(Neuf heures quarante-cinq minutes)
Le Président (M.
Bachand) :
Bonjour à tous. À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission des institutions ouverte.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
n° 56, Loi portant sur la réforme du droit de la famille et instituant le
régime d'union parentale.
Avant de débuter, M. le secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
Le
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Bourassa (Charlevoix—Côte-de-Beaupré) est remplacée par Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac); M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
Remarques préliminaires
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Nous allons débuter ce
matin par les remarques préliminaires, puis nous
entendrons par la suite les personnes et organismes suivants : Me Andréanne
Malacket, professeure à l'Université de Sherbrooke — très
bonne université, bien sûr, dans une belle région — l'Union des notaires
du Québec et Me Jean Lambert, notaire.
Donc, on débute par les remarques préliminaires.
M. le ministre, pour six minutes, s'il vous plaît.
M. Simon
Jolin-Barrette
M.
Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Salutations. Puis vous
avez très raison relativement à l'Université de Sherbrooke.
Alors, chers collègues, nous entamons
aujourd'hui une étape importante, celle des consultations particulières du
projet de loi n° 56, Loi portant sur la réforme du droit de la famille et
instituant le régime d'union parentale. Ce projet de loi vient poser le
troisième jalon de la vaste réforme du droit de la famille entreprise par le
gouvernement en 2021. Réclamé et attendu depuis plus de 10 ans, ce volet
de la réforme porte sur la conjugalité, est de loin celui qui touchera le plus
grand nombre de familles québécoises.
En effet, au Québec, la proportion de couples
non mariés a quintuplé, au cours des 40 dernières années, passant de
8 % à 42 %. Le Québec se distingue ainsi non seulement du reste du
Canada, mais aussi à l'international, en ce qui a trait au taux d'unions
libres. À titre comparatif, la Suède est le pays où le taux d'unions... de
couples en union libre est le plus élevé dans le monde, et il se situe à
seulement 33 %.
Ce nouveau portrait conjugal a évidemment des
impacts sur les parents et sur les enfants qui naissent désormais en grande
majorité hors mariage, soit à hauteur de 65 %. Élaboré dans les
années 80, le cadre législatif qui régit notre droit familial encore
aujourd'hui ne tient pas compte de ces nouvelles dynamiques familiales et surtout
n'y est pas adapté. Bien que hautement
saluée à l'époque, la dernière réforme du droit de la famille de feu Marc-André
Bédard nécessitait donc une importante mise à jour.
Le projet de loi n° 56 présente une
solution équilibrée qui reflète la nouvelle trajectoire familiale qu'empruntent
désormais les Québécoises et les Québécois. La réforme propose la mise en place
des protections nécessaires pour éviter que
les enfants ne subissent les contrecoups de la séparation de leurs parents,
tout en maintenant le libre choix pour les couples qui souhaitent
convenir d'une entente qui leur est propre. Soulignons que la réforme proposée
a été de manière générale bien accueillie par la population au moment de son
dépôt.
Nous entamons donc cette étape des consultations
avec ouverture et écoute. Les conseils, les préoccupations, les propositions
qui nous seront partagés au cours des prochains jours par les divers
intervenants qui viendront témoigner devant la commission continueront à
bonifier notre réflexion quant au cadre qui protégera les familles pour les
prochaines décennies.
Avant de vous céder la parole, permettez-moi de
vous résumer brièvement les quatre mesures-phares que nous proposons dans le
projet de loi n° 56.
Tout d'abord, le projet de loi propose d'introduire
un nouveau régime d'union parentale qui s'appliquerait aux conjoints de fait qui deviendront éventuellement parents d'un même
enfant. L'union parentale serait ainsi formée lorsque deux personnes deviennent parents d'un même enfant après la date
d'entrée en vigueur de la loi, font vie commune et se présentent publiquement comme un couple. Ce régime entraînerait la
constitution d'un patrimoine parental composé de la résidence familiale, des meubles de la résidence ainsi que des
véhicules automobiles utilisés pour les déplacements de la famille. Le patrimoine s'appliquerait
automatiquement aux conjoints de fait dès que les conditions seraient remplies.
Toutefois, les conjoints pourraient, d'un commun accord, retirer des biens du
patrimoine d'union parentale ou se retirer complètement
de son application. Il était hors de question pour nous de marier les gens de
force au Québec. L'autonomie décisionnelle
est au coeur de notre droit civil, il importe que les gens soient libres de
décider pour eux-mêmes. Soulignons
aussi que les parents non mariés qui le souhaiteraient et dont les enfants sont
nés avant l'entrée en vigueur de la loi pourraient décider d'adhérer au
patrimoine d'union parentale et bénéficier d'un processus simplifié.
Le projet de loi n° 56 propose aussi
d'instaurer des mesures de protection de la résidence familiale. Nous voulons
éviter qu'un parent ne se retrouve du jour au lendemain en position de
vulnérabilité avec ses enfants parce qu'il n'est pas propriétaire de la maison
familiale. Ainsi, en cas de séparation, le tribunal pourrait attribuer un droit
d'usage temporaire de la résidence familiale au conjoint qui obtiendrait la
garde des enfants, même s'il n'en est pas propriétaire. Cela lui permettrait de
prendre le temps de se reloger convenablement et d'assurer une transition plus
en douceur pour les enfants.
La réforme que
nous proposons inclut également des mesures visant à contrer la violence
judiciaire. Malheureusement, nous avons constaté au cours des dernières
années que certains citoyens se servent du système de justice pour nuire à leur
ex-conjoint en multipliant les procédures judiciaires, qui sont évidemment
source de stress et qui peuvent être coûteuses. Trop souvent, ce sont les
enfants qui se retrouvent au milieu des conflits et qui en sont les victimes
collatérales, ne sachant pas trop comment ils doivent se positionner entre
leurs deux parents. Nous donnons donc les
outils aux juges et aux tribunaux pour qu'ils puissent déceler ce type d'abus
en matière de droit familial et les sanctionner.
La dernière mesure-phare du projet de loi
concerne l'héritage et prévoit de nombreux droits successoraux... de nouveaux
droits successoraux pour les conjoints en union parentale. À l'heure actuelle,
si un conjoint de fait décède sans testament, 100 % de son héritage va à
ses enfants, le conjoint survivant risque de se retrouver dans une situation de précarité financière, en plus de
vivre son deuil. Imaginez le conjoint survivant qui doit payer un loyer à ses
enfants pour habiter dans la maison dans laquelle il a vécu depuis les
20 dernières années. C'est insensé, et pourtant ce sont des situations qui
ont cours actuellement. Avec cette nouvelle mesure, en l'absence du testament,
le conjoint survivant pourra hériter dans la... dans les mêmes proportions que
s'il avait été marié avec le défunt, soit dans la répartition suivante : un tiers pour le conjoint survivant, pourvu
qu'ils aient fait vie commune durant un mois avant le décès... au moins un an avant le décès, et deux
tiers pour les enfants, comme en mariage. Cela dit, la liberté testamentaire
demeure, et un conjoint pourra toujours décider de partager son héritage
d'autres façons.
• (9 h 50) •
En conclusion, M. le Président, la réforme
s'adresse aux couples qui relèveront ce grand défi qu'être celui de devenir
parent au cours des prochaines années. Elle met en place un filet de sécurité
pour assurer la plus grande stabilité
possible aux enfants en cas de séparation, tout en maintenant la possibilité,
pour les parents qui le souhaitent, de convenir ensemble d'une entente
qui leur est propre.
Le droit de la famille constitue sans doute l'un
des plus importants cadres juridiques de l'État québécois, car la famille est
au fondement même de notre société, elle en est, pour ainsi dire, la clé de voûte.
Les discussions que nous aurons aujourd'hui auront des répercussions pour les
générations à venir.
Et j'entame cette commission parlementaire avec
ouverture et surtout avec un... un bonheur, M. le Président, parce qu'enfin
nous arrivons à une réforme qui était attendue et nécessaire depuis fort
longtemps. Merci beaucoup, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Avant de passer
la parole à l'opposition officielle, est-ce qu'il y aurait consentement pour
octroyer une minute pour les remarques préliminaires au député de Jean-Talon?
Des voix : Consentement.
Le Président (M.
Bachand) : OK. Merci beaucoup. Alors, M.
le député de l'Acadie, pour 4 min 30 s, s'il vous plaît.
M. André Albert
Morin
M. Morin : Écoutez, M. le ministre
vient de parler d'ouverture, alors on a... on a consenti, n'est-ce pas?
Bonjour, M. le ministre. Bonjour, M. le Président. Pr Roy, bonjour. Je
suis heureux de vous retrouver en commission parlementaire,
M. le Président. Je salue mes collègues, les collègues députés, les collègues
qui accompagnent M. le ministre, qui sont fonctionnaires, qui ont un
rôle important à jouer dans tout projet de loi. Heureux d'être accompagné de
mon collègue, M. Bourret.
Et mes
remarques préliminaires, je vous dirai, seront les suivantes. C'est un projet
de loi qui était fort attendu, disons-le comme ça, et qui a suscité,
immédiatement après son dépôt, un grand nombre de commentaires dans les
journaux. Bien, souvent, il y a une réaction d'experts, de professeurs, de
journalistes, quand on... quand il y a un projet
de loi qui est déposé. Mais là on en a eu de toutes les sortes, tous azimuts.
Alors, il y a des gens qui disaient : C'est très bien; d'autres qui
disaient : Ça va trop loin; d'autres qui disaient : Ce n'est pas
assez loin. Et vous comprendrez, donc,
l'importance... Et c'est pour ça qu'on a... qu'on a soumis un nombre important
de groupes pour les consultations parlementaires, compte tenu... compte
tenu de l'impact du projet de loi et, entre autres, des réactions que ce projet
de loi a suscitées.
C'est un projet de loi qui vient apporter un
encadrement juridique à un très grand nombre de couples. M. le ministre référait à certaines statistiques. Moi,
des statistiques que j'ai trouvées, c'est qu'en 2022 il y avait 43 % des
couples au
Québec qui vivaient en union libre, mais il y avait seulement 8 % des
couples qui ont une convention de vie commune. Donc, c'est vous dire l'écart. Puis quand on regarde un peu les
statistiques, on se rend compte qu'il y a aussi un nombre important de
couples qui s'imaginent que l'ensemble des lois s'appliquent... s'appliquent à
leur... à leur situation, ce qui n'est pas... ce qui n'est pas le cas. Donc, le
projet de loi vient créer un encadrement pour ces couples. Mais évidemment,
parce que... parce que ça touche un très grand nombre de familles et puis
éventuellement d'enfants, je pense qu'il est très important qu'on puisse avoir
recours, en consultations parlementaires, à plusieurs groupes et à des experts pour qu'on soit capables, évidemment,
de bien évaluer l'impact de ce projet de loi sur les familles, sur les familles
québécoises. Et c'est la raison pour
laquelle, enfin, moi, je suis très heureux de participer à ce projet de loi là
et de pouvoir dialoguer avec des experts sur le sujet. Je vous remercie,
M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
pour 1 min 32 s, s'il vous plaît.
M. Guillaume
Cliche-Rivard
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup, M. le Président. Content de vous
retrouver également. Merci au ministre et à... et à nos collègues des
oppositions. Merci aux équipes juridiques également. Content de vous retrouver.
Merci pour votre travail en amont et qui va se continuer dans l'ensemble
de cette consultation.
Mon collègue vient de le mentionner, c'est une
réforme importante, qui était attendue, alors j'ai très hâte d'entendre les
groupes et les interventions. Ils sont nombreux, avec des points fort
pertinents, fort détaillés. On a la chance de pouvoir compter sur quelques
centaines de pages d'avis, là, si on cumule tout ça, donc on va avoir beaucoup
de travail. Alors, allons-y, M. le Président, attelons-nous à la tâche. Et je
garderai mes commentaires pour quand on sera un peu plus avancés dans l'étude
du projet de loi. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Jean-Talon, pour une minute, s'il vous plaît.
M. Pascal Paradis
M. Paradis : Merci beaucoup.
Salutations à toutes les équipes et bravo pour le travail qui a été accompli,
qui mène jusqu'au projet de loi qui nous est présenté aujourd'hui. C'est en
quelque sorte l'aboutissement d'un chantier lancé par un gouvernement du Parti
québécois, hein? C'est en... C'est le 19 avril 2013 que le Pr Roy s'est vu
confier la présidence de... du comité qui a
mené au rapport qui va servir de base à nos travaux aujourd'hui. La société
évolue, il faut adapter le droit de la famille à cette évolution. Il
faut le faire avec mesure, en tenant compte des données probantes, en tenant compte des expertises, des avis qu'on va recevoir.
Alors, on sera là pour travailler en collaboration avec les collègues de
l'opposition et du gouvernement. Merci.
Auditions
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, M. le député de Jean-Talon.
Donc, on va débuter les auditions avec Me Andréanne Malacket,
professeure de droit à l'université de Sherbrooke. Merci beaucoup d'être avec
nous. Alors, comme vous savez, vous avez
10 minutes de présentation, après ça on aura une période d'échange avec
les membres. Alors, la parole est à vous. Merci.
Mme Andréanne Malacket
Mme
Malacket (Andréanne) : M. le ministre de la Justice, M. le Président de
la commission, Mmes et MM. les
membres de la commission, bonjour. Alors, je tiens tout d'abord à vous
remercier de l'invitation à me présenter devant vous ce matin pour
échanger sur le projet de loi n° 56 dans le cadre des consultations
particulières sur la réforme du droit de la famille qui débutent ce jour.
Puisque le
temps qui m'est imparti est court, j'entre donc immédiatement dans le vif du
sujet. Je m'adresserai à vous en trois temps pour vous transmettre mes
réflexions : d'abord sur la philosophie d'ensemble du projet de loi
n° 56, ensuite sur la question de la vocation successorale du
conjoint de fait survivant et, finalement, sur l'enjeu concernant l'encadrement
des rapports pécuniaires conjugaux en mariage.
Philosophie
d'ensemble du projet de loi n° 56. Premier élément, j'accueille
favorablement le projet de loi n° 56 qui vise à parachever la
seconde partie de la réforme du droit de la famille consacré à la conjugalité.
Je tiens d'entrée de jeu à souligner que je suis d'accord avec le nouveau
régime d'union parentale proposé, qui conçoit le besoin d'encadrement des
rapports pécuniaires conjugaux au regard de la naissance d'enfants communs au
couple. C'était d'ailleurs l'idée mise de
l'avant dans le rapport Roy. La réforme proposée opère en cela un équilibre
délicat, à mon sens, entre les droits et les devoirs des parties en
cause.
Deuxième élément, je suis d'accord avec la
constitution d'un patrimoine d'union parentale tel que proposé dans le PL 56, lequel est en partie calqué
sur le patrimoine familial. Plus spécialement, je suis favorable à la
composition du patrimoine d'union parentale envisagé qui vise la
résidence principale de la famille, les meubles meublants et les véhicules à
l'usage de la famille. Je suis également à l'aise avec l'exclusion des régimes
de retraite de ce patrimoine d'union parentale. En effet, ils ne sont pas un
bien à caractère familial comme le sont la résidence, les meubles, les
véhicules. Sur le plan des principes, on peut donc considérer que ces biens
sont propres à chaque conjoint puisqu'ils sont intrinsèquement liés à la formation acquise
par chacun d'entre eux et aussi à leurs efforts sur le plan professionnel.
En outre, je souligne que le partage de ces gains a normalement lieu lorsque
les enfants sont autonomes et ont quitté le
domicile familial. Si la réforme se justifie d'abord et avant tout par la
nécessité d'assurer aux enfants une meilleure stabilité, il paraît donc
difficile d'en justifier l'inclusion. Cela dit, j'invite les parlementaires à
amender le projet de loi n° 56 afin d'inclure les résidences secondaires
dans le patrimoine d'union parentale. Comme elles sont un bien à usage de la
famille au même titre que la résidence principale, rien ne me paraît en
justifier l'exclusion.
Troisième élément, je
suis entièrement favorable à la possibilité de se soustraire au patrimoine
d'union parentale. Il s'agit d'un choix qui vise à mettre en oeuvre une valeur
sociale et juridique légitime, la liberté contractuelle et l'autonomie de la volonté.
J'ajouterais que la réforme doit être envisagée en ayant en tête, pour premiers
bénéficiaires, nos enfants et nos petits enfants et non pas nos mères et nos
grands-mères, dont le besoin de protection était différent à une époque qui
n'est pas la nôtre.
Quatrième élément, je
suis d'accord avec l'orientation compensatoire plutôt qu'alimentaire
privilégiée dans le projet de loi n° 56. En l'occurrence, on y met de
l'avant l'idée voulant que l'État n'ait pas à imposer aux conjoints de fait un
devoir de solidarité, comme c'est le cas pour les conjoints mariés, s'agissant
plutôt de compenser un conjoint qui se serait appauvri aux mains de l'autre,
l'enrichi. En conséquence, l'opportunité d'introduire une prestation
compensatoire qui se fonde justement sur cette idée de compensation, plutôt
qu'une obligation alimentaire qui se fonde, elle, sur un devoir de solidarité,
prend tout son sens à mon avis. Aussi, je suis favorable à l'adoption du
mécanisme de prestation compensatoire pour les conjoints d'union parentale,
sans possibilité de s'en soustraire, il faut le dire.
• (10 heures) •
Cinquième élément. Le
législateur devrait toutefois, à mon sens, renforcer davantage ce dernier
régime. Je vous réfère à mon mémoire pour le détail au sujet de la méthode de
calcul du montant dû au titre de compensation, la valeur reçue étant la méthode
reçue par le projet de loi... la méthode... pas reçue, mais la méthode retenue
par le projet de loi, avec laquelle je suis favorable, sujet à certaines
nuances.
J'insiste toutefois aujourd'hui
devant vous sur l'importance d'adopter des lignes directrices, des barèmes, donc, de compensation afin de permettre d'établir
avec précision le montant de compensation dû, ce que proposait aussi le
rapport Roy. Ces lignes directrices permettraient non seulement d'encadrer
davantage le recours, mais auraient, au surplus,
l'avantage de neutraliser une interprétation éventuellement restrictive de la
mesure, tout en favorisant davantage de prévisibilité pour le conjoint
d'union parentale. Le législateur devrait, en outre, à mon sens, et toujours
dans cette même perspective, adopter un certain nombre de présomptions
d'appauvrissement et d'enrichissement pour faciliter la preuve des éléments justifiant l'octroi d'une prestation
compensatoire. À nouveau, je vous réfère à mon mémoire pour plus de
détails ici.
Deuxième sujet :
la vocation successorale ab intestat du conjoint survivant. Depuis l'accession
de l'époux survivant au statut d'héritier légal, en 1915, le droit québécois
est demeuré quasi inchangé au chapitre de la vocation successorale du conjoint
survivant. Au vu des transformations conjugales et familiales qui se sont
opérées durant les 100 dernières
années, n'est-ce pas, je me réjouis de l'intérêt nouveau porté à la question.
Je salue donc la modification proposée dans le PL 56 qui vise à
modifier l'article 653 du Code civil du Québec afin que les conjoints
d'union parentale soient considérés comme un conjoint survivant aux fins de la
dévolution légale de la succession du conjoint prédécédé. La mesure, par contre, si elle doit être saluée, demeure, à
mon sens, incomplète. Dans l'état actuel du PL n° 56, il faudra
être conjoint d'union parentale, c'est-à-dire avoir un enfant commun avec le
défunt pour voir son statut reconnu aux fins de la dévolution légale. Pourtant,
ce sont les affections présumées, c'est-à-dire les affections qu'on peut
raisonnablement prêter à un défunt type à l'égard des membres de sa famille,
ici, le conjoint de fait survivant... que
reposent les règles de dévolution légale. Or, ici, les affections présumées ne
suffisent pas et sont éludées au profit de l'union de droit,
matérialisée ici sous la forme de la nouvelle union parentale.
Ce qui est,
toutefois, encore plus préoccupant, à mon sens, c'est que le projet de loi
n° 56 opère une distinction à l'intérieur même du cercle privilégié des
conjoints de fait avec enfants communs, puisque seuls ceux dont un... au moins
un enfant commun sera né après le 29 juin 2025 seraient visés par la
mesure. Or, je vous pose la question : Est-il raisonnable de présumer que
les conjoints de fait dont tous les enfants communs sont nés avant le 30 juin 2025 ne s'aiment pas, alors que c'est
le contraire pour ceux dont la postérité naîtra, en tout ou en partie, à
compter de cette date? Bien sûr que non. Les affections présumées ne peuvent
pas se décliner au regard d'une arbitraire date de calendrier.
Par ailleurs, je me
permets aussi de réfuter les arguments ayant conduit le Comité consultatif sur
le droit de la famille à recommander le statu quo sur l'absence de vocation
successorale ab intestat du conjoint de fait survivant, une recommandation qui,
fort heureusement, n'est pas entièrement suivie dans le projet de loi
n° 56. Pour justifier l'exclusion du conjoint de fait, le rapport Roy se base
sur la volonté de protéger les enfants issus d'un premier lit et sur
l'importance de préserver la liberté contractuelle des conjoints de fait. Ces
arguments sont certes séduisants, mais ils ne résistent pas à une analyse plus
approfondie des lieux.
D'abord, ils ne
tiennent pas compte du fondement même des règles de dévolution légale, j'en ai
parlé, les affections présumées. Ensuite, admettre le conjoint de fait
survivant dans le cercle des héritiers légaux ne remet pas en cause la liberté
des conjoints de fait, comme on l'avance dans le rapport Roy. Au contraire, la
liberté de tester, le ministre l'a dit, est
un principe phare du droit successoral québécois, et la reconnaissance d'une
vocation successorale légale au conjoint de fait survivant n'y
changerait absolument rien. Enfin, on notera que la position du rapport Roy
ignore les recommandations étoffées émises en 1996 par le Comité
interministériel sur les unions de fait et, en 1978, par l'Office de révision
du Code civil, lesquels avaient tous deux suggéré l'admission du conjoint de
fait survivant comme héritier légal. Je vous réfère à mon mémoire pour plus de
détails à ce sujet.
Enfin,
dernier point de réflexion, l'encadrement des rapports pécuniaires conjugaux en
mariage. En proposant la création de son nouveau régime d'union
parentale, le projet de loi n° 56 cesse de concevoir l'encadrement des rapports pécuniaires conjugaux en fonction de
l'unique dichotomie union de fait-mariage. Il propose donc des mesures
qui tirent leur source dans ce qui impacte de facto les rapports économiques
des conjoints entre eux, à savoir la naissance d'un enfant. Or, du même
souffle, le projet de loi n° 56 omet d'étendre la réflexion à
l'encadrement des rapports patrimoniaux des conjoints mariés. Ainsi, on ne
questionne pas la légitimité de l'approche paternaliste du législateur envers
les époux, qui ne peuvent se soustraire, même en partie, au régime primaire
impératif prévu au Code civil du Québec. Pourtant, le projet de loi n° 56
reconnaît le droit des conjoints de fait en union parentale de se soustraire du
patrimoine d'union parentale, calqué sur le patrimoine familial. Pourquoi,
donc, nier cette possibilité aux époux?
Comprenez-moi bien, je ne dis pas que le régime
primaire impératif en mariage n'a pas sa place, mais le mariage n'est pas que partenariat économique ou institution civile, il
est aussi institution religieuse, sociale et culturelle. Des personnes peuvent vouloir se marier et avoir
des enfants, mais sans pour autant adhérer à l'idée d'un encadrement strict et englobant de leurs rapports pécuniaires
conjugaux. Il s'agit là d'enjeux fondamentaux que le projet de loi n° 56 met
de côté. Or, cette réflexion devra, tôt ou tard, être menée, parce qu'elle
paraît nécessaire pour vraiment achever la réforme, nécessaire parce que la
société a changé.
En conclusion, je formule donc le souhait que le
législateur poursuive ses efforts de réformer le droit de la famille par le
truchement d'une phase III, eh oui, une phase III, qui permettrait à
la vision qui se dégage du projet de loi n° 56 de se déployer pleinement,
même en mariage, comme, d'ailleurs, l'avait suggéré... suggéré le rapport Roy.
J'ajoute, finalement, qu'en parachevant le projet de loi n° 56 les
parlementaires pourraient également se saisir des solutions mitoyennes qui existent au regard de l'absence de
rétroactivité de la loi... du projet de loi, en fait, qui a été critiquée
par plusieurs. Mon mémoire en traite, je vous y réfère à nouveau.
Je vous remercie de votre écoute et je demeure,
évidemment, disponible pour répondre à vos questions.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Je me tourne vers le gouvernement, pour 16 min 30 s. M. le ministre de la
Justice, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui, merci, M.
le Président. Pre Malacket, merci beaucoup d'être aujourd'hui avec nous au
début, bien, en fait, comme on dit, d'inaugurer les consultations en matière de
droit de la famille sur le projet de loi n° 56. Merci de vos éclairages.
Merci de votre mémoire également. Vous êtes professeure de droit de la famille,
notamment, à l'Université de Sherbrooke et, accessoirement, vous occupez plein
d'autres fonctions.
Globalement, là, vous êtes d'avis que le projet
de loi est une avancée sociale importante. Je crois avoir lu un article
là-dessus, là, dans les journaux suite au dépôt du projet de loi.
Mme Malacket (Andréanne) : Oui,
effectivement, vous avez raison. Je pense qu'il faut applaudir ce projet de loi
là. Ça faisait longtemps, vous l'avez dit, qu'il était attendu. La dernière
réforme sur le droit de la conjugalité date des années 80, avec la
réforme, la grande réforme de 1980, la loi 89. Donc, on était dus pour ce
genre de réforme, et personnellement, j'accueille très favorablement ce qui est
proposé dans le projet de loi, à savoir, à mon sens, un équilibre vraiment, là,
entre les droits, les devoirs des conjoints de fait, ici avec enfant. Je pense
que la façon suggérée par le projet de loi de concevoir l'encadrement des
rapports pécuniaires conjugaux, c'est-à-dire au regard de l'enfant, est la...
est la voie à suivre. C'est d'ailleurs ce qu'avait proposé le rapport Roy, là,
donc c'est... ce n'est pas une idée qui est nouvelle. Donc, effectivement, je
suis tout à fait favorable à ce projet de loi là. Ceci étant dit, comme dans n'importe
quoi dans la vie, on peut toujours bonifier les choses, donc évidemment on...
on pourrait en faire encore davantage.
M. Jolin-Barrette : J'ai une
question pour vous. Suite au dépôt du projet de loi, il y a eu certaines
critiques relativement au projet de loi,
relativement au fait que le projet de loi créait trois catégories d'enfants.
Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus, savoir ce que vous en pensez.
Mme Malacket (Andréanne) : En fait,
j'ai détaillé cet argument-là un peu dans mon mémoire, là. Bon, pour moi, cet argument-là ne tient pas la route, là.
Sur le plan des principes, ça ne se défend pas. On ne peut pas concevoir le
principe d'égalité des enfants en fonction du statut économique ou de la
position du point de vue patrimonial de leurs parents. Ce n'est pas comme ça
qu'on conçoit... qu'on doit concevoir la chose. C'est d'ailleurs... c'est
d'ailleurs une façon de voir qui a été complètement mise de côté dans les
années 80, hein? Si on fait le parallèle avec, à l'époque, la distinction
qu'on faisait entre les enfants et les familles légitimes versus les enfants et
les familles illégitimes, donc c'est... pour moi, ce n'est absolument pas la
façon de concevoir les choses.
D'ailleurs, si on pousse l'argument un petit peu
plus loin, on se rend compte, là, qu'on pourrait s'amuser à créer un paquet de catégories supplémentaires. Par
exemple, considérer que les enfants de conjoints mariés en séparation de
biens sont dans une position moins enviable que ceux qui se sont mariés en
société d'acquêts, lesquels sont même dans une position moins enviable que ceux
mariés en communauté de biens et d'acquêts. Donc, je pense qu'on n'a pas fini si on s'en remet à cette façon de voir
les choses qui, pour moi, n'a pas sa raison d'être. Le fait de distinguer entre
deux situations, avoir des enfants, ne pas
avoir d'enfants, être en union de fait, être en mariage, ne veut pas
nécessairement dire faire une distinction qui est discriminatoire au
sens, d'ailleurs, des droits fondamentaux. Je vous rappelle ici qu'il faut se
rappeler quand même que la Cour suprême a validé le régime actuel, hein? Et le
régime actuel, qu'est-ce qu'il prévoit pour les conjoints
de fait? Rien pantoute. Donc, je ne pense pas qu'on puisse vraiment prendre cet
argument-là et lui faire faire beaucoup de chemin, là.
• (10 h 10) •
M.
Jolin-Barrette : OK. Donc, ce que vous dites, c'est... dans le
fond, c'est une vision passéiste de dire : Bien, ça crée des catégories
d'enfants distinctes. Alors que le droit actuel, si je vous comprends bien, à
l'intérieur même du mariage avec les régimes matrimoniaux... Parce que
le régime par défaut pour les gens qui nous écoutent, c'est la société
d'acquêts si vous n'allez pas chez le notaire pour changer de régime
matrimonial. Sinon, il y en a qui vont chez
le notaire, puis ils se marient sous la séparation de biens. Déjà, il y a une
distinction au sein du régime matrimonial, donc ça existe déjà cette distinction-là. Donc, il y a déjà... si on
suit la logique, des gens qui prétendent ça, qu'il y a déjà des
catégories d'enfants.
Mme Malacket (Andréanne) : Absolument,
mais ce n'est pas ça, des catégories d'enfants.
M. Jolin-Barrette : OK.
Mme Malacket (Andréanne) : Des
catégories d'enfants, ce sont des enfants dont les droits sont différents en raison des circonstances de leur naissance.
Donc, on parle des droits alimentaires, des droits successoraux, des droits
à l'autorité parentale. C'est ça, catégoriser les enfants, et ça, on ne le fait
plus depuis 1980, fort heureusement, et le projet de loi n° 56 n'implique
pas un recul à cet égard-là, pas du tout.
M. Jolin-Barrette : Et on ne fait
pas de catégories d'enfants dans le cadre du projet loi 56?
Mme Malacket (Andréanne) : Non.
M. Jolin-Barrette : OK. J'aimerais
vous entendre sur les résidences secondaires. Dans le fond, lorsqu'on a
construit les régimes, on a... on a amené une distinction relativement au
patrimoine familial versus le patrimoine de l'union parentale. Vous, vous
dites : On devrait inclure les résidences secondaires dans le cadre du
patrimoine de l'union parentale. Pourquoi?
Mme Malacket (Andréanne) : Bien, en
fait, il n'y a pas vraiment de raison, sur le plan des principes, là, de les
distinguer. Si on est une famille suffisamment à l'aise pour avoir non
seulement une résidence principale de la famille, hein, là où on exerce nos
principales activités, mais aussi une ou des résidences secondaires, le chalet
en Estrie, le condo à Tremblant, la maison à Charlevoix, «name it», je ne vois
pas pourquoi on devrait exclure ça. Ce sont des biens qui sont à l'usage de la
famille, qui sont à l'usage des deux conjoints, qui sont à l'usage des enfants.
Il n'y a pas vraiment de raison de les distinguer de la résidence principale de
la famille. D'ailleurs, dans le patrimoine familial, cette distinction-là n'est
pas faite. Ceci étant dit, ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas faire des
distinctions entre le patrimoine d'union
parentale et le patrimoine familial, mais, quand on distingue, à mon sens, il
faut quand même rechercher les justifications à ça et les fondements à
ça. Et ici j'avoue que j'ai un peu de misère à le voir, là.
M. Jolin-Barrette : Puis, tout à
l'heure, vous avez dit, vous, vous êtes à l'aise d'avoir un patrimoine, dans le
fond, d'union parentale versus, supposons,
une pension alimentaire entre ex-conjoints. Le fait que le législateur choisit,
avec la proposition qu'on a, dans le
cadre du projet de loi, d'y aller par création d'un patrimoine, puis c'est ce
patrimoine-là qui devient
partageable, vous êtes à l'aise avec le fait qu'il n'y ait pas de pension
alimentaire pour ex-conjoint de fait.
Mme Malacket (Andréanne) : Oui, tout
à fait. Et je mettrais davantage en ballant la question de la pension alimentaire avec l'orientation compensatoire, là,
qui est privilégiée dans le projet de loi, parce que c'est davantage là, là,
où je pense qu'on peut faire les
distinctions. C'est une question de philosophie, hein, la pension alimentaire
repose sur une idée qu'on veut
imposer un devoir de solidarité au conjoint. On peut adhérer à ça ou pas. Ici,
dans la mouture actuelle du projet de loi, on n'adhère pas à ça.
Ce qu'on dit, par contre, c'est il faut quand
même les compenser, ces conjoints de fait là s'ils ont subi des désavantages économiques
consécutivement à la naissance des enfants. Mais, quand on veut compenser
quelqu'un en droit civil, le bon mécanisme, ce n'est pas la pension
alimentaire, c'est la prestation compensatoire.
Et là,
évidemment, on a entendu des craintes légitimes de certains groupes, de
certaines personnes, à savoir, bon, mais la prestation compensatoire, ça
a été historiquement interprété de façon restrictive, bon, ce genre d'argument
là. Bien, il faut savoir qu'il y a moyen de contrer tout ça, et je le mentionnais
un petit peu plus tôt, en créant un régime un peu plus renforcé et notamment en
adoptant des barèmes de compensation qui nous permettraient de nous assurer que l'appauvrissement réel, et ici, je comprends
que la préoccupation, c'est souvent l'appauvrissement réel du conjoint
qui reste à la maison, à la suite de la naissance des enfants, donc plus
souvent la femme que l'homme, malgré que ça pourrait être l'inverse, donc il
faut vraiment s'assurer de compenser l'appauvrissement réel de cette
personne-là, donc avoir une approche ou une
interprétation libérale de la méthode de calcul qui est privilégiée dans le
projet de loi, c'est... c'est-à-dire
la méthode de calcul de la valeur accumulée... pas accumulée, reçue. Et il faut
également... comme je le disais, on aurait avantage, en fait, à écrire
des lignes... des lignes directrices qui en elles-mêmes intégreraient cette
interprétation large et libérale de ce que doit être une compensation au regard
de l'appauvrissement réel d'une personne. Je
détaille ça un petit peu dans le mémoire, là. Je ne sais pas si vous voulez
qu'on entre davantage dans le sujet, là.
M. Jolin-Barrette : Bien,
peut-être juste avant d'y aller sur... sur les lignes directrices à détailler
relativement à prestation compensatoire, j'aimerais juste vous ramener
un pas en arrière relativement, justement, à cette prestation compensatoire là,
puis relativement au choix du législateur d'utiliser la méthode de calcul de la
valeur marchande plutôt que de la valeur accumulée. Parce que j'ai écouté
votre... avec intérêt votre passage à Tout le monde en parle. Puis
manifestement vous n'avez pas eu suffisamment de temps pour expliquer tout ça.
Alors, je voudrais que vous nous l'expliquiez, ce que vous vouliez dire.
Mme Malacket
(Andréanne) : Oui. Effectivement, je n'ai pas eu assez de temps. Bien,
en fait, la méthode de la valeur reçue, c'est la méthode de calcul de droit
commun, la méthode de calcul propre au droit civil. Et c'est une méthode de
calcul qui nous permet de calculer la compensation en tenant compte de
l'appauvrissement ou de l'enrichissement, le moindre des deux montants, là,
chez les conjoints.
La méthode de la
valeur accumulée, c'est une méthode qui a été développée dans la jurisprudence
via la common law canadienne, où finalement on calcule le montant de
compensation autrement, c'est-à-dire en prenant la valeur nette du patrimoine,
la valeur nette du patrimoine de l'enrichi, et en décidant d'en octroyer entre
20 % et 40 % en termes de valeur au conjoint qui s'est appauvri. Donc,
on crée là ni plus ni moins une espèce de régime de partage de biens sui
generis.
La perspective
civiliste est étrangère à ça, hein? On a du droit civil ici, au Québec, on
devrait en être fiers. On a un Code civil, on a une tradition à cet égard-là et
une perspective à cet égard-là. Et, en droit civil, le montant de la
compensation doit être établi par le législateur au moyen d'une méthode de
calcul claire, ce que permet de faire la méthode
de la valeur reçue ou de la valeur marchande, donc, en prenant tout simplement
le moindre de l'appauvrissement ou de l'enrichissement, alors que la
méthode de la valeur accumulée, elle, donne un pouvoir de création du droit aux
juges, parce qu'ultimement c'est eux qui vont décider en quelque sorte de
partager, via ce... cette compensation-là, de partager en quelque sorte, là,
les biens entre les conjoints de fait. Donc, il y a ça.
Par
ailleurs, il faut faire attention. La méthode de la valeur reçue a trop souvent
été interprétée restrictivement par les tribunaux québécois.
C'est-à-dire, si je prends un exemple, prenons l'exemple du... de la femme et
de son conjoint, ils sont ensemble, ils ont un enfant. Madame, par exemple, est
ingénieure, abandonne le marché du travail pendant
cinq ans pour se consacrer au soin des enfants. Le montant de son
appauvrissement, c'est son salaire d'ingénieur pendant cinq ans puis les
avantages rattachés à ça. Ce que la jurisprudence a parfois tendance à faire,
erronément, à mon sens, c'est de dire : Bien, dans le fond, le montant de
l'appauvrissement, ce n'est pas le montant de la valeur du salaire de cette femme-là, c'est le montant du
salaire de ce qu'elle a effectivement fait pendant cinq ans, c'est-à-dire
garder, entre guillemets, des enfants, éduquer des enfants. Donc, ce
qu'on va lui donner comme montant de compensation, ce n'est pas son salaire
d'ingénieure, c'est un salaire de gardienne d'enfants puis d'éducatrice. Ça,
c'est un problème. Ce... cette façon de
concevoir les choses là ne concorde pas avec la position d'ailleurs de la Cour suprême voulant qu'il faille interpréter de manière large, souple et
libérale la méthode de la valeur reçue. Ici, l'appauvrissement réel, là, dans
mon exemple de la femme, c'est son salaire d'ingénieure, ce n'est pas le
salaire qu'elle aurait eu si elle avait été éducatrice d'enfants. Donc, ça,
c'est une espèce de «bottom line», et il faut être en mesure d'envoyer, je
pense, via le projet de loi no 56, un signal clair aux tribunaux que ce
«bottom line-là» est en... est vraiment un minimum et qu'il faut apprécier
chacune des situations pour ce qu'elles sont vraiment, ici, mon salaire
d'ingénieure.
Comment on fait pour
envoyer un signal clair aux tribunaux? On en jase entre nous, ils vont
peut-être nous lire un jour, mais on peut
aussi être encore plus certains et adopter des lignes directrices. Ces lignes
directrices là, si elles épousent l'interprétation généreuse, large, souple de
la méthode de la valeur reçue, bien, on va être certains d'avoir un
juste un montant de compensation qui va être octroyée au parent qui va rester à
la maison pour s'occuper des enfants pendant
x années, pendant que l'autre, lui, n'arrête pas sa carrière compte tenu de la
venue des enfants et du fait que c'est l'autre finalement qui fait le
sacrifice.
• (10 h 20) •
M. Jolin-Barrette :
OK. Je vais céder la parole à mes collègues. Je sais qu'ils ont certaines
questions, mais, en résumé, je comprends
que, pour respecter notre tradition civiliste, pour faire en sorte d'établir
quelle est la véritable méthode de calcul, vous nous invitez à continuer
dans la valeur marchande pour distinguer la valeur accumulée, qui est une
introduction de la common law dans notre droit civil, mais, par ailleurs,
d'avoir des lignes directrices pour guider les tribunaux puis de clairement
dire quel doit être le minimum, donc le véritable salaire de la personne, qu'elle aurait fait supposons... mais...
puisqu'elle reste à la maison. Alors, je vais céder la parole à ma collègue.
Merci beaucoup d'avoir participé aux consultations.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Mme
la députée de Vimont. Questions-réponses, 2 min 10 s.
Mme Schmaltz :
Ah! Deux minutes? OK. Parfait. Oui. Bonjour. Merci de votre présence.
Bonjour, tout le monde. Merci, M. le ministre, d'amener un projet de loi de
cette envergure-là, parce que ça faisait longtemps qu'on l'attendait, et puis
très apprécié, je pense, par tout le monde. Alors, je vais y aller rapidement.
Intéressant d'ailleurs de vous écouter, justement de parler de ce fameux calcul
là des montants compensatoires, et tout ça.
J'aurai peut-être...
Juste rapidement, je voudrais juste renchérir avant d'arriver à ma question.
Est-ce qu'il y a un minimum, maximum? Est-ce qu'on a établi ça dans le montant
compensatoire? Est-ce qu'il y aurait un minimum si on calcule selon... Parce
que j'ai l'impression, avec les lignes directrices, on va rentrer dans
plusieurs catégories. Mais est-ce que vous avez pensé ou imaginé un montant
minimum à ça?
Mme Malacket
(Andréanne) : Bien, en fait, oui, on pourrait... Écoutez, tu sais, ça,
c'est le genre de travail qu'un actuaire pourrait évidemment bien mieux faire
que moi. D'ailleurs, pour se guider, on pourrait aller voir le rapport Roy, là,
il y a toute une annexe consacrée à ça. C'est sûr qu'on pourrait présumer, par
exemple, que, bon, dans les cas où il y a un
des deux conjoints qui quitte le marché du travail pour s'occuper des enfants
pendant x années, bien, pendant ce x
nombre d'années là, il peut, par exemple, avoir droit à 50 % de... du
régime de retraite de l'autre, pour en revenir à ça, et octroyer de
façon très mécanique ce montant-là.
On peut
aussi, si on le souhaite, capsuler des scénarios, hein, et venir dire, bon, au
moyen de lignes directrices, de barèmes,
un peu comme on l'a fait pour les pensions alimentaires pour enfants dans les
années 90, voici les critères qui doivent nous guider. Et,
actuariellement parlant, en fonction du revenu disponible de la personne qui
doit compenser, en fonction du type de diplôme, du type de travail qu'occupait
l'autre personne, on va fixer à x, y, z le montant. On peut aussi venir guider
tout simplement en venant dire : Bien, écoutez, il va falloir au minimum
considérer l'appauvrissement réel en termes de salaire de la personne qui a
quitté en tout ou en partie le milieu...
Le Président (M.
Bachand) : ...la parole au député de
l'Acadie pour 10 min 24 s. M. le député.
M. Morin : Merci, M. le Président.
Alors, bonjour, Pre Malacket.
Mme Malacket (Andréanne) : Bonjour.
M. Morin : Merci pour votre mémoire
et pour vos explications. Il y a... il y a quelques éléments que j'aimerais
discuter avec vous. Dans le projet de loi, entre autres, quand on regarde
l'article 3, sur l'union parentale, donc, la disposition à 521.20, on dit
que ça se forme dès que des conjoints de fait deviennent père et mère ou les
parents d'un même enfant. Donc, c'est... c'est ce qui semble faire en sorte que
l'union parentale va se... va se cristalliser. Il n'y a pas, comme tel... puis
ça semble être quand il y a effectivement... il y a... il y a un enfant, il n'y
a pas de période de temps. Est-ce que, pour vous c'est suffisant, ou si on ne
devrait pas prévoir aussi, peut-être, une période de temps, même s'il n'y a pas
d'enfant qui ferait en sorte que le législateur viendrait accorder une certaine
protection ou un encadrement juridique aux gens qui vivent en union de fait?
Mme Malacket (Andréanne) : Bien, en
fait, ce que... ce que vous entendez, finalement, c'est : Est-ce qu'on
devrait imposer un régime aux conjoints de fait sans enfant? C'est ça, votre
question, si je comprends bien.
M. Morin : Ça fait partie, oui,
c'est ça, ça fait partie de ma question, effectivement.
Mme Malacket (Andréanne) : Donc, à
mon sens, non. Moi, je... moi, je suis une tenante de l'approche qui est
davantage en faveur de... autonomie de la volonté, la liberté contractuelle. Je
pense qu'il faut arrêter d'infantiliser les conjoints et les conjointes et de
penser qu'ils ne sont pas capables de régler eux-mêmes leurs rapports
pécuniaires conjugaux.
On a une job à faire, comme législateurs, comme
juristes, il faut informer aussi la population de quels sont leurs droits,
les... leurs obligations, mais, à un moment donné, on n'est plus non plus dans
les années 80, hein, là où les femmes
qui se divorçaient se retrouvaient presque à la rue parce que mariées en
séparation de biens et parce qu'elles avaient passé leur vie à s'occuper
des enfants, alors que monsieur, lui, travaillait. C'était comme ça à l'époque.
Ce n'est plus comme ça. Donc, imposer un devoir de solidarité pur et dur aux
conjoints de fait en matière matrimoniale, familiale, moi, je ne suis pas en
faveur de ça.
Maintenant, est-ce qu'il faut, à
l'article 521.20, imposer un minimum quant à la durée de vie commune? Si on veut être conséquent avec ce que je viens de
dire, non. Pourquoi? Bien, parce que, si on reprend la vision du projet
de loi no 56, à laquelle j'adhère, c'est la naissance d'un enfant qui
entraîne les désavantages économiques pour les conjoints, et c'est ça qu'on veut compenser. Donc, peu importe ça fait
combien de temps on est ensemble, il va l'avoir, le désavantage. Donc,
en ce sens-là, je ne pense pas que la durée de leur vie commune doive ici avoir
une influence.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie. Ma compréhension du projet de loi, c'est que ces dispositions-là vont entrer en vigueur à partir de juin 2025,
30 juin 2025, donc pour les enfants qui vont être nés après. Je comprends
que vous avez dit tout à l'heure que, selon vous, ça ne crée pas de catégories
d'enfants, mais, puisqu'on est en train de
regarder un projet de loi qui vise à éventuellement accorder des prestations
aux enfants qui seraient issus de l'union parentale, pourquoi attendre
au 30 juin 2025?
Mme Malacket (Andréanne) : Oui. Ça,
c'est un point que je soulève, tout à fait, là, dans mon mémoire, j'ai un
certain malaise avec ça. Je comprends... En fait, je pense, là, je ne suis pas
dans la tête du ministre de la Justice, mais
je pense comprendre c'était quoi, l'objectif avec cette disposition transitoire
là, c'est-à-dire ne pas marier de force les Québécois, donc s'assurer
qu'au moment où ça va entrer en vigueur les gens vont avoir eu le temps de
réfléchir à ce qu'ils veulent faire ou ne pas faire, et donc ne pas encadrer
les situations déjà existantes, les enfants déjà nés, les situations qui se sont déjà cristallisées. La
rétroactivité des lois, d'ailleurs, c'est toujours quelque chose de
supersensible. On se rappellera, en 1989, avec le patrimoine familial,
là, ce que... ce que tout ça avait donné.
Donc, je peux
comprendre qu'on ait choisi cette approche-là, je ne suis pas convaincue que
c'est la meilleure. Je pense que ce serait une bonne affaire de
réfléchir à des solutions mitoyennes qui peut-être seraient en mesure de fédérer les tenants des deux positions, c'est-à-dire marier
de force les Québécois, entre guillemets, ou ne pas marier de force les
Québécois.
Et en ce sens-là c'est un peu ce que je détaille
dans mon mémoire, peut-être y aurait-il lieu de réfléchir, par exemple, à la
possibilité d'appliquer la loi... à une certaine date, bien sûr, c'est toujours
comme ça, on n'a pas le choix, là, mais aux
conjoints qui ont des enfants mineurs ou encore aux conjoints qui ont des
enfants de moins de 14 ans. Pourquoi? Bien, parce que c'est là où
les besoins sont les plus grands, c'est là où on est davantage proche des
désavantages économiques qu'ont subis les conjoints, compte tenu de la
naissance d'un enfant. Donc, je pense qu'il y aurait lieu de réfléchir à ça et
que les parties se questionnent ensemble à savoir quelle est la meilleure
solution pour tous les Québécois, compte tenu de ce qu'on veut faire ou ne pas
faire et compte tenu du fait qu'on veut laisser une certaine forme de liberté,
mais en même temps on veut encadrer.
M. Morin : Parce qu'en fait je
suis... je suis d'accord avec vous, c'est vrai que l'effet rétroactif d'une loi
c'est souvent problématique, c'est la raison
pour laquelle c'est vraiment l'exception. On ne reviendra pas, avec le projet
de loi, régler des problèmes que des conjoints en union de fait ont pu avoir il
y a cinq, six, sept ou huit ans, sauf qu'aussi, habituellement, la loi, elle
est d'application immédiate, donc elle est adoptée, puis après ça, bien, elle
rentre en vigueur. Donc, il m'apparaît que
ce... cette date-là, de juin 2025, me semble loin, d'autant que, si j'ai bien
compris la volonté du ministre, c'est entre autres pour régler la
situation d'enfants qui pourraient être défavorisés dans le cadre d'une union
parentale plutôt que de naître dans... avec un couple où les conjoints sont...
sont mariés.
Ce serait quoi, pour vous, la meilleure... la
meilleure option pour essayer de couvrir le plus d'enfants possible puis que ça s'applique assez rapidement? De toute
façon, tôt ou tard, ça va s'appliquer, alors les gens qui sont en union
de fait vont être confrontés à cette réalité-là. Avez-vous une suggestion?
• (10 h 30) •
Mme Malacket (Andréanne) : Bien, en
fait, c'est ce que je disais, moi, je pense qu'il faut vraiment explorer l'avenue
des enfants mineurs ou peut-être même, si on veut restreindre davantage, là,
des enfants de moins de 14 ans à une
certaine date, là, on n'a pas le choix à un moment donné de fixer une date.
Bon, là, pourquoi c'est le 30 juin 2025 puis pas le 30 juin 2024?
Je pense qu'on veut laisser le temps au monde de finir de faire leurs bébés
avant l'entrée en vigueur de la loi s'ils
veulent en faire, je ne sais pas. Mais, bon, ça... ça, je pense que c'est
quelque chose qui appartient aux
parlementaires. Mais on peut clairement penser à appliquer la loi de façon
mitoyenne, là, par exemple en considérant qu'à telle date, si les
enfants... ou si au moins un enfant commun a moins de 14 ans, bien, la
loi, par exemple, s'appliquerait. On pourrait... on pourrait penser à faire ça.
M.
