(Onze heures seize minutes)
Le Président (M.
Bachand) : Bonjour à tout le monde. À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
des institutions ouverte.
La commission est réunie afin de poursuivre les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 56, Loi portant sur la réforme du droit de la famille et instituant le
régime d'union parentale.
Avant de débuter, M. le secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Bourassa (Charlevoix—Côte-de-Beaupré) est remplacée par Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) et M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par
M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne).
Auditions (suite)
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Ce matin, nous
allons recevoir Me Dominique Goubau, mais nous allons d'abord débuter avec Me
Marie Annik Walsh, médiatrice familiale. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, c'est très apprécié. Alors, comme vous
savez, vous avez 10 minutes de présentation. Après ça, on aura une période
d'échange avec les membres de la commission. Donc, la parole est à vous.
Mme Marie Annik Walsh
Mme Walsh (Marie Annik) : Bonjour.
Merci de me recevoir. Merci de m'avoir invitée. Je vous avise d'avance, je m'excuse d'avance de mon inconfort,
je n'ai pas tant l'habitude de ces grands... de ces grands auditoires-là,
ça fait que je vais essayer d'être la plus concise possible.
Je vous ai fait parvenir un mémoire hier et je
pense qu'on peut résumer... Contrairement aux autres intervenants,
probablement, je ne me suis pas lancée dans une grande analyse juridique, mais
plutôt une analyse pratique du projet de loi. Donc, on peut résumer, là, mon
mémoire à peu près en 10 points. Et je me suis également penchée sur la
base.
Donc, un des premiers points qui m'interpelait
était vraiment le nouvel article au projet de loi, le 521.20, la définition du
conjoint de fait. De la façon que c'est écrit actuellement, je comprends qu'on
veut que ce soit d'application générale à tous les parents qui deviennent...
qui deviennent parents dès la mise en vigueur de la loi. Par ailleurs, il me
semble que ça ne devrait pas être ça, le but de l'exercice, le but de
l'exercice étant de plutôt protéger les enfants et la constitutionnalité de
l'union parentale dans une orée... dans une perspective à plus long terme.
Donc, ce que je proposais à ce niveau-là, c'est
que la définition de «conjoint de fait» comporte... plutôt que «sans égard à la
durée de leur vie commune», comporte «une durée de vie commune d'un an», ce qui
viendrait également, d'une part, je vous dirais, confirmer un peu la
connaissance du peuple québécois quant à toutes sortes de lois, loi sur l'impôt, loi sur la Régie des
rentes, etc., ou même des qu'en-dira-t-on par rapport à ça, et également parce
que, la question d'être un parent, le lendemain, le Code civil
le règle. Les obligations alimentaires, l'autorité parentale, c'est déjà
réglé par le Code civil. Là, on essaie de préserver un autre concept, un
nouveau concept d'union parentale.
Mon deuxième
point était à l'effet du délai d'application. Ce que je suggère, dans le fond,
c'est quelque chose de probablement un peu innovateur, mais, vous savez,
au moment de l'implantation de la loi sur le patrimoine familial, on avait
quand même laissé un délai d'environ 18 mois, à l'époque, pour que... pour
permettre aux parties d'y déroger. Là,
compte tenu de l'application très imminente de ce projet de loi, qui est quand
même dans la prochaine année, ce que je suggérerais, c'est que le temps
d'application ou le moment pour renoncer nous donnerait... donnerait aux conjoints de fait, en fait, un an
supplémentaire, ce qui viendrait dire qu'au moment de l'application il y aurait
un an, de la mise en vigueur, pour y
déroger, aller voir un notaire, aller voir un avocat, faire des conventions de
vie commune, etc., se pencher sur la question, y réfléchir une fois pour
toutes et décider ensemble s'il y a possibilité d'une dérogation ou pas, ou si
la décision, c'est d'y déroger ou pas.
Évidemment, j'innove un peu aussi quant à
l'ajout des conjoints de fait qui existent déjà. Alors, ce que... par ce
fait-là, bien, ça vient... Évidemment, c'est un petit peu plus complexe, ça
demande probablement une réflexion supplémentaire, mais ça ne forme pas... le
projet de loi ne formerait pas deux catégories d'enfants, ceux qui sont nés
avant et ceux qui sont nés après le 29 juin de l'année prochaine.
• (11 h 20) •
Quant aux
mesures de protection de la résidence familiale, évidemment, je vous suggère
simplement, pratico-pratique, des solutions pratico-pratiques par rapport aux
délais de 521 et 524. La réalité de ces... On prévoit, là, au projet de loi que
les mesures de protection subsisteraient
pendant 30 jours. La réalité des dossiers de droit matrimonial, c'est que,
dans 30 jours, on ne fait pas grand-chose.
Alors, il faudrait vraiment que ça, ce soit... ce délai-là soit prolongé de six
à 12 mois, là, dépendamment de ce qui se passe, s'il y a une instance
judiciaire ou pas et de comment les parties refont leurs vies, refont...
prennent leurs décisions par rapport au partage des biens... pardon, des biens,
etc.
Dans le même esprit,
à 521.27, vous demandez... en fait, vous prévoyez qu'on devrait demander
l'usage de la résidence familiale dans les 30 jours de la fin de l'union.
Je vous dirais que ce délai est trop court. Il se passe tellement de choses, là, dans les premières semaines d'une séparation
que je ne pense pas que c'est réaliste de penser que les gens vont se retrouver devant la cour dans les
30 jours. Puis également, avec les délais, les délais de rédaction, les
délais de consultation, tout ça, c'est un peu court.
Par rapport au
patrimoine familial, 521.30, ce que je suggérerais là-dedans, c'est d'ajouter à
la liste, car la liste est différente et restreinte, là, à ce qui existe comme
un patrimoine familial pour des gens mariés... Ça fait que, dans l'union
parentale, à la liste restreinte, j'ajouterais, dans les biens du patrimoine,
les biens accumulés par les parties durant l'union dans la Régie des rentes du
Québec, ce qui ferait, à mon sens, du sens, dans le... dans la mesure où, en ce moment, si un des deux conjoints décède
après un an de vie commune, quand les parties ont des enfants, bien, évidemment,
ça nous ramène à... il y a une possibilité d'une rente de veuf ou de veuve, et,
en même temps, ça permettrait de vraiment concrétiser le rôle que les parties
ont ensemble, tel un mariage. Ça viendrait... Évidemment, ça ne compenserait pas pour des REER ou des choses
comme ça, plus élaborées, mais, au moins, la Régie des rentes du Québec, ce
n'est pas un décaissement, mais c'est de reconnaître l'union... l'union
parentale et les contributions respectives des parties.
Un article qui, à mon
souhait, est très important, c'est celui du 521.31. Je vous dirais que, quant à
moi, cet article-là, de la façon qu'il est rédigé en ce moment, ça enlève toute
crédibilité au projet de loi. On essaie, par ce projet de loi là, de venir protéger les familles, protéger les enfants
des familles, et, si on prévoit une révision des biens du patrimoine de
l'union parentale, je trouve que ça vient complètement enlever tout ce
concept-là. Alors, quant à moi, c'est... une fois le délai d'un an passé, la
renonciation qui n'a pas eu lieu, tout le monde est dans le même bateau, c'est
applicable à tous, et il n'est pas question de réviser la liste des biens,
parce que ça met les parties dans... Ça met une pression supplémentaire, je
vous dirais, dans les familles, et pour toutes sortes de raisons, tentatives de
persuasion, où un bien devient beaucoup plus important au niveau de sa valeur.
Bien, on essaie de... pour toutes sortes de
raisons, encore une fois, là, de convaincre l'autre d'exclure ce bien-là. Ça
fait que, pour moi, ça, c'est... c'est inacceptable.
Je
vous dirais, pour les provisions pour frais, il y a eu des... il y a un ajout
qui est fait au niveau de la prestation compensatoire. J'ajouterais la possibilité de demander une provision
pour frais dans le cadre de partage du patrimoine... de l'union
parentale, pardon, simplement pour essayer de... d'éviter les iniquités au
niveau financier et de permettre aux deux parties de pouvoir faire valoir leurs
droits devant le tribunal. Évidemment, cette question-là est un peu épineuse,
parce que la tendance jurisprudentielle est... ne nous suit pas là-dedans, dans
la mesure où les provisions pour frais sont
d'habitude octroyées lorsqu'il y a des demandes alimentaires, et, dans ce
cas-là, on parle de partage de l'union parentale.
Au niveau de la
prestation compensatoire, j'ai élaboré beaucoup là-dessus parce que c'est un
recours, actuellement, qui existe, un recours semblable, je vous dirais, en
enrichissement injustifié à l'article du Code civil, et je vous dirais que
cet... ce recours-là est très fastidieux, très difficile, très coûteux. Donc,
pour bien résumer, je crois que, dans ce que
vous avez présenté comme prestation compensatoire, ça vient bien cerner, ça
vient bien définir, c'est... c'est bien élaboré, sauf qu'il faudrait
peut-être penser d'ajouter le concept de coentreprise à 521.46, parce que, dans
certaines situations, pour des couples de
longue durée, je ne pense pas que votre évaluation du quantum va le couvrir,
de la manière que c'est écrit.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, Me Walsh. Nous... nous allons commencer, pardon, la
période d'échange. M. le ministre, pour 16 min 30 s.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bonjour, M. le
Président. Bonjour, Me Walsh. Merci de participer aux travaux de la
commission parlementaire, de nous avoir
transmis votre mémoire et de nous faire partager votre expérience de
praticienne, notamment.
D'entrée de jeu, là,
je voudrais vous référer à la page 11 de votre mémoire, là. Pour
l'article 400.9.1 du Code de procédure civile, le juge en chef privilégie
la prise en charge d'un dossier du tribunal par un seul et même juge. Vous dites que ça vous réjouit particulièrement et
que cette demande-là avait été faite à plusieurs reprises par le Barreau du Québec au fil des années?
Mme Walsh (Marie
Annik) : En fait, j'ai été, là, durant les derniers 20 ans, très
impliquée auprès de l'association des avocats en droit familial, là, pour y
avoir siégé à toutes sortes de postes, puis c'est quelque chose qu'on a... on a
privilégié, qu'on a demandé via les comités de liaison, dans le district de
Montréal, il y a... en fait, sur toutes, à
peu près, les tribunes qu'on a essayé de faire depuis des années, parce que ça
fait très longtemps, là, que j'y siégeais, puis c'était une
préoccupation. Vous comprenez que la préoccupation étant qu'à chaque fois on
refait... on refait l'historique du dossier et on tombe dans les craques,
souvent. Donc, oui, ça a été des demandes qui ont été faites.
M. Jolin-Barrette : Pour les... pour les gens
qui nous écoutent, là, pouvez-vous définir c'est quoi, un comité de
liaison?
Mme
Walsh (Marie Annik) : Un comité de liaison, c'est un comité... En fait,
dans les districts judiciaires, il y a des comités où siègent des
avocats avec la magistrature du district en question, et on se réunit... on se
réunit quatre, cinq fois par année pour adresser, je vous dirais, les problèmes
plus de logistique, ou les dynamiques, ou les délais, des choses comme ça.
Donc, c'est des...
M. Jolin-Barrette : OK. Puis c'est
dans le cadre... c'est dans le cadre, dans le fond, de vos fonctions, notamment, puis des avocats qui sont membres de
l'association des avocats en droit de la famille puis dans les différents
comités que vous avez fait ces demandes-là.
Puis pourquoi vous faites cette demande-là? Parce que ce serait plus simple
pour les familles? Pour les praticiens aussi?
Mme Walsh (Marie Annik) : Bien, vous
comprenez que, pour les praticiens, c'est plus simple parce qu'on n'a pas à
refaire l'historique de tout ça à chaque fois, parce qu'on a quelqu'un qui nous
suit depuis le début.
Pour les familles, bien, c'est souvent la
première fois que les familles se rendent devant le tribunal. C'est souvent la
première fois et la dernière, dans le cadre de leur dossier de droit familial.
Donc, s'il y avait quelqu'un qui les connaissait, entre guillemets, depuis le
début, qui avait lu l'historique... Parce qu'on dépose... Vous savez, en droit de la famille, on dépose beaucoup de
documentation. On dépose beaucoup de déclarations assermentées, on dépose
des résumés de ce qui se passe, des
documents financiers. Alors, c'est vraiment une... On dépose la vie de ces
gens-là et... en preuve. Alors, si
c'était quelqu'un qui, dès le début, prenait charge du dossier, pourrait le
lire, et même s'ils ont beaucoup de volume, se rappellerait et se
rappellerait aussi des interventions qui sont... au fil... au fur et à
mesure...
Donc, c'est
pour ça qu'autant au niveau personnel... Parce que le comité de liaison, c'est
soit des associations ou des avocats qui siègent personnellement. On a
demandé à plusieurs reprises que ça, ça puisse être fonctionnel.
• (11 h 30) •
M. Jolin-Barrette : Puis,
essentiellement, Me Walsh, là, pour que tout le monde comprenne, là, supposons,
quand on pratique en droit familial, là, puis vous avez un couple qui est
marié, supposons, qui a trois enfants, puis là décide de se séparer, il débarque dans votre bureau, puis là vous, vous
faites plusieurs procédures, là, un dossier de divorce, supposons que tout le monde ne s'entend pas
parfaitement, là, pas à... pas à haut niveau de litige, là, mais, supposons,
là, un dossier régulier où ce n'est pas copain-copain, mais ce n'est pas
dramatique non plus, mais, quand même, là, c'est un dossier familial, ça va
s'étaler généralement sur quelques années. Donc, vous allez faire plusieurs
procédures, des provisoires, des
intérimaires. Ensuite, ça peut durer plusieurs mois. Donc, vous repassez
quelques fois devant le tribunal.
Mme Walsh (Marie Annik) : Exactement.
Exactement.
M.
Jolin-Barrette : Si vous n'avez pas le même juge, bien là, il faut
que le juge relise... le nouveau juge relise tout, il ne connaît pas
l'historique du dossier, tandis que, si vous aviez déjà quelqu'un, pour le
justiciable, j'imagine, c'est moins long en temps d'avocat, c'est moins long
pour les citoyens, pour le temps juge aussi, là.
Mme Walsh (Marie Annik) : Exactement.
Puis, tu sais, à partir du moment où les gens viennent dans notre bureau, il y a une rédaction de procédure, il y a,
évidemment, des demandes à la cour, avec des déclarations assermentées.
Ce qui se passe après, c'est que, rapidement, quand il y a une urgence puis que
les gens ne s'entendent pas, surtout au début, il y a une première apparition à
la cour, il y a une première... il y a des premières représentations. Donc, on
commence par ça. Mais, après ça, le dossier évolue. Le dossier peut... peut se
retrouver devant le tribunal tout simplement parce qu'il y a un enfant qui
souhaite, par exemple... Je vous donne un exemple concret, l'enfant veut aller
habiter avec son père seulement, mettons. Donc, on retourne vers la cour, puis
c'est... et, après ça, bien, on a des problèmes
de gestion de documentation, on retourne vers la cour. Puis ce n'est pas
quelque chose d'inusité, là. Avant, je
vous dirais, un procès, on peut facilement retourner devant la cour trois,
quatre fois dans un dossier normal. Évidemment, quand c'est un dossier
de «high conflict», là, c'est différent, là. Ça prend des proportions... Mais
c'est quand même important que, si c'était la même personne, il n'aurait,
effectivement, probablement pas besoin de tout lire puis il connaîtrait
l'historique.
M. Jolin-Barrette : Il connaît déjà
le dossier, dans le fond.
Mme Walsh (Marie Annik) : Il connaît
l'historique, mais il connaît, aussi — puis ça, c'est
important — ce
qu'il a rendu comme jugement puis pourquoi il a rendu ce jugement-là. Ça fait
que ça permet de déceler qui ne collabore
pas, qui ne remplit pas ses affaires, qui... etc. Ça fait que ça devient
très... beaucoup plus personnel et particulier.
M. Jolin-Barrette : OK.
Je veux vous amener sur un autre sujet, là, la question, là, de la prestation
compensatoire qu'on vient insérer par rapport à l'enrichissement
injustifié. Le recours, là, en enrichissement injustifié qui existe, là,
actuellement, là, c'est quand même un recours qui est difficile à utiliser pour
la majorité des citoyens, tandis que la prestation compensatoire, c'est plus
simple.
Mme Walsh (Marie Annik) : Exactement.
Bien, l'enrichissement injustifié, c'est un dossier, comme je l'ai écrit dans
mon mémoire, qui est très, très fastidieux, très complexe. La raison
principale, c'est que ça arrive souvent quand c'est des couples qui étaient
là... qui étaient ensemble, qui vivaient ensemble depuis des années.
Évidemment, il faut faire la preuve... Parce que, la façon dont ça fonctionne
en ce moment, c'est un... c'est un recours général, ça fait
qu'il faut faire la preuve de tous les gestes, de tous les apports, il faut
avoir des documents. Souvent, on n'en a pas,
donc ce n'est pas... Et c'est un... c'est souvent des... je vous dirais, des
recours qui sont très longs, complexes, un peu hybrides entre le droit
civil et le droit familial. Les délais sont longs. Les auditions sont souvent
très, très longues parce qu'on doit faire la
preuve de tout, ça fait que ça s'étale sur plusieurs jours. Ça fait que
c'est... Oui, effectivement, ce n'est pas tout le monde qui s'embarque
là-dedans. Ce n'est pas non plus tout le monde qui a les moyens de le faire.
M.
Jolin-Barrette : C'est ça, c'est un recours qui est coûteux et pas
nécessairement accessible. Certains ont dit que le fait de... d'insérer le
recours en prestation compensatoire allait être discriminatoire, tu sais,
plutôt que d'utiliser... dans le fond,
plutôt que d'utiliser le recours en enrichissement injustifié, le fait que le
législateur vienne dire : Bien
non, ça va être le recours en prestation compensatoire, et que ce serait moins
généreux. J'aimerais ça vous entendre là-dessus.
Mme Walsh (Marie Annik) : Moi, je vous dirais que,
oui, effectivement, la façon que les recours en enrichissement
injustifié fonctionnent, puis je peux... si je peux vraiment faire un sommaire,
c'est qu'on regarde l'ensemble de la vie
commune des parties, quels sont les apports des deux puis de la personne qui demande
l'enrichissement injustifié, et on établit le quantum en... par rapport
à la valeur des actifs, combien ces gens-là avaient avant, combien ils ont accumulé, qu'est-ce qui est maintenant.
Donc... Et, par rapport à ça, il y a des pourcentages qui sont établis par
le tribunal.
La prestation
compensatoire, vous l'avez bien définie à vos articles, à vos propres
propositions d'articles. Puis ce que je vous dirais, c'est que, si vous ajoutez
la notion de coentreprise, qui est juste un petit peu plus haute qu'une
prestation compensatoire, pour les couples de longue durée, peut-être que ça
règle le problème. Je vous dirais que ce
n'est pas parfait, ça mérite quand même d'y réfléchir, mais ça réglerait
probablement le problème pour... au niveau, là, notamment, là, de
prouver l'ensemble de la vie commune. Parce qu'à court terme, une prestation
compensatoire, de la façon que vous l'avez décrite dans le projet de loi, vous
semblez vouloir dire que c'est simplement pour compenser les apports très
spécifiques d'un des conjoints. Moi, je vais plus loin que ça. Il y a des
apports, dans la vie commune de conjoints qui sont à long terme, qui ne sont
pas nécessairement spécifiques, mais c'est des apports qui sont prolongés, par exemple, un conjoint qui
travaille dans l'entreprise de son... de son... de son conjoint, qui n'est pas
rémunéré. Bien, c'est tout ça, là, que j'essaie d'inclure dans la coentreprise.
M.
Jolin-Barrette : OK. Peut-être une dernière question avant de céder la
parole à mes collègues, là. Vous, vous dites : Bon, pour le... pour
l'union parentale, on ne devrait non pas faire en sorte qu'à partir du moment
où il y a un enfant qui naît il y a vie
commune des gens puis que les gens se présentent comme un couple, vous
dites : Ça devrait s'appliquer à tous les couples qui font vie
commune depuis un an ou un an et demi puis que là...
Mme Walsh (Marie
Annik) : Un an.
M.
Jolin-Barrette : Un an. Puis, durant cette année-là, ils ont leur
possibilité de droit de retrait par rapport au
patrimoine. Ce que ça aurait pour effet, par contre, c'est que, quand vous êtes
en couple, supposons, puis vous n'avez pas d'enfants... La réalité, bien
souvent, elle est fort différente d'avec des enfants et pas d'enfants. Je
pense, c'est quand même de connaissance générale
où la venue d'enfants peut amener certaines... je vous dirais, une effervescence
dans la vie. Donc, si jamais on permet... on allait dans votre... dans votre
proposition et on disait : Bien, écoutez, vous pouvez vous retirer avant d'avoir les enfants, la personne qui se
serait retirée du régime avant d'avoir des enfants ne sait pas quelles sont les conséquences d'avoir
des enfants aussi. Vous n'êtes pas préoccupée par ça, par le fait de
dire : Bien, mon...
Mme Walsh (Marie
Annik) : Bien, ce n'est pas ça... ce n'est pas ça que je propose. Ce
que je proposais, c'est que, pour les
couples qui ont des enfants... Ça fait que probablement que c'est peut-être mal
exprimé, là, mais ce que je... Pour
les couples qui ont des enfants, à partir du moment où ils ont des enfants, le
29 juin 2025, à partir de ce jour-là, ils ont un an pour se
retirer, s'ils veulent faire partie. Ça fait que ce n'est pas... C'est ça, la
nuance.
M.
Jolin-Barrette : OK. Vous mettez un délai maximal...
Mme Walsh (Marie
Annik) : Les couples pas d'enfants, je n'en parle pas.
M.
Jolin-Barrette : OK. Excellent. Bon, écoutez, Me Walsh, je vous
remercie grandement d'être venue en commission parlementaire. Ça a été fort
instructif. Et je cède la parole à mes collègues. Merci pour votre présence.
Mme Walsh (Marie
Annik) : Merci à vous.
Le
Président (M. Bachand) : Merci, M. le
ministre. Mme la députée de Laval-des-Rapides, s'il vous plaît.
Mme
Haytayan : Merci, M. le Président. Bonjour, Me Walsh. Merci pour votre
temps. Que pensez-vous des mesures pour contrer la violence judiciaire? Si vous
pouvez développer sur l'encadrement de l'abus de procédure.
Mme
Walsh (Marie Annik) : Bien, écoutez, vous savez qu'au niveau de la
proposition du projet de loi il y a une proposition de faire une provision pour
frais, de demander une provision pour frais. Ça fait qu'à ce moment-là ça va
régler pas mal de problèmes. Au niveau de l'encadrement des... je vous dirais,
des quérulents ou des gens qui reviennent à la cour constamment puis qui
essaient de mettre de la pression, il me semble que c'est tout à fait approprié. Ce n'est pas dans toutes les... Ce
n'est pas dans tous les dossiers, évidemment, qu'on voit ça, mais c'est certain
que les mesures qui sont proposées me semblent très appropriées.
• (11 h 40) •
Mme
Haytayan : OK. Merci.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député de Saint-Jean.
M. Lemieux : ...
Le
Président (M. Bachand) : 3 min 42 s.
M. Lemieux : 3 min 42 s?
Le Président
(M. Bachand) : Oui.
M. Lemieux : Merci beaucoup. Bonjour. Et merci, Me Walsh,
de répondre à nos questions. Et je vais peut-être vous décevoir, mais je
vais y aller quand même, parce que, vous dites, vous êtes très
pratico-pratique, vous restez... vous voulez rester terrain, mais je vais quand
même vous demander de me suivre pour essayer d'élargir un peu la lorgnette de
votre point de vue, qui est beaucoup plus collé sur le sujet que nous ne
pouvons l'être de toute façon. Puis je continue dans ma lancée de mes questions
d'hier à d'autres personnes qui sont venues partager leurs opinions et leurs
savoirs avec nous.
On fait beaucoup de
cas, et c'est normal parce que c'est le principe dominant du projet de loi...
Parce que la logique, c'est que, les enfants, on veut les protéger, et donc ce
régime d'union parentale là, il est fait pour eux, finalement. Mais on est
quand même avec... On aurait eu, si on avait voulu, l'opportunité de changer,
et c'est le cas à partir du moment d'avoir des enfants, mais de changer les
choses avant qu'ils n'aient des enfants. Je parle des conjoints de fait. Et effectivement on vient travailler un peu le
pourtour du portrait pour les conjoints de fait. Même si ça ne change
pratiquement rien, en théorie, on a encore les mains dedans, là.
Qu'est-ce que vous
pouvez me dire sur comment vous voyez la démarche qu'on fait avec le projet de
loi, si on aurait dû, pu, s'il aurait fallu, si... oui, non, peut-être, jouer
dans les conjoints de fait sans enfants, avant de faire tout ce qu'on a dit et
ce qu'on est en train de décider qu'on va faire pour les enfants, et le régime
qui l'accompagne, et la réalité qui vient avec?
Mme Walsh (Marie
Annik) : Bien, moi, ce que je vous dirais, c'est qu'il n'y a rien de
parfait dans ce genre de projet de loi là, parce que c'est superimportant, puis
c'est novateur, puis c'est nouveau. C'est un début, c'est un «work in progress», et je ne pense pas que ce
serait facile d'avoir l'accessibilité sociale d'inclure tout le monde, parce
que, là... là, vous mariez les gens de force, là, et ces conjoints de fait là
qui n'ont pas d'enfants, qui vivent souvent sans convention de vie commune, bien, c'est parce qu'ils ont choisi de faire
ça. Ils sont des majeurs. Ils ont pris les décisions ou ils n'en ont pas
pris.
Donc,
oui, ça aurait pu aller loin, mais, pour moi, puis ça, je l'ai dit à plusieurs
reprises dans les dernières semaines, c'est un début, c'est un vecteur.
On commence par protéger les familles les plus vulnérables, les gens qui ont
des enfants, que les conséquences de la
séparation viennent impacter directement. Parce qu'en ce moment la réalité,
c'est que, demain matin, un conjoint
de fait qui n'est pas propriétaire de la résidence familiale, bien, elle doit
partir puis dans un... dans 30 jours, dans 60 jours, et la
réalité est complètement impactée, de ce conjoint-là et de la famille.
M. Lemieux : Merci
de le dire comme ça. C'est d'ailleurs ce que je pense, moi aussi, mais je
voulais qu'on en parle, justement, pour
montrer jusqu'à quel point on peut faire oeuvre utile, même si on ne change pas
la loi maintenant, en abordant la question, en en parlant et en revenant
constamment avec la convention de vie commune, qui est encore sous-utilisée, mais on ne le dira jamais assez, à moins que ce ne
soit pas nécessaire pour la majorité, mais je ne suis pas certain qu'ils
en soient conscients. Et là il va y avoir ce passage au nouveau régime s'il y a
un enfant, et là ça va impliquer aussi la possibilité de...
Donc,
au final, je suis content d'entendre votre vision du projet de loi. Et je me
fais dire qu'il ne me reste plus de temps, alors, plutôt que de vous poser une
question, vous mettre dans l'embarras de répondre en 10 secondes, je vais
vous remercier, Mme... Me Walsh.
Le
Président (M. Bachand) : Merci, M. le
député. M. le député de l'Acadie, pour...
Mme Walsh (Marie
Annik) : Merci à vous.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de l'Acadie, pour 12 min 23 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci.
Merci, M. le Président. Bonjour, Me Walsh. Merci d'être là avec nous. Merci
pour le document que vous nous avez présenté. Évidemment, vos commentaires, vos
opinions sont... c'est précieux parce que vous avez une grande expérience dans
le domaine du droit de la famille.
Dans le projet de loi et à l'article 3,
donc, qui vise, entre autres, 521.20, le ministre ne met pas une période de temps, alors... mais, dans d'autres lois, dans
d'autres provinces, il y a, effectivement, une période de temps. Vous l'avez évoqué,
dans d'autres lois qui ne traitent pas comme tel de l'union de fait, mais qui
considèrent des conjoints de fait comme étant des gens mariés, il y a une
période de temps. Hier, on a écouté plusieurs plusieurs groupes, puis, en tout cas, à moins que j'aie raté quelque chose, mais
vous êtes la première qui prenez position, en fait, puis qui... Vous dites :
Moi, je suggérerais une période de temps.
J'aimerais savoir pourquoi puis quel est l'enjeu avec la façon dont 521.20 est
rédigé présentement.
Mme Walsh (Marie Annik) : Bien, je
vous dirais que, pour des... bien, des gens, en ce moment, qui ont un enfant puis qui ne sont pas mariés, et... le Code
civil règle leur situation actuellement, là, au niveau de... évidemment, pas des
biens, mais au niveau de l'autorité parentale, de la garde, de la pension
alimentaire, tout ça, provision pour frais, le
cas échéant. Tout réglé, maintenant. Ça fait que, quant à moi, je ne pense pas
que le but de l'exercice était de débuter l'union parentale dès la
naissance d'un enfant puis que...
À ce que je pensais aussi, c'était, bien, les
gens qui n'avaient pas l'intention d'avoir un enfant, que c'est un accident, ou
les gens que ce n'était pas prévu tout de suite, qui ne vivent pas ensemble.
Puis je pense que c'est important de développer le concept d'union parentale
comme un projet commun. On vit ensemble, on vit sous le même toit, ça fait que,
pour permettre ça, il ne faut pas que ce soit une semaine, il faut que ce soit
un an. Moi, j'ai proposé un an simplement
pour essayer de, pendant cette période-là... que tout le monde se conscientise,
aille voir des conseillers juridiques, fasse les démarches pour faire
une convention de vie commune, parce que ce serait ça, le plus approprié.
Et sinon, bien, oui, ils ont... ils rentrent
dans la définition d'«union de fait». Je n'étais pas convaincue en le lisant. Ma première lecture, je ne m'en suis même
pas aperçue. Puis après ça j'ai relu puis je me suis rendu compte : Oui, bien
là, sans égard à la durée... Je pense que c'est important qu'il y ait une
durée. On n'est pas en union parentale le lendemain de la naissance d'un
enfant, quant à moi.
M.
Morin : OK. Parfait. Je vous remercie. Maintenant, la loi
va créer, puis on en a parlé, un patrimoine d'union parentale. Le législateur a
fait un choix. Il y a des éléments qui vont être inclus. J'aimerais que vous
puissiez partager avec nous :
Est-ce que c'est suffisant, est-ce qu'il y a des éléments qui devraient être
ajoutés, est-ce qu'on garde quelque chose?
Puis hier, tout dépendant des experts qui
venaient nous parler, il y en a qui disaient : Bien, il faut inclure les
fonds de pension, il faut inclure les REER, il ne faut pas les inclure, etc.
Vous, votre position, là-dedans? Parce que vous le voyez, vous avez de
l'expérience, j'imagine, dans votre pratique, vous ne faites pas juste des
divorces, vous devez rencontrer des gens qui sont présentement en union de
fait, là, puis qui se séparent, là. Alors, qu'est-ce... En fait, quels seraient
les... tous les éléments qui devraient être inclus pour s'assurer qu'il y aura
une protection pour les conjoints puis pour les enfants également?
Mme Walsh (Marie Annik) : Bien, je
vous dirais que, comme je l'ai dit souvent, c'est un début. Puis, quant à moi,
ce qui est élaboré dans le projet de loi est peut-être... ça n'inclut pas tout,
les items du patrimoine familial, par exemple, mais c'est... on commence... il
faut commencer à quelque part, là. La perfection, là, ça ne fait absolument
rien, ça fait que... Ça protège. Ce qui est dans la loi en ce moment protège
les biens les plus importants.
Oui, on pourrait inclure, comme je le proposais,
la Régie des rentes, parce que ce n'est pas nécessairement des échanges de
montants en argent.
L'inclusion des REER et des fonds de pension, à
mon avis, ça va trop loin, simplement parce que c'est exactement la même chose
que les couples mariés. Et ce n'est pas nécessairement un choix de ma part,
mais c'est plutôt une réalité que je vois dans ma clientèle. Les gens ne sont
pas mariés parce qu'ils ne veulent pas partager ces deux biens-là, les plus...
les deux biens les plus importants. Je ne suis pas certaine qu'on est rendus
là, au Québec, au niveau d'accepter que ce soient exactement les mêmes biens,
tout simplement.
Mais, oui, si on voulait la totale et on voulait
protéger les gens de la même façon que les couples mariés, on mettrait exactement la même liste que le
patrimoine familial, qui inclurait, évidemment, les REER, les fonds de pension.
C'est les deux items les plus importants qu'il manque.
M. Morin : OK. Parfait. Je vous...
je vous remercie. J'aimerais attirer votre attention sur l'article 29 du
projet de loi. C'est une modification au Code de procédure civile,
l'article 54, entre autres, en matière familiale, pour permettre au
tribunal, finalement, d'imposer des dommages et intérêts s'il y a un caractère
abusif par les actes de procédure. Je
comprends que cet article-là vient compléter l'article 54. Donc, selon
vous, l'article 54 actuel n'était pas suffisant.
Mme Walsh (Marie Annik) : Bien,
c'est probablement... En fait, l'article 54 est suffisant en soi, mais
c'est l'interprétation jurisprudentielle qui est venue le compléter en matière
familiale. Ça fait que, quant à moi, oui, en matière familiale, vous savez, la
dynamique est complètement différente, et il vaut mieux l'écrire que de laisser
ça à la discrétion judiciaire. Et de la
façon que c'est écrit, comme j'ai dit un petit peu plus tôt à un de vos
collègues, ça me satisfait parce que
ça vient vraiment protéger les abus. Puis, en matière familiale, compte tenu du
haut degré d'émotion, je vous dirais, c'est assez
propice à... peut-être pas le mot «abus», mais à des gens à retourner devant la
cour parce qu'ils ne sont pas contents. Et
il y a une question financière aussi, là. La personne qui a plus de sous a
beaucoup plus le loisir de s'y retrouver, et ce qui constitue,
finalement, une espèce d'abus, au fil du temps, dans le dossier judiciaire.
• (11 h 50) •
M. Morin : Parfait. Je vous remercie. Maintenant,
relativement à l'article 33, et vous en avez parlé avec M. le ministre, c'est cette disposition-là où le juge en
chef privilégie la prise en charge d'un dossier du tribunal par un seul et même
juge. Je vous ai très bien écoutée. J'ai compris votre point de vue.
Maintenant, dans
certains grands districts, évidemment, s'il y a plusieurs juges, c'est facile
d'avoir une équipe de juges qui va suivre tel ou tel dossier. Dans des plus
petits districts, est-ce que vous voyez que ça peut être un enjeu, entre autres à cause des délais, si vous
avez des juges qui doivent siéger dans plusieurs chambres de la même
cour ou même dans différents districts judiciaires? Je voudrais juste avoir
votre expérience là-dessus. Parce que, je comprends très bien ce que vous avez
dit, on ne veut pas que les parties répètent toujours la même chose. Par
contre, s'il y a un juge qui n'est pas
disponible puis que ça entraîne des délais dans une matière, en droit familial,
ça peut être aussi problématique. Donc, j'aimerais ça que vous puissiez
nous éclairer là-dessus.
