Journal des débats (Hansard) of the Committee on Citizen Relations
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Wednesday, April 26, 2023
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Vol. 47 N° 13
Étude des crédits budgétaires du ministère du Conseil exécutif, volet Lutte contre le racisme
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Intervenants par tranches d'heure
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Lecours, Lucie
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Maccarone, Jennifer
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Skeete, Christopher
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Maccarone, Jennifer
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Skeete, Christopher
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Lecours, Lucie
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Fontecilla, Andrés
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Maccarone, Jennifer
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Skeete, Christopher
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Lecours, Lucie
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Schmaltz, Valérie
15 h 30 (version révisée)
(Quinze heures quarante-deux minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens
ouverte.
La commission est réunie afin de procéder
à l'étude du volet Lutte contre le racisme des crédits budgétaires du
portefeuille comité... Conseil exécutif pour l'exercice financier 2023-2024.
Une enveloppe d'une heure a été allouée pour l'étude de ces crédits.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Caron (La Pinière) est remplacée par Mme Maccarone
(Westmount—Saint-Louis); et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques); par M. Fontecilla
(Laurier-Dorion).
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Nous allons donc procéder à une discussion
d'ordre général, incluant les questions et les réponses. Et pour favoriser...
je favorise une discussion libre, simplement, s'adresser à la présidence pour
le bon fonctionnement, s'il vous plaît. Alors, je suis maintenant prête à
reconnaître une première intervention de l'opposition officielle avec un
premier bloc d'échange. Mme la députée de Westmount—Saint-Louis, la parole est
à vous pour une période de 18 min 07 s.
Mme Maccarone : Merci, Mme la
Présidente, collègues, M. le ministre, et bienvenue à votre équipe également.
Je veux commencer à poser des questions par rapport à mettre fin aux cas de
discrimination policière. Action un de le plan qui était déposé par le Groupe d'action
contre le racisme, c'est votre première action, de rendre obligatoire l'interdiction
des interpellations policières aléatoires. On... nous le savons tous, on voit
dans notre revue de presse, on a lu les rapports, ceux qui suivent le dossier
de près surtout, que les personnes autochtones, noires et arabes sont interpelées
plus fréquemment que les personnes blanches. On peut lire tous les documents
qui ont été préparés par la Ligue des droits et libertés. Et on sait que, tout
dernièrement, à la fin de l'année passée, le juge Yergeau a déposé son jugement
en ce qui concerne les interpellations routières et que lui disait que nous
devons mettre fin à l'article 636 de le code routier.
Malgré tout ça, malgré que c'est la
première action dans toutes les 25 actions qui ont été posées... proposées
par le Groupe d'action contre le racisme, le gouvernement a quand même pris la
décision d'aller en appel de le jugement qui a été déposé. Et, avant d'entendre
le ministre pour sa réponse, je comprends qu'à l'intérieur du projet de loi n° 14,
dont j'ai aussi le privilège de siéger comme membre... membre de la commission,
je comprends que, dans la réponse du ministre, il va peut-être soulever qu'il y
a des lignes directrices qui vont faire partie de le projet de loi n° 14,
mais les lignes directrices font beaucoup... ne font pas le consensus, parce qu'il
n'y a personne qui sera consulté en ce qui concerne ces lignes directrices. Ça
fait qu'il y a beaucoup de préoccupations. Ça fait que : Est-ce que le
ministre constate que c'est quand même une promesse brisée de le gouvernement,
car c'est leur promesse-phare puis ils sont allés en appel?
M. Skeete : Bien, bonjour,
tout le monde. Salutations à tous les collègues. Et merci à mon équipe qui m'accompagne
aujourd'hui. Bien, il y a beaucoup de choses qui sont évoquées dans la question
de la collègue. Premièrement, je pense que, d'emblée, il faudrait faire la
différence entre les interpellations aléatoires et les interceptions
policières. Dans le rapport du Groupe d'action contre le racisme, il y a eu
question d'interdire les interpellations aléatoires. Ici, on parlait, dans la
question de la collègue, des interceptions policières. Donc, ma première
question, c'est : De quoi on parle ici, aujourd'hui, chère collègue?
Mme Maccarone : Que le
gouvernement sont allés à l'appel en ce qui concerne le jugement du juge
Yergeau. Pourquoi avez-vous fait ça quand ça fait partie de votre promesse-phare
pour le Groupe d'action contre le racisme?
M. Skeete : Mais est-ce que
vous me posez la question sur des interceptions policières ou interpellations
aléatoires?
Mme Maccarone : Les
interceptions policières.
M. Skeete : OK, à ce qui
traite les interceptions policières, effectivement, dans le cas de sécurité
routier... routière, il y a la notion des interceptions policières. Le groupe
d'action avait statué sur les interceptions aléatoires. Par contre, il y avait
une grogne <dans la communauté...
M. Skeete :
...à ce
qui traite les interceptions policières, effectivement, dans le cas de sécurité
routier... routière, il y a la notion des interceptions policières. Le groupe
d'action avait statué sur les interceptions aléatoires. Par contre, il y avait
une grogne >dans la communauté et dans plusieurs communautés racisées,
par rapport aux interceptions policières, notamment qu'effectivement il y avait
une plus grande proportion de gens racisés qui se faisaient interpeler de la
manière. Nous, on constate qu'avec les ajustements, dans le projet de loi
n° 14, qu'on a une bonne balance. D'un côté, on permet aux policiers de
continuer leur travail qui est très important auprès des communautés. Je vous
rappelle que la disposition 636 permet aux policiers de constater des
infractions, notamment en lien avec la... avec la conduite en état d'ébriété,
et c'est un outil indispensable pour la protection du public.
Donc, quand on a aboli cet outil-là, nous,
on est d'opinion, au gouvernement, et le Procureur général qui a pris la
décision d'aller en appel, que ça va lier les mains de nos policiers en matière
de la sécurité publique. Par contre, il y a quand même le malaise qui existe,
dans les communautés racisées et autochtones, qu'il y a des interceptions qui
sont plus souvent qu'autrement visées vers des gens qui sont racisés. C'est la
raison pour laquelle on a déposé le projet de loi n° 14 qui va venir
baliser les interceptions, pour être sûr que, d'un côté, on maintient la loi et
l'ordre et la paix sociale, et, de l'autre côté, qu'on vient aussi répondre aux
personnes qui pensaient qu'il y avait de la discrimination dans le volet des
dispositions de 636.
Mme Maccarone : Mais vous,
vous constatez que les groupes racisés ne sont pas contents avec cette décision
d'aller en appel du jugement.
M. Skeete : J'ai entendu des
groupes dire qu'ils n'étaient pas surpris qu'on allait aller en appel. Il y a
des groupes racisés qui m'ont dit : M. Skeete, je suis avocate — j'ai
une personne en tête — je suis avocate, il est clair que l'État allait
aller en... en appel, c'était clair qu'il allait le faire. Par contre, il y a
le malaise du fait qu'il y a des gens qui sont racisés qui se font intercepter
plus souvent qu'autrement, donc, qu'allez-vous faire? Puis c'est à ce moment-là
que j'avais dit à cette dame-là en question : Vous allez voir, la deuxième
mouture du projet de loi de la Sécurité publique va aller plus loin que la
dernière. Puis c'est effectivement ce qu'on a livré avec le projet de loi
n° 14.
Mme Maccarone : Que
pouvez-vous nous dire en ce qui concerne le recensement de données? Que c'est
indiqué, dans les crédits que vous avez soumis, que, depuis le 30 mai
2022, tous les corps de police disposent des outils pour leur permettre... leur
permettant de déployer le cadre de collecte de données au sein de leur
organisation. C'est quoi, ces données? Qu'est-ce que ça nous indique? Parce que,
lors de les auditions pour le projet de loi n° 14, nous avons entendu
qu'il y a très peu de données, et la Ligue des droits et libertés nous disent
qu'il n'y a aucune donnée. Alors, on a entendu seulement un corps de police qui
nous ont dit que ça se peut que, oui, c'est recensé. Que dites-vous en ce qui
concerne ceci puis avez-vous des données que vous pourriez déposer?
