Journal des débats (Hansard) of the Committee on Citizen Relations
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
Thursday, September 14, 2023
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Vol. 47 N° 25
General consultation and public hearings on the consultation document entitled : Planning of Immigration to Québec for the 2024-2027 Period
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Intervenants par tranches d'heure
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Lecours, Lucie
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Fréchette, Christine
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Derraji, Monsef
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Derraji, Monsef
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Lecours, Lucie
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Fréchette, Christine
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Fréchette, Christine
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Lecours, Lucie
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Schmaltz, Valérie
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Derraji, Monsef
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Lecours, Lucie
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Fréchette, Christine
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Schmaltz, Valérie
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Derraji, Monsef
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Derraji, Monsef
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Lecours, Lucie
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Fréchette, Christine
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Fréchette, Christine
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Lecours, Lucie
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Lemieux, Louis
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Lakhoyan Olivier, Sona
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Lecours, Lucie
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Fréchette, Christine
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Fréchette, Christine
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Lecours, Lucie
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Lemieux, Louis
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Derraji, Monsef
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Lecours, Lucie
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Fréchette, Christine
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Lemieux, Louis
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Lecours, Lucie
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Lemieux, Louis
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Derraji, Monsef
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Lecours, Lucie
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Fréchette, Christine
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Picard, Marilyne
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Bogemans, Audrey
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Derraji, Monsef
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Lecours, Lucie
11 h 30 (version révisée)
(Onze heures trente-cinq minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
La commission est donc réunie à nouveau
afin de poursuivre les auditions publiques dans le cadre de la consultation
générale sur le cahier de consultation... intitulé, pardon : La
planification de l'immigration au Québec pour la période 2024‑2027.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Blais (Abitibi-Ouest) est remplacée par <M. Lemieux
(Saint-Jean)...
La Secrétaire :
...par
>M. Lemieux (Saint-Jean); Mme Gendron (Châteauguay) est remplacée
par Mme Bogemans (Iberville); Mme Garceau (Robert-Baldwin) est
remplacée par M. Derraji (Nelligan); Mme Prass (D'Arcy-McGee) est
remplacée par Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey); et Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques) est remplacée par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
Auditions (suite)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, Mmes et MM. les députés, bienvenue.
Nous entendons donc ce matin les groupes suivants... les groupes ou les
individus suivants : Mme Anne Michèle Meggs — j'espère que j'ai
bien dit votre nom...
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...oui, et M. Jean-Pierre Corbeil.
Alors, je vais donc commencer tout de
suite en souhaitant la bienvenue à Mme Meggs. Je vous rappelle, Mme Meggs, que
vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous allons ensuite
procéder à la période d'échange avec les parlementaires. Le micro est à vous.
Mme Anne Michèle Meggs
Mme Meggs (Anne Michèle) : Bonjour,
Mme la Présidente. Merci. Et bonjour à la ministre et aux autres membres de la
commission ou substituts. Je ne peux pas m'empêcher de signaler aussi la
présence et la contribution du personnel du ministère et de soutien de
l'Assemblée nationale, qui font tout ce qu'il faut pour assurer le bon
déroulement de ces consultations. Merci.
C'est un honneur d'être invitée à
témoigner aujourd'hui, surtout parce que je sais que je ne suis pas parmi les
suspects habituels pour un tel exercice. Je ne représente pas un groupe
d'intérêt ou une partie prenante. Je ne suis pas non plus une scientifique,
démographe, économiste, statisticienne, linguiste, juriste, pédagogue. Ils ont
tous leur place dans ce domaine. Cela étant dit, je me demandais comment le
mieux expliquer ma présence ici aujourd'hui. J'ai un petit faible pour les
séries policières et j'ai remarqué que, quand la procureure présente un témoin
expert, elle commence en établissant sa crédibilité avec des questions sur son
expertise. J'ai donc décidé de présenter un peu mon expérience dans l'espoir
que vous trouverez pertinente mon expertise en matière de planification de
l'immigration.
Avant d'émigrer au Québec, de Toronto,
j'ai passé les premiers 14 ans de ma carrière dans le domaine des affaires
constitutionnelles, donc le partage des compétences, et des politiques
linguistiques, tant au gouvernement canadien que de l'Ontario.
En 1991, je me trouve au ministère de
l'Immigration du Québec plongée directement dans le dossier des accommodements raisonnables,
oui, plusieurs années avant Bouchard-Taylor.
Entre les années 2000 et 2017, l'an 2000
étant la date de l'adoption de la Loi sur l'administration publique, j'ai
dirigé les travaux d'élaboration de trois des quatre plans stratégiques du
ministère de l'Immigration et deux plans stratégiques de l'Office
québécois de la langue française ainsi que les rapports annuels de gestion les
accompagnant. J'ai manqué le plan stratégique 2005-2008 parce que j'étais
au ministère du Conseil exécutif à analyser les plans stratégiques de divers
ministères et organismes en vue de leur adoption par le Conseil des ministres.
Je suis fière de dire que, pendant les
années que j'étais responsable de l'application de la Loi sur l'administration
publique au ministère, on s'est trouvés plusieurs années de suite en haut du
palmarès gouvernemental de la gestion par résultats produit par le Secrétariat
du Conseil du trésor.
En 2018, je suis revenue au ministère
de l'Immigration, attirée notamment par le défi de répondre aux recommandations
du Vérificateur général du Québec en ce qui concerne les indicateurs de
résultats des services de francisation.
Depuis ma retraite, au début de 2019, je
fouille des aspects de l'immigration au Québec, au Canada et même sur la scène
internationale, qui ne faisaient pas partie de mon quotidien pendant ma vie
professionnelle. Je continue à apprendre sur le sujet et, puisqu'on m'a offert
des plateformes, je m'en sers pour tenter de vulgariser ce domaine tellement
critique, mais complexe, tant en français au Québec qu'en anglais pour le
Canada anglais. Ces analyses ont culminé dans la publication de mon livre, paru
en fin juin dernier, disponible en librairie, à lire bientôt parce que les
données vont être datées.
Non seulement j'étais responsable de ces
exercices de planification et de reddition de comptes, j'y croyais
profondément, et c'est toujours le cas. La transparence dans la gestion de
l'État ne peut que contribuer à bâtir la confiance de la population dans un
gouvernement. De plus, ce type de planification et de suivi permet d'améliorer
en continu les services publics et donc la vie des citoyennes et citoyens et de
s'assurer que l'argent des contribuables, les ressources publiques iront pour
résoudre les problèmes clairement identifiés, preuves à l'appui, lors de la
planification.
• (11 h 40) •
Comme élus, les membres de cette
commission ont sûrement remarqué que la confiance de la population dans le
gouvernement, et même dans notre système de gouvernement, est intimement liée à
la perception que tout est sous contrôle. Dans le cas de l'immigration, on
constate que les Québécoises et Québécois, autant que les Canadiennes et
Canadiens, sont très ouverts à l'immigration, aux personnes immigrantes. En
général, c'est parce que ce sont des peuples sympathiques et accueillants de
nature. Mais moi, je vous dirais qu'une bonne partie de cette ouverture à
l'immigration a été maintenue grâce à la perception que l'immigration était
bien contrôlée, bien gérée au pays.
Nous avons une réputation enviable comme
modèle, dans le monde occidental, en ce qui concerne notre gestion de
l'immigration... ou bien on avait. Il faut le <dire...
Mme Meggs (Anne Michèle) :
Il
faut le >dire que c'était un modèle facile à comprendre. Une personne
qui veut venir s'établir au Québec fait sa demande de l'étranger. La demande
est traitée selon une grille de sélection connue et publique, incluant des
caractéristiques que le gouvernement considérait pertinentes pour une
intégration rapide et à long terme au Québec. Si la candidature, qui incluait
les membres de la famille immédiate, obtenait le nombre de points... minimum de
points, tous les membres de la famille seraient sélectionnés et le gouvernement
fédéral leur accordait la résidence permanente avant même leur arrivée sur le
territoire. Simple.
De plus, tous les trois ou quatre ans,
au Québec, il y a des consultations publiques comme celle-ci pour débattre
publiquement de combien de personnes seront admises avec la résidence
permanente pour les années à venir, toutes catégories confondues. Le système
faisait en sorte que le nombre de personnes qui obtenaient la résidence
permanente correspondait grosso modo au nombre de personnes qui arrivaient au
Québec chaque année, un système simple à comprendre et à suivre, une perception
de bonne gestion, de planification et de reddition de comptes.
Mais qu'est-ce qu'on voit depuis quelques
années? Des reportages presque quotidiens sur le nombre croissant de demandeurs
d'asile, d'abord au chemin Roxham et maintenant aux aéroports, dont plusieurs
tombent sur l'assistance sociale en attendant leur permis de travail, des
travailleuses et travailleurs sans aucun contrôle sur leur vie à cause des
permis qui les lient à leurs employeurs, des jeunes de l'étranger qui ont
réussi toutes les étapes et payé tous les frais pour étudier ici, mais qui ne
trouvent pas de logement abordable en arrivant ou qui n'arrivent juste pas
parce que leur permis d'études a été refusé, des jeunes éduqués francophones en
emploi au Québec qui quittent parce que leur permis temporaire est expiré, ils
ne réussissent pas à le renouveler, des attentes interminables pour un permis
temporaire, ou la résidence permanente, ou la citoyenneté. Et je ne parle même
pas des histoires tragiques sans fin de migrants qui meurent en mer ou dans la
chaleur des déserts.
On entend les mêmes histoires partout au
Canada. Presque tous ces reportages découlent du phénomène de l'immigration
temporaire, la partie de l'immigration qui n'est pas planifiée ni au Canada ni
au Québec. Pourtant, comme vous le savez, de plus en plus de Québécoises et
Québécois le savent aussi, presque toutes les personnes arrivant au Québec de
l'étranger sont d'abord les personnes à statut temporaire et sont trois fois
plus nombreuses que celles qui ont obtenu leur résidence permanente la même
année. Tout ça, ça donne quoi, comme perception de contrôle? Combien de temps
avant que cette perception de perte de contrôle donne lieu aux mêmes divisions
qu'on voit apparaître dans d'autres pays, même avec une population ouverte et
accueillante?
Comment regagner la confiance de la
population? Revenir à la transparence dans la planification de l'immigration.
Toute bonne planification commence avec une lecture lucide et complète des
contextes externes et internes. Et ici, je demande pardon à la ministre, parce
que je n'ai pas suivi ses consignes, première fois de ma vie que je ne suis pas
les consignes de la ministre, mais, à mon avis, l'analyse du contexte externe
que nous avons devant nous n'est pas complète, parce qu'on n'examine pas les
conséquences de l'immigration temporaire et on évite une réflexion sur ce qui
constitue la capacité d'accueil et comment la mesurer. Et, suivant la
tradition, le document de consultation n'aborde pas du tout une lecture du contexte
externe... interne, je veux dire, c'est-à-dire les ressources disponibles.
C'est à partir de l'analyse des contextes
qu'on identifie les enjeux et problématiques les plus importants et, ensuite,
propose des orientations pour y faire face. Il faut que les liens soient
évidents. Et finalement, chaque orientation, on élabore les objectifs ciblés
dont les résultats sont mesurables. Nous ne sommes plus dans le même contexte
qu'il y a 10 ans. Nous ne pouvons plus se permettre d'entreprendre le même
type de planification que dans le passé. Non seulement l'immigration temporaire
a explosé, mais prenons un peu de recul pour saisir le contexte international
qui accélère, de manière dramatique, l'immigration.
Les membres de cette commission et tous
les membres de l'Assemblée nationale ont une lourde responsabilité de ne pas se
tromper dans la vision du Québec pour l'immigration et surtout aussi
l'intégration, que je n'ai pas eu le temps d'aborder, mais nous n'avons pas le
luxe de baisser les bras. Je crois dans le rôle de l'État de protéger les
personnes qui se trouvent sur son territoire et de mettre en place les
conditions qui permettront à chaque personne de s'épanouir dans une société, osé-je
le dire, tricotée serrée, qui a survécu grâce à ses valeurs de respect et
d'entraide. Je crois que le Québec, un peuple qui intègre avec succès la
diversité depuis ses débuts, peut être un modèle pour le monde en matière de
cohésion sociale grâce à sa bonne gestion de l'immigration. Prenons le temps de
bien faire. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme Meggs. Merci pour cette présentation.
Nous allons donc entamer la période d'échange avec les parlementaires. Je vous
donne tout de suite les temps, compte tenu qu'on a réduit un petit peu, là,
pour récupérer le retard. Donc, le gouvernement bénéficiera de 12 minutes,
l'opposition <officielle...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
...l'opposition >officielle, de neuf minutes
et, la deuxième opposition, de trois minutes. Nous commençons donc tout de
suite avec Mme la ministre.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Avant de débuter, j'aimerais juste réitérer tout notre soutien au
député de Nelligan, à la communauté marocaine, celle établie au Maroc, celle
établie ici. On est de tout coeur avec vous, vraiment. Et merci d'avoir pris la
parole sur ce drame, cette tragédie aujourd'hui, de même que notre collègue,
autre député, Saint-Henri—Sainte-Anne. Merci d'avoir partagé ça avec nous.
