Journal des débats (Hansard) of the Committee on Citizen Relations
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
Tuesday, September 12, 2023
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Vol. 47 N° 23
General consultation and public hearings on the consultation document entitled : Planning of Immigration to Québec for the 2024-2027 Period
Aller directement au contenu du Journal des débats
Intervenants par tranches d'heure
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Caron, Linda
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Fréchette, Christine
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Tardif, Marie-Louise
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Derraji, Monsef
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Caron, Linda
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Bérubé, Pascal
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Fréchette, Christine
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Fréchette, Christine
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Caron, Linda
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Derraji, Monsef
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Bérubé, Pascal
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Caron, Linda
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Fréchette, Christine
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Bogemans, Audrey
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Derraji, Monsef
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Lakhoyan Olivier, Sona
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Lakhoyan Olivier, Sona
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Caron, Linda
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Bérubé, Pascal
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Fréchette, Christine
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Fréchette, Christine
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Schmaltz, Valérie
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Caron, Linda
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Derraji, Monsef
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Caron, Linda
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Fréchette, Christine
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Derraji, Monsef
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Caron, Linda
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Fréchette, Christine
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Schmaltz, Valérie
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Bogemans, Audrey
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Tardif, Marie-Louise
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Lakhoyan Olivier, Sona
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Derraji, Monsef
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Caron, Linda
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Bérubé, Pascal
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Fréchette, Christine
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Bogemans, Audrey
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Caron, Linda
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Fréchette, Christine
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Lakhoyan Olivier, Sona
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Derraji, Monsef
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Bérubé, Pascal
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Caron, Linda
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Fréchette, Christine
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Blais, Suzanne
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Lakhoyan Olivier, Sona
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Derraji, Monsef
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Derraji, Monsef
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Caron, Linda
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Caron, Linda
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Fréchette, Christine
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Fréchette, Christine
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Caron, Linda
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Picard, Marilyne
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Bogemans, Audrey
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Lakhoyan Olivier, Sona
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Caron, Linda
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Fréchette, Christine
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Schmaltz, Valérie
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Bogemans, Audrey
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Derraji, Monsef
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Derraji, Monsef
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Caron, Linda
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Cliche-Rivard, Guillaume
9 h 30 (version révisée)
(Neuf heures cinquante et une minutes)
La Présidente (Mme Caron) : Donc,
à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de
la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
Alors, la commission est réunie pour <procéder...
La Présidente (Mme Caron) :
...séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
Alors, la commission est réunie pour >procéder
à la consultation générale et aux auditions publiques sur le cahier de
consultation intitulé La planification de l'immigration au Québec pour la
période 2024-2027.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) est remplacée par Mme Bogemans
(Iberville); Mme Garceau (Robert-Baldwin) est remplacée par Mme Lakhoyan
Olivier (Chomedey); Mme Prass (D'Arcy-McGee) est remplacée par M. Derraji
(Nelligan); et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) est remplacée par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
Document déposé
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, avant d'entreprendre notre mandat, je dépose le rapport final du Groupe
d'experts sur l'aide médicale à mourir et le handicap neuromoteur. Une version
précédente de ce rapport avait été rendue publique lors de l'étude détaillée du
projet de loi n° 11, Loi modifiant la Loi concernant les soins de fin de
vie et d'autres dispositions législatives.
Alors, nous débuterons ce matin par les
remarques préliminaires, puis nous entendrons les groupes suivants : l'Union
des municipalités du Québec, Stephane Tajick Consulting et l'Institut du
Québec.
Alors, je souhaite également rappeler au
public qu'il est toujours possible de commenter ce mandat et que la
consultation en ligne sur le cahier de consultation se terminera le
jeudi 28 septembre. Si ce n'est déjà fait, je vous invite à vous
rendre sur notre site Web afin de remplir le questionnaire à l'adresse
assnat.qc.ca/immigration.
Remarques préliminaires
Alors, j'invite maintenant Mme la ministre
de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration à faire ses remarques
préliminaires. Mme la ministre, vous disposez de six minutes. La parole est à
vous.
Mme Christine Fréchette
Mme Fréchette : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Alors, bonjour et... bonjour à chacun de vous, et
merci beaucoup d'être ici présents pour cette commission parlementaire. Merci à
la députée de La Pinière pour avoir accepté de présider notre... notre
rencontre.
La commission parlementaire qu'on amorce
aujourd'hui, bien, vous le savez, a suscité beaucoup de participation. Il y a
eu de très nombreux contributeurs. La dernière fois que cet exercice-là s'est
tenu, c'est-à-dire il y a quatre ans, en 2019, il y avait eu 31 mémoires
qui avaient été déposés. Cette année, on en a reçu 77. Donc, vraiment, un très
bel... une très belle mobilisation a entouré cette commission parlementaire,
puisqu'on a eu plus du double de participants.
Aussi, je pense qu'on peut se réjouir que
les contributeurs, les participants à la commission parlementaire proviennent
d'une grande diversité de secteurs, notamment, les villes, les MRC, les
établissements d'enseignement, les associations économiques, associations
juridiques, les entreprises, les organismes communautaires, des professeurs
d'université, des citoyens également. Je trouve que c'est le parfait mélange
pour faire en sorte d'avoir une réflexion qui soit complète. Ça montre
également à quel point les enjeux d'immigration sont transversaux également et
ça montre à quel point le regard qu'on doit porter sur les enjeux en matière
d'immigration doivent tenir compte d'une grande variété de facteurs.
Plus tôt cette année, notre gouvernement a
mis de l'avant une série de mesures qui revoient l'approche du Québec en
matière d'immigration. Ce sont des orientations qui font référence à la
composition de l'immigration et au nombre de personnes immigrantes que le
Québec souhaite accueillir au cours des quatre prochaines années.
Elles font aussi référence au virage
historique que nous avons annoncé en matière du français. Nous agissons pour
assurer la pérennité du français par l'introduction d'exigences en matière de
connaissance du français dans l'ensemble des programmes d'immigration
économique. Pour y parvenir, nous comptons favoriser la sélection de personnes
connaissant le français et la sélection de personnes aptes à exercer, dans un
délai raisonnable, leur profession au Québec.
(Interruption)
Mme Fréchette : Bienvenue
à mes collègues. Nous souhaitons aussi répondre aux enjeux liés à la rareté de
main-d'œuvre en mettant en place un nouveau programme d'immigration des
travailleurs qualifiés couvrant l'ensemble des besoins du marché du travail, un
programme qui sera par ailleurs plus en phase avec les besoins du marché. Il y
aura une meilleure concordance et une plus grande agilité qui sera associée à
ce nouveau programme PSTQ.
Favoriser l'attraction et la rétention
d'étudiants étrangers francophones, c'est également un de nos objectifs, en
facilitant et en accélérant la sélection par le biais du Programme de
l'expérience québécoise, le PEQ.
Ces propositions, je pense, démontrent
notre engagement ferme à prendre les actions nécessaires pour favoriser
l'apprentissage du français pour tous les nouveaux arrivants et assurer la
pérennité du français.
Une de nos priorités concerne également la
régionalisation, un souhait qui est exprimé depuis <longtemps...
Mme Fréchette :
...du
français.
Une de nos priorités concerne également
la régionalisation, un souhait qui est exprimé depuis >longtemps, on le
sait, mais pour lequel on a eu vraiment des avancées intéressantes au cours des
dernières années. On travaille également pour que l'immigration se fasse en
région dès l'arrivée au Québec et non pas dans un second temps, après un
passage, par exemple, dans la métropole. Donc, notre souhait, c'est que cette
commission-ci nous amène à entendre des propositions qui nous permettront de
poursuivre sur nos avancées en matière de régionalisation de l'immigration.
Un des sujets qui retient l'attention,
bien sûr, est celui des scénarios de seuil que nous avons proposés en mai
dernier. Le premier scénario propose une hausse graduelle et modérée des seuils
d'immigration à 60 000 admissions en... d'ici 2027. Ce scénario recommande
également l'admission en continu des personnes sélectionnées dans le cadre du
programme PEQ, volet Diplômés, c'est-à-dire des personnes ayant étudié au
Québec en français dans un des programmes québécois. Dans le deuxième scénario,
on propose de maintenir le nombre d'admissions au niveau actuel, c'est-à-dire à
50 000 admissions. L'ensemble des réflexions et des documents partagés par
les intervenants lors de cette consultation publique seront analysés et
viendront enrichir nos analyses et nos réflexions.
Et finalement, au courant de la session,
nous adopterons les orientations qui permettront de guider nos actions lors des
quatre prochaines années, donc, un grand exercice qui offrira, je dirais, par
ailleurs, une belle suite aux 15 rencontres régionales que j'ai tenues au cours
des derniers mois et qui m'a permis d'entrer en contact avec un ensemble
d'organisations et d'acteurs, qu'ils soient économiques, qu'ils soient du
domaine... du milieu communautaire ou encore du milieu de l'enseignement. Déjà,
cette... cette grande série de rencontres en région m'avait donné l'opportunité
d'avoir un portrait assez complet de la dynamique qui existe en région.
En terminant, bien, je veux remercier
l'ensemble des personnes et des organisations qui s'exprimeront devant cette
commission de même que celles qui ont déposé un mémoire. La plupart d'entre
elles voulaient intervenir à cette commission. Nous les entendrons toutes.
Donc, tout le monde qui a exprimé ce souhait sera entendu. Leur participation
contribue au développement de la société québécoise, et je les en remercie.
C'est aussi une occasion unique d'avoir une discussion sereine et constructive
sur l'immigration en gardant notre objectif, qui est de faire du Québec une
société francophone prospère, diversifiée et accueillante, une société capable
de répondre à ses besoins démographiques, sociaux et économiques. Nous sommes
déterminés à faire de chacun de ces parcours d'immigration un succès. Comme je
dis souvent, l'immigration, c'est l'affaire de tous, alors, voyons-y
collectivement. Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Merci,
Mme la ministre. Il vous reste 1 min 6 s. Est-ce qu'une autre députée de
votre formation politique veut prendre la parole?
Mme Fréchette : ...sinon, je
vais y aller, parce qu'en fait moi, j'avais calculé 6 min 4 s...
La Présidente (Mme Caron) : Mme
la députée de Laviolette, la parole est à vous.
Mme Marie-Louise Tardif
Mme Tardif : Oui. Bonjour.
Bonjour, Mme la Présidente. Bonjour, Mme la ministre. Donc, bien heureuse
d'être ici avec mes collègues aujourd'hui. Et je crois qu'il est important de
mentionner aussi que nous voulons de l'immigration en région non seulement pour
les accueillir, mais les garder, parce que nos entreprises, nos entrepreneurs
en ont besoin, et nous devons les accueillir d'une façon exemplaire, comme nous
l'avons fait depuis que nous sommes en poste. Donc, merci beaucoup. Merci à
tous ceux qui vont être là. Et nous sommes à l'écoute et nous sommes bien
heureux d'être ici.
• (10 heures) •
La Présidente (Mme Caron) : Merci,
Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice. Alors, j'invite maintenant le porte-parole
de l'opposition officielle et député de Nelligan à faire ses remarques
préliminaires pour une durée de 3 min 36 s. La parole est à
vous.
M. Monsef Derraji
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Mes premiers mots en cette commission, c'est la première fois que
je parle après l'incident du séisme au Maroc, vont être à la communauté
marocaine au Québec, aux gens de ma ville natale, Marrakech, aux régions aux
alentours. Nos pensées sont avec vous. L'ensemble des membres de l'Assemblée
nationale, élus, collègues vous saluent, vous envoient beaucoup d'ondes
positives dans ces moments qui sont extrêmement difficiles. Et je tiens à
saluer Mme la ministre, avec qui je me suis entretenu ce week-end, aussi votre
collègue la ministre des Relations... des Relations internationales, Mme Biron.
Je tiens à le mentionner, parce que c'est un drame. On découvre chaque jour d'autres
villages. Hier, en prenant la route, on m'informe qu'ils viennent de découvrir <600
personnes...
>
10 h (version révisée)
<17923
M.
Derraji :
...d'autres villages. Hier, en prenant la route, on m'informe
qu'ils viennent de découvrir >600 personnes dans un village complètement
rasé. Donc, mes sincères condoléances à l'ensemble des personnes éprouvées par
cette tragédie.
Merci, Mme la Présidente. Merci, Mme la
ministre. Chers collègues de la partie gouvernementale, mes collègues de l'opposition,
ma collègue députée de Chomedey, c'est un exercice extrêmement important où
nous sommes invités pour parler de la prochaine planification de l'immigration.
Cet exercice de consultation est important dans la mesure où les Québécois s'attendent
de la classe politique de... qu'on travaille ensemble, parce que les enjeux de
l'immigration, que ce soit au niveau de la régionalisation, de la francisation
mais aussi au niveau de la capacité d'accueil, c'est des... c'est des enjeux
extrêmement importants.
Avant d'aller dans nos demandes ou nos
constats, je vais juste revenir sur un fait, le fait que la promesse caquiste,
en 2018, d'en prendre moins pour en prendre soin est complètement dépassée. La
CAQ a démontré que les seuils d'immigration où on nous invite aujourd'hui est
un débat qui est dépassé, qui est dépassé, parce qu'il y a un scénario qui est
complètement absent du portrait aujourd'hui. Les deux scénarios que nous avons
sur la table, à savoir 50 000 ou 60 000, n'incluent pas un scénario que je
qualifie le grand absent. Le scénario absent, c'est celui des travailleurs
temporaires étrangers.
On parle aujourd'hui de 370 000 travailleurs
temporaires étrangers. Vous avez vu comme moi plusieurs documentaires où on
parle de l'esclavagisme moderne. On parle de l'incapacité de s'inscrire à des
cours de francisation. Figurez-vous que même un représentant des Nations unies
s'est déplacé au Canada pour faire son constat et préparer son rapport. Il est
même venu à Montréal pour le faire.
J'éviterai de parler des délais
interminables, j'éviterai de parler des cours de francisation, j'éviterai de
parler de beaucoup d'autres enjeux au niveau de la régionalisation, mais je
donne la chance à cette consultation, qu'on va avoir un réel débat, un réel
débat au-delà des différences entre notre position et les positions des autres
partis. Mais gardons en tête... Aujourd'hui, les Québécois veulent savoir c'est
quoi, la capacité d'accueil, comment on va faire pour régionaliser et comment
on va offrir des services de francisation. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Caron) : Merci,
M. le député de Nelligan. Maintenant, j'invite à prendre la parole le porte-parole
du deuxième groupe d'opposition et député de Saint-Henri—Sainte-Anne, à faire
ses remarques préliminaires pour une durée de 1 min 12 s. La
parole est à vous.
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci, tout le monde. Merci, d'abord, aux groupes qui ont contribué
au débat, en fait, par les mémoires. Ma lecture a été assez foisonnante, comme
je devine la vôtre aussi, dans les dernières semaines.
Cela dit, suivant cette lecture-là et
suivant, notamment, les articles récents du Devoir, je ne peux être
aussi réjoui que la ministre. Au contraire, moi, j'ai noté un plan ou une
proposition d'immigration qui augmente des délais, jusqu'à trois ans d'attente
dans le regroupement familial, 10 ans d'attente dans le refuge, 25 ans, jusqu'à
25 ans d'attente dans la catégorie humanitaire. Je note un plan qui ne tient
pas compte des travailleurs étrangers temporaires sur le territoire. Je note un
plan qui manque de structure ou de mesures structurantes en régionalisation et
je note un plan qui est en marge de l'échec qui nous a été présenté sur la
rentrée scolaire de Francisation Québec pour 2023.
Alors, dans la foulée, je demande le
consentement de cette commission pour déposer le scénario 3, le scénario de
Québec solidaire, sur lequel les groupes vont pouvoir débattre aussi, pour
fournir une alternative humaine et crédible aux deux scénarios proposés.
La Présidente (Mme Caron) : ...au
secrétariat.
M. Cliche-Rivard : Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Merci,
donc, M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne. J'invite maintenant le député de
Matane-Matapédia à faire ses remarques préliminaires pour une durée de 1 min 12 s.
La parole est à vous.
M. Pascal Bérubé
M. Bérubé : Merci, Mme la Présidente.
Le Parti québécois est la seule formation politique qui a une position
différente du gouvernement et des deux autres oppositions. Nous maintenons
notre position à l'effet que le seuil d'accueil au Québec est atteint et qu'il
faut diminuer le seuil d'immigration. Nous allons parler des 300 000
temporaires qui sont occultés par le gouvernement. On ne veut jamais en parler.
On ne veut pas les comptabiliser. On fait comme si ça n'existait pas. Pourtant,
ces personnes habitent sur le territoire du Québec, vivent avec nous, ont
besoin de services.
Au Parti québécois, on pense que la
meilleure façon d'accueillir les gens qui viennent vivre l'expérience
québécoise, c'est de leur assurer qu'ils auront tout ce qu'il faut pour que ça
se passe bien. Et on a vu, à la rentrée, un fiasco qui est celui de Francisation
Québec, 30 000 immigrants inscrits, 1 500 personnes seulement qui
peuvent participer. Rappelons <également que la CAQ...
M. Bérubé :
...immigrants
inscrits, 1 500 seulement qui peuvent participer. Rappelons >également
que la CAQ au pouvoir avait promis que c'étaient 40 000 personnes,
40 000 immigrants par année, le seuil. Ensuite, on a normalisé à 50 000,
comme le Parti libéral, et là on va augmenter. Je rappelle également les
déclarations du premier ministre du Québec, et je cite : «Si le Québec ne
détient pas davantage de pouvoirs, ce sera la louisianisation. Plus de
50 000 immigrants, c'est suicidaire.» Le premier ministre du Québec a
mis la table.
La Présidente (Mme Caron) : Merci,
M. le député de Matane-Matapédia.
Auditions
Nous allons maintenant débuter les
auditions. Alors, je souhaite la bienvenue aux représentantes de l'Union des
municipalités du Québec, qui se joignent à nous via visioconférence. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes au total pour votre exposé, puis
nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé.
Union des municipalités du Québec (UMQ)
Mme Dubois (Geneviève) : Bonjour.
Merci beaucoup. Geneviève Dubois. Je suis mairesse de la ville de Nicolet, préfète
de la MRC de Nicolet-Yamaska et, aujourd'hui, ici en tant que deuxième
vice-présidente de l'Union des municipalités du Québec.
Alors, est-ce qu'Anabelle, tu veux te
présenter?
Mme Martini (Anabelle) : Oui.
Bonjour. Anabelle Martini, conseillère aux politiques à l'Union des
municipalités du Québec.
La Présidente (Mme Caron) : Vous
pouvez commencer.
Mme Dubois (Geneviève) : Merci
beaucoup. Donc, Mme la ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration,
Mme la présidente de la commission, mesdames messieurs, membres de la commission,
donc, je vous remercie de nous recevoir aujourd'hui dans le cadre de la
consultation générale sur la planification de l'immigration au Québec pour la
période 2024-2027. Telle qu'elle s'est présentée, je suis accompagnée ce
matin par Mme Anabelle Martini, qui est conseillère aux politiques à
l'UMQ.
D'abord, j'aimerais rappeler que, depuis
maintenant plus de 100 ans, l'UMQ rassemble les gouvernements de proximité
de toutes les régions du Québec afin de mobiliser l'expertise municipale,
accompagner ses membres dans l'exercice de leurs compétences et valoriser la
démocratie municipale. Nos membres représentent plus de 85 % de la
population et territoires du Québec.
L'UMQ souscrit aux propos de la ministre
voulant que l'immigration soit une responsabilité complexe et une grande
richesse pour le Québec. Qui plus est, l'UMQ considère que l'immigration est
une piste de solution à de nombreux défis tels que le vieillissement de notre
population, l'occupation du territoire ou la pénurie de main-d'oeuvre. L'immigration
est aussi une opportunité pour la vitalité et le développement socioéconomique
de toutes les régions du Québec.
Pour l'union, toute stratégie en matière
d'immigration demande l'engagement et la mobilisation sans équivoque de toutes
les parties prenantes, et les municipalités sont des actrices incontournables,
car elles jouent un rôle majeur, que ce soit en matière d'attraction en offrant
des milieux de vie de qualité, dynamiques et attractifs, en matière d'inclusion
en créant des collectivités où il fait bon vivre ensemble, et d'enracinement en
favorisant le sentiment d'appartenance par la qualité de l'accueil réservé et
l'éventail de services proposés. Mais, pour que cette stratégie fonctionne,
elle doit être pragmatique et efficiente en mettant en adéquation les
programmes d'immigration, les besoins réels des régions et leur capacité
d'accueil au bénéfice des personnes immigrantes et des collectivités.
Notre présentation se fera donc en deux
temps. Premièrement, je vais vous parler de la nécessaire adéquation des
programmes d'immigration avec les besoins du marché du travail, et ensuite
j'aborderai la question de la régionalisation de l'immigration.
L'UMQ accueille favorablement les récentes
réformes annoncées des principaux programmes d'immigration au Québec, que ce
soit le programme de l'expertise... de l'expérience québécoise, pardon, le PEQ,
et le Programme régulier des travailleurs qualifiés, le PRTQ. Ces réformes
simplifient et accélèrent les démarches d'immigration et sont en meilleure
adéquation avec le marché du travail actuel. Les assouplissements au PEQ,
programme très populaire, permettront de maximiser les chances de
l'établissement durable et de l'intégration rapide et réussie au marché du
travail québécois de ses candidates et candidats à l'immigration permanente du
Québec. Quant au PRTQ, la volonté gouvernementale de le remplacer par un
programme de sélection des travailleurs qualité, le PSTQ, et de modifier les
exigences du français et les niveaux de compétence admissibles sont également
un pas dans la bonne direction pour nous.
• (10 h 10) •
Ces nouvelles orientations devraient
permettre une plus grande flexibilité de procédure de sélection et d'obtention
des permis de travail. En effet, la connaissance du français exigée aux
candidates et candidats du PRTQ était jusqu'ici très élevée et n'était pas
nécessairement en adéquation avec les prérequis des types d'emplois en demande.
Pour l'union, il est primordial de poursuivre les investissements existants et
de bonifier les accents... les actions visant la reconnaissance des compétences
des personnes immigrantes afin qu'elles puissent s'intégrer rapidement au
marché du travail dans un emploi à la hauteur de leurs compétences.
Parlons maintenant de la régionalisation
de l'immigration. Pour l'UMQ, elle doit être un axe central et <prioritaire
des orientations gouvernementales en matière...
Mme Dubois (Geneviève) :
...un
axe central et >prioritaire des orientations gouvernementales en matière
d'immigration. Dans un contexte de dynamisme économique, de pénurie de main-d'œuvre
et de démographie vieillissante, la régionalisation de l'immigration est une
question de développement régional mais aussi de vitalité socioéconomique et
même parfois de survie. Les données récentes en cette matière révèlent une
augmentation du nombre de résidentes et résidents permanents s'installant hors
de la région métropolitaine de Montréal, et c'est une excellente nouvelle.
Cependant, les orientations de la planification de l'immigration au Québec pour
la période 2024-2027 ne proposent pas la mise sur pied d'une stratégie concrète
de régionalisation de l'immigration.
L'UMQ recommande donc d'élaborer, en
concertation avec les différents acteurs concernés, une stratégie nationale de
régionalisation de l'immigration comportant des objectifs et cibles à atteindre
en fonction des besoins réels des régions et en tenant compte de la capacité
d'accueil et d'inclusion des communautés d'accueil. Cette stratégie devra
prendre en considération un certain nombre de composantes pour s'adapter aux
réalités vécues en région et enraciner les nouvelles et nouveaux arrivants.
Par exemple, la détermination de la
capacité d'accueil, qui dépend de plusieurs facteurs indépendants, est variable
d'une région à une autre, d'une municipalité à une autre. Un modèle unique ne
saurait répondre à cet enjeu. L'union propose donc d'impliquer étroitement le
milieu municipal dans la documentation et l'élaboration de critères de capacité
d'accueil afin d'identifier les éléments pertinents à prioriser au regard de
leurs réalités, besoins et enjeux spécifiques. Elle propose également
d'impliquer les autres ministères concernés dans la coconstruction de pistes
d'action visant à favoriser l'établissement durable des personnes immigrantes
en région et la mise en œuvre d'un plan d'action ciblé, adapté et
complémentaire aux besoins spécifiques à chaque région.
Pour l'UMQ, mieux faire connaître les
régions du Québec est une condition gagnante à toute stratégie de
régionalisation. Et c'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons lancé, en
juin dernier, notre campagne Jeter l'ancre au Québec, qui donne la parole à
plusieurs personnes immigrantes installées dans diverses régions du Québec et
qui se veut une vitrine de tout ce que le Québec et ses régions ont à offrir.
Dans cette logique, l'union propose de mettre sur pied un programme pilote
d'immigration régionale sous la forme d'une voie d'accès rapide au PSTQ, par
exemple, orienté sur les besoins en main-d'oeuvre dans les régions, afin de
faciliter l'enracinement durable des nouvelles et nouveaux arrivants.
On le constate, les gouvernements de
proximité sont des partenaires essentiels pour favoriser l'accueil, l'inclusion
mais surtout l'enracinement des personnes immigrantes dans toutes les régions
du Québec. L'existence d'un véritable partenariat entre le milieu municipal et
le gouvernement du Québec est essentielle afin d'agir de manière concertée dans
l'édification des collectivités accueillantes et inclusives. L'un des axes de
ce partenariat réside dans le Programme d'appui aux collectivités, le PAC, dont
les dernières normes courent jusqu'en 2024. L'UMQ est d'avis que ce programme
pourrait bénéficier de certaines améliorations afin d'être en meilleure
adéquation avec les réalités municipales, que ce soit dans les processus ou les
objectifs poursuivis.
Pour cela, l'UMQ propose les
recommandations suivantes : travailler sur un cadre de référence par
taille de municipalité afin de répondre à leurs priorités et besoins dans des
interventions ciblées, en s'assurant d'une équité dans son application,
permettre davantage de flexibilité dans l'application du programme, notamment
pour une meilleure adaptation locale, et permettre le financement d'actions de
première ligne, les municipalités étant de plus en plus sollicitées à le faire
par les organismes du Programme d'accompagnement et de soutien à l'intégration,
le PASI, en raison de l'augmentation de la clientèle et de ses besoins
spécifiques, revoir aussi la répartition du financement entre le MIFI et les
municipalités afin de permettre à celles-ci de financer des actions non
permises dans le cadre du PAC mais jugées prioritaires sur le terrain.
En terminant, une stratégie nationale de
régionalisation supposera des investissements majeurs afin de soutenir
l'accueil et l'enracinement des personnes immigrantes en région. Elle devra
également permettre de renforcer la collaboration avec les divers acteurs
régionaux et communautaires spécialisés dans l'accueil des nouvelles et
nouveaux arrivants. À ce sujet, l'UMQ offre son entière collaboration pour la
suite de vos travaux.
Nous sommes maintenant disponibles pour
répondre à vos questions. Je vous remercie infiniment de votre attention.
La Présidente (Mme Caron) : Merci
beaucoup pour votre exposé, Mme Dubois.
Document déposé
Alors, juste avant de procéder aux
échanges, je veux dire que, M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne, j'ai bien
reçu votre document et j'en autorise le dépôt. Alors, il est disponible aux
membres de la commission sur Greffier, dans le dossier Documents déposés.
Alors, pour procéder aux échanges, donc,
Mme la ministre, la parole est à <vous pour une...
La Présidente (Mme Caron) :
...procéder
aux échanges, donc, Mme la ministre, la parole est à >vous pour une
période 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Alors, merci, Mme la mairesse, merci, Mme Martini.
Nous avons lu et pris connaissance de votre mémoire avec grand intérêt. Nous
étions contents que vous participiez à cette consultation, d'autant que nous
avions fait récemment une annonce ensemble pour un programme de régionalisation
de l'immigration, vous y avez fait référence, là, Jeter l'ancre. Donc, c'est
une belle suite.
À la page 10 de votre mémoire, vous
mentionnez la nécessité d'impliquer les municipalités dans la définition de la
capacité d'accueil de chacune des régions puis, on le sait, que cette notion de
capacité d'accueil doit se décliner, justement, sur le plan régional, voire
même municipal parfois, puisque le logement est un enjeu qui compose la
capacité d'accueil. Alors, moi, j'aimerais vous entendre de manière un peu plus
détaillée sur le rôle que vous voyez pour les municipalités et les régions dans
l'élaboration des besoins d'immigration pour les différents milieux, dans le
type d'accompagnement qui peut être offert, tout comme dans l'identification
des besoins, et la réponse à ces besoins-là qui peut être apportée par les
acteurs municipaux.
Mme Dubois (Geneviève) : Peut-être
que je laisserais d'abord Anabelle répondre, et je pourrai peut-être, Anabelle,
compléter, là, la réponse qu'on a préparée.
Mme Martini (Anabelle) : Oui,
bien sûr. Dans le fond, ce qu'on souhaite par cette recommandation-là, c'est de
permettre au milieu municipal de pouvoir contribuer activement, avec les
services du ministère en région, à analyser, en fait, déjà, à brosser le
portrait un petit peu de la situation actuelle. Je pense que ce qui est
nécessaire aussi, et c'est pour ça qu'on mentionnait l'importance aussi
d'impliquer les autres ministères, c'est d'avoir un portrait précis de... sur
certains indicateurs.
On parlait du logement, d'avoir les
besoins en logement. Parfois, il peut y avoir des disparités, des discordances
entre les besoins qui sont remontés par les municipalités et d'autres
documentations qui sont faites par d'autres partenaires. Donc, c'est de mettre
tout cela en commun pour avoir une vision plus claire, en fait, des besoins
puis de les arrimer aussi avec les besoins des milieux socioéconomiques qui...
Les entreprises font souvent état de ces besoins-là aux maires, et mairesses,
et aux membres, là, des régions.
Donc, c'est important que cet arrimage-là
soit fait également et que tous ensemble, en fait, ils puissent déterminer des
cibles et des objectifs à atteindre pour s'assurer que les personnes qui
arriveront dans ces milieux-là puissent effectivement avoir un toit, avoir une
place en garderie s'ils arrivent avec des enfants, avoir un emploi, cela va
sans dire. Donc, c'est un ensemble, en fait, d'indicateurs qu'il faudrait
documenter en amont, s'assurer que tout le monde ait la bonne information et la
même information, pour pouvoir établir ensuite des critères, effectivement, en
fonction des besoins de... qui sont spécifiques, là, à chaque région.
Mme Fréchette : Merci.
Mme Dubois (Geneviève) : Et
je compléterais peut-être, Mme la ministre, si vous me permettez. Anabelle a
parlé de logement, a parlé de services de garde, mais on sait aussi que l'enjeu
de transport est un enjeu particulièrement pour les régions. Ce qu'on souhaite,
c'est pouvoir accueillir, bien sûr, de l'immigration, mais pouvoir le faire de
façon harmonieuse, que ça atterrisse bien dans nos milieux, le transport en est
un, la santé aussi, s'assurer que ces gens-là aient accès à des soins de santé
de proximité.
Et ce qu'on a observé, en tout cas, dans
les régions, dans ma région, dans les dernières années, c'est que, comme on est...
on a des difficultés à répondre à ces besoins-là, plusieurs entreprises ont
pris le leadership, je vous dirais, à travers l'accueil de leurs employés,
d'acheter des édifices pour loger... d'acheter des immeubles pour loger leurs
travailleurs, acheter aussi des camionnettes pour que ces travailleurs-là
puissent se déplacer entre leur lieu de résidence et l'entreprise. Mais
maintenant l'immigration en région a changé aussi. De travailleurs... de
travailleurs seuls, on a vu arriver des familles. Donc, les besoins, les enjeux
sont un peu différents pour nous, et on souhaite vouloir... collaborer à ces...
à l'identification de notre capacité d'accueil.
• (10 h 20) •
Mme Fréchette : Merci. Merci
pour ces précisions. Justement, en termes de capacité à régionaliser
l'immigration, bon, vous savez, là, il y a le gouvernement antérieur qui avait
complètement fermé... je parle des libéraux, avait complètement fermé les
bureaux en région, les bureaux du ministère de l'Immigration. On s'est affairés
à les réouvrir, d'une part, et même à accroître, amplifier le nombre de bureaux
qu'il y a en région. On parle maintenant de neuf directions régionales et de 77
antennes régionales, c'est considérable, déployées partout sur le territoire du
Québec.
Il y a également des ententes qui ont été
signées avec des organismes qui accompagnent les personnes immigrantes pour
leur intégration, leur insertion, la connexion aussi avec la société d'accueil,
et on a un certain nombre de programmes. J'y faisais référence pour ce qui est
de <celui que nous avons signé...
Mme Fréchette :
...pour
ce qui est de >celui que nous avons signé avec vous. Est-ce que ces
démarches vous semblent aider, contribuer à régionaliser l'immigration? Là, je
fais référence à l'ouverture des bureaux du MIFI en région de même qu'à la
signature, donc, des ententes avec des organismes d'accompagnement et
d'accueil. Est-ce qu'on est plus avancés grâce à ces démarches?
Mme Dubois (Geneviève) : Bien,
moi, je vais me permettre de vous répondre qu'effectivement le retour du MIFI,
entre autres, pour les régions qui avaient perdu ces bureaux-là ou qui n'en
avaient pas, est une grande avancée qu'on salue, en fait. Puis les liens sont
excellents avec les organismes communautaires, avec les municipalités aussi. Ce
qu'on vit un peu chez nous, c'est qu'avec le pacte, entre autres, il y a
plusieurs sommes qui ont été distribuées à divers organismes. Je pense, entre
autres, aux carrefours jeunesse-emploi. Nous, on a des organismes
communautaires aussi qui ont eu des sous. La MRC s'occupe aussi de tout ce qui
est intégration des immigrants dans la communauté, ce qui fait qu'il y a eu
beaucoup de saupoudrage de sous. C'est plus difficile d'avoir des projets très
structurants. Et là chacun se retrouve à s'occuper de l'immigration ou de la
personne immigrante dans sa mission.
Alors, on a, chez nous, un territoire
largement agricole. Donc, on a beaucoup de travailleurs temporaires étrangers.
L'UPA prend en charge ces gens-là. On les voit très peu intégrés dans la
communauté. Ils vivent souvent près de leur lieu de travail. Ils travaillent
beaucoup. Donc, ce n'est pas des clientèles qui s'intègrent bien. Le carrefour
jeunesse-emploi s'occupe du 35 ans et moins. Nous, on s'occupe... Alors,
ça fait beaucoup de gens qui s'occupent des personnes immigrantes, mais on n'a
pas de structure pour accueillir ces gens-là, comme un SANA, par exemple, chez
nous, ce qui fait que c'est un peu... c'est un peu compliqué de s'assurer que
cette clientèle-là ne tombe pas dans les mailles du filet et que... On n'a pas
une vision globale de l'immigration chez nous, et, pour nous, malgré que les
liens soient bons et que les sous soient au rendez-vous, c'est cette espèce de
concertation là et de travail là qui est plus difficile chez nous.
Je ne sais pas, Anabelle, si tu souhaitais
compléter la réponse.
Mme Martini (Anabelle) : Oui.
Effectivement, les informations que nos membres nous ont remontées, c'est
qu'effectivement les relations avec les directions régionales sont souvent
très, très bonnes, puis leur retour en région a été fortement apprécié.
À l'union, ce qui, pour nous, est une
condition gagnante de la régionalisation, c'est de s'assurer qu'il y ait une
plus forte proportion d'immigration primaire, donc, que les gens qui arrivent
au Québec s'installent directement en région. On sait que ça peut se faire dans
un second temps sous la forme, là, d'une immigration secondaire, mais ça
comporte quand même beaucoup d'enjeux, là, de déraciner à nouveau des personnes
qui venaient, justement, de s'installer dans un nouveau pays ou encore, bien,
c'est ça, de les... de leur faire quitter des habitudes, notamment une
proximité avec une communauté qu'on peut plus facilement retrouver dans un centre
urbain qu'en région. Ça fait en sorte aussi que le taux, ensuite,
d'enracinement de ces personnes-là en région n'est peut-être pas aussi
satisfaisant qu'on le souhaiterait, alors qu'avec une immigration primaire, bien,
et que... et la préparation, et l'anticipation des milieux par rapport à leur
arrivée, avec les services, effectivement, comme l'a mentionné Mme Dubois,
adaptés pour pouvoir les accueillir et les intégrer à la communauté d'accueil
ça nous semble être une voie de... une avenue, en fait, très importante pour
s'assurer que la régionalisation puisse se faire dans de bonnes conditions.
Mme Fréchette : Sur ce
point-là, j'aimerais vous entendre sur la meilleure façon ou les meilleures
façons, parce que j'imagine qu'il n'y a pas une seule baguette magique, que
l'on pourrait faire connaître la réalité des régions à l'international. On a,
comme vous le savez, là, des équipes qui sont redéployées à l'international,
parce que, là aussi, le Parti libéral avait plutôt fermé la presque totalité
des équipes du ministère de l'Immigration à l'international. On s'est affairés
à les réouvrir. Maintenant, on veut mettre, comment dire, à profit ces équipes
à l'international pour faire en sorte de bien faire connaître la diversité, les
opportunités qu'il y a en emploi, la qualité de vie qu'on retrouve en région. De
quelle manière est-ce que vous verriez qu'on puisse atteindre cet objectif-là?
Mme Martini (Anabelle) : Bien,
déjà, comme on l'a mentionné plus tôt dans la présentation, notre campagne Jeter
l'ancre au Québec était vraiment orientée dans cette perspective-là. Ce qu'on
voulait, c'était vraiment démontrer aux personnes qui souhaitaient immigrer au
Québec, qui étaient encore à l'étranger, bien, que toutes les régions du Québec
avaient quelque chose à leur offrir en fonction, effectivement, de leurs
intérêts puis de leurs attraits.
Puis on pense que c'est de cette façon-là,
en fait, qu'on va pouvoir aussi capitaliser sur la régionalisation, en faisant,
en fait, en sorte que les régions aillent davantage aux personnes en... qui
souhaitent immigrer au Québec, alors que, pour l'instant, la relation est plus...
comment dire, la personne immigrante doit faire, entre guillemets, l'effort
d'aller faire les recherches, alors que, là, nous, ce qu'on pense, c'est qu'il
faut que ce soit l'inverse qui se passe pour qu'elle puisse avoir tout de suite
un panorama, en fait, d'opportunités devant elle, peu importe la région en
question, parce que chaque personne a ses propres intérêts, a ses propres <choix
à faire, là...
Mme Martini (Anabelle) :
...chaque
personne a ses propres intérêts ses propres >choix à faire, là. Est-ce
qu'elle préfère vivre plus dans la nature, dans les centres urbains, par
exemple? Puis notre campagne est vraiment basée là-dessus, pour parler, en
fait, des attraits des régions pour différents publics cibles. Là, nous, on
avait ciblé, justement, les jeunes de 35 ans et moins, les familles et les
entrepreneurs pour démontrer que, partout au Québec, partout, de façon
inclusive, dans toutes les régions, même celles qui sont un peu plus éloignées,
auxquelles, peut-être, on pense un peu moins, bien, il y avait des opportunités
à saisir et des possibilités aussi de s'épanouir dans ce milieu de vie là.
Donc, c'est... Puis les Journées Québec
aussi sont une très bonne rampe de lancement, là, pour faire, justement, des
régions une vitrine du Québec. Là, on sait qu'il y a déjà beaucoup de choses
qui se font, notamment, avec la présence, là, de la SDED dans le cadre de ces
journées-là, qui, souvent, invite d'autres régions à se joindre, là, mais
effectivement on pense aussi que les Journées Québec pourraient peut-être
bénéficier d'un peu plus, là, d'impact pour faire connaître les régions à l'international.
C'est une porte d'entrée incroyable, là, quand on sait le nombre de personnes
qui se rendent dans ces journées-là puis le nombre de CV déposés. Donc, ça
pourrait aussi être quelque chose à soulever.
Mme Fréchette : Merci. Merci
beaucoup. J'enchaînerais maintenant sur la connaissance du français, comme vous
savez qu'en fait on a fait de la langue française un des axes principaux pour
la réforme de notre immigration économique. J'entends souvent que, lorsque les
gens immigrent en région, bien, ça facilite et ça accélère le processus
d'apprentissage du français. On a aussi Francisation Québec qui est instauré...
en fait, qui est en voie de développement à grande vitesse, depuis le 1er juin
dernier, pour faciliter l'accès aux cours de français. Alors, je me demandais
comment vous voyez cette importance qui a été donnée à cette connaissance du
fait français. Est-ce que vous constatez également que le fait d'immigrer en
région contribue à l'accélération de l'apprentissage du français? Est-ce que
c'est quelque chose que vous vérifiez sur le terrain?
Mme Martini (Anabelle) : Oui.
En effet, c'est un élément que beaucoup de nos membres nous font remonter, là,
que le fait d'immigrer en région accélère l'apprentissage du français de façon
significative. Là, on n'a pas, évidemment, de donnée nécessairement pour...
concrète, là, pour appuyer, mais c'est, effectivement, une impression qui est
partagée par de nombreux maires et mairesses. Effectivement, c'est important
aussi pour l'union que la francisation fasse partie, en fait, d'un éventail,
aussi, de services qu'on offre aux personnes qui souhaitent immigrer au Québec,
de leur offrir la chance de parler français, notamment depuis l'étranger. Ça
rejoint aussi les actions que nous souhaitons faire à l'union, là, de mieux...
de mieux faire connaître les régions puis tout ce que le Québec a à offrir.
Bien, le français fait partie de ces richesses-là. Donc, nécessairement, de
pouvoir l'offrir à des personnes qui ne sont pas encore là mais qui souhaitent
venir, c'est aussi une condition gagnante, d'autant que ça... d'autant plus si
elles s'installent par la suite en région. Elles vont pouvoir poursuivre leur
apprentissage.
Mme Fréchette : Merci. Je
vous amènerais maintenant à la page 11 de votre mémoire. Vous y mentionnez que
le Programme d'appui aux collectivités, donc, le PAC, c'est un axe essentiel,
mais qui pourrait être amélioré. Donc, vous proposez que le programme soit plus
flexible dans son application. Alors, quel aspect du programme est-ce que vous
verriez qui pourrait bénéficier d'une plus grande flexibilité, selon vous? Puis
quels seraient les besoins spécifiques auxquels cette plus grande flexibilité
répondrait?
• (10 h 30) •
Mme Martini (Anabelle) : Dans
le fond, ce que nos membres nous font remonter souvent comme retour sur le PAC,
c'est effectivement, notamment, au niveau de l'élaboration des plans d'action,
de certaines actions qui sont pertinentes sur le terrain mais qui ne
correspondent pas nécessairement à des objectifs du... bien, correspondent aux
objectifs du PAC, mais, par exemple, qui touchent peut-être davantage à
d'autres... à d'autres actions que d'autres ministères pourraient... pourraient
avoir à mettre en œuvre, par exemple, des cours de piscine dans les piscines
municipales pour les personnes immigrantes, là. On sait à quel point le sport
peut être un vecteur d'intégration important dans les communautés, mais ce
n'est pas toujours possible de pouvoir l'intégrer dans les plans d'action parce
que ça ne répond pas nécessairement aux missions, aux objectifs que le PAC
s'est donnés. C'est davantage, en fait, de se mettre en adéquation avec les
besoins des milieux puis, également, dans le fond...
(Interruption)
Mme Martini (Anabelle) : Je
suis désolée. Il y a comme une alarme qui vient de se mettre en... Je vais
laisser peut-être la ministre continuer parce que je ne suis plus capable de
vous suivre. Je m'excuse. Je suis vraiment désolée.
Mme Fréchette : On va revenir
à vous ultérieurement. Vous nous faites signe quand l'alarme est terminée.
Alors, bien, Mme la mairesse, là, vous
indiquez que la révision du financement du MIFI permettrait aux municipalités
de financer des actions non permises dans le cadre du PAC, le programme
d'accueil des communautés... d'accompagnement, mais jugées prioritaires sur le
terrain. Donc, pourriez-vous détailler, en fait, le type d'activités que vous
aimeriez voir être couvertes par ces <ententes...
>
10 h 30 (version révisée)
<19269
Mme
Fréchette :
...sur le terrain. Donc, pourriez-vous détailler,
en fait, le type d'activités que vous aimeriez voir être couvertes par ces >ententes
et expliquer pourquoi elles sont prioritaires?
Mme Dubois (Geneviève) : Bien,
en fait, peut-être... Je ne sais pas si Anabelle est de retour, mais je
pourrais peut-être donner quelques exemples. Entre autres, chez nous, on sait
que, les familles qui arrivent, les jeunes s'inscrivent à l'école, apprennent
le français, mais, quand arrive la période estivale, ces jeunes-là ont quand
même besoin de soutien, et souvent les familles n'ont pas nécessairement les
revenus pour pouvoir les inscrire, par exemple, aux camps de jour ou dans
certaines activités.
Donc, c'est sûr que la ville offre des
gratuités à ces enfants-là, à ces familles-là, pour s'assurer que les acquis
que les enfants ont faits pendant l'année scolaire ne sont pas perdus. Et ce n'est
pas toujours des actions qui sont déjà soit prévues au plan d'action qu'on a
mis en œuvre, parce que ce plan d'action là, déjà, date, ou qui ne sont... soient
pas permises non plus au remboursement. Donc, c'est sûr qu'il faut une
bonification. Il faut aussi donner une certaine agilité pour pouvoir se
conformer à notre nouvelle réalité.
Mme Fréchette : Alors, Mme
Martini, est-ce que c'est correct pour vous, maintenant, de compléter votre
réponse, ou si vous aviez terminé, ou...
Mme Martini (Anabelle) : On
doit évacuer le bâtiment pour des raisons de sécurité, donc je vais devoir me
déconnecter. Je suis vraiment confuse et désolée.
Mme Fréchette : Bon, mauvais
timing.
Mme Martini (Anabelle) : Oui,
c'est ça. La sonnerie ne fait que... ne fait que sonner, là. Ça fait que je m'excuse
vraiment, là. Je n'ai d'autre choix que de devoir quitter pour des raisons de
sécurité.
Mme Fréchette : ...vous devez
quitter. Alors, je vous remercie toutes les deux, Mme la mairesse, Mme Martini.
La Présidente (Mme Caron) : Oui.
Merci. On va passer maintenant à la période d'échange avec l'opposition
officielle. Donc, je cède la parole au porte-parole de l'opposition officielle
pour 9 min 54 s.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour. Merci pour votre mémoire. Excellentes propositions. Je
vais aller directement parce que je n'ai pas beaucoup de temps. Pourquoi vous
proposez aujourd'hui une stratégie de régionalisation de l'immigration?
Mme Dubois (Geneviève) : En
fait, je vais tenter de répondre du mieux que je peux, hein, étant donné que la
partie plus technique qui représente bien l'union n'est plus là, Mme Martini. Mais
ce qu'on souhaite, c'est vraiment de... Ça fait longtemps qu'on parle de
régionalisation de l'immigration. On en a parlé tantôt, il y a souvent
différentes actions qui sont menées par différents ministères. Quand on parle d'une
stratégie nationale, c'est qu'on souhaite que tous les ministères qui sont
touchés par l'immigration, et là on parle du ministère du Travail, de l'Habitation,
la Santé, le Transport, on en a parlé tantôt, que tous ces gens-là s'assoient
ensemble pour permettre un meilleur atterrissage de ces gens-là chez nous et
que les municipalités fassent partie aussi de la discussion, et de la
réflexion, et de l'élaboration des objectifs, des cibles, et tout ça. Donc, c'est
dans ce sens-là qu'on parle d'une stratégie de régionalisation.
M. Derraji : Je vous
comprends. Tout à l'heure, vous avez parlé des bureaux. Si je fais l'avocat de
la partie gouvernementale, ils vont vous dire : Bien, on a ouvert des
bureaux que les libéraux, ils ont fermés. C'est ce qu'on dit depuis six ans,
maintenant, que la CAQ est au pouvoir. Pensez-vous que ces bureaux remplissent
vraiment la tâche?
Mme Dubois (Geneviève) : Bien,
je pense que ces bureaux-là sont très utiles pour avoir une connaissance de l'immigration
dans chacune de nos régions. Donc, vraiment, c'est très utile, mais ça ne peut
pas uniquement reposer sur le ministère de l'Immigration. L'intégration et l'enracinement,
surtout, de ces gens-là, c'est une affaire collective et c'est vraiment ce qu'on
revendique, à l'UMQ, là.
M. Derraji : ...la stratégie
de régionalisation menée par la CAQ, depuis 2018, a donné des résultats, selon
vous? Dans votre propre région, donnez-nous un cas, un cas concret.
Mme Dubois (Geneviève) : Je
pourrais... Je n'ai pas... Malheureusement, je n'ai pas de chiffre à vous
donner de combien de personnes qui sont émigrées chez nous. Comme je vous dis,
on a un territoire extrêmement agricole. On a beaucoup de travailleurs
temporaires étrangers. Mais je n'ai pas de chiffre. Je ne peux pas vous dire si
la stratégie a bien fonctionné ou pas, là, malheureusement. Puis, comme je vous
dis, Anabelle aurait peut-être eu une réponse. Malheureusement, elle a choisi
de sauver sa vie.
M. Derraji : Non, bien, elle
a raison. Dans certains cas, il faut choisir de sauver la vie, vous avez
raison. Parlons de la capacité d'accueil. Vous avez parlé beaucoup, beaucoup de
la capacité d'accueil. Vous avez lu le document que le gouvernement nous a
envoyé, a mis à notre disposition. Est-ce que vous avez trouvé une réponse à la
capacité d'accueil réelle ou est-ce qu'aujourd'hui vous dites qu'on aurait dû
travailler sur la capacité d'accueil pour la chiffrer, savoir de quoi on parle?
Mme Dubois (Geneviève) : Bien,
moi, je pense qu'il faut travailler ça ensemble. Oui, il faudra chiffrer, mais
il faudra que les municipalités participent à cet exercice-là. On ne peut pas
avoir... Et ça, c'est... On parle... On en parle pour l'immigration, mais on
pourrait en parler pour plusieurs sujets. On ne peut pas descendre un processus
mur à mur ou une <formule mur à mur...
Mme Dubois (Geneviève) :
...
sujets, on ne peut pas descendre un processus mur à mur ou une >formule
mur à mur pour chacune des régions. Chacune a des réalités très différentes,
et, à travers ces régions-là, les municipalités ont des particularités aussi
très différentes. Et c'est un peu ce qu'on souhaite aujourd'hui, c'est d'être
partie prenante de cette stratégie-là pour la suite des choses, évidemment.
M. Derraji : Je vais poser
une question très directe, parce que c'est des consultations où on essaie,
quand même, d'avoir des réponses pour les Québécois. Vous avez entendu le
premier ministre à plusieurs reprises parler de la capacité d'accueil. Vous
avez même entendu la déclaration de l'ancien ministre de l'Immigration sur
l'intégration que... sur l'intégration. On parle aussi des mots forts, des
propos que, parfois, les gens pensent que c'est des propos qui n'ont pas sa place
sur le... je dirais, qui n'ont pas leur place sur l'espace public. Pensez-vous
que les propos tenus par le premier ministre ou n'importe quel ministre
désencouragent les gens à penser sortir de Montréal?
Mme Dubois (Geneviève) : En
fait, l'UMQ, par rapport aux seuils ou au nombre d'immigrants qu'on pourrait
accompagner... L'UMQ a toujours choisi de ne pas se prononcer sur un chiffre ou
un nombre. Ce qu'on dit, c'est que, nous, notre compétence et notre expertise,
c'est vraiment de s'assurer qu'on fait bien atterrir ces gens-là chez nous, et
c'est vraiment dans ce... cet enjeu-là qu'on veut... qu'on veut travailler, là.
M. Derraji : Aujourd'hui,
vous, peu importe le scénario 1, 50 000 ou 60 000, vous n'avez
pas de position.
Mme Dubois (Geneviève) : Non,
on n'a... on ne se prononcera pas.
M. Derraji : OK.
Mme Dubois (Geneviève) : Ce
qu'on souhaite, c'est que, ceux qui seront dédiés à nos régions, parce qu'on en
souhaite, on en veut, de l'immigration, bien, on soit capables de les
accueillir. Et il est là, nous, notre... notre réel enjeu.
M. Derraji : Excellent. Vous
avez aussi mentionné les travailleurs temporaires étrangers. J'étais dans des
fermes que j'ai visitées l'été. Ce scénario est quasiment absent de la
consultation actuelle. Est-ce que, sur cet enjeu, vous allez vous prononcer ou
pas?
