Journal des débats (Hansard) of the Committee on Institutions
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
Tuesday, March 25, 2025
-
Vol. 47 N° 102
Special consultations and public hearings on Bill 91, act establishing the Unified Family Tribunal within the Court of Québec
Aller directement au contenu du Journal des débats
Intervenants par tranches d'heure
-
-
-
Bachand, André
-
Jolin-Barrette, Simon
-
Haytayan, Céline
-
Lemieux, Louis
-
Morin, André Albert
-
Maccarone, Jennifer
-
-
Maccarone, Jennifer
-
Bachand, André
-
Morin, André Albert
-
-
-
Bachand, André
-
Jolin-Barrette, Simon
-
Schmaltz, Valérie
-
Morin, André Albert
11 h (version révisée)
(Onze heures vingt-quatre minutes)
Le Président (M. Bachand) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Bonjour, tout le monde. Ayant constaté
le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 91, Loi instaurant le Tribunal unifié de la famille au sein de
la Cour du Québec.
Avant de débuter, M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) est remplacée par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
Auditions (suite)
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Donc, ce matin,
nous allons entendre les représentantes du Réseau des centres d'aide aux
victimes d'actes criminels, l'acronyme bien connu, là, les CAVAC. Alors, merci
beaucoup, mesdames, d'être avec nous ce matin. Alors, je vous inviterais d'abord
à vous présenter et à débuter votre présentation. Merci beaucoup.
Réseau des centres d'aide aux victimes d'actes
criminels (Réseau des CAVAC)
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Donc,
bonjour, Mmes, MM. les députés, mon nom est Marilie Cormier-Gaudet, je suis la
directrice générale du CAVAC, donc le Centre d'aide aux victimes d'actes
criminels du Centre-du-Québec. Je suis <accompagnée...
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) :
...donc le Centre d'aide aux victimes d'actes criminels du
Centre-du-Québec. Je suis >accompagnée de ma collègue Sophie Gasse,
directrice générale du CAVAC—Bas-Saint-Laurent.
Donc, je vais vous faire une brève mise en
contexte. Comme vous l'avez dit, je crois que vous commencez à bien nous
connaître. Le réseau des CAVAC, qu'est-ce que c'est? C'est 17 CAVAC, le
regroupement des 17 CAVAC. Les CAVAC sont souverains, dirigés par un
conseil d'administration qui octroie des pouvoirs à une direction générale.
Donc, la mission du réseau peut se décliner en deux grands volets, soit la
promotion des besoins des personnes victimes ainsi que la recherche des
meilleures pratiques, le tout dans un esprit de consensus. Au niveau des CAVAC,
sur le terrain, on offre des services psychosociojudiciaire à toute personne
victime d'infraction criminelle, à ses proches et aux témoins, le tout de façon
gratuite. On a un très large éventail de services, que je vais omettre de vous
décliner aujourd'hui.
Donc, pourquoi nous sommes ici
aujourd'hui? Vous avez pu prendre connaissance, j'ose croire, de notre mémoire,
celui qu'on a déposé. Donc, en fait, nos intervenants terrain et nous-mêmes
sommes en première ligne pour constater les conséquences des diverses procédures
judiciaires familiales, sur les personnes victimes principalement. En ce
sens-là, on accueille très favorablement le projet de loi. Par contre, on va
vous présenter quand même quelques petites bonifications puis quelques points
où on aimerait attirer votre attention.
Je vais débuter tout de suite en parlant
des articles 37.1 et 37.2, de quatre grands volets, soit les délais, la
coordination entre les différentes chambres, la cohérence dans les jugements et
la multiplication des témoignages.
Donc, au niveau des délais, notre souhait,
c'est que le tribunal unifié n'amène pas de délais supplémentaires pour toutes
les personnes qui font des démarches judiciaires, principalement pour les
personnes victimes. En ce sens-là, on aimerait qu'une liste de... pardon, une
liste de critères soit établie pour prioriser certaines personnes. Notre
souhait n'est pas que toutes les personnes victimes soient priorisées au
détriment des autres personnes qui utilisent le système judiciaire, mais qu'un
critère de sécurité soit mis pour prioriser certains dossiers.
Au niveau de la coordination entre les
chambres, on aimerait qu'il y ait un suivi rigoureux des délais, qu'une
personne soit attitrée comme personne-ressource pour faire le pont entre les
diverses chambres puis soit dédiée au suivi des dossiers.
Dans le même ordre d'idée, la cohérence
dans les jugements serait très importante pour nous et cette dite
personne-ressource là pourrait agir de pont. On est bien conscientes que la
chambre criminelle n'est pas incluse dans le tribunal unifié, mais je peux tout
de même vous donner un petit exemple d'une incohérence dans certains jugements.
Donc, un jugement en chambre criminelle où il y a un interdit de contact entre
deux personnes puis un jugement en chambre de la famille qui donne des
précisions au niveau de l'échange de la garde d'enfant bien précise puis qu'il
y a un contact entre les deux personnes, donc, ce genre de situation, c'est ce
genre de situation là qu'on veut voir disparaître, le tout, évidemment, dans le
respect des droits et de la protection des renseignements personnels.
Mon dernier point serait celui de la
multiplication des témoignages. Notre souhait, ce serait qu'il y ait... qu'il
puisse y avoir un seul témoignage qui soit utilisé dans diverses chambres
lorsque les affaires sont connexes. Ce que ça pourrait faire, c'est évidemment
d'éviter la multiplication des témoignages, d'éviter de répéter son histoire à
plusieurs reprises, qui peut causer une revictimisation puis un épuisement. Il
pourrait y avoir des balises claires qui seraient mises en place pour alléger
le fardeau judiciaire des personnes victimes. Donc, je vais, de ce pas, céder
la parole à ma collègue Sophie.
Mme Gasse (Sophie) : Lors de
l'ensemble des procédures, quelque soit la chambre, pour nous, il est vraiment
essentiel que l'accès à des mesures de protection soit facilité puis facilement
accessible aussi si la demande est faite, là, par les personnes victimes, un
peu à l'image, là, de ce qu'on voit à la cour criminelle, là, pour éviter que
les personnes soient, un, confrontées à leur agresseur lorsque c'est évitable mais
aussi pour faciliter, là, autant que possible, leur témoignage lorsque c'est
nécessaire qu'elles témoignent. Par exemple, ça peut être de faciliter, là,
l'accès aux mesures d'aide au témoignage, par exemple la visioconférence, ou
aussi en autorisant la présence, là, d'une personne de confiance, peu importe
la chambre.
• (11 h 30) •
Au niveau des articles 416.1, 416.5,
419.2, donc on parle des mesures obligatoires, là, comme la médiation, la
conciliation, ce qu'on souhaite souligner, ce qui est prévu... mais on veut
vraiment souligner encore plus l'importance, là, qui doit être accordée à
l'exclusion des personnes qui sont dans un contexte de violence familiale ou conjugale,
là, pour ces mesures obligatoires là, donc que les personnes ne soient pas
obligées de s'astreindre à ces mesures-là lorsqu'elles sont dans des contextes
de violence. Aussi, ça pourrait arriver, là, que des personnes qui n'aient pas
été à même de faire préalablement, là, la demande d'exemption puis se
retrouvent, par exemple, dans une situation de <médiation...
>
11 h 30 (version révisée)
< Mme Gasse (Sophie) :...préalablement,
là, la demande d'exemption puis se retrouvent, par exemple, dans une situation
de >médiation. Donc, on préconiserait que les personnes, là, qui
effectuent la médiation puissent avoir une formation pour être à même de
déceler, de dépister, là, les situations de violence, toute situation
problématique, en fait, les situations de contrôle coercitif puis avoir aussi,
là, les outils nécessaires pour agir, là, quand... que ces personnes-là
puissent déceler, là, ces situations-là.
Et aussi, comme toute nouvelle avancée,
quand on instaure des nouvelles pratiques, c'est sûr qu'on... recommande,
pardon, qu'un processus d'évaluation, là, en continu soit instauré pour qu'on
puisse s'assurer que la réalité des personnes victimes est bien prise en compte
au sein du tribunal unifié de la famille et aussi pour mesurer, là, l'impact de
toutes les nouvelles mesures ou procédures, là, qui sont instaurées pour les
personnes victimes.
Le Président (M.
Bachand) :Vous êtes très efficaces,
mesdames. Bravo! Alors, je me tourne maintenant vers le gouvernement. M. le
ministre, pour une période de 17 minutes d'échange. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Mme Cormier, Mme Gasse, bonjour, merci de participer
aux travaux de la commission, c'est un plaisir de vous retrouver.
Généralement, ce que je constate de votre
mémoire, c'est que vous êtes en accord avec la création d'un tribunal unifié de
la famille sur le principe, mais vous nous mettez en garde relativement à
certains éléments, donc notamment que les personnes victimes soient bien
accompagnées, ne se retrouvent pas dans une situation, supposons en médiation,
où elles sont victimes de violence conjugale ou sexuelle puis qu'elles se
retrouvent avec leur agresseur. Ça, on l'a déjà prévu en faisant en sorte de
prévoir qu'elles peuvent simplement alléguer, et elles n'auront pas à aller en médiation
obligatoire. On a des groupes qui sont venus jeudi qui nous ont dit :
Écoutez, ce n'est pas suffisant, là, l'allégation, le simple fait de le
souligner, de dire : Bien, je ne veux pas aller en médiation, parce qu'il
y a de la violence conjugale, supposons, dans mon ex-couple. Certains disaient :
Bien, écoutez, on est peut-être mieux de faire comme dans le cadre du projet de
loi n° 73 qu'on a adopté, d'obtenir une attestation d'un organisme.
Qu'est-ce que vous pensez de ça? Est-ce que c'est préférable d'avoir... en
fait, de laisser la latitude d'inscrire uniquement : Moi, je suis victime
de violence conjugale, ou vraiment de devoir aller voir un organisme qui
atteste?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : M.
le ministre, c'est en tout respect les organismes qui ont déjà parlé, de notre
côté, dans le réseau des CAVAC, on prend pour acquis que ce que dit la personne
victime, c'est vrai. Donc, que la personne victime atteste simplement qu'elle a
été victime ou qu'elle vienne nous le dire à nous, pour nous c'est la même
chose, et ça ajouterait seulement une lourdeur bureaucratique pour les
organisations, dont le réseau des CAVAC.
M. Jolin-Barrette : Parce
que, exemple...
Mme Gasse (Sophie) : Je peux
peut-être...
M. Jolin-Barrette : Ah! allez-y,
Mme Gasse.
