(Onze heures vingt-quatre minutes)
Le Président (M.
Bachand) :
À l'ordre, s'il vous
plaît! Bonjour, tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission des institutions ouverte.
La commission est réunie afin de poursuivre les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 91, Loi instaurant le Tribunal unifié de la famille au sein de la Cour
du Québec.
Avant de débuter, M. le secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
Le
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) est remplacée par M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne).
Auditions (suite)
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Donc, ce matin,
nous allons entendre les représentantes du Réseau des centres d'aide aux
victimes d'actes criminels, l'acronyme bien connu, là, les CAVAC. Alors, merci
beaucoup, mesdames, d'être avec nous ce matin. Alors, je vous inviterais
d'abord à vous présenter et à débuter votre présentation. Merci beaucoup.
Réseau des centres
d'aide aux victimes d'actes
criminels (Réseau des CAVAC)
Mme
Cormier-Gaudet (Marilie) : Donc, bonjour, Mmes, MM. les députés, mon nom est
Marilie Cormier-Gaudet, je suis la directrice générale du CAVAC, donc le Centre
d'aide aux victimes d'actes criminels du Centre-du-Québec. Je suis
accompagnée de ma collègue Sophie Gasse, directrice générale du CAVAC—Bas-Saint-Laurent.
Donc, je vais vous faire une brève mise en
contexte. Comme vous l'avez dit, je crois que vous commencez à bien nous connaître. Le réseau des CAVAC,
qu'est-ce que c'est? C'est 17 CAVAC, le regroupement des 17 CAVAC.
Les CAVAC sont souverains, dirigés par un conseil d'administration qui octroie
des pouvoirs à une direction générale. Donc,
la mission du réseau peut se décliner en deux grands volets, soit la promotion
des besoins des personnes victimes ainsi que la recherche des meilleures
pratiques, le tout dans un esprit de consensus. Au niveau des CAVAC, sur le terrain, on offre des services
psychosociojudiciaire à toute personne victime d'infraction criminelle, à ses
proches et aux témoins, le tout de façon gratuite. On a un très large
éventail de services, que je vais omettre de vous décliner aujourd'hui.
Donc, pourquoi nous sommes ici aujourd'hui? Vous
avez pu prendre connaissance, j'ose croire, de notre mémoire, celui qu'on a déposé. Donc, en fait, nos intervenants terrain
et nous-mêmes sommes en première ligne pour constater les conséquences
des diverses procédures judiciaires familiales, sur les personnes victimes
principalement. En ce sens-là, on accueille
très favorablement le projet de loi. Par contre, on va vous présenter quand
même quelques petites bonifications puis quelques points où on aimerait
attirer votre attention.
Je vais débuter tout de suite en parlant des
articles 37.1 et 37.2, de quatre grands volets, soit les délais, la
coordination entre les différentes chambres, la cohérence dans les jugements et
la multiplication des témoignages.
Donc, au niveau des délais, notre souhait, c'est
que le tribunal unifié n'amène pas de délais supplémentaires pour toutes les personnes qui font des démarches
judiciaires, principalement pour les personnes victimes. En ce sens-là, on
aimerait qu'une liste de... pardon, une liste de critères soit établie pour
prioriser certaines personnes. Notre souhait n'est pas que toutes les personnes victimes soient priorisées au
détriment des autres personnes qui utilisent le système judiciaire, mais
qu'un critère de sécurité soit mis pour prioriser certains dossiers.
Au niveau de la coordination entre les chambres,
on aimerait qu'il y ait un suivi rigoureux des délais, qu'une personne soit
attitrée comme personne-ressource pour faire le pont entre les diverses
chambres puis soit dédiée au suivi des dossiers.
Dans le même ordre d'idée, la cohérence dans les
jugements serait très importante pour nous et cette dite personne-ressource là pourrait agir de pont. On
est bien conscientes que la chambre criminelle n'est pas incluse dans le
tribunal unifié, mais je peux tout de même vous donner un petit exemple d'une
incohérence dans certains jugements. Donc, un jugement en chambre criminelle où
il y a un interdit de contact entre deux personnes puis un jugement en chambre de la famille qui donne des précisions au
niveau de l'échange de la garde d'enfant bien précise puis qu'il y a un
contact entre les deux personnes, donc, ce genre de situation, c'est ce genre
de situation là qu'on veut voir disparaître, le tout, évidemment, dans le
respect des droits et de la protection des renseignements personnels.
Mon dernier point
serait celui de la multiplication des témoignages. Notre souhait, ce serait
qu'il y ait... qu'il puisse y avoir un seul témoignage qui soit utilisé dans
diverses chambres lorsque les affaires sont connexes. Ce que ça pourrait faire,
c'est évidemment d'éviter la multiplication des témoignages, d'éviter de
répéter son histoire à plusieurs reprises, qui peut
causer une revictimisation puis un épuisement. Il pourrait y avoir des balises
claires qui seraient mises en place pour alléger le fardeau judiciaire des
personnes victimes. Donc, je vais, de ce pas, céder la parole à ma collègue
Sophie.
Mme Gasse
(Sophie) : Lors de l'ensemble des procédures, quelque soit la chambre,
pour nous, il est vraiment essentiel que l'accès à des mesures de protection
soit facilité puis facilement accessible aussi si la demande est faite, là, par
les personnes victimes, un peu à l'image, là, de ce qu'on voit à la cour
criminelle, là, pour éviter que les personnes soient, un, confrontées à leur
agresseur lorsque c'est évitable mais aussi pour faciliter, là, autant que
possible, leur témoignage lorsque c'est nécessaire qu'elles témoignent. Par
exemple, ça peut être de faciliter, là, l'accès aux mesures d'aide au
témoignage, par exemple la visioconférence, ou aussi en autorisant la présence,
là, d'une personne de confiance, peu importe la chambre.
• (11 h 30) •
Au niveau des
articles 416.1, 416.5, 419.2, donc on parle des mesures obligatoires, là,
comme la médiation, la conciliation, ce
qu'on souhaite souligner, ce qui est prévu... mais on veut vraiment souligner
encore plus l'importance, là, qui
doit être accordée à l'exclusion des personnes qui sont dans un contexte de
violence familiale ou conjugale, là, pour ces mesures obligatoires là,
donc que les personnes ne soient pas obligées de s'astreindre à ces mesures-là
lorsqu'elles sont dans des contextes de violence. Aussi, ça pourrait arriver,
là, que des personnes qui n'aient pas été à même de faire préalablement, là, la
demande d'exemption puis se retrouvent, par exemple, dans une situation de
médiation. Donc, on préconiserait que les personnes, là, qui effectuent la
médiation puissent avoir une formation pour être à même de déceler, de
dépister, là, les situations de violence, toute situation problématique, en
fait, les situations de contrôle coercitif puis avoir aussi, là, les outils
nécessaires pour agir, là, quand... que ces personnes-là puissent déceler, là,
ces situations-là.
Et aussi, comme toute
nouvelle avancée, quand on instaure des nouvelles pratiques, c'est sûr qu'on...
recommande, pardon, qu'un processus d'évaluation, là, en continu soit instauré
pour qu'on puisse s'assurer que la réalité
des personnes victimes est bien prise en compte au sein du tribunal unifié de
la famille et aussi pour mesurer, là, l'impact de toutes les nouvelles
mesures ou procédures, là, qui sont instaurées pour les personnes victimes.
Le
Président (M. Bachand) : Vous êtes très
efficaces, mesdames. Bravo! Alors, je me tourne maintenant vers le
gouvernement. M. le ministre, pour une période de 17 minutes d'échange. M.
le ministre.
M.
Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Mme Cormier,
Mme Gasse, bonjour, merci de participer aux travaux de la commission,
c'est un plaisir de vous retrouver.
Généralement, ce que
je constate de votre mémoire, c'est que vous êtes en accord avec la création
d'un tribunal unifié de la famille sur le principe, mais vous nous mettez en
garde relativement à certains éléments, donc notamment que les personnes
victimes soient bien accompagnées, ne se retrouvent pas dans une situation,
supposons en médiation, où elles sont
victimes de violence conjugale ou sexuelle puis qu'elles se retrouvent avec
leur agresseur. Ça, on l'a déjà prévu en faisant en sorte de prévoir
qu'elles peuvent simplement alléguer, et elles n'auront pas à aller en
médiation obligatoire. On a des groupes qui sont venus jeudi qui nous ont
dit : Écoutez, ce n'est pas suffisant, là, l'allégation, le simple fait de
le souligner, de dire : Bien, je ne veux pas aller en médiation, parce
qu'il y a de la violence conjugale, supposons, dans mon ex-couple. Certains
disaient : Bien, écoutez, on est peut-être mieux de faire comme dans le
cadre du projet de loi n° 73 qu'on a adopté, d'obtenir une
attestation d'un organisme. Qu'est-ce que vous pensez de ça? Est-ce que c'est
préférable d'avoir... en fait, de laisser la latitude d'inscrire uniquement :
Moi, je suis victime de violence conjugale, ou vraiment de devoir aller voir un
organisme qui atteste?
Mme Cormier-Gaudet
(Marilie) : M. le ministre, c'est en tout respect les organismes qui
ont déjà parlé, de notre côté, dans le
réseau des CAVAC, on prend pour acquis que ce que dit la personne victime,
c'est vrai. Donc, que la personne victime atteste simplement qu'elle a
été victime ou qu'elle vienne nous le dire à nous, pour nous c'est la même chose, et ça ajouterait seulement une
lourdeur bureaucratique pour les organisations, dont le réseau des CAVAC.
M.
Jolin-Barrette : Parce que, exemple...
Mme Gasse
(Sophie) : Je peux peut-être...
M.
Jolin-Barrette : Ah! allez-y, Mme Gasse.
Mme Gasse
(Sophie) : Je voulais juste ajouter, là, à ma collègue que parfois
aussi le fait que la personne doive faire une démarche auprès d'une
organisation peut être un frein supplémentaire. Ça fait qu'il peut y avoir les deux situations. Donc, je ne sais pas... Aussi,
les deux mesures pourraient être promises... permises, ou quelque chose
comme ça, parce qu'on peut voir aussi le contraire.
M.
Jolin-Barrette : Donc vous, vous dites : Le fait de venir frapper
à votre porte ou à n'importe quel autre organisme d'aide, de soutien aux victimes,
parfois, les personnes victimes ne le font pas, parce qu'elles ne sont pas
rendues là ou elles voient ça comme un fardeau. Ça fait que, si on exige ça, ça
fait en sorte que c'est plus complexe, supposons, que la simple allégation, de
dire : Bien, moi, je ne vais pas en médiation obligatoire parce que...
pour un motif sérieux?