Mme Dubois (Geneviève) : On
n'a pas nécessairement...
M. Derraji : Vous êtes dans
une région agricole. Donc, vous les côtoyez. C'est des gens qui existent. Ils
utilisent les logements, les services publics et l'ensemble des services, vous
l'avez mentionné, transport, santé, logement.Vous avez même dit que...
des entrepreneurs qui achètent des roulottes ou des maisons pour les adapter. Ce
scénario est absent de la consultation actuelle. Pensez-vous qu'on aurait dû
l'inclure?
Mme Dubois (Geneviève) : C'est
vrai qu'on n'a pas... on n'a pas beaucoup parlé de ça, mais c'est vraiment une
réalité, vous avez raison. Par contre, ces travailleurs temporaires étrangers
là, chez nous, sont quand même un peu exclus de ce qui se passe. Je vous dis,
ils sont... ils sont logés... ils sont logés par, souvent, l'employeur. Ils
sont déplacés par l'employeur. Ils vivent souvent sur leur lieu de travail.
Donc, on a peu de contacts avec ces travailleurs-là. Honnêtement, je pense que
c'est une richesse à laquelle on n'a pas accès si... tu sais, puis que... Puis
c'est l'UPA qui s'en occupe. Et donc c'est vraiment une chasse gardée, là, de
l'union des productions... des producteurs agricoles. Mais effectivement, là,
on en a peu parlé dans le mémoire.
M. Derraji : Je parle plutôt
de la consultation. Est-ce qu'aujourd'hui, vu le contexte de votre région, qui
ressemble à plusieurs régions, je vous ai parlé de mes rencontres avec... avec
des fermes... qu'aujourd'hui, pour les trois prochaines années, on annonce une
consultation... qu'on aurait dû prendre le temps de bien analyser l'apport des
travailleurs temporaires étrangers au Québec?
Mme Dubois (Geneviève) : Bien,
je pense que les dernières informations qui sont sorties sur les conditions de
travail, entre autres, puis les conditions que ces gens-là vivent... Effectivement,
je pense qu'on pourrait se prononcer. On pourrait prendre le temps de réfléchir
à l'apport de ces... de cette catégorie de travailleurs là, effectivement.
• (10 h 40) •
M. Derraji : Mais on s'entend
que cette catégorie n'est pas présente dans les scénarios que vous avez devant
nous... devant vous, que le ministère de l'Immigration vous présente. Il n'y a
pas ce portrait.
Mme Dubois (Geneviève) : Est-ce
que... Je pense qu'Anabelle est seulement au téléphone. Je ne sais pas si,
Anabelle, on avait poussé un petit peu plus loin par rapport aux travailleurs
temporaires étrangers.
Mme Martini (Anabelle) : Oui.
Excusez-moi, je suis en ligne depuis depuis mon... depuis mon téléphone, donc
je m'excuse si le son est... on est... est un peu difficile de mon côté.
Pour les travailleurs étrangers
temporaires, effectivement, nous n'en faisons pas nécessairement mention dans
notre mémoire pour... pour le moment, oui.
M. Derraji : Ce n'est pas ça,
ma question. Ma question est la suivante. Votre réalité est une réalité où il y
a pas mal de travailleurs temporaires étrangers. Vous êtes dans une région
agricole. Le scénario que vous avez devant vous, d'ailleurs, vous refusez de se
prononcer sur 50 000 ou 60 000. C'est correct. Je le comprends. Mais
est-ce que vous pensez qu'on aurait dû, au gouvernement, prendre le temps
nécessaire de prendre en considération le portrait des travailleurs temporaires
<étrangers...
M. Derraji :
...
nécessaire de prendre en considération le portrait des travailleurs temporaires
>étrangers, au Québec, qui sont parmi nous?
Vous avez vous-même mentionné qu'il y a
une pression sur les logements. J'ai entendu la sortie de l'UMQ la semaine
dernière. Vous avez des enjeux de l'itinérance. Vous avez des enjeux de
logement, des changements climatiques. Vous demandez une révision du pacte
fiscal. Et là, maintenant, il y a aussi des travailleurs temporaires étrangers
que vous vous ramassez à gérer aussi. Donc, c'est ça, ma question : Est-ce
que vous auriez dû le voir, vous souhaiteriez le voir?
Mme Martini (Anabelle) : Bien,
nous, c'est sûr qu'on ne regarde pas nécessairement... une municipalité ne
regarde pas nécessairement le permis de travail ou la... si la personne qui est
présente au Québec, immigrante, a une résidence permanente, est là en tant que
travailleur étranger temporaire ou avec un autre permis de travail fédéral de
type PVT ou de jeune professionnel. Donc, toutes les personnes immigrantes
doivent être prises en compte dans l'élaboration de stratégies qui visent à
leur accueil, à leur enracinement au Québec.
M. Derraji : OK. Parlons de
la capacité d'accueil encore une fois. Mme la mairesse, dans votre région,
avez-vous des enjeux de logement?
Mme Dubois (Geneviève) : Absolument,
absolument.
M. Derraji : ...le nombre de
logements qu'il manque.
Mme Dubois (Geneviève) : Nous,
on n'a pas... on n'a pas évalué le nombre de logements qu'il manque, mais on
n'a aucun logement ou pratiquement pas de logements disponibles actuellement.
On travaille avec des promoteurs. On tente aussi de... Nous, un de nos enjeux,
comme bien d'autres municipalités, c'est le logement abordable. Donc, on
travaille, on travaille activement avec des promoteurs à développer, et ça se
passe relativement bien, mais malheureusement il y a quand même des délais.
Mais, comme je vous dis, chez nous, en ce qui concerne l'immigration...
M. Derraji : Je vais juste
revenir sur la régionalisation, parce que vous demandez...
La Présidente (Mme Caron) : C'est
terminé. C'est terminé.
M. Derraji : C'est terminé.
OK. C'est bon.
La Présidente (Mme Caron) : C'est
terminé. Alors, merci. Et je cède maintenant la parole au deuxième groupe
d'opposition pour 3 min 18 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation. J'ai lu le mémoire avec grand plaisir.
Je vais me permettre d'abord de souligner, moi aussi, là, comme vous, j'étais
très heureux du réajustement nécessaire dans le PEQ — Étudiants...
dans le PEQ — Diplômés, ce qui va favoriser un meilleur établissement
de nos étudiants internationaux. Cela dit, ça a été annoncé en avril. Mme la
ministre, on est en septembre. Il y a des centaines d'étudiants qui attendent.
Alors, je vous lance la question par la bande : Quand, quand entreront en
vigueur les réformes promises pour nos diplômés? Ils l'attendent. J'ai des
dizaines, voire des centaines de contacts. Les gens me demandent quand. Alors,
si vous pouviez répondre à ça, ça nous... serait très apprécié.
Je reviens sur, dans votre mémoire,
l'absence d'une stratégie nationale, de mesure structurante sur la
régionalisation et votre recommandation 8... 6, pardon, d'un programme
spécifique dédié à la régionalisation. Nous avons mis au jeu dernièrement le
PEQ — Régions... le PEQ — Régionalisation, qui, quand je le
lisais, s'axe ou s'oriente directement dans ce que vous demandez, essentiellement,
un programme spécifique dédié aux régions. On parle d'un programme accéléré de
qualification pour l'obtien du certificat de sélection, 12 mois de travail au
lieu de 24, donc, on garde 24 pour Montréal, on laisse 12 mois pour les
régions hors de Montréal. Nos francophones, évidemment, on retire les frais de
traitement, donc, une économie qui peut aller jusqu'à 1 500 $ par famille,
et on les traite de manière expéditive pour leur donner le CSQ rapidement, pour
que vos travailleurs étrangers puissent rester puis puissent continuer
rapidement de s'intégrer dans votre communauté.
Est-ce que c'est ce genre de mesure là
structurante que vous aviez en tête dans la rédaction de vos recommandations?
Mme Martini (Anabelle) : Oui,
effectivement. Nous, comme je l'ai mentionné tout à l'heure, à l'UMQ, ce qu'on...
ce qu'on pense, c'est que la migration en région doit se faire de façon
primaire. Et, pour cela, effectivement, de permettre, directement dans les
programmes d'immigration, d'être en adéquation avec les besoins et les réalités
des régions, ça nous paraît être, effectivement, un angle très intéressant pour
mettre en œuvre de façon concrète une stratégie de régionalisation. On a vu,
dans d'autres provinces au Canada, que ça a parfois été fait et ça a été fait
toujours avec succès, en concertation avec les milieux, avec certaines
municipalités et régions. Donc, c'est un peu dans cette idée-là qu'on
souhaitait proposer ce programme pilote, pour que ce soit testé d'abord dans
certaines régions avant d'être établi de façon plus pérenne à la grandeur du
Québec.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Votre première recommandation porte sur la réduction des délais. Le Devoir
nous apprenait qu'on va parler de 10 à 25 ans de délai de traitement dans
certaines catégories d'immigration. Est-ce que vous jugez que c'est humain et
raisonnable d'attendre 10 à 25 ans pour la résidence permanente?
Mme Martini (Anabelle) : Non.
Ce sont des délais qui sont effectivement très longs. Mais des données que nous
avions obtenues dans les derniers mois nous laissent à penser <qu'effectivement
il y a eu des des...
Mme Martini (Anabelle) :
...
avions obtenues dans les derniers mois nous laissent à penser >qu'effectivement
il y a eu des avancées dans le «backlog» qui était dû à la pandémie puis qu'il
y a eu quand même des avancées, au niveau de certains délais, qui ont été
faites, notamment au niveau de la résidence permanente, dans le programme
peut-être un peu plus général, là. Donc...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion, s'il vous plaît.
Mme Martini (Anabelle) : Donc,
c'est ça, il y a peut-être encore des efforts à faire. C'est pour cela que
notre recommandation est de poursuivre les efforts.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
C'est terminé. Alors, maintenant, je vais céder la parole au député de Matane-Matapédia
pour 3 min 18 s.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Merci pour votre présentation. Votre réalité ressemble beaucoup à
celle que je vis dans ma circonscription. Vous avez répondu à un collègue, tout
à l'heure, qui vous posait la question de la capacité d'accueil, d'hébergement.
Alors, si vous n'avez pas d'appartement de disponible, comment on fait de
l'immigration chez vous? Est-ce que ça vient de se terminer là?
Mme Dubois (Geneviève) : En
fait, bien sûr que non. On est en train de développer un parc immobilier chez
nous, là. Il y a de la construction qui se fait. Mais, comme je vous dis, il
faut prendre en compte plusieurs éléments, dont le logement, dont le transport
aussi. Vous le savez, M. Bérubé, dans votre région, le transport collectif
est... il doit ressembler au nôtre, hein? Ce n'est pas... Ça ne passe pas aux
cinq minutes. Donc, on a des enjeux aussi de déplacement. Et c'est pour ça
qu'on se dit qu'il faut bien évaluer ça et il faut y aller à géométrie variable
en fonction de nos... de nos réalités propres. Mais effectivement, là, ça pose
plusieurs défis, même si les besoins en main-d'œuvre sont grands chez nous
aussi, là.
M. Bérubé : On en revient à
la capacité d'accueil. Elle peut se définir. Par exemple, lorsqu'on a eu le
débat sur le chemin Roxham, c'est les groupes communautaires de Montréal qui
nous disaient, à nous, en tout cas : Dites-le, qu'on est pleins, qu'on n'a
plus de ressources. Et je pense que c'était la façon correcte de dire : Si
on veut accueillir correctement les gens, il faut avoir les structures pour les
accueillir.
Vous avez fait des recommandations. Celle
qui est la numéro 4, vous dites : «Impliquer
étroitement le milieu municipal dans la documentation et l'élaboration de
critères de capacité d'accueil.» Quels pourraient être ces critères? J'imagine
que vous avez réfléchi à un certain nombre, mais vous ne les avez pas
détaillés.
Mme Dubois (Geneviève) : Est-ce
que je te laisse aller, Anabelle?
Mme Martini (Anabelle) : Oui,
bien sûr. Dans le fond, les critères dont on parle, c'est relié aussi à notre
recommandation subséquente, là, sur le fait de pouvoir avoir autour de la table
tous les ministères concernés par l'immigration, en fait, parce que c'est
une... c'est un enjeu qui est transversal, là. On a besoin d'habitations. On a
besoin de transport. On a besoin de services de garde. On a besoin de toute une
panoplie de services. Et des organismes communautaires aussi, comme vous mentionniez,
c'est très important dans l'accueil et l'intégration des nouveaux arrivants au
Québec.
Donc, dans le fond, c'est que chaque
milieu puisse, en fonction des données, d'un portrait qui serait dressé par
toutes les parties prenantes sur un certain nombre de critères, dont ceux que
j'ai mentionnés... puissent travailler ensemble à établir, effectivement, des
indicateurs ou, en tout cas, un tableau de bord de la capacité d'accueil de
chaque milieu pour s'assurer que, vraiment, les personnes arrivent, bien, elles
aient un logement, elles aient accès à une école, elles aient accès à un
service de garde et à un emploi également. Donc, c'est une question d'arrimage,
en fait, entre différents... différents enjeux, différents dossiers qui, à la
fin, en fait, vont tous bénéficier à la même personne, c'est-à-dire la personne
immigrante.
M. Bérubé : D'accord. Si
j'étais sur un autre projet de loi qui siège présentement, on parlerait
beaucoup de données probantes. Si on était capables d'avoir de véritables
chiffres par région, capacité pour les écoles, pour le réseau communautaire,
pour la francisation, évidemment, un emploi, sur la capacité à se former un
réseau social — c'est moins quantifiable, mais c'est important — le
financement des groupes qui viennent en aide, il me semble qu'on aurait une
grille...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion.
M.
Bérubé
: En
conclusion?
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion, six secondes.
M. Bérubé : En conclusion, je
trouve que notre proposition est... va dans le sens de la vôtre et je la trouve
pertinente pour les gens de la commission.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, merci beaucoup pour votre présentation.
Nous allons maintenant suspendre la séance
pour cinq minutes avant de revenir avec le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 50
)
(Reprise à 10 h 55)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
bonjour tout le monde. On va reprendre la séance. Et je souhaite la bienvenue à
M. Stephane Tajick. Et je vous laisse vous présenter. Vous avez 10 minutes
pour faire votre exposé.
Stephane
Tajick Consulting (STC)
M.
Tajick (Stephane) : Merci, Mme la Présidente. Bonjour à tous, Mme la
ministre, très chers députés. Mon nom est Stephane Tajick. Je suis le président
de la compagnie STC. J'oeuvre principalement en tant que conseiller auprès de
gouvernements à travers le monde dans le domaine du développement économique et
je me spécialise dans la conception de programmes d'immigration d'affaires, ce
qui m'a amené à assister dans la rédaction de lois, règlements, codes de
procédure et produire énormément de rapports tels que des rapports d'impact
économique, des rapports d'analyse <compétitive. J'ai...
M. Tajick (Stephane) :
...
de rapports tels que des rapports d'impact économique, des rapports d'analyse
>compétitive. J'ai aussi fait plusieurs rapports sur la question de la
rétention des immigrants investisseurs au Québec.
J'ai vu que la nouvelle refonte du programme
Immigrants investisseurs s'appuyait énormément sur le fait qu'il y a un
problème de rétention des immigrants investisseurs au Québec. La réalité sur ce
sujet... Il serait erroné de baser la refonte du programme sur cela. La raison
est très simple : ça fait plus d'une décennie que le programme a des
délais de procédure qui varient entre sept à 10 ans. Alors, je pense que
vous pouvez imaginer que n'importe quel programme d'immigration qui prend sept
à 10 ans de procédure aurait un taux de présence assez bas. Le principal
problème du programme Immigrants investisseurs est le problème des délais de
traitement. C'est celui qu'on doit d'abord régler avant tout.
Et malheureusement, dans cette logique, ça...
La suite a mené à avoir... à augmenter le niveau de français requis. Ça veut
dire imposer un niveau de français qui n'était pas à la base, qui est de niveau 7
et qui se trouve être un des plus hauts pour toutes les catégories
d'immigration. Il manque encore de clarté pour voir si ça va être à
l'admission... à la sélection pour la résidence temporaire ou à l'admission
pour la résidence permanente où le niveau 7 va être imposé. Mais je pense
que je ne suis pas le seul qui va vous la... qui va vous... qui vous l'a... qui
va vous le dire. La demande n'existe pas pour un programme immigrants investisseurs
pour des francophones.
La réalité, c'est que, si vous êtes
francophone, vous avez un certain calibre professionnel et certains moyens
financiers, tant au Québec qu'au Canada, les portes sont grandes ouvertes pour
vous. Si on regarde les 20 dernières années, les gens qui ont appliqué
tant aux programmes Immigrants investisseurs au fédéral qu'au Québec ne
connaissaient soit pas le français soit pas l'anglais. Et, quand ils
connaissaient l'anglais, ils connaissaient très peu l'anglais. Le programme Immigrants
investisseurs, encore une fois, tant au fédéral qu'au Québec, était surtout axé
sur les gens qui ne parlaient ni aucune des deux langues officielles
convenablement pour appliquer sur d'autres programmes.
À mon estimé, le programme en tant que
tel, s'il venait à sortir, on le retrouverait peut-être avec cinq appliquants,
cinq à 10 appliquants par an au maximum. Mais, en réalité, on risque d'en
retrouver avec des zéros, parce que, pour que les intermédiaires financiers
ouvrent les lumières, ça leur coûte plusieurs centaines de milliers de dollars.
Alors, je serais très surpris qu'à la fin d'un an il y ait une quelconque
application pour le programme en tant que tel.
De plus, juste pour préciser que le volet Compétences
intermédiaires et manuelles, c'est un niveau 5 de français. Le nouveau
volet d'exception, le Talent d'exception, ne nécessite aucun niveau de
français. Il y a une certaine logique pour les travailleurs qualifiés qui
voudraient venir travailler au Québec de savoir parler le français, pour un
entrepreneur qui va entreprendre au Québec de parler le français, mais, pour un
investisseur, quand sa qualité d'investisseur est tout simplement de faire un
transfert de fonds au moment de son application, il n'y a aucune nécessité de
français... de parler le français pour sa qualité d'investisseur.
• (11 heures) •
Alors, cette demande est principalement
basée sur le fait qu'on voudrait qu'ils s'intègrent mieux au Québec. On
prend... Encore une fois, on se base sur les données de rétention ou de
présence, plus précisément, qui sont malheureusement faussées par les
importants délais de traitement dont le programme souffre depuis près d'une
décennie, voire plus d'une décennie, pour être exact. Je vous invite d'ailleurs
à me poser plus de questions à ce sujet après, durant la séance
questions-réponses.
Je vous donne un exemple du programme français
pour investisseurs. Le programme français pour immigrants investisseurs, sous
le volet passeport talent, ne nécessite aucune... aucun niveau de français à la
demande de la résidence temporaire et nécessite un équivalent de niveau 3
pour la résidence permanente. Si vous pensez que c'est peut-être en raison...
pour faciliter les voisins européens, ce n'est pas le cas. Les gens de la zone économique
européenne n'ont pas besoin d'appliquer pour la... pour <l'immigration...
>
11 h (version révisée)
< M. Tajick (Stephane) :
...la
zone économique européenne n'ont pas besoin d'appliquer pour la... pour >l'immigration.
C'est principalement... Et c'est uniquement les pays tiers qui peuvent
appliquer pour le programme Immigrants investisseurs français.
Alors, moi, ma suggestion, ce serait, au
lieu d'imposer des restrictions si hautes qui vont faire que le programme, il
va tout simplement fermer dans six à un an... c'est de franciser, faciliter la
francisation avec un programme d'accompagnement qui viendrait prendre place dès
leur arrivée au Québec, un programme qui va faciliter l'apprentissage du
français ainsi qu'agrémenter leur arrivée avec un service de conciergerie,
favoriser et accroître leur investissement sur le territoire québécois, parce
que le potentiel est énorme, leur facilité à favoriser le commerce, l'exportation,
etc., est encore inutilisée et peut représenter un potentiel important pour le
Québec, et, très important, produire des réelles données sur leur présence, et
leur impact, et leur intégration à la société québécoise.
Ce qui est magnifique là-dedans, c'est que
ce genre de programme d'accompagnement, qui est, selon moi, un peu l'avenir
dans l'immigration, n'ait pas besoin de... peut être payé par l'immigrant investisseur,
financé par... (panne de son) ...et accompli par les intermédiaires financiers.
Donnez-moi un petit instant. Ainsi, la responsabilité pourrait tomber sur les
intermédiaires financiers afin qu'ils améliorent... qu'ils aient un incitatif à
améliorer la présence, l'impact des immigrants investisseurs et leur
francisation au Québec, ce qui pourrait mener, par le gouvernement, d'augmenter
les quotas d'admission ou les réduire par rapport aux résultats prouvés du
programme d'accompagnement.
Et, en dernier, je voudrais parler d'un
programme... un problème très important qui s'est envenimé avec le COVID. On
parle du problème de succession entrepreneuriale, que... dans lequel souffre le
Canada. Je pense que vous êtes tous très au courant du problème démographique
que l'on connaît avec la génération baby-boomers, le vieillissement de la
population, etc. Bien qu'on amène toujours de la main-d'œuvre immigrante pour
remplacer les travailleurs baby-boomers, on ne le fait quasiment pas pour les
gens d'affaires. On parle de dizaines de milliers d'entreprises au Québec qui
vont être touchées, des hommes d'affaires québécois et québécoises qui
atteignent un certain âge et qui n'ont pas d'acheteur pour leurs entreprises
parce que la démographie ne le permet tout simplement pas. Les rapports
canadiens estiment à des centaines de milliards, dans les 10 prochaines
années, d'argent qui vont disparaître des poches de ces individus parce que la
demande n'est pas là. Souvent, ça amène à des fermetures d'entreprise, des
problèmes financiers, etc., ou tout simplement des ventes à bas prix.
Ce problème est envenimé dans les régions
où il manque d'immigration, et ça, c'est un des gros problèmes qui peut être
uniquement résolu par l'immigration, malheureusement, parce que la demande n'existe
tout simplement pas. Et ceci ne nécessite pas seulement un programme d'immigration
mais différents paliers de gouvernement qui se mettent ensemble...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion, s'il vous plaît.
M. Tajick (Stephane) : ...oui,
et qui viendraient créer un réel... un réel programme pour résoudre ce
problème.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, nous allons procéder à la période d'échange. Mme la ministre, vous avez 16 min
30 s.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, merci, M. Tajick, pour votre présentation, pour prendre
part également à cette consultation. Je vois que vous avez un profil assez
niché au niveau de vos interventions dans le mémoire, alors je vais vous
questionner surtout... bien, en fait, sur le volet, donc, des gens d'affaires.
Mais, à la base, j'aimerais souligner que,
bien, en fait, notre gouvernement, c'est un gouvernement économique qui croit
en la nécessité de faire des affaires en français et en la possibilité d'avoir
du <succès quand on fait des affaires en français...
Mme Fréchette :
...en
la nécessité de faire des affaires en français et en la possibilité d'avoir du >succès
quand on fait des affaires en français. Et la connaissance du français est
vraiment le fer de lance de toute notre réforme que l'on a déposée au printemps
dernier en matière d'immigration économique et c'est central à l'ensemble de
notre démarche. Pourquoi cette orientation vers le fait français? Bien, c'est
parce que le français est une des clés, est un des ingrédients qui est requis
pour un projet d'immigration réussi et complet. C'est ce qui permet de bien
s'intégrer dans la communauté d'accueil qu'est le Québec.
Alors, le programme des investisseurs,
quand on regarde qui y participait, à ce programme des investisseurs, on voyait
qu'il y avait très, très peu de personnes qui maîtrisaient le français qui
avaient utilisé le programme des investisseurs. Alors, il était important de
complètement réformer le programme des investisseurs pour faire en sorte que la
maîtrise du français soit une des conditions d'accès à ce programme.
J'entends, en fait, qu'à la page 11,
dans votre mémoire, là, vous affirmez qu'il n'est pas souhaitable d'exiger que
les immigrants investisseurs soient francophones. Est-ce que vous ne pensez pas
que vos recommandations en lien avec le fait français risqueraient d'affaiblir
le français au Québec, dans la métropole, en particulier, mais au Québec dans
son ensemble?
M. Tajick (Stephane) : La
raison que... précisément, qu'il est important de ne pas mettre un critère trop
élevé de français, premièrement, c'est parce que la demande n'existe pas pour
ce genre de programme, surtout au coût dans lequel ils sont.
Après, pour ce qui est l'affaiblissement
du français, moi, ça fait près de... plus de 10 ans, en fait, je
recommande un programme d'accompagnement qui viendrait favoriser la
francisation de ces individus. Alors, un peu comme le programme de la France,
si on met des critères à l'entrée très élevés, on n'a tout simplement pas de
programme. Mais, si on leur permet, de façon temporaire, de rentrer au Québec,
que ce soit avec un niveau 0 ou un niveau 1, et leur demander de se
franciser afin de demander la résidence permanente, ceci est raisonnable et
peut créer un programme.
Maintenant, je pense qu'on est tous
d'accord, l'important, quand on parle d'investisseurs, c'est leur impact
économique potentiel qu'il peut y avoir. C'est sûr qu'il faut un investissement
au début, c'est leur première qualité qu'on recherche, mais c'est accroître
leur investissement... (panne de son) ...vous poser une question. Est-ce que,
si je vous donne un profil d'un migrant investisseur qui, après cinq ans, a
atteint un niveau 3 de français mais a favorisé l'exportation de technologies
québécoises, produits québécois de l'ordre de 20 millions par année...
est-ce que cet individu aurait plus de valeur que s'il a fait juste un
investissement au début et un niveau 7 après cinq ans sans avoir fait
d'investissement supplémentaire au Québec?
Mme Fréchette : Vous êtes
assez...
M. Tajick (Stephane) : Alors,
il faut faire l'amalgame.
• (11 h 10) •
Mme Fréchette : Oui. Vous
êtes assez drastique dans votre constat à l'effet que la demande n'existerait
pas pour un programme d'investisseurs pour des francophones. La francophonie,
rappelons-le, la francophonie, ça réunit 320 millions de locuteurs
francophones, locuteurs du français. Donc, vous ne pensez pas, en fait, qu'il y
ait, parmi ce grand bassin de locuteurs francophones, des personnes qui
pourraient cadrer avec notre besoin d'avoir des investisseurs en français?
Poser la question, de mon côté, c'est y répondre. Avec 320 millions de
locuteurs, je ne peux pas croire qu'il n'y a pas personne qui pourra cadrer
dans cette proposition que l'on met sur la table.
J'aimerais vous entendre sur comment
est-ce qu'on pourrait stimuler cette demande dont vous doutez de la présence.
Est-ce qu'il y aurait des mesures que l'on pourrait établir? Je pense, par
exemple, au réseau francophone des affaires, un réseau international. Est-ce
qu'il pourrait y avoir là des personnes intéressées à participer au programme investisseurs
avec, bien sûr, les critères d'accès en lien avec le français? Donc, j'aimerais
vous entendre là-dessus.
M. Tajick (Stephane) : Absolument.
Je pense qu'on pourra attirer des centaines, voire des milliers d'investisseurs
francophones. Mais il ne faut pas oublier que le programme Immigrants investisseurs,
ce n'est pas un programme pour investisseurs traditionnels. Un... Le programme
d'immigration pour investisseurs traditionnels permet à un étranger qui veut <investir...
M. Tajick (Stephane) :
...traditionnels.
Un... Le programme d'immigration pour investisseurs traditionnel permet à un
étranger qui veut >investir au Québec, que ce soit sur une entreprise,
très librement, sur une propriété, des investissements actifs dans le Québec,
par exemple... Oui, à ce moment-là, ce serait possible s'il y a une grande
liberté d'investissement, oui, absolument. Vous verrez des Français, bien
qu'on... C'est très facile aussi pour eux juste d'ouvrir une... ouvrir un
bureau à Montréal, s'engager comme directeur.
Il y a tellement de possibilités. C'est ça
qui est le problème. Le programme de l'immigration a énormément de compétition
dans son... avec son propre système d'immigration. Même au fédéral, avec la
mobilité francophone, il est aussi simple d'être francophone... avoir une offre
emploi pour, très rapidement, retrouver au Canada. Et pas besoin de passer par
la porte immigrant investisseur, qui coûte très cher. On parle de l'équivalent...
un demi-million de dollars d'argent comptant qui est donné, qui est versé par
l'investisseur.
Alors, il faut comprendre que le programme
d'immigration n'est pas un problème d'immigration pour investisseurs
traditionnels. C'est quelque chose qu'on a créé. On a demandé aux investisseurs
étrangers qui voulaient venir au Canada de nous donner des fonds. Alors, c'est
vraiment... C'est plus un programme de contribution économique qu'un programme
investisseur, si on devait le termer de façon correcte, si on... Oui.
Mme Fréchette : Je vous
amènerais maintenant sur la notion de repreneuriat. Vous l'avez abordée
vous-même en disant... en soulignant qu'il y avait un enjeu important au Québec
en termes de reprise d'entreprise par... suite au départ à la retraite ou à la
volonté de vendre. Mais l'enjeu de retraite est quand même très important dans
cette dynamique de repreneuriat, et, de notre côté, on a vu là une opportunité
que l'immigration se mette au service de cette nécessité que l'on a de trouver
des repreneurs. On a inclus, en fait, un troisième volet au programme des
entrepreneurs, qui est intitulé, donc... qui est consacré au repreneuriat.
Alors, ce que l'on souhaite avec
ce volet, bien, c'est de répondre à l'enjeu de la relève entrepreneuriale puis
de contribuer à assurer la pérennité d'entreprises québécoises, particulièrement
en région, hein? Ça vient toucher pas mal de PME en région, cette difficulté à
trouver des repreneurs. Et je souligne qu'en fait les candidats qui passeront
par ce programme-là devront être accompagnés par des organismes spécialisés en
repreneuriat.Alors, est-ce que vous pensez que ce nouveau volet dans le
programme des entrepreneurs pourra répondre aux besoins que vous avez soulevés?
M. Tajick (Stephane) : Je
vais poser... Je vais reposer la question de façon différente. Il y aurait
environ 80 000 entreprises au Québec, dans les 10 prochaines
années, qui vont être touchées par ce problème. Le rapport, il fait état de
54 % des répondants qui éprouvent de la difficulté à trouver un acheteur
pour l'entreprise. Est-ce que vous pensez que, tout simplement, juste avec les
quotas d'admission... est-ce qu'on va pouvoir répondre à ce problème pour les
10 prochaines années? Est-ce qu'on va au moins admettre
10 000 repreneurs, si vous voulez, par... ou 1 000 par an, au
moins? Je veux dire, juste pour atteindre un chiffre supérieur à 50, il faut
une grosse machine. Ça veut dire un gros partenariat avec le secteur privé. Il
faut qu'énormément d'argent soit engendré, d'une certaine façon, pour le
secteur privé pour qu'il puisse mettre ce genre de machine, qui est la grosse
machinerie, pour être honnête, pour répondre à cette demande. La demande est
énorme.
Et il y a énormément de problèmes aussi en
raison du financement nécessaire pour ce genre de programme. Toutes les
entreprises ne sont pas à 500 000 $, 200 000 $ ou
1 million de dollars. Vous avez beaucoup d'entreprises qui vont se
retrouver à 5 millions, 10 millions. Est-ce qu'il y a des services...
Et, de plus, pour le financement, l'acheteur doit être capable de financer une
partie si on veut être capables de trouver vraiment la demande. Est-ce que
cette demande va être uniquement francophone?
Alors, il faut trouver... Il faut vraiment,
réellement cibler l'objectif que l'on veut si on veut régler ce problème.
Est-ce qu'on veut d'abord régler le problème en amenant uniquement des
francophones ou on veut vraiment régler le problème pour les Québécois qui vont
se retrouver en situation où ils ont travaillé toute leur <vie...
M. Tajick (Stephane) :
...veut
vraiment régler le problème pour les Québécois qui vont se retrouver en
situation où ils ont travaillé toute leur >vie, et leurs économies
risquent de soit disparaître ou être réduites? Alors, ça, c'est un choix un peu
de conscience que, j'imagine, votre parti devra faire, parce que la demande est
très importante. Il y aura énormément d'entreprises au Québec qui en auront
besoin.
Et, comme je vous le dis, si vous
pensez... Parce qu'on en a parlé. Moi, je suis venu en conseiller auprès du
ministère, il y a près de 10 ans, pour la refonte du programme Immigrants
entrepreneurs, et on a discuté. Je suis venu, on a discuté. On a passé une ou
deux journées à discuter comment régler ce problème. Mais il faut voir que
l'échelle sur laquelle ce problème existe nécessite d'énormes mesures.
Mme Fréchette : Merci. Alors,
pour la suite, je vais passer la parole à l'adjointe gouvernementale et députée
d'Iberville.
Mme Bogemans : En fait, on
est d'accord. Nous, on veut les garder longtemps, les nouveaux arrivants,
justement pour pouvoir créer aussi de l'entrepreneuriat puis du repreneurship.
On sait, entre autres, qu'avec le programme investisseurs, dans le passé, on
avait de la difficulté à les retenir à court terme au Québec. Avez-vous une
vision ou des moyens concrets, pour vous, pour les garder longtemps sur le
territoire québécois?
M. Tajick (Stephane) : Je
pense qu'on peut tous imaginer que forcer les gens, ce n'est pas vraiment la
meilleure solution. Moi, j'ai toujours primé l'incitatif. Et on est assez
intelligents pour trouver les incitatifs pour le faire, selon moi. C'est un
travail qui ne se fait pas du jour au lendemain, mais l'accompagnement, pour
moi, est la clé non seulement pour l'immigration d'affaires, elle est très
importante pour l'immigration d'affaires, mais pour l'immigration en général.
Ça veut dire : À quelle rapidité nous allons être capables, dès leur
arrivée, à les intégrer socialement et économiquement à la société québécoise?
Et ce programme doit le faire, programme d'accompagnement, sans nécessairement
imposer mais en agrémentant et facilitant. Et... Oui.
Mme Bogemans : Vous pouvez y
aller. Je suis désolée, je ne voulais pas vous couper.
M. Tajick (Stephane) : Après,
comme je vous l'ai souligné, le problème de rétention, le programme Immigrants investisseurs
souffre, depuis presque 15 ans, plus de 15 ans, même, de délais de traitement
ahurissants. Et puis beaucoup de choses ont changé entre-temps. Ça veut dire...
Il y avait le programme fédéral. Le programme fédéral a fermé il y a plus de 10
ans, ce qui a mené à... Énormément d'applications qui devaient se
retrouver au fédéral, elles se retrouvent au Québec. Ça a créé un arriéré
important de demandes pour le Québec, et qui a fait exploser un peu le nombre
de demandes et l'arriéré de demandes, en fait, jusqu'à ce que le ministère crée
une espèce de mécanisme pour contrôler le nombre d'applications qu'il reçoit,
et qui a... permet, au fur et à mesure, de... avec ce contrôle, de pouvoir
réduire les délais de procédure et l'arriéré. Maintenant, je pense qu'ils n'ont
jamais baissé, en moyenne, en dessous de six à sept ans, et là on recommence à
grimper à...
Donc, selon moi, on ne peut pas parler de
problème de rétention des immigrants investisseurs tant que ce problème de
procédure, aussi long... Et je pense que vous pouvez tous, on peut tous se
mettre à la place de personnes qui ont attendu 10 ans avant qu'on puisse leur
dire que vous pouvez venir immigrer au Québec maintenant, surtout des gens avec
un âge moyen de 50 ans, où les enfants, qui devaient peut-être avoir 17 à
18 ans, à ce moment-là, pour venir étudier à l'université, se retrouvent, des
fois, avec des familles, le changement de projet, etc. Donc, on n'a aucune idée
combien réellement de ces gens immigrent finalement au Québec, des personnes
admises.
• (11 h 20) •
Mme Bogemans : Ce que
j'aimerais savoir, c'est : Concrètement, qu'est-ce que vous proposez en
termes d'accompagnement?
M. Tajick (Stephane) : Ah oui!
C'est un programme qui viendrait, déjà, à travers les intermédiaires
financiers, débuter et qui mènerait à l'agrémenter... faciliter leur arrivée
dès le départ, favoriser la francisation. Ça veut dire soit offrir des cours de
français soit les mettre dans des cours de français. C'est un service de
conciergerie. Je pourrais plus vous expliquer... D'ailleurs, c'est un programme
que j'avais bâti dans le temps, il y a près de 10 ans, qui faisait
peut-être une centaine de pages, qui devrait être quelque part dans les
dossiers du <ministère...
M. Tajick (Stephane) :
...il
y a près de 10 ans, qui faisait peut-être une centaine de pages, qui devrait
être quelque part dans les dossiers du >ministère. Mais, concrètement,
c'est favoriser l'intégration économique et sociale, leur permettre de
connaître le marché... le marché québécois d'affaires et accélérer leur
processus, tout simplement. Je ne sais pas si j'ai bien répondu à votre
question, mais, c'est sûr, ça peut prendre énormément de temps d'aller dans les
détails.
Mme Bogemans : Combien reste-t-il
de temps?
La Présidente (Mme Caron) : 30
secondes.
Mme Bogemans : Parfait. On
fait déjà un travail avec Accompagnement Québec, avec tous les organismes
également sur le terrain, là, avec le PASI, avec le PAC. On est déjà en mouvement
puis on veut continuer de l'être, là, pour les prochains temps, exactement,
pour offrir un accompagnement qui répond aux normes des immigrants sur le
terrain. Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
merci. Donc, je cède maintenant la parole à l'opposition officielle pour 9 min
54 s.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Merci pour votre présentation. Pourquoi vous avez senti le besoin
de venir en commission parlementaire parler des immigrants investisseurs?
M. Tajick (Stephane) : Bien,
premièrement, ça fait... J'essaie de venir à toutes les commissions
parlementaires sur le sujet. C'est la quatrième pour moi. Et puis je pense que
vous pouvez tous sentir que c'est presque honteux, 10 ans d'attente. Moi, j'ai
connu des gens personnellement, ils sont venus après 12 ans. Et c'est devenu
presque normal, 12 ans de procédure ou... (panne de son) ...qu'ils font
l'application, au temps qu'ils arrivent au Québec.
J'ai aussi reçu beaucoup de messages, au
fur et à mesure des années, pour... je ne sais pas pour quelle raison
nécessairement pour moi, par rapport à, sûrement, ce que j'ai écrit jusqu'à
maintenant sur... d'immigrants investisseurs qui se sentent lésés par le
gouvernement du Québec. Alors, on me demande souvent : Est-ce que vous
pouvez faire quelque chose? Ça fait des années. On est un groupe
d'investisseurs qui veulent porter plainte ou qui portent plainte contre le
gouvernement du Québec pour les délais de procédure.
M. Derraji : Donc, l'enjeu
numéro un pour vous, c'est les délais, c'est les délais. Donc, il y a des gens
qui expriment leur intérêt de venir au Québec, mais vous constatez que les
délais sont énormes. Ces délais, selon vous, à quel niveau ils se manifestent? Au
niveau provincial? Au niveau fédéral? Et, si c'est au niveau provincial, quelle
est votre proposition pour qu'on accélère les délais?
M. Tajick (Stephane) : Le
problème est uniquement dû aux quotas soit de sélection ou soit d'admission. On
le sait, le problème, ce n'est pas un problème que ça prend trop de temps à
faire... à analyser une demande. C'est que les quotas placés par le
gouvernement tant à la sélection qu'à l'admission sont nettement plus bas que
le nombre de demandes qui ont été acceptées à la base. Donc, on se retrouve
avec un arriéré de demandes qui fait juste grossir, grossir, grossir. Et ce qui
est triste, c'est que, souvent, on justifie ça par le fait que leur taux de
présence est très bas, alors que c'est un peu l'histoire de l'oeuf et la poule.
Leur présence est si basse à cause des délais, principalement.
M. Derraji : Aujourd'hui,
vous demandez une augmentation du quota du nombre d'immigrants investisseurs.
Est-ce que c'est ça... c'est ça, votre demande?
M. Tajick (Stephane) : Ce serait
le minimum. Le minimum, ce serait...
M. Derraji : Vraiment, j'ai
de la misère à vous entendre. Ce serait quoi?
M. Tajick (Stephane) : Le
minimum, le minimum. Ce serait le minimum. Ce serait le minimum humain, disons,
à faire.
M. Derraji : Donc, vous êtes
un consultant. Vous travaillez avec ces gens. Vous les connaissez très bien.
Vous avez vu qu'il y a une demande énorme. Vous avez vu qu'il y a une demande
énorme, mais malheureusement le Québec ne fait rien pour ouvrir la porte à ces
immigrants investisseurs. Est-ce que c'est ça, la conclusion de votre
recherche?
M. Tajick (Stephane) : Laissez-moi
juste préciser. Je ne suis pas consultant en immigration, je ne suis pas avocat
en immigration et je ne travaille pas dans l'immigration du Québec ou du
Canada. Je ne génère aucun revenu de quelque sorte d'immigration au Canada. Je
travaille uniquement avec les gouvernements et... avec celui du Canada.
Alors, moi, c'est plus en tant que
Québécois, par... par principe. Je veux dire... je veux dire, on a pris les
sommes à la demande du dossier, mais on attend 10 ans. On leur donne des délais
de <traitement de 10 ans...
M. Tajick (Stephane) :
...à
la demande du dossier, mais on attend 10 ans, on leur donne des délais de >traitement
de 10 ans avant qu'ils puissent arriver au Canada, alors que, toujours, les
attentes étaient toujours en dessous de trois ans. Alors, je pense que
n'importe quelques-uns d'entre nous se sentirait lésé, voire fraudé, à ce
niveau-là.
M. Derraji : Bien, vous dites
«fraudé». Dans quel sens, fraudé?
M. Tajick (Stephane) : Dans
le sens que 10 ans de délai de procédure, sept à 10 ans de délai de procédure,
c'est inhumain, surtout que ces individus ont payé, ont fait leur
investissement au début. Ce n'est pas comme s'ils attendent 10 ans, on leur dit
oui, et maintenant faites votre investissement. Ces gens ont déjà fait
l'investissement.
M. Derraji : Sur la place
internationale, est-ce que vous voyez que...
M. Tajick (Stephane) : Et on
leur donne 10 ans de délai de procédure après ça.
M. Derraji : Sur la place
internationale, est-ce que vous voyez que le Québec est en train de perdre son
attractivité par rapport à ces immigrants investisseurs? Est-ce qu'il y a de la
concurrence avec d'autres pays?
Et après j'aimerais bien vous entendre sur
la langue française. Vous dites qu'aujourd'hui le Québec rate certains
entrepreneurs ou investisseurs parce qu'il est très exigeant en français.
Est-ce que c'est ce que vous voulez dire?
M. Tajick (Stephane) : Au
niveau... Niveau 7 de français pour le programme Immigrants investisseurs du
Québec fait que le programme ne va jamais redémarrer, aussi simple que ça.
M. Derraji : Les bases... Excellent.
Donc, les bases du lancement du nouveau programme, si, selon vous, parce que
vous travaillez avec des gouvernements... D'ailleurs, je n'ai jamais dit que
vous êtes consultant pour... probablement consultant avec les gouvernements.
Désolé pour... si vous avez compris le contraire. Le gouvernement s'apprête à
le lancer, mais, selon vous, votre expérience, ce serait un échec à cause que
c'est niveau 7 en langue française. Est-ce que j'ai bien compris votre analyse?
M. Tajick (Stephane) : C'est
exact. C'est exact.
M. Derraji : OK. Ma deuxième
question, au niveau de l'attractivité, Mme la ministre, tout à l'heure, a parlé
d'un grand bassin de francophones au niveau du monde. Donc, quand même, si on
cible des entrepreneurs francophones, le programme risque de marcher, mais là
on va tomber dans l'autre problème, qui est le problème des délais. Là,
maintenant, nous sommes en face d'un dilemme. Est-ce que notre future
programmation doit cibler uniquement les entrepreneurs immigrants francophones
ou bien, selon votre logique aussi et votre proposition, ouvrir à tout le
monde, peu importe leur niveau de connaissance, parce qu'on a besoin de cet
argent et on a besoin de ces investisseurs?
M. Tajick (Stephane) : Premièrement,
moi, ce que je recommande, c'est quelque chose de rationnel. Ça veut dire,
comme... (panne de son) ...du moins, historiquement, le programme, si on
regarde les données du programme, il n'y a pas de demande importante de
francophones pour le programme. Maintenant, le programme est devenu nettement
plus cher.
Maintenant, la bonne chose, c'est que les
délais de traitement peuvent être réglés par le nouveau format, où, d'abord, il
y a une résidence temporaire qui peut mener à une résidence permanente, OK?
Après, je vous dirais, un peu la meilleure
chose qu'il y a dans ce programme, en général, le programme Immigrants investisseurs
du Québec, c'est le partenariat avec le secteur privé, qui sont les
intermédiaires financiers, parce que leur capacité à aller chercher des
investisseurs pour le Québec est très importante. Ça veut dire, si, demain, on
voulait ouvrir la manne à 1 000, 2 000, 3 000, 5 000
immigrants investisseurs, ils auraient la capacité de le faire par le réseau
qu'ils ont établi. Et ça, c'est ce qu'il y a de... selon moi, qui est la plus
grande valeur dans le programme Immigrants investisseurs du Québec
présentement.
• (11 h 30) •
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
merci. Maintenant, je cède la parole à Mme la députée de Chomedey. Il reste
1 min 52 s.
Mme Lakhoyan Olivier : Bonjour,
M. Tajick. Vous mentionnez qu'un PIIQ — pour que les gens qui nous
écoutent comprennent, programme Immigrants investisseurs du Québec, de quoi
nous parlons aujourd'hui avec vous — bien géré devrait représenter
3 milliards par an d'investissements directs pour le gouvernement du
Québec et presque 10 fois plus en investissements indirects suite à leur
arrivée. Mais est-ce que c'est possible de nous expliquer d'où viennent ces
chiffres-là afin qu'on puisse mieux comprendre l'effet sur l'économie
québécoise de ces investisseurs? Le 3 milliards, est-ce que... est-ce que
c'est sur les 10 ans? C'est depuis que le programme <existe...
>
11 h 30 (version révisée)
<19295
Mme
Lakhoyan Olivier :
...le 3 milliards, est-ce que... est-ce
que c'est sur les 10 ans? C'est depuis que le programme >existe? C'est-tu
par an ou c'est-tu...
M. Tajick (Stephane) : C'est
par an.
Mme Lakhoyan Olivier : C'est
basé sur quoi?
M. Tajick
(Stephane) :
D'accord.
Ça prendra peut-être plus de temps à aller en détail, mais, juste vous
dire, auparavant, on parlait de presque 2 000 demandes d'investisseurs
par an qui étaient... qui étaient déposées par le Québec... au Québec. On peut
parler presque du double, potentiellement, si on le voulait, au niveau des
investissements, de nombre de demandes déposées, c'est-à-dire, la capacité
était là pour augmenter parce que la demande existait, la demande était forte.
Après, l'impact économique, c'est basé sur mes propres estimés par rapport à s'il
y a une intégration économique...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion, s'il vous plaît.
M. Tajick (Stephane) : ...importante,
que ça pourrait générer autant d'investissements supplémentaires pour l'économie
québécoise.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, maintenant, je vais céder la parole au deuxième groupe d'opposition pour
3 min 18 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation. Vous avez... vous avez parlé beaucoup
de l'apport du français. En fait, La Presse nous informe qu'il y
aura des nouvelles règles bientôt sur la francisation des temporaires. Moi, je
vois qu'on passe trois semaines ici à discuter avec des groupes. On avait un
cahier de consultation et on n'est pas au courant de ce qui s'en vient pour la
francisation des temporaires. Je trouve ça dommage, parce qu'on avait 80 groupes
qui auraient pu se prononcer sur la question, qui auraient pu profiter et ajouter
au débat. Les groupes auraient pu en parler. Ça me déçoit qu'on apprenne ça
aujourd'hui, le matin de la consultation, qu'il y aura des nouvelles règles en
vigueur dans les prochaines semaines, prochains mois, alors que finalement on
était tous là ou on sera tous là à parler, pendant trois semaines, de d'autres
choses.
Monsieur, moi, je ne suis pas d'accord,
malheureusement, avec vous sur l'importance du français. Je pense que le
français est essentiel, est primordial dans tous les programmes d'immigration.
Je concède ou je comprends votre vision du programme, mais ce n'est pas celle
que je partage, en tout respect, là. Je peux comprendre votre expertise, mais
moi, je pense que le français doit avoir toujours sa place, Et, pour ce, et en
ce sens, je suis d'accord avec les orientations de la... de la ministre.
Par contre, là où j'ai un problème, c'est,
effectivement, comme vous, avec les délais de traitement et... en fait, ce qu'on
appelle plutôt les délais de non-traitement. En fait, on ne traite pas ces
dossiers-là, là. C'est faux de dire que c'est un délai pour traiter. On ne
traite pas. En fait, c'est le temps d'attente que votre dossier doit passer sur
la pile, ou dans la bibliothèque, ou dites-le comme vous voulez, avant que quelqu'un
le pige et le traite. C'est ça, en fait. C'est un délai de non-traitement qu'il
faut attendre. Par contre, tous ces gens-là ont reçu un certificat de sélection
du Québec. Ils ont été sélectionnés avec des règles en vigueur. Ils ont eu, en
bonne et due forme, un CSQ émis par le MIFI, et on les fait attendre une
dizaine d'années, vous l'avez dit. Et je trouve ça inacceptable et je trouve
que ça entache la crédibilité de nos programmes d'immigration.
Vous avez une expertise à l'international,
vous l'avez dit. Connaissez-vous d'autres pays dans le monde où on attend 10 ans,
des fois, même, 25 ans, selon ce que Le Devoir nous apprend, avant
de devenir résident permanent? Sur la base de votre expertise, là, êtes-vous
capable de soutenir qu'à votre connaissance le plan caquiste énonce les
programmes d'immigration les plus lents au monde?
M. Tajick (Stephane) : Je ne
pourrais pas parler de tous les programmes. Le seul programme qui a dépassé le programme
Immigrants investisseurs du Québec était le programme américain EB-5 sous
l'ère Trump. Et ça, c'était par rapport à certains pays qui, des fois, se
retrouvaient à devoir attendre 25... une vingtaine d'années. C'était le cas de
la Chine et de l'Inde à un moment donné. Et ça, ça a été résolu quelques années
plus tard. En ce moment, ça fait peut-être un an que c'est supposé être résolu.
M. Cliche-Rivard : ...aujourd'hui,
applicables, à votre connaissance... Est-ce qu'il y a d'autres programmes qui
nécessitent 10 ans de délai de non-traitement, à votre connaissance?
M. Tajick (Stephane) : ...je
suis peut-être un des seuls qui a connaissance de tous les programmes à travers
le monde. Je fais des rapports, je fais des bases de données là-dessus, de
plusieurs centaines de programmes qui existent à travers le monde, et le Québec
est le pire.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Le temps est écoulé. Alors, je vais céder la parole maintenant au député de Matane-Matapédia,
aussi pour 3 min 18 s.
M. Bérubé : Merci. Bienvenue
dans cette consultation. Comme il est question du Programme d'immigrants
investisseurs, êtes-vous d'avis, et c'est souvent partagé, que ce programme,
essentiellement, c'est une façon d'acheter son titre d'immigrant permanent, en
fait? Parce qu'on ne donne aucune somme d'argent, pas besoin de créer des
emplois, pas besoin de contribuer davantage ou d'apprendre la <langue...
M. Bérubé :
...pas
besoin de créer des emplois, pas besoin de contribuer davantage ou d'apprendre
la >langue. Est-ce que, pour vous, ça peut représenter une façon
d'acheter ce statut?
M. Tajick (Stephane) : Moi,
je ferais très attention avec ce genre d'étiquette, parce qu'elle peut être
mise un peu à toutes les catégories d'immigration différemment. Ça reviendrait
à dire que, probablement, un réfugié vient faire la quête pour, enfin, ce genre
de chose. C'est très dangereux de mettre ce genre d'étiquette. Ces gens-là
viennent pour investir. Nous, on leur demande d'investir de cette manière.
M. Bérubé : Je veux préciser
que je n'ai jamais parlé de réfugiés. Je parle des immigrants investisseurs.
M. Tajick (Stephane) : Non,
non, je sais, mais je vous dis...
M. Bérubé : Vous avez choisi
d'aborder ce thème-là.