Morin : Si... si vous étiez le législateur puis vous aviez
à rédiger le projet de loi, qu'est-ce que vous auriez inclus dans le
patrimoine de l'union parentale?
Mme Malacket (Andréanne) : J'aurais
inclus exactement la même affaire que ce qui est... que ce qui est proposé
actuellement dans le projet de loi n° 56, en ajoutant les résidences
secondaires.
M. Morin : ...uniquement les
résidences secondaires, vous ne voyez pas autre chose qui devrait être ajouté
pour s'assurer que, s'il y a une séparation, évidemment, les enfants pourront
bénéficier?
Mme Malacket (Andréanne) : Non.
Comme je le disais un petit peu plus tôt dans ma présentation, je suis à l'aise
avec le fait que les régimes de retraite, là, c'est ça qui a été le plus
critiqué, là... je suis à l'aise avec le fait que les régimes de retraite
soient exclus. Compte tenu de la philosophie qu'il y a derrière ça, je pense
qu'à un certain point il faut laisser les
conjoints libres de gérer leurs rapports pécuniaires conjugaux. Et j'aimerais
bien ça qu'on laisse les conjoints
mariés aussi un jour régler un petit peu plus leurs rapports pécuniaires
conjugaux, parce qu'actuellement on
se rappellera qu'on ne peut s'exclure d'absolument rien, même par contrat de
mariage, et moi, j'ai un problème avec ça.
M. Morin : Oui, quand on parle du
régime primaire, là, il s'applique.
Mme Malacket (Andréanne) : Exactement.
M. Morin : Il est... il est d'ordre
public.
Mme Malacket (Andréanne) : Exactement.
M. Morin : OK. Parfait. Je vous...
Je vous remercie. Quand on parle de la prestation compensatoire, vous n'avez
pas peur qu'éventuellement ça vienne à nouveau engorger davantage les
tribunaux? Puis, quand on parle de lignes directrices, avez-vous en tête des
règlements ou des lignes directrices ou comment... Qu'est-ce que vous voyez qui
serait le meilleur véhicule pour s'assurer que ce soit efficace?
Mme Malacket (Andréanne) : Je ne
vois pas comment ça pourrait affecter l'accès à la justice plus qu'une pension alimentaire. Actuellement, on se
rappellera qu'une pension alimentaire entre conjoints ou ex-conjoints, on n'en
a pas vraiment, de barèmes. On a des lignes directrices fédérales qui découlent
de la Loi sur le divorce et qu'on n'applique
pas ici, au Québec, dans la vaste majorité des cas. Donc, c'est du cas par cas.
Ça fait que, tu sais, si on veut faire perdre
moins de temps aux tribunaux, ce n'est certainement pas avec une pension
alimentaire qu'on va y arriver ou, en tout
cas, penser que c'est comme ça qu'on va y arriver, je pense... je ne pense pas
que c'est... que c'est réaliste et que c'est vrai, de dire ça.
Maintenant, est-ce qu'on va faire en sorte que les tribunaux vont récupérer du
temps si on fait des lignes directrices? Bien oui, parce qu'on va les diriger,
un peu comme on l'a fait pour les pensions alimentaires pour enfants, avec un
formulaire.
Le Président (M. Bachand) : Merci, merci beaucoup, maître. Le temps... Le temps file. Je dois céder
la parole au député de Saint-Henri—Saint-Jacques... Saint-Henri—Sainte-Anne,
pour 3 min 28 s. Merci.
Mme Malacket (Andréanne) : D'accord.
Bonjour.
M.
Cliche-Rivard : Merci, merci, M. le Président. Et merci beaucoup
pour votre présentation et votre mémoire fort détaillé.
Je me posais une question. Vous étiez à
détailler un petit peu tout à l'heure la réflexion que vous aviez sur
l'information, l'autonomie des couples de choisir, finalement, et ce qu'on
voit, là, plutôt dans le nombre considérable d'entre eux qui ne connaissent pas
leurs... leurs droits ou le régime qui s'applique à eux. Vous dites évidemment
qu'on a un travail d'information à faire, c'est vrai. Est-ce que c'est
réaliste, compte tenu de ce qu'on sait aujourd'hui sur la connaissance qu'ont
ces mêmes couples de leurs droits? C'est une question qui mérite d'être posée.
Dans ce contexte-là, est-ce que, plutôt que d'assurer un droit de retrait qui
serait complet, mais en prévoyant un régime d'application, est-ce qu'on ne
donnerait pas là quand même le droit de s'en ressortir tout en protégeant ceux
qui finalement pensent qu'ils sont protégés indirectement, mais qui ne le sont
pas?
Mme Malacket (Andréanne) : Je ne
suis pas sûre de vous suivre, là, donc répétez donc ce que vous voulez dire.
Parce que, là, ce que vous souhaiteriez, vous, c'est?
M. Cliche-Rivard : Non, moi, je ne
souhaite rien. Je vous pose la question, là. Mais, allez-y, je vous laisse
compléter.
Mme Malacket (Andréanne) : Bien, en
fait, je ne suis pas sûre de saisir votre question. Donc, vous, vous me
demandez si on devrait plutôt imposer à tout le monde, tous les conjoints de
fait qui ont des enfants, puis leur permettre un «opt out». C'est ça que vous
me dites?
M. Cliche-Rivard : C'est la
question.
Mme Malacket (Andréanne) : Bon.
C'est ce qu'on a fait avec le patrimoine familial en 89. Le problème avec cette façon de faire, c'est que ça prend bien
sûr le consentement des deux conjoints pour le «opt out». S'il y en a un des deux qui ne veut pas, bien, on ne peut pas
opter out. Donc, c'est... c'est l'argument qui va être opposé à la situation.
On pourrait faire ça. On pourrait décider qu'on veut faire ça. Ma
compréhension, c'est qu'en 1989, ça a mal passé. Donc, est-ce qu'on veut
retourner là? Je ne suis pas convaincue. Je pense que de le penser à l'inverse,
c'est peut-être plus habile et probablement plus fédérateur, si on se met à
aller interroger un peu tout le monde dans la population. Mais est-ce qu'on
pourrait faire le contraire? On peut tout faire.
M. Cliche-Rivard : Parfait. Vous
dites aussi puis vous privilégiez quand même que les gens choisissent, puis
qu'il y ait la volonté, là, dans une liberté contractuelle, d'embarquer ou non
dans le mariage, puis ne pas les marier de force. Par contre, là, vous proposez
de reconnaître un statut d'héritier légal à l'ensemble des conjoints de fait,
donc qui ne sont pas mariés. Je voudrais juste bien comprendre votre
distinction entre ce qui vise le testament puis ce qui vise le patrimoine
familial.
Mme Malacket (Andréanne) : Oui.
C'est une excellente question. J'en ai fait ma thèse de doctorat, qui a plus
que 500 pages, donc vous pourriez aller la lire, mais ça se peut que ce
soit un peu long. Donc, pour faire court, j'en
parle un petit peu dans mon mémoire, mais il faut distinguer les deux types de
règles qui sont en cause : d'un côté, le droit familial matrimonial, qui vise à partager les biens entre les
conjoints et, d'un autre côté, les règles de dévolution légale, qui
visent à transmettre les biens d'un conjoint. Quand on veut transmettre les
biens d'un conjoint, on ne vise pas à protéger quiconque. Il n'y a pas de
réserve héréditaire ici, au Québec, là. Il y a un principe de liberté de tester
absolu, oui, limité de façon indirecte, là, depuis 89, mais c'est ça, l'idée.
Alors, on est vraiment dans deux schèmes de pensée complètement différents. Et
on ne peut pas dire que parce qu'on considère qu'en matière matrimoniale c'est juste les conjoints de fait avec enfants,
qu'en matière successorale, bien, il faut faire la même affaire. Deux types
de règles, deux types de fondement, deux visions différentes. D'un côté, une
façon de voir les choses où on veut compenser, voire imposer un devoir de
solidarité, où on veut partager des valeurs et, de l'autre, une vision où on
veut transmettre des biens et où les affections, qu'elles soient présumées, donc,
dans les règles de dévolution légale ou exprimées dans un testament, sont le
fondement de ce qui est fait.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Merci. M. le
député Jean-Talon, pour 2 min 38 s, s'il vous plaît.
M.
Paradis : On n'a pas beaucoup de temps, alors je vais essayer des
questions pour des réponses courtes.
Vous dites
essentiellement que, pour compenser le possible appauvrissement d'un conjoint,
c'est vraiment le mécanisme de la prestation compensatoire plutôt que celui de la
pension alimentaire. Donc, en ce sens, vous dites : Le projet de loi est
sur le bon principe. Mais vous faites des recommandations importantes pour
revoir, justement, le calcul de la
prestation compensatoire : harmonisation de la méthode de calcul, adoption
de la méthode dite de la valeur reçue, lignes directrices pour faciliter
le calcul, adopter certaines présomptions. S'il n'y a pas ça dans le projet de
loi, est-ce que votre avis demeure le même sur le principe?
Mme Malacket (Andréanne) : Bien,
en fait, ça prend ça. Donc, je n'ai pas envie de vous dire : S'il n'y a
pas ça, est-ce que mon avis demeure le même. Mon... S'il n'y a pas ça,
mon avis ne sera pas plus qu'il faut se contenter d'un mécanisme, par exemple
la pension alimentaire, qui n'est pas fait pour ça parce qu'on n'est pas
capables de faire le travail jusqu'au bout. Donc, je me dis : Bien non, il
faut le faire, la job, puis il faut la faire jusqu'au bout, il faut être
cohérents avec les fondements qu'on cherche à défendre.
M. Paradis : Très
bien. De manière générale, vous dites : Bien, il y a... il faut se
détacher d'une certaine approche
paternaliste dans la... dans la gestion, là, des relations entre... entre les
conjoints ou entre les époux. Mais certaines critiques disent qu'il y a
encore quand même souvent des situations où un des conjoints ou une des
conjointes est dans une situation de
vulnérabilité, et que, là, ce qui risque d'arriver, compte tenu de la
démographie au Québec, c'est qu'il va y avoir globalement un régime plus
défavorable aux conjoints en situation de vulnérabilité qui va devenir celui
qui va devenir un peu le régime général. Qu'est-ce que vous répondez à cette...
à cette critique-là?
• (10 h 40) •
Mme Malacket
(Andréanne) : Je réponds deux choses. Il faut arrêter de penser que le
conjoint dit placé dans une situation plus
favorable va forcément exploiter puis vouloir dominer l'autre, hein? La
majorité des Québécois, quand ils se
séparent, heureusement, ils sont en mesure de gérer leur séparation sans aller
se battre devant les tribunaux. Donc,
il faut partir de cette vision-là, où on se dit : Bien, je veux dire, on
n'est pas ici pour prendre pour acquis qu'il faut concevoir que le
conjoint favorisé va forcément profiter de sa situation.
Le deuxième point,
c'est qu'il faut arrêter de penser que les Québécois, que les Québécoises ne
sont pas capables de régler leurs rapports
pécuniaires conjugaux. C'est réducteur. C'est une façon de voir qui n'a plus sa
place. On est capables, en 2024, surtout qu'on est en train d'écrire une
loi pour nos enfants puis nos petits-enfants, d'aller plus loin et de se dire que les conjoints de fait sont capables, comme
les conjoints mariés, de régler à tout le moins une certaine proportion
de ces rapports-là.
Le
Président (M. Bachand) : Merci, merci,
maître. Merci beaucoup d'avoir été avec nous. Le temps passe très rapidement,
bien sûr, mais merci infiniment.
Et, cela dit, je vais
faire suspendre les travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à
10 h 41)
(Reprise à 10 h 44)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux. Il me fait plaisir d'accueillir
les représentants et représentantes de l'Union des notaires du Québec. Merci
beaucoup d'être avec nous ce matin. Alors, je vous inviterais bien sûr,
d'abord, à vous présenter, et débuter votre échange, pour une période de
10 minutes, s'il vous plaît.
Union des notaires du Québec (UNQ)
M. Aspri
(Roberto) : Merci. Bonjour. Mon nom est Roberto Aspri. Je suis notaire
à Montréal et le président de l'Union des
notaires du Québec, l'UNQ. Je suis accompagné aujourd'hui par Me Mélanie
Lessard, notaire à Rigaud, administratrice,
membre du conseil d'administration de l'UNQ, et Me Pierre Périgny, avocat,
secrétaire général de l'UNQ.
Alors, M. le
Président, M. le ministre de la Justice, Notaire général du Québec, Mmes et MM.
les députés, je voudrais tout d'abord vous remercier de nous accueillir pour
nous entendre sur le projet de loi n° 56 portant sur la réforme du droit
de la famille et instituant le régime d'union parentale. Nous vous avons
acheminé notre mémoire contenant le détail de nos commentaires et
recommandations.
L'Union des notaires
du Québec ou l'UNQ fut fondée en 2016. C'est un syndicat professionnel
représentatif de ses membres notaires et qui a pour mission principale de
représenter leurs intérêts sociaux, légaux, financiers et moraux. Elle est née
du constat que la profession notariale fait face à d'importants défis.
J'aimerais profiter d'ailleurs de la présente occasion pour saluer le courage
et la vision du ministre de la Justice et Notaire général du Québec pour son
importante contribution à l'amélioration et à l'avancement du notariat.
Le projet de loi
n° 56 suscite un vif intérêt au sein de l'UNQ en raison de son incidence
majeure sur la pratique notariale. En effet, les notaires jouent un rôle
essentiel en fournissant des conseils juridiques aux couples québécois
concernant leurs droits en matière d'état civil et matrimonial. De plus, ils
sont chargés quotidiennement de vérifier l'identité et la capacité juridique
des personnes, rédiger des actes notariés qui régissent les relations des
couples, qu'ils soient mariés, en union civile ou en union libre.
Malgré
la croyance de beaucoup de couples en union de fait à l'effet qu'ils auraient
les mêmes droits que les personnes mariées, la réalité est tout autre, puisque
jusqu'à présent le Code civil du Québec n'accordait pas de reconnaissance
formelle aux couples en union de fait, à l'exception de quelques situations
spécifiques, notamment en ce qui concerne le logement résidentiel.
Selon
les données émanant de l'Institut de statistique du Québec dans son édition de
2023, le bilan démographique démontrait qu'en 1981 seulement 8 %
des couples québécois vivaient en union de fait, alors que ce pourcentage est
passé à 42 % en 2021, soit 828 000 couples au Québec vivent en
union libre, dont près de 400 000 ont des enfants. Nous sommes convaincus que le projet de loi n° 56 offre une
occasion précieuse pour enfin légiférer... (panne de son) ...nouvelle réalité et moderniser notre cadre
juridique afin de mieux refléter la diversité des modèles familiaux au Québec.
Je vais maintenant
passer la parole à Me Pierre Périgny.
M. Périgny
(Pierre) : Bonjour, distingués membres de la commission.
À la demande du
président de l'UNQ, j'ai mené une consultation auprès des membres, et... pour
prendre le pouls de nos membres, et un
certain nombre d'entre eux ont répondu. Et ce qui est ressorti, c'est que...
Une des questions qui leur a été posée, c'est : Comment voyez-vous
le projet de loi, très favorablement, favorablement et/ou encore
défavorablement? Puis... à peu près aux deux tiers, les gens sont... le voient
favorablement, donc accueillent favorablement cette possible... ce possible
changement.
Autre question qui
leur a été posée, c'est : Quel est l'impact que ça aura, selon vous, sur
la pratique notariale, ce changement, cette introduction-là des mesures de
protection à l'égard des couples en union de fait? Et là, je peux vous dire que
95 % des gens pensent que ça va avoir un impact parfois très significatif.
Une grande majorité, près de 60 %, pense que ça va... c'est un impact très
important. Alors... Et très peu de personnes pensent que... moins de 5 %
pensent que ça n'aura pas d'impact sur leur pratique. Alors, c'est... On le
perçoit, du côté des notaires, d'une façon... d'une façon où il y aura des
impacts majeurs pour eux dans leur pratique.
Alors, on leur a
demandé aussi : Bien, quels étaient les points forts, selon eux, de ce que
vous avez vu dans le projet de loi? Et le... Pour une grande partie d'entre
eux, le fait d'hériter sans testament est un point fort du projet de loi, de
même que la protection de la résidence familiale.
Évidemment, on s'est
questionnés aussi sur ce qu'étaient les points faibles de ce projet. Et le fait
d'exclure une grande partie des conjoints de fait... Donc, tous ceux qui
actuellement ont des enfants ne seraient pas visés, selon notre compréhension du projet de loi, mais que ça
s'appliquerait à partir de 2025, fin... fin du mois de juin. Et ça, c'est
perçu... c'était vu comme un point faible par nos membres, aussi le fait que le
patrimoine de l'union familiale ne soit pas
aussi étendu, par certains, mais pas majoritairement, on doit le dire, comme
étant un point faible, là, si vous voulez.
Un constat
intéressant qui a été fait par les membres, c'est que les couples... on pense
que le... enfin, certaines personnes l'ont soulevé, un droit aux aliments
pourrait peut-être être envisagé, mais de façon modérée, là, c'est-à-dire en...
Donc,
c'est les constats que je tenais à partager avec vous rapidement ce matin.
Alors, je passe la parole à Me Lessard.
Mme Lessard (Mélanie) : Bonjour,
membres de cette commission. Donc, suite à la consultation, nos membres ont
fait certaines recommandations. Donc, la première recommandation serait
l'application immédiate, pour tous les couples
en union parentale, et non seulement les couples qui vont avoir un enfant suite
au 29 juin 2025, ce qui engloberait au moins 400 000 membres... 400 000 couples qui
seraient laissés sans protection. Et puis aussi cela faciliterait, nous,
notre travail en tant que notaires pour les vérifications lorsque nous faisons,
par exemple, un acte de vente et que nous avons besoin d'une intervention d'un
conjoint.
• (10 h 50) •
Le deuxième... La
deuxième recommandation serait peut-être de laisser... de donner la possibilité
de faire une renonciation volontaire pour ceux qui souhaitent se soustraire à
la loi avec un acte notarié, en signant un acte notarié et un enregistrement au
RDPRM, un peu comme cela avait été établi lors de la... le patrimoine familial,
dans les années 80. On s'était donné
une période de temps, un délai raisonnable, entre six et 18 mois, pour... (panne de son) ...
Et la troisième
recommandation : la création d'un registre pour faciliter l'identification
des couples vivant en union parentale, union de fait, soit la possibilité
d'avoir un accès direct aux données du Directeur de l'état civil du Québec ou
de Revenu Québec, en tant que juristes, un peu comme nous avons accès au
Registraire des entreprises du Québec comme représentants autorisés.
Et dernière
recommandation, le droit aux aliments pour une période, comme Me Périgny a dit
à l'avant... avant moi, période de trois à six mois, par exemple, une période
tampon qui pourrait donner un petit délai à... suite à la fin de l'union.
Donc, nous suivons
l'évolution du droit. L'Union des notaires est en accord avec les faveurs de la
société. Surtout depuis l'affaire d'Éric contre Lola, nous savons que nous
devons faire changer et protéger mieux nos couples en union de fait. Donc,
c'est pour cette raison que l'Union des notaires du Québec soutient le nouveau
projet de loi. Et nous sommes prêts, avec nos membres, à mettre en place les
mesures pour une meilleure application de cette loi. Je vous remercie beaucoup.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Alors, je cède la parole du côté du gouvernement. M. le
ministre, 16 min 30 s.
M.
Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. (Interruption) Pardon.
Me Aspri, Me Lessard, Me Périgny, bonjour. Merci de participer
aux travaux de la commission et d'avoir déposé un mémoire. Donc, vous êtes
l'Union des notaires du Québec, qui est une association de notaires, donc
l'équivalent d'un syndicat représentant certains notaires. Vous avez plus de — vous
me corrigerez — plus
de 1 000 notaires qui sont membres de votre association?
M. Aspri (Roberto) : Oui. Nous avons eu une
baisse cette année, un peu, là, mais on fait une grosse campagne,
actuellement, qui bat son plein.
M.
Jolin-Barrette : OK. Donc, vous soulignez le fait, dans les points
positifs du projet de loi, notamment, la possibilité d'hériter du conjoint en
l'absence de testament. Un peu plus loin, par contre, vous dites que les
enfants... En fait, au point 4, vous dites : «La loi vient modifier
notre liberté de tester en créant un nouvel héritier. Les enfants qui
héritaient du parent à 100 % vont perdre un pourcentage en faveur du
conjoint en union parentale.» Donc, je comprends
que vous dites c'est un point positif, mais c'est un point négatif en même
temps. Est-ce que je me trompe?
M. Périgny
(Pierre) : Non. On a voulu faire ressortir la diversité des points qui
nous ont été partagés.
M. Aspri
(Roberto) : Et des répondants.
M.
Jolin-Barrette : ...je comprends que c'est un sondage que vous avez
fait, là. Qu'est-ce que... Vous avez pris quoi, SurveyMonkey ou un truc comme
ça?
M. Périgny
(Pierre) : Non. On a... On a utilisé un logiciel pour les sondages.
Mais c'est un sondage fait maison, là. Ce n'est pas... Ce n'est pas une firme
de sondage, là, qui l'a fait.
M.
Jolin-Barrette : Combien de... Combien de notaires ont répondu?
M. Périgny
(Pierre) : Pas énormément, malheureusement. Pas autant qu'on aurait
souhaité, là. C'est en bas d'une centaine.
M.
Jolin-Barrette : D'une centaine, donc moins de 10 % de vos
membres.
M. Périgny
(Pierre) : Oui.
M.
Jolin-Barrette : OK. Mais, juste sur le fond des choses, là, il y a
beaucoup de gens qui se retrouvent à être conjoints de fait, supposons, pendant
30 ans avec leurs conjointes, qui ont trois enfants, ils ont toujours été
ensemble, tout ça, ils n'ont pas de testament, ils sont conjoints de fait. Puis
là, la maison, supposons, bien, elle était au
nom de monsieur. Monsieur décède. Madame, elle n'hérite de rien, actuellement.
C'est un peu problématique. Puis c'est ça qu'on veut corriger. Vous êtes
d'accord avec ça, que, comme en mariage, dans le fond, le conjoint survivant,
et lorsqu'il y a des enfants, puisse hériter d'une partie de l'héritage
lorsqu'il n'y a pas de testament, là?
M. Aspri
(Roberto) : Oui, oui, effectivement.
M. Périgny
(Pierre) : C'est une loi à caractère social qui vise à corriger les
écarts qu'on peut... qu'on a pu... qu'on constate. Donc, je pense que oui, ça
implique qu'on passe... qu'on se rende jusque-là.
M.
Jolin-Barrette : OK. Mais la mesure qu'on met en place, vous êtes
conscients que ça n'enlève pas la liberté de
tester, là? Dans le fond, les parents qui disent : Bien, moi, je veux
laisser l'entièreté de mes biens à mon conjoint, ou l'entièreté de mes
biens aux enfants, puis ne pas avantager mon conjoint de fait même si c'est la
mère de mes enfants depuis 30 ans, puis
que je laisse 100 % de mon pécule, de ma fortune à mes enfants, ça, c'est
toujours possible de le faire avec le projet de loi, là.
Une voix : Oui.
M.
Jolin-Barrette : OK. Je voudrais vous entendre, là, sur la question
des REER, là. Vous dites, dans les points négatifs, là, au point 3 :
«Le fait que le patrimoine d'union parentale ne prenne pas en considération les
régimes de retraite et REER, article 3 du projet de loi introduisant
l'article 521.30 du Code civil... Les cotisations et les prestations du
régime de rentes sont déjà partageables entre les conjoints en union libre. Un
membre sur quatre considère que le patrimoine d'union parentale devrait inclure
un partage du régime de retraite et des REER.» Mais là c'est juste 25 %
des gens qui ont répondu à votre sondage qui sont d'accord pour que les REER
soient là. Donc, je comprends qu'a contrario
75 % des notaires que vous avez sondés sont d'accord pour ne pas mettre
les REER, les fonds de pension, les régimes de retraite dans le régime
d'union parentale. C'est comme ça que je dois le lire?
M. Périgny
(Pierre) : Exact. Il y a... Il y a... Vous avez... Votre
interprétation est correcte.
M. Jolin-Barrette :
Pourquoi vous le mettez dans points négatifs alors que 75 % des
notaires sondés sont d'accord avec la position du projet de loi?
M. Périgny (Pierre) : Bien, on a
voulu, je pense... Parce que ce n'était pas unanime. Il y avait des... Parmi les
notaires, il y en a qui pensent que le projet de loi n'aurait pas dû...
n'aurait pas dû être déposé, même, parce qu'ils considèrent que c'est... Des
commentaires que j'ai lus, là, la liberté de choix est compromise avec le
projet de loi. Mais... mais la majorité, je pense, se range. On a voulu, je
pense, peut-être... peut-être pas... On aurait... On a voulu faire ressortir
cette diversité de positions, là.
M. Jolin-Barrette : Pouvez-vous me
parler, là, dans l'aspect pratico-pratique, là, le rôle du notaire, là, c'est quoi, le rôle fondamental du notaire en matière de
droit de la famille? Tu sais... (panne de son) ...votre association, là, quel...
quel rôle le notaire joue en matière de droit de la famille?
M. Aspri (Roberto) : Bien, tout
d'abord, je pense que dans... Le notaire est le... est le professionnel qui est
le plus sollicité dans les questions familiales. Dans le sens que, ne serait-ce
dans le cas... le cadre de la préparation d'un
testament, d'une vente ou de n'importe quelle transaction, le client, son
réflexe, c'est de demander au notaire c'est quoi... quels sont ses
droits. Et d'ailleurs on avait toujours... Mais, moi, ça fait, quoi,
48 ans que je pratique, là, puis ça fait... à chaque fois m'arrivent les
mêmes questions : Bon, moi, si je décède demain matin, il arrive quoi, si
je n'ai pas de testament? Donc, on est
continuellement sollicités par les clients. Tout ce qui s'appelle droit
familial, je pense qu'on a un rôle très important à jouer au niveau de
l'information qu'on véhicule auprès du public.
Alors, c'est pour ça que c'est très important
que nous possédions très, très bien les règles et tout ce qui est, disons,
amené par le projet de loi n° 56 parce que ça va être amené à chaque jour
à nous être demandé. Donc, il faut savoir exactement... On ne veut pas induire
en erreur le public, là. On doit exactement les diriger vers la bonne
décision : s'ils ont à faire un testament, c'est aussi bien qu'ils le
fassent, sinon, bien, le droit commun va être ces règles-là. Donc, on a un impact
important, je pense, face au public, constamment. À chaque jour, on se fait
poser des questions sur le droit familial.
M. Jolin-Barrette : OK. Dans votre
mémoire, là, vous soulignez, là, qu'il y a deux États fédérés, là, notamment la
Nouvelle-Écosse et le Manitoba, qui ont un registre des couples en union libre.
Vous, vous nous dites : Bien, peut-être qu'il devrait y avoir la même
chose au Québec, en lien avec le projet de loi, pour, dans le fond, faciliter
l'accès aux données aux notaires, supposons, quand va venir le temps de faire
la liquidation de la succession ou,
supposons, la fin de l'union, ou la vente d'une maison. Quelle forme, selon
vous, dans le cadre de votre proposition, ça devrait prendre? ... (panne
de son) ...vous nous proposez comme registre, là?
Parce que, tu sais, je vous mets en contexte,
là. Supposons, j'ai un enfant. Là, actuellement, les gens, ils ne font pas de
contrat de vie commune, là. C'est notamment une des raisons pour lesquelles on
vient mettre en place un régime qui va s'appliquer à tout le monde, puis que,
s'ils veulent s'en exclure, à partir du moment où vous avez un enfant, vous
devez aller chez le notaire pour avoir... pour vous exclure du notaire.
Là, moi, ce que je comprends du registre que
vous nous proposez, ce serait de dire : Bien, à partir du moment où vous
avez un enfant, vous allez devoir vous inscrire sur le registre. Mais là, déjà,
les gens, ils ne font pas de contrat de vie commune, ils ne font pas les
démarches, ce n'est pas tout le monde qui a un testament non plus, donc comment
vous voyez ça, là, cette opérationnalisation-là? À quoi vous pensez quand vous
nous suggérez ça, là?
• (11 heures) •
Mme Lessard (Mélanie) : Bien,
peut-être avoir accès au Directeur de l'état civil, qui tient compte des naissances, du nom des pères et mères des enfants,
ou Revenu Québec, qui nous demande qui sont des conjoints de fait.
M. Jolin-Barrette : ...signifie pas,
supposons, au registre des naissances au Directeur de l'état civil, que les
gens sont assujettis au régime d'union parentale. Parce qu'il y a des critères
associés au régime d'union parentale, notamment le fait de s'exposer
publiquement comme étant un couple, le fait de faire vie commune. Alors, ça, ce
n'est pas parce que votre... votre nom est
sur le certificat de naissance. Écoutez, il y en a de plus en plus, là, qui ont
des, supposons... des projets parentaux en ayant des enfants, mais en
n'étant pas un couple, là. Donc, qu'est-ce qu'on fait avec ça?
M. Aspri (Roberto) : Je pense... Je
pense, monsieur... M. le ministre, qu'on est confrontés avec la même réalité
lorsqu'on parle de personnes qui se déclarent célibataires. Il n'y a pas de
registre qui nous dit que si des... Donc, a priori, si on n'a pas un certificat
de mariage, on n'a pas une preuve de ce lien-là, bon, force est de croire que
la personne est vraiment célibataire. Mais il n'y a pas de registre, donc on
est confrontés à la même... à la même problématique. On doit se fier en grande
partie à la déclaration des parties. Par contre, s'il y avait une façon d'avoir
accès à des registres qui nous permettraient
de confirmer si la personne... bien, surtout en droit successoral, par exemple,
où ça va devenir important pour être capable de délimiter les masses à partager...
Basé sur quoi, on va avoir les notaires seulement sur la parole d'une
des parties? C'est là que ça devenait important d'avoir soit un registre ou
quelque chose qui nous donne...
M. Jolin-Barrette : J'ai une
question pour vous, Me Aspri, avant de céder la parole à ma collègue, mais
exemple, en matière, actuellement, là, de succession, là, testamentaire, là, le
notaire fait la recherche testamentaire, bon, au
registre, mais cependant, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de testaments
olographes qui ont été enregistrés par la suite, là.
M. Aspri
(Roberto) : Oui, vous avez raison.
M.
Jolin-Barrette : Bien, qui n'a pas... qui ont été enregistrés, qui ont
été faits.
M. Aspri
(Roberto) : Non, puis d'ailleurs, comme vous le savez, il y a seulement
deux registres officiels, là, de... celui du Barreau du Québec, celui de la Chambre
des notaires. Alors, il n'y a pas de registre sur les testaments olographes. Je crois qu'il y a une firme qui a
tenté de le faire, mais c'étaient les entreprises privées, donc c'était hautement
risqué. Un exemple, si cette société-là faisait faillite demain, où iraient
toutes ces données-là? Alors donc, et vous avez raison, le... Mais, par contre,
le public, il est... il a le choix de se... bien se protéger en allant voir le
notaire ou allant voir un avocat pour faire son testament, qui va être inscrit
à ce moment-là dans un registre, donc qui ne sera pas perdu. Alors, on a
assisté parfois à des successions dans lesquelles le testament a été découvert
dans un livre de la bibliothèque 20 ans après, alors c'est trop tard, les
biens ont déjà été distribués.
M. Jolin-Barrette : Oui, je comprends. Je vous
remercie, Me Aspri, merci d'être venu en commission parlementaire.
J'ai des collègues qui veulent vous poser des questions.
M. Aspri
(Roberto) : Merci, M. le ministre.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci. Mme
la députée de Vimont.
Mme
Schmaltz : Il reste combien de temps?
Le Président
(M. Bachand) : 5 minutes.
Mme
Schmaltz : OK, parfait. Merci. Merci, M. le Président. Merci. Bonjour
à vous trois. Merci de votre présence. Ma question concerne la validité du
consentement. Quelles sont les précautions qui vont être prises par les
notaires, justement, pour s'assurer de la validité? C'est... C'est ma question.
Une voix :
...
Mme
Schmaltz : Ils ne m'ont pas compris?
M. Périgny
(Pierre) : ...à l'époque... à l'époque... Est-ce que vous m'entendez?
Mme Schmaltz :
Oui.
Le
Président (M. Bachand) : Oui, là, on vous
entend bien, oui.
M. Périgny
(Pierre) : Oui. À... lorsque... Dans le fond, c'est... On peut penser
à un mécanisme semblable à celui qui s'est appliqué lorsque le patrimoine
familial a été instauré en 1989, où les couples pouvaient se désengager
pendant... Ils avaient un an et demi, on a revérifié, on n'était pas certains
si c'était six mois ou un an et demi, mais ils avaient un an et demi pour se
désengager, aller chez le notaire, puis les notaires, bien là, évidemment,
s'assureraient du consentement des deux
parties. Donc, ça veut dire prendre des précautions additionnelles puis
s'assurer qu'il n'y ait pas de, excusez, tordage de bras. À l'époque, j'en
ai... Moi-même, j'ai... dans une autre vie, j'ai été notaire et puis j'ai
vécu cette période-là, puis il fallait faire
particulièrement attention. Mais je pense que... je peux dire que... je pense
que les notaires s'en sont bien sortis
avec cette réforme-là, puis je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas le cas,
là, éventuellement.
M. Aspri
(Roberto) : Je crois aussi qu'il y a certains indices qui nous
indiquent que... Moi-même, pour avoir passé certains contrats de mariage
même... ou si je vois dissensions puis je vois qu'il y a comme de la captation
quelque part ou bien donc c'est forcé, je demande, à ce moment-là, que les
parties se retirent, qu'ils discutent entre eux encore parce que je ne pense
pas qu'ils sont d'un commun accord. Alors, c'est le rôle du notaire, justement,
de faire en sorte que le consentement est éclairé et, aussi, un consentement
qui est volontaire et qui n'est pas forcé d'une part ou d'autre.
Mme
Schmaltz : Parfait. Merci. J'ai encore le temps? Oui. Merci. Alors, on
constate que 65 % des couples qui sont en union libre ne font pas leur
testament. Comment vous expliquez un chiffre aussi élevé? Est-ce que c'est
parce que vous constatez que les gens croient qu'ils ont les mêmes avantages
qu'un couple qui est marié, c'est ce qui explique cette forte hausse?
M. Aspri (Roberto) : Je crois,
personnellement, comme je vous dis, je... pas que je veux révéler mon âge, là,
mais, après 48 ans de pratique, je pourrais vous dire que les conjoints de
fait ont véritablement l'impression qu'ils ont des droits
et ils sont tout surpris quand ont dit : Non, vous n'avez absolument aucun
droit. S'il y avait décès demain de votre conjoint, c'est seulement vos
enfants, si vous avez des enfants. Si vous n'avez pas d'enfant, vous allez
avoir de la grande visite dans la maison parce que c'est la famille du conjoint
qui va embarquer, là.
Alors donc, c'est là
qu'ils font leur testament parce que, là, ils réalisent que... ils se
pensaient, eux, qu'ils étaient protégés parce que ça faisait deux ans, cinq ans
ou 20 ans qu'ils étaient ensemble, mais ça n'a absolument aucune
incidence. Alors, je... par mon expérience personnelle, je vous dirais qu'en
grande partie, c'est qu'il y a cette croyance qu'ils ont des droits comme les
conjoints à partir d'un certain délai, mettons deux ans ou trois ans qu'ils
sont ensemble.
Mme
Schmaltz : OK. Et puis est-ce que ce sont principalement de jeunes
couples qui pensent encore de cette façon-là? Parce que c'est assez étonnant,
avec le nombre d'annonces qu'on entend là-dessus, il me semble que ça fait
longtemps qu'on le dit, qu'on l'a répétée, l'importance, justement, de faire un
testament. Donc, de voir encore des chiffres aussi élevés est assez surprenant.
Est-ce que, de votre côté, il y a un plan, justement, de communication qui
avait été fait ou... Là, c'est sûr que ça va changer, mais bon.
M. Aspri
(Roberto) : Ce serait important de le faire, un plan médiatique
national d'importance, parce que je... Puis moi, je l'ai remarqué de tous les
couples, ce ne sont pas seulement que les jeunes, bien au contraire, même les
couples que ça fait 20, 30 ans qu'ils sont ensemble, ils sont tout
surpris, dire : Bien là, moi, je pensais qu'on était protégé, il y avait
quelque chose quand même qui... Ils se réfèrent à certaines autres provinces,
certains autres États, comme
particulièrement en Ontario, je crois que c'est deux ans de vie commune, ça
donne des droits, certains des droits de la personne mariée, mais, ici,
ils sont tout surpris qu'ils n'ont absolument rien, ils n'ont aucune
protection.
Et c'est pour ça que
le projet de loi 56, en tout cas, pour nous, l'union, était... était
vraiment quelque chose qui... il était temps
que ça vienne, parce que ça vient légiférer puis ça vient donner, maintenant,
des droits puis ça vient clarifier ce tableau qui était quand même
nébuleux jusqu'à maintenant.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. le député de l'Acadie, pour 10 min 24 s.
M. Périgny
(Pierre) : Si vous permettez...
Le
Président (M. Bachand) : Oui,
Me Périgny, rapidement.
M. Périgny
(Pierre) : Oui, oui. Juste pour répondre, renchérir, c'est... Il y a
des lois à caractère social au Québec qui
créent cette confusion-là. Mme Belleau, dans son mémoire, là, qu'elle a
transmis, là, la chercheuse de l'INRS, a cité... je pense, a fait un bon
inventaire de tout ce qu'on a comme loi où les conjoints de fait sont reconnus.
Puis ça, moi qui enseigne dans le... dans le
réseau... collégial, pardon, je peux vous le dire, jeunes ou moins jeunes
méconnaissent leurs droits.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. le député de l'Acadie, pour 10 min 24 s.
M. Morin : Alors, merci. Merci, M. le Président.
Me Aspri, Me Lessard, Me Périgny, bonjour. Merci pour votre
mémoire et l'éclairage que vous apportez à la commission.
J'ai
quelques questions pour vous. D'abord, parlez-moi de la date du 30 juin
2025. Il semble y avoir un délai, là, il va y avoir un délai. Donc, il y
a certains couples en union de fait et en union parentale qui ne seront pas
couverts. Est-ce que vous pensez qu'on devrait attendre en juin 2025 ou si la
loi devrait être d'application immédiate, quelque temps après sa sanction?
Des voix : ...
• (11 h 10) •
M. Aspri
(Roberto) : Vas-y, Mélanie.
Mme Lessard (Mélanie) : ...dans nos recommandations
de l'appliquer pour ne pas laisser tomber ces 400 000 couples
là.
M. Morin : Je
vous remercie. Le projet de loi va créer un patrimoine d'union parentale, c'est
l'article 3 du projet de loi, mais
l'union parentale va être composée, entre autres, de la résidence familiale,
des droits qui en confèrent l'usage,
les meubles, des véhicules automobiles utilisés pour les déplacements de la
famille. D'autres experts nous ont dit que ça n'allait pas assez loin.
Évidemment, si on
veut protéger et faire un partage de biens qui ont... utilisés par la famille,
on pourrait en rajouter. Donc, selon vous, est-ce que c'est complet ou si on ne
devrait pas prévoir plutôt tous les biens, meubles ou immeubles, qui sont
utilisés pour les fins de la famille?
Le
Président (M. Bachand) : Me Aspri?
M. Périgny?
M. Périgny
(Pierre) : Je pense que je vais... Je peux peut-être... Je pense que
c'est un premier jet qui est fait avec ce
projet de loi là. Il n'y avait rien, donc. Je pense qu'il y a une question de
proportionnalité, là. Si les gens veulent avoir
tous les effets du mariage ou l'union civile, bien, ils ont la possibilité de
se marier ou de s'unir civilement. Par contre, au niveau... d'un point de vue
social, bien, on sauve un peu, là... excusez, on sauve un peu les meubles en
permettant au couple en union de fait qui ne sont pas toujours... dont les
unions se sont formées comme ça, assez rapidement, sans trop y réfléchir...
bien, on vient peut-être au moins établir un minimum pour eux, là. C'est un peu
comme ça, je pense, qu'on le perçoit, mais
il n'y a pas de... Je n'ai pas senti chez les membres, à part peut-être
l'observation qu'on a fait, là, certains pensaient que ça n'allait pas
assez loin, mais ce n'était pas non plus partagé, comme j'ai mentionné au ministre tantôt, là, par l'ensemble
des notaires. Donc, moi, j'en déduis que du groupe des gens de l'Union
des notaires, c'est... ça semble être un minimum, là, qui satisfait.
M. Morin : Toujours
à l'article 3, à l'article 521.33 du projet de loi, toujours dans le
patrimoine d'union parentale, le législateur
indique que «les conjoints peuvent, en cours d'union, par acte notarié en
minute, à peine de nullité absolue, se retirer d'un commun accord de
l'application des dispositions du présent chapitre». Donc, contrairement au
patrimoine familial, on pourra s'en exclure. Le patrimoine de l'union
parentale, on pourrait. Évidemment, ça a des conséquences, ça peut avoir des
conséquences énormes. Est-ce que vous êtes d'avis que, pour décider, chaque conjoint devrait consulter un notaire différent ou
devrait obtenir une opinion juridique, chacun, pour bien comprendre les
enjeux, éviter toute forme de pression puis s'assurer que le consentement est
valide ou si, comme c'est là, ça semble dire qu'un seul notaire pourrait
conseiller les deux parties?
Mme Lessard
(Mélanie) : Un notaire est impartial de par sa nature. Je crois qu'il
saura conseiller bien les deux parties et expliquer tous leurs leurs droits,
devoirs, obligations ou leurs pertes, en cas de non-application de ce
patrimoine-là.
M. Morin : Parfait.
Je vous remercie. Le régime qui est prévu ne parle pas de pension alimentaire,
mais bien de prestation compensatoire. Certains suggèrent qu'il devrait y avoir
des lignes directrices. Quelle est votre... quelle est votre opinion là-dessus?
M. Périgny
(Pierre) : Bien, c'est sûr que faire la preuve devant les tribunaux
pour obtenir une prestation compensatoire, c'est complexe. C'est pour ça,
peut-être, qu'en titre de mesure additionnelle, on a rajouté à notre présentation que, possiblement, un droit aux
aliments, en plus, peut-être, sans ôter le droit à la prestation compensatoire,
sans toucher à cette mesure-là, peut-être, oui, elle devrait être bonifiée. On
n'a pas de position précise sur les... sur ce qui devrait être fait, mais, par
contre, pour peut-être améliorer le sort, le fait de permettre le droit aux
aliments, c'est peut-être un peu plus facile. Parce qu'on peut penser que,
lorsque le couple, la dissolution survient, on cherche les mesures les plus rapides, puis probablement qu'une
pension alimentaire, c'est peut-être plus facile, les critères d'octroi
sont peut-être... peuvent être pensés de façon à ce que cette aide-là vienne
plus rapidement, puis peut-être, quitte à ce que par la suite, la prestation
compensatoire puisse être demandée. Mais il n'y a pas de... on ne s'est pas
vraiment penché sur les critères comme tels, la prestation compensatoire. Donc,
on n'a pas... on n'a pas élaboré davantage.
M. Morin : Je
vous remercie. Juste pour bien... pour bien vous saisir, est-ce que... est-ce
que vous suggérez qu'il devrait y avoir une pension alimentaire et, en plus, la
possibilité d'une prestation compensatoire ou juste la prestation
compensatoire?
M. Périgny
(Pierre) : On pense que la prestation compensatoire, c'est quelque
chose qui devrait rester, mais vu la difficulté peut-être d'obtenir cette
prestation compensatoire — ce
n'est jamais facile, devant les tribunaux, de faire cette démonstration-là — bien,
le droit aux aliments, par exemple, de trois à six mois, tout dépendant de ce
que le législateur pourrait considérer comme raisonnable, bien, ça peut
constituer une aide assez... qui peut venir assez rapidement, qui peut être
octroyée assez rapidement, là, puis qui va peut-être permettre au conjoint qui
est défavorisé dans le couple de reprendre un peu l'ascendant, là, sur la
situation qu'il vit au moment où la rupture survient.
M. Morin : Un
peu plus tôt, la Pre Malacket nous disait que, dans un régime de droit
civil, ce qui est le nôtre, la prestation compensatoire est plus conforme au
droit civil, la pension alimentaire serait plus de régime de «common law». Pour
vous, est-ce que ça pose un enjeu particulier si on veut garder l'intégrité de
notre droit civil ou... enfin, j'aimerais ça vous entendre là-dessus.
M. Périgny
(Pierre) : Je vais laisser mes collègues répondre, mes confrères.
M. Aspri (Roberto) : Je ne pense pas qu'on perdre notre caractère par le fait qu'on
joindrait, qu'on permettrait les deux. L'opinion que vous soumettez a
ses mérites, mais je pense que, dans le cas ici, lorsqu'on a une question de rupture, c'est quand même assez important, c'est
grave, même, puis il faut aussi penser à quelles seraient les mesures les
plus efficaces et les plus rapides qu'on puisse amener à une telle situation.
C'est une situation quasiment d'urgence. Donc,
je crois effectivement que le droit aux aliments va être beaucoup plus facile à
consentir que l'autre, la prestation compensatoire. Et dans un esprit
d'urgence, je pense, c'est ça, il faut l'expliquer d'un côté humain, beaucoup
plus qu'une question légale ou de juridiction.
M. Morin : D'accord. Donc, en fait,
vous, vous n'auriez pas d'inconvénient à ce qu'on crée, par exemple, un régime de pension alimentaire avec une grille qui
pourrait s'appliquer évidemment aux enfants issus de l'union parentale?
M. Aspri
(Roberto) : Oui, oui.
M. Morin : Et dans un cas comme ça,
ça s'appliquerait à tous les enfants ou ceux nés après le 30 juin 2025?
M. Aspri (Roberto) : Bien, nous, on
préconiserait plutôt que même à tous les enfants parce que, finalement, on se trouve à exclure les... comme disait
Me Lessard, tantôt, on exclurait 400 000 couples d'un coup, là.
Parce que, bon, c'est une... je comprends qu'il faut commencer quelque
part, là, mais d'un autre côté, je pense qu'on pourrait... on rendrait beaucoup
plus justice si on inclurait ces gens-là qui sont quand même
400 000 couples, là. Ce n'est quand même pas mineur, là, comme effet.
M. Morin : Parfait. Puis en matière
de règles successorales ou de règles de dévolution, avez-vous des
recommandations à faire? Est-ce que le projet de loi vous semble satisfaisant
ou si on peut l'améliorer davantage?
M. Périgny (Pierre) : Bien, on
avait... On a soumis l'idée que... puis bien qu'on n'en ait pas fait de
recommandation, que les couples qui vivent... les conjoints de fait qui ne
répondent pas à la définition de couple en union parentale, puissent...
peut-être, qu'on puisse réfléchir à la possibilité qu'ils puissent hériter l'un
de l'autre. Parce que, souvent, ces personnes-là qui sont depuis longtemps
ensemble, qui n'ont pas nécessairement eu d'enfants, ont acquis des biens
ensemble et ils ont contribué à ériger un petit patrimoine ensemble. Donc, c'est
quelque chose auquel on devrait réfléchir, mais qu'on n'a pas vu la nécessité
d'en faire nécessairement une recommandation à ce stade-ci.
M. Morin : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
• (11 h 20) •
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci pour votre présentation. Des
petites questions juste d'éclaircissement pour bien comprendre les
positions, là. Je vois dans vos points faibles, vous parlez le fait que le
projet de loi ne s'applique qu'aux couples en union libre avec enfants, là.
Vous mentionnez ça à la page... je pense à votre page 3. Juste pour bien comprendre, est-ce que votre
suggestion, c'est une application immédiate pour tous les conjoints de fait, enfants
ou pas, juin 2025 ou pas? Est-ce que c'est ce que vous visez comme application
mur à mur avec un droit de complet... un droit de retrait, pardon, complet pour
tout le monde ou pas pour tout le monde? Est-ce que vous voyez une différence
quand il y a des enfants, pas de différence? Une question que je vous pose
aussi, là. Puis est-ce que vous voyez, bon, la possibilité de retrait sur la
résidence familiale? Non? Bref, j'essaie de bien comprendre votre positionnement finalement, là, dans le régime
global que vous proposez, là, considérant que vous mettez ça dans vos points
faibles, là.
M. Aspri (Roberto) : Oui. Bien,
personnellement, je pense que dans le cas... le cadre que nous, ce que nous
soumettons, c'est qu'en réalité il reste quand même que le couple a le choix
encore de se marier aussi s'ils veulent avoir tous ces autres éléments-là.
Donc, le régime complet de protection, bien, ils n'ont qu'à se marier. C'est un
choix, là, c'est un couple, ils doivent décider, eux, c'est quoi qui fait...
qui est plus le modèle d'union qu'ils veulent avoir.
Et je pense que, par le mariage, ils auraient droit à ces protections-là qui
sont le patrimoine familial mur à mur que vous dites ou... Mais, par
contre, s'ils veulent y aller moitié chemin, bien, ils ont d'autres avenues,
ils ont d'autres opportunités, là, qu'ils
peuvent saisir. Donc, je ne pense pas que le régime actuel, celui proposé par
le projet de loi n° 56, devrait
se rapprocher à ce point-là du couple marié. Ils ont l'option aussi de le
faire, le couple de... comme ils ont aussi l'option de faire un
testament.
Alors, vous
savez, il y a... le projet de loi n° 56 vient amener une
protection supplémentaire pour ceux qui n'ont pas prévu ni de testament
ni de contrat de mariage, ni rien de tout ça. Bien là, il y a au moins une
règle, un régime légal, un peu comme la société d'acquêts est venu combler le
fait... le régime... Il y a un régime légal. Si vous n'en faites pas un par contrat de mariage, il va y en
avoir un qui vous est attribué par l'État, et c'est la société d'acquêts,
alors...
M. Cliche-Rivard : Et qu'en est-il
sur la distinction entre l'union libre avec enfants ou sans enfant? Parce que, là, le projet de loi, bon, vient débuter le
régime avec l'enfant, alors que, là, vous le dites, là, les unions libres sans
enfants, eux, n'ont pas de protection
supplémentaire. Où est-ce que vous êtes sur votre positionnement entre... du
fait que l'enfant entre dans la vie
des parents ou qu'il n'y a pas d'enfant dans le régime? Êtes-vous à l'aise avec
la proposition?
