Journal des débats (Hansard) of the Committee on Institutions
Version préliminaire
43rd Legislature, 2nd Session
(début : September 30, 2025)
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Wednesday, December 10, 2025
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Vol. 48 N° 5
Special consultations and public hearings on Bill 1, Québec Constitution Act, 2025
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11 h (version non révisée)
(Onze heures vingt et une minutes)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! Bonjour,
tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
des Institutions ouverte. La Commission est réunie afin de poursuivre la
consultation générale et les auditions publiques sur le projet de loi n° 1,
Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec. Avant de débuter, Mme la
secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président, M. Lemieux (Saint-Jean) est remplacé par M. Sainte-Croix
(Gaspé), Mme Schmaltz (Vimont) par Mme Bourassa
(Charlevoix—Côte-de-Beaupré), Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques) par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, donc on débute, ce matin, avec les
représentantes de la Fédération des femmes du Québec. Merci beaucoup d'être avec
nous, c'est un grand privilège. Alors, vous connaissez les règles de
présentation de votre mémoire, et après ça, une période d'échange avec les membres
de la commission. La parole est à vous, merci.
Mme Arsenault (Sara) : M. le
Président, chers élus. Je me présente, Sara Arsenault, responsable des dossiers
politiques à la Fédération des femmes du Québec et je suis accompagnée de ma
collègue Vé Mikaelian, coordonnatrice à la vie associative. Merci de nous
accueillir. La FFQ est un organisme féministe autonome qui célèbre bientôt ses
60 ans de défense collective des droits des femmes. Nous tenons à préciser que
la FFQ n'a pas de position sur la souveraineté du Québec ou une Constitution
québécoise. Notre intervention porte exclusivement sur la protection des droits
humains, de la démocratie et de l'égalité entre les genres. Notre demande est
claire : le retrait complet du projet de loi 1. Ce projet est
irrémédiablement vicié tant dans son processus d'élaboration que dans son
contenu. En plus de nos groupes membres, nous sommes appuyés, aujourd'hui, par
plus de 65 groupes de la société civile issus de secteurs variés.
Mme Mikaelian (Vé) : Donc,
pourquoi ce projet est illégitime selon nous? Le PL-1 a été rédigé en vase
clos, sans consultations préalables, sans analyses différenciées selon les
sexes, sans co-construction avec les Premières Nations et les Inuits et surtout,
sans mandat démocratique. Le gouvernement n'a jamais annoncé ni obtenu de
mandat pour écrire une Constitution. Ce texte a été conçu en secret, de manière
précipitée et sans débat public préalable. Avec des consultations lancées après
la rédaction du texte, il devient comme impossible d'influencer réellement le
projet ou de réfléchir collectivement à la question centrale : Voulons-nous
une Constitution, au Québec? On se retrouve dans une situation où chaque groupe
invité tente simplement de ne pas perdre ses acquis ou de faire des
recommandations qui sont sectorielles, ce qui nous éloigne d'une réflexion de
fond. Ce n'est pas pour rien que des rapporteurs spéciaux des Nations Unies ont
été interpellés et que le Barreau du Québec nous met en garde contre ce projet.
Même le Barreau parle d'une érosion de l'État de droit. Le PL-1, selon nous, ne
respecte aucun des standards internationaux qui devraient encadrer une démarche
constitutionnelle, et dans un Québec est toujours intégré au Canada, ce projet
dit «constituant» semble davantage relever d'un exercice symbolique, mais dont
les effets sont réels et dangereux. Il restreint des droits et affaiblit la
Charte québécoise des droits et libertés.
Mme Arsenault (Sara) : L'égalité
est, évidemment, au cœur de nos préoccupations. Nous nous intéressons aux
effets des mesures proposées dans le PL-1 sur les femmes dans toute leur diversité.
Or, aucune analyse différenciée selon les sexes n'a été rendue publique. Ne pas
procéder à une ADS+ pour un exercice aussi structurant qu'un projet de
constitution, ça mine la crédibilité du processus, ça marginalise d'emblée les
personnes les plus susceptibles d'être touchées par ces effets, et en plus, c'est
complètement incohérent...
Mme Arsenault (Sara) : ...avec
les intentions pro droits des femmes du projet de loi. Le projet de loi
s'inscrit et inscrit également l'égalité entre les femmes et les hommes, cette
formulation fige une conception binaire complètement contraire à la
reconnaissance gouvernementale et à l'approche féministe inclusive. Ça exclut
les personnes trans et non-binaires de pouvoir bénéficier de l'égalité, comme
c'est le cas actuellement dans la Charte des droits et libertés de la personne.
En effet, actuellement, la Charte et la jurisprudence permettent une
interprétation évolutive et inclusive. Le PL-1 rompt avec cette approche en
figeant une définition binaire et en subordonnant l'interprétation de la Charte
à la Constitution, ce qui priverait les tribunaux de la latitude nécessaire
pour protéger les droits de ces minorités.
Mme Mikaelian (Vé) : Donc
évidemment, il faut aussi parler des risques pour le droit à l'avortement. Le
PL-1 prétend protéger la liberté d'avoir recours à une interruption volontaire
de grossesse, mais en fait, ce qu'il fait, c'est qu'il l'expose plutôt à de
nouveaux risques et, en fait, il en crée le premier de ces risques-là, soit de
limiter la reconnaissance à la liberté d'avortement aux femmes cisgenres
seulement.
De plus, l'article 29 crée une
vulnérabilité juridique. Depuis l'arrêt Morgentaler, la meilleure protection du
droit à l'avortement, bien ce n'est pas la législation, c'est l'accès réel aux
services de ce soin de santé et enchâssant ce droit, le PL-1 ouvre la porte à
des contestations, à des réinterprétations, à des reculs et ça, ça réjouit les
groupes anti-choix et on craint que ce droit ait été instrumentalisé.
Il faut aussi aborder l'aspect de la
laïcité punitive. Le PL-1 constitutionnalise la laïcité telle que
conceptualisée par les lois 21 et 94 dont les effets discriminatoires
envers les femmes musulmanes sont largement documentés. Plutôt que de garantir
la neutralité de l'État, il impose une norme aux individus excluant des femmes
du secteur public en raison de leur expression religieuse. Cette exclusion et
les discours ambiants nourrissent une stigmatisation qui est déjà forte et une
normalisation des discours haineux à leur égard.
Mme Arsenault (Sara) : Le
PL-1 impose une vision rigide et normative de l'identité québécoise en
inscrivant dans la Constitution un modèle d'intégration nationale. Ce modèle
définit de manière prescriptive ce que signifie appartenir à la nation
québécoise en insistant sur la maîtrise du français et de l'adhésion aux
valeurs culturellement jugées centrales par l'État. Cette approche repose sur
une loi, Loi sur l'intégration à la nation québécoise, déjà critiquée pour son
caractère idéologique et discriminatoire, tout en se reposant sur une politique
qui, à ce jour, n'est pas encore écrite. Le gouvernement souhaite donc qu'on
lui fasse confiance de manière aveugle sur des modalités qui demeurent à être
précisées. Le tout mène vers une logique d'assimilation culturelle où les
personnes immigrantes, racisées et minorisées doivent s'adapter à une identité
nationale très restrictive. Pour nous, ces communautés font pleinement partie
du nous Québécois. Leur apport à notre nation est une richesse à reconnaître et
à inclure dans toute démarche constituante afin de garantir une société
pluraliste et égalitaire.
Mme Mikaelian (Vé) : Finalement,
on s'inquiète des affaiblissements des contre-pouvoirs. Le PL-1, il modifie la
Charte québécoise en subordonnant les droits individuels aux droits qui sont
collectifs, ce qui vient affaiblir la protection des libertés fondamentales.
Cette approche-là, ce qu'elle risque de faire, c'est de créer un déséquilibre
où les droits de la majorité vont prédominer sur ceux des minorités et ça va
compromettre l'égalité et la justice pour toutes. Le PL-1 affaiblit, entre
autres, l'action des organismes communautaires et des syndicats en limitant
leur possibilité de contester les lois devant les tribunaux s'ils reçoivent des
fonds publics. Donc en constitutionnalisant la souveraineté parlementaire, ça
permet au gouvernement de passer au-dessus de potentielles décisions
judiciaires et de concentrer le pouvoir entre ses mains. Cela réduit
l'indépendance des organismes, ça restreint l'espace démocratique et ça menace
la séparation des pouvoirs.
Mme Arsenault (Sara) : Tels
que de nombreux organismes, nous réclamons le retrait immédiat du projet de
loi 1. Ce ne sont pas quelques amendements qui pourront légitimer ce
projet. À défaut de retrait, la CAQ risque d'alimenter une blessure collective
profonde. Une Constitution ne peut pas être imposée, elle doit être construite
avec, par et pour la population. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Période d'échanges,
M. le ministre, s'il vous plaît.
• (11 h 30) •
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Mme Milaelian, Mme Arsenault, bonjour. Merci de
participer aux travaux de la commission parlementaire. Je vous dirais que votre
mémoire et votre intervention aujourd'hui sont, je dirais, assumés...
11 h 30 (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : ...je
dirais ça comme ça, puis vous... vous êtes convaincus de votre point de vue, puis
je respecte ça. Puis, la commission parlementaire sert justement à ça, à entendre
les différents points de vue, à dire ce que les groupes, ce que les personnes
pensent du projet de loi, ce qui peut être amélioré. Alors, on est à l'écoute,
puis on réfléchit suite aux travaux, avec mes collègues, lorsqu'on sera en
étude détaillée aussi. Donc, on vous remercie pour votre participation, puis
vos propositions constructives que vous faites dans le cadre de votre mémoire.
Vous avez dit, tout à l'heure : On
vient subordonner les droits individuels aux droits collectifs, dans le projet
de loi. Pouvez-vous m'expliquer comment vous le conceptualisez? Parce que la
façon dont on a construit le projet de loi, c'est de faire en sorte qu'on
rajoute, supposons, l'égalité entre les hommes et les femmes, puis sur la
question de la liberté de religion, c'est vrai que l'égalité entre les femmes
et les hommes va primer si jamais, pour des motifs religieux, supposons, un
homme refuse d'être servi par une femme, on va dire : Non, au Québec, là,
c'est l'égalité entre les femmes puis les hommes qui prime là-dessus. Mais pour
l'ensemble des autres droits, on a inséré les articles 1 à 38 de la Charte
québécoise des droits et libertés, on leur a donné un statut constitutionnel
dans la Constitution. Même chose pour les droits individuels rattachés à la
Charte de la langue française. Mais en quoi vous voyez que les droits
individuels sont subordonnés aux droits collectifs?
Mme Arsenault (Sara) : Merci
pour la question. En fait, nous, on se base réellement sur la façon dont le
projet de loi a été écrit. Donc, c'est vraiment indiqué que les droits
collectifs de la nation... comment, c'est quoi, le mot?
M. Jolin-Barrette : Concourent.
Mme Arsenault (Sara) : Concourent,
merci. Donc, concourent aux libertés, dans cette façon là de décrire le projet
de loi, on comprend l'intention derrière, OK? Mais le fait de faire un
mécanisme absolu où est-ce que ces droits-là vont toujours être hiérarchisés
par rapport aux droits collectifs de la nation qui, d'ailleurs, sont à définir
un peu mieux, je crois. Et je pense que ces valeurs, justement, doivent faire l'objet
d'un discours, d'une co-construction commune, et le fait, justement, de faire
ce mécanisme absolu là, par rapport à ces droits, bien, en fait, ça vient
vraiment à l'encontre de ce qui est fait normalement, c'est-à-dire, on va
contextualiser, on va prendre en considération plusieurs éléments, et quand je
dis on, c'est les tribunaux. Donc, pour nous, cet... cet aspect de créer ce
mécanisme absolu là, alors qu'il n'y a pas nécessairement d'enjeu particulier,
on trouve ça plutôt... plutôt alarmant.
Mme Mikaelian (Vé) : Bien, je
rajouterais qu'on ne peut pas réellement protéger le droit des femmes si on ne
protège pas de manière égale les autres droits qui composent leur identité,
incluant leur droit d'exercer leur religion ou leur... et leur... ou leur
protection contre la discrimination fondée sur leur couleur de peau, sur leurs
origines, donc de hiérarchiser des droits, pour nous, c'est un risque qu'on ne veut
pas prendre.
M. Jolin-Barrette : OK, alors
pour la Fédération des femmes du Québec, c'est correct qu'un homme, pour des
raisons religieuses, refuse de se faire servir par une employée de sexe féminin
dans un service public?
Mme Arsenault (Sara) : Ce
n'est absolument pas ce qu'on dit présentement, ce qu'on est en train de
dire...
M. Jolin-Barrette : Bien, je
vais juste terminer. C'est parce que là, avec ce que vous venez de dire, si on
laisse tous les droits sur la même situation, là, sur la même égalité, comme c'est
le cas actuellement, c'est ça l'état de la jurisprudence, là. La... les
tribunaux nous disent : Un homme, pour des motifs religieux, on doit l'accommoder
puis on fait passer le droit de la femme en dessous, la liberté de religion
prime. C'est ça, l'état de la jurisprudence.
Mme Arsenault (Sara) : Actuellement,
je ne suis pas convaincue de ce que vous avancez, puis j'aimerais ça, quand
même, qu'on ne mette pas des mots, en fait, dans ce qu'on dit. Nous, ce qu'on a
dit, c'est que par rapport aux droits et libertés et les droits collectifs, il
y a un exercice de contextualisation à faire. C'est sûr, évidemment, là, vous
allez dans un... dans un cas où est ce qu'on va être en accord, évidemment,
mais ce n'est pas ce qu'on vient de dire, c'est juste que ce mécanisme là,
absolu, ne vient pas répondre à un réel besoin, parce que les tribunaux font
déjà cet exercice de pondérer les droits.
M. Jolin-Barrette : Bien, manifestement,
il y a une problématique, parce que si on se retrouve dans une situation où
parfois, on fait passer la liberté de religion avant l'égalité entre les femmes
et les hommes, moi ça me préoccupe beaucoup. Ça me préoccupe.
Mme Arsenault (Sara) : Est-ce
que vous pouvez nous donner un exemple, par exemple?
M. Jolin-Barrette : Bien, le
cas que je viens de vous donner? La question, quand... quand on vient de dire :
Les droits collectifs concourent aux droits individuels, ça ne veut pas dire qu'ils
sont subordonnés aux droits individuels, ça veut dire que les droits
individuels participent aux droits collectifs. C'est une collectivité, ce qu'on
vient rajouter...
M. Jolin-Barrette : ...à
l'article 9.1, là, notamment pour guider les tribunaux, on vient dire,
puis c'est la justification, on vient dire : Écoutez, quand je vais
analyser les droits et libertés, je vais regarder notamment comment est-ce que
l'égalité entre les femmes et les hommes dans la société québécoise s'exerce.
Donc, que ce soit pour n'importe quel type de droit, désormais, le juge, dans
sa grille d'analyse, regarde l'égalité entre les femmes et les hommes pour
rendre sa décision. Vous ne trouvez pas ça normal que ça soit un critère
d'analyse dans notre société de venir indiquer : bien oui, c'est vrai que
l'égalité entre les femmes et les hommes est tout aussi importante que les
autres droits à l'égalité.
Mme Mikaelian (Vé) : Encore
une fois, ce n'est pas ça qu'on dit. On comprend l'intention, on est en train
de dire que ça va avoir des impacts qui sont différents sur les personnes les
plus discriminées. Ça va renforcer... on ne renforce pas le pouvoir des femmes
en affaiblissant les droits des personnes qui sont le plus discriminées, c'est
ça qu'on dit, c'est qu'il va avoir des effets discriminatoires dans la... dans
la société civile. Et ça, ça nous inquiète énormément. On voit déjà les
conséquences de ça en ce moment-là.
M. Jolin-Barrette : OK, donc
je comprends que vous, le droit collectif à la laïcité, à la protection de la
langue française, vous n'êtes pas en accord avec ça.
Mme Arsenault (Sara) : Ce
n'est pas non plus ce qu'on dit. On a des positions qui viennent réitérer à la
FFQ l'importance, en fait, de la langue française. Là où est-ce que nous, on
apporte des nuances, c'est dans la façon de vouloir faire en sorte que des
personnes, par exemple nouvellement arrivées, sont obligées d'apprendre le
français dans des délais extrêmement serrés et qui souvent ne vont pas prendre
en considération le fait que le gouvernement manque de services en termes de
francisation, par exemple, le fait que quand on arrive sur un nouveau
territoire, on veut trouver un logement en premier lieu, un travail pour
pouvoir s'intégrer et quand les... disons les besoins primaux de la personne
vont être remplis, là, on va avoir un contexte qui est favorable à apprendre
une nouvelle langue. Mais la façon dont le projet de loi qui vient justement
constitutionnaliser ce modèle d'intégration nationale-là, il laisse de côté des
femmes qui, par exemple, vont souvent avoir vécu des traumas extrêmement
importants dans leur trajectoire migratoire et de vouloir imposer le français
de cette façon-là, sans prendre en considération l'ensemble des éléments qui
vont toucher justement ces femmes, pour nous, c'est problématique parce qu'on
n'est pas en train de protéger la langue française en essayant justement de ne
pas être dans ce partage et dans cet amour de la langue française, mais plutôt
dans une logique d'assimilation, d'imposition. Donc oui, la langue française,
elle va être importante, mais dans certains contextes, quand il y a des manques
de services publics, bien c'est important aussi à considérer dans la
trajectoire d'intégration des personnes.
M. Jolin-Barrette : Mais le
projet de constitution ne prévoit pas ce que vous dites, là.
Mme Arsenault (Sara) : Absolument.
Vous venez constitutionnaliser le modèle d'intégration nationale, ça fait
référence à la Loi sur l'intégration... québécoise.
M. Jolin-Barrette : Ah, oui,
bien, est-ce que vous êtes en désaccord avec le fait que dans le cadre de la
Loi sur l'intégration nationale, les personnes immigrantes au Québec, on
souhaite les accueillir en français pour qu'ils s'intègrent en français au
Québec, qu'ils s'intègrent avec leur culture au tissu social québécois qui
contribue à la société, par opposition au multiculturalisme canadien où on a un
modèle de ghettoïsation, de repli sur soi-même. Est-ce que vous êtes d'accord
avec le modèle canadien ou vous voulez qu'on intègre les personnes migrantes en
français au Québec, puis qu'on les fasse adhérer à la société québécoise?
Mme Mikaelian (Vé) : Nous, ce
qu'on veut, c'est que tout ça ne soit pas... on n'instrumentalise pas
l'identité, puis les valeurs québécoises contre la diversité. Puis c'est... on
voit des risques d'aller vers ça en ce moment. Puis, comme ma collègue disait,
on parle de personnes qui arrivent parfois dans des situations vraiment
difficiles, etc., puis pour donner envie à des personnes d'apprendre le
français puis de s'intégrer dans une société, bien il faut que la
communication, elle soit bidirectionnelle et on ne sent pas cette ouverture en
ce moment dans tout ce projet de loi constitutionnelle là.
Mme Arsenault (Sara) : Puis
je me permettrais d'ajouter également, je comprends l'idée de vouloir intégrer
les gens en français, mais s'ils ne parlent pas le français, comment on les
intègre dans une langue qu'ils ne comprennent pas? Dans le sens où je pense que
collectivement, on s'entend que le français c'est extrêmement important, mais
c'est dans la façon dont les mécanismes gouvernementaux sont mis en place qu'on
considère que ça a un effet vraiment disproportionné sur certains types de
femmes, puis on ne peut pas les laisser derrière.
• (11 h 40) •
M. Jolin-Barrette : J'ai de
la difficulté à vous suivre, parce que ce que la loi sur l'intégration nationale
dit, c'est qu'on intègre les gens qui choisissent de venir au Québec en
français. On leur donne des outils, puis on veut qu'ils s'intègrent au tissu
social québécois. Je suis d'accord avec vous, là, on ne laisse personne
derrière. C'est pour ça qu'on investit énormément d'argent pour intégrer toutes
les personnes qui choisissent le Québec, par opposition au multiculturalisme
canadien. Puis il n'y a rien dans le projet de loi qui dit ce que vous affirmez
en commission par rapport à cela...
M. Jolin-Barrette : ...alors
j'ai de la misère à saisir le point que vous faites, là.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de l'Acadie, s'il vous
plaît.
M.
Morin :
Merci. Bonjour, M. le Président. Alors, bonjour, Mme Mikaelian, Maître
Arsenault. Merci d'être avec nous. Merci pour le mémoire que vous avez produit.
J'aurais... j'aurais quelques questions, puis peut-être quelques
éclaircissements à vous... à vous demander à la page 3 sur 44 de votre mémoire.
Vous soulignez que le projet de loi 1 reproduit une logique coloniale majeure
des Premières Nations inuites n'ont pas fait partie du processus de conception.
C'est une phrase qui frappe. Pouvez-vous m'expliquer en quoi le gouvernement a
une attitude coloniale?
Mme Arsenault (Sara) : C'est
une excellente question, merci. Évidemment, je pense que vous allez recevoir
des groupes qui sont directement concernés. Donc, on va évidemment inviter la
Commission à tendre l'oreille un peu plus envers ces groupes. Nous, ce qu'on
voit c'est que dans la façon que ça l'a été conçu, il n'y a pas eu de vastes
consultations avec les nations autochtones. On sait qu'il y a eu quelques
rencontres avec des représentants, représentantes par ci par là, qui sont aussi
sortis publiquement pour dire que ça avait été incomplet et dans une logique où
est-ce qu'on essaie d'aller vers une réparation par rapport à notre historique
colonial envers ces peuples, il faut le dire, il y a eu un génocide envers ces
peuples. Quand qu'on considère qu'on veut faire une constitution dans laquelle,
entre autres, on va nommer ces nations seulement dans un préambule, en plus, on
va venir avoir des dispositions qui vont toucher l'eau, le territoire et tout
ça. Bien, le Québec, selon moi, pour être légitime dans sa Constitution, il y a
une importance d'inclure les gens avant qu'on crée ce texte-là. Présentement,
chacun des groupes qui va venir vous parler, comme on l'a dit dans notre
présentation, vont avoir des demandes sectorielles. On va essayer de sauver les
meubles. On va... Puis un processus constituant, ce n'est pas supposé de
revenir en arrière sur certains droits. On est supposé d'établir qu'est-ce
qu'il y a déjà en place et peut-être même de renforcer, mais le fait de revenir
sur certains droits ou... en fait, c'est contraire aux normes internationales.
Donc, dans notre mémoire, il parle de ça, entre autres, et dans cette logique
coloniale-là, c'est que finalement on reproduit des mécanismes coloniaux envers
les premiers peuples.
M. Morin : Et je comprends
que le gouvernement aurait pu suivre finalement la Déclaration des Nations
Unies sur les droits des peuples autochtones, puisque, à l'article 32, il est
écrit que les États consultent les peuples autochtones concernés et coopèrent
avec eux de bonne foi par l'intermédiaire de leurs propres institutions
représentatives. Donc, au fond, si je vous comprends bien, vous dites que ce
projet de loi est en déficit de légitimité parce que d'ailleurs il y a une
motion de l'Assemblée nationale qui reconnaît la déclaration et que le
gouvernement aurait pu s'en... s'en inspirer, ce qui n'a pas été fait.
Mme Arsenault (Sara) : Absolument.
Je pense que vous avez très bien compris...
Mme Mikaelian (Vé) : Puis
on... Je veux dire, on ne peut pas amorcer le plus gros changement que le
Québec n'a jamais connu en faisant le strict minimum. Je veux dire, il faut
absolument... il faut absolument que toutes les parties prenantes soient
impliquées dès le début. Quand on amorce un changement, je veux dire, c'est les
bases mêmes de la... de la gestion du changement, là. Il faut que toutes les
parties prenantes soient considérées, pas juste considérées, mais impliquées
intrinsèquement dans le processus, ce qui n'a pas été fait en ce moment. Comme
ma collègue disait, on se bat en ce moment pour essayer de faire enlever des...
des petites choses puis de ne pas perdre nos acquis. Tu sais, on ne peut pas
travailler comme ça, c'est trop important.
Mme Arsenault (Sara) : C'est
supposé être une démarche qui est émancipatrice, puis j'ai eu un petit bug, là,
donc je vais juste revenir sur l'idée que j'avais en tête. J'ai envie de vous
parler aussi que, tu sais, il y a beaucoup de nations autochtones qui ont
adopté une langue coloniale qui est l'anglais, OK, et dans le contexte du
projet de loi 1, il n'y a pas eu de communications en anglais, entre autres,
qui ont été... qui ont été émises, et dans les espaces de coalition dans
lesquelles on a été, ce qui était rapporté par des groupes autochtones, c'était
justement que l'information ne s'était pas rendu. Et non, pas seulement pour
les personnes anglophones, mais on parle aussi des francophones. Nous, quand
qu'on était sur le terrain, qu'on a mobilisé par rapport au projet de loi 1, la
plupart des gens n'étaient pas au courant qu'il y avait ce projet de loi-là.
Alors que l'ironie, c'est aussi que dans le projet de loi, on dit que la nation
québécoise a cette autorité en fait, finalement, de se... constitutionnaliser,
etc. Mais comment ça se fait que le peuple qui est supposé d'être constitué est
au... n'est même pas au courant? Il y a quelque... Il y a un non-sens complet
par rapport à ça.
M. Morin : Et au fond, le
gouvernement aurait dû suivre une des recommandations du propre rapport qu'il a
commandé, à savoir mettre en place un comité, une commission transpartisane,
qui aurait pu être composé de citoyens membres des Premières Nations pour aller
consulter l'ensemble de la...
M. Morin : ...québécoise,
êtes-vous d'accord qu'en fait, faire une constitution, c'est... normalement,
là, c'est comme ça que ça aurait dû commencer?
Mme Arsenault (Sara) : Absolument,
puis ça fait vraiment référence aux normes internationales du Haut-Commissariat
des Nations Unies. Puis, une des choses qui est extrêmement importante, oui,
c'est d'avoir des discussions en amont, mais une des choses qui est importante,
aussi, c'est d'inclure tous les groupes les plus minorisés, parce qu'on
s'entend, on vient... on vient statuer, un peu, sur les pouvoirs de l'État à
travers ce projet de loi là, et je suis convaincue qu'il y a des groupes qui ne
seront pas entendus dans le cadre de ces consultations ici, aujourd'hui. Et
j'aimerais mentionner, quand même, une chose très importante, c'est que notre
présence à la commission, aujourd'hui, ne vient pas entériner ou cautionner le
texte, nous, on considère, on vient ici par devoir démocratique pour alerter,
justement, sur les effets potentiels. Nous, on représente les femmes, donc
évidemment, c'est notre... c'est notre lunette, mais on est profondément
inquiètes.
M. Morin : Je vous... je vous
comprends très bien, il reste peu de temps. Dernière question, à la page 26,
vous dites que la laïcité de l'État, c'est une vision punitive, anti féministe
et contraire aux droits. Il nous reste 35 secondes, j'aimerais vous entendre
là-dessus.
Mme Arsenault (Sara) : Oui,
bien, la FFQ a, quand même, des positions comme dirait le premier ministre,
assumées par rapport à ça. Nous, ce qu'on s'intéresse, c'est vraiment l'effet
des lois sur les femmes et notamment, dans ce cas-là, on va parler plus des
femmes musulmanes. Nous, on rencontre, dans le cadre de notre travail, des
femmes qui ont dû se réorienter au niveau professionnel, qui ont subi une
énorme pression dans leur cadre de leur travail parce qu'elles sont toujours
comparées à une norme identitaire québécoise. Elles vont perdre des
opportunités d'emploi si elles sont amenées à vouloir, par exemple, changer de
milieu en milieu éducatif, là, présentement, on est là-dedans, bien, elles vont
perdre certains... certains droits acquis, au final. Puis pour nous, c'est
extrêmement inquiétant parce qu'avec les discours ambiants aussi, parce qu'on
va se le dire l'islamophobie, c'est du racisme, et avec ces discours ambiants
là, présentement...
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, désolé mais je
dois...
Mme Arsenault (Sara) : ...il
y a des femmes qui...
Le Président (M.
Bachand) :Désolé, merci beaucoup. Le
député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci. Merci, j'ai
très peu de temps, merci beaucoup pour la clarté de vos propos. Je partage, et
ça arrive rarement, cet... cet adjectif que le ministre vous a... vous a donné.
Parlant du droit à l'avortement, vous avez la même position, à peu près, que
tous les groupes féministes qui sont venus avant vous en nous disant : Ne
le mettez pas, s'il vous plaît. Et une des positions, c'est de dire : En
fait, le droit à l'avortement est protégé, justement, grâce aux décisions des
tribunaux, ne rajoutons rien là-dessus. Sachant qu'il y a des clauses
dérogatoires qui peuvent être invoquées et que donc, justement, cette
protection du droit à l'avortement, est ce que vous pensez que l'utilisation de
clauses dérogatoires sans avoir à donner le moindre motif, est-ce que ça met un
risque, en fin de compte, possiblement dans l'avenir, le droit à l'égalité
entre les hommes et les femmes?