M. Tajick (Stephane) : Oui,
oui, mais je vous parle en général.
M. Bérubé : Je vous ramène
sur la question. Donc, des personnes ont seulement à payer, à ne pas parler la
langue, à ne pas s'engager à créer des emplois, à créer une organisation et,
d'une certaine façon, accèdent à un titre. Vous avez parlé tout à l'heure que...
je cite, qu'«un immigrant investisseur n'a pas besoin d'être francophone pour
accomplir son rôle au Québec». Vous comprenez que je suis en désaccord avec
vous. Comment peut-on s'intégrer au Québec et vivre en parallèle de cette
société en ne parlant pas français?
M. Tajick (Stephane) : Tout
d'abord, laissez-moi préciser que j'ai parlé de la nature de l'immigrant
investisseur, de sa définition par rapport à ce qui est demandé de lui, qui est
de faire un transfert de fonds. Dans cet exercice, il n'a pas besoin du
français. Et c'est tout ce qu'on demande à l'immigrant investisseur.
Deuxièmement, la question du... la
question, exactement, que vous m'avez posée, je la reçois, depuis quatre ans,
chaque fois. Encore une fois, je ne voudrais pas rentrer sur cette conversation,
parce que c'est une conversation qui peut devenir philosophique et prendre
énormément de temps, mais je vous invite, si vous voulez, à communiquer avec
moi, et puis ça me ferait grand plaisir à... (panne de son) ...plus de temps à
ce sujet.
M. Bérubé : Je voudrais bien
communiquer avec vous via votre site Internet, qui est unilingue anglais, là, je
viens de le consulter. Vous parlez que vous travaillez avec des organisations
gouvernementales. Avez-vous déjà eu un contrat avec le gouvernement du Québec?
M. Tajick (Stephane) : Contrat,
non.
M. Bérubé : Non.
M. Tajick (Stephane) : Non.
M. Bérubé : Avec d'autres
États? Est-ce que vous êtes mandaté par certains États pour faire des représentations,
parfois, sur les immigrants investisseurs?
M. Tajick (Stephane) : Vous
pouvez donner plus de précisions par rapport à votre question?
M. Bérubé : Avez-vous des
mandats, par exemple, de représentation que vous pouvez exercer auprès de
différentes législations dans le monde? Parce que vous indiquez, dans votre
publicité, que vous êtes consultant pour des gouvernements. Alors, si ce n'est
pas le gouvernement du Québec, c'en est d'autres.
M. Tajick (Stephane) : Oui. En
fait, je travaille sur des...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion.
M. Tajick (Stephane) : ...sur
des projets gouvernementaux soit avec les gouvernements directement soit à
travers des tiers.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
C'est terminé. Alors, je vous remercie pour votre présentation.
Je suspends la séance quelques minutes
pour... avant d'accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 11 h 39)
(Reprise à 11 h 45)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
nous allons reprendre les travaux avec l'Institut du Québec. Donc, je vous
invite à vous présenter. Vous avez 10 minutes pour faire votre
intervention avant de passer aux échanges.
Institut du Québec (IDQ)
Mme Braham (Emna) : Bonjour à
tous. Emna Braham. Je suis directrice générale de l'Institut du Québec. Je vais
être accompagnée aujourd'hui par mon collègue.
M. Diallo (Daye) : Bonjour,
tout le monde. Daye Diallo, économiste principal à l'Institut du Québec.
Mme Braham (Emna) : Alors, l'Institut
du Québec, c'est un centre de recherche appliquée qui analyse les enjeux du
Québec avec des lunettes économiques. Donc, au cours des 10 dernières
années, on a publié de nombreuses études sur le marché du travail, sur les
finances publiques, sur la formation, sur le développement économique. Et donc
on s'intéresse tout particulièrement aux enjeux de main-d'oeuvre et aux enjeux
d'immigration, qui sont à l'intersection de ces problématiques-là.
Tout d'abord, on aimerait saluer
l'approche du Québec de soumettre à la consultation publique les enjeux
d'immigration. On se <rappelle...
Mme Braham (Emna) :
...de ces problématiques-là.
Tout d'abord, on aimerait saluer
l'approche du Québec de soumettre à la consultation publique les enjeux
d'immigration. On se >rappelle qu'on est une des seules juridictions,
avec le Canada, de soumettre un débat public... un débat national des seuils
d'immigration. On vous a soumis... On a soumis à la commission un mémoire qui
regroupe 10 recommandations, mais on voulait des recommandations qui
touchent principalement l'immigration économique et l'intégration au marché du
travail, parce que c'est vraiment là que réside notre expertise, mais on
voulait porter à votre attention, ce matin, quelques-uns de ces éléments.
D'abord, on suggère de retenir le scénario
d'une augmentation graduelle des seuils, donc, tel que proposé dans
l'orientation 12, d'atteindre 60 000 personnes en 2027 en excluant le
Programme de l'expérience québécoise, volet Diplômés. Cette augmentation nous
paraît adéquate, plus adéquate que le statu quo, pour plusieurs raisons, d'abord,
parce qu'il s'agit d'une augmentation relativement modeste qui ne va pas venir
bouleverser l'équilibre démographique ou l'équilibre du marché du travail
québécois. Juste pour illustrer, les nouveaux seuils proposés... avec les
nouveaux seuils proposés, on représente... les nouveaux immigrants représenteraient
à peu près 0,7 % de la population québécoise. Ça reste faible. Et ces...
et ces seuils sont surtout plus faibles que ce qui a été proposé, par exemple,
dans la dernière planification fédérale. Pour le reste du Canada, on s'attend à
des seuils d'immigration qui vont atteindre 1,4 % de la population, soit
le double de ce que le Québec propose.
Ces seuils paraissent aussi adéquats,
parce que, quelle que soit la manière dont on le regarde, l'intégration des
immigrants au marché du travail s'est améliorée au cours des dernières années.
Si on regarde, par exemple, les personnes qui sont arrivées il y a moins de
cinq ans, donc, ceux qui sont habituellement à la recherche de leur premier
emploi, qui ont, historiquement, plus de difficultés, on voit que leur taux de
chômage est passé de 13 % en 2016 à 8 % en 2022. Et la plupart des
indicateurs du marché du travail qu'on suit vont dans la même direction. Avec
le vieillissement de la population, avec les bouleversements qu'on a connus
avec la pandémie, on s'attend à ce que le marché du travail reste serré au
Québec. Les prévisionnistes prévoient même qu'avec un ralentissement économique
en 2023-2024 le taux de chômage ne devrait pas augmenter beaucoup plus que
5 %. C'est un taux qui est faible pour le Québec. Donc, dans ce contexte,
on pense que le Québec devrait être en mesure d'intégrer de manière harmonieuse
un seuil un peu plus élevé d'immigrants.
Enfin, l'expérience des dernières années a
démontré que de maintenir des seuils, de geler les seuils d'immigration permanente
a mené à des stratégies de contournement en faisant davantage appel à
l'immigration temporaire. Donc, les employeurs qui avaient du mal à recruter, à
garder leur monde, les établissements d'enseignement qui voyaient leurs
inscriptions diminuer se sont tournés en grand nombre vers l'immigration
temporaire, alors que c'est une forme d'immigration qui ne permet pas d'avoir
une réflexion comme on le fait aujourd'hui, une réflexion stratégique sur notre
capacité d'accueil, sur la capacité de fournir des services en santé, en
éducation, en logement. Elle a aussi mené à des goulots d'étranglement dans
l'admission de la résidence permanente. Il faudra donc, à l'avenir, éviter de
réfléchir aux programmes et aux politiques d'immigration en silo. Donc, on voit
des modifications dans les seuils où des conditions d'admission dans un
programme peuvent engendrer des impacts importants ailleurs.
Un autre exemple est celui du regroupement
familial. L'orientation 4 propose d'augmenter la part de l'immigration
économique dans l'ensemble de l'immigration. Alors, comment on le fait? Bien,
c'est en augmentant le nombre d'immigrants économiques tout en maintenant, par
exemple, le regroupement familial stable. Mais on peut s'attendre à ce que ces
nouveaux immigrants, bien, certains d'entre eux, vont vouloir faire venir leurs
parents, leurs conjoints, leurs enfants. Et donc, si on ne veut pas... Le
risque, c'est de se retrouver, dans quelques années, encore une fois, avec des
listes d'attente pour l'accès au regroupement familial. Ce n'est pas un signal
qui est très rassurant pour les personnes qui veulent venir s'installer de
manière permanente au Québec. Donc, là encore, il y aurait avantage à anticiper
et à se prévoir une marge de manœuvre pour aligner les quotas de regroupement
familial avec les objectifs d'immigration économique.
Une des orientations proposées qui va dans
le sens de décloisonner la réflexion sur les programmes et les politiques
d'immigration est celle de la réforme proposée du PEQ, donc, le Programme de
l'expérience québécoise, dont mon collègue Daye va vous parler.
• (11 h 50) •
M. Diallo (Daye) : Merci,
Emna. Donc, nous saluons l'orientation 12 qui propose d'éliminer
l'expérience de travail et de déplafonner le PEQ, volet Diplômés, parce que ça permettra
certainement de réduire les goulots d'étranglement dont on parlait et de
s'assurer de retenir des candidats de choix pour l'immigration permanente, donc,
des candidats qui auront déjà été au Québec, une expérience québécoise. De
plus, cette mesure a pour effet de prendre en considération le fait que, les dernières
années, on a accueilli un nombre plus important d'étudiants étrangers et que
certains d'entre eux <désirent...
M. Diallo (Daye) :
...dernières
années, on a accueilli un nombre plus important d'étudiants étrangers et que
certains d'entre eux >désirent s'installer au Québec. Ce n'est pas tout
le monde, mais certains d'entre eux. Et là on peut voir aussi les liens que
l'on peut faire entre l'immigration temporaire et l'immigration permanente dans
nos processus de planification.
En revanche, il n'est pas clair pourquoi
la mesure ne s'applique qu'aux diplômés des programmes francophones et non pas
à tous les diplômés qui font la preuve de leur connaissance du français. En
effet, pour l'ensemble des orientations proposées, c'est un test de français
qui établit la connaissance de la langue et l'admissibilité à la résidence
permanente. En revanche, un diplômé d'un programme anglophone qui a, donc,
appris le français n'aura pas d'accès rapide à la résidence permanente et devra
être, surtout, en compétition avec l'ensemble des candidats étrangers à
l'immigration avec le Programme de sélection des travailleurs qualifiés. C'est
l'avenue qu'on leur propose. Il faudra, on pense, clarifier l'objectif de cette
mesure ou bien l'amender.
À défaut de retirer la mesure, nous
proposons une solution de compromis qui pourrait réduire les effets pervers
potentiels des changements à venir au PEQ. Cette solution devrait permettre aux
étudiants étrangers diplômés des programmes anglophones au Québec qui ne se
qualifient pas aux nouvelles règles du PEQ — Diplômés mais qui ont
fait l'effort d'apprendre le français au cours de leurs études de pouvoir
postuler au PEQ — Travailleurs dès qu'ils obtiennent un emploi.
Autrement dit, il faudrait que ces étudiants ne soient pas soumis actuellement
à la règle du critère d'expérience de travail de deux ans que ce programme
applique.
L'objectif de la mesure est de permettre
au Québec de rester compétitif face aux autres provinces. On est en compétition
avec le reste du Canada. Ces provinces proposent aux diplômés, en général, des
délais moins longs pour s'établir sur leurs territoires. C'est important de
rappeler que les étudiants étrangers ont une expérience québécoise, ils parlent
le français et, les études le démontrent, ils s'intègrent plus rapidement au
marché de l'emploi québécois.
Mme Braham (Emna) : L'un des
objectifs... l'un des objectifs annoncés de la... de la planification de
l'immigration, c'est de pallier aux pénuries de main-d'œuvre et... Mais, pour y
parvenir, pour que l'immigration joue pleinement ce rôle, il y a encore des
défis à relever. Il faut d'abord s'assurer que les immigrants trouvent rapidement
un emploi, puis un emploi qui corresponde à leurs aspirations, à leurs
compétences. Pour trouver un emploi, tous les indicateurs sont au vert. On a
une pénurie de main-d'oeuvre. C'est facile de se retrouver... de se trouver un
emploi. Par contre, en ce qui a trait à la reconnaissance des compétences et
des diplômes, il y a encore de la place à l'amélioration. Il y a près d'un
immigrant sur deux, aujourd'hui encore, qui occupe un emploi pour lequel il est
surqualifié. Et surtout on n'a pas vu d'amélioration au cours des dernières
années.
Mais, là où le bât blesse, c'est vraiment
pour la reconnaissance des qualifications des métiers réglementés. Parmi les
27 professions qui sont prévues d'être en pénurie de main-d'oeuvre en
2023, il y en a 11 qui sont réglementées par un ordre professionnel. Dans
l'état actuel des choses, c'est un accès qui est très limité pour les
immigrants. Et donc l'immigration ne vient pas combler les pénuries de
main-d'oeuvre qu'on peut avoir dans ces profils-là... pour ces profils-là.
C'est un enjeu qui est très complexe, qui dépasse les responsabilités du MIFI
seul, mais le MIFI pourrait, à titre de coordonnateur du plan interministériel,
jouer un rôle, faciliter la mobilité professionnelle des immigrants, qui est
encore un défi à relever.
Un autre défi, c'est celui d'attirer
davantage de nouveaux immigrants à l'extérieur du Grand Montréal. On le sait, c'est
là où le vieillissement de la population se fait davantage sentir. C'est un
défi de taille. Il n'y a pas de solution magique, mais il y aurait certainement
avantage à prioriser les efforts là où il y a des gains à faire.
D'abord, une des approches qu'on pense qui
est porteuse, c'est de faciliter l'accès à la résidence permanente des
résidents temporaires. Ils sont légèrement plus nombreux à s'installer à
l'extérieur du Grand Montréal que les résidents permanents. La réforme du PEQ
du volet Diplômés répond en partie à cet... à cet enjeu. On peut penser
également à faciliter celui pour les travailleurs temporaires. On pourra en
parler davantage plus tard.
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion. Il vous reste 20 secondes.
Mme Braham (Emna) : Pour
conclure, il va falloir trouver un équilibre entre les objectifs sociaux,
économiques et culturels du Québec. C'est un exercice qui est difficile que
vous avez, mais, dans un contexte de rareté de main-d'œuvre, dans un contexte
de compétition internationale pour les talents, il faudra aussi rester flexibles
et attractifs pour attirer les meilleurs talents.
La Présidente (Mme Caron) : Merci
pour votre exposé. Alors, avant de passer à la période d'échange, comme nous
avons quelques minutes de retard sur l'horaire, je demande aux membres de la
commission le consentement pour poursuivre les travaux au-delà de l'heure
prévue, de quelques minutes.
Des voix : ...
La Présidente (Mme Caron) : Ça
va? Merci. Alors, sur ce, Mme la ministre, la parole est à vous pour 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci. Merci,
Mme Braham, M. Diallo. Contente de vous avoir des nôtres pour contribuer à cet
échange important qu'on... qu'on mène sur la planification de l'immigration.
Donc, j'ai pris connaissance de votre rapport avec intérêt. Merci pour les
différentes recommandations que vous mettez de <l'avant...
Mme Fréchette :
...connaissance de votre rapport avec intérêt. Merci pour les
différentes recommandations que vous mettez de >l'avant.
Dans votre troisième recommandation, qui
se trouve à la page 6, là, vous recommandez que le Québec se dote d'une marge
de manœuvre — vous venez d'y faire référence, d'ailleurs, dans votre
intervention — afin de permettre, là, d'accueillir un nombre
supplémentaire de personnes dans la catégorie réunification familiale, en lien
avec la hausse de l'immigration économique à venir.
Donc, bien, en fait, je suis sensible et
j'abonde dans le même sens que vous à l'effet qu'il faille apporter... il
faille permettre aux conjoints et aux enfants de venir, mais j'aimerais
apporter une précision, en fait, qui ne ressort pas de votre mémoire. C'est que
les programmes d'immigration économique tels que le PEQ, le PRTQ et le PSTQ qui
lui succédera, tout comme les programmes de gens d'affaires, permettent déjà au
requérant principal d'être accompagné par son conjoint et par ses enfants.
Donc, ils sont déjà admis dans la catégorie pour laquelle le demandeur
principal dépose une demande. Alors, je voulais simplement préciser cet
élément-là pour éviter, là, qu'il y ait une mauvaise compréhension. Donc, c'est
déjà inclus, je dirais, dans nos démarches.
Alors, dans votre mémoire, au troisième
paragraphe de la page 3, vous parlez, là, de la capacité d'intégration de la
société d'accueil comme étant un élément d'importance, tout comme la pérennité
du français. Alors, moi, j'aimerais vous entendre sur quels facteurs, quels
éléments devraient être pris en compte pour définir la capacité d'accueil.
Mme Braham (Emna) : C'est...
c'est clairement un élément qui est multidimensionnel. Le premier, puis celui
sur lequel nous, on se penche tout particulièrement, c'est celui de
l'intégration au marché de l'emploi. On le sait, trouver un emploi, c'est la
première étape ou l'étape la plus importante pour s'intégrer à une société. Et
ce qu'on voit, c'est que les... disons, la tendance à l'intégration au marché
du travail pour les immigrants s'est améliorée au cours des dernières années,
et ça s'explique par plusieurs choses. D'une part, parce qu'il y a eu un
resserrement du marché du travail depuis 2016, donc, création d'emplois
vigoureuse, vieillissement de la population, déplacement des travailleurs
pendant la pandémie. Tout ça fait que les opportunités d'emploi sont au
rendez-vous.
Mais l'autre chose qui explique aussi
pourquoi les immigrants s'intègrent mieux, c'est aussi parce qu'on fait
davantage appel à cette, un peu, immigration en deux étapes où il y a de plus
en plus de nouveaux résidents permanents qui étaient déjà sur le territoire. En
fait, 28 % des nouveaux résidents permanents, en 2022, étaient... avaient
déjà eu auparavant un visa d'études ou de travail au Canada, donc, ce qui fait
que leur intégration est plus harmonieuse. Ils ont déjà une expérience
québécoise. Ils ont potentiellement un diplôme québécois. Ils ont déjà
développé un réseau. Et donc tout ça pour dire que les indicateurs pour
l'intégration au marché du travail s'améliorent de manière importante.
Après, on comprend que ce n'est pas tout
ce qui détermine la capacité d'accueil d'une société. On peut penser
principalement aux enjeux de logement, dont on parle beaucoup, la capacité
d'offrir des services de santé, d'éducation, etc. Et, à ce niveau-là, les
données manquent pour nous permettre d'évaluer si... quelle est cette capacité
d'accueil, est-ce qu'elle est atteinte, est-ce qu'elle ne l'est pas. Et donc,
là, il y a vraiment un effort de collecte de données, de mieux... d'avoir
davantage d'informations sur les différentes régions, est-ce que... est-ce
qu'on est capables d'offrir des services suffisants, est-ce qu'il y a des
logements en nombre suffisant, etc. Il y a vraiment un effort de données à
faire à ce niveau-là.
Mme Fréchette : D'accord. Merci.
Je vous amène sur une autre orientation, l'orientation 8 sur la reconnaissance
des compétences, thème que vous avez également abordé dans votre intervention. Bien,
vous observez, donc, qu'il y a, effectivement, une amélioration de
l'intégration des personnes immigrantes sur le marché du travail. On s'en
réjouit. Bien sûr, il y a du chemin qui reste à faire, tout n'est pas parfait
encore, mais je pense qu'on est sur la bonne voie.
Bien, vous proposez, de ce côté-là, de
mettre de l'avant des mécanismes pour faciliter la mobilité professionnelle des
personnes immigrantes et pour mettre en place des... la nécessité, en fait, de
mettre en place des mécanismes audacieux pour assurer, là, la reconnaissance
des compétences. Alors, moi, j'aimerais vous entendre sur les éléments plus
concrets de votre... votre proposition, là, quelle mécanique vous avez en tête
quand vous parlez d'une approche audacieuse et puis quel rôle est-ce que vous
verriez pour le ministère de l'Immigration, Francisation et Intégration.
• (12 heures) •
Mme Braham (Emna) : Alors,
c'est clair que c'est une responsabilité qui est partagée, parce qu'aujourd'hui
c'est les ordres professionnels, notamment, qui vont... qui vont déterminer les
modalités, disons, de reconnaissance des compétences des immigrants dans
plusieurs professions au Québec. Et donc c'est un travail de collaboration.
C'est qu'il y a des consultations, actuellement, sur la réforme qui est en
cours. Donc, il s'agit d'ouvrir le dialogue avec les ordres professionnels pour
trouver des bonnes pratiques.
Mais il faut regarder ce qui se fait
ailleurs également. Dans le reste du Canada, on l'a vu surtout pendant la
pandémie, il y a plusieurs programmes qui ont été mis en place, par exemple, pour
reconnaître les compétences des travailleurs dans le secteur de la santé, pour
s'assurer qu'il y ait davantage de personnes qui puissent effectuer certains <actes
médicaux...
>
12 h (version révisée)
< Mme Braham (Emna) :
...pour
reconnaître les compétences des travailleurs dans le secteur de la santé, pour
s'assurer qu'il y ait davantage de personnes qui puissent effectuer certains >actes
médicaux. Donc, ce serait intéressant de regarder un petit peu ce qui s'est
fait à l'extérieur du Québec à cet... à cet égard-là.
En enseignement, on sait qu'il y a eu
davantage de... Il y a eu énormément d'efforts, au cours des dernières années,
pour accélérer les formations, faciliter l'accès aux professions liées à l'enseignement,
mais il y a davantage d'efforts qui peuvent être faits. Aux États-Unis, par
exemple, il y a des programmes, comme Teach For America, qui permettent à des
récents immigrants d'obtenir les crédits nécessaires pour effectuer certaines
tâches dans les établissements d'enseignement.
Donc, il s'agit vraiment de regarder un
petit peu dans des juridictions qui sont similaires aux nôtres, dans les autres
provinces canadiennes, aux États-Unis, qu'est-ce qui peut être fait pour
accélérer la reconnaissance des compétences.
Mme Fréchette : Merci. Bien,
sur ce, je vais passer la parole à l'adjointe gouvernementale et députée de
Vimont.
Mme Schmaltz : Merci, merci.
Merci de vous être déplacés. Toujours agréable de pouvoir aussi échanger en
présentiel.
En fait, j'aimerais vous amener en page 7.
Vous... En fait, vous proposez de réduire la durée de l'expérience de travail
pour le PEQ — Travailleurs afin de faciliter, justement, la transition
vers la résidence permanente. J'aimerais vous entendre sur les volets 1 et
2 du PSTQ, qui ne demandent qu'un an d'expérience de travail en sol
québécois, pour 24 mois d'expérience.
En sous-question, pour le volet 2, je
voudrais également avoir votre opinion, justement, sur ce volet, qui ouvre la
possibilité à des professions qui ne sont pas admissibles au PEQ expérience,
donc, au Programme d'expérience québécoise — Travailleurs. J'aimerais
connaître, sur ces deux questions, vos opinions.
M. Diallo (Daye) : Effectivement,
à ce... à ce niveau-là, il y a ces deux programmes-là, donc, le PEQ — Travailleurs
et le PSTQ. Et ce qu'il faut comprendre, c'est que ces deux programmes-là
n'ont pas exactement les mêmes objectifs. Quand on parle du PEQ — Travailleurs,
donc, c'est vraiment des gens qui ont de l'expérience au Québec, donc qui sont
déjà présents au Québec, qui seront sélectionnés, tandis qu'avec le PSTQ on met
ces gens-là en concurrence avec l'ensemble des candidats qui pourraient venir
de l'étranger. Et donc c'est à ce niveau-là.
C'est aussi pour des enjeux de
compétitivité. Quand on regarde ce qui se passe dans le reste du Canada, les
programmes qui sont ouverts à des gens qui sont déjà sur le territoire
demandent en général une expérience d'un an. Donc, pour des raisons de
compétitivité pour le Québec, c'est pour ça que l'on propose qu'au niveau du PEQ — Travailleurs...
bien, qu'on ramène ces délais-là à un an pour se comparer au reste du
Canada.
Et ensuite, pour le PSTQ, effectivement, l'expérience
de travail demandée est d'un an, ce qui est une très bonne chose, on
trouve. Et c'est très bien que ce PSTQ là soit aussi ouvert à des professions
qui n'ont peut-être pas accès au PEQ — Travailleurs dans les règles
actuelles.
Donc, à ce niveau-là, c'est deux programmes
qui sont complémentaires. Et, de la manière dont ils sont faits, ils
permettront d'atteindre des objectifs qui sont différents. Par contre, il
faudrait réduire les délais au niveau du PEQ — Travailleurs pour être
compétitif par rapport au reste du Canada.
Mme Schmaltz : Est-ce que
vous vouliez rajouter? Ah non! OK. Parfait. Moi, je n'ai pas d'autre question.
Mme Fréchette : Bien, vous
parlez de l'importance de régionaliser l'immigration en dehors des grands
centres urbains. Qu'est-ce que vous voyez qu'il serait pertinent, opportun d'utiliser,
comme levier, pour assurer une plus grande régionalisation de l'immigration?
Mme Braham (Emna) : Oui.
Alors, c'est... on... La régionalisation de l'immigration, c'est un vaste
projet. Mais ce qu'on voit, c'est qu'il y a peut-être des endroits où il y a
davantage de gains à faire, d'abord, comme je le disais tantôt, en facilitant l'accès
à la résidence permanente des résidents temporaires. Ils sont... ils sont
légèrement plus nombreux à travailler et à étudier à l'extérieur du Grand
Montréal, et souvent c'est dans... justement, dans les autres grands centres
urbains du Québec, à Québec, à Sherbrooke, etc. Donc, on les retrouve dans d'autres
centres urbains du Québec en plus grand nombre que les résidents permanents. Et
donc de faciliter leur accès à la résidence permanente, ça pourrait être un des
leviers qui est... qui est en train d'être utilisé mais qui pourrait davantage
être utilisé, surtout avec le PEQ — Travailleurs.
L'autre élément, c'est qu'il y a des
efforts d'attraction, des missions, des... Il y a des investissements qui sont
faits pour attirer les immigrants en région. Ce qu'on voit, c'est qu'il y a
peut-être un intérêt à prioriser l'attraction vers les autres grands centres
urbains du Québec plutôt que de couvrir l'ensemble du territoire. Parce qu'on
le voit, si on se compare avec... Si on compare les villes québécoises avec les
autres villes canadiennes de la même taille, on voit que le Québec se distingue
vraiment. Il fait vraiment bande à part. On... Nos grands centres urbains
attirent moins d'immigrants que les autres villes de la même taille à l'extérieur
du Québec. Donc, par exemple, si on regarde Halifax, Halifax attire... À
Halifax, il y a 11 % de la population qui est <issue...
Mme Braham (Emna) :
...
Halifax attire... À Halifax, il y a 11 % de la population qui est >issue
de l'immigration. Québec, qui est à peu près de la même taille, c'est 6 %.
Et on... et on... Et cette comparaison tient pour différentes villes
canadiennes et québécoises. Donc, il y a certainement un effort supplémentaire,
si on veut prioriser les efforts, à aller attirer davantage de personnes dans
les autres grands centres urbains.
Mme Fréchette : Bien,
j'abonde dans le sens que vous amenez, à savoir qu'il faut davantage
régionaliser l'immigration. C'est un effort dans lequel on s'est engagés depuis
plusieurs années avec la réouverture, là, de l'ensemble des bureaux du
ministère de l'Immigration en région, bureaux qui avaient tous été fermés sous
les libéraux. Et on a également développé de nombreuses antennes régionales,
74 antennes régionales, donc, toutes les organisations qui sont actives en
matière de régionalisation. Et on a également signé des ententes avec les
centaines d'organisations communautaires, pour l'essentiel, mais également des
villes, des MRC, pour faire en sorte de bien accompagner les personnes
immigrantes et assurer une bonne connexion aussi avec la société d'accueil et surtout
une rétention et un enracinement. C'est vraiment le souhait que l'on a
ultimement, c'est que les gens s'enracinent en région.
Maintenant, un des défis auxquels on fait
face, c'est de faire en sorte que les gens pensent à immigrer en région dès
leur arrivée au Québec. Souvent, on a vu des gens venir s'établir dans le Grand
Montréal dans un premier temps, pour ensuite réévaluer la chose et s'établir en
région dans un deuxième temps, ce qui est souvent difficile, parce que ce sont
des personnes qui, déjà, ont connu un déracinement du simple fait d'avoir
immigré, et ensuite doivent se déraciner à nouveau s'ils souhaitent aller en
région. Alors, pour éviter ce double déplacement, on souhaiterait que les gens
aillent directement en région dès leur arrivée.
Mais comment est-ce que vous verriez qu'on
peut se rapprocher de cet objectif-là, atteindre cet objectif-là? De quelle
manière est-ce que vous verriez qu'on doit s'y prendre pour mieux faire
connaître les régions, leur diversité, le potentiel qu'on y trouve, tant en
matière d'emploi que de qualité de vie? Donc, c'est une question vaste, mais
j'aimerais vous entendre là-dessus.
Mme Braham (Emna) : Bien,
c'est sûr que, par rapport aux opportunités d'emploi, il y a... il y a tout
avantage à faire valoir les opportunités d'emploi, qui sont très nombreuses,
qui se trouvent dans les différents... surtout dans les autres grands centres
urbains du Québec. Et c'est une information qui aurait tout avantage à être
davantage divulguée. Après, c'est une décision complexe d'où est-ce qu'on
s'installe. Donc, le marché de l'emploi, c'est une chose. Puis la possibilité
d'acheter une maison ou de trouver un logement, la disponibilité des services
pour ses enfants dans les écoles, etc., tout ça va faire partie de l'équation.
Donc, c'est certain que de faire valoir...
d'avoir une meilleure anticipation aussi du nombre de personnes qui vont venir
s'installer dans les différentes régions, ce serait également une façon de
s'assurer d'avoir des services adéquats pour ces nouvelles personnes. Et c'est
pour ça que... Un des éléments qu'on dit, c'est qu'il faut davantage... On a
vu, le nombre d'immigrants temporaires a augmenté de manière importante au
cours des dernières années. Un certain nombre d'entre eux vont vouloir rester.
C'est important d'anticiper davantage les flux d'immigration, donc, autant
temporaire que permanente pour s'assurer d'offrir les services adéquats, et
ensuite le faire valoir pour attirer davantage de personnes en région.
Mme Fréchette : Et, pour
conclure, il nous reste peu de temps, comment est-ce que vous verriez qu'on
puisse planifier l'immigration temporaire, laquelle découle, en fait, de
l'activité économique, souvent le fruit, donc, d'acteurs privés, pour
l'essentiel? Donc, de quelle manière est-ce que vous voyez cette possibilité?
Mme Braham (Emna) : Bien,
avant de penser à planifier, il faut d'abord mieux anticiper. Donc, il faut... On
a vu les tendances, les tendances des dernières années. Il va falloir voir si
elles se maintiennent et anticiper, finalement, qu'est-ce que ça va donner en
termes de demandes qui vont être déposées pour la résidence permanente,
qu'est-ce que ça veut dire en termes de nouvelles personnes qui sont
effectivement sur le territoire, au-delà des seuils d'immigration permanente.
• (12 h 10) •
Et il faut aussi avoir peut-être une
réflexion sur la priorisation pour... Lorsqu'on parle de l'immigration
temporaire, l'objectif, ce n'est pas d'émettre des seuils ou de limiter, mais
il y a des objectifs différents. Qu'on parle des travailleurs temporaires ou
des étudiants étrangers, ça devient... ça vise des objectifs qui sont très
vastes et très divers. Donc, par exemple, si on regarde les étudiants
étrangers, est-ce qu'on peut penser un peu... un peu davantage à qu'est-ce
qu'on essaie d'atteindre avec l'attraction d'étudiants étrangers? C'est pour
stimuler l'innovation de nos universités, l'excellence dans nos universités.
Dans une deuxième... dans un deuxième temps, c'est pour attirer des candidats
de choix. Mais on aurait tout avantage à clarifier un peu c'est quoi, nos
objectifs en termes d'attraction d'étudiants étrangers, parce qu'on le voit, ça
a un impact direct sur la composition et le nombre de demandes de résidence
permanente qu'on va recevoir par la suite.
La Présidente (Mme Caron) : Il
reste... Il vous reste 1 min 20 s.
Mme Fréchette : 1 min 20 s.
Alors, j'aimerais vous entendre à nouveau, dans ce cas-là, sur les ordres <professionnels...
Mme Fréchette :
...
dans ce cas-là, sur les ordres >professionnels, parce que j'aimerais que
vous nous précisiez un peu le type de collaboration que vous croyez qu'il est
possible d'avoir avec les ordres professionnels pour faciliter la
reconnaissance. Quel serait leur intérêt ou le levier, dans le fond, à partir
duquel on pourrait discuter et travailler avec les ordres professionnels pour
faciliter la suite des choses?
Mme Braham (Emna) : Bien, les
barrières à la mobilité des travailleurs, ce n'est gagnant pour personne
actuellement. Oui, ça permet de limiter l'offre de travail sur certaines
professions et de maintenir, par exemple, un certain... un niveau de salaire
plus élevé, etc., mais, on le voit actuellement, avec des pénuries de
main-d'oeuvre, ça veut dire aussi des heures supplémentaires, ça veut dire
aussi de l'épuisement professionnel, ça veut dire de la... des... de la difficulté
à retenir le personnel. Et donc je pense que, là, il doit y avoir une ouverture
également à s'assurer que les travailleurs puissent avoir au moins les
conditions gagnantes pour effectuer leur travail le plus... dans les meilleures
conditions possible. Donc, les pénuries de main-d'oeuvre, ce n'est pas
nécessairement quelque chose qui est gagnant pour qui que ce soit actuellement.
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion. C'est terminé? Non?
Mme Fréchette : ...tout simplement
pour votre présence, et je salue mon ex-collègue, Daye Diallo. Merci de votre présence,
et d'avoir été parmi nous, et pour vos idées également.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, maintenant, je vais céder la parole à l'opposition officielle pour
12 min 23 s.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Merci pour votre mémoire. Merci pour votre présence.
Première question. Vous dites qu'il faut
adapter les critères de connaissance du français pour que nous restions
compétitifs à l'international. Pouvez-vous élaborer un peu plus? Qu'est-ce que
vous voulez concrètement par rapport à la langue... à l'utilisation de la
langue française?
Mme Braham (Emna) : Alors, la
principale différence qu'on voit, là, dans la proposition qui est faite
actuellement, c'est de passer, donc, d'un système de pointage où le français
est un avantage à un système de critères où la connaissance du français devient
un critère éliminatoire. Donc, la question aujourd'hui, c'est de se dire...
Bon, on est d'accord que l'objectif, c'est... un des objectifs de la
planification de l'immigration, c'est la pérennité du français. Ensuite, la
question, c'est : Comment est-ce qu'on le fait de la manière la plus
efficace possible? Là, il y a vraiment un équilibre à trouver entre s'assurer
de la connaissance du français mais aussi s'assurer de la compétitivité du
Québec comme... comme lieu d'accueil.
Donc, actuellement, ce qu'on voit aussi,
c'est que le... Ce qui est difficile à quantifier, c'est dans quelle mesure
est-ce que le passage de ce système de points à un système de critères va
réduire ou va nous... nous priver, en fait, de bassins de candidats potentiels
qui ne connaîtraient pas le français ou qui n'atteindraient pas les niveaux de
français nécessaires. C'est très difficile pour nous de quantifier ce...
M. Derraji : ...dites
aujourd'hui : Le Québec n'a pas le luxe de se priver de travailleurs qui
ne maîtrisent pas le français. Ça veut dire... Ils peuvent parler, par exemple,
l'anglais, mais ils se débrouillent en français, mais ils n'ont pas le niveau
pour passer un test du français pour pouvoir continuer à rester au Québec.
Aujourd'hui, pour l'Institut du Québec, vous levez un drapeau qu'on risque de
perdre des talents.
Mme Braham (Emna) : ...qu'on
risque de perdre des talents avec ce critère-là. La question, c'est quand,
combien et où. Dans quels secteurs, dans quels domaines est-ce qu'on risque de
perdre des candidats? C'est très difficile à quantifier actuellement. Ce qu'il
va falloir certainement faire, c'est vraiment garder... rester à l'écoute ou
garder le dialogue ouvert avec, notamment, les employeurs, qui vont voir
comment est-ce que ça va évoluer, ces choses-là.
Puis l'autre chose qu'on... Ce que... ce
que les dernières années nous ont appris, c'est que des critères... lorsqu'on
établit des critères de ce type-là, bien, on vient... bien, les employeurs, les
établissements, etc., on trouve des voies de contournement. Donc, un des... un
des risques ici, c'est que les employeurs ne pouvant faire venir de manière
permanente certains travailleurs vont continuer à avoir recours à l'immigration
temporaire.
M. Derraji : C'est clair.
Merci. Maintenant, je veux vous entendre... j'aimerais vous entendre sur le Programme
de l'expérience québécoise. Vous avez vu ce que le gouvernement caquiste a fait
avec ce programme. Vous avez vu la réforme. Je pense que vous avez vu l'impact
de cette réforme. Pouvez-vous nous parler un peu de l'impact de cette réforme,
qui est encore en vigueur? Avez-vous eu de l'information que la réforme était
mauvaise, il y a eu de l'impact par rapport à la rétention, de l'attractivité?
Est-ce que des étudiants ont quitté le Québec, est-ce que des travailleurs ont
quitté le Québec parce que les règles sont devenues très complexes?
M. Diallo (Daye) : Ces
dernières années, effectivement, il y a eu quelques réformes, il y a eu
quelques changements au niveau de ce Programme d'expérience québécoise. Ce
qu'il faut comprendre, tout d'abord, c'est que les étudiants qui ont... qui
sont diplômés du Québec sont parmi ceux qui réussissent le mieux sur le marché
du travail. Donc, c'est des gens qui sont parmi les... qui se... C'est des gens
qui <s'intègrent vraiment...
M. Diallo (Daye) :
...qui
se... C'est des gens qui >s'intègrent vraiment bien à l'économie québécoise.
Ça, c'est vraiment la première des choses qu'il faut savoir.
Puis ensuite ce que l'on peut voir, c'est
qu'il y a, effectivement, des changements qui sont apportés en ce moment pour
faire en sorte de faciliter le passage à la résidence permanente pour ces
gens-là. Donc, à travers le PEQ actuel, l'orientation, c'est de déplafonner. Et
nous, on approuve cette réforme-là parce que ça permettra, effectivement, de
voir les principaux... de régler les principaux problèmes que les réformes du
passé ont créés, par exemple les goulots d'étranglement, par exemple le fait de
rajouter des périodes de temps qui ont fait en sorte de rendre ce programme-là
moins attractif. Le fait de les enlever va rendre ce programme-là beaucoup plus
attractif et va permettre au Québec d'être beaucoup plus compétitif par rapport
aux autres provinces.
M. Derraji : ...ne pensez pas
qu'on a perdu un temps précieux? C'est l'équivalent de trois, quatre ans,
même gouvernement.
M. Diallo (Daye) : Ce qui est
essentiel, c'est qu'on ait compris qu'il faudrait avoir un programme qui soit
beaucoup plus attractif et qu'on est en train, en ce moment, de proposer de
nouvelles orientations qui vont permettre d'aller dans ce sens-là.
M. Derraji : Pour une fois,
on ne va pas blâmer le gouvernement libéral. On va blâmer le gouvernement
caquiste parce que c'est leur effort. C'est un message à part, pas pour vous.
Mme la ministre s'est amusée aujourd'hui à renommer le Parti libéral pas mal de
fois. Je m'amuse à nommer le gouvernement caquiste et sa réforme du PEQ.
Regroupement familial, c'est un réel
enjeu. Moi, j'ai parlé avec des Québécois et des Québécoises mariés qui
attendent leurs conjoints. C'est des histoires d'horreur qu'ils partagent sur
les réseaux sociaux. Je n'ai jamais pensé qu'on va commencer à briser des
coeurs avec notre système d'immigration. C'est le cas maintenant. On brise des
coeurs. J'ai vu de la détresse dans le visage de beaucoup de Québécois et
Québécoises. Et je tiens à saluer Québec réunifié, qui font un travail
phénoménal pour juste lever le voile sur cette histoire, parce que ça ne fait
pas partie du discours public encore, mais il existe, parmi nous, des gens qui
attendent leurs conjoints à l'extérieur.
Quand vous dites: Il faut accueillir plus
de regroupements familiaux, pensez-vous que, déjà, il faut baisser et enlever
toutes les entraves qui empêchent ces gens d'avoir la personne avec qui ils ont
décidé et choisi de faire leur vie rapidement?
M. Diallo (Daye) : Actuellement,
on voit qu'il y a déjà des enjeux avec ce programme de regroupement familial
quand on regarde les données, quand on regarde les délais de traitement. Mais
ce qu'il faudrait comprendre aussi, c'est que, même si les personnes de la
catégorie économique qui peuvent demander la résidence permanente peuvent avoir
leurs conjoints et leurs enfants sur leurs demandes de résidence permanente, c'est
que c'est des gens qui, malgré tout, ont aussi des parents. Donc, le
regroupement familial, on le voit, bon an, mal an, c'est quelques milliers,
c'est quelques dizaines de milliers de personnes qui arrivent au Québec. Donc,
il ne faudrait pas exclure cela.
Et il est très clair aujourd'hui que, quand
on regarde les orientations qui sont proposées, un mode économiste, toutes
choses étant égales par ailleurs... c'est que, si on augmente les niveaux
d'immigration économique, on va avoir des niveaux de demandes de regroupement
familial qui sont bien plus importantes. Et il faut y penser dès maintenant
pour...
M. Derraji : ...et j'adore
que vous le disiez, que vous êtes économiste, si on veut régionaliser. Moi,
j'ai vécu ça, être éloigné de ta conjointe pendant deux, trois ans. On
peut bien parler de mesures de régionalisation, ça ne marchera pas, parce que
ton conjoint, ta conjointe n'est pas avec toi. Donc, ce que vous dites
aujourd'hui au gouvernement, c'est que, oui, attention à la régionalisation,
mais attention aux conjoints, aux conjointes qui attendent encore pour
plusieurs années. Et c'est ce que... c'est ce que vous dites.
M. Diallo (Daye) : Évitons
aussi de nous créer des problèmes dans quelques années, parce que, si,
aujourd'hui, il y a un effet au niveau de ce programme de regroupement
familial, on peut s'attendre à ce que toute hausse du niveau d'immigration
économique conduise à une hausse du regroupement familial. Il faudrait éviter
des goulots d'étranglement qui pourraient arriver.
• (12 h 20) •
M. Derraji : C'est un très,
très, très bon point, très bon point.
J'aimerais vous entendre sur les
travailleurs temporaires étrangers. Le gouvernement nous présente deux scénarios :
50 000, statu quo, 60 000, augmentation. Moi, je ramène un autre
scénario, le scénario absent des consultations, scénario de travailleurs
temporaires étrangers, 375 000. Pensez-vous qu'avec ce qu'on voit au
Québec... qu'on... D'un côté, on ouvre pour la résidence permanente, pour les
immigrants permanents, mais, de l'autre côté, il y a du temporaire pas mal. Et
vous avez vu plusieurs rapports, notamment l'arrivée, pour la première fois au
Québec, d'un représentant des Nations unies pour faire son enquête, parce
qu'ils l'ont avisé... bien, il a été avisé des histoires d'horreur par rapport
à certains aspects. Comment vous interprétez cette absence de cette
consultation, du portrait de ce scénario des travailleurs temporaires
étrangers?
Mme Braham (Emna) : C'est
certain que ce que... ce qu'on reconnaît et puis ce qui est... ce qui est clair,
c'est qu'on ne peut pas penser aux programmes d'immigration en silo,
immigration permanente d'un côté, immigration temporaire de l'autre. Les deux
sont intrinsèquement liés. Autant les personnes qui vont venir en tant que
temporaires vont avoir un impact sur le bassin de candidatures qu'on va avoir
pour la résidence permanente et le nombre de candidatures qu'on va recevoir,
et, de la même manière, bien, les <politiques...
Mme Braham (Emna) :
...et,
de la même manière, bien, les >politiques qu'on va mettre en place pour
l'accès à la résidence permanente vont... vont susciter des comportements des
personnes qui vont venir de manière temporaire. Est-ce que ça va les attirer
pour venir étudier puis s'installer ou pas, etc.? Donc, c'est sûr qu'il va
falloir penser aux deux, à ces deux éléments-là en même temps et répondre aussi
à des objectifs qui sont complètement différents.
Donc, je pense aussi que, dans la... dans
la réflexion stratégique, on ne peut pas penser ou on ne peut pas utiliser les
mêmes outils pour réfléchir à l'immigration temporaire que ce qu'on fait pour
l'immigration permanente, parce que, les temporaires, même s'il y a un plus
grand nombre d'entre eux qui désirent rester, bien, la grande majorité retourne
quand même dans leur pays, ne vont pas avoir un impact sur la démographie du
Québec, ne vont pas avoir un impact sur le marché du travail à long terme ou
sur le profil linguistique du Québec à long terme. Donc, il faut aussi éviter
de... d'utiliser les mêmes outils, comme les seuils, etc., pour réfléchir à
l'immigration temporaire.
M. Derraji : Et, justement,
dans votre orientation 9, vous parlez de la capacité d'accueil et
d'intégration des villes. Pourquoi vous avez mis cette orientation?
M. Diallo (Daye) : En fait,
c'est parce qu'en matière de régionalisation de l'immigration on pense que
d'attirer des immigrants dans des grands centres urbains, en général, est une
méthode que l'on pourrait utiliser pour avoir une plus grande régionalisation,
parce que les grands centres urbains, de par les services qu'ils offrent, de
par la possibilité d'avoir un emploi rapidement, sont parfois plus attractifs
pour les immigrants. Mais c'est très important aussi de comprendre est-ce que
ces grands centres urbains là peuvent accueillir des immigrants, est-ce qu'il y
a assez de logements, est-ce qu'il y a assez de services de soins qui sont
offerts aux personnes immigrantes.
Donc, en fait, c'est d'éviter de réfléchir
en silo et vraiment d'avoir une planification de l'immigration qui prend en
considération tous ces... tous ces enjeux-là. Parce qu'on va bien vouloir avoir
des immigrants, par exemple, à Sherbrooke, s'il n'y a pas assez d'écoles, il y
aura toujours un enjeu.
M. Derraji : ...vous êtes un
économiste. Je ne veux pas dire un bon économiste, je ne peux pas vous
qualifier, mais ça se voit que vous êtes un économiste. Ce que vous êtes en
train de nous dire, c'est que, peu importe la planification, si on n'a pas
l'heure juste sur la capacité d'accueil, on passe à côté de quelque chose. Ça,
c'est le point 1.
Point 2, par rapport à la
régionalisation, on ne peut pas la réussir, parce qu'il y a un élément clé
aussi qui risque de... d'agir, c'est le regroupement familial. Est-ce que j'ai
bien résumé un peu où vous voulez aller avec vos orientations?
M. Diallo (Daye) : ...de
régionalisation ne sont pas totalement à mettre à la même... en adéquation avec
le regroupement familial. C'est sûr que l'un ou l'autre ont un impact les uns
sur les autres, mais c'est clair qu'aujourd'hui, si on veut réussir notre
politique de régionalisation au Québec, il va falloir que notre réflexion soit
beaucoup plus élargie pour, effectivement, comprendre quels sont les freins à
cette régionalisation-là.
Tout à l'heure, on parlait, par exemple,
d'attirer des immigrants de l'étranger directement en région. C'est une très
bonne idée, mais on voit qu'il y a déjà des immigrants qui sont au Québec. Et
c'est pour ça que, des programmes comme le PEQ étudiants, qui a été déplafonné,
il y a beaucoup plus d'étudiants, en général, qui s'installent en région, en
moyenne, par rapport aux immigrants permanents. C'est déjà un très bon point
pour permettre à ces gens-là de rester.
Quand on regarde le PEQ — Travailleurs,
c'est aussi une bonne chose. Et l'une des raisons pour lesquelles, à l'Institut
du Québec, on avait cette recommandation-là de réduire d'un an le délai
pour pouvoir déposer une demande après son expérience de travail, c'est qu'on
se rend compte aussi que, parfois, il y a des histoires d'horreur où les
travailleurs temporaires ont des permis de travail qui font en sorte que, si on
leur demande un trop long... une trop longue période d'expérience de travail,
ils sont entre plusieurs situations qui peuvent être dramatiques.
Donc, tout ça, ça permet au Québec d'être
beaucoup plus compétitif, d'attirer des gens, par exemple, qui sont déjà en
région...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion.
M. Diallo (Daye) : ...et qui
peuvent rester.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, maintenant, la parole au deuxième groupe d'opposition pour 4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation. Je vais commencer par rebondir sur
quelque chose que Mme la ministre a dit, que les demandeurs, dans le
regroupement familial, peuvent appliquer dans l'économique. Ce n'est pas comme
ça du tout que ça fonctionne et ce n'est pas comme ça qu'on va régler notre
problème d'arriéré, là. Ce sont des enfants, ce sont des époux de Québécois, de
résidents permanents, de citoyens qui ne peuvent pas... qui n'ont pas de
demande économique en cours, là. Je ne parle pas d'ajouter une personne à
charge dans un dossier économique. Ce n'est pas ça qu'on dit. Ce sont des
Canadiens et des Québécois qui marient ou qui ont des enfants à l'étranger
qu'ils font venir comme résidents permanents. Alors, ça n'a rien à voir, de
dire qu'il y a de l'ouverture dans le programme économique. Ces gens-là n'ont
pas de demande économique en traitement.
Moi, je vous parle de gens qui sont
citoyens et des citoyennes du Québec qui veulent faire venir leurs maris. C'est
par le programme de la réunification familiale et c'est là-dedans qu'il faut
réduire les délais. Et on ne peut pas dire ou... entre parenthèses, que, par
ailleurs, ils peuvent être ajoutés comme conjoints dans une demande économique.
Il n'y en a pas, de demande économique. Ces gens-là sont résidents ou citoyens
déjà, à la base, et parrainent leurs familles. Donc, il faut faire attention à
dire qu'il existe une autre alternative. Elle n'existe pas. Leur seul chemin,
c'est le regroupement familial. Et, avec les arriérés qu'on a, on va monter
jusqu'à trois ans de séparation <familiale...
M. Cliche-Rivard :
...trois ans
de séparation >familiale. Il y a des gens, et mon collègue l'a dit, il y
a des gens qui ont le coeur brisé, il y a des gens qui sont séparés, puis il va
falloir y répondre.
Pour revenir... Est-ce que vous avez été
surpris qu'il n'y ait aucune étude ou aucun chiffre sur les arriérés par
programme ou presque aucun dans la planification et qu'il n'y ait aucune
estimation prospective, aucune, du nombre de résidents temporaires,
travailleurs ou étrangers, qui vont se qualifier par critères objectifs au PEQ
ou au PSTQ et qui vont, donc, ajouter au «backlog», à l'arriéré, qui va faire
gonfler potentiellement les délais de traitement dans les seuils qu'on connaît
aujourd'hui?
Moi, j'ai été absolument choqué de voir
qu'il n'y avait aucune statistique ou presque sur les arriérés et aucune étude
prospective, à savoir si... des 375 000 temporaires qui voudront
peut-être accéder à la résidence, où est-ce qu'on va les mettre, est-ce qu'ils
veulent accéder, dans quels programmes puis comment on va traiter ces gens-là
dans un seuil économique de 42 000 places quand ils sont 375 000.
M. Diallo (Daye) : Par
rapport à ce dernier point là... C'est pour ça que... Vous verrez dans notre
mémoire, on propose... une de nos propositions, c'est de faire en sorte de
prévoir les bonnes... le bon nombre de personnes au niveau du MIFI et même au
niveau d'IRCC pour pouvoir s'assurer de livrer les futures demandes de
résidence permanente et le certificat de sélection du Québec dans les temps. Donc...
Parce que, si on s'attend à une augmentation des seuils, on ne voudrait pas que
les délais non plus, si les demandes augmentent, augmentent. Donc, à ce
niveau-là, on a... on propose cela, qui permettrait de régler ce problème-là.
Par contre, au niveau des délais existant
déjà, des arriérés de délais, nous, on a pu consulter certaines informations
là-dessus qui n'étaient, effectivement, peut-être pas dans le document de
consultation, mais ça existe, et on peut y avoir accès si on veut consulter ces
données-là.