M. Périgny (Pierre) : Bien, en fait,
c'est... ce qu'on a voulu faire ressortir, peut-être, c'était que c'était... le
voyait comme une faiblesse. Par contre, ce
que nous on a... en équipe, on a considéré, c'est ce que j'ai expliqué tantôt,
c'est-à-dire on s'est questionné, est-ce que... nécessairement une mauvaise...
Est-ce que ça serait une bonne mesure que de
permettre à des gens qui ne sont pas... qui n'ont pas d'enfants de pouvoir
hériter, là, sans que les autres effets du patrimoine d'union... de
l'union parentale s'appliquent à eux? C'est-à-dire on ait... que pour ces
gens-là, peut-être, la possibilité d'hériter, ceux qui n'ont pas d'enfants.
Mais ce qu'on a voulu faire ressortir, c'est surtout... ce n'est pas
nécessairement... c'est certains points faibles qui ont été soulignés par des
notaires, on a voulu les présenter aussi, mais on pense que l'union parentale
telle qu'elle est actuellement, en tout cas, c'est un point de départ
intéressant, si vous voulez.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. le député Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup. Dans
votre échange, tout à l'heure, avec le ministre, vous avez parlé un petit peu
de la méthodologie de votre enquête maison. J'aimerais revenir un petit peu
là-dessus, parce que, pour moi, en tout cas, comme député, ce que les notaires
pensent des questions qu'on aborde, c'est très, très, très important. Vous
l'avez mentionné aussi tout à l'heure, vous jouez un rôle d'accompagnement,
vous préparez certains des documents les plus importants dans la vie des
couples du Québec. Et là je sais qu'on va entendre les collègues de l'Association
professionnelle des notaires du Québec demain, je n'ai pas encore vu leur
mémoire. Vous avez un collègue qui vous suit, Me Jean Lambert, qui était
dans le comité Roy, qui, lui, en tout cas, insiste beaucoup pour le... sur le
fait que les solutions proposées sont les bonnes.
Et vous, vous
arrivez avec des points quand même importants, là, sur le fait que l'union
parentale ne s'applique qu'aux couples en union de fait à partir du
29 juin 2025. Ensuite, que c'est seulement aux couples en union libre avec
enfants que ça s'applique. C'est des points très importants. Donc, qu'est-ce
qui fait que vous avez déterminé que c'est
dans les points forts ou dans les points faibles? Combien de gens ont dit ça ou
ont dit ceci? Parce que, pour nous, comme députés, c'est important de
voir ce que vous pensez des mesures qui sont proposées dans le projet de loi.
M. Périgny (Pierre) : Bien, je vais
répondre, parce que c'est moi... Le sondage qu'on a préparé, il fallait quand
même faire ressortir rapidement... Moi, j'ai affaire à... on a affaire à des
praticiens, essentiellement, là, ça ne veut
pas dire que c'est essentiellement des... uniquement des praticiens, dans la...
dans cette association, mais il y a quand même une bonne portion de
praticiens. Donc, on a fait ressortir un certain nombre de points forts de la
loi de... qui découlaient de la loi, d'autres qu'on considérait comme étant des
points faibles, avec la possibilité de commenter. Est-ce que c'est un point
fort? Les gens pouvaient commenter aussi par rapport à ce qui était des points
forts, pour en rajouter ou encore aussi, au niveau des points faibles, bien,
rajouter. Donc, ils n'étaient pas limités par les choix qu'on avait faits. L'idée c'était... puis on a mis les articles de loi
aussi pour qu'ils puissent s'y référer au besoin, et, bien, c'est comme ça qu'on a procédé. On a reçu... un
certain nombre de membres nous ont répondu, puis on a essayé de mettre
de l'avant un peu ce qui ressortait de plus... parmi les points forts, parmi
les points faibles.
M. Paradis : Est-ce que vous avez
des pourcentages sur les différents points que vous avez mis de l'avant d'un
côté ou de l'autre?
M. Périgny (Pierre) : Je pense que
oui, attendez un instant.
Le
Président (M. Bachand) :
...terminé, Me Périgny.
Alors, je voulais juste vous remercier, Me Aspri, Me Lessard,
Me Périgny, d'avoir été avec nous aujourd'hui.
Et cela dit, la commission suspend ces travaux
quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 27
)
(Reprise à 11 h 31)
Le
Président (M. Bachand) :
À l'ordre, s'il vous plaît. La
commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir Me Jean Lambert, notaire. Alors,
merci beaucoup d'être avec nous. Comme vous savez, vous avez 10 minutes
de présentation, après ça, on aura un échange avec les membres de la
commission. Alors, je vous cède la parole, Me Lambert. Merci beaucoup,
encore une fois, d'être ici.
M. Jean Lambert
M. Lambert (Jean) : Merci, M. le Président.
Alors, Jean Lambert, notaire praticien qui a été président de la Chambre des
notaires de 1984 à 1990, donc huit grandes commissions parlementaires sur le
nouveau Code civil. De 2009 à 2014, ça, ça a été le Code de procédure civile,
puis il y a eu d'autres commissions parlementaires. Donc, j'en suis à ma 18e,
dont une à la Chambre des communes. Alors donc, c'est pour ça que l'invitation
m'a plu beaucoup, mais je comprends que c'est sans doute suite à l'article dans
La Presse du 12 avril et aussi ma qualité de l'un des
10 membres du comité consultatif sur le droit de la famille, qui a été mis
sur pied au printemps de 2013, à la suite du jugement Éric et Lola.
Et, M. le
Président, le comité consultatif, ça a été des travaux intenses et sérieux qui
se sont étendus sur deux années, à raison de deux pleines journées aux
15 jours, plus les travaux, évidemment, préparatoires, hein, et ça a
donné, pour résultat, ce document.
Certains vont dire que les propositions, ça
vient d'un groupe qui était déconnecté. Là-dessus, je peux vous dire que le
comité a suivi l'évolution de la parentalité, conjugalité, utilisons tous les
mots, au Québec, et tout au long de ces
travaux, nous avons été éclairés par la sociologue et démographe de grande
réputation Céline Le Bourdais, qui était l'une des 10 membres
de la commission. Elle a d'ailleurs écrit le chapitre II de ce rapport
avec la collaboration d'une autre sommité dans le domaine, la Pre Évelyne
Adamcyk. On avait aussi trois avocates spécialisées en droit de la famille et
litiges matrimoniaux. Je me demande qu'est-ce que ça prend pour être plus
connectés.
Vous me permettrez donc de
rendre hommage, et je ne suis pas flagorneur, au Notaire général et ministre de
la Justice d'avoir donné suite à ce rapport, alors que ses prédécesseurs ont
tergiversé. On en est au troisième volet, aujourd'hui, et je suis très heureux
d'y participer.
Rapidement, un énoncé général. Évidemment, je
suis tout à fait d'accord avec l'approche du projet de loi, qui est fondée sur
le respect de la volonté et des libertés... de l'autonomie et de la volonté,
devrais-je dire. Cependant, avec la
limitation, lorsqu'un enfant arrive dans le couple... Parce que, pour les
Québécois, la présence d'un enfant, son bien-être, son évolution, son
développement, c'est aussi une valeur reconnue et chérie. Alors, donc, c'est la
raison pour laquelle le projet de loi est devant nous, pour cette raison.
Alors, souvent, on a eu des questions, j'ai entendu... je vais plutôt attendre que les parlementaires me posent des questions,
mais vous comprenez donc que je suis tout à fait d'accord avec la
philosophie.
Et j'aimerais
parler de deux mesures phares. Évidemment, on est dans le cadre d'une
philosophie de compensation. Il n'est pas question de solidarité, il
n'est pas question d'union économique, mais on vient compenser le conjoint qui,
d'une façon prépondérante, s'occuperait de l'enfant, verrait à son
développement, ses soins, etc., et qui a subi un désavantage. Alors, le comité, dont je faisais partie, trouvait tout à
fait juste que ce conjoint-là soit compensé. Alors, c'est la
philosophie.
Et ce qui est
intéressant, dans ce qui est proposé ici... Parce que, souvent, la question des
capacités financières pour la personne qui doit faire valoir ses droits,
c'est majeur. Ici, l'article 521.45 permet au juge d'ordonner une
provision pour frais. Donc, on vient faciliter.
Par contre,
comme membre du comité, je persiste à dire qu'il devrait y avoir des lignes
directrices, un peu sur le modèle des pensions alimentaires pour enfants.
Pourquoi? Bien, ça permet aux conjoints de pouvoir mieux, eux-mêmes, en arriver à une entente, la définir, définir le
montant. C'est un meilleur accès à la justice, puis on espère que, ce faisant,
ça déjudiciarise... Et le Notaire général s'est fait fort, depuis
plusieurs récentes législations, de faciliter l'accès à la justice. D'ailleurs,
on sait que c'est probablement la marque de sa présence au Conseil des
ministres.
Le retrait du patrimoine familial. Je reviens
là-dessus parce qu'encore une fois, il y en a qui vont se présenter devant vous
puis ils vont reculer 35 ans en arrière. Moment d'horreur, semble-t-il,
des femmes, des épouses ont été traînées par les cheveux dans les bureaux de
notaires qui, complaisamment, ont reçu les signatures. C'est du délire. Mon
expérience, c'est que j'en ai reçu, de ces déclarations-là, il y en a qui n'ont
pas été signées après explications. Je me rappelle d'un cas en particulier, je
vous en parle parce que cette épouse-là avait un lien de famille, c'est pour ça
que je m'en rappelle. Après mes
explications, après que je l'ai implorée de ne pas signer, elle a signé. Elle
avait ses raisons.
Aussi, c'est bien d'avoir des chiffres pour
savoir c'est quoi, l'ampleur du phénomène. Il y avait, à l'époque, à peu près
2 millions de couples qui pouvaient être touchés par le patrimoine
familial. Et savez-vous combien il y en a qui s'en sont soustraits? 59 334
avis qui ont été déposés au RDPRM, parce qu'il y avait seulement que
18 mois, donc il n'y en a plus d'autre. Ça, quand on fait le calcul, c'est
trois centième de 1 %. Et, dans ces 59 000 là, combien ont donné lieu
à un litige? Pour être généreux, je pourrais peut-être dire 500, je ne sais
pas. Vous demanderez à ceux qui vont vous dire, là, que c'était épouvantable,
peut-être leur demander c'est quoi, les chiffres. C'est sûr qu'il y en a eu
que... Je ne prétends pas qu'il n'y a pas certains notaires qui n'ont pas été à
la hauteur. Il n'y a pas un corps professionnel qui est parfait. C'est
malheureux. Mais, dans l'ensemble, les notaires ont bien joué leur rôle. La
preuve, c'est que la responsabilité à la chambre ou le service du syndic de
discipline n'a pas été submergé du tout par les demandes concernant cette
question-là. Alors, je pense que ça, il faut savoir mettre ça de côté. Vous
aurez sans doute des questions.
J'y vais rapidement. Un des problèmes avec les
unions dites libres, c'est que c'est difficile de savoir quand ça a commencé, est-ce que ça existe, quand est-ce
ça finit. Alors, évidemment, dans mon petit papier, je vous ai proposé qu'il y ait une déclaration notariée. Je ne dis
pas qu'elle doit être obligatoire, mais je vous dis : Nous autres, les
notaires, on veut se faire forts de faire la promotion, dire aux
gens : Écoutez, faites une déclaration, et, particulièrement, quand un
enfant va naître. Bon. Tout à l'heure, j'entendais la question, mais savez-vous
que, dans nos bureaux, là, quand il y a un enfant qui s'en vient ou qui naît,
les gens viennent nous voir pour dire : Bien, là, là, je n'avais pas fait
de testament, là, je n'avais pas vu, tu sais, on vivait ça bien, nous autres,
mais là, là, il y a un enfant, comment ça se passe, notaire? Donc, l'arrivée
d'un enfant provoque ces rencontres-là dans nos bureaux. Et c'est certain qu'on
va leur dire d'abord : Ça serait
peut-être bien qu'on ait une déclaration, comme ça, ça va... on n'aura pas
besoin d'engager un inspecteur ou un... je ne sais pas quoi, là, pour
dire : Bien, cherchez donc pour savoir, là, s'il y a des éléments. Vous aurez déclaré. Puis on vous invite, si jamais
il y a une rupture, de le faire également. Déposer cette inscription-là au
RDPRM ou à un registre que la chambre pourrait accoler à son registre des
testaments, mandats don d'organe, ça serait une bonne idée.
• (11 h 40) •
La vocation successorale, il en a été question
tantôt, ça, c'est... le comité n'avait pas retenu cette avenue-là, parce que, dans le fond, ça ne vise pas l'enfant,
ça... ce n'est pas son bien-être puis, même, il y a un parlementaire, tantôt,
qui a soulevé que, bon, il y avait un tiers de la succession, dans le fond, qui
n'irait pas à l'enfant parce qu'il irait au conjoint. Moi, personnellement, je
ne peux pas dire que ça me défrise, malgré que ce n'est pas en accord avec ce qu'on avait proposé, mais, à ce compte-là, je
verrais qu'on... qu'on élargisse à tous les conjoints, tous les conjoints de
fait, d'autant que la conséquence n'est pas terrible, hein, parce qu'un geste
unilatéral d'un des conjoints de faire son testament ou simplement à la main,
olographe, puis il n'est pas tenu. Ça fait que je ne pense pas que ça va
provoquer une levée de boucliers. Opinion.
Je termine en disant que le fait d'avoir à
respecter le délai d'un an pour succéder, souvent, c'était une difficulté à
prouver, alors j'ai imaginé, je le soumets là, je ne veux pas... c'est un peu
technique, je ne vais pas aller très loin, mais je me suis inspiré de ce qui existe, ce que la Régie des rentes fait, ce que le RREGOP fait, etc., de demander des déclarations de parents, amis, etc. Mais comme
il s'agit, en plus, d'affecter le droit d'autres héritiers potentiels, je
pense qu'il faudrait solidifier... et là, je m'inspire des procédures devant
notaire pour la vérification des testaments, où là, il y aurait un acte formel
du notaire et qui pourrait, donc, sceller, solidifier cette preuve.
M. le Président, je termine en disant que ce
projet de loi mérite de recevoir l'aval de l'Assemblée nationale, juridiquement
innovateur, socialement équilibré. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, Me Lambert. M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M. le
Président. Me Lambert, bonjour, merci de participer aux travaux de la
commission. Vous êtes notaire émérite, vous avez été président de la chambre à
de... deux reprises, au moins, avec des mandats renouvelés, donc, dans les
années fin 1980, 2009-2015, vous me corrigerez.
M. Lambert (Jean) : 2014.
M. Jolin-Barrette : 2014, 2014. Et,
d'entrée de jeu, là, vous avez suscité chez moi un questionnement parce que vous
avez dit : Écoutez, en 1989, lorsqu'il y a eu le patrimoine familial, on
permettait aux gens de s'exclure en allant
chez le notaire. Puis, vous l'avez bien dit, il y a beaucoup de gens qui
disent : Bien, écoutez, ça, ça a fait en sorte, là, qu'il y a des gens qui
ont été traînés de force chez le notaire. Vous, vous dites : Écoutez, il
est peut-être arrivé des épisodes anecdotiques, mais ça ne s'est pas
produit à grande échelle, et le syndic n'a pas sévi là-dessus, parce qu'on fait le parallèle avec la disposition qu'on a dans
notre projet de loi, où on permet aux gens d'aller chez le notaire pour
s'exclure du régime. Donc, j'aimerais juste vous faire préciser ça, là.
M. Lambert (Jean) : Vous me demandez
si je suis d'accord avec la mesure?
M. Jolin-Barrette : Oui. Êtes-vous
d'accord avec la mesure?
M. Lambert (Jean) : Bien sûr.
M. Jolin-Barrette : OK. Et puis
vous...
M. Lambert (Jean) : C'est... ça a
parti de la philosophie du respect de la liberté des gens, alors, il y a...
Mais j'imagine que les gens qui voudront se
soustraire de l'union parentale, bien, ils vont le faire en connaissance de
cause. D'autant plus qu'aujourd'hui, on est 35 ans plus tard, puis
je pense que la connaissance du droit, là, même si les gens ne connaissent pas les
virgules, ils ont quand même une intuition, à un moment donné, qu'il y a
quelque chose de sérieux, puis ils vont consulter, puis c'est certain que le
rôle des notaires, ça va être de les éclairer.
M. Jolin-Barrette : Puis sur le
fait, là, que les gens, souvent le conjoint vulnérable, seraient traînés de
force chez le notaire, là, puis que le notaire ne consente pas librement à
retirer cette protection-là, là, comme les exemples qui sont donnés en 1989,
là, qu'est-ce que vous dites par rapport à ça?
M. Lambert (Jean) : Que le notaire
ne... excusez, c'est parce que je n'ai pas très bien... a dit que les gens, à
l'époque, il y en a qui ont décidé de ne pas signer parce qu'on... sachant
les... les conséquences, puis les gens disent : Mais comment vous allez chercher ce consentement? Ce n'est pas
compliqué. Vous posez... C'est quoi, votre patrimoine? Bon, bien, écoutez, monsieur, madame, bon,
dépendant, en tout cas, bon, si vous renoncez, bien là, regardez,
financièrement, ça veut dire telle, telle chose, telle chose ou telle chose.
Est-ce que vous êtes d'accord avec ça? Tu sais, c'est de même, c'est une
entrevue, bon, ce n'est pas long qu'on le sent, on le sent tout de suite, le
malaise, quand il y en a un, puis on dit : Bien, écoutez, je pense que
vous devriez peut-être consulter chacun de votre côté si vous voulez ou vous
reparler, mais moi, j'estime que ce n'est pas prêt. Ça m'est arrivé d'avoir
cette attitude-là.
M.
Jolin-Barrette : Pourquoi c'est important, pour vous, de conserver
cette autonomie-là de la volonté, le fait de permettre aux gens d'être
assujettis ou non? Pourquoi c'est important?
M. Lambert (Jean) : Bien, comme je
le disais tantôt, ça participe de... de l'approche qui veut le respect de
l'autonomie, de la volonté des gens. On présume que les gens sont assez bien
pourvus pour être capables de décider comment ils veulent régler leur union.
Alors, s'ils se soustraient, c'est parce qu'ils auront discuté entre eux puis
ils se sont aperçus qu'ils sont financièrement assez bien pourvus l'un et
l'autre, qu'ils se sont bien entendus sur le partage des tâches, etc., puis que
pour eux, ils n'ont pas besoin de ça. Qu'est-ce que j'ai à dire contre ça? Leur
dire : Non, non, non, là, savez-vous,
là, vous ne pensez pas correct. Je ne suis pas capable de leur dire ça. Je vais
poser des questions pour m'assurer,
par contre, que c'est bien réfléchi. Une fois qu'ils me disent :Écoutez,
notaire, là, n'insistez pas, là, c'est ça qu'on veut. Bien là, écoutez,
on va signer.
M. Jolin-Barrette : OK. Qu'est-ce
que vous pensez du fait que, dans le patrimoine d'union parentale, on n'inclut
pas les REER, on n'inclut pas les régimes de retraite, on n'inclut pas les
fonds de pension? C'est quoi, votre opinion sur le fait?
Parce qu'il y en a certains qui disent : Ça devrait être inclus. Nous, on
a décidé de les exclure. Qu'est-ce que vous en pensez?
M. Lambert
(Jean) : Moi, je pense qu'en fait, c'est encore une fois la position
du comité, c'est que ce sont des éléments qui ne sont pas reliés à la
compensation du conjoint qui sera désavantagé pendant une certaine période, qui va être assez limitée, pour avoir pris soin de
l'enfant, alors que les pensions, le partage, dans le fond, du patrimoine
familial, c'est systématique, c'est mécanique, c'est comptable, ça ne tient pas
compte d'autre chose, alors qu'ici, la philosophie de votre projet de
loi, c'est de compenser une personne qui a été désavantagée. Alors, c'est là.
Et le projet de loi le fait bien sentir,
c'est qu'on règle ça rapidement. Pourquoi? Aussi, c'est que, généralement, on a
affaire... les couples visés ici, les
couples qui sont jeunes parce qu'ils ont des enfants, un enfant en commun, un
ou plusieurs enfants en commun, alors, souvent, 85 % de ces
couples-là, après rupture, se remettent en couple. Donc, traîner une pension alimentaire, ça... Je pense que la compensation,
elle doit être évaluée au moment de la rupture, s'enligner sur une somme
globale et de voir à ce que soit... ça soit réglé rapidement pour que, de
chaque côté, les nouvelles unions ne traîneront pas un passé
désagréable.
M. Jolin-Barrette :
Qu'est-ce que vous pensez du fait que l'on fait une distinction entre les
conjoints avec enfants et les conjoints de fait sans enfants? Dans le fond, que
le projet de loi s'applique uniquement aux gens qui auront des enfants. Est-ce
que vous êtes d'accord avec ça?
M. Lambert
(Jean) : Bien, oui, parce que c'est ce que le comité... Et c'est le
résultat de nos travaux, ça a été ça, parce que c'est une approche... Il y en a
trois : solidarité, union économique, ça, ça a été mis de côté. Donc, on
en vient à une philosophie de compensation. Ce qui est intéressant, c'est que
c'est facilité par la provision pour frais. Donc,
il y a eu un désavantage. C'est ça, actuellement, qu'on veut compenser, parce
que c'est ça, l'esprit. Sinon, discutons plutôt de la philosophie. Puis là, on va arrêter de jouer, bien,
peut-être une virgule ici, peut-être ajouter un pourcentage là. Là, là, il faut discuter de la philosophie. Dès
l'instant qu'on adopte la philosophie de la compensation, je suis tout à fait
d'accord avec la disposition.
M. Jolin-Barrette :
OK. Vous êtes d'accord avec la prestation compensatoire qu'on vient
inclure. Que pensez-vous de la méthode de calcul qu'on vient insérer? Le fait
que ça soit la valeur marchande plutôt que la construction jurisprudentielle de
la valeur accumulée?
M. Lambert
(Jean) : Bien, c'est que la valeur marchande, généralement, c'est
assez collé sur la réalité. Et je pense que c'est une bonne façon d'approcher
la solution du problème. De toute façon, regardez, les meubles, ça ne se
déprécie pas beaucoup, les automobiles non plus. Donc, de quoi on parle? On
parle de maisons. Alors, il y a plein de mécanismes pour être capable de
cerner...
M. Jolin-Barrette :
J'aimerais que vous abordiez davantage la question des lignes directrices,
parce que vous dites : On est... je suis d'accord avec la prestation
compensatoire, avec ce que l'on vient créer, parce que, dans le fond, la
prestation compensatoire vient remplacer le recours d'enrichissement
injustifié, qui est un recours complexe. Là, on vient simplifier ce recours-là
par le biais de la prestation compensatoire, à l'image de ce qu'il y a... de la
prestation compensatoire en mariage. Là, vous nous invitez à développer des
lignes directrices. Qu'est-ce qu'il devrait y avoir, dans ces lignes
directrices là? C'est pour guider les tribunaux, c'est pour orienter, dans le
fond, quel devrait être le régime de compensation?
• (11 h 50) •
M. Lambert
(Jean) : Bon, très franchement, M. le ministre, moi, je ne suis pas un
spécialiste de ces questions-là aussi précises. Cependant, ce que je comprends,
c'est que s'il y a des lignes directrices, j'imagine que les gens qui vont les
déterminer sont des gens qui vont avoir les connaissances. Il doit y avoir,
j'imagine, un point de vue économique,
d'économiste, aussi, là-dedans. Alors, le résultat, ça va être quoi? C'est que
ça va faciliter la conclusion d'ententes, et il est... et on le souhaite, sans
avoir à aller au tribunal. Alors, moi, je pense que c'est vraiment ajouter ce quelque chose, je pense, qui vient
bonifier votre disposition du projet de loi qui, par ailleurs,
fondamentalement, est excellente.
M. Jolin-Barrette :
Et je vous remercie, Me Lambert, pour être venu en commission
parlementaire. Je vais céder la parole à mes collègues, mais très apprécié puis
merci pour votre mémoire.
Le
Président (M. Bachand) : Merci, M. le
ministre. M. le député de Saint-Jean.
M. Lemieux :
Merci beaucoup, M. le Président. Il reste combien de temps?
Le
Président (M. Bachand) : 7 min 20 s
M. Lemieux :
Merci beaucoup. Me Lambert, je vais commencer par vous faire répéter
ce que vous avez dit en conclusion, tout à l'heure. Je ne l'ai pas noté lorsque
vous l'avez dit. C'est juridiquement...
M. Lambert (Jean) : Juridiquement
innovateur et socialement équilibré. C'est ça?
M. Lemieux :
Oui. Merci beaucoup. Parce que c'est important, le contexte. Vous avez
été... et vous l'avez bien fait, le contexte du rapport du comité d'experts,
comité consultatif, et c'est important parce que ça date déjà un petit peu. Puis quand on parle de 1989, ça date un
peu plus. Puis on arrive avec le projet de loi aujourd'hui, et la société
a évolué, et c'est important de se souvenir du contexte, de ne pas juste être
en réaction.
Là où je veux en
venir, puis je vais vous écouter parce qu'on a le temps et que ça tombe bien,
il y a une expression qui dit : Ils ont coupé la poire en deux. Moi, je
trouve ça péjoratif parce que c'est comme si c'était facile, alors que couper
un tiers, deux tiers, c'est facile aussi, là, c'est une expression que je
considère péjorative. Mais ça illustre bien la recherche de l'équilibre. Et
puis, c'est ce que vous avez dit, c'est équilibré, en tout cas socialement, puis c'est pour le monde qu'on fait ça.
Juridiquement, je sais que vous êtes... pour ce qui est du droit civil, vous
êtes... Je vous ai vu réagir tout à l'heure quand maître... quand la Pre
Malacket parlait de notre tradition civiliste et tout ça, je vous ai vu très
intéressé. Pour le droit, je comprends. Mais je ne suis pas avocat, puis il y a
plein de monde qui nous écoutent qui ne sont pas avocats. Pour le monde, cette
loi-là et cette proposition de projet de loi là, c'est équilibré pour
aujourd'hui, là. On ne fait pas juste faire un peu de rattrapage, on se ramène
à jour, dans le fond.
M. Lambert
(Jean) : Exactement. Vous savez, je vous disais tantôt que j'en suis à
la 18e comparution devant une commission. Il n'y en a pas une que je n'ai
pas entendu : Ça ne va pas assez loin, ça va trop loin. Il n'y en a pas
une. Ça fait que, que vous entendiez ça, c'est dans la nature des choses.
M. Lemieux : Le
contexte dont je parlais, et puis, ma collègue y faisait référence tout à
l'heure, il y a des chiffres qui frappent, puis on ne le réalise peut-être pas
jusqu'à tant qu'on soit frappés dans notre cercle immédiat ou nous-mêmes : 65 % des couples qui ne
sont pas mariés n'ont pas de testament. Et vous avez dit, très justement :
Mais là, quand il arrive un enfant, par exemple, là, c'est autre chose,
là. Là, on se retrouve avec des gens qui se réveillent.
Puis,
en même temps, j'ai noté, tout à l'heure — je pense que c'était justement maître... pas
«maître», Pre Malacket qui le disait — que les conventions de vie
commune que les couples peuvent... qui ne sont pas mariés peuvent aller signer,
il n'y en a pas tant. Il n'y en a vraiment, dans le fond, pas assez.
M. Lambert
(Jean) : Ça, c'est la première réforme de 1980, parce qu'avant, c'était
impossible, hein? Les concubins, la loi ne leur permettait pas de se faire des
donations. Bon! Je ne reviendrai pas au passé aussi lointain, mais on espérait qu'effectivement il y en aurait,
puis on a vraiment battu le tambour à l'époque. Je m'en rappelle, j'étais
vraiment bien... bien impliqué dans ça. Ça ne suit pas. Mais, par contre,
savez-vous ce qu'on remarque? C'est que les conjoints le font à la pièce. Ils
achètent la résidence, ils achètent des choses. Toi, tu paies ci, toi, cela, tu
sais. Ça fait que, dans le fond, ils le font, leur... mais à la pièce plutôt
que d'avoir un principe général. Pourquoi? Parce qu'ils se sentent plus libres. C'est psychologique, mais ils
se sentent plus libres, puis ils le font de cette façon-là. Puis, moi, je n'ai
pas vu de manifestation dans les rues là-dessus, là.
Puis,
dans le groupe auquel j'appartiens, qui est PME INTER Notaires, on a une
direction du droit des personnes. Ça, c'est une trentaine de notaires — je
dois dire qu'ils sont, à une exception ou deux près, des femmes — et
ils se réunissent aux deux mois, des journées entières, pour travailler puis...
Et je leur ai posé la question : Qu'est-ce que vous pensez de ça, le
projet de loi, puis tout ça? Est-ce que... Ils ont tous dit : Ça
correspond à ce qu'on entend de nos clients
quand on leur... on les... on parle puis on leur parle d'une convention :
Non, savez-vous, notaire, on va y penser, là, mais on a... savez-vous,
on a déjà fait ça, regardez, la maison est aux deux, non, puis bon, etc.
M. Lemieux : Ce
qu'on entend... Quand vous dites : Ce qu'on entend des clients, on se pose
théoriquement plein de questions de...
est-ce qu'il va arriver ci, est-ce qu'il va arriver ça? Est-ce que ça arrive,
des notaires qui sont obligés d'apprendre
à quelqu'un qui n'avait pas de testament puis qui était en union de fait que la
famille de monsieur ou de madame, là, dépendant, peut débarquer? Parce
que, là, le trouble commence. Est-ce que ça arrive ou c'est juste une théorie
infinitésimale, là?
M. Lambert (Jean) :
Le mieux... Je me rappelle d'un cas du tout début de ma pratique, donc
c'est loin. Il s'agissait d'un couple,
27 ans de vie commune. Décès, madame n'hérite pas. Elle s'est retrouvée
immédiatement dans l'indigence, puis
les héritiers, ils ont dit : Bien, regarde, on te donne deux mois pour
sortir de la maison. Puis ça, c'est vrai, ça, là, il y en a.
M. Lemieux : Donc,
on est en train, avec ce projet de loi là, d'actualiser, de moderniser,
d'équilibrer pour des citoyens qui ne
s'occupent pas de ce dont ils pourraient s'occuper. Parce qu'on s'entend, là, à
quelque part, on peut aller faire un testament, on peut aller signer une
convention de vie commune, on peut tout faire. Mais, les temps étant ce qu'ils
sont — on
n'est plus dans le temps de Séraphin, où il était le plus populaire du village,
puis tout le monde passait le voir à toutes les années — les
temps étant ce qu'ils sont, il faut qu'on prenne les devants pour eux, et ce
qu'on est en train de faire, c'est la bonne affaire?
M. Lambert
(Jean) : Oui. Oui, définitivement. Mais les autres ont... Regardez, on
multiplie les campagnes de publicité, on a des dépliants, je donne des
conférences... Je ne suis pas le seul, hein, il y en a plusieurs, mais à un moment donné, là, un âne, là, vous avez beau de le
pogner par les deux oreilles puis vouloir le faire boire dans le ruisseau,
là, bien, ça ne marchera pas. Ça fait que si les gens ne veulent pas, bien, ils
ne veulent pas.
M. Lemieux : Il
ne reste pas beaucoup de temps, mais je vous ai promis qu'on en parlerait. Le
droit civil, faites-moi plaisir et faites plaisir au ministre, parce que c'est
un grand amateur du Code civil, il m'en a même signé une copie juste pour moi, pourquoi c'est si important? Quand on n'est
pas avocat, quand on n'est pas notaire, on en entend parler, mais on ne
comprend pas l'importance que ça a.
M. Lambert (Jean) : Oui, bien là,
vous touchez une corde bien sensible pour moi parce que, dans le comité, entre autres, je reprochais à un membre en
particulier, plusieurs fois, qui était originaire d'un pays de droit civil, la
Belgique, je disais... à un moment donné, j'ai dit : Coudon,
c'est-tu de la common law qu'on fait, ici, ou du droit civil? C'est une question d'approche, de façon de voir le
droit. La common law, c'est un droit empirique qui se développe par des
décisions puis tout ça. Maintenant, il y a ce qu'ils appellent des «statutes»
parce qu'à un moment donné, ils sentent le besoin d'écrire, mais ça n'a
pas la même force qu'un code civil qui, lui, dit : Après consultation,
après qu'on est allé chercher ce que la population veut, bien là, on les
établit, et c'est clair.
C'est sûr qu'on a besoin des tribunaux, parce
qu'on a beau dire «c'est clair», mais l'application, elle... l'humain étant ce qu'il est, là, ce n'est pas une
machine. Alors, c'est sûr qu'on a besoin d'une appréciation, mais, au moins,
les choses sont claires. C'est une question
de génie, de société. Et moi, j'y suis très attaché parce que, des sapins, il y
en a partout au Canada, des lacs, il
y en a partout, au Canada, des grands espaces aussi. Qu'est-ce qui distingue le
Québec? On parle français, d'ailleurs, ailleurs, mais le notariat, ça,
c'est typiquement québécois.
M. Lemieux : Content de vous l'entendre
dire. Merci beaucoup, Me Lambert.
M. Lambert (Jean) : Je ne
m'attendais pas d'avoir...
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie, s'il
vous plaît. M. le député d'Acadie.
M.
Morin : Merci, M. le Président. Bonjour, Me Lambert,
merci d'être avec nous. Merci pour votre éclairage. J'aimerais...
j'aimerais que vous puissiez nous parler d'un élément. Quand vous avez parlé,
tout à l'heure, de la philosophie du projet
de loi et des travaux que vous avez faits précédemment, vous avez souligné que
vous vous étiez arrêté et vous avez mis, finalement... vous avez fait la
promotion d'une philosophie de compensation. J'ai bien compris?
M. Lambert (Jean) : Très bien
compris.
M. Morin : Merci. Maintenant, je
comprends que, dans le projet de loi, s'il y a un partage, c'est dans le cadre,
évidemment, d'une union parentale, donc, quand il y a un ou des enfants qui
arrivent. Est-ce que j'ai raison de dire que si un couple en union de fait...
M. Lambert (Jean) : Parentale?
M. Morin : ...n'a pas d'enfants...
M. Lambert (Jean) : Ah, OK.
• (12 heures) •
M. Morin : ...il n'y aurait pas de
compensation du tout s'il y a une séparation? Est-ce que je suis dans l'erreur
ou...
M. Lambert (Jean) : Bien, il ne
l'aura pas, du fait qu'il vit comme conjoint, mais il peut y avoir toujours le recours en cas d'enrichissement sans cause. Donc,
si les conjoints de fait, un travaille dans l'entreprise de son conjoint,
puis elle... bien ça, ce recours-là est toujours là.
M. Morin : Oui.
M. Lambert
(Jean) : La seule chose, c'est que le fait seul d'avoir...
de ne pas avoir... d'avoir un enfant motive, ici, qu'on intervienne,
sinon on n'interviendrait pas, là, en fait, c'est ce que j'ai compris.
M. Morin : C'est ça... puis...
M. Lambert
(Jean) : Alors, donc, c'est pour ça qu'il n'y en a pas
d'autre, compensation, que celle de l'enrichissement sans cause.
M.
Morin : Exact. Pour l'enrichissement sans cause, bien,
évidemment, c'est un concept dans notre droit civil...
M. Lambert (Jean) : Beaucoup plus
difficile, effectivement.
M. Morin : ...ça peut donner lieu,
évidemment... bien, c'est un recours qui est ouvert, ça donne lieu à des
litiges et c'est quand même assez difficile à prouver.
Compte tenu de la
philosophie qui a, évidemment, guidé vos travaux, pourquoi ne pas étendre cette
compensation-là à toutes les unions de fait et non pas uniquement dans le cas
d'une union parentale? Est-ce que c'est quelque chose auquel vous avez réfléchi
dans le cadre de vos travaux?
M. Lambert (Jean) : On l'a discuté.
On ne l'a pas juste réfléchi, on l'a discuté, mais, encore une fois, c'est une
philosophie de compensation à l'égard d'un désavantage d'un des membres du
couple qui aurait mis sa carrière en
veilleuse pour s'occuper de l'enfant, et ça, d'un commun accord, et qui,
pendant un certain nombre d'années, va subir ce désavantage, sa carrière
va moins progresser et tout ce que ça veut dire, des bénéfices, aussi, qui
entourent tout ça. Alors, c'est ça qu'on dit. Bien, il faut compenser, il faut
établir un équilibre. Il y a justice, ici, à faire. Mais dans l'autre cas,
c'est deux conjoints qui vivent... qui parcourent leur vie, puis qui... il n'y
en a pas un qui a à consacrer à un tiers, sinon, peut-être, à des enfants d'une
autre union, mais ce n'est pas de ça dont on parle. Alors, non, la fin de nos
discussions, ça a été : On se concentre sur le désavantage de la présence
d'un enfant commun.
M. Morin : Donc, alors, s'il y a un
des conjoints qui, d'un commun accord, mettait, par exemple, sa carrière en veilleuse pour s'occuper d'un parent, bien là,
il lui resterait l'enrichissement sans cause, en fait, pour se faire compenser.
M. Lambert (Jean) : Ce n'est pas
l'objectif du projet de loi.
M. Morin : Ce n'est pas l'objectif.
Très bien. Je vous remercie. Dans le projet de loi, on parle, évidemment, du patrimoine de l'union parentale. Puis ça, on en
a parlé un peu... un peu plus tôt aujourd'hui, vous l'avez probablement
entendu, le législateur limite la composition du patrimoine d'union parentale.
Est-ce qu'on devrait l'étendre davantage? Au lieu d'avoir une... une énumération, est-ce qu'on ne devrait pas
parler, bon, d'un patrimoine commun? Comment... comment vous voyez ça?
On semble exclure, évidemment, les résidences secondaires. Puis, si l'esprit du
projet de loi, c'est de compenser, parce que, dans l'union parentale, il y a
des enfants qui bénéficient des biens, bien, pourquoi, à ce moment-là, les restreindre
à ce qui est indiqué à 521.30?
M. Lambert (Jean) : Bon, dès
l'instant qu'on parle d'un patrimoine, qu'il soit familial ou d'union
parentale, bien, il faut le décrire, il
faut... il faut lister les biens qui sont visés. Là, on ne peut pas juste
rester dans le vague, hein? Puis ça, ça... c'est très cohérent avec
notre esprit, justement, de loi civile. Bon, ceci étant dit, est-ce que le
chalet devrait en faire partie, et poussons plus loin, parce que c'est surtout
cet aspect-là qu'on va vous dire, est-ce que ça ne devrait pas aussi avec les
pensions et les régimes de retraite? Je pense, j'ai répondu un peu à la
question tantôt, mais j'y reviens, c'est que ces éléments-là, le patrimoine
d'union, est vraiment centré sur la cellule familiale, le milieu de vie de l'enfant. C'est d'ailleurs aussi pour
laquelle on a aussi les dispositions concernant la résidence principale. Donc, ça,
ça forme un tout. Qu'on aille au chalet, bon, mais on n'a pas cru bon, nous,
que d'étendre ça... On pense que ce qu'on a déterminé dans le patrimoine
d'union...
M. Morin : Parentale.
M. Lambert (Jean) : ...parentale, je
m'excuse, c'est que, pour la question des REER et des pensions, là il est
difficile aussi, encore, de... d'y voir une contribution au principe de la
compensation pour désavantage. On peut se retrouver... parce qu'il peut
arriver... parce qu'il y a un écoulement du temps, là. Alors, la question, là,
des soins de l'enfant, c'est déjà rendu loin. Et ça peut être le conjoint
désavantagé qui va être perdant. Pourquoi? Parce que les cinq ans qu'il a
consacré à son enfant, il a racheté, après ça, les... ses années de pension et
se retrouve, au moment du partage, d'avoir,
lui, ce conjoint-là désavantagé, un patrimoine excédentaire à l'autre, donc il
va falloir qu'il partage ça. Ça fait que là il va être... non seulement
il ne sera pas compensé pour le désavantage, mais il va être désavantagé par un
partage. Alors, je pense que ce qui est dans le projet cadre bien avec la
satisfaction du besoin de compenser un conjoint qui a été désavantagé, parce
qu'il s'est occupé particulièrement, d'une façon prépondérante, de l'enfant.
M. Morin : Je vous... je vous
remercie. Un peu plus tôt, bon, évidemment, dans le projet de loi, il y a un
mécanisme de prestation compensatoire, on ne parle pas de pension alimentaire.
Un peu plus tôt, il y a un groupe, si j'ai bien compris, de notaires qui nous
disaient : Écoutez, on pourrait combiner les deux parfois dans des
situations d'urgence, ça permettrait d'offrir, évidemment, des aliments aux
enfants. C'est quoi, votre opinion là-dessus? Est-ce qu'on devrait avoir une
combinaison des deux ou simplement laisser ce qu'il y a dans le projet de loi
actuellement?
M. Lambert (Jean) : Non, non, pas de
combinaison... pour les raisons que je vous ai dites. La pension alimentaire,
c'est quelque chose qui s'étire dans le temps, dont le principe fondamental en
common law, là, c'est celui qui demande est dans le besoin puis celui à qui on
demande a les moyens, et le trait d'union, ça a été la période d'union qu'il y
a eu et que la rupture mettra peut-être ce conjoint, qui devient demandeur,
dans l'indigence. Ça, c'est la base même, au départ, de la pension alimentaire,
mais on n'est pas en présence de ça, là, ce n'est pas ça ici, là.
Alors, moi, difficilement, moi, l'application
d'une pension alimentaire. Ce qu'on a préféré, c'est que, comme je vous disais
tantôt, la présence d'enfants communs, c'est généralement dans la partie jeune
du couple. Un moment donné, il va avoir une rupture, il va avoir un nouveau...
C'est la notion de ce que les Anglais, les anglophones appellent le «clean
break», c'est-à-dire qu'on évalue c'était quoi, votre désavantage, c'était
quoi, le dommage que vous avez subi, avec
les lignes directrices qui viennent nous aider, on calcule la somme, et c'est
un paiement immédiat ou échelonné sur une période
n'excédant pas 10 mois. Alors, on pense que ça satisfait à répondre aux
besoins que l'on veut corriger.
M. Morin : Mais vous ne pensez pas
que, dans le cas d'une union parentale, admettons, parce que ça va arriver, des séparations, rapidement, il y a...
D'après vous, là, il n'y a pas un conjoint ou un enfant qui pourrait se
ramasser dans l'indigence?
M. Lambert (Jean) : Je m'excuse,
qu'il n'y aurait pas un enfant qui se retrouverait...
M. Morin : Qui pourrait se ramasser
ou se retrouver dans l'indigence? Parce que vous dites, avec la pension
alimentaire, ça peut arriver, ça fait que je veux juste comprendre.
M. Lambert (Jean) : Regardez, avec
respect, là, on parle de deux choses.
M. Morin : OK.
M. Lambert (Jean) : Il y aura
toujours obligation pour le parent d'une obligation alimentaire avec l'enfant, qu'on soit marié ou en union parentale. Ça, si l'enfant
dans le besoin, bien, le parent va devoir pourvoir à ses besoins, ça, c'est déjà prévu dans notre loi. Donc, ce
qu'on en parle autrement, c'est une pension alimentaire envers le conjoint,
et c'est ça que je vous dis, on a écarté ça
dans nos travaux. Pourquoi? Parce qu'on a estimé que ça ne correspondait pas
à la bonne façon de solutionner le besoin de compenser ce conjoint qui, d'une
façon prépondérante, s'est occupé de l'enfant pendant un certain nombre
d'années.
Le Président (M.
Bachand) :
30 secondes, M. le
député.
M. Morin : Et qu'est-ce que vous
pensez de l'idée, par exemple, d'avoir des directives ou des lignes directrices
pour guider, éventuellement, un montant qui pourrait être accordé?
M. Lambert
(Jean) : Oui, j'ai mentionné, justement, que j'étais
favorable à ça, et le comité d'ailleurs était favorable.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le député. M. le
député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup pour votre présentation,
Me Lambert. Merci pour votre contribution à la profession,
également.
Vous parlez, là, dans votre mémoire, du droit de
retrait complet du régime d'union parentale, et je voulais vous questionner. Là, vous parlez de la valeur
aussi ou de la pensée compensatoire. Est-ce qu'on n'y voit pas possiblement
là une contradiction entre le fait qu'on veut pouvoir protéger et compenser,
mais qu'en même temps on prévoit un droit de retrait? Comment vous voyez ça, le
fait qu'on pourrait se retirer d'une compensation possible?
M. Lambert (Jean) : Bien, c'est
qu'au départ on estime que les gens sont assez bien informés, ils sont assez...
ont assez de capacités pour être capables d'apprécier la situation et d'ajuster
leurs relations économiques en fonction du programme de vie qu'ils ont décidé
ensemble. L'arrivée d'un enfant change la donne, et là on ne peut pas laisser
ça juste au volontarisme. Là, il faut arriver puis imposer.
Maintenant, pourquoi le projet de loi ouvre la
possibilité? Bien, si les conjoints bien informés, il faut bien... ayant
évalué, généralement, aussi, on met des chiffres sur la table quand on parle de
ces situations-là, et, s'ils estiment que leur situation personnelle à chacun
est suffisante, ils ont établi entre eux des règles comme quoi que le fardeau de l'enfant va être bien partagé puis...
pour nous, on ne pense pas que c'est utile, donc on veut s'en soustraire.
• (12 h 10) •
M. Cliche-Rivard : OK. Mais vous ne
pensez pas qu'une protection minimale, par exemple, auquel on ne pourrait pas
déroger, comme la résidence principale, pourrait être une protection de droit
public auquel, ça, on ne pourrait pas y
déroger? Vous ne pensez pas qu'il y a besoin de ça, vous pensez que les gens
sont capables, finalement, d'avoir l'information?
M. Lambert
(Jean) : Bien, regardez, je reviens un peu sur le chiffre
que je vous donnais par rapport au patrimoine familial. Sur les 2 millions de couples, à peu près, à l'époque, qui étaient
visés, il y en a eu 59 000 qui se sont soustraits. Donc, ce n'est
même pas 1 %. Moi, je ne pense pas qu'on va avoir un alignement aux portes
de nos bureaux, là, le lendemain du projet de loi, là, pour ces gens-là. Bon,
en fait, il y a un peu la question de l'application, là, je sais que la
question a été posée tantôt, elle ne m'a pas été posée. Mais je ne pense pas
qu'on va avoir un défilé de personnes pour
dire : Nous, on se soustrait, je ne le crois pas. Et les quelques-uns qui
vont le faire, là, bien, je pense que ce sera des gens qui seront
financièrement, je dirais, assez bien pourvus, puis ils vont vouloir continuer
de gérer, d'une façon tout à fait autonome, leur patrimoine.
M.
Cliche-Rivard : Vous dites qu'on ne vous a pas posé la question de
l'application, voulez-vous... voulez-vous la chance d'y répondre?
M. Lambert (Jean) : Au mois de juin
2025. Habituellement, j'ai toujours vu que ça s'appliquait au moins à partir du dépôt du projet. Bon, ça serait déjà une
première amélioration. C'est certain, j'ai questionné... effectivement,
il y a un... il y a un malaise qu'il n'y ait pas une certaine rétroactivité.
Combien, un an, deux ans? Bon, mais, à tout le moins que ça... ça parte du
dépôt du projet de loi, je pense que ça serait déjà mieux.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Bonjour. Merci beaucoup
de vos contributions à nos débats. Je reviens aussi, moi aussi, sur cette
question du droit de retrait et aussi du droit de renonciation au moment du...
du partage. Vous dites que, quand on est devant le notaire, c'est...
généralement, le notaire est là pour protéger. Mais est-ce que vous ne convenez
pas que, parfois, ce n'est pas devant le notaire que l'enjeu arrive, c'est
avant, parce qu'il y a déjà une relation de déséquilibre à l'intérieur d'un
couple? Et qu'on adopte aujourd'hui, ou on considère cette réforme-là parce
qu'elle donne plus de protection, parce
qu'on se dit : Il y a encore des situations au Québec qui nécessitent plus
de protection, mais que là on est en
train, peut-être, et c'est ce que plusieurs nous disent dans leurs mémoires, de
miner cette protection additionnelle qu'on veut conférer aux conjoints.
Donc là, n'allons pas sur ce qui se passe chez le notaire, c'est une notion de
déséquilibre qui pourrait exister à l'intérieur même d'un couple.
M. Lambert (Jean) : Oui, puis que le
notaire ne verrait pas.
M. Paradis : Mais c'est parce que
vous êtes concentré sur ce qui se passe devant le notaire dans votre mémoire,
puis là vous dites : Attendez, là, c'est un délire, quand on dit qu'ils ne
sont pas protégés mais... Excluons la partie devant le notaire.
M. Lambert (Jean) : Regardez,
d'abord, on va replacer les choses, c'est que le patrimoine familial, là, il
reculait, et l'objectif, je m'en souviens très bien, j'avais les deux mains
dedans, on voulait corriger le déséquilibre qui
résultait des contrats de séparation de biens des années 40, 50, 60, qui
avaient été signés sans probablement bonne connaissance de cause, et on
a voulu corriger cette situation-là. À l'époque, on avait dit : Pourquoi
vous aussi, vous légiférez pour le futur alors que là la situation n'est plus
du tout la même? Bien, je reviens ici avec le même principe. Là, actuellement, ça va s'appliquer à des gens qui
vont arriver dans la situation future. Ils vont le connaître, ils vont le
savoir, parce que ce projet de loi l'a. On
ne vient pas toucher rétroactivement, je ne sais pas quoi, moi, quatre, cinq
décennies de... de couples, là.
Alors, qu'il y ait un droit de retrait... Je ne sais pas si j'ai bien répondu à
votre question, là, mais...
M. Paradis : Bien, c'est...
M. Lambert (Jean) : Moi, je ne vois
pas de problème. Puis, vous savez, souvent on dit que, bien, quand les gens
sont chez le notaire... Mais le ministère de la Justice, ici, en mai 2019, a
fait faire une étude, une enquête sur l'accessibilité, la confiance envers le
système de justice québécois. Et, entre autres, on interroge les gens sur la
confiance qu'ils ont envers les différents acteurs : 84 %, les
notaires; 77 %, les policiers; 72 %, les juges; 51 %, les
avocats. Alors, je pense que...