Mme Walsh (Marie
Annik) : En fait, c'est probablement l'inverse. Dans les plus petits
districts judiciaires, en pratique, c'est souvent les mêmes juges qui
reviennent. C'est souvent le juge coordonnateur puis un autre juge qui
reviennent et qui sont ce qu'on appelle, là... qui siègent en pratique, donc
qui entendent ce genre de demandes là à la cour, qui sont des demandes
intérimaires, des demandes de sauvegarde. Ça fait que, pour moi, dans les
petits districts judiciaires, oui,
effectivement, ça pourrait être problématique s'il n'y a pas de disponibilité
de la cour, mais, en même temps, la réalité, c'est que c'est souvent les
mêmes juges dans ces... dans ces petits districts là.
Le problème avec les
grands districts judiciaires, c'est qu'il y a une rotation et pas
nécessairement une assignation des juges permanente.
M. Morin : OK.
Parfait. Je vous remercie. Hier, on a écouté Me Tétrault, qui disait qu'un
des éléments qu'il manquait dans le projet
de loi pour assurer une meilleure protection, c'était toute la question des
aliments. Effectivement, on n'en... on n'en parle pas. Quel est votre
point de vue là-dessus?
Mme Walsh (Marie
Annik) : Écoutez, je vous dirais que c'est un peu le même de... quant
à la constitution des biens, là, de l'union
parentale, c'est que je n'ai pas l'impression que vous avez une acceptabilité
sociale par rapport aux aliments. Encore une fois, si le projet de loi
voulait traiter l'union de fait ou les conjoints de fait comme des personnes
mariées et leur donner des obligations à... d'un à l'autre, si on voulait que
ce soit parfait, on ajouterait, oui, effectivement,
qu'il y aurait des aliments ou la possibilité d'aliments pour le conjoint le
plus vulnérable financièrement, mais j'ai l'impression que ce n'est pas...
c'est quelque chose qui va être très difficile au niveau de l'acceptabilité
sociale, alors...
Quand
j'ai fait mes réflexions là-dessus, je me suis dit : Bien, il vaut
mieux... puis je sais que je reviens là-dessus souvent, mais il vaut mieux commencer à quelque part que d'avoir un
projet parfait. Puis en ce moment c'est souvent... la problématique,
c'est souvent la résidence familiale, les biens communs, etc. Puis, par le
biais de la prestation compensatoire, on vient un peu... on viendrait un peu
compenser la question, je vous dirais, d'ordre financier ou d'ordre
alimentaire, mais jamais comme une pension alimentaire, effectivement.
Mais ce serait dans
un monde parfait où... Mais je vous dirais que ce serait vraiment comme si vous
mariiez les gens, encore une fois, puis je ne suis pas certaine que le Québec
est rendu là.
M. Morin : Parce que c'est sûr que... Bon, évidemment, il
faut commencer quelque part, là, mais, d'un autre côté, là, on a une
opportunité de faire ce qui est mieux...
Mme Walsh (Marie
Annik) : Tant qu'à faire.
M. Morin : ...alors,
tu sais, je me dis, des fois, hein... Comme vous l'avez dit, tant qu'à faire,
pourquoi est-ce qu'on ne le ferait pas? Donc, d'après vous, dans votre... Puis
j'ai très bien compris ce que vous avez dit tout à l'heure à propos, par
exemple, des REER, de l'acceptabilité sociale. Et j'imagine que, dans votre
pratique, quand vous rencontrez des couples qui sont en union de fait, vous
l'avez souligné vous-même, un des éléments qu'ils mentionnent, c'est
plutôt : On n'est pas mariés parce qu'on ne veut pas partager les fonds de
pension, ou des REER, ou autres. Je le conçois. Mais, si, par exemple, pour
toutes sortes de raisons, il y a un conjoint qui, parce qu'il s'est occupé
d'enfants ou même d'un parent, n'a pas pu avoir certaines promotions ou pas les
mêmes revenus, est-ce que vous ne pensez pas que la question, par exemple, des
aliments, d'une pension alimentaire pourrait venir corriger... Parce que, là, je comprends qu'il y a une
prestation compensatoire, mais ça, ça implique, évidemment, d'en faire la
preuve, ça implique des litiges, ça implique du temps. Qu'est-ce que vous
pensez de ça? Il reste 23 secondes à peu près.
Mme Walsh (Marie
Annik) : Bien, je vous dirais qu'autant les gens qui ne veulent pas
partager leurs REER puis leurs fonds de pension ils ne veulent pas payer de
pension alimentaire, là. Ça fait que, dans mes 23 secondes, je vous dirais que ça va être difficile à faire
accepter aux gens. Même dans les conventions de vie commune, c'est très rare
qu'on prévoie, là, des dispositions alimentaires. Ça fait partie de l'espèce de
liberté, là, des conjoints de fait.
M. Morin : Merci. Merci, M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Merci. M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne, 4 min 8 s.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci pour votre présentation. C'est
juste pour bien comprendre aussi votre
position, là. Pour ceux qui ont déjà des enfants, vous parlez d'un délai, là,
d'un an de dérogation, si je comprends bien, un «opt out», et sans quoi,
après un an, là, le régime va être d'application automatique à eux si... C'est
ça, votre position, finalement, je la comprends bien?
Mme Walsh (Marie
Annik) : Oui. Oui, oui, tout à fait.
M. Cliche-Rivard : Parfait. Puis ceux qui
ont des enfants après juin 2025, est-ce que vous leur octroyez, ou vous
pensez qu'ils devraient avoir un délai maximum pour «opt out», ou vous pensez
que, du moment où c'est fait de consentement, des deux côtés, ils pourraient
«opt out» à tout moment?
Mme Walsh (Marie Annik) : Bien, je pense que le
délai d'un an est important, mais effectivement, s'il y a des enfants qui ont des... des parents qui ont des
enfants après juin et qu'il y a une mise en vigueur de la loi, bien, c'est...
tout le monde rentre dans le même mode.
M. Cliche-Rivard :
Et là, auquel cas, eux peuvent décider de commun accord de s'en retirer.
Mme Walsh (Marie
Annik) : Exactement.
M.
Cliche-Rivard : OK. Donc, on pourrait prévoir aussi la même chose...
Puis là je pose la question a posteriori, là : Pour ceux qui ont eu des
enfants, donc, avant, une fois qu'ils ont «opt in»... ou, en fait, qu'ils n'ont
pas déclaré le renoncement, comme vous le
proposez, là, post-entrée en vigueur de la loi, j'imagine que vous leur permettriez
aussi d'«opt out», de consentement, par la suite, si c'est ça qu'ils décident
ensemble.
Mme Walsh (Marie
Annik) : Exact, si c'est ça qu'ils décident ensemble, oui.
M. Cliche-Rivard : OK. Donc, vous leur
donnez une option en amont. Vous leur dites : Manifestez votre «opt out» tout de suite, sinon, c'est l'application. Le cas
échéant, une fois que c'est appliqué à vous, de facto, vous avez les
mêmes droits ou les mêmes possibilités que les autres de s'en retirer. J'ai
bien résumé votre propos, c'est ça?
Mme Walsh (Marie Annik) :
Oui, exactement.
M.
Cliche-Rivard : Parfait. Vous dites : On ne devrait pas pouvoir
réviser la liste des biens, si je comprends bien, ou on ne devrait pas pouvoir
la modifier. Pourquoi vous pensez que de consentement on ne devrait pas offrir
ça si, de toute façon, on offrirait un «opt out» de consentement par la suite?
Mme Walsh (Marie
Annik) : Moi, je trouve que de réviser la liste des biens, c'est comme
changer... la liste des biens en cours de route, là — quand
je dis «en cours de route», en cours d'union — c'est comme changer les règles en cours d'union. Si on a décidé que ça
s'appliquait à nous, on ne peut pas changer les règles en cours d'union ou, sinon,
ça permet aux gens... Ah! bien là, notre maison, maintenant, là, elle vaut
tant, puis c'est moi qui ai tout payé parce que la réalité, depuis le début de
notre relation, ce n'était pas équivalent, ça fait que j'aimerais ça retirer la
résidence familiale. Vous comprenez? Ça fait que moi, je pense que, pour donner
toute crédibilité à ce pouvoir-là d'entrer...
de protéger certains biens, une fois que c'est fait, c'est immuable. On ne peut
pas décider, «pick and choose», qu'est-ce qui est bon, qu'est-ce qui
n'est pas bon pour nous.
Puis je vous dirais
également que ça permet beaucoup de pression dans le couple. Vous savez, la
pensée magique, là, dans les couples, là, puis le limbo juridique, là, c'est...
il y en a plein en ce moment, là. Il faut essayer de cadrer ça au minimal.
M. Cliche-Rivard : Je pense... C'est un bon
argument que vous apportez là. Parce que, là, bon, moi, la question que je me
posais, c'est : Si on leur permet d'«opt out», de toute façon, de
consentement, je ne vois pas pourquoi on ne leur permettrait pas de modifier la liste de consentement. Mais là ce
que vous dites, c'est que, là, il y a une distinction entre l'«opt out»
de fin de relation, finalement, ou... où la violence intraconjugale... — c'est
un petit peu ça que vous dites — où ça pourrait être institutionnalisé à
l'intérieur, où on viendrait mettre des pressions alors que la relation
continue. Il y a quand même là un...
Mme Walsh (Marie
Annik) : Exactement.
M.
Cliche-Rivard : ...un élément important que je comprends.
Vous
avez parlé, en terminant, dans votre mémoire, d'une vaste campagne publicitaire,
parce que vous pensez que les gens, finalement, ils ne sont pas tant au
courant ou ils ne seront pas tant au courant de leurs droits, là.
Mme Walsh
(Marie Annik) : Ils ne le sont pas tant. Il y a beaucoup de
qu'en-dira-t-on, il y a... Tout le monde pense qu'ils connaissent leurs droits. Même aujourd'hui, les conjoints
de fait pensent qu'ils doivent partager la... sans que
tout ça existe, là, avant, ils pensent qu'il y a des choses qu'on doit
partager. Alors, c'est... ce serait superimportant. Si j'ai un message
dans tout ça qui passe puis qui peut être répété, c'est de lancer sur toutes
les tribunes que, les gens, il faut qu'ils s'informent, qu'ils aillent voir les
conseillers juridiques, qu'ils signent des conventions de vie commune, ça... En ce moment, là, le vide juridique
est tellement vaste et l'impact est tellement néfaste sur ces familles-là...
Alors, je vous dirais, là, que, oui, c'est... ce serait une mission de ce
projet de loi là.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, merci beaucoup. Me
Walsh, merci beaucoup d'avoir été avec nous. C'est très... Ça a été très
apprécié.
Cela dit, je suspends les travaux quelques
instants pour accueillir notre prochain invité. Merci beaucoup.
Mme Walsh (Marie Annik) : Merci à
vous.
(Suspension de la séance à 12 heures)
(Reprise à 12 h 01)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux.
Il me fait
plaisir d'accueillir Me Dominique Goubau, professeur associé, Faculté de droit
de l'Université Laval. Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui. Vous
connaissez les règles, un petit 10 minutes de présentation, après ça une
période d'échange avec les membres de la commission. Alors, maître, la parole
est à vous. Merci.
M. Dominique Goubau
M. Goubau (Dominique) : Merci, M. le
Président. Et merci à M. le ministre, Mmes, MM. les députés pour cette
invitation. C'est toujours... Enfin, j'ai toujours ressenti comme un privilège
de pouvoir participer aux travaux des
commissions parlementaires, même si c'est à midi et que parfois c'est plus
difficile d'avoir l'attention des gens à midi. Mais je n'ai pas non plus
fait de mémoire. Je n'étais pas en position de le faire, donc... en situation
de vous présenter un mémoire, mais j'espère tout de même que les quelques
explications verbales que je pourrai vous donner pourront vous être utiles.
Je n'ai pas la prétention de penser que tout le
monde me connaît, et donc, si vous permettez, je commencerais par quelques tout
petits mots de présentation pour vous dire ce qui me rattache à l'objet de ce
projet de loi.
Ça fait maintenant presque 40 ans que le droit
de la famille est au centre de mes occupations et préoccupations, de mes
activités professionnelles comme avocat, d'abord, comme avocat praticien il y a
plusieurs années, particulièrement comme
avocat de l'aide juridique dans un bureau civil qui pratiquait en droit de la
famille, et puis comme professeur pendant plus de 30 ans et, donc,
comme chercheur et enseignant. J'ai également été pendant presque 20 ans
président du comité permanent du Barreau du Québec en droit de la famille et,
pendant plusieurs années aussi, vice-président de l'Association internationale
de droit de la famille. J'ai eu le privilège d'être un des membres de la
commission... ou du comité, plutôt, de réflexion sur la... une éventuelle
réforme du droit de la famille. Voici que cette réforme est en train de se
réaliser devant nos yeux, et donc je suis heureux de pouvoir participer à ces
travaux aujourd'hui avec vous.
Je voudrais, si vous voulez, commencer mon bref
exposé par une remise en perspective historique. En réalité, vous êtes... vous
êtes les... en quelque sorte les dépositaires d'un débat qui a lieu depuis
50 ans et même plus de 50 ans au
Québec. La question du statut des conjoints de fait revient de façon récurrente
et, en tout cas, à chaque réforme, certainement,
du droit de la famille. La question se pose toujours : Faut-il intervenir
ou faut-il s'abstenir d'intervenir? Et il y a eu une longue conversation
sociale, parlementaire autour de cette question très importante et qui devient
de plus en plus importante. Vous êtes donc
ceux qui poursuivez ce débat. C'est pour vous, je pense, un grand privilège,
mais c'est aussi une responsabilité.
Et déjà, dans le courant des années 70 et
80, le Québec a... Et il était précurseur, si on se compare à la plupart des
autres pays occidentaux et si on se compare aux autres provinces canadiennes.
Le droit québécois a reconnu progressivement la réalité des conjoints de fait
en droit public, en droit social, en droit fiscal, d'abord pour ce qui est des
conjoints hétérosexuels, et puis très rapidement, et, là aussi, le Québec était
précurseur, à la fin des années 90, début des années 2000, l'union
entre personnes de même sexe non mariées.
Mais la question qui reste, la question
récurrente qui revient, celle que tout le monde trouve très délicate toujours,
est celle : Qu'est-ce qu'on fait du droit privé de la famille? Est-ce
qu'il faut intervenir aussi, là, comme on l'a fait en droit public, comme on
l'a fait en droit fiscal ou en droit social, ou faut-il au contraire s'abstenir
dans ce cadre précis du droit, alors qu'on
intervient partout ailleurs? Cette question est au coeur des débats
aujourd'hui, mais je vous prie de croire qu'elle était exactement la
même depuis 40 ans.
Le rapport de l'Office de révision du Code
civil, en 1977, le rapport de l'ORCC sur le droit de la famille et le droit des
personnes proposait déjà tout un cadre pour les conjoints de fait avec,
notamment, un droit alimentaire entre conjoints de fait et des droits
successoraux qui étaient à peu près l'équivalent des droits successoraux et des
droits alimentaires des personnes mariées.
Mais ce rapport a été mis de côté sur cet aspect-là lors de la grande réforme
de 1980 dont tout le monde parle aujourd'hui en disant : C'est la dernière
grande réforme du droit de la famille, il y a 40 ans, alors qu'en
fait il y en a eu bien d'autres après. Mais, en 1980, on a mis de côté cette
proposition de l'ORCC. Pourquoi? Parce qu'on disait : Il faut, finalement, respecter le libre choix
des personnes et accepter que cette nouvelle réalité des conjoints de
fait... — dans
les années 80, il y en avait de plus en plus, début 1980 — eh
bien, c'est une nouvelle réalité qu'il
faut... dont il faut prendre acte, et une façon d'en prendre acte, c'est de
respecter le choix des personnes de ne pas se marier. Et donc, en 1980,
on s'est abstenus de donner suite au rapport de l'ORCC.
En 1989... Il y a eu d'autres petites réformes,
mais, en 1989, autre grande réforme du droit de la famille par l'introduction
du patrimoine familial. Et il faut se rappeler que plusieurs intervenants, à
l'époque, avaient proposé de ne pas
nécessairement imposer le patrimoine familial aux couples... à tous les
couples, à tous les couples mariés, mais, par exemple, de l'étendre aux
conjoints non mariés dès lors qu'il y avait des enfants. Et donc cette idée
d'une... Cette idée, que moi, je qualifie d'assez moderne, de tenir
compte de la présence des enfants pour enclencher des protections ou, en tout cas, des mesures d'équité, c'est comme ça
qu'il faut les qualifier, au sein des couples, cette idée est ancienne. Elle
existait déjà en 1989. Et, cette fois-ci,
on... Et cette idée a eu énormément d'opposition, particulièrement de la Chambre des notaires à l'époque, qui était probablement l'institution au Québec qui était le
plus farouchement opposée à cette idée de
mettre de côté la liberté contractuelle et de voir imposer aux gens mariés
cette espèce de régime matrimonial obligatoire, avec ce partage de
biens. Et les notaires étaient tout à fait contre cette idée.
Or, aujourd'hui, je pense bien que tous les
observateurs sages de la pratique judiciaire, et notamment la pratique de médiation, au Québec, reconnaissent
aujourd'hui que le patrimoine familial a été et est encore aujourd'hui
un facteur de règlement des conflits
extrajudiciaires, comme d'ailleurs l'a été aussi l'introduction des barèmes de
fixation de pension alimentaire pour enfant. Ce sont des règles qui sont
prévisibles, qui sont claires et qui poussent les gens à ne pas se battre
devant les tribunaux, mais plutôt à régler de façon consensuelle.
La réponse, en 1989, du gouvernement de
l'époque, lorsqu'on a suggéré qu'on pourrait peut-être étendre le patrimoine
familial aux conjoints non mariés, c'était... ce n'était pas tellement l'idée
du respect de la liberté. C'était plutôt, et
ça a été la réponse de la ministre responsable du dossier à l'époque, c'était
plutôt la suivante : On ne connaît pas encore assez bien la réalité
des conjoints de fait, on n'est pas encore assez documentés sur combien,
comment ils vont... qu'est-ce qu'ils font,
comment ça fonctionne, et donc il est difficile d'intervenir législativement à
l'égard d'une réalité qui est... qui est insuffisamment documentée.
En 2024, aujourd'hui, les choses ont bien
changé. D'abord, on est très documentés, et je pense que vous avez commencé à l'entendre avec les intervenants, on
est très documentés sur la réalité des conjoints de fait, qui est devenue,
disons-le comme ça pour faire court, le modèle dominant lorsqu'il s'agit des
couples avec enfants. La... Vous avez certainement entendu les chiffres. La
majorité des enfants aujourd'hui naissent hors mariage.
On sait aussi
aujourd'hui ce qu'on ne savait pas en... on soupçonnait, mais qu'on ne savait
pas vraiment en 1980, c'est qu'il y
a, et je reprends ici les mots de la Cour
suprême du Canada, des similarités
fonctionnelles entre les couples mariés et les couples non mariés. C'est
une mauvaise traduction de l'anglais pour dire simplement que les couples non
mariés avec enfants fonctionnent exactement de la même façon que les couples
avec enfants, et que les conséquences d'une séparation pour un couple avec
enfants et un couple sans enfants, qu'ils soient mariés ou pas mariés, c'est exactement les mêmes conséquences.
Je veux dire, les couples avec enfants, qu'ils soient mariés ou non mariés,
similarité fonctionnelle.
• (12 h 10) •
On sait aussi aujourd'hui ce qu'on ne savait pas
à l'époque, et vous avez eu les chiffres, que ce n'est qu'une toute petite
minorité de gens qui font des ententes de vie commune et qui, donc, se donnent
des protections là où la loi s'abstient de leur en donner. On sait également,
c'est très documenté par toutes nos recherches et celles de mes collègues, que les précarités, au moment de la
séparation, les fragilités sont encore d'actualité. Et, même si, évidemment, et
c'est une bonne chose, les femmes ont investi le marché du travail, il reste
des inégalités, il reste des précarités auxquelles le droit doit
répondre.
Et dernière chose qu'on sait aujourd'hui, qu'on
ne savait pas dans les années 80, c'est que les gens non mariés se pensent protégés, alors qu'en réalité
ils ne sont pas protégés. Et ceux qui se protègent sont ceux qui savent qu'ils
ne sont pas protégés, mais c'est une minorité de gens. Je pense qu'il y a donc
là une responsabilité publique d'intervenir par la mise en place de
protections lorsqu'elles sont nécessaires.
On sait aujourd'hui aussi, par rapport aux
débats des années 80, on sait, en 2024... et, quand j'ai vu la liste de
vos invités dire... j'imagine que vous en avez déjà entendu parler, mais que
l'idée de liberté absolue des conventions en matière matrimoniale, c'est un
grand... c'est en grande partie un mythe.
Je veux simplement citer deux phrases de deux
décisions de la Cour suprême du Canada, une première dans l'affaire Lacroix
concernant la prestation compensatoire entre gens mariés. Et la Cour suprême
dit ceci, jugement unanime : La
prestation compensatoire, qui est une mesure d'équité, vise, je
cite, «manifestement à pallier les injustices engendrées à l'occasion de
la réalisation du régime matrimonial librement consenti». En d'autres mots, la
Cour suprême dit : Les gens choisissent
des régimes matrimoniaux en séparation de biens librement. En réalité, ils ne
savent pas ce qu'ils font, et...
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, maître. On est
déjà rendus à la période d'échange. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui, merci, M. le
Président. Me Goubau, bonjour. Merci de participer aux travaux de la
commission. Toujours un plaisir de vous recevoir.
Vous avez participé au Comité consultatif sur le
droit de la famille, notamment. Le projet de loi qu'on fait vise
principalement... bien, en fait, prend comme assise le fait que la venue d'un
enfant amène des changements dans les familles,
notamment. Et là c'est le choix qu'on a fait de dire : Bien, la vie change
à partir du moment où vous avez un enfant, et donc il doit y avoir un patrimoine
d'union parentale. Est-ce que vous êtes d'accord avec cette prémisse-là, du fait que le législateur choisisse,
du fait que, puisqu'il y a des enfants, bien, ça entraîne la création d'un
patrimoine d'union parentale?
M. Goubau
(Dominique) : Non seulement je suis d'accord, mais j'ai écrit
cela, ça fait 25 ans. J'ai... Je soutiens l'idée selon laquelle les
mesures de protection, disons, coercitives si... je n'aime pas le mot,
devraient... ne devraient pas être tributaires du statut matrimonial mais plutôt
de la présence des enfants. J'ai cosigné la partie du rapport dont vous avez
fait état et qui dit notamment ceci : «La principale source
d'interdépendance conjugale et familiale réside dans la naissance ou la
présence d'un enfant, qui exige la mobilisation de ressources additionnelles.»
Je pense que tous les chercheurs aujourd'hui
sont d'accord et tous les praticiens du milieu sont d'accord pour dire que,
lorsqu'il y a des enfants dans un couple, la donne change. Et, par conséquent,
l'idée de faire dépendre une protection matérielle... je ne suis pas d'accord
avec son contenu, mais une mesure de protection de la présence des enfants
plutôt que du statut des enfants, je trouve que c'est précurseur et c'est une
excellente idée.
M. Jolin-Barrette : Et donc je
retiens de votre propos que, le fait qu'on ne couvre pas les conjoints sans enfants... donc, des conjoints de fait, supposons,
qui vivent ensemble cinq, 10 ans, on leur laisse la liberté contractuelle,
à eux, de convenir quelles sont les modalités de protection, puis j'aime votre
mot que vous avez utilisé, de protection coercitive rattachées à leur union.
M. Goubau (Dominique) : Je trouve
que c'est un excellent compromis. Il n'y a pas de solution idéale, mais je
pense qu'il faut trouver un compromis, et vous le connaissez. Entre le respect
de la liberté individuelle, qui, comme l'a dit la Cour suprême, en matière
familiale, est désormais une valeur fondamentale dans notre société, c'est
vrai, et, d'autre part, l'impératif de protéger les personnes qui ont besoin de
protection, particulièrement au moment de la séparation, que ce soit un
conjoint ou que ce soient les enfants, je pense que l'idée qui est celle de
dire : Eh bien, on peut trouver un équilibre entre ces deux impératifs en
disant, et ce n'est peut-être pas parfait, mais je pense que c'est un bon
équilibre, en disant : Eh bien, dès lors qu'il n'y a pas d'enfants, il
faut appuyer sur la liberté individuelle, lorsqu'il y a des enfants, il faut
appuyer sur l'idée de protection...
Il y a plusieurs arguments qui militent en
faveur d'une telle solution. D'abord, le principe du respect de la liberté
individuelle est un argument qui n'a aucun sens lorsqu'il s'agit de l'impact de
ces décisions sur les enfants, puisque les enfants n'ont pas participé aux
choix. Donc, si les parents font des choix dont on sait aujourd'hui qu'ils
peuvent avoir des impacts néfastes au moment de la séparation sur les enfants,
directement ou indirectement, alors, je trouve qu'il est normal d'imposer.
Mais il ne faut pas oublier non plus, il faut
être logiques qu'alors, s'il n'y a pas d'enfants, si on appuie sur l'idée de
liberté, alors, il faut aller plus loin que le projet de loi et il faut, par
exemple, prévoir que, le patrimoine familial, s'il n'y a pas d'enfants, eh
bien, les parents devraient... bien, pas les parents, mais les conjoints mariés
aussi devraient pouvoir s'en extraire. Il y a... Donc, cette idée, il y aurait
un changement de paradigme. Ce n'est pas le statut matrimonial qui dicterait
les règles et... mais c'est plutôt la présence des enfants.
Mais c'est aussi, si vous permettez, la raison
pour laquelle je pense qu'il y a un problème structurel au projet de loi. C'est
que, si on est d'accord avec cette idée que c'est la prise en charge d'enfants,
et j'ajouterais, peu importe le lien de
filiation... Mais, si c'est la prise en charge effective d'enfants qui doit
mettre... nous amener à mettre en place des protections, alors, il n'y a
aucune raison d'apporter des protections différentes aux enfants dont les
parents sont mariés et aux parents... et aux enfants dont les parents ne sont
pas mariés. C'est... c'est une erreur de logique.
Le projet... le projet de loi reconnaît, et
c'est sa nouveauté, qu'il y a un impact économique matériel à la prise en
charge d'enfants, à l'arrivée d'enfants dans un couple. Si c'est vrai, et je
pense que tout le monde, à peu près, ici est d'accord avec ça, si c'est vrai,
alors, il faut protéger. Mais il n'y a aucune logique à protéger différemment
dès lors qu'on a accepté comme point de
départ qu'il y a un impact. Et donc je pense que c'est là, le problème du
projet de loi, qui, par ailleurs, a de très bons points aussi. Mais je
pense que c'est ça, son vice fondamental, c'est de ne pas suivre la logique de
cette affirmation selon laquelle la prise en charge des enfants a un impact qui
nécessite des protections.
M. Jolin-Barrette : Donc, si je
résume votre intervention, vous, vous seriez du tenant que le législateur intervienne dans le mariage pour dire aux gens qui
sont mariés et qui n'ont pas d'enfants qu'ils pourraient se soustraire aux
règles du patrimoine familial, mais que ça devrait être les mêmes règles pour
les conjoints qui sont mariés ou qui ne sont pas mariés à partir du
moment où ils ont des enfants.
M. Goubau (Dominique) : Exactement,
comme compromis.
M. Jolin-Barrette : OK. Comme
compromis.
M. Goubau
(Dominique) : Oui, parce que je ne pense pas que c'est une
solution idéale non plus. Elle n'existe pas.
M. Jolin-Barrette : OK. Dans les
autres mesures du projet de loi, notamment sur la question de la violence
judiciaire, qu'on vient introduire, qu'est-ce que vous en pensez?
M. Goubau
(Dominique) : Bien, moi, je trouve que c'est très bien. Je ne pense
pas que c'est une grande innovation, mais c'est toujours bien de dire les
choses. La violence judiciaire, elle est... elle est déjà... c'est déjà une
réalité sur laquelle des juges ont une emprise par le pouvoir des juges en
matière de quérulence. Par ailleurs, depuis quelques années maintenant, et à
juste titre, les législateurs, que ce soit fédéral ou provinciaux, peu importe,
insistent beaucoup sur l'importance de tenir compte des situations de violence
familiale. Et on s'entend tous pour dire que cela inclut la violence
psychologique. Bon, j'ai toujours pensé que la quérulence faisait partie de la
définition de la violence psychologique, donc ça n'ajoute rien, mais c'est bien
de le dire. C'est... c'est encore plus clair et c'est un signal intéressant à
envoyer. Donc, je... oui, je suis d'accord avec ça.
M. Jolin-Barrette : OK. De votre
expérience, notamment, de chercheur et de praticien, là, le fait que, dans la
mesure du possible, ce soit un juge, le même juge qui suive la famille, est-ce
que c'est approprié?
M. Goubau (Dominique) : Oui. À une
époque, j'étais moins d'accord avec ça, mais c'était l'époque où je plaidais
devant certains juges que je n'aimais pas trop. Mais je pense que, oui, c'est
une... c'est une bonne idée.
Et probablement faudrait-il rattacher à cela,
alors, une espèce d'obligation de spécialisation des juges aussi, voyez-vous,
de formation des juges à cette réalité-là, et/ou s'assurer à tout le moins que
les juges qui sont ces juges... finalement, une espèce de chambre de la
famille, de facto, soient des juges intéressés par les sujets, parce qu'on le
sait tous, il y a certains juges qui ne sont pas du tout intéressés par ces
sujets-là, et donc ça ne fait pas des bons juges en droit de la famille, comme
d'autres juges ne sont pas intéressés par le droit fiscal, et ça ne fait pas
des bons juges en droit fiscal.
M. Jolin-Barrette : OK. Dans les
propos que vous avez tenus publiquement suite au dépôt du projet de loi,
notamment, vous dites : Dans sa forme actuelle, le projet de loi serait
susceptible de contestations, notamment, qui... — et puis vous me
corrigerez, là — notamment,
qui pourraient être discriminatoires. Pouvez-vous élaborer sur cette question-là, votre opinion sur cette
question-là, eu égard du fait que la Cour suprême a quand même validé le régime
actuel dans lequel nous vivons?
• (12 h 20) •
M. Goubau
(Dominique) : Bien, j'adore cette question-là, qui demanderait,
évidemment, des développements assez longs, et le temps est compté,
mais, oui, la Cour suprême s'est prononcée en 2013 dans le cadre du Code civil tel qu'il existait au moment où la Cour suprême a
été saisie de la question ou, en tout cas, de la Cour supérieure, dans un
premier temps, a été saisie de cette question. Or, ici, nous avons une
modification très importante au Code civil, si le projet de loi est adopté tel
quel, parce que ce projet de loi reconnaît ce que le code ne faisait pas avant.
Le projet de loi reconnaît qu'il y a des
conséquences économiques, pour les enfants et pour les conjoints, de la simple
présence des enfants et indépendamment du statut matrimonial. C'est...
c'est donc une réalité législative juridique complètement différente de celle
dont était saisie la Cour suprême en 2013. Et, par conséquent, un recours, à
mon avis, est susceptible d'être pris, puisque, tout en affirmant, comme j'ai
dit tout à l'heure, qu'il y a un impact reconnu de la présence d'enfants, la
prise en charge d'enfants sur les droits des individus, or, en réponse, la loi
vient distinguer les individus en fonction de l'état civil et du... et du statut
matrimonial. Il y a donc là un nouveau contexte législatif qui rend, à mon
avis, très fragiles les distinctions qui sont introduites par ce projet de loi.
Et donc moi, je vais vous dire, je pense qu'il y
a une solution tellement simple et tellement utile, c'est tout simplement... Vous savez, j'ai déjà... lors d'une
conversation que nous avons eue, j'ai déjà fait ce geste. Les... On a cru, dans
les années 80, qu'il fallait protéger les enfants et les conjoints mariés
qui se séparaient et qui divorçaient, etc. On leur a mis des protections
à ce niveau-là. Aujourd'hui, on dit : Mais, quand il y a des enfants,
qu'ils soient mariés, qu'ils ne soient pas mariés, il faut les protéger, alors
on va mettre en place des protections et on s'arrête ici. Et je dis : C'est
ça, le problème, c'est ça, la distinction qui pourrait bien être
discriminatoire. Si on... si on veut être logiques avec le principe qu'on
affirme nous-mêmes, alors il faut monter jusqu'ici.
Et il y a une mesure qui m'apparaît la plus
simple. Contrairement à la prestation compensatoire qui est proposée et qui est, je vais dire, un cadeau aux
avocats, je propose que la pension alimentaire, l'obligation alimentaire,
qui ne s'applique pas à tout le monde, qui ne s'applique que lorsqu'il y a des
besoins démontrés, et surtout qui tient compte
de la fluctuation des moyens de le payer et des besoins, et qui peut se faire
aussi sous forme de somme globale, est une
réponse totalement adéquate, et qui permettrait aussi d'échapper à la critique
de statut distinct, et donc éventuellement de discrimination.
C'est la solution qui a été adoptée par toutes
les provinces. Je sais bien qu'il ne faut pas faire toujours comme les autres et que nous sommes distincts en droit
civil, mais... mais, tout de même, ça vaut la peine d'y penser. Et je crois
que cette... cette méthode permet de
répondre à toutes les difficultés que représentent la définition d'un
patrimoine familial différent, la prestation compensatoire, qui est une
nique à procès. Là, on aurait un outil qui pousse à la négociation. Pourquoi?
Parce que, comme on fait dans les autres provinces, on pourrait ajouter à cette
obligation alimentaire des barèmes, comme on l'a fait en... à l'égard des
obligations alimentaires pour les enfants, ce qui fait que ça deviendrait
tellement facile et prévisible que, là, vous auriez un outil et de protection
et de déjudiciarisation. C'est simple.
Et, à mon
avis... Enfin, j'ai suivi de très près les recherches qui ont été faites par
des collègues d'autres universités, et c'est une solution qui semble recevoir
un accueil assez favorable au sein même de la population québécoise. Dès
lors qu'il y a des enfants, la majorité des gens qui sont sondés, j'ai fait
moi-même des recherches en ce sens-là, sont d'accord pour dire que la donne change
complètement et que... et que les protections équivalentes à celles du mariage,
s'il y a des enfants, oui, ça, ça va, mais pas s'il n'y a pas d'enfant. Là, il
faut respecter la liberté. Je trouve que tout ça est
assez logique. Je crains que le projet de loi manque de logique et tombe dans
un champ où il risque effectivement d'être attaqué pour cause de distinction
discriminatoire.
