cet
égard, la première recommandation que nous avons formulée témoigne d'un souci
d'adopter une approche systématique préventive en matière d'éthique et
d'intégrité, qui vise à davantage coordonner, intégrer l'action des organismes
de surveillance et de contrôle qui oeuvrent en matière d'intégrité publique.
Ensuite, dans le mémoire, nous vous présentons
un bilan des 10 ans de l'entrée en vigueur du code d'éthique et de déontologie en ayant pu observer, tout
d'abord, qu'il y a de réels changements de pratiques qui ont pu être observés,
et ces changements de pratiques, ils doivent être consolidés.
Un autre élément qui ressort des travaux de
recherche qu'on a pu réaliser, c'est qu'avec l'encadrement éthique est venue une forme d'instrumentalisation
de l'éthique parlementaire à des fins partisanes. Vous en avez discuté
dans les échanges avec la commissaire. Et ce que l'on observe, c'est que
l'éthique parlementaire vise, à certains moments, à attaquer, discréditer
l'intégrité des membres d'autres formations politiques, et le Commissaire à
l'éthique risque, dans ce cas, d'être
instrumentalisé lorsqu'un élu va procéder à une demande d'enquête basée sur des
motifs partisans. Et donc, dans ce contexte, l'éthique devient une
munition politique. Et cette situation, elle est préjudiciable dans la mesure
où l'exagération et le signalement d'apparence d'inconduite à des fins
partisanes alimentent le cynisme de la population à l'égard de l'ensemble des
élus.
La politisation de l'éthique, c'est aussi un
risque lors du dépôt d'un rapport d'enquête recommandant une sanction, et, à ce sujet, nous jugeons important
de recommander une modification au code pour éviter que l'indépendance
du Commissaire à l'éthique soit compromise. Il y a plusieurs scénarios qui
pourraient être envisagés, soit de confier au
Commissaire à l'éthique le pouvoir d'imposer une sanction, soit de confier au
Commissaire à l'éthique la réalisation de l'enquête et de recommander
une sanction en cas de manquement, et cette recommandation serait confirmée ou rejetée soit par un comité d'éthique ou par la
présidence de l'Assemblée nationale, ou alors de confier au Commissaire à l'éthique la réalisation de l'enquête et, en cas
de manquement, la sanction appliquée serait déterminée par un comité en
éthique ou par la présidence de l'Assemblée nationale.
Toujours dans
un souci d'éviter le plus possible l'instrumentalisation de l'éthique, nous
jugeons que la cinquième recommandation du rapport sur la mise en oeuvre
devrait être considérée avec grand intérêt. La possibilité de faire des
vérifications préliminaires avant d'ouvrir une enquête permettrait de simplifier
le processus administratif du Commissaire à
l'éthique mais aussi d'éviter des potentielles attaques reposant sur des motifs
partisans. Par contre, on peut avoir quelques réserves sur les
recommandations d'aviser le chef du groupe parlementaire quand une enquête est
ouverte.
Un autre constat à l'égard de la mise en oeuvre
du code, c'est la méconnaissance, la confusion des règles, et donc ici
j'insiste sur le besoin de formation. On voit qu'il y a un accroissement de
législation, de réglementation qui s'impose. Il y a un besoin de formation qui
est important, de sensibilisation aux enjeux éthiques. Le Commissaire à l'éthique propose une offre de formation qui est
riche, diversifiée aux élus mais aussi au personnel politique. Or, trop peu
de personnes assistent à ces formations. C'est pour ça que nous appuyons la
recommandation de rendre obligatoires les
formations au Code d'éthique et de déontologie. Et cette recommandation, elle
pourrait être élargie, logiquement, au personnel politique, parce que,
dans les travaux qu'on a pu mener, on s'est rendu compte que le personnel
politique jouait un rôle important en matière de prévention et d'accompagnement
des élus dans certaines situations. De même, l'offre
de formations, elle pourrait être accrue pour d'autres publics cibles
pertinents tels que les donateurs réguliers ou encore les candidats et
les candidates aux élections générales ou partielles.
• (11 h 50) •
Dans le bilan
de la mise en oeuvre du code, ce qu'on observe aussi, c'est les interactions
que vous avez avec le Commissaire à
l'éthique. En ayant fait la recherche, on était un peu les confidents des
membres de l'Assemblée nationale et d'anciens membres de l'Assemblée nationale.
Toutes et tous mettent en évidence le rôle de conseiller impartial des
élus en matière de déontologie
et d'éthique. L'obtention d'avis et de conseils sur l'interprétation du code répond
à un besoin concret des élus qui se questionnent sur leurs propres
situations personnelles en regard des dispositions du code. Et, comme il
s'est... il était mentionné ce matin, l'avis écrit confère l'immunité à un élu
qui a procédé à la demande. Mais, dans
certains cas, des élus soulèvent la difficulté d'obtenir une réponse tranchée
de la part du Commissaire à l'éthique, qui doit s'assurer de gérer des cas
complexes en posant beaucoup de nuances. Et donc, à cet égard, certains élus
expriment un inconfort de ne pas avoir une réponse tranchée sur
certaines... certaines situations qu'ils peuvent vivre. En effet, les exemples
d'interprétation du code qui sont rendus dans les avis du CED permettent
d'alimenter cette réflexion éthique, mais, dans beaucoup de situations, ces
avis écrits, ils sont inaccessibles. Donc, je parle d'une sorte de
jurisprudence cachée par rapport à cette situation, qui pourrait être utile
pour davantage mettre en évidence les cas à envisager.
Pour conclure, et je vais m'arrêter là-dessus,
je vous encourage vivement à maintenir vivant et à faire évoluer le code, donc à prévoir des moments de réflexion
sur les modifications à apporter pour que ce code reflète l'évolution de
la société québécoise. Je vous remercie.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci infiniment. Donc, on va
débuter la période d'échange du côté gouvernemental. Du côté gouvernemental?
M. Lemieux : Oui.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Saint-Jean,
allez-y.
M. Lemieux : Merci,
M. le Président. Bonjour, messieurs. Merci beaucoup. Vous avez été le premier
mémoire reçu, alors vous avez été le premier mémoire lu. Content de vous
retrouver maintenant pour en discuter avec vous.
Vous avez rajouté le
mot «instrumentalisation» en parlant de la recommandation n° 5,
de mémoire : «Que soit modifié de manière à prévoir que le commissaire,
après avoir reçu une demande en vertu de l'article 91, procède à un examen préliminaire dans un délai de
15 jours ouvrables, afin de déterminer si une enquête s'impose.» Ça semblait
tomber sous le sens. Pourquoi, à l'époque, ils n'ont pas écrit le code comme
ça? Je ne sais pas. Peut-être parce qu'on voulait
donner un privilège supplémentaire aux députés de pouvoir dénoncer. Mais vous,
vous êtes allés jusqu'à dire : Attention,
c'est de l'instrumentalisation potentielle. Est-ce qu'on perd quelque chose si
on fait ça? Je comprends qu'on ne peut plus instrumentaliser, mais
est-ce qu'on y perd au change?
M. Mayer
(Jordan) : Je ne sais pas si je comprends bien votre question, mais,
je pense, dans l'optique de notre mémoire,
c'était davantage d'aller un peu dans le même sens que le Commissaire à
l'éthique le prévoit, c'est-à-dire que
la vérification devient une option pour diminuer les coûts, les ressources
associés aux enquêtes, mais aussi l'opportunité de laisser l'expertise
du commissaire se déployer dans la vérification.
M. Lemieux :
Moi, je suis d'accord, puis, je trouve, c'est logique et conséquent. Je
pense qu'on aurait dû l'écrire comme ça pour commencer. Mais, une fois qu'il
faut le changer, je me demande, ceux qui ne seraient pas d'accord, est-ce qu'on... sans prêter des
intentions, ce qu'on ne peut surtout pas faire ici, c'est la pire chose qu'on
puisse faire, mais est-ce que cette dimension d'instrumentalisation est le seul
problème ou il y a d'autres problèmes potentiels, là, si on l'écrit
comme vous le suggérez là, et comme la commissaire le demande aussi?
M. Jacob
(Steve) : Bien, pour répondre à cette question, ça peut régler une
partie du problème. Néanmoins, la question de l'instrumentalisation, elle est
permanente. Donc, il y a... ça doit se travailler à différents niveaux par
rapport à la sensibilisation des élus à l'éthique, par rapport à l'utilisation
que l'on va faire des dispositions du code. Parce que, quand on regarde dans
l'histoire du code, dès son entrée en vigueur, dans les jours qui ont suivi, immédiatement, il y a déjà eu une demande
d'enquête. Donc, ça offre des munitions politiques dans la joute parlementaire.
Ça peut être de bonne guerre, mais il
faut aussi être conscient des répercussions que ça peut avoir sur l'ensemble de
la population plus largement.
M. Lemieux :
J'allais y venir, parce que, pour moi, la confiance... et le cynisme
ambiant, c'est une phobie. Mais je reviens, parce que j'ai un passé
journalistique, et là où je trouvais qu'il y avait une arme un peu nucléaire dans la dimension où on dit que c'est
effectivement de l'instrumentalisation, c'est que la manchette, après qu'un député
demande officiellement à ce qu'on fasse une enquête, elle va automatiquement
être faite, puisque c'est la seule voie possible
pour la commissaire. Donc, la manchette, ce serait quoi? La Commissaire à
l'éthique déclenche une enquête sur...
Alors, là où je veux
en venir, c'est que la manchette était toujours... Bien sûr, on déclenche une
enquête, mais ça ne veut pas dire qu'il y a plus de matière au moment où on la
déclenche qu'au moment où elle a été demandée, la matière est à venir. Donc, dans ma vision
journalistique des choses, et donc médiatique de l'utilisation de ce
potentiel outil d'instrumentalisation, on vient court-circuiter ça, ce
qu'on n'avait pas vu au moment où on a écrit le code. Je vous suis? Je vous
comprends? Et vous m'avez compris aussi. Parfait!
Je reviens à cette
dimension de la confiance, parce que c'est, me semble-t-il... et j'en parlais
avec la commissaire, c'est, me semble-t-il, la... ce dont on a le plus besoin.
Puis c'est vrai aussi dans mon passé médiatique. Les médias et les politiciens
sont... ne sont pas très loin dans le fond du baril, mettons. Et c'est triste
parce que c'est la confiance qui est au
coeur de tout ça. Et c'est cette capacité de combattre le cynisme, qui est plus
qu'ambiant, qui est rendue à bout de souffle, là.
Est-ce que ce
code-là, dont nous disposons, est suffisamment transparent pour le commun des
mortels qui n'est jamais venu ici et qui n'écoute pas les nouvelles tant que
ça? Est-ce qu'on en fait assez pour dire qu'il y a un code, dont on nous a dit tout à l'heure qu'au moment où on l'a adopté il
était sur la coche, comme on dit chez nous? Il a des défauts, on va
essayer de les corriger, mais est-ce qu'on a raison de s'enorgueillir de ce
code-là? Et est-ce qu'on devrait s'en vanter davantage?
M. Mayer
(Jordan) : Je pense, si je peux me permettre, le code, en soi, est une
très bonne avancée. Tu sais, je pense qu'on
peut regarder un peu partout... puis Me Mignolet en parlait tout à l'heure, le
code a été adopté en dernier, oui, mais a été adopté en fonction d'autres
exemples sur la scène canadienne, sur la scène internationale. Encore
est-il que, bon, la confiance, c'est un
grand concept. C'est beaucoup une question d'apparences. Donc, on souhaite que
les élus soient, dans l'esprit du public, comme les personnes les plus intègres
possible. Ça va de soi. Mais c'est sûr que... c'est un peu ce qu'on met dans notre mémoire, c'est qu'on
souhaite que le code continue d'évoluer et qu'il y ait un mécanisme,
peut-être, de révision qui permette de le faire évoluer davantage.
Je
tiens à attirer votre attention, peut-être, sur l'exemple britannique, qui est
quand même un exemple intéressant parce que, bon, le système constitutionnel
est similaire au nôtre. Au-delà de ça, bien, c'est un système qui fait intervenir
plusieurs acteurs en termes d'intégrité publique. Donc, il y a un organisme
indépendant pour la question du harcèlement, un organisme indépendant aussi qui
est sensiblement pareil au Commissaire à l'éthique, mais aussi un organisme...
un comité d'éthique, puis c'est ce qu'on recommande.
Donc, je pense qu'il y a quand même un souci de
faire évoluer le code, repenser peut-être la coordination de différents acteurs ou la structure
institutionnelle en place. Mais, pour répondre à votre question, donc, oui, le
code, en soi, est excellent, puis je pense qu'il ne faut pas oublier,
quand même, la mesure qu'il doit continuer d'évoluer.
M. Lemieux : Permettez,
M. le Président, que je jette un coup d'oeil du côté de la banquette, si
quelqu'un...
Le Président
(M. Bachand) : ...
M. Lemieux : Merci.
Mme Schmaltz : ...vous avez
mentionné, tantôt, pour garantir l'indépendance du Commissaire à l'éthique, le
fait d'avoir des outils supplémentaires, comme pouvoir donner des sanctions ou
certaines pénalités. Quand vous parlez de sanctions, pénalités, qu'est-ce que
vous voyez?
M. Mayer (Jordan) : Bon, dans
le mémoire, ce qui était dit, si je ne me trompe pas... Bon, en termes de
pénalités, évidemment, la commissaire a parlé tout à l'heure des SAP, des
sanctions administratives pécuniaires. C'est une possibilité. Évidemment, ce
n'est pas une sanction parfaite, il y a toujours des écueils à chacune des
sanctions possibles, mais ça peut être une forme d'incitation, d'effet
dissuasif, un peu, de... pour certaines conduites ou certaines pratiques. Je
pense que ce que le code prévoit, c'est davantage de donner la possibilité au
Commissaire à l'éthique d'avoir recours à ce type de sanction là, mais ça ne
devient pas une fin en soi. Donc, il faut que ça reste une sanction qui est
possible, qui est laissée à la discrétion de l'institution, mais ça doit être
une sanction pour permettre, justement, de se conformer le plus possible au
code d'éthique.
• (12 heures) •
Mme Schmaltz : Est-ce que vous
pensez que le fait d'avoir... d'introduire des sanctions va... je ne veux pas
employer le terme «améliorer», mais va redonner une certaine confiance au sein
de la population? Parce que, tantôt, on a
parlé beaucoup d'image, on a parlé de plusieurs caractéristiques, là, en lien,
justement, avec le... Le fait de mettre ça de l'avant, vous pensez que
ça va aider l'image?
M. Mayer (Jordan) : C'est quand
même... Je ne sais pas si...
M. Jacob (Steve) : ...l'enjeu
derrière la question de ces sanctions, c'est surtout de permettre à la
commissaire d'avoir tous les outils pour que l'ensemble des dispositions du
code soient mises en oeuvre. Et donc, si on est certain que la commissaire
dispose de tous les outils pour que le code soit mis en oeuvre, ça peut
permettre d'augmenter la confiance.
Néanmoins, en termes de causalité dans cette relation, c'est... ce n'est pas un
seul petit instrument qui va être ajouté qui peut avoir de grands
effets. C'est l'ensemble de l'oeuvre qu'il faut regarder.
Mme Schmaltz : Est-ce que ça va
permettre, à ce moment-là, à l'élu de recevoir la réponse tranchée dont il attend? Vous l'avez mentionné tantôt, souvent,
l'élu n'a pas de réponse tranchée de la part du commissaire. En imposant
des sanctions, est-ce qu'on va rejoindre, justement, cette demande d'avoir
cette réponse-là, qui est tranchée?
M. Jacob (Steve) : Bien, la
question de la sanction, ici, porte davantage sur le fait que certaines
dispositions du code ne seraient pas
respectées par un élu. On parlait, notamment, le fait de ne pas transmettre des
documents. Donc, ça, c'est quelque chose qui pourrait se faire assez
rapidement.
L'autre élément, quand je parlais des avis qui
sont transmis par le commissaire, qui sont les avis écrits qui contiennent les
interprétations du code, c'est davantage sur des éléments pour outiller les
membres de l'Assemblée nationale, les élus de l'Assemblée nationale. Parce que
j'utilise le terme de «jurisprudence cachée», pas que la commissaire souhaite cacher la jurisprudence, mais
parce que, par la nature des avis et de la confidentialité, ils ne sont
pas rendus publics. Et je pense qu'il faudrait réfléchir à un moyen de pouvoir,
sur la base de la jurisprudence, en accumulant un certain nombre de dossiers et
de cas qui concernent certains avis du code, certaines... certains articles du
code, pardon, qu'on puisse dire : Bien, dans ce cas-là, voici comment on
peut interpréter cette dimension.
Et je l'ai vu avec les dons et avantages. Les
interprétations sont très, très variables d'un élu à l'autre. Certains vont
être plus rigoureux que d'autres. Et, dans certains cas, il y a aussi une
méconnaissance des dispositions du code. Donc, c'est là-dessus où je pense
qu'il faut trouver un moyen de pouvoir vous outiller pour pouvoir appliquer le
code en vous... en mettant un maximum d'informations à votre disposition.
Mme Schmaltz : D'où la
formation obligatoire, entre autres.
M. Mayer (Jordan) : D'où la
formation obligatoire.
Mme Schmaltz : Est-ce que j'ai
du temps? Il y a encore...
Le Président (M.
Bachand) : ...
Mme Schmaltz : Oui? Ah! je
pensais qu'il y avait mon collègue.
Justement, j'aimerais ça revenir à la formation
obligatoire, incluant, donc, le personnel politique. Parce que, selon les recherches, vous vous êtes rendu compte
que, si le personnel politique est informé au même titre que le député, on peut éviter, à ce moment-là, peut-être, quoi,
certains dérapages, peut-être du fait que la personne peut être nouvelle aussi,
puis qu'elle ne maîtrise pas encore complètement toutes les règles, là,
entourant ses fonctions. Quand on parle de formation,
vous la voyez à quel niveau? Est-ce que c'est une formation qui se donne, comme
on l'a mentionné, en début de mandat? C'est une formation qui doit être revue à
chaque année? C'est quel genre de formation?
M. Jacob
(Steve) : Bien, par rapport aux formations, les... à l'heure actuelle,
les développements en termes de pédagogie sont assez rapides. Donc, je pense
que c'est une formation qui doit être régulière, avec des... quelques piqûres de rappel, si je peux utiliser
l'expression, sur des... à des moments clés par rapport à des situations
particulières.
Mais je voudrais
revenir sur la question du personnel politique. Parce que le personnel
politique, c'est... et notamment le personnel de cabinet, si on pense à des
ministres, ce sont des personnes qui sont là pour accompagner les ministres et
aussi pour, entre guillemets, les protéger. Et donc, à certains moments, eux
peuvent avoir davantage de temps pour
pouvoir obtenir de l'information et s'assurer que les élus vont avoir le
comportement qui est approprié.
Mme Schmaltz :
J'imagine que vous avez étudié la question, à savoir quelle est la
différence entre la transparence et, à un
moment donné, presque du voyeurisme, là. Parce que c'est bien, d'être
transparent, je n'ai aucun problème
là-dessus, mais, à un moment donné, est-ce qu'on n'est pas un peu de l'autre
côté, à tout, tout dire de soi puis, d'une certaine façon, s'afficher et
d'être un peu... c'est ça, un peu du voyeurisme obligé, là?
M. Jacob
(Steve) : Oui. Bien, sans nécessairement parler de voyeurisme, mais en
reprenant les travaux sur les dons et avantages, beaucoup de cadeaux qui
sont... pas... L'extrême majorité des cadeaux qui sont offerts aux élus sont de nature complètement désintéressée.
Néanmoins, certains élus vont préférer refuser tous les cadeaux qui peuvent
leur être offerts plutôt que de se dire : Bien, je vais peut-être mal
interpréter une règle, donc je préfère être... instaurer une politique de zéro
cadeau pour que mon nom ne figure pas dans le registre de déclaration des dons
et avantages si c'est un montant supérieur à 200 $. Donc, c'est un peu
comme si le... ce registre apparaît comme une liste de la honte pour certains
élus disant : Moi, je ne veux pas figurer là-dedans, donc je vais refuser
tous les cadeaux, alors que dans certains cas, ça respecte l'esprit et le texte
des articles du code.
Mme Schmaltz :
Mais il y a toujours la perception, hein? Puis la perception, en politique,
on sait que c'est...
Le
Président (M. Bachand) : ...il reste trois
minutes.
M. Lemieux :
Merci, M. le Président. Vous avez deviné ma question.
Vous avez... J'ai lu
dans votre mémoire que vous aviez, puis vous y avez fait allusion tout à
l'heure... vous avez catégorisé les députés
puritains, entre autres. Bon. Vous avez, donc, j'imagine, travaillé à partir
d'entrevues avec des députés sur leur perception. Est-ce que vous avez
été capables de faire vraiment une bonne différence entre l'éveil ou la
capacité pour un nouvel élu... Et je vais vous dire tout de suite où je m'en
vais avec ça. C'est qu'on a parlé, tout à l'heure, de travailler en amont avec
des candidats, déjà, avant de travailler avec des députés élus. Est-ce qu'il y
a une grosse différence, vous pensez, entre la perception et les attentes d'un
candidat et puis des élus que vous avez
rencontrés, et ceux qui étaient nouvellement élus, qui ont eu la surprise de
dire : Ah oui? Je ne peux pas faire ça? Est-ce que ça... Parce que
j'adore le titre de votre... du travail que vous avez fait, C'est pas un
cadeau!, là. C'est un bon titre. Et
c'était en collaboration avec la commissaire, je comprends, mais mettez-nous
dans le coup un peu aussi, là, de cette étude-là, par rapport à vos
conclusions.
M. Jacob
(Steve) : Par rapport à cette dimension, je pense que c'est important,
effectivement, de pouvoir transmettre un
certain nombre d'informations sur les obligations qui existent à l'égard des
élus, pour que les candidats et candidates prennent leur engagement de
se porter candidats à une élection en toute connaissance de cause, ce qui n'est
sans doute pas le cas actuellement. Et, effectivement, certains et certaines
élues peuvent, au moment de leur entrée en fonction, se rendre compte qu'il y a
plusieurs choses qui leur sont imposées.
Et, dans des travaux
que j'ai pu réaliser, plusieurs élus ont mentionné le fait que ça va très vite.
Donc, on doit se familiariser au travail parlementaire en même temps que de
devoir apprendre les dimensions d'éthique, en même temps que de devoir apprendre d'autres enjeux. Et donc il y a un tsunami
d'informations qui arrivent au même moment. Et donc c'est de se
dire : Bien, comment est-ce qu'on peut faire en sorte qu'on va pouvoir
distiller les informations en lien avec le
code à différents moments pour que ce soit le plus pertinent et le plus utile
pour les membres de l'Assemblée nationale?
M. Lemieux :
Sur...
Le
Président (M. Bachand) : ...
M. Lemieux :
Oui?
Le
Président (M. Bachand) : Moins d'une
minute.
M. Lemieux : Oui. Sur la question du
jurisconsulte, vous voyez comment, vous, une adaptation avec l'arrivée du
commissaire? Et là les rôles vont se réajuster? Parce que, ce que vous avez
noté tout à l'heure, je considère que c'est hyperimportant. Le
jurisconsulte a beau vous dire quoi que ce soit, ça ne compte pas pour le
commissaire. C'est ce que le commissaire vous a dit qui est important, en tout
cas, pour l'éthique.
M. Jacob
(Steve) : Oui. Tout à fait. Puis ça, c'est un enjeu important qui
revient dans la recommandation de regarder l'ensemble des outils et des
mécanismes. Et peut-être que, dans certains cas, ça peut être nécessaire de
dire : Bien, cette fonction-là n'est
plus... est remplie par une autre institution, et peut-être qu'il faut soit
supprimer cette institution ou alors réfléchir à son mandat exclusif qui
ne serait pas en train de se superposer avec le mandat et la mission d'un autre
organisme.
M. Lemieux :
Merci, messieurs.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve, pour 4 min 15 s, s'il vous
plaît.
• (12 h 10) •
M. Leduc :
...bonjour. Beau bouquin. Je l'ai
parcouru. Je veux vous entendre sur la dépolitisation. Je comprends où vous
voulez aller, puis je me... mais je me questionne en même temps sur notre rôle
de député, qui est un rôle de contrôle
du gouvernement aussi, tu sais. Puis il y a peut-être une espèce de... pas une
contradiction, mais il y a peut-être une synthèse à aller chercher
dans... entre ce que vous soulignez, avec justesse, parce que c'est vrai que,
des fois, ça devient une espèce d'arme, vous
avez, je pense... cartouche politique ou, en tout cas, une arme politique qu'on
brandit, les oppositions par rapport au gouvernement, mais je ne sais
pas si vous avez aussi réfléchi au fait que c'est à double tranchant. C'est
arrivé, dans le passé, où on demande une enquête sur quelque chose, mais que
l'enquête, finalement, a blanchi complètement le ministre en question, puis là,
c'est le... c'est là où le parti qui a demandé l'enquête qui a l'air un petit
peu... qui rentre le caquet bas, mettons, dans son caucus, tu sais. Mais est-ce
que le simple fait qu'on ait demandé enquête, c'est déjà un peu une espèce de
tache envers le ou la ministre? Bon, je comprends où vous voulez aller, mais je me demande s'il n'y a pas moyen de faire
les deux, à savoir davantage encadrer ça ou davantage donner de
pouvoirs, mais permettre quand même au député de le faire. Parce que ça reste,
je pense, un outil important de débat public et d'intérêt public, que les
députés qui sont les deux mains dans la politique puissent lever le drapeau.
Puis une dernière
question avant de vous laisser aller pour le temps qui reste : Sentez-vous
ou pensez-vous que, puis j'aurais peut-être
dû lui poser la question tantôt... que la Commissaire à l'éthique, elle se sent
l'obligation de répondre positivement
à chacune de nos demandes, les députés d'opposition, quand on fait : Je
demande enquête, etc.?
M. Mayer
(Jordan) : Oui. Bien, peut-être pour répondre à votre première
question, c'est sûr que les députés ont un
rôle à jouer. C'est... Ça va de soi. C'est assez essentiel. Puis maintenant
c'est de trouver le juste milieu entre... que, oui, les demandes
d'enquête sont faites, puis la commissaire peut enquêter de son initiative
aussi, mais ce ne doit pas nécessairement devenir une fin uniquement partisane.
Donc, ça doit... Il doit quand même y avoir un intérêt public derrière ça parce
qu'évidemment on va vers l'ultime but de la confiance du public. Donc, ça doit
passer par ça.
Je donne l'exemple du
cas britannique. Au Royaume-Uni, donc, c'est un commissaire à l'éthique un peu
similaire aux fonctions. Une fois que c'est passé devant le Commissaire à
l'éthique, maintenant, il y a une instance parlementaire, avant même la Chambre
des communes, avant même la Chambre de l'Assemblée, qui se prononce sur les
résultats d'enquête et ensuite qui propose soit une sanction ou qui décide de
ne pas donner suite. C'est un juste milieu,
selon moi, entre la partie plus parlementaire de la chose et la partie
davantage expertise éthique ou expertise de l'institution. Donc, peut-être, oui, effectivement, il y aurait
peut-être un juste milieu à trouver. Je pense que les réflexions sont
intéressantes, puis il y aurait matière à faire évoluer peut-être la réflexion
encore davantage. Mais, oui, je pense que la
question se soulève. Encore là, est-il que l'institution du Commissaire à
l'éthique a un rôle névralgique à jouer dans cette perspective-là? On essaie de trouver jusqu'où la politique peut
aller, mais donc je pense que oui, il y aura peut-être un juste milieu à
y avoir.
M. Leduc :
Sur le fait que la commissaire se
sentirait obligée de répondre à chacune de nos demandes, est-ce que c'est
votre impression?
M. Jacob
(Steve) : Bien, je ne peux pas parler au nom de la commissaire, mais
je pense que c'est important que les demandes d'enquête existent et soient...
La question sur l'instrumentalisation n'est pas nécessairement sur le fait
qu'on va faire des demandes d'enquête par rapport à un signalement d'un
manquement éventuel. C'est aussi par rapport à l'utilisation qui peut être
faite ensuite d'un rapport par rapport au moment où l'Assemblée est amenée à voter sur l'ensemble du rapport sans distinguer la
question du manquement et de la sanction, qui est, en gros, à prendre ou
à laisser, et ce qui peut laisser cette... faire... introduire cette logique
partisane au moment du vote sur le rapport.
M. Leduc :
Donc, il faudrait éviter le vote ou trouver un moyen qu'il n'y ait pas de
vote? Comment vous voyez ça?
M. Jacob (Steve) : C'est... Ce qu'on suggère
dans le rapport, c'est de dire... de se questionner sur ce mécanisme
pour que soit le commissaire ait un pouvoir d'imposer la sanction ou alors de
distinguer clairement l'identification du manquement et l'association de la
sanction, qu'on distingue les deux.
