Journal des débats (Hansard) of the Committee on Institutions
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Tuesday, October 29, 2024
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Vol. 47 N° 91
Special consultations and public hearings on Bill 73, an Act to counter non-consensual sharing of intimate images and to improve protection and support in civil matters for persons who are victims of violence
Aller directement au contenu du Journal des débats
Intervenants par tranches d'heure
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Haytayan, Céline
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Lemieux, Louis
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Lemieux, Louis
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Lemieux, Louis
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Bachand, André
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Haytayan, Céline
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Morin, André Albert
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Nichols, Marie-Claude
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Haytayan, Céline
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Lemieux, Louis
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Nichols, Marie-Claude
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Morin, André Albert
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Jolin-Barrette, Simon
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Bachand, André
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Lemieux, Louis
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Asselin, Mario
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Morin, André Albert
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Nichols, Marie-Claude
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Nichols, Marie-Claude
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Lemieux, Louis
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Nichols, Marie-Claude
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Jolin-Barrette, Simon
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Lemieux, Louis
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Lemieux, Louis
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Bachand, André
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Morin, André Albert
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Nichols, Marie-Claude
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Lemieux, Louis
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Nichols, Marie-Claude
9 h 30 (version révisée)
(Neuf heures quarante-sept minutes)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît!
Bonjour, tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
des institutions ouverte.
La commission est réunie afin d'entreprendre
les consultations particulières et audiences publiques sur le projet de loi
n° 73, Loi visant à contrer le partage sans consentement d'images intimes
et à améliorer la protection et le soutien en matière civile des personnes
victimes de violence.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Bourassa
(Charlevoix—Côte-de-Beaupré) est remplacée par Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) et M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Ce matin, nous
allons débuter d'abord par les remarques préliminaires puis nous entendrons les
organismes suivants : le Réseau des centres d'aide aux victimes d'actes
criminels, le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence
conjugale et le Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre
les agressions à caractère sexuel.
On est maintenant en remarques... aux
remarques préliminaires. M. le ministre, vous avez la parole pour 6 minutes,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. À nouveau, un plaisir de vous retrouver, de retrouver les
collègues de la partie gouvernementale, des oppositions et les collègues du
ministère de la Justice qui nous accompagneront.
Alors, nous entamons aujourd'hui l'étape
importante des consultations particulières du projet de loi n° 73,
Loi visant à contrer le partage sans consentement d'images intimes et à
améliorer la protection et le soutien en matière civile des personnes victimes
de violence.
Celles et ceux qui suivent les travaux du
ministère de la Justice depuis notre arrivée en poste savent qu'offrir un
meilleur soutien aux personnes victimes et des services centrés sur les besoins
et leur réalité est une priorité.
Les personnes victimes ont trop longtemps
été reléguées au second plan. Maintenant, nous nous assurons qu'elles soient
les premières considérées dans toutes nos décisions.
Le projet de loi n° 73 s'inscrit
directement dans cette lignée alors qu'il vise à mieux protéger les personnes
victimes en cas de partage d'images intimes sans consentement, tout en
améliorant l'accompagnement en matière civile, incluant en matière familiale,
des personnes victimes de violences sexuelles et de violence conjugale.
Dans les dernières années, nous avons vu l'apparition
d'un véritable fléau : le partage d'images intimes sans consentement.
Si vous avez des adolescents à la maison,
vous le constatez certainement. De nos jours, les jeunes ont tous des
cellulaires, et nous n'avons pas suffisamment de doigts dans cette pièce pour
compter le nombre de textos qu'ils s'envoient dans une seule journée, je dirais
même dans une seule heure.
Malheureusement, ça ne prend qu'un seul
texto pour briser quelqu'un, affecter durablement son estime, compromettre son
sentiment de sécurité, saboter son lien de confiance envers les autres.
Et quand je parle de fléau, je n'exagère
pas, selon une étude, on estime qu'un adolescent sur cinq aurait déjà reçu l'image
intime d'une personne qui n'y consentait pas.
Lorsqu'une telle situation se produit, la
rapidité d'intervention devient la clé. Plus c'est long avant de détruire l'image,
plus celle-ci risque de circuler et plus les conséquences peuvent être
dévastatrices pour la personne victime.
Nous en avons d'ailleurs fait l'exercice
la veille du dépôt du projet de loi. La vidéo que vous avez probablement vu
passer a rejoint une centaine de personnes en moins de 15 minutes. Ça
démontre à quel point une image peut faire du chemin, et ce, en très peu de
temps.
En ce moment, les procédures en place pour
dénoncer le partage d'images intimes peuvent s'étirer sur toute une année et ce
n'est pas acceptable.
Avec le projet de loi n° 73,
nous introduisons un processus clair, simple et rapide afin d'empêcher ou de
faire cesser rapidement le partage d'une image intime sans consentement.
Dès qu'une personne apprendra qu'une image
intime d'elle circule sans son consentement ou qu'une autre personne menace de
la partager elle pourra remplir un formulaire disponible en ligne ou au <greffe...
M. Jolin-Barrette :
...la
partager elle pourra remplir un formulaire disponible en ligne ou au >greffe
des palais de justice afin d'obtenir une ordonnance de la Cour du Québec.
Le juge qui recevra la demande devra la
traiter en urgence et pourra ordonner à toute personne, même celle se cachant
derrière un pseudonyme, qui détient ou qui a sous son contrôle l'image intime
de ne pas partager l'image intime ou de cesser tout partage, de la détruire ou
de la désindexer... tout hyperlien permettant d'y accéder.
• (9 h 50) •
Une personne visée par cette ordonnance
devra la respecter dès qu'elle lui sera notifiée, sans quoi elle s'exposera à
une amende pouvant aller de 500 $ à 5 000 $ par jour pour une
personne physique et de 5 000 $ à 50 000 $ par jour pour
une personne morale. Ultimement, une peine d'emprisonnement pourrait être
imposée à une personne physique.
Le projet de loi n° 73 propose
également de renforcer l'ordonnance civile de protection. Rappelons que cette
dernière vise la protection des personnes victimes, notamment en contexte de
violence familiale, conjugale ou sexuelle, d'intimidation ou de harcèlement.
Le tribunal peut, par exemple, ordonner à
une personne de ne pas s'approcher... de ne pas approcher le domicile ou le
lieu de travail d'une autre personne ou de l'empêcher de communiquer avec elle.
Les échos que nous avons de la part de plusieurs
organismes qui œuvrent auprès des personnes victimes nous indiquent que ce
recours, bien que fort utile, est malheureusement peu utilisé étant donné qu'il
n'est pas adapté. Nous souhaitons donc en faciliter l'utilisation afin de mieux
protéger notamment les personnes victimes de violence familiale, conjugale ou
sexuelle.
En ce moment, une personne victime de ce
type de violence doit prouver que sa vie, sa santé ou sa sécurité est menacée
pour obtenir une ordonnance civile de protection. Dans certains cas, cela peut
être très difficile et pour ne pas dire impossible à prouver.
Grâce au projet de loi que nous avons
déposé, la crainte d'un risque pour la vie, la santé ou la sécurité d'une
personne victime suffira pour obtenir une ordonnance. C'est une nuance qui peut
sembler minime, mais cela fera une énorme différence pour les personnes
victimes dans le fardeau de preuve qui leur est imposé.
De plus, avec le projet de loi n° 73,
le non-respect de l'ordonnance civile de protection devient une infraction
criminelle, ce qui permettra aux policiers d'intervenir.
Jusqu'ici le fardeau était sur les épaules
de la personne victime qui devait entreprendre un recours, parfois long et
coûteux, d'outrage au tribunal. Désormais, les policiers auront les moyens
d'agir pour faire respecter l'ordonnance.
Finalement, le projet de loi n° 73
introduit plusieurs mesures qui permettront aux personnes victimes d'être mieux
soutenues en matière civile.
Avec le tribunal spécialisé en matière
criminelle et pénale, nous avons développé de nouveaux articles... de nouveaux
services qui seront maintenant implantés en matière civile, incluant en matière
familiale, entre autres l'élargissement de l'offre de formation sur les
réalités de la violence sexuelle ou conjugale aux intervenants qui œuvrent
auprès des personnes victimes en matière civile, incluant en matière familiale,
la possibilité pour la personne victime de témoigner à distance et d'être
accompagnée d'une personne de confiance ou d'un chien de soutien, et nous venons
établir clairement que la référence aux mythes et stéréotypes comme le passé
sexuel de la personne ou le fait qu'elle n'ait pas mis un terme à la relation
avec le présumé agresseur ne pourra pas servir de preuve.
Voilà donc un tour d'horizon rapide des
mesures-phares du projet de loi n° 73 sur lesquelles vous serez appelés à
vous prononcer au cours des prochaines heures. Mes collègues et moi serons à
l'écoute.
En terminant, le système de justice ne
doit jamais être un fardeau, il doit être un outil, et je souhaite que nous
gardions tous cela en tête pour la durée de nos travaux et pour l'amélioration
des lois en général.
Alors, je vous remercie, M. le Président,
à l'avance, et nous sommes prêts à procéder avec les consultations.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le ministre.
M. le député de l'Acadie pour six minutes, s'il vous plaît.
M. Morin : Alors, bonjour, M.
le Président. M. le ministre, collègues de la banquette gouvernementale, membre
de votre cabinet et probablement du ministère de la Justice qui vous
accompagnent également. Donc, je vous salue.
Je salue également les collègues des
oppositions et M. Bourret qui m'accompagne, le recherchiste de l'aile
parlementaire dans le cadre du travail que nous allons entreprendre en lien
avec le projet de loi n° 73, Loi visant à contrer le partage sans
consentement d'images intimes et à améliorer la protection et le soutien en
matière civile des personnes victimes de violence.
C'est, je dois dire, M. le Président, un projet
de loi important, que je qualifierais d'important, dans un sujet qui est aussi
fondamental.
Et je regardais, en préparant, évidemment,
l'étude du projet de loi, le fait que la Colombie-Britannique, par exemple,
s'est déjà intéressée à la question. Il y a une loi de la Colombie-Britannique
qui traite de ça. Le Code criminel également prévoit une infraction.
Je dois souligner, j'ai trouvé... j'ai été
impressionné, disons-le, par les moyens technologiques qui ont été utilisés par
le ministère pour nous aviser de ce projet de loi. Quand il y a des bonnes
choses qui sont faites, M. le Président, il faut le reconnaître. J'ai avoué que
c'était bien, c'était bien pensé.
On parle de moyens technologiques, on
reçoit un petit texto, et voilà, parce qu'effectivement le partage d'images
intimes, l'utilisation de l'Internet, c'est un outil, et ces fameux <appareils...
M. Morin :
...le
partage d'images intimes, l'utilisation de l'Internet, c'est un outil, et ces
fameux >appareils très sophistiqués, c'est un outil qu'un grand nombre
de personnes, maintenant, utilisent constamment. On peut même s'interroger à
savoir s'il y a des gens qui pourraient s'en passer.
Je dois vous dire que c'est un sujet qui
est important, parce qu'il y a aussi une commission de l'Assemblée nationale qui
étudie l'utilisation des appareils, des appareils électroniques et des écrans.
Donc, on voit que ça prend une ampleur vraiment importante dans notre société.
Et le fait de partager des images intimes
sans le consentement de la personne peut et a un impact dévastateur. Et
évidemment, une fois que c'est rendu sur le Web, là, par exemple, ça peut
devenir difficile d'enlever ces images-là, alors c'est important qu'on ait
plusieurs groupes et spécialistes, dont j'ai noté le Pr Trudel de l'Université
de Montréal, qui va venir nous parler éventuellement, évidemment, de ce projet
de loi, et comment le législateur peut agir en étant le plus... le plus
efficace possible.
Je vous dirais qu'il y a quelques éléments
qui ont retenu mon attention et je veux les partager d'emblée.
D'ailleurs, ça a été soulevé par
différents groupes dans le cadre des mémoires que nous avons reçus. Il y a
toute la question, parfois, des délais dans le système judiciaire. Donc, si on
veut être efficaces, il faudrait qu'on soit capables d'agir ou que les victimes
soient capables d'agir rapidement.
Puis il y a aussi, bien sûr, l'accès à la
justice, donc, s'interroger sur toute la question de la gratuité et du rôle de
l'aide juridique dans ce domaine-là.
J'ai noté également qu'il y a une
importance qui a été identifiée puis qui sera accordée à la formation, et ça,
c'est un élément clé.
Il va falloir, et on en rediscutera, mais
il va falloir que le ministre et le ministère s'assurent qu'il y aura des
budgets pour bien informer la population du fait que maintenant il y aura des
sanctions, il y aura une possibilité de recourir à des ordonnances pour faire
cesser ce type de partage, sans consentement, d'images intimes, mais surtout
aussi, je vous dirais, de prévenir les gens des effets dévastateurs que le
partage de ces images, sans consentement, peuvent avoir sur, évidemment, les
victimes. Et ça, c'est quelque chose qu'on aura l'occasion évidemment de
reparler et d'étudier.
Alors, sans plus tarder, je suis heureux,
à nouveau, de travailler au sein de cette commission, M. le Président, et de
débuter les consultations particulières dans le cadre du projet de loi n° 73.
Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le député de
l'Acadie.
Donc, on va débuter les auditions. Alors,
il me fait plaisir d'avoir les représentantes du Réseau des centres d'aide aux
victimes d'actes criminels, qu'on appelle communément les CAVAC, hein, je pense
que c'est bien connu partout au Québec. Merci beaucoup d'être avec nous.
Comme vous savez, vous avez 10 minutes de
présentation, et après ça on aura une période d'échange avec les membres de la
commission.
Donc, d'abord, vous présenter et débuter
votre témoignage, s'il vous plaît. Merci.
Mme Villeneuve (Marie-Christine) :
Merci. Bonjour, mesdames, messieurs. Merci de l'invitation d'abord.
Mon nom est Marie-Christine Villeneuve, je
suis coordonnatrice aux communications et aux relations publiques pour le réseau
des CAVAC. Je suis accompagnée de Marilie Cormier Gaudet, elle est directrice
générale du CAVAC Centre-du-Québec, ainsi que de Karine Gagnon, qui est
coordonnatrice au soutien organisationnel au réseau des CAVAC également.
Donc, je vais d'emblée vous présenter...
faire les grandes lignes du réseau des CAVAC. Peut-être certains, certaines le
connaissent un peu mieux que d'autres.
Le réseau a pour mission, en fait, de
promouvoir, de faire la promotion des besoins des personnes victimes d'actes
criminels, de leurs proches ainsi que des témoins d'infractions criminelles, mais
on a aussi comme mission, à titre de réseau, là, d'être à la recherche des
meilleures pratiques en matière de victimologie et de favoriser l'harmonisation
de ces pratiques-là au sein de l'ensemble des CAVAC.
Donc, ce sont 17 centres d'aide aux
victimes d'actes criminels qui composent notre réseau, qui sont situés dans
chacune des régions administratives.
Et ces CAVAC-là sont des organismes à but
non lucratif qui offrent des services à une clientèle qui est très vaste. Donc,
on offre des services aux victimes directes d'une infraction criminelle, à
leurs proches également, qui peuvent vivre beaucoup de conséquences, mais aussi
aux témoins. Peu importe l'âge, peu importe le sexe, peu importe le moment où
est survenue l'infraction criminelle, on offre les services. Et peu importe si
la personne a porté plainte aux services de police ou participe à un processus
judiciaire, les services sont offerts à toutes ces personnes-là.
Les services qu'on offre, eh bien, on
parle de suivi psychosocial, de suivi post-traumatique pour arriver à <limiter...
Mme Villeneuve (Marie-Christine) :
...psychosocial, de suivi post-traumatique pour arriver à >limiter
les conséquences de l'infraction criminelle sur leur vie. Donc, on vise une
reprise de pouvoir graduelle. Donc, ce sont des suivis qui sont de courte,
moyenne durée, à court, moyen terme.
On offre aussi, évidemment, de
l'information judiciaire, tout ce qui est en lien avec le processus judiciaire.
On va les accompagner avant, pendant, après le processus, pour s'assurer
qu'elles comprennent bien tout ce qui est en lien avec le processus judiciaire,
ce qui, parfois, là, échappe un peu à la connaissance, là, quand on n'est pas
plongé dans ce milieu-là.
On va, évidemment, leur offrir des
informations en lien avec les recours qu'elles ont, l'indemnisation, par
exemple, qu'elles peuvent avoir accès... à laquelle elles peuvent avoir accès,
et offrir du soutien technique dans ces démarches-là, donc remplir les papiers,
par exemple, pour avoir accès à l'IVAC, à la CNESST, bref, les indemnisations
qui sont possibles pour elles.
• (10 heures) •
Donc, on va les accompagner là-dedans
aussi, mais on est aussi en mesure, là, si on juge que la personne victime a
des besoins particuliers qui pourraient être mieux répondus par un autre
organisme qui est spécialisé, on va faire ce référencement-là, évidemment.
Donc, ce sont des services qui sont
offerts dans chacun de nos CAVAC. Vous mentionner aussi qu'on a 185 portes
d'entrée, donc on est présent, oui, évidemment, dans les sièges sociaux, mais
aussi dans les postes de police et dans les palais de justice.
Alors, ça fait le tour un peu des... de ce
qu'on peut offrir et à qui on offre ces services-là.
Évidemment, vous êtes bien conscients que,
dans le cadre de cette mission-là et de nos fonctions, on est à même de
constater les conséquences néfastes du partage non consensuel d'images intimes,
mais aussi on a des préoccupations en lien avec ce que vivent les personnes
victimes au sein du processus judiciaire civil, alors que ce sont les mêmes
personnes victimes qui traversent le processus au niveau criminel.
Alors, on a évidemment des remarques à
vous partager, aujourd'hui, en lien avec le projet de loi n° 73. Je vais
donc partager... plutôt passer la parole, oui, à ma collègue, Marilie Cormier Gaudet,
qui est directrice générale du CAVAC Centre-du-Québec.
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Bonjour
à tous. Merci de m'accorder le temps de partager un peu.
Donc, je débuterais par mentionner que le
réseau des CAVAC est très favorable à ce projet de loi là. C'est des outils
supplémentaires pour les personnes victimes et ça envoie un message plus
dissuasif.
Si vous n'avez pas... si vous ne l'avez
pas fait, je vous invite fortement à lire le mémoire que nous avons déposé. Il
est un peu plus étoffé que les points qu'on va mentionner aujourd'hui. On va
vous mentionner seulement, aujourd'hui, là, les points saillants au niveau de
nos préoccupations puis quelques suggestions.
Et comme l'a nommé ma collègue,
Marie-Christine, peu importe la juridiction, les personnes victimes ont les
mêmes besoins, et on souhaite que ces besoins-là reçoivent la même
considération.
Je vais débuter par vous parler de
l'article 6, au niveau du partage des images intimes.
Donc, sans vouloir répéter ce que Me Morin
vient de mentionner, dans un contexte d'engorgement des tribunaux et devant la
croissance constante de ce type de comportement, soit le partage d'images
intimes, on a une préoccupation quant à la vitesse à laquelle le système de
justice sera en mesure de répondre aux demandes des personnes victimes,
considérant la somme de dossiers qui sont déjà référés aux juges de garde.
Donc, est-ce les demandes des personnes
victimes seront réellement entendues et traitées en temps opportun et quels
seront les mécanismes administratifs mis en place en dehors des heures
ouvrables? Parce que ces comportements-là ne prennent pas de pause.
Je vais poursuivre avec l'article 18,
toujours au niveau du partage des images intimes.
Donc, on se posait la question :
Quels sont les moyens ou les mécanismes qui vont être mis en place en cas de
non-respect d'une ordonnance? Ces mécanismes-là doivent être clairs et faciles
d'accès pour les personnes victimes.
Dans le même ordre d'idée, quels sont les
moyens envisagés pour faire respecter une ordonnance pour une organisation ou
une personne dans une autre juridiction?
On peut prendre l'exemple de Pornhub, qui
a récemment fait l'objet d'un reportage à Enquête, je vous suggère
encore une fois d'aller l'écouter si ce n'est pas fait, c'est tout un combat
pour les personnes victimes, là, de tenter d'obtenir justice dans ces cas-là.
Je vais passer la parole à ma collègue,
Karine Gagnon.
Mme Gagnon (Karine) : Merci,
Marilie. Bonsoir à tous et à toutes.
Donc, plus spécifiquement concernant
l'ordonnance civile de protection, il y a deux éléments qu'on souhaite porter à
votre attention, plus précisément, de vive voix.
Donc, en ce qui concerne la mesure qui
prévoit de rendre exécutoire, là, l'ordonnance civile de protection, c'est
évidemment une mesure qu'on trouve tout à fait adéquate, dans le sens de ne pas
laisser reposer sur les épaules de la personne victime, là, les démarches pour
faire respecter ce type d'ordonnance, comme ça a été mentionné, là, dans les
remarques préliminaires. Par contre, évidemment, on a des préoccupations quant
à l'arrimage entre le civil et les corps de police, donc comment ces liens-là
vont se créer..
10 h (version révisée)
Mme Gagnon (Karine) : ...par
contre, évidemment, on a des préoccupations quant à l'arrimage entre le civil
et les corps de police, donc comment ces liens-là vont se créer et s'assurer
que les corps de police aient bien l'information requise, s'assurer également,
et ça a été mentionné aussi, là, dans les remarques préliminaires, que les
policiers, policières qui auront à intervenir pour ce genre de situation soient
bien formés sur ce type d'ordonnance, en comprennent bien la portée et soient
bien formés également sur leurs pouvoirs dans ce cadre-là, leurs nouveaux
pouvoirs dans ce cadre-là. Évidemment, encore une fois, dans ce type de
situation là, le temps est aussi important. On parle de sécurité des personnes.
Donc, les ressources... les policiers, policières devront aussi être en nombre
suffisant pour être en mesure d'intervenir en temps opportun en cas de
non-respect de ce type d'ordonnance.
L'autre élément qu'on souhaite porter à
votre attention, ça concerne les mesures d'accompagnement et les mesures de
facilitation du témoignage. Dans le fond, on prend ce qui existe actuellement
dans le secteur criminel et pénal et on l'importe au niveau civil, ce qui est
tout à fait pertinent à notre avis. La préoccupation qu'on a, c'est au niveau
de l'attestation qu'une personne devrait obtenir pour pouvoir avoir accès,
entre autres aux témoignages à distance ou encore à un chien d'assistance. On
se demande pourquoi cette attestation-là est requise. On essaie de voir un peu,
là, quelle est l'intention sous-jacente. Si c'est de faire en sorte que les
personnes victimes se retournent vers des ressources d'aide, bien, c'est
certainement un objectif qui est louable, sauf qu'il faut quand même garder en
tête que, de se tourner vers des ressources d'aide, ça doit être la liberté de
la personne victime, ça doit être son choix, on ne peut pas lui imposer ce
genre de choses là. Donc, c'est un souci qu'on a à cet égard-là. Et puis on a
aussi le souci de la charge administrative et des démarches supplémentaires que
ça représente pour une personne victime, au même titre que ça représente aussi
une charge administrative supplémentaire pour les ressources d'aide qui, comme
vous le savez, sont bien occupées à répondre aux demandes en augmentation
constante des personnes victimes. Donc, on... cette exigence-là d'attestation,
on... elle nous préoccupe.
Et, par ailleurs, on a aussi le souci en
ce qui concerne les ressources qui seront appelées à accompagner les personnes
victimes dans le processus civil. Nous, évidemment, on fait ce travail-là au
niveau criminel et pénal. Mais comme ça a été mentionné par ma collègue tout à
l'heure, les personnes qui traversent le processus civil, le processus
judiciaire et civil, ont les mêmes besoins d'accompagnement. Donc, il faudra
être au rendez-vous en ce qui concerne, là, les ressources, je dirais,
spécialisées et qui ont les connaissances et la formation nécessaires pour
faire cet accompagnement-là de façon adéquate.
Je ne sais pas s'il nous reste encore un
peu de temps, je repasserais la parole à ma collègue, Marilie.
Le Président (M.
Bachand) :Le 10 minutes est déjà
passé, mais je regarde du côté gouvernemental.
Mme Gagnon (Karine) : Ah!
Le Président (M.
Bachand) :Alors, si vous voulez
continuer, ça va être sur le temps pris du côté ministériel. Merci.
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Parfait.
Il ne nous reste qu'un seul petit point. Je terminerais avec l'article 19
au niveau du partage d'images intimes. Donc, le Réseau des CAVAC souhaite
mentionner, là, que notre souhait est que la nouvelle loi ait un effet
dissuasif puis que les ordonnances émises soient respectées. En ce sens-là, on
trouve bien pertinent que les sommes des contraventions soient remises aux
CAVAC, mais... mesures dissuasives, ça ne nous semble pas suffisant pour
assurer la pérennité du fonds. Les besoins des personnes victimes sont
grandissants, les dénonciations sont en hausse, donc il faut être au
rendez-vous. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci infiniment. Donc, je me
tourne maintenant vers le côté gouvernemental. M. le ministre, il vous reste 16 min 26 s.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Mme Cormier Gaudet, Mme Gagnon, Mme Villeneuve,
bonjour, merci de participer aux consultations publiques en lien avec le projet
de loi 73 pour le Réseau des centres d'aide aux victimes d'actes criminels.
Et puis, bien, j'ai l'occasion de vous connaître un petit peu, puis de vous
visiter de temps à autre, notamment dans les palais de justice, puis, à toutes
les fois, ça m'impressionne à quel point vous faites un excellent travail d'accompagnement.
Ce n'est pas un travail qui est facile, de soutenir et d'accompagner les
personnes victimes au sein du processus judiciaire.
Alors, je veux vous lever mon chapeau, au
travail que vous faites, les intervenants aussi, dans vos... dans vos
différents centres, qui sont soit dans les palais de justice, soit hors palais
de justice ou dans... souvent dans les services de police ou dans les
différentes régions quand vous êtes délocalisés. Alors, vous êtes des
partenaires essentiels au système de justice, puis je souhaite l'énoncer
publiquement et fortement aussi pour dire que vous faites <du très bon
travail...
M. Jolin-Barrette :
...publiquement
et fortement aussi pour dire que vous faites >du très bon travail.
Peut-être pour répondre à quelques points
que vous avez soulevés, en lien avec votre mémoire, je suis d'accord avec vous
qu'il faut faire en sorte de simplifier la vie le plus possible des personnes
victimes. Puis un des objectifs du projet de loi, c'est celui-là. Donc, on
amène ce qu'on fait en matière criminelle, mythes et stéréotypes, aides aux
témoignages, tout ça, en matière civile. L'exemple que vous avez donné sur
l'attestation pour le télétémoignage, la façon dont on a réfléchi la chose,
c'est pour faire en sorte que ce soit accordé, justement. Parce qu'un des
enjeux qui a été porté à mon attention, c'est que, parfois, supposons, lorsqu'une
personne victime de violence conjugale... en matière civile, donc en matière
familiale, bien, le tribunal ne l'accordait pas systématiquement, le fait de
permettre à madame d'être... en matière de télétémoignage. Puis, pour obtenir
le télétémoignage, il fallait déposer une requête à la cour avec fort...
souvent avec son avocat. Donc, ça engendrait des coûts puis une lourdeur de la
part de la personne victime. Le fardeau était sur ses épaules.
Donc, on cherche à simplifier tout ça et
on inverse également le fardeau, la règle de preuve... la règle de procédure
relativement à l'octroi du témoignage à distance. Parce que, ce qu'on veut
favoriser, c'est lorsqu'il y a présence de violence, que le juge l'accorde.
Sauf que notre enjeu actuellement, c'est que le juge ne l'accordait pas
systématiquement quand c'étaient des victimes adultes en matière civile.
• (10 h 10) •
Donc, nous, ce qu'on dit : Bien, à
partir du moment où il y a un organisme d'aide qui atteste, qu'il y a une
consultation pour violence conjugale ou violence sexuelle, bien, à ce
moment-là, ça va être au juge de devoir justifier : Pourquoi est-ce que je
n'accorde pas le télétémoignage?, alors que ça devrait être la norme, pour
éviter justement que madame ait à témoigner à trois pieds de monsieur dans la
même salle où est-ce qu'il y a des comportements qui n'apparaissent pas comme
étant de la violence apparente, mais qui entraînent un signal entre les
ex-conjoints que ça amenait à faire de la violence. On m'a raconté, exemple,
que monsieur, avant de violenter sa conjointe, bien, il se raclait toujours la
gorge, puis que, là, au tribunal, quand elle venait pour témoigner, bien, monsieur
commençait à se racler la gorge. Donc, c'était tout pour déstabiliser la
personne victime dans la même salle. Alors, je pense qu'il faut
favoriser le fait d'avoir du télétémoignage pour justement que la personne
victime puisse livrer librement son témoignage et le faire en toute... en toute
sécurité à l'extérieur de la salle de cours. Puis là le juge, à moins que ce
soit pour apprécier la crédibilité, bien là, à ce moment-là, il devra accorder
le témoignage à distance. Ça fait que c'est dans cet objectif-là qu'on amène ça
justement pour amener le tribunal à favoriser le témoignage.
Autre mesure que vous avez soulevée, sur
la question de la disponibilité en matière d'ordonnance pour le partage
d'images intimes. Dans le fond, nous, on souhaite que ce soit traité dans les
meilleurs délais, d'une façon qui est urgente par la Cour du Québec. Et là, en
termes de disponibilité, bien, ça va fonctionner par les mesures
administratives qu'on a déjà en place. Prenez l'exemple de la Cour supérieure en
matière d'injonction et les injonctions qui sont prononcées d'urgence
également, donc, ça va être un peu le même processus. Les juges de paix
magistrats sont de garde pour entendre les mandats, donc on leur donne la
juridiction, donc 24-7. Les juges de la Cour du Québec ont des disponibilités,
ont des gardes aussi et tout ça. Donc, on va s'assurer, en collaboration avec
la magistrature, qu'il y ait quelqu'un pour entendre la requête rapidement.
Et vous avez soulevé un autre point aussi,
avant de vous céder la parole, là, mais vous avez soulevé un autre point sur
l'application de l'ordonnance extraterritoriale lorsque l'entreprise, elle
n'est pas là. Nous en sommes conscients. Il y a des ententes de réciprocité
parfois, mais vous avez raison de dire qu'à certains endroits dans le monde, si
c'est hébergé, supposons, en Thaïlande... puis là je parle à travers mon
chapeau, là, je ne sais pas si on a une entente de réciprocité, mais ça peut
être difficile. Mais notre objectif, c'est deux choses. Oui, Internet, mais
également le partage texto. Et ça, ça se fait à une échelle beaucoup plus
locale. Ça fait que c'est sûr que ce n'est pas parfait sur réussir à empêcher,
mais ça, c'est tous les jugements de toutes les juridictions au Canada, qu'on a
une limite à une portée extraterritoriale quand il n'y a pas d'entente. Mais
peut-être vous entendre là-dessus, si ça répond à vos enjeux.
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Bien,
je peux me prononcer. Merci, M. le ministre. En fait, je me prononcerais sur
votre premier point. C'est louable, ce que vous avez nommé afin de convaincre
la magistrature, là, au niveau des mesures d'aide au témoignage. Par contre,
les organismes, si je prends en exemple les CAVAC, on va pouvoir effectivement
attester que la personne victime reçoit nos services, si elle consent qu'on le
fasse, mais jamais on ne va attester que cette personne victime là <subit
de la violence...
Mme Cormier Gaudet (Marilie) :
...on
va attester que cette personne victime là >subit de la violence. C'est
là la nuance qu'on aimerait apporter puis c'est de là notre questionnement.
Voilà.
M. Jolin-Barrette : OK. Sur
l'ordonnance de protection civile, là, vous souhaiteriez que la durée minimale
de protection soit plus longue que le 10 jours. Cependant, ce qu'on a
prévu comme mécanisme, c'est le fait que le juge peut la renouveler dans son
bureau aussi. Donc... Parce que, là, dans le fond, l'ordonnance civile de
protection, on n'oblige pas un débat contradictoire dès le départ. Ça veut dire :
On n'a pas besoin d'avoir la personne qui est visée par l'ordonnance au
tribunal. Ça fait que ça peut se faire, et on dit ex parte, mais, à ce
moment-là, elle est notifiée, et là, par la suite, il peut y avoir un contrôle
de la part du juge, mais ce n'est pas nécessaire de réunir toutes les parties,
puis il va pouvoir la renouveler dans son bureau.
Donc, ça, je voulais juste le porter à
votre attention. C'est sûr, il y aura un renouvellement, mais il n'est pas
obligé d'y avoir une audition formelle par la suite, là. Mais ça prend... ça
prend un certain délai quand même parce que, vu que l'ordonnance est prononcée
sans que la personne ait pu faire valoir ses arguments, l'ordonnance prononcée
contre lui, il faut qu'il y ait un mécanisme à un moment donné pour que la
personne puisse se soulever. Ça fait qu'elle est prononcée d'urgence 10 jours,
mais, après, il y a une sorte de contrôle par le juge si elle est contestée.
Mais on s'assure au départ qu'immédiatement elle puisse être ordonnée.
Mme Gagnon (Karine) : Bien,
il y avait cet élément-là sur le 10 jours, mais il y avait le trois ans
aussi, parce qu'on comprend, là, que, le 10 jours, à un moment donné,
l'autre partie doit être entendue, évidemment, là. Mais il y avait sur le trois
ans aussi qu'on trouvait que la période n'était peut-être pas assez longue.
Évidemment, il y a la... il y a la
possibilité de renouveler, mais notre préoccupation, c'était de ne pas rajouter
une démarche pour la personne victime de façon trop rapide, compte tenu... on
sait, en contexte post... de postséparation, comment ça peut durer pendant de
très nombreuses années, cette violence-là, encore plus quand il y a des
enfants.
Ça fait que notre souci, c'était ça,
c'était de ne pas... d'éviter à la personne victime d'avoir à revenir à la cour
trop rapidement. À notre avis, trois ans, c'était peut-être un peu court à ce
niveau-là.
Maintenant, de combien devrait être la
durée? Il faudrait peut-être, là, consulter des études sur le sujet, tu sais,
qui sont plus précises sur... dans combien... dans le temps, combien ça peut
s'étendre, ce genre de violence là, pour déterminer un peu, là, la durée de
l'ordonnance.
M. Jolin-Barrette : Je
comprends. Vous nous dites de consulter les études, mais est-ce que vous avez
une opinion sur, selon vous, quelle devrait être la durée, si ce n'est pas
trois ans?
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : De
notre côté, là, on avait pensé à un cinq ans, qui serait un peu plus
raisonnable.
M. Jolin-Barrette : OK,
parfait. Donc, globalement, le projet de loi amène des avancées. On va prendre
en compte vos commentaires que vous avez formulés dans le mémoire. Je vais céder
la parole à vos collègues, mais je tiens à vous remercier d'avoir déposé un
mémoire puis d'être venues en commission parlementaire aujourd'hui.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le ministre.
Il reste 7 min 30 s à la partie gouvernementale. Donc, Mme la
députée de Laval-des-Rapides, s'il vous plaît.
Mme Haytayan : Merci, M. le
Président. Bonjour, mesdames. Merci pour votre temps ce matin.
Sur le terrain, à quel point vous
constatez une augmentation de l'ampleur du phénomène? Puis aussi, côté
victimes, quel est le profil qui revient le plus souvent?
Mme Gagnon (Karine) : Vous
voulez dire par rapport au partage d'images intimes plus particulièrement?
Mme Haytayan : Les victimes,
oui, le profil des victimes.
Mme Gagnon (Karine) : Bien,
c'est sûr que, ce qu'on constate, je vous dirais, dans les dernières années,
c'est une augmentation au niveau des jeunes. Ça, c'est quelque chose qu'on
constate. Profil des victimes, bien, c'est...
Mme Haytayan : Quand vous
dites «jeunes», si je peux me permettre, quand vous dites «jeunes», quelle
tranche d'âge?
Mme Gagnon (Karine) : Les
adolescents.
Mme Haytayan : OK.
Mme Gagnon (Karine) : Les
adolescents. Donc, comme c'était mentionné tout à l'heure, dans le fond, le
projet de loi, c'est sûr que, quand c'est entre des individus qu'on peut
facilement identifier, on voit, nous, que, pour les jeunes, pour les
adolescents, c'est... ce qui est prévu dans la loi, ça risque d'être aidant,
là, pour contrer ce genre de comportement là, parce que c'est quelque chose
qu'on voit qui est en émergence... en fait, ce n'est pas juste en émergence,
là, ça prend une ampleur assez importante, là, dans les dernières années.
Mme Haytayan : ...dernières
années. Donc, depuis combien d'années vous voyez cette ampleur?
Mme Gagnon (Karine) : Ce
serait difficile à qualifier, mais je vous dirais que la pandémie a contribué
certainement à ce que les jeunes soient encore beaucoup plus sur les réseaux
sociaux qu'ils l'étaient auparavant. Donc, on pourrait situer le début de cette
augmentation-là autour de la pandémie, là.
Mme Haytayan : Donc, surtout
depuis 2020.
Mme Gagnon (Karine) : ...
Mme Haytayan : OK, OK. Aussi,
je voulais vous entendre sur l'ordonnance civile de protection. Actuellement,
avec ce type d'ordonnance, s'il n'y a pas de suivi par les policiers. <Est-ce
que c'est problématique...
Mme Haytayan :
...actuellement,
avec ce type d'ordonnance, s'il n'y a pas de suivi par les policiers. >Est-ce
que c'est problématique, selon vous?
Mme Gagnon (Karine) : En
fait, oui, c'est problématique parce que le fardeau repose sur la personne
victime, à ce moment-là, de dénoncer au... bien, en matière civile, par outrage
ou tribunal. Donc, c'est une requête qui doit être présentée. Et, évidemment,
bon, c'est une démarche judiciaire, mais là on parle surtout de délais, parce
que, quand ce genre d'ordonnance là n'est pas respectée, c'est la sécurité de
la personne victime, et potentiellement ses enfants, si elle en a, qui est à
risque. Donc, on veut une intervention rapide et immédiate par des gens qui
sont en mesure de poser des gestes et d'arrêter les auteurs de violence. Donc,
c'est effectivement problématique.
C'est pour ça qu'on parle d'un faux
sentiment de sécurité, parce que la personne victime peut penser que, parce
qu'elle a cette ordonnance-là qui vient d'un juge, elle est en sécurité, mais,
dans les faits, la réaction qui peut avoir lieu, bien, elle est vraiment... c'est
parce que ça prend beaucoup de temps, là, avant que ça puisse se produire.
• (10 h 20) •
Mme Haytayan : OK. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
Saint-Jean, 4 min 30 s.
M. Lemieux : Merci. Merci beaucoup,
M. le Président. Mmes Cormier Gaudet, Gagnon et Villeneuve, merci beaucoup
d'être avec nous ce matin et d'inaugurer ces consultations publiques sur le
projet de loi.
Je vais rester, moi aussi, sur la partie
des images parce que c'est le titre du projet de loi, mais, en même temps,
c'est ce qui a bouleversé le grand public quand ça a commencé à circuler, parce
qu'il y a eu plusieurs reportages, que les images circulaient à l'école,
textos, et tout ça, puis là on a compris l'ampleur du phénomène.
Je reviens juste sur la partie des jeunes
dont on parlait tout à l'heure, parce qu'on a l'impression que... parce que les
médias nous ont parlé de la circulation de ces images-là en textos ou dans des
groupes d'étudiants du secondaire, surtout, qu'il n'y avait pas de problème,
que ce n'était pas un gros problème pour le reste de la gent féminine et des
autres. Pourtant, au criminel, si j'ai bien lu, il y a à peine une centaine,
peut-être, certaines années, 150, 175 dossiers criminels qui sont ouverts,
parce que c'est effectivement couvert par le criminel.
Est-ce que la dimension civile qu'on
introduit maintenant peut faire ouvrir les vannes? Pensez-vous? Est-ce que vous
voyez vraiment la possibilité, pas seulement pour les jeunes, mais tous ceux et
celles qui sont frappés par ce problème-là, d'intervenir facilement? Parce que
c'est ça, la prétention du ministre, dans son projet de loi : Ça va être
facile, ça va être rapide. Est-ce qu'il y a ce qu'il faut là-dedans pour ça?
Mme Gagnon (Karine) : Est-ce que
ça va ouvrir les vannes? C'est difficile à dire. Est-ce que c'est un outil
supplémentaire? Certainement. Vous l'avez mentionné, on parle des jeunes, mais
ce n'est pas que les jeunes, hein, on rencontre aussi des situations de fraude,
de sextorsion. On a des gens plus âgés, là, qui se font menacer, qui se font
extorquer de l'argent de cette façon-là. On parle des femmes, mais il y a aussi
des hommes qui sont victimes de ce genre de choses là.
Est-ce que ce sera plus facile? Ça reste
toujours quelque chose d'intime. Ça restera certainement toujours quelque chose
de difficile, pour une personne victime, à dénoncer, peu importe la juridiction
qui sera utilisée, mais c'est certainement un moyen supplémentaire pour pouvoir
le faire et le faire d'une autre manière. Il y a des gens qui pourraient être
intimidés par le fait d'aller vers les policiers, vers un processus judiciaire
criminel et pour qui le processus... le processus civil pourra être plus
adéquat. Donc, c'est certainement un outil supplémentaire.
M. Lemieux : Surtout...
Mme Cormier Gaudet (Marilie) :
Si je peux me permettre...
M. Lemieux : Oui, allez-y.
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Oui.
J'allais dire, si je peux me permettre, on a effectivement eu un bel exemple de
ce que vous venez de nommer à Drummondville. Donc, à Drummondville, on a été un
des cinq projets pilotes, des cinq premiers projets pilotes en matière de
tribunaux spécialisés en violence conjugale et en violence sexuelle, et on a vu
une augmentation des dénonciations à la police pour ce type de crimes là. Donc,
il se peut que cela ait cet effet-là, effectivement.
M. Lemieux : Et là il n'y a
presque plus temps, M. le Président? Une minute. C'est rapide, une minute,
alors je vais seulement rajouter mes compliments à ceux du ministre tout à
l'heure. J'avais envie de commencer en vous disant merci d'exister, parce
que... mais j'ai sauté dans la question de la collègue pour enchaîner. Mais
effectivement, il faut être assis dans une commission comme celle-ci pour vous
voir revenir à chaque fois, à chaque fois qu'il y a des problèmes adressés par
le gouvernement par rapport à violence sexuelle, violence conjugale, aide aux
victimes de quelque ordre qu'il soit. Et je sais que vous êtes une créature,
mais c'est beau de voir la passion que vous investissez dans cette créature de
la société pour venir en aide aux victimes. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
l'Acadie, <s'il vous plaît...
M. Lemieux :
...merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :
Merci. M. le député de l'Acadie,
>s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. Alors, Mmes Cormier Gaudet, Gagnon et Villeneuve, merci d'être
là avec nous aujourd'hui. Moi, je dois vous dire, j'ai la chance, là, de le
dire publiquement, mais il y a... ça fait déjà... ça remonte à quelques mois,
mais j'ai eu la chance d'être accueilli par le CAVAC à Drummondville. On y a
fait une visite, on a eu une excellente discussion, puis, après ça, nous sommes
allés au palais de justice. Alors, je voulais vous remercier, et le faire
publiquement, pour l'accueil que j'ai reçu, mais aussi pour le travail que vous
faites auprès des victimes d'actes criminels. Puis j'espère qu'au palais les
réaménagements se font bien pour vous puis que vous êtes capables, sans
problème, de remplir votre mandat. Donc, merci... merci beaucoup. Merci aussi d'avoir
pris le temps de déposer un mémoire à la commission sur un sujet qui est
effectivement très important.