Mme Arsenault (Sara) : Oui,
puis permettez-moi de répondre de manière complète à cette question. On parle
beaucoup de potentielles limitations, OK, à la liberté d'avortement, mais le
projet de loi, la façon qu'il est écrit, quand on lit l'article 28 et 29, puis
qu'on reconnaît simplement l'égalité hommes-femmes, il y a une première
limitation dans l'interprétation qu'on y donne parce qu'on reconnaît la liberté
d'avortement pour les femmes, et dans cette conception-là, c'est les femmes
cisgenres seulement. OK, donc on est déjà dans une première limitation avec ce
projet de loi là. Deuxièmement, il y a eu quand même des.. des... je pense,
quelques enjeux, là, au niveau de... d'informations qui ont été partagées à la
Commission. La jurisprudence actuelle, au Canada, protège ce droit-là, OK? Tous
les groupes pro-choix ou qui vont avoir l'état du droit à cœur, l'égalité entre
les genres, disent unanimement, c'est le consensus : Il ne faut pas
toucher à ça. Présentement, nous, on voit les groupes anti-choix se réjouir
sincèrement, là, de cet ajout-là. Puis, éventuellement, il n'y a rien qui
empêche qu'on va pouvoir modifier cette loi-là. Rien n'empêche qu'on va pouvoir
déposer d'autres lois pour venir limiter encore, puis ça réouvre tout un... un
débat qui politise, finalement, un soin de santé.
M. Bouazzi : Donc... donc
merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, merci beaucoup.
Désolé, M.... Mme la députée de Terrebonne, s'il vous plaît.
Mme Gentilcore : Oui, merci.
Écoutez, comment vous voyez l'impact du fait de la non-consultation, parce
qu'il y a votre groupe, évidemment, mais vous avez sûrement parlé, j'en suis
certaine, avec d'autres groupes qui sont autour de vous, de quelles... quelles
répercussions vous craignez, par rapport à ça? Puis qu'est-ce qui... qu'est ce
qui manque au contexte, là, de cette loi-là.
• (11 h 50) •
Mme Mikaelian (Vé) : Bien, on
crée... on craint d'abord que les personnes les plus impactées, qu'elles
n'aient pas été consultées, bien, en fait, elles vont se sentir un peu
déconnectées de ce projet-là et elles ne se l'approprieront pas. Donc, et ce
n'est pas quelque chose dont toute la nation au complet va pouvoir
s'approprier, il y a des gens qui vont être laissés pour compte. C'est sûr
qu'on s'inquiète de ça, on pense que c'est un changement massif, puis...
Mme Mikaelian (Vé) : ...chaque
personne, chaque groupe a besoin d'être entendu, a des considérations à
apporter, parce qu'une nation, c'est quelque chose qui se construit, un
sentiment nationaliste, ça se construit, ça se co-construit avec toutes les
personnes qui font partie de cette nation-là. Ce n'est pas... ce n'est pas du
«top-down» qui va... qui va apporter ce sentiment identitaire duquel on fait
tous partie.
Mme Arsenault (Sara) : Puis je
me permettrais aussi de nommer tu sais, nous, on va vraiment s'intéresser aux
effets des lois sur les groupes minoritaires et sur les femmes. Puis une des
choses qu'on voit avec ce projet de loi là, c'est qu'il y a quand même des
reculs, on l'a déjà nommé quelques fois, mais il y a aussi un enjeu... Quand on
ne consulte pas des gens puis qu'on fait des projets de loi constituants, c'est
un peu difficile, après ça, de faire confiance au gouvernement, tout
simplement.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, merci beaucoup. Merci beaucoup d'avoir été
avec nous. Ça a été très, très, très apprécié. Et, sur ce, je vais suspendre
les travaux quelques instants pour accueillir notre prochain invité. Merci
beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 51)
(Reprise à 11 h 53)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend
ses travaux. Il me fait plaisir d'accueillir M. Dwight Newman, professeur de
droit, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les droits, les
communautés, les droits constitutionnels, de l'Université de Saskatchewan.
Alors, Pr Newman, merci beaucoup d'être avec nous. Alors, je vous cède la
parole pour votre présentation.
M. Newman (Dwight) : Merci
beaucoup, et c'est un honneur d'être ici avec vous. Je ne viens pas à la
communauté pour présenter des valeurs pour le Québec. Évidemment, je ne... je
ne viens pas du Québec, je viens d'une autre entité fédérée. Mais je suis ici
pour parler de quelque chose... plusieurs choses techniques envers ce projet de
loi. J'aimerais dire principalement trois choses envers ça. Et je suis désolé
que je ne parle pas parfaitement en français, mais je ferai de mon mieux.
Premièrement, j'aimerais parler brièvement
du processus. C'est un processus juridique tout à fait légal qui correspond à
l'article 45 de l'Acte constitutionnel du Canada de 1982 de faire cette
chose ici. On a des analogies avec d'autres modifications des constitutions
provinciales qui.... Cela est peut-être intéressant, peut-être... Le plus
intéressant, c'est la modification et l'adoption de l'Acte constitutionnel en
Colombie-Britannique en 1996. C'est un acte constitutionnel qui a été adopté comme
ça. On a eu d'autres modifications avec d'autres entités fédérées au Québec et
sur d'autres pendant des années récentes. La Saskatchewan aussi a utilisé
l'article 45 pour faire de telles modifications. Ici, évidemment, c'est
quelque chose d'un peu plus grand, avec un texte plus... plus large, mais c'est
la même chose, en effet, et c'est légal comme ça.
C'est aussi un projet de loi, une
constitution éventuellement, qui envisage autres changements au cours des
années et des décennies. Il y a des articles qui sont spécifiques pour la
possibilité des autres changements. C'est quelque chose qu'on... Alors, ça me
semble, premièrement, un processus de perspective juridique et légale tout à
fait légal...
M. Newman (Dwight) : ...et
évidemment, vous avez beaucoup de participants dans ce processus, et c'est
quelque chose d'important. Deuxièmement, j'aimerais parler brièvement de la
conciliation des droits collectifs et les droits individuels. C'est quelque
chose de normal et nécessaire d'avoir respect pour les deux et d'avoir un
processus pour la conciliation entre les deux et d'avoir une conciliation entre
des droits collectifs et des droits individuels, ce n'est pas une question de
subordonner l'un ou l'autre, c'est une question de reconnaître les deux espèces
de droits et de les reconnaître et des concilier comme c'est nécessaire. Ceux
qui disent, s'il y en a des gens comme ça, qui... des droits individuels, c'est
une erreur de nos perspectives aujourd'hui, ça serait la même mentalité que
certains qui s'opposaient aux droits des autochtones pendant des discussions
avec la déclaration des Nations Unies sur les droits des autochtones et c'était
un avis qui était vraiment présent pendant ces discussions, qu'il n'y a que des
droits individuels, mais ce n'est pas notre théorie. Pour le monde
d'aujourd'hui des droits, nos théories des droits humains pour accommoder
l'idée des droits collectifs... perdre des droits individuels et c'est quelque
chose d'important à reconnaître, il est même nécessaire de reconnaître des
droits collectifs même pour avoir respect pour tous les aspects de l'être
humain. Et cet... ce projet de loi avec cette Constitution offre une
reconnaissance des droits collectifs, c'est quelque chose d'important. Il y a
une grande philosophe québécoise Charles de Koninck pour qui l'édifice de
l'Université... à l'Université de Laval a été nommé qui a écrit beaucoup à
propos de ça, et les relations entre les droits collectifs et les droits
individuels. L'idée d'avoir un modèle qui peut concilier les deux, pas d'avoir
une opposition entre les deux. Alors, c'est quelque chose sur lequel je voulais
dire quelque chose très bref. Évidemment, il y a des questions compliquées
là-bas, mais je voulais dire que la conciliation des droits collectifs et des
droits individuels dans la Constitution, qui est quelque chose de normal, est
nécessaire. Et c'est une constitution assez moderne qui est offerte... qui est
offerte ici.
• (12 heures) •
Troisièmement, j'aimerais parler
brièvement du Conseil constitutionnel dans ce projet de loi. C'est un exemple
de mécanisme assez spécifique pour refonder un peu les relations entre le
Québec et le gouvernement fédéral, d'avoir quelque chose qui va prononcer sur
des questions avec une perspective spécifiquement québécoise, c'est quelque
chose qui peut refonder un peu ces relations, et c'est quelque chose qui a
beaucoup de potentiel pour offrir ces choses. C'est fondé sur des idées d'avoir
un autre tribunal, on a certains parallèles avec un mécanisme à la Saskatchewan
qui a été adopté, the Saskatchewan Economic Assessment Tribunal dont le
Saskatchewan First Act a des parallèles avec ça, c'est un tribunal pour
harmoniser des lois fédérales et leur impact sur la Saskatchewan et on a construit
un tribunal comme ça. La seule petite modification qui m'arrive en versant ce
projet de loi est une petite suggestion d'avoir un peu plus d'alignement entre
les buts de ce tribunal et l'expertise totale là-dedans. Mais l'idée d'avoir un
tel tribunal, c'est quelque chose qu'on a... où on a des parallèles avec le
nôtre...
12 h (version non révisée)
M. Newman (Dwight) : ...entités
fédérées et des choix là-dedans. Et on utilise ça pour reconstruire un peu les
relations avec le gouvernement fédéral et ce sont des trois choses que je voulais
dire. Et je serais très content de parler avec vous sur ces choses ou peut-être
même d'autres choses.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, Professeur
Newman. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Alors, Professeur Newman, bonjour. Merci énormément de
participer aux travaux de la Commission. Donc, c'est intéressant d'avoir quelqu'un
qui est professeur de droit titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur
les droits, les communautés et le droit conditionnel à l'Université de la
Saskatchewan. Donc, on apprécie beaucoup que vous partagiez votre expertise
avec nous. Je pense que vous dites dans votre résumé : J'ai publié plus de
200 articles, dont 15 livres, et mes écritures ont été citées dans de nombreuses
décisions judiciaires. J'ai également été chercheur invité dans des institutions
internationales telles que Cambridge, Oxford, Princeton, ainsi que dans des
établissements québécois, notamment McGill, l'Université Laval, l'Université de
Montréal. Alors, merci d'être présent. Je voulais vous entendre sur les droits
collectifs parce que dans la loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, on
vient insérer certains droits collectifs, notamment l'égalité entre les femmes
et les hommes, notamment, le fait également que les droits collectifs de la
nation québécoise doivent être interprétés largement et de faire en sorte qu'ils
soient prises en considération dans l'interprétation des droits individuels. Qu'est-ce
que vous pensez de tout ça? Et je vous dirais une sous-question : est-ce
que la nation québécoise est titulaire de droits collectifs?
M. Newman (Dwight) : Je crois
évidemment que la nation québécoise a... est titulaire des droits collectifs. Des
nations ont des droits collectifs et c'est nécessaire de le reconnaître comme
ça. L'idée de l'inscrire dans le texte, pour moi, c'est simplement
reconnaissance de quelque chose qui corresponde aux droits des nations. Ça peut
être quelque chose qu'on peut considérer, et avec lequel on peut trouver en
conciliation avec des droits individuels pour n'avoir pas une interprétation
des droits individuels qui va être contre les droits de la nation qui sont
aussi importants. Mais ça ne dit pas qu'on va avoir des... le dimunation des
droits individuels, ça va interpréter... ça va influencer l'interprétation des
droits individuels... certains contextes. Mais on peut avoir une telle
conciliation entre les deux.
M. Jolin-Barrette : OK. Tout
à l'heure, dans votre présentation, vous avez dit : Les droits collectifs
sont nécessaires et normaux, OK? Parmi les gens qu'on entend ici en commission
parlementaire, il y en a certains qui disent que ça n'existe pas, les droits
collectifs, que c'est dangereux et que ça va empêcher l'exercice des droits
individuels. Qu'est-ce que vous pensez de tout ça pour le Québec? Est-ce qu'on
va enlever des libertés individuelles parce qu'on met en place des droits
collectifs, puis à quoi ça sert un droit collectif?
M. Newman (Dwight) : Un droit
collectif ça sert à appuyer et à reconnaître une collectivité qui est une
partie des droits... qui est une partie de la vie des êtres humains, vraiment.
Les êtres humains n'existent pas comme des... les individus atomistes. Des
individus existent comme des êtres humains dans une société, dans une nation,
et il faut avoir une conciliation entre les droits collectifs et les droits
individuels pour respecter tous les aspects de l'être humain, pour respecter les
conditions de vie pour devoir... pour devenir quelqu'un. C'est normal, à mon
avis, d'avoir une telle conciliation entre les deux. L'idée d'avoir une langue,
on ne peut pas travailler d'une langue comme une... un chose dans une société
sont des droits collectifs de promouvoir cette langue, de protéger cette langue
et...
M. Newman (Dwight) : ...je
dirais simplement comme un exemple des droits d'une nation d'avoir une langue
et un... un visage linguistique qui correspondent à ça. Je dirais de plus,
simplement, que ceux qui disent qu'il n'y a pas de... qu'il n'y a pas de droits
collectifs, ils rejettent essentiellement des droits des autochtones. Quand il
dit quelque chose comme ça, et... ça, ça ne correspond pas vraiment à une
interprétation des droits acceptable à notre... à notre époque.
M. Jolin-Barrette : Merci beaucoup,
professeur Newman. Vous avez abordé, également, au début de votre présentation
que ce que le Québec est en train de faire présentement, le fait de doter le
Québec d'une Constitution, bien, on utilise le mécanisme prévu à l'article 45
de la loi constitutionnelle de 1982 pour formaliser, dans un document, la
constitution interne de l'État québécois. Donc vous, tantôt, vous avez
dit : C'est un processus qui est légal et qui est légitime, donc
l'Assemblée nationale peut très bien procéder de la façon dont elle procède
présentement en vue de doter l'État québécois de sa Constitution formelle,
parce que la Constitution québécoise, elle existe déjà, mais elle n'est pas
dans un seul et même document, mais le processus que nous utilisons
actuellement, il est légal, constitutionnel et légitime.
M. Newman (Dwight) : Je
dirais simplement que c'est la même chose que des autres entités fédérées ont
fait, pas exactement le même évidemment, le projet de loi contient une
constitution plus large un peu. Mais la Colombie-Britannique a adopté un acte
constitutionnel sur certaines choses et c'était avec l'utilisation de... de
certains articles par la législature là-bas. Il y a d'autres entités fédérées
comme la Saskatchewan, qui ont fait des changements, des modifications récentes
aux... aux Constitutions des entités fédérées avec l'article 45. Et alors, le
Québec peut faire la même chose, c'est un acte de l'Assemblée nationale qui...
qui fait ça selon l'acte constitutionnel de 1982 à l'article 45.
M. Jolin-Barrette : OK.
Pouvez vous nous parler de l'expérience de la Saskatchewan avec le Saskatchewan
First Act et le tribunal, également, je pense que vous l'appelez Assessment
tribunal par rapport à... au Conseil constitutionnel qu'on souhaite mettre
en place? Est-ce que le Conseil constitutionnel qu'on souhaite mettre en place
est légitime?
M. Newman (Dwight) : Je
dirais que oui. Le Conseil constitutionnel a des bouts un peu différents que le
tribunal à la Saskatchewan. C'est normal d'avoir des choix politiques un peu
différents aux... aux diverses entités fédérées qui sont différents. La
Saskatchewan a adopté ce tribunal pour analyser des lois fédérales,
principalement sur leurs... leurs impacts économiques. Le Conseil
constitutionnel, au Québec, on y va... on l'envisage comme un tribunal qui peut
analyser des impacts sur l'identité québécoise, des choses comme ça. Les droits
collectifs du Québec, c'est un tribunal tout à fait parallèle et, selon moi,
c'est... c'est légal et légitime d'avoir un tribunal comme ça pour offrir le
perspective de... du Québec en... et selon les... les éléments de la
Constitution, de ce Conseil constitutionnel, oui.
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie beaucoup, professeur Newman, je vais céder la parole à mes collègues,
mais un immense merci pour votre contribution aux travaux de la commission.
M. Newman (Dwight) : Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, Mme la députée
d'Anjou-Louis-Riel, il reste 1 min 15 sec, question réponse.
• (12 h 10) •
Mme Boivin Roy : Bon, alors
on va y aller rapidement. Merci beaucoup, professeur Newman, bonjour à vous.
Merci de votre présence en commission, vous avez certainement une feuille de
route qui est fort impressionnante. Je vais vous poser une question
générale : Est-ce que, pour vous, c'est important que notre Constitution
soit facile à faire évoluer?...
M. Newman (Dwight) : ...c'est
bien d'avoir la capacité de modifier une constitutionnelle... une constitution,
c'est nécessaire d'avoir la possibilité d'avoir des modifications. Ici, on a
des articles qui l'envisagent et alors on peut avoir plus de changement à
l'avenir. Je ne sais pas si je comprends bien la question parce que c'est la
Constitution du Canada qui a eu des problèmes avec des changements et c'est
nécessaire d'avoir des changements à la Constitution du Canada, éventuellement
pour reconnaître le Québec et avoir une place pour le Québec au Constitution du
Canada qui a été niée en 1942 dans un... 42, oui... dans un certain sens, c'est
nécessaire d'avoir des modifications, oui.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, je cède
maintenant la parole aux députés d'Acadie, s'il vous plaît.
M.
Morin :
Merci, M. le Président. Alors, bonjour, professeur Newman. Merci de vous
joindre à nous aujourd'hui, c'est très apprécié. Merci également pour le
document que vous avez produit à la Commission. Dans le projet de loi du
gouvernement, la place qui est réservée aux Premières Nations, c'est deux
considérants et il ne semble pas y avoir aucun élément relativement à, par
exemple, des consultations préalables qui auraient pu avoir lieu avec les
Premières Nations. J'aimerais vous entendre là-dessus, vous n'abordez pas
vraiment cette question-là dans votre... dans votre document. Est-ce que ça
correspond à l'esprit de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des
peuples autochtones?
M. Newman (Dwight) : Je
dirais simplement qu'on pourrait avoir plus de consultation. On peut avoir
maintenant la consultation ici à la comité, mais c'est toujours préférable
d'avoir plus de concertation. Il faut avoir un engagement continuel avec des
Premières Nations et cette Constitution envisage la possibilité d'avoir des
discussions qui continuent, on a un mécanisme pour avoir une discussion, des
modifications de la Constitution chaque année essentiellement. Et alors, si on
commence avec un certain texte ici, ce n'est pas la fin de la Constitution du
Québec, c'est une ouverture constitutionnelle. Et je parle là-bas, je ne sais
pas si j'ai l'article... tous ici, mais en tout cas on a des articles qui
envisagent ça.
M.
Morin :D'accord. Dans votre document... je vous remercie. Vous
parlez du Saskatchewan First Act et particulièrement de l'Economic Impact
Assessment Tribunal. Et vous faites un parallèle, en fait, si je vous comprends
bien, entre ça et le Conseil constitutionnel, qui est finalement dans la loi
sur le Conseil constitutionnel. Ce que vous appelez en Saskatchewan le
Tribunal, est-ce que c'est... est-ce que c'est un tribunal? C'est une cour de justice
ou c'est un comité consultatif?
M. Newman (Dwight) : C'est un
tribunal administratif, essentiellement. Alors, ce n'est pas simplement
consultatif, mais ce n'est pas une Cour de justice reconnue par le gouvernement
fédéral. Ce n'est pas une Cour supérieure, une entité fédérée comme la
Saskatchewan ne peut pas établir une cour supérieure comme ça, mais c'est une
tribunal administratif essentiellement, et le Conseil constitutionnel au Québec
deviendrait la même chose un peu, je crois. C'est ma compréhension de ça.
M.
Morin :Et au sein... alors là, vous dites que c'est un tribunal
administratif, est-ce que, à la suite d'une évaluation, il est possible de
faire appel à une des décisions du tribunal qui évalue les impacts économiques
en Saskatchewan?
M. Newman (Dwight) : Il n'y a
pas de mécanisme pour des... pour des appels de ça, mais ça donne un avis, une
opinion, un jugement d'une sorte et c'est au gouvernement de la considérer et
de faire quelque chose avec...
M. Newman (Dwight) : ...ça,
s'il veut, mais c'est une recommandation plutôt qu'une jugement final. Et en
théorie, peut-être il y aurait des circonstances avec des «judicial review»,
tout ça, mais on n'imagine vraiment pas ça en ce moment. On a... On a reçu une
rapport de ce... de ce tribunal et on pourrait voir plus à l'avenir. Il y a
quelques... plusieurs choses qui sont là-bas maintenant.
M. Morin : Et quand un avis
est demandé à ce tribunal en Saskatchewan, il y a... il y a combien de membres
qui y siègent? Est-ce que c'est un membre unique? Est-ce que c'est une
formation de trois ou quatre personnes?
M. Newman (Dwight) : Je crois
que ça soit cinq... Mais je ne me souviens pas exactement le nombre, mais je
crois que ça soit environ cinq.
M. Morin : Et est-ce qu'un
membre du tribunal pourrait exprimer sa dissidence?
M. Newman (Dwight) : Je crois
que ça soit possible... circonstances, mais ce n'est pas nécessairement quelque
chose qui va arriver. On va avoir un... consensus avec ce tribunal, le premier
rapport a été avec une consensus. Je ne sais pas s'il y a une article
spécifiquement sur cette question, mais ma compréhension serait que ça soit
possible, mais ça va être rare.
M. Morin : Qu'est-ce que vous
pensez de la disposition dans la loi, le projet de loi québécois, qui
dise : Ces avis — en parlant de l'avis du Conseil —sont
rendus à la majorité des membres et sans motif de dissidents. Comme si le motif
d'un dissident ne pourrait pas aider à l'évolution, par exemple, d'une
constitution.
Le Président (M.
Bachand) :Très rapidement, Professeur
Newman, s'il vous plaît.
M. Newman (Dwight) : Pardonnez-moi?
Le Président (M.
Bachand) : Rapidement, parce que le...
M. Newman (Dwight) : Oh,
rapidement.
Le Président (M. Bachand) :
Oui.
M. Newman (Dwight) : Les
opinions dissidents peut être utiles de temps en temps, certainement. Mais on
peut avoir des modèles... sont des raisons. Il y a des modèles européens, des
modèles françaises qui sont un peu plus comme ça, et je ne sais pas tous les
origines du modèle ici, exactement. On peut avoir des avis qui diffèrent sur le
rôle des raisons du tribunal ou d'une constitution...
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Merci beaucoup, M. le député de l'Acadie. M.
le député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Vous parlez des droits collectifs et des droits individuels. Est-ce que vous
pensez que les droits collectifs peuvent être en contradiction avec les droits
individuels?
M. Newman (Dwight) : Moi, je
crois qu'il est nécessaire de chercher un conciliation entre les deux plutôt de
parler d'une opposition entre les deux ou d'avoir une contradiction entre les
deux. Il est vraiment... Il y a des circonstances où des individus cherchent
une interprétation plus large des droits individuels et ils vont dire que les
droits collectifs sont en contradiction avec ça. Mais c'est préférable de
parler d'une conciliation entre les deux.
M. Bouazzi : On est d'accord
que les lois... droits collectifs, vous avez parlé de droits collectifs des
Premières Nations sont des droits qui non seulement sont en accord avec les
droits fondamentaux, mais en fait améliorent le droit à l'égalité. Et on espère
que les droits collectifs ne sont pas en contradiction, mais bien
complémentaires avec les droits fondamentaux des Québécoises et Québécois. Dans
ce projet de loi-là, le gouvernement se donne le droit de décider qu'un certain
nombre des décisions du Parlement ne peuvent plus être contestées. Et donc, les
droits fondamentaux des Québécoises et Québécois ne peuvent pas être invoqués
devant les cours. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça?
M. Newman (Dwight) : Je ne
sais pas si je comprends bien cette partie du loi. À mon avis, ça semblait être
plutôt que ce n'était... ce n'est plus possible d'utiliser des fonds publics
pour monter des questions devant les cours, les organismes non... pourraient
poser des causes, non?
• (12 h 20) •
M. Bouazzi : Bien, ça, c'est
l'article 5 qui est en soi problématique, mais l'article 9 dit que le Parlement
au Québec peut...
M. Bouazzi : ...lorsqu'il le
juge important inclure une position de souveraineté parlementaire d'office en
réponse à une décision, etc., sans la justifier, ce qui... ce qui fait en sorte
qu'il n'y a pas d'appel possible devant les tribunaux. Donc, en toute
honnêteté, je suis un peu étonné que vous n'ayez pas remarqué cette affaire-là.
Est-ce que vous êtes d'accord avec le fait qu'on ne peut plus invoquer les
tribunaux avec une majorité parlementaire?
M. Newman (Dwight) : Ah, OK.
OK. La clause de souveraineté parlementaire existe à la Charte canadienne, par
exemple, on va avoir...
M. Bouazzi : Mais est-ce que
vous êtes d'accord?
M. Newman (Dwight) : ...de
temps en temps des utilisations de ça, à mon avis peut-être...
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Merci, professeur Newman, je dois... je dois
céder la parole... à la députée de Terrebonne, s'il vous plaît. Merci.
Mme Gentilcore : Merci
beaucoup. Merci, M. Newman, c'est très intéressant tout ça. Écoutez, moi,
j'aimerais savoir, de mon côté, outre le fond de la question, puis le contenu
de la Constitution, normalement, quand on met en place une constitution,
qu'elle est un processus viable et acceptable pour arriver à produire une
constitution dans une nation?
M. Newman (Dwight) : Ça
dépend des circonstances, vraiment. J'ai vu des mémoires qui parlent de ça, qui
envisagent des pays tout à fait indépendants et des constitutions là-bas. Le
Québec comme une entité fédérée a utilisé l'article 45 de la loi
constitutionnelle de 1942 et cet article envisage l'adoption d'une Constitution
avec une majorité dans l'Assemblée nationale comme dans une législature d'une
autre entité fédérale. Évidemment, on peut avoir beaucoup de discussions sur
une Constitution plus large comme ceci et il y a beaucoup de témoins qui
viennent à le comité pour avoir des discussions. C'est une bonne chose d'avoir
beaucoup de discussions sur une constitution, mais on peut avoir des méthodes variées
aux diverses circonstances où on adopte une constitution.
Mme Gentilcore : Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Alors sur ce
professeur Newman, merci beaucoup d'avoir été avec nous, c'est très apprécié.
Et sur ce, je suspends les travaux de la commission quelques instants pour
accueillir nos prochains invités.
(Suspension de la séance à 12 h 23)
(Reprise à 12 h 25)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, sil vous plaît, la commission reprend ses
travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir M. Jean-Sébastien Barriault et M.
Gaétan Lelièvre. Alors, merci d'être avec nous. Alors, je pense que vous avez
une présentation individuelle et commune en même temps, donc je vous cède la
parole immédiatement et après on aura une période d'échange avec les membres de
la commission. Merci.
M. Barriault (Jean-Sébastien) : Oui,
bonjour, vous m'entendez bien?
Le Président (M.
Bachand) :Oui, très bien.
M. Barriault (Jean-Sébastien) : OK,
donc, et bien, bonjour. Tout d'abord, j'aimerais remercier la Commission des
institutions de nous entendre aujourd'hui. Si vous me le permettez, j'aimerais
également prendre quelques instants pour présenter les membres de notre groupe,
des citoyens engagés qui ont à cœur les régions. Il s'agit de M. Yvon Leclaire,
ancien président de l'association des CLD du...
M. Barriault (Jean-Sébastien) : ...du
Québec, M. Normand Chouinard, ex-vice-président aux investissements au Fonds de
solidarité FTQ, M. Pierre Berthelot, historien, auteur et rédacteur principal à
la Fondation Lionel-Groulx et M. Gaétan Lelièvre, ex député de Gaspé et
ministre délégué aux Régions et conseiller en développement régional, ainsi que
moi-même, Jean-Sébastien Barriault, ex-maire des Méchins, ex-conseiller politique
et consultant en développement de projets chez JSBC. Donc, si nous sommes ici
aujourd'hui, c'est pour demander à ce que l'État intègre les 17 régions à la
Constitution du Québec, car si le Québec possède une Capitale nationale, comme
le rappelle l'article 31 de la partie 1 du projet de loi, il possède également
une métropole et 15 autres régions. Nous voulons que l'ensemble de ces régions
soit reconnu comme acteur politique, économique et social, car après tout,
c'est ce qu'elles sont.
Au même titre que le fleuve ou que notre
drapeau, le fleurdelisé, les régions s'inscrivent dans le paysage laurentien et
agissent comme lieux d'ancrage. Elles singularisent l'expression de notre
identité collective qui se décline à travers ces territoires d'appartenance
sous la forme de terroirs culturels, économiques mais également politiques.
Jusqu'à aujourd'hui, ces rôles multiples joués par les régions n'ont pas
bénéficié d'une juste reconnaissance de la part de l'État québécois. Cependant,
le projet de Constitution nous offre l'occasion de corriger cette lacune. C'est
la raison d'être de notre présence ici aujourd'hui, nous demandons que cette
reconnaissance soit enchâssée dans la Constitution et qu'elle s'accompagne de
pouvoirs et de leviers permettant aux régions d'agir en véritable partie
prenante et partenaire de l'État québécois. Nous croyons que cette
reconnaissance permettra de contrer les politiques mur à mur et qu'elle
outillera les institutions locales et régionales frappées de plein fouet par
les... les bouleversements démographiques, économiques et environnementaux.
