Journal des débats (Hansard) of the Committee on Institutions
Version préliminaire
43rd Legislature, 2nd Session
(début : September 30, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
Tuesday, February 10, 2026
-
Vol. 48 N° 11
Special consultations and public hearings on Bill 1, Québec Constitution Act, 2025
Aller directement au contenu du Journal des débats
9 h 30 (version non révisée)
(Dix heures)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît!
Bonjour, tout le monde. Content de vous retrouver. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des institutions ouverte.
La commission est réunie afin de
poursuivre la consultation générale et les auditions publiques du projet de loi
n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) est remplacée par M. Sainte-Croix
(Gaspé); et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) par M. Bouazzi
(Maurice-Richard).
Le Président (M.
Bachand) :Merci. On a le plaisir de
commencer ce matin avec M. Eric Montigny, professeur titulaire, Département de
science politique de l'Université Laval. Merci beaucoup d'être avec nous. C'est
un grand plaisir. Alors, vous connaissez les règles, huit minutes de
présentation, après ça, période d'échange. La parole est à vous. Merci
beaucoup.
M. Montigny (Eric) :Merci, M. le Président. D'abord, je veux saluer tous les
membres de la commission qui font un travail vraiment essentiel sur un projet
de loi aussi fondamental. Je suis ici aujourd'hui pour vous présenter mes
réflexions, réflexions qui s'inscrivent dans une analyse de science politique,
pas dans une analyse juridique, vous le comprenez bien, en lien avec mon
expertise, mais une présentation de réflexion aussi qui porte sur l'évolution
du fédéralisme canadien...
10 h (version non révisée)
M. Montigny
(Eric) : ...et les différentes forces qui animent les tensions,
mais aussi les relations entre les États membres de la fédération. D'abord, je
tiens à dire que le dépôt d'un projet de Constitution pour le Québec, ça vient...
ou ça vise à renforcer son autonomie et rééquilibrer les forces dans la
fédération canadienne. Et pour ça, il s'agit d'un geste fort d'affirmation
politique.
La dynamique fédérale canadienne est
marquée par des tensions. C'est normal dans la plupart des fédérations d'avoir
des tensions entre les États membres et l'État central. Ceci dit, depuis 1867,
on observe dans l'évolution du fédéralisme canadien différentes forces
centripètes, c'est-à-dire des forces qui visent à centraliser la fédération
davantage, en opposition à des forces centrifuges, des forces de
décentralisation qui viennent si on veut garantir davantage d'autonomie pour
les États fédérés.
Ce qu'il faut dire, c'est que le Québec, c'est
la principale force centrifuge au Canada. Ça, c'est dans l'histoire du Québec d'avoir
été l'élément qui, d'un gouvernement à l'autre, travaille à assurer davantage d'autonomie
pour le Québec et qui vise à justement s'assurer du respect des compétences
prévues à la Constitution de 1867, mais aussi d'accroître les pouvoirs de l'Assemblée
nationale. Malgré les efforts des différents gouvernements qui se sont succédé,
il existe un paradoxe, c'est qu'il manque un outil fondamental au Québec pour
justement accroître cette force centrifuge au Canada. C'est une... Et là, je
parle d'une Constitution écrite qui lui permettrait de renforcer et de consolider
son autonomie et même d'accentuer cette dynamique centrifuge dont il est le
porteur dans la fédération canadienne. Il lui manque une constitution écrite.
L'idée d'une constitution écrite d'ailleurs
pour le Québec, ce n'est pas une nouvelle idée. C'est une idée qui a pris, dans
le fond, beaucoup de portée à partir de la Révolution tranquille. Ce qui est le
paradoxe, c'est qu'on n'a toujours pas une Constitution écrite au Québec. On
dispose cependant déjà d'éléments écrits. D'ailleurs, avec la loi no 96, on est
venu inscrire certains éléments dans la Constitution canadienne. Dans la partie
québécoise, la Constitution canadienne, donc, il y a certains éléments qui ont
été écrits jusqu'à tout récemment. Ce qui ne vous empêche pas de prêter comme
députés serment à la Constitution du Québec lorsque vous êtes assermentés,
prêter serment à une Constitution dans le fond, tirée de l'héritage
britannique, une constitution qui est essentiellement non écrite.
Avoir une constitution écrite, c'est une
pratique qui est courante dans les fédérations, dans plusieurs États fédérés,
qu'on pense à certains États américains, en Allemagne ou même au Canada, en Colombie-Britannique,
les États fédérés se sont dotés de constitutions écrites. Donc, ce n'est pas
une anomalie d'avoir une conscience écrite dans une fédération. Au contraire, l'anomalie,
c'est que le Québec, malgré sa volonté d'autonomie, malgré sa principale
caractéristique d'être une force centrifuge au Canada, n'en a toujours pas une.
Comme je le disais, depuis la Révolution
tranquille, cette idée a été portée par divers courants politiques, Union
nationale, Parti libéral du Québec, ont été des grands porteurs de cette idée-là
dès l'époque de la Révolution tranquille. Et c'est naturel parce que la
spécificité du Québec, dans un contexte géopolitique qui est le sien, où la
langue et la culture francophone sont minoritaires sur le continent anglophone,
bien, requiert, si on veut, des garanties constitutionnelles. Une constitution
écrite, ça n'a pas qu'une valeur symbolique. Il s'agit d'une véritable épine
dorsale qui incarne l'identité collective, les valeurs et les droits
fondamentaux d'une population.
À mon avis, le projet de loi constitutionnelle
2025 sur le Québec affirme le pouvoir québécois, en plus d'adopter une
définition civique et inclusive de la nation. Et ce, tout en reconnaissant les
nations autochtones et le respect des droits de la minorité anglophone. Le projet
de loi constitutionnel 2025 sur le Québec établit les responsabilités de l'État
québécois, en plus de renforcer son modèle de laïcité, d'intégration nationale
face au multiculturalisme canadien.
Par une participation formelle aux
nominations de Québécois et Québécoises de nos institutions communes, le projet
de loi renforce aussi la dimension fédérative et asymétrique du régime
canadien. Il intègre des documents fondamentaux en réunissant des lois et
principes à portée quasi constitutionnelle. Il propose des innovations sans
rupture et consolide des dispositifs éprouvés. Autrement dit, on n'a pas cherché
à réinventer la roue. On a intégré plusieurs éléments législatifs, plusieurs...
M. Montigny
(Eric) :...façons de faire, plusieurs
principes qui sont déjà en pratique au Québec.
La loi sur l'autonomie constitutionnelle
repose quant à elle sur une posture proactive et renforce l'action du Québec.
En matière de processus d'adoption de mécanismes constitutionnels, il existe
deux conceptions : une approche figée ou une approche évolutive.
L'approche retenue dans le... dans le projet qui est à l'étude devant votre
commission, parce qu'il n'insère pas à ce stade de formule d'amendement
contraignante, se veut une approche évolutive, contrairement à ce qu'on voit
avec la constitution canadienne, où certains vont même dire qu'on a jeté les
clés pour procéder à des réformes majeures. Bien, ce qui est proposé devant
vous, c'est une approche qui est évolutive, donc perfectible, pour tenir compte
de l'évolution de la société québécoise.
Au Canada, tant en lien avec le contexte
historique, rapatriement unilatéral, nuit des longs couteaux de 1982, échec de
Meech, 1987, 1990, même Charlottetown, on a voulu créer une architecture
complexe, complexe où la procédure multilatérale d'amendement requiert
tellement d'effort et de consensus qu'on n'a pas tenté l'exercice depuis 1992.
Ça, c'est un problème, c'est un problème quelle que soit la fédération. Sur le
plan démocratique, c'est préférable d'avoir une constitution qui est évolutive
et ouverte à la révision qu'une constitution qui est figée, qui ne permet pas
d'évoluer avec la société.
Par ailleurs, le projet de loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec s'inscrit dans une logique
institutionnelle qui est continue depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans mes
travaux, j'ai eu l'occasion d'analyser l'évolution de la procédure
parlementaire au Québec, du droit parlementaire québécois, bien, de la pratique
et de la coutume vécue à l'Assemblée nationale, et ça s'inscrit, ce... cette
initiative-là, dans la continuité d'un effacement des legs impériaux et
religieux, c'est-à-dire, si on prend un pas de recul, l'adoption du drapeau
fleurdelisé en 1948 remplaçait le «Red Ensign», l'abolition du Conseil
législatif en 1968 et 1969 s'inscrivait aussi dans l'abandon de legs
monarchistes impériaux, et la francisation du vocabulaire parlementaire,
l'abolition de la prière en 1977, le retrait du crucifix en 2019 et même
l'abolition du serment au roi 2022 en sont des exemples.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. Montigny. On
est rendus à la période d'échange. Alors, M. le ministre, pour une période de
10 minutes 30 secondes, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. M. Montigny, bonjour. Pr Montigny, devrais-je dire. Merci
beaucoup de participer aux travaux de la commission. Écoutez, je pense que
votre mémoire est complet et dresse bien les contours analytiques de la
constitution. Je voulais vous demander. Il y en a beaucoup, de gens, qui sont
venus nous dire que la constitution, elle est divisive, elle est... elle fait
en sorte de favoriser l'exclusion. Est-ce que c'est votre point de vue?
• (10 h 10) •
M. Montigny
(Eric) :Non. Bien, j'ai fait une analyse,
si on veut, des différents articles du projet de loi. Il y a deux types de
nationalisme principalement qu'on peut... qu'on peut définir dans notre
typologie : nationalisme civique versus nationalisme ethnique. Le projet
de loi s'inscrit clairement dans le nationalisme civique : les références
au territoire québécois, tous les gens qui vivent sur le territoire québécois
sont... sont considérés comme Québécois. Donc, il y a une ouverture sur le
plan... sur le plan de la conception même de la nation québécoise qui est
clairement définie dans le projet de loi.
Maintenant, est-ce que tout le monde doit
nécessairement être d'accord avec chacune des dispositions d'une proposition?
Bien, ça fait partie du débat politique, de débattre, de trouver des compromis,
de trouver des voies de passage sur un texte de cette nature. J'ajouterais même
qu'il en va de la responsabilité, si on veut, de tous les parlementaires de
trouver ces voies de passage. Ça fait 60 ans qu'on parle d'une constitution québécoise
écrite, peu importe le parti politique. Maintenant, la balle est en jeu, la
balle est en jeu et ce serait, pour le Québec, je pense... puis cette... dans
le contexte actuel, encore plus complexe, où... le contexte géopolitique aussi,
on voit des nations attaquées sur le plan de leur existence, où on voit une
crise potentielle au Canada dans ses relations avec les États-Unis, c'est
encore plus important d'avoir...
M. Montigny (Eric) :...pour le Québec, le maximum d'outils pour exercer cette force
centrifuge à l'intérieur de la fédération canadienne.
M. Jolin-Barrette : Puis,
dans le fond, à la page 10 et 11 de votre mémoire... 11 et 12,
pardon, de votre mémoire, vous relatez les lois, notamment qu'on vient modifier
ou qu'on vient intégrer dans la constitution, puis pour la majorité, ce sont
des lois ordinaires qu'on vient mettre dans la constitution, donc ce n'est pas
nouveau ce que l'on fait, ça existe déjà puis la problématique était à l'effet
qu'il n'y avait pas, justement, sur la force centrifuge, c'était pour regrouper
dans un seul et même document, puis c'est ce qu'on essaie de faire. Vous venez
de dire : Bien, écoutez, c'est aux parlementaires à discuter, à trouver
des voies de passage ensemble, la balle est au jeu présentement avec le projet
de constitution, qu'en est-il de l'expérience des assemblées constituantes au
Canada, supposons? Je pense vous l'aborder dans votre mémoire.
M. Montigny
(Eric) :Bien, historiquement, il y a eu
des exercices d'assemblée constituante. En théorie, c'est un mécanisme
extrêmement démocratique. En pratique, il y a eu peu de résultats. Il y a eu
beaucoup de consultations, on pense aux assemblées constituantes qui ont eu
lieu, par exemple, sur la réforme du mode de scrutin en Colombie-Britannique.
Il y a eu de la consultation, mobilisation de... beaucoup d'énergie pour
n'arriver à aucune modification législative ou du mode de scrutin. Donc, une
assemblée constituante, c'est un mécanisme qui peut être intéressant sur le
plan démocratique, qui mobilise les forces vives d'une société civile, mais, en
même temps, il n'y a pas de garantie de succès, il n'y a pas d'obligation de
succès non plus. Et ce qu'on a vu par le passé dans des juridictions
canadiennes, c'est que ça n'a pas porté les fruits qui étaient escomptés.
Maintenant, il y a différentes façons de
voir un processus d'adoption d'une constitution. Moi, je pense qu'un des
mérites du processus actuel, c'est le fait qu'on ne jette pas la clé. On n'est
pas venu intégrer ce stade-ci, une formule d'amendement contraignante. Ce qui
fait que... et ça, ça ouvre des voies de passage. S'il y a des éléments avec
lesquels des partis politiques ou des parlementaires ne sont pas en accord, il
y a des membres de la société civile qui ne sont pas en accord et qu'ils
peuvent être enlevé pour produire des compromis, que ça se fasse et que le
reste des idées, des positions soient débattues dans l'espace public en
élection. Que les partis politiques intègrent dans leur plateforme des
modifications, des bonifications, des améliorations à la Constitution du
Québec, que ça fasse partie du débat public. Ça aussi, c'est un exercice qui
est démocratique.
M. Jolin-Barrette : OK.
Peut-être une dernière question avant de céder la parole à mes collègues qui
veulent... qui veulent poser des questions, là, sur le processus de légitimité
de l'adoption de la Constitution actuelle, là, parce qu'il faut le dire, oui,
c'est le projet... Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, donc ça
comprend plusieurs parties. Donc, première partie, la Constitution, deuxième
partie une loi sur l'autonomie constitutionnelle qui est une loi ordinaire,
ensuite des modifications à la loi constitutionnelle de 1867, tout autre type
de modification, puis ensuite une autre loi ordinaire qui est la loi sur le
Conseil constitutionnel. Quand vous faites l'analyse par rapport à la loi
constitutionnelle de 1982 par rapport à la Commission canadienne, c'est quoi
votre analyse sur le processus de légitimité démocratique par rapport à 82, par
rapport à ce qu'on fait présentement, par rapport au fait qu'il y a une
majorité de lois ou d'articles de loi qui se retrouvent déjà dans notre corpus
actuellement pour la Constitution?
M. Montigny
(Eric) :Je vais répondre de deux façons à
votre question. La première, c'est :il y a beaucoup d'éléments qui sont
dans la proposition, qui sont déjà des lois en exercice, qui font consensus,
qui font même partie de l'identité québécoise. Vous pouvez référer au tableau
de la page 11 et 12. Personne ne remet en question dans les partis
politiques la doctrine Gérin-Lajoie, par exemple, qui n'est pas une loi et là
qui aurait un caractère législatif. Donc, il y a beaucoup d'éléments qui font
déjà consensus et qui sont déjà légitimes. On les regroupe. Ça, c'est le
premier volet.
Deuxième volet, je pense que ceux qui font
des comparaisons avec le rapatriement unilatéral de la Constitution et une
adoption d'un projet de loi qui devient une constitution du Québec par
l'Assemblée nationale, par un vote simple de députés, c'est une comparaison qui
ne tient pas la route pour deux raisons. La première raison, c'est que, comme
je le disais tout à l'heure, on ne jette pas la clé. Ce n'est pas la peine du
grand soir. On n'a pas un mécanisme de formule d'amendement qui empêche les
améliorations ou les bonifications. Comme on a... comme on a vu le blocage de
1982. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, je pense qu'il...
M. Montigny
(Eric) :...qui est importante et qui est,
à mon avis fondamentale, c'est qu'on n'est pas en train de faire une rupture
avec un ordre constitutionnel, ici. On est dans la logique de la poursuite
institutionnelle de l'autonomie du Québec. Lorsqu'on vient modifier le
fonctionnement de nos institutions, ça s'inscrit dans la logique qu'on a
adoptée à partir de la Révolution tranquille.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de Saint-Jean,
pour 2 min 40 s, question réponse.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. le Président. Professeur Montigny, on va rester dans les mêmes eaux, il y
avait à boire et à manger de toute part dans votre mémoire, mais vous m'avez
accroché, d'abord, il faut que je vous dise merci de nous avoir... rappelé que
nous prêtions serment à une constitution non écrite, quand on prête serment
comme député, et que ce n'est pas... ce n'est pas exceptionnel, c'est la norme.
J'ai accroché positivement sur «approche évolutive d'une constitution écrite»
qui nous manque, ça, c'est de moi, qui nous manque cruellement, je trouve, dans
nos rapports avec les autres membres de la Fédération et Ottawa. Je verrai si
vous êtes d'accord, mais je vous pose le reste de ma question tout de
suite : Par rapport au fameux processus, je comprends la vision parfaite
d'une constitution par le peuple, pour le peuple, avec le peuple, avec une assemblée
constituante et tout le reste, là, vous avez dit que ce n'était pas
nécessairement un énorme succès jusqu'ici, au Canada, en tout cas, mais...
mais c'est la dimension temps qui m'énerve. Ce que je comprends de ce que vous
dites, parce que c'est évolutif, c'est... entendons-nous, on va avoir beaucoup
plus qu'on avait la veille, puis à partir de là, on va ajuster. Puis à partir
de là, les gouvernements du temps pourront y mettre aussi, à la limite, leur
couleur, si tant est que ça devienne nécessaire à leur... dans leur vision, là.
M. Montigny
(Eric) :Oui, c'est exactement ça. Pour
moi, je vois ça comme une course à relais plutôt que l'attente d'un grand soir,
l'attente d'un grand soir où on... on a la... la constitution parfaite.
D'ailleurs, c'est peut-être une des raisons qui expliquent pourquoi on n'en a
toujours pas, même si on en parle depuis Daniel Johnson père, depuis Paul
Gérin-Lajoie, d'une constitution écrite. Parce que peut-être qu'on cherche le
Saint-Graal de la constitution ou la réalisation de l'indépendance pour la
faire. Et vous avez... raison, tout à fait raison. Et moi, je reviens sur le
contexte. Je pense que le contexte présent, parce que le gouvernement fédéral,
dans des périodes de crise, a toujours une tendance, puis on l'a vu pendant la
Deuxième Guerre mondiale, à venir miner l'autonomie des états membres de la
Fédération. Donc, l'Assemblée nationale de Québec, dans des périodes de
tensions, de crises géopolitiques, a tout intérêt, dans son arsenal, à
renforcer tous les outils qui viennent contribuer aux forces centrifuges de la
Fédération canadienne.
Une voix : Ils sont là-dedans.
Le Président (M.
Bachand) :Merci...
M. Montigny
(Eric) : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député d'Acadie pour
7 min 52 s
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Bonjour, Professeur Montigny, merci pour votre mémoire et votre
témoignage, ce matin, devant la commission. Il y a un élément que je trouve
important, que vous soulignez dans votre mémoire, et vous faites référence au
serment que les députés portent, n'est-ce pas, disent, quand on arrive ici, là,
après, après l'élection. Cependant, dans le projet de... de constitution, le
gouvernement de la CAQ veut y apporter des... certaines modifications, puis...
en tout cas, je ne sais pas si vous pouvez nous éclairer sur la portée, on aura
éventuellement la chance d'en discuter avec M. le ministre, mais ma
compréhension, c'est que présentement, on déclare sous serment qu'on va être
loyal envers le peuple du Québec, donc le peuple, les individus qui le
composent, c'est pour ça qu'on est élu. Dans ce qui est proposé, on serait
loyal envers la nation québécoise. Pourquoi cette différence?
• (10 h 20) •
M. Montigny
(Eric) : Bien, je ne suis pas... Un, d'abord, je ne suis pas
juriste. Je ne suis pas... je n'ai pas participé non plus à l'élaboration du
projet de constitution du Québec. Mais j'y vois un élément de cohérence, de
cohérence avec l'évolution du discours de nos institutions. L'Assemblée nationale
est devenue l'Assemblée nationale uniquement à la fin des années 60, par
rapport à ce qu'était l'Assemblée législative. On a, à certains moments de
l'évolution du Québec, parlé... puis, à mon avis, on parlait un peu de la même
chose...
M. Montigny
(Eric) :...on parlait de société
distincte à l'époque de Meech, par exemple, et du rapport Allaire. On a évolué
dans le vocabulaire notamment en raison de la motion adoptée à la Chambre des
communes. Le terme «nation» s'est imposé avec l'adoption de la motion à la
Chambre des communes sur la reconnaissance du Québec et des Québécois et des
Québécoises qui forment une nation à l'intérieur du Canada. Et ce qu'on a vu,
c'est ce développement-là du mot «nation», de plus en plus être dans les
discours officiels, dans même la loi 96, qui est venue intégrer ce concept-là
de nation dans la partie québécoise écrite de la Constitution canadienne. Et je
trouve que le vocabulaire... C'est comme si on avait parlé de peuple québécois,
on avait parlé de société distincte, et là il y a comme, depuis la motion
adoptée par la Chambre des communes à Ottawa, une convergence vers le mot
«nation». Et, quand on regarde sur le plan sociologique ce que... ce que sont
les Québécois, bien, ils sont effectivement une nation, au sens politologique
du terme.
M. Morin : Merci.
Présentement, quand un député prête serment, il doit le faire dans le respect
de la Constitution du Québec, parce qu'on a déjà des éléments constitutionnels
au Québec. Dans ce qui est proposé par le gouvernement, on rajoute : «et
la défense de la Constitution du Québec, pas juste le respect. Plusieurs
groupes sont venus nous dire que cette... ce projet de loi là gouvernemental
éliminait des contre-pouvoirs. D'autres ont dit qu'il portait même atteinte à
l'État de droit. Défendre cette constitution-là... Si jamais un gouvernement
voulait l'abroger, est-ce qu'il renierait son serment?
M. Montigny
(Eric) :Deux... Deux choses. Je prends un
pas de recul puis je nous amène aux États-Unis en ce moment. Dans les régimes
autoritaires... parce que c'est une constitution qui est démocratique, ce qui
est proposé comme projet, dans les régimes autoritaires, les premiers éléments,
les premiers signes d'un régime autoritaire, c'est justement les attaques
envers l'ordre constitutionnel, envers les protections constitutionnelles. Et
ce qu'on voit dans le débat aux États-Unis actuellement, c'est des gens qui
attaquent le président en disant qu'il ne respecte pas son serment de défendre
la Constitution des États-Unis et de l'appliquer.
Donc, moi, j'y vois plutôt un engagement
des parlementaires à défendre la démocratie, à défendre la démocratie libérale
et à défendre des institutions parlementaires d'une démocratie qui est
représentative, qui sont les fondements mêmes qui sont présentés dans le projet
de loi.
Maintenant, je le dis, on est en
démocratie. Il y a des gens qui ont des opinions, qui voient dans certains
éléments des affaiblissements de certains contre-pouvoirs. C'est leur opinion.
Puis, dans une société libre et démocratique, ils ont le droit de l'exprimer ou
d'exprimer des inquiétudes à cet égard. Ceci dit, c'est à vous, dans votre
sagesse, comme parlementaires, de trouver les voies de passage pour rassurer
des gens qui ont des craintes à cet égard. De mon côté, je n'ai aucune crainte
à la lecture du document.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie. Dans le projet du gouvernement, il y a des... il y a des références
aux Premières Nations. C'est dans trois... trois considérants. Il n'y a aucune
disposition dans le texte de loi. Comment... Comment on pourrait les inclure
davantage pour reconnaître, justement, leur apport à la société québécoise?
M. Montigny
(Eric) :Bien, vous avez raison de le
souligner, des éléments qui le font déjà dans le projet. Là, je ne suis pas un
spécialiste des politiques des premiers peuples, bien au contraire. Ceci dit,
dans les dynamiques intérieures propres aux premiers peuples, il y a... il y a
des visions aussi, ce n'est pas un bloc monolithique, il y a des visions qui
s'affrontent. Pour certains, s'intégrer dans les documents qui sont adoptés par
l'Assemblée nationale, bien, c'est aussi participer au jeu démocratique qui ne
cadre pas dans leur autodétermination. Pour d'autres, au contraire, on souhaite
davantage s'intégrer dans cette dynamique politique et avoir des
reconnaissances plus importantes dans... sur le plan législatif. Donc, il ne
faut pas voir... premier... premier élément, pas voir non plus les communautés
autochtones et les premiers peuples comme étant un bloc monolithique. Ça, c'est
la première chose.
Maintenant, là encore, je reviens sur ce
que je disais, vous avez une responsabilité, à mon avis, qui est historique en
ce moment, parce que la balle est en jeu. Après en avoir parlé pendant
plusieurs décennies au Québec...
M. Montigny (Eric) :...ça a été dans les programmes des partis politiques de
tout horizon et Paul Gérin-Lajoie était un élu premier penseur, si on veut, de
l'idée d'une Constitution écrite pour le Québec. Même, c'était la position qu'il
défendait contre René Lévesque, hein, par rapport à la
souveraineté-association, c'était le... le statut particulier, dans le fond,
qui était porté par Paul Gérin-Lajoie. Je dirais que vous avez une
responsabilité historique de trouver des voies de passage, là aussi.
M. Morin : Une... une des...
des voies de passage. Est-ce que le gouvernement n'aurait pas dû, en amont,
avant même qu'on soit ici, s'asseoir véritablement avec les Premières Nations
et en discuter avec eux? Parce que ce qu'on a entendu la semaine dernière, ce
n'est pas ça. En tout cas, du point de vue des Premières Nations, ce n'est pas
ce qui s'est passé avec... Je pense que la voie de passage, elle va être
difficile à trouver
Le Président (M.
Bachand) : Très rapidement, professeur, s'il vous plaît.
M. Montigny
(Eric) :Bien, très rapidement, je vous
dirais, j'ai... Comme je le disais tout à l'heure, moi, j'ai... je n'ai pas été
consulté ou je n'ai pas participé au... à l'élaboration de la... du projet.
Ceci étant dit, c'est souhaitable qu'il y ait des voies de passage qui
soient... qui soient identifiées pour tout le monde.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Maurice-Richard pour
2 min 38 s, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup,
M. le Président. Donc, on comprend que vous êtes... que vous êtes d'accord
avec... avec et le processus et le contenu à partir de votre mémoire. On a eu
vraiment beaucoup de personnes, la société civile, qui nous ont dit, en gros,
qu'il y avait des contre-pouvoirs qui étaient largement affaiblis, que le
rabaissement de la charte au niveau de... de tout ce qui se retrouve dans la
Constitution, le fait que la Commission des droits de la personne est affaiblie
aussi à travers le changement de sa mission, la hiérarchisation des droits, le
fait que des organismes publics ne puissent plus utiliser leur argent pour
contester les lois du gouvernement, le fait qu'on... il y a la présomption
d'intérêt public de toutes les lois, le fait que la souveraineté parlementaire
soit mise pour justifier des atteintes aux droits fondamentaux, comme une
constitution, ça vient quand même limiter aussi le pouvoir de l'exécutif et
assurer des contre-pouvoirs. Est-ce que vous êtes capable de nommer juste un
point où vous pensez que les contre-pouvoirs sont affaiblis à travers cette
constitution?
M. Montigny
(Eric) :Il y a deux éléments, je pense,
dans votre... dans votre question. Le premier élément, je pense qu'il est
important, vous l'avez mentionné, c'est la souveraineté parlementaire, mais il
y a...
M. Bouazzi : Bien, ma
question est très simple.
M. Montigny
(Eric) : Et il y a une tension.
M. Bouazzi : En tout respect,
j'ai très peu de secondes. Est-ce que vous êtes capable de dire juste un
exemple où les contre-pouvoirs sont affaiblis dans cette constitution?
M. Montigny
(Eric) :Mais je ne suis pas juriste,
monsieur.
M. Bouazzi : Donc, vous ne
voyez aucun contre-pouvoir affaibli.
M. Montigny
(Eric) :Moi, je... je vous dirais, comme
c'est un processus qui est évolutif, si à l'usage, si vous me permettez, si à
l'usage, il y a des soucis, bien, on n'a pas jeté la clé, on n'a pas jeté la
clé.
M. Bouazzi : C'est clair — j'ai
très peu de secondes — vous n'avez aucun exemple d'affaiblissement.
Tous les groupes des Premières Nations que nous avons écoutés nous ont dit que
c'était, en fait, un affaiblissement de leur pouvoir, qu'ils n'avaient pas été
consultés, qu'ils n'ont pas évidemment co-écrit ce... ce projet de loi. Vous
parlez de peuple dans votre mémoire, c'est un mot, en fin de compte, qui ne se
retrouve pas dans la Constitution. Et pourtant, c'est au peuple que les droits
sont dans la Déclaration des droits des peuples autochtones des Nations Unies.
Est-ce que vous pensez que la Constitution devrait justement s'assurer du
respect des peuples et des droits des autochtones?
M. Montigny
(Eric) :Je vous dirais, il y a deux
choses, il y a une façon de... et, je pense, dans le... dans les préambules
puis dans les considérants du... du projet de loi, il y a deux façons de
concevoir les premiers peuples, soit les traiter de peuple à peuple, de nation
à nation, il y a une reconnaissance de chacune des nations autochtones sur le
territoire québécois, dans le préambule et dans les considérants. Maintenant,
si, comme législateurs, vous souhaitez renforcer ces dispositions-là, c'est
libre à vous de proposer les amendements qui viennent le faire. Ceci étant dit,
sans être juriste, sous sa forme actuelle, on ne vient pas soustraire non plus
les droits des traités ancestraux qui sont prévus dans la Constitution
canadienne.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup,
Pr Montigny, d'avoir été avec nous.
Je suspends les travaux quelques instants
pour accueillir nos prochains invités. Merci beaucoup. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 30)
10 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 10 h 31)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! la commission
reprend ses travaux. Il me fait plaisir d'accueillir M. Jocelyn Lauzon… Lauzon
et Pierre-Luc Gauthier en visioconférence. Alors, messieurs, merci beaucoup d'être
avec nous. Vous connaissez les règles, petite présentation suivie d'une période
d'échange avec les membres de la commission. Alors, M. Gauthier, vous avez la
parole, s'il vous plaît?
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Oui.
Bonjour à tous et toutes. Donc, on veut présenter notre mémoire soumis dans le
cadre des consultations sur le projet de Constitution du Québec, sur la
représentation des Premiers Peuples pour une coalition entre les Premiers Peuples
et les Québécois. Donc, moi-même, Pierre-Luc Gauthier, de la Nation
Wolastoqiyik et Jocelyn Lauzon de la nation québécoise, chacun parlant à leur
propre nom, là, et non comme représentant d'une quelconque nation.
M. Lauzon (Jocelyn) : Oui,
bonjour à tous et à toutes. Je vais faire une petite mise en contexte. D'ailleurs.
Pierre-Luc a commencé. Donc, dans le but d'initier une discussion d'ententes de
coalition entre nos cultures autochtones et allochtones, Pierre-Luc et moi
avons proposé un texte en toute humilité. Ce texte a été publié dans le quotidien
Le Devoir, le 27 juillet 2022. Ce texte se voulait une
possible base sur lesquelles des experts, organisations pourraient se pencher.
Nous ne sommes que deux citoyens et nous agissons avec de bonnes intentions,
sans consultation auprès des groupes mentionnés dans le projet. Nous ne
prétendons pas représenter nos cultures, mais nous suggérons une base de
discussion en tant que citoyens engagés provenant de ces cultures. Donc, à
partir de ce texte-là, on s'est inspirés de ce texte-là pour proposer des amendements
au projet de Constitution du Québec.
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Donc,
tout d'abord, ce qu'on suggérait, c'était de remplacer donc la nomenclature
utilisée pour les Premières Nations et les Premiers Peuples, donc d'utiliser
les nomenclatures qu'utilisent elles-mêmes ces nations. On s'entend, on n'est
pas des experts, donc ça serait important, là, de vérifier avec elles pour être
sûrs que ce sont les noms qu'elles souhaiterait, là, qui soient notés dans la Constitution.
M. Lauzon (Jocelyn) : OK. Et
en ce qui concerne aussi le projet de constitution à la page 8, partie 1, je
vais vous lire, là, ce qui est déjà inscrit en ce moment : «Considérant
que l'Assemblée nationale reconnaît aux Premières Nations et aux Inuits au
Québec, descendants des premiers habitants du pays, le droit qu'ils ont de
maintenir et de développer leurs langues et leurs cultures d'origine.»
Nous suggérons de remplacer le paragraphe
par le suivant : Considérant que l'Assemblée nationale s'engage à
travailler en partenariat avec les Autochtones sur le territoire du Québec, à
promouvoir leur culture, incluant la valorisation de leurs langues, leurs
histoires, leurs créations artistiques, leurs modes de vie, leurs spiritualités
et leurs relations avec l'environnement. L'Assemblée nationale s'engage
également à travailler en partenariat avec les Premiers Peuples au sein du
Québec afin de les aider à atteindre leur autonomie.
Donc, la justification de ce changement-là,
dans un contexte de réconciliation, iIl faut aller plus loin que de reconnaître,
il faut s'engager à promouvoir.
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Également,
on souhaiterait, donc, au niveau de la réparation et de l'environnement,
ajouter, là, les considérants suivants, donc : Considérant que l'Assemblée
nationale doit travailler à la réconciliation avec les Premiers Peuples et la
réparation envers les Premiers Peuples, par exemple, donc il pourrait y avoir
constitution d'un fonds entièrement géré par des représentants des Premiers
Peuples afin de constituer, à partir des revenus provenant de l'exploitation
des ressources naturelles du Québec…
Et également on souhaiterait qu'il y ait
un constat rajouté au niveau de l'environnement. Donc : Considérant que l'Assemblée
nationale doit travailler en partenariat avec les Premiers Peuples à la
protection de l'environnement, par exemple par la création d'une politique
commune concernant l'environnement afin également de penser aux générations
futures.
M. Lauzon (Jocelyn) : Donc,
en conclusion, ce qu'on suggère, c'est que suite à l'adoption éventuelle de la
Constitution du Québec, possiblement avec des changements que nous
recommandons, nous recommandons également la création d'une commission
parlementaire permanente consacrée aux enjeux autochtones. Aussi, et ça, c'est
très important, nous aimerions que les 41 communautés des Premières Nations
ainsi que les communautés inuites puissent être consultées adéquatement avant l'adoption
de cette Constitution. Ça, ça veut dire consulter les conseils de bande et
également les conseils traditionnels provenant de ces communautés.
En terminant, je voulais... Pierre-Luc et
moi, on aimerait rajouter que la valorisation du territoire québécois par des
partenaires se respectant…
M. Lauzon (Jocelyn) : ...et se
faisant confiance pourrait permettre d'éviter plusieurs crises à l'avenir. Ces
modifications proposées à la future Constitution du Québec vont dans ce sens.
Donc, je vous remercie, puis on vous
remercie, puis on est disponibles pour vos questions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. M. Lauzon, M. Gauthier, merci de participer aux travaux
de la commission parlementaire sur le projet de loi n° 1. C'est grandement
apprécié.
Peut-être d'entrée de jeu, là, on est venu
inscrire dans le préambule de la Constitution l'existence des 11 nations
autochtones, également le droit... la reconnaissance du droit des Premières
Nations de développer leur langue, leur culture, de faire en sorte également
que les droits issus de traités antérieurs existants également sont reconnus
aussi. Qu'est-ce que vous pensez de ça?
M. Lauzon (Jocelyn) : Oui. En
tout cas, je vais commencer. Mais c'est... c'est ce qu'on disait un peu dans
notre présentation, que ça ne va pas assez loin. C'est... C'est une
reconnaissance, ce qui est un minimum, là, mais on pense que si on veut
vraiment y aller, je pense qu'il y a un effort de la société pour une
réconciliation entre les... entre les nations, les peuples. Il faut vraiment
aller plus loin que... simplement une reconnaissance, là. Il faut promouvoir.
Puis on y allait dans un peu plus de détails, là, dans notre présentation. Mais
c'est ça, si on s'arrête à seulement reconnaître, ça me semble très minimaliste
comme approche puis ça ne me semble pas aller dans le sens de la
réconciliation.
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que... Est-ce que vous reconnaissez l'importance de la signature de traités
entre... entre les Premières Nations puis l'État québécois, cette importance-là
de réussir à faire en sorte de bâtir des ponts puis de trouver des solutions
ensemble, notamment, par les traités qui ont été négociés dans le passé, mais
aussi des traités futurs? Parce que je pense que nous voulons tous faire en
sorte d'arriver à des conclusions avec des traités. Parce que, moi, je partage
cet objectif-là. Le partagez-vous?
M. Lauzon (Jocelyn) : Absolument.
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Mais
je pense que ce qu'on peut constater également dans l'histoire du Canada et du
Québec, c'est : il y a souvent eu demande de concession de la part des
Premières... Premières Nations dans ces négociations-là. Puis, ce qu'on demande
justement, c'est qu'il y ait une discussion... vraiment comme deux partenaires,
pour ce projet-là, plutôt que d'un peu... une demande de concession ou
peut-être une imposition d'une simple... d'une seule vision.
M. Lauzon (Jocelyn) : Puis,
si je peux ajouter, moi, on souhaite évidemment des nouvelles ententes. Il y a
tout... Il y a tout lieu, il y a la place pour faire de nouvelles ententes, là,
de collaboration. Puis le projet de constitution va permettre de mettre la
table, d'après nous, pour ces discussions-là. Donc, il faut mettre la table de
manière appropriée. C'est ce qu'on suggère.
M. Jolin-Barrette : OK. Et,
dans le cadre du projet de loi de constitution, dans le fond, c'est des
dispositions qui existent déjà, ces dispositions-là, notamment. Puis c'est pour
ça que je disais : Peut-être avez-vous vu le passage de l'APNQL, la
semaine dernière, puis mes déclarations publiques à l'effet aussi que le projet
de constitution n'affecte pas les droits des nations autochtones. Au contraire,
il réitère la situation actuelle. Et ça constitue aussi, selon moi, un tremplin
aussi pour dire : Concluons des traités, concluons des ententes dans le
respect de nation à nation. Malheureusement, ce n'est pas perçu de cette
façon-là. Et je comprends le point de vue des Premières Nations. Mais notre
objectif véritable n'est pas de modifier le cursus actuellement sur l'état du
droit pour les nations autochtones. Au contraire, il... il laisse les voies
libres et le droit ouvert justement pour ne pas imposer quoi que ce soit et
pour faire en sorte de pouvoir conclure des ententes. C'est... C'est l'objectif
de la constitution. Donc, la voie, elle est complètement ouverte et c'est une
voie à compléter et à faire ensemble.
• (10 h 40) •
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Bien,
je pense que s'il y a dissension... dissension, donc il y a un résultat où la
communication n'a pas pu être établie pour que toutes les parties puissent
s'entendre. Ça fait qu'à ce niveau-là, je pense qu'il y aurait un travail à
faire, là, pour que tout le monde puisse se serrer la main et travailler dans
le... dans le même sens.
M. Jolin-Barrette : C'est mon
souhait.
M. Lauzon (Jocelyn) : Oui.
Puis, ce qu'on a vu, c'est que... en tout cas, ce que j'ai compris, là, des
remarques, là, des Premières Nations, des représentants, c'est qu'ils voulaient
peut-être mettre un avant-propos où ils ne... ils ne seraient pas assujettis à
la Constitution. Bon. En tout cas, nous, on ne veut pas...
M. Lauzon (Jocelyn) : ...parler
en leur nom, hein? C'est eux qui vont décider. Nous, on suggère. Mais, nous, on
est plus dans un contexte d'entente de conciliation, de réconciliation. Donc,
bon, on est... on pousse vers l'optimisme puis on espère que les suggestions
qu'on vient de faire améliorent le projet, qui permettront peut-être aux Premières
Nations d'être plus... plus optimistes par rapport à la constitution. Mais il
reste que c'est eux qui ont le dernier mot, là.
M. Jolin-Barrette : OK.
Peut-être une dernière question avant de céder la parole à mes collègues, là. Vous
reconnaissez dans votre mémoire que la culture québécoise est menacée puis que
le français est la langue commune au Québec. Est-ce que vous, vous êtes en
accord avec l'article 9 du projet de constitution pour dire que la nation
québécoise a le droit de vivre et se développer en français?
M. Lauzon (Jocelyn) : Absolument.
Oui. On n'a rien à ajouter là-dessus.
M. Jolin-Barrette : OK.
Bien, écoutez, je vous remercie beaucoup pour votre passage en commission
parlementaire. Je vais céder la parole aux collègues.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Alors, donc, je me
tourne vers le gouvernement pour prendre la parole.
M. le député de Saint-Jean, pour
4 min 40 s.
M. Lemieux : Merci
beaucoup, M. le Président. Messieurs, bonjour. L'exercice que vous avez fait,
j'allais dire, m'impressionne, oui, m'impressionne, mais, si vous me permettez,
je vous demanderais de, vous, évaluer, considérer et décrire comment vous avez
vécu ce processus-là, pour ensuite vous retourner vers nous? Ce n'est pas, ce
n'est pas banal. Vous avez probablement d'autres choses à faire le lundi soir
aussi, là.
M. Lauzon (Jocelyn) : Je
vais... je vais commencer, Pierre-Luc. J'ai, en 2022, le 21 juin 2022,
j'ai écrit une première lettre, là, par moi-même, souhaitant ça, une espèce de
conciliation de partenariat avec les Premières Nations, qui a été publiée dans Le
Devoir, le quotidien Le Devoir. Et puis, suite à cette
publication-là, Pierre-Luc m'a contacté par l'intermédiaire du Devoir,
il a trouvé mes coordonnées, puis c'est là qu'on s'est dit que, bien, ce n'est
pas juste de proposer une conciliation, un projet de conciliation, une entente,
un projet d'entente, bien, on en faisait un, nous deux. On se mettait en
situation, puis... oui.
M. Lemieux : Sans vouloir
vous mettre des mots dans la bouche, parce qu'on n'a pas beaucoup de temps,
merci de raconter comment vous en êtes arrivés là, mais je cherchais à savoir
comment vous en êtes ressorti à la fin. Parce que là, c'est fini, là.
Comment... ce que vous avez appris et compris, ce qui vous a surpris?
M. Lauzon (Jocelyn) : Bien,
on a vraiment généré un projet comme tel. On a eu à négocier ensemble. Et puis,
bien, moi, j'ai appris énormément, là. On connaissait de manière générale, mais
Pierre-Luc a fait part, là, des sensibilités, je dirais, des peuples
autochtones. Puis on est arrivé à un projet d'entente, tu sais, déjà, c'est...
ça été... ça n'a pas été de tout repos, là. On a travaillé fort là-dessus, puis
bien, on se dit qu'il faudrait que ça serve, là. C'est un projet de base qui
pourrait servir et c'est pour ça qu'on l'a soumis comme mémoire, là, dans le
cadre du projet de constitution.
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Le
but était de, vraiment, de communiquer ensemble, de s'entendre par consensus.
