(Onze heures dix minutes)
Le Président (M.
Bachand) : Bonjour, tout le monde. Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions
ouverte. Je vous souhaite, encore une fois, la bienvenue.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
n° 54, Loi donnant suite à la Table Justice-Québec en vue de réduire les
délais en matière criminelle et pénale et visant à rendre l'administration de
la justice beaucoup plus performante.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel) est remplacée par Mme Lachance (Bellechasse) et M. Zanetti
(Jean-Lesage) est remplacé par M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne).
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup.
Donc, nous allons débuter par les remarques
préliminaires, puis nous entendrons par la suite les organismes suivants :
l'Association des procureurs aux poursuites criminelles et pénales ainsi que le
Réseau des centres d'aide aux victimes d'actes criminels, mieux connus sous le
nom de CAVAC.
Remarques préliminaires
Alors, M. le ministre, vous avez la parole pour
vos remarques préliminaires pour six minutes. M. le ministre.
M. Simon
Jolin-Barrette
M. Jolin-Barrette : Oui, merci,
M. le Président. Un plaisir de vous retrouver et de retrouver les membres de
cette commission. Ça faisait longtemps, on était dus, M. le Président.
Alors, écoutez, les Québécois doivent avoir un
système de justice performant et accessible qui leur permette de tourner la
page rapidement sur ce qu'ils vivent. Une personne victime qui a le courage de
dénoncer et de porter plainte doit recevoir
une décision dans les meilleurs délais. La situation des délais judiciaires
s'est aggravée, certaines causes ont dû être abandonnées, on l'a vu dans
l'actualité, M. le Président. À notre corps défendant, il y a eu des arrêts des
procédures. Les procureurs aux poursuites criminelles et pénales ont dû déposer
des nolle prosequi, et ça, à chaque fois qu'il y a un arrêt ou qu'il y a un
nolle, M. le Président, bien, il y a des victimes derrière ça, il y a des
personnes qui ont eu le courage de dénoncer.
Et le système de justice doit donner confiance
aux personnes victimes. Et c'est pour ça que je suis heureux qu'on ait mis en
place la Table Justice l'automne dernier, avec tous les partenaires du système
de justice, avec le ministère de la Justice, le ministère de la Sécurité
publique, le Directeur des poursuites criminelles et pénales, la Commission des
services juridiques, la Cour d'appel du Québec, la Cour supérieure du Québec,
la Cour du Québec, le Barreau du Québec, l'Association des avocats de la défense de Montréal, Laval, Longueuil,
l'Association québécoise des
avocats et avocates de la défense, la Chambre des notaires du Québec, le Réseau
des centres d'aide aux victimes d'actes criminels. Et le travail concerté de
tous ces partenaires-là du système de justice, ça a amené le dépôt du plan
d'action de la Table Justice 2023‑2024, que vous avez pu constater dans
les médias. Et le projet de loi qu'on va étudier au cours des prochains jours,
le projet de loi n° 54, vise justement à donner suite aux mesures de la
Table Justice, celles qui requièrent des modifications législatives.
Et je suis heureux qu'on puisse l'étudier et de
débuter les consultations particulières, parce qu'en permettant le fait
d'étudier rapidement et de déposer un projet de loi pour donner suite aux mesures
de la Table Justice, bien, ça va avoir une véritable influence sur le système
de justice, sur la confiance des gens, sur la question des délais judiciaires, parce que ce sur quoi il faut
travailler, et ça fait suite, notamment, à de multiples péripéties, M. le
Président, que vous avez pu constater
au cours des dernières années dans le système de justice, pour le gouvernement
du Québec, ça a toujours été un élément fondamental, de limiter les
délais judiciaires parce que, lorsqu'il n'y a pas de dossier entendu, lorsque
les dossiers tombent, il n'y a pas de justice, et ce n'est pas ce que l'on
souhaite.
Alors, tous les partenaires du système de
justice doivent mettre l'épaule à la roue, et c'est ce qui s'est produit cet automne, lorsqu'on a fédéré tous les
partenaires pour arriver avec le plan d'action de la Table Justice et notamment
avec le projet de loi que nous avons devant nous.
Donc, il y a trois actions-phares émanant de la
Table Justice qui ont découlé de ça, notamment l'octroi de nouveaux pouvoirs de
juge... aux juges de paix magistrats afin qu'ils puissent présider les
comparutions et les enquêtes sur mise en
liberté, des tâches normalement réservées aux juges de la Cour du Québec. Cette mesure a le potentiel, M. le Président, de libérer 15 à 20 juges
à temps plein à la Cour du Québec s'ils sont assignés pour faire ces tâches. Donc, ça signifie, M. le
Président, une bouffée d'air frais. Vous savez, on vient de rajouter
14 juges en matière criminelle et pénale dans le système de justice, plus 15 à 20, donc, voyez-vous, ça peut
avoir véritablement un impact sur le système de justice.
Et
je vous rappellerais l'entente que j'ai signée avec l'ancienne juge en chef de
la Cour du Québec, justement, pour faire en sorte, suite à la décision
unilatérale de la Cour du Québec de diminuer le nombre de jours siégés... de
faire en sorte de se fixer, pour la première fois, des objectifs précis, ciblés — pardon,
M. le Président — relativement
aux délais, que la moyenne des dossiers soit de 212 jours, qu'on ferme
plus de dossiers annuellement qu'on en ouvre pour,
justement, limiter l'inventaire avec un taux de fermeture de 1,1 et également
de faire en sorte que 87 % des dossiers soient traités à
l'intérieur de 18 à 30 mois.
Vous allez me
dire : Bien là, il en manque 13 %, des demandes qui viennent de la
défense et qui ne sont pas comptabilisées.
Donc, avec ces cibles-là, lorsque les juges de la Cour du Québec les auront
atteintes, on va être à flot, justement,
en donnant davantage de ressources, comme nous l'avons fait, et en libérant un
potentiel de 15 à 20 juges, alors ça nous amène, justement, des gains
d'efficacité. Il faut repenser la façon dont on fait les choses. Il faut être plus
efficaces, plus efficients. Et aujourd'hui on a le résultat concret de mesures
de la Table Justice, qui va nous permettre de faire en sorte que, justement,
on donne des outils aux partenaires du système de justice pour faire
fonctionner le système de justice.
On va permettre la
possibilité aux juges de paix magistrats de tenir les comparutions et les
enquêtes sur mise en liberté par visioconférence sept jours sur sept, M. le
Président. Ça, on le fait déjà les fins de semaine, mais ça va permettre notamment — quand
je dis de mieux travailler — d'éviter
que les procès qui ont cours soient suspendus pour faire comparaître ou pour
les enquêtes sur mise en liberté en raison des délais plus serrés. Donc, la
façon de travailler va nous permettre, justement, d'améliorer le tout.
On allège également
le régime de preuve pour économiser du temps d'audience, éviter des
déplacements à la cour aux témoins lorsque les règles étaient trop strictes. Et
il y a certains dossiers qui vont aller vers les juges de paix fonctionnaires.
L'important, c'est d'avoir le bon officier de justice au bon endroit et qu'il
soit optimisé par rapport à ses compétences et à son expertise, et c'est ce que
nous faisons, avec cet effet de cascade là, en passant des juges de la Cour du
Québec aux juges de paix magistrats, aux juges de paix fonctionnaires.
On ajoute également
sept postes de juge à la Cour supérieure afin d'améliorer l'accès de la justice
en région, où la majorité des postes
additionnels sont situés. Ça, c'est fondamental parce que, depuis 2016, la Loi
sur les tribunaux judiciaires a été
modifiée de 157 à 157 juges, et le fédéral n'a jamais désigné les juges,
et c'est une demande conjointe de la part de la Cour supérieure du Québec et de
la part du ministère de la Justice que le fédéral accorde des ressources
judiciaires supplémentaires à la Cour
supérieure. Je pense, c'est fondamental, notamment en matière familiale,
notamment en matière civile. Les délais sont longs pour les justiciables, et
donc nous, on fait notre part, on finance l'administration de la
justice, les greffiers, les bureaux. Alors, je pense que c'est un signal qu'on
envoie au gouvernement fédéral. Et, avec les
multiples communications que j'ai eues avec le ministre fédéral de la Justice,
je souhaite que le gouvernement fédéral soit conscient de toute
l'importance pour accompagner le système de justice.
Autre élément
important du projet de loi : l'optimisation de la procédure de
confiscation des biens provenant d'activités
illégales. Pour éviter la judiciarisation de nouveaux dossiers, on crée la
confiscation administrative justement pour permettre que les biens issus
des produits de la criminalité, bien, ne servent pas à enrichir les criminels.
Merci, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
M. le ministre.
Alors, M. le député d'Acadie,
pour 3 min 36 s. M. le député, s'il vous plaît.
M. André Albert Morin
M. Morin :
Merci. Merci, M. le Président.
Alors, bonjour, M. le ministre, distingués collègues. Je salue également
les fonctionnaires qui accompagnent M. le ministre dans le cadre de l'étude de
ce projet de loi.
Dans mes remarques
préliminaires, je vous dirai : Oui, l'accessibilité à la justice, c'est
fondamental, on veut que la justice soit
efficace, que ça aille vite. Mais là on a un projet de loi, M. le Président,
puis il y a des fois, bien, quand on
va trop vite, comme parlementaires, on risque de faire des erreurs. Et je tiens
à le souligner parce que la vitesse à laquelle les différents groupes
ont été convoqués, ça s'est fait tellement rapidement que nous n'avons pas reçu
tous les mémoires. Il y a des groupes, ce qu'on me dit, qui n'ont même pas pu
en produire. Puis le mémoire du Barreau du Québec, et je le salue, qui est
quand même très étoffé, bien, on l'a eu ce matin, quelques... en fait, à peine
une heure, une heure et demie avant le début des audiences, et je trouve ça
malheureux parce que moi, comme législateur, comme
parlementaire, j'ai un rôle à jouer. Mais évidemment, quand on est bousculé
puis qu'on arrive à la dernière minute, bien, c'est toujours un peu plus compliqué puis ça diminue... ça
diminue, je vous dirais, la qualité des échanges qu'on peut avoir avec
les différents groupes, et ça, je tenais à le noter.
Évidemment, on ne
peut pas être contre la Table Justice-Québec, c'est un excellent forum. Mais,
quand M. le ministre disait que tous les
partenaires sont là, bien, je pense que M. le ministre en a oublié un. Il y a
le Service des poursuites pénales du Canada, organisme que je connais un
peu, qui n'est pas là. Évidemment, ils n'ont pas le volume du DPCP au Québec,
je le reconnais, je le sais, mais c'est quand même... ils sont devant les
tribunaux criminels au quotidien. Alors, quand on regarde les mesures qui
pourraient être adoptées, consolider, renforcer le changement de culture, les
différentes rencontres statutaires avec la défense et le DPCP, je pense qu'on
gagnerait également d'avoir SPPC.
Ceci étant dit, c'est sûr qu'il y a des éléments
du projet de loi que je salue. Un des éléments, par ailleurs, de la Table
Justice-Québec, c'est étendre les
pouvoirs des juges de paix magistrats en matière criminelle. Ça, on va avoir
le temps d'en discuter, mais je pense qu'on peut dire d'emblée que c'est une
bonne mesure puis ça va permettre, effectivement, d'avoir les bons acteurs
judiciaires au bon endroit pour rendre la justice.
Cependant,
et j'ai peut-être mal lu, mais je regardais dans le plan d'action et j'essayais
de trouver toutes les discussions, les
recommandations en lien avec les confiscations, et ça, je ne l'ai pas vu. Donc,
c'est un ajout, semble-t-il. On va en
parler avec les différents groupes qui vont venir témoigner devant la
commission, mais c'est également un élément important, puis ça n'a pas
fait partie du plan d'action.
L'autre élément qui est
manquant dans le plan d'action, à moins que j'aie mal lu, encore une fois, je
n'ai absolument rien vu pour la justice avec les Premières Nations et les
Inuits et la justice dans le Nord, ça semble être complètement évacué, puis on
sait parce que M. le ministre lui-même a demandé à Me Latraverse de lui
produire un rapport sur la justice dans le Nord. J'aurais espéré que, dans le
plan d'action, on voie quelque chose là-dessus, mais ça n'y est pas.
Alors, ça complète
mes remarques préliminaires. Très heureux d'être avec vous puis surtout très
heureux d'entendre des groupes pour traiter de ce sujet important qui est
l'accès à la justice. Merci.
• (11 h 20) •
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
M. le député.
Donc, je cède la
parole, maintenant, au député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour
1 min 12 s. M. le député, s'il vous plaît.
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard :
Merci beaucoup, M. le Président. Content de vous revoir aussi. Bonjour aux
collègues, bonjour à leurs équipes également.
Je vais être d'accord
avec mon collègue, là, encore de courts délais, des désistements, des mémoires
qui sont rentrés hier, qui sont rentrés ce matin également, des
communications... ou, en fait, pas de mémoire, dans certains cas, parce que les
délais sont trop courts. Je pense, effectivement, que... puis ce n'est pas la
première fois qu'on en parle ici, là, dans cette commission, il y a quelque
chose qui s'en vient. Non, non, ça fait... Vous le savez très bien, M. le ministre, là, il y a des mémoires qu'on a
reçus ce matin puis il y a des mémoires qu'on a reçus hier. Ça fait que vous
pouvez le nier comme vous voulez le nier, là, il y a des mémoires qu'on reçoit
en ce moment, ça fait que je pense qu'on pourrait passer notre temps à débattre
de choses qui sont actuellement débattables.
Évidemment, on
accueille le PL positivement...
M. Jolin-Barrette :
...
M. Cliche-Rivard : Je pense, c'est moi qui a le temps de parole, M.
le ministre... M. le Président? Exactement. On accueille le PL
positivement dans ce qui est présenté comme accélérant la justice, dans la
mesure où c'est ça que ça fait. Évidemment, on voit que le PL dépasse les
mesures du plan d'action, mon collègue en a parlé. Évidemment, on va avoir quelques questions, notamment sur la
confiscation administrative, sur les rôles des juges magistrats, sur la question
des renvois en Cour d'appel.
Donc, il y a
plusieurs points à éclaircir, on a beaucoup de travail, alors allons-y. Merci,
M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : ...merci beaucoup, M. le député.
Mme la députée de
Vaudreuil, 1 min 12 s. La parole est à vous.
Mme Marie-Claude Nichols
Mme Nichols : Oui, merci, M. le
Président. Alors, à mon tour de saluer les collègues et vous, M. le Président.
Je vais être très
brève. Je ne veux pas être redondante non plus. Comme le disaient mes
précédents collègues, évidemment, on ne peut pas être contre le principe du
projet de loi et de ses objectifs. Oui, il y a certaines mesures qui dépassent peut-être le plan d'action, on aura
évidemment... j'aurai des questions, des commentaires, pour jouer mon rôle
comme le rôle de l'opposition... de la deuxième opposition et de la députée
indépendante afin de bonifier le projet de loi. Je pense que c'est notre
rôle, ici.
Bien sûr, je suis
heureuse d'entendre les groupes, parce que ce sont eux, les acteurs du milieu,
ce sont eux qui peuvent nous donner la
température de l'eau. Donc, ça nous fera plaisir de les accueillir et de leur
poser les questions pour nous donner un coup de pouce afin de livrer un
excellent projet de loi. Merci, M. le Président.
Auditions
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Donc, on va débuter les auditions. Alors, il me fait plaisir d'accueillir officiellement les représentants
de... et représentantes, pardon, de l'Association
des procureurs aux poursuites criminelles et pénales. Alors, merci d'être avec nous. Comme vous savez,
vous avez 10 minutes de présentation. Je vous cède la parole, mais,
s'il vous plaît, d'abord présenter qui vous êtes et qui vous accompagne, s'il
vous plaît. Merci.
Association des procureurs aux poursuites
criminelles et pénales (APPCP)
M. Michaud (Guillaume) : Alors,
merci, merci beaucoup de nous accueillir. Je vous remercie pour l'invitation. Donc, Guillaume Michaud, président
de l'Association des procureurs aux
poursuites criminelles et pénales. Évidemment, je
suis un procureur depuis 17 ans, mais président depuis sept ans. Je suis
accompagné, à ma gauche, de Me Karine Frenette, qui est membre du conseil
d'administration de l'association et qui est la référence, au DPCP, en matière
de confiscation, et, à ma droite, Me Olivier Charbonneau, qui est
vice-président de l'Association des procureurs
aux poursuites criminelles et pénales et qui est spécialisé pour les crimes
sexuels et abus contre les enfants.
Alors, je vous remercie, effectivement, de nous
accueillir ici, là, pour pouvoir nous exprimer. On a accepté cette invitation
puisque les absents ont toujours tort, mais je vous préviens, malgré toute
notre volonté sincère d'être constructifs et
d'alimenter vos travaux à partir des recommandations pour bonifier le projet de
loi n° 54, on n'est pas ici pour vous parler seulement de ce qu'il
contient, mais surtout de ce qu'il ne contient pas.
Donc, avant
toute chose, qu'est-ce que l'association? L'association représente
uniquement... est la représentante unique des quelque
800 procureurs du Québec depuis 1990. On n'a pas le droit de se syndiquer,
pas le droit de faire la grève, pas le droit
de s'unir avec d'autres groupes, alors on est les seuls représentants et on est
une association qui fait tout par nous-mêmes.
Alors, qui sont les procureurs? Bon, vous le
savez, j'y vais rapidement, là, les procureurs sont des avocats spécialisés qui représentent l'État et,
ultimement, l'intérêt public — et
non la victime — devant
les tribunaux. On applique plus de 100 lois canadiennes,
québécoises ainsi que leurs règlements. On joue un rôle important auprès des
victimes, évidemment. Et, en résumé, le procureur travaille afin de veiller
afin que tous puissent vivre dans une société juste et sécuritaire.
Alors, avant
d'aborder le contenu du projet de loi, permettez-moi une observation sur la Table Justice-Québec, qui est à la base de ce
projet de loi. Dans le plan d'action... je cite M. le ministre, là : «Ce
plan s'inscrit dans la continuité des autres mesures que nous avons
mises de l'avant, mises en place au cours des dernières années en collaboration
avec l'ensemble des partenaires du milieu.» À la page 3, il dit également
«rassemble l'ensemble des partenaires du milieu judiciaire québécois». Et
aujourd'hui je l'entends dire : «Tous les partenaires du milieu étaient
présents.» Or, je trouve important de dire
que nous n'avons pas été invités à cette table, ce qui nous envoie un drôle de
message. Je tiens à dire que nous sommes un acteur incontournable du
système judiciaire. On représente l'entièreté des procureurs du Québec. On est un acteur incontournable au Québec,
au Canada. On n'est pas la même entité que le DPCP, on ne pense pas
nécessairement pareil et on a nos propres opinions. En fait, aujourd'hui, ce
que je viens vous dire, je viens vous parler
du terrain. Je viens représenter l'ensemble des procureurs, qui travaillent à
tous les jours, à qui on donne bien des directives, des orientations,
mais à qui on donne insuffisamment de moyens.
Alors, je vais commencer par reconnaître les
avancées du projet de loi, là, pour la justice criminelle. Évidemment, je ne
suis pas un spécialiste en droit civil, alors je veux m'attarder à la justice
criminelle. Pour nous, elles sont minces. J'en ai retenu deux.
Tout le volet pénal, là... Je vais y aller
globalement, là. Tout le volet pénal, les amendements du projet de loi ne
visent que quelques amendements techniques. Évidemment, ça va permettre
l'administration de plus de preuves documentaires,
permettre, en l'absence du défendeur, de procéder plus rapidement, donc, oui,
c'est une avancée. C'est un certain
gain de temps, maintenant, parce qu'on va pouvoir assigner moins de témoins,
débattre moins de... l'admissibilité de
la preuve de certains documents. Est-ce que c'est pratique? Oui. Est-ce que
c'est une révolution? Non. Est-ce qu'on va sauver une quantité
incroyable de temps? La réponse, c'est non. On va sauver une infime quantité de
temps. Oui, ça va être pratique pour les procureurs, oui, les procureurs sont
contents, les procureurs qui travaillent au pénal, mais est-ce qu'ils se
disent : On va sauver énormément de temps? La réponse, c'est non.
L'ajout des juges de la Cour supérieure. Donc,
je salue toujours l'ajout de ressources, c'est ce que ça prend et c'est ce que vous allez m'entendre dire
aujourd'hui. Ça prend... la priorité, c'est d'ajouter des ressources, alors je
salue cet ajout-là. Est-ce que je peux dire que c'est assez? Je ne le
sais pas, ce n'est pas un groupe que je représente, mais, quand même, je salue
cet effort-là d'ajouter des juges.
Maintenant, il faut se dire, les avancées pour
le droit criminel sont minces pour la réalité du terrain. Pourtant, le titre du projet de loi était chargé d'espoir
pour nous. Mais parfois le titre ne suffit pas, il faut regarder dans le
contenu. Je ne suis pas un expert du civil, comme je vous ai dit, mais
en criminel, ce n'est pas révolutionnaire. On parle, pour nous, d'économie de bouts de chandelle pour la
récupération du temps. Il n'y a pas personne, il n'y a pas un procureur
qui m'a appelé en me disant : C'est la bouffée d'air qu'on avait besoin.
Au contraire, les procureurs, présentement, sont au bout du rouleau, ont
l'impression qu'on les laisse tomber, qu'on laisse tomber les victimes, envers
qui on a des responsabilités.
Alors, on est donc ici. Je vous lance un cri du
coeur, on vous lance un cri du coeur afin de tendre vers un véritable
changement dans les faits, sur le terrain, là où les enjeux se jouent à tous
les jours.
Je vous parle
d'un aspect plus spécifique au niveau de la confiscation, ce qui est dans la
loi. J'y vais rapidement parce que c'est des modifications à la
confiscation civile, et on pourra revenir si vous avez des questions, mais,
encore une fois, on n'est pas des experts en droit civil. Ce que je peux vous
dire, présentement, c'est que le droit criminel, pour la confiscation
criminelle, on a préséance sur le civil, alors ce n'est que si on signe un
formulaire de refus que le dossier ira en
confiscation civile. Alors, il n'y a rien dans le projet de loi sur la
confiscation criminelle. Alors, pour nous, ça va continuer comme ça continue
présentement. Alors, oui, en droit civil, ça semble être bien, on a... on facilite
la confiscation au civil, mais est-ce que ça va diminuer, enlever la charge du
travail du procureur? Moi, je ne le vois
pas. Il faudrait qu'on me l'explique parce que, présentement, je ne le vois
pas, parce qu'on va continuer à avoir préséance et, une fois qu'on fait
le procès, bien, on va faire la confiscation qui va suivre.
Concernant le fait de donner plus de pouvoirs
aux juges de paix pour permettre au juge de... la juge du Québec de... la Cour
du Québec de faire davantage de procès, moi, je me pose des questions. On va
envoyer qui dans ces salles-là? Quels procureurs? Quel personnel de cour? On a
de la misère à arriver dans l'horaire, actuellement, avec notre charge de travail, et là on dit :
On va libérer des juges. C'est bien beau, tout ça, on va libérer des juges, on
va ouvrir des nouvelles salles, mais il y a des salles qui ferment
parfois parce qu'il manque de greffiers. Les procureurs, on ne peut pas se fendre en quatre, là. Si on a un
dossier, on ne peut pas aller en faire un autre dans une autre salle. Donc,
est-ce qu'on a pensé à ça, ajouter des nouveaux procureurs? Moi, je ne l'ai pas
vu.
On déplace aussi le problème pour les juges. On
ferme des salles, présentement. On m'avise... les procureurs au pénal m'avisent
que, présentement, on ferme des salles en pénal parce qu'il manque des juges.
Ce n'est pas avec les modifications que ça
va régler ce problème-là. Et, si on les envoie faire du droit criminel, bien,
ça va être exacerbé, encore une fois.
Et ce n'est pas avec les modifications au pénal qu'on va sauver assez de temps.
Donc, est-ce qu'il y a des juges qui vont être nommés? Je ne le sais pas
également, et il n'y a personne qui me confirme l'ajout de ressources. Même j'ai regardé le budget hier, et on coupe de
9 millions, par rapport aux dépenses de cette année, le budget du DPCP.
Alors, ça, c'est alarmant pour nous.
La pression sur les procureurs pour traiter les
dossiers est énorme. On veut une justice qui obtient la bonne peine pour chacun
des crimes, mais les procureurs, parfois, doivent régler pour une sentence
moindre pour éviter les arrêts de procédure.
Ça, c'est inacceptable, il ne faut plus que ça arrive. Est-ce que c'est ça
qu'on veut pour nos victimes? Est-ce que c'est ça qu'on veut pour notre
système de justice? Je ne pense pas.
• (11 h 30) •
En plus
d'influer sur les dossiers, la pression qu'on a, évidemment, a un impact majeur
sur notre santé mentale. La charge de travail, présentement, est
irréaliste. Je vous le dis, elle l'est, irréaliste. On nous ajoute constamment
des responsabilités, des devoirs, des obligations, et les effectifs,
malheureusement, ne suivent pas. Le gouvernement peut s'enorgueillir à déposer
des chiffres en disant que les effectifs ont considérablement augmenté, c'est
vrai, mais ça ne suit pas les responsabilités. On a beau ajouter un procureur,
mais, si ça en prend deux, au bout du compte, il n'y en a pas suffisamment, et on ne peut pas faire ce qu'on
nous demande, on ne peut pas rencontrer les victimes aussi rapidement qu'on
nous le demande, on ne peut pas autoriser les dossiers aussi rapidement qu'on
nous le demande. Finalement, on a tellement d'autres tâches à faire que, quand
vient le temps de préparer notre dossier, bien, on manque de temps puis on fait
ce qu'on peut.
Alors, les recommandations. Je vois le temps
filer. J'ai l'impression que... j'ai parcouru plusieurs fois dans le projet de
loi avec mes collègues, on a l'impression qu'on tente d'améliorer quelque chose
par une voie juridique avec le titre, là,
les délais judiciaires, là. On ne dit pas qu'il y a juste du mauvais, mais on a
l'impression qu'on... on dit : On va améliorer tout ça par le volet
juridique, alors que la solution principale, elle n'est pas là, là.
Tout d'abord,
il faut se concentrer sur l'ajout de ressources humaines et financières et non
seulement sur la loi. Il faut injecter davantage de ressources dans le
système de justice pour engager des procureurs, des juges et du personnel de cour, du personnel judiciaire. Ça va
avoir non seulement un effet de faire diminuer les délais judiciaires,
mais aussi les délais inhérents à l'étude des dossiers. Parce que le dossier ne
commence pas lorsque les délais commencent, là, le dossier commence dans notre
bureau, quand on a une pile de dossiers à côté de nous autres puis qu'on n'est
pas capables de les autoriser parce qu'il faut suivre les dossiers et qu'il y
a... les délais sont partis. Parce que la préautorisation, là, des dossiers et
les victimes... leur dossier commence lorsqu'ils déposent leur plainte et que
le dossier arrive dans notre bureau, et parfois on doit attendre pour
l'autoriser parce qu'on le sait que les délais vont commencer, et là, bien, on n'a pas le temps de les traiter. Alors,
pendant ce temps-là, la victime, qu'est-ce qu'elle fait? Bien, elle
attend que son dossier se fasse autoriser.