Nous pensons également que cette reconnaissance sera bénéfique à l'ensemble du
Québec en permettant d'assurer un meilleur dialogue entre les régions et l'État
québécois. Donc, maintenant, j'aimerais laisser la parole à mon collègue, M.
Gaétan Lelièvre.
M. Lelièvre (Gaétan) : Oui,
bonjour, merci, M. le Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés des
différentes formations politiques, merci de nous accueillir aujourd'hui, puis
de nous permettre de s'exprimer sur le projet de loi n°1, un projet
extrêmement... un projet de loi extrêmement important. Comme mon collègue vous
l'a mentionné, notre objectif, ce matin, est de démontrer, tenter de démontrer
la grande importance que revêtent les régions dans l'histoire du Québec, mais
aussi dans l'avenir du Québec. Dans le projet de loi, vous mentionnez
l'importance de la Capitale nationale, qui est Québec, on pourrait également
mentionner l'importance de notre métropole, Montréal, mais également l'importance
et le rôle... le rôle ultimement essentiel que joue l'ensemble des autres
régions qui composent le Québec. Le Québec est un immense territoire au plan
géographique, avec une densité de population extrêmement faible, mais malgré
tout ça, on a toujours réussi à faire ressortir l'ensemble des... des forces
que le Québec peut démontrer, tant au niveau national qu'international, très
souvent, en intégrant la participation des différentes régions dans les enjeux
majeurs qui ont touché le Québec au cours de son histoire. Puis on pense que
la... le moment, le momentum actuel est excellent, profiter de l'occasion de la
mise en place d'une Constitution pour reconnaître le rôle important de
l'ensemble des régions au développement de notre coin pays, bien, ça s'avère
une occasion privilégiée puis c'est ce qu'on aimerait discuter avec vous
aujourd'hui.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Alors on va
débuter la période d'échange, on va ajuster les temps un petit peu, M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
alors, bonjour, M. Barriault, bonjour, M. Lelièvre. Donc, très content de vous
voir, content de vous revoir, de revoir un ancien collègue ici, à l'Assemblée.
Écoutez, merci pour votre mémoire. On a juste 5 min, ça fait que je sais que le
député de Gaspé veut... veut poser des questions, mais je vais... je vais lui
céder la parole tout de suite, mais peut-être dans votre réponse à la suite de
sa question, aussi, je voulais vous demander ce que vous pensez, notamment, de
la décision du DGEQ sur la carte électorale pour la Gaspésie aussi. Donc, en
complément de réponse, aussi, vous pouvez répondre, mais je cède la parole au
député de Gaspé.
Le Président (M.
Bachand) : Le député de Gaspé, s'il vous plaît.
• (12 h 30) •
M. Sainte-Croix : Merci, M.
le Président. Bonjour, MM., à mon tour de vous, de vous saluer et de vous
remercier pour votre contribution à nos travaux. Écoutez, M. le ministre me...
me vole les mots de la bouche. Ma question, ma première question serait pour M.
Lelièvre, concernant le récent arrêt Lalande de la Cour d'appel. Celui-ci est
en directe contradiction avec la volonté exprimée par le Parlement du Québec
quant à la représentativité électorale de la Gaspésie...
12 h 30 (version non révisée)
M. Sainte-Croix : ...Croyez-vous
que les tribunaux devraient toujours être l'arbitre désigné pour ce genre de
débat démocratique? Qui devrait avoir le dernier mot? Je vous écoute, M.
Lelièvre.
M. Lelièvre (Gaétan) : Bien,
c'est évident d'emblée que je vous dirais que les impacts éventuels de l'application
de la décision des tribunaux sur la composition des deux circonscriptions de
Gaspé et Bonaventure sont extrêmement néfastes pour les intervenants de la
région. Donc, ce serait vraiment... ce serait vraiment errer au sens politique,
mais aussi au sens social et économique, parce que ça mettrait en péril la
viabilité d'une partie de la région de la Gaspésie. Ce serait un territoire qui
serait extrêmement grand, avec beaucoup de diversité, vous le savez, M. le
député, pour le représenter... en représenter une partie aujourd'hui. Je l'ai
fait pendant six ans, donc je suis en mesure de vous dire que ce serait
principalement les citoyens et citoyennes des deux circonscriptions qui
seraient les grands perdants. Et je pense que le débat doit avant tout être un
débat qui devrait se dérouler au plan de l'Assemblée nationale et non pas au
niveau des tribunaux. Donc, j'espère que la loi va être modifiée afin d'éviter
une situation que je qualifierais de désastreuse pour la Gaspésie.
M. Sainte-Croix : Merci, M.
Le Lièvre. M. Barriault, vous proposez la création d'une Chambre des régions
regroupant les 45 députés issus des listes régionales. Pouvez-vous nous en
parler davantage? Comment cette Chambre des régions va-t-elle interagir dans le
processus parlementaire et législatif? Je vous écoute, M. Barriault.
M. Barriault (Jean-Sébastien) : Bien,
écoutez, en fait, ça, c'est... ça fait l'objet d'un autre mémoire que j'ai
déposé aussi. Quand j'ai... Mon idée derrière ça, c'était de reprendre qu'est-ce
qu'il y avait dans la réforme du mode de scrutin, notamment. Il y avait
justement cette idée-là de proposer la création de 45 comtés de région avec des
listes régionales. Toutefois, l'enjeu que je voyais là, c'était qu'on se
retrouvait avec un parlement hybride, avec des députés de listes et de députés
de circonscriptions comme on les connaît actuellement qui auraient siégé
ensemble. Donc, c'était une idée que je suggérais. Mais moi, ce que j'aimerais,
c'était surtout d'apporter ça à l'attention des gens qui siègent au Parlement
et qu'il aille un débat là-dessus, parce que comme un peu M. Lelièvre l'a dit
tout à l'heure, l'idée qu'on se ramasse en Gaspésie avec un comté qui va faire,
si je ne me trompe pas, je pense c'est 31 fois la superficie de l'île et non
pas de la ville, mais de l'île de Montréal, ça pose un enjeu. Comme vous savez,
on avait déjà fait le calcul et avant même qu'on agrandisse le comté, le député
de Gaspé allait avoir passé une année dans sa voiture. Ça, c'était avant qu'on
agrandisse le comté. Si on le double, j'espère que le député ne va pas passer deux
ans dans sa voiture. Donc, il y a des enjeux là, à mon avis, qu'il faut considérer,
et ça serait bien que le Parlement en prenne note et qu'il trouve une solution
à cet égard.
M. Sainte-Croix : Merci, M. Barriault.
M. Lelièvre, vous parlez de remplacer volontairement la terminologie «occupation
du territoire» par le concept de «digne occupation du milieu de vie». Pouvez-vous
développer davantage sur ce concept-là?
M. Lelièvre (Gaétan) : Oui,
avec plaisir. On entend depuis de nombreuses années l'appellation, là, «occupation
de territoire». Bon, c'est une expression qui circule dans plusieurs
organisations, plusieurs ministères et je trouve que c'est... c'est
restricteur, dans le sens qu'on n'est pas juste un territoire, les régions. On
n'est pas juste un lieu de prélèvement des ressources naturelles. Nous sommes
des milieux de vie dans lesquels réside depuis très longtemps différentes
communautés et je pense que si on amenait, si on humanisait un peu le terme «territoire»,
bien, ça pourrait peut-être faire prendre conscience plus facilement à certains
décideurs que des conséquences énormes de certaines décisions sur justement le
milieu de vie, le territoire sur lequel des gens habitent et veulent continuer
à habiter. Dans le fond, mon objectif serait d'humaniser un peu, là, le terme,
là, «territoire» pour rappeler qu'il y a des gens qui vivent sur ces territoires-là
et que ce ne sont pas strictement des lieux de prélèvement de ressources
naturelles.
M. Sainte-Croix : Merci, M.
le Lièvre. Ma prochaine et dernière, M. le Président, serait pour M. Barriault.
M. Barriault, voyez-vous d'autres moyens, dans le cadre du projet actuel, de
reconnaître davantage les différentes régions du Québec? Si oui, lesquels?
M. Barriault (Jean-Sébastien) : Bien,
je crois que dans notre mémoire, on proposait trois mesures, notamment, là, de
recréer des lieux de concertation comme on avait...
M. Barriault (Jean-Sébastien) : ...sur
le modèle des conférences régionales des élus qui ont permis quand même des
belles réussites au niveau... en tout cas, je peux témoigner pour le niveau de
la Gaspésie, on a l'alliance de l'énergie de l'est, entre autres, la société du
chemin de fer de la Gaspésie, ce sont toutes des initiatives qui ont émergé un
peu de cette concertation-là, qui étaient permises au niveau régional, que
malheureusement aujourd'hui n'existe plus dans la forme qu'il y avait
auparavant, et ça pourrait être une des mesures qui pourrait permettre
justement de redonner un peu corps aux régions, de permettre aux régions aussi
de s'exprimer parce que les régions ont besoin d'une tribune pour s'exprimer et
pour collaborer davantage avec l'État central.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de l'Acadie pour
4 minutes 25 secondes, s'il vous plaît.
M.
Morin :
Merci, M. le Président. Alors, M. Barrialt, Lelièvre, bonjour. Merci d'être...
d'être avec nous. J'aimerais continuer un peu dans la ligne de question du
député de Gaspé relativement à la Chambre des régions que vous soulignez à la
page trois de votre mémoire, juste pour comprendre un peu comment ça
fonctionnerait parce que vous dites que vous ne voulez pas que l'Assemblée
nationale devienne une chambre hybride composée de deux catégories de députés.
Cependant, vous voulez qu'on accorde à cette Chambre des régions les mêmes
pouvoirs législatifs que l'Assemblée nationale. Donc, est-ce qu'il y aura un
partage des pouvoirs entre les deux chambres? Est-ce qu'elles vont pouvoir
légiférer sur les mêmes sujets? Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus, s'il
vous plaît.
M. Barriault (Jean-Sébastien) : Bien,
écoutez, tout d'abord, merci pour la question. Je tiens à préciser que ça,
c'était l'objet d'un autre mémoire, ce n'était pas le mémoire sur la
décentralisation vers les régions. Cela dit, si vous me permettez, je voulais,
avec cet argument-là surtout mettre de l'avant l'aspect qu'on allait se
retrouver avec deux catégories de députés dans la composition de l'Assemblée
telle que prévu dans l'ancien projet de loi qui créait 45 députés de
liste. Donc, à mon avis, pour éviter justement qu'on se retrouve avec une
chambre hybride, c'était l'idée de les dissocier, les deux catégories de
députés, mais écoutez, ça faisait l'objet d'un autre mémoire. Et pour... je
crois qu'il y a d'autres manières aussi de donner voix davantage aux régions,
notamment avec les propositions qu'on a proposées avec M. Lelièvre et nos
collègues dans le projet de mémoire sur la décentralisation vers les régions.
M.
Morin :Je vous remercie. Puisqu'on parle de différentes
chambres, qu'est ce que vous pensez de... quelle devrait être la place que les
Premières Nations occupent là-dedans? Parce que je comprends que dans trois
considérants, on mentionne les Premières Nations, on n'en parle pas dans le
projet de loi, il ne semble pas y avoir eu de consultation non plus. Comment on
pourrait... Bien, bien sûr, j'imagine qu'il faudrait leur en parler d'abord,
mais comment on pourrait assurer de leur représentativité?
M. Lelièvre (Gaétan) : Bien,
c'est sûr que c'est une question qui est extrêmement pertinente. Il est reconnu
de plus en plus que les Premières Nations doivent jouer un rôle prépondérant
dans les différents enjeux qui touchent le Québec, autant... à divers niveaux.
Maintenant, les modalités peuvent être diverses, mais je vous dirais qu'autant,
à mon humble avis, on reconnaît de plus en plus l'importance, voire la
nécessité de consulter et d'impliquer les Premières Nations dans différents
enjeux de la société québécoise, autant notre objectif c'est de tenter de
démontrer l'importance également de considérer les régions dans les enjeux qui
touchent le Québec, qui concernent le Québec. Donc, notre objectif aujourd'hui,
c'est davantage d'insister sur l'importance également de considérer, de
consulter les intervenants en région de plus en plus les moyens le permettent,
technologiques, etc. On peut décentraliser efficacement, on peut régionaliser
et on on pense que de cette façon-là, il y aurait un gain majeur, substantiel
au niveau de l'efficacité de l'action gouvernementale si on pouvait
décentraliser vraiment différentes responsabilités, tant au niveau local,
territorial, MRC que régional.
• (12 h 40) •
M.
Morin :Je vous remercie parce qu'en fait, la façon dont vous
nous parlez, évidemment, on sent toute l'importance des régions du Québec.
Justement, est-ce qu'il n'aurait pas été préférable pour le gouvernement de
mettre sur pied une commission transpartisane composée de tous les partis, de
différents citoyens, qui auraient fait justement le tour des régions? Parce
qu'on vous remercie, vous avez pris de votre temps, vous nous parlez
aujourd'hui, mais je veux dire, on n'a pas beaucoup de temps, vous le voyez là,
est-ce que c'est un processus qui aurait davantage à être...
M.
Morin :...à unir, justement, le Québec.
M. Lelièvre (Gaétan) : Bien,
écoutez, en termes de consultation, on trouve... tout le monde trouve qu'on
n'en fait jamais assez. Est-ce que les moyens qui ont été retenus par le
gouvernement sont suffisants? Je ne crois pas que c'est... je ne me sens pas à
l'aise de répondre à votre... à votre question, là, bien objectivement, parce
que c'est une situation qui est extrêmement complexe, c'est un projet de loi
qui est, oui, effectivement, relativement important. Puis c'est sûr qu'en
termes de consultation, on peut se déplacer sur le territoire, ça aurait pu
avoir un impact positif, mais bon, vous voyez, on est en Gaspésie par la magie
du web qui nous évite un déplacement de 16 h, on peut quand même être avec vous
pour vous transmettre nos préoccupations. Je vous dirais que c'est ce que j'aurais
le goût de vous répondre là pour le moment.
M.
Morin :Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Merci. M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci beaucoup pour votre proposition. Vous poser une question essentielle qui
est la question de notre système démocratique. C'est un sujet qui a été, vous
le dites dans votre mémoire, mis de l'avant à un certain moment par plusieurs
partis politiques. Vous parlez de la proportionnelle de la place des régions,
vous rappelez que le premier ministre actuel en 2018 avait, avec d'autres
partis, appelés à cette élection proportionnelle mixte. Est-ce que vous avez
proposé cette... est-ce que vous avez été consulté et donné cette proposition
au gouvernement avant de recevoir le projet de loi 1?
M. Lelièvre (Gaétan) : En ce
qui me concerne, la réponse est non. Ce n'est pas un élément que je... où je
m'étais prononcé officiellement. Je ne sais pas si M. Barriault, lui,
s'était prononcé de son côté.
M. Barriault (Jean-Sébastien) : Non,
même chose pour moi. Encore une fois, je tiens à dire que c'est... la
proportionnelle, ça fait partie d'un argument qui était dans un autre mémoire.
Tout ça aussi, c'était dans l'idée aussi de toujours assurer une place aux
régions dans le système québécois. Et je crois qu'avec le mémoire pour laquelle
aujourd'hui on avait été convoqués, on a... on mettait de l'avant des bons
éléments, des bonnes mesures, parce que moi, j'étais un maire justement à l'époque
où il y avait la CRÉ, ce n'était pas parfait la CRÉ, mais ça nous permettait
justement d'avoir une tribune, de faire entendre plus facilement la voix des
régions. Et on... aussi, il y avait une expertise qui se créait autour des
conférences régionales des élus, on accompagnait l'État aussi dans le... dans
le processus, quand il y avait, par exemple, des budgets qui étaient attitrés à
des projets de développement régional... ce regroupement d'élus là permettait
justement de donner une opinion, un avis, donc c'est un peu cet esprit-là qu'on
aimerait retrouver pour encore une fois mettre de l'avant les régions dans le
système québécois.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Terrebonne.
Mme Gentilcore : Oui, merci.
Qu'est-ce que vous pensez du fait que le projet de loi vise à restreindre, en
fait, le pouvoir des municipalités de contester des lois devant les tribunaux?
Est-ce que vous voyez ça comme... comme un recul, dans le fond, pour la
gouvernance des régions du Québec?
M. Lelièvre (Gaétan) : Bien,
ce que j'aurais le goût de vous dire par rapport à ça... les municipalités,
pour avoir oeuvré pendant plus de 35 ans dans le domaine municipal,
régional et local, on nous a enseigné dès les premiers moments où je suis
arrivée en fonction que les municipalités étaient des structures du
gouvernement du Québec, hein, donc relèvent directement du ministère des
Affaires municipales et d'habitation. Donc, je crois que les municipalités sont
habituées, à tort ou à raison, d'oeuvrer dans un contexte-là où il y a une très
grande emprise de l'intervention gouvernementale sur leur action. On dit que ce
sont des gouvernements de proximité, c'est un terme intéressant à première vue,
mais je pense que c'est un terme qui est un petit peu galvaudé, en tout
respect, parce que les municipalités ont très peu d'autonomie. Maintenant, si
le projet de Constitution leur enlève encore plus de marge de manœuvre, je
trouverais ça déplorable, honnêtement là, parce que déjà l'action des municipalités
est très, très fortement guidée par les décisions gouvernementales, notamment
du...
Mme Gentilcore : Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, donc,
M. Barriault, M. Lelièvre, merci infiniment d'avoir participé aux
travaux de la commission. Sur ce, la commission suspend ses travaux jusqu'à 15
h. Merci, à tantôt.
(Suspension de la séance à 12 h 45)
15 h (version non révisée)
(Reprise à 15 h 20)
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
La commission reprend ses travaux. Alors, cet après-midi, nous entendrons six
présentations et échanges. Et je souhaite la bienvenue à M. Dominic Courtois et
M. Paul Germain. Vous disposez chacun de quatre minutes pour votre exposé.
Après quoi, nous procéderons à la période d'échange...
La Présidente (Mme Boivin Roy) :...échange
avec les membres de la commission. Je vous cède la parole pour vos exposés.
M. Germain (Paul) : Je peux...
je peux bien commencer. Bon, Paul Germain, maire de la ville de Prévost. Mmes,
MM. les parlementaires, une Constitution n'est pas qu'un texte d'organisation
des pouvoirs, elle exprime ce que l'État juge fondamental, ce qu'il place au
sommet de sa hiérarchie normative. Aujourd'hui, je vous invite à poser un geste
clair, c'est reconnaître le droit à un environnement sain et un climat stable,
comme un droit constitutionnel. À l'échalle... à l'échelle mondiale, le trois
quarts des juridictions qui possèdent des constitutions reconnaissent
totalement ou explicitement ce droit-là. Le Québec se veut un État moderne,
responsable et tourné vers l'avenir. À l'occasion de combler ce... il a
maintenant l'occasion de combler ce retard historique. Il s'agit... plus qu'un
symbole, il s'agit d'un enjeu de sécurité sociale, économique et démocratique.
Sur le terrain, les municipalités sont en
première ligne de la crise climatique : inondations, vagues de chaleur,
pression sur les réseaux d'eau, infrastructures fragilisées et, surtout,
protection du territoire. Mais elles agissent sans véritables remparts
constitutionnels, souvent avec des ressources limitées, une instabilité
jurisprudentielle et un risque juridique courant... constant. Une
reconnaissance constitutionnelle changerait profondément leur cadre d'action.
On parle beaucoup d'adaptation, mais sans atténuation réelle, l'adaptation
devint... devient un exercice inutile. Au-delà de 1,2... 2 degrés de
réchauffement, les coûts exploseront, les infrastructures deviendront désuètes
et la pression sur les finances publiques sera insoutenable. C'est pourquoi
l'atténation... l'atténuation et l'adaptation doivent être juridiquement liées
au plus haut niveau du droit.
Le Québec dispose déjà d'une loi sur le
développement durable, mais cette loi n'a pas de primauté juridique, n'impose
ni aux lois ni aux règlements et ne crée aucun droit... opposable. Or, le cadre
constitutionnel existe précisément pour imposer ce qu'une politique seule ne
garantit pas.
En France... en 2005, la France a intégré
sa charte environnementale à son bloc constitutionnel. Depuis, le Conseil
constitutionnel français peut censurer des lois incompatibles avec la
protection de l'environnement. Prenons un exemple tiré de l'actualité récente,
celui des tentatives de déréglementation portées par le sénateur Duplomb en vue
de réintroduire certains pesticides interdits en agriculture en France.
L'argument est toujours le même : réduire les coûts, alléger les
contraintes, augmenter la production. Or, dans ce dossier précis, ce sont les
principes constitutionnels issus de la Charte de l'environnement française qui
ont permis au... au Conseil constitutionnel de censurer les dispositions
autorisant la réintroduction de l'acétamipride. Sans protection constitutionnelle,
une réglementation peut être démantelée par simple changement politique. Avec
une protection constitutionnelle, elle devient un rempart durable contre les
reculs. L'Environnement et le climat ont toujours besoin de ce verrou
juridique.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
M. Germain, je vais vous inviter à conclure, merci beaucoup.
M. Germain (Paul) : En fait,
ce que je vous propose donc, c'est d'inclure le texte suivant dans la future
Constitution du Québec : Toute personne a le droit de vivre dans un climat
stable, un environnement sain, respectueux de la biodiversité. L'État a le
devoir, dans la mesure de ses moyens, d'assurer la protection, la préservation
et la défense de ses conditions dans un esprit de responsabilité intergénérationnelle
du bien commun. Merci.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :Merci
beaucoup. M. Courtois, la parole est à vous.
M. Courtois (Dominic) : Merci,
Mme la Présidente, distingués membres de la Commission, c'est un honneur d'être
reçu parmi tant d'organisations et de personnes qui sont les piliers de notre
société civile. Je salue d'ailleurs et j'appuie la présentation de M. Germain.
C'est un grand privilège de participer à ce moment historique pour le Québec.
Je m'appelle Dominic Courtois, je suis professeur de géographie au collège
Bois-de-Boulogne. Mon objectif aujourd'hui est de communiquer...
M. Courtois (Dominic) : ...l'importance
d'inscrire l'universalisme dans la constitution. Il est important de le faire
pour trois raisons.
D'abord parce que l'universalisme est un
cadre normatif qui permet d'arbitrer les conflits entre nos droits,
particulièrement nos droits individuels et nos droits collectifs. Deuxièmement,
parce que ce cadre normatif permet de faire vivre la liberté et l'égalité, quelles
que soient nos origines. Troisièmement, parce qu'inscrire l'universalisme dans
la constitution aiderait à affirmer et définir notre contrat social pour
favoriser le vivre ensemble. Le cadre normatif universaliste repose sur un
grand principe, à savoir le choix de la raison et des faits empiriques pour
déterminer ce qui est valable en société, à l'opposé de tout dogme, qu'il soit
coutumier, religieux ou idéologique.
Concernant la justice, deux principes
découlent de ce premier. D'abord que tous les êtres humains sont égaux en
dignité et en droits. Ensuite, que le droit doit promouvoir une moralité qui
soit la plus universaliste possible, c'est-à-dire la protection des vulnérables
et la promotion du bien commun. C'est cet universalisme qui est à l'origine des
droits promus dans la Déclaration universelle des droits de l'homme de l'ONU de
1948. Ce cadre normatif permet non seulement d'affirmer le droit individuel à
l'égalité et à la liberté, mais aussi les droits collectifs tels que le droit à
l'autodétermination des peuples, les droits des minorités et les droits des
peuples autochtones.
En ce qui concerne le droit à
l'autodétermination, j'invite le ministre à intégrer les recommandations de
l'Institut de recherche sur le Québec à propos de la création d'une nationalité
québécoise, comme pour la création d'un cadre constitutionnel qui permettrait
aux nations autochtones de déterminer les modalités de leur propre nationalité.
Il existe de nombreux exemples concrets de l'importance d'enchâsser
l'universalisme dans la constitution québécoise. Au Québec, le consensus
universaliste établi pendant la Révolution tranquille a permis de rejeter les
dogmes catholiques dans notre justice, de promouvoir l'égalité hommes-femmes,
tout comme le respect des minorités, notamment sexuelles, et d'assurer la
laïcité de l'État. De même, ce consensus a aussi permis d'affirmer notre droit
à l'autodétermination face au Canada et le droit de protéger notre langue et
notre culture. Le devoir de protection des personnes vulnérables issu des
principes universalistes contribue à expliquer le revirement complet des
indicateurs sociaux par rapport au Québec d'avant la Révolution tranquille. En
effet, le Québec est aujourd'hui l'État nord-américain avec la meilleure espérance
de vie, le plus haut taux d'emploi des femmes, un des plus bas taux de
criminalité et de pauvreté. Le Québec possède, entre autres, une des meilleures
structures pour favoriser l'accès aux études supérieures et lutter contre la
pauvreté infantile. Opter pour le multiculturalisme, qui réduit l'importance
d'une culture civique commune et favorise le traitement différent des individus
en fonction de leur statut conduit plutôt à des situations telles que celle
mentionnée dans mon mémoire, où les droits individuels de la jeune Yasmine
Mohammed ont été bafoués puisque la violence de son père a été minimisée au
regard des coutumes traditionnelles. Il est à noter, d'ailleurs, que le
préambule de la Charte canadienne des droits et libertés se réfère à la religion
comme cadre normatif affirmant la suprématie de Dieu et la primauté du droit.
Ainsi, reconnaître l'universalisme dans la Constitution du Québec, c'est
assurer le respect de la raison et des faits empiriques de l'égalité et de la
liberté.
En conclusion, inscrire l'universalisme
dans notre conscience protégerait nos droits individuels et collectifs et
clarifierait le contrat social au cœur de la Révolution tranquille pour que
dans notre démocratie, l'égalité reste un fondement inviolable, qu'aucun droit,
statut ou croyance ne peut dénaturer. Merci.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Je vous remercie beaucoup, M. Courtois. Alors merci pour votre exposé.
Nous allons maintenant débuter la période d'échange, M. le ministre, la parole
est à vous.
M. Jolin-Barrette : Merci,
pour une période de?
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Vous avez 10 min... 10 min 45 sec.
M. Jolin-Barrette : Merci
beaucoup. Alors, M. Courtois, M. Germain, merci beaucoup de participer aux
travaux de la commission. On est heureux de vous entendre dans le cadre de
l'étude du projet de loi 1, la Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec.
Alors, peut-être, M. Courtois, dès le départ, là, sur la question des droits
collectifs, là, je crois comprendre que vous dites qu'ils sont fragilisés par
le multiculturalisme. Est-ce bien ça?
M. Courtois (Dominic) : Oui,
ou les droits collectifs sont fragilisées par le multiculturalisme dans le sens
où le droit individuel à l'égalité et la liberté est contraint par un cadre
communautaire et aussi, dans le fond, si on regarde le droit collectif de la
culture québécoise, on peut concevoir les cultures dans le monde comme un
écosystème. Et il faut voir que chaque culture dans le monde est égale et
contribue à faire vivre cet écosystème-là. Dans un contexte multiculturaliste
où, dans le fond, la culture québécoise n'a pas plus d'importance ici que
n'importe quelle autre culture, bien, on réduit l'espace de cette culture-là et
c'est une perte pour l'ensemble de l'humanité parce que la culture québécoise
n'a que cet environnement-ci pour vivre, alors que les autres cultures ont
d'autres environnements. Que ce soit la culture chinoise, indienne ou
marocaine, par exemple.
• (15 h 30) •
M. Jolin-Barrette : OK...
15 h 30 (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : ...peut-être
une autre question puis ensuite, je vais passer à M. Germain, là. Dans un texte
du Devoir du 25 avril dernier, Un droit à la différence québécoise, vous
disiez ceci : Interdire l'usage préventif de la disposition de dérogation
comme le souhaite Mark Carney ferait pencher la Constitution canadienne encore
davantage en faveur des droits individuels selon la perspective centralisée de
la Common Law anglo-canadienne et au détriment de la pensée juridique
civiliste et distincte du Québec.
C'est un peu ça, ce qu'on souhaite faire
avec la Constitution du Québec, justement, protéger à la fois les libertés
individuelles mais aussi les droits collectifs de la nation, puis aussi, faire
en sorte que, en vertu du principe de souveraineté parlementaire, ça demeure le
Parlement du Québec, des élus québécois qui vont déterminer de quelle façon les
rapports s'exercent. Donc, vous êtes d'accord avec le fait qu'on assure
davantage de souveraineté parlementaire puis qu'on reconnaît ce principe-là
dans la Constitution québécoise?
M. Courtois (Dominic) : Tout
à fait, et je pense que l'universalisme, si on l'affirme dans la Constitution,
on va aider à, justement, donner un cadre normatif qui permet de comprendre les
limites des droits individuels. Par exemple, dans la campagne contre la loi 96,
M. Carney disait qu'un droit est un droit, et c'est un fait, un droit est un
droit, mais qui doit être limé... limité lorsque les répercussions socioculturelles,
économiques ou environnementales de cette liberté individuelle causent un
préjudice aux droits collectifs de la société, par exemple.
M. Jolin-Barrette : D'où l'importance
d'inscrire dans la Constitution québécoise qu'il existe des droits collectifs
pour la nation, notamment la laïcité, le français, l'égalité entre les femmes
et les hommes. Pourquoi c'est important d'indiquer l'égalité entre les femmes
et les hommes dans... dans la constitution comme droit collectif?