M. Lemieux : Et ce n'est
pas évident quand on parle des Premières Nations. Même si les mots sont les
mêmes, la signification est souvent différente. Consultation, pour eux, ce
n'est pas juste de les entendre, là. Voulez-vous développer là-dessus?
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Bien,
en effet, mais c'est d'être... de se sentir écouté. Comment je peux dire, si on
souhaite communiquer, qu'on souhaite être consulté, ce n'est pas seulement
être... ce n'est pas seulement que la personne nous écoute, mais qu'on se sente
également écouté.
M. Lemieux : C'est la
différence entre entendre et comprendre et écouter.
Bon, maintenant que vous avez livré tout
ça, il y avait quand même une ouverture, je dirais, de la part du ministre par
rapport à l'ensemble de l'oeuvre. Est-ce que vous allez continuer de suivre ça,
la constitution?
M. Lauzon (Jocelyn) : Absolument.
M. Gauthier (Pierre-Luc) :
En effet.
M. Lauzon (Jocelyn) : On
est Québécois, donc, ça peut nous affecter.
M. Lemieux : Merci
beaucoup, messieurs. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci.
M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui, merci,
M. le Président. Alors, M. Lauzon, M. Gauthier, bonjour. Merci d'être
là avec nous. J'ai effectivement retracé l'article qui avait été publié dans Le
Devoir, donc, dans la section Opinion en juillet 2022. En 2022, vous avez
écrit que les langues des premiers peuples sont menacées de disparaître. Est-ce
que vous trouvez que le gouvernement actuel en fait suffisamment pour
promouvoir et sauvegarder les langues des premiers peuples...
M. Lauzon (Jocelyn) : ...je te
laisse répondre, Pierre-Luc.
M. Gauthier (Pierre-Luc) :
Bien, c'est sûr que, un peu comme je disais, on demande... de manière
historique, on a demandé beaucoup aux Premières Nations de faire des
concessions, et c'est sûr que, des fois, le retour n'a pas toujours été
présent, à mon avis, puis le support pourrait être plus... plus poussé pour
nous aider à garder nos langues, là, en effet.
M. Morin : Dans le projet de
loi n° 1, les références aux Premières Nations sont
dans trois considérants, il y en a un qui parle de la langue. Est-ce que vous
trouvez que c'est suffisant, étant entendu qu'un préambule, évidemment, ça fait
partie de la loi, ça sert à l'interpréter, mais ce n'est pas une disposition de
la loi? Est-ce que vous avez un souhait, par rapport à la promotion,
préservation des langues des Premières Nations, qui devrait être inclus dans le
texte de loi?
M. Gauthier (Pierre-Luc) :
Bien, notre suggestion, dans notre mémoire, je pense que... éclaire bien, nous,
notre souhait de quel support on souhaiterait avoir à ce niveau-là.
M. Morin : Je vous remercie.
Vous avez écrit également, dans la lettre, en 2022, «travailler avec le
gouvernement du Québec à l'autonomie des premiers peuples». Bon, vous
connaissez sûrement la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones, c'est un texte important qui, notamment, vise à aider les Premières
Nations à se développer économiquement. Est-ce que vous trouvez que le
gouvernement actuel répond à ces attentes? Et est-ce que le projet de loi
présenté par le ministre fait état du développement ou de l'autonomie des
Premières Nations?
M. Lauzon (Jocelyn) : Non, et
c'est pour ça, là, si vous avez vu, on le met dans le préambule, mais on le met
clairement, là. On suggère d'ajouter : «L'Assemblée nationale s'engage
également à travailler en partenariat avec les premiers peuples, au sein du
Québec, afin de les aider à atteindre leur autonomie.» Donc, on espère que ce
soit mis très clairement dans le projet de constitution.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie. Puis évidemment, quand on parle d'autonomie, on peut parler d'autonomie
au niveau économique, mais au niveau culturel également. Je comprends que votre
souhait, ce serait d'inclure... d'inclure les deux.
M. Lauzon (Jocelyn) :
Absolument. Donc, dans le même paragraphe, on parle de promouvoir la culture et
aussi d'autonomie. Donc, je pense que ça... ça se complète bien.
M. Morin : Très bien, merci.
Dans le... dans le projet de loi, il y a une référence et c'est
l'article 20 où on souligne : «L'État assure la protection du
patrimoine commun de la nation québécoise. L'eau est une ressource collective
faisant partie de ce patrimoine commun, mais on ne parle pas de l'usage de
l'eau, on ne parle pas de l'environnement comme tel.» Dans la lettre de 2022,
vous en parliez. Qu'est-ce qui pourrait être fait pour assurer finalement la
protection de l'environnement, qui est un élément qui soulève évidemment bien
des inquiétudes pour bien des gens dans la population?
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Si
tu me permets, Jocelyn, nous, ce qu'on propose vraiment, c'est une... de...
bien, pas nécessairement recommencer le processus, mais vraiment susciter la
réconciliation, la communication entre les premiers peuples et la nation
québécoise. Et dans ce contexte, les premiers peuples sont souvent sur le
terrain, sur... pour la protection de l'environnement. Donc, dans ce
processus-là de réconciliation, de discussion, bien, je suis sûr, là, que
chaque... chaque communauté, chaque... chaque communauté aurait, là, leur mot à
dire et leurs suggestions pour améliorer la protection de l'environnement,
entre autres, de l'eau également.
M. Lauzon (Jocelyn) : Puis,
comme vous l'avez peut-être vu, on mettait dans le préambule :
«Considérant que l'Assemblée nationale doit travailler en partenariat avec les
premiers peuples à la protection de l'environnement.» Donc, ça aussi, on espère
le mettre en noir et blanc, là, pas juste l'espérer.
• (10 h 50) •
M. Morin : Parfait. Parlant
de réconciliation, il y a le texte de loi qui est proposé. Il y a la manière
aussi de le partager. Trouvez-vous que la façon dont le gouvernement a agi aide
une réconciliation avec les Premières Nations?
M. Gauthier (Pierre-Luc) :
Bien, ce qu'on peut voir, c'est qu'il y a dissension. Donc, il n'y a pas eu
consensus et ce qui est... ce qui est important, puis Jocelyn l'a dit à la fin
de la présentation tout à l'heure oui, bon, les conseils de bande sont les...
par la loi, les interlocuteurs, mais c'est une création coloniale. Donc, on
souhaiterait également que les conseils traditionnels puissent être consultés
dans ce... dans ces discussions-là.
M. Morin : Oui, allez-y.
M. Lauzon (Jocelyn) : Ah! je
n'avais rien à ajouter...
M. Lauzon (Jocelyn) : ...parce
que c'est ce qu'on a déjà dit, donc oui.
M. Morin : Alors, qu'est-ce
qu'on pourrait faire pour essayer d'améliorer le processus?
M. Lauzon (Jocelyn) : Bien
là, il est un peu tard, hein? Il aurait fallu consulter en amont, mais bon, on
est où on est, là, on ne peut pas revenir en arrière. Donc là, il faut que la
consultation se mette en branle et très sérieusement, là. En espérant que
l'interlocuteur n'est pas déjà trop blessé pour participer à la discussion.
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Je
pense qu'ils devraient ouvrir les canaux de communication, de ne pas le buter.
Avant qu'il y ait adoption de la loi, il y a encore du temps de disponible. Je
pense qu'il n'y a rien qui... Je garde espoir qu'il puisse y avoir discussion,
ouverture, là, de toutes les parties pour discuter puis voir, bien, comment on
peut s'entendre, qu'on peut... Comme je dis, là, le consensus fait vraiment
partie de nos traditions, mais c'est de voir comment on peut arriver à un
consensus tout le monde ensemble, sans qu'une partie ou l'autre doit faire,
bien... qu'il puisse y avoir une réconciliation à ce niveau-là.
M. Morin : Donc, est-ce
que... je voudrais juste apporter une précision pour bien vous saisir, là,
est-ce que vous suggérez qu'une fois ces consultations-là terminées, le
gouvernement devrait mettre son projet de loi sur pause et essayer de rebâtir
des liens avec les Premières Nations et voir après ce qui pourrait être fait?
Parce que, dans la procédure parlementaire, une fois qu'on a terminé les
consultations, bien, éventuellement, il va y avoir une étude d'article par
article du projet de loi, ça va continuer. Souhaitez-vous que le gouvernement
continue ou qu'il mette ça sur pause et qu'on rebâtisse des liens véritablement
avec des Premières Nations?
M. Lauzon (Jocelyn) : Oui,
moi, je souhaiterais qu'on mette ça sur pause, bon, en espérant que ça puisse
fonctionner, mais au moins tenter... tenter le coup.
M. Morin : Tout à l'heure, le
professeur Montigny nous parlait de voie de passage, est-ce que vous considérez
que mettre le projet de loi sur pause et véritablement consulter la population,
ce serait débuter ou, en tout cas, prendre une voie de passage pour un succès
de cet exercice-là?
M. Lauzon (Jocelyn) : On
l'espère, mais oui. Puis avec vous aussi... en incluant peut-être les
modifications qu'on a suggérées, là.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie beaucoup. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Mais merci beaucoup, Messieurs, pour votre contribution. Je dois
dire que c'est d'un des privilèges les plus importants que j'ai
personnellement, en tant que législateur, d'avoir accès à cette intelligence
collective en commission et puis des personnes qui mettent leur bonne foi,
leurs tripes, leur intelligence, et qu'on puisse profiter de l'intelligence
collective que vous apportez. Et puis, je ne vous le dis vraiment pas pour vous
faire plaisir, mais vraiment le plus sincèrement du monde. Et je dois dire que
je ne peux pas évidemment m'empêcher de penser que deux citoyens de bonne foi
de ce beau territoire, une personne autochtone et une personne qui fait partie
de la nation québécoise, sont capables de faire et de nous montrer la voie et
de s'asseoir ensemble pour co-écrire un mémoire qui nous est présenté et qui
clairement, est plein d'intelligence. Et c'est malheureusement ce qui n'a pas
été fait jusqu'à maintenant de la part du gouvernement qui, contrairement à
vous, ne se base pas sur juste le temps qu'il a quand il ne travaille pas sur
autre chose, mais qui est payé pour le faire.
Donc, sur... maintenant, sur le fond de ce
que vous proposez, il y a deux choses. Vous faites bien attention dans votre
lettre, dans votre mémoire, de parler des premiers peuples. Plusieurs juristes
sont passés avant vous et puis des représentants des Premières Nations qui nous
ont expliqué que le mot «peuples» est celui auquel est rattachés les droits
ancestraux et les droits collectifs des Premières Nations. Moi, je vous avoue
qu'avant cette commission, j'utilisais premiers peuples, Premières Nations de
manière interchangeable, mais en fin de compte, non, cette constitution fait
bien attention, ou en tout cas, disons qu'elle omet d'utiliser le mot
«peuples». Si elle ne fait pas attention de ne pas l'utiliser... on verra dans
les échanges qu'on aura avec le ministre, à quel point est-ce que vous pensez
que c'est acceptable de faire la... de passer cette constitution sans faire
référence clairement aux peuples autochtones et donc à leurs droits?
M. Lauzon (Jocelyn) : Moi, je
crois que c'est dangereux puisque c'est... en fait, si on veut avoir une
relation de collaboration avec un peuple, il faut le nommer tel que lui désire
se faire nommer. Puis, c'est ce que j'ai appris dans mes discussions avec
Pierre-Luc, la sensibilité puis l'importance d'utiliser le terme «premiers
peuples», donc de ne pas l'utiliser, ce serait un certain manque de respect.
M. Bouazzi : Donc, si ce
n'est pas là, au bout de compte, on s'entend que cette... cette constitution...
M. Bouazzi : ...elle doit en
fait faire ce changement-là. Sinon, en partant, on est très, très mal partis
pour la suite.
M. Lauzon (Jocelyn) : Tout à
fait d'accord.
M. Gauthier (Pierre-Luc) :
...ça fait partie de nos recommandations.
M. Bouazzi : Merci... merci
beaucoup, messieurs.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. Lauzon, M. Gauthier, merci
beaucoup d'avoir participé aux travaux de la commission, c'est fort apprécié.
Sur ce, je suspends les travaux quelques instants pour accueillir nos prochains
invités. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 56)
(Reprise à 10 h 58)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir les
représentants du Réseau de développement régional. Merci beaucoup d'être avec
nous ce matin. Donc, je vous cède immédiatement la parole. Après ça, on aura
une période d'échange. Merci beaucoup d'être ici encore une fois.
Mme Wellens (Brigitte) : M. le
ministre, les membres de la commission, merci beaucoup de nous offrir cette
opportunité de venir présenter devant vous ce matin. Mon nom est Brigitte
Wellens. Je suis la présidente du Réseau de développement régional et je suis
accompagnée de Mme Rachel Hunting qui est la responsable principale du
développement régional.
Mme Hunting (Rachel) : Alors,
le projet de loi 1 propose de consacrer constitutionnellement le français comme
la seule langue officielle et commune de la nation québécoise, affirme la
nation québécoise et centralise l'autorité constitutionnelle au sein de
l'Assemblée nationale et des institutions provinciales. Par le biais de la Loi
sur l'autonomie constitutionnelle du Québec, le projet de loi affirme, entre
autres, l'autorité de Québec sur les relations intergouvernementales et
l'administration des initiatives relevant de sa compétence.
Bien que la loi n'interdise pas
explicitement le financement fédéral direct des communautés de langue
officielle en situation minoritaire, elle établit un cadre... constitutionnel
et administratif qui permet au Québec de se positionner comme le principal
intermédiaire pour les investissements fédéraux. En l'absence de reconnaissance
provinciale de la minorité d'expression anglaise en tant... en tant qu'entité
collective, ce cadre pose de sérieux risques pour l'autonomie, la
responsabilité et la... viabilité des institutions communautaires d'expression
anglaise soutenues par le gouvernement fédéral.
• (11 heures) •
Mme Wellens (Brigitte) : La
cohésion sociale et le sentiment d'appartenance de toutes celles et ceux qui
vivent au Québec, y compris la communauté d'expression anglaise, devrait être
au cœur du processus d'élaboration d'un projet de loi constitutionnelle du
Québec. Un tel projet doit unir ses citoyens autant que possible. C'est un
exercice démocratique, symbolique, qui a le potentiel de rassembler tous et
chacun autour d'un objectif commun, notre boussole collective.
Malheureusement, aujourd'hui, ma contribution
est plutôt réactionnaire, alors qu'elle devrait se traduire par un engagement
civique fort, porteur de fierté et d'un sentiment d'appartenance renouvelé,
surtout dans le contexte actuel. Un contexte où le logement convenable et
abordable est presque chose du passé. Un contexte où les gens qui vivent dans
la précarité sont de plus en plus nombreux et où il y a maintenant des
sans-abris aux quatre coins du Québec...
11 h (version non révisée)
Mme Wellens (Brigitte) : ...la
santé mentale de nos jeunes m'inquiète énormément, ainsi que leurs perspectives
d'avenir, l'accès à un médecin et à des soins de santé de base et j'en passe, ce
ne sont pas des enjeux qui manquent en ce moment. Je vous avoue être
sincèrement préoccupée par la conjoncture actuelle et, malheureusement, j'ai du
mal à comprendre comment un projet de constitution peut faire abstraction de
tout cela et être la priorité actuellement.
La communauté d'expression anglaise n'est pas
un groupe abstrait. Nous sommes des familles, des aînés, des étudiants, des
travailleurs, tout simplement. Nous ne nous voyons nulle part, dans le texte,
des protections explicites à la hauteur de notre rôle historique et de notre
contribution actuelle. Si on constitutionnalise des principes, mais qu'on
laisse dans l'ombre la réalité de la communauté québécoise d'expression
anglaise, on envoie un message dangereux : Votre place est tolérée, mais
pas garantie. On peut vouloir une constitution québécoise forte et protéger nos
minorités, ce n'est pas contradictoire, un n'est pas obligé d'exister sans l'autre.
Notre constitution doit être bâtie de façon à ce que chaque Québécoise et
chaque Québécois puisse s'y reconnaître. En français, oui, mais aussi avec le
respect et la sécurité d'appartenir pleinement au Québec, quelle que soit sa
langue d'expression. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bonjour à vous deux, Mme Islas... Mme... Oh! Excusez-moi...
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Wellens,
pardon, Mme Brown?
Mme Hunting (Rachel) :
Hunting.
M. Jolin-Barrette :
Pardon, je suis désolé...
Une voix : Mme Brown n'a
pas pu...
M. Jolin-Barrette : Je
suis désolé. Mme Wellens, Mme Hunting. Merci beaucoup de participer
aux travaux de la commission parlementaire. Je tiens à vous rassurer, dans le
fond, le projet de constitution vise tous les Québécois. Puis, à l'intérieur du
projet de constitution, bien entendu, on indique que la langue officielle et
commune du Québec, c'est le français. Puis ça, c'est déjà la situation depuis
1974, dans le fond, avec la loi 22 qui avait été adoptée par Robert
Bourassa. Ça fait que pense que c'est important de le réitérer, mais ça ne
signifie pas qu'il y a un effacement, il y a une non-reconnaissance de la
communauté anglophone, mais je pense que c'est fondamental que le Québec ait
des outils juridiques pour, notamment, s'assurer que le Québec se développe en
français comme étant la seule entité, dans la fédération canadienne, où c'est
la seule langue officielle du Québec, je pense que c'est important de nommer
les choses, mais il ne faut pas le voir en opposition puis en contradiction
avec la communauté anglophone qui a participé à bâtir le Québec, qui contribue,
qui donne une diversité québécoise aussi. Donc, ce n'est pas... le projet de constitution
réitère ce qui existe déjà dans les différentes lois, qui ont débuté par la loi 22,
après la loi 101, la loi 96. Donc, je tenais à vous rassurer sur ce
point-là, il n'y a aucune perte de droits, aucune attaque de droits, rien sur
les communautés anglophones. Au contraire, les droits des Québécoises et des
Québécois sont garantis. Donc, je voulais vous porter ce message-là parce que
je sentais une inquiétude de votre part. Je ne sais pas si ça vous rassure ou...
Vous pouvez me dire non.
Mme Hunting (Rachel) : Bien,
non, pour être... pour être honnête. C'est sûr que ces lois, les lois que vous
avez nommées, existent depuis très longtemps. Ça, j'en suis d'accord. C'est
plus... et ça a été dit, on a écouté un petit peu la fin de la discussion avant
nous et un très bon point a été amené. Pour la communauté d'expression anglaise,
ce qui est primordial pour nous, c'est les consultations, c'est de faire partie...
partie entière de tous les processus démocratiques de... du... de la province,
de l'Assemblée nationale. Et pour un projet de loi aussi important qu'une
constitution, il n'y a pas eu de consultations publiques avant que la loi soit
rédigée. Alors, pour nous, le processus est un peu à l'envers et la loi met en
place un cadre qui peut... qui peut avoir effet d'enlever un processus de
consultation fédéral qui est très important pour la communauté d'expression
anglaise. Alors oui, on peut se rassurer que ces lois existent depuis très
longtemps, et la communauté, elle est quand même encore ici, nous...
Mme Hunting (Rachel) : ...d'avoir
encore une place dans la société québécoise, mais ce n'est pas des garanties
explicites pour... pour tout, dans le fond.
M. Jolin-Barrette : Peut-être
une question sur ce que vous venez de dire. Vous dites, par rapport au
processus fédéral, je voudrais comprendre ce que vous voulez dire, parce que je
regardais, là, dans votre mémoire, notamment, sur supposons, le fait que le
fédéral dépense dans des champs de compétence qui relèvent du Québec. Donc, il
y a la constitution de 1867, qui indique clairement : il y a des champs de
compétence du Québec, il y a des champs de compétence fédéraux. Puis, dans le
fond, ça doit passer par le Québec. Si on permet au fédéral de dépenser dans
tous les champs de compétence qui sont québécois, on viole la constitution
comme le fédéral le fait allègrement. Et, soit que ça dédouble les services, ou
que ça fait en sorte qu'on n'a pas suffisamment de financement pour offrir un
service de qualité à l'ensemble des Québécoises et des Québécois sur l'ensemble
du territoire. On se bat contre ça, parce que le fédéral, là, ils n'ont pas
l'infrastructure pour offrir des services de qualité. Ils nous font souvent la
leçon au Québec, supposons en matière de santé, en matière d'éducation, en
matière de soutien aux organismes communautaires, mais ils envoient de
l'argent, comme en hélicoptère, un peu partout, là, sans s'assurer que chaque
dollar qui est investi va vraiment produire des résultats pour le citoyen qui
va avoir un service, que ça va être suffisamment... tout ça. On est confronté à
cette réalité-là. Ça fait que je voudrais comprendre quand vous dites : Il
faut permettre au fédéral de dépenser dans les champs de compétence du Québec.
Mme Hunting (Rachel) : Bien,
en fait, pour la communauté d'expression anglaise québécoise, on est reconnus
au sein du fédéral comme une communauté de langue officielle en situation
minoritaire au Canada, et comme les francophones à l'extérieur du Québec. Et
avec ce statut-là, le fédéral fait des investissements dans les communautés
linguistiques en situation minoritaire. Si la possibilité pour notre communauté
d'avoir des consultations avec ceux qui font les investissements dans les secteurs
qui sont primordials pour le bien-être et la vitalité pour nos communautés,
nous venons de perdre un processus qui est très important puis qui est notre
façon d'exprimer les vrais besoins pour la communauté d'expression anglaise.
Les services qui sont offerts par les
services provinciaux sont excellents, sont disponibles dans les régions, mais
ils ne sont pas disponibles pour tous les Québécois et Québécoises. Ils ne sont
pas disponibles avec une lentille pour un utilisateur anglophone ou
d'expression québécoise, ils ne sont pas garantis dans les régions très
éloignées et rurales. C'est un manque que ces organismes communautaires qui
sont financés par les investissements fédérals peuvent venir combler avec ces
sous-là. Et c'est là qu'il y a une incohérence. C'est aussi une inquiétude,
parce que si on perd ces façons de se prendre en main puis de servir notre
communauté quand il y a des lacunes dans les services existants, la communauté
va perdre les services.
M. Jolin-Barrette : Peut-être
une précision, là : le projet de loi n'empêche pas les organismes
communautaires d'avoir des discussions avec le gouvernement fédéral. Il n'y a
rien dans le projet de loi qui... qui fait ça.
Mme Hunting (Rachel) : Les
discussions, oui, mais ça pourrait empêcher les investissements qui se font
directement dans ces communautés-là.
• (11 h 10) •
M. Jolin-Barrette : Non.
Le fédéral doit quand même passer par le Québec actuellement, en vertu de la
loi sur le Conseil, le ministère du Conseil exécutif, c'est déjà le cas. Mais
ça, ça signifie aussi que quand le gouvernement fédéral passe par... veut
passer par-dessus la tête du gouvernement du Québec, c'est de l'argent qui est,
oui, peut-être versé directement à certains organismes communautaires. Mais si
c'était jumelé en cohérence avec le Québec, au lieu de tout faire tout seul, le
gouvernement fédéral, puis de faire ça, les ressources à la portée des
organismes communautaires, anglophones notamment, seraient d'autant plus
importantes, plutôt que d'avoir le gouvernement fédéral qui dépense d'une façon
non cohérente, je dirais. Ça fait que c'est ça qui arrive, le soutien aux
organismes communautaires et de compétences du Québec.
Notre objectif, c'est de faire en sorte
que toutes les communautés aient les ressources appropriées. Mais on se
retrouve parfois dans du dédoublement, ou que l'argent n'est pas optimisé, tout
ça. Puis je comprends votre crainte sur le fait que vous souhaitez avoir accès
à ce financement-là. Le projet de loi ne fait pas en sorte d'empêcher cela
parce que c'est déjà le cas actuellement. C'est une codification de ce qui est
déjà fait, et notre objectif, c'est justement de s'assurer que, bien, on ait
davantage d'argent pour répondre aux besoins de la population puis que le
fédéral...
M. Jolin-Barrette : …ne
dépense pas comme ça sans… sans plan de match.
Mme Hunting (Rachel) : La
problématique avec… avec ça, c'est que les organismes, dont notre organisme, le
Réseau du développement régional représente, par exemple, c'est
19 organismes avec des mandats régionaux auprès de la communauté
d'expression anglaise partout à l'extérieur de l'île de Montréal et Laval. Ça
fait que c'est vraiment les régions plus éloignées, rurales et ainsi de suite.
Ces organismes-là ont des mandats généralistes, ce qui fait en sorte qu'ils ne
peuvent pas aller accéder à un financement du ministère des Aînés, ministère
des familles, ministère des femmes. Ça ne fonctionne pas comme ça. Chaque fois
que les organismes essaient d'accéder à un financement de base d'un
département, ils se font dire : Vous êtes multisectoriels, on ne peut pas
vous financer, il faut que tu aies un mandat vraiment spécifique. Ce n'est pas
le cas pour ces organismes-là. Ils n'ont pas l'infrastructure pour avoir plusieurs
petits organismes avec des mandats sectoriels pour qu'ils puissent accéder à
ces financements-là. Alors, si les investissements fédéraux viennent aux
provinces puis sont repartis dans les divers ministères, c'est quoi la garantie
pour ces organismes-là qui sont financés depuis 40 ou 50 ans, est-ce
qu'ils vont pouvoir continuer leur travail? Est-ce qu'ils vont pouvoir accéder
à des fonds qui sont jugés sectoriels car eux ont des mandats généralistes?
Parce que présentement, on se fait dire la meilleure façon d'y accéder, c'est
de créer une entité à part, avec un mandat qui est… qui est cohérent avec le
ministère, puis d'accéder à l'argent comme ça. Est-ce qu'on serait obligés de
créer plusieurs petites entités ou est-ce qu'il va y avoir une souplesse puis
une reconnaissance pour les mandats généralistes?
Le Président (M.
Bachand) : Mais, merci beaucoup, merci beaucoup. M. le député
de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Et merci. Merci,
M. le Président. Mme Wellens, Mme Hunting, bonjour. Merci, merci d'être là.
J'aimerais que vous… vous puissiez nous éclairer davantage, et si vous avez des
exemples concrets avec ce que vous venez de dire, parce que, bon, je comprends
qu'entre autres, vous représentez 19 organismes dans la communauté d'expression
anglaise, mais que présentement plusieurs de ces organismes-là ont de la
difficulté à avoir accès à du financement de base par le gouvernement du
Québec.
Mme Wellens (Brigitte) : …je
vous donne un exemple, s'il vous plaît. Donc, il y a un programme fédéral qui a
existé pendant un bon nombre d'années, qui s'appelait Skills Link, qui a
été justement transféré vers la province. Les sous pour la communauté
d'expression anglaise ne sont plus disponibles. On ne peut plus accéder à ces
sous-là. Un autre exemple concret, c'est l'enveloppe…
M. Morin : Et si vous me
permettez, je m'excuse, je vous interrompre, mais… alors, ce programme-là,
c'est un programme fédéral. Donc, le fédéral a mis à la disposition des
organismes dans les provinces une certaine somme d'argent. Je comprends que,
pendant un bout de temps, vous avez eu accès à ces fonds-là. Et donc, quand
vous aviez accès, ça vous permettait de faire quoi exactement?
Des voix : ...
Mme Wellens (Brigitte) : Précisément,
ça venait donner des... des leviers pour des jeunes, des membres de la
communauté d'expression anglaise pour développer des compétences et faciliter
ou améliorer leur accès au marché de l'emploi, donc quelque chose qui est hyper
important et critique pour notre communauté. Parce que je ne vous cacherai pas
qu'il y a un bon nombre de… que ce soit les CGE ou les autres organismes qui
œuvrent dans le domaine de l'employabilité font du travail excellent. Nous, on
travaille en collaboration avec eux et on agit comme courroie de transmission,
mais ce n'est pas vrai qu'ils peuvent desservir nos gens en anglais. On le vit
à tous les jours. Donc, pour revenir un petit peu à ce que… ce que Mme Hunting
a dit tout à l'heure, c'est qu'on se voit être obligés de créer, à l'intérieur
de nos organismes, plein de secteurs pour être capables d'agir et d'offrir des
services à la communauté convenablement.
M. Morin : Et là, je
comprends que ces fonds-là, c'est ce que vous nous avez expliqué, là, vous n'y
avez plus accès.
Mme Wellens (Brigitte) : Exactement.
Mme Hunting (Rachel) : Les
fonds ont été transférés à l'Emploi Québec, et quand l'organisme communautaire d'expression
anglaise fait une demande de financement auprès du fédéral, il y a un certain
montant qui est dédié pour les langues officielles, que ce soit francophone ou
anglophone. Alors, il y a un montant dans l'enveloppe globale qui est tagué
pour les communautés d'expression… de langue officielle en situation
minoritaire avec le transfert à l'emploi Québec, ce tag-là, elle n'est plus là.
Alors, il y a…
M. Morin : Mais elle est où?
Mme Hunting (Rachel) : Je ne
le sais pas.
M. Morin : Elle s'en va où?
Mme Hunting (Rachel) : On ne
le sait pas...
Mme Hunting
(Rachel) :
...your
guess is as good as mine. Il n'y a plus de ... ou de ... linguistiques,
il n'y a plus d'obligation de faire un investissement dans la communauté
d'expression anglaise, et c'est par ça que les sous se perdent, parce que les
organismes générals ne peuvent pas accéder à un financement d'Emploi-Québec
parce qu'ils ne sont pas considérés comme une ressource externe. Pour
Emploi-Québec, ils sont considérés comme un organisme communautaire avec un
mandat autre que l'emploi, parce qu'ils sont souvent en santé, en emploi, en
éducation, ils sont un peu de tout, parce que très souvent, dans les régions,
c'est le seul institution anglophone qui demeure.
M. Morin : Exact...
Mme Hunting (Rachel) :
Alors, il y a comme un... ils sont comme pénalisés pour ne pas avoir un mandat
très spécifique.
M. Morin : Donc... parce
que dans certaines régions du Québec, bien, en fait, on peut penser à la
Côte-Nord, la Gaspésie, des régions...
Mme Hunting (Rachel) :
Basse-Côte-Nord.
M. Morin : C'est ça,
Basse-Côte-Nord, donc, effectivement, il y a des communautés d'expression
anglaise, mais ces gens-là ne sont pas très, très nombreux, disons-le, alors,
ils n'ont peut-être pas non plus les ressources pour créer une série
d'organismes qui correspondrait aux critères du gouvernement du Québec pour...
gros, gros problèmes administratifs, là, donc, ils se regroupent, puis là,
bien, le gouvernement du Québec leur dit : Ah, non, là, vous n'avez pas un
mandat, mettons, exclusif ou spécifique dans tel domaine en emploi. Donc, vous
n'aurez pas accès à ces fonds-là. Est-ce que c'est... c'est ce que je
comprends?
Mme Hunting (Rachel) :
C'est ça, ils ont accès à des fonds pour les projets, mais pas pour un
financement de base.
M. Morin : Exact. Donc,
là, pour les projets, ils sont obligés de recommencer à tout bout de champ.
Mme Hunting (Rachel) : Exact,
puis c'est... c'est des projets, il faut que ça soit innovateur, il faut que ça
change à chaque année. Ce n'est pas quelque chose qui peut être récurrent.
Mme Wellens (Brigitte) : Même
ces projets-là ne sont pas garantis.
Mme Hunting (Rachel) : Non,
c'est ça.
Mme Wellens (Brigitte) : Parce
que dans certains secteurs, si on pense à l'employabilité, précisément, les
sous au provincial proviennent de Services Québec, au fédéral, bien, ça peut
provenir d'une multitude de sources. Le gouvernement provincial, à cause du
M30, peut décider. Si, comme dans mon cas spécifique, là, mon organisme ici,
dans Québec, on a basculé vers un financement plus important du côté provincial
que fédéral. Donc, le gouvernement du Québec décide si j'ai le droit d'entrer
dans une entente avec le fédéral ou non. Et je vous garantis que si c'était une
demande de financement au fédéral qui viendrait aider les membres de ma
communauté en employabilité, je n'aurais jamais de M30.
M. Morin : Donc, vous
n'auriez pas accès à ces fonds-là?
Mme Wellens (Brigitte) : Non,
ni du fédéral.
M. Morin : Non, c'est
ça, exact.
Mme Hunting (Rachel) : Non,
c'est ça. Et le... je ne dirais pas le vrai enjeu, mais un enjeu qui... pour le
long terme, c'est que les organismes communautaires d'expression anglaise
risquent de ne plus accéder ou d'essayer d'accéder à des financements
provincials, justement parce qu'ils vont se retrouver dans une position comme
l'organisme de Mme Wellens, qu'aussitôt que tu bascules de... plus que
50 % de ton financement provient du provincial, la loi M30 est appliquée.
Alors, ces organismes-là, ils vont faire un choix entre se faire financer par
des programmes et des investissements provincials ou un investissement fédéral
qui... qui est fait avec une consultation communautaire aussi avant que le
programme est écrit. C'est un... Pour moi, c'est un plus gros enjeu parce que
les communautés se sentent à l'externe des investissements provinciaux.
M. Morin : Puis,
évidemment, vous l'avez souligné tout à l'heure, vous avez dit : Le
processus, avec le projet de loi, a été fait à l'envers. Si le gouvernement
voulait le faire à l'endroit, qu'est ce que vous lui suggérez, au gouvernement?
• (11 h 20) •
Mme Hunting (Rachel) : Venez
nous voir. Sortez de Québec, venez en région, faites des consultations en
régions avec toutes les populations et les sous-populations concernées. Si vous
voulez qu'on se sente partie prenante puis qu'on se voie dans le projet de loi,
puis qu'on ait une... une rassurance et un sentiment de sécurité, bien, ça
prend aussi... tu sais, ça... Il faut que nous... il faut que nous... nous
demander ce que nous avons besoin et c'est quoi notre avis aussi.
Mme Wellens (Brigitte) :
On doit avoir un dialogue.
Mme Hunting (Rachel) :
Il doit y avoir un dialogue, c'est certain.
M. Morin : Puis, je
comprends que ce dialogue là, présentement, vous ne l'avez pas?
Mme Hunting (Rachel) : Non,
non, nous ne l'aviez pas. Nous n'avons pas été consultés, de ma connaissance,
dans le... avant que le projet de loi soit rédigé.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup.
M. Morin : Très bien,
merci. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci
beaucoup, merci beaucoup, mesdames, pour votre contribution. Je tiens à
rappeler, quand même, un certain nombre de faits importants. Je pense qu'ici,
il n'y a aucun des groupes qui représentent les minorités anglophones, dont
vous faites partie, qui...
M. Bouazzi : ...en cause le
fait que la langue commune au Québec, de la nation québécoise, c'est le
français. Je rappelle aussi que les communautés anglophones ont beaucoup évolué
à travers les années, elles n'ont jamais été aussi bilingues, elles n'ont
jamais autant parlé français qu'au jour où on se parle aujourd'hui. Et je
rajouterais une dernière donnée, c'est que les minorités anglophones sont, oui,
surreprésentées chez les gens qui sont très riches, que vous ne représentez pas
spécialement aujourd'hui et que nous on espère taxer, et de l'autre côté sont
surreprésentés chez les personnes les plus vulnérables et en dessous du seuil
de pauvreté, parce qu'il est beaucoup question de ça. Ça fait que peut-être,
d'abord, commençons par le commencement. Qu'est-ce qui ferait en sorte... Vous
avez dit que vous ne ressentiez pas que vous faisiez partie de ce processus-là.
Quels sont les principes qui devraient être fondateurs pour que cette
constitution-là rassemble toutes les Québécoises et québécois, y compris les
minorités minorité anglophone?
Mme Wellens (Brigitte) : Bien,
d'abord et avant tout, un processus de... de consultation en amont avec les
parties prenantes, les gens qui... Les gens doivent se voir dans un projet
comme ça. Tu sais, je ne l'ai pas dit légèrement tout à l'heure, quand je parle
de boussole, c'est vraiment ça. On peut se doter vraiment de... de mécanismes
et de... de... de lois super importantes, mais où les gens doivent se... se
reconnaître dans ce qui est... dans ce qui est présenté dans un projet de loi.
Je suis née à Montréal. Ma mère était
francophone, mon père est anglophone. J'ai étudié dans les deux langues. J'ai
envoyé mon fils dans les deux langues aussi, son primaire en français, son
secondaire en anglais, de la même façon que je l'ai fait. J'ai du mal à me
reconnaître honnêtement dans le Québec d'aujourd'hui. Je trouve qu'il y a... il
y a plein d'autres priorités en ce moment. Puis, la constitution peut exister
avec la contribution de tous, alors qu'on fait juste partie, là, de...
Une voix : ...
Mme Wellens (Brigitte) : ...du
préambule, là, même pas un paragraphe, là, c'est... c'est minime. Je ne me vois
pas dans ce texte-là du tout, alors quand on protège la langue française depuis
des décennies et des décennies, c'est la communauté d'expression anglaise qui a
mis en place les programmes d'immersion française dans les écoles. On est votre
allié numéro un puis on ne se sent pas de cette manière, en ce moment.
M. Bouazzi : Elle peut et
elle doit faire en sorte que vous faisiez partie de cette constitution et donc
de notre avenir. Merci beaucoup d'avoir participé à cette constitution.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. À moi de vous
remercier, ça a été très apprécié.
Sur ce, je vais suspendre les travaux
quelques instants pour accueillir nos prochains invités. Merci beaucoup!
(Suspension de la séance à 11 h 24)
(Reprise à 11 h 25)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ces travaux.
Il nous fait plaisir d'accueillir les
représentants de l'Association des commissions scolaires anglophones du Québec.
Merci beaucoup d'être avec nous. Alors, vous connaissez les règles, votre
exposé, après ça période d'échange. Alors, la parole est à vous. Alors,
M. Ortega, oui. Ortona.
M. Ortona (Joe) : Oui.
Bonjour.
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y. Oui.
M. Ortona (Joe) : Merci. M.
le ministre, M. le Président, Mmes et MM. les membres de la commission
parlementaire, we thank you for hearing us today in this very important bill
and its impact on all Quebeckers. I'm Joe Ortona, president of
the Québec schoolboards association and I…
M. Ortona
(Joe) : ...accompanied by Christopher Graig,
vice-president, David Meloche, executive director, and Kim Hamilton, director
of communications.
Le présent mémoire
est le résultat d'un travail concerté entre l'Association des commissions
scolaires anglophones du Québec, l'Association des directeurs généraux des
commissions scolaires anglophones du Québec et l'Association des
administrateurs des écoles anglaises du Québec. Ensemble, ces organisations
expriment une opposition commune, claire et sans équivoque au projet de loi n° 1 dans son intégralité. Ces organismes desservent ses
neuf commissions scolaires membres comptant près de 100 000 élèves
répartis dans 306 écoles, centre d'éducation des adultes et centre de
formation professionnelle. Collectivement, ces institutions emploient plus de
20 000 Québécois. Malgré la diversité des territoires et des profils d'élèves,
toutes nos commissions scolaires partagent un engagement commun : offrir
une éducation publique de qualité, inclusive et fondée sur le respect de toutes
les identités. Alors que le gouvernement prétend que l'éducation est la
priorité des priorités, la prétendue loi des lois suggère malheureusement le
contraire. Aujourd'hui, je me tiens devant vous au nom de l'Association des
commissions scolaires anglophones du Québec, de l'Association des directeurs
généraux des commissions scolaires anglophones du Québec et de l'Association
des administrateurs des écoles anglaises du Québec pour partager notre profonde
inquiétude quant au projet de loi n° 1 et ses répercussions
sur notre système scolaire, sur la démocratie et sur notre communauté
minoritaire anglophone.
La démocratisation et la décentralisation
de l'éducation pendant la Révolution tranquille constituent l'un des fondements
de la société québécoise moderne. Ces réformes ont permis de créer un système
scolaire accessive... accessible, inclusif et ancré sur des valeurs
démocratiques. Or, depuis 2018, nous constatons que le gouvernement défait peu
à peu cette vision, remplacée par une approche de plus en plus centralisatrice.
Le projet de loi n° 1 en est le point culminant. Il
viendrait fragiliser l'autonomie de nombreuses institutions qui, depuis de
décennies, défendent les droits fondamentaux et collectifs des Québécois, y
compris nos commissions scolaires et nos associations professionnelles.
Although the government
presents this Bill as a Constitution, Bill 1 in practice undermines the very
principles a constitution is meant to protect. A constitution should serve to
limit state power and protect the rights and freedoms of its citizens. Bill 1
does the opposite. It discourages institutions from challenging government
actions, it limits access to justice, and advances a narrow definition of
society shaped by the ruling party's vision rather than reflecting the rich
diversity of Québec.
Le Québec est un
projet collectif. Chaque citoyen contribue à son évolution. Toute initiative
future visant à créer une Constitution québécoise devrait faire l'objet d'une
large consultation, refléter les valeurs communes de tous les Québécois et
respecter pleinement les droits fondamentaux, y compris le droit de contester
les décisions devant les tribunaux. Malheureusement, le projet de loi n° 1, rédigé à huis clos, ne respecte aucune de ces
conditions.
The section 23 Court
challenges illustrate how our institutions actively safeguard minority language
rights. They are not solely about protecting the English language system, they
are fundamentally about upholding democratic principles and ensuring equitable
access to justice for all Quebecers. Our students, our staff, and our
communities have a vested interest in ensuring that these rights are respected,
and that government decisions do not erode or undermine them.
• (11 h 30) •
Depuis
plusieurs années, le gouvernement a adopté des lois, notamment les projets de
loi 21, 23, 40, 84 et 96, qui ont eu pour effet de centraliser graduellement
les pouvoirs décisionnels et de réduire l'autonomie des commissions scolaires.
Le projet de loi n° 1 s'inscrit dans le continuum
législatif et en représente l'expression la plus aboutie. Alors que l'éducation
demeure le levier le plus puissant d'épanouissement personnel et collectif, ce
projet de loi détourne l'attention des véritables enjeux et alimente des
dynamiques d'exclusion identitaire.
Bill 1's measures go even
further, entrenching expanded state authority through a range of government
power centric provisions within the proposed legislation presented as a Québec
Constitution Act. It lacks clearly defining characteristics :consultation,
amendment framework, and a true constitutional legitimacy. For school boards
and their associations, the government seeks to restrict hoe it can defend our
Canadian constitutional rights, access federal funding and initiatives, and
establish...
11 h 30 (version non révisée)
M. Ortona (Joe) :
...priorities. The result is
institutional isolation. English-language school boards become dependant on
provincial discretion and exposed to political whim. At the scope extends far
beyond education : Over 1,000 public institutions, including all school
systems encompassing French, English, First Nations and Inuit education
networks, professional orders, municipalities, postsecondary institutions,
health and social services, human rights and its overseeing bodies far within
the reach of these provisions.
Le projet de loi
n° 1 s'éloigne de la vision portée par la Révolution tranquille, celle d'un
Québec où gouverner, planifier et dialoguer se fait avec le peuple. Aujourd'hui,
au lieu de soutenir la participation citoyenne et l'engagement démocratique, le
gouvernement semble chercher à réduire au silence les voix dissidentes. Il
impose une vision tronquée de qui appartient à la société québécoise en ne
valorisant que le nombre restreint de perspectives politiques et idéologiques.