Mme Gasse (Sophie) : Je
voulais juste ajouter, là, à ma collègue que parfois aussi le fait que la
personne doive faire une démarche auprès d'une organisation peut être un frein
supplémentaire. Ça fait qu'il peut y avoir les deux situations. Donc, je ne
sais pas... Aussi, les deux mesures pourraient être promises... permises, ou
quelque chose comme ça, parce qu'on peut voir aussi le contraire.
M. Jolin-Barrette : Donc
vous, vous dites : Le fait de venir frapper à votre porte ou à n'importe
quel autre organisme d'aide, de soutien aux victimes, parfois, les personnes
victimes ne le font pas, parce qu'elles ne sont pas rendues là ou elles voient
ça comme un fardeau. Ça fait que, si on exige ça, ça fait en sorte que c'est
plus complexe, supposons, que la simple allégation, de dire : Bien, moi,
je ne vais pas en médiation obligatoire parce que... pour un motif sérieux?
Mme Gasse (Sophie) : En fait,
tu peux avoir les deux cas de figure. Il peut y avoir les personnes qui sont
déjà dans des services d'aide, que ce soit le CAVAC ou tout autre service d'aide,
mais il y a aussi les personnes qui ne sont pas encore allées, dans leur
cheminement, chercher de l'aide, puis c'est à ce moment-là où ça pourrait être
une mesure, là, qui pourrait les empêcher, peut-être, de demander une
exemption, le fait d'avoir l'obligation de se présenter dans une ressource.
M. Jolin-Barrette : OK. Je
voulais vous poser une question sur — vous l'avez abordée un peu, là — la
question de la personne de confiance en salle de cour. Est-ce que vous avez
constaté, encore à ce jour, des situations où le tribunal ne permet pas à une
personne de confiance d'assister une personne victime dans le cadre d'un
témoignage, que ce soit en matière criminelle ou en matière civile?
Mme Gasse (Sophie) : En
matière criminelle, je pense que là, c'est une pratique qui est bien instaurée.
Mais au niveau des chambres où... qui sont à huis clos, c'est là où des fois ça
peut... il peut y avoir certaines situations plus complexes, là, ou plus
difficiles.
M. Jolin-Barrette : Donc,
exemple, en jeunesse ou en familial huis clos?
Mme Gasse (Sophie) : Exact.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : J'oserais
ajouter qu'il y a aussi des situations où on demande à une personne <victime...
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) :
...à
une personne >victime ou à une personne mineure de choisir entre la
personne de confiance et le chien de soutien. Donc, c'est des enjeux qu'on voit.
M. Jolin-Barrette : OK. Puis
ça, je pense qu'on l'avait abordé dans le projet de loi n° 73,
où est-ce qu'on permettait les deux, justement. Mais donc vous, à votre
connaissance, vous voyez encore qu'il y a des enjeux?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Oui.
M. Jolin-Barrette : OK. Bon,
je vais être intéressé à connaître vos exemples plus précis. Vous nous
communiquerez ça.
Pour ce qui est de la... de la question de
la formation des juges, vous l'abordez, là, dans votre... dans votre mémoire,
là. On a prévu désormais... bien, en fait, désormais, avec le tribunal
spécialisé en matière de violences sexuelles et conjugales, que tous les
nouveaux juges doivent s'engager à suivre une formation en matière de violences
sexuelles, violences conjugales, tout ça. Est-ce que cette formation-là, elle
est suffisante pour la magistrature? Parce que c'est sûr que moi, je ne peux
pas agir sur les juges qui sont... qui ont déjà été nommés. Alors, bon, le
Conseil de la magistrature est chargé d'offrir des formations. On couvre les
juges suppléants aussi qui arrivent à leur retraite puis qui veulent continuer
à siéger. Là aussi, on l'a prévu dans la loi. Mais est-ce que la formation,
selon ce que vous constatez, elle est adéquate?
Mme Gasse (Sophie) : C'est
surtout important qu'elle soit mise à jour régulièrement parce que les
connaissances changent de façon régulière, on en apprend de plus en plus. Donc,
la mise à jour, ça, c'est vraiment quelque chose qui est très important qui
soit fait. Est-ce que c'est suffisant ou pas? Puis on comprend très bien aussi,
là, que c'est... que c'est à la discrétion, là, de la magistrature d'aller
suivre les formations. Mais j'oserais dire qu'on ne peut pas avoir trop
d'information, on ne peut pas être trop formés, là, par rapport à ces
problématiques-là qui sont... qui sont parties quotidiennes de notre réalité,
là, en cour criminelle particulièrement.
M. Jolin-Barrette : OK.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : La
magistrature est une figure d'autorité très importante aussi pour les personnes
victimes, ça fait que le moindre geste, le moindre mot qui provient de la
magistrature a un impact important, là, sur les personnes victimes puis sur
leur parcours judiciaire.
M. Jolin-Barrette : OK.
Êtes-vous consultées par le Conseil de la magistrature pour le développement de
ces formations-là?
Mme Gasse (Sophie) : Vous
voulez dire le réseau des CAVAC?
M. Jolin-Barrette : Oui, oui.
Mme Gasse (Sophie) : Je n'ai
pas l'information, M. le ministre. Je ne sais si ma collègue...
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Je
n'ai pas l'information non plus, mais, à première vue, je ne crois pas.
M. Jolin-Barrette : OK. Bon,
pour l'aide au témoignage en matière civile, dans le fond, on a mis plusieurs
mesures dans le cadre du projet loi n° 73, puis ça
rentre graduellement en vigueur, là, au... c'était six mois de l'adoption du
projet de loi. Donc, au plus tard, ce sera le 4 juin. Ça fait que c'est
sûr que, pour le tribunal unifié, ça va s'appliquer, les mesures qu'on a mises
dans le projet de loi n° 73 : télétémoignages,
paravents, chiens, mesures d'assistance, personnes de confiance aussi. Ça fait
que tout ça va entrer en vigueur avec, également, la création du tribunal
unifié. Donc, pour ça, je tiens à vous rassurer à ce niveau-là.
Pouvez-vous nous décrire un peu ce que...
ce que vous voyez sur le terrain? Supposons, quand... lorsqu'il y a présence,
supposons, un dossier de violences conjugales... C'est parce que vous, vous
intervenez principalement en matière criminelle, en matière pénale, et l'impact
des procédures aussi, supposons qu'il y a un dossier de violence conjugale, là,
qui est à la cour, puis que les victimes viennent vous voir, et le reste du
processus judiciaire, qu'est-ce qui arrive quand il y a présence de violence
conjugale? Qu'est-ce qui arrive avec la famille, la séparation, la garde, la
pension, DPJ? Là, j'imagine, vous avez plusieurs cas en tête que vous avez déjà
vécus. Pouvez-vous nous décrire c'est quoi, votre quotidien avec la victime à
travers ces différentes autres procédures là?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Je
vais laisser la parole à Sophie, là.
• (11 h 40) •
Mme Gasse (Sophie) : Ce qui
est difficile, c'est juste... c'est... Je vous dirais que le manque de
communication, de fluidité entre les différentes instances, c'est vraiment, je
pense, ça, la principale, là, difficulté pour les personnes victimes. Tantôt,
ma collègue parlait des fois, même, des contradictions qu'il peut y avoir dans
les conditions qui sont émises, par exemple à la cour criminelle, ensuite à la
DPJ par rapport à la cour en jeunesse. Des fois, il peut y avoir des
modifications qui sont à la discrétion de la DPJ, puis là le criminel n'est pas
avisé. Ça fait que c'est vraiment, là, je vous dirais, le manque de
communication qui ajoute une lourdeur après ça aux personnes victimes parce
que, parfois, c'est elles qui se retrouvent à faire le lien entre... parce que,
parfois, là, il y a le procureur, il y a leur avocat au familial, donc, parfois
c'est elles qui se retrouvent avec le fardeau de faire le lien, là, entre les
différentes personnes qui sont autour d'elles pour la représenter. Ça fait que
ça, c'est vraiment ça qu'on sent, là, cette lourdeur-là au travers des <différentes...
Mme Gasse (Sophie) :
...lourdeur-là
au travers des >différentes chambres.
M. Jolin-Barrette : Puis le
fait d'avoir désormais, là, le tribunal unifié aussi sous le même chapeau de la
Cour du Québec, parce que la majorité des dossiers criminels sont à la Cour du
Québec, ensuite on a jeunesse à la Cour du Québec, puis là on va avoir le
tribunal unifié, le fait que ce soit devant la même cour, que le même juge
puisse suivre le dossier jeunesse, famille, vous pensez que ça va aider?
Mme Gasse (Sophie) : Absolument.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Assurément,
mais, comme on a précisé, puisque la cour criminelle est exclue, il faudrait
quand même qu'il y ait une personne, une personne dédiée pour faire ce pont-là
puis que le fardeau n'incombe pas à la personne victime.
M. Jolin-Barrette : Alors là,
le poste de coordonnateur judiciaire vise à développer cette expertise-là pour
faire le lien avec les différents dossiers. Qu'est-ce que vous en pensez, du
poste de coordonnateur judiciaire?
Mme Gasse (Sophie) : Je
pense, M. le ministre, que, sur le terrain, pour l'instant, ces postes-là ne
sont peut-être pas appliquées de cette façon-là, je pense qu'il y a peut-être
d'autres tâches, là, qui leur ont été assignées pour le moment. Mais, si ces
personnes-là, vraiment, assument leur rôle de coordonner tout ça, c'est sûr
que, là, ça serait... ça serait facilitant, là. Parce qu'il y a vraiment, là,
un manque, vraiment, de communication entre les différentes chambres, là, qui
fait que ça amène de la confusion, même des fois des contradictions. Puis ça
peut mettre des fois, même, la sécurité, là, des personnes en jeu, là.
M. Jolin-Barrette : Ça fait
que ce que ça vous prend, c'est quelqu'un qui part de la chambre criminelle et
pénale, parce que, souvent, c'est le dossier qui chemine en premier, sauf en
matière de violence conjugale, puis que, là, il va faire le pont avec le
dossier en jeunesse, avec le dossier en familial.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Exactement.
M. Jolin-Barrette : OK.
Est-ce que vous avez d'autres préoccupations par rapport au tribunal unifié que
vous voulez porter à l'attention des membres de la commission?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Je
pense que tous les éléments, là, qu'on avait apportés ont été bien décrits dans
le mémoire. On a souligné les principaux, là, de vive voix, mais ça faisait...
ça faisait le tour.
M. Jolin-Barrette : OK.
Peut-être une dernière question sur la... OK, oui, bien, je vais céder la
parole à mes collègues. Merci beaucoup pour votre présentation. Merci pour
votre présence en commission parlementaire.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, Mme la députée de
Laval-des-Rapides, s'il vous plaît.