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Sur cette note...
M. Lambert (Jean) : ...la population
parle. Quand ils viennent dans nos bureaux, là, ce n'est pas vrai que... En
tout cas, merci, M. le député.
Le
Président (M. Bachand) :
Me Lambert, j'aimerais vous
remercier d'avoir été avec nous. Et qui sait, on se verra dans une
19e commission, éventuellement, dans le futur.
Cela dit, la commission suspend ses travaux
jusqu'après les avis touchant les travaux des commissions, vers
15 h 15. Merci. À tantôt.
(Suspension de la séance à 12 h 16)
(Reprise à 15 h 23)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! Bon après-midi à tout le
monde. La Commission des institutions reprend ses travaux.
On poursuit donc les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 56, Loi portant sur la réforme du droit de la famille et instituant le
régime d'union parentale.
Nous allons voir... avoir avec nous aujourd'hui
Me Michel Tétrault, Me Louise Langevin, l'Association des avocats et avocates en droit familial du Québec, Mme Suzanne Guillet, médiatrice en matière
familiale, mais on débute avec Mme Carmen Lavallée, professeure
titulaire à la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke. Alors, merci beaucoup d'être ici. Alors, vous avez
10 minutes de présentation. Après ça, on aura un échange avec les membres
de la commission. Merci. La parole est à vous.
Mmes Carmen Lavallée et
Hélène Belleau
Mme
Lavallée (Carmen) : Merci. Alors, M. le Président, M. le ministre de la
Justice, Mmes et MM. les parlementaires, nous vous remercions de nous
donner l'occasion de partager nos réflexions sur le projet de loi n° 56.
Comme d'autres personnes avant nous, nous
saluons le dépôt de ce projet de loi. Nous estimons qu'il contient certaines avancées intéressantes,
notamment, là, toute la question de contrer la violence judiciaire, dont trop
de personnes sont encore aujourd'hui victimes. Toutefois, s'agissant de
l'objectif énoncé au moment du dépôt du projet de loi, soit mettre les droits
et l'intérêt de l'enfant au coeur de la réforme afin qu'ils n'aient plus à
faire les frais de la séparation de leurs parents, nous pensons,
malheureusement, que le projet de loi n'atteint pas complètement sa cible.
En effet, non seulement ce projet de loi ne met
pas fin à la différence de traitement entre les enfants, mais il l'accentue en
créant plusieurs catégories d'enfants qui verront leurs droits dépendre des
choix que feront ou ne feront pas leurs parents ou encore de circonstances
aléatoires comme la date de leur naissance. Il y aura les enfants nés dans le mariage, qui resteront, et de loin, les mieux
protégés, ceux nés dans l'union de fait entraînant la constitution de l'union
parentale, qui seront partiellement protégés, ceux dans l'union de fait mais
qui sont nés avant l'entrée en vigueur de la loi et ceux qui sont nés pendant
l'union de fait après l'entrée en vigueur de la loi mais dont l'un des parents
est toujours marié, et ce cas de figure est assez fréquent. Ce fait-là fait en
sorte de tenir en échec la constitution de l'union parentale, et ces enfants-là
seront, comme maintenant, sans aucune protection. À ce chapitre, le projet de
loi, plusieurs l'ont mentionné, apparaît en
contradiction avec l'article 522 du Code civil, qui dit que tous
les enfants dont la filiation est établie ont les mêmes droits, peu
importe les circonstances de leur naissance.
La
démultiplication des catégories d'enfants et des catégories de femmes ou de
mères ayant des droits différents
selon les circonstances aura également pour effet de complexifier encore
davantage un droit que les personnes directement concernées n'arrivent
déjà pas à bien comprendre.
S'agissant de la différence entre les enfants,
les deux facteurs qui sont les plus souvent mentionnés pour l'expliquer sont la
question de la protection de la résidence familiale et l'importante baisse de
niveau de vie à laquelle les enfants nés en
union de fait font face après la séparation en comparaison avec les enfants qui
sont nés dans le mariage.
En ce qui concerne la protection de la résidence
familiale, le projet de loi n° 56 prévoit une avancée très intéressante
pour éviter que des enfants fassent l'objet d'une éviction par le parent qui
serait l'unique propriétaire de la résidence. Or, la recherche montre que ce
sont seulement 14 % des couples en union de fait ayant un enfant commun pour lequel un seul des membres du couple
est propriétaire de la résidence familiale. S'il est vrai que le projet
de loi constitue une avancée sur ce point-là, il s'agit, selon nous, d'une
avancée trop timide compte tenu du nombre d'enfants qui ne pourront en
bénéficier.
Quant au fait que les enfants nés en union de
fait subissent une baisse de leur niveau de vie, encore là, le projet de loi
n° 56 ne remplit pas, à notre avis, ses promesses. Concernant le partage
d'une partie de la valeur de la résidence
familiale, ce sont les mêmes 14 % qui pourraient en tirer avantage, à
condition qu'aucun d'entre eux n'exerce son droit de retrait, ce qui
aurait pour effet d'en limiter encore plus la portée.
De plus, si l'on peut se réjouir que les femmes
en union de fait soient majoritairement copropriétaires de la résidence
familiale, cette copropriété ne suffit pas à les protéger contre l'appauvrissement.
En effet, des données récentes de 2023 montrent qu'après la séparation le taux
de pauvreté des femmes en union de fait est deux fois plus élevé que celui des hommes. Il est de 8 %
pour les hommes versus 18... 19, pardon, pour cent pour
les femmes. De plus, selon Revenu Québec, le revenu disponible des
femmes en union de fait chute de 28 % après la séparation, alors que celui
de leur ex-conjoint augmente de 11 %, expliquant la différence de
traitement que... de niveau de vie des enfants après la séparation.
Quant à la prestation compensatoire supposée
pallier cette iniquité, telle qu'elle est formulée, elle constitue, en fait,
une diminution des droits des conjointes de fait, qui peuvent, actuellement,
via le recours pour enrichissement injustifié en cas de coentreprise familiale,
bénéficier de la valeur accumulée de l'enrichissement, ce qui ne serait
vraisemblablement plus le cas, là, si l'article 521.46 était adopté tel
qu'il est libellé. Il nous apparaît injustifiable que le législateur intervienne
pour diminuer les quelques avancées jurisprudentielles dont les conjointes de
fait peuvent bénéficier dans ce domaine.
Trop
d'enfants écartés de la protection de la loi, des conjointes de fait
désavantagées financièrement, notamment parce qu'elles ont assumé plus que leur part des charges familiales, qui
se retrouvent en grande partie laissées à elles-mêmes, un patrimoine
d'union parentale dégarni, dont il est par ailleurs possible de se soustraire,
l'exclusion des régimes de retraite du partage pour des raisons, à notre avis,
très peu convaincantes, l'absence d'obligation alimentaire entre conjoints de fait, même à la suite de
l'établissement d'une interdépendance économique liée au rôle de chacun dans
l'union, tout cela nous conduit à
penser que le projet de loi n° 56, s'il était adopté en état, nous conduirait
vraisemblablement vers une nouvelle contestation judiciaire.
La
fameuse liberté contractuelle, qui est à la base même de tout le projet de loi n° 56, qui est invoquée pour justifier, dans la réalité, de
profondes injustices, on le sait maintenant, relève d'un mythe plus que de la
réalité. Je vous invite à consulter à la page 25 de notre mémoire, qui
montre que, dans une étude qui a été faite, qui est représentative de la
population du Québec, plus de 50 % des conjoints de fait sont incapables
de répondre à des questions juridiques extrêmement simples. Donc, dans ce
cas-là, comment prétendre que l'union de fait est un choix éclairé ou un choix libre
dans ce cas-là?
D'ailleurs, l'idée
selon laquelle il serait possible d'assurer l'égalité des enfants sans agir sur
les situations qui créent et qui perpétuent les inégalités au sein des couples,
comme si tout cela, pour les femmes, n'était qu'une responsabilité
individuelle, peut sembler attirante pour certains, mais elle ne résiste pas à
l'analyse des faits.
Le projet de loi n° 56 est fondé sur des mythes qui ont la vie dure dans
certains milieux et qu'il convient pourtant
de déconstruire en se fondant sur la réalité telle qu'elle est réellement, et
non pas, malheureusement, telle que... sur la situation qu'on aimerait
qu'elle soit.
Et
d'ailleurs, pour mieux comprendre quelle est cette réalité, je vais céder la
parole à ma collègue Hélène Belleau, qui est sociologue, qui va nous en
tracer un court portrait.
• (15 h 30) •
Mme Belleau (Hélène) : Merci, Carmen. Bonjour à
tous et à toutes. Alors, je suis Hélène Belleau, sociologue, professeure
titulaire à l'INRS.
Au Québec, on associe
souvent le mariage à la tradition et l'union libre à la modernité, à l'égalité.
Et, pour cette raison, on a l'impression qu'il y a beaucoup plus de conjoints
de fait en ville, à Montréal et à Québec, et plus de conjoints mariés dans les
régions éloignées et dans les campagnes, en particulier. Or, au Québec, c'est
exactement le contraire. Il y a beaucoup plus de couples mariés à Montréal et à
Québec et beaucoup plus d'unions libres dans les régions du Québec. Je vous
invite à consulter la carte à la page 41.
On voit que, dans les
zones rouges, certaines régions du Québec, il y a plus de 60 % des couples
qui sont en union de fait. Pourquoi? Parce que ce sont principalement les
Canadiens français d'origine catholique qui ne se marient plus. Et, à Montréal
surtout, il y a beaucoup d'immigrants et d'anglophones qui continuent à se
marier.
Nos recherches
montrent que les Québécois francophones associent le mariage à la religion et
aux rôles traditionnels, très peu l'associent à l'encadrement juridique, et
surtout 50 % des conjoints de fait pensent que c'est la même chose d'être
marié ou en union libre. Je vous invite à consulter la page 25.
Dans
la moitié des régions administratives du Québec, plus de 80 % des enfants
naissent hors mariage. En 2022, on a réalisé une enquête auprès de
2 500 Québécois et Québécoises, représentative de toutes les régions. On
leur a demandé s'ils étaient favorables ou non à la proposition suivante :
de donner aux conjoints en union libre les mêmes protections qu'ont les couples
mariés en cas de séparation, mais en permettant un droit de retrait aux couples
qui refusent une telle protection. Les résultats montrent que 70 % veulent
le même cadre juridique pour les mariés et les couples en union libre... en
union de fait. Sont favorables à cette proposition, je fais référence à la
page 29, 75 % des femmes et 68 % des hommes, 76 % des
conjoints de fait. Parmi ceux et celles qui ont une bonne connaissance du
droit, 76 % sont favorables. Parmi ceux et celles qui ont connu un divorce
et qui vivent en union libre, 70 % sont... sont favorables. Et parmi ceux
et celles qui connaissent l'obligation des couples mariés de partager leurs
fonds de retraite, des fonds de pension, 77 % sont favorables.
Le projet de
loi 56 semble s'appuyer sur plusieurs mythes. En voici certains. Mythe n° 1 : les femmes au Québec
gagnent presque autant que les hommes. C'est faux. Dans certaines régions, je
vous rapporte à la page 17 de notre mémoire, là où il y a le plus d'unions
libres, d'unions de fait, dans les zones rouges, on retrouve des grands écarts
de revenus entre les hommes et les femmes
avec enfants mineurs, donc chez les moins de 54 ans. En
Abitibi-Témiscamingue, sur la Côte-Nord, au Lac-Saint-Jean, les hommes
gagnent presque le double du salaire annuel des femmes.
Deuxième...
Un autre mythe, les écarts de revenus entre conjoints se résorbent avec le
temps. C'est faux aussi. Alors, à la page 22 et 23 de notre
mémoire, les femmes au Québec gagnent actuellement 30 % de moins de
revenus de retraite que les hommes. Selon l'étude 2022, une étude réalisée
en 2022 au Québec, les écarts de patrimoine sont très importants aussi entre les hommes et les femmes, surtout chez les
conjoints de fait, la richesse des hommes équivaut à 1,8 fois celle... celle des femmes. Et ces
écarts sont encore plus importants quand on regarde les couples par opposition
aux célibataires.
Par... par ses lois
fiscales et sociales, le gouvernement ne se gêne pas pour marier de force les
conjoints de fait. Il les traite pareillement
et sème la confusion chez les citoyens. Actuellement, le coût de la vie
familiale, l'interdépendance qui se
crée avec la charge... la prise en charge des enfants mais aussi des parents
âgés, pèse beaucoup plus lourdement
sur les épaules des femmes en union de fait que sur celles des hommes. On le
voit lors des séparations et au moment de la retraite. C'est
inacceptable dans une société qui se dit si égalitaire.
Pour toutes ces
raisons, voici notre proposition. Alors, on propose un même traitement
juridique pour les couples mariés et les couples en union de fait, après trois
ans de vie commune, ou quand il y a un enfant, avec un droit de retrait, en tout ou en partie, pour les conjoints de fait,
après avoir consulté des conseillers juridiques indépendants. Et, par respect du droit à l'égalité de tous les
enfants, il ne serait pas permis de se soustraire de la protection de la
résidence familiale et au droit alimentaire...
Le
Président (M. Bachand) :
Merci
beaucoup. Désolé...
Mme Belleau
(Hélène) : ...considérés d'ordre public.
Le Président (M.
Bachand) : ...désolé. Je dois vous
interrompre.
Mme Belleau
(Hélène) : J'avais terminé. C'est bon.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Merci beaucoup. Pardon.
M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M. le
Président. Pre Belleau, Pre Lavallée, bonjour. Merci de participer
aux travaux de la commission. C'est toujours un plaisir de... de vous
retrouver. Et puis je vous dirais : Le projet de loi tombe bien, parce que c'est de façon concomitante
avec votre étude, alors c'est... c'est dans l'actualité, comme on dit.
Bien, d'entrée de jeu, je vous dirais : Que
trouvez-vous de positif avec le projet de loi 56?
Mme
Lavallée (Carmen) : Bien, je peux peut-être commencer, Hélène. J'en ai
fait mention, toute la question d'essayer de contrer la violence
judiciaire, c'est vraiment, je crois, une avancée. Les droits successoraux
aussi, la reconnaissance, là, des droits successoraux entre conjoints de fait,
je pense que c'est une avancée intéressante. Il y a des avancées, la constitution du patrimoine d'union parentale, je ne
voudrais pas qu'on... qu'on interprète nos interventions comme étant le fait qu'il n'y a pas d'avancée ou
qu'il n'y a rien d'intéressant dans le projet de loi. Ce n'est pas le cas.
Je dirais que, de façon générale, on trouve que
ça ne va pas assez loin, et que cet argument-là de la liberté contractuelle,
qui est quand même le fondement, je pense, vous me corrigerez, là, si je me
trompe, qui est un peu le fondement, là, du projet de loi, nous, avec les
études qu'on a menées, on réalise que ça ne peut pas être le fondement de la
décision des conjoints de fait, donc on a des données sur ça. Ce n'est pas...
Ce n'est pas sur cette liberté contractuelle là ou sur la volonté d'être soumis
à un encadrement juridique x ou y, ce n'est pas ça qui conditionne le fait,
pour les couples en union de fait, de se marier ou non. Et d'ailleurs il y a
beaucoup d'idées qui sont préconçues, qui
sont répandues, notamment l'idée que les conjoints de fait n'en voudraient pas,
d'un... d'un encadrement juridique qui serait le même pour les conjoints
de fait et pour les gens mariés. Alors, encore là, cette étude-là qu'on vient
de mener prouve le contraire, puisque la
très grande majorité des... pas seulement des conjoints de fait, on en a
beaucoup parlé, là, mais Hélène me corrigera, mais de l'ensemble des
Québécois et des Québécoises, la population québécoise est largement favorable
à cette idée d'une reconnaissance, mais avec un droit de retrait pour les
conjoints de fait qui voudraient vraiment ne pas être soumis à la protection de
la loi, qui en seraient informés par un conseiller juridique indépendant. Et là je pense qu'on pourrait dire
que, dans leur cas, il s'agit d'un consentement libre et éclairé de ne pas
vouloir être soumis à la protection d'un cadre juridique prédéterminé par la
loi.
M.
Jolin-Barrette : OK. Parce que je regardais votre étude et le
PowerPoint que vous avez soumis, notamment dans... dans les questions,
puis je voulais en discuter avec vous, de la façon dont vous amenez les
questions, vous l'amenez d'une façon qui est quand même positive, lorsque vous
avez sondé les gens. Je donne un exemple, là, vous dites : «Donner seulement aux conjoints en union libre qui ont des
enfants ensemble les mêmes protections qu'ont les couples mariés en cas
de séparation.» Tu sais, vous parlez de «donner», de «protection». Est-ce que
vous pensez que ça aurait été différent si
on avait utilisé, supposons, les termes «obligation», «soumettre», «assujetti»
dans la formulation de la question?
Parce que c'est sûr, si on demande à quelqu'un : Voulez-vous les mêmes
droits? Bien, c'est une approche positive.
Si vous dites : Voulez-vous avoir les mêmes obligations? Là, peut-être que
la perception de la personne, elle est différente aussi.
Mme Belleau (Hélène) : Moi, je pense
que les gens auraient répondu sensiblement de la même manière, d'autant qu'on a
regardé aussi les gens qui connaissaient le droit, entre autres, par rapport
aux gens mariés, et qui pouvaient... qui savaient très bien de quoi il
retournait par rapport à la... au partage des fonds de pension, et c'est juste quand on regarde ces gens-là, je pense,
qu'on est à 77 % qui sont favorables. La question, c'est que les gens...
Alors, il y a deux choses. D'un côté, les gens pensent que c'est pareil,
beaucoup de gens pensent que c'est pareil d'être mariés ou en union libre, mais
même ceux qui connaissent bien le droit... Souvent, en fait, les gens ne se
marient pas pour les questions juridiques, ils se marient pour un paquet
d'autres raisons, parce qu'ils s'aiment, parce qu'ils sont... c'est une tradition familiale, et ceux qui ne se
marient pas, de la même façon, ne se marient pas parce qu'ils l'associent
à la religion, parce que ça coûte trop cher et, de faire un petit mariage qui
ne coûte pas cher, ce serait un affront à la famille étendue.
Donc, il y a
un paquet de raisons qui expliquent ça, mais, en même temps, les gens, au
Québec, ne savent plus qui est marié et qui ne l'est pas. Puis ça, je
pense, c'est un élément qui est bien important. Regardez autour de la table,
là, est-ce que vous êtes en mesure de dire
qui est marié, qui ne l'est pas? Ce qu'on voit, c'est qu'au Québec il y a un
recul...
M. Jolin-Barrette : Je vous dirais,
Pre Belleau, si je regarde la main des gens, à moins qu'ils aient enlevé leur
alliance pour venir à Québec, je devrais le savoir.
• (15 h 40) •
Mme Belleau (Hélène) : Pas nécessairement,
vous seriez surpris, parce qu'il y en a qui l'ont enlevée probablement et il y
en a d'autres qui portent peut-être une alliance qui vient d'un parent. La
raison à la... En fait, je vous pose cette
question-là, parce que ce qu'on voit, c'est que tous les marqueurs de
l'alliance ont disparu. Les femmes, quand... depuis les années 80,
gardent leur nom quand elles se marient.
On le voit même aussi dans... On a parlé des
alliances, mais on le voit aussi dans le vocabulaire qu'utilisent les
Québécois. Alors, le terme le plus neutre, c'est «conjoint», on présente son
conjoint et sa conjointe. En France, le terme
«conjoint» a une connotation juridique, alors qu'ici on ne sait pas si la
personne est mariée ou pas. Les gens qui sont mariés, quand ils sont
dans une situation... quand ils sont avec, par exemple, des... des personnes
immigrantes dans des relations formelles, donc les gens
qui ne sont pas mariés, dans ces situations-là, vont souvent présenter leur conjoint ou leur conjointe comme étant leur mari
ou leur femme parce que ce qui signifie... c'est que c'est une relation qui est
solide, qui est sûre. Et des gens mariés, a contrario, vont souvent présenter
leur conjoint ou leur conjointe comme leur chum et blonde, parce que ce
sont des termes qui... qui met de l'avant, en fait, le côté affectif. Alors,
même dans le vocabulaire, on voit que les... les termes «chum», «blonde»,
«conjoint», «conjointe» sont devenus plus inclusifs que «mari» et «femme».
C'est une évolution, ce qu'on voit, depuis des années, en fait, alors que
«chum», «blonde», avant, c'était juste pour les gens qui n'étaient pas mariés.
Donc, aujourd'hui, pour la majorité des gens,
être marié ou en union libre, c'est la même affaire, mais le droit social, fiscal donne l'impression que c'est
la même chose puis c'est... pour la plupart des citoyens, c'est difficile de
comprendre que le gouvernement peut dire une chose et son contraire et, dans la
vie de tous les jours, les gens ont l'impression
que c'est la même chose, sauf quand arrive une séparation, et là il y en a
plusieurs qui ont des... ou le moment de la retraite, et là les gens ont
des mauvaises surprises.
M. Jolin-Barrette : Mais je reviens
sur la... sur ma question précédente, là. Vous avez dit dans votre intervention : Les gens sont peu informés de
leurs droits et leurs obligations, mais vous dites : Sur un certain
échantillon de gens qui le savent, même eux, ils se marient, mais ils ne
savent pas nécessairement les conséquences associées à l'union. Donc...
Mme Belleau (Hélène) : Ce n'est
pas...
Mme Lavallée (Carmen) : Ce n'est pas
ça qu'on dit, non.
Mme Belleau (Hélène) : Non, non,
non, ceux qui... ceux qui se sont mariés, alors... Particulièrement, ceux qui
connaissent mieux le droit, c'est ceux qui se sont mariés religieusement parce
qu'ils ont des cours de préparation au
mariage et qui ont des cours avec un juriste, il y a une séance qui est dédiée
à ça. Les gens qui sont mariés connaissent ces droits, mais les couples
en union libre, justement, qui... Il y a des couples en union libre qui
connaissent les droits aussi, mais c'est
50 % dans la population en général. Et donc, chez les couples en union
libre en particulier, c'est la moitié, justement, des couples qui ne...
qui ne connaissent pas le droit.
M. Jolin-Barrette : OK. Sur la
question de, bon, au-delà du fait que vous, vous dites : On devrait avoir
les mêmes protections en mariage puis en union de fait, la position par
rapport... avec les enfants ou sans enfant, faites-vous une distinction par
rapport à ça?
Mme Lavallée (Carmen) : C'est sûr
que la question de... avec enfant ou sans enfant, elle est difficile à trancher
parce que, dans le temps, on est tous sans enfant et on devient, à un moment
donné, avec enfants aussi. Donc, si la
possibilité de se retirer d'un cadre juridique x est liée à la question des
enfants, bien, ça met en perspective la possibilité de devoir changer,
finalement, ou de faire de nouveaux choix.
Moi, je pense qu'on devrait établir, pour tous
les couples, un cadre minimal et permettre aux conjoints de fait de se retirer de certaines dispositions de la loi.
Mais, comme je disais, par rapport aux enfants, au moment de la naissance
d'un enfant, ça pourrait être conditionnel à la naissance d'un enfant. Là, on
dirait... Ça, par exemple, la protection de la résidence familiale, à mon avis,
ça devrait s'appliquer à tous les enfants, hein, peu importe, là, en union
parentale, en mariage, en union de fait, peu importe, parce que ça fait partie
de leurs droits à eux. Et, ensuite, sur la question de l'obligation
alimentaire...
M. Jolin-Barrette : C'est ça...
Pre Lavallée, c'est ça qu'on fait, là, avec le fait que ça va être une
disposition qui va être impérative, d'ordre public, pour les résidences, pour
les nouveaux enfants.
Mme Lavallée (Carmen) : Oui, mais
seulement ceux qui seront en union parentale.
M. Jolin-Barrette : Effectivement,
mais...
Mme Lavallée (Carmen) : Donc, tous
ceux...
M. Jolin-Barrette : ...vous pensez à
quoi?
Mme Lavallée (Carmen) : ...les
exemples que je vous ai donnés tout à l'heure, là, par exemple, l'enfant qui
naît dans l'union de fait, mais dont l'un des parents est marié, les gens des
associations des familles recomposées pourront
vous en parler. Le fait qu'un des conjoints soit marié, d'après ce que j'ai
compris dans le projet de loi, mais j'ai peut-être mal compris, ça tient
en échec la constitution de l'union parentale.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais comme
on ne peut pas se retrouver dans deux mariages non plus.
Mme Lavallée (Carmen) : Oui. Non,
mais je ne dis pas qu'il faudrait que ce soit le cas, mais je dis que ces
enfants-là, ils sont nombreux, ils ne seront pas en union parentale, les
parents de ces enfants-là ne seront pas en union parentale. Donc, d'après ma compréhension,
ça ne s'appliquera pas à eux. Donc, c'est pour ça que cette idée-là, tu sais, puis je reviens là-dessus... Puis, tu
sais, pourquoi on ne peut pas, peut-être, s'entendre? C'est que nos prémisses de
base ne sont peut-être pas les mêmes,
nécessairement. Moi, je pense que distinguer sur le fondement seulement d'avoir
un enfant ou pas, c'est comme considérer que c'est la seule cause de dépendance
ou d'interdépendance économique qui peut survenir dans un couple. C'en est une,
c'en est une qui est importante, mais ce n'est pas la seule non plus. Et c'est
peut-être sur ce fondement-là que moi, j'ai des réserves. Tu sais, on peut
penser... Il y a toutes sortes de cas d'interdépendance financière qui peuvent
survenir.
Pensons, par exemple, à un couple en union de
fait qui a le projet d'avoir un enfant. On sait qu'il y a beaucoup de couples
qui ont des problèmes de fertilité à l'heure actuelle, ça peut durer des
années, ça peut entraîner toutes sortes de conséquences, il peut y avoir des
absences, etc. Une conjointe qui suit, par exemple, son conjoint à l'étranger
qui a une promotion, qui est un cas quand même assez fréquent maintenant, la
mobilité de la population est beaucoup plus grande, tous ces cas de figure là
ne sont pas prévus dans le cadre du projet de loi 56. Prenons le cas, je
pense à une décision que j'ai lue, là, en jurisprudence, où la dame assume les
soins des enfants de son conjoint qu'il a eus d'une union antérieure. Donc,
tous ces cas de figure là, on peut être d'accord ou pas.
Nous, on pense que c'est des cas qui devraient
être couverts, non seulement parce qu'il faut préserver les enfants, mais je
pense qu'il faut préserver aussi le droit à l'égalité des femmes. Et, moi,
c'est peut-être ma principale critique que
je fais au niveau de ce projet de loi là. C'est une avancée, il y a des choses
intéressantes, mais il n'assume pas la protection du droit des femmes à
l'égalité.
M. Jolin-Barrette : Le temps va
vite, puis je veux céder la parole à mes collègues. Mais, cela étant, nous, le
fondement du projet de loi, c'est notamment le fait d'avoir un enfant commun.
J'entends bien ce que vous me dites, qu'il peut y avoir des situations où,
parfois, sans enfant, on a un conjoint malade, on s'occupe des enfants de son nouveau conjoint, comme vous le dites, également.
Il y a toujours la possibilité aussi de faire des contrats de vie commune
aussi qui existe. Donc, c'est sûr que...
Mme Lavallée (Carmen) : Oui, mais
les gens, ils n'en font pas, on le sait, on a des données là-dessus, c'est
moins de 8 %.
M.
Jolin-Barrette : Mais il y a un équilibre aussi à avoir, puis je
vous laisse là-dessus, entre ce que l'État impose à la population et la liberté
contractuelle aussi. Mais j'ai trouvé la discussion fort intéressante, je vous
laisse la continuer avec mes collègues. Merci beaucoup d'être venues en
commission parlementaire.
Mme Lavallée (Carmen) : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de Laval-des-Rapides,
pour quatre minutes.
Mme
Haytayan : Merci, M. le Président. Bonjour, Pre Belleau,
Pre Lavallée. Merci d'être ici, de prendre le temps avec nous. Je me demandais, que pensez-vous du
fait que le PL, le projet de loi 56... prévoit que la prescription ne
court pas entre les... conjoints en union parentale?
Mme Lavallée
(Carmen) : Bien, écoutez, je pense que c'est la même chose
qu'entre époux, hein, la prescription ne court pas entre époux ou entre
conjoints en union civile. Donc, je pense qu'à ce niveau-là il y a une certaine
cohérence, là, à faire avec l'union parentale.
Mme Haytayan : Parfait. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée de Vimont.
Mme Schmaltz : J'ai combien de
temps?
Le Président (M.
Bachand) : 3 min 29 s.
Mme
Schmaltz : OK. Parfait. En fait, je me questionne concernant
le mythe n° 3, vous mentionnez que... En fait, vous
dites que les écarts de revenus entre conjoints, conjointes se résorbent avec
le temps. Est-ce que vous êtes affirmatives là-dessus? Parce que, parmi les obstacles,
c'est sûr, vous parlez de, bon, il y a des obstacles à l'épargne, et puis on
parle des congés de maternité qui sont un obstacle à l'épargne deux fois plus
souvent pour les femmes. Ça, bon, on s'en
doute, là, parce que, généralement, c'est plus les femmes qui prennent les
congés, mais c'est quand même une petite période, là, ce n'est pas
quelque chose qui s'inscrit dans le temps, là, on ne parle pas pendant 10 ou
15 ans, là, de congé maternité, là.
En fait, moi, ce qui me... ce qui me surprend, c'est
qu'on affirme... ça ne se résorbe pas, c'est comme ça, c'est... c'est inscrit,
puis il n'y a pas moyen de penser qu'à un moment donné on se... on va rejoindre
l'autre.
Mme Belleau (Hélène) : En fait,
d'abord, un 5 000 $ qui n'a pas été placé ou qui n'a été mis de côté
une année 30 ans plus tôt, 30 ans plus tard, il en vaut
40 000 $. Quand on regarde les écarts...
Mme Lavallée
(Carmen) : Dans son régime de retraite.
Mme Belleau (Hélène) : ...dans un
régime de retraite, oui, merci, Carmen. Quand on regarde les écarts de... au
niveau, justement, de la retraite, de revenus au niveau de la retraite, on voit
justement que les écarts se creusent entre les hommes et les femmes. Il y en a
certainement quelques-unes qui vont réussir, justement, à rattraper ce
temps-là, sans... sans aucun doute, mais les... Ce qu'on voit aussi, c'est que
les conjoints ne compensent pas l'un pour
l'autre et que, surtout, en fait, tout ce qui est d'épargne à plus long terme
est un impensé de la vie conjugale. Alors, moi, j'ai étudié beaucoup la gestion
de l'argent dans les couples, puis, quand on arrive sur justement, est-ce que
vous avez mis de côté de l'argent ensemble, est-ce que vous essayez de
compenser l'un pour l'autre, tout d'un coup, les gens, ils disent : Ah! on
n'a pas pensé à ça.
Alors, c'est des choses qui sont très
mécaniques, hein, parce que... en tout cas, dans la gestion de l'argent. Il y
en a certains qui vont s'en remettre. Mais moi, je vous dis, quand on regarde,
en bout de ligne, quand on regarde les statistiques, les grands chiffres, bien,
c'est bien de valeur, mais il y a des écarts énormes.
Mme Lavallée (Carmen) : C'est la
réalité.
Mme Belleau (Hélène) : C'est la
réalité.
Mme Schmaltz : Est-ce qu'on connaît
le pourcentage de femmes qui ont des fonds de pension?
Mme Belleau (Hélène) : Oui, on l'a.
C'est à la page, à la... à la dernière, attendez un peu, dans le... Vous avez
un tableau, en fait, qui a été fait par le Conseil du statut de la femme, à la
page 46, où on voit le nombre de femmes,
on voit les écarts. Puis c'est justement, quand je vous dis, 30 % de moins
de revenus de retraite, c'est de ça que... je l'ai dit.
Mme Schmaltz : OK, parfait. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Il reste une minute, Mme la
députée de... Oui, Mme Lavallée.
Mme Lavallée (Carmen) : Ah! Non,
mais c'est bon, je vais laisser le temps à... pour une autre question.
Le Président (M.
Bachand) : OK. Il reste une minute. Mme la
députée de Laval-des-Rapides.
• (15 h 50) •
Mme Haytayan : Merci. Vous disiez
tout à l'heure que vous voyez d'un bon oeil les mesures pour contrer la
violence judiciaire en cas de séparation. Pouvez-vous nous dire comment vous,
vous pensez que ça va aider?
Mme Lavallée
(Carmen) : Bien, je pense que... je n'ai pas fait l'étude
détaillée du projet de loi. Et évidemment il faudra voir, là, ce qui est... ce qui sera déterminé par les tribunaux,
quel est l'encadrement que les tribunaux donneront, là, à cette... à ces nouvelles
dispositions là. Mais ce que j'en ai compris, c'est que le tribunal pourrait
condamner à des dommages-intérêts un
des conjoints ou une conjointe qui se livrerait, là, à une démultiplication des
procédures judiciaires visant à
épuiser l'autre psychologiquement et surtout financièrement. Donc, c'est pour
ça que je dis que c'est... en fait, c'est un frein à la violence
judiciaire. Et ça, on le voit, je pense que tout le monde le voit d'un très bon
oeil.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, s'il vous plaît.
M.
Morin : Merci, merci, M. le Président. Alors, bonjour,
mesdames, Bon après-midi. Merci pour le document que vous nous avez
produit. Si j'ai dû m'absenter, ce n'est pas par manque d'intérêt pour votre
exposé, mais j'avais une allocution à prononcer au salon bleu, alors je tiens à
m'en excuser.
Maintenant,
j'ai quelques questions... quelques questions pour vous. On en a parlé un peu
plus tôt ce matin, il y a d'autres experts qui ont donné leur opinion
là-dessus, mais j'aimerais savoir ce que vous en pensez. Le projet de loi crée évidemment
un patrimoine d'union parentale, et c'est l'article 3 du projet de loi qui
va ajouter un article, dans le Code civil, 521.30.
Le projet de loi dit que, dans le patrimoine
d'union parentale, il y aura, entre autres, la résidence familiale, les meubles, les véhicules automobiles, mais...
pour les déplacements de la famille, mais rien d'autre. Et, ce matin, il y a plusieurs...
en fait, il y a des gens qui nous disaient : Bien, si on veut créer un
patrimoine d'union parentale pour la famille, pourquoi ne pas inclure d'autres
biens, qu'ils soient meubles ou immeubles, utilisés par la famille? Pourquoi restreindre à cette énumération-là? J'aimerais...
j'aimerais vous entendre là-dessus, s'il vous plaît. Je ne sais pas si vous
avez une opinion.
Mme Lavallée
(Carmen) : Oui. En fait, je sais qu'il y a eu un débat autour de la
question des résidences secondaires : Est-ce que les résidences
secondaires devraient être incluses dans le patrimoine d'union parentale comme
elles le sont, là, pour... en cas de mariage? Je dirais, bien oui, peut-être,
pourquoi pas, mais je trouve que cette question-là, elle est souvent utilisée
un peu comme une distraction, hein, parce que des résidences secondaires, ce n'est pas tout le monde qui en a, c'est quand
même une certaine classe privilégiée qui pourrait en profiter. La plupart
des citoyens n'en ont pas, là, de chalet sur le lac
Memphrémagog ou de condo en Floride. Donc, oui, pourquoi pas, mais je pense que
la faiblesse, à notre sens, du projet de loi, c'est d'abord les régimes de
retraite. J'ai entendu des gens dire : Les régimes de retraite, ce n'est
pas des biens familiaux. Bien non, je suis désolée. Comme le disait tout à
l'heure ma collègue, pendant qu'on est en congé de maternité, on a le Régime
québécois d'assurance parentale le plus généreux au monde, il faut s'en
féliciter, mais pendant toutes ces périodes de temps là où les femmes, les
hommes aussi, mais les femmes sont en congé de maternité, les prestations du
régime d'assurance parentale, ce n'est pas du revenu, donc ça empêche l'investissement
dans les régimes de retraite. Et, comme on disait tout à l'heure,
5 000 $, 6 000 $, 7 000 $, 8 000 $
qu'une femme n'investit pas dans son régime de retraite l'année ou la période
de temps où elle est en congé parental, ça peut donner des sommes extrêmement
importantes au moment de la retraite et c'est ce qui explique que les femmes au
Québec ont 30 % de moins de revenus à la retraite.
Donc, je pense que le
coeur du projet de loi... ou si on voulait... je pense que ce n'est pas
l'objectif du projet de loi, mais si on
avait voulu contrer peut-être ces inégalités économiques très importantes,
c'est d'abord par le partage des régimes de retraite et par
l'institution d'une pension alimentaire qu'on aurait pu le contrer de façon
véritable. Évidemment, sur la question des partages... du partage des biens,
oui, il pourrait y avoir un droit de retrait, à mon sens, pour les conjoints de
fait qui, étant bien informés, choisiraient de se soustraire au partage des
résidences, mais...
Mme Belleau
(Hélène) : Et j'aimerais rappeler que...
Mme Lavallée
(Carmen) : Oui, vas-y, Hélène.
Mme Belleau
(Hélène) : ...80 % des couples en union libre ont déjà acheté la
maison ensemble.
Mme Lavallée
(Carmen) : Oui. C'est 14 % des couples dont on parle ici, là.
Mme Belleau
(Hélène) : Ça fait qu'au début de notre exposé, là... C'est ça. Donc,
finalement, ça ne touche pas grand monde, 14 %, à peu près des Québécois,
des Québécoises.
Mme Lavallée
(Carmen) : Oui, parce qu'ils sont copropriétaires, les autres, là.
Mme Belleau
(Hélène) : Ils le sont déjà.
M. Morin : Exact.
Non, mais c'est... Je vous remercie.
Mme Belleau
(Hélène) : Ça fait partie de l'engagement des couples. Quand les
couples ne se marient pas, ils achètent ensemble une maison, ils ont des
enfants ensemble, c'est une façon...
Mme Lavallée
(Carmen) : ...ils achètent la maison.
Mme Belleau (Hélène) : Oui, ou le contraire,
c'est ça. Mais ça fait partie de l'engagement, et donc c'est devenu une pratique courante pour les conjoints de fait
de, puis ça coûte cher, une maison, donc ils mettent leur argent ensemble
pour s'acheter une maison. Donc, c'est... partage de la maison familiale, oui,
mais...
Mme Lavallée
(Carmen) : Oui, mais pour peu d'entre eux.
Mme Belleau
(Hélène) : Très peu.
Mme Lavallée
(Carmen) : Donc, les meubles, c'est souvent une valeur moins... moins
importante. Les autos sont souvent louées.
Maintenant, de moins en moins de gens sont propriétaires de leur voiture, donc,
ça veut dire qu'ils sont théoriquement exclus du partage. Donc, dans ce
patrimoine d'union parentale, il y a la résidence, en réalité, qui peut avoir une certaine valeur. Puis il ne faut pas... je
veux juste préciser qu'on ne parle pas ici de la moitié de la valeur nette de la résidence, hein? Et
d'ailleurs, le projet de loi 56, prévoit des déductions de la valeur
partageable qui sont interdites en matière de mariage. La période de
temps qui va servir à la constitution de cette créance-là, de partage, elle va être beaucoup moins grande, la
valeur partageable, parce que ce n'est pas au moment de la constitution de
l'union que la valeur partageable commence à être calculée, mais à la naissance
d'un premier enfant.
Donc, si le couple a
vécu ensemble pendant sept, huit ans avant la naissance d'un enfant, c'est une
période de temps qui n'est pas prise en considération dans le... la valeur
partageable de la résidence. Donc, sur cette question-là, du patrimoine d'union parentale, honnêtement, je
salue la bonne volonté qu'on a, mais c'est une peau de chagrin, en bout de
ligne, qui va rester, hein, c'est pour 14 % des couples, et c'est des
valeurs partageables qui seront essentiellement assez minimales.
M. Morin : En
fait, je vous remercie, puis merci pour votre éclairage pour les régimes de
retraite, parce qu'on a entendu ce matin, en
fait, plusieurs experts qui disaient : Non, non, non, écoutez, ça n'a rien
à voir, il ne faut surtout pas inclure ça là-dedans. Donc, vous avez...
vous avez, enfin, vous avez une opinion qui est très, très différente...
Mme Lavallée (Carmen) : C'est
différent.
M. Morin :
...donc, c'est enrichissant pour les membres de la commission. Je vous... je
vous en remercie.
Maintenant, quand vous dites «retrait du partage
des biens», bien informer, évidemment, le projet de loi parle d'un... que ce
soit fait par acte notarié, avez-vous des suggestions, des recommandations sur
le comment on devrait informer les gens?
Mme
Lavallée (Carmen) : Oui, je pense que ça peut se faire par acte
notarié. Le problème, avec le projet de loi 56, et je pense que
d'autres personnes vont le souligner, c'est que les gens n'ont pas accès à un
conseiller juridique indépendant. Le notaire, malgré toute sa compétence, il
reçoit généralement les deux membres du couple dans son bureau face à des gens qui auront probablement des droits en opposition.
Donc, je l'ai entendu, moi aussi, là, un notaire, sur les ondes de Radio-Canada, dire : Bien,
moi, je disais à monsieur : Bien là, vous, vous ne devriez pas vous engager
là-dedans, vous devriez vous désister, puis vous, madame, vous auriez intérêt à
être dans l'union parentale. Donc, on laisse
finalement le conjoint le plus vulnérable avoir un peu des pressions de la part
de l'autre. Si ça peut se faire par acte notarié, il faudrait, au
minimum, que chacun d'entre eux ait accès à des conseillers juridiques
indépendants de façon séparée pour que, vraiment, là, la personne puisse poser
toutes ses questions, et que ce choix-là soit véritablement éclairé, mais pas
nécessairement sous la pression du moment, là, face à un notaire qui agit pour
les deux puis qui est souvent payé par un des deux aussi.
M. Morin : Merci. M. le Président.
Je pense que ma collègue aurait une question. Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) : 3 min 15 s. Mme
la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Merci beaucoup.
Merci beaucoup, Pre Lavallée et Pre Belleau, pour votre excellente
présentation. D'emblée, je dois vous dire, je suis dans ma sixième année comme
députée, puis c'est rare qu'on reçoit des présentations qui sont si complètes
en format de PowerPoint, qui sont claires. Alors, merci, parce que ça aide
vraiment à comprendre votre position et aussi peut-être à préparer des amendements,
parce que, moi, là... Puis, aussi, vous avez clarifié l'impact sur les femmes,
en particulier, chose que je pense que ça nous tient à coeur ici. J'espère que
le ministre sera à l'écoute en ce qui concerne les modifications qui vont être
nécessaires pour bonifier le projet de loi pour s'assurer qu'on protège les
femmes.
Et j'ai trouvé très intéressante la question du
ministre que j'avais, moi aussi, l'impact sur les femmes qui sont conjointes de
fait sans enfant. Pouvez-vous juste élaborer un peu là-dessus? Parce que c'est
quelque chose, je pense, qui est vraiment manquant. Vous avez parlé des
catégories des femmes, on a parlé des trois catégories des enfants. Mais là,
vraiment, là, on va avoir des femmes qui vont être pénalisées, puis il y a
beaucoup de femmes, maintenant, qu'on sait qui font le choix aussi de ne pas
avoir des enfants.
Mme Lavallée (Carmen) : Oui, oui.
Mais, en fait, puis, Hélène, tu pourras compléter, là, mais...
Mme Belleau (Hélène) : Oui.
Mme Lavallée (Carmen) : ...sur toute
la question du soutien qu'il faut donner aux femmes, je pense que la question
fondamentale, c'est de savoir : Est-ce qu'on considère que c'est une
responsabilité individuelle ou c'est une responsabilité
sociétale? Parce que les gens qui disent : Bien, les femmes maintenant
sont autonomes, elles gagnent leur vie, en gros, qu'elles se débrouillent,
elles font reposer sur des femmes, de façon individuelle, la responsabilité de
leur dépendance financière, alors que c'est un système qui fait en sorte
que les femmes s'appauvrissent.
L'exemple le plus frappant est certainement la
naissance des enfants, qui entraîne... On le sait, les données sont là, les
chiffres sont clairs, là, on ne les invente pas, ils sont là. Ça conduit... ça
induit un appauvrissement d'un certain nombre de femmes. Nous, ce qu'on dit,
c'est que ce n'est pas que la naissance d'un enfant. Pensez, par exemple, aux
proches aidantes, le vieillissement de la population. Il y a de plus en plus de
femmes qui agissent comme proches aidantes,
qui travaillent à temps partiel, parfois, qui vont quitter leur emploi pendant
un certain temps, pour accompagner un parent âgé en fin de vie, pour
soutenir un parent qui a besoin de soins particuliers. Ça, il n'y a aucune...
ce n'est aucunement pris en considération par le projet de loi n° 56.
Et moi, c'est la critique principale que je
fais, c'est qu'on a tout misé sur les femmes qui sont mères, et le critère, à
mon sens, de dans quelle mesure il faut établir ou rétablir un certain
équilibre entre les droits des femmes, c'est
est-ce qu'il y a eu une dépendance ou une interdépendance économique qui a
découlé de cette union-là. S'il n'y en a pas eu, qu'il y ait des enfants
ou pas, ils n'ont peut-être rien à se partager, mais, s'il y en a eu, je pense
qu'il faut les considérer.
Mme Maccarone : Avez-vous des
statistiques en ce qui concerne le nombre de couples qui ont utilisé les
contrats de vie commune? Parce qu'on sait que, comme vous avez dit, c'est très
rare, puis là je peux même penser à des personnes qui ne sont pas dans un état
financière important.
• (16 heures) •
Mme Belleau (Hélène) : C'est moins
de 8 %. Quand on avait posé la question, justement, on avait pris très soin de la manière dont on posait la question,
dans quel ordre, pour que les gens distinguent c'est quoi... en fait, un
héritage ou différents papiers légaux, et c'est moins de 8 %. On pense que
c'est plutôt autour de 5 % des gens qui l'ont fait. Donc, c'est
très peu...
Le Président (M.
Bachand) : Merci, Mme Belleau, merci. Je dois céder la
parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup à vous deux.
J'étais, moi aussi, retenu au salon bleu, donc j'ai malheureusement raté
une petite partie de votre intervention, donc, excusez-moi si la question a
déjà été posée. Mais je reviens, là, sur l'essence même puis l'objectif de
votre mémoire. Si je vous comprends bien, il y a des avancées certaines qui
sont faites, mais, de votre avis, là, est-ce qu'on assure ou on accomplit une
égalité entre les hommes et les femmes avec la version actuelle du projet de
loi? Et sinon, bien...
Mme Lavallée
(Carmen) : Pas du tout.
Mme Belleau
(Hélène) : Clairement pas.
M.
Cliche-Rivard : Pourquoi?
Mme Lavallée (Carmen) :
Pas du tout.
Mme Belleau
(Hélène) : Non, pas du tout.
Mme Lavallée
(Carmen) : Mais ce n'est pas l'objectif.
M.
Cliche-Rivard : Ce n'est pas l'objectif?
Mme Lavallée (Carmen) : Je pense que ce n'est
même pas... L'objectif du projet de loi, il est essentiellement orienté
sur la naissance d'un enfant. Donc, il ne prend pas en... Et c'est un peu ce
que je disais, c'est une idée qui est théoriquement intéressante, qui serait
l'idée selon laquelle on peut assurer l'égalité des enfants sans tenir compte
des conditions financières de leurs parents. C'est comme quand on entend le
gouvernement dire : On va lutter contre la pauvreté chez les enfants.
Bien, la meilleure façon de lutter contre la pauvreté chez les enfants, c'est
de lutter contre la pauvreté en général. Donc, ce n'est pas l'objectif du
projet de loi, on peut être d'accord ou pas. Puis le ministre l'a dit tout à
l'heure : Nous, c'est ça qu'on a choisi de privilégier. Nous, on est plus
ou moins d'accord avec ce choix-là. On trouve qu'il est trop étroit. On ne dit
pas qu'il n'est pas important, là, c'est important de protéger les enfants puis
les... mais ce n'est pas suffisant.
Hélène, je te cède la
parole.
Mme Belleau
(Hélène) : Puis on trouve justement que ça... c'est... ça ne touche
pas tant les enfants. Ce n'est pas les enfants qui sont pauvres, c'est les
parents qui sont pauvres. Quand un couple se sépare, les statistiques sont très
claires, dans un couple en union libre...
Mme Lavallée
(Carmen) : Les femmes sont plus pauvres.
Mme Belleau
(Hélène) : ...les enfants n'ont pas le même niveau de vie dans les
couples en union libre, c'est 40 % qui n'ont pas le même niveau de vie
chez leur père et chez leur mère, alors que c'est beaucoup moins important chez les couples mariés, parce qu'il y a un paquet
d'autres protections. Donc, ce n'est pas les enfants eux-mêmes qui sont pauvres, mais c'est quand ils vivent chez papa ou
quand ils vivent, surtout, chez maman, qui a un revenu nettement moindre.
Mme Lavallée
(Carmen) : Oui. Et on pourrait nous prétendre que ce n'est pas un
droit des enfants, ça, de ne pas subir une baisse de leur niveau de vie, donc
ce n'est pas un droit. J'ai entendu, là, une collègue dire : Ça, c'est des
droits, puis ça, ça n'en est pas. C'est, à mon sens, une discrimination
indirecte des enfants qui découle de la discrimination dont leur mère est
victime.
M.
Cliche-Rivard : Parfait. Je vous laisse sur un dernier point...
Mme Lavallée
(Carmen) : Donc, si on n'assure pas l'égalité économique des femmes,
forcément, par ricochet, ça atteint les enfants.
M. Cliche-Rivard : Merci. Vous avez
mentionné, justement, le volet sur l'exclusion des régimes de retraite, là.
Qu'est-ce qui, selon vous, explique ça ou justifie ça dans le projet de loi actuel?
Puis est-ce que les réserves que vous avez entendues jusqu'à date sont
justifiées, selon vous?