Nos commissions scolaires anglophones
contribuent activement à l'avenir du Québec. Elles forment des élèves
bilingues, ouverts d'esprit, engagés et capables de raisonnement critique.
Elles offrent des programmes de français langue seconde et de langue maternelle
parmi les plus performants, dépassant souvent les... les exigences
ministérielles. Elles créent un environnement scolaire inclusif et stimulant,
propice à la réussite et à l'épanouissement.
The Government should
focus on real priorities : equitable access to high-quality education,
support for school personnel, ensuring that all students, regardless of
background, can thrive. Bill 1 fails to do so. Instead, it centralizes power,
limits the autonomy of our institutions and undermines both democratic values
and educational outcomes.
C'est pourquoi
nous, l'ADGCSAQ, l'ADGCSAQ et L'AAEAQ, demandons au gouvernement de retirer le projet
de loi n° 1 dans son ensemble. Nous insistons également sur le fait que
toute future initiative visant à créer une Constitution québécoise doit :
1 faire l'objet d'une large consultation
publique et parvenir à un consensus légitime;
2 protéger les droits et libertés des
Québécois, garantir la participation... démocratique et établir clairement les
pouvoirs et limites du gouvernement, particulièrement en matière d'éducation;
3 se concentrer sur les véritables
priorités de la société... société québécoise plutôt que sur la centralisation
du pouvoir et les débats identitaires.
Nous continuerons à tendre la main au
gouvernement dans un esprit de collaboration pour participer activement à
toutes les discussions sur l'éducation et la citoyenneté au Québec. Nous
restons déterminés à protéger les droits de nos élèves et à garantir un système
scolaire inclusif, démocratique et performant.
Ladies and Gentlemen, the
future of Québec depends on protecting our democratic institutions, our
educational system and the rights of all citizens. By rejecting Bill 1 and
focussing on real priorities, we can ensure a Québec that is inclusive,
democratic and strong.
En conclusion, nos
commissions scolaires anglophones représentent non seulement un réseau éducatif
performant, mais également un pilier de la société québécoise. Nous invitons
tous les acteurs, citoyens, parents, personnels scolaires, élus scolaires,
associations, organisations communautaires, municipalités et gouvernement
provincial à travailler ensemble pour construire un Québec où l'éducation et
les droits démocratiques sont véritablement la priorité des priorités. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci
beaucoup, M. le Président. M. Ortana, M. Craig, M. Meloche, Mme Hamilton,
bonjour. Merci de participer aux travaux de la commission parlementaire.
Puis vous savez, M. Ortona, on a le même
objectif que vos organisations, de faire en sorte effectivement que la
démocratie prime, que la séparation des pouvoirs s'applique, que la primauté du
droit puisse s'appliquer, et également que tous et chacun au Québec puissent
avoir accès à une éducation de qualité, puissent réussir et puissent poursuivre
ses rêves et ses objectifs, peu importe le réseau scolaire dans lequel ils
étudient.
Cela étant, si on revient sur la question
du projet de loi n° 1 et particulièrement sur la première partie du projet
de loi sur la Constitution, est-ce que vous êtes en faveur que l'égalité entre
les femmes et les hommes prime sur la liberté de religion en cas de conflit
entre les deux?
M. Ortona (Joe) : Les droits
sont des droits, M. le ministre. Bien honnêtement, les droits doivent être
pesés et considérés. Et, des fois, on peut arriver que c'est du cas par cas. L'égalité
des sexes...
M. Ortona (Joe) : ...c'est
un droit très important. La liberté de religion est un droit important aussi.
Si l'expression ou l'exercice d'un droit de religion, bien, cause à
discriminer, bien là, c'est sûr qu'on ne peut pas discriminer. C'est important.
Mais de dire qu'on a des droits qui sont plus importants que d'autres, c'est d'une
certaine façon dire qu'on n'a pas de droits.
M. Jolin-Barrette : Ah!
bien, moi, je ne dirais pas ça, mais ma question est quand même claire, là.
S'il y a un conflit, là, entre l'égalité entre les femmes et les hommes puis la
liberté de religion, là, êtes-vous d'accord qu'au Québec, là, c'est l'égalité
entre les femmes et les hommes qui prime, là? Particulièrement dans vos centres
de services scolaires, dans vos commissions scolaires, là, où vous avez des
petits garçons, des petites filles, est-ce que vous trouvez ça important que
l'égalité entre les femmes et les hommes, entre les petits gars puis les
petites filles, prime sur la liberté de religion?
M. Ortona (Joe) : Premièrement,
on n'a pas ce conflit-là dans nos écoles, donc, je ne sais pas de quel conflit
vous parlez. Peut-être que si vous voulez en donner des exemples, je ne sais
pas, mais l'égalité entre hommes et femmes, entre garçons et filles est très
importante. C'est ce qu'on enseigne et c'est ce qu'on fait tout effort à
respecter.
M. Jolin-Barrette : Donc,
il n'y a jamais aucune situation qui est avérée où vous devez faire des
accommodements et religieux notamment, et que la question de l'égalité entre
les femmes et les hommes se présente dans vos centres de services scolaires?
Vous me dites ça sérieusement?
M. Ortona (Joe) : Oui,
je vous dis ça sérieusement. Je vous rappelle que toutes situations qui sont
survenues, là, par rapport à les problèmes, exemple, école Bedford, c'était
toutes des écoles francophones dans le réseau public francophone où il n'y
avait plus de représentation de la communauté ou plus d'élus, puisque la
loi 40 les a abolis. Et on voit maintenant que c'est un échec total,
nonobstant le fait que vous tentez toujours de maintenir la constitutionnalité
de cette loi-là devant la Cour suprême.
M. Jolin-Barrette : Ça
fait que, je comprends, ce que vous me dites, c'est l'égalité entre les femmes
et les hommes puis la liberté de religion, c'est un problème, ce n'est pas un
enjeu de société, c'est un problème de francophones. C'est ça que vous me
dites, là?
M. Ortona (Joe) : Non,
non. Non. Non. Ce n'est pas ça que je dis. Ce que je dis, c'est que, nous, on
n'en a pas de ces problèmes-là. Et les cas rares qui sont survenus, c'est dans
les institutions, je ne dis pas francophones, là, ce sont dans les institutions
où vous avez aboli la représentation électorale et la représentation de la
communauté.
M. Jolin-Barrette : Ah!
est-ce que vous croyez que le Québec forme une nation?
M. Ortona (Joe) : Oui,
le Québec forme une nation. Les Premières Nations forment une nation. Mais,
bien...
M. Jolin-Barrette :
Bien, je ne pense pas que les Premières Nations forment une nation. Il y a
plusieurs nations autochtones. Elles se considèrent comme ça, là, aussi. Mais,
parce que vous avez, vous avez appuyer une motion, là, à la commission scolaire
English-Montréal en 2021 qui disait : «Le Québec n'est pas une "nation".
L'intelligentsia québécoise utilise délibérément le mot "nation" de
manière à évoquer une réalité qui n'existe que dans son propre mirage. Le seul
mot précis à utiliser pour définir la réalité du Québec est
"province".»
Est-ce que vous êtes d'accord avec ce que
vous avez voté?
• (11 h 40) •
M. Ortona (Joe) : La
motion qu'on a votée n'était, premièrement, pas rédigée par moi. Elle était une
résolution de sept pages. La résolution appelait pour le retrait de la loi n° 96, et c'est dans ça qu'on a voté en faveur. Et quand je
vote en faveur, évidemment, ça ne veut pas dire que je suis en accord avec tous
les préambules. La commission scolaire, comme vous savez très bien, a corrigé
cette situation-là.
La question que vous devriez poser, M. le
ministre, parce que ce n'est pas si important que ça, si... si moi, je crois
que le Québec forme une nation. Il faut poser la question : Comment ça se
fait qu'il y ait tant d'anglophones qui ne se sentent pas représentés dans
cette nation? Et pourquoi il y a tant d'anglophones qui ne se sentent pas
valorisés ou inclus dans cette nation-là?
M. Jolin-Barrette : Mais,
vous, vous êtes le président du centre de services de la Commission scolaire
English-Montréal et...
M. Ortona (Joe) : Non.
Je suis le président de la Commission scolaire English-Montréal.
M. Jolin-Barrette : C'est
ça que j'ai dit, de la commission scolaire.
M. Ortona (Joe) : Non.
Pas un centre de services scolaires, c'est une commission scolaire.
M. Jolin-Barrette : Oui. Et là...
et là, la commission scolaire conteste le fait que les Québécoises et les
Québécois forment une nation puis que la langue officielle et commune du Québec
est le français. Donc, vous contestez la loi n° 96 en
justice puis on a même les conclusions ici. Alors, comment je dois
comprendre...
M. Jolin-Barrette : ...le fait
que vous ne reconnaissez pas que les Québécois et les Québécoises forment une
nation dans des procédures judiciaires déposées au Palais de justice de
Montréal.
M. Ortona (Joe) : Vous jouez
avec les mots, en...
M. Jolin-Barrette : Mais pas
du tout, c'est ça les conclusions de votre procédure judiciaire.
M. Ortona (Joe) : Non, non,
vous jouez avec les mots.
Le Président (M.
Bachand) : ...ministre.
M. Ortona (Joe) : On conteste
que le Québec a le droit d'amender unilatéralement la Constitution canadienne.
Il y a une formule d'amendement qui existe dans la Constitution canadienne et,
nous, ce qu'on dit, c'est que le Québec ne peut pas, de façon unilatérale,
amender la constitutionnelle de 1867, tout comme elle ne peut pas amender la
constitutionnelle de 1982.
M. Jolin-Barrette : Faisons
ça plus simple que ça, parce qu'il y a cinq formules d'amendement dans la
Constitution, là, mais est-ce que les Québécois et les Québécoises forment une
nation? Et est-ce que la seule langue officielle et commune au Québec, c'est le
français? Donc, est-ce que votre organisation aujourd'hui reconnaît ces deux
principes-là?
M. Ortona (Joe) : Je
reconnais que le Québec forme une nation, mais une nation à l'intérieur d'un
pays qui s'appelle le Canada. Tout comme je reconnais qu'il peut y avoir d'autres
nations à part le Canada, je les ai mentionnées, les Premières Nations. Quand
vous dites que la langue commune est le français au Québec, bien sûr que oui,
c'est la langue de la majorité. Mais vous le savez très bien comme moi, que
l'Assemblée nationale, par exemple, a deux langues. On a le droit de s'exprimer
en anglais à l'Assemblée nationale et on a le droit de s'exprimer en anglais
oralement et par écrit devant tous les tribunaux du Québec. Alors, prétendre
que dans ces instances-là, que je crois être des instances assez importantes,
que le français est la seule langue, ce n'est pas mon opinion, là, c'est juste
un... juridiquement faux.
M. Jolin-Barrette : Bien, il
n'y a jamais personne qui a remis en question l'article 133 de la loi
constitutionnelle 1867 à l'effet que les gens peuvent s'adresser en
anglais ou en français aux tribunaux puis que le droit de parler ici à
l'Assemblée et de délibérant en anglais, en français... D'ailleurs, il a fallu
que les députés fassent une bataille pour pouvoir s'exprimer en français à
l'Assemble nationale. Je pense que ça, on l'oublie. Mais, dites-moi, sur la
contestation de la loi 96, là, la commission scolaire English Montreal est
rendue à combien en termes de déboursés judiciaires et extra judiciaires? Parce
qu'en 2024, ici, là, on disait 1,3 million en 2024, on est rendus en
2026... pardon, sur la loi 21.
M. Ortona (Joe) : Moi,
j'étais venu ici ce matin, M. le ministre, pour répondre aux questions par
rapport au projet de loi n° 1. Si j'avais su qu'on me
posait des questions sur la loi 21 et la loi 96, j'aurais
peut-être... je me serais peut-être...
M. Jolin-Barrette : Bien,
vous l'avez abordé vous-même.
M. Ortona (Joe) : ...préparer
autrement, mais...
M. Jolin-Barrette : Vous
l'avez abordé vous-même dans... vous l'avez abordé vous-même dans le cadre de
votre intervention. Et d'ailleurs, je pense que vous contestez l'article cinq
de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle qui fait en sorte de venir protéger
certaines lois, notamment la loi 21, la loi 96, et vous aurez
probablement constaté que, pour les procédures en cours, on n'y touche pas.
Alors, je veux quand même, pour le bénéfice de la Commission, savoir combien
d'argent public English Montreal a investi dans la contestation à la fois de la
loi 21 et de la loi 96. Les dernières données publiques datent de
2024, mais je suis convaincu, comme président du conseil d'administration du
centre de la... de la commission scolaire, vous avez ces données-là. Vous
engagez-vous à les rendre publiques à la Commission?
M. Ortona (Joe) : Bien, ils
sont publics. Ce sont des chiffres publics, c'est juste que je ne les ai pas
devant moi, parce que, comme je l'ai dit, ce n'est pas le sujet de quoi on
parle.
M. Jolin-Barrette : Auriez-vous
l'amabilité, en toute gentillesse, après l'intervention aujourd'hui, votre
passage en commission, de les communiquer au secrétariat de la Commission des
institutions?
M. Ortona (Joe) : Sans
problème.
M. Jolin-Barrette : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Parfait, alors c'est noté, on va attendre votre
correspondance. M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci. Merci, M.
le Président. Alors, M. Ortona, M. Craig, M. Meloche et Mme Hamilton, bonjour,
merci... merci d'être en commission avec nous. J'ai écouté les questions que M.
le ministre vous a posées en lien pas toujours avec le projet de loi n° 1, mais on est ici pour parler du projet de loi n° 1. Trouvez-vous que c'est un exercice qui est rassembleur?
M. Ortona (Joe) : Non, pas du
tout. Et premièrement, on le voit dans... même dans les questions qui viennent
d'être posées. Je ne sais pas combien de groupes vont présenter devant cette
commission parlementaire, une cinquantaine, une centaine peut-être, dont...
M. Ortona (Joe) : ...parmi eux
peut-être quelques groupes qui représentent la communauté anglophone. Je trouve
ça très révélateur qu'avec le peu de nombre de groupes anglophones qui
présentent, que les députés du gouvernement ne prennent pas l'opportunité de
comprendre quels sont leurs enjeux, leurs préoccupations, ce qu'ils contestent
dans le projet de loi un, toutes les questions qui sont posées n'ont aucun
rapport avec tout ça. C'est sûr que ça ne peut pas être une loi qui est
rassembleur, on n'a consulté personne autre que ceux qui font partie de la même
ligne de pensée que le gouvernement. Un projet de loi de Constitution doit
reconnaître... Une consultation vaste doit être rassembleur avec... en fait,
une consultation la plus vaste, je vais dire, et doit faire en sorte que ça
arrive à un consensus. Toutes... Toutes les partis d'opposition sont contre ce
projet de loi là. Il n'y a rien qui est avantageux pour la communauté
anglophone. Il n'y a aucune reconnaissance de nos droits, de nos droits acquis
dans cette loi-là. Il n'y a absolument rien de rassembleur là-dedans.
M. Morin : Je peux vous dire
que juste avant vous, il y a le Réseau de développement régional qui est venu
en commission, qui est un regroupement aussi d'associations anglophones.
L'opposition officielle, nous les avons effectivement bien écoutés, et puis
on... ils ont été à même d'expliquer justement à la commission et au
gouvernement les enjeux qu'ils vivent dans plusieurs... dans plusieurs
régions... dans plusieurs régions du Québec. Dans le projet de loi n° 1,
est-ce que vous avez vu dans le volet Constitution un droit à l'éducation?
M. Ortona (Joe) : Aucun. Ce
n'est pas mentionné. Comme j'ai dit, le projet de loi omet toute reconnaissance
de droits historiques et constitutionnels de la communauté anglophone,
notamment l'article 23 de la Charte canadienne. Moi, je trouve que le
projet de loi... place les droits des anglophones en position de subordination
face aux droits collectifs. Parce que les droits collectifs, ce que ça... ce
que ça fait, là, ça fait en sorte que c'est la majorité qui décide quels sont
les droits. Et les droits des minorités, dont la minorité linguistique, sont
subordonnés.
M. Morin : Mais vous, vous
êtes président de commissions scolaires anglophones, vous êtes dans le domaine
de l'éducation, vous ne trouvez pas ça étonnant que l'éducation, c'est une...
c'est une richesse, donc dans une constitution, le gouvernement n'en parle pas?
Pensez-vous que c'est un manque? Est-ce qu'on devrait faire quelque chose pour
y remédier?
• (11 h 50) •
M. Ortona (Joe) : Bien, c'est
absolument un manque. Mais, quand on dit de faire quelque chose pour y
remédier... Regardez, si c'était la seule lacune dans le projet de loi, je
dirais qu'on pourrait l'ajuster. Mais il y a tellement de défauts dans ce
projet de loi là qu'il faut être... il faudrait que ce soit soit retiré ou soit
qu'on refonde complètement le projet de loi pour inclure un dialogue inclusif
et une protection équilibrée des minorités. Et c'est sûr que l'éducation devrait
être un des droits qui sont protégés là-dedans.
M. Morin : Et il y a... il y
a plusieurs groupes, il y en a... En fait, on s'est battu pour qu'il y ait des
consultations plus générales. Évidemment, on n'a pas beaucoup de temps par
organismes ou associations. Mais à la fin... Parce qu'il y a effectivement
énormément de groupes qui sont tout à fait contre puis qui nous disent :
Bien, écoutez, arrêtez ça, mettez ça sur pause. Pensez-vous que ce serait une
bonne idée justement que le gouvernement mette ça sur pause, qu'il instaure une
véritable consultation? D'ailleurs, c'est ce que recommandaient les experts
mandatés par le gouvernement pour élaborer son projet, donc d'avoir une
commission transpartisane qui allait véritablement à la rencontre des différents
groupes dans notre société pour récolter non seulement leurs opinions, leurs
enjeux, puis après ça, essayer d'avoir un consensus. Pensez-vous que c'est une
façon de procéder qui...
M. Morin : ...diminuerait
évidemment les divisions créées par le projet de loi du gouvernement.
M. Ortona (Joe) : Absolument.
Premièrement, alors, vous auriez beaucoup plus de temps à consulter toutes les
organisations et... et la population du Québec si on faisait les choses dans le
bon ordre, ça veut dire consulter avant et déposer un projet de loi consensuel
par la suite. On sait très bien que si le gouvernement veut aller de l'avant et
adopter le projet de loi comme tel, ce sera probablement avec très peu d'amendements
et très rapidement. Je répète ce que j'ai dit, M. le député, il y a deux façons
de corriger ça : soit qu'on le retire complètement et qu'on recommence à
zéro après une consultation exhaustive, ou qu'on met sur pause et qu'on
commence un vrai dialogue, là, inclusif avec tous les Québécois et Québécoises
et nos organisations.
M. Morin : Et je
comprends que, bon, vous, vous représentez quand même des milliers d'employés
et plusieurs commissions scolaires. Je comprends qu'il n'y a pas eu de consultations
préalables avec vous ou vos organisations avant le dépôt du projet de loi?
M. Ortona (Joe) : Aucune
consultation, aucune. Aucun écrit. Aucun questionnement. Aucune. Aucune
consultation d'aucune façon.
M. Morin : Très bien. Je
vous remercie, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. le député...
M. Morin : Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le député de l'Acadie.
M. le député de Maurice-Richard,
s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci
beaucoup. Le ministre vous a posé des questions sur à quel point ça vous a
coûté cher de défendre votre point de vue sur la loi n° 21.
Moi, je serais curieux de savoir du ministre combien ça a coûté d'argent public
de défendre la loi n° 21 devant les tribunaux, hein,
une loi qui, faut-il le rappeler, a fait fi de l'exercice démocratique à
l'Assemblée nationale, puisqu'adoptée sous bâillon, a fait fi de l'histoire du
Québec et du fait qu'elle a adopté la Charte à l'unanimité puisqu'elle utilise
la dérogation et qu'en plus elle la modifie à une simple majorité. C'est
beaucoup d'argent public, probablement, pour défendre quelque chose qui n'est
probablement pas défendable aux yeux de la démocratie.
L'histoire du Québec est douloureuse sur
les questions des minorités et même sur les questions des commissions
scolaires. Rappelons-nous que dans la bonne première moitié du siècle, même
après, il y a eu des lois, en fait, et des politiques publiques antisémites,
nommons-les comme elles sont, par rapport aux enfants juifs qui ne pouvaient
pas aller dans les commissions scolaires catholiques, ou dont les parents ne
pouvaient pas siéger dans les conseils d'administration du côté protestant. Une
constitution, ça vient normalement mettre des règles. Si on se retrouve avec un
Duplessis 2.0 qui met des lois racistes ou discriminatoires, est-ce que
vous pensez qu'il est de votre rôle de les contester justement devant les
tribunaux?
M. Ortona (Joe) : Merci
pour la question. C'est sûr que nous avons tous une obligation de contester des
lois qui sont inconstitutionnelles, immorales ou discriminatoires. Pour une
commission scolaire, qui est protégée par la constitution, elle a le droit de
contester devant les tribunaux une loi qui empiète sur son pouvoir de gestion
et de contrôle sur son système scolaire. C'est ce qu'on a dit depuis le tout
début de l'adoption de la loi n° 21. Le gouvernement
ne peut pas nous imposer des limites sur la base purement arbitraire, sur qui,
nous, on choisit d'embaucher comme enseignant ou enseignante dans nos classes.
Et un signe religieux n'a rien à voir avec la qualité de l'instruction que
l'enfant reçoit. Alors, c'est sûr qu'on a cette obligation-là.
Et, de plus, le gouvernement, dans un
projet de loi constitutionnelle, a l'obligation d'avoir un processus d'adoption
et un processus d'amendement qui va au-delà d'une simple loi. La constitution
fédérale a une procédure d'amendement autre qu'une simple majorité de la Chambre
des communes. Ici, pour que ce soit une vraie...
M. Ortona (Joe) : ...constitution,
il ne faut pas que ce soit, comme vous avez dit, là, du Duplessis 2.0 qui
peut, à une majorité simple, adopter ou abolir ce que le gouvernement veut. Il
faut que ce soit consensuel, il faut que ça protège le droit des minorités.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci beaucoup, M. le
député de Maurice-Richard. Merci beaucoup d'avoir
participé aux travaux de la commission, c'est fort apprécié. Et je suspends les
travaux quelques instants pour accueillir nos prochaines invitées. Merci
beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 56)
(Reprise à 11 h 58)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît. La commission reprend
ses travaux. Alors, il nous fait plaisir d'accueillir les représentantes du
Carrefour de ressources en interculturel. Merci beaucoup d'être avec nous. La
parole est à vous et après ça, on aura une période d'échange avec les membres
de la commission. Merci d'être ici.
Mme Morin (Nathalie) : Donc,
d'abord, merci de votre invitation, de nous recevoir. Donc, c'est ça, je suis
la présidente du conseil d'administration du Carrefour de ressources en
interculturelles, un organisme qui existe depuis 25 ans déjà, qui
travaille dans Ville-Marie, mais aussi ailleurs dans la province, à rassembler
puis à développer des projets, des actions, des ressources pour favoriser
l'inclusion des personnes immigrantes puis, je dirais, surtout travailler au
rapprochement interculturel avec la communauté d'accueil. On forme des agents
multiplicateurs qui vont travailler beaucoup à faire connaître le Québec, c'est
pour ça, entre autres, qu'on s'est senti interpellés à déposer un mémoire
auprès de vous, parce que ce Québec qu'on aime faire connaître, ça nous
apparaît le projet d'une Constitution comme quelque chose de fondamental, pas
juste une loi comme les autres. Et puis, bien, comme j'ai cru comprendre,
certains intervenants vous ont déjà mentionné. Pour nous, c'était important
qu'il y ait un processus de consultation large, démocratique, pour qu'on puisse
s'assurer que cette constitution-là, bien, inclut tous les Québécois, qu'ils
aient des racines, on pourrait dire anciennes ou plus récentes.
Donc, ça, c'est une chose qu'on voulait
vous dire, puis on trouvait aussi important que cette occasion-là puisse
peut-être faire de cette nation si distincte... une occasion d'être un modèle
pour les Amériques, puisqu'on est quand même assez unique dans cet univers,
surtout... actuellement, dans le contexte actuel, où il y a beaucoup de
polarisation, puis c'est une occasion d'avoir une démarche qui aurait pu être
plus inclusive si on avait fait de plus larges consultations. Je te laisse la parole.
• (12 heures) •
Mme Islas (Veronica) : Oui,
mais, c'est exactement ça. On considère que... que le fait d'aller consulter la
population, d'être large, de se donner le temps vraiment de parler avec la
personne, de se balader dans les régions, d'approcher les personnes, c'est un
processus qui est exigeant, mais qui va être porteur d'une adhésion de
l'ensemble de la population à un projet si important. On n'est pas en train de
parler d'un petit projet, c'est quand même la Constitution du Québec, donc d'avoir
une cohésion et adhésion sociale serait fondamental pour que le projet soit
rassembleur.
Sinon, c'est ça, parmi les différentes...
les éléments aussi qu'il y a, c'est... on est un peu préoccupés par la question
de la comparaison ou la distinction entre le droit collectif et le droit
individuel. Quand...
12 h (version non révisée)
Mme Islas (Veronica) : ...comme
s'ils étaient incompatibles ou comme s'il fallait faire une primauté des droits
collectifs sur les droits individuels, ça se... puis ça coexiste. Et, en fait,
c'est dans le cadre déjà de l'État de droit du Québec que les droits sont assis
puis qu'on a des tribunaux pour aller quand il y en a, des dérapages. Donc, on
considère que le fait de donner une primauté aux droits collectifs sur les
droits des minorités peut devenir problématique. Et, en fait, ça fait en sorte
que les personnes en ont peur et ça crée la... je ne sais pas si c'est un mot
qui existe, des adhésions, mais ça crée, en fait, une résistance à un projet,
précisément de l'envergure du projet du projet de loi n° 1.
Quand on parle du français, c'est certain
que la langue, la langue du Québec, c'est le français. On n'est pas une
province bilingue. Le Québec est une province qui est francophone. Mais, quand
même, je pense que le défi qui existe autour de cette question-là, c'est vraiment
un défi de discours public qui entoure cette question-là. Moi, je vous dis
quand même, je me considère Mexicoise, vraiment, j'adore le Québec. J'ai choisi
le Québec. En fait, j'habitais en Ontario, puis ça me manquait, le Québec. Je
suis revenue au Québec, parce que j'aime beaucoup ma province, et c'est la
première fois que j'entends parler de conversation privée, dans une langue
maternelle, comme étant problématique ou en danger par rapport à la
préservation du français. En fait, c'est certain que les personnes...Tu sais,
comme moi, à la maison je parle l'espagnol et par contre je parle super bien le
français, pour moi ça fait tout le sens et je suis vraiment une grande
défenderesse de la langue française.
Mais il ne faut pas confondre la sphère publique
de la sphère privée et faire des amalgames par rapport à ça. Parce qu'en fait
les personnes qui parlent, à la maison, leur langue maternelle font en sorte qu'elles
apportent aussi beaucoup plus de richesse. Autant qu'on respecte le droit et la
langue dans notre vie collective commune, je pense que c'est aussi une valeur
importante de respecter la sphère privée des personnes comme... Moi, depuis
longtemps que je l'ai compris comme ça. Donc, quand même, c'est quelque chose
que, pour nous, c'était important de nommer. Et on considère que c'est vraiment
important quand même le maintien de la langue française, et qu'il faut que le
Québec se donne des moyens, les moyens de ses ambitions, puis qu'on ouvre plus
de place en francisation. Les personnes... On veut que les personnes apprennent
le français en six mois, mais les personnes attendent encore pour avoir des
cours de français. Et ce n'est pas tout le monde qui est vraiment doué par
rapport aux langues. Il y a des personnes qui sont bonnes en mathématiques des
personnes, il y a des personnes qui sont bonnes en langue. Mais, c'est quand
même... Ça prend du temps. Moi, ça m'a pris plus de six mois et, par contre je,
pense que j'arrive à communiquer. Et donc, donc c'est ça, c'est quelque chose
aussi qu'on aimerait déposer un peu comme une réflexion qu'on avait. C'est
ça...
Mme Morin (Nathalie) :
...peut-être que tu pourrais aussi... s'assurer...
Mme Islas (Veronica) : Oui.
Sinon, on voulait aussi aborder, en fait, la question de la laïcité précisément
quand on parle de droit, qui est de droits, comme, collectifs versus les droits
individuels. Parce qu'en fait, quand même, la définition de la laïcité, c'est
une séparation de politique et de religieux, puis c'est vraiment la neutralité
de l'État par rapport aux pratiques privées des personnes et des individus. Et
donc, dans ce sens-là, on parle... qu'on pense qu'il y a quand même... Puis,
nous, on est vraiment en faveur de la laïcité, tu sais, comment... on pense que
chaque personne devrait vivre sa religion. Mais, quand même, ce qui est
important, c'est vraiment, encore là, de ne pas créer de sentiment d'exclusion,
parce que, finalement, on a peur par rapport à certaines religions, vis-à-vis d'autres
religions. C'est quand même la question d'être neutre puis de permettre aux
personnes de vivre leur religion. C'est important puis c'est un droit, en fait,
fondamental qui est exprimé dans la Charte des droits et des libertés.
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup. On est rendu à la période d'échange. Alors, M.
le ministre, s'il vous plaît.
Mme Islas (Veronica) : Ah! déjà,
OK.
Le Président (M.
Bachand) : Oui, ça va vite.
Mme Islas (Veronica) : Merci
beaucoup. OK.
M. Jolin-Barrette : Merci. M.
le Président. Mme Islas, Mme Morin, Mme Morin, merci de participer aux travaux
de la commission pour le Carrefour de ressources... de ressources en
interculturel. J'aimerais qu'on...
M. Jolin-Barrette : ...sur les
droits individuels, les droits collectifs, là. Est-ce que vous êtes d'accord
avec le fait que s'il y a un conflit entre l'égalité entre les femmes et les
hommes et la liberté de religion, qu'au Québec, ce qui prime, c'est l'égalité
entre les femmes et les hommes par rapport à liberté de religion? Est-ce que
vous êtes d'accord avec ça?
Mme Islas (Veronica) : Mais,
en fait, moi, je pense que c'est une question qui ne peut pas avoir une
réponse, parce que, en fait, dans la loi, déjà, dans les droits, les droits des
femmes sont inscrits. Et si quelqu'un abuse des droits des femmes, on a des
mécanismes dans les tribunaux pour nous assurer que les droits des femmes sont
respectés et des abus des droits des femmes et de la violence contre les femmes,
par exemple, ça existe dans toutes les communautés, incluant la communauté
d'accueil. Il y en a des féminicides qui se passent au Québec, moi, ça
m'attriste beaucoup. Donc, il ne faut pas faire des amalgames. C'est pour ça
qu'on a des tribunaux, on a du droit, on n'a pas besoin de...
M. Jolin-Barrette : Je ne
fais pas d'amalgame, mais vous mettez en contre ballant, vous attaquez les
droits collectifs un peu dans vos propos, puis dans votre mémoire. Je veux
juste être certain qu'on soit sur la même page, OK? On a eu des cas, là. Est-ce
que pour vous, pour votre organisme, à la Société d'assurance automobile du
Québec, un homme pour des raisons religieuses qui refuse d'être servi par une
employée de sexe féminin, est-ce que vous trouvez ça acceptable?
Mme Islas (Veronica) : Non,
mais je pense qu'on a des mécanismes pour résoudre ça sans inscrire comme...
sans inscrire en primauté dans le droit. On a des mécanismes déjà, c'est juste
qu'ils ne sont pas utilisés. C'est pour ça que quand il y a des dérapages, il
n'y en a pas de mécanismes qui sont inscrits dans le droit qui sont déjà
utilisés. S'il y en a une violence faite contre une femme, on peut aller aux
tribunaux, moi, je ne me trouve pas, comme, dépourvue, là, parce qu'il y aurait
un homme d'une religion qui m'attaquerait ou un homme de la communauté
d'accueil. C'est déjà considéré dans le cadre juridique de notre nation
québécoise.
M. Jolin-Barrette : Avec
égard, ce n'est pas de ça dont on parle. Notre gouvernement a mis en place des
tribunaux spécialisés pour lutter contre la violence sexuelle, la violence
conjugale. On ne parle pas d'infractions criminelles, on parle réellement de
vivre ensemble. Dans le fond, là, dans n'importe quelle société, tous les
droits des individus sont limités à cause du vivre ensemble. La question,
c'est : comme société québécoise, est-ce qu'on se dit c'est prioritaire
l'égalité entre les femmes et les hommes par rapport à la liberté de religion,
au Québec? Parce que, exemple, la Commission des droits de la personne a
dit : Écoutez, c'est correct, on devrait faire un accommodement pour dire
à un homme qui dit : Moi, je refuse pour des raisons religieuses, d'être
servi par une femme au comptoir d'une société d'État, là. La Commission des
droits de la personne dit : Bien oui, on devrait l'accommoder. Au Québec,
là, on devrait dire : Bien, oui, on va aller chercher un monsieur pour
servir un monsieur. C'est-tu correct, ça? Parce que c'est ça, l'état du droit,
là. Les mécanismes, les tribunaux sont d'accord avec ça. Moi, je ne suis pas
d'accord avec ça, le gouvernement n'est pas d'accord avec ça, la question que
je pose à votre organisme, c'est exactement ça : Est-ce que vous
cautionnez ça? Et si vous ne le cautionnez pas, il faut changer le droit.
• (12 h 10) •
Mme Islas (Veronica) : Mais
nous... Mais c'est certain que nous on ne cautionne pas. En fait, il y en a une
formule pour les accommodements raisonnables qui existent... qui existent déjà
puis c'était vraiment... que c'est vraiment utilisé. Je ne suis pas la personne
qui était responsable de cautionner ça, moi, probablement, je n'aurais pas
concerné ça, mais je pense que ce n'est pas assez pour dire : Là, les
droits individuels des personnes... tu sais, comme... des cas exceptionnels de
dérapage ne sont pas assez pour faire en sorte qu'on va dire : Là, les
droits collectifs vont primer sur les droits individuels. Parce que ça peut
apporter à des dérapages. Puis il y en a des communautés qui ont vraiment peur.
Je pense que c'est important, c'est pour ça, d'aller discuter avec des
communautés, parce que si on veut chercher vraiment un consensus puis une
adhésion, il faut considérer, comme, ce sentiment-là d'exclusion que plusieurs
personnes sont en train de vivre. Puis moi, je connais des personnes
immigrantes autour de moi, que c'est des personnes qui étaient carrément
souverainistes que là, ils se disent : Je ne sais pas si je ne le suis
plus parce que je ne me retrouve plus dans le Québec en ce moment. Donc, c'est
de ça que je parle, parce que ça me brise le cœur de savoir qu'on est...
Mme Islas (Veronica) : ...en
train de se diviser quand c'est déjà rock and roll dans notre société en ce
moment puis qu'il faudrait qu'on s'unisse puis qu'on fasse une seule voix.
M. Jolin-Barrette : Vous,
vous êtes un organisme d'accueil, d'intégration, tout ça, puis ça va être ma
dernière question puis je vais céder la parole à mes collègues, mais c'est quoi
les valeurs que vous véhiculez avec les nouveaux arrivants? Est-ce que c'est de
s'intégrer en français à la société québécoise, de participer, d'amener sa
culture, que la laïcité c'est important, l'égalité entre les femmes et les
hommes, tout ça, c'est important?
Mme Islas (Veronica) : Tout
à fait, tout à fait. Le respect de la loi. Nous, on explique beaucoup tous les
droits.
M. Jolin-Barrette : Bon,
bien, je suis heureux d'entendre ça, parce que, tout ce que vous dites, ça se
retrouve dans la constitution puis c'est ça l'objectif de la
constitution : d'accueillir les gens, que les grands principes de la
société québécoise soient respectés, que les nouveaux arrivants arrivent au
Québec, contribuent avec leur culture d'origine, mais viennent vers le tronc
commun comme on a fait l'intégration nationale. C'est ça, l'objectif qui est
visé avec la constitution, et ça reprend l'État du droit actuel pour le mettre
dans la constitution, pour dire : Bien, écoutez, c'est comme ça qu'on
accueille les gens positivement pour participer pleinement dans la société.
Alors, je vous laisse comme ça, je vous
remercie beaucoup, puis je vais céder la parole à mon collègue.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de Saint-Jean,
4 minutes.
M. Lemieux : Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, mesdames. Je vais revenir sur l'intégration
nationale dont parlait le ministre, mais je veux juste régler deux petits
détails que j'ai notés au passage. Vous avez dit, c'est Mme Islas, je
pense, qui a dit ça : La langue dans le contexte privé, je ne comprends
pas pourquoi vous essayez de gérer ça.
Mme Islas (Veronica) : Non,
parce qu'on a commencé à entendre beaucoup, vraiment, dans le discours même du
gouvernement, j'ai entendu des élus, ce n'est pas dans le cadre du projet de
loi, peut-être, mais j'ai entendu des élus dire que le fait que les personnes
parlent leur langue maternelle à la maison, ça devient un danger pour le
français. Quand, clairement, on n'avait jamais entendu ça avant. Auparavant, on
se disait, c'est important que, par exemple, que les enfants puissent apprendre
la langue maternelle. Ça fait en sorte que ça crée un français plus solide.
Donc, c'est dans ce cadre-là.
M. Lemieux : Oui, oui,
et, moi non plus, je n'ai jamais entendu ça. Alors, j'étais curieux de vous
entendre expliquer de quoi. Je ne sais pas où vous avez entendu ça et de la
bouche de qui, mais je serais curieux.
L'autre affaire, c'est la francisation.
Vous ajoutez tout le temps le six mois, qu'on demande six mois pour apprendre
le français. Juste une petite parenthèse. La loi n° 96
est très, très précise là-dessus. C'est six mois pour que le gouvernement
puisse continuer de communiquer dans une autre langue que le français avec les
nouveaux arrivants, pour qu'ils trouvent leur permis de conduire, leurs cartes,
leur ci, leur ça, tout ce que ça prend pour s'installer. Ça, ça se fait en six
mois. Après ça, l'État, comme le reste de la machine québécoise de la
francisation et du communautaire et tout ça, va contribuer à l'apprentissage du
français des nouveaux arrivants en communiquant avec eux en français, pour les
amener, eux aussi, vers ça. Est-ce que c'est une nuance qui vous surprend ou
vous saviez ça? Parce que quand vous dites qu'on force le monde à parler
français en six mois, ce n'est pas vrai, là.
Mme Islas (Veronica) : Non,
mais quand même, pour avoir accès à plusieurs services, là, comme, carrément,
il faut que tu les reçoives en français puis ce n'était pas encore en
compétence de les recevoir, par exemple, dans le système de santé.
M. Lemieux : Pendant six
mois, c'est... c'est ce qu'il faut revoir. Bon, OK. Une autre affaire, je
reviens à l'intégration nationale. Vous n'êtes pas sans savoir, le ministre
appelle sa constitution, à raison, la loi des lois. Parce que dans la loi sur
la constitution, il y a des lois. Une de ces lois-là, au-delà de n° 21
et n° 96 dont on parle, il y a la n° 84
qui est ma préférée, c'est la Loi sur l'intégration à la nation québécoise. Ça,
c'est le contraire du multiculturalisme du gouvernement fédéral. J'imagine que,
dans le monde dans lequel vous vivez, et avec ce que vous faites à tous les
jours avec les nouveaux arrivants, vous étiez contentes de ça.
Mme Islas (Veronica) : Mais
nous, notre nom, c'est le Carrefour de ressources en interculturel. C'est
dommage qu'on n'ait pas pu, peut-être, terminer ce qu'on voulait dire, mais
nous, on est vraiment, on prône pour une approche interculturelle parce que le
Québec a une culture puis c'est une super belle culture. On est... on a des
spécificités qui sont distinctes du multiculturalisme canadien ou du melting-pot
américain. Mais pour faire ça, quand même, il faut faciliter des pas de deux
pour nous assurer de bien communiquer. Mais nous, on fait beaucoup de médiation
interculturelle dans notre quotidien.
Mme Morin (Nathalie) :
Puis on voulait saluer que c'est ce qu'on retrouve effectivement dans l'esprit
de la loi, mais qu'il faut se donner les ambitions de réaliser ça. C'est la
seule chose.
M. Lemieux : Alors, si
vous ne trouvez pas beaucoup à redire sur le projet de loi n° 84, qui est
devenu une loi, si vous ne trouvez pas beaucoup à redire sur la loi n° 96, hormis peut-être de ce que vous imaginez au sujet de
la langue parlée à la maison, qui ne se retrouve pas nulle part là-dedans, et
de la francisation dans les six premiers mois, dans la mesure où, le
gouvernement en a francisé trois fois plus l'année dernière que n'importe quand
avant, mais en tout cas, que... donc, cette façon de travailler pendant...
M. Lemieux : ...pendant six
mois en français avec les nouveaux arrivants, c'est pour leur permettre de
s'outiller avant de s'intégrer ou pendant qu'ils s'intègrent, bien, finalement,
cette constitution-là, dans ce que je comprends de ce que vous faites, c'est ce
dont vous avez besoin et c'est ce qui existe déjà. Elle est déjà adoptée, la
84. Elle est déjà adoptée, la 96. Elle est déjà adoptée, la 21.
Le Président (M.
Bachand) :Merci.
M. Lemieux : Merci, mesdames.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. Alors, Mme Islas, Mme Morin, bonjour. Merci, merci d'être là et de
partager avec nous et avec la commission vos... les réalités, évidemment, de ce
que vous vivez. Je comprends que votre organisme, vous travaillez entre autres
avec... auprès de personnes vulnérables. Dans le document qui est proposé par
le gouvernement, notamment dans la loi que le gouvernement appelle
Constitution, est-ce que vous avez identifié des éléments qui vont venir en
aide aux personnes vulnérables ou si ce n'est juste pas là?
Mme Morin (Nathalie) : Honnêtement,
je répondrais que ce n'est juste pas là.
M. Morin : Pas là.
Mme Morin (Nathalie) : Ce
n'est juste pas là, ce n'est juste pas là. C'est ça, je pense qu'il faut... il
faut réaffirmer peut-être encore plus clairement. Quand on dit les valeurs,
bon, on parle de droit collectif, le droit de la nation de protéger et de
promouvoir son existence, sa culture, sa langue, les valeurs sociales distinctes,
peut-être que, là, il faut préciser des choses. Aussi, quand on parle de droits
économiques, sociaux et culturels qui sont dans la charte, hein, bon,
environnement, revenu décent, éducation, je pense qu'il faudrait appuyer
là-dessus, si toutefois le projet va au bout de sa... c'est ça, est adopté, là,
parce que...
M. Morin : Bien, en tout cas,
je n'ai pas vu d'intention de la part du ministre de ne pas l'adopter. Même si
plusieurs groupes nous ont dit qu'il fallait mettre ça sur pause, moi, je n'ai
pas vu de réaction du gouvernement dans ce sens-là. Maintenant, quand vous
travaillez auprès de personnes vulnérables, pouvez-vous nous en parler au
quotidien, avec qui vous travaillez, ce que vous faites, ce que vous vivez?