Mme
Gasse (Sophie) : En fait, tu peux avoir les deux cas de figure. Il
peut y avoir les personnes qui sont déjà dans des services d'aide, que ce soit
le CAVAC ou tout autre service d'aide, mais il y a aussi les personnes qui ne sont pas encore allées, dans leur cheminement,
chercher de l'aide, puis c'est à ce moment-là où ça pourrait être une mesure, là, qui pourrait les empêcher, peut-être,
de demander une exemption, le fait d'avoir l'obligation de se présenter
dans une ressource.
M.
Jolin-Barrette : OK. Je voulais vous poser une question sur — vous
l'avez abordée un peu, là — la
question de la personne de confiance en
salle de cour. Est-ce que vous avez constaté, encore à ce jour, des situations
où le tribunal ne permet pas à une personne de confiance d'assister une personne
victime dans le cadre d'un témoignage, que ce soit en matière criminelle
ou en matière civile?
Mme Gasse
(Sophie) : En matière criminelle, je pense que là, c'est une pratique
qui est bien instaurée. Mais au niveau des chambres où... qui sont à huis clos,
c'est là où des fois ça peut... il peut y avoir certaines situations plus
complexes, là, ou plus difficiles.
M.
Jolin-Barrette : Donc, exemple, en jeunesse ou en familial huis clos?
Mme Gasse
(Sophie) : Exact.
Mme Cormier-Gaudet
(Marilie) : J'oserais ajouter qu'il y a aussi des situations où on
demande à une personne victime ou à une
personne mineure de choisir entre la personne de confiance et le chien de
soutien. Donc, c'est des enjeux qu'on voit.
M.
Jolin-Barrette : OK. Puis ça, je pense qu'on l'avait abordé dans le
projet de loi n° 73, où est-ce qu'on permettait les
deux, justement. Mais donc vous, à votre connaissance, vous voyez encore qu'il
y a des enjeux?
Mme Cormier-Gaudet
(Marilie) : Oui.
M. Jolin-Barrette : OK. Bon, je vais être
intéressé à connaître vos exemples plus précis. Vous nous communiquerez
ça.
Pour
ce qui est de la... de la question de la formation des juges, vous l'abordez,
là, dans votre... dans votre mémoire, là. On a prévu désormais... bien,
en fait, désormais, avec le tribunal spécialisé en matière de violences
sexuelles et conjugales, que tous les nouveaux juges doivent s'engager à suivre
une formation en matière de violences sexuelles, violences conjugales, tout ça. Est-ce que cette formation-là, elle est
suffisante pour la magistrature? Parce que c'est sûr que moi, je ne peux pas agir sur les juges qui
sont... qui ont déjà été nommés. Alors, bon, le Conseil de la magistrature est
chargé d'offrir des formations. On couvre les juges suppléants aussi qui
arrivent à leur retraite puis qui veulent continuer à siéger. Là aussi,
on l'a prévu dans la loi. Mais est-ce que la formation, selon ce que vous
constatez, elle est adéquate?
Mme Gasse
(Sophie) : C'est surtout important qu'elle soit mise à jour
régulièrement parce que les connaissances changent de façon régulière, on en
apprend de plus en plus. Donc, la mise à jour, ça, c'est vraiment quelque chose qui est très important qui soit
fait. Est-ce que c'est suffisant ou pas? Puis on comprend très bien aussi, là,
que c'est... que c'est à la discrétion, là,
de la magistrature d'aller suivre les formations. Mais j'oserais dire qu'on ne
peut pas avoir trop d'information, on ne peut pas être trop formés, là,
par rapport à ces problématiques-là qui sont... qui sont parties quotidiennes
de notre réalité, là, en cour criminelle particulièrement.
M.
Jolin-Barrette : OK.
Mme Cormier-Gaudet
(Marilie) : La magistrature est une figure d'autorité très importante
aussi pour les personnes victimes, ça fait
que le moindre geste, le moindre mot qui provient de la magistrature a un
impact important, là, sur les personnes victimes puis sur leur parcours
judiciaire.
M. Jolin-Barrette : OK. Êtes-vous consultées
par le Conseil de la magistrature pour le développement de ces
formations-là?
Mme Gasse
(Sophie) : Vous voulez dire le réseau des CAVAC?
M.
Jolin-Barrette : Oui, oui.
Mme Gasse
(Sophie) : Je n'ai pas l'information, M. le ministre. Je ne sais si ma
collègue...
Mme Cormier-Gaudet
(Marilie) : Je n'ai pas l'information non plus, mais, à première vue,
je ne crois pas.
M. Jolin-Barrette : OK. Bon, pour
l'aide au témoignage en matière civile, dans le fond, on a mis plusieurs mesures dans le cadre du projet loi n° 73, puis ça rentre graduellement en vigueur, là, au... c'était six mois
de l'adoption du
projet de loi. Donc, au plus tard, ce sera le 4 juin. Ça fait que c'est
sûr que, pour le tribunal unifié, ça va s'appliquer, les mesures qu'on a
mises dans le projet de loi n° 73 :
télétémoignages, paravents, chiens, mesures d'assistance, personnes de confiance aussi. Ça fait que tout ça
va entrer en vigueur avec, également, la création du tribunal unifié. Donc,
pour ça, je tiens à vous rassurer à ce niveau-là.
Pouvez-vous nous
décrire un peu ce que... ce que vous voyez sur le terrain? Supposons, quand...
lorsqu'il y a présence, supposons, un
dossier de violences conjugales... C'est parce que vous, vous intervenez
principalement en matière criminelle,
en matière pénale, et l'impact des procédures aussi, supposons qu'il y a un
dossier de violence conjugale, là, qui est à la cour, puis que les
victimes viennent vous voir, et le reste du processus judiciaire, qu'est-ce qui
arrive quand il y a présence de violence
conjugale? Qu'est-ce qui arrive avec la famille, la séparation, la garde, la
pension, DPJ? Là, j'imagine, vous avez plusieurs cas en tête que vous
avez déjà vécus. Pouvez-vous nous décrire c'est quoi, votre quotidien avec la
victime à travers ces différentes autres procédures là?
Mme Cormier-Gaudet
(Marilie) : Je vais laisser la parole à Sophie, là.
• (11 h 40) •
Mme Gasse (Sophie) : Ce qui est difficile,
c'est juste... c'est... Je vous dirais que le manque de communication, de
fluidité entre les différentes instances, c'est vraiment, je pense, ça, la
principale, là, difficulté pour les personnes victimes.
Tantôt, ma collègue parlait des fois, même, des contradictions qu'il peut y
avoir dans les conditions qui sont émises, par exemple à la cour
criminelle, ensuite à la DPJ par rapport à la cour en jeunesse. Des fois, il
peut y avoir des modifications qui sont à la discrétion de la DPJ, puis là le
criminel n'est pas avisé. Ça fait que c'est vraiment, là, je vous dirais, le manque de communication qui
ajoute une lourdeur après ça aux personnes victimes parce que, parfois,
c'est elles qui se retrouvent à faire le lien entre... parce que, parfois, là,
il y a le procureur, il y a leur avocat au familial, donc, parfois c'est elles
qui se retrouvent avec le fardeau de faire le lien, là, entre les différentes
personnes qui sont autour d'elles pour la représenter. Ça fait que ça, c'est
vraiment ça qu'on sent, là, cette lourdeur-là au travers des différentes
chambres.
M. Jolin-Barrette :
Puis le fait d'avoir désormais, là, le tribunal unifié aussi sous le même
chapeau de la Cour du Québec, parce que la majorité des dossiers criminels sont
à la Cour du Québec, ensuite on a jeunesse à la Cour du Québec, puis là on va avoir le tribunal unifié, le fait que ce
soit devant la même cour, que le même juge puisse suivre le dossier
jeunesse, famille, vous pensez que ça va aider?
Mme Gasse
(Sophie) : Absolument.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Assurément,
mais, comme on a précisé, puisque la cour criminelle est exclue, il
faudrait quand même qu'il y ait une personne, une personne dédiée pour faire ce
pont-là puis que le fardeau n'incombe pas à la personne victime.
M. Jolin-Barrette : Alors là, le poste de
coordonnateur judiciaire vise à développer cette expertise-là pour faire
le lien avec les différents dossiers. Qu'est-ce que vous en pensez, du poste de
coordonnateur judiciaire?
Mme Gasse (Sophie) : Je pense, M. le ministre,
que, sur le terrain, pour l'instant, ces postes-là ne sont peut-être pas
appliquées de cette façon-là, je pense qu'il y a peut-être d'autres tâches, là,
qui leur ont été assignées pour le moment. Mais, si ces personnes-là,
vraiment, assument leur rôle de coordonner tout ça, c'est sûr que, là, ça
serait... ça serait facilitant, là. Parce qu'il y a vraiment, là, un manque,
vraiment, de communication entre les différentes chambres, là, qui fait que ça amène de la confusion, même des
fois des contradictions. Puis ça peut mettre des fois, même, la sécurité,
là, des personnes en jeu, là.
M.
Jolin-Barrette : Ça fait que ce que ça vous prend, c'est quelqu'un qui
part de la chambre criminelle et pénale,
parce que, souvent, c'est le dossier qui chemine en premier, sauf en matière de
violence conjugale, puis que, là, il va faire le pont avec le dossier en
jeunesse, avec le dossier en familial.
Mme Cormier-Gaudet
(Marilie) : Exactement.
M. Jolin-Barrette : OK. Est-ce que vous avez
d'autres préoccupations par rapport au tribunal unifié que vous voulez
porter à l'attention des membres de la commission?
Mme Cormier-Gaudet
(Marilie) : Je pense que tous les éléments, là, qu'on avait apportés
ont été bien décrits dans le mémoire. On a souligné les principaux, là, de vive
voix, mais ça faisait... ça faisait le tour.
M.
Jolin-Barrette : OK. Peut-être une dernière question sur la... OK,
oui, bien, je vais céder la parole à mes collègues. Merci beaucoup pour votre
présentation. Merci pour votre présence en commission parlementaire.
Le
Président (M. Bachand) : Merci, Mme la
députée de Laval-des-Rapides, s'il vous plaît.