On doit aussi
avoir des locaux adéquats. Les procureurs travaillent, pour plusieurs, à deux
dans leurs bureaux. Ça, c'est inacceptable. On n'est pas dans une entreprise
technologique où on a besoin d'une communauté pour cogiter sur un
projet. On gère des choses sérieuses, tristes, désolantes, puis on n'est pas
capables de se concentrer parce qu'on doit partager nos locaux. Ça, c'est
quelque chose qui nous dérange.
Deuxièmement, comme proposition, on doit
accorder davantage d'autonomie financière au DPCP pour lui permettre d'obtenir
les sommes nécessaires à sa mission. La justice ne doit pas dépendre de choix
politiques. On veut un système de poursuite indépendant. Mais est-ce qu'il
l'est vraiment, quand on voit le budget? Parce que, nécessairement, quand on a
un budget moindre, bien, on doit faire des choix, et c'est ce qu'on a fait dans
les dernières années. Le DPCP a une
dépendance monétaire et il doit faire des choix. Et parfois on doit faire des
choix pour les procureurs qui sont
attitrés aux dossiers : couper l'information, limiter le temps
supplémentaire, limiter les dépenses de déplacement.
Alors,
en conclusion, on vous a prévenus, on n'est pas ici pour vous parler seulement
de ce que contient le projet de loi n° 54, mais surtout de ce qu'il ne
contenait pas. Je sais, notre intervention est dure, on en est conscients, mais
je... on ne s'excusera pas, parce que la justice est le service à donner aux
victimes, et tous les citoyens sont trop importants
pour qu'on l'échappe, actuellement. Parce que c'est qui qui va être les
principales victimes si on l'échappe? Bien, ça va être les victimes.
Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup,
Me Michaud.
Donc, on débute la période d'échange avec la
partie gouvernementale pour un premier bloc de 16 min 30 s. M.
le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci,
M. le Président. Me Michaud, Me Charbonneau, Me Frenette, merci
de votre présence à l'Assemblée nationale pour venir participer aux
consultations du projet de loi n° 54.
Et donc, bien, je pense que c'est important de
le dire, que les procureurs aux poursuites criminelles et pénales font un travail qui est important dans notre
société, un travail qui vise à réprimer les infractions criminelles, un travail
qui n'est pas facile parce que, lorsque vous êtes
procureur en poursuites criminelles et pénales, vous êtes confronté à des
décisions difficiles. D'ailleurs, je pense que mon collègue de l'Acadie va
pouvoir en témoigner personnellement tout à l'heure, de la charge que ça amène
de prendre des décisions, des dossiers qui sont des dossiers de fraude, de
drogue, de stupéfiants, de violence physique, notamment, d'agressions
sexuelles. C'est des dossiers qui demandent beaucoup
d'investissement personnel. C'est des dossiers qui demandent aussi d'agir comme
rempart contre la criminalité avec les corps de police, avec les
différents intervenants, avec les intervenants sociojudiciaires, les CAVAC,
tout ça.
Alors, c'est... les procureurs, ce sont eux qui
sont à la fois dans les palais de justice, mais dans les bureaux également,
pour des dossiers de plus longue haleine aussi, où est-ce que, des fois, ce
n'est pas au quotidien que les dossiers se plaident. Mais ça ne veut pas dire
que ce n'est pas au palais de justice à tous les jours que ce n'est pas moins
important. La criminalité se raffine. Vous avez des dossiers de gangs de rues,
des choses pas faciles à voir, des meurtres. C'est un métier qui est difficile,
puis je pense que la société reconnaît l'apport des procureurs en poursuites
criminelles et pénales. Au cours des années, vous le savez, il y a eu un
cheminement, puis vous l'avez bien dit tantôt aussi, je pense, vous n'avez pas
le droit de grève, vous n'êtes pas un syndicat, vous êtes une association.
C'est l'équivalent... ça fait suite à la loi qui a été adoptée en 2011, on a
donné un statut particulier aux poursuivants en matière criminelle et pénale.
En contrepartie de ça, il y a des comités de rémunération pour les procureurs.
D'ailleurs, ça a été déposé, les résultats de cela, à l'Assemblée nationale, et
la réponse relativement aux comités de rémunération viendra prochainement par
l'Assemblée nationale, ce sera déposé à l'Assemblée nationale.
Donc, essentiellement, vous nous dites :
Bon, le projet de loi n° 54, c'est bien, mais ça nous prendrait davantage
de ressources. Moi, je vous dirais que je serais un petit peu plus nuancé que
vous, puis que c'est des avenues qui sont intéressantes, qui ont été
développées par les membres de la Table Justice. D'ailleurs, le Directeur des
poursuites criminelles et pénales était là.
En termes de ressources, là, depuis les
dernières années, là, on est passés, supposons, entre 2018‑2019, de
661 procureurs à 793 procureurs. Moi, je ne connais pas beaucoup
d'organisations dans l'État québécois, en termes de volumétrie et de ressources, qui ont augmenté d'une façon si
importante. Si vous retournez en 2010‑2011, au moment de la grève, il y avait
450 procureurs, ça fait qu'on a presque doublé. Puis je vous le dis, là,
je le sais que ce n'est pas un travail facile. Les procureurs en poursuites
criminelles et pénales sont occupés. Il n'y a personne qui se tourne les pouces
dans leur bureau. Sur l'ensemble de l'État québécois, je vous dirais, tout le
monde souhaiterait avoir davantage de ressources. Vous faites votre travail
aujourd'hui, comme association représentative de vos membres, effectivement, de
venir dire : Bien, écoutez, oui, ça nous prendrait davantage de
ressources. On comprend ça. Dans un monde
idéal, on pourrait donner des ressources illimitées, mais ce n'est pas le cas,
les ressources ne sont pas illimitées.
L'autre élément qui est important aussi, c'est
qu'avec la Table Justice, et ça, ça fait partie, notamment, de plusieurs
facteurs, il faut réussir à changer certaines façons de faire, parce qu'au fil
de l'histoire, prenez les 25, 30 dernières années, c'est récurrent dans le
système de justice, c'est tout le temps : Ça prend plus de ressources, ça
prend plus de ressources. Puis là je ne vous blâme pas de faire la demande que
vous faites. Je parle à la fois pour la magistrature, pour l'ensemble du
système. Ce n'est plus uniquement qu'une question de ressources, c'est une question d'organisation du travail, d'efficience,
d'efficacité, puis c'est ça qu'on essaie d'apporter aussi. Puis je consultais
des anciens ministres de la Justice, puis ils me disaient la même chose. Il y a
20 ans, c'était le même enjeu; il y a 10 ans, c'était le même enjeu.
Il faut donner un électrochoc au système de justice, puis c'est ça qu'on est en
train de faire à travers les différentes mesures, autant en matière civile, en
matière criminelle, en matière de jeunesse aussi. On a annoncé, cette semaine,
le lancement d'une table jeunesse pour s'attaquer aux délais judiciaires. Donc,
on s'en va dans cette direction-là, mais on ne peut pas toujours refaire le
même gâteau avec les mêmes ingrédients, il faut changer les façons de faire. Puis on est fortement mobilisé, justement,
à réduire les délais judiciaires, à ce qu'il n'y ait pas d'arrêt de procédures,
à ce qu'il n'y ait pas... que vous ne soyez pas forcés de présenter des nolle
prosequi aussi, parce que j'imagine que, pour un procureur en poursuites
criminelles et pénales, s'il se retrouve à faire le choix de dire : Bien, je n'ai pas le choix, parce que
je n'ai pas de date de cour, de prioriser un autre dossier, sachant que mon
délai arrive au bout du compte, ce n'est pas optimal, puis je suis sûr
que ça vous crève le coeur de faire ça aussi, puis ça crève le coeur de vos
membres.
Alors,
peut-être, au-delà, là, des ressources supplémentaires que vous souhaitez, que
vous revendiquez, là, quels autres aspects, dans le quotidien, pour
l'efficacité du système de justice, pourraient être une avenue intéressante,
là, pour vos membres?
• (11 h 40) •
M. Michaud (Guillaume) : Écoutez,
je vais être redondant, mais... et je vais répondre à votre question, là, mais un procureur en violence conjugale a
300 dossiers. C'est ça qu'on veut du procureur puis on veut... aux
victimes, bien, ce sera ça. Le procureur, présentement, en violence
conjugale, a 300 dossiers. Mon collègue, à ma droite, est aux agressions
sexuelles, abus d'enfants, avait 300 dossiers, ce qui correspond à peu
près à 200, 250 victimes. Ça, 300 dossiers par année, c'est en même
temps. Donc, on a beau dire qu'on augmente les ressources, on a beau dire qu'on n'a jamais autant augmenté, mais le résultat
de la chose, c'est qu'on augmente aussi les responsabilités. Donc, si on
augmente les responsabilités...
Moi, quand je suis arrivé... je l'ai fait, la
grève, là, quand je suis arrivé à la grève, là, ce n'est pas compliqué, on
rentrait le matin, j'avais 40 personnes dans le corridor. Je ne les
rencontrais pas ou à moitié parce que je n'avais pas le temps. J'allais à la cour, je les faisais témoigner. Je faisais
mon possible. Je finissais ma journée. J'avais fait... j'avais sept,
huit procès sur le rôle, puis je faisais mon possible. C'est-tu souhaitable?
Bien non, la réponse, c'est non. Est-ce qu'on a amélioré ça? Oui, c'est sûr que
ça s'est amélioré. Maintenant, on veut encore plus, et les victimes veulent
plus, et avec raison, et les procureurs veulent en donner aux victimes.
Donc, je répète, si on a
300 dossiers... 250 dossiers, 300 dossiers, est-ce qu'on a le temps
de faire notre travail? La réponse, c'est
non. Donc, la première solution, avant de s'attaquer à toute chose, moi, je
vous le dis, ça prend des ressources. On a beau trouver n'importe quel
moyen, virer en rond, ça va toujours revenir à ça : être efficace. Comment
voulez-vous être efficace si vous avez trop de victimes à rencontrer dans votre
journée? Si vous avez un horaire qu'à chaque heure, bien, vous avez une victime,
puis après l'heure, bien, la victime, ce n'est pas fini parce qu'elle pleure, puis il faut la consoler, puis on
aimerait ça continuer avec elle, mais on est obligé de lui dire :
Excuse-moi, c'est parce que j'ai une autre victime après toi... Bien,
c'est ça qui se passe, présentement.
Donc, nous,
présentement, ce qu'il faut, ça nous prend de l'air. Si vous voulez... c'est
parfait, vous voulez ouvrir des nouvelles salles, vous voulez avoir...
vous voulez des responsabilités accrues aux juges, c'est correct. Moi, ce qu'on vous dit, c'est que, si on ne fait pas
quelque chose, bien, il n'y aura pas de procureur dans la salle. Et, s'il y a
des procureurs dans la salle, parce que c'est ce qui va arriver,
malheureusement, bien, les procureurs vont piler sur ce qu'ils ont à faire, ils vont encore couper, ils vont tourner les coins
ronds, bien, le procureur va se brûler, puis on va avoir des procureurs
qui sont... qui vont tomber en maladie.
M. Jolin-Barrette : Vous ne
pensez pas qu'il y a une façon de mieux organiser le système de justice que
comment ça fonctionne actuellement?
M. Michaud (Guillaume) : Bien,
écoutez...
M. Jolin-Barrette : Honnêtement,
là, objectivement, là, vous trouvez que, dans le système de justice criminelle
et pénale, là, c'est vraiment efficace, de la façon dont ça fonctionne dans les
différents palais de justice? Supposons, prenons Montréal, là, vous trouvez que, si on rentrait, là, quelqu'un,
un spécialiste en optimisation du travail, en analyse pour voir comment on
fonctionne dans les palais de justice, il n'aurait rien à dire sur comment ça
fonctionne?
M. Michaud
(Guillaume) : En fait, moi, ce que je vous dis, c'est que — je
vais parler pour les procureurs — quand on rentre dans le
bureau, bien, on a beau optimiser... comment voulez-vous qu'on optimise si on a trop de dossiers? Alors, c'est la première
question que je pose. Comment voulez-vous qu'on optimise tout ça? On en a trop, de dossiers. Si moi, j'ai une pile de
dossiers en arrière de moi, puis je ne suis pas capable de l'autoriser, comment
voulez-vous que je... Moi, optimiser mon dossier, j'ai un crayon, j'ai un
dossier, il faut que j'aie le temps de le lire, il faut que j'aie le temps de
l'autoriser, il faut que j'aie le temps d'être en cour, il faut que j'aie le
temps de rencontrer ma victime. Comment on va l'optimiser, ça? À un moment
donné, il y a un travail humain qui doit se faire, et je n'ai pas de perte de
temps dans ma journée, là. Moi, une fois que... Je ne vais pas à la cour
attendre qu'on me passe, là, je continue dans mon bureau, j'autorise d'autres
dossiers, on m'appelle à la cour. L'optimisation, ça passe par le fait qu'il y
a une salle de cour nouvelle qui va être ouverte puis, oui, je vais pouvoir y
aller parce que moi, je vais avoir moins de dossiers, puis là il y a quelqu'un
d'autre qui va autoriser mes dossiers. Ça, c'est optimiser, effectivement, puis
on va pouvoir aller plus vite comme ça. Mais, s'il n'y a pas de ressources en
arrière, je ne pourrai pas y aller, dans ma salle de cour. Est-ce qu'il y a des
choses à améliorer au palais de justice de Montréal? Pour vous donner un
exemple... Moi, je ne suis pas au palais de justice de Montréal, je ne sais pas
si...
M. Charbonneau
(Olivier) : Bien, c'est sûr que la façon que ça fonctionne,
ça... il y a toujours place à amélioration. Mais, on revient à la base,
quand moi, je reçois un dossier, par exemple — je veux parler de ça parce
que c'est ce que je connais — d'agression sexuelle sur enfant, j'ai une
panoplie de directives à respecter, puis c'est souhaitable, on veut donner le
meilleur service pour ces victimes-là, mais quand je reçois le dossier, il faut
que je visionne les vidéos, les interrogatoires des accusés, la déclaration des
enfants, ça prend quelques heures. Il faut que je prenne rendez-vous avec cet
enfant-là, que je m'assoie avec lui ou elle puis que je le rencontre. Je veux
dire, une rencontre avec un enfant, là, ça
va prendre une heure, une heure et quart. Il n'y a rien à optimiser là, là, je
ne couperai pas dans le service, là. Puis après ça, c'est le dépôt
d'accusations.
Donc, oui, dans les salles de cour, certainement
que, si un spécialiste venait, comme dans n'importe quelle entreprise, il y aurait
des améliorations à faire. Mais, je veux dire, dans le «core» — en
bon français — du
travail, c'est très difficile, à ce moment-ci, si on a 300, 400 dossiers à
gérer. Puis c'est plate, on revient toujours à ça, mais je regarde ma semaine,
je regarde ma journée comme procureur, il n'y en a pas, de temps mort.
Est-ce que j'ai des idées? Évidemment. Par
exemple, avant d'être libéré à temps complet pour l'association, j'ai terminé
certains dossiers de longue haleine, donc je me suis déplacé, encore en octobre
dernier, au palais de justice de Montréal, puis le printemps dernier aussi,
l'année passée, puis j'arrivais devant la salle de cour — ça
ouvre à 9 h 30 — pas
de constable, pas de greffier. Le juge, il est là, il ne peut pas ouvrir la
salle, donc on attend. La victime est là, il y a d'autres gens qui sont
là, donc, jusqu'à 11 h 30. Puis là, à un moment donné, la salle
ouvre, mais il y a des dossiers qui n'ont
pas pu être traités. Donc, c'est un problème que j'ai vécu, qu'on a tous vécu.
Donc, oui, M. le ministre, s'il y a un spécialiste qui vient au
palais de justice de Montréal, puis constate qu'il y a des salles de cour qui
ne sont pas ouvertes certaines journées
parce qu'il manque de personnel, il va trouver une façon de dire qu'on pourrait
optimiser.
M. Jolin-Barrette : Avant
de céder la parole à ma collègue, juste pour dire, au cours de la dernière
année et demie, toutes les salles ont ouvert. Puis, quand je disais de
changer nos façons de faire, bien, il y a certaines situations où tout le monde, il faut qu'ils fassent preuve de
flexibilité. Puis tout le monde est face au même marché du travail aussi.
Alors, la justice, n'est pas immuable et, le système de justice, ce n'est pas
parce que ça se passait comme ça depuis les 40 dernières années que ça va continuer,
parce que, si tout le monde n'y met pas du sien puis n'adapte pas ses façons
de faire, bien, ça ne fonctionnera pas.
C'est mon message, essentiellement, mais je vais céder la parole à ma collègue.
Le Président
(M. Bachand) : Merci. Mme la députée
de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.
Mme Bourassa : Merci beaucoup.
Merci de votre présence. Je suis très sensible à ce que vous dites au niveau de la charge, d'une part, de travail, mais
la charge émotionnelle, je comprends que vous n'êtes pas dans un secteur
d'activité où on peut compresser le temps puis essayer d'aller plus vite,
vraiment pas. Alors, j'aimerais ça revenir, justement, sur l'ajout des juges.
Tu sais, les juges qui ont été nommés, là, on parle de 11 postes de juge à
la Cour supérieure qui demeurent non pourvus pour l'instant. C'est
dans la cour du fédéral, alors on espère bien la nomination assez
prochainement. Mais qu'est-ce que ça pourrait changer pour vous? Ça, est-ce que
ça aurait une incidence sur votre travail? Est-ce que ça vous permettrait
d'avoir quelques allègements?
M. Michaud (Guillaume) : Moi,
du moment qu'il y a plus de juges, il y a plus de procès qui procèdent
rapidement, c'est parfait parce que, là, on n'aura pas... on ne se rendra pas
au bout des délais. Mais, moi, quand il y a un dossier qui rentre puis qu'il y
a un dossier qui finit, il y en a d'autres qui rentrent, là. Donc, nous, pour
nous, c'est toujours... là, je vais répéter la même chose, c'est que, même si
on ajoute des juges, bien, ça prend un procureur qui est devant parce que, une
salle avec un juge tout seul, il ne peut pas rien faire. C'est plate, mais
c'est ça. Et, oui, on peut toujours améliorer les choses, mais le système de
justice, il va toujours y avoir un accusé, puis ça va toujours être son droit
de ne pas plaider coupable, et puis on ne pourra pas le forcer à faire ça, puis
c'est correct comme ça. Donc, il va toujours y avoir des façons de se parler,
mais il va toujours y avoir un certain nombre de dossiers qui va se régler, il
va toujours y avoir un nombre de... un certain nombre de dossiers qui va
procéder. C'est sûr que, si on n'est pas capables de procéder, bien là, on a un
problème si on n'est pas capables de procéder dans le temps. Alors, il faut le
régler, ce problème-là, puis ça...
Mme Bourassa : ...que c'est
impossible de procéder parce qu'il n'y a pas de juge, à quoi ça ressemble?
M. Michaud
(Guillaume) : Bien, il y a des dossiers qui... en fait, même, je
vais prendre l'exemple de Montréal, un bout de temps, là, il y a des
dossiers qu'on... si on dépassait la première orientation sans fixer, bien, on
brisait tout de suite le plafond. Alors,
oui, c'est arrivé, on le sait, il y en a eu, des arrêts de procédures, là,
puis, je ne vous le cacherai pas, il
va y en avoir encore. Et, quand il n'y en a pas... parce qu'on peut parler des
chiffres que vous avez, des arrêts de procédures qu'il y a, mais vous
n'avez pas tous les procès que les procureurs sauvent. Quand je dis «sauver»,
c'est qu'à un moment donné, si moi, j'ai un dossier de stupéfiants, par
exemple, je vais dire un dossier sans victime... on sait tous que la drogue, ça
fait des victimes, mais un dossier sans victime, bien, peut-être que je n'aurai
pas le choix, à un moment donné, de dire : Bien, moi, je vais baisser mon
chiffre, même si c'est des criminels de haut niveau, parce que soit que la
personne, par exemple, m'offre deux ans, moi, je pense que ça vaut cinq, il
m'offre deux ans, ou soit que j'essaie de me
rendre jusqu'au bout, mais elle va avoir rien puis elle va sortir par la grande
porte parce que les délais vont être dépassés. Alors, c'est quoi, le
choix qu'on doit faire? Ça, c'est de la pression sur les procureurs. C'est-tu
souhaitable? Non, ce n'est pas ça qu'on veut. Alors, si on remplit les délais,
bien, le procureur, à ce moment-là, peut-être ne le réglera pas, ce dossier-là,
il va aller jusqu'au bout, et là la personne ne voudra pas plaider coupable, on
va procéder, et là on va pouvoir procéder devant un juge et pouvoir faire notre
travail.
Mme Bourassa : Vous l'avez dit
vous-même, bon...
Le Président (M.
Bachand) : ...
Mme Bourassa : OK.
Bon, je vais être très rapide. J'aimerais juste vous entendre sur... vous avez
dit : L'assignation de témoins, ça va changer. Ça, ça avait facilité
quand même un petit peu votre façon de faire. De quelle manière?
M. Michaud (Guillaume) : Au
niveau du pénal. Alors, au niveau du pénal, quand il y a des dossiers qui sont... le... la personne, le défendeur n'est pas
là, alors parfois on doit... on peut déposer le constat. Mais, si on a une
preuve autre, bien, à ce moment-là, de ce que je comprends de la loi,
c'est qu'on pourra déposer aussi... faire une preuve, je vais dire, par
ouï-dire, là, de déposer les documents, et le défendeur sera condamné par
défaut, quand la personne n'est pas là, là. Alors, ça va sauver du... certain
temps au procureur, au lieu de faire sa preuve, alors qu'il n'y a même pas de
défendeur l'autre côté, là. Ça, oui, c'est un irritant au niveau des
poursuivants qui font du pénal.
• (11 h 50) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Je me tourne
maintenant vers l'opposition officielle pour 9 min 54 s. M. le
député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Me Michaud, Me Frenette, Me Charbonneau, merci, merci
d'être avec nous aujourd'hui. Merci de prendre le temps, parce que je
comprends, entre autres, de votre témoignage que du temps, vous n'en avez pas
beaucoup. Avec les délais qu'on a puis que je mentionnais au début, c'est probablement
pour ça que, malheureusement, vous n'avez pas pu produire de mémoire, mais
votre témoignage est quand même très éloquent.
J'écoutais M. le ministre,
puis effectivement votre travail est difficile. Je suis d'autant plus à même de
le comprendre que je l'ai fait pendant des années, puis je plaidais, entre
autres, des dossiers d'agressions sexuelles sur des enfants, ça fait que je
peux vous dire que, charge émotive, là, j'ai une bonne idée de ce que vous
ressentez. Puis après ça, bien, j'ai migré vers le fédéral, où j'ai plaidé, là
aussi, comme procureur de la couronne pendant des années et des années, ça fait
que je comprends très bien ce que vous vivez.
Et ce matin on a à regarder un projet de loi,
puis j'aurais quelques questions pratico-pratiques pour vous parce que, dans
mon travail, maintenant, de parlementaire, bien, tu sais, on essaie de bonifier
des projets de loi. Quand vous avez parlé de la preuve documentaire puis de
l'assignation de moins de témoins, à un moment donné, vous avez dit : Mais on ne sauvera pas de temps. Puis pouvez-vous
m'expliquer, en fait, en pratique, ce qui va arriver? Parce que c'est un
des éléments importants du projet de loi, puis, si c'est une mesure qui ne
donnera pas le résultat escompté, bien,
j'aimerais savoir comment on peut peut-être bonifier, éventuellement, le projet
de loi pour que ça soit plus utile pour l'ensemble de la population
québécoise.
M. Michaud (Guillaume) : En
fait, je ne veux pas vous corriger pour le... on a réussi à déposer un mémoire
in extremis, là, de deux pages, là, juste avant de rentrer, là. Donc, je ne
sais si vous...
M. Morin : Désolé, je... Tu
sais, ça...
M. Michaud (Guillaume) : On l'a
déposé à 10 h 45, 11 heures, alors c'est normal que vous ne
l'ayez pas...
M. Morin : Bien, je vous
remercie. Mais ça explique davantage mes propos introductifs. Écoutez, je ne
l'ai pas lu, là, on n'a pas eu le temps. Désolé.
M. Michaud (Guillaume) : Donc,
je m'en excuse également, d'avoir... mais on l'a fini ce matin. Alors,
maintenant, au niveau de votre question, là, ce que je veux dire, c'est que ça
ne sauvera pas un nombre énorme de temps.
Oui, c'est sûr que, si on arrive, on réussit à faire une preuve documentaire
dans certains dossiers, parce que ce n'est pas dans tous les dossiers,
là, quand le défendeur, il est là... Bon, de ce que je comprends de la loi,
c'est que, quand le défendeur ne sera pas là, bien... Normalement, on pouvait
le faire déjà, là, on dépose le constat du... ça roule, là. Les défendeurs,
bien, ils ne sont pas là, alors on dépose des constats et les personnes sont
condamnées une après l'autre, si les
infractions sont... le constat d'infraction est rempli. Alors, dans certains
cas, il pouvait arriver qu'on doive quand même faire témoigner un témoin
pour certaines infractions. Donc ça, ça va permettre de déposer... de ce que je
comprends, encore une fois, du projet de loi, ça va permettre de déposer ce
témoignage-là. Mais, moi, les procureurs qui sont sur le terrain me
disent : Oui, c'est parfait, on va sauver du temps. Maintenant, est-ce
qu'on va sauver du temps à la hauteur de... C'est une petite mesure qui est
positive pour les procureurs, mais est-ce que c'est la manne? Est-ce qu'on va sauver énormément de temps pour
libérer les juges et, ensuite de ça, les envoyer à la Cour du Québec? Ce qu'on me dit, c'est
qu'on a de la misère, parfois, à ouvrir des salles parce qu'il n'y a pas de
juge. Alors là, on dit : Bien, on ne libérera pas... C'est minime, là, de
ce que je comprends. Moi, je ne fais pas du droit pénal, je fais du droit criminel. J'ai parlé avec des experts du droit
pénal dans les bureaux, et on me dit : Bien, c'est minime, c'est minime,
mais c'est positif.
