(Neuf heures cinquante et une
minutes)
La
Présidente (Mme Caron) :
Donc, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la
séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
Alors, la
commission est réunie pour procéder à la consultation générale et aux auditions
publiques sur le cahier de consultation intitulé La planification de
l'immigration au Québec pour la période 2024-2027.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) est remplacée par Mme Bogemans (Iberville); Mme Garceau (Robert-Baldwin)
est remplacée par Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey); Mme Prass (D'Arcy-McGee) est remplacée par M. Derraji
(Nelligan); et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) est remplacée par M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne).
Document déposé
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, avant d'entreprendre notre mandat, je dépose le rapport final du Groupe d'experts sur l'aide médicale à mourir
et le handicap neuromoteur. Une version précédente de ce rapport avait
été rendue publique lors de l'étude détaillée du projet de loi n° 11, Loi
modifiant la Loi concernant les soins de fin de vie et d'autres dispositions
législatives.
Alors, nous débuterons ce matin par les
remarques préliminaires, puis nous entendrons les groupes suivants : l'Union
des municipalités du Québec, Stephane Tajick Consulting et l'Institut du
Québec.
Alors, je souhaite également rappeler au public
qu'il est toujours possible de commenter ce mandat et que la consultation en
ligne sur le cahier de consultation se terminera le
jeudi 28 septembre. Si ce n'est déjà fait, je vous invite à vous
rendre sur notre site Web afin de remplir le questionnaire à l'adresse
assnat.qc.ca/immigration.
Remarques préliminaires
Alors, j'invite maintenant Mme la ministre de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration à faire ses remarques
préliminaires. Mme la ministre, vous disposez de six minutes. La parole est à
vous.
Mme Christine
Fréchette
Mme Fréchette : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, bonjour et... bonjour à chacun de vous, et merci
beaucoup d'être ici présents pour cette commission parlementaire. Merci à la
députée de La Pinière pour avoir accepté de présider notre... notre
rencontre.
La commission
parlementaire qu'on amorce aujourd'hui, bien, vous le savez, a suscité beaucoup
de participation. Il y a eu de très
nombreux contributeurs. La dernière fois que cet exercice-là s'est tenu,
c'est-à-dire il y a quatre ans, en 2019, il y avait eu 31 mémoires
qui avaient été déposés. Cette année, on en a reçu 77. Donc, vraiment, un très
bel... une très belle mobilisation a entouré cette commission parlementaire,
puisqu'on a eu plus du double de participants.
Aussi, je pense qu'on peut se réjouir que les
contributeurs, les participants à la commission parlementaire proviennent d'une
grande diversité de secteurs, notamment, les villes, les MRC, les
établissements d'enseignement, les
associations économiques, associations juridiques, les entreprises, les
organismes communautaires, des professeurs d'université, des citoyens
également. Je trouve que c'est le parfait mélange pour faire en sorte d'avoir
une réflexion qui soit complète. Ça montre
également à quel point les enjeux d'immigration sont transversaux également et
ça montre à quel point le regard qu'on doit porter sur les enjeux en matière
d'immigration doivent tenir compte d'une grande variété de facteurs.
Plus tôt cette année, notre gouvernement a mis
de l'avant une série de mesures qui revoient l'approche du Québec en matière d'immigration.
Ce sont des orientations qui font référence à la composition de l'immigration
et au nombre de personnes immigrantes que le Québec souhaite accueillir au
cours des quatre prochaines années.
Elles font aussi référence au virage historique
que nous avons annoncé en matière du français. Nous agissons pour assurer la
pérennité du français par l'introduction d'exigences en matière de connaissance
du français dans l'ensemble des programmes
d'immigration économique. Pour y parvenir, nous comptons favoriser la sélection
de personnes connaissant le français et la sélection de personnes aptes
à exercer, dans un délai raisonnable, leur profession au Québec.
(Interruption)
Mme Fréchette :
Bienvenue à mes collègues. Nous souhaitons aussi répondre aux enjeux liés à
la rareté de main-d'oeuvre en mettant en place un nouveau programme
d'immigration des travailleurs qualifiés couvrant l'ensemble des besoins du
marché du travail, un programme qui sera par ailleurs plus en phase avec les
besoins du marché. Il y aura une meilleure
concordance et une plus grande agilité qui sera associée à ce nouveau programme
PSTQ.
Favoriser l'attraction et la rétention
d'étudiants étrangers francophones, c'est également un de nos objectifs, en
facilitant et en accélérant la sélection par le biais du Programme de
l'expérience québécoise, le PEQ.
Ces
propositions, je pense, démontrent notre engagement ferme à prendre les actions
nécessaires pour favoriser l'apprentissage du français pour tous les
nouveaux arrivants et assurer la pérennité du français.
Une de nos priorités concerne également la
régionalisation, un souhait qui est exprimé depuis longtemps, on le sait, mais
pour lequel on a eu vraiment des avancées intéressantes au cours des dernières
années. On travaille également pour que
l'immigration se fasse en région dès l'arrivée au Québec et non pas dans un
second temps, après un passage, par exemple, dans la métropole. Donc,
notre souhait, c'est que cette commission-ci nous amène à entendre des
propositions qui nous permettront de poursuivre sur nos avancées en matière de
régionalisation de l'immigration.
Un des sujets qui retient l'attention, bien sûr,
est celui des scénarios de seuil que nous avons proposés en mai dernier. Le
premier scénario propose une hausse graduelle et modérée des seuils
d'immigration à 60 000 admissions en...
d'ici 2027. Ce scénario recommande également l'admission en continu des
personnes sélectionnées dans le cadre du
programme PEQ, volet Diplômés, c'est-à-dire des personnes ayant étudié au Québec
en français dans un des programmes québécois.
Dans le deuxième scénario, on propose de maintenir le nombre d'admissions au
niveau actuel, c'est-à-dire à 50 000
admissions. L'ensemble des réflexions et des documents partagés par les
intervenants lors de cette consultation publique seront analysés et
viendront enrichir nos analyses et nos réflexions.
Et finalement, au courant de la session, nous
adopterons les orientations qui permettront de guider nos actions lors des
quatre prochaines années, donc, un grand exercice qui offrira, je dirais, par
ailleurs, une belle suite aux 15 rencontres régionales que j'ai tenues au cours
des derniers mois et qui m'a permis d'entrer en contact avec un ensemble d'organisations et d'acteurs, qu'ils
soient économiques, qu'ils soient du domaine... du milieu communautaire ou encore du milieu de l'enseignement. Déjà,
cette... cette grande série de rencontres en région m'avait donné l'opportunité
d'avoir un portrait assez complet de la dynamique qui existe en région.
En terminant, bien, je veux remercier l'ensemble
des personnes et des organisations qui s'exprimeront devant cette commission de
même que celles qui ont déposé un mémoire. La plupart d'entre elles voulaient
intervenir à cette commission. Nous les
entendrons toutes. Donc, tout le monde qui a exprimé ce souhait sera entendu.
Leur participation contribue au développement de la société québécoise,
et je les en remercie. C'est aussi une occasion unique d'avoir une discussion sereine et constructive sur
l'immigration en gardant notre objectif, qui est de faire du Québec une société
francophone prospère, diversifiée et accueillante, une société capable de
répondre à ses besoins démographiques, sociaux
et économiques. Nous sommes déterminés à faire de chacun de ces parcours
d'immigration un succès. Comme je dis souvent, l'immigration, c'est
l'affaire de tous, alors, voyons-y collectivement. Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Merci,
Mme la ministre. Il vous reste 1 min 6 s. Est-ce qu'une autre députée de
votre formation politique veut prendre la parole?
Mme Fréchette : ...sinon, je vais y
aller, parce qu'en fait moi, j'avais calculé 6 min 4 s...
La Présidente (Mme Caron) : Mme la
députée de Laviolette, la parole est à vous.
Mme Marie-Louise
Tardif
Mme Tardif : Oui. Bonjour. Bonjour,
Mme la Présidente. Bonjour, Mme la ministre. Donc, bien heureuse d'être ici
avec mes collègues aujourd'hui. Et je crois qu'il est important de mentionner
aussi que nous voulons de l'immigration en
région non seulement pour les accueillir, mais les garder, parce que nos
entreprises, nos entrepreneurs en ont
besoin, et nous devons les accueillir d'une façon exemplaire, comme nous
l'avons fait depuis que nous sommes en poste.
Donc, merci beaucoup. Merci à tous ceux qui vont être là. Et nous sommes à
l'écoute et nous sommes bien heureux d'être ici.
• (10 heures) •
La Présidente (Mme Caron) : Merci,
Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Alors, j'invite maintenant le porte-parole de l'opposition officielle et député
de Nelligan à faire ses remarques préliminaires pour une durée de
3 min 36 s. La parole est à vous.
M. Monsef Derraji
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Mes premiers mots en cette commission, c'est la première fois que
je parle après l'incident du séisme au Maroc, vont être à la communauté
marocaine au Québec, aux gens de ma ville natale, Marrakech, aux régions aux
alentours. Nos pensées sont avec vous. L'ensemble des membres de l'Assemblée nationale, élus, collègues vous saluent, vous
envoient beaucoup d'ondes positives dans ces moments qui sont extrêmement
difficiles. Et je tiens à saluer Mme la ministre, avec qui je me suis entretenu
ce week-end, aussi votre collègue la ministre
des Relations... des Relations internationales, Mme Biron. Je tiens à le
mentionner, parce que c'est un drame. On
découvre chaque jour d'autres villages. Hier, en prenant la route, on m'informe
qu'ils viennent de découvrir 600 personnes dans un village complètement rasé. Donc,
mes sincères condoléances à l'ensemble des personnes éprouvées par cette
tragédie.
Merci, Mme la
Présidente. Merci, Mme la ministre. Chers collègues de la partie
gouvernementale, mes collègues de l'opposition, ma collègue députée de
Chomedey, c'est un exercice extrêmement important où nous sommes invités pour
parler de la prochaine planification de l'immigration. Cet exercice de
consultation est important dans la mesure où
les Québécois s'attendent de la classe politique de... qu'on travaille
ensemble, parce que les enjeux de l'immigration, que ce soit au niveau
de la régionalisation, de la francisation mais aussi au niveau de la capacité
d'accueil, c'est des... c'est des enjeux extrêmement importants.
Avant d'aller dans
nos demandes ou nos constats, je vais juste revenir sur un fait, le fait que la
promesse caquiste, en 2018, d'en prendre moins pour en prendre soin est
complètement dépassée. La CAQ a démontré que les seuils d'immigration où on
nous invite aujourd'hui est un débat qui est dépassé, qui est dépassé, parce
qu'il y a un scénario qui est complètement absent du portrait aujourd'hui. Les
deux scénarios que nous avons sur la table, à savoir
50 000 ou 60 000, n'incluent pas un scénario que je qualifie le grand absent.
Le scénario absent, c'est celui des travailleurs temporaires étrangers.
On parle aujourd'hui
de 370 000 travailleurs temporaires étrangers. Vous avez vu comme moi
plusieurs documentaires où on parle de l'esclavagisme moderne. On parle de
l'incapacité de s'inscrire à des cours de francisation. Figurez-vous que même
un représentant des Nations unies s'est déplacé au Canada pour faire son
constat et préparer son rapport. Il est même venu à Montréal pour le faire.
J'éviterai de parler
des délais interminables, j'éviterai de parler des cours de francisation,
j'éviterai de parler de beaucoup d'autres enjeux au niveau de la
régionalisation, mais je donne la chance à cette consultation, qu'on va avoir
un réel débat, un réel débat au-delà des différences entre notre position et
les positions des autres partis. Mais gardons en tête... Aujourd'hui, les
Québécois veulent savoir c'est quoi, la capacité d'accueil, comment on va faire
pour régionaliser et comment on va offrir des services de francisation. Merci,
Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci, M. le député de Nelligan. Maintenant, j'invite à
prendre la parole le porte-parole du deuxième groupe d'opposition et député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
à faire ses remarques préliminaires pour une durée de
1 min 12 s. La parole est à vous.
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci,
tout le monde. Merci, d'abord, aux groupes qui ont contribué au débat, en fait,
par les mémoires. Ma lecture a été assez foisonnante, comme je devine la vôtre
aussi, dans les dernières semaines.
Cela dit, suivant
cette lecture-là et suivant, notamment, les articles récents du Devoir,
je ne peux être aussi réjoui que la
ministre. Au contraire, moi, j'ai noté un plan ou une proposition d'immigration
qui augmente des délais, jusqu'à trois ans d'attente dans le
regroupement familial, 10 ans d'attente dans le refuge, 25 ans, jusqu'à 25 ans
d'attente dans la catégorie humanitaire. Je note un plan qui ne tient pas
compte des travailleurs étrangers temporaires sur
le territoire. Je note un plan qui manque de structure ou de mesures
structurantes en régionalisation et je note un plan qui est en marge de
l'échec qui nous a été présenté sur la rentrée scolaire de Francisation Québec pour
2023.
Alors,
dans la foulée, je demande le consentement de cette commission pour déposer le
scénario 3, le scénario de Québec
solidaire, sur lequel les groupes vont pouvoir débattre aussi, pour fournir une
alternative humaine et crédible aux deux scénarios proposés.
La Présidente (Mme
Caron) : ...au secrétariat.
M.
Cliche-Rivard : Merci.
La
Présidente (Mme Caron) :
Merci, donc, M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne. J'invite maintenant le député de Matane-Matapédia à faire ses
remarques préliminaires pour une durée de 1 min 12 s. La parole
est à vous.
M. Pascal Bérubé
M. Bérubé : Merci,
Mme la Présidente. Le Parti québécois est la seule formation politique qui a
une position différente du gouvernement et des deux autres oppositions. Nous
maintenons notre position à l'effet que le seuil d'accueil au Québec est atteint et qu'il faut diminuer le seuil
d'immigration. Nous allons parler des 300 000 temporaires qui sont
occultés par le gouvernement. On ne veut jamais en parler. On ne veut pas les
comptabiliser. On fait comme si ça
n'existait pas. Pourtant, ces personnes habitent sur le territoire du Québec,
vivent avec nous, ont besoin de services.
Au Parti québécois,
on pense que la meilleure façon d'accueillir les gens qui viennent vivre
l'expérience québécoise, c'est de leur assurer qu'ils auront tout ce qu'il faut
pour que ça se passe bien. Et on a vu, à la rentrée, un fiasco qui est celui de Francisation Québec, 30 000 immigrants
inscrits, 1 500 personnes seulement qui peuvent participer. Rappelons
également que la CAQ au pouvoir avait promis que c'étaient 40 000
personnes, 40 000 immigrants par année, le seuil. Ensuite, on a
normalisé à 50 000, comme le Parti libéral, et là on va augmenter. Je
rappelle également les déclarations du
premier ministre du Québec, et je cite : «Si le Québec ne détient pas
davantage de pouvoirs, ce sera la louisianisation. Plus de
50 000 immigrants, c'est suicidaire.» Le premier ministre du Québec a
mis la table.
La Présidente (Mme Caron) : Merci,
M. le député de Matane-Matapédia.
Auditions
Nous allons
maintenant débuter les auditions. Alors, je souhaite la bienvenue aux
représentantes de l'Union des municipalités du Québec, qui se joignent à nous
via visioconférence. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes au
total pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer
votre exposé.
Union des municipalités du Québec (UMQ)
Mme Dubois (Geneviève) : Bonjour.
Merci beaucoup. Geneviève Dubois. Je suis mairesse de la ville de Nicolet,
préfète de la MRC de Nicolet-Yamaska et,
aujourd'hui, ici en tant que deuxième vice-présidente de l'Union des municipalités
du Québec.
Alors, est-ce
qu'Anabelle, tu veux te présenter?
Mme Martini (Anabelle) : Oui. Bonjour. Anabelle
Martini, conseillère aux politiques à l'Union des municipalités du
Québec.
La Présidente
(Mme Caron) : Vous pouvez commencer.
Mme Dubois
(Geneviève) : Merci beaucoup. Donc, Mme la ministre de l'Immigration,
de la Francisation et de l'Intégration, Mme
la présidente de la commission, mesdames messieurs, membres de la commission,
donc, je vous remercie de nous recevoir aujourd'hui dans le cadre de la
consultation générale sur la planification de l'immigration au Québec pour la période 2024-2027. Telle
qu'elle s'est présentée, je suis accompagnée ce matin par Mme Anabelle
Martini, qui est conseillère aux politiques à l'UMQ.
D'abord, j'aimerais
rappeler que, depuis maintenant plus de 100 ans, l'UMQ rassemble les
gouvernements de proximité de toutes les régions du Québec afin de mobiliser
l'expertise municipale, accompagner ses membres dans l'exercice de leurs
compétences et valoriser la démocratie municipale. Nos membres représentent
plus de 85 % de la population et territoires du Québec.
L'UMQ souscrit aux
propos de la ministre voulant que l'immigration soit une responsabilité
complexe et une grande richesse pour le Québec. Qui plus est, l'UMQ considère
que l'immigration est une piste de solution à de nombreux défis tels que le vieillissement de notre population,
l'occupation du territoire ou la pénurie de main-d'oeuvre. L'immigration est aussi une opportunité pour la
vitalité et le développement socioéconomique de toutes les régions du Québec.
Pour
l'union, toute stratégie en matière d'immigration demande l'engagement et la mobilisation
sans équivoque de toutes les parties prenantes, et les municipalités
sont des actrices incontournables, car elles jouent un rôle majeur, que ce soit en matière d'attraction en offrant des
milieux de vie de qualité, dynamiques et attractifs, en matière d'inclusion
en créant des collectivités où il fait bon vivre ensemble, et d'enracinement en
favorisant le sentiment d'appartenance par
la qualité de l'accueil réservé et l'éventail de services proposés. Mais, pour
que cette stratégie fonctionne, elle doit être pragmatique et efficiente
en mettant en adéquation les programmes d'immigration, les besoins réels des
régions et leur capacité d'accueil au bénéfice des personnes immigrantes et des
collectivités.
Notre
présentation se fera donc en deux temps. Premièrement, je vais vous parler de
la nécessaire adéquation des programmes d'immigration avec les besoins
du marché du travail, et ensuite j'aborderai la question de la régionalisation
de l'immigration.
L'UMQ accueille
favorablement les récentes réformes annoncées des principaux programmes
d'immigration au Québec, que ce soit le programme de l'expertise... de
l'expérience québécoise, pardon, le PEQ, et le Programme régulier des
travailleurs qualifiés, le PRTQ. Ces réformes simplifient et accélèrent les
démarches d'immigration et sont en meilleure
adéquation avec le marché du travail actuel. Les assouplissements au PEQ,
programme très populaire, permettront de maximiser les chances de
l'établissement durable et de l'intégration rapide et réussie au marché du
travail québécois de ses candidates et candidats à l'immigration permanente du
Québec. Quant au PRTQ, la volonté gouvernementale de le remplacer par un
programme de sélection des travailleurs qualité, le PSTQ, et de modifier les exigences du français et les niveaux de compétence
admissibles sont également un pas dans la bonne direction pour nous.
• (10 h 10) •
Ces
nouvelles orientations devraient permettre une plus grande flexibilité de
procédure de sélection et d'obtention des permis de travail. En effet, la
connaissance du français exigée aux candidates et candidats du PRTQ était
jusqu'ici très élevée et n'était pas nécessairement en adéquation avec les
prérequis des types d'emplois en demande. Pour l'union, il est primordial de poursuivre les investissements
existants et de bonifier les accents... les actions visant la reconnaissance
des compétences des personnes immigrantes afin qu'elles puissent s'intégrer
rapidement au marché du travail dans un emploi à la hauteur de leurs
compétences.
Parlons
maintenant de la régionalisation de l'immigration. Pour l'UMQ, elle doit être
un axe central et prioritaire des orientations gouvernementales en matière d'immigration. Dans
un contexte de dynamisme économique, de pénurie de main-d'oeuvre et de
démographie vieillissante, la régionalisation de l'immigration est une question
de développement régional mais aussi de vitalité socioéconomique et même
parfois de survie. Les données récentes en cette matière révèlent une augmentation du nombre de résidentes
et résidents permanents s'installant hors de la région métropolitaine de Montréal, et c'est une excellente nouvelle.
Cependant, les orientations de la planification de l'immigration au
Québec pour la période 2024-2027 ne proposent pas la mise sur pied d'une stratégie
concrète de régionalisation de l'immigration.
L'UMQ
recommande donc d'élaborer, en concertation avec les différents acteurs
concernés, une stratégie nationale de régionalisation de l'immigration
comportant des objectifs et cibles à atteindre en fonction des besoins réels des régions et en tenant compte de la
capacité d'accueil et d'inclusion des communautés d'accueil. Cette stratégie
devra prendre en considération un certain nombre de composantes pour s'adapter
aux réalités vécues en région et enraciner les nouvelles et nouveaux arrivants.
Par exemple, la
détermination de la capacité d'accueil, qui dépend de plusieurs facteurs
indépendants, est variable d'une région à une autre, d'une municipalité à une
autre. Un modèle unique ne saurait répondre à cet enjeu. L'union propose donc
d'impliquer étroitement le milieu municipal dans la documentation et
l'élaboration de critères de capacité d'accueil afin d'identifier les éléments
pertinents à prioriser au regard de leurs réalités, besoins et enjeux spécifiques. Elle propose également d'impliquer
les autres ministères concernés dans la coconstruction de pistes d'action
visant à favoriser l'établissement durable des personnes immigrantes en région
et la mise en oeuvre d'un plan d'action ciblé, adapté et complémentaire
aux besoins spécifiques à chaque région.
Pour l'UMQ, mieux
faire connaître les régions du Québec est une condition gagnante à toute
stratégie de régionalisation. Et c'est
d'ailleurs pour cette raison que nous avons lancé, en juin dernier, notre campagne
Jeter l'ancre au Québec, qui donne la parole à plusieurs personnes
immigrantes installées dans diverses régions du Québec et qui se veut une vitrine de tout ce que le Québec et
ses régions ont à offrir. Dans cette logique, l'union propose de mettre sur pied
un programme pilote d'immigration régionale sous la forme d'une voie d'accès
rapide au PSTQ, par exemple, orienté sur les besoins en main-d'oeuvre dans les
régions, afin de faciliter l'enracinement durable des nouvelles et nouveaux
arrivants.
On le constate, les
gouvernements de proximité sont des partenaires essentiels pour favoriser
l'accueil, l'inclusion mais surtout l'enracinement des personnes immigrantes
dans toutes les régions du Québec. L'existence d'un véritable partenariat entre le milieu municipal et le gouvernement
du Québec est essentielle afin d'agir de manière concertée dans
l'édification des collectivités accueillantes et inclusives. L'un des axes de
ce partenariat réside dans le Programme d'appui aux collectivités, le PAC, dont
les dernières normes courent jusqu'en 2024. L'UMQ est d'avis que ce programme
pourrait bénéficier de certaines améliorations afin d'être en meilleure
adéquation avec les réalités municipales, que ce soit dans les processus ou les
objectifs poursuivis.
Pour cela, l'UMQ
propose les recommandations suivantes : travailler sur un cadre de
référence par taille de municipalité afin de
répondre à leurs priorités et besoins dans des interventions ciblées, en
s'assurant d'une équité dans son application, permettre davantage de
flexibilité dans l'application du programme, notamment pour une meilleure
adaptation locale, et permettre le financement d'actions de première ligne, les
municipalités étant de plus en plus sollicitées à le faire par les organismes
du Programme d'accompagnement et de soutien à l'intégration, le PASI, en raison
de l'augmentation de la clientèle et de ses besoins spécifiques, revoir aussi
la répartition du financement entre le MIFI et les municipalités afin de
permettre à celles-ci de financer des actions non permises dans le cadre du PAC
mais jugées prioritaires sur le terrain.
En terminant, une
stratégie nationale de régionalisation supposera des investissements majeurs
afin de soutenir l'accueil et l'enracinement
des personnes immigrantes en région. Elle devra également permettre de
renforcer la collaboration avec les
divers acteurs régionaux et communautaires spécialisés dans l'accueil des
nouvelles et nouveaux arrivants. À ce sujet, l'UMQ offre son entière
collaboration pour la suite de vos travaux.
Nous
sommes maintenant disponibles pour répondre à vos questions. Je vous remercie
infiniment de votre attention.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci beaucoup pour votre exposé, Mme Dubois.
Document déposé
Alors, juste avant de
procéder aux échanges, je veux dire que, M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
j'ai bien reçu votre document et j'en autorise le dépôt. Alors, il est
disponible aux membres de la commission sur Greffier, dans le dossier Documents
déposés.
Alors,
pour procéder aux échanges, donc, Mme la ministre, la parole est à vous pour
une période 16 min 30 s.
Mme
Fréchette : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, merci, Mme la
mairesse, merci, Mme Martini. Nous avons lu et pris connaissance de votre
mémoire avec grand intérêt. Nous étions contents que vous participiez à cette consultation, d'autant que nous avions fait
récemment une annonce ensemble pour un programme de régionalisation de
l'immigration, vous y avez fait référence, là, Jeter l'ancre. Donc, c'est une
belle suite.
À la page 10 de votre
mémoire, vous mentionnez la nécessité d'impliquer les municipalités dans la
définition de la capacité d'accueil de
chacune des régions puis, on le sait, que cette notion de capacité d'accueil
doit se décliner, justement, sur le plan régional, voire même municipal
parfois, puisque le logement est un enjeu qui compose la capacité d'accueil.
Alors, moi, j'aimerais vous entendre de manière un peu plus détaillée sur le
rôle que vous voyez pour les municipalités et les régions dans l'élaboration
des besoins d'immigration pour les différents milieux, dans le type d'accompagnement qui peut être offert, tout
comme dans l'identification des besoins, et la réponse à ces besoins-là
qui peut être apportée par les acteurs municipaux.
Mme Dubois
(Geneviève) : Peut-être que je laisserais d'abord Anabelle
répondre, et je pourrai peut-être, Anabelle, compléter, là, la réponse
qu'on a préparée.
Mme
Martini (Anabelle) : Oui, bien sûr. Dans le fond, ce qu'on souhaite
par cette recommandation-là, c'est de permettre au milieu municipal de pouvoir
contribuer activement, avec les services du ministère en région, à analyser, en
fait, déjà, à brosser le portrait un petit peu de la situation actuelle. Je
pense que ce qui est nécessaire aussi, et
c'est pour ça qu'on mentionnait l'importance aussi d'impliquer les autres
ministères, c'est d'avoir un portrait précis de... sur certains
indicateurs.
On parlait du
logement, d'avoir les besoins en logement. Parfois, il peut y avoir des
disparités, des discordances entre les besoins qui sont remontés par les
municipalités et d'autres documentations qui sont faites par d'autres
partenaires. Donc, c'est de mettre tout cela en commun pour avoir une vision
plus claire, en fait, des besoins puis de
les arrimer aussi avec les besoins des milieux socioéconomiques qui... Les
entreprises font souvent état de ces besoins-là aux maires, et
mairesses, et aux membres, là, des régions.
Donc, c'est important
que cet arrimage-là soit fait également et que tous ensemble, en fait, ils
puissent déterminer des cibles et des objectifs à atteindre pour s'assurer que
les personnes qui arriveront dans ces milieux-là puissent effectivement avoir
un toit, avoir une place en garderie s'ils arrivent avec des enfants, avoir un
emploi, cela va sans dire. Donc, c'est un ensemble, en fait, d'indicateurs
qu'il faudrait documenter en amont, s'assurer que tout le monde ait la bonne information et la même
information, pour pouvoir établir ensuite des critères, effectivement, en
fonction des besoins de... qui sont spécifiques, là, à chaque région.
Mme
Fréchette : Merci.
Mme Dubois
(Geneviève) : Et je compléterais peut-être, Mme la ministre, si vous
me permettez. Anabelle a parlé de logement,
a parlé de services de garde, mais on sait aussi que l'enjeu de transport est
un enjeu particulièrement pour les
régions. Ce qu'on souhaite, c'est pouvoir accueillir, bien sûr, de
l'immigration, mais pouvoir le faire de façon harmonieuse, que ça
atterrisse bien dans nos milieux, le transport en est un, la santé aussi,
s'assurer que ces gens-là aient accès à des soins de santé de proximité.
Et ce qu'on a
observé, en tout cas, dans les régions, dans ma région, dans les dernières
années, c'est que, comme on est... on a des difficultés à répondre à ces
besoins-là, plusieurs entreprises ont pris le leadership, je vous dirais, à
travers l'accueil de leurs employés, d'acheter des édifices pour loger...
d'acheter des immeubles pour loger leurs travailleurs, acheter aussi des
camionnettes pour que ces travailleurs-là puissent se déplacer entre leur lieu
de résidence et l'entreprise. Mais
maintenant l'immigration en région a changé aussi. De travailleurs... de
travailleurs seuls, on a vu arriver des familles. Donc, les besoins, les
enjeux sont un peu différents pour nous, et on souhaite vouloir... collaborer à
ces... à l'identification de notre capacité d'accueil.
• (10 h 20) •
Mme
Fréchette : Merci. Merci pour ces précisions. Justement, en termes de
capacité à régionaliser l'immigration, bon,
vous savez, là, il y a le gouvernement antérieur qui avait complètement
fermé... je parle des libéraux, avait complètement fermé les bureaux en
région, les bureaux du ministère de l'Immigration. On s'est affairés à les
réouvrir, d'une part, et même à accroître, amplifier le nombre de bureaux qu'il
y a en région. On parle maintenant de neuf
directions régionales et de 77 antennes régionales, c'est
considérable, déployées partout sur le territoire du Québec.
Il y a également des
ententes qui ont été signées avec des organismes qui accompagnent les personnes
immigrantes pour leur intégration, leur insertion, la connexion aussi avec la
société d'accueil, et on a un certain nombre de programmes. J'y faisais
référence pour ce qui est de celui que nous avons signé avec vous. Est-ce que
ces démarches vous semblent aider, contribuer à régionaliser l'immigration? Là,
je fais référence à l'ouverture des bureaux du MIFI en région de même qu'à la
signature, donc, des ententes avec des organismes d'accompagnement et
d'accueil. Est-ce qu'on est plus avancés grâce à ces démarches?
Mme Dubois
(Geneviève) : Bien, moi, je vais me permettre de vous répondre
qu'effectivement le retour du MIFI, entre autres, pour les régions qui avaient
perdu ces bureaux-là ou qui n'en avaient pas, est une grande avancée qu'on
salue, en fait. Puis les liens sont excellents avec les organismes
communautaires, avec les municipalités aussi. Ce
qu'on vit un peu chez nous, c'est qu'avec le pacte, entre autres, il y a
plusieurs sommes qui ont été distribuées à divers organismes. Je pense,
entre autres, aux carrefours jeunesse-emploi. Nous, on a des organismes
communautaires aussi qui ont eu des sous. La MRC s'occupe aussi de tout ce qui
est intégration des immigrants dans la communauté, ce qui fait qu'il y a eu
beaucoup de saupoudrage de sous. C'est plus difficile d'avoir des projets très
structurants. Et là chacun se retrouve à s'occuper de l'immigration ou de la
personne immigrante dans sa mission.
Alors, on a, chez nous, un territoire largement
agricole. Donc, on a beaucoup de travailleurs temporaires étrangers. L'UPA prend en charge ces gens-là. On les voit
très peu intégrés dans la communauté. Ils vivent souvent près de leur lieu de
travail. Ils travaillent beaucoup. Donc, ce n'est pas des clientèles qui
s'intègrent bien. Le carrefour jeunesse-emploi s'occupe du 35 ans et moins. Nous, on s'occupe... Alors, ça fait
beaucoup de gens qui s'occupent des personnes immigrantes, mais on n'a
pas de structure pour accueillir ces gens-là, comme un SANA, par exemple, chez
nous, ce qui fait que c'est un peu... c'est
un peu compliqué de s'assurer que cette clientèle-là ne tombe pas dans les
mailles du filet et que... On n'a pas une vision globale de l'immigration chez
nous, et, pour nous, malgré que les liens soient bons et que les sous
soient au rendez-vous, c'est cette espèce de concertation là et de travail là
qui est plus difficile chez nous.
Je ne sais pas,
Anabelle, si tu souhaitais compléter la réponse.
Mme Martini (Anabelle) : Oui.
Effectivement, les informations que nos membres nous ont remontées, c'est
qu'effectivement les relations avec les directions régionales sont souvent
très, très bonnes, puis leur retour en région a été fortement apprécié.
À
l'union, ce qui, pour nous, est une condition gagnante de la régionalisation,
c'est de s'assurer qu'il y ait une plus forte proportion d'immigration
primaire, donc, que les gens qui arrivent au Québec s'installent directement en
région. On sait que ça peut se faire dans un second temps sous la forme, là,
d'une immigration secondaire, mais ça comporte quand même beaucoup d'enjeux,
là, de déraciner à nouveau des personnes qui venaient, justement, de
s'installer dans un nouveau pays ou encore, bien, c'est ça, de les... de leur
faire quitter des habitudes, notamment une proximité avec une communauté qu'on
peut plus facilement retrouver dans un centre urbain qu'en région. Ça fait en
sorte aussi que le taux, ensuite, d'enracinement de ces personnes-là en région
n'est peut-être pas aussi satisfaisant qu'on le souhaiterait, alors qu'avec une
immigration primaire, bien, et que... et la préparation, et l'anticipation des
milieux par rapport à leur arrivée, avec les services, effectivement, comme l'a
mentionné Mme Dubois, adaptés pour pouvoir les accueillir et les intégrer à la
communauté d'accueil ça nous semble être une voie de... une avenue, en fait,
très importante pour s'assurer que la régionalisation puisse se faire dans de
bonnes conditions.
Mme Fréchette :
Sur ce point-là, j'aimerais vous entendre sur la meilleure façon ou les
meilleures façons, parce que j'imagine qu'il n'y a pas une seule baguette
magique, que l'on pourrait faire connaître la réalité des régions à
l'international. On a, comme vous le savez, là, des équipes qui sont
redéployées à l'international, parce que, là
aussi, le Parti libéral avait plutôt fermé la presque totalité des équipes du
ministère de l'Immigration à l'international. On s'est affairés à les
réouvrir. Maintenant, on veut mettre, comment dire, à profit ces équipes à
l'international pour faire en sorte de bien
faire connaître la diversité, les opportunités qu'il y a en emploi, la qualité
de vie qu'on retrouve en région. De quelle manière est-ce que vous
verriez qu'on puisse atteindre cet objectif-là?
Mme Martini (Anabelle) : Bien, déjà, comme on l'a
mentionné plus tôt dans la présentation, notre campagne Jeter l'ancre au Québec était vraiment orientée dans cette
perspective-là. Ce qu'on voulait, c'était vraiment démontrer aux
personnes qui souhaitaient immigrer au Québec, qui étaient encore à l'étranger,
bien, que toutes les régions du Québec
avaient quelque chose à leur offrir en fonction, effectivement, de leurs
intérêts puis de leurs attraits.
Puis on pense que
c'est de cette façon-là, en fait, qu'on va pouvoir aussi capitaliser sur la
régionalisation, en faisant, en fait, en sorte que les régions aillent
davantage aux personnes en... qui souhaitent immigrer au Québec, alors que, pour l'instant, la relation est plus...
comment dire, la personne immigrante doit faire, entre guillemets, l'effort
d'aller faire les recherches, alors que, là, nous, ce qu'on pense, c'est qu'il
faut que ce soit l'inverse qui se passe pour qu'elle puisse avoir tout de suite
un panorama, en fait, d'opportunités devant elle, peu importe la région en
question, parce que chaque personne a ses propres intérêts, a ses propres choix
à faire, là. Est-ce qu'elle préfère vivre plus dans la nature, dans les centres urbains, par exemple? Puis notre campagne
est vraiment basée là-dessus, pour parler, en fait, des attraits des régions pour différents publics
cibles. Là, nous, on avait ciblé, justement, les jeunes de 35 ans et moins,
les familles et les entrepreneurs pour démontrer que, partout au Québec,
partout, de façon inclusive, dans toutes les régions, même celles qui sont un
peu plus éloignées, auxquelles, peut-être, on pense un peu moins, bien, il y
avait des opportunités à saisir et des possibilités aussi de s'épanouir dans ce
milieu de vie là.
Donc,
c'est... Puis les Journées Québec aussi sont une très bonne rampe de lancement,
là, pour faire, justement, des régions une vitrine du Québec. Là, on
sait qu'il y a déjà beaucoup de choses qui se font, notamment, avec la
présence, là, de la SDED dans le cadre de ces journées-là, qui, souvent, invite
d'autres régions à se joindre, là, mais effectivement on pense aussi que les
Journées Québec pourraient peut-être bénéficier d'un peu plus, là, d'impact
pour faire connaître les régions à l'international. C'est une porte d'entrée
incroyable, là, quand on sait le nombre de personnes qui se rendent dans ces
journées-là puis le nombre de CV déposés. Donc, ça pourrait aussi être quelque
chose à soulever.
Mme
Fréchette : Merci. Merci beaucoup. J'enchaînerais maintenant sur la
connaissance du français, comme vous savez qu'en fait on a fait de la langue
française un des axes principaux pour la réforme de notre immigration
économique. J'entends souvent que, lorsque les gens immigrent en région, bien,
ça facilite et ça accélère le processus d'apprentissage
du français. On a aussi Francisation
Québec qui est instauré... en fait,
qui est en voie de développement à grande
vitesse, depuis le 1er juin dernier, pour faciliter l'accès aux cours de
français. Alors, je me demandais comment vous voyez cette importance qui a été donnée à cette connaissance du
fait français. Est-ce que vous constatez également que le fait d'immigrer en région contribue à
l'accélération de l'apprentissage du français? Est-ce que c'est quelque chose que
vous vérifiez sur le terrain?
Mme Martini (Anabelle) : Oui. En effet, c'est un
élément que beaucoup de nos membres nous font remonter, là, que le fait d'immigrer en région accélère
l'apprentissage du français de façon significative. Là, on n'a pas, évidemment,
de donnée nécessairement pour... concrète,
là, pour appuyer, mais c'est, effectivement, une impression qui est partagée
par de nombreux maires et mairesses. Effectivement, c'est important aussi pour
l'union que la francisation fasse partie, en fait, d'un éventail, aussi, de
services qu'on offre aux personnes qui souhaitent immigrer au Québec, de leur
offrir la chance de parler français, notamment depuis l'étranger. Ça rejoint
aussi les actions que nous souhaitons faire à l'union, là, de mieux... de mieux
faire connaître les régions puis tout ce que le Québec a à offrir. Bien, le
français fait partie de ces richesses-là. Donc, nécessairement, de pouvoir
l'offrir à des personnes qui ne sont pas encore là mais qui souhaitent venir,
c'est aussi une condition gagnante, d'autant que ça... d'autant plus si elles
s'installent par la suite en région. Elles vont pouvoir poursuivre leur
apprentissage.
Mme Fréchette : Merci. Je vous
amènerais maintenant à la page 11 de votre mémoire. Vous y mentionnez que le Programme
d'appui aux collectivités, donc, le PAC, c'est un axe essentiel, mais qui
pourrait être amélioré. Donc,
vous proposez que le programme soit plus flexible dans son application. Alors,
quel aspect du programme est-ce que
vous verriez qui pourrait bénéficier d'une plus grande flexibilité, selon vous?
Puis quels seraient les besoins spécifiques auxquels cette plus grande
flexibilité répondrait?
• (10 h 30) •
Mme Martini (Anabelle) : Dans le
fond, ce que nos membres nous font remonter souvent comme retour sur le PAC,
c'est effectivement, notamment, au niveau de l'élaboration des plans d'action,
de certaines actions qui sont pertinentes sur le terrain mais qui ne
correspondent pas nécessairement à des objectifs du... bien, correspondent aux
objectifs du PAC, mais, par exemple, qui touchent peut-être davantage à
d'autres... à d'autres actions que d'autres ministères pourraient... pourraient
avoir à mettre en oeuvre, par exemple, des cours de piscine dans les piscines
municipales pour les personnes immigrantes, là. On sait à quel point le sport
peut être un vecteur d'intégration important dans les communautés, mais ce
n'est pas toujours possible de pouvoir l'intégrer dans les plans d'action parce
que ça ne répond pas nécessairement aux missions, aux objectifs que le PAC
s'est donnés. C'est davantage, en fait, de se mettre en adéquation avec les
besoins des milieux puis, également, dans le fond...
(Interruption)
Mme
Martini (Anabelle) : Je suis
désolée. Il y a comme une alarme qui vient de se mettre en... Je vais laisser peut-être la ministre continuer parce que je ne
suis plus capable de vous suivre. Je m'excuse. Je suis vraiment désolée.
Mme Fréchette : On va revenir à vous
ultérieurement. Vous nous faites signe quand l'alarme est terminée.
Alors, bien, Mme la mairesse, là, vous indiquez
que la révision du financement du MIFI permettrait aux municipalités de financer des actions non permises dans le cadre du PAC,
le programme d'accueil des communautés... d'accompagnement, mais jugées prioritaires sur le terrain. Donc,
pourriez-vous détailler, en fait, le type d'activités que vous
aimeriez voir être couvertes par ces ententes et expliquer pourquoi elles sont
prioritaires?
Mme Dubois (Geneviève) : Bien, en
fait, peut-être... Je ne sais pas si Anabelle est de retour, mais je pourrais
peut-être donner quelques exemples. Entre autres, chez nous, on sait que, les
familles qui arrivent, les jeunes s'inscrivent
à l'école, apprennent le français, mais, quand arrive la période estivale, ces
jeunes-là ont quand même besoin de
soutien, et souvent les familles n'ont pas nécessairement les revenus pour
pouvoir les inscrire, par exemple, aux camps de jour ou dans certaines
activités.
Donc, c'est sûr que la ville offre des gratuités
à ces enfants-là, à ces familles-là, pour s'assurer que les acquis que les
enfants ont faits pendant l'année scolaire ne sont pas perdus. Et ce n'est pas
toujours des actions qui sont déjà soit
prévues au plan d'action qu'on a mis en oeuvre, parce que ce plan d'action là,
déjà, date, ou qui ne sont... soient pas permises non plus au
remboursement. Donc, c'est sûr qu'il faut une bonification. Il faut aussi
donner une certaine agilité pour pouvoir se conformer à notre nouvelle réalité.
Mme
Fréchette : Alors, Mme Martini, est-ce que c'est correct pour
vous, maintenant, de compléter votre réponse, ou si vous aviez terminé,
ou...
Mme Martini (Anabelle) : On doit
évacuer le bâtiment pour des raisons de sécurité, donc je vais devoir me
déconnecter. Je suis vraiment confuse et désolée.
Mme Fréchette : Bon, mauvais timing.
Mme
Martini (Anabelle) : Oui, c'est ça. La sonnerie ne fait que... ne fait
que sonner, là. Ça fait que je m'excuse vraiment, là. Je n'ai d'autre
choix que de devoir quitter pour des raisons de sécurité.
Mme
Fréchette : ...vous devez quitter. Alors, je vous remercie
toutes les deux, Mme la mairesse, Mme Martini.
La
Présidente (Mme Caron) : Oui. Merci. On va passer maintenant à la période
d'échange avec l'opposition officielle. Donc, je cède la parole au
porte-parole de l'opposition officielle pour 9 min 54 s.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour. Merci pour votre mémoire. Excellentes propositions. Je
vais aller directement parce que je n'ai pas beaucoup de temps. Pourquoi vous
proposez aujourd'hui une stratégie de régionalisation de l'immigration?
Mme Dubois (Geneviève) : En fait, je
vais tenter de répondre du mieux que je peux, hein, étant donné que la partie
plus technique qui représente bien l'union n'est plus là, Mme Martini. Mais ce
qu'on souhaite, c'est vraiment de... Ça fait
longtemps qu'on parle de régionalisation de l'immigration. On en a parlé
tantôt, il y a souvent différentes actions qui sont menées par différents
ministères. Quand on parle d'une stratégie nationale, c'est qu'on souhaite que
tous les ministères qui sont touchés par l'immigration, et là on parle du
ministère du Travail, de l'Habitation, la Santé,
le Transport, on en a parlé tantôt, que tous ces gens-là s'assoient ensemble pour
permettre un meilleur atterrissage de ces gens-là chez nous et que les
municipalités fassent partie aussi de la discussion, et de la réflexion, et de
l'élaboration des objectifs, des cibles, et tout ça. Donc, c'est dans ce
sens-là qu'on parle d'une stratégie de régionalisation.
M.
Derraji : Je vous comprends. Tout à l'heure, vous avez parlé des
bureaux. Si je fais l'avocat de la partie gouvernementale,
ils vont vous dire : Bien, on a ouvert des bureaux que les libéraux, ils
ont fermés. C'est ce qu'on dit depuis six ans, maintenant, que la CAQ est au
pouvoir. Pensez-vous que ces bureaux remplissent vraiment la tâche?
Mme Dubois
(Geneviève) : Bien, je pense que ces bureaux-là sont très utiles pour
avoir une connaissance de l'immigration dans chacune de nos régions. Donc,
vraiment, c'est très utile, mais ça ne peut pas uniquement reposer sur le
ministère de l'Immigration. L'intégration et l'enracinement, surtout, de ces
gens-là, c'est une affaire collective et c'est vraiment ce qu'on revendique, à l'UMQ,
là.
M. Derraji : ...la
stratégie de régionalisation menée par la CAQ, depuis 2018, a donné des
résultats, selon vous? Dans votre propre région, donnez-nous un cas, un cas
concret.
Mme Dubois (Geneviève) : Je pourrais... Je n'ai
pas... Malheureusement, je n'ai pas de chiffre à vous donner de combien de
personnes qui sont émigrées chez nous. Comme je vous dis, on a un territoire
extrêmement agricole. On a beaucoup de travailleurs temporaires
étrangers. Mais je n'ai pas de chiffre. Je ne peux pas vous dire si la
stratégie a bien fonctionné ou pas, là, malheureusement. Puis, comme je vous
dis, Anabelle aurait peut-être eu une réponse. Malheureusement, elle a choisi
de sauver sa vie.
M. Derraji : Non,
bien, elle a raison. Dans certains cas, il faut choisir de sauver la vie, vous
avez raison. Parlons de la capacité d'accueil. Vous avez parlé beaucoup,
beaucoup de la capacité d'accueil. Vous avez lu le document que le gouvernement
nous a envoyé, a mis à notre disposition. Est-ce que vous avez trouvé une
réponse à la capacité d'accueil réelle ou
est-ce qu'aujourd'hui vous dites qu'on aurait dû travailler sur la capacité
d'accueil pour la chiffrer, savoir de quoi on parle?
Mme Dubois
(Geneviève) : Bien, moi, je pense qu'il faut travailler ça ensemble.
Oui, il faudra chiffrer, mais il faudra que les municipalités participent à cet
exercice-là. On ne peut pas avoir... Et ça, c'est... On parle... On en parle
pour l'immigration, mais on pourrait en parler pour plusieurs sujets. On ne
peut pas descendre un processus mur à mur ou une formule mur à mur pour chacune
des régions. Chacune a des réalités très différentes, et, à travers ces
régions-là, les municipalités ont des particularités aussi très différentes. Et
c'est un peu ce qu'on souhaite aujourd'hui, c'est d'être partie prenante de
cette stratégie-là pour la suite des choses, évidemment.
M. Derraji : Je
vais poser une question très directe, parce que c'est des consultations où on
essaie, quand même, d'avoir des réponses pour les Québécois. Vous avez entendu
le premier ministre à plusieurs reprises parler de la capacité d'accueil. Vous
avez même entendu la déclaration de l'ancien ministre de l'Immigration sur
l'intégration que... sur l'intégration. On parle aussi des mots forts, des propos
que, parfois, les gens pensent que c'est des propos qui n'ont pas sa place sur
le... je dirais, qui n'ont pas leur place sur l'espace public. Pensez-vous que
les propos tenus par le premier ministre ou n'importe quel ministre
désencouragent les gens à penser sortir de Montréal?
Mme Dubois (Geneviève) : En fait, l'UMQ, par
rapport aux seuils ou au nombre d'immigrants qu'on pourrait
accompagner... L'UMQ a toujours choisi de ne pas se prononcer sur un chiffre ou
un nombre. Ce qu'on dit, c'est que, nous,
notre compétence et notre expertise, c'est vraiment de s'assurer qu'on fait
bien atterrir ces gens-là chez nous, et c'est vraiment dans ce... cet
enjeu-là qu'on veut... qu'on veut travailler, là.
M. Derraji : Aujourd'hui,
vous, peu importe le scénario 1, 50 000 ou 60 000, vous n'avez
pas de position.
Mme Dubois
(Geneviève) : Non, on n'a... on ne se prononcera pas.
M. Derraji : OK.
Mme Dubois (Geneviève) : Ce qu'on souhaite, c'est
que, ceux qui seront dédiés à nos régions, parce qu'on en souhaite, on en veut,
de l'immigration, bien, on soit capables de les accueillir. Et il est là, nous,
notre... notre réel enjeu.
M. Derraji : Excellent.
Vous avez aussi mentionné les travailleurs temporaires étrangers. J'étais dans
des fermes que j'ai visitées l'été. Ce scénario est quasiment absent de la
consultation actuelle. Est-ce que, sur cet enjeu, vous allez vous prononcer ou
pas?
Mme Dubois
(Geneviève) : On n'a pas nécessairement...
M. Derraji : Vous
êtes dans une région agricole. Donc, vous les côtoyez. C'est des gens qui
existent. Ils utilisent les logements, les
services publics et l'ensemble des services, vous l'avez mentionné, transport,
santé, logement.Vous avez même dit que... des entrepreneurs qui
achètent des roulottes ou des maisons pour les adapter. Ce scénario est absent
de la consultation actuelle. Pensez-vous qu'on aurait dû l'inclure?
Mme Dubois (Geneviève) : C'est vrai
qu'on n'a pas... on n'a pas beaucoup parlé de ça, mais c'est vraiment une réalité, vous avez raison. Par contre, ces
travailleurs temporaires étrangers là, chez nous, sont quand même un peu
exclus de ce qui se passe. Je vous dis, ils sont... ils
sont logés... ils sont logés par, souvent, l'employeur. Ils sont déplacés par l'employeur. Ils vivent souvent sur
leur lieu de travail. Donc, on a peu de contacts avec ces travailleurs-là.
Honnêtement, je pense que c'est une richesse à laquelle on n'a pas accès si...
tu sais, puis que... Puis c'est l'UPA qui s'en occupe. Et donc c'est vraiment une chasse gardée, là, de l'union
des productions... des producteurs agricoles. Mais effectivement, là, on
en a peu parlé dans le mémoire.
M. Derraji : Je
parle plutôt de la consultation. Est-ce qu'aujourd'hui, vu le contexte de votre
région, qui ressemble à plusieurs régions, je vous ai parlé de mes rencontres
avec... avec des fermes... qu'aujourd'hui, pour les trois prochaines années, on annonce une consultation... qu'on aurait dû
prendre le temps de bien analyser l'apport des travailleurs temporaires
étrangers au Québec?
Mme Dubois
(Geneviève) : Bien, je pense que les dernières informations qui sont
sorties sur les conditions de travail, entre
autres, puis les conditions que ces gens-là vivent... Effectivement, je pense
qu'on pourrait se prononcer. On pourrait prendre le temps de réfléchir à
l'apport de ces... de cette catégorie de travailleurs là, effectivement.