Mme
Haytayan : Merci, M. le Président. Bonjour, mesdames. Merci
pour votre temps. Côté délais, dans votre mémoire, vous vous disiez préoccupés
par les délais. Est-ce que... Nous, on est venu prévoir une médiation
obligatoire. Le
taux de réussite est bon, on l'estime à 85 %. Est-ce que vous croyez que
ça va pouvoir aider? J'aimerais vous entendre là-dessus puis sur vos
préoccupations sur les délais en général.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Si je
réponds, en premier lieu, à votre question, au niveau de la médiation, je pense
qu'assurément une médiation obligatoire peut désengorger et déjudiciariser
certains dossiers qui n'ont peu lieu d'être. Donc, assurément, là, c'est un bon
espoir, mais notre préoccupation était du fait de regrouper diverses chambres
ensemble, de ne pas allonger ces délais-là. On sait que des délais peuvent
garder les personnes victimes dans leurs symptômes, cristallisés leurs
symptômes parce qu'ils sont constamment replongés dans les événements. Donc,
c'était vraiment... Notre souci était à ce niveau-là.
Mme Haytayan : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Député de Saint-Jean.
M. Lemieux : Pour combien de temps,
M. le Président?
Le Président (M.
Bachand) : 4 min 30 s.
M. Lemieux : Merci, M. le Président.
Mmes Cormier, Gasse, bien le bonjour. Comme le ministre, je veux saluer
votre présence en commission parlementaire. Vous êtes notre première ligne dans
les palais de justice et dans nos
communautés. Et effectivement, même si notre ministre se fait fort de penser
régulièrement, souvent, tout le temps, dans plusieurs projets de loi,
aux victimes, d'entendre ce que vous avez à dire au moment où on est en train d'adopter
ces lois-là, c'est très important.
Vous avez parlé des juges avec le ministre, la
formation des juges, devrais-je dire. Et je vous écoutais puis je me disais : Oui, tout le monde marche un peu
sur des oeufs. On parle des juges, de la magistrature, bon, mais parlez-moi de
la réalité — j'ai
dit que vous étiez notre première ligne — la réalité de ce que vous
sentez. Vous avez comme conclusion, de ce qui se passe dans la vraie vie, là où
vous êtes à tous les jours, de ce que je pressens ou, en tout cas, j'entends,
un manque de formation. Ça se transfère comment sur le plancher des vaches?
C'est vécu comment par les victimes et vous?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Je
n'oserais pas généraliser, dans le sens où on a de très bons juges sur le
terrain. Par contre, c'est les petits détails, c'est la fois qu'il se passe
quelque chose qu'on retient, qui ressort, qui... qui peut fragiliser une
personne victime. Ça fait que c'est ces petits moments-là et... qu'on souhaite
éviter sur le terrain. En fait comme je disais, mais les mots qu'utilisent les
juges, je pense qu'on parle au niveau... une formation au niveau du langage. Au niveau contrôle coercitif, ma collègue l'a
nommé tantôt, mais de tous les impacts du contrôle, c'est quelque chose qui
n'est pas visible. Donc, quand on pose des questions sur des marques, des
blessures, mais que la plus grande violence, c'était une violence qui
était psychologique, bien, c'est à ce niveau-là qu'on veut sensibiliser et
qu'on veut former sur qu'est-ce que c'est aujourd'hui la violence conjugale,
qu'est-ce que c'est aujourd'hui du contrôle coercitif. Sophie, tu voulais
ajouter quelque chose, je pense.
Mme Gasse (Sophie) : Oui. Bien, je
me permettrais de dire qu'on entend encore, quand même quelquefois, à petite
échelle, certains mythes et préjugés par rapport à la violence conjugale, par
rapport à la violence familiale, tu sais,
les personnes qui doivent avoir plusieurs tentatives avant de quitter, même en
violences sexuelles, tu sais pourquoi les personnes n'ont pas dénoncé
avant. Donc, comme ma collègue, là, je dirais que, règle générale, on a des
très bons juges, mais la fois où on entend quelque chose comme ça,
effectivement, ça a un impact direct sur la vie d'une personne, là, d'une vraie
personne réelle. Donc, ça, c'est sûr que, lorsque ça arrive, c'est désolant.
M. Lemieux : Bien évidemment, il y a
des limites. Le ministre... pour le ministre, en tout cas, il y a des limites, donc ce qu'on peut écrire dans la loi
aussi. On ne peut pas dire aux juges d'aller se faire former. On peut demander
une formation avant d'entrer en poste, mais après ça c'est le Conseil de la
magistrature qui est maître à bord. Dans les circonstances, vous avez répondu
tout à l'heure que vous ne saviez pas, vous n'étiez pas capable de nous dire si
le Conseil de la magistrature vous a déjà
sollicité. Ce serait gentil de nous confirmer ça éventuellement, s'il vous
plaît, si vous pouvez faire des recherches.
Et, avec la minute et demie qu'il me reste, M.
le Président, je voudrais revenir, moi aussi, sur la médiation pour que vous
puissiez aider le ministre et nous aider en écrivant la loi après les
consultations. Je comprends votre problème, là, votre problème par rapport à la
médiation obligatoire, mais, en même temps, c'est tellement efficace, 85 % des 50 % de couples qui... qui vont
en médiation, ça règle le problème. Y a-tu une voie de passage que vous voyez, que
vous êtes capable de dire au ministre? Parce
que, juste de dire : Il ne faut pas que ce soit demandé, c'est comme trop,
là, tu sais. Mais est-ce qu'il y a
une voie de passage? Puis, ça aussi, si vous y pensez plus tard, parce que mon
temps achève, gênez-vous pas pour faire signe au ministre et à la
commission parce qu'on est en train de siéger.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Je peux
y aller très rapidement. J'ai entendu parler de la médiation individuelle. Ça peut sembler loufoque, dit comme
ça, mais, en fait, c'est de ne pas confronter la personne victime à son agresseur
et surtout à ses pouvoirs de... de manipulation. C'est des gens qui, parfois,
sont très habiles pour manipuler et... une personne externe qui pourrait être la médiatrice. Donc, si on
peut avoir une médiation qui est individuelle, donc la personne victime
avec un médiateur, puis, par la suite, de mettre ça en commun... Je pense qu'on
peut se permettre de rêver, là, vous demandez une...
M. Lemieux : Non,
non...
Mme Cormier-Gaudet
(Marilie) : Ça fait que...
M. Lemieux : Là,
c'est en plein ce que je cherchais comme idée. Vous êtes dedans, moi pas. Et le
ministre a très certainement compris votre proposition, votre suggestion. Je ne
trouve pas ça bête. Merci, M. le Président. Merci, mesdames.
Le
Président (M. Bachand) : Merci, M. le
député. M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci,
M. le Président. Alors, Mmes Cormier, Gasse, bonjour. Merci pour votre
mémoire. Merci aussi de nous consacrer du temps aujourd'hui. Si j'ai bien
compris, vous, vous êtes, entre autres, au CAVAC de Centre-du-Québec à
Drummondville. Alors, j'ai eu le privilège d'aller vous visiter. J'ai été très
bien reçu, d'ailleurs, je vous en remercie. Et, dans le Bas-Saint-Laurent,
évidemment, il y a... il y a Rimouski, bien sûr, mais il y avait un point de
service à Mont-Joli qui, je crois... est-ce qu'il est toujours fermé ou c'est
rouvert, ou...
Mme Gasse
(Sophie) : En fait, c'est les toutes les procédures judiciaires qui
sont transférées à Rimouski.
M. Morin : À
Rimouski.
Mme Gasse
(Sophie) : Mais le point de services du CAVAC demeure le point de
service à la communauté à Mont-Joli, là, et est toujours là, là.
• (11 h 50) •
M. Morin : Parfait.
Alors, je vous remercie pour cette mise à jour.
Je vais... je vais
vous parler de la médiation obligatoire, c'est... ça occupe beaucoup, comme vous
l'avez constaté, nos échanges ce matin, parce que c'est prévu dans le projet de
loi. Il y a plusieurs groupes qui nous ont dit que ce n'était vraiment pas une bonne idée. Le projet de loi, la
mécanique, la procédure permet aux gens d'être exemptés, mais il faut
pour ça déposer au greffe une déclaration avec des motifs sérieux. Je peux
comprendre qu'il y a, des fois... il y a des victimes qui ne veulent peut-être
pas déposer de déclaration avec des motifs sérieux pour toutes sortes de bonnes
raisons. Vous l'avez évoqué vous-même, avant de dénoncer, parfois, ça prend du
temps, puis ça, c'est documenté, c'est normal parce que ce n'est pas parce que
quelqu'un prend du temps, là, que c'est... c'est moins grave. Ça, c'est très, très clair dans mon esprit. Est-ce que c'est
quelque chose qu'on devrait... qu'on devrait laisser là où si on ne devrait pas simplement l'offrir puis,
après ça, bien, laisser aux parties le soin de décider. Il y a l'association
des notaires, on a posé des questions, puis ils nous ont dit : Écoutez, il
n'y a pas de souci, on est formés, puis, si jamais on voit qu'il y a une
tension, on peut faire des... en fait, de la médiation par corpus, on sépare
les gens. Sauf que ma question est la suivante : Souvent, dans le cas où
il y a du contrôle coercitif, c'est très difficile à détecter, puis vous comprendrez que moi, comme député de l'opposition
puis évidemment un membre du Parlement, ça, c'est un élément qui vient,
évidemment, me chercher, si vous me permettez l'expression, alors, quelles
sont, pour vous, les meilleures pistes de solutions pour ça? Est-ce qu'on
devrait simplement l'offrir, mais pas obliger les gens, pas les obliger à invoquer des motifs sérieux? Puis l'autre élément,
parce que je parle toujours, en fait, de la proposition dans le projet de loi qui
est à 419.2, vous en avez parlé dans votre mémoire, il y a aussi toute la
question de... s'il y a une fausse déclaration, le tribunal, finalement,
pourrait sévir. Vous vous situez où, sur toutes ces questions-là?
Mme Cormier-Gaudet
(Marilie) : C'est beaucoup de questions, et j'ai un malaise à
m'exprimer au niveau du réseau des CAVAC,
parce qu'à brûle-pourpoint l'opinion va être un peu plus personnelle, mais je
vais me permettre de la dire quand même.
M. Morin : Allez-y.
Mme Cormier-Gaudet
(Marilie) : Si on prend l'exemple des corps policiers, qui, en matière
de violence conjugale, peuvent porter
plainte à la place d'une personne victime lorsqu'ils sont témoins, c'est les
seules circonstances où un policier peut porter plainte à la place de
quelqu'un, j'oserais croire que, parfois, dans la loi ou dans la société, on
doit être un peu plus directif. Donc, moi, personnellement, de mon côté, je
garderais la médiation obligatoire pour ne
serait-ce qu'alléger le système judiciaire puis les délais. Mais c'est une
opinion qui est bien personnelle, puis je pense qu'en mettant en place les bonnes façons de faire, on peut éviter de
revictimiser, ne serait-ce que, comme vous avez dit, avec la Chambre des
notaires, une formation adéquate. Et c'est ça, c'est mon opinion.