M. Morin : Je vous remercie.
Autre élément, celui-là plus en lien avec les dispositions qui vont traiter de
la confiscation, confiscation administrative, donc pas uniquement civile, mais
administrative, vous avez dit : Écoutez, on ne devrait pas sauver beaucoup
de temps parce que, de toute façon, le criminel a la priorité, et vous devez
signer, je pense, un document pour, éventuellement, diriger le dossier vers une
confiscation civile. Est-ce que ça se pourrait qu'avec le régime proposé, il y
ait des dossiers qui aillent directement en confiscation administrative, que
vous ne voyez pas, et donc que ça pourrait avoir un impact ou si,
nécessairement, tous les dossiers de confiscation doivent passer d'abord par le
DPCP, les procureurs?
M. Michaud (Guillaume) : Alors,
j'ai la chance d'avoir la référence au DPCP avec moi, donc, évidemment, je vais
la laisser répondre, comme elle pourra vous étayer davantage que moi.
M. Morin : Merci.
Mme Frenette
(Karine) : Alors, bonjour. Alors, en matière de confiscation
administrative, ce que je comprends du projet de loi, puis je ne suis pas une
spécialiste de la loi civile sur la confiscation, mais que... c'est qu'une fois
qu'on va envoyer l'avis, la personne peut contester avec, elle aussi, un avis,
puis ça fait en sorte que le procureur général civil va instruire sa
procédure, là, comme s'il n'y avait pas eu de confiscation administrative.
Le problème
que je vois à ça, c'est que, souvent, quand on demande la confiscation de
produits et instruments d'activités illégales, bien, ça correspond
aussi, au sens du Code criminel, aux biens infractionnels et aux produits de la
criminalité, puis souvent on va accuser quelqu'un pour avoir fait ce crime-là.
Et, au niveau du criminel, ce qu'on fait,
c'est qu'on fait le procès, où la personne est déclarée coupable et là admet
certaines choses, et après ça on va demander la confiscation. Ça fait
que ça devient un accessoire, tu sais, à une instance qui est déjà en cours au
criminel. Ça fait que ma crainte avec ça, ce
serait de dupliquer les procédures judiciaires, de faire deux recours avec les
mêmes faits dans deux instances différentes. Ça fait que la façon de
faire, actuellement, je trouve qu'elle fonctionne bien. Le dossier... puis c'est souvent des blocages de résidences, des blocages
de comptes bancaires, c'est mon service, là, le Service de la gestion des biens, au DPCP qui va évaluer, on
va procéder aux ordonnances de blocage. Si on voit que le procureur n'accuse
pas, on va l'envoyer tout de suite en confiscation civile, mais, s'il y a des
accusations, on va privilégier la voie criminelle,
justement, pour ne pas qu'il y ait deux juges saisis des mêmes instances, là.
Je pense que c'est pour une bonne administration de la justice.
M. Morin :
Oui, je vous comprends. D'ailleurs, dans le projet de loi, on ne parle pas
spécifiquement de biens infractionnels, là. Est-ce que c'est...
Mme Frenette
(Karine) : C'est des instruments d'activités illégales, ça correspond
aux biens infractionnels au niveau du Code criminel...
M. Morin :
Sensiblement. Oui, c'est sensiblement la même chose.
Mme Frenette
(Karine) : ...tu sais, c'est la même chose, pour ainsi dire.
M. Morin :
Maintenant, c'est vrai que, dans... Souvent, là, ce qu'on vivait à la cour,
parce que j'ai aussi plaidé des dossiers de
produits de la criminalité, c'est qu'on a... il y a des... on a du substantif,
puis là, après ça, on a des produits,
puis évidemment, on fait la preuve des produits. C'est une preuve qui est faite
hors de tout doute. Puis après ça, bien, pour la...
Mme Frenette (Karine) : ...prépondérance
des probabilités lorsque c'est attaché à l'infraction. C'est que c'est
le même fardeau que la confiscation civile.
M. Morin :
Vous avez raison, sauf qu'il y a... des fois, il y a des accusations de
produits qui ne sont pas rattachés à du substantif.
Mme Frenette
(Karine) : Exact. Ça peut être...
M. Morin :
Donc là, il faut faire la preuve au complet.
Mme Frenette
(Karine) : Mais la plupart du temps, c'est...
M. Morin :
Puis, quand ça ne marche pas, bien, souvent, après ça, on envoyait ça au
civil.
Mme Frenette
(Karine) : Au civil, on le fait encore.
M. Morin :
Parfait. Moi, ma question, c'est : Ça peut-tu aller directement au
civil ou à l'administratif sans même que
vous en soyez saisis, ou si c'est forcément un renvoi que vous allez faire au
civil après une enquête criminelle?
Mme Frenette
(Karine) : Bien, en fait, là, maintenant, avec la nouvelle loi civile,
le... il y a une demande d'information qui peut être faite, ça fait que le
Procureur général va pouvoir aller voir combien l'individu déclare à Revenu Québec. Avant, ce n'était pas possible. Ça fait que, moi, les policiers
m'appelaient : Karine, j'ai saisi 15 000 $, il y avait un
peu de stupéfiants, ça fait que moi, je demandais tous les compléments aux
policiers, je regardais mon dossier puis je me disais : Je n'en ai pas
assez, puis le fardeau, tu sais... puis je n'ai pas d'infraction, parce qu'on
n'accusait pas, dans ces cas-là. Ça fait que ça va être plus facile d'obtenir
la confiscation au civil. Ça fait que ces dossiers-là, on les envoie, mais on
demandait quand même des compléments, puis c'est mon bureau, en général, qui fait ça. On est... maintenant, on est six
procureurs, là, mais c'est récent; avant, on était trois, là. Ça fait que c'est
des dossiers de conseil, ça fait que
ça va relativement vite. Puis je pense que ça va continuer pour que je puisse
demander des compléments encore. Puis
après ça on va les... on les envoie. S'il n'y a pas d'accusations criminelles,
normalement, on va privilégier la voie civile, là.
M. Morin : Et
je comprends, dans le projet de loi, que, pour une confiscation administrative,
ça peut aller quand même vite parce que c'est... d'après le projet de loi,
c'est le Procureur général qui introduit la procédure, il envoie l'avis, puis il y a même une présomption
que l'avis de confiscation a été reçu cinq jours après sa transmission.
Mme Frenette
(Karine) : Exact.
M. Morin :
Ça fait que, là, comme ça, pour le défendeur...
Mme Frenette
(Karine) : C'est ça. Sauf que, si on enverrait tout l'argent, exemple,
que les policiers saisissent, on dit : Bon, on envoie tout ça en
confiscation civile, bien, il y a des gens qui vont faire des avis, puis là ça
va dédoubler les recours. Ça fait que, si moi, je préconise la voie de
dire : Est-ce qu'on accuse?, si on accuse, on va avoir le même fardeau
parce qu'après ça, si on va au civil, on ne peut pas revenir au criminel. Ça
fait que c'est dans cette optique-là.
M. Morin :
D'accord. Je vous remercie.
Mme Frenette
(Karine) : Mais ça facilite vraiment, tu sais, de confisquer
davantage, là, les biens provenant d'activités illégales ou de produits de la
criminalité, là. C'est une loi qui a du mordant, là.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Merci beaucoup, M. le député d'Acadie.
Alors, M. le député
de Saint-Henri—Sainte-Anne,
pour 3 min 18 s, s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard :
Merci beaucoup. Merci à vous trois. Corrigez-moi si je me trompe, mais j'ai
entendu beaucoup de colère ce matin, là,
dans votre intervention. Si je comprends bien, ça ne va pas si bien, là. Ça ne
va pas très bien chez vous, chez vos procureurs. J'aimerais ça vous
entendre.
M. Michaud
(Guillaume) : Je ne sais pas si je pourrais... si... je ne sais pas si
c'est de la colère, peut-être plus du
désespoir, du... je sais qu'il y a une... il y a une grande problématique au
niveau de la santé mentale au niveau des procureurs, alors... et je les
représente, donc peut-être que je viens émotif parce que je fais partie d'eux,
je les présente et je les vois. Je les vois,
les procureurs qui nous appellent en pleurant, les procureurs qui sont désarmés
devant tout ce qu'ils ont à faire,
là. Ils ne le montreront pas aux victimes, évidemment, mais la charge émotive
est immense, là...
• (12 heures) •
M. Cliche-Rivard : Puis là vous dites :
J'ai reçu un appel, des appels, mais je veux dire, c'est plus
qu'anecdotique, là?
M. Michaud
(Guillaume) : Oui, oui, oui.
M. Cliche-Rivard :
C'est tout le monde?
M. Michaud
(Guillaume) : Bien, c'est... je vous dirais qu'on... les procureurs
qui sont en détresse psychologique, malheureusement, qui se qualifient pour la
détresse psychologique sont en nombre très, très, très important,
malheureusement, très important.
M. Cliche-Rivard :
Dans le message que vous êtes venus livrer ce matin, est-ce que vous avez
perçu ou senti beaucoup d'écoute?
M. Michaud
(Guillaume) : Bien, j'espère que M. le ministre nous écoute. J'espère
qu'on nous écoute, là. Je... On hoche de la
tête, là. Je suis ici, et le but de la chose, ce n'est pas... comme je vous
dis, ce n'est pas d'être en colère, c'est
de vous dire : Ça existe, là. On a beau faire l'ensemble des mesures, mais
il y a des procureurs... Moi, je représente le terrain, alors je vous
dis que, sur le terrain, ça ne va pas si bien que ça.
Ça ne va pas si bien
que ça, l'implantation du tribunal spécialisé. Il y a des écueils. C'est
normal, vous allez me dire, il y a des
écueils quand on fait quelque chose, oui. Mais, quand on a des procureurs qui
disent : Moi, j'en peux plus, je
veux plus y aller, sur cette équipe-là, parce qu'on manque de temps, on manque
de ressources... Ça ne se garroche pas aux portes, là, pour aller sur
cette équipe-là, là, je vous le dis, là, même si c'est quelque chose qui vient
chercher les procureurs. Quand on fait ce
travail-là, c'est pour aider les victimes, hein? Puis les premières victimes,
bien, c'est des crimes comme ça, là, c'est des crimes de violence
conjugale, des crimes d'agression sexuelle. Vous ne savez pas ce que ça peut
faire, d'aider ces gens-là, mais quand on n'est plus capables parce qu'on n'a
pas de ressources, bien, on ne veut plus le
faire, là. Donc, c'est ça qui arrive pour plusieurs procureurs, on les brûle.
Puis on est en train de brûler, bien, nos procureurs, là. Donc, si on ne
fait pas de quoi rapidement, bien, ça va... On a promis beaucoup de choses aux victimes, hein, il faut livrer. Puis on est
prêts à livrer, là, on veut livrer, mais il faut qu'on nous donne les ressources
parce que sinon, à un moment donné, on va vous dire : On n'est plus
capables, on ne peut pas faire ce que vous nous demandez de faire.
M. Cliche-Rivard : En terminant, vous en
avez glissé un mot tantôt, est-ce que, dans ce sens-là, le budget vous a
rassuré?
M. Michaud (Guillaume) : Bien
non, il ne m'a pas rassuré. C'est la première chose que j'ai faite, hier, à 3 h 10,
3 h 05, quand j'ai... quand j'étais sur le site de l'Assemblée
nationale. Alors, le budget de cette année était, je pense, de 221... 220, 221 millions, le budget réel qui a été
dépensé, autour de 228, 229 millions. L'année prochaine, on dit au DPCP : Bien, vous aurez 218,
219 millions. Alors, on est 9 millions de moins. Et on n'est pas un
endroit où on construit... on ne fait pas des autoroutes, là. Où on peut
couper, c'est dans quoi? On a... comme matériel, on a des crayons, on a des codes criminels puis on a des
ressources. Ça fait que le calcul est assez simple : où on coupe? On coupe
dans les ressources. Présentement, on s'est
fait annoncer qu'on coupait dans nos formations. Il faut former les procureurs,
il faut continuer de former. Alors, c'est
ça, nous, présentement, on le sent directement, là. On nous demande... On nous
dit : Bien, temps supplémentaire,
essayez d'en faire moins. Oui, mais il faut que je sois prêt pour le lendemain,
là. Donc, si je ne suis pas prêt, je fais quoi?
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, Me Michaud, merci. Mme la
députée de Vaudreuil, pour 3 min 18 s, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Oui,
merci, M. le Président. Bien, merci à vous trois d'être ici. Merci de nous
partager... Tu sais, nous, on est des députés à l'Assemblée nationale,
ça fait qu'on ne connaît pas nécessairement, justement, la charge de votre travail puis votre quotidien, finalement,
donc merci de venir nous sensibiliser puis de le partager avec nous, du moins
de prendre le temps de le faire, c'est apprécié.
Me
Frenette, vous avez parlé, là, juste avant... en répondant au collègue de
l'Acadie, vous avez parlé que, tu sais, souvent, la voie civile va être privilégiée.
Là, vous demandez un complément, vous regardez tout ça, puis finalement ça
arrive que la voie civile est
privilégiée, puis vous dites que les avis vont sûrement dédoubler. Avez-vous,
tu sais... Puis il va y en avoir...
Mme Frenette (Karine) : Bien,
en fait, si on décide d'aller en confiscation civile, souvent ça va être parce
qu'on n'a pas pris d'accusations criminelles ou il y a eu un arrêt Jordan. Tu
sais, des fois, on se saisit de 100 000 $, mais comme ça. Ça fait
que, il n'y a pas de stupéfiants, on demande les revenus, on voit que
l'individu gagne 20 000 $, bien, moi, au niveau du Code criminel, je
vais avoir de la difficulté à obtenir la confiscation, ça fait que je vais le
référer au dossier... tu sais, en confiscation civile, à ce moment-là.
Mme Nichols : Puis, selon vous,
ça va doubler la charge, il va y avoir encore plus de demandes au civil? Non,
ça n'a pas...
Mme Frenette (Karine) : ...ce
n'est pas ça que je dis. Ceux qu'on réfère...
Mme Nichols : ...modification
qui va le permettre, mais vous, vous le faites déjà, donc.
Mme Frenette (Karine) : En
fait, ce que je dis, c'est que, si jamais on décidait que toute la confiscation
allait au civil, là ça dédoublerait. Ça fait que la façon de faire est bonne,
dans le sens qu'on regarde le dossier, les procureurs, on se dit : Ah! on
a une infraction, on va être sur le même fardeau de preuve qu'à la loi civile,
alors on va le garder chez nous pour éviter que deux instances soient prises.
Puis, s'il y a un arrêt Jordan, il n'y a rien qui empêche qu'on refuse, à ce
moment-là, puis qu'on transfère le dossier au civil, puis il y a une bonne...
il y a un bon partenariat, ça va bien. Depuis, je vous dirais... depuis 2019,
là, on en transfère beaucoup, puis ça va bien.
Mme Nichols : Puis vous...
Mme Frenette (Karine) : Puis la
loi améliore grandement, là, le travail de mes confrères au civil.
M. Michaud (Guillaume) : ...moi,
je regarde le titre de la loi. Pour nous, améliorer les délais judiciaires,
pour nous... Moi, ce que je comprends, c'est que ça ne change rien pour nous,
là, c'est qu'on va faire le procès pareil, puis on n'aura pas moins de
confiscations à faire, à moins qu'on nous dise : Bien, vous n'en faites
plus du tout. Puis, si... c'est ça qu'essayait d'expliquer Me Frenette, si
c'est ça qui arrive, qu'on nous enlève tout, bien là, on va remettre les délais sur le civil parce qu'eux vont
avoir à recommencer encore, on va faire réentendre les mêmes témoins que nous,
on a fait entendre. Ce n'est pas souhaitable, là. On veut que les témoins puis
les victimes... on veut leur... la charge judiciaire est importante, on
ne veut pas qu'ils reviennent. Et là on va être obligés de recommencer encore,
ce n'est pas ça qu'on veut. Je ne pense pas que c'est ça qu'on veut. Enfin,
j'espère que ce n'est pas ça qu'on veut, là.
Mme Frenette (Karine) : ...
Le Président (M.
Bachand) : ...donc, Mes Frenette,
Charbonneau et Michaud, merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin, très
apprécié.
Et là-dessus je suspends les travaux quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 07)
(Reprise à 12 h 09)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux.
Alors, il me fait plaisir d'accueillir les
représentantes du Réseau des centres d'aide aux victimes d'actes criminels,
qu'on connaît, bien sûr, sous le nom de CAVAC. Alors, merci beaucoup d'être
avec nous. Alors, je vous invite d'abord
à vous présenter et à débuter votre présentation, d'une durée maximale de
10 minutes. Merci beaucoup d'être encore avec nous aujourd'hui.
Merci.
Réseau des centres
d'aide aux victimes d'actes criminels (Réseau des CAVAC)
Mme Mac Donald (Karine) : Merci.
Je vais laisser Mme Charest.
Mme Charest
(Jenny) : Oui, bonjour. Bien, merci, merci de nous
accueillir aujourd'hui et de nous permettre, en fait, de venir vous
parler de certaines préoccupations et certains éléments qu'on constate. Alors,
mon nom est Jenny Charest, je suis la directrice générale
du CAVAC de Montréal, et je suis accompagnée de Karine Mac Donald, qui est
criminologue, et coordonnatrice, et responsable des communications au Réseau
des CAVAC.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Alors, vous pouvez
débuter votre présentation, s'il vous plaît.
• (12 h 10) •
Mme Mac Donald (Karine) : Parfait,
merci. Donc, on tient, premièrement, à remercier la commission de nous recevoir
aujourd'hui, d'avoir l'opportunité de se faire entendre sur le projet de loi
n° 54 en vue de réduire les délais en matière criminelle et pénale, donc
ce projet de loi qui découle de la Table Justice-Québec, sur laquelle nous
siégeons. Nous sommes vraiment enchantées de siéger sur cette table-là, et il
nous fait plaisir d'approfondir aujourd'hui nos préoccupations avec vous. Nous
avons déposé un court mémoire en raison du délai alloué, mais on jugeait
vraiment important de partager avec vous nos préoccupations et de souligner
notre appui aux principes véhiculés par ce
nouveau projet de loi. Donc, nous vous remercions de cette opportunité
d'échanger avec les membres de la commission.
Pour les personnes qui connaîtraient peut-être
moins le CAVAC, le Réseau des CAVAC a pour orientation de promouvoir les
besoins des personnes victimes d'infractions criminelles, ainsi que les proches
et les témoins, de chercher les meilleures
pratiques d'intervention en victimologie, les mettre en commun, en favoriser
l'harmonisation, les faire connaître
et faire valoir l'expertise des CAVAC et de soutenir le déploiement des
services à l'échelle provinciale. On vise une forme d'uniformité.
Les CAVAC, en soi, c'est 17 CAVAC qui sont
distincts. La mission des CAVAC, c'est d'offrir des services qui sont gratuits et confidentiels aux personnes
victimes, aux proches et aux témoins d'une infraction criminelle, peu importe
la nature du crime et, c'est important de
préciser, que le crime ait ou non été dénoncé à la police. On a près de
200 portes d'entrée partout en province, en plus des bureaux,
points de service un peu partout, on est dans tous les palais de justice du Québec, on est aussi dans plusieurs
postes de police, autant municipaux que provinciaux. Nos différents services
d'information proactifs nous permettent de rejoindre un très grand nombre de
personnes victimes par année. Ces personnes-là
vont pouvoir bénéficier d'un suivi psychosocial, post-traumatique,
d'accompagnement dans les différentes
démarches qu'occasionne une victimisation, de préparer à rendre témoignage,
tout simplement d'être informées sur le processus et les droits, recours
dans ce dédale qu'est le système de justice.
Les services sont offerts par des équipes
d'intervenants constituées principalement de travailleurs sociaux,
criminologues, sexologues, psychoéducation. C'est environ 450 personnes
qui oeuvrent quotidiennement pour la mission des CAVAC. Les CAVAC, aussi, je
pense, c'est important de le mentionner, on ne cesse d'innover afin de répondre
plus spécifiquement aux besoins des personnes victimes. Donc, on a mis en place
des meilleures pratiques, notamment avec le
programme Témoin Enfant, l'équipe d'intervention dédiée en exploitation
sexuelle, le programme de soutien pour les proches de victimes d'exploitation
sexuelle, et, c'est sûr, notre rôle, là, est quand même important dans
le projet pilote des tribunaux spécialisés.
Donc, je cède la parole à Mme Charest.
Mme Charest (Jenny) : Bon.
Merci, Karine. Alors, en fait, en bref, la présentation du réseau, c'était un
peu aussi pour démontrer qu'on... notre... nos services et nos actions
dépassent grandement ce qu'on appelle le processus judiciaire, hein, c'est de
façon très globale qu'on accompagne les personnes victimes. Alors, pour nous,
dans nos actions quotidiennes, en fait, on
voit vraiment l'impact des délais, hein, ça... et le fait de participer à la
Table Justice nous a permis quand même de discuter déjà de plusieurs
préoccupations, mais on veut comme un peu les approfondir aujourd'hui.
Les délais, en fait, pour essayer de vous mettre
en contexte, pour une personne victime qui attend, ça veut dire pour elle
d'être obligée de se rappeler, de s'assurer que, les détails, elle les garde en
tête. Donc, elle ne peut pas passer à autre chose parce que le système de
justice lui demande de s'en rappeler. Donc, on était totalement d'accord avec
la réduction des délais. Malheureusement, ce qu'on a vu avec l'arrêt Jordan,
c'est un effet un peu pervers auquel on
n'avait pas pensé, mais qui fait que, parfois, avec l'arrêt Jordan, quand des
procédures sont arrêtées, bien, ce que ça fait, c'est que la personne
victime, elle a non seulement gardé en tête, elle a travaillé fort à s'assurer
de rester un bon témoin et un bon acteur du système judiciaire, mais elle ne
peut pas terminer, elle ne peut pas finaliser son processus, parce que, bon, je
pense que je n'ai pas besoin d'en parler longtemps, ça prend beaucoup de
courage de porter plainte, et le fait de se
retrouver en fin de processus sans avoir eu la possibilité de voir l'agresseur
ou la... l'auteur de l'agression reconnu coupable, ou non... Parce que
parfois on va voir que le fait de se présenter dans le système de justice permet aux personnes victimes de reprendre
un certain pouvoir. Sauf que, quand il y a un arrêt des procédures,
on... ce qu'on constate, c'est que ce pouvoir-là, elles le perdent. Elles ont
un sentiment de perte qui est quand même important.
Alors, je vous
dirais que ce sentiment d'injustice là, de boucle jamais fermée, a un impact
direct sur le rétablissement. On constate malheureusement que certaines
personnes vont rester prises avec ça, et c'est plus de l'amertume. Et cette amertume-là, elle s'élargit à la société, en fait.
On dépasse le système de justice, parce que, d'une part, ça a un impact
sur le public, parce que c'est souvent bien... c'est malheureusement souvent
bien... je cherche le mot, désolée... connu, en fait, quand il y a des gros...
des...
Mme Mac Donald (Karine) :
Médiatisé.
Mme Charest
(Jenny) : ...médiatisé, merci. Ah! c'est pour ça que je ne
suis pas la coordonnatrice et porte-parole. Et en fait ce volet-là a une
influence sur la confiance du public et ça a aussi une influence sur notre
travail, parce qu'en fait c'est nous qui, dans notre
façon de tenter d'accompagner les personnes victimes, devons travailler avec
cet élément-là pour essayer de leur ramener le pouvoir qu'elles ont, mais je
vous dirais que c'est très, très difficile. Puis ce qu'on constate, en fait, quand on parle de confiance, c'est que ça a
un impact direct sur la capacité de dénoncer. Les gens ne veulent plus dénoncer. Donc, suite à un
arrêt Jordan qui est médiatisé, ce qu'on voit, c'est que les personnes ne veulent
plus le faire, hein, on le constate tous les jours.
En
ce qui concerne le projet de loi, en fait, d'entrée de jeu, on veut le saluer,
hein? On trouve que c'est une autre avancée qui va beaucoup dans le sens
de tout ce qui a été mis en place dans les dernières années. Il y a différentes
mesures qui ont été là pour faire avancer
les choses, et le projet de loi permet, en fait, d'aller chercher encore plus
d'outils pour continuer d'être, je vous dirais, socialement parlant, là
pour les personnes victimes, les soutenir et les amener à reconnaître que, même
si elles ne sont pas une partie officielle dans le système de justice, elles
sont reconnues, elles sont entendues. Le bout «entendues» fait partie des
droits de la charte des... canadienne des personnes victimes, et c'est hyper
important, dans le fond.
Alors, le Réseau des
CAVAC, que Karine vous a présenté, est en majorité financé par le Fonds d'aide
aux victimes d'actes criminels. Alors, c'est clair que, pour l'article 1,
nous, on le salue, parce que ce qu'on constate régulièrement, c'est
qu'actuellement les mesures qui ont été mises en place pour faire connaître les
services d'aide fonctionnent très, très
bien, on en est contents, sauf que ce que ça apporte aussi comme enjeu, c'est
une augmentation des demandes et une augmentation de délais. Et ça, les
délais, je vous dirais, pour tous les intervenants, en fait, dans les CAVAC,
c'est un peu terrible parce que, quand on sait qu'on peut prendre une semaine
avant de rappeler quelqu'un ou que ça peut prendre de deux à six mois avant
d'avoir un service d'aide, un accompagnement et un suivi psychosocial, ce n'est
pas la meilleure façon d'offrir des services auprès de personnes qui viennent
de vivre un crime qui est quand même assez dévastateur.
Alors, on... le fait
de vouloir trouver de nouvelles façons et d'améliorer le financement du FAVAC,
pour nous, c'est très positif parce que, justement, ça va faire en sorte qu'on
va être en mesure de continuer de développer. Un
peu comme Karine le disait, on cherche des moyens toujours le plus adéquat pour
répondre aux besoins. Les services des CAVAC visent à être
personnalisés. Alors, quand on a trop de demandes, malheureusement, ce que ça
fait, c'est que ça crée des détresses chez les personnes victimes, et ce n'est
pas du tout ce qu'on veut. Donc, pour nous, l'article 1
est excellent parce que, justement, ça... on voit que ça va continuer
d'apporter au Québec la vision de précurseur dans l'aide aux victimes,
hein, on... Le Réseau des CAVAC est parfois allé dans d'autres pays, et je vous
dirais que le fait de financer à même... le
fonds d'aide à même les différents volets liés à la criminalité fait en sorte
que c'est une mesure qui démontre, en fait, que les personnes victimes,
même si elles ne sont pas un acteur officiel, sont reconnues par notre système
de justice, sont reconnues par notre gouvernement.
Alors,
pour nous, c'est une mesure qui va aider à répondre à des besoins essentiels
parce que, malheureusement, puis je suis vraiment triste de vous dire
ça, ce n'est pas vrai qu'actuellement on est capables de répondre à tous les
besoins des personnes victimes, et ça, c'est souvent parce qu'on... plus de
gens demandent de l'aide, ce qui est une excellente nouvelle. Alors, on... le
fait de... d'augmenter le financement du FAVAC, pour nous, bien, ça veut dire
nous donner les moyens de continuer d'offrir les meilleurs services possibles,
nous et d'autres services d'aide aux victimes parce que le FAVAC finance quand
même plusieurs services d'aide qui sont tous, je dirais, essentiels et
importants.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Ça va très vite.