J'aurais quelques questions pour vous. À l'article 14
du projet de loi, une fois que l'ordonnance est obtenue, on parle du mode de
signification et on dit : «par tout mode approprié, notamment par huissier
de justice, poste recommandée, remise en main propre, service de messagerie ou
moyens technologiques», est-ce que vous pensez que c'est suffisant? Et quand je
l'ai lu, l'entremise de la poste recommandée, ça peut prendre quand même du
temps. Remise en main propre, j'imagine que ce serait par un huissier de
justice. Est-ce que vous y voyez un enjeu? Puis moyen technologique, bien, le
problème, c'est que ça peut être la preuve de la signification. Est-ce qu'il y
aurait d'autres moyens auxquels vous avez pensé qui pourraient permettre de
signifier l'auteur de ses gestes blâmables?
Mme Gagnon (Karine) : Bien, c'est
une question technique que vous nous posez. Puis, évidemment, on n'est pas
spécialistes de cette question-là, mais, évidemment, ça prend un moyen qui
permet de signifier, en temps opportun, parce qu'on l'a mentionné, là, à
quelques reprises, tant pour ce qui concerne l'ordonnance civile de protection
que pour le partage d'images intimes, le temps est un enjeu. Donc,
effectivement, il faut que le moyen utilisé rencontre, là, ces
préoccupations-là concernant le temps, là.
M. Morin : Oui, puis c'est
vrai, vous avez raison, c'est vrai que c'est un moyen un peu technique, mais,
parfois, le législateur a de très bonnes idées, des bons principes, mais,
souvent, c'est dans les détails et dans la mise en application qu'on voit que c'est
un peu plus compliqué. Donc, vous comprendrez que moi, comme législateur, ce
volet-là m'intéresse aussi d'une façon importante d'ailleurs.
Un peu dans le même sujet, mais peut être
un peu moins technique, vous soulevez aussi la question de l'accès ou des coûts
puis vous faites mention aussi, à un moment donné, je pense, dans votre
mémoire, de l'aide juridique. D'après vous, quels sont les meilleurs mécanismes
puis est-ce que l'État devrait les défrayer pour permettre justement aux
victimes de ce type de comportement là de pouvoir agir rapidement?
Mme Gagnon (Karine) : Bien,
en fait, on soulevait cette question-là concernant... si on souhaite invoquer,
entre autres, le passé d'une personne victime. On sait qu'en matière criminelle
et pénale, quand ce genre de requête là doit être débattue, le procureur de la couronne
n'étant pas l'avocat de la personne victime, la personne victime a droit d'être
représentée gratuitement pour le débat sur cette requête-là. Nous, ce qu'on
suggère, c'est que, comme on importe ces principes-là en matière civile, et qu'en
matière civile généralement la personne va être représentée par avocat, mais
que la partie sur le débat de ce type de requête là puisse aussi être... être
défrayée par l'aide juridique. C'est vraiment spécifiquement par rapport à cet
aspect-là qu'on soulevait la question parce que c'est exactement le même type
de débat. Donc, la personne devrait avoir les mêmes droits dans les deux
juridictions à ce moment-là. C'est à ce niveau-là qu'on invoquait cette
possibilité-là.
M. Morin : Je vous remercie,
c'est très clair. J'aurais une autre question. Dans le projet de loi, le projet
de loi va aussi modifier le Code de procédure civile, et, à l'article 9,
puis M. le ministre en a parlé, l'a évoqué, on dit : «Le témoin, avec
l'autorisation du tribunal, ou la partie qui a déposé au greffe une attestation
confirmant qu'elle s'est présentée à un service d'aide aux personnes victimes
reconnu par le ministre de la Justice...», donc, ça, ça pourrait être vous?
Mme Gagnon (Karine) : ...
M. Morin : Excellent. Donc,
pourrait <à ce moment-là, témoigner...
M. Morin :
...reconnu
par le ministère de la Justice...», donc, ça, ça pourrait être vous?
Mme Gagnon (Karine) :
...
M. Morin :
Excellent.
Donc, pourrait >à ce moment-là, témoigner à distance ou utiliser,
évidemment, un autre type de mécanisme pour témoigner. Ces craintes-là, qui
sont justifiées chez les victimes, est-ce que vous avez... vous avez un grand
nombre de demandes ou de dialogues avec les victimes qui font en sorte qu'elles
pourraient se prévaloir de cette autorisation-là? Puis je vous pose la question
parce qu'une fois que la loi va être en vigueur, vous, allez-vous avoir assez
d'employés pour être capables de faire face à la demande?
• (10 h 30) •
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : C'était
effectivement notre crainte. C'est pourquoi, là, on l'a amenée dans nos faits
saillants. Actuellement, on se questionnait sur la pertinence de cette
attestation-là, parce que ça va ajouter une charge supplémentaire aux CAVAC.
C'est sans surprise que les CAVAC, en ce moment, ont une charge de travail qui
est déjà importante, donc on appréhende, oui, le fait d'avoir un flux de
demandes.
Si on parle de cour criminelle, donc en
chambre criminelle, c'est la grande majorité de nos victimes, là, qui ont
recours aux aides aux témoignages, qu'on parle de paravent, de chien
d'assistance ou de témoignages en visioconférence. Donc, on ose croire que ce
sera la même chose lorsque cette loi-là va être en vigueur.
Mme Villeneuve (Marie-Christine) :
Notamment, je pense... bien, peut-être préciser, quand tu dis... quand on
mentionne la grande majorité, on parle quand même dans un contexte de violence
conjugale. Dans ce contexte-là, effectivement, ce sont des outils qui sont
appréciés et souvent très, très nécessaires. Donc, on peut penser, effectivement,
que ce sera demandé.
Maintenant, quand vous demandez :
Est-ce que ça va ajouter une charge? Est-ce que vous parlez de l'accompagnement
même au niveau de la cour civile ou vous parliez simplement de l'attestation?
M. Morin : Bien, je parle de
l'attestation d'abord, parce qu'on peut... c'est certain qu'il y a des victimes
qui vont s'en prévaloir. Il y a probablement des victimes qui vont avoir besoin
d'aide pour comprendre évidemment ce à quoi il en retourne, l'impact, tout ça,
l'information qui est relevée puis, évidemment, si ça retombe sur vos épaules.
Parce que vous êtes... bien, fort heureusement, bien identifiées comme étant
des expertes dans le domaine, mais, évidemment, vos ressources ne sont pas
illimitées. C'est la même logique, c'est la même préoccupation, en fait, que
j'ai. Tu sais, si on met un truc dans un projet de loi qui est bon, mais
qu'après ça tout le monde est plus ou moins content parce que vous n'avez pas
les ressources pour rendre le travail, ça frustre tout le monde. Vous, parce
que vous n'êtes pas capables de faire le travail, puis les victimes, parce
qu'elles ne sont pas capables d'avoir le service.
Donc, c'est pour ça que je voulais avoir...
Compte tenu de votre expertise grande dans ce domaine, comment vous voyez ça?
Est-ce que vous allez envoyer des demandes supplémentaires pour augmenter votre
budget au ministère ou...
Mme Gagnon (Karine) : Bien,
si je peux juste compléter, on comprend l'objectif, là, de contourner les
requêtes qui devaient être déposées. Parce que, tu sais, je comprends... on
comprend qu'on veut alléger, là, le fardeau des personnes victimes. Donc, si
l'attestation peut venir aider à ça, on comprend l'idée, là. Sauf que nous,
notre souhait, ce serait que ce soit vraiment comme en matière criminelle, que
ce soit quelque chose d'automatique pour les personnes victimes.
Donc, évidemment, on n'est pas des experts
du processus judiciaire civil, donc les technicalités, et tout ça, ça ne relève
pas de nos compétences, mais c'est vraiment notre souhait, ce serait que cette
attestation-là ne soit pas nécessaire. Maintenant, si ça vient... si ça vient
éviter de présenter une requête qui est encore beaucoup plus lourde qu'une
attestation, bien là, à ce moment-là, il faudra voir, justement, comment...
dans les services d'aide, oui, les CAVAC, mais les autres services d'aide aux
personnes victimes, dépendant du type de victimisation, comment on serait en
mesure de répondre à ce besoin-là. Parce que, oui, il va y en avoir, des
demandes, puis on le souhaite, qu'il y en ait, parce qu'on veut que les
personnes aient accès à ces mesures-là au civil, au même titre qu'au criminel.
Mais, oui, la question va se poser, de l'opérationnalisation de tout ça sur le
terrain, effectivement.
Mme Cormier Gaudet (Marilie) :
Puis on pourrait poursuivre juste en précisant, là, qu'au niveau de
l'accompagnement, parce que vous avez mentionné que votre question a deux
volets, présentement, on est vraiment les spécialistes au niveau de
l'accompagnement des personnes victimes en chambre criminelle. Comme l'a dit ma
collègue, on n'est pas des spécialistes en chambre civile. Donc, si c'est le
souhait, que les CAVAC accompagnent en chambre civile, évidemment, il va
falloir revoir un petit peu nos mandats, là.
M. Morin : Oui, bien, en
fait, c'est un point excessivement pertinent, à mon avis, que vous soulevez.
Parce que, bien sûr, tu sais, les CAVAC, bien, on parle toujours des victimes
d'actes criminels, mais le traumatisme ne sera pas moins grand pour la victime...
10 h 30 (version révisée)
M. Morin : ...des victimes d'actes
criminels, mais le traumatisme ne sera pas moins grand pour la victime si elle
va déposer devant une chambre civile, là. Les conséquences ne sont pas les
mêmes pour la personne qui est visée par la procédure, mais, pour la victime,
elle, ce ne sera pas différent. Et donc, avec votre expertise, avec votre
expérience, est-ce qu'il y a des centres qui pourraient les aider? Parce que je
comprends que, vous, ça déborde un peu votre mandat. Est-ce que je me trompe ou...
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Effectivement,
vous voyez juste.
M. Morin : D'accord,
excellent. Donc, ça va être une chose à réfléchir. Je vous remercie. Merci
beaucoup. Puis avez-vous aussi de l'expérience avec le témoignage et l'aide
avec un chien guide?
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Avec
un chien d'assistance judiciaire, effectivement, là, si je peux parler pour
Drummondville, donc on a le privilège, depuis déjà deux ans, d'avoir Falkor
avec nous, là, qui accompagne les personnes victimes au sein du tribunal
spécialisé.
M. Morin : Puis ça fonctionne
bien?
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Ça
fonctionne très bien.
Mme Villeneuve (Marie-Christine) :
Oui, on en a trois, présentement, projets pilotes qui fonctionnent, là,
notamment à Drummondville et dans deux autres régions, et ça fonctionne
effectivement très bien. Il y a des demandes, et ça facilite beaucoup, en fait,
le passage des personnes victimes au sein du tribunal.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie beaucoup. J'ai terminé, M. le Président.
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup. Sur ce, à mon tour de vous remercier d'avoir
participé aux travaux de la commission.
Et je suspends les travaux quelques
instants pour accueillir le prochain groupe. Merci et à bientôt. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 36)
(Reprise à 10 h 38)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Alors, il me fait plaisir d'accueillir en
personne les représentantes du Regroupement des maisons pour femmes victimes de
violence conjugale. Merci beaucoup d'être avec nous. Je vous invite bien sûr, d'abord,
à vous présenter et à débuter votre témoignage. Merci beaucoup.
Mme Riendeau (Louise) : Bonjour.
Je suis Louise Riendeau. Je suis coresponsable des dossiers politiques au
regroupement et je suis accompagnée de Mélanie Guénette, qui est membre du
conseil d'administration de notre organisme et qui est directrice de La Maison
Le Prélude. Alors, bonjour, M. le Président, M. le ministre, chers députés. On
est très contentes d'être ici pour vous parler.
On va vous parler spécifiquement du projet
de loi en fonction de la réalité des femmes victimes de violence conjugale.
Notre association regroupe 46 maisons réparties à travers le Québec, qui, de ce
fait, accompagnent des milliers de femmes victimes de violence conjugale, et l'ensemble
des éléments du projet de loi sont d'intérêt pour ces femmes-là. Pour nous, le
projet de loi est certainement une avancée au plan de la protection des femmes
victimes de violence conjugale comme d'autres victimes aussi. Ce qui a beaucoup
retenu notre attention, ce n'est pas tant les articles du projet de loi, mais
son application, pour laquelle on a un certain nombre de préoccupations et de recommandations.
On va aussi présenter quelques mesures qui, on pense, auraient pu figurer au
projet de loi n° 73.
Pour ce qui est de la question du partage
d'images intimes, tantôt, il y avait des <questions sur les jeunes...
Mme Riendeau (Louise) :
...ce
qui est de la question du partage d'images intimes il y avait des >questions
sur les jeunes. Nous, c'est une réalité que les femmes victimes de violence
conjugale vivent. On voit souvent des conjoints obliger les femmes à être
filmées, à être photographiées sans leur consentement pendant les activités
sexuelles et les menacer d'utiliser ces images-là, particulièrement au moment
où les femmes tentent de mettre fin à leur relation. Alors, ce que le projet de
loi propose, pour nous, est important. Le fait qu'on puisse invoquer la
révocation du consentement est aussi important dans la mesure où, quand on
parle de violence conjugale, on parle souvent plutôt de consentement vicié par
peur de subir des agressions. Donc, pour nous, ça va être intéressant.
• (10 h 40) •
Donc, que ce soit au niveau de la... du
partage d'images intimes ou de l'ordonnance de protection civile, dont on va
parler un peu plus longuement, nous, ce qui nous préoccupe, c'est que les
victimes aient les moyens de vraiment raconter tout ce qu'elles ont vécu et
tout ce qui est pertinent pour que les juges puissent en tenir compte, et ça ne
va pas de soi. On vient de vivre une expérience intéressante avec le ministère
de la Sécurité publique, où on a été sur un comité pour refaire la déclaration
que les victimes peuvent utiliser au moment d'aller porter plainte. Et je
dirais que notre participation a permis beaucoup de bonifier, de mettre des
éléments de contrôle coercitifs qui n'auraient pas été mis là autrement, et ça
a permis de le tester avec les victimes, qui nous ont dit : Ah! si on
avait eu ça, on aurait déclaré beaucoup plus de choses aux policiers.
Donc, on pense que c'est un bel exemple et
ce qu'on recommande, c'est qu'en fait, pour les formulaires dont il est
question dans le projet de loi... que le gouvernement s'associe à des
ressources spécialisées comme les nôtres, mais aussi à des services comme
Rebâtir, qui faisait partie du comité où en était, ou Juripop, qui ont beaucoup
représenté des victimes de violence sexuelle et de violence conjugale. On pense
que, comme ça, on pourrait s'assurer d'avoir un meilleur outil, mais un outil
ne suffit pas toujours. C'est un... déclarer tout ça, pour les victimes, c'est
quelque chose d'intime, parfois de honteux.
Donc, on se dit : Ce serait bien qu'elles
puissent bénéficier d'un accompagnement et que ce mandat-là soit confié à
Rebâtir, qui, déjà, donne des consultations aux victimes de violence sexuelle
et de violence conjugale. Donc, on pense que, comme ça, les victimes feraient
de meilleures déclarations et les juges auraient davantage ce qu'il faut en
main pour prendre des décisions à ce niveau-là.
On est préoccupées, effectivement, aussi
par la capacité des juges d'évaluer les risques. Donc, si les facteurs de
risque sont présents dans le formulaire, ça sera facilitant pour prendre des
décisions à ce niveau-là.
On est aussi préoccupées par comment les
policiers vont pouvoir intervenir en cas de contravention à l'ordonnance de
protection civile. On dit : Le service de police sera informé, mais, pour
nous, ça ne suffit pas. Ça se peut que le manquement à l'ordonnance arrive dans
la ville à côté. Donc, il faut s'assurer que l'autre service de police soit
aussi au fait, et la seule façon de faire ça, c'est que ça soit rentré dans la
base de données du Centre de renseignements policiers du Québec, mais ça, c'est
codifié, c'est un certain nombre de caractères, ce n'est pas si simple. Donc,
on se dit : Il faudra vraiment que le ministère de la Justice et le
ministère de la Sécurité publique travaillent avec le CRPQ pour que celui-ci
regarde comment ça peut se faire et donne des indications aux services de
police.
Et l'autre chose aussi, ce qu'on nous dit,
c'est que, souvent, les ordonnances, celles qui sont données en droit de la
famille, vont être dans tout un jugement, en droit de la famille, de plusieurs
pages. Donc, c'est complexe. Donc, on se dit : Ce serait intéressant qu'il
y ait un formulaire où les conditions sont inscrites séparément. Ça va faciliter
la vie des policiers pour rentrer ça et ça facilitera aussi l'intervention.
Donc, pour nous, ça, c'est un élément qui est important.
Est aussi important qu'on regarde comment
on va signifier les ordonnances, qu'est-ce qu'on va dire aux victimes au moment
où le conjoint reçoit l'ordonnance. Il y a des victimes qui cohabitent encore
avec l'auteur de violence. Donc, il faut les diriger vers des ressources qui
peuvent les aider à mettre en place un filet de sécurité.
Puis il faudra aussi que les policiers soient
formés. Encore aujourd'hui, malheureusement, on banalise les bris de conditions
ou conditions de remise en liberté au 810. Donc, ça, pour nous, c'est un
élément qui sera important. Et on pense que le ministre de la Sécurité publique
devrait indiquer, dans le Guide de pratiques policières, en matière de
violence conjugale et peut-être en matière de violence sexuelle, comment les
policiers doivent agir dans le cas des ordonnances de <protection civile...
Mme Riendeau (Louise) :
...violence
sexuelle, comment les policiers doivent agir dans le cas des ordonnances de >protection
civile.
Pour ce qui est de toute la section aide
aux témoignages, possibilité de témoigner à distance, où on demande aux
victimes d'avoir une attestation, pour leur faciliter la vie, nous, on
recommande que les mêmes organismes qui sont reconnus pour la résiliation du
bail ou l'accès aux soins sans le consentement de l'autre parent soient
reconnus, donc les CAVAC, les CALACS, les maisons d'hébergement, mais qu'on
ajoute aussi d'autres organismes qui viennent en aide aux victimes et Rebâtir.
Comme ça, ça facilitera la vie aux victimes à ce moment-là.
J'essaie d'aller vite. On a beaucoup de
choses à dire en 10 minutes. Puis, c'est ça, pour le témoignage à distance,
j'ai entendu le ministre qui disait : Bien, s'il y a une attestation,
peut-être que les juges vont davantage l'entendre. En tout cas, on est
préoccupées pour que les juges n'utilisent pas l'exception qui dit : Si
vous pensez que ça va être plus facile de vérifier la crédibilité, vous pouvez
demander un témoignage en personne. On sait que, pour les victimes, c'est
quelque chose qui est difficile. Donc, on espère qu'il y aura sensibilisation,
discussion avec le Conseil de la magistrature à ce niveau-là.
Enfin, pour la formation des intervenants,
on pense que le ministre devrait prendre exemple sur la loi sur le tribunal
spécialisé, où on avait nommé les professionnels qui devaient être formés. En
droit civil, il y a certains professionnels qui sont de pratique privée, qui ne
sont pas dans un organisme ou dans un ministère. Donc, il serait peut-être bon
de les nommer et aussi de dire que la formation doit être donnée en consultant
des ressources qui ont de l'expertise en la matière.
Au plan de la terminologie, on a remarqué
qu'on ne parle pas toujours de la même façon de la violence conjugale et de la
violence sexuelle. Nous, on recommanderait qu'on parle toujours au long de
violence conjugale, toujours au long de violence à caractère sexuel, et qu'on
l'harmonise partout dans le projet de loi, et on propose aussi, pour s'assurer
qu'on ait une vision complète de ce qu'est la violence conjugale et pas juste
de la violence physique, qu'on fasse une apposition, qu'on mette, après
«violence conjugale», «contrôle coercitif». Il y a de plus en plus de gens qui
savent de quoi on parle, mais il y en a qui ne sont pas encore tout à fait au
courant. Donc, ça va un peu forcer une meilleure compréhension des choses.
Et enfin on voulait souligner deux sujets
qui sont problématiques pour la sécurité des victimes : un, c'est quand
elles vont chercher leurs effets personnels à leur ancien domicile, l'autre,
c'est quand le conjoint a laissé ses effets personnels là.
Dans le premier cas, en général, la police
les accompagne et, en général, les conjoints acceptent, mais il y a des cas où
les conjoints refusent, et, à ce moment-là, la police dit : Bien, il faut
que vous alliez chercher un jugement, mais aller chercher un jugement, c'est long.
Donc, est-ce qu'on peut s'inspirer de ce qu'on a pour la résiliation du bail,
pour l'accès aux soins sans l'accord de l'autre parent, pour qu'un officier
public recevant une attestation d'un organisme spécialisé puisse faire une
attestation que madame peut retourner chercher ses effets, ce qui permettrait
aux policiers de l'accompagner dans ça. Ça, c'est une chose.
Pour la question de la récupération des
biens laissés par le conjoint, à l'heure actuelle, en fonction de l'article 944
du Code civil, une femme peut être prise pendant six mois avec les biens du
conjoint, et les biens, ça peut être des animaux dont il faut prendre soin
parce que, sinon, elle pourrait être accusée de ne pas avoir fait les choses
correctement. C'est un peu long. Alors, on dit : Est-ce qu'il pourrait y
avoir une exception dans les cas de violence conjugale pour réduire les délais
au maximum à deux mois?
Alors, voilà. On pense, c'est un bon
projet de loi, mais il faut qu'il soit bien appliqué.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, Mme Riendeau.
M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Alors, Mme Riendeau, Mme Guénette, bonjour. C'est toujours un plaisir de vous
retrouver.
Donc, je rebondis sur votre dernière...
dernière phrase. Vous trouvez que c'est un bon projet de loi. Donc, c'est dans
l'application que c'est important, puis vous nous avez fait des suggestions sur
les modalités d'application. Essentiellement, là, sur le fond, les articles,
vous êtes en accord, qu'on met en place. Je voulais vous demander les impacts
des différentes mesures qu'on amène comme changements. Je donne un exemple.
L'ordonnance civile de protection, on
diminue le fardeau pour la victime. On criminalise également le bris. Là, je
suis d'accord, avec vous sur la question du CRPQ, du fait que ce qu'on a prévu,
là, dans le fond, c'est que l'ordonnance, elle est notifiée au corps de police
où réside la demanderesse, mais également on veut l'inscrire aussi au CRPQ. Ça
fait qu'on est en discussion avec le ministère de la Sécurité publique
là-dessus.
Vous avez raison de dire qu'en matière de
jugements familiaux il y a plusieurs types d'ordonnances, puis c'est pour ça
qu'on est en train de travailler à ce que l'ordonnance civile de protection, ça
soit sous forme de formulaire, ça puisse être énoncé dans le jugement, mais,
également, pour que ça <puisse être intégré dans le CRPQ...
M. Jolin-Barrette :
...ça
puisse être énoncé dans le jugement, mais, également, pour que ça >puisse
être intégré dans le CRPQ, il faut que ça soit prescriptif comme formulaire.
Donc, votre suggestion, elle est très, très bonne, puis on est enlignés sur
vous. Donc, c'est quoi, l'impact, pour les personnes victimes, de la diminution
du fardeau de preuve en ordonnance civile de protection, comme on le fait?
• (10 h 50) •
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
je pense que tout ce qui peut faciliter l'accès à des mesures de sécurité pour
les victimes est important. Si on parle de la violence conjugale, souvent, les
victimes vont avoir à faire des procédures en droit de la famille, des
procédures au judiciaire. C'est beaucoup et c'est très lourd. Donc, il faut
faciliter ça. C'est une bonne idée, mais ce n'est pas magique. C'est pour ça qu'on
dit : Ça prend un bon formulaire pour que les victimes puissent bien
déclarer et ça prend de l'accompagnement. Ça fait que ça, je pense que c'est...
Il ne faut pas penser que ça va se faire si facilement, là, c'est des sujets
très sensibles, puis il ne faut pas non plus, comme les collègues des CAVAC le disaient,
créer un faux sentiment de sécurité.
Donc, il faut s'assurer que, s'il y a une
contravention, bien, il va pouvoir y avoir une intervention qui est rapide. Donc,
pour nous, c'est deux éléments vraiment essentiels, et il va falloir s'assurer
que l'intervention est juste. Comme je le disais, malheureusement, et nos
collègues de la fédération ont fait une lettre ouverte dans Le Devoir la
semaine dernière, il y a encore, malheureusement, beaucoup de cas où c'est...
les bris de condition ne sont pas... ne sont pas pris au sérieux quand les
femmes les rapportent.
Donc, on a besoin de maximiser la
formation puis faire comprendre aussi, que ce soient aux policiers, que ce soient
aux juges, que les dangers de féminicide, d'homicide intraconjugal, ça ne vient
pas nécessairement après une escalade de violence puis beaucoup de violence
physique. Les recherches nous montrent le contraire, ça vient toujours après du
contrôle coercitif, ou à peu près, puis, souvent, il n'y en a pas eu, de
violence physique, avant. Donc, c'est pour ça aussi qu'on insiste pour qu'on
reconnaisse mieux le contrôle coercitif puis que les... puis, d'ailleurs, au
Québec, je dirais, nous, on a fait beaucoup de formation. On commence à
comprendre cette... cette notion-là. On est en avance sur nos collègues du
reste du Canada, mais il reste du travail à faire.
M. Jolin-Barrette : Bien, d'ailleurs,
sur la question de la formation, les corps de police aussi vont être... vont
être visés par l'offre de formation qu'on offre dans la loi. Vous avez raison
de dire qu'il faut que ce soit sanctionnable, dans le fond, l'ordonnance. Donc,
c'est pour ça qu'on le transfère en infraction criminelle par le mécanisme
de... je pense, c'est 127 du Code criminel, puis qu'on a enlevé le recours sur
l'outrage au tribunal justement pour ne pas que ce soit sur le fardeau... le
fardeau soit sur les épaules de la victime à cet effet- là.
Ça fait que c'est la logique. On veut que
l'utilisation de l'ordonnance civile de protection soit beaucoup plus
disponible. Vous avez raison de dire aussi... le formulaire pour remplir... et
vous donniez l'exemple des déclarations, tout ça. On va vous consulter pour les
formulaires qui sont disponibles autant pour l'image intime que pour l'autre.
Et puis, pour les organismes qui vont être appelés à être reconnus, c'est par
arrêté ministériel. Donc, c'est nous qui allons déterminer ça. Donc, on va vous
consulter aussi pour... pour avoir un large... un large réseau à ce niveau-là.
J'aimerais que vous me parliez de votre
expérience par rapport au télétémoignage dans les dossiers, supposons, de
violence conjugale, violence sexuelle. Comment ça se passe généralement à la
cour, là? Est-ce que... est-ce que la magistrature accepte le télétémoignage?
Mme Guénette (Mélanie) : C'est
arrivé à quelques reprises pendant la COVID, et c'est là qu'on a eu beaucoup
plus accès au télétémoignage, et ça fait toute la différence pour les femmes
victimes de violence conjugale. De un, on parlait de contrôle tantôt, oui, il y
a encore, quand même, le contrôle parce qu'on voit quand même ce qui se passe à
la cour, mais le sentiment de sécurité est vraiment augmenté en n'étant pas
physiquement avec monsieur, quelqu'un parlait tantôt, là, à trois pieds à côté,
je pense, c'est vous, M. le ministre. Effectivement, ça a une différence. Au
niveau du contrôle coercitif aussi, il y a un pas de distance qui s'est pris.
Donc, c'est sûr que c'est une mesure qui est... qui est largement valorisée,
là, puis qu'on va mettre de l'avant, là, dans nos maisons pour... Si ce projet
de loi passe avec cette mesure-là, on va vraiment la promouvoir auprès de notre
clientèle, c'est clair.
M. Jolin-Barrette : Dans ce
que vous constatez, est-ce que vous avez des femmes qui sont hébergées chez
vous, qui se font dire : Non, il faut aller témoigner en cour
actuellement?
Mme Guénette (Mélanie) : Ça
arrive encore fréquemment.
M. Jolin-Barrette : Ça arrive
encore fréquemment?
Mme Guénette (Mélanie) : C'est
encore fréquent, oui.
Mme Riendeau (Louise) : Moi,
j'ajouterais que le télétémoignage est quand même assez récent, et, pendant
longtemps, c'était réservé aux enfants, aux personnes en situation de handicap,
puis, malheureusement, en droit de la famille, on a encore des juges qui disent :
Bien, séparé, c'est fini, ou c'est... tu sais, qui ne sont pas capables de
prendre la pleine mesure de l'impact que la <violence a pu avoir...
Mme Riendeau (Louise) :
...tu
sais, qui ne sont pas capables de prendre la pleine mesure de l'impact que la >violence
a pu avoir. Donc, dans ce sens-là, nous, on voit d'une... d'un bon oeil le fait
que ça puisse être élargi effectivement au civil parce que, si toutes les
femmes ne portent pas plainte au criminel parce qu'elles ne le veulent pas ou
elles n'ont pas vécu ce qui est actuellement reconnu comme une infraction,
toutes celles qui ont des enfants vont aller en droit de la famille. Ça touche
donc beaucoup de femmes et c'est des... On voit la virulence et, parfois, la
quérulence des conjoints dans ces procédures-là. C'est très épuisant
émotivement et financièrement pour les femmes. Donc, tout ce qui peut faciliter
la fin de l'union sans revictimiser les victimes est bienvenu.
Mme Guénette (Mélanie) : Si
je peux me permettre...
M. Jolin-Barrette : Allez-y.
Mme Guénette (Mélanie) : ...l'aspect
aussi du lieu où a lieu le télétémoignage, donc, d'être au palais à côté de...
d'être, tu sais, dans une salle à côté, ce n'est pas rassurant. Par contre, de
pouvoir le faire soit du bureau de leur avocat ou dans nos bureaux, à partir de
nos bureaux ou de tout autre bureau à l'extérieur du palais de justice, ça fait
une différence.
M. Jolin-Barrette : Parce que
c'est un des objectifs, là. Tu sais, dans le projet de loi sur le droit de la
famille, le 56, on a nommé la violence judiciaire, justement, sur la question
de la quérulence puis d'épuiser financièrement le conjoint, tout ça. Là, on
amène... En civil, la règle de base, c'est que, dès qu'il y a l'attestation, on
accorde le télétémoignage. C'est sûr que ça prend une exception pour le
tribunal parce qu'ils peuvent l'ordonner pour la crédibilité, mais le principe
de base, c'est : Vous avez votre attestation, vous avez droit au
télétémoignage, justement, parce que, moi aussi, j'ai constaté que ce n'était
pas systématiquement accordé même avec requête, tout ça. Donc là, je pense
qu'on amène un changement de paradigme là-dedans pour, justement, que les gens
se sentent à l'aise quand ils rentrent dans les palais de justice ou quand ils
prennent action puis qu'ils fassent du télétémoignage, que ce soit dans les
bureaux...
C'est la même chose avec la disposition
sur la question de l'adresse. Tu sais, ça, la question de l'adresse, peut-être
nous expliquer, en droit de la famille, supposons, quand il y a de la violence
conjugale, là, qu'est-ce que ça signifie, là, le fait de divulguer ou non son
adresse, parce que, généralement, quand vous êtes en civil à la cour, le
greffier vous demande, bien, de vous nommer, puis demande l'adresse, puis votre
adresse est sur les procédures. Ça fait que c'est quoi, l'impact de faire ce
qu'on fait, du fait que l'adresse, désormais, ça va pouvoir être le bureau
d'avocat ou le greffe?
Mme Guénette (Mélanie) : Bien,
beaucoup. Au niveau de la sécurité, combien de femmes demandent à ce que la
garde d'enfants... l'échange de garde se fasse à un lieu neutre, justement,
pour ne pas que le conjoint auteur de violence soit informé du lieu où elle
habite? Ça, tu sais, c'est par mesure de sécurité. Tu sais, on met déjà en
place tout un filet de sécurité quand madame... Là, d'emblée, je vais vous dire
que ça arrive que l'adresse, c'est la maison d'hébergement. On ne peut pas
donner... tu sais, pour moi, c'est clair, là, mais on ne peut pas donner
l'adresse de la maison d'hébergement par mesure de sécurité autant pour les
femmes, les enfants qu'on héberge, que pour nos travailleuses, mais, c'est ça,
dans leur... dans le cas de leur domicile à elles, c'est leur filet de sécurité,
où est-ce qu'on met... tu sais, quand elles quittent les maisons d'hébergement
ou même quand elles sont en service externe puis qu'elles se relocalisent, on
fait avec elles un filet de sécurité où est-ce qu'on met en place un système
d'alarme, on met en place des caméras de sécurité dans certains cas. Certaines
déménagent très loin aussi. Si on se met à donner l'adresse, c'est clair qu'on
vient de donner toute l'information pertinente à monsieur pour exercer un
contrôle ne serait-ce qu'en passant régulièrement devant la maison ou... Ça
arrive fréquemment, c'est quelque chose qui arrive de façon fréquente, là, que
l'adresse se retrouve, comme ça, connue.
M. Jolin-Barrette : OK. Je
vous remercie pour votre passage en commission parlementaire. Je vais laisser
mes collègues échanger avec vous, mais un grand merci pour votre témoignage
puis votre mémoire, puis on va prendre ça en considération. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Saint-Jean, s'il vous plaît.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. le Président. Il nous reste combien de temps?
Le Président (M.
Bachand) :6 min 39 s.
M. Lemieux : Merci. D'abord,
mesdames, bonjour, bienvenue, rebienvenue en vrai, tellement content de vous
revoir, Mme Riendeau. Merci beaucoup.
Il y a un concept qui s'impose de plus en plus
au fur et à mesure de vos visites, puis là je ne suis pas micro dans le projet
de loi, je suis macro dans l'ensemble de l'oeuvre, le concept du contrôle
coercitif. À chaque fois que vous avez quelque chose à dire, il y a toujours le
contrôle avant, pendant ou après ce dont vous parlez. Les images intimes, là,
c'est un peu, beaucoup ou un gros morceau du contrôle coercitif?
• (11 heures) •
Mme Riendeau (Louise) : Ça en
fait partie. Le contrôle coercitif, en fait, c'est toutes les manifestations
que... tous les gestes qu'un conjoint peut utiliser pour contrôler sa victime.
Donc, il y a de la violence sexuelle, de la violence physique...
11 h (version révisée)
Mme Riendeau (Louise) : ...tous
les gestes qu'un conjoint peut utiliser pour contrôler sa victime. Donc, il y a
la violence sexuelle, la violence physique, qui sont des évidences, le partage
d'images intimes, mais ça peut être l'isolement, ça peut être l'humiliation, ça
peut être le contrôle économique. En fait, ça en fait partie, et souvent, tout
comme en violence sexuelle de façon générale, c'est des crimes qui sont moins
dénoncés par les victimes, plus intimes. Même en maison d'hébergement, souvent,
les victimes, c'est la dernière chose dont elles vont nous parler, mais c'est
quelque chose qui malheureusement est vécu par beaucoup de femmes.
Dans une recherche récente, là, qui a été
menée conjointement avec l'UQAM, une femme sur cinq disait qu'elle a été filmée
ou photographiée pendant les relations sexuelles sans son consentement. On n'a
pas de chiffres sur dans combien de cas ça a été diffusé, mais la peur que ce
soit diffusé est quelque chose de très fort qui fait que des femmes vont rester.
Donc, le contrôle s'exerce de cette façon-là.
M. Lemieux : Et d'ailleurs la
diffusion, à la limite, elle est... elle n'est pas si importante que ça si elle
fait partie du contrôle, la menace qui va avec.
Mme Riendeau (Louise) : Absolument.
M. Lemieux : La gagnez-vous,
cette bataille pour que le contrôle coercitif devienne une espèce de... de
pièce centrale de ce qu'il faut qu'on ait dans nos lois, dans nos règlements,
dans nos habitudes avec les policiers et la cour? Sentez-vous que vous avancez?
Moi, je le sens de fois en fois, quand vous venez nous voir, mais c'est
difficile à prouver...
Mme Riendeau (Louise) : Oui,
mais...
M. Lemieux : ...et les lois n'étaient
pas faites pour ça au début, là.
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
il y a un projet de loi à l'étude, maintenant au Sénat en deuxième lecture.
Nous, on espère vraiment qu'il pourra être adopté, avoir la sanction royale
avant qu'il y ait des changements de gouvernement, parce que ça donnerait des
leviers aux femmes, ça reconnaîtrait mieux ce qu'elles vivent et ça donnerait
des leviers aussi aux policiers pour intervenir. Je vous dirais qu'au Québec,
on l'a dit, on a formé 6 000 acteurs judiciaires, beaucoup de policiers
dans les dernières années, et il y a une ouverture, il y a une volonté, mais c'est
sûr qu'un projet de loi qui viendrait en faire une infraction nous aiderait.
Mais on voit maintenant des rapports de
police où le contrôle coercitif est mentionné, même si ce n'est pas une
infraction. Ça donne un meilleur éclairage aux procureurs quand ils ont à
plaider le dossier, à faire des représentations sur sentence. Donc, nous, on a,
oui, la conviction qu'on avance et que c'est... c'est vraiment un moyen pour
mieux faire reconnaître l'ensemble des violences et des gestes de contrôle que
vivent les femmes.
M. Lemieux : Et, si je peux
me permettre, le contrôle coercitif, quand il est noté, quand il est remarqué,
quand il est enregistré, ce n'est pas seulement les policiers, c'est toute la
machine qui peut en tenir compte, là.
Mme Riendeau (Louise) : Tout
à fait. Mais c'est ça, il faut que ça parte des policiers, parce que le dossier
part de là, le procureur peut mieux travailler, les gens aux services
correctionnels peuvent en tenir compte. Ça va... Tu sais, on a travaillé avec
les gens de la commission des libérations conditionnelles, puis qui nous
disaient : Bien, on a besoin de l'avoir dans les dossiers à partir du
début pour que nous, on prenne des bonnes décisions.
M. Lemieux : Vous n'avez pas
mentionné les juges. C'est juste un oubli ou c'est volontaire?
Mme Riendeau (Louise) : Ce n'est
pas un oubli, ça reste... On compte sur le ministre pour avoir des discussions
avec le Conseil de la magistrature. Ça reste un défi, puis c'est... c'est le
noyau dur, là, pour arriver à faire connaître cette réalité-là par l'ensemble
des juges, qu'ils soient au criminel ou qu'ils soient au civil. Bien sûr, s'il
y a une infraction qui est créée, ça va percoler quelque part au niveau de la
magistrature, mais...
M. Lemieux : Merci beaucoup, Mme
Riendeau. M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Il reste 1 min 50 s
Mme Haytayan : ...vous en
avez parlé un peu plus tôt. Dans un contexte de violence conjugale, est-ce que
vous pouvez nous donner des exemples de stéréotypes, de mythes qui sont
utilisés comme élément de preuve dans les dossiers en matière civile?
Mme Riendeau (Louise) : Elle
n'a pas quitté, elle n'a pas porté plainte, ça fait partie des choses. Pourquoi
elle n'a pas rapporté ce qu'elle vivait? D'autres mythes en matière civile... qui
ne sont pas tout à fait visés par le projet de loi, mais genre c'est... c'est
un mauvais conjoint, mais c'est un bon père, alors qu'il a exposé ses enfants à
des gestes de violence et de contrôle.
Donc, on a du travail à faire pour ramener
les choses dans leur juste mesure puis apprécier toute la souffrance que vivent
les femmes et que vivent aussi les enfants qui sont dans ces foyers.
Mme Haytayan : Merci.
Le Président (M.
Bachand) :...M. le député de <l'Acadie...
Mme Riendeau (Louise) :
...dans
ces foyers.
Mme Haytayan :
Merci.
Le Président (M.
Bachand) :
...M. le député de >l'Acadie,
s'il vous plaît!
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. Mme Riendeau, Mme Guénette, bonjour. Merci d'être là avec nous.
Merci aussi pour le mémoire que vous avez produit à la commission, qui contient
un nombre important de recommandations. Puis on... puis on voit évidemment
toute l'ardeur que vous mettez dans votre travail pour parler de ces sujets-là,
et alors c'est très apprécié, je tiens... je tiens à le souligner.
J'aurais une question plus générale, parce
que vous l'avez évoqué tout à l'heure, ça dépasse peut-être un petit peu le
cadre du projet de loi, mais je trouve ça important parce que j'ai été... ou,
en fait comme député, j'ai eu à aider des gens qui avaient des problèmes comme
ça. Alors, je voudrais juste cerner peut-être l'ampleur du problème puis voir s'il
y a des correctifs qui pourraient être apportés.
Vous avez dit tantôt, puis corrigez-moi si
je fais erreur, il y a encore des accusations parfois, que ce soit d'agression,
de harcèlement, ou autres, qui se termine en 810 et où parfois des bris de
condition qui ne sont pas... qui ne sont pas judiciarisés. Est-ce que... est-ce
que c'est un... c'est un phénomène que vous voyez souvent? Est-ce que c'est des
cas vraiment isolés? Est-ce qu'il y aurait quelque chose à faire là-dedans et
intervenir éventuellement? Comment vous voyez ça? Est-ce que c'est fréquent?
Mme Riendeau (Louise) : ...
Mme Guénette (Mélanie) : Bien
oui, c'est assez... ça arrive. Il y a plusieurs raisons pourquoi que ce n'est
pas nécessairement relevé, les bris de condition. Bon, madame a peur aussi, ça,
ça rentre dans les raisons, le sentiment de sécurité, mais aussi la discorde.
Moi, ce que j'ai envie de relever, c'est
la discordance entre le traitement des bris de condition. Certains... je vais
vous donner un exemple. Tu sais, certaines vont être... vont être crues. Le
niveau où est-ce que la madame est crue ou n'est pas crue, ça, c'est... ça a un
impact, ou de prendre en considération... Tu sais, il est passé en avant de la
porte, c'est il est passé en avant de la porte, ça... mais pour madame, là, il
n'a pas d'affaire à passer en avant de la porte, tu sais, ça fait toute la
différence. Puis là, c'est, comme, bien, il passait par là, ou c'est un boulevard
ou... Ce n'est pas grave, tu sais, c'est... c'est une façon de... on va revenir
avec le contrôle, mais c'est une façon d'établir son contrôle et de démontrer
sa présence, et ce ne sera pas nécessairement traité de toutes les façons.
Il y a aussi les bris de condition par
personne interposée. Je peux vous donner un exemple, là, qu'on a vécu, qui est
assez... assez récent, où... où on... monsieur a appelé à la garderie, alors qu'il
n'avait pas d'autorisation de rentrer en communication avec l'enfant, huit
fois, pour savoir elle était où, la sortie pour les enfants, parce qu'il y
avait une sortie extérieure, puis pour vouloir payer la sortie. Évidemment, on
a fortement suggéré, et ça a été respecté aussi, de ne pas envoyer l'enfant à
cette sortie à la garderie, mais... puis ça, bien, parce que c'est une personne
interposée, ça n'a pas été pris en considération, mais c'est clairement une
mesure de contrôle qui est prise envers madame, où, cette journée-là, elle a
gardé l'enfant à la maison, alors qu'elle aurait pu le laisser aller à la
garderie, tu sais.
M. Morin : Parfait, je
vous...
Mme Riendeau (Louise) : ...
M. Morin : Oui, oui.
Mme Riendeau (Louise) :
...une des failles du système, vous savez, quand il y a un 810 ou quand il y a
une ordonnance de... avec certaines conditions, c'est souvent écrit «sauf
exception pour les mesures dictées par la Cour supérieure» ou «sauf exception
pour les enfants», et beaucoup de conjoints vont utiliser ça. Tu sais, moi, j'ai...
on a fait une recherche, à un moment donné, sur le 810. Le conjoint appelait à
2 heures du matin pour parler des enfants. Quelle urgence peut-il y avoir
à 2 heures du matin quand les enfants sont chez madame pour lui parler des
enfants? Mais il utilisait ce prétexte-là, cette espèce de faille, puis là, les
policiers sont toujours en disant : Oui, mais il a le droit quand c'est en
fonction des enfants.