M. Leduc :
C'est ça, qu'il y ait plus de pouvoir pour appliquer la sanction. D'accord.
Merci.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci. Merci beaucoup. Alors, M.
le député de Nelligan, pour 12 min 45 s, s'il vous plaît.
M. Derraji :
Merci, M. le Président. J'arrive au bon moment. On dirait que c'est
coordonné.
Merci. Bonjour. Je
tiens à m'excuser. Je n'ai pas entendu vos minutes d'intervention, mais j'ai lu
avec grand intérêt votre rapport.
Première
question, c'est par rapport au délai de l'étude du rapport que nous avons eue
depuis 2019. C'est quoi, votre interprétation de l'étude de ce rapport?
M. Jacob
(Steve) : Bien là, je vais me lancer là-dessus. J'ai... Avant de
travailler sur la question d'éthique, d'éthique publique, je travaillais aussi
sur la question d'évaluation et de gestion de la performance. Et, en matière de
l'évaluation, dans certains cas, il existe des lois, puis ça pourrait être
le... Si vous ouvrez la loi, ça peut être une occasion de prévoir un délai à
partir duquel, lorsqu'un rapport est reçu, il doit être débattu au sein d'une
commission. Il y a toutes sortes de clauses
évaluatives qui peuvent exister, comme aussi le fait de dire : Bien, on va
remettre... réouvrir la loi au bout d'un certain temps. Puisque le code
d'éthique, ce n'est pas une loi qui devrait être figée, donc ça permettrait de
la rendre... de la rendre vivante.
M. Derraji :
OK. Je vais vous ramener à la page 6. Vous dites : «Bien que
l'adoption du code et de son institutionnalisation
par la création du CLD offre un cadre de référence commun aux élus, la
sensibilité éthique varie en fonction des expériences individuelles. La
relation des élus avec l'éthique parlementaire est différente pour chacun.»
Pouvez-vous élaborer? Est-ce que je peux comprendre qu'il y a de... un peu
d'éthique élastique?
M. Jacob (Steve) : Bien, ce qu'on a pu... ce
qu'on a observé, puis c'est ce qu'on mentionne, c'est qu'il va y avoir des
manières d'interpréter le code qui vont varier en fonction des personnes, en
fonction de leur sensibilité éthique. Et, dans certains cas, certains élus vont avoir une vision plus restrictive
du code, une vision très, très précise, et d'autres vont considérer que, si on
va jusqu'à la figure des intrépides dont on parle dans le mémoire, que les
questions éthiques ne sont pas véritablement pour eux ou elles et que
c'est davantage une question légale qui va uniquement s'appliquer.
Donc,
je ne parlerais pas d'éthique élastique, mais simplement le fait qu'à certains
moments on ne va pas percevoir les enjeux de la même manière, en
fonction de son parcours professionnel, en fonction des formations que l'on a
pu avoir, en fonction des situations que l'on a pu vivre ou de ce que va nous
dire notre entourage politique.
M. Derraji :
Oui. Mais c'est là où votre réflexion est intéressante. Mais je veux
vraiment aller au fond des choses. Parce que
vous êtes en mesure de décrire trois types : les intrépides, les
serviteurs et les profiteurs. C'est ce que vous faites dans la
page 7, en se basant sur un livre, C'est pas un cadeau! Et vous
dites, vers la fin : «D'abord, la sensibilité à l'éthique des membres de
l'Assemblée nationale varie en fonction de leur personnalité et leur expérience
individuelle, voire du contexte dans lequel
ils évoluent.» Vous êtes en train de nous dire qu'on doit prendre le type de
personnalité des trois parce qu'au bout de
la ligne on veut que tout le monde suit le code et suit les règles. On ne peut
pas, aujourd'hui, adapter le code si tu es un intrépide, ou serviteur,
ou profiteur. Je pense que ce n'est pas votre souhait ni le souhait de personne autour de la table. Mais ce
serait quoi, votre suggestion, tenant ou prenant en considération que
les trois personnalités existent?
M. Jacob
(Steve) : Bien, les... Il y a quatre profils : il y a les
puritains, serviteurs, profiteurs et intrépides. Cette... Pardon. Désolé. Donc,
cette typologie, elle permet de regarder la manière dont les élus vont
effectivement appliquer, interpréter le code. Je ne dis pas qu'on doit avoir
des codes différents par rapport aux profils de parlementaires. Je dis qu'à
partir du moment où on va... Et c'est ce qu'on observe : on met en place
un code, les élus vont se l'approprier différemment. On peut regarder, par
exemple par rapport au fait que certains élus vont suivre la formation ou ne
pas la suivre, actuellement, ça démontre un élément par rapport à cette
sensibilité à l'éthique. Le fait que les cadeaux, les dons et avantages ne
soient pas interdits aujourd'hui dans le code, mais que néanmoins des
parlementaires vont dire : Moi, je n'accepte aucun don et avantage, ça
montre qu'on peut interpréter et se comporter de différentes manières par
rapport à l'interprétation du code.
M. Derraji :
Mais je ne dis pas qu'il faut adapter le code. Le code est là pour tout le
monde. Mais, ce que vous ramenez, quand
même, c'est que, oui, le code, il est là, mais vous constatez qu'il y a trois
types de personnes, et que... Écoutez,
je... «Les profiteurs, pour leur part, donnent préséance à leur intérêt
personnel au détriment de l'intérêt public. Ils sont prêts à accepter des
conduites jugées discutables et s'en remettent au jugement de leurs collègues
pour apprécier leur propre conduite.»
C'est quand même fort. Je vous le dis. C'est votre opinion, mais moi, je veux
juste comprendre. Si on dit qu'il y a
trois types de... je dirais, de personnes ou de profils, c'est juste, je veux
mieux comprendre la réflexion derrière.
• (12 h 20) •
M. Mayer
(Jordan) : Oui. Bien, je pense que l'effort de typologie, c'est
davantage pour amener un peu aux recommandations qu'on propose dans le mémoire,
c'est-à-dire que la formation obligatoire, c'est une façon aussi de s'adapter.
Puis c'est le grand paradoxe, en fait, d'un code de déontologie et d'éthique.
Le code se veut général, les règles sont générales, mais les cas sont
particuliers. Donc, les sensibilités de chacun, évidemment, sont différentes,
parce qu'on a tous un vécu, des horizons différents avant même d'arriver en
politique. Je pense que c'est un peu l'opprobre du code d'éthique. Mais donc ça
amène vers les recommandations de l'obligation de formation continue puis aussi, on n'en a pas parlé encore, mais la
recommandation qu'on propose dans le mémoire sur une façon peut-être de
rendre publics les avis du commissaire tout en respectant les données sensibles
ou confidentielles, d'essayer de trouver une façon de permettre aux élus
d'avoir le plus d'outils en leur possession pour avoir une réflexion éthique
sur leur conduite.
M. Derraji : ...une
formation adaptée, au départ. D'ailleurs, vous avez assisté à l'échange tout à
l'heure avec Mme la commissaire. C'est que la formation obligatoire doit
prendre en considération les trois types de profils que vous faites dans votre
analyse.
M. Jacob (Steve) : Oui. Tout à
fait. Puis l'enjeu, quand on a réalisé des entrevues avec des parlementaires et
des anciens parlementaires, certains parlementaires étaient capables de me
réciter presque par coeur les articles du code
qui concernent les cadeaux, et d'autres parlementaires, quand je leur demandais
s'il fallait qu'il existe un registre public des cadeaux, ils me
disaient : Bien, on n'en a pas besoin, alors que ça existe. Je posais une
question sur la question de la transparence, et certains ne savaient même pas
qu'il y avait une obligation de déclarer des cadeaux d'un montant supérieur à
200 $. C'est là où je parle de cette différence par rapport à cette
sensibilité à l'éthique. Et, l'objectif,
c'est de ramener tout le monde vers le centre par rapport aux comportements et
aux règles qui sont attendus en matière d'éthique et de déontologie.
M. Derraji : OK. Dans la
page 11, vous parlez : «Nous nous questionnons sur la pertinence de
maintenir les services d'un jurisconsulte en matière de déontologie et
d'éthique. Dans un souci de coordonner les actions et les mandats des
organismes oeuvrant en matière d'intégrité publique, le mandat conjoint du
jurisconsulte et du CED peut poser un problème, car il existe une possibilité
de confusion au sujet de l'interprétation du code, tel comme le mentionne le
CED dans son rapport sur la mise en oeuvre.»
M. Mayer (Jordan) : Oui. Bien, en
fait, je pense qu'on a eu l'occasion de soulever le point tout à l'heure. Dans un souci de coordination de différents
acteurs en intégrité publique, c'est sûr que ça peut poser un enjeu, d'avoir
des chevauchements de compétences, d'avoir des chevauchements entre différentes
institutions. Donc, c'est soumis dans notre mémoire. C'est de réfléchir
peut-être à la pertinence d'avoir toujours recours aux services d'un ou d'une
jurisconsulte, tout en ayant la possibilité d'avoir des avis auprès du
Commissaire à l'éthique. Donc, je pense que le mémoire parle un peu de lui-même, c'est-à-dire que malgré l'excellent
travail des jurisconsultes à l'Assemblée nationale, le mandat a évolué
avec le temps. Et puis je tiens, par ailleurs, à dire, je pense que c'est en
2008, le jurisconsulte de l'époque
souhaitait que sa fonction devienne le Commissaire à l'éthique et qu'elle
disparaisse. Donc, je pense qu'il y a quand même un souci depuis
plusieurs années qu'il y ait une coordination de ces différents acteurs, quitte
à peut-être supprimer une fonction.
M. Derraji : Vous parlez
beaucoup de l'instrumentalisation de l'éthique parlementaire à des fins
partisanes. Pour ne pas tomber dans ce sens, et vous avez vu et entendu, tout à
l'heure, Mme la commissaire est très sensible à ce sujet, ce serait quoi, votre
suggestion?
M. Jacob (Steve) : Bien, la
principale suggestion, piste de réflexion, c'est d'identifier les moyens pour
que l'indépendance, l'impartialité de la commissaire continue à être préservée,
et de regarder à quel moment les risques d'instrumentalisation
sont les plus grands. On parlait tout à l'heure, avec un de vos collègues, des
demandes d'enquête. Et je signalais
le fait que demander une enquête, c'est... ce n'est pas nécessairement une
instrumentalisation. Néanmoins, quand on le voit dans le rapport, et quand on
regarde les demandes d'enquête, quand on voit qu'à quelques jours d'une élection un élu demande une pléthore d'enquêtes
auprès de la commissaire, on peut se questionner sur l'intention réelle.
Et le point, à mon avis, majeur, c'est l'ensemble... et c'est quelque chose qui
n'avait peut-être pas été anticipé au moment de l'adoption du code, mais c'est
l'ensemble des débats qui entourent les rapports d'enquête avec la
recommandation d'une sanction. On l'a vu dans l'histoire récente, tous ces
rapports ont bien souvent fait l'objet d'actions, de discussions qui peuvent
miner l'indépendance et l'impartialité de la Commissaire à l'éthique.
M. Derraji : Et je veux juste
comprendre. Parce que déposer une demande d'enquête, c'est tout à fait légitime, si on se base sur le code, là. Vous ne
me remettez pas ça en cause. Comme la commissaire a le droit de refuser
l'enquête si elle la juge non recevable, j'essaie juste de comprendre c'est
quoi, le problème que... Utiliser pendant une
durée proche d'une campagne électorale? C'est... Si vous voulez aller plus en
profondeur par rapport à la réflexion. Je ne vois pas le lien.
M. Jacob (Steve) : Bien, le
lien, c'est qu'on a pu observer que la période de la campagne électorale peut
être un moment peut-être propice pour
certains de chercher à jeter le discrédit sur d'autres membres ou d'autres
formations politiques. Donc, l'objectif derrière, et ça rejoint la
possibilité d'octroyer des pouvoirs d'enquête préliminaire, c'est que ça permettrait très rapidement de pouvoir voir
si on peut se rendre compte qu'il n'y a pas de... pas lieu d'aller plus
loin dans la demande d'enquête.
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Derraji : Bien, vous voulez
parler des formations, mais je pense que vous avez pas mal insisté. Rendre la
formation obligatoire pour tout le monde, élus, personnel, ça, vous êtes
d'accord. J'aurais aimé vous entendre sur les médias sociaux, mais brièvement.
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Jacob
(Steve) : Mais je pense qu'on a entendu des premières pistes de
réflexion ce matin. Je n'ai pas eu l'occasion...
M. Derraji : Mais vous, vous en
pensez quoi?
M. Jacob (Steve) : Je pense que
ce doit être... Il y a sans doute une nécessité à encadrer et à baliser cet
enjeu.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Merci beaucoup d'avoir
été avec nous.
Sur ce, la commission suspend ses travaux
jusqu'après les avis touchant les travaux des commissions. Merci!
(Suspension de la séance à 12 h 27)
(Reprise à 15 h 17)
Le Président (M.
Bachand) : Bonjour, tout le monde! La Commission
des institutions reprend ses travaux.
On poursuit, donc, les consultations
particulières et auditions publiques sur le rapport de mise en oeuvre du Code
d'éthique et de déontologie des membres de l'Assemblée
nationale 2015-2019, intitulé Incursion au coeur du code d'éthique et
de déontologie : de la théorie à la pratique.
Cet après-midi, nous entendrons les personnes et
organismes suivants : le Cercle des ex-parlementaires, Mme Martineau,
professeure d'éthique organisationnelle, le Commissaire au lobbyisme, mais nous
allons débuter avec Me Deschamps,
jurisconsulte des membres de l'Assemblée nationale. Me Deschamps, merci
beaucoup d'être avec nous. Alors, comme vous savez, vous avez 10 minutes
de présentation, puis, après ça, on aura une période d'échange de 50 minutes
avec les membres de la commission. Donc, la parole est à vous.
Mme Marie
Deschamps
Mme Deschamps (Marie) : Je vous
remercie beaucoup, M. le Président, et je salue Mmes les députées, MM. les députés. Je ne prendrai probablement pas
toutes mes 10 minutes pour ma présentation. J'ai trois petits points
à vous faire valoir, mais je tiens d'abord à dire que je vous remercie de me
donner l'occasion de vous rencontrer et de contribuer dans la mesure de ce que
je peux vous apporter, donc, de contribuer à vos travaux.
Alors, j'ai trois petits points. Le premier,
c'est une remarque sur le plan social. Vous aurez remarqué qu'on a fait grand état récemment de la majorité des
femmes à la Cour suprême. En regardant la composition de votre comité, j'ai
constaté qu'il y avait des précédents dans
la branche législative du gouvernement. Alors, je salue la majorité féminine
dans vos travaux. Alors, c'était mon premier point, qui est un petit clin
d'oeil social à l'évolution de notre société.
Le deuxième
point a trait à... Je veux faire un petit peu un retour en arrière sur la
fonction de jurisconsulte. D'abord, comme vous l'avez probablement vu,
au cours de vos précédents travaux, la fonction de jurisconsulte a été créée en
1982, donc ça fait plus de 40 ans. Je suis la sixième jurisconsulte, la
première femme, mais quand même la sixième jurisconsulte.
Vous avez eu de très, très éminents juristes, certains qui ont eu des termes
très prolongés, je pense à l'ancien juge Albert Mayrand, qui... dont les
écrits sont encore cités dans les décisions. Alors donc, cette institution-là a
quand même de l'âge. Elle a subi un énorme
changement, en fait, un changement fondamental lorsque le code d'éthique
et de déontologie a été adopté en 2010 et mis en vigueur en 2011.
• (15 h 20) •
Alors, à ce moment-là, le fondement de la
compétence du jurisconsulte, qui était auparavant dans la Loi sur l'Assemblée
nationale, s'est retrouvé dans le code d'éthique et de déontologie. Et, à ce
moment-là, j'ai lu quand même les... une partie des travaux qui ont donné lieu
ou qui ont précédé l'adoption du code, et, à ce moment-là, les députés se sont interrogés sur le maintien de la
fonction de jurisconsulte. Je suis consciente qu'ils ont pris une décision qui
leur revenait. Maintenant, au cours de l'évolution, au cours de la vie, de ce
chevauchement entre la possibilité pour le commissaire de donner des avis, qui
eux étaient protégés, et la possibilité pour le jurisconsulte de lui aussi
donner des avis, bien, un modus operandi
s'est établi et s'adapte... je ne sais pas si ça a débuté sous Me Bisson, mais
certainement au cours de le... du mandat de Me Jean-Louis Baudoin. Et le
modus operandi s'est poursuivi au cours du mandat de Me LeBel, avec qui je me
suis entretenue avant même que ma... mes... d'avoir à donner les premiers avis.
Alors donc, selon ce modus operandi là, le
jurisconsulte, lorsqu'il reçoit une demande, explique les différentes options
qui s'offrent aux députés et explique aussi certains des avantages que... du
fait que l'avis puisse être donné avec une garantie de... avec une certaine
protection prévue par le code. Et, selon l'expérience, il n'y a pas eu de cas
où les jurisconsultes ont été appelés à donner des avis qui étaient
susceptibles d'entrer... je ne dirais pas en conflit,
mais de prêter à interprétation si, par exemple, un député obtenait deux avis,
et que les gens... il y aurait eu une mauvaise
communication, par exemple, entre le jurisconsulte et la Commissaire à
l'éthique. Alors, ce modus operandi là a fonctionné depuis plusieurs années,
et c'est cette pratique-là que je respecte moi-même.
Alors, j'en viens à mon troisième point, qui
est... J'ai lu aussi le rapport qui est devant vous pour étude. Et, dans ce
rapport-là, il y a une recommandation qui vous invite à étudier ou qui invite
l'Assemblée nationale à étudier ou à revoir
le rôle du jurisconsulte. Alors, il est évident que ça demeure une décision
politique. Je respecte la décision des
députés, en 2010, lorsqu'ils ont décidé de maintenir le poste. Alors, il y a
différentes options qui s'offrent. Une des options, c'est de limiter ou de prévoir que seul le Commissaire à
l'éthique puisse donner des avis; une autre des options est de maintenir le statu
quo; et une troisième option pourrait être de, plus ou moins, mettre en pratique
le modus operandi qui s'est établi.
Et, suivant cette option-là, le jurisconsulte ne
serait appelé à donner des avis que lorsque la Commissaire à l'éthique en
ferait la demande. Alors, ça pourrait être une option plus souple que ce qui
est déjà prévu par le code, parce que la commissaire peut déjà elle-même
nommer, faire nommer un commissaire ad hoc, mais ça pourrait être des circonstances encore plus souples que celles
qui peuvent présentement donner lieu à la nomination d'un commissaire ad
hoc. Alors, ça complète les commentaires préliminaires, et il me fera plaisir
de répondre à toutes vos questions.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, Me Deschamps.
Alors, Mme la députée d'Anjou—Louis-Riel,
s'il vous plaît.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci pour vos commentaires très appréciés. Et puis
on entend votre appréciation sur la gent féminine au niveau des députés de
l'Assemblée nationale. Donc, nous aussi, sommes bien fiers.
Question pour vous, donc, vous nous dites qu'en
2010 il y avait le maintien du poste qui avait été décidé à ce moment-là. On a à nouveau la question devant nous,
en 2023, avec les trois options que vous nous proposez. Alors, pour vous,
plus précisément, quelle est votre opinion entre l'option deux et l'option
trois? Est-ce que vous avez une préférence? Et, si c'est possible, de le
justifier. Merci.
Mme Deschamps
(Marie) : Oui. Alors, je pense que le statu quo n'est pas
très souhaitable pour deux raisons. D'abord, le... moi, j'aime la clarté,
et, pour les députés, qu'il y ait deux institutions, si je peux dire,
l'institution du jurisconsulte et l'institution de la Commissaire à l'éthique,
qui ont des compétences égales pour donner des avis, ça peut créer une
confusion. Selon moi, c'est mieux que les députés aient un parcours plus clair,
dire : Oui, la première institution où on s'adresse, c'est la Commissaire
à l'éthique.
Et je dois
dire aussi qu'il y a une relation de confiance qui s'établit et je ne
trouverais pas souhaitable qu'il y ait des raisons qui ne sont pas
formelles ou qui ne sont pas transparentes pour lesquelles les gens voudraient
s'adresser soit à un jurisconsulte, soit à la Commissaire à l'éthique. Moi, je
favorise la clarté d'un parcours, et donc, entre deux et trois, entre
l'abolition... pas l'abolition, mais le maintien pur et simple, si c'est ça,
votre question, et une option où est-ce que
la fonction pourrait être maintenue mais seulement lorsqu'il y a une... lorsque
le Commissaire à l'éthique en ferait la demande, il me semble que, pour
les députés, ce serait un parcours beaucoup plus clair.
Mme Boivin Roy : Merci beaucoup
pour votre réponse. Peut-être une dernière question très rapide. Est-ce que
vous pensez qu'à ce moment-là... Si tant est que c'était la troisième option
qui était retenue, est-ce que vous pensez
qu'il y aurait lieu d'avoir des méthodes de communication qui seraient aussi
claires que ce que vous souhaitez, dans le choix de l'option, pour que
les gens puissent bien comprendre, justement, là, le processus à suivre?
Mme Deschamps
(Marie) : Oui, en fait, si... le... pour... du côté du
député, à mon avis, les députés devraient, en premier lieu, se rendre au
bureau de la commissaire. Comme je vous dis, c'est... elle est là en
permanence, elle est accessible, et ce serait de la responsabilité de la
commissaire de déterminer la raison pour laquelle le jurisconsulte pourrait être appelé à intervenir. Et ça pourrait
être des raisons très larges. Il y a... Par exemple, elle pourrait se retrouver
devant une situation où il y a un surcroît de demandes, donc des situations qui
ne sont pas déjà prévues où est-ce qu'elle
peut donner... nommer un commissaire ad hoc, et ça pourrait être aussi des
situations semblables, et ça pourrait devenir une situation où elle
n'aurait plus besoin de nommer des commissaires ad hoc.
Mme Boivin Roy : Très bien.
Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : ...interventions du côté
gouvernemental? M. le député Saint-Jean.
M. Lemieux : ...combien de
temps, monsieur?
Le Président (M.
Bachand) : Il vous reste 20 minutes.
• (15 h 30) •
M. Lemieux : Merci, M. le
Président. Bonjour, Me Deschamps. Si vous voulez, dans l'intérêt et pour la
curiosité des députés qui siègent ici mais dans l'intérêt du public, qui si
tant est... s'intéresse à la chose, je vais juste reculer un tout petit peu. Parce qu'on est rentrés avec vous dans le vif
du sujet, en pays de connaissance, tout le monde comprenait, mais j'aime
ça rétropédaler un tout petit peu.
Alors, Me Deschamps, si je vous disais, tout à
l'heure, pendant les autres consultations, on s'est fait dire que la grosse différence, si le député que je suis va
cogner à votre porte puis, s'il décide de ne pas aller cogner à votre porte
pour un problème d'éthique puis qu'il va
cogner à la porte de la commissaire, en sortant de chez la commissaire, il y a une
entente, entre guillemets, de compréhension qui est garantie, par rapport à ce
qu'elle nous dit comme opinion, qu'on peut
faire ou qu'on ne peut pas faire, puis on part de là avec une assurance que
j'appelle, moi, la garantie. Si on va vous voir, on va avoir un aussi
bon service, j'en suis certain, mais on part pas de garantie, si j'ai bien
compris.
Mme Deschamps (Marie) : Exactement.
M. Lemieux :
C'est la seule différence? Point d'interrogation.
Mme Deschamps (Marie) : Bien,
c'est-à-dire que c'est la seule différence juridique. Cependant,
en pratique, la commissaire, elle, elle est intégrée dans tout un processus où
est-ce qu'elle a d'autres mécanismes que juste les avis. Elle a, par exemple, toute une section qui fait de
l'information. Alors, je vois quand même un état où la commissaire, elle,
dispose d'un plus grand réseau, d'un plus grand accès à toute sa jurisprudence
à elle. Alors, je vois quand même des avantages dans le fonctionnement à se
diriger vers la Commissaire à l'éthique.
M. Lemieux : De toute évidence,
maître, vous ne vous cherchez pas de clients, mais, en même temps... c'est
parce que ce n'est pas tout ce que vous faites comme jurisconsulte.
Apprenez-moi un peu ce que c'est qu'une jurisconsulte ou un jurisconsulte. Vous
êtes la sixième, vous?
Mme Deschamps
(Marie) : Oui. Alors, le jurisconsulte donne des avis aux députés en
matière d'éthique, mais le jurisconsulte, aussi, est appelé à donner des avis
au Bureau de l'Assemblée nationale en vertu du programme d'assistance juridique
aux députés et aux anciens députés.
M. Lemieux :
Et autres tâches connexes ou ça s'arrête là?
Mme Deschamps (Marie) : Bien,
écoutez, autres tâches connexes, là... Je vais vérifier. C'est les deux
tâches...
M. Lemieux :
C'est les deux gros mandats.
Mme Deschamps
(Marie) : Oui, exactement, parce qu'un est dans le code d'éthique,
l'autre est dans la Loi sur l'Assemblée
nationale, alors... Bien, c'est-à-dire, oui, une des tâches connexes, c'est
lors du dépouillement du vote.
M. Lemieux :
D'accord. Ce matin, on s'est rendu compte que la commissaire actuelle est
probablement déjà en train d'écrire son rapport pour la prochaine étape, parce
que ça datait déjà de plusieurs années, ce rapport qu'on étudie, mais ça a le
bénéfice aussi de nous montrer 10 ans, et même un peu plus, derrière. On a
eu toutes sortes de discussions. Il y en a une
en particulier, moi, qui a attiré mon attention, c'est au sujet de la capacité.
Et j'ai même été voir la commissaire, je le confesse, en sortant avant le
lunch, pour dire : Bien, c'est-tu ça ou ce n'est pas ça? Puis il y a comme
une espèce... ce n'est pas un vide juridique, mais il y a une question
d'interprétation.
À partir du moment où
un député dépose une demande d'enquête, la commissaire a un certain droit de
regard sur la capacité qu'elle a de faire
enquête ou pas, mais ce n'est pas aussi clair que ce qu'il nous est proposé
dans le rapport qu'on a, à savoir de
procéder à l'analyse d'opportunité de tenir une enquête ou non, qui serait plus
claire en termes de procédure. Et ça
ouvre la porte, évidemment, à cette hypothèse qu'on a entendu, qu'il y avait
une certaine instrumentalisation dans
la mesure où, à chaque fois qu'un député demande une enquête, c'est presque
automatique, et ça fait grand bruit, et
ça fait de la médiatisation, et, finalement, l'enquête doit procéder et on sent
qu'il pourrait y avoir instrumentalisation partisane. Est-ce que vous êtes avec moi sur ce que je viens de dire, ou
je me suis planté quelque part là-dedans, ou on pense... on comprend la
même chose?
Mme Deschamps
(Marie) : J'ai cru comprendre, d'après les rapports que j'ai lus...
parce qu'évidemment je ne suis pas... je n'ai lu que le projet... le rapport
pour les années écoulées depuis 2019, 2018, mais, même d'après les
recommandations de ce rapport-là, je comprends qu'en période électorale il y a
tendance à utilisation de mécanismes à des fins qui ne sont peut-être pas
prévues initialement par le code.
M. Lemieux :
D'accord. Je voudrais vous amener maintenant sur tout ce qu'on a discuté ce
matin parce que c'est au coeur du sujet et
c'est la première recommandation de la commissaire, la formation. Il fut une
époque où il y avait plus d'avocats
qu'autre chose à l'Assemblée nationale. Maintenant, en tout cas, au
gouvernement, il n'y en a pas tant. Puis, de l'autre côté de la Chambre, je
pense qu'il n'y en a pas tant non plus. Est-ce que la formation sur le code,
qui est quand même très frais, là, il a à peine une douzaine d'années...
est-ce que, pour vous, ça fait partie de ce que devrait être la priorité des
députés que nous sommes quand on arrive, d'apprendre ce code-là? Et, est-ce
qu'a fortiori, on devrait imposer de la formation aux députés?
Mme Deschamps
(Marie) : Absolument. Selon moi, la formation en éthique devrait être
obligatoire. Mais, comme vous savez, j'ai une formation juridique et je suis
très favorable à la formation des avocats, et je suis très favorable à la formation en éthique. Et je peux
vous dire que c'est avec plaisir que je prends... comme avocate, depuis
ma retraite de la magistrature, je prends la formation et je suis très
soucieuse de toujours prendre la formation en éthique
malgré toute l'expérience que je peux avoir accumulée. J'ai 71 ans, j'ai
eu toutes sortes d'expériences et, malgré tout, je pense que la
formation, ça doit être de la formation continue.
Donc,
à plus forte raison, la formation en éthique, selon moi, lors d'une première
activité comme député, devrait être obligatoire et ça devrait être aussi
obligatoire d'avoir de la formation continue.