C'est important, et j'étais heureuse qu'on le fasse devant une délégation
représentant le Maroc.
Alors, bien, merci, Mme Meggs, d'être des
nôtres. Merci d'avoir contribué. Vous continuez, en fait, à contribuer au
processus et aux discussions entourant l'immigration au Québec, et je pense
qu'on pourra profiter, en fait, de votre expérience en ce domaine pour la tenue
de cet échange aujourd'hui, un échange important sur un sujet qui nous concerne...
qui nous concerne tous.
Alors, dans un premier temps, je vous
ramènerais sur un enjeu que vous avez abordé dans votre présentation, celui des
demandeurs d'asile. Les demandeurs d'asile ont occupé beaucoup les devants de
la scène au cours des dernières années, particulièrement au cours de la
dernière année, avec les arrivées nombreuses au chemin Roxham. On sait que ça a
créé, vraiment, un débordement au niveau de notre capacité à accompagner ces
gens adéquatement, des gens qui étaient en grand besoin. On en a fait mention
de toutes les manières possibles, et heureusement, bien, on a développé une
stratégie, je pense, qui a permis d'attirer l'attention sur l'importance des
enjeux entourant l'arrivée en fort grand nombre des demandeurs d'asile via le
chemin Roxham. Et heureusement, à nouveau, il y a eu des discussions entre le
gouvernement fédéral et les États-Unis pour en venir à la signature d'une
entente sur les tiers pays sûrs.
Maintenant, les demandeurs d'asile, il
continue à y en avoir qui arrivent via, notamment, notre aéroport à Montréal,
ailleurs également, particulièrement en Ontario et un peu moins en
Colombie-Britannique, mais toujours est-il qu'il y a un enjeu dont on... sur
lequel on doit davantage se pencher, entourant les demandeurs d'asile. Et
j'aimerais vous entendre sur ce que l'on devrait considérer de faire en lien
avec l'arrivée des demandeurs d'asile. Bon, c'est le fédéral, bien sûr, qui
gère les frontières, donc c'est lui qui est le... qui a la maîtrise d'oeuvre,
on pourrait dire, de la stratégie, de la réaction qu'il y a à avoir en regard
des demandeurs d'asile.
Donc, j'aimerais vous entendre sur des
suggestions, des propositions d'actions, tant pour le fédéral mais que pour
nous aussi en lien avec le fédéral, parce qu'il faut discuter de ce sujet-là.
J'aurai une rencontre, au cours des prochains jours, là, avec le nouveau
ministre de l'Immigration canadien. Donc, c'est un des sujets que l'on devra
aborder. Alors, j'aimerais vous entendre sur cette perspective.
Mme Meggs (Anne Michèle) : Oui,
vous commencez avec la seule catégorie qu'aucun gouvernement ne contrôle,
c'est... et la seule façon de contrôler sur les... c'est des murs ou des visas.
Puis le... C'est un dilemme parce qu'une chose que... Un message que moi, je
passerais au gouvernement et au ministre fédéral, ce serait de prendre plus de
temps avec chaque demande de permis, parce qu'on a l'impression que... je vais
répondre, je vais revenir, je vais répondre plus directement à votre question.
Point de vue du Québec, je pense, une des
choses qui, dans ma tête... et je ne sais pas exactement jusqu'à quel point le
Québec, le ministère a un profil des personnes qui sont sur son territoire qui
attendent leur décision, mais il devrait...
Mme Fréchette : Vous voulez
dire le gouvernement canadien... quand vous dites... vous vous demandez...
Mme Meggs (Anne Michèle) : Oui,
de la commission de... bien, des... sur les statuts de réfugié.
Mme Fréchette : Oui, parce
que nous, on n'a pas les... on n'a pas ces données.
• (11 h 50) •
Mme Meggs (Anne Michèle) : Puis
tout ça, là, parce qu'il y a le... il y a cette attente-là, il y a aussi, en
amont de ça... En attendant ça, normalement, il devrait y avoir un permis de
travail. Puis, dans le passé, ça prenait, semble-t-il, à peu près deux mois,
mais maintenant ça prend plus de temps. Donc, c'est très important que le permis
de travail soit offert le plus rapidement possible.
J'ai un contact... Michel Cournoyer,
ancien directeur de planification stratégique au ministère mais aussi expert et
économiste en marché du travail, a écrit dans Le Devoir, à un moment
donné, que le Québec pourrait... il n'y a rien qui empêche le <Québec...
Mme Meggs (Anne Michèle) :
...empêche
le >Québec d'émettre ses propres permis de travail dans le domaine
provincial. Ça pourrait être lié au permis de séjour fédéral, et tout ça, mais
ça permettrait peut-être de donner une occasion, tout de suite, à ces
personnes-là, de travailler. Plus vite ils peuvent travailler, plus vite ils
peuvent trouver... essayer de trouver un logement qui convient.
L'autre chose, c'est que... si on avait un
dossier qui montrerait, et je ne pense pas que c'est le cas, le profil de ces
personnes-là, quelles sortes de formations qu'ils ont, quelles sortes
d'expériences de travail, dans quels secteurs ils ont déjà travaillé. Et
ensuite, ce que j'ai appris assez récemment, comme je dis, j'ai continué à
apprendre, ils ne sont pas... ils ne sont pas admissibles à des programmes
actives de... des mesures actives d'employabilité au Québec, semble-t-il. Et je
me demande si c'est une bonne idée, tu sais. Moi, je dirais que, s'ils ont un
permis de travail... C'est clair qu'ils ne connaissent probablement personne
ici, donc les mesures d'employabilité leur pourraient être très utiles.
Donc, moi, c'était... ça date d'un décret
qui est de très longue date, d'après ce que je comprends, mais c'est de trouver
toutes les façons de les aider à s'intégrer dès leur arrivée et de participer
et de... d'apprendre le français, c'est déjà disponible, mais c'est toutes ces
questions-là.
Ce que ça fait, par exemple, si on réussit
bien puis on est capables d'intégrer des personnes comme ça, s'ils arrivent,
après trois, quatre, cinq ans, à être... à avoir leur dossier de réfugié
refusé, c'est très difficile. On ne peut pas, en toute bonne humanité, dire :
Ah! bien, dommage, il faut que vous retourniez dans... ils ont fui quelque
chose, là, tu sais, on s'entend. Et je trouve que la législation, les
conventions internationales ne sont plus faites pour la situation actuelle dans
l'immigration internationale, mais c'est... On n'a pas de... le climat ne
faisait pas partie des enjeux en 1951.
Donc, ça, c'est quelques idées que j'ai
eues, mais... je ne sais pas, pour aider, mais pour... en amont, là, comme je
disais, le visa, j'ai l'impression, d'après tout ce que... les contacts que
j'ai hors Québec maintenant, que plusieurs des refus de permis, que ce soit un visiteur,
que ce soit d'études, que ce soit n'importe quelle sorte de permis, de certains
pays francophones, africains notamment, sont liés à des craintes qu'ils vont
demander... d'asile en arrivant. Et il faut... Ce que je demanderais au
fédéral, qu'il trouve une façon que les demandes de permis ne soient pas décidées
par les algorithmes, je vais le dire de même. Je ne sais pas si c'est le cas,
mais il va... ils disent non, ils disent qu'il y a un agent qui regarde chaque
demande, mais il y a des... il y a des choses, de drôles de choses qui se
passent dans les systèmes fédéraux, des fois, là.
Mme Fréchette : En matière
d'accompagnement de ces personnes-là, est-ce que la francisation devrait
représenter un élément?
Mme Meggs (Anne Michèle) : Toujours,
toujours, toujours. Bien, à ma connaissance, ils sont admissibles à des
programmes de francisation, des services de francisation et... ça fait que ça,
c'est... Absolument, le français, c'est... plus tôt on parle français au
Québec, mieux c'est pour la personne et pas juste pour le Québec, mais pour la
personne qui arrive. C'est comme ça qu'on les... C'est une langue
d'intégration, c'est... Ça fait que oui, absolument, mais c'est un dilemme, si
on décide d'embarquer sur la question du français.
Mme Fréchette : ...d'ailleurs.
Oui, tout à fait, c'est un vecteur d'intégration, hein, la langue française,
l'apprentissage du français. Et vous n'êtes pas sans savoir qu'on a développé,
là, beaucoup de choses au cours des dernières années. Rappelez-moi l'année à...
la dernière année à laquelle vous avez travaillé au ministère.
Mme Meggs (Anne Michèle) : J'ai
quitté à la fin de 2018.
Mme Fréchette : À la fin de
2018, OK. Donc, juste comme... une année charnière pour nous, une année
charnière pour la francisation aussi parce que...
Mme Meggs (Anne Michèle) : Oui,
c'est ça, beaucoup a changé.
Mme Fréchette : Depuis ce
temps-là, en fait, on a fait beaucoup de choses, particulièrement en
francisation, hein? On a... les budgets de francisation ont pratiquement doublé,
donc, comme quoi on a fait un <bond...
Mme Fréchette :
...on
a fait un >bond en avant considérable. Les temporaires ont maintenant...
les immigrants temporaires ont maintenant accès à la francisation, ce qui
n'était pas le cas lorsque vous étiez au ministère, sous la gouverne... le
gouvernement libéral. On a investi aussi 183 millions. Donc, en 2022‑2023,
on a élargi l'accès à la francisation aussi via la mise sur pied de Francisation
Québec. Donc, ça, c'était un gros morceau qui était promis de longue date par
plusieurs partis politiques, mais nous sommes celui qui l'avons mis sur pied, et
c'est en train de prendre son envol.
On le sait, hein, sous la... en 2017,
la Vérificatrice générale indiquait que la francisation, c'était l'équivalent
d'un fiasco tellement les services étaient éclatés, que c'était difficile de
s'y retrouver pour ceux qui prennent... prenaient le parcours de francisation.
Donc, on a rassemblé ça en une seule instance.
Et puis ce qu'on voit, c'est que, depuis
que c'est en place, depuis le 1er juin dernier, bien, on bat des records,
des records en termes d'inscriptions. Je vous donne quelques chiffres, là, pour
la période 2022‑2023. Il y a 64000
élèves qui ont bénéficié des services de francisation à la fois du MIFI puis du
ministère de l'Éducation puis, en comparaison avec l'an dernier, là, pour le
premier trimestre, donc du 1er avril au 30 juin, c'est déjà 30 200 personnes
qui ont participé aux mesures de francisation. C'est énorme. Quand on y pense,
là, c'est l'équivalent d'une université en francisation, là, qu'on est en train
de mettre sur pied avec Francisation Québec. Donc, le 30 000 personnes
du 1er avril au 30 juin, ça représente une hausse de 46 % par
rapport à l'année précédente.
Alors, c'est vraiment... les gens
répondent à l'appel. Alors, on a lancé un appel de toutes sortes de manières,
on a fait des réformes aussi importantes de nos programmes d'immigration
permanente pour faire en sorte de rendre incontournable la connaissance du
français et les gens répondent à l'appel positivement.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...merci beaucoup.
Mme Fréchette : Merci. Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, merci pour cette première partie d'échange. Je me
tourne maintenant du côté de l'opposition officielle. Vous bénéficiez, comme je
vous disais tout à l'heure, de neuf minutes. Le temps est à vous, M. le
député de Nelligan.
M. Derraji : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui, c'est calculé.
M. Derraji : Ah! OK, c'est
bon. Ah! OK, excellent.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est juste qu'étant donné qu'on a commencé en retard...
M. Derraji : Ah! on a
commencé... oui, oui.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Neuf minutes.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Et je vais me permettre... Merci, Mme la ministre. Écoutez, c'est
très, très, très touchant et je suis très heureux... Je l'ai mentionné à M. le
premier ministre et à Mme la ministre des Relations internationales, le geste
de solidarité de l'ensemble des élus du gouvernement du Québec, c'est très,
très, très apprécié. Vous allez comprendre que je suis extrêmement touché, ai
eu au moins cette fierté de choisir le Québec et de voir le Québec aider mon
pays d'origine, c'est extrêmement touchant. Donc, merci beaucoup, Mme la
ministre.
Mme Meggs, très heureux de vous
rencontrer. Moi, j'ai lu votre livre et je veux vous permettre de commencer par
vous aujourd'hui. C'est très rare qu'on le fasse, mais je tiens à vous
remercier. Vous savez pourquoi? Vous êtes une mine d'or en termes
d'information. Moi, je vous lis, vous m'avez inspiré dans vos écrits sur
l'immigration, et je vous encourage à continuer à prendre votre plume et à
écrire, à nous éclairer parce que nous avons besoin de vous. Maintenant, il n'y
a plus de ministre avec vous. Vous êtes libre d'écrire ce que vous voulez, et,
sérieux, c'est très valorisant de voir des personnes d'expérience prendre la
plume. Parce que l'enjeu de l'immigration, ce n'est pas uniquement, comment
dirais-je, le travail du gouvernement, de l'opposition, c'est aussi la société
civile et des gens d'expérience comme vous. Donc, je tiens à vous saluer parce
que vraiment... et d'ailleurs, M. Fortin aussi, s'il était là, je vais lui
dire, parce qu'il est... c'est lui, avec vous, au niveau de la... de la préface
de Pierre Fortin, donc merci. Il est toujours avec moi, votre livre et vos écrits,
et je vous dis même, le dépôt du projet de loi, au mois de mai, je me suis
inspiré de vos écrits.