Mme Lavallée
(Carmen) : On a un peu répondu. À mon avis, elles ne sont pas
justifiées. De nous dire que ce n'est pas un bien familial, les régimes de
retraite, on n'est pas d'accord. De nous dire que, maintenant, les femmes en
ont, des régimes de retraite, donc c'est formidable, ils ne seront pas obligés
de les partager, c'est un argument qui...
moi, je le trouve parfaitement aberrant. Si ces femmes-là ont des régimes de
retraite, probablement que leurs conjoints en ont eux aussi. Et
probablement qu'il y a plus d'argent dans leurs régimes de retraite, ces
conjoints-là, parce que les chiffres nous montrent que les hommes gagnent plus,
34 % de plus, que les femmes au Québec.
Mme Belleau
(Hélène) : Et, si ça crée des inégalités parce que madame a un fonds
de retraite et monsieur n'en a pas, on ne
pourrait pas prévoir un mécanisme pour rétablir cette inégalité plutôt que de
dire : On les enlève tous?
Mme Lavallée (Carmen) : C'est
facile, on a juste à donner aux tribunaux le pouvoir d'ordonner qu'il n'y en
aura pas, de partage du régime de retraite de madame. Parce que le cas qu'on
nous évoque toujours, c'est le monsieur qui,
lui, a beaucoup d'argent, il n'investit pas dans son régime de retraite parce
qu'il sait qu'il va être obligé de le partager, alors il l'investit en
dehors du patrimoine familial. Parfait. La solution à ça, ce n'est pas de
dire : Il n'y aura pas de partage. La
solution, c'est de dire : Dans ces cas-là, madame, elle, elle ne le
partagera pas, son régime de retraite. C'est simple.
Le Président (M. Bachand) :
Merci. Merci beaucoup.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup
pour votre passion.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Jean-Talon.
Mme Lavallée (Carmen) : On parle
trop, on s'en excuse.
Le Président (M.
Bachand) : Ça va, ça va. Ça va bien. M. le
député de Jean-Talon.
M. Paradis : Oui. Merci beaucoup. On
a 2 min 38 s ensemble, ce n'est pas beaucoup. Vous avez dit que
le projet de loi n° 56 prive certaines personnes des maigres avancées de
la jurisprudence. Vous référez ici à la diapo 12 de votre présentation,
que vous avez transmise, c'est bien ça?
Mme Lavallée (Carmen) : Oui. Je...
Bien, 12... je ne sais pas si c'est 12, là, mais...
M. Paradis : Bien, sur la... sur la
prestation compensatoire...
Mme Lavallée (Carmen) : Oui, oui,
oui. Oui, absolument, vous avez raison.
M.
Paradis : ...la valeur de la
prestation, la non-reconnaissance du travail non rémunéré, le fardeau de
preuve. C'est ça?
Mme Lavallée (Carmen) : Oui.
M. Paradis : OK. Parce que c'est
quand même... c'est quand même un commentaire très important.
Je suis allé voir votre étude, en fait, qui est
beaucoup citée dans votre document, Le cas du Québec en 2022. Je
comprends que vous avez, donc, sondé 1 000 personnes en 2021 puis
2 520 personnes en 2022. Vous avez posé la question, qui m'apparaît très importante, là, à la page 29 de votre
mémoire, donc : donner aux conjoints en union libre les mêmes
protections qu'ont les couples mariés en cas de séparation, mais en permettant
un droit de retrait. C'était en 2022. Le ministre dit : Bien, en réalité,
on fait une partie de ça, pas complètement, mais on fait une partie de ça, parce qu'on part d'un régime qui n'avait pas de
protection, là on en donne certaines qui sont essentielles, pas d'autres,
puis avec un droit de retrait.
Est-ce que vous pensez que, si vous posiez la
question avec ce qu'on a devant nous actuellement, vous auriez le même genre de
réponses? Est-ce que les gens seraient contents de ça ou, cette réponse-là,
vous considérez que c'est encore celle qui est valide aujourd'hui face au
projet de loi qu'on a devant nous?
Mme Belleau (Hélène) : Bien, ce qui
est particulier, c'est qu'on s'est aperçu que les gens étaient plus favorables
quand la proposition était plus inclusive, plus large. Si on se limite juste
aux parents qui ont des enfants, il y a moins de gens qui sont favorables,
alors que, si on ouvre ça plus largement puis qu'on dit : On traite tout le
monde de la même manière mais avec un droit de retrait, là les gens sont
favorables.
M. Paradis : Ça, vous l'avez mesuré,
ce que vous... ce que vous venez de mentionner?
Mme Belleau (Hélène) : Oui, oui,
vous le voyez... Oui, oui, c'est tout à fait... Regardez dans les faits... Ah!
non, on ne l'a pas mis dans les faits saillants. Mais oui, c'est dedans, là,
c'est clair, clair, oui.
Mme Lavallée (Carmen) : ...si on
regarde l'adhésion à la proposition qui serait de reconnaître les mêmes droits
à... seulement aux couples qui ont un enfant commun, ce que... ce que prévoit
le projet de loi n° 56, c'est l'affirmation qui reçoit le moins
d'approbation. Donc, l'idée... C'est pour ça qu'Hélène dit : Ce qui est
ressorti de l'étude, c'est que plus la proposition,
elle est inclusive... C'est l'idée un peu de l'égalité. Je pense que, chez les
Québécois et les Québécoises en général, ils sont assez favorables à
cette idée que les gens soient traités équitablement, de la même manière, après une union qui a duré un
certain temps, après la naissance d'un enfant, comme les lois sociales, hein? Comme
Hélène le disait, on les marie de force dans ce cas-là.
Mme
Belleau (Hélène) : Alors, c'est à la page 31 du mémoire. Vous
l'avez, la statistique. Donc...
Le
Président (M. Bachand) : Très bien.
Mme Lavallée
(Carmen) : Donc, notre réponse, c'est non.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
M. le député. Le temps va rapidement. Alors, Pre Lavallée,
Pre Belleau, merci beaucoup d'avoir été avec nous. Merci beaucoup.
Une voix : Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Et je suspends
les travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 08
)
(Reprise à 16 h 10
)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux. Alors, il me fait plaisir d'accueillir Me Suzanne Guillet,
médiatrice en matière familiale. Merci beaucoup d'être avec nous, encore une
fois. Alors, je vous laisse la parole immédiatement pour 10 minutes, et,
après ça, nous aurons une période d'échange avec les membres de la commission.
Merci.
Mme Suzanne Guillet
Mme Guillet (Suzanne) : Parfait. Et là je mets
mon chrono, justement. Alors, merci pour... merci pour l'invitation.
Je dois vous dire
que, bon, j'ai fait partie de la commission qui a donné suite au rapport qui a
été préparé par Me Roy. Mais ce que je dois vous dire, ce que j'ai le plus...
ce que je trouve le plus important, ayant eu beaucoup d'années de litige,
j'ai... j'ai arrêté de faire du litige il y a à peu près trois ans, c'est la
prévisibilité pour le justiciable. Ça, c'est
essentiel. Pour arriver à pouvoir négocier adéquatement, il faut absolument
avoir des dispositions claires, un encadrement clair pour que les
parties puissent négocier et qu'à ce moment-là ils n'aient pas à faire arbitrer
par le tribunal. Et je ne vous apprendrai
rien en vous disant que, compte tenu du coût pour aller devant les tribunaux,
de moins en moins... même de personnes de la classe... de la classe moyenne
ont beaucoup de difficulté à y aller.
Alors,
je commence. Donc, prévisibilité. Je dois vous dire, et j'ai fait le... j'ai...
j'ai indiqué, à la fin de l'union parentale, selon le document que je vous ai
préparé, important pour la prévisibilité de n'absolument pas le laisser tel
quel, avec respect. C'est... la fin de la vie commune, manifestation expresse
ou tacite des volontés. Là, on est repartis pour un tour.
Il y a un article qui
est dans le code, qui est éprouvé depuis le patrimoine familial, donc depuis
1990, qui indique que la fin est à la fin de la vie commune, et, à ce
moment-là, toute la jurisprudence est bien assise et elle est très, très claire, on n'a pas à recommencer en
reprenant ces termes-là. Donc, ça touche aussi les gens qui, pour des motifs
économiques de réorganisation, vont vivre sur le... continuer de vivre sur le
même toit, mais on va les déclarer qu'ils sont quand même séparés.
Alors, la jurisprudence est claire. Alors, moi, ce que je vous soumets :
Ne recommençons plus, surtout qu'on a une disposition qui est... qui est là.
Le délai pour les
mesures de protection. On a... Et ça, je salue, effectivement, que, maintenant,
autant les enfants, peu importe l'union,
bénéficient d'une protection pour pouvoir rester dans le domicile conjugal. Je
vous soumets que le 30 jours devrait être retiré et il n'a rien à
voir avec la réalité. Les gens qui... Les conjoints qui se séparent,
premièrement, il faut qu'ils atterrissent de leur séparation. Le temps qu'ils
prennent pour aller soit consulter, soit pour se rendre en médiation, et tout
ça, ça prend beaucoup plus que 30 jours. Alors, ce délai-là, quant à moi,
devrait être complètement retiré, parce que,
si on laisse ce délai de 30 jours, même si on le met à 60, 90, c'est... ça
ne s'applique pas. Il faut que les gens aient la liberté de le faire, de
consulter. Et surtout, et ça, je vous l'indique, ça va à l'encontre de tout ce
que... ce qu'on essaie d'inculquer sur les modes de règlement de conflits,
d'aller essayer de régler ça... de régler ça
à l'amiable entre... entre eux. Alors, pour ça, il faut leur laisser le temps.
Et vous comprenez que je ne suis pas inquiète,
si un conjoint arrive et vient comme un an plus tard demander la possession de
la résidence, ça devrait... ça, c'est la jurisprudence qui pourra se
développer toute seule. Alors, ça, vraiment, quant à moi, il faudrait le
retirer.
Patrimoine de l'union
parentale. Vous voyez, pour moi, cet article-là, c'est... c'est vraiment...
pour moi, l'article en soi est un mode de
règlement de conflits. C'est clair, les biens sont nommés, on pourrait ajouter,
tu sais, les résidences, toutes les
résidences utilisées par les enfants, mais les biens sont clairs, sont
identifiés, et là les gens peuvent aller négocier sur cette base-là, de
façon très claire, sans avoir recours à aucun... aucun tribunaux. Et ce qu'on
sait, c'est que la majorité des actifs, pour
la majorité de la moyenne des Québécois et Québécoises, c'est ces actifs-là, si
j'exclus le fonds de pension, mais
c'est vraiment la maison, les meubles, les autos, c'est... c'est les actifs
qu'ont en général les gens.
Retrait... Excusez,
je me minute. Retrait du... Retrait partiel ou total de l'union parentale. Je
pense que ça, c'est une disposition qui doit
être permise, qui laisse la liberté aux gens de... et c'est un «opting out», et
non un «opting in», et... mais la condition sine qua non pour... selon
moi, dans mon opinion, c'est vraiment ce que je vous ai mis.
Moi,
je... bien là, vous voyez mon âge, moi, j'ai connu la... les conventions d'un
assujettissement du patrimoine familial
en 1989. Je pense que j'avais fait une cinquantaine d'entrevues à la fin
d'octobre, novembre, décembre. Et là, c'est ça, les gens ne... souvent
ne savaient absolument pas les... ce qu'ils allaient signer. Donc, formation
préalable en violence pour les notaires,
violence psychologique, pour savoir si... est-ce qu'il y a des moyens
coercitifs, et tout ça. Inventaire
des biens, parce que ceux qui vont le faire en cours de régime... inventaire
des biens comme c'était... comme c'était le cas... comme c'est le cas et
c'est censé être le cas lorsque vous changez de régime... d'un régime de
société d'acquêts à un régime de séparation
de biens, donc c'est très important, puis même projectif. Quelqu'un qui vient
vous voir, qui veut se retirer, encore faut-il savoir à quoi cette
personne-là renonce. Alors, pour moi, c'est important.
Et la condition aussi, c'est l'obligation. Et
ça, c'est l'obligation qui est déjà à 618, pour l'ensemble des médiateurs, de
toutes professions confondues, savoir que, si on constate, à titre de
professionnel... Parce que, vous voyez, en
médiation, les gens viennent nous voir, et tout ça, et ils peuvent très bien
prendre le résumé des ententes, il y a des
formulaires sur Internet, et aller se divorcer avec ça. Donc, c'est notre rôle
de voir... si on voit qu'il y a un préjudice pour le conjoint ou les
enfants, bien là, à ce moment-là, de les référer pour aller chercher une
opinion indépendante, pour savoir... sur ce point, ce qui aide à négocier quand
ils reviennent.
Vous avez... Bon, prestation parentale...
prestation compensatoire parentale. Évidemment, on l'a travaillée pendant deux
ans. Ça, encore une fois, c'est quelque chose qui fait en sorte qu'on peut,
avec des tables... Il y a eu des tables... Bon, ça a fonctionné dans les autres
provinces, pas ici parce que ce n'était pas adapté pour les pensions
alimentaires. Il y a les tables pour les pensions alimentaires pour enfants,
mais avec des lignes directrices qui fait en sorte que, si un parent a pris
vraiment la charge... plus la charge de l'enfant, par exemple congé de
maternité, où il n'y a pas eu de... il n'a pas cotisé au fonds de pension, ou
etc., bien là, à ce moment-là, d'avoir des règles très, très claires par des
lignes directrices. Ça peut sembler bien compliqué et, au contraire, ça va
être, selon moi, un pacificateur. Et ça, ça règle exactement... les biens plus
la prestation parentale, ça règle la majorité des dossiers. Il va toujours en
rester à l'extrême, mais la majorité des dossiers sur ces questions-là au
Québec devrait se régler de cette façon-là.
Je pourrai vous revenir parce que j'ai fait le calcul pourquoi la pension
alimentaire, ce n'est pas la bonne... la bonne solution.
Dévolution successorale. Woups! il faut je me
dépêche, parce que ça aussi, ça me tient à coeur. Dévolution successorale. Je
vous ai expliqué. Présentement, c'est 100 % de la succession qui est
dévolue aux enfants. Je vous ai mis un exemple. Avec l'article, c'est qu'il y a
un tiers de la succession, après un an, qui va être dévolu au conjoint... au
nouveau conjoint qui va avoir eu un enfant. Alors, ça, je vous ai donné
l'exemple. Quelqu'un qui a vécu 10 ans, 12 ans, qui ont eu deux
enfants, se sont séparés, et tout ça, là, le... l'autre parent a une nouvelle
relation, elle dure 14 mois, il y a un enfant, bien là, à ce moment-là, le
conjoint de fait... le conjoint de fait va prendre un tiers de la succession
des enfants. Alors, ça, je trouve que ce n'est pas une mesure de protection
pour enfants, en plus quand on pense que, de
toute façon, ce conjoint-là va avoir la rente de conjoint survivant de la Régie des rentes et, s'il a un fonds de pension, la... va avoir la rente du
conjoint survivant du fonds de... du fonds de pension.
Alors, ça, c'est... j'ai... j'ai essayé de voir
dans les autres... dans les autres juridictions, et tout ça, et là j'ai... j'ai trouvé très peu... puis c'est toujours avec
un amalgame d'autres choses, très peu de juridictions, tu sais, qui ont ça. En
tout cas, au Canada, c'est très rare. Alors, ça, je vous dis, c'est... Woups!
Excusez. C'est... C'est moi. C'est comme déshabiller l'un pour habiller
l'autre et... puis le délai d'un an n'a pas de...
• (16 h 20) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup.
Mme Guillet (Suzanne) : Oui.
Donnez-moi...
Le
Président (M. Bachand) :
On va passer à la période
d'échange avec... avec... On va débuter avec le... M. le ministre,
pardon.
Mme Guillet (Suzanne) : Bon, M. le
ministre.
M.
Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Me Guillet, bonjour.
Merci de participer aux travaux de la commission parlementaire sur le
projet de loi n° 56.
Bien, écoutez, vous le dites bien, là, lorsque
les règles de droit sont énoncées clairement, ça simplifie la vie des
justiciables. Alors, je voulais vous demander... Grosso modo, vous avez
dit : Bon, bien, écoutez, c'est clair, qu'est-ce qui rentre dans le
patrimoine de l'union parentale : la maison, la résidence familiale, les
autos, les meubles. Ça, c'est clair. Vous
avez semblé inquiète par la fin de la vie commune à 521.22. Donc,
comparativement au mariage, là, on dit : «L'union parentale prend
fin par le décès de l'un des conjoints, par la manifestation expresse ou tacite
de la volonté des conjoints ou de l'un d'eux de mettre fin à l'union ou par le
mariage ou l'union civile des deux conjoints ou
par le mariage ou l'union civile de l'un d'eux avec un tiers.» Qu'est-ce que...
Qu'est-ce qui vous chicote? Qu'est-ce que vous ne trouvez pas clair?
Mme Guillet (Suzanne) : Bon, moi, je
serais très... j'aimerais faire un tour de table pour voir autour de votre
table comment les gens interprètent «manifestation expresse ou tacite de la
volonté des conjoints ou de l'un d'eux de mettre fin à l'union». Parce que ça
peut être : Je lui ai dit que je ne l'aimais plus. Pour moi, c'est clair,
c'est comme : J'ai mis fin à notre
union, et tout ça. Alors qu'en mariage, exactement pour la même chose, c'est...
parce que, là, au lieu d'être dans la tête des gens sur la manifestation
expresse ou tacite de la volonté de faire vie commune, c'est la cessation de la vie commune. C'est clair, l'article est clair, et,
comme... et, comme je l'ai dit tantôt, il y a eu de la jurisprudence ad
nauseam sur cette question. Il y a eu plein de jurisprudence, M. le ministre,
sur cette question, et c'est réglé. Par exemple,
des couples peuvent rester sous le même toit pour des motifs économiques ou
pour des motifs de réorganisation, mais on dit : Oui, mais c'était
pour ces motifs-là, donc on met la fin de la vie commune au moment où ils ont
décidé qu'ils n'étaient plus un couple, parce qu'on parle de la même chose.
M. Jolin-Barrette : Oui. Lorsque vous avez la
cessation de la vie commune, là, en mariage, les gens conviennent qu'il y a
cessation de la vie commune, mais... peut continuer d'habiter au sous-sol,
supposons, monsieur s'en va dans le sous-sol.
Mme Guillet
(Suzanne) : Absolument.
M.
Jolin-Barrette : Donc, il n'y a rien qui l'empêche, ici non plus, que
ça soit ça.
Mme Guillet (Suzanne) :
Non. C'est pour ça que je dis : Les mêmes règles devraient
s'appliquer, qu'on soit... parce que c'est des relations de couple. Alors,
qu'on soit mariés ou pas, c'est la même chose, c'est les mêmes émotions, c'est
les mêmes choses. Alors, ce que je vous dis, c'est qu'on a dit les... quand les
époux ont cessé de faire vie commune, et cette notion-là de cessation de vie
commune a été interprétée depuis 1990 par les tribunaux, des jugements de la Cour
d'appel, alors que, si on introduit «manifestation expresse ou tacite de la
volonté», on est partis pour un tour... Tu sais, c'est... on va avoir de tout
pour tous. Et c'est ça que je vous disais, le législateur...
M.
Jolin-Barrette : OK. Je comprends. Mais c'est... c'est tout de même
pas mal un synonyme, mais je comprends que vous souhaitez de la clarification
là-dessus.
Mme Guillet (Suzanne) : Bien, c'est la seule...
Je vous dis, M. le ministre, là, et je vous implore, je n'implore jamais
personne, c'est que de mettre des...
M. Jolin-Barrette :
Ah! bien, écoutez, je prends ça d'une façon... je le prends sur moi.
Mme Guillet (Suzanne) : Oui, oui, prenez ça,
effectivement. Ceux qui me connaissent le sachent, particulièrement mon
conjoint. Mais ce que je veux dire... ce que je veux vous dire, c'est que,
quand je dis les règles claires à interprétation... Je vais juste vous dire, moi, là, j'enseigne, je
forme les médiateurs, et tout ça, et je leur demande toujours :
Pourquoi... pourquoi vous voulez faire de la médiation? Et là ils ont
dit : Bien là, c'est parce qu'on veut que ça soit plus calme et ne plus à s'argumenter sur des articles de loi à
savoir ce que ça veut dire. Et là on a une belle opportunité de mettre ça
clair comme ce l'est.
M. Jolin-Barrette : OK. Une autre question. Le
30 jours, là, pour la résidence familiale, vous, vous nous recommandez
de mettre ça à combien? Vous avez dit : C'est trop court, 30 jours.
Mme Guillet
(Suzanne) : Moi, je ne mettrais pas de délai. Je vais vous dire
pourquoi. Mon expérience de médiation me
dit... et puis, tu sais, mon expérience de litige était le même, c'est que
chaque couple a son tempo, a son moment
où les deux sont ensemble pour pouvoir négocier. Et là, si on dit qu'il y a une
protection, il y a une protection, mais il n'y a pas de délai de dire :
Ah! j'ai 90 jours, là il faut absolument que je dépose une procédure en
cour si je veux rester là. Alors que peut-être qu'effectivement,
l'exemple que vous preniez, vous en avez un qui est à l'étage puis l'autre qui
est au sous-sol, et là, quand c'est la fin de semaine, ils inversent, il y en a
un qui s'en... puis ça, c'est courant, là,
qui s'en va à l'étage, et tout ça, et là, à un moment donné, ils sont prêts à
aller négocier pour savoir qui va rester dans la maison, et tout ça. Alors,
moi, je ne voyais pas, je ne vois pas encore, la justification du recours... du
délai.
M.
Jolin-Barrette : En fait... En fait, ça prend absolument un délai,
parce que, contrairement au mariage, dans le fond, quand vous vous séparez,
bien, vous restez mariés jusqu'à tant que ça soit prononcé, donc le mariage
subsiste. Là, avec la fin de l'union parentale, vous dites : Bon, bien,
monsieur, tu t'en vas coucher dans le sous-sol, je ne t'aime plus, bien là, la fin de l'union parentale est pas mal là.
Donc, ça prend... il faut absolument mettre un délai dans la loi. On
peut peut-être le trouver trop court, le délai, mais ça prend un délai parce
que l'union parentale prend fin à partir du moment où monsieur s'en va coucher
sur le divan dans le sous-sol. Donc, ça prend un délai pour faire survivre
cette obligation-là.
Mme Guillet (Suzanne) : C'est ça. Bien, si vous
tenez au délai, mettez-le le plus loin. Ça peut être six mois, je ne
sais pas.
M.
Jolin-Barrette : Mais... Mais on n'a pas le choix de mettre un délai,
c'est ça que je vous dis.
Mme
Guillet (Suzanne) : Mais... Non, mais, regardez, les couples, là,
mariés, là... Parce que, là, on se comprend que c'est la fin de l'union parentale, etc., puis ce qu'on va faire,
c'est qu'on va liquider les biens, tout ça. Combien de personnes sont
mariées, et qui arrivent en médiation parce que, là, ils sont prêts, et que ça
fait peut-être deux ans qu'ils vivent séparés l'un de l'autre?
M.
Jolin-Barrette : Oui, mais, Me Guillet, ce que... ce que je vous dis,
c'est que le lien du mariage existe toujours entre les gens. À ce moment-là,
ils sont séparés ou, supposons, séparés de corps, mais le lien du mariage
existe toujours.
Peut-être une autre
question. Qu'est-ce que vous pensez, là, du fait, là, que les REER, les fonds
de pension, les régimes de retraite ne soient pas inclus dans le patrimoine
d'union parentale?
Mme Guillet
(Suzanne) : Bon, le... pour moi, l'union parentale... puis c'est...
c'est... pour moi, c'est un tout cohérent. C'est que la prestation parentale
règle cet élément-là avec des lignes directrices. Alors, tout est centré sur
l'enfant. On comprend que le fonds de pension, ce n'est pas pour l'enfant,
l'enfant n'en bénéficie pas maintenant. Là,
ce n'est pas non plus... Les gens, là, le... tu sais, les unions, c'est...
c'est quoi, là, c'est 10 ans de durée de vie, et tout ça. Alors, moi,
quand je regarde au niveau de l'enfant, je me dis oui, puis toutes les
résidences, je n'ai aucun problème avec
ça, qui sont utilisées avec les enfants. Le fonds de pension, quand on regarde
l'application de la... de la prestation parentale, c'est là qu'ils vont
aller le chercher : Moi, je n'ai pas pu contribuer à mon REER parce que je
m'occupais des enfants, je n'ai pas pu... Alors, ça, ça devient lié à... lié
aux enfants. Alors, ça, c'est vraiment dans la logique «enfants» et, pour moi, dans la logique de droit civil, tu sais, de
libre choix, là. Mais je ne ferai pas une dépression nerveuse, là, mais
ce que... ce que je vous dis, ce n'est pas...
M.
Jolin-Barrette : Je voulais vous entendre. Vous, vous avez pratiqué
beaucoup, vous nous l'avez dit en début, notamment à la cour, en matière
familiale, la Cour supérieure. Qu'est-ce que vous pensez du fait que, dans le
projet de loi, on vient demander de favoriser le fait que, dans la mesure du
possible, il y ait un seul et même juge qui suive
le dossier d'une famille? Dans le fond, j'imagine que... surtout, je pense,
vous pratiquez à Montréal, vous, quand vous faisiez des intérimaires ou
des dossiers qui revenaient, j'imagine que vous deviez raconter à nouveau
l'histoire à de multiples reprises.
• (16 h 30) •
Mme Guillet
(Suzanne) : Oui, c'est que... Regardez, pour... pour ça... Bien,
premièrement, je... il faudrait parler à la
juge en chef, là, mais, pour connaître l'ancien juge en chef, c'est que ça...
dans un district comme Montréal, ça
ne peut pas s'organiser parce qu'on est à la merci... tu sais, le juge, il a...
il a ses assignations, et etc. Moi, le bémol que je... le bémol que je
mets là-dessus, c'est... il existe déjà, pour les dossiers à haut niveau de
conflit, ce qu'on appelle la gestion particulière, et la gestion particulière
fait en sorte que, quand un dossier est trop compliqué, le juge en chef ou la juge en chef peut décider de
dire : Regardez, eux, là, il faut raconter l'histoire 20 fois, ils
sont aux minutes et quart en cour, donc on va assigner un autre juge.
Donc, au niveau pratique, ce n'est pas...
Et
je vous dirais, et ça, c'est mon idée, là, c'est... c'est personnel à moi,
parce que, dépendant des sensibilités... Regarde, ce n'est pas des
ordinateurs, on se comprend, les juges, comme nous, nous ne le sommes pas.
C'est que la sensibilité des juges peut... tu sais, peut être différente. Il y
a des juges avec lesquels... tu sais, on trouve qu'ils sont plus habiles dans
certaines choses puis d'autres moins.
Donc, de dire :
Voici, parce que j'ai passé devant ce juge-là, bien là, à ce moment-là, ça va
être celui que je vais avoir tout le long du... tout le long du procès, est-ce
que c'est quelque chose que moi, j'aurais privilégié? Non, parce que c'est... Au tribunal de la jeunesse,
c'est comme ça, puis c'est bien que ça soit comme ça, parce qu'ils ont une expertise
particulière et ils ne gèrent que le bien-être des enfants. En Cour supérieure,
dans un dossier matrimonial, là, on gère
la... on gère le... tu sais, l'argent, le partage, et tout ça. On peut avoir,
par exemple, un parent qui est vraiment mal foutu pour payer sa pension
alimentaire, mais par ailleurs il est très bon pour être un papa, puis tout
ça... bien, «très bon», en tout cas, tu sais, c'est parce qu'il devrait avoir
les deux, mais peu importe, et là c'est qu'il peut y avoir des paradigmes qui
se touchent et que ça peut influencer... influencer ça. Alors donc...
Parce
que l'être humain, là, l'être humain, hein, quand on pense qu'on a raison sur
quelque chose puis qu'on a... tu sais, c'est... c'est plus difficile...
Puis je vous dis d'expérience, j'ai déjà eu des... des jugements en
intérimaire, parce que c'étaient les
affidavits, c'était ci, c'était ça, et j'ai eu le contraire au provisoire, mais
j'avais un juge tout neuf qui regardait ça, etc. Je pense que ça aurait
été plus difficile. Et c'est humain, c'est juste humain, on est tous comme ça.
M. Jolin-Barrette :
Mais vous ne pensez pas que, du point de vue du justiciable, le fait que
son avocat doive raconter encore l'histoire, doive retourner témoigner...
Mme Guillet
(Suzanne) : Bien, c'est qu'il n'y a pas...
M.
Jolin-Barrette : ...il n'y a pas d'efficacité à avoir là-dessus, là,
puis je comprends...
Mme Guillet
(Suzanne) : Oui. Bien, c'est que dans les dossiers... dans les
dossiers... comment dire, dans les dossiers pas problématiques, là... C'est
dans les dossiers problématiques, on va plaider notre intérimaire et là on va aller plaider... qui n'est pas la même chose, que
c'est juste, juste du temporaire, et on va plaider au provisoire, et tout ça.
Donc, ce n'est pas nécessairement des vases
communicants. Mais, comme je vous dis, moi, j'aime bien le mécanisme de
la gestion particulière.
M.
Jolin-Barrette : OK. Écoutez, Me Guillet, je vais céder la parole à
mes collègues. Merci beaucoup pour votre présentation en commission
parlementaire, c'était fort instructif. Merci.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci
beaucoup. Donc, je me tourne vers la députée de Laval-des-Rapides, s'il vous
plaît.
Mme
Haytayan : Merci, M. le Président. Bonjour, Me Guillet.
Merci pour votre temps, merci de vous joindre à nous, c'est très
apprécié.
Je me
demandais, que pensez-vous des mesures pour contrer la violence judiciaire en
cas de séparation? Est-ce que vous pouvez développer là-dessus? Merci.
Mme
Guillet (Suzanne) : Ça, c'est vraiment... Je dois vous dire que le...
ça, ça va être un bon outil au niveau... pour contrer la violence judiciaire, puis tout ça. Parce que, là, les
outils qu'on... qu'on avait, c'est faire déclarer quérulent et... et
tout ça, aller en attente. Et alors que là on a recours direct,
dommages-intérêts, et tout ça, puis... Et on sait que dans des cas... Je ne
vous dis pas que ça va régler tous les cas. Tu sais, moi qui en ai déjà eu un,
la personne, ça ne le dérangeait pas. Mais
dans la... dans beaucoup de cas, ça va être... ça devrait être un... un
incitatif à se calmer et un incitatif pour les avocats aussi.
Parce que comprenez-vous que, derrière ça... Tu
sais, j'ai déjà donné une conférence sur les clients et les avocats extrêmes,
en ayant rencontré quelques-uns moi aussi. Et là, c'est... je pense que ça, ça
va forcer une maturité du recours, si j'ose dire. Et là que... Parce que vous
faire dire... Parce que vous voyez, en médiation, là, on demande toujours
d'expliquer, etc., tandis que souvent, en litige, ce que... ce qui m'est
rapporté par les gens qui viennent suivre les cours de médiation parce qu'ils
veulent s'éloigner un peu du litige, c'est : Bien là, mon client veut ça,
etc. Mais là ça fait en sorte que ça va faire quelque chose auquel l'avocat va
devoir penser aussi avant d'accompagner son client devant de multiples, multiples,
multiples recours. Alors, oui, je salue cette disposition-là.
Mme Haytayan : Merci.
Mme Guillet (Suzanne) : En espérant
que ça va rendre plus civilisé.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Saint-Jean,
pour 2 min 20 s.
M. Lemieux : 2 min 20 s. Merci
beaucoup, M. le Président. Me Guillet, vous l'avez bien expliqué depuis le début, vous parlez... à partir de ce qu'on propose
dans le projet de loi n° 56, vous parlez de votre pratique, de votre... de
vos connaissances, depuis le temps. Je voudrais qu'on ramène ça, pour les deux
minutes qui me restent, maintenant que j'ai
dit tout ça, au monde ordinaire que vous ne voyez pas, et qui ne vont pas voir
des médiateurs, et qui ne vont pas voir des avocats parce qu'ils sont
encore ensemble, mais ils sont restés ensemble, jamais mariés, puis ils ont eu
des enfants, puis tout va bien.
Puis le projet de loi, veux veux pas, c'est de
la théorie, puis on essaie de couvrir tous les angles. Celui qui m'impressionne
le plus, de ces angles-là, c'est les couples pour qui ce n'est pas une
séparation, c'est un décès, et qui se pensaient aussi bien couverts que s'ils
étaient mariés puis que ce n'est pas le cas. C'est des histoires d'horreur. Je comprends que c'est peut-être la marge, mais, dans
la théorie, ça fait peur. Est-ce que le projet de loi n° 56, au moins,
ramène une partie de ces risques-là à quelque chose de plus gérable pour la
société? Parce qu'on se rend bien compte, en analysant puis en regardant le projet de loi, que, dans le fond, on fait
pour les gens ce qu'ils pourraient faire eux-mêmes s'ils allaient voir
un notaire, mais ils ne le font pas. Ça fait que là il faut qu'on... il faut
qu'on comble ce vide-là jusqu'à un certain point. Est-ce qu'on le comble bien,
ce vide-là?
Mme Guillet (Suzanne) : C'est que,
moi, bon, les... au niveau de l'information... Puis vous avez vu, à la fin de
ma lettre, là, vous allez... Il va y avoir une loi qui va être votée, le pan
qui touche plus la conjugalité, les enfants, c'est... tout passe par l'information.
Et là, à ce moment-là, dans l'avis de cotisation, le... Le ministère du Revenu,
il le sait si les gens... les gens sont des conjoints. Qu'est-ce que c'est? Ils
ne vont pas lire le pamphlet qui est au palais de justice, etc., puis souvent,
effectivement, il est trop tard, puis c'est ailleurs. Mais, tu sais, vous
recevez votre avis de cotisation, qu'est-ce que c'est que d'écrire... Et là
vous couvrez sans frais, parce que c'est le même timbre, là, ça ne fait rien,
mais vous couvrez sans frais. Et là, je suis même prête à vous l'écrire, vous
pouvez... vous... Non, mais moi, je vais
vous dire, j'ai... j'ai parti... ça s'appelait Droit et vie quotidienne, à
l'UQAM, qui était pour les gens qui n'étaient pas en droit, mais qui
devaient suivent un cours hors programme. J'avais des listes d'attente à n'en
plus finir. Et là...
Le Président (M.
Bachand) : Merci, Me Guillet. Je dois
céder la parole...
M. Lemieux : Alors, je m'inscris, je
m'inscris, maître! Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : ...je vais céder la parole au
député de l'Acadie. M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci. Merci, M. le
Président. Bonjour, Me Guillet. Merci pour, en fait, le document que vous venez
de nous transmettre et, évidemment, l'éclairage que vous apportez.
Une question... en fait, deux questions qui sont
peut-être un peu plus... un peu plus techniques. Vous en avez déjà parlé avec
M. le ministre, mais à 521.27, quand on parle que la demande doit être
présentée au tribunal au plus tard 30 jours après la fin de l'union, en
pratique, je ne vois pas comment ça peut se faire.
Mme
Guillet (Suzanne) : Non, ça, je suis d'accord avec vous. C'est ça que
j'expliquais, c'est impossible.
M. Morin : Parce
que souvent, quand les gens décident de se séparer, là, la première affaire
qu'ils pensent, ce n'est pas d'aller à la cour supérieure, on s'entend, là.
Mme Guillet (Suzanne) : C'est impossible. Les
gens vont vous appeler soit comme avocat, ou tout ça, pour... ou
médiateur, et c'est... ils vont dire : Bon, bien là, on voulait juste voir
si vous étiez disponible, on va vous rappeler. Et souvent ils nous rappellent, c'est deux mois plus tard, là, tu sais,
c'est comme... Tu sais, il y a la peine, il y a le deuil, il y a, tu
sais... Alors, moi qui aime les solutions négociées, je ne veux pas les envoyer
devant le tribunal au bout de 30 jours, c'est... Tu sais, il faut
respecter... il faut respecter leur rythme et les...
M. Morin : Parfait.
Je vais...
Mme Guillet
(Suzanne) : Et surtout, ce que je vois, c'est que même des couples qui
sont divorcés... Parce que le... Il y a la création d'un patrimoine ici,
patrimoine parental. S'il n'y a pas d'urgence pour eux à le régler, là,
pourquoi on aurait, nous, une urgence à régler? Un peu comme les gens en
mariage qui ne voient pas l'urgence de venir régler tout de suite et qui
attendent leur moment. Parce qu'en médiation il y a un moment, et il faut que
les deux soient... les deux soient au même niveau.
M. Morin : Au
même niveau pour être capables de faire une médiation.
Mme Guillet
(Suzanne) : Absolument.
M. Morin : Ça
fait qu'en tout cas, bien, merci, parce qu'à la première lecture, je me
disais : Wow! Ils sont vraiment très efficaces, 30 jours, là... Mais
dans la pratique, c'est... ça ne fonctionne pas.
Mme Guillet
(Suzanne) : Ah non! non, dans la pratique... dans la pratique, je vous
le dis...
M. Morin : OK.
Parfait.
Mme Guillet
(Suzanne) : Puis là vous pourrez poser les questions, par exemple,
aux... à l'association des avocats du droit de la famille...
M. Morin : Mais
je vous... Non, non, mais je vous crois.
Mme Guillet
(Suzanne) : ...sur le terrain, là, c'est... c'est impraticable.
M. Morin : Parfait.
L'autre chose...
Mme Guillet (Suzanne) :
Et là... Oui, excusez, je ne veux pas vous interrompre.
M. Morin : Si
vous me permettez. Je suis désolé, c'est parce qu'on a un compteur, le temps...
le temps file, n'est-ce pas?
Mme Guillet
(Suzanne) : Oui, ça, je le sais.
• (16 h 40) •
M. Morin : Sans entrer dans le projet, puis vous en avez
parlé un peu, il va y avoir des modifications au Code de procédure civile, l'article 29 du projet de loi, qui
va modifier l'article 54 du Code de procédure civile en matière familiale
pour permettre au tribunal de... en fait, accorder des dommages si une
procédure a un caractère abusif. Maintenant, l'article 54 actuel du Code
de procédure civile ne permet pas déjà ça? Qu'est-ce que ça, ça va ajouter de
plus, premièrement? Puis deuxièmement, puisqu'on parle du Code de procédure
civile dans son ensemble, pourquoi le restreindre uniquement aux matières
familiales? Tant qu'à modifier le code, ça pourrait s'appliquer dans toutes les
matières, parce que ce n'est pas juste en matière familiale que ce genre d'abus
là existe.
Mme Guillet (Suzanne) : Non, effectivement. Mais
en matière familiale, compte tenu des émotions qui s'y prêtent, le...
c'est l'enfant, et le tribunal peut facilement devenir une arme pour un
conjoint de mauvaise foi ou un conjoint qui a des problèmes, tu sais, des
problèmes de santé mentale, ou etc. Donc, c'est ça. Moi, je pense... Parce
qu'il n'y a pas le quantum, mais ce que
je... ce que je vous dis, c'est que c'est un incitatif, parce que ça peut être
une somme minimale. Mais ça... encore
une fois, ça fait la... ça fait une pratique plus uniforme, dans le sens qu'il
y a des juges qui sont moins enclins
à le faire, et tout ça. Puis moi, je ne dis pas de condamner, puis, de toute
façon, l'article ne dit pas ça, de condamner à des sommes... à des sommes énormes, mais de dire : Regardez, là, un
peu comme un outrage au tribunal, regardez, ça, là, il faudrait que vous
arrêtiez de faire ça. C'est un... C'est un incitatif à ne plus avoir ce genre
de comportement là.
M.
Morin : ...à la fin de votre lettre, vous écrivez :
«Je me permets de suggérer qu'il y aurait lieu de procéder à une mise à
jour en ce qui concerne la fixation des pensions alimentaires pour enfants.»
Là, je comprends, est-ce que vous parlez des pensions
alimentaires uniquement dans le cas d'un divorce ou si vous voulez les ajouter
dans le cas d'une séparation en union de fait?
Mme Guillet (Suzanne) : Non, ça, c'est... OK.
Non, ma... mon commentaire était général. Parce que les tables datent
depuis 1997. Il y a des ajustements à faire, entre autres en garde partagée, il
y a des... Tu sais, maintenant, les montants de... les montants peuvent être
assez importants, au niveau des allocations, et tout ça. C'est de regarder, après tant d'années, parce que ça a été... ça
aussi, ça a été très pacificateur, mais de regarder où en sommes-nous, tu sais,
30 ans plus tard.
M. Morin : Mais
vous ne suggérez pas nécessairement qu'il y ait une pension alimentaire pour
enfants dans le cadre d'une union de fait?
Mme Guillet (Suzanne) : Bien, elle existe déjà,
la pension alimentaire pour enfants. Tous les enfants ont le même...
M. Morin : On
le droit à des aliments.
Mme Guillet
(Suzanne) : Oui.
M. Morin :
Parfait. Excellent.
Mme Guillet
(Suzanne) : Et moi, je veux juste vous dire, j'avais fait le calcul,
parce qu'il n'y a pas de pension... Le choix
qui a été fait, en Ontario, c'est : pas de biens, pension alimentaire.
Ici, ça a été, moi je suis vraiment pour ça, de créer un patrimoine, pas
de pension alimentaire. Mais, dans une des études que vous allez voir, on a dit
que le revenu moyen, c'était 62 000 $ pour le père et
42 000 $ pour la mère. Alors, j'ai pris le tableau pour les tables. Parce que, quand on a fait le... quand on était en
comité, la personne du gouvernement nous disait : Pour les gens mariés,
une fois que la pension alimentaire dans... pour la moyenne des gens, une fois
la pension alimentaire pour enfants payée,
qui est défiscalisée, bien là, à ce moment-là, il n'y a plus de liquidité pour
une pension alimentaire pour le conjoint parent. Et là, moi, vous le ferez,
l'exercice, si vous voulez, j'ai pris le formulaire de fixation de pension
alimentaire, 42 000 $, 62 000 $, et là, vous voyez,
deux enfants, une fois que la... avec la garde à la mère, une fois que la
pension alimentaire est payée, le père, il
reste, dans ses poches, là, tu sais, à peu près, là, en tout cas, près de
35 000 $, et la mère, avec
les allocations, pension alimentaire, et tout ça, qui donne un
31 000 $ de plus, a, puis c'est bien correct... a 63 000 $
net dans ses poches. Alors, ce que je veux vous dire, c'est juste que c'est
pour ça que, vraiment, en tout cas, moi, au sein du comité, je
privilégiais de... quelque chose de sûr, certain, donc des biens. Ça, c'est
facile, pas de chicane.
M. Morin : Merci,
je vais céder la...
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Mme la
députée de Westmount—Saint-Louis,
3 min 28 s.
Mme
Maccarone : Bon, bien, merci beaucoup. Je vais aller rapidement, il me
reste très peu de temps. Merci beaucoup pour votre présentation puis le
document, comme mémoire, que vous avez présenté aux membres de la commission.
Moi, je souhaite
parler avec vous par rapport à la fardeau de la preuve sur la personne qui
s'est... qui va être appauvrie à l'intérieur
de ceci, parce que c'est quelque chose... selon moi, est manquant dans le
projet de loi. Puis vous, dans votre pratique, pratico-pratique, comment ça va
fonctionner? Puis si vous pourriez l'amener sur l'angle de... on a
peut-être aussi un couple qui n'ont pas enfant, l'impact sur la femme en
particulier.
Mme Guillet
(Suzanne) : OK. Bon, il y a un mémoire de maîtrise, je pourrais...
pour dire qu'il date de 2022, OK, et qui a
fait toute la jurisprudence sur l'enrichissement sans cause, prestations, etc.
Ce qui reste de ce mémoire-là, c'est que, et je suis d'accord avec son analyse,
on ne sait pas où on s'en va. On ne peut pas dire à un client : Voici ce
qui va vous arriver. Alors, est-ce qu'il
devrait y avoir pour... Parce que, quant à moi, la prestation parentale règle
le problème de la majorité des gens, avec le patrimoine. Il reste
ceux... Puis on le voit, là, de toute façon, la jurisprudence, c'est tout... tu sais, on parle de millions, puis etc.,
là, tu sais, ce n'est pas... Mais je suis tout à fait d'accord qu'il faudrait
un encadrement sur ça.
Puis je pourrai vous
donner, là, le... je ne l'ai pas loin, là, le mémoire de maîtrise, mais le...
je pourrai vous l'envoyer. Mais si je suis tout à fait d'accord. Puis les
avocats me le disent, je ne le sais plus quoi dire, c'est des dossiers que... je ne le sais plus, tu sais? Puis
là les avocats se parlent, mais ils ont chacun leurs... tu sais, ils peuvent
tous avoir des... Il n'y a pas de règles. Il faudrait des règles.
Vous me profitez de
l'occasion juste pour dire que l'article, moi, je ne m'en suis pas... Tu sais,
comme je dis, ça ne fait pas partie de mes interrogations présentes parce que,
moi, le volet conjoints-enfants et tout ça me... mais pour... Puis de toute
façon on peut avoir... tu sais, si on en a, on peut de toute façon aller en
enrichissement sans cause. Mais quand on parle du critère de... qui était
521.46, d'établir la valeur en fonction de la valeur marchande des biens et des services reçus, ça, je suis d'accord
avec la Cour d'appel que ça, c'est comme un peu à plus simple expression,
là, tu sais, c'est comme... c'est beaucoup
plus... c'est beaucoup plus que ça. Est-ce que c'est comme semble vouloir le faire la Cour d'appel, de dire : Bien,
regardez, c'est bien simple, c'est... on va regarder le patrimoine qui a été
accumulé, on va dire que vous êtes en... en co-entreprise puis on va le
diviser en deux? Mais il n'y a pas de règle.
Le
Président (M. Bachand) : ...Mme la députée.
Mme Maccarone : Bon, j'aurais voulu
vous entendre par rapport à l'impact de le délai d'applicable aux mesures pour
les 30 jours, pratico-pratique, encore une fois, si ce n'est pas changé,
l'impact sur vos clients.
Mme Guillet (Suzanne) : C'est... On
les précipite. Ma réponse est très claire, on les... on ne les respecte pas,
leur temps qu'eux ont décidé. C'est le justiciable, hein...
Le Président (M.
Bachand) : Merci...
Mme Guillet (Suzanne) : ...qui
décide de choisir quand est-ce qu'il amène ça devant les tribunaux...
Le Président (M.
Bachand) : Merci, Me Guillet. M. le député
de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup,
Me Guillet. Merci pour votre présentation. Je vais rapidement aussi, là. Tout à
l'heure, puis là je vous cite, là, vous avez dit, sur les REER et autres fonds
de pension, que vous ne feriez pas, et je cite, là, «une dépression nerveuse
là-dessus». Je voulais juste quand même comprendre votre propos. C'est que vous... vous pensez que ce serait plus judicieux
de l'inclure ou vous pensez qu'on devrait laisser les choses telles quelles?
Mme Guillet (Suzanne) : On devrait
laisser les choses telles quelles parce que...
M. Cliche-Rivard : Tel quel.
Parfait.
Mme Guillet (Suzanne) : Oui. On
devrait laisser les choses telles quelles, parce qu'on a fait... En tout cas,
je suis tout à fait d'accord avec la vision de couples avec enfants. Le fonds
de pension, là, on tombe dans la conjugalité. De toute façon, c'est pour le
fonds de pension, là. Ils ont des enfants mineurs, alors ils ne sont pas
proches de leur retraite. Et, comme si... on
a des lignes directrices pour la prestation parentale, comme c'est possible, ça
va se régler là.
M. Cliche-Rivard : OK. Ça fait qu'il
faut qu'on le règle avec des lignes directrices claires. C'est par là qu'on
doit passer. C'est ça, votre recommandation?
Mme Guillet (Suzanne) : Oui, puis ce
n'est pas si... Oui.
M. Cliche-Rivard : Dernier... Votre
dernier point à votre mémoire, c'est le point 7, là, sur le SARPA, vous ne
nous en avez pas beaucoup parlé.
Mme Guillet (Suzanne) : Ah non!
Je...
M. Cliche-Rivard : Est-ce que je
peux vous laisser la chance de...
Mme Guillet (Suzanne) : Ah! merci!
M. Cliche-Rivard : Allez-y.
Mme Guillet (Suzanne) : Bon, le
SARPA, parce qu'il y avait ça dans toutes les autres provinces, et tout ça, le
SARPA, c'est des techniciens et c'est... qui vont... Quand il y a une pension
alimentaire de fixée et qu'il y a un enfant qui est devenu majeur, ou qui n'est
plus à charge, ou un enfant... tu sais, un enfant est parti, etc., ou qu'il y a
une baisse de revenus ou augmentation de revenus, ils vont, je ne sais pas si
vous êtes allés, c'est... ils vont dans le formulaire de pension alimentaire,
rentrent les nouvelles données, bingo, ça sort, et ils ne sont pas obligés
d'aller au tribunal. Sauf qu'on sait qu'à peu près 87 %, pour les
conjoints de fait, c'est qu'ils ne vont pas judiciariser leur entente, ils...
ils s'entendent.
Où je trouve vraiment que c'est une perte de
droits, c'est que, si on donne à des techniciens que... tu sais, ils font un
bon travail, puis tout ça, là, mais d'aller fixer des pensions alimentaires...
Fixer une pension alimentaire pour enfants, là... Prenons juste une histoire de
garde partagée, puis on peut passer une entrevue là-dessus, c'est... une garde partagée : qui va payer les... les
vêtements qui circulent d'un endroit à l'autre, tu sais? Qui va payer quoi,
etc., dans tout ce qui est compris, les... les... les fournitures scolaires,
puis tout ça? Alors, il faut tout régler ça.
• (16 h 50) •
Au niveau fiscal, je sais que c'est défiscalisé.
Mais si vous avez une pension, disons, qui est 200 $ par année puis que
vous mettez, vous dites... payez 200 $ par année, vous perdez la... la
déduction de personne à charge, si vous êtes en garde partagée. Alors, il y a
tellement d'éléments. Comment tu calcules? Il y a tellement d'éléments qu'on ne peut pas, à la baisse... Et il y a le
service de médiation, les gens y ont recours et ils ont le service complet. Et
moi, je vous dirais que je trouverais même un danger. C'est comme... on
va aller calculer ça, mais là, après ça, non, ça n'a pas de bon sens, donc je
veux obtenir la garde plus de temps. Bien, merci pour la question pour le
SARPA. C'est très important pour le justiciable.