M. Morin : Autre
chose à ajouter? Non. Ça va.
Mme Gasse
(Sophie) : Bien, dans tout ce que vous dites, nous aussi, on
est préoccupées, tu sais, par les mêmes choses, parce qu'au niveau de la violence, parfois, c'est la
manipulation qui est... Ce n'est pas nécessairement ce qu'on va voir.
M. Morin : Exact.
Mme Gasse (Sophie) : Ça fait que
l'important, c'est qu'en médiation les deux parties se sentent libres de
s'exprimer. Donc ce qui s'est passé avant, tu sais, bon, le médiateur ne sera
pas toujours à même de le constater. Au niveau de la déclaration ou de la
fausse déclaration, là aussi, c'est une opinion personnelle, mais ça nous
arrive, des fois, de constater dans la
réalité que, des fois, c'est l'agresseur qui va aller porter plainte, par
exemple, dans une situation. C'est l'agresseur qui pourrait aller, peut-être,
faire aussi une déclaration pour s'exempter. Bon, peut-être que ça, ça
prévoit aussi ces cas de figure là, où ça pourrait arriver, parce qu'on le
voit, là, vraiment, dans la réalité que, parfois, ça arrive aussi.
Donc, je n'ai pas non plus de solution miracle,
comme ma collègue, mais je crois aussi que la médiation est quand même une très
bonne façon de régler des conflits et qu'il y a sûrement un moyen de mettre des
mesures, là, pour protéger les gens au travers de cette procédure-là.
M.
Morin : Je vous remercie. Autre élément dans le projet de
loi, c'est toujours à l'article 5. Il y a un article, 416.5, qui
parle, cette fois-ci, de conciliation. Le projet de loi prévoit que ça a lieu à
huis clos. Bon, évidemment, le juge peut, sur demande, homologuer l'entente si
aucun règlement n'intervient sur une ou plusieurs questions lors de la séance
de conciliation tenue le matin. Le juge tient une audience sommaire en
après-midi et rend jugement. Est-ce que c'est... vous pensez que c'est
réaliste, d'une part, que ça se passe aussi rapidement que ça? Et puis, d'autre
part, je vous dirai... En fait, je vais vous partager mon expérience. Moi, j'ai
été, pendant des décennies, procureur de la couronne, et j'en ai fait de la
conciliation, mais en matière criminelle et pénale. Puis c'était un service qui
était offert, ça a permis de régler des
dossiers, sauf qu'il était bien clair que le juge qui entendait la conciliation
ou la médiation, là, n'allait pas entendre, évidemment, un procès ou
quoi que ce soit. Parce que l'idée, c'est qu'autant la couronne que la défense,
c'est comme ça que ça s'appelait à l'époque, l'État — et la
défense — ouvrait
son jeu puis on en discutait. Là, je n'ai rien vu dans le projet de loi qui dit
que ça pourrait être un autre juge. Est-ce que c'est quelque chose sur lequel
vous avez réfléchi?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : On ne
s'était pas prononcé là-dessus, mais ici, à Drummondville aussi, c'est un cas
de figure, on a mis en place un projet de conciliation... puis c'est
effectivement, là, deux juges différents qui siègent aux différents moments.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Évidemment, vous accompagnez les victimes, c'est votre quotidien,
c'est votre mission. Dans le projet de loi, on va évidemment rajouter des
éléments. J'imagine qu'il y a des victimes qui vont vouloir obtenir de
l'information de vous, de l'aide. Avec les ressources que vous avez, en fait,
moi, ce que je comprends, c'est que ça va être une couche supplémentaire.
Est-ce que vous êtes capables d'arriver? Avez-vous le personnel? Je comprends
que c'est peut-être un petit peu délicat, M. le ministre est là. Mais, je veux
dire, écoutez, on est en commission parlementaire, c'est le temps, s'il vous
manque du monde, d'en parler, là, parce que, moi, je dois avouer que, dans les
projets de loi qu'on étudie, c'est toujours un élément qui est important. C'est
beau d'établir des réformes, j'en conviens, encore faut-il être capable de les
mettre en place.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : En
fait, au niveau du Réseau des CAVAC, j'oserais dire que notre spécialisation, c'est au niveau des infractions
criminelles, donc, en chambre criminelle. Donc, à quel point... Évidemment,
ça va nous impacter, mais à quel point on va être les bonnes personnes pour
accompagner ces personnes victimes là dans d'autres chambres? On n'a pas
actuellement l'expertise au niveau des autres chambres, on est vraiment des
spécialistes, là, de la cour criminelle.
M. Morin : OK, très bien.
Mme Gasse (Sophie) : Mais, M. le
ministre... M. le député, pardon, on n'aurait pas les effectifs nécessaires,
pour répondre à votre question, s'il fallait le faire.
M. Morin : OK. L'autre élément qu'on
m'a dit, puis je ne sais pas si c'est votre réalité, parce que j'en ai fait
plusieurs, CAVAC, c'est quelque chose qui, pour moi, est hyperimportant, puis
c'est en lien avec la question précédente que je vous ai posée, on nous a dit
que, souvent, on vous demande une planification financière en février ou en janvier, vous envoyez ça au ministère et,
souvent, les budgets arrivent au mois de juillet ou après. Je comprends
que votre conseil d'administration, ce sont des bénévoles, ce n'est pas des
gens qui sont rémunérés. Vous faites quoi pendant ces mois-là? Comment vous
êtes capables de jongler? Puis ça ne doit pas être très, très aidant. Ça fait
que, si on a des projets de loi à gauche puis à droite, qui alourdit votre
tâche, est-ce que c'est une réalité que vous vivez puis comment vous faites
pour vous en sortir?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : C'est
effectivement notre réalité, mais je pense que le ministère a bien entendu nos
préoccupations. Puis ils ont trouvé une solution qui devrait être appliquée dès
l'année prochaine.
M.
Morin : Bien, en tout cas, je vous le souhaite. On va
faire un suivi là-dessus, parce que votre mandat — et votre
rôle — est
fondamental, c'est effectivement très important. Un élément que vous avez
soulevé à plusieurs reprises, c'est l'absence
parfois de coordination, de partage de l'information. Est-ce que vous pensez — on
parle d'un tribunal unifié — est-ce
que vous pensez qu'un greffe unifié pourrait aider au partage de l'information?
Mme Gasse (Sophie) : Oui, oui, ne
serait-ce qu'il y a une espèce de système, tu sais, on est beaucoup dans la refonte, présentement, de nos systèmes
informatiques. Effectivement, aussi, qu'il y a des nouvelles technologies qui
pourraient aider à tout rapatrier les informations, toujours en respectant,
bien sûr, les obligations de confidentialité. Mais,
je pense — là,
c'est une opinion bien personnelle, mais je crois que, oui — plus
on peut simplifier, plus que ça sera aidant pour l'ensemble des
procédures.
M. Morin : Je vous remercie
beaucoup. M. le Président, je crois que ma collègue a des questions.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de
Westmout-Saint-Louis, s'il vous plaît.
Mme Maccarone : Bonjour, mesdames.
Merci pour votre témoignage puis votre mémoire fort intéressant.
J'aurais peut-être deux petites questions pour
vous en lien avec votre mémoire et votre présentation. Vous parlez des critères de priorisation des dossiers
impliquant des victimes. Moi, je voulais savoir un petit peu plus là-dessus
si jamais nous pouvons poursuivre avec des modifications. Est-ce que c'est vous
qui devez préciser ces critères puis ils sont quoi, les critères de précision
de précision et de priorisation?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : En
fait, c'est un sujet que Sophie et moi, on a beaucoup discuté, parce qu'on
avait un souci de ne pas, je vais le nommer comme ça, faire passer les
personnes victimes devant le reste de la population. Donc, pour nous, ce ne
serait pas le critère d'être victime ou qu'il y ait de la violence conjugale,
ce serait vraiment qu'il y a un enjeu de sécurité. Sophie pourra compléter,
mais c'était vraiment l'élément que, pour nous, on a fait ressortir. On n'avait pas nécessairement d'autres critères en
tête que celui de la sécurité. Donc, ce serait vraiment notre critère
principal.
• (12 heures) •
Mme Maccarone : Allez-y.
Mme Gasse (Sophie) : Non. J'abonde
vraiment dans le même sens que ma collègue, oui.
Mme
Maccarone : OK, parfait. Puis vous avez parlé d'une
nomination, comme un intervenant, une personne qui ferait le pont d'une entité
dédiée pour coordonner les dossiers. Je comprends, je pense que c'est très sain
de penser à avoir cette personne. Mon collègue parlait d'avoir un
greffier pour unifier le tout. Si on poursuit avec une telle modification,
selon vous, est-ce que cette personne devrait relever du tribunal, du ministère
de la Justice, d'un autre organisme? Comment on peut orienter cette personne
pour s'assurer qu'on protège les droits des victimes puis qu'on ne crée pas
d'autres délais? Vous avez aussi parlé de ceci.
Mme Gasse (Sophie) : Je crois
personnellement que cette personne-là devrait d'emblée, tu sais, relever de
toute l'organisation, là, de la justice, donc peut-être du ministère ou, tu
sais, que cette personne-là, son rôle soit dans le palais de justice d'assurer
cette coordination-là et non une personne qui est comme de l'extérieur, là.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Si je
ne m'abuse, les coordonnateurs judiciaires qui sont en place actuellement relèvent de la directrice du palais.
Donc, je pense que ce serait une belle... une bonne façon de fonctionner
à ce niveau-là.
Mme Maccarone : OK. Il me reste un
peu de temps, ça fait que peut-être une dernière question. Vous proposez un
seul témoignage, ça fait qu'un témoignage unique. Je sais que c'est d'une
grande préoccupation que nous avons entendu
à date. Puis, dans votre cas, c'est sûr, c'est pour éviter la revictimisation
que je comprends très bien puis je pense qu'on a une responsabilité
d'être sensible à ceci. Les balises juridiques pour arriver à ceci, selon vous,
c'est quoi? Puis si on ne réussit pas à avoir un vrai tribunal unifié, c'est
quoi les impacts pour les personnes dont vous êtes là pour aider?