M. Courtois (Dominic) : Bien,
parce que dans le cadre de l'évolution de ce qu'on voit mondialement, dans le
fond, le droit des femmes est remis en question au nom des libertés
individuelles religieuses, entre autres, mais ça peut être au nom de d'autres
idéologies, des idéologies masculinistes, par exemple. Et donc, c'est très
important de protéger le droit collectif des femmes à l'égalité avec les hommes.
M. Jolin-Barrette : Pensez-vous,
parce qu'on a eu des groupes, là, qui sont venus nous dire, là : Ne faites
pas ça. Ça restreint les libertés individuelles des femmes de faire ça. Pensez-vous
qu'ils ont raison?
M. Courtois (Dominic) : Je ne...
de...
M. Jolin-Barrette : De venir
dire, exemple : L'égalité entre les femmes et les hommes prime sur la
liberté de religion. Il ne faudrait pas faire ça. Moi, ça m'apparaît normal qu'au
Québec, ce qui est en haut de la liste, quand on interprète nos droits, puis
quand les tribunaux vont prendre en compte une évaluation de deux droits, si
jamais ils se retrouvent dans une situation où la liberté de religion est
invoquée face à l'égalité entre les femmes et les hommes, mais que nous, comme
société, on se dise : Wow, minute. L'égalité entre les femmes et les hommes
va primer sur la liberté de religion. Êtes-vous d'accord avec ça?
M. Courtois (Dominic) : Ça me
semble aussi une évidence, mais pas seulement une évidence. Ça me semble
quelque chose d'absolument nécessaire puisqu'on voit le recul du droit des femmes
dans plusieurs démocraties à travers le monde et donc, c'est plus important que
jamais de l'affirmer.
M. Jolin-Barrette : OK, je
vous remercie. Si vous permettez, je vais passer à M. le Maire. Donc, vous êtes
maire sur la rive nord de Montréal, ville de Prévost dans les Laurentides.
Votre mémoire est beaucoup sur l'environnement, qu'on devrait l'écrire. Déjà, à
46.1 de la Charte, là, des droits et libertés de la personne, on dit :
Toute personne a droit, dans la mesure et suivant les normes prévues par la
loi, de vivre dans un environnement sain et respectueux de la biodiversité. Est-ce
que ça atteint ce que vous souhaitez?
M. Germain (Paul) : Bien, au
même titre que la Loi sur le développement durable, puis on peut voir, je n'ai
pas vérifié, là, mais les deux dispositions, je pense, datent de 2006, ça fait
que cette modification là, à la Charte, a été faite, je crois, en même temps
que la Loi sur le développement durable. C'est resté des dispositions interprétatives,
ça... ça n'a pas donné le pouvoir à un citoyen d'invoquer ce droit-là. Ça fait
qu'à mon avis, ça devrait, le droit à un environnement sain et un climat stable,
ce devrait être au plus haut niveau du droit, et c'est non seulement à être au
plus haut niveau du droit, mais une constitution c'est... oui, c'est des
notions de droit, mais c'est aussi des symboles, et je pense que c'est la
conjonction des symboles et du droit, et je pense qu'au XXIᵉ siècle, si on est
lucides, raisonnables, ce droit-là doit être dans la Constitution et être là
pour pouvoir, aussi... une constitution, c'est là, aussi, pour pouvoir
inspirer.
M. Jolin-Barrette : Puis,
juste une précision là, pour les gens qui nous écoutent, quand vous parlez de
climat stable, vous parlez du climat environnemental, là, les degrés, la pluie,
la...
M. Jolin-Barrette : ...météo,
les tornades, de tout ça. Vous ne parlez pas du climat social, là?
M. Germain (Paul) : Vous avez
tout à fait raison....
M. Jolin-Barrette : OK.
M. Germain (Paul) : ...pour
moi c'est une évidence, mais vous faites bien de le préciser.
M. Jolin-Barrette : OK.
Est-ce que pour vous, là, le droit à un environnement sain, là, supposons, je
vais l'appeler comme ça, là, est-ce que pour vous c'est un droit collectif ou
c'est un droit individuel?
M. Germain (Paul) : C'est
une... c'est une bonne question. Je pense que c'est sûrement les deux, à savoir
qu'un citoyen qui habite à côté d'une usine extrêmement polluante pourrait
avoir un droit individuel à avoir un climat, pas un climat, mais un
environnement sain. Par ailleurs, je pense que collectivement, particulièrement
les générations futures, ont le droit à avoir un environnement sain et un climat
stable. Dans cette proposition-là, il y a deux aspects. Un climat simple, c'est
pour maintenant, mais un environnement stable, c'est pour le futur. En fait, je
me suis mal exprimé, mais je suis certain que vous avez compris.
M. Jolin-Barrette : Oui. Je
vais céder la parole à mes collègues. Peut-être une dernière question
là-dessus. Dans le fond, vous venez de nous dire que la nation québécoise est
titulaire de droits collectifs, notamment le droit à l'environnement, puis un
peu comme la laïcité, de votre perspective, bien, elle peut être invoquée
individuellement, ce droit-là, mais c'est un droit collectif. Dans le fond, les
droits collectifs concourent à la protection de droits individuels, comme on
l'a indiqué dans la... dans la Constitution?
M. Germain (Paul) : C'est
certain que les droits... les droits individuels doivent... Une constitution
est là pour donner des paramètres aux législateurs et de respecter certains
droits individuels et certains droits collectifs. Un... Je ne pense pas qu'un
soit un obstacle à l'autre.
M. Jolin-Barrette : OK, je
vous remercie.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
...secondes.
M. Jolin-Barrette : Ah, bien,
je suis désolé. Je vous remercie beaucoup pour votre passage en commission
parlementaire, c'était éclairant. Et surtout, je trouve ça intéressant que vous
soulevez cette question-là de droit à l'environnement, notamment...
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci,
M. le ministre. Merci. Alors, je cède maintenant la parole au porte-parole de
l'opposition officielle, le député de l'Acadie, pour 5 minutes 31 secondes.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, M. Courtois, M. Germain, bonjour. Merci d'être là, merci
pour vos exposés respectifs. Pour vous, M. Courtois, dans votre document à la
page 14, vous faites référence à la réduction qu'on devrait faire des déficits
auxquels font face les peuples autochtones. Avec le projet qu'on a devant nous,
le type de consultations qui ont été faites, pensez-vous que c'est suffisant? Est-ce
que c'est digne des relations qu'on devrait avoir avec les peuples autochtones
ou s'il faudrait faire beaucoup plus? Parce que je comprends que les références
aux Premières Nations se retrouvent dans trois «Considérant» et pas dans le
texte.
M. Courtois (Dominic) : Effectivement,
je suis d'avis qu'une plus grande consultation auprès des nations autochtones
servirait à la fois le projet de... le Contrat social universaliste et le
projet de Constitution.
M. Morin : Bien, à moins que
je fasse erreur, je pense que vous avez écrit dans un texte en septembre, je
crois, un référendum les plus essentiels à la souveraineté. Mais là-dedans,
vous parlez des relations qu'on devrait avoir avec les peuples autochtones.
C'est bien vous qui avez écrit l'article?
M. Courtois (Dominic) : Absolument.
Oui, oui.
M. Morin : Excellent. Et vous
dites qu'entre autres, l'auteur Vincent Vallée offre une piste de
solution : créer une Chambre des régions des Nations aux côtés de
l'Assemblée nationale pour servir le Sénat électif. Ça s'organiserait comment,
puis est-ce que c'est une idée que le législateur doit poursuivre?
• (15 h 40) •
M. Courtois (Dominic) : Bien,
je vous remercie de me donner l'occasion de parler de ce texte et de ses idées.
Oui, je suis d'avis que le Québec a l'occasion de nouer un partenariat avec les
nations autochtones beaucoup plus intéressant que celui qui est proposé
actuellement par le fédéral. Et donc, je serais d'avis que ce serait très
intéressant d'explorer toutes les avenues possibles pour vraiment avoir un
partenariat qui permettrait d'avoir une souveraineté partagée avec les nations
autochtones. Donc, l'idée d'une deuxième Chambre, une Chambre des Nations dans
lesquelles les populations autochtones...
M. Courtois (Dominic) : ...un
peu l'équivalent, là, d'un Sénat dans lequel les nations autochtones pourraient
participer à notre souveraineté commune serait, à mon avis, une des façons,
justement, d'exploiter le plein potentiel, là, de nos pouvoirs juridiques pour
faire un partenariat qui soit vraiment significatif avec les nations
autochtones.
M.
Morin :Parfait, je vous remercie beaucoup. Maintenant,
M. Germain, maire de la ville de Prévost, dans votre document, vous parlez
beaucoup évidemment, d'environnement. Dans le projet actuel, à
l'article 20, il y a une référence à l'eau, en fait, qui est dans un
article qui traite de la protection du patrimoine commun et le législateur dit
l'eau... l'exécutif, l'eau est une ressource collective faisant partie de ce
patrimoine commun. On parle d'une ressource, on ne parle pas de son usage.
D'après vous, on devrait aller plus loin dans le texte constitutionnel?
M. Germain (Paul) : Bien
définitivement, parce que l'eau, c'est un aspect important de l'environnement,
mais c'est très loin d'être le seul. Et puis je pense que, juste au niveau...
ça serait un peu extrêmement décevant de ne pas voir ce droit-là, le droit à un
environnement sain, un climat stable reconnu, alors que dans le trois quarts
des constitutions du monde se l'est, premier argument. Deuxième argument, c'est
un message qu'on envoie aux générations futures. Je pense que c'est important
pour les plus jeunes de voir que l'État dans lequel ils vivent, le corpus
légal, reconnaît leur avenir, d'une certaine façon. Donc, la mention pour
l'eau, vous le dites là, je me rappelle l'avoir vaguement vue, mais ça n'avait
pas porté... je n'avais pas accroché dessus.
M.
Morin :D'accord. Donc au fond, vous souhaiteriez qu'on
garantisse ou que l'État garantisse un environnement sain à toutes les
personnes, finalement, qui sont... qui sont sur le territoire?
M. Germain (Paul) : Et
puis ce que je dis dans... effectivement, puis ce que je dis dans mon mémoire,
ça serait bon que le Conseil constitutionnel qui est proposé ait un pouvoir
préalable d'examiner les lois a posteriori aussi, en plus d'avoir un pouvoir de
consultation parce que le pouvoir de consultation, à partir du moment où on a
un gouvernement majoritaire, il peut bien le consulter... je trouve que le Conseil
constitutionnel n'a pas assez de pouvoir, là, pour... et ça permettrait à un
citoyen ordinaire de venir s'attaquer a posteriori à une loi et puis ça
forcerait le gouvernement a validé ses lois au niveau de l'environnement avant
de les adoptés.
M.
Morin :Je vous remercie. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Boivin
Roy) : Il vous reste encore 36 secondes.
M.
Morin :
C'est vrai? Ah bon? On va... on va continuer, donc merci. Donc, vous
souhaitez que ce soit plus le Conseil constitutionnel qu'un tribunal par
exemple, qui puisse valider dans le cadre de renvoi si une loi est conforme à
la Constitution ou pas?
M. Germain (Paul) : Écoutez,
c'est sûr qu'il y a toujours le processus du Conseil constitutionnel qui va
siéger là-dessus. Souvent, ce n'est pas toujours, on le voit en Europe, ce
n'est pas toujours... des fois c'est des opinions un peu conservatrices, mais
le gros avantage, c'est que ça permet à un citoyen avec peu de moyens
d'enclencher un processus judiciaire.
La Présidente (Mme Boivin
Roy) : Merci, M. Germain. Merci.
M.
Morin :
Merci.
La Présidente (Mme Boivin
Roy) : Alors, je cède maintenant la parole au député de Maurice
Richard pour une période de deux minutes 11 secondes.
M. Bouazzi : Merci
beaucoup. Merci beaucoup pour vos exposés qui sont très différents et je dois
quand même avouer ma colère, honnêtement, de vous avoir jumelés plutôt que vous
avoir chacun séparément pour pouvoir avoir des vraies conversations, surtout
que je n'ai que deux minutes, 11 secondes, ça fait que je vais avoir droit
à une question chaque. Pour vous, M. Germain, je comprends qu'une
constitution est une occasion de pouvoir obliger des règles du jeu qui
garantissent un avenir viable, tout simplement, pour les prochaines générations
qui vont habiter ce territoire.
M. Germain (Paul) : Bien,
la réponse courte c'est oui et ça me semble... comme je l'ai dit tout à
l'heure, ça me semble essentiel. Ce n'est pas de l'idéologie, là, c'est de la
lucidité. Il faut qu'on se donne les bases...
M. Germain (Paul) : ...collective
pour les prochaines années pour aller dans la bonne direction au niveau de nos
lois, au niveau de nos règlements, au niveau de notre gouvernance.
M. Bouazzi : Excellent, sachant
qu'on a des lois qui nous empêchent de faire des déficits pour les prochaines
générations, ça serait pas mal qu'on ait des lois qui nous obligent à avoir des
politiques qui nous obligent à survivre. J'ai une question pour vous, cher
professeur Courtois, vous avez parlé de la tradition universaliste, vous avez
fait référence à là... à la Déclaration des droits de l'homme de l'ONU, c'est
bien ça?
M. Courtois (Dominic) : Oui.
M. Bouazzi : Vous savez comme
moi, probablement que c'est venu à la suite du terrible génocide qu'il y a eu
en Occident. L'article 19 dit que tout individu a droit à la liberté
d'expression et implique le droit à ne pas être inquiété pour ses opinions,
celui de chercher, de revoir ou prendre ses considérations, etc., etc. L'article
18 parle de liberté de penser, liberté de religion. Est-ce que vous pensez que
ce genre d'article, on devrait en faire fi et utiliser des clauses dérogatoires
par rapport à cette approche universaliste?
M. Courtois (Dominic) : Par
rapport à l'utilisation de clauses dérogatoires pour... pour des lois qui
traitent de laïcité...
M. Bouazzi : Ce n'est pas ma
question, là, c'est plus général, ça c'est une déclaration universelle. Elles
sont universelles ou elles ne sont pas universelles?
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Malheureusement,
je m'excuse, c'est tout le temps que nous avons. M. Germain, M. Courtois, je
vous remercie pour votre contribution aux travaux de la commission. Je suspends
les travaux quelques minutes afin qu'on puisse accueillir notre prochain
invité.
(Suspension de la séance à 15 h 47)
(Reprise à 15 h 48)
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Je
souhaite la bienvenue à M. François Chapleau, professeur émérite, département
de biologie de l'Université d'Ottawa. M. Chapleau, vous disposez de 8 min pour
faire votre exposé. Après quoi nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Alors, je vous cède la parole pour votre exposé.
M. Chapleau (François) : Alors,
M. le ministre, Mme la Présidente, mesdames et messieurs les députés, je suis
François Chapleau, je suis professeur émérite au département de biologie de
l'Université d'Ottawa. Merci de m'offrir l'occasion de présenter mon mémoire
dans le cadre de l'étude du projet de loi sur la Constitution du Québec. C'est
un honneur de pouvoir contribuer à cette réflexion qui touche à nos droits
collectifs, nos valeurs communes et aux fondements de notre nation. J'adhère
aux principes fondateurs proposés dans le projet de loi.
• (15 h 50) •
Par ailleurs, je m'inscris en faux face
aux remarques de certains groupes qui considèrent que le concept d'égalité
entre les femmes et les hommes n'est pas assez inclusif. Ces remarques sont
fondées sur une définition sociale du sexe qui fait référence au genre et qui
met en danger le droit à l'égalité fondée sur le sexe, pourtant protégé par nos
chartes. D'abord, permettez-moi de rappeler ce que la biologie dit à propos du
sexe : Le sexe est défini par le type de cellules sexuelles ou gamètes
qu'un individu peut potentiellement produire. Il n'y en a que deux types :
un petit gamète, comme les spermatozoïdes chez les animaux ou le pollen chez
les plantes, et un gros gamète comme les ovules, les oeufs, les ovocytes, chez
les femelles. Cette observation s'applique à toutes les espèces animales et
végétales sexuées, incluant la nôtre. Cette définition du sexe est simple,
inclusive, riche en informations et universelle. Chez l'humain, la femme est
donc la femelle de l'espèce, alors que l'homme est le mâle de l'espèce. Cette
binarité sexuelle existe depuis plus d'un milliard d'années et elle persistera
bien après l'extinction de notre propre espèce. Il s'agit donc d'une réalité,
d'une vérité factuelle indépendante de notre volonté...
M. Chapleau (François) : ...et
sur laquelle aucune loi ou aucun ressenti n'a d'emprise.
Aussi, les différences entre les sexes
sont le résultat de l'évolution de nos rôles reproducteurs respectifs. Cette
évolution s'est étalée sur des milliers de générations. Évidemment, s'ajoute à
ces traits héréditaires l'influence de l'environnement et de la socialisation.
Mais d'un point de vue morphologique, la distinction femme-homme devient
particulièrement apparente à la puberté, lors de la formation des caractères
sexuels secondaires. Il est alors possible de voir clairement des différences
de taille, musculature, ossature, de voix, de pilosité et de plusieurs autres
traits. Ainsi, dans les sports, certaines de ces différences deviennent ce
qu'on appelle «l'avantage physiologique masculin». Cet avantage confère aux
hommes, en moyenne, une force, une puissance, une endurance supérieures. C'est
donc par souci d'équité et de sécurité que les catégories sportives féminines
ont été créées.
De surcroît, les différences physiques et
psychologiques entre les femmes et les hommes influencent les interactions
sociales. Elles sont au cœur même des discriminations que les femmes subissent.
C'est pour cette raison que les femmes revendiquent encore, pour leur
protection et leur bien-être, des espaces non mixtes, dans certains contextes.
Je pense ici aux toilettes, vestiaires, prisons, refuges, etc. Donc, dire qu'il
existe deux sexes n'est pas une opinion, c'est un fait. Pourtant, depuis plus
de trois décennies, des socioactivistes ont tenté d'imposer un discours non
binaire à propos du sexe. Comme je l'explique dans mon mémoire, ce discours
n'est pas motivé par une quête objective de la vérité, mais par une volonté
d'inclusion de minorités dites sexuelles et par un rejet idéologique du concept
social de la binarité jugé oppresseur et porteur d'exclusion. Ce qui en ressort
est que toutes ces notions non binaires du sexe ne visent qu'à forcer
l'acceptation d'une définition sociale plutôt que biologique du sexe. Or, nier
la réalité binaire du sexe revient, par analogie, à refuser de reconnaître que
la terre est ronde simplement parce que certains considèrent l'idée de rondeur
comme offensante.
Alors, je me permets d'insister sur un
point. Le sexe comprend deux catégories reproductives strictes, bien définies et
solidement ancrées dans la biologie et la réalité. Ainsi, comme chez tous les
humains, les personnes transgenres et non-binaires sont dès leur conception des
mâles et des femelles puisque... ou des femelles. Puisque le sexe est définitif
et immuable chez les humains, il est impossible pour cette personne de changer
de sexe ou même de renier leur sexe. Il est donc important de ne pas confondre
cette réalité avec l'identité de genre. Par ailleurs, la reconnaissance de la
réalité biologique du sexe lorsqu'il est question d'égalité entre les femmes et
les hommes fait déjà partie de la Charte canadienne. À son
article 28, la Charte stipule dans sa version anglaise : «That all rights
and freedom within the Charter apply equally to male and female persons.» Les
termes «mâle» et «femelle» font indéniablement référence au sexe biologique. En
français, ce passage a été traduit comme suit : «Les droits et libertés
qui y sont mentionnés sont garantis également aux personnes des deux sexes.»
Ainsi... Aussi, je devrai-dire... Aussi, la Charte québécoise distingue
clairement d'une part, le sexe, d'autre part l'identité et l'expression de
genre, chacun étant reconnu comme un motif illicite de discrimination.
Pourtant, l'article 70.1 du Code civil amalgame le sexe et l'identité de genre
pour définir la mention sexe dans les actes de l'état civil. La loi permet donc
que la mention sexe d'une personne ne corresponde pas à sa réalité biologique
mais à un ressenti. Dès lors que des hommes peuvent légalement se déclarer du
sexe féminin, les droits fondés sur le sexe s'effacent. Et ce, malgré le fait
qu'il soit indispensable à une véritable égalité entre femmes et hommes.
Heureusement, on observe un retour vers
une approche plus conforme à la réalité biologique du sexe. Au Québec, le
Comité de sages sur l'identité de genre suggère de distinguer rigoureusement le
sexe du genre dans les politiques publiques. À l'international, la Cour suprême
du Royaume-Uni a affirmé que dans le cadre de la loi sur l'égalité, le mot
femme désigne le sexe biologique. Le Comité international olympique va bientôt
annoncer que l'éligibilité dans les catégories féminines sera basée non pas sur
une identité déclarée par l'athlète, mais sur des paramètres biologiques précis
qui sont liés au sexe. Cela assurera l'équité et la sécurité dans les
compétitions féminines. Je tiens à être parfaitement clair sur le point
suivant...
M. Chapleau (François) : ...les
personnes transgenres et non-binaires doivent bénéficier des mêmes droits que
tous les citoyens, mais ces droits ne peuvent pas entrer en conflit avec ceux
liés à l'empreinte indélébile de la réalité binaire du sexe. Ainsi, tel que
recommandé dans mon mémoire, il faut reformuler l'article 70 du Code civil et
s'assurer que la mention sexe corresponde uniquement à la réalité biologique
binaire du sexe. Une mention distincte de genre pourrait être créée pour les
personnes qui vivent un inconfort avec leur sexe. En acceptant cette
recommandation, le projet de Constitution du Québec offrirait une protection réelle
de l'égalité entre les femmes et les hommes, qui est un des principes
fondateurs du Québec. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci
beaucoup, M. Chapleau, alors, pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter
la période d'échange, M. le ministre, la parole est à vous.
M. Jolin-Barrette : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour, M. Chapleau, merci de participer aux travaux de la
commission parlementaire sur le projet de loi 1. Bien, écoutez, d'entrée de
jeu, je voudrais vous demander qu'est-ce que vous pensez de l'article 28 de la
loi constitutionnelle, donc dans la constitution du Québec, qui prévoit
l'égalité entre les femmes et les hommes.
M. Chapleau (François) : Je
pense que l'article est nécessaire parce qu'il faut formaliser ce droit-là,
c'est vraiment un principe fondateur... oui, il est nécessaire. Mon reproche,
c'est plutôt sur la définition de, comment je pourrais dire, l'objet qu'on
veut... qu'on veut protéger, c'est-à-dire la définition de femmes et d'hommes.
M. Jolin-Barrette : Mais dans
le cadre du projet de loi de constitution, on ne vient pas définir hommes,
femmes, on vient juste identifier femmes, on vient dire hommes, femmes. Moi, je
tiens à ce que le mot femmes soit dans toutes nos lois, parce qu'on a déjà
tenté d'invisibiliser les femmes à l'international, puis je m'étais portée en
faux contre ça. Je trouve ça important de nommer les termes, 50 % de la
population, c'est des femmes, puis je pense que dans notre corpus, on doit
toujours indiquer le terme femmes. Êtes-vous d'accord avec moi?
M. Chapleau (François) : Absolument,
absolument, mais on doit définir ce que c'est qu'une femme et pour moi, on peut
mettre dans la constitution une définition de femmes ou mentionner le mot
femmes ou hommes, mais quand je consulte après l'article 70.1, pour moi, la
définition d'une femme devient beaucoup plus difficile à établir.
M. Jolin-Barrette : Alors
vous voudriez que dans nos lois, ce soit clairement indiqué que femme indique
le lien avec le sexe biologique à la naissance?
M. Jolin-Barrette : Absolument.
C'est la seule... la seule réalité pour moi associer avec une femme, c'est
celle que dans mon... ma présentation, dans mon mémoire, j'ai essayé
d'expliquer que cette réalité-là, elle est biologique, elle est vraie, elle
existe depuis longtemps et il faut la respecter, elle est la source des
discriminations. Alors donc, il faut absolument la respecter, oui.
M. Jolin-Barrette : OK. Sur
la question de... du conflit entre des droits individuels, exemple la liberté
de religion et l'égalité entre les femmes et les hommes. Nous, on décide de
dire : Bien, écoutez, s'il y a un conflit entre ces deux droits-là, bien
l'égalité entre les femmes et les hommes va primer.
M. Chapleau (François) : Je
suis tout à fait d'accord. Je veux dire, c'est évident, il y a eu d'autres
groupes qui ont présenté, quand on a parlé de laïcité, du fait que lorsqu'il y
a une problématique associée avec l'égalité entre les femmes et les hommes, la
religion n'est jamais loin, alors, pour moi, c'est important que ce soit
prioritaire, par rapport à...
M. Jolin-Barrette : Puis, on
a entendu beaucoup de groupes qui m'ont dit : Ne faites pas ça, surtout ne
hiérarchiser pas les droits, là, laissez ça comme c'est, puis dans le fond, que
le législateur ne s'exprime pas, puis que la population ne dise pas qu'au
Québec, ce qu'on veut, c'est que la liberté... l'égalité entre les femmes et
les hommes prime, puis on devrait laisser ça comme ça, on ne devrait pas donner
de guide d'interprétation aux tribunaux, on ne devrait pas faire en sorte que
l'article 9.1 de la Charte québécoise, la disposition de justification, bien
que le juge n'ait pas à regarder l'égalité entre les femmes et les hommes.
Puis, dans le fond, on dit : ce n'est pas un vecteur de liberté, l'égalité
entre les hommes et les femmes, donc vous ne devriez pas le mettre comme droits
collectifs. Qu'est-ce que vous pensez de ça?
M. Chapleau (François) : Je
ne suis absolument pas d'accord. Je suis d'accord avec l'idée qu'on inscrive
dans une constitution du Québec l'égalité entre les femmes et les hommes et que
ça serve de, comment je pourrais dire, de guide... pour les juges peut-être,
mais au moins que ce soit très clair pour nous, on ne doit pas laisser ce genre
de choses-là... Bien, en fait, on ne doit pas... écoutez, je ne suis pas un
juriste, là, je ne suis pas un constitutionnaliste, là, mais c'est une réalité
qui est tellement évidente, qui est tellement fondamentale, si elle est bien
définie, que ça devrait être dans la constitution.
• (16 heures) •
M. Jolin-Barrette : Pourquoi,
selon vous, il y a certaines personnes qui reprochent au gouvernement,
justement, d'insérer les droits collectifs comme ça, supposant sur la laïcité,
sur la protection du français, sur l'égalité entre les femmes et les hommes?
Pourquoi est-ce qu'on ne veut...
16 h (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : ...ne pas
nommer les valeurs québécoises. Pourquoi est-ce qu'on veut... Pourquoi on est
contre l'intégration nationale? On ne veut pas que les personnes immigrantes s'intègrent...
Pourquoi on accuse le gouvernement de vouloir faire ça, comme si c'était des
choses horribles?
M. Chapleau (François) : Il y
aura toujours du désaccord par rapport à des concepts aussi fondamentaux. L'idée,
c'est d'avoir le courage de les mettre dans une constitution, puis de les
exprimer, puis de les défendre. Et bien, on est ici pour en discuter, pour voir
si ça... trouver des failles s'il faut dans ces principes-là. Mais pour moi, on
doit être fier de se donner des principes fondamentaux, des... des principes
fondateurs, puis on doit continuer à les défendre. Et la loi permet d'éviter
justement qu'on laisse ça entre les mains de juges.
M. Jolin-Barrette : OK.
Dernière question, puis je cède la parole. Est-ce que vous trouvez ça légitime
la démarche de l'Assemblée nationale d'étudier un projet de constitution, de
recevoir les citoyens qui veulent s'exprimer en commission parlementaire ici à
l'Assemblée?
M. Chapleau (François) : Absolument.
C'est légitime de le faire et le projet de Constitution en tant que tel est un
projet évolutif. Alors, donc, s'il y a des carences ou s'il y a des nouvelles situations
qui se présentent, ou si... Alors, il pourra... ça pourra... ça pourra
probablement être ajusté. Alors, donc, pour moi, il faut commencer à quelque
part. Ce processus-là ici est un processus aussi légitime qu'un autre. Mais
encore ici, je ne suis pas constitutionnaliste pour juger de ça.
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie beaucoup, M. Chapleau, pour votre participation aux travaux.
M. Chapleau (François) :
Merci.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Parfait.
Alors, Mme la députée, oui, rappelez-moi votre comté?
Mme Bourassa : Charlevoix—Côte-de-Beaupré.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Voilà. La parole est à vous.
Mme Bourassa : Merci beaucoup
pour votre présence. En fait, puis c'est un commentaire que j'ai entendu aussi
à voix basse, on aimerait savoir définir les sexes, mais pas nécessairement
seulement féminins. Le sexe masculin aussi devrait être défini. Qu'est-ce que
vous pensez, non?