Mme Islas (Veronica) : En
fait... en fait, on travaille vraiment avec beaucoup de personnes qui arrivent
avec beaucoup de rêves. Toutes les personnes, elles veulent contribuer, elles
veulent... Il n'y a personne qui arrive ici pour être sur l'aide sociale, ne
pas apprendre le français. Les personnes, elles arrivent avec des projets de
vie.
En ce moment, on est en train de voir
beaucoup de détresse aussi à cause de l'abolition du PEQ, par exemple, parce
qu'il y avait des personnes qui avaient immigré avec un projet à long terme qui
ont décidé de toffer en tant que travailleur temporaire pour... parce qu'il y
avait des boîtes d'intégration par la suite. Et là, pour Montréal, par exemple,
et pour la région de Québec, c'est fermé parce qu'ils ont... des métropoles, il
y en a trop, de gens, mais... mais, quand même, les personnes, elles sont en
train de vivre beaucoup de stress.
Et je pense qu'il y a beaucoup de
tristesse parce qu'elles... il y avait un sentiment vraiment d'exclusion, qu'on
entend, et c'est pour ça qu'on aimerait qu'il y ait une consultation large,
qu'on puisse aller parler avec les personnes dans les régions, dans les
métropoles pour que ce soit un projet rassembleur. Je pense... Bien, un projet
de constitution, c'est vraiment quelque chose de superintéressant, mais, si
ça... si ce n'est pas rassembleur, ça risque juste de couler et de créer plus
de polarisation. Puis, en ce moment, il y en a beaucoup, de polarisation, dans
notre société, donc c'est problématique.
Et aussi la question de l'exercice qu'on
est en train de faire en ce moment, tu sais, de... à quelque part, de venir
parler de personnes qu'on soutienne, ce n'est pas clair qu'on pourra le faire
si le projet de loi est adopté. Parce que, quand même, on parle des organismes,
des organisations qui ne pourront pas... que, s'ils sont financés par le
gouvernement du Québec, ne pourront pas s'exprimer quand même. Ce n'est pas
clair si ça va toucher les organismes communautaires ou pas, ça reste à
définir. Tu sais, comme, on dit oui, non, mais ce n'est pas superclair. Donc,
il y en a beaucoup, de choses qui sont à ficeler, je pense, puis il y a... puis
quand même à travailler.
• (12 h 20) •
M. Morin : Oui. En fait,
votre témoignage est très senti et prenant. D'ailleurs je vois que vous portez
le coeur bleu. Je suis aussi le porte-parole de l'opposition officielle
libérale en immigration et je me bats pour une clause de droit acquis pour le
PEQ depuis des mois et des mois. C'est un combat qu'on va... qu'on va
continuer. Le gouvernement, d'ailleurs, est de plus en plus isolé là-dessus.
Mais justement, on a entendu des groupes ce matin, il n'y en a pas beaucoup,
sauf le Pr Montigny qui trouvait que c'était une très bonne initiative, ce
projet de loi là. Puis qu'est-ce que vous pensez...
M. Morin : ...que le
gouvernement nous présente ça en quatrième vitesse à la fin de son mandat. Il
reste à peine quelques mois, puis on dirait qu'ils veulent absolument adopter
ce projet de loi là sans consultations transpartisanes. Pensez-vous que c'est
une bonne façon de faire?
Mme Islas (Veronica) : Non,
mais... honnêtement, non. Je pense que les projets de loi, dans mon monde à
moi, ça devrait l'être. Tous les projets de loi devraient avoir une consultation
particulière, je... et être travaillé en collaboration, pas seulement avec
d'autres partis politiques. Je pense que les autres partis politiques aussi
font partie de l'équation, mais aussi avec la société civile. C'est quelque
chose qui est tellement important et fondamental, tu sais, une Constitution, ce
n'est pas n'importe quoi, quand même, donc...
Mme Morin (Nathalie) : ...j'ajouterais
qu'avec ce qui se... avec le discours ambiant sur l'immigration, c'est d'autant
plus important de faire un exercice large et de prendre le temps avec... avec
toute la société civile, dont ces personnes-là, d'expliquer qu'est-ce que
c'est, cette nation, c'est quoi, ses valeurs distinctes, pourquoi, qu'est-ce
qui... c'est ça, quelles sont nos valeurs puis pourquoi on est fiers d'être le
Québec qu'on est. Il n'y a pas de meilleure manière de créer un consensus
social. Puis je pense que c'est important, en ce moment, quand on parle du
vivre-ensemble, entre autres.
M. Morin : Tout à fait. Donc,
d'être plus... beaucoup plus inclusif que ce que le gouvernement fait
présentement.
Mme Morin (Nathalie) : Oui.
M. Morin : Oui. Vous vouliez
rajouter, Mme?
Mme Islas (Veronica) : Je
voulais juste ajouter que, tu sais, quand même, même le fait d'aller... la
personne aurait fait en sorte que certaines lacunes auraient été évitées. Par
exemple, le fait de vouloir ajouter le droit à l'avortement met en péril le
droit à l'avortement, parce que, là, ça pourrait être contesté. Donc, est-ce
qu'on pourrait... Le fait de discuter avec des groupes de femmes aurait permis
d'identifier certains éléments et déposer quelque chose qui aurait été mieux
organisé, plus rassembleur et plus inclusif. Puis quand je parle d'inclusion,
je ne parle pas juste des personnes immigrantes, je parle aussi des femmes, des
personnes handicapées, des personnes, des communautés LGBTQ+, et j'en passe,
là, toutes les différentes diversités.
M. Morin : Oui. D'ailleurs,
vous avez raison, tous les groupes qu'on a entendus jusqu'à maintenant, qui
nous ont parlé, bon, de l'article 29 qui veut inclure le droit à l'interruption
volontaire de grossesse, ont tous dit : M., le ministre, s'il vous plaît,
reculez rapidement là-dessus. On va voir. Donc, je comprends que vous êtes
aussi de cet avis-là et que ce serait peut-être préférable de laisser les
femmes décider de ça?
Mme Islas (Veronica) : Oui,
et vous savez quoi? Dans nos recommandations, on a demandé quand même de
préparer un plan de consultations d'ensemble, un projet complet, tu sais, donc
vraiment de se donner le temps. Et tu sais que, dans un monde idéal, ce serait
en début de mandat, parce que ce serait un projet qui pourrait être
rassembleur... va être exigeant, au niveau... le temps, ça va être énergivore,
mais ça va donner les résultats qu'on vise en tant que société, je pense.
M. Morin : Merci. Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député Maurice-Richard, s'il
vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup, mesdames, pour votre participation. Je vais prendre
quelques instants pour corriger un certain nombre d'«exactitudes» qui vous ont
été dites, hein? Le ministre a fait référence à une décision de la SAAQ où,
effectivement, la SAAQ a permis à un homme de ne pas être servi par une femme.
D'abord, deux choses sur ce cas-là. Le premier, c'est qu'en fin de compte ils
lui ont demandé surtout de reprendre la file et espérer de tomber sur un homme.
Donc, c'est déjà différent, mais même ça, nous, on n'est pas d'accord et on
aurait espéré que ça se rende devant les tribunaux, parce que cet exemple-là
date de 2009. Et figurez-vous qu'il n'y a aucun exemple que le ministre est
capable de nous donner depuis maintenant 17 ans. On est en 2026, là.
Et pour cause, parce que la jurisprudence
est presque toujours... en fait, toujours, du côté de l'égalité entre les
hommes et les femmes quand il faut statuer face à la liberté de conscience et à
des intégristes religieux qui iraient contre cette égalité-là. Donc, disons,
pourquoi créer un problème là où, en fin de compte, la jurisprudence est d'un
autre côté, surtout venant d'un gouvernement qui n'est pas capable d'appliquer
sa propre Loi sur l'équité salariale, qui n'est pas capable de rendre gratuits
les produits de contraception, qui n'est pas capable d'avoir un salaire minimum
décent... où c'est les femmes qui paient le premier prix de ce genre? Ça fait
que, pour l'égalité entre les hommes et les femmes, on repassera.
Deuxième, on vous a dit, et je suis sûr
que l'élu de la partie gouvernementale n'était pas au courant, qu'il n'avait
jamais entendu un politicien nous parler de la langue parlée à la maison. Et je
n'enlève rien à la bonne foi, hein, de la personne, mais force est de constater
qu'il n'a pas écouté notre...
M. Bouazzi : ...propre premier
ministre, qui nous explique que le français se dégrade à Montréal parce que
seulement 43 % des Montréalais parlent uniquement le français à la maison.
Vous, vous parlez espagnol. Je suis sûr que vous parlez aussi français, d'ailleurs,
à la maison. Nous, par exemple, chez nous, on parle créole, arabe, anglais et
français, et je vous assure que ni vous ni nous ne sommes à risque pour le
français, nous sommes plutôt d'ailleurs une richesse.
Alors, j'ai très peu de temps, mais, pour
moi, c'était important de corriger tout ce que vous avez entendu qui,
malheureusement, n'était pas exact. Alors, pour conclure, je vous dirai, et je
sens votre amour du Québec et de ce Québec où tout le monde en fait partie...
Est-ce que vous pensez que, sans repartir vers les Québécoises et Québécois, ce
projet devrait faire autre chose que se retrouver dans une déchiqueteuse?
Mme Islas (Veronica) : Bien,
je ne sais pas si ça devrait se retrouver dans une déchiqueteuse, mais je pense
qu'il y a beaucoup de travail à faire avant d'adopter ce projet-là. Je pense
que, si on vise à faire un projet qui va être inclusif, qui va être
démocratique, qui va être rassembleur, qui va avoir un consensus social large,
c'est ça, il va, il va falloir faire ça, puis... parce que l'adhésion, pour un
projet de nation, c'est fondamental. Sans ça, on est en train de créer la
polarisation quand on devrait être ensemble. En fait, le Québec pourrait
adopter une Constitution qui pourrait devenir un exemple pour les Amériques. On
serait vraiment la seule nation francophone avec un projet rassembleur, par
rapport à la Constitution. J'aimerais beaucoup que ce soit ça.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Sur ce, merci
beaucoup d'avoir été avec nous. Ça a été fort apprécié.
Et, compte tenu de l'heure, la commission
suspend ses travaux jusqu'après les avis touchant les travaux des commissions.
À tantôt. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 28)
15 h (version non révisée)
(Reprise à 15 h 21)
M. Bachand : À l'ordre, s'il
vous plaît, bon après-midi à tout le monde. La commission reprend ses travaux.
On débute nos auditions de l'après-midi avec les représentantes du Comité des
femmes du Cercle des ex-parlementaires de l'Assemblée nationale du Québec.
Mesdames, merci beaucoup d'être avec nous. Vous connaissez les règles, bien
sûr, présentation pour cette période d'échange, donc la parole est à vous.
Merci.
Mme Malavoy (Marie) : Merci,
M. le Président. Je me présente, je suis Marie Malavoy, présidente du Comité
des femmes du Cercle ex-parlementaires. Je suis accompagnée, à ma droite, de
Christiane Pelchat, membre du même comité, Christiane est à l'écran et c'est
Carole Théberge qui est à mes côtés. Donc, notre trio a le mandat de vous faire
part de nos commentaires sur le projet de loi de Constitution du Québec. D'abord,
permettez-moi simplement de vous situer que le mandat du Comité des femmes est
simple à comprendre, il est double : Nous voulons une loi sur la parité,
ce qui existe dans bien des parlements du monde, mais pas encore au Parlement
du Québec, et nous accompagnons les femmes qui font de la politique ou qui
veulent en faire. Même s'il y a des avancées notables en matière de présence
des femmes dans les parlements, il reste qu'à l'échelle du monde, on est à peu
près rendus à 27 % de femmes qui sont parlementaires, le Canada lui-même
est au 70 ᵉ rang, le Québec peut s'enorgueillir d'avoir 46 % de femmes
élues actuellement, mais nous savons que des reculs sont possibles. On en a eu
un majeur entre 2014 et 2012, où on a perdu 5,6 % d'élues. C'est pourquoi
nous voulons vous convaincre qu'il y a moyen, dans ce projet de constitution, d'introduire
de façon plus claire la nécessité de donner de la place aux femmes. Je vais
laisser ma collègue Christiane Pelchat vous parler de l'importance de la
parité, non pas comme un luxe, mais comme un droit.
Mme Pelchat (Christine) : Merci,
Marie. Bonjour, mesdames, messieurs les députés. Un bonjour spécial aux anciens
députés, particulièrement ma collègue Marie Malavoy et Carole Théberge, et,
bien sûr, les autres anciens députés que je vois de dos, là, mais je pourrais
le reconnaître, mais je ne me risquerais pas. Alors, le droit à la parité, je
vous dirais que... a été plus rapidement inscrit en droit international qu'en
droit interne. Et j'ajouterais même que c'est sous le modèle du droit
international que le droit à l'égalité a aussi fait son entrée dans nos
instruments juridiques internes. Ça a été beaucoup plus long à faire
reconnaître comme droit, mais notons que dès 1945, les Nations Unies avaient
adopté la Charte des Nations Unies, qui déclarait que les femmes et les hommes
étaient égaux, même chose dans la Déclaration universelle des droits de 1948,
où on déclarait que les femmes et les hommes avaient les mêmes droits et que l'on
ne pouvait pas discriminer une personne en vertu de son sexe. Il y a eu, en
1953, la Convention sur les droits politiques de la femme et, bien sûr, le
Pacte international des droits civils et politiques en 1966, et en 1982, la
Convention contre l'élimination des discriminations faites aux femmes. C'est
important de mentionner ces instruments-là parce que le Québec, le Canada a
ratifié tous ces instruments et le Québec adhère à ces instruments,
particulièrement à la Convention contre l'élimination des discriminations
faites aux femmes, la CEDEF, et le Québec participe même au rapport qui est
remis par le gouvernement du Canada à l'ONU à tous les quatre ans pour,
justement, faire état de son respect de la CEDEF et de l'égalité entre les
femmes. Et c'est même en vertu de la CEDEF, que le gouvernement du Québec a
adopté plusieurs lois et plusieurs normes et mesures pour favoriser l'égalité
entre les femmes et les hommes.
Rapidement, je voudrais vous... vous dire
que l'égalité entre les femmes et les hommes, elle se définit, puis je vais
citer la Commission européenne, c'est important de saisir cette définition qui
dit que l'égalité, c'est une... entre les femmes et les hommes, c'est une
notion signifiant, d'une part, que tout autre humain est libre de développer
ses propres aptitudes et de procéder à des choix indépendamment des
restrictions imposées par les rôles réservés aux femmes et aux hommes, et d'autre
part, que les divers comportements, aspirations et besoins...
Mme Pelchat (Christine) :
...des femmes et des hommes qui sont considérés, appréciés et promus sur un
pied d'égalité. Ce qui est intéressant là-dedans, dans cette définition-là,
c'est qu'on donne... on exprime le fait que les femmes sont souvent définies
par des stéréotypes qui les empêchent d'aller plus loin qu'elles le
souhaiteraient, au même titre que les hommes. Alors, pour donner vie à la
charte québécoise des droits et libertés, le gouvernement doit être proactif et
inclure, dans ses lois, des mesures, comme par exemple l'équité salariale ou
encore les services de garde à l'enfance subventionnés pour permettre aux
femmes d'avoir les mêmes chances sur le marché du travail.
Alors, la CEDEF, le comité de la CEDEF a
confirmé que la parité, entre les femmes et les hommes, est une obligation des
États membres, donc, une obligation, dirait-on, du gouvernement du Canada et
donc du gouvernement du Québec. Je crois qu'on pourrait même dire que donner la
parité de représentation aux femmes, au Québec, est une obligation
constitutionnelle du gouvernement du Québec. Et je serais même prête à aller
plaider ça devant nos tribunaux. Donc, je pense que le gouvernement du Québec
pourrait très bien inclure dans sa... et le ministre de la Justice, dans sa
constitution, une recommandation... un article qui prévoyait... qui prévoirait,
pardon, la... l'égalité de représentation pour des femmes et des hommes. Et,
comme ça, il pourrait vraiment donner vie à l'égalité entre les femmes et les
hommes. Je repasse la parole à ma collègue Marie.
Mme Malavoy (Marie) : Merci.
Alors, vous comprendrez que, compte tenu de ce qui vient d'être dit, nous
pensons qu'il y aurait lieu, dans le projet de loi, sur la Constitution du
Québec, d'améliorer la question de l'égalité entre les femmes et les hommes. Et
donc nous avons un certain nombre de propositions concrètes, et je vais tout de
suite en venir aux propositions. La première, ce serait d'ajouter, dans le
préambule, un «considérant». Nous vous proposons d'ajouter le texte qui a
été... mis à la charte québécoise en 2008, mais nous vous proposons également,
là, je vais prendre le temps de le lire, ce qui est mis dans la Constitution
française, c'est-à-dire «la loi favorise l'accès égal des femmes et des hommes
aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités
professionnelles et sociales». Nous pensons que ce serait bien que ce soit dès
le préambule.
Deuxième question, nous pensons qu'à
l'article 28, au lieu de dire que «l'État protège l'égalité entre les
hommes et les femmes», on devrait dire que «l'État garantit l'égalité entre les
hommes et les femmes». Je vais aussi tout de suite passer à une question qui
nous semble importante et qui regroupe nos recommandations 6, 7, 9 et 11.
Il faut que, dans les caractéristiques fondamentales du Québec, quand on parle
de langue française, de tradition civiliste, de laïcité de l'État, de modèle
d'intégration de la notion québécoise, il faut ajouter, à chacun de ces endroits,
«l'égalité entre les femmes et les hommes». Nous pensons également qu'il serait
bon de féminiser le texte de loi. Il y aurait moyen de parler de député et de
députée. Il y aurait moyen également de dire très clairement qu'on veut un
conseil des ministres qui soit paritaire, moyen également de dire que le
Conseil constitutionnel, qui aura cinq personnes, aura deux hommes et deux
femmes et sa présidence serait en alternance un homme ou une femme. Bref, nous
pensons que, dans la Constitution, il faut enchâsser le principe d'égalité
entre les femmes et les hommes et en disant précisément, à certains endroits,
par les mots que nous proposons, que c'est notre intention. Je vous remercie de
nous avoir écoutés attentivement.
• (15 h 30) •
Le Président (M. Bachand) :
Merci, merci beaucoup. On débute la période d'échange avec M. le ministre, pour
9 min 15 s, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Alors, salutations à Mme Malavoy. Mme Théberge, Mme Pelchat, aux
deux anciens parlementaires également qui vous accompagnent, l'ancien député de
Chomedey, l'ancien député de Drummond...
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette :
...Drummond, effectivement. Alors, salutations. Vous avez tous servi, à un
moment ou à un autre, dans des gouvernements. Vous avez été également, si je
me... à part peut-être Mme Théberge, vous n'avez pas été dans l'opposition.
Mme Théberge (Carole) : Non.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Vous avez juste connu le gouvernement. Je voulais vous demander, qu'est-ce que
vous pensez de l'utilisation de la disposition de souveraineté parlementaire,
pensez-vous que l'État québécois, le Parlement du Québec, devrait pouvoir,
lorsqu'il le juge opportun, en toutes circonstances, pouvoir utiliser la
disposition de souveraineté parlementaire ou la clause dérogatoire, comme c'est
le cas actuellement, en vertu de l'arrêt Ford de 1988 — d'ailleurs,
Mme Pelchat était là à cette époque-là — donc, les parlementaires
puissent...
15 h 30 (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : ...en
toute liberté avec leur mandat électif, sans autre condition, utiliser la
disposition de souveraineté parlementaire.
Mme Malavoy (Marie) : Je vais
peut-être demander à Mme Pelchat de répondre à cette question parce que c'est
une question vraiment plus de droit et, je pense, c'est dans ses... dans ses
talents de vous répondre.
Mme Pelchat (Christine) : Merci,
Marie. M. le ministre, j'ai eu l'occasion de le dire ici, parce qu'évidemment,
comme je l'ai déjà dit, moi, j'ai voté en faveur de l'utilisation de la clause
dérogatoire en 1988, c'est une clause que la Cour d'appel du Québec, en février
2024, a qualifiée de clause de souveraineté parlementaire, et j'ai un peu un
malaise avec ce que... ce qu'a proposé le Barreau cette semaine, de confier
cela à un comité qui pourrait même faire appel à la Cour d'appel. Une clause de
souveraineté parlementaire, ça dit bien ce que ça doit dire, c'est ce que ça
doit faire, c'est-à-dire, c'est le Parlement qui adopte cette clause. Et n'oublions
pas que, quand on fait affaire... quand on... nous, on utilise la clause
dérogatoire, on utilise la clause dérogatoire pour une loi spécifique et non
pas pour toutes les lois du Québec et tous les droits qui sont inclus dans des
articles qui sont suspendus.
M. Jolin-Barrette : OK. Je
comprends alors que vous, Mme Pelchat, et vous, Mme Théberge, comme anciennes
membres du Parti libéral du Québec, vous êtes en rupture avec le Parti libéral
du Québec actuellement qui vient de refuser de reconnaître l'état du droit
actuellement, que le Parlement du Québec pouvait... On vient tout juste de
faire ça, l'Assemblée nationale, au Salon rouge, là. Vos collègues qui étaient
présents dans les tribunes, qui étaient assis devant moi ont vu le Parti libéral
du Québec refuser d'approuver une motion qui disait spécifiquement qu'il était
légitime que le Parlement du Québec, sans aucune contrainte, puisse utiliser
cette disposition-là pour appuyer le Barreau du Québec. Donc, comment vous
qualifiez ça, le nouveau Parti libéral du Québec?
Mme Pelchat (Christine) : Bien,
moi, ce n'est pas la première fois que je suis en rupture avec ou le Parti
libéral, ou la CAQ, ou le PQ, ou QS puisque que j'ai une forte tendance à être
en rupture avec les partis politiques. Donc, ça ne me surprend pas, mais bon.
Quand on est dans l'opposition, souvent on a des positions. Quand on arrive au
pouvoir, on a d'autres positions. C'est le seul commentaire que je vais faire
là-dessus.
M. Jolin-Barrette : OK. Je
vous remercie. Donc, j'ai bien entendu, vous souhaitez la parité, vous
souhaitez que ça soit introduit dans la... dans la Constitution du Québec. Je
voulais vous demander : Est-ce que vous croyez que la liberté de religion
doit être au même niveau que l'égalité entre les femmes et les hommes ou on
doit faire primer l'égalité entre les femmes et les hommes sur la liberté de
religion?
Mme Malavoy (Marie) : En
fait, M. le ministre, on a une de nos propositions... je suis passée un peu
vite dessus, mais ça me fait plaisir d'y revenir. Notre proposition dit ce...
dit que nous saluons la phrase suivante : En cas de conflit entre le droit
à l'égalité entre les femmes et les hommes, l'exercice de la liberté de
religion, le premier l'emporte. Donc, nous sommes très à l'aise avec ce libellé
et nous pensons que l'égalité entre les femmes et les hommes doit primer sur
toute autre considération.
M. Jolin-Barrette : OK.
Peut-être une dernière question avant de céder la parole à mes collègues, là.
Nous n'avons pas prévu de formule d'amendement dans la Constitution, laissant
la possibilité au Parlement d'être souverain dans le futur si jamais il
souhaitait modifier la Constitution, surtout pour ne pas se retrouver dans une
situation comme avec la Constitution canadienne, où, aux dires même de Pierre
Elliott Trudeau, bien, on allait verrouiller ça pour au moins 1 000 ans.
Alors, il reste encore pas mal de temps avant de trouver la clé. Cela étant, qu'est-ce
que vous pensez de cela, du fait qu'on n'a pas mis de formule d'amendement?
Mme Malavoy (Marie) : Bien,
en fait, nous on trouvait que c'était un manque. On a une proposition qui dit
justement qu'il faudrait ajouter une formule d'amendement avec un vote qualifié
aux deux tiers des voix, tout simplement parce que... Ce qu'on veut éviter, c'est
que ça puisse être rouvert trop facilement. Il faut que cette Constitution soit
solide et soit imperméable à des changements selon des humeurs de gouvernement
ou des humeurs d'époque, et donc, avec une formule d'amendement qui nécessite un
vote qualifié, il nous semble que ce serait plus une garantie de protéger cette
constitution. Je ne sais pas si, Christiane, tu veux ajouter quelque chose.
Mme Pelchat (Christine) : Non.
Tout à fait vrai. Exact.
Mme Malavoy (Marie) : Ça va.
M. Jolin-Barrette : Écoutez,
je vous remercie pour votre présence en commission parlementaire. Je vais céder
la parole à mes collègues. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Mme la députée d'Anjou
Louis-Riel, pour trois minutes.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, merci à vous, Mme...
Mme Boivin Roy : ...Malavoy,
Mme Théberge et Mme Pelchat, qui est en ligne avec nous, également
les anciens députés. Alors, merci de votre présence. J'aimerais un peu reculer
et y aller pour une question plus générale, en vous demandant, outre vos
commentaires et vos recommandations, est-ce que vous êtes en faveur de
l'édiction d'une constitution?
Mme Malavoy (Marie) : En
soi, qu'un État ait une constitution, oui, je pense que c'est une question qui
est dans l'air au Québec depuis déjà bien, bien des années. Mais il y a des
discussions quant à savoir de quelle manière ou quel est le processus qui va
mener à ça, mais que nous ayons une constitution du Québec qui garantisse l'insertion
des valeurs autour desquelles nous voulons mener une vie en commun, nous
pensons que c'est une bonne chose. C'est pour ça qu'on a pris la peine de la
regarder puis de vous suggérer un certain nombre de choses qui n'ont pour
d'autres buts que de bien insérer la question de l'égalité entre les femmes et
les hommes, à chaque fois que ça nous semblait judicieux de le faire, pour que
ce ne soit pas omis à l'intérieur du texte de loi.
Mme Boivin Roy : D'ailleurs,
dans les propositions que vous nous faites, vous nous dites de retirer
l'article 29 sur l'avortement, mais vous constatez, comme nous, que les
droits des femmes reculent partout en Occident sur la question de l'avortement.
Alors, est-ce que vous ne pensez pas que c'est une bonne manière de pouvoir
prévoir que, finalement, l'État protège le libre femmes... le libre droit des
femmes de choisir et d'y recourir?
Mme Malavoy (Marie) : Je
vais demander à ma collègue Christiane de répondre parce qu'elle a longuement
réfléchi à la question, mais... je lui cède la parole là-dessus.
Mme Boivin Roy : Merci.
Mme Pelchat (Christiane) :
Alors, évidemment, comme tous les groupes de femmes, on pense que c'est une
très mauvaise idée d'introduire l'article 29 dans la... dans la
constitution québécoise et que ce serait une atteinte aux droits des femmes, à
l'égalité, que de laisser cet article-là tel qu'il est. Alors, ce serait une
atteinte aux droits des femmes de pouvoir, justement, exercer le droit à
l'avortement tel qu'il est reconnu, autant dans nos lois que dans
l'interprétation de ces lois.
Mme Malavoy (Marie) : Je
me permets d'ajouter que, selon nous, l'article 28, surtout si on écrivait
l'État «garantit» l'égalité au lieu de dire «protège», il nous semble que cet
article-là est assez englobant, est assez fort pour protéger l'égalité entre...
plus que protéger, pour garantir. Il me semble qu'on n'a pas besoin d'autre
chose.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, pour 6 min 56 s... Mme la députée de Robert-Baldwin,
6 min 56 s, pardon.
Mme Garceau : Bonjour.
Bonjour, Mme Pelchat, Mme Malavoy et Mme Théberge. On a tout un
trio aujourd'hui avec nous. MM. les anciens députés, merci beaucoup d'être ici
aujourd'hui.
En ce qui a trait à l'article 29,
tous les groupes de femmes et des organismes communautaires, il y a un
consensus partout en ce qui a trait à on devrait, on doit le retirer cet
article-là. Je voulais vous entendre. Je sais que, Mme Pelchat, vous avez
déjà répondu à la question, mais je ne sais pas s'il y avait d'autres choses
que vous vouliez ajouter concernant la nécessité de retirer cet article du
projet de la constitution.
• (15 h 40) •
Mme Malavoy (Marie) : ...vas-y.
Mme Pelchat (Christiane) :
Écoutez, je... Oui, j'aimerais dire qu'encore une fois, personne ne doute de la
bonne foi du ministre, M. Jolin... le ministre de la Justice, quant à son
désir de protéger, comme il dit, le droit à l'avortement. Mais quand on dit ici
que le mal, le remède est pire que le mal, je pense que c'est une illustration
assez claire. Et vraiment, on plaide encore une fois, pour une dernière fois,
de retirer cet article-là.
Mme Garceau : Vous misez
beaucoup votre mémoire sur la loi sur la parité. Donc, on va en parler, parce
que vous avez fait quand même un survol important des instruments
internationaux, dont le Québec, le Canada adhèrent, et particulièrement en ce
qui a trait à la CÉDEF. Et je vois ici, à la page 5, une référence au
Comité des droits de la CÉDEF qui a adopté la recommandation 40, qui vient
préciser que la parité dans les postes de décision est un droit constitutionnel
qui découle du droit à l'égalité entre les sexes, et donc, il y aurait une
obligation de l'État de mettre la parité dans la constitution. Je le vois ici
également, vous avez mentionné à la page...
Mme Garceau : ...comme le
comité de la... l'a confirmé, la parité entre les femmes et les hommes est une
obligation des États afin de respecter leur engagement envers l'égalité entre
les femmes et les hommes. Et donc ma question pour vous : Si ce n'est pas
inclus, la parité n'est pas... la reconnaissance n'est pas incluse dans la
Constitution, est-ce que, pour vous, on est en train de... on n'est pas en
train de respecter nos obligations en tant qu'État?
Mme Pelchat (Christiane) : Je
vais me permettre, Marie, de répondre si tu veux bien. Alors, Mme la députée,
indépendamment qu'il soit dans la Constitution, c'est ce que la recommandation
40 propose, demande aux... En 2024, elle a demandé à tous les États membres
d'inclure dans... de modifier leurs Constitutions pour inclure la parité dans
la Constitution, mais ce qu'elle dit... ce que dit le comité, c'est que la
parité entre les femmes et les hommes est une obligation des États afin de
respecter leurs engagements. Alors, qu'il soit ou non dans la Constitution,
c'est déjà une obligation constitutionnelle de l'État du Québec, de la même
façon que pour... en fait, pour respecter le droit des femmes à l'égalité, le
droit à l'égalité, de la même façon qu'on a adopté une loi sur l'équité
salariale justement pour corriger des inégalités. La parité, c'est pour
corriger des inégalités aussi. Alors, c'est une obligation constitutionnelle,
l'État du Québec est obligé d'agir en vertu de la... pour donner vie au droit
des femmes à l'égalité.
Et, encore une fois, le gouvernement du
Québec l'a fait plusieurs fois, de plusieurs manières. Puis une de ces
manières, c'est quand le gouvernement a adopté l'obligation pour les sociétés
d'État d'avoir la parité sur les conseils d'administration. Et d'ailleurs c'est
le seul endroit, au Québec, où on retrouve la parité sur les conseils
d'administration, c'est... sur des sociétés d'État, parce que le gouvernement a
dit : Bien, si on veut donner droit à l'égalité entre les sexes, bien, il
faut donner la parité. C'est la même chose pour la parité électorale. C'est la
même chose pour la parité... bien, en fait, dans tous les niveaux des
gouvernements. Alors, oui, c'est une obligation constitutionnelle que le
gouvernement du Québec a, indépendamment du fait qu'elle soit inscrite dans la
nouvelle Constitution. Cette obligation-là existe déjà.
Mme Garceau : Et, en ce sens,
nous sommes invités à nous inspirer, je vois, de la France, qui a inclus dans
sa Constitution l'article suivant : «La loi favorise l'égal accès des
femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives ainsi qu'aux
responsabilités professionnelles et sociales.» Et donc vous souhaitiez que
cette clause soit intégrée dans la Constitution?
Mme Malavoy (Marie) : Oui. Ce
libellé nous semble, franchement à la fois simple et percutant, nous. Et donc
on ne dit pas qu'il faut faire du plagiat d'une Constitution à l'autre, mais on
peut s'inspirer, on peut s'inspirer de ce qui nous semble bon, parce que... Permettez-moi
juste d'ajouter que c'est vrai qu'au Québec, on a fait des progrès sans loi sur
la parité. Et quelquefois, on se dit : Bien, voilà, on n'a pas besoin
d'une loi puisqu'il y a assez de conscience politique des différents partis
pour présenter suffisamment de femmes candidates, mais on sait qu'il peut y
avoir des reculs et on sait que quelque chose qui n'est pas coulé dans une loi
peut, selon les humeurs du moment, selon les gouvernements en place, selon les
opinions des partis politiques, ça peut changer. Et, si on veut que ce soit
ferme, que ce soit clair, que... simplement dit, mais clairement dit, il faut
que ce soit enchâssé dans une loi. Et quoi de mieux que la loi fondamentale du
Québec, c'est-à-dire sa Constitution?
Le Président (M.
Bachand) :Quelques secondes. Non?
Mme Garceau : Ça va, merci beaucoup,
mesdames.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît, pour 2 min 19 s, s'il vous
plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup. Merci
beaucoup, mesdames, pour vos propositions. On va les étudier avec énormément
d'attention, hein, les questions de parité sont toujours un enjeu.
Vous donnez l'exemple de la France. Il y a
évidemment le texte, mais il y a le résultat qui, malheureusement, n'est
toujours pas... ils sont très loin de la parité. J'étais en train de regarder
les chiffres, là, à l'Assemblée nationale, ils sont à 36 % de femmes, et,
en fait, ça baisse depuis 2017, 2022, 2024, ça baisse. Ça fait que malgré la
loi, qui est très importante, il faut aussi de la volonté politique.
On peut voir, au Québec, que, dans le
Conseil des ministres, le nombre de femmes a diminué aussi au dernier gouvernement.
Et puis je pourrais parler de Québec solidaire, où le nombre de femmes a diminué
en pourcentage dans le caucus...
M. Bouazzi : ...malgré toute
la bonne volonté, il faut... et la loi et la volonté, et donc, c'est vraiment
important. J'entendais M. le ministre, tout à l'heure, parler de la dérogation.
Une Constitution, c'est un moment où le législateur se met ses propres limites
aussi, là, c'est comme, il y a... il y a plein de gens avant vous qui sont
passés pour nous dire que les contre-pouvoirs étaient à risque dans cette
Constitution. Le droit à l'égalité est sujet à la clause dérogatoire. Est-ce
qu'on ne pourrait pas non pas être assujettis au méchant fédéral, mais juste
entre nous, se dire : Bien, il y a des règles du jeu qu'on devrait se
mettre pour garantir le droit à l'égalité, qu'un gouvernement futur ne vienne
pas juste dire : Bien moi, le droit à l'égalité entre les hommes et les
femmes, j'utilise la clause dérogatoire et ça ne me regarde pas.
Mme Malavoy (Marie) : Je vais
laisser notre... notre experte en droit répondre à votre question.
Mme Pelchat (Christine) : M.
le député, bien sûr, je... la souveraineté parlementaire, je pense qu'elle
appartient aux députés et législateur. Alors, la clause dérogatoire on... je
pense qu'il faut faire confiance aux élus et leur faire confiance quand ils
l'utilisent. L'égalité entre les femmes et les hommes n'est pas seulement
consacrée dans la Charte québécoise, c'est partout, dans tout le... le... dans
le droit, mais aussi dans les politiques publiques. Alors, je pense que c'est
important de le rappeler, aussi. Mais il faut faire attention de jouer la
clause dérogatoire contre l'égalité entre les femmes et les hommes, parce
que...
M. Bouazzi : Oui, mais juste
la question c'est : Nous, on est... on est, effectivement, souverains et
on pourrait se donner des limites pour garantir qu'on n'abuse pas de la clause
si elle va à l'encontre de l'égalité entre les hommes et les femmes. La
question, ce n'est pas : Est-ce que les juristes... Vous savez qu'on a...
vous le savez aussi bien que moi, quand on a adopté la Charte des droits et
libertés québécoise, on s'est donné des règles pour que nous n'abusions pas de
notre propre pouvoir en tant que législateurs, là, ce n'est pas quelqu'un qui
nous a imposé la Charte québécoise...
Mme Pelchat (Christine) :
Donnez-moi un exemple. Donnez-moi un exemple.
M. Bouazzi : De quoi? De...
Mme Pelchat (Christine) : De...
d'un élément de la charte avec lequel... qui vous empêche d'en abuser?
M. Bouazzi : Non,
c'est-à-dire, moi, je n'ai pas... on n'a pas le droit de faire des lois
homophobes, par exemple, parce qu'on a rajouté, dans la charte, le fait que la
discrimination sur la base de l'orientation sexuelle est... est interdit, donc,
nous, en tant que législateurs, on s'est donné des limites, puis on a dit à la
justice de pouvoir légiférer. Malheureusement...
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Désolé, désolé. Le temps
passe rapidement. Merci beaucoup d'avoir été avec nous aujourd'hui. Alors sur
ce, je suspends les travaux quelques instants pour accueillir notre prochaine
invitée. Merci.
Mme Malavoy (Marie) : Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
Mme Malavoy (Marie) : Au
revoir.
(Suspension de la séance à 15 h 49)
(Reprise à 15 h 51)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît. La
commission reprend ses travaux, il nous fait plaisir d'accueillir Mme Véronique
Pronovost, doctorante en sociologie de l'Université du Québec à Montréal. Merci
beaucoup d'être avec nous, alors, je vous cède immédiatement la parole et,
après ça, on aura une période d'échange avec les membres de la commission.
Merci.
Mme Pronovost (Véronique) : Merci
beaucoup. Mesdames et messieurs les membres de la commission...
Mme Pronovost (Véronique) : ...je
vous remercie de me donner l'occasion de prendre la parole aujourd'hui. Mon
intervention porte exclusivement sur l'article 29 du projet de loi n° 1.
J'estime que cet article est non seulement inutile, mais il comporte aussi des
risques bien réels pour l'autonomie reproductive des femmes et des personnes
pouvant recourir à l'avortement. Je crois que le gouvernement sous-estime la
portée de ces risques et, inversement, surestime largement les bénéfices qu'il
pourrait apporter. Pour ces raisons, je recommande que l'article 29 soit tout
simplement retiré du projet de Constitution.
Avant d'entrer sur le fond de mon propos,
il me semble pertinent de situer brièvement ma prise de parole. Donc, je suis
doctorante en sociologie à l'Université du Québec à Montréal et, dans le cadre
de mes recherches doctorales, j'ai vécu pendant près de quatre mois au sein
d'une communauté du sud des États-Unis afin de réaliser une immersion au sein
du mouvement contre l'avortement. Cette expérience m'a permis de développer une
compréhension fine et concrète de ses modes d'action, tant sur le plan
politique que culturel.
Au Québec, très peu de recherches
empiriques se sont penchées sur ce mouvement. J'ai participé aux deux seuls
projets sur le sujet, qui ont donné lieu à la publication de rapports de
recherche en 2014 et en décembre dernier, donc en 2025. Enfin, en 2023, j'ai
aussi été l'autrice principale d'un rapport présenté par la FQPM, cosigné par
70 organisations. Ce rapport, transmis à la ministre responsable de la Condition
féminine de l'époque, présentait nos arguments en défaveur d'un projet de loi
en matière d'avortement.
Depuis le début des consultations,
plusieurs de mes collègues issus des milieux communautaire, académique,
juridique et médical, ont déjà exposé de manière détaillée les principaux
enjeux soulevés par l'article 29. Il a notamment été question du risque
d'exceptionnaliser le droit à l'avortement, de la solidité de la jurisprudence
canadienne, des engagements internationaux du Québec en matière de droits
reproductifs ainsi que des risques législatifs et juridiques liés au fait de
légiférer de cette manière.
Dans un souci de ne pas répéter ce qui a
déjà été dit et aussi dans l'espoir de faire avancer la réflexion, j'ai choisi
d'utiliser mon temps de parole pour discuter de deux éléments qui ont peut-être
été un peu moins soulevés ou discutés dans le cadre des consultations.
Premièrement, l'un des arguments invoqués à plusieurs reprises par le ministre
de la Justice, c'est le désir de verrouiller le droit à l'avortement dans un
texte fondamental. Selon lui, l'inscrire explicitement permettrait de le
garantir une fois pour toutes. Il voit, par ailleurs, une faille dans le
discours pro-choix. Selon lui, l'opposition à la légifération reposerait
uniquement sur une crainte que les tribunaux modifient éventuellement la
jurisprudence. Il affirme d'ailleurs que le droit à l'avortement n'est pas à
l'abri d'une contestation judiciaire, même sans l'adoption de l'article 29.
Oui, le droit à l'avortement peut toujours
être contesté, même en l'absence de l'article 29, mais la différence
fondamentale, c'est qu'avec l'adoption de cet article on ne parle plus d'une
possibilité théorique, on est pratiquement certain qu'un recours judiciaire
sera intenté. Et, sur ce point, je souhaite être très claire : Bien
au-delà de l'issue judiciaire elle-même, c'est-à-dire la décision d'un juge, il
faut absolument tenir compte des effets extrajudiciaires de ces recours.
D'abord, sur le plan des réseaux
anti-avortement. Ces contestations ne s'inscrivent que rarement en vase clos,
elles circulent, se nourrissent les unes des autres et contribuent à la
mobilisation de réseaux nationaux et transnationaux bien organisés. Ensuite,
sur le plan médiatique, chaque recours devient un moment de forte exposition
publique où les discours anti-avortement gagnent en visibilité, se normalisent
et s'accompagnent souvent de désinformation. Même lorsqu'un recours échoue sur
le plan juridique, il produit des effets bien réels sur l'opinion publique et sur
le climat social, par exemple, le recours intenté par... au sujet de
l'annulation d'un contrat de location au Palais des congrès de Québec. Ce
recours illustre la capacité des réseaux anti-avortement à se mobiliser
rapidement et à transformer un litige précis en une tribune politique et
médiatique élargie. Ce recours a contribué à déplacer le débat public : on
ne parlait plus de l'accès à l'avortement, mais de liberté d'expression, ce qui
relègue l'autonomie reproductive à l'arrière-plan. Même lorsqu'ils échouent
juridiquement, ces recours produisent des effets durables en banalisant la
remise en question du droit à l'avortement et en contribuant à la polarisation
du débat.