Donc, il faut clarifier ces choses-là, qu'est-ce
que ça veut dire en fonction d'un jugement, puis il faut aussi qu'on ait plus
de cohérence entre les jugements en matière familiale et les jugements en
matière criminelle. Souvent, le tribunal de la famille se dit : Ah! la
sécurité, ça va être le criminel qui va l'avoir prise en charge, puis le
criminel se dit : Bien, moi, je ne me mêle pas de ça, voir si... quelles
devraient être les relations, ça appartient au tribunal de la famille. Sauf que
toutes les failles dans le système, quand il y a du contrôle coercitif, servent
à les... servent à l'exercer.
• (11 h 10) •
M. Morin : Oui,
effectivement, quelqu'un qui veut utiliser ces failles-là va évidemment les...
va les utiliser, là, clairement. Ça fait que je vous remercie. Merci beaucoup
pour votre éclairage. Vous avez mentionné aussi, au départ, quand on parlait,
entre autres, je pense, du formulaire ou de l'attestation, la capacité des <juges...
M. Morin :
...quand
on parlait, entre autres, je pense, du formulaire ou de l'attestation, la
capacité des >juges à évaluer les risques. Avez-vous des suggestions de
ce qui pourrait être fait ou mis pour qu'il y ait une meilleure évaluation des
risques?
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
moi, je pense qu'il faut que les formulaires permettent aux femmes d'expliquer
toute une série de facteurs de risque qu'elles pourraient vivre et dont elles
ne sont pas toujours conscientes. C'est pour ça qu'il faut avoir des questions
qui nous permettent de voir c'est quoi, l'histoire de cette relation-là, pour
voir est-ce qu'effectivement il y a eu du harcèlement. Est-ce qu'on sait s'il y
avait de la violence avec d'autres conjointes précédemment?
On revient justement d'une mission sur le...
sur la criminalisation du contrôle coercitif en Grande-Bretagne. Une des façons
que les policiers utilisent dans les enquêtes qu'ils font puis pour
l'évaluation des risques... ils essaient de retrouver les anciennes conjointes
et de voir : Y a-tu un pattern? Il était-tu violent avec une autre avant?
Ça fait qu'il y a différents facteurs de risque qui pourraient avantageusement
être mis dans un formulaire. Si la femme l'a vécu, elle peut l'exprimer, si
elle ne l'a pas vécu, elle... elle n'en parlera pas, mais je pense que ça
pourrait être aidant et ça pourrait aussi faire penser... des fois, prendre
conscience aux femmes de tout ce qu'elles ont vécu. Parce qu'elles disent :
Bien, je ne sais pas, il ne m'a pas... il ne m'a pas battue, j'ai-tu vécu de la
violence?, alors qu'elles ont vécu beaucoup de contrôle et qu'elles en ont peur
depuis des années.
M. Morin : Oui, puis,
évidemment, on sait que, oui, bien sûr, il y a de la violence physique, mais il
peut y avoir de la violence verbale, il peut y avoir, tu sais, je veux dire,
ça...
Mme Riendeau (Louise) : Absolument.
M. Morin : Puis une victime
peut être aussi traumatisée, tout dépendant du type de violence. On ne peut pas
identifier un seul type de violence, clairement, là. Excellent, merci.
J'en parlais tout à l'heure avec les
représentantes des CAVAC, puis j'attire votre attention, là, c'est un peu plus
micro, à l'article 9 du projet de loi, qui va venir modifier le Code de
procédure civile, quand on parle du témoignage à distance puis qu'on parle
d'une attestation confirmant... Évidemment, les CAVAC sont là en matière
criminelle, là on est en matière civile. Donc, voyez-vous des mesures qui
pourraient être mises en place pour aider les victimes pour qu'elles
comprennent bien l'importance de remplir l'attestation? Parce que, là, je
comprends de la part de M. le ministre, que, s'il y a une attestation, le
tribunal n'aurait plus de discrétion. Comment vous voyez ça? Est-ce qu'ils
devraient être aidés par... ça devrait-tu être couvert par l'aide juridique?
Vous, avez-vous la capacité de les aider? Parce qu'on a beau mettre ça, si les
gens ne le savent pas, ils ne seront pas capables de remplir le formulaire, ça
ne va pas aider personne.
Mme Riendeau (Louise) : Non.
Bien, on l'a proposé au niveau du partage d'images intimes, mais je pense qu'on
pourrait aussi le proposer au niveau de ces mesures-là. On pense que des
campagnes d'information publiques sont importantes, mais ça ne suffit pas,
évidemment. C'est pour ça que nous, on a recommandé que, pour remplir les
formulaires, ou, dans certains cas, pour être représenté, qu'on donne le mandat
à Rebâtir. Parce qu'effectivement, au criminel, les procureurs peuvent faire
les demandes, nommer tout ça, mais c'est vrai qu'au civil les victimes ont
besoin d'être accompagnées.
Nous, on ne s'est pas opposés à l'idée
d'attestation, parce que c'est aussi une occasion de réseauter les victimes
avec des organisations spécialisées, qui peuvent regarder avec elles... Tu sais,
avoir une attestation, avoir une ordonnance, c'est une chose, mais ce n'est pas
l'ensemble du filet de sécurité. Donc, c'est sûr que c'est davantage de travail
et qu'il faudra qu'il y ait des ressources qui suivent, éventuellement, mais on
pense que des organismes spécialisés pourraient les accompagner et que quand on
est plus au niveau juridique... que c'est un mandat qui pourrait être donné par
la commission, là, à l'organisme Rebâtir, qui a développé une très belle
expertise au niveau de la violence conjugale et de la violence sexuelle depuis
qu'ils sont... qu'ils sont là, en place.
M. Morin : Je vous remercie.
Une dernière question. À la page 13 de votre mémoire, votre recommandation 16,
vous dites : «Cette histoire peut sembler anecdotique, mais le
regroupement demande à ce que le ministère de la Justice s'assure que la chambre
des huissiers du Québec inclue une nouvelle formation de base.» Est-ce qu'il y
a un problème particulier? Vous parlez de vigilance, confidentialité des
adresses.
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
en fait, on a été informés d'une situation d'une femme qui avait eu un problème
avec un huissier qui avait déclaré l'adresse au conjoint, qui a même tenté de
l'extorsion pour ne pas la donner. Mais on a régulièrement des huissiers qui
arrivent dans les maisons d'hébergement, alors que les adresses sont supposées
être confidentielles.
M. Morin : Confidentielles.
Mme Riendeau (Louise) : Donc,
je <pense...
Mme Riendeau (Louise) :
...
maisons d'hébergement, alors que les adresses sont supposées être
confidentielles.
M. Morin :
Confidentielles.
Mme Riendeau (Louise) :
Donc, je >pense qu'il faut... il faut qu'il y ait... que, justement,
puisqu'on prend des mesures pour assurer la confidentialité des adresses des
victimes, qu'on revisite cette question-là, que la chambre des huissiers du
Québec, là, avec le ministère de la Justice s'assure que ces gens-là font...
feront partie des gens formés dans le cadre du projet de loi n° 73 puis
connaissent particulièrement les enjeux et les défis qu'on a face à des
situations de violence conjugale où toute l'importance de la confidentialité de
l'adresse est entière.
M. Morin : Parfait. Merci
beaucoup. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Mme la députée de
Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Merci. Merci,
M. le Président. Merci de votre présence, merci de votre mémoire qui est
vraiment très complet, avec plusieurs recommandations. On a l'impression que ça
touche pas mal à tous les points. Mais évidemment, vous êtes les expertes.
Bien, je dis «les expertes», en fait, vous vivez presque quotidiennement,
je dirais, là, avec des cas un peu atypiques, invivables, là, je dirais, là,
même de femmes victimes de violence, de familles, tout ça. Est-ce que, selon
vous, le projet de loi... Là, j'ai compris quand vous avez dit au ministre que
c'est un... tu sais, c'est un bon projet de loi, puis on est contents, là,
d'arriver avec des mesures comme ça, parce qu'il faut protéger ces femmes-là
victimes, protéger les familles, les enfants aussi.
Mais est-ce qu'il y aurait... je ne veux
pas dire «une faille», ou est-ce qu'il y aurait un enjeu majeur qui se... qui
n'est pas... qui ne serait pas là? Je présume, vous en auriez fait une
recommandation, là, mais est-ce qu'il y a un... Tu sais, votre plus grande
préoccupation, j'ai compris qu'il y avait l'adresse, la confidentialité, le
formulaire, puis tout, mais la protection de la femme, évidemment. Mais quelle
serait la... C'est parce que moi, je vois qu'il y a comme un... on dirait qu'à
un moment donné, il y a... il ne faut pas que ça devienne trop lourd non plus.
Parce que, si c'est trop lourd, tu sais... je comprends, le formulaire, je
comprends tout ça, mais j'ai l'impression que, si ça devient trop lourd, on n'y
arrivera pas non plus, ça va se perdre dans les dédales de la police, ça va se
perdre dans les dédales de... tu sais, un peu partout. Ça fait que s'il y avait
une recommandation à faire?
Mme Riendeau (Louise) : Moi,
je dirais que, s'il y avait une recommandation, ce serait une meilleure
connaissance et une meilleure compréhension de tous les acteurs visés de ce
qu'est la violence conjugale dans son ensemble, dont du contrôle coercitif. Si
on avait ça, déjà, beaucoup de choses qui sont proposées là auraient pu être
facilitées. Donc, je dirais que c'est pour ça qu'on suggère d'apposer contrôle
coercitif à côté de violence conjugale, puis qu'on dit : Il faut... il
faut que tout le monde soit formé pour vraiment comprendre à la fois les enjeux
de sécurité puis à la fois les enjeux de conséquences à long terme que peut
avoir la violence conjugale sur les femmes et les enfants.
Mme Nichols : Bien, est-ce
qu'on peut lire entre les lignes qu'il y a peut-être à certains niveaux où ce
n'est pas assez pris au sérieux, où on va souligner qu'il manque telle affaire
justement pour intervenir? Est-ce que c'est ce que je comprends?
Mme Riendeau (Louise) : Oui,
moi, je dirais qu'on a fait des progrès en droit criminel, mais qu'on a encore
des croûtes à manger en droit de la famille. Absolument, c'est... on a beaucoup
de témoignages de femmes qui nous sollicitent parce qu'elles sont désespérées,
qu'elles risquent de perdre la garde de leurs enfants. Parce que les juges et
les experts psychosociaux disent qu'en dénonçant la violence ou en voulant
protéger leurs enfants, elles font de l'aliénation parentale. Donc, on a à ce
niveau-là beaucoup, beaucoup de progrès à faire. Et la difficulté, tu sais,
quand on est en droit criminel, le ministre peut émettre des orientations, le
DPCP donne des directives, quand on est en droit de la famille, on est avec des
acteurs privés, on est des avocats de pratique privée, on a des juges qui ont
une indépendance, donc il faut qu'on... en tout cas, qu'on soit créatifs pour
trouver des moyens.
Mme Nichols : Bien, ça, on
comprend qu'il y a déjà des directives qui ont été données puis qu'il y a déjà
des formations obligatoires, entre autres, là, pour les... pour la
magistrature. Donc, on... vous souhaitez que ce soit appliqué à... tu sais, à
l'ensemble des intervenants dans les différents dossiers.
Mme Guénette (Mélanie) : ...je
suis d'accord avec Louise, puis j'ajouterais... je me permets une deuxième,
l'accompagnement de Rebâtir pour les victimes, pour les compétences de droit.
Ça va faire toute la différence aussi, tu sais, d'avoir quelqu'un qui
accompagne les victimes, qui a les compétences juridiques pour les accompagner,
faire valoir leurs droits aussi à travers le système judiciaire, civil et
familial. C'est vraiment important de... c'est ça.
• (11 h 20) •
Et Rebâtir fait un travail extraordinaire
avec les victimes. C'est fort apprécié, mais ce n'est pas assez long. On a...
ils ont quatre heures environ avec... de disponibles. Puis, des fois, les... on
a des dossiers qui sont complexes, puis quatre <heures...
Mme Guénette (Mélanie) :
...de
disponibles. Puis, des fois, les... on a des dossiers qui sont complexes, puis
quatre >heures, ça ne devient pas suffisant, parce qu'on peut tomber
dans un dossier immigration, droit civil, tu sais, ça s'accumule... Ça fait
que, quatre heures, on a fait vite le tour. Ça fait que de donner un plus grand
mandat peut-être puis qu'ils puissent être mieux accompagnés. Je pense qu'on
fait un bon travail au niveau de l'accompagnement psychosocial dans nos... dans
nos ressources, mais, au niveau juridique, ça prend des spécialistes dans le
domaine, puis je pense que Rebâtir est un bon...
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, Mme Guénette.
Mme Riendeau, merci encore une fois d'avoir été avec nous aujourd'hui. Puis on
se dit, bien, à bientôt. Merci beaucoup.
Alors, je suspends les travaux quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 21)
(Reprise à 11 h 26)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Alors, il nous fait plaisir d'accueillir la
représentante du Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre
les agressions à caractère sexuel. Alors, merci beaucoup d'être avec nous. Je
vous inviterais d'abord à vous... à vous présenter puis à débuter votre
témoignage. Merci beaucoup.
Mme Khiari (Ikram) : Merci
beaucoup. Donc, bonjour. Mon nom est Ikram Khiari, analyste politique et
juridique au regroupement des CALACS. Au nom du Regroupement québécois des
centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, RQCALACS,
et de ses membres, les CALACS, nous tenons d'abord à vous remercier de votre
invitation aujourd'hui à prendre part aux consultations concernant le projet de
loi n° 73. Nous tenons tout d'abord à vous remercier et à saluer votre
travail, qui représente une avancée majeure dans la lutte contre les agressions
à caractère sexuel.
Cela fait plus de 40 ans que le
RQCALACS et que les CALACS luttent contre les violences faites aux femmes et
aux filles, plus spécifiquement contre les violences sexuelles, par le biais de
la prévention, de la défense des droits et de l'aide aux victimes survivantes
d'agression à caractère sexuel via des services d'intervention féministes,
intersectionnels pour toutes les femmes et les filles du Québec. Comme seul
groupe national en violence sexuelle au Québec, nous oeuvrons activement pour
que les droits des personnes victimes et survivantes de violence sexuelle et de
violence basée sur le genre soient protégés, garantis et renforcés. Cela fait
plusieurs années que nos CALACS constatent que le partage des photos intimes
non consensuel est une problématique qui gagne en importance, particulièrement
chez les jeunes âgés entre 12 et 24 ans. Il nous apparaît important de
souligner aujourd'hui que le RQCALACS et ses membres considèrent que ce fléau
représente une forme d'agression à caractère sexuel ayant des conséquences
dévastatrices pour les victimes.
Considérant des restrictions de temps et
de ressources, nous n'avons pas été en mesure d'analyser le projet de loi dans
toute sa profondeur ou de fournir un mémoire, mais fortes de nos expériences
auprès des femmes victimes de violence sexuelle, nous souhaitons toutefois
maintenant vous partager nos observations et nos recommandations concernant le
projet de loi n° 73.
Tout d'abord, le partage non consensuel
d'images intimes est une forme de violence sexuelle qui peut avoir des
conséquences dévastatrices pour les victimes. Comme le souligne le Regroupement
des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, ainsi que de nombreuses
organisations entendues en commission, il est essentiel que le formulaire de
demande d'ordonnance pour faire cesser le partage de ces images soit élaboré en
collaboration avec des experts et expertes en violence sexuelle pour qu'il soit
adapté à leurs besoins et à leur réalité. En effet, notre expertise au RQCALACS
nous permet d'affirmer que les victimes et les personnes survivantes ont
souvent honte de parler de ce type de violence et peuvent en minimiser les
impacts. Il est donc primordial de tenir compte de cette réalité dans la conception
du formulaire afin qu'il permette aux victimes de décrire leur situation de
manière complète et sécurisante.
Nous recommandons que les organisations et
les personnes expertes participent à l'élaboration, à la mise en application et
à la stratégie de diffusion de ce formulaire. Je parle notamment du RQCALACS,
les CALACS, Rebâtir et Juripop, ainsi que d'autres organismes présents
aujourd'hui. Nous recommandons que des dispositifs qui tiennent compte à la
fois des réalités spécifiques des personnes victimes et des obstacles auxquels
ils peuvent être confrontés soient mis en place en collaboration avec les
organisations et les personnes expertes.
En deuxième, le projet de loi n° 73
aborde la violence conjugale et la violence sexuelle comme deux catégories
distinctes. Or, il est crucial de reconnaître que la violence sexuelle est
souvent présente dans un contexte de violence conjugale. De plus, la menace de
partager des images intimes est un moyen de contrôle coercitif utilisé par
certains conjoints pour maintenir leur emprise sur leur victime. Il est
essentiel que les juges soient sensibilisés aux dynamiques de pouvoir et de
contrôle qui caractérisent la violence sexuelle afin de pouvoir prendre des
décisions éclairées pour la protection des victimes. Nous recommandons que le
projet de loi reconnaisse explicitement la violence sexuelle commise par un ou
une partenaire intime comme une forme de violence conjugale. Il est important
de nommer cette réalité pour mieux la comprendre et la combattre.
Au niveau des... de la formation des
personnes intervenantes, il est primordial que toutes les personnes
intervenantes qui travaillent auprès des victimes de violence, y compris les
juges, les procureurs, policiers et policières et les professionnels de la santé,
reçoivent une formation spécialisée sur les réalités de la violence sexuelle.
Le projet de loi n° 73 prévoit une telle formation pour les personnes
susceptibles d'intervenir dans un tel contexte. Toutefois, le projet de loi ne
spécifie pas quels organismes seront responsables de dispenser cette formation.
Il est important de nommer explicitement les CALACS et les autres organismes
spécialisés en violence sexuelle comme ressource incontournable pour la
formation des juges, des procureurs, policiers et policières et de toutes les
autres personnes intervenantes qui travaillent auprès des victimes.
• (11 h 30) •
Nous saluons la modification permettant
aux victimes de ne pas divulguer leur adresse. Cependant, comme le mentionne le
Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, il est
crucial que les greffiers et greffières soient également formés...
11 h 30 (version révisée)
Mme Khiari (Ikram) : ...de
violence conjugale. Il est crucial que les greffiers et greffières soient
également formés pour informer les victimes de cette possibilité et les diriger
vers les services d'aide appropriés, y compris les CALACS. L'accès à un
accompagnement spécialisé est primordial pour les victimes de violence sexuelle
afin de les aider à naviguer dans le système judiciaire.
Nous recommandons donc de nommer
explicitement les organismes responsables de la formation spécialisée sur la
violence sexuelle. Nous recommandons des organismes comme les CALACS, Juripop,
Rebâtir et d'autres organismes présents aujourd'hui. Nous recommandons
également que la formation aborde spécifiquement les enjeux liés à la violence
sexuelle, notamment le consentement, les dynamiques de pouvoir et le contrôle
coercitif, les mythes et les stéréotypes ainsi que les conséquences de la
violence sexuelle sur les victimes.
Au niveau des témoignages, le projet de
loi 73 permet aux victimes de témoigner à distance, ce qui est une avancée
majeure. Cependant, il permet aussi au juge d'ordonner le témoignage en
personne s'il estime qu'un témoignage à distance ne lui permet pas d'apprécier
la crédibilité du témoin. Cette disposition est problématique, car elle laisse place
à l'interprétation du juge, qui ne pourrait ne pas être suffisamment
sensibilisé aux réalités des victimes de violence sexuelle. Le témoignage à
distance est essentiel pour éviter la retraumatisation des victimes, qui
peuvent notamment être confrontées à leur agresseur lors d'un témoignage en
personne. Le RQCALACS recommande donc d'offrir systématiquement la possibilité
de témoigner à distance aux victimes de violence sexuelle sans laisser au juge
la possibilité de l'exiger en personne.
Nous appuyons également la recommandation
du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale que le
ministre de la Justice reconnaisse un plus large éventail de services d'aide
aux victimes pour fournir l'attestation nécessaire à l'application de certaines
mesures du projet de loi. Cela permettrait aux victimes de choisir un service
qui répond à leurs besoins spécifiques.
Au niveau du croisement des oppressions,
afin de garantir un accès équitable à la justice pour toutes les victimes de
violences à caractère sexuel, il est crucial de reconnaître et de répondre aux
besoins spécifiques des victimes qui vivent à la croisée des oppressions. Ces
victimes peuvent faire face à des obstacles supplémentaires en raison de leur
origine ethnique, de leur statut socioéconomique, de leur orientation sexuelle,
de leur handicap ou d'autres facteurs de marginalisation. Le RQCALACS
recommande que le ministère de la Justice mette en place des mesures pour
faciliter l'accès à la justice pour les victimes qui visent à la croisée... qui
vivent à la croisée des oppressions. Ces mesures doivent être prises en compte
à toutes les étapes de la procédure. Ces mesures peuvent inclure l'accès à des
services de traduction et d'interprétation, la prise en charge des frais de déplacement
s'il y a lieu, le soutien aux victimes ayant des besoins particuliers et la
sensibilisation des intervenants et intervenantes aux réalités des oppressions
croisées. Finalement, au niveau de la prévention, la diffusion non
consensuelle d'images intimes en ligne est une forme de violence sexuelle de
plus en plus répandue qui nécessite donc une réponse juridique adaptée. Les
victimes de partage non consensuel d'images intimes subissent des effets
psychologiques profonds, incluant anxiété, dépression, isolement social et même
des pensées suicidaires dans certains cas. Beaucoup ressentent une honte et une
peur de voir leurs relations, qu'elles soient personnelles ou professionnelles,
compromises. Cette violence les conduit souvent à éviter des interactions
sociales, craignant que les images aient été vues par leur entourage ou des
collègues, ce qui peut même mener à la perte d'emploi ou des difficultés d'embauche.
Pour contrer efficacement la cyberviolence sexuelle, il faut miser sur une
approche multidimensionnelle qui cible différents groupes.
Premièrement, il est crucial d'intégrer
des programmes d'éducation au consentement, au respect de la vie privée et aux
conséquences du partage non consensuel d'images intimes dans les écoles. Le
programme Empreinte du RQCALACS, créé en collaboration avec des professeurs de
l'UQAM, est un parfait exemple du type de projet à soutenir. Il s'agit d'un
programme de prévention des agressions sexuelles spécifiquement conçu pour les
élèves du secondaire au Québec.
Deuxièmement, il est essentiel de former
les parents, les éducateurs et les professionnels sur les différentes formes de
cyberviolence sexuelle, les risques pour les jeunes et les moyens de les
protéger. Des guides pratiques, des ateliers de sensibilisation et des
formations spécialisées peuvent les aider à identifier les signes de
manipulation en ligne, soutenir les victimes et promouvoir des comportements
responsables en ligne.
Troisièmement, et finalement, des
campagnes de sensibilisation grand public sont nécessaires pour déconstruire
les mythes et les stéréotypes entourant la cyberviolence sexuelle et pour
promouvoir une culture de respect et de consentement en ligne. Nous appuyons
également la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes, qui insiste sur
l'importance d'assurer un financement durable pour les formations et les
activités de sensibilisation aux violences fondées sur le genre.
En conclusion, nous saluons les avancées
majeures du projet de loi 73. La possibilité d'obtenir une ordonnance pour
faire cesser le partage d'images intimes sans consentement, la simplification
de la procédure sur l'ordonnance de protection civile et l'imprescriptibilité
du droit à la réparation pour les victimes d'infractions criminelles sont
autant de pas dans la bonne direction.
Cependant, pour que ce projet de loi soit
réellement transformateur, il doit tenir compte de la réalité crue et souvent
silencieuse de la violence sexuelle. En collaborant avec les organismes
spécialisés, en écoutant les victimes et en intégrant leurs recommandations,
nous pouvons faire du projet de loi 73 un véritable rempart contre la
violence sexuelle. Ensemble, construisons un système judiciaire où chaque
victime se sentira entendue, crue et protégée. Faisons en sorte que le Québec
soit un exemple, un phare d'espoir pour toutes les victimes de violence
sexuelle. Merci beaucoup pour votre écoute.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci,
M. le Président. Mme Khiari, bonjour. Merci de participer à la commission
parlementaire pour le
Regroupement québécois des centres d'aide et de
lutte contre les agressions à caractère sexuel. Donc, vous êtes sur l'ensemble
du territoire québécois, vous accompagnez les personnes victimes de violence
sexuelle, puis je pense que vous les aidez dans leur <processus...
M. Jolin-Barrette :
...Donc,
vous êtes sur l'ensemble du territoire québécois, vous accompagnez les
personnes victimes de violence sexuelle, puis je pense que vous les aidez dans
leur >processus de réparation, parce que c'est extrêmement difficile de
vivre une infraction à caractère sexuel. Donc, on se retrouve dans des
situations où il peut y avoir plusieurs conséquences que vous avez nommées tout
à l'heure pour les victimes de violence sexuelle.
Donc, écoutez, je souhaite échanger avec
vous. Globalement, vous accueillez favorablement le projet de loi. Vous
dites...
Mme Khiari (Ikram) : Oui.
M. Jolin-Barrette : Vous
dites : Il faut travailler en collaboration avec tous les intervenants, je
suis d'accord avec vous parce que ce changement de culture là, dans le système
de justice, qu'on a amorcé, bien, ça se fait avec la collaboration de tous les
partenaires au niveau national, mais au niveau local aussi, donc notamment avec
le déploiement du tribunal spécialisé, mais aussi toutes les règles de preuve,
de procédures qu'on est en train de modifier. Puis l'objectif du projet de loi,
c'est justement ça : Qu'est-ce qu'on a fait de bien en matière criminelle
qu'on amène pour les victimes de violence sexuelle en matière civile? Parce que
ce n'est pas vrai que, si vous avez un dossier en matière criminelle puis que
vous avez le même dossier en matière civile ou en matière familiale, excusez-moi,
en matière de violence conjugale ou en matière de violence sexuelle, bien,
c'est les mêmes acteurs. Donc, on doit étendre ces mesures de protection là par
rapport au télétémoignage, par rapport à l'adresse, je pense que ça a été bien
soulevé par le groupe qui vous a précédé.
Vous avez abordé la question, dans le
projet de loi, puis on n'en a pas encore parlé, sur la question de l'imprescriptibilité
du jugement. Lorsqu'il y a une condamnation, supposons, en matière civile, on
décide dans le projet de loi de faire en sorte que le jugement n'est pas
prescriptible par 10 ans, puis la condamnation va pouvoir être exécutée
au-delà de ça. C'est quoi, l'impact de cette imprescriptibilité-là, pour les
victimes?
Mme Khiari (Ikram) : Donc,
au niveau de l'imprescriptibilité, cette mesure est très importante puisque,
comme on sait, au niveau des victimes d'agression sexuelle, les personnes...
les personnes survivantes peuvent prendre du temps, en fait, à dénoncer,
peuvent prendre du temps à débuter les mesures, ce qui fait en sorte qu'il ne
faut pas mettre... qu'il ne faut pas baliser, en fait, ce temps que les
personnes... que les victimes pourraient avoir besoin pour dénoncer leur
agresseur ou pour décider de mettre en place les procédures. Donc, c'est une
mesure qui est totalement importante et qu'on supporte au niveau des RQCALACS
et des CALACS.
M. Jolin-Barrette : OK. Pouvez-vous
nous décrire une victime de violence sexuelle, là, lorsqu'elle va à la cour
pour témoigner — puis là, je fais le pont sur le télétémoignage qu'on
vient vraiment favoriser pour faire en sorte que lorsqu'il y a une attestation,
bien, le juge doit accorder le télétémoignage et il y a une exception sous
réserve de la crédibilité — mais c'est quoi... Racontez-nous c'est
quoi l'impact pour une victime de violence sexuelle d'aller au tribunal,
d'aller témoigner, là, dans son parcours personnel, là, comment c'est vécu.
Mme Khiari (Ikram) : Écoutez,
c'est une des situations les plus difficiles qu'une personne survivante peut
vivre. Elle est confrontée non seulement à la retraumatisation au niveau des
événements qu'elle a vécus, au niveau de la violence qu'elle a vécue, elle peut
également se retrouver face à son agresseur. Ce n'est pas suffisant, c'est une
mesure extrêmement importante de permettre à la personne d'être accompagnée,
que ce soit par un animal, que ce soit par une personne intervenante, sauf que
ce ne sont pas toutes les victimes d'agression sexuelle qui ont le même
parcours, donc le fait de se présenter dans un tribunal, il y a non seulement
la pression de ne pas être crue, il y a également la pression de revivre tous
les événements traumatisants et la pression de se retrouver face à la personne
qui a fait vivre cette violence. C'est pourquoi il est vraiment important que
la personne puisse se sentir dans un environnement sécurisant, dans un
environnement où elle ne va pas faire face à ce type de situation. C'est
pourquoi nous recommandons d'imposer, en fait, que les victimes puissent
témoigner à distance et, si cela n'est pas possible, d'élargir l'éventail des
organismes qui peuvent... qui peuvent fournir une attestation qui ferait en
sorte que les personnes survivantes pourraient plus facilement avoir accès à
cette mesure.
M. Jolin-Barrette : C'est
ça. Bien, tout à l'heure, on avait un peu cet échange-là avec l'autre groupe,
donc c'est par arrêté ministériel. Donc, on va regarder justement les
organismes qui peuvent le faire, déjà c'est assez large, mais on va étudier
avec le MJQ puis avec les différents organismes qui pourraient être appelés à
pouvoir donner cette attestation-là. Moi, j'ai une grande ouverture à ce
niveau-là.
• (11 h 40) •
Vous avez dit... Bon, on essaie de faire
ce qu'on a fait avec le tribunal spécialisé justement pour favoriser le
témoignage, la prise en charge, le fait d'avoir des lieux sécurisés. On modifie
les palais de justice au fur et à mesure où on déploie puis il y a beaucoup de
travaux qui sont prévus dans les différents palais, notamment les blocs
sanitaires aussi, pour que ce soit à proximité des locaux des personnes
victimes. Sur l'ordonnance civile de protection, là, là on vient diminuer le fardeau
qui est imposé aux personnes victimes, donc, maintenant, c'est la crainte, il
n'y a plus la démonstration que ça <représente...
M. Jolin-Barrette :
...aux
personnes victimes, donc, maintenant, c'est la crainte, il n'y a plus la
démonstration que ça >représente un danger, mais c'est la crainte de
danger, donc on diminue.
Vous nous avez parlé un peu, là, de
contrôle coercitif aussi. Pouvez-vous aborder cette question-là sur l'aspect
des violences sexuelles? Comment est-ce que, dans ces dynamiques de violence
là, le contrôle est établi par le biais de la violence sexuelle, et comment
est-ce que les mesures dans le projet de loi vont permettre, justement, de
limiter, de venir contrer?
Mme Khiari (Ikram) : Donc,
il faut dire que le contrôle coercitif, c'est une forme de violence
psychologique qui est subtile, qui est souvent présente dans les relations où
il y a violence sexuelle, violence conjugale. C'est un ensemble de
comportements manipulatoires, c'est des stratégies de domination qu'une
personne utilise pour contrôler et limiter la liberté de son partenaire. Donc,
dans le contexte dont on parle aujourd'hui, il pourrait s'agir de différentes
choses, par exemple, la menace de partager des images intimes aux employeurs,
aux personnes de l'entourage, sur Internet.
Au niveau des conséquences sur les
victimes, on va retrouver souvent de l'isolement social, la personne va... il
va y avoir une surveillance et un contrôle des activités de la personne, ça
peut même aller jusqu'à un contrôle économique. Donc, on va parler de peur,
d'anxiété, de confusion, donc les victimes se sentent souvent piégées, elles se
sentent souvent isolées, puis ça peut entraîner des symptômes de traumatisme
qui sont très complexes.
Donc, au niveau du projet de loi, c'est
pourquoi, en fait, on recommande que les personnes intervenantes, que ce soit
les juges, les policiers, policières, le personnel de la santé, les... même les
greffiers, greffières soient vraiment formés pour comprendre toutes les nuances
du contrôle coercitif et comprendre qu'une victime, au moment où elle est... où
elle vit dans ce type de situations là, bien, en fait, il faut prendre en
considération tous ces éléments-là pour pouvoir amener la victime à... à
l'accompagner, en fait, dans son processus de dénonciation.
Donc, c'est... c'est vraiment... On
accueille favorablement les mesures qui font que le fardeau de la preuve, en
fait, n'est plus sur la victime, vraiment, c'est quelque chose qui est un gros
changement au niveau du projet de loi puis c'est quelque chose qui va aider les
personnes qui sont dans une situation de contrôle coercitif à s'en sortir.
M. Jolin-Barrette : OK.
Peut-être, deux dernières questions avant de céder la parole à mes collègues.
En matière civile, ce qu'on a fait notamment, c'est que s'il y a une
condamnation, là, en matière criminelle, mais là, le dépôt du jugement en
preuve en matière civile va faire en sorte que la faute en matière civile
n'aura plus à être prouvée, ça fait que ça aussi, c'est une mesure qui favorise
les recours en dommages et intérêts. L'objectif est de faire en sorte d'éviter
que la personne ait à retémoigner sur l'élément de faute, ça, vous accueillez
ça favorablement aussi?
Mme Khiari (Ikram) : Oui,
définitivement. Je vais encore taper sur le clou de la retraumatisation. Donc,
le processus en soi est tellement lourd, tellement complexe pour la victime,
que le fait de ne pas avoir à retémoigner, le fait de ne pas avoir à reprouver,
c'est quelque chose qui est accueilli très favorablement et c'est quelque chose
qui va nous aider, en fait, nous, au niveau du RQCALACS et au niveau des
CALACS, surtout au niveau de nos CALACS, de prendre en charge la victime et de
s'occuper, en fait, du côté psychologique de la violence que cette victime-là a
subie. Donc, en pouvant laisser de côté ces considérations-là, on va vraiment
pouvoir mettre de l'avant le processus de guérison pour cette victime-là. Donc,
on l'accueille favorablement.
M. Jolin-Barrette : OK.
Puis vous avez dit quelque chose d'intéressant tantôt sur la question du
partage d'images intimes, vous dites : Ça sert à contrôler les gens. Donc,
d'où l'ordonnance qu'on met en place rapidement, ça va permettre de briser
cette chaîne-là, ce lien-là auprès de la victime qui voit ses photos d'elle ou
des vidéos d'elle en possession du tiers, en possession parfois de
l'ex-conjoint, justement, pour lui donner les outils pour dire : Bien, je
coupe, je coupe la corde qui me lie à lui, parce que c'est utilisé dans une
dynamique de violence, souvent, ces images-là, là.
Mme Khiari (Ikram) : Exactement.
Exactement. Quand on parle... Ce nouveau fléau qui est le partage d'images
intimes non consensuel en ligne, on peut parler d'une violence qui va même
devenir exponentielle. Donc, ça ne s'arrête pas à l'agression en soi, d'avoir
en sa possession cette photo de la victime, mais le fait de la menacer, par exemple,
de la partager que ce soit à des employeurs, que ce soit à l'entourage, que ce
soit à la famille, ça, ça créé chez la victime un niveau de stress, un niveau
de peur et même un isolement, une détresse qui est tellement complète qu'on est
vraiment... On accueille très favorablement ce projet de loi et les différentes
mesures, qui comprend, en fait, la spécificité de ce <type...
Mme Khiari (Ikram) :
...les
différentes mesures, qui comprend, en fait, la spécificité de ce >type de
violence sexuelle.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, un grand merci, Mme Khiari. Je laisse mes collègues échanger avec
vous. Merci beaucoup pour votre présence en commission parlementaire.
Mme Khiari (Ikram) : ...
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. le ministre. Mme la
députée de Laval-des-Rapides, s'il vous plaît.
Mme Haytayan : Merci, M.
le Président. Merci pour votre temps. En lien avec le partage d'images intimes
sans consentement, est-ce que vous pensez que les sanctions pénales imposées
vont permettre de prévenir ce phénomène, donc, que ça va lancer un message
comme quoi c'est inacceptable puis que ça peut avoir des conséquences graves,
destructrices?
Mme Khiari (Ikram) : Oui.
Oui, totalement. Déjà, d'adresser en fait la problématique, de la nommer, de
faire un projet de loi qui se concentre sur cette problématique-là, c'est déjà
un message fort qu'on envoie aux Québécois et aux Québécoises, mais d'imposer
des sanctions qui sont pénales et qui sont... qui peuvent aller, en fait, et
qui vont être journalières, qui vont être imposées à la journée, c'est quelque
chose de vraiment... qu'on accueille vraiment très favorablement puisque ça va
démontrer que c'est quelque chose qui est vraiment pris au sérieux, que ce type
de violence est inacceptable et que ce type de violence a des conséquences
absolument dévastatrices sur les victimes.
Mme Haytayan : OK.
Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Le député de Saint-Jean, 5 min 35 s.
M. Lemieux : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci, Mme Khiari, de votre présentation,
d'abord, mais de répondre à nos questions. Si vous me le permettez, je vais
retourner à une série de questions que j'ai posées plus tôt parce que c'est
important par rapport à la perception du public, de ce que nous sommes en train
de faire comme loi.
Vous avez utilisé le mot «fléau» tout à
l'heure. Je ne sais pas si vous étiez à l'écoute, mais un peu plus tôt,
j'essayais de voir dans quelle mesure le grand public a été sensibilisé à ce
fléau-là, comme vous l'appelez, parce que les journaux se sont mis à rapporter,
les médias se sont mis à expliquer que les jeunes faisaient circuler, par
textos puis dans des groupes, des photos, mais c'est plus que ça, puis on me
l'a confirmé tantôt. Mais je voulais savoir comment vous, vous mesuriez
l'importance de ce fléau, par rapport aux jeunes, bien sûr, mais par rapport à
la société en général, particulièrement avec ce que vous venez de dire au sujet
de la coercition, là. Ça fait partie de tout ça, là.
Mme Khiari (Ikram) : Merci
beaucoup de votre question. Écoutez, au niveau... Oui, c'est totalement un
fléau. Écoutez, je vais vous parler tout d'abord du type de conséquences
psychologiques pour les victimes. Donc, elles peuvent, oui, développer de
l'anxiété, de la dépression, du stress post-traumatique, mais même des idées
suicidaires en raison de la honte et de l'humiliation qui est subie au niveau
du partage de ces photos intimes. Cette violence, elle génère une peur
constante de voir les images circuler davantage, et ça exacerbe l'isolement
social de ces victimes. On parle également... Au niveau plus largement de la
société, on parle de conséquences professionnelles, de conséquences sociales.
La répercussion du partage d'images non consensuel, ça peut entraîner des
pertes d'emploi, des atteintes à la réputation, des difficultés dans les
relations personnelles, même que dans certains cas, les victimes peuvent être
stigmatisées ou exclues socialement, ce qui les isole encore plus.
Au niveau des jeunes, c'est... On parle de
vulnérabilité accrue, donc il y a une pression sociale, il y a la popularité
des réseaux sociaux, donc les victimes peuvent devenir cibles d'intimidation,
de sextorsion où l'agresseur, par exemple, va exiger des faveurs sous la menace
de diffuser d'autres images. Donc, c'est pourquoi on parle vraiment de... qu'on
est présents aujourd'hui vraiment pour appuyer ce projet de loi et pour amener
nos recommandations.
M. Lemieux : Expliquez-moi
alors pourquoi, alors que c'était au Code criminel, et ça existe, là, on le
sait, le phénomène, on dit même que — moi, j'avance un chiffre que
j'ai lu dans la recherche pour le projet de loi — il y a un
adolescent sur cinq qui aurait déjà reçu une image. Ça ne nous donne pas le
nombre de victimes, mais ça nous donne l'importance, selon les experts, de ce
que ça peut vouloir dire, comme phénomène. Mais, au criminel, des données les
plus récentes qu'on a, entre 100 et 200 dossiers ouverts chaque année en
chambre criminelle pour ce type d'infractions.
Ce qu'on est en train de faire, et c'est
la question que je vous pose, ça va simplifier, à quelque part, les choses. Ça
ne remplacera pas le criminel, mais ça peut rendre la protection, entre
guillemets, beaucoup plus proche des victimes puis être une façon d'empêcher le
phénomène de la part de ceux qui en abusent, là.
• (11 h 50) •
Mme Khiari (Ikram) : Totalement.
Totalement. On a appliqué des mesures qui sont vraiment spécifiques à ce type
de violence sexuelle. Par exemple, quand on parle des recours pour faire cesser
la diffusion, donc le fait que les victimes peuvent obtenir une ordonnance pour
exiger le retrait des images intimes diffusées sans leur consentement, ça, on
parle de stopper rapidement la propagation de ces images, ce qui est un point crucial
pour limiter les <dommages...
Mme Khiari (Ikram) :
...de
ces images, ce qui est un point crucial pour limiter les >dommages de ce
style de violence. Aussi, le fait que l'ordonnance de protection soit
simplifiée, donc les victimes peuvent demander une ordonnance de protection
civile sans nécessiter la présence de l'agresseur, ce qui est extrêmement
important, pour une durée allant jusqu'à trois ans qui est renouvelable. Donc,
le fait que ça inclut des restrictions pour empêcher l'agresseur de contacter
ou de surveiller la victime, on parle ainsi de réduire quand même le risque de
harcèlement. Également, au niveau de la destruction, de la... des images, puis
finalement, bien, la confidentialité et le soutien des victimes. Donc, on
arrive vraiment... On pense vraiment qu'il va y avoir des changements
systémiques suite à ce projet de loi, surtout si on suit les recommandations
des organismes qui sont présents aujourd'hui.
M. Lemieux : Donc, la
dimension civile qu'on introduit, en fait c'est la seule qu'on introduit, mais
qui vient faire loi au Québec, c'est fondamental par rapport à la perception et
des victimes et des agresseurs dans le cas de ces images non consensuelles,
parce que le criminel, entre guillemets, ne faisait pas le travail.
Mme Khiari (Ikram) : Exactement.
Vous l'avez très bien dit, on parle de 100 à 200 cas qui sont ouverts en
ce moment, 100 à 200 dossiers qui sont ouverts en ce moment. Donc là, le
plus important, comme je parlais plus tôt, c'est une violence qui est
exponentielle, donc c'est une violence qui, en fait, va se perpétuer sur le
temps avec le partage de ces images-là, donc le fait de pouvoir arrêter le
partage des images, le fait de simplifier la demande d'ordonnance, c'est quand
même quelque chose qui est très nouveau et quelque chose qui, je crois, va
envoyer un message très fort aux Québécoises et aux Québécois.
M. Lemieux : Merci, Mme Khiari.
Merci beaucoup, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui, merci,
M. le Président. Bonjour, Mme Khiari. Merci d'être là avec nous. Merci
pour les explications que vous nous donnez, également, basées sur ce que vous
vivez dans votre travail au quotidien.
Quand on parle de l'ordonnance urgente de
cessation, de prévention du partage d'une image intime, j'aimerais vous
entendre, parce qu'évidemment le principe est bon, est important, mais c'est
souvent dans la mise en application que ça peut être un peu plus compliqué.
Est-ce que vous pensez qu'il y aurait lieu d'accorder ou d'offrir un service
pour ces victimes quant à la rédaction de l'ordonnance qui pourrait être faite?
Je comprends que les juges de paix magistrats au Québec, qui sont en fonction
24 heures sur 24, sept jours par semaine, mais ce n'est pas évident, alors
comment... comment vous voyez ça? Puis est-ce que vous avez des recommandations
pratiques qui pourraient être mises en œuvre puis qui pourraient aider
finalement les victimes, ou est-ce qu'il faudrait... Est-ce que vous, par exemple,
dans... dans le regroupement, c'est un service que vous pourriez envisager
d'offrir, puis avez-vous les moyens pour le faire?
Mme Khiari (Ikram) : Oui,
très bonne question. Merci beaucoup. Donc c'est sûr que le partage... En fait...
le partage des images intimes non consensuel en ligne, c'est un immense défi.
C'est sûr que, par exemple, une fois que l'image est partagée, elle peut être
repostée, copiée, rediffusée sur plusieurs sites, réseaux sociaux. Les
plateformes peuvent être lentes à retirer le contenu. Donc, c'est sûr qu'au
niveau des recommandations, une fois que le projet de loi aura passé, c'est sûr
qu'éventuellement il faudra avoir des discussions avec les grandes plateformes
numériques pour parler de suppression immédiate des contenus qui sont visés.