M. Cliche-Rivard :
Merci beaucoup pour votre temps aujourd'hui.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Jean-Talon.
M. Paradis : Merci. On a
2 min 38 s ensemble. Je vous amène à votre commentaire, dans
votre document, où vous dites que la prestation compensatoire, c'est vraiment
le véhicule le plus approprié, le plus... le plus efficace. Vous dites : Il y a neuf des 10 experts
du comité consultatif qui se sont prononcés en faveur. Mais d'autres nous
disent qu'il y a des reculs, en réalité, notamment les Pres Belleau et
Lavallée, qu'on vient d'entendre, qui nous disent : Bien, l'union de fait, actuellement, c'est
l'enrichissement injustifié. L'union parentale, ça va être la prestation
compensatoire de la valeur accumulée
à la valeur marchande, de la reconnaissance de la co-entreprise familiale à la
non-reconnaissance du travail non
rémunéré, fardeau de preuve sur la personne qui s'est appauvrie dans le... avec
le nouveau projet de loi. Qu'est-ce que vous en dites?
Mme Guillet (Suzanne) : Bon, moi, ce
que j'en dis, c'est que la prestation parentale, avec ses tables, va régler la majorité des dossiers. S'il y a des...
par exemple, qui a été... qui ont participé à l'entreprise ou quoi que ce soit,
on n'enlève pas l'autre prestation
conjugale, qu'on appelle enrichissement sans cause ou prestation... voyons...
prestation compensatoire parentale.
C'est comme... Ce n'est pas... Où je pense que le recul, il voit, c'est le
recul où il voit quand on établit que c'est à partir de la valeur établie de
521.46. Mais là ce n'est pas du tout... on n'est pas du tout dans la même chose.
Moi, la dernière chose que je veux, c'est que, si... puis je ne suis pas... je
ne suis vraiment pas la seule à le penser, là, j'ai hâte de voir les autres, mais la prestation parentale, avec les
tables, règle la majorité des dossiers. Il va toujours en rester...
Le Président (M.
Bachand) : ...il reste 50 secondes.
M. Paradis : Et vous dites que ça
n'exclut pas, donc...
Mme Guillet (Suzanne) : Absolument...
M. Paradis : ...la notion
d'enrichissement injustifié, selon vous?
Mme Guillet (Suzanne) : Non, ils
peuvent très bien prendre... c'est... Ça n'exclut pas. On peut avoir une prestation parentale parce qu'on s'est occupé de
l'enfant, et tout ça, puis on a perdu, mais ça n'exclut pas... Puis vous lirez
dans le rapport, on n'a jamais exclu une autre prestation que pourrait avoir le
conjoint, s'il se sent lésé et que l'autre s'est enrichi injustement à son détriment. Mais ça, comme je vous dis, pour
moi, c'est l'exception, une fois que la prestation parentale est réglée.
C'est la majorité, là, mais on...
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. OK. Le temps file
rapidement. Me Guillet, merci beaucoup d'avoir été avec nous cet
après-midi, c'est très apprécié.
Sur ce, je vais suspendre les travaux quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 54)
(Reprise à 16 h 55)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Ça nous fait plaisir
d'accueillir les représentants et représentantes de l'Association des avocats
et avocates en droit familial du Québec. Merci d'être avec nous cet après-midi. Alors, avant de débuter votre
présentation, peut-être vous présenter, tous les deux, et débuter, s'il
vous plaît.
Association des avocats
et avocates en droit
familial du Québec (AAADFQ)
M. Gravel (Patrice) : OK. D'accord.
Patrice Gravel, avocat qui est président de l'association des avocats en droit
de la famille, Me Marie Christine Kirouack, qui est membre du conseil
d'administration.
L'association des avocats en droit de la
famille, c'est une corporation à but non lucratif fondée en 1985, donc bientôt 40 ans, qui compte entre 300 et
500 membres répartis dans presque toute la province de Québec.
15 administrateurs siègent au sein du conseil d'administration. On
se réunit chaque mois, on organise des sous-comités sur différents aspects de la pratique du droit de la famille.
Notre rôle, c'est s'enquérir et diffuser toutes les informations nécessaires, c'est
aussi d'organiser des conférences, des sessions de formation puis de participer
à toutes les choses importantes, là, qui
touchent le droit de la famille, dont produire ce qu'on... notre mémoire
aujourd'hui. Compte tenu du temps alloué, si vous voulez plus
d'informations sur l'association, nous avons un tout nouveau site Web et qui
devrait fonctionner adéquatement.
Je passe maintenant la parole à Me Kirouack pour
la présentation du mémoire.
Mme Kirouack (Marie
Christine) : Alors, nous avons déposé... fidèles à notre habitude,
nous avons déposé un mémoire ainsi qu'un tableau comparatif, en annexe,
n'est-ce pas, qui est le Code civil actuel et les modifications entrées en
vigueur, telles quelles.
En résumé, pour ce qui est de la protection de
la résidence familiale, on considère, un, qu'elle ne devrait pas être restreinte dans le temps, la question de
30 jours, puisque, notamment, à partir du moment où la résidence familiale
cesse d'être une résidence familiale, la
protection tombe. C'est la même chose pour ce qui est des époux, la protection
ne tombe pas nécessairement avec le divorce, ça tombe avant, quand la résidence
familiale n'est plus une résidence familiale,
ce qui est une question de fait. Et, dans ce cadre-là, il y a de la
jurisprudence sur des autorisations passées selon un acte, y compris la
décision C.L. c. J.G., EYB 2019-380, qui a dit que c'était inutile de demander
la permission, puisque la résidence familiale n'en était plus une, OK, les
parties étaient séparées, mais par ailleurs pas divorcées.
Par contre, nous sommes d'opinion que cette
réforme-là, c'est-à-dire l'ensemble du chapitre de ce qu'on va appeler la
protection de résidence familiale, devrait être d'application immédiate lors de
l'entrée en vigueur prévue en juin 2025, donc s'appliquer à tous les conjoints
de fait ayant des enfants à cette date et non pas ceux qui auront le bonheur d'avoir de nouveaux enfants a posteriori
de l'entrée en vigueur de la loi. Il est... On a la même position pour ce qui
est de l'élargissement du droit au maintien dans les lieux. Et nous pensons que
ça aussi devrait être d'application immédiate.
Pour ce qui est du patrimoine d'union parentale,
que nous trouvons particulièrement intéressant, nous soumettons seulement,
cependant, avec égard, qu'il devrait y avoir un article qui indique que les
conjoints de fait et conjoints d'union
parentale devraient avoir l'obligation de contribuer aux charges de la famille
et afin d'éviter une dérive en matière de demande de partage inégal.
Lors de l'avènement du patrimoine familial, à
l'époque, beaucoup se sont précipités devant les tribunaux pour faire des demandes de partage inégal basé sur
le fait qu'un seul des deux avait payé. Et cette porte-là a été fermée pour
les tribunaux, en disant : Non, non, non, vous aviez l'obligation,
n'est-ce pas, de contribuer aux charges, que ce soit en biens, ou en services,
ou par votre apport, n'est-ce pas, à l'intérieur, par exemple, là, de la
maison, ou si vous vous occupiez des enfants. Si cette disposition-là n'est pas
reprise avec le patrimoine d'union parentale, nous avons peur qu'il y ait une
dérive, parce que, là, on ne pourra pas fermer la porte et suivre la
jurisprudence, notamment, de la Cour suprême
sur la question de quels sont les motifs pour lesquels on peut demander un
patrimoine d'union parentale. L'association est aussi d'opinion que
toutes les résidences devraient faire partie du patrimoine familial et non
pas... à l'usage de la famille, là, et non pas juste la résidence principale.
La valeur... Le partage de la valeur nette d'un
bien retiré, non pas les parties qui, en cours de régime, se retireraient de
l'ensemble de l'application, parce que le projet de loi prévoit qu'on doit
alors liquider, comme présentement les époux, là, qui, par exemple, passeraient
de la société d'acquêts à la séparation de biens, mais le projet de loi ne prévoit pas et, au contraire,
indique que c'est au moment final où il y aurait effectivement dissolution du
régime d'union parentale, que le bien retiré
en cours de régime serait susceptible, à ce moment-là, d'être liquidé. Nous
soumettons que lorsqu'un bien est retiré, il devrait être immédiatement
quantifié et liquidé.
Par ailleurs,
les fruits ne devraient pas pouvoir être soustraits. Et on... j'avoue qu'on n'a
pas compris, peut-être, le premier... M. le ministre, vous pourrez m'éclairer,
je ne comprends pas pourquoi les fruits devraient être soustraits de la
valeur nette des biens qui comprennent le
patrimoine d'union familiale, alors qu'en société d'acquêts les fruits ne sont pas
soustraits, les fruits des biens propres. Alors, c'est comme une particularité
ici.
• (17 heures) •
La provision pour frais. Nous vous soumettons
que, un, on trouve fort intéressant, effectivement, que la provision pour frais
soit nommément prévue dans le cas de la liquidation du patrimoine familial...
Non, l'inverse. C'est-à-dire, vous avez
prévu au projet de loi que les demandes de prestation compensatoire pourraient
effectivement... il pourrait y avoir une demande de provision pour frais. Nous
vous soumettons que la demande de provision pour frais chez les conjoints parentaux devrait effectivement
être disponible au moment de la demande de liquidation du patrimoine d'union
familiale également.
La prescription. Écoutez, l'association est non
seulement favorable, là, mais on trouve que c'est congruent avec l'ensemble de
cette réforme, que la prescription ne court point entre les conjoints
parentaux. Ça nous semble effectivement couler de source.
Le SARPA. Conformément au commentaire que Me
Guillet vient de vous faire, et on fait nôtres ses propos, nous sommes contre
l'élargissement du pouvoir du SARPA pour pouvoir permettre la fixation
originelle, là, de la pension initiale des enfants. Ce n'est pas l'objectif du
SARPA. Et je vous soumettrais qu'ayant des cheveux blancs, avant le SARPA, et
surtout avant la Loi facilitant le paiement des pensions alimentaires, les
parties mettaient fin à la pension alimentaire juste en se regardant, ils
faisaient : OK, c'est correct, notre dernier vient d'obtenir sa maîtrise,
n'est-ce pas, puis c'est fini, puis on arrête ça. Ce qui n'est plus le cas
depuis la Loi facilitant les paiements des pensions
alimentaires. Ce qui a permis certaines dérives, dont... Dans un de mes
dossiers, on a réclamé 30 ans de pensions suite au fait que le plus
jeune avait eu 25 ans. Donc, les parties, désormais, effectivement,
saisissent le tribunal, OK, et permettent,
par le SARPA, de faire : OK, c'est fini, ils ne sont plus à charge, on va
mettre fin à la pension alimentaire. Mais le fixer de façon originelle
est un exercice qui demande plus qu'effectivement un technicien. Le greffier
spécial n'a pas les pouvoirs de faire ça. On est un peu surpris qu'on veuille
qu'un fonctionnaire puisse le faire.
Pour ce qui est de
l'abus judiciaire, M. le ministre, nous vous félicitons. Vous n'avez pas idée à
quel point nous nous réjouissons que
désormais, il puisse y avoir des dommages-intérêts en matière d'abus
judiciaires, un, parce que des
dommages-intérêts, on n'a pas besoin d'établir la capacité de payer du payeur,
n'est-ce pas, puisqu'on est dans un autre département, on est en matière
d'abus. Par ailleurs, et peut-être avant de devancer une question possible,
vous savez, en matière familiale, contrairement en
matière civile, OK, le concept de chose jugée ne s'applique que, par exemple,
au jugement final de divorce, mais juste quant aux questions patrimoniales. En
matière de garde, on peut toujours resaisir le tribunal, en matière de pension
alimentaire, on peut toujours resaisir le tribunal, et c'est ce qui permet que,
dans certains dossiers où on a effectivement des plaideurs quérulents ou
borderline, bien, tu sais, on a une des parties qui revient à la charge
quatre fois par année, n'est-ce pas, alléguant les mêmes faits et on a
l'autre conjoint qui est pris comme pour suivre le train. Ça nous semble un
outil extrêmement intéressant à utiliser pour faire
en sorte qu'on puisse condamner une partie qui déciderait qu'elle fait des
procédures à répétition qui ne constituent, dans le fond, qu'une
guérilla judiciaire et dont les fondements en termes d'est-ce qu'effectivement
il y avait un droit réel ou une question réelle à faire valoir sont plutôt
minimes.
L'application de la
loi. Écoutez, on est d'accord avec le fait que la loi ne sera pas d'application
immédiate, sous réserve de nos commentaires en regard de la protection de la
résidence familiale, parce qu'on réitère que dans ces cas-là, ça devrait être d'application immédiate. Par contre, on vous
propose, membres de la commission, d'ajouter quelque chose, avec grande
campagne de publicité, qui ferait en sorte que les... en date d'entrée en
vigueur de la loi, qui est prévue le 30 juin 2025, les personnes qui
correspondent à la définition de conjoint parental, c'est-à-dire les conjoints
de fait, parents, le jour du 30, auraient une période de six mois pour
aller voir le notaire et opter «in», effectivement, du régime, ce qui
permettrait, je pense, à certaines parties de prendre des décisions et de
décider : Savez-vous, c'est un très bel outil, ça, et effectivement, on va
aller voir le notaire et on va décider qu'effectivement, ça s'applique, OK? Et dans ces cas-là... Et ce
sera au législateur de voir, mais est-ce qu'il ne serait même pas possible
de permettre à ces conjoints-là, c'est-à-dire ceux qui étaient déjà... qui
faisaient déjà vie commune et qui étaient déjà parents d'enfants communs, de demander à ce que ce régime-là rétroagisse
à la date de naissance de leur premier enfant?
Le Président (M. Bachand) :
Merci. Peut-être en... parce qu'il reste huit secondes. Alors, je
vais donner la parole à... au ministre de la Justice.
Mme Kirouack
(Marie Christine) : C'est beau.
Le
Président (M. Bachand) : Parfait. Le
timing est bon. Alors, M. le ministre de la Justice.
M.
Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Me Gravel,
Me Kirouack, bonjour. Merci de participer aux travaux de la commission. Me Kirouack, je vois que vous êtes en
meilleure forme que la dernière fois que je vous ai vue. Votre cou va
mieux?
Mme Kirouack
(Marie Christine) : Oui. Juste pour que tout le monde comprenne, je me
suis fracturé le cou le 8 mars, alors... et M. le ministre, on a eu une
rencontre. Alors, non, je n'ai plus de collet cervical depuis jeudi dernier, M.
le ministre.
M.
Jolin-Barrette : Bon, on est heureux de vous savoir en santé,
Me Kirouack. Écoutez, plusieurs choses. Premier élément, contribuer aux
charges de la famille. Vous, vous dites : Bien, écoutez, si on veut avoir
un partage inégal, ça prend ça. Cependant,
on a déjà prévu qu'on pourrait faire un partage inégal sans que ça soit
écrit «contribuer aux charges de
la famille». Donc, expliquez-nous pourquoi, là, vous considérez que c'est
important d'inclure la même disposition, là, qu'il y a dans le mariage?
Mme Kirouack
(Marie Christine) : OK. Moi, je... je vous explique. Je vous parle du
concept de partage inégal quand une des
parties s'adresse au tribunal et dit : Non, non, non, OK, il y a une
injustice, OK? Si on partageait également le patrimoine d'union
parental, il y aurait une injustice. Ça s'est plaidé dans les premières années
suivant l'entrée en vigueur en juillet 1989 du patrimoine familial. Et la
porte a été fermée à ça, OK, alors que c'était juste un des deux qui plaidait : Non, mais c'est parce que, écoutez, moi, je
gagnais plus, donc j'ai payé, mettons, 75 % des biens du patrimoine
familial. Et les tribunaux sont venus fermer la porte à ça en disant :
Non, non, non, vous aviez une obligation de contribuer aux charges du ménage en
proportion de vos facultés respectives. C'est ce que dit l'article. Vous ne
pouvez donc pas venir, sur la base d'une demande de partage inégal, demander un
partage inégal parce que vous avez, vous,
payé plus que l'autre partie. Et ce que... ce qu'on vous soumet, c'est qu'en
l'absence d'une disposition similaire en matière de patrimoine d'union parentale,
nous craignons, effectivement, que le fait que l'une des deux parties ait
payé plus, c'est-à-dire plus que 50 %, que ça donnerait ouverture à un
partage inégal. Et à ce moment-là, on se comprend, la porte va être ouverte à
toutes les formes de partages inégaux.
M.
Jolin-Barrette : OK. Pourquoi vous voulez inclure les résidences
secondaires dans le cadre du patrimoine d'union parentale?
Mme Kirouack
(Marie Christine) : Parce que, écoutez, il y a... j'ai eu des dossiers
au cours de ma carrière, là, où la résidence secondaire, c'est la résidence que
les seules parties sont propriétaires, parce que la résidence principale, c'est
un appartement. Et par ailleurs c'est une résidence de la famille, là.
M. Jolin-Barrette : Donc, ce que vous
dites, c'est que, pour assurer un partage équitable du patrimoine, supposons
qu'il y a un mini-appartement à Montréal, mais qu'il y a un... un immense
chalet à Tremblant, ça devrait rentrer à l'intérieur.
Mme Kirouack (Marie
Christine) : Oui. Donc, ce qu'on soumet, c'est que... Oui,
effectivement, je pense que la philosophie
même, qui... étant une espèce de grille de patrimoine restreint mais des
parties, devrait effectivement inclure toutes les résidences.
M.
Jolin-Barrette : OK. Au niveau... Bon, vous l'avez dit, en matière
de violence judiciaire, c'est une avancée.
Mme Kirouack (Marie Christine) : Ah!
ça, c'est extraordinaire.
M. Jolin-Barrette : Le fait, là...
Pour identifier cette violence judiciaire là, le fait que, bon, parfois, je
pense qu'en pratique vous le voyez souvent, là, vous repassez souvent devant
différents juges, puis là ça s'accumule, puis les
procédures, les procédures, les procédures. Comment est-ce qu'on fait pour
contrer ça, au-delà de la mesure qu'on met de l'avant?
Mme Kirouack (Marie Christine) : Bien,
écoutez, je vais vous dire...
M.
Jolin-Barrette : C'est-tu un changement de culture dans le système
de justice? Parce que là, dans le fond, on envoie un message aux
tribunaux pour dire : Bien, écoutez, vous devez le sanctionner, là, si
vous constatez de la violence judiciaire.
Mme
Kirouack (Marie Christine) : Absolument. Mais là vous envoyez un message aux
tribunaux qui est clair. Comprenez-vous? Normalement, on essayait
d'utiliser, soit faire déclarer la partie quérulente, et vous savez comme moi que la barre est haute pour pouvoir
effectivement faire en sorte que plus personne ne puisse instituer de
procédures pour toute sorte de fondements démocratiques et
constitutionnels, et... et/ou la provision pour frais. La provision pour frais,
c'est une preuve qui est beaucoup plus longue. Je dois prouver que l'autre a la
capacité, effectivement, de payer, n'est-ce
pas, mes honoraires d'avocat, alors que vous êtes arrivé, je trouve, avec une
solution terriblement élégante. Le dommage-intérêt, je n'ai pas le fardeau de
la preuve de prouver, effectivement, la capacité de payer de l'autre, ça
ne fait pas partie des éléments de près ou de loin, et je fais confiance aux
tribunaux pour décréter qu'est-ce qui va constituer, effectivement, une dérive
judiciaire. Et ils vont être faciles à identifier, M. le ministre, ces
dossiers-là, là. Quand un... Quand monsieur
revient quatre fois dans la même année pour, encore une fois, demander
qu'on modifie la garde, il semble comme évident qu'on est en pleine
dérive, là. Et ça, j'en ai eu des exemples, ça, dans ma carrière.
M. Jolin-Barrette : ...c'est plus
facile quand ça passe devant le même juge?
Mme Kirouack (Marie Christine) : Non,
pas vraiment, parce que l'historique... l'historique est là, les jugements sont
au dossier, donc ça fait... ça, ce n'est pas un plus.
M. Jolin-Barrette : OK. Sur la
question du 30 jours pour la survie du droit à la résidence familiale, le
droit d'attribution, là, vous, vous dites : Le délai, il est trop court.
Ça serait quoi un délai approprié, selon vous?
• (17 h 10) •
Mme
Kirouack (Marie Christine) : Ça ne serait aucun. Si je regarde la jurisprudence
en matière de protection de la résidence familiale entre époux, OK, il
n'y en a pas de délai.
M. Jolin-Barrette : Mais...
Mme
Kirouack (Marie Christine) : C'est le fait que la résidence familiale ne serve
plus de résidence familiale. Alors,
on a eu, effectivement, des résidences familiales qui, en cours de dossier de divorce,
ont cessé effectivement d'être protégées. C'est une question de fait. Ce
n'est pas une question de liquidation de la valeur, c'est une question de fait.
À partir du moment où, effectivement, là...
Je pense, entre autres, à
deux jurisprudences, là, OK? Il y en avait une où madame était sous régime
de protection, les parties n'avaient plus, effectivement, de vie commune, ce
n'était plus une résidence familiale, et le tribunal,
effectivement, a permis aux curatrices des filles de s'occuper de la vente de
la résidence, bien que le mariage n'ait pas été liquidé. Je pense à un
autre dossier où madame avait quitté et monsieur voulait, effectivement, là,
vendre la résidence. Madame était partie depuis six mois. Il n'était pas
question qu'elle revienne, ils n'avaient pas d'enfant, puis le tribunal a
dit : Ce n'est même pas nécessaire que vous demandiez la permission de
passer ça, là, à un acte, ce n'est plus une résidence familiale.
Donc, c'est
une question de fait, et c'est pour ça qu'on ne voit pas la nécessité qu'il y
ait un délai. Et... Et 30 jours, à toutes fins pratiques, je vais
vous dire...
M. Jolin-Barrette : Mais on a quand
même besoin d'un délai, considérant que, dans ce régime-ci, la fin de l'union
parentale prend fin avec la fin de la vie commune. Donc, contrairement aux
mariages, où le lien subsiste, là il faut mettre un délai. Mais je comprends
que, pour vous, un délai plus grand serait plus approprié, là.
Mme
Kirouack (Marie Christine) : Oui, puis je ne suis pas nécessairement d'accord
avec votre interprétation. J'ai des
personnes mariées, là, à partir du moment où ils se séparent, là, l'ouverture
du droit au partage, c'est la même chose que mes conjoints de fait. Il n'y a pas de
différence pour moi entre... entre un animal juridique et l'autre, et je ne vois
pas pourquoi on aurait un délai chez les conjoints de fait qu'on n'a pas chez
les époux.
M. Jolin-Barrette : Bien, vous
savez, des... des fois, le monde...
Mme Kirouack (Marie Christine) : C'est
les mêmes questions factuelles.
M. Jolin-Barrette : ...le monde
juridique, c'est un peu un zoo, là, alors on essaie de... de clarifier le tout.
Avant de
céder la parole à mes collègues, tout à l'heure vous avez parlé, là, de la
question de la chose jugée pour pouvoir
ressaisir le tribunal, vous disiez : Écoutez, la garde, on peut toujours
la redemander. Pouvez-vous expliciter sur ce que vous avez dit à ce
niveau-là?
Mme Kirouack (Marie Christine) : OK.
C'est que, bon, contrairement... Par exemple, là, si, je ne sais pas, j'ai
poursuivi quelqu'un en exécution d'un contrat, OK, et j'ai gagné, puis ils
doivent me verser 10 000 $, OK, je ne peux pas revenir six mois après puis dire : Savez-vous,
j'avais un contrat, OK? La partie adverse va juste pouvoir faire une
requête en rejet parce qu'il a chose jugée, ça meurt là, au feuilleton. En
matière familiale, puisque... si on peut justifier des faits nouveaux, par
exemple en matière de garde dans l'intérêt de l'enfant, ultimement, on peut
toujours, comme, non seulement demander la modification de la garde, mais
obtenir un changement de garde, en matière de pension alimentaire, on peut
toujours justifier et obtenir un changement de pension alimentaire s'il y a une
modification des revenus, ce qui implique que, dans un cas et dans l'autre, OK,
il y a toujours ouverture pour saisir le tribunal et l'autre ne pourra pas
prendre une... une requête pour demander que ça soit rejeté pour chose jugée,
même si, par ailleurs, au bout du compte, la
personne n'aura pas gain de cause parce qu'elle ne satisfait pas le critère
qu'il y a eu des changements de circonstances significatifs, si je
pense, en matière de garde ou en matière de revenus. Donc, la porte est
ouverte, effectivement, à ce que je puisse revenir devant le tribunal à
répétition.
M. Jolin-Barrette : OK. Peut-être
une dernière question avant de céder la parole : Pourquoi vous êtes
inquiète par rapport au fait qu'au SARPA ils vont pouvoir calculer le montant
de la pension alimentaire? Parce que les gens vont avoir été en médiation, ils
s'entendent, ils s'entendent également sur le fait qu'ils doivent verser une pension alimentaire puis le fait que ça soit
calculé, puis qu'il y a de consentement, puis il n'y a pas de litige. Ça, il me
semble, ça participe à la déjudiciarisation.
Mme Kirouack (Marie Christine) : Non,
mais c'est parce que... Mais c'est parce que, présentement, dans ces
dossiers-là, on fait juste... les consentements sont déposés sous enveloppe
devant le greffier spécial, il n'y a personne qui va devant le tribunal, puis
on obtient un jugement, parce que les parties qui sont allées, effectivement, en médiation ont le résumé de leur entente. Dans
certains cas, c'est effectivement le/la médiateur, c'est le juriste qui va rédiger
le consentement. Il n'y en a pas de problème.
La
difficulté, si je regarde le libellé de la modification qui est proposée, c'est
qu'on permettrait, effectivement, au SARPA, OK, de décréter une pension
alimentaire, et notamment en matière de garde partagée, c'est
terriblement compliqué. Parce qu'une fois qu'on a établi, là, x doit payer
100 $, ou 200 $, ou 500 $ à y, OK, mais qui va payer les frais scolaires, qui paie, effectivement, les
vêtements, qui paie la sortie scolaire, OK? C'est... c'est beau parce que la loi
présume que chacun des parents vont effectivement assumer 50 % des
dépenses, la pension sert juste à rétablir la capacité de payer l'un et
l'autre, mais une fois qu'on a dit ça, là, à part... à part, là, le gîte et le
couvert, tout le reste doit être négocié sur qui va payer quoi puis comment on
fait et comment on se rembourse à la fin de l'année. C'est beaucoup plus
compliqué que juste... on va arriver avec la grille puis on va dire on arrive à
quel montant.
M. Jolin-Barrette : OK. Et je vous
remercie pour votre passage en commission parlementaire, toujours un plaisir de
vous voir.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Je me tourne
maintenant vers la députée de Lotbinière-Frontenac, s'il vous plaît.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) : Bonjour.
Moi, je veux vous ramener sur la... les mesures pour contrer la violence
judiciaire en cas de séparation. Au niveau de... au niveau de l'obligation du
juge de tenir compte de l'historique, les conséquences et l'équilibre des
forces, j'aimerais savoir comment vous voyez ça. Bien, tu sais, quand les...
le... un des conjoints va aller voir son avocat, est-ce que... dans le fond,
est-ce que l'avocat va saisir le tribunal puis ce sera le juge de décider s'il
s'en saisit ou pas?
Mme Kirouack (Marie Christine) : OK.
D'abord, un, la condition préalable que ce régime-là s'applique, c'est
qu'effectivement il y a abus judiciaires. S'il n'y a pas de procédure, il n'y a
pas d'abus judiciaire en partant, OK? Donc, ça... je tiens pour acquis que
c'est dans les cas où... soit en demande reconventionnelle, OK, à répétition,
OK, il y a une des parties, ou c'est de façon originelle et qu'il y a une
partie qui revient régulièrement à tous les quatre mois pour demander une
modification de la garde, comme j'ai vu dans certains dossiers. Donc, ça, ça ne
me semble pas... ça ne sera pas difficile
pour nos tribunaux, effectivement, d'établir ça. Et si, en plus, il y a de la
violence, c'est sûr que ça rajoute une tranche.
Et
je vais vous dire ce que je trouve extraordinaire dans les dossiers où il va y
avoir de la violence. C'est parce que l'article de loi, je trouve, est
particulièrement bien rédigé parce que le tribunal va pouvoir accorder ces
dommages-là ultra-petita, hein, d'office, sans que ça lui soit demandé, ce qui
implique que, dans des dossiers où la preuve
devant lui aura été, effectivement, qu'il y a eu de la violence, le tribunal
pourra ordonner des dommages-intérêts sans même que madame en ait
réclamés.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Mais, madame, ma question, c'était plus...
Moi, j'en ai vécu, là, de la violence judiciaire, puis, tu sais, dans le fond,
quand mon ex-conjoint m'amenait en cour, bien, je devais me prendre un avocat.
L'avocat regardait la cause, il disait : Oui, oui, ça va être facile, on
s'en va devant le juge, mais là, tu sais, moi, je... Par exemple, le parent va
devoir quand même se prendre un avocat. Il va quand même... Tu sais, l'avocat décide... Ce n'est pas l'avocat qui va
décider si c'est une bonne cause ou pas, là, il va l'amener devant le juge
quand même.
Mme Kirouack
(Marie Christine) : Ah! je ne suis pas d'accord avec vous, là.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Non? OK.
Mme Kirouack
(Marie Christine) : Il y a quand même... Je vais vous... Bien, c'est
parce que je suis d'accord avec une partie
de ce que vous dites, j'ai des réticences quant à l'autre partie, OK? Oui, un
avocat sait s'il y a une cause qui est valable, ou qui n'est pas
valable, ou qui... mais il y a des zones grises, là, OK, mais il y a aussi des... OK? La quatrième fois que vous demandez une
modification de garde, je suis désolée, dans la même année, là, vous
devriez vous poser de sérieuses questions sur ce que vous êtes en train de
faire, comme procureur, OK? Un, OK?
Deux,
effectivement, puis c'est ce que je disais tout à l'heure, puis c'est pour ça
qu'on se réjouit... Je vais vous prendre à titre d'exemple, OK? Quand on
vit, effectivement, de la violence judiciaire, on n'a pas le choix de suivre le
train, hein, on ne peut pas juste faire : Écoute, moi, j'en ai jusque là,
puis «that's it», OK? L'avantage, c'est que les dommages-intérêts vont faire en
sorte qu'on va pouvoir condamner l'autre partie à payer l'ensemble des frais d'avocat sans avoir à prouver qu'il ou elle a la
capacité de payer. Mais c'est sûr que permettre la fin de l'abus judiciaire,
le seul... la seule mécanique qu'on peut
utiliser présentement, c'est pouvoir les qualifier, effectivement, de plaideur
quérulent.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : OK. Parfait. Bien, merci pour la réponse.
Mme Kirouack
(Marie Christine) : De rien.
Le
Président (M. Bachand) : ...de Saint-Jean,
2 min 30 s
M. Lemieux : Merci,
M. le Président. Bonjour à tous les deux. Mme Kirouack, si vous avez
écouté depuis le début de l'avant-midi, vous allez me voir venir, mais, pour
moi, c'est important de placer dans son contexte ce projet de loi là qui a été appelé de tous ses voeux,
particulièrement par la communauté des avocats et des gens qui travaillent
beaucoup dans ce secteur-là, surtout depuis Éric et Lola, là. Tout le monde
attendait qu'on arrive à quelque chose. Moi,
je me demande jusqu'à quel point, si on exclut les... Je sais que c'est... pour
vous, ce qui est intéressant, c'est les cas problèmes, les cas qui
aboutissent en litige, et tout ça, mais, pour la moyenne des ours pour qui tout
va bien, jusqu'à quel point est-ce qu'on ramène un équilibre qui est moderne,
qui est pertinent puis qui est juste? On pense à l'enfant beaucoup, dans le
projet de loi, mais, pour le reste, on essaie de ne pas aller dans le sens de
ceux qui disent : Vous me forcez à me marier, puis en même temps, on
essaie de rester, entre guillemets, raisonnable. Je... Est-ce que le vide qu'on essaie de remplir ou le curseur
qu'on bouge, il est pas mal dans le milieu? Parce qu'il y en a beaucoup qui
sont d'avis que ça ne va pas assez loin, puis d'autres qui trouvent que ça va
trop loin.
• (17 h 20) •
Mme Kirouack
(Marie Christine) : En fait, je vais vous dire, je pense que le projet
de loi, c'est une espèce de juste milieu
entre la chèvre et le chou, OK? Puis n'oublions pas, là, les couples peuvent
décider de se marier, ils peuvent avoir la totale, avec toutes les
obligations qui vont avec. Ce n'est pas un cas de : Nous faisons de la
discrimination et nous ne permettrons, n'est-ce pas, juste aux gens qui font
notre affaire de pouvoir se marier puis d'avoir la totale. C'est un choix, le mariage, c'est un contrat. Oui,
vous pouvez me pointer du doigt puis dire : Je suis civiliste, je le suis,
OK, mais il reste que ça n'en demeure pas moins...
Par contre, là où
j'ai plus un bémol sur ce que vous venez de dire, c'est que moi, j'irais plus
loin pour ce qui est des enfants, vous savez, et on l'a mis dans notre mémoire.
Il est plus que temps que les barèmes soient actualisés. L'enfant de 2024,
hein, ce n'est pas vrai qu'il coûte ce que l'enfant de 1998 coûtait. Et, oui,
les barèmes ont été indexés, mais l'enfant de 1998, il avait toute une série de
besoins qu'il n'avait pas. Il n'avait pas besoin d'Internet, il n'avait pas besoin d'un ordinateur au primaire, il
n'avait pas besoin d'une tablette pour fonctionner. Donc, le montant des
barèmes québécois ne correspond plus aux besoins de nos enfants, effectivement,
contemporains de 2024.
Et l'association ira
plus loin. Nous, on est d'avis que l'article qui permet de déroger aux barèmes,
le critère pour déroger devrait être assoupli pour permettre notamment ce qu'on
avait avant la modification qui a amené les barèmes
de pension alimentaire, à savoir qu'on pouvait avoir un bout de pension qui
était pour permettre des logements comparables aux deux enfants.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M. Lemieux : Mon
temps est écoulé. Merci beaucoup, Me Kirouack, et un autre civiliste,
Me Lambert.
Le Président (M. Bachand) : M. le député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. Bonjour, Me Kirouack, Me Gravel, ça fait plaisir de vous
revoir. Continuons, justement, sur le barème pour des montants qui pourraient
être accordés aux enfants. Selon vous, quel serait le meilleur moyen pour
l'actualiser? Puis est-ce qu'on ne devrait pas prévoir un mécanisme pour qu'il
soit actualisé d'une façon progressive, en tenant compte, je ne sais pas, moi,
de... de l'inflation ou de l'augmentation du coût de la vie, etc.? Parce
qu'effectivement, vous... vous le soulignez, Me Kirouack, les... ce que
les enfants avaient de besoin... ou même
pour aller à l'école, aujourd'hui, ce n'est pas ce qu'il y avait il y a 20 ou
25 ans, là. Puis on le sait, il
y en a des écoles où maintenant, les élèves, il faut qu'ils apprennent avec des
tablettes, etc., donc il y a... il y a un coût. Ça serait quoi, votre
meilleure recommandation pour ça, pour actualiser le tout?
Mme
Kirouack (Marie Christine) : En fait, moi, je pense qu'il devrait effectivement
y avoir une réévaluation complète de ce que sont les besoins de l'enfant
moyen au Québec. N'oubliez pas, là, les besoins qui ont été évalués, ils ont
presque 30 ans, OK? Les enfants, actuellement, ont besoin effectivement d'une
kyrielle de choses qu'ils n'avaient pas besoin à l'époque. Et par ailleurs,
bien, le dollar constant est resté, par contre, hein? On a l'indexation le
1er janvier de chaque année, selon l'indice de la Régie des rentes du
Québec. Donc, ça... ça, ça demeure stable. Le problème, c'est que les
besoins... le... les besoins des enfants, maintenant, il y a pas mal plus
d'affaires que ça leur prend pour
fonctionner qu'à l'époque, et tout ça devrait être... effectivement. Puis, vous
savez, il était supposé y avoir à l'époque un rapport de l'an 1 et, ne me
citez pas, mais il me semble, un rapport de l'an 5 sur les barèmes qui n'a
pas vraiment eu lieu. Je pense qu'il serait temps qu'on s'assoie puis qu'on
fasse : OK, un instant, là, c'est parce que ça fonctionne plus. La
contribution alimentaire de base ne correspond plus aux neuf besoins de
base des enfants.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Autre question relativement à l'article 521.33, qui est en lien
avec le patrimoine d'union parental. Les conjoints peuvent se retirer, d'un
commun accord, de l'application des dispositions, mais c'est par acte notarié
en minutes. Et là on... il y a des gens, il y a des notaires qui nous ont
dit : Bien, un seul notaire, c'est
parfait. Le notaire est impartial, il va conseiller tout le monde. Il y a des
gens qui nous ont dit : Non, non, non,
les parties devraient avoir des avis juridiques séparés avant d'aller voir le
notaire. Vous, votre recommandation là-dedans, pour... pour s'assurer que les parties vont effectivement avoir toute
l'information puis qu'ils vont avoir un consentement libre et éclairé,
ce serait quoi?
Mme Kirouack (Marie Christine) : OK.
Je vais vous dire, je suis médiatrice accréditée, et Me Gravel aussi, puis
depuis bien plus longtemps que moi en plus, OK? Si j'ai deux parties qui
viennent me voir, effectivement, là, puis
qu'ils sont prêts à liquider, puis personne ne prend quoi que ce soit, j'ai
l'obligation, au Code de procédure
civile, de les envoyer voir un
procureur indépendant, à 608, le Code de procédure civile. Je trouverais
incongru qu'effectivement le notaire officiant n'ait pas cette
obligation quand il s'agit de dire à des gens : Non, non, vous allez vous
retirer. Si vous ne vous retirez pas, là, il
va y avoir effectivement un droit au partage. Madame, vous allez pouvoir,
effectivement, partager la valeur de la résidence familiale, mais là,
venez juste vous retirer, et il n'y aura pas de... de... de procureur
indépendant? Je ne comprends pas que j'aie cette obligation-là en médiation
quand les intérêts sont effectivement opposés, et, quant à moi, un acte de
retrait, les intérêts sont opposés, et que les notaires n'en auraient pas.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. J'attire votre attention sur l'article 521.22. Pour la fin de
l'union parentale, ce qui est proposé dans le projet de loi, c'est qu'on
utilise les mots «par la manifestation expresse ou tacite de la volonté des conjoints». Me Guillet
disait : Écoutez, pourquoi ne pas utiliser le libellé ou la rédaction de
l'article 417, alinéa 2,
sur la cessation de vie commune? C'est déjà un concept qui est connu. Ceci
risque de, en fait, provoquer plus d'interprétations judiciaires que moins.
Qu'est-ce que vous en pensez?
Mme Kirouack (Marie Christine) : Bien,
écoutez, je vais vous dire, là... je vais vous donner un exemple. J'ai... j'ai
le même problème, je pense, et nous avons le même problème que Me Guillet
sur la question de l'expression «tacite».
Qu'est-ce qu'une... Qu'est-ce qu'une expression tacite, OK? Je vais vous donner
un exemple, là, que j'ai vu souvent, OK? Ils habitent ensemble, la
chicane pogne, puis là, elle fait : Regarde, là, toi, tu vas aller coucher sur le divan, là, et ça fait
trois mois qu'il couche sur le divan. Et ils habitent toujours ensemble,
là, OK, ils ne sont pas séparés. Ce
n'est pas un cas de : Oui, nous habitons ensemble, on fait chambre à part
parce qu'économiquement... Ce n'est pas la vie séparée sous le même toit
au sens de la jurisprudence. C'est juste : Il y a une mésentente. Est-ce
qu'après ça on va pouvoir se présenter devant les tribunaux, puis elle, elle va
dire : La journée où je lui ai dit : Tu ne couches plus dans notre chambre, tu vas coucher sur le divan, que moi,
j'avais la volonté tacite de me séparer? Il y a un flou artistique qui
aurait peut-être lieu, effectivement, de clarifier, là.
M. Morin : Puis ça serait quoi votre
recommandation?
Mme Kirouack (Marie Christine) : Ça
serait effectivement, là, que... On a déjà un libellé qui existe. On a déjà des concepts en jurisprudence de qu'est-ce
que constitue, effectivement, la cessation de la vie commune. Je ne vois
pas pourquoi on réinventerait la roue chez les conjoints de fait parentaux.
C'est que... Vous savez, quand on invente un nouveau
concept, là, et c'est parti pour 5 à 10 ans de jurisprudence, c'est
effectivement les justiciables qui paient la note. Ça fait que, oui, je suis
d'accord avec Me Guillet, qu'il y aurait lieu de spécifier.
M. Morin : Parfait.
Je vous remercie. Maintenant, j'aimerais avoir votre opinion relativement à
l'article 33 du projet de loi. En fait, il y a deux articles qui sont
semblables, il y a 33 puis il y a 43, mais 43 traite de la Loi sur la
protection de la jeunesse, et ça dit : «Le juge en chef privilégie la
prise en charge d'un dossier du tribunal par un seul et même juge.» Je
comprends que probablement que la volonté du législateur, c'est que ça aille
plus vite, que ça soit plus efficace.
D'après vous, est-ce que ça va être vraiment plus efficace ou si c'est
préférable de laisser justement le juge en chef gérer sa cour?
Mme Kirouack
(Marie Christine) : Oui. Bon, en Cour du Québec, c'est déjà le cas,
là, c'est un juge qui est saisi du dossier puis qui va l'amener à sa
conclusion, là, dans les dossiers de compromission. En Cour supérieure, par
contre, ce n'est pas le cas. Et, je vous dirais, la journée où il y aurait...
parce que... Est-ce que c'est intéressant? Oui, ça pourrait l'être. Le
problème, c'est que la justice manque de fond, la justice manque d'heures-juge,
OK, et on voit mal comment ça pourrait même être faisable dans l'état actuel
des choses. Et ça ne serait pas une avancée d'avoir un juge saisi qui n'a pas
de disponibilité avant neuf mois pour entendre sur une demande
d'intérimaire ou sur une modification. Je doute que ça... La journée où on
aurait des équipes de juges spécialisés en droit de la famille, là, qui ont envie de faire juste du droit de la famille,
OK, et qu'on a les budgets et les heures-juge, ça pourrait être intéressant, mais
là je pense que ce n'est pas faisable.
M. Morin : OK.
Parfait. Je vous remercie. J'aimerais... Vous y avez fait référence un peu plus
tôt, mais le régime actuel va s'appliquer
quand des conjoints en union de fait vont avoir un enfant, puis c'est après
juin 2025, OK, puis là il va y avoir un régime de partage.
Maintenant, s'ils ont eu des enfants avant, ça ne va pas s'appliquer de la même
façon ou, s'ils n'ont pas d'enfant...
Mme Kirouack
(Marie Christine) : Ça ne s'appliquera pas du tout.
M. Morin : ...ça
ne s'appliquera pas du tout. Est-ce que la réforme est trop timide?
Mme Kirouack
(Marie Christine) : Non, je pense que ça prenait une espèce de
solution mitoyenne. Écoutez, n'oubliez pas, là, il y a une grande... il y a une
partie des conjoints de fait au Québec, là. On est les grands champions à peu
près au niveau mondial. Ce n'est pas pour rien, là, c'est... il y a une volonté
de ne pas se marier. Et par ailleurs, au risque de me répéter, les gens peuvent
se marier, ils peuvent avoir la totale, là, OK, le régime matrimonial,
l'obligation alimentaire, puis tout ça. Alors, non, on considère que, dans le
fond, c'est une espèce de solution mitoyenne intéressante, mais sous réserve
qu'on pense aussi que les conjoints de fait parentaux qui sont cette journée-là
devraient pouvoir aller chez le notaire, pendant six mois, puis
faire : Heille! Nous, on «opt-in» et on veut, effectivement, bénéficier de
ce régime.
M. Morin : Et ça, vous seriez prêts à... à l'offrir,
finalement, ou à l'ouvrir à tous les conjoints en union de fait?
Mme Kirouack
(Marie Christine) : Tous les conjoints parentaux, effectivement.
• (17 h 30) •
M. Morin : Qui
ont... qui ont un enfant.
Mme Kirouack
(Marie Christine) : Oui.
M. Morin : Qui
ont un enfant.
Mme Kirouack (Marie Christine) : Oui.
Donc, ils se qualifient. Parce que, par ailleurs, les autres conjoints de
fait, OK, on peut toujours se faire un contrat.
M. Morin : Oui,
ceux... ceux qui n'ont pas d'enfant, là.
Mme Kirouack
(Marie Christine) : On n'est même pas obligés d'aller voir un notaire.
Des conjoints de fait, là, hein, ils peuvent
s'asseoir sur le bord de la table puis faire... OK, là, OK, ça fait
trois mois qu'on vit ensemble, puis là, vraiment, on voudrait,
comme, gérer nos choses, ils pourraient même, entre eux autres, décider :
Regarde, la journée... si on se sépare, là, parce que ça ne marche pas trop,
là, OK, bon, bien, s'il y a une différence de revenus, il y aura une pension
alimentaire, puis sais-tu, le patrimoine familial, c'est une belle bébelle, on
va la prendre, nous autres, ça va s'appliquer à nous autres. Ce n'est pas
contre l'ordre public de faire ça, là. Les conjoints de fait qui n'ont pas d'enfant
peuvent toujours faire ça, comme les conjoints de fait qui ont des enfants
peuvent toujours le faire. Ce n'est pas terriblement populaire, je vous
l'accorde, OK, mais nous, ce qu'on voudrait, c'est que le régime d'union
parentale... que ceux qui sont des conjoints parentaux en date d'intro
devraient pouvoir avoir une période où ils vont aller se soumettre au régime.
M. Morin : Ce
qu'on... Oui, merci. Ce qu'on... ce qu'on apprend, puis vous l'avez dit
vous-même, ce n'est pas très, très populaire, ce n'est pas très répandu. Puis
ce qu'on nous dit, c'est qu'il y a aussi des conjoints de fait, maintenant, qui
pensent qu'ils ont le droit à un ensemble de protections puis un encadrement
juridique, mais il n'y en a pas. Alors, tu sais, je comprends ce que vous nous
dites, mais ça... dans le quotidien, ça ne règle pas le problème de bien du
monde.
Mme Kirouack (Marie Christine) : Bien,
ça, je suis d'accord avec vous, mais il y a aussi un problème, je vous dirais,
d'éducation populaire par rapport à ça, et c'est notamment dû au fait que,
désormais... En fait, ça fait... ça fait longtemps, ça fait 25 ans, ça
fait 30 ans. Écoutez, moi... moi, je suis en couple avec une femme, ça
fait qu'on est devenues des conjoints en 2002, pour ce qui est des lois
fiscales, OK? On était considérées comme conjoints, donc on pouvait prendre les
déductions ou les choses... puis tout ça. Pour les couples hétéros, ça date
d'avant ça. Les... la... le... la rente de
conjoint survivant. Pas besoin d'être mariés, là. Il y a plein d'autres lois,
là, fiscales ou autrement, qui font en sorte que les conjoints de fait
sont considérés au même titre que s'ils étaient des époux. Et c'est sans doute
ce qui fait en sorte que, des fois, c'est peut-être plus difficile pour le
commun des mortels à comprendre.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Je cède la
parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup
pour votre présentation. Merci aussi pour le mémoire fort détaillé, ça nous
aide beaucoup dans le travail à venir. Dévolution légale, je voudrais vous
entendre là-dessus. Vous avez fait un commentaire,
mais je voudrais bien comprendre qu'est-ce que vous proposez, là, parce que
vous soulevez... «L'Association considère que la dévolution légale en
faveur des conjoints parentaux ne bénéficie qu'aux enfants nés du dernier lit
et non à l'ensemble des enfants.» Donc,
qu'est-ce que... c'est quoi, la proposition ou la modification qui serait
apportée?
Mme
Kirouack (Marie Christine) : OK. Sur cette question-là, il y a deux choses.
D'abord, un, on est en désaccord avec la période d'un an, là, le
365 jours, là, ou ça va dans un sens ou ça va dans l'autre, là, mais pas
365 jours, ça va faire des débats inutiles. Surtout qu'en matière de
conjoints parentaux, là, ça se calcule de la date de la naissance, il n'y a
donc pas de flou artistique sur quand est-ce que ça a commencé.
B, c'est que vous comprenez que si... si
l'objectif de la réforme, c'est de bénéficier les enfants, bien, de faire la dévolution légale au dernier conjoint ou à la
dernière conjointe de fait, ça fait en sorte qu'elle obtient, il obtient un
tiers de la succession, et les deux tiers seront, après ça, partagés
entre les enfants de tous les lits, le premier, le deuxième, le troisième, le cas échéant, OK? Donc, chacun des
enfants aura... chacun des enfants des premiers lits bénéficiera moins,
effectivement, de la valeur de la succession par personne interposée que les
enfants du dernier lit. Si, par ailleurs, l'objectif n'est que de reconnaître
le statut des conjoints de fait, indépendamment des enfants, bien, à ce
moment-là, c'est congruent, comprenez-vous?
À ce moment-là, effectivement, ça bénéficie, au moment du décès, au conjoint
parental.
M. Cliche-Rivard : Puis est-ce qu'il
pourrait donc y avoir une proportion séparée entre les deux ex, bon, la veuve,
là, ou le veuf et l'ex-conjoint, sur la durée de l'union, ou là il y aurait un
partage? Est-ce que c'est ce que... tu sais, vous tentez de rétablir une
équité, là?
Mme Kirouack (Marie Christine) : Mon
Dieu! Mal de tête. Non, non, non, ce n'est pas ça, l'objet de notre propos. Tout ce qu'on soulève, c'est qu'effectivement,
la proposition... la proposition ne bénéficie pas aux enfants du...
M.
Cliche-Rivard : Je comprends. Et donc, il y a... il y a
directement un avantage, possiblement indu, envers celle ou celui qui
reste veuf, versus celui qui a été conjoint de longue date.