• (10 h 40) •
M. Derraji : Mais
on s'entend que cette catégorie n'est pas présente dans les scénarios que vous
avez devant nous... devant vous, que le ministère de l'Immigration vous
présente. Il n'y a pas ce portrait.
Mme Dubois
(Geneviève) : Est-ce que... Je pense qu'Anabelle est seulement au
téléphone. Je ne sais pas si, Anabelle, on avait poussé un petit peu plus loin
par rapport aux travailleurs temporaires étrangers.
Mme Martini
(Anabelle) : Oui. Excusez-moi, je suis en ligne depuis depuis mon...
depuis mon téléphone, donc je m'excuse si le son est... on est... est un peu
difficile de mon côté.
Pour les travailleurs
étrangers temporaires, effectivement, nous n'en faisons pas nécessairement
mention dans notre mémoire pour... pour le moment, oui.
M. Derraji : Ce
n'est pas ça, ma question. Ma question est la suivante. Votre réalité est une
réalité où il y a pas mal de travailleurs temporaires étrangers. Vous êtes dans
une région agricole. Le scénario que vous avez devant vous, d'ailleurs, vous refusez de se prononcer sur 50 000 ou
60 000. C'est correct. Je le comprends. Mais est-ce que vous pensez
qu'on aurait dû, au gouvernement, prendre le temps nécessaire de prendre en
considération le portrait des travailleurs temporaires étrangers, au Québec,
qui sont parmi nous?
Vous avez vous-même
mentionné qu'il y a une pression sur les logements. J'ai entendu la sortie de
l'UMQ la semaine dernière. Vous avez des
enjeux de l'itinérance. Vous avez des enjeux de logement, des changements
climatiques. Vous demandez une révision du pacte fiscal. Et là, maintenant, il
y a aussi des travailleurs temporaires étrangers que vous vous ramassez à gérer aussi. Donc, c'est ça, ma
question : Est-ce que vous auriez dû le voir, vous souhaiteriez le voir?
Mme Martini
(Anabelle) : Bien, nous, c'est sûr qu'on ne regarde pas
nécessairement... une municipalité ne regarde pas nécessairement le permis de
travail ou la... si la personne qui est présente au Québec, immigrante, a une
résidence permanente, est là en tant que travailleur étranger temporaire ou
avec un autre permis de travail fédéral de type PVT ou de jeune professionnel.
Donc, toutes les personnes immigrantes doivent être prises en compte dans
l'élaboration de stratégies qui visent à leur accueil, à leur enracinement au
Québec.
M. Derraji : OK.
Parlons de la capacité d'accueil encore une fois. Mme la mairesse, dans votre
région, avez-vous des enjeux de logement?
Mme Dubois
(Geneviève) : Absolument, absolument.
M. Derraji : ...le
nombre de logements qu'il manque.
Mme Dubois
(Geneviève) : Nous, on n'a pas... on n'a pas évalué le nombre de
logements qu'il manque, mais on n'a aucun
logement ou pratiquement pas de logements disponibles actuellement. On
travaille avec des promoteurs. On tente aussi de... Nous, un de nos
enjeux, comme bien d'autres municipalités, c'est le logement abordable. Donc, on travaille, on travaille activement avec des
promoteurs à développer, et ça se passe relativement bien, mais malheureusement il y a quand même des délais.
Mais, comme je vous dis, chez nous, en ce qui concerne l'immigration...
M. Derraji : Je
vais juste revenir sur la régionalisation, parce que vous demandez...
La Présidente (Mme
Caron) : C'est terminé. C'est terminé.
M. Derraji :
C'est terminé. OK. C'est bon.
La Présidente (Mme Caron) : C'est
terminé. Alors, merci. Et je cède maintenant la parole au deuxième groupe
d'opposition pour 3 min 18 s.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci pour votre présentation. J'ai lu
le mémoire avec grand plaisir. Je vais me permettre d'abord de souligner, moi
aussi, là, comme vous, j'étais très heureux du réajustement nécessaire dans le
PEQ — Étudiants...
dans le PEQ — Diplômés,
ce qui va favoriser un meilleur établissement de nos étudiants internationaux. Cela dit, ça a été annoncé en
avril. Mme la ministre, on est en septembre. Il y a des centaines d'étudiants
qui attendent. Alors, je vous lance la question par la bande : Quand,
quand entreront en vigueur les réformes promises pour nos diplômés? Ils
l'attendent. J'ai des dizaines, voire des centaines de contacts. Les gens me
demandent quand. Alors, si vous pouviez répondre à ça, ça nous... serait très
apprécié.
Je
reviens sur, dans votre mémoire, l'absence d'une stratégie nationale, de mesure
structurante sur la régionalisation et votre recommandation 8... 6,
pardon, d'un programme spécifique dédié à la régionalisation. Nous avons mis au
jeu dernièrement le PEQ — Régions...
le PEQ — Régionalisation,
qui, quand je le lisais, s'axe ou s'oriente directement dans ce que vous
demandez, essentiellement, un programme spécifique dédié aux régions. On parle
d'un programme accéléré de qualification
pour l'obtien du certificat de sélection, 12 mois de travail au lieu de 24,
donc, on garde 24 pour Montréal, on laisse 12 mois pour les régions
hors de Montréal. Nos francophones, évidemment, on retire les frais de traitement, donc, une économie qui peut aller
jusqu'à 1 500 $ par famille, et on les traite de manière expéditive pour
leur donner le CSQ rapidement, pour que vos travailleurs étrangers
puissent rester puis puissent continuer rapidement de s'intégrer dans votre
communauté.
Est-ce
que c'est ce genre de mesure là structurante que vous aviez en tête dans la
rédaction de vos recommandations?
Mme Martini
(Anabelle) : Oui, effectivement. Nous, comme je l'ai mentionné tout à
l'heure, à l'UMQ, ce qu'on... ce qu'on
pense, c'est que la migration en région doit se faire de façon primaire. Et,
pour cela, effectivement, de permettre, directement dans les programmes
d'immigration, d'être en adéquation avec les besoins et les réalités des
régions, ça nous paraît être, effectivement, un angle très intéressant pour
mettre en oeuvre de façon concrète une stratégie de régionalisation. On a vu,
dans d'autres provinces au Canada, que ça a parfois été fait et ça a été fait
toujours avec succès, en concertation avec les milieux, avec certaines municipalités
et régions. Donc, c'est un peu dans cette
idée-là qu'on souhaitait proposer ce programme pilote, pour que ce soit testé
d'abord dans certaines régions avant d'être établi de façon plus pérenne
à la grandeur du Québec.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Votre première recommandation porte
sur la réduction des délais. Le Devoir nous apprenait qu'on va parler de 10 à
25 ans de délai de traitement dans certaines catégories d'immigration.
Est-ce que vous jugez que c'est humain et raisonnable d'attendre 10 à
25 ans pour la résidence permanente?
Mme Martini
(Anabelle) : Non. Ce sont des délais qui sont effectivement très
longs. Mais des données que nous avions obtenues dans les derniers mois nous
laissent à penser qu'effectivement il y a eu des avancées dans le «backlog» qui
était dû à la pandémie puis qu'il y a eu quand même des avancées, au niveau de
certains délais, qui ont été faites,
notamment au niveau de la résidence permanente, dans le programme peut-être un
peu plus général, là. Donc...
La Présidente (Mme
Caron) : En conclusion, s'il vous plaît.
Mme Martini (Anabelle) : Donc, c'est ça, il y a
peut-être encore des efforts à faire. C'est pour cela que notre
recommandation est de poursuivre les efforts.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci. C'est terminé. Alors, maintenant, je vais céder la
parole au député de Matane-Matapédia pour 3 min 18 s.
M. Bérubé : Merci,
Mme la Présidente. Merci pour votre présentation. Votre réalité ressemble
beaucoup à celle que je vis dans ma circonscription. Vous avez répondu à un
collègue, tout à l'heure, qui vous posait la question de la capacité d'accueil,
d'hébergement. Alors, si vous n'avez pas d'appartement de disponible, comment
on fait de l'immigration chez vous? Est-ce que ça vient de se terminer là?
Mme Dubois
(Geneviève) : En fait, bien sûr que non. On est en train de développer
un parc immobilier chez nous, là. Il y a de la construction qui se fait. Mais,
comme je vous dis, il faut prendre en compte plusieurs éléments, dont le logement,
dont le transport aussi. Vous le savez, M. Bérubé, dans votre région, le
transport collectif est... il doit ressembler au nôtre, hein? Ce n'est pas...
Ça ne passe pas aux cinq minutes. Donc, on a des enjeux aussi de déplacement.
Et c'est pour ça qu'on se dit qu'il faut bien évaluer ça et il faut y aller à
géométrie variable en fonction de nos... de
nos réalités propres. Mais effectivement, là, ça pose plusieurs défis, même si
les besoins en main-d'oeuvre sont grands chez nous aussi, là.
M. Bérubé : On
en revient à la capacité d'accueil. Elle peut se définir. Par exemple,
lorsqu'on a eu le débat sur le chemin
Roxham, c'est les groupes communautaires de Montréal qui nous disaient, à nous,
en tout cas : Dites-le, qu'on est pleins, qu'on n'a plus de
ressources. Et je pense que c'était la façon correcte de dire : Si on veut
accueillir correctement les gens, il faut avoir les structures pour les
accueillir.
Vous avez fait des
recommandations. Celle qui est la numéro 4, vous
dites : «Impliquer étroitement le milieu municipal
dans la documentation et l'élaboration de critères de capacité d'accueil.»
Quels pourraient être ces critères? J'imagine que vous avez réfléchi à
un certain nombre, mais vous ne les avez pas détaillés.
Mme Dubois
(Geneviève) : Est-ce que je te laisse aller, Anabelle?
Mme Martini (Anabelle) : Oui, bien
sûr. Dans le fond, les critères dont on parle, c'est relié aussi à notre
recommandation subséquente, là, sur le fait de pouvoir avoir autour de la table
tous les ministères concernés par l'immigration, en fait, parce que c'est
une... c'est un enjeu qui est transversal, là. On a besoin d'habitations. On a besoin de transport. On a besoin de services de
garde. On a besoin de toute une panoplie de services. Et des organismes
communautaires aussi, comme vous mentionniez, c'est très important dans
l'accueil et l'intégration des nouveaux arrivants au Québec.
Donc, dans le fond, c'est que chaque milieu
puisse, en fonction des données, d'un portrait qui serait dressé par toutes les
parties prenantes sur un certain nombre de critères, dont ceux que j'ai
mentionnés... puissent travailler ensemble à établir, effectivement, des
indicateurs ou, en tout cas, un tableau de bord de la capacité d'accueil de
chaque milieu pour s'assurer que, vraiment, les personnes arrivent, bien, elles
aient un logement, elles aient accès à une
école, elles aient accès à un service de garde et à un emploi également. Donc,
c'est une question d'arrimage, en fait, entre différents... différents
enjeux, différents dossiers qui, à la fin, en fait, vont tous bénéficier à la
même personne, c'est-à-dire la personne immigrante.
M. Bérubé : D'accord. Si j'étais sur
un autre projet de loi qui siège présentement, on parlerait beaucoup de données probantes. Si on était capables d'avoir de
véritables chiffres par région, capacité pour les écoles, pour le réseau
communautaire, pour la francisation, évidemment, un emploi, sur la capacité à
se former un réseau social — c'est
moins quantifiable, mais c'est important — le
financement des groupes qui viennent en aide, il me semble qu'on aurait
une grille...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion.
M.
Bérubé : En
conclusion?
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion, six secondes.
M. Bérubé : En conclusion, je trouve
que notre proposition est... va dans le sens de la vôtre et je la trouve
pertinente pour les gens de la commission.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, merci beaucoup pour votre présentation.
Nous allons
maintenant suspendre la séance pour cinq minutes avant de revenir avec le
prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 50
)
(Reprise à 10 h 55)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
bonjour tout le monde. On va reprendre la séance. Et je souhaite la bienvenue à
M. Stephane Tajick. Et je vous laisse vous présenter. Vous avez 10 minutes
pour faire votre exposé.
Stephane Tajick Consulting (STC)
M. Tajick (Stephane) : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à tous, Mme la ministre, très chers députés. Mon nom est
Stephane Tajick. Je suis le président de la compagnie STC. J'oeuvre
principalement en tant que conseiller auprès de gouvernements à travers le
monde dans le domaine du développement économique et je me spécialise dans la conception de programmes d'immigration
d'affaires, ce qui m'a amené à assister dans la rédaction de lois, règlements, codes de procédure et produire énormément de
rapports tels que des rapports d'impact économique, des rapports
d'analyse compétitive. J'ai aussi fait plusieurs rapports sur la question de la
rétention des immigrants investisseurs au Québec.
J'ai vu que la nouvelle refonte du programme
Immigrants investisseurs s'appuyait énormément sur le fait qu'il y a un
problème de rétention des immigrants investisseurs au Québec. La réalité sur ce
sujet... Il serait erroné de baser la refonte du programme sur cela. La raison
est très simple : ça fait plus d'une décennie que le programme a des
délais de procédure qui varient entre sept à 10 ans. Alors, je pense que
vous pouvez imaginer que n'importe quel programme d'immigration qui prend sept
à 10 ans de procédure aurait un taux de présence assez bas. Le principal problème du programme Immigrants investisseurs est
le problème des délais de traitement. C'est celui qu'on doit d'abord
régler avant tout.
Et malheureusement, dans cette logique, ça... La
suite a mené à avoir... à augmenter le niveau de français requis. Ça veut dire
imposer un niveau de français qui n'était pas à la base, qui est de
niveau 7 et qui se trouve être un des plus hauts pour toutes les
catégories d'immigration. Il manque encore de clarté pour voir si ça va être à
l'admission... à la sélection pour la résidence temporaire ou à l'admission pour
la résidence permanente où le niveau 7 va être imposé. Mais je pense que
je ne suis pas le seul qui va vous la... qui va vous... qui vous l'a... qui va
vous le dire. La demande n'existe pas pour un programme immigrants
investisseurs pour des francophones.
La
réalité, c'est que, si vous êtes francophone, vous avez un certain calibre
professionnel et certains moyens financiers, tant au Québec qu'au Canada, les
portes sont grandes ouvertes pour vous. Si on regarde les 20 dernières années, les gens qui ont appliqué tant aux
programmes Immigrants investisseurs au fédéral qu'au Québec ne connaissaient
soit pas le français soit pas l'anglais. Et, quand ils connaissaient l'anglais,
ils connaissaient très peu l'anglais. Le programme Immigrants investisseurs,
encore une fois, tant au fédéral qu'au Québec, était surtout axé sur les gens
qui ne parlaient ni aucune des deux langues officielles convenablement pour
appliquer sur d'autres programmes.
À
mon estimé, le programme en tant que tel, s'il venait à sortir, on le
retrouverait peut-être avec cinq appliquants, cinq à 10 appliquants par
an au maximum. Mais, en réalité, on risque d'en retrouver avec des zéros, parce
que, pour que les intermédiaires financiers ouvrent les lumières, ça leur coûte
plusieurs centaines de milliers de dollars. Alors, je serais très surpris qu'à
la fin d'un an il y ait une quelconque application pour le programme en tant
que tel.
De plus, juste pour
préciser que le volet Compétences intermédiaires et manuelles, c'est un
niveau 5 de français. Le nouveau volet
d'exception, le Talent d'exception, ne nécessite aucun niveau de français. Il y
a une certaine logique pour les travailleurs qualifiés qui voudraient
venir travailler au Québec de savoir parler le français, pour un entrepreneur qui va entreprendre au Québec de
parler le français, mais, pour un investisseur, quand sa qualité d'investisseur
est tout simplement de faire un transfert de
fonds au moment de son application, il n'y a aucune nécessité de français...
de parler le français pour sa qualité d'investisseur.
• (11 heures) •
Alors, cette demande
est principalement basée sur le fait qu'on voudrait qu'ils s'intègrent mieux au
Québec. On prend... Encore une fois, on se base sur les données de rétention ou
de présence, plus précisément, qui sont malheureusement faussées par les
importants délais de traitement dont le programme souffre depuis près d'une décennie, voire plus d'une décennie, pour être
exact. Je vous invite d'ailleurs à me poser plus de questions à ce sujet après,
durant la séance questions-réponses.
Je
vous donne un exemple du programme français pour investisseurs. Le programme
français pour immigrants investisseurs, sous le volet passeport talent,
ne nécessite aucune... aucun niveau de français à la demande de la résidence
temporaire et nécessite un équivalent de niveau 3 pour la résidence
permanente. Si vous pensez que c'est peut-être
en raison... pour faciliter les voisins européens, ce n'est pas le cas. Les
gens de la zone économique européenne
n'ont pas besoin d'appliquer pour la... pour l'immigration. C'est
principalement... Et c'est uniquement les pays tiers qui peuvent appliquer pour
le programme Immigrants investisseurs français.
Alors,
moi, ma suggestion, ce serait, au lieu d'imposer des restrictions si hautes qui
vont faire que le programme, il va tout simplement fermer dans six à un an...
c'est de franciser, faciliter la francisation avec un programme d'accompagnement qui viendrait prendre place dès
leur arrivée au Québec, un programme qui va faciliter l'apprentissage du
français ainsi qu'agrémenter leur arrivée avec un service de conciergerie,
favoriser et accroître leur investissement
sur le territoire québécois, parce que le potentiel est énorme, leur facilité à
favoriser le commerce, l'exportation, etc., est encore inutilisée et
peut représenter un potentiel important pour le Québec, et, très important,
produire des réelles données sur leur présence, et leur impact, et leur
intégration à la société québécoise.
Ce qui est magnifique
là-dedans, c'est que ce genre de programme d'accompagnement, qui est, selon
moi, un peu l'avenir dans l'immigration, n'ait pas besoin de... peut être payé
par l'immigrant investisseur, financé par... (panne
de son) ...et accompli par les intermédiaires financiers. Donnez-moi un petit
instant. Ainsi, la responsabilité pourrait tomber sur les intermédiaires
financiers afin qu'ils améliorent... qu'ils aient un incitatif à améliorer la
présence, l'impact des immigrants
investisseurs et leur francisation au Québec, ce qui pourrait mener, par le
gouvernement, d'augmenter les quotas
d'admission ou les réduire par rapport aux résultats prouvés du programme
d'accompagnement.
Et,
en dernier, je voudrais parler d'un programme... un problème très important qui
s'est envenimé avec le COVID. On parle du problème de succession
entrepreneuriale, que... dans lequel souffre le Canada. Je pense que vous êtes
tous très au courant du problème démographique que l'on connaît avec la
génération baby-boomers, le vieillissement de la population, etc. Bien qu'on amène
toujours de la main-d'oeuvre immigrante pour remplacer les travailleurs
baby-boomers, on ne le fait quasiment pas pour les gens d'affaires. On parle de
dizaines de milliers d'entreprises au Québec qui vont être touchées, des hommes
d'affaires québécois et québécoises qui atteignent un certain âge et qui n'ont
pas d'acheteur pour leurs entreprises parce que la démographie ne le permet
tout simplement pas. Les rapports canadiens estiment à des centaines de
milliards, dans les 10 prochaines années, d'argent qui vont disparaître
des poches de ces individus parce que la demande n'est pas là. Souvent, ça
amène à des fermetures d'entreprise, des problèmes financiers, etc., ou tout
simplement des ventes à bas prix.
Ce
problème est envenimé dans les régions où il manque d'immigration, et ça, c'est
un des gros problèmes qui peut être uniquement résolu par l'immigration,
malheureusement, parce que la demande n'existe tout simplement pas. Et ceci ne nécessite pas seulement un programme d'immigration
mais différents paliers de gouvernement qui se mettent ensemble...
La Présidente (Mme
Caron) : En conclusion, s'il vous plaît.
M. Tajick (Stephane) : ...oui, et qui
viendraient créer un réel... un réel programme pour résoudre ce problème.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, nous allons procéder à la période d'échange. Mme la ministre, vous
avez 16 min 30 s.
Mme
Fréchette : Merci, Mme la Présidente. Alors, merci, M. Tajick,
pour votre présentation, pour prendre part également à cette consultation. Je
vois que vous avez un profil assez niché au niveau de vos interventions dans le
mémoire, alors je vais vous questionner surtout... bien, en fait, sur le volet,
donc, des gens d'affaires.
Mais, à la base, j'aimerais souligner
que, bien, en fait, notre gouvernement, c'est un gouvernement économique
qui croit en la nécessité de faire des
affaires en français et en la possibilité d'avoir du succès quand on fait des
affaires en français. Et la connaissance du français est vraiment le fer
de lance de toute notre réforme que l'on a déposée au printemps dernier en
matière d'immigration économique et c'est central à l'ensemble de notre
démarche. Pourquoi cette orientation vers le fait français? Bien, c'est parce
que le français est une des clés, est un des ingrédients qui est requis pour un
projet d'immigration réussi et complet. C'est ce qui permet de bien s'intégrer
dans la communauté d'accueil qu'est le Québec.
Alors, le programme
des investisseurs, quand on regarde qui y participait, à ce programme des
investisseurs, on voyait qu'il y avait très, très peu de personnes qui
maîtrisaient le français qui avaient utilisé le programme des investisseurs.
Alors, il était important de complètement réformer le programme des
investisseurs pour faire en sorte que la maîtrise du français soit une des
conditions d'accès à ce programme.
J'entends, en fait,
qu'à la page 11, dans votre mémoire, là, vous affirmez qu'il n'est pas
souhaitable d'exiger que les immigrants investisseurs soient francophones.
Est-ce que vous ne pensez pas que vos recommandations en lien avec le fait français risqueraient
d'affaiblir le français au Québec, dans la métropole, en particulier, mais au
Québec dans son ensemble?
M. Tajick
(Stephane) : La raison que... précisément, qu'il est important de ne
pas mettre un critère trop élevé de
français, premièrement, c'est parce que la demande n'existe pas pour ce genre
de programme, surtout au coût dans lequel ils sont.
Après,
pour ce qui est l'affaiblissement du français, moi, ça fait près de... plus de
10 ans, en fait, je recommande un programme d'accompagnement qui
viendrait favoriser la francisation de ces individus. Alors, un peu comme le
programme de la France, si on met des critères à l'entrée très élevés, on n'a
tout simplement pas de programme. Mais, si
on leur permet, de façon temporaire, de rentrer au Québec, que ce soit avec un
niveau 0 ou un niveau 1, et leur demander de se franciser afin de
demander la résidence permanente, ceci est raisonnable et peut créer un
programme.
Maintenant, je pense
qu'on est tous d'accord, l'important, quand on parle d'investisseurs, c'est
leur impact économique potentiel qu'il peut y avoir. C'est sûr qu'il faut un
investissement au début, c'est leur première qualité qu'on recherche, mais
c'est accroître leur investissement... (panne de son) ...vous poser une
question. Est-ce que, si je vous donne un profil d'un migrant investisseur qui,
après cinq ans, a atteint un niveau 3 de français mais a favorisé l'exportation
de technologies québécoises, produits québécois de l'ordre de 20 millions
par année... est-ce que cet individu aurait plus de valeur que s'il a fait
juste un investissement au début et un niveau 7 après cinq ans sans avoir fait
d'investissement supplémentaire au Québec?
Mme
Fréchette : Vous êtes assez...
M. Tajick
(Stephane) : Alors, il faut faire l'amalgame.
• (11 h 10) •
Mme
Fréchette : Oui. Vous êtes assez drastique dans votre constat à
l'effet que la demande n'existerait pas pour un programme d'investisseurs pour
des francophones. La francophonie, rappelons-le, la francophonie, ça réunit
320 millions de locuteurs francophones, locuteurs du français. Donc, vous
ne pensez pas, en fait, qu'il y ait, parmi ce grand
bassin de locuteurs francophones, des personnes qui pourraient cadrer avec
notre besoin d'avoir des investisseurs en français? Poser la question,
de mon côté, c'est y répondre. Avec 320 millions de locuteurs, je ne peux
pas croire qu'il n'y a pas personne qui pourra cadrer dans cette proposition
que l'on met sur la table.
J'aimerais vous
entendre sur comment est-ce qu'on pourrait stimuler cette demande dont vous
doutez de la présence. Est-ce qu'il y aurait
des mesures que l'on pourrait établir? Je pense, par exemple, au réseau
francophone des affaires, un réseau international. Est-ce qu'il pourrait
y avoir là des personnes intéressées à participer au programme investisseurs
avec, bien sûr, les critères d'accès en lien avec le français? Donc, j'aimerais
vous entendre là-dessus.
M. Tajick (Stephane) : Absolument. Je pense qu'on
pourra attirer des centaines, voire des milliers d'investisseurs
francophones. Mais il ne faut pas oublier que le programme Immigrants
investisseurs, ce n'est pas un programme pour
investisseurs traditionnels. Un... Le programme d'immigration pour investisseurs
traditionnels permet à un étranger qui
veut investir au Québec, que ce soit sur une entreprise, très librement, sur
une propriété, des investissements actifs dans le Québec, par exemple... Oui, à
ce moment-là, ce serait possible s'il y a une grande liberté d'investissement,
oui, absolument. Vous verrez des Français,
bien qu'on... C'est très facile aussi pour eux juste d'ouvrir une... ouvrir un
bureau à Montréal, s'engager comme directeur.
Il y a tellement de
possibilités. C'est ça qui est le problème. Le programme de l'immigration a
énormément de compétition dans son... avec son propre système d'immigration.
Même au fédéral, avec la mobilité francophone, il est aussi simple d'être
francophone... avoir une offre emploi pour, très rapidement, retrouver au
Canada. Et pas besoin de passer par la porte
immigrant investisseur, qui coûte très cher. On parle de l'équivalent... un
demi-million de dollars d'argent comptant qui est donné, qui est versé
par l'investisseur.
Alors, il faut
comprendre que le programme d'immigration n'est pas un problème d'immigration
pour investisseurs traditionnels. C'est quelque chose qu'on a créé. On a
demandé aux investisseurs étrangers qui voulaient venir au Canada de nous donner des fonds. Alors, c'est vraiment... C'est
plus un programme de contribution économique qu'un programme
investisseur, si on devait le termer de façon correcte, si on... Oui.
Mme
Fréchette : Je vous amènerais maintenant sur la notion de
repreneuriat. Vous l'avez abordée vous-même en disant... en soulignant qu'il y avait un enjeu important au Québec en
termes de reprise d'entreprise par... suite au départ à la retraite ou à
la volonté de vendre. Mais l'enjeu de retraite est quand même très important
dans cette dynamique de repreneuriat, et, de notre côté, on a vu là une
opportunité que l'immigration se mette au service de cette nécessité que l'on a
de trouver des repreneurs. On a inclus, en fait, un troisième volet au
programme des entrepreneurs, qui est intitulé, donc... qui est consacré
au repreneuriat.
Alors, ce que l'on souhaite avec ce
volet, bien, c'est de répondre à l'enjeu de la relève entrepreneuriale puis de
contribuer à assurer la pérennité d'entreprises québécoises, particulièrement
en région, hein? Ça vient toucher pas mal de PME en région, cette difficulté à
trouver des repreneurs. Et je souligne qu'en fait les candidats qui passeront par ce programme-là devront être accompagnés par
des organismes spécialisés en repreneuriat.Alors, est-ce que vous pensez que ce nouveau volet dans le programme des
entrepreneurs pourra répondre aux besoins que vous avez soulevés?
M. Tajick (Stephane) : Je vais
poser... Je vais reposer la question de façon différente. Il y aurait environ
80 000 entreprises au Québec, dans les 10 prochaines années, qui
vont être touchées par ce problème. Le rapport, il fait état de 54 % des répondants qui éprouvent de la difficulté à
trouver un acheteur pour l'entreprise. Est-ce que vous pensez que, tout
simplement, juste avec les quotas d'admission... est-ce qu'on va pouvoir
répondre à ce problème pour les
10 prochaines années? Est-ce qu'on va au moins admettre
10 000 repreneurs, si vous voulez, par... ou 1 000 par
an, au moins? Je veux dire, juste pour atteindre un chiffre supérieur à 50, il
faut une grosse machine. Ça veut dire un gros partenariat avec le secteur
privé. Il faut qu'énormément d'argent soit engendré, d'une certaine façon, pour
le secteur privé pour qu'il puisse mettre ce genre de machine, qui est la
grosse machinerie, pour être honnête, pour répondre à cette demande. La demande
est énorme.
Et il y a énormément de problèmes aussi en
raison du financement nécessaire pour ce genre de programme. Toutes les
entreprises ne sont pas à 500 000 $, 200 000 $ ou
1 million de dollars. Vous avez beaucoup d'entreprises qui vont se
retrouver à 5 millions, 10 millions. Est-ce qu'il y a des services...
Et, de plus, pour le financement, l'acheteur doit être capable de financer une
partie si on veut être capables de trouver vraiment la demande. Est-ce que
cette demande va être uniquement francophone?
Alors, il faut trouver... Il faut vraiment, réellement
cibler l'objectif que l'on veut si on veut régler ce problème. Est-ce qu'on veut d'abord régler le problème en amenant
uniquement des francophones ou on veut vraiment régler le problème pour
les Québécois qui vont se retrouver en situation où ils ont travaillé toute
leur vie, et leurs économies risquent de
soit disparaître ou être réduites? Alors, ça, c'est un choix un peu de
conscience que, j'imagine, votre parti devra faire, parce que la demande est
très importante. Il y aura énormément d'entreprises au Québec qui en
auront besoin.
Et, comme je vous le dis, si vous pensez...
Parce qu'on en a parlé. Moi, je suis venu en conseiller auprès du ministère, il y a près de 10 ans, pour la refonte
du programme Immigrants entrepreneurs, et on a discuté. Je suis venu, on a discuté. On a passé une ou deux journées à
discuter comment régler ce problème. Mais il faut voir que l'échelle sur
laquelle ce problème existe nécessite d'énormes mesures.
Mme Fréchette : Merci. Alors, pour
la suite, je vais passer la parole à l'adjointe gouvernementale et députée d'Iberville.
Mme Bogemans : En fait, on est
d'accord. Nous, on veut les garder longtemps, les nouveaux arrivants, justement pour pouvoir créer aussi de
l'entrepreneuriat puis du repreneurship. On sait, entre autres, qu'avec le
programme investisseurs, dans le passé, on avait de la difficulté à les
retenir à court terme au Québec. Avez-vous une vision ou des moyens concrets,
pour vous, pour les garder longtemps sur le territoire québécois?
M. Tajick (Stephane) : Je pense
qu'on peut tous imaginer que forcer les gens, ce n'est pas vraiment la
meilleure solution. Moi, j'ai toujours primé l'incitatif. Et on est assez
intelligents pour trouver les incitatifs pour le faire, selon moi. C'est un travail qui ne se fait pas du jour au
lendemain, mais l'accompagnement, pour moi, est la clé non seulement pour l'immigration d'affaires, elle
est très importante pour l'immigration d'affaires, mais pour l'immigration
en général. Ça veut dire : À quelle rapidité nous allons être capables,
dès leur arrivée, à les intégrer socialement et économiquement à la société québécoise? Et ce programme doit le faire,
programme d'accompagnement, sans nécessairement imposer mais en
agrémentant et facilitant. Et... Oui.
Mme Bogemans : Vous pouvez y aller.
Je suis désolée, je ne voulais pas vous couper.
M. Tajick
(Stephane) : Après, comme je vous l'ai souligné, le problème de
rétention, le programme Immigrants investisseurs souffre, depuis presque
15 ans, plus de 15 ans, même, de délais de traitement ahurissants. Et puis
beaucoup de choses ont changé entre-temps. Ça veut dire... Il y avait le
programme fédéral. Le programme fédéral a fermé
il y a plus de 10 ans, ce qui a mené à... Énormément d'applications qui
devaient se retrouver au fédéral, elles se retrouvent au Québec. Ça a
créé un arriéré important de demandes pour le Québec, et qui a fait exploser un
peu le nombre de demandes et l'arriéré de demandes, en fait, jusqu'à ce que le
ministère crée une espèce de mécanisme pour contrôler le nombre d'applications
qu'il reçoit, et qui a... permet, au fur et à mesure, de... avec ce contrôle,
de pouvoir réduire les délais de procédure
et l'arriéré. Maintenant, je pense qu'ils n'ont jamais baissé, en moyenne, en
dessous de six à sept ans, et là on recommence à grimper à...
Donc, selon moi, on ne peut
pas parler de problème de rétention des immigrants investisseurs tant que ce
problème de procédure, aussi long... Et je pense que vous pouvez tous, on peut
tous se mettre à la place de personnes qui ont attendu 10 ans avant qu'on
puisse leur dire que vous pouvez venir immigrer au Québec maintenant, surtout
des gens avec un âge moyen de 50 ans, où les enfants, qui devaient
peut-être avoir 17 à 18 ans, à ce moment-là, pour venir étudier à l'université,
se retrouvent, des fois, avec des familles, le changement de projet, etc. Donc,
on n'a aucune idée combien réellement de ces gens immigrent finalement au
Québec, des personnes admises.
• (11 h 20) •
Mme Bogemans : Ce que j'aimerais
savoir, c'est : Concrètement, qu'est-ce que vous proposez en termes d'accompagnement?
M. Tajick (Stephane) :
Ah oui! C'est
un programme qui viendrait, déjà, à travers les intermédiaires financiers, débuter
et qui mènerait à l'agrémenter... faciliter leur arrivée dès le départ,
favoriser la francisation. Ça veut dire soit offrir
des cours de français soit les mettre dans des cours de français. C'est un
service de conciergerie. Je pourrais plus vous expliquer... D'ailleurs, c'est un programme que j'avais bâti dans
le temps, il y a près de 10 ans, qui faisait peut-être une centaine de
pages, qui devrait être quelque part dans les dossiers du ministère. Mais,
concrètement, c'est favoriser l'intégration économique et sociale, leur
permettre de connaître le marché... le marché québécois d'affaires et accélérer
leur processus, tout simplement. Je ne sais pas si j'ai bien répondu à votre
question, mais, c'est sûr, ça peut prendre énormément de temps d'aller dans les
détails.
Mme Bogemans : Combien reste-t-il de
temps?
La Présidente (Mme Caron) : 30
secondes.
Mme Bogemans : Parfait. On fait déjà
un travail avec Accompagnement Québec, avec tous les organismes également sur le terrain, là, avec le PASI, avec
le PAC. On est déjà en mouvement puis on veut continuer de l'être, là, pour
les prochains temps, exactement, pour offrir un accompagnement qui répond aux
normes des immigrants sur le terrain. Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
merci. Donc, je cède maintenant la parole à l'opposition officielle pour
9 min 54 s.
M.
Derraji : Merci, Mme la Présidente. Merci pour votre
présentation. Pourquoi vous avez senti le besoin de venir en commission
parlementaire parler des immigrants investisseurs?
M. Tajick
(Stephane) : Bien, premièrement, ça fait... J'essaie de venir à
toutes les commissions parlementaires sur le sujet. C'est la quatrième pour
moi. Et puis je pense que vous pouvez tous sentir que c'est presque honteux, 10
ans d'attente. Moi, j'ai connu des
gens personnellement, ils sont venus après 12 ans. Et c'est devenu presque
normal, 12 ans de procédure ou... (panne de son) ...qu'ils font
l'application, au temps qu'ils arrivent au Québec.
J'ai aussi reçu beaucoup de messages, au fur et
à mesure des années, pour... je ne sais pas pour quelle raison nécessairement
pour moi, par rapport à, sûrement, ce que j'ai écrit jusqu'à maintenant sur...
d'immigrants investisseurs qui se sentent lésés par le gouvernement du Québec.
Alors, on me demande souvent : Est-ce que vous pouvez faire quelque chose?
Ça fait des années. On est un groupe d'investisseurs qui veulent porter plainte
ou qui portent plainte contre le gouvernement du Québec pour les délais de
procédure.
M. Derraji : Donc, l'enjeu numéro un
pour vous, c'est les délais, c'est les délais. Donc, il y a des gens qui
expriment leur intérêt de venir au Québec, mais vous constatez que les délais
sont énormes. Ces délais, selon vous, à quel niveau ils se manifestent? Au
niveau provincial? Au niveau fédéral? Et, si c'est au niveau provincial, quelle
est votre proposition pour qu'on accélère les délais?
M. Tajick (Stephane) : Le problème
est uniquement dû aux quotas soit de sélection ou soit d'admission. On le sait,
le problème, ce n'est pas un problème que ça prend trop de temps à faire... à
analyser une demande. C'est que les quotas placés par le gouvernement tant à la
sélection qu'à l'admission sont nettement plus bas que le nombre de demandes
qui ont été acceptées à la base. Donc, on se retrouve avec un arriéré de demandes
qui fait juste grossir, grossir, grossir. Et ce qui est triste, c'est que,
souvent, on justifie ça par le fait que leur taux de présence est très bas,
alors que c'est un peu l'histoire de l'oeuf et la poule. Leur présence est si
basse à cause des délais, principalement.
M.
Derraji : Aujourd'hui, vous demandez une augmentation du
quota du nombre d'immigrants investisseurs. Est-ce que c'est ça... c'est
ça, votre demande?
M. Tajick (Stephane) : Ce serait le
minimum. Le minimum, ce serait...
M. Derraji : Vraiment, j'ai de la
misère à vous entendre. Ce serait quoi?
M.
Tajick (Stephane) : Le minimum, le minimum. Ce serait le minimum. Ce
serait le minimum humain, disons, à faire.
M. Derraji : Donc,
vous êtes un consultant. Vous travaillez avec ces gens. Vous les connaissez
très bien. Vous avez vu qu'il y a une demande énorme. Vous avez vu qu'il y a
une demande énorme, mais malheureusement le Québec ne fait rien pour ouvrir la
porte à ces immigrants investisseurs. Est-ce que c'est ça, la conclusion de
votre recherche?
M. Tajick (Stephane) : Laissez-moi
juste préciser. Je ne suis pas consultant en immigration, je ne suis pas avocat
en immigration et je ne travaille pas dans l'immigration du Québec ou du
Canada. Je ne génère aucun revenu de quelque
sorte d'immigration au Canada. Je travaille uniquement avec les gouvernements
et... avec celui du Canada.
Alors, moi, c'est plus en tant que Québécois,
par... par principe. Je veux dire... je veux dire, on a pris les sommes à la
demande du dossier, mais on attend 10 ans. On leur donne des délais de traitement
de 10 ans avant qu'ils puissent arriver au
Canada, alors que, toujours, les attentes étaient toujours en dessous de
trois ans. Alors, je pense que n'importe quelques-uns d'entre nous se
sentirait lésé, voire fraudé, à ce niveau-là.
M. Derraji : Bien, vous dites
«fraudé». Dans quel sens, fraudé?
M. Tajick (Stephane) : Dans le sens
que 10 ans de délai de procédure, sept à 10 ans de délai de procédure, c'est
inhumain, surtout que ces individus ont payé, ont fait leur investissement au
début. Ce n'est pas comme s'ils attendent 10 ans, on leur dit oui, et
maintenant faites votre investissement. Ces gens ont déjà fait
l'investissement.
M. Derraji : Sur la place
internationale, est-ce que vous voyez que...
M. Tajick (Stephane) : Et on leur
donne 10 ans de délai de procédure après ça.
M. Derraji : Sur la place
internationale, est-ce que vous voyez que le Québec est en train de perdre son
attractivité par rapport à ces immigrants investisseurs? Est-ce qu'il y a de la
concurrence avec d'autres pays?
Et après j'aimerais bien vous entendre sur la
langue française. Vous dites qu'aujourd'hui le Québec rate certains entrepreneurs ou investisseurs parce
qu'il est très exigeant en français. Est-ce que c'est ce que vous voulez dire?
M. Tajick (Stephane) : Au niveau...
Niveau 7 de français pour le programme Immigrants investisseurs du Québec fait
que le programme ne va jamais redémarrer, aussi simple que ça.
M. Derraji : Les bases... Excellent.
Donc, les bases du lancement du nouveau programme, si, selon vous, parce que
vous travaillez avec des gouvernements... D'ailleurs, je n'ai jamais dit que
vous êtes consultant pour... probablement consultant avec les gouvernements.
Désolé pour... si vous avez compris le contraire. Le gouvernement s'apprête à le lancer, mais, selon vous, votre
expérience, ce serait un échec à cause que c'est niveau 7 en langue française. Est-ce
que j'ai bien compris votre analyse?
M. Tajick (Stephane) : C'est exact.
C'est exact.
M. Derraji : OK. Ma deuxième
question, au niveau de l'attractivité, Mme la ministre, tout à l'heure, a parlé
d'un grand bassin de francophones au niveau
du monde. Donc, quand même, si on cible des entrepreneurs francophones,
le programme risque de marcher, mais là on va tomber dans l'autre problème, qui
est le problème des délais. Là, maintenant, nous sommes en face d'un dilemme.
Est-ce que notre future programmation doit cibler uniquement les entrepreneurs
immigrants francophones ou bien, selon votre logique aussi et votre
proposition, ouvrir à tout le monde, peu
importe leur niveau de connaissance, parce qu'on a besoin de cet argent et on a
besoin de ces investisseurs?
M. Tajick (Stephane) : Premièrement,
moi, ce que je recommande, c'est quelque chose de rationnel. Ça veut dire, comme... (panne de son) ...du moins,
historiquement, le programme, si on regarde les données du programme, il
n'y a pas de demande importante de
francophones pour le programme. Maintenant, le programme est devenu nettement
plus cher.
Maintenant, la bonne chose, c'est que les délais
de traitement peuvent être réglés par le nouveau format, où, d'abord, il y a
une résidence temporaire qui peut mener à une résidence permanente, OK?
Après, je
vous dirais, un peu la meilleure chose qu'il y a dans ce programme, en général,
le programme Immigrants investisseurs du Québec, c'est le partenariat
avec le secteur privé, qui sont les intermédiaires financiers, parce que leur
capacité à aller chercher des investisseurs pour le Québec est très importante.
Ça veut dire, si, demain, on voulait ouvrir la manne à 1 000, 2 000,
3 000, 5 000 immigrants investisseurs, ils auraient la capacité de le
faire par le réseau qu'ils ont établi. Et ça, c'est ce qu'il y a de... selon
moi, qui est la plus grande valeur dans le programme Immigrants investisseurs
du Québec présentement.
• (11 h 30) •
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
merci. Maintenant, je cède la parole à Mme la députée de Chomedey. Il reste
1 min 52 s.
Mme Lakhoyan Olivier : Bonjour, M.
Tajick. Vous mentionnez qu'un PIIQ — pour que les gens qui nous
écoutent comprennent, programme Immigrants investisseurs du Québec, de quoi
nous parlons aujourd'hui avec vous — bien
géré devrait représenter 3 milliards par an d'investissements directs pour
le gouvernement du Québec et presque 10 fois plus en investissements indirects
suite à leur arrivée. Mais est-ce que c'est possible de nous expliquer d'où viennent ces chiffres-là afin qu'on puisse
mieux comprendre l'effet sur l'économie québécoise de ces investisseurs?
Le 3 milliards, est-ce
que... est-ce que c'est sur les 10
ans? C'est depuis que le programme existe? C'est-tu par an ou c'est-tu...
M. Tajick (Stephane) :
C'est par an.
Mme Lakhoyan
Olivier : C'est basé sur quoi?
M. Tajick (Stephane) :
D'accord. Ça prendra peut-être plus de temps à aller en détail, mais, juste
vous dire, auparavant, on parlait de presque
2 000 demandes d'investisseurs par an qui étaient... qui étaient
déposées par le Québec... au Québec. On peut parler presque du double,
potentiellement, si on le voulait, au niveau des investissements, de nombre de demandes déposées, c'est-à-dire, la
capacité était là pour augmenter parce que la demande existait, la demande
était forte. Après, l'impact économique, c'est basé sur mes propres estimés par
rapport à s'il y a une intégration économique...
La Présidente (Mme
Caron) : En conclusion, s'il vous plaît.
M. Tajick
(Stephane) : ...importante, que ça pourrait générer autant
d'investissements supplémentaires pour l'économie québécoise.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, maintenant, je vais céder la parole au deuxième groupe d'opposition
pour 3 min 18 s.
M. Cliche-Rivard :
Merci beaucoup. Merci pour votre présentation. Vous avez... vous avez parlé
beaucoup de l'apport du français. En fait, La Presse
nous informe qu'il y aura des nouvelles règles bientôt sur la francisation des
temporaires. Moi, je vois qu'on passe trois semaines ici à discuter avec des
groupes. On avait un cahier de consultation et on n'est pas au courant
de ce qui s'en vient pour la francisation des temporaires. Je trouve ça
dommage, parce qu'on avait 80 groupes qui auraient pu se prononcer sur la
question, qui auraient pu profiter et ajouter au débat. Les groupes auraient pu
en parler. Ça me déçoit qu'on apprenne ça aujourd'hui, le matin de la
consultation, qu'il y aura des nouvelles règles en vigueur dans les prochaines
semaines, prochains mois, alors que finalement on était tous là ou on sera tous
là à parler, pendant trois semaines, de d'autres choses.
Monsieur, moi, je ne
suis pas d'accord, malheureusement, avec vous sur l'importance du français. Je
pense que le français est essentiel, est primordial dans tous les programmes
d'immigration. Je concède ou je comprends votre
vision du programme, mais ce n'est pas celle que je partage, en tout respect,
là. Je peux comprendre votre expertise, mais moi, je pense que le
français doit avoir toujours sa place, Et, pour ce, et en ce sens, je suis
d'accord avec les orientations de la... de la ministre.
Par contre, là où
j'ai un problème, c'est, effectivement, comme vous, avec les délais de
traitement et... en fait, ce qu'on appelle
plutôt les délais de non-traitement. En fait, on ne traite pas ces dossiers-là,
là. C'est faux de dire que c'est un délai pour traiter. On ne traite
pas. En fait, c'est le temps d'attente que votre dossier doit passer sur la pile, ou dans la bibliothèque, ou dites-le comme
vous voulez, avant que quelqu'un le pige et le traite. C'est ça, en fait.
C'est un délai de non-traitement qu'il faut attendre. Par contre, tous ces
gens-là ont reçu un certificat de sélection du Québec. Ils ont été sélectionnés
avec des règles en vigueur. Ils ont eu, en bonne et due forme, un CSQ émis par
le MIFI, et on les fait attendre une dizaine
d'années, vous l'avez dit. Et je trouve ça inacceptable et je trouve que ça
entache la crédibilité de nos programmes d'immigration.
Vous avez une expertise
à l'international, vous l'avez dit. Connaissez-vous d'autres pays dans le monde
où on attend 10 ans, des fois, même, 25 ans, selon ce que Le
Devoir nous apprend, avant de devenir résident permanent? Sur la base de
votre expertise, là, êtes-vous capable de soutenir qu'à votre connaissance le
plan caquiste énonce les programmes d'immigration les plus lents au monde?
M. Tajick
(Stephane) : Je ne pourrais pas parler de tous les programmes. Le seul
programme qui a dépassé le programme
Immigrants investisseurs du Québec était le programme américain EB-5 sous
l'ère Trump. Et ça, c'était par rapport à certains pays qui, des fois,
se retrouvaient à devoir attendre 25... une vingtaine d'années. C'était le cas
de la Chine et de l'Inde à un moment donné. Et ça, ça a été résolu quelques
années plus tard. En ce moment, ça fait peut-être un an que c'est supposé être
résolu.
M.
Cliche-Rivard : ...aujourd'hui, applicables, à votre connaissance...
Est-ce qu'il y a d'autres programmes qui nécessitent 10 ans de délai de
non-traitement, à votre connaissance?
M. Tajick
(Stephane) : ...je suis peut-être un des seuls qui a connaissance de
tous les programmes à travers le monde. Je
fais des rapports, je fais des bases de données là-dessus, de plusieurs
centaines de programmes qui existent à travers le monde, et le Québec
est le pire.
La
Présidente (Mme Caron) : Merci. Le temps est écoulé. Alors, je vais céder
la parole maintenant au député de Matane-Matapédia, aussi pour
3 min 18 s.
M.
Bérubé : Merci. Bienvenue dans cette consultation. Comme il est
question du Programme d'immigrants investisseurs,
êtes-vous d'avis, et c'est souvent partagé, que ce programme, essentiellement,
c'est une façon d'acheter son titre d'immigrant permanent, en fait?
Parce qu'on ne donne aucune somme d'argent, pas besoin de créer des emplois,
pas besoin de contribuer davantage ou d'apprendre la langue. Est-ce que, pour
vous, ça peut représenter une façon d'acheter ce statut?
M. Tajick
(Stephane) : Moi, je ferais très attention avec ce genre d'étiquette,
parce qu'elle peut être mise un peu à toutes les catégories d'immigration
différemment. Ça reviendrait à dire que, probablement, un réfugié vient faire la quête pour, enfin, ce genre de chose.
C'est très dangereux de mettre ce genre d'étiquette. Ces gens-là viennent
pour investir. Nous, on leur demande d'investir de cette manière.
M. Bérubé : Je
veux préciser que je n'ai jamais parlé de réfugiés. Je parle des immigrants
investisseurs.
M. Tajick
(Stephane) : Non, non, je sais, mais je vous dis...
M. Bérubé : Vous
avez choisi d'aborder ce thème-là.
M. Tajick
(Stephane) : Oui, oui, mais je vous parle en général.
M. Bérubé : Je
vous ramène sur la question. Donc, des personnes ont seulement à payer, à ne
pas parler la langue, à ne pas s'engager à créer des emplois, à créer une
organisation et, d'une certaine façon, accèdent à un titre. Vous avez parlé
tout à l'heure que... je cite, qu'«un immigrant investisseur n'a pas besoin
d'être francophone pour accomplir son rôle au Québec». Vous comprenez que je
suis en désaccord avec vous. Comment peut-on s'intégrer au Québec et vivre en
parallèle de cette société en ne parlant pas français?
M. Tajick (Stephane) : Tout d'abord, laissez-moi
préciser que j'ai parlé de la nature de l'immigrant investisseur, de sa
définition par rapport à ce qui est demandé de lui, qui est de faire un
transfert de fonds. Dans cet exercice, il n'a pas besoin du français. Et c'est
tout ce qu'on demande à l'immigrant investisseur.
Deuxièmement,
la question du... la question, exactement, que vous m'avez posée, je la reçois,
depuis quatre ans, chaque fois. Encore une fois, je ne voudrais pas rentrer sur
cette conversation, parce que c'est une conversation qui peut devenir
philosophique et prendre énormément de temps, mais je vous invite, si vous
voulez, à communiquer avec moi, et puis ça me ferait grand plaisir à... (panne
de son) ...plus de temps à ce sujet.
M. Bérubé : Je
voudrais bien communiquer avec vous via votre site Internet, qui est unilingue
anglais, là, je viens de le consulter. Vous parlez que vous travaillez avec des
organisations gouvernementales. Avez-vous déjà eu un contrat avec le
gouvernement du Québec?
M. Tajick
(Stephane) : Contrat, non.
M. Bérubé : Non.
M. Tajick
(Stephane) : Non.
M. Bérubé : Avec d'autres États? Est-ce que vous êtes mandaté
par certains États pour faire des représentations, parfois, sur les
immigrants investisseurs?
M. Tajick
(Stephane) : Vous pouvez donner plus de précisions par rapport à votre
question?