M. Chapleau (François) : Bien
oui, bien sûr, parce que c'est un concept qui est inclusif, là. Je veux dire,
on a tous un sexe et il peut être soit masculin, soit féminin. Point. Alors, on
parle moins du sexe masculin parce qu'il se retrouve souvent du mauvais côté
des discriminations. Alors, donc, en ce sens qu'il y a effectivement du travail
à faire mais à un autre niveau, mais certainement que ça s'adresse aux deux. La
définition est claire à ce niveau-là, un mâle dans... pour le million d'espèces
qui existent sur Terre, qui sont sexuées, bien, c'est celui qui produit les
petits gamètes. Et nous, on a évolué... notre espèce en tant que telle, bien, on
a évolué... les mâles ont évolué des caractéristiques au cours de milliers de
générations qui font qu'ils ont la morphologie qu'ils ont maintenant. Alors,
donc, bien sûr, mais là, ici, comme on parle d'égalité entre les femmes et les
hommes, bien, on veut s'assurer que tout le monde a la même opportunité de
vivre une vie plein et entière, il semblerait que... bien, il ne semble pas,
mais que les discriminations se... ce sont des femmes qui sont surtout victimes
des discriminations.
Mme Bourassa : Vous avez
parlé des avantages à définir les sexes, mais est-ce qu'il y a des
inconvénients ou des risques à ne pas les définir?
M. Chapleau (François) : Oui,
parce que... l'idée même de ne pas les définir ou d'avoir la définition qu'on a
maintenant, bien, essentiellement, comme je l'ai mentionné dans ma
présentation, ça veut dire que puisque l'article 70.1 du Code civil indique que
la mention sexe correspond à l'identité de genre et au sexe, bien, là, on vient
de sortir de la définition biologique du sexe et en général... en fait, c'est
la source de toutes les problématiques qu'on a actuellement, qu'on a à presque
toutes les semaines, là. Je veux dire, on a eu une dernièrement, là, pour comment
on va appeler les professeurs, madame ou monsieur ou autre chose. Alors, mais
toutes ces choses-là origine du fait qu'on a à un moment donné décidé, ou on
pourrait dire de déconstruire, la définition du sexe, puis d'y ajouter d'autres
éléments qui font en sorte que les droits fondés sur le sexe disparaissent. Alors,
tout ça, c'est lié à ça.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci
beaucoup.
Mme Bourassa : Merci.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Merci, M. Chapleau. Alors, je cède maintenant la parole au porte-parole de l'opposition
officielle, le député de l'Acadie, pour 6 minutes 34 secondes.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, M. Chapleau, bonjour.
M. Chapleau (François) :
Bonjour.
M. Morin : Merci d'être là avec
nous. Je voudrais bien saisir, dans votre mémoire que j'ai lu, vous dites au
début... vous saluez le dépôt du projet de loi 1. Vous dites que ça vise à
identifier et regrouper des attributs essentiels de la nation québécoise. Vous
dites aussi que dans ses principes fondateurs, la protection de l'égalité entre
les femmes et les hommes figure parmi les priorités et que la volonté de
protection des citoyens essentielle dans un tel projet... Donc, si je vous
comprends bien, et puis c'est... c'est un peu la question...
M. Morin : ...que se posait M.
le ministre tout à l'heure, quand le gouvernement dit : l'État protège
l'égalité entre les femmes et les hommes, pour vous, ça correspond à une
réalité, là, c'est un élément important du texte. Est-ce que je vous comprends
bien?
M. Chapleau (François) : C'est
un élément très important du texte. Mon problème est avec la définition de ce
que c'est, une femme et un homme.
M. Morin : Mais ça...
M. Chapleau (François) :
Légale, à une définition légale, je n'ai pas... j'ai figuré ça il y a
longtemps, en tant que biologiste, mais je veux dire, la définition légale,
c'est là qu'est mon problème.
M. Morin : Oui, c'est ça.
Vous, vous ne parlez pas de la définition scientifique, là, ça, vous êtes un
expert là-dedans. Mais dans la Constitution comme telle, ce n'est... ce n'est
pas défini, donc...
M. Chapleau (François) : Non.
M. Morin : C'est ça, donc,
c'est dans le sens...
M. Chapleau (François) : Bien
non, c'est... j'imagine qu'on... excusez.
M. Morin : Donc, ce serait
comme dans le sens usuel, un homme, une femme. Puis... il y a-tu... il y a-tu
un enjeu avec ça?
M. Chapleau (François) : Si...
bien, il y a un enjeu avec ça, certainement, si... la possibilité et qu'avec...
l'article 70.1, qu'un homme peut se déclarer femme.
M. Morin : Oui, mais c'est
dans le Code civil. Ce n'est pas dans la Constitution.
M. Chapleau (François) : Oui,
je sais. Oui, mais la Constitution ouvre d'autres... crée d'autres lois, ouvre,
même, le Code civil pour... pour un autre objet, l'indique comme tel, alors
moi, je ne vois pas... Je pense qu'on a une chance incroyable, là, on a une
constitution qu'on va créer, du Québec, puis on a de la difficulté à comprendre
exactement qui on va protéger. Et... pour vous, c'est peut-être clair, mais je
veux dire, il y a des droits qui sont... la définition du sexe... légale du
sexe ne correspond pas à sa définition biologique, en ce moment.
M. Morin : OK, puis, je
comprends, parce que c'est ce que vous dites dans votre mémoire, qu'au fond,
pour vous, l'enjeu est plus avec l'article 70.1 du Code civil?
M. Chapleau (François) : Oui.
Bien oui, effectivement, ce l'est, parce que pour moi, si on insère, dans une
constitution, l'égalité entre les... entre les femmes et les hommes, bien,
essentiellement, ce serait bon qu'on ait une bonne définition de ce que c'est
qu'une femme puis un homme, à quelque part, sur laquelle on peut se fier.
Alors, pour moi, c'est ça. Et, en particulier, quand je lis, par exemple, dans
certains mémoires que j'ai lus, où on parle, on dit que la notion d'égalité des
sexes n'est pas assez inclusive. C'est parce que là, on vient de confondre sexe
et genre. Alors donc... Et cette confusion-là, il faut éviter de la faire parce
que personne ne sort gagnant, les femmes ne sortent pas gagnantes de cette
confusion-là, alors appelons les choses comme elles sont. Si vous avez une
identité de genre, bien, c'est un ressenti personnel, subjectif. Si vous
avez... si vous êtes de sexe féminin ou de sexe masculin, bien, c'est une
réalité biologique claire. C'est une vérité factuelle.
M.
Morin :Parfait. Merci. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Il
vous reste encore 3 min, M. le député. Ça vous va?
M.
Morin :
...
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Très
bien, parfait. Alors je cède maintenant la parole au porte-parole du deuxième
groupe d'opposition pour une durée de 2 min 10 sec.
M. Bouazzi : Je... je peux-tu
avoir un peu de temps de mes collègues?...Je n'avais pas prévu plus que
deux minutes, je vais le prendre au cas où on me coupe la parolem, ça vous va?
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Parfait, allez-y.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Vous faites référence, dans votre mémoire, à un décret de Trump, justement, qui
définit... est ce que pour vous, c'est une bonne chose que Trump ait défini
qu'une femme, c'est quelqu'un, une personne de sexe... une femelle, j'imagine,
vous diriez?
M. Chapleau (François) : Parmi
les... plusieurs décrets que le président Trump a mis en place, il y en a
plusieurs... en fait, un grand nombre, même ceux qui ont rapport aux personnes
transgenres et ou... et ou...
M. Bouazzi : Ma question est
simple, hein.
M. Chapleau (François) : Oui,
oui.
M. Bouazzi : Je veux dire, le
décret est simple, il décide de définir une femme comme...
M. Chapleau (François) : Ce
décret-là est exact. Il correspond à la réalité scientifique du sexe.
M. Bouazzi : Donc, vous
aimeriez qu'on ait une définition qui... enfin, vous rejoignez Trump dans cette
volonté-là? On est d'accord?
M. Chapleau (François) : Pour
la définition du sexe, oui. Pour le reste de... ce qui a fait arriver à cette
définition-là, pas d'accord.
M. Bouazzi : Donnez-moi une
seconde, puis je ne veux pas faire un lien que vous n'avez pas fait, il est
dans votre mémoire, donc je me permets d'y faire référence. Donc là, vous
parlez aussi des droits des personnes trans.
M. Chapleau (François) : Oui.
M. Bouazzi : Donc, est-ce
qu'une femme trans est une femme? Pour vous, une femme trans, c'est quoi, au
juste, pour commencer?
M. Chapleau (François) : Bien,
OK, je vais vous donner mon avis biologique.
M. Bouazzi : Non, non, je...
La personne trans, c'est une femme ou un homme, la personne trans, on est
d'accord. Donc, est-ce qu'une femme trans, pour vous, est une femme ou un
homme?
M. Chapleau (François) : C'est
un homme. Biologiquement, c'est un homme.
M. Bouazzi : D'accord. Et
donc, si elle se fait discriminer sur la base que c'est une femme, on dit non?
• (16 h 10) •
M. Chapleau (François) : Bien,
j'ai... ce que j'ai expliqué, dans ma présentation, c'était que le fait d'être
un homme ou une femme, d'un point de vue biologique, ça a des caractéristiques
bien claires. J'ai expliqué que ces... que ces caractéristiques-là,
biologiques, morphologiques, donnent un avantage ou... ces différences-là
peuvent être utilisées...
M. Chapleau (François) : ...où
ils sont la source des discriminations, alors essentiellement c'est une
réalité...
M. Bouazzi : Est-ce que...
est-ce que... imaginons, imaginons, alors pas vous, là, imaginons qu'une
personne sexiste rencontre une femme trans.
M. Chapleau (François) : Qu'une
personne quoi?
M. Bouazzi : Sexiste.
M. Chapleau (François) :
Sexiste, OK.
M. Bouazzi : Sexiste,
misogyne... Malheureusement, il y en a vraiment beaucoup dans notre société,
heureusement, on a des droits fondamentaux pour protéger entre autres... Rencontre
une femme trans. Il ne va pas vérifier, là, à l'intérieur de sa culotte, s'il y
a un sexe masculin ou féminin. C'est une femme trans, il la discrimine sur la
base que c'est une femme trans. C'est une femme. Il ne le sait pas, là. Vous,
vous dites : Attention, il n'a pas discriminé une femme. C'est ça que vous
dites?
M. Chapleau (François) : Je
dis qu'il n'a pas à discriminer contre... Bon, OK, il n'a pas à discriminer
contre le fait que c'est une femme trans, je veux dire il n'y a pas de... moi,
j'ai du respect pour les femmes trans, pour tout...
M. Bouazzi : Non, mais je ne
vous dis pas si vous avez du respect ou pas. Juste pour comprendre,
aujourd'hui, on n'a pas le droit de discriminer une femme, on rencontre une
femme trans, a priori, là, en général, on ne sait pas que c'est une femme
trans.
M. Chapleau (François) : D'accord,
mais on n'a pas le droit... on n'a pas le droit de discriminer...
M. Bouazzi : Donc, pour nous,
c'est une femme. On comprend que pour vous, c'est un homme, mais dans les
faits, vous allez la rencontrer, cette femme, et vous n'allez pas savoir
qu'est-ce qu'il y a à l'intérieur de son pantalon et donc, si vous êtes
misogyne et que vous la discriminée, vous dites : Non, ce n'est pas sur la
base de son genre, c'est encore autre chose. C'est ça... juste pour comprendre,
j'essaye de comprendre.
M. Chapleau (François) : Ce
n'est pas clair pour moi, c'est exactement la question que vous me poser là.
M. Bouazzi : Vous rencontrez
une femme...
M. Chapleau (François) : Oui,
je sais, j'ai compris ça, mais qu'est-ce que... pourquoi vous me...
M. Bouazzi : Bon, pour nous,
c'est une femme. Pour la... pour la loi aussi d'ailleurs, au Québec. Bon, vous
ne pouvez pas savoir ce qu'il y a à l'intérieur de son pantalon, son sexe, on
est d'accord? Je veux dire vous n'allez pas vérifier... vous discriminer cette
personne-là sur la base de faits que vous avez rencontrés une femme...
M. Chapleau (François) : Je
ne comprends pas... je discrimine, c'est un mot, ça veut dire...
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci,
M. Chapleau. M. le député, votre temps est terminé.
M. Bouazzi : Je n'avais pas
pris les trois minutes de mes collègues?
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Merci, M. Chapleau pour votre contribution aux travaux de la commission. Alors,
je suspends les travaux quelques minutes afin qu'on puisse accueillir la
prochaine personne. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 12)
(Reprise à 16 h 15)
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Alors
je souhaite la bienvenue à l'Association du Barreau canadien, Division du
Québec. Maître Alexandre Forest, président du Conseil d'administration, et M.
Jérémy Boulanger-Bonnelly, professeur à l'Université McGill. Alors, bienvenue à
vous, vous disposez d'une période de 8 min pour votre exposé, après quoi, nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Alors, je
vous cède la parole pour votre exposé.
M. Forest (Alexandre) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Donc, Mme la Présidente, M. le ministre, mesdames,
messieurs les députés, merci, tout d'abord, énormément d'accueillir
l'Association du Barreau canadien, Division Québec, que j'appellerai l'ABC
Québec pour les fins de réduire le temps utilisé pour mon 8 min. C'est toujours
un honneur et un plaisir pour l'ABC Québec de venir échanger avec vous.
Toutefois, dans le cadre... dans ce présent cadre, il est très particulier pour
nous-mêmes de nous présenter dans le cadre de... des échanges qui vont avoir lieu
ici. En fait, il y a même eu une réflexion au sein de l'ABC, à savoir si :
Est-ce qu'une participation légitimerait un processus qui, à notre sens, est
vicié à ce stade-ci? Et l'explication qui... qui est donnée dans ce cadre-là
est justement, en fait, partais même du comité consultatif qui parlait d'une
consultation à très large échelle préalable pour un document qui est aussi
important que la loi des lois, que la Constitution québécoise.
Toutefois, à travers les différents
juristes, il faut comprendre que l'Association du Barreau canadien représente,
en fait, 40 000 juristes, au Québec, plus de 2100 juristes, et lorsqu'on
mentionne juristes, c'est, bien entendu, non seulement des avocats, mais
également des notaires, étudiants, professeurs de droit, des juges. Donc, nous
nous targuons de pouvoir parler au nom des juristes et non seulement au nom des
avocats. Dans ce contexte, donc, la décision était prise d'effectivement
participer, participer comme l'ABC Québec le fait à chaque fois, de façon le
plus constructif possible.
En suivant, évidemment, les travaux de
cette commission, nous avons pu entendre les propos du Barreau du Québec, qui
s'alignent sur les nôtres concernant certaines portions, donc, de la
Constitution. Toutefois, lors de l'échange, notamment avec le ministre et le
bâtonnier du Québec, le ministre listait certains projets où le Barreau du
Québec s'opposait complètement à des projets. L'ABC Québec n'a pas comme
tradition de s'opposer comme il le fait en ce moment, c'est une... sans dire que
c'est une première, mais c'est parmi les premières fois que l'ABC Québec ne
travaille pas de concert pour tenter de vraiment, de... d'améliorer qu'un
projet de loi se rende à la ligne finale. C'est donc exceptionnel et je tenais
à le modifier parce que je désire, évidemment, que l'ABC Québec soit vue
toujours comme un intervenant qui vient aider à améliorer, bonifier, harmoniser
les projets de loi produits par cette Assemblée.
Je me tiens également de souligner, en
fait, un anniversaire aujourd'hui. Il s'agit, en fait, du 10ᵉ anniversaire de
la mise en vigueur de la Loi concernant les soins de fin de vie. Pourquoi
est-ce que je souligne cette loi? C'est que la consultation au préalable qui a
eu lieu avant l'adoption de cette loi est vraiment exemplaire et aurait dû
d'ailleurs, à notre sens, servir d'exemple quant à la consultation qui est
requise, qui aurait été requise pour un projet aussi noble que celui de
Constitution du Québec, de loi des lois. Évidemment, dans ce cadre-ci, nous
avons passé un certain moment à, évidemment, élaborer, dans notre mémoire, les
raisons pour lesquelles une telle... une telle consultation à grande échelle
était requise, mais simplement en entendant votre ancienne collègue, la députée
Hivon, l'ancienne députée Hivon, on sent à quel point des consultations
préalables détaillées avec experts et divers intervenants de la société a
permis non seulement d'avoir un projet de loi bonifié qui fait maintenant
l'unanimité, comme une Constitution devrait le faire, mais également, même, de
changer l'opinion de certaines parties qui, au départ, étaient contre le projet
de loi pour des raisons de principes divers. Bref, ce projet aurait gagné et
aurait gagné non seulement en légitimité mais aurait gagné en précision. On
aurait, par exemple, pu se pencher sur une question qui est absente
actuellement de la Constitution, à savoir le... tout processus qui pourrait
être requis pour la modifier.
• (16 h 20) •
En ce moment, j'entendais l'intervenant
précédent qui mentionnait que le document... la Constitution est une loi qui
serait perfectible, qui pourrait être changée, évoluer toujours vers divers
amendements. Il nous semble, là, à l'Association du Barreau canadien, que ce
n'est pas le propre d'une Constitution. Une Constitution devrait, au contraire,
avoir un maximum de... de consultations en amont pour ne plus évoluer au gré
des opinions politiques ou des changements d'opinions politiques d'une
population. Et c'est dans ce cadre-là, un peu comme le projet de loi sur les
soins en fin de vie, qu'une unanimité...
M. Forest (Alexandre) : ...est
requise et donne tout son poids à un document fondamental comme celui de la
Constitution. Dans ce cadre-ci, évidemment, à la suite de cette constatation,
l'ABC-Québec a quand même fait des commentaires concernant certains articles.
Et à ce propos, je vais laisser la parole au professeur Boulanger-Bonnelly...
trois minutes, parfait, donc professeur Boulanger-Bonnelly pour qu'il puisse
parler de ses modifications...
M. Boulanger-Bonnelly (Jérémy) : Merci.
Alors, les dispositions problématiques de ce projet de loi sont évidemment trop
nombreuses pour qu'on puisse toutes les mentionner aujourd'hui. Alors, je vous
réfère au mémoire qu'on a déposé, qui est, je crois, assez détaillé, et je vais
mettre l'accent sur trois points qui reflètent, à notre avis, une tendance qui
est à la fois dangereuse et également une tendance vers un système davantage
illibéral que libéral.
Dans un premier temps, si le projet de loi
prétend maintenir la protection des droits et libertés fondamentaux, le
ministre l'a mentionné à plusieurs reprises au cours des consultations, son
effet sera plutôt de les affaiblir d'une façon qui ne s'est jamais vue depuis
l'adoption de la Charte il y a 50 ans, adoption qui s'est faite d'ailleurs à
l'unanimité. Le principal problème ici réside dans le fait d'ériger les droits
collectifs de la nation québécoise comme limite additionnelle aux droits
fondamentaux. D'une part, cette notion de droits collectifs, elle est floue,
elle est hautement subjective et ça rendrait incertaine la véritable étendue de
la protection des droits fondamentaux. Et d'autre part, plus fondamentalement,
les droits et libertés de la personne, dans une démocratie libérale comme la
nôtre, existent précisément pour protéger les minorités et les groupes
vulnérables de la société contre la tyrannie de la majorité. Faire prévaloir
ses droits dits collectifs sur les droits fondamentaux est tout simplement
antithétique avec ce principe essentiel de notre démocratie. Il faut d'ailleurs
rappeler que les droits garantis par la Charte sont déjà assujettis à des
limites qui permettent à l'État de démontrer que leur violation est justifiée
par d'autres intérêts, y compris des intérêts collectifs. Le système actuel le
permet. Cela dit, plus on ajoute de tempérament aux droits fondamentaux, plus
on risque de les réduire à peau de chagrin.
Dans un deuxième temps, le projet de loi
contient des dispositions qui traduisent une méfiance préoccupante à l'endroit
du pouvoir judiciaire. C'est un thème qui semble ressortir de plusieurs
dispositions. L'article 53 de la constitution proposée, par exemple, prévoit
que les tribunaux doivent respecter la souveraineté parlementaire, ce que nous
applaudissons, évidemment, mais aucune obligation corrélative n'est imposée au
gouvernement ni à la législature de respecter le pouvoir judiciaire. La
séparation des pouvoirs, ce n'est pas un concept à sens unique et toutes
modifications à son équilibre très délicat menacent les fondements de notre
démocratie.
Et puis, enfin, la tendance illibérale,
encore une fois du projet de loi, se reflète aussi dans les dispositions qui
affaiblissent les contrepouvoirs judiciaires et de la société civile, en
limitant la possibilité pour les citoyens et divers organismes de contester
certaines lois. D'abord, le projet de loi modifie le Code de procédure civile
pour resserrer les critères qui permettent d'obtenir le sursis d'une loi au
stade préliminaire. Cette modification transforme un test qui est déjà très
restrictif, en test presque insurmontable. Pourtant, quand un sursis est
accordé en ce moment en vertu du cadre actuel, c'est parce qu'un préjudice
sérieux ou irréparable est causé à des individus du fait de l'application d'une
loi potentiellement invalide. Limiter ce moyen procédural à des situations
encore plus rares risque d'aggraver encore davantage ce type de préjudice,
surtout en matière de droits et libertés de la personne. Enfin, l'article 5 de
la Loi sur l'autonomie constitutionnelle limitera la contestation d'une loi dès
lors que le Parlement va déclarer...
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Merci beaucoup. Je suis désolée...
M. Boulanger-Bonnelly (Jérémy) :
...et on pourra peut-être en parler dans la période de questions.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci
à vous. Merci pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la période
d'échanges. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Jolin-Barrette : Oui,
bien, écoutez, bonjour, Maître Forest, Maître Boulanger-Bonnelly. Merci
beaucoup de participer au nom de l'Association du Barreau canadien. Vous l'avez
dit, votre association est composée de plusieurs personnes, notamment des
avocats, des notaires, mais aussi des juges, donc, vous parlez dans le cadre
d'une institution parlementaire délibérative, au nom également de l'ensemble de
vos membres. Est-ce que la démarche à l'Assemblée nationale de se doter d'une
constitution, elle est légale?
M. Forest (Alexandre) : Elle
est définitivement légale.
M. Jolin-Barrette : OK, ça
fait que les parlementaires ont le droit d'adopter une constitution?
M. Forest (Alexandre) : Effectivement,
en fait, ce que l'on... ce que l'on critique dans ce cadre-ci, c'est surtout
l'aspect si on désire avoir une loi qui soit encore plus légitime, qui ait plus
de poids, le processus devrait être plus détaillé en amont. Mais on ne donne
pas...
M. Jolin-Barrette : OK.
Est-ce que... Est-ce que vous trouvez que c'est quand même des larges
consultations ou des consultations publiques? C'est rare que ça arrive à
l'Assemblée nationale. Je serais curieux de savoir avec vous, là, y a-tu eu des
consultations publiques lors du rapatriement de la loi constitutionnelle de
1982?
M. Forest (Alexandre) : Bien,
je ne sais pas. Est-ce que vous voulez prendre ce rapatriement-là comme exemple
ou potentiel pour... baser sur...
M. Jolin-Barrette : Non, non,
je fais juste vous poser la question, vous êtes l'Association du Barreau
canadien. C'est rare que je vous aie entendu critiquer la loi constitutionnelle
de 1982, ça fait que je veux juste me renseigner sur quelle est la perspective
de l'Association du Barreau canadien, disons au Québec, sur la loi
constitutionnelle de 1982 qui s'applique sur sa légitimité et son...
M. Jolin-Barrette : ...applicabilité
au Québec depuis 1982, malgré le fait qu'un des États fédérés ne l'a pas signé,
donc le Québec.
M. Forest (Alexandre) : Bien,
en fait, l'un des exemples, on en parle encore en ce moment, justement, de cet
aspect-là où le Québec... c'est un débat qui revient souvent, est-ce qu'elle
est encore légitime, cette charte? Je pense que vous-même, M. le ministre, vous
me poser la question dans un cadre comme celui-là... prévenons quelque chose
comme ça, en ayant justement un processus qui soit excessivement détaillé, puis
quand je donnais l'exemple, justement, de la Loi sur les soins de santé en fin
de vie, c'était exactement ça. Maintenant... alors que c'est un sujet qui était
quand même particulièrement délicat, bien la partisanerie, la consultation
d'experts, la consultation a permis justement d'asseoir un principe qui,
maintenant, tout le monde en est fier.
M. Jolin-Barrette : Oui, et
c'est ce qu'on fait présentement dans le cadre des travaux parlementaires, avec
des consultations générales, mais je suis curieux de savoir est-ce que
l'Association du Barreau canadien trouve légitime la loi constitutionnelle de
1982?
M. Forest (Alexandre) : En
fait, c'est au-delà, c'est la... je veux dire, c'est l'application de la loi.
L'aspect de la légitimité, pour notre part, c'est de son application. Donc, ce
qu'on vient dire ici, c'est qu'autant, la charte, si elle était ici prise...
elle faisait force de loi à la fin, comme la Charte de 1982, dans les deux cas,
elles sont applicables. La légitimité vient avec non seulement évidemment le
processus de consultation, mais également avec le temps, je veux dire.
M. Jolin-Barrette : OK, mais
ça, j'ai compris, mais ma question est très claire, là, puis je pense que vous
l'avez compris, est-ce que la loi constitutionnelle de 1982, le Barreau
canadien la trouve légitime?
M. Forest (Alexandre) : Sa
légitimité? Oui, elle est définitivement légitime.
M. Jolin-Barrette : Elle est
légitime, d'accord. On... vous avez abordé la question sur la sécession du Barreau
canadien. Dans le fond, vous dites : Bien, écoutez, nous on ne s'oppose
pas, on fait des commentaires constructifs, tout ça, j'apprécie ça, ça fait que
dans la liste, parce que je constate que vous m'avez écouté hier, dans la liste
des actions du Barreau, notamment, il y avait la demande du Barreau d'invalider
toutes les lois québécoises en 2018. Qu'est-ce que vous pensez de cette action
là du Barreau du Québec et du Barreau de Montréal?
M. Forest (Alexandre) : D'invalider
toutes les lois en 2018, qu'est ce que vous voulez dire? Je ne suis pas sûr de
suivre la...
M. Jolin-Barrette : Bien il a
une requête qui a été prise en 2008 par le Barreau du Québec, puis par le
Barreau de Montréal pour faire invalider toutes les lois québécoises parce qu'on
disait que la procédure n'avait pas été adoptée de la bonne façon ici, à
l'Assemblée nationale, parce qu'elles n'avaient pas été adoptées en anglais.
M. Forest (Alexandre) : ...
la traduction, hein, parfait.
M. Jolin-Barrette : Oui,
selon la tradition. Qu'est-ce que vous pensez d'un recours comme ça qui voulait
faire en sorte de suspendre toutes les lois québécoises par le Barreau du
Québec, puis le Barreau de Montréal?
M. Forest (Alexandre) : En
fait, ce que j'en dis surtout, c'est que c'est sa finalité, grâce à ce
recours-là, maintenant il y a des traductions qui sont, en fait, beaucoup mieux
et, en fait, tout le monde y gagne, dans ce cadre-là, donc je crois
qu'effectivement la résultante a été positive.
M. Jolin-Barrette : Ça fait
que la requête a été abandonnée, mais vous trouviez ça légitime que le Barreau
du Québec, puis le Barreau de Montréal fassent ça, mettent en péril l'État de
droit sur l'ensemble du corpus législatif, vous trouviez ça approprié.
M. Forest (Alexandre) : Je ne
dirais pas que l'État de droit était en péril, au contraire. C'est justement
l'État de droit qui a été... qui n'en a été qu'amélioré à la suite des
discussions entre les parties. Je vois mal, en toute honnêteté... c'est
exactement, justement, le positionnement que je pense qu'on...
M. Jolin-Barrette : En
prenant une requête à la Cour supérieure?
M. Forest (Alexandre) : Bien,
ça a été...
M. Jolin-Barrette : Pour
faire... pour faire invalider les lois.
M. Forest (Alexandre) : Si je
peux me permettre, parce que j'étais effectivement bâtonnier de Montréal à ce
moment-là, les négociations qui ont précédé se comptent en années pour
tenter... où il y a du travail, même bénévole, du point de vue du Barreau de
Montréal, qui avait été fait pour améliorer les traductions. Le but était de
faire utile, de faire œuvre utile, et je crois qu'au final, c'est ce qui a été
fait. Il a été fait œuvre utile.
M. Jolin-Barrette : OK. Dans
votre mémoire, là, vous dites : De même, dans la mesure où
l'article 14, de la constitution proposée peut laisser croire que le
Québec pourrait décider seul de changer son statut juridique au sein de la
fédération canadienne, il semble au contraire... au contraire... il semble
contraire au cadre constitutionnel canadien et pose lui aussi un problème sur
le plan pédagogique. Ça m'a beaucoup surpris, ça. Ce que vous proposez, c'est
comme un recul par rapport à l'autonomie du Québec, par rapport à la
loi 99, puis au jugement Anderson de la Cour d'appel.
M. Forest (Alexandre) : Bien,
en fait, c'est la... c'est le renvoie sur la sécession. L'ABC ne peut pas aller
à l'encontre de ce qu'elle juge l'état du droit actuel et c'est le renvoi sur
la sécession. D'ailleurs, cette portion, justement, dans le cadre de notre
mémoire, vous noterez que la note de bas de page, c'est sur le renvoi sur la
sécession.