M. Lemieux : Et pour le personnel des
députés aussi? Parce que, généralement, un nouveau député arrive avec du
nouveau monde, entre guillemets. Est-ce qu'on peut dire que ça va de soi que
son personnel subisse aussi, entre guillemets, une formation?
Mme Deschamps
(Marie) : Ça dépend de quel personnel on parle, là. Le personnel qui a
une marge de manoeuvre puis qui a un contact
direct avec le public, oui. Le personnel qui... dont toutes les activités sont
surveillées ou si quelqu'un n'est jamais appelé, par exemple, à signer
une lettre parce que toutes les lettres sont signées par quelqu'un d'autre...
Alors, je dirais que, dans tous les cas où il y a... je ne veux pas dire
risque, là, mais exposition à des interactions avec le public dans le cadre des
responsabilités du député, la réponse, c'est oui.
M. Lemieux :
Parce qu'il n'y a pas juste... Les temps ont bien changé, il n'y a pas
juste qu'il y a moins d'avocats qu'il y en
avait assis au salon bleu, il y a aussi que l'éthique et la déontologie
prennent de plus en plus de place. Et,
si vous voulez... même si vous ne me la demandez pas, je vais vous le dire, si
vous voulez mon opinion, c'est parce qu'on a une crise de confiance qui
est de plus en plus importante, autant pour les médias que pour la classe
politique, et qu'on a tout intérêt à marcher les fesses serrées, comme on dit.
Donc, comment on fait
pour raccommoder tout ça ensemble? On est arrivé. On a été une des dernières
provinces, un des derniers gouvernements à se donner un code, il y a une
douzaine d'années. Mme la commissaire m'a
dit ce matin que, quand on l'a obtenu, tout le monde disait : Oh, wow,
vous êtes bien équipé, c'est le dernier qu'on... qui est créé, il est
super bon, mais il demande à être perfectionné. C'est ce qu'on est en train
d'essayer de considérer. On fait comment?
Est-ce que notre code est à la hauteur, à vos yeux? Puis est-ce que c'est par
là que ça doit forcément passer, ce problème de confiance qui, de toute
évidence, est réel, mais correspond à une crise peut-être plus large que
juste les députés, là, mais qui englobe beaucoup l'éthique et la déontologie un
peu partout dans le monde, là?
• (15 h 40) •
Mme Deschamps
(Marie) : C'est sûr qu'adopter une loi ne règle pas la solution si les
gens l'ignorent, premièrement. Et, deuxièmement, ça ne couvre pas toutes les
situations qui sont susceptibles de... soit de faire perdre la confiance du
public, soit de la rehausser.
Je pense qu'une des
façons de rehausser la confiance du public, c'est la transparence, alors...
Puis on ne peut pas s'attaquer à tous les aspects de la fonction du député,
mais certainement le fait qu'il y ait des diffusions de vos activités en
comité, le fait qu'il y ait des divulgations proactives, là, à défaut d'un
meilleur mot, des communications qui sont
faites par les députés, des activités qu'il y a dans les bureaux des membres de
l'exécutif. Selon moi, la transparence est
un des grands moyens qui est à la disposition des députés et l'exécutif pour
contribuer à rehausser la confiance dans l'institution parlementaire.
M. Lemieux :
...alors, j'ai quelques questions rapides pour vous parce qu'on arrive un
petit peu au bout et puis je voudrais quand
même vous entendre sur des choses qu'on va forcément considérer. La première,
c'est ce registre dont parle la commissaire dans son rapport qui
permettrait à... et l'idée, justement, à cause de la transparence, mais à cause la confiance du public, qui dit... un élu se
fait élire en disant : Moi, je connais ça, je vais aller vous régler ça.
Mais, rendu au Parlement, il connaît
tellement ça qu'il a les deux mains et la langue liées parce qu'il ne peut pas
se prononcer sur certaines questions parce qu'il est en conflit
d'intérêts.
La suggestion qui
nous est proposée, c'est de dire : Bien, il pourrait déclarer son conflit
d'intérêts, participer aux conversations, mais ne pas voter. Moi, je trouve ça
novateur et je trouve ça intéressant. Vous?
Mme Deschamps
(Marie) : Je pense que cette recommandation, qui a été faite par
Mme Mignolet, avait aussi été faite par
son prédécesseur. Et j'avais trouvé que c'était assez créatif parce que ça
permet à quelqu'un d'apporter de l'information, tout en ne permettant
pas que, s'il y a intérêt, ça fasse pencher la balance.
Cependant, je vois
tout de même un risque de... je ne dirais pas d'influence indue, mais que la
voix de cette personne-là, qui a un intérêt, porte plus fort que quelqu'un qui
n'a pas d'intérêt. Alors, c'est l'espèce de tension entre l'expérience,
l'apport objectif que la personne peut apporter et l'intérêt qui peut prendre
le second rang, même dans le cadre d'une
discussion. Alors, c'est, je pense, la raison pour laquelle souvent, dans les
institutions, on ne permet même pas à la personne de contribuer aux
discussions. Même, on va souvent demander à la personne de se retirer de la
salle pendant les discussions pour éviter... ou pour favoriser une plus libre
discussion.
Alors, pour répondre
à votre question ou à votre commentaire, oui, c'est très créatif, mais ça
devrait être fait avec beaucoup de prudence.
M. Lemieux :
Ce n'est pas toujours facile d'écrire ça dans une loi.
Mme Deschamps
(Marie) : C'est vrai.
M. Lemieux : Mais ça montre aussi qu'il
n'y a jamais de solution parfaite et que l'équilibre, particulièrement en
éthique, est à la base de tout. Dites-moi, pour protéger les personnes qui
communiquent des renseignements... puis là,
bien, on ne parle pas de vous, mais on parle de la commissaire, on parle de...
on n'est pas dans le lanceur d'alerte, mais quelqu'un qui n'est pas à
l'aise de venir dévoiler des choses par crainte de représailles. On est en
2023, on essaie de les protéger à tous égards, lanceurs d'alertes, partout.
Est-ce qu'on aurait besoin d'ajuster le code à cet égard-là?
Mme Deschamps
(Marie) : Je ne peux pas dire que j'ai bien réfléchi à la question,
mais quelqu'un qui se rend chez la
commissaire devrait être protégé. La confidentialité devrait être inhérente à
la fonction de la commissaire et on
ne devrait pas avoir besoin de ce mécanisme-là. Et, si un tel mécanisme devait
être créé, il devrait être limité pour les cas où, je dirais,
accidentellement, il y a un élément qui a été rendu public, malgré toute la
confidentialité et la prudence qui entourait la communication avec la
commissaire. Encore là...
M. Lemieux : Je
vous lis la... Oui?
Mme Deschamps (Marie) : Oui.
M. Lemieux : Ça va? C'est bon?
Mme Deschamps (Marie) : Oui,
allez-y.
M. Lemieux : Merci beaucoup. Je
vous lis la recommandation 16, qui fait partie du rapport qu'on est en
train de considérer : «Que le code soit modifié de manière à ce que le
commissaire puisse autoriser un député à partager... à participer à un marché avec le gouvernement, un ministère ou un
organisme public, pourvu que l'importance de l'intérêt ou les
circonstances entourant la conclusion de ce marché ne permettent
vraisemblablement pas la collusion ou une influence indue aux conditions que le
commissaire fixe.»
Morale de l'histoire, maître, pensez-vous qu'il
serait intéressant que la commissaire... j'aime mieux dire «la» dans les circonstances, là, même si, dans la loi,
on dit «le», que la commissaire ait plus de marge de manoeuvre afin de
tenir compte des situations particulières des élus?
Mme Deschamps (Marie) : Bien,
je n'avais pas lu cette recommandation-là comme voulant dire qu'elle était limitée dans le type de circonstances. Si on
pense à une plus longue énumération, moi, je ne suis pas favorable aux
longues énumérations de type Code criminel, je suis plus favorable à une
utilisation d'un terme général qui, lui, laisserait
une grande marge de manoeuvre, et une grande marge de manoeuvre pour lui
permettre d'imposer les critères les plus stricts avant d'autoriser
la... un acte qui pourrait, à première vue, être susceptible de pas
nécessairement rehausser la confiance du public.
M. Lemieux : J'aurais pu vous
poser la même question au regard de la recommandation 17 : « Que le code soit modifié de manière à accorder la discrétion
au commissaire d'autoriser un marché entre une entreprise privée dans
laquelle un membre du conseil exécutif détient un intérêt et le gouvernement,
un ministère ou un organisme public aux conditions que le commissaire
détermine.»
Mme Deschamps (Marie) : «Aux
conditions que le commissaire détermine», je trouve ça assez général, parce que ça lui permet de tenir compte de toutes
les circonstances qui peuvent être pertinentes et aussi d'être suffisamment
rigoureuses et restrictives pour que la confiance du public soit protégée.
M. Lemieux : Voilà, on est
toujours dans la confiance du public, dans l'équilibre puis dans le gros bon
sens. Même si on n'est pas des avocats, le gros bon sens a sa place, là.
Mme Deschamps (Marie) : Exactement.
M. Lemieux : Je termine en vous
demandant si vous faites partie de celles qui voient d'un bon oeil que, lorsque
le... on vote, les députés votent au bleu... au salon bleu, pardon, sur une
résolution et une motion pour blâmer un député, entériner, en quelque sorte,
une sanction, qu'on le fasse seulement sur la sanction plutôt que sur le
rapport qui mène à cette sanction-là. Est-ce que, pour vous, ça fait une
différence ou c'est tout pareil? Pas en théorie, là, mais en pratique, parce que
je sais que ce n'est pas tout pareil.
Mme Deschamps (Marie) : Non,
non, non, c'est ça, mais, selon moi, un député ne peut pas faire abstraction
des circonstances. Alors, limiter ça à la sanction, c'est un petit peu miner la
responsabilité du député dans son vote.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
Me Deschamps. Je vous souhaite une bonne fin de journée et je vous laisse
aux bons soins des oppositions.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Nelligan, pour 18 min 22 s, s'il vous plaît.
M. Derraji : Oui.
Merci, M. le Président. Bonjour, Me Deschamps, merci pour votre présence
et les clarifications. Je vais juste
commencer par une première question avant d'aller parler de votre rôle. Combien
d'avis vous avez formulé, si je peux dire, les deux dernières années ou
bien si vous avez une idée, sur la 42e législature?
Mme Deschamps (Marie) : J'ai
été nommée en avril 2023, donc ça ne fait pas très longtemps, et j'ai été
appelée à donner des avis en vertu de la loi sur... en fait, du régime de
protection juridique, et j'ai été appelée à donner
un avis verbal où j'ai été interpelée de façon dont... je ne dirais pas
impromptue, mais j'ai été interpelée pour donner un avis verbal,
sommaire dans une circonstance où la personne n'était pas en mesure de
rejoindre la commissaire.
• (15 h 50) •
M. Derraji : OK. Vous dites que
la personne n'était pas... ça veut dire... on parle d'un élu?
Mme Deschamps (Marie) : On
parle d'un député.
M. Derraji : D'un
député qui n'était pas en mesure de rejoindre la Commissaire à l'éthique, et...
Mme Deschamps (Marie) : Parce
qu'il y avait une situation d'urgence.
M. Derraji : OK.
Et, du moment qu'il y avait cette urgence, le député ou la députée vous a
appelée pour avoir un avis?
Mme Deschamps (Marie) : Exactement.
M. Derraji : OK. Je lis le
rapport de la Commissaire à l'éthique et à la déontologie, page 34, et je
comprends que le rapport parle d'une
ancienne période, mais il disait : «En terminant, il faut préciser que les
services-conseils du jurisconsulte de
l'Assemblée nationale ne sont aujourd'hui presque plus utilisés, comme nous l'a
indiqué ce dernier — mais
on parle de quelqu'un qui était avant vous. Très peu d'avis ont été demandés au
cours des deux dernières années.» Mais, on s'entend, il faut lire le
rapport dans son contexte. On ne parle pas de vous, on ne parle pas de la
dernière période.
Pourquoi il y
a peu d'avis, selon vous? Là, vous me dites que, quand même, depuis votre
nomination, il y a quand même... on vous a interpelée en situation
d'urgence. Vous étiez là, vous avez répondu et il y avait un autre avis que vous avez formulé. Et là, au niveau de... le
rapport de la Commissaire à l'éthique, on dit qu'il y a peu d'avis. Comment
vous pouvez expliquer ceci?
Mme Deschamps
(Marie) : D'accord. Il y a deux... il y a une nuance à
établir. Quand je vous ai dit que j'ai fourni des avis en vertu du régime de protection, ça appartient aux juristes en
vertu de la loi... au jurisconsulte, pardon, en vertu de la Loi sur
l'Assemblée nationale. Ce ne sont pas des avis qui relèvent du code de
déontologie.
Pour l'autre situation d'urgence, c'était
vraiment très ponctuel et, en principe, et ça été confirmé par Me LeBel
qui m'a précédée, compte tenu du fait que, lorsqu'un député, ou une députée, je
devrais dire les deux, consulte le
jurisconsulte, celui-ci, d'abord, invite la personne à se diriger ou à
s'adresser à la Commissaire à l'éthique. Et cela s'explique par, selon
moi, le fait que la Commissaire à l'éthique a maintenant établi son autorité,
elle a une présence beaucoup plus grande que celle du jurisconsulte, elle est
nommée en priorité ou, je dirais, de façon très visible dans le code d'éthique.
Alors, je comprends que les députés vont s'adresser à elle en tout premier
lieu.
M. Derraji : OK, excellent. Je
vais... Merci pour les clarifications. Je vais revenir à votre présentation
pour parler et clarifier le rôle que vous jouez à l'intérieur de l'institution,
à l'intérieur du Parlement. Vous avez dit... vous proposez... D'ailleurs, je
veux juste clarifier quelque chose, vous êtes contre le statu quo. Ça, on l'a
bien compris.
Mme Deschamps (Marie) : Oui.
Moi-même, je pense que, pour les députés, il faut qu'ils sachent... il faut
qu'il y ait un ordre, il faut que ce soit clair.
M. Derraji : Oui, c'est
excellent, donc il faut que ça soit clair, mais, qui dit clarification dit
aussi... Vous savez, je ne sais pas, si on
va faire un sondage, si tout le monde est au fait de votre rôle exactement. Je
ne prétends rien. Mais pensez-vous que l'ensemble des personnes qui
auront à vous poser... ou vous contacter pour un avis... est-ce qu'elles savent où ils sachent... est-ce qu'ils
savent un peu le rôle que vous jouez ou que vous avez la possibilité de jouer?
Mme Deschamps (Marie) : Mon
rôle... Bien, si quelqu'un me consulte, c'est qu'il a entendu parler du
jurisconsulte et, s'il a cherché ma compétence, il s'est retrouvé dans le code
de déontologie... oui, dans le code de déontologie. Alors, dans le code de
déontologie, c'est clairement dit que le jurisconsulte peut donner des avis.
Alors, c'est sûr que le député peut savoir
ça. Là où je dis qu'il y a un besoin de clarification, c'est que la commissaire
peut aussi donner des avis, alors le député peut dire...
M. Derraji : Oui, et c'est là
où je veux vous ramener, c'est là où je veux vous ramener. C'est excellent. Donc là, on se ramasse avec deux options. La
Commissaire à l'éthique, vous, vous deux, vous avez le droit de donner des
avis. Là, on le voit très bien, qu'au niveau de la page 34, ce que la Commissaire
à l'éthique et à la déontologie mentionne... «Considérant que l'avis du
jurisconsulte ne lie pas le commissaire, ce dernier pourrait conclure à un
manquement au code dans un cas où le jurisconsulte déduirait l'inverse. De
plus, le jurisconsulte n'a pas accès à la jurisprudence et aux interprétations
du commissaire dans le cadre de ses fonctions. Cette situation est
préoccupante, tant du point de vue de la
prévisibilité, du droit, que de la crédibilité de ces deux institutions.» J'aimerais
bien savoir... Est-ce que vous partagez tout ce qui a été dit ici, c'est
clair et vous êtes à l'aise avec ce constat?
Mme Deschamps
(Marie) : Je suis d'accord que c'est un avantage immense
d'avoir accès aux interprétations antérieures de la commissaire et de
son prédécesseur. Ceci dit, ça n'a pas toujours été le cas.
Pour ce qui est de la prévisibilité, c'est un
avantage parce qu'il y a une espèce de cohérence. Ça ne veut pas dire que le
jurisconsulte est complètement démuni, mais, tout de même, il y a un grand
avantage au fait que le député sache qu'il y a une cohérence dans les
interprétations.
M. Derraji : OK. Et c'est
justement... c'est sur cette cohérence que vous avez beaucoup insisté au début
sur clarifier le rôle pour éviter la confusion.
Mme Deschamps
(Marie) : Exactement.
M. Derraji : OK. Si je vous
demande, dans un monde idéal, pour clarifier le rôle et éviter la confusion,
vous êtes d'accord, la porte d'entrée première pour le député doit être la
commissaire ou vous?
Mme Deschamps (Marie) : Oui, la
commissaire.
M. Derraji : La commissaire.
Dans le cas où le député veut faire affaire avec vous et demander un avis,
avez-vous un exemple pour, justement, éviter la confusion, avoir plus de
prévisibilité, à ne pas tomber dans... que, comme ce qui a été dit, un avis et
un avis qui déduirait l'inverse?
Mme Deschamps (Marie) : Il y a
différents mécanismes. Si, par exemple, les députés de l'Assemblée nationale
désiraient maintenir le chevauchement ou les voies parallèles, il pourrait y
avoir différents mécanismes qui pourraient être mis en place, mais il n'y a
aucun de ces mécanismes-là qui pourraient être... donner la même prévisibilité.
Et je pense, par exemple, à une possibilité de partage de jurisprudence sans
que ce soit un partage des opinions, parce que la confidentialité doit être
maintenue, mais un partage d'interprétation type qui pourrait être mis à la
disposition du jurisconsulte.
M. Derraji : Oui. Vous avez
beaucoup insisté sur le parcours, le parcours. Et, vous savez, au niveau de
l'Assemblée nationale, il y a toujours, toujours des nouveaux élus. Tant mieux,
parce que ça, c'est une très bonne chose pour le Parlement. Je me mets dans la
place de quelqu'un qui vient d'arriver, ce n'est pas facile, naviguer à
l'intérieur de l'institution. Déjà comprendre comment ça marche, le Parlement,
et les commissions parlementaires, et tout le reste, c'est beaucoup, beaucoup
de travail et ça prend du temps. Par la suite, naviguer avec la Commissaire à
l'éthique, naviguer avec l'ensemble des partenaires... Moi, j'ai des
partenaires, c'est des partenaires de l'institution qui nous aident, qui aident
les élus à bien faire leur travail.
Quand vous parlez d'un parcours... La
commissaire a beaucoup insisté sur la formation obligatoire... D'ailleurs, je
tiens juste à le mentionner, que, notre formation, que ce soient les élus et
même les employés du bureau de comté, c'est rendu obligatoire sur la formation.
Ce n'est pas une question de choix, c'est vraiment obligatoire. Mais, quand vous parlez d'un parcours, c'est quoi,
le parcours idéal pour éviter, justement, qu'un élu, après quelques mois, se
ramasse à, justement, éviter cette incohérence qu'on risque d'avoir? Je sais
que la volonté, c'est ne pas avoir cette incohérence, mais c'est quoi, le
parcours idéal, selon vous?
• (16 heures) •
Mme Deschamps (Marie) : Quand
vous parlez de parcours, je ne suis pas sûre que j'ai utilisé exactement cette
expression-là.
M. Derraji : Bien, vous avez
dit «clarté d'un parcours», vous avez dit «clarifier le rôle», «revoir le rôle
de jurisconsulte», «éviter la confusion» et vous avez dit que la première à
consulter, c'est la Commissaire à l'éthique.
Mme Deschamps (Marie) : Oui,
c'est... Donc, le...
M. Derraji : Mais maintenant,
vous, dans ce rôle...
Mme Deschamps (Marie) : Comment
je...
M. Derraji : Oui, je vais
juste... je vais terminer. Vous, à l'intérieur de ces services, comment on peut
dire que la jurisconsulte est nécessaire dans ce parcours? Si l'élu doit faire
affaire avec la Commissaire à l'éthique, vous venez
de le mentionner, si c'est fait avec la commissaire à l'éthique, votre rôle...
vous voulez intervenir à quel moment?
Mme Deschamps (Marie) : Je
voudrais qu'il soit clair que je ne propose pas... je présente des options à
votre commission. Je ne suis pas là pour défendre le rôle du jurisconsulte. Si
c'est votre choix de ne maintenir que la fonction
de la commissaire et avec une large possibilité d'avoir recours à des commissaires ad hoc, ce
sera votre décision, et je n'ai rien à dire.
M. Derraji : Non, non, mais,
vraiment, je ne suis pas là, vraiment, ma question, ce n'est pas... Non, non, non. Je vais clarifier. Me Deschamps, ma question
ne vise pas ce que vous venez de me dire. J'essaie juste de comprendre «clarifier
le rôle». Parce que, comme vous dites, «clarifier le rôle», je veux bien le
comprendre aussi, et je sais que ça nous revient, si on veut maintenir telle ou
telle chose, aller avec les recommandations dans un projet de loi, amender un
projet de loi, si jamais le gouvernement veut aller de l'avant avec un projet
de loi. J'essaie juste de comprendre, parce
que j'ai, devant moi, une recommandation de la commissaire, et je n'essaie pas
de vous faire dire des choses que vous ne voulez pas : «Que les
parlementaires réfléchissent à l'opportunité de maintenir les services de
conseil en matière d'éthique et de
déontologie du jurisconsulte.» C'est ça, la recommandation que j'ai de la part
de la commissaire.
Mme Deschamps
(Marie) : Oui, oui. Alors, la commissaire, en mots polis,
elle vous dit : Abolissez la fonction avis du jurisconsulte.
M. Derraji : Oui.
C'est... Vous faites l'interprétation comme ça, c'est votre droit. Moi,
j'essaie de comprendre le parcours. Vous avez dit que le statu quo n'est
plus tenable : clarifiez les rôles. Je reste convaincu, c'est pour cela
que j'ai la chance de vous avoir en face de
moi, le rôle de la jurisconsulte, il était là depuis plusieurs années, ça veut
dire que ça répond à un besoin. Moi, c'est ce besoin-là que je veux
entendre aujourd'hui de votre part.
Mme Deschamps (Marie) : OK.
Le besoin, il existait certainement avant 2011, et c'était la fonction. Il n'y
avait pas de commissaire à l'éthique.
Depuis 2011, il y a une espèce de chevauchement qui est créé qui, selon moi,
n'est pas souhaitable. Alors, je vous suggère que vous avez le choix
entre... Je vous ai donné trois options, et une des options, c'était d'abolir
la fonction du jurisconsulte, comme la commissaire le dit poliment à la
recommandation 4; l'autre option, c'est
de maintenir le statu quo, qui n'est pas ce que je suggère; et une troisième
option, c'est de prévoir un rôle... je ne suis pas sûre que l'expression
française décrit bien, mais subsidiaire, c'est-à-dire : on s'adresse
d'abord à la commissaire, et, si, pour quelque raison, la commissaire a
besoin d'un référé au jurisconsulte ou souhaite un référé au jurisconsulte, c'est cette troisième option où
le jurisconsulte agit de façon subsidiaire, mais après que la commissaire
ait eu l'occasion de se prononcer. Et je
vous soumets que c'est ce qui correspond... c'est ce qui se rapproche le plus
à... au vécu depuis plusieurs années.
M. Derraji : OK. Excellent. Là, on
avance. On va oublier l'option 1, on va oublier l'option 2, on va se
concentrer sur l'option 3. Donc,
vous voulez que la porte d'entrée soit la Commissaire à l'éthique, et, si la
Commissaire à l'éthique le juge pertinent, de référer la personne, pour
quelque raison, à vous?
Mme Deschamps
(Marie) : Exactement.
M. Derraji : Oui. Et si on peut
dire... Avez-vous une idée sur les quelques raisons? C'est quoi, les raisons,
selon vous, où vous jugez pertinent que la commissaire vous réfère des
personnes?
Mme Deschamps (Marie) : OK.
Il y a... La Commissaire à l'éthique, on doit le noter, a la possibilité de
donner des... de nommer des commissaires ad hoc. Les circonstances sont
énumérées. Si la Commissaire à l'éthique désire avoir une plus large
marge de manoeuvre, elle pourrait vouloir simplement référer au jurisconsulte.
M. Derraji : OK. Merci, Me Deschamps,
pour votre présence et les clarifications concernant votre rôle. Merci.
Très apprécié.
Mme Deschamps
(Marie) : Ça me fait plaisir.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député d'Hochelaga-Maisonneuve, pour autour de huit minutes.
M. Leduc :
Merci, M. le Président. Bonjour, bonjour.
Mme Deschamps
(Marie) : Bonjour, M. le député.
M. Leduc :
Toujours contents de recevoir des témoins. D'abord, je ne sais pas si vous,
dans votre fonction de jurisconsulte, vous avez quelque chose à dire par
rapport à la suggestion de Me Mignolet, là, sur la question de la rémunération
des élus, où est-ce qu'elle souscrit à la recommandation, là, de la juge
L'Heureux-Dubé, là, de son rapport d'il y a
quelques années, à savoir que ça devrait être un comité indépendant exécutoire.
Est-ce que vous avez, dans votre fonction de jurisconsulte, une opinion
à ce sujet?
Mme Deschamps
(Marie) : Oui, je suis favorable à ce que ce soit une institution
indépendante qui fixe les conditions. Je
suis sûrement influencée par mes précédentes fonctions comme juge. Et je dois
vous dire que ça a été une évolution positive qui a favorisé le...
d'abord, l'indépendance, un aspect de l'indépendance des juges, mais aussi le respect aussi des montants qui étaient fixés,
parce que ce sont des tiers indépendants, il y a toutes sortes de représentants
sur cette commission-là... sur ce comité-là.
M. Leduc :
Donc, idéalement, idéalement, si on avait à rouvrir cette loi-là dans un
avenir proche ou moins proche, on pourrait
migrer vers un système vraiment indépendant, bon, dont les modalités seraient à
définir. Vous seriez favorable à ça? OK. Merci de votre...
Mme Deschamps
(Marie) : Tout à fait.
M. Leduc :
...de votre clarification. J'aimerais vous entendre aussi sur le groupe qui
vous a précédée ce matin, là, de
l'Université Laval, le professeur et son adjoint, son étudiant, sur la question
de la dépolitisation des demandes d'enquête. Est-ce que, dans votre fonction,
aussi, vous constatez... est-ce que vous faites le même constat qu'eux, à
savoir que, des fois, les élus, on peut, à juste titre parfois ou même
maladroitement, politiser les demandes d'enquête en éthique?
Mme Deschamps (Marie) : Je dois
vous dire que je n'ai pas d'expérience là-dessus. Tout ce que j'en sais, c'est
ce que j'ai lu dans le rapport. Alors, je ne peux pas dire que ma contribution
serait très... que je peux... je ne peux pas apporter de
commentaire pertinent outre que ce que je lis... ce que j'ai lu. Donc, je suis
une observatrice de ce point de vue là.
M. Leduc :
D'accord. L'échange qu'on... Je
ne sais pas si vous avez réussi à entendre l'échange qu'on avait, là, avant le dîner, à savoir que, dans le fond,
c'est... est-ce que c'est les élus qui doivent demander les enquêtes à la
commissaire. Des fois, on le fait dans
le cas d'un dossier politique, on le fait à travers une lettre, on le fait à
travers un tweet, même, des fois sur les réseaux sociaux. Est-ce que c'est aux
élus de faire ça? Est-ce que c'est aux élus de — vous avez eu un échange tantôt — peut-être...
de trancher ces choses-là à travers des votes? Donc, ce que je comprends, c'est
que, sur cet aspect-là, vous vous gardez une certaine réserve?
Mme Deschamps
(Marie) : C'est aussi que je n'ai pas de commentaire pertinent à vous
faire valoir.
M. Leduc :
Je comprends.
Mme Deschamps
(Marie) : Je ne peux pas... Je ne connais pas assez le domaine, là,
pour pouvoir avoir une contribution aux travaux.
M. Leduc :
Il y a des gens qui suggèrent d'attacher, en quelque sorte, ou du moins
d'élargir la fonction de la commissaire avec une commission, hein, de la faire
travailler avec une commission. On fait référence, des fois, à une commission
comme celle qui se passe au Royaume-Uni, là, à la Chambre des communes là-bas,
où est-ce qu'il y a un nombre de députés, il
y a un nombre de gens de la société civile qui sont là aussi puis que c'est eux
et elles qui doivent un peu trancher les rapports pour sortir les élus
de cette... de ce rôle-là qui peuvent être... qui peut être inconfortable
parfois. Est-ce que c'est un chemin sur lequel on doit s'engager?