• (15 h 50) •
M. Skeete : Lorsqu'on a
entamé le groupe de réflexion, le Groupe d'action contre le racisme, ce qui nous
a... bien, en fait, ce qui m'a choqué, c'était l'absence totale d'inquiétude
par rapport au gouvernement du Québec avant la formation de ce groupe d'action
là. Il y avait plusieurs gouvernements antérieurs qui avaient pris la peine de
faire des rapports, de dénoncer des problèmes, mais ce qu'on a remarqué, c'est
que tous ces rapports-là avaient été tablettés. C'était comme si le
gouvernement voulait un peu savoir, mais pas trop vraiment savoir comment
s'attaquer au débat du racisme. Heureusement, quand le premier ministre a fondé
le Groupe d'action contre le racisme, on est arrivé avec une analyse de
qu'est-ce qui existait avant. On a colligé ça avec des rencontres pour vraiment
mettre le point sur où est-ce qu'on était rendu dans le dossier de la lutte au
racisme, et on est arrivé avec 25 actions qui nous permettent de bouger
l'aiguille comme on voulait en matière de la lutte au racisme.
Alors, pour répondre à la question de la
collègue, c'était décevant de constater, et c'est... ça demeure décevant, qu'il
n'y avait pas de données, notamment, en matière de profilage racial. Donc, une
des dispositions qu'on s'est données dans le projet de loi n° 14, c'est
cette obligation-là d'aller à la collecte de données.
Mme Maccarone : Ça fait que
ça fait depuis un an que vous... qu'on peut... collecter ces données, est-ce
que vous avez les données à partager avec nous? Parce que vous dites que vous
êtes déçu qu'il n'y a rien qui a été collecté dans le passé, ça fait
qu'avez-vous un rapport à déposer? Parce qu'à date on n'a rien vu en ce qui
concerne ces données que vous dites sont maintenant possibles depuis un an.
M. Skeete : Oui. Il y avait
des... Bien, en fait, ce que les directives, dans le projet de loi n° 14,
vont nous permettre de faire, ça va être de mandater aux différents corps
policiers d'aller chercher la collecte de cette donnée-là.
Mme Maccarone : Ce n'est pas
le sens de la question. Dans ce que vous avez écrit ici, dans les crédits qui
sont envoyés, je vous réfère, MCE, la page 70.1, ça dit que, maintenant,
depuis le 30 mai 2022, tous les corps de police disposent des outils leur
permettant de déployer le quart des collectes de données <au sein de leur
organisation...
Mme Maccarone :
...maintenant,
depuis le 30 mai 2022, tous les corps de police disposent des outils leur
permettant de déployer le quart des collectes de données >au sein de
leur organisation. Ça fait que c'est fait ou non? Puis, si oui, pourquoi nous
n'avons pas les données?
M. Skeete : Bien, un, je vais
valider avec mon équipe, à savoir où est-ce qu'on est rendus à la collecte de
données. Mais, deux, le mois de mai, ça ne fait pas une année, donc, j'imagine
qu'on est après faire une synthèse de les données. Mais je vais valider si vous
me laissez 30 secondes.
Mme Maccarone : Allez-y.
Pendant que vous êtes en train de valider, mes sous-questions, en ce qui
concerne les données, c'est : Est-ce qu'ils sont ventilés? Parce qu'on
sait aussi que ce qui nous manque souvent, c'est dans les données qu'on reçoit,
puis le CDPDJ aussi nous dit : Ce serait bien que les informations sont
quand même catégorisées par le groupe de minorités ethniques, par exemple, que
ce soit une personne arabe, une personne autochtone, une personne noire.
M. Skeete : J'ai la réponse
pour la collègue. En fait, on n'a rien reçu encore des... des corps policiers.
C'est une information qui est actuellement à se faire collecter. Puis, juste
pour vous remettre en perspective, le projet de loi n° 14 va nous
permettre d'obliger de remettre ces données-là. Donc, c'est un nouveau pouvoir
qu'on va avoir, qu'on n'avait pas avant. Donc, je ne peux pas exclure
qu'actuellement il y a une collecte qui a lieu. Mais ce que le projet de loi n° 14
va nous permettre de faire, c'est d'obliger la transmission au gouvernement de
ces données-là.
Mme Maccarone : Je souhaite
rester sur la notion des données, hein? J'ai hâte à avoir... de mettre la main
sur les données dont le collègue a dit : Ils seront bientôt disponibles.
Puis je pense qu'il y a plusieurs groupes qui sont hâte... qui ont hâte à avoir
ces informations aussi. Mais je vous réfère aussi au cahier de crédits, le
40.1. On a posé la question pour le bureau de coordination de la lutte contre
le racisme, les crédits dédiés ainsi que les copies, les études, les analyses,
les recherches, les sondages, les scénarios ou projections concernant le
caractère intersectionnel de la discrimination. C'est une demande qu'on entend
depuis plusieurs années de la CDPDJ. Puis la réponse que nous avons eue, c'est :
Il n'y a aucune étude, aucune analyse, aucune recherche, aucun sondage, aucun
scénario ou projection portant sur ce sujet n'ont été menés par le bureau de la
coordination de la lutte contre le racisme durant la période de 2022-2023.
Comment expliquez-vous ça?
M. Skeete : Bien, je
l'explique par le fait que nous, on se concentre actuellement sur le mandat qui
nous a été donné, qui est de répondre aux 25 actions et de bouger
l'aiguille sur ces 25 actions. Ce qui ne nous empêche pas, par contre, de
regarder d'autres dossiers. Il y a des dossiers qui viennent à l'attention du
bureau qui n'ont rien à voir avec les 25 actions qu'on traite à tous les
jours, justement, pour lutter contre le racisme. Puis j'aimerais juste rassurer
la collègue que le racisme, pour nous, c'est tolérance zéro. Donc on s'attaque
à toutes ses formes.
Mme Maccarone : J'entends le
ministre, mais j'avoue, je suis perplexe. Comment évaluer le succès des
initiatives si on ne les mesure pas, s'ils ne sont pas évalués, si vous ne
faites aucune étude, aucune recherche, aucun sondage, aucun scénario, aucune
projection portant sur le sujet? Comment évaluez-vous le succès de les critères
que vousdites qui sont prioritaires pour vous?
M. Skeete : Vous posez une
question que j'ai posée moi-même au bureau. Pour rappeler, dans le temps, on
s'est engagé avec le bureau de la lutte contre le racisme de répondre aux
25 actions. Mon... Je suis le ministre responsable de 13 de ces
actions-là. Et ce qu'on fait, c'est on a ce tableau-là qu'on regarde à tous les
jours pour être sûr qu'on répond aux critères. Le critère n° 1
pour rendre obligatoires les interdictions et les interceptions policières,
c'était de regarder comment on peut, avec le projet de loi n° 14... venir
encadrer le travail des policiers ainsi. On a aussi, dans le critère pour les
logements, la discrimination au logement, on est venus financer des initiatives
à la CDPDJ pour, justement, permettre aux gens qui se sentent lésés par la
discrimination de porter plainte et d'être accompagnés dans le processus
judiciaire.
Donc, quand on arrive avec une action, on
arrive pour répondre à un des items dans notre... dans nos check-lists, là,
pour... en bon en anglais, on arrive pour enlever celui-là puis on agit
directement en lien avec la question. Ça fait qu'on regarde ce qui a été
demandé. Au fur et à mesure qu'on bouge la balle sur les items qui nous ont...
qui nous sont demandés, on vient pour les cocher puis on considère que c'est
répondu ou pas.
Mme Maccarone : Je veux être
claire, les mesures sont louables, je pense qu'on ne peut pas être contre les
mesures qu'on souhaite mettre en place pour mettre fin au racisme. Ce n'est pas
la question. La question, encore une fois, je reviens, puis malgré que le
ministre dit : Oui, on peut cocher pour dire qu'on a fait telle action, on
a fait telle action, mais si on ne recense aucune donnée, si on ne fait aucune
recherche, si on ne fait aucun sondage, comment pouvons-nous s'assurer que les
communautés qui sont marginalisées, les communautés qui sont affectées aussi,
ils font partie de le processus, qui sont consultées, qui peuvent dire : Oui,
ça fonctionne, non, ça ne fonctionne pas? Les montants sont importants, puis on
peut avoir un débat pour le... sur le budget, que ce soit 23 000 $ ou
4 millions que <nous allons mettre...
Mme Maccarone :
...qui
sont consultées, qui peuvent dire : Oui, ça fonctionne, non, ça ne
fonctionne pas? Les montants sont importants, puis on peut avoir un débat pour
le... sur le budget, que ce soit 23 000 $ ou 4 millions que >nous
allons mettre vers l'avant pour mettre fin au... pour la lutte contre le
racisme, mais, si nous ne sommes pas en train de l'étudier puis mesurer,
comment s'assurer qu'on a un effet?