Mme Haytayan : Merci, M. le
Président. Bonjour, mesdames. Merci pour votre temps. Côté délais, dans votre
mémoire, vous vous disiez préoccupés par les délais. Est-ce que... Nous, on est
venu prévoir une médiation obligatoire. Le taux de réussite est bon, on
l'estime à 85 %. Est-ce que vous croyez que ça va pouvoir aider?
J'aimerais vous entendre là-dessus puis sur vos préoccupations sur les délais
en général.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Si
je réponds, en premier lieu, à votre question, au niveau de la médiation, je
pense qu'assurément une médiation obligatoire peut désengorger et
déjudiciariser certains dossiers qui n'ont peu lieu d'être. Donc, assurément,
là, c'est un bon espoir, mais notre préoccupation était du fait de regrouper
diverses chambres ensemble, de ne pas allonger ces délais-là. On sait que des
délais peuvent garder les personnes victimes dans leurs symptômes, cristallisés
leurs symptômes parce qu'ils sont constamment replongés dans les événements.
Donc, c'était vraiment... Notre souci était à ce niveau-là.
Mme Haytayan : Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Député de Saint-Jean.
M. Lemieux : Pour combien de
temps, M. le Président?
Le Président (M.
Bachand) :4 min 30 s.
M. Lemieux : Merci, M. le
Président. Mmes Cormier, Gasse, bien le bonjour. Comme le ministre, je
veux saluer votre présence en commission parlementaire. Vous êtes notre
première ligne dans les palais de justice et dans nos communautés. Et
effectivement, même si notre ministre se fait fort de penser régulièrement,
souvent, tout le temps, dans plusieurs projets de loi, aux victimes, d'entendre
ce que vous avez à dire au moment où on est en train d'adopter ces lois-là,
c'est très important.
Vous avez parlé des juges avec le ministre,
la formation des juges, devrais-je dire. Et je vous écoutais puis je me disais :
Oui, tout le monde marche un peu sur des oeufs. On parle des juges, de la
magistrature, bon, mais parlez-moi de la réalité — j'ai dit que vous
étiez notre première ligne — la réalité de ce que vous sentez. Vous
avez comme conclusion, de ce qui se passe dans la vraie vie, là où vous êtes à
tous les jours, de ce que je pressens ou, en tout cas, j'entends, un manque de
formation. Ça se transfère comment sur le plancher des vaches? C'est vécu
comment par les victimes et vous?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Je
n'oserais pas généraliser, dans le sens où on a de très bons juges sur le
terrain. Par contre, c'est les petits détails, c'est la fois qu'il se passe
quelque chose qu'on retient, qui ressort, qui... qui peut fragiliser une
personne victime. Ça fait que c'est ces petits moments-là et... qu'on souhaite
éviter sur le terrain. En fait comme je disais, mais les mots qu'utilisent les
juges, je pense qu'on <parle...
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) :
...comme je disais, mais les mots qu'utilisent les juges, je pense
qu'on >parle au niveau... une formation au niveau du langage. Au niveau
contrôle coercitif, ma collègue l'a nommé tantôt, mais de tous les impacts du
contrôle, c'est quelque chose qui n'est pas visible. Donc, quand on pose des
questions sur des marques, des blessures, mais que la plus grande violence,
c'était une violence qui était psychologique, bien, c'est à ce niveau-là qu'on
veut sensibiliser et qu'on veut former sur qu'est-ce que c'est aujourd'hui la
violence conjugale, qu'est-ce que c'est aujourd'hui du contrôle coercitif. Sophie,
tu voulais ajouter quelque chose, je pense.
Mme Gasse (Sophie) : Oui.
Bien, je me permettrais de dire qu'on entend encore, quand même quelquefois, à
petite échelle, certains mythes et préjugés par rapport à la violence
conjugale, par rapport à la violence familiale, tu sais, les personnes qui
doivent avoir plusieurs tentatives avant de quitter, même en violences
sexuelles, tu sais pourquoi les personnes n'ont pas dénoncé avant. Donc, comme
ma collègue, là, je dirais que, règle générale, on a des très bons juges, mais
la fois où on entend quelque chose comme ça, effectivement, ça a un impact
direct sur la vie d'une personne, là, d'une vraie personne réelle. Donc, ça,
c'est sûr que, lorsque ça arrive, c'est désolant.
M. Lemieux : Bien évidemment,
il y a des limites. Le ministre... pour le ministre, en tout cas, il y a des
limites, donc ce qu'on peut écrire dans la loi aussi. On ne peut pas dire aux
juges d'aller se faire former. On peut demander une formation avant d'entrer en
poste, mais après ça c'est le Conseil de la magistrature qui est maître à bord.
Dans les circonstances, vous avez répondu tout à l'heure que vous ne saviez
pas, vous n'étiez pas capable de nous dire si le Conseil de la magistrature
vous a déjà sollicité. Ce serait gentil de nous confirmer ça éventuellement,
s'il vous plaît, si vous pouvez faire des recherches.
Et, avec la minute et demie qu'il me
reste, M. le Président, je voudrais revenir, moi aussi, sur la médiation pour
que vous puissiez aider le ministre et nous aider en écrivant la loi après les
consultations. Je comprends votre problème, là, votre problème par rapport à la
médiation obligatoire, mais, en même temps, c'est tellement efficace, 85 %
des 50 % de couples qui... qui vont en médiation, ça règle le problème. Y
a-tu une voie de passage que vous voyez, que vous êtes capable de dire au
ministre? Parce que, juste de dire : Il ne faut pas que ce soit demandé,
c'est comme trop, là, tu sais. Mais est-ce qu'il y a une voie de passage? Puis,
ça aussi, si vous y pensez plus tard, parce que mon temps achève, gênez-vous
pas pour faire signe au ministre et à la commission parce qu'on est en train de
siéger.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Je
peux y aller très rapidement. J'ai entendu parler de la médiation individuelle.
Ça peut sembler loufoque, dit comme ça, mais, en fait, c'est de ne pas
confronter la personne victime à son agresseur et surtout à ses pouvoirs de...
de manipulation. C'est des gens qui, parfois, sont très habiles pour manipuler
et... une personne externe qui pourrait être la médiatrice. Donc, si on peut
avoir une médiation qui est individuelle, donc la personne victime avec un
médiateur, puis, par la suite, de mettre ça en commun... Je pense qu'on peut se
permettre de rêver, là, vous demandez une...
M. Lemieux : Non, non...
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Ça
fait que...
M. Lemieux : Là, c'est en
plein ce que je cherchais comme idée. Vous êtes dedans, moi pas. Et le ministre
a très certainement compris votre proposition, votre suggestion. Je ne trouve
pas ça bête. Merci, M. le Président. Merci, mesdames.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. le député. M. le
député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, Mmes Cormier, Gasse, bonjour. Merci pour votre mémoire.
Merci aussi de nous consacrer du temps aujourd'hui. Si j'ai bien compris, vous,
vous êtes, entre autres, au CAVAC de Centre-du-Québec à Drummondville. Alors,
j'ai eu le privilège d'aller vous visiter. J'ai été très bien reçu, d'ailleurs,
je vous en remercie. Et, dans le Bas-Saint-Laurent, évidemment, il y a... il y
a Rimouski, bien sûr, mais il y avait un point de service à Mont-Joli qui, je
crois... est-ce qu'il est toujours fermé ou c'est rouvert, ou...
Mme Gasse (Sophie) : En fait,
c'est les toutes les procédures judiciaires qui sont transférées à Rimouski.
M. Morin : À Rimouski.
Mme Gasse (Sophie) : Mais le
point de services du CAVAC demeure le point de service à la communauté à
Mont-Joli, là, et est toujours là, là.
• (11 h 50) •
M. Morin : Parfait. Alors, je
vous remercie pour cette mise à jour.
Je vais... je vais vous parler de la
médiation obligatoire, c'est... ça occupe beaucoup, comme vous l'avez constaté,
nos échanges ce matin, parce que c'est prévu dans le projet de loi. Il y a
plusieurs groupes qui nous ont dit que ce n'était vraiment pas une bonne idée.
Le projet de loi, la mécanique, la procédure permet aux gens d'être exemptés,
mais il faut pour ça déposer au greffe une déclaration avec des motifs sérieux.
Je peux comprendre qu'il y a, des fois... il y a des victimes qui ne veulent
peut-être pas déposer de déclaration avec des motifs sérieux pour toutes sortes
de bonnes raisons. Vous l'avez évoqué vous-même, avant de dénoncer, parfois, ça
prend du temps, puis ça, c'est documenté, c'est normal parce que ce n'est pas
parce que quelqu'un prend du temps, là, que c'est... c'est moins grave. Ça,
c'est très, très clair dans mon esprit. Est-ce que c'est quelque chose qu'on
devrait... qu'on devrait laisser là où si on ne devrait pas simplement l'offrir
puis, après ça, bien, laisser aux <parties...
M. Morin :
...puis,
après ça, bien, laisser aux >parties le soin de décider. Il y a l'association
des notaires, on a posé des questions, puis ils nous ont dit : Écoutez, il
n'y a pas de souci, on est formés, puis, si jamais on voit qu'il y a une
tension, on peut faire des... en fait, de la médiation par corpus, on sépare
les gens. Sauf que ma question est la suivante : Souvent, dans le cas où
il y a du contrôle coercitif, c'est très difficile à détecter, puis vous
comprendrez que moi, comme député de l'opposition puis évidemment un membre du
Parlement, ça, c'est un élément qui vient, évidemment, me chercher, si vous me
permettez l'expression, alors, quelles sont, pour vous, les meilleures pistes
de solutions pour ça? Est-ce qu'on devrait simplement l'offrir, mais pas
obliger les gens, pas les obliger à invoquer des motifs sérieux? Puis l'autre
élément, parce que je parle toujours, en fait, de la proposition dans le projet
de loi qui est à 419.2, vous en avez parlé dans votre mémoire, il y a aussi
toute la question de... s'il y a une fausse déclaration, le tribunal,
finalement, pourrait sévir. Vous vous situez où, sur toutes ces questions-là?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : C'est
beaucoup de questions, et j'ai un malaise à m'exprimer au niveau du réseau des
CAVAC, parce qu'à brûle-pourpoint l'opinion va être un peu plus personnelle,
mais je vais me permettre de la dire quand même.
M. Morin : Allez-y.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Si
on prend l'exemple des corps policiers, qui, en matière de violence conjugale,
peuvent porter plainte à la place d'une personne victime lorsqu'ils sont
témoins, c'est les seules circonstances où un policier peut porter plainte à la
place de quelqu'un, j'oserais croire que, parfois, dans la loi ou dans la
société, on doit être un peu plus directif. Donc, moi, personnellement, de mon
côté, je garderais la médiation obligatoire pour ne serait-ce qu'alléger le
système judiciaire puis les délais. Mais c'est une opinion qui est bien
personnelle, puis je pense qu'en mettant en place les bonnes façons de faire,
on peut éviter de revictimiser, ne serait-ce que, comme vous avez dit, avec la
Chambre des notaires, une formation adéquate. Et c'est ça, c'est mon opinion.