Première question, parce que vous avez
développé une bonne expertise, votre expertise est très reconnue dans ce sens...
Vous dites : Il faut inclure l'immigration temporaire. Je ne sais pas si
vous avez suivi ou pas les deux derniers jours, mais il y a pas mal de
groupes qui parlent de ça. Pourquoi c'est important d'inclure l'immigration
temporaire dans le calcul ou dans notre planification?
• (12 h 00) •
Mme Meggs (Anne Michèle) : Bien,
je pense que... Merci, d'abord, vous êtes gentil. Ça me... je suis trop motivée
pour arrêter, là, ça fait que préparez-vous... Mais c'est une question... L'affaire,
c'est que ce que les... Ce que je <sens, c'est que...
>
12 h (version révisée)
< Mme Meggs (Anne Michèle) :
...ce
que je >sens, c'est que... et ce qu'on n'a pas... tu sais, j'accepte,
là, qu'on n'ait pas fait ça dans le passé avec la planification auquel j'ai
participé, mais il... ce qu'on a besoin maintenant, sur le terrain, c'est de
savoir combien arrivent et d'être capables de prévoir combien vont arriver,
quand et où. C'est un peu ça que j'ai dit dans mon mémoire, pour savoir, là,
quelle... le document de consultation le souligne qu'ils sont bien conscients,
là, que ça... on a besoin de savoir, là, combien de places en garderie, combien
de... est-ce qu'on a les médecins, est-ce qu'on a des places dans les écoles, est-ce
qu'on a des places... parce que, souvent, des familles, est-ce qu'on... Et
aucun gouvernement qui ne donne des...
Publiquement, là, je pense qu'avec une
demande spéciale de IRCC on pourrait peut-être... J'ai vu que quelqu'un a
réussi à en avoir, des données sur les arrivées. Mais toutes les données qu'on
a actuellement, c'est sur les... c'est administratif, les permis, des visas et
des permis, c'est ce que j'utilise, en tout cas, ou les données de recensement.
Ça fait que c'est savoir combien vont arriver, pour bien préparer, pour savoir
que... être sûrs que les choses vont être en place. Et c'est un énorme dilemme,
on n'a jamais fait ça nous-mêmes. Puis donc ils arrivent... comme je le disais,
presque tout le monde arrive avec un statut temporaire maintenant.
M. Derraji : Vous avez
raison. C'est juste parce que je veux profiter, dans mon échange avec vous...
je n'ai pas beaucoup de minutes... donc, pour vous, c'est pour... le but, c'est
de bien planifier l'arrivée, l'installation, la régionalisation, la
francisation. Si on ne les inclut pas... je ne veux pas vous mettre des mots
dans la bouche, je veux juste vraiment profiter de votre expertise. Si on ne
les inclut pas, ça veut dire qu'on ne va pas bien planifier leur arrivée. Par
conséquence, donc, tous nos problèmes, garderies, logement, régionalisation,
francisation, pensez-vous... vous, vous étiez dans la machine, si on peut dire,
à l'intérieur du ministère. Pensez-vous que, réellement, si on ne les inclut
pas, ça va affecter nos services, ça va compromettre certains efforts?
Mme Meggs (Anne Michèle) : Bien,
c'est très évident... Canada anglais, c'est plein de données, de discussions,
maintenant, sur le logement puis l'immigration, et de plus en plus de données
aussi sur la question de... et l'immigration voulant dire immigration massive,
et ça, ça veut dire temporaire. Parce qu'on planifie... on a maintenant un
système à deux étapes puis on planifie la deuxième étape. Il faut...
Je ne sais pas comment être plus claire,
mais il faut bien recevoir ces gens-là. Et temporaires, c'est aussi plus
difficile, parce que les données qu'on a de... à partir des CAQ, puis tout ça,
ne sont pas aussi complètes qu'une demande d'immigration comme telle. Comme les
demandeurs d'asile, on n'a pas toute l'information sur leurs... et même pour
le... tu sais, pour les garants dans le parrainage.
M. Derraji : Et je sais que
vous suivez les demandes. Vos prévisions pour le futur, parce que vous voyez ce
qui s'en vient avec... On le voit avec les CAQ, c'est des chiffres quand
même... on parle, plus de 50 000, de 60 000, là. C'est des chiffres quand
même très importants.
Mme Meggs (Anne Michèle) : Bien,
les... même Statistique Canada ne sait pas comment compter les résidents...
(panne de son)... Ça fait que c'est... il faut... Un message pour le
gouvernement fédéral : ralentissez. Mais le Québec peut, grâce à l'accord,
lui-même décider de ralentir le rythme des arrivées des temporaires, et de
différentes façons. Ça fait que c'est... Moi, je trouve que le Québec a des
pouvoirs que les autres provinces n'ont pas dans ce domaine-là.
M. Derraji : Vous avez aussi
mentionné, dans votre mémoire et lors de vos écrits, quelque chose qui m'a
beaucoup interpelé : de plus en plus, c'est le secteur public de la santé
qui a recours au PTET. Vous savez, avant... Je ne veux pas faire encore de
message politique par rapport à la pénurie de main-d'œuvre. On l'a niée en
2018. Mais de voir l'État utiliser du temporaire, des travailleurs temporaires
pour pallier une pénurie de main-d'œuvre, vous, là, si, aujourd'hui, vous étiez
à l'intérieur du ministère, quel son de cloche ça va vous envoyer? C'est quel
message d'avoir recours au PTET pour combler des postes dans le secteur public?
Mme Meggs (Anne Michèle) : Le
PTET, à moins que ce soit comme avant, pour des... un dernier recours pour des
postes temporaires... qui est à courte... une période déterminée, je ne crois
pas à ce programme-là. C'est...
M. Derraji : Je n'ai pas
entendu. Vous...
Mme Meggs (Anne Michèle) : Hein?
M. Derraji : Je n'ai pas
entendu ce que vous voulez dire.
Mme Meggs (Anne Michèle) : Pour
les... le PTET devait être un programme de dernier recours, qui ne... pour des
postes de <périodes...
Mme Meggs (Anne Michèle) :
...pour
des postes de >périodes déterminées. On est en train maintenant de
combler des postes permanents avec des gens avec un séjour temporaire. Les
usines d'Olymel qui ferment, ça, ce n'est pas nécessairement la... mais
heureusement, syndiqués par la CSN, mais ils pourraient... Sinon, une compagnie
comme ça ferme, les employés qui sont des PTET, plus d'emploi, plus de permis.
M. Derraji : Oui, mais je
veux revenir au secteur public. Au niveau privé...
Mme Meggs (Anne Michèle) : Le
public, oui.
M. Derraji : Oui. Moi, ce qui
m'inquiète, dans ce que vous voulez... ce que vous avez mentionné, c'est le
secteur public. Vous êtes la première à lever ce drapeau que l'utilisation du
PTET dans le secteur public est de plus en plus... très présente. Mais pourquoi
on doit s'alarmer aujourd'hui, s'il comble des postes?
Mme Meggs (Anne Michèle) : C'est
d'ailleurs une journaliste du Canada anglais qui a attiré mon attention que le
EIMT, au Québec, se donnait dans le secteur privé... public, puis ça m'a...
c'était une surprise pour moi. Peut-être que ça date depuis longtemps. Moi, je
ne connaissais pas ça. Mais moi, je trouve que de... oui, il faut attirer des
personnes, mais dans... mais on a toujours pu... puis je trouve qu'Arrima a...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme Meggs. Le temps est terminé pour la
partie de l'opposition officielle. Par contre, je me tourne maintenant pour
terminer et clore, pour trois minutes, avec la deuxième opposition. Le temps
est à vous, M. le député.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci, Mme Meggs, pour votre présentation. Moi aussi, j'ai lu votre
livre avec attention, et c'est toujours intéressant d'avoir des discussions. On
n'est pas toujours d'accord sur tout, mais je pense que sur beaucoup de choses,
quand même, on a les visions semblables. Et je continue avec mon échange et je
réaffirme aussi... je ne voulais pas oublier, envers mon collègue de Nelligan,
j'envoie encore toutes mes sympathies, ma solidarité, comme je l'ai exprimé au
salon bleu, et je souligne le geste de la ministre de le redire ce matin. Je
pense que c'est un point très important, donc je voulais le resouligner.
Vous parlez d'une lecture complète du
contexte dans votre mémoire, et qu'il faut donc savoir exactement de quoi on
parle, les chiffres, les arrivées, notamment. Est-ce que vous, vous avez vu
dans la planification... où est-ce que vous avez trouvé les chiffres sur les
arriérés, là, le «backlog» par catégories d'immigration?
Mme Meggs (Anne Michèle) : Ça,
c'est... il faut le faire sur demande, IRCC, régulièrement. On voit les délais
d'attente sur leur site, mais on ne voit pas nécessairement combien attendent,
sont en attente. J'ai demandé à IRCC, à un moment donné, combien de personnes,
demandeurs d'asile, justement, étaient en attente d'un permis de travail au
Québec, puis ils n'étaient pas capables de me le dire, selon les courriels, là,
en tout cas, donc.
M. Cliche-Rivard : Par
contre...
Mme Meggs (Anne Michèle) : Mais
c'est grave...
M. Cliche-Rivard : Oui,
voilà.
Mme Meggs (Anne Michèle) : On
sait que c'est grave, là. On a...
M. Cliche-Rivard : Par
contre, des journalistes du Devoir ont été capables de faire cet
exercice-là, ont obtenu les chiffres dans le regroupement familial, dans le
refuge, dans l'humanitaire, et ils nous en ont informé cet été. Les chiffres
sont disponibles et ils ont été confirmés par le ministère. Comment ça se fait
que ces chiffres-là de la planification, dans un document de 65 pages,
avec plusieurs orientations, est-ce qu'on ne les avait pas?
Mme Meggs (Anne Michèle) : Il
faudrait... Il y en a une ou deux là-dedans, notamment, là, sur les
investisseurs... ce qui m'a vraiment surprise, parce que je me dis : s'il
y en a 15 000 qui attendent à Ottawa, pourquoi on se donne 3 000 dans
quatre ans, là? Tu sais, c'est... le nouveau programme, je ne vois pas la
sélection de... en tout cas.
M. Cliche-Rivard : Donc, si
on n'a pas ces chiffres-là, là, c'est impossible de faire une planification...
Mme Meggs (Anne Michèle) : Mais
c'est-à-dire que ce qui va arriver, c'est que les personnes qu'on sélectionne
selon les nouvelles règles ou autres, là, cette année... et ils arriveront...
bien, c'est-à-dire, ils n'auront pas leur résidence permanente avant quelques
années. Plus il y a un inventaire à Ottawa, plus ça va prendre du temps, si on
planifie uniquement la deuxième étape, c'est-à-dire on garde les plafonds bas.
Ce que le fédéral fait avec de plus en plus de temporaires qui deviennent
admissibles à la résidence permanente, c'est... ils augmentent leurs cibles de
permanents, mais c'est un peu le monde à l'envers.
M. Cliche-Rivard : Et c'est
comme ça qu'on... c'est comme ça qu'on arrive à des 25 ans de délais de
traitement comme on avait cet été, là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est tout le temps que nous avions pour cette première
partie d'échange. Mmes et MM. les élus, merci... les parlementaires, merci de
cet échange. Mme Meggs, merci énormément pour l'apport à nos travaux.
Je vais suspendre les travaux quelques
instants, le temps de se préparer pour la prochaine audition. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 11)
(Reprise à 12 h 14)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Les travaux de la commission
reprennent. Nous en sommes donc <rendus...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Les travaux de la
commission reprennent. Nous en sommes donc >rendus à l'audition de
M. Jean-Pierre Corbeil. M. Corbeil, bonjour, bienvenue à la Commission
des relations avec les citoyens. Vous allez donc disposer d'une période de
10 minutes pour nous entretenir sur votre mémoire... votre exposé, en
fait, vous présenter, bien entendu. Ensuite, on va commencer la période
d'échange avec les parlementaires. Alors, le temps débute maintenant.
M. Jean-Pierre Corbeil
M. Corbeil (Jean-Pierre) : Merci.
Merci, madame. Je tiens d'abord à vous remercier de m'avoir invité à partager
avec vous aujourd'hui mes réflexions au sujet de la planification de
l'immigration au Québec au cours des prochaines années. Le dossier de la
planification de l'immigration est complexe, évidemment, et c'est
principalement en tant que spécialiste de la relation entre la langue et
l'immigration que je m'adresse à vous aujourd'hui.
J'aimerais d'abord souligner que toute
réflexion sur le lien entre l'immigration et l'amélioration de la présence et
de l'usage du français au Québec, et à Montréal en particulier, doit, selon
moi, se situer au-delà de l'établissement des seuils d'immigrants de la
catégorie économique, voire de seuils d'immigration permanente.