Il faut recenser du data, il faut savoir
que le pourcentage, les plaintes sont à la baisse, par exemple, puis... Tu
sais, je n'aurai pas assez de temps dans ce bloc peut-être pour avoir un
échange là-dessus, mais est-ce que c'est prévu de faire des études, des
scénarios, de la recherche, des analyses, au lieu de toujours juste dire :
Mais voici, on va mettre une mesure en... en place, voici l'argent que nous
sommes en train de l'octroyer. Puis, encore une fois, je réitère, c'est bien,
ce n'est pas une question d'être contre, mais «if you can measure it, you can
manage it». Comment s'assurer qu'on ne fait pas fausse route puis l'argent que
nous sommes en train d'investir va porter fruit?
M. Skeete : Mais il y avait
deux questions que j'ai entendues, mais je vais répondre à la dernière. En
fait, on suit les actions. Puis ce qui est le fun avec la manière qu'on a
décidé de procéder au bureau, c'était : On a identifié les 13 actions
qu'on doit agir, puis c'est des actions concrètes, donc, on doit les cocher.
Dans le cas d'une des actions, c'est d'avoir une campagne nationale de
publicité pour la sensibilisation. Je pense que la collègue serait d'accord
qu'une fois qu'on a fait une campagne nationale puis on la répète annuellement,
je pense qu'on peut cocher la case. Donc, on est un peu là-dedans.
Ça fait que je pense que je comprends son
désir d'avoir des métriques vérifiables et concluantes. Moi, je répondrais pour
dire que, quand on dit qu'on veut encadrer le travail policier puis on
l'encadre avec un projet de loi, je pense que deux personnes intelligentes
peuvent s'asseoir puis dire : OK, on a réussi à le faire. Donc, je
comprends le sens de la question. Moi, je répondrais pour dire qu'on le fait
actuellement.
Mme Maccarone : On va être en
désaccord, évidemment, parce qu'évidemment, pour moi, ça prend des données pour
savoir que les mesures qu'on va mettre vers l'avant, que ce soit l'adoption
d'une loi ou autres mesures, comme je dis, l'investissement, est-ce que ça
fonctionne ou non? Le seul moyen de le faire, c'est de faire de la recherche,
le seul moyen de le faire, c'est de recenser du data pour dire : Mais
voilà, on a vu une baisse dans le nombre de plaintes. On a vu que, suite à
l'adoption du projet de loi n° 14, on a vu qu'on a beaucoup moins de
plaintes en ce qui concerne les personnes qui se disent qu'ils ont fait face au
profilage racial, par exemple.
Ça fait que j'espère que cela sera pris en
considération, parce qu'encore une fois, sans avoir des études, sans avoir de
la recherche, c'est bien... c'est bel et bien de dire que nous avons des
mesures que nous souhaitons mettre en place, mais c'est impossible de dire que
ça fonctionne ou non. C'est bien, on coche sur la liste des idées qu'on
souhaite mettre vers l'avant, mais de savoir que ça fonctionne, que les
communautés racisées sont soulagées puis qu'ils disent : Oui, ça
fonctionne, ça va être important de leur entendre.
Alors, est-ce que vous faites au moins des
sondages, auprès de ces communautés qui sont marginalisées puis qui sont
affectées, pour savoir si eux sont contents avec les mesures et s'ils peuvent
valider que les mesures que vous mettez en place, que vous privilégiez
fonctionnent pour eux?
M. Skeete : Bien, je ne veux
pas insister, mais, tu sais, une des recommandations qu'on a, c'est de
s'assurer que 50 % des conseils d'administration gouvernementaux aient une
personne minoritaire... une minorité visible présente. Et là on est à 61 %,
ça fait que je pense qu'on peut cocher la case. Ça fait que je pense qu'on dit
la même chose, l'objectif, c'est de réussir les 25 actions qu'on a promises
puis c'est notre intention de les livrer.
Pour répondre à la deuxième question...
Pouvez-vous me rappeler c'était quoi, vite, vite?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :1 min 30 s pour votre bloc.
Mme Maccarone : Que
faites-vous pour assurer que les communautés marginalisées, racisées font
partie de la communication avec vous pour dire que ça fonctionne, ça ne
fonctionne pas, puis ce qu'ils souhaitent voir comme changements, modifications,
ou ça peut aussi être : Bravo!, tu sais...
M. Skeete : Bien, en fait, je
vous coupe, parce qu'il vous reste une minute, puis je veux répondre à votre
question.
• (16 heures) •
Mme Maccarone : Allez-y.
M. Skeete : Depuis la
création du Groupe d'action contre le racisme, il y a eu moult consultations,
que ce soit un à un ou que ce soit différé, on a fait... Je ne peux pas
imaginer le nombre de consultations, de gens qu'on a rencontrés. Justement,
récemment, dans le cadre du projet de loi n° 14, on a rencontré et les
groupes policiers et les groupes communautaires, en amont du dépôt du projet de
loi, pour leur expliquer un petit peu qu'est-ce qu'on voulait, puis qu'est-ce
qu'il manquerait, puis qu'est-ce qu'on pourrait considérer pour mettre dans le
projet de loi.
Donc, ça se fait en continu. Ce n'est pas
un processus formel. Ça se fait en continu, ça se fait... Je rencontre souvent
mon collègue député de Laurier-Dorion à des événements à Montréal et un peu
partout. Donc, ça se fait en continu, et c'est quelque chose qu'on garde dans
notre rétroviseur et en avant, parce que ces gens-là doivent se sentir écoutés
et entendus. Alors, on assure une présence sur le terrain, mais, quand il y a
lieu, on les consulte.
Mme Maccarone : Qui avez-vous
consulté?
M. Skeete : Bien, je peux
vous sortir une liste. Avec votre permission, ça me fait plaisir de sortir la
liste des... une cinquantaine... 25, 30 40...
Mme Maccarone : Avec...
M. Skeete : Il y a plusieurs
groupes qu'on a rencontrés. Ça me ferait plaisir de vous partager ça à un autre
moment.
Mme Maccarone : Bien, si vous
pourriez déposer la liste, je pense que ce serait pour le bien-être de tous les
membres de la commission avec la permission de la présidente.
M. Skeete : Je suis de bonne
foi à vouloir partager ça avec vous. Je mets une bémol, certains groupes qu'on
a consultés ne souhaitent pas être identifiés de manière publique.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup...
16 h (version révisée)
Mme Maccarone : ...je pense que
ce serait pour le bien-être de tous les membres de la commission, avec la
permission de la présidente.
M. Skeete : Je suis de bonne
foi à vouloir partager ça avec vous. Je mets un bémol, certains groupes qu'on a
consultés ne souhaitent pas être identifiés de manière publique.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup.
M. Skeete : Alors, ce que je
peux vous donner, je vais vous le donner.
Mme Maccarone : Bien, si... si...
si c'est uniquement pour nous, ça reste entre nous.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Le bloc étant terminé, on poursuivra pour le prochain bloc.
On est maintenant rendu au bloc du
deuxième groupe d'opposition. M. le député de Laurier-Dorion, vous bénéficiez d'une
période de 12 min 5 s. La parole à vous.
M. Fontecilla : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. le ministre. Je salue également les membres de votre...
de votre équipe. Ça me fait plaisir d'être ici pour ce sujet si important. J'aimerais
revenir sur la question du profilage racial, le phénomène global, et articuler
plus particulièrement autour des interpellations policières aléatoires. On va
aller là-dessus, là. Écoutez, votre... le Groupe d'action contre le racisme a
été catégorique, là, dans cette... sous cette question-là. Je lis l'action,
action n° 20, là : «Rendre obligatoire l'interdiction des
interpellations policières aléatoires», «rendre obligatoire». Il y a quelques
mois, il y a eu, dans l'affaire Luamba, le jugement... le jugement Luamba par
le juge Yergeau, qui était tout aussi catégorique, là, disant que les interpellations
policières aléatoires fondées sur l'utilisation de l'article 636 du Code
de la sécurité routière amenaient clairement des situations de profilage
racial. Et il rendait un verdict lapidaire.
Le gouvernement du Québec devait carrément
enlever... enlever cet article, l'article 636. Or, votre gouvernement, là,
a fait une volte-face assez... assez spectaculaire, là... en disant qu'il
allait porter en appel le jugement Yergeau et, par le fait même, qui
confirmait, en quelque sorte... venait confirmer la recommandation de votre
propre gouvernement de... signée par six ministres du gouvernement de la
CAQ, là, il faut... il faut le rappeler, là, et renvoyant le tout au projet de
loi n° 14, qui est à l'étude en ce moment, là, qui stipule, là, qu'il va y
avoir des directives du gouvernement. Le ministère de la Sécurité publique se
donne le pouvoir d'émettre des directives concernant les interpellations
aléatoires sans a connaisse, dans le projet de loi qu'on est en train d'étudier,
là, sans qu'on connaisse... qu'on connaisse le contenu de ces directives-là. Qu'est-ce
qui est... Quelle est la garantie que vous... que vous donnez à la population
racisée, là, qu'il y a une réelle volonté d'éliminer, d'interdire carrément,
là, les interpellations... policières aléatoires? On a plutôt l'impression qu'entre
la déclaration du début, «rendre obligatoire l'interdiction des interpellations
policières aléatoires», et le projet de loi n° 14 vous avez fait
volte-face, vous avez subi la pression des lobbys et vous avez renoncé à rendre...