M. Bérubé : Avez-vous
des mandats, par exemple, de représentation que vous pouvez exercer auprès de
différentes législations dans le monde? Parce que vous indiquez, dans votre
publicité, que vous êtes consultant pour des gouvernements. Alors, si ce n'est
pas le gouvernement du Québec, c'en est d'autres.
M. Tajick
(Stephane) : Oui. En fait, je travaille sur des...
La Présidente (Mme
Caron) : En conclusion.
M. Tajick
(Stephane) : ...sur des projets gouvernementaux soit avec les
gouvernements directement soit à travers des tiers.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci. C'est terminé. Alors, je vous remercie pour votre
présentation.
Je suspends la séance
quelques minutes pour... avant d'accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à
11 h 39)
(Reprise à 11 h 45)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
nous allons reprendre les travaux avec l'Institut du Québec. Donc, je vous
invite à vous présenter. Vous avez 10 minutes pour faire votre
intervention avant de passer aux échanges.
Institut du Québec
(IDQ)
Mme Braham (Emna) : Bonjour à tous.
Emna Braham. Je suis directrice générale de l'Institut du Québec. Je vais être
accompagnée aujourd'hui par mon collègue.
M. Diallo (Daye) : Bonjour, tout le
monde. Daye Diallo, économiste principal à l'Institut du Québec.
Mme Braham (Emna) : Alors,
l'Institut du Québec, c'est un centre de recherche appliquée qui analyse les enjeux du Québec avec des lunettes économiques.
Donc, au cours des 10 dernières années, on a publié de nombreuses
études sur le marché du travail, sur les finances publiques, sur la formation,
sur le développement économique. Et donc on
s'intéresse tout particulièrement aux enjeux de main-d'oeuvre et aux enjeux
d'immigration, qui sont à l'intersection de ces problématiques-là.
Tout d'abord, on aimerait saluer l'approche du
Québec de soumettre à la consultation publique les enjeux d'immigration. On se rappelle qu'on est une des seules juridictions, avec
le Canada, de soumettre un débat public... un
débat national des seuils d'immigration. On vous a soumis... On a soumis à la
commission un mémoire qui regroupe 10 recommandations, mais on
voulait des recommandations qui touchent principalement l'immigration
économique et l'intégration au marché du travail,
parce que c'est vraiment là que réside notre expertise, mais on voulait porter
à votre attention, ce matin, quelques-uns de ces éléments.
D'abord, on suggère de retenir le scénario d'une
augmentation graduelle des seuils, donc, tel que proposé dans
l'orientation 12, d'atteindre 60 000 personnes en 2027 en excluant le
Programme de l'expérience québécoise, volet
Diplômés. Cette augmentation nous paraît adéquate, plus adéquate que le statu
quo, pour plusieurs raisons, d'abord, parce
qu'il s'agit d'une augmentation relativement modeste qui ne va pas venir
bouleverser l'équilibre démographique ou l'équilibre du marché du
travail québécois. Juste pour illustrer, les nouveaux seuils proposés... avec
les nouveaux seuils proposés, on
représente... les nouveaux immigrants représenteraient à peu près 0,7 % de
la population québécoise. Ça reste faible. Et ces... et ces seuils sont surtout
plus faibles que ce qui a été proposé, par exemple, dans la dernière
planification fédérale. Pour le reste du Canada, on s'attend à des seuils
d'immigration qui vont atteindre 1,4 % de la population, soit le double de
ce que le Québec propose.
Ces seuils paraissent aussi adéquats, parce que,
quelle que soit la manière dont on le regarde, l'intégration des immigrants au
marché du travail s'est améliorée au cours des dernières années. Si on regarde,
par exemple, les personnes qui sont arrivées il y a moins de cinq ans, donc,
ceux qui sont habituellement à la recherche de leur premier emploi, qui ont, historiquement, plus de difficultés, on voit
que leur taux de chômage est passé de 13 % en 2016 à 8 % en
2022. Et la plupart des indicateurs du marché du travail qu'on suit vont dans
la même direction. Avec le vieillissement de la population, avec les
bouleversements qu'on a connus avec la pandémie, on s'attend à ce que le marché
du travail reste serré au Québec. Les prévisionnistes prévoient même qu'avec un
ralentissement économique en 2023-2024 le
taux de chômage ne devrait pas augmenter beaucoup plus que 5 %. C'est un
taux qui est faible pour le Québec. Donc, dans ce contexte, on pense que le
Québec devrait être en mesure d'intégrer de manière harmonieuse un seuil
un peu plus élevé d'immigrants.
Enfin,
l'expérience des dernières années a démontré que de maintenir des seuils, de geler
les seuils d'immigration permanente a mené à des stratégies de
contournement en faisant davantage appel à l'immigration temporaire. Donc, les employeurs qui avaient du mal à recruter, à
garder leur monde, les établissements d'enseignement qui voyaient leurs inscriptions diminuer se sont tournés en grand
nombre vers l'immigration temporaire, alors que c'est une forme d'immigration qui
ne permet pas d'avoir une réflexion comme on le fait aujourd'hui, une réflexion
stratégique sur notre capacité d'accueil, sur la capacité de fournir des
services en santé, en éducation, en logement. Elle a aussi mené à des goulots d'étranglement dans l'admission de
la résidence permanente. Il faudra donc, à l'avenir, éviter de réfléchir
aux programmes et aux politiques d'immigration en silo. Donc, on voit des
modifications dans les seuils où des conditions d'admission dans un programme
peuvent engendrer des impacts importants ailleurs.
Un autre exemple est celui du regroupement
familial. L'orientation 4 propose d'augmenter la part de l'immigration
économique dans l'ensemble de l'immigration. Alors, comment on le fait? Bien,
c'est en augmentant le nombre d'immigrants économiques tout en maintenant, par
exemple, le regroupement familial stable. Mais on peut s'attendre à ce que ces
nouveaux immigrants, bien, certains d'entre eux, vont vouloir faire venir leurs
parents, leurs conjoints, leurs enfants. Et donc, si on ne veut pas... Le
risque, c'est de se retrouver, dans quelques années, encore une fois, avec des listes d'attente pour l'accès au regroupement
familial. Ce n'est pas un signal qui est très rassurant pour les
personnes qui veulent venir s'installer de manière permanente au Québec. Donc,
là encore, il y aurait avantage à anticiper
et à se prévoir une marge de manoeuvre pour aligner les quotas de regroupement
familial avec les objectifs d'immigration économique.
Une des orientations proposées qui va dans le
sens de décloisonner la réflexion sur les programmes et les politiques
d'immigration est celle de la réforme proposée du PEQ, donc, le Programme de
l'expérience québécoise, dont mon collègue Daye va vous parler.
• (11 h 50) •
M. Diallo (Daye) :
Merci, Emna. Donc, nous saluons l'orientation 12 qui
propose d'éliminer l'expérience de travail
et de déplafonner le PEQ, volet Diplômés, parce que ça permettra certainement
de réduire les goulots d'étranglement dont
on parlait et de s'assurer de retenir des candidats de choix pour l'immigration
permanente, donc, des candidats qui auront déjà été au Québec, une expérience
québécoise. De plus, cette mesure a pour effet de prendre en considération
le fait que, les dernières années, on a accueilli un nombre plus important
d'étudiants étrangers et que certains d'entre eux
désirent s'installer au Québec. Ce n'est pas tout le monde, mais certains
d'entre eux. Et là on peut voir aussi les liens que l'on peut faire entre
l'immigration temporaire et l'immigration permanente dans nos processus de
planification.
En
revanche, il n'est pas clair pourquoi la mesure ne s'applique qu'aux diplômés
des programmes francophones et non pas à tous les diplômés qui font la
preuve de leur connaissance du français. En effet, pour l'ensemble des
orientations proposées, c'est un test de français qui établit la connaissance
de la langue et l'admissibilité à la résidence
permanente. En revanche, un diplômé d'un programme anglophone qui a, donc,
appris le français n'aura pas d'accès
rapide à la résidence permanente et devra être, surtout, en compétition avec
l'ensemble des candidats étrangers à
l'immigration avec le Programme de
sélection des travailleurs qualifiés.
C'est l'avenue qu'on leur propose. Il faudra, on pense, clarifier
l'objectif de cette mesure ou bien l'amender.
À défaut de retirer
la mesure, nous proposons une solution de compromis qui pourrait réduire les
effets pervers potentiels des changements à
venir au PEQ. Cette solution devrait permettre aux étudiants étrangers diplômés
des programmes anglophones au Québec qui ne se qualifient pas aux nouvelles
règles du PEQ — Diplômés
mais qui ont fait l'effort d'apprendre le français au cours de leurs études de
pouvoir postuler au PEQ — Travailleurs
dès qu'ils obtiennent un emploi. Autrement
dit, il faudrait que ces étudiants ne soient pas soumis actuellement à la règle
du critère d'expérience de travail de deux ans que ce programme
applique.
L'objectif de la
mesure est de permettre au Québec de rester compétitif face aux autres
provinces. On est en compétition avec le reste du Canada. Ces provinces
proposent aux diplômés, en général, des délais moins longs pour s'établir sur
leurs territoires. C'est important de rappeler que les étudiants étrangers ont
une expérience québécoise, ils parlent le français et, les études le
démontrent, ils s'intègrent plus rapidement au marché de l'emploi québécois.
Mme Braham (Emna) : L'un des objectifs...
l'un des objectifs annoncés de la... de la planification de
l'immigration, c'est de pallier aux pénuries de main-d'oeuvre et...
Mais, pour y parvenir, pour que l'immigration joue pleinement ce rôle, il y a encore des défis à relever. Il faut
d'abord s'assurer que les immigrants trouvent rapidement un emploi, puis
un emploi qui corresponde à leurs aspirations, à leurs compétences. Pour
trouver un emploi, tous les indicateurs sont au
vert. On a une pénurie de main-d'oeuvre. C'est facile de se retrouver... de se
trouver un emploi. Par contre, en ce qui a trait à la reconnaissance des
compétences et des diplômes, il y a encore de la place à l'amélioration. Il y a
près d'un immigrant sur deux, aujourd'hui encore, qui occupe un emploi pour
lequel il est surqualifié. Et surtout on n'a pas vu d'amélioration au cours des
dernières années.
Mais,
là où le bât blesse, c'est vraiment pour la reconnaissance des qualifications
des métiers réglementés. Parmi les 27 professions qui sont prévues d'être
en pénurie de main-d'oeuvre en 2023, il y en a 11 qui sont réglementées par un
ordre professionnel. Dans l'état actuel des choses, c'est un accès qui est très
limité pour les immigrants. Et donc l'immigration ne vient pas combler les
pénuries de main-d'oeuvre qu'on peut avoir dans ces profils-là... pour ces
profils-là. C'est un enjeu qui est
très complexe, qui dépasse les responsabilités du MIFI seul, mais le MIFI
pourrait, à titre de coordonnateur du plan interministériel, jouer un rôle,
faciliter la mobilité professionnelle des immigrants, qui est encore un défi à
relever.
Un
autre défi, c'est celui d'attirer davantage de nouveaux immigrants à
l'extérieur du Grand Montréal. On le sait, c'est là où le vieillissement de la population se fait davantage sentir.
C'est un défi de taille. Il n'y a pas de solution magique, mais il y
aurait certainement avantage à prioriser les efforts là où il y a des gains à
faire.
D'abord, une des
approches qu'on pense qui est porteuse, c'est de faciliter l'accès à la
résidence permanente des résidents temporaires. Ils sont légèrement plus
nombreux à s'installer à l'extérieur du Grand Montréal que les résidents permanents. La réforme du PEQ du volet
Diplômés répond en partie à cet... à cet enjeu. On peut penser également
à faciliter celui pour les travailleurs temporaires. On pourra en parler
davantage plus tard.
La Présidente (Mme
Caron) : En conclusion. Il vous reste 20 secondes.
Mme Braham (Emna) : Pour conclure, il va
falloir trouver un équilibre entre les objectifs sociaux, économiques et culturels du Québec. C'est un
exercice qui est difficile que vous avez, mais, dans un contexte de rareté de
main-d'oeuvre, dans un contexte de compétition internationale pour les talents,
il faudra aussi rester flexibles et attractifs pour attirer les meilleurs
talents.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci pour votre exposé. Alors, avant de passer à la période
d'échange, comme nous avons quelques minutes
de retard sur l'horaire, je demande aux membres de la commission le consentement
pour poursuivre les travaux au-delà de l'heure prévue, de quelques minutes.
Des voix : ...
La Présidente (Mme Caron) : Ça
va? Merci. Alors, sur ce, Mme la ministre, la parole est à vous pour
16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci. Merci, Mme
Braham, M. Diallo. Contente de vous avoir des nôtres pour contribuer à cet
échange important qu'on... qu'on mène sur la planification de l'immigration.
Donc, j'ai pris connaissance de votre rapport avec intérêt. Merci pour les
différentes recommandations que vous mettez de l'avant.
Dans
votre troisième recommandation, qui se trouve à la page 6, là, vous recommandez
que le Québec se dote d'une marge de manoeuvre — vous venez d'y faire référence, d'ailleurs, dans votre
intervention — afin
de permettre, là, d'accueillir un
nombre supplémentaire de personnes dans la catégorie réunification familiale,
en lien avec la hausse de l'immigration économique à venir.
Donc, bien, en fait, je suis sensible et
j'abonde dans le même sens que vous à l'effet qu'il faille apporter... il
faille permettre aux conjoints et aux enfants de venir, mais j'aimerais
apporter une précision, en fait, qui ne ressort pas de votre mémoire. C'est que les programmes d'immigration économique
tels que le PEQ, le PRTQ et le PSTQ qui lui succédera, tout comme les programmes de gens d'affaires, permettent
déjà au requérant principal d'être accompagné par son conjoint et par ses enfants. Donc, ils sont déjà admis dans la
catégorie pour laquelle le demandeur principal dépose une demande. Alors, je voulais simplement préciser
cet élément-là pour éviter, là, qu'il y ait une mauvaise compréhension.
Donc, c'est déjà inclus, je dirais, dans nos démarches.
Alors, dans votre mémoire, au troisième
paragraphe de la page 3, vous parlez, là, de la capacité d'intégration de la société d'accueil comme étant un élément
d'importance, tout comme la pérennité du français. Alors, moi, j'aimerais
vous entendre sur quels facteurs, quels éléments devraient être pris en compte
pour définir la capacité d'accueil.
Mme Braham (Emna) : C'est... c'est
clairement un élément qui est multidimensionnel. Le premier, puis celui sur
lequel nous, on se penche tout particulièrement, c'est celui de l'intégration
au marché de l'emploi. On le sait, trouver
un emploi, c'est la première étape ou l'étape la plus importante pour
s'intégrer à une société. Et ce qu'on voit, c'est que les... disons, la
tendance à l'intégration au marché du travail pour les immigrants s'est
améliorée au cours des dernières années, et ça s'explique par plusieurs choses.
D'une part, parce qu'il y a eu un resserrement du marché du travail depuis 2016, donc, création d'emplois
vigoureuse, vieillissement de la population, déplacement des travailleurs
pendant la pandémie. Tout ça fait que les opportunités d'emploi sont au
rendez-vous.
Mais l'autre chose qui explique aussi pourquoi
les immigrants s'intègrent mieux, c'est aussi parce qu'on fait davantage appel
à cette, un peu, immigration en deux étapes où il y a de plus en plus de
nouveaux résidents permanents qui étaient déjà sur le territoire. En fait,
28 % des nouveaux résidents permanents, en 2022, étaient... avaient déjà
eu auparavant un visa d'études ou de travail au Canada, donc, ce qui fait que
leur intégration est plus harmonieuse. Ils
ont déjà une expérience québécoise. Ils ont potentiellement un diplôme
québécois. Ils ont déjà développé un
réseau. Et donc tout ça pour dire que les indicateurs pour l'intégration au
marché du travail s'améliorent de manière importante.
Après, on comprend que ce n'est pas tout ce qui
détermine la capacité d'accueil d'une société. On peut penser principalement
aux enjeux de logement, dont on parle beaucoup, la capacité d'offrir des
services de santé, d'éducation, etc. Et, à ce niveau-là, les données manquent
pour nous permettre d'évaluer si... quelle est cette capacité d'accueil, est-ce qu'elle est atteinte, est-ce
qu'elle ne l'est pas. Et donc, là, il y a vraiment un effort de collecte de
données, de mieux... d'avoir
davantage d'informations sur les différentes régions, est-ce que... est-ce qu'on est capables d'offrir des
services suffisants, est-ce qu'il y a des logements en nombre suffisant, etc.
Il y a vraiment un effort de données à faire à ce niveau-là.
Mme
Fréchette : D'accord. Merci. Je vous amène sur une autre
orientation, l'orientation 8 sur la reconnaissance des compétences, thème que vous avez également
abordé dans votre intervention. Bien, vous observez, donc, qu'il y a,
effectivement, une amélioration de l'intégration des personnes immigrantes sur
le marché du travail. On s'en réjouit. Bien sûr, il y a du chemin qui reste à
faire, tout n'est pas parfait encore, mais je pense qu'on est sur la bonne
voie.
Bien, vous
proposez, de ce côté-là, de mettre de l'avant des mécanismes pour faciliter la
mobilité professionnelle des personnes immigrantes et pour mettre en
place des... la nécessité, en fait, de mettre en place des mécanismes audacieux
pour assurer, là, la reconnaissance des compétences. Alors, moi, j'aimerais
vous entendre sur les éléments plus concrets de votre... votre proposition, là,
quelle mécanique vous avez en tête quand vous parlez d'une approche audacieuse
et puis quel rôle est-ce que vous verriez pour le ministère de l'Immigration,
Francisation et Intégration.
• (12 heures) •
Mme Braham (Emna) : Alors, c'est
clair que c'est une responsabilité qui est partagée, parce qu'aujourd'hui c'est
les ordres professionnels, notamment, qui vont... qui vont déterminer les
modalités, disons, de reconnaissance des compétences des immigrants dans
plusieurs professions au Québec. Et donc c'est un travail de collaboration. C'est qu'il y a des consultations, actuellement,
sur la réforme qui est en cours. Donc, il s'agit d'ouvrir le dialogue avec
les ordres professionnels pour trouver des bonnes pratiques.
Mais il faut regarder ce qui se fait ailleurs
également. Dans le reste du Canada, on l'a vu surtout pendant la pandémie, il y
a plusieurs programmes qui ont été mis en place, par exemple, pour reconnaître
les compétences des travailleurs dans le secteur de la santé, pour s'assurer qu'il y ait davantage de personnes qui puissent effectuer certains
actes médicaux. Donc, ce serait intéressant de regarder un petit peu ce qui s'est
fait à l'extérieur du Québec à cet... à cet égard-là.
En
enseignement, on sait qu'il y a eu davantage de... Il y a eu énormément
d'efforts, au cours des dernières années, pour accélérer les formations, faciliter l'accès aux professions liées à
l'enseignement, mais il y a davantage d'efforts qui peuvent être faits. Aux États-Unis, par exemple,
il y a des programmes, comme Teach For America, qui permettent à des récents
immigrants d'obtenir les crédits nécessaires pour effectuer certaines tâches
dans les établissements d'enseignement.
Donc, il s'agit vraiment de regarder un petit
peu dans des juridictions qui sont similaires aux nôtres, dans les autres
provinces canadiennes, aux États-Unis, qu'est-ce qui peut être fait pour
accélérer la reconnaissance des compétences.
Mme
Fréchette : Merci. Bien, sur ce, je vais passer la parole à
l'adjointe gouvernementale et députée de Vimont.
Mme Schmaltz : Merci, merci. Merci
de vous être déplacés. Toujours agréable de pouvoir aussi échanger en présentiel.
En fait, j'aimerais vous amener en page 7.
Vous... En fait, vous proposez de réduire la durée de l'expérience de travail pour le PEQ — Travailleurs
afin de faciliter, justement, la transition vers la résidence permanente.
J'aimerais vous entendre sur les volets 1 et 2 du PSTQ, qui ne demandent
qu'un an d'expérience de travail en sol québécois, pour
24 mois d'expérience.
En
sous-question, pour le volet 2, je voudrais également avoir votre opinion,
justement, sur ce volet, qui ouvre la possibilité à des professions qui
ne sont pas admissibles au PEQ expérience, donc, au Programme d'expérience
québécoise — Travailleurs.
J'aimerais connaître, sur ces deux questions, vos opinions.
M.
Diallo (Daye) : Effectivement, à ce... à ce niveau-là, il y a ces deux programmes-là,
donc, le PEQ — Travailleurs
et le PSTQ. Et ce qu'il faut comprendre,
c'est que ces deux programmes-là n'ont pas exactement les mêmes objectifs.
Quand on parle du PEQ — Travailleurs,
donc, c'est vraiment des gens qui ont de l'expérience au Québec, donc qui sont
déjà présents au Québec, qui seront sélectionnés, tandis qu'avec le PSTQ on met
ces gens-là en concurrence avec l'ensemble des candidats qui pourraient venir
de l'étranger. Et donc c'est à ce niveau-là.
C'est aussi pour des enjeux de compétitivité.
Quand on regarde ce qui se passe dans le reste du Canada, les programmes qui sont ouverts à des gens qui sont
déjà sur le territoire demandent en général une expérience d'un an. Donc,
pour des raisons de compétitivité pour le
Québec, c'est pour ça que l'on propose qu'au niveau du PEQ — Travailleurs... bien, qu'on ramène
ces délais-là à un an pour se comparer au reste du Canada.
Et ensuite, pour le PSTQ, effectivement,
l'expérience de travail demandée est d'un an, ce qui est une très bonne chose, on trouve. Et c'est très bien que ce
PSTQ là soit aussi ouvert à des professions qui n'ont peut-être pas accès
au PEQ — Travailleurs
dans les règles actuelles.
Donc, à ce niveau-là, c'est deux programmes
qui sont complémentaires. Et, de la manière dont ils sont faits, ils
permettront d'atteindre des objectifs qui sont différents. Par contre, il
faudrait réduire les délais au niveau du PEQ — Travailleurs pour être
compétitif par rapport au reste du Canada.
Mme Schmaltz : Est-ce que vous
vouliez rajouter? Ah non! OK. Parfait. Moi, je n'ai pas d'autre question.
Mme Fréchette : Bien, vous parlez de
l'importance de régionaliser l'immigration en dehors des grands centres urbains. Qu'est-ce que vous voyez qu'il
serait pertinent, opportun d'utiliser, comme levier, pour assurer une plus
grande régionalisation de l'immigration?
Mme Braham (Emna) : Oui. Alors,
c'est... on... La régionalisation de l'immigration, c'est un vaste projet. Mais ce qu'on voit, c'est qu'il y a peut-être des
endroits où il y a davantage de gains à faire, d'abord, comme je le disais tantôt, en facilitant l'accès à la résidence
permanente des résidents temporaires. Ils sont... ils sont légèrement plus
nombreux à travailler et à étudier à l'extérieur du Grand Montréal, et
souvent c'est dans... justement, dans les autres grands centres urbains du Québec, à Québec, à Sherbrooke, etc. Donc, on les
retrouve dans d'autres centres urbains du Québec en plus grand nombre
que les résidents permanents. Et donc de faciliter leur accès à la résidence
permanente, ça pourrait être un des leviers qui est... qui est en train d'être
utilisé mais qui pourrait davantage être utilisé, surtout avec le PEQ — Travailleurs.
L'autre élément, c'est qu'il y a des efforts
d'attraction, des missions, des... Il y a des investissements qui sont faits
pour attirer les immigrants en région. Ce qu'on voit, c'est qu'il y a peut-être
un intérêt à prioriser l'attraction vers les autres grands centres urbains du
Québec plutôt que de couvrir l'ensemble du territoire. Parce qu'on le voit, si on se compare avec... Si on compare les villes
québécoises avec les autres villes canadiennes de la même taille, on voit
que le Québec se distingue vraiment. Il fait vraiment bande à part. On... Nos
grands centres urbains attirent moins d'immigrants
que les autres villes de la même taille à l'extérieur du Québec. Donc, par
exemple, si on regarde Halifax, Halifax attire... À Halifax, il y a
11 % de la population qui est issue de l'immigration. Québec, qui est à
peu près de la même taille, c'est 6 %.
Et on... et on... Et cette comparaison tient pour différentes villes
canadiennes et québécoises. Donc, il
y a certainement un effort supplémentaire, si on veut prioriser les efforts, à
aller attirer davantage de personnes dans les autres grands centres
urbains.
Mme Fréchette : Bien, j'abonde dans
le sens que vous amenez, à savoir qu'il faut davantage régionaliser l'immigration. C'est un effort dans lequel on
s'est engagés depuis plusieurs années avec la réouverture, là, de l'ensemble
des bureaux du ministère de l'Immigration en région, bureaux qui avaient tous
été fermés sous les libéraux. Et on a également développé de nombreuses
antennes régionales, 74 antennes régionales, donc, toutes les
organisations qui sont actives en matière de régionalisation. Et on a également
signé des ententes avec les centaines d'organisations communautaires, pour
l'essentiel, mais également des villes, des MRC, pour faire en sorte de bien
accompagner les personnes immigrantes et assurer une bonne connexion aussi avec
la société d'accueil et surtout une rétention et un enracinement. C'est
vraiment le souhait que l'on a ultimement, c'est que les gens s'enracinent en
région.
Maintenant, un des défis auxquels on fait face,
c'est de faire en sorte que les gens pensent à immigrer en région dès leur
arrivée au Québec. Souvent, on a vu des gens venir s'établir dans le Grand
Montréal dans un premier temps, pour ensuite
réévaluer la chose et s'établir en région dans un deuxième temps, ce qui est
souvent difficile, parce que ce sont des personnes
qui, déjà, ont connu un déracinement du simple fait d'avoir immigré, et ensuite
doivent se déraciner à nouveau s'ils souhaitent aller en région. Alors, pour
éviter ce double déplacement, on souhaiterait que les gens aillent directement
en région dès leur arrivée.
Mais comment est-ce
que vous verriez qu'on peut se rapprocher de cet objectif-là, atteindre cet
objectif-là? De quelle manière est-ce que
vous verriez qu'on doit s'y prendre pour mieux faire connaître les régions,
leur diversité, le potentiel qu'on y trouve, tant en matière d'emploi
que de qualité de vie? Donc, c'est une question vaste, mais j'aimerais vous
entendre là-dessus.
Mme Braham (Emna) : Bien, c'est sûr que, par
rapport aux opportunités d'emploi, il y a... il y a tout avantage à faire
valoir les opportunités d'emploi, qui sont très nombreuses, qui se trouvent
dans les différents... surtout dans les autres grands centres urbains du Québec. Et c'est une information qui
aurait tout avantage à être davantage divulguée. Après, c'est une décision
complexe d'où est-ce qu'on s'installe. Donc, le marché de l'emploi, c'est une
chose. Puis la possibilité d'acheter une maison ou de trouver un
logement, la disponibilité des services pour ses enfants dans les écoles, etc.,
tout ça va faire partie de l'équation.
Donc, c'est certain
que de faire valoir... d'avoir une meilleure anticipation aussi du nombre de
personnes qui vont venir s'installer dans
les différentes régions, ce serait également une façon de s'assurer d'avoir des
services adéquats pour ces nouvelles
personnes. Et c'est pour ça que... Un des éléments qu'on dit, c'est qu'il faut
davantage... On a vu, le nombre d'immigrants temporaires a augmenté de manière
importante au cours des dernières années. Un certain nombre d'entre eux vont vouloir rester. C'est important
d'anticiper davantage les flux d'immigration, donc, autant temporaire que permanente pour s'assurer d'offrir les
services adéquats, et ensuite le faire valoir pour attirer davantage de
personnes en région.
Mme
Fréchette : Et, pour conclure, il nous reste peu de temps, comment
est-ce que vous verriez qu'on puisse planifier l'immigration temporaire,
laquelle découle, en fait, de l'activité économique, souvent le fruit, donc,
d'acteurs privés, pour l'essentiel? Donc, de quelle manière est-ce que vous
voyez cette possibilité?
Mme Braham
(Emna) : Bien, avant de penser à planifier, il faut d'abord mieux
anticiper. Donc, il faut... On a vu les tendances, les tendances des dernières
années. Il va falloir voir si elles se maintiennent et anticiper, finalement,
qu'est-ce que ça va donner en termes de demandes qui vont être déposées pour la
résidence permanente, qu'est-ce que ça veut dire en termes de nouvelles
personnes qui sont effectivement sur le territoire, au-delà des seuils
d'immigration permanente.
• (12 h 10) •
Et il faut aussi
avoir peut-être une réflexion sur la priorisation pour... Lorsqu'on parle de
l'immigration temporaire, l'objectif, ce n'est pas d'émettre des seuils ou de
limiter, mais il y a des objectifs différents. Qu'on parle des travailleurs
temporaires ou des étudiants étrangers, ça devient... ça vise des objectifs qui
sont très vastes et très divers. Donc, par exemple, si on regarde les étudiants
étrangers, est-ce qu'on peut penser un peu... un peu davantage à qu'est-ce
qu'on essaie d'atteindre avec l'attraction d'étudiants étrangers? C'est pour
stimuler l'innovation de nos universités, l'excellence dans nos universités.
Dans une deuxième... dans un deuxième temps, c'est pour attirer des candidats
de choix. Mais on aurait tout avantage à clarifier un peu c'est quoi, nos
objectifs en termes d'attraction d'étudiants étrangers, parce qu'on le voit, ça
a un impact direct sur la composition et le nombre de demandes de résidence
permanente qu'on va recevoir par la suite.
La Présidente (Mme
Caron) : Il reste... Il vous reste 1 min 20 s.
Mme
Fréchette : 1 min 20 s. Alors, j'aimerais vous entendre
à nouveau, dans ce cas-là, sur les ordres professionnels, parce que j'aimerais
que vous nous précisiez un peu le type de collaboration que vous croyez qu'il est possible d'avoir avec les ordres
professionnels pour faciliter la reconnaissance. Quel serait leur intérêt ou le
levier, dans le fond, à partir duquel
on pourrait discuter et travailler avec les ordres professionnels pour
faciliter la suite des choses?
Mme Braham
(Emna) : Bien, les barrières à la mobilité des travailleurs, ce n'est
gagnant pour personne actuellement. Oui, ça permet de limiter l'offre de
travail sur certaines professions et de maintenir, par exemple, un certain...
un niveau de salaire plus élevé, etc., mais, on le voit actuellement, avec des
pénuries de main-d'oeuvre, ça veut dire
aussi des heures supplémentaires, ça veut dire aussi de l'épuisement
professionnel, ça veut dire de la... des... de la difficulté à retenir le personnel. Et donc je pense que, là, il doit y
avoir une ouverture également à s'assurer que les travailleurs puissent
avoir au moins les conditions gagnantes pour effectuer leur travail le plus...
dans les meilleures conditions possible. Donc, les pénuries de main-d'oeuvre,
ce n'est pas nécessairement quelque chose qui est gagnant pour qui que ce soit
actuellement.
La Présidente (Mme
Caron) : En conclusion. C'est terminé? Non?
Mme Fréchette :
...tout simplement pour votre
présence, et je salue mon ex-collègue, Daye
Diallo. Merci de votre
présence, et d'avoir été parmi nous, et pour vos idées également.
La
Présidente (Mme Caron) : Merci. Alors, maintenant, je vais céder la parole à
l'opposition officielle pour 12 min 23 s.
M. Derraji : Merci,
Mme la Présidente. Merci pour votre mémoire. Merci pour votre présence.
Première
question. Vous dites qu'il faut adapter les critères de connaissance du
français pour que nous restions compétitifs à l'international.
Pouvez-vous élaborer un peu plus? Qu'est-ce que vous voulez concrètement par
rapport à la langue... à l'utilisation de la langue française?
Mme Braham
(Emna) : Alors, la principale différence qu'on voit, là,
dans la proposition qui est faite actuellement, c'est de passer, donc, d'un système de pointage où le français est un
avantage à un système de critères où la connaissance du français devient
un critère éliminatoire. Donc, la question aujourd'hui, c'est de se dire...
Bon, on est d'accord que l'objectif,
c'est... un des objectifs de la planification de l'immigration, c'est la
pérennité du français. Ensuite, la question, c'est : Comment est-ce qu'on
le fait de la manière la plus efficace possible? Là, il y a vraiment un
équilibre à trouver entre s'assurer
de la connaissance du français mais aussi s'assurer de la compétitivité du
Québec comme... comme lieu d'accueil.
Donc, actuellement, ce qu'on voit aussi, c'est
que le... Ce qui est difficile à quantifier, c'est dans quelle mesure est-ce
que le passage de ce système de points à un système de critères va réduire ou
va nous... nous priver, en fait, de bassins de candidats potentiels qui ne
connaîtraient pas le français ou qui n'atteindraient pas les niveaux de
français nécessaires. C'est très difficile pour nous de quantifier ce...
M. Derraji : ...dites
aujourd'hui : Le Québec n'a pas le luxe de se priver de travailleurs qui
ne maîtrisent pas le français. Ça veut dire... Ils peuvent parler, par exemple,
l'anglais, mais ils se débrouillent en français, mais ils n'ont pas le niveau
pour passer un test du français pour pouvoir continuer à rester au Québec.
Aujourd'hui, pour l'Institut du Québec, vous levez un drapeau qu'on risque de
perdre des talents.
Mme Braham (Emna) : ...qu'on risque
de perdre des talents avec ce critère-là. La question, c'est quand,
combien et où. Dans quels secteurs, dans quels domaines est-ce qu'on risque de
perdre des candidats? C'est très difficile à
quantifier actuellement. Ce qu'il va falloir certainement faire, c'est vraiment
garder... rester à l'écoute ou garder le dialogue ouvert avec,
notamment, les employeurs, qui vont voir comment est-ce que ça va évoluer, ces
choses-là.
Puis l'autre
chose qu'on... Ce que... ce que les dernières années nous ont appris, c'est que
des critères... lorsqu'on établit des critères de ce type-là, bien, on
vient... bien, les employeurs, les établissements, etc., on trouve des voies de
contournement. Donc, un des... un des
risques ici, c'est que les employeurs ne pouvant faire venir de manière
permanente certains travailleurs vont continuer à avoir recours à
l'immigration temporaire.
M.
Derraji : C'est clair. Merci. Maintenant, je veux vous
entendre... j'aimerais vous entendre sur le Programme de l'expérience québécoise. Vous avez vu ce que le
gouvernement caquiste a fait avec ce programme. Vous avez vu la réforme. Je
pense que vous avez vu l'impact de cette réforme. Pouvez-vous nous parler un
peu de l'impact de cette réforme, qui est
encore en vigueur? Avez-vous eu de l'information que la réforme était mauvaise,
il y a eu de l'impact par rapport à la rétention, de l'attractivité?
Est-ce que des étudiants ont quitté le Québec, est-ce que des travailleurs ont
quitté le Québec parce que les règles sont devenues très complexes?
M. Diallo (Daye) : Ces dernières
années, effectivement, il y a eu quelques réformes, il y a eu quelques
changements au niveau de ce Programme d'expérience québécoise. Ce qu'il faut
comprendre, tout d'abord, c'est que les
étudiants qui ont... qui sont diplômés du Québec sont parmi ceux qui
réussissent le mieux sur le marché du travail. Donc, c'est des gens qui sont parmi les... qui se... C'est des gens qui
s'intègrent vraiment bien à l'économie québécoise. Ça, c'est vraiment la
première des choses qu'il faut savoir.
Puis ensuite ce que l'on peut voir, c'est qu'il
y a, effectivement, des changements qui sont apportés en ce moment pour faire en sorte de faciliter le passage
à la résidence permanente pour ces gens-là. Donc, à travers le PEQ actuel,
l'orientation, c'est de déplafonner. Et nous, on approuve cette réforme-là
parce que ça permettra, effectivement, de voir les principaux... de régler les
principaux problèmes que les réformes du passé ont créés, par exemple les
goulots d'étranglement, par exemple le fait de rajouter des périodes de temps
qui ont fait en sorte de rendre ce programme-là moins attractif. Le fait de les
enlever va rendre ce programme-là beaucoup plus attractif et va permettre au
Québec d'être beaucoup plus compétitif par rapport aux autres provinces.
M. Derraji : ...ne pensez pas qu'on
a perdu un temps précieux? C'est l'équivalent de trois, quatre ans, même
gouvernement.
M. Diallo (Daye) : Ce qui est
essentiel, c'est qu'on ait compris qu'il faudrait avoir un programme qui soit
beaucoup plus attractif et qu'on est en train, en ce moment, de proposer de
nouvelles orientations qui vont permettre d'aller dans ce sens-là.
M. Derraji : Pour une fois, on ne va
pas blâmer le gouvernement libéral. On va blâmer le gouvernement caquiste parce que c'est leur effort. C'est un
message à part, pas pour vous. Mme la ministre s'est amusée aujourd'hui
à renommer le Parti libéral pas mal de fois. Je m'amuse à nommer le
gouvernement caquiste et sa réforme du PEQ.
Regroupement familial, c'est un réel enjeu. Moi,
j'ai parlé avec des Québécois et des Québécoises mariés qui attendent leurs
conjoints. C'est des histoires d'horreur qu'ils partagent sur les réseaux
sociaux. Je n'ai jamais pensé qu'on va
commencer à briser des coeurs avec notre système d'immigration. C'est le cas
maintenant. On brise des coeurs. J'ai vu de la détresse dans le visage
de beaucoup de Québécois et Québécoises. Et je tiens à saluer Québec réunifié, qui font un travail phénoménal pour juste lever le voile sur
cette histoire, parce que ça ne fait pas partie du discours public encore, mais
il existe, parmi nous, des gens qui attendent leurs conjoints à l'extérieur.
Quand vous dites: Il faut accueillir plus de
regroupements familiaux, pensez-vous que, déjà, il faut baisser et enlever
toutes les entraves qui empêchent ces gens d'avoir la personne avec qui ils ont
décidé et choisi de faire leur vie rapidement?
M. Diallo (Daye) : Actuellement, on
voit qu'il y a déjà des enjeux avec ce programme de regroupement familial quand
on regarde les données, quand on regarde les délais de traitement. Mais ce
qu'il faudrait comprendre aussi, c'est que,
même si les personnes de la catégorie économique qui peuvent demander la
résidence permanente peuvent avoir leurs conjoints et leurs enfants sur
leurs demandes de résidence permanente, c'est que c'est des gens qui, malgré
tout, ont aussi des parents. Donc, le regroupement familial, on le voit, bon
an, mal an, c'est quelques milliers, c'est quelques dizaines de milliers de
personnes qui arrivent au Québec. Donc, il ne faudrait pas exclure cela.
Et il est
très clair aujourd'hui que, quand on regarde les orientations qui sont
proposées, un mode économiste, toutes choses étant égales par ailleurs... c'est
que, si on augmente les niveaux d'immigration économique, on va avoir
des niveaux de demandes de regroupement
familial qui sont bien plus importantes. Et il faut y penser dès maintenant
pour...
M.
Derraji : ...et j'adore que vous le disiez, que vous êtes
économiste, si on veut régionaliser. Moi, j'ai vécu ça, être éloigné de ta
conjointe pendant deux, trois ans. On peut bien parler de mesures de
régionalisation, ça ne marchera pas,
parce que ton conjoint, ta conjointe n'est pas avec toi. Donc, ce que vous
dites aujourd'hui au gouvernement, c'est que, oui, attention à la régionalisation, mais attention aux conjoints,
aux conjointes qui attendent encore pour plusieurs années. Et c'est ce
que... c'est ce que vous dites.
M. Diallo
(Daye) : Évitons aussi de nous créer des problèmes dans
quelques années, parce que, si, aujourd'hui, il y a un effet au niveau de ce
programme de regroupement familial, on peut s'attendre à ce que toute hausse du
niveau d'immigration économique
conduise à une hausse du regroupement familial. Il faudrait éviter des goulots
d'étranglement qui pourraient arriver.
• (12 h 20) •
M. Derraji : C'est un très, très,
très bon point, très bon point.
J'aimerais
vous entendre sur les travailleurs temporaires étrangers. Le gouvernement nous
présente deux scénarios : 50 000, statu quo, 60 000,
augmentation. Moi, je ramène un autre scénario, le scénario absent des
consultations, scénario de travailleurs temporaires étrangers, 375 000.
Pensez-vous qu'avec ce qu'on voit au Québec... qu'on... D'un côté, on ouvre
pour la résidence permanente, pour les immigrants permanents, mais, de l'autre côté, il y a du temporaire pas mal. Et
vous avez vu plusieurs rapports, notamment l'arrivée, pour la première fois au
Québec, d'un représentant des Nations unies pour faire son enquête, parce
qu'ils l'ont avisé... bien, il a été avisé des histoires d'horreur par rapport
à certains aspects. Comment vous interprétez cette absence de cette
consultation, du portrait de ce scénario des travailleurs temporaires
étrangers?
Mme Braham (Emna) : C'est certain
que ce que... ce qu'on reconnaît et puis ce qui est... ce qui est clair, c'est qu'on ne peut pas penser aux programmes
d'immigration en silo, immigration permanente d'un côté, immigration temporaire de l'autre. Les deux sont
intrinsèquement liés. Autant les personnes qui vont venir en tant que
temporaires vont avoir un impact sur le bassin de candidatures qu'on va
avoir pour la résidence permanente et le nombre de candidatures qu'on va
recevoir, et, de la même manière, bien, les politiques qu'on va mettre en place
pour l'accès à la résidence permanente vont... vont susciter des comportements
des personnes qui vont venir de manière temporaire. Est-ce que ça va les
attirer pour venir étudier puis s'installer ou pas, etc.? Donc, c'est sûr qu'il
va falloir penser aux deux, à ces deux éléments-là en même temps et répondre
aussi à des objectifs qui sont complètement différents.
Donc, je pense aussi que, dans la... dans la
réflexion stratégique, on ne peut pas penser ou on ne peut pas utiliser les
mêmes outils pour réfléchir à l'immigration temporaire que ce qu'on fait pour
l'immigration permanente, parce que, les
temporaires, même s'il y a un plus grand nombre d'entre eux qui désirent
rester, bien, la grande majorité retourne quand même dans leur pays, ne
vont pas avoir un impact sur la démographie du Québec, ne vont pas avoir un impact sur le marché du travail à long terme ou
sur le profil linguistique du Québec à long terme. Donc, il faut aussi
éviter de... d'utiliser les mêmes outils, comme les seuils, etc., pour
réfléchir à l'immigration temporaire.
M. Derraji : Et, justement, dans
votre orientation 9, vous parlez de la capacité d'accueil et d'intégration
des villes. Pourquoi vous avez mis cette orientation?
M. Diallo (Daye) : En fait, c'est
parce qu'en matière de régionalisation de l'immigration on pense que d'attirer
des immigrants dans des grands centres urbains, en général, est une méthode que
l'on pourrait utiliser pour avoir une plus grande régionalisation, parce que
les grands centres urbains, de par les services qu'ils offrent, de par la
possibilité d'avoir un emploi rapidement, sont parfois plus attractifs pour les
immigrants. Mais c'est très important aussi de comprendre est-ce que ces grands
centres urbains là peuvent accueillir des immigrants, est-ce qu'il y a assez de
logements, est-ce qu'il y a assez de services de soins qui sont offerts aux personnes
immigrantes.
Donc, en fait, c'est d'éviter de réfléchir en
silo et vraiment d'avoir une planification de l'immigration qui prend en
considération tous ces... tous ces enjeux-là. Parce qu'on va bien vouloir avoir
des immigrants, par exemple, à Sherbrooke, s'il n'y a pas assez d'écoles, il y
aura toujours un enjeu.
M. Derraji : ...vous
êtes un économiste. Je ne veux pas dire un bon économiste, je ne peux pas vous
qualifier, mais ça se voit que vous
êtes un économiste. Ce que vous êtes en train de nous dire, c'est que, peu
importe la planification, si on n'a pas l'heure juste sur la capacité
d'accueil, on passe à côté de quelque chose. Ça, c'est le point 1.
Point 2,
par rapport à la régionalisation, on ne peut pas la réussir, parce qu'il y a un
élément clé aussi qui risque de...
d'agir, c'est le regroupement familial. Est-ce que j'ai bien résumé un peu où
vous voulez aller avec vos orientations?
M. Diallo (Daye) :
...de régionalisation ne sont pas totalement à mettre à la même... en
adéquation avec le regroupement familial.
C'est sûr que l'un ou l'autre ont un impact les uns sur les autres, mais c'est
clair qu'aujourd'hui, si on veut réussir notre politique de
régionalisation au Québec, il va falloir que notre réflexion soit beaucoup plus
élargie pour, effectivement, comprendre quels sont les freins à cette
régionalisation-là.
Tout
à l'heure, on parlait, par exemple, d'attirer des immigrants de l'étranger directement
en région. C'est une très bonne idée, mais on voit qu'il y a déjà des
immigrants qui sont au Québec. Et c'est pour ça que, des programmes comme le PEQ étudiants, qui a été déplafonné, il y
a beaucoup plus d'étudiants, en général, qui s'installent en région, en moyenne, par rapport aux immigrants permanents.
C'est déjà un très bon point pour permettre à ces gens-là de rester.
Quand on regarde le
PEQ — Travailleurs,
c'est aussi une bonne chose. Et l'une des raisons pour lesquelles, à l'Institut
du Québec, on avait cette recommandation-là de réduire d'un an le délai
pour pouvoir déposer une demande après son expérience de travail, c'est qu'on
se rend compte aussi que, parfois, il y a des histoires d'horreur où les
travailleurs temporaires ont des permis de travail qui font en sorte que, si on
leur demande un trop long... une trop longue période d'expérience de travail,
ils sont entre plusieurs situations qui peuvent être dramatiques.
Donc, tout ça, ça
permet au Québec d'être beaucoup plus compétitif, d'attirer des gens, par
exemple, qui sont déjà en région...
La Présidente (Mme
Caron) : En conclusion.
M. Diallo
(Daye) : ...et qui peuvent rester.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, maintenant, la parole au deuxième groupe d'opposition pour 4 min 8 s.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci pour votre présentation. Je vais
commencer par rebondir sur quelque chose que Mme la ministre a dit, que les
demandeurs, dans le regroupement familial, peuvent appliquer dans l'économique.
Ce n'est pas comme ça du tout que ça fonctionne et ce n'est pas comme ça qu'on
va régler notre problème d'arriéré, là. Ce sont des enfants, ce sont des époux
de Québécois, de résidents permanents, de citoyens qui ne peuvent pas... qui
n'ont pas de demande économique en cours, là. Je ne parle pas d'ajouter une
personne à charge dans un dossier
économique. Ce n'est pas ça qu'on dit. Ce sont des Canadiens et des Québécois
qui marient ou qui ont des enfants à l'étranger qu'ils font venir comme
résidents permanents. Alors, ça n'a rien à voir, de dire qu'il y a de
l'ouverture dans le programme économique. Ces gens-là n'ont pas de demande
économique en traitement.
Moi, je vous parle de
gens qui sont citoyens et des citoyennes du Québec qui veulent faire venir
leurs maris. C'est par le programme de la
réunification familiale et c'est là-dedans qu'il faut réduire les délais. Et on
ne peut pas dire ou... entre
parenthèses, que, par ailleurs, ils peuvent être ajoutés comme conjoints dans
une demande économique. Il n'y en a pas, de demande économique. Ces
gens-là sont résidents ou citoyens déjà, à la base, et parrainent leurs
familles. Donc, il faut faire attention à dire qu'il existe une autre
alternative. Elle n'existe pas. Leur seul chemin, c'est le regroupement familial. Et, avec les arriérés qu'on
a, on va monter jusqu'à trois ans de séparation familiale. Il y a des
gens, et mon collègue l'a dit, il y a des gens qui ont le coeur brisé, il y a
des gens qui sont séparés, puis il va falloir y répondre.
Pour revenir...
Est-ce que vous avez été surpris qu'il n'y ait aucune étude ou aucun chiffre
sur les arriérés par programme ou presque aucun dans la planification et qu'il
n'y ait aucune estimation prospective, aucune, du nombre de résidents
temporaires, travailleurs ou étrangers, qui vont se qualifier par critères
objectifs au PEQ ou au PSTQ et qui vont, donc, ajouter au «backlog», à
l'arriéré, qui va faire gonfler potentiellement les délais de traitement dans
les seuils qu'on connaît aujourd'hui?
Moi, j'ai été
absolument choqué de voir qu'il n'y avait aucune statistique ou presque sur les
arriérés et aucune étude prospective, à
savoir si... des 375 000 temporaires qui voudront peut-être accéder à
la résidence, où est-ce qu'on va les mettre, est-ce qu'ils veulent
accéder, dans quels programmes puis comment on va traiter ces gens-là dans un
seuil économique de 42 000 places quand ils sont 375 000.
M. Diallo
(Daye) : Par rapport à ce dernier point là... C'est pour ça que...
Vous verrez dans notre mémoire, on propose... une de nos propositions, c'est de
faire en sorte de prévoir les bonnes... le bon nombre de personnes au niveau du
MIFI et même au niveau d'IRCC pour pouvoir s'assurer de livrer les futures
demandes de résidence permanente et le
certificat de sélection du Québec dans les temps. Donc... Parce que, si on
s'attend à une augmentation des seuils, on ne voudrait pas que les
délais non plus, si les demandes augmentent, augmentent. Donc, à ce niveau-là,
on a... on propose cela, qui permettrait de régler ce problème-là.
Par
contre, au niveau des délais existant déjà, des arriérés de délais, nous, on a
pu consulter certaines informations là-dessus
qui n'étaient, effectivement, peut-être pas dans le document de consultation,
mais ça existe, et on peut y avoir accès si on veut consulter ces
données-là.
M.
Cliche-Rivard : On fait une planification pluriannuelle et on ne
sait pas qu'il y a 30 000, 32 000 personnes qui attendent dans le regroupement familial, on ne
sait pas qu'il y a 12 000 demandeurs humanitaires dans l'humanitaire,
on ne sait pas qu'il y a 30 000 réfugiés reconnus. On ne le sait pas,
du document qui est supposé nous permettre de faire une planification
prospective des seuils, alors qu'on ne sait pas combien de monde sont sur notre
liste d'attente puis on ne sait pas combien de gens vont être intéressés à
rejoindre notre liste d'attente.
Donc, moi, je
me pose la question bien fondamentale : Sans connaître nos arriérés et
sans connaître le prospectif de qui
va se qualifier, qu'est-ce qu'on planifie? Qu'est-ce que ça veut dire, ce
chiffre-là, finalement? Parce que ce qui va arriver, vous le savez comme
moi, l'année prochaine, il va y avoir un rattrapage, parce que le «backlog» va
être rendu à deux, trois, quatre ans de
traitement. Et ce qu'on va avoir discuté ici pendant des semaines avec les
groupes, ça ne s'appliquera plus, parce que finalement les délais vont
être devenus abusifs, comme on a connu dans les dernières années avec le Programme régulier des travailleurs
qualifiés. On s'en va vers la même chose. Alors, comment peut-on faire
une planification...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion.
M. Cliche-Rivard : ...sans les
chiffres? C'est la question que je vous pose.
La
Présidente (Mme Caron) : C'est terminé. Alors, je vous remercie beaucoup
d'avoir contribué à nos travaux.
Je suspends la séance jusqu'à cet après-midi.
Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 29)
(Reprise à 15 h 53)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
la Commission des relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous
poursuivons les auditions publiques dans le cadre de la consultation générale
sur le cahier de consultation intitulé La planification de
l'immigration au Québec pour la période 2024-2027.
Cet après-midi, nous entendrons les personnes et
organismes suivants : la ville de Montréal, le Collectif régional de
développement du Bas-Saint-Laurent, le Centre des travailleurs et travailleuses
immigrants et le Centre local de développement Rouyn-Noranda.
Alors, je
souhaite maintenant la bienvenue à la ville de Montréal. Je vous rappelle que
vous avez 10 minutes pour votre présentation, qui sera suivie ensuite
d'une période d'échange. Alors, je vous invite à commencer votre exposé.
Ville de Montréal
Mme
Ollivier (Dominique) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour à tous
et à toutes, MM., Mmes les députés.
On est très heureuses d'être ici cet après-midi pour présenter le mémoire de la
ville de Montréal dans le cadre de la consultation sur la planification
de l'immigration.
Je suis Dominique Ollivier. Je suis la
présidente du comité exécutif de la ville de Montréal. Et je suis accompagnée
de ma collègue Josefina Blanco, qui est responsable de la diversité et de
l'inclusion sociale au comité exécutif.
Alors, d'entrée de jeu, on voudrait saluer la
pertinence de cet exercice qu'on fait aujourd'hui, qui permet de réviser à tous
les trois ans les principes et les orientations de la planification de
l'immigration au Québec, et on veut vous remercier de nous avoir invitées dans
cet exercice où on va à la fois vous présenter notre position face aux divers
scénarios qui ont été mis sur la table, mais aussi ça va nous permettre de vous
présenter la réalité et les besoins de la ville de Montréal.
Bien sûr, Montréal est la métropole francophone
d'Amérique et a toujours été une terre d'accueil et d'ouverture. On sait que
l'immigration est le moteur principal de la croissance démographique à Montréal
depuis plus de 20 ans et que nous y accueillons la grande majorité des
personnes immigrantes qui choisissent le Québec comme terre d'accueil. En fait, plus de la moitié des Montréalaises et
Montréalais sont soit elles-mêmes directement... ont elles-mêmes
directement immigré ou ont au moins un parent qui est un parent immigrant.
Donc, on dit souvent que les gens arrivent au
Québec ou au Canada, selon la dualité, mais, en réalité, pour nous, ce qui est
clair, c'est qu'ils arrivent d'abord dans une rue, dans un quartier, dans un
arrondissement, bref, sur le territoire
d'une ville. Et, en ce sens-là, les défis premiers de l'intégration des
nouveaux... des nouvelles et des nouveaux arrivants se jouent donc avant
tout sur le territoire des villes.
À Montréal, parce que nous sommes la terre
d'accueil de la majorité des immigrants, ça nous fait dire que la réussite des politiques d'immigration et
d'intégration... de toute politique d'immigration ou d'intégration du
gouvernement du Québec va être intimement liée à la capacité qu'a la
ville de Montréal d'accueillir des nouvelles et des nouveaux citoyens et de leur offrir très rapidement la
possibilité de participer pleinement à la société québécoise. Donc, pour nous,
par conséquent, cet exercice de consultation, ça doit être à la fois l'occasion
pour le gouvernement du Québec de se fixer des objectifs ambitieux, mais pas
que sur la question des seuils d'immigration. Aussi, ça doit être l'occasion de
réfléchir sur des conditions qui permettent d'accueillir dignement et
d'intégrer adéquatement toutes les personnes nouvelles arrivantes dans notre
société.
Il
y a un partenariat qui existe entre la ville et le gouvernement qui, bien sûr,
demande à être bonifié afin de permettre à
la métropole d'avoir une autonomie d'action et de compter sur des ressources
financières qui sont cohérentes avec
l'ampleur des responsabilités qui nous sont dévolues comme terre d'accueil
première. On invite donc, dans un premier temps, le gouvernement à reconnaître et à réaffirmer le leadership de la
ville de Montréal en matière d'accueil et d'intégration des nouveaux arrivants, et surtout de tenir compte
des particularités de métropole, qu'on appelle, dans notre mémoire,
l'effet métropole.
Sur
la question stricte des seuils d'immigration, la ville de Montréal recommande
au gouvernement d'adopter le scénario
ambitieux qui vise minimalement l'augmentation graduelle des cibles totales
pour atteindre 60 000 admissions en 2027. Et la raison pour
laquelle on le fait, c'est, bien sûr, en raison de la décroissance
démographique du Québec, les enjeux de
pénurie de main-d'oeuvre actuels mais aussi en fonction de notre capacité
d'accueil, qui inclut les raisons humanitaires. Mais on invite du même
souffle le gouvernement du Québec à élargir la vision de l'immigration, qui
tend à survaloriser et à prioriser l'immigration économique. En termes de
pourcentages, selon nous, l'immigration économique
et celle pour des motifs humanitaires devraient augmenter... continuer à
augmenter de façon proportionnelle.
De plus, on ajoute
qu'aucune cible ne devrait être fixée dans le cas de la réunification
familiale. Et, pour cela, ce serait bien que le gouvernement du Québec
travaille activement avec le gouvernement fédéral pour faciliter le
regroupement, la réunification familiale, puis surtout pour lever les
conditions pour les conjoints et les enfants, parce que, selon nous, la
réunification familiale est un des facteurs principaux qui influencent
grandement la réussite d'un projet migratoire. On peut imaginer que des membres
d'une même famille qui sont séparés pendant des années deviennent étrangères
les unes aux autres. Et tout le trauma qui s'ensuit fait en sorte que
l'intégration à la société d'accueil devient
donc beaucoup plus difficile. Selon nous toujours, tout le monde gagne à réunir
rapidement les familles.
Une autre condition,
c'est de comptabiliser et de rendre plus visible, de publier le nombre de
personnes accueillies au Québec indépendamment du statut, qu'il soit précaire,
qu'il soit permanent ou qu'il soit temporaire, parce qu'en n'ayant pas accès à
l'ensemble des données ça ne nous permet pas de faire un portrait juste et
complet, et ça fausse l'évaluation des besoins réels sur le terrain ainsi que
la capacité de planifier et de déployer des mesures d'accueil et d'intégration
qui seraient suffisantes pour le défi auquel on fait face. Les personnes
nouvellement arrivées, vous vous en doutez,
utilisent aussi les services des municipalités, les parcs, les bibliothèques,
les camps de jour, les services
municipaux. Bref, plus le portrait sera juste et détaillé, et plus apte, comme
municipalité, on sera à répondre adéquatement aux besoins qui peuvent
être exprimés sur notre territoire.
Pour conclure cette
première partie, je vous dirais que la ville considère que l'immigration, qui
est le principal vecteur de la croissance démographique, doit aussi contribuer
à la vitalité du français. Et c'est pourquoi on appuie la volonté du
gouvernement de favoriser une sélection de personnes immigrantes qui sont
majoritairement francophones et francotropes, et on ajoute francophiles, et ce,
nonobstant leurs pays d'origine. On croit qu'il est indispensable de mettre en
place des actions concrètes pour assurer un rayonnement et une prépondérance du
français à Montréal, notamment en soutenant des initiatives de francisation en
milieu de travail, et autres.
Pour la suite, je
céderais la parole à ma collègue, Mme Blanco, qui va poursuivre.
Mme Blanco
(Josefina) : Merci beaucoup, Mme Ollivier. Merci. Bonjour à vous tous
et toutes.
Avant de débuter, je
tiens à vous partager que moi-même, j'ai passé à travers le parcours
d'immigration. Je suis originaire de l'Argentine. À l'époque où je suis arrivée
au Québec, je venais de l'Espagne. Puis, par ma propre expérience, par ma
propre expérience d'intégration, je vous dis, ça m'a permis de saisir l'importance
que toutes les conditions soient réunies pour favoriser l'accueil et
l'intégration des personnes immigrantes dans notre société, comme moi, dans ce
cas-ci.
• (16 heures) •
Donc, tout d'abord,
le gouvernement devrait assurer l'accès à l'ensemble des services
gouvernementaux du Québec aux personnes
immigrantes sans égard à leur statut. Nous pensons aux services en soins de
santé, d'éducation, services de justice, d'aide à l'emploi et services
de garde pour les enfants. La ville de Montréal, d'ailleurs, en 2019, a déployé
la Politique d'accès aux services municipaux sans peur, qui permet à des
milliers de personnes à avoir accès aux services et aux programmes de la ville
sans égard à leur statut. C'est un exemple d'une politique concrète qui pourrait
inspirer d'autres villes et ainsi également inspirer le gouvernement du Québec.
Dans un même ordre
d'idées, la ville de Montréal, depuis plusieurs années, est engagée dans un
important chantier visant à lutter contre
la... contre le racisme et les discriminations systémiques dans notre
métropole. Et, sachant que les personnes nouvellement arrivées sont
touchées de façon disproportionnée par ce fléau, il est essentiel que le
gouvernement nous soutienne dans cette lutte.
Nous savons également
que l'accès aux logements convenables est un vecteur majeur d'intégration à la
société d'accueil. Dans un contexte de crise du logement, l'accès au logement
sans discrimination et la connaissance des droits des locataires demeurent des
préoccupations très importantes. Les personnes immigrantes se trouvent à l'intersection de plusieurs facteurs de
discrimination et doivent pouvoir compter sur un écosystème et des informations
facilement disponibles pour les soutenir dans leurs démarches de recherche d'un
logement. Le gouvernement devrait favoriser
le développement et l'accès à un logement salubre, adéquat, sécuritaire et
abordable pour toutes les personnes immigrantes.
Ensuite, parlons de
l'intégration à l'emploi, clé essentielle pour une intégration réussie au
Québec. Afin de permettre aux personnes immigrantes de trouver un emploi à la
hauteur de leur talent et de leurs compétences, il faut faciliter la
reconnaissance de leurs diplômes et de leurs compétences acquises.
Enfin, je ne peux pas
passer sous silence le rôle primordial des organismes communautaires qui font
partie de l'écosystème d'accueil et
d'intégration des personnes immigrantes. Les travailleuses et les travailleurs
communautaires sont nos premières lignes. Elles et ils mettent leur
énergie pour soutenir les plus vulnérables dans un contexte où les différentes
crises migratoires rendent la situation de plus en plus complexe. Le
financement de ces organismes, notamment, à la mission doit être augmenté et
pérennisé. On ne peut plus continuer à offrir des solutions d'urgence à une
situation qui est permanente. Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Mme
Ollivier.
Mme Ollivier (Dominique) : Oui.
Merci. Alors, pour conclure, pour résumer, je vous dirais que la ville de Montréal est favorable à un scénario ambitieux
dans la mesure où les conditions de réussite qui vont tenir en compte...
qui vont prendre en compte les multiples réalités et vulnérabilités que les
personnes immigrantes peuvent... peuvent expérimenter. Pour nous...
La
Présidente (Mme Caron) : Merci beaucoup. Votre temps est écoulé. Alors, je
vais... Je vous remercie pour votre présentation. Et je vais céder la
parole à la ministre pour 14 min 7 s, pour les échanges.
Mme Fréchette : Merci. Merci, Mme la
Présidente. Alors, bien, merci à vous deux, la présidente du comité exécutif de la ville de Montréal,
Mme Ollivier, merci d'être des nôtres, également Mme Blanco, merci d'être
présente, membre du comité exécutif. J'ai fort apprécié lire votre
mémoire. Merci pour participer et contribuer à cet exercice, à cette discussion
collective sur l'immigration pluriannuelle.
Bien sûr, la ville de Montréal est un partenaire
très important, partenaire qui occupe un rôle, une place inégalée au Québec en
termes de pôle principal d'accueil des personnes immigrantes et, bien sûr
aussi, auprès du ministère, le MIFI, en tant
que partenaire. Donc, un grand merci pour à la fois votre engagement dans tous
ces dossiers d'immigration et votre leadership. Et on sent bien la
richesse de votre expérience à travers le mémoire que vous nous avez présenté.
Par rapport au mémoire, je vous amènerais... En
fait, je voudrais simplement souligner... À la page 28, dans votre recommandation n° 5,
vous abordez la question de soutenir la lutte contre le racisme et la
discrimination. Alors, je voulais simplement souligner que nous
endossons, bien sûr, entièrement, là, cette orientation. Et j'aimerais
souligner que, parmi les objectifs spécifiques que l'on trouve dans le Programme
d'appui aux collectivités, là, le programme PAC, il y a cet objectif de
contribuer à la lutte contre le racisme, l'intimidation et la discrimination
pour favoriser un vivre-ensemble
respectueux, égalitaire et inclusif. Alors, c'est simplement pour souligner
qu'on est en pleine convergence à ce niveau, pour ce qui est des
objectifs de lutte contre la discrimination et l'intimidation.
Un peu plus loin, à la page 31, vous
mentionnez que l'apport des personnes immigrantes à la vitalité du Québec,
bien, il passe, notamment, par l'intégration en emploi, par l'intégration
économique. C'est sûr que c'est une dimension fort importante. Et je pense
qu'on peut se réjouir du fait que le taux d'emploi des personnes immigrantes
est allé en croissance, en évolution positive ces dernières années. Je pense
qu'il y a aussi davantage de personnes immigrantes qui occupent un emploi en
lien avec leurs compétences. Il n'en demeure pas moins qu'il y a encore du travail à faire, beaucoup de travail à faire,
notamment pour la sensibilisation des employeurs quant à l'intérêt qu'il y a
d'embaucher des personnes immigrantes.
Alors, je me
demandais de quelle... de quelle façon la ville de Montréal prend des mesures,
adopte des mesures pour sensibiliser les employeurs pour la lutte à la
discrimination.
Mme Ollivier (Dominique) : Je
dirais, Mme la ministre, avant de céder la parole à Mme Blanco, c'est clair
que, pour nous, on ne peut pas dissocier ce problème qu'on... ou cette
disparité qu'on peut constater dans le taux d'emploi des personnes des
minorités visibles, des personnes nées à l'étranger, des personnes immigrantes
du projet que vous mettez sur la table. C'est clair que, si on veut aller
chercher une immigration de plus en plus francophone, beaucoup des bassins de
locuteurs francophones se trouvent dans des pays de l'Afrique de l'Ouest, se
trouvent dans les pays du Maghreb, et ainsi de suite. Donc, la question de la
sensibilisation des employeurs devient importante.
Je pense que Josefina veut vous parler d'une
initiative qu'on met à Montréal.
Mme Blanco (Josefina) : En fait, je
pourrais parler d'une initiative concrète qui est menée par le BINAM, le Bureau d'intégration des nouveaux arrivants à
Montréal. Justement, ce matin, on lançait la troisième cohorte de Montréal inclusive au travail, du PAC, qui est
une initiative, justement, qui vise à sensibiliser les PME pour informer,
attirer, embaucher, retenir et faire en sorte que les gens qu'ils vont
embaucher, issus de la diversité, puissent aussi progresser dans leurs
entreprises. Des fois, on se rend compte que c'est une question de les
accompagner, de les outiller, qu'ils puissent comprendre la réalité. Et donc
c'est un projet très important, phare. Comme je le disais tout à l'heure, on est, ce matin, à la rencontre de la
troisième cohorte, avec plusieurs partenaires, avec HEC, avec Services Québec, et, bien sûr, piloté par
le BINAM avec la ville de Montréal.
Mme Fréchette : D'accord. Merci. Je
vous amène à la page suivante... les pages suivantes, pages 32 et 33, où vous y parlez, en fait, des étudiants étrangers
pour... l'importance pour la métropole, bien sûr. Vous souhaitez souligner
qu'il y a quand même peut-être des
contrecoups ou des désavantages pour la ville de Montréal par rapport à
l'existence des programmes d'exemption des droits de scolarité
supplémentaires offerts à certains étudiants qui fréquentent des établissements d'enseignement hors de la CMM. Bon, on le
sait, que c'est un programme qui vise la régionalisation, en fait, des personnes, des étudiants étrangers
qui viennent au Québec. Alors, j'aimerais ça vous entendre davantage sur la
nature des contrecoups. Est-ce que, vraiment, ce programme-là a été... a généré
un impact perceptible du côté de la ville de Montréal?
Mme Ollivier (Dominique) : Absolument.
D'abord, je veux réaffirmer le désir de la ville de Montréal de participer
à l'effort de régionalisation, parce qu'on croit qu'on est dans un contexte où
la régionalisation de l'immigration est nécessaire pour répondre à plusieurs
enjeux qu'on vit sur le territoire. Toutefois, on ne peut pas oublier deux
choses. C'est, d'abord, que Montréal est une
ville étudiante et que parfois il y a des domaines de spécialité qui ne se
donnent qu'à Montréal. On peut penser, notamment, au génie aéronautique, par
exemple, ou à certains domaines de pointe comme ça.
Donc, c'est sûr que
de soustraire les universités montréalaises de la capacité d'avoir des frais de
scolarité qui sont similaires à ceux des
étudiants québécois... c'est sûr que ça gêne l'attractivité de Montréal et ça
risque d'amener la... Ça risque de créer un débalancement, finalement,
par rapport aux gens qui vont étudier si, à Montréal, ça coûte des dizaines de
milliers de dollars et que ça coûte des centaines à l'extérieur de Montréal.
Ça, c'est la première chose.
La deuxième chose
qu'il ne faut pas sous-estimer, c'est l'apport des gens qui viennent étudier en
français à Montréal dans notre équilibre linguistique. J'y reviens tout le
temps, hein? Si on ne veut pas constater un certain recul du français à
Montréal, il faut qu'on s'assure que les gens puissent aussi venir étudier en
français à Montréal et maintenir ce fragile équilibre linguistique aussi.
Sinon, on n'aura que les étudiants qui fréquentent les universités anglophones.
Très bien, qu'il en soit ainsi. Mais, pour l'avenir de Montréal, c'est
important qu'on ait des gens qui parlent français, qui aiment le français et
qui veulent l'apprendre.
• (16 h 10) •
Mme
Fréchette : Merci. En matière de régionalisation, comment voyez-vous
l'idée qu'il puisse y avoir des programmes,
des initiatives, des mesures qui amènent des personnes immigrantes établies à
Montréal en région? Est-ce que c'est quelque chose que vous pourriez
voir d'un oeil positif? Est-ce qu'il y a des précédents, déjà, qui ont été mis
en place, mis en oeuvre ou qui existent, même, peut-être à l'heure actuelle?
J'aimerais avoir votre avis là-dessus.
Mme Ollivier (Dominique) : Dans
nos... Dans les programmes passés, on sait qu'il y a eu plusieurs organismes
montréalais qui ont contribué à l'effort de régionalisation soit en amenant des
gens faire des stages à l'extérieur du Québec... En fait, pour nous, l'idée,
c'est qu'on a développé quand même une grande expertise de communautés
accueillantes à Montréal, et on se dit : Si on est capables de partager
cela avec d'autres villes du Québec, ça va éviter de refaire certaines erreurs
du passé, parce qu'on sait que les efforts de régionalisation de l'immigration
datent d'une bonne quarantaine d'années, si ce n'est pas plus. Et il faut,
quelque part, que les gens, quand ils viennent à Montréal, sentent que tout le reste du Québec, c'est aussi
le même territoire avec les mêmes opportunités ou même des opportunités
meilleures ailleurs.
Donc, en ce sens-là,
nous comprenons très, très bien l'enjeu de la régionalisation, et on se dit que
mieux on va réussir à faire la première intégration, où les gens viennent
naturellement près de leur noyau familial, mieux on va réussir à leur faire découvrir le territoire, à expérimenter d'autres
choses, bien, mieux, ensuite, ils vont pouvoir, à l'égard de tous les
autres Québécois, se déplacer à travers l'ensemble du territoire.
Mme Fréchette :
Est-ce que vous avez des exemples
concrets de formules de régionalisation de cette nature-là qui ont été
testées?
Mme Ollivier (Dominique) : Bien,
il y a quelques années, au ministère de l'Immigration, il y avait, notamment,
le programme d'échange de jeunes, qui avait commencé beaucoup là-dessus, où on
permettait à des jeunes des écoles secondaires et collégiales de faire des
échanges pour mieux connaître le territoire. Ça pourrait être suivi, par
exemple, d'un programme de stage qui leur permet, après ça, d'aller
expérimenter d'autres endroits dans le territoire. Ça a très bien fonctionné. Il y a beaucoup d'organismes en immigration à
Montréal qui avaient... qui s'étaient également jumelés avec des villes
de région pour permettre aux gens de découvrir les opportunités qu'il y avait
en région, de se déplacer. C'est les deux qui me viennent à l'esprit.
Mme
Fréchette : Merci. Je vous amènerais maintenant sur le thème du PTET,
PSTQ. À la page 32, en fait, vous soulignez qu'il est important d'assurer
une certaine flexibilité quant aux exigences, tant dans le programme du PTET
que dans le programme du PSTQ, en encourageant, en facilitant, là, l'accès à
des cours de francisation durant la période de séjour des travailleurs
étrangers temporaires.
Donc, qu'est-ce que
vous suggérez, plus précisément, quand vous parlez d'injecter davantage de
flexibilité quant aux exigences requises
dans le PTET pour favoriser l'apprentissage du français? Est-ce que Francisation Québec répond, dans le fond, à
vos souhaits de flexibilité? Parce qu'il y a quand même beaucoup de flexibilité
qui est offerte via les formules
d'apprentissage de Francisation Québec. On parle de formules temps plein, temps
partiel, virtuel, présentiel, en
entreprise, en amont, depuis le pays de provenance. Bref, on peut opter pour
une formule ou une autre. Alors, de quelle manière est-ce que vous
verriez qu'il puisse y avoir davantage de flexibilité?
Mme Ollivier
(Dominique) : C'est peut-être, vraiment, là, la question... C'est la
question du continuum. Et l'expérience, je pense, de Josefina est assez... est
assez parlante et éloquente à ce niveau-là.
Mme Blanco (Josefina) : Oui.
Mais, c'est clair, j'ai vécu cette expérience en 2011, donc, l'importance de
pouvoir avoir, bien, l'accès, d'abord. Je n'ai pas pu commencer ma
francisation faute d'avoir une place en garderie pour mes enfants. D'ailleurs,
je ne l'ai jamais eue. J'ai dû aller au privé pour pouvoir débuter ma
francisation.
Par la suite, des
fois, on s'est trouvés dans le choix de... Est-ce que j'ai des allocations?
Non, il y a des listes d'attente. Donc,
c'est vraiment l'accessibilité, l'allocation, la flexibilité, s'assurer que,
quand on parle des femmes ou des hommes, s'il y a des enfants en
charge... qu'on puisse avoir des services de garde accessibles
Et aussi une question
qui se pose souvent... Une fois qu'on avance dans ce parcours de francisation
et qu'on commence à avoir un niveau d'indépendance, de compréhension, de
maîtrise, les offres d'emploi arrivent, et là c'est de dire... On se trouve dans des choix difficiles à faire, parce que
c'est une grande pression économique, mais comment je m'assure que je vais aller au bout de ma
formation? Parce qu'on le sait, maîtriser le français, c'est tout un art. Mais
je pense qu'on doit s'assurer qu'on donne toutes les conditions
gagnantes et toute la flexibilité possible pour que cette formation puisse se
poursuivre, notamment en milieu de travail. C'est un enjeu très, très pressant.
Je ne peux pas dire
que c'est le cas pour tout le monde, mais je pense que je peux représenter une
certaine réalité vécue par d'autres personnes, par d'autres immigrantes, par
d'autres femmes qui arrivent, comme moi, d'un pays
où la langue maternelle n'est pas le français. Mais on démontre qu'on peut
l'apprendre puis que, quand on apprend le
français, on peut aussi montrer que ça va au-delà de l'apprentissage d'une
langue. C'est vraiment la rencontre d'une nouvelle culture, que ça finit
pour devenir aussi notre culture.
Mme Ollivier (Dominique) : En
fait, on salue l'intention du gouvernement d'avoir créé Francisation Québec et
d'ouvrir très, très, très largement des choses, mais il faut aussi qu'on le
regarde, comme l'expliquait Josefina, dans un continuum, donc, un continuum qui
prend en compte la réalité particulière de l'endroit où les gens se trouvent au
moment où ils entreprennent leurs démarches de francisation, mais ensuite aussi
comment est-ce qu'on peut les amener jusqu'à un parcours de maîtrise totale du
français, particulièrement dans le nouveau contexte, notamment, de la loi n° 96, pour les services,
et ainsi de suite. Donc, comment est-ce qu'on s'assure que les
passerelles sont vraiment là et qu'on peut les soutenir dans des
besoins, certes, de francisation mais aussi dans les besoins connexes tout au
long du parcours?
Mme
Fréchette : Merci. Il nous reste combien de temps?
La Présidente (Mme
Caron) : 50 secondes.
Mme
Fréchette : Oh! 50 secondes. Rapidement, est-ce que vous êtes
optimistes pour assurer l'équilibre linguistique à la faveur du français à
Montréal? Est-ce que Francisation Québec y contribuera?
Mme Ollivier (Dominique) : Oui,
oui, nous en sommes convaincues. Si c'est accessible, si c'est continu, si les bonnes sommes sont injectées, il y a... ça promet
beaucoup, le fait de décloisonner, justement, cette offre de francisation.
Mme Blanco (Josefina) : Je voudrais me permettre
une remarque pour qu'on soit attentifs aussi à des questions de fracture
numérique, pour qu'on s'assure que, véritablement, tout le monde ait accès. Et
c'est un élément, je pense, que c'est important de surveiller. Et c'est
important de le soulever et de le nommer aujourd'hui.
Mme
Fréchette : Merci. Merci à vous deux.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, maintenant, je vais céder la parole au porte-parole de l'opposition
officielle pour 8 min 28 s.
M. Derraji : Bonjour à vous deux. Très heureux de vous
rencontrer, encore une fois, en commission parlementaire.
En
fait, c'est un bon mémoire, bien étoffé, avec pas mal d'informations, des
détails de statistiques. Ce qui m'a interpelé, c'est la page 28.
Vous avez consacré quand même pas mal d'informations sur le logement. Et ma
première question... Et, tout le monde le sait, à part les dernières années où
le gouvernement a nié la crise du logement, je pense, à travers le Québec,
vous, parmi les premières villes, vous avez dit qu'il y a une crise du
logement. Dans le même mémoire, vous dites qu'il faut augmenter les seuils
d'immigration. Moi, ce que je vois, et probablement une bonne partie de mes
collègues, c'est que les appels qu'on reçoit davantage, c'est qu'il n'y a plus
de logement pour le salaire que certaines
personnes obtiennent pour leurs premiers contrats quand ils arrivent à
Montréal. Comment concilier tout
cela? D'un côté, on demande une augmentation de seuil. De l'autre côté, il y a
une pression, sur les logements, énorme.
Mme Ollivier
(Dominique) : L'idée qu'on a dite d'entrée de jeu que, pour nous, ce
n'était pas seulement une question de
chiffres, c'était aussi une question de conditions de réussite... Et,
clairement, quand on améliore l'accès... Et Montréal vit les choses, je dirais,
de façon plus intense à cause du nombre qu'on représente, du poids démographique
dans le Québec. On le vit de façon plus intense et, je dirais, souvent, avant
les autres régions du Québec. Mais on se rend compte que, de plus en plus, ça
devient un enjeu à toute l'échelle du Québec, et quelles que soient les
catégories d'immigration dont on parle,
hein? Certaines régions, même, disent qu'elles sont incapables de se développer
adéquatement, de recevoir des travailleurs parce que, justement, il n'y
a plus de logement.
Donc, pour
nous, il faut qu'on regarde cet accroissement, je dirais, graduel des cibles
dans les trois prochaines années en
parallèle avec, notamment, des questions de maintien en logement, que ce soit
de maintenir un parc abordable, que ce soit de faire des
nouvelles mises en chantier, que ce soit également d'amener certains programmes
aussi d'accès à la propriété abordable. Il faut que toutes ces
mesures-là se parlent les unes aux autres pour qu'on ait une intégration qui
est réussie.
M. Derraji : C'est
quoi, le coût moyen pour un logement de trois, quatre et demie à Montréal,
maintenant?
Mme Ollivier
(Dominique) : De, pardon, trois...
M. Derraji : Le
prix, trois et demie, quatre et demie.
• (16 h 20) •
Mme Ollivier (Dominique) :
De mémoire, autour de 900 $. Donc, on est entre 900 $ pour un
trois et demie, jusqu'à 1 500 $, 1 600 $ pour un quatre et
demie, et ça dépend du quartier, parce que vous savez comme moi que les
quartiers de Montréal sont très différents l'un de l'autre.
M. Derraji : Oui,
vous avez raison, vous avez raison. Dans le cadre de votre planification, et on
s'entend que la plupart des nouveaux arrivants cherchent des appartements à
louer, votre demande, concrètement, maintenant, au gouvernement... Parce que ce
que vous dites au gouvernement aujourd'hui : Montréal, c'est une ville
incontournable au niveau de l'intégration des immigrants. Vous demandez aussi
dans votre mémoire : «Il faut que le gouvernement donne à Montréal le soutien financier nécessaire pour bien intégrer et
accueillir les immigrants en matière de francisation, de logement et de services.» Bon, on va décortiquer
une chose à la fois. Francisation, vous être à l'aise avec Francisation
Québec. Maintenant, en termes de logement et services, vous demandez combien,
concrètement, au gouvernement du Québec aujourd'hui, pour que Montréal continue
à jouer son rôle?
Mme Blanco
(Josefina) : Alors, oui, peut-être que... D'abord, c'est important de
noter que c'est important qu'on ait un portrait des données juste. Et ça, il
faudrait aussi que, quand on parle d'immigration, on puisse prendre en
considération des personnes à statut précaire, par exemple, parce que sinon on
a un portrait inexact de la réalité des demandeurs, des personnes qui sont avec
des demandes de résidence permanente pour des raisons humanitaires. Il faut
qu'on ait des données, un partage d'information entre villes, entre organismes
communautaires concernés, concertés. Il faut
que le portrait soit clair et il faut qu'on puisse les garder de... regarder de
façon régulière. Je ne sais pas...
M. Derraji : Mme
Blanco... Désolé, Mme Blanco. Je vais...
Mme Ollivier
(Dominique) : Bien, moi, j'irais même plus loin... Pardon, monsieur.
M. Derraji :
Je vais répéter ma question. Je vais répéter ma question. Je n'ai pas beaucoup
de temps, mais je veux vraiment vous
entendre par rapport à ça. On le sait tous, il y a une crise du logement à
Montréal. Il n'y a personne qui va dire le contraire. Je vous ai
entendues à plusieurs reprises. J'ai entendu la mairesse le dire aussi à
plusieurs reprises. Maintenant, on est dans
une consultation pour une planification pluriannuelle, pour les trois
prochaines années. Si, aujourd'hui,
la ville veut jouer son rôle pour continuer à intégrer et être la métropole
accueillante pour les immigrants... Vous-mêmes, vous avez dit que ça prend une
mixité, logements abordables, logements de premier recours. Il y a toute une
description vraiment très bien détaillée. Mais, concrètement, aujourd'hui, là,
vous demandez quoi au gouvernement? Des sous, je l'ai vu, mais vous chiffrez ça à combien? Parce que nous, on
est sur une planification pluriannuelle. Nous, c'est ce qui s'en vient. Mais vous, vous êtes là,
première ligne, pour accueillir ces gens, mais, s'il n'y a pas d'argent sur la
table pour construire des logements, bien, comment on va faire pour
intégrer ces gens s'ils n'ont pas de toit?
Mme Ollivier (Dominique) : Bon,
M. le député, on sait qu'il y a déjà 24 000 ménages qui sont en attente
d'un logement à Montréal.
M. Derraji : 24 000...
Mme Ollivier (Dominique) : 24 000
logements qui sont... pour un logement social, 24 000 familles, ménages
qui sont en attente pour un logement social
à Montréal. Une grande partie de celles-là sont aussi des familles immigrantes,
sinon, aussi, qui sont logées dans le privé, dans des conditions qui ne sont
pas toujours évidentes. Donc, pour nous, c'est important qu'il y ait des
nouvelles unités qui soient annoncées de façon régulière chaque année pour
pouvoir faire en sorte qu'on puisse, à terme, probablement pas seulement sur
trois ans, mais probablement sur la prochaine décennie, être sûrs qu'on peut
accueillir tout le monde.
Il y a les programmes
de supplément au logement aussi qui peuvent être une façon de soutenir les
ménages montréalais pour qu'ils aient accès à la propriété, mais, pour nous, je
vous dirais, au-delà d'un chiffre précis, c'est sûr qu'on veut avoir notre part des enveloppes qui sont dédiées à
l'habitation de façon générale et aussi peut-être qu'on regarde dans les
budgets de l'immigration, notamment, de l'entente Canada-Québec sur l'accueil
des immigrants, qui, à l'époque, a commencé
à 70 millions, qui, maintenant, est à presque 10 fois plus. Est-ce qu'il y a
moyen de traiter la ville de
Montréal... Nous, on aime souvent dire qu'on se sent un peu traités comme un
gros organisme communautaire, parce qu'on a 4 millions dans l'ensemble
PAC.
M. Derraji : Là, j'ai compris...
Mme
Ollivier (Dominique) : Est-ce qu'on peut avoir une partie qui est plus
substantielle?
M. Derraji : Oui, oui. Là, j'ai compris et je comprends que
j'ai en face de moi la présidente de gérer de la ville. C'est excellent. Vous jonglez très bien avec les
fonds et les enveloppes. Le message que vous envoyez à Mme la ministre, c'est que 70 millions, c'est 100 fois maintenant.
Vous ne voulez pas que la ville de Montréal soit considérée comme un organisme
communautaire.
Donc, les crises que
vous vivez par rapport au logement ou à autres aspects liés à l'immigration,
vous ne voulez pas aller avec le budget du Québec, mais vous voulez aller avec
l'entente Canada-Québec et qu'à l'intérieur... Vous dites : Bon, j'ai des immigrants qui arrivent à Montréal, je
veux une augmentation en conséquence de ce que j'ai sur mon territoire.
Est-ce que j'ai bien...
Mme Ollivier (Dominique) : En
fait, en fait, ce qu'on dit, c'est que les objectifs du gouvernement du Québec ne
peuvent pas être atteints si Montréal n'est pas partie prenante de la solution.
À partir de là, on a des ententes qui existent,
soit Réflexe Montréal, que ce soit l'entente Canada-Québec, que ce soient des
programmes en lutte à la pauvreté. On a une concentration de
vulnérabilité à Montréal qui gagnerait à ce qu'on la regarde non pas en silo
mais de façon globale, en se donnant
collectivement, le gouvernement et la ville de Montréal, des objectifs qui sont
des objectifs ambitieux en termes d'intégration.
La Présidente (Mme
Caron) : En concluant, 10 secondes.
M. Derraji :
Et ça passe par d'autres enveloppes budgétaires.
Mme Ollivier
(Dominique) : Ça passe notamment par des enveloppes budgétaires.
M. Derraji : Dans
le cas où la réponse est non...
La Présidente (Mme Caron) : C'est
terminé. Désolée, c'est terminé. Alors, je cède la parole au deuxième groupe
d'opposition pour 2 min 50 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup pour votre
mémoire puis votre présentation. Je suis content de vous retrouver.
Écoutez, il y a
quelques minutes, Le Devoir titrait qu'il y a 300 dossiers de
parrainage qui ont été rejetés en raison du
délai du MIFI, en fait, d'émettre des CSQ ou de les envoyer au gouvernement
fédéral. Alors, c'est 300 familles, là, c'est 300 personnes.
Et ça m'a fait beaucoup réagir, cet article-là, de penser que, parce que notre
ministère n'envoie pas des CSQ à temps au fédéral... qu'il y a des époux, il y
a des enfants, il y a des conjoints de résidents permanents du Québec qui ont
fait face à un refus. Et je pense qu'en 2023 on devrait pouvoir éviter ça. Il
me semble que ce serait la moindre des
choses que nos administrations se parlent, au moins, puis qu'on n'ait pas de
refus parce qu'un CSQ n'a pas été envoyé.
Je
reviens à vous ici, recommandation 4, régularisation de statut de personnes à
statut précaire, délais de CSQ en refuge.
Est-ce que vous sentez que la planification ou ce qui est présenté répond de
quelconque façon à vos inquiétudes sur ces volets-là?
Mme Ollivier
(Dominique) : On comprend que la planification visait... serait
l'avenir, hein, puis que toutes les
catégories ne sont pas forcément seulement dans la cour du gouvernement du
Québec. Ceci dit, ce qu'on invite à faire, c'est d'avoir une approche
globale qui tient compte de l'ensemble des catégories, et quitte à avoir des
interventions peut-être plus musclées, plus
importantes à certains moments de l'année pour pouvoir s'occuper de, justement,
tout ce qui est en délai de
traitement. Et, pour ça, on voudrait que le gouvernement du Québec travaille
avec le gouvernement fédéral pour s'assurer que les objectifs sont
atteints. Josefina... Non, ça va?
Mme Blanco
(Josefina) : Bien, je pense que ça va.
M.
Cliche-Rivard : Est-ce que la ville de Montréal appuie un éventuel
programme de régularisation pour les gens à statut précaire?
Mme Ollivier (Dominique) : Absolument,
et on l'a même demandé. On l'a demandé à la fois au gouvernement fédéral
ainsi qu'à la ministre, de faire tout ce qu'on pouvait pour faire en sorte que
ces gens qui sont sur notre territoire
puissent être traités dignement et que ça puisse... qu'ils puissent rapidement
trouver une certaine stabilité dans... c'est ça, dans un statut qui est
moins précaire.
Mme Blanco
(Josefina) : Ce sont des personnes qui sont déjà dans notre ville,
dans nos quartiers, puis on a les façons de ne pas les rendre encore plus
vulnérables. Donc, justement, il faut les sortir de cette vulnérabilité et leur
donner accès... c'est comme ça que j'ai
commencé à m'adresser à vous, en disant qu'il faut leur donner le droit, l'accès
à tous les services du gouvernement, les services... (panne de son)
...logement, éducation.
M. Cliche-Rivard : Est-ce que vous
êtes déçues de voir que le document de planification, jusqu'en 2027, ne
contient pas de proposition, ou de programme, ou de seuil pour la
régularisation?
La Présidente (Mme
Caron) : En conclusion, s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard : Est-ce que ça
vous déçoit?
La Présidente (Mme Caron) : Il reste
cinq secondes.
Mme Blanco (Josefina) : Pardon?
Mme Ollivier (Dominique) : ...
Mme Blanco
(Josefina) : Ah! notre
position est claire. Puis, je réitère ce qui a été dit par le comité exécutif,
on est...
La Présidente (Mme Caron) : C'est
terminé, madame. Désolée, c'est terminé. Je vous remercie beaucoup, Mmes
Ollivier et Blanco, pour votre participation à nos travaux.
Alors, je suspends la séance pour quelques minutes,
pour laisser place au prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 30)
(Reprise à 16 h 33)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
nous allons reprendre nos travaux.
Je souhaite la bienvenue au Collectif régional
de développement du Bas-Saint-Laurent et je vous demanderai de vous présenter
par vos noms et de tout de suite commencer votre exposé, vous avez 10 minutes,
avant qu'on procède aux échanges. Merci.
Collectif régional de
développement du Bas-Saint-Laurent
(CRD du Bas-Saint-Laurent)
Mme Lavoie
(Chantale) : Donc, bonjour. Je vais débuter. Chantale Lavoie. Je
suis préfète de la MRC de La
Matapédia mais aussi vice-présidente du Collectif régional de développement.
Donc, merci beaucoup de nous accueillir.
Mme
Lambert (Elsa) : Bonjour. Elsa Lambert, agente de développement en
immigration au Collectif régional de développement du Bas-Saint-Laurent.
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) : Stéphanie-Jeanne
Bouchard. Je suis agente de développement, volet immigration, pour un centre
local de développement de la région de Rivière-du-Loup.
Mme Pinard (Isabelle) : Bonjour. Je
suis Isabelle Pinard. Je suis conseillère en développement, promotion et
attractivité, à la MRC de La Matapédia.
Mme Lavoie
(Chantale) : Donc, d'entrée de jeu, c'est moi qui vais débuter,
là, peut-être juste pour vous parler un petit peu de qu'est-ce que c'est
que le Collectif régional de développement.
Donc, c'est un regroupement des huit MRC du Bas-Saint-Laurent
qui ont décidé, dans le fond, de se donner une
force de concertation et de faire de la planification régionale aussi. Bref, la
mission du collectif, c'est de promouvoir et de soutenir le développement économique, social, culturel, environnemental
dans tout le Bas-Saint-Laurent. Évidemment, l'immigration est un dossier
régional qui est fort important, et on s'assure aussi de soutenir les
initiatives locales d'accueil et d'enracinement, mais on le fait d'une façon,
justement, pour avoir une régionalisation, un peu, de toutes ces actions-là. Et
on est soutenus financièrement par le PAC, là, justement.
Le CRD coordonne les travaux de la table
régionale de concertation en immigration, qui regroupe les intervenants en
immigration des huit MRC, et c'est principalement ces gens-là qui ont rédigé le
mémoire qu'on vous présente aujourd'hui. Et
on a ajouté aussi des représentants COSMOSS, qui est une organisation où les
gens travaillent en intervention plus directe avec les jeunes ou les
adolescents aussi.
Évidemment, le Bas-Saint-Laurent, vous
connaissez sûrement, c'est une vaste région, c'est grand, avec une petite population. Et, chez nous, l'immigration,
c'est le gage d'un succès dans un contexte de concertation et de cohérence
mais beaucoup aussi en lien avec les réalités puis les enjeux qui sont propres
à nos régions. Puis, on le sait, les déplacements, entre autres, et l'accès aux
services sont très différents de d'autres régions plus urbaines. Donc, notre mémoire, vous allez voir aujourd'hui, met l'accent
sur les... ces particularités territoriales là, le désir d'accueil et d'enracinement
des personnes immigrantes dans nos communautés.
Donc, pour faire la présentation, vraiment, du
document, je vais laisser la parole à Mme Lambert pour qu'elle puisse,
justement, vous présenter les constats, les recommandations. Évidemment, dans
le Bas-Saint-Laurent, nous sommes convaincus que nous pouvons tous ensemble
bâtir une société inclusive, dynamique et prospère pour toutes les communautés du Bas-Saint-Laurent, et c'est ce qu'on veut vous
présenter aujourd'hui. Donc, Elsa, je te laisse la parole.
Mme Lambert
(Elsa) : Merci, Mme Lavoie. Bonjour, Mme la ministre, la présidente de
la commission, les commissaires. Ça me fait plaisir de vous présenter les
enjeux et recommandations de l'immigration en région. Je vais le faire avec aussi mes collègues Stéphanie-Jeanne
et Isabelle Pinard aussi, qui vont faire une partie de la présentation
et répondre à vos questions.
Donc, dans ce mémoire qu'on a déposé, en fait, on
a développé notre argumentaire sur deux orientations qui ont été identifiées, là, dans le cahier de
consultation de votre ministère, qui est la régionalisation de l'immigration et
la coordination des services
d'accueil et d'intégration des personnes immigrantes, qui correspondent aux
points 9 et 10 des orientations du gouvernement.
D'abord, la régionalisation de l'immigration. On
veut juste rappeler que, dans le dernier plan d'action en matière de régionalisation 2022-2023 du
gouvernement, on s'est fixé trois objectifs prioritaires qui étaient
d'encourager les personnes immigrantes à s'établir en région dès l'étranger,
d'améliorer l'attractivité des communautés régionales et d'améliorer les
programmes et les services liés à la régionalisation. On veut juste spécifier
que ces trois objectifs-là sont essentiels à la régionalisation. On juge que
c'est important de les maintenir. Cependant, on a d'autres éléments que nous
jugeons aussi importants pour la régionalisation de l'immigration.
D'abord, la migration... je sais qu'on va en
entendre beaucoup parler, mais la migration temporaire joue un rôle de plus en
plus important pour la dynamique régionale, et nous croyons qu'elle devrait
être considérée dans une stratégie de régionalisation. De plus en plus de candidats
à l'immigration optent pour l'obtention de permis d'études ou d'un permis de
travail en raison de la forte concurrence dans le cadre du programme régulier.
Il s'agit également d'une migration
primaire. Généralement, il est plus facile d'intégrer et de retenir des
individus déjà présents ici que de tenter
de les inciter à quitter Montréal pour les régions. Cependant, la transition
vers une sélection permanente s'avère souvent
ardue en raison des permis fermés qui maintiennent les travailleurs isolés,
dans la précarité, avec des difficultés d'accès à la francisation,
d'accès à des services d'accompagnement, d'accès à la santé, à la formation
professionnelle et à la mobilité — il y en a d'autres. Puis on aimerait
faciliter l'accès à ces personnes-là à la sélection permanente et aussi
faciliter leurs conditions de travail, qui sont souvent très, très difficiles.
Ensuite, il est essentiel de prendre en compte
la réunification familiale comme une dimension centrale dans une stratégie de
régionalisation de l'immigration. Il ne s'agit pas seulement, de notre point de
vue, des conjoints et des enfants, mais d'une perspective, là, plus large de la
famille. Parce que la famille, c'est un tremplin, un soutien au quotidien qui
devient un élément crucial à l'enracinement des personnes dans les régions.
C'était le deuxième point.
Troisièmement, évidemment, bien, il faut
continuer à renforcer les communautés en préparant les milieux, en poursuivant,
évidemment, le financement du Programme d'appui aux collectivités, mais il faut
également renforcer l'écosystème régional en
matière d'accueil et d'intégration, notamment dans le secteur de l'enfance et
de la petite enfance pour mieux accompagner les familles établies sur le
territoire, mais également de renforcer le réseau communautaire, le réseau de la santé, le milieu économique, etc.
On ne peut pas uniquement s'appuyer sur les agents en immigration pour assurer
l'accompagnement et l'intégration des familles immigrantes. Il faut que
l'ensemble de l'écosystème régional s'implique.
L'Union des municipalités du Québec proposait ce matin d'impliquer les autres
ministères, ce qui permettrait de renforcer les compétences et de
fournir des ressources dans l'ensemble de la communauté.
• (16 h 40) •
Nous
souhaitons également souligner l'importance de mieux préparer les candidats à
l'immigration en amont, avant de s'établir dans la région, en offrant de la
formation prédépart individualisée par les ressources locales, pour bien
préparer leur arrivée et établir des liens de confiance.
Enfin, l'accès au logement est également un
frein à la régionalisation. Nous l'avons vu cette année dans notre région, au
Bas-Saint-Laurent, beaucoup d'étudiants n'ont pas pu venir étudier dans l'une
de nos institutions scolaires en raison du manque de logements.
Deuxième orientation sur laquelle nous nous
sommes penchés, c'est... Pour favoriser l'accueil et l'intégration des personnes immigrantes dans les régions, il
faut permettre une plus grande capacité d'action des services d'accueil
et de soutien aux personnes immigrantes en
considérant les particularités régionales, en considérant l'expertise
régionale, en augmentant le financement du PASI, tel qu'on l'avait
espéré, et aussi en facilitant les redditions de comptes.
Je vais passer la parole à ma collègue
Stéphanie-Jeanne pour développer l'argumentaire de ce côté-là. Merci.
Mme
Bouchard (Stéphanie-Jeanne) : Bonjour à vous. C'est certain qu'avec 0,2 %
d'immigration au Bas-Saint-Laurent le
ministère ne peut pas envisager la grandeur et le financement adéquat pour
répondre à la demande et de voir concrètement ce que représente l'immigration
pour le Bas-Saint-Laurent. Par une expérience terrain de plus de 10 ans, je vais vous parler un peu des
services spécifiquement pour la région de Rivière-du-Loup, dans laquelle je
suis.
Depuis le
début de l'année, ce sont plus de 450 personnes, dont 240 nouveaux
arrivants, qui ont été rencontrées par deux ressources et demie de notre
service. Et là je ne parle que des clients admissibles. Je ne vous parle pas des
visiteurs, des demandeurs d'asile, des questionnements d'employeurs, des
réunions de concertation, de soutien aux établissements
et aux organismes. De ces 450 personnes uniques, la grande majorité ont
demandé plusieurs rencontres.
Dans les
écoles, actuellement, avec qui l'on tente de travailler en étroite
collaboration à cette rentrée 2023, ce sont 255 élèves du primaire et
du secondaire, ce qui représente 6 % des élèves de la commission scolaire
à Rivière-du-Loup spécifiquement,
dont 68 sont allophones et dont les langues maternelles sont l'arabe,
l'espagnol, le tagalog, le créole, etc., et cela, sans avoir accès à des
classes d'accueil ou des formations particulières pour les professionnels qui
sont liés à ces nouvelles arrivées et sans avoir de modalités claires quant à
l'accueil pour ces enfants, pour ces familles issues de l'immigration. Bien
sûr, ça s'affine doucement, mais les ressources sont cruellement lacunaires,
les visions sont peu affirmées et les gens, malheureusement, pas assez formés.
Cela sans compter aussi les étudiants des centres de formation
professionnelle et des cégeps, qui représentent plus de 200 étudiants
internationaux pour la seule région de Rivière-du-Loup.
Ça fait maintenant
10 ans que je travaille à ce poste d'agent de développement en
immigration. Ce sont des milliers de vies croisées... Et on me fait signe
d'arrêter.
La Présidente (Mme
Caron) : Il vous reste 20 secondes.
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) : Parfait.
Je vais vous parler des postes au niveau du service de l'immigration. On
est confrontés actuellement à des enjeux de santé mentale, de vulnérabilité
sociale, financière, de statut précaire, de précarité exacerbée, des situations
plus lourdes, plus complexes, des incompréhensions culturelles...
La Présidente (Mme
Caron) : C'est terminé.
Mme Bouchard
(Stéphanie-Jeanne) : Oui, j'arrête ça.
La Présidente (Mme
Caron) : Désolée, c'est terminé. Alors, je vais... Merci pour la
présentation. Je vais céder la parole à Mme la ministre pour 14 minutes...
14 minutes, oui, 7 secondes, pour les échanges.
Mme
Fréchette : D'accord. Merci, Mme la Présidente. Alors, merci à vous
toutes pour ce mémoire, pour cette présentation, pour prendre part à cet
exercice. C'est vraiment très apprécié.
Comme vous le savez,
pour notre gouvernement, la régionalisation de l'immigration, c'est vraiment
une priorité, c'est une de mes trois
priorités, et on veut s'assurer de cheminer, d'avancer dans cet objectif de
régionalisation. Et vous savez qu'on
partait de loin, parce que, sous le gouvernement antérieur, libéral, l'ensemble
des bureaux régionaux du ministère de l'Immigration avaient été fermés.
Alors, dans un premier temps, on s'est assurés d'ouvrir à nouveau l'ensemble de ces bureaux régionaux et même de
consolider encore davantage le déploiement de nos équipes à l'échelle du
territoire du Québec. Et on a fait de même à l'international parce qu'encore là
les équipes, la presque totalité des équipes
avaient été éliminées par le gouvernement libéral. Donc, on s'est assurés de
remettre en place ces équipes pour faire en sorte de bien accompagner
l'ensemble des intervenants qui oeuvrent dans le domaine de l'immigration.
Alors, sur ce
plan-là, j'aimerais vous entendre sur l'impact que ça a pu générer pour vous.