Le point de vue que je tiens à partager
avec vous s'articule, de fait, autour de trois éléments qui me semblent
fondamentaux. Tout d'abord, une stratégie de planification de l'immigration
doit absolument prendre en compte l'ensemble des migrants internationaux,
c'est-à-dire tant des immigrants permanents que temporaires. Deuxièmement, il
importe de mieux cerner les indicateurs appropriés pour suivre l'évolution de
la situation du français, notamment chez les immigrants, ce qui inclut un
meilleur arrimage entre l'évolution de ces indicateurs et les pistes d'action
proposées. Et troisièmement, il y a une nécessité, selon moi, de proposer un
nouveau paradigme sur le vivre-ensemble linguistique au Québec, ce qui ne sous-entend
rien de moins qu'une redéfinition du «nous» québécois.
Le recul du français... concernant le
recul du français et la planification de l'immigration, dans le document de consultation
publique Planification pluriannuelle de l'immigration 2024-2027,
tant le premier ministre Legault que la ministre de <l'Immigration...
M. Corbeil (Jean-Pierre) :
...consultation
publique Planification pluriannuelle de l'immigration 2024-2027, tant
le premier ministre Legault que la ministre de >l'Immigration, de la
Francisation et de l'Intégration, Mme Fréchette, présentent la politique
d'immigration comme pouvant jouer un rôle pour inverser ce qui est décrit comme
le déclin important de notre langue commune, que l'immigration a le potentiel
d'être une solution au déclin du français. Or, pour parler de la situation du
français au Québec, ce document met principalement l'accent sur le français
comme langue maternelle, ou comme principale langue d'usage à la maison, deux
indicateurs qui sont très contestables eu égard aux objectifs de la politique
linguistique, qui est de faire du français la langue publique commune de la
société québécoise.
Quant à la baisse relative de la capacité
de soutenir une conversation en français, entre 2016 et 2021, elle constitue
une première baisse en près de 60 ans et résulte essentiellement de
facteurs de nature migratoire, dont principalement l'arrivée d'immigrants en
provenance de pays où l'on est susceptibles de connaître l'anglais, mais non le
français. Ces facteurs expliquent également en bonne partie l'évolution observée
en matière de langue de travail entre 2016 et 2021, alors même qu'entre 2006 et
2016 on avait plutôt observé une baisse importante de l'usage exclusif de
l'anglais au travail, parmi les immigrants, au profit de l'usage du français et
de l'anglais, à égalité.
Il est important de reconnaître, ce que ne
fait d'ailleurs pas le document de consultation publique, que le fait
d'accroître la part d'immigrants de la catégorie économique qui peut soutenir
une conversation en français n'influencera pas, ou vraiment très peu, à court,
voire à moyen terme, l'évolution de la part du français comme langue maternelle
ou comme principale langue d'usage à la maison. Les résultats de l'étude
intitulée Scénarios de projection de certaines caractéristiques
linguistiques de la population du Québec (2011-2036), qui ont été publiés
par l'Office québécois de la langue française en 2021, et dont je suis
co-auteur, sont formels sur ce point. Cela pourrait cependant exercer une
faible influence sur l'usage du français dans l'espace public, et au travail,
en particulier. Cela s'explique principalement par le fait que la proportion d'immigrants
de la catégorie économique qui a déjà une connaissance du français est déjà
élevée et qu'en raison de son effectif cela aura peu d'influence sur celle de
la situation linguistique québécoise.
Alors que le gouvernement se donne pour
objectif d'atteindre la cible de 96 % de cette catégorie d'immigrants qui
auraient une connaissance du français en 2027, 89 % en 2024, nulle part,
dans le cahier de consultation du MIFI, on ne fournit de l'information sur le
niveau actuel de connaissance du français parmi les immigrants récents de cette
catégorie. Selon les dernières données publiques disponibles, cette proportion
atteignait près de 85 % en 2021. Cela veut donc dire qu'on fait grand
bruit pour un nombre somme toute limité d'immigrants admis annuellement, alors
même que le défi le plus important réside principalement dans la forte
croissance du nombre de résidents non permanents et dont une part non
négligeable ne connaît pas le français.
En 2022, l'immigration économique
représentait les deux tiers de l'ensemble des immigrants devenus résidents
permanents au Québec au cours de cette année. Si on exclut l'effectif des
immigrants dits de rattrapage au cours de cette année, cela signifie que
85 % des quelque 36 000 immigrants économiques auraient une connaissance
du français. Il ne resterait donc que 5 400 immigrants économiques à
franciser. Or, on sait qu'environ la moitié de ces derniers quitteront le
Québec vers d'autres provinces et que l'autre moitié apprendra, de toute façon,
le français au fur et à mesure que se prolonge la durée de séjour. Ces
résultats donnent donc à penser que de telles cibles changeront très peu
l'évolution démolinguistique du Québec, étant donné l'infime part que représente
un effectif aussi petit d'immigrants économiques non encore francisés au sein
d'une population québécoise de 8,8 millions de personnes.
Ce n'est pas une mauvaise chose en soi de
favoriser une immigration économique capable de parler le français. Il faut se
garder de croire qu'il s'agit d'une panacée. Ces considérations appellent donc
à la prudence quant à la promotion et la mise en oeuvre de stratégies qui non
seulement risquent d'alimenter la division et l'exclusion, mais qui auront fort
probablement peu d'impact sur l'évolution démolinguistique de la population
québécoise, en regard de celles qui favorisent efficacement la francisation
ainsi que la promotion et la valorisation de l'usage du français dans l'espace
public québécois.
• (12 h 20) •
Dans le contexte actuel, il semble clair
que le discours à l'égard des immigrants et de leur rôle dans ce que plusieurs
appellent le déclin du français au Québec doit être nuancé et remis en
question. La capacité de soutenir une conversation en français parmi les immigrants
est déjà élevée, soit environ 81 %, mais tous... tous les immigrants,
pardon, n'ont pas le même lien, le même rapport et la même contribution à la
francophonie québécoise, et c'est son usage dans la sphère publique qui devrait
être la préoccupation du gouvernement québécois, non son usage dans la sphère
privée.
Lors du recensement de la population de
2021, on a constaté que seulement le tiers des quelques 1 million
d'immigrants dans la <région...
M. Corbeil (Jean-Pierre) :
Lors du recensement de la population de 2021, on a constaté que
seulement le tiers des quelques 1 million d'immigrants dans la >région
métropolitaine de Montréal parlaient le français le plus souvent à la maison, et,
lorsqu'on prend en compte ceux qui y parlent le français à égalité avec une
autre langue, généralement, une langue tierce, cette proportion atteint
42 %. De même, parmi ceux qui ne parlent le français ni le plus souvent ni
à égalité avec une autre langue à la maison, mais qui l'utilisent de façon
prépondérante au travail, on observe un bond de 14 points de pourcentage,
pour atteindre près de 56 % des immigrants qui font usage du français.
Si l'on tient également compte des
immigrants qui ne rencontrent aucun de ces derniers critères, mais qui font
néanmoins usage du français de façon régulière comme langue seconde à la
maison, qui est un comportement qui, par ailleurs, témoigne d'une nette orientation
vers le français dans l'espace public, l'usage cumulé du français atteint
64 %. En poursuivant cette approche à partir des informations disponibles
dans le recensement, la présence ou l'usage cumulé du français chez les
immigrants de la région de Montréal atteint près de 82 %. Cette dernière
statistique prend en compte les immigrants de Montréal capables de soutenir une
conversation en français, qui ne l'utilisent pas nécessairement dans la sphère
privée ou au travail, mais qui, notamment parce qu'ils ne font pas partie de la
population active, sont susceptibles de l'utiliser dans d'autres domaines de la
sphère publique.
Une telle perspective illustre bien, selon
moi, ce qu'on appelle la contribution de chacune des situations d'usage ou de
présence du français dans la région de Montréal. On y constate donc une
diversité de rapports à la langue française et qu'elle évolue au fur et à
mesure que se prolonge la durée de séjour au pays. Que nous suggère une telle
perspective au regard de la contribution des immigrants et des autres segments
de la population à la francophonie québécoise? Elle témoigne, en fait, en
réalité, du fait qu'il devient impératif de réfléchir au paradigme actuel qui
prévaut en ce moment, notamment au regard de ce que signifie le «nous» québécois
dans une société qui a pour objectif de faire du français la langue publique
commune de tous les Québécois. Toute planification de l'immigration au Québec
doit prendre acte...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il vous reste une minute.
M. Corbeil (Jean-Pierre) : ...parfait...
du fait que l'évolution de la situation du français dépend d'un certain nombre
de paramètres qui vont au-delà des simples statistiques sur la langue et, a
fortiori, celles portant sur la sphère privée.
Dans mon mémoire, j'ai soumis un schéma
qui illustre, en fait, les éléments les plus importants qui devraient
sous-tendre toute réflexion sur le devenir de la société québécoise et du rôle
qu'y joueront notamment, à moyen terme et à long terme, les communautés issues
de l'immigration. Il s'agit, en fait, de redéfinir le «nous» québécois. Je
n'entrerai pas dans les détails, cela figure dans le mémoire, mais ce que ça
dit, essentiellement, en bout de ligne, c'est que redéfinir le «nous» québécois
oblige à prendre acte du fait que l'État a pour objectif de valoriser l'usage
et la présence du français dans la sphère publique, et qu'il ne peut exercer
aucun contrôle direct sur les dynamiques et les comportements dans la sphère
privée.
Et je terminerais en disant que...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...terminé, M. Corbeil.
M. Corbeil (Jean-Pierre) : Parfait.
Tout simplement mentionner que la planification...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est terminé.
M. Corbeil (Jean-Pierre) : Parfait.
Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : On entame la période d'échange, de toute façon. Alors, je
me tourne tout de suite du côté du... de l'aile gouvernementale, pour une
période de 12 minutes. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, merci beaucoup, Pr Corbeil, de prendre part à cet
exercice, d'autant que je crois comprendre que vous êtes à l'étranger.
M. Corbeil (Jean-Pierre) : Je
suis dans le sud-ouest de la France, effectivement.
Mme Fréchette : Voilà. Alors,
un grand merci de vous rendre disponible alors que vous êtes en Europe. On
apprécie vraiment, puis j'apprécie avoir l'occasion d'échanger à nouveau avec
vous. Notre conversation, lorsqu'on s'était rencontrés, était très riche, et
instructive, et éclairante.
Alors, si je me plonge dans votre mémoire,
en fait... Bien, d'une part, je voulais vous remercier pour l'appui que vous
avez donné à Francisation Québec dans le cadre de votre mémoire. Vous savez que
c'est un élément, une assise très importante de notre action en lien avec le
fait français, la langue française, un axe d'intervention très central dans
toutes nos démarches. Comme vous le savez, on a créé un droit, le droit à
l'apprentissage du français. C'était un droit nouveau, donc une action très
déterminante, et puis Francisation Québec incarne l'accès à ce droit, alors
c'est une... ça a été une étape très importante pour nous. On avait déjà pris
un certain nombre d'actions en lien avec la francisation, hein? Depuis notre
arrivée au pouvoir, on a doublé, notamment, le budget en matière de
francisation, puis la création de Francisation Québec est une autre grande
étape.
Alors, moi, j'aimerais vous entendre sur
qu'est-ce qu'on pourrait faire pour la suite des choses, pour faire en sorte de
<continuer...
Mme Fréchette :
Alors,
moi, j'aimerais vous entendre sur qu'est-ce qu'on pourrait faire pour la suite
des choses, pour faire en sorte de >continuer sur cette lancée en
matière de francisation, avec une approche la plus attrayante possible et la
plus efficace qui soit. Alors, qu'est-ce que vous nous inviteriez à considérer
en ce domaine-là?
M. Corbeil (Jean-Pierre) : Bien,
évidemment, ce qui est... pour moi, qui m'apparaît important, c'est, évidemment,
de bien distinguer... même si j'ai dit qu'il fallait prendre en compte
l'ensemble des migrants internationaux, tant ceux qui sont permanents que
temporaires, je pense que c'est clair qu'il y a un coup de barre qui est
fondamental à donner en matière de francisation en milieu de travail. Pour moi,
c'est absolument fondamental, c'est...
Évidemment, les employeurs vont
certainement vouloir bénéficier d'un certain appui financier pour le faire. Je
pense que c'est absolument fondamental que ça se fasse, mais que ça se fasse
non seulement pour l'immigration permanente, mais pour l'immigration temporaire
également. Je dirais que... Puis, à cet égard-là, évidemment, il y a une très
grande différence entre les grandes entreprises et les petites et moyennes
entreprises, où les défis sont totalement différents, et les moyens,
évidemment, sont totalement différents. Je pense que c'est important. C'est
une... Moi, je salue le fait que les niveaux qui sont attendus en matière de
compétences en français varient selon, évidemment, les exigences des métiers et
des professions.
Je pense aussi, par ailleurs, qu'il y a
certainement un partenariat à développer avec les institutions d'enseignement
en particulier, étant donné le rôle que jouent, en fait, les étudiants
internationaux, mais surtout, l'influence qu'exercent sur les dynamiques
linguistiques, dans la grande région de Montréal, les étudiants qui fréquentent
les universités de McGill et Concordia. Il y a, évidemment, des cours de
français qui s'offrent, mais il y a un partenariat à développer et qui ferait
en sorte que les étudiants qui s'inscrivent dans ces universités-là... On
devrait d'ailleurs avoir une certaine idée, à un moment donné, de leur
parcours, du nombre ou de la proportion de ceux qui souhaiteraient demander la
résidence permanente, éventuellement, et de s'assurer qu'ils comprennent bien
qu'au moment où... De toute façon, pour qu'ils puissent obtenir leur
certificat, ils doivent avoir une compétence en français, mais les universités
pourraient mieux contribuer à... dans le fond, à parfaire ou à développer leurs
compétences en français.