Mme Deschamps (Marie) : Là,
vous parlez au niveau de l'approbation des rapports et de la... et des
sanctions?
M. Leduc :
Exact.
• (16 h 10) •
Mme Deschamps (Marie) : Tout
ce qui peut apporter une perception de plus grande indépendance, selon moi,
c'est une voie qu'on doit sérieusement étudier, et dépolitiser l'approbation
des rapports, dépolitiser toute la question d'éthique est certainement
souhaitable.
M. Leduc :
Puis est-ce qu'il y a un chemin à privilégier plutôt qu'un autre dans cet
objectif de dépolitiser?
Mme Deschamps
(Marie) : ...vous me parlez du modèle du Royaume-Uni. Ils sont souvent
bien en avant de plusieurs autres pays pour
favoriser l'indépendance, là, j'ai plusieurs exemples qui me viennent en
mémoire. Mais il y a certainement une étude à faire des différents
moyens qui sont utilisés, pas seulement au Royaume-Uni, mais dans d'autres
pays, pour s'assurer que toutes les questions d'éthique ne soient pas
manipulées à des fins politiques.
M. Leduc : Il me reste quelques
minutes. J'aime ça, des fois, offrir aux gens qui viennent nous voir le temps
pour voir s'il y a des aspects qu'on n'a pas abordés aujourd'hui puis que vous
aimeriez, vous, mettre au jeu pendant qu'on est tout ouïe.
Mme Deschamps
(Marie) : Malheureusement, j'étais en réunion tout l'avant-midi, je
n'ai pas eu l'occasion de vous écouter et puis j'ai fait ma préparation en
lisant les précédents débats sur le code et en lisant le rapport. Mais donc
j'étais là ici pour répondre à vos questions. Ça me fait bien plaisir de
contribuer à vos travaux. Et, si vous avez d'autres questions à me poser, je
serai heureuse de revenir pour pouvoir répondre à vos questions.
M. Leduc :
Donc, pas de point varia pour vous aujourd'hui?
Mme Deschamps
(Marie) : Non, merci.
M. Leduc :
Ça marche.
Mme Deschamps
(Marie) : En fait, non.
M. Leduc :
Merci bien.
Mme Deschamps
(Marie) : Alors, merci de m'avoir offert cette possibilité-là.
M. Leduc :
Ça me fait plaisir.
Le
Président (M. Bachand) : Alors, Me
Deschamps, merci infiniment d'avoir été avec nous cet après-midi.
Sur ce, la commission
suspend ses travaux quelques instants. Merci beaucoup encore.
(Suspension de la séance à
16 h 12)
(Reprise à 16 h 16)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Alors, il me fait plaisir d'accueillir Me
Jean-François Routhier, Commissaire au lobbyisme du Québec. Merci beaucoup
d'être avec nous cet après-midi.
Alors, comme vous savez, vous avez
10 minutes de présentation. Alors, je vous cède la parole. Peut-être, en
débutant, présenter les gens qui vous accompagnent. Merci beaucoup, M. le
commissaire.
Lobbyisme Québec
M. Routhier
(Jean-François) : Merci. Merci, M. le Président, Mmes et MM. les
députés membres de la Commission des institutions.
Donc,
j'occupe, depuis le 17 octobre 2017, la fonction de Commissaire au
lobbyisme du Québec, une autre personne désignée par l'Assemblée nationale pour
un mandat de cinq ans qui a été renouvelé en avril dernier. Et je suis
accompagné, cet après-midi, par Mme Émilie Giguère, qui est secrétaire
générale et directrice des affaires institutionnelles et de l'administration de Lobbyisme Québec, à ma droite,
et Mme Isabelle Bélanger, adjointe exécutive à la direction de notre
institution.
Le
commissaire et l'organisation que je dirige, sous l'appellation Lobbyisme
Québec, ont pour fonction d'assurer le respect de la Loi sur la transparence et
l'éthique en matière de lobbyisme et du Code de déontologie des lobbyistes. Notre
rôle : assurer la surveillance et le
contrôle et promouvoir la transparence et la saine pratique des activités de
lobbyisme exercées auprès des titulaires de charges publiques, dont les députés,
des institutions parlementaires, gouvernementales et municipales.
En premier
lieu, je vous remercie, évidemment, de nous offrir l'opportunité de participer
à vos travaux concernant le Rapport
sur la mise en oeuvre du Code d'éthique et de déontologie des membres de
l'Assemblée nationale 2015-2019. Je
vais me prononcer aujourd'hui sur certaines des recommandations qui sont
formulées dans le rapport de la commissaire à l'éthique et je vais me
limiter aux éléments de ce rapport pour lesquels nous jugions pouvoir apporter
un éclairage d'intérêt pour les travaux de votre commission.
D'emblée, il m'apparaît important de souligner à
quel point le travail de votre commission sera important pour permettre tant à
la commissaire Mignolet qu'à moi-même d'atteindre les objectifs légitimes de
nos régimes d'encadrement, soit promouvoir
et maintenir la confiance des Québécois dans leurs institutions publiques en
faisant en sorte que les meilleures pratiques d'intégrité soient appliquées
dans les plus hautes sphères décisionnelles et législatives de l'État,
car les citoyens du Québec ont besoin que leurs élus et dirigeants montrent
l'exemple et s'astreignent aux standards les plus élevés en matière d'intégrité
publique, de transparence et d'éthique.
Nous
souhaitons aborder, spécifiquement, quatre des recommandations de la
commissaire, soit les recommandations
n° 1, 9, 10-A et 15, en plus de vous informer sur certains aspects
complémentaires que nous avons jugés d'intérêt pour vos travaux.
La
recommandation n° 1, soit l'introduction d'une formation obligatoire en
matière d'éthique pour l'ensemble des
élus assujettis, nous paraît essentielle et possiblement la plus importante de
ce rapport. Nous suggérons, considérant les liens évidents entre les régimes administrés par la Commissaire à
l'éthique et le régime d'encadrement du lobbyisme dont je suis chargé,
qu'une telle formation comprenne l'ensemble des principaux aspects des deux
régimes.
Un rapport publié en 2022 par l'Organisation de
coopération et de développement économiques, l'OCDE, recommande, d'ailleurs, l'instauration d'un régime de formation visant
les multiples exigences éthiques et de transparence adoptées pour les élus et
autres titulaires de charges publiques au Québec. Ce rapport fait également
état de la nécessaire collaboration
de tous les acteurs voués à la transparence et à l'éthique au sein de l'État,
pour en promouvoir les meilleures pratiques.
C'est
pourquoi nous espérons que la commission appuiera la recommandation n° 1
afin de rehausser le niveau de connaissance des membres de l'Assemblée
nationale et de leur personnel quant au rôle qu'ils ont à jouer dans la
préservation de l'intégrité publique et pour développer aussi leurs réflexes
face aux enjeux auxquels ils sont confrontés.
Concernant la recommandation n° 9 portant
sur l'application du régime de protection des lanceurs d'alerte aux membres de
l'Assemblée nationale, nous désirons souligner que le régime québécois en
matière de protection des lanceurs d'alerte, mis en place en 2016 par la Loi facilitant
la divulgation d'actes répréhensibles à l'égard des organismes publics, est
certainement l'un des plus importants régimes de protection adoptés par l'État
au cours de la dernière décennie. Ce type de
protection est un élément central d'une saine démocratie, car il favorise la
divulgation d'actes jugés répréhensibles tout en protégeant ceux qui
deviennent, bien souvent, la seule source d'information pour aider les gardiens de l'éthique, tels la Commissaire à
l'éthique ou encore le Protecteur du citoyen, à accomplir leur mandat.
Nous croyons, donc, qu'il est fondamental que
toutes les strates décisionnelles de l'État soient assujetties à un tel régime afin de préserver la confiance du
public et de protéger adéquatement les personnes qui dénoncent des actes répréhensibles
au sein de l'appareil étatique. Il nous apparaît, donc, essentiel que les élus
et leur personnel soient également assujettis à ce régime.
• (16 h 20) •
Concernant la recommandation n° 10-A, qui
vise le maintien de l'application du code d'éthique en période électorale, nous
croyons que le vide juridique créé par la dissolution de l'Assemblée nationale
lors du déclenchement d'une élection, qui entraîne aussi la perte de statut de
titulaire de charge publique par les députés sortants, n'est pas souhaitable. En conservant le statut de titulaire
de charge publique pendant la période électorale, nos élus demeureraient,
en tout temps, assujettis à des règles éthiques qui
renforcent la confiance des citoyens. Au surplus, ils continueraient également
de bénéficier de la protection que leur accorde notamment le Code de
déontologie des lobbyistes dans le cadre des
représentations d'intérêts dont ils pourraient faire l'objet pendant la
campagne électorale. Et ces représentations demeureraient elles-mêmes transparentes par le maintien de l'exigence de
leur publication au Registre des lobbyistes, aujourd'hui appelé
Carrefour lobby Québec.
Je rappelle aux
membres de cette commission qu'en vertu du Code de déontologie des lobbyistes
ceux-ci doivent tenir compte de l'intérêt public, agir avec honnêteté et
intégrité et éviter de vous placer dans une situation où vous seriez amenés à
contrevenir aux normes éthiques qui vous sont applicables. Il nous semble, par
conséquent, bénéfique que les obligations imposées
aux représentants d'intérêts par notre loi et par son code de déontologie
subsistent pendant une campagne électorale, cela devenant un gage de
transparence pour l'ensemble des parties prenantes.
Enfin, la
recommandation n° 15 porte sur un enjeu d'interprétation
qui s'avère plus technique, et nous croyons
que le rapport de la commissaire exprime bien les effets involontaires du
chevauchement des obligations prévues aux deux paragraphes de son
article 60. Nous jugeons néanmoins important de clarifier que l'enjeu
soulevé par la commissaire est
essentiellement dû à la rédaction même de l'article 60 et que le risque de
confusion avec les prescriptions de notre loi sur le lobbyisme est faible,
considérant que celle-ci n'est pas applicable dans la très grande majorité des
situations où un élu demeure titulaire d'une charge publique après avoir quitté
sa fonction de député. Nous avons tout de même cru opportun d'apporter
certaines clarifications dans notre mémoire concernant l'application des règles
d'après mandat prévues à la loi, en espérant qu'elles sauront donner un
éclairage suffisant aux membres de cette commission.
En ce qui concerne
plus spécifiquement le fondement de la recommandation de la Commissaire à
l'éthique pour cette recommandation n° 15, nous
jugeons effectivement que les obligations combinées des deux paragraphes de l'article 60 engendrent des restrictions
trop importantes, alors qu'un élu continue d'oeuvrer au sein et pour le compte de
l'État. Dans les faits et dans certaines circonstances, ces restrictions
deviennent quasi impossibles à mettre en oeuvre
et nous suggérons qu'une réflexion soit effectuée pour clarifier l'application
de ces dispositions au bénéfice de toutes les parties prenantes.
La deuxième partie de
notre mémoire traite de deux points additionnels qui relèvent de liens
importants entre le code d'éthique et la Loi sur la transparence et l'éthique
en matière de lobbyisme. Le premier concerne l'absence de règles d'après mandat et de restrictions concernant les activités de lobbyisme
pour les députés sortants qui n'ont pas été membres du Conseil exécutif.
De telles obligations existent notamment pour les élus municipaux, mais notre
loi n'en prévoit pas pour les députés de l'Assemblée nationale n'ayant pas
occupé de charge ministérielle. Plusieurs juridictions
au Canada prévoient de telles restrictions, et nous invitons donc les membres
de cette commission à considérer cet aspect dans les recommandations qui
seront formulées à la suite de vos travaux.
Le dernier point que
je souhaite soulever vise à rappeler aux membres de la commission qu'il existe
un lien juridique fondamental entre le code d'éthique et la Loi sur la
transparence et l'éthique en matière de lobbyisme. Alors que nous avons trop souvent déploré que notre loi ne comporte pas
d'obligation spécifique qui exige des titulaires de charge publique qu'ils la
mettent en oeuvre, le code d'éthique des membres de l'Assemblée nationale crée,
à travers son article 61, une
obligation non équivoque pour les membres du Conseil exécutif ainsi que
l'ensemble des institutions dont ils sont responsables d'intervenir
lorsqu'ils constatent une contravention aux règles établies aux
articles 59 et 60 du code d'éthique.
Concrètement, cela voudrait dire, par exemple, que le ministre des Finances
doit s'assurer que la direction et le personnel de la Caisse de dépôt et placement du Québec et de Revenu
Québec refusent de traiter avec une
personne agissant en contravention des articles 59 et 60 du code d'éthique
ou encore que le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie
s'assure de la même chose pour Investissement
Québec et Hydro-Québec, pour ne nommer que ceux-là.
Et, bien que ça peut
paraître excessif que chaque membre du Conseil exécutif assure personnellement
le respect de ces dispositions, malgré la
rédaction de l'article, nous croyons que le gouvernement pourrait exiger la
mise en place de politiques qui permettraient de respecter ces obligations,
incluant la vérification des inscriptions au Registre des lobbyistes et la dénonciation des manquements
constatés en regard de la loi que nous administrons. La désignation de répondants ministériels en matière de lobbyisme
nous apparaît la voie la plus appropriée pour concrétiser les visées de telle politique, et, même si cette désignation
ne s'est pas encore formellement concrétisée au palier gouvernemental, nous constatons qu'il y a un intérêt, notamment
par les grandes municipalités qui ont déjà emboîté le pas en nommant des
répondants en lobbyisme. Nous vous soumettons respectueusement que la
commission pourrait formuler une recommandation à cet égard au gouvernement.
Ceci complète, donc,
mon allocution. Et je vous assure, évidemment, de notre disponibilité pour
répondre à toutes vos questions.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le commissaire. Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré,
s'il vous plaît.
Mme Bourassa :
Oui. Bonjour. Bon après-midi.
M. Routhier
(Jean-François) : Bonjour.
Mme Bourassa :
Merci de vous prêter à l'exercice... Oui?
Le Président (M.
Bachand) : ...17 minutes, total, du
côté gouvernemental. Merci.
Mme Bourassa :
Parfait. Donc, je vais en laisser aussi pour mes collègues. Je veux juste
savoir, quand vous parlez des députés
sortants qui ne sont pas soumis aux mêmes règles, après leur mandat, que les
ministres, par exemple, vous vous
dites : Il faudrait peut-être que ce soit encadré. Est-ce que vous
mettriez les mêmes règles, justement, que les ministres, considérant qu'on n'a pas les mêmes... la même influence et
peut-être les mêmes contacts, les mêmes positions? Qu'est-ce que vous
voyez comme restrictions?
M. Routhier
(Jean-François) : Alors, effectivement, il existe une certaine
modulation des obligations. Par exemple, les directeurs de cabinet ont une
période de restriction d'un an, alors que les membres de l'Exécutif ont une
restriction de deux ans. Alors, on pourrait peut-être penser à une modulation
de même nature, comme il existe dans d'autres
juridictions, comme je vous le mentionnais. Il y a d'autres juridictions au
Canada qui ont prévu ces types de règles d'après-mandat, par exemple,
pour des députés sortants. Je pense que le délai est une chose qui peut être
discutée et la nature aussi de l'interdiction.
Ce
que nous, on a proposé, dans la réforme de la loi, on a fait différentes
propositions pour réformer notre loi, c'était d'aussi... de donner au
commissaire, en fait, un certain pouvoir d'évaluation ou de dispense qui
permettrait de regarder une situation dans toute sa complexité et de prendre
une décision pour ajuster à la baisse, par exemple, des obligations qui
deviendraient trop contraignantes.
Mme Bourassa :
Donc, du cas par cas ou...
M. Routhier
(Jean-François) : C'est-à-dire, je pense que ça prend une règle
générale. Disons, un an. Mais, par la suite,
dans certaines circonstances, il pourrait y avoir des aménagements ou encore
des permissions particulières qui pourraient être accordées selon
certains critères, toujours dans le bénéfice de l'intérêt public.
Mme Bourassa :
Je vous demanderais également des précisions concernant le déclenchement
des élections. Donc, vous avez dit que, puisqu'un député n'est plus législateur
au moment de la dissolution du Parlement, qu'on tombe candidat aux prochaines
élections ou simplement député sortant, qu'est-ce que vous aimeriez, au niveau
de la loi, qui change? Parce que, si le statut change, en fait, il faudrait
avoir accès aussi, encore, à nos locaux de fonction. Tu sais, comment on peut
être encore député, être soumis au code d'éthique, sans avoir les
responsabilités, peut-être, les privilèges qui viennent avec le fait d'être
député?
M. Routhier
(Jean-François) : Alors, il existe... On n'a pas fait une étude
complète, on est repartis essentiellement de la recommandation de la
Commissaire à l'éthique. Je pense qu'il y a une réflexion à faire sur le
statut, par exemple, des députés sortants.
Évidemment, les
membres de l'Exécutif continuent d'être visés, et donc ce n'est pas les
ministres, par exemple, qui sont visés par cette disposition-là. Le simple fait
de maintenir un statut de titulaire de charge publique ou encore, comme ça se
fait dans d'autres juridictions, de le redonner rétroactivement... C'est qu'on
est face à un député qui est un député sortant qui se représente et qui faisait
peut-être partie du gouvernement. Dans certaines circonstances, évidemment, les
représentations d'intérêts, le lobbyisme qui peut se faire en campagne
électorale peut amener une certaine... un certain questionnement de la part des
citoyens. On pense que, dans la mesure où ces représentations-là, par exemple,
continueraient d'être transparentes, parce qu'obligatoirement inscrites au
Registre des lobbyistes, on favoriserait la
confiance des citoyens également. Et on continue, comme je le mentionnais, de
protéger le député contre des... en
fait, de favoriser des actes qui sont bien accomplis par les lobbyistes en campagne
électorale.
• (16 h 30) •
Quant à l'ensemble,
évidemment, des conséquences, bien, il y a beaucoup d'éléments qui relèveraient
davantage d'une étude du côté de l'Assemblée nationale et du fonctionnement des
bureaux des députés. Nous, ce qu'on mentionne essentiellement, c'est que la perte
de ce statut de titulaire de charge publique fait en sorte qu'il y a un vide juridique, présentement, et donc qu'il n'y
a pas de protection. Il n'y a pas non plus de transparence des activités
de lobbyisme qui sont accomplies en période électorale.
Mme Bourassa :
Et, si on regarde ça sous cet angle-là, est-ce que les candidats devraient
également être soumis à cette règle-là ou, du moins, peut-être avoir de
l'information? On parlait tout à l'heure avec le DGEQ d'une formation de
l'information qui pourrait être transmise de cette manière-là.
M. Routhier
(Jean-François) : Encore là, il y a peut-être une distinction à faire
entre quelqu'un qui était, à la veille d'une
élection, un titulaire de charge publique, et donc toutes les activités lobbyistes
qu'on faisait auprès de cette personne-là devaient être publiques et
rendues publiques et transparentes, et une personne qui n'a jamais été
titulaire d'une charge publique. Encore,
tout ça est une question de réflexion. Ce qu'on souligne, c'est que ce vide
juridique là n'est peut-être pas
souhaitable. Il ne semble pas souhaitable non plus du point de vue de
l'application du code d'éthique, et
que donc, dans la mesure où cette réflexion se fait par la commission sur la
poursuite du statut de titulaire de charge publique, évidemment, nous,
on souhaiterait ça pour pouvoir couvrir également la portion qui relève
évidemment de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme.
Mme Bourassa :
J'ai une dernière question, et elle est facile. Je pense que tout le monde
s'entend pour dire que la formation serait une bonne idée, qu'il faut mieux
informer, mieux outiller les élus face aux enjeux éthiques. Qu'est-ce que vous
mettriez dans cette formation-là puis quelle forme elle devrait prendre selon
vous?
M. Routhier
(Jean-François) : ...en fait, je partage les commentaires qui ont été
déjà formulés que ces formations sont généralement très, très utiles quand
elles sont données soit par caucus ou par groupe parlementaire, parce que ça permet d'avoir des questions
spécifiques et un débat un peu plus soutenu. Je pense que ces formations-là
devraient peut-être s'étaler. On sait que votre horaire et les charges de
députés sont énormes, et donc la commissaire prévoit,
dans les six mois, par exemple, de l'entrée en fonction... On aurait le même
genre de proposition à faire. Il y a déjà des formations qui sont
données par l'Assemblée nationale, malheureusement, l'assistance à ces
formations-là n'est pas très importante du
côté des députés. Par contre, je dois souligner que, du côté gouvernemental, du
côté des cabinets politiques, il y a
quand même une hausse de l'intérêt pour la formation, et ils sont les premiers
gardiens aussi, donc, ils ont cet intérêt, je pense, à protéger.
L'autre élément, c'est ce qui me semble le plus
important aussi, c'est la fonction de répondants, parce que ces personnes
pourraient faire partie d'un réseau que nous allons former, que nous allons
tenir informé et qui pourrait répondre à des questions plus spécifiques en
cours de mandat.
Mme Bourassa : Merci.
M. Routhier (Jean-François) :
Ça me fait plaisir.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée d'Anjou—Louis-Riel,
s'il vous plaît.
Mme Boivin
Roy : Merci beaucoup. Alors, merci à vous pour la
présentation. Je comprends, là, de votre... bien, de vos propos, également de
votre mémoire, que le Commissaire au lobbyisme a été interpelé à plusieurs
reprises, auprès des instances de
l'Assemblée nationale, afin de formuler des avis en lien avec le code d'éthique
en 2009, en 2016, et à nouveau aujourd'hui. Alors, merci d'être présent
dans cet échange et cette discussion.
J'aimerais
revenir sur les commentaires de ma collègue relativement aux règles
d'après-mandat et la recommandation 15 relativement aux députés non
membres du Conseil exécutif. Vous parlez de modulation des obligations. Évidemment, je comprends que vous
vous inspirez des meilleures pratiques dans le domaine, mais est-ce que vous
tenez compte également de la jurisprudence relativement aux clauses de
non-concurrence? On comprend, là, que les
trois éléments qui sont regardés sont la nature de l'interdiction, la distance
et la durée. Alors, est-ce que vous êtes sensible à l'opinion des tribunaux sur le sujet, qui, évidemment, est
très élaboré puisque c'est un sujet qui a fait couler beaucoup d'encre au cours des années, puis, bien
sûr, les positions semblent avoir un effet d'entonnoir de plus en plus?
Est-ce que c'est quelque chose que vous considérez dans votre réflexion?
M. Routhier
(Jean-François) : Alors, j'espère bien comprendre votre question.
Les clauses de non-concurrence sont généralement appliquées lorsque, par
exemple, un employé ou un associé va quitter un cabinet et... pour une
autre fonction. Et, oui, il y a eu des jugements qui ont probablement déterminé
que ces clauses étaient exorbitantes et empêchaient la personne de faire son
travail. Dans notre cas, évidemment, considérant que les clauses... en fait,
les règles d'après-mandat sont clairement
établies dans une loi et que ces restrictions-là sont applicables... En fait,
je dirais, partout au Canada, il existe de telles clauses de restriction
d'après-mandat. Et, d'ailleurs, il faut bien comprendre que la restriction
n'est pas entière. La restriction, c'est d'accomplir directement des activités
de lobbyisme, ce qui n'empêche pas de se
retrouver un emploi, même dans un cabinet-conseil, par ailleurs, si la personne
ne fait pas elle-même des activités de lobbyisme, si elle ne va pas rencontrer,
par exemple, des élus ou des titulaires de charge publique.
Donc, à ce jour, on n'a pas été confronté à une
contestation des règles d'après-mandat. Oui, certains députés m'ont déjà fait part personnellement de leur
mécontentement face à la durée, par exemple, de deux ans. Ma réponse a été :
Écoutez, deux ans, c'est deux ans au Québec, c'est sept ans au fédéral. Alors,
il faut aussi regarder les choses en perspective, en fonction des autres
juridictions.
Mme Boivin Roy : Tantôt, vous
parliez également d'une année, possiblement, aussi, là.
M. Routhier (Jean-François) : En
ce qui concerne... bien, de faire une distinction entre un député sortant qui
n'a jamais été membre du Conseil exécutif et les ministres ou les membres du
Conseil exécutif puisqu'ils n'ont pas eu accès nécessairement à la même nature
d'information. On pourrait même dire que les députés membres du gouvernement
pourraient avoir des exigences plus grandes du gouvernement actuel, pourraient
avoir des exigences plus grandes que les
députés de l'opposition. Ce sera peut-être à votre commission de faire des
recommandations là-dessus. C'est clair que nous, on réfléchit à ça dans
le cadre d'une éventuelle réforme de la loi.
Mme Boivin Roy : Très bien.
Donc, vous répondez à ma question sur le parallèle qui peut être fait à
certains niveaux. Vous nous parlez... En
fait, vous souhaitiez apporter un éclairage d'intérêt sur les
recommandations 1, 9, 10... et 15.
J'aimerais quand même vous entendre sur les recommandations 2 et 8, la
création d'un registre, également la mise en place de pénalités
administratives.
M. Routhier (Jean-François) : Ah!
D'accord. Alors, bien, en ce qui concerne la création d'un registre public, je vous dirais que, de façon générale, je prône
toujours, parce que c'est mon rôle, c'est le rôle de notre organisation,
la transparence la plus absolue. Et donc je
comprends de la recommandation n° 2, que ce serait lorsqu'il y a des restrictions
ou lorsque des règles ont été établies à l'égard d'un député de lui permettre
de faire certaines choses, dans la mesure où ces
restrictions-là sont rendues publiques dans un registre public. Alors... Et
j'ai entendu évidemment, tout à l'heure, aussi
un commentaire à l'effet qu'un tel registre pourrait être mal perçu. Les
registres sont généralement très mal perçus au Québec. Je peux vous dire
que le Registre des lobbyistes est un de ceux-là.
Cela dit, oui, moi, j'approuverais évidemment ce
type de... parce que je crois peu aux interdictions lorsque l'enjeu est un enjeu de transparence. Je pourrais
vous faire un parallèle avec, par exemple, la rémunération, par exemple,
des lobbyistes. Lorsqu'ils font des activités, on exige la rémunération. Et on
leur interdit présentement de faire des activités
de lobbyisme à pourcentage selon le gain qui serait accompli, alors que,
peut-être, qu'on devrait réfléchir à ça et dire : Bien, plutôt que d'interdire cette action-là, on devrait
divulguer le pourcentage. Ça va amener un éclairage différent. En ce qui
concerne la deuxième, la numéro 16, je crois...
Mme Boivin Roy : La numéro 8.
M. Routhier (Jean-François) : La
numéro 8, rappelez-moi, pardon.
Mme Boivin Roy : Sur les
pénalités, la mise en place de pénalités.
M. Routhier
(Jean-François) : Oui, les pénalités administratives. Voilà. Alors,
ça fait plusieurs années. En 2019, en fait, quand on a déposé notre énoncé de
principe, encore en 2022, quand l'OCDE a déposé son rapport, nous prônons
un changement radical d'orientation de la Loi sur la transparence et l'éthique
en matière de lobbyisme, qui devrait davantage être une loi axée sur les
pénalités ou sur les sanctions administratives, parce qu'on est dans des
délais, on est dans du dépôt, de la fourniture d'information. Je pense que
c'est à ça que la commissaire fait référence en matière de sanctions administratives pécuniaires pour favoriser la conformité.
Ces régimes-là ont démontré qu'ils avaient des effets positifs. Et donc
je soutiendrais également cette recommandation.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup.
M. Routhier (Jean-François) : Ça
me fait plaisir.
Le Président
(M. Bachand) : M. le député de
Saint-Jean.
M. Lemieux : Pour quatre
minutes, si je comprends bien.
Le Président
(M. Bachand) : Exactement.
• (16 h 40) •
M. Lemieux : Voilà.
On a le même chronomètre. Me Routhier, c'est très clair. Merci beaucoup et
merci d'être là. Il reste quatre
minutes. Alors, je vais me concentrer sur ce que vous avez dit qui était le
plus important, mais ce qui a pris le
moins de temps dans votre présentation, la formation. Et j'ai cru comprendre,
corrigez-moi si je me trompe, que vous avez un plan de deux pour un, là, pour
nous autres, là, avec la Commissaire à l'éthique. Est-ce que vous avez
déjà discuté de ce que ce pourrait être, pas dans le détail, on va leur dire
ci, dire ça, mais sur l'idée de travailler ensemble dans le cadre d'une
formation qui se... qui s'adresserait aux caucus des nouveaux élus et des
anciens aussi, puisque, dans l'objectif
d'une formation permanente, il y a quand même, surtout s'il y a des changements
au code, il y a des choses à revoir puis à corriger? C'est déjà dans les
cartons entre vous et la commissaire?