à rendre obligatoire l'interdiction des interpellations policières aléatoires.
M. Skeete : Bien, humblement,
je suis en désaccord avec le constat de mon collègue pour deux raisons,
puis je ne veux pas être tannant, là, mais il faut vraiment faire la différence
entre les interceptions policières et les interpellations aléatoires. Malheureusement,
on a tendance à mélanger les deux, les deux ne sont pas pareils. Une
interception policière se fait dans le cadre de 636, et sa seule utilité, c'est
pour valider la capacité de conduite en lien avec le code de sécurité routière.
Tout autre motif discriminatoire, avec le projet de loi n° 14, entre
autres, va être banni. Donc, on vient répondre à la crainte numéro un des
gens qui se sentent interpelés ou profilés pendant la conduite. Interpellations
aléatoires, c'est un policier qui est dans la rue puis... avec qui on circule,
puis il dit : Hé! vous êtes qui, vous? Puis est-ce que je peux voir votre
pièce d'identité? Ça, c'est une interpellation aléatoire. Alors, il faut
vraiment distinguer les deux.
Nous, ce qu'on vient de faire avec le projet
de loi n° 14, c'est... on vient dire : Si, pour des motifs
discriminatoires, vous faites une interception policière, en vertu de 636, ceci
n'est plus permis, et la directive va venir clarifier ceci. Alors, moi, je ne
suis pas d'accord que c'est une volte-face. Je considère qu'on livre la
marchandise tout en assurant que les policiers ont les outils nécessaires pour
faire le contrôle de la sobriété sur les routes.
M. Fontecilla : On s'entend
que l'article 636, l'article... conducteurs de véhicules automobiles, là,
la motivation principale, c'étaient les contrôles de l'alcool au volant,
situation qui a changé grandement depuis l'instauration de cette... de cette
mesure-là. Mais, dans les deux cas, que ce soit une interpellation
aléatoire ou une interception, on aboutit au <même...
M. Fontecilla :
...au
>même résultat, c'est-à-dire : les populations racisées, les
populations noires, les populations... les populations... les populations
arabes et... ou autres subissent une... des interceptions ou des
interpellations plus souvent, là, que le reste de la population. Donc, vous
devriez agir dans les deux fronts, parce que les deux situations
aboutissent à une situation de profilage, de traitement différencié de
certaines populations. Pourquoi ne pas aller directement au but, là, et
interdire aux forces policières d'effectuer ce type d'interventions, qui
aboutissent à du profilage racial?
M. Skeete : Bien, je... Encore
une fois, je ne veux pas être difficile ou tannant, mais on agit sur les deux fronts.
Premièrement, lors d'une interpellation aléatoire, le citoyen n'est pas obligé
de répondre aux policiers. Donc, il n'y a pas de problème. Le seul défi qu'on
a, c'est de rendre cette information-là accessible, puis je le fais quand je
rencontre justement les groupes racisés, je leur rappelle que, une
interpellation aléatoire, un citoyen n'est pas obligé de s'identifier lorsqu'on
lui demande de s'identifier par le policier. Donc, en partant, il n'y a pas de
problème sur ce bord-là, il faut juste communiquer la nouvelle. De l'autre
côté, on vient interdire dans le projet loi n° 14 les interceptions
policières pour motifs discriminatoires, donc on répond à la question.
M. Fontecilla : M. le
ministre, la discrimination... les interventions sur... avec un... fondées sur
un motif racial sont interdites à la base par les chartes. Mais elles
s'effectuent pareil de façon subreptice et de façon détournée, et c'est ça, le
véritable problème, là. Votre gouvernement a la responsabilité d'interdire
cette possibilité-là, et le jugement Yergeau a été très, très clair, là, les
motivations discriminatoires d'une intervention policière sont pratiquement
impossibles à démontrer. Donc, il faut éliminer l'article qui permet justement
ce traitement différencié, là, sur les populations racisées, là.
Et vous avez décidé... Jusqu'à présent, on
n'a pas la preuve que vous allez agir. Vous dites dans votre projet de loi n° 14,
là, qu'il va y avoir des directives, là... On ne les connaît pas, ces directives-là,
là. Pourquoi ne pas, dans le cadre de votre projet de loi n° 14, aller à
la source et dire... éliminer carrément tous les articles de loi qui permettent
le profilage racial, et, si vous voulez être redondant, bien, l'interdire
encore une fois, parce que c'est quelque chose qui est déjà interdit?
M. Skeete : ...là, je pense
qu'on arrive à quelque chose de vraiment intéressant, parce que, vous avez
raison, la charte protège déjà les citoyens par rapport à la discrimination, et
surtout un traitement du genre. Par contre, l'absence d'une directive policière
nous enlève l'outil de faire une sanction si jamais on ne suit pas les
recommandations. Et c'est ça qui est novateur avec l'approche qu'on prend,
parce qu'effectivement un citoyen avait toujours le droit de contester devant
la cour une interception ou un comportement policier qu'il jugeait
discriminatoire en vertu de la charte des droits de la personne.
Mais là ce qu'on vient introduire, c'est
une notion de conduite policière. Maintenant, un policier qui est... qui est...
qui est démontré d'avoir fait une interception policière discriminatoire, pour
des motifs discriminatoires, non seulement va avoir des sanctions intégrées,
mais on va avoir des leviers pour agir directement en lien avec son... avec sa
fonction. Puis on insiste beaucoup sur la directive, mais il y a d'autres
outils aussi dans le projet de loi n° 14. Il y a l'obligation d'avoir de
la formation continue, qui est un enjeu important. Il y a certains policiers
qui font une carrière puis, depuis 15, 20 ans, ils n'ont pas reçu de
formation. Il y a aussi la nouveauté qui va donner à la commissaire...
Maintenant, si le projet de loi passe, c'est le tribunal de déontologie qui va
donner le droit à la commissaire qui est en place de faire proactivement des
enquêtes.
• (16 h 10) •
Donc, on arrive puis on coche des leviers
qui font en sorte que l'inquiétude du collègue par rapport au fait que, si, oui
ou non, on va agir, bien, les autres outils sont assez clairs, là. Je pense que...
Premièrement, il faut présumer de la bonne foi du gouvernement, mais, en tout
et partie, je pense qu'on est... on révolutionne un petit peu la façon de
faire, puis je pense que c'est à quoi les citoyens s'attendaient, mais non
seulement ça, mais je pense qu'on est rendus là. Puis je dis ça tout en disant
aussi que nos policiers, je pense... Ce qui est souvent et trop souvent oublié
dans ce débat-là, c'est la grande contribution de la vaste majorité des
policiers qui font un bon travail. On parle d'une minorité de gens qui, s'ils
ne font pas une bonne job, bien là, il va y avoir des outils pour assurer une
correction. Mais la vaste majorité des policiers font un bon travail.
M. Fontecilla : M. le
ministre, j'aimerais... j'aimerais vous amener ailleurs, là, concernant votre
recommandation d'effectuer des formations destinées sur la question de racisme
et discrimination à l'ensemble des employés de l'État. On a appris dans un
article de Radio-Canada, là, du 5 avril dernier, par le journaliste Thomas
Gerbet, que le ministre... le ministère de la Santé et Services sociaux avait
censuré une campagne de formation effectuée par le CIUSSS—<Centre-Ouest-de-l'Île-de-Montréal....
M. Fontecilla :
...CIUSSS—>Centre-Ouest-de-l'Île-de-Montréal,
là, qui mentionnait notamment l'existence du profilage racial. Ceci étant, là,
vous... si censure existe, vous avez... vous avez été dans le sens contraire de
ce que stipule la loi que vous avez... que votre gouvernement a présenté, la
Loi sur la liberté académique. Est-ce que votre gouvernement a censuré une
formation préparée par des académiciens, là, et qui mentionnait clairement
l'existence du racisme systémique au Québec?