M. Morin : Autre chose à
ajouter? Non. Ça va.
Mme Gasse (Sophie) : Bien,
dans tout ce que vous dites, nous aussi, on est préoccupées, tu sais, par les
mêmes choses, parce qu'au niveau de la violence, parfois, c'est la manipulation
qui est... Ce n'est pas nécessairement ce qu'on va voir.
M. Morin : Exact.
Mme Gasse (Sophie) : Ça fait
que l'important, c'est qu'en médiation les deux parties se sentent libres de
s'exprimer. Donc ce qui s'est passé avant, tu sais, bon, le médiateur ne sera
pas toujours à même de le constater. Au niveau de la déclaration ou de la
fausse déclaration, là aussi, c'est une opinion personnelle, mais ça nous
arrive, des fois, de constater dans la réalité que, des fois, c'est l'agresseur
qui va aller porter plainte, par exemple, dans une situation. C'est l'agresseur
qui pourrait aller, peut-être, faire aussi une déclaration pour s'exempter.
Bon, peut-être que ça, ça prévoit aussi ces cas de figure là, où ça pourrait
arriver, parce qu'on le voit, là, vraiment, dans la réalité que, parfois, ça
arrive aussi.
Donc, je n'ai pas non plus de solution miracle,
comme ma collègue, mais je crois aussi que la médiation est quand même une très
bonne façon de régler des conflits et qu'il y a sûrement un moyen de mettre des
mesures, là, pour protéger les gens au travers de cette procédure-là.
M. Morin : Je vous remercie.
Autre élément dans le projet de loi, c'est toujours à l'article 5. Il y a
un article, 416.5, qui parle, cette fois-ci, de conciliation. Le projet de loi
prévoit que ça a lieu à huis clos. Bon, évidemment, le juge peut, sur demande,
homologuer l'entente si aucun règlement n'intervient sur une ou plusieurs
questions lors de la séance de conciliation tenue le matin. Le juge tient une
audience sommaire en après-midi et rend jugement. Est-ce que c'est... vous
pensez que c'est réaliste, d'une part, que ça se passe aussi rapidement que ça?
Et puis, d'autre part, je vous dirai... En fait, je vais vous partager mon
expérience. Moi, j'ai été, pendant des décennies, procureur de la couronne, et
j'en ai fait de la conciliation, mais en matière criminelle et pénale. Puis
c'était un service qui était offert, ça a permis de régler des dossiers, sauf
qu'il était bien clair que le juge qui entendait la conciliation ou la
médiation, là, n'allait pas entendre, évidemment, un procès ou quoi que ce soit.
Parce que l'idée, c'est qu'autant la couronne que la défense, c'est comme ça
que ça s'appelait à l'époque, l'État — et la défense — ouvrait
son jeu puis on en discutait. Là, je n'ai rien vu dans le projet de loi qui dit
que ça pourrait être un autre juge. Est-ce que c'est quelque chose sur lequel
vous avez réfléchi?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : On
ne s'était pas prononcé là-dessus, mais ici, à Drummondville aussi, c'est un
cas de figure, on a mis en place un projet de <conciliation...
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) :
...ici, à Drummondville aussi, c'est un cas de figure, on a mis en
place un projet de >conciliation... puis c'est effectivement, là, deux
juges différents qui siègent aux différents moments.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Évidemment, vous accompagnez les victimes, c'est votre quotidien,
c'est votre mission. Dans le projet de loi, on va évidemment rajouter des
éléments. J'imagine qu'il y a des victimes qui vont vouloir obtenir de l'information
de vous, de l'aide. Avec les ressources que vous avez, en fait, moi, ce que je
comprends, c'est que ça va être une couche supplémentaire. Est-ce que vous êtes
capables d'arriver? Avez-vous le personnel? Je comprends que c'est peut-être un
petit peu délicat, M. le ministre est là. Mais, je veux dire, écoutez, on est
en commission parlementaire, c'est le temps, s'il vous manque du monde, d'en
parler, là, parce que, moi, je dois avouer que, dans les projets de loi qu'on
étudie, c'est toujours un élément qui est important. C'est beau d'établir des
réformes, j'en conviens, encore faut-il être capable de les mettre en place.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : En
fait, au niveau du Réseau des CAVAC, j'oserais dire que notre spécialisation,
c'est au niveau des infractions criminelles, donc, en chambre criminelle. Donc,
à quel point... Évidemment, ça va nous impacter, mais à quel point on va être
les bonnes personnes pour accompagner ces personnes victimes là dans d'autres
chambres? On n'a pas actuellement l'expertise au niveau des autres chambres, on
est vraiment des spécialistes, là, de la cour criminelle.
M. Morin : OK, très bien.
Mme Gasse (Sophie) : Mais, M.
le ministre... M. le député, pardon, on n'aurait pas les effectifs nécessaires,
pour répondre à votre question, s'il fallait le faire.
M. Morin : OK. L'autre
élément qu'on m'a dit, puis je ne sais pas si c'est votre réalité, parce que
j'en ai fait plusieurs, CAVAC, c'est quelque chose qui, pour moi, est
hyperimportant, puis c'est en lien avec la question précédente que je vous ai
posée, on nous a dit que, souvent, on vous demande une planification financière
en février ou en janvier, vous envoyez ça au ministère et, souvent, les budgets
arrivent au mois de juillet ou après. Je comprends que votre conseil
d'administration, ce sont des bénévoles, ce n'est pas des gens qui sont
rémunérés. Vous faites quoi pendant ces mois-là? Comment vous êtes capables de
jongler? Puis ça ne doit pas être très, très aidant. Ça fait que, si on a des
projets de loi à gauche puis à droite, qui alourdit votre tâche, est-ce que
c'est une réalité que vous vivez puis comment vous faites pour vous en sortir?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : C'est
effectivement notre réalité, mais je pense que le ministère a bien entendu nos
préoccupations. Puis ils ont trouvé une solution qui devrait être appliquée dès
l'année prochaine.
M. Morin : Bien, en tout cas,
je vous le souhaite. On va faire un suivi là-dessus, parce que votre mandat — et
votre rôle — est fondamental, c'est effectivement très important. Un
élément que vous avez soulevé à plusieurs reprises, c'est l'absence parfois de
coordination, de partage de l'information. Est-ce que vous pensez — on
parle d'un tribunal unifié — est-ce que vous pensez qu'un greffe
unifié pourrait aider au partage de l'information?
Mme Gasse (Sophie) : Oui,
oui, ne serait-ce qu'il y a une espèce de système, tu sais, on est beaucoup
dans la refonte, présentement, de nos systèmes informatiques. Effectivement,
aussi, qu'il y a des nouvelles technologies qui pourraient aider à tout
rapatrier les informations, toujours en respectant, bien sûr, les obligations
de confidentialité. Mais, je pense — là, c'est une opinion bien
personnelle, mais je crois que, oui — plus on peut simplifier, plus
que ça sera aidant pour l'ensemble des procédures.
M. Morin : Je vous remercie
beaucoup. M. le Président, je crois que ma collègue a des questions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Mme la députée de
Westmout-Saint-Louis, s'il vous plaît.
Mme Maccarone : Bonjour,
mesdames. Merci pour votre témoignage puis votre mémoire fort intéressant.
J'aurais peut-être deux petites questions
pour vous en lien avec votre mémoire et votre présentation. Vous parlez des
critères de priorisation des dossiers impliquant des victimes. Moi, je voulais
savoir un petit peu plus là-dessus si jamais nous pouvons poursuivre avec des
modifications. Est-ce que c'est vous qui devez préciser ces critères puis ils
sont quoi, les critères de précision de précision et de priorisation?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : En
fait, c'est un sujet que Sophie et moi, on a beaucoup discuté, parce qu'on
avait un souci de ne pas, je vais le nommer comme ça, faire passer les
personnes victimes devant le reste de la population. Donc, pour nous, ce ne
serait pas le critère d'être victime ou qu'il y ait de la violence conjugale,
ce serait vraiment qu'il y a un enjeu de sécurité. Sophie pourra compléter,
mais c'était vraiment l'élément que, pour nous, on a fait ressortir. On n'avait
pas nécessairement d'autres critères en tête que celui de la sécurité. Donc, ce
serait vraiment notre critère principal.
• (12 heures) •
Mme Maccarone : Allez-y.
Mme Gasse (Sophie) : Non.
J'abonde vraiment dans le même sens que ma collègue, oui.
Mme Maccarone : OK, parfait.
Puis vous avez parlé d'une nomination, comme un intervenant, une personne qui
ferait le pont d'une entité dédiée pour coordonner les dossiers. Je comprends,
je pense que c'est très sain de <penser...
>
12 h (version révisée)
<17911
Mme
Maccarone :
...c'est très sain de >penser à avoir cette
personne. Mon collègue parlait d'avoir un greffier pour unifier le tout. Si on
poursuit avec une telle modification, selon vous, est-ce que cette personne
devrait relever du tribunal, du ministère de la Justice, d'un autre organisme?
Comment on peut orienter cette personne pour s'assurer qu'on protège les droits
des victimes puis qu'on ne crée pas d'autres délais? Vous avez aussi parlé de
ceci.
Mme Gasse (Sophie) : Je crois
personnellement que cette personne-là devrait d'emblée, tu sais, relever de
toute l'organisation, là, de la justice, donc peut-être du ministère ou, tu
sais, que cette personne-là, son rôle soit dans le palais de justice d'assurer
cette coordination-là et non une personne qui est comme de l'extérieur, là.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Si
je ne m'abuse, les coordonnateurs judiciaires qui sont en place actuellement
relèvent de la directrice du palais. Donc, je pense que ce serait une belle...
une bonne façon de fonctionner à ce niveau-là.
Mme Maccarone : OK. Il me
reste un peu de temps, ça fait que peut-être une dernière question. Vous
proposez un seul témoignage, ça fait qu'un témoignage unique. Je sais que c'est
d'une grande préoccupation que nous avons entendu à date. Puis, dans votre cas,
c'est sûr, c'est pour éviter la revictimisation que je comprends très bien puis
je pense qu'on a une responsabilité d'être sensible à ceci. Les balises
juridiques pour arriver à ceci, selon vous, c'est quoi? Puis si on ne réussit
pas à avoir un vrai tribunal unifié, c'est quoi les impacts pour les personnes
dont vous êtes là pour aider?