M. Routhier (Jean-François) : Non.
En fait... c'est-à-dire qu'on n'a pas discuté spécifiquement de ça. C'est déjà
arrivé à quelques reprises qu'on ait été invités à donner des formations de
façon conjointe. Et essentiellement on ne peut pas tout regrouper à l'intérieur
d'une seule formation, comme je le disais. Par contre, il y a des sujets qui sont
communs, d'une part, par exemple, les règles d'après-mandat, d'autre part, bon,
en ce qui concerne, par exemple, les dons ou autres avantages, bien, il y a la
contrepartie, du côté aussi lobbyiste, qui ne peut inciter un titulaire de
charge publique à contrevenir à ses règles
éthiques. Donc, il y a quand même plusieurs éléments complémentaires, je
dirais, entre nous. Et il y a eu, à travers le temps, une collaboration
qui a toujours été étroite entre la Commissaire à l'éthique et le Commisaire au lobbyisme. Donc, c'est
essentiellement aussi pour optimiser le temps et les échanges avec les députés.
M. Lemieux : En
parlant d'optimiser le temps, il me reste deux minutes. Je vais vous donner le
temps de répondre à ma dernière question, de toute évidence. C'est sur
la formation, mais, avec la Commissaire à l'éthique, ce matin, on parlait des résultats de ces offres de formation en
ligne depuis un peu plus d'un an, qui ne cassaient pas des briques, là,
mais qui étaient quand même meilleurs que la 42e. Je me suis abonné à votre
page d'information, infolettre patati, patata
que je reçois maintenant, je ne dirais pas que vous êtes dans mes indésirables,
mais vous êtes un désirable souvent difficile à trouver dans le lot de
tout ce qui rentre dans nos boîtes. Mais vous n'avez pas offert de formation,
vous, aux députés, comme ça, de la même
façon que... avec le même genre de programme? En tout cas, s'il y en a, c'est
rentré dans mes indésirables parce que je ne l'ai pas vu passer. En
avez-vous, de la formation continue pour les députés?
M. Routhier (Jean-François) : Alors,
oui, on a de la formation continue. En fait, d'abord et avant tout, tous les cabinets, tous les partis politiques qui nous
approchent pour organiser une formation, on le fait. J'en donne, d'ailleurs,
une demain spécifiquement à la demande, et on l'ajuste en fonction du temps qui
nous est donné. Donc, du point de vue des cabinets, du point de vue des partis politiques,
chaque fois que cette demande-là est faite, on a une offre, je dirais,
sur mesure.
Maintenant, on a aussi plusieurs formations à
date fixe qui sont offertes à chaque année. On en a au moins quatre qui sont
offertes au grand public, aux titulaires de charge publique et aux lobbyistes.
On a donné, en fait, plus de 70 formations
au cours de la dernière année. Donc, notre offre est... oui, ne fait peut-être
pas partie du lobbyscope, et j'en prends note.
M. Lemieux : Merci. Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Nelligan, pour 12 min 45 s, s'il vous plaît.
M. Derraji : Merci, M. le
Président. Merci pour votre présence, rapport et analyse et aussi merci à... tu
sais, en lien avec votre disponibilité. Je sais que notre formation politique a
demandé une formation. Je l'ai mentionné au début,
ça va... c'est obligatoire pour les membres du personnel politique au sein de
l'ensemble de... gérer des cabinets de circonscription et même, je
pense, au niveau de l'aile parlementaire. Et donc, merci beaucoup pour vos
services, et surtout le contenu, ça va nous aider beaucoup à bien faire notre
travail.
Je vais aller directement, règles
d'après-mandat, recommandation 15, vous avez dit : «Le Commissaire au lobbyisme
appuie cette recommandation, donc la recommandation 15, et formule
certaines observations additionnelles.» Je vous ai entendu tout à
l'heure parler de... ma collègue vous a posé cette question, et vous
dites : «Le Commissaire au lobbyisme appuie, donc, la recommandation qu'un
ancien membre du Conseil exécutif puisse communiquer, intervenir auprès d'autres entités de l'État, dans la mesure où il
demeure un titulaire d'une charge publique, il agit dans le cadre de ses fonctions; trois, il n'effectue
aucune activité de lobbyisme auprès de ces entités en dehors de ses fonctions.»
Et, quand
vous avez lu cette recommandation, et vous avez formulé certaines observations
additionnelles, pourquoi... où vous voulez en arriver? Je ne veux juste pas...
au niveau de... pratico-pratique, au niveau de la fin de mandat, qu'est-ce
qu'il vous... C'est quoi, l'élément déclencheur qui vous a poussé à avoir ces
certaines observations additionnelles?
M. Routhier
(Jean-François) : Alors, bien, il y a vraiment deux choses
distinctes ici. La recommandation n° 5 de la
Commissaire à l'éthique est un enjeu technique d'interprétation de son
article 60, qui fait en sorte, en fait, que le ministre, je donne un
exemple, le ministre de l'Environnement, en fait, était un député, donc, il
était ministre de l'Environnement, quitte sa
fonction de député, quitte sa fonction de ministre de l'Environnement et
devient sous-ministre de l'Environnement le lendemain. Théoriquement, en vertu
de l'article 60, il est empêché de discuter avec les personnes avec qui il
a eu des rapports importants au cours de son mandat, dans l'année qui précède.
Il est devenu le sous-ministre de son propre ministère.
Alors, on est face à une situation où ça devient
impossible d'appliquer les deux paragraphes de cet article-là. Et donc ce que je mentionne à l'égard de la
recommandation n° 15, que, oui, je pense que ça mérite une
clarification, parce que, dans les
faits, c'est presque impossible d'appliquer ces paragraphes-là sans arriver à
une conclusion qui est incohérente. Par
contre, ce que j'amène dans la seconde partie de notre mémoire, c'est que ces
articles 59 et 60 créent une obligation claire pour les membres de
l'exécutif de s'asurer que les infractions qui sont prévues... infractions, si
vous voulez, ou les manquements qui sont
prévus aux articles 59 et 60 doivent, s'ils sont constatés, être
obligatoirement divulgués et ils doivent prendre des actions pour
empêcher, justement. Et, quand on est dans l'article 60 même...
M. Derraji : Empêcher quoi?
Désolé.
M. Routhier
(Jean-François) : Bien, en fait... les articles ici, là, on parle, à
59, d'agir pour le compte d'autrui à l'égard de la même procédure. «Agir pour
le compte d'autrui», l'interprétation qu'on en fait, c'est faire des activités de
lobbyisme. Donc, si quelqu'un fait des activités de lobbyisme, qu'on... à
l'encontre de cet article-là ou encore de l'article... du deuxième paragraphe
de l'article 60, le ministre qui est au courant de cette contravention
doit intervenir et doit empêcher cette activité. Alors, c'est... Mais ce sont
vraiment deux choses distinctes. Là, je n'ai vraiment pas... Comme je vous disais, c'est assez technique comme
application, mais essentiellement c'est dans le cas où on est face à un lobbyiste. Donc, une personne qui ferait des
activités de lobbyisme et qui... ça amènerait, ces activités-là, à une
contravention à 59 ou 60.
Alors, le ministre responsable doit intervenir,
et on dit ici «s'abstenir de traiter avec cette personne dans le cadre d'une procédure», donc, doit interdire qu'on
fasse affaire avec ce lobbyiste. Alors, ça crée une obligation qui est... qui
va au-delà, en fait, de ce que la Loi sur la transparence et l'éthique en
matière de lobbyisme édicte via le code d'éthique des députés.
M. Derraji : OK,
merci. Partie 2, je pense que c'est dans la même... le même contexte, vous
dites «observations et commentaires
additionnels du Commissaire au lobbyisme concernant l'absence de restriction
d'après-mandat pour les députés non membres du Conseil exécutif».
Vous
dites : «Le code ne contient aucune restriction d'après-mandat pour les
députés non membres du Conseil exécutif alors... et là qu'elle en
prévoie pour un maire, un président d'arrondissement, un préfet, un président
du conseil d'une communauté métropolitaine
ou un membre du comité exécutif d'une municipalité ou une communauté...»
En fait, ça s'applique partout, pour
plusieurs paliers, vous mentionnez le palier municipal, mais il y a aussi des
règles qui existent ailleurs au Canada pour les députés sortants, et
vous mentionnez plusieurs autres provinces.
Pourquoi,
selon vous, c'est important d'élargir aussi aux députés non membres du Conseil
exécutif? Là, vous parlez, partie gouvernementale ou bien vous ciblez tout le
monde, tous les élus?
• (16 h 50) •
M. Routhier
(Jean-François) : Ah! Donc, en fait, présentement, ce qu'on cible,
c'est l'ensemble des députés par cette recommandation d'y réfléchir. Parce
qu'une personne qui a siégé à l'Assemblée nationale et qui devient, au
lendemain, en fait, lobbyiste, par exemple, au sein d'une organisation qui fait
des activités de lobbyiste, ça peut miner la confiance du public, ça peut
amener un questionnement du public à l'égard des liens privilégiés que ce
député pourrait avoir, même s'il n'a pas été au pouvoir. Cela dit, cette
obligation-là devrait fort probablement être modulée en fonction, justement, du
fait que la personne était peut-être au gouvernement ou encore dans une opposition. Mais reste qu'il existe... Nous, on
tend toujours à faire valoir les meilleures règles d'éthique pour l'ensemble
des élus, et donc on pense que cette obligation pourrait s'étendre à l'ensemble
des élus. Si c'est valable pour les maires et les conseillers municipaux,
peut-être que c'est valable également pour les députés.
M. Derraji :
Mais j'essaie juste de voir, parce que je comprends où vous voulez en
arriver, mais comment un député qui n'était pas membre du Conseil exécutif ou
même député de l'opposition, vous le mettez au même niveau d'information pour
ne pas exercer une activité de lobbyisme?
M. Routhier
(Jean-François) : C'est-à-dire que je ne le mets pas au même niveau
d'information. Ce que je mentionnais, c'est que, dans cette réflexion-là, il
devrait y avoir une modulation quant à l'étendue des obligations ou des
restrictions et la durée d'une telle restriction en fonction, potentiellement,
du fait que la personne était au parti gouvernemental ou dans une opposition.
M. Derraji :
Oui. Et là vous le considérez dans une durée, genre, si on élargit pour les
députés non membres du Conseil exécutif, donc ça veut dire l'ensemble de la
députation, en fait, tous les députés qui n'étaient pas ministres, peu importe le titre du député. Dans les autres provinces,
parce que, désolé, je ne suis pas au courant de ce qui se fait ailleurs,
dans les autres provinces, est-ce qu'il y a un délai pour qu'ils puissent, si
jamais ils le veulent, ils le souhaitent, exercer d'autres activités de
lobbyisme? Est-ce qu'il y a un délai ou...
M. Routhier (Jean-François) : Il
y a toujours des délais à ces restrictions, il y a toujours des... et elles
peuvent varier d'une juridiction à l'autre. Je vous donnais l'exemple
tout à l'heure du fédéral, qui est... dont les délais sont beaucoup plus élevés qu'au Québec, ou encore même
au Québec, un membre de l'Exécutif va avoir une restriction de deux ans alors
qu'un directeur de cabinet va avoir un an. Mais donc ces délais-là peuvent être
modulés, ils peuvent être modulables
également. Et ce qu'on propose, nous, dans une réforme de la loi, c'est que le
commissaire ait aussi un pouvoir de dispense, en tout ou en partie, en fonction
de l'intérêt public et de certains critères, pour, justement, amener une
modulation supplémentaire lorsque les circonstances le justifient.
M. Derraji :
OK. Donc, si on comprend vraiment votre analyse, c'est : vous suggérez
aux membres de la commission de suivre un peu ce qui se fait ailleurs dans les
autres provinces et qu'il y ait une modulation, on se comprend, le ministre, deux ans, les chefs de cabinet des ministres, un
an. Donc, selon vous, ça ne peut pas être en bas d'un an, minimum un an
comme les autres chefs de...
M. Routhier
(Jean-François) : Je n'ai pas fait de recommandation quant à la durée
prévue.
M. Derraji :
OK. Un peu plus loin, vous mentionnez que... Oui, vous parlez beaucoup de
l'imputabilité des institutions publiques à l'égard de la mise en oeuvre et
vous dites : «Dans le respect des valeurs véhiculées par le code d'éthique, nous suggérons respectueusement
que la meilleure façon de satisfaire à cette responsabilité impérative serait d'exiger que tous les ministères,
organismes et autres institutions parlementaires et gouvernementales, que
l'ensemble des cabinets adoptent une
politique claire et mettent en place des mesures de gouvernance interne
permettant de se conformer à cette obligation.» C'est la page 9.
Pouvez-vous juste élaborer un peu?
M. Routhier (Jean-François) : Bien,
essentiellement, ce que je mentionne... ce que je mentionne à l'article...
en fait, dans cette section, c'est que les
obligations qui sont imposées aux membres de l'exécutif, en vertu de cet
article 60, sont exorbitantes. On ne peut pas demander à un
ministre de s'assurer que tous les employés d'Hydro-Québec et d'Investissement
Québec suivent ces règles-là, et que, dès lors qu'il serait informé d'un
manquement, qu'il agisse personnellement comme ministre. Alors, ce qu'on
propose, nous, c'est que ce soit des règles de gouvernance et des politiques
qui soient établies, au sein des institutions, pour s'assurer qu'il y a un
suivi, pour s'assurer notamment qu'il y a des
répondants. Et il y en a plusieurs, ministères, qui ont déjà adopté ce type de
politique et même désigné des répondants.
On a des répondants aussi qui sont nommés au niveau municipal dans les cinq
plus grandes villes du Québec.
Alors, ce qu'on
propose plutôt, c'est un accompagnement à l'interne, mais des politiques
claires qui disent qu'est-ce qu'on fait
lorsqu'il y a des activités de lobbyistes et qu'est-ce qu'on fait lorsqu'on
constate une contravention au code d'éthique, tel que prévu à cet
article.
M. Derraji :
OK.
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Derraji :
OK. Je n'ai pas eu l'occasion de vous poser la question sur les formations
obligatoires. Je l'ai mentionné, quand un député arrive, il y a tellement de
choses à apprendre et, tant mieux, il y a un renouvellement de la classe politique. C'est excellent. Et, dans un
parcours idéal, vous, à la lumière de ce que vous avez entendu, aussi les recommandations
de la commissaire, obligatoire la première année, les premiers mois, qu'est-ce
que vous en pensez?
M. Routhier
(Jean-François) : Je vous dirais que, pour plein de raisons,
obligatoire dans les premiers mois du
mandat, parce que, parmi les premières choses qu'un député va apprendre en
arrivant à l'Assemblée nationale, c'est que plusieurs représentants d'intérêt
vont tenter de le convaincre de prendre des décisions et que la Loi sur la
transparence et l'éthique en matière de lobbyisme va s'appliquer.
M. Derraji :
Oui, c'est excellent. Merci beaucoup.
Le Président (M. Bachand) : Merci, M. le député. M. le
député d'Hochelaga-Maisonneuve, pour
4 min 15 s, s'il vous plaît.
M. Leduc :
Merci. Bonjour, M. Routhier. Bonjour, monsieur... les gens qui vous
accompagnent. C'est vrai que c'est un choc
la première fois qu'on se fait approcher par des lobbyistes quand on devient un
élu, ça m'est arrivé dans le précédent mandat. Vous parlez des lanceurs
d'alerte...
M. Routhier
(Jean-François) : Oui.
M. Leduc :
...pouvez-vous nous expliquer un peu votre proposition à ce niveau-là?
M. Routhier (Jean-François) : Essentiellement,
ma proposition est de suivre la recommandation de la Commissaire à
l'éthique, que les membres de l'Assemblée nationale soient également
assujettis, ou c'est-à-dire que les
personnes qui souhaitent divulguer des actes répréhensibles soient également
protégées au sein de l'institution qu'est l'Assemblée nationale, comme
elles sont protégées dans le reste de l'État. Je propose essentiellement de
mettre en oeuvre la recommandation de la commissaire, puisque ces personnes ont
un apport important, évidemment, dans les enquêtes, et, bien souvent,
particulièrement chez nous, si on n'a pas de divulgation, si on n'a pas de
dénonciation, on n'a aucune façon de savoir
s'il y a des manquements qui ont été commis. Et donc que les personnes qui
dénoncent ces situations-là aient le même régime de protection que dans
l'ensemble de l'État, même si ces actes ou ces... ont été commis à l'Assemblée
nationale ou à l'intérieur d'un cabinet, par exemple, de l'Assemblée nationale.
M. Leduc :
Ça nécessiterait une ouverture de la loi, révision de la loi?
M. Routhier (Jean-François) : Honnêtement,
je ne sais pas dans quelle mesure. Je crois que, par l'entremise d'une
modification au code de déontologie, ce serait possible d'assujettir, mais je
pense qu'il y a aussi une réflexion sur la loi, l'actuelle loi concernant la divulgation d'actes répréhensibles,
et que, donc, dans cette modification-là, si elle devait avoir lieu, que
ce changement pourrait être apporté.
M. Leduc :
On a parlé beaucoup de formation, vous en parlez aussi, vous dites qu'il
devrait y avoir un volet sur le lobbyisme, là, d'intégré. J'ai manqué le
bout... Est-ce que vous considérez, vous aussi, que ça devrait être
obligatoire, cette formation-là?
M. Routhier
(Jean-François) : Absolument.
M. Leduc :
...obligatoire à l'intérieur de la formation obligatoire?
M. Routhier (Jean-François) : Bien,
en fait, je souhaitais partager la formation, notamment avec la Commissaire
à l'éthique, parce qu'il y a beaucoup de
sujets qui sont communs, qui sont conjoints et qu'on travaille beaucoup
ensemble sur différents sujets. Évidemment, on a chacun aussi notre réseau,
mais ça me paraît tout aussi important que les députés soient au courant
des obligations ou des règles entourant le lobbyisme, également.
M. Leduc :
Donc, ça pourrait être une formation conjointe, éventuellement.
M. Routhier (Jean-François) : Ça
pourrait être une formation conjointe dans la mesure où les députés ont ce souhait
et le temps de le faire.
M. Leduc :
Ah! mais là, au-delà du souhait,
si vous dites que c'est... si c'est obligatoire, qu'on le souhaite ou pas, il
faudrait y passer, mais je pense que ça serait bénéfique de toute façon.
Combien de temps il me reste, M. le Président?
Le
Président (M. Bachand) : Une minute.
M. Leduc : Est-ce
qu'il y a un aspect, M. Routhier, que vous auriez voulu aborder, avec la
minute qui nous reste, qu'on n'a pas eu le temps de parler, dans votre
rapport?
M. Routhier
(Jean-François) : Bien, essentiellement, vous remercier, parce que
c'est un privilège pour nous, comme personnes désignées aussi, de pouvoir
s'adresser à vous en commission. Ce n'est pas une occasion qui nous est présentée souvent, et vous assurer que nous sommes
là, comme des gardiens, en fait, et des institutions qui souhaitent la transparence, qui souhaitent l'éthique et
renforcer la confiance dans... des citoyens envers les institutions. Donc,
n'hésitez pas à faire appel à nous si vous avez besoin de nous.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
M. le commissaire. Merci infiniment d'avoir été avec nous cet après-midi.
Sur ce, je suspends
les travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à
16 h 59)
(Reprise à 17 h 03)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux. Alors, il nous fait plaisir
d'accueillir Mme Martineau, professeure d'éthique organisationnelle aux
HEC de Montréal. Alors, encore une fois,
merci d'être avec nous. Alors, vous connaissez les règles, un petit
10 minutes de présentation, après ça, on aura une période d'échange
avec les membres de la commission. Donc, la parole est à vous.
Mme Joé T. Martineau
Mme Martineau (Joé T.) : Merci
beaucoup. Donc, d'emblée, j'aimerais remercier la Commission des institutions de m'avoir invitée à partager avec vous
mes observations sur le rapport de la mise en oeuvre du Code d'éthique et de
déontologie des membres de l'Assemblée nationale pour les
années 2015-2019.
Déjà, j'aimerais
souligner l'importance du travail du Commissaire à l'éthique et à la
déontologie et de son équipe, et les...
évidemment, les efforts majeurs, là, qui ont été mis dans ce rapport, et les
réflexions vraiment pertinentes qui sont transmises dans le rapport. J'ai
trouvé qu'il y avait un niveau de réflexion qui était extrêmement intéressant.
J'ai trouvé, le rapport, qu'il était
clair et qu'il donnait une compréhension détaillée du rôle qui est joué par le
commissaire, mais aussi de
l'utilisation du code d'éthique et de déontologie, mais aussi que le rapport va
au-delà d'une description, finalement,
de ce qui s'est passé dans les années 2015 à 2019, mais aussi des enjeux
et du futur, finalement, là, qu'on... comment
entrevoir la suite et le travail sur... pour faire évoluer à la fois
l'institution du Commissaire à l'éthique, mais aussi le Code d'éthique
et de déontologie des membres de l'Assemblée nationale.
Je dirais que, de
façon générale, je... Évidemment, l'éthique et la déontologie à l'Assemblée
nationale se sont développées récemment. On pourrait dire que ça fait quand
même déjà 12 ans, 13 ans maintenant, donc depuis 2010, c'est ce que j'ai compris à travers le rapport, et
donc ça fait 12 ans, mais 12 ans, c'est quand même assez récent, là,
dans notre histoire. Et donc c'est une institution qui est quand même
récente et qui est en développement. Donc, on le voit bien, dans le rapport, qu'il y a du travail énorme qui a été fait dans
la dernière décennie, mais qu'il reste du travail à faire pour vraiment institutionnaliser les pratiques en
matière d'éthique et de déontologie auprès des membres de l'Assemblée
nationale, mais aussi d'aller vers cette transformation culturelle auquel la
commissaire nous invite dans la conclusion du
rapport, c'est-à-dire de transformer, finalement, d'infuser peut-être, je
dirais, l'éthique dans la culture de travail des députés, ce qui reste
encore à faire selon la lecture du rapport.
Bien, ça m'a
interpelée, cette transformation culturelle, parce que je dirais que ce n'est
pas la transformation culturelle des organisations et des institutions afin de
mieux intégrer ce souci d'éthique et de favoriser un réflexe éthique de la part
des députés, mais que ce soit dans d'autres types d'organisations aussi, là,
des entreprises privées, des organisations publiques, des organisations... des
institutions gouvernementales. Elles font toutes face à cette transition
culturelle d'intégration d'un plus grand souci d'éthique et de transformation
des pratiques et du travail, finalement, pour s'assurer que, finalement,
l'éthique, elle est... devient un réflexe. C'est ce qui guide le travail dans
tous ses aspects et non pas seulement dans une perspective un peu légaliste,
déontologique seulement, c'est-à-dire surveiller
et contrôler le travail, mais aussi inspirante en matière d'éthique.
C'est-à-dire l'éthique, oui, il y a cet aspect contrôle qui est souvent
lié à la déontologie, mais la perspective sur l'éthique, elle nous amène à
davantage réfléchir sur ce qui est la nature
même et l'essence même de la mission et... de la mission, que ce soit dans une
institution publique ou dans des entreprises privées, dans lesquelles
j'interviens aussi.
Donc, cette
transformation culturelle, elle a été... elle est rendue complètement
nécessaire depuis deux... je dirais, deux
décennies qui ont été marquées, tant dans les entreprises privées que dans les
organisations publiques ou les institutions gouvernementales, par
différentes problématiques. On a eu des scandales, corruption, collusion. On a
eu aussi des enjeux, dans les entreprises privées, de fraude, etc. Donc, cette
transformation, elle est cruciale et elle est... on ne peut y échapper,
c'est-à-dire que toutes les institutions et les organisations doivent y faire
face, et donc ont ce même souci de mieux intégrer l'éthique et la déontologie,
notamment dans ses pratiques. Et c'est tout à fait, donc, d'actualité et ça nécessite qu'on y mette vraiment
les efforts afin de favoriser la confiance du public, notamment dans les
institutions québécoises.
Donc, je me permets,
d'une part, dans mon intervention, de souligner tout le travail accompli depuis
2010 par les deux commissaires, mais aussi
de souligner, de mettre en lumière aussi ce qui reste à faire, à continuer
d'améliorer cette institution qu'est celle du Commissaire à l'éthique et
aussi du Code d'éthique et de déontologie de l'Assemblée nationale. Donc, voici quelques observations ou
points cruciaux sur lesquels je crois qu'il va falloir réellement travailler.
Premièrement, bien,
évidemment, je ne peux que déplorer que les recommandations du rapport de 2015,
notamment celles... les 12 sur lesquelles les
membres de la commission étaient... sont tombés d'accord et avaient recommandé, n'aient pas été appliquées depuis ces
années, et donc qu'il y ait encore des recommandations qui manquent... qui n'ont pas été appliquées, notamment aussi sur
la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans
l'industrie de la construction. Donc, on se dit que... on peut... on ne peut
que déplorer que ces recommandations n'aient
pas été suivies et mises en place. Donc, j'enjoins vraiment la commission et
l'Assemblée nationale à faire suite au rapport présent, celui qui nous
est soumis, le 2015-2019, afin qu'il ne soit pas tabletté, mais qu'on prenne
vraiment connaissance et qu'on prenne ces recommandations comme des
recommandations qui sont extrêmement importantes pour favoriser la confiance du public. Et on n'est pas en surplus...
J'interviens souvent sur le sujet de la confiance des organisations et
des institutions, et on ne peut pas dire qu'on est en surplus de confiance dans
notre société, dans les organisations de
façon générale. Donc, pour générer cette confiance-là, il est très important de
s'assurer à la fois d'une transparence, mais aussi du suivi des
recommandations.
• (17 h 10) •
Évidemment, il est noté dans le code... dans le
rapport, mais aussi, pour moi, ça me saute aux yeux, un code d'éthique qui n'a pas été révisé depuis
10 ans, c'est beaucoup trop long. Donc, on recommande la révision quand
même assez régulière d'un code d'éthique ou de... un code de déontologie. Et
évidemment, en 10 ans, il s'est passé un nombre de choses dans
notre société, dans le travail des parlementaires, dans le travail des députés,
qui évolue, mais aussi qui est soumis à
d'énormes pressions et à un impératif de transparence qui était peut-être moins
présent il y a déjà encore 10 ans. Donc, je crois qu'il va falloir
s'atteler à la révision de ce code d'éthique afin d'y intégrer, notamment, les
recommandations qui sont soulignées par la commissaire.
La recommandation première du rapport, qui vise
à intégrer dans le code, donc, une obligation de formation en éthique et déontologie pour les membres de
l'Assemblée nationale, me paraît cruciale, extrêmement importante pour la
suite. On voit le nombre quand même un peu famélique d'élus qui ont été formés
depuis les 10 dernières années, du
moins depuis l'établissement du code d'éthique... est quand même assez... ce
sont des chiffres qui sont très, très faibles. Et donc, pour ma part,
c'est... je trouve, cet aspect est un peu inquiétant. On s'attendrait à ce que
tous les élus soient formés, rapidement
après leur élection, après leur assermentation, en matière d'éthique et de
déontologie. Cette formation permettrait déjà de mieux sensibiliser et de mieux
faire connaître la fonction d'éthique et déontologie du commissaire, à
la fois les aspects déontologiques, mais
aussi les aspects d'éthique, qui sont tellement importants à souligner, les
valeurs qui sont au coeur même du travail des députés. Elle pourrait
davantage sensibiliser sur les règles liées aux dons et aux avantages, ce qui
semble être un enjeu, là, souligné dans le rapport, et aussi sur l'utilisation
responsable des budgets et les allocations
qui sont alloués aux députés. Donc, tout ça pourrait être vu dès le départ dans
les... dans cette formation, et donc, pour moi, c'est une recommandation
qui est majeure.
Ensuite, la recommandation n° 7, dans le
rapport, qui vise à ce que le code soit modifié de manière à ce que l'Assemblée
nationale ne soit appelée à se prononcer que sur la recommandation de sanction
et non pas sur l'évaluation éthique et déontologique qui a été faite par le
commissaire et son équipe, m'a particulièrement interpelée. En fait, pour moi,
cette recommandation me paraît être le symptôme d'une difficulté par la
commissaire à bien jouer son rôle de façon
indépendante et touche, donc, un enjeu important de pouvoir et de légitimité de
l'institution. Si, à chaque fois qu'une recommandation est discutée par
l'Assemblée nationale, et ça, quand on renverse les recommandations... bien là, ce que j'ai compris, c'est qu'on renverse
parfois l'évaluation même qui a été faite de la situation, on
décrédibilise et on délégitimise l'institution même de la... de Commissaire à
l'éthique et à la déontologie.
Et, pour moi,
ça, c'est un enjeu important, puisque cette institution en vient à jouer
seulement un rôle symbolique, seulement, ce qui peut diminuer grandement, là,
pour moi, la confiance du public dans les institutions parlementaires. Et
donc c'est très important, je trouve que cette recommandation, elle est
importante, c'est-à-dire, je comprends que l'Assemblée
nationale peut avoir une prérogative sur la sanction, à évaluer la sanction,
mais pas l'évaluation éthique du dossier qui a été faite suite à une
enquête...