M. Skeete : Je pense qu'on a
déjà répondu à cette question, mais, pour le bénéfice des gens qui nous écoutent
aujourd'hui, ni moi ni mon collègue ministre de la Santé ne sont intervenus
dans cette matière-là. Mais ce qui est important à savoir, c'est... Il y a deux nouveautés
que le gouvernement a lancées. On a ici une formation maintenant destinée pour
la formation sur les réalités autochtones puis il y a une formation qui se
dessine à l'intérieur du bureau de la lutte contre le racisme qui va toucher
l'ensemble de la fonction publique pour le racisme, la lutte au racisme. Donc,
on s'en vient avec une formation qui va être disponible à tous les employés,
qui va nous permettre de sensibiliser la fonction publique en général de les
enjeux avec le lien avec la lutte au racisme. Donc, je pense qu'on... je pense
les choses vont très bien.
M. Fontecilla : Mais est-ce
que le cabinet... est-ce que le cabinet du ministre de la Santé et Services
sociaux a censuré une formation destinée aux employés de la santé et services
sociaux, là, qui mentionnait spécifiquement l'existence du racisme systémique?
M. Skeete : On a plutôt...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
M. Skeete : Pardon?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il reste une minute.
M. Skeete : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. On a plutôt harmonisé la formation. Moi, je pense que c'est
important qu'on... que le gouvernement ait une formation qui est destinée à
l'ensemble de la fonction publique au lieu d'y aller à la pièce. On a fait ce
choix-là, et je suis confiant que la formation va vraiment répondre aux besoins
de la fonction publique. C'est important de former la fonction publique sur les
réalités d'un Québec qui change, qui est en transformation. Alors, le bureau,
actuellement, travaille sur une formation qui va être disponible à l'automne,
et on est optimistes que la grande majorité de la fonction publique va pouvoir
en bénéficier rapidement.
M. Fontecilla : Est-ce que
vous croyez, comme l'ensemble du monde académique, là, que la notion de racisme
scientifique... est scientifiquement établie?
M. Skeete : Bien, je dirais
que, malheureusement, il n'y a pas de consensus, quand on parle de racisme
systémique, c'est la raison pour laquelle notre gouvernement a décidé de ne pas
faire le débat de sémantique. Nous, ce qu'on a décidé de faire, c'est de dire,
mettons, la moitié de la population pense qu'il y a du racisme systémique puis
l'autre moitié pense que non. Mais je pense que la vaste majorité, je dirais
95 % des Québécois, sont pour la lutte au racisme. Nous, on a décidé de se
concentrer là-dessus, puis la preuve, c'est qu'il n'y a jamais eu un
gouvernement de l'histoire du Québec qui en a fait autant pour la lutte au
racisme.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est le temps que nous avions. Je vais
juste vous rappeler de vous adresser à la présidence. Ça permet à notre
technicien aussi de ne pas trop avoir de difficulté à jouer avec l'ouverture
des micros.
Je me retourne du côté de l'opposition
officielle, vous... pour le deuxième bloc, 18 min 2 s. La parole
est à vous.
Mme Maccarone : Merci. Je
veux renchérir sur les questions que vous venez d'être posé, M. le ministre, en
ce qui concerne la formation. J'entends les réponses que vous avez données,
mais je veux quand même revenir sur l'article qui était sorti, par Thomas
Gerbet, c'est vraiment un excellent article. Pourquoi que c'est intéressant? Je
pense que la chronologie est importante, puis c'est pourquoi que je suis déçue
de la réponse que vous venez de donner à mon collègue, parce que, si on revient
à la chronologie, on commence en septembre 2020, on a le décès de Joyce
Echaquan, décembre 2020, le Groupe d'action contre le racisme recommande
la formation pour sensibiliser les employés de l'État, le début de 2021, le
ministère de Santé et Services sociaux mandate l'Institut universitaire SHERPA,
rattaché au CIUSSS—Centre-Ouest-de-l'Île-de-Montréal, pour réaliser la
formation sur le racisme. Ça fait que vous avez octroyé un contrat de...
pendant un an, il y a deux chercheuses qui produisent la formation
interactive avec l'appui d'experts pédagogiques et technologiques du CIUSSS de
l'Estrie-CHUS de Sherbrooke. Octobre 2020, la version finale du projet est
approuvée par un comité de validation, puis, rendu 20... décembre 2020, la
formation est annulée par le ministère. Ça fait qu'on ne peut pas dire qu'il
n'y avait pas beaucoup d'affaires... d'efforts qui a été mis à l'oeuvre en ce
qui concerne ce rapport. Puis, si on se fie sur qu'est-ce que les professeurs
titulaires comme... Mme Rachédi a dit : C'est de la censure et de
l'ingérence politique, parce qu'il y avait quand même un rapport qui a été
préparé.
Qu'est-ce qui explique... Comment qu'il
explique ça, M. le ministre, à part de : Bien, on dit qu'on va faire notre
propre affaire à l'interne? Parce que, politiquement, on a... on vient de dire
qu'on a dépensé beaucoup d'argent pour leur demander de préparer quelque chose,
puis là, après deux ans, on jette le bébé et l'eau du bain à... dans la
poubelle. C'est fini, mais là on a quelque chose qui est prêt, c'est toujours
prêt, nous pourrons toujours le mettre à l'oeuvre. Puis je ne comprends pas la
réponse, ça fait qu'est-ce qu'il peut clarifier pourquoi? Est-ce que le travail
qu'ils ont fait depuis les deux dernières années sera réutilisé plus tard,
<est-ce qu'on va...
Mme Maccarone :
...plus
tard, >est-ce qu'on va... ou est-ce qu'on va juste le tabletter puis on
ne fait rien avec ce beau travail par ces... cette équipe de recherche vraiment
chevronnée?
M. Skeete : Ça me fait
plaisir, Mme la Présidente, de répondre à la collègue. Elle a raison, la
chronologie est importante. En premier lieu, il y a eu le décès de Mme
Echaquan, et la réponse a été immédiate. Ça va prendre une formation pour
l'ensemble du réseau de la santé, parce que, manifestement, il y avait un enjeu
à ce niveau-là. Donc, on a voulu répondre à un problème ponctuel qui a mené à
une situation très désagréable, puis on voulait s'assurer qu'on agissait sur le
bobo, directement.
À l'époque, le service de... le centre de
services de la santé avait la même réflexion pour le racisme en général. Donc,
c'est parti d'une bonne intention de dire : Bien, nous aussi, on va
regarder l'ensemble de l'oeuvre pour voir qu'est-ce qu'on peut faire. Par
contre, avec le temps et vu le rapport du Groupe d'action contre le racisme, il
était devenu évident que ça prenait une formation pour l'ensemble de la
fonction publique, pas juste de la Santé, comme c'était le cas, qui répondait à
un besoin important lors du décès de Mme Echaquan. Donc, on a pris un pas de
recul pour dire : ça va prendre une formation nationale pour tous les
employés de la fonction publique, puis on va rendre disponible.
Donc, effectivement, la chronologie nous
rappelle que, dans un cas, on répondait à une situation, une crise dans un lieu
particulier, dans un secteur de la fonction publique en particulier, et
l'autre, c'est de répondre à l'ensemble du défi d'un Québec qui est en
changement.
Mme Maccarone : Dans le même
article, le ministère de Santé et Services sociaux dit qu'il reconnaît que
certaines préoccupations ont été soulevées quant au contenu de la formation,
qui ne répondait pas au mandat. Est-ce que vous savez lesquelles? Ils ont dit
que ce que... la formation qui était préparée ne répond pas au mandat sur
plusieurs points, lesquels?
M. Skeete : Je n'ai pas
compris qu'est-ce que... la citation que vous avez.
Mme Maccarone : Dans
l'article, là, le même article de Thomas Gerbet : «Le MSSS reconnaît que "certaines
préoccupations ont été soulevées quant au contenu" de la formation qui ne
répondait pas au mandat, et ce sur... et ce sur plusieurs points». Lesquels?
M. Skeete : Bien, je pense
qu'il faudrait demander au MSSS. Je pense que vous n'êtes pas à la bonne
commission. Par contre, comme je peux vous dire, l'intention n'était pas
d'enlever une formation qui était importante. On reconnaît la nécessité d'avoir
une formation pour l'ensemble de la fonction publique. On y travaille parce que...
Écoutez, c'est tolérance zéro, le racisme.
Mme Maccarone : Sauf que,
dans... c'est soulevé dans le rapport, que, comme la collègue a dit, la notion
de racisme systémique apparaît dans le rapport puis, malgré que ça faisait
partie de le contrat qui était octroyé, qui... le groupe en question avait le
droit d'utiliser la terminologie, la population a l'impression que la raison
que le gouvernement a tabletté le rapport, c'est parce qu'on évoque la notion
de racisme systémique. Est-ce que ça veut dire que chaque fois qu'on va
octroyer un contrat pour la formation pour mettre fin au racisme systémique, si
on n'aime pas la terminologie qui est utilisée, nous allons bâillonner nos
chercheurs puis on va dire : Non, non, ça, ce n'est pas bon, malgré ce que
vous avez fait, on n'aime pas ce que vous avez dit, ça fait que nous, nous
allons préférer nos propres rapports à l'interne parce qu'on veut contrôler le
message?