Il y a aussi un message, je pense, qui
doit être très important. Je sais que le gouvernement travaille en ce moment
sur une campagne de valorisation et de promotion du français, mais je pense
qu'on doit aussi promouvoir le fait que la connaissance du français... et il y
a plein d'études qui ont démontré ça, que ça se traduit par des avantages
économiques qui sont importants. Et donc, si on veut maintenir ces immigrants
chez nous, ils doivent non seulement comprendre que le français est la langue
publique commune, mais qu'il y a un avantage aussi à maîtriser cette langue-là,
et, bien, justement, ça facilitera certainement leur intégration. Donc, c'est
un peu, très rapidement, à chaud, ce qui me vient à l'esprit.
Mme Fréchette : Oui, très
intéressant, c'est riche. Pour vous dire, d'une part, bien, on a lancé un
projet, d'ailleurs, il y a... il y a deux semaines, trois semaines, je ne sais plus,
je perds la notion du temps, parfois, avec les horaires, mais on a lancé un
projet en partenariat avec la Fédération des chambres de commerce du Québec et
des établissements d'enseignement pour, en fait, sensibiliser des PME à
l'apprentissage du français parmi les travailleurs au sein de ces différentes
PME. C'est des chambres de commerce qui vont nous aider à repérer les
entreprises pour, justement, aller faire de la francisation sur les lieux de
travail. Donc, ça, c'est une des formules que l'on teste. On a choisi
particulièrement trois régions où il y a eu une diminution de l'utilisation du
français en région... pas en région, l'utilisation du français dans les milieux
de travail. Donc, c'est l'Outaouais, l'Estrie et la Montérégie, là, qui font l'objet
de ce projet pilote. Donc, c'est juste au passage, comme ça, où je voulais vous
faire part de ça.
• (12 h 30) •
Mais votre notion de faire connaître les
avantages économiques de la connaissance du français, ça, c'est vraiment un
atout d'avoir ce type de données là et de promouvoir ces chiffres-là, parce que
je pense que c'est reconnu. Il me semble, il y a quelques années, le Conseil
supérieur de la langue française avait fait faire une étude sur ce sujet-là
particulièrement, il y a peut-être 15 ans, 20 ans. Est-ce que vous
avez eu connaissance d'études plus récentes sur cette question de la
valorisation, sur le marché du travail, de la connaissance du français?
M. Corbeil (Jean-Pierre) :
Oui, bien, en fait, il y a plusieurs études qui ont été réalisées par le Pr
Vaillancourt à l'Université de Montréal, et il a bien...
Mme Fréchette : Le professeur?
Pardon, j'ai manqué son nom.
M. Corbeil (Jean-Pierre) : Vaillancourt.
Mme Fréchette : Vaillancourt. D'accord,
merci.
M. Corbeil (Jean-Pierre) :
Oui, c'est ça, à <l'Université de Montréal. Et clairement, ce
qu'on voit, c'est que, bien, avant l'adoption de la charte...
>
12 h 30 (version révisée)
< M. Corbeil (Jean-Pierre) :
Oui,
c'est ça, à >l'Université de Montréal, et clairement, ce qu'on voit, c'est
que, bien, avant l'adoption de la charte, le fait de ne connaître que l'anglais
se traduisait même par des avantages économiques qui étaient plus importants.
Et aujourd'hui, le fait d'être unilingue anglais, en fait, est probablement la
situation la plus désavantageuse socioéconomiquement parlant, et évidemment ça
touche les immigrants et les personnes issues de l'immigration. Et clairement,
aujourd'hui, la connaissance du français... et évidemment la connaissance du
français et de l'anglais, qui est fortement corrélée à l'éducation... mais,
bref, on sait maintenant... aujourd'hui, il y a des études, plusieurs études
qui montrent clairement que le fait de connaître le français se traduit par des
revenus plus élevés, par une situation socioéconomique qui est beaucoup plus
avantageuse.
Mme Fréchette : Excellent. Bien,
merci. Je vous amène maintenant sur le volet de la régionalisation. Bon, vous
savez que c'est une de nos priorités. Donc, comment est-ce que vous voyez que l'intégration...
bien, d'une part, l'arrivée, mais aussi l'intégration et la rétention des
personnes immigrantes puissent être favorisées, facilitées pour la suite des
choses? Est-ce que vous avez des suggestions à nous faire pour faire en sorte
que de plus en plus de gens aillent s'établir en région... et le rôle de la
langue, à travers ce processus?
M. Corbeil (Jean-Pierre) : Oui,
bien, c'est sûr que... Bien, on sait tous que ça fait plus de 30 ans qu'on
se... comment dire, on est confrontés à ce défi de régionaliser l'immigration,
puis il y a eu des succès, mais il y a eu aussi beaucoup, beaucoup d'échecs.
Je pense que, d'une part, la situation est
rendue très différente aujourd'hui. La situation socioéconomique de plusieurs
de ces régions-là doit être certainement mise au jour. Il y a des défis de
main-d'œuvre qui sont importants dans différentes régions du Québec et il y a
une stratégie qui devrait consister à non seulement promouvoir, justement, l'importance
d'immigrer en région, mais... Je vous dirais que non seulement, oui, on doit
créer des partenariats entre les représentants d'entreprises, par exemple, ou
de certains... différents secteurs d'activité et les immigrants ou ceux qui
souhaitent immigrer au Québec, mais, en même temps, on doit avoir un portrait d'ensemble,
ce qu'on n'a pas nécessairement.
C'est-à-dire qu'il y a différentes régions...
C'est totalement différent de choisir d'immigrer à Sherbrooke, d'immigrer, par
exemple, dans le Saguenay ou d'immigrer en Gaspésie, et, à ce titre-là, la
situation... l'évolution de la situation économique, bien, elle varie puis elle
sera déterminante pour l'intégration de ces nouveaux arrivants. Je pense que
plus on est capables d'être attirants envers les immigrants... c'est-à-dire,
évidemment, il ne faut pas qu'un immigrant soit confronté à devoir, je ne sais
pas, moi, arriver dans une région où il n'y a pas de service de santé
disponible pour lui, pas d'accès à un médecin, que l'accès au logement est très
difficile.
Donc, on doit, je pense... puis c'est du
cas par cas. On doit avoir... faire une analyse assez approfondie de la
situation des différentes régions où on a besoin de main-d'oeuvre, on a besoin
de nouveaux arrivants, et là, bien, évidemment, si on doit injecter des fonds
importants pour, disons, diminuer la pénurie de logements, bien, ça sera une
façon d'attirer des nouveaux immigrants, mais il y a plusieurs immigrants qui
se sont dirigés vers des régions et qui, finalement, sont retournés vivre dans
des grands centres comme Montréal parce que, justement, non seulement le réseau
était plus fragile... ils n'ont pas nécessairement une masse critique de
personnes autour d'elles pour faciliter leur intégration.
Donc, je pense qu'il y a carrément une
réflexion à bien évaluer, dans le fond, les structures d'intégration pour les
immigrants, que ça soit en termes de services, en termes d'emplois, mais que ça
soit aussi en termes de valorisation de la part de ces immigrants-là. Donc, je
pense, il y a... On ne le dira jamais assez, il y aura... il y aura toujours
une importante campagne de promotion et de sensibilisation non seulement à
accueillir des nouveaux arrivants, mais à mettre tout en œuvre pour qu'ils
aient les ressources et les services pour faciliter leur intégration. C'est ce
que je dirais à cet égard-là.
Mme Fréchette : Merci. Mme la
Présidente, je laisserais le temps restant...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 45 secondes, Mme la députée de Vimont, rapidement.
Mme Schmaltz : En fait, je
pense, je n'ai pas assez de temps. C'était juste de faire peut-être un pont <entre
le développement économique dans les secteurs...
Mme Schmaltz :
...de
faire peut-être un pont >entre le développement économique dans les
secteurs de pointe... Vous semblez faire un pont avec aussi la régionalisation,
l'immigration, peut-être voir... Bien là, je ne pense pas qu'on a le temps pour
la réponse, mais...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 25 secondes.
M. Corbeil (Jean-Pierre) : En
fait, je pense que c'est clair que le Québec est un chef de file dans plein de
secteurs. Je ne vais pas les mentionner, mais on pense juste à l'intelligence
artificielle, la filière des batteries, etc., etc., et je pense que, bien, s'il
y a une régionalisation qui se fait à cet égard-là, il est possible aussi qu'on
ait des immigrants qui n'aient pas une connaissance suffisante du français...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Pr Corbeil, merci. Merci beaucoup. C'est tout le temps que
nous avions pour la banquette gouvernementale, mais on continue les échanges.
Je me tourne maintenant du côté de l'opposition officielle avec le député de
Nelligan. Vous bénéficiez d'une période de neuf minutes. La parole est à vous.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Merci beaucoup pour votre mémoire. Il y a trois points qui m'ont interpelé,
j'ai neuf minutes, mais j'aimerais bien les aborder avec vous : repenser
le paradigme linguistique actuel; deuxièmement, dans la page 4, vous
parlez d'un risque de division et d'exclusion; et, troisième point, la
redéfinition d'un «nous» Québécois.
Donc, commençons par repenser le paradigme
linguistique actuel. Pouvez-vous élaborer un peu? Parce que j'ai vraiment aimé
la façon avec laquelle vous l'avez ramené, mais, pour le bénéfice des membres
de notre commission, l'usage dans la sphère privée versus l'usage dans la
sphère publique, les préoccupations du gouvernement...
M. Corbeil (Jean-Pierre) : Oui,
bien, très rapidement... en fait, ça fait très, très longtemps, ça doit faire
plus de 40 ans, même voire 50 ans, qu'on a adopté, à peu près, le
même paradigme linguistique au Québec, c'est-à-dire qu'on savait,
historiquement, par exemple, juste avant l'adoption de la Charte de la langue
française, que 97 % de la population qui parlait le plus souvent le
français à la maison, c'était la population de langue maternelle française.
Aujourd'hui, on est à 94 %. Les choses n'ont pas beaucoup changé.
La politique linguistique québécoise vise
principalement la sphère publique, que ça soit les communications, l'éducation,
que ça soit la loi, etc., et le paradigme linguistique actuel, il y a une
certaine contradiction, c'est-à-dire qu'on veut des immigrants qui sont
capables de parler le français, qui ont une connaissance du français, mais, en
même temps, on souhaiterait qu'ils parlent le français le plus souvent à la
maison, et c'est ça qui fait en sorte qu'on porte un regard qui est, selon moi,
très problématique sur l'évolution de la situation du français au Québec.
Il y a 175 000 personnes qui ont
l'espagnol comme langue maternelle au Québec. La majorité d'entre eux, près de
60 quelques pour cent, parlent l'espagnol le plus souvent à la maison, mais
pourtant ces immigrants parlent principalement le français dans l'espace
public. Et donc c'est un peu là où on doit repenser la façon dont on aborde ces
enjeux-là.
M. Derraji : Oui, M. Corbeil,
c'est un élément important que vous ramenez sur la table, mais que dites-vous
aux gens qui disent que, pour la vitalité de la langue française, la promotion...
que l'indicateur de la langue parlée à la maison est très important? Vous leur
dites quoi?
M. Corbeil (Jean-Pierre) : En
fait, je leur dirais que, dans la majorité... Il y a bien des gens qui disent
que c'est le fait de parler le français à la maison qui a une influence sur la
présence du français dans l'espace public. Je dirais que c'est... chez les
personnes issues de l'immigration, c'est surtout l'utilisation du français dans
l'espace public qui pénètre la sphère privée et qui a une influence à moyen et...
à court et à moyen terme sur la présence du français à la maison, et, à cause
de la croissance du plurilinguisme au sein des populations issues de
l'immigration, on parle souvent de deux ou trois langues chez ces populations,
bien, le fait de vouloir leur imposer uniquement le français comme principale
langue d'usage à la maison pour déterminer qu'ils sont des vrais Québécois ou
des vrais francophones ne tient tout simplement pas la route.
M. Derraji : C'est très
éclairant. Merci beaucoup. Je vous... je reviens au deuxième paragraphe parce
que c'est un autre point que j'ai vu dans votre mémoire. Juste avant ce
paragraphe, on parle sur l'immigration économique, et vous dites que «les
considérations appellent donc à la prudence quant à la promotion et à la mise
en œuvre de stratégies qui non seulement risquent d'alimenter la division et
l'exclusion, mais qui auront fort probablement peu d'impact sur l'évolution
démolinguistique de la population québécoise».
• (12 h 40) •
En fait, ce que vous essayez, dans votre
analyse, de faire, c'est que... même si on base notre immigration sur
l'immigration économique, et on pousse trop, l'effet sur l'évolution
démolinguistique de la population québécoise ne favoriserait pas et ne
donnerait pas de résultat. Mais vous nous proposez quoi, si on ne <cherche
pas une immigration économique capable de parler en français...