Mme Gasse (Sophie) : Oui. Il y a
tout l'aspect... Puis, tu sais, on est très conscientes qu'il y a tout aussi
une balise juridique. Tu sais, la défense,
aussi, des droits des accusés ou des personnes suspectes est aussi très
importante. Il y a la revictimisation, mais il y a le fait aussi que,
des fois, les témoignages sont utilisés un peu contre, là, les personnes victimes aux différentes chambres. Des
fois, quand c'est le même avocat, bien, madame... je vous donne un exemple,
je vous ai entendu à la Cour de la jeunesse dire telle chose, on est au
criminel, vous dites telle autre chose. Donc,
c'est cette protection-là. Donc, si un témoignage unique n'est pas possible,
bien qu'au moins il y ait une certaine protection,
une certaine sensibilité, là, à ce niveau-là, parce que c'est sûr que ça
devient excessivement complexe et difficile.
Mme Maccarone : Ma question,
c'est : Comment allons-nous faire ça si on n'a pas une entente avec le gouvernement
fédéral? Parce que, il me semble, on ne pourra pas éviter cet enjeu.
OK, bon,
bien, c'est beau pour moi. Vous confirmez pour moi qu'on va faire face à, quand
même, des enjeux. Puis la crainte que j'ai, c'est ce que vous avez dit,
c'est la revictimisation. Puis, en effet, le but d'avoir un tribunal unifié, c'est pour accélérer le processus de l'accès à la
justice, ça fait que je trouve que c'est une bonne idée, ça fait longtemps
depuis qu'on en parle, mais je partage votre préoccupation, ce qu'on souhaite
éviter, c'est qu'on est en train de ne pas prendre en considération tous les
droits des victimes. Puis on va avoir évidemment des personnes très vulnérables
qui vont être assujetties, peut-être, à des effets qui vont contre un vrai
accès à la justice dans ce cas.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de
l'Acadie, il reste 1 min 40 s.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. Un peu dans la même veine du partage de l'information, puis je
comprends vos préoccupations, vous avez parlé un peu plus tôt d'un
coordonnateur judiciaire, mais, si je vous ai bien compris, il y en aurait,
mais ils sont parfois assignés à plusieurs tâches. Est-ce que je vous ai bien
compris ou... puis ils ne peuvent pas nécessairement se... ils ne sont pas
dédiés à temps plein à leur rôle de coordonnateur. Est-ce que c'est une réalité
que vous vivez ou...
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : En
fait, c'est un nouveau rôle qui est arrivé récemment, ça fait que je pense que
leur description de tâche et la description de leur rôle n'est pas encore
claire. Donc, si ça peut aller dans le sens
où on le souhaite, et donc de coordonner les informations, le partage
d'informations entre les diverses chambres, je pense que ça pourra être
un rôle adéquat pour ce coordonnateur.
M. Morin : Mais je comprends qu'ils
en ont une, description de travail, cependant.
Mme
Cormier-Gaudet (Marilie) : À ma compréhension, ce n'est pas la même chose,
là, dans tous les districts judiciaires. Puis ce qui relève des
directions de palais de justice, ça a un peu été fait selon la direction en
place.
M. Morin : Parfait. Merci beaucoup, M.
le Président.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Mme Cormier,
Mme Gasse, merci beaucoup d'avoir été avec nous, et surtout merci beaucoup pour le travail que vous
faites pour les victimes d'actes criminels, c'est très, très, très apprécié.
Sur ce,
la commission suspend ses travaux jusqu'après les avis touchant les travaux des
commissions, donc vers 15 h 15. À tantôt. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 05)
(Reprise à 15 h 22
)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! Bon
après-midi à tout le monde. La commission reprend ses travaux afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 91, Loi instaurant le Tribunal unifié de la
famille au sein de la Cour du Québec.
Alors, il nous fait plaisir d'entendre cet
après-midi les représentants de la Fédération des associations de familles
monoparentales et recomposées du Québec. Merci beaucoup d'être avec nous. Donc,
je vous invite d'abord à vous présenter, à
débuter votre présentation, puis, après ça, on aura un échange avec les membres
de la commission. La parole est à vous. Merci.
Fédération des
associations de familles monoparentales
et recomposées du Québec (FAFMRQ)
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Merci.
Je m'appelle Marie-Pierre Riendeau et je suis responsable de la vie associative
et de l'éducation populaire à la Fédération des associations de familles monoparentales
et recomposées du Québec.
Mme Lacroix (Nancy) : Bonjour, Nancy
Lacroix, vice-présidente de la fédération puis aussi directrice de
l'Association de familles monoparentales et recomposées de La Chaudière.
Ça fait qu'on débute avec la lecture. Bonjour à
tout le monde. Merci aux membres de la Commission des institutions de nous
avoir invitées à venir présenter notre mémoire sur le projet de loi n° 91. Cependant, nous déplorons les délais extrêmement
courts qui nous ont été imposés et le fait que la fédération ne faisait pas
partie de la liste initiale des organismes invités à participer aux
consultations particulières. Rappelons que la fédération avait obtenu le statut
d'intervenantes à toutes les étapes de l'affaire Éric contre Lola, et ce, jusqu'en
Cour suprême, cause qui a été un élément déclencheur important à l'origine de
la réforme du droit familial présentement en cours. La fédération a également participé à l'ensemble des consultations
publiques et particulières qui se sont tenues depuis 2019 touchant les
différents aspects de cette réforme.
Dès sa fondation, en 1974, la fédération a comme
priorité la création d'un tribunal qui pourrait simplifier le parcours
juridique des parents et que soient rattachés à celui-ci des services et des ressources
multidisciplinaires pour les familles. Bien
que des améliorations aient été apportées au système de justice au cours des
dernières années, nombre de difficultés demeurent pour les familles,
notamment lorsqu'une séparation... lors d'une séparation conjugale. Nos organismes constatent que l'accessibilité à la justice est
un parcours parsemé d'obstacles et même, dans certains cas, un véritable
parcours du combattant. Ainsi, la création d'un TUF serait un moyen pouvant
permettre d'éliminer des décisions contradictoires, favoriser l'accessibilité à
la justice et être un point tournant de service pour les familles.
Selon la fédération, la création d'un TUF
devrait permettre de réunir le traitement des causes en droit familial sous un guichet unique — les
questions relatives à une même situation familiale seraient traitées au même
tribunal; offrir des services complémentaires — des
services parajuridiques et psychosociaux pourraient y être offerts; simplifier
les procédures afin de faciliter la tâche des citoyens qui veulent se
présenter... se représenter sans avocat; permettre l'accès à des juges spécialisés en matière familiale, c'est-à-dire mieux
formés; favoriser un meilleur accès à l'information et à des services de
règlement de différends, comme la médiation. C'est donc avec enthousiaste que
nous avons d'abord accueilli le dépôt d'un projet
de loi visant à instaurer un tribunal unifié de la famille. Cependant, force
est de constater que le projet de loi n° 91 soulève plusieurs
questionnements, de même que certaines inquiétudes. D'abord, on peut se demander combien de familles pourraient
bénéficier du TUF tel que proposé, puisque celui-ci ne s'appliquerait
qu'aux demandes relatives à l'union civile, à l'union parentale et à la
filiation d'un enfant issu d'un projet parental impliquant une grossesse pour
autrui.
Pour ce qui est de l'union civile, on sait que
ce type d'union ne connaît pas une grande popularité : moins de
5 000 couples depuis sa création en 2002. Par ailleurs, on peut se
demander combien de ces couples unis civilement sont encore ensemble
aujourd'hui, et combien ont des enfants.
Pour ce qui est du nombre d'unions parentales,
il est difficile de prévoir avec précision combien de familles pourront être
visées par le TUF proposé. D'abord, comme nous l'avions souligné lors du projet
de loi n° 56, plusieurs familles se voient exclues de l'union parentale,
notamment si l'un des parents est encore marié au moment de la naissance d'un enfant, ainsi que les
familles recomposées qui n'ont pas d'enfant commun. De plus, nous pouvons
penser que, même si l'union parentale deviendra automatiquement pour les
couples en union libre ayant un enfant commun à compter du
30 juin 2025, le fait qu'il soit possible de modifier ou de retirer
par acte notarié affectera aussi le nombre d'unions parentales. Le taux de
nuptialité, s'il venait à augmenter, pourrait également changer le nombre de
familles qui pourraient... qui seraient concernées par ce TUF québécois.
L'autre
aspect du projet de loi qui soulève des inquiétudes est le fait qu'en voulant
simplifier la vie des familles le TUF proposé viendrait créer une nouvelle
dispersion des compétences judiciaires. La fédération est inquiète des
effets que cela aura sur les familles et craint que celles-ci ne comprennent
plus où s'adresser. Il sera potentiellement encore
plus difficile pour nos membres d'accompagner nos familles alors que certains
seront concernés, et que d'autres seront
exclus. Il pourrait aussi se créer un sentiment d'injustice entre les familles
qui n'auraient pas le même parcours judiciaire.
La formation
des acteurs et actrices du TUF est aussi une des... de nos inquiétudes. Dans
les dernières années, plusieurs changements sont survenus afin d'améliorer le
traitement hors justice de la violence conjugale et de la violence familiale. La formation des juges sur le
sujet ainsi que celle des avocats est un élément qui permet d'améliorer le
traitement pour les victimes. La fédération se questionne donc à savoir quelle
serait la formation offerte dans le cadre
d'un TUF. Est-ce qu'une formation obligatoire serait mise en place? Est-ce que
celle-ci comprendra de la formation sur
la violence conjugale et la violence familiale? Et, plus largement, comment
favoriser la sensibilité de tous les acteurs et actrices aux enjeux liés
à la séparation?
De plus,
comment le TUF naviguera-t-il entre les différentes normes qui peuvent exister
dans les causes familiales, criminelles et en protection de la jeunesse?
Par exemple, est-ce que des informations négatives concernant les mères, dans
le cadre d'une intervention en protection de la jeunesse, pourraient être...
pourraient ensuite nuire à celles-ci dans
des procédures au criminel? Aussi, en droit criminel et pénal, la priorité des
données est la sécurité des victimes, ce
qui n'est pas toujours le cas en droit familial, qui met beaucoup d'importance
sur le maintien des liens parents-enfants. Quelle sera la priorité d'un
TUF? Est-ce que le meilleur... le meilleur intérêt de l'enfant pourrait être
interprété de manière contradictoire dans un cas où il y a des mesures au
criminel?