Mme Kirouack (Marie Christine) : Les
enfants de celui qui devient veuf, oui, par personne interposée.
M. Cliche-Rivard : Lui est
privilégié. Votre position, là, je voulais juste être sûr de bien l'avoir
comprise, sur l'inclusion ou l'exclusion des
REER et autres régimes de retraite dans l'union
parentale, dans le régime, c'était quoi, votre position, finalement?
Mme Kirouack (Marie Christine) : On
n'est pas en désaccord. On comprend le...
M. Cliche-Rivard : Vous n'êtes pas
en désaccord avec ce qui est proposé?
Mme Kirouack (Marie Christine) : Non.
Non, on comprend le choix que le législateur a fait.
M.
Cliche-Rivard : Parfait. Qui est basé, vous aussi, sur le
mécanisme de compensation, finalement. On pourra aller bonifier ça avec
des lignes directrices, au besoin, dans le recours subséquent, mais ça ne vaut
pas la peine de les inclure en amont. C'est ce que vous soumettiez?
Mme Kirouack (Marie Christine) : Non,
pas du tout. Ce n'est pas ça, notre position.
M. Cliche-Rivard : Peut-être juste
me la clarifier pour que je la comprenne bien.
Mme Kirouack (Marie
Christine) : OK. Non, non, non. Nous, on est en accord avec le
patrimoine union parentale tel qu'il est constitué, OK, qui est une espèce de
strict minimum. C'est un patrimoine familial réduit qui se penche, effectivement, sur les biens à l'usage de
la famille, les résidences, les véhicules, OK? Les REER et les régimes de
retraite, je veux dire, quelque part, c'est autre chose. Par contre, la Régie
des rentes du Québec, vous savez qu'elle peut
être partagée entre les conjoints de fait, en autant qu'ils sont d'accord au
moment du partage, ce qui, dans certains cas, n'est pas nécessairement le cas, mais,
quant au reste... Ça fait que, non, nous on n'a pas une espèce de prestation en
aval ou en amont.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Jean-Talon, s'il vous plaît.
M. Paradis : Merci beaucoup. Merci,
d'ailleurs, pour les commentaires que vous faites de manière détaillée sur chacun des articles, c'est très utile.
Relativement à la prestation compensatoire, on a entendu, aujourd'hui, des
inquiétudes sur le fait que ça pourrait être un recul par rapport à la
notion d'enrichissement sans cause actuelle, et je pense que notre devoir, c'est de s'assurer qu'il n'y ait pas de recul.
Vous, vous dites : Bien, en réalité, la Cour suprême nous a
rappelé, dans un arrêt de 1996, que c'est à peu près la même notion. Et donc,
je comprends que vous n'avez pas d'inquiétude, vous, sur ce côté-là, qu'il y
ait des reculs?
Mme Kirouack (Marie Christine) :
Non. Je vais vous dire, là, notre position, c'est que, regardez, pour les conjoints d'union parentale, désormais, ça va
s'appeler une prestation compensatoire. Pour les autres conjoints de fait,
ça va s'appeler une action en enrichissement sans cause, ou des tierces
parties, là, mais ça, c'est une autre question. Ce sont les mêmes critères, à
peu de chose près, là, c'est deux noms pour, grosso modo, le même recours.
M. Paradis : Et donc, y compris sur
la notion, là, de valeur accumulée, par rapport à la valeur marchande? Parce
que, là, le projet de loi parle vraiment de valeur marchande. Des inquiétudes
de ce côté-là?
Mme
Kirouack (Marie Christine) : Oui, mais c'est parce que si vous regardez, là, une
prestation compensatoire, c'est quoi? C'est : je me suis appauvri,
je vous ai enrichi, l'enrichissement subsiste toujours, OK, et il n'y a pas de
corrélation ou d'obligation que j'avais de m'appauvrir par rapport à vous
enrichir. Donc, je veux dire, ce sont les critères.
M.
Paradis : Très bien, merci. Je vous amène à la fin, aussi,
de vos commentaires sur les dispositions transitoires et finales. Vous
dites : C'est une bonne chose qu'on n'ait pas appliqué ça ou qu'on l'ait
appliqué seulement aux enfants... aux conjoints avec des enfants nés à
compter du 30 juin, parce qu'on ne veut pas répéter les dérives de
violence conjugale lors de l'adoption du projet de loi C-146.
Pourriez-vous nous en dire un mot?
Mme Kirouack (Marie Christine) : Écoutez,
au moment... dans le... particulièrement dans le dernier mois, pour
permettre... les couples avaient dit... les couples qui étaient déjà mariés, au
moment de l'introduction de la loi en
juillet 1989, avaient 18 mois, c'est-à-dire jusqu'au 31 décembre
1990, pour se retirer. Particulièrement dans le dernier mois, le nombre
de dossiers où il y a eu des dérives de violence conjugale, dont deux de mes
voisines, dont une qui a été tuée, dans des
couples qui, par ailleurs, allaient plutôt bien par le passé, OK? Alors, parce
que... puis je n'étais pas avocate à l'époque, là, OK, mais parce
qu'effectivement, on a été... Puis, je veux dire, Me Gravel a plus de métier
que moi, et tout ça, on a vu, effectivement... on a plaidé des articles 42
devant les tribunaux, en disant : Non, non, ça ne peut pas s'appliquer, le
retrait, là. Madame s'est fait taper dessus pour aller chez le notaire. Donc,
oui, est-ce qu'il y a une certaine sagesse de chèvre et de chou... mais
d'éviter, effectivement, du jour au lendemain... Vous savez, la violence
conjugale, c'est un réel problème présentement. Et est-ce que c'est une
solution de chèvre et de chou? Oui. Mais est-ce que ça va éviter qu'on ait,
effectivement, des conjoints violents qui décident que «je vais lui taper
dessus pour qu'elle aille chez le notaire»? À un moment donné, il faut choisir.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci. Me Kirouac,
Me Gravel, merci beaucoup d'avoir été avec nous aujourd'hui. C'est très
apprécié.
Sur
ce, je suspends les travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 39)
(Reprise à 17 h 43)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît. La commission
reprend ses travaux. S'il vous plaît! On vous invite à prendre place. Merci
beaucoup.
Alors, il me fait plaisir d'accueillir
Me Louise Langevin et Me Marie-Claire Belleau. Merci beaucoup d'être
avec nous cet après-midi, c'est très apprécié. Alors, comme vous savez, vous
avez 10 minutes de présentation. Après ça, on aura une période d'échange
avec les membres de la commission. Donc, la parole est à vous. Merci.
Mmes
Louise Langevin et Marie-Claire Belleau
Mme Langevin (Louise) : Vous
m'entendez bien? M. le ministre de la Justice, MM., Mmes les députés, tout
d'abord, nous désirons vous remercier de l'occasion que vous nous donnez de
vous présenter notre analyse du projet de loi aujourd'hui. Je fais équipe avec
ma collègue Marie-Claire Belleau.
Nous saluons le dépôt de ce projet de loi.
Plusieurs mesures proposées par le projet de loi afin d'humaniser le droit de la famille doivent être soulignées. J'en
retiendrai un seul. Je pense, entre autres, à la protection de la résidence
familiale pour les conjoints en union parentale. Je ne m'étendrai pas plus, là,
sur les mesures que tout le monde a saluées. Cependant, à notre avis, le projet
de loi doit être revu en profondeur compte tenu de la discrimination qu'il crée
envers les femmes et les enfants. La réforme du droit de la famille, en 1980, a
été qualifiée d'avant-gardiste, parce qu'elle reconnaissait, à l'époque,
l'égalité entre les conjoints. Elle reconnaissait aussi la valeur de l'activité
des femmes au foyer, des épouses au foyer.
Cependant, nous ne croyons pas que le projet de
loi n° 56, tel que présenté, nous ne croyons pas qu'il soit
avant-gardiste. Les parlementaires, aujourd'hui, ne peuvent pas manquer
l'occasion de donner un sens réel à l'égalité pour les femmes et à la
solidarité familiale. Le ministre de la Justice affirme avoir guidé... avoir
été guidé par la protection des enfants, ce qui est louable, mais le projet de
loi crée quatre catégories d'enfants selon le mode de conjugalité de leurs
parents. Les enfants dont les parents sont mariés seront mieux protégés sur le
plan juridique en cas de rupture de leurs parents, parce que les couples mariés
ne peuvent pas se soustraire au partage du patrimoine familial. De plus, ce
patrimoine familial pour les couples mariés contient beaucoup plus d'actifs que
celui proposé par le projet de loi n° 56, qui est minimaliste, pour ne pas
dire famélique.
Le patrimoine d'union parentale, dans le projet
de loi n° 56, ne contient pas les régimes de retraite et les REER, qui est
l'actif le plus important des familles. Est-ce que certains enfants méritent
d'être mieux protégés que d'autres? L'époque
où le droit à distinguer entre les enfants illégitimes et légitimes est révolue
depuis 1980. Le projet de loi discrimine à l'égard des enfants. Je
pourrais vous faire la preuve de la discrimination selon les critères adoptés
par la Cour suprême du Canada sur la discrimination. Je ne le ferai pas parce
que ce n'est pas le moment et ce n'est pas l'endroit, mais je pourrais faire la
preuve de la discrimination au sens juridique du terme.
Le projet de loi discrimine aussi à l'égard des
femmes. Il crée sept catégories de conjointes de fait. Nous considérons que les
femmes sont les grandes oubliées de cette réforme. On ne peut pas penser le
bien-être et le meilleur intérêt de l'enfant en faisant l'impasse sur la
condition économique de sa mère. Il ne s'agit pas ici d'être paternaliste ou
d'infantiliser les femmes, ou même d'être réductrices, comme je l'ai entendu
aujourd'hui. Je ne veux pas ramener les
femmes à leur rôle de mère ou remettre en question leurs capacités
décisionnelles. Ce sont les statistiques, noir sur blanc, qui nous
démontrent bien le coût de la maternité pour les femmes. Le projet de loi a été
pensé comme si l'égalité pour les femmes
était déjà atteinte, ce qui n'est pas le cas. Par cette catégorisation de cette
sorte de conjointe de fait, le projet
de loi porte un jugement de valeur, sur les femmes et leurs enfants, à être
protégés lors de la rupture conjugale. Ce sont les femmes mariées qui
méritent davantage de protection juridique.
Donc, selon le statut matrimonial, on peut voir,
ici, un relent de la famille traditionnelle, hétérosexuelle et patriarcale. En
traitant différemment les couples mariés et non mariés, le projet de loi porte
un jugement de valeur sur les formes de conjugalité. Le législateur ne peut pas
imposer un modèle de conjugalité et de famille au risque de porter atteinte au
droit à la dignité et à l'égalité des personnes. Nous croyons au respect de la
liberté contractuelle lorsqu'elle est exercée en pleine connaissance de cause
et entre des parties d'égale force. J'ai entendu, ce matin, qu'il ne faut pas marier les conjoints de fait de force.
L'État le fait déjà. Dans les lois à caractère social et à caractère fiscal, ils
sont déjà considérés comme mariés. Excusez-moi. Je donne la parole à ma
collègue.
Mme Belleau (Marie-Claire) : Alors,
bonjour et merci de nous recevoir. J'aimerais d'abord remercier ma collègue, la Pre Louise Langevin, d'avoir eu
la générosité et la gentillesse de m'inviter à contribuer à cette commission
parlementaire.
La médiation
familiale est une bonne chose. Depuis 1997, 27 ans déjà, le programme
québécois est un modèle d'accessibilité
et de professionnalisme. J'en suis très fière. La médiation familiale favorise
le dialogue et la communication entre les parents afin de gérer le mieux
possible les conséquences de leur séparation. Cette pratique vise à encourager
les bonnes relations entre les membres d'un couple qui apprivoise une nouvelle
parentalité. Pour ce faire, les parents déterminent eux-mêmes les termes de
leur entente, imaginent des solutions sur mesure, viables au quotidien, et
s'acquittent de leurs obligations vis-à-vis de la famille au moyen d'un
processus qui requiert leur participation volontaire et active fondée sur la
notion d'«empowerment».
Or, nous sommes d'avis que le projet de loi
n° 56 peut avoir pour effet malheureux de limiter l'accès à la justice des
conjoints de fait et, plus précisément, l'accès à ce processus de médiation
familiale. Les principaux arguments pour arriver à cette conclusion sont les
suivants. La médiation familiale repose sur des normes claires qui sont faciles d'application. Par exemple, il est
facile de partager la valeur du patrimoine familial dans le cas des couples mariés
qui sont en instance de divorce. Le patrimoine de l'union familiale devrait
être encore beaucoup plus simple à... à diviser : la résidence, les
meubles et... la voiture. Toutefois, ce nouveau patrimoine n'inclut pas les
régimes de retraite et les REER. Or, pour la classe moyenne, il s'agit du bien
qui a souvent le plus de valeur. Comme vous le savez, les investissements
fructifient dans le temps au gré des marchés puisque les sommes sont placées
pour le long terme. Au moment de la séparation, on tient compte de la valeur
actuarielle de ces fonds. Les sommes sont donc très importantes.
• (17 h 50) •
Les
conjointes et les conjoints qui ne pourront pas automatiquement profiter du
partage de ces montants plus importants ou des montants plus importants qui
sont investis par leur ex-conjoint vont se sentir floués. Les sommes investies
dans ces fonds seront suffisamment considérables pour qu'ils tentent la chance
de se voir reconnaître une prestation compensatoire. Cette probabilité est
d'autant plus réaliste que les tribunaux reconnaissent la famille comme une
co-entreprise pour l'enrichissement injustifié dans le cas des unions de fait.
En effet, depuis plus de... de 10 ans, la Cour d'appel du Québec a reconnu
que ce sont les sommes accumulées qui sont partageables, et non pas seulement
la valeur marchande des biens et des services reçus.
Pendant les années
que prendront les tribunaux à se prononcer sur cette nouvelle prestation
compensatoire, il y aura une grande incertitude en droit. Cette imprévisibilité
juridique sera telle que des juristes indépendants spécialisés en droit de la
famille ne seront pas en mesure de donner des conseils juridiques à ce sujet.
Ces juristes devront eux aussi se tourner vers les tribunaux pour obtenir des
réponses judiciaires à ces questions pour bon nombre d'années. Ces recours vont
engendrer des coûts importants, si les parents sont représentés. Il y a fort à
parier qu'au moins un des parents jugera
qu'ils n'ont pas les moyens d'être représentés par avocat ou par avocate, ce
qui va compliquer la tâche des juges qui n'auront pas accès aux preuves
requises pour procéder à une véritable évaluation de la situation.
Dans ces
circonstances, le recours à la médiation familiale pour les conjoints de fait
ne sera pas très utile pour plusieurs raisons. Lors de la rupture, les
décisions des parents sont interreliées. Ils doivent trouver des solutions au
sujet du plan d'action parental, de la pension pour les enfants, du partage des
biens. Il est difficile de séparer ces enjeux parce que les décisions sur un
élément affectent les autres. Par exemple, le plan de garde détermine la taille
du logement de chaque parent. La pension alimentaire pour enfant et le partage
des biens ont un impact sur la capacité ou non de devenir le seul propriétaire
de la résidence familiale. De plus, un recours potentiel aux tribunaux crée de
la tension dans la famille, puis, évidemment, entre les ex-partenaires, une
tension qui deviendra très difficile à gérer
en médiation familiale puisque la prestation compensatoire pèsera comme une
épée de Damoclès, autant au-dessus de la personne qui s'attend à se voir
reconnaître une compensation qu'au-dessus du conjoint qui devra peut-être la
payer.
En conclusion,
l'incertitude créée par le projet de loi et l'acrimonie qui affecte trop
souvent les familles aux prises avec des
procédures judiciaires risquent de rendre illusoire le recours à la médiation
familiale, ce qui est vraiment désolant. Merci beaucoup pour votre
attention.
Le
Président (M. Bachand) : Merci infiniment.
M. le ministre, s'il vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Pr Langevin,
Pr Belleau, merci de participer aux travaux de la commission
parlementaire. J'aurais envie de vous demander qu'est-ce qu'il y a de positif
dans le projet de loi que nous avons déposé, s'il y a des éléments.
Mme Langevin
(Louise) : Trois mesures : la protection de la résidence
familiale, les mesures adoptées en matière de... j'étais pour dire,
quérulence... violence judiciaire, et puis...
Des voix :
...
Mme Belleau (Marie-Claire) : Elle
l'a écrit dans son rapport dans les premières pages. Mais pas assez, M. le ministre.
Mme Langevin
(Louise) : Ah! oui, l'approche en silos, là, éviter l'approche en
silos. L'idée d'un juge, une famille, là. Bon.
M.
Jolin-Barrette : Oui. Ça, vous trouvez que c'est pertinent, dans le
fond, supposons, à la Cour supérieure, le fait que pour éviter que...
Mme Langevin
(Louise) : S'il y a assez de juges, oui, oui.
M.
Jolin-Barrette : ...pour éviter que les familles aient toujours à raconter
leur histoire, puis que ce soit un nouveau
juge à chaque fois qui prenne connaissance du dossier, le temps que ça prend,
tout ça. Ça, vous êtes d'accord avec ça?
Mme Langevin (Louise) : Oui, c'est déjà fait dans
certains États aux États-Unis, une famille, un juge, un dossier, oui, en
matière familiale.
Mme Belleau
(Marie-Claire) : Est-ce que je peux ajouter un élément?
M.
Jolin-Barrette : Allez-y, allez-y.
Mme Belleau
(Marie-Claire) : Moi, ma seule... bien, une préoccupation, c'est le
temps, c'est-à-dire que c'est souvent des
décisions qui sont très importantes au niveau des délais, hein? Puis dans...
Les juges de la Cour supérieure, comme
vous le savez, se promènent, hein, ils vont dans les régions. Je ne voudrais
pas qu'un juge, un dossier ait pour effet de retarder de façon...
peut-être... beaucoup, en tout cas, suffisamment pour que ça pose des problèmes
pour la famille, parce que les décisions doivent être prises rapidement. Alors,
moi, c'est là que j'ai un petit bémol, mais...
M.
Jolin-Barrette : Oui. Mais je comprends que, sur le principe
général...
Mme Belleau
(Marie-Claire) : Ce serait idéal.
M.
Jolin-Barrette : ...du point de vue du justiciable, idéalement, si
vous vous retrouvez avec le même juge qui connaît déjà l'historique, notamment
en matière de violence judiciaire, ça pourrait aider, nonobstant, là, des
ressources puis du mode d'organisation, mais sur le principe, à la base.
Mme Belleau
(Marie-Claire) : Bien, j'entendais la médiatrice familiale dire :
Ça dépend sur quel juge on tombe. Alors, parfois, ça peut être une bonne chose,
puis, parfois, ça dépend des circonstances. Elle faisait valoir que les juges
n'ont pas les mêmes sensibilités.
M. Jolin-Barrette :
Mais théoriquement, la justice doit être neutre et doit être objective.
Mme Belleau
(Marie-Claire) : C'est très théorique.
M.
Jolin-Barrette : Bien, je ne sais pas, ce n'est pas ce qu'on enseigne
à la faculté de droit?
Mme Belleau
(Marie-Claire) : Est-ce que c'est ce qu'on enseigne à la faculté de
droit?
Mme Langevin
(Louise) : Mais pour revenir...
M.
Jolin-Barrette : Quand on se présente à la cour, là, on s'attend à
avoir un traitement qui est objectif, qui est basé sur le droit en fonction de
l'analyse des faits. Normalement, c'est ça. Pouvez-vous me confirmer, ou...
Mme Belleau
(Marie-Claire) : Est-ce que vous voulez un cours sur le terrain du
droit? Parce que...
M. Jolin-Barrette : Bien non, mais c'est
parce que, tu sais, moi, ça me... je trouve ça quand même particulier
qu'on nous dise... puis c'est une réflexion à voix haute, là, mais un
justiciable qui se présente devant un juge, peu importe qui est assis dans le
siège, sur le banc, il devrait recevoir le même traitement d'égalité devant la
loi. Alors, si on se retrouve avec une situation où il y en a qui ne traitent
pas les justiciables de la même façon, moi, je trouve que c'est quand même un
enjeu. Puis il ne faut pas se retrouver avec un magasinage de juges en fonction
de dire : Bien, je vais aller devant lui, ça va être plus favorable, tout
ça. Moi, l'idée que j'amène, c'est de faire en sorte de dire : Comment, du
point de vue du justiciable, ça doit être le plus simple possible. Je suis
d'accord avec vous, le mode d'organisation de la Cour supérieure, il y a des
juges qui s'en vont en région, puis tout ça, qui circulent, il ne faut pas que
les délais soient une question. Puis c'est pour ça que ce qu'on a mis dans le
projet de loi, c'est... privilégie le fait... ce n'est pas une obligation, mais
dans la mesure du possible, idéalement, pour le justiciable, il puisse raconter
son histoire, puis que quand c'est à haut niveau de conflit ou même d'une façon
régulière... Vous savez, les justiciables, quand ils se présentent devant les
tribunaux, notamment en matière de litige familial, là, ça leur coûte une
fortune, bien souvent. Des fois, les délais sont longs aussi. Alors, moi, je me
mets du point de vue du justiciable. Je comprends qu'il y a peut-être des
améliorations à faire ou des ajustements sur l'assignation, ou tout ça, ça ne relève pas du ministre de la Justice, ça relève de
la cour. Sauf que je me dis : Bien, peut-être qu'il y a des avancées, là, à
faire. Puis je comprends que, sur le principe, idéalement, vous êtes en accord.
Mme Belleau
(Marie-Claire) : Moi, je trouve qu'ils ne devraient pas aller à la
cour. C'est la première règle, c'est que les parents ne devraient pas être
obligés d'aller à la cour, le moins possible.
M. Jolin-Barrette :
OK, mais quand ils sont rendus là, quand ils sont rendus là... Idéalement,
je suis d'accord avec vous, médiation, puis c'est pour ça qu'en civil, on met
de la médiation, en familial aussi, je pense qu'il y a du bon travail qui est
fait.
Mme Belleau
(Marie-Claire) : C'est excellent.
M.
Jolin-Barrette : Mais, malheureusement, ça se retrouve à la cour, des
fois.
Mme Belleau
(Marie-Claire) : Mais on voudrait que ce soit le cas exceptionnel.
Puis le projet de loi, si vous le gardez de la façon qu'il est, pour une
certaine période de temps, certainement, ça va être un recours régulier pour
les conjoints de fait, que les conjoints mariés n'auront pas besoin de faire.
M.
Jolin-Barrette : OK. Mais, sur le principe du juge qui suit la
famille, vous êtes en accord, si toutes les circonstances sont optimales.
Mme Belleau
(Marie-Claire) : Évidemment.
M.
Jolin-Barrette : OK. Vous avez abordé, puis je pense que c'est
davantage Pre Langevin... vous dites : Écoutez,
il y a différents types d'enfants, avec le projet de loi, parce que, là, on a
les enfants qui sont issus du mariage, les enfants issus du patrimoine
d'union parentale, mais, déjà, dans le mariage, il y a des distinctions. Si mes
parents sont mariés en société d'acquêts, ils n'ont pas le même patrimoine
individuel que s'ils sont mariés en séparation de biens. Vous êtes d'accord
avec moi? Ça fait qu'il y a déjà, théoriquement, quand vous êtes mariés, des
différences.
Mme Langevin (Louise) : Je vais
répondre. Oui, j'ai entendu l'argument ce matin. Je ne suis absolument pas
d'accord, parce qu'au moins, pour les conjoints mariés, il y a le patrimoine
familial, et donc, c'est un régime de base
qui s'applique à toutes les personnes mariées, et donc, aussi, à leurs enfants.
Donc, on ne peut pas jouer ce jeu-là de : Ah! il y a des
distinctions qui existent, on va continuer à en faire exister. Et, par
ailleurs, l'article 522 dit qu'on ne
peut pas distinguer et discriminer à l'égard des enfants, selon les
circonstances de leur naissance, hein? Bien, l'état matrimonial de leurs
parents, ça fait partie des circonstances de leur naissance. Il y a une sorte
d'enfant, des enfants, et donc, les enfants ne doivent... Si votre objectif est
de protéger les enfants, vous ne pouvez pas distinguer entre les enfants et
discriminer selon l'état matrimonial de leurs parents, et c'est ça que le
projet de loi fait.
M. Jolin-Barrette : Donc, vous nous
inviteriez, si je vais au bout du processus de la logique, dans le fond,
d'abolir les régimes matrimoniaux à l'intérieur du mariage.
• (18 heures) •
Mme
Langevin (Louise) : Pas du tout. De faire le contraire, de traiter
tous les conjoints, et donc tous les enfants, de la même façon, parce
qu'ils méritent le même respect.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais,
supposons, là, un enfant que ses parents sont mariés en société d'acquêts, ce n'est pas la même chose qu'un enfant que ses
parents sont nommés en séparation de biens, où il y a un régime commun sur
le patrimoine familial...
Mme Langevin (Louise) : Oui, mais
parce que...
M. Jolin-Barrette : ...comme il y a
un régime commun aussi, puis je vous soumettrais...
Mme Langevin (Louise) : Oui, mais la
majorité des gens, au Québec, ont une maison, des meubles, une auto et
peut-être un fonds de retraite et des économies. Et c'est ce régime, ce
patrimoine familial primaire obligatoire qui fait un socle, une base pour tous
les couples, et c'est pour ça qu'on l'a adopté. Ça fait que vous ne pouvez pas parler de conjoints mariés en séparation de biens,
M. le ministre, en tout respect, ils ne peuvent pas être mariés en séparation
de biens, dans la mesure où il y a le socle qui s'applique à tous les
conjoints.
M. Jolin-Barrette : Mais la différence
majeure, c'est qu'il n'y a pas les REER entre les... le REER, les régimes de
retraite, les fonds de pension, puis ce n'est pas tous les Québécois qui l'ont
non plus. Mais, par contre, quand vous êtes mariés en séparation de biens,
quelqu'un qui a un grand revenu, lui, son argent qui ne rentre pas dans le patrimoine familial, il se retrouve à le
piler dans son compte, à le mettre dans ses CELI, à les... à les mettre à côté,
ça fait qu'il y a déjà des distinctions. Mais, exemple, supposons, les
parents qui ne font pas vie commune, eux aussi, les enfants, ils n'ont pas le
même patrimoine.
Mme Langevin (Louise) : Oui, parce
qu'ils ne sont pas des conjoints, ils ne sont pas des conjoints, mais ce que je
veux vous dire, là... En ce moment, les seules personnes qui pourraient être
considérées comme mariées, comme vivant à séparation de biens, ce sont les
conjoints de fait, en ce moment. Ils sont comme à l'époque de mes parents,
mariés en séparation de biens. Et c'est pour ça qu'en 1989, on a adopté le patrimoine
familial pour corriger les... les injustices
créées par la séparation de biens. Donc, en ce
moment, vous ne pouvez pas dire qu'au Québec il y a des conjoints mariés
en séparation de biens, dans la mesure où il y a le patrimoine familial qui
partage également les principaux avoirs, ce qui inclut les régimes de retraite
et les REER.
M. Jolin-Barrette : Et ça, c'est la
distinction, notamment fondamentale, et le fait qu'on n'inclut pas les autres
résidences.
Vous... vous avez dit tout à l'heure, je crois,
là, vous n'appréciez pas quand on disait : On ne veut pas marier les gens
de force. Cependant, c'est un peu ça en maintenant la liberté de la volonté des
gens, parce qu'actuellement les conjoints de fait, avec enfants, n'ont
absolument rien, ils ne sont pas protégés. Là, on vient mettre des protections
supplémentaires : résidence familiale, prestation compensatoire, un
patrimoine qui va être commun également. Les gens
peuvent aussi rajouter des choses, mais il y a une limite à ce que l'État
devrait faire pour imposer aux gens aussi. Il y a une question de choix aussi; c'est un choix de se marier, il y a
un choix aussi de faire vie commune. Donc, vous, vous dites : Bien, tout le monde devrait être assujetti aux mêmes
règles et donc c'est la même chose pour tout le monde.
Mme Langevin (Louise) : Je dis que
la liberté contractuelle, le choix, ce que vous soulevez comme argument de
choix, ne peut être réel que si ce choix est exercé avec toutes les
informations, que si... parce que ce choix s'exerce dans la réalité. Si les
gens n'ont pas les informations, si les gens n'ont pas les outils pour exercer
ce libre choix, on ne peut pas parler de la liberté contractuelle comme ça, de
manière abstraite. Et, en ce moment, vous avez la chance
de réfléchir à ce qu'est la solidarité familiale et ce qu'est l'égalité pour
les femmes. Donc, la liberté contractuelle, ce choix, qui l'a vraiment quand on
ne comprend pas l'État du droit, quand on n'est pas égaux dans la négociation?
M.
Jolin-Barrette : Mais là avec la...
Mme Belleau
(Marie-Claire) : Est-ce que je peux ajouter?
M.
Jolin-Barrette : Allez-y. Allez-y.
Mme Belleau
(Marie-Claire) : Actuellement, l'État marie de force tous les
conjoints de fait mariés, parce qu'à partir d'un certain moment on est... on
est reconnus, que ce soit pour des raisons fiscales, de bénéfices étatiques,
dans toutes sortes de circonstances, les conjoints de fait sont reconnus comme
des personnes qui ont les mêmes... Alors, il
y a un mariage de force de l'État qui s'exerce. La seule exception, c'est au
moment de la rupture. Les conjoints... puis moi, je vous dirais, des
juristes... Moi, j'ai pratiqué beaucoup, beaucoup, la médiation, ça fait
22 ans que je suis médiatrice, et le nombre de fois où les conjoints de
fait nous arrivent convaincus qu'ils ont les mêmes droits... C'est tout à fait
normal qu'ils en soient convaincus parce que toutes les autres lois leur disent
qu'ils le sont. Puis, comme ils remplissent leur rapport d'impôt chaque année,
ils voient bien qu'ils sont des conjoints comme tout le monde. Le nombre de
personnes et de juristes qui ne sont pas spécialisés en famille, qui nous
disent : Bien, évidemment, ça fait 20 ans, ça fait 25 ans, ça
fait 10 ans qu'on est ensemble, on a les mêmes droits.
Alors, le problème de
la liberté contractuelle, c'est que, pour qu'elle soit une liberté
contractuelle, vous le savez, il faut qu'on... qu'il y ait un consentement
libre et éclairé. Les raisons pour laquelle une personne se marie ou ne se
marie pas, ou est conjoint de fait ou n'est pas un conjoint de fait, ce n'est
pas une question de droit, ce n'est pas pour des raisons juridiques qu'une
personne se marie ou qu'elle ne se marie pas. Par contre, les conséquences vont
être extrêmement importantes. Alors, la liberté contractuelle... l'enjeu avec
la conjugalité, c'est qu'il faudrait faire des grandes campagnes de publicité,
par exemple dans... quand la décision Éric contre Lola, connue populairement, a
été rendue par la Cour suprême, on en a beaucoup parlé. Mais ça n'intéresse les
gens que lorsqu'ils sont dans la situation, ça ne les intéresse pas avant, ça
les intéresse au moment où il y a une certaine conjugalité, un engagement, la
résidence familiale, par exemple, pour les conjoints de fait, puis ça les
intéresse au moment de la rupture, mais ça ne les intéresse pas autrement.
Alors toutes les campagnes, ce serait beaucoup, beaucoup d'énergie puis
d'argent pour peu de résultats.
Alors, le problème de
la liberté contractuelle dont on parle avec beaucoup, beaucoup de... Puis nous,
on l'aime, hein, on l'enseigne toutes les
deux, on aime beaucoup la liberté contractuelle, mais il faut qu'elle soit
éclairée. L'enjeu, c'est qu'elle ne l'est pas. Puis non seulement elle ne l'est
pas, mais il y a, entre guillemets, une certaine fausse représentation de l'État qui dit que les gens qui
sont... qui vivent une conjugalité de fait ont les mêmes droits et les mêmes
obligations. Alors, c'est une situation très, très, très, délicate, puis moi...
On voit très bien, Louise et moi, les enjeux d'arbitrage que vous, vous devez
faire.
Mais ce qui est... ce
qui est crève-coeur, c'est la pauvreté ou l'appauvrissement d'une certaine
partie de la population parce qu'elle enfante, puis l'enfantement, toute la
société en bénéficie, les hommes comme les femmes. Si vous regardez les régimes de retraite, le RRQ, quand une... J'ai
une... j'ai une amie de 75 ans, qui me disait : Marie-Claire, on regarde notre RRQ, tous les deux, puis je suis
capable de voir à quel endroit j'ai eu mes enfants, mais lui, il a eu des
enfants au même moment, à la même... lui, ça a tout monté constamment,
constamment, constamment parce que ses revenus ont continué à augmenter. Il a
pu prendre des promotions.
Alors, il y a toutes
sortes d'éléments comme ça qui sont... Puis moi, moi, les régimes de retraite,
l'argent qui va dans un régime de retraite pour les gens qui ont la chance d'en
avoir, l'argent qui va là, c'est de l'argent qu'on ne voit jamais. L'employeur
met de l'argent, la personne met de l'argent, mais on n'a pas les liquidités.
Alors, on ne fait pas les mêmes vacances, on
ne fait pas les mêmes voyages, on... parce que cet argent-là, on ne le voit
pas, il est placé, ce qui est une bonne chose, mais, lorsqu'on fait
l'évaluation actuarielle de ces sommes-là, c'est des sommes vraiment
importantes.
Puis moi, ce qui...
ce qui m'intrigue, c'est qu'en adoptant votre prestation compensatoire, ce qui
m'inquiète, c'est que là la personne va
dire : Oui, mais moi, je n'ai presque rien, puis lui, il a... lui ou elle
a tout l'argent, puis moi, je trouve que c'est... c'est des deux bords,
l'égalité, hein, ce n'est pas juste d'un côté. Alors, il a mis tout son argent dans un fonds, puis moi, je me ramasse avec rien.
Ces sommes-là, c'est ce qui va faire que les gens vont dire : Bien oui,
mais là je vais peut-être avoir une
prestation compensatoire, peut-être que ce serait une bonne chose, et là il va
retourner vers les tribunaux. C'est terrible pour une... pour une
question de justice. Mais la médiation familiale au Québec, ça marche bien.
85 % des couples le font, puis ils ont vraiment des ententes.
Moi,
je trouve les tribunaux essentiels, mais comme un dernier recours. Il ne faut
pas recommencer à aller aux tribunaux parce qu'on veut une prestation
compensatoire, parce qu'on s'est fait flouer. C'est ça qui est inquiétant. C'est comme si vous le sortez du patrimoine
familial, mais là vous le rentrez dans les tribunaux. C'est ça qui va arriver.
C'est un peu triste.
Le
Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup. 20 secondes.
• (18 h 10) •
M. Jolin-Barrette : Bien, vous
remercier pour la présence, mais, très certainement, la médiation familiale a
sa place. Et avec le nouveau régime qu'on met en place, l'union parentale,
notamment, les gens vont pouvoir aller en union parentale, en médiation avec
leur régime pour se faire renseigner sur leurs droits.
Le Président (M. Bachand) :
Merci. Merci beaucoup. M. le député de l'Acadie, s'il vous
plaît.
M. Morin :
Merci, M. le Président. Bonjour, Me Langevin, Me Belleau. Merci pour
votre... votre mémoire et, en fait, les questions, réponses et dialogues très
riches que nous avons avec vous.
Je dois avouer que
votre mémoire m'a un peu rassuré, mais je vous explique pourquoi. Ce matin,
quand on a commencé la journée, évidemment, j'avais lu le projet de loi, puis,
avec ma lecture, moi, je m'étais dit : Mon Dieu! Il me semble que le
ministre est en train de créer des catégories d'enfants. Puis on a écouté le
professeur Malacket ce matin, qui nous a dit puis je l'ai, je l'ai noté texto,
ça m'a frappé, elle a dit : Non, non, non, il n'y a aucune catégorie
d'enfants, cela ne tient pas la route. C'est quand même... Tu sais, c'est
affirmatif, c'est sérieux. Puis là vous, vous commencez votre mémoire en
disant : Non, non, il en crée quatre, catégories d'enfants.
Donc, ce que je
voudrais savoir de vous, parce qu'au fond on s'entend, le projet de loi vise à
réparer certaines injustices. On n'en veut pas, des injustices. Quelle serait
la meilleure façon pour vous d'éviter qu'il y ait des enfants qui ne soient pas
traités de la même façon, pour éviter ces catégories-là? Puis qu'est-ce qu'on
devrait faire avec le projet de loi pour s'assurer qu'en bout de piste, au
fond, qu'on soit marié ou pas marié, quand on est un enfant, là, c'est de ça
dont on parle, on ne soit pas finalement défavorisé ou discriminé quand les
parents se séparent?
Mme Langevin
(Louise) : Oui. Merci pour votre question. Le projet de loi crée des
distinctions entre les enfants. Il en crée aussi chez les conjoints de fait. On
ne peut pas faire ces distinctions-là. C'est de la discrimination au sens de
l'article 15.1 de la Charte canadienne. La façon de ne pas discriminer,
c'est de traiter tous les enfants de la même façon, donc, c'est-à-dire la même
protection juridique lors de la rupture de leurs parents, peu importe la forme
de conjugalité choisie ou retenue par leurs parents. Donc, tous les enfants
devraient être traités de la même façon.
Et, avec le projet de
loi, on distingue entre les enfants dont les parents sont mariés, avec le
partage du patrimoine familial, et les enfants dont les parents sont conjoints
de fait, avec le petit patrimoine d'union parentale. Et il y a encore la
possibilité, pour ces gens-là, avec des conjoints de fait avec enfants, de
s'exclure. Donc, vous allez avoir des enfants dont les parents sont des
conjoints de fait nés après le... juin 2025, dont les parents se sont exclus du
partage du petit patrimoine, même si le patrimoine est très petit. Et vous avez
aussi les enfants nés avant.
Donc, il y a une
façon de corriger ça, c'est de traiter tous les enfants de la même façon. C'est
ça que l'article 522 dit.
Mme Belleau
(Marie-Claire) : ...
Mme Langevin
(Louise) : Oui.
M. Morin : Donc...
Oui, allez-y, je vous en prie.
Mme Belleau
(Marie-Claire) : Mais nous, ce qu'on vous propose, c'est une
proposition qui a été faite par d'autres personnes, puis que vous allez
peut-être recevoir, c'est l'idée que tous les conjoints seraient soumis au
patrimoine familial, qu'il y aurait un droit de retrait, mais qui est protégé
par une certaine... où on protège la liberté contractuelle par des conseils
juridiques indépendants, pour qu'on comprenne quels sont les enjeux, qu'à
partir du moment où il y a la naissance d'un enfant, que le droit de retrait
soit, entre guillemets, suspendu jusqu'au moment de la rupture, auquel cas, là,
il y aurait possibilité d'avoir un partage inégal, mais, encore là, avec... si
ce n'est pas le partage égal, avec des juristes indépendants qui donnent de
l'information aux deux personnes séparément, notaires ou avocats, mais pas la
même personne. Parce qu'un des enjeux qu'on voit, c'est que, si on veut que la
liberté contractuelle soit réelle, les intérêts sont tellement opposés qu'il
faut s'assurer que les personnes comprennent quels sont les enjeux de... de se
retirer.
On propose même un
«opting in», c'est-à-dire de se remettre... de se resoumettre à la protection
lorsqu'on a des circonstances : un
enfant autiste qui, à partir d'un certain âge, n'a plus de service, puis un des
parents doit renoncer à sa carrière
pour s'occuper de l'enfant; une personne qui s'occupe d'une personne âgée ou
d'un proche aidant, qui perd des
revenus. Alors, l'idée, c'est, dans ces circonstances-là, toujours avec des
conseils juridiques indépendants, que la liberté contractuelle soit
vraiment réelle des deux côtés, autant la personne qui accepte que... de se
retirer, que la personne qui accepte de... de reprendre la protection pour la
donner à son conjoint, pour que l'information soit juste.
M. Morin : Ma
compréhension du projet de loi, évidemment, avec le patrimoine, c'est si les
conjoints sont en union parentale puis qui ont un enfant. L'exemple que je
donnais ce matin à des gens qui ont... qui sont passés avant vous, c'était : Oui, ça, c'est vrai que dans le cas d'un
enfant, il y a un des conjoints qui peut arrêter sa carrière, peut...
peut ralentir, mais ça peut arriver aussi entre des conjoints qui n'ont pas
d'enfant puis qui sont obligés de s'occuper d'un
parent. Puis là, bien, la conséquence pour la personne, que ce soit au niveau
du développement de sa carrière ou de ses
avoirs financiers, peut être la même. On ne parle pas d'enfant, mais le
résultat va être semblable. Et là je comprends qu'ici évidemment le
projet de loi ne couvrirait pas ça du tout.
Et quand vous parlez,
en fait, du patrimoine familial, parce que là ici on parle d'une union
parentale avec la création d'un patrimoine,
mais c'est un patrimoine d'union parentale, vous, vous faites référence plutôt
au patrimoine familial qu'on retrouve dans le Code civil présentement.
C'est... Est-ce que je comprends bien, puis qui serait applicable à tous, non?
Mme Langevin (Louise) : Bien, le
projet de loi parle du patrimoine d'union parentale.
M.
Morin : Oui, le projet de loi, oui, exact.
Mme Langevin
(Louise) : Oui. Et ce qui existe déjà, c'est le partage du patrimoine
familial.
M. Morin : Familial,
qui est dans le Code civil, auquel on ne peut pas déroger.
Mme Langevin
(Louise) : Oui, qui est d'ordre public.
M. Morin : Exact.
Mme Langevin
(Louise) : Qui s'applique à tous les mariés.
M. Morin : Exact.
Mme Langevin
(Louise) : Les seuls qui pouvaient s'en sortir, c'était en 1980,
jusqu'en 1989...
M. Morin : Oui.
Mme Langevin
(Louise) : ...donc, il n'y plus personne qui peut s'en sortir.
M. Morin : C'est... Ça, c'est terminé, et... Mais est-ce que
vous suggérez au fond que, pour l'ensemble des couples qui sont en
union, le patrimoine familial devrait s'appliquer à eux également?
Mme Langevin (Louise) : Oui, on suggère que le
patrimoine familial, pour les couples mariés actuellement...
M. Morin : Oui,
oui.
Mme Langevin
(Louise) : ...lequel inclut les REER et les fonds de retraite,
s'applique aussi aux conjoints de fait. On
ne comprend pas pourquoi les REER ont été exclus, j'ai une explication
personnelle, mais on ne comprend pas quelle est la logique derrière tout ça. C'est bon pour les mariés,
pourquoi ça ne serait pas bon pour les conjoints de fait? Je me demande
quelle est la raison.
Mme Belleau
(Marie-Claire) : On se demande qui ça protège.
Mme Langevin
(Louise) : Oui, qui ça protège.
M. Morin : Évidemment,
les gens peuvent être en union de fait avec des REER, puis ils n'ont pas
d'enfant, puis il peut avoir une conséquence, pareil...
Mme Belleau
(Marie-Claire) : Absolument.
M. Morin : ...s'ils
se séparent à un moment donné, là.
Mme Belleau (Marie-Claire) : Mais,
dans notre proposition, on ne distingue pas entre enfants ou pas enfant...
M. Morin : C'est
ça.
Mme Belleau
(Marie-Claire) : ...tout le monde est couvert. Par contre, on garde un
droit de retrait avec de l'information, donc liberté contractuelle, et on fait
une parenthèse lorsque des parents ont des enfants communs, auquel cas le droit de retrait prend fin. Alors,
s'il a été exercé, il prend fin. On ne peut plus se retirer jusqu'au moment
de la rupture. À la rupture, on pourrait choisir un partage inégal, mais ce
partage doit aussi faire l'objet d'information juridique indépendante afin de
s'assurer que les personnes sachent dans quoi ils s'embarquent.
M. Morin : C'est ça. Et là vous avez devancé une de mes
questions, parce que, ce matin, on nous disait : Oui, un notaire
peut conseiller les deux parties, il est totalement impartial, il n'y a pas de
souci.
Mme Belleau (Marie-Claire) :
Non, il ne peut pas, non.
M.
Morin : D'accord, on s'entend.
Mme
Belleau (Marie-Claire) : Puis notaire ou avocat.
M. Morin : Oui,
oui. Non, non, je comprends.
Mme Belleau (Marie-Claire) : On aime
beaucoup les notaires.
M. Morin : Non,
moi aussi. Ça, ce n'est pas un problème. C'est très utile d'ailleurs.
Mme
Langevin (Louise) : Parce qu'un notaire dirait à madame : Non, ne
renoncez pas, et il dirait à monsieur : Elle devrait renoncer.
Donc, il ne peut pas se couper en deux, le notaire, vous comprenez?
M. Morin : Je comprends, oui. Merci.
Écoutez, autre chose. Ça, c'est un petit peu plus... un peu plus technique,
c'est Me Guillet, je pense, qui nous disait qu'à 521.22, l'expression
«manifestation expresse ou tacite de la volonté des conjoints» fait preuve de
créativité de la part du législateur, mais ça se démarque un peu de ce qu'on a
présentement, qui est la cessation de vie commune. Est-ce que vous pensez qu'on
devrait plutôt utiliser «cessation de vie commune» ou si ce libellé-là ne
causera pas de problème finalement?
Mme Belleau (Marie-Claire) : L'objectif
de notre présentation, c'est de s'assurer que les normes sont claires. Si on
crée du nouveau vocabulaire, des nouvelles institutions, on va avoir besoin
d'interprétation judiciaire. Alors, nous, notre perspective, c'est tout ce que
vous pouvez faire pour garder l'État du droit facilement applicable en médiation... Puis moi, mon critère, c'est la
médiation familiale, c'est : une personne qui n'est pas juriste peut
répondre à la question sans aller voir de la jurisprudence. Il faut...
Alors, toute dérogation au vocabulaire qui a été interprétée par les tribunaux,
depuis plusieurs décennies, va nuire. Puis c'est pour cette raison-là
qu'actuellement, avec le petit patrimoine puis... la possibilité d'aller
chercher une compensation de la prestation compensatoire, ça va créer une incertitude juridique qui va faire qu'on va
retourner vers les tribunaux. Alors, nous, tout vocabulaire qui a déjà été
interprété, on le garde.
• (18 h 20) •
M. Morin : Merci. Est-ce qu'il reste
encore...
Le Président (M.
Bachand) : 1 min 30 s.
M.
Morin : 1 min 30 s, parfait. On n'a pas
beaucoup parlé de la dévolution de l'impact sur, évidemment, les droits
successoraux. C'est quoi, votre opinion là-dessus?
Mme
Belleau (Marie-Claire) : Bien, ce qui est intéressant, c'est que le projet
de loi a été présenté par le ministre comme étant la protection des
enfants.
M. Morin : Oui, exact.
Mme Belleau (Marie-Claire) : Alors,
c'est un peu étonnant, parce que la... Nous, on est favorables à la dévolution
successorale, mais vous avez entendu certains commentaires qui sont assez
importants sur la question des changements de partenaires de vie qui ferait que
des conjoints très, très récents pourraient être privilégiés aux dépens de conjoints qui ont été beaucoup plus longtemps
dans la vie de la personne. Donc, il y a des enjeux là. Mais ce qui est
étonnant, c'est que, curieusement, par ces mesures-là, qu'on trouve importantes
à cause de l'importance des conjoints de
fait, on se trouve à enlever des droits aux enfants. Alors, il y a comme une
incongruité, là, entre protéger les enfants puis leur enlever des
droits.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie.
Mme
Belleau (Marie-Claire) :
Puis c'est aussi qu'il y a un gros trou. Il y a... On protège pendant que les
enfants sont à charge, puis on protège à la succession, à la mort, mais
pas pendant la retraite. Il y a un gros, gros trou là.
Le Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Merci. Beaucoup, M. le député d'Acadie. M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Merci pour votre présentation fort intéressante. Vous mentionnez, là, prévoir, ou dans vos recommandations, prévoir une
ADS, vous ne pensez pas que ça a été fait, vous ne lisez pas l'analyse
différenciée des sexes dans le PL 56, si je devine.
Mme Langevin (Louise) : Pas du tout,
pas du tout.
M. Cliche-Rivard : Vous ne l'avez...
Pensez-vous que le Secrétariat à la condition féminine ou la ministre a été
consultée?
Mme Langevin (Louise) : Je ne le
sais pas, mais ça ne paraît pas.
M. Cliche-Rivard : Ça ne paraît pas.
Mme Langevin (Louise) : Je vous... On
l'a écrit clairement, les femmes sont les grandes oubliées. C'est comme si l'égalité pour les femmes était déjà
atteinte. Regardez les statistiques, vous les connaissez comme moi, ce sont
les femmes qui paient le coût de la maternité. Je ne dis
pas que les femmes n'ont pas fait de progrès, je dis que c'est la réalité.
Mme Belleau (Marie-Claire) : Puis
des mères pauvres, ça fait des enfants pauvres.
Mme Langevin (Louise) : Des mères
pauvres, ça fait des enfants pauvres.
M. Cliche-Rivard : Oui, le ministre
semble nous indiquer qu'il y en a eu, une ADS.
Mme Langevin (Louise) : Il y en a eu
une?
M. Cliche-Rivard : J'espère...
j'espère qu'on va pouvoir l'avoir publique.
Le Président (M.
Bachand) : S'il vous plaît, on ne s'interpelle
pas... s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard : Non, non, je fais
juste... Moi, je vous dis ça, j'ai entendu du ministre... je lui laisserai
répondre par la suite, mais, si elle existe, ce serait bien qu'on puisse y
mettre la main. Vous avez des moyens, j'ai des moyens, alors on pourra... on
pourra le faire.
Vous dites, là, des mesures concrètes, ça, c'est
votre 10e point, des mesures concrètes pour garantir le libre consentement
éclairé. C'est là où on parlait de deux avis juridiques distincts pour valider.
Vous, vous pensez que c'est impossible que ça soit fait par le même juriste.
Vous pensez que le notaire, comme vous dites, là, il ne peut pas se séparer en
deux, il va donner un conseil à A puis un conseil à B, c'est ce que vous
pensez?