Alors,
on va débuter avec la période d'échange, et faites-vous-en pas, il reste encore
du temps. M. le ministre, s'il vous plaît.
Mme Charest
(Jenny) : Parfait.
• (12 h 20) •
M. Jolin-Barrette : Mme Charest,
Mme Mac Donald, merci beaucoup d'être présentes avec nous aujourd'hui pour
la consultation. Écoutez, merci pour votre mémoire, merci également pour votre
participation à la Table Justice. Je pense que ça a été éclairant. Puis je
souhaite vous remercier également du travail que vous faites puis que vos
intervenants et intervenantes font à la grandeur du réseau. Depuis que je suis
ministre la Justice, je me suis promené dans
quelques palais de justice, j'ai rencontré plusieurs personnes qui travaillent
pour les CAVAC, puis je dois dire qu'à toutes les fois je rencontre des
personnes qui sont passionnées, qui sont dédiées à leur travail, qui ont la
volonté d'accompagner les gens qui sont dans des situations difficiles de
vulnérabilité, qui sont souvent désorientés quand ils arrivent au palais de
justice. Alors, chapeau pour le travail que vous faites, c'est un travail
extrêmement important. Puis, honnêtement, on est chanceux de pouvoir compter
sur la qualité de vos employés, des gens qui travaillent pour vous, du Réseau des CAVAC aussi. Puis vous êtes
toujours, également, en mode solution, alors je pense que c'est grandement
apprécié, votre contribution.
Puis vous avez raison
de dire que c'est important, les victimes, dans le système de justice. Puis ce
qu'on essaie de faire, c'est de les mettre
au centre du processus pour voir à quel point, parfois, elles n'ont pas été
considérées, n'ont pas été mises au
centre du processus durant des années. Puis même, écoutez, on avait le
témoignage de Me Michaud, tout à l'heure, qui disait : Moi, en
2011, j'étais là, puis je ne prenais pas le temps de rencontrer les victimes
ou, si j'avais le temps, j'essayais.
Voyez-vous, on amène ce changement de culture là dans le système de justice, la
poursuite verticale en matière de
violence sexuelle, violence conjugale, on déploie les ressources à travers le
tribunal spécialisé. Je suis d'accord, ce n'est pas parfait, mais on est
en train de s'ajuster pour arriver partout en 2026.
Les lieux
également, on essaie de faire en sorte que les locaux des CAVAC, notamment,
soient plus accueillants, plus
accessibles, puis ça, je pense qu'on s'en va dans la bonne direction. Puis quoi
de plus choquant — puis
je le raconte souvent, là — quand
je vais dans les palais de justice puis je constate que, des fois, le CAVAC
avait le dernier local au bout du corridor, devant les deux salles d'audience
en matière criminelle, puis que les victimes doivent passer à travers là, puis
aller aux salles de bain, après ça, à l'autre bout de la salle des pas perdus,
retraverser la salle. C'est complètement inacceptable, puis on est en train de
travailler là-dessus pour améliorer tout ça.
Sur le Fonds d'aide aux victimes d'actes
criminels, c'est important, vous avez raison, de bien le doter. Là, on vient
augmenter la contribution. Ma collègue la vice-première ministre, également,
fait la même chose avec les radars photos dans le projet de loi n° 48 pour
aller chercher des sommes. On a une difficulté à pérenniser les sommes depuis la décision sur la suramende compensatoire
qui n'est plus obligatoire, ça a fait beaucoup diminuer les revenus. Là, le
ministre des Finances est venu combler les déficits par rapport au fonds, mais
effectivement on cherche des sources de revenus pour bien financer les
CAVAC.
Autre point, je crois, que vous avez soulevé
dans votre mémoire, la question des pôles de comparution. On est très
conscients de l'importance du suivi, parce que, pour imager ça, là, je pense
que vous faites référence à, supposons, quelqu'un qui est arrêté pour violence
conjugale, il passe la nuit en prison, mais on veut... la victime veut
savoir : Il est-tu remis en liberté par la suite, le lendemain?
Pouvez-vous nous parler de ça, de l'importance de ça?
Mme Charest (Jenny) : Bien sûr.
Merci de votre question, hein, c'était l'autre partie que je n'ai pas eu le temps. Mais en fait, oui, pour les pôles, c'est
aussi une excellente nouvelle, hein, d'augmenter les pôles et de s'assurer, en
fait, que le plus grand nombre de personnes puissent être entendues et que...
Mais ce qu'on constate, c'est que, souvent, le temps imparti à cette
information-là est sous-estimé, hein? On évalue à à peu près 45 minutes
minimum ou, en tout cas, de moyenne pour une intervention quand on appelle une
personne victime pour l'informer du résultat de la comparution. On parle ici
d'un mandat qui implique une sécurité hyperimportante et qui est gros, en fait,
parce que c'est une responsabilité sur les épaules de la personne qui tente de
joindre une personne pour l'informer, par exemple, qu'un accusé est libéré.
Vous l'avez nommé, on parle de violence
conjugale où on parle de femmes qui sont en danger, hein? On l'a vu, des
féminicides, il y en a beaucoup. Il y a eu beaucoup de cellules d'action rapide
qui ont été mises en place un peu partout au Québec. Alors, ça aussi, il faut le
prendre en compte. Quand on a à appeler une victime, quand on a à appeler une
personne qui est en attente, bien, il faut, pour le faire, avoir accès à
l'information, hein? Il y a plein de travaux qui se font actuellement, mais
avant, ce qu'on... ce que nous, on voudrait, c'est qu'avant de mettre en place
différentes choses, de toujours s'assurer qu'on prend aussi en compte les
services d'aide pour que les personnes soient
rejointes en temps opportun et qu'on puisse, dans le fond, travailler tous
ensemble pour faire en sorte qu'il n'y aura personne qu'on n'aura pas
rejoint, qui, finalement, le lendemain, va faire la une parce qu'elle a été
assassinée.
C'est quand même... on parle de risque
homicidaire. Je vous dirais qu'on le constate régulièrement. Si je parle
seulement pour Montréal, le CAVAC constate et demande des cellules
d'intervention rapide régulièrement, je vous dirais, presque à chaque semaine.
C'est le cas aussi dans plusieurs... dans toutes les régions du Québec. Et ça
implique, d'ailleurs, dans des pôles, si on a plusieurs pôles, qui va faire
cette information-là, qui va être en mesure d'attacher
tous les fils pour déclencher des cellules, si c'est nécessaire? Donc, on parle
d'information, mais c'est beaucoup plus large que ça.
Et le Réseau des CAVAC est très heureux, là, de
se voir confier ce mandat-là, mais il doit avoir les moyens de le faire. Et en
fait, dans tout processus de changement, vous l'avez... vous en avez parlé
tantôt, on parle ici d'un changement de culture, donc il faut vraiment attacher
tous les acteurs, incluant les gens dans les... dans le Réseau des CAVAC, pour qu'on puisse aussi faire ce travail-là
pour aider les personnes victimes, qui vont, après coup, devenir des bons
témoins aussi, qui vont devenir une partie... une personne qui va bien
participer au processus. Parce que l'accompagnement, ce que ça donne comme
résultat, c'est de faire en sorte que les personnes vont jusqu'au bout, et
notamment, en violence conjugale, les tribunaux spécialisés, c'est un peu dans
la perspective qui a été mise de l'avant de bien accompagner pour que les
personnes puissent faire valoir leurs droits.
Dans le Réseau des CAVAC, on parle beaucoup de
promotion de besoins, hein? On n'est pas là pour défendre des droits, mais on
veut promouvoir les besoins des gens, et le besoin d'information, de sécurité
et de soutien au moment où une personne porte plainte ou que quelqu'un d'autre
que cette personne-là a porté plainte, parce
que ça arrive fréquemment que ce n'est pas la personne elle-même qui a appelé
la police, elle doit être sécurisée, et les liens doivent être faits.
Donc, ce qu'on dit, en fait, c'est qu'on est
d'accord et on veut vraiment embarquer dans ce train, qu'on trouve excellent,
mais c'est clair qu'on doit avoir une vision globale qui implique qu'on
pense... et on donne les ressources nécessaires pour le faire, parce que c'est
quelque chose de trop gros, de jouer avec la sécurité des personnes victimes.
M. Jolin-Barrette : Vous avez
raison. Peut-être un dernier point avant de céder la parole à mes collègues. Je
pense que j'ai vu, dans votre mémoire, vous aviez une inquiétude par rapport à
la formation des juges de paix magistrats relativement au fait qu'ils vont
entendre les comparutions, les enquêtes sur mise en liberté. Déjà vous dire
qu'ils doivent... lorsqu'ils soumettent leur candidature pour être juge de paix
magistrat, ils sont assujettis à la loi 92... bien, en fait, le projet de loi
n° 92, la loi sur le tribunal spécialisé, de prendre l'engagement de
suivre les formations. Bien entendu, on va sensibiliser le Conseil de la
magistrature au fait que tous les juges de paix magistrats qui vont présider où
qu'il y a des enquêtes sur mise en liberté soient formés en matière de violence
conjugale.
En terminant, là, peut-être juste... Vous nous
en avez parlé, mais l'impact, là, sur les personnes victimes quand il y a des
arrêts des procédures ou des nolle prosequi, puis ça ne procède pas, là, c'est
extrêmement défavorable pour la dénonciation, puis les
gens voient ça dans les médias puis ils se disent : Ah! bien, c'est ça, ça
ne donne pas rien d'aller dénoncer, mon dossier ne procédera pas. Puis c'est ce
sur quoi on veut travailler, puis tous les partenaires de la Table Justice en
sont conscients. Mais on a une obligation collective, là, il ne faut pas que ça
arrive, il y en aura toujours, le moins
possible, mais c'est le message qu'on veut envoyer puis c'est un peu l'objectif
du projet loi 54. Mais je ne fais pas plus de commentaire, je
laisse la parole à mes collègues.
Le Président (M.
Bachand) : ...M. le ministre. Mme la
députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.
Mme Bourassa : Oui. Merci
beaucoup de votre présence. J'ai apprécié ce que mon collègue ministre a dit.
Effectivement, il faut être créatifs pour trouver des sous, ces temps-ci. Mais
justement l'augmentation du Fonds d'aide, de
quelle manière est-ce que ça pourrait concrètement vous donner des outils pour
mieux soutenir les victimes? Est-ce que vous avez déjà quelque chose en tête?
Est-ce que c'était quelque chose de souhaité? J'imagine que oui, là, on
veut toujours plus de sous.
Mme Charest
(Jenny) : Bien, en fait, c'est qu'on voit et on constate
l'augmentation, hein? Quand on parlait... les mesures qui ont été mises en
place pour changer la culture, pour bien informer la population sur les
services d'aide, elles fonctionnent. Il y a eu plusieurs enjeux sociaux
aussi, les féminicides, le #moiaussi, on a constaté différentes choses qui font
que les gens vont plus vers les ressources d'aide. Avant, on avait le défi de
faire valoir qu'il existe des services d'aide au Québec, parce que combien de
fois on a entendu «il n'y a pas d'aide», et le fait d'envoyer ce message-là
fait en sorte que les gens restent isolés. Alors, maintenant, on pense que ça
va de mieux en mieux. Les gens nous connaissent, les gens connaissent les
autres services d'aide également, et ça augmente les demandes.
Donc, qui,
finalement, paie, au bout du compte, si les demandes augmentent et que les
ressources ne sont pas là? Ce sont malheureusement les personnes
victimes elles-mêmes, mais également nos intervenants, parce que de dire à
quelqu'un : On va pouvoir vous rappeler dans deux mois pour vous donner un
rendez-vous, c'est épouvantable parce que
c'est de la gestion de détresse tous les jours. Et c'est la même chose chez
nos... chez les personnes qui travaillent auprès des personnes victimes.
La vision, c'est la proactivité, la vision,
c'est une intervention rapide, parce que ce qu'on constate, c'est que, quand on
fait ça, ça fait toute la différence pour atténuer, en fait, les conséquences
du crime. L'objectif et la mission des
CAVAC, c'est de travailler, d'agir pour tenter d'atténuer au maximum et
d'accompagner dans le processus judiciaire parce que d'accompagner une
personne, ça fait en sorte que, justement, le processus, même s'il n'est pas
parfait, même si ce n'est pas facile, peut devenir une source de réalisation
personnelle. Combien de personnes victimes on voit sortir de la cour la tête
haute d'avoir réussi? Un arrêt Jordan, c'est complètement... la différence,
c'est que la personne sort avec une colère extrême, souvent, parce que, là, on
vient lui enlever du pouvoir sur sa vie, alors qu'elle pensait et elle croyait
dans le système, parce que quelqu'un qui va vers le système, qui est
accompagné, le comprend mieux et est prêt à investir. Donc, il y a ce volet-là.
Alors, augmenter le FAVAC, ça veut dire que,
quand on évalue les besoins, on est en mesure d'y répondre. Parce
qu'actuellement on est en mesure d'évaluer les besoins, on a eu quand même
beaucoup de soutien, on ne dit pas qu'il n'y
a pas rien qui se passe, sauf qu'on estime que les besoins vont aller en
augmentant. Le tribunal spécialisé, ce que ça fait, c'est que ça montre
que ça peut marcher. Alors, quand ça peut marcher, les gens vont vers les
services. Alors, les gens, dans les
services, veulent avoir les moyens de le faire, et d'augmenter le FAVAC, bien,
c'est ce que ça fait.
En fait, le financement, malheureusement, on
parle souvent du nerf de la guerre, je pense que Karine l'a nommé, on est très créatifs, mais en fait on a le
souci de dire que, malgré notre bonne volonté, on n'y arrive pas toujours.
Et ça, je vous dirais qu'on le dit avec un déchirement, là, parce que les gens
qui travaillent dans les CAVAC, c'est des personnes dévouées. On dit souvent
que les personnes ont le CAVAC tatoué sur le coeur, et c'est vraiment ce qu'on constate, là. Donc, oui, augmenter le
financement ou trouver d'autres sources... et ça permet aussi de dire, bien,
c'est vrai qu'on croit dans le rétablissement des personnes victimes, c'est
vrai qu'on croit dans les services, qui sont professionnels,
qui existent depuis 35 ans et qui, là, sont de plus en plus connus. Alors,
c'est ce que ça va faire, ça va nous permettre d'offrir encore plus de
services.
• (12 h 30) •
Mme Bourassa : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Saint-Jean, pour 3 min 40 s.
M. Lemieux : Oui,
M. le Président. Merci de suivre mon chronomètre comme ça. Bonjour, mesdames,
Mme Charest, Mme Mac Donald.
Je veux juste revenir, Mme Charest, vous
avez dit tout à l'heure : Voilà pourquoi ce n'est pas moi qui est
porte-parole. Votre directrice des communications, qui est à l'écran avec vous,
va vous le dire, vous êtes une très bonne
porte-parole parce que vous êtes en train de nous parler avec des mots simples
d'une réalité et d'une vérité qui n'est pas toujours facile là où vous
êtes.
C'est là où je veux vous amener, d'ailleurs,
parce que vous avez aussi dit, en commençant, que vous étiez très contente de
l'exercice de la Table Justice, et je voudrais en savoir un peu plus. C'est
relativement nouveau, en tout cas, que vous
y soyez, là, et puis qu'on réussit en séquence avec un projet de loi qui suit
une table, puis... bon, et, je me demandais... Vous êtes probablement...
parmi tous ceux qui sont assis là et avec qui vous discutez, vous êtes
probablement les mieux placés pour être le plus proche possible de la
perception du grand public. Malheureusement, le grand
public qui s'approche autant de vous, mais c'est des victimes, alors c'est
moins drôle, là, mais vous êtes relativement neutre là-dedans. Et je me
demandais, dans tout ce que vous avez entendu, dit, discuté, sans violer de
secrets puis sans tirer dans la chaloupe de mon ministre, ce que vous auriez
voulu avoir de plus que ce que la Table Justice
n'a pas réussi à attacher, parce qu'il y a quand même un minimum de consensus
puis de gros bon sens, là-dedans, là.
Mme Charest
(Jenny) : Bien, en fait, je pense que le fait d'inviter les services
d'aide à cette table-là, ça a donné une voix et... aux personnes victimes parce
que, comme vous le dites, nous, on parle, on constate des choses, et c'est les
constats qu'on amène. Tu sais, il y a plusieurs éléments qui apparaissent
nouveaux pour plusieurs, mais pour nous, ce n'est pas nouveau, c'est ce qu'on
entend et ce qu'on voit dans nos bureaux depuis des années. Donc, est-ce que... qu'est-ce qui resterait à attacher?
J'ai envie de vous dire, c'est de poursuivre dans cette vision-là, parce que notre
volonté, c'est de s'assurer que les services d'aide soient toujours impliqués
et intégrés dans les réflexions, dans les choix de mesures et qu'on intègre...
En fait, on veut faire en sorte que tout soit attaché, et je pense que c'est
ça, l'objectif de la Table Justice. Je pense que ça doit se poursuivre parce
que chacun des acteurs de la Table Justice est à apprendre à se connaître
aussi, et de pouvoir parler à des juges, de pouvoir parler avec les procureurs,
de pouvoir parler avec des gens de la probation, des détentions, ça permet de
se connaître, ça permet d'amener des éléments, des exemples comme vous le
dites, pour faire avancer les choses, mais... Et ce qu'on voit, c'est ça, donne
lieu à un projet de loi, ça donne lieu à un plan d'action qui est quand même
ambitieux. Et ce qu'on se dit, c'est qu'il faut vraiment que tout le monde s'assoie et comprenne la réalité
de chacun pour faire en sorte que ce plan-là soit bien... soit une réussite.
M. Lemieux :
Mon temps est écoulé, mais je suis content de votre enthousiasme après
l'exercice, et j'espère que vous êtes aussi contentes du projet de loi, et
c'est la grâce que je nous souhaite pour la suite des choses. Merci, mesdames.
Le
Président (M. Bachand) : Merci, M. le député de Saint-Jean. M.
le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le Président. Alors, bonjour, Mme Charest,
Mme Mac Donald. Merci pour votre mémoire. Merci pour votre
témoignage devant la commission aujourd'hui.
J'ai eu moi-même la
chance d'aller rencontrer le CAVAC qui est à Drummondville, puis on a visité le
palais de justice, et effectivement je vous confirme que vous avez là des gens
enthousiastes et dévoués, et c'est très rafraîchissant de voir ça.
Si vous permettez,
j'aurais quelques questions pour vous en rapport avec le mémoire que vous nous
avez envoyé. À la page 9 de votre mémoire, à 6.2, vous parlez de
l'article 21 pour... du projet de loi, qui va prévoir un mode de confiscation administratif afin de dégager
les tribunaux de la confiscation d'un bien d'une valeur de 100 000 $.
Mais vous dites, un peu plus loin, qu'en lien avec l'article 31 : «De
même, ne serait-il pas pertinent de revoir le partage de ce type de biens?»
Pouvez-vous élaborer davantage là-dessus, s'il vous plaît?
Mme Charest
(Jenny) : Oui, bien, en fait, c'est une question qu'on se pose, parce
que ce qu'on comprend, c'est qu'il y a à peu près un 25 % des produits de
la criminalité qui vont dans le fonds d'aide aux personnes victimes, mais... le
Fonds d'aide aux victimes, mais le Réseau des CAVAC dit toujours «personnes
victimes», parce qu'avant une victime il y a une personne, et c'est ce sur quoi
on travaille. Alors, on s'est questionné en se disant : Est-ce que le fait
de mettre en place un nouveau projet de loi peut faire en sorte que ce soit un
bon moment pour réfléchir à comment on
départage les produits de la criminalité pour faire en sorte que, justement,
les services d'aide aux personnes victimes soient soutenus pour mieux
soutenir les personnes victimes? Tout ça, dans notre tête, c'est comme au
bénéfice des personnes victimes, est-ce qu'il y aurait moyen aussi d'aller
revoir cet aspect-là? Est-ce qu'on a des recommandations officielles? Non, mais
on s'est posé la question en se disant : Comme ce sont des produits de la
criminalité, la criminalité cause... les crimes causent des victimes, et comme
société, on veut les soutenir. Alors, est-ce qu'il y a une possibilité ou une
perspective de revoir ça?
M. Morin : Je comprends que vous avez dit qu'il y a 25 % des produits de la criminalité
qui vont aux victimes. Est-ce qu'il y aurait lieu d'augmenter ce
pourcentage-là? Et puis une fois que... Oui, allez-y, je vous écoute.
Mme Charest
(Jenny) : Bien, je crois que c'est certain qu'on aimerait que ce
pourcentage-là soit augmenté, mais ça demande quand même une analyse. Parce
qu'on ne dit pas qu'il y a seulement 25 % qui vont aux personnes victimes,
parce que des organismes qui sont financés, les services policiers, des mesures
de prévention peuvent aussi avoir un impact sur les personnes victimes, mais on
est à chercher des façons de mieux soutenir l'aide aux victimes au Québec, parce que l'aide aux victimes
fonctionne de mieux en mieux, alors c'est aussi une façon. Donc, oui, s'il y a
une possibilité, mais on ne dit pas de le
faire sans faire une analyse préalable. Ce n'est pas du tout notre suggestion,
là.
M. Morin :
Je vous remercie. L'autre élément sur lequel j'aimerais avoir votre... vous
pourriez partager votre expertise, et vous en avez parlé un peu avec M. le
ministre, mais c'est l'importance pour vous d'avoir accès à l'information, mais
rapidement. Et je note qu'à la page 10 de votre mémoire vous soulevez des
problématiques en lien avec des difficultés
technologiques pour avoir accès à de l'information. Est-ce que vous pouvez
préciser davantage? Peut-être nous donner des exemples concrets. Puis
avez-vous des pistes de solution pour nous?
Mme Charest
(Jenny) : En fait, il y a toutes sortes d'avancées
technologiques qui se font, actuellement. Il y a beaucoup de travaux qui se font pour améliorer les outils technologiques
et du ministère de la Justice, et des CAVAC, et du DPCP, et des greffes,
mais en fait c'est... En temps opportun, on n'a pas toujours la capacité
d'avoir accès à l'information et on doit voir comment mieux arrimer les choses.
Et ce qu'on dit, en fait, c'est qu'on doit s'assurer que ces travaux-là soient avancés pour qu'on ait l'accès. Actuellement,
on n'a pas nécessairement — pas
dans tous les programmes d'information — un accès direct à
l'information, un accès informatique, et parfois on doit aller chercher de l'information, et ça, ça fait en sorte que
c'est du temps qu'on n'a pas pour une intervention. Mais j'ai envie de dire
qu'on voit qu'il y a beaucoup de changements,
actuellement, qui se passent, il y a beaucoup de travaux qui se passent,
mais on a le souci de s'assurer, avant de prendre un mandat qui va nous amener
à être responsables de la sécurité de personnes victimes, d'avoir la certitude
d'avoir ces accès-là.
Je vous dirais que ça fait plusieurs années
qu'on travaille à vouloir trouver des façons. Ce n'est pas simple. Il y a
différents... Les acteurs ont chacun, hein, leurs mécanismes, leur accès à
l'information, alors comment on les partage. Actuellement, il y a des travaux
qui se font au provincial avec la Direction des poursuites criminelles et
pénales, les CAVAC, le ministère de la Justice pour voir aussi comment on peut
mieux partager tout ça dans le respect des lois, mais pour le bien-être et le
bénéfice des personnes victimes. Alors, avant de pouvoir faire un mandat comme celui-là, il faut qu'on soit certains
d'avoir les accès, parce qu'on ne les a pas toujours, et on ne peut pas, s'il y
a des pôles un peu partout au Québec, sans avoir l'accès rapidement, faire
ce travail-là. Et en fait on a envie de dire que, quand on fait un travail, on
a des professionnels, on veut s'assurer qu'on fait bien le travail parce qu'on
a trop à coeur le bien-être et la sécurité des personnes victimes.
• (12 h 40) •
M. Morin : Écoutez, je vous
comprends, puis vous l'avez évoqué vous-même, c'est sûr, par exemple, en
niveau... au niveau de la charte des droits des victimes, donc, qui est incluse
entre autres dans le Code criminel, là, si quelqu'un
est remis en liberté avec des conditions, bien, pour vous, ça devient hyper
important d'avoir les conditions puis d'être capables d'en informer la
victime, puis de dialoguer avec elle. Donc, je comprends que ça, là, ce
document-là, qui est hyperimportant, vous,
vous ne l'avez pas toujours automatiquement ou rapidement. Puis, si vous ne
l'avez pas, qu'est-ce qui bloque? Qu'est-ce qu'on peut faire pour vous
aider?
Mme Charest (Jenny) : Bien, je
pense qu'il doit y avoir des liens qui se font entre les différentes
structures, entre les différentes plateformes, et on sent une volonté de le
faire, et je pense qu'on voit, je dirais, une certaine lumière au bout du
tunnel. Parce que l'accès à l'information, c'est complexe parce que, oui, il y
a des éléments qu'on ne peut pas partager, il y a des... tu sais, chaque acteur
a ses contraintes aussi, et on est à travailler, à faire en sorte de trouver
des façons de faire pour que ça fonctionne mieux, pour qu'il y ait des ententes
officielles avec chacun des acteurs. Mais ce qu'on veut, en fait, c'est de
savoir que, avant de mettre en place quelque chose, ces accès-là sont réglés, ces travaux-là préalables soient finalisés
pour que, si on a à faire un mandat de cette ampleur-là, on puisse le faire,
parce que, si on avait un accès direct, ça ferait toute la différence. Parfois,
on a accès aussi, puis on peut avoir des accès, mais les informations ne sont
pas toujours à jour, selon les régions. Il y a plein... Et ce n'est pas un
manque de volonté des acteurs, loin de là,
mais c'est toutes sortes d'enjeux autres. Alors, il faut trouver des façons que
les choses... que l'information se communique plus facilement.
M. Morin : Mais corrigez-moi si
je fais erreur, mais, tu sais, on parlait, là, d'un cas concret, par exemple,
les conditions pour remise en liberté, là. Bien, en vertu du Code criminel, ça
se fait à la cour, le juge de paix est là, l'accusé est là, les parties sont
là, puis ils remplissent un document, puis c'est public. Ça fait que qu'est-ce
qui fait que vous ne l'avez pas tout de suite? Bien, je comprends que, dans les
hôpitaux, ils ont encore des fax, là, mais, dans le milieu de la justice, il y en a un peu moins, là, ça fait que
pourquoi vous n'êtes pas capables d'avoir accès, par exemple, à la fin
de la journée, là, numérisation des documents puis... ou même un accès, un
accès direct. J'ai de la misère à comprendre comment ça se fait que vous ne
l'ayez pas maintenant parce que c'est un document qui est tellement
fondamental.