Par ailleurs, à l'instar des groupes qui
travaillent en violence conjugale, nous croyons que le fait de rendre la
médiation obligatoire comporte des dangers importants. Même si le projet de loi
prévoit des exceptions en cas de violence conjugale ou familiale, nous
questionnons... nous nous questionnons sur les démarches qui devront être
faites sur les victimes... par les victimes pour être exemptées. Si on ajoute
de possibles conséquences financières aux causes... en cas de fausse
déclaration ou d'un motif jugé insuffisant, cela pourrait créer une pression
indue sur les victimes dont la violence conjugale n'a pas été reconnue
criminellement.
• (15 h 30) •
De plus, il est prévu que, si les parents
n'arrivent pas à s'entendre lors d'une médiation, suivra ensuite une séance de
conciliation devant un ou une juge, et que, si, à la suite de cette séance, les
deux parties n'arrivent pas à une entente, alors une audition sommaire devant
un ou une juge se tiendra le jour même afin de trancher. Est-ce que le fait que le ou la juge aurait été présent lors
de la conciliation pourrait impacter le jugement? La FAFMRQ craint également
que cette procédure simplifiée puisse s'avérer nuisible pour le parent
pendant... le parent le plus vulnérable.
Finalement, le TUF proposé par le projet de loi
n° 91 permettrait à certains parents de voir leur dossier traité au même
tribunal, ainsi que de voir appliquer le principe une famille, un juge ou une
juge, allégeant ainsi leur expérience... leur expérience du système de justice.
Celui-ci rassemblerait les services de justice familiale au même endroit, mais
qu'en est-il des autres services dont les familles ont besoin lors de ces
moments de crise? Des services psychosociaux sont habituellement associés aux
TUF. C'est le cas dans les autres provinces canadiennes. Ainsi, la FAFMRQ demande de quelles ressources disposeront
les TUF, et si celles-ci seront suffisantes, cela dans un contexte où le
gouvernement vient d'abolir le service de Rebâtir, associé au tribunal
spécialisé en matière de violence sexuelle et violence
conjugale. Par la même occasion... est-il envisagé de créer des liens et des
partenariats forts avec les associations qui accompagnent les parents lors
d'une séparation?
Pour conclure, la
fédération souhaite que les parcours judiciaires puissent être les plus
simplifiés possible et les moins pénibles. C'est pourquoi, dès sa création en
1974, il a été favorable à l'instauration d'un TUF. Alors, nous craignons que les familles québécoises se
retrouvent instrumentalisées dans des considérations et des enjeux
constitutionnels. Pour la fédération, il est primordial que les familles
ne soient pas au coeur d'une bataille de pouvoirs entre les gouvernements du
Québec et du Canada. Nous appelons ainsi les deux paliers de gouvernement à
convenir ensemble d'une disposition qui
permettrait à toutes les familles du Québec, quel que soit le type d'union des
parents, d'avoir accès à un tribunal unifié de la famille.
Alors que la fédération souhaite que la création
d'un TUF vienne simplifier les parcours judiciaires des familles, nous espérons
que celui-ci ne lèse pas les victimes de violence conjugale et familiale.
Actuellement, l'instauration d'un TUF à la Cour du Québec soulève
certaines craintes quant au traitement des dossiers de familles aux prises avec
des problématiques de violence.
Pour en finir, nous
nous permettons de réitérer l'importance de l'accès à la justice pour les
familles et de la confiance de la population envers le système de justice. Il
importe de continuer à améliorer cette accessibilité, et que celle-ci passe
également par une meilleure éducation aux droits, notamment en ce qui concerne
le droit familial. Le gouvernement doit offrir des campagnes d'information en
lien avec les droits en ce qui a trait à la famille.
Le
Président (M. Bachand) : Vous êtes juste
sur la coche, c'est parfait. Merci beaucoup. M. le ministre, s'il vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Mme Riendeau,
Mme Lacroix, bonjour, merci de votre présence en commission parlementaire
aujourd'hui.
Donc, je retiens
notamment de votre intervention que la fédération est en accord avec la
proposition d'un tribunal depuis de nombreuses années, depuis les
années 70, au fond, donc pas mal depuis le début de la création de
l'organisation.
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : Oui, tout à fait, là. On a retrouvé dans nos archives,
là, un article qui traitait de la création
du Carrefour des familles monoparentales, à cette époque. Puis, dans les
priorités, on avait déjà la création d'un
tribunal unifié. C'était dans l'air du temps, là. Vous en avez parlé dans
votre... dans le mot d'introduction aussi, là, il y a une époque où on en a beaucoup parlé. Pour plein de raisons, ça
ne s'est pas fait. Mais, oui, on était... on était là aussi à cette
époque-là.
M.
Jolin-Barrette : Alors, je pense que vous venez de l'identifier, pour
plusieurs raisons, ça ne s'est pas fait. Alors, pour moi, avec le projet de loi
n° 91, c'est la première étape du tribunal unifié. Dans le fond, si on
veut être en mesure d'avoir un tribunal unifié, il faut avancer, parce que ça
fait à peu près 50 ans qu'on en parle puis ça n'a pas bougé. Alors, moi,
mon souhait, puis le souhait du gouvernement, c'est de faire en sorte de
faciliter la vie des familles à travers le processus judiciaire. On l'a fait en
matière criminelle et pénale, notamment avec le tribunal en matière de violence
sexuelle et conjugale, justement, parce que, bon, le parcours était plus
difficile, ça fait qu'on a mis des ressources. En matière civile, on a réduit
la procédure, on a fait en sorte que les procédures judiciaires, maintenant, c'est cinq pages en demande, deux
pages en défense, une procédure allégée. Quand on va en mode alternatif de
règlement des différends, on passe en avant.
Là, on est rendus au
droit familial. Après les trois projets de loi qu'on a déposés sur le droit de
la famille, on est rendus, je vous dirais, à... le système lui-même. Puis je
pense que, dans votre... dans votre mémoire, vous dites aussi : Bien, écoutez,
c'est sûr qu'avec l'union parentale c'est possible de se soustraire au régime.
Là, on a eu les débats dans le cadre du projet de loi n° 56, puis c'est le
choix qu'on a fait pour faire en sorte que... de laisser la latitude aux gens, d'assurer un filet de protection,
mais, quand même... Et même si on se retire du... de l'union parentale,
il y a quand même des règles impératives qui s'appliquent à toutes les
familles, notamment la protection associée à la résidence familiale.
Tout ça pour dire
qu'on est rendus sur le tribunal unifié, justement pour simplifier le parcours.
Là, c'est sûr qu'il y a des familles,
actuellement, qui ne passeront pas devant le tribunal unifié parce qu'ils sont
encore régis, mais c'est la première étape. Donc, je vous dirais, on
s'en va dans la direction dans laquelle vous voulez, mais il faut débuter à quelque part, puis, justement, pour ceux qui sont
en union parentale, union civile, grossesse pour autrui et, notamment, sur les cas de DPJ, ça va simplifier beaucoup le
dossier. Mais j'entends bien votre message de dire : C'est une première
étape.
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : Bien, on se questionne quand même sur l'effet de est-ce
que ça va vraiment simplifier le parcours. Parce que, là, on se ramasse avec
quatre types d'unions : le mariage, l'union civile, l'union libre, l'union
parentale. Ma collègue pourrait vous en parler. Dans les associations, quand
les parents viennent, ils sont déjà un peu mélangés. Des droits sont associés à
chacun de ces types d'union là, et là, en plus, on leur dit : Bien, tout dépendant de ce type d'union là, il va y
avoir deux parcours judiciaires possibles. Donc, une de nos craintes — on
n'est pas contre le principe — une
de nos craintes, par contre, c'est la confusion des parents présentement par
rapport au droit de la famille.
M. Jolin-Barrette : Donc, j'entends
bien. C'est pour ça qu'il faut l'expliquer, il faut en parler. Vous avez dit
aussi, il faut informer la population, et j'en suis parce que... Vous avez
raison de le dire, il y a beaucoup de gens qui vivent
depuis plusieurs années avec leur conjoint, leur conjointe puis ils ne savent
pas par quel régime ils sont gouvernés. Même
les gens mariés, vous leur demandez quel est votre régime matrimonial, puis ils
ne le savent pas. Ils sont en séparation de biens, en société d'acquêts,
ils sont-tu en communauté de biens, ça, c'est plus rare, mais ils l'ignorent. Donc, oui, il y a de la pédagogie.
Puis j'aime bien votre idée aussi quand vous dites : Bien, l'éducation
juridique, c'est important, puis dès le plus jeune âge aussi. Alors, ça,
c'est fort important.
Ce qu'on souhaite
faire, notamment, c'est d'assurer que... Puis là vous dites : Il ne faut
pas qu'un dossier en protection de la jeunesse ait une influence sur le dossier
en matière familiale. Pouvez-vous nous expliquer ce point-là quand vous dites : Il ne faudrait pas qu'une
décision en DPJ influe sur les décisions en matière de séparation, supposons, de
garde d'enfant ou de pension?
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Bien,
c'est une question qu'on a. Est-ce qu'un... Tu sais, à l'heure actuelle, là, il
y a peut-être trois juges qui vont décider de la protection de la jeunesse, du
code violence conjugale et du code de la séparation. Puis, souvent, ces
jugements-là sont contradictoires, puis, tu sais, c'est... J'imagine que c'est
ce qu'il y a entre autres mené à la création de ce tribunal unifié là. Mais là
ce qu'on se dit, c'est : Quand c'est un même juge qui va juger ça, comment
il va faire l'équilibre entre... Ce qui pourrait être dit en protection de la
jeunesse, est-ce que ça pourrait avoir un impact en droit familial? Est-ce que
la protection des victimes de violence conjugale qu'on a au criminel versus on favorise beaucoup les liens
parent-enfant au familial? Donc, c'est toutes ces questions-là d'équilibre
qu'on se pose des questions. Puis j'imagine
que ça vient aussi avec la formation, une formation où on se pose aussi des questions.
C'est quand même rapide, le 1er juillet. Qu'est-ce qui va être mis en
place pour que... puis que les parents qui se présentent devant le tribunal
unifié de la famille aient accès à des juges qui s'y connaissent mais qui sont
aussi exempts de préjugés par rapport à la violence conjugale, par rapport à la
séparation et tout ce qu'ils ont... peut-être, certains de ces juges-là
n'auront jamais traité, là.
M.
Jolin-Barrette : Mais en fait, en réponse à votre questionnement, je
vous dirais, tous les juges de la Cour du Québec qui sont désignés à titre de
juges depuis le projet de loi sur la création du tribunal spécialisé en matière
de violence sexuelle et conjugale doivent
s'engager à suivre une formation sur les réalités en de matière violence
sexuelle et conjugale. Et le Conseil de la magistrature aussi offre de
la formation aux juges qui étaient déjà nommés, puis tous ceux qui sont... qui s'en vont à la retraite qui
vont être nommés juges suppléants doivent également attester avoir suivi
cette formation-là.