M. Jolin-Barrette : OK, mais
la cour d'appel avec l'arrêt Anderson, puis la loi 99, ça, ce n'est pas
important?
M. Forest (Alexandre) : Ce
n'est pas que... ce n'est pas que ce n'est pas important...
M. Jolin-Barrette : Le fait
que les Québécois... les Québécois, ça va être eux qui vont choisir de leur
avenir ici, à l'Assemblée nationale du Québec. Vous, l'Association du Barreau
canadien, ne reconnaît pas Anderson, ne reconnaît pas la loi 99, mais
préfère regarder la loi sur la clarté. Donc, avec le fait que ça va être le
Parlement fédéral qui va juger de la question, puis ça va être les députés par
la suite à Ottawa qui, eux, évaluerait si le référendum est gagnant avec les...
avec les informations qu'on a eues récemment également de la part du Parti
libéral du Canada sur ce qui s'est passé en 95, l'Association du Barreau
canadien défend ça?
M. Forest (Alexandre) : Non,
en fait, c'est... si vous regardez, M. le ministre, en fait, l'arrêt sur la
sécession précède la loi sur la clarté, donc ce n'est pas du tout en lien avec
la Loi sur la clarté, la position de l'Association du Bareau canadien concerne
le renvoi sur la sécession.
• (16 h 30) •
M. Jolin-Barrette : Sur la
question du Conseil constitutionnel...
16 h 30 (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : ...donc
vous critiquez l'absence d'opinion individualisée.
M. Forest (Alexandre) :
Effectivement.
M. Jolin-Barrette : Pourquoi?
M. Forest (Alexandre) : En
fait, c'est la problématique, dans un cadre comme celui-là, c'est vraiment la
peur, en fait, de l'Association du Barreau canadien, c'est d'avoir un tout, en
fait, un conseil qui subisse, en fait, les mêmes critiques que celui en France,
à savoir d'avoir des individus qui sont nommés et dont on critique potentiellement
la nomination comme étant trop partisane, ce qui fait en sorte que le...
lorsque l'on se pose la question à travers l'opinion d'un tout, si ce tout est
vicié par un processus de... de... pardon, de nomination qui est critiqué, on
peut en voir... à douter, là, de la légitimité des décisions qui pourraient
émaner ou des opinions qui pourraient en émaner.
M. Jolin-Barrette : Vous,
vous pensez qu'une nomination aux deux tiers de l'Assemblée nationale, ça a vicié
les nominations?
M. Forest (Alexandre) : Ce
n'est pas que ça a vicié les nominations, c'est que le...
M. Jolin-Barrette : Mais vous
trouvez ça politique, là, le fait que les gens qui choisissent, ça soit les
élus aux deux tiers de l'Assemblée nationale?
M. Forest (Alexandre) : Bien,
en fait, c'est... il n'y a pas de critères de sélection. C'est dans ce cadre là
où on opère, c'est l'aspect de... l'absence de... de s'assurer, effectivement,
que non seulement il va y avoir des individus entièrement compétents dans ce cadre-là,
mais qui vont être empreints de toute influence politique. Et en fait, on se
questionne à même... même à savoir en quoi cette institution supplémentaire
serait utile.
M. Jolin-Barrette : C'est
quoi, les critères pour être juge à la Cour supérieure, au Québec?
M. Forest (Alexandre) : C'est
10 ans de Barreau.
M. Jolin-Barrette : C'est
tout?
M. Forest (Alexandre) : C'est
effectivement... bien, évidemment, un formulaire beaucoup plus long pour... à
remplir, ensuite, il y a les... les critères qui sont... qui sont suivis par la
suite, mais effectivement, le... le critère de base, légalement, il s'agit de 10
ans d'années de Barreau.
M. Jolin-Barrette : Puis il y
a-tu un critère supplémentaire pour être juge de la Cour supérieure, au Québec?
M. Forest (Alexandre) : Je ne
le croirais pas.
M. Jolin-Barrette : Dans la
Constitution, le fait que les juges de la Cour supérieure au Québec sont
choisis parmi les membres du Barreau du Québec?
M. Forest (Alexandre) : Oui,
du Barreau du Québec, effectivement.
M. Jolin-Barrette : OK, ça
fait qu'il faut avoir fait 10 ans de Barreau au Barreau du Québec pour être
nommé juge à la Cour supérieure?
M. Forest (Alexandre) :
Effectivement.
M. Jolin-Barrette : C'est la
position du Barreau canadien?
M. Forest (Alexandre) : Oui.
M. Jolin-Barrette : OK. Donc,
il m'apparaît que pour le Conseil constitutionnel, c'est un vote aux deux tiers,
il n'y a pas beaucoup d'éléments supplémentaires, à part être membre du Barreau
du Québec pendant 10 ans, pour siéger à la Cour supérieure?
M. Forest (Alexandre) : Ce
qui est un élément assez fondamental dans un contexte juridique... ah, pardon.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci,
M. le ministre. Merci...
M. Jolin-Barrette : Merci
beaucoup.
M. Forest (Alexandre) : Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Alors, je cède maintenant la parole au porte-parole de l'opposition officielle,
le député de l'Acadie, pour une période de 6 min 34 sec.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, Maître Forest, Maître Boulanger-Bonnelly, bonjour, bon
après-midi. Merci d'être avec nous, merci pour votre mémoire. Vous... vous avez
souligné, à un moment donné, puis je pense avoir bien compris, que le processus
était vicié dans le cadre du travail de ce projet de loi présenté par le
gouvernement. Pourtant, le ministre a nommé, MM. Rousseau et Proulx qui ont
présidé un comité avec d'autres personnes pour faire des recommandations sur la
façon... sur ce que pourrait contenir, puis la façon, éventuellement, de
consulter des gens. D'ailleurs, une des recommandations, c'est d'avoir un
comité transpartisan, puis qui va aller rencontrer l'ensemble des citoyens. Si
on avait... si le gouvernement avait mis en place cette recommandation-là, du
comité qu'il avait lui-même nommé, pensez-vous qu'on aurait eu ce déficit de
légitimité?
M. Forest (Alexandre) : Justement,
d'ailleurs, c'est ce que l'on mentionne dans notre mémoire, la recommandation
était justement une large consultation, en fait une large consultation qui
aurait été proportionnelle aux changements qui allaient être importés dans le
cadre de... du projet de loi constitutionnelle. Donc, à notre sens, c'est
exactement ce que la commission suggérait. Donc, on... c'est là où on trouve un
peu dommage d'avoir un peu... sans dire «raté» cette occasion, mais d'avoir un
peu escamoté une recommandation qui avait même été faite, puis qui, à notre
sens, ne fait que gagner, encore une fois, ne fait que permettre de bonifier la
légitimité de la loi des lois du Québec.
M. Morin : Exact, parce que c'est
ce que le gouvernement souligne dans son document, ça va être la loi des lois,
donc il me semble qu'une constitution, ça appartient avant tout au peuple.
Donc, peut-être l'importance de consulter une grande partie de la population
pour lui donner cette légitimité.
M. Forest (Alexandre) : Oui,
et on a retrouvé, même, la problématique et on mentionnait, M. le ministre
mentionnait, dans le cadre d'une de ses questions, qu'il n'y a pas souvent de
consultations publiques, il y a quand même plusieurs consultations pour des
projets de loi. Donc, je crois que de... il faut empreindre le projet de loi, un
projet de loi aussi fondamental, d'une consultation spéciale, justement pour
lui donner... je suis peut-être fatiguant, je reviens souvent avec mon exemple sur
la... de la loi sur les soins en fin de vie, mais c'est exactement ce que ça a
donné. C'est une loi que... dont tous les Québécois sont fiers et qui a réussi,
même, à aplanir certaines... certains doutes, certaines craintes par rapport à
un sujet délicat. Comment ça a été fait? On n'est... la... l'ancienne députée
Hivon le mentionnait, c'est ces consultations-là, puis on parle d'années, on
parle de deux, trois ans de...
M. Forest (Alexandre) : ...consultations,
mais parfois, lorsque l'on veut un document final fort et créateur d'une
unicité, il faut prendre le temps.
M. Morin : Est-ce que vous
êtes d'accord avec moi que, règle générale, une constitution, bien, il faudrait
que le peuple se reconnaisse dedans, puis le document devrait, à la fin de
l'exercice, unir la population, pas la diviser?
M. Forest (Alexandre) : Exactement.
M. Morin : Jusqu'à
maintenant, on semble, en tout cas avec ce qu'on lit dans les journaux, que ce
document-là divise plus qu'unit. Est-ce que c'est aussi votre perception?
M. Forest (Alexandre) : C'est
effectivement le sentiment que l'on a. Vous avez toutefois vu plus
d'intervenants que nous avons pu en entendre, mais simplement les voix quand
même fortes qui s'élèvent contre certaines portions du contenu ou quoi que ce
soit font en sorte qu'effectivement, il nous semble qu'il y a peu de chances
que ce document-là fasse ensuite une unanimité. Et en fait, on l'a constaté
tout récemment, on parlait de le modifier par une autre loi normale, ou
ensuite... On va devenir... En fait, un document qui devrait être... avoir
cette force-là, une supra loi qui va plutôt devenir une loi comme les autres,
qui pourrait être modifiée comme les autres ou abrogée comme les autres, ça ne
devrait pas être le cas.
M. Morin : Il y a un autre
élément que j'aimerais aborder avec vous, parce qu'il y a, il y a toute la
question de la reconnaissance de la Déclaration des Nations Unies sur les
droits des peuples autochtones, la place des nations autochtones... en fait,
sont... elles apparaissent dans trois «Considérant». Quand on lit dans les journaux,
il n'y aurait pas eu de consultation non plus avec les peuples autochtones.
Pensez-vous que c'est un manque? Est-ce que c'est quelque chose qu'on devrait
corriger et donc, s'assurer qu'on pourrait avoir un autre type de consultation
pour qu'ils puissent être partie prenante, s'ils le veulent, à cet exercice-là,
parce que ça ne semble pas être le cas présentement?
M. Forest (Alexandre) : Effectivement.
Absolument, en fait, une des raisons de ce qu'on comprend, on a en fait même
certains peuples autochtones qui ont même refusé de participer justement pour
la même raison que du point de vue du côté de l'Association du Barreau
canadien. On a discuté, en fait, on a réfléchi, est-ce qu'on légitime un
processus que l'on... sur lequel... avec lequel nous ne sommes pas en accord?
Et justement, il y a certains peuples autochtones qui ont décidé de dire :
Non, nous, on ne participera pas à cette... à cette commission. Donc,
effectivement, c'est ce qui est dommage dans ce cadre-ci et ce qui démontre encore
une fois l'aspect plus divisif que fédérateur de ce projet de constitution.
M. Morin : Dans la partie du
projet de loi qui traite du Conseil constitutionnel, le gouvernement propose à
l'article 4 que des avis... vont être rendus dans les 90 jours et qui vont être
rendus à la majorité des membres et sans motifs dissidents. Est-ce que ça vous
surprend? C'est comme si le gouvernement ne voulait pas savoir s'il y avait des
dissidents. Des fois, une dissidence ça peut aider à comprendre des éléments
d'une question.
M. Forest (Alexandre) : En
fait, j'oserais dire que parfois, puis on le voit dans des décisions, par
exemple de la Cour d'appel, où les dissidences deviennent lois par la suite. On
voit l'évolution de la société, mais je passerais peut-être au professeur
Boulanger-Bonnelly là-dessus, qui a... qui a d'ailleurs travaillé même ses
études sur... sa maîtrise, pardon, en lien un peu avec cette question, donc...
M. Boulanger-Bonnelly (Jérémy) : Bien,
en fait, c'est simplement que les opinions dissidentes sont importantes dans un
débat rationnel et si on veut que le Conseil constitutionnel rende des opinions
rationnelles, c'est important d'avoir une transparence par rapport à ses
travaux et par rapport au fondement de ses décisions. Sinon, ça peut devenir
une institution qui va perdre en fait toute légitimité, alors que je crois que
le ministre aimerait qu'elle ait une légitimité.
M. Morin : Trouvez-vous ça
inquiétant que dans un texte de loi on le dise clairement : Non, non sans
motifs dissidents, on n'en veut pas, on veut une uniformité, sinon achalez-nous
pas avec ça?
M. Boulanger-Bonnelly (Jérémy) : Exact.
Et pourquoi, en fait, veut-on une uniformité alors que les questions
constitutionnelles, on le sait, sont complexes, mènent souvent à des
dissidences devant les tribunaux également, à beaucoup de litiges, parce
qu'elles sont complexes et qu'on peut avoir des opinions différentes sur ces
questions-là? Alors, pourquoi veut-on aplanir ces différences-là?
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Merci beaucoup...
M. Boulanger-Bonnelly (Jérémy) :
On se pose la question.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Merci.
M. Morin : Merci.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Alors,
je cède maintenant la parole au porte-parole du deuxième groupe d'opposition,
le député de Maurice-Richard pour une période de 2 minutes
7 secondes.
M. Bouazzi : Merci, Mme la
Présidente. Merci beaucoup pour votre exposé. Ça fait que vous en gros, si on
lit l'introduction, vous dites : Laissons tomber cette affaire-là,
redémarrons une vraie consultation et ayons vraiment une constitution qui est
légitime parce qu'on aura consulté avant même de proposer quelque chose au
peuple, donc, par et pour le peuple. Mais bon, une fois qu'on rentre dans les
détails, il y a beaucoup la question des droits collectifs et puis des droits
fondamentaux que les gens opposent. Est-ce que pour vous ces droits-là peuvent
en fait ne pas être opposés, tout simplement respectés tous les deux?
• (16 h 40) •
M. Forest (Alexandre) : Définitivement.
En fait, c'est ce qui est un peu... c'est ça, un peu le point. Souvent, les
droits de la collectivité n'ont pas... ou en fait, les droits de la majorité
n'ont pas à être protégés parce qu'ils sont justement la majorité. Donc, en
général, les lois vont favoriser ou pouvoir accorder certains privilèges à
cette majorité-là, donc, la défense des droits fondamentaux vise...
M. Forest (Alexandre) : ...comme
le mentionnait le professeur Boulanger-Bonnely, le... de justement, protéger
ces minorités-là. Donc c'est... c'est un peu cet aspect là où on tente
d'opposer quelque chose, alors qu'on pourrait venir dire que ces droits
collectifs là, ils sont déjà protégés.
M. Bouazzi : Donc, c'est des
droits collectifs qui sont définis, d'ailleurs, par une majorité simple de
l'Assemblée, hein, il n'y a rien d'autre qui... ils sont... ils ne se
retrouvent pas dans une charte de l'ONU, par exemple, pour les droits de la
personne. Si on revient au Conseil, moi, j'aurais 1000 choses à dire, mais j'ai
très peu de temps, Conseil, un des critères pour les choisir, c'est la
protection des droits collectifs, justement, donc de la majorité parlementaire,
mais pas celui des droits fondamentaux. Est-ce que ça vous inquiète?
M. Boulanger-Bonnelly (Jérémy) : Oui,
absolument, parce que si on a une Constitution qui prétend vouloir respecter
les droits fondamentaux, incluant les droits individuels, pourquoi alors ne
donne pas t-on de mandat au Conseil constitutionnel d'également les considérer?
Mais même si on ajoutait ça à la liste, le processus lui-même est vicié et la
nomination, bien qu'elle soit faite par l'Assemblée nationale, demeure quand
même motivée par des impératifs politiques, parce que le premier ministre
proposera ces noms-là. Alors, il y a quand même un effet goulot qui va faire en
sorte que ce Conseil, tel qu'il est constitué maintenant, n'aura pas de
légitimité.
M. Bouazzi : En conclusion,
je vous remercie beaucoup, parce qu'il y a des nouveaux points que vous
apportez dans votre...
Mme Boivin Roy : Merci. Merci
beaucoup. Merci Maître Forest, M. Boulanger-Bonnelly, alors, pour votre
contribution aux travaux de la commission. Je suspends les travaux pour
quelques instants afin que l'on puisse accueillir nos prochaines personnes.
Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 42)
(Reprise à 16 h 43)
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Alors, rebonjour, je souhaite la bienvenue à nos prochains invités, Maître
Sébastien Parent, Professeur adjoint, Département des relations industrielles à
l'Université Laval et Maître Laura... Dehaibi, pardon, professeur adjointe,
Département des relations industrielles à l'Université Laval également, bonjour
à vous. Alors, vous disposez d'une période de 8 min pour votre exposé, après
quoi nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission.
Sur ce, je vous cède la parole.
M. Parent (Sébastien) : Merci
de nous accueillir, Maître Sébastien Parent, je suis accompagné de ma collègue
maître Laura Dehaibi, nous sommes tous les deux professeurs en droit du travail
au Département des relations industrielles à l'Université Laval, avec une
spécialisation sur la question des droits et libertés fondamentaux. Je
débuterais par dire que le projet de loi 1 n'est pas véritablement un cadeau de
Noël pour les Québécois et Québécoises ni un cadeau d'anniversaire pour les 50
ans de la Charte québécoise. S'il en est un, espérons, M. le ministre, que vous
aurez conservé la facture. De notre point de vue, la loi constitutionnelle de
2025 sur le Québec affecte considérablement la portée et l'effectivité des
droits et libertés que chaque citoyen possède. À la lecture du projet de loi 1,
on constate immédiatement l'accent mis sur les droits collectifs et cela se
fait au détriment de la protection des droits et libertés individuels.
Tout d'abord, et contrairement aux droits
collectifs, les droits et libertés de la personne ne sont pas énoncés
explicitement dans la Constitution. Un simple renvoi est fait à l'article 16
pour s'empresser d'ajouter tout de suite après, au deuxième alinéa, que ces
garanties fondamentales peuvent faire l'objet d'une disposition de dérogation.
Ensuite, la priorité accordée aux droits collectifs s'observe dans la mission
et les fonctions conférées à l'État en vertu de l'article 48 de la
Constitution, le gouvernement œuvre au développement et au plein exercice des
droits collectifs de la nation. Pourquoi ne pas rappeler, ici, sa mission
première, qui est de garantir les droits et libertés des citoyens et des
citoyennes? Serait-ce là une rupture du contrat social? Puis de nouveaux
principes d'interprétation sont conçus pour prioriser les droits collectifs et
affaiblir les droits individuels. Par conséquent, le projet de loi inverse la
logique protectrice des droits fondamentaux individuels qui sont censés être
des normes suprêmes dans la hiérarchie...
M. Parent (Sébastien) : ...des
normes. Le projet de loi propose également d'ajouter les droits collectifs, à
l'article 9.1 de la charte québécoise, comme limites légitimes aux libertés
individuelles. Ces droits collectifs seraient donc placés dans un rapport
d'opposition avec les libertés individuelles. Lorsqu'on replace les pierres du projet
de loi n° 1, il devient clair
que les droits collectifs de la nation sont finalement ceux dictés et exercés
par le gouvernement majoritaire au pouvoir.
Or, les droits collectifs sont des droits
humains qui appartiennent à un groupe d'individus ou à des collectivités. Pour
le dire autrement, l'État ne peut pas être titulaire de droits collectifs
envers sa population. Le raisonnement de justification d'une atteinte à la
Charte devient, dès lors, circulaire. Les libertés individuelles visent à
protéger le citoyen contre les lois arbitraires que le législateur pourrait
adopter. Mais voilà que l'État pourrait, à présent, justifier cette atteinte au
motif qu'il poursuit la réalisation des droits collectifs par ses interventions
législatives qui reflètent par ailleurs une majorité politique. C'est justement
pour éviter la tyrannie de la majorité que le constitutionnalisme accorde une
protection supérieure aux droits et libertés dans la relation entre l'État et
le citoyen.
Soulignons d'ailleurs qu'à
l'article 9.1 de la charte québécoise permet actuellement à l'État
d'équilibrer la protection des droits individuels et le bien-être général des
citoyens du Québec, à condition, bien sûr, de justifier les violations commises
par la démonstration de préoccupation sociale supérieure. L'article 1,
alinéa 8° de la Constitution du Québec reconnaît que le Québec dispose de
son propre régime de protection des droits et libertés de la personne, sauf
qu'il en modifie profondément la nature par les modifications envisagées.
Rappelons que la charte québécoise n'a pas été imposée à l'État québécois par
le fédéral, et ce n'est pas non plus un dérivé de la Charte canadienne. Le
Québec a conçu sa propre charte des droits dès 1975, bien avant que la Charte
canadienne voie le jour en 1982. La Charte québécoise est un document unique
dans l'histoire législative canadienne, comme le rappelait le professeur André
Morel.
En prévoyant que la Charte lie l'État à
l'article 54 et en permettant un contrôle de constitutionnalité des lois
par l'article 52, la charte québécoise adhérait pleinement aux principes
du constitutionnalisme moderne qui sont répandus dans plusieurs endroits dans
le monde.La devise Je me souviens que vous proposez d'insérer à la Constitution
implique de se souvenir que le Québec protège, depuis 50 ans, les droits
et libertés de chaque citoyen contre les empiètements indus ou arbitraires des
pouvoirs étatiques. La charte québécoise fait également partie des valeurs et
de l'identité de la nation québécoise.
Pour conclure, l'adoption d'une
constitution formelle pour l'État québécois ne doit absolument pas servir de
prétexte pour retirer des droits individuels et fondamentaux aux citoyens et
citoyennes du Québec, qui leur sont historiquement reconnus. Je cède la parole
à ma collègue.
Mme Dehaibi (Laura) : Mon
intervention va porter sur les sections II et III de notre mémoire, donc,
sur l'atteinte portée par le projet de loi n° 1 à
l'indépendance judiciaire et l'accès à la justice, et sur l'incompatibilité du
projet de loi n° 1 avec le droit international. Sur
l'atteinte à la séparation à la séparation du pouvoir, le constat principal que
nous faisons, c'est que le projet de loi entrave les fonctions du pouvoir
judiciaire tant... en tant que gardien des droits fondamentaux et des principes
constitutionnels, tout en bloquant l'accès aux tribunaux pour contester des
lois attentatoires aux droits fondamentaux, alors que ces deux garanties
constituent des piliers du... constitutionnalisme moderne.
Nous sommes préoccupés par
l'article 9 de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle qui octroie un
pouvoir d'inclure une disposition de souveraineté parlementaire au sein d'une
loi, dont les faits concrets seraient de museler les tribunaux en limitant le
contrôle de constitutionnalité des lois adoptées par le gouvernement, alors
même que le rôle des tribunaux est d'agir comme contrepoids au pouvoir
législatif. Ces dispositions entravent considérablement la séparation des
pouvoirs et l'indépendance judiciaire en exigeant que les tribunaux s'alignent
avec la volonté du parti au pouvoir. Quant à l'accès à la justice, nous
comprenons mal comme un projet de loi... un projet de constitution démocratique
peut justifier de limiter certains organismes financés par des fonds publics de
contester des lois protégeant la nation québécoise. Il s'agit, d'une certaine
manière, d'une censure juridique. L'accès aux tribunaux, pour contrôler la
conduite de l'État, constitue un élément indispensable au maintien de la
primauté de droit, qui est d'ailleurs garanti dans la Déclaration universelle
des droits de l'homme.
Sur l'incompatibilité du projet de loi
avec le droit international, à cet effet, précisons que le Québec s'est lié,
dès 1976, par décret, aux pactes internationaux relatifs aux droits de la
personne, ce qui démontre d'ailleurs la longue tradition québécoise de
promotion des droits fondamentaux. Ces... sont clairs à l'effet que les droits
de la personne sont indivisibles et interdépendants. Ce que cela signifie,
c'est qu'il n'existe pas de hiérarchie au sein des droits et libertés. Or, en
accordant la priorité à l'égalité entre hommes et femmes par rapport à la
liberté de religion ou en permettant des entraves aux libertés individuelles au
nom de droits collectifs, le projet de loi rompt avec les principes du droit international.
• (16 h 50) •
De plus, nous tenons à souligner une
contradiction, au sein du projet de loi...
Mme Dehaibi (Laura) : ...d'une
part, le projet de Constitution s'inspire clairement du droit international
relatif à l'autodétermination des peuples dans son élaboration des droits
collectifs, mais d'autre part, il en fait une lecture erronée puisqu'il semble
insinuer que les droits collectifs peuvent justifier une atteinte aux droits de
la personne. Or, c'est tout le contraire. L'idée même d'autodétermination des
peuples implique qu'une nation doit protéger les droits et libertés
fondamentaux à travers ses institutions démocratiques, incluant un pouvoir
judiciaire indépendant. Donc en justifiant des atteintes arbitraires aux droits
individuels au nom de droits collectifs unilatéralement déterminés par le
gouvernement au pouvoir et non pas par la nation québécoise et en créant des
hiérarchies artificielles, le projet de loi numéro 1 viole, selon nous, le
droit international et placerait surtout le Québec en rupture avec ses
engagements internationaux et son rôle historique de précurseur en matière de
droits humains.
En conclusion, le projet de loi
numéro 1 affaiblit la protection des droits fondamentaux sur la base d'un
processus illégitime de détermination des droits collectifs. Ces droits
collectifs, nous le répétons, n'appartiennent pas à l'État, mais bien à une
collectivité. S'arroger la prérogative de les édicter et museler les tribunaux
de la société civile au passage est contraire aux fondements de la démocratie.
C'est pour cette raison que nous recommandons, comme bien d'autres, le rejet
dans son entièreté du projet de loi numéro 1. Merci.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Je
vous remercie pour votre exposé, nous allons maintenant débuter la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, Mme la Présidente. Maître Parent, maître Dehaibi, bonjour, merci de
participer aux travaux de la commission parlementaire. Bien, écoutez, d'entrée de
jeu, je comprends que vous vous trouvez que ce n'est pas une bonne idée de
faire en sorte que l'égalité entre les femmes et les hommes prime sur la
liberté de religion.
Mme Dehaibi (Laura) : Je ne
pense pas que c'est ce que notre mémoire dit...
M. Jolin-Barrette : Non, mais
ce que vous venez de dire, là.
Mme Dehaibi (Laura) : Ce que
notre mémoire et notre exposé insistent, c'est que les droits fondamentaux, les
droits et libertés fondamentaux, sont interdépendants et indivisibles, c'est-à-dire
qu'il y a... on ne peut pas prédéterminer s'il y a un droit qui est plus
important que l'autre. D'ailleurs, c'est une interprétation qui conforme au
droit international dont s'inspire notre charte québécoise. Et donc, en fait,
c'est une lecture... dans le mémoire, ce qu'on dit, en fait, c'est que tous les
droits sont sur un pied d'égalité. Évidemment, il peut y avoir des conflits
entre les droits, ça, c'est évidemment quelque chose qui arrive tout le temps,
mais c'est aux tribunaux de faire, nous estimons, de faire cette évaluation de
comment régler les conflits entre les droits en fonction d'un principe
d'harmonisation des droits plutôt qu'un principe de confrontation entre eux.
M. Jolin-Barrette : OK, mais
je vais vous reposer ma question parce que je pense qu'elle est quand même
simple : est-ce que vous êtes en désaccord avec le fait que le législateur
québécois fasse en sorte que l'égalité entre les hommes et les femmes prime sur
la liberté de religion? Donc, s'il y a un conflit entre ces deux droits-là,
nous, on dit dans notre charte, le tribunal va devoir indiqué dans le cadre
d'un conflit entre les droits, il va devoir donner primauté à l'égalité entre
les femmes et les hommes. Ça, vous êtes en désaccord avec ça.
M. Parent (Sébastien) : Cette
question-là revient souvent, M. le ministre, dans les échanges qu'il y a ici au
sujet du projet de loi 1. C'est comme si cet article-là justifiait tous
les autres problèmes que les personnes viennent identifier dans le projet de
loi. Le fait de protéger l'égalité entre les hommes et les femmes, le
gouvernement, ou en tout cas le législateur, n'invente rien ici. À
l'article 3... à l'alinéa 3 du préambule de la Charte québécoise, on
dit que le respect de la dignité de l'être humain, l'égalité entre les hommes
et les femmes, mais là, j'attirerais votre attention sur la suite de cet
alinéa-là, ça dit : et la reconnaissance des droits et libertés dont ils
sont titulaires constitue le fondement de la justice, de la liberté et de la
paix. Donc il n'y a pas d'opposition, nécessairement. Ce n'est pas juste parce
qu'on protège l'égalité entre les hommes et les femmes qu'on peut ensuite
réduire la portée des autres droits et libertés, ou bloquer l'accès aux
tribunaux pour en faire contrôler des violations potentielles.
M. Jolin-Barrette : Alors, ce
n'est pas ce que le projet de loi fait, je comprends que c'est votre
interprétation, mais la réponse... la question, elle est quand même claire à
cet effet-là, à l'effet que vous, vous nous dites : Bien, écoutez, on
devrait toujours laisser les droits sur le même pied d'égalité, on ne devrait
pas avoir un droit collectif à l'égalité entre les femmes et les hommes qui est
supérieur, qui est un des fondements importants du vivre ensemble collectif,
puis ce que vous dites c'est surtout vous, législateur, vous, Assemblée
nationale, surtout n'intervenez pas, laissez tout ça aux tribunaux, même si on
se retrouve dans des positions où parfois avec certains jugements, il y a une
place importante qui est faite à la liberté de religion. Alors je comprends que
les droits collectifs de la nation québécoise, exemple... puis ça, je tiens à
rectifier ça, ce n'est pas des droits qui appartiennent au gouvernement du
Québec, c'est des droits qui appartiennent à la nation québécoise comme
entité...