Dernière
chose. Je rappelle tout de même que dans l'affaire Lola, la Cour suprême, cinq
jours sur neuf... cinq juges sur neuf ont dit que l'absence d'obligation
alimentaire en droit québécois est discriminatoire, mais sauvegardée par
l'article 1 avec un seul juge. C'est d'ailleurs pour ça qu'on a eu ce
comité consultatif, parce que la Cour suprême a mis le doigt sur ce qui
est, il faut bien l'avouer, un problème dans notre Code civil aujourd'hui. Vous
avez l'occasion de rectifier le tir.
M.
Jolin-Barrette : Merci, Me Goubau, pour votre passage en
commission parlementaire. Je vais céder la parole à ma collègue. Merci beaucoup
pour votre contribution.
M. Goubau (Dominique) : Merci à
vous.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de Laval-des-Rapides.
Mme
Haytayan : Merci, M. le Président. Me Goubau, merci.
Merci, Pr Goubau, d'être ici parmi nous, prendre le temps.
Pouvez-vous
développer sur l'importance de permettre aux conjoints de fait en union
parentale d'hériter, même sans testament?
M. Goubau (Dominique) : De...
Mme Haytayan : D'hériter, même en
l'absence de testament.
M. Goubau (Dominique) : Lorsqu'il y
a des enfants?
Mme Haytayan : Oui, avec enfants.
M. Goubau (Dominique) : Vous aurez
compris de mon...
Mme Haytayan : En union parentale.
M. Goubau
(Dominique) : Vous aurez compris de mon exposé que mon idée, c'est
que, dès lors qu'il y a des enfants, on ne devrait plus faire des
distinctions entre les gens mariés et les gens non mariés, et que, par
conséquent, l'extension des droits
successoraux, dès lors qu'il y ait eu charge d'enfants, me paraît tout à fait logique
avec cette position.
J'ajouterais peut-être ceci. C'est que l'union
parentale, telle que prévue dans... dans le projet, est tout de même une union
parentale qui se... qui se limite à une union fondée sur l'idée de la filiation
et qui distingue donc les enfants. Et, là
encore, je vois un... comment dire, une contradiction avec le principe même du
projet de loi qui reconnaît que la prise en charge d'enfants doit
générer des mesures de protection. Si on est d'accord avec ce principe, c'est
le principe même de la loi, alors il n'y a aucune raison de restreindre la
définition d'«union parentale» à la parenté, où il y a un lien juridique de filiation. Il y a des prises en charge
effectives dans les familles recomposées, où il n'y a pas de lien de
filiation et pourtant où l'effet économique est exactement le même. Donc, si on
veut poursuivre dans cette logique de l'impact de la prise en charge des
enfants, alors je pense qu'il faudrait élargir l'idée d'union parentale aux
unions qui incluraient également les recompositions familiales.
Mme Haytayan : Parfait. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Saint-Jean, une
minute pour questions et réponses.
M. Lemieux : Autre chose avec ça? Me
Goubau, j'allais essayer de répondre à la question logique ou du problème
logique que vous aviez. On ira luncher après, puisqu'on vous a volé votre heure
de dîner, vous aussi.
La longue conversation sociale, c'est :
Est-ce que c'est un phénomène qui nous... aujourd'hui nous dit que vous aviez raison
il y a 25 ans, mais c'est aujourd'hui qu'on vous suit? Il y aura toujours
un décalage dans la société, à moins qu'il y ait un mouvement de masse énorme
dans l'opinion publique, là.
M. Goubau (Dominique) : Oui. Alors,
vous avez tout à fait raison. Les sociologues du droit de la famille, les
sociologues de la famille ont toujours mis le doigt sur le fait que le droit de
la famille, contrairement peut-être à d'autres secteurs du droit, est toujours
un droit en retard. Mais je pense que vous avez l'occasion de le mettre à jour
et de ne pas être trop en retard.
M. Lemieux : Merci, maître.
Le Président (M.
Bachand) : ...député d'Acadie, s'il vous
plaît.
M. Morin : Oui, merci, merci, M. le
Président. Bonjour, Pr Goubau. Merci, merci d'être là avec nous.
Ma première question est
la suivante. Quand M. le ministre a déposé son projet de loi, il a souligné
l'importance pour lui de vouloir mettre en place un encadrement juridique qui
allait apporter une certaine égalité, une
protection quand, dans un couple en union de fait, il y a des enfants. C'est,
je pense, la... un peu la pierre angulaire de son projet de loi. Et là
vous nous avez dit, et j'ai noté, et corrigez-moi si j'ai fait erreur en
notant : Il y a un problème structurel au projet de loi, notamment en ce
qui a trait à la protection qui sont accordées aux enfants quand on les compare
à un couple marié et un couple en union de fait.
La beauté... la beauté du Québec, c'est que,
vous l'avez mentionné, on a un Code civil, donc le législateur peut agir.
Quelle serait la meilleure façon pour vous d'éviter un problème structurel? Tu
sais, ça fait 40 ans qu'on en parle.
Vous en avez parlé vous-même, là. Là, on a la chance de faire quelque chose.
Alors, quels seraient les meilleurs éléments qu'on devrait inclure dans
ce projet de loi pour, évidemment, être capables de conserver un équilibre
entre des personnes en union de fait qui n'ont pas d'enfants et qui ne veulent
pas se marier? On ne peut pas les forcer à se marier.
Mais, si la présence d'enfants apporte un changement, je pense que ça, c'est
assez évident pour l'ensemble de la population. Quels seraient les
meilleurs éléments qu'on devrait inclure dans le projet de loi pour éviter tout
problème structurel et être cohérents avec la pensée du ministre?
• (12 h 30) •
M. Goubau
(Dominique) : Moi, je... M. le député, je pense, je suis
persuadé que l'idée selon laquelle la présence d'enfants, la prise en charge
des enfants doit désormais, en droit de la famille québécois, être le critère
déclencheur des protections plutôt que le statut, c'est complètement
avant-gardiste. C'est... Ça remettrait d'ailleurs le Québec sur la mappe des juridictions qui sont à l'avant-garde,
comme nous l'avons été au début des années 80, en matière familiale.
C'est en tout cas comme ça que le reste du Canada nous voyait, et même la
plupart des pays européens.
Et... Mais la façon d'être logiques et de régler
ce problème structurel du projet de loi, c'est d'en tirer la conséquence
logique, c'est-à-dire que, si ce n'est plus le statut matrimonial, mais bien la
prise en charge, alors il faut ou bien baisser les protections des gens mariés
ou alors monter les gens qui ne sont pas mariés et qui ont des enfants au même
niveau que les personnes mariées. C'est... Je veux dire, c'est la logique
élémentaire. Et, à moins d'accepter l'idée...
Mais je pense qu'il est juridiquement fragile d'instaurer des statuts
différents qui seront, à mon avis, testés devant les tribunaux.
M. Morin : Et, comme vous l'avez
souligné, et la Cour suprême y faisait référence dans l'affaire Lola, on parlait
déjà à l'époque... on constatait qu'il y avait une discrimination.
M. Goubau (Dominique) : Pour ce qui
est de l'obligation alimentaire.
M. Morin : Oui.
M. Goubau (Dominique) : Mais,
pour faire... pour faire tout de même justice au projet de loi, je dirais... Et
je sais de quoi je parle parce que j'étais un des avocats dans l'affaire Lola.
J'étais un des avocats de l'équipe de... qui représentait la fédération des
associations des familles monoparentales et reconstituées du Québec en Cour
suprême, et nous avions, nous, comme... comme fédération, soulevé le problème
de l'inconstitutionnalité de l'article 410, c'est-à-dire le pouvoir d'un
tribunal d'attribuer un droit d'habitation pour le bénéfice des enfants au
conjoint non propriétaire, mais qui est gardien des enfants. Et la Cour suprême
ne s'est pas prononcée là-dessus... en fait, n'a pas pris le temps d'expliquer.
Et je pense que le projet de loi n° 56 règle cette question-là. Et
c'est... À mon avis, c'est... c'est le meilleur coup du projet de loi, c'est
l'extension des protections de la résidence familiale, et particulièrement
l'article 410, qui est le plus utile.
M. Morin : D'accord. Je vous... je
vous remercie. Maintenant, quant à la constitution du patrimoine d'union
parentale, si je vous comprends bien, donc, il ne devrait pas y avoir de
distinction quant au patrimoine familial entre un couple marié et un couple en
union de fait qui a des enfants. Est-ce que je vous suis correctement?
M. Goubau
(Dominique) : Oui. Et, vous savez, le projet de loi...
Évidemment, je veux rester dans ma logique, qui consiste à dire qu'il faut monter les protections, mais j'ajouterais
qu'il y a dans le projet de loi des différences qui pourront paraître
très surprenantes pour les gens mariés, parce que le calcul des valeurs
partageables du patrimoine d'union parentale prévoit, par exemple, que, pour
calculer les valeurs, le propriétaire d'un bien pourra défalquer, déduire des
montants qui proviennent de ces actifs qu'il détenait avant l'union parentale,
ce qui est impossible en patrimoine familial
pour les gens mariés. Si vous êtes... Si vous vous mariez, et que vous avez des
économies d'avant le mariage, et que
vous les injectez dans votre résidence familiale, qui fait partie du patrimoine
familial, vous ne pourrez pas récupérer ces montants. C'est d'ailleurs
une des règles qui est assez critiquée aujourd'hui à l'égard du patrimoine familial dans le cadre du mariage. Mais voilà
qu'on vient donner à, si vous... si vous voulez, au débiteur, au moment de la dissolution,
au débiteur en matière d'union parentale un avantage très grand sur les gens
mariés, ce qui est, donc, si vous voulez, une distinction, mais un petit
peu à l'envers, là.
M. Morin : Oui, d'accord. Je vous
suis. Je vous remercie. D'après vous, parce qu'évidemment le patrimoine d'union
familiale... Bon, l'union parentale arrive quand il y a un enfant, puis après
ça, bien, ça va s'appliquer après juin 2025.
Est-ce que vous pensez que, dans sa forme actuelle, le projet de loi crée
différentes catégories d'enfants qui auront des droits différents, tout
dépendant de... du moment où ils viennent au monde?
M. Goubau
(Dominique) : Oui, je suis tout à fait d'accord avec la position de
mon collègue Robert Leckey, le doyen de la Faculté de droit de McGill, qui l'a
exposé, qui, je pense, viendra vous l'exposer aussi. La première
discrimination, c'est celle sur l'effet... l'entrée en vigueur de la loi. C'est
sûr que la... On a beaucoup entendu parler dans les journaux, dans les médias
que, la loi, il ne fallait pas qu'elle soit rétroactive, mais il n'est pas
question ici de rétroactivité, il est question d'effet immédiat. Si on ne
change pas ça... Bien, j'imagine que vous pourrez le changer, mais, si on ne change pas ça, à ma connaissance,
ce serait la première fois dans l'histoire législative du Québec qu'une
règle... qu'une mesure de protection des enfants ne soit pas d'application
immédiate. Donc, je pense que ça, c'est quelque
chose qui devrait être changé dans le projet de loi, et dire qu'évidemment on
ne va pas... on ne va pas exclure tous les enfants actuels, les
centaines et centaines de milliers d'enfants, du bénéfice de ces mesures dont
la loi dit elle-même que c'est des mesures qui visent à protéger les enfants.
M. Morin : Donc, ce serait, en fait,
une autre incohérence du projet de loi.
M. Goubau (Dominique) : Bien,
c'est... c'est... Je ne sais pas si on pourrait l'appeler une incohérence, mais
c'est l'introduction d'une... d'une distinction en 2024, alors que, depuis
1980, on est tous d'accord au moins sur une
chose, et je pense que vous en avez déjà entendu parler, c'est que tous les
enfants, quelles que soient les circonstances de leur naissance, ont les mêmes droits, les mêmes obligations, mais, en
tout cas, le même statut. On n'est plus à l'époque où on distingue des
enfants légitimes, illégitimes, adultérins, adoptifs. Ils ont tous les mêmes
droits.
Alors, ça fait... ça fait bizarre de venir...
non seulement ça fait bizarre, mais ça pourrait être considéré comme discriminatoire que de venir avec un projet de loi
qui réintroduit des différentes catégories d'enfants pour ce qui est des
droits civils. C'est... c'est... Honnêtement, pour un enseignant en droit de la
famille, c'est un non-sens.
M.
Morin : D'accord. Je vous remercie. Vous avez parlé aussi
de... évidemment, de la prestation compensatoire et de l'obligation alimentaire. Certains experts nous ont dit qu'au
niveau de l'obligation alimentaire on n'était peut-être pas rendus là au Québec, qu'il n'y avait peut-être
pas d'acceptabilité sociale. Vous avez souligné également que vous, vous
avez fait des... un sondage ou, en fait, vous avez sondé des gens.
Alors, d'après vous, est-ce qu'on est... est-ce
qu'on est rendus là? Est-ce qu'il y a véritablement un problème d'acceptabilité
sociale si on propose une obligation alimentaire ou pas? Est-ce que le Québec
est rendu là ou pas, quand un couple, évidemment, a des enfants?
M. Goubau (Dominique) : Oui, oui.
Nous avons, au sein d'une équipe multidisciplinaire, fait des sondages et puis,
dans le cadre d'une vaste étude longitudinale, nous avons interviewé des gens
et soumis des questionnaires aux gens, dans
lesquels on a notamment demandé leur opinion. Donc, c'est des gens séparés avec
des enfants mineurs, donc, qui
avaient connu une séparation, et 90 % de ces gens n'étaient pas mariés. Et
ça, c'est le hasard qui nous montre, donc, que la réalité aujourd'hui,
c'est ça. Et, quand on leur demande : Est-ce qu'on devrait étendre la
protection, obligation alimentaire, patrimoine familial, etc., aux conjoints
non mariés et... excusez, c'est ça, non mariés et qui n'ont pas d'enfants?, les
opinions sont partagées. Et donc c'est plutôt une légère majorité des gens qui
vont dire : Non, il faut... il ne faut
pas... il ne faut pas imposer ça. Et, quand on leur demande : Est-ce que
votre réponse serait la même s'il y a
des enfants?, et alors ça change, et une majorité des gens disent : Bien
là, il n'y a pas de raison de distinguer, la situation devrait être la
même lorsque des enfants sont là et sont présents.
M. Morin : Et, à votre avis... Parce
qu'on a aussi posé plusieurs questions sur toute la question des fonds de retraite, des REER, etc., puis, là aussi, certains
nous ont répondu : Écoutez, il n'y a pas d'acceptabilité sociale, si les
gens restent en union de fait, c'est
parce que, justement, ils ne veulent pas partager, etc. C'est quoi, votre
opinion là-dessus, quand il y a des enfants?
M. Goubau (Dominique) : Bien, mon
opinion, c'est que, d'abord, je comprends que des gens ne veuillent pas
partager. Parfois, le fait de ne pas partager signifie créer des injustices au
moment de la séparation. La Cour suprême l'a rappelé constamment, qu'il fallait
rectifier ces injustices. L'Assemblée nationale du Québec l'a reconnu en créant la prestation compensatoire, en créant
le patrimoine familial. Il y a, au moment de la séparation, une zone de danger
dans laquelle une... j'allais dire «un conjoint», mais c'est généralement une
conjointe et des enfants risquent de subir des conséquences néfastes.
Et, par conséquent, il faut intervenir. Et là je vous dis ça et j'ai oublié la
question.
M.
Morin : Bien, en fait, je vous disais, au niveau des REER,
là, certains disent : Oui, il faudrait les inclure, d'autres non.
Alors...
• (12 h 40) •
M. Goubau (Dominique) : En deux
mots, en deux mots, encore dans ma logique, il faut inclure puisqu'on les met
sur le même pied.
Mais regardez bien le patrimoine d'union parentale
d'aujourd'hui. Honnêtement, quand on... sur papier, ça fait un statut, ça fait
un patrimoine, mais, dans la réalité des choses, vous savez, la plupart de...
la grande majorité des gens qui sont en
union de fait avec des enfants, lorsqu'ils ont la chance d'être propriétaires,
ils sont copropriétaires. Donc, déjà là, ce patrimoine n'aura aucun
impact puisqu'ils sont déjà protégés par la règle de la copropriété. Les
meubles, bon, les meubles, ce n'est pas une grosse, grosse valeur. Et puis il
reste une auto. Généralement, ils sont copropriétaires, ou ils sont locataires,
ou ils sont chacun propriétaires, donc il n'y a pas une grosse différence. En d'autres mots, le
patrimoine tel qu'il est là, à mon avis, je ne vais pas dire que c'est une
coquille vide, mais franchement ce n'est pas lourd.
Là où ça devient vraiment lourd, c'est quand on
prend la valeur des régimes de retraite et des économies pour fin de retraite,
mais...
Et
peut-être... peut-être, dernière chose sur... puisque ça touche un peu à ça
aussi, la prestation compensatoire. Vous savez que la majorité des gens, et
certainement ceux que j'ai représentés quand j'étais à l'aide juridique,
ils ne sont pas dans une situation
financière où il y a le capital, les actifs pour payer une prestation compensatoire,
alors qu'ils seraient dans une situation où ils peuvent peut-être
soutenir par voie d'une obligation alimentaire fluctuante...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup...
M. Goubau (Dominique) : ...
temporaire, qui tienne compte de leurs besoins.
M. Morin : Merci. Merci beaucoup.
Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Merci.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup
pour votre présentation puis vos explications. C'est très apprécié.
Dans le paradigme dans lequel vous êtes, là, où
le régime est basé sur l'enfant puis sur la protection envers l'enfant, c'est ce que vous nous suggérez, quelle
place on laisse à ça, à la vie commune puis au fait d'avoir une union de
fait, finalement, d'habiter en situation de conjoint de fait pour... Bon, il y
a différents modèles parentaux aujourd'hui. Il
y a des couples qui ont des enfants qui ne vivent pas ensemble. Dans cette
conception-là, comment ça... comment ça peut s'opérer?
M. Goubau (Dominique) : C'est très
difficile. Et je comprends qu'il faut faire des choix. Même la définition de
«conjugalité», la Cour suprême elle-même a dit que c'était un exercice à peu
près impossible. Et donc il faut... il faut trouver des compromis. Et je pense
que le compromis, qui est d'ailleurs celui qu'a fait l'Assemblée nationale dans
la rédaction de l'article 61.1 de la Loi d'interprétation, qui définit
l'union de fait, qui définit les conjoints de fait,
le projet de loi fait à peu près la même définition, bien, je pense que c'est
un bon compromis de tenir compte de la cohabitation.
D'autres vont dire : Oui, mais il peut y avoir des enfants sans
cohabitation. Oui, c'est vrai, mais c'est quand même assez marginal.
M. Cliche-Rivard :
Parce que... notamment
parce que vous... Bien, vous avez raison de dire que c'est marginal,
mais vous étiez à nous expliquer une non-distinction d'enfants...
M. Goubau (Dominique) : Oui, je
sais.
M. Cliche-Rivard : ...qu'on avait eu
des distinctions d'enfants. Vous étiez à dire ceux hors mariage, ceux dans le mariage. Là, on aura ceux qui habitent
avec des parents qui ont une union de fait puis ceux qui habitent avec des
parents qui n'habitent pas ensemble. Bref, je vous le soumets dans cette lecture-là
puis dans votre... dans votre paradigme. Est-ce qu'il n'y a pas là un
enjeu ou un dualisme?
M. Goubau (Dominique) : Il y en a
un, c'est sûr, et il y a... Mais vous êtes en politique. Vous savez mieux que
moi que tout est question de compromis.
M. Cliche-Rivard : Tout à fait.
M. Goubau (Dominique) : Et... Mais,
moi, le compromis que je propose est un compromis qui englobe la grande
majorité des gens, alors que ce problème-là reste un problème assez marginal,
qui est probablement le prix à payer parce qu'on doit faire un compromis.
Comprenez-vous?
M.
Cliche-Rivard : Vous étiez à nous parler aussi de l'application
immédiate. Avec possibilité de s'en retirer immédiatement ou vous pensez
que non?
M. Goubau (Dominique) : Bien non. Je
veux dire, si c'est un droit de l'enfant, si c'est une mesure de protection des enfants, alors l'idée d'un retrait
est illogique. Comment peut-on penser protéger un enfant, mais permettre
aux parents de se retirer de ces mesures de protection? Là, franchement, ce
n'est pas logique.
M. Cliche-Rivard : Et pour
l'ensemble des protections.
M. Goubau (Dominique) : Pardon?
M. Cliche-Rivard : Votre propos, il
est pour l'ensemble des protections, pas simplement pour la résidence
principale ou pas simplement pour l'ensemble du régime.
M. Goubau
(Dominique) : C'est ça, exactement.
M. Cliche-Rivard : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Je vous
remercie beaucoup d'avoir été avec nous. Et puis vous avez... vous nous avez
laissés en appétit. Alors, on va sûrement prendre le temps de réfléchir à tout
ça.
Et, sur ce, je suspends les travaux jusqu'à
15 heures cet après-midi. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 44)
(Reprise à 15 h 02)
Le
Président (M. Bachand) :
Bonjour, tout le monde. À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
des institutions reprend ses travaux.
On poursuit donc les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 56, Loi
portant sur la réforme du droit de la famille et instituant le régime d'union
parentale.
Cet après-midi, nous aurons le plaisir
d'accueillir le Groupe des 13, le Conseil du statut de la femme, la fédération
des associations des familles monoparentales et recomposées du Québec, mais
d'abord il me fait plaisir d'accueillir Me Kevin Houle et Me Brown de
l'Association professionnelle des notaires du Québec. Merci beaucoup d'être
avec nous cet après-midi. Alors, comme vous savez, vous avez 10 minutes de
présentation. Après ça, on aura un échange avec les membres de la commission.
Donc, la parole est à vous. Merci.
Association
professionnelle des notaires du Québec (APNQ)
M. Houle (Kevin) : Merci. Donc, M.
le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés et membres de la
commission, bonjour. Je tiens d'abord à vous remercier de nous avoir invités à
témoigner et à présenter nos recommandations dans le cadre des auditions
publiques sur le projet de loi n° 56.
Donc, je me
présente, Kevin Houle, je suis notaire et président de l'Association
professionnelle des notaires du Québec, l'APNQ, et je suis accompagné de Me
Marie-Eve Brown, notaire émérite et médiatrice familiale. Je tiens à préciser
également que Me Brown fut l'ancienne présidente de l'Association des
médiateurs familiaux du Québec, l'AMFQ.
Bien que nous ayons certaines recommandations à
vous soumettre dans le cadre du projet de loi, nous tenons surtout à souligner
que nous sommes heureux et enthousiastes de participer à cette importante
consultation.
D'abord, au niveau des éléments à saluer, tout
en protégeant davantage certaines familles issues de conjoints non mariés, le
régime proposé par le projet de loi n° 56 offre la possibilité aux couples
auxquels ces protections ne conviennent pas d'en modifier la portée ou de s'en
soustraire. Ensuite, il donne, d'une certaine manière, suite au jugement de
l'affaire Éric c. Lola. Et aussi le législateur démontre qu'il a tenu compte
des appréhensions vécues par certains qui craignaient de se faire marier de
force par la loi.
Le projet de
loi n° 56 cible ainsi un juste milieu entre l'équité conjugale et la
liberté contractuelle des individus. Au travers de cette pièce
législative, le gouvernement, notamment en considérant le professionnalisme des
notaires québécois, offrira aux citoyens le
contexte adéquat pour s'ajuster ou se soustraire du régime d'union parentale de
façon libre et éclairée. Le public et l'administration de la justice en
sortiront gagnants.
...ceci étant dit, pardon, nous avons quelques
recommandations à vous soumettre, au sujet desquelles vous trouverez plus de
détails dans notre mémoire, bien évidemment.
D'abord, au niveau des personnes visées par le
régime, en ce qui concerne ces personnes-là, à la lecture des
articles 521.20 et 521.22 tels que proposés par le projet de loi,
plusieurs questions ont été soulevées. Jusqu'à quel âge est-on considéré comme
un enfant pour l'application des dispositions régissant l'union parentale? Par
exemple, si deux personnes sont en union de fait et donnent naissance à un
enfant, demeurent-ils en union parentale alors même que leurs enfants ou leur
enfant est devenu majeur et a quitté le nid familial?
Ensuite, en ce qui concerne les conjoints, le
commencement de l'union parentale est établi de façon claire s'il est provoqué,
par exemple, par la naissance de l'enfant ou la dissolution du mariage de l'un
des conjoints avec son partenaire antérieur. En effet, dans ces cas, une date
fixe constatée par des documents officiels marqués... marque le point de départ... pardon, de départ, donc, de
l'union parentale. Qu'en est-il cependant des cas où l'union parentale se forme
lorsque les parents d'un même enfant entament postérieurement leur vie commune?
La détermination des dates peut s'avérer nébuleuse.
Dans le même ordre d'idées, il existe des
scénarios où la fin de l'union parentale est non équivoque. Pensons entre
autres au décès de l'un des conjoints, au mariage de ceux-ci ou au mariage de
l'un d'entre eux avec un tiers. Dans de tels scénarios, établir la date précise
de fin de l'union ne poserait aucun problème. Toutefois, en cas de
manifestation dite tacite de la volonté de l'un des conjoints de mettre fin à
l'union, les choses peuvent se révéler plus complexes
qu'il n'y paraît. Ici, la difficulté est la notion de manifeste... voyons,
pardon, manifestation tacite. Voilà. L'APNQ n'est pas défavorable à
l'idée proposée, mais se questionne fortement sur la façon dont elle sera
appliquée.
Nous
craignons également que la notion de manifestation tacite puisse
potentiellement entraîner une intervention accrue des tribunaux pour
trancher cette question. Nous nous demandons ainsi si le remplacement du mot
«tacite» par «non équivoque» pourrait rendre la preuve de la fin de l'union
parentale plus simple et déterminante.
En ce qui a trait aux
résidences de la famille, l'APNQ est favorable au contenu de
l'article 521.30, alinéa un, du code. Cependant, nous nous demandons
pourquoi la notion de résidences de la famille, au pluriel, telle que prévue
dans la notion de patrimoine familial, n'a pas été reproduite pour le
patrimoine d'union parentale. Au fil des années, la cour s'est prononcée à
maintes reprises sur la notion de résidence de la famille au sens de
l'article 415 du Code civil pour le partage du patrimoine familial. Le
fait de reproduire le libellé exact pour le patrimoine d'union parentale et d'inclure dans le patrimoine d'union parentale
toutes les résidences de la famille permettrait d'appliquer les principes
de la jurisprudence applicable au patrimoine familial. Il ne faut pas oublier
que la liberté contractuelle des conjoints est tout de même toujours protégée
par l'article 521.31, qui permet aux conjoints qui le désirent de modifier
la composition du patrimoine d'union parentale et d'exclure des biens contenus
dans les articles... dans l'article 521.30, alinéa un, au moyen d'un acte notarié en minute. Nous
recommanderions donc de calquer, pour le patrimoine d'union parentale,
le libellé de l'article 415 du code en excluant la portion relative aux
régimes de retraite.
Au niveau maintenant de la protection de la
résidence familiale, l'APNQ se réjouit de constater que le projet de loi
rendrait applicables aux conjoints d'union parentale les mesures de protection
de la résidence familiale des conjoints
mariés. Il serait donc établi que le notaire recevant un acte d'aliénation ou
de vente, par exemple, de la résidence familiale devra obtenir le
consentement du conjoint non propriétaire. Or, à l'heure actuelle, s'assurer de
l'état civil d'une personne demeure une question de déclaration lorsque
celle-ci est célibataire, avec ou sans conjoint de fait. Dans plusieurs des
dossiers, le notaire vérifie l'état civil de l'individu non marié, ou divorcé,
ou uni civilement au moyen de sa... de sa déclaration, ce qui pourra s'avérer
complexe vu la difficulté qu'il y aura, dans certains cas, de démontrer le début ou la fin de l'union parentale
avec la notion dont je parlais de manifestation tacite et en plus l'absence
d'un nouveau registre de conjoints d'union parentale.
Le projet de loi prévoit, à son
article 521.27, un délai maximal de 30 jours après la fin de l'union
parentale pour présenter les demandes relatives notamment à l'attribution de la
propriété ou d'un droit d'usage de la résidence familiale. Le délai de 30 jours nous semble trop court. Un délai...
délai, pardon, minimal de 90 jours serait plus approprié dans le contexte
d'une séparation. Cela permettrait au citoyen d'avoir le temps de consulter un
conseiller juridique et exercer les droits qui lui sont conférés par le
projet de loi.
Au niveau de la prestation compensatoire, l'APNQ
salue l'initiative du législateur de vouloir compenser l'iniquité qui serait créée suivant un apport particulier d'un des deux
conjoints en union parentale qui crée un enrichissement en faveur de
l'un des deux conjoints. Nous considérons toutefois qu'il serait requis de
prévoir une habilitation réglementaire à l'article 521.46 qui permettrait
au législateur, donc, d'encadrer de façon claire les calculs d'octroi d'une
prestation compensatoire et d'y prévoir, s'il y a lieu, des présomptions pour
une application uniforme de cette prestation.
Ces mesures réduiraient donc le nombre de recours potentiels qui devront, à
défaut, être tranchés devant les tribunaux. Il n'engorgerait pas ainsi
des tribunaux. De plus, ceci donnerait un outil fort nécessaire aux médiateurs
familiaux et permettrait aux notaires en droit de la famille de cerner davantage
les expectatives pour les justiciables.
Maintenant, au niveau de la vocation
successorale du conjoint de l'union parentale, le régime proposé par le projet de loi fera en sorte que le conjoint de
fait en union parentale aura vocation à recueillir un tiers de la succession,
les deux autres tiers étant dévolus aux enfants du défunt. À ce jour, la seule
preuve officielle de l'état civil d'une personne décédée demeure la mention
inscrite sur la copie de l'acte de décès délivrée par le Directeur de l'état civil.
Considérant toutefois que l'union parentale ne sera pas consignée au registre
de l'état civil, l'APNQ se questionne quant à la façon dont le notaire pourra
s'assurer, autrement que par la déclaration du conjoint ou de proches, amis du défunt, que ce dernier était ou n'était pas en
union parentale. Nous appréhendons une augmentation de la judiciarisation
des successions en raison de ce flou. L'application risque d'être très
problématique à certains niveaux.
• (15 h 10) •
Afin d'éviter aussi qu'une tendance judiciaire
ne s'installe en droit successoral au Québec, ce qui n'est pas le cas
actuellement, notamment par le rôle du notaire et de l'acte authentique, il est
primordial d'encadrer davantage, en amont
dans la loi, la qualification du conjoint survivant en union parentale.
Rappelons-le, au Québec, avec les testaments notariés et la déclaration
d'hérédité notariée, on limite à sa plus simple expression le recours du
tribunal. Ainsi, il serait possible
d'inclure au projet de loi davantage de présomptions permettant de qualifier
efficacement une personne au titre de conjoint en union parentale dans
le contexte d'un décès... Pardon.
Il pourrait y avoir aussi une difficulté à
expliquer les règles aux justiciables, en sachant que la dévolution au conjoint
de fait est possible uniquement si ce conjoint se qualifie comme étant en union
parentale, sans y avoir mis fin tacitement en plus. Après analyse, eh bien, la
question se pose : Pourquoi donc seulement les conjoints de fait avec enfants ont-ils le droit à la vocation
successorale? Eh bien, l'APNQ croit que cette question devrait faire l'objet
d'une étude plus approfondie dans le cadre d'une réforme du droit des
successions.
Au niveau
maintenant de «l'opting in» par acte notarié, eh bien, l'APNQ ne... peut,
d'abord, hein, évidemment, se réjouir du choix du législateur de privilégier
l'acte notarié en minute pour la convention de modification du
patrimoine d'union parentale, la convention
de retrait de certaines dispositions ainsi que pour l'acte de renonciation au
partage du patrimoine d'union parentale.
D'abord, l'APNQ salue le choix du législateur
d'offrir aux conjoints, nécessairement, la possibilité de modifier le contenu
du patrimoine d'union parentale. Ainsi, la modification du patrimoine d'union
parentale, tout comme c'est le cas pour le
contrat de mariage, la modification de celui-ci doit être constatée par acte
notarié en minute.
Dans le même
ordre d'idées, l'APNQ accueille favorablement le choix du législateur d'exiger
la forme notariée pour renoncer au partage du patrimoine parental. Ce
prérequis s'inscrit en continuité des règles du Code civil prévoyant la forme
notariée des renonciations en matière familiale et successorale. Face au
caractère sensible que peuvent revêtir ces
renonciations, le législateur fait du notaire son principal allié pour contrer
les abus et la manipulation à l'égard de conjoints qui seraient à risque de
consentir à des actes sans en saisir la portée, tout en limitant la
multiplication de professionnels et des coûts et honoraires en
découlant. Une fois de plus, le législateur mise sur le notaire et sur l'acte
notarié pour leurs nombreux avantages, qui sont détaillés dans notre mémoire.
L'APNQ est d'avis que l'adhésion volontaire au
régime devrait se faire également sous la forme notariée en minute. Il faut rappeler que ce nouveau régime
emportera plusieurs droits et obligations, dont celui d'hériter du conjoint de
fait décédé. Nous jugeons alors important que cette adhésion se fasse sans équivoque,
avec une date certaine. Et, bien sûr, l'acte notarié est le meilleur véhicule
pour ce faire. De cette manière, cette avenue aurait pour effet d'éviter de
judiciariser la question d'adhésion ou non à ce régime.
Ainsi, tel qu'abordé précédemment, le
législateur respecte, en conclusion, le principal fondamental... le principe, pardon, fondamental de liberté
contractuelle et voit en l'acte notarié l'instrument qui garantira le
consentement... pardon, le
consentement libre et éclairé des citoyens. Ainsi, nous connaissons...
reconnaissons que le législateur québécois assume pleinement ses
responsabilités afin de garantir une paix juridique aux Québécois et
Québécoises.
Je vous remercie d'avoir écouté... de m'avoir
écouté et je suis évidemment disponible, avec ma collègue Me Brown, pour
répondre à toutes vos questions.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Me Houle.
M. le ministre, s'il vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Me Brown,
Me Houle, merci beaucoup d'être présents aujourd'hui pour l'Association professionnelle des notaires du
Québec. Vous représentez plusieurs milliers de notaires, je crois, au
Québec. Combien de...
M. Houle (Kevin) : Tout près de
1 900 à peu près, là, en pratique, tout.
M. Jolin-Barrette : On ferait... On
va faire un chiffre rond, près de 2 000 notaires. À la fin de
l'année, votre membership va peut-être avoir augmenté...
M. Houle (Kevin) : Effectivement.
M. Jolin-Barrette : ...suite à votre
passage en commission parlementaire.
Écoutez, merci beaucoup pour le mémoire. Je
comprends que vous dites que c'est un juste milieu, le projet de loi.