• (16 h 20) •
M. Skeete : Bien, comme j'ai
déjà dit, la chronologie est importante. Ici on parlait d'une formation qui
était destinée à une section d'une... une partie de la fonction publique. Nous,
on visait plus grand, on visait la fonction publique entière. Donc, on a pris
un pas de recul pour avoir un programme de formation qui répondait mieux à cet
objectif-là. Donc, pour rassurer la collègue, cette formation-là va revenir
puis elle va être déployée à plus grande échelle.
Mme Maccarone : Mais à date,
la formation en ce qui concerne le ministère de Santé et Services sociaux, on
sait qu'il y a seulement 65 % du personnel qui ont suivi la formation obligatoire.
Comment ce qui explique ceci? Surtout que... quand Nadine Girault, que... malheureusement,
n'est plus avec nous, et toutes mes condoléances à sa famille, mais elle, quand
elle faisait partie de ce groupe, elle a dit que, si le ministre responsable de
la lutte contre le racisme, il ne met pas ça à l'oeuvre, bien, on va lui taper
sur la main. Mais on a... on est seulement rendus à 65 % de pourcentage du
personnel du MESSS qui ont suivi une formation. Comment qu'il s'explique ça?
Puis est-ce qu'il va se mettre à l'oeuvre pour s'assurer qu'on rejoint un
100 %? Surtout qu'on a vu vraiment... On a entendu des histoires comme
Joyce Echaquan par exemple.
M. Skeete : C'est sûr que
notre souhait, c'est que l'ensemble de... du corps professionnel de... du
centre de... du réseau de la santé participe à la formation. Mais il n'y a pas
une journée, Mme la Présidente, où est-ce que les oppositions ne talonnent pas
le gouvernement sur l'accessibilité des soins de santé, l'accessibilité des
services en santé, la disponibilité des médecins, la disponibilité des
infirmières. Donc, entre reporter une chirurgie urgente et <suivre...
M. Skeete :
...Donc,
entre reporter une chirurgie urgente et >suivre une formation aussi
urgente, on est confrontés à ce genre de choix là. Je me réjouis de 65. Je ne
me satisfais pas de 65. On va continuer les efforts.
Mme Maccarone : Je dirais que
la raison que je le qualifie comme un échec, M. le ministre, c'est parce que
c'est vous qui dites que c'est une formation obligatoire. Ça fait partie de vos
recommandations, ça fait partie de vos objectifs. Alors, on n'a pas rejoint les
objectifs. Ça fait que, moi, ce que je veux m'assurer, c'est que nous allons mettre
notre main à la pâte pour s'assurer que la formation aura lieu. Tout à fait
d'accord que le réseau fait face à beaucoup de défis, mais ça reste que la
lutte au racisme est quand même un enjeu important. Puis, si on ne se met
pas... tous nos efforts pour s'assurer que tout le monde travaille en ce qui
concerne la lutte, bien, nous n'allons jamais réussir à mettre fin à ce fléau.
M. Skeete : Bien, je suis
d'accord avec la collègue que... je voudrais juste corriger ses chiffres. À
partir du 25 février 2023, on est 246 977 employés qui ont été
formés, ce qui représente 84,25 % de gens. Alors, même ça, Mme la
Présidente, puis chers collègues, je ne suis pas du tout satisfait. Moi, je
vise plus haut. Mais, compte tenu des défis qu'on a dans le secteur de la
santé, on peut comprendre le délai.
Mme Maccarone : Je veux
ramener le ministre à... pour parler un peu de la communauté juive. La
communauté juive, comme il sait, il y a une longue et fière histoire au Québec.
Nous avons qu'à penser à Ezekiel Hart, premier juif élu dans le Parlement de
l'Empire britannique, ou la syndicaliste Léa Roback, figure de preuve de la
lutte pour les droits des travailleurs. Nous avons de quoi d'être fiers en ce
qui concerne la contribution de cette communauté vieille de 250 ans au
Québec. Mais, malheureusement, je pense que la ministre peut constater que nous
assistons, au cours des dernières années, d'une augmentation dramatique des
gestes à caractère antisémite à travers le monde, puis, malheureusement, le
Canada et le Québec ne font pas exception.
Alors, si on regarde les derniers chiffres
de Statistique Canada et du CJA, les Juifs sont la minorité religieuse la plus
visée par les crimes haineux au Canada, malgré le fait qu'ils représentent
seulement 1 % de la population puis seulement... ils sont victimes de
14 % des crimes haineux au Canada. Alors, c'est quand même des chiffres
qui sont épeurants. Puis, seulement la semaine dernière, le SPVM a procédé à
l'arrestation d'un mineur ayant commis un crime haineux à caractère antisémite
à Montréal.
Alors, je pense qu'on peut tous s'entendre
qu'on a une responsabilité d'agir et d'éduquer nos jeunes pour ne pas tomber
dans la haine et le racisme. Alors, ça fait partie du mandat du ministre puis de...
puis, évidemment, de travailler avec ce collègue. Ça fait que j'aimerais savoir
qu'est-ce qu'il a fait pour avancer les différentes initiatives visant à
combattre le racisme et la haine en ce qui concerne cette communauté dans le
réseau de l'éducation.
M. Skeete : Vous savez, j'ai
eu la chance de grandir à Chomedey, à Laval, puis, à l'époque où j'étais à
Chomedey... ce n'est plus comme ça maintenant, ça l'a beaucoup changé,
Chomedey, mais je dirais que 50 % de la population était de confession
juive puis l'autre, c'était la communauté juive... grecque, pardon. Et j'ai des
souvenirs plus jeunes d'aller chez mes amis, des gens qui ont... qui avaient
des portraits sur le mur, et, quand tu leur demandais : Ah! c'est qui, ça?
Ah! ça, c'est ma grand-mère, puis elle est morte durant l'Holocauste. Puis moi,
j'ai appris très jeune toutes les notions de l'Holocauste, je l'ai appris de la
bouche de survivants. Donc, c'est une cause qui me touche particulièrement.
J'ai eu récemment la chance d'aller à la célébration du 78e anniversaire
du Yom Hashoah, et c'était touchant de voir les survivants allumer les
chandelles.
Il est vrai, il est vrai qu'un grand
nombre de crimes haineux visent la communauté juive pour toutes sortes de
raisons. Il y a encore une montée d'une certaine droite qui considère toutes
les faussetés, là, qu'on a entendues des années 30 et 40, là, qui font la
promotion de ça, toutes les choses blessantes et dégueulasses qu'on peut
penser. Donc, c'est vrai que la communauté, elle est... elle est injustement
visée pour toutes sortes de raisons, comme d'autres, comme d'autres, mais la
haine, la haine juive, elle est particulièrement viscérale. Et je suis fier
d'avoir contribué, avec mon collègue, quand j'étais son adjoint parlementaire,
au financement du Musée de l'Holocauste à Montréal. On a contribué un 20 millions de
dollars pour la construction de ce nouvel établissement là, qui, ma foi, pour
l'avoir visité récemment, est de toute beauté, il va être superbeau. J'en ai
d'autres à dire, mais je vois que vous voulez...
Mme Maccarone : Bien oui,
c'est parce que vous ne <répondez...
Mme Maccarone :
...parce
que vous ne >répondez pas à ma question. Je veux savoir quelles mesures
avez-vous mises en place dans le réseau de l'éducation pour combattre les
crimes haineux puis éduquer les jeunes. Avez-vous des rencontres avec le
ministre de l'Éducation? Quelles mesures ont été mises en place?
M. Skeete : Bon, celle-là,
elle est plus... elle est plus difficile. Ça fait que le «quick win», c'était
la formation éthique et culture qui est en... actuellement en projet pilote. Il
va y... Il est actuellement un projet pilote et il y a des notions de lutte au
racisme, notamment les références à l'histoire juive et l'Holocauste,
notamment, qui vont être touchées dans cette formation. On touche aussi la
formation sur les autochtones, l'histoire et les réalités autochtones. Ça fait
qu'on répond à quelque chose, rapidement, qui va venir en ce sens-là, mais il
faut en faire plus. Il faut en faire plus, puis ce n'est pas facile.