M. Jolin-Barrette : ...vous
avez dit, là, je pense, là, c'est un groupe d'individus. Bien effectivement, la
nation québécoise, c'est un groupe d'individus, c'est toutes les Québécoises,
puis tous les Québécois qui se réclament le droit collectif. Mais même certains
intervenants sont venus pour dire : Ça n'existe pas des droits collectifs
pour la nation québécoise. Comment est-ce qu'on concilie tout ça, là? Est-ce
que la nation québécoise a le droit d'avoir... de protéger le français?
Supposons... vous, vous êtes dans le domaine du droit du travail
spécifiquement, je pense, le droit pour le travailleur de travailler en
français, que la collectivité, là, quand on évalue les normes, là, la
protection de la langue française, ce n'est pas un élément important, sociétal,
qui fait partie des droits collectifs comme la laïcité, comme l'égalité entre
les hommes et les femmes?
M. Parent (Sébastien) : Il
n'y a rien qui empêche de reconnaître ces valeurs-là ou ces caractérisses-là...
ces caractéristiques-là dans un projet de Constitution. Le problème, c'est
quand qu'on les appelle des droits collectifs et qu'on les met en opposition
frontale avec les droits et libertés de chaque personne. Ces droits-là,
lorsqu'on lit le projet de Constitution, je n'arrive pas à voir comment un
individu peut les utiliser. Quand on crée une Constitution, une bonne
constitution, c'est une Constitution qui prévoit des protections entre l'État,
qui est hyper puissant, et les citoyens. Là, si l'État reconnaît des droits
collectifs qu'il exerce... qu'il exerce lui-même, c'est comme si l'État voulait
se protéger contre lui-même. L'État crée des droits collectifs pour se protéger
lui-même contre ses citoyens.
Une constitution, c'est l'inverse :
c'est des normes fondamentales qui vont protéger le citoyen, pas à tout bout de
champ contre l'État, seulement si l'État empiète de façon arbitraire sur ces
libertés, c'est le dernier rempart, c'est le bouclier, le parapluie que les
citoyens ont contre un État. Là, quand on lit le projet de loi, ça dit la
nation québécoise est titulaire de droit collectif, article 7 de la
Constitution, or, cette nation est composée de tous les Québécois et
Québécoises, article 3, mais on voit qu'elle remet sa destinée entre les
mains de l'État qui tient sa légitimité de la volonté du peuple à
l'article 17 et l'article 19 nous dit c'est donc à l'État qu'il
revient de protéger les caractéristiques fondamentales du Québec par
l'entremise de les lois de l'Assemblée nationale qui c'est... qui est l'organe
suprême et légitime d'expression, article 39, et par le gouvernement qui
veille à la protection des droits collectifs à l'article 48. Donc, c'est
l'État qui les exerce en fin de compte ces droits-là, je ne vois pas comment le
citoyen peut les faire valoir contre une action législative ou gouvernementale.
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que je dois comprendre que vous niez le fait que les élus de l'Assemblée
nationale sont les représentants de la nation québécoise et qu'il y a une
légitimité pour les élus de voter les lois, d'organiser la société, de faire en
sorte, justement, d'organiser le vivre ensemble québécois, notamment la
collectivité. Avez-vous... parce que vous semblez mettre en opposition les
droits collectifs, puis les droits individuels alors qu'ils concourent. La
personne, là, l'individu, là, qui veut avoir droit à des services publics
laïques qui invoquent la laïcité comme vecteur de liberté, comme vecteur
d'égalité, cette personne-là, elle ne peut pas l'invoquer, ce droit-là qui est à
la fois individuel et collectif? Le droit de travailler en français, d'avoir un
environnement de protection associé à la langue française, ce n'est pas
important ça, de définir dans nos paramètres, là, quand les tribunaux vont
interpréter certaines normes, puis ils vont avoir des dossiers devant eux,
d'avoir un guide pour dire : Bien, écoutez, le Québec, il est édicté de
cette façon-là, le droit. Ce n'est pas le rôle du Parlement du Québec de faire
des lois, d'avoir un cadre, puis d'indiquer quelle est l'intention du
législateur sur comment est-ce que les normes s'appliquent au Québec, de
distinguer la Charte québécoise, de distinguer la Charte canadienne? De
dire : Bien, écoutez, ici, on ne vit pas en fonction du multiculturalisme,
on vit en fonction de l'intégration nationale, qu'on accueille les personnes
immigrantes, on les intègre avec leurs valeurs, en français, à la culture
québécoise, on refuse la ghettoïsation, on refuse le repli sur soi-même. Vous
ne pensez pas que c'est le rôle des élus à l'Assemblée nationale, dans le cadre
des lois, de créer la source première du droit? Ou vous préférez que ce soit
les tribunaux qui édictent le droit? Parce que là, à ce moment-là, on est dans
un dialogue interinstitutionnel. Moi, il m'apparaissait qu'on tirait notre
source du parlementarisme britannique, puis qu'au final, le législateur était
celui qui édictait le droit et que lorsqu'il y avait des mesures correctrices à
apporter suite à des jugements, ça revenait au principe de souveraineté
parlementaire?
Mme Dehaibi (Laura) : Si vous
me permettez, je ne pense pas qu'on parle de l'adoption d'une loi ordinaire,
mais bien d'une Constitution pour la nation québécoise. Et dans ce contexte-là,
je pense qu'on n'est pas les premiers à venir ici pour mentionner qu'une Constitution,
qui est un moment charnière dans une... pour un peuple exige un processus un
peu plus...
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci.
Je cède maintenant la parole au porte-parole de l'opposition officielle.
• (17 heures) •
M.
Morin :Merci, Mme la Présidente. Alors, professeur...
17 h (version non révisée)
M. Morin : ...Pre Dehaibi,
merci pour votre présence à la commission cet après-midi. J'ai lu, avec
attention, votre mémoire, puis il y a une phrase qui m'a frappé à la page 34,
puis j'aimerais que vous puissiez nous l'expliquer davantage : «La posture
adoptée par le projet de loi n° 1 viendrait donc
placer le Québec dans la position peu envieuse de paria du droit international
des droits des personnes.» C'est... c'est fort, mais j'aimerais que vous nous
expliquiez comment vous en êtes arrivés à cette... à cette conclusion-là.
Mme Dehaibi (Laura) : ...un
peu fort. Ce qu'il faut retenir, c'est que, quand on parle du droit
international des droits de la personne, on parle d'un droit qui, à travers la
Déclaration universelle des droits de l'homme, a atteint un statut de droit
coutumier. Donc, on n'est plus dans des instruments de droit international qui
peuvent être contestés, qui... ou qui peuvent être de nature controversée, on
parle des droits de la personne. Puis il y a des principes fondamentaux à ce
niveau-là qui sont ceux de... l'indivisibilité et l'interdépendance des droits.
Ce que ça veut dire, c'est qu'à partir du moment où on décide, dans une loi
nationale, d'accorder plus d'importance à certains droits dans le cas de
conflits, là on entre vraiment en contravention du droit international. Je
pense qu'on sait tous aussi qu'il y a eu... il y a une plainte qui a été
déposée, là, ou qui est en cours de l'être à l'ONU.
Donc, c'est quand même assez sérieux dans
le contexte où on parle d'un droit qui a atteint une nature coutumière. Le
droit... international qui... qui a une grande influence dans le contexte
québécois pour... sur la charte québécoise, dans l'interprétation de cette
charte-là.
M. Morin : Et en parlant
justement du droit international puis de la Déclaration universelle des droits
de l'homme, le législateur en 1975, quand il a travaillé à la rédaction de la charte
québécoise, est-ce que vous êtes d'accord avec moi qu'il avait, à ce moment-là,
ce souci de respecter les normes internationales en ce qui a trait au respect
des droits de l'homme?
Mme Dehaibi (Laura) : Absolument,
je pense que c'était une des sources importantes dans la rédaction de la charte
québécoise. D'ailleurs, il y a un texte de 1963 de Jacques-Yvan Morin, qui fait
beaucoup référence, justement, dans cette idée, là, de l'adoption d'une charte
québécoise au droit international. Évidemment, aussi, la tradition civiliste
qui est très importante, qui est mentionnée dans le projet de loi, qui fait
partie, là, des sources d'inspiration. Donc, oui, c'est une source claire du
droit international. Je ne pense pas que ce soit une coïncidence qu'en 1976, justement,
le Québec ait très rapidement adopté les pactes internationaux sur les droits...
sur les droits de la personne par décret.
M. Morin : Et donc, par
décret, l'État québécois acceptait donc de respecter ces lois ou conventions
internationales, n'est-ce pas? Pensez-vous qu'avec le projet de loi actuel et
toutes les limites qui y sont... qui sont installées, ça pourrait remettre en
question le positionnement du Québec dans le monde, comme État qui veut
respecter des droits humains?
Mme Dehaibi (Laura) : Je pense
que le Québec a une très... a une réputation très bonne en matière de respect
des droits de la personne. Et je pense que ce changement... ces changements-là
pourraient, en effet, affecter la réputation... la réputation de la nation.
M. Morin : Du Québec à l'étranger.
Autre élément, toujours dans le droit international. Les Nations unies ont
adopté la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.
Dans le projet de loi du gouvernement, il y a trois considérants qui font une référence
aux nations autochtones, rien de plus. Est-ce que vous pensez que, là aussi, il
y a eu une occasion manquée de la part du gouvernement de, en amont, s'asseoir
avec les nations autochtones puis voir comment on pouvait... évoluer
finalement, juridiquement parlant, avec elles?
Mme Dehaibi (Laura) : Bien, d'un
point de vue de droit international, les nations autochtones, les peuples
autochtones ont aussi le droit à l'autodétermination des peuples, donc, ce
droit de participer justement à l'élaboration des droits qui leur appartient.
Donc, c'est certain qu'il y a un processus de consultation en amont, qui aurait
dû être fait auprès des nations autochtones, consultation... puis évidemment on
ne l'a pas mentionné dans notre présentation, mais qui devrait se faire, là, à
très large échelle, évidemment, en incluant les...
Mme Dehaibi (Laura) : ...communautés
autochtones, les Premières Nations, les peuples inuits...
M. Morin : Et ça, j'imagine
qu'on aurait pu y arriver si on avait eu une consultation transpartisane avant
même qu'on dépose le... que le gouvernement dépose son projet de loi?
Mme Dehaibi (Laura) :
Absolument.
M.
Morin :
D'accord. J'aimerais, en terminant, qu'on parle un peu du Conseil
constitutionnel. C'est un conseil qui va rendre des avis, le gouvernement ne
semble pas vouloir y inclure des opinions des dissidents. Trouvez-vous ça
inquiétant?
M. Parent (Sébastien) : Ce
conseil-là n'est pas vraiment un contrepouvoir efficace de mon point de vue, de
notre point de vue, parce que premièrement, un citoyen, il n'y a pas accès.
C'est l'Assemblée nationale qui demande des avis sur ses propres lois. À vrai
dire, c'est le roi qui dresse sa propre couronne, il n'y a pas de contrôle à
ça. Le citoyen, c'est une atteinte à une loi, il ne peut pas s'adresser au
Conseil. Puis quand on compare avec la France, c'est la première chose qu'on
dit à nos étudiants dans des séminaires de droit comparé, il faut comparer
l'ensemble de la mécanique. Si on compare le Conseil constitutionnel de la
France avec ce qu'on veut faire au Québec, en France, il y a un contrôle au niveau
international des lois. Les lois de la France, lorsqu'il compte... lorsque ces
lois-là contreviennent aux droits et libertés des citoyens...
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci
beaucoup. Merci. Je cède maintenant la parole...
M.
Morin :
Merci.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
...Merci.
M.
Morin :
Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Je cède maintenant la parole au porte-parole du deuxième groupe d'opposition.
M. Bouazzi : Finissez votre
phrase, s'il vous plaît.
M. Parent (Sébastien) : Il y
a des cours internationales de justice qui vont venir invalider les lois
françaises s'il y a une violation aux droits de l'Homme. Donc, là, ce n'est pas
du tout la même chose, là. On n'a pas ça ici au Québec, au Canada, cette
dimension-là.
M. Bouazzi : Ici, on a un
conseil qui va donner des conseils, hein, sans savoir où est la dissidence.
Mais par ailleurs, il y a au... je veux dire en France par exemple, si vous
prenez le cas de la France, il y a des parties des lois qui sont invalidées
quand ces conseils-là donnent automatiquement, là, quand ils donnent des avis
que comme quoi c'est contrat à la Constitution, ce qui n'est pas dans notre
projet de loi. Vous avez parlé des droits collectifs par rapport... nos
positions dans le projet de Constitution, par rapport aux droits fondamentaux
et vous, ce que vous dites, c'est que ça devrait aller ensemble d'un côté et de
l'autre côté. Ce n'est pas la majorité parlementaire qui est propriétaire de
ces droits collectifs-là. Et ce que je comprends, c'est qu'il n'y a pas de
limite, en gros, à ce qu'une majorité parlementaire pourrait faire, elle
pourrait définir un droit collectif demain matin, et puis en plus, empêcher les
recours sur la base de droits fondamentaux. Prenons un exemple, j'aimerais le
pousser avec vous : si demain on a un gouvernement qui veut que les femmes
québécoises fassent plus d'enfants et qui décide que le fait d'avoir plus
d'enfants au Québec est un droit collectif, est-ce que c'est possible avec
cette Constitution?
M. Parent (Sébastien) : Je ne
peux pas vraiment présumer de l'intention législative là-dessus, mais je pense
que le danger, c'est que dès qu'on met dans le préambule la loi ou dans un
article déclaratoire, que cette loi-là vise à défendre tel ou tel droit
collectif, bien là, on vient bloquer les mécanismes de contrôle parce qu'on
autolégitime la loi en disant au sens de 9.1 de la Charte québécoise, bien,
cette loi-là rencontre un objectif important, elle vise à protéger un droit
collectif. Donc, ça devient assez facile après, surtout avec la nouvelle clause
de souveraineté parlementaire, où on a juste à dire qu'on protège la nation
québécoise et là, on ne peut même pas... il y a certains groupes qui ne
pourront pas accéder aux tribunaux puis la clause de souveraineté parlementaire
empêche carrément d'aller en contrôle contre certaines lois...
M. Bouazzi : Est-ce qu'on
pourrait par exemple aller, en fin de compte, à l'encontre de l'égalité entre
les hommes et les femmes sur la base d'un droit collectif?
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
3 secondes.
M. Parent (Sébastien) : Ça
reste hypothétique, là, je n'ai pas de situation en tête...
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci.
Merci, Maître Parent, Maître Dehaibi. Alors, c'est tout le temps que nous
avons. Merci de votre contribution aux travaux de la Commission. Je suspends
les travaux quelques instants afin que l'on puisse accueillir en
visioconférence nos prochains invités. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 09)
(Reprise à 17 h 11)
La Présidente (Mme Boivin
Roy) : Alors, Mme Julie Boisvert et Mme Élise Ekker-Lambert, toutes
deux cocréatrices du film Libres de choisir, nous vous souhaitons la
bienvenue à la Commission. Alors, on vous rappelle que vous disposez de 8 min
pour faire votre exposé, après quoi nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous cède la parole pour votre exposé.
Mme Boisvert (Julie) : Merci
beaucoup. Bonjour, M. le ministre, députés et membres de la commission. Donc,
merci de nous recevoir aujourd'hui dans le cadre des consultations publiques au
sujet de la... du projet de loi constitutionnelle sur le Québec. C'est très
apprécié. Nous, aujourd'hui, Élise Ekker-Lambert et moi-même, Julie Boisvert,
on vient témoigner, à titre de réalisatrices documentaires, d'un film sur le
droit à l'avortement, mais aussi en tant que citoyennes québécoises. Donc, en
2025, Élise et moi avons réalisé le film Libres de choisir, qui a été
diffusé en février dernier sur les ondes de Radio-Canada, en plus de tourner
dans plusieurs salles de cinéma au Québec. Ce film est le fruit de quatre
années de recherches et de production en collaboration avec des experts et des
intervenants dans le milieu. Et donc, dans le film, eh bien, de Montréal à
Gatineau, jusqu'à Frédéricton au Nouveau-Brunswick, nous avons mis en lumière
le travail du personnel soignant dans un accès inédit, tout en soulignant les
obstacles à l'interruption de grossesse. Le documentaire donne également la
parole à des femmes qui ont eu recours à l'avortement dans le cadre de
témoignages, et il scrute aussi les actions du mouvement contre l'avortement au
Québec. Élise et moi faisons aussi partie de la statistique où on estime qu'une
femme sur trois aura recours à l'avortement au courant de sa vie. Nous sommes
reconnaissantes d'avoir pu le faire dans un pays où l'avortement est considéré
comme un soin de santé et qui n'est tout simplement pas criminalisé. Passer par
ce chemin là nous a fait prendre conscience que si tous ces éléments ne sont
pas en place pour protéger le droit à l'avortement, le libre choix n'est pas
pleinement possible.
Mme Ekker-Lambert (Élise) : Notre
expérience en tant que réalisatrices nous a également fait prendre conscience
des contraintes d'accès à l'avortement qui demeurent ici, au Québec. En voici
donc quelques-uns, là, voici quelques points de nos observations que nous avons
faits dans le cadre de la production de notre documentaire. Tout d'abord, il y
a parfois un seul point de service dans certaines régions, et certaines
couvrent un large territoire. Les points de service sont donc très éloignés.
Plusieurs femmes doivent défrayer les coûts de déplacement et d'hébergement.
Nous avons également constaté que les délais avant d'avoir recours à un
avortement peuvent s'échelonner jusqu'à cinq semaines dans certaines régions.
Et ça, ça peut devenir très problématique dans un contexte où plusieurs points
de service ont une limite d'intervention allant à environ 12 semaines. Au-delà
de cette limite, les femmes doivent donc se déplacer dans une autre région,
parfois sur des grandes distances. Certaines femmes ont même passé par cinq
rendez-vous préintervention, un chiffre difficilement justifiable. C'est sans
compter que certaines femmes dans la population n'ont pas accès à l'assurance
maladie et donc ne peuvent avoir un avortement gratuit, allant jusqu'à dépenser
des milliers de dollars pour interrompre leur grossesse. Nous avons aussi été
témoin, évidemment, de l'évolution et la montée du mouvement contre
l'avortement du... au Québec durant la production de notre film. Ces groupes
adoptent plusieurs tactiques, de la marche pour la vie devant de l'Assemblée
nationale à des centres d'aide à la grossesse, se faisant passer comme
pro-choix, qui tentent d'influencer les décisions des femmes avec une grossesse
imprévue par de la désinformation ou de la manipulation, comme, par exemple le
fait de prétendre à tort que l'avortement provoque le cancer du sein ou des
effets psychologiques négatifs graves.
Mme Boisvert (Julie) : Mais
bien que nous saluions la volonté du gouvernement de vouloir protéger le droit
à l'avortement dans le projet de loi 1, on est venues, Élise et moi, vous
témoigner notre inquiétude face à l'inclusion de l'article 29 dans la loi.
Durant nos années de recherches, nous avons consulté plusieurs experts sur la
question de la légifération de l'avortement. Il s'y dégageait un consensus, à
savoir que le statut juridique, au Canada et au Québec, protège suffisamment le
droit à l'avortement et qu'en fait, il s'agissait de la meilleure façon de le
protéger. Il repose sur la décriminalisation, la jurisprudence, avec cinq
décisions de la Cour suprême du Canada, mais surtout la reconnaissance de l'avortement
comme un soin de santé, ce qu'il place sur le même statut juridique que
n'importe quel acte médical. À ce titre, il est protégé par les chartes des
droits et libertés québécoise et canadienne et par la Loi canadienne sur la
santé. Ce qui rend le droit à l'avortement solide et accessible, c'est qu'il
est médical et non politique. À cet égard, nous soutenons les positions qui
sont avancées par le Barreau du Québec, le Collège des médecins, la FQPN, la
Fédération des femmes du Québec ainsi que plusieurs experts en la question. En
réalité, le modèle canadien en matière de protection du droit à l'avortement
est...
Mme Boisvert (Julie) : ...reconnu
à l'international comme l'un des plus forts au monde et fait l'envie de
plusieurs pays. De plus, les mouvements anti-choix réclament depuis longtemps
une législation encandrant... encadrant l'accès à l'avortement, notamment avec
la campagne «We Need a Law», dans une perspective de limiter le nombre de
semaines acceptables pour avoir un avortement. Par ailleurs, ces groupes
anti-avortement n'agiront jamais de façon frontale pour criminaliser et bannir
complètement l'avortement. Et ils vont commencer par contester les zones
grises, le nombre acceptable de limites de semaines pour avoir un avortement,
entre autres, les exceptions pour tranquillement faire changer la tendance et
l'acceptabilité sociale majoritaire. Il est important de ne pas seulement voir
l'interruption de grossesse sous la lucarne judiciaire, mais aussi sociale. Le
PL1 serait donc une opportunité de modifier, de contester l'accès à ce soin de
santé fondamental. Et on peut le constater avec la semaine dernière, quand le
président de Campagne Québec-Vie a mentionné en entrevue dans Le Devoir quand
il commentait l'article 29 du PL1, et je le cite : «La seule chose, c'est
que ça ajoute quelque chose de concret, un genre de cible à abattre.»
Mme Ekker-Lambert (Élise) : Nous
recommandons donc de manière plus urgente et immédiate que l'article 29 dans le
projet de loi 1 soit retiré. Comme mentionné plus tôt, bien que l'intention de
légiférer soit menée par de bonnes intentions et on en est convaincu, se
tourner vers les actions suivantes pourrait améliorer de façon plus rapide
l'accès à l'avortement et donc, solidifier ce droit.
En premier lieu, nous recommandons
d'écouter les experts et expertes consultés dans le cadre du processus et
amenés à la mise sur pied du Plan d'action gouvernemental sur l'accès à
l'avortement 2024-2027. On retrouve d'ailleurs certaines recommandations
similaires dans le rapport Quand le consensus vacille: état des lieux du
mouvement contre l'avortement au Québec, financé par le Secrétariat à la
condition féminine qui est sortie hier, le 9 décembre. Lors de la production de
notre film, nous avons été témoins aussi d'un manque d'accès à la contraception
préoccupant menant à des grossesses imprévues. Nous enjoignons le gouvernement
à rendre la contraception gratuite, un point de vue partagé par 76 % de la
population, et tout récemment, le Collège des médecins.
De manière plus large, en tant que
citoyenne, je salue la volonté de créer une Constitution québécoise dans un
contexte d'effritement des démocraties partout sur le globe. Ceci dit, je
recommande que le projet de loi soit retiré et retravaillé dans son ensemble.
Il me semble impératif de créer un projet de cette envergure politique avec et
pour le peuple, dans un processus ouvert, transpartisan et représentatif. Cette
recommandation est également énoncée dans le rapport Rousseau-Proulx, un mandat
qui a été confié par le ministre Jolin-Barrette. Il est donc important
aujourd'hui de considérer que notre demande de venir retirer l'article 29 au
PL1 aujourd'hui ne constitue pas, par le fait même, une validation du processus
préalable dans le projet de loi de Constitution.
En conclusion, nous saluons encore une
fois la volonté de protéger le droit à l'avortement et nous saluons également
le fait que le libre choix semble être un enjeu important pour tous les partis,
un élément rare par rapport à plusieurs autres contextes politiques dans le
monde. Ne brisons pas cette position forte et claire qui nous unit et écoutons
les recommandations d'experts. L'avortement bénéficie déjà de la meilleure
protection possible par rapport à de nombreux pays dans le monde. Il s'agit
d'un soin de santé comme les autres.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Mesdames,
je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant procéder à la
période d'échanges. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, Mme la Présidente. Mme Boisvert, Mme Ekker-Lambert, bonjour. Merci de
participer aux travaux de la Commission parlementaire. Je dois débuter par des
félicitations. J'ai vu votre documentaire il y a quelques mois de ça, et je
tiens à vous féliciter pour la qualité de l'oeuvre. Puis en fait, d'avoir fait
cet exercice-là aussi de vulgarisation, d'avoir été un peu partout au Québec
aussi, à Fredericton aussi, là, quand vous êtes dans l'ancienne clinique
Morgentaler qui avait changé de nom, puis que là, qui fermait dans le fond, qui
font leurs boîtes aussi, puis là, c'était une diminution. Puis je pense que
vous disiez... je pense qu'il y a 11 hôpitaux, vous me corrigerez, là, au
Nouveau-Brunswick, mais il y en a seulement une ou deux qui pratiquent des
avortements aussi. Donc, je pense que c'est une illustration que l'accès à
l'avortement, c'est important sur l'ensemble du territoire. Au Québec, on a
davantage d'accès, mais il y a du travail à faire quand même, puis notre
gouvernement le reconnaît aussi, on a déposé un plan d'action. La ministre de
l'Enseignement supérieur à l'époque où elle était ministre de la Condition
féminine, a déposé un plan d'accès. Mais je suis d'accord avec vous qu'on doit
en faire davantage, puis doit avoir davantage d'accès.
• (17 h 20) •
Donc, j'aimerais que la discussion porte
davantage sur l'article 29 du projet de loi. Puis je vous entends bien à
l'effet que vous souhaitez qu'il soit retiré, comme de nombreux groupes. Alors,
je l'ai dit, qu'on est en mode écoute, puis qu'on allait réfléchir à tout ça
durant les consultations. Mais je veux quand même vous poser certaines
questions parce que...
M. Jolin-Barrette : ...le...
le discours chez les différents intervenants, je le... je le saisis bien, puis
c'est... c'est beaucoup des arguments similaires, puis je veux être sûr de bien
comprendre, parce que sur l'aspect soin de santé, je suis entièrement d'accord,
il s'agit d'un soin de santé, cependant, c'est pas mal le seul soin de santé
qui est constamment remis en question au Québec, au Canada, dans les campagnes
électorales fédérales, notamment, il y a eu des pétitions qui ont été déposées
pour diminuer l'accès, pour restreindre, pour recriminaliser. Aussi, il y a eu
un projet de loi qui a été déposé, aussi, pas plus tard que 2020. Alors, c'est
pas mal un... un phénomène qui revient, je vous dirais, périodiquement. Puis,
effectivement, Campagne Québec Vie aussi, il faut les surveiller aussi. Alors,
la démarche qu'on entreprend avec l'article 29, c'est de dire : Bien, s'il
y a une attaque sur le droit à l'avortement, ne souhaitons-nous pas que l'État
québécois ait l'obligation d'agir pour le défendre? Parce que là, on est dans
une position où, avec l'article, on dit : l'État protège la liberté des
femmes d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. Ce n'est pas
un article sur l'avortement, c'est un article qui impose une responsabilité à
l'État d'agir. Ça fait que je... je voulais vous entendre sur sur cet
aspect-là.
Mme Boisvert (Julie) : Élise,
tu peux peut-être répondre en premier.
Mme Ekker-Lambert (Élise) : Oui.
Bien, en fait, c'est ça, je pense que c'est, comme on disait, c'est très
louable de vouloir protéger ce... ce choix de... cette liberté de choix. Par
contre, je pense que si, effectivement, c'est un soin de santé qui est,
effectivement, attaqué, donc, par plusieurs groupes opposants à ces soins de
santé là, par contre, si on lui confère un statut à part, si nous, on embarque
un peu dans ce jeu-là, on lui confère un statut marginal. Après, nous,
aujourd'hui, on est dans une... on... on vous propose notre point de vue de
réalisatrices, donc on n'est pas juriste, mais les personnes qu'on a consultées
au cours de ces années-là nous disent qu'effectivement, le mettre ailleurs que
sur ce soin de santé, là, ce statut-là lui conférerait un statut particulier,
et donc ce serait un levier, d'ailleurs, pour des groupes antiavortement, pour
attaquer, pour remettre des limites. Par ailleurs, là, donc, le fait de le
mettre dans une constitution, on le voit avec la France, particulièrement, ne
veut pas nécessairement dire que c'est à l'abri de limites, même si la
France... et ça aussi, c'était très louable de le faire, a mis dans sa
constitution le droit à l'avortement. Les femmes en France, ont... avaient 12
semaines, maintenant 14, là. Donc c'est une limite quand même contraignante.
Donc, par contre, on est quand même intéressés à savoir s'il y a des exemples,
dans le monde... s'il y a des exemples où la... le mettre dans une
constitution, ça a quand concrètement amélioré, de manière urgente, l'accès à
l'avortement et le droit à l'avortement. Nous, dans nos années de recherches,
en tant que réalisatrices, on n'a pas trouvé d'exemples par rapport à ça, donc,
dans cette posture là, on préfère... sans preuve, on préfère être prudente.