Et j'entendais que, Mme Bouchard, vous étiez là depuis 10 ans. Donc,
j'imagine que vous avez vu une évolution. Donc, qu'est-ce que ça a généré pour vous, l'ouverture de ces bureaux,
en termes de régionalisation de l'immigration? Dans quelle mesure est-ce
que ces entités vous soutiennent? Et, quand vous parlez d'avoir un continuum
d'activités, dans quelle mesure est-ce que nos équipes à l'international
peuvent vous aider pour faire connaître les opportunités qui s'offrent dans le Bas-Saint-Laurent, pour l'immigration primaire
idéalement? Vous y avez fait référence. Donc, j'aimerais vous entendre
sur ces différentes dimensions.
Mme Bouchard
(Stéphanie-Jeanne) : Elsa, je te laisse commencer.
Mme Lambert (Elsa) :
Ah! oui, il y a comme plusieurs questions, là. Bien, premièrement, les
directions régionales, c'est un excellent service de proximité. C'est une chose
qu'il fallait faire, c'est certain. Et aussi on a de très bons liens avec les
directions régionales, on a des très bons liens avec les conseillers en
immigration, mais il y a peut-être un manque de leviers pour les directions
régionales. Il y a... Ils n'ont pas de pouvoir d'action réel, quand on installe des programmes, où est-ce qu'ils peuvent
être totalement en concertation avec l'ensemble des acteurs sur le territoire.
Ça, c'est... c'est... Quelque chose que...
peut-être, qu'on aimerait, c'est une... peut-être une plus grande liberté
d'action pour les directions régionales, plus de leviers au niveau
régional.
Sinon,
sur les... Évidemment, on en a parlé ensemble, puis je pense que je vais vous
laisser la parole, les filles, aussi,
c'est qu'évidemment, si on a plus de ressources à l'étranger, à
l'international, bien, ce serait le fun de trouver des moyens où est-ce
que les régions puissent être présentes pour parler des réalités régionales et
des conditions qu'on a à offrir aux personnes... aux candidats à l'immigration.
Mais je ne sais pas
si Stéphanie-Jeanne ou Isabelle veulent faire du pouce un peu là-dessus.
Mme Pinard (Isabelle) : Oui, si je peux me
permettre. Donc, effectivement, les mesures d'attractivité sont plus
difficiles pour nous, d'être visibles, de s'afficher comme région pour des
candidats qui pourraient être intéressés à venir à l'extérieur de la région de
Montréal.
Pour
faire aussi du pouce sur les directions régionales, ce qu'on a constaté aussi,
c'est qu'au sein des expertises qu'on
avait déjà localement auprès des employeurs, des entrepreneurs, entre autres...
c'est que, malheureusement... Oui, on a augmenté le soutien en leur
offrant des... par exemple, des conseillers en immigration, des conseillers pour
les aider au recrutement, du moins les orienter, mais ça a créé une confusion
aussi, parce qu'on avait déjà des liens avec ces employés... (panne de son).
Mme
Fréchette : On vient de perdre madame.
La Présidente (Mme
Caron) : On vient de perdre le son. On ne vous entend pas.
Mme
Fréchette : Est-ce que, les autres, on continue à vous
entendre? Est-ce que vous pourriez vérifier votre micro?
La
Présidente (Mme Caron) : Est-ce que...
Mme Bouchard
(Stéphanie-Jeanne) : Bonjour.
La Présidente (Mme Caron) : Oui.
Alors, vous, on vous entend. Est-ce que vous pouvez reprendre, madame,
pour voir si le son est revenu pour vous?
Mme Pinard
(Isabelle) : Oui. Est-ce que le son est revenu?
La Présidente (Mme
Caron) : Oui. C'est bien. Merci.
Mme Pinard
(Isabelle) : Donc, je ne sais pas où ça a coupé, mais ce que je
disais, c'est qu'avec l'arrivée des conseillers en immigration ça a créé une
certaine confusion chez la part de nos entrepreneurs et employeurs, qui ne
savaient plus nécessairement vers qui se tourner. On avait déjà souvent, dans
les milieux locaux, des liens déjà bien établis avec les employeurs et on a
perdu un peu, là, la ligne, un peu, là, de... avec eux pour savoir, justement,
quels étaient leurs projets. Et on est souvent maintenant confrontés à des
situations où on apprend en cours de processus qu'il y a un candidat ou une
candidate qui arrive, et ils arrivent dans les jours, sous peu, alors que,
malheureusement, auparavant, on était peut-être davantage au courant d'avance,
là, et on était en mesure de mieux travailler à préparer aussi les équipes de
travail avant l'arrivée des employeurs et préparer les milieux à ce que les
nouvelles arrivées se fassent... se passent bien pour tout le monde.
Mme Fréchette :
Merci. J'aimerais passer la
parole à ma collègue Valérie Schmaltz, adjointe gouvernementale. Merci.
Mme
Schmaltz : Merci.
La Présidente (Mme
Caron) : Allez-y.
Mme Schmaltz :
Merci. Bonjour, mesdames. J'ai
l'impression de reconnaître quelques-unes d'entre vous lors de la
tournée, hein, cet hiver avec la ministre. Bon, vous dites oui. Alors, c'est
ça, je ne me suis pas trompée.
Alors, j'aimerais
revenir à la page 9 de votre mémoire, où vous recommandez de maintenir et
adapter les seuils de regroupement familial
pour un meilleur enracinement des personnes en région. Est-ce que c'est
possible d'élaborer un petit peu sur ce point? Puis, selon vous, est-ce
que nous devrions traiter prioritairement, justement, les dossiers de
regroupement familial de demandeurs dans les régions?
• (16 h 50) •
Mme Lambert (Elsa) : En fait, je vais répondre
à la question. Et d'ailleurs j'écoutais l'Institut de la statistique du Québec, ce matin, qui a aussi également mentionné... a fait des mises en
garde, là, par rapport à ça aussi. Parce qu'on a une immigration
économique qui augmente puis on remarque, dans les statistiques, un... comme un
vide, un décalage, en fait, comme, plus important que les années antérieures
entre l'immigration économique qu'on veut faire venir et le regroupement
familial. Et, si on augmente l'immigration économique, il faut aussi être
cohérents avec la réunification familiale, parce que ça va de soi, c'est
important. Ça fait que ce vide-là, il est là, et c'est... On craint qu'il y ait un grand décalage entre ça et que les
personnes qui migrent ici aient de la difficulté à faire venir leurs familles.
Et c'est important pour la régionalisation de l'immigration. Nous, on y croit,
là.
Mme
Schmaltz : Absolument.
La Présidente (Mme
Caron) : Allez-y, Mme Bogemans...
Mme
Bogemans : Oui. Parfait. J'attendais le micro. Merci.
La Présidente (Mme
Caron) : ...pardon, députée d'Iberville. Désolée. Il reste
6 min 45 s à votre formation politique.
Mme Bogemans :
Parfait. Merci. Tout à l'heure,
vous parliez de régionalisation et d'intégration. Vous voulez de la
régionalisation primaire dans vos régions. Est-ce que vous pouvez nous
expliquer un petit peu quelle serait votre idée, comment ça se
déploierait?
Mme Bouchard
(Stéphanie-Jeanne) : Déjà, peut-être, je vais prendre la parole pour
dire que moi, avec cette expérience, là, de
10 ans, voire 11 ans, parce qu'en 2009-2010 j'avais aussi fait une
année... Et, en 2009, j'ai accueilli une agronome du Maroc, puis, à ce
jour, c'est 14 personnes de sa famille qui sont maintenant dans la région,
qu'au fil des années on a aidé à accueillir et qu'au fil des années les services
de proximité ont fait en sorte qu'on a pu accueillir non seulement des gens qui travaillent dans plusieurs sphères, mais qui
ont aussi plusieurs enfants qui vont dans nos écoles, et tout ça.
Le service, vraiment, qu'on est en mesure
d'aller toucher les gens à l'étranger, de les préparer d'emblée à venir
directement dans la région, je pense que c'est gage de succès au niveau de la
régionalisation. Il ne faudrait pas occulter le fait que
les gens, dans une migration primaire, pourraient envisager le Québec dans sa
totalité. Souvent, on parle de l'immigration à l'étranger comme Montréal, et
les régions, et le reste du Québec, et on ne parle pas d'un Québec plein,
entier, avec diverses possibilités, selon les envies de chacun, les désirs de
chacun, les motivations de chacun. La
migration première, nécessairement et systématiquement, se fait souvent vers
Montréal, et, dans un deuxième temps, les gens peuvent envisager la vie
en région. Alors, moi, je pense que de présenter un Québec fort et fier de tous
ses territoires, ça pourrait être d'emblée gagnant pour une régionalisation, à
la base.
Mme
Bogemans : Parfait. Merci.
La Présidente (Mme
Caron) : Oui, la députée de...
Mme
Schmaltz : Vimont.
La Présidente (Mme
Caron) : ...Vimont, oui. Allez-y.
Mme
Schmaltz : Vous parlez d'indice de vitalité économique qui n'est pas
suffisamment pris en compte. J'aimerais vous
entendre là-dessus puis aussi d'essayer de comprendre de quelle façon cet outil
pourrait être utilisé par le MIFI ou d'autres acteurs aussi. Alors,
j'aimerais connaître...
Mme Lambert
(Elsa) : Oui. Je peux dire un petit mot là-dessus. Bien, en même
temps, une région comme le Bas-Saint-Laurent...
Le Québec est diversifié, mais même une région comme le Bas-Saint-Laurent est
très diversifiée. Il faut comprendre que l'indice de vitalité économique
fonctionne pour des petites MRC comme, par exemple, La Matanie,
La Matapédia, mais qu'à Rivière-du-Loup c'est différent.
On
pourrait... Dans les subventions du MAMH, par exemple, tu sais, ils vont
prendre l'indice de vitalité, des fois, pour répartir certaines données
financières, parce que, l'indice de vitalité, ils vont considérer la grandeur
du territoire, puis nous, on a un problème dans le transport. On n'est
pas capables de sortir, par exemple, des travailleurs temporaires des fermes agricoles pour les amener vers des
activités. Ça prend du transport. Peut-être qu'Isabelle, je ne sais pas, tu
peux peut-être faire du pouce là-dessus, parce que vous avez des beaux projets,
mais tu sais comment c'est difficile à financer.
Mme Pinard
(Isabelle) : C'est effectivement plus difficile lorsqu'on a un grand
territoire. Ce n'est pas pris en compte,
souvent, les dépenses qui sont à assumer. On peut dire : Oui, mettez en
place des activités de sensibilisation, mais on sous-estime souvent, justement, que, lorsqu'il faut organiser
une activité, il faut prévoir des autobus maintenant, ce qui n'était pas
nécessairement le cas il y a six ans, par exemple, lorsqu'on a débuté nos
ententes. Mais aujourd'hui c'est pratiquement obligatoire que, chaque fois que
j'organise une activité, je dois prévoir un transport adapté pour aller chercher... m'assurer de couvrir l'ensemble
du territoire. Donc, c'est un type d'exemple de dépense, là, qu'on doit
faire maintenant pour s'assurer de la participation pleine et entière de tous
nos nouveaux arrivants sur le territoire.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci. Alors, la députée de Laviolette—Saint-Maurice, allez-y.
Mme Tardif : ...que
ma collègue n'ait pas terminé. Je vais...
La Présidente (Mme Caron) : La
députée d'Iberville, vous n'avez pas terminé? Alors, allez-y. Il reste
2 min 26 s.
Mme
Bogemans : Parfait. On parlait d'apprentissage du français en milieu
de travail tout à l'heure, surtout pour les
municipalités les plus éloignées. Selon vous, ce serait quoi, les meilleurs
outils à mettre en place pour faciliter ça puis que ce soit commode et
pour la personne immigrante et pour l'employeur?
La Présidente (Mme
Caron) : Est-ce que quelqu'un veut répondre?
Mme Lavoie
(Chantale) : Comme personne ne se lance... M'entendez-vous?
La Présidente (Mme
Caron) : Oui.
Mme Lavoie (Chantale) : OK. Bien, je pense que,
par rapport à votre question, moi, ce que je dirais, c'est que c'est important
de continuer de soutenir nos milieux puis de, justement, préparer nos milieux,
parce que nos entreprises, elles ne sont pas toutes ouvertes à donner des cours
de français pendant... Il y a beaucoup d'entreprises qui ont encore la
philosophie... Puis là on parle de petites et moyennes entreprises. Dans
La Matapédia, là, des grosses entreprises, il n'y en pas tellement. Ça
fait que, quand on travaille avec ces gens-là, c'est de la plus petite
entreprise, souvent, et les entreprises ne
sont pas ouvertes encore suffisamment. Ça fait que, les cours, il faut qu'ils
soient donnés le soir. Ça fait que ces personnes-là travaillent toute la
journée, doivent travailler le soir... doivent aller à l'école le soir,
apprendre le français, quand ils ne doivent
pas tout simplement quitter La Matapédia pour aller dans un... Notre
centre de services scolaire, il est
beaucoup plus grand, ça fait que les cours ne se donnent pas nécessairement
dans La Matapédia. Parce que, La Matanie, il y a plus de personnes
immigrantes, entre autres.
Ça fait qu'il y a vraiment le besoin, je pense,
que... Dans votre question, ce que je retiens, c'est qu'il faut continuer de
soutenir de façon importante le milieu dont les entreprises font partie, là.
Mme Bogemans : Parfait.
Donc, les outils technologiques seraient une bonne façon de déployer la
francisation en entreprise, en région.
Mme Lavoie
(Chantale) : Je vais laisser plus mes collègues répondre, mais moi, je
vous dis ma... En tout cas, les outils technologiques, c'est un autre élément
qu'il nous faut faire attention, parce qu'ils n'ont pas tous accès à ça non
plus, là, je vous dirais. Puis là ça dépend de quel statut on parle aussi. Ça fait
que je vais laisser mes collègues réagir.
La Présidente (Mme
Caron) : En conclusion... 20 secondes, en conclusion.
Mme Bouchard
(Stéphanie-Jeanne) : La littératie numérique n'est pas acquise de tous
les gens qui arrivent ici, sur le territoire. Ça, c'est sûr. D'avoir des
portails où s'inscrire, où c'est déjà complexe pour quelqu'un qui parle
français, peut devenir assez rébarbatif, assurément, pour des gens qui n'ont
pas accès à des ordinateurs, parfois, ont peu accès à la littératie numérique
aussi.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci. Merci. C'est terminé. Alors, merci pour cette partie
d'échange. Maintenant, je vais céder la parole au porte-parole de l'opposition
officielle pour les échanges, 8 min 28 s. Alors, Mme la députée de Chomedey.
Mme Lakhoyan
Olivier : Bonjour. Donc, merci beaucoup pour votre mémoire et votre
présence. C'était très intéressant le lire. Et je trouvais que, d'une région à
l'autre, c'est différent mais un peu pareil, que ce soit le côté humain, la
réunification familiale. Mais, dans votre cas, vous dites que vous avez
1 000 étudiants internationaux et plus de 900 travailleurs
étrangers. Mis à part ça, vous devriez avoir d'autres immigrants, comme des
immigrants qui viennent... Est-ce qu'ils viennent directement pour vivre là,
ils demandent à être immigrants chez vous au lieu d'aller à Montréal, par
exemple? Est-ce que vous avez des chiffres concernant les autres situations
d'immigration? Ah! une de vous quatre, je ne sais pas.
Mme Bouchard
(Stéphanie-Jeanne) : Les chiffres sont vraiment difficiles à avoir, en
fait. Je pense que... je pense qu'il y a de ça aussi. Il y a beaucoup de
travail qui se fait avec des gens qui sont à l'étranger, qui ont connu
Rivière-du-Loup, le Bas-Saint-Laurent, Rimouski et compagnie par, oui, des
établissements scolaires, mais le bouche-à-oreille aussi. Donc, je pense que,
quand on est en mesure de parler avec des gens qui sont à l'étranger... Puis
chaque jour on reçoit des demandes, nous. Si on donne un petit plus au niveau
du service, de l'information, et tout ça, ces gens-là sont prêts à venir
directement au Bas-Saint-Laurent sans nécessairement passer, assurément, par
les grands centres.
Mme Lakhoyan
Olivier : Donc, vous n'avez pas de chiffre exact là-dessus.
Mme Bouchard
(Stéphanie-Jeanne) : Malheureusement.
Mme Lakhoyan Olivier : Vous dites que vous avez
besoin des immigrants, il faut faciliter, et tout. Quel seuil est bon,
vu la demande que vous avez dans la région?
• (17 heures) •
Mme Lambert (Elsa) : Bon, bien, justement, on
a beaucoup de difficultés à avoir un portrait réel de l'immigration au
Bas-Saint-Laurent. Bon, on peut avoir quelques statistiques de Statistique
Canada, on a des chiffres, mais ils ne sont pas... ce n'est pas réel parce
qu'on manque beaucoup de données.
Pour... Juste pour
les... Tu sais, on a des travailleurs temporaires qui sont ici depuis
10 ans. On ne le sait pas, où ils sont, tu sais. On n'a pas... On n'est
pas capables d'avoir... on n'est pas capables d'avoir de chiffres réels de
l'immigration au Bas-Saint-Laurent avec l'immigration temporaire, avec
l'immigration permanente, et on... Donc, à partir
de ça, on n'arrive pas à faire un portrait sur qui qui est là, qui qui vit à
nos côtés, qui qui sont là, tu sais, puis comment ils vivent. Tu sais,
si on pouvait avoir un portrait réel, on serait capables de voir : Ah!
bien, notre capacité, regardez, on a réussi
quand même à accueillir tout ça puis à loger tout ce monde-là, mais on n'est
pas capables de le dire. C'est que ce n'est que des estimés, et assez
flous, merci.
Puis, juste pour
l'immigration temporaire, on arrive, mais, tu sais, je veux dire, c'est un
véritable casse-tête d'avoir des chiffres,
là. Je veux dire, on arrive, par les EIMT, d'aller chercher, entre tel mois et
tel mois, sur... les entreprises qui ont fait des... qui ont demandé des
permis de travail, mais on ne sait même pas s'ils sont arrivés sur le
territoire. Il y a des postes, comme
soudeur, par exemple, où on en a beaucoup sur le territoire,
qu'il n'y a pas besoin d'EIMT. On n'est pas capables. C'est un vrai...
C'est cacophonique. Mais, tu sais...
M. Derraji : Je
lis entre les lignes que c'est une vraie inquiétude que vous êtes en train de
nous exprimer en commission par rapport au travail.
Mme Lambert
(Elsa) : Une vraie...
M. Derraji : Une vraie inquiétude que vous êtes en train
d'exprimer en commission parlementaire. Parce que vous savez que, sur la table, on vous a invitées
pour choisir un des deux scénarios, statu quo à 50 000 ou à 60 000.
Mais, votre besoin, dans votre grande région que
j'aime beaucoup, il y a aussi les travailleurs temporaires étrangers. Mais, vous-mêmes, vous êtes sur le territoire, vous êtes
en train de nous dire vous n'avez aucune idée. C'est juste des estimés. Donc, si, demain, on dit qu'on veut accueillir 1
000, on a une entreprise importante qui vient dans la région, bien, les services
doivent suivre, et notamment pour le logement. Donc, pensez-vous qu'on passe à
côté de quelque chose au niveau de cette consultation?
Mme Lambert
(Elsa) : Bien, dans les orientations du gouvernement, il y est
clairement mentionné qu'ils veulent documenter les capacités d'accueil. Alors,
nous, notre lecture derrière ça, c'est d'être capable de nous donner les chiffres pour qu'on puisse faire des portraits
de notre immigration, un réel portrait de notre immigration au Bas-Saint-Laurent avant d'identifier des
cibles puis de...
M. Derraji : Donc, vous, vous êtes un acteur sur le terrain
aujourd'hui, vous êtes en commission parlementaire et vous dites que vous
n'avez pas le portrait de l'immigration dans votre région. Vous ne savez même
pas s'il y a des gens logés quelque part, si des travailleurs
étrangers... La seule chose, c'est ceux et celles qui viennent taper à votre
porte pour demander des services. C'est quand même inquiétant, non, pour un
organisme qui travaille en immigration, qui ne
sait pas le portrait de la région? Mais comment... comment pallier à ça?
Comment pallier à ça? Comment on peut vous aider, à part demander... à par demander les sous? Ça, on va le faire au
gouvernement. On va faire le suivi. Vous allez avoir l'argent
nécessaire. Le gouvernement est très généreux au niveau de la régionalisation.
Ils vont réouvrir des bureaux. Donc, on peut faire le suivi par rapport à ça.
Mais, concrètement, ça prend plus que des sous, là.
Mme Lambert
(Elsa) : Bien, concrètement, le gouvernement fédéral, il faudrait
qu'il nous donne le nombre de visas qui a été...
M. Derraji : On n'est pas à Ottawa. On n'est pas à Ottawa.
On est à Québec. Qu'est-ce qu'on peut demander au gouvernement du
Québec?
Mme Lambert
(Elsa) : Les filles, là, je vous laisse...
Mme Bouchard
(Stéphanie-Jeanne) : Bien, moi, qui travaille depuis 10 ans, je
l'ai dit tout à l'heure, mais, quand même, si je pouvais travailler
24 heures sur 24, mon cher monsieur, j'aurais des rendez-vous
24 heures sur 24, sept jours sur sept. On est deux personnes et demie.
J'ai les agendas surchargés.
M. Derraji : Wow!
Mme Bouchard
(Stéphanie-Jeanne) : Vous roulez mon agenda dans les 10 dernières
années, jamais de temps libre, je prends
deux semaines de vacances, j'ai 400 courriels. Hier... hier, j'ai eu
18 demandes de rendez-vous. On est deux et demi pour servir cette
population-là puis on fait des petits miracles au quotidien.
M. Derraji :
Oui, bien, je...
Mme Bouchard
(Stéphanie-Jeanne) : Alors, quand vous parlez de capacité d'accueil...
M. Derraji : Oui,
oui. C'est bon.
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) : ...je
dirais juste aussi : Comment on définit cet accueil-là puis qu'est-ce qu'on veut en faire? D'avoir un discours purement
économique, je pense qu'on passe à côté de la chose, premièrement, parce que le discours économique fait en sorte
qu'un employeur m'interpelle et me dit : Ça a bien été avec mes cinq
Philippins, Marocains, ou peu importe, j'en ai commandé 30 autres. Moi,
recevoir ce commentaire-là d'un employeur en 2023, je ne l'accepte pas.
Donc, le discours
économique de dire : Capacité d'accueil, on fait venir des travailleurs,
on fait venir des humains qui ont des familles, qui, oui, viennent travailler
pour nous... Mais à quand le discours de rayonnement de la diversité, au-delà
du discours de l'immigration? Puis à quand le travail non en silo du ministère
de l'Immigration, mais travaillons en
collaboration avec le ministère de la Culture, du Travail, de l'Immigration, et
qu'on fasse rayonner ensemble une diversité?
Donc, la capacité
d'accueil, elle inclut tout ça puis elle inclut ces humains-là qui choisissent
nos territoires puis que l'on veut accompagner pour les aider à s'enraciner.
M. Derraji : Mesdames,
c'est tout à votre honneur. J'adore ce que j'entends. C'est un très beau discours.
Et, vous savez, si j'ai à choisir votre région ou à la référer à quelqu'un, je
vais être très honoré de le faire, parce que c'est exactement ce qu'on veut.
Des messages de stigmatisation, des mots forts que nous avons tous vécus lors
de la dernière campagne électorale, parfois même de la bouche d'un ancien
ministre de l'Immigration, ça n'aide pas à l'intégration,
ça n'aide pas la régionalisation. Mais je suis très rassuré de voir que votre
discours est le discours de 2023, je dirais même avant-gardiste,
probablement même un discours du futur qu'on doit tous adopter.
Je reviens à
la question de la consultation. Si je vous pose la question aujourd'hui,
scénario 50 000 ou 60 000, vous allez me dire quel scénario
vous préférez et pourquoi.
La Présidente (Mme
Caron) : Rapidement. Il reste 10 secondes.
Mme Lavoie (Chantale) : Honnêtement...
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) : On
parle de... Bon, allez-y, madame.
Mme Lavoie (Chantale) : ...on ne
s'est pas posé cette question-là, parce que, nous, que ce soit 50 ou 60, notre
but à nous, ce n'est pas le chiffre qui est important pour nous, c'est comment
on va le faire puis pour qui on le fait. Dans le fond, c'est... Honnêtement, on
ne s'est même pas... On ne s'est pas posé cette question-là. Je suis très
honnête avec vous. Puis, nous, c'est des gens. Ce n'est pas des chiffres.
C'est...
La
Présidente (Mme Caron) : C'est terminé. Merci. Merci. Alors, je vais céder
la parole au deuxième groupe d'opposition pour
2 min 50 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
D'abord, merci beaucoup pour votre travail. C'était fascinant à vous lire et à
vous entendre. Et merci pour tout ce que vous faites au quotidien pour ces
gens-là que vous accueillez, là. On ne le dit pas assez souvent. Merci. Alors,
je vous envoie mes remerciements.
Je vous ai lu avec attention. Ce que je
constate, c'est que, chez vous, il y a deux catégories de travailleurs, si je
peux me permettre, là, ceux qui auront accès à la résidence et les moins
qualifiés qui n'auront que très peu, voire pas,
là, ou difficilement accès à la résidence. Et vous parlez de 80 % des
travailleurs, chez vous, dans votre document. Vous parlez d'un parcours du combattant. Vous parlez du fait que, bien
qu'ils reviennent chez vous travailler, souvent année après année... Et,
en réponse à mon collègue, vous avez parlé, des fois, de 10 ans de travail
temporaire sans jamais être capable
d'accéder à la résidence permanente. Ça me préoccupe d'entendre ça,
sincèrement. Je vous pose la question : Est-ce que vous jugez que
c'est normal, en 2023, d'avoir deux classes de travailleurs, là, ceux qui
auront accès à la résidence puis ceux qui n'auront pas accès?
Et, dans un deuxième temps, est-ce qu'il n'est
pas le temps d'avoir une voie rapide régionale qui répond à vos besoins sur le terrain, qui répond à vos
travailleurs sur le terrain pour qu'ils puissent rester avec vous, ce que moi,
j'appelle un PEQ régions, là? Est-ce qu'on... il ne serait pas le temps d'aller
là?
Mme
Bouchard (Stéphanie-Jeanne) : Ça pourrait être envisagé, assurément. C'est sûr
que la refonte du PEQ, dans la nouvelle mouture, qui a enlevé la
possibilité à des travailleurs de catégorie que l'on appelait C et D, dans le bloc peu qualifiés, fait en sorte que, pour
plusieurs, plusieurs d'entre eux, l'accessibilité à la résidence... à la
sélection du Québec ne sera pas possible.
Puis, d'autre part, quand la sélection est
possible, moi, je connais des gens... On s'inscrit sur Arrima, on est invité
dans le programme Travailleurs réguliers, on est invité par le Québec, on
dédouble sur une autre plateforme, on fait
son profil, puis, à la fin, en ayant soumis de nouveau le profil et payé les
frais, on nous refuse parce qu'à la base on n'a pas de DES équivalent dans son pays d'origine. Et on a fait faire
toute cette démarche-là, à la base, en étant invité par le Québec, mais,
à la base, on savait que ces gens-là seraient refusés. Ça fait que, d'une part,
ça, c'est... c'est très crève-coeur pour plusieurs.
La
méconnaissance des gens qui arrivent ici, qui pensent que, dans deux, trois
mois, leurs familles vont être ici, qui
déchantent cruellement... Moi, quand je les rencontre devant moi, quand j'avais
un PEQ, au moins, qui me permettait de dire : Fais tes 12 mois,
voire, maintenant, 24 mois, puis il y a au moins une option... Là, je ne suis
plus capable de dire ça à personne : Il y a au moins une option, ça se
peut que vous soyez sélectionné, ça se peut que...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion, s'il vous plaît.
Mme
Bouchard (Stéphanie-Jeanne) :
J'ai des dizaines... j'ai des dizaines de travailleurs qui sont complètement
désillusionnés de par ces systèmes-là.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Mme Bouchard (Stéphanie-Jeanne) : Ils
ne sont pas adéquats pour eux.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
C'est terminé. Alors, merci au député de Saint-Henri—Sainte-Anne. Maintenant,
député de Matane-Matapédia pour 2 min 50 s.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Mesdames, c'est un plaisir, dans bien des cas, de vous retrouver.
Je reconnais la préfète de La Matapédia. Je reconnais, pour nommer
quelques familiarités, Isabelle, Elsa, tout le monde. On parle du Bas-Saint-Laurent.
Donc, trêve de parler de tous les avantages de notre région, on va aller sur
l'essentiel.
Dans votre
document, vous faites un commentaire qui m'a accroché beaucoup. À la page 7 de
votre mémoire, vous dites qu'un permis de travail fermé maintient les gens dans
la précarité et la dépendance auprès de l'employeur unique. Ma
question : Croyez-vous que ce type de permis de travail fermé rattaché à
un employeur unique, devrait être remplacé par un permis de travail lié à une
région ou à un domaine d'emploi? Est-ce que ce serait mieux?
• (17 h 10) •
Mme
Lambert (Elsa) : C'est une belle alternative, et je pense qu'il faut y
penser, tu sais, il faut voir. Mais en fait,
nous, c'est sûr que les permis tels qu'ils sont offerts par le... bien, c'est
le gouvernement canadien qui fait les permis fermés, tu sais, ça n'a pas de bon sens. On ne peut pas continuer avec
ce type de permis là, aussi, qui crée un décalage entre les travailleurs
d'ici puis les travailleurs étrangers. Donc, c'est pour ça qu'on demande même,
dans le mémoire, que le gouvernement du Québec continue à faire des pressions,
puisse faire des pressions auprès du gouvernement fédéral afin d'abolir ce type
de permis là et de réfléchir à d'autres alternatives.
M. Bérubé : Bien,
c'est une autre démonstration de ce que le premier ministre nous a dit. On doit
contrôler davantage notre immigration pour plein de bonnes raisons, notamment
des choses qui peuvent apparaître aussi simples
que ça, le fait que les travailleurs se trouvent un peu emprisonnés dans une
situation. Puis on pourrait leur ouvrir des horizons, ce qui, je pense,
serait intéressant. Ça se peut que ça n'aille pas bien dans un endroit, mais ça
pourrait aller mieux à l'autre endroit, dans la même région. Puis on a des
défis importants. Je pense à La Matapédia, qui est la MRC qui, malheureusement, pour l'instant, ça peut changer, reçoit le
moins de citoyens issus de l'immigration. On a un travail à faire,
évidemment.
Quant à la
régionalisation de l'immigration, êtes-vous capables de m'identifier, dans vos
différents secteurs... Elsa, vous êtes à Rimouski, Isabelle et Chantale, vous
êtes dans La Matapédia... j'oublie votre prénom, vous êtes à Rivière-du-Loup,
je pense. Est-ce qu'on a les chiffres du nombre d'immigrants par région, et ça
peut représenter quel pourcentage? Moi, je n'ai pas ça, mais j'aimerais
l'avoir. On n'a pas ça?
Mme Bouchard
(Stéphanie-Jeanne) : On n'a pas ça officiellement.
Mme Lavoie (Chantale) : On a des estimés d'après
le travail qu'on fait sur le terrain. On peut estimer, à peu près.
M. Bérubé : Mais
c'est anecdotique, là.
Mme Lavoie
(Chantale) : Mais, les chiffres concrets, on n'a pas... on n'a pas ça.
M. Bérubé : C'est
anecdotique. On connaît un tel qui travaille à telle place puis, là, on le
compte.
La Présidente (Mme
Caron) : En conclusion, s'il vous plaît.
M. Bérubé : Ça
manque de données probantes. Peut-être demander à l'institut du ministre de
l'Éducation de nous rajouter ça pour être capable de voir qu'est-ce que ça veut
dire dans notre région.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci. Merci, M. le député.
M. Bérubé : C'est
une suggestion.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci. Alors, c'est terminé. Je vous remercie beaucoup,
mesdames, d'avoir participé à nos travaux, d'avoir préparé un mémoire. Alors,
je vous souhaite une bonne journée.
Je suspends les
travaux avant de rencontrer notre prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à
17 h 13)
(Reprise à 17 h 16)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
bonjour. Nous allons reprendre les travaux. Donc, je souhaite la bienvenue au
Centre des travailleurs et travailleuses immigrants qui sont avec nous dans la
salle. Alors, je vous rappelle que
vous aurez 10 minutes au total pour votre présentation. Je vous invite à
vous présenter et à commencer. La parole est à vous.
Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTI)
Mme Medina (Viviana Carol) : Oui.
Bonjour à toutes et à tous. Mon nom, c'est Viviana Medina. Moi, je suis
organisatrice communautaire au Centre des travailleurs et travailleuses
immigrants. C'est un centre qui a été fondé ça fait 22 ans pour la
communauté philippino, la plupart, des travailleuses domestiques. C'est un
centre que... dédié à la défense des droits du travail, des droits humains. On
se bat pour la justice, la dignité et le respect de toutes et tous les
travailleurs immigrants, et nous défendons et nous organisons les travailleurs,
travailleuses étrangers temporaires, le secteur le plus précaire, et on défend
et on organise aussi les travailleurs, travailleuses d'agence de placement et
les travailleurs, travailleuses sans ce statut légal.
Je veux donner la
parole à ma collègue Grace. Merci.
Mme
Meyanwi Anye (Grace) : Salut. Salut, tout le monde. Je m'appelle Grace.
Je suis arrivée au Canada en 2019 comme travailleur étranger temporaire,
venant de mon pays, le Cameroun. Avant d'arriver ici, j'étais à l'école. Je faisais la formation de devenir infirmière. Mais, à cause
des crises politiques, j'ai été obligée de me déplacer parce qu'il n'y avait
plus moyen d'étudier.
J'ai
trouvé l'emploi ici, au Canada, et puis je me suis déplacée. Je suis venue,
mais je suis venue avec un permis fermé.
J'ai commencé à travailler avec ce permis, et mon employeur m'a abusée
pendant 14 mois sans arrêt. Il m'a abusée. J'ai même eu l'accident. Je suis tombée malade.
Les conditions de travail n'étaient pas bien. Mais, à cause de la peur et...
j'ai été obligée de rester là jusqu'à ce que j'aie rencontré le CTI, qui m'a
aidée à quitter cet endroit.
Bien, quand je suis
sortie de là, j'ai eu un permis ouvert pour les personnes vulnérables et je
suis retournée dans le domaine de la santé. J'ai commencé à travailler comme
préposée aux bénéficiaires. Et là tout allait bien parce que c'était un permis ouvert. Je devais renouveler
le... Bon, je devais retourner sur le permis fermé, mais, entre-temps, j'ai
composé le test de français trois fois, sans succès. Et, parce que je n'ai pas
réussi le test de français, ça a beaucoup retardé ma vie, et j'étais
obligée de retourner sur le permis fermé.
J'ai commencé à dire
à mon employeur que j'avais besoin de EIMT pour pouvoir faire la demande de
permis de travail, et puis elle m'a demandé beaucoup d'argent. Je me suis
sentie obligée de quitter le Québec parce que le test de français ne me permet pas de m'intégrer, malgré le fait que
j'aie servi ou travaillé au Québec en français pendant deux ans sans
souci.
Là, je me suis
déplacée. Je suis partie en Alberta. Étant là-bas, j'étais toujours obligée de
chercher un employeur qui va me donner le EIMT pour le permis fermé. J'ai
trouvé un employeur, il a accepté et puis il m'a dit qu'il va me donner le EIMT. Il m'a donné un document. J'ai utilisé ça
pour faire la demande de mon permis de travail fermé. L'Immigration m'a
dit de rester là-bas jusqu'à ce que j'aie ma réponse. Je suis restée.
• (17 h 20) •
Entre-temps,
le cycle d'abus a recommencé. Mon employeur a commencé à me harceler
sexuellement, psychologiquement. Je commençais à midi. Je n'ai pas le
droit de sortie parce que j'étais préposée aux bénéficiaires, mais à domicile. Donc, je vivais avec mon
employeur. Je suis resté là-bas. Après, j'ai écrit à l'immigration. J'ai
expliqué tout ce qui se passe. Ils ont appelé la police. La police m'a
appelée. J'ai donné toutes les preuves d'abus que j'avais. Et puis la police
m'a juste dit : Ah! il faut juste oublier et continuer à avancer avec ta
vie. Je n'avais pas de choix. Je suis restée
jusqu'au 15 août 2022. L'immigration m'a répondu en disant que le
permis, la demande de permis a été refusée à cause de manque d'EIMT.
Le 16 août, j'ai
appelé le bureau d'EIMT pour demander : Mais pourquoi est-ce que le permis
a été refusé? Et puis le bureau m'a dit : Parce que mon employeur a fait
la demande, mais il n'a pas inclus mon nom. Et, quand j'ai demandé à mon
employeur, il m'a dit : Oui, ma fille a fait ça parce qu'elle voulait se
débarrasser de toi. Donc, j'ai perdu encore sept mois de ma vie pour rien.
Depuis le
15 août jusqu'à aujourd'hui, devant vous, je souffre. Je ne peux plus
travailler. J'ai été obligée de rétablir mon statut comme visiteur, chercher un
autre employeur qui va encore me donner mon troisième permis fermé, et je ne
sais pas ce qui va se passer.
Le permis fermé a été
mon pire cauchemar depuis que je suis au Canada, même depuis toute ma vie. Le
test de français aussi m'a beaucoup, beaucoup retardée. Je suis incapable de
retourner chez nous, voir mes parents. Je suis
coincée. Je suis fatiguée moralement. Devant vous, c'est une infirmière, mais
je ne peux pas réaliser mes rêves parce que le test de français m'empêche.
Malgré le fait que je suis au Canada, je suis au Québec, je m'exprime en
français, je ne peux pas m'intégrer parce que le Québec estime que mon
niveau de français n'est pas assez. Je ne sais pas pourquoi.
Mais,
si je suis devant vous aujourd'hui, c'est pour vous dire que, s'il vous plaît,
ce n'est pas juste moi qui est dans cette situation. Il y a beaucoup d'entre
nous qui ne sont pas capables de sortir et de parler. Nous avons vraiment
besoin de... Merci.
Mme Beauvais (Noémie) : Oui. Bonjour. Noémie
Beauvais, organisatrice communautaire au centre des travailleurs
immigrants.
Depuis
2008, le Canada et le Québec admettent annuellement sur leur territoire plus de
travailleurs temporaires que de résidents permanents. Le nombre de permis de
travail accordés au Québec a augmenté de 147 % pour la période de
2015 à 2022. Il n'est plus à démontrer que les permis de travail fermés liant
les travailleurs temporaires à leurs employeurs accentuent la vulnérabilité des
migrants face aux abus.
Nous
sommes préoccupés par les orientations proposées par le gouvernement de la CAQ,
qui, une fois de plus, discrimine les
travailleurs temporaires. Les statistiques le démontrent, en raison de la
non-reconnaissance des compétences professionnelles, des barrières
d'accès à la francisation et des exigences démesurées en matière de
connaissances linguistiques, seul
1,83 % des travailleurs temporaires présents au Québec ont accès à la
résidence permanente... ont eu accès à la résidence permanente entre
2015 et 2022. Avec ces orientations, le gouvernement cautionne une vision utilitariste de l'immigration qui rend les
travailleurs et travailleuses jetables après utilisation, ce qui, d'un point de
vue des droits humains, est absolument inacceptable.
Nous tenons également
à dénoncer l'instrumentalisation de la protection de la langue française comme
argument pour discriminer les travailleurs temporaires qui contribuent à notre
société et à notre économie tout autant que les étudiants étrangers, par
exemple. Les indicateurs sur lesquels s'appuie le supposé diagnostic du déclin
du français sont trompeurs, mais ils ont tout de même été utilisés pour
restreindre l'accès à la résidence permanente d'un bon nombre de personnes,
comme le démontre le témoignage de Grace.
Nous croyons que
l'ensemble de ces orientations contribuent à la vulnérabilité et à la
discrimination des travailleurs et travailleuses, ce que nous dénonçons avec
vigueur.
M.
Salamanca Cardona (Manuel) : Bonjour. Mon nom, c'est Manuel Salamanca,
organisateur communautaire du centre de travailleurs immigrants,
immigrantes aussi.
Et, bon, vous verrez qu'il y a
18 recommandations dans notre document, dans le mémoire, et, de la page
24, dans... les plus importantes, peut-être,
regroupées en catégorie, sont les suivantes : la première, supprimer les
éléments discriminatoires des
politiques d'immigration, maintenant, comme on a vu; donner l'accès à la
résidence aux travailleurs de tout type d'emploi, qualifiés ou non;
augmenter l'immigration permanente plutôt que de miser toujours plus sur des
travailleurs temporaires pour combler des besoins; ne pas discriminer les
personnes plus âgées, qu'on trouve que c'est un aspect discriminatoire dans la
loi; donner moins de poids aux connaissances de français parce que, pour la
condition de comment la francisation, ça marche, c'est plus une barrière pour
l'accès à la résidence que vraiment un soutien à la personne pour arriver à la
résidence permanente; aussi, développer des indicateurs pertinents permettant d'évaluer l'état du français — on
pense qu'il y a une évaluation que ce n'est pas... ce n'est pas clair sur ça;
changer les tests de français, parce
que même des personnes qui viennent des pays francophones réussissent à avoir
le test... réussi le test; donner accès à toute la... tout à la
francisation et aux indemnisations pour suivre les cours.
Aussi... on considère que c'est une partie importante
des débats qui doit... que l'Assemblée doit continuer, c'est de mettre en place un programme de régularisation des personnes
sans le statut. Pourquoi ça? Parce qu'il y en a déjà beaucoup, beaucoup,
des gens qui habitent à Québec sans accès à la résidence permanente, et qui
sont déjà intégrés, et qui parlent le français, et, OK, fait des efforts pour
parler le français, mais qui n'ont pas accès.
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion. Il vous reste 15 secondes.
M. Salamanca Cardona (Manuel) : Oui.
Donc, une autre chose importante, abolir, en collaboration avec le fédéral, le
permis de travail fermé, que c'est la grosse source de tous ces problèmes.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, nous allons procéder maintenant aux échanges. Je vais céder la parole à
Mme la ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration pour
14 min 7 s.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Eh bien, merci à vous quatre de participer à cet exercice et merci
particulièrement à Grace de nous avoir partagé son témoignage. J'avais eu
l'occasion de vous rencontrer déjà et de prendre connaissance du parcours qui
est le vôtre, lequel m'attriste vraiment. Et je pense qu'on doit tout mettre en
oeuvre, comme société, pour faire en sorte de faciliter le parcours de gens
vulnérables.
Et, à ce titre-là, bien, j'aimerais souligner
que c'est une de nos priorités de faire en sorte de développer des initiatives
pour supporter, accompagner, donner accès aux droits à des personnes vulnérables.
J'en prends pour exemple, par exemple, la
collaboration que nous avons avec la Commission des normes, de l'équité, de la
santé et sécurité du travail. On
s'est assurés de travailler avec eux pour veiller à la protection et au
bien-être, là, des travailleurs étrangers temporaires. C'est une de nos priorités au ministère de l'Immigration,
et on va s'assurer que cette priorité-là le demeure et se traduise par
des actions.
Il y a plusieurs initiatives, en fait, qui ont
été développées. Notamment, il y a une escouade de prévention avec la CNESST
qui a été déployée ces derniers mois pour faire en sorte de mieux, notamment,
informer les travailleurs étrangers temporaires de leurs droits, faire en sorte
de mieux sensibiliser les exigences qui sont associées aux employeurs qui
recourent à des travailleurs étrangers temporaires. Il est important de
rappeler aux employeurs qu'ils doivent se
conformer, et que les travailleurs étrangers temporaires bénéficient des mêmes
droits que les travailleurs québécois, et qu'en ce sens-là tout abus est
complètement inacceptable. Donc, merci à nouveau d'avoir partagé votre
expérience.
En ce qui a trait au permis de travail fermé, de
notre côté, on a entamé des discussions avec le gouvernement fédéral pour faire en sorte de regarder les
alternatives qui existent au permis de travail fermé. Il existe déjà,
actuellement, la possibilité, pour quelqu'un qui subit un abus, une
situation qui viole la loi, d'obtenir un permis de travail ouvert, pour ce qui est d'un travailleur étranger temporaire
ayant un permis de travail fermé. Mais, au-delà de ça, moi, je souhaite que
l'on regarde, que l'on analyse les options qui s'offrent à nous, en
collaboration, bien sûr, avec le fédéral, pour le permis de travail fermé. Donc, est-ce que ce serait davantage un permis
de travail régional, un permis de travail sectoriel? Quelle allure ça
pourrait prendre? À qui ce pourrait... ça pourrait être offert? Ce sont des
choses que l'on considère.
Et je dois dire que votre témoignage, lorsqu'on
s'était rencontrées, a contribué à ma réflexion aussi sur la modulation des niveaux de connaissance du
français. Vous savez qu'on a déployé, c'est ce printemps dernier, une
proposition visant à... à encadrer, en fait, l'accès à la résidence permanente
pour des travailleurs qualifiés, et, dans le cadre de cette proposition,
on a modulé les niveaux de connaissance qui seraient requis pour le français
suivant le niveau de... le type de qualification associée aux professions.
Donc, pour des professions plus manuelles, intermédiaires, il y aura un niveau
de connaissance du français requis de 5 et, pour ce qui est des hautes
qualifications, il y aura un niveau de connaissance du français oral niveau 7
et, à l'écrit, au niveau 5. Donc, c'est notamment votre témoignage qui m'a amenée à vouloir implanter une modulation comme ça
de ces niveaux de connaissance du français pour faciliter le passage d'un
statut d'immigrant temporaire à un immigrant permanent.
• (17 h 30) •
Et, en ce sens-là, on a mis de l'avant également
une passerelle nouvelle à travers les réformes que l'on a proposées au
printemps dernier, une passerelle, qui réfère au volet 2, en fait, de notre Programme
de sélection des travailleurs qualifiés, qui permettrait à des gens qui ont un statut
temporaire et pour lesquels c'est très difficile, à l'heure actuelle, de se qualifier en tant qu'immigrants
permanents... Eh bien, cette passerelle permettrait un plus grand passage,
faciliterait le
passage de gens ayant un statut temporaire vers un statut d'immigrant
permanent. Donc, voilà, ça fait partie, donc, des choses que l'on met de
l'avant pour améliorer notre... notre système.
Et, sur le plan, je dirais, plus de moyen terme,
on a également veillé à financer davantage de la recherche, de la recherche sur
les parcours migratoires. Donc, il y a quelques mois, on a annoncé un soutien
financier à hauteur de 10 millions de dollars pour le Fonds de
recherche du Québec, Société et
culture, FRQSC, pour faire en sorte de mieux documenter les différents parcours migratoires qui existent, faire un
état de situation d'un point de vue plus, je vous dirais, scientifique. Donc,
ce sont un ensemble d'initiatives, bref, que nous mettons de l'avant, du côté
du gouvernement, pour faire en sorte d'améliorer le système.
Sur ce, bien,
je vais revenir, mais je vais, dans un premier temps, passer la parole à ma
collègue la députée d'Iberville et adjointe gouvernementale.
Mme Bogemans : J'avais quelques
questions concernant les parents et les cours de francisation. On sait qu'avec
la gestion du temps familial, la charge mentale qui est associée aussi avec les
jeunes familles, l'accès à la francisation
peut être un enjeu. Récemment, on a mis sur pied des ententes, entre autres
avec le ministère de la Famille, pour pouvoir conduire des nouvelles
haltes-garderies, pour pouvoir permettre la francisation de soir et de jour. On
veut également que les deux parents puissent
accéder plus facilement, là, à la francisation. Selon vous, selon les besoins
des immigrants, est-ce que c'est quelque
chose qui fait du sens? Est-ce que... Comment est-ce qu'on pourrait
complémenter le tout?
M.
Salamanca Cardona (Manuel) : Oui. On pense qu'on a besoin d'une approche plus
intégrale, parce qu'on parle ici de barrières à la francisation. Et c'est bien,
Mme la ministre, j'ai vu une note de presse qui dit que vous êtes fière qu'il y a plus d'inscrits maintenant à la
francisation, et c'est ouvert à tous, mais, vraiment, il y a encore beaucoup, beaucoup
de barrières, vu la quantité de travailleurs qui ont arrivé, qui sont
temporaires et avec vulnérabilités. Et aussi il y a des problèmes avec les
employeurs qui les empêchent de faire de la francisation, beaucoup de
problèmes. Tomber dans la... sans papiers et sans permis de travail, c'est un
autre problème pour continuer. Trouver un travail, suivi la francisation, c'est un autre problème. Essayer d'avoir un
permis de travail ouvert et prouver l'évidence qu'il y a des abus, c'est
un autre problème qui, aussi, fait la... affecte tout le processus.
Donc, il y a plein de barrières, même l'accès à
les cours, la distance, etc., mais, en même temps, il y a une autre dimension,
c'est la continuité des cours. Quand la personne doit suivre jusqu'à un
niveau 7, c'est complètement décourageant, dans ces conditions, de
continuer le processus.
L'image du Québec commence à être changée à
l'extérieur. Il y a plein de travailleurs qui ont retourné très frustrés à son
pays et qui nous dit : Les programmes ne marchent pas, et qu'ils
commencent à faire des dénonciations dans le
pays d'origine. Ça commence à passer beaucoup. Et l'augmentation des
travailleurs temporaires sans protection et cette logique de baser
l'immigration sur l'immigration temporaire, ça ne marche pas.
Et on considère que... Parce qu'on... Toutes ces
périodes, on a vu que les cas empiraient et même on a vu qu'il y a un petit déplacement. Ce n'est pas
seulement les traditionnels mal employeurs... mauvais employeurs. Sinon aussi,
il y a un autre type d'employeur qui fait
des autres types d'abus qui dépassent un peu, et ça ouvre aussi la possibilité
de trafic humain, de la traite, etc.
Donc, on a vu le... et la recommandation qu'il a
faite, et comment associer le travail, esclavage... esclave à tous ces
programmes. Donc, je pense qu'il ne faut pas seulement dire qu'il faut... la
francisation à tous. Non, il faut développer une approche intégrale, avec plus
de ressources, pour permettre à tous, et aussi... Oui.
Mme Beauvais (Noémie) : Je voudrais
peut-être juste ajouter qu'en termes d'horaires c'est extrêmement compliqué, en particulier quand on pense aux
travailleurs agricoles saisonniers, qui travaillent parfois jusqu'à
80 heures par semaine, là, dans les périodes de rush, des récoltes,
et tout ça. C'est impossible de suivre des cours de français.
Et puis, pour nous, il y a clairement une
association qui est faite entre, disons, la volonté de limiter l'accès à la
résidence permanente à ces personnes-là via des critères de français qui sont
excessifs. Ça force les gens à se retrouver constamment dans une position,
disons, de migrants en série. Donc, ils partent, ils reviennent, ils partent, ils reviennent, ils partent, ils reviennent, donc,
sans jamais avoir accès à la résidence permanente. Et, pour nous, ça, c'est
assurément un problème. Donc, au niveau des horaires, effectivement, c'est un
enjeu, particulièrement dans les agricoles mais pas seulement. Donc, il
faut réfléchir à ça.