Également, quand on parle au niveau de
nous, les services qu'on offre, écoutez, je vous dirais qu'un des services les
plus importants serait vraiment au niveau de la prévention notamment. Donc,
comme je vous ai dit dans ma présentation, on a remarqué que, vraiment, c'est
un fléau qui touche particulièrement les 12 à 24 ans, donc c'est très
important de soutenir les programmes de prévention dans les écoles.
Par exemple, je peux vous parler
rapidement de notre programme Empreinte du RQCALACS qui a été créé en
collaboration avec des professeurs de l'UQAM et qui est une initiative de
prévention des agressions sexuelles spécifiquement conçue pour les élèves du
secondaire au Québec. Donc, ça vise à sensibiliser les jeunes et les parents et
le personnel scolaire à la réalité des violences sexuelles et à développer une
culture du consentement. Donc, on va parler, dans ce programme-là, de
consentement, de dénonciation, de soutien des victimes. On va déconstruire les
stéréotypes sexuels et on va faire de la prévention au niveau de l'exploitation
sexuelle. On va également avoir... On va également vraiment parler de ce type
de fléau là, donc, au niveau de la cyberviolence sexuelle.
Je vous dirais, le programme, bien qu'il
est extrêmement populaire, par exemple, en 2021-2022, on a touché près de 35 000 jeunes,
mais on voit vraiment qu'il y a des barrières pour être accueilli dans les
écoles. Donc, c'est un petit peu comme si ça se passait la balle, on ne sait
pas à qui s'adresser pour être capable de rentrer dans certaines écoles, on ne
veut pas remettre la charge sur les enseignants. Donc, je pense que ça serait
vraiment important, à ce niveau-là, non seulement d'avoir un financement qui
est récurrent pour les organismes qui offrent ce type de programme là, parce
que ça, c'est une autre <difficulté...
Mme Khiari (Ikram) :
...non
seulement d'avoir un financement qui est récurrent pour les organismes qui
offrent ce type de programme là, parce que ça, c'est une autre >difficulté
qu'on a, on n'a pas assez de ressources pour avoir assez d'intervenantes qui
vont aller dans toutes les écoles du Québec, mais également de faciliter
l'entrée de ce type de programme là dans les écoles parce que, vraiment, je
crois qu'au niveau de la cyberviolence sexuelle et du partage d'images non
consensuel, ça passe tout d'abord par le... excusez-moi, par la prévention.
Donc, la prévention au niveau de nos jeunes, je crois que c'est vraiment le
nœud du problème et de la solution.
M. Morin : OK. Bien,
écoutez, je vous... je vous remercie beaucoup parce que vous insistez,
effectivement, sur la prévention, c'est sûr que si on peut prévenir un tel
comportement, c'est encore mieux, on s'entend, il n'y aura pas de victime si ça
ne se passe pas, ca va être encore... C'est optimal. Maintenant, oui, pour les
sources de financement, c'est... c'est noté.
Une fois qu'un acte comme ça a été commis,
par exemple, vous, avec votre regroupement, est-ce que vous apportez de l'aide
aux victimes? Parce que vous avez souligné qu'effectivement ça peut... ça peut
même entraîner des pensées ou des idées suicidaires chez les victimes, c'est
un... Garçon ou fille, homme ou femme, là, parce que les deux peuvent être
victimes de ce type de comportement là, quel programme que vous avez puis
avez-vous du financement nécessaire ou suffisant pour ça?
Mme Khiari (Ikram) : Écoutez,
au niveau... Je vais vous parler un petit peu de notre travail tout d'abord.
Donc, c'est sûr que les CALACS, donc les centres d'aide et de lutte contre les
agressions à caractère sexuel offrent aux victimes un espace sécurisant pour
parler de leurs expériences, des expériences qui sont souvent marquées par la
honte, la peur, l'isolement. Donc, on donne... Nos centres donnent des soutiens
émotionnels et psychosociaux constants. On utilise une approche féministe,
intersectionnelle, sans jugement qui fait en sorte que toutes les femmes et les
filles au Québec, toutes les personnes victimes, en fait, de ce type de
violence, vont être accueillies.
Également, oui, on offre un accompagnement
dans les démarches juridiques, donc on va aider les victimes à comprendre leurs
droits, les options qui sont disponibles, y compris les nouvelles ordonnances
de protection prévues par le projet de loi. On parle aussi de groupes de
soutien, de création de réseaux de solidarité, de prévention, de
sensibilisation et également de plaidoyer comme je le fais aujourd'hui.
Je vous dirais, au niveau du financement,
le financement n'est pas suffisant. On a des centres qui peinent à recruter des
ressources, on a des... Nos centres sont débordés, on a des listes d'attente
qui ne finissent plus, on a vu quand même une explosion dans les dernières
années au niveau des demandes d'aide, ce qui fait en sorte que le fait de ne
pas avoir de financement récurrent ou la difficulté d'avoir du financement à la
mission, puisque souvent ça va être du financement par projet, fait en sorte
que nos centres peinent à arriver. Donc, oui, définitivement, nous sommes une
aide de première ligne, donc nous voulons que les victimes sachent qu'on est là
pour les aider et qu'on est là pour les accompagner dans tout le processus.
Malheureusement, les temps d'attente peuvent faire en sorte que les victimes se
retrouvent dans une situation d'isolement, de détresse, et puis ça va prendre
du temps avant qu'elles soient accompagnées. Donc, oui, le financement est
extrêmement important, c'est vraiment un enjeu qu'on remarque depuis plusieurs
années dans nos centres.
M. Morin : Est-ce que...
Écoutez, je vous pose la question, puis je vous remercie pour votre ouverture
et votre franchise parce que comme législateurs, on aura beau adopter tous les
meilleurs projets de loi de la planète, si après ça il n'y a pas d'argent pour
les mettre en œuvre, si les victimes qui sont sujettes de ces comportements-là
qui sont tout à fait répréhensibles ne peuvent pas recevoir d'aide, bien, ça ne
donnera pas grand-chose. Puis je comprends que votre financement, vous l'avez,
donc, pour les projets particuliers, donc ce n'est pas un financement qui
est... qui est permanent. Votre financement, vous l'obtenez particulièrement de
quel ministère?
Mme Khiari (Ikram) : On
a... Particulièrement le Secrétariat à la condition féminine, entre autres,
puis... En fait, c'est ça, c'est... Comme... Comme vous dites, c'est sûr qu'on
a... également. Donc, c'est sûr qu'au niveau du financement, c'est ça, il
faudrait du financement vraiment qui est à la mission et non pas par projet...
M.
Morin :
Exact.
Mme Khiari (Ikram) : ...pour
nous permettre d'avoir une pérennité, en fait, dans nos... dans nos centres.
Puis, vraiment, on peine... Vous devez le savoir, on peine à aller chercher des
intervenantes et des intervenants. Ça, c'est quelque chose qui est très
difficile aussi, les salaires sont bas, les heures ne sont pas garanties, c'est
très difficile en fait d'aller chercher ces jeunes-là qui sortent de l'école et
qui veulent faire une différence dans leur milieu, mais qui, au final, on n'a
pas en fait le financement pour les accueillir. Donc, ça, c'est quelque chose
qui est... qui est très problématique à ce niveau-là.
• (12 heures) •
M. Morin : Parfait. Je
vous remercie. J'ai une question, c'est un peu plus technique, là, le projet de
loi, à l'article 12, traite de la résiliation d'un bail de logement et va
venir modifier une disposition du Code civil du Québec. C'est sûr que c'est
important dans un cas comme ça de pouvoir, comme on dit, casser le bail...
12 h (version révisée)
M. Morin : ...c'est sûr que c'est...
c'est important, dans un cas comme ça, de pouvoir, comme on dit, casser le
bail. Mais, quand vous accompagnez des victimes d'agression à caractère sexuel,
est-ce que c'est des enjeux que vous rencontrez? Évidemment, le bail peut bien
être cassé, mais les gens ne quitteront pas leur logement dans les minutes qui
suivent. On nous a parlé un peu plus tôt que parfois il y a même des enjeux
avec des animaux de compagnie parce qu'il y a de plus en plus de gens qui ont
des animaux de compagnie. Qu'est-ce que vous vivez sur le... sur le terrain? C'est
quoi, votre expérience? Puis est-ce qu'il y a des choses qu'on pourrait faire
pour améliorer le projet de loi à ce niveau-là?
Mme Khiari (Ikram) : Oui.
Donc, écoutez, c'est sûr qu'au niveau de... au niveau de cette
problématique-là, on va voir souvent, dans les cas... en fait, vraiment souvent,
dans les cas de violence conjugale où il y a, en fait, une coercition qui est
faite au niveau financier et au niveau du logement, qui va mettre non seulement
la victime en danger, mais également ses enfants, ses animaux de compagnie.
Donc, on parle non seulement... Nous, ce qu'on peut remarquer, en fait, c'est
les impacts psychologiques et émotionnels, notamment. Donc, on parle de
victimes qui... qui vivent dans un environnement violent. C'est des
conséquences psychologiques, émotionnelles graves et à long terme, stress,
anxiété, dépression, troubles du sommeil, troubles post-traumatiques. Donc, l'impossibilité,
en fait, de rompre le bail peut aggraver ces problèmes-là. En plus, on va
parler précarité économique. Donc, la personne peut se retrouver dans une
situation, là, où elle peine à se trouver un autre logement.
Écoutez, je vous dirais, ce qu'on peut
améliorer au... C'est vraiment une mesure qu'on accueille très favorablement,
là, au niveau de l'article 12. Ce qu'on pourrait améliorer, notamment au
niveau de ce qu'on voit sur le terrain, c'est notamment augmenter le
financement au niveau des maisons d'hébergement. Puisque, ces femmes-là, il
faut comprendre que ce n'est pas juste la problématique de briser le bail. Qu'est-ce
qui se passe une fois que le bail est... est brisé et que la femme s'en va,
mais qu'elle n'est pas capable de se payer un nouveau logement? On sait très
bien, au Québec, en ce moment, les gens peinent à arriver, les gens... les
loyers sont trop élevés pour la majorité des gens. Donc, il faut... il faut
augmenter le financement des lieux où ces femmes-là vont pouvoir être reçues,
où elles vont pouvoir se remettre sur leurs pieds, où ces femmes-là vont
pouvoir avoir un accompagnement psychologique, émotionnel, et leurs enfants
également, ainsi que leurs animaux. Donc, ça, c'est une mesure qu'on pourrait
améliorer dans le projet de loi, qu'est-ce qui se passe après que le bail soit
brisé.
M. Morin : Merci beaucoup.
Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :...beaucoup. Mme la députée de Vaudreuil,
s'il vous plaît.
Mme Nichols : Merci, M. le
Président. Merci, Mme Khiari, de votre... de vos représentations.
Quand vous avez présenté votre position,
au début, vous avez parlé, entre autres, des mythes, des mythes sur la
violence. Pouvez-vous nous expliquer, là, les «mythes», ce à quoi vous faites
référence?
Mme Khiari (Ikram) : Oui,
bien sûr. Donc, au niveau de la violence sexuelle, on va voir vraiment beaucoup
de mythes et préjugés qui sont propagés dans la société. Donc, ces mythes-là contribuent
souvent à la stigmatisation des victimes.
Par exemple, on va dire que la victime est
responsable de l'agression. Dans le cas du partage d'images non consensuel, on
va dire : Écoutez, la victime a accepté de prendre cette photo-là, la
victime a envoyé cette photo-là, donc, à partir de ce moment-là, elle est
responsable de ce qui lui arrive. Ça, c'est un mythe et préjugé qu'on va voir
souvent.
Également, on va avoir le mythe... il faut
que je le... il faut que je le dise, que les agressions à caractère sexuel,
notamment le partage d'images non consensuel, sont commises par des inconnus.
Ça, c'était un gros mythe, que ça va être fait, en fait, dans le métro, dans l'autobus.
C'est des choses qui arrivent, définitivement. Puis il faut des solutions par
rapport à ça. Sauf qu'il faut dire que la majorité des agressions sexuelles
sont commises par une personne qui est connue de la victime, un partenaire, un
ami, un membre de la famille. Donc, il faut comprendre la complexité de la
chose, puis que c'est des agressions qui peuvent survenir dans des contextes de
confiance, de proximité, ce qui complique le dévoilement pour la victime.
Également, on peut dire le mythe de... que
les victimes mentent au sujet de ce type d'agression là. Donc, par exemple, au
niveau du partage d'images non consensuel, on peut dire : Écoutez, même
chose que j'ai dit un petit peu plus tôt, elle voulait que ces images-là soient
partagées, elle a accepté ça. On le sait, les fausses accusations en violence
sexuelle sont extrêmement rares. La problématique, c'est plutôt que la majorité
des victimes ne déclarent pas leur agression puisqu'elles ont peur de ne pas
être crues ou d'être blâmées.
Donc, ça, ça va faire partie des nombreux
mythes et réalités, d'où l'importance d'avoir une formation qui est donnée par
des experts, expertes en violence sexuelle aux personnes qui interviennent dans
ces cas-là.
Mme Nichols : Merci. Merci
pour les précisions. Moi, j'ai pris connaissance, là, des différents mémoires,
j'ai écouté aussi, là, les groupes... les groupes précédents, les points qui
reviennent souvent, puis vous en avez parlé vous aussi, c'est souvent la
formation. On demande plus de formation, il n'y a pas assez de formation. L'accompagnement,
on parle d'avoir un meilleur accompagnement. Ce qui semble le plus difficile...
En fait, ce que... une de mes préoccupations, tu sais, comme on dise : Oui,
c'est un bon projet de loi, oui, tu sais, ça va apporter... tu sais, oui, c'est
nécessaire, mais on se demande <au...
Mme Nichols :
...tu
sais, oui, c'est nécessaire, mais on se demande >au niveau de
l'applicabilité du projet de loi, là. Mon collègue, précédemment, a parlé des
mesures financières. Mais sur le terrain, la mise en place, il va sûrement y
avoir... Tu sais, on parlait de la rapidité, de la réaction des tribunaux, de
la réponse en cas de non-respect, justement, des ordonnances. Ça, ça semble
être différents enjeux. Est-ce que vous partagez cette préoccupation?
Le Président (M.
Bachand) :...
Mme Khiari (Ikram) : Oui,
définitivement. Comme je l'ai dit, c'est sûr qu'on accueille très favorablement
ce projet de loi, mais on est très conscients, en fait, que sur le terrain, ça
va être très difficile de l'appliquer. Écoutez, on parle, on en a parlé
beaucoup, le manque de ressources. Donc, c'est ça, on ne parle pas, en fait,
dans le projet de loi, des organismes responsables et du financement qui va
être alloué. Donc, on a très peur. On s'inquiète, en fait, du manque de
financement pour les formations, pour les programmes d'aide aux victimes,
surtout avec les récentes coupures dans des services comme Rebâtir, comme
Juripop, qui ont été d'une grande aide, notamment au niveau du comité pour le tribunal
spécialisé en violence sexuelle.
Également, si on parle... Moi, je me sens
obligée quand même de le mentionner à nouveau, les obstacles pour les femmes
marginalisées, donc quand... quand on parle de femmes qui sont non
francophones, de femmes qui vivent dans des milieux ruraux, des femmes qui
vivent dans des situations de grande précarité. Parce qu'il faut quand même
noter qu'au niveau des ordonnances, des formulaires, on se tourne vraiment vers
des choses qui vont se faire en ligne. Il faut comprendre que le numérique, ce
n'est pas tout le monde qui y a accès. Donc, ça, c'est quand même une
problématique. On ne parle pas également de services de traduction ou de
services d'interprétation, par exemple, pour les femmes sourdes et muettes.
Donc, ça, c'est des problématiques qu'on va voir également sur le terrain.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci beaucoup. Le temps
passe rapidement, Mme Khiari. Merci beaucoup d'avoir été avec nous.
Sur ce, la commission suspend ses travaux jusqu'à
les avis après les travaux des commissions. Merci. À tantôt!
(Suspension de la séance à 12 h 07)
15 h 30 (version révisée)
(Reprise à 15 h 44)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
des institutions reprend ses travaux. Désolé du petit délai. On poursuit donc
les consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 73,
Loi visant à contrer le partage sans consentement d'images intimes et à
améliorer la protection et le soutien en matière civile des personnes victimes
de violence.
Alors, on débute notre après-midi avec les
représentantes de la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes. Merci
beaucoup d'être avec nous. Je vous inviterais d'abord à vous présenter et à
débuter votre présentation, s'il vous plaît. Merci beaucoup.
Mme Monastesse (Manon) : Merci,
M. le Président. M. le ministre, Mmes les députées et MM. les députés, bonjour.
Alors, merci de nous avoir invitées aux audiences pour le projet de loi 73.
Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des maisons d'hébergement
pour femmes.
Tout... tout d'abord, en entrée, je
voudrais souligner que la fédération représente 38 maisons de première
étape et 22 maisons de plus longue durée, MH2. Pour la dernière
année 2023-2024, <nous avons reçu...
Mme Monastesse (Manon) :
...je
voudrais souligner que la fédération représente 38 maisons de première
étape et 22 maisons de plus longue durée, RMH2. Pour la dernière
année 2023-2024, >nous avons reçu, en maison de première étape,
2 525 femmes, 1 524 enfants; dans nos services externes,
3 606 femmes et 998 enfants. Notre taux d'occupation pour nos
maisons membres est de, pour l'année 2023-2024, est à 106,91 %.
Toujours... Le nombre de refus par manque de places est toujours très élevé, on
est à plus de 11 000.
Quand on regarde au niveau de nos
statistiques, au niveau de la dénonciation au niveau policier, on est à
25 % des femmes qui vont porter plainte, alors qui vont faire une
dénonciation. C'est quand même une amélioration, on était à une sur cinq, maintenant,
on est à une sur quatre. 38 %, malheureusement, ne vont pas porter plainte
à la police, et les... Au niveau des statistiques au niveau des violences, ce
qui est important de voir également, c'est que les menaces de mort et les
tentatives de meurtre représentent quand même 26 % des femmes qui nous ont
déclaré, autodéclaré qu'elles avaient été victimes de menaces de mort, de
tentatives de meurtre, d'où l'importance du projet de loi PL 73, dans la
perspective d'améliorer justement la protection au niveau civil. Alors, on
souligne... on salue l'importance et la qualité du projet de loi.
Je dirais, d'entrée de jeu, deux points, l'importance
d'élargir la définition afin que toutes les victimes puissent se retrouver dans
les définitions, de ne pas cloisonner les définitions, et l'importance de
l'accès aux services juridiques, dont les avocates qui sont formées par nous,
qui sont très ferrées du programme... du programme Rebâtir les services
juridiques. Je laisserais la parole à mes collègues.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Oui, merci, Manon. Julie St-Pierre-Gaudreault, je suis conseillère aux
enjeux politiques à la FMHF, puis je vais essayer de faire ça super rapidement.
En fait, juste pour aller... aller avec ce que Manon disait, on a quand même
nommé dans notre mémoire les avancées qu'on considérait que le PL 73
apportait. Une qui est, pour nous, très importante, c'est vraiment le fait que
les mythes et préjugés ne pourront plus être admissibles en preuve. Les
modifications qui seront apportées au Code civil du Québec, au Code du travail,
à la Loi sur la fonction publique et la Loi sur la justice administrative, ça
nous paraît être une réelle avancée, puis ça va aussi de pair avec la
recommandation 146 du rapport Rebâtir la confiance. Donc, on espère que ça
pourra être aussi appliqué dans d'autres lois.
Puis c'est sûr que, par exemple, il faut
penser que, malgré que ce soit ajouté aux lois, il faut que ce soit mis en
application en parallèle avec des formations et de la sensibilisation, parce
que ça va vraiment nécessiter une déconstruction des mythes et préjugés, aller
vraiment aussi sensibiliser par rapport aux biais que peut-être certains...
certains acteurs qui viennent aider les personnes victimes de violence peuvent
avoir. Donc, on considère que ça va vraiment de pair.
• (15 h 50) •
Puis pour de l'information et de la
sensibilisation, bien, c'est sûr que ça prend un accompagnement financier, dont
une augmentation des financements pour que ce soit... si on veut déployer à la
grandeur de la province et dans plusieurs milieux. Puis on pense aussi à
surtout l'importance d'avoir un financement qui serait offert de manière
pérenne et qui serait multisectoriel, intersectionnel, comme Manon le
mentionnait, pour pouvoir couvrir la majorité des formes de violence et aussi
des oppressions qui peuvent être vécues par des femmes, surtout des femmes qui
se trouvent marginalisées.
Et ces outils-là, bien, on considère que
c'est super important qu'ils soient élaborés en coconstruction avec les
ressources spécialisées, dont les maisons d'aide et d'hébergement et aussi des
organismes comme le nôtre. Puis on parle aussi de coconstruction, notamment,
des formations qui vont être... qui seraient déployées, mais en plus des outils
de sensibilisation ou des outils... par exemple les formulaires, là, qui pourraient
être utilisés lorsqu'il y aurait ordonnance pour cesser le partage d'une image
intime ou lorsqu'il y aurait des formulaires en ligne pour les <ordonnances
de protection...
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
...lorsqu'il y aurait ordonnance pour cesser le partage d'une image
intime ou lorsqu'il y aurait des formulaires en ligne pour les >ordonnances
de protection, comme ça avait déjà été cité dans notre avis. J'ai essayé de
parler rapidement, là. Je vais laisser Marilyn se prononcer.
Mme Coupienne (Marilyn) : Oui.
Bonjour. Marilyn Coupienne. Je suis avocate et conseillère juridique à la
Fédération des maisons d'hébergement pour femmes. Alors, pour ma part, je vais
insister sur trois modifications législatives. D'abord, tout comme
Mme Monastesse, je vais réitérer, en fait, là, l'importance de créer la loi
visant à contrer le partage d'images intimes qui, selon nous, est indispensable
à la lutte contre les violences qui sont faites aux femmes.
À l'article 5, par contre, nous avons
proposé dans notre avis de retirer, en fait, le terme «révocation» du
consentement pour plutôt insérer «une présomption», en fait, que le partage de
l'image a été fait sans consentement. Et donc il y aurait un renversement du
fardeau de preuve sur les épaules du défendeur une fois qu'il y aurait demande
introductive d'instance et affidavit, là, indiquant qu'il n'y avait pas de
consentement. On voulait aussi souligner l'article... l'ajout de
l'article 2874.1 du Code civil du Québec, qui va faciliter grandement la
preuve des... et les démarches, en fait, des victimes d'un acte criminel par la
passation, là... en fait, par le dépôt d'un jugement passé en force... jugé comme
preuve. On le sait, c'est toute une procédure, c'est tout un défi pour les
femmes de se rendre devant les tribunaux, et donc de faciliter pour une
réparation au niveau civil, c'est grandement apprécié.
Pour finir, on voulait terminer en
soulignant aussi, là, l'importance d'avoir mis l'ordonnance civile de
protection dans un chapitre distinct de celui des injonctions, parce que...
parce qu'actuellement, en fait, l'ordonnance de protection en matière civile
s'appliquait difficilement. Ça constitue aussi, selon nous, une alternative à
la problématique en lien avec les bris de condition, dont Mme Monastesse
et moi avons fait parvenir, là, une lettre d'opinion dans Le Devoir,
le 24 octobre dernier, où on dénonçait, en fait, le fait que les bris de
condition n'étaient pas pris en compte par les autorités policières lorsque les
femmes venaient dénoncer. On considère que l'ordonnance civile de protection
est une alternative au niveau civil et qu'elle est très importante. À ce
sujet-là, nous avons proposé une modification à l'article 515.3 du Code de
procédure civile et donc d'ajouter une partie des conditions que le juge
pourrait ordonner pour éviter toute ambiguïté sur les pouvoirs que va avoir le
juge dans le cadre de cette ordonnance de protection civile là.
Alors, je vous remercie pour votre écoute.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Alors, je me
tourne vers le gouvernement. M. le ministre, pour une période de
15 minutes, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Mme Monastesse, Mme St-Pierre-Gaudreault,
Mme Coupienne, bonjour. Merci de participer aux travaux de la commission.
On se voit régulièrement en commission parlementaire, puis c'est toujours un
plaisir.
Écoutez, d'entrée de jeu, je voudrais
qu'on discute. Vous avez soulevé la question du renversement du fardeau de
preuve, notamment à l'article 5, là, du projet de loi. Donc, ce qu'on a
fait, c'est qu'il y a une présomption de consentement et une présomption de
faute lors du partage d'images intimes. Donc, le fardeau de preuve est déjà
simplifié, parce que, lorsque la personne remplit le formulaire, dans le fond,
il y a une présomption à cet effet-là, et c'est sur les épaules... Supposons
qu'on veut casser l'ordonnance qui a été prononcée par le juge de la Cour du
Québec ou le juge de paix magistrat, le fardeau, il est sur les épaules déjà
du... de la personne qui est visée par l'ordonnance relativement à l'image
intime. L'autre point aussi, c'est lorsqu'il y a une condamnation criminelle
maintenant, on n'a plus... on dépose le jugement criminel au civil, et ça, ça
va faire la preuve de la faute. On n'aura pas à refaire témoigner la personne
victime.
Alors, je ne sais pas si ça vous rassure,
là, mais, quand on a conçu le projet de loi, on avait ça en tête, justement, de
faciliter la preuve pour les victimes, là. Mais j'aimerais vous entendre
là-dessus, là, sur... en lien avec ce que vous avez soulevé.
Mme Coupienne (Marilyn) : Oui.
Je pourrais y aller. Donc, au niveau criminel, je comprends. Par contre, on...
nous, la fédération, on ne prendra pas pour acquis qu'une femme va avoir
nécessairement dénoncé au criminel, puis le processus est relativement long.
Donc, vous parliez, là... vous étiez toujours dans l'article 5, là, au
niveau de... du criminel, <si je comprends bien...
Mme Coupienne (Marilyn) :
...puis
le processus est relativement long. Donc, vous parliez, là... vous étiez
toujours dans l'article 5, là, au niveau de... du criminel, >si je
comprends bien.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme Coupienne (Marilyn) : Oui.
Donc, c'est ça, donc, on ne prendra pas pour acquis que la femme va
nécessairement avoir dénoncé, qu'elle aura pris la voie du processus criminel.
Et donc, pour nous, en soit, la loi visant à contrer le partage, sans
consentement d'images intimes, est une protection supplémentaire. Mais, pour
nous, ce n'est pas... ce n'est pas un plus. Puis je comprends tout à fait que
ce que vous me dites, c'est que comme la demande peut être sur ex parte, comme
elle est traitée en urgence, le fardeau est relativement diminué. Par contre,
quand on regarde le premier... le premier alinéa de l'article 5, «une
personne peut révoquer son consentement au partage d'une image intime», mais
ensuite on parle de révocation.
Nous, ce qu'on propose, c'est vraiment, en
fait, que le partage en soi d'une image intime est faite sans le consentement,
et c'est... et donc il y a une présomption immédiate de faute, au lieu... au
lieu que ce soit le contraire.
M. Jolin-Barrette : Mais, si
on faisait ça... Puis supposons deux conjoints, là, ou deux partenaires
intimes, là, qui s'envoient des photos intimes, là, ça voudrait dire qu'à la
base, avec ce que vous me proposez, c'est qu'il n'y aurait pas de consentement,
même s'ils y consentent. Là, il y a un enjeu d'application du droit, du fait
que... Supposons, moi et le député de l'Acadie, on est dans... en relation
intime...
M. Morin : ...
M. Jolin-Barrette : Non,
mais...
Mme Coupienne (Marilyn) : Je
comprends ce que vous dites, je comprends.
M. Jolin-Barrette : ...ce que
je veux vous dire, ce que je veux vous dire, c'est que, si les deux consentent,
là, à ce moment-là, on ne peut pas déjà dire qu'il n'y a pas une présomption de
non-consentement. L'objectif est de faire en sorte que, s'il n'y a pas de
consentement, en premier lieu, ça s'applique. Mais s'il y avait consentement et
après il n'y a plus de consentement, à partir du moment où la personne dit :
Heille! Ne partage pas mes photos, je veux que tu supprimes mes photos, là
l'ordonnance peut être... peut aller être cherchée. Parce que si tout le monde
est consentant dès le départ, on ne peut pas dire : Il n'y a pas de
consentement, alors que tout le monde consent, là.
Mme Coupienne (Marilyn) : Je
comprends, c'est une question de formulation, mais ce qui est problématique à
notre niveau... Puis peut-être que ce serait à réfléchir à nouveau au niveau de
la formulation du paragraphe... de l'alinéa 1°de l'article 5. Par
contre, ce qu'on ne peut pas... En fait, ce que je voudrais dire, c'est qu'au
niveau de la preuve de la révocation du consentement... repose encore sur les
fardeaux... sur les épaules de la victime, ce qui, pour nous, est
problématique.
Je pense que de réfléchir à une
formulation pour l'alinéa 1°pourrait, en fait, là, éviter que le fardeau
retombe sur les épaules de la victime et éviter, comme vous dites, là, que le
partage, entre conjoints, de manière consentante soit... soit automatiquement,
là, soulevé par l'article 5.
M. Jolin-Barrette : OK, bien,
on va regarder ça. Autre élément, là, sur l'ordonnance civile de protection, je
pense que vous êtes en accord avec le fait que le fait qu'on diminue le fardeau
pour la victime, c'est une bonne chose. Donc, on passe de la preuve de la
démonstration à la crainte, donc on diminue le fardeau pour que ce soit plus
simple. Vous soulevez dans votre mémoire qu'il devrait y avoir des sanctions
pénales aussi associées à l'ordonnance civile de protection. L'enjeu avec ça,
c'est que, si on veut criminaliser l'ordonnance civile de protection, comme on
le fait dans le... comme on le fait dans le projet de loi, là, mais on ne
pourra pas utiliser l'article 127 du Code criminel, parce que la mécanique
pour criminaliser l'ordonnance civile de protection, c'est par l'article 127
qui fait en sorte qu'il ne faut pas qu'il y ait d'autres moyens de sanctionner
l'ordonnance. Donc, si jamais on appliquait des sanctions pénales, on ne
pourrait pas mettre en application le régime de... du Code criminel pour le
rendre criminel.
• (16 heures) •
Donc, on a jugé que c'était préférable d'y
aller par voie criminelle, parce que, quand il y aura contravention à
l'ordonnance civile de protection, ça fait en sorte que les policiers vont
pouvoir agir maintenant. Donc, plutôt que de mettre le fardeau sur la victime
puis qu'elle-même prenne un recours en outrage au tribunal, supposons, bien, ça
va être la disposition criminelle qui va s'appliquer. On a préféré y aller dans
ce sens-là pour éviter justement que ce soit... Bien, en fait, c'était un des
reproches de l'ordonnance civile de protection que, lorsqu'elle n'était pas
respectée, bien, on ne voulait pas que les victimes prennent... bien, ils
pouvaient le faire, là, mais c'était lourd pour elles de devoir démontrer la
faute avec le hors de tout doute en civil, qui se retrouvent en procès pénal
lors d'un outrage au tribunal. Ça fait que c'est pour ça qu'on a fait ça comme
ça, là.
Mme Coupienne (Marilyn) : Oui,
je comprends, M. Jolin-Barette, c'est tout simplement que, dans votre napperon puis
dans le préambule, on voit qu'on peut prendre la voie criminelle...
16 h (version révisée)
M. Jolin-Barrette : ...ou lors
de l'outrage au tribunal. Ça fait que c'est pour ça qu'on a fait ça comme ça,
là.
Mme Coupienne (Marilyn) : Oui.
Je comprends, M. Jolin-Barrette. C'est tout simplement que, dans votre napperon
puis dans le préambule, on voit qu'on peut prendre la voie criminelle, par
contre, dans les... à moins que je me trompe, puis là, vraiment, vous m'en
excuserez, je ne l'ai pas lu dans les articles de loi. Je l'ai vu dans le
préambule, je l'ai vu...
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bien, en fait, c'est parce que c'est à cause de la mécanique. Dans le fond, c'est
127 du Code criminel reste dans le code, puis, dans le fond, c'est le fait qu'on
supprime le recours en outrage au tribunal qui fait en... qui amène... c'est un
mécanisme de bascule qui nous amène vers le Code criminel. C'est plus pour ça.
Mme Coupienne (Marilyn) : Je
comprends. D'accord. Alors, nous sommes en accord avec ça.
M. Jolin-Barrette : OK.
Pouvez-vous nous décrire l'impact, pour les personnes victimes, du fait de ne
pas être en mesure de faire un témoignage à distance? Parce que j'imagine, dans
vos maisons d'hébergement, vous en voyez, des femmes qui souhaiteraient
témoigner à distance par rapport à des infractions de nature de violence sexuelle,
violence conjugale. Un, avez-vous vu des situations où ça a été refusé, le
témoignage à distance, puis quel est l'impact, quand on refuse le témoignage à
distance, pour la personne victime?
Mme Coupienne (Marilyn) : Je
pourrais commencer puis je laisserais ensuite Mme Monastesse poursuivre.
D'abord, l'impact est au niveau de
croiser, en fait, l'auteur de violence au palais de justice. C'est l'impact
majeur. Je laisserais mes collègues poursuivre, pour la suite.
Ce que je voulais dire également, c'est au
niveau de votre première question qui... Je m'en excuse. Je vais laisser...
Oui, allez-y.
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, ma question, c'est : Quel est l'impact sur une personne qui est dans
vos maisons d'hébergement relativement au fait de témoigner à distance ou de se
faire refuser de témoigner à distance? Puis est-ce que vous avez des cas où
est-ce que c'est arrivé, puis c'est quoi, l'impact sur son témoignage?
Mme Coupienne (Marilyn) : Oui.
Alors pour les cas... Oui, allez, vas-y. Allez-y, Mme Monastesse.
Mme Monastesse (Manon) : Bien,
en... premièrement, au niveau de témoigner à distance, c'est souvent les
distances, là, qui sont majeures, pour se rendre au palais de justice. Et,
aussi, en termes de sécurité psychologique, parce qu'au niveau de... surtout,
ce qu'on a vu, c'étaient des refus au niveau de mettre en place des mécanismes
de protection, là, les auvents, les... ces aspects-là, au niveau de protéger la
victime, d'avoir un rempart devant le... l'ex-conjoint, l'agresseur qui est
présent, là, c'est ça qu'on a vu, plutôt, en termes de refus, là, au niveau de,
vraiment, où est-ce qu'on s'est opposé pour dire que c'était nécessaire qu'on
puisse voir la victime, témoigner, et tout. Donc, c'est beaucoup à ce
niveau-là, là, qu'on a vu des refus. Et, pour nous, c'est inquiétant. Et c'est
pour ça que c'est important que ça a été mis dans le projet loi n° 73.
Et la question de... au niveau de la
distance, du témoignage à distance, oui, ça peut être majeur parce que
certaines victimes ne sont pas en état physique et psychologique de venir au
palais de justice, qui est quand même un traumatisme, ou physiquement, elles
ont des atteintes, elles sont en stress post-traumatique, et tout, donc, le
fait de témoigner à distance, c'est un élément majeur.
M. Jolin-Barrette : OK.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Si je peux me permettre, ça... On considère aussi que ça peut améliorer...
bien, dans le fond, fournir des accès supplémentaires, justement, aux femmes
qui vont vivre en régions éloignées. Ça peut aussi être bénéfique pour les
femmes qui peuvent vivre en situation de précarité financière puis qui ne
pourraient pas se payer, par exemple, le transport pour se rendre dans un lieu,
justement, où il y aurait le tribunal. Donc, ça peut représenter une facilité,
en tout cas, pour l'accessibilité des services juridiques.
Mme Coupienne (Marilyn) : Si
je peux ajouter.
M. Jolin-Barrette : Oui,
allez-y, allez-y.
Mme Coupienne (Marilyn) : Oui.
Si je peux ajouter, également, nos maisons d'hébergement à Québec, où le
tribunal spécialisé... là on est en matière criminelle, mais où le tribunal
spécialisé est... est implanté, vont souvent, en fait, voir des refus, en fait,
de... par exemple, d'ordonner une ordonnance de non-publication ou un paravent
ou un témoignage par vidéoconférence. Et, dans le Code criminel, en fait, ce
pouvoir-là est discrétionnaire pour les juges. C'est pour ça que nous avons
proposé une modification législative où ce ne serait plus discrétionnaire au
juge, c'est lorsque la victime en fait la demande, elle va pouvoir témoigner à
distance, pour que cette <partie...
Mme Coupienne (Marilyn)T :
...ce ne serait plus discrétionnaire au juge, c'est lorsque la victime en fait
la demande, elle va pouvoir témoigner à distance, pour que cette >partie
du Code criminel, qui n'est pas de l'ordre du tribunal spécialisé mais qui peut
être applicable si vous... si vous légiférez à ce sujet dans ...en droit civil,
s'appliquer.
M. Jolin-Barrette : Peut-être
un commentaire, en terminant, puis je vais laisser la parole à mes collègues.
Dans le fond, ce qu'on a mis, c'est... la règle de base, c'est, lorsqu'il y a
une attestation d'un organisme... la violence conjugale, violence sexuelle, la
personne pourra témoigner à distance. Donc, ça, c'est la règle, le principe de
base, mais il y a une exception pour le tribunal, parce que, dans tous les cas,
en raison des pouvoirs inhérents à la cour, il pourrait le faire, relativement
à la crédibilité, si le tribunal juge que... pour évaluer la crédibilité.
Cependant, le fardeau est inversé, désormais. Donc, ça veut dire que c'est à
distance, mais le tribunal va devoir se justifier si jamais il ne le donne pas.
Donc, je cède la parole à mes collègues pour la suite. Merci beaucoup pour
votre présence.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Saint-Jean, pour un peu plus
de deux minutes.
M. Lemieux : Un peu plus de
deux minutes. Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, mesdames. Salutations
particulières à Mme Monastesse. Content de vous retrouver en Commission des
institutions.
On part de... Ce projet de loi parle à
tous les Québécois, mais, évidemment, les intervenants, comme vous êtes en
milieux de femmes violentées, c'est particulier, puis on a tendance à aller
directement au but et surtout à votre expérience. C'est là que je m'en vais,
puis il me reste une minute, je vais faire ça vite. Donc, les images intimes,
ça peut être un jeu qui tourne mal, ça peut même être de la sextorsion
frauduleuse. Mais quand on arrive chez vous, avec votre clientèle, je voudrais
comprendre l'importance... — puis vous avez peut-être entendu la même
question que j'ai posée à d'autres avant vous, ce matin — l'importance
que ces images-là peuvent avoir dans le contrôle coercitif, qui est devenu un
peu le nœud du problème de la violence conjugale et sexuelle.
Mme Monastesse (Manon) : Oui,
tout à fait. Ça a une importance majeure, parce que c'est quand même une
microrégulation, c'est un microcontrôle qui fait partie de l'ensemble des
stratégies utilisées en contrôle coercitif. Alors, c'est extrêmement
dévastateur pour les victimes, là, qu'elles soient en contexte de violence
conjugale, sexuelle. On parle aussi, en contexte d'exploitation sexuelle, de
violence familiale. Alors, c'est extrêmement dévastateur et ça peut empêcher
les victimes de dénoncer au criminel et de poursuivre les demandes au niveau
civil, dont la question de la garde d'enfant.
M. Lemieux : Et est-ce que ce
que vous êtes témoin ou est-ce que vous êtes au courant de beaucoup de cas qui
ont augmenté au fur et à mesure que le partage d'images sans consentement était
de plus en plus populaire, disons-le comme ça?
Mme Monastesse (Manon) : Tout
à fait. On a vu la recrudescence d'utiliser cette forme de contrôle auprès des
femmes, oui.
Le Président (M.
Bachand) :...merci, M. le député.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Puis si je peux rappeler...
Le Président (M.
Bachand) :Excusez, je dois céder la
parole au député d'Acadie pour une période de 15 minutes. M. le député de
l'Acadie.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, Mme Monastesse, bonjour. Heureux de vous retrouver en
commission parlementaire. Mme St-Pierre-Gaudreault et Me Coupienne. Je pense
que c'est Mme St-Pierre-Gaudreault qui allait répondre ou ajouter quelque
chose. Alors, je vais vous céder la parole, madame, pour qu'on puisse vous
entendre.
Mme St-Pierre-Gaudreault (Julie) :
Oui. Bien, en fait, c'était seulement pour rappeler aussi le fait que,
outre ce que Mme Monastesse a dit, c'est... dans le fond, tu sais, c'est sûr
qu'au début, on a mentionné le fait que les femmes qui visitent ou qui sont
hébergées dans nos maisons membres, ça peut représenter à peu près un 30 %
qui reçoivent des menaces, puis les femmes qui sont victimes de cyberviolence,
bien, en fait, c'est vraiment une violence qui peut être sexospécifique, donc
que c'est les femmes en majorité qui sont victimes de cette forme de violence
là, qui touche plus rarement, par exemple, les hommes. Donc, c'était juste un
petit aparté.
• (16 h 10) •
M. Morin : Merci. Merci
beaucoup. Le gouvernement, dans son projet de loi, permet qu'une ordonnance
soit présentée. On parle d'un juge de la Cour du Québec ou un juge de paix
magistrat, aux articles 6 et suivants. D'après vous, est-ce qu'il devrait
y avoir une représentation juridique offerte pour les personnes qui veulent
déposer une telle... une telle ordonnance? Est-ce que ça devrait être à des
centres comme vous, là, les maisons d'hébergement ou autres de conseiller?
Comment vous voyez l'application concrète? Parce que... puis c'est pas mal
toutes les questions que je pose depuis ce matin, là, l'objet même, <l'objectif...
M. Morin :
...l'application
concrète? Parce que... puis c'est pas mal toutes les questions que je pose
depuis ce matin, là, l'objet même, >l'objectif visé par le projet de
loi, il est bon, là. Toute image de nature intime qui est véhiculée ou qui est
propagée sur Internet sans le consentement de la personne, c'est quelque chose
qu'on ne veut pas. Mais moi, ce qui m'importe beaucoup, c'est de s'assurer,
comme législateur, une fois que ça, ça va être en vigueur, bien, est-ce que ça
va être utile? Allez-vous avoir les ressources nécessaires pour aider? Parce
qu'on aura beau adopter toutes les lois du monde puis rédiger parfaitement, si
on n'est pas capables, après, de les mettre en pratique, bien, ça ne donne...
bien, en fait, ça fruste le monde bien plus que d'autre chose. Et c'est
là-dessus que j'aimerais vous entendre, puis si vous avez des pistes de
solutions concrètes pour l'opposition officielle, j'apprécierais grandement.
Mme Monastesse (Manon) : Bien,
écoutez, un exemple très concret, on a appris, malheureusement, que la phase
deux du projet Rebâtir, les avocates qui sont spécialisées, là, au niveau du
soutien, avec qui on travaille en étroite collaboration dans beaucoup de cas,
presque tous les cas, l'avocate de Rebâtir va être en contact, aussi, avec nos
services... Alors, on est vraiment très inquiètes que la phase deux qui est...
qui était le niveau de... qui pouvait représenter, représenter les femmes à la
cour, ait été... ne sera plus financée.