Je voulais vous amener, dans un premier temps, sur le rôle du notaire et sur
l'évaluation du consentement libre et éclairé. Parce que vous n'êtes pas
sans savoir que le projet de loi est sujet à certaines critiques. Certains
disent qu'on ne devrait pas permettre le
fait d'avoir une disposition de retrait du patrimoine d'union parentale parce
que le notaire n'est pas nécessairement en mesure d'évaluer si la
personne consent librement.
J'aimerais ça
que vous nous disiez comment ça se passe en pratique, quelle est la position
des notaires là-dessus, parce que...
puisqu'on permet aux gens de venir dire, à partir du moment où il y a un
enfant : Bien, vous allez pouvoir vous... aller vous retirer, mais
par acte notarié, soit en totalité ou soit certains biens.
M. Houle (Kevin) : Je vais répondre
à votre question puis je pourrai laisser ma collègue Me Brown terminer,
mais, d'abord, il ne faut pas se... il faut se rappeler que le notaire est un
officier public, oui, mais aussi un conseiller juridique. Donc, à partir de là,
le notaire n'est pas simplement qu'un simple commissaire à l'assermentation,
n'est pas un professionnel qui ne fait que
recevoir la signature d'une personne sans aucune explication. Il faut regarder
ce débat ou cette question-là en ayant en tête la déontologie, la loi
qui régit la profession notariale. Au niveau déontologique et légal, le notaire
se doit obligatoirement, quand il agit comme officier public impartial, et
c'est la loi qui le dit, de donner des conseils, un devoir de conseil très
large et très important. Donc, c'est reconnu, c'est clair. Donc, à partir de
là, le notaire, conseiller juridique, est le seul conseiller juridique au
Québec en mesure de donner du conseil juridique
à plus d'une partie, nécessairement, qui peuvent avoir aussi des intérêts
divergents. Donc, à ce niveau-là, je n'ai aucun problème.
Et les notaires ont prouvé, depuis les
centaines... les dernières années, la capacité, le professionnalisme qu'ils ont
d'être en mesure de donner les conseils, les effets d'une renonciation, dans ce
cas-ci, les droits et obligations qui résulteraient normalement si on n'optait
pas out de ce régime-là, par exemple, donc, quels seraient les effets, à quoi
vous renoncez exactement et qu'est-ce qui va arriver après coup.
Donc, il n'y a aucun problème considérant que le
notaire, encore une fois, le seul conseiller juridique au Québec en mesure de le faire, eh bien, est
habilité et formé pour être en mesure de pouvoir donner du conseil juridique à plus qu'une partie, et d'autant plus que la
population a confiance au notaire et apprécie le conseil que le notaire donne.
Puis je
voulais terminer également, peut-être pour faire un petit aparté, parce que ma
collègue pourrait terminer, en ce qui concerne la différence entre le notaire,
mais aussi, il faut penser, entre les devoirs du médiateur aussi, je pense,
ce sont deux choses distinctes. Je ne sais pas si on pourrait se permettre d'en
parler déjà.
M. Jolin-Barrette : Allez-y,
allez-y.
Mme Brown (Marie-Eve) : Je vais
peut-être juste commencer en disant : Je suis un peu surprise, vous me
voyez surprise quand j'entends les gens dire qu'un notaire ne pourra pas donner
un conseil juridique adéquat quand il y a des parties qui ont des intérêts
opposés, parce que c'est le travail qu'on fait à la journée longue, c'est un travail
qu'on fait déjà. Donc,
moi, dans notre étude, on fait un grand nombre de modifications de régimes
matrimoniaux. Donc, les gens qui sont mariés en société d'acquêts puis
qui décident de commencer à être en séparation de biens à partir d'une certaine date, ils ont des intérêts opposés.
Le notaire va les rencontrer, va leur donner chacun un conseil et puis va les
assister dans la rédaction de leurs contrats... leurs contrats de mariage, la
même chose pour les contrats de mariage, les demandes conjointes en divorce.
M.
Jolin-Barrette : Est-ce que... est-ce que vous les rencontrez
séparément?
Mme Brown
(Marie-Eve) : Si c'est nécessaire. Donc, effectivement, si un notaire
a un doute, veut vérifier la capacité, le consentement libre, c'est fréquent
qu'on va rencontrer nos clients seul à seul. Donc, on appelle ça des caucus. Ce n'est pas la même chose que vos caucus.
C'est où est-ce qu'on va prendre une partie avec nous, seul à seul, pour
un petit entretien, et ensuite on va prendre l'autre partie seul à seul.
Ça peut arriver aussi
que le notaire qui a encore un doute sur le consentement va demander que les
clients aillent chercher un conseiller juridique indépendant. Donc, moi, dans
ma pratique, ça arrive des fois, surtout dans des demandes conjointes en
divorce. Ils conviennent d'un accord. Je vais leur dire : Ce serait une
bonne idée d'aller consulter. On leur donne un projet, ils vont consulter s'ils
ressentent le besoin, puis ils reviennent devant moi pour conclure leur acte.
M. Houle
(Kevin) : Mais, souvent, cette option-là, si vous me permettez, ça va
être dans un contexte où nécessairement le notaire peut sentir qu'il y a
peut-être des éléments sous-jacents, des éléments non dits, des éléments qui
sont externes à la situation qui se trouve devant lui, là, par exemple.
M.
Jolin-Barrette : Et donc ça ne vous inquiète pas? Parce qu'il y a
certains commentaires qui ont été formulés à la commission, à l'époque du
patrimoine familial, où il y avait la possibilité de s'exclure, en 1989, où il
serait survenu des consentements qui auraient été viciés. Donc, le fait d'avoir
une disposition de retrait, vous, vous êtes à l'aise avec ça. Vous considérez
que les notaires sont outillés pour donner un consentement libre et éclairé, et
surtout pour l'évaluer. Ça, vous êtes...
M. Houle
(Kevin) : Puis je tiens à dire qu'il n'y a personne de parfait, mais
le législateur tente d'aller avec la meilleure protection possible, et, au
Québec, c'est un acte notarié, la meilleure protection possible.
M.
Jolin-Barrette : OK. Toujours sur l'acte notarié, pourquoi vous
souhaitez que l'adhésion au régime... Parce
que, dans le fond, le régime débute à partir du moment où... Après le
30 juin 2025, les gens qui vont avoir un enfant, le régime va s'ouvrir
d'office par la loi. Ceux qui auraient des enfants, supposons, actuellement et
qui voudraient être assujettis au
régime d'union parentale, vous dites : Bien, écoutez, nous, on trouve que
ça devrait être fait par acte notarié. Pourquoi?
M. Houle
(Kevin) : Bien, d'abord, il faut savoir qu'avec les droits et
obligations qui vont découler de ce nouveau régime-là, comme praticiens, là,
bien, on se dit que, veux veux pas, il va arriver, à un moment donné, un
contexte où le document, quel qu'il soit, sera peut-être perdu, signé par une
des deux parties ou... ou, nécessairement, maintenant, il va falloir qu'on
règle le partage ou bien la succession, et là on va se questionner à l'effet
que l'élément qui a déclenché le processus n'était lui-même pas si clair ou si
béton, assuré. Il y a même le consentement. Donc, la personne a-t-elle signé
volontairement ou non? Là, évidemment, on ne parle pas de l'«opting out», c'est
peut-être moins, là, dommageable d'y
rentrer, entre guillemets, mais il n'en demeure pas moins que c'étaient tous
les effets qui en découlent, de cette union-là. Mais on se dit qu'il
faut que le point de départ soit le plus solide possible aussi, là.
M.
Jolin-Barrette : OK. Sur la question du 30 jours, là, le fait
qu'on permet de demander au tribunal l'attribution de la résidence familiale,
vous, vous nous suggérez d'aller jusqu'à 90 jours. C'est bien ça?
• (15 h 20) •
M. Houle
(Kevin) : Effectivement.
M.
Jolin-Barrette : Pourquoi?
Mme Brown
(Marie-Eve) : Dans mon étude, on fait beaucoup de séparations, puis
les gens, à l'intérieur de 30 jours, quand il y a une annonce de la
rupture, qu'est-ce qu'on va faire avec les enfants, comment on va organiser l'école, ils sont tellement pris avec
5 millions de décisions que l'instinct d'aller voir : Bon, bien, on
va aller devant les tribunaux pour se permettre la protection de la
résidence familiale, ce ne sera pas instinctif, immédiat. Donc, on veut
permettre aux conjoints d'avoir un plus grand délai pour s'adresser aux
tribunaux.
M.
Jolin-Barrette : OK. Sur la question des successions du testament, en
matière successorale, le projet de loi vient faire en sorte que les conjoints
qui sont en union parentale pourront désormais, en l'absence de testament,
hériter comme les gens mariés, c'est-à-dire le tiers de la succession, le deux
tiers aux enfants. Dans le cadre de la pratique de vos membres, là, c'est quoi,
la proportion des gens que vous voyez qui n'ont pas de testament?
M. Houle (Kevin) : D'abord, je dois dire qu'on n'a quand même pas de
statistique officielle sur cet élément-là. Puis je vais laisser
peut-être Me Brown puis je pourrai compléter par la suite, là, mais...
Mme Brown (Marie-Eve) : C'est certain que, dans
ma pratique, c'est peut-être biaisé, parce que je suis connue comme étant la
notaire qui prend des dossiers que les autres notaires ne veulent pas. Donc,
j'ai un haut taux de clientèle qui n'ont pas de testament, puis, généralement,
c'est des successions qui sont un peu plus contentieuses, un peu plus difficiles.
Donc, je dirais que j'ai probablement à peu près 40 % à 50 % de mes
successions qui sont sans testament.
M. Houle
(Kevin) : Puis en ce qui me concerne, moi, je fais du droit des
affaires principalement, mais il ne demeure
pas moins que je fais aussi quelquefois du résidentiel, donc je parle à M. et
Mme Tout-le-monde, la clientèle. La personne en affaires demeure quand même une
personne qui a des enfants, un couple. Donc, quand on leur parle, je
vous dirais que, de mon niveau, facilement, j'ai envie de dire 50 %, mais
c'est peut-être complètement faux.
Ce que je veux dire,
c'est que, nécessairement, quand tu parles à quelqu'un qui vient d'avoir des
enfants, peut-être que, pour ce jeune couple là, effectivement, ils se
disent : Bien, moi, ça fait peut-être un an, deux ans que je suis avec ma blonde, on a des enfants, on a acheté
une maison, bien, je trouve ça normal que ma blonde, elle hérite, tu sais,
nécessairement.
Mais tu vas parler à
d'autres personnes qui n'ont pas encore d'enfants, ça fait deux ans qu'ils sont
ensemble sans enfants puis, eux autres, ça les satisfait peut-être que la
blonde ou le chum n'hérite pas non plus. Donc, il ne faut pas présumer non plus
que, nécessairement, tout le monde n'a pas de testament parce que,
nécessairement, ils sont négligents. Ça se
peut qu'ils soient satisfaits de ce que la loi prévoit actuellement. Ce n'est
pas officiel, ce que je dis là, par contre, je dois l'avouer, mais chacun a ses
raisons, là.
M.
Jolin-Barrette : Mais là le fait que désormais les parents avec
enfants, après le 30 juin 2025, vont être assujettis, dans le fond, en
l'absence de testament, j'imagine que ça vient tout de même corriger une
situation où, quand on est conjoint de fait,
trois enfants, ça fait 25 ans qu'on habite avec quelqu'un, on décède
subitement, le conjoint n'hérite de rien. J'imagine que vous en voyez,
des cas comme ça.
M. Houle
(Kevin) : Oui, c'est ça, effectivement. Puis j'ai même vu des cas où,
effectivement, les enfants étaient majeurs, puis madame a dû racheter la part
de la maison aux enfants, là. C'était... c'était ainsi. Mais il n'en demeure
pas moins qu'on était d'accord avec l'idée.
Mais la notion de
sortir de ce régime-là de manière tacite, de l'union, je veux dire, là, c'est
ce qui nous mettait, là... ce qui nous
causait problème, comme notaires praticiens, parce que, clairement, les
notaires, nos collègues vont arriver puis ils vont dire : Bon, là,
madame, on me dit qu'ils avaient cessé de faire... ils vivaient encore sous le même toit, mais ils ne dormaient plus dans le même
lit depuis un mois, là. Donc, est-ce qu'ils étaient encore des conjoints? Tu
sais, c'est tout ça qui va arriver nécessairement.
M.
Jolin-Barrette : OK. Peut-être une dernière question avant de céder la
parole à mes collègues. Vous dites,
là : On devrait remplacer le terme «manifestation tacite» par
«manifestation non équivoque». Que voulez-vous dire par «manifestation
non équivoque»?
M. Houle
(Kevin) : Bien, aucune ambiguïté, clair, assuré, confirmé, donc, que
ce soit clair, cet élément-là. Ce qu'on se
disait, c'est... Il peut y avoir différentes procédures, méthodes, on
renverrait la balle peut-être au législateur, mais ce que je veux dire,
par exemple, c'est peut-être non officiel, mais ça peut être un élément où,
après un certain temps... Si madame, par exemple, ou monsieur, prenons
l'exemple de madame, décide de sortir de l'union et qu'il n'y a pas d'entente
pour signer un document qui le confirme mutuellement avec les deux, est-ce que
ça peut être... ou elle signe un document,
peut-être, notarié? Et, après coup, on peut même jusqu'à dire qu'une fois qu'on
l'envoie par huissier, bien, l'autre ex-conjoint reconnaît la date. Vous
comprenez, il y a plein d'éléments.
Ce n'est pas
officiel, ce que je vous dis là, mais je me dis que le législateur, après cette
commission, pourra peut-être réfléchir sur la méthode de... s'assurer que cette
expression... expresse-là non équivoque se fasse d'une quelconque manière, mais
pas tacitement.
M.
Jolin-Barrette : Vous voulez que ce soit clair, là.
M. Houle
(Kevin) : Oui, considérant les effets de ce projet... de cette
union-là.
M.
Jolin-Barrette : Mon amour, je t'informe que je te laisse.
M. Houle (Kevin) : Oui. Mais, si
c'est : Mon amour, je t'informe que je ne suis pas certain que je t'aime encore,
OK, est-ce qu'on est encore ensemble ou non, finalement?
M.
Jolin-Barrette : Bien là, le statut c'est : C'est compliqué.
M. Houle
(Kevin) : C'est ça. Bien, ça, c'est un statut qu'on peut
mettre sur les réseaux sociaux, mais, au plan légal, ça... on voyait... on voyait beaucoup de problèmes au niveau des
notaires que nous sommes, là, qui allons régler ces successions.
M.
Jolin-Barrette : OK. Bien, écoutez, merci beaucoup pour votre passage
en commission.
M. Houle
(Kevin) : Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de Saint-Jean, pour 4 min 15 s, s'il vous plaît.
M. Lemieux : On
n'a même plus besoin de vous poser la question. Merci, M. le Président.
Me Houle, Me Brown, bonjour.
Le déclencheur de
l'union parentale, c'est la partie parentale de l'affaire. Ça veut dire qu'il y
a des choses qui ne changent pas pour des conjoints de fait puis qui vont
changer en cours de route si enfants il y a. On va voir la première étape,
conjoints de fait, pas d'enfants. Y a-tu quelque chose qu'il faut qu'on change
là-dedans, là, comme c'est écrit? Parce qu'il y en a qui pensent qu'on ne va
pas assez loin, d'autres pas... trop loin. Juste sur ce bout-là, là.
M. Houle
(Kevin) : Conjoints de fait, pas d'enfants... En ce qui nous concerne,
on s'est... le comité s'est penché sur l'étude du projet de loi tel quel. On va
laisser d'autres intervenants peut-être se pencher sur les questions plus
globales de la protection ou non des conjoints de fait sans enfants.
M. Lemieux : Mais
globalement, mais globalement.
M. Houle
(Kevin) : Qu'est-ce que vous voulez dire?
M. Lemieux : Bien,
je veux parler pointu, là. Je veux juste... Globalement, vous avez regardé ça.
Vous vous êtes dit : OK, c'est beau, ou vous avez plein de réserves, plein
de...
M. Houle (Kevin) : Bien, considérant que le
projet de loi ne vise pas du tout une réforme complète de la notion de
conjugalité en termes de conjoints de fait sans enfants, globalement, nous
n'avons pas fait cette étude globale là.
M. Lemieux : OK.
On arrive aux enfants. Donc, le régime s'applique pour ceux... l'enfant après
2025, là. Est-ce que le principe est correct? Je veux dire, on va étudier ça je
ne sais pas pendant combien d'heures, là, article par article. Il y a sûrement un article ici, un article là qu'on va
jouer, là, mais le principe et la hauteur... Parce qu'il y a des gens
qui nous ont fait des signes pour nous expliquer que ça pourrait être
jusque-là, mais là ça va jusque-là, la hauteur de ce qui va se passer si c'est
adopté tel que tel.
M. Houle
(Kevin) : Bien, la hauteur de ce qui va se passer... Incessamment, on
ne peut pas être contre la protection des enfants, l'intérêt de l'enfant, là,
ça va de soi. Puis on est conscients qu'il y a bien souvent ou dans quelques
cas un conjoint qui pourrait, suite à une relation de fait, là... un conjoint
qui va peut-être, après une séparation, se
retrouver, là, défavorisé et que l'enfant va vivre ces effets-là. Donc, on ne
peut pas être contre le projet. C'est ce qu'on disait d'entrée de jeu.
C'est un entre-deux entre la protection de l'enfant et justement ce que vous me
disiez tantôt, l'aspect, là : Doit-on
légiférer la notion de conjoints de fait largement, sans conjoint de fait...
sans enfants?
M. Lemieux : Votre... bien, pas votre spécialité à vous parce
que vous faites du droit... vous faites du notariat d'affaires et
vous... Mais on imagine toujours, les gens qui ne vont pas voir souvent le
notaire, que la première raison pour
laquelle on irait, c'est pour un testament ou pour une maison. Un cliché, vous
allez me dire, mais c'est probablement le
cas. En tout cas, pour le testament, il y en a qui devraient y aller puis qui
n'y vont pas, puis c'est là que je veux aller. Vous en avez parlé tout à
l'heure, mais je veux que ce soit clair. On protège les enfants avec la mesure
par rapport au testament, tu sais, si on disparaît sans testament, il y a une
protection de base pour les enfants, mais ça simplifie l'affaire beaucoup aussi
pour le conjoint, là.
Mme Brown
(Marie-Eve) : Effectivement. Donc, si le parent conjoint reçoit une
part d'héritage, ça va enlever plusieurs des successions tragiques qu'on a où
l'immeuble est au nom uniquement de la conjointe, elle décède, ne laisse pas de testament, et là c'est les enfants mineurs qui
héritent. Le conjoint est incapable d'aller obtenir un prêt. Il faut
qu'il rachète la part des enfants mineurs. Il faut qu'on fasse un conseil de
tutelle. Puis là je le compare toujours...
J'ai l'impression, quand je rencontre ces clients-là qui sont en deuil... Et
puis là : Ma conjointe est décédée, qu'est-ce qu'il faut que je
fasse, notaire? La maison est à son nom, on a deux enfants en bas âge. Là, non
seulement il vient de devenir monoparental,
j'ai l'impression d'empiler sans cesse le stress sur ses épaules en lui
disant : Bien là, la maison appartient aux enfants, non, tu ne peux
pas l'hypothéquer comme tu veux, il faut qu'on crée un conseil de tutelle pour
protéger l'actif des enfants mineurs. Ça devient beaucoup plus complexe et
beaucoup plus lourd. Donc, c'est une protection qui est très intéressante pour
les conjoints avec enfants.
M. Lemieux : Et,
du point de vue des notaires que vous êtes, c'est un ajout important, là. Il ne
faut pas jouer avec ça, là.
Mme Brown
(Marie-Eve) : C'est un ajout très important. C'est une belle avancée.
M. Lemieux : Merci beaucoup. Merci,
M. le Président.
Mme
Brown (Marie-Eve) : Merci.
Le
Président (M. Bachand) : ...député de
l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le Président. Alors, bon après-midi.
Bonjour, Me Houle, Me Brown. Merci d'être avec nous cet
après-midi.
Quelques... quelques
questions, quelques échanges avec vous. Il y a des experts plus tôt aujourd'hui
qui nous ont suggéré que ce serait peut-être
bien que l'union parentale, en fait, se forme après un certain nombre de temps,
un an ou deux ans. Ce n'est pas ce qu'a retenu le législateur à 521.20.
Est-ce que vous y voyez un avantage ou si le fait de laisser ça comme c'est là,
ça va suffisamment protéger les conjoints?
• (15 h 30) •
Mme Brown
(Marie-Eve) : Je pense que la... c'est la naissance de l'enfant...
Étant donné qu'on... que ce projet de loi là veut mettre le... tout l'élément
central, c'est l'enfant, c'est normal que ce soit la naissance de l'enfant qui
crée des droits et non pas une union de fait pendant un an, comme on pourrait
voir pour les cas... Pour les déclarations fiscales, par exemple, on est
considéré comme en union de fait à partir d'un an, mais ce n'est pas la vie commune, ce n'est pas la cohabitation qui crée un
droit. Dans ce projet de loi là, on met l'enfant au coeur, et donc c'est normal
que ce soit à la naissance de l'enfant que les droits sont créés.
M. Morin : Je
vous remercie. Maintenant, compte tenu du fait de la définition de l'union
parentale, père et mère, naissance de
l'enfant, est-ce que vous croyez que ce projet de loi crée différentes
catégories d'enfants qui seront traités différemment, tout dépendant du
moment de leur naissance?
Mme Brown
(Marie-Eve) : On a... Je l'ai entendu souvent, là, j'ai écouté hier,
puis la notion de catégories d'enfants... Je ne suis pas certaine de comprendre
en quoi ça crée différentes catégories d'enfants. Est-ce qu'on a déjà des
catégories d'enfants différents du fait qu'on a des gens qui sont mariés en
société d'acquêts, des gens qui sont mariés
en séparation de biens, qu'on a des gens qui sont mariés sous des régimes
étrangers? On a des gens qui ne sont même pas en couple qui ont des
enfants ensemble, qui ont des projets parentaux. Donc, je ne vois pas en quoi
ce projet de loi là crée des différentes catégories d'enfants. Si on prend
cette pensée-là, bien, ça voudrait dire qu'on en a déjà, des différentes catégories d'enfants, auquel cas on devrait
obliger tout le monde à se marier en société d'acquêts pour que tous les
enfants... avant d'avoir des enfants.
M. Morin : Oui,
sauf que, quand je lis le projet de loi... puis peut-être que ma lecture n'est
pas correcte, mais, à 521.20, on parle de l'union parentale qui se forme dès
que les conjoints de fait deviennent les père et mère et les parents d'un même
enfant. Et, un peu plus loin, bien, on parle de la résidence familiale puis on
parle, après ça, du patrimoine de l'union parentale qui s'applique. S'il y a
des enfants qui sont nés avant, d'après vous, est-ce que le projet de loi va aussi leur permettre, si jamais
il y a... il y a une désunion, de bénéficier des mêmes éléments du partage
du patrimoine de l'union parentale?
Mme Brown
(Marie-Eve) : Dans le fond, il faut tirer la ligne en quelque part.
Puis je comprends le sens de votre question. C'est là... Les parents qui ont un
enfant au mois de mai 2025, pourquoi qu'eux ça ne s'applique pas à eux et puis... ou les parents qui ont des enfants
maintenant? C'est certain qu'il faut qu'on tire une ligne en quelque part.
Puis, si on la tire puis on dit : C'est
à partir de l'adoption, tous les enfants qui sont nés à partir de l'adoption de
la loi, toutes les protections vont s'appliquer, bien là, on va avoir
des gens qui vont dire : Mais nous autres, quand on a projeté avoir un
enfant, on a une grossesse qui est en cours, ce n'est pas juste, ce n'étaient
pas les règles qui s'appliquaient à nous. Si on décide : On l'applique à
tout le monde qui a déjà des enfants ou des enfants mineurs, comme j'ai entendu
hier, on a des gens qui vont dire : Mais nous, on a décidé d'avoir des
enfants sous un certain régime, puis là vous nous obligez à un autre régime.
Puis, si on fait ce qui a été décidé par le législateur, c'est-à-dire, bien, on
tire la ligne en 2025 pour permettre aux
gens qui décident d'avoir des enfants de savoir dans quel régime ils
embarquent, bien, ça crée l'autre injustice où est-ce qu'on dit :
Oui, mais, ceux qui en ont déjà, pourquoi que ça ne peut pas s'appliquer à eux?
Puis il faut tirer en
quelque part la ligne, puis, je pense, le législateur le fait. Est-ce qu'il y
aurait un moyen d'avoir une position mitoyenne puis d'offrir, par exemple, la
protection de la résidence familiale à tous les couples avec enfants, même
s'ils sont nés avant 2025? Bien, peut-être qu'il y aurait une façon de trouver
une position plus mitoyenne.
M. Morin : Parce
qu'en fait ma compréhension, quand M. le ministre a déposé son projet de loi,
c'est que l'élément déclencheur, au fond, c'est la naissance d'un enfant. Donc,
c'est pour protéger des enfants. Alors, je me dis :
Bien, si on est pour protéger des enfants puis que, de toute façon, on va
changer le régime qui s'applique aux couples en union de fait, pourquoi
attendre en 2025? Si on veut protéger, pourquoi ne pas le faire dès l'adoption
de la loi puis son entrée en vigueur?
Mme Brown (Marie-Eve) : On comprend, mais, comme
je vous dis, c'est juste... peu importe où est-ce qu'on va tirer la
ligne, il va y avoir des mécontents.
M.
Morin : D'accord. On va essayer d'en faire le moins
possible. 521.22, il y a plusieurs groupes, personnes, experts qui nous
en ont parlé, vous l'avez souligné également, la fameuse manifestation expresse
ou tacite qui n'est peut-être
pas si expresse que ça, on nous a suggéré le concept qui se retrouve déjà dans
le Code civil puis qui s'appelle la cessation
de vie commune. Est-ce que pour vous ce serait plus clair? Est-ce que ça
permettrait d'établir plus facilement ce qui arrive ou pas?
Mme Brown (Marie-Eve) : L'avantage
de la cessation de vie commune, c'est qu'on a déjà un bon lot de jurisprudence
là-dessus. Donc, c'est certain qu'introduire une nouvelle notion comme une
manifestation tacite, on va attendre des
années avant de vraiment comprendre que les tribunaux puissent
interpréter : Mais c'est quoi, une manifestation tacite? Est-ce
que... Je t'ai trompé, puis on s'est chicanés ce soir-là, puis je décède,
est-ce que c'est une manifestation tacite? Donc, avant que les tribunaux nous
donnent des lignes, ça va être long. Donc, évidemment, si on prenait une notion
qui est déjà connue, comme la fin de vie commune, ça pourrait faciliter la fin
de cette union parentale là.
Sachez par contre qu'en médiation familiale,
quand on doit décréter une fin de vie commune, une date de fin de vie commune,
je vous dis, j'ai des dossiers où est-ce qu'on passe deux, trois rencontres à
décider c'est quoi qu'on considère comme
étant notre date de fin de vie commune. Ça fait que ce n'est pas nécessairement
très, très clair non plus.
M. Morin : Oui, je comprends que,
dans certaines circonstances, ça peut être un peu plus... un peu plus difficile. Maintenant, vous avez quand même la
jurisprudence actuelle qui peut vous aider pour l'expliquer aux gens qui cessent de faire une vie commune plutôt que
d'attendre d'autres jurisprudences, éventuellement, qui nous interpréteront
ce que c'est qu'une manifestation tacite de la volonté des conjoints. Merci.
Autre
élément, et puis, là aussi, les... bon, les experts, les groupes se... On a eu,
en fait, différents points de vue. Toute la question des aliments pour
les conjoints, vous en... vous en pensez quoi?
Mme Brown (Marie-Eve) : Donc, si
vous me permettez, il y a vraiment deux... deux régimes différents qui ont des
protections différentes. Quand on est mariés, donc, le régime du mariage vient
protéger le conjoint, vient protéger le conjoint avec le patrimoine familial,
le régime, la pension alimentaire, donc, tout ce qu'on connaît du mariage. Et
c'est donc logique, en mariage, qu'on ait une pension alimentaire pour conjoint
parce que ce n'est pas dépendant qu'on ait des enfants ou non. On... En se
mariant, on crée un régime dans lequel on veut se protéger l'un et l'autre. C'est aussi la logique pour laquelle
on inclut les régimes de retraite. Donc, ce que je dis à mes clients, c'est
que, quand tu mets 20 000 $ de côté dans tes REER puis tu es
marié, tu le mets de côté pour la retraite du couple.
Le deuxième régime, c'est pour la protection de
l'enfant. Et, étant donné que le régime d'union parentale, ce n'est pas pour
protéger le conjoint, mais bien pour protéger les enfants, il est donc logique
qu'il n'y ait pas de régime de retraite et qu'il n'y ait pas de pension
alimentaire pour conjoint. Parce que, si les gens veulent cette protection-là, ils ont juste à se marier. Et puis les notaires
vont leur faire... vont se faire un plaisir de marier les gens en leur donnant
un très bon conseil juridique en plus, ce
qui est un point positif que de se marier à l'église. Se marier devant notaire,
tu as tous les conseils que tu as besoin.
M. Morin : D'accord. Maintenant, le
projet de loi parle aussi de prestation compensatoire. Et on nous a dit
qu'effectivement ça peut être un moyen de compenser un conjoint, sauf que ça ne
se fait pas, évidemment, sans preuve. Ça prend du temps. Il faut aller à la
cour. C'est le tribunal. Ce n'est pas évident, là. Pensez-vous que c'est un mécanisme qui est utile ou si on ne pourrait pas
penser à un autre mécanisme qui éviterait, par exemple, une
judiciarisation puis qui permettrait d'arriver à des fins semblables plus
rapidement?
Mme Brown (Marie-Eve) : Ça fait
partie des recommandations dans notre mémoire. On est d'accord avec la
prestation compensatoire, qui est une notion vraiment de droit civil, mais ce
qu'on a demandé dans le mémoire, c'est d'avoir une habilitation réglementaire
ou un autre mécanisme, là, que le législateur trouvera bon afin de nous
permettre d'avoir un barème, peut-être des présomptions, qui vont faire que les
gens peuvent facilement calculer la prestation
compensatoire. Puis, quand je dis «présomptions», bien, s'il y a un des deux
conjoints qui a travaillé 50 % du temps pendant deux ans pour
s'occuper des enfants, qu'on ait une façon facile de faire un calcul avec,
peut-être, une fourchette de prestations compensatoires, ce qui viendrait
déjudiciariser.
M.
Morin : Parfait. Merci. Finalement, à 521.30, dans le
patrimoine d'union parentale, il y a une énumération des biens qui
rentrent dedans. Encore là, on a eu plusieurs... plusieurs suggestions. On y
inclut la résidence familiale, mais pas, par
exemple, des résidences secondaires où la famille peuvent vivre. On nous a dit
qu'il y a des gens qui ont des résidences secondaires, finalement, qui
sont plus importantes que la résidence familiale. Ça échapperait. Si c'est pour
protéger les enfants, puis on ne veut pas que des enfants, après la désunion,
se ramassent dans une situation qui est défavorable, est-ce qu'on ne devrait
pas inclure plus de biens?
• (15 h 40) •
Mme Brown (Marie-Eve) : Ça fait
partie de nos recommandations. Donc, pour moi, pour nous, pour l'APNQ, pour les
notaires, c'est un non-sens qu'il y ait une seule résidence qui fasse partie du
patrimoine d'union parentale. Les résidences
de la famille, telles que décrites à l'article 415, font l'objet de
beaucoup de jurisprudence. On sait
c'est quoi, une résidence de la famille ou les droits qui en confèrent l'usage.
Donc, fait partie de nos recommandations de calquer l'article sur
l'article 415, tout en enlevant la portion des régimes de retraite.
Il ne faut pas oublier qu'on a des gens... Moi,
ça m'arrive dans mon bureau, j'ai des gens que j'ai un conjoint qui a une... un condo à Montréal, l'autre conjoint
a une maison dans les Laurentides. On est en union de fait, on voyage
d'une résidence à l'autre, mais on peut imaginer... Quand ils se séparent, ça
va être laquelle des deux propriétés qui va être la
résidence qu'on se partage? Ça va créer une iniquité dans le couple. Donc, si
moi, le condo en ville, je dis : Non,
non, c'est notre résidence secondaire, je peux la garder, mais on va partager
la propriété dans les Laurentides, ça n'a aucun sens.
Puis
j'ai entendu hier que ça devrait être les résidences principales et
secondaires. Ce que l'APNQ propose, c'est vraiment de le calquer au 415,
donc les résidences de la famille et les droits qui en confèrent l'usage.
M. Houle
(Kevin) : Mais il ne faut pas oublier que, par rapport à la protection
de la résidence familiale, ce n'est pas la
même notion, là. On comprend qu'on protège la résidence, mais, pour le fait du
calcul, ce sont les résidences qu'on voudrait.
M. Morin : Parfait.
Je vous remercie. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le député de l'Acadie. M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci pour votre excellente
présentation.
Il y a une question
que vous avez abordée, là, qui va se poser dans 18 ans, peut-être
19 ans : Qu'est-ce qui se passe quand l'enfant devient majeur dans
l'union parentale? Aviez-vous la réponse, vous? Vous la posez, mais...
M. Houle
(Kevin) : ...Me Brown.
Mme Brown (Marie-Eve) :
C'est une question qui nous a été posée par des membres, qui nous ont
dit : Mais là qu'est-ce qui arrive aux
couples qui ont eu des enfants en juin 2025, là, ils ont eu des triplets en
juin 2025, 50 ans plus
tard, 40 ans plus tard, les enfants sont partis du nid, ils ont leurs
propres enfants? Est-ce qu'ils sont encore en union parentale? Puis on a
discuté longuement de la question, et donc, étant donné qu'on n'avait pas la
réponse, on l'a mis dans notre mémoire.
M. Houle (Kevin) : Mais on...
Nécessairement, on n'a pas vu que c'était une cause, la majorité, de
dissolution du... Bien, on comprend,
mais ce que je dis, c'est : Est-ce que c'est vraiment, donc, l'intention
du législateur de faire en sorte que le conjoint... une fois que les enfants
ont 31 et 37 ans, que le conjoint hérite aussi, alors que, là,
nécessairement, la protection des enfants... Ça fait que c'était un point où on
voulait vraiment s'assurer que l'intention, c'était bel et bien ça.
M.
Cliche-Rivard : Bien, on s'assurera d'en faire mention dans nos
travaux. Là, je vois M. le ministre qui hoche
de la tête. Donc, on s'assurera d'avoir sa réponse formelle, là, sur le
procès-verbal au moment des travaux, mais il semble que oui. Il me
semble que l'idée, c'est que, passé la majorité, la réponse, c'est oui.