Enfin, il faut aussi considérer le contenu
même des décisions judiciaires. Il est possible d'obtenir des décisions
favorables sur le fond tout en voyant apparaître dans le raisonnement ou la
justification des juges des ouvertures juridiques non souhaitées. Ces
ouvertures peuvent ensuite être réutilisées dans d'autres causes, dans d'autres
contextes, avec des effets cumulatifs qui dépassent largement l'intention
initiale du législateur. Autrement dit, loin de verrouiller le droit à
l'avortement, l'article 29 risque plutôt de créer un nouveau point d'entrée
stratégique pour celles et ceux qui cherchent à le fragiliser. Deuxièmement,
après avoir étudié les mouvements anti-avortement pendant plus d'une décennie,
je me suis posé une question toute simple : Au Québec, une loi
constitue-t-elle réellement un outil efficace pour lutter contre l'influence de
ce mouvement social? En décembre dernier, avec Ophélie Lacroix, Frédérique
Nadeau et la FQPN, nous avons publié un rapport de recherche portant
spécifiquement sur le mouvement contre l'avortement au Québec. Le premier
constat qui s'en dégage est clair : l'adoption d'une mesure législative
comme l'article 29 n'aurait aucun impact sur les enjeux recensés. Pire encore,
une telle mesure risque de produire un effet trompeur. Elle peut donner
l'impression que le problème est réglé, que le gouvernement s'en est occupé et
ainsi mener à une baisse de la...
Mme Pronovost (Véronique) : ...de
la vigilance collective et une démobilisation du mouvement prochoix. On
pourrait aussi arguer qu'il est possible de marcher et de manger de la gomme en
même temps, c'est-à-dire d'adopter l'article 29 tout en agissant sur
d'autres fronts. Or, l'expérience montre que ce n'est pas ce qui se produit.
Des enjeux documentés dès 2014 demeurent toujours présents aujourd'hui.
D'une part, le gouvernement continue de
financer des organisations ouvertement opposées au droit à l'avortement, comme
les Chevaliers de Colomb, sous prétexte qu'elles mènent aussi d'autres
activités caritatives. Il est difficile de comprendre en quoi ce financement
est acceptable, alors qu'il est jugé inacceptable de financer des centres
d'aide à la grossesse antiavortement, qui par ailleurs diversifient de plus en
plus leur offre de services en intégrant, elles aussi, des activités
caritatives, ou même de louer une salle à des organisations religieuses qui
défendent exactement les mêmes positions. D'autre part, les groupes
antiavortement demeurent présents dans le réseau d'éducation secondaire et
postsecondaire, que ce soit par la tenue de kiosques, des interventions dans
des cours d'éducation à la sexualité ou par l'offre de stages. Ces espaces
constituent des lieux stratégiques de recrutement et d'influence et une loi
symbolique n'y change strictement rien.
Une telle loi n'aurait pas davantage
d'impact sur la professionnalisation du mouvement au Québec ni sur la
circulation persistante des informations médicales. Cette loi ne réglerait pas
non plus la discrimination que vivent les femmes et les personnes sans RAMQ ni
PFSI souhaitant payer pour avoir recours à l'avortement au troisième trimestre,
à qui le ministère de la Santé refuse ses soins actuellement. J'invite donc les
législateurs à se questionner sur la cohérence de ses pratiques et de ses
interventions.
En conclusion, l'article 29 ne
protège pas davantage de droit à l'avortement, il n'en renforce ni l'accès ni
la pérennité, au contraire il crée de nouveaux risques juridiques, politiques
et sociaux tout en donnant l'illusion d'une protection déjà acquise. Les
menaces réelles qui pèsent aujourd'hui sur le droit et l'accès à l'avortement
relèvent de dynamiques sociales, organisationnelles... organisationnelles et
culturelles bien documentées et l'article 29 s'ajoute à ces dynamiques
plutôt que de les contrer. Je vous invite à ne pas confondre un geste
symbolique avec une mesure réellement efficace. Je vous invite par ailleurs à
consulter les recommandations proposées dans le rapport publié en décembre
dernier.
Avant de conclure, j'aimerais formuler une
demande. J'ai donné naissance à mon enfant il y a trois semaines. Je me suis
extraite de mon congé pour venir m'entretenir avec vous aujourd'hui et je
fonctionne, comme on peut l'imaginer, avec des ressources relativement
limitées. Je vous serai donc connaissante de formuler vos questions de manière
claire et succincte afin de favoriser des échanges constructifs. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Félicitations! M. le
ministre, s'il vous plaît, pour 9 min 15 s.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Mme Pronovost, bonjour. Félicitations également pour votre
enfant! Bien, écoutez, je ne suis pas en accord avec vous, mais je respecte
votre point de vue. Ça fait que je pense que c'est clair, c'est dit, et puis...
et puis je pense que vous avez une expertise dans ce domaine-là, puis on... on
va pouvoir en discuter puis aborder puis bénéficier de votre éclairage sur le
mouvement, notamment le mouvement antiavortement.
Juste avant, vous avez abordé beaucoup la
question du fait qu'on vient légiférer, puis qu'il ne faut pas légiférer, puis
que c'est une mauvaise solution puis ça va nuire à tout le dossier. Or, ce
n'est pas du tout notre objectif. Puis, sur la finalité, j'ai eu l'occasion de
le dire, autant pour des questions juridiques que constitutionnelles, je ne
partage pas le raisonnement, puis moi, je pense que c'est nécessaire de le
faire. Cela étant, je suis sensible aux arguments. Puis la consultation, elle
est là pour écouter, puis la commission parlementaire aussi.
Je veux juste qu'on aborde la question,
supposons, des cliniques d'avortement. En 2016, la ministre Barrette, qui était
ministre de la Santé, a légiféré sur le périmètre de sécurité autour des
cliniques d'avortement. Là, je voulais savoir dans le cadre du raisonnement,
parce que vous dites à chaque fois qu'on légifère en lien, supposons, avec
l'avortement, là, manifestement, dans ce dossier-là, c'en était un puis il y
avait une raison pourquoi on légiférait... Est-ce que ça serait dire : On
n'aurait pas dû légiférer sur le périmètre autour des cliniques d'avortement?
Parce que ça a... je...
• (16 heures) •
Mme Pronovost (Véronique) : À
ce moment-là...
M. Jolin-Barrette : Ça a
ramené le sujet, on en a beaucoup parlé. Ça a été judiciarisé, on a gagné l'été
passé. C'est comme...
Mme Pronovost (Véronique) : Bien,
déjà, ce qui est intéressant, c'est de voir justement comment ça s'est fait en
Colombie-Britannique, et cette judiciarisation-là a été retentée ici. On savait
déjà qu'il y avait peu de chances que le recours fonctionne, justement parce
qu'en Colombie-Britannique ça s'était bien passé et que la loi était
pratiquement un copier-coller de ce qui avait été fait en Colombie-Britannique
en 2016, ici, au Québec. Et donc, dans le contexte de l'adoption de ce projet
de loi là, en fait, les cliniques fonctionnaient déjà avec des injonctions à
répétition. Donc, le conflit, il était déjà judiciarisé. C'était déjà devant
les tribunaux et ça retournait devant les tribunaux pour qu'il y ait des
injonctions soit répétées, soit permanentes qui soient amenées. Et d'ailleurs
il y a encore aujourd'hui des cliniques qui, malgré l'adoption de cette loi-là,
ont...
16 h (version non révisée)
Mme Pronovost (Véronique) : ...besoin
d'injonction permanente. Donc, on faisait face à un conflit qui s'était déjà
judiciarisé, qui était déjà devant les tribunaux, et le législateur a répondu à
des demandes qui, par ailleurs, étaient formulées par le terrain. Là, le
terrain vous dit exactement l'opposé et de manière unanime, là, pas seulement
les groupes de femmes qui ont l'habitude parfois de pas toujours être entendus,
mais là c'est le milieu académique, le milieu juridique, le milieu médical, tout
le monde parle d'une même voix pour dire de ne pas faire ça. Donc, il y a une
différence quand la demande et le besoin émergent du terrain et que le conflit
est par ailleurs déjà judiciarisé versus, dans ce cas-ci, où est-ce qu'on vous
dit de ne rien faire, on vous répète, et là je dis vous, je m'exclus, là, on
peut... on peut juste voir ce que les gens qui travaillent dans cette clinique
vous disent et on vous dit : Ne le faites pas, c'est dangereux et il y a
des risques.
M. Jolin-Barrette : Mais j'ai
de la misère un petit peu à vous suivre sur «c'est déjà judiciarisé», parce que
là, un des principaux arguments que les groupes qui viennent nous voir, c'est
de dire «mais ça pourrait être judiciarisé». Or, dans le dossier des cliniques
d'avortement, effectivement, les cliniques devaient aller chercher des... des demandes
d'injonction, parfois, c'était attaqué aussi et ça faisait œuvre de débat. Et
là le législateur est intervenu pour justement mettre fin à ça. Alors, j'essaie
juste de suivre parce que l'argument il est un peu circulaire sur le plan, là,
des procédures judiciaires, des amendements de la loi puis j'essaie vraiment de
réconcilier tout ça, là, mais, d'un côté on me... on me plaide quelque chose puis,
de l'autre côté, on plaide la même chose, mais à l'inverse. Ça fait que j'essaie
de suivre puis je suis un peu dubitatif relativement à... à cela. Mais cela
étant, je comprends le message que vous me dites : Écoutez, nous on n'en
veut pas, on ne veut pas que ce soit légiféré. Ça fait que là-dessus, c'est
très clair.
Si vous voulez, j'aimerais ça que vous
nous parliez de votre expérience par rapport au mouvement antiavortement sur le
terrain, exemple, comment ça s'est passé aux États-Unis pour que la décision Roe
v. Wade soit renversée?
Mme Pronovost (Véronique) : Ça
a été une stratégie de morcellement, effectivement, qui s'est faite sur 50 ans.
Donc, ça ne s'est pas fait du jour au lendemain, les gens ont travaillé, donc
le mouvement social a travaillé très fort et il y a beaucoup, beaucoup de
travail qui a été fait, justement, dans la société pour essayer de faire
changer les opinions et pour, justement, venir changer le paysage culturel des États-Unis.
Éventuellement, il y a de l'entrisme qui s'est fait et c'est ce qu'on commence
à voir ici, notamment dans le milieu communautaire. Donc, cet entrisme-là, d'essayer
d'aller s'inscrire dans des réseaux qui ne les... auxquels ils n'appartiennent
pas. De la même façon, on va dans le réseau de l'éducation. Et ce que je disais
tout à l'heure, c'est que, justement, pour contrer ces premières tentatives d'entrisme,
pour contrer l'institutionnalisation de ce mouvement social, il faut agir pour
empêcher ces groupes de pouvoir justement intégrer ces milieux.
M. Jolin-Barrette : Parlez-moi
de ça, là, je trouve ça intéressant le l'entrisme dans les groupes
communautaires, dans la société civile, au Québec, au Canada, comme... Pour les
gens qui nous écoutent, là, c'est... c'est quoi l'illustration de ça?
Mme Pronovost (Véronique) : C'est
qu'on va utiliser des discours qui sont en apparence neutres. Donc, on ne va
plus nécessairement se dire ouvertement contre l'avortement, on va utiliser des
discours qui sont policés, qui sont beaucoup plus sournois, où est-ce qu'on va
notamment parfois reprendre carrément un discours féministe de santé et de bien-être
des femmes. Et donc les personnes qui ne sont pas nécessairement au courant, ou
qui n'ont pas nécessairement lu, ou qui ne connaissent pas nécessairement ce
sujet-là vont souvent se faire prendre. Et c'est d'ailleurs arrivé à certains
députés de la CAQ, là, de se faire prendre avec ce type de discours là et qui
ont offert du... du financement discrétionnaire à ces organisations. Et donc c'est
ces groupes-là qui parviennent à réseauter le milieu communautaire et à
intégrer parfois des lieux de concertation qui, autrement, sont tout à fait
pro-choix.
M. Jolin-Barrette : Donc, c'est
la même stratégie qu'ils utilisent au Canada, au Québec, qu'ils ont utilisé
dans le passé, aux États-Unis.
Mme Pronovost (Véronique) : C'est
sensiblement les mêmes stratégies. Et là, en ce moment, on est comme 50 ans
en arrière, on est en retard dans le sens où le mouvement ne peut pas être
comparé. Les stratégies sont les similaires, les discours sont similaires, mais
évidemment l'ampleur n'est pas du tout le même, et on n'est pas du tout rendus
dans la même étape, si vous voulez, en termes de mouvement social, d'organisation,
de professionnalisation, de disposition de ressources, de moyens, d'influence.
M. Jolin-Barrette : OK. Donc,
ils sont au début. Vous ne pensez pas que ça aurait fait une différence si l'État
américain, supposons, s'était positionné résolument en faveur du mouvement en
faveur du droit à l'avortement, puis qu'il avait utilisé les ressources de l'État
pour protéger le droit à l'avortement, puis qu'il avait gardé un œil là-dessus?
Mme Pronovost (Véronique) : Bien,
en fait, le gouvernement...
Mme Pronovost (Véronique) :
...les États-Unis l'a fait pendant très longtemps. Éventuellement, justement,
c'est tout ce travail qui est fait à l'extérieur des institutions, qui fait
qu'on parvient éventuellement à faire élire des personnes au sein de différents
paliers de gouvernement. Mais avant que ça, ça arrive, ça prend un bassin de population...
relativement significatif pour faire élire ces personnes-là. Donc, le premier
travail, il est fait dans la communauté, il est fait d'un point de vue
culturel, de changer des mentalités. Et ce que j'essaie de dire, c'est que
c'est ce travail-là, en ce moment, qui doit être fait justement pour empêcher
l'escalade et la suite de cette institutionnalisation du mouvement.
M. Jolin-Barrette : OK. Je
vais céder la parole à mon collègue.
Le Président (M.
Bachand) : Une minute, question, réponse. M. le député de Saint-Jean.
M. Lemieux : Un chausson avec
ça. Bonjour, Mme Pronovost. Il y a une dimension médiatique là-dedans. Je me
souviens, j'étais au Nouveau-Brunswick, quand Morgentaler... ça a explosé, au
Nouveau-Brunswick, avec sa clinique qu'il avait ouvert là-bas. Je me souviens
de Chantal Daigle au Québec qui a mis le feu aux poudres. Est-ce que vous êtes
en train de nous dire : Oubliez ça, la loi, la bataille est ailleurs?
Mme Pronovost (Véronique) : Tout
à fait. C'est exactement ça. Vous avez résumé mon propos.
M. Lemieux : Malheureusement,
moi, j'aimerais ça la loi, parce que je vous écoute, je comprends, mais je
n'adhère pas, parce que je me dis : Pourquoi on ne donnerait pas au gouvernement,
sans donner exactement les mots qu'il y a dans le 29 en ce moment, le rôle
d'être un chien de garde, sinon pour l'avortement, pour contrecarrer des
mesures médiatiques ou autres vers l'avortement?
Mme Pronovost (Véronique) :
Mais parce que le gouvernement a déjà la responsabilité de protéger ce
droit-là. Ce n'est pas... Vous n'avez pas besoin d'un article dans la
Constitution pour le faire, et donc je ne vois pas en quoi ça vient ajouter.
Moi, la question que j'aurais pour le gouvernement, c'est : Très, très
concrètement, qu'est-ce que ça vient faire, cette loi-là? Quand j'ai eu des
discussions avec M. le ministre de la Justice cet été, du bout des lèvres, on a
fini par admettre que c'était plutôt symbolique, en fait, cet article-là. Donc,
moi, rendu là, je ne vois pas concrètement qu'est-ce que ça vient faire pour
pérenniser un droit qui est attaqué ailleurs, en ce moment, que dans le milieu
législatif. Et d'ailleurs, il y a toute cette question de cohérence des
politiques qui sont mises en ce moment en place et de l'octroi de financement
qui est à revoir.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de Robert-Baldwin,
pour 6 min 56 s, s'il vous plaît.
• (16 h 10) •
Mme Garceau : Merci, M. le
Président. Merci, Mme Pronovost, d'être ici avec nous aujourd'hui et surtout
pour votre mémoire que j'ai lu très attentivement, parce que vraiment vous êtes
au cœur, si je peux dire, de cette lutte, de ne pas légiférer sur l'avortement.
On rejoue un peu la même cassette de 2023 avec l'ancienne ministre responsable
de la Condition féminine. Et Je sais que vous avez eu des rencontres avec le
ministre de la Justice à l'été 2025. Vous avez fait part de tous les arguments
et vous avez été au cœur de l'étude de la recherche qui a été financée par le
gouvernement. C'est des fonds publics qui ont financé cette étude qui a fait un
survol de tous les risques liés aux groupes antiavortements qui cherchent
exactement ce qu'on ne veut pas, c'est une loi, une disposition législative
afin de venir restreindre le droit des femmes à l'avortement. Et moi, je trouve
qu'il y a une... incohérence totale en ce moment, où on a une ministre qui a
reculé, qui a dit : Non, on ne va pas légiférer avec tous les motifs que
vous avez exprimés. Et là, en plus, on a une étude, on a une étude, première
recommandation qui dit «ne pas légiférer». Donc j'essaie de comprendre,
comment se fait-il qu'on est encore ici, qu'on est en train encore de lutter
pour retirer cet article-là? J'aimerais vous entendre sur l'aspect de
l'incohérence gouvernementale en ce moment, mais aussi vous avez parlé :
On est en train de sous-estimer les risques liés à l'article 29, et
peut-être c'est le ministre de la Justice qui est en train de sous-estimer les
groupes antiavortements liés à cet article-là. J'aimerais vous entendre
là-dessus.
Mme Pronovost (Véronique) :
Mais je pense que le gouvernement fait un biais par défaut d'utiliser les lois.
Donc, c'est le moteur, c'est les outils dont il dispose pour intervenir, hein,
de manière générale. Donc, je pense qu'il y a un biais déjà là. Peut-être...
Mme Pronovost (Véronique) : ...et
là je tombe un peu dans des suppositions, là, mais comme juriste, je pense
qu'on peut avoir tendance parfois à vouloir utiliser les lois, utiliser les
appareils plus formels pour poser des balises, des normes, des limites. Mais
dans ce cas-ci, je pense que de poser un regard autrement que juridique sur cet
enjeu-là est essentiel. Il faut observer ça d'une manière sociologique, d'une
manière politique, et politique au sens large, là, pas nécessairement dans les
institutions, pour voir toutes ces dynamiques qui se déroulent à l'extérieur et
là où on tente de changer les mentalités, on tente de convaincre des personnes,
parfois une à la fois, comme dans les centres d'aide à la grossesse, parfois en
diffusant des messages sur les réseaux sociaux. Donc, vraiment, il y a une
panoplie, là. Je pense que vous avez consulté rapidement le rapport, là, donc,
vous voyez la panoplie d'outils dont ce mouvement social là dispose.
Et ma crainte, c'est qu'avec
l'article 29, on vienne précipiter, en fait, cette institutionnalisation
du mouvement, notamment parce que ça va causer, encore une fois, tous ces
débats, tous ces déplacements sémantiques où est-ce qu'on ne parlera plus du
droit à l'avortement, pour le droit à l'avortement, on va en parler comme
étant... oui, mais la liberté d'expression de ces groupes, on va aller aussi
vers, et c'est quelque chose qu'on a vu dans le cadre de la recherche, là,
interdire, ou en fait, s'opposer au droit à l'avortement pour des raisons de
protection du français, pour des raisons de protection de la communauté blanche
catholique de souche. Donc, on a des déplacements sémantiques. On voit en ce
moment que le droit à l'avortement ou l'opposition au droit à l'avortement est
un peu un fourre-tout et on finit par s'y opposer pour, vraiment, des raisons
extrêmement multiples. Et c'est comme ça qu'on vient ratisser et gagner
l'adhésion d'un plus grand nombre de personnes qui, à la base, ne sont pas particulièrement
religieuses ou ne portent pas nécessairement des... des revendications morales,
là.
Mme Garceau : Oui, et
vous avez parlé dans votre mémoire de votre découragement, découragement en
termes de, vous avez fait, vous avez été au cœur de cette recherche, la
recommandation phare est de ne pas légiférer sur le droit à l'avortement. Vous
avez rencontré le ministre. Vous avez... vous vous êtes exprimé sur tous les
motifs pourquoi nous ne devrions pas le faire, et malgré tout ça, le ministre a
déposé le projet de loi n° 1. Vous êtes découragée,
mais il y a des milliers de femmes également qui sont découragées. Comment
convaincre le ministre, parce qu'on dirait c'est celui-ci qu'on doit convaincre
pour ne pas légiférer? Qu'est-ce que vous pourriez ajouter?
Mme Pronovost (Véronique) : On
avait fait tout un travail avec le cabinet du Secrétariat à la condition
féminine, avec Mme Biron, à l'époque. Ça avait été un travail exigeant,
avec des discussions très rigoureuses, très respectueuses aussi. Et on avait
fini par avoir cette entente, hein, cette compréhension mutuelle que ce n'était
probablement pas le véhicule à adopter. Ça avait débouché sur un plan d'action
qui était très intéressant à différents points de vue. C'est sûr qu'il reste du
travail, hein? C'est un premier plan d'action. Mais c'était très intéressant ce
qui avait été produit.
Et donc, effectivement, c'est beaucoup de
découragement de voir qu'au sein de ce même gouvernement, donc, on n'est même
pas... il n'y a pas eu d'élection, on n'a pas changé de parti, c'est le même
gouvernement... prend une position complètement différente à peine deux ans
plus tard. Et là, tout ce travail à refaire encore une fois. Donc je ne sais
pas, en fait, ce qui peut être dit de différent. Je pense qu'aujourd'hui, j'ai
essayé d'apporter des arguments qui n'avaient pas encore été nécessairement mis
de l'avant, notamment avec l'impact extrajudiciaire, tout ce qui se fait sur le
plan médiatique, les réseaux nationaux, transnationaux. Je ne pense pas
nécessairement... je ne sais pas. Je vais être bien honnête avec vous, je ne le
sais pas.
Mme Garceau : Je
comprends. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Merci, Pre Pronovost, Mme Pronovost. Donc, vous, vous nous
dites à peu près ce que toutes les féministes, les groupes de femmes, les
groupes qui travaillent sur le droit à l'avortement... sont passés avant nous,
les médecins aussi, pour nous dire : Mettez-le pas dans la loi parce que
c'est ce que demandent les groupes anti-choix. Vous nous dites, la guerre, elle
est culturelle, et puis c'est une guerre culturelle qu'il faut mener pour s'assurer
que les esprits ne soient pas gangrénés par une idéologie qui vient justement à
l'encontre de l'égalité entre les hommes et les femmes. Et puis, vous
dites : Il y a un certain nombre d'organisations qui, en fait, mènent
cette guerre aux États-Unis. Vous avez parlé de, sur les 50 dernières
années, de manière méthodique et continue.
Dans les groupes dont vous avez parlé ici
au Québec, est-ce que j'ai bien entendu ou vous avez cité les Chevaliers de
Colomb, par exemple, comme des groupes anti-choix?...
Mme Pronovost (Véronique) : ...exactement,
donc les Chevaliers de Colomb, en fait, c'est une organisation internationale
qui, dans les quatre piliers de sa mission fondamentale, il y a la protection
de la vie. Donc ce n'est pas plus... ce n'est pas caché, ce n'est pas dit de
manière, justement, un peu sournoise, là, c'est très, très ouvert. Il y a des
programmes de financement qui sont... qui existent...
M. Bouazzi : Je vais
vous couper parce que j'ai très peu de temps. Jeudi dernier, je cite le
ministre, «après avoir donné 12 ans de ma vie comme parlementaire ici, huit ans
comme ministre, après avoir fait des réformes, etc., etc. Après être allé aux
Chevaliers de Colomb, au Cercle d'Isabelle, etc.», pour nous expliquer à quel
point il était engagé pour le bien commun. Est-ce que ça vous rassure que le
même ministre, qui ne comprend pas vos arguments, avec cette loi qui
affaiblirait le droit à l'avortement, nous explique que ses relations avec les
Chevaliers de Colomb sont, justement, ce qui devrait nous rassurer?
Mme Pronovost (Véronique) : Bien,
en fait, il y a quelques années, il avait le même discours lorsque, justement,
certains députés... ou, enfin, il y avait eu un scandale avec Le Devoir, là,
comme quoi il y avait beaucoup, beaucoup d'argent qui avait été versé aux
Chevaliers de Colomb de la part du gouvernement sur quelques années, et le
ministre avait réitéré à quel point, bien, on fait, comme ils distribuent, par
exemple, des manteaux d'hiver durant l'hiver, bien, c'est important de leur
donner ou qu'ils... ils offrent de l'aide, finalement, soi alimentaire ou
vestimentaire, et donc, pour ces raisons-là, il fallait les aider. Mais de plus
en plus, il y a plusieurs groupes antiavortement, en fait, qui offrent... qui
diversifient leurs services comme ça, pour développer des services un peu plus,
justement, caritatifs. Donc, où ça va s'arrêter? Pourquoi on finance ce
groupe-là spécifiquement alors qu'on ne finance pas d'autres? Les Chevaliers de
Colomb financent l'achat de machines d'échographie aux États-Unis, notamment,
et on parle de millions de dollars, en fait, qui sont investis dans l'achat de
ces machines, justement dans le but de décourager les femmes de choisir
l'avortement.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup,
Mme Pronovost, d'avoir été avec nous, le temps file rapidement. Merci
encore une fois, et je vais suspendre les travaux quelques instants pour
accueillir nos... le prochain groupe. Merci encore, merci.
Mme Pronovost (Véronique) : Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 18)
(Reprise à 16 h 20)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît, la
commission reprend ses travaux. Il me fait plaisir d'accueillir les
représentantes de la Table de concertation des groupes de femmes du Bas-Saint-Laurent.
Merci beaucoup d'être avec nous, c'est un grand privilège. Alors, vous
connaissez les règles, présentations, après ça, période d'échange, donc, la
parole est à vous. Merci.
Mme Bernier (Nathalie) : Bonjour,
merci de nous recevoir. Je me présente, Nathalie Bernier, coordonnatrice
générale de la Table de concertation des groupes de femmes Bas-Saint-Laurent.
Je suis accompagnée, aujourd'hui, de ma collègue Carol-Ann Kack, responsable
aux communications et au volet sociopolitique de notre organisme, ainsi que
deux représentantes de nos groupes membres, Isabelle Després, responsable de
l'intervention psychosociale au Centre-Femmes La Passerelle du Kamouraska,
ainsi que Sabrina Ouellet, intervenante au Centre des Femmes du Ô Pays à
Lac-des-Aigles.
La Table de concertation des groupes de
femmes Bas-Saint-Laurent, c'est un réseau féministe d'information, d'action et
de mobilisation politique par lequel les groupes de femmes du Bas-Saint-Laurent
s'outillent et se concertent pour intervenir dans toute situation qui met en
jeu les intérêts et les droits des femmes et des personnes opprimées sur la
base de leur genre. Nous représentons neuf centres de femmes, trois maisons
d'aide et d'hébergement pour victimes de violence entre partenaires intimes,
deux CALACS ainsi que deux syndicats en condition féminine. Nous agissons dans
plusieurs domaines qui touchent aux conditions de vie des femmes et des
personnes trans. Concernant la santé reproductive et l'accès à l'interruption
volontaire de grossesse. Nous portons régionalement la mesure 5 du plan
d'action en santé bien-être des femmes, une concertation qui adresse ces
préoccupations et dont Isabelle et Sabrina font partie. Alors que vous
souhaitez protéger et renforcer le droit à l'avortement par l'inclusion de
l'article 29 à votre projet de loi constitutionnelle, nous sommes ici pour vous
dire que nous croyons non seulement que ce n'est pas le bon moyen pour y
parvenir...
Mme Bernier (Nathalie) : ...mais
que nous craignons ainsi... aussi, pardon, les reculs possibles que cela
pourrait entraîner. Nous ne ferons pas exception aux multiples voix que vous
avez déjà entendues, provenant des milieux juridiques, médicaux, universitaires
et féministes, qui constituent un large consensus, nous sommes ici pour vous
demander le retrait complet de l'article 29.
Mme Kack (Carol-Ann) : Nous
souhaitons réitérer que le... notre statut juridique est non seulement
suffisant, mais qu'il est favorable pour protéger le droit à l'interruption de
grossesse. C'est un droit qui a été acquis après de longues batailles. Les
experts en droit nous rappellent qu'on n'a pas de vide juridique en ce moment,
ni au Québec, ni au Canada, relativement au droit de choisir d'interrompre
volontairement sa grossesse. Depuis 2019, les dispositions criminalisant
l'avortement ont été retirées du Code criminel. Au Québec, l'avortement est un
soin prévu au Code civil ainsi que... une protection de la Charte québécoise et
de la Charte canadienne. Déjà protégé par ces différentes chartes et soutenu par
une solide jurisprudence liée à des jugements favorables de la Cour suprême du
Canada, il semble y avoir plus de risques que de protections réelles qui
viendraient avec cette utilisation de la voie législative. L'inclusion de ce
droit dans une loi est susceptible de générer davantage de débats judiciaires
quant à son interprétation et de fragiliser les acquis constitutionnels forts.
Vous savez comme nous que, depuis plus de 50 ans, les groupes anti-choix
tentent de faire adopter des lois qui s'attaquent au droit à l'avortement au
Canada. Nous savons que ce mouvement est déjà prêt à aller en contestation sur
cet article si ce projet de loi est adopté. Nous souhaitons à tout prix éviter
d'ouvrir la porte pour leur offrir des nouveaux terrains de contestation. Nous
avons plus à risquer qu'à gagner.
En tant qu'organisme défendant les droits
des personnes opprimées sur la base du genre, nous souhaitons aussi rappeler
que les hommes trans et les personnes non binaires peuvent être enceintes. Le
libellé que vous présentez dans cette loi fait donc fi de l'ensemble des
réalités vécues et nous apparaît aussi restrictif.
On souhaite aussi rappeler que le
mouvement féministe pro-choix travaille extrêmement fort afin que
l'interruption volontaire de grossesse soit reconnue comme un soin comme un
autre et non pas comme une intervention d'exception. Dans ce contexte, il
serait incohérent de lui donner un statut particulier en le codifiant dans une
loi.
Mme Després (Isabelle) : Il y
a quelques années, Martine Biron, alors ministre de la Condition féminine,
avait manifesté le souhait de protéger le droit à l'avortement par la loi... la
voie législative. Nous avons travaillé fort pour véhiculer essentiellement les
mêmes arguments que nous vous présentons aujourd'hui afin d'éviter que cette
voie soit empruntée. Après plus d'un an de consultations intensives en votre
gouvernement, les groupes féministes et les experts en avortement au Québec,
Mme Biron s'est montrée à l'écoute en proposant et en adoptant un plan d'action
gouvernemental pour assurer un accès sécuritaire et équitable à l'avortement
plutôt que de miser sur la législation. Ce geste a été salué, et une confiance
s'est installée entre nos groupes et votre gouvernement. Il nous est donc
difficile de comprendre pourquoi on revient aujourd'hui sur cette question. Au
lieu de mettre nos énergies à soutenir la réalisation du plan d'action pour un
accès sécuritaire et équitable à l'avortement partout au Québec, nous déplorons
de devoir consacrer notre temps, notre énergie et notre argent pour avoir
encore une discussion sur un enjeu dont le débat nous semblait clos.
À l'heure actuelle, la mise en œuvre du
droit à l'avortement est davantage menacée par un manque de ressources
financières que par l'absence d'une mention dans une constitution du Québec ou
autre loi. Au Bas-Saint-Laurent, l'obstacle principal d'accès à l'interruption
de grossesse est l'absence de transport et les frais encourus. Afin de répondre
aux besoins du milieu, les centres de femmes du Bas-Saint-Laurent ont décidé de
se former pour accompagner les personnes qui doivent vivre une interruption
volontaire de grossesse. Nous avons choisi, sur nos propres bases, d'en faire
une priorité, car nous sommes préoccupées par la situation.
Mme Ouellet (Sabrina) : Dans
notre région de 22 000 kilomètres carrés, les interruptions volontaires de
grossesse sont offertes à l'hôpital régional de Rimouski et de Rivière-du-Loup
seulement. Cela peut facilement exiger plus d'une heure de transport pour aller
à un rendez-vous de santé dans une région dont les services de transport
collectif interurbain sont inexistants. Pour vous donner une mesure de la
situation, le CISSS Bas-Saint-Laurent se tourne parfois vers nos organismes
afin de nous demander d'assurer le transport d'une personne qui doit aller à un
rendez-vous médical. Vous comprendrez que ce n'est pas notre mission d'offrir
du transport, nous sommes des milieux de vie. Ces situations engendrent des
frais importants et amputent nos petites équipes déjà sursollicitées.
Dans ce contexte, le déploiement de la
télémédecine et des informations sur l'accès est un enjeu prioritaire pour
répondre à ces besoins qui sont particuliers au contexte territorial des
régions étendues. Au Bas-Saint-Laurent, notre concertation travaille actuellement
à développer pour la population un microsite pour faciliter l'accès à
l'information sur les services régionaux d'IVG. Si vous souhaitez protéger le
droit et l'accès à...
Mme Ouellet (Sabrina) : ...au
Québec et laisser votre marque comme allié à titre de ministre, nous vous
suggérons de vous pencher sur les options suivantes : offrir la
contraception gratuite, assurer de financer adéquatement les acteurs et
actrices qui oeuvrent au déploiement de la télémédecine au Québec, assurer l'accès
à l'avortement à tous les stades de leur grossesse pour toutes les personnes
qui en ont besoin au Québec, et ce, gratuitement, et finalement financer
adéquatement les groupes communautaires et les groupes pro-choix qui doivent
actuellement redoubler d'ardeur au niveau de leur temps consacré à l'éducation
populaire et à la sensibilisation sur le libre-choix dans le contexte de
polarisation que nous connaissons.
Notre regroupement insiste, l'inclusion de
l'article 29 du projet de loi constitutionnelle du Québec réouvre sur un
débat qui a déjà été réglé. Nous souhaitons que l'énoncé «l'État protège la
liberté des femmes d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse»
soit retiré, et ce, sans remplacement.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup de votre
présentation. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Mesdames Bernier, Kack, Després, Ouellet, pour la Table
de concertation des groupes de femmes du Bas-Saint-Laurent, merci de participer
aux travaux de la commission parlementaire.
Votre mémoire, il est clair, vous voulez
qu'on retire l'article 29. J'ai très bien compris votre position puis la
proposition, puis je respecte votre position. Je pense que vous étiez là
avec... pour le groupe précédent, pour Mme Pronovost. Elle nous disait :
Ça ressemble à ce qui s'est passé aux États-Unis il y a un certain temps. Puis
là, on s'en va vers un mouvement de, comment je pourrais dire ça... de
traditionalisme, de conservatisme, de retrait du droit des femmes un peu à
travers l'Occident. On le voit de plus en plus. Ça ne vous inquiète, pas tout
ça? De voir que ces mouvements-là, ça s'implante, notamment au Québec,
notamment au Canada, et que, bien, je ne sais pas, si l'État américain avait
pris position plus rapidement puis avait fait un choix de dire : Bien,
écoutez, moi je vais m'assurer d'être du côté des personnes qui défendent le
droit à l'avortement, ça aurait pu outiller? Parce que, là, Mme Pronovost nous
l'expliquait, c'est des gens qui ont infiltré la société civile, qui ont fait
élire des gens dans ce domaine-là. Mais, si on parle d'aujourd'hui puis supposons
qu'on l'insérait dans nos lois, là, il y aurait clairement quelque chose qui
serait gravé dans le béton, qui serait très clair et que ça éviterait de faire
en sorte que les tribunaux interviennent aussi. Parce que ce qui s'est passé
aux États-Unis, en fonction de la jurisprudence, où ça a été attaquée, ils ont
réussi à faire renverser ça. Puis, à ma connaissance, les gouvernements des
États puis le gouvernement américain est resté pas mal, je vous dirais, dans
une position stoïque. Et surtout que, parce que les représentants, que ce soit
dans les différents États, les congrès... les congrès étatiques si je peux
dire, les «State House» puis le Congrès américain aussi, bien, ils se sont fait
élire avec ces engagements-là aussi. Moi, je cherche à créer une barrière, une
digue qui va justement venir cristalliser la position de l'État québécois.
• (16 h 30) •
Mme Kack (Carol-Ann) : Oui.
Je comprends, je comprends, ça fait peur, qu'est-ce qui se passe aux
États-Unis, on est les premières à s'en inquiéter car on a vu le renversement
se produire. Mais on a tendance à s'appuyer sur les experts juristes du milieu
de droite. On en a entendu plusieurs ici, là, je m'excuse par ailleurs d'être
dans la redite sur beaucoup d'éléments qui ont été amenés déjà en commission,
sur le fait qu'en ce moment on a une solide jurisprudence qui nous protège. Et
quand, en 1989, on a décidé, dans le cas de Daigle, que le foetus n'avait pas
de personnalité juridique, bien, à ce moment-là, il y a une question qui a été
réglée et avec laquelle on va de l'avant. Et, en ce moment, nous, on a déjà
beaucoup de travail supplémentaire à faire de sensibilisation puis d'éducation
populaire sur cette question-là quand elle revient dans l'espace public comme
en ce moment, là. Le fait que ce soit une proposition d'article dans le projet
de loi, ça en fait un enjeu politique qui revient et qui nous oblige à se
positionner, à dépenser des ressources humaines, financières à cet escient,
alors qu'on n'en a pas besoin. On n'en a pas besoin, de cet élément-là
supplémentaire. Donc, non seulement il nous fait craindre des risques de recul,
mais aussi nous déplaît parce qu'il nous laisse percevoir, avec toute...
16 h 30 (version non révisée)
Mme Kack (Carol-Ann) : ...avec
toute les contestations judiciaires qu'il peut y avoir aussi sur la
reconnaissance dans le cadre juridique. Bien, donc, pour nous, ça fait en sorte
que c'est un enjeu qui redevient au coeur de l'actualité, sur lequel on doit
prendre parole, être au front et... Bien, pas plus tard que la semaine
dernière, on était en grève, les groupes en défense collective de droits, parce
qu'on n'a presque pas de financement, un genre de 115 000 $, là, par... de
base pour les groupes pour remplir notre mission. Quand il faut payer un local
puis une couple de personnes, là, on n'a pas grand-chose pour faire notre
travail après. Ça fait que c'est certain qu'on se passerait de s'ajouter de
devoir convaincre aussi le gouvernement d'éléments qui ont déjà été discutés en
plus dans les dernières années, là.
M. Jolin-Barrette : Je vais
céder la parole à mes collègues, là, mais juste un commentaire là-dessus, puis
j'espère vraiment, vraiment me tromper, je vous le dis, là, j'espère vraiment
me tromper. Mais, avec les mouvements qu'on voit, OK, ce débat-là, à mon corps
défendant, il n'est pas terminé et il ne sera pas terminé avec la Constitution.
Je comprends ce que vous me dites à court terme, puis vos organismes qui
appuient les femmes en termes de défense de droits, vous avez une mission
essentielle. La question du financement, c'est une autre question, vous faites
vos revendications avec les autres membres du gouvernement, mais c'est sûr que
cette question-là, elle va revenir systématiquement et elle revient de toute
façon à toutes les élections fédérales. Prenez juste la semaine dernière ou
l'autre dimanche, je ne sais pas si c'était en fin de semaine ou l'autre
d'avant, il y avait le congrès du Parti conservateur du Canada en Alberta et,
dans le cahier de propositions, il y avait une motion, une proposition de
motion pour revenir sur la position de cette formation politique là pour faire
en sorte de ramener la question du droit à l'avortement. Puis ça n'a pas été
voté au plancher, ils ne l'ont pas amené finalement, et tout ça, mais c'est un
sujet qui revient malheureusement, malheureusement.
Alors, ce que je cherche à faire, c'est de
s'assurer que l'État québécois soit du bon bord et développe aussi des
ressources. Parce que, bien entendu, il y a les plans d'accès à l'avortement,
puis je suis d'accord puis j'en suis, cependant, il y a l'aspect aussi légal,
jurisprudentiel d'attaques qui vont venir malheureusement. Je peux me tromper,
mais, moi, c'est à ça que je pense puis c'est ça, la démarche. Mais, bref, je
voulais juste vous le faire sous forme de commentaire, là, je ne m'attends, pas
de réponse, mais je voulais céder la parole à mes collègues. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Mme la députée, pour deux
minutes 40 s.
Mme Schmaltz : ...merci,
mesdames, merci d'être là. Il y a un point important tantôt que vous avez
soulevé, Mme, justement, vous parliez de cet accès qui est prioritaire, cet
accès qui pourrait être menacé par, justement, ce qu'on... ce qu'on veut
inscrire dans la Constitution, mais, au-delà de ça, ce qui m'a un petit peu
suscité, disons, ma curiosité, mon intérêt, c'est le fait de sensibiliser.
Est-ce que vous êtes dans un... Je ne comprends pas, en fait, c'est plutôt ça,
là. Je sais... je sais ce que ça veut dire sensibiliser, mais qu'est-ce qui se
passe pour que vous soyez obligés de sensibiliser votre clientèle? Est-ce que
c'est en lien avec la Constitution ou c'est en lien avec qu'est-ce qui se passe
à l'extérieur, ce que les gens entendent? C'est quoi exactement, cette
sensibilisation, et elle s'adresse à qui?
Mme Kack (Carol-Ann) : Donc,
par exemple, quand on est en période, justement, d'élections fédérales, bien
là, souvent, on va devoir retravailler à redévelopper un argumentaire pour
expliquer l'importance, dans le fond, de tous les éléments de protection par
rapport au libre choix, donc on va amener... Tu sais, on n'est pas... Toutes
les nouvelles générations n'ont pas vécu les débats d'émancipation et du droit
à l'avortement, donc c'est de réarticuler qu'est-ce que c'est, le libre choix,
parce qu'en ce moment les mouvements antichoix, ils font du travail d'éducation
dans l'autre sens auprès des jeunes, là, ils commencent à faire des initiatives
de mobilisation sur les campus collégiaux et universitaires. C'est ça, la
réalité. Donc, nous, dans le fond, il faut offrir un contre-discours, il faut
s'assurer d'être toujours là avec le contre-discours pour éviter que le
discours ambiant change, comme Mme Pronovost l'expliquait.
Mme Schmaltz : Oui, je
comprends, mais justement, ce qu'on propose, ce n'est pas quelque chose qui
peut venir en aide si, déjà, c'est déjà présent?C'est ça, moi, qui... tantôt,
qui m'a... qui m'a étonné quand j'ai entendu ça. Je me suis dit : Là, ce
n'est pas nous, là, c'est quelque chose en arrière qui est déjà... Il l'a
mentionné, le ministre, en disant : Bon, il y a quelque chose qui a...
Bon, ça n'a pas été voté, mais, si ce n'est pas voté là, ça risque d'être voté
la... un autre tantôt, là.
Mme Kack (Carol-Ann) : J'apprécie
votre question puis je sens comme l'intérêt de vraiment comprendre en quoi
c'est un problème. Nous, à l'automne, on a... Par exemple, moi, je n'avais pas
eu du temps pour vraiment maîtriser bien les argumentaires puis aller à la
radio pour parler de pourquoi en ce moment notre cadre juridique, il est le
meilleur à la population générale. C'est que, oui, en ce moment les sondages...
Moi aussi, je regarde les sondages sur les questions qui nous intéressent, là,
puis on le sait, que la protection du droit à l'avortement, elle est
majoritairement, là, appuyée par...