M. Cliche-Rivard : On fait
une planification pluriannuelle et on ne sait pas qu'il y a 30 000, 32 000 personnes
qui attendent dans le regroupement familial, on ne sait pas qu'il y a 12 000 demandeurs
humanitaires dans l'humanitaire, on ne sait pas qu'il y a 30 000 réfugiés
reconnus. On ne le sait pas, du document qui est supposé nous permettre de
faire une planification prospective des seuils, alors qu'on ne sait pas combien
de monde sont sur notre liste d'attente puis on ne sait pas combien de gens
vont être intéressés à rejoindre notre liste d'attente.
Donc, moi, je me pose la question bien
fondamentale : Sans connaître nos arriérés et sans connaître le prospectif
de qui va se qualifier, qu'est-ce qu'on planifie? Qu'est-ce que ça veut dire,
ce chiffre-là, finalement? Parce que ce qui va arriver, vous le savez comme
moi, l'année prochaine, il va y avoir un rattrapage, parce que le «backlog» va
être rendu à deux, trois, quatre ans de traitement. Et ce qu'on va avoir
discuté ici pendant des semaines avec les groupes, ça ne s'appliquera plus,
parce que finalement les délais vont être devenus abusifs, comme on a connu
dans les dernières années avec le Programme régulier des travailleurs
qualifiés. On s'en va vers la même chose. Alors, comment peut-on faire une
planification...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion.
M. Cliche-Rivard : ...sans
les chiffres? C'est la question que je vous pose.
La Présidente (Mme Caron) : C'est
terminé. Alors, je vous remercie beaucoup d'avoir contribué à nos travaux.
Je suspends la séance jusqu'à cet
après-midi. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 29)
15 h 30 (version révisée)
(Reprise à 15 h 53)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
la Commission des relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous poursuivons les auditions publiques
dans le cadre de la consultation générale sur le cahier de consultation
intitulé La planification de l'immigration au Québec pour la période
2024-2027.
Cet après-midi, nous entendrons les
personnes et organismes suivants : la ville de Montréal, le Collectif
régional de développement du Bas-Saint-Laurent, le Centre des travailleurs et
travailleuses immigrants et le Centre local de développement Rouyn-Noranda.
Alors, je souhaite maintenant la bienvenue
à la ville de Montréal. Je vous rappelle que vous avez 10 minutes pour
votre présentation, qui sera suivie ensuite d'une période d'échange. Alors, je
vous invite à commencer votre exposé.
Ville de Montréal
Mme Ollivier (Dominique) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour à tous et à toutes, MM., Mmes les députés.
On est très heureuses d'être ici cet après-midi pour présenter le mémoire de la
ville de Montréal dans le cadre de la consultation sur la planification de l'immigration.
Je suis Dominique Ollivier. Je suis la
présidente du comité exécutif de la ville de Montréal. Et je suis accompagnée
de ma collègue Josefina Blanco, qui est responsable de la diversité et de l'inclusion
sociale au comité exécutif.
Alors, d'entrée de jeu, on voudrait saluer
la pertinence de cet exercice qu'on fait aujourd'hui, qui permet de réviser à
tous les trois ans les principes et les orientations de la planification de l'immigration
au Québec, et on veut vous remercier de nous avoir invitées dans cet exercice
où on va à la fois vous présenter notre position face aux divers scénarios qui
ont été mis sur la table, mais aussi ça va nous permettre de vous présenter la
réalité et les besoins de la ville de Montréal.
Bien sûr, Montréal est la métropole
francophone d'Amérique et a toujours été une terre d'accueil et d'ouverture. On
sait que l'immigration est le moteur principal de la croissance démographique à
Montréal depuis plus de 20 ans et que nous y accueillons la grande majorité des
personnes immigrantes qui choisissent le Québec comme terre d'accueil. En fait,
plus de la moitié des Montréalaises et Montréalais sont soit elles-mêmes
directement... ont elles-mêmes directement immigré ou ont au moins un parent
qui est un parent immigrant.
Donc, on dit souvent que les gens arrivent
au Québec ou au Canada, selon la dualité, mais, en réalité, pour nous, ce qui
est clair, c'est qu'ils arrivent d'abord dans une rue, dans un quartier, dans
un arrondissement, bref, sur le territoire d'une ville. Et, en ce sens-là, les
défis premiers de l'intégration des nouveaux... des nouvelles et des nouveaux
arrivants se jouent donc avant tout sur le territoire des villes.
À Montréal, parce que nous sommes la terre
d'accueil de la majorité des immigrants, ça nous fait dire que la réussite des
politiques d'immigration et d'intégration... de toute politique d'immigration
ou d'intégration du gouvernement du Québec va être intimement liée à la
capacité qu'a la ville de Montréal d'accueillir des nouvelles et des nouveaux
citoyens et de leur offrir très rapidement la possibilité de participer
pleinement à la société québécoise. Donc, pour nous, par conséquent, cet exercice
de consultation, ça doit être à la fois l'occasion pour le gouvernement du
Québec de se fixer des objectifs ambitieux, mais pas que sur la question des
seuils d'immigration. Aussi, ça doit être l'occasion de réfléchir sur des
conditions qui permettent d'accueillir dignement et d'intégrer adéquatement
toutes les personnes nouvelles arrivantes dans notre société.
Il y a un partenariat qui existe entre la
ville et le gouvernement qui, bien sûr, demande à être bonifié afin de
permettre à la <métropole...
Mme Ollivier (Dominique) :
...qui,
bien sûr, demande à être bonifié afin de permettre à la >métropole
d'avoir une autonomie d'action et de compter sur des ressources financières qui
sont cohérentes avec l'ampleur des responsabilités qui nous sont dévolues comme
terre d'accueil première. On invite donc, dans un premier temps, le
gouvernement à reconnaître et à réaffirmer le leadership de la ville de
Montréal en matière d'accueil et d'intégration des nouveaux arrivants, et
surtout de tenir compte des particularités de métropole, qu'on appelle, dans
notre mémoire, l'effet métropole.
Sur la question stricte des seuils
d'immigration, la ville de Montréal recommande au gouvernement d'adopter le
scénario ambitieux qui vise minimalement l'augmentation graduelle des cibles
totales pour atteindre 60 000 admissions en 2027. Et la raison pour
laquelle on le fait, c'est, bien sûr, en raison de la décroissance
démographique du Québec, les enjeux de pénurie de main-d'œuvre actuels mais
aussi en fonction de notre capacité d'accueil, qui inclut les raisons
humanitaires. Mais on invite du même souffle le gouvernement du Québec à
élargir la vision de l'immigration, qui tend à survaloriser et à prioriser
l'immigration économique. En termes de pourcentages, selon nous, l'immigration
économique et celle pour des motifs humanitaires devraient augmenter...
continuer à augmenter de façon proportionnelle.
De plus, on ajoute qu'aucune cible ne
devrait être fixée dans le cas de la réunification familiale. Et, pour cela, ce
serait bien que le gouvernement du Québec travaille activement avec le
gouvernement fédéral pour faciliter le regroupement, la réunification
familiale, puis surtout pour lever les conditions pour les conjoints et les
enfants, parce que, selon nous, la réunification familiale est un des facteurs
principaux qui influencent grandement la réussite d'un projet migratoire. On
peut imaginer que des membres d'une même famille qui sont séparés pendant des
années deviennent étrangères les unes aux autres. Et tout le trauma qui
s'ensuit fait en sorte que l'intégration à la société d'accueil devient donc
beaucoup plus difficile. Selon nous toujours, tout le monde gagne à réunir
rapidement les familles.
Une autre condition, c'est de
comptabiliser et de rendre plus visible, de publier le nombre de personnes
accueillies au Québec indépendamment du statut, qu'il soit précaire, qu'il soit
permanent ou qu'il soit temporaire, parce qu'en n'ayant pas accès à l'ensemble
des données ça ne nous permet pas de faire un portrait juste et complet, et ça
fausse l'évaluation des besoins réels sur le terrain ainsi que la capacité de
planifier et de déployer des mesures d'accueil et d'intégration qui seraient
suffisantes pour le défi auquel on fait face. Les personnes nouvellement
arrivées, vous vous en doutez, utilisent aussi les services des municipalités,
les parcs, les bibliothèques, les camps de jour, les services municipaux. Bref,
plus le portrait sera juste et détaillé, et plus apte, comme municipalité, on
sera à répondre adéquatement aux besoins qui peuvent être exprimés sur notre
territoire.
Pour conclure cette première partie, je vous
dirais que la ville considère que l'immigration, qui est le principal vecteur
de la croissance démographique, doit aussi contribuer à la vitalité du
français. Et c'est pourquoi on appuie la volonté du gouvernement de favoriser
une sélection de personnes immigrantes qui sont majoritairement francophones et
francotropes, et on ajoute francophiles, et ce, nonobstant leurs pays
d'origine. On croit qu'il est indispensable de mettre en place des actions
concrètes pour assurer un rayonnement et une prépondérance du français à
Montréal, notamment en soutenant des initiatives de francisation en milieu de
travail, et autres.
Pour la suite, je céderais la parole à ma
collègue, Mme Blanco, qui va poursuivre.
Mme Blanco (Josefina) : Merci
beaucoup, Mme Ollivier. Merci. Bonjour à vous tous et toutes.
Avant de débuter, je tiens à vous partager
que moi-même, j'ai passé à travers le parcours d'immigration. Je suis
originaire de l'Argentine. À l'époque où je suis arrivée au Québec, je venais
de l'Espagne. Puis, par ma propre expérience, par ma propre expérience
d'intégration, je vous dis, ça m'a permis de saisir l'importance que toutes les
conditions soient réunies pour favoriser l'accueil et l'intégration des
personnes immigrantes dans notre société, comme moi, dans ce cas-ci.
• (16 heures) •
Donc, tout d'abord, le gouvernement
devrait assurer l'accès à l'ensemble des services gouvernementaux du Québec aux
personnes immigrantes sans égard à leur statut. Nous pensons aux services en
soins de santé, d'éducation, services de justice, d'aide à l'emploi et services
de garde pour les enfants. La ville de Montréal, d'ailleurs, en 2019, a déployé
la Politique d'accès aux services municipaux sans peur, qui permet à des
milliers de personnes à avoir accès aux services et aux programmes de la ville
sans égard à leur statut. C'est un exemple d'une politique concrète qui
pourrait inspirer d'autres villes et ainsi également inspirer le gouvernement
du Québec.
Dans un même ordre d'idées, la ville de
Montréal, depuis plusieurs années, est <engagée...
>
16 h (version révisée)
< Mme Blanco (Josefina) :
...dans
un même ordre d'idées, la ville de Montréal, depuis plusieurs années, est >engagée
dans un important chantier visant à lutter contre la... contre le racisme et les
discriminations systémiques dans notre métropole. Et, sachant que les personnes
nouvellement arrivées sont touchées de façon disproportionnée par ce fléau, il
est essentiel que le gouvernement nous soutienne dans cette lutte.
Nous savons également que l'accès aux
logements convenables est un vecteur majeur d'intégration à la société d'accueil.
Dans un contexte de crise du logement, l'accès au logement sans discrimination
et la connaissance des droits des locataires demeurent des préoccupations très
importantes. Les personnes immigrantes se trouvent à l'intersection de
plusieurs facteurs de discrimination et doivent pouvoir compter sur un
écosystème et des informations facilement disponibles pour les soutenir dans
leurs démarches de recherche d'un logement. Le gouvernement devrait favoriser
le développement et l'accès à un logement salubre, adéquat, sécuritaire et
abordable pour toutes les personnes immigrantes.
Ensuite, parlons de l'intégration à l'emploi,
clé essentielle pour une intégration réussie au Québec. Afin de permettre aux
personnes immigrantes de trouver un emploi à la hauteur de leur talent et de
leurs compétences, il faut faciliter la reconnaissance de leurs diplômes et de
leurs compétences acquises.
Enfin, je ne peux pas passer sous silence
le rôle primordial des organismes communautaires qui font partie de l'écosystème
d'accueil et d'intégration des personnes immigrantes. Les travailleuses et les
travailleurs communautaires sont nos premières lignes. Elles et ils mettent
leur énergie pour soutenir les plus vulnérables dans un contexte où les différentes
crises migratoires rendent la situation de plus en plus complexe. Le
financement de ces organismes, notamment, à la mission doit être augmenté et
pérennisé. On ne peut plus continuer à offrir des solutions d'urgence à une
situation qui est permanente. Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Mme
Ollivier.
Mme Ollivier (Dominique) : Oui.
Merci. Alors, pour conclure, pour résumer, je vous dirais que la ville de
Montréal est favorable à un scénario ambitieux dans la mesure où les conditions
de réussite qui vont tenir en compte... qui vont prendre en compte les
multiples réalités et vulnérabilités que les personnes immigrantes peuvent...
peuvent expérimenter. Pour nous...
La Présidente (Mme Caron) : Merci
beaucoup. Votre temps est écoulé. Alors, je vais... Je vous remercie pour votre
présentation. Et je vais céder la parole à la ministre pour 14 min 7 s,
pour les échanges.
Mme Fréchette : Merci. Merci, Mme
la Présidente. Alors, bien, merci à vous deux, la présidente du comité exécutif
de la ville de Montréal, Mme Ollivier, merci d'être des nôtres, également
Mme Blanco, merci d'être présente, membre du comité exécutif. J'ai fort
apprécié lire votre mémoire. Merci pour participer et contribuer à cet exercice,
à cette discussion collective sur l'immigration pluriannuelle.
Bien sûr, la ville de Montréal est un
partenaire très important, partenaire qui occupe un rôle, une place inégalée au
Québec en termes de pôle principal d'accueil des personnes immigrantes et, bien
sûr aussi, auprès du ministère, le MIFI, en tant que partenaire. Donc, un grand
merci pour à la fois votre engagement dans tous ces dossiers d'immigration et
votre leadership. Et on sent bien la richesse de votre expérience à travers le
mémoire que vous nous avez présenté.
Par rapport au mémoire, je vous
amènerais... En fait, je voudrais simplement souligner... À la page 28,
dans votre recommandation n° 5, vous abordez la
question de soutenir la lutte contre le racisme et la discrimination. Alors, je
voulais simplement souligner que nous endossons, bien sûr, entièrement, là,
cette orientation. Et j'aimerais souligner que, parmi les objectifs spécifiques
que l'on trouve dans le Programme d'appui aux collectivités, là, le programme
PAC, il y a cet objectif de contribuer à la lutte contre le racisme, l'intimidation
et la discrimination pour favoriser un vivre-ensemble respectueux, égalitaire
et inclusif. Alors, c'est simplement pour souligner qu'on est en pleine
convergence à ce niveau, pour ce qui est des objectifs de lutte contre la
discrimination et l'intimidation.
Un peu plus loin, à la page 31, vous
mentionnez que l'apport des personnes immigrantes à la vitalité du Québec,
bien, il passe, notamment, par l'intégration en emploi, par l'intégration économique.
C'est sûr que c'est une dimension fort importante. Et je pense qu'on peut se
réjouir du fait que le taux d'emploi des personnes immigrantes est allé en
croissance, en évolution positive ces dernières années. Je pense qu'il y a
aussi davantage de personnes immigrantes qui occupent un emploi en lien avec
leurs compétences. Il n'en demeure pas moins qu'il y a encore du travail à
faire, beaucoup de travail à faire, notamment pour la sensibilisation des
employeurs quant à l'intérêt qu'il y a d'embaucher des personnes immigrantes.
Alors, je me demandais de quelle... de
quelle façon la ville de Montréal prend des mesures, adopte des mesures pour <sensibiliser
les employeurs pour la lutte à la discrimination...
Mme Fréchette :
...adopte
des mesures pour >sensibiliser les employeurs pour la lutte à la
discrimination.
Mme Ollivier (Dominique) : Je
dirais, Mme la ministre, avant de céder la parole à Mme Blanco, c'est clair
que, pour nous, on ne peut pas dissocier ce problème qu'on... ou cette
disparité qu'on peut constater dans le taux d'emploi des personnes des
minorités visibles, des personnes nées à l'étranger, des personnes immigrantes
du projet que vous mettez sur la table. C'est clair que, si on veut aller
chercher une immigration de plus en plus francophone, beaucoup des bassins de
locuteurs francophones se trouvent dans des pays de l'Afrique de l'Ouest, se
trouvent dans les pays du Maghreb, et ainsi de suite. Donc, la question de la
sensibilisation des employeurs devient importante.
Je pense que Josefina veut vous parler
d'une initiative qu'on met à Montréal.
Mme Blanco (Josefina) : En
fait, je pourrais parler d'une initiative concrète qui est menée par le BINAM,
le Bureau d'intégration des nouveaux arrivants à Montréal. Justement, ce matin,
on lançait la troisième cohorte de Montréal inclusive au travail, du PAC, qui
est une initiative, justement, qui vise à sensibiliser les PME pour informer,
attirer, embaucher, retenir et faire en sorte que les gens qu'ils vont
embaucher, issus de la diversité, puissent aussi progresser dans leurs
entreprises. Des fois, on se rend compte que c'est une question de les
accompagner, de les outiller, qu'ils puissent comprendre la réalité. Et donc c'est
un projet très important, phare. Comme je le disais tout à l'heure, on est, ce
matin, à la rencontre de la troisième cohorte, avec plusieurs partenaires, avec
HEC, avec Services Québec, et, bien sûr, piloté par le BINAM avec la ville de
Montréal.
Mme Fréchette : D'accord.
Merci. Je vous amène à la page suivante... les pages suivantes, pages 32 et 33,
où vous y parlez, en fait, des étudiants étrangers pour... l'importance pour la
métropole, bien sûr. Vous souhaitez souligner qu'il y a quand même peut-être
des contrecoups ou des désavantages pour la ville de Montréal par rapport à
l'existence des programmes d'exemption des droits de scolarité supplémentaires
offerts à certains étudiants qui fréquentent des établissements d'enseignement
hors de la CMM. Bon, on le sait, que c'est un programme qui vise la
régionalisation, en fait, des personnes, des étudiants étrangers qui viennent
au Québec. Alors, j'aimerais ça vous entendre davantage sur la nature des
contrecoups. Est-ce que, vraiment, ce programme-là a été... a généré un impact
perceptible du côté de la ville de Montréal?
Mme Ollivier (Dominique) : Absolument.
D'abord, je veux réaffirmer le désir de la ville de Montréal de participer à
l'effort de régionalisation, parce qu'on croit qu'on est dans un contexte où la
régionalisation de l'immigration est nécessaire pour répondre à plusieurs
enjeux qu'on vit sur le territoire. Toutefois, on ne peut pas oublier deux
choses. C'est, d'abord, que Montréal est une ville étudiante et que parfois il
y a des domaines de spécialité qui ne se donnent qu'à Montréal. On peut penser,
notamment, au génie aéronautique, par exemple, ou à certains domaines de pointe
comme ça.
Donc, c'est sûr que de soustraire les
universités montréalaises de la capacité d'avoir des frais de scolarité qui
sont similaires à ceux des étudiants québécois... c'est sûr que ça gêne
l'attractivité de Montréal et ça risque d'amener la... Ça risque de créer un
débalancement, finalement, par rapport aux gens qui vont étudier si, à
Montréal, ça coûte des dizaines de milliers de dollars et que ça coûte des
centaines à l'extérieur de Montréal. Ça, c'est la première chose.
La deuxième chose qu'il ne faut pas
sous-estimer, c'est l'apport des gens qui viennent étudier en français à
Montréal dans notre équilibre linguistique. J'y reviens tout le temps, hein? Si
on ne veut pas constater un certain recul du français à Montréal, il faut qu'on
s'assure que les gens puissent aussi venir étudier en français à Montréal et
maintenir ce fragile équilibre linguistique aussi. Sinon, on n'aura que les
étudiants qui fréquentent les universités anglophones. Très bien, qu'il en soit
ainsi. Mais, pour l'avenir de Montréal, c'est important qu'on ait des gens qui
parlent français, qui aiment le français et qui veulent l'apprendre.
• (16 h 10) •
Mme Fréchette : Merci. En
matière de régionalisation, comment voyez-vous l'idée qu'il puisse y avoir des
programmes, des initiatives, des mesures qui amènent des personnes immigrantes
établies à Montréal en région? Est-ce que c'est quelque chose que vous pourriez
voir d'un oeil positif? Est-ce qu'il y a des précédents, déjà, qui ont été mis
en place, mis en œuvre ou qui existent, même, peut-être à l'heure actuelle?
J'aimerais avoir votre avis là-dessus.
Mme Ollivier (Dominique) : Dans
nos... Dans les programmes passés, on sait qu'il y a eu plusieurs organismes
montréalais qui ont contribué à l'effort de régionalisation soit en amenant des
gens faire des stages à l'extérieur du Québec... En fait, pour nous, l'idée,
c'est qu'on a développé quand même une grande <expertise de communautés
accueillantes à Montréal...
Mme Ollivier (Dominique) :
...même
une grande >expertise de communautés accueillantes à Montréal, et on se
dit : Si on est capables de partager cela avec d'autres villes du Québec,
ça va éviter de refaire certaines erreurs du passé, parce qu'on sait que les
efforts de régionalisation de l'immigration datent d'une bonne quarantaine
d'années, si ce n'est pas plus. Et il faut, quelque part, que les gens, quand
ils viennent à Montréal, sentent que tout le reste du Québec, c'est aussi le
même territoire avec les mêmes opportunités ou même des opportunités meilleures
ailleurs.
Donc, en ce sens-là, nous comprenons très,
très bien l'enjeu de la régionalisation, et on se dit que mieux on va réussir à
faire la première intégration, où les gens viennent naturellement près de leur
noyau familial, mieux on va réussir à leur faire découvrir le territoire, à
expérimenter d'autres choses, bien, mieux, ensuite, ils vont pouvoir, à l'égard
de tous les autres Québécois, se déplacer à travers l'ensemble du territoire.
Mme Fréchette : Est-ce que
vous avez des exemples concrets de formules de régionalisation de cette
nature-là qui ont été testées?
Mme Ollivier (Dominique) : Bien,
il y a quelques années, au ministère de l'Immigration, il y avait, notamment,
le programme d'échange de jeunes, qui avait commencé beaucoup là-dessus, où on
permettait à des jeunes des écoles secondaires et collégiales de faire des
échanges pour mieux connaître le territoire. Ça pourrait être suivi, par
exemple, d'un programme de stage qui leur permet, après ça, d'aller
expérimenter d'autres endroits dans le territoire. Ça a très bien fonctionné.
Il y a beaucoup d'organismes en immigration à Montréal qui avaient... qui
s'étaient également jumelés avec des villes de région pour permettre aux gens
de découvrir les opportunités qu'il y avait en région, de se déplacer. C'est
les deux qui me viennent à l'esprit.
Mme Fréchette : Merci. Je vous
amènerais maintenant sur le thème du PTET, PSTQ. À la page 32, en fait,
vous soulignez qu'il est important d'assurer une certaine flexibilité quant aux
exigences, tant dans le programme du PTET que dans le programme du PSTQ, en
encourageant, en facilitant, là, l'accès à des cours de francisation durant la
période de séjour des travailleurs étrangers temporaires.
Donc, qu'est-ce que vous suggérez, plus
précisément, quand vous parlez d'injecter davantage de flexibilité quant aux
exigences requises dans le PTET pour favoriser l'apprentissage du français?
Est-ce que Francisation Québec répond, dans le fond, à vos souhaits de
flexibilité? Parce qu'il y a quand même beaucoup de flexibilité qui est offerte
via les formules d'apprentissage de Francisation Québec. On parle de formules
temps plein, temps partiel, virtuel, présentiel, en entreprise, en amont,
depuis le pays de provenance. Bref, on peut opter pour une formule ou une
autre. Alors, de quelle manière est-ce que vous verriez qu'il puisse y avoir
davantage de flexibilité?
Mme Ollivier (Dominique) : C'est
peut-être, vraiment, là, la question... C'est la question du continuum. Et
l'expérience, je pense, de Josefina est assez... est assez parlante et
éloquente à ce niveau-là.
Mme Blanco (Josefina) : Oui.
Mais, c'est clair, j'ai vécu cette expérience en 2011, donc, l'importance de
pouvoir avoir, bien, l'accès, d'abord. Je n'ai pas pu commencer ma francisation
faute d'avoir une place en garderie pour mes enfants. D'ailleurs, je ne l'ai
jamais eue. J'ai dû aller au privé pour pouvoir débuter ma francisation.
Par la suite, des fois, on s'est trouvés
dans le choix de... Est-ce que j'ai des allocations? Non, il y a des listes
d'attente. Donc, c'est vraiment l'accessibilité, l'allocation, la flexibilité,
s'assurer que, quand on parle des femmes ou des hommes, s'il y a des enfants en
charge... qu'on puisse avoir des services de garde accessibles
Et aussi une question qui se pose souvent...
Une fois qu'on avance dans ce parcours de francisation et qu'on commence à avoir
un niveau d'indépendance, de compréhension, de maîtrise, les offres d'emploi
arrivent, et là c'est de dire... On se trouve dans des choix difficiles à faire,
parce que c'est une grande pression économique, mais comment je m'assure que je
vais aller au bout de ma formation? Parce qu'on le sait, maîtriser le français,
c'est tout un art. Mais je pense qu'on doit s'assurer qu'on donne toutes les
conditions gagnantes et toute la flexibilité possible pour que cette formation
puisse se poursuivre, notamment en milieu de travail. C'est un enjeu très, très
pressant.
Je ne peux pas dire que c'est le cas pour
tout le monde, mais je pense que je peux représenter une certaine réalité vécue
par d'autres personnes, par d'autres immigrantes, par d'autres femmes qui arrivent,
comme moi, d'un pays où la langue maternelle n'est pas le français. Mais on
démontre qu'on peut l'apprendre puis que, quand on apprend le français, on peut
aussi montrer que ça va au-delà de l'apprentissage d'une langue. C'est vraiment
la rencontre d'une nouvelle culture, que ça finit pour devenir aussi notre
culture.
Mme Ollivier (Dominique) : En
fait, on salue l'intention du gouvernement d'avoir créé Francisation Québec et
d'ouvrir très, très, très largement des choses, mais il <faut aussi qu'on
le regarde, comme l'expliquait Josefina...
Mme Ollivier (Dominique) :
...des
choses, mais il >faut aussi qu'on le regarde, comme l'expliquait
Josefina, dans un continuum, donc, un continuum qui prend en compte la réalité
particulière de l'endroit où les gens se trouvent au moment où ils
entreprennent leurs démarches de francisation, mais ensuite aussi comment est-ce
qu'on peut les amener jusqu'à un parcours de maîtrise totale du français, particulièrement
dans le nouveau contexte, notamment, de la loi n° 96,
pour les services, et ainsi de suite. Donc, comment est-ce qu'on s'assure que
les passerelles sont vraiment là et qu'on peut les soutenir dans des besoins,
certes, de francisation mais aussi dans les besoins connexes tout au long du
parcours?
Mme Fréchette : Merci. Il
nous reste combien de temps?
La Présidente (Mme Caron) : 50 secondes.
Mme Fréchette : Oh!
50 secondes. Rapidement, est-ce que vous êtes optimistes pour assurer
l'équilibre linguistique à la faveur du français à Montréal? Est-ce que
Francisation Québec y contribuera?
Mme Ollivier (Dominique) : Oui,
oui, nous en sommes convaincues. Si c'est accessible, si c'est continu, si les
bonnes sommes sont injectées, il y a... ça promet beaucoup, le fait de
décloisonner, justement, cette offre de francisation.
Mme Blanco (Josefina) : Je
voudrais me permettre une remarque pour qu'on soit attentifs aussi à des
questions de fracture numérique, pour qu'on s'assure que, véritablement, tout
le monde ait accès. Et c'est un élément, je pense, que c'est important de
surveiller. Et c'est important de le soulever et de le nommer aujourd'hui.
Mme Fréchette : Merci. Merci
à vous deux.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, maintenant, je vais céder la parole au porte-parole de l'opposition
officielle pour 8 min 28 s.
M. Derraji : Bonjour à vous
deux. Très heureux de vous rencontrer, encore une fois, en commission
parlementaire.
En fait, c'est un bon mémoire, bien
étoffé, avec pas mal d'informations, des détails de statistiques. Ce qui m'a interpelé,
c'est la page 28. Vous avez consacré quand même pas mal d'informations sur
le logement. Et ma première question... Et, tout le monde le sait, à part les
dernières années où le gouvernement a nié la crise du logement, je pense, à
travers le Québec, vous, parmi les premières villes, vous avez dit qu'il y a
une crise du logement. Dans le même mémoire, vous dites qu'il faut augmenter
les seuils d'immigration. Moi, ce que je vois, et probablement une bonne partie
de mes collègues, c'est que les appels qu'on reçoit davantage, c'est qu'il n'y
a plus de logement pour le salaire que certaines personnes obtiennent pour leurs
premiers contrats quand ils arrivent à Montréal. Comment concilier tout cela?
D'un côté, on demande une augmentation de seuil. De l'autre côté, il y a une
pression, sur les logements, énorme.
Mme Ollivier (Dominique) : L'idée
qu'on a dite d'entrée de jeu que, pour nous, ce n'était pas seulement une
question de chiffres, c'était aussi une question de conditions de réussite... Et,
clairement, quand on améliore l'accès... Et Montréal vit les choses, je dirais,
de façon plus intense à cause du nombre qu'on représente, du poids
démographique dans le Québec. On le vit de façon plus intense et, je dirais,
souvent, avant les autres régions du Québec. Mais on se rend compte que, de
plus en plus, ça devient un enjeu à toute l'échelle du Québec, et quelles que
soient les catégories d'immigration dont on parle, hein? Certaines régions,
même, disent qu'elles sont incapables de se développer adéquatement, de
recevoir des travailleurs parce que, justement, il n'y a plus de logement.
Donc, pour nous, il faut qu'on regarde cet
accroissement, je dirais, graduel des cibles dans les trois prochaines années
en parallèle avec, notamment, des questions de maintien en logement, que ce
soit de maintenir un parc abordable, que ce soit de faire des nouvelles mises
en chantier, que ce soit également d'amener certains programmes aussi d'accès à
la propriété abordable. Il faut que toutes ces mesures-là se parlent les unes
aux autres pour qu'on ait une intégration qui est réussie.
M. Derraji : C'est quoi, le coût
moyen pour un logement de trois, quatre et demie à Montréal, maintenant?
Mme Ollivier (Dominique) : De,
pardon, trois...
M. Derraji : Le prix, trois
et demie, quatre et demie.
• (16 h 20) •
Mme Ollivier (Dominique) : De
mémoire, autour de 900 $. Donc, on est entre 900 $ pour un trois et
demie, jusqu'à 1 500 $, 1 600 $ pour un quatre et demie, et
ça dépend du quartier, parce que vous savez comme moi que les quartiers de
Montréal sont très différents l'un de l'autre.
M. Derraji : Oui, vous avez
raison, vous avez raison. Dans le cadre de votre planification, et on s'entend
que la plupart des nouveaux arrivants cherchent des appartements à louer, votre
demande, concrètement, maintenant, au gouvernement... Parce que ce que vous
dites au gouvernement aujourd'hui : Montréal, c'est une ville
incontournable au niveau de l'intégration des immigrants. Vous demandez aussi
dans votre mémoire : «Il faut que le gouvernement donne à Montréal le
soutien financier nécessaire pour bien intégrer et accueillir les immigrants en
<matière de francisation, de logements...
M. Derraji :
...accueillir
les immigrants en >matière de francisation, de logement et de services.»
Bon, on va décortiquer une chose à la fois. Francisation, vous être à l'aise
avec Francisation Québec. Maintenant, en termes de logement et services, vous
demandez combien, concrètement, au gouvernement du Québec aujourd'hui, pour que
Montréal continue à jouer son rôle?
Mme Blanco (Josefina) : Alors,
oui, peut-être que... D'abord, c'est important de noter que c'est important
qu'on ait un portrait des données juste. Et ça, il faudrait aussi que, quand on
parle d'immigration, on puisse prendre en considération des personnes à statut
précaire, par exemple, parce que sinon on a un portrait inexact de la réalité
des demandeurs, des personnes qui sont avec des demandes de résidence
permanente pour des raisons humanitaires. Il faut qu'on ait des données, un
partage d'information entre villes, entre organismes communautaires concernés,
concertés. Il faut que le portrait soit clair et il faut qu'on puisse les
garder de... regarder de façon régulière. Je ne sais pas...
M. Derraji : Mme Blanco... Désolé,
Mme Blanco. Je vais...
Mme Ollivier (Dominique) : Bien,
moi, j'irais même plus loin... Pardon, monsieur.
M. Derraji : Je vais répéter
ma question. Je vais répéter ma question. Je n'ai pas beaucoup de temps, mais
je veux vraiment vous entendre par rapport à ça. On le sait tous, il y a une
crise du logement à Montréal. Il n'y a personne qui va dire le contraire. Je
vous ai entendues à plusieurs reprises. J'ai entendu la mairesse le dire aussi
à plusieurs reprises. Maintenant, on est dans une consultation pour une
planification pluriannuelle, pour les trois prochaines années. Si, aujourd'hui,
la ville veut jouer son rôle pour continuer à intégrer et être la métropole
accueillante pour les immigrants... Vous-mêmes, vous avez dit que ça prend une
mixité, logements abordables, logements de premier recours. Il y a toute une
description vraiment très bien détaillée. Mais, concrètement, aujourd'hui, là,
vous demandez quoi au gouvernement? Des sous, je l'ai vu, mais vous chiffrez ça
à combien? Parce que nous, on est sur une planification pluriannuelle. Nous,
c'est ce qui s'en vient. Mais vous, vous êtes là, première ligne, pour
accueillir ces gens, mais, s'il n'y a pas d'argent sur la table pour construire
des logements, bien, comment on va faire pour intégrer ces gens s'ils n'ont pas
de toit?
Mme Ollivier (Dominique) : Bon,
M. le député, on sait qu'il y a déjà 24 000 ménages qui sont en attente d'un
logement à Montréal.
M. Derraji : 24 000...
Mme Ollivier (Dominique) : 24 000
logements qui sont... pour un logement social, 24 000 familles, ménages
qui sont en attente pour un logement social à Montréal. Une grande partie de
celles-là sont aussi des familles immigrantes, sinon, aussi, qui sont logées
dans le privé, dans des conditions qui ne sont pas toujours évidentes. Donc,
pour nous, c'est important qu'il y ait des nouvelles unités qui soient
annoncées de façon régulière chaque année pour pouvoir faire en sorte qu'on
puisse, à terme, probablement pas seulement sur trois ans, mais probablement
sur la prochaine décennie, être sûrs qu'on peut accueillir tout le monde.
Il y a les programmes de supplément au
logement aussi qui peuvent être une façon de soutenir les ménages montréalais
pour qu'ils aient accès à la propriété, mais, pour nous, je vous dirais,
au-delà d'un chiffre précis, c'est sûr qu'on veut avoir notre part des
enveloppes qui sont dédiées à l'habitation de façon générale et aussi peut-être
qu'on regarde dans les budgets de l'immigration, notamment, de l'entente
Canada-Québec sur l'accueil des immigrants, qui, à l'époque, a commencé à 70
millions, qui, maintenant, est à presque 10 fois plus. Est-ce qu'il y a moyen
de traiter la ville de Montréal... Nous, on aime souvent dire qu'on se sent un
peu traités comme un gros organisme communautaire, parce qu'on a 4 millions
dans l'ensemble PAC.
M. Derraji : Là, j'ai
compris...
Mme Ollivier (Dominique) : Est-ce
qu'on peut avoir une partie qui est plus substantielle?
M. Derraji : Oui, oui. Là,
j'ai compris et je comprends que j'ai en face de moi la présidente de gérer de la
ville. C'est excellent. Vous jonglez très bien avec les fonds et les
enveloppes. Le message que vous envoyez à Mme la ministre, c'est que 70
millions, c'est 100 fois maintenant. Vous ne voulez pas que la ville de
Montréal soit considérée comme un organisme communautaire.
Donc, les crises que vous vivez par
rapport au logement ou à autres aspects liés à l'immigration, vous ne voulez
pas aller avec le budget du Québec, mais vous voulez aller avec l'entente
Canada-Québec et qu'à l'intérieur... Vous dites : Bon, j'ai des immigrants
qui arrivent à Montréal, je veux une augmentation en conséquence de ce que j'ai
sur mon territoire. Est-ce que j'ai bien...
Mme Ollivier (Dominique) : En
fait, en fait, ce qu'on dit, c'est que les objectifs du gouvernement du Québec
ne peuvent pas être atteints si Montréal n'est pas partie prenante de la
solution. À partir de là, on a des ententes qui existent, soit Réflexe
Montréal, que ce soit l'entente Canada-Québec, que ce soient des programmes en
lutte à la pauvreté. On a une concentration de vulnérabilité à Montréal qui
gagnerait à ce qu'on la regarde non pas en silo mais de façon globale, en se
donnant collectivement, le gouvernement et la ville de Montréal, des objectifs
qui sont des objectifs ambitieux en termes d'intégration.
La Présidente (Mme Caron) : En
concluant, 10 secondes.
M. Derraji : Et ça passe par
d'autres <enveloppes budgétaires...
M. Derraji :
...et ça
passe par d'autres >enveloppes budgétaires.
Mme Ollivier (Dominique) : Ça
passe notamment par des enveloppes budgétaires.
M. Derraji : Dans le cas où
la réponse est non...
La Présidente (Mme Caron) : C'est
terminé. Désolée, c'est terminé. Alors, je cède la parole au deuxième groupe
d'opposition pour 2 min 50 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup pour votre mémoire puis votre présentation. Je suis content de vous
retrouver.
Écoutez, il y a quelques minutes, Le
Devoir titrait qu'il y a 300 dossiers de parrainage qui ont été
rejetés en raison du délai du MIFI, en fait, d'émettre des CSQ ou de les
envoyer au gouvernement fédéral. Alors, c'est 300 familles, là, c'est
300 personnes. Et ça m'a fait beaucoup réagir, cet article-là, de penser
que, parce que notre ministère n'envoie pas des CSQ à temps au fédéral... qu'il
y a des époux, il y a des enfants, il y a des conjoints de résidents permanents
du Québec qui ont fait face à un refus. Et je pense qu'en 2023 on devrait
pouvoir éviter ça. Il me semble que ce serait la moindre des choses que nos
administrations se parlent, au moins, puis qu'on n'ait pas de refus parce qu'un
CSQ n'a pas été envoyé.
Je reviens à vous ici, recommandation 4, régularisation
de statut de personnes à statut précaire, délais de CSQ en refuge. Est-ce que
vous sentez que la planification ou ce qui est présenté répond de quelconque
façon à vos inquiétudes sur ces volets-là?
Mme Ollivier (Dominique) : On
comprend que la planification visait... serait l'avenir, hein, puis que toutes
les catégories ne sont pas forcément seulement dans la cour du gouvernement du
Québec. Ceci dit, ce qu'on invite à faire, c'est d'avoir une approche globale
qui tient compte de l'ensemble des catégories, et quitte à avoir des
interventions peut-être plus musclées, plus importantes à certains moments de
l'année pour pouvoir s'occuper de, justement, tout ce qui est en délai de
traitement. Et, pour ça, on voudrait que le gouvernement du Québec travaille
avec le gouvernement fédéral pour s'assurer que les objectifs sont atteints.
Josefina... Non, ça va?
Mme Blanco (Josefina) : Bien,
je pense que ça va.
M. Cliche-Rivard : Est-ce que
la ville de Montréal appuie un éventuel programme de régularisation pour les
gens à statut précaire?
Mme Ollivier (Dominique) : Absolument,
et on l'a même demandé. On l'a demandé à la fois au gouvernement fédéral ainsi
qu'à la ministre, de faire tout ce qu'on pouvait pour faire en sorte que ces
gens qui sont sur notre territoire puissent être traités dignement et que ça
puisse... qu'ils puissent rapidement trouver une certaine stabilité dans...
c'est ça, dans un statut qui est moins précaire.
Mme Blanco (Josefina) : Ce
sont des personnes qui sont déjà dans notre ville, dans nos quartiers, puis on
a les façons de ne pas les rendre encore plus vulnérables. Donc, justement, il
faut les sortir de cette vulnérabilité et leur donner accès... c'est comme ça
que j'ai commencé à m'adresser à vous, en disant qu'il faut leur donner le
droit, l'accès à tous les services du gouvernement, les services... (panne de
son) ...logement, éducation.
M. Cliche-Rivard : Est-ce que
vous êtes déçues de voir que le document de planification, jusqu'en 2027, ne
contient pas de proposition, ou de programme, ou de seuil pour la
régularisation?
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion, s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard : Est-ce que
ça vous déçoit?
La Présidente (Mme Caron) : Il
reste cinq secondes.
Mme Blanco (Josefina) : Pardon?
Mme Ollivier (Dominique) :
...
Mme Blanco (Josefina) : Ah! notre
position est claire. Puis, je réitère ce qui a été dit par le comité exécutif,
on est...
La Présidente (Mme Caron) : C'est
terminé, madame. Désolée, c'est terminé. Je vous remercie beaucoup, Mmes
Ollivier et Blanco, pour votre participation à nos travaux.
Alors, je suspends la séance pour quelques
minutes, pour laisser place au prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 30)
16 h 30 (version révisée)
(Reprise à 16 h 33)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
nous allons reprendre nos travaux.
Je souhaite la bienvenue au Collectif
régional de développement du Bas-Saint-Laurent et je vous demanderai de vous
présenter par vos noms et de tout de suite commencer votre exposé, vous avez 10
minutes, avant qu'on procède aux échanges. Merci.
Collectif régional de développement du
Bas-Saint-Laurent (CRD du Bas-Saint-Laurent)
Mme Lavoie (Chantale) : Donc,
bonjour. Je vais débuter. Chantale Lavoie. Je suis préfète de la MRC de La
Matapédia mais aussi vice-présidente du Collectif régional de développement.
Donc, merci beaucoup de nous accueillir.
Mme Lambert (Elsa) : Bonjour.
Elsa Lambert, agente de développement en immigration au Collectif régional de
développement du Bas-Saint-Laurent.
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
Stéphanie-Jeanne Bouchard. Je suis agente de développement, volet
immigration, pour un centre local de développement de la région de
Rivière-du-Loup.
Mme Pinard (Isabelle) : Bonjour.
Je suis Isabelle Pinard. Je suis conseillère en développement, promotion et
attractivité, à la MRC de La Matapédia.
Mme Lavoie (Chantale) : Donc,
d'entrée de jeu, c'est moi qui vais débuter, là, peut-être juste pour vous
parler un petit peu de qu'est-ce que c'est que le Collectif régional de
développement.
Donc, c'est un regroupement des huit MRC
du Bas-Saint-Laurent qui ont décidé, dans le fond, de se donner une force de
concertation et de faire de la planification régionale aussi. Bref, la mission
du collectif, c'est de promouvoir et de soutenir le développement économique,
social, culturel, environnemental dans tout le Bas-Saint-Laurent. Évidemment, l'immigration
est un dossier régional qui est fort important, et on s'assure aussi de
soutenir les initiatives locales d'accueil et d'enracinement, mais on le fait d'une
façon, justement, pour avoir une régionalisation, un peu, de toutes ces
actions-là. Et on est soutenus financièrement par le PAC, là, justement.
Le CRD coordonne les travaux de la table régionale
de concertation en immigration, qui regroupe les intervenants en immigration
des huit MRC, et c'est principalement ces gens-là qui ont rédigé le mémoire qu'on
vous présente aujourd'hui. Et on a ajouté aussi des représentants COSMOSS, qui
est une organisation où les gens travaillent en intervention plus directe avec
les jeunes ou les adolescents aussi.
Évidemment, le Bas-Saint-Laurent, vous
connaissez sûrement, c'est une vaste région, c'est grand, avec une petite
population. Et, chez nous, l'immigration, c'est le gage d'un succès dans un
contexte de concertation et de cohérence mais beaucoup aussi en lien avec les
réalités puis les enjeux qui sont propres à nos régions. Puis, on le sait, les
déplacements, entre autres, et l'accès aux services sont très différents de d'autres
régions plus urbaines. Donc, notre mémoire, vous allez voir aujourd'hui, met l'accent
sur les... ces particularités territoriales là, le désir d'accueil et d'enracinement
des personnes immigrantes dans nos communautés.
Donc, pour faire la présentation, vraiment,
du document, je vais laisser la parole à Mme Lambert pour qu'elle puisse,
justement, vous présenter les constats, les recommandations. Évidemment, dans
le Bas-Saint-Laurent, nous sommes convaincus que nous pouvons tous ensemble
bâtir une société inclusive, dynamique et prospère pour toutes les communautés
du Bas-Saint-Laurent, et c'est ce qu'on veut vous présenter aujourd'hui. Donc,
Elsa, je te laisse la parole.
Mme Lambert (Elsa) : Merci, Mme
Lavoie. Bonjour, Mme la ministre, la présidente de la commission, les
commissaires. Ça me fait plaisir de vous présenter les enjeux et
recommandations de l'immigration en région. Je vais le faire avec aussi mes
collègues <Stéphanie-Jeanne et...
Mme Lambert (Elsa) :
...
de l'immigration en région. Je vais le faire avec aussi mes collègues >Stéphanie-Jeanne
et Isabelle Pinard aussi, qui vont faire une partie de la présentation et
répondre à vos questions.
Donc, dans ce mémoire qu'on a déposé, en
fait, on a développé notre argumentaire sur deux orientations qui ont été
identifiées, là, dans le cahier de consultation de votre ministère, qui est la
régionalisation de l'immigration et la coordination des services d'accueil et
d'intégration des personnes immigrantes, qui correspondent aux points 9 et
10 des orientations du gouvernement.
D'abord, la régionalisation de
l'immigration. On veut juste rappeler que, dans le dernier plan d'action en
matière de régionalisation 2022-2023 du gouvernement, on s'est fixé trois
objectifs prioritaires qui étaient d'encourager les personnes immigrantes à
s'établir en région dès l'étranger, d'améliorer l'attractivité des communautés
régionales et d'améliorer les programmes et les services liés à la
régionalisation. On veut juste spécifier que ces trois objectifs-là sont
essentiels à la régionalisation. On juge que c'est important de les maintenir.
Cependant, on a d'autres éléments que nous jugeons aussi importants pour la
régionalisation de l'immigration.
D'abord, la migration... je sais qu'on va
en entendre beaucoup parler, mais la migration temporaire joue un rôle de plus
en plus important pour la dynamique régionale, et nous croyons qu'elle devrait
être considérée dans une stratégie de régionalisation. De plus en plus de
candidats à l'immigration optent pour l'obtention de permis d'études ou d'un
permis de travail en raison de la forte concurrence dans le cadre du programme
régulier. Il s'agit également d'une migration primaire. Généralement, il est
plus facile d'intégrer et de retenir des individus déjà présents ici que de
tenter de les inciter à quitter Montréal pour les régions. Cependant, la
transition vers une sélection permanente s'avère souvent ardue en raison des permis
fermés qui maintiennent les travailleurs isolés, dans la précarité, avec des
difficultés d'accès à la francisation, d'accès à des services d'accompagnement,
d'accès à la santé, à la formation professionnelle et à la mobilité — il
y en a d'autres. Puis on aimerait faciliter l'accès à ces personnes-là à la
sélection permanente et aussi faciliter leurs conditions de travail, qui sont
souvent très, très difficiles.
Ensuite, il est essentiel de prendre en
compte la réunification familiale comme une dimension centrale dans une
stratégie de régionalisation de l'immigration. Il ne s'agit pas seulement, de
notre point de vue, des conjoints et des enfants, mais d'une perspective, là,
plus large de la famille. Parce que la famille, c'est un tremplin, un soutien
au quotidien qui devient un élément crucial à l'enracinement des personnes dans
les régions. C'était le deuxième point.
Troisièmement, évidemment, bien, il faut
continuer à renforcer les communautés en préparant les milieux, en poursuivant,
évidemment, le financement du Programme d'appui aux collectivités, mais il faut
également renforcer l'écosystème régional en matière d'accueil et
d'intégration, notamment dans le secteur de l'enfance et de la petite enfance
pour mieux accompagner les familles établies sur le territoire, mais également
de renforcer le réseau communautaire, le réseau de la santé, le milieu
économique, etc. On ne peut pas uniquement s'appuyer sur les agents en
immigration pour assurer l'accompagnement et l'intégration des familles
immigrantes. Il faut que l'ensemble de l'écosystème régional s'implique. L'Union
des municipalités du Québec proposait ce matin d'impliquer les autres
ministères, ce qui permettrait de renforcer les compétences et de fournir des
ressources dans l'ensemble de la communauté.
• (16 h 40) •
Nous souhaitons également souligner
l'importance de mieux préparer les candidats à l'immigration en amont, avant de
s'établir dans la région, en offrant de la formation prédépart individualisée
par les ressources locales, pour bien préparer leur arrivée et établir des
liens de confiance.
Enfin, l'accès au logement est également
un frein à la régionalisation. Nous l'avons vu cette année dans notre région,
au Bas-Saint-Laurent, beaucoup d'étudiants n'ont pas pu venir étudier dans
l'une de nos institutions scolaires en raison du manque de logements.
Deuxième orientation sur laquelle nous
nous sommes penchés, c'est... Pour favoriser l'accueil et l'intégration des
personnes immigrantes dans les régions, il faut permettre une plus grande capacité
d'action des services d'accueil et de soutien aux personnes immigrantes en
considérant les particularités régionales, en considérant l'expertise
régionale, en augmentant le financement du PASI, tel qu'on l'avait espéré, et
aussi en facilitant les redditions de comptes.
Je vais passer la parole à ma collègue
Stéphanie-Jeanne pour développer l'argumentaire de ce côté-là. Merci.
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
Bonjour à vous. C'est certain qu'avec 0,2 % d'immigration au
Bas-Saint-Laurent le ministère ne peut pas envisager la <grandeur et
le...
Mme Bouchard
(Stéphanie-Jeanne) :
... au Bas-Saint-Laurent, le ministère ne
peut pas envisager la >grandeur et le financement adéquat pour répondre
à la demande et de voir concrètement ce que représente l'immigration pour le Bas-Saint-Laurent.
Par une expérience terrain de plus de 10 ans, je vais vous parler un peu
des services spécifiquement pour la région de Rivière-du-Loup, dans laquelle je
suis.
Depuis le début de l'année, ce sont plus
de 450 personnes, dont 240 nouveaux arrivants, qui ont été rencontrées
par deux ressources et demie de notre service. Et là je ne parle que des
clients admissibles. Je ne vous parle pas des visiteurs, des demandeurs d'asile,
des questionnements d'employeurs, des réunions de concertation, de soutien aux
établissements et aux organismes. De ces 450 personnes uniques, la grande
majorité ont demandé plusieurs rencontres.
Dans les écoles, actuellement, avec qui l'on
tente de travailler en étroite collaboration à cette rentrée 2023, ce sont
255 élèves du primaire et du secondaire, ce qui représente 6 % des
élèves de la commission scolaire à Rivière-du-Loup spécifiquement, dont
68 sont allophones et dont les langues maternelles sont l'arabe, l'espagnol,
le tagalog, le créole, etc., et cela, sans avoir accès à des classes d'accueil
ou des formations particulières pour les professionnels qui sont liés à ces
nouvelles arrivées et sans avoir de modalités claires quant à l'accueil pour
ces enfants, pour ces familles issues de l'immigration. Bien sûr, ça s'affine
doucement, mais les ressources sont cruellement lacunaires, les visions sont
peu affirmées et les gens, malheureusement, pas assez formés. Cela sans compter
aussi les étudiants des centres de formation professionnelle et des cégeps, qui
représentent plus de 200 étudiants internationaux pour la seule région de
Rivière-du-Loup.
Ça fait maintenant 10 ans que je
travaille à ce poste d'agent de développement en immigration. Ce sont des
milliers de vies croisées... Et on me fait signe d'arrêter.
La Présidente (Mme Caron) : Il
vous reste 20 secondes.
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
Parfait. Je vais vous parler des postes au niveau du service de l'immigration.
On est confrontés actuellement à des enjeux de santé mentale, de vulnérabilité
sociale, financière, de statut précaire, de précarité exacerbée, des situations
plus lourdes, plus complexes, des incompréhensions culturelles...
La Présidente (Mme Caron) : C'est
terminé.
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
Oui, j'arrête ça.
La Présidente (Mme Caron) : Désolée,
c'est terminé. Alors, je vais... Merci pour la présentation. Je vais céder la
parole à Mme la ministre pour 14 minutes... 14 minutes, oui, 7 secondes,
pour les échanges.