Et nous, ce qu'on voit, quand on parle,
justement, d'un projet de loi comme ça, qui va favoriser et aider les femmes au
niveau de... des dispositions, on doit mettre en place l'accès, aussi, aux
services juridiques. Nous, ce qu'on voit dans les... Je crois que la Commission
des services juridiques n'est pas au courant, parce que la réponse qui a été
donnée, c'est que les services d'aide juridique vont être capables de prendre
le relais. Un, c'est très dommage parce que ce ne sont pas nécessairement des
avocates qui sont formées, spécialisées dans l'intervention en violence
conjugale et sexuelle. Et, deux, c'est que je crois qu'ils ne sont pas au
courant des stratégies utilisées par les agresseurs. Nous, ce qu'on voit, c'est
que la stratégie qui est utilisée, c'est que les agresseurs vont appeler
partout. Ça veut dire qu'ils vont appeler à l'aide juridique, qu'ils vont
appeler les avocats, le bassin d'avocats. Et là, quand c'est la victime qui
appelle, bien, elle est en conflit d'intérêts. Alors là, on se retrouve... des
femmes en région qui n'ont pas accès à des avocats et, en plus, qui sont, alors,
représentées... même, on a des femmes au Saguenay—Lac-Saint-Jean, en Gaspésie,
qui sont représentées par des avocats à Montréal. Alors, pour nous, c'est un
non-sens.
Et il faut maintenir, il faut, comme vous
dites, injecter des fonds et faire en sorte que, dans l'actualisation du projet
de loi, on puisse avoir toutes... toutes les possibilités possibles, et les
ressources juridiques, et, également,, nos ressources, qui ont développé, aussi,
une expertise dans nombre de maisons. On a maintenant des intervenantes qui
sont spécialisées dans l'aide au soutien sociojudiciaire. Alors, oui, on a
besoin, et c'est pour ça que nos services externes, aussi, les services
explosent, entre autres à cause de l'augmentation des demandes des femmes au
niveau sociojudiciaire et, d'autant plus, avec l'implantation des tribunaux
spécialisés. Alors... mais tout à fait d'accord qu'il faut avoir les ressources
financières et les ressources humaines pour mener à bien l'actualisation des
articles, le projet de loi n° 73.
M. Morin : Alors, si je vous
ai bien compris, Mme Monastesse, dans la phase deux de Rebâtir, qui est un
projet phare du gouvernement actuel, il y avait une possibilité, pour des
avocats ou des avocates, de représenter des femmes à la cour. On parle, ici, de
violence, violence conjugale, entre autres, et que ce service-là, cette phase-là
ne fonctionnera pas.
Mme Monastesse (Manon) : Il
ne sera pas financé. Le financement a été retiré.
M. Morin : C'est assez
difficile à comprendre pour ma part, là, mais je vous remercie de cette
information-là, on va faire un... on va faire un suivi.
Dans votre mémoire, vous.... Parce que...
parce qu'écoutez, on s'entend, là, les demandes qui sont faites à des <juges...
M. Morin :
...on va faire un suivi.
Dans votre mémoire, vous.... Parce
que... parce qu'écoutez, on s'entend, là, les demandes qui sont faites à des >juges
de la Cour du Québec ou à des juges de paix magistrats en matière criminelle,
c'est... moi, c'est plus le... l'expertise que j'ai, c'est souvent ou bien des
avocats ou des agents de la paix qui vont les rédiger, ça fait qu'ils sont
habitués, quand je pense, entre autres, à des demandes ou des requêtes, ou des
demandes pour des mandats à des juges de paix magistrats. Mais si on demande à
des gens dans la population en général de rédiger de telles ordonnances, c'est
un peu plus compliqué, on s'entend, puis la majorité des gens seront... ou bien
ne seront pas capables ou ils vont avoir énormément de difficulté.
Je comprends que vous, probablement et
sûrement, dans vos maisons d'hébergement, vous allez en parler à... à des
femmes. Mais après ça, est-ce que c'est vous qui allez être obligées de donner
le service pour les aider, ou si vous allez les référer à des avocats de l'aide
juridique, ou comment... Comment vous allez faire?
Mme Coupienne (Marilyn) : Pour
notre part, on réfère aux avocats qui font de la représentation. Nos
intervenantes servent un accompagnement sociojudiciaire, mais ne se substituent
pas, hein, aux actes réservés par les avocats, et ce qu'on observe,
actuellement, c'est que l'accès à la justice des femmes est gravement atteint,
notamment en raison, là, des montants accordés pour des mandats d'aide
juridique privés, donc des mandats d'aide juridique qui sont pris par des
avocats de la pratique privée, et non les avocats des bureaux d'aide juridique.
Donc nous, on voyait d'un bon oeil, en fait, que la deuxième phase de Rebâtir
soit financée, parce qu'il y aurait eu un pont entre les bureaux d'aide
juridique et le projet Rebâtir, puisque c'est un... on peut considérer que
c'est un grand bureau et que ce sont des collègues, et, donc, que les femmes
victimes de violence allaient d'abord être représentées par l'aide juridique,
ce qui était, pour nous, une avancée majeure.
Donc non, malheureusement, nous n'avons
pas les ressources, les effectifs pour pouvoir faire les... les demandes
introductives d'instance, les requêtes ou remplir les formulaires, là, pour les
femmes, ce sont des avocats qui devraient faire ça.
M. Morin : Oui, c'est ça, et
puis là, bien, M. le ministre vient de revenir, là. Je comprends que la phase 2
de Rebâtir, où il y avait des avocats ou des avocates pour représenter les
femmes à la cour, ne sera pas financée. Donc, ça pose un enjeu de taille quant
à l'application, puis on peut penser que ça pourrait avoir un enjeu sur
l'utilité de l'article 6 du projet de loi. Est-ce que c'est pire en
région?
Mme Coupienne (Marilyn) : En
région, oui, c'est... c'est particulièrement... Nous, on a, à Montréal, dans la
grande région de Montréal, il y a Juripop, on a le palier juridique. Par
contre, en région, le Saguenay se retourne parfois vers Québec, vers Montréal,
c'est excessivement difficile. Un des outils de contrôle des conjoints
violents, c'est, en fait, d'aller voir plusieurs avocats afin de créer un
conflit d'intérêts, là, pour la femme, qui ne peut pas, ensuite, aller voir cet
avocat-là, ce qui fait qu'elle se ramasse devant rien.
Alors, en créant, en fait, ce pont, ce
lien directement entre les bureaux d'aide juridique et les femmes victimes de
violence par l'entremise du... du projet Rebâtir, de l'aide juridique, nous, on
voit vraiment une solution pour l'accès à la justice des femmes et une
représentation adéquate, ce qui est un droit, par ailleurs.
M. Morin : Vous avez... vous
avez tout à fait raison.
Mme Monastesse (Manon) : D'autant
plus que nous avons formé, également, les avocates de Rebâtir et nous avons
déjà des ponts, des processus de concertation avec les avocates. Donc, il y a
tout un processus de soutien qui est déjà en place. Alors, pour nous, c'est
extrêmement... Et ce sont des avocates qui sont maintenant ferrées, qui sont
spécialisées. Alors, c'est vraiment, pour nous, une importance majeure de
maintenir la phase deux.
M. Morin : Alors, espérons
que M. le ministre, qui est avec nous, vous entend et qu'il va rétablir le
financement rapidement.
Ceci étant, j'attire votre attention à
l'article 12, parce que vous représentez la Fédération des maisons
d'hébergement pour femmes. Le projet de loi prévoit la résiliation d'un bail de
logement, ce qui, en soi, est une bonne chose dans des cas, évidemment, de
violence. Mais quel va être l'impact, chez vous? Parce que j'imagine que si une
femme subit une situation de violence et que son bail est résilié, il va
falloir, quand même, qu'elle aille vivre en quelque part, là. Est-ce que vous
croyez qu'il pourrait y avoir une augmentation de cas qui pourraient faire
appel à vos services?
• (16 h 20) •
Mme Monastesse (Manon) : Mais
cet article est déjà en vigueur depuis plusieurs années, et... Mais, écoutez,
c'est... c'est souvent... c'est absolument nécessaire, là, en ce qui concerne
la sécurité et c'est ce qui ... Bien sûr, c'est... avec la pénurie de
logements, c'est... ça peut devenir problématique. Mais souvent, les femmes,
aussi, vont être hébergées dans nos services avec la <capacité...
Mme Monastesse (Manon)T :
...ça
peut devenir problématique. Mais souvent, les femmes, aussi, vont être
hébergées dans nos services avec la >capacité qu'on a. Mais ce qu'on
voit poindre à l'horizon, c'est, justement, la question de se reloger, qui peut
mettre en péril l'application de cet... de cet article.
M. Morin : Parce qu'en fait,
là...
Mme Coupienne (Marilyn) : Si
vous me...
M. Morin : Oui, oui, allez-y,
je vous en prie.
Mme Coupienne (Marilyn) : Si
vous me permettez, M. le député...
M. Morin : Oui.
Mme Coupienne (Marilyn) : ...c'est
que, oui, l'article est présent depuis plusieurs années. Il y a des enjeux de
ressources, ça, c'est sûr. Mais l'enjeu, en fait, qu'on voit en maison d'hébergement,
c'est que c'est limité à violence familiale, conjugale et... violence
conjugale, sexuelle et à l'égard d'un enfant, ce qui ne couvre pas l'ensemble
des violences faites aux femmes, des violences sexospécifiques, et certaines
maisons viennent nous voir en disant : On ne sait pas si la femme qu'on
accueille, par exemple, qui est victime de violence de la part de son
colocataire ou de la part de son propriétaire, ne peut pas demander la
résiliation de bail en vertu de 1974.1. Donc, oui, il y a un enjeu de
ressources qui est clair, mais il y a aussi un enjeu au niveau du libellé de ce
que... de toutes les formes de violences, en fait, sexospécifiques qui
devraient, selon nous, être ajoutées. Et dans le projet de loi n° 73,
on ajoute les termes «intimidation» et «harcèlement» aux violences familiales,
conjugales et sexuelles, et nous croyons vraiment, là, qu'on devrait avoir ce
même libellé pour l'article 1974.1.
M. Morin : D'accord. Et c'est
la raison pour laquelle, à la page 8 de votre mémoire, vous suggérez d'élargir
la définition de la violence. C'est exact?
Mme Coupienne (Marilyn) : Exactement.
Une voix : Exactement, oui.
M. Morin : Parfait. Tout à
fait. Maintenant, dans l'amendement qui va être proposé, ça dit, entre autres,
pour la résiliation d'un bail, que ça va être fait sur le vu d'un jugement
constatant une situation de violence. Alors, donc, ça risque d'être plus
facile, justement, de résilier un bail. Vous risquez d'avoir plus de demandes.
Mme Coupienne (Marilyn) : Oui
et non. Je dirais oui, on risque d'avoir plus de demandes. Par contre, il ne
faut pas oublier comment ça se passe actuellement à la régie... au Tribunal
administratif du logement, et que d'obtenir un jugement est assez laborieux, en
fait, ces temps-ci. Donc, il y a des... il y a des problèmes d'accès et de
délais au niveau du système judiciaire, mais je vous dirais que oui, ça va
augmenter, en effet, la demande et, donc, les ressources financières devraient
suivre.
M. Morin : Dernière question,
le temps file. Vous... à la page 9, vous parlez d'un défi pour les accès à
des services de traduction. Est-ce que vous pouvez me donner des cas ou
partager des cas précis?
Le Président (M.
Bachand) :Rapidement, s'il vous plaît.
Mme Monastesse (Manon) : Bien,
écoutez, c'est un enjeu qu'on est en train de négocier encore avec le... entre
autres, avec le MIFI. On faisait partie d'un projet qui s'appelait SIFI, où
est-ce que les... les coûts monétaires pour les services d'interprétariat
étaient payés par le gouvernement. Mais, malheureusement, on veut mettre fin à
ce... à ce service, et pour nous, c'est fondamental au niveau de l'accès à la
justice pour les femmes qui sont allophones ou qui connaissent très peu le
français ou l'anglais, vous comprendrez, et ça représente des enjeux monétaires
importants, là. Pour des maisons d'hébergement, ça peut représenter autour de
20 000 $ par année pour des services d'interprétariat.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci beaucoup. Le temps
file rapidement. Merci beaucoup d'avoir été avec nous cet après-midi. Ça a été
très, très apprécié, puis on se dit, bien, à bientôt. Merci beaucoup. Alors je
suspends les travaux quelques instants pour accueillir notre prochain invité.
Merci.
Des voix : Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 24
)
(Reprise à 16 h 25
)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Alors, il me fait plaisir d'accueillir M.
Pierre Trudel, professeur émérite du Centre de recherche en droit public de l'Université
de Montréal. Merci beaucoup d'être avec nous cet après-midi. Alors, d'emblée,
je vous laisse la parole pour 10 minutes. Après ça, on aura une période
d'échange avec les <membres...
Le Président (M.
Bachand) :
...je vous laisse la
parole pour 10 minutes. Après ça, on aura une période d'échange avec les >membres.
Merci.
M. Trudel (Pierre) : Merci,
M. le Président. Mesdames, messieurs les membres de la commission, je suis...
c'est à titre de professeur de droit qui suit le développement des cadres
juridiques d'Internet depuis maintenant plusieurs années, que je me... que je
me présente à vous et je vous remercie, évidemment, de l'invitation que vous
m'avez transmise. J'interviens strictement à titre de professeur de droit intéressé
par la mise en place de moyens efficaces pour assurer le respect des droits et
des libertés de toutes et de tous et chacun, sur Internet. Et, donc, c'est
uniquement dans cet angle-là que je souhaite vous partager un certain nombre de
remarques.
Nous vivons dans un environnement
technologique où il est très facile d'abuser de la puissance des outils
connectés. Chacun a désormais sur soi, grâce aux téléphones portables et à la
magie de la technologie, la capacité de capter et de diffuser même les
informations les plus intimes sur autrui. Les technologies de captation
d'images, l'intelligence artificielle et, surtout, les capacités très
considérables de répandre, de façon virale, des images, y compris des images
intimes, posent de redoutables défis pour ceux qui ont à cœur de protéger la
dignité et l'intimité des personnes.
Le partage non consensuel d'une image
intime, c'est-à-dire le fait de publier, diffuser, distribuer, transmettre,
vendre, communiquer, rendre accessible ou publiciser une image, est une forme
particulièrement grave de violence technologique. La puissance que confère la
technologie à ceux qui décident de se venger ou d'exercer un contrôle sur une
autre personne nécessite des réponses musclées du législateur. Face à la vitesse
et à l'ubiquité d'Internet, les lois doivent être calibrées de manière à
répondre, ou à pouvoir répondre, avec rapidité et fermeté aux actions
malveillantes émanant de ceux qui font un usage du réseau pour nuire ou pour
harceler.
À cet égard, le projet de loi n° 73
est bienvenu, car il vient renforcer la protection contre la dissémination non
consensuelle d'images intimes, qui existe déjà dans le droit du Québec.
Surtout, il met en place des mécanismes afin d'accélérer les processus afin
d'obliger les individus et les entreprises, en mesure d'agir, de le faire avec
célérité. Il existe déjà, au Canada, des lois dans les provinces comme
Terre-Neuve, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Colombie-Britannique. Il y a
des lois qui, dans la même veine que le projet de loi n° 73, procurent...
visent à procurer des recours aux victimes de publications non consensuelles
d'images intimes. Ajoutons à ça l'article 162.1 du Code criminel, qui
criminalise aussi le fait de diffuser ce type d'images. Au Québec, l'article 28.1
de la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé
prévoit, depuis déjà quelques mois, quelques... deux... deux ans, maintenant,
un droit d'exiger la cessation de diffuser... de diffusion de renseignements
personnels lorsqu'il est démontré que la diffusion de ce renseignement
contrevient à la loi ou à une ordonnance judiciaire. Cette disposition vise
notamment le partage ou les situations de partage non consensuel d'images
intimes, mais, également, toutes sortes d'autres informations, toutes sortes
d'autres diffusions illégales de textes ou d'images.
• (16 h 30) •
Le projet de loi n° 73 vient ajouter
des moyens au bénéfice des personnes qui ont à se débattre avec les violences
que constitue la diffusion d'images de leur intimité. C'est un projet qui est,
justement, le type de législation qu'il faut mettre en place le plus vite
possible afin de répondre à ces violences technologiques qui engendrent tant de
détresse. Il ne suffit pas de déployer... ou de déplorer et de se plaindre des
violences technologiques en s'imaginant naïvement que l'éducation des gens va,
à elle seule, faire disparaître les usages abusifs de ces puissants outils que
sont désormais les réseaux sociaux et les autres environnements connectés. Il
faut imposer de véritables obligations aux plateformes et aux autres
entreprises qui, directement ou indirectement, profitent des pratiques abusives
qui sévissent dans les réseaux. Et il faut déployer les moyens qui fonctionnent
à la vitesse qui caractérise la diffusion en mode viral, qui est
caractéristique d'Internet. Autrement dit, il faut que le droit s'ajuste et
aille aussi vite, si possible, que la vitesse désormais permise grâce aux
technologies d'information, notamment d'Internet. À cet égard, il convient, il
me semble...
16 h 30 (version révisée)
M. Trudel (Pierre) : ...autrement
dit, il faut que le droit s'ajuste et aille aussi vite, si possible, que la
vitesse désormais permise grâce aux technologies d'information, notamment d'Internet.
À cet égard, il convient, il me semble, de saluer le projet de loi n° 73, qui est assurément un pas dans la bonne direction.
Et je souhaite que l'Assemblée nationale décide de l'adopter pour en faire une
loi qui viendrait s'ajouter aux moyens disponibles pour réduire les souffrances
qui sont associées aux violences technologiques. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci infiniment. Donc, période
d'échange. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bonjour, Pr Trudel. Merci de participer aux travaux de la commission
parlementaire sur le projet de loi n° 73. Donc, je
note votre enthousiasme, votre intérêt à ce que le projet de loi soit... soit
adopté. Puis vous avez parlé, tout à l'heure, là, de violence technologique,
parce que c'est ce que c'est, dans le fond, le fait de diffuser l'image intime
d'une personne qui n'y a pas consenti. Et vous dites dans votre lettre ouverte,
dans Le Devoir, de la semaine dernière ou il y a deux semaines :
«Le projet de loi n° 73 est le type de mesure
législative qu'il faut mettre en place le plus vite possible afin de répondre
aux violences technologiques qui engendrent tant de détresse. Il ne suffit pas
de déplorer les violences technologiques en s'imaginant naïvement que l'éducation
des gens fera à elle seule disparaître les usages abusifs des réseaux sociaux,
il faut imposer de vraies obligations à ceux qui profitent des pratiques
abusives dans les réseaux et déployer des moyens fonctionnant à la vitesse qui
caractérise la viralité de la diffusion sur Internet.» Pensez-vous que l'ordonnance
qu'on a mise en place, avec le fait qu'un juge doit l'entendre extrêmement
rapidement, répond à ce besoin-là?
M. Trudel (Pierre) : Il me
semble que c'est un excellent pas dans la bonne direction. Sans doute, il
faudra envisager que ça se fasse en ligne. En fait, au Québec, on a... à l'Université
de Montréal, on a un laboratoire de cyberjustice qui développe toutes sortes de
moyens pour permettre aux tribunaux d'agir en ligne, surtout à l'égard de
situations qui se déroulent en ligne. Alors donc, il me semble que ce que
propose le projet de loi n° 73, combiné avec un
recours approprié aux technologies en ligne, ça permettrait, justement, d'accélérer
le processus judiciaire, la mise en place d'ordonnances judiciaires pour
intervenir de façon conséquente, là, dans des délais qui tiennent compte de la
réalité d'Internet, qui est une réalité de vitesse, hein, il faut aller très
vite. Et ce qui souvent est un grand handicap, c'est la lenteur des processus
judiciaires. Et, dans ce domaine-là, surtout quand il est question de droits
fondamentaux qui sont violés ou de personnes qui subissent de telles violences
technologiques, la capacité, pour le système de justice, d'agir vite devient un
impératif incontournable. Et donc il me semble que le projet de loi va dans
cette direction.
Il me... Il me paraît qu'il serait sans
doute intéressant, en même temps, de s'assurer que les juges ont la possibilité
d'utiliser tous les outils que la technologie peut mettre à leur disposition
afin, justement, d'être beaucoup plus efficaces, afin qu'on puisse les
rejoindre, saisir le tribunal de façon efficace, et préférablement en ligne,
et, éventuellement, permettre aux juges d'agir en ligne s'ils estiment que c'est
approprié compte tenu de l'urgence et de... et de la gravité des situations.
M. Jolin-Barrette : Peut-être
une question sur les conséquences de la violence technologique. Vous savez,
lorsqu'on est derrière notre ordinateur, on a peut-être l'impression que, bon,
ce n'est pas grave, les commentaires qu'on fait ou les images qu'on envoie,
tout ça. Par rapport au monde physique, je vous dirais... le monde numérique,
le monde physique, comment vous qualifiez les conséquences de cette violence
technologique là comparativement aux violences physiques, en personne, là?
Est-ce qu'il y a une distinction ou, pour la personne qui les subit, ce sont
les mêmes conséquences?
M. Trudel (Pierre) : Bon, évidemment,
je dois dire à la commission que je ne suis pas un spécialiste, là, je n'ai pas
étudié les conséquences ou je n'ai pas fait d'étude particulière spécifique
là-dessus. Moi, je suis un juriste. Cependant, ce qui semble assez évident, si
on regarde la littérature sur ces sujets, c'est que ça va très vite, sur
Internet, et la viralité de... la capacité de répandre
de façon virale des informations fait en sorte que ça <décuple...
M. Trudel (Pierre) :
...la
capacité de répandre de façon virale des informations fait en sorte que ça >décuple
la gravité, jusqu'à un certain point. Hein, on était habitués aux mémérages de
cour d'école ou aux mémérages de perron d'église, si on veut, dans... dans d'autres
époques. Aujourd'hui, la capacité de répandre des informations, elle est d'abord...
tu sais, on parle de répandre de l'information au niveau planétaire,
littéralement, et ça veut... ça peut aller très, très, très vite. Et, dans ce
sens-là, il me semble que c'est plus grave que dans le monde réel. Ça ne veut
pas... Loin de moi l'idée de penser que, dans le monde réel, ce n'est pas grave
de diffuser des informations intimes, mais, dans le monde virtuel, ça peut être
diffusé avec des conséquences qui peuvent se révéler beaucoup plus difficiles à
réparer que dans le monde non virtuel.
M. Jolin-Barrette : Vous avez
indiqué, dans... dans votre lettre ouverte, là, que la liberté d'expression n'est
pas et n'a jamais été absolue et qu'elle est évidemment limitée par les droits
des autres, notamment le droit à la dignité, à la vie privée. J'aimerais ça
vous entendre sur ce point-là en lien avec le partage des images intimes.
M. Trudel (Pierre) : En fait,
il me semble que, s'agissant du partage d'images intimes, on est vraiment dans
un univers ou dans une question où il paraît totalement inapproprié d'invoquer
la liberté d'expression. Je sais que, dans certains milieux, à chaque fois que
l'État cherche à intervenir, on crie à la soi-disant violation de la liberté d'expression.
Or, ici, ce dont il est question, ce sont des informations qui n'ont jamais...
qu'on n'a jamais eu la liberté de diffuser au nom de la liberté d'expression.
On parle d'informations comme des images intimes, hein, des images de parties
intimes du corps humain. Donc, on est loin, là, d'une... d'un type de propos ou
d'un type d'image ou de discours qui pourrait être considéré comme protégé par
la liberté d'expression. Dans ce sens-là, il me paraît totalement inapproprié
de prétendre, là, qu'il y a un enjeu de liberté d'expression.
Cela dit, le projet de loi lui-même et les
lois qui le complètent, comme l'article 28.1 de la loi québécoise sur la
protection des renseignements personnels dans le secteur privé, ont prévu,
justement, des ajustements ou, en fait, des limitations qui nous protègent
contre la tentation que pourraient avoir certaines personnes d'abuser des
mécanismes proposés dans le projet de loi n° 73 ou
dans d'autres mécanismes pour supprimer du discours légitime ou supprimer la
diffusion légitime d'informations ou de... et même d'images. Alors, ces
précautions-là sont déjà dans le projet de loi tel qu'il est proposé et dans le
droit existant, et même dans le droit criminel canadien, qui prévoit également
le même genre de balises.
Autrement dit, il me paraît... on ne peut
pas vraiment invoquer, à l'égard de ce projet de loi là, qu'on est en présence
ou qu'on serait en présence d'une violation de la liberté d'expression qui ne
serait pas justifiée dans une société libre et démocratique, et, dans... et c'est
pour ça qu'il me semblait important de le mentionner parce que, dans certains
milieux, la liberté d'expression est invoquée souvent de manière complètement
abusive pour parfois tenter de justifier ce qui constitue essentiellement de l'agression
virtuelle. Hein, on s'entend, c'est... c'est une façon d'agresser des gens que
de diffuser contre leur gré des images intimes.
M. Jolin-Barrette : Selon
certaines études, il y a environ un jeune sur cinq qui reçoit une image intime
d'une personne qui n'y a pas consenti. Il y a environ une centaine de dossiers
par année en matière criminelle qui sont ouverts en... qui procèdent en matière
de partage d'images intimes. Qu'est-ce qui explique ce phénomène-là, selon
vous? Est-ce que c'est en raison de la lourdeur de la procédure en matière
criminelle? Parce que nous, on a développé le recours civil d'une façon très
simple, là, ce qu'on fait dans le cadre du projet de loi, pour faire en sorte
que le formulaire va être disponible en ligne, va pouvoir être envoyé en ligne
ou au greffe, en personne, du palais de justice, ça va être entendu rapidement
par le juge. Mais qu'est-ce qui explique, selon vous, si le phénomène est en
expansion, pourquoi il y a si peu de dossiers en matière criminelle qui sont
ouverts par année sur ce sujet-là, considérant qu'il y a... il semble y avoir
une explosion du nombre de cas?
• (16 h 40) •
M. Trudel (Pierre) : Bien, je
pense que c'est... je crois que c'est la lourdeur du
processus. D'abord, on a affaire à des personnes <victimes...
M. Trudel (Pierre) :
...je
crois que c'est la lourdeur du processus. D'abord, on a affaire à des personnes
>victimes qui peuvent estimer que c'est difficile de dénoncer ce type de
situation. Ils peuvent avoir l'impression qu'en dénonçant ou... ça va les
amener à répandre encore plus des informations ou des images qu'elles ne
souhaitent pas partager. Donc, il y a certainement cet aspect de... cette
dimension de lourdeur du processus, le temps que ça prend aussi pour... Parce
que, la plupart du temps, d'après ce que j'en... j'en sais... et là c'est une
connaissance, là, qui n'est pas une connaissance scientifique, c'est plus
l'expérience, le fait d'avoir fréquenté puis d'avoir des anciens étudiants qui
ont eu à travailler sur ces questions-là, ce que... ce que j'en sais, c'est que
les personnes qui sont victimes de ce genre de choses là veulent que ça finisse
le plus vite possible. Ce n'est pas tellement d'obtenir la condamnation de la
personne qui aurait... qui serait... se rendrait coupable de ce genre de
pratique, c'est plutôt de faire en sorte que ça arrête le plus vite possible,
qu'on fasse tout ce qu'il faut pour supprimer, là, les images qui ont été
partagées de façon illicite.
Et, dans ce sens-là, je dirais que ce
n'est pas surprenant que, dans l'état actuel des choses, il y ait peu de gens
qui se plaignent, dans la mesure où l'état actuel du droit ne leur garantit pas
qu'ils vont pouvoir obtenir qu'en effet les images qui leur font préjudice vont
effectivement être supprimées d'Internet. Or, le projet de loi n° 73
vient prévoir des mécanismes pour que le tribunal puisse forcer les
entreprises, puisse ordonner aux entreprises qui ont la capacité de le faire de
faire tout ce qu'elles peuvent pour supprimer ces images. Et, dans ce sens-là,
ça peut être beaucoup plus intéressant pour les victimes de faire valoir leurs
droits, parce que, là, au moins, ils vont avoir un résultat tangible,
c'est-à-dire faire stopper ces... cette circulation d'images qui leur fait tant
mal.
M. Jolin-Barrette : Merci
beaucoup, Pr Trudel, pour votre présence en commission parlementaire. Je vais
céder la parole à mes collègues, mais un grand merci pour vos commentaires puis
votre contribution aux travaux de la commission.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Donc, je me tourne vers
la partie gouvernementale. M. le député de Vanier... j'oublie ton... Vanier-Les Rivières.
Excuse-moi, Mario... M. le député.
M. Asselin : Je n'interviens
pas souvent, d'où le fait que je vous excuse. Pr Trudel, c'est un grand honneur
de pouvoir vous interroger. Vous êtes un des premiers qui s'est intéressé au
droit des médias, électroniques en particulier. Je me demandais, compte tenu
que le projet de loi... Évidemment, dans Le Devoir, vous avez...
vous êtes intervenu, puis j'invite les gens à vous lire, vous avez parlé de
vraies obligations, entre autres, dans votre texte, mais, pour les jeunes,
est-ce que vous voyez d'un bon œil qu'on prévoie dans le projet de loi qu'une
personne mineure de 14 ans ou plus, disons, puisse demander seule de faire
retirer une image intime partagée sans son consentement?
M. Trudel (Pierre) : Tout à
fait. Il me semble que c'est... c'est sûrement une excellente... une excellente
idée de permettre à une personne mineure de plus de 14 ans d'agir seule à cet
égard-là. Il serait, il me semble, contre-indiqué, là, d'attendre que les
parents s'en mêlent. Souvent, ça se fait dans un contexte où les jeunes sont
suffisamment en détresse pour qu'on ne leur fasse pas en plus endurer la
difficulté d'interagir, là, avec les titulaires de l'autorité parentale, qui, à
mon sens, ne... peuvent certainement, légitimement, intervenir et aider, mais,
au premier chef, c'est la personne victime qui doit être au centre de la
démarche. Et, dans ce sens-là, je crois que c'est une bonne idée pour... que le
projet de loi leur donne ce droit, là, de demander seuls le déclenchement des
procédures, là, pour... pour mettre fin ou pour interdire de répandre cette
image-là... ces images.
M. Asselin : Excellent. Si je
peux me permettre une dernière question, M. le Président, j'aimerais que vous
me parliez un peu d'hypertrucage, le «deepfake». Est-ce que c'est important de
viser, par le projet de loi, ce domaine-là, qui est développé par
l'intelligence artificielle en particulier?
Le Président (M.
Bachand) :...
M. Trudel (Pierre) : Oui, je
crois que vous avez tout à fait raison, c'est essentiel. Je relève que
l'article 2 du projet de loi prévoit... définit une image intime comme
étant toute image, <modifiée...
M. Trudel (Pierre) :
...Je
relève que l'article 2 du projet de loi prévoit... définit une image
intime comme étant toute image, >modifiée ou non. Alors, il me semble
que ça inclut une image qui pourrait avoir été modifiée soit par intelligence
artificielle ou par d'autres procédés techniques. Il me semble également que ça
englobe le procédé par lequel on utilise le visage d'une personne pour
l'intégrer dans un... une image qui n'a rien à voir avec la vraie personne mais
qui fait... en fait, fait comme si cette personne-là était engagée dans une
activité à caractère sexuel ou pornographique. Alors, il me semble que
l'article 2 vise ces situations, qui risquent malheureusement de se
répandre avec la disponibilité d'outils d'intelligence artificielle. Ce n'est
pas... Autrement dit, ce n'est pas uniquement le scénario de la photo prise
innocemment lors d'un moment d'intimité que l'on décide... que quelqu'un décide
de partager pour se venger ou pour... pour faire du mal à une autre personne,
mais ça peut être également une image forgée.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Alors, M. le
député de Vanier-Les Rivières, merci beaucoup. M. le député de l'Acadie,
la parole est à vous pour 11 minutes.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, bonjour, Pr Trudel. Merci. Merci d'être avec nous cet
après-midi. J'ai lu avec beaucoup d'intérêt la lettre, d'ailleurs M. le
ministre y faisait référence, que vous avez publiée dans les journaux peu de
temps après le dépôt du projet de loi. Et évidemment votre expertise dans le
domaine des médias sociaux est reconnue, au Québec et ailleurs.
J'ai... J'ai une question pour vous, parce
que vous êtes un spécialiste sur ce... dans ce domaine-là. Le projet de loi
vise à obtenir une ordonnance qui va demander à quelqu'un d'enlever une image
ou d'arrêter de la diffuser, mais, vous y avez fait référence tout à l'heure,
on vit dans une époque où la diffusion d'une image sur les réseaux sociaux ou
sur le web se passe souvent à des vitesses que je qualifierais d'astronomiques.
Alors, je comprends l'intention du législateur, elle est bonne, je la salue,
mais, dans les faits, une fois que quelqu'un met, sans le consentement d'une
personne, une image avec des parties intimes, et qu'il envoie ça dans l'univers,
et que l'image se propage... on va lui envoyer une ordonnance, éventuellement,
pour la retirer, mais lui, il peut peut-être la retirer sur son ordinateur,
mais l'image va se promener quand même.
Ça fait que comment... quels seraient les
meilleurs mécanismes à mettre en place? Parce que... Pour empêcher ou pour que
ça cesse. Parce qu'évidemment la victime, elle, c'est sûr qu'elle ne veut pas
que l'auteur, au premier plan, fasse ça, mais, si c'est répété après, elle, son
image va se ramasser pareil dans le cyberespace. Donc, avez-vous... avez-vous
des suggestions pour nous, pour le législateur, pour essayer de... évidemment,
de colmater tous ces éléments-là?
M. Trudel (Pierre) : Bien, je
crois qu'une première mesure qui devrait être envisagée... Parce que vous avez
tout à fait raison, on est dans un univers où ça se propage à la manière d'un
virus. Donc, on ne peut pas simplement envoyer une ordonnance à une personne
parce qu'il se peut que la personne ait partagé déjà ou que d'autres aient
partagé la même image. Alors, il faut que l'ordonnance soit dirigée vers les
entreprises qui ont la maîtrise de l'environnement, par exemple un réseau
social. Il faut probablement aussi que l'ordonnance impose à l'entreprise
d'utiliser les moyens techniques afin d'identifier l'image ou d'identifier les
possibles variations de cette image pour aller la retracer.
• (16 h 50) •
Autrement dit, il faut avoir des
ordonnances qui sont conséquentes avec le caractère viral de l'Internet,
c'est-à-dire le fait que l'information circule, se reproduit très, très vite.
Et donc il faut ordonner à ces entreprises, qui, en général, sont bien capables
de disposer de ces outils-là lorsqu'il est question de cibler de la publicité ou
de... ou de tracer les internautes. Donc, lorsqu'il est question de générer de
la valeur et des profits, ces entreprises-là ont des capacités technologiques
considérables. Bien, il faut être capable de leur ordonner d'utiliser de telles
capacités technologiques pour, par exemple, retracer une image et exiger
qu'elle soit non seulement retracée, mais supprimée dans toutes ses <versions...
M. Trudel (Pierre) :
...et
exiger qu'elle soit non seulement retracée, mais supprimée dans toutes ses >versions
ou dans toutes ses... dans toutes ses présentations.
Et donc, autrement dit, ce n'est pas tout
de dire : Arrêtez de partager l'image, c'est le début, mais il faut aller
beaucoup plus loin, et c'est... Moi, c'est comme ça que je lis le projet de loi,
c'est-à-dire qu'il faut vraiment que... Par exemple, à l'article 6, on dit :
Le juge peut ordonner à toute personne de désindexer tout hyperlien permettant
d'accéder à cette image ou ordonner à toute personne de lui fournir de
l'information utile. Si j'avais une suggestion pour améliorer le projet de loi,
j'irais beaucoup plus loin et je dirais : Bien, on peut... le juge peut
ordonner à une entreprise de prendre les moyens techniques pour retracer
l'image et éventuellement obtenir que cette image soit supprimée. Donc,
peut-être qu'il faudrait être beaucoup plus précis puisque, comme c'est là, on
a... Je pense, c'est... c'est peut-être une des améliorations qui peut être
envisagée pour le projet de loi. Ça... On semble... On a l'impression que
l'image est diffusée une fois, puis ça s'arrête là. Alors, il faut que le... il
faudrait, je pense, que le projet de loi reflète le caractère viral de
l'Internet. Et, si j'avais une suggestion à faire, ce serait celle-là,
c'est-à-dire d'habiliter le juge à ordonner le déploiement des outils
techniques nécessaires pour retracer l'image et éventuellement la supprimer.
M. Morin : ...en fait... et
j'en... et j'en ai pris bonne note, parce qu'à la... à la lecture du projet de
loi la première impression que j'ai eue, c'est celle que vous venez de décrire,
c'est-à-dire qu'on va cibler la personne qui l'a mise en ligne et probablement
que cette personne-là, si elle l'a dans son ordinateur quelque part, va être
capable de l'enlever, mais, pour la victime, ce n'est pas tout, si l'image
continue à se... à se propager et à voyager dans... dans le web ou dans le
cyberespace.
Quand on parle de moyens techniques ou de
compagnies, bien, vous le savez mieux que moi, il y a plusieurs entreprises qui
n'auront pas, par exemple, de serveur ou d'établissement au Québec. Donc, il
faudrait aussi trouver un moyen de rattachement pour être capables de les
forcer à agir et ne pas se faire répondre : Oui, bien, moi, la loi ne s'applique
pas à moi parce que moi, je ne suis pas ici, je ne sais pas, moi, je suis en
Arizona, je suis au Sri Lanka, peu importe.
Est-ce que vous voyez une formulation qui
pourrait être utilisée pour nous aider à bien cerner et éviter, justement, que
des entreprises se cachent derrière le fait qu'ils ne sont pas sur le
territoire québécois pour éviter, finalement, la loi?
M. Trudel (Pierre) : Oui. Je
pense que la loi pourrait... pourrait, par exemple, statuer que, dès lors
qu'une entreprise vise des personnes qui sont situées sur le territoire du
Québec ou accepte de l'information ou de... des messages ou des images en
provenance de personnes qui sont sur le territoire du Québec, ou au... ou bien
perçoit des revenus... Parce qu'il faut... il faut être conscient que beaucoup
de ces réseaux sociaux perçoivent des revenus à partir de l'attention des
personnes qui sont présentes au Québec. Hein, les gens qui sont actifs sur
TikTok ou sur d'autres réseaux sociaux, ça génère de l'attention, et c'est
comme ça que ces entreprises-là font des publicités.
Alors, la loi pourrait, en effet, affirmer
que, dès lors que ces entreprises-là tirent des revenus du... du Canada,
finalement, parce que ça pourrait être très bien une entreprise qui a un siège
hors du Québec mais au Canada, et, à ce moment-là, il serait tout à fait dans
l'ordre des choses que ce soit... elle soit soumise aux lois du Québec lorsque
la situation se passe au Québec. Alors donc, la loi pourrait venir préciser
que, dès lors qu'une entreprise a un pareil lien, c'est-à-dire tire des
revenus, vise des personnes au Québec, bien, la loi s'y applique.
D'autres États vont plus loin et
demandent, par exemple, aux entreprises qui ont une activité significative sur
le territoire de s'enregistrer dans la juridiction, dans... au Québec, par
exemple, ce serait ici au... à l'équivalent du registre des entreprises, ça
permettrait d'aller encore plus loin.
Cela dit, il faut aussi convenir que c'est
très difficile de... Il pourrait arriver qu'on utilise un réseau social qui
est... dont les serveurs sont au bout du monde et qui a
très, très peu d'abonnés au <Québec...
M. Trudel (Pierre) :
...dont
les serveurs sont au bout du monde et qui a très, très peu d'abonnés au >Québec.
Là, effectivement, la difficulté serait... demeurerait complète, mais, au
moins, dès lors qu'on est capables de viser les entreprises qui font des
revenus au Québec et qui rejoignent des gens au Québec, il me semble que c'est
déjà un pas important dans la bonne direction.
M. Morin : C'est un pas
important. Alors, merci. J'ai... J'ai une dernière question pour vous, Pr
Trudel. Le projet de loi modifie certaines lois, le Code du travail, la Loi sur
la fonction publique, la Loi sur la justice administrative, et ça fait en sorte
que, lorsque l'affaire comporte des allégations de violence à caractère sexuel
ou de violence conjugale, il y a des éléments qui sont jugés non pertinents
pour les fins de l'application de la loi. Je pense, entre autres, aux
articles 15 et suivants du projet de loi. Sauf que le législateur n'a pas
ajouté ou ne fait pas référence aux lois professionnelles ou au Code des
professions. Et il arrive que, dans le cadre d'un code de déontologie, les
professionnels vont commettre des fautes, qu'il pourrait y avoir, évidemment, un
caractère sexuel ou une violence à caractère sexuel ou conjugal. Est-ce que
vous pensez que c'est quelque chose qui devrait être ajouté?
Le Président (M.
Bachand) :Alors, il reste une petite
minute, M. Trudel.
M. Trudel (Pierre) : Sûrement...
Le Président (M.
Bachand) :Une minute. Allez-y, il reste
une petite minute, oui.
M. Trudel (Pierre) : Oui.
Cela dit, je ne suis pas un expert de ces matières-là. Moi, je suis plus un... dans...
mon domaine, c'est plus le domaine d'Internet et des communications. Mais il me
semble, effectivement, qu'à partir du moment où on pense que ce n'est pas
pertinent de pouvoir poser des questions à une personne victime sur ces aspects-là,
ça devrait aussi s'étendre aux lois professionnelles, il me semble. Mais je le
dis sous toute réserve parce que ce n'est pas vraiment mon domaine d'expertise.
M. Morin : Pr Trudel, un gros
merci. Passez une bonne fin de journée. Au revoir.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Vaudreuil pour quatre minutes, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Merci, M. le
Président. Merci, M. Trudel, d'être parmi nous. J'ai... virtuellement,
évidemment, j'ai pris connaissance aussi, là, de la lettre que vous avez
publiée et j'ai bien entendu vos propos. Vous mentionnez, entre autres, tu
sais, la lenteur des processus... des processus judiciaires, tu sais, que c'est
long. Vous demandez à ce que les juges puissent aussi utiliser toute la
technologie à leur disposition. Quand vous avez dit... Quand vous parlez de
technologie à leur disposition, vous faisiez référence à quoi, entre autres?
Parce que vous êtes juriste aussi, là, puis vous en avez vu, des procès ou des
dossiers qui arrivent devant les juges, puis les juges n'ont pas tant de
technologie que ça à leur disposition, ou, en fait, quand on parle de
technologie, souvent ils mettent ça sous scellé puis ils l'envoient à quelqu'un
d'autre ou... Ça fait que vous faites référence à quoi quand vous... vous dites
que les juges peuvent utiliser toute la technologie à leur disposition?
M. Trudel (Pierre) : Bien, je
faisais surtout référence aux... à ce qu'on appelle les processus de
cyberjustice, c'est-à-dire un juge qui est en ligne peut être saisi en ligne,
un peu comme ça existe déjà pour les conflits en matière de noms de domaine sur
Internet, là, où ça se fait uniquement en ligne. Autrement dit, c'est... il me
semble que c'est ce genre de procédé là qu'il faudrait répandre et
perfectionner pour, justement, aider les... le système de justice à aller plus
vite.
Donc, ce que ça veut dire concrètement,
c'est : une image est signalée, bien, il devrait être possible de saisir
un juge en ligne et lui demander l'ordonnance appropriée, lui transmettre les
informations prévues par la loi, et le juge pourrait instantanément émettre
cette ordonnance. C'est à... C'est à cette vitesse-là qu'il faudrait que les
juges puissent fonctionner. Et, d'après moi, c'est probablement en utilisant
des mécanismes de... qu'on appelle de cyberjustice. Ça se fait déjà, là, par
exemple, il y a des... il y a des tribunaux au Canada qui utilisent déjà ces
procédés-là, mais je pense que c'est une belle... un bel exemple de ce qu'il
faut faire pour, justement, mettre... ajuster la vitesse du système judiciaire
à la vitesse dont on a besoin.
Mme Nichols : D'accord. Je
comprends que vous y faites référence pour l'accès... l'accès aux juges, pas
nécessairement, là, la technologie après pour identifier... pour de
l'identification soit de preuves, ou d'individus, ou de... pas du tout, là,
c'est...
• (17 heures) •
M. Trudel (Pierre) : Bien... Bien,
c'est-à-dire que le juge devrait aussi, à mon avis, à mon sens, avoir...
pouvoir accéder à de l'expertise. C'est comme ça que je comprends certaines
dispositions du projet de loi qui concernent, là, le devoir du ministre
d'outiller les personnes...