M. Derraji :
...proposez
quoi si on ne >cherche pas une immigration économique capable de parler
en français?
M. Corbeil (Jean-Pierre) : Je
pense que c'est une bonne chose de favoriser une immigration économique où il y
a une connaissance du français, mais il faut reconnaître qu'il y a un équilibre
à trouver aussi. Il y a des secteurs... Il y a des besoins spécifiques dans
plusieurs secteurs d'industrie et il ne faudrait pas, disons, se couper l'herbe
sous le pied ou sous les pieds en disant qu'on ne va favoriser que des
immigrants qui ont une connaissance du français, alors qu'il y a des immigrants
qui ont principalement une connaissance de l'anglais ou qui ne connaissent que
l'anglais, mais où on doit tout mettre en œuvre, justement, pour favoriser leur
francisation, et c'est là où...
Si, finalement, on dit que ceux qui
contribuent à la société québécoise francophone ne sont que ceux qui ont une
connaissance du français, bien là, ça, ça peut poser un réel problème, parce
que, là, on est en train de dire que, si vous ne parlez pas le français
régulièrement dans votre vie de tous les jours, vous ne contribuez pas
nécessairement de façon positive à la société québécoise. Donc, je dis qu'il
doit... On doit être prudents quand on décide de certains indicateurs qu'on
utilise pour sélectionner notre immigration. On veut favoriser une francisation,
on doit tout mettre en œuvre pour ce faire, mais il faut être prudent... de
dire qu'on n'accueillera pas d'immigrants qui ne connaissent pas le français ou
on va essayer de limiter l'arrivée des immigrants qui ne connaissent pas le
français.
M. Derraji : Très, très, très
clair, M. Corbeil, très heureux de vous entendre sur cet enjeu, parce
qu'on a tendance à penser, je ne veux pas généraliser, que, parfois, la langue
parlée à la maison, même parfois d'autres indicateurs, c'est ça qui nuit à la
langue française, et c'est pour cela... Vous l'avez très... dit, nous avons
échoué, en tant que... en tant que société, depuis plusieurs années.
Je veux vous ramener à la page 7 et
votre figure 2. Est-ce que c'est votre propre création? Est-ce que vous ou
votre groupe de recherche... Qui a travaillé avec vous? D'où vient cette
figure, s'il vous plaît?
M. Corbeil (Jean-Pierre) : Écoutez,
oui, c'est ma création, mais je n'ai pas pondu ça comme ça, de mon esprit, en
me réveillant un matin, ça fait... Je pense que ça fait plusieurs années qu'un
certain nombre de collègues et moi... D'ailleurs, on va diffuser, mes collègues
Richard Marcoux, Victor Piché et moi-même, un livre sur repenser la
francophonie québécoise, à l'automne, et, en fait, c'est cette inspiration-là
que... Pour arriver à protéger la langue française au Québec, on doit inclure
tous les Québécois. On doit sentir aussi que ceux qui ne sont pas d'ascendance
canadienne-française contribuent aussi au devenir et à l'évolution de la
société québécoise.
Donc, cette figure-là inclut, selon moi,
les principaux éléments ou les principales dimensions dont on doit tenir compte,
si on ne veut pas... Je le répète, on a... Il y a le tiers de la population de
Montréal qui est de langue anglaise. Si on ne développe pas un partenariat, si
on n'essaie pas d'établir des passerelles et des ponts avec les communautés de
langue anglaise, on n'arrivera pas à bien favoriser la présence du français
dans la grande région de Montréal même si on utilise la coercition ou les
éléments...
M. Derraji : Je suis très
d'accord avec vous. Vous avez un discours très pragmatique. Écoutez, je vous ai
posé la question parce que la figure m'a interpelé. Je suis un... Je suis quelqu'un
qui aime les flèches. Écoute, je pense que j'ai eu beaucoup de cours avant de
faire ma recherche et mon doctorat sur les flèches et j'ai vraiment aimé «Redéfinir
le nous Québécois». Je ne sais pas si vous avez des discussions avec Mme la
ministre et son équipe. Moi, j'aimerais bien aller approfondir... Je ne sais
pas s'ils partagent le point, mais, quand on dit «travaillons ensemble», le «nous
Québécois» inclut tout le monde. Le «nous», c'est inclusif.
Donc, moi, je ne sais pas si vous avez
travaillé avec des villes. Il y a beaucoup de villes qui ont des services
d'accompagnement, qui demandent de gérer de la collaboration et qui ont
plusieurs ethnies sur le territoire, et je pense que c'est quelque chose qu'il
faut approfondir. Nous, on n'a pas le temps. Vous, vous êtes sur le terrain. Et
c'est là où j'ai aimé votre dernier paragraphe : «La redéfinition d'un
nous Québécois doit également promouvoir et reposer sur un projet de société
juste, inclusif et pluraliste ancré dans une histoire et une culture commune, mais
cette histoire et cette culture commune ne peuvent être que celles d'ascendance
canadienne-française.» Vous définissez clairement la culture, les paramètres de
la culture, mais vous redéfinissez aussi le «nous» québécois. Avez-vous déjà
essayé de mettre en place...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
M. Derraji : ...ce «nous», cette
figure, genre, avec des partenaires sur le terrain?
M. Corbeil (Jean-Pierre) : Ça
fait partie des activités qui suivront bientôt.
M. Derraji : ...grand succès,
et, écoutez, je suis très intéressé à...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est terminé pour cette portion des
échanges. Merci beaucoup, M. le député. Encore une fois, on <poursuit, Pr
Corbeil, avec la deuxième opposition...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
Encore une fois, on >poursuit, Pr Corbeil, avec
la deuxième opposition pour une période de trois minutes. Le temps est à vous,
M. le député.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci, Pr Corbeil. Je reviens à votre figure 2. Elle m'a
beaucoup intéressé, notamment la bulle 3, Projet de société juste, inclusive et
pluraliste ancré dans une histoire et une culture commune. Ça m'a fait beaucoup
réfléchir aux propos de la dernière campagne électorale. Malheureusement, on a
parlé de louisianisation du Québec. On a parlé du suicide de la nation
québécoise. On a parlé ou on a allégué que 80 % des immigrants ne
travaillaient pas, ne parlaient pas français, vivaient à Montréal seulement.
Ma question pour vous, c'est : Selon
vous, est-ce que ça, c'est un projet d'inclusion, un projet de société inclusive?
M. Corbeil (Jean-Pierre) : Bien,
écoutez, je ne me prononcerai pas sur la pertinence ou non de ces propos-là. Je
pense qu'ils ont été discutés et critiqués dans les médias. Je pense que le
point principal qui... je pense, qu'il faut faire ressortir, c'est qu'on
n'attire pas... On ne peut pas favoriser et promouvoir l'usage du français au
Québec... Par ailleurs, on sait que 94 % de la population est capable de
parler le français au Québec. Il y a des enjeux principalement dans la région
de Montréal, et on ne peut pas dire : Bien, finalement, il y a des
anglophones au Québec, puis, bien, ce sont juste des anglophones historiques,
les autres, ce n'est pas des vrais anglophones. Les francophones, eux, ils
peuvent être de tous les horizons, très diversifiés, mais les anglophones
doivent avoir été scolarisés en français, au Canada, à l'école primaire.
Donc, il y a une vision, je pense, que
les... et là je mets l'accent sur les Anglo-Québécois. C'est... en fait, sur
toutes les personnes qui sont soit issues de l'immigration, incluant les
communautés autochtones... c'est-à-dire que le projet de faire en sorte que la
langue commune du Québec... publique et commune du Québec soit le français doit
être promu, doit être valorisé, mais pas en rejetant... pas en voyant l'anglais
comme une langue étrangère. Le Québec a fait des choix économiques, des choix
politiques. On est des chefs de file, à l'échelle internationale, dans plein de
secteurs de pointe. On a juste à regarder le calepin qui est diffusé chaque
année par le gouvernement du Québec pour constater à quel point nos échanges,
nos exportations de biens et services, sont en croissance.
Et donc, on doit, d'une certaine façon,
reconnaître que l'anglais est aussi une langue utilisée à Montréal. Ce n'est
pas une langue étrangère, mais il y a 60 % des Anglo-Québécois qui
utilisent le français au travail, dont à peu près le tiers comme langue
principale. Et donc, je pense qu'on doit travailler en collaboration, et moi,
j'en connais plusieurs qui seraient prêts à promouvoir un Québec, s'ils se
sentaient inclus. En ce moment, être Québécois, c'est principalement être
d'ascendance canadienne-française. En fait, c'est le message que moi, je reçois
quand je communique avec plein de gens qui sont issus de l'immigration ou qui
font partie de la communauté anglo-québécoise.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est tout le temps que nous avions. Alors,
Pr Corbeil, par la magie des ondes, merci d'avoir été présent à cette
commission, merci de l'apport que vous apportez à nos travaux.
Alors, chers collègues, je suspends les
travaux jusqu'à 14 heures. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 50)
14 h (version révisée)
(Reprise à 14 h 01)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
Nous reprenons donc nos travaux sur... qui
vont porter sur les auditions publiques dans le cadre de la consultation
générale sur le cahier de consultation intitulé La planification de l'immigration
au Québec pour la période 2024-2027.
Alors, Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements? Ce sont les mêmes que ce matin?
La Secrétaire
: Oui.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui, parfait. Merci beaucoup.
Alors, pour cet après-midi, nous allons
recevoir, en début, le Conseil du patronat du Québec, représenté par M. Karl
Blackburn, président et chef de la direction, ainsi que M. Denis Hamel,
vice-président, Politique de développement de la main-d'œuvre.
Alors, messieurs, bienvenue à la
Commission des relations avec les citoyens. Vous allez bénéficier d'une période
de 10 minutes pour présenter votre argumentaire, votre mémoire également.
Ensuite, nous allons poursuivre avec les parlementaires pour une discussion.
Alors, la parole est à vous.
Conseil du patronat du Québec (CPQ)
M. Blackburn (Karl) : Merci,
Mme la Présidente, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, bonjour. Je suis
Karl Blackburn, président et chef de la direction du Conseil du patronat du
Québec, et je suis accompagné aujourd'hui de Denis Hamel, vice-président aux politiques
de développement de la main-d'œuvre.
Comme vous le savez, le CPQ regroupe des
entreprises et des associations sectorielles œuvrant dans tous les secteurs d'activité
et toutes les régions du Québec et représente directement et indirectement les intérêts
de plus de 70 000 employeurs de toutes tailles, tant du secteur privé
que parapublic.
Nous remercions les membres de la commission
pour l'invitation que vous nous avez fait parvenir de venir vous présenter
notre point de vue en personne et pouvoir échanger avec vous. Sachez que j'aurais
beaucoup apprécié pouvoir me retrouver avec vous aujourd'hui, mais, pour des
raisons familiales, je ne pouvais pas me rendre à Québec. Mais j'aurais
beaucoup apprécié être avec vous en personne.
D'entrée de jeu, nous tenons à réitérer
notre appui aux nouvelles orientations gouvernementales en immigration, telles
que présentées par le gouvernement en mai dernier. Nous sommes assurément sur
la bonne voie pour pallier de nombreux irritants qui rendent l'immigration au
Québec moins attirante que dans d'autres juridictions avec lesquelles les
employeurs québécois sont souvent en concurrence.
Le marché du travail est nettement propice
à l'augmentation de l'immigration. Nous ne pouvons ignorer que le Québec se
situe parmi les sociétés les plus vieillissantes des pays de l'OCDE et que le
taux d'activité des personnes âgées de 25 à 55 ans est le plus élevé parmi
les mêmes membres de l'OCDE.
Malgré la pénurie de main-d'oeuvre, les
employeurs ont pu maintenir leur activité et éviter que le nombre de postes
vacants ne croisse davantage, principalement en ayant recours à des
travailleurs étrangers temporaires. Ces personnes parviennent à répondre en
partie à nos besoins pressants en main-d'oeuvre, mais cette façon de
fonctionner n'est pas la panacée pour les employeurs. Ils doivent gérer un fort
taux de roulement des travailleurs temporaires avec comme conséquence qu'il n'y
a pas d'incitation à offrir de la formation, alors que l'acquisition de
compétences est primordiale dans la nouvelle économie. Ce sont des freins à la
productivité des entreprises.
Pour les personnes immigrantes, on fait
abstraction de leur projet de vie. Comment espérer devenir un citoyen à part
entière, s'impliquer dans la communauté et apprendre le français, quand l'on
vous affuble d'une étiquette de temporaire?
D'ailleurs, le CPQ est préoccupé par la
notion relativement abstraite de la capacité d'accueil du Québec en matière d'immigration.
Nous sommes d'avis qu'il n'existe pas de méthode scientifique pour calculer
cette soi-disant capacité d'accueil qui est un concept plutôt souvent évoqué
par ceux qui veulent limiter l'immigration. Mais surtout la capacité d'accueil
n'est pas une donnée statique car l'immigration joue dans les deux sens. Elle
peut permettre des pressions sur certains services, mais aussi les alléger.