Mme Fréchette : D'accord. Merci,
Mme la Présidente. Alors, merci à vous toutes pour ce mémoire, pour cette
présentation, pour prendre part à cet exercice. C'est vraiment très apprécié.
Comme vous le savez, pour notre
gouvernement, la régionalisation de l'immigration, c'est vraiment une priorité,
c'est une de mes trois priorités, et on veut s'assurer de cheminer, d'avancer
dans cet objectif de régionalisation. Et vous savez qu'on partait de loin,
parce que, sous le gouvernement antérieur, libéral, l'ensemble des bureaux
régionaux du ministère de l'Immigration avaient été fermés. Alors, dans un
premier temps, on s'est assurés d'ouvrir à nouveau l'ensemble de ces bureaux
régionaux et même de consolider encore davantage le déploiement de nos équipes
à l'échelle du territoire du Québec. Et on a fait de même à l'international
parce qu'encore là les équipes, la presque totalité des équipes avaient été
éliminées par le gouvernement libéral. Donc, on s'est assurés de remettre en
place ces équipes pour faire en sorte de bien accompagner l'ensemble des
intervenants qui oeuvrent dans le domaine de l'immigration.
Alors, sur ce plan-là, j'aimerais vous
entendre sur l'impact que ça a pu générer pour vous. Et j'entendais que, Mme
Bouchard, vous étiez là depuis 10 ans. Donc, j'imagine que vous avez vu
une évolution. Donc, qu'est-ce que ça a généré pour vous, l'ouverture de ces
bureaux, en termes de régionalisation de l'immigration? Dans quelle mesure
est-ce que ces entités vous soutiennent? Et, quand vous parlez d'avoir un
continuum d'activités, dans quelle mesure est-ce que nos équipes à l'international
peuvent vous aider pour faire connaître les opportunités qui s'offrent dans le
Bas-Saint-Laurent, pour l'immigration primaire idéalement? Vous y avez fait
référence. Donc, j'aimerais vous entendre sur ces différentes dimensions.
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
Elsa, je te laisse commencer.
Mme Lambert (Elsa) : Ah! oui,
il y a comme plusieurs questions, là. Bien, premièrement, les directions
régionales, c'est un excellent service de proximité. C'est une chose qu'il
fallait faire, c'est certain. Et aussi on a de très bons liens avec les
directions régionales, on a des très bons liens avec les conseillers en
immigration, mais il y a peut-être un manque de leviers pour les directions
régionales. Il y a... Ils n'ont pas de pouvoir d'action réel, quand on installe
des programmes, où est-ce qu'ils peuvent être totalement en concertation avec l'ensemble
des acteurs sur le territoire. Ça, c'est... c'est... Quelque chose que...
peut-être, qu'on aimerait, c'est une... peut-être une plus grande liberté d'action
pour les <directions...
Mme Lambert (Elsa) :
...
qu'on aimerait, c'est une... peut-être une plus grande liberté d'action pour
les >directions régionales, plus de leviers au niveau régional.
Sinon, sur les... Évidemment, on en a
parlé ensemble, puis je pense que je vais vous laisser la parole, les filles,
aussi, c'est qu'évidemment, si on a plus de ressources à l'étranger, à
l'international, bien, ce serait le fun de trouver des moyens où est-ce que les
régions puissent être présentes pour parler des réalités régionales et des
conditions qu'on a à offrir aux personnes... aux candidats à l'immigration.
Mais je ne sais pas si Stéphanie-Jeanne ou
Isabelle veulent faire du pouce un peu là-dessus.
Mme Pinard (Isabelle) : Oui,
si je peux me permettre. Donc, effectivement, les mesures d'attractivité sont
plus difficiles pour nous, d'être visibles, de s'afficher comme région pour des
candidats qui pourraient être intéressés à venir à l'extérieur de la région de
Montréal.
Pour faire aussi du pouce sur les
directions régionales, ce qu'on a constaté aussi, c'est qu'au sein des
expertises qu'on avait déjà localement auprès des employeurs, des entrepreneurs,
entre autres... c'est que, malheureusement... Oui, on a augmenté le soutien en
leur offrant des... par exemple, des conseillers en immigration, des
conseillers pour les aider au recrutement, du moins les orienter, mais ça a créé
une confusion aussi, parce qu'on avait déjà des liens avec ces employés...
(panne de son).
Mme Fréchette : On vient de
perdre madame.
La Présidente (Mme Caron) : On
vient de perdre le son. On ne vous entend pas.
Mme Fréchette : Est-ce que,
les autres, on continue à vous entendre? Est-ce que vous pourriez vérifier
votre micro?
La Présidente (Mme Caron) : Est-ce
que...
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
Bonjour.
La Présidente (Mme Caron) : Oui.
Alors, vous, on vous entend. Est-ce que vous pouvez reprendre, madame, pour
voir si le son est revenu pour vous?
Mme Pinard (Isabelle) : Oui.
Est-ce que le son est revenu?
La Présidente (Mme Caron) : Oui.
C'est bien. Merci.
Mme Pinard (Isabelle) : Donc,
je ne sais pas où ça a coupé, mais ce que je disais, c'est qu'avec l'arrivée
des conseillers en immigration ça a créé une certaine confusion chez la part de
nos entrepreneurs et employeurs, qui ne savaient plus nécessairement vers qui
se tourner. On avait déjà souvent, dans les milieux locaux, des liens déjà bien
établis avec les employeurs et on a perdu un peu, là, la ligne, un peu, là,
de... avec eux pour savoir, justement, quels étaient leurs projets. Et on est
souvent maintenant confrontés à des situations où on apprend en cours de
processus qu'il y a un candidat ou une candidate qui arrive, et ils arrivent
dans les jours, sous peu, alors que, malheureusement, auparavant, on était
peut-être davantage au courant d'avance, là, et on était en mesure de mieux
travailler à préparer aussi les équipes de travail avant l'arrivée des
employeurs et préparer les milieux à ce que les nouvelles arrivées se
fassent... se passent bien pour tout le monde.
Mme Fréchette : Merci.
J'aimerais passer la parole à ma collègue Valérie Schmaltz, adjointe
gouvernementale. Merci.
Mme Schmaltz : Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Allez-y.
Mme Schmaltz : Merci.
Bonjour, mesdames. J'ai l'impression de reconnaître quelques-unes d'entre vous
lors de la tournée, hein, cet hiver avec la ministre. Bon, vous dites oui. Alors,
c'est ça, je ne me suis pas trompée.
Alors, j'aimerais revenir à la page 9
de votre mémoire, où vous recommandez de maintenir et adapter les seuils de
regroupement familial pour un meilleur enracinement des personnes en région.
Est-ce que c'est possible d'élaborer un petit peu sur ce point? Puis, selon
vous, est-ce que nous devrions traiter prioritairement, justement, les dossiers
de regroupement familial de demandeurs dans les régions?
• (16 h 50) •
Mme Lambert (Elsa) : En fait,
je vais répondre à la question. Et d'ailleurs j'écoutais l'Institut de la
statistique du Québec, ce matin, qui a aussi également mentionné... a fait des
mises en garde, là, par rapport à ça aussi. Parce qu'on a une immigration
économique qui augmente puis on remarque, dans les statistiques, un... comme un
vide, un décalage, en fait, comme, plus important que les années antérieures
entre l'immigration économique qu'on veut faire venir et le regroupement
familial. Et, si on augmente l'immigration économique, il faut aussi être
cohérents avec la réunification familiale, parce que ça va de soi, c'est
important. Ça fait que ce vide-là, il est là, et c'est... On craint qu'il y ait
un grand décalage entre ça et que les personnes qui migrent ici aient de la
difficulté à faire venir leurs familles. Et c'est important pour la
régionalisation de l'immigration. Nous, on y croit, là.
Mme Schmaltz : Absolument.
La Présidente (Mme Caron) : Allez-y,
Mme Bogemans...
Mme Bogemans : Oui. Parfait.
J'attendais le micro. Merci.
La Présidente (Mme Caron) : ...pardon,
députée d'Iberville. Désolée. Il reste 6 min 45 s à votre
formation politique.
Mme Bogemans : Parfait.
Merci. Tout à l'heure, vous parliez de régionalisation et d'intégration. Vous
voulez de la régionalisation primaire dans vos régions. Est-ce que vous pouvez
nous <expliquer un petit peu...
Mme Bogemans :
...
régionalisation primaire dans vos régions. Est-ce que vous pouvez nous >expliquer
un petit peu quelle serait votre idée, comment ça se déploierait?
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
Déjà, peut-être, je vais prendre la parole pour dire que moi, avec cette
expérience, là, de 10 ans, voire 11 ans, parce qu'en 2009-2010
j'avais aussi fait une année... Et, en 2009, j'ai accueilli une agronome du
Maroc, puis, à ce jour, c'est 14 personnes de sa famille qui sont
maintenant dans la région, qu'au fil des années on a aidé à accueillir et qu'au
fil des années les services de proximité ont fait en sorte qu'on a pu
accueillir non seulement des gens qui travaillent dans plusieurs sphères, mais
qui ont aussi plusieurs enfants qui vont dans nos écoles, et tout ça.
Le service, vraiment, qu'on est en mesure
d'aller toucher les gens à l'étranger, de les préparer d'emblée à venir
directement dans la région, je pense que c'est gage de succès au niveau de la
régionalisation. Il ne faudrait pas occulter le fait que les gens, dans une
migration primaire, pourraient envisager le Québec dans sa totalité. Souvent,
on parle de l'immigration à l'étranger comme Montréal, et les régions, et le
reste du Québec, et on ne parle pas d'un Québec plein, entier, avec diverses
possibilités, selon les envies de chacun, les désirs de chacun, les motivations
de chacun. La migration première, nécessairement et systématiquement, se fait
souvent vers Montréal, et, dans un deuxième temps, les gens peuvent envisager
la vie en région. Alors, moi, je pense que de présenter un Québec fort et fier
de tous ses territoires, ça pourrait être d'emblée gagnant pour une
régionalisation, à la base.
Mme Bogemans : Parfait.
Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Oui,
la députée de...
Mme Schmaltz : Vimont.
La Présidente (Mme Caron) : ...Vimont,
oui. Allez-y.
Mme Schmaltz : Vous parlez
d'indice de vitalité économique qui n'est pas suffisamment pris en compte.
J'aimerais vous entendre là-dessus puis aussi d'essayer de comprendre de quelle
façon cet outil pourrait être utilisé par le MIFI ou d'autres acteurs aussi.
Alors, j'aimerais connaître...
Mme Lambert (Elsa) : Oui. Je
peux dire un petit mot là-dessus. Bien, en même temps, une région comme le
Bas-Saint-Laurent... Le Québec est diversifié, mais même une région comme le
Bas-Saint-Laurent est très diversifiée. Il faut comprendre que l'indice de
vitalité économique fonctionne pour des petites MRC comme, par exemple, La Matanie,
La Matapédia, mais qu'à Rivière-du-Loup c'est différent.
On pourrait... Dans les subventions du
MAMH, par exemple, tu sais, ils vont prendre l'indice de vitalité, des fois,
pour répartir certaines données financières, parce que, l'indice de vitalité,
ils vont considérer la grandeur du territoire, puis nous, on a un problème dans
le transport. On n'est pas capables de sortir, par exemple, des travailleurs
temporaires des fermes agricoles pour les amener vers des activités. Ça prend
du transport. Peut-être qu'Isabelle, je ne sais pas, tu peux peut-être faire du
pouce là-dessus, parce que vous avez des beaux projets, mais tu sais comment
c'est difficile à financer.
Mme Pinard (Isabelle) : C'est
effectivement plus difficile lorsqu'on a un grand territoire. Ce n'est pas pris
en compte, souvent, les dépenses qui sont à assumer. On peut dire : Oui,
mettez en place des activités de sensibilisation, mais on sous-estime souvent,
justement, que, lorsqu'il faut organiser une activité, il faut prévoir des
autobus maintenant, ce qui n'était pas nécessairement le cas il y a six ans,
par exemple, lorsqu'on a débuté nos ententes. Mais aujourd'hui c'est
pratiquement obligatoire que, chaque fois que j'organise une activité, je dois
prévoir un transport adapté pour aller chercher... m'assurer de couvrir
l'ensemble du territoire. Donc, c'est un type d'exemple de dépense, là, qu'on
doit faire maintenant pour s'assurer de la participation pleine et entière de
tous nos nouveaux arrivants sur le territoire.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, la députée de Laviolette—Saint-Maurice, allez-y.
Mme Tardif : ...que ma
collègue n'ait pas terminé. Je vais...
La Présidente (Mme Caron) : La
députée d'Iberville, vous n'avez pas terminé? Alors, allez-y. Il reste 2 min 26 s.
Mme Bogemans : Parfait. On
parlait d'apprentissage du français en milieu de travail tout à l'heure, surtout
pour les municipalités les plus éloignées. Selon vous, ce serait quoi, les
meilleurs outils à mettre en place pour faciliter ça puis que ce soit commode
et pour la personne immigrante et pour l'employeur?
La Présidente (Mme Caron) : Est-ce
que quelqu'un veut répondre?
Mme Lavoie (Chantale) : Comme
personne ne se lance... M'entendez-vous?
La Présidente (Mme Caron) : Oui.
Mme Lavoie (Chantale) : OK.
Bien, je pense que, par rapport à votre question, moi, ce que je dirais, c'est
que c'est important de continuer de soutenir nos milieux puis de, justement,
préparer nos milieux, parce que nos entreprises, elles ne sont pas toutes
ouvertes à donner des cours de français pendant... Il y a beaucoup
d'entreprises qui ont encore la philosophie... Puis là on parle de petites et
moyennes entreprises. Dans La Matapédia, là, des <grosses
entreprises, il...
Mme Lavoie (Chantale) :
...
de petites et moyennes entreprises. Dans La Matapédia, là des >grosses
entreprises, il n'y en pas tellement. Ça fait que, quand on travaille avec ces
gens-là, c'est de la plus petite entreprise, souvent, et les entreprises ne
sont pas ouvertes encore suffisamment. Ça fait que, les cours, il faut qu'ils
soient donnés le soir. Ça fait que ces personnes-là travaillent toute la
journée, doivent travailler le soir... doivent aller à l'école le soir,
apprendre le français, quand ils ne doivent pas tout simplement quitter La Matapédia
pour aller dans un... Notre centre de services scolaire, il est beaucoup plus
grand, ça fait que les cours ne se donnent pas nécessairement dans La Matapédia.
Parce que, La Matanie, il y a plus de personnes immigrantes, entre autres.
Ça fait qu'il y a vraiment le besoin, je
pense, que... Dans votre question, ce que je retiens, c'est qu'il faut
continuer de soutenir de façon importante le milieu dont les entreprises font
partie, là.
Mme Bogemans : Parfait. Donc,
les outils technologiques seraient une bonne façon de déployer la francisation
en entreprise, en région.
Mme Lavoie (Chantale) : Je
vais laisser plus mes collègues répondre, mais moi, je vous dis ma... En tout
cas, les outils technologiques, c'est un autre élément qu'il nous faut faire
attention, parce qu'ils n'ont pas tous accès à ça non plus, là, je vous dirais.
Puis là ça dépend de quel statut on parle aussi. Ça fait que je vais laisser
mes collègues réagir.
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion... 20 secondes, en conclusion.
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
La littératie numérique n'est pas acquise de tous les gens qui arrivent ici,
sur le territoire. Ça, c'est sûr. D'avoir des portails où s'inscrire, où c'est
déjà complexe pour quelqu'un qui parle français, peut devenir assez rébarbatif,
assurément, pour des gens qui n'ont pas accès à des ordinateurs, parfois, ont
peu accès à la littératie numérique aussi.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Merci. C'est terminé. Alors, merci pour cette partie d'échange. Maintenant, je
vais céder la parole au porte-parole de l'opposition officielle pour les
échanges, 8 min 28 s. Alors, Mme la députée de Chomedey.
Mme Lakhoyan Olivier : Bonjour.
Donc, merci beaucoup pour votre mémoire et votre présence. C'était très
intéressant le lire. Et je trouvais que, d'une région à l'autre, c'est
différent mais un peu pareil, que ce soit le côté humain, la réunification
familiale. Mais, dans votre cas, vous dites que vous avez 1 000 étudiants
internationaux et plus de 900 travailleurs étrangers. Mis à part ça, vous
devriez avoir d'autres immigrants, comme des immigrants qui viennent... Est-ce
qu'ils viennent directement pour vivre là, ils demandent à être immigrants chez
vous au lieu d'aller à Montréal, par exemple? Est-ce que vous avez des chiffres
concernant les autres situations d'immigration? Ah! une de vous quatre, je ne
sais pas.
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
Les chiffres sont vraiment difficiles à avoir, en fait. Je pense que... je
pense qu'il y a de ça aussi. Il y a beaucoup de travail qui se fait avec des
gens qui sont à l'étranger, qui ont connu Rivière-du-Loup, le
Bas-Saint-Laurent, Rimouski et compagnie par, oui, des établissements scolaires,
mais le bouche-à-oreille aussi. Donc, je pense que, quand on est en mesure de
parler avec des gens qui sont à l'étranger... Puis chaque jour on reçoit des
demandes, nous. Si on donne un petit plus au niveau du service, de l'information,
et tout ça, ces gens-là sont prêts à venir directement au Bas-Saint-Laurent
sans nécessairement passer, assurément, par les grands centres.
Mme Lakhoyan Olivier : Donc,
vous n'avez pas de chiffre exact là-dessus.
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
Malheureusement.
Mme Lakhoyan Olivier : Vous
dites que vous avez besoin des immigrants, il faut faciliter, et tout. Quel
seuil est bon, vu la demande que vous avez dans la région?
• (17 heures) •
Mme Lambert (Elsa) : Bon, bien,
justement, on a beaucoup de difficultés à avoir un portrait réel de
l'immigration au Bas-Saint-Laurent. Bon, on peut avoir quelques statistiques de
Statistique Canada, on a des chiffres, mais ils ne sont pas... ce n'est pas
réel parce qu'on manque beaucoup de données.
Pour... Juste pour les... Tu sais, on a
des travailleurs temporaires qui sont ici depuis 10 ans. On ne le sait pas,
où ils sont, tu sais. On n'a pas... On n'est pas capables d'avoir... on n'est
pas capables d'avoir de chiffres réels de l'immigration au Bas-Saint-Laurent
avec l'immigration temporaire, avec l'immigration permanente, et on... Donc, à
partir de ça, on n'arrive pas à faire un portrait sur qui qui est là, qui qui
vit à nos côtés, qui qui sont là, tu sais, puis comment ils vivent. Tu sais, si
on pouvait avoir un portrait réel, on serait capables de voir : Ah! bien,
notre capacité, regardez, on a réussi quand même à accueillir tout ça puis à
loger tout ce monde-là, mais on n'est pas capables de le dire. C'est que ce
n'est que des estimés, et assez flous, merci.
Puis, juste pour l'immigration temporaire,
on arrive, mais, tu sais, je veux dire, c'est un véritable casse-tête d'avoir
des chiffres, là. Je veux dire, on arrive, par les EIMT, d'aller chercher,
entre tel mois et tel mois, sur... les entreprises qui ont fait des... qui ont
demandé des permis de travail, mais on ne sait même pas s'ils sont arrivés sur
le territoire. Il y a des postes, comme soudeur, par exemple, où on en a beaucoup
sur le territoire, qu'il n'y a pas <besoin d'EIMT. On n'est pas capables...
>
17 h (version révisée)
< Mme Lambert (Elsa) :
...postes,
comme soudeur, par exemple, où on en a beaucoup sur le territoire, qu'il n'y a
pas >besoin d'EIMT. On n'est pas capables. C'est un vrai... C'est
cacophonique. Mais, tu sais...
M. Derraji : Je lis entre les
lignes que c'est une vraie inquiétude que vous êtes en train de nous exprimer
en commission par rapport au travail.
Mme Lambert (Elsa) : Une
vraie...
M. Derraji : Une vraie
inquiétude que vous êtes en train d'exprimer en commission parlementaire. Parce
que vous savez que, sur la table, on vous a invitées pour choisir un des deux
scénarios, statu quo à 50 000 ou à 60 000. Mais, votre besoin, dans
votre grande région que j'aime beaucoup, il y a aussi les travailleurs
temporaires étrangers. Mais, vous-mêmes, vous êtes sur le territoire, vous êtes
en train de nous dire vous n'avez aucune idée. C'est juste des estimés. Donc,
si, demain, on dit qu'on veut accueillir 1 000, on a une entreprise importante
qui vient dans la région, bien, les services doivent suivre, et notamment pour
le logement. Donc, pensez-vous qu'on passe à côté de quelque chose au niveau de
cette consultation?
Mme Lambert (Elsa) : Bien,
dans les orientations du gouvernement, il y est clairement mentionné qu'ils
veulent documenter les capacités d'accueil. Alors, nous, notre lecture derrière
ça, c'est d'être capable de nous donner les chiffres pour qu'on puisse faire
des portraits de notre immigration, un réel portrait de notre immigration au Bas-Saint-Laurent
avant d'identifier des cibles puis de...
M. Derraji : Donc, vous, vous
êtes un acteur sur le terrain aujourd'hui, vous êtes en commission
parlementaire et vous dites que vous n'avez pas le portrait de l'immigration
dans votre région. Vous ne savez même pas s'il y a des gens logés quelque part,
si des travailleurs étrangers... La seule chose, c'est ceux et celles qui
viennent taper à votre porte pour demander des services. C'est quand même
inquiétant, non, pour un organisme qui travaille en immigration, qui ne sait
pas le portrait de la région? Mais comment... comment pallier à ça? Comment
pallier à ça? Comment on peut vous aider, à part demander... à par demander les
sous? Ça, on va le faire au gouvernement. On va faire le suivi. Vous allez
avoir l'argent nécessaire. Le gouvernement est très généreux au niveau de la
régionalisation. Ils vont réouvrir des bureaux. Donc, on peut faire le suivi
par rapport à ça. Mais, concrètement, ça prend plus que des sous, là.
Mme Lambert (Elsa) : Bien,
concrètement, le gouvernement fédéral, il faudrait qu'il nous donne le nombre
de visas qui a été....
M. Derraji : On n'est pas à Ottawa.
On n'est pas à Ottawa. On est à Québec. Qu'est-ce qu'on peut demander au
gouvernement du Québec?
Mme Lambert (Elsa) : Les
filles, là, je vous laisse...
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
Bien, moi, qui travaille depuis 10 ans, je l'ai dit tout à l'heure,
mais, quand même, si je pouvais travailler 24 heures sur 24, mon cher monsieur,
j'aurais des rendez-vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept. On est
deux personnes et demie. J'ai les agendas surchargés.
M. Derraji : Wow!
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
Vous roulez mon agenda dans les 10 dernières années, jamais de temps
libre, je prends deux semaines de vacances, j'ai 400 courriels. Hier... hier,
j'ai eu 18 demandes de rendez-vous. On est deux et demi pour servir cette
population-là puis on fait des petits miracles au quotidien.
M. Derraji : Oui, bien, je...
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
Alors, quand vous parlez de capacité d'accueil...
M. Derraji : Oui, oui. C'est
bon.
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
...je dirais juste aussi : Comment on définit cet accueil-là puis qu'est-ce
qu'on veut en faire? D'avoir un discours purement économique, je pense qu'on
passe à côté de la chose, premièrement, parce que le discours économique fait
en sorte qu'un employeur m'interpelle et me dit : Ça a bien été avec mes
cinq Philippins, Marocains, ou peu importe, j'en ai commandé 30 autres.
Moi, recevoir ce commentaire-là d'un employeur en 2023, je ne l'accepte pas.
Donc, le discours économique de dire :
Capacité d'accueil, on fait venir des travailleurs, on fait venir des humains
qui ont des familles, qui, oui, viennent travailler pour nous... Mais à quand le
discours de rayonnement de la diversité, au-delà du discours de l'immigration?
Puis à quand le travail non en silo du ministère de l'Immigration, mais
travaillons en collaboration avec le ministère de la Culture, du Travail, de l'Immigration,
et qu'on fasse rayonner ensemble une diversité?
Donc, la capacité d'accueil, elle inclut
tout ça puis elle inclut ces humains-là qui choisissent nos territoires puis
que l'on veut accompagner pour les aider à s'enraciner.
M. Derraji : Mesdames, c'est
tout à votre honneur. J'adore ce que j'entends. C'est un très beau discours. Et,
vous savez, si j'ai à choisir votre région ou à la référer à quelqu'un, je vais
être très honoré de le faire, parce que c'est exactement ce qu'on veut. Des
messages de stigmatisation, des mots forts que nous avons tous vécus lors de la
dernière campagne électorale, parfois même de la bouche d'un ancien ministre de
l'Immigration, ça n'aide pas à l'intégration, ça n'aide pas la régionalisation.
Mais je suis très rassuré de voir que votre discours est le discours de 2023,
je dirais même avant-gardiste, probablement même un discours du futur qu'on
doit tous adopter.
Je reviens à la question de la
consultation. Si je vous pose la question aujourd'hui, scénario 50 000 ou
60 000, vous allez me dire quel scénario vous préférez et pourquoi.
La Présidente (Mme Caron) : Rapidement.
Il reste <10 secondes...
M. Derraji :
...préférez
et pourquoi.
La Présidente (Mme Caron) :
Rapidement.
Il reste >10 secondes.
Mme Lavoie (Chantale) : Honnêtement...
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
On parle de... Bon, allez-y, madame.
Mme Lavoie (Chantale) : ...on
ne s'est pas posé cette question-là, parce que, nous, que ce soit 50 ou 60,
notre but à nous, ce n'est pas le chiffre qui est important pour nous, c'est
comment on va le faire puis pour qui on le fait. Dans le fond, c'est...
Honnêtement, on ne s'est même pas... On ne s'est pas posé cette question-là. Je
suis très honnête avec vous. Puis, nous, c'est des gens. Ce n'est pas des
chiffres. C'est...
La Présidente (Mme Caron) : C'est
terminé. Merci. Merci. Alors, je vais céder la parole au deuxième groupe
d'opposition pour 2 min 50 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. D'abord, merci beaucoup pour votre travail. C'était fascinant à vous
lire et à vous entendre. Et merci pour tout ce que vous faites au quotidien
pour ces gens-là que vous accueillez, là. On ne le dit pas assez souvent. Merci.
Alors, je vous envoie mes remerciements.
Je vous ai lu avec attention. Ce que je
constate, c'est que, chez vous, il y a deux catégories de travailleurs, si je
peux me permettre, là, ceux qui auront accès à la résidence et les moins
qualifiés qui n'auront que très peu, voire pas, là, ou difficilement accès à la
résidence. Et vous parlez de 80 % des travailleurs, chez vous, dans votre
document. Vous parlez d'un parcours du combattant. Vous parlez du fait que, bien
qu'ils reviennent chez vous travailler, souvent année après année... Et, en
réponse à mon collègue, vous avez parlé, des fois, de 10 ans de travail
temporaire sans jamais être capable d'accéder à la résidence permanente. Ça me
préoccupe d'entendre ça, sincèrement. Je vous pose la question : Est-ce
que vous jugez que c'est normal, en 2023, d'avoir deux classes de travailleurs,
là, ceux qui auront accès à la résidence puis ceux qui n'auront pas accès?
Et, dans un deuxième temps, est-ce qu'il
n'est pas le temps d'avoir une voie rapide régionale qui répond à vos besoins
sur le terrain, qui répond à vos travailleurs sur le terrain pour qu'ils
puissent rester avec vous, ce que moi, j'appelle un PEQ régions, là? Est-ce
qu'on... il ne serait pas le temps d'aller là?
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
Ça pourrait être envisagé, assurément. C'est sûr que la refonte du PEQ,
dans la nouvelle mouture, qui a enlevé la possibilité à des travailleurs de
catégorie que l'on appelait C et D, dans le bloc peu qualifiés, fait en sorte
que, pour plusieurs, plusieurs d'entre eux, l'accessibilité à la résidence... à
la sélection du Québec ne sera pas possible.
Puis, d'autre part, quand la sélection est
possible, moi, je connais des gens... On s'inscrit sur Arrima, on est invité
dans le programme Travailleurs réguliers, on est invité par le Québec, on
dédouble sur une autre plateforme, on fait son profil, puis, à la fin, en ayant
soumis de nouveau le profil et payé les frais, on nous refuse parce qu'à la
base on n'a pas de DES équivalent dans son pays d'origine. Et on a fait faire
toute cette démarche-là, à la base, en étant invité par le Québec, mais, à la
base, on savait que ces gens-là seraient refusés. Ça fait que, d'une part, ça,
c'est... c'est très crève-cœur pour plusieurs.
La méconnaissance des gens qui arrivent ici,
qui pensent que, dans deux, trois mois, leurs familles vont être ici, qui
déchantent cruellement... Moi, quand je les rencontre devant moi, quand j'avais
un PEQ, au moins, qui me permettait de dire : Fais tes 12 mois, voire,
maintenant, 24 mois, puis il y a au moins une option... Là, je ne suis plus
capable de dire ça à personne : Il y a au moins une option, ça se peut que
vous soyez sélectionné, ça se peut que...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion, s'il vous plaît.
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
J'ai des dizaines... j'ai des dizaines de travailleurs qui sont complètement
désillusionnés de par ces systèmes-là.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
Ils ne sont pas adéquats pour eux.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
C'est terminé. Alors, merci au député de Saint-Henri—Sainte-Anne. Maintenant,
député de Matane-Matapédia pour 2 min 50 s.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Mesdames, c'est un plaisir, dans bien des cas, de vous retrouver.
Je reconnais la préfète de La Matapédia. Je reconnais, pour nommer
quelques familiarités, Isabelle, Elsa, tout le monde. On parle du Bas-Saint-Laurent.
Donc, trêve de parler de tous les avantages de notre région, on va aller sur
l'essentiel.
Dans votre document, vous faites un
commentaire qui m'a accroché beaucoup. À la page 7 de votre mémoire, vous dites
qu'un permis de travail fermé maintient les gens dans la précarité et la
dépendance auprès de l'employeur unique. Ma question : Croyez-vous que ce
type de permis de travail fermé rattaché à un employeur unique, devrait être
remplacé par un permis de travail lié à une région ou à un domaine d'emploi?
Est-ce que ce serait mieux?
• (17 h 10) •
Mme Lambert (Elsa) : C'est
une belle alternative, et je pense qu'il faut y penser, tu sais, il faut voir. Mais
en fait, nous, c'est sûr que les permis tels qu'ils sont offerts par le... bien,
c'est le gouvernement canadien qui fait les permis fermés, tu sais, ça n'a pas
de bon sens. On ne peut pas continuer avec ce type de permis là, aussi, qui
crée un décalage entre les travailleurs d'ici puis les travailleurs étrangers.
Donc, c'est pour ça qu'on demande même, dans le mémoire, que le gouvernement du
Québec continue à faire des pressions, puisse faire des pressions auprès du
gouvernement fédéral afin d'abolir ce type de permis là et de réfléchir à
d'autres alternatives.
M. Bérubé : Bien, c'est une
autre démonstration de ce que le premier ministre nous a <dit...
Mme Lambert (Elsa) :
...réfléchir
à d'autres alternatives.
M. Bérubé :
Bien,
c'est une autre démonstration de ce que le premier ministre nous a >dit.
On doit contrôler davantage notre immigration pour plein de bonnes raisons,
notamment des choses qui peuvent apparaître aussi simples que ça, le fait que
les travailleurs se trouvent un peu emprisonnés dans une situation. Puis on
pourrait leur ouvrir des horizons, ce qui, je pense, serait intéressant. Ça se
peut que ça n'aille pas bien dans un endroit, mais ça pourrait aller mieux à
l'autre endroit, dans la même région. Puis on a des défis importants. Je pense
à La Matapédia, qui est la MRC qui, malheureusement, pour l'instant, ça peut
changer, reçoit le moins de citoyens issus de l'immigration. On a un travail à
faire, évidemment.
Quant à la régionalisation de
l'immigration, êtes-vous capables de m'identifier, dans vos différents
secteurs... Elsa, vous êtes à Rimouski, Isabelle et Chantale, vous êtes dans La
Matapédia... j'oublie votre prénom, vous êtes à Rivière-du-Loup, je pense.
Est-ce qu'on a les chiffres du nombre d'immigrants par région, et ça peut
représenter quel pourcentage? Moi, je n'ai pas ça, mais j'aimerais l'avoir. On
n'a pas ça?
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
On n'a pas ça officiellement.
Mme Lavoie (Chantale) : On a
des estimés d'après le travail qu'on fait sur le terrain. On peut estimer, à
peu près.
M. Bérubé : Mais c'est
anecdotique, là.
Mme Lavoie (Chantale) : Mais,
les chiffres concrets, on n'a pas... on n'a pas ça.
M. Bérubé : C'est anecdotique.
On connaît un tel qui travaille à telle place puis, là, on le compte.
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion, s'il vous plaît.
M. Bérubé : Ça manque de
données probantes. Peut-être demander à l'institut du ministre de l'Éducation
de nous rajouter ça pour être capable de voir qu'est-ce que ça veut dire dans
notre région.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Merci, M. le député.
M. Bérubé : C'est une
suggestion.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, c'est terminé. Je vous remercie beaucoup, mesdames, d'avoir participé à
nos travaux, d'avoir préparé un mémoire. Alors, je vous souhaite une bonne
journée.
Je suspends les travaux avant de
rencontrer notre prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 13)
(Reprise à 17 h 16)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
bonjour. Nous allons reprendre les travaux. Donc, je souhaite la bienvenue au
Centre des travailleurs et travailleuses immigrants qui sont avec nous dans la
salle. Alors, je vous rappelle que vous aurez 10 minutes au total pour
votre présentation. Je vous invite à vous présenter et à commencer. La parole
est à <vous...
La Présidente (Mme Caron) :
...au
total, pour votre présentation. Je vous invite à vous présenter et à commencer.
La parole est à >vous.
Centre des travailleurs et travailleuses immigrants
(CTI)
Mme Medina (Viviana Carol) : Oui.
Bonjour à toutes et à tous. Mon nom, c'est Viviana Medina. Moi, je suis
organisatrice communautaire au Centre des travailleurs et travailleuses
immigrants. C'est un centre qui a été fondé ça fait 22 ans pour la
communauté philippino, la plupart, des travailleuses domestiques. C'est un centre
que... dédié à la défense des droits du travail, des droits humains. On se bat
pour la justice, la dignité et le respect de toutes et tous les travailleurs
immigrants, et nous défendons et nous organisons les travailleurs,
travailleuses étrangers temporaires, le secteur le plus précaire, et on défend
et on organise aussi les travailleurs, travailleuses d'agence de placement et
les travailleurs, travailleuses sans ce statut légal.
Je veux donner la parole à ma collègue
Grace. Merci.
Mme Meyanwi Anye (Grace) : Salut.
Salut, tout le monde. Je m'appelle Grace. Je suis arrivée au Canada en 2019
comme travailleur étranger temporaire, venant de mon pays, le Cameroun. Avant
d'arriver ici, j'étais à l'école. Je faisais la formation de devenir
infirmière. Mais, à cause des crises politiques, j'ai été obligée de me déplacer
parce qu'il n'y avait plus moyen d'étudier.
J'ai trouvé l'emploi ici, au Canada, et
puis je me suis déplacée. Je suis venue, mais je suis venue avec un permis
fermé. J'ai commencé à travailler avec ce permis, et mon employeur m'a abusée
pendant 14 mois sans arrêt. Il m'a abusée. J'ai même eu l'accident.
Je suis tombée malade. Les conditions de travail n'étaient pas bien. Mais, à
cause de la peur et... j'ai été obligée de rester là jusqu'à ce que j'aie
rencontré le CTI, qui m'a aidée à quitter cet endroit.
Bien, quand je suis sortie de là, j'ai eu
un permis ouvert pour les personnes vulnérables et je suis retournée dans le
domaine de la santé. J'ai commencé à travailler comme préposée aux
bénéficiaires. Et là tout allait bien parce que c'était un permis ouvert. Je
devais renouveler le... Bon, je devais retourner sur le permis fermé, mais,
entre-temps, j'ai composé le test de français trois fois, sans succès. Et,
parce que je n'ai pas réussi le test de français, ça a beaucoup retardé ma vie,
et j'étais obligée de retourner sur le permis fermé.
J'ai commencé à dire à mon employeur que
j'avais besoin de EIMT pour pouvoir faire la demande de permis de travail, et
puis elle m'a demandé beaucoup d'argent. Je me suis sentie obligée de quitter
le Québec parce que le test de français ne me permet pas de m'intégrer, malgré
le fait que j'aie servi ou travaillé au Québec en français pendant deux ans
sans souci.
Là, je me suis déplacée. Je suis partie en
Alberta. Étant là-bas, j'étais toujours obligée de chercher un employeur qui va
me donner le EIMT pour le permis fermé. J'ai trouvé un employeur, il a accepté
et puis il m'a dit qu'il va me donner le EIMT. Il m'a donné un document. J'ai
utilisé ça pour faire la demande de mon permis de travail fermé. L'Immigration
m'a dit de rester là-bas jusqu'à ce que j'aie ma réponse. Je suis restée.
• (17 h 20) •
Entre-temps, le cycle d'abus a recommencé.
Mon employeur a commencé à me harceler sexuellement, psychologiquement. Je
commençais à midi. Je n'ai pas le droit de sortie parce que j'étais préposée
aux bénéficiaires, mais à domicile. Donc, je vivais avec mon employeur. Je suis
resté là-bas. Après, j'ai écrit à l'immigration. J'ai expliqué tout ce qui se
passe. Ils ont appelé la police. La police m'a appelée. J'ai donné toutes les
preuves d'abus que j'avais. Et puis la police m'a juste dit : Ah! il faut
juste oublier et continuer à avancer avec ta vie. Je n'avais pas de choix. Je
suis restée jusqu'au 15 août 2022. L'immigration m'a répondu en
disant que le permis, la demande de permis a été refusée à cause de manque
d'EIMT.
Le 16 août, j'ai appelé le bureau
d'EIMT pour demander : Mais pourquoi est-ce que le permis a été refusé? Et
puis le bureau m'a dit : Parce que mon employeur a fait la demande, mais
il n'a pas inclus mon nom. Et, quand j'ai demandé à mon employeur, il m'a dit :
Oui, ma fille a fait ça parce qu'elle voulait se débarrasser de toi. Donc, j'ai
perdu encore sept mois de ma vie pour rien.
Depuis le 15 août jusqu'à
aujourd'hui, devant vous, je souffre. Je ne peux plus travailler. J'ai été
obligée de rétablir mon statut comme visiteur, chercher un autre employeur qui
va encore me <donner...
Mme Meyanwi Anye (Grace) :
...travailler.
J'ai été obligée de rétablir mon statut comme visiteur, chercher un autre
employeur qui va encore me >donner mon troisième permis fermé, et je ne
sais pas ce qui va se passer.
Le permis fermé a été mon pire cauchemar
depuis que je suis au Canada, même depuis toute ma vie. Le test de français
aussi m'a beaucoup, beaucoup retardée. Je suis incapable de retourner chez
nous, voir mes parents. Je suis coincée. Je suis fatiguée moralement. Devant
vous, c'est une infirmière, mais je ne peux pas réaliser mes rêves parce que le
test de français m'empêche. Malgré le fait que je suis au Canada, je suis au
Québec, je m'exprime en français, je ne peux pas m'intégrer parce que le Québec
estime que mon niveau de français n'est pas assez. Je ne sais pas pourquoi.
Mais, si je suis devant vous aujourd'hui,
c'est pour vous dire que, s'il vous plaît, ce n'est pas juste moi qui est dans
cette situation. Il y a beaucoup d'entre nous qui ne sont pas capables de sortir
et de parler. Nous avons vraiment besoin de... Merci.
Mme Beauvais (Noémie) : Oui.
Bonjour. Noémie Beauvais, organisatrice communautaire au centre des
travailleurs immigrants.
Depuis 2008, le Canada et le Québec
admettent annuellement sur leur territoire plus de travailleurs temporaires que
de résidents permanents. Le nombre de permis de travail accordés au Québec a
augmenté de 147 % pour la période de 2015 à 2022. Il n'est plus à
démontrer que les permis de travail fermés liant les travailleurs temporaires à
leurs employeurs accentuent la vulnérabilité des migrants face aux abus.
Nous sommes préoccupés par les
orientations proposées par le gouvernement de la CAQ, qui, une fois de plus,
discrimine les travailleurs temporaires. Les statistiques le démontrent, en
raison de la non-reconnaissance des compétences professionnelles, des barrières
d'accès à la francisation et des exigences démesurées en matière de
connaissances linguistiques, seul 1,83 % des travailleurs temporaires
présents au Québec ont accès à la résidence permanente... ont eu accès à la
résidence permanente entre 2015 et 2022. Avec ces orientations, le gouvernement
cautionne une vision utilitariste de l'immigration qui rend les travailleurs et
travailleuses jetables après utilisation, ce qui, d'un point de vue des droits
humains, est absolument inacceptable.
Nous tenons également à dénoncer
l'instrumentalisation de la protection de la langue française comme argument
pour discriminer les travailleurs temporaires qui contribuent à notre société
et à notre économie tout autant que les étudiants étrangers, par exemple. Les
indicateurs sur lesquels s'appuie le supposé diagnostic du déclin du français
sont trompeurs, mais ils ont tout de même été utilisés pour restreindre l'accès
à la résidence permanente d'un bon nombre de personnes, comme le démontre le
témoignage de Grace.
Nous croyons que l'ensemble de ces
orientations contribuent à la vulnérabilité et à la discrimination des
travailleurs et travailleuses, ce que nous dénonçons avec vigueur.
M. Salamanca Cardona (Manuel) : Bonjour.
Mon nom, c'est Manuel Salamanca, organisateur communautaire du centre de
travailleurs immigrants, immigrantes aussi.
Et, bon, vous verrez qu'il y a
18 recommandations dans notre document, dans le mémoire, et, de la page
24, dans... les plus importantes, peut-être, regroupées en catégorie, sont les
suivantes : la première, supprimer les éléments discriminatoires des
politiques d'immigration, maintenant, comme on a vu; donner l'accès à la
résidence aux travailleurs de tout type d'emploi, qualifiés ou non; augmenter
l'immigration permanente plutôt que de miser toujours plus sur des travailleurs
temporaires pour combler des besoins; ne pas discriminer les personnes plus
âgées, qu'on trouve que c'est un aspect discriminatoire dans la loi; donner
moins de poids aux connaissances de français parce que, pour la condition de
comment la francisation, ça marche, c'est plus une barrière pour l'accès à la
résidence que vraiment un soutien à la personne pour arriver à la résidence
permanente; aussi, développer des indicateurs pertinents permettant d'évaluer
l'état du français — on pense qu'il y a une évaluation que ce n'est
pas... ce n'est pas clair sur ça; changer les tests de français, parce que même
des personnes qui viennent des pays francophones réussissent à avoir le test...
réussi le test; donner accès à toute la... tout à la francisation et aux
indemnisations pour suivre les cours.
Aussi... on considère que c'est une partie
importante des débats qui doit... que l'Assemblée doit continuer, c'est de
mettre en place un programme de régularisation des personnes sans le statut. Pourquoi
ça? Parce qu'il y en a déjà beaucoup, beaucoup, des gens qui habitent à Québec
sans accès à la résidence permanente, et qui sont déjà intégrés, et qui parlent
le français, et, OK, fait des efforts pour parler le français, mais qui n'ont
pas accès.
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion. Il vous reste 15 secondes.
M. Salamanca Cardona (Manuel) : Oui.
Donc, une autre chose importante, abolir, en collaboration avec le fédéral, le
permis de travail fermé, que c'est la grosse source de tous ces <problèmes...
M. Salamanca Cardona (Manuel) :
...permis de travail fermé, que c'est la grosse source de tous ces >problèmes.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, nous allons procéder maintenant aux échanges. Je vais céder la parole à Mme
la ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration pour
14 min 7 s.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Eh bien, merci à vous quatre de participer à cet exercice et merci particulièrement
à Grace de nous avoir partagé son témoignage. J'avais eu l'occasion de vous
rencontrer déjà et de prendre connaissance du parcours qui est le vôtre, lequel
m'attriste vraiment. Et je pense qu'on doit tout mettre en œuvre, comme
société, pour faire en sorte de faciliter le parcours de gens vulnérables.
Et, à ce titre-là, bien, j'aimerais
souligner que c'est une de nos priorités de faire en sorte de développer des
initiatives pour supporter, accompagner, donner accès aux droits à des
personnes vulnérables. J'en prends pour exemple, par exemple, la collaboration
que nous avons avec la Commission des normes, de l'équité, de la santé et
sécurité du travail. On s'est assurés de travailler avec eux pour veiller à la
protection et au bien-être, là, des travailleurs étrangers temporaires. C'est une
de nos priorités au ministère de l'Immigration, et on va s'assurer que cette
priorité-là le demeure et se traduise par des actions.
Il y a plusieurs initiatives, en fait, qui
ont été développées. Notamment, il y a une escouade de prévention avec la CNESST
qui a été déployée ces derniers mois pour faire en sorte de mieux, notamment,
informer les travailleurs étrangers temporaires de leurs droits, faire en sorte
de mieux sensibiliser les exigences qui sont associées aux employeurs qui
recourent à des travailleurs étrangers temporaires. Il est important de
rappeler aux employeurs qu'ils doivent se conformer, et que les travailleurs
étrangers temporaires bénéficient des mêmes droits que les travailleurs
québécois, et qu'en ce sens-là tout abus est complètement inacceptable. Donc,
merci à nouveau d'avoir partagé votre expérience.
En ce qui a trait au permis de travail
fermé, de notre côté, on a entamé des discussions avec le gouvernement fédéral
pour faire en sorte de regarder les alternatives qui existent au permis de
travail fermé. Il existe déjà, actuellement, la possibilité, pour quelqu'un qui
subit un abus, une situation qui viole la loi, d'obtenir un permis de travail
ouvert, pour ce qui est d'un travailleur étranger temporaire ayant un permis de
travail fermé. Mais, au-delà de ça, moi, je souhaite que l'on regarde, que l'on
analyse les options qui s'offrent à nous, en collaboration, bien sûr, avec le
fédéral, pour le permis de travail fermé. Donc, est-ce que ce serait davantage
un permis de travail régional, un permis de travail sectoriel? Quelle allure ça
pourrait prendre? À qui ce pourrait... ça pourrait être offert? Ce sont des
choses que l'on considère.
Et je dois dire que votre témoignage,
lorsqu'on s'était rencontrées, a contribué à ma réflexion aussi sur la
modulation des niveaux de connaissance du français. Vous savez qu'on a déployé,
c'est ce printemps dernier, une proposition visant à... à encadrer, en fait,
l'accès à la résidence permanente pour des travailleurs qualifiés, et, dans le
cadre de cette proposition, on a modulé les niveaux de connaissance qui
seraient requis pour le français suivant le niveau de... le type de qualification
associée aux professions. Donc, pour des professions plus manuelles,
intermédiaires, il y aura un niveau de connaissance du français requis de 5 et,
pour ce qui est des hautes qualifications, il y aura un niveau de connaissance
du français oral niveau 7 et, à l'écrit, au niveau 5. Donc, c'est notamment
votre témoignage qui m'a amenée à vouloir implanter une modulation comme ça de
ces niveaux de connaissance du français pour faciliter le passage d'un statut
d'immigrant temporaire à un immigrant permanent.
• (17 h 30) •
Et, en ce sens-là, on a mis de l'avant
également une passerelle nouvelle à travers les réformes que l'on a proposées
au printemps dernier, une passerelle, qui réfère au volet 2, en fait, de notre Programme
de sélection des travailleurs qualifiés, qui permettrait à des gens qui ont un
statut temporaire et pour lesquels c'est très difficile, à l'heure actuelle, de
se qualifier en tant qu'immigrants permanents... Eh bien, cette passerelle
permettrait un plus grand passage, faciliterait le passage de gens ayant un
statut temporaire vers un statut d'immigrant permanent. Donc, voilà, ça fait
partie, donc, des choses que l'on met de l'avant pour améliorer notre... notre
système.
Et, sur le plan, je dirais, plus de moyen
terme, on a également veillé à financer davantage de la recherche, de la
recherche sur les parcours migratoires. Donc, il y a quelques mois, on a
annoncé un soutien financier à hauteur de 10 millions de dollars pour le
Fonds de recherche du <Québec...
>
17 h 30 (version révisée)
<19269
Mme
Fréchette :
...un soutien financier à hauteur de 10 millions de
dollars pour le Fonds de recherche du >Québec, Société et culture,
FRQSC, pour faire en sorte de mieux documenter les différents parcours
migratoires qui existent, faire un état de situation d'un point de vue plus, je
vous dirais, scientifique. Donc, ce sont un ensemble d'initiatives, bref, que
nous mettons de l'avant, du côté du gouvernement, pour faire en sorte d'améliorer
le système.
Sur ce, bien, je vais revenir, mais je
vais, dans un premier temps, passer la parole à ma collègue la députée d'Iberville
et adjointe gouvernementale.
Mme Bogemans : J'avais
quelques questions concernant les parents et les cours de francisation. On sait
qu'avec la gestion du temps familial, la charge mentale qui est associée aussi
avec les jeunes familles, l'accès à la francisation peut être un enjeu.
Récemment, on a mis sur pied des ententes, entre autres avec le ministère de la
Famille, pour pouvoir conduire des nouvelles haltes-garderies, pour pouvoir
permettre la francisation de soir et de jour. On veut également que les deux
parents puissent accéder plus facilement, là, à la francisation. Selon vous,
selon les besoins des immigrants, est-ce que c'est quelque chose qui fait du
sens? Est-ce que... Comment est-ce qu'on pourrait complémenter le tout?
M. Salamanca Cardona (Manuel) : Oui.
On pense qu'on a besoin d'une approche plus intégrale, parce qu'on parle ici de
barrières à la francisation. Et c'est bien, Mme la ministre, j'ai vu une note
de presse qui dit que vous êtes fière qu'il y a plus d'inscrits maintenant à la
francisation, et c'est ouvert à tous, mais, vraiment, il y a encore beaucoup,
beaucoup de barrières, vu la quantité de travailleurs qui ont arrivé, qui sont
temporaires et avec vulnérabilités. Et aussi il y a des problèmes avec les
employeurs qui les empêchent de faire de la francisation, beaucoup de
problèmes. Tomber dans la... sans papiers et sans permis de travail, c'est un
autre problème pour continuer. Trouver un travail, suivi la francisation, c'est
un autre problème. Essayer d'avoir un permis de travail ouvert et prouver l'évidence
qu'il y a des abus, c'est un autre problème qui, aussi, fait la... affecte tout
le processus.
Donc, il y a plein de barrières, même l'accès
à les cours, la distance, etc., mais, en même temps, il y a une autre
dimension, c'est la continuité des cours. Quand la personne doit suivre jusqu'à
un niveau 7, c'est complètement décourageant, dans ces conditions, de
continuer le processus.
L'image du Québec commence à être changée
à l'extérieur. Il y a plein de travailleurs qui ont retourné très frustrés à
son pays et qui nous dit : Les programmes ne marchent pas, et qu'ils
commencent à faire des dénonciations dans le pays d'origine. Ça commence à passer
beaucoup. Et l'augmentation des travailleurs temporaires sans protection et
cette logique de baser l'immigration sur l'immigration temporaire, ça ne marche
pas.
Et on considère que... Parce qu'on... Toutes
ces périodes, on a vu que les cas empiraient et même on a vu qu'il y a un petit
déplacement. Ce n'est pas seulement les traditionnels mal employeurs... mauvais
employeurs. Sinon aussi, il y a un autre type d'employeur qui fait des autres
types d'abus qui dépassent un peu, et ça ouvre aussi la possibilité de trafic
humain, de la traite, etc.
Donc, on a vu le... et la recommandation
qu'il a faite, et comment associer le travail, esclavage... esclave à tous ces
programmes. Donc, je pense qu'il ne faut pas seulement dire qu'il faut... la
francisation à tous. Non, il faut développer une approche intégrale, avec plus
de ressources, pour permettre à tous, et aussi... Oui.
Mme Beauvais (Noémie) : Je
voudrais peut-être juste ajouter qu'en termes d'horaires c'est extrêmement
compliqué, en particulier quand on pense aux travailleurs agricoles saisonniers,
qui travaillent parfois jusqu'à 80 heures par semaine, là, dans les
périodes de rush, des récoltes, et tout ça. C'est impossible de suivre des
cours de français.