Je vais vous dire pourquoi. Il y a toute
l'autonomie professionnelle des professeurs qui fait en sorte que d'imposer une
formation, ce n'est pas évident. Puis, quand qu'on essaie de l'insérer dans le
curriculum via le ministère, ça... ça requiert énormément de discussions et de
progrès, discussions qu'on a actuellement pour faire bouger l'aiguille, là, je
vous rassure que j'ai ces discussions-là, mais c'est quelque chose qui est plus
difficile à faire atterrir. Donc, la réponse rapide, c'est : dans le
nouveau code d'éthique et de culture, on va avoir ce volet-là où est-ce qu'on
va parler de racisme, et cette situation-là va être évoquée, cette réalité-là
va être évoquée, mais je pense personnellement qu'il faut essayer d'aller plus
loin.
Mme Maccarone : On a aussi
entendu, tous... tous les collègues, tous les 125, nous avons reçu la lettre de
B'nai Brith qui a été envoyée à notre premier ministre le 17 avril de
cette année. Puis eux, ils nous disent, dans leur lettre, qu'ils ont enregistré
2 769 incidents de vandalisme, de harcèlement, de violence et de
haine en ligne ciblant les juifs au Canada. Selon B'nai Brith, les chiffres
représentent le deuxième plus grand nombre d'incidents antisémites observés
depuis 1982. Puis, au Québec, 722 incidents ont été enregistrés,
encore une fois vandalisme, harcèlement, de la haine, de la violence.
Puis ils ont fait une demande, une
recommandation d'adopter la définition de l'antisémitisme de l'Alliance
internationale pour la mémoire de l'Holocauste. C'est une définition qui a été
adoptée par le gouvernement de Canada, qui l'a jointe à sa stratégie nationale
de lutte contre le racisme, et également a été adoptée par Ontario, par
Alberta, Saskatchewan, Nouveau-Brunswick et Manitoba. Est-ce que le ministre va
supporter cette demande? Puis est-ce qu'il va dire oui puis mettre vers l'avant
de la définition, que nous puissions sur l'adopter ici, à l'Assemblée
nationale?
M. Skeete : Et le Québec. On
l'a déjà fait.
Mme Maccarone : Quand est-ce
que nous l'avons fait?
M. Skeete : On va trouver la
date, là, mais c'est... Ça a été fait le 21... 4 juin 2021.
Mme Maccarone : Mais pas
selon B'nai Brith. Pourquoi qu'eux, ils disent qu'ils ne sont pas en accord?
M. Skeete : Il faudrait
demander à B'nai Brith.
Mme Maccarone : Parce que,
là, selon eux, la définition de l'antisémitisme que nous avons adoptée ne
rejoint pas la stratégie nationale qui était mise vers l'avant par Canada, ne
reflète pas qu'est-ce que les autres provinces ont adopté.
M. Skeete : Bien, peut-être,
si la collègue veut, on peut prendre son temps maintenant pour faire le tour
verbatim de chacune des définitions, ou peut-être, hors micro, je pourrais voir
elle est où exactement, la différence entre ce qu'ils veulent puis ce qu'on a
fait, mais, tu sais, je pense que le Québec a été assez avant-gardiste pour
reconnaître les faits importants par rapport à l'antisémitisme. Puis je suis
ouvert à avoir cette discussion-là avec elle, mais je ne sais pas c'est quoi
qui est différent, honnêtement.
Mme Maccarone : Avec plaisir,
nous pourrons continuer le dialogue par la suite, mais c'est sûr... je pense
que ce n'est pas pour moi, mais c'est pour les groupes concernés qui doivent
être rassurés. Parce qu'évidemment il y a un accord dans les positions des
groupes, parce qu'eux, ils ne sont pas d'accord avec ce que vous avez partagé.
Eux, ils disent que nous n'avons pas fait notre devoir puis nous avons un recul
puis un retard en ce qui concerne les autres provinces ainsi que notre pays.
Alors, je pense que nous avons peut-être une correction à faire. Ça fait que,
si on peut s'organiser pour s'assurer que B'nai Brith, eux, ils reçoivent une
réponse à la lettre concernée, peut-être eux, ils seront rassurés. Parce qu'à
date on a reçu plusieurs messages de leur part pour dire qu'on a du retard.
Puis, avec la croissance que nous avons eue dernièrement des crimes haineux, je
pense que nous avons une responsabilité de le prendre au sérieux puis de faire
la démonstration ici que, comme élus, on... nous sommes préoccupés. Mais, tout
à fait, par la suite...
• (16 h 30) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il vous reste 1 min 30 s à votre bloc.
Mme Maccarone : Parfait.
M. Skeete : ...ma collègue, madame...
Mme la Présidente, pour dire que je partage son inquiétude. Où est-ce que je
suis en désaccord, c'est pour dire qu'on a un retard. Moi, je pense que le
Québec est assez avant-gardiste en général. La collègue me parlait tantôt
d'éducation, une notion importante d'éducation, c'est la sensibilisation. Le
20 millions qu'on donne au Musée de l'Holocauste, je pense, témoigne de
notre sincérité dans ce dossier-là. Donc, je ne suis pas sûr qu'on satisfasse
tout le monde, mais je suis pas mal sûr qu'on est exemplaires.
Mme Maccarone : J'ai du temps
pour une dernière question, c'est par... sur la page 31... 39.1, puis
c'est par rapport à la campagne de sensibilisation contre le racisme et les
préjugés...
16 h 30 (version révisée)
Mme Maccarone : ...contre le
racisme et les préjugés à l'échelle du Québec. En 2021, on a mis un budget de
presque 1,2 million, puis, pour le budget 2022-2023, on n'a rien.
Alors, comment qu'il s'explique que, pour la campagne de sensibilisation, on n'a
presque rien? On a mis à peine un 21 000 $. Qu'est-ce qui s'explique
l'écart?
M. Skeete : Donc, vous parlez
de la campagne de sensibilisation?
Mme Maccarone : Oui.
2021-2022, on a beaucoup. 2022-2023, rien.
M. Skeete : C'est parce que
ça s'en vient. N'oubliez pas, récemment, mon collègue le ministre responsable
des Affaires autochtones a fait une grande campagne, dans les quatre langues,
où on disait bonjour puis on présentait les différentes nations
autochtones. On ne voulait pas faire compétition avec cette initiative-là. Vous
allez remarquer, dans le budget de cette année, on a du financement, justement,
pour une campagne de sensibilisation, qui va se poursuivre. Donc, c'est une
question de timing, pour être sûrs qu'on est capables de répondre à tout le
monde.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. le ministre. Merci, Mme la députée. Alors, pour
le dernier bloc d'interventions, je me tourne du côté de la banquette
ministérielle, gouvernementale, pour un bloc de 9 min 40 s. La
députée de Vimont, la parole est à vous.
Mme Schmaltz : Merci, Mme la
Présidente. Alors, bonjour à tout le monde. Je veux quand même saluer mes
collègues, M. le ministre, toute son équipe. Alors, en fait, nous savons à quel
point c'est important d'avoir une fonction publique qui est plus représentative
de sa population. Alors, ma question, je l'adresse au ministre : Que
faites-vous, justement, pour atteindre l'objectif de… d'une fonction publique
plus représentative?
M. Skeete : Il y a eu
énormément de progrès qui ont été faits dans les dernières années. Le Conseil
du trésor, de plus en plus, regarde ces métriques-là pour être sûr de faire
avancer les choses. Aux dernières nouvelles… je n'ai pas le chiffre exact... (panne
de son) …chose dans le… dans la fonction publique, 15,4 % dans la fonction
publique. On devrait être à 18 %, OK. Ça fait qu'il y a matière à
réjouissance parce que c'était quand même beaucoup plus bas avant. Il y a du
progrès.
Le dossier avance à un point tel que je
commence à poser d'autres questions. Je commence à poser la question :
Est-ce qu'on a de la représentation à tous les niveaux de la fonction publique?
Tu sais, est-ce que c'est juste des postes d'entrée? Il y a-tu des cadres, il y
a-tu des professionnels? Ça fait que, vu que ça va bien sur un bord, bien, je
ne m'assis pas sur mes lauriers, je veux voir un peu si c'est vraiment
représentatif, si on est… on fait des gains un peu partout. Puis il y a un peu
plus de travail à faire à ce niveau-là. C'est une des raisons pour laquelle on
investit à… les deux niveaux. Il y a la fonction publique, vers le bas, mais il
y a aussi les conseils d'administration, vers le haut.
Je parlais de ça avec la collègue tantôt,
c'est que, si on peut aussi influencer les conseils d'administration
gouvernementaux, bien, il va y avoir une pression du haut également, et je
pense que ça va beaucoup avoir une influence sur ce qui se passe en bas. Donc,
c'est le genre de choses qu'on fait pour travailler à différents niveaux, pour
arriver au résultat qu'on veut. On fait... on aide les conseils d'administration
à être plus diversifiés, puis ça va aider les nominations qui découlent du
conseil d'administration, puis, vers le bas, on fait des campagnes de recrutement
puis on essaie vraiment de restreindre cet écart-là, là.