Le
Président (M. Bachand) :
Merci, Mme Martineau. On est
déjà rendus à la période d'échange, désolé. Alors, Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré,
s'il vous plaît.
Mme Bourassa : Bien, je vais
rebondir, en fait... Bonjour, bonjour, enchantée.
Mme Martineau (Joé T.) : Bonjour.
Mme Bourassa : Je
vais rebondir sur ce que vous venez juste de dire. Parce que, oui, le fait que
la commissaire a évoqué que les élus devraient seulement se prononcer
sur les sanctions proposées, bien, ça ne donne pas trop de pouvoir à une seule personne, justement, parce que
la commissaire n'est pas non plus à l'abri soit d'une mésinformation, ou
je ne sais pas. Le fait qu'il y ait d'autres personnes qui se prononcent sur
des enjeux aussi importants que celui de l'éthique...
Vous ne trouvez pas que c'est donner beaucoup de pouvoir à une seule personne
si ce n'est pas débattu ou étudié en Chambre?
Mme Martineau (Joé T.) : Bien,
c'est-à-dire que, bon, premièrement, la Commissaire à l'éthique travaille sûrement... Oui, elle fait une évaluation. Si vous
l'avez mise en place, si les gens l'ont choisie pour sa compétence, il faut
faire confiance à la compétence. Et il faut
aussi faire confiance à l'indépendance d'une personne neutre pour évaluer les
questions d'éthique et de déontologie, mais, si, à chaque fois qu'on fait...
Bien, donc, j'imagine que vous mettez pas mal de ressources là-dedans puis que cette
personne, la commissaire, doit mettre beaucoup de ressources, et de temps, et
d'énergie avec son équipe à faire des enquêtes, à faire des évaluations de
situation, etc. Et, si, à la fin de cette évaluation,
bien, l'Assemblée nationale rejette, finalement, l'évaluation même, c'est qu'on
rejette le travail qui est fait, c'est-à-dire qu'on décrédibilise complètement
l'institution et on délégitimise le travail qui est fait par la commissaire.
Pour ma part, c'est assez problématique, parce qu'on se dit : Alors,
pourquoi avoir un Commissaire à l'éthique et à la déontologie si, finalement,
on ne lui fait pas confiance pour traiter ces enjeux?
Mme Bourassa :
Parfait. J'aimerais aussi vous entendre sur la formation. Là, on a entendu
pas mal tout le monde là-dessus jusqu'ici.
Vous avez utilisé le mot «une formation obligatoire», que ce serait crucial,
que c'est inquiétant, présentement,
que les gens ne la suivent pas nécessairement. Et vous avez fait ce que j'ai
demandé à plusieurs personnes, vous avez nommé, justement, les éléments qui
seraient intéressants à mettre dans cette formation-là, notamment les
allocations, les budgets, la gestion responsable, les dons.
Justement, que
devrait contenir, là, la formation de base? Est-ce qu'on met tout en même
temps? Ça peut être lourd, justement, quand
un élu entre. Je me donne comme exemple, 31 ans, première fois à
l'Assemblée nationale, beaucoup d'informations.
Est-ce que ça devrait être fait par phases? Est-ce que ça devrait être à tous
les ans, comme... Et ça joint aussi votre point sur la révision du code.
Est-ce qu'on révise aussi la formation? Comment vous voyez ça?
Mme Martineau (Joé T.) : Alors,
une formation en éthique et en... bien, déjà, d'emblée, ce que je répondrais,
c'est qu'il y a comme... il y a deux grandes fonctions, là, de ce code éthique.
Il y a à la fois cette fonction préventive, culturelle,
établir les grandes valeurs qui devraient guider le travail des députés et une
fonction de contrôle, hein, c'est-à-dire s'assurer qu'on est capable de détecter des problématiques, des
situations où le code n'est pas suivi et d'éventuellement sanctionner, potentiellement, s'il y a vraiment un
enjeu, là, de comportement ou de décision qui serait contraire au code
d'éthique et de déontologie.
Donc,
l'éthique et la déontologie, ce n'est pas exactement la même chose non plus,
hein, et donc il devrait y avoir, pour
ma part... Est-ce que c'est exactement la même formation, le même moment? Bien,
je pense que l'aspect éthique est extrêmement important à intégrer,
d'une part, parce qu'il est au coeur, je pense... je me dis, il est au coeur de
cette vocation, de cet appel à servir le public. C'est-à-dire que, si on s'en
va en politique, si on... c'est parce qu'on a à coeur l'intérêt public, et on veut servir la population du Québec, et
donc, si on veut faire ça, c'est que... c'est-à-dire, on doit être mus de
valeurs, on doit être motivés par des valeurs qui sont au centre du fameux code
d'éthique dont on parle aujourd'hui. Donc, de rappeler ça, parce qu'en
fait on peut interpréter tous les comportements, tous les règlements qui sont plutôt déontologiques au regard de ces
valeurs-là, donc, de parler de ces valeurs-là, de les remettre de l'avant,
pour moi, c'est central, et c'est... on devrait commencer par là.
Aussi, pour rappeler,
puis je le fais toujours dans tous les types d'organisation, que la
fonction d'éthique et de... des...
conformité ou de déontologie, elle a à la fois un rôle-conseil, mais aussi un
rôle de contrôle. Et de voir que, finalement,
on peut travailler ensemble, il faut entrer dans un dialogue avec les gens qui
sont responsables de l'éthique, pour
ne pas, justement... Des fois, les gens ont tendance à vouloir les éviter,
parce qu'ils les associent trop au contrôle... pour pouvoir, justement,
jouer un rôle de contrôle... de... pardon, inspirant et de conseil, davantage.
Donc, je dirais que,
pour moi, oui, tout ça, ça devrait rentrer dans une formation. Je comprends que
ça peut être lourd. J'entendais tantôt un de
vos collègues vous dire qu'il y a beaucoup à apprendre, puis vous le disiez
vous-même, lorsque... Et j'imagine qu'il y a beaucoup à apprendre, mais,
pour ma part, je pense que, s'il y a quelque chose à apprendre qui est crucial, dès le départ, ce sont les aspects d'éthique
et de conformité, ne serait-ce que pour donner confiance, mais aussi
pour partir sur un bon départ, là.
Mme Bourassa :
Parfait. Bien, merci beaucoup.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Mme la
députée de Vimont, s'il vous plaît.
Mme Schmaltz : Merci, M. le Président.
Bonjour. Tantôt, vous avez mentionné qu'il faut assurer l'indépendance de la commission, j'imagine, en lui
donnant plus de pouvoirs, vous l'avez mentionné. Quelles sortes de pouvoirs la commission devrait avoir pour, justement, assurer
de son indépendance et surtout s'assurer que son constat n'est pas remis en
cause?
Mme Martineau
(Joé T.) : Bien, alors, ce que j'ai compris, dans la lecture du
rapport, c'est qu'elle est déjà identifiée comme... la commission est déjà
identifiée comme une personne... comme neutre, et elle a déjà le pouvoir de
recommander. Donc, elle n'a pas le pouvoir de sanctionner, mais elle a le
pouvoir de recommander. Déjà, de s'en tenir
à ce pouvoir-là et de l'officialiser... c'est-à-dire qu'elle a le pouvoir de
recommander. Après, je vois bien que la... que c'est la prérogative de l'Assemblée nationale que de discuter sur
les recommandations qui sont faites par la Commissaire à l'éthique et à
la déontologie, mais, après ça, devient chose publique, c'est-à-dire qu'après
ça revient à l'Assemblée nationale que de dire : Bon, c'est... ça, ça a
été recommandé, mais on va... on ne veut pas aller dans le sens de la
recommandation.
Moi,
ce qui m'inquiète, c'est quand on dit qu'on va rejeter, finalement, les
constats, c'est-à-dire rejeter l'enquête de l'institution ou de ce... du
commissaire. À ce moment-là, pour moi, je me dis, bien, ça devient... je suis
désolée de le dire comme ça, mais une
mascarade, là. Pourquoi on fait tout ça? Pourquoi on met de l'argent, et des
ressources, et du temps là-dedans si, finalement, ça ne sert absolument
à rien? C'est de l'argent public dépensé pour rien.
• (17 h 20) •
Donc,
pour s'assurer, finalement, le bon fonctionnement de l'équipe du Commissaire à
l'éthique et à la déontologie, il faut lui
donner cette neutralité-là pour reconnaître qu'elle a droit de faire... bien,
elle ou il a le droit à la... de faire cette évaluation et cette
recommandation-là. Il faut les choisir en conséquence, et leur donner les
coudées franches pour pouvoir faire les recommandations, puis, après ça, ne pas
remettre en question tout le temps le travail. En fait, pour moi, c'est une
question de légitimité.
Mme Schmaltz :
Pensez-vous qu'elle peut sanctionner, qu'elle pourrait sanctionner?
Mme Martineau
(Joé T.) : Alors, il y a différents cas de figure dans différents
pays, mais aussi, bon, mon expertise, elle est beaucoup au niveau
organisationnel, là, aussi, dans les entreprises, notamment, là. Dans certaines
entreprises, oui, dans certaines
organisations, là, tout dépendant comment c'est... la gouvernance est
structurée, elles peuvent sanctionner, mais ce que je vois davantage, c'est
souvent la recommandation, un pouvoir de recommandation, avec pas nécessairement... Je ne m'avancerais pas
plus là-dessus, parce que je pense qu'un pouvoir de recommandation,
c'est déjà important, s'il est respecté, c'est-à-dire, s'il est respecté, et ce
qui est supposé d'être, je pense, dans la façon
de fonctionner actuellement. Donc, si on s'en tient à un pouvoir de
recommandation, pour moi, ce serait déjà de respecter la recommandation, puis le fonctionnement, et le travail de la
commission. Ce serait déjà un bel avancement.
Mme Schmaltz : Dernière petite question?
OK. Tantôt, vous parliez d'une révision régulière du code. C'est... pour vous,
c'est quoi, régulier? Est-ce que c'est annuel, c'est aux cinq ans? C'est quoi,
de faire cette révision du code?
Mme Martineau
(Joé T.) : Bien, alors, habituellement, quand on établit une nouvelle
politique, et je ne parle pas nécessairement
dans... une politique publique, ou une politique organisationnelle, ou même une
politique en... dans une entreprise privée... la première révision est
habituellement plus rapide. C'est-à-dire, souvent, on va mettre en place une politique et, après, on va
dire : Bon, bien, on va la réviser dans deux ans parce qu'on veut... on va
la faire vivre, là, puis s'assurer comment que ça fonctionne, et, après
ça, on fait une révision rapide. Après ça, souvent, les organisations en font,
des révisions, qui peuvent aller aux cinq ans, cinq ans et même à 10 ans.
Une fois qu'on est arrivé à un niveau qui
est fonctionnel, ça peut être des révisions... mineures aussi, là, tu sais,
mais je pense qu'au début d'une nouvelle politique on se doit de la
réévaluer plus rapidement qu'aux 10 ans. Et là, bien, peut-être que ce
serait une bonne idée que de réviser ça aux cinq ans au minimum.
Mme Schmaltz :
OK, merci. Je ne sais pas si j'ai des collègues...
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de Saint-Jean.
M. Lemieux :
Combien de temps, M. le Président?
Le
Président (M. Bachand) : 7 min 29 s.
M. Lemieux :
Merci beaucoup. 7 min 25 s. Bonjour, Mme Martineau.
Mme Martineau
(Joé T.) : Bonjour.
M. Lemieux : On a compris, en
discutant avec la commissaire, tout à l'heure, que les codes, c'est un peu
comme les ordinateurs dans le temps, Pentium 1,
Pentium II, Pentium
III, Pentium 4, c'est-à-dire que,
aussitôt que tu as le nouveau, c'est
plus gros, c'est le meilleur, c'est le plus bon, comme disait ma fille, mais,
au final... Et on a fait des jaloux, il y a 12 ans, quand on a
sorti ça, on a fait des jaloux. Et puis, là, bien, il faut l'ajuster.
Et
c'est un peu ce que vous étiez en train de nous dire, d'entrée de jeu, quand
vous avez dit : Bien, ça ne fait pas, quand même, si longtemps que
ça. 12 ans, c'est encore relativement nouveau, mais ce qui est nouveau
aussi, pour les Québécois, puis on est quand
même les 125 représentants des Québécois, c'est cette attirance-là vers...
C'est tendance. Je ne dirai pas que c'est une mode, l'éthique, là, mais
c'est très... une tendance lourde, en ce moment, c'est comme un refuge. Et,
pour nous, c'est un refuge important à cause de la crise de confiance, il y a
comme une espèce de crise de confiance, je
l'appelle l'espèce de cynisme ambiant, qui fait en sorte qu'à un moment donné
on ne sait plus à quel saint se vouer, puis l'éthique devient un gage de
capacité d'avoir une représentation.
Je voulais vous
entendre sur la partie inspirante de l'histoire. C'est un mot que vous avez
souvent en bouche pour parler de ce que ça doit faire, un code, et de comment
ça doit percoler dans la pratique quotidienne des gens qui le respectent. Puis ce réflexe éthique dont vous
parlez, qui est une autre affaire que je décode chez les spécialistes, que
le réflexe éthique, c'est comme la saveur du
mois, là, c'est devenu... ça, c'est à la mode, il faut avoir le réflexe
éthique, ça dépend de son code puis ça dépend de la connaissance du code. Donc,
tout est dans tout. Ça fait une grande question, parce que j'espère une
grande réponse, pour que vous m'ameniez là où il faut qu'on s'en aille, dans le
détail. Il y a des recommandations qu'on a,
il y en a qu'on connaît, il y en a... on a entendu, mais c'est plus... Ce que
je vais chercher, là, dans ma question, pour votre réponse, c'est
vraiment l'ambiance de toute l'histoire au moment où on va s'asseoir puis on va
regarder dans le code.
Mme Martineau (Joé T.) : OK,
bien, alors, bien, merci pour la question, c'est une grande question, comme
vous disiez, avec d'autres questions à l'intérieur. Déjà, d'emblée, je peux
vous dire, même si plusieurs, même si certains observateurs parlent d'une mode par rapport
à l'éthique, on peut dire que l'éthique, c'est une... l'éthique, là, c'est
une branche de la philosophie qui est
appliquée, une réflexion sur ce qui est bien, hein, une réflexion sur le bien
commun, qu'est-ce qu'on doit faire, quelles décisions on doit prendre
pour le bien commun. Et ça, je pense que, déjà, les philosophes de l'Antiquité nous parlaient, évidemment, de l'éthique, si
je vous ramène à vos cours de philo au cégep, de Platon à Aristote.
Donc, la discussion sur l'éthique, ça existe depuis toujours, depuis qu'on
réfléchit et depuis que les humains s'organisent aussi en société.
Et
donc c'est sûr que ça a été mis de l'avant avec tous les scandales qu'on a
vécus dans les 20 dernières années, principalement. Et donc cette
crise de confiance, que vous mentionnez, elle ne sort pas de nulle part, hein,
elle sort de différentes évolutions de notre société qui font que oui...
Et les... vous avez
raison de le dire, que l'éthique devient parfois un refuge. Pourquoi? Parce que
les gens sont en manque de repères, en manque de repères sur quelles sont les
valeurs sur lesquelles on doit s'entendre dans notre société, et ces repères-là, bien, ils sont donnés par l'éthique.
Et l'éthique, peut-être que, oui, on en parle davantage dans les milieux
publics, dans les milieux organisationnels, mais ça a toujours été là. On
appelait ça différemment, ou c'était
intuitif. C'est simplement que, maintenant, c'est beaucoup plus formalisé.
C'est-à-dire que ces intuitions-là, qui étaient des intuitions de
personnes qui voulaient mener une bonne vie, qui voulaient prendre les bonnes
décisions puis faire une bonne job, maintenant elles sont formalisées dans des
codes.
Et ces codes-là, ce
code-là, bien, ça peut être très utile ou ça peut ne rien faire du tout, là, si
on laisse ça tabletté, bon, c'est juste... ça reste un bout de papier. Pour que
ça devienne utile et pour que ça fasse du sens pour le travail, que ce soit dans une entreprise, que ce soit dans une
institution publique, il faut que ce code-là, ces valeurs-là, elles soient infusées dans la culture d'une
organisation, et que ça aille de soi, et que ce ne soit pas juste le code qui
institue cette pression-là chez les gens, mais que ce soit les pairs,
les façons de travailler, la culture ambiante, et que ce soit... tout ça, ce
soit... ça aille dans la même direction.
Et
ce réflexe éthique là, bien, c'est... finalement, c'est quoi, au-delà d'être ce
que vous mentionnez comme étant un
peu un mot à la mode? C'est de se dire : Bien, j'ai une décision à
prendre, j'ai une décision qui est devant moi ou j'ai un dilemme
aujourd'hui, par rapport à une situation, je prends un pas de recul puis je
me... je réfléchis aux valeurs qui sont
supposées guider mon travail. Et ça, c'est un réflexe de se dire : Ah! il
me semble qu'il y a quelque chose qui ne va pas, peut-être, dans la situation.
C'est ça, c'est tout simplement ça, le réflexe éthique, au lieu de ne pas
prendre le temps, puis c'est normal,
on est pressés par le temps, les parlementaires, les gens en organisation, tout
le monde, hein, qui travaille est pressé par le temps. L'accélération de ce
rythme-là a été vécue par tout le monde, mais ce réflexe-là de réfléchir à... d'avoir ce souci et cette
préoccupation pour l'éthique, ça devrait être une préoccupation majeure, là,
pour... à la fois pour l'Assemblée nationale et toutes les organisations du
Québec.
M. Lemieux : ...et ce l'est,
justement, on est en train de voir comment on met le caramel dans la Caramilk,
parce que ce qu'on essaie de faire, c'est de rendre ça encore plus
efficace. Il y a des recommandations, la commissaire nous en a fait. Il y a plein de témoins qui... de consultations, comme
vous, qui viennent nous aider, mais, au premier chapitre, quand on pense à l'institution du Parlement, de
l'Assemblée nationale, il y a énormément de petits détails. Alors, il ne faut
pas se laisser obnubiler non plus par un
petit détail. Tout à l'heure, vous avez parlé de cadeaux, d'autres parlent
d'autres points qui les concernent,
mais ce que vous venez de faire comme introduction à l'éthique, dans les
dernières minutes de votre réponse, ça me ramène à la première demande
que la commissaire a. C'est : quelle que soit la formatrice et quel que soit le programme, c'est la formation qui
va faire la différence. Il faut sensibiliser, parce que chacun arrive avec un
bagage différent. Il y a une jeune femme de 31 ans qui arrive des médias,
il y a un vieux de 62 ans qui arrive des médias.
On arrive tous les deux avec un bagage différent, puis des attentes
différentes, puis une façon différente de vouloir faire les choses. Donc, pour vous, c'est la clé,
c'est... comme tout ce qu'on s'est fait dire aujourd'hui, c'est la formation?
Le
Président (M. Bachand) : Quelques secondes
seulement, Mme Martineau, oui.
Mme Martineau (Joé T.) : Pour
moi, c'est la clé. Cette formation, cette sensibilisation-là, elle doit être
dès le départ, après l'élection ou l'assermentation, elle doit être
régulière aussi.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. le député de Nelligan, pour 12 min 45 s, s'il vous plaît.
• (17 h 30) •
M. Derraji :
Merci, M. le Président. Merci, Mme Martineau, pour votre exposé et les
commentaires très pertinents par rapport au code que nous sommes en train
d'étudier. J'ai écouté votre intervention et j'aimerais bien vous poser une petite question par rapport au
rapport que nous sommes en train d'étudier. Je l'ai mentionné, ce matin,
je ne sais pas si vous avez eu le temps de suivre nos travaux, ce matin, ce
rapport a été déposé le 5 décembre 2019. On l'étudie presque après 1 436 jours, en fait, si je peux
dire, pour être beaucoup plus précis, trois ans, 11 mois, cinq jours, je
peux arrondir, quatre ans plus tard. La Commissaire à l'éthique, ce
matin, était en train de nous dire qu'elle est... qu'elle a déjà
commencé sa réflexion par rapport au prochain rapport, qui risque d'arriver
l'année prochaine.
On s'entend que ce
n'est pas banal, hein? C'est un code qui est extrêmement important. C'est un
code... si on ne le suit pas, c'est l'image
de l'institution démocratique qu'on
représente, à savoir le Parlement,
mais aussi notre rôle en tant qu'élu.
Ma question est très
simple : Vu la situation exceptionnelle de ces quatre ans, ce serait quoi,
selon vous, la recommandation pour le
prochain rapport? Pour celui-là, c'est un peu trop tard, on l'étudie quatre ans
plus tard. Mais, pour le prochain, c'est quoi, vos conseils par rapport
à l'étude d'un rapport qu'on se donne, qu'on a déjà reçu, ça fait quand même
quatre ans?
Mme Martineau (Joé
T.) : Bien, c'est intéressant que vous me posiez cette question-là,
parce que je me suis posé la question moi-même. Je me suis dit : Mais ça
fait quatre ans que ça a été déposé, ce rapport-là, soit ça a pris deux ans pour l'écrire ou soit ça fait vraiment
très longtemps qu'il est déposé. Donc, c'est ce que je comprends qui est arrivé,
ça fait très longtemps qu'il est déposé. Bien, vous avez raison de le
souligner, je pense que... je pense que c'est
trop long. C'est... Bon. J'imagine que la commission doit avoir énormément de
travaux à mener. Mais, quand on pense
à l'aspect central quand même du code de déontologie ou et d'éthique des
parlementaires, mais aussi de l'importance de maintenir la confiance et la
transparence envers cette institution-là, pour moi, c'est important... ce
serait important d'y voir plus rapidement, là, tu sais. Et donc, quand
un rapport, un tel rapport est déposé, surtout s'il y a des problématiques qui sont identifiées, moi, je pense qu'il y a des
problématiques qui ont été identifiées dans le rapport que l'on... que j'ai étudié,
et qui auraient dû être vues avant trois ans et demi, là, et donc c'est
important, ne serait-ce que parce que... Et il y a des enjeux à traiter puis à améliorer rapidement. Oui, ça devrait être
vu, du moins, j'oserais penser au moins dans l'année qui suit le dépôt
d'un rapport.
M. Derraji : OK. C'est
excellent. C'est là où je voulais vous ramener. Parce que selon vous, on ne
peut pas déposer un rapport qui touche une
période quand même qui date depuis... Moi, je n'étais pas là. C'est le... Ça
nous a été confirmé ce matin, si ma mémoire, elle est bonne, 2015-2016,
ou 2016, 2017, 2018. Là, nous sommes en 2023. Et parce que, comme nous sommes
en commission qui étudie ce rapport, pour vous, la recommandation la plus
juste, c'est que, une fois le rapport est
déposé, la moindre des choses, il faut l'étudier pendant le mandat ou l'année
en cours et passer à l'action au niveau des recommandations.
Mme Martineau (Joé T.) : Bien,
bien sûr, parce que, vous voyez... Puis, ce que vous disiez tantôt, j'imagine... On a vécu une pandémie pendant trois
ans depuis qui ont été... que ça, ça a été déposé, ce fameux rapport-là, qui
était avant la pandémie, j'imagine, donc, toutes les problématiques qui ont pu
être liées aussi en matière d'éthique. Il y en a eu, des enjeux aussi, avec
cette transformation-là. Ça fait que, oui, il faut y voir plus rapidement. Il
faut y voir, je me dirais, dans l'année suivant le dépôt d'un rapport. Oui.
M. Derraji : OK. Merci pour
cette recommandation, parce que j'y tiens. Et on va la mettre dans nos recommandations aussi, parce que je pense qu'on
ne peut plus, en tant que parlementaires, quand la commissaire dépose un
rapport, prendre autant de temps. La moindre des choses, c'est que, avant de se
lancer dans une nouvelle élection, au moins
prendre en considération les dernières recommandations pour qu'on puisse tous
évoluer ensemble. Ça touche l'éthique, ça touche la rigueur, ça touche
des enjeux sérieux au niveau de l'institution. Et je pense que tout le monde
autour de la table veut juste bien faire, mais en suivant notre code. Merci
beaucoup.
Vous aussi,
vous êtes pour rendre obligatoires les formations, que ce soit au niveau du
Commissaire à l'éthique, je ne sais
pas si vous avez suivi le dernier groupe, Commissaire au lobbyisme
aussi. Donc, pour vous, il faut la rendre obligatoire, les deux?
Mme Martineau (Joé T.) : Je
suis catégorique là-dessus : il faut que la formation soit obligatoire.
Tantôt, votre collègue, autre député, l'a
mentionné, les gens viennent... les députés viennent de différents milieux, de
différentes générations, de
différentes industries, ils ont travaillé dans différentes fonctions et ils
sont porteurs de fonctions de façons de
travailler qui peuvent être très différentes de celles de l'Assemblée
nationale, et on doit s'entendre sur les valeurs qui sont au coeur du
travail dès le départ.
M. Derraji : Oui.
La formation obligatoire, selon vous, uniquement les élus ou le staff politique
aussi, que ce soit en circonscription ou au niveau des cabinets
ministériels?
Mme Martineau (Joé T.) : C'est
intéressant, parce que ça a été souligné dans le rapport. Je pense que, bien,
de toute façon, minimalement, tous les élus devraient être formés. Et ils
devraient être formés aussi, avoir un rappel à chaque mandat, c'est-à-dire à
chaque fois qu'ils sont réélus. Par contre, le personnel qui tourne autour
doivent aussi avoir cette préoccupation et
cette... ce souci-là pour que tout le monde presse dans la même direction, et
non pas qu'il y ait des...
finalement, des conflits dans les équipes ou du moins des pressions qui peuvent
être vécues par les élus, qui, eux, ont... sont au courant des règles. Et les
gens de leur staff, par exemple que ce que vous mentionnez, pourraient avoir...
être moins sensibilisés à ces
enjeux-là. Donc, oui, idéalement, ce sont des... Il devrait y avoir aussi une
formation qui soit généralisée à l'ensemble du personnel.
M. Derraji : OK. Je vais vous
ramener à une autre recommandation. C'est la recommandation n° 2 :
«Que les parlementaires réfléchissent à l'opportunité de rendre publiques, dans
un registre, certaines mesures prises pour prévenir des situations de conflit
d'intérêts, filtre anti-conflit d'intérêts.» Vous me suivez?
Mme Martineau (Joé T.) : Oui,
je l'ai ici, oui.
M. Derraji : Oui. Qu'est-ce que
vous en pensez?
Mme Martineau
(Joé T.) : Alors, c'était... Finalement, si je me souviens
bien, je le reformule, là, peut-être, c'était une recommandation pour s'assurer que certaines recommandations soient
rendues publiques, pour s'assurer, finalement, qu'il
y ait un registre qui puisse lister, finalement, les situations et les
recommandations qui ont été faites pour qu'on progresse, finalement, pour qu'on
avance sur les résolutions. Je pense que ça pourrait être intéressant
d'anonymiser, si c'est possible, hein? Des
fois, par contre, les recommandations, ça peut mettre un peu en lumière les
gens et ça peut... Je dirais, dans certaines situations, dans certaines
organisations, lorsqu'on va faire un registre, si on peut identifier, il y a une identification qui est possible des
situations qui fait que certaines personnes peuvent être... avoir un
désincitatif à vouloir divulguer des
situations, parce qu'elles ont peur qu'il y ait comme une publicisation, là,
finalement, d'une situation fâcheuse
dans laquelle ils se sont ramassés. Donc, il faut s'assurer, s'il y a un tel
registre, qu'on maintient l'anonymat des personnes, des personnes qui
ont été visées par ces recommandations-là.
M. Derraji : Oui. Mais, pour
vous, les filtres anti-conflit d'intérêts, un, c'est nécessaire pour prévenir
des situations de conflit d'intérêts, mais le rendre public, vous avez des
réticences?
Mme Martineau (Joé T.) : Bien,
c'est-à-dire que, pour le rendre public, il faut s'assurer qu'on rend public...
on n'a pas les noms des personnes qui sont... Et donc il faut s'assurer
vraiment pour que ça ne devienne pas un désincitatif à divulguer des
situations. Est-ce que vous me suivez? C'est-à-dire que, si on a un registre
qui est très précis de recommandations ou
d'évaluations de situations, on peut avoir un enjeu de... où les gens ont peur
de divulguer des situations de conflit d'intérêts. Parce qu'on s'entend,
un conflit d'intérêts, par définition, on n'est pas... on n'a rien fait de mal,
là. Tout le monde a des intérêts dans la vie, et tous les députés en ont, je
suis certaine. Mais c'est une question
plutôt de savoir qu'est-ce qu'on fait : Est-ce qu'on va agir en situation
de conflit d'intérêts, et donc est-ce qu'on divulgue, et est-ce qu'on
est transparent par rapport à la situation?