Et puis, pour nous, il y a clairement une
association qui est faite entre, disons, la volonté de limiter l'accès à la
résidence permanente à ces personnes-là via des critères de français qui sont
excessifs. Ça force les gens à se retrouver constamment dans une position,
disons, de migrants en série. Donc, ils partent, ils reviennent, ils partent,
ils reviennent, ils partent, ils reviennent, donc, sans jamais avoir accès à la
résidence permanente. Et, pour nous, ça, c'est assurément un problème. Donc, au
niveau des horaires, effectivement, c'est un enjeu, particulièrement dans les agricoles
mais pas seulement. Donc, il faut réfléchir à ça.
On entendait aussi le précédent groupe qui
nous disait : Bien, l'accès à la francisation en ligne, aussi, qui n'est
pas toujours évidente. Dépendamment des régions, de l'accès à la connexion, la
littératie numérique, c'est effectivement un enjeu.
Donc, oui, c'est... on est tous d'accord,
tous et toutes d'accord avec l'idée de <bonifier...
Mme Beauvais (Noémie) :
...
effectivement un enjeu.
Donc, oui, c'est... on est tous
d'accord, tous et toutes d'accord avec l'idée de >bonifier l'offre,
mais, au-delà de bonifier l'offre, je crois que, malgré tout, les exigences
demeurent excessives. Et, quand on parle d'un niveau 7, on parle d'un
niveau pratiquement universitaire, là. C'est une conversation fluide en
français. Pour des gens qui ne sont pas natifs francophones, c'est
excessivement difficile d'atteindre ce niveau-là. Donc, c'est très
décourageant. Donc, effectivement, ça donne envie aux gens d'aller s'installer
ailleurs plutôt qu'au Québec.
La Présidente (Mme Caron) : ...3
min 50 s.
Mme Fréchette : Bon, je vous
amènerais sur un autre thème. Vous parlez dans le mémoire, en page 18, de
la capacité d'accueil du Québec. Vous faites référence au fait qu'il y a une
absence d'indicateur pour mesurer la capacité d'accueil du Québec. Moi,
j'aimerais vous entendre sur les notions que vous incluriez dans cet indicateur
de capacité d'accueil. Qu'est-ce qui vous semblerait être des exemples
pertinents à considérer pour définir la capacité?
Mme Beauvais (Noémie) : J'y
réfléchis, mais je crois que l'ensemble du terme «capacité d'accueil» part avec
un biais négatif à l'égard des migrants. On suppose qu'ils ont besoin d'être
intégrés ou qu'ils ont, disons, des moins à combler, donc, qu'il faut combler
des lacunes. Et puis, pour moi, ça, c'est un problème.
Donc, évidemment, bon, l'accès aux
services, c'est toujours un enjeu, en particulier les services de santé. L'accès...
Mais, encore une fois, je crois que c'est important de mentionner que, quand on
refuse l'accès aux services aux gens qui ne parlent pas français six mois après
leur arrivée, il y a quelque chose d'un petit peu aberrant à ce niveau-ci.
Quand on parle de capacité d'accueil... Pour moi, en tout cas, il y a une
contradiction entre ces deux orientations-là. On veut les accueillir, mais, en
même temps, on les empêche d'accéder à ces services-là. Donc, je crois qu'il y
a quelque chose à réfléchir au niveau de ces thèmes-là.
M. Salamanca Cardona (Manuel) : Oui.
Aussi, il y a plein d'autres indicateurs : la quantité de gens qui ont
commencé une démarche migratoire, par exemple, la quantité de personnes qui
ont, eux, la possibilité d'amener la famille, l'avancement dans le processus de
francisation. Il y a plein des indicateurs qui peut... se peuvent utiliser, je
pense, pour mesurer de manière plus positive l'intégration et l'accueil. Et
c'est une question technique, mais...
Mme Fréchette : ...amener une
précision, simplement pour rectifier, à l'effet qu'il n'y a pas de bris de
service, il n'y a pas d'absence d'accès à un service après six mois si la
personne ne parle pas français. C'est simplement que la communication, après
six mois au Québec, va se faire en français. Mais l'accès aux services demeure
présent.
M. Salamanca Cardona (Manuel) : ...a
été très formel sur le... Ce message n'était pas entendu pour plusieurs
fonctionnaires, à notre...
Mme Fréchette : Bien, c'est
important de le rectifier et de...
Mme Beauvais (Noémie) : ...sur
le terrain. Ce n'est pas ce qu'on constate sur le terrain. Il y a des gens qui
se sont fait refuser des services parce que cette mesure-là n'a pas été bien
comprise, je crois, par l'ensemble des prestataires... en fait, des gens qui
donnent les services, voilà. Donc, il y a plein de gens qui ont eu des bris de
service suite à ça.
M. Salamanca Cardona (Manuel) : Sur
cette question, ce qui... une préoccupation, c'est qu'il y a toujours un
message qui met la responsabilité du déclin du français sur les travailleurs
migrants, comme si c'est la source des problèmes. Et, quand on en parle avec
tous les travailleurs, tous les travailleurs veulent se franciser. Le problème,
c'est l'accès, c'est la continuité des cours et le manque de possibilités.
Donc, c'est un scénario qui empêche ça. Et vraiment il y a un message quand on
parle des gens. Le message qui vient du gouvernement, c'est que le problème,
c'est le migrant ou l'immigrant, et ce n'est pas vraiment... Il n'y a pas aucun
immigrant qui ne veut pas apprendre le français.
• (17 h 40) •
Mme Fréchette : ...est à
l'effet que les immigrants peuvent constituer une solution à l'enjeu du fait
français. Bien sûr, ce n'est pas le seul... la seule dimension sur laquelle il
nous faut agir. C'est multidimensionnel, la situation du français, ce que ça
requiert comme changements à adopter pour relancer l'usage du français, mais
l'immigration est certainement une des dimensions sur laquelle il nous faut
agir si on veut changer la donne.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Le temps est écoulé. Alors, je vais maintenant céder la parole au député... à
la députée de Chomedey, à l'opposition officielle. Vous avez 8 min 28 s.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci.
D'abord, merci beaucoup de participer à cette commission. Vous avez apporté
aujourd'hui un côté humain à l'immigration, vraiment. Et puis ce qu'on vient
d'entendre là, de Grace, ça me touche profondément. Vous êtes un exemple.
Derrière l'immigration, il y a des êtres humains, et puis <c'est ça
que...
Mme Lakhoyan Olivier :
...
êtes un exemple. Derrière l'immigration, il y a des êtres humains, et puis >c'est
ça que vous nous avez démontré. On est en train de parler des chiffres et des
besoins, puis d'intégration, puis du français, mais là c'est des êtres humains,
là, qui veulent vivre, qui veulent vivre et travailler. Merci, Grace, d'avoir
pris le temps de venir. Je suis sûre que c'était difficile.
Nous autres, après une journée de travail,
rendus à la maison, pour lire, on est fatigués à apprendre le français. Et elle
parle tellement bien le français. Vous parlez vraiment bien le français. Je ne
comprends pas pourquoi vous n'avez pas passé. Ma question à Grace et vous
peut-être : Est-ce que vous avez connaissance de l'ampleur de ce phénomène
d'esclavage moderne au Québec?
Mme Meyanwi Anye (Grace) : Bon,
l'esclavage moderne, c'est vraiment quelque chose, au Canada, qui est... que
beaucoup de gens ne savent pas. Même ceux qui subissent ne savent pas que ça,
c'est de l'esclavage, mais à une manière indirecte. Parce que, quand on nous
donne le permis fermé, on essaie de nous comprendre que... Ah! c'est pour que
tu puisses travailler, tu as le droit, et tout ça. Mais ça t'empêche de faire
beaucoup de choses. Ça donne aussi l'opportunité à ton employeur de te traiter
comme il veut, surtout quand les employés sont naïfs et surtout quand ils
viennent d'arriver.
Certains entre nous viennent de pays de
guerre. Moi, par exemple, j'ai fui la guerre dans mon pays avant d'arriver ici.
Étant ici, je vois toujours les vidéos de tout ce qui se passe dans mon pays et
puis je vis dans la peur. Et mon employeur, quand il a vu ça, il s'est... il a
décidé de profiter en me disant que tu as un permis fermé, tu ne peux pas
travailler ailleurs, donc tu es obligée de faire ce que je veux. Jusqu'à ce que
j'aille rencontrer le CTI, je ne savais pas du tout que je... En fait, pour moi,
je savais que j'étais son esclave. Et, quand on est abusé pendant longtemps, à
un moment donné, on commence même à défendre celui qui nous abuse. Donc, on
est... vient déjà tellement traumatisé qu'on a même peur de quitter celui qui
nous abuse.
Dans le permis fermé, c'est vraiment
une... c'est de l'esclavage total. Parce que, pour moi, ça n'a pas de sens
que... Mais pourquoi fermé avec une personne? C'est quoi, la raison? Parce que,
même avant d'avoir ce permis, on paie l'argent. Étant au Canada, quand tu vas
vers un employeur, tu lui dis : Je veux le travail. Est-ce que tu as un
permis? Non? Tu as besoin de permis? Oui? OK, tu vas me payer 5 000 $.
Ça, c'est mon cas. C'est ce qui s'est passé avant que... en 2021, et j'étais
obligée de quitter le Québec pour Calgary. Donc, le permis fermé, ça doit
vraiment... on doit vraiment arrêter ça parce que c'est de l'esclavage. Même
ceux qui subissent ça ne connaissent pas.
M. Derraji : Merci pour votre
intervention. Très apprécié. Je pense que vous avez tous vu le documentaire Essentiels.
Vous avez vu...
Une voix : ...
M. Derraji : Malheureusement,
je ne peux pas rire. Vous avez vu Carole.
Mme Medina (Viviana Carol) : ...Carole
aussi a été collègue et a été victime...
M. Derraji : Vous savez,
Carole, Grace, pour moi, c'est l'image humaine. C'est une image qu'on doit
garder tous en tête d'une immigration temporaire, une immigration temporaire
qu'on essaie de toutes les façons de ne pas voir, or qu'elle est là. Vous avez
vu... Je ne sais pas si vous avez rencontré le représentant des Nations unies lors
de sa tournée.
Une voix : ...
M. Derraji : OK. On est un
pays G7. C'est le Canada. Moi, ça m'attriste de parler de l'esclavagisme
au Québec et au Canada. Est-ce qu'aujourd'hui vous voulez que le ministère de
l'Immigration, vu qu'il y a des cas... On ne peut plus dire que ça n'existe
pas. Aujourd'hui, chers collègues, il est là. Posez-lui la... les questions que
vous voulez. Ils parlent d'un esclavagisme moderne au Québec. Est-ce
qu'aujourd'hui vous formulez une demande officielle à ce que le ministère
s'intéresse davantage à ça et qu'on arrête de voir les migrations comme
problème, mais qu'on s'attarde à régler ces enjeux d'abus? Je ne dis pas que
tout le monde fait des choses pas correctes. Il y a la CNESST. Il y a beaucoup
de choses. Mais, quand je vois aujourd'hui Grace, et Carole, et le documentaire
Essentiels... Mais qu'est-ce qu'on a fait depuis le documentaire Essentiels?
Avez-vous vu des actions du MIFI par rapport à ça? Est-ce qu'aujourd'hui vous <voulez...
M. Derraji :
...
Avez-vous vu des actions du MIFI par rapport à ça? Est-ce qu'aujourd'hui vous >voulez
des actions concrètes? Si oui, lesquelles?
Mme Medina (Viviana Carol) : ...abolir
le permis de travail fermé. On veut aussi l'accès à la résidence permanente
pour tous les travailleurs non qualifiés ou à bas salaire, comme les agricoles,
les travailleurs domestiques, et, bien sûr, le programme de régularisation
inclusive, complet et consécutif. Parce que, quand Grace a changé d'employeur,
elle avait venu sans ce statut. Elle a retourné pour établir son statut ici.
Mais ça, c'est l'exemple précis de comment un travailleur, travailleuse perd le
statut d'immigration. Alors, oui, on priorise beaucoup l'immigration
temporaire, mais pourquoi ne pas régulariser à toutes et tous qui sont ici
déjà, qui vivent la même situation d'exploitation, qui parlent français déjà et
qui sont très bien intégrés? On fait comme s'ils n'existent pas, mais, pendant
la pandémie, ce sont eux qui nous ont amené la nourriture.
M. Derraji : ...avec vous. Je
n'ai pas arrêté de parler des travailleurs temporaires étrangers. J'ai moi-même
déposé un projet de loi, au printemps, par rapport à ça. Probablement, je me
reconnais dans vos propos parce que j'ai suivi probablement le même parcours.
Je suis venu pour étudier. Je n'avais pas assez de connaissances, même sur le
milieu de travail. Les gens pensent que c'est facile, comprendre le droit de
travail. Je ne suis pas avocat, je ne l'étais pas, je ne suis pas plaideur.
C'est tellement alarmant, ce qu'on entend.
Parce que, moi, depuis le documentaire Essentiels, ma réflexion a
complètement changé. Aujourd'hui, vous avez devant vous un document qui parle
d'une planification pour les trois prochaines années. On parle de deux seuils, deux
scénarios, 50 000 ou 60 000. Vous avez parcouru le document. Est-ce
que, selon vous, c'est assez? Est-ce qu'aujourd'hui vous dites, après votre
passage en commission... Je vois déjà vos visages. Je vais arrêter parce que je
veux vous entendre. Est-ce qu'on ne rate pas quelque chose avec cette
commission, s'il vous plaît?
Mme Beauvais (Noémie) : Oui.
Juste avant de répondre à cette question-là, je veux revenir sur le point
précédent. Vous avez demandé combien de cas de trafic humain on a ou de cas
d'esclavage moderne. J'aimerais vraiment spécifier que ce n'est pas un cas...
ce n'est pas des cas isolés. Des cas comme ça, on en a au moins un par semaine
au CTI, au moins un par semaine. Et puis...
Mme Medina (Viviana Carol) : ...juste
pour donner un exemple de quelqu'un qui a témoigné devant deux reporteurs des
Nations unies, un travailleur qui travaillait 120 heures par semaine
parfois était payé, parfois non. Il mangeait une seule fois par jour, une
seule. Ça, c'est des exemples qui arrivent, et pas juste comme... isolés, comme
ma collègue dit.
Mme Beauvais (Noémie) : Et ce
cas-là a été documenté...
La Présidente (Mme Caron) :
...secondes.
Mme Beauvais (Noémie) : Ce
cas-là a été documenté au Tribunal administratif du travail. Oui, on rate
quelque chose sur les débats de chiffres...
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Mme Beauvais (Noémie) : J'y
reviendrai à la prochaine question.
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
merci, le député de Nelligan. Maintenant, député du deuxième groupe d'opposition,
alors, député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup pour votre intervention. Écoutez, vous le savez, je le sais,
l'immigration, ce n'est pas des chiffres, hein? L'immigration, c'est des
histoires. L'immigration, c'est des vies. Et il y a des conséquences, aux choix
d'un gouvernement, directement sur ces vies-là. Et je pense, par exemple, aux
18 000 dossiers effacés par la CAQ en début de mandat. Je pense aussi
à la réforme du PEQ, de 2020, qui a complètement charcuté le programme. C'est
des choses qui me choquent, puis qui continuent de nous choquer, puis qui
continuent de choquer les gens qui sont encore impactés par ces décisions-là.
• (17 h 50) •
Grace, vous êtes parfaitement francophone.
Vous êtes une Québécoise. Vous êtes ici chez vous, je vais vous le dire, là, et
je pense qu'on peut tous s'entendre ici là-dessus. Je pense qu'il n'y a
personne qui remet ça en question, que votre place, elle est ici puis elle est
avec nous. Ce n'est pas vous qui avez échoué le test, madame, c'est le test qui
vous a échouée. C'est le test qui n'a pas de bon sens. Et il y a plusieurs
reportages qui l'ont montré ce printemps, mais ça n'a pas changé. Et j'espère
que ça va changer.
On parle de capacité d'accueil, mais
est-ce qu'il ne faut pas aussi parler puis évaluer toute l'importance que vous
apportez, votre travail apporte... pas que le travail, on peut parler
linguistique, culturel, etc., mais tout ce que vous nous apportez aussi? Puis
est-ce qu'on ne doit pas aussi se poser la question qu'au final on a
probablement besoin plus de vous que vous, vous avez besoin de nous? Et ça, on
n'en parle pas assez.
Et vous avez parlé de votre travail
pendant la pandémie. Vous avez aidé quelqu'un. Malheureusement, bon, ça s'est
mal passé. Mais qu'est-ce qu'on aurait fait sans les Grace de ce monde pendant
cette pandémie? Puis je pense qu'on ne le redit pas assez. Puis je pense qu'on
est vite à nous dire : Notre capacité d'accueil est <atteinte, mais...
M. Cliche-Rivard :
...
assez. Puis je pense qu'on est vite à nous dire : Notre capacité d'accueil
est >atteinte, mais posons-nous la question de comment on subirait... ou
comment on réussirait à vivre sans ces préposés aux bénéficiaires dans nos
hôpitaux, dans nos CHSLD, sans nos travailleurs agricoles temporaires.
Comment se fait-il qu'on n'est pas capables
de pérenniser leur statut? Comment se fait-il qu'il faut qu'ils tombent dans
des situations comme vous? Comment ça se fait qu'on se permet ça en 2023? Ma
question est rhétorique, mais vous pouvez prendre les dernières secondes pour
répondre.
Mme Beauvais (Noémie) : Je
vais répondre en revenant sur les chiffres. En fait, pour moi, parler de seuils
d'immigration, alors qu'on exclut la... je ne vais même pas dire la majorité,
on exclut l'ensemble des travailleurs étrangers temporaires non qualifiés, c'est
un faux débat, en fait. Qu'on en ait 60 000, qu'on en ait 50 000, la
question n'est pas là. La question, c'est sur qui sont ces gens. Plusieurs d'entre
vous l'ont répété, l'immigration, c'est humain, c'est des visages...
La Présidente (Mme Caron) : En
terminant.
Mme Beauvais (Noémie) : Donc,
voilà. Donc, je vais m'en... rester là.
La Présidente (Mme Caron) : Merci
beaucoup. Alors, maintenant, je vais céder la parole, pour
2 min 50 s, au député de Matane-Matapédia, troisième groupe d'opposition.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Tout à l'heure, on a parlé de
permis de travail fermé. C'est revenu comme étant une pratique qui doit cesser,
selon vous, pour être remplacée. J'aimerais que le projet de loi puisse
permettre d'en arriver là. Malheureusement, c'est un autre gouvernement qui
gère ça. Alors, une des conclusions de nos travaux pourrait être, en parallèle,
de faire une demande formelle, cette fois, écrire, adopter une motion demandant
que ça cesse.
Par quoi on remplace ça? Quelle pourrait
être la meilleure formule? Tantôt, on avait évoqué un permis plus régional ou
dans un secteur. Est-ce que c'est une formule que vous trouvez intéressante, ou
elle est perfectible, ou vous avez une autre idée de ce qu'on pourrait faire de
mieux?
Mme Beauvais (Noémie) : Bien,
d'abord, oui, je comprends que c'est particulièrement le gouvernement fédéral
qui gère ça. Cependant, j'aimerais rappeler que le gouvernement provincial a
aussi la capacité de créer ses propres programmes pilotes... ses propres
programmes en matière d'immigration. Donc, on peut choisir de faire les choses
différemment. On peut choisir de ne pas opter pour des permis fermés qui lient
les gens à leur employeur.
Ceci dit, qu'est-ce qu'on pourrait faire
de mieux? Pour nous, la question... En fait, pour nous, la réponse à cette
question-là, c'est un permis ouvert, point à la ligne, en fait, de laisser les
gens travailler où ils veulent quand ils veulent. Ça va permettre... En fait,
ce que ça va donner comme résultat, c'est que les employeurs n'auront pas le
choix de donner des bonnes conditions de travail pour ne pas que les gens
quittent, ce qui est le cas pour tous les travailleurs et travailleuses locaux.
Vous et moi, si on change de travail demain matin, on peut décider d'aller où
on veut quand on veut, et puis il n'y a pas de question sur : Ah! mais
comment ça va fonctionner pour les employeurs? C'est juste la réalité. Donc, il
y a moyen de faire ça aussi.
M. Bérubé : Une personne qui
se retrouve dans une situation vulnérable peut se trouver un autre employeur
qui va la traiter avec respect. Donc, il y a un autre... il y a un ailleurs, j'appellerais
ça comme ça. Comment on fait ça pour... Parce que vous avez aussi des contacts
avec le gouvernement fédéral sur les questions de l'immigration. Est-ce que
vous l'avez abordé? Qu'est-ce qu'on vous dit? Est-ce qu'ils tiennent à ça, eux,
les fédéraux?
M. Salamanca Cardona (Manuel) : Un
peu, la réponse du fédéral, c'est d'ouvrir des programmes pilotes avec les bons
employeurs, d'accélérer le processus d'immigration, d'amener des travailleurs.
Je ne sais pas si vous avez vu, il y a deux, déjà, programmes pilotes qui... pour
accélérer le processus d'amener des travailleurs migrants.
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion.
M. Salamanca Cardona (Manuel) : C'est
l'autre côté, mais il faut...
Mme Medina (Viviana Carol) : Mais
la vérité, c'est que l'immigration fédérale...
La Présidente (Mme Caron) : Désolée,
c'est terminé. C'est terminé.
Des voix : ...
La Présidente (Mme Caron) :
C'est terminé. Alors, merci beaucoup de votre participation, de votre
témoignage très touchant.
Alors, nous allons suspendre la séance
pour quelques minutes et revenir avec le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 56)
(Reprise à 18 heures)
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, on va recommencer en écoutant... en recevant, en fait, le Centre local
de développement Rouyn-Noranda. Alors, vous disposez de 10 minutes au total
pour votre présentation. Et je vous demanderais de vous présenter, chacun, en
commençant, et puis ensuite il y aura les échanges. La parole est à vous.
Centre local de développement Rouyn-Noranda (CLD
Rouyn-Noranda)
M. Bibeau (Marc) : Alors,
bonsoir, Mme la Présidente, chers membres de la commission. Mon nom est Marc
Bibeau. Je suis président du Centre local de développement Rouyn-Noranda. Je
suis accompagné de Mme Mariève Migneault, directrice générale, et Mme Ann
Gervais, directrice main-d'oeuvre et immigration dans notre organisme.
Nous sommes heureux de pouvoir se faire entendre
ce soir dans le cadre, là, de votre consultation sur l'immigration et faire
entendre la voix des régions éloignées et l'importance que peut représenter
l'immigration pour nous.
Alors, je laisse immédiatement la parole à
Mme Gervais, qui va vous expliquer un petit peu notre mémoire.
Mme Gervais (Ann) : Alors, bonsoir.
Dans l'ensemble... Moi, je vais commenter les orientations, là, qui font partie
de la consultation sur la planification de l'immigration. Alors, dans
l'ensemble, là, on est en accord avec les orientations, là, on ne peut pas être
contre, là, certaines orientations, mais certaines orientations sont
difficilement adaptables pour les régions éloignées comme la nôtre, comme
l'Abitibi-Témiscamingue, puisqu'elles ont une réalité bien différente.
En exemple, l'orientation 1 et 2, qui
est dans la francisation, bien, c'est impossible d'être en désaccord avec la
francisation au Québec, mais il y a des points à prendre en considération pour
notre région, par exemple, l'arrivée des petits groupes d'immigrants, la
difficulté de former des groupes en francisation de niveau adapté et la
rentabilité des petits groupes, là, la rentabilité des... des organismes qui
donnent des cours de francisation. L'Internet haute vitesse n'est pas encore <disponible...
>
18 h (version révisée)
< Mme Gervais (Ann) :
...les
organismes qui donnent des cours de francisation. L'Internet haute vitesse n'est
pas encore >disponible partout en région. Alors, il ne faut pas
prendre... il ne faut pas dépendre seulement de la formation en ligne pour la
francisation des travailleurs étrangers, surtout pour les régions, avec les
villages qui se trouvent dans notre région. Un immigrant a beaucoup plus de
chances de réussite de francisation dans les grands centres versus les régions
par la multitude des possibilités en francisation, sans compter que le fédéral
encourage les francophones à s'installer dans les provinces hors Québec, ce qui
réduit le bassin de francophones pour le Québec.
L'orientation 4, l'importance de l'immigration
économique, pour nous, ce que nous pensons en ce moment, que, pour le moment,
le maintien du seuil de l'immigration est nécessaire dû à la crise du logement
et le manque de places en garderie. Par contre, il faut prendre en... il faut
prévoir une meilleure répartition des immigrants dans toutes les régions. Nous
sommes conscients du manque criant de main-d'oeuvre et que le seuil devra être
augmenté dès que la crise du logement sera atténuée, et, pour ce faire, le
gouvernement devrait s'engager à développer des stratégies en lien avec la
crise pour permettre l'ultime... ultimement, d'augmenter le seuil d'immigration
au Québec.
L'orientation 6, on sait déjà que les
délais sont beaucoup trop longs pour l'obtention du CAQ pour les permis d'études,
permis de travail, les CSQ, la résidence permanente, et encore plus pour nous.
Il y a un projet pilote, dans le Nord-du-Québec, où que les travailleurs
peuvent juste faire simplement deux heures de route pour obtenir leur résidence
permanente plus rapidement. Alors, les entreprises vivent cette situation
présentement. Vu que les délais sont beaucoup trop longs, les gens quittent. Les
travailleurs et même les finissants étudiants quittent la province pour s'en
aller dans le nord de l'Ontario pour obtenir rapidement leur résidence
permanente.
Pour ce qui est de l'orientation 7, Arrima
et Journées Québec sont des moyens mis en place qui répondent davantage aux
villes de l'axe de Montréal, Drummondville et Québec, en lien avec Québec
International, Montréal International et la SDED. Les candidats ont un manque
de connaissances sur les régions. Comment peuvent-ils faire pour faire des
déclarations d'intérêt s'ils ne connaissent pas notre région? Le MIFI... C'est
le MIFI Montréal qui répond aux besoins du recrutement pour les Journées
Québec, pour les entreprises de la région de l'Abitibi-Témiscamingue, et, pour
nous, ce n'est pas normal. Ils ne connaissent pas leur réalité. Ils ne
connaissent pas la réalité de notre région. Et on croit qu'ils devraient être
accompagnés par des entreprises ou des organismes de notre région lorsqu'ils
font du recrutement à l'international. Bien sûr, il y a des agents régionaux du
MIFI dans l'Abitibi-Témiscamingue, mais, dès qu'on parle de recrutement, les
entreprises sont transférées vers les grands centres, vers Montréal pour être
représentées pour les Journées Québec.
Il faut se concentrer sur l'immigration
primaire. C'est la priorité. Il faut faire connaître notre région directement à
partir du pays et ne pas attendre qu'ils s'installent dans une autre région
dans l'espoir qu'ils se délocalisent de nouveau. Ils sont déjà partis de leur
pays. Ils se sont déjà installés, fait un nouveau réseau. Alors, faire huit heures
de route pour venir s'installer chez nous quand ils sont déjà installés à
Montréal, c'est vraiment difficile.
L'orientation 8, la reconnaissance des
compétences, est une bonne idée mais doit pouvoir être faite à partir des
régions le plus possible. Exemple, on a recruté un pharmacien pour venir s'installer
dans un petit centre, en Abitibi-Témiscamingue. La personne doit faire de huit
mois à un an d'adaptation ou de formation pour faire partie de l'Ordre des
pharmaciens, doit s'installer à Montréal pour faire la formation et s'est fait
recruter par des... par une pharmacie de Montréal, et il ne viendra jamais.
Alors, il faut utiliser davantage nos institutions d'enseignement qu'on a en
région et travailler avec les forces qu'on a en région pour faire adapter les
compétences des travailleurs étrangers.
L'orientation 9, c'est notre priorité. Pour
nous, tel que présenté, ce n'est pas la régionalisation de l'immigration. L'accueil,
l'intégration, l'enracinement, oui, font partie de la régionalisation de l'immigration.
C'est très important. Il y a déjà plein d'organismes qui mettent en place des
services, qui offrent des services et qui s'occupent et reçoivent du
financement du PAC, ça, on ne peut pas le cacher, puis, partout sur le
territoire, sont très présents. Par contre, pour pouvoir accueillir, et
intégrer, et enraciner une personne, il faut d'abord la recruter, et c'est ce
qui est plus difficile pour notre région. On a plein de services mais pas de
services de recrutement qui sont implantés en région.
Ça fait que, pour nous, il faut les moyens
financiers pour accompagner les entreprises, pour être capables de les suivre
dans leurs démarches de recrutement, faire connaître notre région à l'international
pour encourager la première immigration, et je martèle vraiment sur la première
immigration parce qu'on sait que c'est difficile de délocaliser un immigrant
qui est installé ailleurs, alors, on martèle sur la première immigration, et
développer des outils qui répondent à nos besoins d'attraction et de recrutement.
Pour ce faire, le CLD a présenté un projet pilote régional à la ministre de l'Immigration,
Mme Fréchette, en mars dernier, et Mme Migneault vous présentera
rapidement ce qu'il en contient.
Mme Migneault (Mariève) : Oui.
Merci, Ann. Donc, bonjour à tous. Aujourd'hui, en fait, je vais principalement <porter
votre attention...
Mme Migneault (Mariève) :
...donc,
bonjour à tous. Aujourd'hui, en fait, je vais principalement >porter
votre attention sur les orientations 4, 7 et 9, donc, l'importance de
l'immigration économique, les besoins du marché du travail et la
régionalisation. Je vais également insister sur le fait que, si le gouvernement
veut une réelle régionalisation de l'immigration, il doit développer des
stratégies qui vont répondre aux besoins des régions éloignées distinctement
des grands centres et des régions périurbaines, donc, de ne pas seulement
considérer des données qui excluent la Communauté métropolitaine de Montréal pour
énoncer la régionalisation. Il faut comprendre que, des régions éloignées comme
la nôtre, l'Abitibi-Témiscamingue, on a des réalités bien différentes de Québec
ou de Drummondville. Il faut qu'on les connaisse pour être en mesure de
développer des outils qui répondent parfaitement à notre marché du travail et à
notre positionnement géographique.
Donc, force est de constater qu'au cours
des dernières années en Abitibi-Témiscamingue, en termes d'outils de
recrutement, ça ne fonctionne pas parfaitement. Ça ne répond pas de manière
optimale aux besoins du marché du travail, aux besoins des entreprises qui
contribuent à l'économie du Québec. Par exemple, ici, en Abitibi-Témiscamingue,
on compte pour environ 2 % de la population, mais on contribue pour
12 % du PIB. Donc, si le Québec veut continuer de bénéficier de cette
contribution puis peut-être même l'augmenter, il doit prendre les moyens
nécessaires.
Nos entreprises font face à un grave enjeu
de croissance. Elles retardent les investissements, refusent des contrats par
faute de main-d'oeuvre, de manque de main-d'oeuvre. Donc, les données du plein-emploi
sont alarmantes, elles sont partout à la grandeur du Québec, mais ici on voit
une pression supplémentaire, notamment de l'industrie minière mais notamment dû
à notre structure économique. On a également un retard endémique en termes de
recrutement international. On a seulement 0,1 % de la population immigrée
qui réside chez nous.
Donc, pourquoi nous, aujourd'hui, on peut
affirmer tous ces énoncés-là? C'est que le CLD Rouyn-Noranda, donc, le centre
local de développement, que c'est appelé maintenant, le CLD, depuis 2017, on
accompagne des entreprises dans le processus de recrutement à l'international.
On le rend, le processus, plus accessible. On le démocratise pour que... le
faire comprendre à un plus grand nombre de PME. Depuis 2021, on a un
département de main-d'oeuvre puis, fort de notre expertise, depuis deux ans, on
représente trois autres MRC. En fait, on a des ententes avec trois autres MRC,
qui nous permettent de desservir leurs entreprises, et c'est là qu'on voit
qu'il y a vraiment des outils qu'on doit développer.
Donc, on a... Pour répondre à ces
enjeux-là, on a déposé, en mars dernier, le projet le CARMOI, le Centre
d'accompagnement en recrutement de la main-d'oeuvre immigrante, qui positionne
cinq axes, l'accompagnement, l'attractivité, le recrutement, la formation et le
référencement, mais, principalement, ça nous permettrait de se distinguer sur
deux axes, donc, l'attractivité et le recrutement, parce que ce n'est pas vrai
que, quand on se présente... Dans le fond, quand on se présente à des Journées
Québec, là, avec majoritairement des entreprises de Drummondville, Québec et
Montréal, on ne joue pas à armes égales de par notre positionnement géographique,
donc, c'est pour ça... même si on a d'excellentes conditions de travail. C'est
pour ça qu'on doit compter sur une diversité d'outils de recrutement publics
pour... qui vont être adaptés à nos entreprises, pas seulement des...
La Présidente (Mme Caron) : ...de
conclure. Je vais vous demander de conclure. Il vous reste 20 secondes.
Mme Migneault (Mariève) : ... — parfait — donc,
pas seulement, là, des missions de l'IQ, mais spécifiques aux régions
éloignées. C'est pour ça que la région est mobilisée derrière le projet. On a
l'ensemble des MRC, les institutions d'enseignement, l'industrie, etc. On est
la porte d'entrée avec le réseau Accès entreprise Québec. On est les meilleurs...
la meilleure organisation pour répondre en première ligne. Donc, si le
gouvernement veut une réelle régionalisation, il doit développer des outils
adaptés.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, on va poursuivre avec les échanges. Donc, Mme la ministre de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, 12 min 30 s.
Mme Fréchette : D'accord. Merci,
Mme la Présidente. Alors, merci à vous trois. Il me fait plaisir de vous revoir
à nouveau suite à mon passage en Abitibi-Témiscamingue il y a quelques mois
pour une belle journée de rencontres régionales pour discuter immigration.
Donc, merci d'avoir pris part à l'exercice de la commission parlementaire sur
la... pluriannuel. Alors, ça me fait plaisir de vous entendre à nouveau.
• (18 h 10) •
Dans votre mémoire, en page 4, vous
décrivez, en fait, la première immigration, là, comme étant primordiale, et
vous venez de nous le réitérer, et vous semblez déplorer, en fait, que le MIFI
mise majoritairement sur l'immigration secondaire, sur la deuxième immigration
pour réaliser, là, ses ambitions en matière de régionalisation.
Alors, bien, j'aimerais tout simplement,
en fait, vous réitérer le fait que la première immigration en région, c'est
vraiment notre objectif également. J'en ai fait une de mes trois priorités. Et,
pour nous, quand on dit «régionaliser l'immigration», c'est, idéalement, dès la
première arrivée au Québec, et sinon, en fait, en partance d'un autre centre
qu'on imagine soit la métropole ou la Capitale-Nationale. Mais donc on converge
vraiment, au niveau des vues, quant à l'importance que doit occuper la
migration <première vers la région...
Mme Fréchette :
...
au
niveau des vues quant à l'importance que doit occuper la migration >première
vers la région.
Moi, j'aimerais vous entendre encore un
peu plus, parce que, bon, je pense que vous aviez encore d'autres éléments à
nous communiquer, là, quant aux types d'infrastructures, quant aux types de
mesures ou de projets qui permettraient à l'Abitibi-Témiscamingue de recevoir davantage
de personnes immigrantes et dans quelle mesure avez-vous une capacité à les
accueillir, parce que vous avez fait référence au fait qu'au niveau du logement
c'était très serré. Donc, est-ce qu'effectivement il y a une capacité, pour
l'Abitibi-Témiscamingue, à recevoir davantage de personnes immigrantes ou si
vous considérez qu'il faille développer davantage le secteur de l'habitation,
notamment, avant d'envisager davantage de personnes immigrantes?
La Présidente (Mme Caron) : Vous
pouvez répondre.
Mme Migneault (Mariève) : Oui.
En fait, en termes de bonification de coffre à outils, si je peux répondre,
d'une part, à votre questionnement, oui, ça prend... Tu sais, il y a les
Journées Québec, bien entendu, mais, tu sais, si on pouvait avoir, par exemple,
des Journées Québec régions éloignées pour qu'on puisse se positionner
stratégiquement à armes égales avec d'autres régions éloignées... C'est une
demande qu'on a déjà adressée. Pour l'instant, on n'a pas de réponse favorable.
Arrima Québec joue un rôle, mais, comme
Mme Gervais le mentionnait, c'est difficile pour un candidat outremer
d'inscrire sa désignation d'intérêt pour une région pour laquelle il n'a aucune
idée d'où elle se situe et quel avantage elle a à lui offrir. Donc, s'il y
avait des bonifications en ce sens qui permettraient de faire connaître les
régions éloignées au préalable auprès de ces candidats-là pour qui... qu'on
augmente la déclaration d'intérêt et, ultimement, d'avoir une banque de
candidatures en continu pour des profils qui répondent à nos besoins du marché
du travail, pour des candidats qu'on a rencontrés et qui ont réellement
signifié un intérêt pour la région, ce serait de bon aloi également.
En termes de capacité d'accueil, de dire :
Est-ce qu'on a les logements?, c'est sûr qu'on a un taux d'inoccupation très...
très, très bas. Par contre, ça devient à être la poule ou l'oeuf. Tu sais, est-ce
qu'on a besoin de travailleurs pour soutenir notre économie? Là, à l'heure
actuelle, il y a beaucoup d'entreprises qui sont très innovantes, qui achètent
des maisons, qui trouvent des solutions pour faire... pour loger leurs
travailleurs immigrants. Ça peut être des solutions de ce type qu'on pourrait
envisager.
Mme Fréchette : Ce sont
des solutions qui sont utilisées par un certain nombre d'entrepreneurs.
Mme Migneault (Mariève) : Oui,
tout à fait.
Mme Fréchette : D'accord.
Merci. Alors, je passerais la parole à ma collègue, donc, Suzanne Blais, d'Abitibi-Ouest.
Je ne pense pas qu'il y ait besoin de présentation.
Mme Blais : ...à vous
trois. Très heureuse de vous voir aujourd'hui. Merci pour la présentation.
Alors, en page 6, vous mentionnez que tous
les services, formations et outils pour l'accueil... de l'intégration des
personnes immigrantes sont déjà déployés en Abitibi-Témiscamingue et que le Programme
d'appui aux collectivités, le PAC, soutient financièrement presque toutes les
villes de la MRC et organismes d'accueil de la région. Pouvez-vous décrire les
pratiques exemplaires d'accueil, d'intégration et de rétention des personnes
immigrantes qui sont instaurées en Abitibi-Témiscamingue, à Rouyn-Noranda ou au
sein d'entreprises parmi vos partenaires?
Mme Migneault (Mariève) : Bien,
je peux commencer, Ann, et puis tu pourras complémenter.
Vous ne devez pas être sans connaître La
Grande Séduction en Abitibi-Ouest, qui fait partie d'un modèle d'exemple
d'attraction et d'accueil, où la communauté entière s'est mobilisée pour
accueillir les nouveaux travailleurs, les travailleurs de la santé. À
Rouyn-Noranda, on bénéficie également de La Mosaïque, qui permet de
soutenir l'individu, l'immigrant, le travailleur étranger jusqu'au résident
permanent.
Par contre, ce qu'on voulait dire avec ce
point-là, puis je pourrai laisser Ann mentionner les autres mesures
exemplaires, les autres éléments exemplaires, là, de l'accueil et
l'intégration, ce qu'on voulait surtout dire par là, c'est qu'il y a beaucoup
d'argent et d'efforts mis sur l'accueil, l'intégration et la rétention de la
main-d'oeuvre immigrante mais peu ou pas dans l'attraction et le recrutement de
cette même main-d'oeuvre-là spécifiquement pour les régions éloignées.
Donc, moi, je vais terminer ici ma portion
de réponse puis je vais laisser Ann continuer.
Mme Gervais (Ann) : Alors,
on se retrouve avec des entreprises qui... ou des organismes qui sont prêts...
qui sont prêts à accueillir des nouveaux travailleurs, mais on ne peut pas
aller... ou on a très peu de financement pour aller les recruter. Et c'est là...
et c'est là qu'on trouve un peu que c'est... pas aberrant, mais qu'on trouve
que, oui, c'est vraiment important d'avoir ce financement-là pour l'accueil et
l'intégration, mais on accueille qui si on ne peut pas aller les recruter? Et
c'est là que c'est difficile. Les Journées Québec le font très <bien,
puis, tu sais, on ne dit pas...
Mme Gervais (Ann) :
...c'est
là que c'est difficile. Les Journées Québec le font très >bien, puis, tu
sais, on ne dit pas qu'ils ne font pas des belles activités ou qu'ils font des
belles séances de recrutement. Par contre, on croit que les entreprises doivent
être accompagnées par des organismes de la région. Et, en ce sens, nous, le CLD...
Et le CLD fait également beaucoup pour l'accueil et l'intégration. On le fait
moins sur le terrain avec les travailleurs. Par contre, on prépare, on forme
les entreprises à bien accueillir leurs travailleurs. On leur donne les outils
nécessaires pour bien se préparer et préparer leurs équipes à faire l'accueil
des travailleurs étrangers. Ça fait que je pense que ce qu'on offre, nous, dans
la région, est également un beau gage de succès.
Mme Migneault (Mariève) : Je
voudrais ajouter un élément aussi. Une entreprise qui se démarque énormément
dans le secteur de Rouyn-Noranda par rapport à l'accueil et l'intégration des
travailleurs étrangers, c'est la compagnie ADRIA, en fait, qui s'est elle-même
formée, autodidacte, pour aller recruter avant que le CLD devienne de plus en
plus présent en la matière. Donc, elle a dû faire son chemin de croix, si on
veut, pour apprendre le recrutement à l'international, mais ensuite
l'entreprise a acquéri des maisons pour loger ses travailleurs et a acquéri une
maison qu'elle a dédiée en garderie, qu'elle a pu déposer dans l'appel du ministre
de la Famille. Elle a créé une garderie. Donc, ça, on voit que c'est vraiment
un modèle intégré, de dire : Comment je vais faire en sorte de bien
accueillir et intégrer mes travailleurs? Eh bien, elle a pris en charge
plusieurs enjeux transversaux au recrutement à l'international, puis, on le
voit, le taux de rétention est favorable pour cette entreprise.
Mme Blais : Pensez-vous que
nos organismes communautaires en région ont un grand rôle à jouer au niveau de
l'immigration, comme le MRAR, ces choses-là?
Mme Gervais (Ann) : Bien, ils
sont très présents et, oui, ils ont leur place. Chaque organisme a leur place.
En ce moment, chacun fait leur propre partie. Et, justement, le PAC, le programme
d'aide aux collectivités, nous aide à le faire, mais on a tellement d'argent
qu'on est en train d'empiéter un sur l'autre. On est en train d'empiéter parce
qu'il n'y a pas assez d'immigrants qui arrivent en région, et c'est pour ça
qu'on croit qu'il doit y avoir de l'aide pour l'attractivité et le recrutement.
Mme Blais : Autre question. En
matière de reconnaissance des compétences, vous mentionnez que votre... dans
votre mémoire qu'il serait pertinent de développer des ententes avec des ordres
professionnels et des institutions d'enseignement de l'Abitibi-Témiscamingue
pour faciliter l'accès à certaines professions.
Mme Gervais (Ann) : Oui. En
fait, comme je mentionnais, l'exemple du pharmacien, on l'a vécu, une
entreprise en Abitibi-Ouest qui voulait recruter un pharmacien, et la personne doit
passer un an à Montréal pour faire des mises à niveau, des mises à jour, et a
été recrutée par une entreprise de Montréal. Et la pharmacienne arrivait avec
sa famille, bien sûr. Et je crois qu'il y a vraiment quelque chose à faire, des
ententes à faire avec nos institutions ou encore faire des formations à
distance ou... Avec... De nos jours, avec toute la technologie qu'on a, je
pense que c'est possible de le faire à distance.
Et, pour ce qui est des formations, oui,
il y a des primes ou il y a le CSQ PEQ qui est intéressant pour le niveau
postsecondaire, mais il faut penser au niveau professionnel également. On a
beaucoup d'entreprises qui ont besoin des gens qui sont de métiers... des gens
de métiers spécialisés. Alors, au niveau professionnel, c'est important de
développer également du financement, des projets pilotes ou quoi que ce soit
pour les garder en région ou pour les encourager à venir étudier ici, dans nos
centres de formation professionnelle. Et nos centres de formation donnent des
formations qui répondent aux besoins de nos entreprises.
Mme Blais : Et, selon vous,
quel genre de type d'action, de promotion serait à prioriser pour la région?
Mme Migneault (Mariève) : J'ai
manqué le... Quel genre d'action, de promotion...
Mme Blais : ...oui, action ou
de promotion serait, selon vous, à prioriser?
• (18 h 20) •
Mme Migneault (Mariève) : On
sait que positionner le Québec dans son ensemble à l'international, ça
représente des défis, parce que, parfois, les candidats qu'on rencontre veulent
aller au Canada sans savoir nécessairement où est le Québec. Donc, on sait que
ça représente des défis. Par contre, il faut être en mesure de positionner nos
avantages stratégiques en tant que région. Donc, ce serait, selon nous, une des
actions à prioriser, c'est-à-dire comment on positionne... on arrive à
positionner le Québec dans le Canada. Et, une fois qu'on a réussi cet
aspect-là, là, je pense que ça va bien dans toutes les Journées Québec qu'on...
que le MIFI est impliqué.
Là, maintenant, comment on fait pour
positionner les régions éloignées dans le Québec auprès des travailleurs
étrangers, ce serait, moi, selon moi, l'action à prioriser, également de
présenter les régions en amont de nos... des missions, donc, de faire en
sorte... Là, maintenant, aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, on est capables
de positionner des actions de communication à l'étranger. Si on va en France,
bien, on positionne un mois avant la région de l'Abitibi-Témiscamingue sur
divers outils de communication pour faire comprendre quels sont les <avantages
structurels de l'Abitibi-Témiscamingue et pas que du Québec...
Mme Migneault (Mariève) :
...quels
sont les >avantages structurels de l'Abitibi-Témiscamingue, et pas que
du Québec. C'est là... Quand on se perd dans la masse du Québec, c'est là qu'on
n'est peut-être pas en mesure de se positionner stratégiquement.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Mme la ministre, il reste une minute.
Mme Fréchette : Une minute, bon,
juste assez pour vous demander, justement : Est-ce que les missions de
nature virtuelle sont d'intérêt pour vous? On en a organisé, je crois que c'est
six, au cours de la dernière année. Donc, considérant l'éloignement de
l'Abitibi-Témiscamingue, est-ce que, pour vous, ça représente quand même une
opportunité intéressante, ces missions virtuelles?
Mme Gervais (Ann) : Je
peux-tu... Bien, plus ou moins. En fait, ce que les entreprises nous
mentionnent, c'est qu'ils veulent voir... Bien, ça peut être intéressant pour
les entreprises qui n'ont pas le temps de se déplacer, mais beaucoup, ils
veulent sentir, ils veulent voir la personne, ils veulent pouvoir échanger. Les
entrevues à distance, c'est assez difficile. Oui, on donne des outils pour le
faire, mais ça reste que, le présentiel, on peut vraiment savoir qui est la
personne ou la connaître davantage. Ça fait que les entreprises sont prêtes à
se déplacer pour aller à des missions. Mais c'est sûr que certains sont prêts
aussi à le faire virtuellement parce qu'ils n'ont pas le temps ou ils n'ont pas
assez d'employés pour pouvoir quitter pendant cinq jours pour faire du
recrutement.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
C'est terminé. Alors, maintenant, je vais donner la parole à l'opposition
officielle. Députée de Chomedey, vous avez 9 min 22 s.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci.
Merci beaucoup de nous avoir envoyé vos mémoires, et votre présence. C'est très
apprécié. On entend un autre point de vue sur l'immigration.
D'après ce que j'entends, là, ce n'est
plus une question de 50 000 ou 60 000, c'est la structure. Il y a
beaucoup de choses à voir. D'après ce que j'entends, c'est le manque de main-d'oeuvre,
c'est sûr, mais on n'est pas capables, dans votre région, de retenir les
immigrants qui sont là ou les étudiants, parce qu'ils s'en vont en Ontario,
puis c'est plus facile... Donc, est-ce que le... Le problème, est-ce que c'est
avec le gouvernement du Québec ou Canada, le fait qu'ils doivent aller en
Ontario et, je suppose, ils ne reviennent pas? C'est ça, ils ne reviennent pas.
C'est ça?
M. Bibeau (Marc) : Non, ils
ne reviennent pas.
Mme Lakhoyan Olivier : Ils ne
reviennent pas.
Mme Gervais (Ann) : Bien,
certains reviennent. Certains reviennent, mais ils reviennent après un an,
après avoir reçu leurs documents, après avoir reçu leurs papiers. Mais, c'est
ça, c'est... ils quittent. Le problème, ce n'est pas pour tout le monde, là. Ce
n'est pas la rétention de tout le monde. Mais le problème de base, je crois que
c'est vraiment... Tout est dans les délais. Tout est dans les délais entre
l'obtention du CSQ et l'obtention de la résidence permanente. Et le six mois de
délai pour l'obtention du CSQ PEQ, quand... si c'est six mois, bien, c'est six
mois de moins qu'ils ont pour avoir la résidence permanente ou qu'ils doivent
attendre de plus pour avoir la résidence permanente.
Mme Lakhoyan Olivier : Pour
vous, là, si je vous dirais : L'immigration au Québec, ce qu'on ferait,
c'est qu'on ferait comme un bureau de chômage : Appliquez, voilà, il y a
ces emplois-là dans ces régions-là... Parce que vous parlez de première
immigration. Vous voulez une première immigration, donc, de l'extérieur,
rentrer direct chez vous. Vous trouvez que, d'après vous, le pourcentage de les
retenir, c'est beaucoup meilleur. Donc, est-ce qu'on... est-ce qu'on... Le
ministère de l'Immigration décide de faire : Bon, bien, j'ai besoin de
mécaniciens, comme demande de carrière qu'on fait au Québec, là, bien, la même
chose aux immigrants, pensez-vous, ça vous aiderait plus?
Mme Migneault (Mariève) : C'est
sûr que ça pourrait être un outil intéressant. En fait, le problème, c'est
comment, en tant que région éloignée, donc, éloignée, pas des régions
périurbaines, on arrive à attirer et recruter des travailleurs, donc, comment
ils font pour choisir l'Abitibi-Témiscamingue, et, une fois qu'ils ont fait ce
choix, comment on arrive à les retenir. Donc, d'avoir un guichet emploi, ça
peut être pertinent, mais, encore là, est-ce qu'ils vont avoir l'appel de l'Abitibi-Témiscamingue
pour être assez convaincus d'y demeurer, de faire leurs projets de vie avec
nous puis de s'enraciner? C'est là qu'il faut comme avoir un narratif
émotionnel pour créer ce sentiment d'appartenance là.
Mme Lakhoyan Olivier : Je crois
que, quelqu'un qui vient de l'extérieur, la distance, là, ça ne fait pas de
différence. Il vient de la Syrie, du Liban, de l'Arménie, n'importe où, là. Déjà,
il fait la distance. Pour lui, c'est travailler et recommencer sa vie parce
que, dans son pays, ça ne va pas bien. Donc, c'est une personne qui va venir
ici travailler. Donc, moi, d'après ce que je vois ici, vous dites : Il y a
un manque criant de la main-d'oeuvre, donc, puis vous avez mentionné crise de <logement
aussi en même temps...
Mme Lakhoyan Olivier :
...de
la main-d'oeuvre, donc, puis vous avez mentionné crise de >logement
aussi en même temps. J'ai entendu ça. Je ne me trompe pas, n'est-ce pas?
M. Bibeau (Marc) : Absolument.
Mme Lakhoyan Olivier : Donc,
comment vous allez faire? Disons que le ministère de l'Immigration trouve une
façon d'avoir des immigrants... venir directement chez vous, comment vous allez
faire de... pour s'occuper des besoins de logement, éducation, et tout ça, là?
Mme Migneault (Mariève) : En termes
d'éducation, ça va très bien, mais est-ce que c'est à nous, là, d'aider, à
nous, MRC, de résoudre la crise du logement? Je pense qu'il faudrait voir le
problème d'un autre axe. C'est sûr qu'actuellement, comme je dis, les
entreprises trouvent des solutions très innovantes, vont s'occuper eux-mêmes
d'acquérir des immobilisations, des logements pour loger leurs entreprises.