17 h (version révisée)
M. Trudel (Pierre) : ...dispositions
du projet de loi, qui concernent, là, le devoir du ministre d'outiller les
personnes. Donc, ça peut vouloir dire, par exemple... peut-être, il faudrait
envisager un service pour, justement, avoir les technologies qui permettent d'identifier
ces images et éventuellement les retracer. À défaut, bien, le juge devrait au
moins avoir le pouvoir d'exiger que les entreprises qui ont ces technologies
les mettent en œuvre pour se conformer aux ordonnances.
Mme Nichols : ...pour en
déterminer la provenance.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, merci. Il vous reste 15 secondes.
Mme Nichols : Bien, en fait,
ma préoccupation, moi, c'est l'application de tout ça, mais là je comprends qu'en
15 secondes ça va être difficile d'aller un peu plus loin, mais merci de
votre présence, M. Trudel.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, Mme la députée de
Vaudreuil. Pr Trudel, merci beaucoup d'avoir été avec nous cet après-midi. C'est
très, très, très apprécié.
Sur ce, je suspends les travaux quelques
instants pour accueillir notre prochain invité. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 01)
(Reprise à 17 h 02)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir les
représentantes de l'Association québécoise Plaidoyer-Victimes avec nous cet
après-midi. Merci beaucoup d'être là. Alors, je vous inviterais d'abord à vous
présenter puis, après ça, à débuter votre présentation, s'il vous plaît. Merci.
Mme Mac Donald (Karine) : Merci.
Donc je suis Karine Mac Donald, criminologue et directrice générale à l'AQPV.
Je suis avec Léa Serier.
Mme Serier (Léa) : Oui, bonjour
à toutes et tous, Léa Serier, responsable des dossiers politiques.
Le Président (M.
Bachand) :Merci.
Mme Mac Donald (Karine) : Donc,
bonjour. L'Association québécoise Plaidoyer-Victimes, qui est l'AQPV, vous
remercie de nous accueillir aujourd'hui. Donc, je suis accompagnée aujourd'hui,
là, de ma collègue qui est responsable aux dossiers politiques.
Depuis 40 ans, l'AQPV défend les
droits et les intérêts collectifs des personnes victimes d'infractions
criminelles et de leurs proches et veille à rendre ces droits accessibles et
effectifs. On offre notamment un programme de formation. On diffuse de l'information.
On organise des activités de mobilisation, de sensibilisation, représentation.
L'AQPV met aussi son expertise à contribution non seulement au Québec, mais au
Canada. On est guidés par des valeurs de solidarité, d'inclusion, d'équité et
de rigueur. L'association compte plus de 200 membres issus de divers
secteurs, tels que la justice, la sécurité publique, les services sociaux, l'éducation,
le milieu universitaire, le milieu communautaire. Donc, on a vraiment une belle
variété, là, de membres.
D'emblée, on souhaite mentionner que l'AQPV
salue le projet de loi n° 73. C'est des avancées significatives qui vont
permettre d'assurer une meilleure accessibilité à la justice et une meilleure
protection des personnes victimes de violence. Aujourd'hui, on tient quand même
à présenter quelques questionnements, commentaires, recommandations en lien
avec trois mesures spécifiques du projet de loi, soit l'ordonnance urgente de
cessation et de prévention du partage sans consentement d'images intimes, l'ordonnance
de protection civile et les nouvelles mesures d'aide au témoignage.
Donc, pour commencer, l'AQPV accueille
favorablement, bien sûr, la nouvelle loi visant à contrer le partage sans
consentement d'images intimes. L'ordonnance de cessation et prévention du
partage d'images intimes, si elle est simple et rapide à obtenir, sera un outil
vraiment pertinent pour faire cesser, bien sûr, rapidement l'infraction, mais surtout
pour limiter les conséquences graves et les impacts sur les personnes victimes.
Par contre, on aimerait ça mettre en
lumière le fait que le partage sans consentement d'images intimes peut être
utilisé comme un moyen de représailles dans certains contextes, par exemple
dans des situations de violence conjugale ou de relation amoureuse chez les
jeunes. Cette ordonnance ne doit donc pas être présentée comme une alternative
aux procédures judiciaires. La personne victime doit être informée des recours existants
pour faire des choix éclairés et assurer sa sécurité.
Il faut comprendre que retirer des photos
intimes, c'est une <chose, mais à être en sécurité, c'en est une autre...
Mme Mac Donald (Karine) :
...comprendre
que retirer des photos intimes, c'est une >chose, mais à être en
sécurité, c'en est une autre. L'AQPV recommande donc de s'assurer d'un
accompagnement psychosocial et juridique des personnes victimes lors de ces
démarches en leur rappelant, notamment, leur droit de bénéficier d'une consultation
juridique gratuite avec le service Rebâtir.
Ensuite, l'AQPV appuie également l'initiative
du gouvernement pour faciliter la demande d'ordonnances civiles de protection.
En effet, on pense qu'en élargissant la portée de cette ordonnance aux personnes
qui sont... qui craignent que leur vie, santé ou sécurité soient menacées et en
allégeant le fardeau de preuve plus de personnes victimes vont se prévaloir de
ce droit.
Encore une fois, on souhaite rappeler qu'il
est important de ne pas présenter cette ordonnance civile comme une alternative
aux démarches criminelles, particulièrement dans des contextes de violence
conjugale, pour éviter un faux sentiment de sécurité. Il arrive qu'on voie des
personnes victimes qui hésitent à porter plainte au criminel contre un
ex-conjoint violent pour éviter un dossier criminel. On croit donc essentiel de
proposer systématiquement à la personne victime un accompagnement psychosocial
afin de faire un choix éclairé, et surtout d'évaluer adéquatement le risque de
dangerosité que peut représenter le conjoint ou l'ex-conjoint violent.
Un autre enjeu qu'on souhaite mettre en
lumière est celui de la possibilité que certaines personnes victimes ne soient
pas représentées par un avocat lors de cette demande d'ordonnance autant pour
le retrait des images intimes que pour la protection. Ça peut être le cas, là,
qu'une personne n'a pas les moyens financiers ou n'est pas admissible à l'aide
juridique. Donc, dans ces situations-là, même avec une procédure simplifiée
pour demander une ordonnance, se représenter seule sans avocat peut être
intimidant, complexe, peut amener du stress supplémentaire, même une
revictimisation, et ça peut être un réel enjeu d'accès à la justice.
Pour assurer l'accès à cette mesure et
assurer l'accès à l'information et à la protection des personnes victimes selon
la charte, l'AQPV recommande de garantir un accompagnement psychosocial et
juridique des personnes victimes notamment en leur proposant systématiquement
la possibilité de rencontrer une personne intervenante et en leur rappelant
leur droit à des consultations juridiques gratuites avec les services Rebâtir.
Je laisse maintenant la parole à ma
collègue Léa.
Mme Serier (Léa) : Merci. Bonjour
à toutes et à tous encore.
L'AQPV tient encore à saluer les nouvelles
mesures d'aide au témoignage visant un meilleur accompagnement des personnes
victimes de violence en matière civile. Nous avons quand même quelques
questionnements à la lecture de l'article 9 du projet de loi n° 73.
Tout d'abord, concernant l'autorisation de
ces mesures d'aide par le tribunal, l'AQPV se demande pourquoi exiger de la
personne victime qu'elle se présente dans un organisme d'aide reconnu pour se
faire délivrer une attestation avant de pouvoir demander des mesures d'aide au témoignage.
On comprend que l'objectif serait de simplifier le fardeau de la personne
victime, mais nous croyons que cela vient alourdir et complexifier sa démarche,
et donc limiter l'accès à ces mesures, particulièrement pour les personnes
victimes vulnérables, marginalisées et à la croisée de plusieurs oppressions,
qui ne souhaiteraient pas ou ne pourraient pas forcément faire appel à ces
organismes. L'AQPV recommande donc de ne pas exiger d'attestation comme
préalable pour obtenir des mesures d'aide et d'accompagnement.
Également, on se questionne sur les
critères. Sur quels critères précisément le tribunal s'appuiera pour autoriser
ou non une demande d'aide et d'accompagnement? Le projet de loi prévoit que le
tribunal pourra refuser seulement s'il estime que cela l'empêchera d'apprécier
la crédibilité de la personne. Est-ce qu'on comprend qu'il s'agira bien de la
seule limite, et comment s'assurer que ce motif ne sera utilisé que de manière
exceptionnelle? À notre sens, il serait donc pertinent de clarifier ces
critères, comme le fait, par exemple le Code criminel, pour assurer l'interprétation
commune de la loi.
Ensuite, concernant les mesures d'aide au
témoignage, l'AQPV propose plusieurs recommandations dans son mémoire pour les
bonifier. Seulement quelques mesures sont spécifiées dans le projet de loi :
le témoignage à distance et l'accompagnement par une personne de confiance ou
un chien de soutien. Est-ce que c'est une liste exhaustive? On propose, sinon,
d'élargir les possibilités d'aide au témoignage en intégrant au projet de loi
toutes les autres mesures qu'on peut retrouver notamment en matière criminelle
et dans le cas des tribunaux spécialisés.
Par exemple, au-delà du témoignage à
distance, d'autres moyens pourraient être prévus tels que le témoignage dans
une salle... télétémoignage dans une salle dédiée et adaptée aux personnes
victimes, le témoignage derrière un paravent ou encore tout autre dispositif
qui permettrait à la personne victime de ne pas voir la partie autrice de
violence lors de son témoignage.
• (17 h 10) •
L'AQPV recommande aussi de s'assurer que
les différentes mesures d'aide et d'accompagnement proposées par ce projet de
loi puissent être combinées, ce qui veut dire qu'il pourrait être permis, par
exemple, de faire un témoignage à distance et d'être accompagné par une
personne de confiance et par un chien de soutien. Chacune de ces mesures ont un
rôle vraiment différent à jouer tout aussi important les uns que les autres.
Enfin, l'AQPV souligne la volonté du
gouvernement d'élargir l'offre de formation sur les réalités de la violence
sexuelle, conjugale et familiale aux acteurs judiciaires, notamment, en autant
que cela soit fait en collaboration avec les organismes et les personnes <expertes
sur ces sujets...
Mme Serier (Léa) :
...en
autant que cela soit fait en collaboration avec les organismes et les personnes
>expertes sur ces sujets et que cette formation inclue les différentes
réalités, en particulier lorsque les personnes victimes vivent au croisement de
plusieurs oppressions.
Aussi, les nouvelles mesures d'aide au
témoignage vont permettre aux personnes victimes d'être accompagnées. Cela
pourra se faire, notamment, par des personnes intervenantes, et nous pensons
donc qu'il est essentiel de mettre en place les ressources nécessaires pour
assurer que ces intervenantes et intervenants soient formés sur les procédures
en matière civile.
Donc, pour conclure, ce projet de loi
participe vraiment à une meilleure... un meilleur accès à la justice civile
pour les personnes victimes de violence, et l'AQPV a proposé des
recommandations dans l'objectif de contribuer à le bonifier et à veiller à son
effectivité. Pour l'association, il est essentiel de renforcer l'accompagnement
psychosocial et juridique des personnes victimes au sein du système de justice
civile, et donc de mettre en place des collaborations entre les différents
acteurs. Il est aussi essentiel d'élargir les mesures d'aide et
d'accompagnement et de prévoir des ressources suffisantes pour que toutes les
personnes victimes bénéficient du soutien nécessaire.
Donc, nous vous remercions pour votre
écoute et nous tenons à ce que vous sachiez que l'AQPV se tient prête à
contribuer activement aux discussions futures sur ces enjeux pour assurer une
meilleure accessibilité à la justice et une meilleure protection pour toutes
les personnes victimes.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Je me tourne
vers le gouvernement pour une période 16 min 10 s. M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui, merci,
M. le Président. Mme Mac Donald, Mme Serier, merci de participer aux travaux de
la commission. C'est un plaisir de vous retrouver ici pour l'Association
québécoise Plaidoyer-Victimes. Donc, merci de votre présence.
Donc, d'entrée de jeu, vous soulignez que
c'est un projet de loi qui est positif, qui va aider les personnes victimes.
J'ai entendu vos commentaires. Notamment, sur la question du témoignage à
distance, ce que l'on souhaite faire, justement, c'est d'incorporer les mesures
qui existent en matière criminelle où on n'a pas de levier au niveau québécois,
donc, à l'Assemblée nationale, en matière criminelle, pour le déroulement.
Ce que l'on fait, par contre, dans le
cadre du tribunal spécialisé, c'est qu'on fournit... Dans le fond, on met en
place dans chacun des palais de justice des salles de télétémoignage qui
pourront être utilisées en matière civile, et, quand je parle de civil,
j'inclus le familial également. On rend disponibles des écrans de protection,
donc, des panneaux, des paravents.
Le chien d'assistance, également, on le
fournit maintenant dans les CAVAC. Donc là, présentement, on en a deux. On en
avait trois. Il y en a un qui a été déclassé, puis là il y a plusieurs CAVAC
qui vont recevoir... Il y a des affichages de postes justement là-dessus. Donc,
on travaille en collaboration avec la Fondation Mira pour fournir des chiens
d'assistance. Donc, ce que l'on fait, c'est qu'on incorpore toutes ces
mesures-là dites administratives, mais qu'en matière civile on vient les
inclure dans le Code de procédure civile, où on peut agir sur la procédure
civile parce que ça, ça relève de l'Assemblée nationale.
Donc, c'est pour ça que, dans le cadre du
projet de loi, on vient prévoir, en termes de procédure, dans le fond, les
articles qui nous permettent... qui nous permettent de faire en sorte de dire
aux juges : Dans le fond, bien, vous devez autoriser le témoignage à
distance — c'est ça, le principe de base — ou dans le
télétémoignage, ou au domicile de l'avocat, ou être dans une autre salle au
palais de justice, parce que ce dont on se rendait compte, c'était le fait que
ça arrivait peu souvent que, lorsqu'il y avait une requête... puis là il
fallait faire la requête par le biais d'un avocat ou une personne qui se
représente seule avec un fardeau financier, pour dire : Bien, pourquoi
est-ce que je veux témoigner à distance?
Donc, on souhaite simplifier ça puis
limiter les coûts pour la personne victime, lorsqu'elle va voir un organisme
qui est accrédité, notamment, supposons, le CAVAC, qui est directement au
palais de justice, qui... lorsque la personne victime va consulter un organisme
d'aide, pour avoir cette attestation-là, pour éviter d'avoir à faire la
démarche devant le tribunal, qui peut être une démarche beaucoup plus ardue et
complexe.
Là, bien entendu, le tribunal, on l'a
prévu à l'alinéa deux, qu'il conserve sa juridiction sur le fait que, pour une
question de crédibilité, il pourrait l'assigner, mais, dans tous les cas, le
tribunal aurait pu le faire parce que c'est inhérent à ses pouvoirs, mais ce
qu'on envoie comme message très clair, c'est de dire : On veut favoriser
le télétémoignage, le témoignage à distance, lorsqu'il y a des circonstances de
violence, si c'est demandé par la personne victime pour éviter justement que la
personne se retrouve dans la même pièce que la personne qui est l'auteur de la
violence.
Ça fait que c'est un peu la démarche dans
laquelle on a construit le projet de loi. C'est sûr que ce n'est pas uniquement
la personne victime qui dit : Bien, moi, je ne veux pas témoigner en salle
de cour, puis c'est accordé. C'est pour ça... C'est un peu le même mécanisme
qu'on a lorsque vient le temps d'annuler un bail de logement pour cause de
violence. Donc, c'est un peu la même <mécanique qu'on a utilisée...
M. Jolin-Barrette :
...bail
de logement pour cause de violence. Donc, c'est un peu la même >mécanique
qu'on a utilisée. Je ne sais pas si ça vous rassure quand je vous dis ça, là.
Mme Mac Donald (Karine) : Oui,
bien, on avait... On se doutait, là, que ça pourrait être calqué sur le
criminel avec les nouvelles mesures, aussi, du tribunal spécialisé. Un des
soucis, là, qu'on nomme, là, dans notre rapport, c'est celui de la... de
pouvoir cumuler les mesures d'aide, parce qu'actuellement au niveau du criminel
une personne victime... L'accompagneur... l'accompagnatrice, disons, du chien
est le maître-chien. Donc, souvent, on refuse qu'il y ait une intervenante ou
une personne de confiance qui accompagne en plus du chien, mais, pour nous, ils
ont vraiment deux rôles différents, le chien et la personne intervenante,
auprès de la personne victime.
M. Jolin-Barrette : Bien, sur
la question du cumul, ils vont pouvoir le faire également, donc, le chien,
l'intervenante aussi, on ne vise pas à limiter ça. Au contraire, ce qu'on
essaie de faire, c'est vraiment que les palais de justice, les salles de cour
soient un espace sécurisant pour les personnes qui viennent livrer leur
témoignage. Donc, ça, je pense que c'est important, puis c'est ce qu'on essaie
de faire en filigrane du projet de loi tout au long.
Comme exemples... peut-être avez-vous des
cas d'exemples, là, sur la question de l'adresse, on a été sensibilisés à ça,
où, parfois, sur certains documents judiciaires, l'adresse d'une personne
victime apparaît en matière civile ou en matière familiale. Et donc on veut
éviter justement qu'elle soit obligée de donner son adresse de domicile pour
des questions de crainte, de s'il y avait des antécédents de harcèlement ou des
situations qui font en sorte qu'il y a un malaise justement parce que
l'ex-conjoint est là. Alors, ça, c'est une mesure qu'on met en place. Elle va
pouvoir élire domicile soit au greffe ou donner l'adresse de son bureau
d'avocats. Ça, vous accueillez ça comment?
Mme Mac Donald (Karine) : Bien,
très positivement, oui. Je l'ai vu dans ma pratique, des personnes qui
refusaient de faire une telle démarche parce que c'était impossible pour elles
de garder anonyme, confidentielle son adresse. Donc, cette nouvelle mesure va
vraiment donner un plus grand accès aux procédures civiles, ça, c'est certain.
M. Jolin-Barrette : OK, mais
ça, c'est intéressant, ce que vous venez de dire, vous dites : Il y a
certaines personnes qui refusaient d'aller devant la cour, de faire valoir
leurs droits, supposons, parce qu'ils auraient dû identifier... bien, en fait,
s'identifier, puis donner leur adresse de domicile, puis ils disaient :
Bien, moi, je préfère ne pas aller à la cour plutôt que de faire ça.
Mme Mac Donald (Karine) : Exactement.
M. Jolin-Barrette : OK, bon,
bien, voyez-vous, on répond à cette problématique-là. C'est notre objectif en
ce sens-là. Sur la question de l'ordonnance civile de protection, là, on vient
diminuer le critère. Donc, pour la démonstration, on vient maintenant cerner
uniquement la crainte. Donc, le fardeau est diminué pour la personne victime.
On le fait ex parte, donc, sans la présence de l'auteur de la violence contre
qui on souhaite... on souhaite prononcer l'ordonnance et on enlève le recours à
l'outrage au tribunal pour que ça puisse être une infraction de nature
criminelle et que ce soient les policiers qui la fassent exécuter. Ça, vous
êtes à l'aise avec ça, le fait qu'on mette... on ne mette plus le fardeau sur
les épaules de la victime, mais que ce soit la police qui s'en occupe?
Mme Serier (Léa) : Oui,
définitivement.
M. Jolin-Barrette : Qu'est-ce
que... Pensez-vous qu'il va y avoir davantage de personnes qui vont utiliser ce
recours-là avec ces nouvelles... avec ces nouvelles règles là?
Mme Serier (Léa) : Bien, oui,
c'est certain qu'alléger le fardeau de la preuve, ça va, en tout cas, permettre
à plus de personnes de se prévaloir de ce droit-là. C'est sûr qu'on le
mentionne aussi dans notre mémoire, mais c'est une avancée quand même
significative parce que c'est des préoccupations qui avaient été mentionnées
dans le passé par plusieurs organismes de défense des droits des personnes
victimes, mais, donc, on est vraiment... On accueille favorablement.
Mme Mac Donald (Karine) : Bien
là...
M. Jolin-Barrette : Bien, allez-y,
allez-y.
Mme Mac Donald (Karine) : Non,
mais j'allais dire que, justement, dans ma pratique, je voyais que c'était un
frein, souvent, pour les personnes victimes, toutes les différentes démarches,
la complexité d'accès, le fait qu'il y avait peu... C'était complexe aussi s'il
y avait un bris de l'ordonnance... à quel point ça pouvait être complexe. Donc,
tout ça vient vraiment simplifier et rendre beaucoup plus accessible, là...
C'est plus tentant pour une personne victime de se prévaloir de ce droit.
• (17 h 20) •
M. Jolin-Barrette : OK.
Peut-être avant de céder la parole à mes collègues, une dernière question sur
la question de la formation. Vous êtes des partenaires, là, au niveau de
l'offre de formation pour le tribunal spécialisé. Quelle est l'importance pour
les différents acteurs du système de justice de la formation? Puis j'inclus,
dans le fond, l'ensemble des acteurs, donc, tout le personnel judiciaire, les
gens qui viennent à la cour, la magistrature, puis expliquez-nous d'où on est
partis, le chemin qu'on est en train de faire, puis où est-ce qu'on devrait <aller
avec la formation...
M. Jolin-Barrette :
...on
est partis, le chemin qu'on est en train de faire, puis où est-ce qu'on devrait
>aller avec la formation.
Mme Mac Donald (Karine) : Je
peux y aller. Tu compléteras, Léa, si tu veux.
En fait, la formation, c'est la base. Dans
le cadre... Tout ce qui touche au tribunal spécialisé, là, vous l'avez nommé,
là, on est... on fait partie des partenaires qui offrons les formations. C'est
la base pour qu'une personne victime puisse avoir une expérience positive dans
le cadre du processus. Donc, ça passe autant par tous les acteurs. On parle du
patrouilleur qui va prendre la plainte, l'enquêteur, l'avocat de la couronne,
de la défense, le juge, toute personne qui pourrait côtoyer cette personne-là.
C'est sûr qu'on parle aussi des intervenants.
Donc, en matière civile, c'est
hyperimportant que toutes les personnes qui pourraient recevoir une personne
dans un contexte, justement, de violence comprennent la dynamique qui peut se
cacher derrière cette demande-là. On ne le dira jamais assez, au niveau de la
sécurité, une personne victime de violence conjugale est souvent la moins bonne
pour évaluer... est souvent biaisée, disons, sur le risque de dangerosité que
le cycle... la personne violente peut représenter pour elle. Donc, c'est pour
ça que c'est important à tous les niveaux.
Au niveau civil, on se questionne :
Qui va pouvoir évaluer ce risque-là? Est-ce que la mesure de... l'ordonnance de
protection est la meilleure solution pour protéger cette personne victime là?
Donc, la formation de tous les acteurs est très importante, mais, vous l'avez
dit, on part... Tu sais, ça fait plus de 20 ans que je pratique dans le milieu,
et on a vraiment beaucoup, beaucoup évolué, depuis les 20 dernières années,
en termes, déjà, de sensibilisation et de formation des différents acteurs.
Je ne sais pas si, Léa, tu voulais ajouter
des choses.
Mme Serier (Léa) : Non, juste
de dire que c'est vraiment le nœud de... le cœur de la solution pour assurer un
changement systémique, parce que c'est vraiment un problème de société, puis il
faut un changement systémique pour assurer la protection des personnes victimes
puis le respect des droits des personnes victimes.
M. Jolin-Barrette : OK. Une
vraie, vraie dernière question puis ensuite je cède la parole.
Dans le projet de loi, là, on a mis une
disposition relativement à la fin de la prescription pour les jugements en
matière civile. Donc, exemple, supposons que vous êtes victime de violence
sexuelle, d'agression sexuelle, vous obtenez une condamnation au criminel, on
fait en sorte que, désormais, le jugement va pouvoir être versé en preuve dans
une instance civile, supposons, en responsabilité civile, puis la victime
n'aura pas à reprouver la faute de l'agression sexuelle. Donc, on vise à
diminuer son fardeau sur elle.
Et, deuxièmement, le jugement n'aura plus
de prescription en ce sens où un jugement est valide pour 10 ans.
Supposons que la personne est condamnée à payer 100 000 $ en
dommages-intérêts, si la personne est insolvable, bien, dans le fond, le
jugement va perdurer dans le temps puis il ne s'éteindra pas au bout de
10 ans, la vie durant, il va valoir... il aura force. Alors, comment vous
voyez ça, le fait qu'on vient simplifier le témoignage en matière civile
là-dessus en n'ayant pas à refaire la preuve puis la fin du jugement? Ça va
être quoi, la conséquence pour les personnes victimes qui entament ce genre de
recours là?
Mme Serier (Léa) : Encore une
fois, c'est une avancée significative, puis on n'a pas assez appuyé sur toutes
les avancées significatives dans le mémoire parce qu'on s'est concentrées sur
trois catégories sur lesquelles on avait des commentaires, mais, oui,
définitivement, c'est une avancée significative pour que toutes les personnes
victimes se prévalent de ce droit-là, mais aussi pour éviter toute forme de
revictimisation puis de retraumatisme, d'aller comme alléger ce fardeau-là puis
d'aller juste déposer ce jugement. Alors, je ne sais pas si, Karine, tu avais
quelque chose de plus à dire, mais...
Mme Mac Donald (Karine) : Non,
je suis tout à fait d'accord, c'est vraiment une avancée significative qu'on
ait... que la personne n'ait pas à repasser dans un deuxième processus complet
pour faire valoir ce droit.
M. Jolin-Barrette : Bien, je
vous remercie pour votre présence en commission parlementaire. C'est grandement
apprécié.
2
Le Président (M.
Bachand) :...du côté du gouvernement, M.
le député de Saint-Jean, pour 3 min 30 s.
M. Lemieux : Merci, M. le
Président. Merci d'être là, mesdames. Je vous ai entendu parler d'éviter un
faux sentiment de sécurité, et c'était autour de la question du criminel versus
civil, expliquez-moi ça.
Mme Mac Donald (Karine) : En
fait, c'est de s'assurer que, quand... Je l'ai nommé un petit peu tout à
l'heure, là, M. Jolin-Barrette, c'est qu'une personne victime va... tout est
dans le contexte de la violence conjugale, va parfois sentir que seulement une
ordonnance de protection pourrait lui assurer une sécurité, sauf qu'elle n'a
pas nécessairement une bonne perception de la dynamique de violence conjugale,
et surtout du risque de dangerosité que peut représenter le conjoint violent.
Donc, quand on parle de faux sentiment de
sécurité, elle se dit : Peut-être, bien, avec une ordonnance comme ça, il
n'aura pas à entrer en communication avec moi, il ne pourra plus le faire et il
pourrait avoir une accusation criminelle s'il ne le fait pas, sauf que ce n'est
peut-être pas suffisant. Dans ce cas-ci, peut-être qu'une accusation criminelle
avec peut-être une détention ou avec des conditions plus strictes serait plus <approprié
dans cette situation-là...
Mme Mac Donald (Karine) :
...détention
ou avec des conditions plus strictes serait plus >approprié dans cette
situation-là. Donc, c'est pour ça qu'on parle vraiment d'une analyse
importante, là, de la situation des personnes victimes de violence conjugale.
M. Lemieux : De là votre
insistance pour dire qu'il ne faut pas abandonner le criminel parce qu'il y a
d'autres options, mais, l'année dernière, et au cours des dernières années, il
y a eu à peine... bien, il y a eu un minimum d'une centaine et un maximum de
175 dossiers d'ouverts. Pourtant, on dit qu'il y a un adolescent sur cinq
qui aurait déjà reçu l'image intime d'une personne qui n'y consentait pas.
Donc, très peu de dossiers criminels. Je comprenais que l'objectif du projet de
loi, c'était de faire plus vite pour avoir un remède au problème et puis, en
même temps, de sécuriser, mais peut-être pas au sens où vous l'entendiez, dans
la... dans la violence conjugale, mais d'être capables de calmer le jeu le plus
rapidement possible et le plus facilement possible, puis ça, ce que j'en
comprends, c'est que c'est le civil qui va faire ça.
Mme Serier (Léa) : Oui, oui,
oui, définitivement. En fait, le point, ce n'est pas de privilégier le
criminel, c'est d'offrir toutes les possibilités à la personne victime. C'est
vraiment une avancée significative de pouvoir faire cesser, dans le cadre de
l'ordonnance de cessation ou de prévention, le partage d'images intimes. C'est
vraiment une avancée significative de pouvoir faire cesser le partage de ces
images, surtout qu'au criminel il n'existe pas de processus actuellement pour
cesser ce partage-là. En fait, le point, c'est, puisqu'on est au civil, de
s'assurer que les personnes victimes soient bien entourées des personnes
intervenantes qui comprennent ces dynamiques de violence, notamment violence
conjugale, contrôle coercitif, pour s'assurer que toutes les options sont
offertes à la personne victime, et que son choix soit éclairé, et qu'elle n'ait
pas ce faux sentiment de sécurité en allant juste avec une ordonnance de
protection civile, par exemple. Donc, ce n'est pas de privilégier le criminel,
c'est juste de... étant au civil, on veut s'assurer qu'il y a un accompagnement
aussi de la personne victime pour prendre ses décisions et être éclairée.
M. Lemieux : Oui. En
terminant, quelques secondes, pensez-vous que les sanctions pénales pourraient
permettre de prévenir... avoir un effet de prévention ou de décourager l'envoi
de messages contenant des images sans consentement?
Mme Mac Donald (Karine) : Bien,
il y a déjà des sanctions pénales en ce moment pour l'envoi d'images intimes,
donc, et ça s'envoie quand même. C'est juste, comme vous le dites, qu'il n'y a
pas eu beaucoup de plaintes en ce sens parce que les gens... Il y a... il y a
un aspect de honte aussi en arrière de ça souvent. Je ne vous ferai pas un
cours sur toutes les conséquences qu'une personne victime peut vivre, qui est
victime de distribution de ces images intimes. Donc, il y a probablement
plusieurs facteurs qui expliquent qu'une personne ne va pas dénoncer. Donc, le
civil vient répondre à ça.
M. Lemieux : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, pour 12 min 5 s.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Bonjour, Mme Mac Donald, Mme Serier. Merci d'être là. Merci pour le
document que vous avez déposé à la commission également.
Moi, j'ai... j'ai une question plus
générale sur l'applicabilité des mesures qui sont dans le projet de loi. Je
l'ai dit précédemment, les mesures qui sont prévues sont bonnes, mais encore
faut-il être capables de les mettre en pratique, et j'attire votre attention
sur l'ordonnance de protection. Évidemment, une personne n'est pas obligée
d'être représentée par un avocat, peut présenter elle-même l'ordonnance. C'est
peut-être plus difficile pour certaines personnes, même si le projet de loi
prévoit qu'il y aura un formulaire. C'est la même chose pour l'ordonnance qui
empêche la transmission d'images intimes, mais vous soulignez dans votre
mémoire, à la page 8, qu'il faut assurer des ressources ou financement
nécessaires pour permettre aux personnes victimes d'accéder à toutes les aides
dont elles ont besoin. Alors, ce que je lis, ce que je comprends, c'est
qu'effectivement il y a un besoin financier criant. Comment on va être capables
de faire fonctionner ça puis venir véritablement en aide aux victimes si
l'argent ne suit pas?
Mme Serier (Léa) : C'est une
question qu'on pose dans notre mémoire, c'est une question importante, et que
ce soit en ressources... en termes de ressources financières, ressources
humaines, les deux vont... vont de pair, mais, effectivement, si on veut
assurer un accompagnement des personnes victimes, déjà, il faut assurer la
présence de ces personnes-là, voire la formation de ces personnes. Alors, on
espère que les ressources en arrière seront présentes, mais on se questionnait
sur l'opérationnalisation de la loi sans mesure concrète financière.
• (17 h 30) •
M. Morin : Et je me... et je
me pose exactement la même question que vous, parce que l'idée est bonne, c'est
clair, là, mais, si les gens ne sont pas capables de l'utiliser... Puis je comprends
que le fardeau en matière civile est moins élevé...
17 h 30 (version révisée)
M. Morin : ...c'est clair, là.
Mais, si les gens ne sont pas capables de l'utiliser... Puis je comprends que
le fardeau en matière civile est moins élevé, puis, en plus, qu'en matière
criminelle. Mais, en matière criminelle, quand une victime fait une
dénonciation, bien, après ça, c'est la police puis le poursuivant qui prend ça
en charge. Ici, ma compréhension, c'est que ça va être la personne qui va
prendre ça en charge.
Mme Serier (Léa) : Exactement.
M. Morin : Il y a un groupe,
un peu plus tôt, Fédération des maisons d'hébergement pour femmes, qui nous ont
dit que la phase II de Rebâtir, avec la possibilité pour des avocates de
représenter des victimes, ne sera pas financée. Êtes-vous au courant de ça?
Mme Serier (Léa) : Oui. On a
entendu parler de ceci vendredi, oui, vendredi.
M. Morin : C'est un... C'est
un empêchement majeur à ce que ce projet de loi là fonctionne, en fait.
Mme Serier (Léa) : Bien, c'est...
c'est une inquiétude, oui, qui s'est rajoutée quand on l'a appris vendredi.
Parce qu'encore une fois la problématique qu'on voit, c'est que les personnes
victimes, que ce soit au civil ou au criminel, ont les mêmes besoins. Alors, si
on veut s'assurer de la protection des personnes victimes, en tout cas de leur
accompagnement, de leur accès à l'information, autant au civil qu'au criminel,
il faut qu'il y ait des mesures, autant au civil qu'au criminel.
Et actuellement le projet de loi va
permettre plus de protection des personnes victimes, mais, mettons, pour
ajouter des personnes intervenantes, il va falloir qu'il y ait des ressources
supplémentaires pour permettre cet accompagnement. Alors, on se questionne
là-dessus.
Et, oui, pour la représentation,
effectivement, en matière criminelle, la question ne se pose pas, puisque, vous
l'avez dit, le poursuivant, et puis c'est une personne témoin, au civil, c'est
elle qui porte son dossier. Donc, avoir accès à une personne avocate, c'est
beaucoup plus compliqué et ça entraîne d'autres problématiques.
M. Morin : Bon, effectivement,
donc c'est un enjeu... c'est un enjeu de taille. Je vous remercie de partager
votre expérience avec nous là-dessus parce que ça m'apparaît aussi être quelque
chose, en fait, qui pourrait même mettre en péril l'efficacité du projet de
loi. Et, vous avez raison, quand une victime doit raconter ce qu'elle a subi,
qu'elle soit devant la chambre civile ou la chambre criminelle, pour la
victime, j'imagine, et vous avez plus d'expérience que moi là-dedans... mais c'est
les mêmes traumatismes qui vont... qui vont remonter à la surface, donc ça va
être effectivement difficile pour elle.
Au niveau de l'accompagnement dans le...
dans le témoignage, et la possibilité, ça, vous en avez parlé un peu, des
différents types d'aide, est-ce que vous trouvez que la rédaction du projet de
loi est assez claire, que ces types d'aide là peut être cumulatif ou ça
mériterait d'être clarifié?
Mme Mac Donald (Karine) : Bien,
je crois que ce n'était peut-être pas assez clair puisque ce n'était pas...
puisqu'on a posé la question. Donc là, M. le ministre nous a rassurées par
rapport à ça, mais, si c'est possible de le clarifier, effectivement, ce sera
peut-être plus facilement effectif en salle de cour puisque ça ne l'est pas
présentement au niveau criminel.
Et, au niveau des aides, on a le même
questionnement aussi au niveau des ressources. On parle des intervenants. Il y
a les CAVAC qui sont passés juste avant nous. Ils ont déjà, des fois, peine à
suffire, là, pour le criminel. Donc, si on ajoute le civil, le financement doit
suivre aussi. Les chiens également. On a de la difficulté à avoir des chiens
pour des dossiers criminels. Donc, si on prévoit des chiens dans des dossiers
civils, qui seront ces chiens?
M. Morin : Oui, exact.
Mme Serier (Léa) : D'autant
plus que les... Pardon.
M. Morin : Oui. Allez-y.
Mme Serier (Léa) : Bien,
juste pour... Je me permets un petit ajout. Mais d'autant plus que les
personnes, par exemple, au sein des CAVAC, sont... sont... interviennent plus
en matière criminelle. Alors, en matière civile, je pense qu'il y aura un
besoin de formation de base, en tout cas, pour permettre la compréhension des
procédures civiles. Alors, ça veut dire des ressources supplémentaires aussi
pour permettre ces formations-là.
M. Morin : Très bien. Alors,
je vous remercie, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Mme la députée de Vaudreuil,
s'il vous plaît.
Mme Nichols : Merci, merci, M.
le Président. Bonjour, mesdames. Merci d'être parmi nous.
Des petites questions rapides. J'ai
compris, entre autres, là, votre préoccupation en lien avec... quand vous
dites, entre autres, qu'il n'est pas souhaitable de présenter une ordonnance
comme une alternative à une procédure criminelle. Tu sais, je comprends... je
comprends votre préoccupation, je la partage aussi. Mais, si on en fait une
préoccupation, c'est parce qu'on a peut-être des doutes que, justement, des
personnes vont aller vers la voie peut-être plus rapide, qui va être le civil.
Puis, une fois que l'image ne sera plus en... diffusée ou ne sera plus
partagée, bien, ça va arrêter là, puis ils n'iront pas plus loin pour que des
conséquences criminelles s'appliquent. Est-ce que c'est la même préoccupation
qu'on... qu'on partage?
Mme Mac Donald (Karine) : Oui,
effectivement, on partage la même préoccupation. Et <surtout...
Mme Mac Donald (Karine) :
...la
même préoccupation. Et >surtout on avait un enjeu parce que la loi
civile s'applique autant aux juvéniles qu'aux majeurs. Donc, le partage d'images
intimes de personnes mineures est un crime très grave. Donc, si la personne
mineure partage... Tu sais, dans le fond, il y a un partage d'une photo d'une
personne mineure, quels seront les recours au niveau de la protection de la
jeunesse? Qui va activer ce processus-là, de faire le signalement? Et les
personnes qui partagent des photos de ce type-là doivent être sentencées. Donc,
il y a une... il y a... Puis les conséquences au niveau criminel sont très...
sont très graves. Donc, l'école ou les amis, l'entourage pourrait faire
pression sur la personne victime pour dire : Bien, regarde, va juste au
civil, enlève la photo, puis on n'en parlera plus, puis ça va bien aller. Et
les personnes qui sont autrices, là, de ce délit-là pourraient s'en tirer, là,
sans... sans difficulté. Moi, je vois très bien ce qui est... que c'est ça qui
pourrait arriver, là, dans le futur.
Mme Nichols : Oui. En fait,
oui, je... oui, je partage. Puis c'est quand même... c'est quand même un peu
inquiétant.
Dans vos recommandations, je veux juste
revenir sur l'attestation, là. On en a parlé un petit peu plus tôt, mais là,
vous, dans vos recommandations, vous dites «de ne pas exiger l'attestation
comme un préalable pour obtenir des mesures d'aide et d'accompagnement». Qu'est-ce
que vous vouliez dire? Ça aussi, c'était comme une préoccupation. Mais là, on a
comme compris qu'il y a... qu'il y aurait peut-être un cumul qui serait
possible ou... Qu'est-ce que vous voulez dire quand vous dites «ne pas... ne
pas exiger cette attestation-là»?
Mme Serier (Léa) : Dans le
fond, c'était de... la crainte de rajouter une charge administrative
supplémentaire pour la personne victime, et puis pour ces organismes-là
d'ailleurs aussi, là, mais... et puis de laisser le choix à la personne victime,
en fait. Parce que ce n'est pas forcément toutes les personnes victimes qui
vont vouloir se diriger vers ces organismes et avoir une attestation comme quoi
elles sont officiellement victimes de violence. Et il y a des personnes
victimes qui pourraient aussi ne pas avoir accès à ces services-là. Ça peut
être pour des raisons de barrière de la langue, pour être en région éloignée,
ou ne pas faire confiance aux organismes, ou ne pas avoir des services adaptés,
culturellement ou autre, à leur... à leur situation. Particulièrement, ce sont
des personnes à la croisée de diverses oppressions, alors... alors c'est pour
ça qu'on avait ces craintes-là. Et puis, si on veut absolument garder ce
préalable, d'au moins s'asseoir avec plusieurs groupes, là, pour essayer de...
je le sais que c'est par arrêté ministériel, là, cette liste, mais de discuter,
de revoir ou en tout cas d'inclure plus d'identités dans ces listes-là, entre
autres, des personnes en pratique privée ou... En tout cas, là, je dis ça, mais
c'est ça, d'au moins comme s'asseoir peut-être avec d'autres organismes pour
s'assurer d'élargir cette liste, pour s'assurer d'un plus grand accès, du moins
pour les personnes qui n'y ont pas accès, mais c'est ça, surtout pour laisser
le choix à la personne victime, en fait, de recourir ou non à ces organismes
d'aide.
Puis, Karine, si tu as des choses à dire
par-dessus.
Mme Nichols : Parfait. Merci.
Juste en terminant, là, une petite question. Il y a un groupe... Il y a un
groupe préalablement, là, qui parlait... qui parlait de la consultation
juridique gratuite de quatre heures avec Rebâtir. Puis ils nous disaient,
entre autres, que quatre heures, ce n'est pas suffisant. Est-ce que vous,
dans votre association, on vous a déjà passé un commentaire à cet effet-là, que
ça prendrait peut-être, dans certains cas, plus que quatre heures? Est-ce que
le quatre heures, selon vous, est suffisant ou vous...
Mme Serier (Léa) : Non, définitivement.
C'est... C'est remonté plusieurs fois que quatre heures, c'est bien trop
peu. Et puis souvent, même au bout de quatre heures, la personne victime,
qui n'est pas forcément comme, comment dire... comme habituée juste au droit en
général, ne va pas forcément savoir quelles questions poser pendant les quatre heures
de consultation juridique, alors vont plus parler de leur expérience, parler de
leur... des conséquences qu'elles ont subies. Donc, il y a comme un... il y a
comme un espace de consultation qui est dédié à des questions purement
juridiques, mais qui ne va pas forcément être utilisé pour des questions
purement juridiques. Et puis, même, des fois, des dossiers qui sont tellement
complexes que même quatre heures de consultation sur des questions
purement juridiques ne sont pas assez, parce qu'en matière de violence
conjugale, parfois, ce sont des dossiers qui durent depuis 40 ans, et il y
a énormément de nœuds à détricoter.
Alors, je ne sais pas, Karine, si tu as
d'autres choses à dire par rapport à ça, mais définitivement, c'est remonté
plusieurs fois dans nos discussions.
Mme Nichols : Merci beaucoup.
Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Mme Mac Donald, Mme Serier,
merci beaucoup d'avoir été avec nous aujourd'hui. Ça a été très apprécié.
Sur ce, je suspends les travaux de la
commission quelques instants. Merci beaucoup!
(Suspension de la séance à 17 h 40)
(Reprise à 17 h 41)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît!
Alors, il me fait plaisir de recevoir M. Antoine Normand, président de Bluebear.
Alors, merci beaucoup d'être avec nous cet après-midi. C'est très apprécié. Comme
vous savez, 10 minutes de présentation, après ça, on aura une période
d'échange avec les membres de la commission. Alors, M. Normand, la parole est à
vous.
M. Normand (Antoine) : Merci,
M. le Président. Merci de l'invitation.
Premièrement, bien, mon nom, c'est Antoine
Normand. Je suis président d'une PME québécoise qui s'appelle... qui s'appelle
Bluebear, qui fournit une technologie exclusivement à plusieurs... au-delà
d'une centaine de corps policiers un peu partout dans... dans le monde. Notre
technologie permet à ces enquêteurs-là d'automatiser l'extraction et le
visionnement d'images et de vidéos, et donc d'éviter d'avoir à revoir
constamment le même matériel suite à... dans chacune des enquêtes qu'ils...qu'ils
poursuivent. On travaille principalement en exploitation sexuelle d'enfants.