Mme Kack (Carol-Ann) : ...les
Québécoises et les Québécois. Même, je pense qu'il y avait un sondage :
Est-ce que vous voulez que le Québec légifère? Les gens disaient : Oui.
Mais si on dit : Est-ce que, si, mettons, un cadre... de le dans une loi
pourrait engendrer des risques au droit à l'avortement, êtes-vous favorable à
aller de l'avant? Je ne suis pas sûre que la décision serait la même. Donc,
moi, beaucoup de gens me disaient, suite à des ententes d'une entrevue :
Ah! je ne connaissais pas le cadre juridique, je ne savais pas qu'en ce moment
on est protégé, dans le fond, puis qu'une loi ça peut susciter des brèches
supplémentaires.
Donc, en ce moment, les ressources de
notre organisation, on doit comme prendre du temps pour faire des
communications et de la sensibilisation en réaction juste ces nouveaux éléments
là qui sont amenés dans l'espace public.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci. Je cède la parole
à la députée de Robert-Baldwin, s'il vous plaît.
Mme Garceau : ...le
Président. Merci, mesdames Bernier, Kack, Després et Ouellet q d'être ici avec
nous aujourd'hui.
J'aimerais revenir sur un échange avec le
ministre concernant les groupes anti-choix. Et est-ce que vous êtes d'accord
avec moi que le fait qu'on a cette disposition législative, l'article 29,
on est en train de réouvrir le débat qui était clos? On n'a évidemment aucun
vide juridique, le droit à l'avortement est pleinement protégé, on a cinq décisions
de la Cour suprême et là, on est en train d'alimenter les groupes anti-choix
avec cette disposition législative là parce que c'est ça qu'ils attendent. Et
c'est ça que je ne comprends pas du gouvernement actuellement. C'est : ils
attendent exactement cette disposition législative là. Ce n'est pas compliqué,
on ouvre la boîte de Pandore, on est en train de les alimenter. Et vous, comme
vous avez mentionné, vous êtes en train de déployer des ressources, hein, pour
vous assurer que la bonne information soit déployée contre évidemment les
groupes anti-choix. Ce doit être extrêmement frustrant et décourageant pour
vous.
Mme Kack (Carol-Ann) : Oui,
bien sûr, bien sûr que ce l'est. Ce l'est. Puis, vous savez, on n'a pas la
prétention d'être des expertes de la constitutionnalité et du droit, là, ici.
On a une expertise féministe, sauf qu'on écoute les experts. On a... On en a
entendu qui sont venus vous parler, effectivement, qui confirment comment notre
protection, la meilleure que nous avons, c'est avec le statu quo. On a un
statut qui est complètement idéal en ce moment. Et, bien sûr, M. le ministre a
raison qu'on aura toujours de l'opposition. Les groupes anti-choix, ils vont
continuer à faire du chemin. Mais, en ce moment, n'ouvrons pas une brèche.
Et surtout, nous, ce qu'on craint, c'est
toute la validité constitutionnelle qui pourrait amener des débats, des
contestations, et faire en sorte que là, on va la voir dans l'actualité tout le
temps, et que ce soit un combat sur lequel on va devoir attirer comme l'attention
du public, continuer à faire de l'éducation. Donc, oui, il continuera d'avoir
de l'opposition, mais on souhaite... on souhaite ne pas ouvrir ce nouveau
terrain de contestation là au Québec.
Mme Garceau : On avait, la
semaine dernière, Mme Gagné, 31 ans, qui est venue faire une intervention,
qu'elle a dit : À mon âge, je suis... je suis une jeune femme, je n'aurais
jamais pensé qu'on était... que j'ai, moi, à mon âge... que c'était pour être
un enjeu en ce moment, que le débat était clos, et le temps et l'énergie
qu'elle doit dévouer pour maintenant donner l'information au public, les
ressources qu'elle doit déployer, comme vous. C'est quand même assez
incroyable.
• (16 h 40) •
Mme Kack (Carol-Ann) : Oui.
C'est... Ce qui est plus déplorable, c'est qu'on comprend que c'est sur la base
d'une intention qui semble bien parce que la population est d'accord avec le
fait de protéger l'avortement. Mais, quand on entend tous les groupes
d'experts, on comprend que ce n'est pas ça qu'on va faire concrètement. Donc,
on comprend le symbole qu'on veut envoyer à la population, mais c'est dommage
de déployer toutes ces ressources-là d'autant de groupes, d'autant d'experts,
pour qu'on ait des débats qui ont déjà eu lieu puis qui sont déjà réglés.
Mme Garceau : Que vous
pourriez évidemment utiliser ailleurs, parce que vous avez des enjeux qui sont
très, très importants. Surtout en région, en termes de l'accès à l'avortement,
il y a un manque de points de services, et tout. On va entendre de tout à
l'heure Docteure Bois à ce sujet. Parce qu'évidemment je ne sais pas si vous
connaissez le documentaire Libres de choisir, mais on mise beaucoup sur toute
cette question-là des groupes anti-choix qui tentent évidemment... qui sont en
train d'intégrer dans la société pour...
Mme Garceau : ...attaquer une
disposition législative afin de restreindre le droit à l'avortement, qui est
vraiment regrettable en 2026.
Mme Kack (Carol-Ann) : Tout à
fait. Tout à fait. C'est déplorable.
Mme Garceau : Merci,
mesdames.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Autres questions? Sinon,
M. le député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
député. Merci beaucoup, mesdames, pour ce que vous faites aujourd'hui et plus largement,
en général. Honnêtement, je ne reviendrai pas sur vos arguments parce que je
pense qu'on a fait le tour de la question. Moi, je fais partie des gens qui
pensent que le ministre va reculer, et on l'espère toutes et tous. Et j'espère
aussi que ce n'est pas une excuse pour comme occuper tout l'espace de nos
échanges à la commission, pour faire passer tout ce dont vous... n'est pas
votre expertise et dont vous ne parlez pas, mais parlons du sujet.
Dans un contexte de coupures, où on a de
l'austérité, la vraie question, et si on vous écoute, et d'autres groupes,
c'est : Est-ce que, vraiment, on a accès? Est-ce que les femmes ont
vraiment accès aux services? Vous avez donné quelques exemples, tout à l'heure,
mais peut-être que je vous entendrais sur des exemples de coupures récentes.
Peut-être qu'il y en a qui ont touché des... l'accès au droit à l'avortement.
Mme Kack (Carol-Ann) : Donc,
évidemment, là, quand on parlait de priorités d'action, nous, c'est au niveau
de l'accès au Bas-Saint-Laurent, qu'on travaille. Donc, on a des personnes de
nos groupes-membres, là, qui sont sur nos comités de concertation régionale sur
les questions touchant l'interruption volontaire de grossesse. Donc, une de nos
priorités, régionalement, c'est de développer une offre en télémédecine.
Malheureusement, bien, il y avait un projet pilote financé par le gouvernement
pour déployer la télémédecine au niveau provincial, et le projet pilote, on a
appris par les experts qui travaillent avec nous au niveau régional, que ça n'a
pas été renouvelé. Donc, il n'y a pas d'argent qui va continuer pour la mise en
place de la télémédecine au niveau provincial.
Donc là, en ce moment, on se trouve, nous,
comme concertation, à être porteurs de... comme on vous disait tantôt dans
notre présentation, de déployer un microsite pour faire connaître où est-ce
qu'on peut avoir accès à la télémédecine. Et, en ce moment, là, à part un
médecin par un site hors... Autonomia, c'est un site qui n'est pas... qui n'est
pas du réseau, bien, on peut avoir un service de télémédecine là, mais là,
nous, on est en train de défricher vraiment le départ, qui, au
Bas-Saint-Laurent, pourrait offrir le service de télémédecine? On est dans les
tous débuts. Ce serait notre priorité, d'avoir le temps, tu sais, puis là,
nous, on prend du temps pour se préparer, pour être ici, pour parler... parler
au ministre du sujet que vous connaissez, là.
M. Bouazzi : Donc,
concrètement : retirez l'article 29, et, s'il vous plaît, écoutez les
groupes et financez, améliorez l'accès. Ce serait ça, un partenaire de
l'égalité entre les hommes et les femmes et du libre choix?
Mme Kack (Carol-Ann) : Bien
sûr. Bien sûr, on souhaiterait qu'il y ait une analyse différenciée selon les
sexes, même, idéalement, qui soit faite, quand on pense à des petites... des
projets de loi de cette sorte-là. C'est un autre angle sur lequel aussi on
aurait pu le prendre puis où est-ce que, peut-être, on n'aurait pas échappé ces
éléments-là qui sont importants.
M. Bouazzi : Merci beaucoup,
mesdames.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. À moi de vous remercier.
Merci beaucoup d'avoir été avec nous. Continuez votre très bon travail, d'ailleurs.
Alors, sur ce, je vais suspendre les
travaux quelques instants pour accueillir nos prochains invités. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 45)
(Reprise à 16 h 46)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La commission
reprend ses travaux. Il me fait plaisir d'accueillir les représentants et
représentantes de la clinique juridique Juritrans. Alors, merci beaucoup d'être
avec nous. Alors, vous connaissez les règles...
Le Président (M.
Bachand) :...période d'échange, donc la
parole est à vous.
Mme Trianon (Céleste) : Parfait.
Merci, M. le Président, le ministre de la Justice, les députés et les autres
personnes présentes à la présente ... Je tiens à commencer avec une
citation : Je demeure souverain, dans le cadre du projet de loi sur la
constitution, une citation de notre présent ministre de la Justice, TVA
Nouvelles, le 28 janvier dernier. On peut certainement dire que plus de
200 groupes ont envoyé leurs témoignages à la présente assemblée.
Toutefois, ça ne change pas le fait que le présent projet de loi est entaché de
manière irréparable d'une certaine illégitimité par le fait que le contenu et
le processus de ce projet de loi sont meilleurs, débatables, et ne font
aucunement le consensus nécessaire pour enchâsser dans une loi... voire
constitutionnelle. Rappelons-le-nous, un projet de loi constitutionnel, ce
n'est pas juste un projet de loi pour les juristes, c'est un projet de loi,
voire même un projet, plus généralement, de société. Je tiens à, notamment,
remettre en emphase la division des pouvoirs. Il existe une branche législative
du pouvoir à laquelle je participe aujourd'hui avec vous, mesdames et messieurs
les députés, il existe le pouvoir exécutif, qui participe, notamment, à
l'implémentation desdites lois, et, finalement, le pouvoir judiciaire qui sert
à veiller à la bonne implémentation desdites lois. C'est une signification
assez grossière, mais bref, les tribunaux sont là pour s'assurer que nos lois
et les principes des gouvernements, incluant la protection de la démocratie et
les droits des minorités, soient respectés.
Le présent projet de loi cherche à
affaiblir ces deux rôles phares. Les groupes marginalisés dépendent fréquemment
des tribunaux pour se faire entendre, voire même écouter, face à des
gouvernements successifs qui décident que... l'instrumentalisation de leurs
droits serait bénéfique pour leurs intentions de vote. Là, on le voit en
Alberta avec le projet de loi 9, abrogeant le droit à la vie des jeunes
trans, ils ont déjà fait, à ma connaissance, de multiples suicides de personnes
mineures. On le voit ici, au Québec, avec des enseignantes forcées à déménager
à Ottawa ou au-delà, n'ayant aucune opportunité de carrière à cause de la
loi 21. Les tribunaux ne servent pas juste à mettre des bâtons dans les
roues de la présente assemblée, non, non, ils servent plutôt à s'assurer que
ceux que le gouvernement refuse d'écouter puissent néanmoins se faire entendre.
Sur ce, peu importe si on ira de l'avant avec le présent projet de loi ou non,
je mets de l'avant trois principes généraux que j'espère que vous allez
retenir.
Premièrement, la protection des minorités
doit être enchâssée au cœur de toute démarche constitutionnelle. Une
interprétation large et libérale de tout droit énoncé dans la Charte
québécoise, ainsi que prise largement dans nos droits, s'impose. Par exemple,
le libellé Égalité entre hommes et femmes... devrait, à mon avis, être
abandonné puisque l'égalité des genres, interprétée largement, s'assure que
cette protection s'étend à d'autres motifs protégés, par exemple la grossesse,
l'orientation sexuelle, l'identité de genre ainsi que des mesures protectrices
telles que l'équité salariale.
Deuxièmement, de renforcer la Charte
québécoise. C'est le joyau de notre société qui fait l'objet d'attaques répétées
depuis les années 2010, de cesser d'ingérer dans la Charte, que ce soit en
introduisant des idées nouvelles telles que des droits collectifs que l'on
priorise au-dessus des droits individuels, ou en normalisant l'usage de la
clause dérogatoire de la Charte québécoise et de la Charte canadienne.
Rappelons-le-nous, c'est... tout le monde dans cette salle bénéficie des droits
écrits dans cette charte-ci. Nommons, par exemple, le droit à la vie. C'est
grâce au droit à la vie qu'entre autres, moi, je suis en vie, que nous, ici,
sommes tous en vie. C'est à cause de ces droits-ci, et il serait judicieux de
faire attention pour ne pas légiférer de manière à abroger ces droits-ci.
• (16 h 50) •
Troisièmement, j'aimerais ça que l'on
reconnaisse l'importance d'une division des pouvoirs juste et équitable, où le
rôle du législateur et du gouvernement s'harmonise avec ceux des tribunaux.
Ceci veut dire, entre autres, de cesser d'empiéter sur le domaine des juges,
que ce soit en s'attaquant au processus de nomination des juges à la Cour
suprême du Canada, en tuant le test d'Oakes, portant sur la légalité des lois
inconstitutionnelles, ou en forçant l'interprétation des lois de la manière que
le gouvernement désire. Je laisse Guillaume continuer.
Bouchard Labonté (Guillaume) : Merci,
Céleste, merci, estimés membres de la commission. À JusticeTrans, en tant
qu'organisation de défense des droits et des personnes bispirituelles, trans,
non binaires, intersexes et de la diversité des genres, on aimerait vous
rappeler qu'au-delà des débats théoriques, on vit dans un monde réel avec des
rapports de force réels. Historiquement, ce n'est pas principalement la
tradition civiliste qui a fait progresser le Québec, mais surtout les luttes
sociales qui se sont parfois déplacées devant les tribunaux, parfois pas.
Plusieurs organismes ont mentionné la jurisprudence protégeant l'avortement, on
pourrait en... on pourrait faire la même chose, aussi, pour la jurisprudence
qui touche le mariage entre conjoints, conjointes de même sexe. Mais le Québec,
lui, a attendu en 2002 avant de créer l'union civile. Ça s'explique. Le
législateur a toujours été à la remorque des mouvements sociaux, avec le pied
sur le frein. Et ça, ça continue. Récemment, le gouvernement a refusé de
reconnaître la polyparentalité malgré une décision de la Cour supérieure qui
dit que notre régime de filiation est inconstitutionnel. Il a défendu bec et
ongles le projet de loi n° 97 au...
Bouchard Labonté (Guillaume) : ...mépris
des revendications autochtones. Lorsque les écoles ont décidé de créer des
toilettes mixtes, le gouvernement s'est ingéré pour les interdire. Le
gouvernement s'ingère aussi dans le langage en imposant monsieur, madame et en
interdisant la langue inclusive dans certaines communications.
Parenthèse, là, l'exemple type du droit
collectif, c'est le droit de se rassembler, un droit que le gouvernement tente
actuellement d'affaiblir avec le projet de loi n° 13.
M. le ministre, là, vous avez dit, dans le
cadre de cette consultation, que nous sommes une société progressiste, je suis
d'accord avec ça, mais j'ajouterais que nous sommes progressistes en dépit de
la branche législative, en dépit de la branche exécutive, malheureusement, trop
souvent.
Dans cette société réelle, qui est marquée
par des rapports de force... de force réels, la société civile est forcée
d'utiliser les instruments qui sont à sa disposition. Puis vous comprendrez
qu'au-delà du droit à l'autonomie du Québec, lorsque le gouvernement affaiblit
la Charte québécoise, il est logique que la société civile puisse se tourner
vers la Charte canadienne, et vice versa. C'est pour ça que c'est dangereux
d'ajouter des contraintes à toute composante de la société civile dans
l'exercice de ses... de ses droits, pardon, incluant le droit d'ester en
justice, incluant dans la satisfaction du fardeau de la preuve, incluant dans
la capacité à obtenir un sursis dans l'application d'une loi qui est
liberticide. Et c'est ça, ajouter des contraintes, qui est l'effet principal du
projet de loi n° 1.
Ce projet de loi là, il prétend défendre
la souveraineté de l'Assemblée et l'état actuel du droit, c'est un beau
principe, mais j'aimerais vous rappeler qu'en 2024 il y a des élus qui ont
invoqué la souveraineté de l'Assemblée pour débattre d'une motion visant à
s'ingérer dans le judiciaire afin de punir les écologistes du collectif
Antigone. Ça fait que je me demande si la souveraineté de l'Assemblée n'a pas
des fois un peu le dos large.
Je vous demande, là : Qu'est-ce qu'on
y gagne à constitutionnaliser des droits qui sont vidés en partie de leur sens?
On n'a pas été assurés que les femmes trans seraient protégées par l'article 28
de la Constitution en tant que femmes et de manière pleine et entière. Par la
bande, on exclut les droits des personnes bispirituelles, intersexes et non
binaires, ce qui miroite parfaitement bien d'ailleurs l'adoption récente de
plusieurs politiques. On n'est pas les seuls à rien n'y gagner, d'ailleurs. Les
peuples autochtones, qui n'ont pas été consultés convenablement, eux non plus
n'y gagnent rien. C'est ce qui ressort de nos discussions avec nos
collaborateurices autochtones. Et ça vient avec une certaine incrédulité.
Donc, en terminant, j'aimerais citer une
de ces collaboratrices-là, qui a dit : «Pourquoi faire un pas en arrière?
La société québécoise ne veut-elle pas se réconcilier? Tout ça, c'est signe que
la réconciliation est encore un horizon lointain, car plusieurs vérités n'ont
pas encore été entendues.» Je pense qu'on ne pourrait pas dire mieux. J'ai
terminé. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. On va débuter la période d'échange. M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Merci, M. le Président. Céleste Trianon ainsi que Guillaume Bouchard, bonjour.
Merci de participer aux travaux de la commission.
D'entrée de jeu, j'aimerais vous demander
est-ce que vous trouvez qu'il y a des éléments positifs dans le projet de loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec.
Le Président (M.
Bachand) : ...
Bouchard Labonté (Guillaume) : Céleste,
as-tu un commentaire là-dessus?
Mme Trianon (Céleste) : Absolument.
J'irais d'avant. Je dirais que, s'il y a quelques éléments positifs, ça inclut,
entre autres, une reconnaissance du droit de l'enfant. C'est quelque chose que
j'ai mentionné dans mon mémoire, à la page... à la recommandation quatre, que
c'est une opportunité que je suis bien contente que le législateur a prise
d'avant à finalement le reconnaître en tant que principe-phare. Mais,
néanmoins, je trouve que c'est une opportunité un peu manquée à... ce droit-ci
ou à le reconnaître davantage d'une manière forte. Il y a beaucoup
d'opportunités manquées, je trouve, ici, beaucoup d'opportunités qui auraient
pu être mises de l'avant en, justement, utilisant une interprétation large... large
libérale en menant d'avant de l'espace pour justement s'assurer que tous les
groupes participant à la société québécoise puissent être reconnus dans un
projet. Donc, oui, c'est ça.
M. Jolin-Barrette : OK.
Alors, on a un élément, donc, quand on inscrit : l'État veille à protéger
l'intérêt des enfants. Est-ce qu'il y a un autre élément dans la
Constitution... ou dans la loi constitutionnelle que vous trouvez positif?
Mme Trianon (Céleste) : Je
dirais, c'est quand même assez dur à trouver, je dois le dire de manière très
honnête. Donc, je m'abstiens de commenter davantage.
M. Jolin-Barrette : OK...
Bouchard Labonté (Guillaume) :
Moi, peut-être, je ferais un petit ajout, si vous le permettez, M. le ministre.
Excusez de vous interrompre. J'ajouterais le... prendre ses distances vis-à-vis
de la monarchie canadienne, c'est... c'est très bien. Le fait de,
comparativement à la Constitution canadienne, ne pas mettre suprématie de Dieu,
ça me convient très bien aussi. Je pense, la Constitution n'a pas besoin de
parler de religion. Et puis, pour le reste, on avait... on avait mentionné pas
mal dans notre mémoire, mais là on n'est plus sûrs du tout, là, même pour ce
qui est de la... du fait de déclarer l'eau comme ressource collective, on n'est
pas certains à 100 % que c'est... c'est nécessairement une bonne idée. On
pourra en reparler une autre fois, probablement, quand on aura le temps.
M. Jolin-Barrette : Bien,
pourquoi vous ne trouvez pas que de protéger l'eau, ça soit une bonne idée?
Bouchard Labonté (Guillaume) :
C'est... Protéger l'eau, c'est une bonne idée. En faire une ressource
collective, patrimoine commun, si ça ouvre la porte à privatiser...
Bouchard Labonté (Guillaume) : ...ou
à l'appropriation de l'eau, c'est... selon nous, ce n'est pas une très bonne
idée, là, ça... À ce moment-là, je pense que...
M. Jolin-Barrette : C'est le
contraire. C'est le contraire. Là, l'eau est une ressource collective. Ce n'est
pas pour la privatiser, là.
Bouchard Labonté (Guillaume) :
C'est... non, mais c'est dans le sens de l'exploiter.
M. Jolin-Barrette : Ça fait
partie du... ça fait partie du patrimoine commun.
Bouchard Labonté (Guillaume) : C'est
dans le sens de... de l'exploiter, là, mais, je veux dire, ça, ce n'est pas
notre expertise non plus à Justice trans, c'est juste parce qu'on avait mis ça
dans notre mémoire, puis maintenant on a certains doutes, là, sur ce plan-là.
M. Jolin-Barrette : OK.
Écoutez, j'ai d'autres questions, deux, trois questions avant de céder la
parole à mes collègues, là.
Au niveau des droits collectifs, là, le
fait de protéger l'égalité entre les femmes et les hommes, la laïcité, la
langue française, ça, c'est... c'est problématique parce que j'entends beaucoup
dire : Mais, écoutez, les droits collectifs vont être supérieurs aux
droits individuels. Ce n'est pas ça que le projet de loi dit, c'est qu'ils
doivent être pris en compte puis ils sont interprétés un concours avec le
concours des droits individuels. Le seul élément où on superpose, c'est
l'égalité entre les femmes et les hommes qui doit primer sur la liberté de
religion en cas de conflit. Est-ce qu'il y a un enjeu avec les droits
collectifs sur l'égalité entre les femmes et les hommes, la laïcité, le
français?
Mme Trianon (Céleste) : Je
dirais que l'enjeu, c'est principalement l'affaiblissement de la Charte
québécoise, qui d'ailleurs est prévue en tant que partie de la présente
constitution, mais ça reste que ces éléments-ci... vu qu'on ajoute constamment
des nouvelles choses vis-à-vis... ces droits doivent être interprétés, ça
affaiblit la possibilité de, par exemple, prouver que quelque chose est par
exemple une forme de discrimination ou un comportement contraire à la charte.
Donc, éventuellement, on se retrouve dans une position où est-ce que, par
exemple, de faire invalider une loi, ça nécessiterait non seulement de prouver,
par exemple avec le test Oakes ou un test semblable, justement, les éléments
de... de l'invalidité, comme par exemple que... qu'une ne serait pas une
atteinte minimale, mais aussi de prouver que c'est... Mais, en plus de devoir
considérer les droits collectifs, ici, ça... ça empêche, justement, ça empêche
d'ester en justice. Puis, je dirais, l'enjeu, c'est... c'est vraiment là que ça
pose une barrière énorme à l'accès à la justice et ça pose une barrière énorme,
également, à la contestation des mesures qui pourraient potentiellement être
contraires à ces droits individuels ci.
M. Jolin-Barrette : Donc,
pour bien comprendre, puisqu'on rajoute des droits, ça nuit aux droits. Donc,
plus de droits, ça nuit aux droits.
Mme Trianon (Céleste) : Exactement.
C'est ça.
M. Jolin-Barrette : Écoutez,
je... je trouve ça un peu particulier parce qu'on vient rajouter des droits
individuels et collectifs. Donc, les gens, là, supposons, ils ont le droit, là,
d'avoir droit à la laïcité, c'est à la fois un droit collectif de vivre
ensemble mais c'est aussi un droit individuel pour un individu de :
Monsieur à côté a le droit à la liberté religion, mais j'ai droit aussi, moi, à
la laïcité. Alors, le fait qu'on décide collectivement de se doter de davantage
de droits, de garantir des droits supplémentaires à nos citoyens, vous nous
dites : Heille, ça, c'est mauvais parce que plus de droits, ça enlève des
droits. C'est ça?
Bouchard Labonté (Guillaume) : M.
le ministre, M. le ministre, vous savez très bien comme nous qu'en ajoutant des
droits de ce type-là, en écrivant des droits de ce... de ce type-là, vous
enlevez des droits à certaines personnes de s'habiller comme ils veulent. Et
ça, c'est une atteinte aux droits individuels. Donc, à ce moment-là, je vais
dire...
M. Jolin-Barrette :
Aucunement.
Bouchard Labonté (Guillaume) :
Vous avez droit à votre interprétation, M. le ministre. Moi, j'aimerais ajouter
aussi que, parmi les droits collectifs qui sont reconnus, il y a les droits...
il y a le droit d'association puis il y a le droit au rassemblement. Puis,
encore là, ces deux lois sont atteintes par plusieurs autres de vos lois. Donc,
moi, je me pose la question : Quand vous parlez de droit collectif,
pourquoi le droit... le droit à la laïcité est plus important que ces autres
droits qui sont atteints par plusieurs autres de vos lois? Moi, ça... ça me
fascine un peu de voir ce genre de... de contradictions-là dans le discours du
gouvernement. Puis, je me demande aussi comment les tribunaux vont agir plus
tard, quand ils vont devoir interpréter vos définitions des droits collectifs.
• (17 heures) •
M. Jolin-Barrette : Écoutez,
je vais céder la parole à mes collègues. Je vous remercie. Mais je vais vous
laisser sur ça par contre, vous savez, puis vous avez critiqué, tout à l'heure,
la loi 21, puis vous réclamez beaucoup des tribunaux, la Cour d'appel du
Québec, dans un jugement unanime, a validé la loi 21. Alors, c'est moi qui
l'ai écrit, c'est moi qui l'ai déposé, qui l'a défendu, mais là la Cour d'appel
l'a validé. Puis, sur le processus de nomination des juges, à ce jour, le
ministre de la Justice du Québec n'est pas consulté sur la nomination des juges
à la Cour d'appel. Ça fait que je vais juste vous laisser comme ça. Puis, je
cède la parole à mes collègues.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de Gaspé
pour deux minutes, questions, réponses.
M. Sainte-Croix : M. le
Président. Mme Trianon, M. Bouchard, bonjour, merci de votre
participation aux travaux de la commission. J'aurais une petite question pour
vous...
17 h (version non révisée)
M. Sainte-Croix : ...à l'intérieur
de votre mémoire, vous applaudissez l'effort du gouvernement, via notre projet
de Constitution, à travailler à identifier des solutions aux problèmes
constitutionnels. Dans le cadre actuel du projet que nous avons sous les yeux, qu'est-ce
que vous aimeriez voir, modifier ou ajouter au projet actuel?
Trianon (Céleste) : Bien, j'ai
commencé en disant que... c'est sûr que, mis à part les enjeux avec le
processus qui ont été soulevés par bien... beaucoup... beaucoup d'autres
personnes dans le présent processus, je dirais également, ce serait... ce
serait une belle opportunité à inclure davantage... inclure davantage les
inclusions pour s'assurer que les personnes marginalisées, les personnes qui
sont souvent mises de côté dans la société québécoise, aient l'opportunité de
participer pleinement dans cette société-ci. Donc, sur ça, on parlerait
vraiment de codifier davantage les droits individuels et de focusser davantage sur
surtout la protection des droits. Donc, une convention protectrice, un peu
comme la loi constitutionnelle de 1982 et ainsi que comme plusieurs autres constitutions
qui ont davantage un rôle de protecteur des droits versus de... destructeur.
M. Sainte-Croix : ...
Le Président (M.
Bachand) :M. le député... M. le député de
l'Acadie, oui. Pardon, excusez-moi, oui.
M. Morin : Pas de souci.
Merci, M. le Président. Alors, Mme Triarion... Mme Trianon, pardon, M.
Bouchard, bonjour. Merci d'être... d'être avec nous. J'aurais... j'aurais
quelques questions, parce que vous abordez beaucoup dans votre mémoire, à la
page six, notamment, vous parlez de... des articles cinq, alinéa deux, de la
Loi sur l'autonomie constitutionnelle, qui souligne entre autres, que «le
Parlement du Québec peut, dans une loi, déclarer que celle-ci ou l'une de ses
dispositions protège la nation québécoise et que, par la suite, aucun organisme
ne peut, au moyen de sommes provenant de fonds consolidé du revenu ou d'autres
provenant d'impôts, taxes, droits ou sanctions, contester le caractère opérant
ou l'applicabilité constitutionnelle.»
Vous dites que ça a pour objectif d'affamer
financièrement les parties intéressées en les empêchant de recueillir des fonds
provenant notamment de cotisations. Pouvez-vous nous expliquer davantage ce que
vous entendez par là? Puis avez-vous de... en fait, vous pouvez partager avec
nous un impact que ça pourrait avoir sur le... sur le terrain particulièrement.
Bouchard Labonté (Guillaume) :
Oui, ça, ça vient du mémoire de JusticeTrans. Juste pour...
M. Morin : Ah! Parfait.
Bouchard Labonté (Guillaume) :
...pour établir une très courte distinction Juritrans et JusticeTrans sont deux
organisations différentes. Donc, Céleste et moi, on ne travaille pas pour la
même organisation.
M. Morin : Oui. Non, c'est
vrai, vous avez raison, ça vient de JusticeTrans, puis c'est mon erreur.
Bouchard Labonté (Guillaume) :
Oui. Donc, juste... sur ce... sur ce plan-là, je pense que M. le ministre,
heureusement, nous a rassuré à plusieurs reprises que les organismes
communautaires ne seraient pas visés par la loi. Évidemment, là, c'est... Je
pense que vous connaissez comme moi le principe de l'économie de la loi. Il n'y
a pas... il n'y a rien qui devrait être ajouté à une loi sans que ce soit
utile. Et nous, quand on a vu la formulation exacte du... de l'article 5.2,
on s'est sentis... on s'est sentis visés directement parce que dans la... dans
le libellé, si vous vous souvenez bien... si vous vous souvenez bien, il n'est
pas juste écrit «les articles qui sont visés à l'annexe», il est marqué «les...
les organismes qui sont déterminés par le gouvernement et les organismes qui
sont visés à l'annexe».
Donc, c'est pour ça qu'on avait ajouté
cette partie-là. Mais maintenant que la ministre nous a rassurés, je pense que...
Je pense que c'est beaucoup moins grave sur ce plan-là, là. C'est... ça a été
mentionné, je crois, à plusieurs reprises. Vous pouvez... vous pouvez me
contredire là-dessus, M. le député, si jamais vous avez des informations
différentes. Mais c'est ce que j'ai compris des autres consultations.
M. Morin : Très bien, je vous
remercie. Toujours dans votre mémoire, vous référez à l'article 31, qui va
venir modifier l'article 79.1 du Code de procédure civile. Et ça, ça
semble vous inquiéter. Quelle est votre source d'inquiétude?
Bouchard Labonté (Guillaume) :
Donc, si je me souviens bien, l'article 31, la modification à l'article 31
modifie le code... ça, ce n'est pas directement dans la Constitution, c'est
dans le projet de loi, à la fin, complètement. C'est ça qui nous inquiétait le
plus, autant, sinon plus que la... que la Constitution elle-même.
M. Morin : C'est dans loi sur
le conseil. Exact.
Bouchard Labonté (Guillaume) :
Donc, ça, ça vient modifier... oui, bon, c'est ça, c'est... donc ça, ça vient
modifier le fardeau de preuve, ça vient modifier la manière d'accorder des
sursis, je pense, là, il faudrait que je revérifie encore exactement, mais ça
vient... ça vient modifier vraiment la manière pour les citoyens, citoyennes de
contester les lois qui peuvent être... qui peuvent contrevenir aux droits et
libertés. Donc, ça, c'est... ça, selon nous, c'est une des choses les plus
graves qu'il y a... qu'il y a dans ce projet de loi là, là. Je pense que Céleste
a un commentaire à faire là-dessus aussi. Je pense que Céleste avait travaillé sur
ce... aussi.
Trianon (Céleste) : Absolument.
Donc, je vais juste dire que, justement, parce qu'on modifie le test d'une injonction
puis on rend ça beaucoup plus difficile à obtenir, ça veut dire que les
organisations qui essayent de... qui s'assurent de la défense des droits et les
personnes qui justement se... peuvent se sentir lésées ou visées...
Mme Trianon (Céleste) : ...par
certains projets de loi peuvent empêcher l'application de celles-ci. Donc, par
exemple, on peut le nommer, avec le projet de loi 26 en Alberta visant les
jeunes trans, cette loi-ci a été suspendue justement par une injonction
chercher par des jeunes personnes mineures ainsi que des organisations
communautaires qui savaient que cette loi-ci allait tuer. Donc, puis, imaginez
quand même, c'est parfois les conséquences et les raisons qu'on cherche un
sursis sont assez sévères, donc, bref, l'important c'est de s'assurer
qu'obtenir un sursis pour que certaines lois soient possibles.... justement
soit possible et facile lorsque les conséquences sont suffisamment sévères pour
les justifier.
M. Morin : Et c'est
probablement pour ça que dans le mémoire, à votre paragraphe 37, vous
écrivez ironiquement : «le projet de loi, tout en réduisant le fardeau de
preuve gouvernementale, augmente celui des personnes dont les droits
fondamentaux pourront être violés par des insertions aux articles 77 et 79
du Code de procédure civile.»
Bouchard Labonté (Guillaume) : C'est
exactement ça, oui.
M. Morin : Très bien. Merci.
Vous dites également juste un peu plus loin que «toutes les présomptions
établies par le présent projet de loi sont en bref à l'avantage de l'État,
rendant plus difficile la démonstration de préjudice subi par les individus».
Vous parlez des groupes des personnes les plus vulnérables, avez-vous des
exemples concrets que vous pouvez partager avec nous? Compte tenu de cet... en
fait, du volet que vous annoncez et que vous écrivez dans votre mémoire.
Bouchard Labonté (Guillaume) : Non,
pas spécialement, mais vous savez, on est toujours en train de... on est
toujours en train de lutter contre des lois qui sont problématiques. Céleste a
probablement plusieurs exemples à avancer, parce que Céleste a quand même une
implication juridique qui est plus intense que la nôtre, mais juste peut-être
un petit ajout là-dessus, sur cet article... sur l'article 79.1. Nous
autres, ce qui nous dérangeait vraiment, c'est la... toute la déférence qui
était forcée des tribunaux envers le gouvernement. Ça, ça nous faisait peur un
peu, parce que ça change un peu l'idéologie derrière l'interprétation des lois.
Selon nous, c'est un changement de paradigme que ça amène, donc je laisserais
peut-être la place à Céleste, parler de cas concret.
M. Morin : Oui, merci.
Mme Trianon (Céleste) : Des
preuves dans le cas d'agissement que j'ai mentionné tantôt qui est derrière de
jugement égal contre Canada... égal, non... égal Canada contre Alberta à la
Cour du banc du roi de l'Alberta, justement ça a été ça, parce que c'est une
loi qui est aussi... parce que, justement, c'est une loi qui a été introduite
de mauvaise fois pour viser des jeunes personnes trans, pour leur enlever
quasiment le droit à la vie. Puis ça a été prouvé ensuite, lorsque la clause
dérogatoire ou de souveraineté parlementaire, comme notre gouvernement adore le
dire, a été utilisée pour mettre en vigueur une loi qui venait à moins tuer.
Donc, nous sommes quand même comme... nous sommes quand même, disons, réticents
à l'idée de l'interprétation en faveur du virement de manière comme assez
large, comme c'est ici, parce que, justement, qu'est-ce qui va se passer s'il y
a un abus? Qu'est-ce qu'on fait en tant que citoyenne, s'il y a un abus? Et
c'est ça, les groupes minoritaires ne peuvent pas toujours faire confiance à
leur gouvernement parce que trop souvent, les gouvernements vont s'insurger
contre ces groupes minoritaires. On l'a vu aux États-Unis avec, entre autres,
le cas US c. Skrmetti ainsi qu'ici avec le cas en Alberta, comme, on nomme...
je nomme spécifiquement des cas concernant des jeunes personnes trans, mais
c'est sûr que ça arrive concernant toutes sortes d'autres sujets ici au Québec
ainsi qu'ailleurs dans le monde.
• (17 h 10) •
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Laissez-moi d'abord vous remercier, parce que, malheureusement, c'est
du courage de venir défendre ces droits pour des personnes trans. On voit toute
la violence qu'il y a dans... d'ailleurs aux États-Unis, mais pas seulement. On
voit toute la violence qu'il y a sur les réseaux sociaux et laissez-moi vous
dire que nous n'y sommes pas insensibles et on salue votre présence qui est
vraiment précieuse pour le Québec. Sachant en plus que le gouvernement vous en
avait donné plusieurs exemples, a décidé d'utiliser le madame, monsieur à
l'école, tout en sachant, évidemment, les conséquences que ça a sur toutes les
personnes qui se n'identifie pas comme homme ou femme, sachant que dans cette
même commission, on a des spécialistes biologistes qui sont venus nous
expliquer à quel point la relation entre le sexe et le genre était primordiale
et que sinon la société s'effondrait. Bon, bref, les toilettes mixtes et j'en
passe. À chaque fois, les gouvernements sont garants d'une certaine morale
publique et à chaque fois qu'on effrite vos droits, et bien, en fin de compte,
il y a des conséquences plus graves dans la société.
Maintenant, sur les questions de la
souveraineté parlementaire, vous avez parlé de l'Alberta. Il y a aussi le cas
de la Saskatchewan, si je...
M. Bouazzi : ...si je ne me
trompe pas, qui a utilisé la clause dérogatoire pour pouvoir passer des lois
qui briment le droit des personnes trans. Est-ce que vous pensez qu'il faudrait
avoir... il faudrait qu'on se dote de mécanismes nous-mêmes, en tant que
juristes, pour se donner des limites dans notre utilisation des clauses
dérogatoires ou de la souveraineté parlementaire pour s'assurer de ne pas
tomber dans la discrimination de minorité?
Mme Trianon (Céleste) : OK.
Vous m'entendez? Parfait. Donc, je vais dire, ma réponse, c'est 100 %, et
la raison pourquoi, justement, c'est parce qu'on l'a vu en Saskatchewan, en
Alberta, trois des quatre usages de la clause dérogatoire visent les jeunes
trans. En Colombie-Britannique, la première fois que la clause dérogatoire a
été proposée, c'était l'année passée, dans le projet de loi n° 216, justement, pour viser les jeunes trans, encore une fois.
Donc, pour moi, personnellement, je retiens l'avis que le droit international,
incluant la convention sur le génocide, les conventions concernant la torture,
les conventions contre les autres crimes contre l'humanité, toutes ces
conventions-ci devraient faire partie intégrante de tout... sur la légalité
d'une loi, invoquant néanmoins une disposition de la souveraineté
parlementaire. Il y a également, bien sûr, d'autres mesures, comme par exemple
faire une analyse, justement, différenciée sur les sexes ou d'autres, pour
vérifier justement qu'une loi ne serait pas contraire à certains principes
fondamentaux, que, peut-être, le présent législateur pourrait décider, serait
valable. Mais, je veux dire, au minimum, ça prend, au moins, un certain degré
de respect avec les normes internationales.
Par exemple, aux États-Unis, on parle en
ce moment, il y a des groupes d'experts qui s'inquiètent qu'il y ait un début
de génocide contre les personnes trans aux États-Unis, à peine, genre,
200 kilomètres... Donc, c'est sûr qu'avec des conventions internationales,
au moins, on a un standard de base qui... après tout... c'est reconnu partout à
travers le monde, qui pourrait servir de plancher que le gouvernement ne peut
creuser en dessous.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Merci à vous deux d'avoir été avec
nous. C'est très apprécié.
Sur ce, je suspends les travaux quelques
instants pour... accueillir notre prochain invité. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 14)
(Reprise à 17 h 15)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! Il
me fait plaisir d'accueillir Dre Geneviève Bois. Merci beaucoup d'être
avec nous. C'est très, très, très apprécié. Vous connaissez les règles, vous
faites votre présentation puis, après ça, on aura un bel échange, j'en suis
convaincu, avec les membres de la commission. Alors, la parole est à vous.
Merci.
Mme Bois (Geneviève) : Merci.
Si on ne complète pas le huit minutes en présentation, on peut remettre ça dans
les questions, ça vous conviendrait? Parfait.
Bonjour. Merci beaucoup de m'accueillir.
Je m'appelle Dre Geneviève Bois. Je suis médecin de famille. Je pratique
depuis bientôt 10 ans. Je suis médecin en avortement. J'enseigne, je fais de la
recherche aussi. C'est tout... C'est le travail de toute ma vie, là, l'accès à
l'avortement. Et malheureusement, pour pas la première fois de ma jeune
carrière, je me retrouve à demander qu'on cesse de légiférer sur ma profession.
Et c'est pour ça que je suis ici aujourd'hui, là, en faisant suite au mémoire
que j'ai déposé en novembre pour demander qu'on retire l'article 29, et qu'on
cesse d'amener ce soin de santé que je tente de pratiquer, malgré déjà beaucoup
de barrières d'accès, avec mes collègues, le plus loin possible du judiciaire
et le plus possible le laisser là où il est, dans le modèle des soins de santé.
Le Québec est considéré, là, quand je vais
dans des conférences internationales, quand je suis avec mes collègues d'un peu
partout au Canada et dans le monde, comme la juridiction la plus pro-choix au
monde, ça serait vraiment dommage qu'on ait cette belle réputation puis qu'on
vienne mettre tout ça de côté, en faisant ce que tous les experts nous disent
de ne pas faire, c'est-à-dire d'ouvrir une brèche dans la jurisprudence
actuelle en légiférant sur l'avortement. Je sais que c'est contre-intuitif de
penser que quelque chose qui est bien intentionné, qui dit vouloir protéger
quelque chose peut, en fait, nous nuire. Il n'y a pas d'exemple véridique
ailleurs à travers le monde ou dans une situation similaire à la nôtre, soit la
décriminalisation et non pas la légalisation dans un contexte spécifique. Une
loi est vraiment venue améliorer l'accès. Une loi sur l'avortement, c'est une
loi contre l'avortement. Toute loi qui est sur l'avortement devient
inévitablement... la question, c'est tôt ou tard et quand et comment. Une loi
contre l'avortement, ce n'est jamais...