Deuxième
point, vous aviez un volet sur, bon, la déclaration de l'union au Directeur de
l'état civil, mais vous aviez aussi l'autre volet sur le volet testamentaire,
sur la déclaration fiscale. Donc, je comprends que c'est deux régimes différents
puis que, d'un côté, ça va être l'enregistrement pour la résidence, de l'autre
côté... Mais je me demandais qu'est-ce qui faisait en sorte que, d'un côté,
vous aviez privilégié une solution où on enregistrait l'union parentale au
Directeur de l'état civil, mais, de l'autre
côté, vous disiez : Ah! mais, en même temps, la déclaration d'impôt
pourrait suffire pour le régime.
M. Houle
(Kevin) : ...présomption, j'imagine, là.
M.
Cliche-Rivard : Dans vos recommandations...
Mme Brown
(Marie-Eve) : Donc, c'est... La recommandation, bon, pour les... pour
la succession, ce qu'on voit, comme praticiens, donc, les notaires règlent la
majorité des successions au Québec, c'est : Qu'est-ce qu'on va faire avec
le cas où j'ai un conjoint qui se dit en union parentale, l'autre, les membres
de la famille disent : Non, non, tu ne l'es pas? Ce qu'on aurait aimé, ce
qu'on suggérerait, c'est qu'on ait une présomption qui pourra être réfutée s'il
y a lieu. Donc, par exemple, on avait utilisé l'exemple qu'un conjoint qui a eu
un enfant avec le défunt et qui s'est déclaré en union de fait dans la dernière
déclaration d'impôt avant le décès serait présumé être en union parentale au
moment du décès, ce qui pourrait simplifier le règlement des successions.
M. Houle
(Kevin) : Parce qu'il ne faut pas oublier que ça, c'est une question
de présomption pour fin du règlement de la
succession, par exemple, là, tandis que la question du... de l'état civil... du
registre, c'est simplement... où, nécessairement, tu peux être inscrit
comme étant des conjoints de fait, entre guillemets, là, dans le cadre d'une
union parentale, bien, on revient au fait que, oui, mais, si, d'ici là, on a
cessé cette union-là, bien, le registre ne nous aidera pas plus à court terme
s'il y a un décès, par exemple.
M.
Cliche-Rivard : La présomption ne fonctionnera pas.
M. Houle
(Kevin) : Bien, la présomption, il faudra peut-être la
réfuter rendu là s'il y a des éléments qui viennent contrecarrer, mais, vous
comprenez, c'est un peu tout ça, là, c'est... Le notaire va vivre avec tout ça,
là, pour l'instant, là... bien, pas pour l'instant, mais à venir.
M. Cliche-Rivard :
Parfait. Bien, justement, parce que c'est intéressant, puis vous étiez à le
dire quand mon collègue de Saint-Jean vous posait la question, parce que vous
faites beaucoup de recommandations d'application de votre expertise, mais, là aussi, vous entrez dans certaines applications
ou dans certaines recommandations quand même sur la plus-value puis sur l'élément plus philosophique ou justice, là.
J'aurais aimé ça... Puis il vous reste 30 secondes pour répondre,
mais, tu sais, vous vous situez un petit peu entre les deux quand même dans vos
recommandations, mais, en même temps, vous
disiez : Bien là, on n'est pas là pour dire ce qui n'est pas dans le
projet de loi. Ça fait que ça m'intéressait, là. Je vous laisserais
peut-être juste me dire où est-ce que vous, vous tranchez là-dedans.
M. Houle (Kevin) :
Bien, en ce qui nous concerne, malgré le fait que ça
n'apparaisse pas dans le mémoire ou qu'on ne se soit pas penchés en long et en
large sur cette question, je tiens à le rappeler, il n'en demeure pas moins
qu'on... on le dit, par contre, et ça, je peux le dire, on apprécie le fait que
le législateur ait gardé et conservé cette liberté contractuelle. Donc,
actuellement, on est là.
M. Cliche-Rivard : Je comprends. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Alors,
Me Houle, Me Brown, merci beaucoup d'avoir été avec nous cet
après-midi. C'est très, très, très apprécié.
Cela dit, je vais suspendre les travaux quelques
instants pour accueillir notre prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 46)
(Reprise à 15 h 48)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux.
Alors, il nous
fait plaisir d'accueillir les représentants de la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec. Merci infiniment d'être avec nous cet
après-midi. Donc, je vous j'inviterais d'abord à vous présenter et
débuter votre exposé, s'il vous plaît. Merci.
Fédération des
associations de familles monoparentales
et recomposées du Québec (FAFMRQ)
Mme Dufour (Mariepier) : Bonjour.
Mariepier Dufour. Je suis la directrice générale à la fédération.
Mme Dauphinais
(Chloé) : Donc, Chloé Dauphinais. Je suis responsable des
dossiers politiques et de la rédaction.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Marie-Pier
Riendeau, responsable de la vie associative et de l'éducation populaire.
Le Président (M. Bachand) : Merci. Allez-y, oui.
Mme Dufour (Mariepier) : Bien, bon
après-midi. Tout d'abord, nous aimerions remercier les membres de la Commission des institutions de nous permettre
d'être entendus dans le cadre de la présente consultation. Cependant,
nous déplorons les délais extrêmement courts, délais qui ne nous ont pas permis
d'analyser autant en profondeur qu'on aurait voulu le projet de loi 56 et
aussi de consulter nos membres.
Nous profitons de l'occasion aujourd'hui pour
réitérer la revendication historique de notre fédération, que nous portons depuis plus de 15 ans et qui
demeure toujours d'actualité. Notre position principale est d'étendre
l'ensemble des protections actuelles
du mariage aux couples avec enfants, qu'ils soient mariés ou non, incluant le
même partage du patrimoine familial, les mêmes protections pour la résidence
familiale ainsi que l'obligation alimentaire entre ex-partenaires.
De plus, bien
que la position défendue par la fédération concerne les unions avec enfants,
les principes d'entraide et de solidarité familiale sur lesquels elle s'appuie
peuvent s'appliquer à l'ensemble des couples. Il est important qu'une
réforme du droit de la famille assure la protection des membres les plus
vulnérables du couple. Encore aujourd'hui, parmi les couples avec enfants, le
salaire médian des hommes équivaut à une fois et demie celui des femmes. Les
écarts perdurent dans le temps et ont un impact sur la capacité d'épargne des
femmes. Les inégalités sociales, dont celles liées au genre, se répercutent
dans la vie intime. Ainsi, il nous semble qu'offrir des protections aux
personnes en union libre dépasse la capacité de choix.
• (15 h 50) •
Depuis la dernière grande réforme du droit de la
famille en 1980, le nombre d'enfants nés hors mariage n'a cessé d'augmenter.
Aujourd'hui, c'est 65 % des naissances au Québec. Malgré cette grande
popularité, 31 % des personnes en union
libre croient avoir le même statut légal que les couples mariés et 11 % ne
savent pas. Si les gens en union libre connaissent peu leurs droits, on peut
alors se demander quel choix libre et éclairé le législateur veut-il protéger.
La réforme proposée maintient l'importance de
préserver le libre choix des individus de vivre en union libre sans trop de
contraintes légales. Pourquoi pénaliser les enfants en se basant sur l'état
civil de leurs parents? Adopté tel quel, le
projet de loi viendrait à terme créer des protections variables pour les
enfants. Il y aurait toujours les mieux protégés, qui sont les enfants nés de parents
mariés, ensuite, ceux qui seront protégés grâce au nouveau régime d'union
parentale, mais aussi les enfants mis de côté par le projet de loi tel que
prévu actuellement : les enfants de parents en union libre mais qui sont
nés avant le 30 juin 2025 ainsi que ceux qui se trouvent mis de côté pour
d'autres motifs, dont les enfants des
familles recomposées ou ceux dont l'un des parents est toujours marié. Pour
finir, il y aura aussi tous les
enfants visés par le régime d'union parentale mais dont les parents se seront
exclus en utilisant leur droit de retrait.
Comme on vous l'a déjà affirmé, la fédération
continue de militer pour que ce soit l'ensemble des protections du mariage qui
soient appliquées aux couples en union libre, minimalement ceux avec enfants.
Par contre, si le gouvernement ne souhaite pas modifier en profondeur sa
réforme, nous avons quelques demandes prioritaires qui rendraient le projet de
loi 56 plus acceptable à nos yeux.
Que la loi s'applique dès son adoption à
l'ensemble des couples en union libre avec enfants, et donc que le législateur retire
la disposition voulant qu'elle ne s'applique qu'aux personnes qui deviennent
parents d'un enfant commun après le 29 juin 2025. Les enfants qui vivent
actuellement dans des familles où les parents ne sont pas mariés devraient pouvoir bénéficier de ces
protections pour des séparations qui, elles, seraient dans le futur. Il n'y a
rien d'anormal à ce qu'une loi s'applique au moment de son adoption. En
droit familial au Québec, cela a déjà eu lieu en 1989, lorsqu'il y a eu l'adoption du patrimoine familial pour les
couples mariés. Celle-ci s'est appliquée à l'ensemble de ces couples
avec un droit de retrait notarié d'un an. Il ne s'agit donc pas d'une
rétroactivité, mais d'un effet immédiat de la loi que de la... pardon, que de
l'appliquer à toutes les unions libres avec enfants.
Que le régime
d'union parentale s'applique minimalement à tous les couples en union libre
avec des enfants à charge et que, lorsque ce régime ne s'applique pas...
que la protection de la résidence familiale puisse être applicable dès l'arrivée d'un enfant dans un couple.
Plusieurs enfants de familles recomposées se voient exclus des protections du régime
d'union parentale. Prenons d'abord l'exemple d'un couple en union libre qui n'a
pas d'enfant commun, mais qui vit avec les
enfants d'un des deux conjoints. En cas de rupture, ceux-ci ne pourront pas
bénéficier de la protection de la résidence familiale. Ensuite, prenons
l'exemple d'une famille recomposée avec enfants communs, mais dont l'un des conjoints est toujours marié avec une
autre personne. Au Québec, les divorces ne se règlent pas toujours rapidement.
Le projet de loi vient donc, encore une fois, exclure plusieurs enfants.
Que le droit de se soustraire au régime d'union
parentale ou d'en modifier la composition nécessite absolument deux avis juridiques indépendants, soit un avis pour chacune
des personnes du couple. Dans le rapport Roy, le régime d'union
parentale impératif, duquel s'inspire le projet de loi 56, ne recommandait
pas un droit de retrait lorsqu'un enfant
commun était présent. Nous pensons que ce droit de retrait se doit d'être
davantage balisé si nous voulons nous assurer qu'il respecte la
protection des membres les plus vulnérables de la famille.
Que soient minimalement inclus dans le
patrimoine d'union parentale les REER et les régimes de retraite. Évidemment,
en raison de la principale revendication de la FAFMRQ pour l'encadrement
juridique des couples avec enfants en union
libre, il est évident que le patrimoine d'union parentale prévu est
insuffisant, comme il est considérablement
réduit. Il va sans dire que toute amélioration rapprochant le patrimoine
d'union parentale à celui du patrimoine familial prévu par les
protections du mariage serait, pour nous, positive.
Outre les recommandations liées au projet de
loi 56, pour la fédération, il est important de prendre le temps d'aborder d'autres enjeux. Ainsi, la FAFMRQ
demande que le gouvernement québécois s'engage dans une campagne d'éducation sur le droit de la famille afin de
mieux outiller la population. Le choix libre et éclairé demande des
connaissances importantes au préalable.
Cependant, nous pensons tout de même que la
liberté contractuelle est difficilement applicable dans le contexte des
relations affectives. Par ailleurs, la fédération revendique qu'une
harmonisation des politiques fiscales, des
lois sociales et du droit de la famille soit réalisée pour mieux répondre aux
réalités contemporaines des familles. Pour la FAFMRQ, cela est une...
cela est une question de solidarité sociale.
Finalement, la FAFMRQ est, depuis fort
longtemps, préoccupée par l'accès à la justice pour les familles monoparentales
et recomposées du Québec. Selon ce que nos membres et nous-mêmes constatons,
l'accessibilité à la justice est un parcours parsemé d'obstacles. Par exemple,
cette situation amène des parents à renoncer à aller ou à retourner en cour
pour obtenir une ordonnance de garde. Les délais parfois déraisonnables pour
être entendu par un juge minent la patience et la confiance des parents envers
le système de justice. Il est indispensable que le ministre de la Justice
continue de se pencher sur des moyens d'améliorer l'accès à la justice. Cela
est d'autant plus primordial que le projet de loi 56 risque
potentiellement de créer davantage d'achalandage devant les tribunaux. La
fédération recommande que le gouvernement assure une plus grande accessibilité
à la justice, tant au niveau des délais qu'au niveau financier.
Le projet de loi 56 présente un premier pas
vers un droit de la famille plus équitable envers tous les enfants du Québec.
Nous pensons cependant qu'il est nécessaire d'en faire davantage pour protéger
les enfants et les membres les plus
vulnérables de la famille. Bien que le régime d'union parentale soit une
avancée intéressante, on espère que le ministre de la Justice sera à l'écoute
et que des amendements seront réalisés. Il semble qu'on soit aujourd'hui
arrivés à un consensus social pour un
encadrement juridique des unions libres équivalent au mariage. Merci de votre
écoute.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Mme Dufour. M.
le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui, merci, M.
le Président. Mme Dufour, Mme Dauphinais, Mme Riendeau, bonjour. Merci de
participer aux travaux de la commission parlementaire. C'est apprécié.
Et vous venez au nom de la Fédération des
associations de familles monoparentales et recomposées du Québec.
Peut-être une première question explicative, parce que je lisais... Au début de
votre mémoire, vous expliquez, dans le fond, les familles monoparentales, les
familles recomposées. Juste de nous expliquer votre définition de
«famille monoparentale», dans le fond, comment vous... vous le concevez, la
famille monoparentale.
Mme
Riendeau (Marie-Pier) : On prend une définition très large de la
monoparentalité, là. Donc, ça peut aller d'une garde exclusive à une garde de 50-50. Pour nous, il n'y a pas de
différence, là. On considère ces familles-là comme des familles
monoparentales.
M.
Jolin-Barrette : Donc, c'est à partir du moment où, supposons, les
parents sont séparés puis... Supposons, sur une garde partagée 50-50, on se retrouve avec, supposons, les
deux parents, chacun de leur côté, qui sont monoparentals, chacun de
leur côté.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Oui,
c'est ça. Statistique Canada a de la misère à compter ces familles-là, parce qu'on compte l'enfant où il est la nuit du
recensement. Donc, on compte seulement une des deux familles. Mais nous,
on va compter ces deux familles-là comme... les deux parents comme des familles
monoparentales.
M.
Jolin-Barrette : Ce qui explique tout de même les chiffres
importants que vous mettez au début du mémoire par rapport au Québec, au
nombre de familles monoparentales qui existent au Québec.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Non, ça,
c'est les chiffres de Statistique Canada.
M. Jolin-Barrette : Ah! ça, c'est
les chiffres de Statistique Canada. OK. Excellent.
Je voudrais
vous entendre sur la question de la violence judiciaire. Qu'est-ce que vous
pensez des dispositions du projet de loi sur la question de la violence
judiciaire?
Mme Riendeau (Marie-Pier) : C'est
une intéressante avancée qu'on le reconnaisse, en espérant que cet ajout-là de
type de violence s'ajoute aussi à la définition du gouvernement sur la violence
conjugale. Nommer les choses, des fois, ça donne une visibilité puis un
sentiment de légitimité quand on le vit.
Ensuite, il y a quand même un petit... Les
familles qui viennent chez nous n'ont souvent pas beaucoup de moyens. Donc, cette violence-là, elles la vivent,
mais elle est souvent à court terme, parce qu'ils n'ont pas les moyens
d'aller plusieurs dizaines de fois en cour dans une même année. Donc, c'est
hyperintéressant, mais les familles qui viennent chez nous la vivent
assurément, mais de façon beaucoup plus limitée. Donc, est-ce qu'ils auraient
accès à des dommages? C'est les questions qu'on se pose, là.
• (16 heures) •
M.
Jolin-Barrette : Bien, en fait, si le... Dans le fond, de la façon
qu'on l'a écrit, si le juge constate la présence d'abus en matière
familiale, donc, de violence judiciaire, il est obligé de condamner aux
dommages-intérêts. Ce n'est pas une
possibilité, c'est une obligation de condamner aux dommages-intérêts pour les
frais d'avocat qui sont déboursés. Puis...
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Oui,
mais ce que je voulais dire, c'est que, comme ces parents-là n'ont pas les
moyens de payer des avocats plusieurs dizaines de fois, souvent, abandonnent le
combat. Donc, on ne se rendra probablement
pas jusqu'au juge qui pourra condamner parce que les parents vont avoir
abandonné avant, faute de moyens.
M. Jolin-Barrette : Et donc, dans
cette perspective-là, je comprends que vous êtes favorables au fait que ce soit
idéalement le même juge qui suive le dossier pour éviter que, justement, les...
vos membres soient obligés de raconter à plusieurs reprises à des juges
différents l'histoire familiale qu'il y a aussi, là.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Tout à
fait. Après ça, on partage aussi les craintes des gens qui sont passés avant nous. Est-ce qu'il va y avoir assez de
juges? Est-ce que ça va allonger les délais? Puis, tant qu'à faire ça, on
pourrait aussi se questionner sur un tribunal unifié de la famille. Là,
on aurait tout à la même place, puis ça simplifierait beaucoup le parcours des
familles.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez,
moi, je suis d'accord avec vous pour le tribunal unifié. Je pense que ça
pourrait être une avenue intéressante, mais ce tribunal-là doit se faire à la
Cour du Québec, s'il y a tribunal unifié. Alors, j'ai déjà eu des discussions
avec mon homologue fédéral à ce niveau-là. Puis je pense que ce serait
intéressant pour le gouvernement fédéral de prendre une entente avec l'État
québécois pour faire en sorte que, justement, les... le droit de la jeunesse,
notamment, et le droit de la famille soient regroupés au sein d'un même
tribunal, justement, parce que, si on a une approche en fonction des besoins
des justiciables, en fonction des familles, quand les dossiers se retrouvent,
supposons, en matière de DPJ, en matière familiale... Puis parfois il y a des
dossiers judiciarisés, supposons, à la Cour du Québec aussi, où ils traitent
plus que 99 % des dossiers en matière criminelle lorsqu'il y a de la...
supposons, de la violence, mais le fait que ce soit regroupé à la Cour du
Québec, ça pourrait être une avenue qui est intéressante.
On a certains enjeux, pour l'instant,
constitutionnels, mais je pense qu'il y aurait tout de même une volonté de l'Assemble nationale, dans un terme de... de
souci d'efficacité pour les justiciables, peut-être, de travailler là-dessus
ensemble. Alors, je tends la main à mon
collègue de l'Acadie et de Saint-Henri—Sainte-Anne. Ça pourrait être un beau consensus québécois. Alors, mon
collègue prend ça sous réserve, en délibéré.
Une
voix : ...
M.
Jolin-Barrette : ...excellent. Voyez-vous, vous êtes en train de
dégager des consensus ici. Alors, je vous remercie de les amener.
Je
comprends que, sur les types de protection qu'on met dans le projet de loi,
votre position, c'est : C'est un début, mais ce n'est pas
suffisant.
Mme Dauphinais (Chloé) : ...la
question. Oui, c'est un début, mais on pense que ça devrait aller plus loin,
parce que les gens, quand ils
choisissent de ne pas se marier, justement, ce n'est pas nécessairement un
choix. Les gens sont souvent confus
par rapport aux lois sociales, aux lois fiscales. Ils pensent qu'ils ont les
mêmes droits, les mêmes protections. Donc,
ce n'est pas nécessairement un choix. Donc, nous, on pense que, pour simplifier
le droit, ils devraient avoir les mêmes protections.
Puis vous parlez de
droit de retrait dans le projet de loi. Donc, à... Si vous mettez le droit de
retrait, on ne peut pas parler de mariage de force, parce que les gens vont
avoir la possibilité d'émettre un choix éclairé, devant un notaire, de se retirer. Donc, pour nous, s'il y a
un droit de retrait, ça devrait être les mêmes protections que le mariage,
parce qu'en plus vous pouvez les modifier devant le notaire, vous allez pouvoir
avoir les conseils. Puis j'avais une autre chose que je voulais dire, mais j'ai
oublié.
M.
Jolin-Barrette : OK. Donc, vous nous invitez, de base, à dire :
Bien, écoutez, mettez ce qu'il y a dans le patrimoine familial dans le
patrimoine d'union parentale et vous allez respecter votre équilibre, puisque
vous aurez le droit de retrait
intégralement. Donc, si jamais les gens veulent, supposons, sortir les REER,
alors qu'ils seraient dedans, ils pourront les sortir, régimes de
pension, les maisons, les chalets, tout ça.
Mme Dauphinais
(Chloé) : Certainement. Puis ils vont avoir bénéficié de conseils
juridiques, idéalement deux personnes, deux avis juridiques
différents pour que la personne soit bien conseillée.
M.
Jolin-Barrette : OK. Sur la question de la résidence, la protection
associée à l'attribution de la résidence familiale, vous nous invitez à
augmenter le délai ou peut-être ne pas en avoir, comme en situation de mariage.
On doit mettre un délai, parce que ce n'est pas la même chose que le mariage,
parce que l'union prend fin à partir du moment où il y a... il y a fin de la
vie commune. C'est une des conditions qui est perdue, contrairement au mariage,
où le lien juridique subsiste.
Quel serait un délai
qui serait approprié, qui est plus de 30 jours, selon vous? Parce que, là,
actuellement, dans le projet de loi, c'est 30 jours où est-ce qu'on peut
demander à la fois l'attribution de la résidence familiale, mais à la fois aussi
la protection pour ne pas que la maison soit vendue ou soit aliénée ou louée.
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : Bien, je dois vous avouer qu'on n'est pas juristes.
Donc, le nombre de jours est peut-être... on le laissera entre les mains de
juristes.
Nous, ce qu'on amène,
c'est que 30 jours, ce n'est pas suffisant. Les parents qui se retrouvent
dans une séparation, je vais répéter ce que la notaire juste avant moi a dit,
se retrouvent avec mille et une affaires à penser : la garde des enfants,
l'école, comment l'annoncer aux enfants. Donc, ce délai-là, en charge mentale,
déjà, le 30 jours est court. Après ça,
il faut déposer quand même la demande. Donc, il faut trouver un avocat ou, tu
sais, il faut aller chercher les moyens de déposer cette demande-là.
Puis il y a aussi un
jeu avec la manifestation expresse ou tacite. Est-ce qu'il pourrait y avoir un
juge, justement, avec un conjoint qui dit : Bien, c'était très clair, on
a... puis j'avais dit qu'on n'était plus ensemble, donc, 30 jours passés, tu n'as plus la protection
de la résidence familiale? Donc, il y a... il y a ça aussi, là, dans le
projet de loi, qui peut nous
inquiéter. Est-ce que... Comme la manifestation peut être quand même un peu
floue, est-ce qu'on pourrait jouer avec le délai pour qu'une personne
perde son droit?
M.
Jolin-Barrette : OK. Je comprends ce que vous me dites. Tout à
l'heure, au début de votre intervention, là, vous avez dit... vous parlez...
vous avez parlé d'un enjeu d'accès à la justice. Vous avez dit : Les gens
chez nous, parfois, dans le fond, ils n'ont pas les moyens de se payer un
avocat pour entamer les procédures judiciaires. Décrivez-nous, parmi les gens qui sont membres de votre association, là,
comment ça se passe, les séparations, comment vous les accueillez, puis souvent quel est le... s'il y en a un, un
portrait type de... avec les enfants, la séparation, la maison. Comment
ça se passe, là, la réalité, là, sur le terrain quand vous accueillez les gens?
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : Bien, c'est nos membres qui accueillent des gens,
mais... Et les familles qui viennent dans les associations membres, chez nous,
ce n'est pas les familles qui se séparent superbien, qui achètent un duplex, qui continuent d'aller en vacances tout
le monde ensemble, là. Nous, on a comme le 30 %, là, qui ne va pas superbien. Donc, évidemment que c'est des
séparations beaucoup plus acrimonieuses, des séparations où il y a des avocats
qui sont en... dans le dossier.
Beaucoup
de gens gagnent un petit peu plus que le seuil d'admissibilité à l'aide
juridique, donc sont obligés de faire des choix, à savoir qu'est-ce qu'on amène
en cour, est-ce que... des choix stratégiques tout le temps pour essayer
d'économiser là.
Il y en a qui ont accès aussi à l'aide juridique.
C'est superbien, mais, des fois, il y a un déséquilibre entre un conjoint qui a
accès à l'aide juridique puis un conjoint qui a beaucoup de moyens, qui se paie
un avocat. Et là ce n'est pas une critique des avocats,
des avocates à l'aide juridique, mais, vu le temps qu'ils ont devant eux, un
avocat qu'on paie, je ne sais pas, moi, 500 $ de l'heure a probablement
plus de moyens, une plus grosse équipe pour mettre du temps dans un dossier.
Donc, il y a aussi un déséquilibre là des fois.
Il
y a certains de nos groupes, dans des régions peut-être un peu plus éloignées,
qui disent : Bien, il y a des ex, puis
pas de genre à ces ex-là, qui magasinent les avocats pour être certains de
brûler tous les avocats. Parce qu'une fois que je t'ai consulté une fois puis
que je t'ai raconté un peu mon problème, bien, tu ne peux pas prendre mon
ex-partenaire. Donc, dans des régions
où il n'y a pas beaucoup d'avocats, ça, c'est une réalité dont nos groupes nous
parlent régulièrement. Ça devient difficile, parce que quelqu'un qui
veut mettre le trouble peut facilement le mettre.
Donc, on se
retrouve... Évidemment, les familles qui viennent dans nos organismes, c'est
les séparations, d'habitude, là, qui se passent le moins bien, là.
M.
Jolin-Barrette : Puis dernière question avant de céder la parole à mes
collègues. Puis, quand vous accueillez les enfants, comment ça se passe?
• (16 h 10) •
Mme Riendeau (Marie-Pier) : À
échelle variable. Nos groupes font tout ce qu'ils peuvent pour à la fois
outiller les parents à bien accompagner les enfants dans cette séparation-là
puis à... Il y a certains groupes qui ont aussi des ateliers pour
enfants pour discuter de la séparation. Mais, si les parents ne vont pas bien,
si on est toujours en train de réfléchir à comment je vais mettre de la
nourriture, comment je vais payer le loyer, bien, même si on a toutes les
bonnes intentions du monde, même si on ne veut pas que la séparation impacte
nos enfants, la... elle... la séparation va avoir un impact sur les enfants,
là.
Mme Dauphinais
(Chloé) : Mais, si je peux me permettre aussi, pour rebondir sur ce
que ma collègue dit sur la pauvreté des enfants, tu sais, c'est ça aussi qui
arrive avec le législateur en ce moment. Quand les familles essaient de se
recomposer, là, ils décident de faire vie commune, après 12 mois, il y a
des mères qui voient leurs chèques
d'allocations familiales coupés. Des fois, c'est dans les besoins de base,
après ça, qu'ils doivent faire des choix, parce que, là, le nouveau
conjoint, il ne contribue pas nécessairement à hauteur ou en... lui aussi a des
enfants. Donc, ça devient compliqué. Puis cette solidarité-là familiale, elle
est dans les populations moins nanties. Le législateur le demande, mais après
ça on ne veut pas offrir des protections. Donc, il y a comme un...
M.
Jolin-Barrette : Ça, puis j'avais dit que c'était ma dernière
question, mais c'est plus une intervention, on a déjà mis un groupe de travail entre le ministère de la Justice et le
ministère des Finances, justement, pour aborder les questions que vous
soulevez en termes de fiscalité. Ça fait que c'est quelque chose qu'on
travaille. Moi, je vais déposer la réforme le
plus rapidement possible pour faire des avancées, mais c'est quelque chose
qu'on travaille actuellement. Donc, je cède la parole à mes collègues.
Le
Président (M. Bachand) : Alors, du côté
gouvernemental, il reste 2 min 20 s. M. le député de Saint-Jean.
M. Lemieux : Merci
beaucoup, M. le Président. Quand vous parliez... Bonjour, mesdames. Quand vous
parliez du même juge... Corrigez-moi si je me trompe, mais c'est parce qu'on a
la vision de comment ça se passe aujourd'hui. Là, dans le projet de loi, il est
question d'avoir autant que possible le seul et même juge pour la suite des
choses. Est-ce qu'en ouvrant un petit peu les oeillères sur nos habitudes
d'aujourd'hui on peut imaginer que ce serait plus facile si on y allait en se
disant que le système peut s'adapter à une loi et à nous qui s'adaptons de
notre côté aussi? C'est-à-dire que j'essaie de voir si on n'est pas juste en
réaction en disant : Oui, mais là il y a un paquet de problèmes qui vient
avec ça, alors qu'en réalité, si je comprends bien la mesure et l'intention
surtout du ministre dans le projet de loi,
c'est justement de favoriser l'accès, un accès régulier, un accès qui est plus
facile, et donc plus rapide.
Là,
vous dites : Oui, mais il ne va peut-être pas y avoir autant de juges,
oui, mais ça va peut-être être compliqué, il va falloir passer par là.
Je vous demande juste de ne pas faire un saut dans le vide, là, pas une
profession de foi les yeux fermés, mais y a-tu moyen de penser que ça pourrait
être aussi une bonne chose?
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : Ça pourrait être effectivement une bonne chose. Ce
qu'on a dit, c'est : Tant qu'à aller
là, allons plus loin puis pensons à un tribunal unifié de la famille, qui, là,
simplifierait énormément la vie des familles, parce que, là, la cause au
criminel, la cause à la jeunesse et la cause à la famille seraient par le même
juge.
M. Lemieux : Oui.
Bien, vous parlez à un ministre... bien, pas moi, lui, qui a déjà fait un
tribunal spécial sur les causes en violence
conjugale et sexuelle, qui a... qui a fait trois, minimum, projets de loi pour
l'accès à la justice. Je ne sais pas où votre tribunal de la famille se
situe dans ses voeux pour l'avenir, mais là il fait déjà un beau pas, il me
semble, là.
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : Oui, et on l'admet.
M. Lemieux : OK.
Merci beaucoup, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : Député de
l'Acadie.
M.
Morin : Merci, M. le Président. Bonjour, Mmes Dufour,
Dauphinais et Riendeau. Merci d'être avec nous. C'est... Merci beaucoup
pour le mémoire que vous avez déposé.
Puis, vous voyez, on est... En fait, comme...
moi, comme député de l'opposition, là, on essaie de faire le mieux qu'on peut,
bonifier les projets de loi, mais on voit que, sur certaines questions, il y a
vraiment, là, deux... deux positions qui se dessinent. Le groupe juste
avant vous disait : Ah! non, non, écoutez, il faut garder la date du
29 juin 2025 — j'ai
posé la question, vous l'avez entendue — parce que, là, bien, les gens
vont être capables de planifier puis de voir ce qui va arriver, puis ça va être
tout... en toute... en toute connaissance de cause. Et là vous, vous nous
dites : Ah! non, non, non, il faut que ça s'applique le plus rapidement possible,
2025, c'est trop tard.
Expliquez-moi pourquoi c'est important pour vous
que ça s'applique dès maintenant.
Mme
Dauphinais (Chloé) : Oui. Bien, j'étais... j'étais... on était ici déjà
quand... quand ça a été nommé. Je pense que ce n'était pas aussi clair non plus. C'était plus : Il va y
avoir une ligne de tracée, donc, on n'est pas particulièrement contre
cette ligne-là, mais c'est... il pourrait y avoir un effet... application
immédiate de la loi, là.
Par rapport à pourquoi, nous, c'est important,
bien, c'est parce qu'on parle de... On ne peut pas refaire le passé, mais les
séparations qui vont découler des enfants qui sont aujourd'hui des enfants sont
dans le futur, ne sont pas nécessairement encore... ils n'ont pas
nécessairement eu lieu encore. Donc, c'est pour protéger ces enfants-là dans le
futur. Puis de ce qu'on comprend de l'objectif du ministre avec ce projet de
loi là, c'est de donner un filet de sécurité aux enfants advenant les
contrecoups d'une séparation. Donc, on ne comprend pas pourquoi les enfants qui
sont actuellement des enfants dont les parents sont en union de fait, eux, ne
seront pas protégés, puis ceux nés après le 29 juin 2025 le seront. Puis
ça fait juste créer une nouvelle catégorie, une nouvelle disparité entre les
enfants.
C'est sûr que nous, on n'est pas juristes, là.
C'est le point de vue d'une médiatrice qui a l'impression que les gens font ces
choix-là en toute connaissance de cause.
Moi, personnellement, je ne suis pas dans ces
milieux-là où les gens font ces choix-là en toute connaissance de cause. Les
gens pensent avoir les mêmes droits parce que la loi, souvent, les traite comme
ça, conjoints de fait ou conjoints mariés, on vous traite de la même façon.
Donc, pour la grande majorité des gens...
Puis, c'est ça, c'est que, souvent, c'est dans
des séparations où les biens, le patrimoine familial qui est en compte n'est
pas nécessairement un gros patrimoine. Les gens n'ont pas les moyens
nécessairement d'aller chez le notaire, puis
cet argent-là, pour le parent le plus vulnérable, est nécessaire. Donc, pour
nous, c'est important puis c'est... c'est important pour...
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Puis
juste ajouter aussi que, l'effet immédiat de la loi, comme il y a un droit de
retrait, il n'y a pas de grave conséquence à l'appliquer immédiatement. On
disait : Mais les gens qui ont fait des enfants
avant, ils ne l'ont pas fait sous ce régime-là. Bien, comme pour le patrimoine
familial en 1989, ils pourront, pendant un an, se dire : Bien, nous, ce n'est vraiment pas l'entente
qu'on avait, on sort de là. Il y a déjà un droit de retrait. Donc, l'effet...
l'effet immédiat de la loi devrait être... devrait pouvoir s'appliquer.
M. Morin : En fait... Oui, c'est ça.
Donc, je comprends que votre position, c'est de dire : Mais, de toute façon, l'effet de l'imposition de la loi
immédiatement est atténué par le fait qu'un couple pourrait, de toute façon, se
séparer du régime.
Et donc, pour vous, ça devrait s'appliquer
aussi... Parce que, là, évidemment, dans le projet de loi, l'union... l'union parentale, ça s'applique quand les parents
ont un enfant, mais vous, vous seriez prêts à l'étendre à des familles
monoparentales qui ont déjà présentement un enfant, si je vous comprends bien,
puis qu'éventuellement vivraient en union
parentale avec un autre conjoint, puis que, là, il arriverait un enfant à la
suite de l'union, et donc ça s'appliquerait à tous les enfants,
finalement.
Mme Dauphinais (Chloé) : Certainement.