Si quelqu'un est remis en liberté, ça arrive,
là, avec des conditions strictes, puis il y a, entre autres, une condition de ne pas s'approcher de la victime,
rencontrer la victime, être en contact avec la victime. Puis là vous, vous
avez la victime, bien, c'est fondamental, c'est votre mandat... c'est
fondamental que vous ayez ça illico, rapidement, immédiatement. Ça fait que
comment ça se fait que ça ne fonctionne pas comme ça?
Mme Charest (Jenny) : Parce que
les documents ne sont pas nécessairement toujours déposés rapidement, c'est... Il y a plein d'éléments de réponse à
votre question, en fait. Chaque région est différente aussi. Il y a des régions
où les personnes arrivent à avoir l'information tout de suite. Mais, quand on
parle de régions à gros volume, on n'est pas du tout dans cette perspective-là
parce qu'il y a plein d'éléments qui font en sorte que l'information n'est pas
accessible au moment où elle sort. Il faut trouver la façon d'aller la
chercher. Mais c'est justement ce qu'on essaie de faire pour avoir un accès
direct, mais il faut s'assurer que les choses sont déposées, que l'information,
elle est au bon endroit. Si on parle des
comparutions de fin de semaine, jours fériés ou soir, c'est un peu nos
préoccupations. On veut s'assurer qu'on va l'avoir, l'information, et
très rapidement.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup. Merci
beaucoup.
M. Morin : Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Merci infiniment. M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Et merci pour votre travail au quotidien, évidemment. Merci pour ce
que vous faites pour les personnes victimes, c'est essentiel.
Je reviens sur un point. À 6.2, là, vous nous
parlez d'une préoccupation relative à la santé financière du FAVAC. Vous en
parlez, vous en avez parlé aussi dans votre témoignage. J'aimerais ça vous
entendre un petit peu là-dessus. Vous dites
qu'il y a une augmentation des délais des demandes, on n'est pas capables de
répondre à tous les besoins. M. le ministre vous a dit qu'il cherchait
des sources de revenus. Est-ce que vous demeurez inquiètes quand même? Est ce
que, aujourd'hui, le message que vous nous dites, c'est : Faites
attention, il y a un risque ici, là?
Mme Charest (Jenny) : Le
message qu'on vous dit, c'est : oui, ce projet de loi est excellent parce
qu'il cherche des solutions. En fait, ce qu'on constate, c'est que le ministre
cherche des solutions en déposant un projet de loi comme celui-là. Nous, on le
salue vraiment parce que cette problématique-là, des suramendes qui a fait
baisser les fonds est très problématique parce que, en fait, on doit dire que
les financements de base n'ont pas diminué. Mais ce qu'on constate, c'est que
la demande augmente parce qu'il y a quand même eu beaucoup d'augmentation. On
ne dit pas que le financement n'a pas été augmenté, n'a pas été revu ou ne
répond pas entièrement. C'est que ce qu'on constate, c'est que les
augmentations de demandes font en sorte que, malgré le fait qu'on est soutenus,
maintenant, on n'arrive plus à faire exactement ce qu'on voudrait faire dans un
service de qualité, comme on le sait, va faire la différence. On continue quand
même d'offrir des services, on continue de trouver toutes sortes de façons.
Alors, oui, ce financement-là, il est important,
mais il y a également de voir est-ce que d'autres financements pourraient être
possibles. Le Fonds d'aide, s'il n'est plus suffisant, on ne voudrait pas, dans
quelques années, se retrouver qu'il n'y a plus d'argent, on n'offre plus de
services d'aide alors que ça fait 35 ans qu'il y a une expertise et qu'il y a plusieurs autres services qui
existent. Là, on parle des CAVAC aujourd'hui parce qu'on parle de notre réalité,
mais on le constate aussi, là, d'autres... les autres ressources aussi se
retrouvent un peu débordées. Et le terme «liste d'attente» n'était pas un terme
qu'on entendait. Je suis là depuis plusieurs années, Karine encore plus que
moi, et «liste d'attente», Karine, c'est... on n'avait jamais vu ça avant.
Mme Mac Donald (Karine) : Non.
C'est nouveau d'à peu près six, huit ans, je crois, mais moi, ça fait
20 ans que je suis dans le réseau. On pouvait offrir des services très
rapidement aux personnes victimes puis, on le sait, la recherche le dit, si la
personne réussit à recevoir des services dans moins d'un mois suite à l'acte criminel,
il va y avoir beaucoup moins de chances qu'elle développe un stress
post-traumatique, ce qu'on n'est pas en mesure de faire en ce moment. Donc, quand on parle de services de qualité, c'est
ça qu'on n'est plus capables de faire. Donc, en ayant plus de
ressources, plus de financement, on serait en mesure d'offrir un très bon
service.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député, oui.
M. Cliche-Rivard : ...je vous
laisse sur un deuxième point. Pour l'article 37, là, puis l'élargissement
de la compétence des juges, vous parlez
d'enjeux de sécurité majeurs. J'aimerais ça vous entendre sur c'est quoi, les
enjeux de sécurité majeurs.
Le Président (M. Bachand) : En quelques secondes, le temps file. Merci.
Mme Charest (Jenny) : Parfait.
En fait, de ne pas informer une personne de la libération d'un auteur de violence, ou de violence sexuelle, ou violence
conjugale, entre autres, bien, ça peut se terminer par un décès, si vous voulez
que je sois très courte, ou par le fait que la personne va être victimisée à
nouveau, et la personne qui est en attente doit avoir... Le travail qu'on doit
faire comme intervenants, comme service d'aide, c'est d'assurer la sécurité de
cette personne-là, de mettre autour d'elle un filet de sécurité — je
dis «elles» parce qu'on parle des personnes victimes, c'est en majorité des femmes, mais autour d'eux, je devrais plutôt dire,
là, eux et elles — et
ne pas le faire, c'est comme un peu garder la personne isolée. Je vous
dirais, j'ai déjà...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup,
Mme Charest. Désolé, je dois céder la parole à la députée de Vaudreuil.
Mme la députée de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Merci. Merci, M.
le Président. Alors, bien, à mon tour, mesdames, de vous réitérer, là,
l'importance de la CAVAC... du CAVAC, du Centre d'aide aux victimes d'actes
criminels. J'ai travaillé avec la CAVAC en
tant qu'avocate en droit familial pendant de nombreuses années. Maintenant,
comme députés, bien, évidemment, on
les réfère aussi... on les réfère chez vous. Votre mission de servir
gratuitement et confidentiellement, là, les citoyens dans le besoin est
un service essentiel. Donc, comme mes collègues, je vous réitère que vous
faites un excellent travail. Vous le transmettrez à l'ensemble des gens qui
vous entourent.
Je reviens rapidement aussi sur les enjeux de
sécurité, les enjeux de sécurité dont vous parliez. On les comprend. Puis vous
en parlez aussi, là, dans l'article 37, vous en avez parlé aussi à mes
collègues. Dans le fond, ce qu'on comprend, là, le défi, c'est de relayer
l'information afin que l'information vous revienne. Est-ce que vous n'avez pas,
concrètement, une idée à soumettre? Parce que vous dites que le ministre
travaille, justement, dans ce sens-là. Vous
n'avez pas une idée à soumettre concrètement, un moyen de notification,
justement, pour aider les victimes, ou parce que
vous, vous allez le dire aux victimes, enfin, à ceux avec qui vous travaillez,
un moyen de notification rapide?
• (12 h 50) •
Mme Charest (Jenny) : Bien, il
y a... oui, il y a différentes mesures qui sont à se mettre en place, oui, justement, que la notification entre rapidement,
que toutes les... on a parlé des conditions, qu'on les reçoive rapidement,
qu'il y ait des liens directs.
Mme Nichols : Je m'excuse de
vous interrompre, mais, présentement, vous recevez la notification, vous êtes
informés dans environ quel délai?
Mme Charest (Jenny) : Ça dépend
des régions, en fait, ça dépend des régions, et la problématique, elle est souvent liée au volume, donc... Mais... Et on
parlait de créativité, hein, chaque région trouve aussi des modes pour être
encore plus créative pour avoir accès à
l'information, puis le fait d'avoir de très bons liens avec les acteurs
judiciaires nous permet d'avoir l'information. On est en lien avec les
procureurs de façon quotidienne et on peut l'avoir, l'information, aussi. Parfois, on doit aller la chercher, pour toutes
sortes de raisons. Le greffe va mettre l'information, mais elle n'est
pas nécessairement à jour le jour même.
Donc, quand on parle de sécurité maximale ou, en
tout cas, d'une personne qui est en danger, c'est là où on a beaucoup de craintes. Et parfois il y a des
régions où on n'est pas en mesure de le faire le jour même ou les jours suivants,
ça peut aller quelques jours avant qu'on puisse informer une personne de ce qui
se passe. On parlait tantôt de c'est quoi, les impacts. On a déjà eu une
personne qui avait été victime de violence sexuelle qui a rencontré son
agresseur à l'épicerie. Cette personne-là a été en état de stress
post-traumatique, tout est revenu, et c'est un peu... on repart toute
l'intervention qui avait été faite. Et son sentiment de confiance, il était
nul, parce qu'on n'avait pas réussi à rejoindre cette personne-là. Ce n'était
pas parce qu'on n'avait pas eu accès à l'information, il y avait des éléments
autres. Mais ça nous montre à quel point ce n'est pas banal de ne pas informer
quelqu'un.
Mme Nichols : Bon.
Définitivement, il faut trouver une solution pour faire mieux. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Donc,
Mme Charest, Mme Mac Donald, merci beaucoup d'avoir été avec nous aujourd'hui, très apprécié.
Puis, à mon tour, puis j'aurais un paquet de témoignages à vous donner,
mais merci pour le travail des CAVAC au Québec, vous faites un travail
merveilleux. Merci beaucoup.
Alors, cela dit, la commission suspend ses
travaux jusqu'à 15 h 50.
(Suspension de la séance à 12 h 53)
(Reprise à 15 h 51)
Le Président
(M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous
plaît! La Commission des institutions reprend ses travaux.
Nous poursuivons donc les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 54, Loi
donnant suite à la Table Justice-Québec en vue de réduire les délais en matière
criminelle et pénale et visant à rendre l'administration de la justice plus
performante.
Cet après-midi, nous allons entendre l'Association
du Barreau canadien, division Québec, mais d'abord on a le privilège d'avoir
les représentants et représentantes de l'Association québécoise des avocats et
avocates de la défense. Ce n'est pas une première à la Commission des
institutions, d'ailleurs. Alors donc, merci beaucoup d'être avec nous. Alors,
je vous invite à vous présenter et à débuter votre présentation. Merci.
Association québécoise
des avocats et
avocates de la défense (AQAAD)
Mme Boulet (Marie-Pier) : Bonjour
à tous. Alors, Marie-Pier Boulet, présidente de l'AQAAD, qui sera le diminutif
que j'utiliserai pour présenter l'association; Me Benoit, qui
m'accompagne; Me Jean-François Benoit, qui est le président du Comité projet
de loi que nous formons au sein de l'association.
Alors, sans plus tarder, j'imagine que vous
souhaitez que j'enchaîne avec la présentation. Alors, l'AQAAD est une
association qui est fondée en 1995 et qui représente plus de
650 avocats et avocates qui oeuvrent en défense, en droit criminel et
pénal, partout au Québec. Le volet de notre mission, qui consiste à défendre
les droits et libertés des justiciables, a amené l'AQAAD à agir dans... à
plusieurs reprises, pardon, comme intervenante dans des dossiers devant la Cour
d'appel du Québec et la Cour suprême du Canada. Les membres de l'AQAAD
représentent des milliers de justiciables devant les tribunaux du Québec,
notamment les cours municipales de la province. Comme ils agissent en défense,
leur expérience, aux avocats de l'association, se rapproche beaucoup de celle
de tout justiciable devant les cours de justice.
L'AQAAD vous remercie, remercie la Commission
des institutions pour l'invitation. Notre intervention aujourd'hui vise à
souligner les avancées les plus importantes, selon nous, du projet de loi et
surtout vous faire part de notre expérience terrain. Nous sommes en mesure
d'anticiper les effets du projet de loi dans la pratique et donc, dans une certaine mesure, de pouvoir déjà en
mesurer l'efficacité. Nous vous ferons part des propositions d'amendement et partagerons avec vous certaines inquiétudes à l'égard du
projet de loi. Et je cède donc immédiatement la parole à Me Benoit.
M. Benoit (Jean-François) :
Merci. Donc, d'entrée de jeu, l'AQAAD appuie les modifications proposées au Code de la procédure pénale qui permettent un
allègement de certaines règles de preuve, dont la preuve documentaire
jointe au rapport d'infraction, soit l'article 2, ou des extraits de
registre public, soit l'article 3 du projet de loi. L'AQAAD est aussi en
accord avec le fait que le juge puisse rendre un jugement par défaut en son
cabinet, l'article 6 du projet de loi. Ces modifications permettront des
audiences moins longues, de réduire le nombre de témoins tout en préservant l'équité procédurale. Les jugements
par défaut en cabinet libéreront des salles... pardon, les employés du
greffe et les poursuivants.
La seule réserve de l'AQAAD touche le premier
alinéa projeté de l'article 191.01. Ce dernier prévoit que, lorsque le
défendeur ne se présente pas pour l'instruction après avoir été régulièrement
convoqué... que toute preuve pertinente qui offre des garanties raisonnables de
fiabilité est admissible, notamment la preuve documentaire et les dépositions
écrites des témoins. La rédaction proposée rend admissibles des éléments de
preuve qui n'auraient pas pu légalement être admis en preuve par témoignage en
raison d'autres règles de preuve telles que celles prohibant le ouï-dire.
Ainsi, nous proposons de limiter la preuve par déposition écrite des témoins
aux éléments sur lesquels ils auraient pu
témoigner en conformité avec les autres règles de preuve. Cette proposition
permettra d'atteindre l'objectif de
simplifier les audiences et l'administration de la preuve, sans pour autant
rendre admissibles des éléments de preuve par ailleurs inadmissibles en
vertu des autres règles. L'efficacité sera préservée, et l'équité du procès,
assurée.
Le projet de loi modifie l'annexe V de la
Loi sur les tribunaux judiciaires, qui énonce les attributions des juges de
paix magistrats, que je vais nommer les JPM pour les fins de l'élocution. Cette
modification leur donne plus de pouvoir afin de libérer les juges de la Cour du
Québec de certaines tâches. D'entrée de jeu, nous tenons à mentionner que les
JPM sont des juristes compétents soumis aux mêmes règles de sélection que les
juges de la Cour du Québec et qu'ils
bénéficient des mêmes garanties d'inamovibilité et d'indépendance. Ils
utilisent déjà leur discrétion judiciaire lors de l'émission de mandats
et lors de nombreux procès pénaux qu'ils entendent. Essentiellement, le projet
de loi prévoit que les juges de paix magistrats aient les mêmes attributions
que les juges de la Cour du Québec, sauf que les JPM ne pourront pas présider
de procès, et ce, peu importe le mode de poursuite. Les JPM pourront accepter
des plaidoyers de culpabilité, mais ne pourront sentencer que les infractions
poursuivies par voie sommaire, donc ils ne
pourront pas le faire pour les actes criminels. Les JPM ne pourront accepter
des renvois à procès de consentement que si aucune preuve n'a été
présentée. Les JPM ne pourront pas présider d'enquêtes préliminaires.
L'objectif est louable, mais nous sommes
d'opinion que, en pratique, l'effet risque d'être plutôt limité et même contre-productif. Nous concevons
difficilement comment la gestion des rôles dans les palais de justice permettra
d'avoir recours efficacement aux nouvelles attributions des juges de paix
magistrats. Nous croyons pertinent de vous partager notre expérience terrain
sur ce point. Il faut comprendre que les... que seuls les rôles des cours
municipales sont composés uniquement de dossiers poursuivis par voie sommaire
et que les rôles de la Cour du Québec sont composés de dossiers poursuivis par
voie sommaire et aussi de dossiers poursuivis par acte criminel. Ces dossiers
sont donc appelés dans la même salle et devant les mêmes juges. De plus, dans
les plus petits palais, il n'y a souvent qu'une salle de cour ouverte, et
conséquemment le juge doit entendre l'ensemble des dossiers qui y sont prévus,
peu importe le stade des procédures, et peu importe le mode de poursuite. Sur
le même rôle, il y a des comparutions, des enquêtes
sur mise en liberté, des enquêtes préliminaires, des sentences et des procès.
Il est donc important que le juge ait l'ensemble des pouvoirs requis pour
écouler le rôle. Les attributions projetées des JPM ne leur permettront pas d'y
siéger efficacement.
Dans les plus grands palais, il n'y a
habituellement une salle à volume qui traite les comparutions, les pro forma, les plaidoyers de culpabilité avec
suggestions communes ou contestées qui nécessitent de courtes représentations.
Les attributions des juges de paix magistrats ne leur permettront pas d'y
siéger efficacement puisqu'ils ne pourront pas sentencier les accusés par acte
criminel. Toujours dans les plus grands palais, les enquêtes sur la mise en
liberté, les enquêtes préliminaires, les
sentences contestées et les procès se retrouvent dans les autres salles, mais
sur un rôle qui comporte tous ces types de dossiers. Il est donc
impératif que le juge ait l'ensemble des pouvoirs requis pour écouler le rôle. Or, les juges de paix magistrats ne
pourront pas le faire efficacement. Seuls quelques palais, à notre connaissance
Montréal et Québec, ont un volume suffisant
de dossiers pour avoir une salle réservée aux enquêtes sur mise en liberté. Les
attributions projetées des JPM leur permettront de traiter presque tous les
dossiers dans cette salle, mais ils ne pourront pas accepter, encore une fois,
de plaidoyer et sentencier un accusé poursuivi par acte criminel, ce qui
nécessitera un changement de salle ou un changement de juge.
Quant aux rôles de fin de semaine, ils sont
composés de dossiers au stade de la comparution ou de l'enquête sur mise en
liberté. Les attributions projetées des... des JPM, pardon, ne leur permettront
pas de traiter l'ensemble des dossiers
puisqu'ils ne pourront pas, encore une fois, accepter des plaidoyers et
sentencier un accusé poursuivi par acte criminel qui désire plaider
coupable à ce stade des procédures. Ainsi, un accusé arrêté le vendredi qui
comparaît pour un acte criminel et qui désire disposer de son dossier, même
avec une suggestion commune ne comportant pas de détention, ne pourra pas le
faire. Conséquemment, ces dossiers devraient être renvoyés devant un juge de la
Cour de Québec, sollicitant les employés du greffe et en retardant indûment la
mise en liberté possiblement de quelques jours, jusqu'à tant que le dossier se
retrouve devant un juge de la Cour du Québec.
Ainsi, les gains escomptés ne se concrétiseront
pas. Nous envisageons même que cela aura pour effet de nuire au bon déroulement des audiences en forçant des suspensions, des
transferts de dossiers entre salles, des changements de juges en cours
de journée et des remises inutiles de dossiers. Nous envisageons même des
détentions prolongées.
Nous
sommes d'opinion que l'objectif de rendre l'administration de la justice plus
performante serait atteint si les juges de
paix magistrats devenaient des juges de la Cour du Québec à part entière. Cette
proposition permettrait un meilleur déploiement des ressources
judiciaires en augmentant leur flexibilité ainsi pour mieux répondre aux
besoins du système de justice.
Nous devinons que
cela implique un investissement, puisque les salaires des JPM sont inférieurs à
ceux des juges de la Cour du Québec, mais nous croyons que les gains justifient
cet investissement. Il faut aussi considérer que le projet de loi comporte des
coûts cachés : reports inutiles de dossiers, suspensions d'audience,
transferts de salles, retards de mise en liberté des citoyens. Cela augmente
également les vacances à la cour des témoins, des victimes, des intervenants,
des procureurs et des avocats. Sans oublier qu'il est à prévoir un réajustement
salarial des juges de paix magistrats, puisque leur attribution sera étendue
par le projet de loi et qu'elle sera... et que leurs pouvoirs se rapprocheront
de ceux des juges de la Cour du Québec.
S'il est de votre
intention de maintenir une différence entre les attributions des juges de paix
magistrats et des juges de la Cour du Québec, nous suggérons que les
attributions soient définies pour simplifier l'administration dans les palais. Donc, nous proposons, subsidiairement,
de permettre aux juges de paix magistrats de présider des enquêtes
préliminaires, de... excusez-moi, d'ordonner aux prévenus de subir leurs procès
avec consentement.
(Interruption)
M. Benoit
(Jean-François) : Donnez-moi une petite seconde, si vous permettez.
Bien, je vais céder la parole à ma collègue, mon temps est écoulé, donc je lui
cède la parole.
• (16 heures) •
Le
Président (M. Bachand) : Votre micro est fermé,
maître.
Mme Boulet
(Marie-Pier) : J'allais dire : Il restait un seul point, je
pense, qui est important : recevoir des plaidoyers de culpabilité et
procéder à la sentence, peu importe le mode de poursuite, pour ce qui est de
définir les pouvoirs du juge de paix magistrat.
J'enchaîne rapidement
avec les commentaires, nos commentaires sur les articles 12 et suivants,
c'est-à-dire le volet qui concerne la loi sur la confiscation, administration
et affectation des produits.
Simplement, nos
commentaires ressemblent grandement, peut-être, à ceux de... que le Barreau du
Québec a soumis, c'est-à-dire que l'article premier de la loi prévoit que la
confiscation civile vise, là, la confiscation de biens provenant d'activités
illégales. Le texte actuel, justement, limite l'application de la loi aux
activités qui sont visées par le Code criminel et un peu étendu à la loi sur
certaines drogues et autres substances, loi sur le cannabis, etc. Par contre, et de plus, le présent... pardon, texte de
loi, c'est-à-dire l'article 7 actuel, prévoit des mécanismes permettant au
tribunal de protéger les tiers de bonne foi, pour les qualifier ainsi, et
toujours dans ce même article 7, qui prévoit également la mise en oeuvre de l'objet de la loi via le critère de
l'enrichissement. Ainsi, la confiscation vise les produits ou les
instruments susceptibles d'enrichir illégalement l'auteur ou le bénéficiaire et
les prive de cet enrichissement. Le projet de loi ne modifie pas l'objet de la
loi, mais retire tous les éléments qui permettaient d'atteindre cet objectif.
Alors, nous suggérons de...
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Merci
beaucoup. Alors, on est rendus à la d'échange. Merci beaucoup, hein, désolé, le
temps file rapidement. Alors, M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui, merci, M. le
Président. Me Boulet, Me Benoit, merci de participer aux travaux de
la commission parlementaire. Je vais vous remercier également d'avoir
participé aux... bien, en fait, aux travaux de la Table Justice-Québec et du
plan d'action, également, qu'on a pu arriver ensemble, avec tous les
partenaires justice. Je pense que c'était important que les avocats de la
défense soient autour de la table également.
Puis on a vu, je
pense... puis vous pourrez le confirmer, mais, je pense, le fait que d'être
assis aussi avec... à la même table avec le poursuivant, avec le DPCP, bien, ça
va permettre, justement, aux avocats de la défense, au DPCP d'avoir des canaux de communication encore plus ouverts. Je pense
que vous allez avoir des réunions également prévues à... certaines
statutaires, si je pourrais dire, justement, pour faciliter le tout.
Puis je pense que,
dans le système de justice, si les différents intervenants peuvent se parler
d'une façon plus soutenue, plus adéquate pour
trouver des façons que ça fonctionne mieux, à la fois pour les avocats de la
pratique privée en défense, les
procureurs aux poursuites criminelles et pénales, vos clients, les victimes,
c'est au bénéfice de tout le monde.
Alors, je tiens à
vous remercier d'avoir participé à la Table Justice puis au plan d'action
également.
Peut-être un point à
éclaircir, je pense, c'est vous, Me Benoit, tantôt, qui en parlait, là,
sur la question du ouï-dire, là, puis au
début vous nous avez dit : Bon, on est en accord avec le fait que le
régime de preuve permet désormais de déposer les documents, cependant on
ne veut pas que la preuve qu'il faut déposer autrement n'aurait pas été
admissible. Pouvez-vous juste nous expliquer davantage ce volet-là, là, de
votre intervention...
M. Benoit
(Jean-François) : Oui. Bon, ça traite de la...
M. Jolin-Barrette :
...nous donner un exemple?
M. Benoit
(Jean-François) : Oui. Bien, ça traite de la discussion qui permet le
dépôt des dépositions écrites des témoins, parce que, souvent, on le voit même
dans les tribunaux, lorsque les gens témoignent, ils ont le réflexe de dire : Oui, mais lui, il m'a dit ça, ou : Je ne
l'ai pas vu, mais lui, il m'a dit ça, puis c'est comme ça. Ça fait que ce genre
d'information là se trouve déjà dans les témoignages à la cour, risque de se
retrouver dans les déclarations écrites. On le voit déjà régulièrement dans les
déclarations.
Donc, l'objectif
n'est pas d'empêcher le dépôt de ces dépositions-là, mais c'est que le juge,
dans son analyse de la preuve documentaire, fasse abstraction des éléments qui
sont du ouï-dire, donc que le témoin n'a pas pris... n'a pas eu connaissance
directement par ses sens, tout simplement.
M. Jolin-Barrette :
Parce que, normalement, s'il y avait eu un dossier où les personnes
physiques auraient été présentes, vous vous
seriez objecté à cette preuve-là parce que, bon, ce n'est pas lui qui l'a
constaté, c'est, supposons, Roger m'a dit qu'il a vu Ginette faire ça.
M. Benoit
(Jean-François) : L'homme qui a vu l'ours, effectivement. Ça fait
qu'en réalité c'est ça, le problème, parce
qu'on ne peut pas... C'est un des problèmes, c'est une règle qui est répandue, autant
pénale et criminelle. Donc, je pense que c'est important de le préciser,
et ça ne limite pas vraiment la portée du projet de loi. Donc, on va quand même
pouvoir déposer les dépositions des témoins, c'est juste que le juge ne tiendra
pas en considération les éléments qui sont du ouï-dire.
M. Jolin-Barrette :
OK. Peut-être, plus largement, là, on a pris acte de vos commentaires sur
le projet de loi. Sur la Table Justice, les mesures un peu que... pour
informer, là, les gens, là, qui nous écoutent, les mesures prônées par les
avocats, les associations d'avocats de la défense, comment vous entrevoyez ça,
les mesures, la mise en place des mesures, là, que... sur lesquelles vous êtes
partenaires?
Mme Boulet
(Marie-Pier) : Je vous dirais sur lesquelles nous sommes partenaires,
M. le ministre.
Principalement, vous
parliez, tout à l'heure, des rencontres, là, statutaires avec le DPCP. Je peux
vous dire que, déjà, il y en a une. Alors,
nous avons été particulièrement proactifs en la matière, et ça nous a amenés,
même, à créer d'autres projets, là, supplémentaires à ceux qui étaient
déjà prévus dans la Table Justice.