Mme Gasse (Sophie) : Oui. Il
y a tout l'aspect... Puis, tu sais, on est très conscientes qu'il y a tout
aussi une balise juridique. Tu sais, la défense, aussi, des droits des accusés
ou des personnes suspectes est aussi très importante. Il y a la revictimisation,
mais il y a le fait aussi que, des fois, les témoignages sont utilisés un peu
contre, là, les personnes victimes aux différentes chambres. Des fois, quand c'est
le même avocat, bien, madame... je vous donne un exemple, je vous ai entendu à
la Cour de la jeunesse dire telle chose, on est au criminel, vous dites telle
autre chose. Donc, c'est cette protection-là. Donc, si un témoignage unique n'est
pas possible, bien qu'au moins il y ait une certaine protection, une certaine
sensibilité, là, à ce niveau-là, parce que c'est sûr que ça devient
excessivement complexe et difficile.
Mme Maccarone : Ma question,
c'est : Comment allons-nous faire ça si on n'a pas une entente avec le
gouvernement fédéral? Parce que, il me semble, on ne pourra pas éviter cet
enjeu.
OK, bon, bien, c'est beau pour moi. Vous
confirmez pour moi qu'on va faire face à, quand même, des enjeux. Puis la
crainte que j'ai, c'est ce que vous avez dit, c'est la revictimisation. Puis, en
effet, le but d'avoir un tribunal unifié, c'est pour accélérer le processus de
l'accès à la justice, ça fait que je trouve que c'est une bonne idée, ça fait
longtemps depuis qu'on en parle, mais je partage votre préoccupation, ce qu'on
souhaite éviter, c'est qu'on est en train de ne pas prendre en considération
tous les droits des victimes. Puis on va avoir évidemment des personnes très
vulnérables qui vont être assujetties, peut-être, à des effets qui vont contre
un vrai accès à la justice dans ce cas.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
l'Acadie, il reste 1 min 40 s.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. Un peu dans la même veine du partage de l'information, puis je
comprends vos préoccupations, vous avez parlé un peu plus tôt d'un
coordonnateur judiciaire, mais, si je vous ai bien compris, il y en aurait, mais
ils sont parfois assignés à plusieurs tâches. Est-ce que je vous ai bien
compris ou... puis ils ne peuvent pas nécessairement se... ils ne sont pas
dédiés à temps plein à leur rôle de coordonnateur. Est-ce que c'est une réalité
que vous vivez ou...
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : En
fait, c'est un nouveau rôle qui est arrivé récemment, ça fait que je pense que
leur description de tâche et la description de leur rôle n'est pas encore claire.
Donc, si ça peut aller dans le sens où on le souhaite, et donc de coordonner
les informations, le partage d'informations entre les diverses chambres, je
pense que ça pourra être un rôle adéquat pour ce coordonnateur.
M. Morin : Mais je comprends
qu'ils en ont une, description de travail, cependant.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : À
ma compréhension, ce n'est pas la même chose, là, dans tous les districts
judiciaires. Puis ce qui relève des directions de palais de justice, ça a un
peu été fait selon la direction en place.
M. Morin : Parfait. Merci
beaucoup, M. le Président.
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup. Mme Cormier, Mme Gasse, merci
beaucoup d'avoir été avec nous, et surtout merci beaucoup pour le travail que
vous faites pour les victimes d'actes criminels, c'est très, très, très
apprécié.
Sur ce, la commission suspend ses travaux
jusqu'après les avis touchant les travaux des commissions, donc vers 15 h 15.
À tantôt. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 05)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 22
)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! Bon
après-midi à tout le monde. La commission reprend ses travaux afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 91, Loi instaurant le Tribunal unifié de la
famille au sein de la Cour du Québec.
Alors, il nous fait plaisir d'entendre cet
après-midi les représentants de la Fédération des associations de familles
monoparentales et recomposées du Québec. Merci beaucoup d'être avec nous. Donc,
je vous invite d'abord à vous présenter, à débuter votre présentation, puis,
après ça, on aura un échange avec les membres de la commission. La parole est à
vous. Merci.
Fédération des associations de familles
monoparentales et recomposées du Québec (FAFMRQ)
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Merci.
Je m'appelle Marie-Pierre Riendeau et je suis responsable de la vie associative
et de l'éducation populaire à la Fédération des associations de familles
monoparentales et recomposées du Québec.
Mme Lacroix (Nancy) : Bonjour,
Nancy Lacroix, vice-présidente de la fédération puis aussi directrice de l'Association
de familles monoparentales et recomposées de La Chaudière.
Ça fait qu'on débute avec la lecture.
Bonjour à tout le monde. Merci aux membres de la Commission des institutions de
nous avoir invitées à venir présenter notre mémoire sur le projet de loi n° 91. Cependant, nous déplorons les délais extrêmement
courts qui nous ont été imposés et le fait que la fédération ne faisait pas
partie de la liste initiale des organismes invités à participer aux
consultations particulières. Rappelons que la fédération avait obtenu le statut
d'intervenantes à toutes les étapes de l'affaire Éric contre Lola, et ce, jusqu'en
Cour suprême, cause qui a été un élément déclencheur important à l'origine de
la réforme du droit familial présentement en cours. La fédération a également
participé à l'ensemble des consultations publiques et particulières qui se sont
tenues depuis 2019 touchant les différents aspects de cette réforme.
Dès sa fondation, en 1974, la fédération a
comme priorité la création d'un tribunal qui pourrait simplifier le parcours
juridique des parents et que soient rattachés à celui-ci des services et des
ressources multidisciplinaires pour les familles. Bien que des améliorations
aient été apportées au système de justice au cours des dernières années, nombre
de difficultés demeurent pour les familles, notamment lorsqu'une séparation...
lors d'une séparation conjugale. Nos organismes constatent que l'accessibilité
à la justice est un parcours parsemé d'obstacles et même, dans certains cas, un
véritable parcours du combattant. Ainsi, la création d'un TUF serait un moyen
pouvant permettre d'éliminer des décisions contradictoires, favoriser l'accessibilité
à la justice et être un point tournant de service pour les familles.
Selon la fédération, la création d'un TUF
devrait permettre de réunir le traitement des causes en droit familial sous un
guichet unique — les questions relatives à une même situation
familiale seraient traitées au même tribunal; offrir des services
complémentaires — des services parajuridiques et psychosociaux
pourraient y être offerts; simplifier les procédures afin de faciliter la tâche
des citoyens qui veulent se présenter... se représenter sans avocat; permettre
l'accès à des juges spécialisés en matière familiale, c'est-à-dire mieux
formés; favoriser un meilleur accès à l'information et à des services de
règlement de différends, comme la médiation. C'est donc avec enthousiaste que
nous avons d'abord accueilli le <dépôt...
Mme Lacroix (Nancy) :
...nous
avons d'abord accueilli le >dépôt d'un
projet de loi visant à instaurer un tribunal unifié de la famille. Cependant,
force est de constater que le projet de loi n° 91 soulève plusieurs
questionnements, de même que certaines inquiétudes. D'abord, on peut se
demander combien de familles pourraient bénéficier du TUF tel que proposé,
puisque celui-ci ne s'appliquerait qu'aux demandes relatives à l'union civile,
à l'union parentale et à la filiation d'un enfant issu d'un projet parental
impliquant une grossesse pour autrui.
Pour ce qui est de l'union civile, on sait
que ce type d'union ne connaît pas une grande popularité : moins de
5 000 couples depuis sa création en 2002. Par ailleurs, on peut se
demander combien de ces couples unis civilement sont encore ensemble
aujourd'hui, et combien ont des enfants.
Pour ce qui est du nombre d'unions
parentales, il est difficile de prévoir avec précision combien de familles
pourront être visées par le TUF proposé. D'abord, comme nous l'avions souligné
lors du projet de loi n° 56, plusieurs familles se voient exclues de
l'union parentale, notamment si l'un des parents est encore marié au moment de
la naissance d'un enfant, ainsi que les familles recomposées qui n'ont pas
d'enfant commun. De plus, nous pouvons penser que, même si l'union parentale
deviendra automatiquement pour les couples en union libre ayant un enfant
commun à compter du 30 juin 2025, le fait qu'il soit possible de
modifier ou de retirer par acte notarié affectera aussi le nombre d'unions
parentales. Le taux de nuptialité, s'il venait à augmenter, pourrait également
changer le nombre de familles qui pourraient... qui seraient concernées par ce
TUF québécois.
L'autre aspect du projet de loi qui
soulève des inquiétudes est le fait qu'en voulant simplifier la vie des
familles le TUF proposé viendrait créer une nouvelle dispersion des compétences
judiciaires. La fédération est inquiète des effets que cela aura sur les
familles et craint que celles-ci ne comprennent plus où s'adresser. Il sera
potentiellement encore plus difficile pour nos membres d'accompagner nos
familles alors que certains seront concernés, et que d'autres seront exclus. Il
pourrait aussi se créer un sentiment d'injustice entre les familles qui
n'auraient pas le même parcours judiciaire.
La formation des acteurs et actrices du
TUF est aussi une des... de nos inquiétudes. Dans les dernières années,
plusieurs changements sont survenus afin d'améliorer le traitement hors justice
de la violence conjugale et de la violence familiale. La formation des juges
sur le sujet ainsi que celle des avocats est un élément qui permet d'améliorer
le traitement pour les victimes. La fédération se questionne donc à savoir
quelle serait la formation offerte dans le cadre d'un TUF. Est-ce qu'une
formation obligatoire serait mise en place? Est-ce que celle-ci comprendra de
la formation sur la violence conjugale et la violence familiale? Et, plus
largement, comment favoriser la sensibilité de tous les acteurs et actrices aux
enjeux liés à la séparation?
De plus, comment le TUF naviguera-t-il
entre les différentes normes qui peuvent exister dans les causes familiales,
criminelles et en protection de la jeunesse? Par exemple, est-ce que des
informations négatives concernant les mères, dans le cadre d'une intervention
en protection de la jeunesse, pourraient être... pourraient ensuite nuire à
celles-ci dans des procédures au criminel? Aussi, en droit criminel et pénal,
la priorité des données est la sécurité des victimes, ce qui n'est pas toujours
le cas en droit familial, qui met beaucoup d'importance sur le maintien des
liens parents-enfants. Quelle sera la priorité d'un TUF? Est-ce que le meilleur...
le meilleur intérêt de l'enfant pourrait être interprété de manière
contradictoire dans un cas où il y a des mesures au criminel?