Mme Langevin (Louise) : Qu'est-ce
qu'il va dire, le notaire, à madame? Ils vont chez le notaire pour faire un «opting out», pour se soustraire. Il faut qu'il
dise à madame, à moins qu'elle ait elle-même des biens personnels, là :
Madame, si vous vous retirez, c'est que vous perdez ceci, ceci, cela. Ce n'est
pas une bonne idée de se retirer. Puis, à monsieur,
il va dire : Ah oui! Il faut qu'elle se retire, sinon c'est partagé à
50 %, tes biens. Il ne peut pas dire blanc et noir.
M. Cliche-Rivard : Vous ne pensez
pas que c'est réconciliable.
Mme Langevin (Louise) : À mon avis,
ce ne l'est pas, et c'est pour ça qu'on a dit...
M. Cliche-Rivard : Mais il peut, de
manière neutre, présenter l'État du droit pour les deux, non, vous ne pensez pas?
Mme Belleau (Marie-Claire) : Mais
c'est à cause de la tension qu'il y a entre les deux. Leurs intérêts sont
opposés. Je vais vous donner un exemple très simple.
M. Cliche-Rivard : Allez-y.
Mme Belleau (Marie-Claire) : En
médiation familiale, là, quand on veut vendre une résidence familiale, alors, idéalement, quand un couple se sépare, on
veut la vendre, la maison, parce qu'on va la vendre le plus cher possible.
Si on a deux... une personne la veut puis
l'autre qui ne la veut pas, on a deux personnes qui ont des intérêts opposés,
un veut la payer...
M. Cliche-Rivard : Moins cher.
Mme Belleau (Marie-Claire) : Exactement.
Alors, vous voyez tout de suite. Bon. Alors, quand on veut vendre la maison, on
va aller chercher un courtier immobilier qui va nous donner une valeur
objective extérieure, mais là les parents
ont le même intérêt. Mais moi, si je suis aux prises avec deux personnes, là,
qui veulent des choses opposées, moi,
ce qui m'inquiète c'est deux choses, la pression que ça va exercer pour la
personne qui doit, entre guillemets, renoncer. Puis un des enjeux qu'on
a, qui est très sérieux aussi, c'est qu'il y a des personnes qui ne veulent pas
se marier parce qu'ils ne veulent pas partager leur régime de retraite. Je vous
donne des exemples stéréotypés, mais la police,
les militaires. Nous on a des gens dans nos environnements où ils ne veulent
pas se marier parce qu'ils ne veulent pas... Puis, vous savez, dans
l'affaire Éric contre Lola, ils ne voulaient pas se marier, on le sait,
pourquoi.
Donc, l'enjeu est important parce que ça crée de
la pression. Donc, nous, ce qu'on se dit, c'est que... qu'une personne ne veut
pas se marier, OK, qu'elle soit en union de fait puis que l'autre ne soit pas
protégé, ça pose une injustice. Si tout le monde est sur le même pied
d'égalité, puis qu'on ait des enfants ou pas d'enfant, on peut se retirer,
bien, il faut s'assurer que les personnes ont de l'information vraiment séparée
pour comprendre c'est quoi, leurs intérêts.
L'autre chose, c'est la violence conjugale. Puis
aujourd'hui, vous savez, le terme «violence conjugale», ce n'est pas seulement
physique ou sexuel, ce qui est déjà trop, mais c'est financier, c'est... c'est
de l'extorsion, c'est toutes sortes de
choses. Alors, c'est un enjeu important. Puis ce n'est pas du tout un
commentaire à propos des notaires, pas du tout.
Le Président (M. Bachand) : Je
vous remercie beaucoup. Je vais... Me Langevin, Me Belleau, merci
beaucoup d'avoir été avec nous, ça a été très apprécié.
Je vais suspendre les travaux quelques instants
pour accueillir notre nouvel invité. Merci.
(Suspension de la séance à 18 h 27)
(Reprise à 18 h 28)
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux. Alors, je vous
demanderais de prendre place. Merci.
Alors, il me
fait plaisir d'accueillir Me Michel Tétrault. Alors, Me Tétrault, merci
beaucoup d'être avec nous. Comme vous savez...
Des voix : ...
Le
Président (M. Bachand) :
S'il vous plaît! S'il vous plaît!
Merci. Alors, vous avez 10 minutes de présentation, après ça, on
aura un échange avec les membres de la commission. La parole est à vous,
Me Tétrault.
M. Michel Tétrault
M.
Tétrault (Michel) : Donc, merci, M. le Président. Merci, M. le
ministre de la Justice. Merci aux membres de la commission pour
l'invitation. Est-ce qu'on m'entend bien? Ça va? Parfait.
Le Président (M.
Bachand) : Oui. Allez-y.
M.
Tétrault (Michel) : Merci beaucoup. Donc, 10 minutes. Je vous
indique tout de suite que, dans un premier temps, M. le ministre, je
dois souligner et saluer votre volonté de faire progresser ces questions-là qui
traînent dans le paysage depuis une quarantaine d'années. Et ça, bien, il
faut... il ne faut pas bouder notre plaisir dans le sens où rien n'est parfait, on peut bonifier les choses,
mais il y a des choses, et je les saluerai au passage, qui sont importantes
et qui sont des jalons qui sont significatifs par rapport à l'intérêt de
l'enfant. Et je commencerai en vous disant, et c'était d'ailleurs à la page en
exergue, un enfant n'aura jamais un meilleur niveau de vie que les parents qui
en ont charge. Ce que j'ai entendu tout à
l'heure d'une formule plus lapidaire, bien, des enfants pauvres avec des
parents pauvres, donc... et ça, c'est mathématique.
Donc, ce
qu'on veut, c'est que, dans l'intérêt des enfants, les parents qui en ont la
charge puissent financièrement... parce que c'est ce dont il est
question, il n'est pas question de temps parental ici ou d'autorité parentale,
il est question de est-ce qu'on a des
moyens pour les enfants. Or, ce qui est proposé, c'est la création d'une union
parentale. Je vais vous inviter à aller à la page 7 de mon mémoire,
je ne citerai pas et je ne lirai pas au long, vous n'avez rien fait pour
mériter ça, mais il y a une chose qu'on comprend, c'est que, depuis le début
des années 2000, à peu près tout le monde a dit : Vous savez, laissez
ça aux gens et contractualisez. Ce n'est peut-être pas la meilleure idée.
Pourquoi que ce n'est peut-être pas la meilleure idée? Et là je reprends au vol
la question qui avait été soulevée chez les personnes qui étaient là avant, à
savoir : Bien, écoutez, c'est une question de rapport de force, on va
s'entendre.
• (18 h 30) •
Donc, à partir du moment où on impose des règles
puis on dit qu'on peut le retirer, la question qu'il faudra toujours avoir à
l'esprit, c'est : Est-ce que le rapport de force est suffisamment bon pour
qu'on protège les intérêts financiers de cet enfant-là? Évidemment, ce qui nous
est offert, c'est important, mais il ne faut pas oublier une chose, si on fait
des réformes en droit de la famille à tous les 40 ans, je pense qu'on n'a
pas beaucoup de marge de manoeuvre par rapport à ce qu'on doit faire, ce qu'on
devrait faire, parce qu'avant qu'on repasse là-dessus, nous serons
vraisemblablement, peut-être pas dans mon cas, plus que plus âgés. Donc, on se
rend compte d'une chose, une minute, à peu près tout le monde, vous avez ça aux
pages 7 et 8, à peu près tout le monde s'est entendu pour dire que de
laisser la contractualisation, c'est-à-dire que les parties, elles-mêmes,
conjointes de fait, s'organisent au niveau de leur
vie commune et au niveau de la rupture, ça n'a pas beaucoup marché, on va le
dire, là, ça peut jouer autour de 5 à 7 %.
Et les gens qui font ce type de contrat là sont
des gens qui normalement ont une formation dans les affaires, en droit ou
autre, et qui réalisent l'avantage qu'il peut y avoir. Mais, de toute évidence,
les gens ne sont pas tentés d'y aller, et je
vous indique, dans une des recherches, de Mme Belleau, qui est sociologue,
ce qu'elle dit, c'est : Écoutez, les
gens ne veulent pas entendre parler de séparation puis de rupture quand ils
viennent de se mettre ensemble, puis vous allez aller leur dire d'aller rédiger
un contrat de vie commune. C'est... Et c'est ce que, heureusement ou
malheureusement, l'expérience démontre.
Je passe à la page 9... définis les
conjoints de fait. C'est une définition qu'on retrouve, bon, évidemment dans
notre Loi d'interprétation et dans beaucoup de lois sociales et il y a aussi
les lois fiscales. Il faut comprendre, par ailleurs, je suis en bas de la
page 9 et en haut de la page 10, que quand on parle de cohabiter, ça
ne veut pas dire corésider. Vous avez
probablement... ou peut-être dans vos connaissances, des gens qui sont reconnus
comme un couple mais qui n'habitent pas au même endroit. Et ça, bien,
c'est une façon de voir la cohabitation. Et ça, je vous indique immédiatement
que, si ce n'est pas clarifié, nous avons déjà des débats épiques en matière de
lois sociales, ce qu'on appelait communément de l'aide
sociale, ce qu'on appelle la Régie des rentes du Québec, on a déjà des débats épiques sur c'était... est-ce que c'était des
conjoints de fait? Quand est-ce que ça s'est terminé? Comment ils vivaient,
ces gens-là? Parce que normalement, on fait une équation avec est-ce qu'ils
vivaient comme des gens mariés? Donc, est-ce qu'ils faisaient une vie maritale?
Et là j'arrive à quelque chose que je trouve un
peu particulier, c'est qu'on dit qu'il va y avoir une union parentale. Il va
même y avoir une union économique parce qu'il y a un patrimoine familial
différent de celui qu'on voit pour les gens
mariés. Mais entre ces personnes-là il n'y a pas de... d'obligation de respect,
il n'y a pas d'obligation de secours mutuel. Il me semble qu'on devrait
retrouver minimalement ces éléments-là qui ne rejoignent pas ce que les gens
mariés doivent avoir comme obligation en vertu de l'article 392. Vous
aurez remarqué que je n'ai pas parlé du devoir d'entretien de pension ni rien,
là. Je parle de respect, puis je parle de secours mutuel. Un respect dans une
période où — d'ailleurs
le ministre en a fait, là, un de ses cheval de bataille — où on
parle de violence. Est-ce que d'indiquer que, dans une union parentale, les
gens doivent se respecter, c'est un effort législatif? Est-ce que c'est
important de souligner qu'ils se doivent un secours mutuel, à savoir que s'il y
a un conjoint dans l'union parental qui est malade, bien, l'autre, il peut
peut-être l'aider? Ça fait un petit peu froid, là, hein?
Je comprends qu'on parle chiffres et
mathématiques, puis qu'on s'assure de la situation financière plus avantageuse
pour les enfants, mais il me semble que ce serait bon de rappeler, là, ce genre
de principe là, à savoir respect et secours mutuel. Et je renvoyais par
analogie — toute
analogie étant boiteuse — à
392 du Code civil. Mais encore une fois, j'ai exclu le devoir d'entretien
là-dedans. Je n'ai pas parlé de... Je n'ai pas employé le mot qu'il ne faut pas
prononcer. Hein, pour les amateurs de Harry Potter, vous savez qu'il y a un
méchant, méchant, méchant et il ne faut jamais
nommer son nom parce que, sans ça, il va nous arriver des mauvaises choses.
Mais ce qui est particulier, c'est qu'on ne retrouve jamais dans cette
union parentale le mot aliment ou le mot alimentaire. Il appert que c'est le
terme qu'il ne faut pas utiliser. Et je vous indique immédiatement que dans le
rapport du comité sur la famille je me range d'emblée avec le Pr Goubau,
qui avait enregistré sa dissidence en disant que ce qui était proposé, ça ne
permettrait pas d'arriver à la fin qu'on recherchait, à savoir la protection
des intérêts financiers et d'un milieu de vie pour l'enfant. Ce qui est proposé
au niveau de la prestation compensatoire, je vais y revenir dans deux secondes,
ça ne permettra pas ça.
Je passe
ensuite à la question de la résidence familiale. Je ferai court parce que je
salue le fait qu'effectivement on reconnaît aux conjoints de fait en union
parentale la résidence familiale. J'ajoute une chose dans mon mémoire à
la page 16. On parle beaucoup de violence familiale. C'est en caractères
gras, vous avez ça dans le deux tiers de la page... de page 16. Est-ce
qu'on ne pourrait pas prévoir que les enfants qui vivent dans une résidence
familiale, un appart ou un immeuble, s'il y
a une intervention policière, les enfants restent dans leur milieu? Parce
qu'actuellement, ce qui arrive, c'est
qu'on va parfois demander à la mère de sortir avec les enfants et d'aller en
maison d'hébergement, où actuellement il n'y a à peu près pas de place.
Ce que je vous dis là, et je vous donne quelques
références, ça se fait à Lille, en France. En France, quand les policiers
interviennent, bien, si vous avez un mari ou un conjoint violent, c'est lui qui
sort de la maison, ce ne sont pas les enfants. Ce qui m'apparaît être tout à
fait dans l'intérêt des enfants.
Pourquoi on les enlèverait du milieu qu'ils
connaissent, à moins que ce soit dans leur intérêt de le faire, pour les
envoyer dans un autre milieu qui... on va s'entendre, là, les maisons
d'hébergement sont nécessaires, mais si vous donnez
le choix aux enfants de rester dans leurs choses et d'aller dans une résidence,
dans une maison d'hébergement, s'ils n'ont jamais vu ça, ils ne
trouveront pas la chose très agréable. Donc, je pense qu'on devrait indiquer,
au niveau de la résidence familiale, qu'en cas de violence, le choix, il est
facile pour ceux qui ont à intervenir.
D'ailleurs, on comprendra que si... Au moment
où on va arriver devant le tribunal, si effectivement il y a démonstration de violence familiale, on va faire
quoi? Les enfants et madame qu'on a envoyés en maison d'hébergement, on
va les retourner à la maison. Ce n'est peut-être pas la solution la plus
pratique.
Je passe ensuite à la question du...
Le Président (M.
Bachand) :
C'est tout,
malheureusement le temps avance très rapidement. Alors, je dois céder la parole
au ministre de la Justice. M. le ministre, s'il vous plaît, pour la période
d'échange.
M. Tétrault (Michel) : Allons-y.
M. Jolin-Barrette : Bonjour,
Me Tétrault. Content de vous revoir. Merci de participer aux travaux de la
commission sur le projet de loi n° 56 relativement au droit de la famille.
Me Tétrault, je vous référerais tout de suite à la page 35 de votre
mémoire relativement à la prise en charge d'un dossier. Vous dites, bon :
Les articles 33 et 43 du projet, on ajoute l'article 409.1 CPC
qui prévoit que le juge en chef privilégie la prise en charge d'un dossier du
tribunal par un seul et même juge. Il en va de même pour... en matière de la
protection de la jeunesse, ce qui se fait déjà. Puis là, vous dites : Ce
qui est éminemment souhaitable et pourrait se faire dans certains districts.
Donc je comprends qu'en fonction des ressources
disponibles, vous, vous trouvez que c'est une bonne idée qu'une famille se
retrouve devant le même juge puis qu'ils n'aient pas à raconter tout le temps
leur histoire devant... à de multiples juges?
M. Tétrault (Michel) : Tout à fait,
sauf que... C'est éminemment souhaitable, sauf que le problème, c'est que, si je vais en région, en région où j'ai un ou
deux juges résidents, hein, je vais à Sept-Îles, puis je vais... est-ce que je vais
demander à ce juge-là d'entendre du civil, du pénal, puis en plus, on va lui
dire : Bien là, si vous prenez un dossier familial,
là, il serait bon que vous le reteniez. Ce qu'on peut penser qui est totalement
possible à Montréal, à Québec, dans les plus
grands centres où ils ont plus de juges résidents. Mais je suis pour ça
totalement. Il n'y a rien de pire pour les gens que d'avoir à réitérer
l'histoire à chaque fois.
• (18 h 40) •
M.
Jolin-Barrette : Mais dans... Je comprends. Ça fait que, dans un
monde idéal, c'est là qu'il faudrait aller...
M. Tétrault (Michel) : Oui.
M. Jolin-Barrette : ...en fonction
des ressources disponibles puis des contraintes associées, supposons comme dans Saint-François, je pense qu'il
y a deux ou trois juges de la Cour
supérieure qui sont résidents. Cela
étant, Montréal, Longueuil, Laval, Québec, où il y a un gros bassin de
juges de la Cour supérieure, vous, vous dites : Bien, si c'est possible,
faisons-le.
M. Tétrault (Michel) : J'allais même
une étape plus loin. Pourquoi ne pas former, dans ces gros districts-là, des
juges? Bien, les juges sont déjà formés, mais former des équipes de juges qui
ne travailleraient qu'en droit de la famille. Vous avez le volume qui le
justifie. On va s'entendre, là, pour un juge de la Cour supérieure, c'est le
beurre et le pain, hein, c'est à peu près 50 % à 60 %, peut-être même
un peu plus de ce qu'il entend. Bien, si on formait une équipe et eux, leur
job, ça va être bien plus facile pour le juge en chef ensuite de les assigner
parce qu'ils sont déjà en famille. Donc, si je serais en famille, je ne suis
pas dans un procès civil, je ne suis pas en criminel, je ne suis pas... je suis
en famille, donc moi, j'allais un pas plus loin, puis dire : Écoutez, dans
ces districts-là où on peut former des équipes, allons-y. Et là, bien que le
juge en chef ou le juge en chef associé dise : On y va avec ça.
M. Jolin-Barrette : OK. Vous avez
abordé la question tout à l'heure, là, de la résidence familiale, puis le fait
de ne pas déraciner les enfants de leur milieu. Je suis assez d'accord avec
vous, là, lorsque les parents se séparent, ce n'est pas les enfants qui font ce
choix-là, puis c'est souvent les enfants qui se retrouvent ballottés puis
sortis de leur milieu, puis la garde partagée une semaine chez un, une semaine
chez l'autre. Les parents, eux, ils ne font pas ça, là, ils couchent tout le
temps dans leur lit, là, à chaque soir, puis ils ne changent pas
d'environnement. On en demande beaucoup aux enfants, là.
M. Tétrault (Michel) : Exact.
M. Jolin-Barrette : Mais je voulais
attirer votre attention, là, sur 521.28, là, du projet de loi où on dit :
«Le tribunal peut ordonner à l'un des conjoints de quitter la résidence
familiale pendant toute instance visant à régler les conséquences de la fin de
l'union.» Vous, vous dites : On devrait aller plus loin que ça puis mettre
une présomption ou une obligation de dire : Bien, les enfants restent dans
la maison, puis c'est monsieur ou madame qui sort.
M. Tétrault (Michel) : En attendant
qu'il y ait une procédure, parce que... ou qu'il y ait une décision, parce qu'on va s'entendre... Je comprends qu'on nous dit
ici que les protections, ce qui est proposé, c'est que ça dure 30 jours.
Moi, je vous indique dans mon mémoire que
30 jours, ce n'est pas assez, parce que peut-être que la victime, elle a
d'autres choses plus urgentes à penser que de prendre des procédures,
peut-être qu'elle a été blessée, peut-être qu'elle est hospitalisée. Moi, votre
30 jours, là, j'ai un peu de misère, j'en mettrais un peu plus long.
M. Jolin-Barrette : Oui. Mais, en
fait, le 30 jours, c'est pour faire la demande au tribunal parce que, dans
le fond, le tribunal peut octroyer l'attribution de la résidence familiale pour
une période plus longue.
M. Tétrault (Michel) : Totalement
d'accord.
M. Jolin-Barrette : Mais vous, vous
dites... Parce qu'on a eu ce commentaire-là également plus tôt tout à l'heure
de dire : Bien, le 30 jours, il est peut-être trop court pour le
demander...
M. Tétrault (Michel) : Oui.
M. Jolin-Barrette : Parce que notre
enjeu, c'est qu'à partir du moment où il y a la fin de l'union parentale, bien là, le régime n'existe plus, contrairement au
mariage. Donc, à combien de jours vous pensez qu'une demande devrait être...
jusqu'à combien de jours une demande devrait pouvoir être faite de se voir
attribuer la résidence familiale?
M. Tétrault (Michel) : Écoutez, moi,
je le vois entre 45 et 60 jours. On connaît tous la situation du... Entre
45 et 60 jours, parce qu'on connaît tous la situation du logement. On va
demander à quelqu'un de sortir, de trouver un logement convenable pour elle et
les deux enfants. Elle a... La première chose à penser, c'est : Il faut
que je me reloge. Si les enfants changent de bassin scolaire, il faut que je
les change de... Ecoutez, là, il y a... comme ils disent en anglais, là, il y a du «red tape», là. Et moi,
30 jours, je trouve ça court, tout particulièrement s'il y a eu de la
violence, parce que, écoutez, là, la victime, il faut qu'on l'aide, il
faut qu'elle se remobilise. Ça ne se fait peut-être pas toujours dans
30 jours. Puis là, bien, on va faire quoi? Je pense qu'on ne les sert pas,
les enfants, toujours, je reviens toujours à ça. C'est l'objectif de ce projet
de loi là, c'est l'intérêt de l'enfant, là.
Donc,
moi, je pense qu'il devrait y avoir une priorité ou une présomption, comme vous
le disiez, avant même que le tribunal soit saisi, parce que, écoutez,
mathématiquement, là, si je suis très pragmatique, c'est plus facile d'en sortir un que d'en sortir trois. Or, on voit dans
des dossiers où, effectivement, les forces constabulaires vont dire :
Bien, madame, les enfants, allez dans
une maison d'hébergement. Mais là, non, pas... l'agresseur va sortir, et on va
laisser les enfants dans leur milieu. Ils en vivent déjà assez, comme
vous l'avez très bien souligné.
M.
Jolin-Barrette : Vous avez pratiqué plusieurs années à l'aide
juridique, vous avez plaidé des dossiers en droit
de la famille. Pouvez-vous nous parler de votre expérience par rapport à,
supposons, la réalité terrain sur la violence judiciaire, sur la
multiplication des recours puis...
M. Tétrault
(Michel) : Bien, écoutez, c'est clair, là. L'article que vous prévoyez
d'ailleurs dans le Code de procédure civile qui va permettre au tribunal, même d'office, en
priorité de juger d'un possible... Bon. Certains appellent ça de l'abus judiciaire, mais je pense que,
correctement, on peut appeler ça de la violence judiciaire. Ça, c'est
définitivement un plus, et il faut le saluer, parce que le tribunal
traite cette question-là en priorité. Donc, on n'attendra pas d'avoir été trois jours devant un juge avant de pouvoir
effectivement dire : Bien là, M. le juge, vous savez, il faudrait
regarder, là, on multiplie. Moi, je
pense qu'un tribunal qui voit qu'il y a eu 248 entrées au plumitif par une
même partie devrait se saisir de ça rapidement, donc en priorité, et
agir en conséquence. Parce qu'il faut qu'on arrête ça là, parce qu'on va aussi
s'entendre sur le fait que c'est du temps juge, c'est du temps de la cour,
c'est des ressources financières. Il faut que ça arrête. Ça, je suis pour, il
n'y a pas de problème.
M.
Jolin-Barrette : Oui. Puis, pratico-pratique, là, ça ressemble à quoi
sur le terrain? Tu sais, vous dites : 248 entrées au plumitif. Mais
ceux qui font ça, là, ils font quoi précisément?
M. Tétrault
(Michel) : Bien, écoutez, ça va être de demander des ordonnances de
sauvegarde à répétition : il y a un juge qui va rendre une décision ce
mardi sur une ordonnance de sauvegarde; la semaine d'après, on revient avec une
autre demande de sauvegarde. Puis là, quand vous regardez les deux copies, vous
dites : Bien, c'est la même chose. On est en train de faire un appel
déguisé, et c'est comme ça. Ça va être une multiplication. Ou encore des avis
de gestion. On va demander au juge... ou l'autre partie, là, qui est un petit
peu plus coercitive et contrôlante, va dire : Bien, écoutez, là, j'aurais
besoin de tel document. Il n'est pas pertinent, mais il a fallu que tout ce
monde-là se retrouve en cour devant un juge pour dire que ce n'était pas
pertinent. C'est comme ça.
M.
Jolin-Barrette : Excellent.
M. Tétrault (Michel) : Il y a... Il y a les remises aussi : Ah! je
ne peux pas, je ne suis pas prêt. Parce qu'il y a des partis non
représentés, comme vous le savez, qui vont dire : Bien là, je ne suis pas
prêt, je n'ai pas fait ci, je n'ai pas fait
ça. Puis pendant ce temps-là, les enfants, eux, ils attendent la décision,
hein? Puis là, bien, on retarde, on retarde.
M.
Jolin-Barrette : Excellent. Je vais céder la parole à mes collègues.
Je vous remercie, Me Tétrault, d'avoir participé aux travaux de la
commission. Donc, à la prochaine, comme on dit. Merci.
M. Tétrault
(Michel) : Je vous en... Je vous en prie.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de Saint-Jean, 7 min 20 s, s'il vous plaît.
M. Lemieux : Merci,
M. le Président. Bonjour, M. Tétrault... Me Tétrault, merci d'être
des nôtres.
Je vous écoutais avec
le ministre depuis 10 minutes et puis je me disais, on est rendus très,
très loin d'un des cas de figure. Et je comprends, c'est votre expertise, c'est
son intérêt, il a plusieurs projets de loi en dessous de la cravate pour
essayer de régler ces choses-là. Je vous ramène avec un gros élastique jusqu'au
projet de loi 56, même si on était dans le cadre du 56. Je vous ramène au
général du général du 56, dans la mesure où votre enthousiasme au début m'a
impressionné, puis ensuite vous m'avez... vous m'avez forcé à philosopher. Je
ne me souviens pas de ce que vous avez dit
en début de... Je me suis surpris à philosopher, puis je suis resté accroché
sur une question que j'aurais voulu poser au témoin précédent. Puis je
me suis dit : Bon, bien, je vais lui poser à lui.
Alors, je vous amène
directement sur... Quand j'écoutais les échanges avec les oppositions, puis
avec le gouvernement, des gens qui étaient là avant, je me disais : Là, on
parle toujours juste du scénario, et puis vous l'avez dit aussi, de la
protection des enfants. C'est ça qui est le plus important. C'est le but de
l'opération, c'est... c'est ce qui prime, puis on organise le système autour.
Pourtant, pendant et... pendant l'union et en cas de séparation des conjoints
de fait qui n'ont pas d'enfants, pour eux, rien ne change. Alors, je me disais,
à écouter ce que j'entendais avant, je me disais, à les entendre — je
n'ai pas été capable de leur poser la question, ça fait que je ne le saurai
pas, je vais peut-être aller les voir après — mais à les entendre, je me
disais : Dans le fond, ils voudraient ça pour les conjoints de fait sans
enfants aussi, et les conjoints de fait avec des enfants avant.
Donc là, aidez-moi à
comprendre comment on peut réconcilier tout ça en se disant : Là, on fait
une loi aujourd'hui... en fait, on ne la fait pas, on la modernise, on la remet
à jour. C'était attendu, c'était demandé. Puis là, pour plusieurs, c'est trop.
Puis pour d'autres, ce n'est pas assez. Vous, vous étiez enthousiaste au début.
Est-ce que c'est parce que vous êtes très pragmatique?
• (18 h 50) •
M.
Tétrault (Michel) : Bien, écoutez, ce n'est pas une question... Je
suis enthousiaste parce qu'on progresse. OK. Là, on peut s'entendre pour
dire : Est-ce qu'on progresse assez vite ou pas assez vite? Ce que les
intervenants qui étaient là avant disent c'est qu'on ne progresse pas assez
vite parce que ça devrait être la totale pour tout le monde. Bon. Écoutez, moi,
j'ai lu le projet de loi, je l'ai lu, le rapport du comité, j'ai écrit sur le
sujet. Je souhaiterais que tout le monde, hein, au pays des licornes, ait tout.
Ce n'est pas ça que le projet de loi offre. Et je pense qu'il y a de la
résistance au niveau de la population sur le fait de dire : Ça va être,
comme on disait à une certaine époque, de la Laurentide pour tout le monde.
Donc, je comprends
qu'on a créé un carré de sable, ce qui me rend très enthousiaste. J'aimerais ça
que le carré de sable soit beaucoup plus
grand, mais là j'ai un carré de sable et je vais essayer, dans la mesure de mes
moyens, de bonifier ce carré de sable là. Parce que nous savons tous que
nous ne reviendrons pas dans ce carré de sable là avant beaucoup, beaucoup,
beaucoup d'années. Donc, il est peut-être préférable de faire un bon carré de
sable, puis ensuite on verra.
M. Lemieux : Je
vous confirme qu'en tout cas, à mes yeux et mes oreilles, vous êtes pragmatique
et sage. Maintenant que j'ai dit ça, vous venez de dire quelque chose qui, pour
moi, est plus important que tout le reste, c'est pour... pas... Je ne parle pas
des avocats, je ne parle pas des professeurs, je ne parle pas des spécialistes,
je ne parle pas des chroniqueurs, je parle du monde. À votre avis, quand vous
parlez de résistance, là, c'est comme ça que vous le campez, mais je vous demande de me l'expliquer davantage. Est-ce que
vous pensez que les Québécois et Québécoises sont rendus là, la totale?
M. Tétrault
(Michel) : Je ne suis pas convaincu que les gens sont rendus là, mais
je suis assez convaincu que les gens se disent que ça n'a pas de sens que,
quand il y a des enfants, il y ait des parents qui se retrouvent dans des
situations qui vont faire en sorte qu'ils ou elles ne pourront pas offrir aux
enfants... je ne parle pas, là, encore une fois, d'un niveau de vie
exceptionnel, mais qu'on puisse leur offrir quelque chose.
Je ne pense pas que,
quand je vois tout le monde, parce que, quand je me promène, il y a des gens...
À l'aide juridique, j'ai été là 37 ans, il y a des gens qui arrivaient
dans mon bureau, qui avaient des enfants et qui me disaient : Bien, là, j'ai
le droit d'avoir une part des meubles, une part de ci, une part de ça, puis on
était évidemment le mauvais messager, on
disait : Non, non, vous n'êtes pas mariés. Et là, eux nous disaient :
Oui, mais j'ai entendu dire... Et ça, des «j'ai entendu dire», vous le
savez, hein, mon beau-frère m'a dit, puis le beau-frère, il est sympathique,
mais ce n'est pas un juriste toujours. C'est... et c'est tellement important,
la connaissance. S'il y a une chose qu'on doit retenir... Parce qu'il y a des
gens qui, pendant longtemps, ont retardé l'arrivée de l'union parentale puis du
petit patrimoine familial, certains appellent ça comme ça. Après Éric et Lola — ou
avant, plutôt, Éric et Lola, là — les gens se tenaient la tête : Ah!
non, non, on va... on va nous marier malgré nous, on va nous marier malgré
nous, là, mur à mur, ce n'est pas... ce n'est pas correct. Après Éric et
Lola... parce qu'Éric et Lola, ce n'est pas le meilleur exemple, on va s'entendre là, les avocats autour de la table, ils ont
déjà entendu ça là, «bad facts make bad law». Bien, écoutez, quand vous avez
quatre bonnes, deux maisons, un hélicoptère, ce n'est pas... mais ce n'est pas
ça notre réalité. Ce n'est pas ça notre réalité.
Et ça me permet de
planter dans votre affaire de prestation compensatoire la chose suivante :
pour avoir une prestation compensatoire, il faut qu'avec l'apport, mon apport
en argent, en biens et services, l'autre se soit enrichi. Au Québec, là, la majorité des gens, il y a des
chiffres qui sont sortis il n'y a pas longtemps, là, revenu familial moyen,
60 quelques mille, un couple, deux enfants, comment une femme va être capable,
avec une prestation compensatoire, d'obtenir quelque chose? C'est une réalité
mathématique. Dans la vraie vie, là, ça existe, la prestation compensatoire,
depuis 40 ans. Il n'y a personne qui s'est enrichi avec ça, et quand on
s'enrichit, c'est parce que la partie adverse a beaucoup, beaucoup, beaucoup de sous. Ce n'est pas le cas de la majorité
des Québécois. Je ne vous parlerai pas du 1 %. C'est aussi simple
que ça.
Le
Président (M. Bachand) : ...
M. Lemieux : Oui,
oui, je sais, c'est terminé, M. le Président. Je voulais juste dire que, fidèle
à notre habitude dans la Commission des institutions, je ne sais pas pourquoi,
mais les témoins, les derniers témoins du jour, nous portent toujours à aller beaucoup plus large et aller dans des
zones auxquelles on reviendra demain. En attendant, merci beaucoup,
Me Tétrault. Vous êtes effectivement pragmatique et sage.
M. Tétrault
(Michel) : Je vous en prie.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. le député de l'Acadie pour 16 min 30 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci,
M. le Président. Bonjour, Me Tétrault.
M. Tétrault
(Michel) : Bonjour à vous.
M. Morin : Merci. Merci pour votre mémoire et les réponses
que vous apportez... vous apportez aux questions. J'aimerais en fait un
peu continuer au moment ou, en fait, à l'endroit où le député de Saint-Jean nous
a laissés.
Quand on parle de
prestation compensatoire... En fait, j'ai compris le ministre quand il a... il
a présenté son projet de loi, il a
dit : Écoutez, c'est pour les enfants, etc. Bon, c'est bien, parfait,
c'est... l'idée est excellente. Maintenant, on
nous a dit un peu plus tôt aujourd'hui : Écoutez, ce projet de loi là ne
crée pas de catégories d'enfants. Puis là, on vient de nous dire, juste avant
vous : Oui, ça crée des catégories. Bon, alors, vous comprendrez que nous,
dans l'opposition, on essaye toujours de bonifier des projets de loi. Ça fait
partie de notre travail de législateurs. Mais moi, ma lecture, je croyais effectivement que le projet de loi créait des
catégories d'enfants. Vous, c'est quoi votre opinion là-dessus? Puis
après ça, évidemment, la question qui vient tout de suite après, c'est :
Mais si ça crée des catégories, qu'est-ce
qu'on peut faire pour éviter qu'il y ait des enfants qui soient défavorisés?
Puisqu'évidemment, le but du ministre, c'est de s'assurer qu'on va les
aider.
M. Tétrault
(Michel) : Bien, écoutez, c'est clair qu'il y a des catégories
d'enfants. Il y a des enfants dont les parents
vont choisir de se retirer du patrimoine familial et du reste, et les enfants
n'ont rien à dire et rien à voir là-dedans. Et il y a d'autres enfants dont les parents vont bénéficier de ça. Et vous
avez une troisième catégorie qui sont des enfants qui ont des parents qui ne sont pas en union parentale
du tout, puis qui, eux, ne bénéficient des... pas des quelques avantages
qui sont là.
Dans notre code
civil, à l'article 522, on nous dit que normalement, là, le statut marital
ou autre des parents, ça ne devrait pas
limiter les droits de l'enfant. Je paraphrase. Je reviens à ce que je
mentionnais à votre collègue avant, il y a un choix qui a été fait dans
le projet de loi qui était de dire : Pour protéger les enfants, bien,
nous, il faut que les parents soient en union parentale, et là il y aura
certains droits. C'est clair que les enfants dont les parents ne sont pas une
union parentale... Je reviens à ce que j'ai déjà dit, un enfant n'aura pas un
meilleur niveau de vie que les parents qui en ont la charge. Or, les parents
qui en ont la charge, s'ils ne sont pas une union parentale, ils n'ont pas le
patrimoine familial, ils n'ont pas la prestation compensatoire. Oui, cet
enfant-là, il est pénalisé parce que le parent qui en a la charge ou les
parents qui en ont la charge n'auront pas ça, il n'y aura pas de partage de la
résidence familiale, il n'y aura pas de partage des meubles, il n'y aura rien de
ça.
Et la façon,
c'est : On va donner ça à tout le monde. La façon de régler le problème,
c'est de dire : On va donner ça à tout le monde. Je ne suis pas sûr. Je ne
suis pas sûr parce que, pendant très longtemps, et ça existe encore, là, les
gens disaient : Écoutez, là, vous ne nous imposerez pas des choses. On ne
s'est pas marié, il y a une raison pour ça, là. On ne voulait pas avoir le
cadre. Il faut qu'on laisse une marge de manoeuvre.
Moi,
ce sur quoi je compte surtout, toujours pour les enfants, c'est de dire...
Parce qu'il y a eu un débat, est-ce que c'était un «opting in» ou un
«opting out»? Depuis 2003, moi, je suis dans l'«opting out» parce que les gens
doivent comprendre et des fois il faut les amener voir un juriste qui va être
capable de leur expliquer ça. Et je ne suis pas en train de vous dire qu'une
seule personne peut conseiller deux personnes qui, fondamentalement, ont des
intérêts opposés. On appelle ça un conflit d'intérêts. Les dames qui me
précédaient en médiation vous ont expliqué ce que c'était, là. Écoutez, c'est
un mandat commun, puis même un médiateur ou une médiatrice, il peut donner une
information très générale, il ne peut pas répondre à une question très pointue.
Et l'exemple qu'ils donnaient, c'est exactement ça. C'était de dire :
Écoutez, là, pour monsieur — c'est
très genré, mais c'est ça, la réalité — pour monsieur, l'idée de
partager la maison puis tout le reste, ce n'est peut-être ce qui lui sourit le
plus.
Et là il ne faut pas
oublier qu'on change... on change de régime, là, hein? Les conjoints de fait,
les gens s'étaient faits à l'idée, presque, qu'ils n'avaient pas de droits,
mais là ils vont en avoir, et ça va être très important qu'on leur explique ça
dans le détail. Et je ne crois pas qu'une personne... je ne parle pas de
notaires ou d'avocats, là, je parle d'une
personne, moi, je parle d'un conseiller juridique, qu'une seule personne puisse
fournir cette information-là. Je vous rappellerai qu'il n'y a pas si
longtemps, on parlait du contrat de gestation pour autrui. On demande aux gens d'aller voir des procureurs indépendants. Pourquoi
que là, ça ne marche pas, là? Donc, ça, quant à moi, c'est essentiel. On
ne peut pas donner un consentement libre et éclairé à un retrait si je n'ai pas
l'information.
• (19 heures) •
Je vous rappelle que,
dans Éric et Lola, la minorité des juges qui venait du Québec disait que
c'était une vue de l'esprit que de penser que les gens étaient informés de
leurs droits. Et dans mes 37 ans de pratique, là, puis même encore, je continue de pratiquer, les gens ne
savent pas. Il n'y a rien de plus éblouissant que de recevoir des gens mariés,
puis on leur demande : Parfait, vous
êtes mariés sous quel régime? Ils ne sont pas capables de nous répondre, et
pourtant ils ont été chez le notaire, ils ont fait un contrat en
séparation de biens. Les gens, quand on arrive...
Écoutez, là, faire un
calcul de patrimoine familial, il faut être spécialisé pour ça. On ne donne pas
ça à n'importe qui. Il faut avoir étudié ça. Donc, imaginez-vous, quelqu'un
vous pose la question : Oui, la résidence familiale, je comprends que ça
se partage, mais moi, j'avais reçu 50 000 $ de ma tante Hortense en
succession puis je l'ai mis dans la maison,
qu'est-ce qui arrive avec ça? Là, il faut donner la bonne réponse puis elle ne
fera peut-être pas l'affaire de tout le monde. Et ça, quant à moi,
écoutez, c'est une question d'éthique, de déontologie qui est profonde. On ne
peut pas, pour certaines choses, dire : Ah! bien oui, là, il faut avoir un
avis indépendant, puis pour d'autres, bien, on va y aller, là.
M. Morin : Parfait.
Je vous remercie. Une précision cependant, si mon souvenir est bon, pour la
gestation pour autrui, en bout de piste, c'est un notaire, je pense, qui
conseille des deux. Et l'idée qu'on avait proposé d'aller voir des conseillers juridiques séparés n'a pas
été retenue par le gouvernement. On trouvait que c'était une bonne idée,
mais ça n'a pas été retenu. Voilà. Alors, merci.
J'aimerais attirer
votre attention sur le projet de loi, à 521.22, parce que vous avez pratiqué
dans le domaine, j'aimerais ça avoir votre opinion. Le législateur utilise les
mots «manifestation expresse ou tacite», ce qui semble être une nouvelle façon de décrire l'union parentale, plutôt que
d'utiliser, par exemple, ce qui est déjà dans le Code civil. Est-ce que vous y voyez un avantage ou un
inconvénient? Est-ce que vous croyez que ça risque d'entraîner des débats
judiciaires inutilement?
M. Tétrault
(Michel) : Oui. Il y a des gens très sages qui m'ont précédé et qui
ont dit : Vous savez, le temps que ce soit interprété, là, ça va prendre
moyennement 10 ans. Vous avez pratiqué, vous-même, vous savez que, quand
il y a des nouvelles expressions qui arrivent, bien, ça ne se règle pas dans
les deux semaines.
Si on écrivait que... «la cessation de la vie
commune», ça, «la cessation de la vie commune», la Cour d'appel s'est prononcée
sur ce que ça veut dire, notamment au niveau du patrimoine familial et pour...
Et la Cour d'appel nous dit : C'est la rupture irrévocable des liens économiques
entre deux personnes. Ça, là, c'est facile, ça. Je dis ça, c'est facile. Mais
de dire : Non, non, monsieur, il a arrêté de payer le loyer, il ne donne
plus d'argent à madame, il ne fait plus ci, il ne fait... bien là, vous savez,
les trucs «tacites» puis les trucs «expresses», là, les trucs «expresses»
deviennent parfois des trucs «tacites». Puis là, là, ce qu'on veut faire, c'est
est-ce qu'on veut embourber les tribunaux pour savoir c'est quand est-ce que ça
finit, cette union-là. Mettons des critères qui existent déjà. Et «la cessation
de la vie commune», on renvoie à quelque chose qui existe.
M. Morin : Merci beaucoup. Dans la
composition du patrimoine d'union parentale, je suis à 521.30, le législateur
utilise, bon, une certaine catégorie de biens. Est-ce que vous trouvez qu'il en
manque? On a parlé un peu plus tôt de la résidence secondaire, il y en a qui
disent : Bien, ça devrait être inclus, pas inclus, on a parlé des REER,
c'est exclu. Si on veut véritablement s'assurer que les enfants ne seront pas
défavorisés par une séparation, d'après vous, idéalement, qu'est-ce que devrait
constituer le patrimoine d'union parentale?
M. Tétrault (Michel) : Ça devrait
être un patrimoine familial, comme des gens mariés : chalet, si les
enfants sont habitués d'aller au chalet aux deux fins de semaine puis un mois
l'été, est-ce qu'on est en train de les priver de quelque chose, parce que, là,
on va relever d'un seul parent qui va décider : Bien, vous pourrez venir
ou vous ne pourrez pas venir.
Dans un deuxième
temps, les régimes de retraite, ça, quant à moi, c'est fondamental. Les gens,
là, les Québécois, dans la majorité des cas, qu'est-ce qu'ils ont comme
richesse? Leur résidence, leur fonds de pension. Et si vous êtes, parce qu'on ne changera pas la biologie, là, vous
êtes la personne qui accouchez et vous décidez peut-être d'être un an
sans solde, deux ans sans solde, vous ne contribuez pas à votre régime de
retraite puis vous n'avez pas assez d'argent pour mettre de l'argent dans les
REER. Ce n'est pas par la prestation compensatoire qu'on va... qu'on va réussir
à aller chercher ça. Et la personne qui va dire : Oui, mais je voudrais
racheter des années de service, ça coûte cher, racheter des années de service.
Elle va prendre l'argent où? Et ce n'est pas prévu dans la prestation
compensatoire. Rappelons-nous une chose, là, la prestation compensatoire, c'est
pour éviter les injustices qu'une personne s'enrichisse en dépit ou malgré
l'autre. Bien, le fait d'avoir un enfant, ça n'enrichit pas l'autre partie, le
fait que j'aie une dépression post-partum, ça n'enrichit pas l'autre.
Voyez-vous, c'est que la prestation
compensatoire, la nature de la bête, c'est qu'elle regarde le passé. C'est
rétroactif. Qu'est-ce que j'ai fait comme apport en biens, argent, services,
qui a permis à l'autre de s'enrichir? La pension alimentaire, elle est à la
fois rétro et prospective. Ça veut dire que, si, moi, après avoir donné
naissance à l'enfant, l'enfant tombe vraiment malade, et je dois m'en occuper
et aller voir 12 spécialistes par semaine avec cet enfant-là, puis je ne reprends pas d'emploi, la prestation
compensatoire, ça ne servira pas à grand-chose. Un accouchement qui se
passe mal, madame a des séquelles, ce n'est pas... La prestation compensatoire,
ça vise le passé. L'obligation alimentaire, dont on ne veut pas parler, ça vise
et le passé et le futur. Et ça, quant à moi, écoutez, de dire qu'il n'y a pas
d'aliments entre ces gens-là, là, entre les unions... les conjoints de fait en
union parentale, vous pourrez lire dans mon mémoire, là, je cite le doyen
Leckey, de la Faculté de droit de McGill, qui dit : Bien, c'est quoi, ça?
M. Morin : Vous...
M. Tétrault (Michel) : Il y a une...
Il y a une petite chose aussi. Je m'excuse de vous interrompre.
M. Morin : Non, allez-y, allez-y.
M. Tétrault (Michel) : Demander une
prestation compensatoire, vous ne demandez pas ça à la sauvegarde, vous ne
demandez pas ça aux mesures provisoires. Vous devez attendre un an, un an et
demi, deux ans, dépendant des districts, pour avoir votre prestation
compensatoire. Ah! un jour, vous serez... Puis n'oubliez pas qu'il ne faut pas qu'entre-temps la personne fasse faillite, l'autre
côté, là. Parce que, si la personne à qui vous demandez une prestation
fait faillite, il vous reste quoi?
Deuxième élément, la prestation compensatoire,
ce n'est pas des aliments, tel que c'est rédigé là. L'autre personne fait
faillite, ce n'est pas un aliment, c'est une dette qui est libérable en vertu
de 178. J'en parle dans mon texte. Écoutez, l'enfant, dévolution successorale,
heille!, il arrive premier. On est-tu contents? Bon. Bien, il y en a un des
deux qui fait un testament puis qui dit : Bien, ce ne sera pas ça, ça va
être d'autres choses, parce que ce n'est pas d'ordre public, là, le patrimoine
d'union parentale. Contrairement au patrimoine des gens mariés, je ne peux pas
faire un testament puis dire : Mon...
le patrimoine qui aurait dû aller à mon épouse, par exemple, je le donne à mes
enfants. Je ne peux pas faire ça. Avec le patrimoine d'union parentale,
ce n'est pas d'ordre public. La meilleure preuve, c'est qu'on peut s'en retirer en tout temps. Il y a tellement de trucs qui
permettent de passer à côté de ce qui est prévu là-dedans. Pas sûr. La
seule chose, quant à moi, qui rendrait ça solide, c'est de dire : Oui, ces
gens-là se doivent des aliments.
Le Président (M.
Bachand) : ...il reste
2 min 20 s.
M. Morin : Oui,
effectivement. Donc, en fait, ce qui est proposé dans le projet de loi avec la
prestation compensatoire, pour vous,
c'est... ce n'est pas quelque chose qui est très utile. J'imagine, évidemment,
qu'il faut demander ça au tribunal, il faut en faire la...
M. Tétrault (Michel) : Bien oui!
• (19 h 10) •
M. Morin : ...il faut en faire la
preuve. Ça va coûter probablement plus que 55,22 $ puis ça va prendre plus
que trois semaines pour l'avoir. Donc, au fond, un conjoint qui pense être
appauvri va être obligé de débourser des montants probablement significatifs
pour peut-être avoir quelque chose en bout de piste.
M. Tétrault (Michel) : Oui. Donc, ça
va lui coûter de l'argent, ça va prendre du temps. Il ou elle s'occupera des enfants à temps partagé ou à temps plein, et
on va lui demander ça pour la compenser, là. Elle, elle a fait oeuvre utile,
là, puis là, pour avoir fait ça, vous allez sacrifier de l'argent et du temps.
Il y a quelque chose, encore une fois, qui, quant à moi... Écoutez, la
prestation compensatoire, là, ça fait 40 ans que ça existe, on sait ce que
ça donne. Et, ce que ça donne, c'est que les
gens ne se précipitent pas pour demander des prestations compensatoires pour la
simple et bonne raison qu'il y a des délais, qu'il y a des coûts, puis
c'est une preuve qui est excessivement lourde.
Je vous rappellerais que, dans Éric et Lola,
quand c'est passé par notre Cour d'appel, le juge Beauregard, qui avait reconnu
qu'il y avait de la discrimination, avait dit : Écoutez, moi, je vais vous
l'arranger, votre obligation alimentaire pour conjoints de fait. Il avait pris
l'article 585 puis il avait rajouté un petit bout de phrase, «y incluant
les conjoints de fait». Là, on venait d'avoir une obligation alimentaire pour
tout le monde. Ça ne coûtait pas cher, et on a une protection pour les enfants,
encore une fois. Je veux dire, le parent n'aura pas d'argent, l'enfant n'en
aura pas plus. Et je le dis en tout respect,
ce n'est pas avec le barème qu'on va se rattraper. Le Règlement sur la fixation
des pensions alimentaires pour enfants, ce n'est pas là que ça va se
passer.
M.
Morin : Bien, ça, c'est...
ça, c'est l'autre chose. On nous a... On a suggéré que le gouvernement devrait
revoir le barème, parce que le
barème, actuellement, n'est pas adapté à la réalité des enfants de 2024. Vous
êtes d'accord avec ça?
M. Tétrault
(Michel) : Écoutez... Écoutez, totalement. Quand c'est rendu
qu'en pratique des gens nous demandent :
Il n'y a pas un moyen qu'on aboutisse sur les lignes fédérales, parce qu'elles
sont plus généreuses, puis là, vous leur dites : Bien non, là! Ce
n'est pas comme ça que ça fonctionne, comprenons...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Me Tétrault.
C'est tout le temps qu'on a, mais je veux vous remercier infiniment d'avoir
pris le temps. C'est très, très apprécié.
Et, cela dit, la commission ajourne ses travaux
au mercredi 1er mai, après les avis touchant les travaux des commissions.
Merci, et bonne soirée à tout le monde! Merci.
(Fin de la séance à 19 h 12)