Pour notre part, on
était évidemment partenaires, dans le sens où on va collaborer aux mesures. Là,
vous vous souviendrez, celles relativement aux enquêtes préliminaires hors
cour, c'est une pratique pour laquelle nous étions déjà des partenaires, où
nous contribuons et nous faisions les demandes en ce sens-là, et l'objectif
actuel est que ce soit une pratique qui soit étendue.
Alors, nous allons
finalement parler de ça dans les comités de liaison. Donc, en plus de parler
avec le DPCP, nous avons des rencontres dans les palais avec... qui entourent,
là, tous les intervenants judiciaires, le greffe, les consultants spéciaux.
Donc, avec ces gens-là, là, nous allons leur faire part, parce que, vous savez,
une enquête préliminaire hors cour, il y a également la question de
l'attribution des salles, la disponibilité du personnel. Donc, nous, on s'assure, finalement, de mettre ce
dossier-là à l'ordre du jour pour que ça se passe concrètement sur le terrain. Ça
fait... c'est un des éléments, là, qu'on met en place, en plus des rencontres,
comme on vous avait mentionné.
M. Jolin-Barrette :
OK. Comment vous entrevoyez ça... puis je sais qu'il y en a déjà, là, mais
le fait que la Cour du Québec, notamment, souhaite élargir la facilitation ou
la superfacilitation dans les différents dossiers? Parce que, tu sais, il y a beaucoup de dossiers qui se
règlent la veille ou le matin même aussi, puis là on se retrouve à sacrifier
du temps de cour, alors que tout le monde s'est préparé de part et d'autre, les
avocats de la défense, la couronne s'est préparée, le juge aussi, connaissance
du dossier. Comment vous entrevoyez ça, là, la facilitation, superfacilitation
avec le DPCP puis la cour?
Mme Boulet
(Marie-Pier) : Alors, c'est une mesure qui était déjà existante, qui
était... encore une fois, comme l'enquête préliminaire en cour, qui n'était
peut-être pas suffisamment étendue, donc des districts où c'était très
exploité, d'autres où ça l'était moins.
Je vous dirais qu'on
est très, très favorables, en défense, là, et c'est mur-à-mur, de participer à
ce genre de... disons, de mesure de
rechange, si on peut le dire ainsi, là, une façon différente de faire le
procès, de le faire à l'avance, de discuter, c'est hyper efficace. On a
toute l'ouverture, là, je vous dirais, des membres, là, pour y participer. Et c'était d'ailleurs une mesure qu'on présentait au
départ, là. Donc, ce n'est pas... dans le document final de la Table Justice,
là, c'est une mesure qui se retrouve plutôt attribuée à la Cour du Québec, mais
c'est une mesure qu'on avait déjà également identifiée comme étant hyper
efficace.
Vous savez, la
facilitation, il y a un volet confidentialité qui vient avec ça qui est hyper
important parce qu'il y a des choses qu'on ne peut pas nécessairement dévoiler,
par exemple, au poursuivant, sachant que, par exemple, ça pourrait contrecarrer
une défense. Mais, si ça se fait dans un cadre de confidentialité et qu'on peut
avoir à l'avance l'opinion d'un juge... Si,
moi, je reviens de facilitation et je dis à mon client : Vous savez, j'ai
présenté nos arguments, et le juge m'a dit que je n'ai aucune chance,
c'est certain que ça peut avoir un impact sur le client, et vice versa, la poursuite qui se ferait dire : Écoutez,
l'argument de la couronne... de la défense est très fondé, vous devez, évidemment,
l'envisager, alors on repart chacun de notre côté avec ça, déjà on ébranle nos
positions, et plutôt, comme vous le dites,
de le faire le matin du procès, eh bien, on le fait à l'avance. C'est
extraordinaire, je vous le dis, là, rien de moins.
• (16 h 10) •
M. Jolin-Barrette :
C'est bon, ça. C'est des bonnes nouvelles, des bonnes nouvelles.
Peut-être, m'éclairer sur un point, là. Tout à
l'heure, Me Benoit, vous avez soulevé... vous, vous avez une crainte, avec le projet de loi, que le juge de
paix magistrat, si, supposons, la personne arrive en comparution devant lui,
supposons, il est poursuivi sur infraction sommaire, que,
dans le fond, il ne puisse pas enregistrer son plaidoyer de culpabilité,
supposons qu'il veut plaider à la première occasion. Est-ce que je me trompe?
C'était ça, votre...
M. Benoit
(Jean-François) : Si vous me permettez, en réalité, je ne vois pas de
problème au niveau sommaire, c'est plutôt si l'accusation est prise par acte
criminel parce que, ce que nous comprenons du projet de loi, il peut recevoir
le plaidoyer, mais il ne peut pas procéder à la sentence.
M. Jolin-Barrette :
Exactement.
M. Benoit
(Jean-François) : Donc... mais donc l'individu ne pourra pas être
remis en liberté, même si le poursuivant ne recherche pas nécessairement de la
détention. Donc, on prolonge une détention, on fait en sorte... on vient
scinder un petit peu parce qu'on a un juge de paix qui a des pouvoirs très
limités puis on ne permet pas de traiter l'ensemble du dossier. Donc, il y a un
report, un changement de salle, un changement de jour, donc on retarde cela, et
ça, ça peut être préoccupant parce qu'on parle de la liberté des individus.
Donc, à mon sens, la question de... lors de la comparution, parce que 515 du Code
criminel le prévoit, on peut recevoir un plaidoyer à ce stade-là. Donc, un des
problèmes qu'on voit, c'est surtout par acte criminel, notamment, parce que,
bon, le juge se retrouve à n'avoir pas l'ensemble des pouvoirs pour traiter le
dossier, donc on risque de voir des reports et une privation de liberté indue,
la plus grande inquiétude que nous avons.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Juste avant de céder la parole à mes collègues, dans votre pratique,
là, est-ce que vous en avez beaucoup, de clients qui plaident coupables à la
comparution?
M. Benoit
(Jean-François) : Oui.
M. Jolin-Barrette :
Oui. C'est quelle proportion?
M. Benoit
(Jean-François) : Écoutez, je n'ai pas de statistiques, parce qu'il
faut savoir qu'on a des pratiques toutes différentes. Il y a des avocats qui
ont des clientèles très détenues, il y a des avocats qui ont des clientèles très
peu détenues. Dans mon jeune temps, j'avais une clientèle qui était détenue,
j'ai une clientèle qui est moins détenue pour l'instant, mais je peux vous dire
que, même s'il n'y a qu'une personne qui veut le faire, puis cette personne-là
est détenue indûment, c'est une de trop, ça, c'est clair.
Donc, en tant que
société juste et démocratique libre, on doit tout faire en sorte pour faire en
sorte que cette privation indue n'arrive pas. Puis, à mon sens, limiter les
pouvoirs du juge de paix, c'est un peu ce qui se faisait dans le C-24, si vous
me permettez. C'est pour ça que la loi a été déclarée inconstitutionnelle sur
certains points, puis on se retrouve un peu dans une même dynamique.
M. Jolin-Barrette :
OK. Bien, écoutez, je vous remercie pour votre présence en commission
parlementaire.
Je note, M. le
Président, que Me Benoit a dit «dans son jeune temps». Alors, je ne sais
pas s'il est rendu dans son vieux temps, mais...
Le
Président (M. Bachand) : Mais, vous savez,
à la Commission des institutions, on ne fait pas d'âgisme.
M. Jolin-Barrette :
Non, non.
Le
Président (M. Bachand) : Alors donc, Mme
la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré,
s'il vous plaît.
Mme Bourassa :
Merci beaucoup. Bon après-midi. On ne vous a pas beaucoup entendus lors de
l'exposé sur la question de... que les JPM pourraient faire la comparution et
les enquêtes sur remise en liberté à distance et sept jours sur sept. On est
tous là pour un système de justice plus accessible. Comment est-ce que ça va
vraiment changer votre façon de faire?
M. Benoit (Jean-François) : Présentement,
écoutez, les enquêtes sur remise en liberté, il y en a distance, il y en
a aussi pour lesquelles on demande une présence physique. Donc, à mon sens,
c'est quand même une avancée importante, qu'on puisse contacter un juge de paix
magistrat qui a les pouvoirs, l'entièreté des pouvoirs nécessaires pour tenir
une enquête sur remise en liberté. C'est un gain important, que ça puisse se
faire.
En
fait, techniquement, il n'y a rien qui limite cela à des heures régulières de
la cour. Donc, c'est une question de liberté. Donc, le plus rapidement
qu'on peut traiter de la légalité de la détention, le mieux que c'est. Le fait
que ce soit à distance, ça devrait... je ne vois pas de... c'est correct que ça
puisse se faire à distance, mais, lorsque le citoyen désire le faire en
personne, il devrait avoir la possibilité de le faire. Est-ce qu'il devrait
avoir la possibilité de le faire 24 heures sur 24? On n'a pas étudié la
question. Mais je pense que le fait de... la capacité de le faire à distance...
De toute façon, c'était prévu au Code criminel depuis très longtemps, là. C'était même possible, selon le Code criminel, de le faire par téléphone,
donc... Mais le fait que... avec le système actuel en place, c'est déjà une
avancée majeure. La fin de semaine, c'est déjà ce qui est fait,
d'ailleurs.
Mme Bourassa :
Et j'imagine que les gens veulent une certaine modernisation, là. Tu sais,
on a les outils, alors... surtout quand il
est question de détention, comme vous disiez, là, que c'est quand même assez
important de faire valoir ses droits le plus rapidement possible.
M. Benoit (Jean-François) : Oui,
je suis d'accord avec vous. Cependant, le procédé à distance, ça a des impacts
sur la capacité de l'avocat de rencontrer son client, la capacité d'échanger
rapidement de l'information, de faire un retour, parce que le procureur de la
couronne parle avec la défense, c'est difficile de parler régulièrement avec le client, donc ça ralentit le processus. Ça
rend plus facile d'avoir une audience devant le tribunal, mais le processus
en arrière-plan est un petit peu plus compliqué. Quand l'individu est au palais
de justice, je parle avec mon collègue de la
poursuite, je vais voir mon client, comme ça, les choses vont très vite. Mais
c'est un gain parce qu'on va étendre les plages lors desquelles on peut
avoir des enquêtes sur remise en liberté, mais il faut avoir... Par contre, si
l'individu veut avoir son enquête en personne parce qu'il doit témoigner
souvent dans le cadre de l'enquête puis... s'il le désire, c'est important
qu'il puisse le faire.
Mme Bourassa : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Député de Saint-Jean,
s'il vous plaît.
M. Lemieux : ...
Le Président (M.
Bachand) : 4 min 17 s
exactement, M. le député de Saint-Jean.
M. Lemieux : Merci beaucoup, M.
le Président. M. Benoit, Mme Boulet, merci beaucoup d'être là.
J'ai juste assez de temps pour commencer par
vous parler des travaux de la table, parce que j'observais la conversation avec
le ministre et je voyais dans vos yeux, Mme Boulet, que la participation à
la table ne vous a pas juste réjouie, mais vous a rendue très optimistes pour
la suite des choses, même que vous avez commencé à travailler sur certaines
choses qui ont semblé vous plaire énormément. Ça, pour moi, c'est
extraordinairement important.
Puis je voudrais vous entendre davantage, parce
que le projet de loi, c'est une chose, puis on va en parler, puis on va adopter article par article, puis on va
s'organiser, puis on va tenir compte de ce que vous nous dites pour voir dans
quel but... dans quelle mesure on peut améliorer tout ça, mais, au fond, on
n'aura pas tout réglé pour réduire les délais en matière criminelle et pénale
et puis on n'aura pas rendu l'administration de la justice plus performante
pour toujours, juste plus performante pour un petit bout. Vous voyez ça
comment, vous deux, la suite des choses?
Mme Boulet (Marie-Pier) :
Me Benoit.
M. Benoit
(Jean-François) : C'est de l'argent, qu'il manque dans le système de
justice. Le système de justice est sous-financé.
Il y a eu un budget hier, je n'ai pas les
chiffres, là, mais la part... 31 millions pour la sécurité dans les
palais, c'est bienvenu, mais ce n'est pas de l'argent qui est mis pour rendre
plus d'audiences, de faciliter le processus.
Donc, il y a un sous-financement, je pense, dans
le système de justice. Quand les salles ferment parce qu'il manque de
greffiers, il y a un problème. Quand un greffier gagne 38 000 $ par
année, il y a un problème. Il est là, le problème, à mon sens.
Donc, oui, présentement, là, on fait des actions
dans le but de sauver le système, parce que les acteurs du système le portent à
bout de bras, le système, les juges le font, la défense le fait, la poursuite
le fait, mais on arrive à un point où on n'est plus capables de soutenir ce
rythme-là et de sauver ce système-là.
Donc, oui, c'est des salles, oui, c'est des
juges, oui, c'est des ressources, c'est des mesures alternatives de règlement,
il y a différentes avenues, mais aussi des visions à plus long terme, je pense.
M. Lemieux : Des juges... Je m'excuse,
peut-être, Mme Boulet, vous vouliez raconter quelque chose, mais je vais
rebondir sur Me Benoit. Des juges, il y en a sept de plus, là, non?
M. Benoit (Jean-François) : Il
y a en sept de plus. Pouvez-vous me dire la part qui va à Québec, Montréal?
Une voix : ...
M. Lemieux : 14 juges de plus.
Et puis j'ai entendu, dans une conversation précédente, la déclinaison d'où allaient les juges, mais je ne sais pas comment
quelqu'un pourrait m'aider à vous donner la liste, à moins que M. le Président
me permette...
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Benoit (Jean-François) : Je
n'ai pas besoin de la liste exacte, mais juste pour vous dire que la part du lion va toujours dans les grands centres; les
régions, c'est un petit peu plus difficile. Ça, c'est une réalité. Mais le nombre
de juges, c'est une réalité, mais la réalité quotidienne de la pratique est de
beaucoup plus complexe qu'elle était.
Dans mon jeune temps... ça
fait 17 ans que je fais ça, je peux vous dire que j'ai vu les choses. Il y
a beaucoup plus de requêtes à faire, il y a des requêtes préliminaires à faire
qui n'existaient pas avant, ce qui fait qu'il y a une multiplication, dans le même dossier, des audiences, et ça demande des
ressources considérables à tous les acteurs. Donc, c'est la réalité au
quotidien.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci. M. le ministre de la
Justice, voulez-vous répondre sur la répartition des juges?
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, les juges qu'on a nommés à la Cour du Québec, il y en a huit à Montréal,
puis on en a, je pense, un à Québec, on en avait deux à Laval, je crois. Mais,
si vous faites référence aux sept, c'est les juges de la Cour supérieure.
Mais je crois que vous pratiquez en Outaouais,
Me Benoit, puis on a vu le Barreau de l'Outaouais qui nous a indiqué très
clairement qu'il souhaitait avoir des postes de juges de la Cour supérieure qui
soient fixés à Gatineau. Moi, je suis très ouvert avec cette réalité-là.
D'ailleurs, la Cour supérieure, on a concocté
d'un commun accord la disposition des sept postes de juge, qui sont tous en
région.
Mais je comprends qu'il y a un besoin
particulier pour Gatineau, puis je suis extrêmement sensible à ça. Donc, on aura... Les travaux ne font que débuter,
alors... du présent projet de loi, alors, moi, j'ai beaucoup d'ouverture.
Mais j'entends votre cri du coeur de l'Outaouais.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député d'Acadie,
s'il vous plaît.
Une voix : ...
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de l'Acadie.
• (16 h 20) •
M. Morin : Merci.
Merci, M. le Président. Alors, bonjour, Me Benoit, Me Boulet. Ça me
fait plaisir de dialoguer avec vous à nouveau en commission parlementaire.
J'ai quelques questions pour vous. La première
touche la compétence, qui sera un peu étendue, des juges de paix magistrats. Le
projet de loi prévoit que, dans le cadre de l'enquête préliminaire... Puis je
comprends qu'on a restreint au Code criminel des crimes pour lesquels on peut
demander ou bien avoir une enquête préliminaire, là, ça, c'est clair, là, mais
en fait ce qu'on leur permet d'accepter, comme on dit dans le jargon, c'est un
5.49, c'est-à-dire le poursuivant, la défense sont d'accord, puis on saute
l'enquête préliminaire puis on s'en va au procès.
Il y a peut-être certains grands centres où un
juge peut avoir un rôle de 5.49, mais j'imagine que, dans certaines régions, il ne peut pas avoir un rôle de
5.49, là, il n'aura peut-être pas assez de dossiers. Comment voyez-vous
ça au niveau de la gestion des dossiers? Est-ce que c'est un avantage? Est-ce
que ça va aller plus vite?
Puis à l'enquête préliminaire, là, dans le Code
criminel, c'est un juge de paix qui préside l'enquête préliminaire, ce n'est
pas un juge de la Cour du Québec, là, tu sais, alors c'est sûr que le juge de
la Cour du Québec, il a plusieurs chapeaux, là, mais, dans le code, c'est un
juge de paix. Donc, il ne pourrait pas entendre des témoins, le juge de paix
magistrat?
M. Benoit (Jean-François) : Si
vous me permettez, je pense que l'enquête préliminaire est le très bon exemple,
exactement, de ce qu'un juge de paix magistrat devrait être capable de faire.
Il entend des témoins. Il n'y a pas d'évaluation de crédibilité, il n'y a rien.
Le juge, à l'enquête préliminaire, fait juste gérer les règles d'admission de
la preuve, là. Il va traiter de... du renvoi à procès, ce qui est relativement
très rare, mais est-ce qu'il y a une preuve prima facie? C'est la seule règle.
Donc, en réalité, moi, je pense que tous les
juges de paix magistrats devraient faire partie de la... les juges de la cour
du... Cour du Québec, mais, si vous voulez limiter les pouvoirs, donnez-leur au
moins l'enquête préliminaire, c'est tout désigné pour un juge de paix
magistrat.
Faire un 5.49, un renvoi, écoutez, c'est... tout
le monde consent qu'on ne fera pas l'enquête préliminaire puis qu'on s'en va de
suite au procès. Je veux dire, c'est un acte purement administratif, le juge
n'a absolument aucune discrétion à faire, il reçoit le consentement des
parties. On l'empêche de faire ça. S'il y a eu une présentation d'une preuve,
logiquement, c'est parce qu'il y a un début d'enquête préliminaire. Souvent, il
va y avoir un début d'enquête préliminaire, on va la limiter, on ne fera pas
une enquête complète, puis on va faire un renvoi au procès avec 5.49.
Donc, si le juge a la... juge de paix magistrat
a la capacité d'entendre l'enquête préliminaire, logiquement il devrait avoir
la capacité aussi de faire un 5.49, là, parce que ça va un petit peu ensemble,
mais il n'y a pas une salle de cour dans aucun palais que c'est toutes des
5.49, là, oubliez ça, là. C'est un sac de bonbons mélangés, tout ça, là.
M. Morin : Ce
qui fait que, actuellement, le juge de paix magistrat pourrait entendre un
5.49, mais la défense, comme ça arrive parfois, qui veut entendre un
témoin et puis faire un 5.49 pour le reste, bien là, ça ne marcherait pas.
M. Benoit (Jean-François) : En
plein ça.
M. Morin : Donc, ça ne pourrait
pas être le juge de paix magistrat, il faudra aller devant un juge de la Cour
du Québec, qui est, par ailleurs, un juge de paix. OK, très bien. Bien,
écoutez, merci, merci beaucoup. Ça m'éclaire.
Autre chose, vous n'en
avez pas beaucoup parlé, mais j'aimerais vous entendre là-dessus, comme avocats
de la défense, c'est tout le régime de confiscation administratif. Vous aviez
commencé à en parler un peu, mais le temps nous
a fait défaut, donc j'aimerais vous entendre là-dessus. Il y a, dans le projet
de loi, plusieurs présomptions, il y a même une présomption à l'effet
que le défendeur va avoir été présumé recevoir l'avis de la confiscation. Comme
avocat de défense, qu'est-ce que vous pensez de ça?
Mme Boulet (Marie-Pier) : Je
vous dirais que... Oui, vas-y. Allez-y, Me Benoit.
M. Benoit (Jean-François) : En
quelques mots, le projet de loi multiplie la portée de la loi sur la
confiscation, l'étend à toute infraction.
Première chose, on enlève la discrétion du juge
pour rendre des ordonnances qui vont de l'intérêt de la justice. On enlève les
protections contre les tiers de bonne foi. Donc, c'est tous des effets
multiplicateurs.
La loi est sans limites, elle est... c'est une
loi qui ne... je vous dirais, qui vise absolument tout, qui vise... Un excès de
vitesse, le véhicule pourrait être confiscable, selon cette loi-là. Une
résidence a... n'a pas de piscine... n'a pas
de clôture autour de sa piscine, l'immeuble pourrait être confiscable. La
portée est incroyable, de ce projet de loi là.
Pour faire... rebondir sur ce que vous avez
mentionné, sur l'avis envoyé par courrier simple puis confisquer un bien valant
jusqu'à 100 000 $, ça n'a aucun bon sens, ça n'a aucun bon sens parce
que, là, il va falloir, par la suite, aller devant le tribunal, revenir en
arrière. C'est contre-productif.
Donc, il y a beaucoup de choses dans ce projet
de loi là. Il y a... La portée est étendue, elle est multipliée, on enlève les
barrières, on simplifie la procédure. Je vois ou je peux prévoir...
Puis, écoutez, on peut se fier à la bonne foi du
poursuivant ou du Procureur général, mais c'est le rôle du législateur
d'encadrer ce pouvoir-là. Le simple fait qu'on présume que le pouvoir qui est
accordé par une loi va être exercé de bonne foi, ce n'est pas une garantie
suffisante. C'est le rôle du législateur de mettre les quatre coins à
l'intérieur desquels le Procureur général va devoir travailler. Puis je pense
que c'est le gros problème avec ce projet de loi là, il n'y a même pas de
quatre coins.
Mme Boulet (Marie-Pier) : Et
j'ajouterais l'article 16 du projet de loi, qui retire les mécanismes, là,
qui protègent les tiers de bonne foi, donc
le tribunal va être obligé de donner droit à une confiscation, même si le
propriétaire du bien n'a pas participé à l'activité illégale, il ne
pouvait pas s'en douter. Alors, on va littéralement punir des tiers qui sont
totalement de bonne foi, les priver d'un bien qui, comme on le disait, là,
n'est pas nécessairement un bien d'une mince ou d'une faible valeur.
M. Morin : Je
comprends que, dans le projet de loi, il y a toujours, par la suite, un
mécanisme de contestation, mais là on peut se demander en quoi ça va
accélérer le processus, parce que, s'il y a, effectivement, des tiers qui ont
été dépossédés, bien, ils vont vouloir contester.
Donc, finalement, on est peut-être partis très
vite avec un sprint, mais, vu que c'est un marathon, ça va finir où ce ne sera
pas plus vite. J'ai une bonne compréhension du projet de loi ou je me trompe?
Mme Boulet
(Marie-Pier) : C'est en plein ce qu'on dit, qu'au niveau de
l'objectif du projet de loi d'accélérer, là, toute la question de
l'efficacité, là on est à rebours là-dessus.
M. Morin : OK. Il y a d'autres
éléments aussi. Quand on dit, dans le projet de loi... Je regarde, entre autres,
l'article 18 qui va... bien, en fait, qui va insérer, après
l'article 12, 12.2 : «Un bien présumé est un produit d'activités illégales dans l'une ou l'autre des situations
suivantes. Il s'agit d'une somme d'argent comptant trouvée à proximité de substances
interdites.» Le mot «proximité», pour vous, c'est précis, c'est vague, ça
mériterait d'être précisé?
Mme Boulet (Marie-Pier) : Ça ne
peut pas être plus vague, en fait, parce que la proximité, du moment qu'on est
à l'intérieur d'un immeuble, par exemple, mais qu'on n'est pas dans des pièces,
par exemple, avec un colocataire, où moi,
j'ai des choses, lui, il a les siennes, on a des espaces privés même à
l'intérieur d'un même espace. Je vous dirais que juste passer le temps à
interpréter, finalement, devant les tribunaux cette notion-là, on va perdre beaucoup
de temps et de ressources.
M. Morin : Et...
M. Benoit (Jean-François) : Si
vous me...
M. Morin : Oui, allez-y, je
vous en prie.
M. Benoit (Jean-François) : ...mais
la même chose pour «une disposition est incompatible avec les pratiques des
institutions financières». On parle des sommes d'argent. Je vais vous avouer
que je n'ai aucune idée qu'est-ce que veut dire «disposition est incompatible
avec les pratiques des institutions financières».
Ça fait que, encore une fois, le projet de loi
crée un concept qui est nébuleux, qui va se retrouver devant les tribunaux et qui va... qui risque d'augmenter le
volume de dossiers, notamment devant la Cour supérieure, là. Ce n'est
pas devant des instances criminelles, c'est
devant des instances civiles, ces dossiers-là, il faut le dire, mais de la Cour supérieure.
M. Morin :
Et ça, on n'en a pas parlé, mais qu'est-ce que vous pensez de la
disposition qui prévoit que, si c'est adopté, dorénavant, tous les renvois
seront déposés à la Cour d'appel à Québec?
M. Benoit
(Jean-François) : Ce n'est pas un sujet que nous avons discuté en
comité, donc on n'émettra pas d'opinion personnelle sur ce point.
M. Morin :
Parfait, je vous remercie. Si on
revient aux présomptions et quand on regarde, toujours, l'article 18 du
projet de loi, l'insertion de 12.4 : «Un bien est présumé être un
instrument d'activité illégale lorsqu'une infraction de nature sexuelle
a été commise en utilisant ce bien.» D'après vous, est-ce que ça pourrait
permettre une... Parce que «bien», bon, évidemment, n'est pas défini. On est
dans un contexte de droit civil. Si on regarde la définition d'un bien au Code
civil, ça peut être un immeuble ou un meuble. Donc, ça voudrait-tu dire que le
législateur peut venir confisquer un immeuble?
M. Benoit
(Jean-François) : Écoutez, moi, je crois que l'interprétation se
tient.
Également, je vous
donne un exemple, c'est la victime qui est propriétaire de l'immeuble, le
projet de loi permettrait de saisir cet immeuble-là si l'agression sexuelle a
lieu chez elle, même si l'auteur de l'infraction n'est même pas propriétaire du
bien, n'a pas de lien avec ce bien-là.
Moi, je pense que ce
que je viens de vous dire est permis, et on peut l'interpréter de cette
façon-là si on se fie au projet de loi, ce qui fait... Je suis convaincu que ce
n'est pas l'intention du législateur, mais il faut faire en sorte que ce type
d'interprétation de loi là ne soit pas possible.
Le
Président (M. Bachand) : ...M. le
député de l'Acadie.
M. Morin :
Oui. Puis alors je comprends que ces dispositions-là risquent
éventuellement d'être débattues devant la cour, donc ça ne va pas accélérer le
système.
M. Benoit
(Jean-François) : Effectivement.