On entendait
aussi le précédent groupe qui nous disait : Bien, l'accès à la
francisation en ligne, aussi, qui n'est pas toujours évidente. Dépendamment des régions, de l'accès à la
connexion, la littératie numérique, c'est effectivement un enjeu.
Donc, oui,
c'est... on est tous d'accord, tous et toutes d'accord avec l'idée de bonifier
l'offre, mais, au-delà de bonifier l'offre, je crois que, malgré tout,
les exigences demeurent excessives. Et, quand on parle d'un niveau 7, on
parle d'un niveau pratiquement universitaire, là. C'est une conversation fluide
en français. Pour des gens qui ne sont pas natifs francophones, c'est
excessivement difficile d'atteindre ce niveau-là. Donc, c'est très
décourageant. Donc, effectivement, ça donne envie aux gens d'aller s'installer
ailleurs plutôt qu'au Québec.
La Présidente (Mme Caron) : ...3 min
50 s.
Mme Fréchette : Bon, je vous
amènerais sur un autre thème. Vous parlez dans le mémoire, en page 18, de
la capacité d'accueil du Québec. Vous faites
référence au fait qu'il y a une absence d'indicateur pour mesurer la capacité
d'accueil du Québec. Moi, j'aimerais vous entendre sur
les notions que vous incluriez dans cet indicateur de capacité d'accueil.
Qu'est-ce qui vous semblerait être des exemples pertinents à considérer pour
définir la capacité?
Mme Beauvais (Noémie) : J'y
réfléchis, mais je crois que l'ensemble du terme «capacité d'accueil» part avec
un biais négatif à l'égard des migrants. On suppose qu'ils ont besoin d'être
intégrés ou qu'ils ont, disons, des moins à combler, donc, qu'il faut combler
des lacunes. Et puis, pour moi, ça, c'est un problème.
Donc, évidemment, bon, l'accès aux services,
c'est toujours un enjeu, en particulier les services de santé. L'accès... Mais, encore une fois, je crois que c'est
important de mentionner que, quand on refuse l'accès aux services aux gens qui
ne parlent pas français six mois après leur arrivée, il y a quelque chose d'un
petit peu aberrant à ce niveau-ci. Quand on parle de capacité
d'accueil... Pour moi, en tout cas, il y a une contradiction entre ces deux
orientations-là. On veut les accueillir, mais, en même temps, on les empêche
d'accéder à ces services-là. Donc, je crois qu'il y a quelque chose à réfléchir
au niveau de ces thèmes-là.
M. Salamanca Cardona (Manuel) : Oui.
Aussi, il y a plein d'autres indicateurs : la quantité de gens qui ont
commencé une démarche migratoire, par exemple, la quantité de personnes qui
ont, eux, la possibilité d'amener la famille, l'avancement dans le processus de
francisation. Il y a plein des indicateurs qui peut... se peuvent utiliser, je
pense, pour mesurer de manière plus positive l'intégration et l'accueil. Et
c'est une question technique, mais...
Mme
Fréchette : ...amener une précision, simplement pour
rectifier, à l'effet qu'il n'y a pas de bris de service, il n'y a pas d'absence
d'accès à un service après six mois si la personne ne parle pas français. C'est
simplement que la communication, après six mois au Québec, va se faire
en français. Mais l'accès aux services demeure présent.
M.
Salamanca Cardona (Manuel) : ...a été très formel sur le... Ce message n'était
pas entendu pour plusieurs fonctionnaires, à notre...
Mme Fréchette : Bien, c'est
important de le rectifier et de...
Mme Beauvais (Noémie) : ...sur le
terrain. Ce n'est pas ce qu'on constate sur le terrain. Il y a des gens qui se
sont fait refuser des services parce que cette mesure-là n'a pas été bien
comprise, je crois, par l'ensemble des prestataires... en fait, des gens qui
donnent les services, voilà. Donc, il y a plein de gens qui ont eu des bris de
service suite à ça.
M. Salamanca Cardona (Manuel) : Sur
cette question, ce qui... une préoccupation, c'est qu'il y a toujours un
message qui met la responsabilité du déclin du français sur les travailleurs
migrants, comme si c'est la source des problèmes. Et, quand on en parle avec
tous les travailleurs, tous les travailleurs veulent se franciser. Le problème,
c'est l'accès, c'est la continuité des cours et le manque de possibilités.
Donc, c'est un scénario qui empêche ça. Et vraiment
il y a un message quand on parle des gens. Le message qui vient du gouvernement,
c'est que le problème, c'est le
migrant ou l'immigrant, et ce n'est pas vraiment... Il n'y a pas aucun
immigrant qui ne veut pas apprendre le français.
• (17 h 40) •
Mme Fréchette : ...est à l'effet que
les immigrants peuvent constituer une solution à l'enjeu du fait français. Bien
sûr, ce n'est pas le seul... la seule dimension sur laquelle il nous faut agir.
C'est multidimensionnel, la situation du
français, ce que ça requiert comme changements à adopter pour relancer l'usage
du français, mais l'immigration est certainement une des dimensions sur
laquelle il nous faut agir si on veut changer la donne.
La
Présidente (Mme Caron) : Merci. Le temps est écoulé. Alors, je vais
maintenant céder la parole au député... à la députée de Chomedey, à
l'opposition officielle. Vous avez 8 min 28 s.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci.
D'abord, merci beaucoup de participer à cette commission. Vous avez apporté
aujourd'hui un côté humain à l'immigration, vraiment. Et puis ce qu'on vient
d'entendre là, de Grace, ça me touche profondément. Vous êtes un exemple.
Derrière l'immigration, il y a des êtres humains, et puis c'est ça que vous nous avez démontré. On est en train de parler
des chiffres et des besoins, puis d'intégration, puis du français, mais
là c'est des êtres humains, là, qui veulent vivre, qui veulent vivre et
travailler. Merci, Grace, d'avoir pris le temps de venir. Je suis sûre que
c'était difficile.
Nous autres, après une journée de travail,
rendus à la maison, pour lire, on est fatigués à apprendre le français. Et elle
parle tellement bien le français. Vous parlez vraiment bien le français. Je ne
comprends pas pourquoi vous n'avez pas passé. Ma question à Grace et vous
peut-être : Est-ce que vous avez connaissance de l'ampleur de ce phénomène
d'esclavage moderne au Québec?
Mme Meyanwi Anye (Grace) : Bon,
l'esclavage moderne, c'est vraiment quelque chose, au Canada, qui est... que
beaucoup de gens ne savent pas. Même ceux qui subissent ne savent pas que ça,
c'est de l'esclavage, mais à une manière indirecte. Parce que, quand on nous
donne le permis fermé, on essaie de nous comprendre que... Ah! c'est pour que tu puisses travailler, tu as le
droit, et tout ça. Mais ça t'empêche de faire beaucoup de choses. Ça donne
aussi l'opportunité à ton employeur de te
traiter comme il veut, surtout quand les employés sont naïfs et surtout quand
ils viennent d'arriver.
Certains
entre nous viennent de pays de guerre. Moi, par exemple, j'ai fui la guerre
dans mon pays avant d'arriver ici. Étant ici, je vois toujours les vidéos de
tout ce qui se passe dans mon pays et puis je vis dans la peur. Et mon employeur, quand il a vu ça, il s'est... il a
décidé de profiter en me disant que tu as un permis fermé, tu ne peux pas
travailler ailleurs, donc tu es obligée de faire ce que je veux. Jusqu'à ce que
j'aille rencontrer le CTI, je ne savais pas du tout que je... En fait, pour
moi, je savais que j'étais son esclave. Et, quand on est abusé pendant
longtemps, à un moment donné, on commence même à défendre celui qui nous abuse.
Donc, on est... vient déjà tellement traumatisé qu'on a même peur de quitter
celui qui nous abuse.
Dans le permis fermé,
c'est vraiment une... c'est de l'esclavage total. Parce que, pour moi, ça n'a
pas de sens que... Mais pourquoi fermé avec une
personne? C'est quoi, la raison? Parce que, même avant d'avoir ce permis, on
paie l'argent. Étant au Canada, quand tu vas vers un employeur, tu lui
dis : Je veux le travail. Est-ce que tu as un permis? Non? Tu as besoin de permis? Oui? OK, tu vas me payer
5 000 $. Ça, c'est mon cas. C'est ce qui s'est passé avant que...
en 2021, et j'étais obligée de quitter le
Québec pour Calgary. Donc, le permis fermé, ça doit vraiment... on doit vraiment
arrêter ça parce que c'est de l'esclavage. Même ceux qui subissent ça ne
connaissent pas.
M. Derraji : Merci
pour votre intervention. Très apprécié. Je pense que vous avez tous vu le
documentaire Essentiels. Vous avez vu...
Une voix : ...
M. Derraji : Malheureusement,
je ne peux pas rire. Vous avez vu Carole.
Mme Medina
(Viviana Carol) : ...Carole aussi a été collègue et a été victime...
M. Derraji : Vous
savez, Carole, Grace, pour moi, c'est l'image humaine. C'est une image qu'on
doit garder tous en tête d'une immigration
temporaire, une immigration temporaire qu'on essaie de toutes les façons de ne
pas voir, or qu'elle est là. Vous
avez vu... Je ne sais pas si vous avez rencontré le représentant des Nations unies lors de sa tournée.
Une voix : ...
M. Derraji : OK.
On est un pays G7. C'est le Canada. Moi, ça m'attriste de parler de
l'esclavagisme au Québec et au Canada.
Est-ce qu'aujourd'hui vous voulez que le ministère de l'Immigration, vu qu'il y
a des cas... On ne peut plus dire que
ça n'existe pas. Aujourd'hui, chers collègues, il est là. Posez-lui la... les
questions que vous voulez. Ils parlent d'un esclavagisme moderne au
Québec. Est-ce qu'aujourd'hui vous formulez une demande officielle à ce que le
ministère s'intéresse davantage à ça et qu'on arrête de voir les migrations
comme problème, mais qu'on s'attarde à régler ces enjeux d'abus? Je ne dis pas
que tout le monde fait des choses pas correctes. Il y a la CNESST. Il y a
beaucoup de choses. Mais, quand je vois aujourd'hui Grace, et Carole, et le
documentaire Essentiels... Mais qu'est-ce qu'on a fait depuis le
documentaire Essentiels? Avez-vous vu des actions du MIFI par rapport à
ça? Est-ce qu'aujourd'hui vous voulez des actions concrètes? Si oui,
lesquelles?
Mme Medina
(Viviana Carol) : ...abolir le permis de travail fermé. On veut aussi
l'accès à la résidence permanente pour tous
les travailleurs non qualifiés ou à bas salaire, comme les agricoles, les
travailleurs domestiques, et, bien
sûr, le programme de régularisation inclusive, complet et consécutif. Parce
que, quand Grace a changé d'employeur, elle avait venu sans ce statut.
Elle a retourné pour établir son statut ici. Mais ça, c'est l'exemple précis de
comment un travailleur, travailleuse perd le statut d'immigration. Alors, oui,
on priorise beaucoup l'immigration temporaire, mais pourquoi ne pas régulariser
à toutes et tous qui sont ici déjà, qui vivent la même situation
d'exploitation, qui parlent français déjà et qui sont très bien intégrés? On
fait comme s'ils n'existent pas, mais, pendant la pandémie, ce sont eux qui
nous ont amené la nourriture.
M. Derraji : ...avec
vous. Je n'ai pas arrêté de parler des travailleurs temporaires étrangers. J'ai
moi-même déposé un projet de loi, au printemps, par rapport à ça. Probablement,
je me reconnais dans vos propos parce que j'ai suivi probablement le même
parcours. Je suis venu pour étudier. Je n'avais pas assez de connaissances,
même sur le milieu de travail. Les gens
pensent que c'est facile, comprendre le droit de travail. Je ne suis pas
avocat, je ne l'étais pas, je ne suis pas plaideur.
C'est tellement
alarmant, ce qu'on entend. Parce que, moi, depuis le documentaire Essentiels,
ma réflexion a complètement changé.
Aujourd'hui, vous avez devant vous un document qui parle d'une planification
pour les trois prochaines années. On
parle de deux seuils, deux scénarios, 50 000 ou 60 000. Vous avez
parcouru le document. Est-ce que, selon vous, c'est assez? Est-ce qu'aujourd'hui vous dites, après votre passage
en commission... Je vois déjà vos visages. Je vais arrêter parce que je veux vous entendre. Est-ce
qu'on ne rate pas quelque chose avec cette commission, s'il vous plaît?
Mme Beauvais (Noémie) : Oui. Juste avant de répondre à cette question-là,
je veux revenir sur le point précédent. Vous avez demandé combien de cas de
trafic humain on a ou de cas d'esclavage moderne. J'aimerais vraiment spécifier que ce n'est pas un cas... ce n'est pas
des cas isolés. Des cas comme ça, on en a au moins un par semaine au CTI,
au moins un par semaine. Et puis...
Mme Medina (Viviana Carol) : ...juste
pour donner un exemple de quelqu'un qui a témoigné devant deux reporteurs des Nations unies, un travailleur
qui travaillait 120 heures par semaine parfois était payé, parfois non.
Il mangeait une seule fois par jour, une seule. Ça, c'est des exemples qui
arrivent, et pas juste comme... isolés, comme ma collègue dit.
Mme Beauvais
(Noémie) : Et ce cas-là a été documenté...
La Présidente (Mme
Caron) : ...secondes.
Mme Beauvais (Noémie) : Ce cas-là a été documenté
au Tribunal administratif du travail. Oui, on rate quelque chose sur les débats
de chiffres...
La Présidente (Mme
Caron) : Merci.
Mme Beauvais
(Noémie) : J'y reviendrai à la prochaine question.
La Présidente (Mme
Caron) : Alors, merci, le député de Nelligan. Maintenant, député du
deuxième groupe d'opposition, alors, député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup pour votre
intervention. Écoutez, vous le savez, je le sais, l'immigration, ce n'est pas des chiffres, hein? L'immigration,
c'est des histoires. L'immigration, c'est des vies. Et il y a des conséquences,
aux choix d'un gouvernement, directement sur ces vies-là. Et je pense, par
exemple, aux 18 000 dossiers effacés par la CAQ en début de mandat. Je pense aussi à la réforme du PEQ, de 2020,
qui a complètement charcuté le programme. C'est des choses qui me
choquent, puis qui continuent de nous choquer, puis qui continuent de choquer
les gens qui sont encore impactés par ces décisions-là.
• (17 h 50) •
Grace, vous êtes
parfaitement francophone. Vous êtes une Québécoise. Vous êtes ici chez vous, je
vais vous le dire, là, et je pense qu'on
peut tous s'entendre ici là-dessus. Je pense qu'il n'y a personne qui remet ça
en question, que votre place, elle est ici puis elle est avec nous. Ce
n'est pas vous qui avez échoué le test, madame, c'est le test qui vous a échouée. C'est le test qui n'a pas de bon
sens. Et il y a plusieurs reportages qui l'ont montré ce printemps, mais
ça n'a pas changé. Et j'espère que ça va changer.
On parle de capacité
d'accueil, mais est-ce qu'il ne faut pas aussi parler puis évaluer toute
l'importance que vous apportez, votre
travail apporte... pas que le travail, on peut parler linguistique, culturel,
etc., mais tout ce que vous nous
apportez aussi? Puis est-ce qu'on ne doit pas aussi se poser la question qu'au
final on a probablement besoin plus de vous que vous, vous avez besoin
de nous? Et ça, on n'en parle pas assez.
Et vous avez parlé de
votre travail pendant la pandémie. Vous avez aidé quelqu'un. Malheureusement,
bon, ça s'est mal passé. Mais qu'est-ce
qu'on aurait fait sans les Grace de ce monde pendant cette pandémie? Puis je
pense qu'on ne le redit pas assez.
Puis je pense qu'on est vite à nous dire : Notre capacité d'accueil est
atteinte, mais posons-nous la
question de comment on subirait... ou comment on réussirait à vivre sans ces
préposés aux bénéficiaires dans nos hôpitaux, dans nos CHSLD, sans nos
travailleurs agricoles temporaires.
Comment se fait-il
qu'on n'est pas capables de pérenniser leur statut? Comment se fait-il qu'il
faut qu'ils tombent dans des situations
comme vous? Comment ça se fait qu'on se permet ça en 2023? Ma question est
rhétorique, mais vous pouvez prendre les dernières secondes pour
répondre.
Mme Beauvais
(Noémie) : Je vais répondre en revenant sur les chiffres. En fait,
pour moi, parler de seuils d'immigration, alors qu'on exclut la... je ne vais
même pas dire la majorité, on exclut l'ensemble des travailleurs étrangers
temporaires non qualifiés, c'est un faux débat, en fait. Qu'on en ait
60 000, qu'on en ait 50 000, la question n'est pas là. La question, c'est sur qui sont ces gens. Plusieurs
d'entre vous l'ont répété, l'immigration, c'est humain, c'est des
visages...
La Présidente (Mme
Caron) : En terminant.
Mme Beauvais
(Noémie) : Donc, voilà. Donc, je vais m'en... rester là.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci beaucoup. Alors, maintenant, je vais céder la parole,
pour 2 min 50 s, au député de Matane-Matapédia, troisième groupe
d'opposition.
M. Bérubé : Merci, Mme la Présidente. Bienvenue à l'Assemblée
nationale. Tout à l'heure, on a parlé de permis de travail fermé. C'est revenu
comme étant une pratique qui doit cesser, selon vous, pour être remplacée.
J'aimerais que le projet de loi
puisse permettre d'en arriver là. Malheureusement, c'est un autre gouvernement
qui gère ça. Alors, une des
conclusions de nos travaux pourrait être, en parallèle, de faire une demande
formelle, cette fois, écrire, adopter une motion demandant que ça cesse.
Par quoi on remplace ça? Quelle pourrait être la
meilleure formule? Tantôt, on avait évoqué un permis plus régional ou dans un secteur. Est-ce que c'est une
formule que vous trouvez intéressante, ou elle est perfectible, ou vous
avez une autre idée de ce qu'on pourrait faire de mieux?
Mme Beauvais
(Noémie) : Bien, d'abord, oui, je comprends que c'est particulièrement
le gouvernement fédéral qui gère ça.
Cependant, j'aimerais rappeler que le gouvernement provincial a aussi la
capacité de créer ses propres programmes pilotes... ses propres
programmes en matière d'immigration. Donc, on peut choisir de faire les choses
différemment. On peut choisir de ne pas opter pour des permis fermés qui lient
les gens à leur employeur.
Ceci dit, qu'est-ce qu'on pourrait faire de mieux?
Pour nous, la question... En fait, pour nous, la réponse à cette question-là,
c'est un permis ouvert, point à la ligne, en fait, de laisser les gens
travailler où ils veulent quand ils veulent.
Ça va permettre... En fait, ce que ça va donner comme résultat, c'est que les
employeurs n'auront pas le choix de
donner des bonnes conditions de travail pour ne pas que les gens quittent, ce
qui est le cas pour tous les travailleurs et travailleuses locaux. Vous
et moi, si on change de travail demain matin, on peut décider d'aller où on
veut quand on veut, et puis il n'y a pas de question sur : Ah! mais
comment ça va fonctionner pour les employeurs? C'est juste la réalité. Donc, il
y a moyen de faire ça aussi.
M. Bérubé : Une personne qui se
retrouve dans une situation vulnérable peut se trouver un autre employeur qui va la traiter avec respect. Donc, il y a un
autre... il y a un ailleurs, j'appellerais ça comme ça. Comment on fait ça
pour... Parce que vous avez aussi des contacts avec le gouvernement
fédéral sur les questions de l'immigration. Est-ce que vous l'avez abordé?
Qu'est-ce qu'on vous dit? Est-ce qu'ils tiennent à ça, eux, les fédéraux?
M. Salamanca Cardona (Manuel) : Un
peu, la réponse du fédéral, c'est d'ouvrir des programmes pilotes avec les bons
employeurs, d'accélérer le processus d'immigration, d'amener des travailleurs.
Je ne sais pas si vous avez vu, il y a deux, déjà, programmes pilotes qui...
pour accélérer le processus d'amener des travailleurs migrants.
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion.
M. Salamanca Cardona (Manuel) : C'est
l'autre côté, mais il faut...
Mme Medina (Viviana Carol) : Mais la
vérité, c'est que l'immigration fédérale...
La Présidente (Mme Caron) : Désolée,
c'est terminé. C'est terminé.
Des voix : ...
La
Présidente (Mme Caron) :
C'est terminé. Alors, merci beaucoup de votre participation, de votre témoignage
très touchant.
Alors, nous allons suspendre la séance pour
quelques minutes et revenir avec le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 56)
(Reprise à 18 heures)
La
Présidente (Mme Caron) : Merci. Alors, on va recommencer en écoutant... en
recevant, en fait, le Centre local de développement Rouyn-Noranda.
Alors, vous disposez de 10 minutes au total pour votre présentation. Et je vous demanderais de vous présenter, chacun, en
commençant, et puis ensuite il y aura les échanges. La parole est à vous.
Centre local de développement
Rouyn-Noranda (CLD Rouyn-Noranda)
M. Bibeau
(Marc) : Alors, bonsoir, Mme la Présidente, chers membres de
la commission. Mon nom est Marc
Bibeau. Je suis président du Centre local de développement Rouyn-Noranda. Je
suis accompagné de Mme Mariève Migneault, directrice générale, et
Mme Ann Gervais, directrice main-d'oeuvre et immigration dans notre organisme.
Nous sommes heureux de pouvoir se faire entendre
ce soir dans le cadre, là, de votre consultation sur l'immigration et faire entendre la voix des régions éloignées et
l'importance que peut représenter l'immigration pour nous.
Alors, je laisse immédiatement la parole à Mme
Gervais, qui va vous expliquer un petit peu notre mémoire.
Mme Gervais (Ann) : Alors, bonsoir.
Dans l'ensemble... Moi, je vais commenter les orientations, là, qui font partie
de la consultation sur la planification de l'immigration. Alors, dans
l'ensemble, là, on est en accord avec les orientations, là, on ne peut pas être
contre, là, certaines orientations, mais certaines orientations sont
difficilement adaptables pour les régions éloignées comme la nôtre, comme
l'Abitibi-Témiscamingue, puisqu'elles ont une réalité bien différente.
En exemple, l'orientation 1 et 2, qui est
dans la francisation, bien, c'est impossible d'être en désaccord avec la
francisation au Québec, mais il y a des points à prendre en considération pour
notre région, par exemple, l'arrivée des petits groupes d'immigrants, la
difficulté de former des groupes en francisation de niveau adapté et la rentabilité
des petits groupes, là, la rentabilité
des... des organismes qui donnent des cours de francisation. L'Internet haute
vitesse n'est pas encore disponible partout en région. Alors, il ne faut
pas prendre... il ne faut pas dépendre seulement de la formation en ligne pour la francisation des travailleurs étrangers,
surtout pour les régions, avec les villages qui se trouvent dans notre région. Un
immigrant a beaucoup plus de chances de réussite de francisation dans les
grands centres versus les régions par la multitude des possibilités en
francisation, sans compter que le fédéral encourage les francophones à
s'installer dans les provinces hors Québec, ce qui réduit le bassin de
francophones pour le Québec.
L'orientation
4, l'importance de l'immigration économique, pour nous, ce que nous pensons en
ce moment, que, pour le moment, le maintien du seuil de l'immigration
est nécessaire dû à la crise du logement et le manque de places en garderie.
Par contre, il faut prendre en... il faut prévoir une meilleure répartition des
immigrants dans toutes les régions. Nous
sommes conscients du manque criant de main-d'oeuvre et que le seuil devra être
augmenté dès que la crise du logement sera atténuée, et, pour ce faire, le
gouvernement devrait s'engager à développer des stratégies en lien avec
la crise pour permettre l'ultime... ultimement, d'augmenter le seuil
d'immigration au Québec.
L'orientation 6, on sait déjà que les délais
sont beaucoup trop longs pour l'obtention du CAQ pour les permis d'études,
permis de travail, les CSQ, la résidence permanente, et encore plus pour nous.
Il y a un projet pilote, dans le Nord-du-Québec, où que les travailleurs
peuvent juste faire simplement deux heures de route pour obtenir leur résidence
permanente plus rapidement. Alors, les entreprises vivent cette situation
présentement. Vu que les délais sont
beaucoup trop longs, les gens quittent. Les travailleurs et même les finissants
étudiants quittent la province pour s'en aller dans le nord de l'Ontario
pour obtenir rapidement leur résidence permanente.
Pour ce qui
est de l'orientation 7, Arrima et Journées Québec sont des moyens mis en place
qui répondent davantage aux villes de
l'axe de Montréal, Drummondville et Québec, en lien avec Québec International, Montréal International et la SDED. Les candidats ont un manque de
connaissances sur les régions. Comment peuvent-ils faire pour faire des déclarations d'intérêt s'ils ne connaissent pas
notre région? Le MIFI... C'est le MIFI Montréal qui répond aux besoins
du recrutement pour les Journées Québec, pour les entreprises de la région de
l'Abitibi-Témiscamingue, et, pour nous, ce n'est pas normal. Ils ne connaissent
pas leur réalité. Ils ne connaissent pas la réalité de notre région. Et on
croit qu'ils devraient être accompagnés par des entreprises ou des organismes
de notre région lorsqu'ils font du recrutement à l'international. Bien sûr, il
y a des agents régionaux du MIFI dans l'Abitibi-Témiscamingue, mais, dès qu'on parle de recrutement, les entreprises sont
transférées vers les grands centres, vers Montréal pour être représentées
pour les Journées Québec.
Il faut se
concentrer sur l'immigration primaire. C'est la priorité. Il faut faire
connaître notre région directement à
partir du pays et ne pas attendre qu'ils s'installent dans une autre région
dans l'espoir qu'ils se délocalisent de nouveau. Ils sont déjà partis de leur pays. Ils se sont déjà installés, fait un
nouveau réseau. Alors, faire huit heures de route pour venir s'installer
chez nous quand ils sont déjà installés à Montréal, c'est vraiment difficile.
L'orientation 8, la reconnaissance des
compétences, est une bonne idée mais doit pouvoir être faite à partir des
régions le plus possible. Exemple, on a recruté un pharmacien pour venir
s'installer dans un petit centre, en Abitibi-Témiscamingue. La personne doit
faire de huit mois à un an d'adaptation ou de formation pour faire partie de
l'Ordre des pharmaciens, doit s'installer à Montréal pour faire la formation et
s'est fait recruter par des... par une pharmacie
de Montréal, et il ne viendra jamais. Alors, il faut utiliser davantage nos
institutions d'enseignement qu'on a en région et travailler avec les
forces qu'on a en région pour faire adapter les compétences des travailleurs
étrangers.
L'orientation
9, c'est notre priorité. Pour nous, tel que présenté, ce n'est pas la
régionalisation de l'immigration. L'accueil, l'intégration,
l'enracinement, oui, font partie de la régionalisation de l'immigration. C'est
très important. Il y a déjà plein
d'organismes qui mettent en place des services, qui offrent des services et qui
s'occupent et reçoivent du financement du PAC, ça, on ne peut pas le
cacher, puis, partout sur le territoire, sont très présents. Par contre, pour pouvoir accueillir, et intégrer, et enraciner
une personne, il faut d'abord la recruter, et c'est ce qui est plus difficile
pour notre région. On a plein de services mais pas de services de recrutement
qui sont implantés en région.
Ça fait que, pour nous, il faut les moyens
financiers pour accompagner les entreprises, pour être capables de les suivre dans leurs démarches de recrutement,
faire connaître notre région à l'international pour encourager la première
immigration, et je martèle vraiment sur la première immigration parce qu'on
sait que c'est difficile de délocaliser un immigrant
qui est installé ailleurs, alors, on martèle sur la première immigration, et
développer des outils qui répondent à nos besoins d'attraction et de
recrutement. Pour ce faire, le CLD a présenté un projet pilote régional à la
ministre de l'Immigration,
Mme Fréchette, en mars dernier, et Mme Migneault vous présentera
rapidement ce qu'il en contient.
Mme
Migneault (Mariève) : Oui.
Merci, Ann. Donc, bonjour à tous. Aujourd'hui, en fait, je vais principalement
porter votre attention sur les orientations 4, 7 et 9, donc, l'importance
de l'immigration économique, les besoins du marché du travail et la
régionalisation. Je vais également insister sur le fait que, si le gouvernement
veut une réelle régionalisation de
l'immigration, il doit développer des stratégies qui vont répondre aux besoins
des régions éloignées distinctement des grands centres et des régions
périurbaines, donc, de ne pas seulement considérer des données qui excluent la Communauté
métropolitaine de Montréal pour énoncer la régionalisation. Il faut comprendre
que, des régions éloignées comme la nôtre,
l'Abitibi-Témiscamingue, on a des réalités bien différentes de Québec ou de
Drummondville. Il faut qu'on les connaisse pour être en mesure de développer
des outils qui répondent parfaitement à notre marché du travail et à notre
positionnement géographique.
Donc, force est de constater qu'au cours des
dernières années en Abitibi-Témiscamingue, en termes d'outils de recrutement, ça ne fonctionne pas parfaitement.
Ça ne répond pas de manière optimale aux besoins du marché du travail,
aux besoins des entreprises qui contribuent à l'économie du Québec. Par
exemple, ici, en Abitibi-Témiscamingue, on compte
pour environ 2 % de la population, mais on contribue pour 12 % du
PIB. Donc, si le Québec veut continuer de bénéficier de cette
contribution puis peut-être même l'augmenter, il doit prendre les moyens
nécessaires.
Nos entreprises font face à un grave enjeu de
croissance. Elles retardent les investissements, refusent des contrats par faute de main-d'oeuvre, de manque de
main-d'oeuvre. Donc, les données du plein-emploi sont alarmantes, elles sont partout à la
grandeur du Québec, mais ici on voit une pression supplémentaire, notamment de
l'industrie minière mais notamment dû
à notre structure économique. On a également un retard endémique en termes de
recrutement international. On a seulement 0,1 % de la population
immigrée qui réside chez nous.
Donc, pourquoi nous, aujourd'hui, on peut
affirmer tous ces énoncés-là? C'est que le CLD Rouyn-Noranda, donc, le centre local de développement, que c'est
appelé maintenant, le CLD, depuis 2017, on accompagne des entreprises dans le
processus de recrutement à l'international. On le rend, le processus, plus
accessible. On le démocratise pour que... le faire comprendre à un plus
grand nombre de PME. Depuis 2021, on a un département de main-d'oeuvre puis,
fort de notre expertise, depuis deux ans, on
représente trois autres MRC. En fait, on a des ententes avec trois autres MRC,
qui nous permettent de desservir
leurs entreprises, et c'est là qu'on voit qu'il y a vraiment des outils qu'on
doit développer.
Donc, on a... Pour répondre à ces enjeux-là, on
a déposé, en mars dernier, le projet le CARMOI, le Centre d'accompagnement en
recrutement de la main-d'oeuvre immigrante, qui positionne cinq axes,
l'accompagnement, l'attractivité, le
recrutement, la formation et le référencement, mais, principalement, ça nous
permettrait de se distinguer sur deux axes, donc, l'attractivité et le
recrutement, parce que ce n'est pas vrai que, quand on se présente... Dans le fond, quand on se présente à des Journées Québec,
là, avec majoritairement des entreprises de Drummondville, Québec et
Montréal, on ne joue pas à armes égales de par notre positionnement
géographique, donc, c'est pour ça... même si on a d'excellentes conditions de
travail. C'est pour ça qu'on doit compter sur une diversité d'outils de
recrutement publics pour... qui vont être adaptés à nos entreprises, pas
seulement des...
La Présidente (Mme Caron) : ...de
conclure. Je vais vous demander de conclure. Il vous reste 20 secondes.
Mme Migneault (Mariève) : ... — parfait — donc,
pas seulement, là, des missions de l'IQ, mais spécifiques aux régions
éloignées. C'est pour ça que la région est mobilisée derrière le projet. On a
l'ensemble des MRC, les institutions
d'enseignement, l'industrie, etc. On est la porte d'entrée avec le réseau Accès
entreprise Québec. On est les meilleurs... la
meilleure organisation pour répondre en première ligne. Donc, si le
gouvernement veut une réelle régionalisation, il doit développer des outils
adaptés.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, on va poursuivre avec les échanges. Donc, Mme la ministre de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration,
12 min 30 s.
• (18 h 10) •
Mme Fréchette : D'accord. Merci, Mme
la Présidente. Alors, merci à vous trois. Il me fait plaisir de vous revoir à nouveau suite à mon passage en
Abitibi-Témiscamingue il y a quelques mois pour une belle journée de rencontres
régionales pour discuter immigration. Donc, merci d'avoir pris part à
l'exercice de la commission parlementaire sur la... pluriannuel. Alors, ça me
fait plaisir de vous entendre à nouveau.
Dans votre mémoire, en page 4, vous décrivez, en
fait, la première immigration, là, comme étant primordiale, et vous venez de nous le réitérer, et vous semblez
déplorer, en fait, que le MIFI mise majoritairement sur l'immigration
secondaire, sur la deuxième immigration pour réaliser, là, ses ambitions en
matière de régionalisation.
Alors, bien, j'aimerais tout simplement, en
fait, vous réitérer le fait que la première immigration en région, c'est vraiment notre objectif également. J'en ai
fait une de mes trois priorités. Et, pour nous, quand on dit «régionaliser
l'immigration», c'est, idéalement, dès la première arrivée au Québec, et sinon,
en fait, en partance d'un autre centre qu'on imagine soit la métropole
ou la Capitale-Nationale. Mais donc on converge vraiment, au niveau des vues,
quant à l'importance que doit occuper la migration première vers la région.
Moi, j'aimerais vous entendre encore un peu
plus, parce que, bon, je pense que vous aviez encore d'autres éléments à nous
communiquer, là, quant aux types d'infrastructures, quant aux types de mesures
ou de projets qui permettraient à l'Abitibi-Témiscamingue de recevoir davantage
de personnes immigrantes et dans quelle mesure avez-vous une capacité à les accueillir, parce que vous avez fait
référence au fait qu'au niveau du logement c'était très serré. Donc, est-ce qu'effectivement il y a une
capacité, pour l'Abitibi-Témiscamingue, à recevoir davantage de personnes immigrantes
ou si vous considérez qu'il faille développer davantage le secteur de
l'habitation, notamment, avant d'envisager davantage de personnes immigrantes?
La Présidente (Mme Caron) : Vous
pouvez répondre.
Mme Migneault (Mariève) : Oui.
En fait, en termes de bonification de coffre à outils, si je peux répondre,
d'une part, à votre questionnement, oui, ça prend... Tu sais, il y a les
Journées Québec, bien entendu, mais, tu sais, si on pouvait avoir, par exemple, des Journées Québec régions éloignées
pour qu'on puisse se positionner stratégiquement à armes égales avec
d'autres régions éloignées... C'est une demande qu'on a déjà adressée. Pour
l'instant, on n'a pas de réponse favorable.
Arrima Québec joue un rôle, mais, comme
Mme Gervais le mentionnait, c'est difficile pour un candidat outremer
d'inscrire sa désignation d'intérêt pour une région pour laquelle il n'a aucune
idée d'où elle se situe et quel avantage elle a à lui offrir. Donc, s'il y
avait des bonifications en ce sens qui permettraient de faire connaître les régions éloignées au préalable auprès de ces
candidats-là pour qui... qu'on augmente la déclaration d'intérêt et, ultimement,
d'avoir une banque de candidatures en
continu pour des profils qui répondent à nos besoins du marché du travail, pour
des candidats qu'on a rencontrés et qui ont réellement signifié un
intérêt pour la région, ce serait de bon aloi également.
En termes de
capacité d'accueil, de dire : Est-ce qu'on a les logements?, c'est sûr
qu'on a un taux d'inoccupation très... très, très bas. Par contre, ça
devient à être la poule ou l'oeuf. Tu sais, est-ce qu'on a besoin de
travailleurs pour soutenir
notre économie? Là, à l'heure actuelle, il y a beaucoup d'entreprises qui sont
très innovantes, qui achètent des maisons, qui trouvent des solutions pour
faire... pour loger leurs travailleurs immigrants. Ça peut être des solutions de
ce type qu'on pourrait envisager.
Mme Fréchette : Ce sont des
solutions qui sont utilisées par un certain nombre d'entrepreneurs.
Mme Migneault (Mariève) : Oui,
tout à fait.
Mme Fréchette : D'accord.
Merci. Alors, je passerais la parole à ma collègue, donc, Suzanne Blais, d'Abitibi-Ouest. Je ne pense pas qu'il y ait besoin de présentation.
Mme Blais : ...à vous trois.
Très heureuse de vous voir aujourd'hui. Merci pour la présentation.
Alors, en page 6, vous mentionnez que tous les
services, formations et outils pour l'accueil... de l'intégration des personnes immigrantes sont déjà déployés en
Abitibi-Témiscamingue et que le Programme
d'appui aux collectivités, le PAC, soutient financièrement presque toutes les
villes de la MRC et organismes d'accueil de la région. Pouvez-vous décrire les
pratiques exemplaires d'accueil, d'intégration et de rétention des personnes
immigrantes qui sont instaurées en Abitibi-Témiscamingue, à
Rouyn-Noranda ou au sein d'entreprises parmi vos partenaires?
Mme Migneault (Mariève) : Bien,
je peux commencer, Ann, et puis tu pourras complémenter.
Vous ne devez
pas être sans connaître La Grande Séduction en Abitibi-Ouest, qui fait partie
d'un modèle d'exemple d'attraction et d'accueil, où la communauté entière s'est
mobilisée pour accueillir les nouveaux travailleurs, les travailleurs de la santé. À Rouyn-Noranda, on
bénéficie également de La Mosaïque, qui permet de soutenir l'individu,
l'immigrant, le travailleur étranger jusqu'au résident permanent.
Par contre, ce qu'on voulait dire avec ce
point-là, puis je pourrai laisser Ann mentionner les autres mesures
exemplaires, les autres éléments exemplaires, là, de l'accueil et
l'intégration, ce qu'on voulait surtout dire par là, c'est qu'il y a beaucoup
d'argent et d'efforts mis sur l'accueil, l'intégration et la rétention de la
main-d'oeuvre immigrante mais peu ou pas dans l'attraction et le recrutement de
cette même main-d'oeuvre-là spécifiquement pour les régions éloignées.
Donc, moi, je vais terminer ici ma portion de
réponse puis je vais laisser Ann continuer.
Mme Gervais (Ann) : Alors, on
se retrouve avec des entreprises qui... ou des organismes qui sont prêts... qui
sont prêts à accueillir des nouveaux travailleurs, mais on ne peut pas aller...
ou on a très peu de financement pour aller les recruter. Et c'est là... et
c'est là qu'on trouve un peu que c'est... pas aberrant, mais qu'on trouve que,
oui, c'est vraiment important d'avoir ce financement-là pour l'accueil et
l'intégration, mais on accueille qui si on ne peut pas aller les recruter? Et
c'est là que c'est difficile. Les Journées Québec le font très bien, puis, tu
sais, on ne dit pas qu'ils ne font pas des belles activités ou qu'ils font des
belles séances de recrutement. Par contre, on croit que les entreprises doivent
être accompagnées par des organismes de la région. Et, en ce sens, nous, le
CLD... Et le CLD fait également beaucoup pour l'accueil et l'intégration. On le
fait moins sur le terrain avec les travailleurs. Par contre, on prépare, on
forme les entreprises à bien accueillir leurs travailleurs. On leur donne les
outils nécessaires pour bien se préparer et préparer leurs équipes à faire
l'accueil des travailleurs étrangers. Ça fait que je pense que ce qu'on offre,
nous, dans la région, est également un beau gage de succès.
Mme Migneault (Mariève) : Je
voudrais ajouter un élément aussi. Une entreprise qui se démarque énormément
dans le secteur de Rouyn-Noranda par rapport à l'accueil et l'intégration des
travailleurs étrangers, c'est la compagnie ADRIA, en fait, qui s'est elle-même
formée, autodidacte, pour aller recruter avant que le CLD devienne de plus en
plus présent en la matière. Donc, elle a dû faire son chemin de croix, si on
veut, pour apprendre le recrutement à
l'international, mais ensuite l'entreprise a acquéri des maisons pour loger ses
travailleurs et a acquéri une maison qu'elle a dédiée en garderie,
qu'elle a pu déposer dans l'appel du ministre de la Famille. Elle a créé une
garderie. Donc, ça, on voit que c'est vraiment un modèle intégré, de
dire : Comment je vais faire en sorte de bien accueillir et intégrer mes
travailleurs? Eh bien, elle a pris en charge plusieurs enjeux transversaux au
recrutement à l'international, puis, on le voit, le taux de rétention est
favorable pour cette entreprise.
Mme
Blais : Pensez-vous que nos
organismes communautaires en région ont un grand rôle à jouer au niveau de
l'immigration, comme le MRAR, ces choses-là?
Mme Gervais (Ann) : Bien, ils sont
très présents et, oui, ils ont leur place. Chaque organisme a leur place. En ce moment, chacun fait leur propre partie. Et,
justement, le PAC, le programme d'aide aux collectivités, nous aide à le faire,
mais on a tellement d'argent qu'on est en train d'empiéter un sur l'autre. On
est en train d'empiéter parce qu'il n'y a pas assez d'immigrants qui arrivent en région, et c'est pour ça qu'on
croit qu'il doit y avoir de l'aide pour l'attractivité et le
recrutement.
Mme Blais : Autre question. En
matière de reconnaissance des compétences, vous mentionnez que votre... dans votre mémoire qu'il serait pertinent de
développer des ententes avec des ordres professionnels et des institutions
d'enseignement de l'Abitibi-Témiscamingue pour faciliter l'accès à certaines
professions.
Mme
Gervais (Ann) : Oui. En fait, comme je mentionnais, l'exemple du
pharmacien, on l'a vécu, une entreprise en Abitibi-Ouest qui voulait recruter
un pharmacien, et la personne doit passer un an à Montréal pour faire des mises à niveau, des mises à jour, et a été
recrutée par une entreprise de Montréal. Et la pharmacienne arrivait avec
sa famille, bien sûr. Et je crois qu'il y a vraiment quelque chose à faire, des
ententes à faire avec nos institutions ou encore faire des formations à
distance ou... Avec... De nos jours, avec toute la technologie qu'on a, je
pense que c'est possible de le faire à distance.
Et, pour ce qui est
des formations, oui, il y a des primes ou il y a le CSQ PEQ qui est intéressant
pour le niveau postsecondaire, mais il faut penser au niveau professionnel
également. On a beaucoup d'entreprises qui ont besoin des gens qui sont de métiers... des gens de métiers spécialisés.
Alors, au niveau professionnel, c'est important de développer également
du financement, des projets pilotes ou quoi que ce soit pour les garder en
région ou pour les encourager à venir
étudier ici, dans nos centres de formation professionnelle. Et nos centres de
formation donnent des formations qui répondent aux besoins de nos
entreprises.
Mme Blais :
Et, selon vous, quel genre de type d'action, de promotion serait à prioriser
pour la région?
Mme Migneault
(Mariève) : J'ai manqué le... Quel genre d'action, de promotion...
Mme Blais :
...oui, action ou de promotion serait, selon vous, à prioriser?
• (18 h 20) •
Mme Migneault
(Mariève) : On sait que positionner le Québec dans son ensemble à
l'international, ça représente des défis,
parce que, parfois, les candidats qu'on rencontre veulent aller au Canada sans
savoir nécessairement où est le
Québec. Donc, on sait que ça représente des défis. Par contre, il faut être en
mesure de positionner nos avantages stratégiques
en tant que région. Donc, ce serait, selon nous, une des actions à prioriser,
c'est-à-dire comment on positionne... on
arrive à positionner le Québec dans le Canada. Et, une fois qu'on a réussi cet
aspect-là, là, je pense que ça va bien dans toutes les Journées Québec
qu'on... que le MIFI est impliqué.
Là,
maintenant, comment on fait pour positionner les régions éloignées dans le
Québec auprès des travailleurs étrangers, ce serait, moi, selon moi, l'action à
prioriser, également de présenter les régions en amont de nos... des missions, donc, de faire en sorte... Là,
maintenant, aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, on est capables de
positionner des actions de
communication à l'étranger. Si on va en France, bien, on positionne un mois
avant la région de l'Abitibi-Témiscamingue sur divers outils de
communication pour faire comprendre quels sont les avantages structurels de l'Abitibi-Témiscamingue, et pas que
du Québec. C'est là... Quand on se perd dans la masse du Québec, c'est
là qu'on n'est peut-être pas en mesure de se positionner stratégiquement.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci. Mme la ministre, il reste une minute.
Mme
Fréchette : Une minute, bon, juste assez pour vous demander,
justement : Est-ce que les missions de nature
virtuelle sont d'intérêt pour vous? On en a organisé, je crois que c'est six,
au cours de la dernière année. Donc, considérant
l'éloignement de l'Abitibi-Témiscamingue, est-ce que, pour vous, ça représente
quand même une opportunité intéressante, ces missions virtuelles?
Mme Gervais
(Ann) : Je peux-tu... Bien, plus ou moins. En fait, ce que les
entreprises nous mentionnent, c'est qu'ils
veulent voir... Bien, ça peut être intéressant pour les entreprises qui n'ont
pas le temps de se déplacer, mais beaucoup, ils veulent sentir, ils
veulent voir la personne, ils veulent pouvoir échanger. Les entrevues à
distance, c'est assez difficile. Oui, on donne des outils pour le faire, mais
ça reste que, le présentiel, on peut vraiment savoir qui est la personne ou la
connaître davantage. Ça fait que les entreprises sont prêtes à se déplacer pour
aller à des missions. Mais c'est sûr que
certains sont prêts aussi à le faire virtuellement parce qu'ils n'ont pas le
temps ou ils n'ont pas assez d'employés pour pouvoir quitter pendant
cinq jours pour faire du recrutement.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
C'est terminé. Alors, maintenant, je vais donner la parole à l'opposition
officielle. Députée de Chomedey, vous avez 9 min 22 s.
Mme Lakhoyan
Olivier : Merci. Merci beaucoup de nous avoir envoyé vos mémoires, et
votre présence. C'est très apprécié. On entend un autre point de vue sur
l'immigration.
D'après ce que
j'entends, là, ce n'est plus une question de 50 000 ou 60 000, c'est
la structure. Il y a beaucoup de choses à voir. D'après ce que j'entends, c'est
le manque de main-d'oeuvre, c'est sûr, mais on n'est pas capables, dans votre
région, de retenir les immigrants qui sont là ou les étudiants, parce qu'ils
s'en vont en Ontario, puis c'est plus
facile... Donc, est-ce que le... Le problème, est-ce que c'est avec le
gouvernement du Québec ou Canada, le fait qu'ils doivent aller en
Ontario et, je suppose, ils ne reviennent pas? C'est ça, ils ne reviennent pas.
C'est ça?
M. Bibeau
(Marc) : Non, ils ne reviennent pas.
Mme Lakhoyan
Olivier : Ils ne reviennent pas.
Mme Gervais (Ann) : Bien, certains
reviennent. Certains reviennent, mais ils reviennent après un an, après avoir
reçu leurs documents, après avoir reçu leurs papiers. Mais, c'est ça, c'est...
ils quittent. Le problème, ce n'est pas pour tout le monde, là. Ce n'est pas la
rétention de tout le monde. Mais le problème de base, je crois que c'est
vraiment... Tout est dans les délais. Tout est dans les délais entre
l'obtention du CSQ et l'obtention de la résidence permanente. Et le six mois de délai pour l'obtention du CSQ
PEQ, quand... si c'est six mois, bien, c'est six mois de moins qu'ils ont
pour avoir la résidence permanente ou qu'ils doivent attendre de plus pour
avoir la résidence permanente.
Mme Lakhoyan
Olivier : Pour vous, là, si je vous dirais : L'immigration au
Québec, ce qu'on ferait, c'est qu'on ferait comme un bureau de chômage :
Appliquez, voilà, il y a ces emplois-là dans ces régions-là... Parce que vous
parlez de première immigration. Vous voulez une première immigration, donc, de
l'extérieur, rentrer direct chez vous. Vous
trouvez que, d'après vous, le pourcentage de les retenir, c'est beaucoup
meilleur. Donc, est-ce qu'on... est-ce
qu'on... Le ministère de
l'Immigration décide de faire : Bon, bien, j'ai besoin de mécaniciens,
comme demande de carrière qu'on fait au Québec, là, bien, la même chose
aux immigrants, pensez-vous, ça vous aiderait plus?
Mme Migneault
(Mariève) : C'est sûr que ça pourrait être un outil intéressant. En
fait, le problème, c'est comment, en tant que région éloignée, donc, éloignée,
pas des régions périurbaines, on arrive à attirer et recruter des travailleurs,
donc, comment ils font pour choisir l'Abitibi-Témiscamingue, et, une fois
qu'ils ont fait ce choix, comment on arrive à les retenir. Donc, d'avoir un
guichet emploi, ça peut être pertinent, mais, encore là, est-ce qu'ils vont avoir l'appel de l'Abitibi-Témiscamingue pour
être assez convaincus d'y demeurer, de faire leurs projets de vie avec nous puis de s'enraciner? C'est là qu'il faut comme
avoir un narratif émotionnel pour créer ce sentiment d'appartenance là.
Mme Lakhoyan
Olivier : Je crois que, quelqu'un qui vient de l'extérieur, la
distance, là, ça ne fait pas de différence. Il vient de la Syrie, du Liban, de
l'Arménie, n'importe où, là. Déjà, il fait la distance. Pour lui, c'est
travailler et recommencer sa vie parce que, dans son pays, ça ne va pas bien.
Donc, c'est une personne qui va venir ici
travailler. Donc, moi, d'après ce que je vois ici, vous dites : Il y a un
manque criant de la main-d'oeuvre, donc, puis vous avez mentionné crise
de logement aussi en même temps. J'ai entendu ça. Je ne me trompe pas, n'est-ce
pas?
M. Bibeau
(Marc) : Absolument.
Mme Lakhoyan
Olivier : Donc, comment vous allez faire? Disons que le ministère de
l'Immigration trouve une façon d'avoir des
immigrants... venir directement chez vous, comment vous allez faire de... pour
s'occuper des besoins de logement, éducation, et tout ça, là?
Mme Migneault
(Mariève) : En termes d'éducation, ça va très bien, mais est-ce que
c'est à nous, là, d'aider, à nous, MRC, de
résoudre la crise du logement? Je pense qu'il faudrait voir le problème d'un
autre axe. C'est sûr qu'actuellement,
comme je dis, les entreprises trouvent des solutions très innovantes, vont
s'occuper eux-mêmes d'acquérir des
immobilisations, des logements pour loger leurs entreprises. Donc là, il faut
remettre... Ce problème-là, il est hors de notre contrôle. Il faut soit
le remettre dans les mains du gouvernement ou soit le remettre dans les mains
du privé pour qu'eux s'organisent eux-mêmes. Je pense que le gouvernement a
quand même un rôle à jouer pour soutenir des problèmes de logement social, par
exemple, pour permettre de créer plus de logements disponibles pour l'ensemble
de la population, qu'il doit en faire plus pour l'immigration également.
Mme Lakhoyan
Olivier : Vous parlez de logement social. Vous vouliez prendre la
parole?