Mme Boisvert (Julie) : Et
peut-être que je peux compléter en disant qu'en fait, on n'est pas, on n'est
pas contre cette intention-là, on n'est pas contre la vertu. C'est sûr qu'on
veut, depuis... s'assurer que le droit à l'avortement est bien protégé. Par
contre, par l'analyse des mouvements anti... antiavortement dans les années, à
travers le monde, c'est vraiment une tactique de s'attaquer sur les lois et,
après ça, de les limiter, de... de gérer, de, finalement, de travailler avec
une certaine volonté, de pouvoir encadrer davantage cette loi-là et d'amener
des limites. Donc, c'est... c'est à travers cette... analyse là, des groupes
antiavortement, qui a fait que... en sorte que de mettre, en termes... dans la
Constitution, de l'ajouter, fait en sorte qu'on le... le fragilise parce qu'on
l'expose, finalement, à des tactiques des groupes antiavortement.
M. Jolin-Barrette : Votre
crainte est à l'effet qu'il pourrait y avoir une demande devant les tribunaux
pour faire invalider, supposons, ça. Ce risque-là, il existe dès maintenant,
dans le sens où on n'est pas obligé d'aller devant les tribunaux parce qu'on a
un texte de loi attaqué, puis c'était le cas dans Daigle contre Tremblay, il
n'y avait pas de texte de loi attaqué. Ça fait que ça me fait dire :
Est-ce que vous craignez les... les inversions jurisprudentielles, dans le sens
où actuellement, c'est décriminalisé, vous avez fait référence à cinq
jugements, la Cour a dit ça. Est-ce dire que vous craignez que si jamais c'était...
les tribunaux étaient ressaisis, ils pourraient changer d'idée? Parce que la
disposition, elle n'est pas sur un nombre de semaines, d'ailleurs, en France,
je crois que la limitation à 12 semaines, à l'époque, elle était là avant
l'inscription de ce droit-là dans la Constitution, ça fait qu'ils l'ont
bonifiée, puis c'est un régime complètement différent en France. Mais est-ce
dire que vous craignez que les tribunaux changent d'idée? Un peu comme aux
États-Unis, aux États-Unis, c'est ça qui...
M. Jolin-Barrette : ...arrivé.
La protection elle était jurisprudentielle, comme c'est le cas au Canada, puis
les tribunaux ont inversé. C'est sûr que nous, ce qu'on propose, c'est vraiment
de faire en sorte que l'État québécois, le gouvernement aujourd'hui et pour le
futur, si jamais on se retrouve dans une situation où c'est attaqué, bien, on
va être du côté des femmes, on va être du côté du libre choix puis on vient
clairement dire qu'au Québec, ça va toujours être les femmes qui vont choisir
pour elles-mêmes. C'est un peu ça, la logique.
Des voix : ...
Mme Ekker-Lambert (Élise) :
Vas-y, Julie.
Mme Boisvert (Julie) : Bien,
en fait, je comprends... je comprends... je comprends l'idée, je comprends
l'intention derrière. Cependant, à la...
(Interruption)
Mme Boisvert (Julie) : ...des
États-Unis où c'était une jurisprudence, nous, on en a quand même cinq, c'est
inscrit dans la Loi canadienne de la santé et je pense qu'on est déjà beaucoup
plus... je pense que déjà la situation ne peut pas être comparable aux
États-Unis. On est extrêmement bien protégés présentement et donc, dans la
situation actuelle, même si c'était contesté durant...
(Interruption)
Mme Boisvert (Julie) : ...je
pense qu'on est... je pense qu'avec nos cinq jurisprudences, on est protégé
contre cette tentative-là d'aller renverser la situation...
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Merci beaucoup.
Mme Boisvert (Julie) :
...davantage et que si... oui.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Merci beaucoup. Je suis désolée de vous interrompre, le temps est écoulé du
côté de la banquette gouvernementale. Je cède maintenant la parole à la
porte-parole...
Une voix : ...
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Pardon? Député de Robert-Baldwin, voilà. Alors, vous avez une période de 5
minutes 49 secondes.
Mme Garceau : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, Mesdames. On s'est rencontrées à deux reprises lors du
visionnement de votre documentaire qui est fort apprécié. Et je viens
d'apprendre que M. le ministre, vous l'avez également vu. Donc, je suis très
surprise que vous n'êtes pas en train de retirer l'article 29 de la
Constitution suite au visionnement du film, parce qu'on a déjà joué dans
l'autre film avec l'ancienne ministre qui était responsable de la condition
féminine. Et vous le mentionnez, je crois, Mme Boisvert, dans votre... Mme
Ekker-Lambert, dans votre mémoire, le fait que le gouvernement avait regardé
tout cet aspect de légiférer le droit à l'avortement. Il y avait eu multiples
consultations avec des groupes de femmes, avec des experts, avec des médecins,
même il y avait eu, là, la lettre ouverte signée par 402 médecins qui
disaient : Non, ne touchez pas au droit des femmes à l'avortement, il est
pleinement protégé ici au Québec. Et donc, on avait en 2023-2024, une décision
avait été prise que non, on ne va pas légiférer. On prend un pas de recul parce
qu'on a écouté les experts et les femmes qui ont dit : Ne touchez pas à ce
droit. Donc, quel est le message que vous avez aujourd'hui pour M. le ministre,
qui tente avec l'article 29 de dire : Je suis en train de protéger les
droits des femmes à l'avortement? C'est quoi votre message aujourd'hui?
Mme Ekker-Lambert (Élise) : Bien,
en fait, dans notre posture de réalisatrice, notre travail, ça a été de
collaborer avec ces experts-là, de les entendre et je vous ne dirai pas qu'à
première vue, on savait exactement que notre statut était le meilleur au monde.
En fait, on l'a appris au fur et à mesure. Et ce cheminement-là, on le fait par
cette écoute-là et je pense qu'on peut faire confiance à ces experts qui se
penchent sur la... sur la question depuis de nombreuses années, notamment avec
Maître Louise Langevin qui vulgarise très bien ces enjeux-là et par plusieurs
rapports. Donc, notre message est un... on est un peu la courroie de
transmission aussi de ces experts-là, notamment par le film, en disant que
c'est ces experts-là, je crois, qui peuvent nous nourrir par rapport à cette
réflexion-là et que la meilleure façon de protéger le droit à l'avortement,
c'est d'en solidifier l'accès dans notre contexte politico-juridique, ici au
Canada et au Québec.
• (17 h 30) •
Mme Garceau : Vous avez
également, lors de la création du documentaire, vous avez rencontré des groupes
anti-choix... Oui? Et pour vous, il y a une crainte, n'est-ce pas, s'il y a...
si on prévoit cette protection à l'article 29, ça ouvre une brèche...
17 h 30 (version non révisée)
Mme Garceau : ...est-ce que
ces groupes anti-choix viennent contester la loi pour aller chercher des
restrictions sur le droit à l'avortement?
Mme Boisvert (Julie) : Bien,
en fait, ils le disent clairement. Ils le disent clairement, c'est... c'est
affiché le... dans, justement, la campagne We Need a Law, c'est... c'est
on ne peut plus clair, je pense, là, et d'ailleurs..., comme je disais dans le...
dans le mémoire tout à l'heure, l'a exprimé dans une entrevue dans Le Devoir. C'est
vraiment leur tactique. C'est... ils... ils excellent beaucoup dans essayer de
jouer dans les zones grises. C'est... ils savent qu'au Québec, il y a une
majorité qui est en faveur de l'avortement. Par contre, cette majorité-là s'effrite
lorsqu'on parle de certaines contraintes qui... qui entourent le droit à l'avortement,
dans le sens que... 90 % des gens au Québec qui sont pour le droit à l'avortement.
Par contre, lorsqu'on dit : Jusqu'à la 38ᵉ semaine, vous êtes pour le
droit à l'avortement? Là, tout d'un coup, il y a une espèce d'hésitation, et
là, c'est là que c'est là-dessus, c'est cette... cette zone grise sur le fait
de dire : Oui, je suis pour, mais... mais jusqu'à tant de semaines, mais
dans tel contexte et on en a plus que... il y en a plus qu'on pense qui sont
incertains face à cette limite-là. Et c'est là-dessus que le... les groupes
anti-choix veulent jouer, et c'est... c'est pour ça qu'on se dit : Pourquoi
en rajouter? Parce que là, présentement, on a la meilleure protection possible.
En fait, c'est un peu ça qu'on dit : On a la meilleure protection possible,
gardons le statu quo, jouons sur... améliorons les accès au Québec pour offrir
davantage de services, c'est là-dessus qu'on a besoin de travailler. Mais
actuellement, sur le plan juridique, on a le... la situation la meilleure au
monde.
Mme Garceau : Et, évidemment,
où il n'y a aucune restriction.
Mme Boisvert (Julie) : Bien
sûr, parce que, de toute façon, les avortements de troisième trimestre, c'est
0,1 %, mais ce 0,1 % doit... je veux dire, doit pouvoir bénéficier de
ces services-là, parce que souvent, dans le cas des avortements de troisième
trimestre, on fait face à des personnes qui sont dans une situation de
vulnérabilité souvent extrême. Elles ont besoin des services, elles ont besoin...
et il y a beaucoup de personnes prises avec des problèmes de santé mentale, d'itinérance
et dans ces cas-là, elles doivent pouvoir avoir accès à un avortement, quand
c'est... c'est mieux d'être... c'est... oui.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Oui,
merci, je suis désolée, je dois vous interrompre pour passer la parole au porte-parole
du deuxième groupe d'opposition. Vous avez 1 min 56 sec.
M. Bouazzi : Merci beaucoup,
mesdames, pour votre témoignage. En vérité, honnêtement, je ne sais pas quoi
vous demander parce que, avant vous, on a entendu le Conseil du statut de la
femme, on a entendu le FFQ, on a entendu les médecins, on a une pétition de signée
par plus de 41 000 personnes qui disent à peu près tous et toutes, surtout, la
même chose et... et je pense que vos propos sont très clairs. Si on met cet...
l'article 29, bien, on affaiblit ce droit-là qu'on prétend... et je suis sûr
que le ministre a compris les arguments. Donc je... je garde l'espoir qu'il va
nous débarrasser de cet article à un moment ou un autre. J'espère qu'il va
écouter les autres, les autres... mais ma question ira sur autre chose. Aujourd'hui,
en fin de compte, la protection qui existe dans les décisions de justice sont
basées sur le respect des droits fondamentaux des femmes. C'est bien ça? Est ce
que ça vous inquiéterait qu'on décide que les droits fondamentaux ne sont pas
si fondamentaux que ça et qu'une simple majorité parlementaire pourrait dire :
Bien moi, les droits fondamentaux des femmes, ça passe en deuxième ordre ou...
par rapport à des droits collectifs que je définis moi-même, par exemple?
Mme Boisvert (Julie) : Élise?
Mme Ekker-Lambert (Élise) : Bien,
écoutez, je... je ne saurais pas répondre à cette question de manière très
précise, parce que je ne me suis pas penché sur cette question-là dans le
projet de loi de la Constitution, donc le projet de loi 1, donc...
M. Bouazzi : Mais on...
Mme Ekker-Lambert (Élise) : ...mais
sur le principe, on pourrait... oui, mais il faudrait... Mais je... ce n'est
pas dans notre expertise, malheureusement.
M. Bouazzi : Mais en tout
cas, on peut se mettre d'accord que si on ne respectait plus les droits
fondamentaux des femmes, bien, en fin de compte, le droit à l'avortement ne serait
pas protégé puisque c'est sur cette base-là qu'il y a des décisions de justice
aujourd'hui qui accordent le droit...
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Merci beaucoup, merci, c'est tout le temps que vous avions...
Mme Ekker-Lambert (Élise) : Je...
je pense qu'il faut remettre en question... oui.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Je
m'excuse, c'est tout le temps que nous avions. Mme Boisvert, Mme Ekker-Lambert,
bravo encore une fois pour votre film et merci pour votre contribution aux travaux
de la commission. Je suspends les travaux quelques instants afin qu'on puisse
accueillir notre dernier invité de la journée. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 35)
(Reprise à 17 h 38)
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Alors, rebonjour à tous. Je souhaite la bienvenue à notre dernière invité, le
Dr Geneviève Verret-Daigneault, médecin, Centre de santé des femmes de
Montréal, bonjour. Alors, je vous rappelle que vous disposez d'une période de 8
minutes pour votre exposé. Après quoi nous procéderons à la période d'échanges
avec les membres de la Commission. Je vous cède la parole pour votre exposé.
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Merci beaucoup. Donc, mon nom est Geneviève
Verret-Daigneault, je suis médecin depuis 16 ans. Je travaille en santé de la
femme et en avortement dans plusieurs cliniques de Montréal depuis le tout
début de ma pratique. Donc, l'article 29 du projet de loi 1 dit vouloir
protéger l'accès à l'avortement et je crois que l'intention est sincère et
louable. Par contre, la conséquence réelle de l'article 29 serait une grave
fragilisation de la position légale de l'avortement au Québec. En ce moment, le
Québec jouit du paysage légal le plus pro-choix au monde et l'absence de
mention de l'avortement dans les lois a l'avantage clair de donner aucun point
de départ légal aux groupes anti-choix. Les groupes anti-choix demandent depuis
longtemps d'ailleurs la mention de l'avortement dans une loi, parce que ça leur
donnerait une assise légale pour attaquer petit à petit le droit à l'avortement
en apportant des modifications et des limitations à la loi, ce qui finirait par
diminuer le droit des femmes à avorter. Mais tant que l'avortement n'est pas
spécialement mentionné dans une loi, il est considéré comme n'importe quel
autre soin de santé, et c'est sa posture la plus solide et la plus vraie
d'ailleurs. L'avortement est déjà très bien protégé par les chartes et la
jurisprudence combinées. En fait, le reste du monde envie notre position légale
sur l'avortement, alors, il ne faut absolument pas la modifier. Mes
recommandations sont donc de retirer l'article 29 et de s'engager à ne pas
légiférer davantage dans le dossier de l'avortement. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci
beaucoup. Alors, M. le ministre, la parole est à vous pour débuter les
échanges.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bonjour, Mme Verret-Daigneault, merci de participer aux travaux de la
Commission. Bien, écoutez, je pense que...
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Merci à vous.
• (17 h 40) •
M. Jolin-Barrette : ...Je
pense que votre point il est très clair. C'est de retirer l'article 29, c'est
le bénéfice d'être clair. Donc, écoutez, les intervenants qu'on rencontre, je
comprends que vous dites...
M. Jolin-Barrette : ...Bien,
écoutez, avec la jurisprudence actuelle, on considère qu'on a la meilleure
protection associée. Moi, ma crainte, c'est le fait que dans l'éventualité où
le droit est attaqué, puis je pense que c'est important de le dire pour les
gens qui nous écoutent, qui écoutent les travaux de la Commission, ça ne prend
pas nécessairement une loi pour attaquer le droit à l'avortement. Ça, c'est
important de le dire, là. Une requête à la Cour sans texte législatif, puis ça
s'est déjà fait, là, notamment, c'était le cas dans Daigle c. Tremblay, c'est
ça qui est arrivé. On est dans une situation où c'est uniquement une protection
jurisprudentielle des tribunaux. Les tribunaux peuvent changer d'idée. On l'a
vu aux États-Unis, ça arrive fréquemment au Canada aussi. Est-ce que vous avez
une crainte par rapport à un changement de tendance des tribunaux, que ça
pourrait arriver?
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Bien, en fait, évidemment que les tribunaux pouvant
changer d'idée, ça peut aller dans tous les sens, ça peut aller dans les deux
sens et les gouvernements peuvent aussi changer d'idée. On l'a déjà vu aussi
bien souvent par le passé, mais il reste que l'absence de lois spécifiques,
c'est quand même considéré comme une meilleure garantie légale contre les
restrictions que l'ajout constitutionnel. Parce qu'en ce moment, on a surtout
peur des restrictions puis des limitations, ce dont on jouit au Québec, c'est
un paysage où on n'en a pas. C'est très rare, même dans les pays qui sont
pro-choix. Ici, on a un paysage idéal, donc j'ai plutôt... j'ai plutôt des
craintes face à l'ajout de restrictions et de limitations aux droits des
femmes.
M. Jolin-Barrette : Par les
tribunaux ou par les législateurs au Québec?
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Les deux.
M. Jolin-Barrette : OK. Moi,
les tribunaux, je n'ai pas de contrôle là-dessus parce que les tribunaux sont
indépendants et impartiaux. Par contre, ce qu'on indique dans Constitution,
c'est que l'État protège la liberté des femmes d'avoir recours à l'interruption
volontaire de grossesse. Donc, ce qu'on fait avec la constitution, c'est
vraiment de faire en sorte que l'État québécois, le gouvernement actuel et les
gouvernements futurs vont avoir l'obligation d'agir si le droit est attaqué. Ils
vont être du côté des femmes pour assurer la liberté de choix. Mais je
comprends de votre propos que même si l'intention elle est bonne, vous craignez
qu'un gouvernement futur puisse venir modifier ça.
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Exactement.
M. Jolin-Barrette : Mais ça,
cette situation-là pourrait survenir supposons à Ottawa demain matin, on a un
député qui pourrait déposer un amendement au Code criminel avec le processus
législatif, puis il pourrait recriminaliser l'avortement. Si ça arrive, moi je
souhaiterais que le gouvernement du Québec vienne du côté des femmes, puis
vienne protéger ça au Québec. Est-ce que, si l'article... à l'article 29, si
votre crainte elle est sur le fait que les députés pourraient changer
l'article, si on faisait en sorte que cet article-là bénéficie d'une procédure
d'amendement particulière pour faire en sorte, je ne sais pas, que ça prendrait
75 % des députés ou le 2/3 ou 100 % des députés, est-ce que vous
seriez plus à l'aise avec ça?
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Écoutez, je pense aussi qu'il faut voir c'est quoi le
but ici. Et si on veut protéger le droit à l'avortement, qui est déjà bien
protégé au Canada, il faudrait peut-être s'attaquer au réel souci de
l'avortement ici. Au lieu d'essayer de constitutionnaliser quelque chose qui
risquerait possiblement d'être nocif, pourquoi ne pas plutôt regarder les
enjeux au niveau de l'accès à l'avortement? Pourquoi ne pas plutôt travailler
sur ce qui va réellement aider les femmes à pouvoir avoir l'avortement qu'elles
veulent, quand elles le veulent et où elles le veulent? Parce qu'en ce moment,
c'est plutôt ça le défi. En ce moment, on a un paysage légal exemplaire au
Québec et au Canada. On a un très bon accès au Québec, on va se le dire, on est
choyés. Mais par contre, c'est loin d'être l'idéal. Donc, il reste beaucoup de
travail à faire...
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : ...sur... sur l'accès à l'avortement sur le terrain et
c'est là qu'on devrait mettre nos efforts.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, je suis d'accord avec vous. D'ailleurs, c'est pour ça que l'ancienne
ministre de la Condition féminine a déposé un plan d'action, puis on est
pleinement conscients, puis effectivement, ça passe par davantage d'accès, puis
je suis d'accord avec vous. Cela étant, on est beaucoup dans
l'opérationnalisation puis dans le développement des politiques publiques, puis
aussi sur ce qui est important pour la société québécoise. Ce qu'on cherche à
faire aussi, c'est prévenir et s'assurer qu'on ne se retrouve pas dans des
situations comme d'autres États dans le monde, puis justement, positionner
l'État québécois comme étant... un partenaire. Parce que l'accès, c'est bien,
c'est ce qu'il faut travailler concrètement pour que les femmes, à tous les jours,
puissent avoir accès dans chacune des régions, que ce soit par instruments, que
ce soit par la pilule, ces différents éléments-là. Mais si, dans le futur, il y
avait un gouvernement qui diminuait cet accès-là, vous ne croyez pas que le
fait d'avoir, dans la loi des lois, une obligation pour l'État québécois de
protéger le libre choix? Ça ne serait pas, justement, une façon d'être
générateur de droits puis générateur d'obligations, même pour l'État québécois,
pour lui imposer ça, puis pour dire : Comme société, on a choisi,
vraiment, de l'écrire parce que l'article n'est pas sur le... le... les
modalités de comment est... est pratiquer ce soin de santé là, ce n'est pas sur
les modalités relativement au fait de... du nombre de semaines ou tout ça, ce
n'est pas un article sur le soin de santé. C'est plutôt un article sur
l'obligation de l'État.
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Mais en ce moment, c'est un article comme ça. Mais si on
crée un article, si on crée un droit constitutionnel, on crée aussi l'opportunité
de le modifier dans le futur. En ce moment, ça n'existe...
M. Jolin-Barrette : Bien,
comme... comme c'est le cas actuellement, prenez, exemple, vie, liberté,
sécurité. Ce sont des droits qui sont codifiés dans les deux Chartes et la Cour
suprême a utilisé le droit à la sécurité pour, justement, permettre que le
droit à l'avortement, on vient reconnaître le droit à l'avortement, donc c'est
à cause que le législateur a écrit quelque chose que ça a été générateur de
droit. Mais bref, je veux juste céder la parole...
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Je comprends, mais par contre, personne ne s'oppose au
droit à la sécurité et il y a beaucoup de gens qui voudraient s'opposer à
l'avortement. Alors, ils ne jouissent pas d'un statut semblable.
M. Jolin-Barrette : Bien, ça,
c'est un autre débat. Mais je vais céder la parole à mes collègues. Je vous
remercie beaucoup pour votre présence en commission.
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Merci.
Une voix : ...
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Très
bien, merci beaucoup. Alors, je cède la parole au porte-parole de l'opposition
officielle... non, à la députée de Robert-Baldwin. Vous disposez de 6 min 45
sec.
Mme Garceau : Merci, Mme la
Présidente. Merci, Dre Verret-Daigneault d'être ici avec nous. Vous mentionnez,
je crois, d'après votre mémoire ici, là, votre grande préoccupation qui a été
aussi exprimée par le Conseil du statut de la femme et plusieurs autres groupes
de femmes et de médecins et d'experts. Toute la question qu'on prévoit...
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Absolument.
Mme Garceau : ...on prévoit
l'article, on a l'article 29, ça va donner la possibilité aux groupes
anti-choix de venir contester la loi devant les tribunaux et afin, au bout du
chemin, d'obtenir des restrictions, d'aller chercher des restrictions au droit
à l'avortement qui, en ce moment, n'a aucune restriction. Est-ce que ça, ça
exprime pas mal votre... votre crainte principale?
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Oui, absolument.
Mme Garceau : OK. Et vous
mentionnez aussi le... la mobilisation des groupes anti-choix. D'après vous,
est-ce qu'il y a une plus grande mobilisation en ce moment, dans la dernière
année?
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : C'est sûr que ce qui se passe avec nos voisins du Sud,
je pense, donne un souffle au mouvement anti-choix et on est loin d'être à
l'abri de ça au Canada et même au Québec. Donc oui, on veut définitivement
faire... être de plus en plus vigilants.
• (17 h 50) •
Mme Garceau : OK, et parlons
en termes de, aussi... parce que vous avez demandé qu'on devrait miser,
vraiment, sur l'accès, l'accès, particulièrement, en région. On comprend qu'il
y a certaines...
Mme Garceau : ...le... il y a
beaucoup de difficultés. Certaines femmes peuvent attendre des semaines et des
semaines avant de pouvoir même aller... pour obtenir un rendez-vous. Et donc,
ça fait en sorte que les délais occasionnés, elle ne peut pas prendre la pilule
abortive et donc, on est rendus à une intervention, évidemment, de grossesse
par instruments. Qu'est-ce que vous voyez? Qu'est ce qui est nécessaire pour
assurer que les femmes au Québec puissent avoir accès dans les régions? C'est
quoi qui est nécessaire, en ce moment, de faire?
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Bien, écoutez, c'est sûr qu'il y a plusieurs fronts
auxquels on pourrait s'attaquer. Assurer l'accès à travers toutes les régions
du Québec, c'est un gros morceau. Améliorer l'accès à la télémédecine, ça aussi
va être primordial. Sinon, il y a aussi une question de financement public
universel. En ce moment, les patientes qui sont couvertes par la RAMQ ont accès
à un avortement gratuit. Par contre, on a beaucoup de patientes issues de
l'immigration, de plus en plus. Quand elles ont un statut de réfugiée, c'est
couvert par le Programme fédéral de santé intérimaire, mais quand ce n'est pas
le cas, pour beaucoup de nos patientes, elles doivent débourser de leur poche.
Et c'est des gros montants qui ne sont pas du tout faciles d'être assumés par
beaucoup de nos patientes. Donc, évidemment que ça joue... beaucoup sur
l'accès. Puis sinon, bien, il y a aussi la contraception gratuite pour tous
qui... qui va... qui est un... un allié, hein, qui est définitivement dans la
même bataille que l'accès à l'avortement, c'est-à-dire donner des outils aux
patientes pour qu'elles puissent éviter d'être enceintes quand elles ne le
veulent pas.
Mme Garceau : Est ce que vous
avez vu des... des changements sur le terrain depuis... depuis l'adoption du
plan pour améliorer l'accès, le plan de l'ancienne ministre de la Condition
féminine, le plan pour améliorer l'accès à l'avortement. Est-ce que vous avez
vu des changements depuis l'adoption de ce plan?
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Bon, pour être honnête, moi, je pratique exclusivement à
Montréal. Montréal doit être la ville au monde où il y a le meilleur accès à
l'avortement. C'était déjà le cas avant le plan, ça ne veut pas dire, encore
une fois, que c'est parfait. Mais moi, dans ma pratique, en ce moment, dans les
cliniques où je travaille, ça se passe bien, l'accès. Mais encore une fois, les
enjeux sont plutôt pour nos types de patientes et l'origine, dans le Québec,
des patientes. Parce que ça nous arrive quand même, à Montréal, de recevoir des
patientes d'autres régions parce qu'elles ont des soucis d'accès. Donc, une
différence qu'on a vue très, très récemment, c'est, justement, les patientes
qui nous venaient de Québec, de la ville de Québec. Il y avait une difficulté
d'accéder à un avortement à Québec, et ça m'arrivait dans tous mes milieux de
pratique de Montréal, régulièrement, de recevoir des patientes de Québec qui
préféraient faire la route et venir chez nous pour ne pas attendre des semaines
et pour pouvoir avoir leur avortement plus rapidement et en un seul
rendez-vous. Donc... oui?
Mme Garceau : Oui, parce
qu'il y a... il y a... il y a un manque de clinique dans la... la Capitale...
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Dans la Capitale-Nationale, absolument. Mais récemment,
un centre de santé des femmes vient d'ouvrir à Québec, et ça va faire une
énorme différence pour les patientes de Québec. En ce moment, elles n'ont
accès, dans cette clinique-là, qu'à l'avortement médical, mais c'est invité à
changer où elles pourraient aussi avoir un avortement par instruments.
Mme Garceau : OK.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
5 sec.
Mme Garceau : Merci beaucoup.
Merci de votre intervention.
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Merci à...
La Présidente (Mme Boivin Roy) : ...merci
beaucoup. Alors je cède maintenant la parole au porte-parole du deuxième groupe
d'opposition pour une durée de deux minutes 15 secondes.
M. Bouazzi : Merci, Mme la
Présidente. Merci, docteure, pour la clarté de vos propos. Je vais vous dire,
vous n'avez pas eu à me convaincre. Je suis déjà convaincu depuis plusieurs
années et en imaginant que je n'étais pas convaincu, j'aurai été convaincu en
2023, quand la ministre de la Condition féminine a fait la même proposition et
que ce même gouvernement auquel le même ministre de la Justice appartenait a
décidé de reculer parce qu'il s'est rangé aux mêmes arguments que vous nous
avez donnés en compagnie d'autres groupes, ça fait que bon, je comprends
qu'avoir le même... nous espérons qu'avoir le même débat donnera le même
résultat, c'est-à-dire se débarrasser de ça. Vous vous dites : si on veut
vraiment améliorer les questions de justice faites aux femmes, de droit à
l'égalité parce qu'on parle beaucoup de ça aussi, le droit fondamentaux de
faire ce qu'on veut avec son corps, bien en fait, garantissons un meilleur
service pour que le service d'avortement soit plus accessible.
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Absolument. Je pense qu'en ce moment, le cadre légal de
l'avortement n'est pas là où on devrait mettre nos efforts.
M. Bouazzi : Et qu'on peut
mettre plus d'efforts ailleurs, là où ça compterait.
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Oui.
M. Bouazzi : Et concernant les
contraceptifs gratuits, est-ce que vous pensez que ça pourrait aider le droit à
l'égalité?
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Définitivement, en ce moment, la contraception est très
souvent sur les épaules des femmes et l'accès à la contraception n'est pas
évident pour toutes. C'est pourquoi la gratuité de la contraception aiderait
grandement dans le but final qui est le contrôle du corps des femmes par les
femmes et de pouvoir décider quand elles veulent être enceintes si elles le
veulent.
M. Bouazzi : C'est très
clair. C'est un aspect systémique, hein, des inégalités qui n'est pas fait sur
une base religieuse et c'est peut-être pour ça que le gouvernement n'intervient
pas, mais on espère qu'il verra la lumière à un moment. Merci beaucoup,
docteure, pour votre participation.
Mme Verret-Daigneault
(Geneviève) : Merci à vous.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Alors,
merci, Dre Verret-Daigneault, justement pour votre contribution aux travaux à
la commission. Alors, nous allons, compte tenu de l'heure, ajourner les travaux
au jeudi 11 décembre, après les avis touchant les travaux des
commissions où elle poursuivra son mandat.
(Fin de la séance à 17 h 58)