Le
Président (M. Bachand) : Merci.
M. Morin :
Merci beaucoup.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député
de Saint-Henri—Sainte-Anne,
s'il vous plaît.
• (16 h 30) •
M. Cliche-Rivard :
Merci beaucoup. Merci pour votre présentation.
Rapidement,
est-ce qu'on a connaissance, dans le reste du Canada ou dans les autres
provinces, d'un élargissement similaire de ce qui existe ou l'équivalent
du juge de paix magistrat? Ça nous aiderait dans notre réflexion.
M. Benoit
(Jean-François) : Oui, bien, écoutez, à ma connaissance, il faut
savoir que le juge de paix est... date depuis très longtemps, c'est un vieux
concept. Alors qu'il n'y avait pas de juge disponible, c'est le juge de paix
qui gérait les petites urgences, là, si vous voulez.
Il y a eu une
contestation, à l'époque, au Nouveau-Brunswick sur, justement, la règle des
24 heures, la disponibilité des juges, mais, à ma connaissance, on a aboli
tout simplement la notion de juge de paix. C'est tous des juges de la Cour
provinciale, au Nouveau-Brunswick, ce qui donne une plus grande flexibilité.
Ici, et je ne touche
pas... Parce qu'au Québec on a les juges de paix fonctionnaires, là, les juges
de paix fonctionnaires devraient rester des juges de paix fonctionnaires, bien
entendu, mais, à mon sens, pour donner une vraie
flexibilité à l'appareil de la justice, avec des gens qui sont déjà
présentement nommés et qui ont une compétence juridique, qui sont déjà... qui
font déjà des procès en matière pénale, bien, il y a une quarantaine de juges
de paix magistrats qui sont déjà disponibles.
M. Cliche-Rivard :
Ça fait que vous dites que l'exemple de la... du Nouveau-Brunswick nous
amène à penser qu'il pourrait avoir un recours en contestation similaire.
M. Benoit
(Jean-François) : Non, du tout. Il y a eu... à la suite d'une
contestation sur la question de la disponibilité des juges de paix, ils ont
tout simplement aboli les juges de paix, puis c'est tous des juges de la Cour
provinciale aujourd'hui.
M. Cliche-Rivard : Parfait. Il y a
l'article 34 qui fait passer le nombre de juges à Montréal de 101 à 99.
Est-ce que vous aviez une position ferme là-dessus ou... Est-ce que vous
avez pris une position?
Mme Boulet
(Marie-Pier) : Ce n'est pas un sujet qu'on a discuté non plus en comité.
M. Cliche-Rivard :
Parfait. Vous avez répondu assez franchement, tout à l'heure, au collègue
député de Saint-Jean, là, comme quoi ça allait continuer à être
compliqué dans l'avenir pour l'administration de la justice. Est-ce que
vous pensez qu'on s'attaque à la bonne chose, ici, avec le projet de loi?
Mme Boulet
(Marie-Pier) : Moi, je pense sincèrement que vous êtes à la
recherche de solutions. En tout cas, quand on regarde l'étendue des
pouvoirs pour les juges de paix magistrats, ça m'apparaît évident.
Et l'échange plus tôt avec le ministre est au
même effet, c'est-à-dire que nous aussi, on va continuer de ne pas simplement
faire les choses de la manière qu'on le faisait puis se remettre en question.
C'est ce qu'on fait lors des rencontres. On va
faire preuve de plus d'ouverture. Mais ce qu'on vous dit, c'est que les
ressources, puis on n'a pas parlé des avocats de la défense, parce que
ça, ça ne se nomme pas, un avocat de la défense, ça se crée, là, de... c'est
un... c'est une vocation, j'ose croire.
Et je vous dirais que je vais ajouter à la
difficulté, je vais vous parler de la négociation des tarifs d'aide juridique.
Vous savez qu'en ce moment, là, on risque d'arriver au... à un délaissement ces
dossiers-là à nouveau si le point n'est pas réglé. Moi et Me Benoit,
aujourd'hui, là, on est bénévoles, et tous les membres de l'association, on est
bénévoles. Ma participation à la Table Justice l'était.
À la défense, on... comme je le dis, c'est une
vocation, et on souhaite continuer de le faire ainsi. Je pense que c'est ce qui
nous motive de donner de notre temps, mais, à un moment donné, ça va avoir
quand même ses limites, surtout quand ça vient avec des grandes
responsabilités, comme celle de représenter un justiciable pour lequel la
liberté et, par exemple, la possibilité d'antécédents judiciaires, là, est un
risque évident. Je pense qu'à un moment donné c'est beaucoup nous demander. On
va continuer de mettre beaucoup d'efforts, du bénévolat, mais il faut régler
ces dossiers-là au niveau du financement, et ça passe par l'aide juridique.
M. Cliche-Rivard : Et les
discussions continuent, là, avec l'aide juridique, si je comprends bien, pour
le financement, là.
Mme Boulet (Marie-Pier) : Oui.
Bien, en fait, nous, on n'est pas directement impliqués, là, on l'est
indirectement, là. Vous savez qu'on arrive plus au moment où il y a des moyens
de pression à faire pour vous inciter à régler. Pour l'instant, on se fait bien
patients, on continue de prendre les dossiers, mais je sais que le délaissement
va être assez imminent, du moment que ça ne se réglera pas.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme la
députée de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Oui, merci, M. le
Président. Merci à vous deux de votre participation. Merci de partager votre longue expérience, Me Benoit.
J'avais... En conclusion, Me Boulet, là, vous aviez parlé, dans... vous
n'aviez pas eu le temps, là, de
terminer votre conclusion, vous étiez sur la partie de la loi sur les
confiscations. Je ne sais pas s'il y avait des points à ajouter ou si on
les a abordés avec mes collègues précédemment.
Mme Boulet (Marie-Pier) : Avec
vos collègues, précédemment, on a pas mal réussi à faire le tour...
Mme Nichols : Parfait.
Mme Boulet (Marie-Pier) : ...parce
que je vous dirais que notre conclusion était que... d'abandonner, finalement,
littéralement ce volet-là, parce que, ce qui était en place à l'heure actuelle,
on trouvait que ça répondait bien et qu'il y
avait les garanties, en fait, on dit que ça répond bien. Mais il y a déjà une
grande difficulté de contestation, et là on la rend littéralement illusoire,
là, avec le projet de loi, on... et on vient condamner les tiers innocents, notamment
pour ce qu'on a... pour ne pas reprendre ce qu'on a déjà dit.
Mme Nichols : Ça fait que, dans
le fond, ce qu'on comprend, c'est que, dans le projet de loi, qui vient proposer les cinq nouvelles présomptions pour
un certain nombre, là, de biens présumés, comme des produits d'activités
illégales, des exemples dont a donné Me Benoit, ça viendrait porter à
confusion puis ça n'aiderait pas du tout. Est-ce qu'il n'y aurait pas lieu, à la place, de venir plutôt
préciser... d'apporter certaines... que certaines présomptions soient
précisées? Est-ce qu'il y aurait un effet bénéfique de préciser
certaines présomptions?
M. Benoit (Jean-François) : Pour
ma part, je peux vous dire, pour les dossiers que j'ai faits en cette matière,
ce sont tous des dossiers qui viennent après un dossier au criminel. C'est des
biens, souvent, qui ont été saisis dans le cadre d'une instance criminelle, pas
seulement, mais souvent, et le Procureur général a 30 jours après
l'instance pour signifier la demande introductive d'instance. Donc, souvent, il
y a déjà des plaidoyers de culpabilité, il y a déjà de la preuve qui est déjà
disponible, donc entre... Moi, selon moi, la preuve est déjà très facile à
faire dans ces dossiers-là. Donc, on étend énormément la portée, on enlève la
protection d'État et, en plus, on rajoute des présomptions. Je vous soumettrai
que la portée est nettement, nettement excessive.
Mme Nichols : Parfait. Merci.
Je n'avais pas d'autre question. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Sur ce, Me Boulet,
Me Benoit, merci infiniment d'avoir été avec nous, ça a été très, très,
très agréable et un grand privilège.
Sur ce, la commission suspend ses travaux
quelques instants. Merci beaucoup. À bientôt.
(Suspension de la séance à 16 h 36)
(Reprise à 16 h 37)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux.
Alors, c'est avec un grand privilège que nous
avons les représentants de l'Association du Barreau canadien, division du
Québec. Alors, merci infiniment d'être avec nous.
Alors, comme vous savez, vous avez
10 minutes de présentation. Je vous inviterais d'abord à vous présenter et
débuter votre présentation. Merci encore d'être avec nous aujourd'hui.
Association du Barreau
canadien, division Québec (ABC-Québec)
M. Sévéno (Louis) : Alors,
bonjour. Bonjour à tous et à toutes. Je me présente, je m'appelle Louis Sévéno,
je suis le président de l'ABC-Québec. Je
suis également praticien en matière de litige, principalement civil et commercial,
au cabinet Woods à Montréal. Je suis un associé du cabinet et je suis membre du
Barreau du Québec depuis 2004. Je suis accompagné aujourd'hui... et j'ai
la grande chance d'être accompagné d'un avocat expérimenté exerçant dans les
domaines du droit pénal, criminel et disciplinaire, nul autre que Me David
Robert Temim, associé fondateur du cabinet Dumoulin Temim. Il est membre du Barreau
du Québec depuis 2012 et il a contribué à la rédaction du mémoire que nous
avons déposé à titre de membre du comité exécutif de notre section Droit pénal
et criminel.
Donc, je vais passer la parole dans quelques
instants à Me Temim puisque c'est lui qui va vous adresser la parole,
principalement sur les aspects du projet de loi qui concernent le droit pénal
et qui concernent en grande partie le plan d'action de la Table Justice-Québec,
modifications dont nous saluons la présence puisqu'elles visent à mettre en oeuvre ce plan d'action avec lequel notre
association est grandement d'accord. Moi, je vais par la suite vous adresser
la parole concernant les modifications qui ont plus trait à l'administration de
la justice de façon générale. Et puis nous allons pouvoir vous exprimer notre
accord avec certaines dispositions, mais aussi certaines réserves que nous
avons exprimées dans notre mémoire, mais avec peut-être un peu plus de détails.
Donc, sans tarder, je cède la parole à M. Temim.
M. Temim (David Robert) : Merci,
Me Sévéno. Oui, comme l'annonçait Me Sévéno, nous saluons, nous accueillons avec beaucoup d'enthousiasme certaines
mesures et, essentiellement, une mesure-phare qui est la nomination des
juges, je vais laisser Me Sévéno revenir là-dessus ultérieurement.
En ce qui me concerne, j'attirerais votre
attention sur le pouvoir élargi qui va être dévolu aux juges de paix
magistrats. On considère que c'est une mesure qui est véritablement de nature à
favoriser une diminution des temps de cour.
Les juges de paix magistrats vont être maintenant en mesure d'entendre, par
exemple, des enquêtes caution, des enquêtes
sur remise en liberté, mais aussi d'enregistrer ce qu'on appelle des 549, des
renonciations à enquête préliminaire, ce qui va permettre de libérer
considérablement du temps pour les juges de la Cour du Québec, la juge... les
juges de la cour provinciale. Ça, nous pensons que ça n'est pas négligeable.
Pour certains
autres aspects, effectivement, comme on aura l'occasion de vous l'expliquer
plus en détail ensuite, nous avons... nous émettons des réserves. Je
recède la parole à mon confrère.
• (16 h 40) •
M. Sévéno (Louis) : Donc, en ce
qui concerne la nomination de juges de la Cour supérieure, nous ne pouvons que saluer cette modification. Il a été
noté et voire décrié à moult reprises, le manque de ressources judiciaires
à divers niveaux. Bien sûr, la présence de juges supplémentaires en Cour supérieure
aiderait à réduire les délais, aiderait à ce que le travail de la justice se
fasse et, je dirais même, pourrait aider également à diminuer la charge au
niveau des juges de la Cour supérieure qui siègent actuellement. Donc, c'est
une chose que nous saluons.
D'ailleurs, notre association, tant au niveau de
notre division Québec qu'au niveau de la division au niveau national, nous
comptons écrire au ministre de la Justice fédéral pour l'exhorter à donner
suite à ces modifications-là et à,
effectivement, procéder aux nominations tout de même qu'au remplacement ou,
disons, des nominations pour veiller à remplir des vacances actuelles.
Donc, c'est définitivement une chose que nous saluons.
Nous allons tout de même souligner le fait
qu'avec la présence de plus de juges va devoir venir, de la part du
gouvernement du Québec, un budget pour que ces juges-là soient épaulés par, par
exemple, un personnel de soutien, personnel administratif, par les ressources
en matière d'informatique. Donc, nous espérons que cette mesure-là n'est que la
pointe de l'iceberg et que, finalement, il y aura plus de ressources en matière
judiciaire.
Maintenant,
en ce qui concerne l'article concernant le renvoi, plus particulièrement
l'article 32 du projet de loi, c'est un article... et d'ailleurs j'ai eu
l'occasion de lire le mémoire du Barreau,
et nous sommes d'accord quant au fait
que cette disposition-là n'a pas lieu d'être et devrait être retirée du
projet de loi, bien humblement dit. Selon nous, premièrement, ce n'est pas une
disposition qui a trait au droit pénal, n'est pas du genre à améliorer les
délais en matière judiciaire, ne ressort pas du plan d'action de la Table
Justice-Québec et ce... nous ne pouvons que constater que ça semblerait être un ajout. Donc, on peut se demander le pourquoi
d'une disposition comme celle-là, et on a indiqué dans notre mémoire être étonnés de sa présence,
puisque le fait de pouvoir procéder dans un de deux centres, donc dans
un de deux cours pour... ne pourrait qu'aider à ce que les dossiers procèdent
plus rapidement.
Ayant eu l'occasion de discuter avec plusieurs,
par exemple, anciens juges de la Cour d'appel, force est de constater que,
lorsque vient le moment d'entendre ces renvois-là, ces renvois-là peuvent être
de toutes sortes de nature et les... et le ou la juge en chef va devoir
composer un banc en fonction de toute une série de critères. Et ce qui s'est passé dans le passé, c'est que plusieurs de
ces renvois-là ont dû être entendus à Montréal, parfois pour des raisons
purement pratiques, mais parfois pour toutes sortes de raisons, incluant le
fait que ce n'est que dans l'édifice du... de la Cour
d'appel à Montréal, actuellement, qu'on a les dispositions... et le dispositif,
pardon, pour recevoir un banc de cinq ou de
sept juges, et c'est ce qu'on fait lorsqu'il y a des renvois sur des
questions qui sont très importantes. Donc, on voit mal, au niveau de
notre association, à quoi ça pourrait servir d'indiquer que les renvois ne
seraient entendus qu'à Québec dorénavant.
Et on a peu considéré
que, par exemple, si ce sont des juges qui résident dans la région de Montréal,
on doive les faire déplacer à Québec pour entendre certains renvois, ça
n'occasionne que plus de frais pour les contribuables, dans un contexte où les
ressources judiciaires ne sont pas nécessairement les plus grandes. Donc, dans
ce contexte, nous considérons que cette mesure-là n'est pas souhaitable, et je
dirais que nous sommes d'accord avec la position avancée par le Barreau à
l'effet qu'elle pourrait même atteindre à l'indépendance judiciaire, puisqu'il
a toujours été énoncé que l'administration... en ce qui concerne les tâches
administratives de la cour, que l'indépendance judiciaire inclut également
l'indépendance administrative, et ce rôle-là est normalement dévolu au ou à la
juge en chef, et ce n'est pas le genre de chose qui devrait changer, bien
humblement dit, selon nous.
Donc, je repasse la
parole à Me Temim pour le reste.
M. Temim
(David Robert) : Merci, Me Sévéno. Petit point qui nous
préoccupe, à l'ABC, pour vous donner des exemples, par exemple, l'article
premier du projet de loi, qui vise à l'augmentation du montant de la
contribution pénale, qui viendrait s'ajouter
au montant total des amendes et des frais réclamés sur un constat d'infraction.
Alors, si, effectivement, nous n'avons pas, par principe, d'objection à une
telle augmentation, juste par principe, nous craignons que ça risque
d'avoir un effet un petit peu contraire et d'inciter plus de gens à contester
des constats d'infraction, et donc on se demande si véritablement ça va
permettre de réduire les délais pour certains genres de dossiers ou à les augmenter. D'autant que nous pensons qu'une telle
mesure ne fait pas partie du plan d'action de la Table Justice-Québec et que
ça semble aller à l'encontre même de l'esprit du projet de loi qui vise à
réduire les délais en matière criminelle et pénale.
Si je vous réfère,
par exemple — autre
petit point de réserve — à
l'article 13 du projet de loi qui est censé remplacer l'article 2 de
la Loi sur la confiscation, l'administration et l'affectation des produits et
instruments d'activités illégales par, donc, l'article 2, nous considérons
que... à l'heure actuelle l'article 2 de la loi se lit comme : Pour l'application de la présente loi, sont des
activités illégales les activités visées par le Code criminel et les règlements
de du règlement... de la Loi réglementant — pardon — certaines
drogues et autres substances, la loi qui a trait aux infractions liées aux
stupéfiants et la Loi sur le cannabis, plus récente. On considère qu'il s'agit
là d'un élargissement peut-être trop important du champ d'application de la loi
et que c'est un élargissement qui, couplé avec la possibilité de confiscation administrative sans audition,
pourrait, selon nous, mener à peut-être certains débordements. On considère
que la confiscation ne devrait pas être limitée aux infractions pénales les
plus graves, et on considère que... au niveau de l'ABC, l'ABC-Québec, il
s'agit...
Le Président (M. Bachand) : Merci. Merci beaucoup, maître. Désolé, on est rendus déjà à la période
d'échange.
M. Temim
(David Robert) : Je vous en prie.
Le
Président (M. Bachand) : Alors,
monsieur... Merci beaucoup. M. le ministre, s'il vous plaît.
• (16 h 50) •
M. Jolin-Barrette : Merci, M. le Président.
Me Sévéno, Me Temim, merci de participer aux travaux de la commission
parlementaire, aujourd'hui, sur le projet de loi n° 54.
Écoutez, d'entrée de jeu,
votre mémoire, la première page, vous faites... vous citez un extrait de la
décision Jordan — je
pense que c'est de bon aloi de le faire, vous avez bien raison de le faire — pour
dire qu'en résumé la confiance du public dépend des délais puis le fait, à la
fois pour les accusés mais à la fois pour les victimes, d'être jugé dans un
délai raisonnable... puis je suis d'accord avec vous là-dessus, puis je trouve
que c'est un bon extrait que vous avez cité. Puis c'est une... j'ajouterais que
c'est une responsabilité partagée de tous les acteurs du système de justice, puis c'est pour ça que je suis heureux
d'avoir déposé ce projet de loi là, parce que ça découle de la Table Justice,
où tous les partenaires se sont assis ensemble autour de la même table et tout
le monde a trouvé des solutions qui... je pourrais dire, dans leurs chaumières, qui pourraient répondre et aider les
délais en matière judiciaire. Donc, chacun y a mis du sien, puis c'est comme ça qu'on va réussir à contrer les délais
judiciaires en matière de justice. Alors, je pense que c'est de bon aloi
que vous ayez cité cette décision-là et surtout que ce n'est pas uniquement une
responsabilité qui est gouvernementale, parce qu'il y a des bouts importants
dans le système de justice criminelle et pénale où ce n'est pas le ministre qui
assigne les juges, ce n'est pas le ministre qui fait les rôles, ce n'est pas le
ministre qui fait les horaires, alors c'est un travail de collaboration avec
tous les acteurs.
Cela étant, j'en
profite, puisque vous êtes là aujourd'hui, pour solliciter votre collaboration
sur le fait que les juges de la Cour supérieure... Vous avez écrit, dans votre
mémoire, à la page 2, que neuf postes sont à combler, présentement.
Je vous soumettrai que c'est plutôt 11 postes, parce qu'à l'époque, une de
mes prédécesseurs, Mme Vallée, à l'époque où elle était ministre de la
Justice, suite à l'arrêt Jordan en 2016, elle avait modifié la loi pour faire passer la Loi sur les tribunaux
judiciaires de 155 à 157 postes, et le gouvernement fédéral n'a jamais
comblé ces postes-là. Nous, on a fait notre part au Québec. Écoutez,
en 2016, on a nommé 16 juges de plus à la Cour du Québec. Là, on
vient d'en nommer 14 de plus avec les modifications législatives qu'on fait.
S'ils sont utilisés à 100 %, on calcule,
c'est entre 15 à 20 juges de plus à la Cour du Québec. Et là on fait de
l'espace de nouveau dans la Loi sur les tribunaux judiciaires pour
ajouter sept postes de juge à la Cour supérieure, mais il y a déjà les
deux de Jordan, les postes 156, 157.
Alors,
je vous sollicite pour compter sur votre collaboration, vous aussi, pour faire
pression sur le gouvernement fédéral pour que ces deux postes-là,
depuis huit ans, qui n'ont pas été comblés et qui sont nécessaires... Je
pense que c'est important que le Québec parle d'une seule voix et que ces
postes-là soient comblés parce que ça va avoir un impact notamment sur les
délais judiciaires. Puis, quand on parle d'investissements dans le système de
justice, oui, l'État québécois le fait, fait sa part, mais, si le fédéral ne
veut pas nommer les juges, nous, on pourrait prendre la compétence pour le
faire. Alors, voyez-vous, c'est un cri du coeur que je vous lance pour avoir
votre appui avec nous, puis je suis convaincu que vous allez nous appuyer
là-dedans.
Peut-être vous entendre un peu, là, sur le...
vous avez abordé l'article 32, là, sur le fait que, la Cour d'appel, les
renvois allaient être entendus à Québec, là. Vous avez dit, je pense,
Me Sévéno : Bien, écoutez, les juges vont devoir venir à Québec pour
entendre, supposons, les renvois des juges basés à Montréal. Sauf qu'à ma
connaissance, à la Cour d'appel, les juges qui ont davantage une résidence à
Montréal viennent siéger à Québec fréquemment, et vice versa également, des
juges de Québec viennent siéger à Montréal aussi. Puis de ce qu'on nous dit,
c'est que la Cour d'appel n'est qu'une seule et même cour, même si elle a
deux sièges. Alors, ça, je pense que c'est important de le dire aux Québécois, il n'y a qu'une seule cour
d'appel, et elle est un tout unique, les 23 juges de la Cour d'appel sont
ensemble et travaillent ensemble.
Bien, peut-être une question sur la contribution
pénale, là, qu'on augmente. Vous, vous avez une réticence, hein, par rapport à
ça?
M. Temim (David Robert) : Mais
c'est parce qu'on se demande si ça ne va pas avoir un effet unique, si ça ne va
pas, au contraire, encourager les individus à contester des constats
d'infraction qu'ils auraient l'habitude de payer plus rapidement qu'autrement.
C'est notre préoccupation. C'est notre interrogation.
M. Jolin-Barrette : Basée
uniquement sur des frais qui vont au FAVAC puis au FAJ? Parce que...
M. Temim (David Robert) : Si
possible, oui.
M. Jolin-Barrette : ...oui, il
y a une augmentation, mais vous savez, la suramende compensatoire, elle n'est
plus obligatoire, donc c'est important de financer adéquatement. Et là, dans le
projet de loi n° 48 sur les sanctions administratives pécuniaires en
matière de radars photos, on a augmenté les contributions. Donc, c'est important
aussi de le financer adéquatement. Mais je suis preneur, si vous avez d'autres
suggestions pour financer les fonds, là.
M. Temim
(David Robert) : En tout cas, on accueillait, évidemment, la
nécessité de... qu'il y ait une augmentation pour trouver du
financement. Ça, évidemment, on ne dira pas le contraire. Mais on avait un
petit peu l'interrogation par rapport au...
à l'objectif général de réduire les délais et au fait que ça puisse avoir un
effet un petit peu contraire à ce qui est souhaité, même si je
comprends, effectivement, votre argument, M. le ministre.
M. Sévéno
(Louis) : M. le ministre, je crois qu'il y avait quand même
certaines questions qui m'étaient adressées tout à l'heure concernant la Cour d'appel. Si vous me permettez, je
pourrais peut-être y répondre. Bien, premièrement, je salue la précision
que vous avez fournie quant au nombre de juges de la Cour supérieure. Puis,
comme je l'avais mentionné dans notre allocution, nous avons déjà écrit dans le
passé par rapport à la nomination de juges et... au niveau de la Cour supérieure et aussi au fait de combler des vacances.
Nous comptons, une fois que ce projet de loi ci deviendra loi, d'écrire
à nouveau au ministre de la Justice à ce sujet. Donc, comptez assurément sur
notre pleine collaboration à ce sujet-là.
En ce qui concerne l'article 32, je suis
tout à fait au courant que des juges ayant une résidence habituelle à Montréal
peuvent être appelés à siéger à Québec et que, dans ce contexte-là, le
gouvernement défraie déjà des coûts de subsistance pour les juges alors qu'ils
sont là. Là n'était pas exactement mon propos. C'est plutôt qu'à l'heure actuelle la juge en chef, puisque c'est une femme,
actuellement, elle, juge en chef, bénéficie d'une latitude pour nommer
les juges qui vont siéger dans le cadre de certains renvois, une latitude qui
doit demeurer et qui est... qui parfois doit être exercée dans des conditions
très particulières, où, par exemple, il peut y avoir des conflits d'intérêts
qui peuvent faire en sorte que certains juges peuvent ou ne peuvent pas siéger.
Et, dans ce contexte-là, il est entièrement possible que... si jamais on
décidait d'avoir un banc, par exemple, de sept juges, il est possible que...
pour un renvoi, qui exige habituellement une audience quand même plus longue et
parfois sur une période plus importante, il est possible que, sur un banc de
sept juges, ce soient cinq juges de Montréal, à ce moment-là, et ça pourrait
effectivement créer une certaine pression à ce niveau-là.
Mais, à la base, on doit se rappeler que c'est
une grande richesse. Et d'ailleurs c'est le... c'est dans le mémoire du Barreau
que ça a été écrit explicitement, c'est une grande richesse que d'avoir une
cour d'appel qui a deux greffes, deux sièges
et non pas un seul siège unique. Et, cette richesse-là, je ne pense pas qu'on
devrait l'éliminer dans les cas des renvois, et notre association ne
voit pas vraiment d'utilité à le faire dans le cadre des renvois, surtout
compte tenu des faits... du fait que chaque renvoi est distinct et chaque
renvoi peut avoir ses propres exigences particulières. Donc, dans ce
contexte-là, nous préférons conserver la latitude qui existe actuellement.
M. Jolin-Barrette : OK, mais
vous conviendrez avec moi, Me Sévéno, que la juge en chef du Québec
conserve son entière prérogative de composer le banc. Dans le fond, ce qu'on
dit, les renvois sont initiés par l'État québécois.
Et, à partir de ce moment-là, le législateur dit : Ils sont entendus à
Québec, puis ce sont des dossiers d'importance.