M. Bibeau
(Marc) : Bien, si je peux me permettre, une des solutions qui
pourraient être envisagées au niveau du logement pourrait être la construction
de résidences étudiantes dans nos cégeps et nos universités. Le cégep de
l'Abitibi-Témiscamingue a présentement un projet de construction de 200
résidences. Ces 200 résidences là permettraient
probablement de libérer une centaine de loyers à Rouyn-Noranda. Ça enlèverait
de la pression sur le taux de location puis, en même temps, bien, ça viendrait
toucher une partie de... une bonne partie de clientèle à faibles revenus.
La Présidente (Mme
Caron) : Alors, comme nous avons un peu de retard sur l'horaire, je
vais demander : Est-ce qu'on a le
consentement pour poursuivre quelques minutes au-delà de l'heure prévue pour
terminer les... Ça va? Merci. Alors, on repart le compteur. Il reste 3
min 43 s... trois minutes, oui, 43, c'est ça.
Mme Lakhoyan
Olivier : ...
La Présidente (Mme
Caron) : Pour l'opposition officielle, oui.
Mme Lakhoyan
Olivier : Ah! OK.
M. Derraji :
...
La Présidente (Mme
Caron) : Député de Nelligan, allez-y.
M. Derraji : Merci
pour votre intervention. J'ai eu l'occasion de visiter le centre et
m'entretenir avec des membres. Continuez
votre beau travail. Vous avez beaucoup de défis. J'ai même vu des installations
d'entreprises pour accueillir des travailleurs, «fly-in/fly-out»
toujours. Ça n'aide pas la région, malheureusement.
Aujourd'hui, vous avez
deux scénarios, 50 000, 60 000. Je n'ai pas entendu votre position
par rapport au chiffre qui est sur la table.
La part des travailleurs temporaires étrangers... J'en ai vu pas mal dans la
région. Pouvez-vous nous éclaircir sur votre vision par rapport au
portrait des travailleurs temporaires étrangers versus les travailleurs
permanents?
M. Bibeau (Marc) : Si je peux
m'exprimer sur le... Le travailleur temporaire n'est, quant à moi, seulement
qu'un plasteur, un bandage temporaire. Nous, ce qu'on souhaite ardemment, c'est
d'amener la famille. Si on veut garder nos citoyens
ou notre population immigrante chez nous, ça doit passer par la famille. Le
monsieur... Par exemple, tu sais, on parlait de mécaniciens tantôt. On
recrute un mécanicien, bien, il faut qu'il vienne avec sa famille. Madame est
peut-être cuisinière, pourrait contribuer, parce que nos restaurants en
souffrent aussi, là. Présentement, on a des restaurants
qui sont fermés trois jours par semaine par manque de personnel. Je vous défie
d'aller manger à Rouyn-Noranda un dimanche soir, là. S'ils ont des jeunes,
des enfants à l'adolescence qui peuvent travailler dans nos commerces de détail, ces enfants-là vont se faire des amis, et c'est
eux autres qui vont s'enraciner chez nous et qui vont aider les familles
à rester puis à devenir les bons citoyens que nous souhaitons.
• (18 h 30) •
M. Derraji : Lors de ma dernière
visite, vous m'avez parlé de la direction régionale. Quelle est votre relation
maintenant avec la direction régionale de... en immigration?
Mme Migneault (Mariève) : Notre
relation présentement, elle est courtoise. Par contre, comme on a... Bien, la
coordonnatrice régionale, on a une très bonne relation avec Mme Roberge. Au
niveau de la direction territoriale, depuis
le dépôt de notre projet pilote, on est dans une espèce de zone grise, là. Donc, il y a des améliorations possibles en
termes de collaboration, je pourrais dire, puisque, là, pendant que notre
dépôt... notre projet est à l'analyse...
M. Derraji : ...pourquoi une zone
grise?
Mme Migneault (Mariève) : Je...
Parce que, depuis que notre projet est en... On a déposé un projet qui est
en... en analyse, pardon. La direction régionale souhaite attendre l'issue de
l'analyse avant d'avoir des projets de collaboration entre nos instances.
M.
Derraji : ...collaboration est arrêtée parce que c'est... le
projet est en analyse, ce n'est pas bon pour la région, ça.
Mme
Migneault (Mariève) : Non. C'est sûr que ce n'est pas optimal. Ce n'est
pas optimal. Je ne pourrais pas dire le contraire.
M. Derraji : La ministre vous
entend. La ministre vous entend. Je la vois. Je la connais, c'est une femme d'action. J'en suis sûr et certain, qu'elle va
agir. Continuez votre beau travail. J'ai visité beaucoup d'entreprises dans la région. On a besoin que cette région se relève. L'industrie
minière se porte très bien. On va tout faire pour vous supporter par
rapport à la présence des travailleurs. Merci, hein?
La
Présidente (Mme Caron) : Merci. Alors, maintenant, je vais céder la parole
au deuxième groupe d'opposition, M. le député de Saint-Marie... Saint-Henri—Sainte-Anne,
pour 3 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup
pour votre présentation. Merci.
Mon collègue
de Nelligan rappelait qu'il y a deux scénarios, mais, chers
collègues, j'en ai soumis un troisième. Donc, on est sur trois scénarios, quand même. Donc, voilà, je vous le
dis, on a un troisième... on a une troisième option.
Vous parliez des délais trop longs. Vous avez
dit : Tout est dans les délais, en fait. Et je suis allé voir, pendant que
vous parliez, parce que vous me parlez de l'Ontario, je suis allé voir le site
d'Immigration Canada. On voit très bien, par
programme, les délais de traitement. C'est très intéressant. Et, bon, pour le
Québec, dans Travailleurs qualifiés, on parle de 17 mois de délai
de traitement sur le site d'IRCC, auxquels on ajoute le délai du CSQ, vous avez dit six mois, bon, disons... disons trois
mois, parce que je pense que ça peut aller plus rapidement que ça, pour un
20 mois, disons, selon les statistiques sur le site Internet.
Si je change de catégorie et je vais, donc, à
Travailleurs qualifiés fédéral, donc, entrée expresse, donc, le programme qui
se destine à vos... aux gens qui vont en Ontario, on tombe à cinq mois, donc,
quatre fois moins long de l'autre côté de la frontière.
C'est évident, pour les personnes qui sont chez
vous, le calcul se fait. Mais comment c'est possible? Comment ça se fait? Bien,
on le sait, c'est à cause de l'impact des seuils, de la réduction des seuils,
des arriérés et du fait que, bien, les seuils,
tels qu'ils sont, ne répondent pas à la demande puis à vos besoins, puis on
n'est pas compétitifs face au... face
au reste du pays. C'est ça qui se passe. Alors, moi, je vous propose... Et je
pense qu'il faut qu'on fasse des mesures pour simplifier, faciliter,
accélérer afin que vous soyez compétitifs.
Et donc moi, je mets au jeu un PEQ régions, 12
mois de travail pour se qualifier, pas 24, 12 mois, un PEQ sans frais. Donc, on
a des économies de famille d'autour de 1 500 $, à peu près, pour les
CSQ, avec toute la famille, et on les traite
en premier, en priorité, tout de suite, et donc pas de délai de traitement
au-delà de l'Ontario. Moi, je pense que,
si on met ça en place, vous allez être ultracompétitifs. Les gens vont vouloir
rester chez vous. Les gens vont n'avoir aucun incitatif à aller de
l'autre côté de la frontière. Qu'est-ce que vous en dites?
Mme Migneault
(Mariève) : C'est sûr qu'il faut être compétitifs avec... C'est une
très belle... très belle proposition, à chaud comme ça. Il faut être
compétitifs avec l'Ontario, oui. On est à une heure de l'Ontario. Et les
projets pilotes dont Mme Gervais faisait mention, les PPIRN, sont administrés
par des organismes de développement économique comme le nôtre qui facilitent
l'immigration économique directement, en marge avec les besoins des travailleurs. Donc, c'est sûr que, si on vise, par
ailleurs, ce type d'assouplissements, ça peut être bénéfique pour notre région. Si on vise des familles, M. Bibeau l'a
exprimé, c'est encore plus bénéfique pour notre région parce que ça fait des
doubles...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion.
Mme Migneault (Mariève) : ...doublement
de travailleurs, des enfants qui s'enracinent. Donc, tout à fait en accord avec
des types de propositions. Il faut innover. Il faut voir autrement. Il faut
changer notre lorgnette et voir différentes perspectives pour positionner.
La
Présidente (Mme Caron) : Merci. Merci beaucoup. Alors, je vous remercie
d'avoir participé à nos travaux, tous les trois. Merci pour votre
mémoire.
Nous allons maintenant suspendre la commission
jusqu'à 19 h 15.
(Suspension de la séance à 18 h 36)
(Reprise à 19 h 16)
La
Présidente (Mme Caron) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
des relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Donc, nous poursuivons les auditions publiques
dans le cadre de la consultation générale sur le cahier de consultation
intitulé La planification de l'immigration au Québec pour la
période 2024-2027.
Alors, ce
soir, nous entendrons les personnes et les organismes suivants : tout
d'abord, la ville de Repentigny, et ensuite M. Richard Marcoux.
Alors, je
vais inviter, donc, les... souhaiter la bienvenue à la ville de Repentigny et
puis vous demander de vous nommer, en
vous rappelant que vous avez 10 minutes au total pour votre présentation,
et ensuite on va poursuivre avec les échanges. Alors, si chacun veut
bien se nommer, s'il vous plaît.
Ville de Repentigny
M. Dufour (Nicolas) : Donc, bonjour.
Nicolas Dufour, maire de Repentigny.
Mme
Robillard (Jennifer) : Oui. Bonjour. Jennifer Robillard, conseillère
municipale et présidente de la commission sur le vivre-ensemble et la
participation citoyenne.
Mme
Descadres (Marie Angeline) : Bonjour. Marie Angeline Descadres, conseillère stratégique
en innovation sociale à la direction générale.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, vous pouvez commencer.
M. Dufour
(Nicolas) : Alors, merci. Chers parlementaires, j'ai envie de
commencer en vous disant : Repentigny existe, les municipalités existent au Québec. Cela signifie que nous, en
tant que municipalité, avons un rôle important à jouer dans
l'intégration des personnes immigrantes sur notre territoire.
Repentigny se distingue par son engagement et
son leadership dans le domaine de l'immigration. Nous avons mis en place des
pratiques inspirantes et innovantes, notamment la mise en oeuvre de notre
stratégie 2022-2026 pour une ville inclusive. Cette stratégie comporte des
orientations spécifiques liées au vivre-ensemble, à la sécurité civile et au
volet socioéconomique. Nous croyons fermement que l'immigration est une
opportunité de développement non seulement sur le plan économique, mais aussi
en termes de sécurité et de cohésion sociale. C'est un investissement vers un
développement socioéconomique durable et innovant.
Cependant, nous sommes conscients que nous
faisons face à des défis majeurs en ce qui concerne nos capacités limitées pour
offrir des services de qualité à la population. Repentigny accueille un nombre
significatif d'immigrants, en particulier
dans la MRC de L'Assomption, mais nos ressources sont limitées. En tant que
gouvernement de proximité, nous assumons pleinement notre responsabilité
dans l'intégration des personnes immigrantes sur notre territoire, en collaboration avec les acteurs du milieu. La
collectivité, les entreprises et les partenaires communautaires sont
également engagés dans ces efforts d'intégration et de vivre-ensemble.
Cependant, ils font face aux mêmes défis que nous, à savoir des moyens très
limités.
De plus en
plus de personnes immigrantes choisissent de s'installer à Repentigny, ce qui a
entraîné une évolution du profil démographique de notre ville et de nouveaux
besoins. Nous devons également tenir compte de notre proximité avec la ville de Montréal, ce qui rend notre
environnement complexe. Nous sommes confrontés à des enjeux similaires à ceux des grandes villes, mais avec des ressources
limitées, propres à une municipalité de taille moyenne, comme tant
d'autres au Québec.
Notre vision
de l'immigration est celle d'une opportunité de développement à plusieurs
niveaux. Nous croyons que c'est un
investissement dans un développement socioéconomique durable et innovant. Nous
reconnaissons les défis auxquels nous
sommes confrontés en termes de capacité limitée, mais nous restons déterminés à
travailler en collaboration avec notre communauté, nos partenaires et les
acteurs du milieu pour créer un avenir inclusif et prospère pour tous les
résidents de Repentigny, qu'ils soient nés ici ou ailleurs.
Mme
Robillard (Jennifer) : Je vais prendre la suite de M. le maire, là, pour
vous adresser, en fait, quatre points qui ressortent du mémoire que nous
avons déposé, à la ville de Repentigny. Donc, on est une ville qui a à coeur
l'intégration et l'inclusion des personnes immigrantes sur notre territoire.
Pour répondre aux besoins grandissants et complexes dont M. le maire faisait
mention, pour continuer le travail de terrain, premier palier de gouvernement pour notre
population, nous avons besoin de différents éléments, et il y a
quatre éléments qu'on souhaite vous apporter ce soir.
Tout d'abord, la création d'une instance de
concertation multisectorielle pour rendre plus agile la gestion des migrations
en incluant les villes comme parties prenantes. Une ville comme Repentigny,
comme M. le maire l'a mentionné, elle souhaite être à la table de travail,
collaborer aux chantiers en cours et à venir. Ville de la couronne de Montréal,
le réflexe n'est pas toujours de nous inviter à la table, ce que nous
souhaitons avoir pour la suite des choses. La ville a la responsabilité de tout
mettre en oeuvre pour offrir des services municipaux de qualité et offrir un
cadre de vie propice à l'épanouissement de sa population. Nous estimons qu'il
est primordial de reconnaître l'apport des municipalités à réaliser les
orientations du gouvernement et nous souhaitons donc être un partenaire et un
allié de choix pour le gouvernement dans le cadre du plan en immigration.
• (19 h 20) •
Un autre point qu'on souhaite amener, c'est la
révision de la répartition des ressources financières pour des services adaptés
aux besoins locaux. Nous travaillons en collaboration étroite avec nos
partenaires. Tous les moyens sont mis en oeuvre pour soutenir l'accueil et
l'intégration sur notre territoire. Cependant, force est de constater que la
tâche est grande pour les villes et que notre capacité demeure restreinte. Nous
aimerions donc avoir une meilleure répartition des ressources financières et
humaines en fonction des besoins spécifiques de chaque localité.
Un troisième point est le financement récurrent
pour améliorer les services offerts par la ville, notamment la francisation et
l'accès au logement. Nous travaillons à développer et à innover, que ce soit
sur les différentes activités offertes aux personnes immigrantes ou encore le
maintien du vivre-ensemble dans notre population, que ce soit la francisation
dans nos bibliothèques ou encore dans nos camps de jour, les événements
rassembleurs autour du vivre-ensemble, la
lutte au racisme et aux discriminations. Nous avons de nombreuses idées pour
faciliter l'intégration dans notre communauté.
Il y a également une multitude de besoins
lorsqu'on parle des résidents permanents, travailleurs temporaires ou encore
personnes réfugiées. Il faut des ressources financières diversifiées pour
continuer notre travail, former et appuyer nos employés à offrir des services
adaptés à toute notre population.
On attire votre attention en matière également
du financement du logement. Il faut une adéquation entre le plan en immigration
et le logement, entre les besoins des gens qui arrivent, le besoin des
entreprises de croître, d'accueillir de nouveaux travailleurs, avec une
structure capable de les accueillir, et de bien les accueillir, je dirais. Il
faut loger des gens chez nous, dans une ville à 100 % bâtie, ce qui est le
cas de Repentigny. Il faut des programmes de redéveloppement de notre ville à
la fois en matière d'entrepreneuriat mais également en matière de logement, une
mixité de logements également, parce que les cibles du gouvernement sont en
grande partie d'attirer des jeunes immigrants de moins de 35 ans.
Pour une municipalité, cela demande un cycle
d'accueil en termes de mixité de logements. Donc, on part d'un petit logement,
avec une famille qui grandit, avec des retraités par la suite, et avec un type
de service accru également, de la CPE, au démarrage d'entreprise, à la
résidence par la suite. Nous avons donc besoin de ressources pour accueillir
adéquatement les citoyens qui arrivent à Repentigny, tout en assurant de
maintenir la cohésion sociale et le vivre-ensemble, et cela passe par des
programmes connus, flexibles et continus.
Finalement, nous souhaitons un financement
récurrent pour développer des projets structurants en matière de diplomatie
municipale et pratiques inclusives. Ça inclut le soutien à nos citoyens
corporatifs pour le recrutement, l'intégration,
la rétention de la main-d'oeuvre immigrante, l'enrichissement de l'écosystème
scolaire avec, notamment, l'accueil d'étudiants étrangers et, bien sûr,
la mise en place de pratiques inclusives.
M. Dufour (Nicolas) : Donc, si je
peux me permettre de résumer, chers parlementaires, à la fin de la journée,
c'est les municipalités qui intègrent au quotidien les nouveaux arrivants, les
immigrants. La responsabilité nous incombe.
Malheureusement, les limites financières sont rapidement atteintes. Et on a
besoin d'un support et de l'aide. Les villes sont prêtes à être des
alliées du gouvernement du Québec dans l'intégration et l'augmentation des
seuils d'immigration. Donc, merci à vous tous.
La
Présidente (Mme Caron) : Merci pour votre présentation. Alors, la période
d'échange va commencer. Je vais céder la parole à la ministre de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration pour une période de
16 min 30 s.
Mme
Fréchette : Merci, Mme la Présidente. Alors, bonsoir, M. le
maire. Bonsoir, mesdames. Il me fait plaisir de vous revoir. Merci de
participer à l'exercice de cette commission parlementaire.
Vous vous prononcez sur
votre réalité à vous en tant que ville de la couronne. Quand j'ai fait ma série
de rencontres régionales, j'ai réalisé à
quel point la dynamique, pour les villes qui étaient dans la couronne métropolitaine,
pouvait être particulière, pouvait être singulière. Et, là où je croyais qu'il
y avait un impact facilitant quant au fait d'être proche de Montréal, ce
n'était pas nécessairement le cas dans la réalité des choses, parce que,
souvent, Montréal constituait une sorte d'aimant pour les personnes
immigrantes.
Alors, c'est
une des choses que... sur lesquelles j'aimerais... j'aimerais vous entendre.
Bien, en fait, j'aimerais vous entendre sur les responsabilités que
vous, vous souhaiteriez que les villes puissent assumer dans l'instance que
vous proposez de créer, là, de coordination multisectorielle. Donc, quel est le
rôle que pourraient jouer les villes à l'intérieur d'une telle instance? Et
puis j'aimerais vous entendre également sur, en fait, en quoi la proximité de
Montréal influence votre dynamique sur le plan de l'immigration à Repentigny.
M. Dufour (Nicolas) : Oui. Je vous
remercie beaucoup, Mme la ministre. Puis permettez-moi, d'entrée de jeu, de
vous remercier aussi pour la tournée que vous avez faite et la série de
consultations dans laquelle vous vous êtes lancée, là. On apprécie énormément.
Puis je pense que tous ont à y gagner.
Bien, écoutez, pour ce qui est de la proximité
de Montréal, les défis que ça peut nous entraîner, c'est qu'inévitablement on
a... vous me permettrez l'anglicisme, mes plus plates excuses, je cherche le
bon terme français, mais on a un
«trickle-down» qui provient de Montréal, parce que les nouveaux arrivants vont
aller s'établir, effectivement, où est-ce qu'il y a une masse critique,
donc, bien souvent, à Montréal, où il y a déjà des concentrations de certaines
communautés. Mais, à un certain moment, ces gens-là, après quelques années,
vont avoir le goût de vivre la vie typique nord-américaine en banlieue, vont
avoir le goût d'une résidence unifamiliale, vont avoir le goût d'avoir un
milieu intéressant pour élever des enfants, ce qu'une communauté comme
Repentigny a à offrir.
Donc, rapidement, on a eu un changement
démographique de par notre très grande proximité avec Montréal. Pour donner un exemple, là, on est rendus à plus
de 20 % de notre population, à Repentigny, qui est issue de l'immigration.
Lorsque j'étais député de Repentigny, de 2008 à 2011, on parlait d'à peine
5 %. Alors, en même pas une quinzaine d'années,
là, il y a eu une explosion démographique, ce qui nous a amené beaucoup de
défis, parce que notre communauté n'était pas nécessairement préparée à
accueillir, en si peu de temps, autant de gens.
Depuis notre arrivée en poste, on a tout de même
pris des actions fortes pour, justement, donner cette impulsion-là de
vivre-ensemble, à titre d'exemple, l'arrivée d'une conseillère stratégique en
équité, diversité, inclusion, notre tout premier programme de ville inclusive,
là, 2022-2026. Donc, on a mis rapidement en place des actions, comme administration, pour s'assurer de bien intégrer les gens.
Pour donner un exemple, là, nos camps de jour... On a commencé, depuis
l'année dernière, à ouvrir des camps spécialisés pour la francisation. On a
commencé, on avait 10 jeunes. Cette année, on est rendus à 20. Et on
prévoit déjà un 40 et un 50 pour l'année prochaine. Donc, on le voit, là, que
c'est rapidement en explosion.
Donc, c'est
sûr que la proximité avec Montréal nous amène des défis mais, en même temps,
des opportunités. On parle beaucoup
de régionalisation de l'immigration. Repentigny, je n'ai pas envie de vous dire
qu'on est une région, on comprend qu'il y a une différence avec la
Gaspésie, mais, tout de même, on est en dehors du grand centre qu'est Montréal et on a des défis qui sont propres, mais
on est une part de la solution pour la régionalisation de l'immigration.
Bien, quand je vous disais que ça nous... (panne de son) ...des défis, c'est
que... (panne de son) ...quand on parle, par exemple,
à des instances gouvernementales, quand on parle avec des associations, bien,
on va rapidement... Ah! m'avez-vous perdu... (panne de son).
La Présidente (Mme Caron) : Oui. Là,
maintenant, on vous a perdu, oui.
M. Dufour (Nicolas) : Je pense qu'on
m'a perdu.
La Présidente (Mme Caron) : Ah! je
crois que c'est revenu.
Mme Fréchette : Oui. Peut-être nous
refaire les 10 dernières secondes.
La Présidente (Mme Caron) : Je crois
que c'est revenu, là.
M. Dufour (Nicolas) : Désolé.
M'avez-vous retrouvé?
Mme Fréchette : Oui.
La Présidente (Mme Caron) : Oui.
C'est fragile.
Mme Fréchette : Peut-être, si vous
enlevez la caméra, ça pourrait aider. J'apprécie vous voir, mais on vous perd à
l'audition.
M. Dufour (Nicolas) : Non, c'est
correct. L'important... l'important, c'est le contenu, et pas mon visage.
Donc, effectivement, notre très grande proximité
avec Montréal, pour nous, c'est un certain avantage, parce qu'on est une forme de régionalisation de
l'immigration. Il faut arrêter de voir la régionalisation comme étant seulement
dans les extrêmes du Québec. On fait notre part en termes de régionalisation.
Mais le défi qu'on a avec notre très grande proximité
avec Montréal, c'est que, bien souvent, lorsqu'on va s'adresser à des
organisations, que ce soient les paliers de gouvernement, d'autres
institutions, ou quoi que ce soit, on est tellement proches de Montréal qu'on
va parler des défis d'immigration qui sont propres à Montréal, mais nous, on
devient un peu dans une zone de non-droit. On
est complètement oubliés. On est l'angle mort. Les couronnes et les banlieues,
on est l'angle mort de l'immigration, parce qu'on est tellement proches
de Montréal que, malheureusement, des fois, notre voix ne porte pas assez. On
va rapidement se retourner vers le grand
centre qu'est la métropole pour prendre leurs doléances en matière
d'immigration, ou leurs problématiques, ou leurs défis, comme si les
couronnes, autant nord que sud, n'avaient pas des défis qui sont propres.
Et on le voit en termes d'investissements. Bien,
c'est sûr que les paliers de gouvernement vont plus rapidement investir où il y
a une masse critique, à Montréal, que, par exemple, dans des programmes qu'on
pourrait très bien offrir au niveau des banlieues. Donc, c'est là que la
proximité avec Montréal, des fois, autant c'est un avantage... En étant très proches de Montréal, ça nous amène une
certaine... facilement, là, une population immigrante qui peut
facilement venir chez nous et garder un contact de proximité avec Montréal,
mais, en même temps, le défi, le problème qu'on a, c'est qu'on est tellement
proches qu'on vient dans un angle mort, là, pour les gouvernements ou les
organisations.
• (19 h 30) •
Maintenant, vous me parliez... Pour le rôle que
pourrait avoir l'instance, un peu dans la même logique, ce qu'on vous invite, c'est de créer une table où on
va être en mesure, autant les municipalités que d'autres acteurs, de se
réunir fréquemment et de vous faire part de nos problématiques et des défis
particuliers qu'on vit en matière d'immigration et d'intégration. Donc, dans le
fond, nous, ce qu'on... on vous propose une table. Le modèle peut être celui que vous choisirez, mais l'invitation qu'on
vous fait, c'est : Invitez les municipalités à être des alliées et à prendre
part de façon beaucoup plus étroite aux discussions en matière d'immigration, parce
que, je le réitère, au quotidien, nous
sommes ceux qui accueillons l'immigrant. C'est avec nous qu'il va payer son
premier compte de taxes. C'est avec nous
qu'il va aller la première fois à la bibliothèque. C'est avec nous qu'il va
utiliser les premières fois des installations sportives municipales,
comme les piscines, ou quoi que ce soit. Et c'est ça, à la fin de la journée,
qui fait une bonne intégration, c'est les outils municipaux, parce qu'on est dans
le quotidien de ces gens-là.
Mme Fréchette : Merci beaucoup.
M. Dufour (Nicolas) : ...espérant
que... (panne de son).
Mme
Fréchette : Oui, tout à fait. Merci beaucoup, M. le maire. Et
puis, bon, l'audition est... est parfaite. On vous a bien entendu
jusqu'à la fin.
Je veux maintenant passer la parole à la députée
d'Iberville... de Soulanges... Iberville, Soulanges?
Des voix : ...
Mme Fréchette : D'accord, Soulanges.
La Présidente (Mme Caron) : Députée
de Soulanges, la parole est à vous.
Mme
Picard : ...beaucoup, Mme la Présidente. J'ai une question
toute simple : Est-ce que vous diriez que la ville de Repentigny
est prête à accueillir plus de personnes immigrantes sur son territoire?
M. Dufour
(Nicolas) : Oui, certainement, et puis on le fait déjà. Puis
on le voit, là, comme je vous le mentionnais tout à l'heure, là, entre
2008 et 2022, là, on parle d'une augmentation, là, de près... de quasiment
17 %, là, de notre part de population, là, qui est issue de l'immigration.
Et, à Repentigny, vous le savez, on ne se fera
pas de cachette, on a eu des défis en matière... (panne de son) ...et de vivre-ensemble il y a quelques années.
Nous, on a vraiment pris le taureau par les cornes dans les deux dernières
années et on a vraiment créé un sentiment de vivre-ensemble très fort à
Repentigny. On a mis en place beaucoup d'actions.
Je laisserais Mme Descadres vous parler des actions plus spécifiques qu'on a
posées, mais, à titre d'exemple, là, on
a fait un forum sur le vivre-ensemble où pas loin de 200 citoyens sont
venus, et ça a créé des canaux de communication et d'échange entre les
communautés pour apprendre à se connaître. Et on est vraiment en train de
sentir qu'il y a un sentiment de vivre-ensemble très, très fort qui se crée à
Repentigny.
Donc, effectivement, nous, on est toujours prêts
à accueillir des gens, parce qu'on a des besoins en termes de main-d'oeuvre, on
a des besoins... on a des offres aussi en termes d'éducation, en termes de
qualité de vie. Donc, pour nous, on voit
l'immigration comme étant de quoi de très positif, étant un ajout pour la
société québécoise, et on est très certainement prêts à faire notre
part.
Mme Descadres, je ne sais pas si vous pourriez
donner quelques exemples, là, de ce qu'on a entrepris dans les dernières...
Mme Descadres (Marie Angeline) : Absolument,
absolument. Puis, tu sais, je dirais qu'on a dû être très créatifs, étant donné les moyens limités, mais
c'est vraiment la force, la mobilisation collective qui est, je pense, un des
principaux vecteurs.
Je dirais que, depuis deux
ans, en plus de déployer une stratégie, bon, pour une ville inclusive qui est
transversale, qui implique l'ensemble des secteurs de la ville, on a aussi
vraiment mis le focus, on a mis les bouchées doubles
aussi pour renforcir un sentiment de confiance, un lien de confiance,
notamment, avec notre service de police, avec la mise en oeuvre d'un plan d'action, bon, pour vraiment se
rapprocher de notre collectivité, de nos communautés. Donc, vraiment,
à... je dirais, là, à chaque semaine, il y a... il y a un pas qui est franchi
en ce sens-là.
En plus de ça, la ville est une des principales
parties prenantes dans la mise en place du plan d'action en immigration de la
MRC de L'Assomption. C'est sûr qu'il y a une grande collaboration qu'on a avec,
vraiment, l'ensemble des acteurs locaux en matière d'immigration via,
justement, la Table immigration-intégration, là, qui regroupe les acteurs locaux en immigration dans la MRC de L'Assomption,
puis c'est justement à travers cet espace-là où est-ce qu'on peut non
seulement se concerter, mais aussi surtout collaborer puis vraiment se
responsabiliser par rapport à notre rôle de facilitateur, autant auprès des
groupes communautaires, que ce soit de la société civile, des regroupements
associatifs ou autres, mais aussi, puis j'ai envie de dire surtout, auprès de
la population. Puis c'est pour ça que, justement, en créant un forum annuel,
justement, sur le vivre-ensemble, notre cible, c'est : On veut avoir un
dialogue avec notre communauté, avec notre population, de façon régulière,
parce que c'est certain que, si on souhaite, bon, oui, la diversité,
l'inclusion, mais plus spécifiquement l'intégration puis le maintien des
personnes issues de l'immigration sur le
territoire de la ville de Repentigny, bien, ça doit passer, finalement, par un
dialogue en continu.
L'autre élément, en fait, qui a été créé dans
les deux dernières années, c'est une nouvelle commission. Dans le fond, dans
l'ensemble de nos commissions, à Repentigny, on a maintenant une commission sur
le vivre-ensemble et la participation citoyenne où est-ce que, justement, on
fait le suivi des différents dossiers puis des enjeux qui touchent, notamment, l'immigration. Puis on a
également mis sur pied un comité consultatif citoyen. Donc, je vous dirais,
on a vraiment couvert la chose sous tous ses angles.
Puis, en plus de ça, maintenant, il y a des
initiatives qui commencent à sortir un peu de personnes immigrantes, des
différents citoyens. Puis aussi, tu sais, on fait beaucoup le focus sur les
personnes immigrantes, sur les personnes racisées, mais je vous dirais que
l'ensemble de la collectivité repentignoise aussi est mobilisée vers ça pour
pouvoir, justement, bien soutenir puis accueillir les gens. Ça fait que, bien
au-delà de, justement, le programme de
francisation qu'on a mis en place avec l'aide du programme du français ou
d'autres éléments qu'on a... on a développés au fil du temps à Repentigny, on est quand même en mesure de créer un
espace d'accueil intéressant, et, comme le nomme M. Dufour, pour
pouvoir accueillir, finalement, d'autres personnes, là, sur notre territoire.
Je ne sais pas si Mme Robillard voulait
compléter l'information.
Mme Robillard (Jennifer) : Bien, en
fait, pas mal tout a été dit. La seule... Le seul point que je voudrais
rajouter, c'est que le désir est fort et grand, mais réitérer qu'on accueille
quand même des gens dans une population déjà établie. Puis la notion du
vivre-ensemble est extrêmement importante puis doit être pensée dans le plan en
immigration pour favoriser une certaine
acceptabilité sociale puis, c'est ça, un vivre-ensemble qui va être harmonieux
puis dans la confiance pour tout le monde, là.
Mme
Picard : C'est beau de vous voir. C'est le fun, vous êtes
pleins de belles initiatives. Donc, bravo! Je cède la parole à d'autres
collègues, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
Mme la députée d'Iberville, il reste 3 min 50 s.
Mme Bogemans : Parfait. Bien, je
voulais surtout vous féliciter, parce que vous semblez être un milieu qui travaille en équipe. Puis, au niveau de la MRC, il
y a vraiment un bel esprit de cohésion. Vous êtes dans le positivisme,
et ça se dégage. Vous avez des belles initiatives.
C'est quand
même un défi considérable que vous relevez avec brio, là, de passer de 5 %
d'immigrants en 2011 à 20 % de votre population aujourd'hui, en
2023. Il y a vraiment un travail colossal qui est fait. Puis vous avez donné
plusieurs exemples inspirants, je crois, qui peut être repris aussi dans
plusieurs milieux, là, ne serait-ce que le forum, les camps de jour de francisation offerts par la ville, les activités
multiâges aussi que vous organisez, là. C'est vraiment super, parce que
c'est une intégration qui est transversale, là, au niveau de votre
municipalité, finalement, puis on peut dire,
je pense, jusqu'à la grandeur de votre MRC. Ça fait que, vraiment, des grandes
félicitations pour ces efforts-là.
Puis on a parlé beaucoup des exemples qui sont
inspirants, puis je voulais savoir, au niveau... Parce que c'est bien écrit
que, pour vous, c'est intrinsèque, la réussite du parcours migratoire est
associée à la vitalité économique, puis on a
moins parlé de cet aspect-là, surtout des jeunes immigrants, de comment vous
attirez particulièrement les moins de 35 ans à venir vivre leur
début de carrière, finalement, à Repentigny.
M. Dufour
(Nicolas) : Bien, très bon point. Je vous remercie tout
d'abord pour les bons mots. Mais effectivement on souhaite devenir un
modèle et faire école à travers le Québec, parce qu'on pense qu'on a un modèle
où... qui, bon, ne se transpose pas
nécessairement de la même façon partout exactement, on ne fait pas du
mur-à-mur, mais certaines idées peuvent inspirer d'autres.
Bien, écoutez, c'est sûr qu'on a des défis au
niveau de la main-d'oeuvre, je ne vous ferai pas de cachette, et ça nous amène
des situations assez particulières. Je vais vous donner un exemple. Pas plus
tard que cet été, les McDonald de Repentigny, qui aurait pensé ça il y a
15 ans... mais les McDonald ont été obligés d'aller chercher des gens aux Philippines, 30 employés aux Philippines
pour qu'ils viennent travailler dans leurs restaurants. Et nous, comme
municipalité, on a rapidement... parce qu'on est très proches de nos
entrepreneurs et de nos acteurs économiques, on s'est
associés avec les McDo pour faire l'intégration et l'accueil au quotidien des
30 employés, donc, s'assurer que les
jeunes aient des places dans nos camps de jour de francisation, vérifier où ces
gens-là vont dormir, est-ce que l'endroit qu'ils ont sélectionné répond à nos codes d'urbanisme, et quoi que ce
soit, l'aménagement du territoire. Donc, on a vraiment travaillé en
étroite collaboration.
• (19 h 40) •
Mais nos entreprises nous ont dit... Et là je
vous donne un exemple, mais on en a plein d'autres sur le territoire qui
commencent à aller dans cette veine-là. Les entreprises se sentent parfois un
peu laissées à eux-mêmes dans ce type de démarche là. À titre d'exemple, le
franchisé McDonald n'a pas eu de support de la part du McDonald Canada, a été
laissé à lui-même, a eu très peu... a vraiment fait tout par lui-même, a eu
très peu de facilité, même avec les acteurs
de l'immigration au Québec ou au Canada. Donc, il a vraiment pris ça à charge,
et nous, on l'a vraiment accompagné, là, au niveau de l'intégration au
quotidien. Donc, je pense que les entreprises ont des défis pour réussir à
attirer la main-d'oeuvre.
La Présidente (Mme Caron) : ...plaît.
En conclusion, s'il vous plaît. Il vous reste 15 secondes.
M. Dufour
(Nicolas) : Donc, simplement dire que c'est tout un défi de
réussir à attirer la main-d'oeuvre, mais on est prêts...
La
Présidente (Mme Caron) : Merci beaucoup. Alors, maintenant, je vais céder
la parole à l'opposition officielle. Alors, Mme la députée de Chomedey,
vous avez 12 min 23 s.
Mme Lakhoyan Olivier : Bonjour.
Merci d'être venus. Merci pour le mémoire que vous nous... vous nous avez
envoyé. C'est tellement intéressant de voir une équipe comme ça, motivée, qui
veulent apporter du bien dans sa population. C'est rafraîchissant, vous
écouter. C'est vraiment... c'est vraiment bien.
Là, ma question serait : Est-ce que...
est-ce que les immigrants choisissent chez vous? Parce que vous avez dit : Une augmentation de 20 %, puis
vous êtes très actifs à l'intégration, et tout ça, mais là, maintenant,
j'entends qu'il manque des employés. Donc, McDonald est allé chercher
ailleurs. Donc, est-ce que... est-ce que les immigrants ne viennent pas chez
vous automatiquement? Est-ce que... est-ce que ce sont des travailleurs qu'il
vous manque? Est-ce qu'il y a des immigrants
qui viennent, mais que ce n'est pas des travailleurs? Pouvez-vous élaborer
là-dessus, s'il vous plaît? C'est... Ce n'est pas clair.
M. Dufour (Nicolas) : Oui. Je
laisserais Mme Descadres sur cet aspect, mais, juste avant, votre question est
pleinement pertinente. Et je vous dirais... À un moment donné, oui, Repentigny
attire naturellement, d'une certaine façon,
parce que, bien, on a... au fil des années, il s'est créé une concentration de
certaines communautés, à titre d'exemple, Haïtiens, Marocains,
Algériens. Donc, on a des communautés, là, qui ont découvert la ville de
Repentigny. Le bouche-à-oreille a fait le travail.
Mais, avant de laisser Marie Angeline continuer,
je veux juste vous mentionner un aspect très important, et c'est le rôle que les municipalités peuvent jouer
dans la diplomatie. Je crois énormément à la diplomatie municipale. Je pense
que ça peut devenir, de plus en plus, de quoi d'intéressant au niveau des
villes. Et c'est sûr que, si on avait des relations
plus concrètes avec certaines villes et partenaires ailleurs dans le monde, on
pourrait se créer des filières pour de la main-d'oeuvre.
Je vais vous donner un exemple. La ville de
Repentigny commence des démarches, et on est très proches de plusieurs
municipalités au Maroc. Et, sans tomber, là, dans ces vieux jumelages, là, où
on s'en va au Maroc, là, ou en... à titre
d'exemple, à l'époque, là, on s'en va en France, on prend une photo pour dire
qu'on est jumelés avec telle ville, on est contents, puis après ça, eux,
ils viennent chez nous, prennent une photo, ils sont heureux, nous, on veut vraiment créer des filières de travail où on est
capables de travailler avec des municipalités directement dans d'autres pays,
où on va être en mesure de se créer des
filières. Parce que de nos entreprises... À titre d'exemple, avec le Maroc
commence... des entreprises repentignoises commencent à aller s'ouvrir
des points de chute au Maroc. Parce qu'ils ne sont pas sur le même fuseau horaire, donc, l'entreprise est
capable de travailler 24 heures sur 24. Donc, c'est... À titre d'exemple,
on a une entreprise en construction
qui a trouvé une compagnie d'architectes au Maroc, et ça permet à la compagnie
québécoise d'avoir des gens qui vont travailler durant les heures où, au
Québec, on dort.
Et nous, on pense que, si on intensifie ces
relations-là entre les villes, on va se créer des liens de proximité beaucoup
plus forts et là on pourrait attirer peut-être des nouveaux marchés de
main-d'oeuvre.
Mme Descadres (Marie Angeline) : Donc,
si je peux compléter la réponse de M. Dufour, justement, en lien avec la notion
de diplomatie municipale, j'ai envie de vous dire que, oui, il y a des
immigrants de d'autres profils qu'économique
qui viennent s'installer, notamment certaines diasporas qui sont là, puis, dans
notre réflexion pour avoir une stratégie en matière, si on veut, de
développement international, c'est sûr que nos réflexions nous amènent vers, justement, ces diasporas-là, dont la communauté
marocaine dont M. Dufour parlait tout à l'heure. On a aussi une forte concentration
de personnes d'origine haïtienne, qui viennent de l'Algérie aussi, de la France
et du Congo.
Mais ce qu'il faut comprendre aussi, c'est
qu'étant donné que seul un pont sépare Repentigny de Montréal, bien, à partir
du moment qu'on a un accès restreint au logement sur l'île de Montréal, tu
sais, et qu'il y a déjà eu, j'ai envie de
dire, un déplacement de certaines communautés vers Repentigny qui s'est fait
dans les dernières années, bien, certainement dans un contexte de
réunification familiale, dans un contexte simplement de disponibilité, ce qui
s'est produit dans les dernières années, c'est qu'il y a de
plus en plus aussi de demandeurs d'asile, de personnes qui font, justement, leur demande de résidence permanente,
et autres, qui sont venues s'installer à Repentigny. Maintenant, tout ça, ça a créé un écosystème où est-ce qu'en ce
moment, effectivement, l'accès au logement est également limité maintenant
à Repentigny, comme c'est le cas à d'autres... dans d'autres municipalités au
Québec.
Mme Lakhoyan
Olivier : Donc, vous avez un problème avec manque de logements aussi.
C'est ça?
M. Dufour (Nicolas) :
Ah oui! Oui, totalement. Puis, si je peux vous sensibiliser, Repentigny est une
des premières villes au Québec qui a un problème particulier en matière
d'aménagement du territoire. On est une des rares villes au Québec qui est
bâtie à 100 %. Donc, notre communauté est bâtie à 100 % avec le plan
d'aménagement et de développement, là, le
PMAD de la Communauté métropolitaine de Montréal. On n'a plus de zone blanche.
Donc, notre municipalité est une des premières au Québec à avoir atteint
son plein potentiel, son plein développement. Maintenant, on est... on n'est
pas fermés à la densification et rebâtir la ville sur la ville, mais ça demande
beaucoup plus de doigté.
Donc, on a vraiment
une problématique, là, avec le logement, chez nous, qui devient criant. Juste
pour vous donner un titre d'exemple, d'ici
2041, en termes de population active, donc les 20-64 ans, Repentigny va
perdre 1,4 % de sa population à cause des défis, là, de
l'incapacité à créer des nouveaux logements.
Mme Lakhoyan Olivier : ...comment on peut vous
aider avec le manque de logements? Qu'est-ce que vous vous attendez du
gouvernement? Parce que vous avez atteint...
Mme Robillard
(Jennifer) : Oui, tout à fait. Bien, en fait, un peu comme je le
mentionnais dans notre... d'entrée de jeu, on s'attend à des programmes en
continu et flexibles pour être capables de s'adapter aux besoins en temps réel
de la population. Présentement, c'est un engagement continu des villes et des
partenaires, autant au niveau des
entreprises que des partenaires au niveau de l'accueil des immigrants. On doit
voir venir, mais les projets apparaissent un peu à des moments qui sont
non fixés dans le temps. Le montage de projets est quand même assez
astronomique. Les municipalités, on n'a pas la capacité de bâtir. On doit
s'associer avec les offices d'habitation, qui ont leurs limites à eux aussi. On
s'associe avec des partenaires qui ont... qui ont un besoin de main-d'oeuvre,
qui n'ont pas nécessairement l'expertise immobilière.
Donc, c'est certain
qu'on a déjà demandé, là, avec des rencontres précédentes au niveau du
logement, d'avoir une prévisibilité dans les programmes et d'avoir un soutien
aussi au démarrage de projets pour qu'on ait les fonds pour les projets
initiaux, là, tout l'avant-projet, là, comme on appelle, pour être capables, de
manière continuelle, en fonction des besoins de notre population, de faire
lever des projets.
Mme Lakhoyan
Olivier : Donc, si la question... J'ai demandé ça à l'autre groupe
aussi. Je pense que, si je vous
demanderais : Est-ce que vous voudriez qu'on dise 50 000 ou
60 000 pour nombre d'immigrants... Ce n'est même pas une question,
ça. C'est vraiment la structure. Vous avez besoin d'autres choses. On n'est
même pas là pour dire les chiffres, parce
qu'il y a trop de services manquants. Vous, vous avez toute la motivation du
monde, mais vous avez besoin d'appui pour gérer tout ça.
Donc, s'il y aurait
un point important que, disons, vous n'avez pas... vous ne l'avez pas écrit,
qu'est-ce que vous aimeriez qu'on se rappelle de notre conversation?
M. Dufour (Nicolas) : Bien, premièrement, c'est
très bien résumé. Mais je vous dirais qu'effectivement, s'il y a une
chose à laquelle il faut se rappeler à la fin, là, c'est que c'est les
municipalités qui accueillent présentement les immigrants. Mais, étant donné
que ça n'a jamais été une responsabilité claire et que c'est une
responsabilité, et c'est correct, là, qui incombe au gouvernement du Québec
pour une bonne portion, avec le gouvernement du Canada, les municipalités ont
été oubliées. Alors, ce que j'ai envie de vous dire, c'est : Oubliez-nous
pas dans les échanges, dans les discussions, consultez-nous, faisons partie de
la solution, on est des alliés. Et, à la fin de la journée, c'est nous qui
intégrons au quotidien ces gens-là. On a un rôle à jouer. On a besoin de
l'argent qui vient avec aussi.
Mme Lakhoyan
Olivier : Est-ce qu'il me reste du temps?
La Présidente (Mme
Caron) : Il reste 3 min 30 s.
• (19 h 50) •
Mme Lakhoyan
Olivier : J'ai tellement de questions, là. Je me demande laquelle vous
demander.
Dans les immigrants
que vous recevez chez vous, à Repentigny, est-ce que vous pouvez les chiffrer?
Parce que vous dites : Il y a... il y a
des immigrants, mais qui habitaient à Montréal ou à Laval, dans les alentours,
qui ont décidé d'aller là. Ils sont
d'une origine autre que Québécois de souche. Donc, ils sont-tu des nouveaux
immigrants ou c'est-tu des immigrants... Est-ce que vous pouvez les chiffrer?
Parce que vous me parlez des sans-papiers, vous parlez des réfugiés. Donc, le
20 % que vous, vous parlez, est-ce qu'on parle des communautés, Marocains
et Haïtiens, et tout ça, ou c'est-tu des nouveaux immigrants? Et quels
sont les statuts? Quel... C'est quoi, l'image?
M. Dufour
(Nicolas) : Bonne question. Bien...
Mme Descadres (Marie Angeline) : Oui.
Je vais... je vais me permettre un début de réponse, puis je vais laisser
ensuite mes collègues compléter au besoin.
La donnée qu'on a, en
fait, ça... elle est composée d'environ 16 % de personnes nouvellement
arrivantes. Donc, ça veut dire des immigrants qui ont été reçus au Canada
depuis trois ans et moins. Puis, ensuite de ça, le reste de la donnée, c'est
vraiment les... ça va être, par contre, par exemple, les personnes de deuxième
génération. Ça fait que ce qu'on s'aperçoit, notamment dans nos écoles, sur
notre territoire, c'est qu'on a des écoles où est-ce que plus de la moitié des élèves sont des élèves immigrants
qui viennent d'être reçus au Canada, par exemple. Tu sais, c'est pour
ça, justement, qu'on a développé, en partenariat avec le centre de services
scolaire, notamment des camps de jour spécialisés pour les enfants qui avaient
un besoin au niveau de la francisation.
Ce qu'on est en train
de calculer puis qu'on est en train de se rendre compte, en fait, c'est que
c'est certain qu'il y a une portion de
personnes, entre guillemets, issues de l'immigration, donc, tu sais, toutes
générations confondues, là, qui vont s'installer à Repentigny, mais il y
a vraiment une grande proportion de nouveaux arrivants, de nouveaux immigrants.
Puis ce qui se produit, c'est que, même au niveau de la prestation des services
municipaux, on a besoin de s'ajuster pour
pouvoir bien les guider aussi, tu sais. Je pense, c'est M. Dufour qui
amenait l'exemple du compte de taxes. Bien, une personne qui arrive au Canada,
qui n'a aucune idée qu'il faut payer un compte de taxes, là, bien, il faut
vraiment qu'il se fasse accompagner pour comprendre
le pourquoi du comment. Donc, on est à, en ce moment, outiller, former
nos équipes pour s'assurer de bien guider cette population-là, ces citoyens-là.
Puis il y en a
plusieurs d'entre eux qu'en fait ils n'ont pas l'intention de quitter
Repentigny, tu sais. Après ça... Après coup, ils font vraiment leurs racines
ici, puis ce qui... ce qui fait en sorte d'augmenter, entre guillemets, le bassin de la population qui est issue de
l'immigration à la ville. C'est certain que, bon, là, on ne parlera pas de
quatrième ou de cinquième génération, là, on est... on n'est pas rendus
là, mais, très certainement, c'est... c'est comme si on a, en ce moment... C'est comme des plaques... des
plaques tectoniques qui viennent se rejoindre entre les différentes couches de
population, donc, les différents statuts migratoires, mais aussi les
différentes identités qui se chevauchent là-dedans.
La Présidente (Mme
Caron) : ...plaît. Il reste seulement neuf secondes.
Mme Lakhoyan Olivier : Est-ce que... Le manque
de logements, c'est-tu à cause des nouveaux arrivants ou c'est-tu tous
confondus?
M. Dufour
(Nicolas) : Non, il y a mille et un facteurs.
Mme Lakhoyan
Olivier : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci. Alors...
M. Dufour
(Nicolas) : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci. Alors, maintenant, je vais céder la parole au député
de Saint-Henri—Sainte-Anne
pour 4 min 8 s.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. D'ailleurs, merci pour votre mémoire.
Merci pour votre présentation.
J'ai été intéressé
par la création d'une instance de coordination multisectorielle. Est-ce que
c'est la première fois que vous faites cette demande-là? Est-ce que c'est une
demande que les villes en général font ou est-ce que c'est particulier à
Repentigny? Si vous pouvez m'orienter là-dessus...
M. Dufour
(Nicolas) : Oui. Désolé, là, ça coupait un peu. Malheureusement, vous
voyez, quand je parlais de difficultés et de moyens limités à Repentigny, même
le wifi est limité. Vous m'excuserez.
Mme Robillard
(Jennifer) : Je peux peut-être prendre la relève, M. le maire, puis,
si ça embarque... Je ne veux pas prendre des minutes de M. le député.
Donc, c'est certain
qu'il y a différentes discussions, puis le sujet peut être amené à différents
moments, mais c'était quand même assez
flagrant pour nous, quand on regardait le plan en immigration... La discussion
est beaucoup entre le palier fédéral
et provincial dans la réflexion sur la répartition des pouvoirs, la répartition
des actions, les réflexions qui sont faites, puis, nous, c'était quand
même assez flagrant, en le lisant, qu'ultimement, là, comme M. le maire l'a
mentionné à plusieurs reprises, les citoyens, bien... Les personnes immigrantes
atterrissent chez nous, dans notre quotidien,
puis on doit s'en occuper. S'ils n'ont pas de logement, bien, c'est dans...
c'est sur nos trottoirs qu'ils se retrouvent. S'ils n'ont pas d'école,
s'ils n'ont pas de garderie, bien, c'est notre main-d'oeuvre qui... tu sais,
qui ne peut pas être... rentrer au boulot.