• (15 h 40) •
Donc,
l'autre élément, c'est que les juges qui... principalement, qui vont traiter
des dossiers du tribunal unifié, bien,
ça va être des juges civilistes et des juges de la chambre de la jeunesse, puis
les juges de la chambre de la jeunesse sont
déjà habitués de vivre des dynamiques, des réalités familiales qui ne sont pas
simples. Notamment, il y en a beaucoup qui ont fait du droit de la
famille préalablement aussi.
Sur la question de la
sensibilité aux victimes, on a adopté l'automne dernier le projet loi 73
sur les images intimes, mais, à l'intérieur de ce projet de loi là, aussi, il y
avait des règles particulières où on a incorporé les règles en matière criminelle en matière civile pour
l'aide aux témoignages pour les victimes, pour le soutien à l'accompagnement,
le chien d'assistance, pour faire en sorte que l'adresse, également, quand vous
témoignez, bien, supposons que votre ex-conjoint
faisait de la violence conjugale, bien, vous pouvez inscrire l'adresse de votre
avocat ou l'adresse du greffe aussi.
Donc, c'est en termes de protection pour la personne victime, donc toutes ces mesures-là
rentrent en vigueur de façon concomitante.
Et, dans le dernier
projet loi sur la famille, on a également fait en sorte d'indiquer au juge en
chef qu'il doit favoriser le fait d'avoir le
même juge tout au long du dossier aussi. Alors ça, c'est une pratique
judiciaire qu'on invite le pouvoir judiciaire à suivre, justement,
comme, exemple, dans un dossier en matière du tribunal unifié où le juge va
pouvoir faire le dossier de jeunesse et le dossier en matière... en matière
familiale. Dans certaines régions, les juges font
les... les trois chambres aussi, la chambre criminelle aussi. Alors, le fait
que ce soit sous le même chapeau, sous la même cour, ça va faciliter la
circulation de l'information aussi.
Alors,
écoutez, je vais céder la parole à mes collègues. Je vous remercie beaucoup
pour votre présence en commission parlementaire. Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Merci, M. le
ministre. Mme la députée de Vimont, s'il vous plaît.
Mme
Schmaltz : Merci. Bonjour, mesdames, merci de votre présence pour nos
travaux.
Tantôt, vous nous
avez mentionné... En fait, j'ai deux petites questions. Vous avez parlé de
la... des parents en lien avec... avec le
type d'union, les droits qui sont associés et puis, bon, tout ce qui relève.
Donc, les parents y semblent perdus. De quelle façon on pourrait agir?
De quelle... Bien, qu'est-ce que vous avez en tête, finalement, pour qu'on
puisse davantage les informer? Ce serait quoi, des feuillets d'information, de
la publicité? De quelle façon on pourrait les... les mettre peut-être un peu
plus au courant, là, des dernières avancées? Parce qu'il y a beaucoup de choses qu'on a faites, hein, il le mentionnait
tantôt, le ministre, là. Au niveau du droit de la famille, il y a eu énormément
d'avancées. Même moi, quand je discute avec les citoyens de ma circonscription,
souvent ils sont... ils tombent par terre,
là, tellement ils sont surpris de... des réformes qu'on a faites qui datent
d'il y a 40 ans. Alors, comment on pourrait maintenant aider?
Mme Lacroix (Nancy) : Je vous dirais moi, ça
fait 18 ans que je suis, dans le fond, au sein de mon organisme,
c'est un élément de crise qui va comme déclencher que les gens se rendent
compte qu'ils se... qu'il faut qu'ils embarquent dans ce
processus-là, puis soient conscients, dans le fond, de tout. Ça fait que même
si on fera beaucoup d'information, c'est vraiment le moment présent, ça fait
que ça va être beaucoup à travers les médiateurs que cette information-là, il
faut qu'elle se donne, à travers nos associations, parce que c'est... on en
transmet beaucoup, puis d'avoir de la simplification dans les écrits, de bien
démêler aussi tous ces éléments-là, parce que, c'est ça, les gens ne les connaissent pas, leurs droits. On ne se le
cachera pas, là, c'est beaucoup ça, puis c'est souvent pour ça qu'ils n'ont pas
nécessairement la bonne protection que ça leur prendrait à ce moment-là. Puis
ils sont beaucoup dans... dans le côté émotif aussi, ça fait que, c'est ça, ils
sont un peu chamboulés. Ça fait que ça serait... oui, il peut y avoir, à un
moment donné, de la publicité qui est faite, mais c'est beaucoup d'y aller...
du cas par cas puis, quand ils sont à ce moment-là, d'au moins... les personnes
qu'elles vont rencontrer, qu'elles soient capables de livrer le bon message.
Mme
Schmaltz : On parle d'éducation juridique dès le plus jeune âge. Ça,
c'est vraiment intéressant. Qu'est-ce que vous voyez là-dedans? Quel genre
d'éducation on peut donner à nos jeunes, en termes de... bien, pas juridiction, là, mais en termes de... Est-ce que
ça a lien avec... est-ce qu'il y a un lien avec ce dont on parle ou on parle
en termes généraux d'éducation?
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : Bien, ça pourrait facilement être fait. Tu sais, je
suis moins au courant de la réforme scolaire, mais je pense qu'il pourrait y
avoir des cours au secondaire. Tu sais, on a des cours d'économie, pourquoi pas
des cours de droit pour nous apprendre tout ça? Est-ce que...
Mme Schmaltz :
Est-ce qu'on est en lien avec ça
directement, l'union parentale? J'essaie juste de voir à quel niveau il
faut informer nos jeunes. C'est...
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : Bien, il n'est pas... il n'est jamais trop... bien, je
veux dire, je pense qu'ils pourraient être... on pourrait très bien informé des
jeunes de ces types d'union là. Tu sais, on n'avait pas pensé à quelque chose
de très précis, là. On lance la balle au gouvernement pour trouver une façon,
mais il y a certainement une façon de rendre
ça. Puis c'est ça, les quatre types d'union ont quand même complexifié un petit
peu la chose, ça fait qu'il faut trouver une façon que le message se rende pour
que les gens fassent un... un choix un peu plus éclairé, du moins.
Mme Schmaltz :
Pensez-vous qu'en faisant ça, les
jeunes vont arriver à l'âge adulte mieux préparés peut-être avec...
C'est fini?
Le
Président (M. Bachand) : Non, non, je...
Mme Schmaltz :
Je pensais que c'était... je
m'excuse. Est-ce que vous pensez, c'est ça, que les jeunes vont arriver en tant que jeunes adultes mieux informés et,
surtout, ils vont savoir faire de meilleurs choix, peut-être, que les parents,
ou peu importe, là? Est-ce que c'est quelque chose que vous pensez?
Mme Lacroix (Nancy) : Moi, je pense que, oui, à
l'âge... admettons, à partir du secondaire, tu sais, l'esprit critique,
il est un petit peu plus développé puis...
Mme
Schmaltz : Oui, beaucoup.
Mme Lacroix
(Nancy) : ...même il y a beaucoup d'organismes communautaires qui vont
aller donner, aussi, des activités de sensibilisation directement dans les
classes, justement par rapport aux relations amoureuses saines, ces choses-là,
ça fait que, des fois, ça peut être un élément qui est comme rajouté pour
encore plus expliquer un peu. Même s'ils ne
sont peut-être pas touchés à ce moment-là, peut-être, ça peut leur permettre de
comprendre des choses par rapport à leurs parents ou aussi de qu'est-ce
qui se passe des fois, tous les chamboulements au niveau juridique.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui,
merci, M. le Président. Mme Riendeau, Mme Lacroix, bonjour. Merci.
Merci d'être là, merci pour votre mémoire.
Vous nous avez produit un document fort intéressant et je vous ai bien compris.
Vous n'avez pas eu beaucoup de temps, donc chapeau. Vous avez réussi à
livrer en peu de temps.
J'aimerais, avec ma
première question... vous l'avez effleuré dans votre mémoire, vous en avez
parlé un peu, mais, depuis le début, là, qu'on écoute les consultations, il y a
quand même une espèce de clivage. Il y en a qui nous disent : Oui, oui, médiation obligatoire, on est capable de gérer
ça, ça va aller plus vite, ça va aider, puis il y en a d'autres qui nous
disent : Non, non, non, s'il vous plaît, ne faites pas ça, ce n'est pas
une bonne idée. Dans le projet de loi, il y a la possibilité de l'éviter dans des cas, notamment, de violence, de
violence sexuelle, mais, encore là, il y a un processus. Puis je comprends que, tout dépendant où sont
rendues les victimes dans leur cheminement, il y en a qui ne sont peut-être
pas prêtes à le déclarer ou en parler. Avec votre expérience sur le terrain,
j'aimerais que vous puissiez nous en parler. C'est
une bonne chose, ce n'est pas une bonne chose, est-ce qu'on devrait proposer
éventuellement des amendements au gouvernement pour être capable,
évidemment, d'avoir un projet de loi qui aura le moins d'impacts négatifs, mais
qui va aider les gens qui sont dans ce processus-là?
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : Tout à fait. On va y aller en deux points. Je vais commencer,
puis je te laisse la parole après. Pour nous, la médiation obligatoire, ça ne
devrait pas avoir lieu. Déjà, en 2004, on faisait partie d'un comité avec le
ministère de la Justice sur la médiation puis on avait quitté ce comité-là
parce que le comité voulait aller justement vers une plus grande... plus de
médiations, même pour les victimes de violence conjugale. Donc, ce qu'on
pensait en 2004, on le pense toujours, la médiation ne devrait pas être pour
les victimes de violence conjugale, c'est un enjeu pour la sécurité des
victimes. Donc, ça, pour nous, c'est non. Après ça, il y a aussi d'autres
enjeux beaucoup plus terrain sur la médiation obligatoire qu'on n'a même pas
nommé dans notre dans notre mémoire, mais, pour nous, il y a plusieurs enjeux, même,
avec ça, là.