Par ailleurs, à l'instar des groupes qui
travaillent en violence conjugale, nous croyons que le fait de rendre la
médiation obligatoire comporte des dangers importants. Même si le projet de loi
prévoit des exceptions en cas de violence conjugale ou familiale, nous
questionnons... nous nous questionnons sur les démarches qui devront être
faites sur les victimes... par les victimes pour être exemptées. Si on ajoute
de possibles conséquences financières aux causes... en cas de fausse
déclaration ou d'un motif jugé insuffisant, cela pourrait créer une pression
indue sur les victimes dont la violence conjugale n'a pas été reconnue
criminellement.
• (15 h 30) •
De plus, il est prévu que, si les parents
n'arrivent pas à s'entendre lors d'une médiation, suivra ensuite une séance de
conciliation devant un ou une juge, et que, si, à la suite de cette séance, les
deux parties n'arrivent pas à une entente, alors une audition sommaire devant
un ou une juge se tiendra le jour même afin de trancher. Est-ce que le fait que
le ou la juge aurait été présent lors de la conciliation pourrait impacter le
jugement? La FAFMRQ craint également que cette procédure simplifiée puisse
s'avérer nuisible pour le parent pendant... le parent le plus vulnérable.
Finalement, le TUF proposé par le projet
de loi n° 91 permettrait à certains parents de voir leur dossier traité au
même tribunal, ainsi que de voir appliquer le principe une famille, un juge ou
une juge, allégeant ainsi leur expérience... leur expérience du système de
justice. Celui-ci rassemblerait les services de <justice...
>
15 h 30 (version révisée)
< Mme Lacroix (Nancy) :...rassemblerait
les services de >justice familiale au même endroit, mais qu'en est-il
des autres services dont les familles ont besoin lors de ces moments de crise?
Des services psychosociaux sont habituellement associés aux TUF. C'est le cas
dans les autres provinces canadiennes. Ainsi, la FAFMRQ demande de quelles
ressources disposeront les TUF, et si celles-ci seront suffisantes, cela dans
un contexte où le gouvernement vient d'abolir le service de Rebâtir, associé au
tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et violence conjugale. Par
la même occasion... est-il envisagé de créer des liens et des partenariats
forts avec les associations qui accompagnent les parents lors d'une séparation?
Pour conclure, la fédération souhaite que
les parcours judiciaires puissent être les plus simplifiés possible et les
moins pénibles. C'est pourquoi, dès sa création en 1974, il a été favorable à l'instauration
d'un TUF. Alors, nous craignons que les familles québécoises se retrouvent instrumentalisées
dans des considérations et des enjeux constitutionnels. Pour la fédération, il
est primordial que les familles ne soient pas au cœur d'une bataille de pouvoirs
entre les gouvernements du Québec et du Canada. Nous appelons ainsi les deux
paliers de gouvernement à convenir ensemble d'une disposition qui permettrait à
toutes les familles du Québec, quel que soit le type d'union des parents, d'avoir
accès à un tribunal unifié de la famille.
Alors que la fédération souhaite que la
création d'un TUF vienne simplifier les parcours judiciaires des familles, nous
espérons que celui-ci ne lèse pas les victimes de violence conjugale et
familiale. Actuellement, l'instauration d'un TUF à la Cour du Québec soulève
certaines craintes quant au traitement des dossiers de familles aux prises avec
des problématiques de violence.
Pour en finir, nous nous permettons de
réitérer l'importance de l'accès à la justice pour les familles et de la
confiance de la population envers le système de justice. Il importe de
continuer à améliorer cette accessibilité, et que celle-ci passe également par
une meilleure éducation aux droits, notamment en ce qui concerne le droit
familial. Le gouvernement doit offrir des campagnes d'information en lien avec
les droits en ce qui a trait à la famille.
Le Président (M.
Bachand) :Vous êtes juste sur la coche, c'est
parfait. Merci beaucoup. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Mme Riendeau, Mme Lacroix, bonjour, merci de votre
présence en commission parlementaire aujourd'hui.
Donc, je retiens notamment de votre
intervention que la fédération est en accord avec la proposition d'un tribunal
depuis de nombreuses années, depuis les années 70, au fond, donc pas mal
depuis le début de la création de l'organisation.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Oui,
tout à fait, là. On a retrouvé dans nos archives, là, un article qui traitait
de la création du Carrefour des familles monoparentales, à cette époque. Puis,
dans les priorités, on avait déjà la création d'un tribunal unifié. C'était
dans l'air du temps, là. Vous en avez parlé dans votre... dans le mot d'introduction
aussi, là, il y a une époque où on en a beaucoup parlé. Pour plein de raisons,
ça ne s'est pas fait. Mais, oui, on était... on était là aussi à cette époque-là.
M. Jolin-Barrette : Alors, je
pense que vous venez de l'identifier, pour plusieurs raisons, ça ne s'est pas
fait. Alors, pour moi, avec le projet de loi n° 91, c'est la première étape
du tribunal unifié. Dans le fond, si on veut être en mesure d'avoir un tribunal
unifié, il faut avancer, parce que ça fait à peu près 50 ans qu'on en
parle puis ça n'a pas bougé. Alors, moi, mon souhait, puis le souhait du
gouvernement, c'est de faire en sorte de faciliter la vie des familles à
travers le processus judiciaire. On l'a fait en matière criminelle et pénale,
notamment avec le tribunal en matière de violence sexuelle et conjugale,
justement, parce que, bon, le parcours était plus difficile, ça fait qu'on a
mis des ressources. En matière civile, on a réduit la procédure, on a fait en
sorte que les procédures judiciaires, maintenant, c'est cinq pages en demande,
deux pages en défense, une procédure allégée. Quand on va en mode alternatif de
règlement des différends, on passe en avant.
Là, on est rendus au droit familial. Après
les trois projets de loi qu'on a déposés sur le droit de la famille, on est
rendus, je vous dirais, à... le système lui-même. Puis je pense que, dans votre...
dans votre mémoire, vous dites aussi : Bien, écoutez, c'est sûr qu'avec l'union
parentale c'est possible de se soustraire au régime. Là, on a eu les débats
dans le cadre du projet de loi n° 56, puis c'est le choix qu'on a fait
pour faire en sorte que... de laisser la latitude aux gens, d'assurer un filet
de protection, mais, quand même... Et même si on se retire du... de l'union
parentale, il y a quand même des règles impératives qui s'appliquent à toutes
les familles, notamment la protection associée à la résidence familiale.
Tout ça pour dire qu'on est rendus sur le
tribunal unifié, justement pour simplifier le parcours. Là, c'est sûr qu'il y a
des familles, actuellement, qui ne passeront pas devant le tribunal unifié
parce qu'ils sont encore régis, mais c'est la première étape. Donc, je vous
dirais, on s'en va dans la direction dans laquelle vous voulez, mais il faut
débuter à quelque part, puis, justement, pour ceux qui sont en union parentale,
union civile, <grossesse...
M. Jolin-Barrette :
...puis,
justement, pour ceux qui sont en union parentale, union civile, >grossesse
pour autrui et, notamment, sur les cas de DPJ, ça va simplifier beaucoup le
dossier. Mais j'entends bien votre message de dire : C'est une première
étape.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Bien,
on se questionne quand même sur l'effet de est-ce que ça va vraiment simplifier
le parcours. Parce que, là, on se ramasse avec quatre types d'unions : le
mariage, l'union civile, l'union libre, l'union parentale. Ma collègue pourrait
vous en parler. Dans les associations, quand les parents viennent, ils sont
déjà un peu mélangés. Des droits sont associés à chacun de ces types d'union
là, et là, en plus, on leur dit : Bien, tout dépendant de ce type d'union
là, il va y avoir deux parcours judiciaires possibles. Donc, une de nos
craintes — on n'est pas contre le principe — une de nos
craintes, par contre, c'est la confusion des parents présentement par rapport
au droit de la famille.
M. Jolin-Barrette : Donc,
j'entends bien. C'est pour ça qu'il faut l'expliquer, il faut en parler. Vous
avez dit aussi, il faut informer la population, et j'en suis parce que... Vous
avez raison de le dire, il y a beaucoup de gens qui vivent depuis plusieurs
années avec leur conjoint, leur conjointe puis ils ne savent pas par quel
régime ils sont gouvernés. Même les gens mariés, vous leur demandez quel est
votre régime matrimonial, puis ils ne le savent pas. Ils sont en séparation de
biens, en société d'acquêts, ils sont-tu en communauté de biens, ça, c'est plus
rare, mais ils l'ignorent. Donc, oui, il y a de la pédagogie. Puis j'aime bien
votre idée aussi quand vous dites : Bien, l'éducation juridique, c'est
important, puis dès le plus jeune âge aussi. Alors, ça, c'est fort important.
Ce qu'on souhaite faire, notamment, c'est
d'assurer que... Puis là vous dites : Il ne faut pas qu'un dossier en
protection de la jeunesse ait une influence sur le dossier en matière familiale.
Pouvez-vous nous expliquer ce point-là quand vous dites : Il ne faudrait pas
qu'une décision en DPJ influe sur les décisions en matière de séparation,
supposons, de garde d'enfant ou de pension?
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Bien,
c'est une question qu'on a. Est-ce qu'un... Tu sais, à l'heure actuelle, là, il
y a peut-être trois juges qui vont décider de la protection de la jeunesse, du
code violence conjugale et du code de la séparation. Puis, souvent, ces
jugements-là sont contradictoires, puis, tu sais, c'est... J'imagine que c'est
ce qu'il y a entre autres mené à la création de ce tribunal unifié là. Mais là
ce qu'on se dit, c'est : Quand c'est un même juge qui va juger ça, comment
il va faire l'équilibre entre... Ce qui pourrait être dit en protection de la
jeunesse, est-ce que ça pourrait avoir un impact en droit familial? Est-ce que
la protection des victimes de violence conjugale qu'on a au criminel versus on
favorise beaucoup les liens parent-enfant au familial? Donc, c'est toutes ces
questions-là d'équilibre qu'on se pose des questions. Puis j'imagine que ça
vient aussi avec la formation, une formation où on se pose aussi des questions.
C'est quand même rapide, le 1er juillet. Qu'est-ce qui va être mis en
place pour que... puis que les parents qui se présentent devant le tribunal
unifié de la famille aient accès à des juges qui s'y connaissent mais qui sont
aussi exempts de préjugés par rapport à la violence conjugale, par rapport à la
séparation et tout ce qu'ils ont... peut-être, certains de ces juges-là
n'auront jamais traité, là.
M. Jolin-Barrette : Mais en fait,
en réponse à votre questionnement, je vous dirais, tous les juges de la Cour du
Québec qui sont désignés à titre de juges depuis le projet de loi sur la
création du tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et conjugale
doivent s'engager à suivre une formation sur les réalités en de matière
violence sexuelle et conjugale. Et le Conseil de la magistrature aussi offre de
la formation aux juges qui étaient déjà nommés, puis tous ceux qui sont... qui
s'en vont à la retraite qui vont être nommés juges suppléants doivent également
attester avoir suivi cette formation-là.