Par exemple, l'augmentation du nombre de
permis d'enseigner à des immigrants par le ministère de l'Éducation, de 200 qu'il
était en 2015 à environ 2 000 cette année, illustre parfaitement que l'immigration
peut contribuer à augmenter la capacité d'accueil de nos régions à l'égard de
nouveaux arrivants, mais aussi pour faciliter les migrations interrégionales.
Nous pourrions envisager la même mesure pour la construction, le secteur
énergétique, le secteur de la santé, à titre d'exemple.
Nous sommes d'avis que, plutôt que de nous
questionner sur la capacité d'accueil du Québec, nous devrions plutôt nous
interroger sur les mesures à prendre pour offrir une structure suffisante pour
accueillir toutes les personnes <immigrantes...
M. Blackburn (Karl) :
...suffisante
pour accueillir toutes les personnes >immigrantes, qu'elles relèvent de
l'immigration permanente ou temporaire, économique ou humanitaire. Faut-il
rappeler que le Québec aurait accueilli plus de 400 000 immigrants
permanents et temporaires en 2022?
À lui seul, l'état du marché du travail
justifie le besoin accru de personnes immigrantes permanentes. En appuyant sur
les prévisions d'Emploi-Québec, c'est près de 40 000 personnes
immigrantes qui devraient intégrer, annuellement, le marché du travail afin de
remplacer les départs à la retraite, ce qui nécessite l'arrivée d'environ 80 000 personnes
par année, en comptant les conjoints et les enfants.
L'augmentation graduelle du seuil de
50 000 à 60 000 personnes d'ici 2027 est un pas dans la bonne
direction, d'autant plus qu'elle privilégie l'immigration économique, mais
demeure néanmoins insuffisante, à notre avis, pour satisfaire les besoins du
marché du travail.
D'ailleurs, nous appuyons la volonté
gouvernementale de rapprocher l'immigration des besoins du marché du travail en
rappelant que ces besoins ne se limitent pas qu'aux six secteurs prioritaires
identifiés par le gouvernement du Québec, mais qu'ils s'appliquent à tous les
secteurs ayant des besoins sur le marché du travail. Il y a plus de la moitié
des professions qui seront en déficit, au cours des trois prochaines années, et
tous les secteurs de notre économie et toutes les régions du Québec sont en
quête de main-d'oeuvre.
Dans ce contexte, le CPQ propose trois
mesures additionnelles qui permettraient un meilleur rapprochement des programmes
d'immigration avec les besoins du marché de l'emploi. Tout comme il est proposé
de le faire dans le cas des étudiants étrangers diplômés au Québec, le CPQ
invite le gouvernement à ne pas tenir compte des admissions qui découleront du Programme
de l'expérience québécoise, volet Travailleurs étrangers temporaires. Nous
souhaitons que les chiffres qui apparaîtront dans le tableau des admissions
projetées représentent le nombre de nouvelles demandes et que le nombre de
personnes en attente de traitement dans toutes les catégories soit à zéro le 1er janvier
2024. Enfin, afin de mieux... de bien cerner l'impact de l'immigration sur
l'emploi et apporter rapidement les correctifs nécessaires, le CPQ soumet à
l'attention des élus que le ministère de l'Immigration, de la Francisation et
de l'Inclusion devrait se donner... d'une structure d'évaluation de ses cibles
et de ses programmes de concert avec les partenaires du marché du travail.
Sur la question du français, maintenant,
le CPQ et ses membres reconnaissent que nous devons demeurer vigilants afin
qu'il demeure la langue de travail au Québec et que de rendre plus accessible
l'apprentissage de notre langue aux nouveaux arrivants facilite non seulement
leur accès à l'emploi, mais également dans leur société d'accueil. Toutefois,
le CPQ est d'avis que l'atteinte du niveau 7, exigée pour plusieurs
programmes d'immigration avant l'obtention de la résidence permanente, est
exagérément élevée, difficilement atteignable pour la plupart des immigrants
non francophones et peut aisément devenir un obstacle insurmontable pour les
nouveaux arrivants. Les employeurs nous confirment que le recrutement de
personnes les plus talentueuses sera inévitablement freiné et qu'ils sont à
fort risque de perdre bon nombre de leurs candidats vers d'autres provinces
canadiennes où l'exigence est moins élevée pour obtenir la résidence
permanente.
Enfin, nous encourageons... nous nous
interrogeons sur la pertinence d'exiger de nos immigrants une connaissance
linguistique orale et écrite en français supérieure à celle de la majorité des
Québécois natifs. Pour ceux et celles qui douteraient du bien-fondé de notre
proposition, je vous invite, les chefs de partis à l'Assemblée nationale ainsi
que les membres de l'Assemblée nationale, à passer le seul examen de niveau 7 reconnu
par le ministère qui, rappelons-le, est administré en France. Et pour vous
mettre un peu dans les souliers des immigrants, imaginez que la réussite du
test soit un prérequis pour que vous puissiez siéger à l'Assemblée nationale.
Le degré de stress va certainement monter.
• (14 h 10) •
Bien qu'elle soit importante, la
connaissance du français ne devrait pas être un critère absolu au détriment des
compétences. Dans ce contexte, nous ne pouvons souscrire à la volonté gouvernementale
de tendre vers une sélection composée entièrement de personnes immigrantes
adultes connaissant le français dans les programmes d'immigration économique.
Nous sommes plutôt d'avis qu'il faille augmenter la proportion des personnes
adultes déclarant connaître le français et l'admission... et mettre en place
les outils nécessaires pour connaître et accroître la francisation des nouveaux
arrivants.
Nous fondons beaucoup d'espoir sur la mise
en œuvre récente de Francisation Québec, qui devra pallier le manque de
coordination et de concertation entre les différents organismes qui offrent des
services de francisation adaptés au parcours des personnes immigrantes et aux
besoins des entreprises.
En dernier lieu, nous réitérons notre
appel à <l'accélération des délais de...
M. Blackburn (Karl) :
En
dernier lieu, nous réitérons notre appel à >l'accélération des délais de
traitement des dossiers d'immigration. Inutile de rappeler que les immigrants,
surtout les plus qualifiés, ont le choix de leur destination, et les délais
actuels sont dissuasifs. Le Québec étant en compétition avec les autres
provinces canadiennes et avec d'autres pays pour l'attraction des meilleurs
talents, le délai dans l'acceptation d'une demande ou d'une démarche d'immigration
qui représente souvent un projet de vie pour la personne immigrante sera
déterminant dans le choix du candidat.
Le gouvernement, autant à Québec qu'à
Ottawa, ont déployé des efforts louables pour raccourcir les délais, au cours
des derniers mois. Toutefois, ils demeurent élevés et administrativement très
lourds. En rehaussant significativement les seuils, nous croyons qu'il sera
possible que les deux administrations puissent traiter les dossiers plus
rapidement et éviter ainsi des inventaires trop élevés qui retardent le
processus.
En vous remerciant de votre attention, nous
sommes à votre disposition, Mme la Présidente, pour échanger avec les membres
de la commission. Merci de votre attention.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. Blackburn. Merci pour cet exposé,
pour vos suggestions aussi.
Alors, nous allons donc entamer la période
d'échange avec les parlementaires. Je vais d'ores et déjà vous donner les
temps. On revient aux temps que nous avions avant la petite pause : 16 min
30 s pour le gouvernement, 12 min 23 s pour l'opposition officielle et 4 min 8
s pour le deuxième groupe d'opposition. Le temps commence tout de suite avec
Mme la ministre. La parole est à vous.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, bien, merci, M. Blackburn et M. Hamel. Merci de prendre
part à cet exercice, ce grand débat sur un thème dont je sais qu'il vous est
cher, pour en avoir parlé déjà en rencontre avec vous antérieurement. Donc,
merci de nous partager vos suggestions, votre lecture de la situation.
Je commencerais aussi en vous remerciant
pour l'appui que vous avez offert lorsqu'on a présenté nos propositions de
réforme de l'immigration permanente. Je pense que vous avez particulièrement
appuyé, notamment, notre Programme de sélection des travailleurs qualifiés. Et,
comme vous savez, ça, c'est un des programmes, en fait, qu'on a mis en place
pour faire en sorte de permettre à des gens, à des immigrants qui pour
l'instant... Il est très difficile de se qualifier comme immigrant permanent. J'ai
en tête des gens, donc, qui ont des compétences manuelles ou intermédiaires.
Donc, on a créé le volet 2 du Programme de sélection des travailleurs
qualifiés pour faire en sorte de créer une passerelle pour permettre à ces gens
qui, souvent, sont vitaux pour le fonctionnement de nos entreprises,
particulièrement des PME... donc, de leur permettre d'accéder à la résidence
permanente.
Alors, j'aimerais savoir qu'est-ce que
vous pensez de cette passerelle. Est-ce qu'elle répond adéquatement aux besoins
des employeurs, des entrepreneurs au Québec? Est-ce qu'il y a des améliorations
qu'on pourrait envisager ou si la formule qu'on a élaborée vous semble adéquate
et nous permettra d'être en plus grande concordance avec les besoins du marché?
Parce que c'était l'idée, également, non seulement d'être plus agiles, parce
qu'on pourra faire des invitations en fonction des besoins, mais également
d'être en meilleure concordance avec les besoins des employeurs.
M. Blackburn (Karl) : Bien, peut-être
brièvement, Mme la ministre, avant de céder la parole à mon collègue, d'abord,
effectivement, nous avons salué, je dirais, le virage que vous avez apporté
avec votre arrivée à la tête du ministère de l'Immigration. Vous avez apporté
cette... je dirais, cette intelligence fine qui méritait que ce débat que nous
sommes en train de faire aujourd'hui puisse se tenir dans des cadres
respectueux, mais surtout sur des bases solides et très crédibles. Et, dans ce
contexte, nous avons salué votre arrivée et surtout les propositions que vous
avez faites.
Mais aujourd'hui, je ne voudrais pas
priver les membres de la commission d'un expert en soi dans le domaine de
l'immigration, qui est mon collègue Denis Hamel, qui va certainement avoir
l'occasion de vous apporter certains éléments très éclairants concernant votre
question toute spécifique sur cette passerelle. Alors, Denis, je te céderais la
parole, s'il vous plaît.
M. Hamel (Denis) :Oui. Bien, merci. Merci, Mme la Présidente. Bonjour à tous.
Bien, effectivement, pour répondre à votre question, Mme la ministre, oui, les
quatre volets que vous avez annoncés dans le nouveau programme spécialisé,
c'est effectivement très encourageant. D'abord, effectivement, pour les
compétences moindres, donc le volet 2, effectivement, on aurait souhaité
que ce soit plus large. On pense aux gens de compétences... des postes de
niveau FEER 4 ou FEER 5, mais, de fait, d'avoir ce volet-là bien
identifié va effectivement aider beaucoup.
Du côté des employeurs, on mise beaucoup
ici sur le volet 4, des talents d'exception, et on espère qu'il n'y ait
pas trop de limitations. Quand on parle aux gens des secteurs, par exemple, du
jeu vidéo, de l'intelligence artificielle, des secteurs de pointe qui sont en
émergence au Québec, les employeurs nous rappellent <constamment qu'ils
ont...
M. Hamel
(Denis) :
... qui sont en émergence
au Québec, les employeurs nous rappellent >constamment qu'ils ont besoin
des meilleurs talents dans le monde. Et on voit aussi, avec la présence de Mila,
par exemple, à Montréal, comment ça attire des chercheurs de partout dans le
monde.
Donc, il ne faudrait pas limiter. Et c'est
très difficile, et on comprend que vous n'ayez pas ventilé, dans vos seuils,
chacun des volets, mais, en augmentant les seuils, on espère effectivement que
de plus en plus de candidats pourront se qualifier dans les quatre volets, qui,
comme je le souligne encore, là, sont vraiment importants pour les employeurs.
Mme Fréchette : Merci. Et
comme vous le savez, pour le volet 4, on a la volonté d'avoir une liste de
corroborateurs, on pourrait dire, là, d'organismes qui, suivant les différents
secteurs d'activité économique, pourront valider l'idée qu'il y a... que nous
sommes en présence d'un talent d'exception, d'une personne qui se démarque.
Donc, bien, merci pour vos précisions, M. Hamel.
Je vous amènerais maintenant sur le thème
de la francisation. Vous mentionnez dans le mémoire que vous souhaiteriez que
davantage de soutien soit accordé aux employeurs qui offrent des cours de
français sur les lieux de travail en entreprise. Donc, pourriez-vous m'en dire
un peu plus, là, sur le type de soutien que vous aimeriez avoir en tant
qu'employeur et comment convaincre encore davantage d'employeurs de s'inscrire
dans un processus de francisation? Parce qu'on sait que c'est souvent plus
difficile pour les petites entreprises de dévouer du temps à ça, alors
j'aimerais ça avoir votre avis là-dessus.
M. Blackburn (Karl) : Bien,
votre question, elle est très pertinente et surtout correspond, je dirais, à la
réalité des employeurs au Québec. Dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre,
bien évidemment, le travail de tous et chacun est essentiel dans les
organisations.