Donc là, il faut remettre... Ce problème-là, il est hors de notre contrôle. Il
faut soit le remettre dans les mains du gouvernement ou soit le remettre dans
les mains du privé pour qu'eux s'organisent eux-mêmes. Je pense que le
gouvernement a quand même un rôle à jouer pour soutenir des problèmes de
logement social, par exemple, pour permettre de créer plus de logements disponibles
pour l'ensemble de la population, qu'il doit en faire plus pour l'immigration
également.
Mme Lakhoyan Olivier : Vous
parlez de logement social. Vous vouliez prendre la parole?
M. Bibeau (Marc) : Bien, si
je peux me permettre, une des solutions qui pourraient être envisagées au
niveau du logement pourrait être la construction de résidences étudiantes dans
nos cégeps et nos universités. Le cégep de l'Abitibi-Témiscamingue a
présentement un projet de construction de 200 résidences. Ces 200 résidences là
permettraient probablement de libérer une centaine de loyers à Rouyn-Noranda.
Ça enlèverait de la pression sur le taux de location puis, en même temps, bien,
ça viendrait toucher une partie de... une bonne partie de clientèle à faibles
revenus.
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
comme nous avons un peu de retard sur l'horaire, je vais demander : Est-ce
qu'on a le consentement pour poursuivre quelques minutes au-delà de l'heure
prévue pour terminer les... Ça va? Merci. Alors, on repart le compteur. Il
reste 3 min 43 s... trois minutes, oui, 43, c'est ça.
Mme Lakhoyan Olivier : ...
La Présidente (Mme Caron) : Pour
l'opposition officielle, oui.
Mme Lakhoyan Olivier : Ah! OK.
M. Derraji : ...
La Présidente (Mme Caron) : Député
de Nelligan, allez-y.
M. Derraji : Merci pour votre
intervention. J'ai eu l'occasion de visiter le centre et m'entretenir avec des
membres. Continuez votre beau travail. Vous avez beaucoup de défis. J'ai même
vu des installations d'entreprises pour accueillir des travailleurs, «fly-in/fly-out»
toujours. Ça n'aide pas la région, malheureusement.
Aujourd'hui, vous avez deux scénarios, 50 000,
60 000. Je n'ai pas entendu votre position par rapport au chiffre qui est
sur la table. La part des travailleurs temporaires étrangers... J'en ai vu pas
mal dans la région. Pouvez-vous nous éclaircir sur votre vision par rapport au
portrait des travailleurs temporaires étrangers versus les travailleurs
permanents?
M. Bibeau (Marc) : Si je peux
m'exprimer sur le... Le travailleur temporaire n'est, quant à moi, seulement
qu'un plasteur, un bandage temporaire. Nous, ce qu'on souhaite ardemment, c'est
d'amener la famille. Si on veut garder nos citoyens ou notre population
immigrante chez nous, ça doit passer par la famille. Le monsieur... Par
exemple, tu sais, on parlait de mécaniciens tantôt. On recrute un mécanicien,
bien, il faut qu'il vienne avec sa famille. Madame est peut-être cuisinière,
pourrait contribuer, parce que nos restaurants en souffrent aussi, là. Présentement,
on a des restaurants qui sont fermés trois jours par semaine par manque de
personnel. Je vous défie d'aller manger à Rouyn-Noranda un dimanche soir, là.
S'ils ont des jeunes, des enfants à l'adolescence qui peuvent travailler dans
nos commerces de détail, ces enfants-là vont se faire des amis, et c'est eux
autres qui vont s'enraciner chez nous et qui vont aider les familles à rester
puis à devenir les bons citoyens que nous souhaitons.
• (18 h 30) •
M. Derraji : Lors de ma
dernière visite, vous m'avez parlé de la direction régionale. Quelle est votre
relation maintenant avec la direction régionale de... en immigration?
Mme Migneault (Mariève) : Notre
relation présentement, elle est courtoise. Par contre, comme on a... Bien, la
coordonnatrice régionale, on a une très bonne relation avec Mme Roberge. Au
niveau de la direction territoriale, depuis le dépôt de notre projet pilote, on
est dans une <espèce de zone grise, là...
>
18 h 30 (version révisée)
< Mme Migneault (Mariève) :
...territorial.
Depuis le dépôt de notre projet pilote, on est dans une >espèce de zone
grise, là. Donc, il y a des améliorations possibles en termes de collaboration,
je pourrais dire, puisque, là, pendant que notre dépôt... notre projet est à l'analyse...
M. Derraji : ...pourquoi une
zone grise?
Mme Migneault (Mariève) : Je...
Parce que, depuis que notre projet est en... On a déposé un projet qui est en...
en analyse, pardon. La direction régionale souhaite attendre l'issue de l'analyse
avant d'avoir des projets de collaboration entre nos instances.
M. Derraji : ...collaboration
est arrêtée parce que c'est... le projet est en analyse, ce n'est pas bon pour
la région, ça.
Mme Migneault (Mariève) : Non.
C'est sûr que ce n'est pas optimal. Ce n'est pas optimal. Je ne pourrais pas
dire le contraire.
M. Derraji : La ministre vous
entend. La ministre vous entend. Je la vois. Je la connais, c'est une femme d'action.
J'en suis sûr et certain, qu'elle va agir. Continuez votre beau travail. J'ai
visité beaucoup d'entreprises dans la région. On a besoin que cette région se
relève. L'industrie minière se porte très bien. On va tout faire pour vous
supporter par rapport à la présence des travailleurs. Merci, hein?
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, maintenant, je vais céder la parole au deuxième groupe d'opposition, M.
le député de Saint-Marie... Saint-Henri—Sainte-Anne, pour
3 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup pour votre présentation. Merci.
Mon collègue de Nelligan rappelait qu'il y
a deux scénarios, mais, chers collègues, j'en ai soumis un troisième. Donc, on
est sur trois scénarios, quand même. Donc, voilà, je vous le dis, on a un
troisième... on a une troisième option.
Vous parliez des délais trop longs. Vous avez
dit : Tout est dans les délais, en fait. Et je suis allé voir, pendant que
vous parliez, parce que vous me parlez de l'Ontario, je suis allé voir le site
d'Immigration Canada. On voit très bien, par programme, les délais de
traitement. C'est très intéressant. Et, bon, pour le Québec, dans Travailleurs
qualifiés, on parle de 17 mois de délai de traitement sur le site d'IRCC,
auxquels on ajoute le délai du CSQ, vous avez dit six mois, bon, disons...
disons trois mois, parce que je pense que ça peut aller plus rapidement que ça,
pour un 20 mois, disons, selon les statistiques sur le site Internet.
Si je change de catégorie et je vais, donc,
à Travailleurs qualifiés fédéral, donc, entrée expresse, donc, le programme qui
se destine à vos... aux gens qui vont en Ontario, on tombe à cinq mois, donc,
quatre fois moins long de l'autre côté de la frontière.
C'est évident, pour les personnes qui sont
chez vous, le calcul se fait. Mais comment c'est possible? Comment ça se fait?
Bien, on le sait, c'est à cause de l'impact des seuils, de la réduction des
seuils, des arriérés et du fait que, bien, les seuils, tels qu'ils sont, ne
répondent pas à la demande puis à vos besoins, puis on n'est pas compétitifs
face au... face au reste du pays. C'est ça qui se passe. Alors, moi, je vous
propose... Et je pense qu'il faut qu'on fasse des mesures pour simplifier,
faciliter, accélérer afin que vous soyez compétitifs.
Et donc moi, je mets au jeu un PEQ régions,
12 mois de travail pour se qualifier, pas 24, 12 mois, un PEQ sans frais. Donc,
on a des économies de famille d'autour de 1 500 $, à peu près, pour
les CSQ, avec toute la famille, et on les traite en premier, en priorité, tout
de suite, et donc pas de délai de traitement au-delà de l'Ontario. Moi, je
pense que, si on met ça en place, vous allez être ultracompétitifs. Les gens
vont vouloir rester chez vous. Les gens vont n'avoir aucun incitatif à aller de
l'autre côté de la frontière. Qu'est-ce que vous en dites?
Mme Migneault (Mariève) : C'est
sûr qu'il faut être compétitifs avec... C'est une très belle... très belle
proposition, à chaud comme ça. Il faut être compétitifs avec l'Ontario, oui. On
est à une heure de l'Ontario. Et les projets pilotes dont Mme Gervais faisait
mention, les PPIRN, sont administrés par des organismes de développement
économique comme le nôtre qui facilitent l'immigration économique directement,
en marge avec les besoins des travailleurs. Donc, c'est sûr que, si on vise,
par ailleurs, ce type d'assouplissements, ça peut être bénéfique pour notre
région. Si on vise des familles, M. Bibeau l'a exprimé, c'est encore plus
bénéfique pour notre région parce que ça fait des doubles...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion.
Mme Migneault (Mariève) : ...doublement
de travailleurs, des enfants qui s'enracinent. Donc, tout à fait en accord avec
des types de propositions. Il faut innover. Il faut voir autrement. Il faut
changer notre lorgnette et voir différentes perspectives pour positionner.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Merci beaucoup. Alors, je vous remercie d'avoir participé à nos travaux, tous
les trois. Merci pour votre mémoire.
Nous allons maintenant suspendre la
commission jusqu'à 19 h 15.
(Suspension de la séance à 18 h 36)
19 h (version révisée)
(Reprise à 19 h 16)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des <relations avec les
citoyens reprend ses travaux...
La Présidente (Mme Caron) :
...Commission
des >relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Donc, nous poursuivons les auditions
publiques dans le cadre de la consultation générale sur le cahier de
consultation intitulé La planification de l'immigration au Québec pour la
période 2024-2027.
Alors, ce soir, nous entendrons les personnes
et les organismes suivants : tout d'abord, la ville de Repentigny, et
ensuite M. Richard Marcoux.
Alors, je vais inviter, donc, les... souhaiter
la bienvenue à la ville de Repentigny et puis vous demander de vous nommer, en
vous rappelant que vous avez 10 minutes au total pour votre présentation,
et ensuite on va poursuivre avec les échanges. Alors, si chacun veut bien se
nommer, s'il vous plaît.
Ville de Repentigny
M. Dufour (Nicolas) : Donc,
bonjour. Nicolas Dufour, maire de Repentigny.
Mme Robillard (Jennifer) : Oui.
Bonjour. Jennifer Robillard, conseillère municipale et présidente de la commission
sur le vivre-ensemble et la participation citoyenne.
Mme Descadres (Marie Angeline) : Bonjour.
Marie Angeline Descadres, conseillère stratégique en innovation sociale à la
direction générale.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, vous pouvez commencer.
M. Dufour (Nicolas) : Alors,
merci. Chers parlementaires, j'ai envie de commencer en vous disant :
Repentigny existe, les municipalités existent au Québec. Cela signifie que
nous, en tant que municipalité, avons un rôle important à jouer dans
l'intégration des personnes immigrantes sur notre territoire.
Repentigny se distingue par son engagement
et son leadership dans le domaine de l'immigration. Nous avons mis en place des
pratiques inspirantes et innovantes, notamment la mise en œuvre de notre
stratégie 2022-2026 pour une ville inclusive. Cette stratégie comporte des
orientations spécifiques liées au vivre-ensemble, à la sécurité civile et au
volet socioéconomique. Nous croyons fermement que l'immigration est une
opportunité de développement non seulement sur le plan économique, mais aussi
en termes de sécurité et de cohésion sociale. C'est un investissement vers un
développement socioéconomique durable et innovant.
Cependant, nous sommes conscients que nous
faisons face à des défis majeurs en ce qui concerne nos capacités limitées pour
offrir des services de qualité à la population. Repentigny accueille un nombre
significatif d'immigrants, en particulier dans la MRC de L'Assomption, mais nos
ressources sont limitées. En tant que gouvernement de proximité, nous assumons
pleinement notre responsabilité dans l'intégration des personnes immigrantes
sur notre territoire, en collaboration avec les acteurs du milieu. La
collectivité, les entreprises et les partenaires communautaires sont également
engagés dans ces efforts d'intégration et de vivre-ensemble. Cependant, ils
font face aux mêmes défis que nous, à savoir des moyens très limités.
De plus en plus de personnes immigrantes
choisissent de s'installer à Repentigny, ce qui a entraîné une évolution du
profil démographique de notre ville et de nouveaux besoins. Nous devons
également tenir compte de notre proximité avec la ville de Montréal, ce qui
rend notre environnement complexe. Nous sommes confrontés à des enjeux
similaires à ceux des grandes villes, mais avec des ressources limitées,
propres à une municipalité de taille moyenne, comme tant d'autres au Québec.
Notre vision de l'immigration est celle
d'une opportunité de développement à plusieurs niveaux. Nous croyons que c'est
un investissement dans un développement socioéconomique durable et innovant.
Nous reconnaissons les défis auxquels nous sommes confrontés en termes de
capacité limitée, mais nous restons déterminés à travailler en collaboration
avec notre communauté, nos partenaires et les acteurs du milieu pour créer un
avenir inclusif et prospère pour tous les résidents de Repentigny, qu'ils soient
nés ici ou ailleurs.
Mme Robillard (Jennifer) : Je
vais prendre la suite de M. le maire, là, pour vous adresser, en fait, quatre
points qui ressortent du mémoire que nous avons déposé, à la ville de
Repentigny. Donc, on est une ville qui a à cœur l'intégration et l'inclusion
des personnes immigrantes sur notre territoire. Pour répondre aux besoins
grandissants et complexes dont M. le maire faisait mention, pour continuer le
travail de terrain, premier palier de gouvernement pour notre population, nous
avons besoin de différents éléments, et il y a quatre éléments qu'on souhaite
vous apporter ce soir.
Tout d'abord, la création d'une instance
de concertation multisectorielle pour rendre plus agile la gestion des
migrations en incluant les villes comme parties prenantes. Une ville comme
Repentigny, comme M. le maire l'a mentionné, elle souhaite être à la table de
travail, collaborer aux chantiers en cours et à venir. Ville de la couronne de
Montréal, le réflexe n'est pas toujours de nous inviter à la table, ce que nous
souhaitons avoir pour la suite des choses. La ville a la responsabilité de tout
mettre en œuvre pour offrir des services municipaux de qualité et offrir un
cadre de vie propice à l'épanouissement de sa population. Nous estimons qu'il
est primordial de reconnaître l'apport des municipalités à réaliser les
orientations du gouvernement et nous souhaitons donc être un partenaire et un
allié de choix pour le gouvernement dans le cadre du plan en immigration.
• (19 h 20) •
Un autre point qu'on souhaite amener,
c'est la révision de la répartition des ressources financières pour des
services adaptés aux besoins locaux. Nous travaillons en collaboration étroite
avec nos partenaires. Tous les moyens sont mis en œuvre pour soutenir l'accueil
et l'intégration sur notre territoire. Cependant, force est de constater que la
tâche est grande pour les villes et que notre capacité demeure restreinte. Nous
aimerions donc avoir une meilleure répartition des ressources financières et
humaines en <fonction des besoins...
Mme Robillard (Jennifer) :
...meilleure
répartition des ressources financières et humaines en >fonction des
besoins spécifiques de chaque localité.
Un troisième point est le financement
récurrent pour améliorer les services offerts par la ville, notamment la
francisation et l'accès au logement. Nous travaillons à développer et à
innover, que ce soit sur les différentes activités offertes aux personnes
immigrantes ou encore le maintien du vivre-ensemble dans notre population, que
ce soit la francisation dans nos bibliothèques ou encore dans nos camps de
jour, les événements rassembleurs autour du vivre-ensemble, la lutte au racisme
et aux discriminations. Nous avons de nombreuses idées pour faciliter
l'intégration dans notre communauté.
Il y a également une multitude de besoins
lorsqu'on parle des résidents permanents, travailleurs temporaires ou encore
personnes réfugiées. Il faut des ressources financières diversifiées pour
continuer notre travail, former et appuyer nos employés à offrir des services
adaptés à toute notre population.
On attire votre attention en matière
également du financement du logement. Il faut une adéquation entre le plan en
immigration et le logement, entre les besoins des gens qui arrivent, le besoin
des entreprises de croître, d'accueillir de nouveaux travailleurs, avec une
structure capable de les accueillir, et de bien les accueillir, je dirais. Il
faut loger des gens chez nous, dans une ville à 100 % bâtie, ce qui est le
cas de Repentigny. Il faut des programmes de redéveloppement de notre ville à
la fois en matière d'entrepreneuriat mais également en matière de logement, une
mixité de logements également, parce que les cibles du gouvernement sont en
grande partie d'attirer des jeunes immigrants de moins de 35 ans.
Pour une municipalité, cela demande un
cycle d'accueil en termes de mixité de logements. Donc, on part d'un petit
logement, avec une famille qui grandit, avec des retraités par la suite, et
avec un type de service accru également, de la CPE, au démarrage d'entreprise,
à la résidence par la suite. Nous avons donc besoin de ressources pour
accueillir adéquatement les citoyens qui arrivent à Repentigny, tout en
assurant de maintenir la cohésion sociale et le vivre-ensemble, et cela passe
par des programmes connus, flexibles et continus.
Finalement, nous souhaitons un financement
récurrent pour développer des projets structurants en matière de diplomatie
municipale et pratiques inclusives. Ça inclut le soutien à nos citoyens
corporatifs pour le recrutement, l'intégration, la rétention de la main-d'œuvre
immigrante, l'enrichissement de l'écosystème scolaire avec, notamment,
l'accueil d'étudiants étrangers et, bien sûr, la mise en place de pratiques
inclusives.
M. Dufour (Nicolas) : Donc,
si je peux me permettre de résumer, chers parlementaires, à la fin de la
journée, c'est les municipalités qui intègrent au quotidien les nouveaux
arrivants, les immigrants. La responsabilité nous incombe. Malheureusement, les
limites financières sont rapidement atteintes. Et on a besoin d'un support et
de l'aide. Les villes sont prêtes à être des alliées du gouvernement du Québec
dans l'intégration et l'augmentation des seuils d'immigration. Donc, merci à
vous tous.
La Présidente (Mme Caron) : Merci
pour votre présentation. Alors, la période d'échange va commencer. Je vais
céder la parole à la ministre de l'Immigration, de la Francisation et de
l'Intégration pour une période de 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, bonsoir, M. le maire. Bonsoir, mesdames. Il me fait plaisir
de vous revoir. Merci de participer à l'exercice de cette commission
parlementaire.
Vous vous prononcez sur votre réalité à
vous en tant que ville de la couronne. Quand j'ai fait ma série de rencontres
régionales, j'ai réalisé à quel point la dynamique, pour les villes qui étaient
dans la couronne métropolitaine, pouvait être particulière, pouvait être
singulière. Et, là où je croyais qu'il y avait un impact facilitant quant au
fait d'être proche de Montréal, ce n'était pas nécessairement le cas dans la
réalité des choses, parce que, souvent, Montréal constituait une sorte d'aimant
pour les personnes immigrantes.
Alors, c'est une des choses que... sur
lesquelles j'aimerais... j'aimerais vous entendre. Bien, en fait, j'aimerais
vous entendre sur les responsabilités que vous, vous souhaiteriez que les
villes puissent assumer dans l'instance que vous proposez de créer, là, de
coordination multisectorielle. Donc, quel est le rôle que pourraient jouer les
villes à l'intérieur d'une telle instance? Et puis j'aimerais vous entendre
également sur, en fait, en quoi la proximité de Montréal influence votre
dynamique sur le plan de l'immigration à Repentigny.
M. Dufour (Nicolas) : Oui. Je
vous remercie beaucoup, Mme la ministre. Puis permettez-moi, d'entrée de jeu,
de vous remercier aussi pour la tournée que vous avez faite et la série de
consultations dans laquelle vous vous êtes lancée, là. On apprécie énormément.
Puis je pense que tous ont à y gagner.
Bien, écoutez, pour ce qui est de la
proximité de Montréal, les défis que ça peut nous entraîner, c'est
qu'inévitablement on a... vous me permettrez l'anglicisme, mes plus plates
excuses, je cherche le bon terme français, mais on a un «trickle-down» qui provient
de Montréal, parce que les nouveaux arrivants vont aller s'établir,
effectivement, où est-ce qu'il y a une masse critique, donc, bien souvent, à
Montréal, où il y a déjà des concentrations de certaines communautés. Mais, à
un certain moment, ces gens-là, après quelques années, vont avoir le goût de
vivre la vie <typique nord-américaine...
M. Dufour (Nicolas) :
...goût
de vivre la vie >typique nord-américaine en banlieue, vont avoir le goût
d'une résidence unifamiliale, vont avoir le goût d'avoir un milieu intéressant
pour élever des enfants, ce qu'une communauté comme Repentigny a à offrir.
Donc, rapidement, on a eu un changement
démographique de par notre très grande proximité avec Montréal. Pour donner un
exemple, là, on est rendus à plus de 20 % de notre population, à
Repentigny, qui est issue de l'immigration. Lorsque j'étais député de
Repentigny, de 2008 à 2011, on parlait d'à peine 5 %. Alors, en même pas
une quinzaine d'années, là, il y a eu une explosion démographique, ce qui nous
a amené beaucoup de défis, parce que notre communauté n'était pas
nécessairement préparée à accueillir, en si peu de temps, autant de gens.
Depuis notre arrivée en poste, on a tout
de même pris des actions fortes pour, justement, donner cette impulsion-là de
vivre-ensemble, à titre d'exemple, l'arrivée d'une conseillère stratégique en
équité, diversité, inclusion, notre tout premier programme de ville inclusive,
là, 2022-2026. Donc, on a mis rapidement en place des actions, comme
administration, pour s'assurer de bien intégrer les gens. Pour donner un
exemple, là, nos camps de jour... On a commencé, depuis l'année dernière, à
ouvrir des camps spécialisés pour la francisation. On a commencé, on avait
10 jeunes. Cette année, on est rendus à 20. Et on prévoit déjà un 40 et un
50 pour l'année prochaine. Donc, on le voit, là, que c'est rapidement en
explosion.
Donc, c'est sûr que la proximité avec
Montréal nous amène des défis mais, en même temps, des opportunités. On parle
beaucoup de régionalisation de l'immigration. Repentigny, je n'ai pas envie de
vous dire qu'on est une région, on comprend qu'il y a une différence avec la Gaspésie,
mais, tout de même, on est en dehors du grand centre qu'est Montréal et on a
des défis qui sont propres, mais on est une part de la solution pour la
régionalisation de l'immigration. Bien, quand je vous disais que ça nous...
(panne de son) ...des défis, c'est que... (panne de son) ...quand on parle, par
exemple, à des instances gouvernementales, quand on parle avec des
associations, bien, on va rapidement... Ah! m'avez-vous perdu... (panne de
son).
La Présidente (Mme Caron) : Oui.
Là, maintenant, on vous a perdu, oui.
M. Dufour (Nicolas) : Je
pense qu'on m'a perdu.
La Présidente (Mme Caron) :
Ah! je crois que c'est revenu.
Mme Fréchette : Oui. Peut-être
nous refaire les 10 dernières secondes.
La Présidente (Mme Caron) : Je
crois que c'est revenu, là.
M. Dufour (Nicolas) : Désolé.
M'avez-vous retrouvé?
Mme Fréchette : Oui.
La Présidente (Mme Caron) : Oui.
C'est fragile.
Mme Fréchette : Peut-être, si
vous enlevez la caméra, ça pourrait aider. J'apprécie vous voir, mais on vous
perd à l'audition.
M. Dufour (Nicolas) : Non,
c'est correct. L'important... l'important, c'est le contenu, et pas mon visage.
Donc, effectivement, notre très grande
proximité avec Montréal, pour nous, c'est un certain avantage, parce qu'on est
une forme de régionalisation de l'immigration. Il faut arrêter de voir la
régionalisation comme étant seulement dans les extrêmes du Québec. On fait
notre part en termes de régionalisation. Mais le défi qu'on a avec notre très
grande proximité avec Montréal, c'est que, bien souvent, lorsqu'on va
s'adresser à des organisations, que ce soient les paliers de gouvernement,
d'autres institutions, ou quoi que ce soit, on est tellement proches de
Montréal qu'on va parler des défis d'immigration qui sont propres à Montréal,
mais nous, on devient un peu dans une zone de non-droit. On est complètement
oubliés. On est l'angle mort. Les couronnes et les banlieues, on est l'angle
mort de l'immigration, parce qu'on est tellement proches de Montréal que,
malheureusement, des fois, notre voix ne porte pas assez. On va rapidement se
retourner vers le grand centre qu'est la métropole pour prendre leurs doléances
en matière d'immigration, ou leurs problématiques, ou leurs défis, comme si les
couronnes, autant nord que sud, n'avaient pas des défis qui sont propres.
Et on le voit en termes d'investissements.
Bien, c'est sûr que les paliers de gouvernement vont plus rapidement investir
où il y a une masse critique, à Montréal, que, par exemple, dans des programmes
qu'on pourrait très bien offrir au niveau des banlieues. Donc, c'est là que la
proximité avec Montréal, des fois, autant c'est un avantage... En étant très
proches de Montréal, ça nous amène une certaine... facilement, là, une
population immigrante qui peut facilement venir chez nous et garder un contact
de proximité avec Montréal, mais, en même temps, le défi, le problème qu'on a,
c'est qu'on est tellement proches qu'on vient dans un angle mort, là, pour les
gouvernements ou les organisations.
• (19 h 30) •
Maintenant, vous me parliez... Pour le
rôle que pourrait avoir l'instance, un peu dans la même logique, ce qu'on vous
invite, c'est de créer une table où on va être en mesure, autant les
municipalités que d'autres acteurs, de se réunir fréquemment et de vous faire
part de nos problématiques et des défis particuliers qu'on vit en matière
d'immigration et d'intégration. Donc, dans le fond, nous, ce qu'on... on vous
propose une table. Le modèle peut être celui que vous choisirez, mais
l'invitation qu'on vous fait, c'est : Invitez les municipalités à être des
alliées et à prendre part de façon beaucoup plus étroite aux discussions en
matière d'immigration, parce que, je le réitère, au quotidien, nous sommes ceux
qui accueillons l'immigrant. C'est avec nous qu'il va payer son <premier...
>
19 h 30 (version révisée)
< M. Dufour (Nicolas) :
...parce
que, je le réitère, au quotidien, nous sommes ceux qui accueillons l'immigrant.
C'est avec nous qu'il va payer son >premier compte de taxes. C'est avec
nous qu'il va aller la première fois à la bibliothèque. C'est avec nous qu'il
va utiliser les premières fois des installations sportives municipales, comme
les piscines, ou quoi que ce soit. Et c'est ça, à la fin de la journée, qui
fait une bonne intégration, c'est les outils municipaux, parce qu'on est dans
le quotidien de ces gens-là.
Mme Fréchette : Merci
beaucoup.
M. Dufour (Nicolas) : ...espérant
que... (panne de son).
Mme Fréchette : Oui, tout à
fait. Merci beaucoup, M. le maire. Et puis, bon, l'audition est... est parfaite.
On vous a bien entendu jusqu'à la fin.
Je veux maintenant passer la parole à la
députée d'Iberville... de Soulanges... Iberville, Soulanges?
Des voix : ...
Mme Fréchette : D'accord,
Soulanges.
La Présidente (Mme Caron) : Députée
de Soulanges, la parole est à vous.
Mme Picard : ...beaucoup, Mme
la Présidente. J'ai une question toute simple : Est-ce que vous diriez que
la ville de Repentigny est prête à accueillir plus de personnes immigrantes sur
son territoire?
M. Dufour (Nicolas) : Oui,
certainement, et puis on le fait déjà. Puis on le voit, là, comme je vous le
mentionnais tout à l'heure, là, entre 2008 et 2022, là, on parle d'une
augmentation, là, de près... de quasiment 17 %, là, de notre part de
population, là, qui est issue de l'immigration.
Et, à Repentigny, vous le savez, on ne se
fera pas de cachette, on a eu des défis en matière... (panne de son) ...et de
vivre-ensemble il y a quelques années. Nous, on a vraiment pris le taureau par
les cornes dans les deux dernières années et on a vraiment créé un sentiment de
vivre-ensemble très fort à Repentigny. On a mis en place beaucoup d'actions. Je
laisserais Mme Descadres vous parler des actions plus spécifiques qu'on a
posées, mais, à titre d'exemple, là, on a fait un forum sur le vivre-ensemble
où pas loin de 200 citoyens sont venus, et ça a créé des canaux de
communication et d'échange entre les communautés pour apprendre à se connaître.
Et on est vraiment en train de sentir qu'il y a un sentiment de vivre-ensemble
très, très fort qui se crée à Repentigny.
Donc, effectivement, nous, on est toujours
prêts à accueillir des gens, parce qu'on a des besoins en termes de main-d'oeuvre,
on a des besoins... on a des offres aussi en termes d'éducation, en termes de
qualité de vie. Donc, pour nous, on voit l'immigration comme étant de quoi de
très positif, étant un ajout pour la société québécoise, et on est très
certainement prêts à faire notre part.
Mme Descadres, je ne sais pas si vous
pourriez donner quelques exemples, là, de ce qu'on a entrepris dans les
dernières...
Mme Descadres (Marie Angeline) : Absolument,
absolument. Puis, tu sais, je dirais qu'on a dû être très créatifs, étant donné
les moyens limités, mais c'est vraiment la force, la mobilisation collective
qui est, je pense, un des principaux vecteurs.
Je dirais que, depuis deux ans, en plus de
déployer une stratégie, bon, pour une ville inclusive qui est transversale, qui
implique l'ensemble des secteurs de la ville, on a aussi vraiment mis le focus,
on a mis les bouchées doubles aussi pour renforcir un sentiment de confiance,
un lien de confiance, notamment, avec notre service de police, avec la mise en
œuvre d'un plan d'action, bon, pour vraiment se rapprocher de notre
collectivité, de nos communautés. Donc, vraiment, à... je dirais, là, à chaque
semaine, il y a... il y a un pas qui est franchi en ce sens-là.
En plus de ça, la ville est une des principales
parties prenantes dans la mise en place du plan d'action en immigration de la MRC
de L'Assomption. C'est sûr qu'il y a une grande collaboration qu'on a avec,
vraiment, l'ensemble des acteurs locaux en matière d'immigration via, justement,
la Table immigration-intégration, là, qui regroupe les acteurs locaux en
immigration dans la MRC de L'Assomption, puis c'est justement à travers cet espace-là
où est-ce qu'on peut non seulement se concerter, mais aussi surtout collaborer
puis vraiment se responsabiliser par rapport à notre rôle de facilitateur,
autant auprès des groupes communautaires, que ce soit de la société civile, des
regroupements associatifs ou autres, mais aussi, puis j'ai envie de dire
surtout, auprès de la population. Puis c'est pour ça que, justement, en créant
un forum annuel, justement, sur le vivre-ensemble, notre cible, c'est : On
veut avoir un dialogue avec notre communauté, avec notre population, de façon
régulière, parce que c'est certain que, si on souhaite, bon, oui, la diversité,
l'inclusion, mais plus spécifiquement l'intégration puis le maintien des
personnes issues de l'immigration sur le territoire de la ville de Repentigny,
bien, ça doit passer, finalement, par un dialogue en continu.
L'autre élément, en fait, qui a été créé
dans les deux dernières années, c'est une nouvelle commission. Dans le fond,
dans l'ensemble de nos commissions, à Repentigny, on a maintenant une
commission sur le vivre-ensemble et la participation citoyenne où est-ce que,
justement, on fait le suivi des différents dossiers puis des enjeux qui
touchent, notamment, l'immigration. Puis on a également mis sur pied un comité
consultatif citoyen. Donc, je vous dirais, on a vraiment couvert la chose sous
tous ses angles.
Puis, en plus de ça, maintenant, il y a
des initiatives qui commencent à sortir un peu de personnes immigrantes, des
différents citoyens. Puis aussi, tu sais, on fait beaucoup le focus sur les
personnes immigrantes, sur les personnes <racisées...
Mme Descadres (Marie Angeline) :
...Puis aussi, tu sais, on fait beaucoup le focus sur les personnes
immigrantes, sur les personnes >racisées, mais je vous dirais que
l'ensemble de la collectivité repentignoise aussi est mobilisée vers ça pour
pouvoir, justement, bien soutenir puis accueillir les gens. Ça fait que, bien
au-delà de, justement, le programme de francisation qu'on a mis en place avec
l'aide du programme du français ou d'autres éléments qu'on a... on a développés
au fil du temps à Repentigny, on est quand même en mesure de créer un espace
d'accueil intéressant, et, comme le nomme M. Dufour, pour pouvoir
accueillir, finalement, d'autres personnes, là, sur notre territoire.
Je ne sais pas si Mme Robillard voulait
compléter l'information.
Mme Robillard (Jennifer) : Bien,
en fait, pas mal tout a été dit. La seule... Le seul point que je voudrais
rajouter, c'est que le désir est fort et grand, mais réitérer qu'on accueille
quand même des gens dans une population déjà établie. Puis la notion du
vivre-ensemble est extrêmement importante puis doit être pensée dans le plan en
immigration pour favoriser une certaine acceptabilité sociale puis, c'est ça,
un vivre-ensemble qui va être harmonieux puis dans la confiance pour tout le
monde, là.
Mme Picard : C'est beau de
vous voir. C'est le fun, vous êtes pleins de belles initiatives. Donc, bravo! Je
cède la parole à d'autres collègues, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
Mme la députée d'Iberville, il reste 3 min 50 s.
Mme Bogemans : Parfait. Bien,
je voulais surtout vous féliciter, parce que vous semblez être un milieu qui
travaille en équipe. Puis, au niveau de la MRC, il y a vraiment un bel esprit
de cohésion. Vous êtes dans le positivisme, et ça se dégage. Vous avez des
belles initiatives.
C'est quand même un défi considérable que
vous relevez avec brio, là, de passer de 5 % d'immigrants en 2011 à
20 % de votre population aujourd'hui, en 2023. Il y a vraiment un travail
colossal qui est fait. Puis vous avez donné plusieurs exemples inspirants, je
crois, qui peut être repris aussi dans plusieurs milieux, là, ne serait-ce que
le forum, les camps de jour de francisation offerts par la ville, les activités
multiâges aussi que vous organisez, là. C'est vraiment super, parce que c'est
une intégration qui est transversale, là, au niveau de votre municipalité,
finalement, puis on peut dire, je pense, jusqu'à la grandeur de votre MRC. Ça
fait que, vraiment, des grandes félicitations pour ces efforts-là.
Puis on a parlé beaucoup des exemples qui
sont inspirants, puis je voulais savoir, au niveau... Parce que c'est bien
écrit que, pour vous, c'est intrinsèque, la réussite du parcours migratoire est
associée à la vitalité économique, puis on a moins parlé de cet aspect-là,
surtout des jeunes immigrants, de comment vous attirez particulièrement les
moins de 35 ans à venir vivre leur début de carrière, finalement, à
Repentigny.
M. Dufour (Nicolas) : Bien,
très bon point. Je vous remercie tout d'abord pour les bons mots. Mais
effectivement on souhaite devenir un modèle et faire école à travers le Québec,
parce qu'on pense qu'on a un modèle où... qui, bon, ne se transpose pas
nécessairement de la même façon partout exactement, on ne fait pas du
mur-à-mur, mais certaines idées peuvent inspirer d'autres.
Bien, écoutez, c'est sûr qu'on a des défis
au niveau de la main-d'œuvre, je ne vous ferai pas de cachette, et ça nous
amène des situations assez particulières. Je vais vous donner un exemple. Pas
plus tard que cet été, les McDonald de Repentigny, qui aurait pensé ça il y a
15 ans... mais les McDonald ont été obligés d'aller chercher des gens aux
Philippines, 30 employés aux Philippines pour qu'ils viennent travailler dans
leurs restaurants. Et nous, comme municipalité, on a rapidement... parce qu'on
est très proches de nos entrepreneurs et de nos acteurs économiques, on s'est
associés avec les McDo pour faire l'intégration et l'accueil au quotidien des
30 employés, donc, s'assurer que les jeunes aient des places dans nos
camps de jour de francisation, vérifier où ces gens-là vont dormir, est-ce que
l'endroit qu'ils ont sélectionné répond à nos codes d'urbanisme, et quoi que ce
soit, l'aménagement du territoire. Donc, on a vraiment travaillé en étroite
collaboration.
• (19 h 40) •
Mais nos entreprises nous ont dit... Et là
je vous donne un exemple, mais on en a plein d'autres sur le territoire qui
commencent à aller dans cette veine-là. Les entreprises se sentent parfois un
peu laissées à eux-mêmes dans ce type de démarche là. À titre d'exemple, le
franchisé McDonald n'a pas eu de support de la part du McDonald Canada, a été
laissé à lui-même, a eu très peu... a vraiment fait tout par lui-même, a eu
très peu de facilité, même avec les acteurs de l'immigration au Québec ou au
Canada. Donc, il a vraiment pris ça à charge, et nous, on l'a vraiment
accompagné, là, au niveau de l'intégration au quotidien. Donc, je pense que les
entreprises ont des défis pour réussir à attirer la main-d'oeuvre.
La Présidente (Mme Caron) : ...plaît.
En conclusion, s'il vous plaît. Il vous reste 15 secondes.
M. Dufour (Nicolas) : Donc,
simplement dire que c'est tout un défi de réussir à attirer la main-d'œuvre,
mais on est prêts...
La Présidente (Mme Caron) : Merci
beaucoup. Alors, maintenant, je vais céder la parole à l'opposition <officielle...
La Présidente (Mme Caron) :
...maintenant,
je vais céder la parole à l'opposition >officielle. Alors, Mme la députée
de Chomedey, vous avez 12 min 23 s.
Mme Lakhoyan Olivier : Bonjour.
Merci d'être venus. Merci pour le mémoire que vous nous... vous nous avez
envoyé. C'est tellement intéressant de voir une équipe comme ça, motivée, qui
veulent apporter du bien dans sa population. C'est rafraîchissant, vous écouter.
C'est vraiment... c'est vraiment bien.
Là, ma question serait : Est-ce que...
est-ce que les immigrants choisissent chez vous? Parce que vous avez dit :
Une augmentation de 20 %, puis vous êtes très actifs à l'intégration, et
tout ça, mais là, maintenant, j'entends qu'il manque des employés. Donc,
McDonald est allé chercher ailleurs. Donc, est-ce que... est-ce que les
immigrants ne viennent pas chez vous automatiquement? Est-ce que... est-ce que
ce sont des travailleurs qu'il vous manque? Est-ce qu'il y a des immigrants qui
viennent, mais que ce n'est pas des travailleurs? Pouvez-vous élaborer
là-dessus, s'il vous plaît? C'est... Ce n'est pas clair.
M. Dufour (Nicolas) : Oui. Je
laisserais Mme Descadres sur cet aspect, mais, juste avant, votre question est
pleinement pertinente. Et je vous dirais... À un moment donné, oui, Repentigny attire
naturellement, d'une certaine façon, parce que, bien, on a... au fil des
années, il s'est créé une concentration de certaines communautés, à titre
d'exemple, Haïtiens, Marocains, Algériens. Donc, on a des communautés, là, qui
ont découvert la ville de Repentigny. Le bouche-à-oreille a fait le travail.
Mais, avant de laisser Marie Angeline continuer,
je veux juste vous mentionner un aspect très important, et c'est le rôle que
les municipalités peuvent jouer dans la diplomatie. Je crois énormément à la
diplomatie municipale. Je pense que ça peut devenir, de plus en plus, de quoi
d'intéressant au niveau des villes. Et c'est sûr que, si on avait des relations
plus concrètes avec certaines villes et partenaires ailleurs dans le monde, on
pourrait se créer des filières pour de la main-d'oeuvre.
Je vais vous donner un exemple. La ville
de Repentigny commence des démarches, et on est très proches de plusieurs
municipalités au Maroc. Et, sans tomber, là, dans ces vieux jumelages, là, où
on s'en va au Maroc, là, ou en... à titre d'exemple, à l'époque, là, on s'en va
en France, on prend une photo pour dire qu'on est jumelés avec telle ville, on
est contents, puis après ça, eux, ils viennent chez nous, prennent une photo, ils
sont heureux, nous, on veut vraiment créer des filières de travail où on est
capables de travailler avec des municipalités directement dans d'autres pays,
où on va être en mesure de se créer des filières. Parce que de nos
entreprises... À titre d'exemple, avec le Maroc commence... des entreprises
repentignoises commencent à aller s'ouvrir des points de chute au Maroc. Parce
qu'ils ne sont pas sur le même fuseau horaire, donc, l'entreprise est capable
de travailler 24 heures sur 24. Donc, c'est... À titre d'exemple, on a une
entreprise en construction qui a trouvé une compagnie d'architectes au Maroc,
et ça permet à la compagnie québécoise d'avoir des gens qui vont travailler
durant les heures où, au Québec, on dort.
Et nous, on pense que, si on intensifie
ces relations-là entre les villes, on va se créer des liens de proximité
beaucoup plus forts et là on pourrait attirer peut-être des nouveaux marchés de
main-d'œuvre.
Mme Descadres (Marie Angeline) : Donc,
si je peux compléter la réponse de M. Dufour, justement, en lien avec la notion
de diplomatie municipale, j'ai envie de vous dire que, oui, il y a des
immigrants de d'autres profils qu'économique qui viennent s'installer,
notamment certaines diasporas qui sont là, puis, dans notre réflexion pour
avoir une stratégie en matière, si on veut, de développement international,
c'est sûr que nos réflexions nous amènent vers, justement, ces diasporas-là,
dont la communauté marocaine dont M. Dufour parlait tout à l'heure. On a aussi
une forte concentration de personnes d'origine haïtienne, qui viennent de
l'Algérie aussi, de la France et du Congo.
Mais ce qu'il faut comprendre aussi, c'est
qu'étant donné que seul un pont sépare Repentigny de Montréal, bien, à partir
du moment qu'on a un accès restreint au logement sur l'île de Montréal, tu
sais, et qu'il y a déjà eu, j'ai envie de dire, un déplacement de certaines
communautés vers Repentigny qui s'est fait dans les dernières années, bien,
certainement dans un contexte de réunification familiale, dans un contexte
simplement de disponibilité, ce qui s'est produit dans les dernières années,
c'est qu'il y a de plus en plus aussi de demandeurs d'asile, de personnes qui
font, justement, leur demande de résidence permanente, et autres, qui sont
venues s'installer à Repentigny. Maintenant, tout ça, ça a créé un écosystème
où est-ce qu'en ce moment, effectivement, l'accès au logement est également
limité maintenant à Repentigny, comme c'est le cas à d'autres... dans d'autres
municipalités au Québec.
Mme Lakhoyan Olivier : Donc,
vous avez un problème avec manque de logements <aussi...
Mme Descadres (Marie
Angeline) :
...au Québec.
Mme Lakhoyan Olivier :
Donc,
vous avez un problème avec manque de logements >aussi. C'est ça?
M. Dufour (Nicolas) : Ah oui!
Oui, totalement. Puis, si je peux vous sensibiliser, Repentigny est une des
premières villes au Québec qui a un problème particulier en matière
d'aménagement du territoire. On est une des rares villes au Québec qui est
bâtie à 100 %. Donc, notre communauté est bâtie à 100 % avec le plan
d'aménagement et de développement, là, le PMAD de la Communauté métropolitaine
de Montréal. On n'a plus de zone blanche. Donc, notre municipalité est une des
premières au Québec à avoir atteint son plein potentiel, son plein
développement. Maintenant, on est... on n'est pas fermés à la densification et
rebâtir la ville sur la ville, mais ça demande beaucoup plus de doigté.
Donc, on a vraiment une problématique, là,
avec le logement, chez nous, qui devient criant. Juste pour vous donner un
titre d'exemple, d'ici 2041, en termes de population active, donc les 20-64 ans,
Repentigny va perdre 1,4 % de sa population à cause des défis, là, de
l'incapacité à créer des nouveaux logements.
Mme Lakhoyan Olivier : ...comment
on peut vous aider avec le manque de logements? Qu'est-ce que vous vous
attendez du gouvernement? Parce que vous avez atteint...
Mme Robillard (Jennifer) : Oui,
tout à fait. Bien, en fait, un peu comme je le mentionnais dans notre...
d'entrée de jeu, on s'attend à des programmes en continu et flexibles pour être
capables de s'adapter aux besoins en temps réel de la population. Présentement,
c'est un engagement continu des villes et des partenaires, autant au niveau des
entreprises que des partenaires au niveau de l'accueil des immigrants. On doit
voir venir, mais les projets apparaissent un peu à des moments qui sont non
fixés dans le temps. Le montage de projets est quand même assez astronomique.
Les municipalités, on n'a pas la capacité de bâtir. On doit s'associer avec les
offices d'habitation, qui ont leurs limites à eux aussi. On s'associe avec des
partenaires qui ont... qui ont un besoin de main-d'oeuvre, qui n'ont pas
nécessairement l'expertise immobilière.
Donc, c'est certain qu'on a déjà demandé, là,
avec des rencontres précédentes au niveau du logement, d'avoir une prévisibilité
dans les programmes et d'avoir un soutien aussi au démarrage de projets pour
qu'on ait les fonds pour les projets initiaux, là, tout l'avant-projet, là,
comme on appelle, pour être capables, de manière continuelle, en fonction des
besoins de notre population, de faire lever des projets.
Mme Lakhoyan Olivier : Donc,
si la question... J'ai demandé ça à l'autre groupe aussi. Je pense que, si je
vous demanderais : Est-ce que vous voudriez qu'on dise 50 000 ou 60 000
pour nombre d'immigrants... Ce n'est même pas une question, ça. C'est vraiment
la structure. Vous avez besoin d'autres choses. On n'est même pas là pour dire
les chiffres, parce qu'il y a trop de services manquants. Vous, vous avez toute
la motivation du monde, mais vous avez besoin d'appui pour gérer tout ça.
Donc, s'il y aurait un point important
que, disons, vous n'avez pas... vous ne l'avez pas écrit, qu'est-ce que vous
aimeriez qu'on se rappelle de notre conversation?
M. Dufour (Nicolas) : Bien,
premièrement, c'est très bien résumé. Mais je vous dirais qu'effectivement,
s'il y a une chose à laquelle il faut se rappeler à la fin, là, c'est que c'est
les municipalités qui accueillent présentement les immigrants. Mais, étant
donné que ça n'a jamais été une responsabilité claire et que c'est une
responsabilité, et c'est correct, là, qui incombe au gouvernement du Québec
pour une bonne portion, avec le gouvernement du Canada, les municipalités ont
été oubliées. Alors, ce que j'ai envie de vous dire, c'est : Oubliez-nous
pas dans les échanges, dans les discussions, consultez-nous, faisons partie de
la solution, on est des alliés. Et, à la fin de la journée, c'est nous qui
intégrons au quotidien ces gens-là. On a un rôle à jouer. On a besoin de
l'argent qui vient avec aussi.
Mme Lakhoyan Olivier : Est-ce
qu'il me reste du temps?
La Présidente (Mme Caron) : Il
reste 3 min 30 s.
• (19 h 50) •
Mme Lakhoyan Olivier : J'ai
tellement de questions, là. Je me demande laquelle vous demander.
Dans les immigrants que vous recevez chez
vous, à Repentigny, est-ce que vous pouvez les chiffrer? Parce que vous dites :
Il y a... il y a des immigrants, mais qui habitaient à Montréal ou à Laval,
dans les alentours, qui ont décidé d'aller là. Ils sont d'une origine autre que
Québécois de souche. Donc, ils sont-tu des nouveaux immigrants ou c'est-tu des
immigrants... Est-ce que vous pouvez les chiffrer? Parce que vous me parlez des
sans-papiers, vous parlez des réfugiés. Donc, le 20 % que vous, vous
parlez, est-ce qu'on parle des communautés, Marocains et Haïtiens, et tout ça,
ou c'est-tu des nouveaux immigrants? Et quels sont les statuts? Quel... C'est
quoi, l'image?
M. Dufour (Nicolas) : Bonne
question. Bien...
Mme Descadres (Marie Angeline) : Oui.
Je vais... je vais me permettre un <début...
M. Dufour (Nicolas) :
Bonne
question. Bien...
Mme Descadres (Marie
Angeline) :
Oui. Je vais... je vais me permettre un >début
de réponse, puis je vais laisser ensuite mes collègues compléter au besoin.
La donnée qu'on a, en fait, ça... elle est
composée d'environ 16 % de personnes nouvellement arrivantes. Donc, ça
veut dire des immigrants qui ont été reçus au Canada depuis trois ans et moins.
Puis, ensuite de ça, le reste de la donnée, c'est vraiment les... ça va être,
par contre, par exemple, les personnes de deuxième génération. Ça fait que ce
qu'on s'aperçoit, notamment dans nos écoles, sur notre territoire, c'est qu'on
a des écoles où est-ce que plus de la moitié des élèves sont des élèves
immigrants qui viennent d'être reçus au Canada, par exemple. Tu sais, c'est
pour ça, justement, qu'on a développé, en partenariat avec le centre de
services scolaire, notamment des camps de jour spécialisés pour les enfants qui
avaient un besoin au niveau de la francisation.
Ce qu'on est en train de calculer puis
qu'on est en train de se rendre compte, en fait, c'est que c'est certain qu'il
y a une portion de personnes, entre guillemets, issues de l'immigration, donc,
tu sais, toutes générations confondues, là, qui vont s'installer à Repentigny,
mais il y a vraiment une grande proportion de nouveaux arrivants, de nouveaux
immigrants. Puis ce qui se produit, c'est que, même au niveau de la prestation
des services municipaux, on a besoin de s'ajuster pour pouvoir bien les guider
aussi, tu sais. Je pense, c'est M. Dufour qui amenait l'exemple du compte
de taxes. Bien, une personne qui arrive au Canada, qui n'a aucune idée qu'il
faut payer un compte de taxes, là, bien, il faut vraiment qu'il se fasse
accompagner pour comprendre le pourquoi du comment. Donc, on est à, en ce
moment, outiller, former nos équipes pour s'assurer de bien guider cette
population-là, ces citoyens-là.
Puis il y en a plusieurs d'entre eux qu'en
fait ils n'ont pas l'intention de quitter Repentigny, tu sais. Après ça... Après
coup, ils font vraiment leurs racines ici, puis ce qui... ce qui fait en sorte
d'augmenter, entre guillemets, le bassin de la population qui est issue de
l'immigration à la ville. C'est certain que, bon, là, on ne parlera pas de
quatrième ou de cinquième génération, là, on est... on n'est pas rendus là, mais,
très certainement, c'est... c'est comme si on a, en ce moment... C'est comme
des plaques... des plaques tectoniques qui viennent se rejoindre entre les
différentes couches de population, donc, les différents statuts migratoires,
mais aussi les différentes identités qui se chevauchent là-dedans.
La Présidente (Mme Caron) : ...plaît.
Il reste seulement neuf secondes.
Mme Lakhoyan Olivier : Est-ce
que... Le manque de logements, c'est-tu à cause des nouveaux arrivants ou
c'est-tu tous confondus?
M. Dufour (Nicolas) : Non, il
y a mille et un facteurs.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors...
M. Dufour (Nicolas) : Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, maintenant, je vais céder la parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne
pour 4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. D'ailleurs, merci pour votre mémoire. Merci pour votre présentation.
J'ai été intéressé par la création d'une
instance de coordination multisectorielle. Est-ce que c'est la première fois
que vous faites cette demande-là? Est-ce que c'est une demande que les villes
en général font ou est-ce que c'est particulier à Repentigny? Si vous pouvez
m'orienter là-dessus...
M. Dufour (Nicolas) : Oui.
Désolé, là, ça coupait un peu. Malheureusement, vous voyez, quand je parlais de
difficultés et de moyens limités à Repentigny, même le wifi est limité. Vous
m'excuserez.
Mme Robillard (Jennifer) : Je
peux peut-être prendre la relève, M. le maire, puis, si ça embarque... Je ne
veux pas prendre des minutes de M. le député.
Donc, c'est certain qu'il y a différentes
discussions, puis le sujet peut être amené à différents moments, mais c'était
quand même assez flagrant pour nous, quand on regardait le plan en immigration...
La discussion est beaucoup entre le palier fédéral et provincial dans la
réflexion sur la répartition des pouvoirs, la répartition des actions, les
réflexions qui sont faites, puis, nous, c'était quand même assez flagrant, en
le lisant, qu'ultimement, là, comme M. le maire l'a mentionné à plusieurs
reprises, les citoyens, bien... Les personnes immigrantes atterrissent chez
nous, dans notre quotidien, puis on doit s'en occuper. S'ils n'ont pas de
logement, bien, c'est dans... c'est sur nos trottoirs qu'ils se retrouvent.