• (15 h 40) •
Donc, l'autre élément, c'est que les juges
qui... principalement, qui vont traiter des dossiers du tribunal unifié, bien,
ça va être des juges civilistes et des juges de la chambre de la jeunesse, puis
les juges de la chambre de la jeunesse sont déjà habitués de vivre des
dynamiques, des réalités familiales qui ne sont pas simples. Notamment, il y en
a beaucoup qui ont fait du droit de la famille préalablement aussi.
Sur la question de la sensibilité aux
victimes, on a adopté l'automne dernier le projet loi 73 sur les images
intimes, mais, à l'intérieur de ce projet de loi là, aussi, il y avait des
règles particulières où on a incorporé les règles en matière criminelle en
matière civile pour l'aide aux témoignages pour les victimes, pour le soutien à
l'accompagnement, le chien d'assistance, pour faire en sorte que l'adresse,
également, quand vous témoignez, bien, supposons que votre ex-conjoint faisait
de la violence conjugale, bien, vous pouvez inscrire l'adresse de votre avocat
ou l'adresse du greffe aussi. Donc, c'est en termes de <protection...
M. Jolin-Barrette :
...l'adresse
de votre avocat ou l'adresse du greffe aussi. Donc, c'est en termes de >protection
pour la personne victime, donc toutes ces mesures-là rentrent en vigueur de
façon concomitante.
Et, dans le dernier projet loi sur la
famille, on a également fait en sorte d'indiquer au juge en chef qu'il doit
favoriser le fait d'avoir le même juge tout au long du dossier aussi. Alors ça,
c'est une pratique judiciaire qu'on invite le pouvoir judiciaire à suivre,
justement, comme, exemple, dans un dossier en matière du tribunal unifié où le
juge va pouvoir faire le dossier de jeunesse et le dossier en matière... en
matière familiale. Dans certaines régions, les juges font les... les trois
chambres aussi, la chambre criminelle aussi. Alors, le fait que ce soit sous le
même chapeau, sous la même cour, ça va faciliter la circulation de
l'information aussi.
Alors, écoutez, je vais céder la parole à
mes collègues. Je vous remercie beaucoup pour votre présence en commission
parlementaire. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. le ministre. Mme la
députée de Vimont, s'il vous plaît.
Mme Schmaltz : Merci.
Bonjour, mesdames, merci de votre présence pour nos travaux.
Tantôt, vous nous avez mentionné... En
fait, j'ai deux petites questions. Vous avez parlé de la... des parents en lien
avec... avec le type d'union, les droits qui sont associés et puis, bon, tout
ce qui relève. Donc, les parents y semblent perdus. De quelle façon on pourrait
agir? De quelle... Bien, qu'est-ce que vous avez en tête, finalement, pour
qu'on puisse davantage les informer? Ce serait quoi, des feuillets
d'information, de la publicité? De quelle façon on pourrait les... les mettre
peut-être un peu plus au courant, là, des dernières avancées? Parce qu'il y a
beaucoup de choses qu'on a faites, hein, il le mentionnait tantôt, le ministre,
là. Au niveau du droit de la famille, il y a eu énormément d'avancées. Même
moi, quand je discute avec les citoyens de ma circonscription, souvent ils sont...
ils tombent par terre, là, tellement ils sont surpris de... des réformes qu'on
a faites qui datent d'il y a 40 ans. Alors, comment on pourrait maintenant
aider?
Mme Lacroix (Nancy) : Je vous
dirais moi, ça fait 18 ans que je suis, dans le fond, au sein de mon
organisme, c'est un élément de crise qui va comme déclencher que les gens se
rendent compte qu'ils se... qu'il faut qu'ils embarquent dans ce processus-là,
puis soient conscients, dans le fond, de tout. Ça fait que même si on fera
beaucoup d'information, c'est vraiment le moment présent, ça fait que ça va
être beaucoup à travers les médiateurs que cette information-là, il faut
qu'elle se donne, à travers nos associations, parce que c'est... on en transmet
beaucoup, puis d'avoir de la simplification dans les écrits, de bien démêler
aussi tous ces éléments-là, parce que, c'est ça, les gens ne les connaissent
pas, leurs droits. On ne se le cachera pas, là, c'est beaucoup ça, puis c'est
souvent pour ça qu'ils n'ont pas nécessairement la bonne protection que ça leur
prendrait à ce moment-là. Puis ils sont beaucoup dans... dans le côté émotif
aussi, ça fait que, c'est ça, ils sont un peu chamboulés. Ça fait que ça serait...
oui, il peut y avoir, à un moment donné, de la publicité qui est faite, mais
c'est beaucoup d'y aller... du cas par cas puis, quand ils sont à ce moment-là,
d'au moins... les personnes qu'elles vont rencontrer, qu'elles soient capables
de livrer le bon message.
Mme Schmaltz : On parle
d'éducation juridique dès le plus jeune âge. Ça, c'est vraiment intéressant.
Qu'est-ce que vous voyez là-dedans? Quel genre d'éducation on peut donner à nos
jeunes, en termes de... bien, pas juridiction, là, mais en termes de... Est-ce
que ça a lien avec... est-ce qu'il y a un lien avec ce dont on parle ou on
parle en termes généraux d'éducation?
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Bien,
ça pourrait facilement être fait. Tu sais, je suis moins au courant de la
réforme scolaire, mais je pense qu'il pourrait y avoir des cours au secondaire.
Tu sais, on a des cours d'économie, pourquoi pas des cours de droit pour nous
apprendre tout ça? Est-ce que...
Mme Schmaltz : Est-ce qu'on
est en lien avec ça directement, l'union parentale? J'essaie juste de voir à
quel niveau il faut informer nos jeunes. C'est...
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Bien,
il n'est pas... il n'est jamais trop... bien, je veux dire, je pense qu'ils
pourraient être... on pourrait très bien informé des jeunes de ces types
d'union là. Tu sais, on n'avait pas pensé à quelque chose de très précis, là.
On lance la balle au gouvernement pour trouver une façon, mais il y a
certainement une façon de rendre ça. Puis c'est ça, les quatre types d'union
ont quand même complexifié un petit peu la chose, ça fait qu'il faut trouver
une façon que le message se rende pour que les gens fassent un... un choix un
peu plus éclairé, du moins.
Mme Schmaltz : Pensez-vous
qu'en faisant ça, les jeunes vont arriver à l'âge adulte mieux préparés
peut-être avec... C'est fini?
Le Président (M.
Bachand) :Non, non, je...
Mme Schmaltz : Je pensais que
c'était... je m'excuse. Est-ce que vous pensez, c'est ça, que les jeunes vont
arriver en tant que jeunes adultes mieux informés et, surtout, ils vont savoir
faire de meilleurs choix, peut-être, que les parents, ou peu importe, là?
Est-ce que c'est quelque chose que vous pensez?
Mme Lacroix (Nancy) : Moi, je
pense que, oui, à l'âge... admettons, à partir du secondaire, tu sais, l'esprit
critique, il est un petit peu plus développé puis...
Mme Schmaltz : Oui, beaucoup.
Mme Lacroix (Nancy) : ...même
il y a beaucoup d'organismes communautaires qui vont aller donner, aussi, des <activités...
Mme Lacroix (Nancy) :
...aller
donner, aussi, des >activités de sensibilisation directement dans les
classes, justement par rapport aux relations amoureuses saines, ces choses-là,
ça fait que, des fois, ça peut être un élément qui est comme rajouté pour
encore plus expliquer un peu. Même s'ils ne sont peut-être pas touchés à ce
moment-là, peut-être, ça peut leur permettre de comprendre des choses par
rapport à leurs parents ou aussi de qu'est-ce qui se passe des fois, tous les
chamboulements au niveau juridique.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Mme Riendeau, Mme Lacroix, bonjour. Merci. Merci d'être
là, merci pour votre mémoire. Vous nous avez produit un document fort
intéressant et je vous ai bien compris. Vous n'avez pas eu beaucoup de temps,
donc chapeau. Vous avez réussi à livrer en peu de temps.
J'aimerais, avec ma première question...
vous l'avez effleuré dans votre mémoire, vous en avez parlé un peu, mais,
depuis le début, là, qu'on écoute les consultations, il y a quand même une
espèce de clivage. Il y en a qui nous disent : Oui, oui, médiation
obligatoire, on est capable de gérer ça, ça va aller plus vite, ça va aider,
puis il y en a d'autres qui nous disent : Non, non, non, s'il vous plaît,
ne faites pas ça, ce n'est pas une bonne idée. Dans le projet de loi, il y a la
possibilité de l'éviter dans des cas, notamment, de violence, de violence
sexuelle, mais, encore là, il y a un processus. Puis je comprends que, tout
dépendant où sont rendues les victimes dans leur cheminement, il y en a qui ne
sont peut-être pas prêtes à le déclarer ou en parler. Avec votre expérience sur
le terrain, j'aimerais que vous puissiez nous en parler. C'est une bonne chose,
ce n'est pas une bonne chose, est-ce qu'on devrait proposer éventuellement des
amendements au gouvernement pour être capable, évidemment, d'avoir un projet de
loi qui aura le moins d'impacts négatifs, mais qui va aider les gens qui sont
dans ce processus-là?
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Tout
à fait. On va y aller en deux points. Je vais commencer, puis je te laisse la
parole après. Pour nous, la médiation obligatoire, ça ne devrait pas avoir lieu.
Déjà, en 2004, on faisait partie d'un comité avec le ministère de la Justice
sur la médiation puis on avait quitté ce comité-là parce que le comité voulait
aller justement vers une plus grande... plus de médiations, même pour les
victimes de violence conjugale. Donc, ce qu'on pensait en 2004, on le pense
toujours, la médiation ne devrait pas être pour les victimes de violence
conjugale, c'est un enjeu pour la sécurité des victimes. Donc, ça, pour nous,
c'est non. Après ça, il y a aussi d'autres enjeux beaucoup plus terrain sur la
médiation obligatoire qu'on n'a même pas nommé dans notre dans notre mémoire,
mais, pour nous, il y a plusieurs enjeux, même, avec ça, là.