Puis, comme le ministre le relevait tantôt avec les statistiques, c'est de plus en plus de familles qui sont... qui
vivent des séparations, des recompositions. Puis, oui, il y a une certaine... un
certain temps, un délai, peut-être une stabilité d'union avant d'imposer une
solidarité, mais on peut penser à des critères comme trois ans de vie
commune, comme c'est déjà dans certaines lois sociales ou dans d'autres
provinces canadiennes. Puis, oui, nous, ce serait important pour nous que ça
s'applique à tous les couples avec enfants, avec peut-être un critère, là, pour
harmoniser avec les lois sociales puis fiscales.
Puis aussi
on... bien, je crois que c'est l'avocat Dominique Goubau qui en parlait plus
tôt, mais, dans le projet de loi, c'est l'idée de la prise en charge
d'un enfant qui participe à l'interdépendance économique des conjoints. Donc, que ce soit ton enfant biologique ou pas,
c'est bien possible que, dans ton arrangement familial, tu fasses des
sacrifices pour l'enfant. Donc, le rôle des beaux-parents, c'est un rôle
aussi qui est important. Donc, pour nous, si on veut protéger les enfants, ce serait de l'étendre à tous les couples avec
enfants, là, que ce soient enfants en commun ou pas.
M.
Morin : Merci. Puis est-ce que je vous comprends bien
quand vous dites que, dans votre réalité, finalement, au Québec, les enfants qui naissent dans des
couples en union de fait, c'est comme la majorité, c'est devenu comme la norme?
Mme Dauphinais (Chloé) : C'est
devenu la norme. C'est 65 %. Puis, si on regarde dans certaines régions du
Québec, c'est encore plus, là, parce que les gens se marient à Montréal, Québec
un peu, mais, dans certaines régions, c'est la réalité de très peu de gens, là.
Donc, oui.
M.
Morin : OK. Les gens qui sont en union ou en couple que vous
accompagnez, est-ce que c'est souvent des gens qui sont très fortunés, ou moins
fortunés, ou ça varie totalement?
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Bien,
on ne peut pas dire que ce n'est que des gens moins fortunés, mais, majoritairement, on n'a pas d'Éric et Lola, là,
dans nos organismes, là. Donc, c'est plus des gens qui comptent leurs sous à
la fin du mois, là.
• (16 h 20) •
M. Morin : Et
puis, pour eux, est-ce que l'accès à la justice puis l'accès à l'aide
juridique, c'est un enjeu?
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : C'est un enjeu... c'est un enjeu majeur. Il y a ceux
qui y ont droit, puis on a augmenté les seuils d'admissibilité, donc, ça, c'est
bien, mais il y a quand même toute cette classe moyenne, là, qui est un peu
au-dessus des seuils, mais pas encore assez pour débourser des
2 000 $, des 3 000 $ d'acompte pour avoir un avocat ou une avocate. Donc, l'accès à la
justice reste une réalité importante pour les parents qui viennent dans nos organismes
membres.
M. Morin : D'accord.
On nous a dit un peu plus tôt... Parce qu'encore là on a... on a entendu des
avocats, des notaires. Je n'ai pas des statistiques officielles, mais souvent
les notaires, en fait, ce que je me rappelle, ils nous ont dit : Écoutez,
un notaire, quelqu'un qui est impartial, pas besoin de conseiller juridique, il
peut prendre une décision, conseiller les deux parties. Il y a des avocats qui
nous ont dit juste l'inverse.
Vous,
dans votre réalité, qu'est-ce que vous recommandez, qu'est-ce que vous voyez
qui peut être problématique, pour s'assurer que les gens sont bien
informés?
Mme Dufour
(Mariepier) : Bien, en fait, j'ai entendu le commentaire de la notaire
tout à l'heure disant, là, qu'ils sont totalement impartiaux. Je me suis fait
la réflexion : Est-ce que ces gens-là sont formés, par exemple, pour
détecter la violence conjugale? Est-ce qu'ils sont formés pour détecter le
contrôle coercitif? Donc, j'ai beaucoup de difficulté à... Même s'il pratique
dans le meilleur intérêt qu'il croit, je ne pense pas que le même notaire peut
outiller le couple. Ça prend, selon nous, absolument deux avis distincts.
M. Morin : C'est un point... c'est un point important, à mon
avis, que vous soulevez. On peut peut-être penser que, si... Parce que
le contrôle coercitif, là, ça existe, c'est clair, là.
M. Dufour
(Mariepier) : C'est insidieux. Ça ne se voit pas facilement.
M. Morin : Exactement,
ça se manifeste de différentes façons. S'il y a un couple qui vit ça, ils sont
devant une seule personne qui va décider des
deux, on s'entend que peut-être que ce n'est pas évident. D'accord. Je vous
remercie.
Puis évidemment ce
qu'on veut, c'est qu'ils soient informés, bien informés, bien éclairés.
D'ailleurs, à ce niveau-là, vous en parlez d'ailleurs dans vos documents, mais
vous suggérez qu'il faudrait absolument qu'il y ait plus d'information qui soit faite. Parce que je comprends que, dans
votre réalité, vous devez aussi rencontrer plein de gens en union de
fait qui pensent qu'ils ont un paquet de droits, puis, finalement, quand ils se
séparent, ils n'en ont pas. J'imagine, c'est aussi votre réalité.
M. Dufour
(Mariepier) : Exactement.
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : Les gens ne comprennent pas. Tu sais, puis les statistiques...
Puis même les notaires avant nous l'ont dit,
là : Ça arrive dans notre étude, ils ne savaient pas qu'ils n'héritaient
pas automatiquement. Donc, il y a
vraiment une méconnaissance. Puis, même si l'affaire Éric c. Lola a créé
beaucoup d'actualité, on en a parlé, les
gens, aujourd'hui, ne comprennent pas, parce que les lois fiscales, les lois
sociales leur envoient un autre message.
M. Morin : Exact.
Dans le projet de loi, on parle de la prestation compensatoire. Pensez-vous que
c'est un mécanisme, avec les gens que vous rencontrez, qui va être vraiment
utile?
Mme Dauphinais (Chloé) : Non, pas avec les gens
qu'on rencontre. On n'est pas contre la vertu, dans le sens qu'on n'est pas
contre qu'il soit dans le projet de loi, mais nous, on pense que les pensions
alimentaires pour ex-conjoint seraient une mesure plus simple et
efficace puis qui couvrirait aussi plus les gens que nous, on côtoie puis...
c'est ça, parce qu'une prestation
compensatoire, ça demande d'avoir un certain capital. Donc, pour les personnes
moins nanties... Puis c'est plus adapté aussi aux besoins des personnes.
Donc, la pension alimentaire pour ex-conjoint serait une meilleure mesure,
selon nous.
M. Morin : OK.
Puis donc je comprends qu'évidemment, bien sûr, quand on parle de pension
alimentaire, on parle de pension alimentaire
pour ex-conjoint. Les enfants ont déjà dans la loi actuelle des provisions, des
dispositions qui leur donnent des montants. Donc, au fond... En fait,
est-ce que je vous résume bien si... Vous demandez que le régime d'union de fait, en fait, soit à peu
près... peut-être pas identique, mais presque identique au régime
qu'ont les couples mariés. Est-ce que je me trompe, ou est-ce que je
résume trop, ou...
Mme
Dauphinais (Chloé) : On pense qu'il devrait être identique... bien,
mis à part le droit de retrait. Mais sinon, s'il y a un droit de retrait,
donnons les mêmes droits, puis les gens pourront le modifier s'ils veulent,
mais donnons cette même protection là à tous... tous les parents, les enfants.
M. Morin : OK.
Il y a... il y a des gens plus tôt qui nous ont dit : Oui, mais, au
Québec, on a la liberté de... contractuelle.
Donc, s'il y a des gens qui sont en union de fait, tu sais, justement, c'est
parce qu'ils ne veulent pas ou ils n'ont pas de contrat. Donc, vous
répondez quoi à cet argument-là?
Mme Dauphinais
(Chloé) : Qu'ils pourront se retirer avec le droit de retrait si eux,
ils tiennent à avoir... à se dédouaner du soutien mutuel et de la solidarité
familiale, qui, je pense, devraient... bien, on pense, à la fédération,
devraient être davantage les valeurs mises de l'avant par le droit familial.
M. Morin : Puis le droit de retrait, donc, devrait exister
toujours, si je comprends bien, ou si vous... il y a une date après
laquelle les gens ne pourraient plus se retirer? Qu'est-ce que vous suggérez?
Mme Dauphinais (Chloé) : Bien, nous, on proposait
un an, mais on n'est pas juristes, là. C'était notre proposition,
là.
M. Morin : OK.
Donc, après un an. OK.
Le
Président (M. Bachand) : 20 secondes,
M. le député.
M. Morin : Oui. Merci, M. le Président. Au niveau des règles
de succession, est-ce que vous avez des commentaires pour nous vis-à-vis
le projet de loi?
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : Bien, hyperintéressant, là, que la conjointe ou le
conjoint puisse hériter automatiquement. On se questionne sur le délai
d'un an. Si la protection rentre en vigueur au... Si l'union parentale
rentre en vigueur au moment de la naissance de l'enfant, pourquoi rajouter
un an de plus pour pouvoir hériter? C'est la question, en fait, qu'on
avait sur ce point-là.
M. Morin : Merci
beaucoup, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
s'il vous plaît.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup puis merci beaucoup pour votre
excellente présentation, votre mémoire.
Je voulais juste être
sûr de bien vous comprendre. Là, vous parlez de l'application de la loi dès son
adoption, donc pas en juin 2025, mais
vous le... vous en parlez pour tout le monde, là. Donc là, vous, vous
dites : Avec, sans enfants, et ceux qui ont déjà des enfants avant,
idéalement, il y a une application directe. C'est ce que vous dites.
Mme Dauphinais (Chloé) : Bien,
la position de la fédération, c'est les couples avec enfants, mais on a
toujours été solidaires aussi des autres causes, dont... pas l'enrichissement,
mais l'appauvrissement que certains... certaines femmes, par exemple,
peuvent vivre. Donc, d'emblée, on est solidaires à l'élargissement de l'union
de... Voyons, excusez-moi.
M.
Cliche-Rivard : De l'union parentale, oui.
Mme Dauphinais (Chloé) : Mais notre position,
officiellement, c'est les couples avec enfants, mais pas nécessairement
enfants communs.
M.
Cliche-Rivard : Puis vous leur... OK, pas nécessairement d'enfants
communs. Puis vous voulez leur donner
un an de «opt out» de l'application de la loi, ou de la mise en vigueur de
la loi, ou de la naissance de l'enfant, ou ça dépend si c'est l'enfant
avant puis l'enfant après? C'est quoi, votre position sur...
Mme Dauphinais
(Chloé) : Bien, je pense, c'est exactement... ça dépend. Un an
après l'application de la loi puis un an après la naissance de l'enfant.
Puis là, s'il y a des gens qui se retrouvent...
M. Cliche-Rivard : OK. Donc, la personne qui
a l'enfant avant, elle est «in», mais elle a un an postapplication de la
loi pour s'en retirer. L'enfant... La personne qui a un enfant après, elle a
un an de la naissance de l'enfant pour s'en retirer.
Mme Dauphinais
(Chloé) : Exact.
M. Cliche-Rivard : OK. Et retrait de tout,
incluant la protection de la résidence principale, ou s'il y a une limite
à la capacité de retrait dans ce que vous prévoyez?
Mme
Riendeau (Marie-Pier) : La résidence familiale, pour nous, elle devrait
être automatique à la naissance d'un
enfant. D'ailleurs, les enfants qui ne seront pas couverts, par exemple, parce
qu'un des deux conjoints est toujours marié, on devrait pouvoir sortir la... la
protection de la résidence familiale, même, de l'union parentale. À partir du
moment où il y a un enfant, il y a une protection de la résidence
familiale.
M.
Cliche-Rivard : Et jamais il ne pourrait «opt out», même de
consentement, vous pensez, de cette protection minimale là. Est-ce que vous en
faites comme une condition de droit public en disant : On ne pourra jamais
déroger à ça, là, la maison, c'est la maison? Est-ce que je vous
comprends bien ou...
Mme Dauphinais (Chloé) : Oui.
M.
Cliche-Rivard : Oui. Ça fait que, le reste, on pourrait convenir,
là. Dans le régime complet, vous dites : REER, OK, maison secondaire, je ne sais pas, OK, les
biens, na, na, na, mais ça, c'est sine qua non, c'est votre condition. Vous
dites : Ça, c'est immuable, ça, c'est le droit public, la résidence
principale.
Mme Dauphinais (Chloé) : Exact. Puis
comme ma collègue le disait, même pour des parents qui ne seraient pas en union
parentale, par exemple, parce que quelqu'un n'aurait pas réglé son divorce, il
devrait aussi y avoir la protection de la résidence familiale pour cet
enfant-là qui vient avec...
M. Cliche-Rivard : Ça fait que...
que ce soit le plus généreux et global, dans une perspective où l'enfant va
demeurer protégé, qu'importe le statut puis l'évolution du statut civil du
père.
Mme Dauphinais (Chloé) : Exact.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Oui,
parce que c'est l'enfant qu'on veut protéger. Puis dans... advenant le cas d'un des deux parents qui n'est pas
divorcé, probablement que tout est réglé, là, tu sais, la... de la résidence
familiale, il n'habite déjà plus avec... Tu sais, ça a déjà été réglé,
le patrimoine familial a été réglé. Ça fait qu'on ne voit pas pourquoi on ne
pourrait pas minimalement protéger la résidence familiale pour ces enfants-là.
M. Cliche-Rivard : Les notaires nous
le disaient, eux se sentent capables de faire un avis clair, indépendant, précis, en disant : Madame, voici tes droits,
monsieur, voici tes droits. J'imagine, ça va quand même très vite aussi, là, dans
la mesure où il y a une capacité d'évaluer ou pas. Vous, vous pensez que c'est
sine qua non, qu'on doit vraiment aller chercher deux avis juridiques.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Absolument.
Mais ce n'est pas les notaires... Tu sais, on n'est pas contre...
M. Cliche-Rivard : Pas contre les
notaires, là, non, non.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : ...contre
la compétence des notaires, mais il me semble que, si je ne suis pas à l'aise
avec le partage du patrimoine familial ou de... le retrait de l'union
parentale, j'aurais plus de place de le dire si je suis toute seule avec un notaire
que si mon conjoint est là.
• (16 h 30) •
M. Cliche-Rivard : OK. Mais eux nous
expliquaient qu'ils pouvaient faire un genre de caucus où ils parlent à madame,
puis ensuite, parlaient à monsieur.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Mais il
faut... Mais ça n'avait pas l'air d'être une pratique automatique.
M. Cliche-Rivard : OK. Ça fait qu'il
y aurait peut-être quelque chose à encadrer dans la pratique ou dans le comment on va le faire dans les meilleures
pratiques. Mais vous dites... «At the end of the day», là, ce que vous dites
comme recommandation, c'est : Allez chercher deux avis
juridiques indépendants. Je me pose juste la question sur l'accès à la justice
puis cette capacité de faire ça fondamentalement, mais ça, c'est peut-être une
autre question.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Mais on
ne veut pas nécessairement que les gens sortent du régime, donc je... Est-ce
qu'il faut favoriser l'accès au «opting out»?
M. Cliche-Rivard : Non, mais l'accès
à l'information juridique indépendante, oui.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Oui.
M. Cliche-Rivard : Merci, M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mmes Riendeau,
Dauphinais, Dufour, merci beaucoup d'avoir été avec nous cet après-midi.
Je suspends les travaux quelques instants. Merci
beaucoup.
(Suspension de la séance à 16 h 31)
(Reprise à 16 h 35)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux.
Alors, il nous fait plaisir de recevoir les
représentantes du Conseil du statut de la femme. Merci beaucoup d'être avec
nous. Je vous invite à vous présenter officiellement puis à débuter votre
présentation. Merci beaucoup.
Conseil du statut de la
femme (CSF)
Mme
Cordeau (Louise) : Merci. Bonjour aux membres de la commission.
Alors, Louise Cordeau, présidente du Conseil du statut de la femme. Je suis
accompagnée de Mme Mélanie Julien, qui est directrice de la recherche et
de l'analyse au Conseil du statut de la femme.
Alors, vous savez qu'à titre de conseiller du
gouvernement du Québec en matière d'égalité entre les femmes et les hommes, le
Conseil du statut de la femme, qui vient d'ailleurs de célébrer en 2023 ses 50
ans d'existence, est vivement interpelé par cette réforme tant attendue du
droit de la famille, qui doit impérativement répondre à la réalité des couples
d'aujourd'hui. Dans une société où l'égalité entre les sexes n'est pas encore
atteinte, que les femmes sont souvent injustement désavantagées à la fin d'une
union, vous comprendrez que nous sommes préoccupées par les dispositions
législatives proposées pour les couples vivant en union de fait.
D'entrée de jeu, le conseil salue l'intention du
législateur de reconnaître des droits et des obligations mutuelles à des
personnes vivant en union de fait, union qui caractérise aujourd'hui plus de
40 % des couples québécois. Le projet de loi n° 56
répond ainsi, bien qu'en partie seulement, à la recommandation que le conseil
avait faite au gouvernement du Québec en 2014 d'appliquer l'obligation
alimentaire et les règles de partage du patrimoine à toutes les personnes vivant en union de fait de la même façon qu'aux
personnes mariées. 10 ans plus tard, le conseil maintient cette
position.
Ainsi, le conseil regrette que le projet de loi n° 56 se limite à reconnaître des droits et des obligations
aux personnes vivant en union de fait qui
ont un enfant commun. Il comprend que le législateur centre son attention sur
l'intérêt de l'enfant. Le conseil est toutefois convaincu que l'intérêt
de l'enfant peut et doit aller de pair avec l'intérêt des conjointes et des
conjoints, y compris ceux qui ne sont pas parents.
Ce point de vue repose sur une réalité tangible.
Il existe une interdépendance économique dans les couples, qu'ils aient ou non
un enfant commun. Bien sûr, l'arrivée d'un enfant transforme la dynamique d'un
couple et les conditions de vie des femmes. Leur revenu à long terme en est
affecté. C'est ce qu'on appelle la pénalité à la maternité. Il est ainsi
justifié que des dispositions législatives soient adoptées pour les personnes
vivant en union de fait qui ont un enfant
commun. Mais force est d'admettre qu'une interdépendance économique s'observe
aussi dans les couples qui n'ont pas
d'enfants communs. S'il ne fallait retenir qu'un chiffre, ce serait
76 000. Plus de 76 000 couples sans enfants au Québec
comptaient, en 2023, sur un seul revenu. C'est donc dire que plus de
76 000 personnes âgées de 25 à 54 ans qui n'ont pas d'enfants étaient
susceptibles de dépendre de leur partenaire pour leur subsistance.
Plusieurs
situations autres que l'arrivée d'un enfant entraînent une interdépendance
économique entre deux partenaires de
vie et exigent donc une solidarité économique à la fin de l'union. C'est par
exemple le cas lorsqu'une femme se
retire du marché du travail pour prendre soin d'un parent en perte d'autonomie.
L'interdépendance économique dans le couple, avec ou sans enfants, est
d'ailleurs reconnue dans plusieurs lois québécoises. Le conseil en appelle
ainsi à la cohérence du législateur.
Nous savons aussi que l'interdépendance entre
conjointes et conjoints, avec ou sans enfants communs,
est susceptible d'entraîner un déséquilibre économique entre les deux parties à
la fin de l'union, et ce sont plus souvent des femmes qui s'en trouvent désavantagées.
Pourquoi? Parce qu'elles consacrent davantage de temps aux soins des enfants, à
la proche aidance, aux tâches domestiques. Nous le savons, ce sont des
activités réalisées gratuitement qui ont une
immense valeur économique pour la société québécoise. Elles sont aussi moins
actives sur le marché du travail, elles
occupent plus souvent un emploi à temps partiel, elles gagnent un salaire
moindre, elles ont une capacité d'épargne, un patrimoine personnel et des
revenus de retraite moindres et tendent à assumer davantage les dépenses
volatiles ou variables plutôt que les dépenses dites fixes.
Par ailleurs,
le conseil déplore que les droits et obligations qui seraient dévolus aux
personnes vivant en union de fait
soient moindres et distincts que ceux qui s'appliquent aux couples mariés. Deux
éléments retiennent particulièrement notre attention.
Le premier concerne la composition du
patrimoine. Comment justifier que le patrimoine commun des couples vivant en
union de fait soit considéré différemment de celui des couples mariés?
L'exclusion des fonds de retraite, des REER et des résidences secondaires du
patrimoine commun de ces couples aura pour conséquence de diminuer
considérablement la valeur dudit patrimoine lors d'une rupture et donc d'aller
à l'encontre du principe d'égalité entre les conjoints. Le conseil s'inquiète
particulièrement de l'exclusion des fonds de retraite et des REER, sachant que les revenus de retraite et de
placement détenus par les femmes sont moindres que ceux des hommes, et ce, en
raison des inégalités entre les sexes qui existent en amont sur le marché du
travail.
• (16 h 40) •
Le deuxième élément qui retient notre attention
est la pension alimentaire. Le projet de loi n° 56 propose des mesures pour la personne qui est désavantagée à la
fin d'une union de fait, notamment l'accès au recours en prestation
compensatoire. Cette mesure demeure toutefois largement insuffisante pour
pallier les déséquilibres économiques observés entre les partenaires lors de la
rupture et permettre à celui ou à celle qui se trouve dans une situation de vulnérabilité de reprendre son autonomie
financière, que ce soit, par exemple, après avoir diminué son nombre d'heures
de travail ou après
s'être retiré du marché du travail pour prendre soin d'un enfant ou d'un parent
en perte d'autonomie. Bref, le
conseil s'étonne qu'il ne soit pas prévu que les personnes vivant en union de
fait puissent demander une pension alimentaire pour elles-mêmes, tout en
respectant les principes qui justifient un tel recours pour les couples mariés.
Le
conseil interpelle donc les membres de cette commission à ne pas rater
l'occasion unique qui leur est offerte de
reconnaître à toutes les personnes vivant en union de fait les mêmes droits et
les mêmes obligations que les personnes mariées. Nous pensons
particulièrement au patrimoine familial et au recours à une pension
alimentaire.
Quant à la
préoccupation de ne pas marier les Québécoises et les Québécois de force, nous
y avons réfléchi et nous y répondons par trois arguments.
Premièrement,
il est prévu que les couples en union de fait puissent modifier la composition
de leur patrimoine partageable, voire se retirer des dispositions en la
matière, ce qui n'est pas possible pour les couples mariés.
Deuxièmement, la
notion de libre choix dont disposent actuellement les personnes vivant en union
de fait demeure... limitée. C'est ce qu'on
appelle la liberté contractuelle. Vous conviendrez avec moi qu'il faut être
deux pour se marier. Certaines
personnes sont forcées de ne pas se marier parce que leur partenaire, le plus
souvent l'homme, le refuse. Il faut aussi être deux pour convenir d'une
entente de vie commune.
Finalement, la
recherche nous indique que les Québécoises et les Québécois vivant en union de
fait pensent qu'ils bénéficient déjà des mêmes protections juridiques que les
couples mariés. Ce mythe du mariage automatique est nourri par le fait que
plusieurs de nos lois considèrent indifféremment les couples mariés et non
mariés. En quelque sorte, ces lois marient déjà de force les couples québécois.
C'est pourquoi, d'ailleurs, la majorité des couples ne voient pas l'utilité de
se doter d'une entente de vie commune ni même d'un testament. Or, nous savons
que de mauvaises surprises surviennent en cas de rupture ou de décès.
En fonction de ces
réalités et parfois de ces contraintes, nous sommes d'avis que l'État québécois
doit établir un encadrement juridique qui reconnaisse l'interdépendance
économique dans le couple et soutienne la solidarité entre conjointes et
conjoints à la fin de leur union.
En conclusion, le
conseil souhaite que les membres de la Commission des institutions procèdent à
une révision substantielle du projet de loi n° 56. Nous considérons qu'il
est du devoir de l'État québécois d'être un acteur significatif de changement
afin de reconnaître des droits et des obligations qui sont équivalents pour
toutes les personnes vivant en couple,
qu'ils soient mariés ou non, avec ou sans enfants, et ce, par principe
d'équité, de justice sociale et en
respectant la valeur d'égalité entre les femmes et les hommes portée par la
société québécoise. Je vous remercie.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
Me Cordeau. M. le ministre, s'il vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Me Cordeau, Mme Julien,
bonjour. Un plaisir de vous retrouver. Merci pour votre présentation puis le
dépôt du mémoire à la... à la commission.
Donc, si on y va sur
le fond de la chose, le conseil dit : On ne devrait pas faire de
distinction. Que vous ayez des enfants ou non, à partir du moment où on est en
couple, après un certain nombre d'années, ça devrait être les protections du
mariage qui s'appliquent également aux conjoints de fait, peu importe... bien,
après un certain nombre d'années, là, après... je pense, vous dites un an.
Mme
Cordeau (Louise) : On n'a pas établi de
délai. On ne s'est pas penchés sur le délai. On... En 2014, on suggérait deux
ans, mais là-dessus on n'a pas de position ferme, là, quant au délai de vie
commune.
M.
Jolin-Barrette : OK. Essentiellement, la position du conseil, ce
serait, en quelque sorte... et je reprends cette
expression-là, qui peut être caricaturale, là, mais de marier tout le monde.
Tout le monde, après deux ans, au Québec, dans le fond, de vie commune, de vie de couple, que vous ayez des
enfants ou non, on vous marie puis on vous impose des obligations, les
mêmes obligations qu'au mariage.
Mme
Cordeau (Louise) : En fait, on ne les
marie pas. Les personnes mariées ne peuvent pas se retirer du patrimoine familial, qui est d'ordre public, alors
que les conjoints de fait pourraient se retirer de ce partage de patrimoine,
qui serait équivalent, effectivement, à celui que... qui a été déterminé
législativement pour les conjoints mariés.
M.
Jolin-Barrette : Donc, vous iriez avec une disposition de retrait.
Mme
Cordeau (Louise) : Pardon? J'ai mal
compris.
M.
Jolin-Barrette : Vous iriez avec une disposition de retrait pour les
conjoints de fait.
Mme
Cordeau (Louise) : Oui, tout à fait, tout
à fait.
M.
Jolin-Barrette : C'est ça. OK. Il y a tout de même un choix dans le
mariage. Donc, lorsqu'on décide de se
marier, c'est un choix positif. Vous, vous dites : Les gens qui ne se
marient pas, ce n'est pas un véritable choix, parce que souvent, même s'ils voudraient se marier,
l'autre conjoint ou conjointe ne veut pas, donc ce n'est pas un choix... dans
le fond, ma volonté unique n'est pas suffisante, et donc ce n'est pas un choix.
Mme Cordeau (Louise) : Bien, il faut être deux, il faut être deux pour contracter,
ça, on le sait. Et nous, du point de vue du Conseil du statut de la femme et du
point de vue de... des enjeux d'égalité, et comme l'égalité n'est pas encore atteinte, on est obligés, forcés de constater que
les femmes sont encore de grandes perdantes au niveau économique lors de la
rupture d'une union.
Et, M. le ministre, ça fait 40 ans qu'on attend
une réforme en droit de la famille. Nous y sommes. Vous avez fait un grand pas.
Ce qu'on souhaite, c'est un pas un peu plus grand pour regarder la nouvelle
réalité des conjoints de fait au Québec, non pas que la réalité du mariage,
mais la réalité vécue par l'ensemble de la population québécoise qui choisit de vivre en couple et qui vit
majoritairement à titre de conjoints de fait. Et, nous, ce qu'on regarde, ce
sont les conséquences de ces ruptures-là pour les femmes qui vivent sans
avoir aucun... aucune protection ou sans avoir... on n'aime pas beaucoup le mot
«protection», au conseil, mais sans avoir aucune disposition ou sans avoir
aucun droit qui entoure la fin de la vie commune.
M. Jolin-Barrette : OK. Est-ce que
c'est... Parce que l'approche que nous, on a prise, c'est notamment l'approche
qui vient du rapport du comité consultatif en droit de la famille sur le fait
que c'est souvent la venue d'un enfant qui amène des changements dans la vie
conjugale. Donc là, vous, vous ne prenez pas cette approche-là. Vous dites : Qu'il y ait des enfants ou qu'il n'y
ait pas d'enfants, ce n'est pas ce facteur déterminant là qui amène un changement.
Parce que je vous donne un exemple. Tu sais, supposons, deux jeunes
professionnels qui décident de ne pas avoir des enfants puis qui mènent leurs carrières séparément, tout ça, là, vous,
vous voulez leur imposer les mêmes règles que le... que le mariage, même s'ils n'ont pas d'enfants.
Mme Cordeau (Louise) : On convient que l'arrivée d'enfants... et c'est ce que je
disais tantôt, que l'arrivée d'enfants a un
très grand impact dans la vie d'un couple, puis un impact... un impact souvent
plus grand pour les femmes, qui ont à renoncer, parfois, à une période
de vie professionnelle active ou à autre chose.
Les couples, comme vous le mentionnez, M. le
ministre, qui n'ont pas d'enfants ont nécessairement ou presque tout le temps
une interdépendance économique dans le couple. Ces couples-là pourraient se
retirer de ce régime. Actuellement, ce qu'on
dit aux couples, c'est : Adhérez à un régime ou à une convention commune.
Et, nous, ce qu'on dit : Bien, c'est la règle de base, vous pouvez
décider d'y renoncer en tout ou en partie. Alors, c'est...
M. Jolin-Barrette : Puis, vous,
votre proposition, c'est notarié.
Mme Cordeau (Louise) : On n'a pas de... Bien, c'est notarié... c'est-à-dire que ça
doit être un acte officiel. On n'a pas eu
de... Le conseil n'a pas fait de recommandation formelle sur qui devrait le
faire, est-ce que ça devrait être par une ou deux personnes ou... Ce
qu'il faut... ce qu'il faut retenir, c'est qu'il faut nécessairement que les
personnes disposent d'information et aient un consentement libre et éclairé.
Alors, le conseil, en 2014, recommandait deux... deux parties distinctes pour accompagner les couples ou accompagner
chacun des conjoints, deux professionnels distincts, mais le conseil n'a
pas fait de recommandation spécifique sur ce sujet-là.
• (16 h 50) •
M. Jolin-Barrette : OK. Qu'est-ce
que vous pensez des mesures en matière de violence judiciaire qu'on est venus
intégrer dans le projet de loi?
Mme Cordeau (Louise) : Tout à fait d'accord. Il y a plusieurs éléments du projet
de loi que le conseil salue. D'ailleurs,
c'est... c'est bien inscrit dans le mémoire. Malheureusement, le temps qui nous
était imparti, dans les 10 minutes, on ne pouvait pas le souligner. Mais toute la question... toute la
question de ces dispositions-là, toute la question de la protection de
la résidence familiale aussi, de la... d'une façon de faciliter l'octroi de
pension alimentaire de façon administrative, toutes les questions, comme vous
le dites, de violence judiciaire, on les salue. C'est... c'est important. C'est
un pas très important en droit de la famille qui est contenu dans ce projet de
loi là.
M. Jolin-Barrette : OK. Sur la
question de la prise en charge, idéalement, d'un dossier judiciaire par un même
juge en matière familiale, qu'est-ce que... qu'est-ce que vous en pensez?
Est-ce que ça aiderait les familles, supposons, quand il y a plusieurs... il y
a des provisoires, il y a des intérimaires, des interlocutoires? Qu'est-ce que
vous pensez de ça, dans la mesure du possible?
Mme Cordeau (Louise) : Si on enlève la notion de juge, dans tous les dossiers en
matière familiale, moins il y a
d'intervenants, plus... plus les personnes qui vivent ces réalités difficiles
sont entourées par les mêmes professionnels, que ce soit en matière de
rupture, en matière de violence, on y gagne beaucoup. Donc, que ce soit
idéalement le même juge qui entende
l'ensemble des éléments relatifs à un dossier de rupture entre conjoints, ça me
semble optimal. Comment pourrait-on le réaliser? C'est une autre
question.
M. Jolin-Barrette : Mais ça
bénéficie au justiciable...
Mme Cordeau (Louise) : Tout à fait.
M.
Jolin-Barrette : ...le fait de ne pas devoir raconter son histoire
à plusieurs reprises, puis que les faits soient repris, puis il faut
raconter, puis tout ça. Mais, je comprends, c'est une... c'est une question,
pour vous, de faisabilité.
Mme Cordeau (Louise) : Tout à fait.
M.
Jolin-Barrette : OK. Sur la question de la prescription, l'abolition
de la prescription entre conjoints, quelle est votre opinion, à...
Mme
Cordeau (Louise) : Le conseil ne s'est pas
prononcé, là, sur cet élément-là de façon spécifique.
M.
Jolin-Barrette : OK. La protection de la résidence familiale, la...
Mme
Cordeau (Louise) : Tout à fait. D'ordre
public. On ne peut pas y renoncer. On ne devrait pas pouvoir y renoncer.
M.
Jolin-Barrette : On a eu quelques commentaires à l'effet que le délai
de 30 jours... Parce que le régime, de
la façon dont il est constitué, là, c'est qu'il prend fin au moment de la... de
la fin de la vie commune. Donc, contrairement au mariage, il prend fin
immédiatement. Le mariage, le lien juridique subsiste. Là, dans le projet de
loi, on a un délai de 30 jours qui est prévu. On a eu certains groupes qui
nous ont recommandé d'allonger le délai. Est-ce que vous trouvez qu'on devrait allonger le délai à la fois
pour l'attribution de la résidence familiale et à la fois pour la protection
de la résidence familiale? Et, sous-question, si oui, ce serait quoi, un délai
acceptable, pour vous?
Mme Cordeau (Louise) : On ne s'est pas non plus prononcés sur le délai. Si je comprends bien,
c'est 30 jours pour faire la demande.
M.
Jolin-Barrette : Exactement.
Mme
Cordeau (Louise) : J'ai pratiqué en droit
matrimonial pendant plusieurs années. 30 jours, et c'est... c'est une
opinion personnelle, me semble court, considérant la réorganisation qui doit
être vécue lorsqu'une rupture survient. Mais le conseil ne s'est pas prononcé
formellement sur le délai.
M.
Jolin-Barrette : OK. Peut-être avant de céder la parole, là, à mes
collègues, là, sur la question du SARPA, le fait, là... on vient faire en sorte
de pouvoir fixer la pension alimentaire, quand les... quand les conjoints sont
d'accord, là, bien entendu. Qu'est-ce que vous pensez de cette mesure-là?
Mme
Cordeau (Louise) : C'est une très belle mesure.
C'est une mesure qui va... qui va faciliter, d'abord, je dirais, les
discussions entre les conjoints, parce que ce ne sera pas... ce ne sera pas
devant un tribunal. Et c'est aussi une mesure, je pense, qui va éviter de
dépenser des sommes importantes pour l'attribution d'une pension alimentaire
pour les enfants.
M. Jolin-Barrette : Excellent. Merci beaucoup
de votre présence, au Conseil du statut de la femme aussi. Je vais céder
la parole à mes collègues. Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Mme la
députée de Vimont, s'il vous plaît.