Donc, les images que l'on traite prioritairement... notre technologie traite
prioritairement, c'est de créer d'immenses bases de données d'images et de
vidéos connues... connues des différents corps policiers parce qu'ils ont
chacun leurs propres bases de données.
Premièrement établir quelque chose que les
autres intervenants ont déjà dit. Mais, en matière d'exploitation sexuelle en
ligne, il y a une victimisation de la victime à chaque visionnement. Le Pr Trudel
en a parlé un petit peu plus tôt, mais quand une image ou une vidéo devient
virale sur un réseau social, sur une plateforme quelconque, bien, c'est des
dizaines, des centaines, des milliers de copies de la même image ou du même
vidéo qui deviennent... qui deviennent disponibles.
Et, pour vous donner une idée des enjeux de
quantité, là, on parle maintenant d'une exploitation commerciale, une
exploitation sexuelle commerciale, au sens, ce qui se passe en ligne. Pour vous
donner une idée, un cas moyen, chez les policiers, d'à peu près 100 000 images,
là, en 2015-2016, est devenu, en 2024, à peu près une moyenne d'au-delà de 1 million,
1,5 million d'images à chaque arrestation... à chaque fois qu'un cas...
que le matériel informatique est saisi. On a vu récemment, en Suisse, un cas de
40 millions d'images. Donc, vous imaginez un petit peu le travail qu'un
humain doit passer pour essayer de passer au travers tout ce contenu, qui est
excessivement... qui est excessivement difficile.
Je parlais d'exploitation commerciale
parce qu'en matière d'exploitation sexuelle les images et les vidéos
s'échangent un peu comme des cartes de baseball. Donc, chaque carte de baseball
a une valeur intrinsèque, certaines qui sont très communes, qui ont été données
chez McDo, ne valent à peu près rien, parce qu'on les voit passer depuis 10 ans,
depuis 15 ans, depuis 20 ans, mais le matériel original a une grande
valeur.
D'où un peu mon inquiétude avec les
pénalités prévues au projet de loi 73, là, de 50 $ à 5 000 $.
Vous comprenez qu'une image, surtout une image d'un mineur, plus il est jeune, évidemment,
plus la valeur est élevée, mais est souvent la porte d'entrée d'un... de
quelqu'un qui désire entrer dans des cercles fermés de pédophiles, qui sont des
collectionneurs, qui sont des producteurs, qui se retrouvent sur des
plateformes sécurisées, qui se retrouvent sur le «dark Web». Et, la seule
manière de pouvoir intégrer un de ces groupes-là, c'est d'arriver avec des
images originales et d'être référé par quelqu'un qui est déjà membre du groupe.
Donc, vous comprendrez qu'un producteur d'images a accès directement à du
matériel qui est original et donc... donc du matériel qui, en ligne, vaut...
vaut beaucoup plus cher.
Donc, transposez ça dans le concept
d'échange d'images intimes, mais seulement, par exemple, pour des mineurs, donc
des adolescents, de jeunes adolescents qui échangent ce type d'images là, bien,
la personne qui récupère le contenu, ça a une valeur pour... pour <lui...
M. Normand (Antoine) :
...ça
a une valeur pour... pour >lui.
J'ai... J'aurais dû premièrement vous
féliciter pour... pour l'introduction du projet de loi 73, hein? Il y a
très peu de juridictions dans le monde qui ont... qui ont accepté d'aller
jusque là, spécialement pour les images intimes entre... entre personnes d'âge
adulte. Donc, je souligne... je souligne ça.
Ma préoccupation par rapport au projet de
loi, ce n'est pas nécessairement l'objectif du projet de loi, c'est son
implémentation, c'est sa mise en oeuvre. À mon avis, la mise en application via
la demande d'une ordonnance à un juge de la Cour du Québec va créer un
engorgement absolument ingérable. Parce que je crois que le fait, par le projet
de loi 73, de viser la personne qui détient l'image plutôt qu'au sens plus
large les organisations qui les hébergent ou qui en permettent la distribution va
faire qu'il va y avoir un déluge de plaintes. Un peu comme les deux
intervenants précédents y faisaient référence, si c'est beaucoup plus facile de
faire une plainte en ligne et de demander le retrait d'une image, bien, les
gens vont prendre cette voie-là, alors que les policiers actuellement sont
absolument, totalement débordés et enquêtent un nombre très minime de cas
d'exploitation sexuelle d'enfants par rapport à la quantité de... au volume
d'images qui est échangé.
Dans les 15 dernières années, j'ai travaillé
avec plusieurs pays, j'ai visité plusieurs pays, j'en ai assisté quelques-uns.
Puis le meilleur modèle que j'ai vu jusqu'à maintenant, c'est le modèle
australien. Le modèle australien vise principalement les plateformes d'échange.
Il y a trois niveaux pour... pour être une plateforme en Australie. Et c'est
une loi à portée extraterritoriale, là. Donc, il y a le niveau 1, c'est
les... ce qu'ici on connaît comme les YouPorn ou Pornhub, là, MindGeek, qui
s'appelle maintenant Aylo, là, ce type de plateformes là. Les autres, c'est
évidemment les réseaux sociaux, les Snapchat, TikTok, Instagram, etc. Puis le
niveau suivant, c'est ceux qui sont à faible... à faible potentiel d'héberger
des images, là, genre Hydro-Québec.
Le modèle australien a créé un officier du
Parlement qui s'appelle le eSafety... elle s'appelle, à vrai dire, le eSafety
Commissioner, donc le commissaire à la sécurité en ligne. Et cet officier du
Parlement là a trois principaux types de pouvoirs. Premièrement, le pouvoir de
régulation, de déterminer ce qui est illégal ou pas acceptable en ligne, un peu
comme le CRTC ici, dans une petite, petite mesure. Le deuxième pouvoir,
évidemment, c'est l'éducation, l'éducation auprès des enfants, auprès de la
population en général, auprès des Autochtones, mais aussi auprès des aînés, qui
sont de plus en plus victimes, vous ne me croirez pas, mais de sextorsion. Et
donc, le troisième pouvoir, c'est un pouvoir d'ordonnance très similaire à
celui du projet de loi 73, c'est-à-dire d'ordonner à une plateforme de
retirer un contenu sous 24 heures.
Et les pénalités, en Australie, varient,
pour un individu, d'à peu près 111 000 $, à une entreprise, à une
plateforme, à 555 000 $ de pénalité, en plus de la possibilité
d'obtenir une ordonnance d'emprisonnement face à la personne qui refuserait
d'enlever du contenu, mais aussi face aux dirigeants d'une plateforme, qu'ils
soient conscients ou non de la présence du contenu.
Comme la loi a une portée
extraterritoriale, à partir du moment où un exécutif de, je ne sais pas moi... de
Meta ou de TikTok mettrait les pieds en Australie, bien, il pourrait faire
l'objet d'une arrestation pour avoir refusé l'ordonnance du eSafety
Commissioner. Rapidement, le eSafety Commissioner, en 2023, a reçu
9 060 rapports. De ces 9 060 rapports là, ils provenaient
de 6 500 adresses Web, ou plateformes, ou endroits différents sur
Internet. Ils ont eu un taux de succès de retrait du contenu de 87 %.
• (17 h 50) •
Votre... Votre projet de loi parle aussi
évidemment des échanges non consensuels entre adultes... donc d'images de
contenus à caractère intime entre deux adultes qui ne sont pas... qui ne
veulent pas que ce matériel-là soit partagé, donc des cas de violence
conjugale, etc. L'Australie en 2023 a reçu 2 644 plaintes. De ça, ils
en ont retenu 601 pour faire des demandes de retrait à des plateformes et ils
ont réussi à en faire enlever 466.
Un autre modèle qui est... qui <est
à...
M. Normand (Antoine) :
...Un
autre modèle qui est... qui >est à étudier, c'est le modèle français. Le
modèle français s'applique seulement aux images d'abus sexuels qui sont... qui
répondent à la définition du code criminel français. Ils ont construit une
plateforme en ligne de dénonciation qui s'appelle Pharos. Depuis 2009, Pharos a
reçu 1,6 million d'images que les gens jugeaient comme étant à caractère
d'abus sexuel en ligne. Et, pour vous donner une idée, depuis le début 2024,
ils reçoivent 4 400 signalements par semaine. Ils ont
27 employés à temps plein qui travaillent 24 heures sur 24. Puis,
encore ici, on ne parle même pas d'images intimes, là, non consensuelles entre
adultes. On parle d'images qui répondent à la définition du Code criminel.
Donc, quand je vous parle de mes
inquiétudes par rapport au traitement par... via des juges de la Cour du Québec,
bien, le risque, évidemment, c'est que ce soit engorgé. Deuxièmement, je ne
suis pas sûr que tous les juges de la Cour du Québec ont nécessairement la
formation ou la volonté de voir des images qui... du contenu qui peut être
excessivement difficile et excessivement problématique, parce qu'on va devoir
leur montrer de quoi il s'agit et comment identifier ce fichier-là en
particulier, si on veut émettre une ordonnance pour le faire retirer. Donc,
c'est ça, donc, mon inquiétude est à ce niveau-là.
L'autre chose que je veux souligner à
votre attention...
Le Président (M.
Bachand) :Très, très rapidement, M.
Normand. Il reste quelques secondes pour la présentation.
M. Normand (Antoine) : Parfait.
«Deepfake», vous en parlez déjà dans le projet de loi, c'est important de
comprendre qu'on peut créer des images intimes de quelqu'un sans... sans avoir
de photos intimes de lui.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. Normand. M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Bonjour, M. Normand. Merci de participer aux travaux de la
commission.
Bien, continuons sur la question des
hypertrucages, là. Vous l'avez bien dit, c'est possible de créer une image de
quelqu'un alors que ce n'est pas son vrai corps, donc avec le visage.
Pouvez-vous nous détailler ça?
Puis le projet de loi, dans le fond, il
s'y attaque aussi, donc les hypertrucages sont visés par l'ordonnance.
M. Normand (Antoine) : Il y
touche. Je ne suis pas sûr que je n'irais pas un petit peu plus loin à votre
place. Mais, plus ou moins, la technologie est rendue à un certain point où
est-ce que c'est possible de créer, par exemple, une image d'exploitation
sexuelle d'enfant sans même avoir un visage, donc de créer du matériel
complètement inédit basé sur des algorithmes qui sont allés voir des millions
et des millions d'images d'exploitation sexuelle d'enfants puis qui créent du
contenu selon ce qu'on demande comme... comme type d'activité sexuelle à
l'intérieur du matériel.
Aussi, puis ça existe depuis un petit peu
plus longtemps, vous y faites référence, c'est la possibilité de créer du
matériel à caractère pornographique, si on touche aux adultes, mais du matériel
d'exploitation sexuelle, autant d'adultes que d'enfants, en ligne. Ça se fait
même de plus en plus. Avant, c'était un peu compliqué, là, il fallait passer
par l'exécution d'algorithmes puis de trucs comme ça. Maintenant, c'est...
c'est disponible carrément sur des sites Web qui sont hébergés à l'étranger.
M. Jolin-Barrette : Un des
objectifs du recours qu'on met en place... Bien, c'est sûr, il y a tout le
volet criminel qui est déjà en place au Canada, donc c'est déjà interdit de partager
une image intime sans le consentement. Par contre, les délais en matière
criminelle, le fardeau de preuve n'est pas le même, tout ça. Puis nous, on
arrive avec une ordonnance en matière civile justement pour avoir plus
d'agilité, plus de flexibilité, et donc que ce soit traité rapidement par... par
un juge de la Cour du Québec ou par un juge de paix magistrat. Quelle est
l'importance d'agir rapidement dans ce domaine-là?
M. Normand (Antoine) : Bien,
c'est... c'est la raison pour laquelle l'Australie a déterminé que c'étaient
24 heures, là. Donc, c'est excessivement important d'agir très rapidement.
Et d'où mon inquiétude d'engorgement, donc que ce soit... qu'il y ait... qu'il
y ait trop de demandes en même temps, qu'il y ait trop de plaintes, et que ce
ne soit pas possible de les traiter dans un délai, là, de quelques heures.
M. Jolin-Barrette : En fait,
nous, dans le projet de loi, c'est dès la réception de l'ordonnance. Puis il y
a toujours un juge de garde qui est là. Donc, les formulaires en ligne sont là ou
au greffe, également.
M. Normand (Antoine) : Mais, monsieur...
M. Jolin-Barrette : Donc, l'an
passé, tu sais, il y a eu une centaine de dossiers criminels. Bien entendu, on
s'attend à ce qu'il y ait davantage de dossiers d'images, considérant que le
fardeau est moins élevé. Mais, un des objectifs, c'est ça, c'est de faire en
sorte qu'ils puissent émettre des ordonnances vraiment rapidement.
M. Normand (Antoine) : Je
comprends, mais vous ne pouvez pas vous fier au nombre de plaintes au niveau
criminel qui ont été reçues par les corps policiers québécois au cours des
dernières années. Les corps policiers québécois reçoivent des dénonciations... La
très grande majorité des enquêtes qu'ils font viennent des États-Unis.
C'est-à-dire, une des plateformes signale une image à NCMEC, NCMEC l'envoie à
la GRC dans un système qui s'appelle OCEAN, la GRC la retourne à la Sûreté du
Québec ou aux polices municipales. Ils ont... Il en rentre <60...
M. Normand (Antoine) :
...municipales.
Ils ont... Il en rentre >60, 65 par jour. Ça fait... Au Canada, on n'a
même pas la capacité... on doit choisir quels cas criminels on traite à
chaque... à chaque jour, quelle enquête est faite et quelle enquête n'est pas
faite.
Donc, oui, les policiers vont traiter
certaines plaintes, là, du genre madame se présente au poste de police en
disant : Mon conjoint a produit des images d'exploitation sexuelle de mon
enfant, je désire porter plainte, etc. C'est... C'est une infime petite partie
de tout le volume qui existe en ligne. Donc, d'après moi, si je peux me
permettre, vous devriez vous attendre à des centaines et à des centaines de dénonciations
par mois.
M. Jolin-Barrette : Et c'est
la personne, dans notre modèle... c'est la personne qui est visée, c'est la
victime qui va remplir le formulaire ou une personne en son nom qui va le
faire, justement, pour permettre, supposons des mineurs, de venir intervenir. Mais
on a prévu également que les personnes âgées de 14 ans et plus pouvaient
le faire eux-mêmes pour une question aussi parfois qu'ils ne veulent pas le
dire à leurs parents ou quoi que ce soit. Mais on va avoir de la flexibilité
pour intervenir.
Dans le cadre de votre travail, là,
supposons, sur une perspective de 10 ans, là, comment ça évolue? On est en
augmentation, hypertrucages, partage d'images intimes? C'est... C'est...
M. Normand (Antoine) : Bien,
dites-vous que tout ça est...
M. Jolin-Barrette : Faites-nous
le portrait, là.
M. Normand (Antoine) : Oui.
Tout ça est parti, là, fin des années 2010, là, 2008, 2009, 2010. Le
constat était que de l'hébergement, là, être capable de stocker des images ou
des vidéos, ça coûtait de moins en moins cher. Tu sais, vous alliez chez
Costco, puis ça coûtait 500 $ pour 1 térabit, puis un an et demi plus
tard, ça en coûtait 200 $, etc., etc. Et les fournisseurs d'accès Internet
ont augmenté de... ils ont multiplié pour le même prix la vitesse de leur
connexion. Donc, ça donne la capacité à des gens qui ont de mauvaises
intentions d'échanger des quantités énormes de contenus. Et donc, ce qu'on
voit, puis je vous donnais l'exemple de... le début de la pandémie a été
marquant, on parle d'à peu près 300 %, 350 % d'augmentation depuis
2020 chez les... chez mes clients.
M. Jolin-Barrette : Et ça,
c'est sur Internet. Le projet de...
M. Normand (Antoine) : Bien,
c'est sur ce qui est saisi.
M. Jolin-Barrette : Sur ce
qui est saisi.
M. Normand (Antoine) : Oui.
M. Jolin-Barrette : Parce que,
là, nous, on couvre aussi, dans le cadre du projet de loi, les échanges texto
aussi.
M. Normand (Antoine) : Oui.
M. Jolin-Barrette : Parce
qu'il y a ce phénomène-là aussi... chez les adolescents. Ça n'a pas
nécessairement besoin d'être sur une plateforme ou être hébergé, mais également
par texto. Puis, ça aussi, c'est un fléau actuellement, là.
M. Normand (Antoine) : C'est
un fléau. Les adolescents préfèrent les... préfèrent normalement les
plateformes parce que c'est... il y a moins de surveillance. Vous comprenez que
pour surveiller une plateforme, un hébergeur, un Facebook ou un Snapchat
utilise des listes d'images déjà connues puis il les compare avec les images
qui arrivent puis qui sont uploadées par les gens. Puis, s'ils ne la
connaissent pas, bien, ils la laissent passer, à moins que quelqu'un la flague,
la désigne comme illégale ou comme problématique. Ça fait que la grande
majorité est échangée de cette manière-là parce que les textos, évidemment,
bien, il y a une copie de l'image qui reste chez Bell, chez Vidéotron. Donc,
c'est beaucoup plus facile à retracer quand on parle d'images à caractère plus
ou moins illégal, là.
M. Jolin-Barrette : OK. Je
vous remercie pour votre passage en commission parlementaire.
M. Normand (Antoine) : Merci
pour l'invitation.
M. Jolin-Barrette : Je vais
laisser mes collègues échanger avec vous. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de Saint-Jean,
s'il vous plaît.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. le Président. M. Normand, mon ancien collègue Charles Tisseyre aurait
dit que vous écouter, c'est fascinant.
M. Normand (Antoine) : Merci.
C'est gentil.
M. Lemieux : Mais c'est aussi
épeurant.
M. Normand (Antoine) : Oui.
M. Lemieux : Vous veniez de
parler du cas d'une mère dont l'enfant avait été abusé, dans le sens qu'il y a
eu des images à son insu qui circulaient. Il y a la pornographie, c'est
l'exploitation commerciale de, il y a l'exploitation sexuelle des mineurs, qui
est la dimension criminelle de l'affaire. Puis là on parle depuis ce matin à
des gens qui travaillent au service de victimes de violence conjugale, violence
sexuelle. C'est deux mondes, mais en même temps, c'est la... c'est la même
mécanique puis c'est le même problème.
M. Normand (Antoine) : La
même chose.
M. Lemieux : Puis ce n'est
pas plus beau ou moins beau, mais c'est deux mondes, là.
M. Normand (Antoine) : Oui.
M. Lemieux : Quand vous dites :
Vous allez en avoir des centaines, vous voyez ça plus venir du monde de
l'exploitation sexuelle des mineurs et ces gens qui ont des millions de photos?
• (18 heures) •
M. Normand (Antoine) : Moi,
je pense que la très grande majorité des dénonciations que vous allez avoir
vont venir de matériels, de contenus de personnes mineures. Donc, la très
grande majorité des photos, des vidéos qui vont faire l'objet d'une plainte
vont être des personnes qui... bien, écoutez, probablement rarement des... On
en voit, là, d'un an, deux ans, trois ans, là, mais la tranche d'âge de 10 à
18 ans, d'après moi, va être de loin majoritaire par rapport aux adultes
qui vont...
18 h (version révisée)
M. Normand (Antoine) : ...majoritaire
par rapport aux adultes qui vont... qui vont porter plainte.
M. Lemieux : Et, sans vouloir
être inclusif et penser à tout, je pense que, quand le projet de loi a été
déposé, les gens voyaient que leur adolescente de 15 ans, qui n'ose pas
aller parler à maman mais qui a vu sa photo sur un groupe de... circuler, peut
aller et avoir un certain recours, même sans passer par sa mère, et ça, c'est
la partie à laquelle on pense tous.
M. Normand (Antoine) : Oui.
M. Lemieux : Mais vous, vous
nous évoquez un paquet d'affaires.
M. Normand (Antoine) : Bien,
moi, je vais être franc avec vous. Moi, ce qui m'inquiète, c'est par exemple un
adolescent de 11 ans qui est en train de jouer sur la plateforme Fortnite
puis qui se fait offrir par une jeune fille de 14 ans qui est
excessivement attirante, la possibilité d'obtenir 2 000 V-bucks, qui
est la monnaie sur Fortnite, en échange d'images intimes de lui-même ou d'un
vidéo, d'un streaming qu'il pourrait faire sur une plateforme quelconque. Et le
jeune va recevoir son 2 000 V-bucks et probablement va même recevoir
des images, de fausses images intimes de l'abuseur qui se fait passer pour une
jeune fille. Ma question, c'est le 50 $ à 5 000 $ puis l'ordonnance,
vous allez la faire appliquer en Côte d'Ivoire comment?
M. Lemieux : Bien, c'est là
où je m'en allais, mais pas aussi précis que vous êtes là, mais le modèle
australien dont vous nous parliez, d'abord, c'est quoi, la proportion de
dossiers qu'on pourrait appeler de personnes, d'écoliers, de maris qui sont...
qui sont en train de vraiment exercer un contrôle coercitif sur leur conjointe
avec du matériel comme ça? Puis après ça, on parlera d'argent par rapport aux
amendes, là. Mais faites-moi un portrait de leurs cas, là.
M. Normand (Antoine) : En
Australie, des rapports «about image-based abuse», ça fait que, donc, des images
d'abus sexuels, pas nécessairement d'enfants, mais en général, on parle de 9 060 rapports,
l'année passée. Puis, de ceux-là, il y en a eu 2 644 qui provenaient d'adultes.
M. Lemieux : OK. Mais il y
avait de tout, là. Ce commissaire-là, il règle... il ne règle pas, mais il
reçoit toutes ces plaintes-là?
M. Normand (Antoine) : Il
reçoit toutes ces plaintes-là en ligne via un processus de traitement, et tout
ça.
M. Lemieux : Parlons d'amendes
maintenant. Parce que, dans notre cas, il y a... il y a plus que le 500 $
à 5 000 $. Il y a le 5 000 $ à 50 000 $ aussi
dans le cas des personnes morales, il y a les personnes physiques... Bon. C'est
vraiment efficace quand on monte les montants, en Australie par exemple?
M. Normand (Antoine) : Oui.
Parce qu'il faut comprendre, une entreprise comme ... là, qui a son siège
social à Montréal, qui est propriété d'un groupe d'investisseurs d'Ottawa, qui
est la plus grosse plateforme mondiale, c'est eux qui ont le plus de... qui ont
le plus de trafic mondial en termes de contenu adulte, je veux dire, 50 000 $,
tu sais, ils font ça aux 10 minutes, là.
M. Lemieux : Mais l'Australie,
ils font quoi, eux autres?
M. Normand (Antoine) : L'Australie,
c'est... c'est plus que 500 000 $, et deuxièmement, ils les exposent
publiquement, et troisièmement, ils ont la possibilité de faire emprisonner les
dirigeants ou les représentants de l'entreprise sans... même si ceux-ci n'avaient
pas connaissance ou n'ont pas approuvé la publication du contenu.
M. Lemieux : Faites-moi un
parallèle, dans le même sujet, les amendes avec le modèle français.
M. Normand (Antoine) : Je ne
connais pas les amendes du modèle français, malheureusement. Je n'ai pas... Je ne
détiens pas cette information-là. Mais les Français ont aussi un modèle
extraterritorial, c'est-à-dire qu'ils peuvent demander à une plateforme
américaine de retirer du contenu.
M. Lemieux : Mais, de ce que
vous en savez, il y a... il y a du mérite par rapport au point de vue du législateur...
pas «d'augmenter», mais d'aller le plus haut possible pour être capable d'aller
chercher pas juste l'argent mais...
M. Normand (Antoine) : Et de
faire retirer le contenu.
M. Lemieux : Faire retirer le
contenu. C'est ça.
M. Normand (Antoine) : Oui, c'est
ça. L'autre chose que l'Australie a bien faite, au début, c'était seulement
coercitif. Le bureau de Mme Grant, là, de la eSafety Commissioner, a signé des
ententes avec les plus grands hébergeurs du pays, donc ceux qui avaient le plus
de volume, un peu comme le Pr Trudel parlait, là. Qui fait le plus d'argent
avec du contenu visuel au Canada actuellement? Bien, allons signer une entente
avec Meta, allons signer une entente avec TikTok, allons signer une entente où
est-ce qu'eux-mêmes s'autorégulent, eux-mêmes mettent en place des boutons où
est-ce que tu peux dire : Moi, je veux que ce contenu-là soit retiré, puis
ils s'engagent à un résultat d'un certain nombre... une réactivité d'un certain
nombre d'heures.
M. Lemieux : OK. Je retourne
aux montants. Parce que je fais le calcul rapide, là, pour les personnes
physiques, dans le projet de loi, c'est 500 $ à 5 000 $ par jour
tant que ce n'est pas retiré, puis pour le... 5 000 $ à 50 000 $
pour les personnes morales par jour tant que ce n'est pas retiré. Vous, vous
pensez que plus c'est haut, plus c'est retiré vite?
M. Normand (Antoine) : Oui,
surtout si on a une entente préalable avec la plateforme.
M. Lemieux : Vous le <pensez...
M. Normand (Antoine) :
...Oui,
surtout si on a une entente préalable avec la plateforme.
M. Lemieux :
Vous
le >pensez et est-ce que c'est documenté, jusqu'à un certain point?
M. Normand (Antoine) : Je
crois que, si on se base sur le rapport annuel de la commissaire à la...
eSafety Commissioner de l'Australie, ça... c'est assez bien documenté, oui.
M. Lemieux : Donc, ça marche,
là, comme on dit, là.
M. Normand (Antoine) : En
Australie, 87 % du contenu est retiré. Puis là, on s'entend, là, tu sais,
vous avez du contenu qui est... qui est posté sur imgsr.ru, là, en Russie, où
est-ce qu'il y a plein de contenus d'exploitation sexuelle de... autant
d'adultes que de mineurs, bien, vos chances sont un peu plus faibles, là.
M. Lemieux : Oui. Et donc ça
peut revenir à un moment donné, ça, là?
M. Normand (Antoine) : C'est
clair. Et ça peut être réintroduit sur des plateformes à partir de ces
plateformes... de ces plateformes d'hébergement là sur lesquelles on n'a aucune
juridiction puis qui ne collaborent pas, là.
M. Lemieux : Donc, le
cauchemar qu'on entend souvent dans le monde du numérique, que tu ne peux
jamais être rassuré que ça n'existe plus, ce n'est pas... c'est vrai, là.
M. Normand (Antoine) : C'est
vrai.
M. Lemieux : Combien de
temps, monsieur...
Le Président (M.
Bachand) :Deux minutes.
M. Lemieux : Deux minutes.
Quand vous avez lu le projet de loi n° 73, parce que vous aviez entendu
parler qu'il sortait, vous êtes-vous dit enfin?
M. Normand (Antoine) : Bien,
j'ai fait... Premièrement, mettons les choses en contexte. Le gouvernement
fédéral travaille sur le projet de loi n° 63, C-63, depuis plusieurs mois,
sinon deux ans, deux ans et demi, et on... au Canada, surtout dans la
communauté policière, on est un peu tous découragés de la vitesse que les
choses avancent et de comment ils approchent les... ils approchent les choses.
C'est... Premièrement, c'est mené par le ministère du Patrimoine canadien. On
parlait de créer à l'interne un groupe d'experts, là, qui allait... qui allait
faire de la modération sur Internet, donc.
Donc, j'ai vu avec rafraîchissement le
dépôt du projet de loi n° 73 comme quelque chose de plus simple. Mais,
encore une fois, ma recommandation, ce serait de créer un officier du Parlement,
peut-être un juge, mais un juge spécialisé avec une formation dans le domaine,
appuyé d'un bureau, appuyé d'une équipe qui aurait les moyens et technologiques
et l'expertise pour le faire.
M. Lemieux : Laissez-moi
quelques secondes, puisqu'il m'en reste, pour vous demander si l'effet de
dissuasion des grosses amendes fait en sorte aussi qu'il y a moins de
tentatives ou il y a moins de viols de...
M. Normand (Antoine) : Bien,
il y a plus d'autorégulation chez les plateformes. Je ne pense pas que la
grosseur des amendes ralentisse les adolescents qui décident de faire de
l'échange, dans leur école secondaire, d'images intimes.
M. Lemieux : Ils n'y ont pas
pensé, eux autres. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. le député de Saint-Jean.
M. le député d'Acadie, pour 12 min 45 s.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Bonjour, M. Normand. Merci, merci d'être là. C'est très
éclairant. J'ai une question pour vous. J'en ai discuté avec le Pr Trudel,
le projet de loi, et je l'ai dit plus tôt aujourd'hui, l'objectif, l'idée,
c'est, bon, là, évidemment, je ne veux pas que ces images-là circulent. Il y a
la possibilité d'obtenir une ordonnance, mais, dans les faits, là, concrètement,
là, une fois l'ordonnance obtenue, comment... comment on fait pour retirer ça
du Web?
M. Normand (Antoine) : Bien,
comme je vous dis, c'est... Si on parle seulement de deux personnes qui... une
qui détient les images puis l'autre qui veut que les images soient effacées,
c'est assez simple, là.
Mais, à partir du moment où il y a une
diffusion, où il y a... où il y a du... où ces images-là passent par
différentes plateformes d'échange, où des vidéos qui, peut-être, étaient
consensuelles au départ, mais qui se ramassent sur des plateformes à caractère
adulte, alors que souvent les personnes dans les vidéos ne sont pas des
adultes, là, ça commence à être excessivement compliqué parce qu'il y a une
multiplication du contenu. Vous pouvez aller sur une plateforme adulte,
«downloader» le contenu, le garder sur votre ordinateur, vous brancher sur le
«dark Web» puis la repartager par la suite, ou sur Reddit, ou sur plein
d'autres plateformes.
M. Morin : OK. Le projet de
loi couvre aussi les textos. Évidemment, si c'est deux personnes qui
s'échangent des textos, j'imagine qu'on peut les identifier assez facilement.
M. Normand (Antoine) : Assez
facilement.
M. Morin : S'il y a un groupe
textos puis qu'il dissémine ça partout, même si c'est des textos, ça ne sera
pas plus facile.
M. Normand (Antoine) : Ça ne
sera pas plus facile, mais ça a le même caractère d'avoir la capacité d'être
enlevé. Tu sais, au pire, un texto, on pourrait demander aux telcos de le faire
retirer, là, j'imagine qu'ils ont la... Si Facebook a la capacité d'effacer
1 500 copies de la même image, c'est comme un rien que Bell a la
capacité d'effacer huit textos, là.
• (18 h 10) •
M. Morin : OK. Donc, ce
serait important... Puis, à ce moment-là, bien, l'ordonnance devrait viser une
personne ou un organisme. Puis, à ce moment-là, bien, il faut quand même être
capable d'identifier l'image.
M. Normand (Antoine) : D'identifier
l'image, de s'assurer de l'authenticité de l'image parce que quelqu'un pourrait
prétendre que quelqu'un partage des fausses images d'elle juste pour des
questions de <nuisance...
M. Normand (Antoine) :
...que
quelqu'un partage des fausses images d'elle juste pour des questions de >nuisance.
Et aussi l'intégrité de l'image. Donc, est-ce que... est-ce qu'un juge va
devoir recevoir, via le formulaire, une copie de toutes ces images-là pour
s'assurer que le contenu, c'est vraiment ce qui est... ce qui est visible en
ligne, là? Ça, ça va être un... ça va coûter cher de services psychologiques
dans la magistrature.
M. Morin : OK. Très bien, je
vous remercie. En Australie... vous avez parlé du modèle australien, là, vous
avez parlé des amendes. Ils ont instauré un système civil ou criminel?
M. Normand (Antoine) : Civil.
Les deux. Donc, si c'est des images non... d'enfants abusés, bien, évidemment,
il y a... c'est référé au centre canadien de protection des... «centre
canadien», centre australien de protection des enfants, à Brisbane, qui, eux,
vont faire l'enquête et vont déposer les... déposer les accusations qui sont
nécessaires. Mais le processus de retrait d'image et le processus de forcer
quelqu'un à l'effacer, c'est un processus civil.
M. Morin : OK. Parfait.
M. Normand (Antoine) : Et
pénal, là, s'il y a des... s'il y a des peines d'emprisonnement qui
s'appliquent aux dirigeants, par exemple, c'est pénal, mais pas criminel.
M. Morin : Puis la... bien,
la commissaire, parce que c'est une dame, en Australie, là.
M. Normand (Antoine) : Oui.
Mme Grant, oui.
M. Morin : Donc, elle, elle
a... elle a les pouvoirs d'un juge puis elle peut émettre des ordonnances.
M. Normand (Antoine) : Oui. Bien,
je ne sais pas si elle a le pouvoir d'un juge, mais elle a le pouvoir d'un
officier du Parlement et elle peut émettre des ordonnances qui sont
exécutoires.
M. Morin : Qui sont
exécutoires. Et, à ce moment-là, est-ce qu'il y a une possibilité de contester
ces ordonnances-là?
M. Normand (Antoine) : Oui,
il y a une procédure de contestation, là, que... Je ne connais pas les détails,
là, mais quelqu'un peut s'opposer, mais le fardeau de la preuve, un peu comme
dans le projet de loi 73, est un peu inversé, là.
M. Morin : OK. Parfait.
L'autre élément, vous y avez fait référence, puis j'ai posé une question
là-dessus également au Pr Trudel, un peu plus tôt : Quel serait le
meilleur moyen pour s'assurer qu'on va être capable d'identifier et d'avoir une
compétence sur les plateformes qui sont au Québec? Parce qu'il est possible que
leur...
M. Normand (Antoine) : Je
suis un peu en désaccord avec le Pr Trudel, là-dessus, si on se fie au
modèle australien. Donc, on pourrait facilement mettre dans la loi que les
plateformes, même si elles ne sont pas au Québec, ont l'obligation de retirer
le contenu et de mettre les pénalités en place, mais surtout de rendre
«accountable»... de rendre responsables les dirigeants de ces plateformes-là,
tu sais. TikTok, là, le dirigeant de TikTok, au Canada, on le voit dans des
conférences à tous les six mois, là, donc on est capable de savoir où il
demeure puis de l'arrêter si nécessaire.
M. Morin : Sauf que, dans ce
cas-ci, il s'agirait d'une ordonnance civile, c'est ma compréhension, donc lui
demander, finalement, de faire le nécessaire pour que l'image soit retirée.
M. Normand (Antoine) : Oui.
La majorité des grandes plateformes, là, les TikTok, Meta et autres, là, vont
collaborer juste pour ne pas se faire accuser de faire de la diffusion de
matériel à caractère d'exploitation sexuelle. C'est l'expérience qu'on a vue
ailleurs, en France, notamment, en Australie.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Puis, en fait, vous, là, selon votre opinion, la procédure qui est
prévue dans le projet de loi, bien que l'objectif soit louable, ça risque de ne
pas être très efficace, finalement.
M. Normand (Antoine) : Bien,
écoutez, on peut l'essayer, mais, comme je vous dis, moi, je pense que ça va
être des centaines... des centaines et des centaines de dénonciations par mois,
une fois que ça va être connu, là, donc on peut se donner probablement un six
mois d'implantation, mais, par la suite, ça va... Surtout si on permet de le
faire en ligne, hein?
Puis ce que je vous suggère, c'est de le
faire en ligne, comme ils font notamment en France et en Australie. Bien, un
enfant qui, tout d'un coup, est pris dans un coin, il y a des images de lui qui
circulent, il ne veut pas en parler à ses parents, il ne veut pas en parler à
l'école, bien, d'aller remplir un formulaire où il explique c'est quoi, sa
situation, puis qu'il y a quelqu'un qu'il ne connaît pas qui va faire enlever
les images, je pense que ça a des chances de marcher.
M. Morin : OK. Puis, oui,
évidemment, je vous écoute, puis il me semble que ce serait un minimum d'avoir
toute la procédure en ligne, parce que c'est de ça dont on parle, puis, pour
être efficace... Je comprends que le projet de loi prévoit d'autres mécanismes,
mais à la vitesse où ça va, tu sais, se présenter au palais de justice, déposer
une ordonnance, le juge regarde ça, l'image, elle va s'être promenée partout
sur la planète et encore.
M. Normand (Antoine) : C'est
clair. Sauf que, tu sais, un homme... un homme blanc de 65 ans qui vient
de se faire extorquer... par des images, puis on lui demande 50 000 $,
est-ce qu'il a la capacité d'aller en ligne, de remplir tous les formulaires, <d'«uploader»...
M. Normand (Antoine) :
...est-ce
qu'il a la capacité d'aller en ligne, de remplir tous les formulaires, >d'«uploader»
ce qu'il a lui-même créé sur son ordinateur? Il y a peut-être des cas où un
formulaire papier et un accompagnement vont être nécessaires.
M. Morin : OK. Et on nous a
dit un peu plus tôt que, pour plusieurs victimes, ce serait important,
effectivement, d'avoir un accompagnement pour être capable de remplir, déposer
le formulaire. Est-ce que ce type d'accompagnement là existe en Australie ou si
les gens envoient au eCommisonner... au eSafety Commissioner et...
M. Normand (Antoine) : Ce que
je comprends, c'est qu'au niveau de l'exploitation sexuelle d'enfants, il y a
un accompagnement pour le dépôt de la plainte qui est disponible.
M. Morin : OK. Mais le projet
de loi ici ne vise pas que des enfants.
M. Normand (Antoine) : Exactement.
Donc, vous sortez de mon expertise. Je ne le sais pas.
M. Morin : OK. C'est parfait.
Bien, je vous remercie beaucoup, Monsieur, merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Mme la députée de Vaudreuil,
s'il vous plaît.
Mme Nichols : Oui. Merci, M.
le Président. Merci d'être parmi nous. Dans le fond, ce que je comprends, c'est
que vous pensez que, les parlementaires, on sous-estime peut-être un peu le
volume de plaintes qui vont arriver au niveau civil.
M. Normand (Antoine) : Bien,
les intervenants précédents ont dit qu'un adolescent sur cinq, au cours de son
adolescence, va recevoir du matériel qu'il ne voulait pas recevoir de quelqu'un
qui ne voulait probablement pas que ce soit partagé. Donc, faites le calcul
rapidement sur, tu sais, combien de personnes ça peut représenter au Québec. Il
y en a peut-être, quoi, 10 %, 15 % qui vont demander le retrait de ce
contenu-là. Donc, moi, je pense que c'est des milliers de... c'est des milliers
de plaintes qui vont rentrer par année, là.
Mme Nichols : Puis vous
disiez : Ça peut être facile d'aller en ligne, remplir le formulaire, puis
là, le lendemain matin, bien, le juge regarde... le juge reçoit tous les
dossiers, il regarde ça, mais le juge regarde ça... Puis je fais appel un peu à
votre expérience, vous avez l'expérience dans des dossiers probablement plus
criminels, dans des dossiers criminels, là, on s'en va en civil. Puis, même
encore là, là, dans les dossiers criminels, les juges ont cette expertise-là,
de regarder les photos, de l'analyser, de le... Moi, c'est là où je...
M. Normand (Antoine) : Oui.
La majorité des juges ne veulent pas voir les photos. Ils demandent aux
policiers de prendre des échantillons représentatifs et de les décrire par
écrit de c'est quoi l'action à caractère sexuel, la mutilation, les cris, la
voix, etc., qu'est-ce qui est dit dans le vidéo pour ne pas être exposé au
matériel auquel les enquêteurs sont exposés. Donc, j'ai de la misère à croire
que les juges vont vouloir voir tout le matériel qui va leur être soumis. Mais
pour en avoir vu et travaillé sur des dossiers depuis une quinzaine d'années,
je peux vous assurer que c'est excessivement difficile de se débarrasser de ce
contenu-là dans notre tête, là.
Mme Nichols : Oui, c'est une
chose de se débarrasser de ce contenu-là, mais c'est parce qu'il va falloir
qu'ils se prononcent aussi, parce qu'il va y avoir une ordonnance... il va y
avoir une ordonnance. Ça fait qu'il va avoir l'image puis il va devoir se
prononcer sur l'image, alors qu'il n'a peut-être pas, puis là je vais dire, les
qualités, là, mais, tu sais.
M. Normand (Antoine) : Ou la
formation ou le suivi nécessaire à voir cette quantité de... cette quantité de
matériel visuel, là, ou audio, hein, parce qu'il y a du son dans les vidéos,
là.
Mme Nichols : Vous avez
parlé... Il me reste un peu de temps, M. le Président? Vous avez parlé, entre
autres, de... Là, on parle de la formation, qu'il va y avoir évidemment besoin
de formation, mais vous avez parlé de la mise en application qui va sûrement
être difficile. En tout cas, je pense que c'est ce qu'on partage un peu, là,
puis même les différents groupes, que ce soit pour les femmes victimes
d'agression sexuelle, c'est l'application de tout ça sur le terrain. Ça va être
quoi, le plus grand défi à relever?
M. Normand (Antoine) : Bien,
je pense qu'un des plus grands défis va être la mise en place d'une plateforme
qui va collecter toute cette information-là, qui va la classer et la présenter
à la personne ou à l'organisation qui va devoir décider si une ordonnance doit
être émise ou non. Donc, on sous-estime souvent la complexité de la mise en
place de ces choses-là, en voulant créer évidemment un «audit trail», là, un
suivi... la capacité de suivi de qui a vu l'image, qui a le droit de la voir,
qui a le droit de voir le contenu et qui y a accédé dans le passé pour
s'assurer de l'intégrité, là, des preuves qui vont être déposées. Un peu comme
les modèles forensiques au sein des forces policières.
• (18 h 20) •
Mme Nichols : OK, donc s'il y
avait des recommandations, votre première recommandation, c'était de créer un
officier, puis sinon?
M. Normand (Antoine) : Bien,
premièrement, mon premier constat, c'est que j'ai peur de l'engorgement. Ma
recommandation, c'est de créer un bureau spécialisé, là, complètement
indépendant, qui pourrait être présidé par un <juge...
M. Normand (Antoine) :
...un
bureau spécialisé, là, complètement indépendant, qui pourrait être présidé par
un >juge ou non. Et troisièmement, de tenir compte des nouveaux effets
de l'intelligence artificielle et des prochaines itérations des algorithmes,
là, de ce qu'ils vont être capables de créer.
Mme Nichols : Très bien.
Merci.
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup, M. Normand, d'avoir été avec nous cet
après-midi, c'est très, très, très apprécié.
Sur ce... (panne de son). Merci.
(Suspension de la séance à 18 h 21)
(Reprise à 18 h 25)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît!
Alors, on continue les travaux. Alors, il nous fait plaisir de recevoir les
représentants du Barreau du Québec, donc Me Marcel-Olivier Nadeau et,
comme je le disais avant de rentrer en ondes, un habitué de la Commission des
institutions, Me Nicolas Le Grand Alary. Merci beaucoup d'être avec nous.
Alors, vous connaissez la règle,
10 minutes de présentation, et après ça, on aura un échange avec les
membres de la commission. Donc la parole est à vous.
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Alors,
M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, je suis Me Marcel-Olivier
Nadeau, premier vice-président du Barreau du Québec, et je suis accompagné de Me Nicolas
Le Grand Alary, avocat au secrétariat de l'ordre et des affaires juridiques.
Nous vous remercions d'avoir invité le Barreau à participer aux consultations
entourant le projet de loi n° 73. Son objectif est clair : mieux
protéger les personnes victimes de partage d'images intimes sans consentement
et améliorer l'accompagnement des victimes de violence familiale, sexuelle ou
conjugale devant les tribunaux.
Depuis plusieurs années, le Barreau du
Québec est interpelé par les enjeux relatifs au traitement judiciaire des
violences sexuelles et conjugales, s'engage d'ailleurs activement dans les travaux
menés à ce sujet, notamment en collaborant avec le ministère de la Justice dans
les réflexions et le déploiement du tribunal spécialisé en matière de violence
sexuelle et de violence conjugale.