M. Derraji : Mais vous ne
pensez pas que, si c'est rendu public, ça va juste augmenter la perception que,
justement, la personne a tout mis en place pour éviter une situation
d'apparence de conflit d'intérêts ou d'être en conflit d'intérêts? Je comprends
ce que vous voulez dire, mais le but, ce n'est pas... Ce n'est pas un crime,
déclarer un conflit d'intérêts. Ça se fait.
Mme Martineau (Joé T.) : Tout à
fait.
M. Derraji : Ça se fait. Ce
n'est pas mauvais, au contraire, là. Mais...
Mme Martineau (Joé T.) : C'est
très bien, même. C'est tout à fait de la... C'est tout à fait bien, de le déclarer. Ce que je veux dire, c'est que c'est...
Et peut-être que c'est une incompréhension sur le registre. Mais, si on est
sur les registres des sanctions, par exemple, ou des recommandations de
sanctions, c'est là où ça peut être plus difficile en termes de rendre le
tout... si on peut identifier les gens, tu sais. Quand on fait des rapports
habituellement sur l'éthique, dans des différentes organisations, on fait des
rapports annuels qui nous indiquent finalement ce qu'on a traité comme plaintes, par exemple, ce qu'on a traité, mais façon très
anonyme. Mais, dans le cas où vous... que vous identifiez maintenant, c'est plutôt un registre où on a une déclaration
publique des intérêts qui amène plus de transparence, c'est ce que je
comprends, là, où on amène plus de transparence. Et c'est sûr que tout ce qui
amène plus de transparence est mieux pour la confiance du public.
• (17 h 40) •
M. Derraji : Je
vais juste vous ramener sur une autre information que nous avons eue sur les
lanceurs d'alerte. Et, vous avez vu, la commissaire, ce matin, insistait
beaucoup, Commissaire au lobbyisme aussi : ils disaient qu'ils
cherchaient davantage de protection pour les lanceurs d'alerte pour protéger
l'intégrité de tout le processus, que des gens
disent non parce qu'ils ont peur. Ça limite un peu le champ d'intervention de
la commissaire, mais aussi ça ne donne pas l'assurance nécessaire à la
personne qui aimerait parler, par peur, par crainte.
Mme Martineau
(Joé T.) : Oui. Bien, en fait, c'est la dernière intervention
que j'avais à faire tantôt lorsque j'ai dépassé un petit peu mon
10 minutes. Il me restait une intervention sur cette recommandation
n° 9 sur la protection des divulgateurs. Pour moi, c'est vraiment
important de protéger les gens qui veulent divulguer des situations afin de maintenir la confiance et aussi faire cette
transformation culturelle dont on parle depuis tantôt, c'est-à-dire s'assurer
que, maintenant, ça devienne un réflexe, ça devienne une... On est
témoin d'une situation, on a de l'information par rapport à une situation
spécifique, et que ce soit naturel que les gens divulguent des situations qui
sont contraires à l'éthique. Et donc, de protéger
les divulgateurs contre des... toute forme de «retaliation», là, toute forme de
conséquences négatives, là, par rapport à leur carrière, par rapport à
leur situation, ça contribuerait à favoriser ce changement culturel et la
confiance.
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Derraji : Oui. Merci
beaucoup. À moins, si vous voulez ajouter quelque chose, merci beaucoup pour
votre intervention. C'était très clair. Merci beaucoup. Je ne sais pas si vous
voulez ajouter quelque chose. Il me reste une minute. Sinon, bien, merci pour
votre...
Mme Martineau (Joé T.) : Bien,
je rajouterais peut-être que je vous remercie d'avoir fait appel à moi pour
cette commission. Et puis j'espère que j'ai pu aider un petit peu à amener
quelques lumières là-dessus.
M. Derraji :
Très apprécié.
Le
Président (M. Bachand) : Et ce n'est pas
terminé. Il reste encore le député d'Hochelaga-Maisonneuve, pour
4 min 15 s. M. le député.
M. Leduc :
Merci, M. le Président. Bonjour,
Mme Martineau. D'abord, sur la rémunération des élus, je ne sais pas
si vous avez entendu quelques échanges plus tôt aujourd'hui. Avez-vous une
opinion à ce sujet?
Mme Martineau
(Joé T.) : Bon. Bien, alors, je ne l'ai pas abordé dans mon
10 minutes, mais j'y ai réfléchi. Je réfléchissais à cet aspect-là. En
fait, je n'ai pas entendu les échanges qui ont été faits aujourd'hui, et je
n'ai pas pu assister à toutes... à tous les
travaux de la commission. Cela dit, c'est vrai que, dans le contexte d'une
organisation publique, là, qui est
soucieuse de maintenir le lien de confiance avec la population, que les
parlementaires soient juges et parties, donc que... dans une situation, donc pour établir leur propre salaire,
ça peut miner un petit peu la confiance, à mon avis.
Et je trouve que la
recommandation qui est faite par la commissaire, elle n'est pas très précise,
là, dans le document, c'est-à-dire d'instituer quelque chose de... finalement,
un mécanisme neutre pour réfléchir aux conditions salariales. Elle est bienvenue, c'est-à-dire, bon, elle devrait
être précisée. Puis c'est probablement à l'Assemblée nationale ou... à trouver
ce mécanisme ou cette façon de fonctionner pour s'assurer que, oui, les...
qu'un parti au pouvoir qui aurait une majorité ne puisse pas,
justement... les parlementaires eux-mêmes, décider de leur propre traitement
salarial puisque je pense que c'est un enjeu. Et je ne parle pas de la dernière
augmentation salariale qui a été donnée pour les parlementaires, parce que,
bon, je pense que tout le monde s'entend sur le fait qu'il y avait un
rattrapage à faire. Est-ce que c'était le bon moment et le bon choix, bon,
c'est une autre question. Mais mon intervention, elle est seulement sur la
neutralité, là, la vision de la neutralité par rapport à la population du
Québec qui peut se dire : Bon, bien, ils se votent eux-mêmes un propre...
leur propre salaire, donc ça peut miner la confiance du public.
À mon avis, s'il y
avait une commission neutre ou un mécanisme qui, finalement, pourrait assurer
davantage de neutralité, qui assurerait, finalement, aussi une forme de veille,
hein, sur les salaires, les traitements salarials, les conditions salariales des députés par rapport à d'autres pays, d'autres
provinces, etc., et qui pourrait amener ça de façon neutre, je pense que
ce serait très bienvenu.
M. Leduc :
Merci. Pourriez-vous nous
donner... Est-ce que vous connaissez, en fait, des exemples? Parce que vous
parlez de modernisation continue de notre code, notamment, puis il y a d'autres
personnes qui ont évoqué ça aujourd'hui, comment on fait, puis, tu sais, c'est
quoi, les délais pour revisiter tout ça. Est-ce que vous, vous connaissez
des exemples d'organisations qui ont des processus de... j'oserais dire d'amélioration
continue ou de modernisation continue? Et, si oui, lesquels ils ont choisis?
Mme Martineau (Joé T.) : Bien,
c'est sûr que les organisations... Vous avez, dans une organisation d'une grande
complexité, là aussi, qui est... et qui se
doit, par sa nature, d'être consultative, là, donc vous avez... contrairement à
des... Dans certaines entreprises privées, hein, on n'a pas
nécessairement... On va mettre à jour le code d'éthique ou ces procédures-là de façon un peu «top-down», là, mais
c'est un peu plus compliqué dans le type de... dans le type de... dans
une organisation publique ou dans une institution gouvernementale. Donc,
évidemment, il y a une forme de lourdeur qui
peut s'installer, si on... lorsqu'on fait la révision d'un code d'éthique,
parce qu'on veut consulter, on veut s'assurer, finalement, d'une forme
de participation, là, dans ce travail-là. Cela dit, en tout cas, de ma part, le
travail de la Commissaire à l'éthique est quand même déjà
complet. Il y a une base de travail, déjà là, qui est, pour ma part, de grande qualité pour pouvoir améliorer ce fameux
code d'éthique. Et donc, sur la base de recommandations, ça pourrait se
faire de façon régulière et pas trop de façon assez... Je veux dire, c'est sûr
que ça prend un certain temps, ça prend les ressources et ça prend la
consultation, mais il y a déjà une base de travail qui est tellement importante
qu'à mon avis ça se fait assez bien. Ça
devrait être fait de façon plus régulière. Là, déjà... Déjà là, ça fait
10 ans, là. C'est le temps de le faire. Mais, après ça, peut-être
aux cinq à 10 ans encore.
M. Leduc :
Parfait. C'est bon. Merci.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme Martineau, merci beaucoup d'avoir été avec
nous. C'est un grand plaisir.
Cela dit, je suspends
les travaux quelques instants. Le prochain groupe est déjà branché. Merci, à
tantôt.
(Suspension de la séance à
17 h 47)
(Reprise à 17 h 48)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux.
Alors, il me fait
plaisir d'accueillir les représentantes du Cercle des ex-parlementaires de
l'Assemblée nationale du Québec. Alors, j'ai
la présidente, Mme Dionne. Alors, Mme Dionne, je vous laisse la
parole. Merci beaucoup d'être avec nous. Puis je vous inviterais à
présenter les gens qui vous accompagnent.
Cercle des ex-parlementaires de
l'Assemblée nationale du Québec
Mme Dionne
(France) : Oui. Bonjour, M. le Président.
C'est un plaisir d'être avec vous cet après-midi. Qui m'accompagnent : deux ex-parlementaires bien connues, Manon
Blanchet, députée de Crémazie, 1998-2003, et secrétaire du conseil d'administration du cercle, et Agnès
Maltais, ex-députée de Taschereau, 1998 à 2018, et administrative au sein de
notre conseil d'administration. Alors... Et moi-même, France Dionne, ex-députée
de Kamouraska-Témiscouata de 1985 à 1997. Et je suis présidente du conseil
d'administration du cercle des ex-parlementaires.
Alors, merci de nous
avoir invitées à venir... à participer à cette audition sur le rapport de mise
en oeuvre du Code d'éthique et de
déontologie des membres de l'Assemblée nationale. C'est important de faire cet exercice-là. Et nos représentations comporteront, après quelques
observations préliminaires, des commentaires sur certaines recommandations du
rapport, non pas toutes, en ne retenant que celles qui nous semblaient les plus
appropriées. Nous espérons que ces quelques
commentaires aideront les législateurs et les législatrices actuels à éclairer
les enjeux qui gravitent autour du code d'éthique et de déontologie des
élus.
Depuis maintenant
30 ans, le Cercle des ex-parlementaires de l'Assemblée nationale du Québec
regroupe les hommes et les femmes qui ont été membres du Parlement dans le but
de favoriser la promotion des institutions parlementaires du Québec et la
diffusion d'informations sur le parlementarisme et la démocratie. En somme,
nous sommes des bénévoles qui souhaitent continuer
de partager notre expertise et notre expérience accumulées pendant notre séjour
à l'Assemblée nationale avec les parlementaires actuels et futurs, dont vous
êtes.
Les objectifs de
notre organisme, qui compte actuellement près de 470 membres, sont de
mettre les connaissances et l'expérience des ex-parlementaires de l'Assemblée
au service de la démocratie parlementaire, défendre
et représenter les intérêts des ex-parlementaires québécois et favoriser
l'esprit de solidarité entre ces derniers, promouvoir les relations
entre les ex-parlementaires et les parlementaires actuels de l'Assemblée,
servir l'intérêt public et, bien sûr,
favoriser le rayonnement des institutions démocratiques au moment où les enjeux
sont tellement grands à travers le monde.
• (17 h 50) •
Le cercle travaille
également pour aider et accompagner les députés sortants, que ce soit par choix
ou suite à une défaite électorale. En effet,
nous avons un comité sur la vie après la politique qui prend contact avec les
parlementaires qui annoncent quitter, mais également pour tendre la main
à celles et à ceux qui ont perdu leurs élections. Ce travail s'effectue en collaboration avec l'Assemblée
nationale. Dans le cadre des prochaines élections générales, le cercle compte être
plus proactif et plus présent.
Le cercle des
ex-parlementaires a pris connaissance avec vif intérêt du rapport sur la mise
en oeuvre du code d'éthique et de déontologie. Dans un premier temps, nous
souhaitons souligner que ce code contribue à accroître la confiance des citoyens à l'égard des élus de
l'Assemblée nationale. Dans les dernières années, les questions d'éthique
et de déontologie des parlementaires ont défrayé les manchettes des journaux,
et le cercle est heureux de constater que la Commission des institutions
poursuit son travail d'amélioration en étudiant le rapport de mise en oeuvre de
ce code d'éthique.
Les ex-parlementaires
cumulent énormément d'expériences très diverses qui ont été vécues des deux
côtés de la culture partisane. Malgré le peu
de temps que nous avons eu pour nous réunir et d'abattre des recommandations de
ce rapport, nous avons eu la chance d'entendre des ex-parlementaires ayant vécu
soit l'expérience du dépôt d'une demande d'enquête, soit d'avoir subi
les conséquences d'être sous la loupe de la commissaire ou de ses
prédécesseurs.
Premièrement, dans un
article publié en 2021, la Commissaire à l'éthique mentionnait qu'«en éthique
et en déontologie, chaque cas est différent.
On ne pourra jamais prévoir tous les cas de figure dans les articles du code.
Il faut laisser une souplesse, et
c'est ce que je demande.» Le cercle appuie le besoin de souplesse demandé par
la commissaire. Même si nous avons la
ferme conviction que les demandes d'enquête doivent continuer à être publiques
et commentées publiquement, nous pensons qu'à chaque fois que l'on
apprend qu'un parlementaire commet un impair, cela affecte l'image que la
population québécoise a du niveau de probité de l'Assemblée nationale.
Le cercle souhaite
également vous sensibiliser au fait qu'il est important de tenir compte de
l'expérience des parlementaires sortants qui ont souvent accumulé une bonne
connaissance de l'appareil gouvernemental et de son fonctionnement. Leur
expertise peut être d'une grande valeur une fois qu'ils ont quitté la vie
politique et ceux-ci pourraient poursuivre
leur carrière en occupant des postes en soutien à l'État. Les règles de
l'après-mandat doivent être flexibles
pour celles et ceux qui n'ont pas occupé des postes de ministre pour qui il y a
donc moins de conflits d'intérêts potentiels en lien avec le poste
occupé précédemment.
La recommandation
n° 1. La première recommandation du rapport a attiré l'attention du
cercle, qui appuie la mise en place d'une formation obligatoire. Nous suggérons
même que cette formation soit faite et qu'elle devienne obligatoire également
pour le personnel politique oeuvrant dans les cabinets et dans les bureaux de
circonscription. De plus, le cercle
recommande que cette formation soit aussi offerte... au moins une fois par
année à l'ensemble des élus et du personnel politique.
Recommandation
n° 3. Nous croyons que les législateurs et les législatrices doivent
réfléchir sérieusement à adopter cette
recommandation. Les élus peuvent croire que leur situation ne les met pas en
place... en situation de conflit d'intérêts et, par conséquent, ne pas
vouloir en référer à la commissaire. De plus, leur chef peut apprendre une...
peut apprendre une situation grave concernant le ou la membre de son caucus et
vouloir s'informer auprès de la commissaire
sans alarmer outre mesure l'élu. Cela peut aussi devenir un instrument de
négociation pour mettre fin à une situation déplaisante pour tous et
toutes et aussi éviter une crise.
Le...
Recommandation n° 5. Le déclenchement d'une enquête est une chose grave,
probablement plus grave qu'il n'y paraît de
prime abord, quand le code a été étudié puis adopté. Les répercussions d'une
annonce de déclenchement d'enquête
sont immédiates : les partis s'en emparent souvent de façon partisane, les
médias transmettent l'information à tous les Québécoises et les Québécois. Et
les chefs parlementaires doivent alors se positionner : l'élu visé doit-il
ou doit-elle demeurer dans le caucus ou au
Conseil des ministres, selon le cas? L'élu a aussi des employés, et un bureau de
circonscription, et un cabinet à gérer. Ces employés vivent la crise avec le ou
la parlementaire.
Par ailleurs, si la
présence grandissante des médias sociaux est un outil qui peut permettre la
diffusion d'idées politiques, on y voit
aussi une floraison d'insultes, d'injures et de menaces qui pourrissent la vie
de l'entourage du politique. La
famille de l'homme ou de la femme politique est affectée par tout ce branle-bas
entourant la nouvelle d'un déclenchement d'une enquête et le vit
difficilement. Si le résultat de l'enquête est qu'il n'y avait pas matière à enquêter, jamais cela n'effacera le doute qui
s'insinue dans toutes les couches de la société. Dans le cas d'une enquête
de la commissaire, comme dans le cas d'une enquête policière, la présomption
d'innocence est souvent malmenée. C'est
pourquoi nous croyons qu'il est raisonnable de permettre à la commissaire de
procéder à une enquête préliminaire dans
un court délai de quatre jours ou de 14 jours au maximum. Ce délai ne doit
pas être utilisé en toutes circonstances, bien sûr. Il doit être le plus court possible, car, dès le
dépôt d'une demande d'enquête, la rumeur circulera et affectera l'élu en
question ainsi que son entourage.
Recommandation
n° 6. Pour les raisons précédemment édictées, ayant toujours en tête qu'un
ou une élue est quasiment automatiquement membre d'un caucus, et que les chefs
parlementaires sont tenus responsables de la probité
de leur caucus et questionnés systématiquement au déclenchement d'une enquête,
nous appuyons cette recommandation.
Recommandations
n° 10-A et 10-B. Pour le cercle, les recommandations n° 10-A et 10-B
devraient tenir compte que les élus continuent à aider les citoyens de leur
circonscription pendant la période électorale. À cet effet, l'utilisation de l'adresse courriel de l'Assemblée
nationale peut être utilisée, car cette adresse est affichée dans la section
Contact de sa biographie publiée en ligne
sur le site de l'Assemblée nationale. Donc, il est important de ne pas porter
un blâme à un ou une député qui a utilisé cette adresse.
Recommandations
n° 11 et 12. Le cercle appuie ces recommandations, mais suggère que le
rapport précise s'il s'agit des candidats
officiels ou de tous les candidats. De plus, le cercle est d'avis que, si le...
ce code continue d'être appliqué durant les campagnes électorales, les
enquêtes qui pourraient en découler devront être souples et adaptées afin d'éviter des accusations partisanes et
d'entacher la réputation de celles ou de ceux qui se présentent ou se représentent
aux élections.
Voilà,
M. le Président, l'ensemble des commentaires qu'il semble opportun pour le
Cercle des ex-parlementaires de l'Assemblée nationale de soumettre à la Commission
des institutions. Nous espérons que ceux-ci seront utiles à la réflexion et au
débat. Et nous vous remercions de vous... Et vous présentons nos salutations
les plus cordiales, M. le Président, et à tous les parlementaires autour de la
table à la commission.
Alors, nous sommes
prêts pour répondre à vos questions.
Le
Président (M. Bachand) : Et vous êtes
bonne, Mme Dionne, drette sur le 10 minutes, alors bravo! Alors, Mme
la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré,
s'il vous plaît.
Mme Bourassa :
Bonjour! Je suis très contente de pouvoir bénéficier de votre expertise
aujourd'hui.
Vous
avez abordé un point qui, pour moi, était l'une des recommandations de la
commissaire, très importante, qui est l'enquête préliminaire. Pour avoir
travaillé dans les médias, j'ai vu que, quand on déclenche une enquête, quand il y a un doute sur l'intégrité d'une
personne, ça peut faire les manchettes. La rectification peut être en
page 117 dans le bas d'un
encadré. Alors, oui, il peut effectivement y avoir des conséquences très
graves, vous l'avez mentionné, pas seulement pour l'élu, pour son
entourage, sa famille, son personnel politique. Alors, j'aimerais vous
entendre, justement. Vous avez dit qu'autour
de vous il y avait des gens qui ont déjà eu affaire au commissaire : Quel
est l'impact du déclenchement d'une enquête? Et à quel point l'enquête
préliminaire pourrait peut-être baliser tout ça?
Mme Dionne
(France) : Écoutez, d'une part, je
pourrais dire que c'est pour ça qu'on pense que... qu'il y ait une préenquête, là, un 14 jours pour faire
l'exercice en tant que tel, c'est... ce n'est pas long, en tant que tel, mais
ça peut être tellement... protéger, effectivement.
Je
pense que vous avez, d'ailleurs, récemment vu, dans La Presse, il y a un
ex-parlementaire qui... M. Surprenant, qui vient d'écrire un livre qui
relève, en fin de compte, tout ce qu'il a vécu. Et sa réputation est entachée.
Elle est entachée depuis le début de l'enquête. Et, pour se retrouver dans une
situation, quelques années plus tard, avoir... Et je pense qu'il y a une correction qui est apportée aujourd'hui qui est
portée par... et qu'on a connue dans les médias, mais, pendant tant
d'années, cet ex-parlementaire a vécu ça. Et c'est difficile. Alors, je pense
que... Et c'est pour ça que nous, on trouve que c'est très important.
Et
je ne sais pas si mes collègues ont peut-être un commentaire à ajouter sur cet
élément-là, mais, moi, pour moi, je le trouve primordial. Agnès?
Mme Maltais?
Mme Maltais
(Agnès) : ...
Mme Dionne
(France) : Ton micro.
Le
Président (M. Bachand) : ...
Mme Maltais
(Agnès) : Bonjour. Si je peux ajouter quelque chose, c'est qu'on a
effectivement discuté avec des parlementaires qui ont vécu la situation où ils
ont été, à la fin, blanchis, mais le choc sur la famille, du fait... Et non seulement blanchis, mais il n'y avait
probablement pas matière à enquête, seulement. Le choc sur la famille, le choc sur l'entourage est énorme. En fait, ce
parlementaire-là ne s'en est à peu près jamais remis. Jamais remis, là, c'est sérieux,
là.
• (18 heures) •
Puis, écoutez, quand
il y a déclenchement d'une enquête, il y a quasiment souvent sortie du caucus,
parce que le chef est sous pression, et ça
entache la crédibilité de tout le caucus. Alors, imaginez-vous, il n'y a même
pas matière à enquête, vous êtes sorti d'un caucus, les médias discutent
sur votre cas, dans votre circonscription, vous allez faire l'épicerie avec
votre famille, des gens discutent. C'est très lourd. Il faut que ça demeure
grave, une enquête de la commissaire. Je pense que c'est quelque chose qui doit
résonner encore très fort. Ce n'est pas pour enlever cette résonance-là, mais se donner, je dirais, la
chance, comme groupe, vous êtes les députés, d'éliminer le cas où il y aurait
véritablement une innocence évidente, pour la commissaire, ce serait bien. Ce
serait très bien. Mais on ne... La présidente du cercle nous a précisé qu'il
est important que le 14 jours ne soit pas un automatisme, parce que même
le 14 jours d'une enquête... on va appeler ça enquête préliminaire, là, ou
étude préliminaire du sujet d'enquête va être difficile à vivre. Mais, au
moins, si, rapidement, la commissaire dit, après trois jours : Non, il n'y
avait pas matière à enquête, le dommage va être beaucoup, beaucoup moins grand
que d'attendre la fin d'une enquête. Mais de garder le 14 jours non pas comme un plancher mais d'en faire un maximum, pour
que, s'il n'y a pas matière à enquête... qu'on le sache rapidement.
Mme Bourassa : Et ce nouveau processus
là, s'il y a cette... moi, j'aime mieux «étude préliminaire», parce que,
quand on dit «enquête», effectivement, on pense tout de suite à une enquête
pour faute... devra être accompagnée d'une communication très claire aux yeux
du public, de dire : Bon, bien, le commissaire a une phase tampon où il peut se faire une tête sur le sujet avant de dire
si, oui ou non, il enquête. Ça, ça va être important de publiciser ça aussi.
Mme Dionne (France) : Oui, comme... Mme la députée de Charlevoix, je pense, oui, comme outil,
mais c'est important que, pendant les 14 jours... je ne pense pas
que c'est important pour la commissaire de dire publiquement qu'elle procède à ça. Ces 14 jours là, c'est
pour elle, c'est pour le député et c'est pour le chef du parti, alors... le
président du caucus, en tant que tel... Bon. Et alors ça, c'est important pour
ces... Et c'est là où je pense que ça doit se faire rapidement, avec
beaucoup de diligence, beaucoup de prudence, mais ça donnerait une marge de
manoeuvre, là, pour que tout le monde réagisse du mieux possible aussi.
Mme Bourassa :
Une dernière question, parce que, mes collègues, je suis certaine qu'ils
ont aussi plein de questions. Vous parliez
du fait qu'un député sortant, pour l'instant, n'a pas les mêmes contraintes
qu'un ministre au titre du conflit d'intérêts, là, avec son futur
emploi. Tout à l'heure, on a des gens qui nous parlaient peut-être d'un an pour
un député versus deux ans pour un ministre, tu sais, des restrictions. Vous,
vous l'avez fait, vous êtes sorties de la politique. Est-ce que c'est difficile
de se tenir loin, justement, de ce qu'on a connu quand on a pataugé dans ce
monde-là aussi longtemps? Si on met des restrictions pour les députés qui n'ont
pas été ministres, est-ce qu'il pourrait y avoir un certain danger de difficulté
de se replacer?
Mme Dionne
(France) : Bien, d'une part, il ne faut
quand même pas se... il ne faut pas se cacher, là, du fait qu'un député ayant
perdu ses élections, en tant que tel... Bon, il y a toujours une période d'un
an, là, où je pense qu'on a convenu, à l'Assemblée nationale, qu'il y avait
quand même une compensation qui était accordée. Mais, en même temps, ce qu'il
ne faut pas oublier, c'est qu'un député qui a perdu ses élections, qui... Celui
qui décide de ne pas se représenter, c'est
une chose, mais un député qui a perdu ses élections dans un comté... Et c'est
toujours difficile, parce que c'est un leader, un député, dans un comté,
que ce soit un député urbain ou un député en région. Et, quand il perd ses élections, ça veut aussi dire qu'il y a
un nouveau député qui reprend le leadership. Alors... Et il y a des situations
difficiles qui sont vécues, en tant que tel, et ça, il faut... on ne peut pas
se le cacher. Il y en a qui... S'ils... il avait un travail permanent dans le passé comme enseignant, c'est plus facile de
retourner à l'enseignement, mais ce n'est pas tout le monde qui a... qui
sort d'un emploi rémunéré ou protégé pour y retourner par la suite.
Alors,
je pense que c'est là où il faut être très prudent, en tant que tel, et...
Mais, en même temps, cet ex-parlementaire, il a une connaissance de
l'appareil gouvernemental assez extraordinaire. Écoutez, dans un comté urbain, c'est peut-être un petit peu plus limité,
mais, si vous comptez, dans un comté rural, où tu touches à presque tous les
ministères du gouvernement, parce qu'il y a des... Alors, il y a des... une
connaissance. Et, si le député a fait un neuf ans, 10 ans ou s'il a fait
plus de temps, c'est un... c'est devenu un expert.
Alors, ce qu'on en
dit, nous, c'est de dire, que ce soit au Conseil exécutif ou dans différents
ministères... et, s'il y a des gens qui sont
disponibles, qui sont intéressés à travailler pour le gouvernement, bien,
qu'ils puissent le faire, en tant que
tel. C'est sûr que c'est non partisan. Il faut que ça se respecte de cette
façon-là. Mais il y a des connaissances importantes.
Et, comme on est en
pénurie de main-d'oeuvre partout dans le moment, je pense que d'avoir des gens d'expérience qui sont capables, justement, d'aider
les citoyens parce qu'ils l'ont... et des entreprises, et des OBNL parce qu'ils les ont faits pendant cinq ans, pendant
10 ans, pendant 15 ans... bien, ça ne s'oublie pas, ça, le lendemain
matin, ça ne se perd pas. Et je pense que ça vaut la peine, pour la
population et... de pouvoir en profiter et que ça... que les positions soient
aussi ouvertes aux ex-parlementaires.
Mme Bourassa : Merci beaucoup.
Le Président (M. Bachand) : Merci.
Autres interventions du côté gouvernemental? M. le député de Saint-Jean, 8 min 34 s.
M. Lemieux : OK. Merci, M. le
Président. Bonjour, mesdames, presque bonsoir. D'abord, merci beaucoup de contribuer comme ça à nos... à notre réflexion
et d'avoir travaillé sur ce rapport, qui date déjà de quelques années, pour
qu'on puisse éventuellement le réactualiser.
Vous savez que la commissaire va présenter un nouveau rapport au plus tard dans un an et quelques jours. Donc, forcément, ça
va bouger. Et votre perspective est intéressante et elle est importante.
Avant de poser
ma question, je voulais renchérir sur ce que ma collègue disait au sujet des
médias. Effectivement, ça n'effacera jamais le doute, ce que vous nous
disiez, au sujet de quelqu'un qui se retrouve, entre guillemets, dans l'actualité à cause d'une enquête. Puis, de la
même façon, la vision du public à l'égard de cette personne-là, non seulement
elle va rester flouée ou, en tout cas, elle
va rester entachée, mais les médias eux-mêmes ne rapporteront jamais autant
qu'il n'y a rien eu que le doute qu'il y avait quelque chose. Bon.