Mme Lacroix (Nancy) : Oui,
dans le fond, il y a très peu de médiateurs. Juste dans notre région, je vous
dirais, en Beauce, là, il y a un médiateur avocat qui en fait quand... c'est
lui qui fait le plus de dossiers, mais le reste, au niveau de leur pratique,
c'est peut-être un 5 % de leur pratique qui va faire de la médiation. Ça
fait que je me demande comment que ça va être distribué sur le terrain à
partir, admettons, du mois de juillet, quand il n'y a déjà pas de médiateur
vraiment de formé puis disponible à accueillir peut-être ce nombre de dossiers
là qui va arriver. Ça fait que je pense que c'est quand même un enjeu important
à penser si ça y va dans l'optique, admettons, de la médiation obligatoire.
Puis c'est vraiment du cas par cas. Oui, c'est toutes des séparations, mais il
y a quand même des hauts niveaux de conflits, des fois, de parents, que je ne
pense pas que nécessairement c'est la bonne avenue non plus d'y aller au niveau
de la médiation. Puis ça dépend aussi de... Il y a des médiateurs avocats, des
médiateurs au niveau social, ça fait que, des fois, l'approche aussi permet de
ne pas désamorcer une certaine crise qu'il peut y avoir entre les deux parents.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Puis
s'il y a un manque de médiateurs, de médiatrices, est-ce que, si la médiation,
elle est obligatoire, ça pourrait justement allonger les délais indûment de
gens qui ne seraient pas allés en médiation puis qui auraient pu aller
directement en cour pour régler une séparation? Mais là, comme... si la
médiation est obligatoire, bien, puis qu'il n'y a pas de médiateur, bien, on va
les faire attendre jusqu'à tant qu'on trouve un médiateur, une médiatrice?
Donc, ça pose beaucoup de questions. Il y a tout l'enjeu de la violence
conjugale qui est important, mais il y a aussi... au niveau pratique, pour les
autres familles, ce n'est pas nécessairement toujours la bonne avenue, la
médiation.
• (15 h 50) •
M. Morin : Bien, j'apprécie
beaucoup votre réponse parce que moi, ce que j'entends dans plusieurs régions
du Québec, c'est qu'il n'y en a pas assez, de médiateurs. Puis là, je comprends
que vous confirmez, si je vous ai bien compris, que, dans votre région,
notamment en Beauce, c'est une réalité. Alors là, on a beau vouloir mettre en
place... le gouvernement veut mettre en place un processus de médiation pour
accélérer le processus, mais, évidemment, s'il n'y a pas assez de <médiateurs...
M. Morin :
...évidemment,
s'il n'y a pas assez de >médiateurs, ça ne va rien accélérer. Puis
est-ce que c'est quelque chose que vous vivez dans d'autres régions?
Mme Riendeau (Marie-Pier) : C'est
quelque chose que nous rapportent régulièrement nos membres, la difficulté
d'avoir accès à un médiateur, une médiatrice. Je sais qu'il y a une liste sur
le ministère de la Justice, il me semble, là, de médiateurs, médiatrices. Il y
a une liste sur l'association, mais ces médiateurs-là, médiatrices-là ne sont
pas toujours en pratique. Il y en a qui ne veulent plus le faire par rapport
aux cinq heures gratuites parce que le financement n'est pas suffisant. Donc,
c'est... Trouver un médiateur ou une médiatrice, ce n'est pas simple pour les
parents. Ce n'est pas simple parce qu'il n'y en a pas beaucoup. Ce n'est pas
simple parce qu'il faut trouver le bon, ce n'est pas... Ça fait que le rendre
obligatoire, ça va être une démarche de plus puis une complication de plus.
M. Morin : Puis vous avez
évoqué aussi un élément important que j'allais vous poser, parce que ma compréhension
de la politique, c'est qu'il y a un certain nombre d'heures qui sont payées,
cinq heures, je pense, corrigez-moi si je fais erreur, mais il y a des
médiations qui doivent durer plus que cinq heures.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Oui.
M. Morin : Alors là, c'est
aux parties à payer à ce moment-là.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Oui.
Oui.
M. Morin : OK, bien, je vous
remercie. Qu'est-ce que vous pensez... Également, dans le projet de loi, après
la médiation, on parle de la conciliation, puis, si je comprends bien, le juge
qui va la faire pourra aussi statuer sur le dossier. Est-ce que ça devrait être
le même juge ou un autre juge qui statue après? Parce qu'évidemment le juge
conciliateur, lui, a entendu un paquet d'affaires des parties. Ça fait que
j'aimerais ça vous entendre là-dessus.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Bien,
on se pose la question. Tu sais, on n'est pas des expertes en processus
judiciaire puis en éthique des juges, là, mais on se pose la question si, en
conciliation, il y a eu peut-être des compromis qu'on était prêt à faire pour
arriver à un consensus, mais que finalement ça ne fonctionne pas puis qu'on est
obligé après ça... le même juge est obligé de trancher, bien, il le sait
jusqu'où on a décidé d'aller, mais que là, dans la nouvelle situation, bien, on
n'est plus prêt à aller là, donc, il y a quand même un questionnement, du
moins, à savoir est-ce que c'est la bonne façon. Et, encore une fois, pour
nous, ça ne devrait pas être obligatoire non plus, là.
M. Morin : Bien. Je vous
remercie. Il y a des groupes , plus tôt aujourd'hui, qui nous ont dit... bien,
un groupe, en fait, qu'on a entendu un peu plus tôt qui nous disait qu'ils
étaient — les CAVAC, en fait, pour ne pas les nommer — qu'ils
étaient inquiets de l'absence de partage ou de diffusion des renseignements
entre les différentes chambres de la cour. Pensez-vous qu'un greffe unifié,
Cour du Québec, Cour supérieure, pourrait aider à la situation? Parce que le
projet de loi, si j'ai bien compris, va envoyer à la Cour du Québec un très
petit nombre de dossiers. Donc, il y a encore plein, plein de dossiers qui vont
rester dans la Cour supérieure. Puis je comprends le choix politique que le
ministre a fait, c'est de ne pas l'unifier avec la Cour supérieure.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Je
ne suis, encore une fois, pas une experte en greffe, là, mais on a écouté des
collègues qui en ont parlé, ils étaient d'accord, donc, ça semble une bonne
option. Ce qui serait intéressant aussi, c'est que, dans un tribunal unifié... Ceux
qui fonctionnent bien, à travers le Canada, ont une gamme de services associés
à ce tribunal-là, à des services psychosociaux. Puis on l'a nommé tout à
l'heure, des liens qui pourraient être faits avec nos associations qui
travaillent tous les jours avec des familles qui sont en séparation. Est-ce que
ça ne pourrait pas être intéressant que ce tribunal-là ait des liens avec nos
associations, bref, une gamme de services qui pourraient venir avec un greffe
unifié, avec plein d'autres choses pour que ce soit un vrai tribunal unifié de
la famille avec une gamme de services?
M. Morin : Parce que ma... en
tout cas, ce n'est pas clair avec le projet de loi que ces services-là vont
être offerts.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Bien,
en tout cas, nous, on n'a pas compris que ça allait être offert.
M. Morin : C'est ça, on a la
même compréhension. Je comprends également que le tribunal unifié de la famille
va traiter des cas d'union civile, union parentale incluant la garde d'un
enfant, la filiation relative à la grossesse pour autrui. Mais toutes les
personnes qui sont en union de fait avec un enfant
n'iraient pas nécessairement devant la Cour du Québec,
ils resteraient devant la Cour supérieure qui est le tribunal résiduel de droit
commun?
Mme Riendeau (Marie-Pier) : C'est
aussi ce qu'on comprend. Et une famille recomposée pourrait avoir à traiter
avec un premier enfant, par exemple, d'une première union en union de fait à la
Cour <supérieure...
Mme Riendeau (Marie-Pier) :
...un
premier enfant, par exemple, d'une première union en union de fait à la Cour >supérieure
puis un deuxième enfant qui tomberait, là, en union parentale au tribunal unifié
de la famille. Donc, ça fait partie un peu de cette complexification-là.
M. Morin : Oui. Bien, en
fait, c'est un des exemples que je donnais. Ma compréhension, c'est que, s'il y
a une union de fait qui se crée, il y a un enfant qui naît, mais que ce couple-là
se sépare, ces conjoints-là se séparent, puis qu'après ça il se forme un autre
couple, mais en union... en union parentale, puis que, là, ce couple-là se
sépare, s'il y a des questions reliées aux gardes des enfants, qui sont quand
même... ils font partie de la même fratrie, appelons-le comme ça, ils vont se
ramasser devant deux tribunaux différents. Il y en a qui vont aller à la cour
supérieure puis d'autres qui vont aller à la Cour du Québec.
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Bien,
en fait, ça fait partie des questions que nous, on continue d'avoir à savoir
comment va être traité ça. Puis ça fait partie de la complexité. Tu sais, nous,
on a de la misère à le saisir. Imaginez les familles qui viennent dans nos
organismes, ça va être aussi difficile de les accompagner, là.
M. Morin : Oui, je comprends.
Vous avez parlé aussi de formation et d'information. Pouvez-vous nous en dire
un peu plus? Parce que je comprends que, même en médiation, c'est parfois
difficile de reconnaître des éléments du contrôle coercitif. Donc, avez-vous
des suggestions pour nous qui pourraient faire qu'on pourrait aider, évidemment,
des familles qui vivent cette situation-là?
Mme Riendeau (Marie-Pier) : Bien,
je vais laisser mes collègues qui vont venir demain, là, du regroupement des
maisons d'hébergement et de l'alliance vous parler de ce sujet-là. Elles sont
beaucoup plus expertes que nous sur la question. Nous, on ramène... en fait, on
appuie leurs revendications, c'est-à-dire, ça va prendre de la formation pour
les juges, oui, mais aussi pour les avocats qui vont accompagner. Parce
qu'actuellement, par exemple, une mère qui a un dossier en DPJ, un dossier au
criminel puis un dossier en séparation, bien, n'a pas... ce n'est pas souvent
un avocat, là, c'est souvent trois avocats qui vont traiter ça. Ça fait que ça
va prendre aussi des formations pour les avocats, ça va prendre des formations
pour tous les acteurs, les actrices qui vont tourner autour des familles et de
ce tribunal unifié là. Mais le contenu exact de cette formation-là, je ne
pourrais pas m'avancer, mais, évidemment, ça va prendre des formations sur le
contrôle coercitif, sur la violence conjugale, des formations pour défaire les
préjugés sur les familles recomposées, sur les familles monoparentales.
M. Morin : Parfait. Bien, je
vous remercie. Merci infiniment. Merci du temps que vous avez consacré à la
commission.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. le député. À mon tour
de vous remercier. Mme Riendeau, Mme Lacroix, ça a été très
intéressant, très apprécié.
Et, cela dit, la commission ajourne ses
travaux au mercredi 26 mars, après les avis touchant les travaux de
commission. Merci beaucoup. À bientôt.
(Fin de la séance à 15 h 59)