Mme
Schmaltz : Merci, M. le Président. Bonjour, mesdames. Merci beaucoup
d'être... d'être ici présentes, parce que c'est important. Votre voix est
importante aussi, hein? Je veux dire, c'est... Conseil du statut de la femme,
c'est extrêmement important. Alors, merci, encore une fois, d'être... d'être
présentes cet après-midi.
Tantôt, vous avez
mentionné... vous avez demandé au ministre de ne pas rater l'occasion,
justement, à la toute fin, là, de votre présentation, de ne pas rater cette
occasion. En fait, vous savez, moi, je suis convaincue qu'on ne ratera... on ne
va pas rater cette occasion, justement, de défendre les droits des enfants.
C'est important. On est... Je pense que vous
le voyez avec le ministre depuis les débuts, tout ce qui est mis en place, mon
collègue l'a mentionné tantôt, avec
les projets de loi. Je pense qu'on est... on fait des bonds assez importants au
Québec et je pense qu'on peut être
fiers là-dessus. Toujours matière à amélioration, hein, ça, c'est sûr, mais, je
pense, à la base, là, on peut être fiers. Puis ce qu'on amène
aujourd'hui, c'est vraiment quelque chose... c'est un pas de géant, puis je
pense qu'on ne doit pas l'oublier.
Puis, ceci étant dit,
en préambule tantôt, j'ai noté quelque chose qui m'a intriguée puis j'aimerais
ça que vous développiez là-dessus, parce que je ne suis pas entièrement
certaine d'avoir bien, bien compris ce que vous vouliez dire. Vous aviez dit... Vous aviez mentionné que l'intérêt de
l'enfant... — je pense, je vais mettre mes lunettes, là, parce
que je ne vois rien — bon,
l'intérêt de l'enfant doit aller de pair avec les intérêts des parents. Moi, ça
m'a... Je voudrais comprendre. Qu'est-ce que vous voulez dire par ça?
Mme Julien (Mélanie) : En fait, ce n'est pas
exactement ça. C'est : L'intérêt des enfants va de pair avec l'intérêt des
conjoints et des conjointes. La vision, actuellement, qui est défendue avec le
projet de loi, c'est avant tout... c'est : L'intérêt est centré sur
celui des enfants. Et, nous, ce qu'on dit, c'est qu'on peut à la fois
considérer l'intérêt des enfants et
considérer celui des conjoints et des conjointes qui se trouvent dans une
situation vulnérable à la fin d'une... à la fin d'une union, alors,
d'où... d'où l'intérêt de revoir le... les couples qui sont assujettis aux
droits et obligations qui sont... qui sont
mis sur la table. Alors, ce qu'on souhaite, c'est que ce soient tous les...
toutes les personnes qui vivent en union de fait, comme les couples mariés,
qui puissent bénéficier de droits et d'obligations au moment de la fin d'une
union.
Mme
Schmaltz : Mais c'est ce qu'on propose, là.
Mme Julien
(Mélanie) : Non, ce que vous... ce que le projet de loi propose, c'est
uniquement les couples en union de... les couples en union de fait qui ont un
enfant commun, alors que, nous, c'est toutes les personnes qui vivent en union
de fait.
Mme
Schmaltz : OK. Parfait. Bon, au moins, c'est un petit peu plus clair.
Parfait.
C'est ça, on parlait
aussi... J'ai-tu un peu le temps encore? Oui? OK. On parlait tantôt des
mariages forcés, puis vous avez mentionné que, souvent, ça prend deux personnes
pour se marier, puis, dans la plupart du temps, c'est les hommes qui ne sont
pas en accord avec... avec le mariage. Je pense, c'est huit sur 10, hein, ou
quelque chose comme ça, mais, en tout cas, peu importe. Selon vous, pourquoi?
Qu'est-ce qui fait que les hommes sont réfractaires à la notion du mariage?
Est-ce que c'est le fait, justement, d'avoir à partager des biens ou c'est
simplement parce que... Qu'est-ce que... La réflexion que vous faites autour de
ça, c'est quoi, exactement? Parce qu'il y a toutes sortes de raisons pourquoi
on peut refuser le mariage. Mais j'ai senti tantôt un petit peu un : Oui,
mais ce sont les hommes qui refusent. Je ne
veux pas dire qu'on les pointe méchamment là-dedans, parce que ce n'est pas...
Il y a probablement des femmes aussi... Hein?
Une voix : ...
Mme
Schmaltz : Non, non, c'est sûr, il y a des femmes aussi qui refusent,
là, ce n'est pas juste les hommes. Mais pourquoi, comme ça, un peu les
pointer... les hommes un peu réfractaires, là?
Mme Julien
(Mélanie) : Ce que la recherche, en général, nous démontre, ce que...
c'est que les gens qui se marient ne le font pas forcément pour les protections
juridiques. Les Québécois et les Québécoises, en général, n'ont pas ça dans
leur esprit au moment de demander son partenaire à se marier. Alors, ce n'est
pas du tout dans cette... pour ces raisons-là que les couples se marient ou ne
se marient pas. Alors, pour nous, ça ne fait pas partie du radar.
Mme
Schmaltz : OK. Donc, c'est vraiment par amour.
Mme Julien
(Mélanie) : Par amour, par conviction, par religion. Alors, il y a
toutes sortes de raisons qui peuvent être évoquées, mais rarement les
protections juridiques.
Mme
Schmaltz : OK. Merci. Je vais laisser la parole à ma collègue.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Il reste
deux minutes du côté gouvernemental.
M. Lemieux : ...
Le Président
(M. Bachand) : M. le député de Saint-Jean,
oui, allez-y.
M. Lemieux : Merci
beaucoup. On va continuer sur... pour faire du pouce sur ma collègue, parce
qu'on s'est fait dire que... dans les témoignages précédents, qu'effectivement
la société a beaucoup changé depuis 20 ans, particulièrement au chapitre
du mariage, et ça explique les chiffres auxquels on est confrontés, pas
seulement des couples, mais des enfants issus de ces couples-là, hors mariage.
Est-ce qu'une loi comme celle qu'on est en train de faire doit régler tout ça? Puis je viens vous rejoindre, là, sur la
partie avant les enfants. Est-ce qu'on est prêts pour ça? Plein de monde
aujourd'hui puis hier qui m'ont dit : Vous savez, la loi sur la famille,
c'est pas mal tout le temps en retard, mais,
en même temps, ça prend... Et j'en veux pour preuve le fait que les couples non
mariés ne sont vraiment pas au
courant de ce qui les attend s'ils ont un problème, l'un ou l'autre décède, et
tout le reste des problèmes qui viennent avec. Je comprends le militantisme, je comprends la volonté de faire
avancer, je comprends de faire plus qu'un pas, mais est-ce qu'on est
prêts pour ça?
• (17 heures) •
Mme Julien
(Mélanie) : En fait, à la question de savoir si on est prêts, les
Québécois et les Québécoises pensent qu'on est déjà rendus là.
M. Lemieux : Bien
oui.
Mme Julien
(Mélanie) : Alors, poser la question, c'est y répondre.
M. Lemieux : Oui, mais ça, c'est... c'est une impression, ce
n'est pas un fait puis ce n'est surtout pas une loi, là.
Mme Julien (Mélanie) : Alors, est-ce qu'on est
prêts? Dans la mesure où on pense qu'on est déjà rendus là, que c'est
déjà reconnu et qu'ils... et que les Québécois et les Québécoises souhaitent
avoir des protections, des droits équivalents, alors, bien sûr que nous y
sommes rendus. Et...
M.
Lemieux : Mais, quand vous dites : Ils sont... on est
déjà rendus là, c'est de la mauvaise information. C'est d'abord, et ça, avant
tout, une mauvaise impression, là.
Mme Julien (Mélanie) : Oui, mais,
pour eux, ça va de soi que l'ensemble des couples, qu'ils soient mariés ou non,
bénéficient des mêmes droits et obligations. Alors, en ce sens-là, ils sont
favorables à ce que les protections soient équivalentes.
M. Lemieux : Je voudrais bien voir
le gouvernement qui va leur dire qu'ils sont rendus là avant de l'être.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme
Maccarone : Merci, M. le Président. Bonjour, Me Cordeau,
Mme Julien. Un plaisir de vous avoir avec nous aujourd'hui. Merci
pour votre mémoire puis aussi pour votre présentation.
Évidemment, je souhaite parler des femmes. Puis
je ne sais pas si vous avez vu passer le témoignage de les professeures
Langevin, Belleau, Lavallée. Ils nous ont beaucoup éclaircis en ce qui concerne
la condition féminine, une cause que je sais qu'on partage, puis ils ont parlé
de... on est en train de créer des catégories des femmes. Je souhaite avoir
votre opinion là-dessus parce que je sais que vous avez quand même élaboré un
peu là-dessus. Mais, si le projet de loi est adopté dans sa forme actuelle, que
sera l'impact des femmes aujourd'hui? Est-ce que c'est vrai qu'on va avoir des
catégories des femmes suite à l'adoption du projet de loi n° 56, dans sa
forme sans modification?
Mme Cordeau (Louise) : Il est évident que le projet de loi est d'abord axé sur
l'intérêt de l'enfant et que des dispositions sont prises pour favoriser la
sécurité des enfants lors d'une rupture. Alors, est-ce qu'il y aurait des différences entre les femmes? Bien sûr, c'est...
ça me semble évident. Les femmes qui vivent en union de fait qui n'ont pas d'enfant commun avec un conjoint, mais qui
peuvent vivre en union de fait avec des enfants, des unions recomposées,
on en voit, qui prennent en charge des
enfants de leur conjoint, qui peuvent faire des choix de famille, parce que
c'est une famille recomposée, n'auraient pas de droits et d'obligations.
C'est un seul exemple qui me vient en tête, mais je pense qu'il est assez
éloquent.
Mme Maccarone : D'abord, je présume
que vous partagez... On a eu Me Tétrault qui a passé en commission hier, puis il utilise à peu près les mêmes
exemples que vous. On parle de la pénalité à la maternité. Il ne l'a pas
qualifiée d'exactement la même façon, mais il a quand même peinturé un
portrait. Mais il a aussi dit quelque chose que j'ai trouvé fort intéressant,
parce qu'il a dit : La situation économique des enfants est directement
liée à la situation économique des femmes.
Alors, encore une fois, je souhaite vous
entendre un peu là-dessus, l'impact sur les enfants. Parce que l'autre chose
que, peut-être, vous pourriez aussi nous clarifier votre position... On a aussi
entendu plusieurs groupes, puis là il y a
plusieurs opinions, là, je ne suis pas avocate, mais il y a plusieurs
opinions : On a des catégories des enfants, on a des catégories des
femmes. Alors, quand vous parlez un peu de la situation économique de l'enfant
qui est directement en lien avec la situation économique des parents, ça
peut être la femme, ou l'homme, ou le parent en question, est-ce qu'on a
aussi... est-ce que nous sommes en train de faire ceci avec ce projet de loi?
Et est-ce qu'on est en train de créer des catégories des enfants?
Mme Cordeau (Louise) :
Nous, ce sur quoi on veut surtout axer notre argumentaire, ce sont pour les
conjoints de fait qui n'ont pas d'enfants, parce qu'on considère que le projet
de loi qui est devant nous prévoit des dispositions quant aux droits qui
seraient afférents aux couples qui ont des enfants communs. Quant aux couples
qui n'ont pas d'enfants communs et qui vivent en union de fait, pour
différentes raisons, les femmes sont désavantagées à la fin de leur union. J'en
ai... j'en ai nommé quelques-unes, de ces raisons. Donc, la maternité n'est pas
le seul élément qui fait en sorte que les
femmes, à la fin d'une union, sont moins avantagées que les hommes ou... puis
là je fais femmes et hommes, mais on peut regarder d'autres... d'autres
types de couples aussi.
Mais ce qu'il faut retenir, c'est que ces femmes
peuvent ne pas avoir d'enfants communs avec leur conjoint, mais la proche aidance, on en parle de plus en
plus, prendre charge d'un parent malade, ce n'est pas un enfant commun. Et n'oublions pas, et ça, je l'ai répété tantôt,
l'interdépendance économique des conjoints, nonobstant qu'ils aient des enfants
ou non, existe dans presque tous les couples.
Mme Julien (Mélanie) : Si vous
me permettez, j'ajouterais que toutes les autres juridictions canadiennes reconnaissent
le droit des personnes qui vivent en union de fait de demander une pension
alimentaire pour soi-même à la fin de l'union, et il n'y a aucune juridiction
canadienne qui exige... qui limite ce droit-là aux personnes qui vivent en
union de fait qui ont un enfant commun. C'est... Ce n'est pas un critère qui
est exigé ailleurs au Canada. Alors, si le
projet de loi n° 56 était adopté tel quel, ce serait une singularité du
Québec par rapport à l'ensemble des autres juridictions canadiennes.
Mme Maccarone : C'est bon de le
savoir. Merci. On a aussi entendu, par contre, que les contrats de vie commune,
là, ça peut être une panacée, c'est une solution. Est-ce que c'est une
solution? Est-ce que vous, vous connaissez beaucoup de gens qui connaissent
c'est quoi, un contrat de vie commune, puis c'est utilisé? Vous avez beaucoup
de statistiques, merci pour ça, dans votre document.
Mme Julien
(Mélanie) : Moins de 8 % des personnes... des personnes
qui vivent en union de fait ont convenu d'une entente de vie commune.
Alors, effectivement, c'est très peu.
Mme Maccarone : Mais,
quand on parle d'un «opting in», «opting out», là, comment allons-nous... Si,
mettons, on... c'est quelque chose, puis la loi est adoptée, comment allons-nous
informer la population si on dit que... Parce que, je comprends, on
parle beaucoup de mariage de force, on souhaite avoir une équité pour toutes
les femmes, peu importe leur situation, qui
sont conjointes de fait, qui sont mariées, qui ont enfants, sans enfants, mais
comment en informer la population que ça, ça existe, mettons, s'il y a un
«opting out» qui serait mis en place? Comment ça fonctionnerait, selon vous?
Mme Cordeau
(Louise) : C'est un très grand défi. Si on
regarde... Si on considère que la dernière réforme date de plus de 40 ans et que... si on parle du partage du
patrimoine familial aujourd'hui à plusieurs couples, je ne suis pas certaine que l'information précise existe, des
couples mariés. Alors, la question de l'information, peu importe l'ensemble
des dispositions qui seraient retenues dans ce projet de loi, l'information est
au coeur, au coeur de ce qui doit être fait quant aux couples qui vivent en
union de fait au Québec.
Mme Julien (Mélanie) : Mais, du
moins, avec la proposition du conseil, c'est que, les droits et les obligations
de base, l'ensemble serait reconnu à l'ensemble des personnes. Alors,
l'information, ce serait pour s'en... y renoncer. Alors, c'est a contrario que
la liberté contractuelle va se faire, va s'exercer, alors qu'actuellement, les
gens qui veulent bénéficier de ces droits, de ces protections-là doivent être
informés pour aller chercher une entente de
vie commune. Alors, nous, on dit : Donnons-leur un ensemble de base, des
droits et... reconnaissons-leur des droits, des obligations de base, et, si ça ne convient pas à leur mode de
fonctionnement, ils auront la liberté contractuelle d'y renoncer.
Mme Maccarone : Mais il
faudrait les informer.
Mme Julien (Mélanie) : Absolument,
avec avis juridique, absolument.
Mme Maccarone : Parce qu'on a
aussi entendu... Il y a du monde qui dit qu'on devrait avoir accès à un
conseiller juridique indépendant. On a discuté un peu de ça avec les notaires,
avec le regroupement des personnes qui représentent des familles
monoparentales, recomposées aussi, puis il y a des doutes que ça fonctionne — eux,
ils militent — qui
dit : Oui, on fait ça au quotidien, mais il y a plusieurs... Moi, je
connais plein, plein, plein, surtout des femmes, qui n'ont pas accès. Ça fait
que que devons-nous faire pour aider à cet... Parce que, si on dit qu'on doit
informer la population, la loi va changer, on veut donner un accès aux droits,
je n'ai aucune idée ça va avoir l'air de quoi,
le projet de loi, à la fin du processus de l'étude détaillée. J'espère qu'on va
avoir des modifications pour bonifier la loi. Mais comment allons-nous faire pour
s'assurer que tout le monde a accès à un conseiller juridique indépendant?
Mme Cordeau
(Louise) : Je n'ai pas la réponse. Je n'ai
pas la réponse. Mais ce qui est clair, c'est qu'à partir du moment, comme l'a
dit Mme Julien, où l'ensemble des couples vivant en union de fait ont des
droits et des obligations qui sont communs,
et je pense particulièrement aux droits et obligations qu'auraient les femmes,
il y aurait un minimum qui serait acquis pour les femmes qui vivent en
union de fait.
Mme Maccarone : Je commence à
avoir l'impression que ça va être plate avoir une relation de couple puis plate
avoir des enfants, parce que ça commence à être très compliqué.
On parle beaucoup des dates dans ce projet de
loi. L'application de la loi, ça va être un an après si, mettons, c'est le cas
puis... exemple, en 2025. Puis on parle aussi, mettons, de 30 jours
d'attribution de la résidence familiale après qu'on... quand on est en union de
fait. Puis le ministre dit souvent qu'on n'a pas le choix, il faut faire ça. On
a entendu un autre avocat dire que ce n'est pas le cas, on n'a pas besoin
d'avoir une date du tout. Moi, je connais des familles,
enfants et sans enfants, qui ont décidé de partager la maison pendant une
période d'un an et demi. Votre opinion là-dessus, que devons-nous faire
en termes de ce type de date à l'intérieur du projet de loi?
• (17 h 10) •
Mme Cordeau
(Louise) : Le conseil ne s'est pas
prononcé, n'a pas fait de recommandation sur les dates. Je pense qu'il faut
revenir aussi à l'essence de la nature de la protection de la résidence
familiale, pourquoi ça existe en cas de
rupture. Alors, je pense que c'est dans des situations où des gestes... des
gestes rapides doivent être posés pour la protection... la protection
des enfants et de la personne qui resterait dans la résidence familiale. Alors,
je pense qu'il ne faut pas perdre de vue l'objet et le sens de la protection de
la résidence familiale.
Mme Maccarone : Ça
fait que, dans le fond, moi, ce que j'entends, c'est : On a besoin d'avoir
quelque chose qui est plus sur mesure et non du mur-à-mur. Est-ce que
c'est un...
Mme Cordeau
(Louise) : Là-dessus, le conseil ne s'est
pas prononcé.
Mme Maccarone : OK.
Je comprends. Selon vous, est-ce que le projet de loi reconnaît le travail non
rémunéré? Vous l'avez évoqué un peu dans vos remarques.
Mme Julien
(Mélanie) : Il reconnaît la pénalité à la maternité, dans une certaine
mesure, parce qu'il accorde des droits et des obligations aux personnes qui
vivent en union de fait qui ont un enfant commun, mais ne reconnaît pas le
travail non rémunéré qui concerne les personnes vivant en union de fait qui
n'ont pas d'enfant commun. Alors, comme Me Cordeau le disait, des personnes
proches aidantes, par exemple, il y a un certain nombre de personnes sans
enfant commun qui vont prendre soin d'un parent vieillissant, même d'un
beau-parent, alors, qui s'investit dans la... dans une perspective de
solidarité familiale, met en... sur pause ses activités professionnelles pour
prendre soin de cette personne-là, arrive la fin d'une union et vit un
désavantage économique flagrant vis-à-vis son ex-partenaire. Il n'est pas en
mesure... n'est pas en mesure de demander une pension pour soi-même pour
recouvrer son autonomie financière à la fin de l'union. Alors, effectivement,
le projet de loi ne reconnaît pas ce type de situation là.
Mme Maccarone :
Bon, ça fait le tour pour moi, mesdames. Merci beaucoup. Ça a été fort
intéressant d'échanger avec vous, surtout, comme j'ai mentionné par avant,
qu'on a plusieurs opinions. Ce qui est clair, c'est qu'il y a plusieurs
opinions puis il n'y a pas un chemin à prendre. Mais j'espère qu'on va pouvoir
compter sur toutes les collègues féminines de porter la voix des femmes lors de
l'étude détaillée de ce projet de loi pour s'assurer qu'on protège les droits
des femmes, qu'on protège les droits de toutes les familles qui sont concernées
par ce projet de loi. Merci beaucoup pour votre passage en commission. C'est
grandement apprécié.
Le Président (M. Bachand) : À mon tour de vous dire merci, Mme Julien et Me Cordeau, d'avoir été
à la commission.
Et puis je vais
suspendre les travaux quelques instants pour accueillir le prochain groupe.
Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
17 h 13)
(Reprise à 17 h 18)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux.
Il me fait plaisir
d'accueillir les représentantes du Groupe des 13 . Alors, je vous invite à
vous présenter, après ça à débuter votre présentation pour 10 minutes.
Merci beaucoup.
Groupe des 13 (G13)
Mme Bélanger
(Annie-Pierre) : Annie-Pierre Bélanger, coordonnatrice du Groupe des
13.
Mme Arsenault
(Sara) : Sara Arsenault, responsable des dossiers politiques à la Fédération
des femmes du Québec.
Mme Lapointe (Marianne) : Marianne
Lapointe, au Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail,
le CIAFT.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Allez-y.
Mme Bélanger
(Annie-Pierre) : M. le Président de la commission, M. le ministre de
la Justice, mesdames et messieurs membres de la commission, on vous remercie de
nous recevoir dans les cadres... dans le cadre de la consultation sur le projet
de loi n° 56. Nous représentons le Groupe des 13, une coalition féministe
qui existe depuis près de 40 ans et qui regroupe 23 organisations
féministes nationales à travers le Québec.
Bien que nous
reconnaissions le bien-fondé du projet de loi n° 56, aujourd'hui, on va
vous présenter une analyse du point de vue
des femmes et des personnes marginalisées. Compte tenu du temps alloué, on va
aller directement aux recommandations principales et on vous transmettra
un mémoire plus complet d'ici le 7 mai.
Pour notre première
recommandation, nous demandons que le gouvernement respecte ses engagements en
matière d'égalité énoncés dans la stratégie égalité 2022-2027 et qu'il réalise
une analyse différenciée selon les sexes dans
une perspective intersectionnelle, ADS+, du projet de loi, qu'il la rende
publique en toute transparence et qu'il effectue au besoin les correctifs nécessaires. Cette analyse devrait être
construite dans une perspective intersectionnelle, comme stipulé dans le
cadre de référence pour les projets pilotes en ADS+ déposé en 2023 par le Secrétariat
à la condition féminine. Cette démarche est essentielle pour assurer le respect
des droits fondamentaux.
Notre deuxième
recommandation qui est primordiale pour nous en regard du projet de loi à
l'étude soit que les mêmes protections s'appliquent aux conjoints de fait
qu'aux couples en union civile. Plus concrètement, nous demandons que l'on
modifie le Code civil afin d'accorder aux conjointes et conjoints de fait les
mêmes droits que les couples en union
civile, c'est-à-dire que nous souhaitons leur rendre applicables les
articles 521.6 à 521.19 et 585 à 596.1 du Code civil, avec les adaptations nécessaires, ainsi que les droits et
obligations en matière de succession et aliments. Cette recommandation
s'appuie sur notre ADS+ de la situation des conjoints de fait, dont voici
quelques éléments : la persistance des inégalités de revenus, les taux
d'union libre qui sont plus élevés dans des régions où les hommes gagnent près
du double du revenu médian des femmes, 41 % des enfants de conjoints de
fait qui n'ont pas le même niveau de vie chez leurs parents après une séparation. Le Québec est un
des endroits du monde où il y a le plus d'unions libres, mais aucun
encadrement, contrairement à d'autres provinces canadiennes.
• (17 h 20) •
Par ailleurs, bien que le Québec veuille
respecter le libre choix, ce choix n'est ni libre ni éclairé, puisque seulement 8 % des couples en union libre ont
rédigé une convention de vie commune. Pire, selon des données de 2022,
50 % des personnes en union libre pensent que la loi les traite de la même
manière que les couples en union civile. Une personne sur quatre en union de
fait voulait se marier, mais l'autre non. Enfin, selon une étude récente, plus
de 70 % des Québécois et Québécoises sont
favorables à un traitement juridique similaire des couples mariés et en union
libre. C'est pourquoi nous recommandons, en
troisième point, que l'on définisse les conjointes, conjoints de fait comme
étant deux personnes, quel que soit leur sexe ou leur identité de genre, qui
répondent à l'un des critères suivants : soit qu'ils font vie commune, et
qu'ils se présentent publiquement comme un couple, et qu'ils sont tous les deux
parents d'un même enfant, sans égard à leur
durée de vie commune, qu'ils font vie commune et qu'ils se présentent
publiquement comme un couple depuis au moins trois ans, qu'ils ont signé un
contrat de vie commune notarié et qu'ils l'ont enregistré auprès du Directeur
de l'état civil. Cette recommandation
vise à simplifier le droit et à harmoniser la définition avec d'autres
lois sociales.
En ce sens, notre quatrième recommandation est
donc que la loi s'applique aux conjoints de fait répondant aux critères de
notre recommandation 3, et cela, dès l'entrée en vigueur de la loi, que les
couples jouissent d'un délai d'un an après
l'adoption de la loi pour se soustraire de son application par acte notarié et
que le ou la notaire qui enregistre la
décision ait l'obligation de s'assurer que chaque conjoint ait bénéficié d'un
conseil juridique indépendant au préalable comme condition à la validité
de la convention. Le but de cette recommandation est d'avoir un effet immédiat,
comme ce fut le cas pour l'instauration du
patrimoine familial en 1989, et d'inscrire la liberté contractuelle dans une
culture du consentement libre et éclairé.
Comme nous l'avons dit précédemment, les couples
en union libre sont confus par rapport à leurs droits, confusion qui vient en partie de la fiscalité et des lois sociales, qui
les traitent comme interdépendants. Notre cinquième recommandation est
donc, dans tous les cas, que le gouvernement réalise une campagne d'envergure
pour informer la population de ses droits en
matière de droit de la famille à la lumière des modifications adoptées par le
projet de loi n° 56.
Mme Lapointe
(Marianne) : Nous venons de vous présenter nos recommandations
primordiales. Si, toutefois, le législateur décidait de ne pas les
retenir en entier, voici nos amendements prioritaires.
Nous recommandons, en sixième point, que le
PL 56 soit immédiatement effectif afin qu'il couvre tous les enfants des conjointes et conjoints de fait qui...
qui sont déjà nés, en commun ou non, parce que le PL 56 instaure une
nouvelle discrimination envers les enfants en fonction du statut matrimonial
des parents.
Sur le droit de retrait tel que présenté dans le
PL 56, nous recommandons, en septième point, que, dans tous les cas où les
conjoints de fait ou en union parentale prennent une décision concernant
l'inclusion, le «opting in», ou l'exclusion, le «opting out», de dispositions
du patrimoine... que le notaire qui enregistre la décision ait l'obligation de
s'assurer que chaque conjoint ait bénéficié d'un conseil juridique indépendant
au préalable comme condition à la validité de la convention. Le but de cette
recommandation est de prôner une culture de consentement libre et éclairé, pour
les raisons évoquées précédemment, mais aussi pour les conflits d'intérêts
entre les deux personnes du couple.
Notre huitième recommandation est que soit
inclus dans les dispositions concernant le patrimoine d'une union parentale ou
d'une union de fait l'ensemble des éléments qui sont inclus dans le patrimoine
familial, en particulier tous les actifs accumulés pour la retraite provenant
de l'ensemble des outils d'épargne-retraite en vigueur, les droits accumulés dans le Régime des rentes du Québec, les régimes
complémentaires de retraite, les REER, les CELI et autres instruments
d'épargne-retraite. Ces actifs représentent une part importante des avoirs des
ménages, et les femmes y contribuent par leur travail rémunéré, mais aussi par
leur travail non rémunéré ou invisible. Aujourd'hui, il demeure des écarts de revenus importants entre les femmes et les hommes.
Ces écarts se reflètent dans la capacité d'épargne tout au long de la vie, et
donc dans les revenus à la retraite. Pour les femmes, l'écart se situe à moins
de 30 %, évidemment inférieur, à celui des hommes. Les femmes
sont... ont effectué 61,1 % du total des heures de travail non rémunéré
entre 2015 et 2018. Par ce travail de soins en tant que mères, conjointes et
proches aidantes, ces femmes contribuent à la santé de la famille et de la
société, ce qui produit une valeur. En 2018, la valeur de ce travail se situait
entre 25,5 % et 37,3 % du PIB, selon la méthode utilisée. En
contrepartie, elles sont moins disponibles pour le travail rémunéré et cumulent
un retard important dans le revenu et les épargnes-retraites.
Sur d'autres sujets, nous avons constaté que
certains articles du PL 56 limitent les protections accordées. Nos deux
prochaines recommandations seront deux exemples.
Premièrement, le PL 56 instaure un délai de
30 jours pour les protections provisoires liées à la résidence familiale.
Nous sommes en désaccord. Ce délai n'existe pas pour les couples en union
civile. Le délai de 30 jours ne respecte
pas les délais actuels pour obtenir l'aide juridique et intenter un recours. Ce
délai n'est pas réaliste, parce que, dans les premiers temps d'une
séparation, il y a beaucoup de chamboulements, dont la garde des enfants, qui
est, somme toute, prioritaire, et que les dates de fin d'union ne sont pas
toujours claires. Pour toutes ces raisons, notre neuvième recommandation est
que le délai de 30 jours prévu à l'article 521.27 du projet de loi
soit supprimé et que toutes les protections
liées à la résidence familiale énumérées dans les articles 401 à 413 et
3062 du Code civil s'appliquent aux
conjoints en union parentale et aux conjoints de fait, et qu'elles restent en
vigueur jusqu'à ce qu'un jugement final sur la dissolution de l'union
soit rendu.
Deuxièmement,
au sujet de la prestation compensatoire, nous pensons que les articles 427
à 430 du Code civil devraient s'appliquer tels quels, c'est-à-dire que
notre 10e recommandation est de retirer l'article 521.46, limitant le
calcul de la prestation compensatoire à la valeur
marchande dans le PL 56. La raison est que la jurisprudence a tendance à
fixer la prestation compensatoire à la valeur accumulée plutôt qu'à la valeur
marchande. Donc, cet article du PL 56 constitue, en fait, une perte par
rapport à la situation actuelle des conjoints de fait.
En conclusion, nous
réitérons notre position d'accorder les mêmes dispositions aux conjoints en
union libre qu'aux conjoints en union civile après trois ans de vie commune ou
un enfant commun, et ce, dès l'application de la loi, avec un droit de retrait
libre et éclairé la première année et une large campagne d'information. Il en
va du respect des engagements du gouvernement en matière d'égalité entre les
femmes et les hommes, de non-discrimination des femmes et des enfants, et de
solidarité, toutes des valeurs chères à la société québécoise et promues par la
CAQ. Si le législateur restreint les
protections aux conjoints de fait ayant un enfant en commun, nous recommandons
prioritairement d'encadrer l'effet immédiat de la loi, le droit de
retrait libre et éclairé d'inclure les régimes de retraite, de retirer le
libellé qui limite à 30 jours le délai pour protéger la résidence
familiale et celui limitant le calcul de la prestation compensatoire. Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Merci infiniment.
M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui, merci, M. le
Président. Mme Bélanger, Mme Arsenault, Mme Lapointe, merci
d'être présentes à l'Assemblée nationale et de présenter votre mémoire, de participer aux
consultations du projet de loi n° 56.
D'entrée de jeu,
je... Vous avez 10 recommandations. On va les aborder plus en détail,
mais, sur la question du projet de loi lui-même, là, je comprends que vous,
vous dites : Il n'est pas parfait, il faut aller plus loin, mais vous
reconnaissez que c'est déjà une avancée par rapport à ce qu'on a actuellement.
Mme Arsenault
(Sara) : Oui, en effet, c'est sûr qu'on aimerait souligner quand même
le courage que ça prend d'apporter ce sujet-là à l'Assemblée nationale,
d'ouvrir le débat de société. Évidemment, on est ouvertes avec le concept
d'union parentale. Bon, nous, on va parler plutôt du patrimoine d'union de fait
ou d'union de fait puisque c'est notre... notre recommandation principale.
C'est sûr,
évidemment, aussi, par rapport aux violences judiciaires, il y a quelque chose
qui est vraiment très intéressant dans ce que vous proposez. Plus
principalement, on sait, comme Me Kirouack l'avait nommé en... lors de son
intervention hier, il y a un concept de chose jugée par rapport... qui ne
s'applique pas par rapport aux gardes et aux aliments. Donc, il y a
effectivement des dérives parfois au niveau des violences judiciaires. Donc,
c'est vraiment une avancée par rapport à cela.
Ensuite, on pourra
discuter aussi, là, d'autres mesures que vous proposez dans le projet de loi.
• (17 h 30) •
M. Jolin-Barrette :
Peut-être en lien avec la violence judiciaire, là, qu'on insère, là, on
propose également, aussi, lorsque c'est
possible de le faire, qu'un dossier en matière familiale soit suivi par le même
juge dans la mesure du possible. Qu'est-ce que vous pensez de cette
proposition-là?
Mme Arsenault (Sara) : C'est
une proposition qui est intéressante dans un monde parallèle, je vais
m'expliquer, dans le sens où il y a plusieurs limites, quand même, dans
le concret de la pratique, là. Dans une autre époque, je pratiquais en droit familial. Il y a plusieurs
choses à prendre en considération : engorgement des tribunaux, le manque de juges en Cour supérieure, le fait que
d'avoir un même juge attribué puisse apporter des enjeux au niveau de la disponibilité, et donc des délais. On sait
que les demandes provisoires en garde... en droit familial sont des demandes
qui doivent être entendues d'urgence. Donc, c'est important qu'il y ait une
disponibilité des fonds et des ressources qui soit proportionnelle à la mesure,
là, qui est proposée.
M. Jolin-Barrette :
Mais là on est sur la mécanique davantage, là, mais...
Mme Arsenault
(Sara) : Absolument.
M. Jolin-Barrette :
...sur le principe, là, le...
Mme Arsenault
(Sara) : Sur le principe, c'est un principe, comme on vous dit, qui
est... qui est très intéressant. Ensuite, on
ne peut pas non plus faire fi de la réalité, là, parce qu'on sait que ça va
être des femmes, des enfants et des familles qui vont en payer le prix.
Donc, il faut faire attention quand même avec ce type de mesures là, d'avoir
les ressources qui sont appropriées.
M. Jolin-Barrette : Donc, si l'utilisation et
le mode de gestion est revu, en tout respect de l'indépendance judiciaire...
Parce que ce n'est pas moi qui assigne les juges de la Cour supérieure, ce
n'est pas moi qui les nomme non plus, c'est
le fédéral, puis ce n'est pas moi qui attribue le nombre de postes. D'ailleurs,
dans le projet de loi n° 54, on est venus prévoir sept postes
supplémentaires de juge de la Cour supérieure. Donc, nous, on fournit les
bureaux, les adjointes, le soutien à la magistrature, donc... puis on fait des
démarches auprès du gouvernement fédéral pour avoir davantage de juges.