Mme Bois (Geneviève) : ...un
plancher, c'est toujours un plafond. C'est quelque chose qui nous protège de la
situation actuelle, non seulement la jurisprudence qu'on a, mais le fait qu'on
est complètement à l'écart de la législation et que c'est simplement un soin de
santé. Et c'est ça que les chartes... qu'ils supportent, c'est ce que la
jurisprudence actuelle supporte. Et on a déjà plein de chats à fouetter dans le
domaine, on aimerait bien ne pas avoir aussi cette menace-là.
Une loi sur l'avortement, c'est ce que les
groupes anti-choix demandent depuis des années. Il y a une campagne qui
s'appelait We Need a Law. Je ne comprends pas comment une juridiction pro-choix
peut leur donner exactement ce qu'ils demandent depuis des années, alors qu'ils
ont dit que ce serait pour eux un point de ralliement, que ce serait la chose à
abattre, que ce serait la chose à aller chercher. Et c'est ainsi que ça s'est
passé, par ailleurs, dans d'autres juridictions. C'est facile de dire : On
protège la liberté d'avoir un avortement, puis ensuite, d'y ajouter, «avec
l'accord de trois médecins», avec «jusqu'à 12 semaines», «après une
période d'attente». C'est ce qu'on a vu ailleurs.
Puis c'est la loi des petits pas. Puis
c'est comme ça qu'on perd l'accès à l'avortement. Ce ne sera pas à travers un
jugement retentissant comme ce qu'on a vu aux États-Unis. On n'a pas la même
assise légale, on n'a pas le même historique. Et c'est... ça va être par des
petits changements qui vont être beaucoup plus faciles à obtenir pour le
mouvement anti-choix. Que ce soit explicitement ou implicitement, si on a une
mesure inscrite dans la loi, le ciel ne tombera pas demain, mais tôt ou tard,
là, ça va devenir un problème.
Les barrières d'accès, elles existent,
elles sont nombreuses. Ce gouvernement les connaît puisqu'il a déposé un plan
d'action sur l'avortement qu'on a salué, qu'on aimerait voir renouveler, qu'on
aimerait voir bonifié dans le domaine. Et une recommandation de tous les
rapports et de tous les experts sur la question, c'est de ne pas amener notre travail
dans le domaine du judiciaire. Les barrières, elles sont complexes. Elles sont
au niveau de l'information, parce que la désinformation en ligne et dans la vie
de tous les jours, en personne, est rampante sur des questions de santé, entre
autres de santé reproductive. C'est une question logistique. Les points de
service ne sont pas à travers le territoire de façon égale. La plupart sont
ouverts seulement quelques demi-journées par semaine, si ce n'est pas une
demi-journée/semaine, souvent avec beaucoup de rendez-vous, avec des périodes
d'attente qui deviennent implicites tout simplement par le fait qu'on manque
d'accès. Elles sont logistiques pour des femmes dans la RAMQ n'est pas toujours
à jour et que c'est difficile d'en obtenir une pour certaines d'entre elles qui
vivent dans des moments de... dans des situations de grande précarité.
J'étais au service pas plus tard qu'hier.
Je serai de nouveau dans une autre région, à l'avortement, dans deux jours.
Tous les jours, j'ai des histoires crève-coeur de femmes qui ont eu à sauter à
travers 2 000 cerceaux pour venir nous voir. Quand quelqu'un veut un
avortement, il finit par l'obtenir parce que quelqu'un qui est déterminé va
toujours trouver une solution, mais elle ne devrait pas avoir à faire le
parcours du combattant qu'elles font. On ne devrait pas avoir à avoir nos fonds
d'aide pour aider les gens qui n'ont pas les moyens de se rendre à nous puis
d'avoir ce service-là. On ne devrait pas avoir à revoir des femmes parce
qu'elles n'ont pas pu se payer leur stérilet depuis la dernière procédure,
parce que ça... c'est encore trop coûteux. Les gens ne devraient pas être
passés par centre anti-choix avant de venir nous voir, en pensant qu'ils
auraient des services là-bas. Et elles ne devraient pas avoir eu à attendre
deux semaines ou avoir seulement des plages horaires dans les heures ouvrables.
Parce qu'à ce jour, il y a seulement un point de service qui est ouvert la fin
de semaine, une journée de fin de semaine par mois seulement pour l'avortement
par médicament. Ce n'est pas vraiment un service qui est accessible en ce
moment.
Donc, je comprends le réflexe. J'espère
que l'intention est bonne et pure, mais historiquement, ce n'est pas le genre
de mesure qui nous a aidés et c'est quelque chose qui est au mieux inutile et
au pire très dangereux pour la communauté qui offre ces soins de santé là.
Personne n'oserait faire une proposition de criminaliser l'avortement de façon
explicite aujourd'hui au Québec, pas dans notre contexte actuel, mais ce serait
beaucoup plus facile d'obtenir un consensus sur mettre des limitations. Le
Québec est pro-choix, mais quand on regarde précisément ce que les gens
pensent, tout le monde n'est pas aussi pro-choix dans toutes les circonstances
qu'on pourrait le croire. Et ce serait beaucoup plus facile pour le mouvement
anti-choix de fédérer les gens autour d'une mesure qui semble à prime abord
raisonnable, comme une limite d'âge gestationnel ou un délai d'attente, même si
on sait qu'est-ce que ça va faire essentiellement, là : c'est retarder
l'accès aux soins et exclure certaines personnes. En ce moment, l'avortement
est exactement où il doit être, c'est-à-dire dans le domaine de la santé,
encadré par les règles éthiques et scientifiques qui supportent notre
profession. J'aimerais garder mon autonomie professionnelle de prodiguer les
soins selon les meilleures connaissances scientifiques qui évoluent et non pas
selon un cadre légal qui pourrait évoluer pour le pire.
• (17 h 20) •
Donc, je serais très heureuse de parler
plus largement des barrières d'accès, si c'est vraiment ce qu'on tente de
faire, de supporter l'accès à l'avortement au Québec. J'ose espérer que ce
l'est. Je serais très déçue d'avoir à retourner voir mes collègues pour leur
dire qu'on a fait marche arrière sur...
Mme Bois (Geneviève) : ...des
décennies de pas en avant au Québec et qu'on a mis... et qu'on a mis un article
qui a l'air peut-être pour certains d'entre vous banal aujourd'hui, mais qui,
tôt ou tard, va devenir un plafond. Je... je sais que d'autres l'ont dit avant
moi, je dois dire que je ne pensais pas avoir à ravoir cette discussion-là en
privé, en public, dans les médias, en commission aussi souvent, en quelques
années. Quand les gens écoutent les personnes du milieu de l'avortement et les
experts sur la question, il n'y a pas de doute que le consensus est que le
statu quo, d'un point de vue légal, est ce qui nous protège et qu'il y a
beaucoup de travail à faire au niveau de l'accès et qu'on est prêts à le faire
et qu'on est ouverts à le faire. On ne demande juste ça, de pouvoir parler
d'avortement plus. Mais je ne vois pas ce que le projet de loi vient apporter à
cet effet.
Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le ministre,
pour 10 min 30 s, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette :
Merci, M. le Président. Mme Bois, merci de participer aux travaux de la
commission.
Mme Bois (Geneviève) : Ça
va être Dre Bois, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Pardon?
Mme Bois (Geneviève) : Ça
va être Dre Bois. Si vous êtes M. le ministre, je vais être Dre Bois.
M. Jolin-Barrette : Pardon.
Dre Bois. Mes excuses de ne pas avoir utilisé votre titre professionnel. Alors,
merci de participer aux travaux de la commission. Et j'ai très bien entendu vos
propositions, votre désaccord avec l'article 29. Puis je respecte tous les
arguments que vous avez présentés puis je les ai entendus beaucoup en
commission parlementaire aussi, je pense, vous y avez fait référence avec les
nombreux groupes qui sont venus nous rencontrer. Cependant, je suis en
désaccord avec... avec votre opinion, parce que l'objectif n'est pas ça. Puis,
lorsqu'on remet en doute l'intention aussi, je me questionne, parce qu'on a la
même volonté d'offrir un cadre qui va vous permettre de continuer d'évoluer.
Sur la question de l'accès, je suis 100 % d'accord avec vous, sur le fait
qu'il faut faire en sorte que toute personne qui veut avoir accès à
l'avortement puisse l'avoir aussi, puis bon. Vous avez dit, vous avez salué le
plan d'accès de notre gouvernement, il reste du travail à faire puis j'en suis,
il y a du travail à faire encore.
Sur la question du rôle du législateur, du
rôle des tribunaux, vous dites : Écoutez, on ne veut pas, on ne veut pas,
on veut s'éloigner du judiciaire. On est dans la présente situation entre
autres aussi à cause du judiciaire, parce qu'on invoque souvent les cinq
décisions de la Cour suprême, les nombreux débats, tout ça. Moi, ma grande
crainte, c'est que le débat, il n'est pas terminé. Puis tout à l'heure, on
avait Mme Pronovost qui nous parlait des groupes. On voit les mouvements
qui s'installent, qui existent au Québec, qui existent au Canada. On voit
l'influence américaine aussi. Comment est-ce qu'on fait? Puis là, je comprends
très bien que vous, vous dites : Actuellement, c'est le statu quo.
Qu'est-ce qu'on va faire pour le futur? Vous ne craignez pas le futur?
Mme Bois (Geneviève) : Oui,
c'est mon travail de craindre le futur. Par contre, malheureusement, craindre
le futur, craint aussi, l'article 29, dans le projet de loi. Je le sais
que vous n'êtes pas d'accord, M. le ministre. Vous l'avez dit plusieurs fois.
Je n'avais pas l'impression qu'en étant à 15 % plus éloquente ou moins
éloquente aujourd'hui, soudainement vous changeriez votre fusil d'épaule. J'espère
que vous allez éventuellement le faire, parce que je ne suis pas la première
personne à le dire. Et il me semble que quand on a un consensus d'experts dont
c'est le travail, quand le Barreau, le Collège des médecins du Québec, la FMOQ,
les professeurs de droit, les médecins, les infirmières et les patientes vous
disent toutes la même chose, est-ce que ça se pourrait qu'on aille peut-être
une bonne idée?
Il y a plein de choses à faire pour
protéger le futur puis on est là pour ça. Puis c'est ce que je fais souvent,
peu ou pas rémunérée, tous les jours que le bon Dieu amène. Mais pour ça, il
faut qu'il y ait le moins d'entraves possibles à mon travail et cet article-là,
il est au mieux inutile parce qu'il ne va pas m'aider. Demain matin, là, si
tout ceci passe, là, je ne vais pas... ni aucune de mes patientes ni aucune de
mes collègues ni moi est dans une meilleure posture. Mais tôt ou tard, on va
être dans une plus piètre posture. Ça fait que si... Moi, je ne doute pas des
intentions, j'attribue des intentions pures et positives à tout le monde
jusqu'à preuve du contraire, il n'y a rien dans ce que vous avez dit qui me
fait croire que vous êtes secrètement une personne anti-choix qui essaie de
saboter l'accès à l'avortement au Québec par l'article 29. Donc, je crois
en la pureté de vos intentions. Par contre, si on vous dit tous et toutes que
ça vaudrait la peine d'enlever ça puis qu'il y a plein d'autres façons
d'améliorer l'accès à l'avortement, ça se pourrait-tu qu'on aille une bonne
idée? Les bonnes intentions, moi, j'y crois, mais ce n'est pas assez des bonnes
intentions, et avec des bonnes intentions, on peut faire des reculs assez
sidérants. On parle souvent des groupes au Québec, au Canada, comme s'ils
étaient arrivés hier, hein? Comme si tout ça était tombé...
Mme Bois (Geneviève) : ...du
ciel, avait traversé la frontière, là, en catimini après Roe v. Wade. Ça fait
des années, qu'il y a un mouvement de choix au Québec puis au Canada, ça fait
depuis le début de l'amélioration de l'accès à l'avortement à travers la
décriminalisation et avant et après. Le mouvement a toujours été là. Bien sûr,
il est galvanisé par ce qui se passe aux États-Unis logistiquement,
financièrement au point de vue des idées. C'est une longue frontière très
poreuse au niveau des idées. Bien sûr, il y a l'accès, il y a... il y a des
choses à faire sur l'accès, puis sur la désinformation, puis sur le mouvement
anti-choix, mais il n'y a rien de tout ça qui va être faite par
l'article 29, pas du tout.
Donc, oui, demain matin, j'aimerais
beaucoup ça avoir plus de support pour faire mon travail. Je ne pense pas que
ça va être comme ça. Je suis prête à avoir cette conversation-là aussi. Mais la
position demeure claire, c'est que l'article 29 n'a pas sa place ici.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, Dre Bois, je suis heureux d'avoir votre bénédiction sur le fait que
vous pensez que j'ai des bonnes intentions. Je pense que les démarches que
j'entreprends afin de nous assurer que l'État québécois se retrouve du bon
côté, elles sont légitimes, mais il y a le court, le moyen et le long terme
aussi. Alors, moi, ma crainte, elle est véritable sur le fait qu'il pourrait y
avoir un versement jurisprudentiel éventuellement. Et, même si
l'article 29 n'était pas adopté, ce n'est pas la fin des émissions,
malheureusement, et je le dis, malheureusement. Alors, ce débat-là, il va
revenir, malheureusement, mais il va revenir.
Mme Bois (Geneviève) : Il va
revenir que l'article 29 reste tel quel ou soit retiré ou pas. L'accès à
l'avortement va toujours rester quelque chose qui va être en mouvance qu'on va
devoir défendre.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
la différence à cet effet-là, c'est que l'État québécois est un levier vraiment
important qui, notamment, permet à la société québécoise de s'exprimer à
travers l'État québécois et d'avoir un positionnement extrêmement fort aussi
comme société. Il ne faut jamais oublier ça. Parfois les changements sociaux
viennent de la société, parfois l'état est à la traîne, parfois elle est en
avance. Alors... Écoutez, on a... on a le même objectif, pas le... pas le même
chemin. Mais j'apprécie beaucoup le fait que vous partagiez, un, votre
expérience quotidienne avec les membres de la commission pratique de nous dire
à quoi vous êtes confrontés, de nous dire c'est quoi, la réalité que vous vivez
aussi, je pense, ça enrichit beaucoup les travaux de la commission.
Avant de céder la parole à mes collègues,
vous me permettrez un petit élément. Sur les... les gens qui travaillent comme
vous en clinique d'avortement, notamment, qui avaient une expertise précise, je
pense que ça bonifie beaucoup le débat. Lorsqu'on parle des experts juridiques
comme le Barreau, vous me permettrez par contre d'apporter une petite... un
petit astérisque. Alors, je dépose ça, ici, pour les fins de la conversation,
mais j'apprécie beaucoup votre présence puis votre témoignage. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de Gaspé,
pour trois minutes, s'il vous plaît.
M. Sainte-Croix : ...M. le
Président. Dre Bois, bonsoir. Vous avez dit dans votre exposé : Toute loi
visant l'avortement est, dans les faits, une loi contre l'avortement.
J'aimerais vous entendre développer là-dessus.
• (17 h 30) •
Mme Bois (Geneviève) : Oui, à
légiférer sur l'avortement, c'est la fausse bonne idée qui revient toujours,
là, c'est l'idée qu'il ne veut pas mourir, du moins dans le contexte où l'on
est, où est-ce qu'on a décriminalisé l'avortement et pas légalisé l'avortement.
On parle du droit à l'avortement, mais ce n'est pas... ce n'est pas un droit
qui est écrit comme ça, il y aura droit à l'avortement. Le fait de
décriminaliser l'avortement, c'est le statut idéal, puis c'est ce que mes
collègues partout dans le monde aimeraient. On a simplement retiré ça du Code
criminel et maintenant c'est dans le domaine des soins de santé et on n'a
aucune loi qui nous entrave dans notre travail.
Malheureusement, ce qu'on voit à
l'international, c'est que, quand on a une loi sur l'avortement, on pense que
ça va être un plancher, là, on va dire : On va garantir le droit à. Moi,
demain matin, là, si l'article 29 a passé, je n'ai pas 1 800
aidez-moi à obtenir un avortement pour ma patiente qui n'y arrive pas parce
qu'il n'y a pas de refuge pour les personnes violentées et puis parce que sa
RAMQ n'est pas à jour, hein? Je n'ai pas... Il n'y a rien qui m'aide à faire
mon travail demain dans tout ça. C'est pour ça que je dis qu'au mieux un
article comme ça est inutile et au pire il est dangereux. Il y a... Je
comprends le désir, là, de protéger le droit à l'avortement, c'est toute ma
vie, mais ce n'est pas comme ça que ça se fait.
Puis, quand je vois mes collègues dans
différents États aux États-Unis ou dans différents pays d'Europe, ce qu'on
voit, c'est que, quand la voie de la légalisation a été prise plutôt que la
décriminalisation, rapidement... ce qui arrive, c'est que des limitations sont
apportées à cette loi-là. Donc, on cite souvent la France, mais bonne chance à
avoir un avortement après 12 à 14 semaines en France, bonne chance d'avoir
le choix de la méthode, bonne chance à avoir le choix d'où vous obtenez votre
avortement...
17 h 30 (version non révisée)
Mme Bois (Geneviève) : ...parce
qu'on a protégé quelque chose jusque là, jusqu'à cette ligne dans le sable là, ou
du moins c'est ce qu'on dit, les barrières d'accès continuent, il n'y a pas d'amélioration
qui a été apportée par ça.
Et puis, rapidement, bien, ce qu'on voit à
travers le monde, dans différentes juridictions, c'est des... c'est des restrictions
qui sont ajoutées. Puis c'est comme ça que... ce n'était pas le début, hen, c'était
la fin, c'était des dizaines d'années de travail pour en finir là, puis c'était
un grand coup d'éclat, puis ça a apporté beaucoup d'attention, mais l'accès à l'avortement
existait déjà, de façon pratique, peu ou pas, dans la plupart des États où ça a
changé depuis cette décision-là, à cause, justement, de cette loi des petits
pas là. On a commencé par rendre impossible après 12 semaines, de demander une
période d'attente, de demander l'accord de deux médecins, l'accord parental,
même, pour une personne qui a l'âge de consentir à ses soins, on a demandé que
ça se fasse en regardant une échographie, en écoutant des sons qui n'en sont
même pas. Et on se retrouve dans une situation où des soignants, médecins,
infirmières, sages-femmes doivent faire des choses contraires à leur déontologie
et aux principes scientifiques qui basent notre pratique parce que la loi le
demande.
Donc, c'est comme ça qu'on a vu les choses
s'effriter ailleurs. Et j'aimerais bien qu'après un long historique d'être une
juridiction pro-choix, au Québec, on ne vienne pas ouvrir cette brèche-là. Il ne
va rien se passer demain matin, là, mais tôt ou tard, puis là il va être
beaucoup trop tard parce qu'on ne sera plus dans cette salle, là, et on n'aura
plus les mêmes postes. Potentiellement, bien, c'est là que les petites brèches
vont arriver. Puis ça va être très difficile de rallier la population là-dessus
parce que ça n'aura l'air de rien, hein, de dire : Ah! après deux jours d'attente,
après l'accord de deux médecins. Si, demain, quelqu'un voulait criminaliser l'avortement,
ce serait très facile de galvaniser les troupes puis que l'ensemble du public soit
contre ça, personne ne supporte une criminalisation complète, mais les gens supportent
des petites barrières, puis c'est comme ça qu'on va perdre l'accès. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Robert-Baldwin, pour 7 min 52 s, s'il vous plaît.
Mme Garceau : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Heureuse de vous revoir, Dre Bois. On avait eu des
échanges en ce qui a trait à la loi n° 2 et la menace de la loi n° 2
en ce qui a trait aussi à l'accès à l'avortement. Vous avez été au cœur,
également, du documentaire... du film Libre de choisir, où on voit votre
quotidien en tant que médecin dans une clinique d'avortement, mais également
les femmes qui... que vous voyez, que vous aidez. Je vous remercie pour tout le
travail que vous faites, surtout en ce qui a trait à la protection des droits
des femmes, à l'avortement.
Et vous avez mentionné quelque chose qui est
fort puissant, et je vais reprendre vos propos, «qu'une loi sur l'avortement
est une loi contre l'avortement«. Et donc, Dre Bois, est-ce que l'article 29 ne
représente pas un recul en ce qui a trait aux droits des femmes ici, au Québec?
Mme Bois (Geneviève) : Oui. Toute
loi sur l'avortement est une loi contre l'avortement. Tout article qui
mentionne l'avortement, dans notre situation, à mon avis, ouvre une brèche. La
question, c'est quand et comment les choses vont se détériorer, mais il n'y a
rien dans cet article-là qui supporte mon travail et celui de mes collègues ou
les femmes que je sers. Il n'y a rien que je ne ferais pas pour mes patientes,
incluant échanger mes journées de travail pour me réveiller à l'aube et venir à
Québec à mes propres frais pour en parler. Pas parce que j'ai une grande
confiance que ma présence va changer quelque chose, mais parce que je veux être
capable de dire que j'aurai tout essayé, incluant être dans un documentaire,
répondre aux médias, écrire un mémoire, le soir, quand je suis de garde.
Hier, j'étais au Centre de santé des
femmes de Montréal. Vendredi, je vais être à la Clinique des femmes de l'Outaouais.
Je travaille dans cinq régions administratives au Québec. Puis on n'aurait pas
fini si je racontais juste les histoires difficiles que j'ai entendues hier. Je
suis venue parce que... Même si j'ai bien de la jasette, là, ce n'est pas ce
que je préfère faire, dans la vie, venir en commission parlementaire, j'aime ça,
voir mes patientes puis j'aime ça, faire mon travail, puis c'est justement pour
ça que je suis ici, parce que j'aimerais ça qu'on me laisse juste faire mon
travail.
Mais, pour me donner un peu courage, là,
ce matin, j'ai amené un mot qu'une patiente a laissé dans mon sac hier en
partant. Moi, je me doute de c'est qui, mais elle ne l'a pas signé, puis on va
lui laisser sa confidentialité. Elle m'a dit : Un immense merci. Au-delà
de votre compétence professionnelle, c'est votre humanité, votre écoute et votre
bienveillance qui ont fait la différence pour moi. Continuez d'exercer votre
métier avec cœur. Je vous suis reconnaissante. J'en braillerais. Elle était
incroyable, cette femme-là, puis elle a surmonté moult barrières, dont un
conjoint qui ne voulait pas qu'elle vienne de nous voir, dont une mère qui ne voulait
pas qu'elle vienne nous voir, pour venir, puis c'est une des 15 personnes que j'ai
vues hier. Puis la liste ne finit jamais. Puis la raison que je veux faire des
plus longues journées, ce n'est pas parce que j'aime que moi puis mes collègues,
on finisse plus tard...
Mme Bois (Geneviève) : ...c'est
parce que la liste ne finit jamais, parce que les femmes attendent deux
semaines pour venir nous voir, parce que ce n'est pas rural versus urbain, avec
ou sans RAMQ. Tout le monde a des barrières d'accès. La question, c'est
combien.
Puis j'aimerais juste qu'on nous laisse
faire des soins de santé tranquilles puis qu'on arrête de judiciariser mon
travail. Parce qu'elle ne sera pas plus en sécurité avec une loi sur
l'avortement, puis moi non plus. Tout ce que ça fait, là, c'est ranimer un
débat qui n'a pas besoin d'être dans l'oeil du public, galvaniser le mouvement
anti-choix puis faire que les gens questionnent le consensus qui n'en est
peut-être pas jusqu'à... jusqu'au point qu'on voudrait, comme un rapport
récent, là, nous faisait état. On veut juste pouvoir continuer de soigner les
femmes qu'on sert.
Idéalement, puis là, j'ai mis toutes mes
recommandations mais en n'ayant pas nécessairement la confiance qu'elles
seraient prises comme telles, mais ce qui nous aiderait à faire notre travail,
c'est d'avoir un financement pérenne dans les cliniques communautaires. Ce
serait que, de façon durable, le gouvernement cesse de légiférer sur
l'avortement. Parce que ce n'est pas la première fois que je fais ça, ça va
faire bientôt 10 ans que je pratique, pas 35. Et ce serait de rendre la
contraception gratuite, ce serait d'abolir les barrières pour les femmes qui
n'ont pas de RAMQ en ce moment, ce serait de lutter contre la désinformation.
Il y a une partie de ça qui est débutée par le plan d'accès à l'avortement,
mais ce n'est pas assez et ce n'est pas tout, il faut continuer.
Mme Garceau : Je veux vous
dire, Docteure Bois, moi, que votre voix est très importante. Et c'est très
apprécié, votre présence aujourd'hui. Et le fait que vous continuez à vous...
Vous continuez le combat pour les femmes, et c'est apprécié.
Je voulais vous entendre sur... Le
ministre a mentionné que le débat n'est pas terminé. Ce sont ses propos. Mais,
pour moi, et je crois, pour des milliers de femmes et de médecins comme vous,
il est en train de raviver un débat qui était clos. On est en train d'épuiser
des énergies, des ressources financières dans ce débat-là, qu'on ne devrait pas
avoir en 2026. Et, comme vous avez mentionné, comment se fait-il que le
gouvernement n'est pas en train de miser sur les vraies affaires, les vrais
enjeux en ce qui a trait à l'accès à l'avortement, particulièrement en région?
Et vous avez l'expérience, Dre Bois, parce que vous travaillez en région, donc
l'expérience de terrain, elle est importante, puis j'aimerais vous entendre
là-dessus.
Mme Bois (Geneviève) : Merci.
Donc, oui, c'est... c'est dommage d'en être encore là, parce que ça ne fait pas
très longtemps, l'encre n'est pas sèche sur la dernière fois qu'on a eu ce
débat-là avec pourtant, pourtant le même gouvernement en place. Donc,
j'espérais que les choses étaient closes, au moins jusqu'à des élections. Il ne
faut pas être rassurés trop vite de toute évidence.
Quand je dis que le débat ne sera jamais
clos, c'est au sens que ça... c'est trop facile de vouloir limiter l'accès à
l'avortement des femmes. Il y aura toujours quelqu'un qui va essayer de ramener
ça dans le public. Le mouvement anti-choix va continuer de faire son travail.
Mais vous avez raison de dire que dans le cœur et dans la tête de milliers de
femmes au Québec, ce débat-là est clos. C'est aussi... C'est difficile de
mobiliser les gens pour un soin hypothétique, tout le monde aime croire qu'ils
n'auront pas besoin d'un avortement, et c'est difficile de mobiliser les gens
quand ils en ont besoin, parce que tout ce qu'elles veulent, c'est avoir leur
avortement et passer à autre chose et retourner à leur vie. Et c'est pour ça qu'elles
n'ont pas vraiment le temps de se... d'aller devant les tribunaux. C'est un
petit peu «time sensitive», un avortement, tu sais, il y a comme une urgence de
faire ça hier, surtout quand on sort vomir dans le banc de neige parce qu'on
essaie de cacher nos symptômes.
• (17 h 40) •
Donc, l'accès, en ce moment, au Québec,
effectivement, il y a plusieurs aspects qui sont problématiques. À plusieurs
égards, on se compare, on se console, là, c'est vraiment pire ailleurs, mais
j'aimerais ça qu'on mette la barre très haute et non pas aussi basse que faire
moins mal que les États-Unis. On fait mieux que beaucoup d'autres provinces. On
a des dizaines de points de services, mais effectivement, dans beaucoup de
régions, il y a zéro, un ou deux points de services. Puis ça, c'est une
situation qui peut être correcte jusqu'à tant qu'elle ne le soit plus, au sens
que ça met beaucoup de pression sur un point de service. Donc, vendredi, je
vais être à la Clinique des femmes de l'Outaouais, il y a un seul point de service
dans la région de l'Outaouais, à Gatineau. L'équipe fait un travail phénoménal.
C'est d'ailleurs une des cliniques qu'on voit dans le film Libres de choisir
auquel vous faisiez référence. D'ailleurs, les documentaristes sont venus
témoigner en commission.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. En terminant, docteure,
s'il vous plaît, parce que...
Mme Bois (Geneviève) : Oui,
oui, c'est ça. Donc, bref, quand il y a juste un point de service, les choses
peuvent rapidement péricliter. Si on doit déménager, si on a un bris au niveau
de nos employés, là, un bris de service ou un bris d'équipement, ça rend les
choses très vulnérables. Puis c'est ce que j'ai...
Mme Bois (Geneviève) : ...en
fait, c'est une des premières lignes dans le film, si je me dis qu'on a juste
un point de service, si demain matin, il arrive quelque chose, où est-ce que
les femmes vont aller?
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Je ne sais... je ne sais pas quoi dire. Je... Évidemment, je vais
commencer par vous dire merci, d'abord, pour votre humanité, mais aussi
pour nous rappeler que ce n'est pas un mince soin, que c'est un soin qui est
aussi... des décisions vraiment difficiles pour les personnes... qui ont besoin
d'accompagnement, quelles que soient les décisions qu'elles prennent, et on
sent toute la bienveillance que vous avez envers vos patientes et c'est très
touchant. C'est très touchant et on espère que tout le monde n'oublie pas
l'humanité derrière le débat et n'en fait pas des exercices de communication.
Moi aussi, je donne le bénéfice du doute au ministre. Savez-vous quoi? On n'a
pas le choix, avec le décorum, ça fait que ça règle le problème. Tout le monde
est de bonne foi, ici. Peut-être, revenir sur... sur les différents... Parce
qu'il y a des choses à faire. Ça, ce n'est pas à faire, on a compris, mais il y
a vraiment des choses à faire, vous en avez parlé. Malheureusement, je vais
vous demander de peut-être encore revenir sur les différentes améliorations
possibles pour ce soin qui est très important et particulier, et pour que ce
ministre, peut-être, en parle aux ministres autour de lui, donc, à la Santé, au
budget et ailleurs, pour s'assurer d'améliorer l'accès qui n'est,
malheureusement, pas du tout, en fait, au meilleur qu'il puisse être.
Mme Bois (Geneviève) : Absolument.
Oui, puis la raison qui fait que je vous ai lu ça, je n'ai pas besoin de me
faire dire que je fais un bon travail, moi, je sais que j'ai un métier
extraordinaire puis... parce que je rencontre des femmes extraordinaires, tous
les jours, qui me font confiance, puis c'est assez pour moi. Mais
effectivement, j'aimerais qu'elles aient moins de travail à faire pour se
rendre à nous. Des fois c'est simple, mais souvent c'est trop compliqué ou plus
que ça devrait l'être. Ce n'est pas aussi simple qu'un problème rural versus
urbain, on a souvent des longs délais en milieu urbain aussi, parfois en milieu
rural, ça va somme toute très bien, c'est très variable, hein. Québec est une
grande ville, pourtant, l'accès à l'avortement n'est pas toujours spectaculaire
dans cette ville. Montréal a beaucoup de points de services, mais étant donné
qu'elle dessert quand même un large bassin, puis les gens viennent de la
couronne, on a souvent des longs délais d'attente. Et puis le travail qui est
fait par certains points de services, alors qu'ils sont seuls en région comme à
Gatineau, est fantastique. C'est juste qu'effectivement, ça met beaucoup de
poids sur une seule équipe d'assurer... d'assurer ce service-là, puis on est
toujours un petit peu à la petite semaine à essayer de s'assurer que le fonds
d'aide ne finit pas avant la fin de l'année, puis qu'on a moyen de supporter
les gens qui viennent nous voir, puis d'essayer d'être flexibles dans nos
horaires puis de trouver une solution, moi, je ne compte plus les fois où j'ai
sauté dans le train ou sur la route parce que quelqu'un était malade dans une
autre région, on n'a pas de mécanismes, tu sais, de dépannage, là, c'est...
c'est fait officieusement comme ça, là, un appel : Est ce que tu pourrais
venir? Oui. Les gens vont attendre deux heures que tu arrives dans une autre
ville, mais c'est mieux ça que de ne pas avoir de soins.
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup d'avoir été avec nous, ça a été très, très,
très apprécié. Sur ce, je vais suspendre les travaux quelques instants pour
accueillir le prochain invité. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 17 h 45)
(Reprise à 17 h 46)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît, la
commission reprend ses travaux, il nous fait plaisir d'accueillir M. Leonid
Sirota, professeur agréé. Professeur, merci beaucoup d'être avec nous, alors,
vous connaissez les règles : Présentatio, après ça, il y aura une période
d'échange avec les membres de la commission, donc, la parole est à vous.
M. Sirota (Leonid) : Merci
beaucoup, M. le Président, je... Merci à tous les membres de la commission.
Merci de m'avoir invité. Mon mémoire... pardon, mon mémoire, il visait à faire
trois choses...
M. Sirota (Leonid) : ...il
visait tout d'abord à expliquer le... le cadre constitutionnel qui est
applicable à la modification, à la codification ou à l'enchâssement d'une
constitution provinciale, comme ce qui est proposé dans le projet de loi. Il
visait ensuite à expliquer les motifs possibles qu'une codification
constitutionnelle provinciale, pourquoi ferait-on ça, et ça, ça s'inspirait de
la réflexion que j'ai eu l'occasion de faire en dirigeant une collection sur le
sujet, justement, hypothétique à ce moment-là, d'une éventuelle codification de
la Constitution du Québec que j'ai fait avec le professeur Richard Albert, de
l'Université du Texas à Austin. Ça a été publié aux Presses McGill-Queen's il y
a quelques années sous le titre A Wrtitten Constitution for Québec? On
posait la question à ce moment-là, alors même si le livre c'est... c'était
surtout une plateforme pour laisser d'autres personnes, dont plusieurs, je
pense, ont déjà eu l'occasion de s'adresser à vous, d'exposer leur pensée sur
le sujet. Mais, moi aussi, j'ai eu l'occasion évidemment de faire la réflexion
et donc le pourquoi ferait-on ça? Cette question-là, je veux l'aborder et
ensuite vous dire que, selon moi, la Constitution du Québec qui est proposée
dans le projet de loi un, elle correspond très mal, c'est le mieux que je
peux... que je puisse dire, elle correspond très mal à des motifs plausibles,
raisonnables, pour lesquels on pourrait vouloir codifier une constitution
provinciale. Donc, ma présentation, elle va surtout viser les deux derniers
volets, les motifs de codification et l'adéquation ou le manque d'adéquation
entre le projet de loi et ses motifs.
Pourquoi pourrait-on vouloir codifier une
constitution provinciale? Tout d'abord pour mettre en œuvre une réforme
constitutionnelle, par exemple, notamment pour en chasser la Constitution
provinciale et donc faire dérogation au principe de souveraineté parlementaire
et la mettre à l'abri d'une modification par la procédure législative
ordinaire. Ça, c'est une première possibilité. Deuxième possibilité, qu'elle
s'accompagne de réformes ou non, c'est un exercice pédagogique. C'est de
renseigner les citoyens et de leur dire : Bien, voici la constitution de
votre province. Je soupçonne fortement que les Québécois, comme les autres
Canadiens pour la plupart, en fait, probablement, ignorent que le Québec a déjà
une Constitution comme toutes les autres provinces canadiennes. Donc, faire un
exercice de pédagogie publique, dire : Bien voici la Constitution, voici
quelles sont les règles qui gouvernent l'État québécois. Ça peut être louable
comme objectif. Troisièmement, on pourrait aussi chercher à accomplir un
travail symbolique et essayer de se mettre en commun, se mettre d'accord sur les
valeurs et les symboles de l'État québécois.
• (17 h 50) •
Si la Constitution du Québec qui est
proposée dans le projet de loi vise soit un objectif réformateur, soit un
objectif pédagogique, alors elle est un échec, tout simplement un échec. En ce
qui concerne un objectif réformateur, les principaux changements qu'en
apparence le projet de loi apporterait, c'est-à-dire l'enchâssement de la
Constitution du Québec à l'article deux, ou encore la prétention de remplacer
le lieutenant-gouverneur par un officier du Québec; le premier, il est
inefficace, l'enchâssement à l'article deux, il est inefficace en raison de la
façon dont le projet de loi est rédigé, parce qu'il manque... il y manque un
volet crucial, il manque une procédure de modification de laquelle il faudrait
faire accompagner une Constitution enchâsser, comme on l'a, par exemple, dans
la loi constitutionnelle de 1982, la partie cinq. Et, en ce qui concerne le
remplacement du lieutenant-gouverneur par un officier du Québec, la chose est
tout simplement inconstitutionnelle, elle est contraire à l'article 41 de
la loi constitutionnelle de 1982. Pour ce qui est des autres éléments nouveaux
de la Constitution du Québec, selon moi, ils sont d'importance pratique minime.
Sans dire qu'ils ne changeraient rien du tout, il ne changerait pas
grand-chose. Ensuite, en ce qui concerne l'objectif pédagogique...
M. Sirota (Leonid) :
...l'objectif de renseigner les citoyens. Encore là, le texte de la
Constitution qui est proposé, il est très incomplet. On peut difficilement même
parler de codification. Certaines règles sont là, d'autres, le texte y fait
référence sans les énoncer, ce qui posera problème à un citoyen qui n'est pas
juriste, d'autres ne sont pas mentionnées du tout. Et, en fait, le texte est
rédigé, je ne veux pas m'avancer évidemment sur les motifs de cette
rédaction-là, mais, quoi qu'il en soit, le texte est rédigé d'une façon qui
induira en erreur un lecteur non averti, un lecteur qui n'est pas juriste, qui
n'est pas constitutionnaliste, notamment par l'émission systématique des
limites que le cadre constitutionnel canadien impose au gouvernement du Québec.
Il reste donc la possibilité que ce qui
est proposé dans le projet de loi, c'est finalement une réforme purement
symbolique. En tant qu'universitaire, en tant que non-Québécois, j'hésite à
m'avancer sur ce terrain. Mais je soulignerais quand même qu'une constitution
purement symbolique, sans aucun aspect réformateur, sans aucun aspect
pédagogique, c'est quelque chose de très étonnant. Moi, je n'en connais pas. Je
trouve ça étrange qu'on veuille faire ça. Mais, bon, encore là, si c'est
vraiment ça, l'intention, alors, bon, soit, il faut comprendre que c'est ça
qu'on fait, et il faudrait tout de même, à mon sens, réviser le texte proposé,
de fond en comble, pour en retirer les éléments inconstitutionnels, pour en
retirer les éléments qui auront un effet trompeur et donc faire quelque chose
de beaucoup plus propre, si je peux me permettre l'expression, de quelque chose
de beaucoup plus concis, probablement, quelque chose de beaucoup plus clair.
Et, quand on aura fait cet exercice-là,
malheureusement, j'aurais tendance à dire qu'il faudrait recommencer le
processus de consultation, parce qu'on sera rendu à un texte fondamentalement
différent, et puisque ce texte aura une valeur symbolique majeure, mais il
faudrait que les citoyens puissent se prononcer sur ce texte révisé. Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci infiniment. Monsieur le ministre, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Monsieur Sirota, bonjour. Merci de participer aux travaux de la commission.
Dans un premier temps, je... Bon, vous êtes au Royaume-Uni présentement, je
crois.
M. Sirota (Leonid) : Oui.
M. Jolin-Barrette : Bon, il
est tard pour vous. Merci d'être avec nous.
M. Sirota (Leonid) : ...
M. Jolin-Barrette : On
apprécie, on apprécie. Je pense que vous avez été aussi quelques années en
Nouvelle-Zélande.
M. Sirota (Leonid) : Oui.
M. Jolin-Barrette : De quoi,
ça a l'air, la constitution, là-bas, en Nouvelle-Zélande? Ça ressemble-tu à ce
qu'on veut faire?
M. Sirota (Leonid) : Non, pas
vraiment. Il y a une loi constitutionnelle qui a, je dirais, de mémoire, une vingtaine
d'articles tout au plus, peut-être que je me trompe, peut-être un peu plus.
C'est... c'est très utilitaire, c'est très court, ce n'est pas très
pédagogique. Ce n'est pas une véritable constitution codifiée. Ça comporte
quelques dispositions d'importance. Mais je... encore là, de mémoire, des
dispositions symboliques comme celles qui constituent une bonne partie, sinon
l'essentiel du texte proposé, il n'y en a pas vraiment. C'est un texte qui est
assez utilitaire. Et je dois dire aussi, si on parle de Nouvelle-Zélande, il y
a beaucoup de gens qui, à tort ou à raison, disent : Mais il faudrait
qu'on révise cet état de choses, il faudrait qu'on ait un texte codifié. Est-ce
que ça aiderait ou pas? C'est une autre question. Il y a des gens qui ne sont pas
satisfaits de cette situation-là, mais, oui, le texte actuel, c'est quelque
chose...
M. Jolin-Barrette : OK. Sur
la question, dans le fond, du contenu de la partie 1, si je peux dire, de
la Loi constitutionnelle de 2025, vraiment, la Constitution, si on se concentre
là-dessus, là, est-ce que vous reconnaissez qu'il y a beaucoup d'éléments qui
sont dans la Constitution, que c'est la... ça existe déjà dans nos lois au
Québec?
M. Sirota (Leonid) : Oui, oui,
tout à fait. Il y en a... en partie, ça reprend le droit qui existait.
M. Jolin-Barrette : OK. Vous
dites, dans le fond, l'article 2 de la Constitution, là, qui indique, là,
pour les gens...
M. Jolin-Barrette : ...qui
nous écoute, là, la très grande audience qui nous écoute ce soir. «La
Constitution du Québec a préséance sur toute règle de droit incompatible.»
Vous, vous dites, là : Écoutez, ça n'a pas de force réelle s'il n'y a pas
de procédure d'amendement formelle.
M. Sirota (Leonid) : Oui.
M. Jolin-Barrette : Pourquoi?
M. Sirota (Leonid) : Parce
que, si... on le lit... on lit cet article-là, toute loi subséquente, y... y
compris une loi qui, en apparence, viserait à modifier la Constitution du
Québec, serait logiquement incompatible. Ce serait... ce serait le but de
l'exercice, et donc ce que vous proposez, c'est... c'est une Constitution en
apparence inamendable, une constitution... une constitution qui ne peut plus
être modifiée parce que... parce qu'elle dit : Bien, une tentative de
modifier la Constitution serait forcément invalide, la Constitution a préséance
sur un texte ultérieur qui aurait la prétention de la modifier. Et...
M. Jolin-Barrette : Donc,
vous... essentiellement, ce que je comprends, là, c'est que vous nous
dites : Écoutez, si jamais une formation politique arrivait, si on laisse
la Constitution dans l'état actuel des choses, là, si une formation politique
subséquemment arrivait puis décidait de dire : Bien, écoutez, moi, je
vais... je vais adopter une loi sur x, y sujet, mais en même temps je vais
venir modifier la Constitution par simple majorité. Ça fait en sorte que vous
dites : Bien, là, votre article deux, là, ce n'est pas vraiment vrai,
parce qu'on peut venir le modifier.
Cependant, tant que le législateur ne fait
pas ça, qu'il ne contrevient pas à la Constitution, qu'il ne vient pas toucher
au texte de la Constitution, ça a prépondérance, comme, supposons la Charte des
droits et libertés de la personne au Québec actuellement, les articles 1 à 38,
toutes les lois qu'on adopte... doit être conforme à la Charte des droits de la
personne. À moins de venir toucher le texte de la... de la Charte.