Nos employés doivent au quotidien s'en occuper. Donc, c'est certain que, pour
nous, c'était... c'était assez flagrant qu'on... on voulait et on souhaitait
être partie prenante.
Puis on avait envie
aussi d'être l'écho, finalement, en dehors des grands centres. On entend
souvent parler, tu sais, les plus grandes municipalités, mais il y a plein de
bonnes choses qui se passent, puis on se disait que c'était important de le mettre de l'avant aussi dans le
cadre d'un... (panne de son) ...parce qu'on est énormément de municipalités
avec des réalités qui sont différentes, puis c'est important que tout le monde
soit autour de la table.
M. Cliche-Rivard : C'est une...
M. Dufour
(Nicolas) : Désolé. Quand... (panne de son) ...désolé... (panne de
son) ...revenu.
M. Cliche-Rivard : Donc, c'est...
oui, c'est une nouvelle demande. Ce n'est pas une demande historique que vous
faites depuis cinq ans, ou 10 ans, ou...
M. Dufour (Nicolas) : Exact. Non,
exact, une nouvelle...
M. Cliche-Rivard : C'est quelque
chose qui est nouveau. Parfait.
J'aimerais ça
vous entendre sur le... qu'est-ce que ça veut dire, plus agile ou rendre plus
agile, exactement, là, la gestion de
l'immigration au Québec. Comme... C'est un beau terme, mais, concrètement, je
me demande qu'est-ce que ça veut dire.
M. Dufour
(Nicolas) : Le rendre plus agile, c'est de le coller à la
réalité des communautés qui vont accueillir, parce que, je vous le
mentionnais depuis le début, c'est la municipalité, à la fin de la journée, qui
va accueillir cette personne-là, qui va l'intégrer dans son milieu et qui va
s'assurer qu'elle ait une belle expérience québécoise puis une... une expérience québécoise unique à chaque
communauté qu'elle va avoir, sauf que, si on fait du mur-à-mur et qu'on se
base sur les grands centres, les grandes métropoles comme Montréal, à titre
d'exemple, avec des programmes très normés, des façons de travailler très
normées, bien, c'est là qu'on perd cette agilité-là, quand on tombe dans des
plus petites communautés comme, par exemple, Repentigny.
Donc,
parfois, on peut ne pas avoir accès à certains programmes. On peut avoir de la
difficulté à aller chercher du financement pour nos projets. Et le fait
de ne pas nous voir comme un allié fait que c'est aux municipalités
qu'incombent les responsabilités d'être créatives. À titre d'exemple, je vous
parlais tout à l'heure des camps de jour, bien, ça a vraiment été fait à un
niveau très local, municipalité et centres de services scolaires.
Donc, quand on parle d'être agiles, bien, en
ayant une relation plus étroite avec le gouvernement du Québec sur, bon, bien, combien d'immigrants on accueille
cette année, c'est quoi, la répartition, quelle va être votre réalité, à titre d'exemple,
à Repentigny, bien là, on peut essayer d'être plus agiles puis de jouer sur des
programmes ou de jouer sur les niveaux des gens qu'on va accueillir pour se
permettre, là, d'être plus collés à la réalité plutôt que d'essayer de se faire
des grandes visions sur 10 ans, là, puis, des fois, rater...
M. Cliche-Rivard : En terminant,
est-ce que vous avez quantifié le manque à gagner? Est-ce que vous réclamez une
certaine somme? Vous l'avez chiffré, j'imagine.
M. Dufour (Nicolas) : Non.
Malheureusement, on n'a pas chiffré. Dans une première rencontre, on n'a pas
voulu aller jusque-là, mais on voulait au moins partir le débat puis vous
mentionner les défis puis les problématiques. On va... Toutefois, on veut
commencer à faire cet exercice-là, justement, de monétisation, si vous me
permettez, de la chose. Dans un premier
temps qu'on venait vous rencontrer, on voulait surtout y aller sur la
philosophie générale, mais on est à faire un exercice, à Repentigny, là,
pour quantifier exactement ce que ça pourrait représenter pour une ville de
notre grandeur. Ensuite...
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, c'est... Le temps est écoulé.
M. Dufour (Nicolas) : Merci
beaucoup. Merci pour les questions.
La
Présidente (Mme Caron) : On vous remercie beaucoup, M. le maire et
mesdames, d'avoir participé à nos travaux et d'avoir déposé un mémoire.
C'est très apprécié.
Alors, nous
allons prendre une... nous allons suspendre pour une petite pause de quelques
minutes pour recevoir la prochaine personne. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 19 h 59)
(Reprise à 20 h 01)
La
Présidente (Mme Caron) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons
reprendre les travaux. Je souhaite donc la bienvenue à M. Richard Marcoux.
Alors, M. Marcoux, je vais vous inviter à vous présenter et à faire
votre exposé. Vous avez 10 minutes en tout, et ensuite on procédera aux
échanges. La parole est à vous.
M. Richard Marcoux
M. Marcoux
(Richard) : Merci, Mme la Présidente. Merci, Mme la ministre.
Merci aux députés ici présents. Je ne
m'attendais pas à voir autant de gens. Je suis le dernier à passer. Je vais
essayer de vous faire rêver, peut-être, en sortant un peu du Québec, de vous faire voyager pour savoir d'où
viennent tous ces francophones que l'on cherche tant.
Donc, mon mémoire que j'ai présenté, je ne
reviendrai pas, là, sur les éléments très, très précis. Je pense que vous avez eu le temps de le lire. Mon mémoire est
composé de trois parties, une première qui parle de la reconfiguration de l'espace francophone
international, une deuxième qui se pose des questions sur la place du Québec
dans les projets migratoires de ces jeunes francophones, de ces nouveaux
francophones, et la troisième, bien, c'est deux petites propositions sur
lesquelles je pourrais peut-être m'attarder un peu plus pendant la période de
questions concernant le rapprochement entre l'Afrique subsaharienne et le
Québec.
J'étais particulièrement intéressé par le document
de consultation où on dit, et je cite : «Le français est la langue
officielle du Québec. Sa connaissance est une condition essentielle à une
intégration réussie et à pleine participation à la vie collective, tout en
étant un facteur de cohésion sociale. De plus, les personnes immigrantes
connaissant le français présentent un plus haut taux de rétention, c'est-à-dire
qu'elles résident toujours au Québec plusieurs
années après leur admission.» Donc, ça me semble assez intéressant de voir
qui... que semble se dégager, du moins,
un consensus autour de cette idée d'essayer d'identifier des immigrants qui
pourraient... et des gens de passage qui pourraient communiquer, disons,
plus facilement, plus rapidement ici avec la population québécoise.
Nous, on travaille, en fait, à l'Observatoire
démographique et statistique de l'espace francophone, que je dirige, qui est,
entre autres, appuyé par le gouvernement du Québec depuis une douzaine
d'années, par le ministère des Relations
internationales et de la Francophonie, principalement... On parle d'une
définition qui se rapproche du sens commun pour définir qui est
francophone, c'est-à-dire ça regroupe des personnes qui maîtrisent la langue
française pour être à même de l'utiliser
pour communiquer. Donc, on n'a pas une définition très, très stricte de qui est
francophone. Pour nous, c'est quelqu'un qui est à même de pouvoir
comprendre ce qu'on se dit ici aujourd'hui. Donc, partant de cette définition-là, on estime, en 2023, à partir
de données probantes, qu'il y avait 327 millions de francophones sur la
planète. Donc, c'est quand même un nombre appréciable. Ce nombre-là, également,
croît de façon importante et... croît de façon importante, et depuis
longtemps.
J'ai fait un petit aparté en vous parlant
davantage, en fait, de l'histoire de la francophonie et de l'espace
francophone. Dans les années 60, au moment des indépendances des pays
colonisés par la France et la Belgique, on estimait qu'il y avait à peu près,
peut-être, je dirais, un peu moins de 80 millions de francophones sur la
planète, et 90 % de ces francophones-là
étaient dans les pays du Nord, donc, en France, en Belgique, en Suisse, au
Luxembourg mais également au Canada et au Québec. Il y a eu une
transformation considérable qui s'est faite de l'espace francophone, qui a
conduit, en quelque sorte, à ce que j'appelle, en fait, les plaques tectoniques
de la francophonie qui ont bougé, et qui a
fait en sorte que l'Afrique est devenue maintenant le pôle central de l'espace
francophone international, donc, à partir des années 60, des
transformations considérables, une croissance démographique très importante du
continent africain, qui se poursuit,
d'ailleurs, et, parallèlement à ça, bien, un ralentissement très important de
la croissance démographique lié à la baisse de la fécondité, et ainsi de
suite, dans les pays du Nord, ce qu'on a appelé, là, de l'hiver démographique
pour les pays européens et les pays nord-américains, donc, transformation
considérable qui fait en sorte, en fait, que
l'Afrique représente maintenant plus de 50 % de la population francophone
de la planète, OK, ce qui fait en sorte que ça devient maintenant un
bassin particulièrement important de francophones sur la planète.
Mais c'est
lié également non pas uniquement à la croissance démographique, mais également
aux investissements qu'on a faits dans le domaine de l'éducation, dans
les pays africains notamment, à partir des efforts qui ont été faits par les gouvernements mais également par la
communauté internationale, donc, des investissements importants qui ont
conduit, justement, à cette croissance phénoménale, là, du nombre de
francophones sur le continent africain.
La deuxième
partie de mon mémoire, c'est : Quelle est la place du Québec et du Canada
dans les projets migratoires de ces populations africaines? On a... À
mon observatoire, on a mené un certain nombre d'études, fait une synthèse d'un
certain nombre de travaux. La première chose qu'il faut remarquer, c'est qu'à
partir des données d'une enquête on a
observé qu'il y avait vraiment un souhait d'émigration de la part des
populations africaines, mais notamment des jeunes Africains. Et je cite,
là, dans mon mémoire, que 46 % des jeunes de 15-24 ans des pays
d'Afrique souhaitent changer de pays. C'est
quand même important. Il faut comprendre que cette immigration-là, d'abord, se
fait à l'intérieur du continent africain mais se fait également à
l'extérieur. Donc, 46 % des jeunes de 15-24 ans, comparativement à l'Inde,
là, je donne une comparaison, où les jeunes Indiens de 15 à 24 ans souhaitent
sortir de l'Inde seulement dans une proportion de 9 %. Donc, c'est
vraiment... On voit bien qu'il y a un souhait assez important de migrer.
Si le désir de migrer est important, quelle est
la place du Québec dans ces projets migratoires là? Et c'est effectivement très
difficile de trouver des informations là-dessus. On en a trouvé. Il y a une
vaste enquête, qui a été faite par la maison
de sondage Gallup, qui a permis, en quelque sorte, d'avoir des informations de
ce type-là. On sait que, de plus en plus, maintenant, de jeunes
Africains migrent, migrent un peu à l'étranger et migrent de plus en plus au Québec et au Canada. Donc, on l'a vu, les données
de l'Institut de la statistique du
Québec ont montré, en quelque sorte, une augmentation considérable des migrants
africains. Même au Canada, l'Afrique est devenue le deuxième continent
le plus important en termes d'immigration internationale, a même dépassé
l'Europe. Donc, on le voit bien, il y a une reconfiguration qui s'opère.
Donc, les projets pour le Québec et le Canada,
que sont-ils? On a... En fait, on s'est inspirés d'une étude menée par l'OCDE, ce dont je vous parlais tout à
l'heure, pour cinq pays d'Afrique qui nous intéressaient
particulièrement : le Bénin, le
Burkina, la Côte d'Ivoire, la République démocratique du Congo et le Cameroun.
L'étude de l'OCDE, lorsqu'on utilise les données, on voit qu'il y a...
En fait, en 2010, il y avait 450 000 personnes qui vivaient dans les pays
de l'OCDE provenant de ces cinq pays
d'Afrique francophones. Il y en avait 250 000 qui résidaient en France, il
y en avait 56 000 qui résidaient
aux États-Unis, il y en avait 10 000 seulement qui résidaient au Canada,
OK? En gros, la France accueille 25 fois plus d'immigrants de ces cinq
pays-là francophones d'Afrique, 25 fois plus que le Québec. Et les États-Unis, qui n'ont pas, je dirais... qui ne
font pas partie d'un pays francophone particulièrement, bien, en accueille
quand même six fois plus que le Canada. Donc, on le voit, on ne va pas, en
quelque sorte, tirer notre juste part, je dirais, d'immigrants
francophones, et il faut se poser la question.
Comment faire, en quelque
sorte, pour rapprocher le Québec de l'Afrique subsaharienne? On estime qu'en
2030 on aurait entre 140 à 200 millions de francophones sur le continent
africain, OK? Actuellement, c'est autour d'à peu près, je dirais, 90 millions.
On présume, en fait, qu'il va y avoir une augmentation considérable qui
pourrait atteindre jusqu'à 200 millions de
francophones en 2030. 2030, c'est dans sept ans. On parle d'entre 300 et
500 millions en 2070, donc, une croissance démographique
phénoménale, un bassin de francophones particulièrement important sur le
continent africain.
Le Québec n'occupe pas le terrain qu'il devrait
occuper. C'est un peu le message que je veux livrer ici.
Maintenant, comment on peut s'assurer de faire
en sorte que le Québec soit peut-être un peu plus attractif pour des immigrants
africains qui souhaiteraient faire un projet migratoire puis peut-être un
projet migratoire dans un pays francophone?
Je vous propose deux propositions, là, très
succinctes que je n'ai pas eu le temps vraiment de développer, et je dois m'arrêter bientôt, d'abord, mettre fin
urgemment aux obstacles pour venir au Québec depuis l'Afrique. Vous le savez, ça a été largement documenté, pour les
étudiants, pour les travailleurs, les listes d'attente incroyables, mais
également...
Puis je vais
vous parler d'un cas particulier qui est la mobilité scientifique, parce que
moi, je suis universitaire, j'organise des activités ici. Ça devient
insupportable, les obstacles qu'on rencontre pour faire en sorte que nos collègues d'Afrique francophone puissent
participer à nos réseaux francophones. On organise une activité à l'ACFAS,
nos collègues de France, de Belgique, de Suisse demandent une autorisation de
voyage électronique, une AVE, OK, qui coûte 7 €, 10 $, qui se fait en
ligne et qui nous permet, à ce moment-là, de se présenter à la frontière et de
venir participer à nos colloques scientifiques... (panne de son) ...laboratoires.
• (20 h 10) •
La Présidente (Mme Caron) : Je vous
invite à conclure.
M. Marcoux (Richard) : Oui. Très
bien. Ce n'est plus acceptable, en quelque sorte.
La
deuxième... la deuxième proposition que je vous fais, puis vous me poserez des
questions sur la deuxième, qui
concerne, en fait, l'expérience au Québec pour les jeunes d'Afrique, je pense
qu'il y aurait un potentiel là également qui serait important. Merci,
Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme Caron) : Merci beaucoup. Alors, nous allons commencer la
période d'échange. Mme la ministre de l'Immigration, de la Francisation
et de l'Intégration, vous avez 16 min 30 s.
Mme
Fréchette : Merci, Mme la Présidente. Un immense merci,
M. Marcoux. Vraiment, c'est très intéressant. C'est instructif et éclairant de vous entendre.
Puis j'exprime d'emblée le souhait de vous revoir dans quelques semaines,
une fois qu'on aura terminé cette commission
consultative, de telle sorte qu'on puisse poursuivre, en fait, nos échanges.
Et je
voudrais profiter de l'occasion pour vous remercier, pour vous remercier pour
vos travaux, qui ont été fort utiles
au ministère. On a procédé récemment à la révision du plan de déploiement
international du ministère, et puis je sais
qu'on s'est inspirés, notamment, de vos travaux pour ce faire. Et c'est un
exercice qui a donné lieu à un redéploiement des équipes du ministère en
Afrique francophone. Alors, ça a permis, en fait, d'avoir des premières
activités dans certains pays de bassin francophone. Et puis vous dire également
qu'on a initié des activités de recrutement sur le territoire africain
francophone, donc, une première fort intéressante pour nous. Alors, merci pour
cette contribution et cet apport que vous avez eus sur le ministère et ses
activités.
Vous proposez, dans le mémoire, en fait, bon,
une orientation... Nous proposons, plutôt, dans le mémoire, une orientation qui
vise à encourager l'immigration permanente de personnes jeunes afin d'essayer
de limiter, là, les effets du vieillissement
de la population. Bon, vous semblez être en accord avec cette orientation-là,
puisque vous-même vantez l'immigration jeune en provenance d'Afrique.
Alors, en tant que démographe, moi, j'aimerais
ça vous entendre sur l'impact qu'aura une immigration jeune sur la démographie
du Québec. Est-ce qu'il y en a un, un tel impact, ou, somme toute, c'est
tellement marginal que l'effet va se
dissiper? Du côté des démographes que j'ai entendus ces derniers mois, j'ai eu
l'impression que l'impact, à leurs
yeux, était très marginal. Donc, je suis intéressée de voir, de votre côté, en
tant que démographe, comment est-ce que vous voyez la chose.
M. Marcoux
(Richard) : En fait, il y a eu une espèce de consensus chez
les démographes, et ce, depuis plusieurs années. Les premiers travaux des Nations unies, là, avaient montré, en quelque sorte, que l'immigration avait un effet
très marginal sur la structure par âge de la population, sur l'âge moyen de la
population. Donc, quand on parle de l'immigration qui peut compenser le
vieillissement, c'est en partie possible, mais ce n'est pas complet.
Ce qu'on oublie, par ailleurs, c'est que les
immigrants qui arrivent ici, à partir du moment où on leur fait une place et qu'ils s'installent en famille, ils ont
des enfants et là ils contribuent largement, à travers la deuxième génération,
la troisième génération, au rajeunissement
de la population. Donc, ça... Et ça, je pense que la plupart des démographes
s'entendent là-dessus. Il n'y a pas... Ça a un effet considérable.
La raison
pour laquelle j'insiste beaucoup sur les jeunes, je n'ai pas eu le temps de le
mentionner tout à l'heure, c'est... Quand on parle de la croissance
démographique, bien, en fait, dans mes cours, je montre tout le temps un peu les pyramides des âges, la pyramide des âges
inversée, en fait, pour le Canada et la pyramide des âges... vraiment, une
vraie pyramide des âges qu'on a pour les pays africains, c'est justement cette
idée que les jeunes et les jeunes francophones font... portent, en quelque sorte... ont un poids
démographique extrêmement important en Afrique. On calcule, quand on fait nos estimations, que 90 % des jeunes de moins
de 30 ans francophones sur la planète, en 2050, seront sur le continent africain. Donc, c'est sûr
que c'est... Je veux dire, à partir du moment où on se tourne du côté de
l'Afrique, on se tourne nécessairement du côté de la jeunesse.
Ce qui est
intéressant pour nous aussi, c'est que, justement, quand on parle de programmes
d'éducation, de programmes de formation, bien, les plus jeunes générations en
ont profité davantage que les plus vieilles générations. Les taux de
scolarisation sont beaucoup plus élevés, les taux d'alphabétisation sont plus
élevés, même si, par ailleurs, et je tiens à
le préciser dans mon... je le souligne bien dans mon mémoire, l'école, en
Afrique, a des défis considérables, OK? Il faut aussi le reconnaître. L'école,
en Afrique, on s'est lancés dans une massification de l'éducation en Afrique et
on a oublié un peu parfois la qualité de l'éducation. Et ça apparaît
actuellement, là, dans... dans les tests qui sont faits, là, sur les
compétences acquises après un certain nombre d'années. Je ne sais pas si ça
répond à votre question, Mme la ministre
Mme
Fréchette : Oui, tout à fait.
M. Marcoux (Richard) :
Oui? Parfait.
Mme
Fréchette : Fort
intéressant. Bien, pour la suite, je vais passer la parole à ma collègue
députée de Vimont.
Mme
Schmaltz : Oui. Merci.
La Présidente (Mme
Caron) : Allez-y, députée de Vimont.
Mme
Schmaltz : Oui. Merci. Merci, M. Marcoux, d'être là, d'être avec nous
ce soir. D'ailleurs, les chiffres que vous
avez amenés tantôt étaient très révélateurs, hein? Ça... ça annonce bien pour
la suite des choses, ça peut... si on peut l'exprimer ainsi. En page 3, vous
précisez qu'on devra porter une attention particulière à l'école en Afrique
dans les années à venir, les soutenir davantage. C'est sûr qu'il y a un
objectif derrière ça. Vous en avez un. Bien, vous... Je veux dire, il y
a une idée derrière tout ça. Et de quelle façon vous voyez, maintenant, la
contribution du Québec?
M. Marcoux
(Richard) : Bien, en fait, je pense que la contribution du Québec,
elle se fait à travers les organismes
internationaux, notamment l'OIF, l'Organisation internationale de la
Francophonie, qui a maintenant pignon
sur rue à Québec, hein, qui est vraiment... Je vais faire un peu la publicité
du ministère des Relations internationales et
de la Francophonie. Je pense qu'ils ont fait un bon coup en amenant la
représentation de la francophonie ici, à Québec.
Il y a plusieurs
programmes qui existent à l'OIF pour appuyer, justement, la formation, une
formation de qualité. Il y a différents
programmes d'appui aux enseignants, offrir du matériel pédagogique également,
ainsi de suite. Il y a toutes sortes de façons d'intervenir. C'est sûr
que le Québec a peut-être un peu moins de moyens en matière de... je dirais, d'aide internationale que le
Canada peut en avoir, là, c'est comme évident, mais, en même temps, je pense
qu'on a un rôle à jouer à travers les ONG. Il y a énormément d'ONG québécoises
qui sont très actifs dans le domaine de
l'éducation, et je pense qu'il faut, justement, dans des contextes de
solidarité, là, appuyer ces ONG là, qui vont mettre de l'avant un
certain nombre d'interventions pour appuyer la qualité de l'éducation dans les
pays africains.
Mme
Schmaltz : Si je comprends, ce n'est pas juste un soutien financier.
M. Marcoux
(Richard) : Ah non! Non, pas du tout. Je pense que... Puis je pense
qu'ici aussi on a une expertise assez intéressante. Vous savez, les cégeps,
c'est quelque chose d'assez unique au monde, ce qu'on a ici. Si vous en... Si vous discutez avec les gens du
ministère de l'Éducation, ils vont vous le dire. En fait, c'est vraiment assez
particulier. Et je pense qu'on pourrait très bien présenter également ce
modèle-là, qui permet à des jeunes d'être formés,
au niveau régional, à des niveaux d'éducation... peut-être pas des niveaux
d'éducation très, très élevés, mais, pour les besoins du pays, ça répond tout à fait à des demandes très
importantes. Je pense qu'on a... on a, ici, une expérience, une
expertise.
Moi, je suis beaucoup
en contact avec des gens de la diaspora africaine ici, au Québec, et qui me
disent que, vraiment, le modèle d'éducation qu'on a mis en place au Québec
depuis les années 60-70 est assez intéressant. Donc, je veux dire, ce n'est pas... C'est des échanges de bons procédés,
c'est... C'est sûr que, derrière tout ça, par ailleurs, il y a des besoins financiers, là, on ne se le cachera
pas, là, mais je ne crois pas que le Québec est peut-être prêt à se lancer
dans... compte tenu des besoins immenses, là, que l'Afrique va avoir,
là, dans les années à venir.
Mme Schmaltz :
Donc, ce serait... je vais
terminer avec ça, ce serait vraiment d'importer, finalement, le modèle
éducationnel qu'on a au Québec ou...
M. Marcoux
(Richard) : Oui. Je n'aime pas tellement le terme «importer». Je
pense... En fait, peut-être montrer ce que ça donne, puis que ça puisse, à ce
moment-là, être adapté aux réalités des pays africains, qui ont des... qui ont
des enjeux et des objectifs très différents, des pays pour lesquels, je ne sais
pas, moi, les filières du bois sont importantes, d'autres, ça va être... ça va
être la... voyons, d'autres secteurs industriels, là, qui peuvent peut-être
être intéressants pour eux. Donc, je pense qu'il faut vraiment les adapter.
L'idée, ce n'est pas d'exporter ce qu'on fait de bien ici, mais peut-être de le
présenter pour voir un peu ce que ça peut... comment ça peut intéresser les
pays là-bas.
Mme Schmaltz : OK. Je n'ai pas
d'autre question. Je vais laisser ma collègue...
La Présidente (Mme
Caron) : Alors, députée d'Iberville, il reste huit minutes.
Mme Bogemans : Parfait. Merci
beaucoup. En fait, dans le but d'avoir plus de liens avec les jeunes du continent africain, vous mettez de l'avant qu'il y
aurait une possibilité de tisser des liens par des programmes similaires au
programme Expérience internationale Canada. Est-ce que vous pensez que l'office
de la jeunesse des internationaux du Québec pourrait jouer un rôle
dans...
• (20 h 20) •
M. Marcoux (Richard) : Tout à fait.
En fait, c'est un peu ça, l'idée. Je trouve qu'on... En fait, j'ai... On a fait
un contrat, à un moment donné, pour Citoyenneté et Immigration Canada puis on a
épluché tous les programmes qui existaient,
et j'étais étonné de voir qu'il y avait à peu près une trentaine, une
quarantaine de pays pour lesquels il y a eu des accords qui ont été signés en
Amérique latine, en Asie, en Europe, évidemment. Il n'y avait aucun pays africain
pour lequel il y avait... il y avait une entente de signée. C'est... c'est
incroyable. Ça veut donc dire que les pays francophones,
c'était, essentiellement, la France, la Belgique et la Suisse, je pense,
peut-être le Luxembourg également.
Donc, les
francophones du reste de la francophonie, qui sont beaucoup plus nombreux, en
fait... J'aime beaucoup répéter... Parce qu'avec ce qui s'est passé, les
coups d'État en Afrique, les gens me disent : Oui, bien, c'est fini, la francophonie en Afrique. Il y a actuellement trois
fois plus de francophones sur le continent africain qu'en France. Donc,
je veux dire, ce n'est pas... On ne change pas des systèmes d'éducation comme
ça, ainsi de suite.
Donc, je
pense qu'il y aurait quelque chose à faire. J'ai comme l'impression que le
fédéral n'a pas bougé tellement là-dedans.
Puis peut-être que le Québec pourrait... pourrait faire figure d'initiateur
intéressant, là, pour des programmes de ce type-là, qui ne coûtent pas
non plus excessivement cher. Puis on a déjà des acteurs comme LOJIQ, vous mentionniez LOJIQ, des organismes jeunesse
qui ont une expertise extraordinaire dans ce domaine-là et qui pourraient
très bien jouer un rôle important.
Mme Bogemans : OK. Puis, justement,
c'était ça, ma sous-question : Quel rôle pourrait jouer LOJIQ?
M. Marcoux (Richard) : Je pense,
c'est de... Tout à l'heure, Mme la ministre parlait qu'il y a des initiatives
qui sont faites sur le continent africain. J'imagine que c'est à travers les
bureaux, les délégations du Québec sur le continent africain. Ça, c'est... Moi,
ça faisait plusieurs années... Avec d'autres collègues, là, Clément Duhaime, et
autres, on militait pour qu'il y ait une
ouverture de délégation du Québec sur le continent africain. Ça s'est fait. Ça
ne fait seulement que cinq ans, depuis 2017, je crois, mais je pense que
ça offre des possibilités assez intéressantes.
Moi, j'ai plusieurs de mes étudiants qui ont
profité des programmes de LOJIQ pour pouvoir aller sur le continent africain
pour faire du travail de terrain, ainsi de suite. Il y a des échanges qui
existent. Puis on a une structure qui est
petite, qui est tout à fait... qui est minuscule par rapport aux besoins, mais
c'est déjà là qu'on peut travailler avec...
Il y a un bureau du Québec à Rabat, un à... une délégation générale du Québec à
Dakar et un bureau du Québec extrêmement dynamique à Abidjan, là. Donc, moi, je
pense qu'on a des leviers intéressants pour initier des choses. Ça
répond à votre question?
Mme Bogemans : Oui.
M. Marcoux (Richard) : Parfait.
Mme Bogemans : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Caron) : Il reste
cinq minutes.
Une voix : ...
La Présidente (Mme Caron) : Cinq
minutes.
Mme Fréchette : Parfait. Bien,
alors, j'avais une question, moi, concernant le rapport au français des Franco-Africains. Dans quelle mesure est-ce que
c'est leur première langue ou leur seconde langue? Est-ce que, quand on dit
«francophone», c'est francophone à l'occasion, ou francophone au quotidien,
ou... J'aimerais avoir votre regard là-dessus.
M. Marcoux (Richard) : Je vous
remercie de me poser cette question. En fait, il y a vraiment toutes sortes de
réalités. Comme je le dis souvent, l'Afrique est plurielle. Et ça s'entend,
c'est-à-dire qu'on entend des accents également
fort différents à Abidjan, à Dakar, à Kigali, à Yaoundé. C'est... Pour la
plupart de ces pays, la langue française est une langue seconde, OK, c'est la langue qu'on a apprise après notre
langue maternelle, sauf que ce qu'on observe de plus en plus, et ça, on le voit même chez les immigrants ici, au Canada
et au Québec, plusieurs personnes nous déclarent deux langues maternelles. A priori, on se dit : Mais qu'est-ce que
c'est que ça? Comment pouvons-nous avoir deux langues maternelles? Bien,
si vous...
Moi, j'ai
vécu au Mali pendant cinq ans. Je suis souvent sur le terrain. Quand vous êtes
dans une concession, dans un ménage, ça se passe en wolof à Dakar, mais
la télévision est allumée, et puis ça se passe en français. Vous sortez sur la rue à Dakar, toutes les indications sont en
français, tous les panneaux de signalisation sont en français. Le wolof est une langue très importante au Sénégal. Ce n'est pas le
cas de la Côte d'Ivoire. Si vous allez à Abidjan, à Abidjan, 75 % des gens... On a fait une enquête à
Abidjan avec une firme de sondage, Kantar TNS. 75 % des gens, des
travailleurs à Abidjan déclarent qu'ils travaillent en français, parfois
avec une autre langue, OK, parfois avec une autre langue, mais ils travaillent
notamment en français.
Donc, je pense qu'on
est dans des contextes de plus en plus plurilingues. Et ce n'est pas la
francophonie qui est comme ça. Tous les
espaces linguistiques sont comme ça. En Amérique latine, on découvre
soudainement qu'il y a des... qu'il
n'y a pas juste l'espagnol, mais il y a également des langues autochtones qui
sont largement utilisées. En Inde, vous
avez une population qui s'exprime très bien en anglais, mais pour laquelle...
La plupart des Indiens ont une langue maternelle qui est autre que l'anglais.
Et, justement, lorsqu'on leur demande de remplir... Les immigrants indiens
qui arrivent ici, au Canada, lorsqu'on leur demande : Quelle est votre
langue maternelle?, bien, ils nous répondent bien souvent deux langues, parce
que, justement, ils sont socialisés dans une langue indienne et dans une
langue... et dans la langue anglaise. C'est la même chose également dans
plusieurs pays africains.
Donc, l'attachement à
la langue française, pour répondre clairement à votre question, elle est
aussi... je dirais, elle est... elle est différente d'un pays à l'autre. Il y a
des pays pour lesquels le français est vraiment très important. Je pense, entre
autres, à la Côte d'Ivoire, le Bénin, le Cameroun — on voit très bien
qu'au Cameroun la langue française est largement utilisée — au
Gabon, au Congo ou en RDC.
D'autres pays pour lesquels
il y a une langue nationale qui est largement utilisée et qui fait office, en
quelque sorte, de langue de tous les jours, je prends le cas du Rwanda, par
exemple, le Rwanda, depuis les années 60-70, on enseigne... les gens sont
alphabétisés en kinyarwanda, la langue de la population rwandaise, qui est
partagée à 97 % par la population rwandaise, cette langue-là est vraiment
utilisée. Vous allez à la banque, vous devez signer votre chèque en
kinyarwanda, ainsi de suite. C'est complètement différent. Et, on le voit très
bien aussi, le Rwanda, ce n'est pas un pays pour lequel on observe une
augmentation très importante des locuteurs de langue française. Donc, on étudie
le Rwanda depuis une quinzaine d'années maintenant, et puis il n'y a pas
d'augmentation importante, ce qui n'est pas le cas de la Côte d'Ivoire, où, là,
on a vraiment une augmentation très importante.
Mme
Fréchette : Quand vous dites que le français est très important dans
certains pays, est-ce à dire que le cursus primaire, secondaire se fait en
français ou c'est bilingue la plupart du temps?
M. Marcoux
(Richard) : Exactement. Ça se fait en Côte d'Ivoire, au Mali, au
Sénégal, même. On intègre de plus en plus, maintenant, de l'apprentissage dans
les langues nationales parce qu'on se rend compte que ça a un effet très
important sur les apprentissages de façon générale. Donc... Et ça, ça se fait
de plus en plus. D'ailleurs, l'OIF, l'Organisation internationale
de la Francophonie, finance, appuie un programme qui s'appelle... — ah! excusez-moi,
j'ai un blanc, là — qui
permet, justement, aux enfants en première année et en deuxième année d'être
formés dans leur langue maternelle d'abord, et, tranquillement, on intègre de
l'apprentissage en français, puis par la suite tout le cursus se fait en
français.
La Présidente (Mme
Caron) : Alors, il reste 20 secondes pour conclure.
Mme
Fréchette : Bien, écoutez, c'était fort instructif et éclairant.
Vraiment, je vous remercie d'avoir partagé vos propositions avec nous. Et puis
au plaisir de vous revoir prochainement.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci. Alors, maintenant, l'opposition officielle, donc,
député de Nelligan, 12 min 23 s.
M. Derraji : Merci,
Mme la Présidente. Premièrement, merci pour votre présence. Vous avez dit «un
rapport», mais laissez-moi vous dire que votre prestation est aussi très
excellente. Bravo! Très heureux d'entendre un grand ambassadeur de l'Afrique.
Je peux vous nommer et je partage vraiment les... ce que la ministre vient de
dire, vous êtes une personne qui a accumulé beaucoup, beaucoup de
connaissances.
Moi, je suis
quelqu'un qui suit l'observatoire francophone de statistique de l'espace
francophone. Je vais plus aller avec vous sur de la géopolitique, parce que je
pense qu'il y a beaucoup de choses à apprendre de ce qui se passe en Afrique
maintenant. Mais, avant d'aller dans ce sens, parce que c'est le défi, au
Québec, moi, la raison pour laquelle j'ai
choisi le Québec, c'est pour venir faire un MBA à l'Université de Laval. À l'époque, j'avais deux choix...
M. Marcoux
(Richard) : Université, hein?
M. Derraji : Oui,
et mon premier diplôme, c'est à Laval, Université Laval, pavillon Parent,
proche de votre pavillon.
M. Marcoux
(Richard) : Oui, De Koninck, oui.
M. Derraji : D'ailleurs,
dans votre pavillon, il y a le Collège des administrateurs de sociétés, où j'ai
fait ma certification aussi. J'avais eu deux choix, la Suisse ou le Québec.
Mais, vous savez, en Afrique, et je seconde tout ce que vous avez dit, il y a cette volonté d'aller faire la traversée de
l'Atlantique parce qu'on parle français. Et, si on parle qu'on doit
protéger la langue française, les gens en Afrique pensent : En Amérique du
Nord, il n'y a personne qui parle français.
Et mon coup de coeur au début,
ça a été avec une émission de TV5 Monde, où j'avais deux animatrices qui parlaient avec l'accent québécois. Et je parlais
avec mon père, qui nous disait... qui insistait sur l'importance de parler
français. Et ça commence à un jeune âge, parce qu'au primaire, oui, il y a la
langue maternelle du pays, mais c'est obligatoire.
Deux, troisième année primaire, c'est une deuxième langue, rendu au secondaire,
troisième langue, rendu à l'université, quatrième langue, ça dépend si
ton cursus est scientifique, anglais, sinon, il y a de la langue espagnole,
allemande et, bon, anglaise.
• (20 h 30) •
Pourquoi je
dis ça? Le Québec, je l'ai senti, parce que, par la suite, j'y suis revenu
et j'ai ramené des entrepreneurs, on a une occasion en or parce que le Québec
jouit d'une très bonne réputation, le Canada aussi, et le fait de parler
français. Et c'est là où moi, je voulais voir votre point de vue par rapport à
la mobilité internationale en tant que chercheur universitaire. On le
sait, on a de très bonnes universités dans des villes où la capacité d'accueil,
elle est là, donc, des campus, des maisons
aux alentours des... C'est vraiment une belle vie universitaire. Pensez-vous
qu'on en fait assez, un, pour les ramener? Oublions un peu le côté
fédéral, parce que c'est vraiment... ça devient gênant de voir le nombre de refus de visa. Mais, juste nous,
qu'est-ce qu'on peut faire? Bourses de mobilité, des échanges
interuniversitaires... Je sais que
l'AUF fait un travail exceptionnel avec son nouveau... avec le président.
Qu'est-ce qu'on peut faire davantage pour avoir cette jeunesse allumée
qui fait de la recherche en français et qui veut venir, qui veut travailler
avec nous?
M. Marcoux (Richard) : Merci, hein,
pour votre intervention. Et je pense que... Quand vous avez parlé de
TV5 Monde, je pense que TV5 Monde fait énormément pour le Québec. C'est
incroyable.
M. Derraji : Oh oui!
M. Marcoux (Richard) : Parce que les
gens, maintenant, ont même l'habitude de notre accent ici, ce qui n'était pas
le cas... — moi,
ça fait longtemps que je travaille en Afrique — ce qui n'était pas le cas il
y a 30 ans. C'est assez extraordinaire
de voir comment la francophonie est devenue plurielle et comment, même, je vous
dirais... J'ai un collègue avec
lequel je travaille, qui est un sociolinguiste d'origine ivoirienne qui
travaille sur le français en Côte d'Ivoire. Il y a maintenant une affirmation du français ivoirien avec toute sa
couleur, avec tous ses accents, ainsi de suite, et c'est vraiment
nouveau, et c'est un peu l'exemple du Québec qui a été pris pour affirmer, en
quelque sorte, ce français ivoirien. Donc, je pense que TV5 fait un travail
extraordinaire et puis je pense qu'il faut continuer à les appuyer.
S'agissant de la réputation du Québec et du
Canada, je suis d'accord avec vous, je crains qu'au cours des dernières années
la réputation du Québec et du Canada ait été un peu... un peu noircie à cause
d'un certain nombre d'événements, y compris,
justement, les refus de visa. Ce que je vous racontais tout à l'heure par
rapport aux collègues, on organise un
colloque... Moi, il y a 15 ans, j'organisais un colloque ici, à l'Université Laval. Les collègues avaient... ils n'avaient pas besoin d'un visa
pour immigrer ici, ils s'en venaient participer à un colloque seulement. Une
simple autorisation de voyage électronique
suffisait à ce moment-là. Les gens arrivaient comme visiteurs. Maintenant, ce
n'est plus possible.
Moi, ça... Et je sais que ça crée énormément
d'irritants partout. Et ça crée... ça crée une sorte d'apartheid, parce que...
L'espace francophone scientifique, auquel je crois énormément, je pense que cet
espace scientifique francophone là, il faut
l'affirmer. Le Québec peut y jouer un rôle important. Mais il est certain que,
si je ne peux recevoir dans mon laboratoire que des Français, des Belges
et des Suisses, c'est fini. Donc, je crains... je crains un peu pour la
réputation actuellement.
Et c'est pour
cette raison que j'insiste beaucoup sur l'idée qu'il faut intervenir. Je suis
d'accord avec vous, il y a beaucoup de décisions qui sont prises à
Ottawa. Je pense que le Québec doit peut-être parler plus fort, intervenir davantage de façon à arrêter... Parce qu'on est
sur une pente descendante actuellement, et je crains, je crains que de plus
en plus de gens se désintéressent du Québec à cause de ça, à cause des
problèmes.
M. Derraji : On ne va pas... On va
tout faire pour ne pas perdre cette attractivité. Je veux vous ramener sur le terrain géopolitique. Vous suivez, j'en suis
sûr et certain, ce qui se passe en Afrique, Burkina Faso, Niger, tout le Sahel.
On va descendre un peu plus en bas. C'est en
plein essor économique. Et vous voyez que la France est en train de perdre
du terrain. Vous voyez l'arrivée de la Turquie, de la Chine, de la Russie et d'autres
puissances.
Ma
question... Parce que moi, ça a été... j'étais toujours de cette école :
C'est le moment du Québec pour l'Afrique. Pourquoi? Parce que, quand je
parle avec mes amis africains, ils me disent... Bien, pour eux, on est
l'équivalent de la France. D'ailleurs, c'est une insulte quand on dit que nous,
on est des Français. Je ne sais pas si vous l'avez entendu. Moi, toujours que
je dis : «Le Québec, c'est des Français», c'est une insulte. Ce n'est pas
des Français. Je ne veux pas élaborer, parce
que je ne veux pas être le méchant ce soir, mais, pour eux, on est les gentils
de l'Amérique du Nord, le Québec.
Pensez-vous
que c'est le moment pour le Québec de renforcer sa présence? Je sais qu'on a un
bureau à Rabat, qui couvre le Maghreb, une délégation au Sénégal.
Pensez-vous que, s'il y a un plan de développement par rapport au ministère des Relations internationales,
d'entrevoir d'autres possibilités dans l'Afrique subsaharienne mais aussi de
jouer le rôle du leader au niveau de la francophonie...
M. Marcoux (Richard) : Tout à fait.
Moi, je crois qu'il y a une place à occuper, assurément. Vous l'avez dit tout à l'heure, la France n'a pas, actuellement,
une réputation très enviable dans les rues de Niamey, de Ouagadougou et
d'un peu partout, en fait, en Afrique de l'Ouest même. Je pense qu'il y aurait
assurément une place à occuper, mais c'est sûr que ça
demande... par rapport à la question qui était posée tout à l'heure, ça demande
quand même peut-être un peu plus de moyens.
Il faut qu'il y ait un renforcement des équipes sur le terrain, ainsi de suite,
pour assurer... assurer, en quelque sorte, cette présence-là, qu'il y
ait des échanges, et autres, quoi. Donc, oui, il y a... Assurément, sur le plan
géopolitique et stratégique, le Québec pourrait jouer un rôle beaucoup plus
important, puis il y a une occasion en or.
M. Derraji : Corrigez-moi si je me
trompe, parce qu'avec ce qui se passe avec la France la question qui se pose,
c'est que... on le voit dans certains pays, c'est ce rejet, en quelque sorte,
du français pour aller à l'anglais. Et est-ce que c'est quelque chose que vous
avez vu, vous voyez venir dans certains pays en Afrique?
M. Marcoux (Richard) : Moi, je vous
dirais que je ne vois pas la montée de l'anglais en Afrique. Je vois une
critique de la France. Et je fais remarquer à tout le monde, d'ailleurs, que
toutes les manifestations qu'on a vues dans les rues des capitales africaines,
les manifestations, vous regardez les affiches, tout ça, c'est tout écrit en
français, OK? Ce n'est pas : «Go out», France! Ce n'est pas : «Get
out, Yankees!», ou quoi que ce soit. C'est : À bas la France!, OK? C'est
vraiment... Et je vous dirais même qu'il n'y a pas tellement de fautes
d'orthographe dans ce que je vois dans les
affiches, ainsi de suite. Donc, je suis plutôt... je suis plutôt... Je pense
que la langue française va passer à travers cette crise-là, OK, sur le
continent africain, va passer à travers cette crise-là, mais peut-être pas la
France.
M. Derraji : Je pense que je partage
votre conclusion. Revenons au Québec. Est-ce qu'on fait assez pour retenir nos
étudiants? Je ne sais pas si vous êtes familier avec les moyens... ou c'est
pendant votre vie universitaire, vous avez
un étudiant qui vous a dit que ça va prendre beaucoup plus de temps pour rester
au Québec. Pensez-vous que le Québec doit faire davantage pour garder
ses étudiants qui graduent dans nos universités et qui sont des diplômés de nos
universités?
M. Marcoux (Richard) : On avait un
programme qui fonctionnait très bien, qui a été modifié. Je crois que
maintenant on revient en arrière. Si je ne me trompe pas, Mme la ministre, j'ai
l'impression qu'on revient au programme PEQ qui était auparavant...
M. Derraji : ...à 100 % ce
qu'il était, le programme, parce qu'on ne le sait pas encore.
M. Marcoux (Richard) : Oui. Moi, en
tout cas, je pense qu'effectivement il faut vraiment revenir à ça. C'est un
programme qui fonctionnait très, très bien.
M. Derraji : Est-ce que ça a été une
erreur de changer les règles de ce programme?
M. Marcoux (Richard) : Moi, je crois
que ça n'a pas aidé pour la réputation du Québec, assurément.
M. Derraji : Est-ce qu'on vous a
parlé de ça?
M. Marcoux (Richard) : Les
étudiants, je pense que ça a été... En tout cas, ce que j'entends, ça va dans
le bon sens, c'est-à-dire, les modifications qui sont en train d'être faites,
j'espère qu'on va aller jusque-là. Et c'est clair, parce que, ce que vous dites là, je l'ai entendu énormément, les
étudiants qui souhaitent... qui ont besoin de plus de temps, qui ont
envie d'une expérience québécoise également, ce que permettait le programme. Et
je pense qu'on a là, en fait, les meilleurs
ambassadeurs, en plus, avec les étudiants. Les étudiants, ils ont fait déjà
deux ans, trois ans au Québec. Ils ont passé trois hivers. Ils
comprennent l'accent québécois maintenant. Ils sont... Ce sont les meilleurs
pour s'intégrer, en fait, au Québec, assurément.
M. Derraji : Oui. Cher professeur,
c'est très agréable d'échanger avec vous. J'ai vraiment aimé l'échange. Ça nous
sort de notre zone de confort de parler uniquement de quelques aspects de la
consultation. Je pense que les membres de la commission sont presque tous
d'accord que vous avez fait une très bonne contribution à nous faire réfléchir
sur le fait français, sur la francophonie, qui est très large, et des enjeux
que, parfois, on ne voit pas d'une manière,
je dirais, proche de notre quotidien. Merci pour votre passage, et j'espère
qu'on va garder le contact. Et on va suivre vos publications au niveau
de l'observatoire. Merci beaucoup.
M. Marcoux (Richard) : Merci.
La
Présidente (Mme Caron) : Merci. Alors, nous allons maintenant passer au deuxième
groupe d'opposition, au député de Saint-Henri—Sainte-Anne. Vous avez
4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Le mot de la fin pour ce soir, si je devine bien.
Merci pour votre belle présentation. Fascinant,
en fait. La lecture était très intéressante. Et j'ai bien aimé les propositions
concrètes, là, l'ouverture ou le développement de programmes EIC pour les pays
africains, notamment, franco-africains, ou tout le débat sur le visa temporaire
de matières scientifiques, ou culturelles, ou autres. On entend toujours ça,
notamment au festival de jazz, mais ailleurs, qu'il y a plein d'artistes qui ne
sont pas capables de venir se produire ici, alors qu'ils se produisent partout à travers la planète.
Puis il n'y a pas de raison que ces gens-là ne puissent pas venir.
• (20 h 40) •
Alors, cette
discrimination-là, documentée par... envers Ottawa... en fait, d'Ottawa envers
les Francos-Africains, on la connaît.
Bon, semble-t-il qu'on y travaille, mais le Québec ne peut pas laisser ça
passer. On en est directement les plus impactés
ou certainement très impactés. Pour moi, c'est ma position, le plus on sera en
contrôle de notre immigration, le
plus on aura nos propres pouvoirs en immigration, le mieux on pourra abolir ces
barrières puis le mieux on pourra assurer le fait français dans notre
immigration puis dans qui vient ici.
Mais il n'y a
pas qu'Ottawa, et vous l'avez dit, qui a la réputation écorchée. Le Québec a
aussi une réputation qui est un petit
peu plus difficile ces dernières années. Je pense à la réforme du PEQ. Vous en
avez parlé. Malheureusement, les propos de l'ancien ministre de
l'Immigration, de la dernière campagne, n'ont pas vraiment aidé, certains
propos du premier ministre :
L'immigration ou... bref, il serait suicidaire de... C'est ce qu'on a dit. Ça,
ce sont des mots qui ont résonné
au-delà de la frontière, au-delà des frontières. Je peux revenir avec l'idée
des 18 000 dossiers qui touchent 40 000 personnes, notamment beaucoup d'Afrique francophone. Je
les connaissais, à l'époque, pour être très impliqué sur ces
dossiers-là, et ils en parlent encore. Et il n'y a jamais eu d'excuse
officielle face au fait qu'on a détruit une quarantaine de milliers de vies
là-dedans, là.
Alors, ma question pour vous, c'est :
Qu'est-ce qu'on peut faire à ce stade-ci? Comment on peut réparer cette réputation? Quelle serait la pierre angulaire de
cette réconciliation-là face aux dernières années qui ont été plus difficiles
pour cette réputation du Québec à l'étranger?
M. Marcoux (Richard) : Je ne
noircirais pas trop, quand même, la réputation du Québec, du Canada, comme vous
le laissez sous-entendre. Je pense que la... On a été un peu irrités, en fait,
mais je pense que c'est encore possible de corriger le tir. Les deux
propositions que je vous fais, ça rentre tout à fait là-dedans. Je crois qu'il
faut absolument trouver une façon de distinguer ce qu'on appelle l'immigration
de la mobilité. Pour moi, c'est important. La
migration, c'est vraiment un projet. On s'en vient ici. Les résidents non permanents
ont même eux-mêmes des projets. Mais un visiteur, c'est autre chose.
Moi, je suis étonné de voir que maintenant,
comme Québécois, je peux me balader partout sur la planète et plus facilement
qu'avant. Il y a moins d'obstacles, de visas, et autres, comme Québécois, comme
Canadien, pour me rendre partout, alors
qu'ici c'est l'inverse. Je pense qu'il faut... Puis, bon, il y a le
11 septembre, il y a des contextes qui font en sorte qu'on en est
arrivés à ça, mais il faut rapidement... Pour moi, il y a vraiment une urgence
là.
Je parle de
l'autorisation de voyage électronique. L'autorisation de voyage électronique,
c'est tout simplement une façon de pouvoir se déplacer sans avoir à remplir des
formulaires à n'en plus finir, de montrer qu'on a un compte en banque
bien garni. On n'est pas en train d'immigrer. On est en train de venir
participer à une conférence. Pour moi, si on peut régler ça... On travaille de
plus en plus sur l'idée d'un visa pour se déplacer dans l'espace scientifique francophone. Je sais que les gens d'affaires
également travaillent sur un visa d'affaires pour permettre aux gens de
travailler...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion, s'il vous plaît.
M. Marcoux (Richard) : Pardon?
La Présidente (Mme Caron) : Il
faudrait conclure...
M. Marcoux (Richard) : Oui. OK.
Parfait. Donc... Mais je crois qu'il faut également travailler autour de la communauté scientifique, de façon à ce que cette
communauté scientifique... Si on veut faire monde francophone, il faut absolument
enlever les barrières qui sont là. Merci.
La
Présidente (Mme Caron) : Merci beaucoup, M. Marcoux, pour votre
présentation, votre mémoire. Ce fut fort intéressant. Alors, je vous
remercie, donc, pour cette contribution à nos travaux.
Et la commission ajourne ses travaux au
mercredi 13 septembre 2023, après les avis touchant les travaux des
commissions. Merci et bonne fin de soirée.
(Fin de la séance à 20 h 45)