Une fois qu'on a dit ça, ce n'est quand même pas
si clair que ça. Moi, aujourd'hui, j'ai essayé de suivre d'un témoin à l'autre, ce n'est quand même pas si clair
que ça. La commissaire a une certaine marge de manoeuvre pour répondre dès qu'un député dépose une plainte, en disant...
en demandant une enquête, en disant : Bien, à mon avis, il n'y a pas
matière à enquête. Mais c'est très flou puis c'est très peu, dans le code, bien
défini. Et donc c'est pour ça qu'elle nous demande de pouvoir aller avec cette étape-là préliminaire, entre
guillemets. Et effectivement vous... je vous entendais dire : Oui, puis
c'est juste pour elle, là, entre guillemets, personne d'autre ne va savoir ça.
Mais vous connaissez bien trop la politique
pour savoir que, quand un parti demande qu'on enquête sur l'autre, bien, c'est
parti, à partir de là, là, puis là arrivera ce qui pourra. Mais, au
moins, il y aura cette capacité de la commissaire, en dedans de quelques jours,
de dire oui, non, ou on verra. Phrase célèbre. Bon.
Je voulais vous entendre au sujet de la
souplesse. J'ai écrit ce mot-là en vous entendant dès le départ, quand vous avez parlé de souplesse. Et il y a
effectivement, même si ce n'est pas des recommandations que vous avez ciblées
comme étant quelque chose sur lequel vous vouliez parler... mais il y a quand
même la recommandation n° 16, n° 17,
où la commissaire demande d'avoir un pouvoir
un peu plus discrétionnaire... bien là, je vulgarise, là, mais d'être capable d'intervenir
auprès d'un député qui... ou même d'un ministre qui se retrouve avec une
plainte mais qu'elle considère que, bien, le
gros bon sens aurait peut-être sa place, qui n'est pas nécessairement dans le
code, alors elle demande de la souplesse. Puis je me demandais, quand vous avez
commencé à parler de souplesse, si c'est à ce genre de choses dont vous
parliez.
Mme Dionne
(France) : Écoutez, je vais laisser, peut-être, mes collègues
répondre à ça, parce qu'au niveau de la souplesse, là, j'ai... elles
sont peut-être plus expertes, là, en tant que tel, que je peux l'être.
Le Président (M.
Bachand) : ...
Mme Dionne (France) :
Agnès, peut-être? Ton micro, oui, oui, oui.
Mme Maltais (Agnès) : Oui, oui.
C'est... J'ai peu... J'ai eu peu de temps pour étudier ceci. Donner de la souplesse... Écoutez, on n'a pas beaucoup
commenté, on n'a pas beaucoup discuté de cet article-là en groupe. C'est clair
que, d'habitude, quand la commissaire
demande de la souplesse... je pense qu'elle doit vous présenter, peut-être,
les... de façon à ne pas évoquer le nom mais les raisons pour lesquelles
elle le demande. En général, c'est assez sérieux
quand la Commissaire à l'éthique
demande de la souplesse. Mais je pense que Manon a peut-être plus participé que
moi aux discussions entourant cet article-là.
• (18 h 10) •
Mme Blanchet (Manon) : Bien,
oui et non. Bonjour, tout le monde. Mais, en fait, je pense que, de façon
générale, un rapport sur le code d'éthique, il y a toujours place à la
souplesse pour un peu tous les articles ou pour tout le code, parce que, comme vous le disiez vous-même, M. le député, à
un moment donné, effectivement, il y a aussi le gros bon sens. Et je pense que la commissaire le témoigne dans...
rapidement, là, dans les échanges, dans les lettres, là, qu'il y avait en début de rapport, c'est aussi
pour s'adapter à toutes les situations possibles, parce que, comme... et Mme la
présidente le disait, justement, d'emblée, dans un article, elle
disait : On peut... Il n'y a pas de... C'est tout du cas par cas, comme on dit,
on ne peut pas faire du mur-à-mur. Donc, je pense que la souplesse doit être là
tout au long non seulement de la
rédaction du code, mais dans son application également. Je pense qu'on n'a pas
le choix d'y aller avec ça.
M. Lemieux : Effectivement.
C'est très particulier d'imaginer que ce sont tous des cas particuliers puis
qu'en même temps...
Une voix : Il faut que ça remplisse...
M. Lemieux : ...il
n'y a pas de codes qui peuvent codifier tout ça. Mais, justement, il y a, à la recommandation
n° 2... parce que tout le monde parle de la
n° 1, on est d'accord, bon, mais, la n° 2, «que les parlementaires
réfléchissent à l'opportunité de rendre publiques, dans un registre, certaines
mesures prises pour prévenir des situations
de conflits d'intérêts», ça, c'est intéressant, dans la mesure où, bon, il
faudrait que ce soit anonymisé. Et il y a peut-être juste vous,
Mme Maltais ou Mme Blanchet, qui diraient : Ah! c'est mon cas,
ça, puis personne ne va le savoir, mais ils l'ont pris comme exemple. Parce
qu'effectivement il y a comme une espèce de jurisprudence
qui pourrait s'installer s'il y avait un répertoire, un
registre où on pourrait dire : Bien, il y a eu telle sorte de cas, telle sorte de situation, ce n'est pas
exactement comme moi, mais je comprends que la décision, à ce moment-là, ça
a été celle-ci. Parce que, la majorité du temps, quand on va voir la
commissaire, on ressort de là avec son petit bonheur sous le bras en
disant : OK, si je ne fais pas ça, je vais être correct ou... Alors, ça,
c'est le genre de truc qui devient un petit peu plus délicat, là, parce que
peut-être que vous allez vous reconnaître dans trois ans si jamais il y a un
registre, là.
Mme Dionne (France) : Mais, M. le député, moi, j'aimerais... oui, on parle de
souplesse, mais, en même temps, rappelez-vous la recommandation 1, sous
laquelle on parle de dire de façon... des formations obligatoires, et ce n'est
pas pour rien, c'est parce que... Tu sais, on peut, oui, avoir de la souplesse,
parce qu'il y a différents cas puis ce n'est pas facile, mais, en même temps,
ce que nous, on recommande, c'est qu'il y ait une formation obligatoire non seulement aux députés, en tant que tel, mais
aussi au personnel. Ça fait que, quand on parle de situations délicates
où la Commissaire à l'éthique doit intervenir, en tant que tel... Bon.
Alors, si, parce qu'on est plus rigoureux sur
les formations qu'on donne puis qu'on donne à... puis nous, on recommande à chaque année parce que, dans un
cabinet de ministre ou un cabinet de député, alors, il y a des changements.
Alors donc, il faut, à un moment donné, que tout le monde soit sur la même
longueur d'onde, et c'est ça qui fait qu'on
fait de la... on fait... on prévient les problèmes, en tant que tel, donc, puis
on met plusieurs personnes... plus qu'une personne vigilante, parce que ça
bouge vite dans un bureau de comté, ça bouge vite dans un cabinet. Alors...
Vous le savez. Alors donc, c'est pour
ça que nous, on dit que cette formation-là doit être obligatoire et répétée de
façon annuelle pour, justement, là, avoir une rigueur...
M. Lemieux : Donnez-moi
juste...
Mme Dionne (France) : ...de plus en plus grande.
M. Lemieux : Donnez-moi
juste une dernière minute, parce que je veux absolument... On aurait dû
commencer par ça, parce que vous êtes spécialistes dans l'après-mandat,
nous, on ne l'est pas, et c'est important parce que, là, tout à l'heure, le Commissaire
au lobbyisme et la Commissaire à l'éthique ont des intentions par rapport à ce
que ce pourrait être pour les députés, ce
qui n'était pas vraiment le cas, c'était pour les ministres seulement. Vous en
avez parlé tout à l'heure, mais vous voyez ça d'un bon oeil, qu'on
resserre? Tant qu'à être plus éthiques, soyons-le jusque-là?
Le Président (M. Bachand) : ...
Mme Dionne
(France) : Mais que les... Les recommandations sur l'éthique,
tu sais, pour être vigilant, il y en a peut-être qui sont déjà bonnes
puis qui ne sont pas présentées dans les... dans tous les cabinets puis dans
tous les bureaux de circonscription, là.
Alors, il y a déjà ça. Alors, si on doit les... en ajouter, moi, je n'ai pas de
problème, je n'ai pas de problème avec ça, parce qu'on est rendu en
2023, et il y a des situations qui n'étaient pas là quand ça a été développé
puis que, là, maintenant, ça peut être amélioré.
Alors, nous, ce qu'on dit, c'est que... essayons
que tout le monde soit plus prudent, soit plus vigilant dès le départ puis de
façon annuelle pour qu'effectivement... qu'on se retrouve avec moins de
situations qui doivent aller au Commissaire
à l'éthique. Alors, si la... Mme la commissaire a congé parce qu'il ne se passe
rien pendant six mois, bien, tant mieux...
M. Lemieux : Tant mieux.
Mme Dionne (France) : ...tant mieux, en tant que tel.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
mesdames. Le président me fait des gros yeux. Merci, mesdames.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci. Non, non. Alors, M. le
député de Nelligan, pour 12 min 45 s. M. le député, s'il
vous plaît.
M. Derraji : Merci,
M. le Président. Chères collègues, merci. Merci de venir en commission. Merci
pour votre analyse. Merci pour la
lettre. Je vais terminer mes mercis. Merci de prendre le temps de venir nous
éclairer et de nous faire part de vos recommandations. Très, très
apprécié, chères collègues.
J'ai plein de questions. Je vais reposer la
question de mon collègue parce que ça touche quelque chose que le Commissaire au lobbyisme nous a dit qu'il voulait élargir. Sa
recommandation, c'est que... pour l'après-mandat, pour les députés non
membres du Conseil exécutif. Ça veut dire que, présentement, les ministres ne
peuvent pas exercer un mandat de lobbyisme
pendant deux ans, les chefs de cab, un an. Il nous propose de l'élargir à
l'ensemble de la députation, partie gouvernementale et aussi les
oppositions. Qu'est-ce que vous en pensez?
Mme Dionne
(France) : Vous... Est-ce que vous dites
qu'élargir... deux ans pour tout le monde, chefs de cabinet, ex-parlementaires, comme les ministres, qui doivent respecter
le deux ans? Est-ce que c'est ça, votre question?
M. Derraji :
Non. Ce qu'il disait, c'est qu'à... dans les autres
provinces canadiennes et que même chez nous, l'après-mandat, ça touche les
maires, présidents d'arrondissement, préfets, présidents du conseil d'une
communauté métropolitaine, membres du comité exécutif
d'une municipalité ou d'une communauté métropolitaine. Ce qu'il nous a proposé, c'est que la restriction d'après-mandat
doit dorénavant inclure les députés non membres du Conseil exécutif, ça veut
dire pas uniquement les ministres, l'élargir à l'ensemble de la députation.
J'ai posé la question : Est-ce que c'est uniquement au niveau du gouvernement? Non, c'est l'ensemble des députés.
Donc... Et, présentement, les chefs de cab, c'est un an, les ministres,
c'est deux ans. Donc, j'aimerais bien vous entendre sur cette recommandation.
Mme Maltais (Agnès) : Écoutez,
on n'a pas discuté beaucoup de cette recommandation-là, mais vous avez entendu
la présidente du cercle tantôt, elle a transmis l'impression que nous avons
tous, que le député a beaucoup de difficulté
ensuite. Le député qui n'a pas de métier dans la fonction publique, ou qui
n'est pas dans le monde de l'éducation, par exemple, ou professeur à
l'université, ce n'est pas si simple, se replacer après.
Je vais vous dire, je vais être bien franche,
là, un des endroits où on récupère bien les députés, je dirais, c'est souvent, justement, dans des ressources de
stratégie, de lobbying, et tout ça, parce que le député a une connaissance fine
de l'organisation gouvernementale. Mais est-ce que le député a, dans les mains,
le même type d'informations qu'a un chef de cabinet ou un ministre? Mais pas du
tout, pas du tout, sauf les députés qui parfois vont avoir des mandats
spéciaux. Je vais vous dire un nom, André Drolet, ex-député de... dans
Limoilou, de Jean-Lesage, avait eu un beau mandat
sur les PME. Là, il avait eu accès au ministère, mais c'était un mandat bien
précis et bien particulier. Il y a parfois des députés qui reçoivent des
mandats pointus, mais jamais, au grand jamais les députés n'ont accès aux informations
qu'ont les chefs de cabinet ou les
ministres. Alors, moi, j'ai peur qu'on les charge trop. Ce n'est pas pour rien
qu'ils ont été écartés à l'époque.
J'étais là lorsqu'on avait parlé du code d'éthique, on disait de protéger,
quand même, l'avenir des députés.
Je ne sais
pas si France veut rajouter quelque chose. Parce que c'est le sens que tu
disais. Je pense que ce n'est pas si simple, la vie d'après-mandat.
Mme Dionne (France) : Oui, effectivement. Et on a eu... je pense que vous avez vu
à la télévision, je pense, c'était au printemps... d'ailleurs, on a... il y a
une journaliste de Radio-Canada qui a fait des entrevues avec certains ex-parlementaires qui n'avaient pas trouvé... qui
trouvaient leur vie après la politique assez difficile, l'adaptation difficile.
Alors donc, c'est une chose.
Mais, quand même, on doit reconnaître que les
députés, en tant que tel, et je prends les commentaires d'Agnès Maltais, en
tant que tel... écoutez, ils sont partout à travers le Québec, en tant que tel,
et ils ne veulent pas nécessairement être
lobbyistes, mais ils ont acquis, pendant tant d'années, une connaissance. C'est
pour ça que pourquoi qu'on leur dirait : Bien, pendant deux ans,
vous ne pouvez pas être en lien avec le gouvernement? Je trouve ça tout à fait
inadmissible, moi, pour ma part, parce qu'on parle des compétences et des
aptitudes, en tant que tel, pour aider même
le gouvernement lui-même puis... Et la seule chose, c'est toute la question de
l'éthique. Quand un ex-parlementaire prend un mandat pour le
gouvernement et il était à l'opposition, c'est sûr que, si... il doit respecter
le code d'éthique, en tant que tel, et de
non-partisan, et ça, ça se comprend très bien. Mais j'aurais beaucoup de misère
à trouver... à penser que, un ex-parlementaire, on lui dirait :
Maintenant, ce n'est plus un an, c'est deux ans.
• (18 h 20) •
M. Derraji : Oui. Non, mais
c'est... Merci beaucoup. Au fait, je voulais vraiment, parce que, tout à l'heure,
j'ai essayé de poser la question, je ne peux pas avoir mieux que trois
ex-collègues pour nous parler d'une réalité. Et je vous remercie, parce que
moi-même, j'ai été extrêmement touché de voir le reportage. Il y avait une
collègue avec qui j'ai collaboré les quatre dernières années. C'est très
difficile, la vie après. Et vous êtes là maintenant, je serai là dans quelques années. Donc, il faut faire
attention. Mais je voulais absolument avoir l'heure juste avec vous. Ça a été
une proposition sur la table, mais vous êtes mieux placées de nous dire
si on doit aller de l'avant ou pas avec cette recommandation. Donc, c'est très
clair.
Recommandation 3, «Que les parlementaires
réfléchissent à l'opportunité de prévoir, dans certaines circonstances, un processus
de consultation du commissaire par les chefs des groupes parlementaires», vous
avez déjà levé un drapeau rouge : «...doivent réfléchir sérieusement à
adopter cette recommandation.» Pouvez-vous nous dire c'est quoi, les choses que vous voyez que
c'est dangereux ou, à la limite, on ne doit en aucun cas aller de l'avant
avec ces recommandations?
Mme Dionne
(France) : Écoutez, je pense que... Peut-être, Agnès, tu t'es
penchée un peu plus sur ce dossier-là. Je te laisse...
Mme Maltais
(Agnès) : En fait... Oui. Merci, France. En fait, on était
plutôt d'accord avec la recommandation... dire que nous croyons que le chef peut parfois poser des questions à la
commissaire. Il est... Le chef est redevable de la probité, de
l'honnêteté et de l'intégrité de son caucus devant la population, via les
médias. Les médias questionnent les chefs à
l'instant même où il se passe... où il y a un indice de manque d'éthique, en
quelque part, sur un député. Alors, que le chef...
M. Derraji : «...doivent
réfléchir sérieusement à adopter...»
Mme Maltais
(Agnès) : Oui, oui, doivent réfléchir sérieusement à
l'opportunité d'accepter cette recommandation...
M. Derraji : Oui, adopter, oui.
Mme Maltais
(Agnès) : ...à l'adopter, parce qu'un processus de consultation du
commissaire par les chefs des groupes pourrait permettre, par exemple, qu'un
chef qui réalise qu'un député est dans une situation dangereuse et qu'il veut
le convaincre de sortir de cette situation-là... bien, avec un avis du
commissaire, le chef peut s'asseoir avec le
député puis lui dire : Écoute, jeune homme ou jeune femme, il faut que tu
sortes de cette situation-là, parce que, sinon, on va avoir un problème, tu as
un problème d'éthique ou on va avoir un problème médiatique. Donc, c'est
important.
M. Derraji :
OK. Merci pour les clarifications. Donc, vous voulez utiliser l'autorité
morale du chef pour avoir un effet de
levier, de négociation, c'est ce que vous dites par la suite : «Cela peut
aussi devenir un instrument de négociation pour mettre fin à une
situation déplaisante pour toutes et tous et ainsi éviter une crise», donc que
l'avis soit communiqué au chef du... de la
formation politique pour que, par la suite, lui, il parle avec le député ou la
députée concernée.
Mme Maltais
(Agnès) : Oui, mais aussi qu'un chef puisse faire... appeler la
commissaire et dire : J'ai un député qui... que je crois avoir un
problème, un problème d'éthique, est-ce que je peux te demander ton opinion?, que ce ne soit pas le député qui le demande
directement, ce qui était dans le premier code, ce qui était prévu, mais que
le chef des parlementaires puisse consulter la commissaire sur la situation
d'un de ses députés, pour ensuite parler à ce
député et lui dire : Écoute, tu dois mettre fin à cette situation-là,
c'est mauvais pour toi, c'est mauvais pour nous, c'est mauvais pour le
parti, c'est mauvais pour l'Assemblée nationale.
Parce que, écoutez,
on se retrouve ici devant une situation où on... ce que nous... dont nous
faisons la promotion, c'est la prévention. C'est-à-dire que, si le député
quitte une situation où il est en conflit d'intérêts ou manque d'éthique, grâce à cet avis de son chef via le commissaire, bien,
c'est intéressant pour tout le monde. On évite une crise, on évite une
médiatisation d'une mauvaise situation qui, ensuite, va pousser le député à
sortir puis qui va enclencher tout ça. Autrement dit, si ça peut prévenir
plutôt que guérir, c'est très bien.
M. Derraji :
Oui, c'est excellent, c'est très clair. Merci beaucoup pour les
clarifications.
Recommandation 5.
Je vous ai entendues, tout à l'heure, parler du déclenchement d'une enquête.
Oui, c'est une chose grave, oui, il y a des répercussions, et le collègue l'a
très bien mentionné, c'est que l'effet du déclenchement de l'enquête... et on s'entend que l'enquête... la
commissaire, quand elle... qu'elle juge recevable l'enquête, elle déclenche
une enquête, ce n'est pas... c'est un début de processus, ce n'est pas la fin
du processus, mais, une fois le processus terminé,
il y a deux cas de figure ou trois cas de figure, mais on dirait que l'emphase,
elle est beaucoup plus sur la première phase, à savoir l'ouverture
d'enquête.
Vous, vous êtes à
l'extérieur maintenant, vous observez tout ce qui se passe. J'imagine, vous
avez vu passer plusieurs enquêtes. C'est
quoi, votre interprétation? Si on veut vraiment que le processus soit respecté,
que la commissaire ou que la... les
personnes ou la commissaire elle-même peut déclencher une enquête, elle a tous
les droits de déclencher une enquête,
elle n'a pas besoin que les parties lui demandent de faire enquête... vous,
comment vous voyez tout cela?
Mme Dionne
(France) : En fait, quand on regarde la
recommandation 5, elle se termine... en tant que tel, on expose, effectivement, tous ceux qui sont affectés
par l'enquête, en tant que tel. Puis je pense qu'on a... il y a des exemples
que vous avez dû voir, là, du passé, où il y a des enquêtes qui ont été... Tu
sais, ça, c'est difficile pour tout le monde, en tant que tel, et c'est pour ça
qu'on parlait du délai de 14 jours, qui nous semblait raisonnable, en tant
que tel, pour prévenir. Nous autres, c'est
toujours un peu ça, hein, pour... effectivement, s'il y a des choses à faire,
en tant que tel, de pouvoir prévenir
dans un délai de 14 jours maximum. Tu sais, on est prudents, compte tenu
de l'impact, maintenant, des médias sociaux à travers le Québec. Alors,
ça, c'est...
Et, vous savez, il y
a des conclusions qui sont positives, d'autres qui sont négatives. Alors, quand
on a fait un processus, en tant que tel, vous savez, c'est dur pour les gens.
Alors, c'est pour ça qu'on dit : Bien, oui, il faut... il ne faut pas... il
faut... il ne faut pas ne pas le faire, mais peut-être d'avoir un... être
étapiste, si on veut, un petit peu, pour permettre de protéger tous les gens et
de s'assurer que la vérité est là autour de la table, hein?
M. Derraji :
Merci, encore une fois, à vous trois. Le temps qu'il me reste est terminé,
mais je vais prendre les quelques minutes
qu'il me reste, bien, pour remercier les collègues, vous remercier. Mais je
veux aussi, conformément à l'article 176 de notre règlement... je
demande à ce que, d'ici la fin de la semaine, vous réunissiez, M. le Président,
la commission en séance de travail pour déterminer les observations et surtout
les recommandations à la lumière de l'ensemble des commentaires que nous avons
reçus tout au long de la journée. Merci beaucoup, chères collègues. Merci à
vous trois.
Des voix :
Merci.
Le Président (M. Bachand) : Merci. Donc, effectivement, vous serez convoqués à une rencontre de...
séance de travail très bientôt.
M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve,
pour 4 min 15 s.
M. Leduc :
Merci, M. le Président. Je souscris à la proposition de mon collègue de
l'opposition officielle, c'est une bonne idée.
Salutations
à nos trois ex-élues. Je me rappelle que la formation qui m'avait le plus
marqué quand j'ai été élu la première fois, en 2018, c'était la formation en
fin de journée où est-ce qu'on avait d'ex-députés qui venaient nous parler de
leur vie, conciliation travail-famille, ne pas trop boire d'alcool dans les 5 à
7 où on est invités, des choses comme ça. En tout cas, c'était vraiment une
belle formation puis ça m'avait vraiment marqué. Alors, je salue votre
implication dans ce... dans notre vie parlementaire à nous.
Je
ne sais pas si le Cercle des ex-parlementaires a une position sur le fameux
débat alentour de la rémunération des élus. Vous avez peut-être entendu
les débats qu'il y a eu plus tôt aujourd'hui ou les échanges en lien avec la
recommandation, là, de Me Mignolet, là, à savoir qu'il devrait y avoir un
comité indépendant exécutoire. Je ne sais pas si le cercle a une position
là-dessus.
Mme Dionne
(France) : Écoutez, je pense que, quand...
On a vu tout ce qui s'est passé quand vous avez travaillé, justement, à la
révision des salaires, en tant que tel, puis des indemnités. On vous a suivis
de près, parce qu'il y a quand même
l'expérience passée, et je pense que, le rapport... qui a été préparé en
fonction des recommandations, c'étaient
deux ex-parlementaires qui étaient là. Alors, c'est certain que, peut-être, si
ça avait été un juge, peut-être que, pour avoir fait les mêmes
recommandations, ça serait différent.
Mais il n'en demeure
pas moins que, nous, ce qui nous importait de... le plus, en tant que tel,
c'était un autre élément, dont on n'a pas pu parler, en tant que tel, c'est les
pensions des ex-parlementaires, parce qu'à ce niveau-là il y a un historique,
hein, il y a une partie des ex-parlementaires toujours vivants qui ont eu
indexation totale, une partie qui ont indexation seulement si l'inflation est
de plus de 3 %, et, par la suite, il y a eu aussi d'autres éléments qui
ont été ajoutés, par la suite.
Donc, nous, notre
mention, c'est une question d'équité. Alors, on se dit : Quand on a été
ex-parlementaire, et quel que soit le
moment, en tant que tel, je pense que... Et il y a des ex-parlementaires, vous
savez, qui n'ont que leur pension d'ex-parlementaire, et ça doit être
très difficile ces temps-ci. Mais, cette année, pour la première fois,
l'indexation a été donnée à ceux qui n'avaient pas d'indexation dans le passé.
Alors, vous comprenez
que, nous, c'est beaucoup plus notre préoccupation. Je sais que les
parlementaires actuels, les partis
politiques ont fait leur travail avec diligence et... Bon. Alors, il y a eu un
choix qui a été fait, une décision. Mais, nous, notre préoccupation
était beaucoup plus au niveau de l'équité des pensions des ex-parlementaires.
• (18 h 30) •
M. Leduc :
Je comprends. Donc, pas de position formelle sur le mode à suivre par
rapport à la révision de la rémunération?
Mme Dionne
(France) : En fait, je pense que vous
êtes... si j'ai bien compris, vous avez... les prochaines augmentations vont
être au même moment que des... les cadres supérieurs de la fonction publique.
M. Leduc :
Ça, c'était déjà dans la loi, ça fait... c'était déjà dans la loi.
Mme Dionne
(France) : Bon, c'était déjà là. Donc...
Bon. Alors, c'est comme ça. Je pense que... Voilà.
M. Leduc :
OK. Parfait. Sur la... J'ai été bien sensible à votre argumentaire sur les
demandes d'enquête puis l'impact que ça peut avoir sur les élus en cours, sur
leurs familles, sur leurs environnements, leurs circos. J'essaie de réfléchir,
tu sais, au-delà de... Est-ce que c'est une culture? Est-ce que vous pensez que
la commissaire... le ou la commissaire se sent obligé de répondre à chacune des
demandes d'enquête qui peuvent provenir des oppositions? Est-ce qu'elle ne
pourrait pas avoir le droit de dire : Bien, cette demande-là, prima facie,
me semble un peu farfelue ou manque de substance, et écarter la demande
d'enquête? Est-ce que vous pensez qu'elle se sent obligée de dire oui à tout ce
qu'on lui propose de faire?
Mme Dionne (France) : Je vais laisser ma collègue Agnès, peut-être, répondre parce qu'elle a
travaillé un peu, dans le passé, sur le code d'éthique, là.
Mme Maltais (Agnès) : Je
ne crois pas que la commissaire se sente obligée. Elle a une énorme
responsabilité. Je pense aussi que, quand les députés déposent une
demande d'enquête, ils sont sérieux.
Je vous dirais que la
commissaire a noté aussi qu'avant les élections il en était tombé, parfois,
beaucoup, ce qui est peut-être un signe de période plus difficile à vivre,
médiatiquement, pour les enquêtes. Mais ce que je note surtout de la recommandation, c'est qu'elle demande une enquête
préliminaire. Là, on n'est pas entré dans les détails, mais c'est sûr que, si
tu fais une enquête préliminaire, tu peux aller chercher des documents, tu peux
rencontrer le député. Tu n'es pas en
processus d'enquête, mais tu as déjà, comme, l'approbation de l'Assemblée
nationale et le député pour commencer la discussion. Et peut-être que la
discussion va s'arrêter très vite. Mais, avant d'aller chercher des documents,
puis tout ça, la commissaire doit, donc, se mettre en branle, avoir un mandat
d'enquête.
C'est pour ça que
l'enquête... On dit «enquête préliminaire», mais ce serait une étude préalable
du cas avant de faire une enquête. Si
c'était bien inscrit, mieux inscrit dans le code, elle pourrait peut-être le
faire de façon un peu plus formelle, sans ameuter encore, là, la place
publique. Ça fait que je pense qu'il y a...
Le
Président (M. Bachand) : Merci.
Mme Maltais
(Agnès) : ...elle cherche un intermédiaire qui permettrait de bien
comprendre le dossier, mais de ne pas être déjà en processus d'enquête. On
trouve que ça a bien de l'allure.
M. Leduc : Merci beaucoup.
Merci.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Alors, on termine
nos auditions avec vous, mesdames. Ça a été un grand privilège. Merci
d'avoir participé aux travaux de la commission.
Et, compte
tenu de l'heure, la commission ajourne ses travaux au
jeudi 23 novembre 2023, après les avis touchant les
travaux des commissions, où elle va entreprendre un nouveau mandat. Merci
beaucoup. À bientôt. Au revoir.
(Fin de la séance à 18 h 34)