M. Sirota (Leonid) : Et...
mais ce qui est important, la distinction, c'est que la Charte des droits et
libertés de la personne, elle comprend elle-même un mécanisme qui dit :
Bien, on peut... on peut y déroger à condition d'utiliser une formulation
explicite. Et ça, ça fait toute la différence, parce que ça préserve le
principe de souveraineté parlementaire, la Charte, elle est protégée. C'est...
c'est l'article 52, si je ne m'abuse, ça devient une exigence de mode et
de forme qu'on appelle. Si le législateur, subséquemment, utilise une certaine
formulation, s'il est explicite sur son intention de modifier la charte ou de
déroger à la charte de façon ponctuelle, Alors la loi est valide. Si la Charte
ne contenait pas cette échappatoire, si on veut, alors elle poserait problème
sur le plan justement du principe de souveraineté parlementaire et sur le plan
de ce qu'une législature provinciale peut accomplir dans le... dans le cadre
constitutionnel canadien.
M. Jolin-Barrette : Bien là,
on se retrouve dans une situation où, supposant le régime applicable à la
Charte des droits et libertés de la personne, là, comme vous le dites, c'est
52, d'accord, si je veux y déroger, là, dans le cadre de la Constitution,
l'article deux s'applique. Dans l'éventualité où vous voudriez déroger à la
constitution québécoise et la changer, ça met un fardeau encore plus important
sur le... la formation politique qui va vouloir venir modifier le texte, même
s'il n'y a pas de formule d'amendement, là, à la Constitution, là. Si jamais on
voulait aller à l'encontre de la Constitution, il y aura un coût politique et
démocratique important à la formation politique qui va décider de dire :
Bien, écoutez, moi, je viens modifier le texte de la constitution québécoise.
Mais je suis d'accord avec vous. Il n'y a pas de procédure formelle pour le
faire, mais il y aura un coût politique et public associé à cela. C'est un
mécanisme qui est différent.
• (18 heures) •
M. Sirota (Leonid) : Ça... Je
devrais laisser les politiciens émettre des hypothèses sur les coûts
politiques. Je dirais tout simplement que, quand on regarde ce que les plusieurs...
disons, plusieurs des auteurs de la disposition de dérogation de la Charte
canadienne des droits et libertés pensaient au sujet des éventuels coûts
politiques, leurs prévisions, je pense, on peut le dire, ne se sont pas
réalisées. Est-ce que M. le ministre a une boule de cristal qui est meilleure
que celle d'un Jean Chrétien ou d'un Pierre Trudeau en 1982? Ça, évidemment, je
ne saurais pas m'avancer là-dessus.
M. Jolin-Barrette : Vous
m'amenez sur un terrain intéressant...
18 h (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : ...Peut-être
qu'on n'aurait pas cette discussion-là aujourd'hui si ça n'avait pas été des
actions et du legs de Pierre Elliott Trudeau et de Jean Chrétien, notamment les
deux fossoyeurs de l'accord du lac Meech. Pensez-vous que c'est approprié pour
l'État québécois de dire : Les Québécoises et les Québécois forment une
nation et puis de venir l'inscrire dans la Loi constitutionnelle de 1867?
Pensez-vous que c'est approprié?
M. Sirota (Leonid) : Le... le
concept de nation est une pure fiction.
M. Jolin-Barrette : Ah oui, la...
la nation québécoise, c'est une fiction.
M. Sirota (Leonid) : Toutes
les nations sont une fiction.
M. Jolin-Barrette : ça fait
que vous niez l'existence de la nation québécoise?
M. Sirota (Leonid) : Je nie l'existence
de toutes les nations.
M. Jolin-Barrette : Vous niez
l'existence des... des Premières Nations qui... qui sont présentes sur le
territoire québécois.
M. Sirota (Leonid) : Le mot
nation a un sens différent, les groupes existent, les gens existent, mais le
concept de nation, pour moi, il ne fait aucun sens.
M. Jolin-Barrette : Qu'est-ce
que vous voulez dire par là, que... quand vous dites que la nation québécoise n'existe
pas, là?
M. Sirota
(Leonid) :
Je
vais vous citer Lord Acton, si je peux me permettre de faire ça, il dit que :
«But nationality does not aim either at liberty or prosperity, both of which it
sacrifices to the imperative necessity of making the nation the mould and
measure of the State. Its course will be marked with material as well as moral
ruin, in order that a new invention may prevail over the works of God and the
interests of mankind.» Voilà.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Mais, écoutez,
je... je suis un peu subjugué que vous niez l'existence de la nation québécoise,
des nations autochtones aussi. Mais, écoutez, je... j'entends, j'entends votre
point de vue. Est-ce que le peuple québécois existe?
M. Sirota (Leonid) : Le
peuple québécois dans le sens des... des gens qui habitent le Québec? Oui. Le
peuple québécois dans le sens d'une entité qui aurait une volonté collective,
mystique, non, pas plus que le peuple canadien ou le peuple américain.
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup. Merci, M. le ministre. M. le député d'Acadie,
s'il vous plaît, pour 7 min 52 s.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. Alors, Pr Sirota, bonsoir. Merci. Merci d'être... d'être avec
nous. J'ai lu avec attention votre... votre mémoire et je vous réfère à la page 15
parce que vous parlez beaucoup... en fait, vous les appelez des supposés droits
collectifs et donc j'aimerais que vous puissiez nous en parler davantage, parce
que le gouvernement actuel met beaucoup l'accent sur les droits collectifs.
Quel est l'impact sur les droits individuels puis à quoi ça sert d'avoir des
droits individuels quand on invoque des droits collectifs à tout bout de champ?
M. Sirota (Leonid) : L'impact,
pour commencer par là, pour moi, l'impact concret il sera somme toute très
mineur parce que c'est... les droits collectifs, j'essaie d'envisager l'usage
qu'on en fera, et il me semble que ce seront des outils essentiellement
rhétoriques, que ce soit pour des politiciens, que ce soit pour éventuellement
les procureurs de l'État québécois qui... qui vont défendre des... des lois
dont on dira qu'elles enfreignent des libertés individuelles et on fera appel à
ces droits collectifs prétendus, on dira : Mais non, mais il ne faut pas...
il ne faut pas penser qu'on... enfin, ce n'est pas important disons que, par
exemple, on limite le droit à la liberté de religion, puisque c'est fait au nom
de... du droit à des institutions laïques, quelque chose comme ça. Mais ça, ces
arguments là, si on veut bien qu'ils soient politiques ou juridiques, ces
arguments-là, on les fait déjà. Le projet de loi n° 21 puis le... les
autres projets de loi qui ont suivi, aussi sur la laïcité, ils invoquaient déjà
quelque chose comme un supposé droit à des institutions laïques. Alors, pour
moi, concrètement, je ne vois pas ce que ça change...
M. Sirota (Leonid) : ...concrètement,
tu sais, c'est pour ça que je dis que ces dispositions-là, finalement, c'est...
c'est purement symbolique.
M. Morin : Vous, vous
soulignez également que la façon dont le texte est rédigé, dans bien des
cas : «ça pourrait induire un non juriste en erreur». Je vous cite,
toujours à la page 15. D'après vous, qu'est-ce que le gouvernement devrait
faire? Parce que, êtes-vous d'accord avec moi qu'une constitution, ça doit
d'abord être un document qui est compris par le peuple? Parce que c'est à ça
que ça sert, et donc, s'assurer qu'il va vraiment le comprendre.
M. Sirota (Leonid) : Ça...
C'est pour ça que je parlais tout à l'heure de... de possibles objectifs. Et
donc, on peut viser un objectif pédagogique, c'est à ça, je pense, que vous
faites référence. Toutes les constitutions ne sont pas écrites comme ça
manifestement. Si vous lisez, même la loi constitutionnelle de 1982, sans parler
de celle de 1865, elles ne sont pas écrites pour être comprises par des
non-juristes. Tout à l'heure, le ministre me posait la question sur le cas
néo-zélandais. Même chose. La Loi constitutionnelle de 1986, est-ce qu'elle...
qu'est-ce qu'un non-juriste y comprendrait, même si elle est très brève, en
fait? Sans doute pas tout.
Donc, je vous dirais que, ça, comme je le
disais tantôt, ça peut être un objectif louable que d'avoir une constitution
transparente, claire et compréhensible pour un non-juriste. Ce n'est pas la
seule façon de faire une constitution. Si on a par contre... il faut viser, je
dirais qu'il faut viser toujours, peu importe ce qu'on fait, mais avec une
constitution en particulier... une adéquation entre les fins qu'on poursuit et les
moyens qu'on se donne. Si on poursuit une fin pédagogique, si on veut que la
constitution qu'on adopte renseigne les citoyens et notamment les citoyens qui
ne sont pas juristes, alors il faudrait l'écrire d'une certaine façon, qui, à
mon sens, n'est pas la façon dont la constitution est écrite.
M. Morin : Non, j'en
conviens avec vous, mais si, effectivement, on dit que c'est la loi des lois,
puis évidemment, que nul n'est censé ignorer la loi, vous ne pensez pas que
dans le cadre d'une constitution, ça pourrait être fort important de la rédiger
d'une façon où le citoyen, la citoyenne va non seulement comprendre, mais va se
retrouver dans le texte?
M. Sirota (Leonid) : Je
pense que c'est un idéal, ce n'est pas le seul. Et encore là, si on regarde les
constitutions qui existent dans le monde, en tout cas, je n'ai pas non plus la
prétention de toutes les connaître, mais j'ai l'impression qu'il n'y en a pas
une tonne qui vont rencontrer cette exigence-là. Même si je comprends tout à
fait l'attraction de la chose, mais je pense qu'en réalité, il serait difficile
de rédiger une constitution qui serait vraiment accessible.
• (18 h 10) •
M. Morin : Et dans votre
mémoire, toujours à la page 15, au paragraphe 56°, vous dites : «Plus
grave encore, les dispositions qui prétendent reconnaître au "peuple
québécois" [un] droit inaliénable de choisir librement le régime politique
méconnaissent la Constitution du Canada.»
Donc, vous pensez que ces dispositions-là
seraient inconstitutionnelles?
M. Sirota (Leonid) : Selon
moi, oui. Et évidemment, on me référait à l'arrêt Anderson de la Cour d'appel
dont on prétend souvent qu'il a dit le contraire. Ça nous donne l'occasion de
préciser que ce n'est pas le cas dans l'arrêt Anderson on n'a pas besoin de lire
très loin, en fait, c'est... la Cour d'appel dit bien clairement qu'elle
considère les questions qu'on lui a posées à ce moment-là sur des dispositions
essentiellement identiques. Elle considère que ces questions-là ont été
prématurées, qu'elles étaient hypothétiques, et donc, elle n'allait pas se
prononcer là-dessus. Mais la Cour d'appel a, en fait, cassé le jugement de la
Cour supérieure qui avalisait ces dispositions-là. La Cour d'appel, elle
dit : Non, nous, on ne veut rien savoir de ça. On ne va pas dire que c'est
constitutionnel, on ne va pas dire que c'est inconstitutionnel. Donc, la Cour
d'appel ne s'est pas prononcée et il faut, il faut donc nous en remettre au
renvoi sur la sécession de la Cour suprême du Canada, et à mon...
M. Sirota (Leonid) : ...des
dispositions qui prétendent essentiellement dire que le Québec pourrait faire
sécession unilatéralement, pourraient... Si on lit le texte proposé à sa face
même... mais on semblerait dire que le Québec, par exemple, pourrait se
transformer en république plutôt que monarchie constitutionnelle et que la
chose ne dépend que du choix du peuple québécois. Tout ça, c'est manifestement
contraire à l'article 41 de la Loi constitutionnelle de 1982 et plus
largement c'est contraire aux enseignements de la Cour suprême dans le renvoi
sur la sécession.
M. Morin : Dans...
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le...
M. Morin : C'est terminé?
Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Oui. Désolé. M. le député de Maurice-Richard,
s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président.
Vous avez parlé de tout le processus qui
pourrait corriger un peu la situation initiale et du fait que le résultat de ce
processus-là donnerait une constitution fort différente de celle qu'on a devant
les yeux et qui, du coup, nous obligerait à d'autres consultations. Nous, je
vous avouerais, on serait plutôt pour recommencer les consultations à partir
d'une page blanche, et puis ça nous permettrait d'éviter de reconsulter après
avoir consulté véritablement les gens.
Mais, d'un point de vue des
contre-pouvoirs qui sont affaiblis, est-ce que vous pouvez nous dire quels sont
ceux qui vous inquiètent le plus?
M. Sirota (Leonid) : J'ai
l'impression que vous faites peut-être référence aux autres éléments du projet
de loi n° 1 qui ne sont pas ceux dans le texte de la Constitution. Et moi,
mon mémoire, il porte vraiment sur le texte de la Constitution du Québec. Donc,
je sais que j'ai des collègues et il y a bien d'autres personnes qui
s'inquiètent d'autres éléments du projet de loi. Moi, je ne voudrais pas en
parler parce que ce n'est pas là-dessus que mon mémoire porte.
Dans la constitution, je vous dirai que
c'est, d'une part, l'appel au fait majoritaire qui m'inquiète, parce qu'il
aurait tendance à délégitimer un appel des... que ce soit des individus ou des
minorités à leurs droits protégés, que ce soit par la Charte des droits et
libertés de la personne ou éventuellement la Charte canadienne des droits et
libertés. Et la volonté de... Donc, le texte de la Constitution elle-même
semble vraiment faire une vertu du fait majoritaire. Évidemment, c'est
important dans un système démocratique, la volonté de la majorité, mais ce
n'est pas la seule chose qui est importante, ce n'est pas la seule chose qui
légitime. Et, dans ce sens-là, la Constitution, elle m'inquiète effectivement.
M. Bouazzi : J'ai plus de
temps?
Le Président (M.
Bachand) :Continuez. Allez-y, allez-y,
allez-y.
M. Bouazzi : C'est... C'est bien
la première fois que j'ai plus de temps.
Alors, vous parlez du processus qui
vous... qui vous déplait. Est-ce que vous avez des exemples à travers le monde
de processus qui ont été suivis pour mettre à jour ou créer une constitution de
toute pièce dont on devrait s'inspirer?
M. Sirota (Leonid) : Ouf!
C'est... C'est une bonne question, mais je pense qu'il y a... il y a sans doute
d'autres gens qui sont mieux placés que moi pour en parler.
Moi, je dirais peut-être ceci. Pour moi,
il y a une distinction à faire entre l'élaboration d'un projet constitutionnel
et son approbation. L'élaboration, donc la rédaction d'une proposition, la
rédaction d'un texte initial, pour moi, le processus qu'on suit pour ça, il a
une valeur purement instrumentale. C'est-à-dire, il faudrait suivre le
processus qui va donner un bon texte. Est-ce que ça veut dire des consultations
ouvertes? Est-ce que ça veut dire une sorte de commission itinérante qui irait
à la rencontre des gens? Peut-être, mais pas forcément. Moi, je pense à la
Constitution américaine qui a été écrit derrière non seulement des portes
closes, mais des fenêtres barrées pour que personne à l'extérieur n'entende
rien de ce qui se disait dans cette salle très chaude à Philadelphie pour
pouvoir faire les compromis politiques qui s'imposaient.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M.... Pr Sirota. C'est
tout le temps qu'on a. Merci beaucoup d'avoir participé. Puis bonne soirée ou
bonne fin de soirée. Merci beaucoup d'être avec nous, encore une fois.
M. Sirota (Leonid) : Merci.
Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Et là je suspends les travaux
quelques...
Le Président (M.
Bachand) : ...instant. Merci.
(Suspension de la séance à 18 h 16)
(Reprise à 18 h 18)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! Il
me fait plaisir d'accueillir M. Stephen Brown, président-directeur général du
Conseil national des musulmans canadiens. Merci beaucoup d'être avec nous.
Alors, vous connaissez les règles, après votre présentation, nous avons une
période d'échange. Donc, la parole est à vous.
M. Brown (Stephen) : Merci,
M. le Président puis membres de la commission. M. le ministre, je vous remercie
sincèrement de votre invitation à partager nos perspectives sur le projet de loi
n° 1. Je m'appelle Stephen Brown et je suis le président-directeur général
du Conseil national des musulmans canadiens.
J'aimerais d'abord poser un constat
essentiel : les Québécoises et les Québécois de confession musulmane sont
fiers de faire partie intégrante du paysage social, culturel et... du Québec
d'aujourd'hui. Quels que soient nos parcours, que nos familles soient établies
ici depuis plusieurs générations ou issues d'une immigration plus récente, nous
partageons un point commun fondamental : nous avons choisi le Québec. Nous
avons choisi de nous y investir, d'y élever nos familles et d'y contribuer
positivement au quotidien. Cette capacité de choisir ne devrait jamais se
limiter à un seul groupe. Elle doit se caractériser... l'ensemble des Québécoises
et des Québécois et, plus largement, la manière dont la nation québécoise
choisit de se définir.
C'est dans cet esprit que nous... que nous
avons accueilli avec intérêt le dépôt du projet de loi constitutionnelle et
c'est précisément pour cette raison que nous sommes ici aujourd'hui, pour
contribuer à la construction d'un Québec fort pour toutes et tous.
Permettez-moi maintenant de réaffirmer le
point de départ de notre démarche. Le Québec se distingue par un parcours
historique qui en fait une nation unique. Ce parcours a façonné des valeurs qui
lui sont propres : la laïcité, l'égalité entre les femmes et les hommes,
la langue française, la tradition civiliste, l'interculturalisme, entre autres.
Ces valeurs constituent le cœur de l'identité collective québécoise. Dans un
contexte marqué par une diversité croissante de la population, toute démarche
sérieuse à promouvoir le sentiment d'appartenance à la cohésion sociale doit
impérativement les préserver et les placer au centre. C'est autour de cette
réalité que s'articule notre engagement : renforcer la nation québécoise
dans ce qu'elle a de plus distinct, sans jamais la dénaturer ni l'abîmer.
• (18 h 20) •
Cela dit, cet engagement ne nous dispense
pas de nous interroger sur le contexte dans lequel le projet de loi n° 1
est proposé. L'adoption d'une Constitution constitue un moment déterminant dans
l'histoire d'une nation. C'est un acte fondateur qui dépasse les cycles
électoraux et devrait rassembler la société autour d'une vision commune de l'avenir.
Or, le contexte actuel soulève des questions légitimes, tant sur le moment
choisi que sur les manières dont ce projet est présenté à la population
québécoise. Le dépôt du projet de loi à un an d'une élection générale
interpelle. À cela s'ajoute une période d'instabilité politique marquée par la
démission du premier ministre et à une course à la chefferie en cours. Par
ailleurs, la rapidité du processus soulève de sérieuses préoccupations. Une
Constitution n'est pas une loi ordinaire, elle mérite du temps, un dialogue
approfondi et l'adhésion la plus large possible. De nombreux groupes entendus
par cette commission l'ont souligné, notamment les représentants des Premières
Nations.
Dans ces conditions, si cette Constitution
devait être adoptée, une majorité parlementaire seule ne saurait suffire... ne
saurait suffire à établir un consensus national, et la précipitation dans
laquelle elle aurait été risquée... risquerait d'en fragiliser la légitimité
dans la conscience collective québécoise. À cela s'ajoute un autre
élément fondamental, le climat politique actuel est fortement polarisé autour
des enjeux identitaires et religieux. Dans ce contexte, il ne serait pas
déraisonnable...
M. Brown (Stephen) : ...de
craindre que cette démarche constitutionnelle soit perçue comme électorale
plutôt que comme véritablement rassembleuse. L'histoire récente du Québec
montre que ces enjeux ont déjà été instrumentalisés à des fins partisanes,
notamment lors des élections de 2007, 2012 et 2018... En constitutionnalisant
certaines de ces questions dans un climat... dans un tel climat, le
gouvernement risque de venir prolonger les tensions sociales plutôt que de les
apaiser. Autrement dit, adopter une Constitution sans avoir préalablement
travaillé à l'apaisement comporte un risque réel : celui d'inscrire dans
un texte fondamental davantage les divisions du présent que les aspirations
communes de la nation québécoise.
J'aimerais maintenant aborder l'enjeu
central de la protection des libertés individuelles. Un texte constitutionnel a
pour vocation première de protéger les droits et les libertés fondamentales des
citoyens contre les abus potentiels du pouvoir. À cet égard, le projet de loi n° 1 soulève des inquiétudes quant à l'équilibre qu'il
établit entre les droits collectifs légitimes de la nation québécoise et les
libertés individuelles. Bien que la Constitution proposée intègre formellement
la Charte des droits et libertés de la personne, cette protection est
fragilisée par la reconnaissance explicite des lois comportant des clauses
dérogatoires telles que la loi n° 21.
De plus, l'encadrement très strict des
sursis et l'interdiction d'utiliser les fonds publics pour contester certaines
lois risquent de limiter concrètement l'accès à la justice. La conséquence sera
la création d'une justice à deux vitesses, incompatible avec le principe
fondamental de la primauté du droit.
Enfin, nous sommes préoccupés par la
hiérarchisation des droits proposée par le projet de loi. La modification de
l'article 9.2 de la Charte qui prévoit qu'en cas de conflit, l'égalité
entre les femmes et les hommes l'emporte systématiquement sur la liberté de
religion instaure une hiérarchie rigide entre deux droits fondamentaux. Cette
approche repose sur une prémisse hautement contestable, celle d'une opposition
inhérente contre l'égalité des sexes des religions. Or, au Québec, des millions
de personnes vivent leur foi tout en adhérant pleinement à l'égalité entre les
femmes et les hommes. Présenter ses valeurs comme incompatibles simplifie à l'extrême
des réalités complexes et contribue à la stigmatisation des croyants. Enfin,
cette disposition risque d'avoir des effets discriminatoires, notamment à
l'égard des Québécoises, en particulier de confession musulmane, qui
choisissent librement de vivre leur religion de manière visible.
Dans l'absence d'un besoin juridique
démontré, nous recommandons respectueusement le retrait de cette disposition et
le maintien d'une approche équilibrée des droits fondamentaux.
En conclusion, le Conseil national des
musulmans reconnaît pleinement la légitimité du désir du Québec d'affirmer son
identité nationale en vue et se veut un partenaire de bonne foi dans cette
démarche. Toutefois, nous avons de sérieux réserves quant au contexte, au
processus et à certaines dispositions du projet de loi un. Nous appelons à une
pause afin de permettre une réflexion plus approfondie et une consultation plus
large. Et si le gouvernement choisit néanmoins d'aller de l'avant, nous
demandons que les dispositions les plus problématiques soient retirées ou
substantiellement modifiées. Le Québec mérite une Constitution à la hauteur de
ses valeurs et capable de protéger tous les Québécoises et les Québécois. Le
Québec mérite une Constitution dont il peut être fier. Je vous remercie de votre
attention. Je me tiens à votre disposition pour répondre à vos questions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup pour votre
présentation. M. le ministre, pour neuf minutes 45 secondes, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. M. Brown, bonjour. Merci d'être présent pour le Conseil national
des musulmans canadiens. D'entrée de jeu, là, vous avez dit, bon, les valeurs
québécoises, c'est notamment la laïcité, la langue française, l'égalité entre
les femmes et les hommes. Êtes-vous en accord avec le fait qu'en cas de conflit
entre l'égalité entre les femmes et les hommes et la liberté de religion, au
Québec, l'égalité entre les femmes et les hommes devrait primer sur la liberté
de religion?
M. Brown (Stephen) : Effectivement,
c'est déjà le cas. Et on est en... et on est en accord avec ça. D'abord,
j'aimerais retourner sur un exemple qui a souvent été cité, ce qui s'est passé
à la SAAQ, exemple que quelqu'un pourrait venir exiger qu'une femme ne le sert
pas, on ne serait jamais d'accord que quelqu'un puisse exiger qu'il ne soit pas
servi par quelqu'un qui est de race noire ou asiatique, alors de dire que je ne
veux pas être servi par une femme, c'est inacceptable. Si tu ne veux pas être
servi par une femme à la SAAQ, je ne sais, prends l'autobus ou marches. Mais le
problème, c'est que fonctionnellement ça existe déjà et dans la loi 62.
Alors je vais citer la loi 62 : «Lors du traitement d'une demande
d'accommodement pour motif religieux résultant de l'application de l'article 10
de la Charte des droits et libertés de la personne, l'organisme s'assure que la
demande est sérieuse, un, et deux, que l'accommodement demandé respecte le
droit à l'égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que le droit de toute
personne d'être traitée sans discrimination.» J'irai plus loin...
M. Brown (Stephen) : ...en
citant le Barreau du Québec qui dit : «En ce sens, un accommodement
demandé en lien avec la liberté de religion, mais qui ne respecterait pas
l'égalité entre les hommes et les femmes, serait considéré comme déraisonnable
et donc, non applicable. Les résultats recherchés par l'application de
l'article 9.2 préposé seraient donc actuellement atteints, sans qu'il soit
nécessaire de modifier la Charte québécoise.
«Alors, à défaut de reposer un véritable
argumentaire juridique sur... ou sur les principes reconnus en droit, la norme
portée par le nouvel article 9.2 devient essentiellement une orientation
politique idéologique qui ne devrait pas, dans un État de droit, être effectivement
opposable à un droit fondamental reconnu.»
Alors, la question, c'est : C'est
quoi, le motif réel? C'est quoi, le... C'est quoi...
M. Jolin-Barrette : Bien...
M. Brown (Stephen) : ...pourquoi
la démarche est nécessaire? On est déjà dans cette situation au Québec.
M. Jolin-Barrette : Bien,
manifestement, il y a un enjeu. On se retrouve face à ces situations-là avec...
Si l'état du droit était tel que vous le décrivez, bien, on ne se serait pas
rendu avec des situations où la Commission des droits de la personne ou les
tribunaux interprètent la situation de cette façon-là. Puis d'ailleurs c'est ce
que mon collègue est en train de faire également avec le nouveau projet de loi
sur la laïcité pour modifier les critères relativement aux accommodements
religieux pour que ça ne soit plus la contrainte excessive, mais une contrainte
plus que minimale pour l'organisation, également dans le secteur privé aussi.
Alors, manifestement, il y a un enjeu ici,
mais je m'explique toujours mal quand les groupes nous disent, et notamment le
Barreau auquel vous faites référence : Non, non, non, il n'y en a pas, de
problème. Mais ce que vivent les gens, puis une situation qui a été décrite,
qui a été validée à la... du Québec, c'est arrivé malgré les dispositions.
Alors, moi, je me dis, quand on me
dit : N'intervenez surtout pas, puis là on me dit : Bien, écoutez,
c'est écrit là, bien, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Alors, je
repose ma question : Est-ce que vous êtes d'accord avec le fait de
hiérarchiser l'égalité entre les femmes et les hommes, de le mettre, lorsqu'il
y a un conflit avec la liberté de religion, de dire : Bien, ça va être
l'égalité entre les femmes et les hommes qui va primer sur la liberté de
religion?
M. Brown (Stephen) : Nous
autres, on est d'accord avec le fait qu'une femme ou un homme ne devrait pas
subir de discrimination quand une demande d'accommodement raisonnable est
faite. Et je vais...
M. Jolin-Barrette : Non, non,
mais tout court, tout court, là. Sur une question, là, de liberté de religion,
là, est-ce que vous êtes d'accord que, dans le cadre d'analyse, là, que ce soit
pour l'organisation publique ou que ce soit pour le tribunal, là, s'il est face
à l'invocation d'un droit à la liberté de religion versus à l'égalité entre les
femmes et les hommes, il dise : Non, au Québec, ça va être l'égalité entre
les femmes et les hommes puis je vois prioriser ça? Ma question est claire.
M. Brown (Stephen) : Oui,
votre question est claire, mais ma réponse est aussi claire. Ma réponse, c'est
que...
M. Jolin-Barrette : Pas
vraiment.
M. Brown (Stephen) : Ma
réponse... Non, ma réponse, c'est que la discrimination est déjà illégale au
Québec selon la loi 62 qui existe déjà. S'il y a des... si les lois ne
sont... On peut avoir toutes les lois au monde, mais, si on ne les applique
pas, nous, elles ne nous servent à rien. Pour répondre plus clairement à votre
question sur la hiérarchisation des droits, non, on croit que la
hiérarchisation des droits crée un problème fondamental. Alors, on devrait...
M. Jolin-Barrette : OK. Bien,
c'est...
M. Brown (Stephen) : ...selon
nous, de maintenir l'égalité des droits fondamentaux et nécessaires, et ce,
pour que, dans chaque situation, on est capable... les tribunaux peuvent faire
leur travail pour évaluer la situation et apporter... et apporter une
résolution qui est propre à la situation équitable.
• (18 h 30) •
M. Jolin-Barrette : Mais,
manifestement, les... manifestement, les tribunaux n'ont pas joué leur rôle à
ce niveau-là parce qu'ils ont statué sur des situations justement où la liberté
de religion pouvait primer sur l'égalité entre les femmes et les hommes. Puis,
avec respect pour l'opinion contraire que vous soulevez aujourd'hui, on a voté une
motion à l'Assemblée nationale et l'ensemble des parlementaires s'est déclaré
en faveur de la hiérarchisation de l'égalité entre les femmes et les hommes sur
la liberté de religion.
Une autre question peut-être, là. Vous
avez dit : Nous, on est en faveur de la laïcité, mais vous contestez la
loi 21. Donc, vous êtes en faveur de la laïcité, mais pas la laïcité qui a
été adoptée par le Parlement du Québec.
M. Brown (Stephen) : Bien, la
laïcité que nous autres, on met de l'avant, et on va témoigner la semaine
prochaine, pour la loi n° 9, nous autres, on... Ce qu'on avance, c'est une
laïcité qui fonctionne réellement pour tous, pour tous les Québécois. La
laïcité qu'on voit dans la loi 21 ou ce qu'on a vu dans la loi 9 plus
récemment ne respecte, selon nous, pas les fondements réels de la laïcité telle
que classiquement comprise. La laïcité, fondamentalement, c'est que l'État ne
favorise aucune religion, ne défavorise aucune religion, ne favorise ni la
croyance ni favorise...
18 h 30 (version non révisée)
M. Brown (Stephen) : ...croyance.
Et, quand on regarde la façon que la laïcité souvent est appliquée, par exemple
dans des mesures comme d'interdire le port de symboles religieux pour plusieurs
employés de l'État, ce qu'on voit, ce n'est pas une neutralité soi-disant, ou
que l'État n'a pas d'opinion, ou l'État n'a pas de préférence, ou que tout le
monde a sa place. Ce qu'on voit, c'est malheureusement : l'État semble
favoriser la non-croyance, l'État semble favoriser l'invisibilisation des
minorités religieuses de certains institutions de l'État. Alors, ce n'est pas
de la laïcité classique.
M. Jolin-Barrette : Non, non,
pas du tout. Est-ce que.... Est-ce que vous êtes d'accord avec le fait que les
services publics doivent être donnés et reçus à visage découvert au Québec, et
que, exemple, dans une salle de classe, l'enseignement soit donné à visage
découvert et reçu à visage découvert?
M. Brown (Stephen) : ...quant
à la question du visage couvert ou découvert, une enseignante, exemple, qui
enseignerait une classe, puis qu'on ne serait pas capables de voir sa face
poserait des réels problèmes quant à la communication, alors ça pourrait nuire
à son travail. Alors...
M. Jolin-Barrette : Et les
étudiants, et les étudiantes, et les élèves qui reçoivent l'enseignement?
M. Brown (Stephen) : C'est
aussi une bonne question. Et je dis ça franchement parce que quand on
regarde... quand l'État devrait regarder pour interdire un avis ou... la
question ne devrait pas être : Est-ce que cet avis est religieux, oui ou
non? La question devrait être fondamentalement : Est-ce que ça cause un
problème fonctionnel pour l'activité qui se développe? Alors, si le visage
couvert, pour l'enseignant ou les élèves, cause un problème fondamental pour l'apprentissage,
c'est certainement légitime de se débattre et peut-être même...
Le Président (M.
Bachand) :Une minute. Une minute...
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bien, selon le Conseil national des... Conseil national des musulmans
canadiens, est-ce qu'avoir le visage couvert ça pose un problème fonctionnel
pour recevoir un enseignement à l'école? Qu'on soit élève, qu'on soit étudiant,
au secondaire, au cégep ou à l'université, ça pose-tu un problème?
Le Président (M.
Bachand) :Rapidement, M. Brown, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette : C'est-tu
un problème fonctionnel, ça, pour vous?
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Allez-y, M. Brown.
M. Brown (Stephen) : Bien, il
y a plusieurs... il y a plusieurs femmes qui, exemple, à l'université, portent
le niqab au Québec. Et il n'y a aucune étude qui a... qui a déterminé que ça...
que ça crée une barrière à leur capacité d'apprendre. Alors, quand on veut
interdire quelque chose... Non. Quand on veut interdire quelque chose...
Le Président (M.
Bachand) :...M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Ça fait
que donc vous, vous dites : Vous êtes d'accord avec le niqab à l'université
puis au cégep?
M. Brown (Stephen) : Ce n'est
pas ça que j'ai dit. J'ai dit : Quand... Quand on est...
M. Jolin-Barrette : Bien non,
mais répondez-moi clairement, là.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre... M. le
ministre. M. Brown, oui, en terminant. M. Brown, en terminant, allez-y.
M. Brown (Stephen) : Quand l'État
veut interdire un droit, donc quand l'État veut interdire quelque chose, c'est
à l'État de démontrer qu'il y a réellement un enjeu. Alors, s'il y a... il n'y
a aucune étude ou rien qui démontre que fonctionnellement... qu'une femme qui
va à l'école, à l'université, exemple, qui porte le niqab, ça ne porte pas
atteinte à sa capacité d'apprendre...
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci. Je cède la parole
au député de l'Acadie pour sept minutes 19 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Bonjour, M. Brown.
M. Brown
(Stephen) :
Bonjour.
M. Morin : Vous étiez en
train de répondre à la question, là, est-ce qu'il y a des choses que vous
voulez rajouter dans votre réponse?
M. Brown (Stephen) : Oui. J'allais
juste... J'allais juste dire simplement qu'enlever un droit fondamental à un
citoyen, c'est quelque chose de grand, et même quand c'est quelque chose de
fondamentalement inconfortable. Je veux dire, personnellement, même moi, j'ai...
je ressens certaines fois un certain inconfort avec le port du niqab, mais dans
une démocratie, on n'interdit pas des choses à des citoyens parce que ça nous
rend inconfortables. Quand on va enlever des droits à des citoyens, il faut
avoir un motif sérieux, et... l'État doit démontrer que ce motif existe. Alors,
c'est à l'État de démontrer que réellement, ça... ça causerait problème. Mais,
si c'est le cas, un État peut agir.
M. Morin : Je vous remercie.
Dans votre mémoire, à la page huit, et vous en avez parlé suite à des questions
que vous posez à M. le ministre, de la problématique d'une hiérarchie des
droits, vous dites, troisièmement, et c'est peut-être l'aspect le plus
préoccupant, la disposition, en fait, qui traite entre autres de l'égalité
entre les hommes et les femmes pourrait avoir des effets discriminatoires
disproportionnés sur certaines femmes. Une mesure présentée comme protégeant
les femmes pourrait en réalité limiter leur autonomie et leur choix. Avez-vous
des exemples ou des cas particuliers de ce qui pourrait arriver et qui ferait
en sorte que certaines femmes seraient discriminées finalement?...
M. Brown (Stephen) : ...mais,
exemple, imagine que... Il y a... Il y a plusieurs endroits dans notre société
qui sont des lieux uniquement pour des femmes. Il y a des gyms qui sont pour
des femmes. Il y a... exemple, si une femme décide de vouloir visiter le
médecin et préfère avoir une femme. Alors, de un, tu sais, une femme
pourrait vouloir... pourrait être plus confortable à recevoir un service
médical ou faire de l'exercice avec d'autres femmes, et ça serait quoi, sa
motivation? Est-ce que c'est une motivation personnelle, culturelle,
religieuse? C'est difficile de départir tout ça. Et, quand l'État commence à se
demander : Bien, est-ce que c'est pour des motifs religieux, bien, dans un
état laïc, d'abord et avant tout, on ne devrait même pas se poser la question.
Que les citoyens fassent quelque chose pour un motif religieux, un motif
personnel, ça ne devrait être ni ici ni là. Mais aussi, quant à la question,
exemple, de... des symboles religieux, le hijab, par exemple, quand il va y
avoir une femme qui va dire : Moi, pour des motifs sincères, spirituels,
j'aimerais être capable de porter un symbole religieux, est-ce que son droit
religieux de porter... son droit fondamental de pratiquer sa foi... peut-être
une opposition de certaines personnes qui diraient...
M. Morin : D'accord, je vous
remercie. Finalement, à la fin, à la page 11, vous dites que vous appelez à une
pause pour permettre une réflexion plus approfondie et une consultation plus
large. Qu'est-ce que... Qu'est-ce que vous souhaitez et qu'est-ce que vous
proposez comme méthode de consultation? Parce qu'évidemment, bon, on a lu votre
mémoire, on se parle, mais on a quelques minutes ce soir, là, il nous reste à
peine trois minutes, et ça va ressembler à ça, la consultation. Donc, qu'est-ce
que vous avez... qu'est-ce que vous avez en tête?
M. Brown (Stephen) : Pardon,
je pense que j'ai été coupé avant... Je n'ai pas... Je n'ai pas pris... entendu
la première portion de votre question.
M. Morin : OK. Alors, quand
vous parlez d'une consultation... consultation, une réflexion plus approfondie,
qu'est-ce que vous suggérez?
M. Brown (Stephen) : Bien, que
l'État fasse réellement un «census» des groupes... des groupes... de tous les
groupes et tous les coins de la société québécoise pour recenser c'est quoi...
c'est quoi, les opinions de tous les Québécoises et les Québécois de tout
horizon, de la société civile, de tous les partis politiques, de toutes les
nations, les nations autochtones par exemple, et fait... entame un processus
réellement démocratique pour savoir... pour vraiment non seulement savoir les
besoins des Québécoises et des Québécois, mais aussi l'adhésion de la grande
majorité. D'avoir des grandes portions de la population qui se sentiraient
lésées par une constitution ou qu'il y aurait des grandes parties de la
Constitution qui serait floue ou peut-être qui rendrait des citoyens mal à l'aise,
c'est un problème. Une constitution, c'est le document fondamental juridique
d'une société. Alors, c'est... c'est crucial de faire en sorte qu'on bâtit
notre maison, dans un État de droit, sur du solide. Ça prend une consultation
réelle avec tous les groupes, et il faut prendre le temps pour créer un réel
consensus, que tous les Québécoises et Québécois peuvent se sentir fiers de
cette constitution.
• (18 h 40) •
M. Morin : D'après vous,
est-ce que votre communauté reçoit le projet de loi comme quelque chose de
bénéfique ou s'ils se sentent exclus?
M. Brown (Stephen) : Mais
c'est sûr que, nous autres, notre communauté n'a pas été recensée, il n'y a pas
eu de consultation. Les gens... Pour nous autres, ça a sorti un peu comme une
surprise. On n'a pas compris exactement pourquoi on veut faire plusieurs choses
dans le projet de loi. Alors, pour plusieurs personnes de notre communauté, ça
sort comme une surprise. Et franchement, avec la... il y a beaucoup de tensions
dans notre société actuelle quant aux questions de la laïcité et de l'identité
québécoise, et de pousser une... un document tellement fondamental sans
vraiment prendre le temps de consulter toutes les communautés, la nôtre
incluse, c'est préoccupant. Alors, il y a une réelle préoccupation,
effectivement.
M. Morin : Je comprends que,
dans le... la préparation du document ou même dans le rapport d'experts... ou,
en fait, dans le travail des experts, vous, vous n'avez pas été consultés, on
ne vous a pas demandé votre avis, on n'est pas allé à votre rencontre?
M. Brown (Stephen) : Non.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de Maurice-Richard,
pour deux minutes 26, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup,
M. le Président. M. Brown, merci beaucoup d'être parmi nous. Vous êtes une des
rares voix des minorités musulmanes, ou peut-être la seule, même...
M. Bouazzi : ...qu'on écoute
dans cette commission. Et, comme une bonne partie des lois qui sont
constitutionnalisées, en fait, touchent de manière disproportionnée les
minorités musulmanes, on pense que votre présence et importante. Peut-être...
bon, on a lu vos arguments, ça retouche beaucoup d'arguments qu'on retrouve
chez plein d'éminents juristes qui sont passés avant. Ça fait que peut-être
nous parler de l'ambiance que vous ressentez dans la société actuellement. Vous
avez toutes sortes de liens avec toutes sortes de minorités musulmanes. Comment
est-ce que tous ces débats, que ce soit celui-là, ou celui sur la loi neuf, ou
avant ça, sont perçus?
M. Brown (Stephen) : Merci
pour votre question. Il y a... il y a... il y a beaucoup de dommage qui a été
fait au cours des années avec ces débats et non seulement le fond, mais comment
ces débats se sont... se sont entretenus. Très souvent, au Québec, on parle des
musulmans, mais beaucoup plus rarement on parle avec les musulmans. Et,
malheureusement, souvent notre communauté est soit comparée avec, tu sais,
des... la France... minoritaire de notre communauté, ou est, franchement,
simplement ignorée, mais souvent, bon, la communauté musulmane est perçue comme
quelque chose de trop, comme une menace soit aux valeurs québécoises ou à
l'identité québécoise. Alors, la communauté musulmane est la communauté
immigrante la plus... une des plus francophone et des plus éduquée. On veut
contribuer au Québec et on veut contribuer à la société québécoise. Mais, quand
on présente souvent la présence des personnes musulmanes comme étant quelque
chose à gérer plutôt que... plutôt qu'une partie intégrante, structurante de la
société québécoise, qui est tout aussi québécois que toute autre partie de la
société, c'est malheureux.
Et ce n'est pas pour dire que tout le
monde dans ce débat prend cette position bien opposée, je dirais que la grande
portion des Québécoises sont la... des Québécois, la grande majorité se
préoccupe aussi de ces questions, mais la réalité fait en sorte qu'il y a une
certaine instrumentalisation politique, bien souvent, que nous autres, on
ressent, qui est souvent fait à notre regard. Et, malheureusement, il y a
beaucoup d'ignorance et de méconnaissance quant à qui nous sommes. Et
malheureusement, à la place de travailler à rassembler les Québécois et
Québécoises, souvent on a trop vu de fois des gens instrumentaliser...
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci beaucoup.
M. Brown (Stephen) : ...la
peur pour déchirer ensemble.
Le Président (M.
Bachand) :M. Brown, merci beaucoup
d'avoir participé aux travaux de la commission. C'est fort apprécié.
Et, compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux mercredi 11 février 2026, après les avis touchant
les travaux de commission, où elle va poursuivre son mandat. Merci beaucoup.
(Fin de la séance à 18 h 45)