Vous
avez dit également, dans votre mémoire, je pense, qu'ils peuvent siéger à
trois. Cependant, la Cour suprême... on a accueilli la Cour suprême, puis ils
ont siégé à neuf à Québec, au palais de justice de Québec, quand ils sont
venus, sur plusieurs dossiers. Donc, je pense qu'on est capables de faire les
choses comme il faut dans la capitale nationale, à Québec, aussi. Puis la
composition du banc, ce n'est pas le ministre qui s'en occupe, ça relève de
l'indépendance judiciaire. Puis j'imagine que ça doit arriver, parfois même sur
des bancs de trois à Québec, que ça soit trois juges qui ont leur
résidence à Montréal. Alors, on n'intervient pas là-dedans, on dit simplement
que les renvois seront entendus à Québec.
M. Sévéno
(Louis) : OK, je ne suis pas certain s'il y avait une question, mais
en ce qui nous concerne, avant de changer la loi pour limiter le siège à un
seul lorsqu'on parle de renvois, ce n'est pas qu'une question de pourquoi pas,
c'est une question plutôt de pourquoi. Et à date, je veux dire, c'est la Cour
d'appel du Québec et non pas la cour d'appel de Québec ou de la ville de
Québec. On a une cour d'appel qui a deux sièges. On a un nombre de juges,
dont certains sont plutôt dans la région de Montréal... montréalaise, d'autres
dans la région de Québec. Donc, on n'a pas vraiment
vu... et surtout que ça ne... ce n'est pas quelque chose qui avait été discuté
au niveau de la Table Justice-Québec, c'est quelque chose qui est... je
veux dire, qui est un ajout. Donc, avant qu'on modifie cette loi-là et qu'on
vienne limiter les prérogatives de la juge en chef, la question, c'est plutôt
de savoir pourquoi. Donc, ce... je ne sais pas si je réponds à votre question,
là.
M. Jolin-Barrette :
Mais je veux juste vous poser une question. Est-ce que la capitale
nationale du Québec a une importance relative pour vous? Le fait, là, que la
Cour d'appel fait partie des institutions québécoises, est-ce que, pour vous,
il n'y a pas un intérêt, notamment, sur la question des renvois, à ce que ce
soit entendu dans la capitale du Québec, comme à Ottawa les renvois du
gouvernement fédéral sont entendus dans la capitale du Canada?
M. Sévéno
(Louis) : Écoutez, c'est une question qui se pose. Je peux dire que
notre association ne s'est pas penchée spécifiquement sur cette question-là,
mais on en demeure au principe que c'est une richesse pour nous, pour notre association, que notre cour d'appel ait
deux sièges officiels. Je ne pense pas que les... l'endroit des renvois
ait été problématique dans l'histoire de la Cour d'appel depuis qu'ils
existent. Si c'est le cas, bien, certainement, ça pourrait être discuté
et, j'imagine, ça pourrait faire l'objet de consultations dans des tables comme
la Table Justice-Québec, où il y a des membres de la magistrature qui sont
présents. On pourrait avoir la consultation et l'avis de toutes les parties
prenantes à ce niveau-là, et j'imagine que c'est quelque chose qui pourrait
être étudié en temps et lieu.
• (17 heures) •
M. Jolin-Barrette : Excellent. Je vous
remercie grandement pour votre présence en commission parlementaire,
c'est apprécié. Merci au Barreau, à l'Association du Barreau canadien. Je vais
céder la parole à mes collègues. Merci beaucoup.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré,
s'il vous plaît.
Mme Bourassa :
Bonjour, bon après-midi. Écoutez, moi, je ne suis pas avocate du tout, je
vous entendais parler avec le ministre de technicalités importantes dans un
jargon judiciaire. Moi, ce que je veux savoir sur ce projet de loi là, c'est qu'est-ce que ça va changer pour
les citoyens. Donc, tout à l'heure, vous parliez, en début d'exposé, bon,
qu'avec les nouvelles fonctions des JPM, l'organisation de la cour pourrait
s'améliorer, ça va libérer du temps de juge
provincial. Qu'est-ce que ces juges-là vont pouvoir faire de plus? Puis comment
est-ce que, M., Mme Tout-le-monde, ça va faciliter leur expérience dans
le système de justice?
M. Temim
(David Robert) : Bien, ce qui arrive, c'est que, dans la pratique du
droit criminel et pénal ou du droit... on va prendre l'exemple du droit
criminel, il y a plusieurs procédures qui jalonnent un dossier au cours de son
existence et il y a des moments où un juge de paix magistrat serait tout à fait
à même de remplir la responsabilité qui est
aujourd'hui dévolue à un juge de la Cour
du Québec qui seraient probablement
mieux utilisés à entendre une cause sur le fond, alors qu'on sait que,
par exemple, il y a des dossiers où on ne peut pas avoir un juge de disponible
pour avoir un procès et où ça occasionne des arrêts de procédure.
Pour le citoyen,
peut-être plus directement, au niveau... si on prend l'exemple des victimes,
elles vont avoir l'occasion d'entendre leur cause, de voir leur cause entendue
plus rapidement et peut-être de moins s'exposer à des arrêts des procédures. Si
on prend le cas d'un accusé qui, vous en conviendrez avec moi, est aussi un
citoyen, il va avoir l'opportunité d'avoir une enquête sur remise en liberté de
manière plus facile, qui est un droit constitutionnel, alors qu'au jour
d'aujourd'hui, on peut se retrouver dans des cas où, effectivement, on n'a pas
de greffier disponible, on peut ne pas avoir de juge de la cour de Québec
disponible et on peut avoir des délais qui s'accumulent. Donc, à ce niveau-là,
je pense qu'effectivement, tout le monde a à y gagner.
Mme Bourassa :
Parfait. Et, justement, dans l'organisation du travail, concrètement, sur
le terrain, comment ça va s'organiser? Qu'est-ce que ça changerait? Mais
j'entends les répercussions, mais comment ça va s'organiser?
M. Temim (David
Robert) : Bien, la façon dont ça va s'organiser, c'est qu'il va y
avoir plus... probablement plus de juges de paix magistrats qui vont prendre le
banc afin de pouvoir, justement, faire face à ce genre de procédures qui, au
jour d'aujourd'hui, nécessitent la présence d'un juge de la cour provinciale,
qui remplit parfaitement cette fonction, entendez-moi bien, mais qui n'est
peut-être pas absolument indispensable à ce stade. Par exemple,
un exemple très simple, une procédure comme l'enquête préliminaire, lorsque
l'enquête préliminaire se tient, effectivement, on va solliciter, évidemment,
un juge de la Cour du Québec. S'il y a renonciation à l'enquête préliminaire, à
un moment donné, alors qu'elle a été effectivement tenue, et qu'on fait ce
qu'on appelle un 549, bien, le juge de paix magistrat va être en mesure
d'entendre cette procédure, qui est très, très rapide, et on n'aura pas besoin
de faire siéger un juge de la Cour du Québec alors que l'enquête ne sera pas
effectivement tenue. Il pourrait être dévolu à une autre fonction ou,
peut-être, à entendre une enquête préliminaire qui, elle, sera effectivement
tenue.
Mme Bourassa :
On ne vous a pas nécessairement entendus là-dessus, mais, tout à l'heure,
on a entendu d'autres groupes parler de la modernisation avec les comparutions
sept jours-semaine, des juges... justement, des JPM qui pourraient aussi être
sept jours-semaine à distance. C'est quoi, votre position par rapport à ça?
M. Temim
(David Robert) : C'est effectivement souhaitable. C'est effectivement
souhaitable de faciliter la comparution des
personnes qui sont arrêtées. Ça permet aussi, là, de ne pas scléroser
inutilement le système en amont et ça va permettre de respirer davantage
en aval, automatiquement.
Mme Bourassa :
C'était demandé, là, par les justiciables que vous côtoyez aussi,
j'imagine, ou par les gens au sein du système de justice?
M. Temim (David Robert) : Les
deux. Vous savez, tout le monde est préoccupé par les mêmes considérations.
Je crois qu'il y a des décisions qui doivent
être prises par les législateurs, mais, comme semblait le dire M. le ministre
tantôt, et à bon escient, je crois que c'est une question de culture générale,
tout le monde doit y mettre un petit peu du sien. Et il y a beaucoup de mesures
dans le projet de loi qui vont dans le bon sens...
Mme Bourassa :
Merci beaucoup.
M. Temim
(David Robert) : ...même s'il y en a d'autres qui nous interpellent.
Excusez-moi.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin :
Merci, M. le Président. Bonjour, Me Sévéno, toujours heureux de vous
revoir. Me Temim, bonjour. Merci pour le mémoire que vous avez produit.
Ma première question
est en lien avec les pouvoirs étendus qui seront éventuellement dévolus aux
juges de paix magistrats. Et vous l'avez souligné, Me Temim, dans le projet de
loi, on va permettre... en fait, le projet de loi permettrait à un juge de paix magistrat d'entendre un article 549
du Code criminel, c'est-à-dire, en fait, de consentement avec le poursuivant,
de sauter l'enquête préliminaire. Sauf que, dans les faits, en pratique, il
arrive souvent qu'un avocat de la défense, par exemple, voudra faire entendre
un témoin, puis, comme on dit, faire un 549 pour le reste de la preuve.
Et là je comprends que, dans un cas comme ça, le juge de paix magistrat ne
pourra pas présider cette enquête-là. Qu'est-ce que vous pensez de l'idée
d'étendre davantage le pouvoir du juge de paix magistrat puis de lui permettre d'entendre un témoin, étant entendu qu'à l'enquête
préliminaire il ne va pas entendre des requêtes de charte, ne va pas évaluer la
preuve, ne va pas déclarer l'individu, la personne, le prévenu coupable ou pas?
Est-ce que ça pourrait aider? Est-ce que ça pourrait rendre la justice
plus accessible et plus rapide?
M. Temim
(David Robert) : Écoutez, c'est une question... vous me faites
beaucoup d'honneur en me posant cette question. Je ne sais pas si j'ai
l'envergure pour pouvoir répondre à cette question. Je vous dirais que, en
principe, pourquoi pas. Je vous dirais que, probablement, il faut voir comment
les changements vont évoluer et que peut-être ça va devenir quelque chose
d'impérieux qui va s'imposer à nous avec le temps, lorsqu'on va être
confrontés, justement, aux questionnements que vous soulevez. Au jour
d'aujourd'hui, je ne sais pas si je suis en mesure
de vous dire s'il est souhaitable d'aller plus loin encore avec les pouvoirs
dévolus aux juges de paix magistrats. Je vous dirais simplement que, de
manière un petit peu conservatrice, je vous dirais que c'est déjà un bon pas
dans la bonne direction, et qui vivra verra, mais une possibilité, pourquoi
pas, pourquoi pas.
M. Morin :
Oui, je suis d'accord avec vous pour dire que c'est quand même... cette
mesure-là, c'est un pas dans la bonne
direction, d'accord, sauf qu'au fond, pour que ce soit vraiment efficace, il
faudrait à peu près qu'il y ait un rôle complet de 549 pour l'enquête
préliminaire, parce que sinon, dans un palais de justice, au quotidien, là,
s'il y a deux 549 sur le rôle, bien, le juge de paix magistrat va faire les
deux puis, après ça, quoi, il va partir. C'est le juge de paix, mais qui
est aussi un juge de la Cour du Québec, qui va entendre les témoins. Donc, dans
le quotidien... en fait, peut-être que, dans certains grands districts, ça va
fonctionner pour un rôle au complet, mais, dans plein d'autres districts, c'est
un mélange qu'on se ramasse avec toutes les étapes préliminaires. Donc,
j'essaie de voir quel est le gain qui pourrait être fait au niveau de l'accès
de la justice puis de la confection des rôles, et c'est un peu pour ça que je
vous posais la question. Mais j'entends de votre réponse que, d'après vous, il
n'y aurait pas nécessairement d'empêchement juridique à ce qu'un juge de paix
magistrat entende des témoins à l'étape de l'enquête préliminaire.
M. Temim (David Robert) : Mais,
s'il n'a pas de décision à rendre sur la suffisance de la preuve pour citer un
procès, par exemple, pourquoi pas? On fait bien des interrogatoires avec des
greffiers... avec des sténographes, pardon, puis hors cour, donc pourquoi pas?
On le fait au criminel aujourd'hui.
M. Morin : Tout
à fait.
M. Temim (David Robert) : Quand
on estime qu'il n'y aura pas nécessairement de questions à trancher, on peut
gagner du temps. Donc, effectivement, je crois que vos questions sont... je ne
suis pas... je ne me sens pas à même de vous apporter, peut-être, la réponse
que vous auriez souhaitée de manière aussi tranchée que vous l'auriez aimée,
mais je pense que vous soulevez des choses qui sont pertinentes, parce que,
effectivement, au fur et à mesure que le
projet de loi... au fur et à mesure que la nouvelle loi va être implémentée et
qu'on va rencontrer, au jour le jour, ces petits problèmes que vous
mentionnez, qui sont plus que des petits problèmes, qui sont des choses qui
vont arriver, effectivement...
M. Morin : Je vous remercie
beaucoup. J'aimerais, dans le temps qu'il nous reste, qu'on parle un peu du
régime des confiscations administratives parce que c'est un aspect important du
projet de loi. Moi, je n'ai pas vu, dans le
plan d'action de la Table Justice-Québec, qu'on avait discuté de ces choses-là
entre l'ensemble des intervenants. Et je me dis, bon, écoutez, on a un
régime de confiscation des produits de la criminalité en matière criminelle
avec, bon, des fardeaux de preuve, une
procédure qui est bien établie. Par la suite, si ça ne fonctionne pas, il peut
y avoir une procédure de confiscation civile qui est déjà dans la loi
québécoise.
Là, je comprends que M. le ministre veut aller
un pas plus loin et parler de confiscation administrative, et là j'aimerais vous entendre là-dessus, parce qu'en
plus d'avoir une confiscation administrative, il y a une foule de présomptions, même une présomption que quelqu'un a
reçu la signification de l'avis de confiscation. Puis je comprends qu'on
réduit aussi la protection accordée à des tiers innocents. Donc, quelle est
votre position là-dessus? Est-ce qu'on va trop loin? Est-ce qu'il y a des
garanties qui sont évacuées? Est-ce qu'on risque de se ramasser dans une
situation où, finalement, on va être obligés de reprendre des procédures parce
qu'il y a un tiers innocent qui va lever la
main puis va dire : Écoutez, c'est à moi, ce bien-là, je n'ai rien fait,
donc arrêtez tout? J'aimerais vous entendre là-dessus.
• (17 h 10) •
M. Temim (David Robert) : Ça
nous préoccupe, effectivement. Ça a attiré notre attention. On considère que l'article 21 serait de nature à créer une
procédure de confiscation administrative, comme vous l'appelez. Or, nous nous
questionnons tout d'abord sur le nombre de dossiers de confiscation civile,
comme vous l'avez mentionné, qui est quelque chose qui existe. Il s'agirait de
quelque chose qui serait de nature d'une ordonnance de blocage, mais qui ne
requerrait pas d'aller devant un juge pour avoir une autorisation préalable.
Selon notre compréhension, à l'ABC, le Procureur général du Québec serait
essentiellement, comme on le dit dans notre mémoire, en mesure d'obtenir, en vertu donc de ces dispositions, une ordonnance de
la nature d'une ordonnance de blocage, c'est ce que je vous disais juste à
l'instant, sans contrôle judiciaire préalable. Ça, c'est toujours quelque chose
qui nous préoccupe, effectivement, dans une association comme l'ABC.
On se questionne effectivement sur le caractère
opportun d'un tel changement, qui — c'est ce qui nous avait aussi... c'est ce qui avait attiré notre attention — ne
semble pas faire partie de... du plan d'action de la Table Justice-Québec.
Ça va plus loin, et on ne pense pas que ce soit nécessairement opportun, ça
comporte des risques.
M. Morin : Et... Je vous
remercie. Quand on regarde le libellé, la rédaction de certains articles, là,
par exemple l'article 18, quand on parle de bien qui est présumé être un
produit d'activités illégales et qu'on parle d'une somme d'argent comptant trouvée à proximité de substances interdites,
est-ce que vous trouvez que c'est flou? Est-ce que le législateur
pourrait trouver un terme plus précis? Est-ce que c'est trop vague? Est-ce que
ça pourrait entraîner des abus?
M. Temim (David Robert) : Mais
ça pourrait entraîner... vous savez, c'est toujours la même chose, chaque cas est un cas d'espèce. Je vous dirais que, dans
certaines... dans certains cas, on peut considérer, de toute façon, d'ores
et déjà qu'une somme d'argent conditionnée
d'une certaine manière qui serait trouvée à côté de produits illégaux pourrait provenir
des produits de la criminalité, quelque chose qui existe déjà, de toute façon.
Vous me parlez de l'article 18. Moi,
j'attirerais votre attention par rapport... pour mettre en exergue avec
l'article 21, sur l'article 13, par exemple, qui viendrait remplacer
l'article 2, qui existe aujourd'hui, de la Loi sur la confiscation,
l'administration et l'affectation des produits et instruments d'activités
criminelles. Nous, on considère que l'article d'aujourd'hui est convenable et
on s'interroge sur la mouture que représente l'article 13, qui
correspondrait à une sorte d'élargissement, peut-être trop important pour nous,
du champ d'application de la loi. Ce serait
un élargissement qui, couplé, justement, avec la possibilité de confiscation
administrative qu'on vient d'évoquer ensemble, bien, ça pourrait mener à
potentiellement des débordements, effectivement.
M. Morin : Parce que ma
compréhension de la procédure, c'est que, admettons qu'un policier, dans le cadre
d'une enquête, saisisse des biens, le poursuivant n'est pas intéressé,
nécessairement, d'intenter une infraction ou une poursuite pour une infraction
de blanchiment d'argent ou de confisquer des produits, le Procureur général
pourrait décider d'envoyer un avis et donc de vouloir saisir ces biens-là d'une
façon administrative sans qu'il n'y ait à peu près pas de preuves de présentées
devant le juge.
M. Temim (David Robert) : C'est
ce que ça dit. C'est ce que ça suggère.
M. Morin : D'accord. Donc, on a
la même compréhension des dispositions.
M. Temim (David
Robert) : Oui, oui, la même... peut-être aussi.
M. Morin : Merci. Merci
beaucoup, maître.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député de
l'Acadie. M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne, s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup à tous les deux pour votre présentation.
Vous avez parlé... en matière de nomination des
juges, encore une fois, on semble coincés face à une machine fédérale qui ne
fonctionne pas. Comment on fait pour régler cette problématique, alors qu'on
semble faire la sourde oreille à Ottawa depuis longtemps? Quel message ça
envoie, là, d'être obligé de mettre autant de pression juste pour que le Québec
puisse gérer efficacement son système de justice?
M. Sévéno
(Louis) : Une bonne question. Ce que je peux vous dire,
c'est que nous, au niveau de l'ABC-Québec, on met la pression où on le
peut. On va, par exemple, siéger sur des comités pour la nomination des juges.
Il y a eu tout de même beaucoup de juges de
nommés en Cour supérieure au cours des dernières années. Ce n'est pas suffisant.
Donc, je ne suis pas ici pour vous dire que c'est suffisant, mais il y en a
tout de même eu beaucoup. Si on compare, au niveau statistique, mettons, les
cinq dernières années avec les cinq ou les 10 années d'avant, il y en a
tout de même eu beaucoup. Le travail demeure à faire. Par exemple, tout
simplement pour nommer un juge en chef adjoint à la Cour supérieure, ça a pris
une période de plus d'un an ou d'un an et demi, si je ne m'abuse. Nous avions
écrit une lettre à cet effet suite au décès de l'ancienne juge en chef
adjointe. Donc, il y a un travail à faire au niveau du ministère de la Justice
fédéral. Loin de nous, à titre d'association, d'aller dire aux politiciens
comment faire leur travail, mais nous le faisons au moyen de ce que nous
pouvons faire, c'est-à-dire dans des conférences, dans des lettres, dans des
sorties, et nous continuerons à le faire.
M. Cliche-Rivard : Très bien, très
bien, parce que le ministre ne semble pas vouloir aller au bout de sa pensée
sur le fait que le Québec soit seul maître de toutes ses compétences en toutes
les matières, alors qu'on refuse de nous entendre, finalement. Mais au moins,
là, quand est-ce que le Québec va au moins demander, ne serait-ce qu'à
rapatrier son pouvoir de nomination?
M. Sévéno (Louis) : Poser la
question, c'est y répondre, là. C'est une question beaucoup plus politique, qui
dépend de nos lois constitutionnelles.
M. Cliche-Rivard : Bon.
Alors, on donne un mandat à notre ministre de la Justice, on donne ce mandat-là
à notre ministre, c'est ce que je comprends?
M. Sévéno
(Louis) : Ça dépasse entièrement le mandat de... qui m'a été
conféré aujourd'hui, certainement celui de Me Temim...
M. Temim (David Robert) : Oui,
absolument.
M. Sévéno (Louis) : ...également,
ce sont des questions politiques.
M. Cliche-Rivard : Parce que
c'est un fait, là, vous le dites, là, je veux dire, le ministre le demande
aussi, la classe politique québécoise le demande aussi, puis on n'a pas de
réponse, puis ça fait des années, là, que ces juges-là devraient être nommés.
Alors, je pense qu'il y a une seule conclusion, à un moment donné, qu'il va
falloir tirer, puis il va falloir que le Québec soit maître d'oeuvre dans ce...
ces situations.
La position de conseiller, ou le nouveau poste,
ou l'ancien poste de Conseiller en loi de l'État du Québec, est-ce que vous
avez une position là-dessus?
M. Sévéno (Louis) : Écoutez,
pour être franc, là, on a... j'ai tout simplement lu la position exprimée par
le Barreau aujourd'hui. Ça dépasserait mon mandat que de venir vous donner une
position formelle. Mais la réserve exprimée par le Barreau est tout de même
juste, en ce sens que, si on veut accorder un titre honorifique, ça ne devrait
pas être exactement le même titre que quelque chose que le Barreau offre déjà à
des gens qui veulent desservir des fonctions,
qui ne sont pas 100 % la fonction d'avocat. Donc, je peux vous dire
qu'ayant lu leur position, j'ai tendance à l'épouser, mais je n'ai pas
de mandat spécifique à cet effet-là.
M. Cliche-Rivard : Parfait.
Merci. Alors, on va attendre la demande formelle du ministre de la Justice du
Québec de rapatrier les pouvoirs de nomination auprès du fédéral.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de
Vaudreuil.
Mme Nichols : Merci,
M. le Président. Merci à vous deux de votre présence. Vous avez répondu en
partie, j'avais une question
relativement... Vous vous êtes prononcés sur l'article 13, puis le député
de l'Acadie l'a abordé... a commencé à l'aborder.
Vous avez dit qu'il s'agissait, entre autres, d'un élargissement important, là,
du champ d'application de la loi puis vous avez... dans votre mémoire, vous
donnez, par exemple, les infractions au Code de la sécurité routière, vous parlez aussi que ça peut mener à des
débordements. Quand vous parlez de mener à des débordements, vous faites
référence à des débordements, où des débordements, comment des débordements,
sur le rôle des débordements, sur...
M. Temim
(David Robert) : Non, peut-être aller trop loin au niveau des
pouvoirs qui vont être donnés ou du champ d'application qui est suggéré par
l'article. C'est beaucoup plus circonscrit, beaucoup plus délimité avec
l'article 2.
• (17 h 20) •
Mme Nichols : Parfait.
Puis, quand vous parlez que la confiscation ne devrait-elle pas se limiter aux
infractions pénales les plus graves, dans le fond, ce que vous nous
dites, c'est que tout ça aurait besoin de précision, ce n'est juste pas assez
précis.
M. Temim (David Robert) : Oui,
entre autres, entre autres, oui, c'est très large.
Mme Nichols : Puis avez-vous
des exemples de...
M. Temim (David Robert) : Non,
je n'aurais pas d'exemple à vous soumettre aujourd'hui.
Mme Nichols : ...ou
des cas, des cas problématiques, là. Comme, quand vous parlez du Code de la
sécurité routière, il doit... il y a quelque chose qui vous vient en
tête, c'est sûr, des cas problématiques, des exemples à nous donner.
M. Temim (David Robert) : Peut-être
Me Sévéno.
M. Sévéno
(Louis) : Mme la députée, si je peux me permettre, c'est...
nous, notre position, c'est que la loi, dans sa mouture actuelle, donc,
ce qui est déjà édicté, c'est déjà assez précis.
Mme Nichols : Parfait.
M. Sévéno
(Louis) : On précise quelles
sont les lois dont l'infraction pourrait mener à une confiscation. Et là, maintenant,
ce qu'on propose comme modification, c'est que plutôt que de spécifier ces
lois-là, c'est que ce soit «à tout acte ou omission qui constitue une
infraction à une loi du Québec, à une loi fédérale», donc là, c'est rendu, honnêtement,
tout et n'importe quoi. Donc, nous avons soulevé des exemples de lois qui
contiennent des infractions qui pourraient
paraître peut-être... je ne veux minimiser aucune infraction, mais il y a
certaines infractions qui sont plus anodines. Par exemple, personne ne voudrait
se faire confisquer ses biens parce qu'il a grillé un arrêt-stop, par exemple,
donc, je pense que ça dépasserait l'entendement. C'est à ce genre de
débordement là qu'on fait référence en termes d'abus de pouvoir.
La mouture actuelle se réserve à des infractions
graves que nous, en tant que société, en tant qu'avocats, en tant que législateurs, nous considérons comme
graves, et donc nous nous posons la question : Pourquoi rendre ça plus
flou, plus large, sans restriction?
Mme Nichols : Puis risquer que
ce soit disproportionné, c'est ce que je comprends.
M. Sévéno
(Louis) : Bien oui, parce que, ce qui risque d'arriver à la
fin, c'est que ce sera plutôt les tribunaux, encore une fois, de façon
engorgée, qui vont devoir aller décider qu'est-ce qui est permis, qu'est-ce qui
n'est pas permis, qu'est-ce qui est
trop fort, qu'est-ce qui est trop loin, qu'est-ce qui est de l'abus, alors que
la loi, tel qu'elle existe actuellement, elle est déjà tout à fait
appropriée.
Mme Nichols : Parfait. Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Mme la députée
de Vaudreuil.
Alors, merci beaucoup à vous deux d'avoir été
avec nous en commission parlementaire, ça a été plus qu'intéressant.
Mémoires déposés
Cela dit, la commission ajourne ses travaux au
jeudi 14 mars... Ah oui, j'oubliais, je procède au dépôt des mémoires
des personnes et des organismes qui n'ont pas été entendus lors des auditions
publiques.
Et, cela dit, la commission ajourne ses travaux
au jeudi 14 mars, à 13 heures, où elle va se réunir en séance de
travail. Merci beaucoup. À plus tard.
(Fin de la séance à 17 h 22)