Mme Lacroix (Nancy) : Oui, dans le
fond, il y a très peu de médiateurs. Juste dans notre région, je vous dirais,
en Beauce, là, il y a un médiateur avocat qui en fait quand... c'est lui qui
fait le plus de dossiers, mais le reste, au niveau de leur pratique, c'est
peut-être un 5 % de leur pratique qui va faire de la médiation. Ça fait
que je me demande comment que ça va être distribué sur le terrain à partir,
admettons, du mois de juillet, quand il n'y a déjà pas de médiateur vraiment de
formé puis disponible à accueillir peut-être ce nombre de dossiers là qui va
arriver. Ça fait que je pense que c'est quand même un enjeu important à penser
si ça y va dans l'optique, admettons, de la médiation obligatoire. Puis c'est
vraiment du cas par cas. Oui, c'est toutes des séparations, mais il y a quand
même des hauts niveaux de conflits, des
fois, de parents, que je ne pense pas que nécessairement c'est la bonne avenue
non plus d'y aller au niveau de la médiation. Puis ça dépend aussi de...
Il y a des médiateurs avocats, des médiateurs au niveau social, ça fait que, des fois, l'approche aussi permet de ne pas
désamorcer une certaine crise qu'il peut y avoir entre les deux parents.
Mme
Riendeau (Marie-Pier) : Puis s'il y a un manque de médiateurs, de
médiatrices, est-ce que, si la médiation, elle est obligatoire, ça pourrait
justement allonger les délais indûment de gens qui ne seraient pas allés en
médiation puis qui auraient pu aller
directement en cour pour régler une séparation? Mais là, comme... si la
médiation est obligatoire, bien, puis qu'il n'y a pas de médiateur,
bien, on va les faire attendre jusqu'à tant qu'on trouve un médiateur, une
médiatrice? Donc, ça pose beaucoup de questions. Il y a tout l'enjeu de la
violence conjugale qui est important, mais il
y a aussi... au niveau pratique, pour les autres familles, ce n'est pas
nécessairement toujours la bonne avenue, la médiation.
• (15 h 50) •
M. Morin : Bien, j'apprécie beaucoup
votre réponse parce que moi, ce que j'entends dans plusieurs régions du Québec,
c'est qu'il n'y en a pas assez, de médiateurs. Puis là, je comprends que vous
confirmez, si je vous ai bien compris, que,
dans votre région, notamment en Beauce, c'est une réalité. Alors là, on a beau
vouloir mettre en place... le gouvernement veut mettre en place un
processus de médiation pour accélérer le processus, mais, évidemment, s'il n'y a pas assez de médiateurs, ça ne va rien
accélérer. Puis est-ce que c'est quelque chose que vous vivez dans d'autres
régions?
Mme Riendeau (Marie-Pier) : C'est
quelque chose que nous rapportent régulièrement nos membres, la difficulté
d'avoir accès à un médiateur, une médiatrice. Je sais qu'il y a une liste sur
le ministère de la Justice, il me semble, là, de médiateurs, médiatrices. Il y
a une liste sur l'association, mais ces médiateurs-là, médiatrices-là ne sont
pas toujours en pratique. Il y en a qui ne veulent plus le faire par rapport
aux cinq heures gratuites parce que le financement n'est pas suffisant. Donc,
c'est... Trouver un médiateur ou une médiatrice, ce n'est pas simple pour les
parents. Ce n'est pas simple parce qu'il n'y en a pas beaucoup. Ce n'est pas
simple parce qu'il faut trouver le bon, ce n'est pas... Ça fait que le rendre
obligatoire, ça va être une démarche de plus puis une complication de plus.
M. Morin : Puis vous avez évoqué
aussi un élément important que j'allais vous poser, parce que ma compréhension
de la politique, c'est qu'il y a un certain nombre d'heures qui sont payées,
cinq heures, je pense, corrigez-moi si je fais erreur, mais il y a des
médiations qui doivent durer plus que cinq heures.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Oui.
M. Morin : Alors là, c'est aux
parties à payer à ce moment-là.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Oui.
Oui.
M. Morin : OK, bien, je vous
remercie. Qu'est-ce que vous pensez... Également, dans le projet de loi, après
la médiation, on parle de la conciliation, puis, si je comprends bien, le juge
qui va la faire pourra aussi statuer sur le dossier. Est-ce que ça devrait être
le même juge ou un autre juge qui statue après? Parce qu'évidemment le juge
conciliateur, lui, a entendu un paquet d'affaires des parties. Ça fait que
j'aimerais ça vous entendre là-dessus.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Bien, on
se pose la question. Tu sais, on n'est pas des expertes en processus judiciaire
puis en éthique des juges, là, mais on se pose la question si, en conciliation,
il y a eu peut-être des compromis qu'on était prêt à faire pour arriver à un
consensus, mais que finalement ça ne fonctionne pas puis qu'on est obligé après
ça... le même juge est obligé de trancher, bien, il le sait jusqu'où on a
décidé d'aller, mais que là, dans la nouvelle situation, bien, on n'est plus
prêt à aller là, donc, il y a quand même un questionnement, du moins, à savoir
est-ce que c'est la bonne façon. Et, encore une fois, pour nous, ça ne devrait
pas être obligatoire non plus, là.
M.
Morin : Bien. Je vous remercie. Il y a des groupes, plus tôt
aujourd'hui, qui nous ont dit... bien, un groupe, en fait, qu'on a entendu un
peu plus tôt qui nous disait qu'ils étaient — les CAVAC, en fait, pour ne
pas les nommer — qu'ils
étaient inquiets de l'absence de partage ou de diffusion des renseignements
entre les différentes chambres de la cour.
Pensez-vous qu'un greffe unifié, Cour du Québec, Cour supérieure, pourrait
aider à la situation? Parce que le
projet de loi, si j'ai bien compris, va envoyer à la Cour du Québec un très
petit nombre de dossiers. Donc, il y a encore plein, plein de dossiers
qui vont rester dans la Cour supérieure. Puis je comprends le choix politique
que le ministre a fait, c'est de ne pas l'unifier avec la Cour supérieure.
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : Je ne suis, encore une fois, pas une experte en greffe,
là, mais on a écouté des collègues qui en ont parlé, ils étaient d'accord,
donc, ça semble une bonne option. Ce qui serait intéressant aussi, c'est que, dans un tribunal unifié... Ceux qui
fonctionnent bien, à travers le Canada, ont une gamme de services associés
à ce tribunal-là, à des services
psychosociaux. Puis on l'a nommé tout à l'heure, des liens qui pourraient être
faits avec nos associations qui travaillent tous les jours avec des familles
qui sont en séparation. Est-ce que ça ne pourrait pas être intéressant que ce
tribunal-là ait des liens avec nos associations, bref, une gamme de services
qui pourraient venir avec un greffe unifié, avec plein d'autres choses pour que
ce soit un vrai tribunal unifié de la famille avec une gamme de services?
M. Morin : Parce que ma... en tout cas, ce n'est pas clair
avec le projet de loi que ces services-là vont être offerts.
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : Bien, en tout cas, nous, on n'a pas compris que ça
allait être offert.
M. Morin : C'est
ça, on a la même compréhension. Je comprends également que le tribunal unifié
de la famille va traiter des cas d'union
civile, union parentale incluant la garde d'un enfant, la filiation relative à
la grossesse pour autrui. Mais toutes les personnes qui sont en union de
fait avec un enfant n'iraient pas nécessairement devant la Cour du Québec, ils
resteraient devant la Cour supérieure qui est le tribunal résiduel de droit
commun?
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : C'est aussi ce qu'on comprend. Et une famille
recomposée pourrait avoir à traiter avec un premier enfant, par exemple, d'une
première union en union de fait à la Cour supérieure puis un deuxième enfant qui tomberait, là, en union
parentale au tribunal unifié de la famille. Donc, ça fait partie un peu de
cette complexification-là.
M. Morin : Oui.
Bien, en fait, c'est un des exemples que je donnais. Ma compréhension, c'est
que, s'il y a une union de fait qui se crée, il y a un enfant qui naît, mais que
ce couple-là se sépare, ces conjoints-là se séparent, puis qu'après ça il se
forme un autre couple, mais en union... en union parentale, puis que, là, ce
couple-là se sépare, s'il y a des questions
reliées aux gardes des enfants, qui sont quand même... ils font partie de la
même fratrie, appelons-le comme ça,
ils vont se ramasser devant deux tribunaux différents. Il y en a qui vont aller
à la cour supérieure puis d'autres qui vont aller à la Cour du Québec.
Mme Riendeau
(Marie-Pier) : Bien, en fait, ça fait partie des questions que nous,
on continue d'avoir à savoir comment va être traité ça. Puis ça fait partie de
la complexité. Tu sais, nous, on a de la misère à le saisir. Imaginez les
familles qui viennent dans nos organismes, ça va être aussi difficile de les
accompagner, là.
M. Morin : Oui,
je comprends. Vous avez parlé aussi de formation et d'information. Pouvez-vous
nous en dire un peu plus? Parce que je
comprends que, même en médiation, c'est parfois difficile de reconnaître des
éléments du contrôle coercitif. Donc, avez-vous des suggestions pour
nous qui pourraient faire qu'on pourrait aider, évidemment, des familles qui
vivent cette situation-là?
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Bien,
je vais laisser mes collègues qui vont venir demain, là, du regroupement
des maisons d'hébergement et de l'alliance vous parler de ce sujet-là. Elles
sont beaucoup plus expertes que nous sur la
question. Nous, on ramène... en fait, on appuie leurs revendications,
c'est-à-dire, ça va prendre de la formation pour les juges, oui, mais
aussi pour les avocats qui vont accompagner. Parce qu'actuellement, par
exemple, une mère qui a un dossier en DPJ,
un dossier au criminel puis un dossier en séparation, bien, n'a pas... ce n'est
pas souvent un avocat, là, c'est souvent trois avocats qui vont traiter
ça. Ça fait que ça va prendre aussi des formations pour les avocats, ça va prendre des formations pour tous les acteurs, les
actrices qui vont tourner autour des familles et de ce tribunal unifié là.
Mais le contenu exact de cette formation-là, je ne pourrais pas m'avancer,
mais, évidemment, ça va prendre des formations
sur le contrôle coercitif, sur la violence conjugale, des formations pour
défaire les préjugés sur les familles recomposées, sur les familles
monoparentales.
M. Morin :
Parfait. Bien, je vous remercie.
Merci infiniment. Merci du temps que vous avez consacré à la commission.
Le
Président (M. Bachand) : Merci, M. le
député. À mon tour de vous remercier. Mme Riendeau, Mme Lacroix, ça a
été très intéressant, très apprécié.
Et, cela dit, la
commission ajourne ses travaux au mercredi 26 mars, après les avis
touchant les travaux de commission. Merci beaucoup. À bientôt.
(Fin de la séance à 15 h 59)