S'ils n'ont pas d'école, s'ils n'ont pas de garderie, bien, c'est notre
main-d'œuvre qui... tu sais, qui ne peut pas être... rentrer au boulot. Nos
employés doivent au quotidien s'en occuper. Donc, c'est certain que, pour nous,
c'était... c'était assez flagrant qu'on... on voulait et on souhaitait être
partie prenante.
Puis on avait envie aussi d'être l'écho,
finalement, en dehors des grands centres. On entend souvent parler, tu sais,
les plus grandes municipalités, mais il y a plein de bonnes choses qui se
passent, puis on se disait que c'était important de le mettre de l'avant aussi
dans le cadre d'un... (panne de son) ...parce qu'on est énormément de
municipalités avec des réalités qui sont différentes, puis c'est important que
tout le monde soit autour de la table.
M. Cliche-Rivard : C'est
une...
M. Dufour (Nicolas) : Désolé.
Quand... (panne de son) ...désolé... (panne de son) ...revenu.
M. Cliche-Rivard : Donc,
c'est... oui, c'est une nouvelle demande. Ce n'est pas une demande historique
que vous faites depuis cinq ans, ou 10 ans, ou...
M. Dufour (Nicolas) : Exact.
Non, exact, une nouvelle...
M. Cliche-Rivard : C'est
quelque chose qui est nouveau. Parfait.
J'aimerais ça vous entendre sur le... qu'est-ce
que ça veut dire, plus agile ou rendre plus agile, exactement, là, la gestion
de l'immigration au Québec. Comme... C'est un beau terme, mais, concrètement,
je me demande qu'est-ce que ça veut <dire...
M. Cliche-Rivard :
...Comme
c'est un beau terme, mais concrètement, je me demande qu'est-ce que ça veut >dire.
M. Dufour (Nicolas) : Le
rendre plus agile, c'est de le coller à la réalité des communautés qui vont
accueillir, parce que, je vous le mentionnais depuis le début, c'est la
municipalité, à la fin de la journée, qui va accueillir cette personne-là, qui
va l'intégrer dans son milieu et qui va s'assurer qu'elle ait une belle
expérience québécoise puis une... une expérience québécoise unique à chaque
communauté qu'elle va avoir, sauf que, si on fait du mur-à-mur et qu'on se base
sur les grands centres, les grandes métropoles comme Montréal, à titre
d'exemple, avec des programmes très normés, des façons de travailler très normées,
bien, c'est là qu'on perd cette agilité-là, quand on tombe dans des plus
petites communautés comme, par exemple, Repentigny.
Donc, parfois, on peut ne pas avoir accès
à certains programmes. On peut avoir de la difficulté à aller chercher du
financement pour nos projets. Et le fait de ne pas nous voir comme un allié
fait que c'est aux municipalités qu'incombent les responsabilités d'être
créatives. À titre d'exemple, je vous parlais tout à l'heure des camps de jour,
bien, ça a vraiment été fait à un niveau très local, municipalité et centres de
services scolaires.
Donc, quand on parle d'être agiles, bien,
en ayant une relation plus étroite avec le gouvernement du Québec sur, bon,
bien, combien d'immigrants on accueille cette année, c'est quoi, la répartition,
quelle va être votre réalité, à titre d'exemple, à Repentigny, bien là, on peut
essayer d'être plus agiles puis de jouer sur des programmes ou de jouer sur les
niveaux des gens qu'on va accueillir pour se permettre, là, d'être plus collés
à la réalité plutôt que d'essayer de se faire des grandes visions sur 10 ans,
là, puis, des fois, rater...
M. Cliche-Rivard : En
terminant, est-ce que vous avez quantifié le manque à gagner? Est-ce que vous
réclamez une certaine somme? Vous l'avez chiffré, j'imagine.
M. Dufour (Nicolas) : Non. Malheureusement,
on n'a pas chiffré. Dans une première rencontre, on n'a pas voulu aller
jusque-là, mais on voulait au moins partir le débat puis vous mentionner les
défis puis les problématiques. On va... Toutefois, on veut commencer à faire
cet exercice-là, justement, de monétisation, si vous me permettez, de la chose.
Dans un premier temps qu'on venait vous rencontrer, on voulait surtout y aller
sur la philosophie générale, mais on est à faire un exercice, à Repentigny, là,
pour quantifier exactement ce que ça pourrait représenter pour une ville de
notre grandeur. Ensuite...
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, c'est... Le temps est écoulé.
M. Dufour (Nicolas) : Merci
beaucoup. Merci pour les questions.
La Présidente (Mme Caron) : On
vous remercie beaucoup, M. le maire et mesdames, d'avoir participé à nos
travaux et d'avoir déposé un mémoire. C'est très apprécié.
Alors, nous allons prendre une... nous
allons suspendre pour une petite pause de quelques minutes pour recevoir la
prochaine personne. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 19 h 59)
(Reprise à 20 h 01)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons reprendre les travaux. Je souhaite donc
la bienvenue à M. Richard Marcoux. Alors, M. Marcoux, je vais vous inviter
à vous présenter et à faire votre exposé. Vous avez 10 minutes en tout, et
ensuite on procédera aux échanges. La parole est à vous.
M. Richard Marcoux
M. Marcoux (Richard) : Merci,
Mme la Présidente. Merci, Mme la ministre. Merci aux députés ici présents. Je
ne m'attendais pas à voir <autant de gens...
>
20 h (version révisée)
< M. Marcoux (Richard) :
...ici
présents. Je ne m'attendais pas à voir >autant de gens. Je suis le
dernier à passer. Je vais essayer de vous faire rêver, peut-être, en sortant un
peu du Québec, de vous faire voyager pour savoir d'où viennent tous ces francophones
que l'on cherche tant.
Donc, mon mémoire que j'ai présenté, je ne
reviendrai pas, là, sur les éléments très, très précis. Je pense que vous avez
eu le temps de le lire. Mon mémoire est composé de trois parties, une première
qui parle de la reconfiguration de l'espace francophone international, une
deuxième qui se pose des questions sur la place du Québec dans les projets
migratoires de ces jeunes francophones, de ces nouveaux francophones, et la
troisième, bien, c'est deux petites propositions sur lesquelles je pourrais
peut-être m'attarder un peu plus pendant la période de questions concernant le
rapprochement entre l'Afrique subsaharienne et le Québec.
J'étais particulièrement intéressé par le
document de consultation où on dit, et je cite : «Le français est la
langue officielle du Québec. Sa connaissance est une condition essentielle à
une intégration réussie et à pleine participation à la vie collective, tout en
étant un facteur de cohésion sociale. De plus, les personnes immigrantes connaissant
le français présentent un plus haut taux de rétention, c'est-à-dire qu'elles
résident toujours au Québec plusieurs années après leur admission.» Donc, ça me
semble assez intéressant de voir qui... que semble se dégager, du moins, un
consensus autour de cette idée d'essayer d'identifier des immigrants qui
pourraient... et des gens de passage qui pourraient communiquer, disons, plus
facilement, plus rapidement ici avec la population québécoise.
Nous, on travaille, en fait, à l'Observatoire
démographique et statistique de l'espace francophone, que je dirige, qui est,
entre autres, appuyé par le gouvernement du Québec depuis une douzaine d'années,
par le ministère des Relations internationales et de la Francophonie,
principalement... On parle d'une définition qui se rapproche du sens commun
pour définir qui est francophone, c'est-à-dire ça regroupe des personnes qui
maîtrisent la langue française pour être à même de l'utiliser pour communiquer.
Donc, on n'a pas une définition très, très stricte de qui est francophone. Pour
nous, c'est quelqu'un qui est à même de pouvoir comprendre ce qu'on se dit ici
aujourd'hui. Donc, partant de cette définition-là, on estime, en 2023, à partir
de données probantes, qu'il y avait 327 millions de francophones sur la
planète. Donc, c'est quand même un nombre appréciable. Ce nombre-là, également,
croît de façon importante et... croît de façon importante, et depuis longtemps.
J'ai fait un petit aparté en vous parlant
davantage, en fait, de l'histoire de la francophonie et de l'espace
francophone. Dans les années 60, au moment des indépendances des pays
colonisés par la France et la Belgique, on estimait qu'il y avait à peu près,
peut-être, je dirais, un peu moins de 80 millions de francophones sur la
planète, et 90 % de ces francophones-là étaient dans les pays du Nord,
donc, en France, en Belgique, en Suisse, au Luxembourg mais également au Canada
et au Québec. Il y a eu une transformation considérable qui s'est faite de l'espace
francophone, qui a conduit, en quelque sorte, à ce que j'appelle, en fait, les
plaques tectoniques de la francophonie qui ont bougé, et qui a fait en sorte
que l'Afrique est devenue maintenant le pôle central de l'espace francophone
international, donc, à partir des années 60, des transformations
considérables, une croissance démographique très importante du continent
africain, qui se poursuit, d'ailleurs, et, parallèlement à ça, bien, un
ralentissement très important de la croissance démographique lié à la baisse de
la fécondité, et ainsi de suite, dans les pays du Nord, ce qu'on a appelé, là,
de l'hiver démographique pour les pays européens et les pays nord-américains, donc,
transformation considérable qui fait en sorte, en fait, que l'Afrique
représente maintenant plus de 50 % de la population francophone de la
planète, OK, ce qui fait en sorte que ça devient maintenant un bassin
particulièrement important de francophones sur la planète.
Mais c'est lié également non pas
uniquement à la croissance démographique, mais également aux investissements qu'on
a faits dans le domaine de l'éducation, dans les pays africains notamment, à
partir des efforts qui ont été faits par les gouvernements mais également par
la communauté internationale, donc, des investissements importants qui ont
conduit, justement, à cette croissance phénoménale, là, du nombre de
francophones sur le continent africain.
La deuxième partie de mon mémoire, c'est :
Quelle est la place du Québec et du Canada dans les projets migratoires de ces
populations africaines? On a... À mon observatoire, on a mené un certain nombre
d'études, fait une synthèse d'un certain nombre de travaux. La première chose
qu'il faut remarquer, c'est qu'à partir des données d'une enquête on a observé
qu'il y avait vraiment un souhait d'émigration de la part des populations
africaines, mais notamment des jeunes Africains. Et je cite, là, dans mon
mémoire, que 46 % des jeunes de 15-24 ans des pays d'Afrique
souhaitent changer de pays. C'est quand même important. Il faut comprendre que
cette immigration-là, d'abord, se fait à l'intérieur du continent africain mais
se fait également à <l'extérieur...
M. Marcoux (Richard) :
...immigration-là,
d'abord, se fait à l'intérieur du continent africain, mais se fait également à >l'extérieur.
Donc, 46 % des jeunes de 15-24 ans, comparativement à l'Inde, là, je donne
une comparaison, où les jeunes Indiens de 15 à 24 ans souhaitent sortir de
l'Inde seulement dans une proportion de 9 %. Donc, c'est vraiment... On
voit bien qu'il y a un souhait assez important de migrer.
Si le désir de migrer est important,
quelle est la place du Québec dans ces projets migratoires là? Et c'est
effectivement très difficile de trouver des informations là-dessus. On en a
trouvé. Il y a une vaste enquête, qui a été faite par la maison de sondage
Gallup, qui a permis, en quelque sorte, d'avoir des informations de ce type-là.
On sait que, de plus en plus, maintenant, de jeunes Africains migrent, migrent
un peu à l'étranger et migrent de plus en plus au Québec et au Canada. Donc, on
l'a vu, les données de l'Institut de la statistique du Québec ont montré, en
quelque sorte, une augmentation considérable des migrants africains. Même au
Canada, l'Afrique est devenue le deuxième continent le plus important en termes
d'immigration internationale, a même dépassé l'Europe. Donc, on le voit bien,
il y a une reconfiguration qui s'opère.
Donc, les projets pour le Québec et le
Canada, que sont-ils? On a... En fait, on s'est inspirés d'une étude menée par
l'OCDE, ce dont je vous parlais tout à l'heure, pour cinq pays d'Afrique qui
nous intéressaient particulièrement : le Bénin, le Burkina, la Côte
d'Ivoire, la République démocratique du Congo et le Cameroun. L'étude de
l'OCDE, lorsqu'on utilise les données, on voit qu'il y a... En fait, en 2010,
il y avait 450 000 personnes qui vivaient dans les pays de l'OCDE provenant
de ces cinq pays d'Afrique francophones. Il y en avait 250 000 qui
résidaient en France, il y en avait 56 000 qui résidaient aux États-Unis,
il y en avait 10 000 seulement qui résidaient au Canada, OK? En gros, la
France accueille 25 fois plus d'immigrants de ces cinq pays-là francophones
d'Afrique, 25 fois plus que le Québec. Et les États-Unis, qui n'ont pas, je
dirais... qui ne font pas partie d'un pays francophone particulièrement, bien,
en accueille quand même six fois plus que le Canada. Donc, on le voit, on ne va
pas, en quelque sorte, tirer notre juste part, je dirais, d'immigrants
francophones, et il faut se poser la question.
Comment faire, en quelque sorte, pour
rapprocher le Québec de l'Afrique subsaharienne? On estime qu'en 2030 on aurait
entre 140 à 200 millions de francophones sur le continent africain, OK?
Actuellement, c'est autour d'à peu près, je dirais, 90 millions. On présume, en
fait, qu'il va y avoir une augmentation considérable qui pourrait atteindre
jusqu'à 200 millions de francophones en 2030. 2030, c'est dans sept ans. On
parle d'entre 300 et 500 millions en 2070, donc, une croissance
démographique phénoménale, un bassin de francophones particulièrement important
sur le continent africain.
Le Québec n'occupe pas le terrain qu'il devrait
occuper. C'est un peu le message que je veux livrer ici.
Maintenant, comment on peut s'assurer de
faire en sorte que le Québec soit peut-être un peu plus attractif pour des
immigrants africains qui souhaiteraient faire un projet migratoire puis peut-être
un projet migratoire dans un pays francophone?
Je vous propose deux propositions, là,
très succinctes que je n'ai pas eu le temps vraiment de développer, et je dois
m'arrêter bientôt, d'abord, mettre fin urgemment aux obstacles pour venir au
Québec depuis l'Afrique. Vous le savez, ça a été largement documenté, pour les
étudiants, pour les travailleurs, les listes d'attente incroyables, mais
également...
Puis je vais vous parler d'un cas
particulier qui est la mobilité scientifique, parce que moi, je suis
universitaire, j'organise des activités ici. Ça devient insupportable, les
obstacles qu'on rencontre pour faire en sorte que nos collègues d'Afrique
francophone puissent participer à nos réseaux francophones. On organise une
activité à l'ACFAS, nos collègues de France, de Belgique, de Suisse demandent
une autorisation de voyage électronique, une AVE, OK, qui coûte 7 €,
10 $, qui se fait en ligne et qui nous permet, à ce moment-là, de se
présenter à la frontière et de venir participer à nos colloques
scientifiques... (panne de son) ...laboratoires.
• (20 h 10) •
La Présidente (Mme Caron) : Je
vous invite à conclure.
M. Marcoux (Richard) : Oui. Très
bien. Ce n'est plus acceptable, en quelque sorte.
La deuxième... la deuxième proposition que
je vous fais, puis vous me poserez des questions sur la deuxième, qui concerne,
en fait, l'expérience au Québec pour les jeunes d'Afrique, je pense qu'il y
aurait un potentiel là également qui serait important. Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Caron) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons commencer la période d'échange. Mme la ministre de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, vous avez 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Un immense merci, M. Marcoux. Vraiment, c'est très
intéressant. C'est instructif et éclairant de vous <entendre...
Mme Fréchette :
...immense
merci, M. Marcoux. Vraiment, c'est très intéressant. C'est instructif et éclairant
de vous >entendre. Puis j'exprime d'emblée le souhait de vous revoir
dans quelques semaines, une fois qu'on aura terminé cette commission
consultative, de telle sorte qu'on puisse poursuivre, en fait, nos échanges.
Et je voudrais profiter de l'occasion pour
vous remercier, pour vous remercier pour vos travaux, qui ont été fort utiles
au ministère. On a procédé récemment à la révision du plan de déploiement
international du ministère, et puis je sais qu'on s'est inspirés, notamment, de
vos travaux pour ce faire. Et c'est un exercice qui a donné lieu à un
redéploiement des équipes du ministère en Afrique francophone. Alors, ça a
permis, en fait, d'avoir des premières activités dans certains pays de bassin
francophone. Et puis vous dire également qu'on a initié des activités de
recrutement sur le territoire africain francophone, donc, une première fort
intéressante pour nous. Alors, merci pour cette contribution et cet apport que
vous avez eus sur le ministère et ses activités.
Vous proposez, dans le mémoire, en fait,
bon, une orientation... Nous proposons, plutôt, dans le mémoire, une
orientation qui vise à encourager l'immigration permanente de personnes jeunes
afin d'essayer de limiter, là, les effets du vieillissement de la population.
Bon, vous semblez être en accord avec cette orientation-là, puisque vous-même
vantez l'immigration jeune en provenance d'Afrique.
Alors, en tant que démographe, moi,
j'aimerais ça vous entendre sur l'impact qu'aura une immigration jeune sur la
démographie du Québec. Est-ce qu'il y en a un, un tel impact, ou, somme toute,
c'est tellement marginal que l'effet va se dissiper? Du côté des démographes
que j'ai entendus ces derniers mois, j'ai eu l'impression que l'impact, à leurs
yeux, était très marginal. Donc, je suis intéressée de voir, de votre côté, en
tant que démographe, comment est-ce que vous voyez la chose.
M. Marcoux (Richard) : En
fait, il y a eu une espèce de consensus chez les démographes, et ce, depuis
plusieurs années. Les premiers travaux des Nations unies, là, avaient montré,
en quelque sorte, que l'immigration avait un effet très marginal sur la
structure par âge de la population, sur l'âge moyen de la population. Donc,
quand on parle de l'immigration qui peut compenser le vieillissement, c'est en
partie possible, mais ce n'est pas complet.
Ce qu'on oublie, par ailleurs, c'est que
les immigrants qui arrivent ici, à partir du moment où on leur fait une place
et qu'ils s'installent en famille, ils ont des enfants et là ils contribuent
largement, à travers la deuxième génération, la troisième génération, au
rajeunissement de la population. Donc, ça... Et ça, je pense que la plupart des
démographes s'entendent là-dessus. Il n'y a pas... Ça a un effet considérable.
La raison pour laquelle j'insiste beaucoup
sur les jeunes, je n'ai pas eu le temps de le mentionner tout à l'heure, c'est...
Quand on parle de la croissance démographique, bien, en fait, dans mes cours,
je montre tout le temps un peu les pyramides des âges, la pyramide des âges
inversée, en fait, pour le Canada et la pyramide des âges... vraiment, une
vraie pyramide des âges qu'on a pour les pays africains, c'est justement cette
idée que les jeunes et les jeunes francophones font... portent, en quelque
sorte... ont un poids démographique extrêmement important en Afrique. On
calcule, quand on fait nos estimations, que 90 % des jeunes de moins de 30
ans francophones sur la planète, en 2050, seront sur le continent africain. Donc,
c'est sûr que c'est... Je veux dire, à partir du moment où on se tourne du côté
de l'Afrique, on se tourne nécessairement du côté de la jeunesse.
Ce qui est intéressant pour nous aussi,
c'est que, justement, quand on parle de programmes d'éducation, de programmes
de formation, bien, les plus jeunes générations en ont profité davantage que
les plus vieilles générations. Les taux de scolarisation sont beaucoup plus
élevés, les taux d'alphabétisation sont plus élevés, même si, par ailleurs, et
je tiens à le préciser dans mon... je le souligne bien dans mon mémoire,
l'école, en Afrique, a des défis considérables, OK? Il faut aussi le
reconnaître. L'école, en Afrique, on s'est lancés dans une massification de
l'éducation en Afrique et on a oublié un peu parfois la qualité de l'éducation.
Et ça apparaît actuellement, là, dans... dans les tests qui sont faits, là, sur
les compétences acquises après un certain nombre d'années. Je ne sais pas si ça
répond à votre question, Mme la ministre
Mme Fréchette : Oui, tout à
fait.
M. Marcoux (Richard) : Oui?
Parfait.
Mme Fréchette : Fort
intéressant. Bien, pour la suite, je vais passer la parole à ma collègue
députée de Vimont.
Mme Schmaltz : Oui. Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Allez-y,
députée de Vimont.
Mme Schmaltz : Oui. Merci.
Merci, M. Marcoux, d'être là, d'être avec nous ce soir. D'ailleurs, les
chiffres que vous avez amenés tantôt étaient très révélateurs, hein? Ça... ça
annonce bien pour la suite des choses, ça peut... si on peut l'exprimer ainsi.
En page 3, vous précisez qu'on devra porter une attention particulière à
l'école en Afrique dans les années à venir, les soutenir davantage. C'est sûr
qu'il y a un objectif derrière ça. Vous en avez un. Bien, vous... Je veux dire,
il y a une idée derrière tout ça. Et de quelle façon vous voyez, maintenant, la
contribution du Québec?
M. Marcoux (Richard) : Bien,
en fait, je pense que la contribution du Québec, elle se fait à travers les
organismes internationaux, notamment <l'OIF...
M. Marcoux (Richard) :
...en
fait, je pense que la contribution du Québec, elle se fait à travers les
organismes internationaux, notamment >l'OIF, l'Organisation
internationale de la Francophonie, qui a maintenant pignon sur rue à
Québec, hein, qui est vraiment... Je vais faire un peu la publicité du
ministère des Relations internationales et de la Francophonie. Je pense qu'ils
ont fait un bon coup en amenant la représentation de la francophonie ici, à
Québec.
Il y a plusieurs programmes qui existent à
l'OIF pour appuyer, justement, la formation, une formation de qualité. Il y a
différents programmes d'appui aux enseignants, offrir du matériel pédagogique
également, ainsi de suite. Il y a toutes sortes de façons d'intervenir. C'est
sûr que le Québec a peut-être un peu moins de moyens en matière de... je
dirais, d'aide internationale que le Canada peut en avoir, là, c'est comme
évident, mais, en même temps, je pense qu'on a un rôle à jouer à travers les
ONG. Il y a énormément d'ONG québécoises qui sont très actifs dans le domaine
de l'éducation, et je pense qu'il faut, justement, dans des contextes de
solidarité, là, appuyer ces ONG là, qui vont mettre de l'avant un certain
nombre d'interventions pour appuyer la qualité de l'éducation dans les pays
africains.
Mme Schmaltz : Si je
comprends, ce n'est pas juste un soutien financier.
M. Marcoux (Richard) : Ah non!
Non, pas du tout. Je pense que... Puis je pense qu'ici aussi on a une expertise
assez intéressante. Vous savez, les cégeps, c'est quelque chose d'assez unique au
monde, ce qu'on a ici. Si vous en.... Si vous discutez avec les gens du
ministère de l'Éducation, ils vont vous le dire. En fait, c'est vraiment assez
particulier. Et je pense qu'on pourrait très bien présenter également ce
modèle-là, qui permet à des jeunes d'être formés, au niveau régional, à des
niveaux d'éducation... peut-être pas des niveaux d'éducation très, très élevés,
mais, pour les besoins du pays, ça répond tout à fait à des demandes très
importantes. Je pense qu'on a... on a, ici, une expérience, une expertise.
Moi, je suis beaucoup en contact avec des
gens de la diaspora africaine ici, au Québec, et qui me disent que, vraiment,
le modèle d'éducation qu'on a mis en place au Québec depuis les années 60-70
est assez intéressant. Donc, je veux dire, ce n'est pas... C'est des échanges
de bons procédés, c'est... C'est sûr que, derrière tout ça, par ailleurs, il y
a des besoins financiers, là, on ne se le cachera pas, là, mais je ne crois pas
que le Québec est peut-être prêt à se lancer dans... compte tenu des besoins
immenses, là, que l'Afrique va avoir, là, dans les années à venir.
Mme Schmaltz : Donc, ce
serait... je vais terminer avec ça, ce serait vraiment d'importer, finalement,
le modèle éducationnel qu'on a au Québec ou...
M. Marcoux (Richard) : Oui. Je
n'aime pas tellement le terme «importer». Je pense... En fait, peut-être
montrer ce que ça donne, puis que ça puisse, à ce moment-là, être adapté aux
réalités des pays africains, qui ont des... qui ont des enjeux et des objectifs
très différents, des pays pour lesquels, je ne sais pas, moi, les filières du
bois sont importantes, d'autres, ça va être... ça va être la... voyons,
d'autres secteurs industriels, là, qui peuvent peut-être être intéressants pour
eux. Donc, je pense qu'il faut vraiment les adapter. L'idée, ce n'est pas
d'exporter ce qu'on fait de bien ici, mais peut-être de le présenter pour voir
un peu ce que ça peut... comment ça peut intéresser les pays là-bas.
Mme Schmaltz : OK. Je n'ai
pas d'autre question. Je vais laisser ma collègue...
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
députée d'Iberville, il reste huit minutes.
Mme Bogemans : Parfait. Merci
beaucoup. En fait, dans le but d'avoir plus de liens avec les jeunes du
continent africain, vous mettez de l'avant qu'il y aurait une possibilité de
tisser des liens par des programmes similaires au programme Expérience
internationale Canada. Est-ce que vous pensez que l'office de la jeunesse des
internationaux du Québec pourrait jouer un rôle dans...
• (20 h 20) •
M. Marcoux (Richard) : Tout à
fait. En fait, c'est un peu ça, l'idée. Je trouve qu'on... En fait, j'ai... On
a fait un contrat, à un moment donné, pour Citoyenneté et Immigration Canada puis
on a épluché tous les programmes qui existaient, et j'étais étonné de voir
qu'il y avait à peu près une trentaine, une quarantaine de pays pour lesquels
il y a eu des accords qui ont été signés en Amérique latine, en Asie, en
Europe, évidemment. Il n'y avait aucun pays africain pour lequel il y avait... il
y avait une entente de signée. C'est... c'est incroyable. Ça veut donc dire que
les pays francophones, c'était, essentiellement, la France, la Belgique et la
Suisse, je pense, peut-être le Luxembourg également.
Donc, les francophones du reste de la francophonie,
qui sont beaucoup plus nombreux, en fait... J'aime beaucoup répéter... Parce
qu'avec ce qui s'est passé, les coups d'État en Afrique, les gens me disent :
Oui, bien, c'est fini, la francophonie en Afrique. Il y a actuellement trois
fois plus de francophones sur le continent africain qu'en France. Donc, je veux
dire, ce n'est pas... On ne change pas des systèmes d'éducation comme ça, ainsi
de suite.
Donc, je pense qu'il y aurait quelque
chose à faire. J'ai comme l'impression que le fédéral n'a pas bougé tellement
là-dedans. Puis peut-être que le Québec pourrait... pourrait faire figure
d'initiateur intéressant, là, pour des programmes de ce type-là, qui ne coûtent
pas non plus excessivement <cher...
M. Marcoux (Richard) :
...faire
figure d'initiateur intéressant, là, pour des programmes de ce type-là, qui ne
coûtent pas non plus excessivement >cher. Puis on a déjà des acteurs
comme LOJIQ, vous mentionniez LOJIQ, des organismes jeunesse qui ont une
expertise extraordinaire dans ce domaine-là et qui pourraient très bien jouer
un rôle important.
Mme Bogemans : OK. Puis,
justement, c'était ça, ma sous-question : Quel rôle pourrait jouer LOJIQ?
M. Marcoux (Richard) : Je
pense, c'est de... Tout à l'heure, Mme la ministre parlait qu'il y a des
initiatives qui sont faites sur le continent africain. J'imagine que c'est à
travers les bureaux, les délégations du Québec sur le continent africain. Ça, c'est...
Moi, ça faisait plusieurs années... Avec d'autres collègues, là, Clément
Duhaime, et autres, on militait pour qu'il y ait une ouverture de délégation du
Québec sur le continent africain. Ça s'est fait. Ça ne fait seulement que cinq
ans, depuis 2017, je crois, mais je pense que ça offre des possibilités assez
intéressantes.
Moi, j'ai plusieurs de mes étudiants qui
ont profité des programmes de LOJIQ pour pouvoir aller sur le continent
africain pour faire du travail de terrain, ainsi de suite. Il y a des échanges
qui existent. Puis on a une structure qui est petite, qui est tout à fait...
qui est minuscule par rapport aux besoins, mais c'est déjà là qu'on peut
travailler avec... Il y a un bureau du Québec à Rabat, un à... une délégation
générale du Québec à Dakar et un bureau du Québec extrêmement dynamique à
Abidjan, là. Donc, moi, je pense qu'on a des leviers intéressants pour initier
des choses. Ça répond à votre question?
Mme Bogemans : Oui.
M. Marcoux (Richard) : Parfait.
Mme Bogemans : Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Caron) : Il
reste cinq minutes.
Une voix : ...
La Présidente (Mme Caron) : Cinq
minutes.
Mme Fréchette : Parfait. Bien,
alors, j'avais une question, moi, concernant le rapport au français des
Franco-Africains. Dans quelle mesure est-ce que c'est leur première langue ou
leur seconde langue? Est-ce que, quand on dit «francophone», c'est francophone
à l'occasion, ou francophone au quotidien, ou... J'aimerais avoir votre regard
là-dessus.
M. Marcoux (Richard) : Je
vous remercie de me poser cette question. En fait, il y a vraiment toutes
sortes de réalités. Comme je le dis souvent, l'Afrique est plurielle. Et ça
s'entend, c'est-à-dire qu'on entend des accents également fort différents à
Abidjan, à Dakar, à Kigali, à Yaoundé. C'est... Pour la plupart de ces pays, la
langue française est une langue seconde, OK, c'est la langue qu'on a apprise
après notre langue maternelle, sauf que ce qu'on observe de plus en plus, et
ça, on le voit même chez les immigrants ici, au Canada et au Québec, plusieurs
personnes nous déclarent deux langues maternelles. A priori, on se dit : Mais
qu'est-ce que c'est que ça? Comment pouvons-nous avoir deux langues
maternelles? Bien, si vous...
Moi, j'ai vécu au Mali pendant cinq ans. Je
suis souvent sur le terrain. Quand vous êtes dans une concession, dans un
ménage, ça se passe en wolof à Dakar, mais la télévision est allumée, et puis
ça se passe en français. Vous sortez sur la rue à Dakar, toutes les indications
sont en français, tous les panneaux de signalisation sont en français. Le wolof
est une langue très importante au Sénégal. Ce n'est pas le cas de la Côte
d'Ivoire. Si vous allez à Abidjan, à Abidjan, 75 % des gens... On a fait
une enquête à Abidjan avec une firme de sondage, Kantar TNS. 75 % des
gens, des travailleurs à Abidjan déclarent qu'ils travaillent en français,
parfois avec une autre langue, OK, parfois avec une autre langue, mais ils
travaillent notamment en français.
Donc, je pense qu'on est dans des
contextes de plus en plus plurilingues. Et ce n'est pas la francophonie qui est
comme ça. Tous les espaces linguistiques sont comme ça. En Amérique latine, on
découvre soudainement qu'il y a des... qu'il n'y a pas juste l'espagnol, mais
il y a également des langues autochtones qui sont largement utilisées. En Inde,
vous avez une population qui s'exprime très bien en anglais, mais pour laquelle...
La plupart des Indiens ont une langue maternelle qui est autre que l'anglais.
Et, justement, lorsqu'on leur demande de remplir... Les immigrants indiens qui
arrivent ici, au Canada, lorsqu'on leur demande : Quelle est votre langue
maternelle?, bien, ils nous répondent bien souvent deux langues, parce que,
justement, ils sont socialisés dans une langue indienne et dans une langue...
et dans la langue anglaise. C'est la même chose également dans plusieurs pays
africains.
Donc, l'attachement à la langue française,
pour répondre clairement à votre question, elle est aussi... je dirais, elle
est... elle est différente d'un pays à l'autre. Il y a des pays pour lesquels
le français est vraiment très important. Je pense, entre autres, à la Côte
d'Ivoire, le Bénin, le Cameroun — on voit très bien qu'au Cameroun la
langue française est largement utilisée — au Gabon, au Congo ou en
RDC.
D'autres pays pour lesquels il y a une
langue nationale qui est largement utilisée et qui fait office, en quelque
sorte, de langue de tous les jours, je prends le cas du Rwanda, par exemple, le
Rwanda, depuis les années 60-70, on enseigne... les gens sont alphabétisés
en kinyarwanda, la langue de la population rwandaise, qui est partagée à
97 % par la population rwandaise, cette langue-là est vraiment utilisée.
Vous allez à la banque, vous devez signer votre chèque en kinyarwanda, ainsi de
suite. C'est complètement différent. Et, on le voit très bien aussi, le Rwanda,
ce n'est pas un pays pour lequel on observe une augmentation très importante
des locuteurs de langue <française...
M. Marcoux (Richard) :
...ce
n'est pas un pays pour lequel on observe une augmentation très importante des
locuteurs de langue >française. Donc, on étudie le Rwanda depuis une
quinzaine d'années maintenant, et puis il n'y a pas d'augmentation importante,
ce qui n'est pas le cas de la Côte d'Ivoire, où, là, on a vraiment une
augmentation très importante.
Mme Fréchette : Quand vous
dites que le français est très important dans certains pays, est-ce à dire que
le cursus primaire, secondaire se fait en français ou c'est bilingue la plupart
du temps?
M. Marcoux (Richard) : Exactement.
Ça se fait en Côte d'Ivoire, au Mali, au Sénégal, même. On intègre de plus en
plus, maintenant, de l'apprentissage dans les langues nationales parce qu'on se
rend compte que ça a un effet très important sur les apprentissages de façon
générale. Donc... Et ça, ça se fait de plus en plus. D'ailleurs, l'OIF, l'Organisation internationale de la Francophonie, finance, appuie
un programme qui s'appelle... — ah! excusez-moi, j'ai un blanc, là — qui
permet, justement, aux enfants en première année et en deuxième année d'être
formés dans leur langue maternelle d'abord, et, tranquillement, on intègre de l'apprentissage
en français, puis par la suite tout le cursus se fait en français.
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
il reste 20 secondes pour conclure.
Mme Fréchette : Bien,
écoutez, c'était fort instructif et éclairant. Vraiment, je vous remercie d'avoir
partagé vos propositions avec nous. Et puis au plaisir de vous revoir
prochainement.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, maintenant, l'opposition officielle, donc, député de Nelligan,
12 min 23 s.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Premièrement, merci pour votre présence. Vous avez dit «un rapport»,
mais laissez-moi vous dire que votre prestation est aussi très excellente.
Bravo! Très heureux d'entendre un grand ambassadeur de l'Afrique. Je peux vous
nommer et je partage vraiment les... ce que la ministre vient de dire, vous
êtes une personne qui a accumulé beaucoup, beaucoup de connaissances.
Moi, je suis quelqu'un qui suit l'observatoire
francophone de statistique de l'espace francophone. Je vais plus aller avec
vous sur de la géopolitique, parce que je pense qu'il y a beaucoup de choses à
apprendre de ce qui se passe en Afrique maintenant. Mais, avant d'aller dans ce
sens, parce que c'est le défi, au Québec, moi, la raison pour laquelle j'ai
choisi le Québec, c'est pour venir faire un MBA à l'Université de Laval. À l'époque,
j'avais deux choix....
M. Marcoux (Richard) : Université,
hein?
M. Derraji : Oui, et mon
premier diplôme, c'est à Laval, Université Laval, pavillon Parent, proche de
votre pavillon.
M. Marcoux (Richard) : Oui, De Koninck,
oui.
M. Derraji : D'ailleurs, dans
votre pavillon, il y a le Collège des administrateurs de sociétés, où j'ai fait
ma certification aussi. J'avais eu deux choix, la Suisse ou le Québec. Mais,
vous savez, en Afrique, et je seconde tout ce que vous avez dit, il y a cette
volonté d'aller faire la traversée de l'Atlantique parce qu'on parle français.
Et, si on parle qu'on doit protéger la langue française, les gens en Afrique
pensent : En Amérique du Nord, il n'y a personne qui parle français.
Et mon coup de cœur au début, ça a été
avec une émission de TV5 Monde, où j'avais deux animatrices qui parlaient
avec l'accent québécois. Et je parlais avec mon père, qui nous disait... qui
insistait sur l'importance de parler français. Et ça commence à un jeune âge,
parce qu'au primaire, oui, il y a la langue maternelle du pays, mais c'est
obligatoire. Deux, troisième année primaire, c'est une deuxième langue, rendu
au secondaire, troisième langue, rendu à l'université, quatrième langue, ça
dépend si ton cursus est scientifique, anglais, sinon, il y a de la langue
espagnole, allemande et, bon, anglaise.
• (20 h 30) •
Pourquoi je dis ça? Le Québec, je l'ai
senti, parce que, par la suite, j'y suis revenu et j'ai ramené des
entrepreneurs, on a une occasion en or parce que le Québec jouit d'une très
bonne réputation, le Canada aussi, et le fait de parler français. Et c'est là
où moi, je voulais voir votre point de vue par rapport à la mobilité
internationale en tant que chercheur universitaire. On le sait, on a de très
bonnes universités dans des villes où la capacité d'accueil, elle est là, donc,
des campus, des maisons aux alentours des... C'est vraiment une belle vie
universitaire. Pensez-vous qu'on en fait assez, un, pour les ramener? Oublions
un peu le côté fédéral, parce que c'est vraiment... ça devient gênant de voir
le nombre de refus de visa. Mais, juste nous, qu'est-ce qu'on peut faire?
Bourses de mobilité, des échanges interuniversitaires... Je sais que l'AUF fait
un travail exceptionnel avec son nouveau... avec le président. Qu'est-ce qu'on
peut faire davantage pour avoir cette jeunesse allumée qui fait de la recherche
en français et qui veut venir, qui veut travailler avec nous?
M. Marcoux (Richard) : Merci,
hein, pour votre intervention. Et je pense que... Quand vous avez parlé de
TV5 Monde, je pense que TV5 Monde fait énormément pour le Québec. C'est
incroyable.
M. Derraji : Oh oui!
M. Marcoux (Richard) : Parce
que les gens, maintenant, ont même l'habitude de notre accent ici, ce qui n'était
pas le cas... — moi, ça fait longtemps que je travaille en <Afrique...
>
20 h 30 (version révisée)
< M. Marcoux (Richard) :
...de
notre accent ici, ce qui n'était pas le cas...
— moi, ça fait
longtemps que je travaille en >Afrique — ce qui n'était pas le
cas il y a 30 ans. C'est assez extraordinaire de voir comment la
francophonie est devenue plurielle et comment, même, je vous dirais... J'ai un
collègue avec lequel je travaille, qui est un sociolinguiste d'origine
ivoirienne qui travaille sur le français en Côte d'Ivoire. Il y a maintenant
une affirmation du français ivoirien avec toute sa couleur, avec tous ses
accents, ainsi de suite, et c'est vraiment nouveau, et c'est un peu l'exemple
du Québec qui a été pris pour affirmer, en quelque sorte, ce français ivoirien.
Donc, je pense que TV5 fait un travail extraordinaire et puis je pense qu'il
faut continuer à les appuyer.
S'agissant de la réputation du Québec et
du Canada, je suis d'accord avec vous, je crains qu'au cours des dernières
années la réputation du Québec et du Canada ait été un peu... un peu noircie à
cause d'un certain nombre d'événements, y compris, justement, les refus de visa.
Ce que je vous racontais tout à l'heure par rapport aux collègues, on organise
un colloque... Moi, il y a 15 ans, j'organisais un colloque ici, à l'Université
Laval. Les collègues avaient... ils n'avaient pas besoin d'un visa pour
immigrer ici, ils s'en venaient participer à un colloque seulement. Une simple
autorisation de voyage électronique suffisait à ce moment-là. Les gens
arrivaient comme visiteurs. Maintenant, ce n'est plus possible.
Moi, ça... Et je sais que ça crée
énormément d'irritants partout. Et ça crée... ça crée une sorte d'apartheid, parce
que... L'espace francophone scientifique, auquel je crois énormément, je pense
que cet espace scientifique francophone là, il faut l'affirmer. Le Québec peut
y jouer un rôle important. Mais il est certain que, si je ne peux recevoir dans
mon laboratoire que des Français, des Belges et des Suisses, c'est fini. Donc,
je crains... je crains un peu pour la réputation actuellement.
Et c'est pour cette raison que j'insiste
beaucoup sur l'idée qu'il faut intervenir. Je suis d'accord avec vous, il y a
beaucoup de décisions qui sont prises à Ottawa. Je pense que le Québec doit
peut-être parler plus fort, intervenir davantage de façon à arrêter... Parce qu'on
est sur une pente descendante actuellement, et je crains, je crains que de plus
en plus de gens se désintéressent du Québec à cause de ça, à cause des
problèmes.
M. Derraji : On ne va pas... On
va tout faire pour ne pas perdre cette attractivité. Je veux vous ramener sur
le terrain géopolitique. Vous suivez, j'en suis sûr et certain, ce qui se passe
en Afrique, Burkina Faso, Niger, tout le Sahel. On va descendre un peu plus en
bas. C'est en plein essor économique. Et vous voyez que la France est en train
de perdre du terrain. Vous voyez l'arrivée de la Turquie, de la Chine, de la
Russie et d'autres puissances.
Ma question... Parce que moi, ça a été...
j'étais toujours de cette école : C'est le moment du Québec pour l'Afrique.
Pourquoi? Parce que, quand je parle avec mes amis africains, ils me disent... Bien,
pour eux, on est l'équivalent de la France. D'ailleurs, c'est une insulte quand
on dit que nous, on est des Français. Je ne sais pas si vous l'avez entendu.
Moi, toujours que je dis : «Le Québec, c'est des Français», c'est une
insulte. Ce n'est pas des Français. Je ne veux pas élaborer, parce que je ne
veux pas être le méchant ce soir, mais, pour eux, on est les gentils de l'Amérique
du Nord, le Québec.
Pensez-vous que c'est le moment pour le
Québec de renforcer sa présence? Je sais qu'on a un bureau à Rabat, qui couvre
le Maghreb, une délégation au Sénégal. Pensez-vous que, s'il y a un plan de
développement par rapport au ministère des Relations internationales, d'entrevoir
d'autres possibilités dans l'Afrique subsaharienne mais aussi de jouer le rôle
du leader au niveau de la francophonie...
M. Marcoux (Richard) : Tout à
fait. Moi, je crois qu'il y a une place à occuper, assurément. Vous l'avez dit
tout à l'heure, la France n'a pas, actuellement, une réputation très enviable
dans les rues de Niamey, de Ouagadougou et d'un peu partout, en fait, en
Afrique de l'Ouest même. Je pense qu'il y aurait assurément une place à occuper,
mais c'est sûr que ça demande... par rapport à la question qui était posée tout
à l'heure, ça demande quand même peut-être un peu plus de moyens. Il faut qu'il
y ait un renforcement des équipes sur le terrain, ainsi de suite, pour assurer...
assurer, en quelque sorte, cette présence-là, qu'il y ait des échanges, et
autres, quoi. Donc, oui, il y a... Assurément, sur le plan géopolitique et
stratégique, le Québec pourrait jouer un rôle beaucoup plus important, puis il
y a une occasion en or.
M. Derraji : Corrigez-moi si
je me trompe, parce qu'avec ce qui se passe avec la France la question qui se
pose, c'est que... on le voit dans <certains pays...
M. Derraji :
...
passe avec la France la question qui se pose, c'est que... on le voit dans >certains
pays, c'est ce rejet, en quelque sorte, du français pour aller à l'anglais. Et
est-ce que c'est quelque chose que vous avez vu, vous voyez venir dans certains
pays en Afrique?
M. Marcoux (Richard) : Moi,
je vous dirais que je ne vois pas la montée de l'anglais en Afrique. Je vois une
critique de la France. Et je fais remarquer à tout le monde, d'ailleurs, que
toutes les manifestations qu'on a vues dans les rues des capitales africaines,
les manifestations, vous regardez les affiches, tout ça, c'est tout écrit en
français, OK? Ce n'est pas : «Go out», France! Ce n'est pas : «Get
out, Yankees!», ou quoi que ce soit. C'est : À bas la France!, OK? C'est
vraiment... Et je vous dirais même qu'il n'y a pas tellement de fautes
d'orthographe dans ce que je vois dans les affiches, ainsi de suite. Donc, je
suis plutôt... je suis plutôt... Je pense que la langue française va passer à
travers cette crise-là, OK, sur le continent africain, va passer à travers
cette crise-là, mais peut-être pas la France.
M. Derraji : Je pense que je
partage votre conclusion. Revenons au Québec. Est-ce qu'on fait assez pour
retenir nos étudiants? Je ne sais pas si vous êtes familier avec les moyens... ou
c'est pendant votre vie universitaire, vous avez un étudiant qui vous a dit que
ça va prendre beaucoup plus de temps pour rester au Québec. Pensez-vous que le
Québec doit faire davantage pour garder ses étudiants qui graduent dans nos
universités et qui sont des diplômés de nos universités?
M. Marcoux (Richard) : On
avait un programme qui fonctionnait très bien, qui a été modifié. Je crois que
maintenant on revient en arrière. Si je ne me trompe pas, Mme la ministre, j'ai
l'impression qu'on revient au programme PEQ qui était auparavant...
M. Derraji : ...à 100 %
ce qu'il était, le programme, parce qu'on ne le sait pas encore.
M. Marcoux (Richard) : Oui.
Moi, en tout cas, je pense qu'effectivement il faut vraiment revenir à ça.
C'est un programme qui fonctionnait très, très bien.
M. Derraji : Est-ce que ça a
été une erreur de changer les règles de ce programme?
M. Marcoux (Richard) : Moi,
je crois que ça n'a pas aidé pour la réputation du Québec, assurément.
M. Derraji : Est-ce qu'on
vous a parlé de ça?
M. Marcoux (Richard) : Les
étudiants, je pense que ça a été... En tout cas, ce que j'entends, ça va dans
le bon sens, c'est-à-dire, les modifications qui sont en train d'être faites, j'espère
qu'on va aller jusque-là. Et c'est clair, parce que, ce que vous dites là, je
l'ai entendu énormément, les étudiants qui souhaitent... qui ont besoin de plus
de temps, qui ont envie d'une expérience québécoise également, ce que
permettait le programme. Et je pense qu'on a là, en fait, les meilleurs
ambassadeurs, en plus, avec les étudiants. Les étudiants, ils ont fait déjà
deux ans, trois ans au Québec. Ils ont passé trois hivers. Ils comprennent
l'accent québécois maintenant. Ils sont... Ce sont les meilleurs pour
s'intégrer, en fait, au Québec, assurément.
M. Derraji : Oui. Cher
professeur, c'est très agréable d'échanger avec vous. J'ai vraiment aimé
l'échange. Ça nous sort de notre zone de confort de parler uniquement de
quelques aspects de la consultation. Je pense que les membres de la commission
sont presque tous d'accord que vous avez fait une très bonne contribution à
nous faire réfléchir sur le fait français, sur la francophonie, qui est très
large, et des enjeux que, parfois, on ne voit pas d'une manière, je dirais,
proche de notre quotidien. Merci pour votre passage, et j'espère qu'on va
garder le contact. Et on va suivre vos publications au niveau de
l'observatoire. Merci beaucoup.
M. Marcoux (Richard) : Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, nous allons maintenant passer au deuxième groupe d'opposition, au député
de Saint-Henri—Sainte-Anne. Vous avez 4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Le mot de la fin pour ce soir, si je devine bien.
Merci pour votre belle présentation.
Fascinant, en fait. La lecture était très intéressante. Et j'ai bien aimé les
propositions concrètes, là, l'ouverture ou le développement de programmes EIC
pour les pays africains, notamment, franco-africains, ou tout le débat sur le
visa temporaire de matières scientifiques, ou culturelles, ou autres. On entend
toujours ça, notamment au festival de jazz, mais ailleurs, qu'il y a plein
d'artistes qui ne sont pas capables de venir se produire ici, alors qu'ils se
produisent partout à travers la planète. Puis il n'y a pas de raison que ces
gens-là ne puissent pas venir.
• (20 h 40) •
Alors, cette discrimination-là, documentée
par... envers Ottawa... en fait, d'Ottawa envers les Francos-Africains, on la
connaît. Bon, semble-t-il qu'on y travaille, mais le Québec ne peut pas laisser
ça passer. On en est directement les plus impactés ou certainement très
impactés. Pour moi, c'est ma position, le plus on sera en contrôle de notre
immigration, le plus on aura nos propres pouvoirs en immigration, le mieux on
pourra abolir ces barrières puis le mieux on pourra assurer le fait français
dans notre immigration puis dans qui vient ici.
Mais il n'y a pas qu'Ottawa, et vous
l'avez dit, qui a la réputation écorchée. Le Québec a aussi une réputation qui
est un petit peu plus difficile ces dernières années. Je pense à la réforme du
PEQ. Vous <en avez parlé...
M. Cliche-Rivard :
...
petit peu plus difficile, ces dernières années. Je pense à la réforme du PEQ. Vous
>en avez parlé. Malheureusement, les propos de l'ancien ministre de
l'Immigration, de la dernière campagne, n'ont pas vraiment aidé, certains
propos du premier ministre : L'immigration ou... bref, il serait
suicidaire de... C'est ce qu'on a dit. Ça, ce sont des mots qui ont résonné
au-delà de la frontière, au-delà des frontières. Je peux revenir avec l'idée
des 18 000 dossiers qui touchent 40 000 personnes,
notamment beaucoup d'Afrique francophone. Je les connaissais, à l'époque, pour
être très impliqué sur ces dossiers-là, et ils en parlent encore. Et il n'y a
jamais eu d'excuse officielle face au fait qu'on a détruit une quarantaine de
milliers de vies là-dedans, là.
Alors, ma question pour vous, c'est :
Qu'est-ce qu'on peut faire à ce stade-ci? Comment on peut réparer cette
réputation? Quelle serait la pierre angulaire de cette réconciliation-là face
aux dernières années qui ont été plus difficiles pour cette réputation du
Québec à l'étranger?
M. Marcoux (Richard) : Je ne
noircirais pas trop, quand même, la réputation du Québec, du Canada, comme vous
le laissez sous-entendre. Je pense que la... On a été un peu irrités, en fait,
mais je pense que c'est encore possible de corriger le tir. Les deux
propositions que je vous fais, ça rentre tout à fait là-dedans. Je crois qu'il
faut absolument trouver une façon de distinguer ce qu'on appelle l'immigration
de la mobilité. Pour moi, c'est important. La migration, c'est vraiment un
projet. On s'en vient ici. Les résidents non permanents ont même eux-mêmes des
projets. Mais un visiteur, c'est autre chose.
Moi, je suis étonné de voir que
maintenant, comme Québécois, je peux me balader partout sur la planète et plus
facilement qu'avant. Il y a moins d'obstacles, de visas, et autres, comme
Québécois, comme Canadien, pour me rendre partout, alors qu'ici c'est
l'inverse. Je pense qu'il faut... Puis, bon, il y a le 11 septembre, il y
a des contextes qui font en sorte qu'on en est arrivés à ça, mais il faut
rapidement... Pour moi, il y a vraiment une urgence là.
Je parle de l'autorisation de voyage
électronique. L'autorisation de voyage électronique, c'est tout simplement une
façon de pouvoir se déplacer sans avoir à remplir des formulaires à n'en plus
finir, de montrer qu'on a un compte en banque bien garni. On n'est pas en train
d'immigrer. On est en train de venir participer à une conférence. Pour moi, si
on peut régler ça... On travaille de plus en plus sur l'idée d'un visa pour se
déplacer dans l'espace scientifique francophone. Je sais que les gens
d'affaires également travaillent sur un visa d'affaires pour permettre aux gens
de travailler...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion, s'il vous plaît.
M. Marcoux (Richard) : Pardon?
La Présidente (Mme Caron) : Il
faudrait conclure...
M. Marcoux (Richard) : Oui. OK.
Parfait. Donc... Mais je crois qu'il faut également travailler autour de la
communauté scientifique, de façon à ce que cette communauté scientifique... Si
on veut faire monde francophone, il faut absolument enlever les barrières qui
sont là. Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Merci
beaucoup, M. Marcoux, pour votre présentation, votre mémoire. Ce fut fort
intéressant. Alors, je vous remercie, donc, pour cette contribution à nos
travaux.
Et la commission ajourne ses travaux au
mercredi 13 septembre 2023, après les avis touchant les travaux des
commissions. Merci et bonne fin de soirée.
(Fin de la séance à 20 h 45)