Mais, cela étant, je
comprends que c'est plus simple pour les justiciables si c'est le même juge qui
suit leurs dossiers, dans la mesure où ils sont disponibles, ils sont... ils
pratiquent. Donc, on comprend. OK.
Mme Arsenault
(Sara) : Oui. Et j'ajouterais aussi dans la mesure où... ça a été
quand même mentionné par d'autres intervenants, intervenantes, bien, qu'il y
ait une sensibilité aussi de ce juge par rapport au droit familial et des
enjeux qui sous-tendent également.
M. Jolin-Barrette : Mais,
dans les faits... bien, en fait, non, pas dans les faits, théoriquement, quand
on se présente devant la cour, on est censés avoir le même traitement,
peu importe qui est sur le banc.
Mme Arsenault (Sara) : C'est un
commentaire que je vous ai entendu faire dans d'autres interventions, là. On pourrait avoir des discussions, quand même,
parce qu'il y a des réserves, quand même, à la mise en application, là. Je pense que les juges sont des êtres humains qui
ont parfois des biais. Il y a des recherches qui remontent... qui démontrent
quand même qu'il y a des biais sexistes qui s'immiscent parfois dans les
jugements en droit familial. Donc, c'est important de le prendre en
considération.
M. Jolin-Barrette : Mais je
suis intéressé à vous entendre là-dessus.
Mme Arsenault (Sara) : Moi, je
ne suis pas chercheuse, donc ce n'est pas nécessairement ça qu'on veut apporter aujourd'hui, mais on pourra vous... vous
donner des références ou des... de la documentation, si vous le souhaitez,
après la consultation.
M. Jolin-Barrette : Bien,
certainement, si vous voulez le transmettre au secrétariat de la... de la
commission. Je suis convaincu que les parlementaires seraient intéressés à
avoir ça.
Mme Lapointe (Marianne) : ...
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme Lapointe (Marianne) : Je
crois qu'il y a des dispositions dans la stratégie égalité à ce propos, mais,
comme ce n'est pas une question à laquelle je m'attendais, je n'ai pas lu ces
articles-là. Mais je vous invite à relire la stratégie en égalité qui
appartient au gouvernement.
M. Jolin-Barrette : Excellent.
Sur vos recommandations, vous nous proposez, dans le fond, que ce que... que
les conjoints, lorsque ça fait trois ans qu'ils sont ensemble, dans le fond,
ils aient les mêmes obligations que les conjoints qui sont mariés, dans le
fond, faire en sorte que l'écoulement du temps fasse en sorte, même s'ils n'ont
pas d'enfants, que les règles du mariage s'appliquent à eux. J'ai bien compris?
Mme
Bélanger (Annie-Pierre) : Nous, c'est l'union civile, par contre. Le
mariage, il y a certaines dispositions qui
sont différentes puis il y a aussi un aspect souvent religieux. Alors, on
parlait des mêmes dispositions que l'union civile.
M. Jolin-Barrette : Je comprends,
mais le régime est similaire. Puis, dans le fond, le mariage, ça peut être
célébré dans une église comme ça peut être célébré par un notaire, par le
maire, au palais de justice aussi, là, donc...
Mme Arsenault (Sara) : Oui. Bien, en
effet, peut-être pour compléter ma collègue, tu sais, c'est... c'est surtout
qu'on entend beaucoup ce discours du mariage forcé. Par contre, il faut faire
quand même attention, parce que, nous, par exemple, nos recommandations, ce
n'est pas de retransférer les normes par rapport à la célébration du mariage, par exemple, ou de demander l'application
de la Loi sur le divorce dans... dans le cadre de nos recommandations.
Donc, c'est là où est-ce qu'on fait une petite distinction.
Puis également il y a quand même plusieurs
retraits ou exclusions qui sont prévus dans le projet de loi. Donc, pour nous,
ce n'est pas assimilable, dans le fond, au régime du mariage.
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
vous voulez les protections associées au mariage ou à l'union civile pour...
Mme Arsenault (Sara) : Les
obligations, les droits et les protections, en effet.
M. Jolin-Barrette : C'est ça. OK.
Tout à l'heure... Donc, vous êtes d'accord avec la protection puis l'attribution de la résidence familiale. Vous
dites, par contre, le délai de 30 jours, il est trop court. On doit mettre
un délai. Alors, vous nous suggérez d'élargir ce délai-là jusqu'à
combien de temps?
Mme
Bélanger (Annie-Pierre) : En fait, notre... Bien, ce qu'on remarquait, c'est
que du côté de l'union civile, le
délai était associé à la dissolution, donc, bon, lorsqu'il y a la séparation
des biens, tout ça. Alors, nous, on recommandait que ce soit la même
chose qui s'applique, et toujours dans l'esprit de simplifier, en fait, le
droit.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
l'enjeu, c'est qu'on ne peut pas faire ça parce que la fin de l'union parentale
survient avec la fin de la vie commune,
contrairement à l'union civile ou contrairement au mariage, que le lien
perdure. Donc, on n'a pas le choix juridiquement de mettre un délai.
Mais 60 jours, 90 jours?
Mme Arsenault
(Sara) : En fait, je pense que c'est important de reprendre, parce
que, par rapport à nos recommandations, effectivement, il y a deux définitions,
là. Donc, on veut que ce soit applicable autant pour les conjoints qui vont avoir un enfant, par exemple,
mais aussi ceux qui vont avoir fait vie commune pendant trois ans sans
nécessairement avoir d'enfants.
Mais nous, on
propose aussi une option de «opting in». Donc, pour... Donc, votre commentaire
ne s'appliquerait pas nécessairement à tous les cas pour lesquels nous,
on a la recommandation 3, qui tend à élargir. Si vous pouvez peut-être
juste reformuler votre question, je vais pouvoir aussi aller plus en détail.
M.
Jolin-Barrette : Bien, dans le fond, c'est parce qu'à la fois pour
l'union civile et à la fois pour le mariage, dans le fond, lorsqu'il y a
séparation, le lien de droit demeure jusqu'au prononcé du jugement, OK?
Mme Arsenault (Sara) : En effet.
M. Jolin-Barrette : Là, dans le
régime de l'union parentale, on n'a pas ça. L'union prend fin à partir du
moment où il y a une des conditions de l'union qui prend fin, et ça se termine
maintenant. Ça fait que, dans le fond, c'est
par une fiction juridique qu'on maintient la protection associée à la résidence
familiale. Dans le fond, le législateur dit : On ajoute
30 jours. Là, ça fait quelques groupes qui me disent : Le
30 jours, il est... il est trop restreint, mais ça nous prend quand même
un délai. Ça fait que ma question, c'est : Quel délai serait approprié,
pour vous, pour permettre... Je comprends
que, dans les commentaires précédents qu'on a eus, on me disait : Bien,
30 jours, c'est un peu rapide pour se retourner puis présenter une demande
à la cour. Donc, c'est... c'est plus là-dessus que je veux avoir votre...
vos lumières.
Mme
Arsenault (Sara) : Oui. Bien, c'est... c'est sûr, évidemment. Et je
pense qu'il va y avoir des amendements peut-être, éventuellement, sur la
définition que vous allez retenir par rapport aux conjoints, conjointes qui
vont être protégés par la loi. Également, ça se pourrait qu'il y ait aussi des
modifications par rapport à la fin de l'union. Donc, c'est sûr que,
dépendamment des choix qui seront faits par le législateur, il va y avoir des
adaptations nécessaires au projet de loi et notamment par rapport à cette
protection-là. On ne s'est pas prononcées sur un temps spécifique, mais je vais
laisser...
Mme Lapointe (Marianne) : Mais on a
mis dans notre libellé, en fait, que nous, on s'intéresse aux dates de fin d'union plus claires. Donc, le législateur
pourrait effectivement établir une liste de critères, en fait, où, là, c'est
clair que l'union est dissolue, donc,
par exemple, ne plus faire vie commune dans la même... dans la même résidence
familiale, avoir réglé la garde des enfants, tu sais, avoir amorcé un
processus de médiation pour la garde des enfants, etc. Donc, il pourrait y
avoir une liste, là, d'éléments qui viennent appuyer le fait que la date est
claire.
Mme Bélanger (Annie-Pierre) : Si je
peux ajouter un élément, nous, le Groupe des 13, on n'est pas des juristes,
mais on... dans le fond, on représente des organisations féministes puis on se
base sur les faits de la société. Donc, la
suggestion pourrait être d'étudier, en fait, à quel moment, dans une séparation
de fait, les conjoints, conjointes arrivent à la question légale. Parce
que ce qu'on sait, c'est que déjà dans le projet de loi il y a la question de
la... de la manifestation tacite, qui ne rend quand même pas clair le début où
le délai du 30 jours court, mais, en plus, dans cette période-là de séparation,
il y a beaucoup de bouleversements. Là, il faut prendre en compte en plus, il y
a une crise du logement qui fait en sorte que se relocaliser n'est pas simple.
Et, pour les parents, souvent, c'est la question de la garde des enfants qui va être prioritaire. Donc, on inviterait
plutôt le législateur à se pencher sur comment actuellement ça
fonctionne dans la société puis à ajuster le délai en fonction de l'usage,
finalement.
M. Jolin-Barrette : Excellent. Je
vous remercie pour votre présence en commission parlementaire. C'est apprécié.
Donc, je vais céder la parole à mes collègues. Merci pour les échanges.
• (17 h 40) •
Le Président (M.
Bachand) : ...députée de Vimont.
Mme Schmaltz : Merci, M. le
Président... (panne de son) ...mesdames. Bien contente de vous rencontrer. Je salue aussi vos collègues en arrière, parce que je
les vois hocher de la tête. Elles vous écoutent religieusement, en tout
cas. Pour ma part, moi, c'est la première fois. Je ne vous connaissais pas.
J'ai regardé tantôt les groupes que vous représentez. C'est assez... très
diversifié, si on peut dire. Et puis, bien, merci de votre présence.
Alors, j'ai pris connaissance des
recommandations. J'ai bien aimé la numéro 5 — d'ailleurs, je l'ai
marquée «j'aime bien» — avec
la réalisation d'une campagne d'envergure pour informer la population une fois
le projet adopté. Effectivement, je pense
que ça s'inscrit naturellement là-dedans d'informer la population de ses... de
ses droits.
Recommandation 4, vous... c'est mentionné
que... vous suggérez que les conjoints ou conjointes qui décident de se soustraire de l'application par acte
notarié, donc, un an après l'adoption de la loi bénéficient d'un conseil
juridique indépendant. C'est quoi? Ce serait composé de qui et pourquoi?
Mme
Arsenault (Sara) : C'est une très bonne question. Je pense qu'il y a
plusieurs intervenants, intervenantes aussi
qui ont proposé certaines modalités. Pour nous, si c'est un acte notarié, donc,
définitivement, c'est devant notaire que serait enregistré le tout. Un
conseil juridique, ça peut être fait par un avocat, un notaire, par exemple.
Pour nous, c'est
important, ça, parce qu'il y a tout un contexte, comme ça a été nommé
précédemment, de situations de contrôle coercitif, de violence conjugale qui ne
sont pas nécessairement visibles dans une... dans une rencontre, par exemple,
avec un notaire. Donc, quand on décide de retirer certaines protections à son
patrimoine ou de se retirer du régime
complètement, il faut que ce consentement-là puisse prendre en mesure,
justement, la valeur des biens qui
sont associés à ce patrimoine-là pour que le consentement soit complet, en
fait, qu'on ait toutes les informations en main pour que le consentement
soit libre et éclairé complètement, et surtout parce que les intérêts des
conjoints, conjointes ne sont pas toujours nécessairement alignés, donc il y a
certains enjeux qui peuvent se poser.
Et je vais renchérir sur un commentaire de Me
Kirouack, qui mentionnait, justement, que les médiateurs et médiatrices
familiales, par exemple, ont cette obligation-là, en vertu de
l'article 118 du Code de procédure civile, quand ils voient qu'il y a un différend, de demander aux parties d'avoir
un avis juridique indépendant. Donc, pour nous, la logique est, finalement, à
peu près la même, là, pour des décisions qui sont aussi importantes que de
retirer des protections, mais il faut noter aussi qu'on a aussi
ajouté : Dans notre «opting in». Donc, pour nous, ça va dans les deux
sens, «opting out», «opting in».
Mme Schmaltz : Juste... Je m'excuse
de vous couper. Juste... Est-ce qu'on parle de rencontres individuelles, ou de couple, ou... Vous prenez les gens... bien,
les deux personnes à part, c'est ça, hein? On les prend à part pour ne pas que
personne n'influence, soit influencé par... OK. Parfait. C'est bon.
Mme Bélanger (Annie-Pierre) : Oui.
C'est aussi juste d'être libre, en fait, de considérer ses propres intérêts
dans une relation qui n'est pas fondée... Tu sais, ça a été nommé à plusieurs
reprises, mais la relation intime, ou d'union parentale, ou d'union de fait,
elle n'est pas d'abord fondée sur des intérêts économiques. C'est des relations
qui sont intimes. C'est des partenaires qui se choisissent. Et donc de pouvoir
prendre un temps séparément pour mesurer ses... dans le fond, ses intérêts,
pour nous, c'est primordial.
Puis c'est sûr qu'on est dans le milieu
féministe. On prône une culture du consentement libre et éclairé. Et, pour nous, ce sont les conditions qu'on met sur la
table pour exercer ce consentement-là libre et éclairé. Ça pourrait être
d'autres conditions, mais, pour nous, il faut que ça respecte le principe d'un
consentement libre et éclairé.
Mme Schmaltz : Parfait. Je vous
remercie. Merci. Je n'ai plus... Je n'ai pas de question.
Le Président (M.
Bachand) : Une petite minute. Ça va du
côté gouvernemental? Mme la députée de Laval-des-Rapides pour une minute.
Mme Haytayan : Merci. Est-ce que
vous pouvez développer rapidement sur l'importance de permettre au conjoint de
fait en union parentale d'hériter de l'autre en l'absence de testament?
Mme Lapointe
(Marianne) : Si vous pouvez me permettre, nous ne sommes
aucunement des spécialistes du droit de...
de succession, désolée. Donc, nous, on est vraiment ici aujourd'hui pour parler
de... tu sais, de ce qu'on a préparé.
C'est sûr que, dans l'optique où on est très
préoccupées par les inégalités de revenus et les inégalités entre les hommes et les femmes, on trouverait très, très
important que les droits des conjoints et des conjointes soient vraiment
respectés jusqu'au bout, jusque dans le décès, et qu'en fait les droits des
conjoints ou des conjointes... ou, en fait, des personnes, des compagnons de
vie qui ont le moins de revenus dans le couple soient protégés par le droit à
l'accès à... aux sous après la mort d'un des
deux conjoints. Mais nous ne sommes pas des spécialistes du droit de la
succession.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Je me tourne vers
l'opposition officielle. M. le député de l'Acadie, oui, allez-y.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Alors, je vais... je vais commencer comme ça. Alors, désolé... Bonjour, mesdames. Désolé, je suis arrivé un peu
en retard. J'avais une intervention à faire au salon bleu. C'est terminé. Merci.
Merci d'être là. Merci aussi pour ce que vous nous expliquez et vous nous
dites.
Quand M. le ministre a déposé son projet de loi,
il a dit que la pierre angulaire, c'était la protection des enfants. Ce que j'aimerais savoir de vous, c'est
qu'avec le projet de loi est-ce que vous pensez que tous les enfants sont
bien protégés dans le cas de couples qui vivent en union de fait?
Mme Bélanger (Annie-Pierre) : Non.
Pour nous, il y a une discrimination qui est faite des enfants par rapport au
statut matrimonial de leurs parents. Les enfants ne choisissent pas dans quel
type d'union ils naissent. D'ailleurs, certains sont déjà nés. On a parlé
d'instaurer à partir, bon, d'une date en 2025. Par contre, il va y avoir une
séparation en 2010, mais c'est un enfant qui va être né en 2003, il ne sera pas
couvert. Les enfants des personnes mariées, finalement, sont ceux qui ont les
meilleures protections.
Et il n'y a pas seulement... Oui, on voit que le
projet de loi a été déposé dans l'intérêt, en tout cas, de certains enfants, on
va dire, mais, pour nous, on parle aussi de la question de la discrimination
des femmes dans la société. Et le projet de loi, finalement, aussi, vient
centrer son intérêt sur les femmes qui vont mettre au monde ou adopter un
enfant après une certaine date en 2025, et on se questionne à savoir, toutes
les autres femmes qui font du travail invisible
et non rémunéré, qu'on sait, empiriquement, toutes les données sont d'accord
avec ça, il y a des inégalités qui subsistent,
il y a l'iniquité salariale, ça a des importances tout au long de la vie
jusqu'à la retraite... Mais, ces femmes-là, leur
travail ne sera pas reconnu, alors que, la stratégie égalité du gouvernement,
il y a un objectif qui dit clairement qu'on doit reconnaître et valoriser le
travail invisible et non rémunéré des femmes. Mais reconnaître, c'est le mettre
en mots, le mettre dans un projet de loi. Le
valoriser, c'est lui accorder une valeur. Et donc, au moment de la séparation,
c'est une superopportunité pour enfin reconnaître et valoriser ce travail-là.
Et on pourra
le faire dans toutes sortes d'autres projets de loi, dans toutes sortes
d'autres programmes sociaux, mais là, aujourd'hui, on est là pour parler
du projet de loi n° 56, et c'est ce qu'on veut. On veut que le
gouvernement non seulement ne crée pas de
nouvelle discrimination, s'il vous plaît, ne complexifions pas le droit de la
famille, alors qu'à peu près tout le
monde est confus, et ne recréons pas non plus de discrimination entre les
femmes, puis profitons-en pour faire avancer l'égalité entre les femmes et
les hommes.
M.
Morin : Merci. On nous a dit aujourd'hui... Plusieurs
groupes, personnes nous ont dit : Écoutez, le mariage, c'est un choix, les
gens ne sont pas obligés de se marier, ils font un choix, puis là on ne veut
pas marier des gens de force au Québec. On nous a dit ça aussi. Puis là,
bien, évidemment, comme porte-parole de l'opposition officielle, on tente toujours de faire ce qui est le mieux pour la
population, de bonifier éventuellement les projets de loi. Qu'est-ce que vous
répondez à cet argument-là qu'il, en fait,
va créer une distinction entre des conjoints ou... des conjoints avec ou sans
enfants?
Mme Bélanger (Annie-Pierre) : Là,
vous voulez dire sur la question du libre choix en particulier?
M.
Morin : Oui. Puis souvent aussi la différence qu'on a
entre, mettons, le régime primaire, quand quelqu'un est marié, auquel on
ne peut pas... on ne peut pas se soustraire, et ce qui est proposé dans le
projet de loi n° 56.
Mme Bélanger (Annie-Pierre) : Bien,
sur la question du libre choix, je pense que ça a été nommé par plusieurs
intervenants et intervenantes que les personnes qui choisissent de se marier ou
qui s'en vont plutôt vers une union civile
ou une union de fait ne le font pas nécessairement par rapport aux droits,
obligations ou protections. Donc, est-ce qu'en partant là il y a un
libre choix?
Ensuite, on
parle... Tu sais, nous, on propose, à l'instar du Conseil du statut de la femme, d'inverser simplement le fardeau. Au lieu que le
fardeau soit sur les épaules individuelles des femmes, des hommes, des
personnes de faire un choix et de se
mettre en action, bon, d'aller s'informer, etc., aller signer un contrat, nous,
on dit : On met des protections de
base, là, pour tout le monde. Nous, ce qu'on propose, c'est un droit de retrait
pour la première année d'application du projet de loi. Mais, pour nous,
c'est de cette façon-là que le choix... le libre choix sera davantage respecté.
Puis on voit aussi, en fait, que les hommes et
les femmes sont à peu près et de façon équivalente... ignorent leurs droits de
la... le droit de la famille. La seule... bien, la seule... c'est une énorme
différence, c'est que les hommes qui ignorent le droit de la famille,
généralement, lors d'une séparation, se trouvent avantagés, alors que les
femmes qui ignorent le droit de la famille, lors d'une séparation,
généralement, se trouvent désavantagées. Et nous, c'est à cet endroit-là qu'on
pense qu'il faut agir.
• (17 h 50) •
M. Morin : Merci. Je vais maintenant
céder la parole à ma collègue la députée de Westmount—Saint-Louis.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de Westmount—Saint-Louis,
s'il vous plaît.
Mme Maccarone : Merci beaucoup.
Bonjour, Mmes Bélanger, Arsenault et Lapointe. Merci beaucoup de votre passage
aujourd'hui.
J'ai envie de
poser les mêmes questions que j'ai posées un peu à le Conseil du statut de la
femme : Si le projet de loi n'est pas bonifié, n'est pas modifié, puis ça
reste dans sa mouture actuelle, est-ce que nous sommes en train de créer
des catégories de femmes?
Mme Lapointe (Marianne) : Oui, bien,
on a légèrement la même position que le Conseil du statut de la femme. Donc, il
va y avoir les femmes qui vont avoir eu des enfants à un moment x, et celles
qui vont être en union libre et n'auront pas
d'enfants, et etc., les femmes mariées. Donc, oui, on est en train de
catégoriser les femmes. C'est une forme de discrimination.
Et il ne faut
pas oublier que les femmes vivent, tout au long de leur vie, toutes sortes de
formes de discriminations qui découlent des écarts de revenus, et qui
découlent des écarts de revenus à la retraite, et qui découlent... plein de...
d'autres discriminations. Donc, souvent, une discrimination en entraîne une
autre.
Donc, on peut penser aussi... On n'en a pas
parlé dans notre présentation parce qu'à un moment donné, pour 10 minutes,
il faut faire des choix, mais, au niveau des écarts de revenus, on peut entre
autres mentionner les femmes immigrantes qui sont arrivées depuis plus de
10 ans au... ici, qui ont un écart de revenus, avec les hommes dans la même situation, de moins 14 %. Donc, vous
aurez accès à beaucoup de données statistiques, là, dans notre mémoire. On en a
plusieurs qu'on n'a pas nommées aujourd'hui. Mais la discrimination, elle est
flagrante.
Et ça ne tient pas compte aussi du fait que les
femmes qui ne bénéficieraient pas de la protection vu qu'elles n'auraient pas encore eu d'enfants, elles sont
potentiellement des proches aidantes, elles sont quand même des conjointes
qui contribuent à l'enrichissement de leur cellule familiale et devraient avoir
accès, en fait, aux protections en cas de séparation.
Donc, votre collègue d'en face m'a... a posé la
question tout à l'heure sur les protections lors de la mort. Bien oui, c'est
important, lors du décès d'un conjoint ou d'une conjointe. Il y a les
protections pendant qu'on est mère, mais il ne faut pas oublier les protections entre
les deux. Donc, au niveau de la retraite, ces protections-là sont très
importantes aussi, parce qu'il y a énormément de femmes qui se ramassent à la
retraite en étant en situation de pauvreté.
Mme
Maccarone : Merci de le soulever, surtout la situation des femmes
immigrantes, proches aidantes. On n'en parle
pas assez. Je pense que... J'ai manqué le début de la commission, mais je pense
que vous êtes les premières à faire la mention. Alors, c'est important.
Puis j'ai... je vous
ai entendues lors de votre témoignage, vous avez aussi évoqué les mêmes
statistiques qu'on a entendues des professeures
Langevin, Belleau et Lavallée. Puis, juste avant vous, vous étiez ici, dans la
salle, pour le témoignage de le Conseil du statut de la femme, qui nous
ont fait part de... 76 000 et plus couples sans enfants vivent avec un
revenu qui demande... qui dépend sur un des partenaires.
Puis là vous avez dit
que vous n'avez pas eu assez de temps. J'ai beaucoup d'autres questions que je
pourrais vous poser, là. Il me reste
3 min 30 s. Y a-t-il autres statistiques ou autres informations
que vous souhaitez partager avec les
membres de la commission? Je peux vous céder mon temps ou je peux vous poser
des questions. Mais c'est tellement important, votre passage ici, en
commission. J'ai envie de vous entendre.
Mme Bélanger
(Annie-Pierre) : Bien, c'est très gentil. Peut-être, pendant que mes
collègues réfléchissent, bien, déjà, nous, le Groupe des 13,
23 organisations nationales féministes, quand on a vu le dépôt du projet
de loi... Nous, pour s'organiser, là, ce n'est pas qu'on retourne à notre
bureau puis on écrit un mémoire, là. Ce n'est vraiment pas ça. Il faut
s'approprier collectivement l'enjeu, il faut faire une ADS+ collective, il faut
ensuite aller de l'avant, là, avec notre rédaction, puis il faut faire
approuver, nous autres. Donc, d'être invitées dès le début de la commission, de
ne pas être... en fait, informées
rapidement, donc, peut-être à l'avance, une prochaine fois, qu'il se prépare un
dossier en lien avec la condition féminine, ça, c'est quelque chose qui
nous aiderait.
Et d'ailleurs, à
travers ça, on a appris, en rencontrant le conseiller politique de la CAQ,
qu'il n'y avait pas nécessairement eu d'ADS du projet de loi. Et par la suite,
quand on a rencontré le secrétaire à la Condition féminine, on nous a
dit : Oui, oui, le ministre a sollicité... le ministre de la Justice a
sollicité un accompagnement en ADS. Et là nous, on a demandé : Bien,
peut-on consulter cette ADS? Parce que ça nous aiderait à nous faire une tête.
Puis, pour nous, le projet de loi était
plutôt plus ou moins écrit dans une perspective ADS, disons-le, et pas ADS+ non
plus. Alors, c'est quelque chose qu'on aimerait aussi, avoir accès, en
fait, aux ADS, idéalement ADS+, qui sont réalisées dans le cadre des projets de
loi, aussi être convoquées plutôt vers la fin, vu notre processus démocratique
et l'ensemble des membres qu'on représente, puis aussi être informées autant
que possible à l'avance. Donc, là-dessus, je laisse mes collègues compléter.
Mme Lapointe
(Marianne) : Bien, moi, j'aurais simplement à dire qu'on a
l'impression, à la lecture de certains
projets de loi récents et du PL 56, qu'il y a un mythe qui perdure dans
l'appareil gouvernemental présentement que l'égalité entre les hommes et
les femmes est atteinte. Donc, moi, j'aimerais renforcer le fait que ce n'est
pas le cas, que, bien qu'on a une
progression du taux d'activité des femmes sur le marché du travail, il demeure
des inégalités flagrantes, entre
autres au niveau du revenu, mais aussi, entre autres, au niveau des métiers
occupés, de la discrimination au niveau des conditions de travail. Donc,
beaucoup de femmes sont dans les milieux de travail non syndiqués, à statut
précaire, avec des horaires atypiques, etc. Donc, ça renforce aussi le besoin
de protection, parce que toutes ces femmes-là qui ont des enjeux de discrimination
et d'écart de conditions de travail et de revenus vont accumuler tout ça et, rendues à la fin de leur vie, vont avoir
des soucis. Et je trouve qu'on est bien positionnés, dans un projet de loi pour
la famille, de...
Mme
Maccarone : De ne pas manquer le coup. Je comprends.
Mme Arsenault
(Sara) : Et, si je peux...
Mme
Maccarone : 30 secondes.
Mme Arsenault
(Sara) : 30 secondes. OK. Je vais vite. Super. Ça va vous tenir
réveillés.
Il
y a aussi un aspect, je pense, qui est important. Plusieurs ont mentionné
l'aspect des lois sociales, qu'il y a... qu'il y a une disparité, par
exemple. Tu sais, les critères varient beaucoup. On parle de période de vie
commune, adoption de fait comprise, pas
comprise. Puis, tu sais, il y a une réforme, par exemple, de l'aide sociale qui
a été annoncée. On sait que dans la loi sur... bref, que la vie maritale
est un des critères qui va vraiment venir créer une dépendance économique pour
les femmes prestataires de l'aide sociale, etc. Et ce qu'on voit, c'est que,
dans plusieurs lois, on va... on va marier de force, comme on aime le dire, et
donc il y a des désavantages qui ressortent de ces lois-là, mais, d'une autre
part, on ne veut pas apporter les protections, les droits ou les obligations qui
en découlent. Puis pourtant, bien, il y a
beaucoup de programmes d'aide... de programmes d'aide sociale... bien, pas aide
sociale, mais vous comprenez, qui sont réduits, en fait, si on parle,
par exemple...
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Merci beaucoup.
Je dois céder la parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Merci pour votre excellente présentation, là. J'en ai manqué une partie,
malheureusement, comme j'étais au salon bleu aussi, donc j'espère que je ne
vais pas vous faire répéter trop.
Vous dites : «Que le gouvernement
réalise une ADS et, au besoin, apporte des correctifs nécessaires», mais là vous êtes... vous êtes polies dans le «au besoin»,
là. Vous l'avez fait vous-mêmes, j'imagine, puis vous faites les constats.
Ça fait que vous demandez nécessairement que ces corrections-là soient faites.
Mme Bélanger
(Annie-Pierre) : Oui, oui. En fait, l'ADS, quand on regarde c'est quoi
dans la définition même du gouvernement, c'est un outil d'aide à la décision.
Donc, si on fait seulement une analyse avec un rapport puis on le tablette,
nous n'avons pas fait une ADS. Le gouvernement ne peut pas cocher. C'est un
outil d'aide à la décision, donc cela doit
transparaître dans la décision. Et, comme nous, ça ne transparaissait pas, en
tout cas, peut-être qu'on n'a pas vu la première mouture non plus, bien,
on s'est dit qu'on aurait aimé voir, en fait, ce rapport ADS là qui a été
réalisé.
M. Cliche-Rivard : Vous dites : Trois
ans dans le cas de couples qui n'ont pas d'enfants. Pourquoi vous vous
êtes arrêtées à trois ans de vie commune?
Mme Bélanger
(Annie-Pierre) : En... Bien, certaines lois, programmes sociaux, lois
sociales, Loi sur l'assurance adoptent trois
ans. Parfois c'est un, parfois c'est deux. On s'est dit : Si on va dans
une optique d'harmoniser et simplifier, trois ans serait une proposition
intéressante, selon nous. On aurait été ouvertes à deux ans aussi.
M.
Cliche-Rivard : OK. Deux, mais vous ne descendiez pas à un an. Vous
étiez dans cette réflexion-là parce que conjoint de fait, bon, s'initie ou
s'enclenche après un an dans certaines lois aussi, vous venez de le dire.
• (18 heures) •
Mme Bélanger
(Annie-Pierre) : Un an, nous...
M.
Cliche-Rivard : Vous étiez à trois ans.
Mme Bélanger
(Annie-Pierre) : C'est ça.
M. Cliche-Rivard : Qu'est-ce qui est pour le
«opt out», avec un enfant né après juin 2025, vous conservez ce droit-là
pendant un an, vous l'enlevez?
Mme Bélanger
(Annie-Pierre) : Si le projet de loi est adopté sans prendre en compte
notre recommandation primordiale, OK, donc, on est dans un régime d'union
parentale, pour nous... Nous, dans le fond, on recommanderait seulement la
première année d'application du projet. Ceci étant dit, si le projet est adopté
avec l'idée d'un «opting out» tout le long,
notre recommandation, qui est toujours là d'ailleurs, c'est le... un avis
juridique indépendant pour chacun, chacune des conjoints.
M.
Cliche-Rivard : OK. Donc, dans l'année, puis après ça il n'y a pas
d'«opt out». Une fois que l'année est passée, vous, vous n'êtes pas à dire que,
de consentement, on pourrait se retirer, finalement, du régime.
Mme Arsenault (Sara) : Bien non. Mais en fait,
pour nous, c'est ça, on veut, avec les adaptations nécessaires, le
régime d'union... d'union civile. Donc, par exemple, le patrimoine familial,
c'est des dispositions d'ordre public. Donc, pour nous, il y a toujours la
possibilité, puis je pense que, des fois, on a tendance à l'oublier, mais de
renoncer à la séparation. Donc, il y a quand même un choix si on souhaite
renoncer ou, des fois, il y a des situations de partage inégal, là. Donc, ce
n'est pas... Tu sais, il y a certaines situations quand même qui peuvent venir
changer la donne.
Mais aussi, bien,
c'est que, pour nous, tu sais, tous les aspects aussi de la société d'acquêts,
qu'on a un peu moins discutés, ce seraient les mêmes dispositions, donc aussi
les mêmes particularités, de pouvoir être en séparation de biens, par exemple,
etc.
M.
Cliche-Rivard : Puis vous prévoyez, donc, un... des normes minimales
ou un plancher minimal, comme la résidence principale, par exemple, duquel on
ne pourrait pas se dissocier, là, même... même par consentement.
Mme Arsenault
(Sara) : Exact. Nous, c'est l'article 415 du Code civil tel quel,
régimes de retraite, tout.
M. Cliche-Rivard : Ça fait que, qu'importe
l'avis juridique notarié, les avis, ça, c'est fondamental puis de droit
public. Ça ne devrait pas être...
Mme Arsenault
(Sara) : Oui, mais toujours avec la possibilité de renoncer à la
séparation.
M.
Cliche-Rivard : OK.
Mme Bélanger
(Annie-Pierre) : Au moment de la séparation.
M.
Cliche-Rivard : Au moment de la séparation.
Mme Bélanger (Annie-Pierre) : C'est
ça qu'on veut dire.
M. Cliche-Rivard :
C'est ça, de consentement entre les deux parties.
Mme Arsenault (Sara) : Oui, parce
que souvent on prend des dispositions en début de vie commune pendant que ça va
bien, mais les vrais enjeux, c'est plus tard qu'on... qu'on peut les voir,
donc...
M.
Cliche-Rivard : Puis les dispositions, justement, de la
modification pendant la relation, ça, de venir modifier, là, il y a...
Mme Bélanger (Annie-Pierre) : Nous,
on a préféré se garder une réserve là-dessus. On remet ça entre les mains du
législateur, là. Nous, on a fait la recommandation que le «opt out», là, le
droit de retrait serait à la première année d'application du projet de loi
seulement, avec une belle campagne d'information, et tout, donc...
Mme Lapointe (Marianne) : Et des
conseils juridiques indépendants pour chacun des conjoints.
M. Cliche-Rivard : Accessibles,
évidemment.
Mme Arsenault (Sara) : Oui.
Mme Lapointe (Marianne) :
Accessibles, qui fassent partie, en fait, d'un programme de soutien à l'accès.
M. Cliche-Rivard : C'est ça. Merci
beaucoup pour votre temps.
Le
Président (M. Bachand) :
Sur ce, mesdames, merci beaucoup
d'avoir été avec nous. Ça a été très apprécié.
Et la commission ajourne ses travaux au
jeudi 2 mai, après les avis touchant les travaux des commissions.
Merci.
(Fin de la séance à 18 h 03)