Nous accueillons donc avec beaucoup de
satisfaction l'ensemble des mesures prévues au projet de loi. Nous désirons
néanmoins formuler certains commentaires puisque nous croyons qu'il est
possible d'en accroître l'efficacité par des propositions concrètes
susceptibles d'en simplifier l'application et d'en bonifier le contenu.
De prime abord, nous proposons que
l'ensemble des mesures offertes par le projet de loi soient couvertes par
l'aide juridique. Cela favoriserait l'accessibilité aux personnes victimes,
considérant notamment que ce sont majoritairement des mineurs qui risquent de
demander les ordonnances visant à faire cesser le partage d'une image intime.
En ce qui a trait à la notion au cœur du
projet de loi sur le partage sans consentement d'images intimes, il y est
proposé une définition d'«image intime» qui s'inspire de celle prévue au Code
criminel en lien avec l'infraction de publication non consensuelle de telles
images.
Tout d'abord, nous saluons l'inclusion des
images modifiées par hypertrucage, car ces modifications sont de plus en plus
fréquentes, surtout depuis la prolifération des outils d'intelligence
artificielle qui permettent de générer des images réalistes de personnes
existantes.
Le Barreau du Québec s'interroge toutefois
sur le libellé général de l'article. Nous comprenons qu'une image intime doit
représenter une personne nue ou partiellement nue ou une personne se livrant à
une activité sexuelle explicite et que l'attente raisonnable de protection de
la vie privée s'applique à l'une et l'autre de ces situations. Or, la rédaction
actuelle de l'article pourrait laisser croire, par l'emploi des termes «soit»
et «ou», que certaines des conditions sont cumulatives ou exclusives.
Le Barreau propose donc que cette
disposition soit réécrite en paragraphe, dans un souci de clarification, afin
de permettre que toute personne, majeure ou mineure... de se prévaloir aisément
du processus d'ordonnance. En effet, dans un tel contexte, il ne devrait pas
être nécessaire d'avoir à consulter un avocat ou une avocate pour se faire
expliquer la loi. Cela devrait être à la portée de tous, d'autant plus que la
rapidité de réaction est de mise pour éviter la propagation des images.
Par ailleurs, nous voulons suggérer que la
possibilité de révocation du consentement donné dans le cadre d'un contrat conclu
à des fins commerciales ou artistiques soit élargie au cas où un intérêt
prépondérant, public ou privé, le justifie ou lorsque la loi le permet. Ainsi,
l'article de loi ne pourra être interprété comme retirant des droits que les
victimes pourraient, en son absence, faire valoir.
Poursuivons avec les droits octroyés par
le projet de loi aux personnes mineures. Les dispositions proposées innovent en
permettant aux mineurs de 14 ans et plus d'introduire seuls la demande
d'ordonnance, de consentir seuls à ce qu'une personne ou un organisme
l'introduise pour eux. Le Barreau du Québec appuie avec enthousiasme cette
orientation.
Cependant, le texte du projet est
silencieux quant aux mineurs de moins de 14 ans. Rappelons que, selon les
règles régulières, les tuteurs et représentants sont tenus, dans une procédure
contentieuse, de se faire représenter par un avocat devant les tribunaux. Afin
de favoriser le recours à cette nouvelle ordonnance, le Barreau du Québec
suggère que le projet de loi inclut une exception à cette exigence afin que les
parents et tuteurs légaux puissent introduire la demande au nom de l'enfant
mineur de moins de 14 ans sans avoir à être représenté par avocat ou
avocate.
• (18 h 30) •
Pour poursuivre, quant aux formalités
relatives à la demande d'ordonnance, notre mémoire contient quelques
propositions de bonification, notamment quant au contenu du formulaire et quant
à l'assermentation de celui-ci. Au demeurant, nous suggérons qu'un second
formulaire soit mis à la disposition des justiciables pour la demande
d'annulation d'ordonnance.
Nous notons que le projet de loi permet
par ailleurs que l'ordonnance soit prononcée à l'égard de toute personne, même
si son identité est inconnue du tribunal. Le Barreau s'interroge sur la force
exécutoire d'une telle ordonnance considérant que la Cour suprême du Canada...
18 h 30 (version révisée)
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : ...Le
Barreau s'interroge sur la force exécutoire d'une telle ordonnance, considérant
que la Cour suprême du Canada a décidé, dans le cadre d'un recours en outrage
au tribunal, qu'une personne ne peut avoir l'intention de faire obstacle à un
ordre de la cour si elle n'en a pas connaissance. Ainsi, nous suggérons que l'ordonnance
puisse être prononcée à l'égard de toute personne dont l'identité ou tout autre
renseignement permettant sa notification est connu.
Pour clore sur cet aspect, il est prévu
que toute audition... toute audience relative à une ordonnance de cesser le
partage d'images intimes doit se tenir à huis clos. Elle peut... Elle peut
toutefois être publique si le tribunal l'ordonne, dans l'intérêt de la justice.
Nous proposons de prévoir que l'audience
puisse aussi être publique à la demande de la personne qui a requis l'ordonnance,
afin de contribuer au processus de guérison et de reprise de pouvoir de la part
de la personne victime. C'est une demande qui est fréquemment formulée dans le
cadre de procès criminel en matière de violences sexuelles.
Poursuivons maintenant avec un second
élément clé du projet de loi, soit l'ordonnance civile de protection. Celles-ci
ont été intégrées au Code de procédure civile en 2016. Bien qu'elles aient
pour finalité de favoriser la protection de la vie, de la santé ou de la
sécurité d'une personne, leur utilisation demeure jusqu'à présent relativement
marginale.
Le Barreau du Québec avait d'ailleurs formulé
des recommandations afin de mieux baliser le mécanisme dans le but d'encourager
son usage. Nous sommes donc heureux de constater que le projet de loi apporte
des améliorations en ce sens. D'une part, il élargit le champ d'application des
ordonnances de protection et, d'autre part, il simplifie la procédure de
demande d'une telle ordonnance.
Une autre avancée significative proposée
par le projet de loi mérite d'être soulignée. En effet, en cas de contravention
à une ordonnance de protection, les sanctions prévues au Code criminel
trouveront application.
À l'heure actuelle, la victime est
contrainte d'intenter un recours en outrage au tribunal, une démarche qui peut
s'avérer onéreuse et complexe. Les modifications proposées par le projet de loi
permettront dorénavant au Directeur des poursuites criminelles et pénales de
porter une accusation ou d'intenter une poursuite sommaire de désobéissance à
une ordonnance du tribunal conformément au Code criminel.
Nous sommes convaincus que cette
modification aura un effet dissuasif à l'égard de la personne contrevenante et
allégera le parcours des victimes en leur évitant d'engager des démarches
supplémentaires.
D'ailleurs, afin de protéger davantage ces
dernières, le Barreau du Québec recommande de conférer au tribunal la
possibilité d'émettre l'ordonnance de protection pour une durée indéterminée.
Le projet de loi n'apporte aucune modification quant à la durée maximale de l'ordonnance
de protection, laquelle demeure donc limitée à trois ans.
En octroyant à l'ordonnance un caractère
permanent, il en résulterait également un allègement du fardeau reposant sur la
victime de faire une demande de renouvellement ou de prolongation. Pour sa
part, la personne visée par l'ordonnance pourra toujours faire une demande de
modification ou d'annulation, si les circonstances le justifient.
Aussi, afin de promouvoir l'accessibilité
aux demandes d'ordonnance de protection, le Barreau recommande une exemption
des frais judiciaires afférents à cette procédure. Nous proposons cette
exemption parce que nous estimons que le montant des frais et autres droits de
greffe, actuellement 293 $, peut constituer un frein injustifié à l'exercice
de ce recours, compromettant ainsi l'accès à la justice pour les personnes
vulnérables qui ont besoin de cette mesure de protection.
Nous voulons par ailleurs saluer les
diverses mesures d'aide aux personnes victimes proposées par le projet de loi,
notamment les mesures d'assistance lors d'un témoignage et la possibilité de
faire la preuve d'une infraction criminelle en matière civile. Notre mémoire
renferme des pistes d'optimisation à ces mesures.
Au niveau du droit de la preuve, nous
accueillons avec enthousiasme la présomption de faits non pertinents que le
projet de loi intègre au Code civil du Québec ainsi qu'à plusieurs autres lois.
Nous recommandons d'ailleurs qu'elle soit également ajoutée au Code des
professions, puisqu'une telle présomption faciliterait l'administration de la
preuve par les ordres professionnels dans les dossiers d'inconduite sexuelle.
Les faits présumés non pertinents, au
nombre de six, constituent une codification des enseignements des tribunaux
relatifs aux mythes et stéréotypes persistants dans le domaine judiciaire.
Depuis les trois dernières décennies, la jurisprudence de la Cour suprême a
clairement établi que la preuve fondée sur de tels mythes et stéréotypes est
inacceptable, que ceux-ci n'ont plus leur place en droit canadien.
En terminant, le Barreau du Québec
souhaite que le projet de loi soit mis en oeuvre rapidement et que les mesures proposées
portent fruit, afin de mieux protéger les personnes victimes de partage non
consensuel d'images intimes, ainsi que, de manière plus générale, les personnes
victimes de violences sexuelle, conjugale ou familiale. D'autres commentaires
se trouvent dans notre mémoire.
Nous vous remercions encore une fois pour
cette invitation et sommes disposés à répondre à vos questions. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. Merci,
M. le Président. Me Nadeau, Me Le Grand Alary, bonjour. Merci de
participer aux travaux de la commission relativement au projet de loi n° 73,
la loi visant à contrer le partage d'images intimes. Merci de représenter le
Barreau du Québec.
Je voudrais échanger avec vous, là, sur le
fait que, dans le projet de loi, on a fait en sorte qu'un <jugement...
M. Jolin-Barrette :
...sur
le fait que, dans le projet de loi, on a fait en sorte qu'un >jugement
en matière civile, notamment en matière de responsabilité civile, qui condamne
à des dommages-intérêts un défendeur pour des gestes à caractère sexuel,
notamment une agression sexuelle, supposons que la personne a commis des gestes
de nature sexuelle à l'endroit d'une victime et qu'on en est à 100 000 $,
bien, on abolit le délai de prescription pour la validité du jugement, parce
que les jugements sont valides pour 10 ans.
Alors, j'aimerais vous entendre sur cette
proposition-là, la position du Barreau, sur le fait que la personne qui obtient
un jugement va pouvoir l'exécuter, la vie durant, dans le fond, il n'y aura
plus de délai de prescription de 10 ans. Donc, si jamais la personne est
insolvable au moment du prononcé du jugement et qu'elle devient solvable à la
15e année après le jugement, bien, la personne victime va pouvoir faire
exécuter son jugement. Je voulais savoir qu'est-ce que vous pensiez de cette
mesure-là.
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Me Le
Grand Alary, je vous laisse répondre.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Oui,
merci. Merci pour la question. C'est un point qu'on salue dans notre mémoire,
effectivement. Il faut comprendre que... Puis il y a eu des modifications au
fil des années au niveau du délai de prescription pour obtenir un jugement, là,
c'est-à-dire après une demande en justice, soit pour des faits de nature
sexuelle ou d'autres faits en matière d'agressions sexuelles ou d'infractions
criminelles. Le Barreau a appuyé ces mesures-là puis l'extension du délai de
prescription.
On considère ici que l'abolition du délai
de prescription de 10 ans, le rendre imprescriptible, le... au niveau du
jugement, bien, c'est une excellente mesure, en fait, là, qui va permettre, si,
par exemple, la personne est insolvable, d'attendre qu'elle le devienne pour
l'exécuter. Je crois que les arguments qu'on entend souvent au niveau du délai
de prescription, c'est-à-dire que les témoins peuvent avoir oublié leur
version, tu sais, si on remonte à quelque chose qui remonte à plusieurs années,
où la preuve matérielle peut avoir été perdue ou d'autres choses, c'est des
arguments qu'on peut comprendre en matière de prescription lorsqu'on est comme
en demande principale pour obtenir le jugement. Mais, lorsque le jugement a été
obtenu, ces questions-là ont déjà été réglées. On a un jugement qui est entré
en force de choses jugées, et donc on ne voit pas d'enjeu à ce qu'il soit
imprescriptible, là, pour l'exécution puis aussi pour favoriser, là, pour la
victime, son... l'exécution du jugement si la personne... le défendeur devient
solvable par la suite.
M. Jolin-Barrette : OK. Bien,
vous avez bien raison de le dire, on a modifié la loi également. Ma collègue,
la présidente du Conseil du trésor, a fait adopter le projet de loi n° 55, justement pour abolir le délai de prescription en
matière de violences subies pendant l'enfance, de violence sexuelle, de
violence conjugale, qui faisait suite à un projet de loi que j'avais déposé
dans l'opposition. Puis, pour nous, c'était très clair qu'on voulait envoyer un
signal que le simple écoulement du temps ne fait pas en sorte que ça va
empêcher les victimes de violence sexuelle agressées sexuellement d'obtenir
réparation. Donc, c'était un des objectifs. Puis, dans le fond, le fait que les
jugements, désormais, n'auront plus de délais de prescription aussi dans ces
matières là, bien, ça complète ce que nous avions proposé.
Je voudrais vous entendre également sur...
un peu sur un même sujet, là. Dans le projet loi, on prévoit que, lorsqu'il y a
une condamnation criminelle, supposons encore en matière d'agression sexuelle,
on va pouvoir, s'il y a une demande en matière civile, en responsabilité civile
notamment, simplement déposer le jugement en matière criminelle, et la personne
victime demanderesse n'aura pas à faire la preuve de la faute parce que le
jugement va faire établir que la faute... la faute est versée en matière
civile. Donc, comment vous réagissez par rapport à cette mesure-là, du fait que
la victime n'aura pas à réprouver, donc n'aura pas à témoigner sur les éléments
de la faute pour éviter justement qu'elle doive relater les mêmes faits au
tribunal en matière civile?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Bien,
d'une part, dans notre mémoire, on suggère de peut-être clarifier la
disposition afin d'être certain que tout le monde comprenne s'il s'agit d'un
renversement de fardeau de preuve, s'il s'agit d'une présomption simple qui
peut être renversée ou d'une présomption irréfragable... irréfragable, excusez-moi,
qui ne peut être renversée. C'est ce qu'on suggère dans notre mémoire. Et pour
ce qui est... Et je comprends de votre intervention, M. le ministre, que votre
avis est qu'il s'agirait d'une présomption qui ne pourrait être renversée. Et
puis, pour notre part, on est somme toute à l'aise avec une telle disposition.
• (18 h 40) •
M. Le Grand Alary (Nicolas) : J'ajouterais
juste... en fait, j'ajouterais juste qu'effectivement c'est important d'éviter
de revictimiser la personne victime. Donc, on appuie, effectivement, cette
mesure-là, mais je pense juste qu'il y a peut-être... Quand on regarde l'état
du droit au niveau de la jurisprudence, sur quelle est la force probante d'un
jugement, on est sur, souvent, une espèce de présomption ou, en tout <cas...
M. Le Grand Alary (Nicolas) :
...une
espèce de présomption ou, en tout >cas, un caractère réfragable. Si vous
voulez que ce soit clair que ce soit présomption irréfragable, peut-être le
préciser plus... de manière plus spécifique au libellé, là, ce qui est... ce
qui est vraiment à notre effet. Nous, on n'avait pas de commentaire au niveau
de la force que vous vouliez lui accorder. Je pense que l'important, c'est au
niveau d'éviter de revictimiser la personne.
M. Jolin-Barrette : OK. Sur
l'ordonnance civile de protection, là, on a fait le choix de diminuer le
fardeau de preuve qui est sur les épaules de la personne victime, donc d'y
aller avec la crainte plutôt que de démontrer que c'était un état de fait.
Est-ce que vous avez des commentaires par rapport à cette proposition-là?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Me Le
Grand Alary?
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Non,
pas sur ce point-là. Au niveau de l'ordonnance civile de protection, on
avait... tu sais, le Barreau avait été interpelé, là, dès 2016, lors de la
création, là, de l'ordonnance civile de protection, au niveau de son
utilisation. Puis, avec le temps, on a formulé des commentaires sur le fait que
c'était peut-être un outil qui n'était malheureusement peut-être pas assez
utilisé. Donc, la mise en place de nouveaux critères qui vont favoriser
l'obtention, puis peut-être d'aller vers ce mécanisme-là au lieu d'aller vers
le 810 du Code criminel, qu'on a vu dans plusieurs endroits, c'est quelque
chose qui peut effectivement aider.
Ce que vous avez pris connaissance, dans
notre mémoire, au niveau de l'ordonnance civile de protection, on était
beaucoup sur le mécanisme, les coûts puis la durée de l'ordonnance, au final,
là, mais au niveau des critères, je crois, c'est quelque chose qui s'oriente au
niveau de ce qu'on veut faire en matière de protection des personnes victimes.
Puis il y a aussi une... On salue, également, tout le nouveau mécanisme
d'ordonnance provisoire avec les délais en urgence puis l'obtention de
l'ordonnance permanente par la suite, là. Je pense que tout ça, c'est un
mécanisme qui est intéressant pour les personnes victimes puis qui va... qui
devrait porter fruit, parce qu'on voit que même dans la jurisprudence... que ça
demeure peu utilisé, là, actuellement.
M. Jolin-Barrette : Donc,
renseignez-moi, je comprends, pour vous, que vous ne souhaiteriez pas... bien,
en fait, vous souhaiteriez abolir le délai de trois ans pour la validité
de l'ordonnance civile de protection?
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Effectivement.
Il faut comprendre qu'une ordonnance civile de protection, c'est
essentiellement un peu comme une injonction. Si on regarde les règles du Code
de procédure civile, normalement, une injonction peut être faite de manière
permanente. Donc, on ne verrait pas pourquoi il y aurait un délai, là, de... un
délai de trois ans pour sa validité. Puis c'est aussi d'éviter de demander
aux personnes victimes d'aller redemander un prolongement, qu'elles soient
émises de nouveau, ou des modifications. Si jamais il y a un changement de
situation qui nécessite que l'ordonnance soit retirée, bien, l'autre partie
peut toujours le faire, je pense que Me Nadeau l'a évoqué dans
l'allocution, il peut faire la demande de modification ou d'annulation de
l'ordonnance, puis il y aura une audition à cet effet-là.
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Effectivement,
la personne visée par l'ordonnance aurait le fardeau, elle, de demander à ce
qu'elle soit suspendue ou annulée, plutôt que de faire porter le fardeau à la
victime d'y retourner à une période déterminée, soit de trois ans ou soit
de plus, pour demander le renouvellement de l'ordonnance.
M. Jolin-Barrette : Parce
que, là, c'est vraiment la... une ordonnance en soi, là, ce n'est pas... ce
n'est pas une injonction, c'est... on crée vraiment l'ordonnance de protection
sur... sur l'ordonnance.
Le CAVAC, tantôt, nous a dit : Nous,
on serait à l'aise avec une durée de cinq ans. Qu'est-ce que vous pensez de
cinq ans pour la validité de l'ordonnance civile de protection?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Bien,
considérant qu'on vous suggère qu'elle ait une durée indéterminée, je vous
dirais qu'on ne peut pas s'opposer à ce qu'elle soit plus longue que trois ans,
là, mais la position du Barreau est à l'effet qu'on pourrait faire reposer sur
les épaules de la personne visée par l'ordonnance le fait de retourner devant
le tribunal pour en demander l'annulation.
M. Jolin-Barrette : Peut-être
une dernière question avant de céder la parole à mes collègues, sur la question
de l'aide au témoignage. On vient prévoir, là, dans le projet de loi, là, qu'on
va pouvoir témoigner à distance si jamais on est victime de violence sexuelle
ou violence conjugale en matière civile. Le juge devra l'ordonner, si on a une
attestation. Même chose, accompagnement d'une personne de confiance dans la
salle d'audience pour témoigner, ou d'un chien d'assistance. Donc, on vise à
incorporer ce qui se fait pas mal en matière de tribunal spécialisé en matière
de violences sexuelle et conjugale, donc d'aider, de créer un sentiment de
sécurité pour rendre à l'aise, sous réserve, bien entendu, que le tribunal pourrait
apprécier la crédibilité, mais le fardeau va être sur la cour. Est-ce que le
Barreau est à l'aise avec ces mesures-là d'aide au témoignage?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Nicolas,
je te laisse.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Oui,
tout à fait... Oui, merci. Oui, tout à fait, on est à l'aise avec ces
mesures-là. On vous suggère certains points, là, peut-être plus techniques dans
le mémoire, notamment au niveau de ce qui se fait dans le Code criminel en
matière <des...
M. Le Grand Alary (Nicolas) :
...de
ce qui se fait dans le Code criminel en matière >des... notamment aux
personnes mineures puis aux personnes ayant une déficience, là, c'est le terme
employé par le Code criminel. Il y a certaines mesures qui ne sont peut-être
pas exactement prévues dans le Code de procédure civile, là, l'utilisation de
paravent, écran, et autres, il y en a qui sont aussi prévues au Code de
procédure civile. Je pense qu'il y a... il y a une panoplie d'outils pour
les... pour les tribunaux. L'utilisation d'un chien spécialement formé
également, c'est quelque chose qu'on salue. Il y a beaucoup de... il y a... il
y a beaucoup de mesures là-dedans qui vont permettre de faciliter le
témoignage.
Puis, en même temps, ça demeure sur la
cour. Et on voit, je crois, à l'article 279, comme modifié du Code de
procédure civile, que le tribunal peut ordonner le témoignage en personne si
jamais il y aurait un juge sur l'appréciation de la crédibilité du témoin.
Donc, on maintient pour le tribunal la possibilité de le faire lorsque les circonstances
l'exigent, mais le tout, dans l'objectif de favoriser, là, la personne victime,
là, de favoriser son passage dans le processus judiciaire.
M. Jolin-Barrette : OK. Peut-être
une vraie dernière question, là. Sur la question de la formation avec le tribunal
spécialisé en matière de violences sexuelle et conjugale, on a mis une
obligation de formation pour tous ceux qui interviennent au tribunal
spécialisé. En matière civile, en matière familiale, là on va offrir la
formation aussi aux acteurs qui sont là. Je voulais vous demander : Qu'en
est-il par rapport à la magistrature sur la formation? Parce que, quand on a
fait le projet de loi sur le tribunal spécialisé, pour les juges de la Cour du
Québec, les juges de paix magistrats puis les juges des cours municipales, ceux
que le gouvernement du Québec nomme, on a prévu qu'au moment du dépôt du
formulaire de la candidature, les juges devaient s'engager à suivre une
formation. Même chose pour les juges suppléants. Donc, ceux qui décident de
prendre la retraite et qui souhaitent continuer à siéger, ils doivent s'engager
ou avoir suivi la formation avant qu'ils puissent être désignés par le
gouvernement du Québec à titre de juges suppléants, ce qui est... ce qui est...
ce qui est en cours de fonction et couvert par le Conseil de la magistrature.
Mais je voudrais entendre le Barreau sur
la formation de la magistrature. Est-ce que vous avez des pistes de solution à
suggérer au législateur relativement à la formation de la magistrature, que ce
soit pour la Cour supérieure ou que ce soit pour la Cour du Québec, considérant
le fait que la majorité des dossiers en matière familiale se retrouvent à la
Cour supérieure, des litiges en matière civile peuvent être à la fois à la Cour
du Québec ou à la fois en Cour supérieure, en fonction du montant? Mais je
voudrais vous entendre sur la formation par rapport à la magistrature, s'il y a
des avenues qui devraient être entreprises par le législateur.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : C'est
une excellente question. Je pense qu'on avait salué, à l'époque, là, les
modifications au niveau de la formation, l'engagement à suivre la formation en
matière de violences sexuelle, conjugale, qui a été fait. Mettons, au niveau du
partage d'images intimes, est-ce qu'on pourrait faire la même chose? Ça ne fait
pas l'objet du... Ce n'était pas dans le projet de loi, puis on n'a pas de
commentaire nommément à cet effet-là. Mais je pense que tous s'entendent, puis
je pense que tous les acteurs s'entendraient pour dire que c'est important, la
formation de tous les acteurs, incluant la magistrature.
Donc, pour ce qui est des juges de
nomination fédérale, par exemple à la Cour supérieure, bien, c'est sûr qu'au
niveau de... on a... on n'a peut-être pas de solution aujourd'hui, là, puis de
piste là-dessus, mais effectivement, c'est quelque chose à explorer, que ce
soit en collaboration avec le Conseil de la magistrature ou avec la cour
elle-même, sur les orientations, là, qui pourraient être prises sur ce qui
pourrait être fait comme formation. Mais, je pense, c'est pas mal le plus loin
qu'on peut... qu'on peut aller parce que ça n'a pas fait l'objet de
commentaires dans notre mémoire.
M. Jolin-Barrette : Excellent!
Bien, écoutez, merci beaucoup pour votre présence en commission parlementaire.
Je vais céder la parole à mes collègues. Merci.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Merci
à vous.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de... M. le député
de Saint-Jean, pour 2 min 58 s.
M. Lemieux : Presque trois minutes.
Le Président (M.
Bachand) :Presque trois.
M. Lemieux : Il n'en reste
plus rien que 2 min 50 s. Merci, M. le Président. Me Nadeau, Me Le
Grand Alary, content de voir revoir, en passant. Monsieur... Me Nadeau, je
ne sais pas pourquoi, mais, si vous étiez là déjà, en CI, depuis quelques
années, vous étiez en grand nombre, puis je vous... en tout cas, je...
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : C'est
mon baptême du feu, M. le député. C'est ma première présence en commission
parlementaire.
M. Lemieux : Il me semblait
aussi. Bien oui, il me semblait aussi, bon. Bien, je vais commencer par les
fleurs d'abord. Puis je n'aurai peut-être pas le temps pour le... non, je n'ai
pas de pot. Parce que, tout au long de votre témoignage puis de vos réponses,
mais surtout dans votre présentation, je vais saluer le fait que vous ayez
salué autant de choses auxquelles nous tenions beaucoup en déposant ce projet
de loi, et même la dernière réponse au sujet de la formation sur la
magistrature. Effectivement, en parlant à d'autres témoins, tout à l'heure,
j'avais remarqué qu'il y avait une petite hésitation. On parlait de formation.
Je pense que c'est les personnes responsables des maisons qui viennent en aide
aux femmes. Puis la personne répondait : Oui, peut-être qu'on pourrait
avoir plus de formation ici, plus <là...
M. Lemieux :
...qu'on
pourrait avoir plus de formation ici, plus >là. Puis j'ai relancé en
disant : Oui, puis la magistrature, et le... et le sourire auquel j'ai eu
droit était tellement éloquent. Alors, merci d'avoir contribué à la réflexion
du ministre dans cette dernière réponse.
• (18 h 50) •
Il ne me reste plus beaucoup de temps,
mais... puis la journée a été longue et on recommence demain avec le même
sujet, mais il y a une question que je pose à tout le monde. Je vais vous la
poser rapidement. On nous dit qu'il y a un adolescent sur cinq qui aurait déjà
reçu l'image intime d'une personne qui n'y consentait pas, mais seulement une
centaine de dossiers minimum par année, puis pas plus que 175 au criminel, en
chambre criminelle, pour ce type d'infractions. C'est donc... en tout cas, vu
de mon point de vue, c'est une avancée extraordinaire pour l'accès à la justice
pour tous ces gens-là, surtout si on parle des adolescents. Puis on imagine mal
puis on n'imagine même pas combien il peut y avoir d'adultes dans ce cas-là
aussi. Donc, on va... on va avancer. Et vous êtes non seulement d'accord avec
ça, mais vous êtes enthousiaste, sans vous mettre les mots dans la bouche.
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Bien,
vous avez raison de le dire, on souligne plusieurs, plusieurs bons coups du
projet de loi, et, notamment, je crois que, pour ce qui est des délais, par
exemple, certaines mesures, notamment le fait que le juge de paix magistrat va
pouvoir entendre les demandes d'ordonnances et autres, là, sont des... sont des
avenues qui font en sorte qu'effectivement l'accès à la justice devrait être
assuré pour un plus grand nombre de personnes, comme vous le soulignez.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup.
M. Lemieux : ...Me Le
Grand Alary. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député d'Acadie.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, bonsoir, Me Nadeau. Bienvenue pour votre première
participation, si j'ai bien compris, en commission parlementaire. Ça fait
plaisir. Me Le Grand Alary, bonsoir. Mais vous, vous avez... vous êtes un
habitué. Alors, content de vous revoir.
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre
mémoire. J'attire votre attention à la page 4 quand vous faites une
référence à l'article 2 et que vous soulignez que l'article pourrait être
rédigé différemment pour en augmenter sa clarté et son utilisation. Si jamais
vous avez une proposition pour le gouvernement ou l'opposition officielle, ça
nous fera plaisir de la recevoir, et à ce moment-là, on pourra travailler...
travailler avec ça. Parce qu'évidemment, vous avez raison, la loi doit être
claire et bien compréhensible pour, évidemment, les citoyens et citoyennes.
Le projet de loi prévoit qu'il y a une
demande qui pourrait être faite en ligne. J'imagine que vous êtes d'accord avec
cette proposition-là.
Des voix : ...
M. Morin : Parfait. Excellent!
J'attire également votre attention à l'article 9 du projet de loi quand on
parle d'une modification du Code de procédure civile et des aides au
témoignage. À l'article 9, il y a différentes aides qui sont prévues. Il y
a des groupes qui nous ont dit que ce n'était pas clair si ces types d'aides là
pouvaient être cumulatives, c'est-à-dire avoir un... quelqu'un qui assiste
puis, en plus, avoir un chien spécialement formé. D'après vous, est-ce que le
libellé permet le cumul des aides ou si ce n'est pas clair?
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Je
pense que tout est une question de lecture. Et je crois peut-être que... si
vous regardez ce qu'on a fait dans le mémoire au niveau... puis j'évoque votre
premier... votre première réflexion sur l'article 2, là, puis ça va nous
faire plaisir de regarder si le libellé... je pense... je pense que... Je vais
vous donner un exemple. Si on met plusieurs avocats dans une pièce et chacun
ont leur propre interprétation de l'article, il y a peut-être un problème de
clarté à dégager de ça. Peut-être, effectivement, que ça pourrait être plus
clair que les mesures soient cumulatives. Moi, ma lecture rapide ne fait pas
état, là, que ce soit limitatif, mais si c'est quelque chose qui a été soulevé
et qu'on... il n'y a rien qui empêche que ce soient des mesures cumulatives
d'aide aux témoignages, c'est quelque chose qui pourrait être, effectivement,
précisé, là.
Nous, on avait certains commentaires
peut-être techniques sur l'accréditation des chiens formés, là, pour
l'assistance judiciaire puis des... la panoplie des mesures à 279 du Code de
procédure civile. Donc, je pense qu'on s'inscrit dans cette lignée-là, là, de
vouloir en favoriser le témoignage de la personne victime puis s'il y a
certaines mesures qui le permettent.
Puis, encore une fois, comme je l'ai dit
dans une réponse précédente, le tribunal conserve la possibilité d'ordonner aux
témoins d'être présents ou de mettre en place les mesures ou non. Sur certains
cas, il y a... Tout ça pourra être jugé, là, selon les circonstances. Donc, s'il
y a un cumul de mesures, là, ce n'est pas... c'est peut-être quelque chose à
réfléchir.
M. Morin : Je vous remercie.
Vous avez fait référence à certains éléments plus techniques pour <l'accréditation...
M. Morin :
...Vous
avez fait référence à certains éléments plus techniques pour >l'accréditation
du chien d'assistance. Est-ce que vous pouvez développer davantage?
M. Le Grand Alary (Nicolas) : En
fait, c'est juste... Quand on regarde, c'est quelque chose qui existe dans
d'autres juridictions au Canada depuis plusieurs années. L'expérience dans ces
juridictions-là, normalement, on va vers un programme accrédité, là, d'animaux
d'assistance, notamment des chiens d'assistance juridique. Je ne sais pas s'il
y a une intention d'avoir un décret qui nomme un organisme accréditeur ou qu'il
y ait... ou que ce soient des animaux qui soient des chiens qui soient, par
exemple, fournis par le ministère de la Justice ou un organisme affilié. Ah!
bien, c'est peut-être des pistes à réfléchir, là, au niveau de la... du
balancement entre l'aide au témoignage puis le décorum de la salle d'audience,
là. Quand on regarde ce qui s'est fait dans d'autres juridictions, il y a
peut-être eu des fois des... je ne vais pas dire des dérapages, mais il y a eu
des cas qui ont nécessité de recentrer les règles. Puis ce qu'on voit
normalement, c'est la présence d'un certain mécanisme d'accréditation de ces
animaux-là. C'est vraiment juste ça, là.
M. Morin : ...en fait, c'est
un excellent point que vous mentionnez, Me Le Grand Alary. Ça permettrait
aussi de s'assurer que l'État va financer l'achat des chiens d'assistance,
parce que, sinon, ça devient très difficile pour les organismes qui aident des
victimes à acquérir ces chiens-là. Parfait.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Effectivement.
M. Morin : Merci. Également,
quand on parle au début de l'ordonnance pour empêcher le partage sans le
consentement d'images intimes, la procédure qui est identifiée, choisie par le
législateur, c'est un juge de la Cour du Québec ou un juge de paix magistrat.
Sauf qu'ici, ma compréhension, c'est qu'on est en matière civile. Est-ce que,
pour vous, ça pose un enjeu? Est-ce qu'on est en train d'étendre la compétence
du juge de paix magistrat à la chambre civile? Ça pose-tu un problème dans la
règle de nomination? Est-ce que c'est quelque chose qu'on devrait regarder?
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Le
Barreau appuie le fait, là, de permettre aux juges de paix magistrats, là, de
rendre ces ordonnances-là. Effectivement, les juges de paix magistrats,
normalement, exercent plus en matière pénale et criminelle, mais, quand on
regarde leurs attributions, notamment à l'annexe V de la Loi sur les
tribunaux judiciaires, on voit qu'ils peuvent présider, là, les procès en
matière pénale et criminelle de manière concurrente, là, avec les juges de la
Cour du Québec. C'est sûr que la majorité des dossiers qui leur sont soumis,
là, je pense que leurs... leurs dossiers majoritaires, c'est l'émission de
mandats, l'émission d'ordonnances, notamment en matière criminelle, matière
pénale, mandats de perquisition et autres, donc, ils sont habitués déjà à juger
sur requête dans des auditions ex parte, hors de la présence des parties. Donc,
le mécanisme proposé colle avec... pour l'émission, là, de l'ordonnance, là,
sur le dossier, suite à la... à la complétion d'un formulaire par la partie
demanderesse. Je pense que ça va de soi, avec leurs attributions.
Nous, ce qu'on propose... En fait, le seul
commentaire qu'on fait sur les juges de paix magistrats, c'est que, si on va à
une audition en contestation à l'article 15 du projet de loi... en fait, à
l'article 15 de la loi, là, édicté par le projet de loi, on propose que ce
soit un juge de la Cour du Québec, là, qui se prononce parce que, là, il
pourrait avoir d'autres enjeux là-dessus, au niveau, là, d'un débat
contradictoire, il y a d'autres choses. Donc, là-dessus, ce serait de
compétence de la Cour du Québec. Mais, pour l'émission initiale de
l'ordonnance, effectivement, là, le projet de loi octroie aux juges de paix
magistrats puis le Barreau appuie cette mesure.
M. Morin : Très bien, je vous
remercie. Évidemment, compte tenu de la vitesse à laquelle les images sont
diffusées ou partagées sur Internet, il faut agir vite. Je comprends que la
demande, elle, peut être faite ex parte.
Maintenant, s'il y a... s'il y a une
contestation, entre autres, l'article 17 soutient et indique la règle que
l'audience doit se tenir à huis clos. Il y a quand même une exception lorsque
les parties sont majeures. Avez-vous des enjeux avec le fait que la règle
serait que l'audience va se tenir à huis clos, compte tenu évidemment de
l'importance pour la population d'avoir accès aux cours de justice?
• (19 heures) •
M. Le Grand Alary (Nicolas) : C'est
sûr que, comme principe général, je pense, c'est important, la publicité des
débats, c'est sûr. C'est sûr que l'article proposé par le projet de loi le
mentionne, que ça s'applique malgré l'article 23 de la charte, où on
reconnaît... là, la charte québécoise reconnaît l'importance, là, des auditions
publiques. Mais, considérant la nature du type de dossier, c'est le type
d'exception qu'on peut retrouver ailleurs. Et nous, je crois qu'on essaie de...
Il y a déjà une exception qui est prévue que le tribunal peut le lever. Nous,
on propose d'ajouter que la personne victime, là, que la partie demanderesse
puisse demander également la levée du huis clos dans un processus de guérison
puis de reprise de pouvoir, ce qu'on voit souvent...
19 h (version révisée)
M. Le Grand Alary (Nicolas) : ...du
huis clos dans un processus, là, de guérison puis de... de reprise de pouvoir,
ce qu'on voit souvent en matière de procès pour agression sexuelle.
Il faut comprendre qu'en matière
criminelle il y a également des dossiers qui sont... qui peuvent être à huis
clos, on le voit en matière de protection de la jeunesse, dans d'autres
domaines, en famille. Il y a différents domaines.
Puis, peut-être, Me Nadeau, il y a...
vous avez d'autres exemples, là, mais il y a plusieurs exemples sur ce type de
dossiers-là qui peuvent être à huis clos, là.
M. Morin : J'ai une
dernière... dernière question, parce qu'il y a un élément, je trouve, qui est
important que vous avez soulevé.
Le projet de loi va modifier différentes
lois pour s'assurer qu'il y a certains éléments qui vont être présumés non
pertinents. Vous l'avez identifié, on ne mentionne pas le Code des professions.
Personnellement, je pense, ça pourrait être un ajout intéressant. Vous le
soulignez également.
Est-ce que le fait que... Quand il y a ce
type d'enjeux qui sont... en fait, ou manquements par un professionnel en lien,
par exemple, avec de la violence à caractère sexuel ou violence conjugale, vous
suggérez que dans le code de professions... ou dans le Code des professions,
ces mêmes éléments-là pourraient être jugés non pertinents et que ce serait
utile?
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Oui,
effectivement. C'est sûr que l'infraction spécifique au Code des professions,
là, à laquelle on va rattacher souvent les... la notion de violence à caractère
sexuel, c'est l'article 59.1, qui précise qu'un professionnel ne peut pas
abuser ou utiliser la relation professionnelle qu'il a avec un client pour
tenir des propos abusifs à caractère sexuel, abuser de la personne. Toute la
notion d'inconduite sexuelle passe par cet article-là.
Mais effectivement il peut y avoir des cas
où ça va être pertinent, là, d'exclure peut-être certaines... certains éléments
qui pourraient être non pertinents, là, selon la jurisprudence constante de la Cour
suprême sur ce qui est pertinent ou non en matière, là, d'infractions de nature
sexuelle, donc...
Puis on le voit dans une panoplie de lois.
On l'ajoute au Code civil, mais vous avez la Loi sur la fonction publique, la Loi
sur les normes du travail. Je crois qu'on l'inclut dans la plupart des
différentes, là, lois qui peuvent avoir une composante ou avoir un dossier qui
va invoquer ce type de stéréotypes là, de mythes et préjugés là.
Donc, le Code des professions peut être
une... également, là, une voie à inclure là-dedans, là, au niveau de l'interdiction
d'utiliser ces éléments non pertinents là.
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : En
fait, on ne voit aucune raison pour lesquelles... pour laquelle ce ne serait
pas également ajouté au Code des professions. Ce serait tout à fait logique que
ce le soit, au même titre que ce l'est dans les lois qui ont été nommées par Me Le
Grand Alary.
M. Morin : Parfait. Alors, Me Nadeau,
Me Le Grand Alary, merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le député d'Acadie.
Mme la députée de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Merci de votre
présence et de votre mémoire. J'ai seulement une question. Je voulais savoir la
position du Barreau... En fait, une précision, parce que vous parlez entre
autres... vous parlez qu'à l'article 15, là, où il y a une permission
également...
En fait, avec la demande d'annulation.
Vous vous positionnez... ou, en fait, vous dites que la compétence devrait être
un peu différente à cause de cette procédure d'annulation là? Vous souhaiteriez
que ce soit traité... Peut-être juste nous expliquer, là, quel est le
raisonnement qui suit cette proposition-là.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Je
comprends que vous visez le cas de figure, où lorsqu'on est dans une... dans
les 30 jours, là, de l'émission de l'ordonnance, il y a une audition, là,
si le... si le défendeur, essentiellement, décide de contester. Où ce débat-là
devrait avoir lieu...
Mme Nichols : À l'article 15.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Exactement,
à l'article 15. Considérant, là, les... considérant les enjeux potentiels
d'une telle contestation, la façon qu'il peut y avoir des moyens de défense, il
peut y avoir des enjeux contractuels également, c'est quelque chose qui a été
évoqué, bien, ce type de débat là peut-être sied mieux à la Cour du Québec, là,
un juge de la Cour du Québec qu'un juge de paix magistrat, qui a clairement les
compétences pour le faire, mais peut-être n'a pas... n'a pas forcément l'habitude
de présider des ordonnances, des auditions contradictoires.
Peut-être, Me Nadeau, sur le... tu
sais, le caractère peut-être contractuel ou le... les débats qu'il pourrait y
avoir sur... Ce n'est pas uniquement...
Il faut démontrer la fausseté des
allégations, je crois, là, l'insuffisance ou la fausseté des allégations de la
déclaration de la personne, là, initiale. Donc, il peut y avoir un débat, là,
judiciaire à ce niveau-là au niveau de la contestation, donc on le voyait plus
à la Cour du Québec.
Mme Nichols : Donc, sur cette
partie, vous suggérez qu'on précise que ce soit seulement à compétence Chambre
civile, la Cour du Québec?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Exact.
Mme Nichols : Parfait. Très
bien. Peut-être juste... Vous avez, d'emblée, là, ouvert votre... quand vous
avez commencé <votre...
Mme Nichols :
...Vous
avez, d'emblée, là, ouvert votre... quand vous avez commencé >votre...
vos explications, vous avez dit «couvrir l'ensemble des mesures par l'aide juridique.»
Vous parlez de l'ouvrir, de l'ouvrir à tout le monde, à tout le monde qui va
déposer une demande pour une ordonnance?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : On
suggère que ce soit un service qui soit... qui soit inclus, qu'il soit possible
d'être couvert par l'aide juridique, mais évidemment les critères
d'admissibilité demeuraient les mêmes.
Donc, si une personne a un revenu élevé
mais dépose une ordonnance, elle ne pourra pas avoir accès à l'aide juridique,
mais c'est une possibilité. Donc, dès lors que la personne est éligible par ses
revenus, elle pourrait avoir accès à l'aide juridique.
Mme Nichols : Oui. Les
critères seraient les mêmes, mais de l'ouvrir à l'ensemble des mesures.
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Les
critères d'admissibilité seraient les mêmes, mais il s'agirait d'un service qui
serait inclus, qui serait possible de... c'est ça, de recevoir les services de
l'aide juridique.
Mme Nichols : Très bien.
Merci.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Puis
ça peut inclure les personnes mineures également, là, tu sais, si des personnes
mineures sont couvertes.
Donc, tu sais, je pense que le panier
de... le panier de services... de l'inclure dans le panier de services de
l'aide juridique avec les conditions d'admissibilité.
Puis, ensuite, il y a d'autres
possibilités qui sont prévues dans le projet de loi, que des organismes ou
autres contribuent à remplir, là, ces mesures-là. Donc, je pense que ça offre
le service à la majorité, là, des... de la population.
Mme Nichols : Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, Me Le Grand Alary,
Me Nadeau. Merci beaucoup d'avoir été avec nous. Puis, Me Nadeau, Me Le
Grand Alary, on se dit à la prochaine, hein?
Alors donc, la commission ajourne ses
travaux au mercredi 30 octobre 2024, après les avis touchant les
travaux des commissions. Merci. Belle soirée!
(Fin de la séance à 19 h 07)