Mme Schmaltz : En fait, je
voulais... si vous permettez, on va rester peut-être dans la question des
représentativités. Vous avez parlé des CA, justement, des sociétés d'État. Est-ce
que vous pouvez peut-être un peu plus détailler au niveau des avancées?
M. Skeete : Incroyables
avancées, puis, ça, c'est la preuve que, quand on veut, on peut. On est rendus
à 61 %. L'objectif, c'était 50 % de tous les conseils d'administration
gouvernementaux qui aient au moins une personne minorité visible. Puis ça, ça
inclut l'ajout récent, là, parce qu'il y a eu un projet de loi récemment où
est-ce qu'on a ajouté des... des institutions là, dans le giron gouvernemental.
Ça fait qu'on est rendus à 61 %. Mais on ne se contente pas de ça. On a
aussi lancé une bourse d'études qui va rendre accessible une formation pour les
personnes racisées qui souhaitent aller chercher une formation pour siéger sur
les conseils d'administration. Ce qui est le fun avec ça, c'est que… c'est une
formation qui est très dispendieuse, qui prend du temps, mais on va aussi
enrichir le bassin potentiel, puis ça, c'est ma mesure qui nous permet de dire
que les changements qu'on fait vont être pérennes.
Mme Schmaltz : OK. Je vais
vous amener un petit peu ailleurs. L'année passée, le prix Pour un Québec sans
racisme a été créé. Est-ce que, cette année, vous comptez vous... en fait,
est-ce que vous comptez… le… être présent? Et puis j'aimerais savoir aussi
pourquoi c'est si important pour vous, et quel est l'objectif qui est
recherché.
M. Skeete : C'est une
initiative de mon collègue le député de Deux-Montagnes, qui était, à l'époque,
ministre de la Lutte contre le racisme. Puis ça, c'est… Quand, tantôt, j'évoquais
le fait que, dans notre quotidien, on fait plein de choses pour avancer la
cause de la lutte au racisme qui ne sont pas nécessairement <attachées…
M. Skeete :
...plein
de choses pour avancer la cause de la lutte au racisme qui ne sont pas
nécessairement >attachées au groupe d'action, en voilà une. Il a créé ce
prix, qui vient célébrer les contributions de différentes personnes de la
communauté de la société civile qui font rayonner les communautés, minorités
visibles ou qui viennent contribuer à cette… cette expérience d'apprentissage
de l'autre. Et j'ai… j'ai participé, l'année passée, au dévoilement de ces
médailles-là, ça a été un moment extraordinaire. Puis j'ai le privilège... je
vais avoir le privilège, professionnellement, d'à mon tour redonner ces
médailles-là, encore une fois, accompagné virtuellement par M. Maka Kotto, qui
est notre président d'honneur. Donc, ça va être le fun de voir progresser ça.
Je pense qu'on a mis quelque chose qui va persister dans le temps puis je pense
que c'est le début de quelque chose de bien.
Mme Schmaltz : Est-ce que
j'ai encore le temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il y a encore cinq minutes.
Mme Schmaltz : J'ai encore
cinq minutes. Écoutez, si je me permets peut-être de revenir… je sais que ça a
été un petit peu discuté avant, mais j'aimerais savoir le bilan que vous faites
des actions du Groupe d'action contre le racisme. Quel est le bilan que vous
tirez de tout ça?
M. Skeete : Vous savez, quand
j'étais membre du Groupe d'action contre le racisme, je me souviens qu'on… qu'on
s'est dit… premièrement, on a reconnu le rendez-vous historique, tu sais. Parce
que moi, je me souviens, jeune, je me faisais traiter de tous les noms que tu
peux imaginer et je me disais : Si tu prends... si tu participes à ce
groupe d'action là, un jour, il va falloir que tu regardes tes enfants… mais,
quand tu te regardes dans le miroir, il va falloir que tu regardes le plus
jeune qui se faisait traiter de tous les noms, là. Puis je ne voulais surtout
pas échouer le mandat.
Et, je me souviens, Nadine, l'ancienne
députée de Bertrand, et l'actuel député de Taillon, on avait un sentiment, un
devoir... un sentiment de devoir, là, que toutes ces discriminations-là qu'on a
vécues individuellement et collectivement… comment qu'on allait faire pour
bouger l'aiguille puis répondre aux attentes, puis c'est peut-être ça, le bout
le plus difficile du rôle que j'ai aujourd'hui. Parce que le racisme, ce n'est
pas une fin. Tu sais, la lutte au racisme, ce n'est pas une fin, il n'y aura
pas de fin à la lutte au racisme, il va toujours y avoir de l'éducation à
faire, il va toujours y avoir de la sensibilisation à faire. Donc, c'est… c'est
très noble, comme… comme objectif, de vouloir lutter contre le racisme, sachant
que ça va peut-être toujours exister. Alors, avec une... avec un mandat si
grand et si épeurant, comment qu'on fait pour arriver à quelque chose de
vraiment concluant? C'est la raison pourquoi qu'on a décidé de se concentrer
sur des actions concrètes.
• (16 h 40) •
Et, quand que je pense à... on en a… on en
a parlé tantôt, les interpellations policières... les interceptions policières,
pardon, ça me touche, parce que moi, j'ai... même, moi-même, j'ai été victime
d'interceptions policières. Et de savoir que, maintenant, ce ne sera plus
permis pour des motifs discriminatoires, sachant que j'ai des recours auprès de
la déontologie policière, sachant que les policiers, maintenant, vont apprendre
c'est quoi, ma réalité, étant une personne racisée au volant, au Québec, ça me
remplit de fierté, pour savoir que tous mes amis qui, eux, ont été victimes de
ce fléau-là, bien, ils vont avoir, finalement, satisfaction. Ça fait que je me
concentre sur des actions concrètes comme ça. Quand je le sais que mon collègue
l'ancien ministre de la Lutte au Racisme, qui, lui, a été victime de discrimination
quand il magasinait un appartement avec son épouse, qui, elle, était une
personne... une minorité visible, puis la satisfaction qu'il décrivait quand il
a eu satisfaction puis il a reçu un chèque parce qu'il a porté plainte. Mais
nous, quand on a parlé de ça, on s'est dit : Comment qu'on fait pour
donner cette satisfaction-là à des gens qui, eux, sont victimes de
discrimination?
Et, quand on a donné le 20 millions au…
à la CDPDJ pour accompagner les gens, bien, non seulement on donne de la
justice à des gens qui, souvent, se sentent exclus du système de justice, mais,
en même temps, on va bâtir la confiance quand ils vont avoir satisfaction.
C'est pour ça que, quand on regarde les dossiers de la lutte au racisme, il
faut toujours regarder c'est quoi, l'impact voulu. Moi, ce que je veux, c'est
que les personnes racisées du Québec, les nouveaux arrivants, comme ceux, comme
moi, qui sont nés au Québec, se sentent dans le club des Québécois. Puis
comment qu'on fait pour faire ça? Bien, de s'assurer qu'ils ont les mêmes
expériences, les mêmes opportunités et, à la limite, même, les mêmes défis,
mais pas des défis supplémentaires parce qu'ils ont l'air <différents…
M. Skeete :
...et,
à la limite, même, les mêmes défis, mais pas des défis supplémentaires parce
qu'ils ont l'air >différents des autres.
Donc, le bilan, c'est d'essayer de bouger,
d'avancer la balle, puis, un jour, quelqu'un, après moi, va avancer la balle à
son tour. Et je pense que le bilan, pour moi, c'est de s'assurer que ceux que
je suis responsable... je suis capable de me regarder dans le miroir comme une
personne racisée, mais aussi avec la grande responsabilité que j'ai avec ce
dossier, qui est à la fois terrifiant, mais à la fois, aussi, d'une importance
inouïe.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
M. Skeete : C'est terminé.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Terminé? Merci beaucoup. Alors, l'enveloppe dévolue à cette
étude de crédits étant terminée… je me permets de souligner que c'était vos
premières études de crédits, M. le ministre… Mmes, MM. les députés, merci
beaucoup. Alors, je dépose donc les réponses aux demandes de renseignements de
l'opposition.
Et, compte tenu de l'heure, la commission
ajoute ses travaux au mardi 2 mai, à 15 h 30, où elle entendra
l'étude du volet Lutte contre l'intimidation des crédits budgétaires du
portefeuille Famille. Merci beaucoup.
(Fin de la séance à 16 h 42)