On l'a vu, dans les cinq dernières années,
c'est plus de 10 fois le nombre de gens qui étaient inscrits, il y a à
peine cinq ans, pour des programmes de francisation. Donc, il y a un appétit,
de la part des entreprises, de pouvoir faire en sorte que, dans leur
organisation, avec des programmes, avec des incitatifs, elles puissent
permettre à leurs travailleurs de suivre des cours de francisation et non pas
demander à ces travailleurs, au-delà de leurs 37 ou 40 heures de travail
par semaine, durant les soirs ou les fins de semaine, de faire des cours de
francisation dans des institutions qui sont, des fois, souvent éloignées de
leur lieu de travail ou de leur lieu de domicile.
Alors, c'est dans ce contexte que les
entreprises veulent et peuvent en faire encore plus, Mme la ministre. Et, avec
davantage d'outils incitatifs, bien, on pourrait, encore une fois, monter
significativement ce nombre et ainsi faire en sorte que nos travailleurs qui
sont dans nos installations, bien, puissent contribuer, d'une part, à la
prospérité de leur organisation, améliorer leur français et contribuer de façon
significative à l'avènement et à la... je dirais, à l'intégration de notre
société québécoise.
Mme Fréchette : Il y a déjà
un soutien financier, là, qui est prévu pour des mesures de francisation en
entreprise. Est-ce que vous avez à nous suggérer des propositions d'incitatifs
non financiers? De quelle manière on pourrait s'y prendre pour convaincre les
gens de l'importance que l'ensemble des employés maîtrisent le français?
M. Blackburn
(Karl) :
Bien,
Denis... Je vais demander à Denis de compléter, mais vous le voyez au
niveau, par exemple, de programmes qui vont permettre une flexibilité dans
l'agenda, par exemple, des travailleurs ou dans le calendrier de ceux-ci, la
capacité d'avoir des entreprises qui puissent faire venir des professeurs dans
leurs installations, avec des compétences, bien évidemment, nécessaires. Ces
éléments ne sont pas nécessairement financiers pour les entreprises, mais
peuvent faire la différence pour les travailleurs, en termes de francisation,
et ces mesures seraient certainement très, très, très bien appréciées.
• (14 h 20) •
M. Hamel (Denis) :Si je peux compléter, Mme la ministre, effectivement,
l'effort financier est souvent le nerf de la guerre. Les employeurs nous
disent, particulièrement en région, il est très difficile de trouver des
professeurs de français. La disponibilité des professeurs de français est un
enjeu. Et très souvent aussi on nous a dit : On pense aux gens qui
travaillent, aux personnes qui travaillent en entreprise, mais la clé du
succès, tant au niveau de l'intégration, c'est souvent la famille. Alors, il
faut aussi s'assurer que...
Et les employeurs, vous savez, déploient
énormément d'efforts, maintenant, pour accueillir des familles, aider au
logement, comment fonctionne notre système bancaire, nos systèmes
d'alimentation, ainsi de suite. Les gens arrivent ici, ils sont moins dépaysés.
Alors, l'employeur... Il n'est pas rare qu'un employeur engage une ressource
dédiée explicitement aux travailleurs étrangers. Donc, il y a un élément
financier, bien sûr, mais c'est sûr que l'entreprise y gagne au change, parce
qu'au bout du compte, si la personne reste, s'intègre bien en entreprise, c'est
un élément de productivité non négligeable.
Mme Fréchette : D'accord.
Bien, merci. Je vous amène maintenant à la page 13 de votre mémoire, là,
où vous abordez la question de la capacité d'accueil. Donc, vous suggérez qu'il
faudrait plutôt s'interroger, là, sur les mesures à prendre pour une structure
suffisante pour accueillir toutes les personnes immigrantes. Bon, «structure
suffisante» versus «capacité d'accueil»... Personnellement, je trouve que la
notion de capacité d'accueil est quand même essentielle parce que, sinon, on se
retrouve dans une situation un peu semblable à celle dans laquelle nous plonge
le gouvernement <fédéral, à fixer des...
Mme Fréchette :
...laquelle
nous plonge le gouvernement >fédéral, à fixer des nombres franchement
démesurés, sans égard à la capacité d'accueil puis d'intégration de ces
personnes qui viendront au pays.
Donc, en ce sens-là, qu'est-ce que vous...
à quoi vous faites référence lorsque vous parlez de la notion de structure
suffisante? Et en quoi est-ce différent de la capacité d'accueil?
M. Blackburn (Karl) : Bien,
d'abord, avec tout le respect que je vous dois, la capacité d'accueil, Mme la
ministre, c'est un terme qui ne veut franchement pas dire grand-chose. Vous
avez raison, les chiffres évoqués par le fédéral, dans certains cas, peuvent
aussi soulever un paquet de questions. Mais la meilleure façon de pouvoir bâtir
des indicateurs sur les seuils d'immigration, c'est de se baser sur les besoins
du marché du travail. Je pense que cette façon de les évaluer va permettre
d'avoir et de recevoir le nombre d'immigrants nécessaires pour nous permettre
de bien les intégrer. Et la capacité d'accueil... la meilleure façon de le
faire, c'est via le travail. Alors, la vaste majorité des travailleurs
immigrants qui arrivent ici, c'est du côté économique. Donc, avec un travail,
ces gens contribuent déjà à l'essor de leur communauté.
Tantôt, je l'ai mentionné, le nombre de
permis d'enseignant immigrant a été multiplié par un facteur extrêmement
important. De 200, il y a cinq à 10 années, on est rendus à plus de 2 000,
la même chose dans le domaine de l'éducation et de la santé, dans le domaine
énergétique. Imaginez, si on arrivait à combler les postes dans le domaine de
la construction, on pourrait augmenter notre capacité d'accueil.
Et, en même temps, cette capacité
d'accueil, si je peux me permettre, elle est également un couteau à double
tranchant, parce qu'une région qui verrait peut-être un problème de places en
garderie ou de places dans des écoles, est-ce que ça voudrait dire que d'autres
citoyens de d'autres régions du Québec ne pourraient pas aller dans la région
dite en souffrance de certains postes?
Alors, vous voyez que la réalité dans
laquelle on se retrouve, ce n'est pas la capacité d'accueil de l'immigration
qui est en cause de la situation, c'est la courbe démographique de notre
société. Malheureusement, il y a plus de gens qui quittent le marché du travail
à tous les jours qu'il y en a qui entrent dans le marché du travail, et cette
situation risque de durer encore pendant de nombreuses années.
Alors, la capacité d'accueil, c'est à nous
de se la donner. C'est à nous d'investir dans la capacité de faire venir des
gens qui vont, eux, contribuer à la croissance et à la prospérité de notre
société, qui vont construire des places en garderie, qui vont enseigner à nos
enfants, qui vont soigner nos aînés. Et c'est cette capacité d'accueil que je
veux qu'on soit capable de défendre et non celle qui va limiter, pour des
raisons, des fois, plus ou moins floues, la capacité d'accueil ou le nombre de
personnes qui pourraient arriver ici, au Québec.
Et j'oserais dire qu'il y a même des gens
qui préconisent d'avoir des tableaux, des indicateurs pour être capables de
mesurer cette capacité d'accueil en fonction de certains indicateurs.
Malheureusement, il manque beaucoup de données pour être capable d'avoir des
données fiables. Même la Commission des partenaires du marché du travail a
rejeté l'idée de mettre un tableau d'indicateurs pour nous accompagner, pour
fixer des capacités d'accueil régionales, parce que c'est un outil qui n'est
pas efficace, et efficient, et pertinent.
Donc, je pense qu'encore une fois la
meilleure façon de se doter de notre capacité d'accueil, c'est, comme société,
en ouvrant, je dirais, nos portes pour qu'on puisse combler nos besoins du
milieu du travail, tous les secteurs confondus, qu'on soit une société qui soit
inclusive. Et vous allez voir qu'en bout de piste nous sortirons gagnants de
cette réalité, parce qu'économiquement nous pourrons continuer de prospérer,
socialement, nous serons encore plus forts, plus intégrés et plus unis,
j'oserais dire. Et je pense que c'est de cette façon qu'il faut la voir.
Parce que le concept de la capacité
d'accueil, malheureusement, pour nous, n'est basé sur aucune donnée qui nous
apporte à réfléchir autrement que ce que je viens de faire avec vous, là, dans
cette description, pour nous, au Conseil du patronat et à nos membres, de
quelle façon on devrait envisager cette capacité d'accueil.
Mme Fréchette : En tout cas,
on semble converger sur ce qui compose la capacité d'accueil. Quand vous
évoquez de quoi elle est faite, bien, c'est pas mal les perspectives dans
lesquelles on voit la chose également. Mme la Présidente, il nous reste combien
de temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il reste quatre minutes.
Mme Fréchette : Quatre
minutes. Alors, bien, je vais céder la parole à une collègue ou un collègue.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, je reconnais la députée de Vimont. Je vous rappelle,
quatre minutes. La parole est à vous.
Mme Schmaltz : Parfait. Merci,
Mme la Présidente. Bonjour, messieurs. Merci d'être présents à cet important
exercice que nous faisons. Je vais vous amener, moi, vers le terme «délai».
Vous mentionnez, dans votre mémoire, que le délai de traitement des demandes de
sélection et de résidence permanente serait trop modeste. Alors, j'aimerais
savoir, selon vous, c'est quoi, un délai raisonnable, comment vous le voyez.
M. Blackburn (Karl) : Alors,
Denis, je te laisse répondre. Tu es notre spécialiste.
M. Hamel (Denis) :Oui. Merci, Mme la Présidente. Voyez-vous, la question des
délais, c'est... La réponse peut sembler comique, mais ce que les employeurs
nous disent, c'est : On se compare, il faut se comparer, vraiment, avec
les autres... les autres juridictions. Vous avez vu, dans notre <mémoire,
on a fait...
M. Hamel
(Denis) :
Vous avez vu, dans notre
>mémoire, on a fait un tableau comparatif des délais pour quelqu'un qui
veut s'installer au Québec versus quelqu'un qui veut le faire dans les autres
provinces canadiennes, et là ça cause vraiment un sérieux problème où on peut
avoir des délais, par exemple, trois fois, quatre fois supérieurs au Québec par
rapport à une même personne dans un même poste dans une autre province.
Donc, quand on dit de raccourcir les
délais, quand vous abordez les employeurs, tous, de façon presque unanime, vont
dire : On a besoin d'immigration, mais le principal irritant, c'est
toujours la question des délais. Et ça, c'est quel que soit le programme. On a
vu aussi des délais dans l'humanitaire, comment que ça peut être très élevé, mais,
si on s'en tient juste à l'immigration économique, on voit des délais qui
dépassent, très, très souvent même, je dirais, les besoins des employeurs. Par
le temps que la personne arrive, on se demande même si le poste est encore
disponible.
Donc, je vous dirais, il faudrait avoir
un... je dirais, des échelles de comparaison pour s'assurer de couper, de façon
vraiment, vraiment draconienne, les délais, tant pour l'employeur que pour la
personne immigrante. Vous savez, ces délais-là sont extrêmement dissuasifs.
C'est un projet de société pour les personnes immigrantes. Souvent, elles
vendent leur maison, elles vendent tout ce qu'elles ont à l'étranger et ils
attendent. Et, quand on voit des six mois, des huit mois, des 12 mois, des
25 mois, c'est sûr que la personne va changer d'idée, va changer de
destination. Donc, on perd vraiment, vraiment une chance inouïe. Donc, il faut
vraiment mettre l'emphase sur les délais.
Et, comme M. Blackburn l'expliquait aussi
d'entrée de jeu, la question des arrérages, on a beaucoup de gens qui attendent
depuis trop longtemps. Il faut absolument éliminer ces arrérages-là le plus
rapidement possible.
Mme Schmaltz : Justement, ça
m'amène à la question suivante : De quelle façon vous pourriez peut-être
aider le gouvernement fédéral dans les efforts du Québec à, justement, essayer
de réduire ce délai? Est-ce que... Je vois que vous hochez la tête, donc vous
avez probablement des idées. J'aimerais bien les entendre.
M. Hamel (Denis) :Ah! bien, écoutez, comme c'est une juridiction partagée,
c'est sûr que nos demandes s'adressent à la fois à Québec et à Ottawa. Malheureusement,
très souvent, on a vu un jeu de ping-pong entre les deux ministères, les deux
gouvernements, chacun blâmant l'autre gouvernement pour les retards.
Nous, dans le fond, que ce soit l'un ou
l'autre, ce n'est pas ce qui est important pour les employeurs, mais il faut
vraiment une meilleure coordination. Alors, on croit, nous, qu'en augmentant
les seuils, évidemment, par un jeu mathématique, on va pouvoir vider les
inventaires beaucoup plus rapidement. Et sachez qu'on a bien l'intention de rencontrer...
Nous avons rencontré les anciens ministres de l'Immigration, le nouveau qui est
en poste aussi, on va le rencontrer bientôt. Ça fait partie de nos demandes à
la fois du côté d'Ottawa et de Québec de réduire les délais et d'avoir une
meilleure synergie entre les deux systèmes d'évaluation des dossiers
d'immigration.
M. Blackburn (Karl) : S'il
nous reste quelques minutes, je pourrais juste... Quelques secondes? Je
rajouterais... Une seconde, ce n'est pas assez...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 15 secondes.
M. Blackburn (Karl) : 15 secondes?
D'abord, on a mis de la pression sur le fédéral pour qu'il améliore ses
traitements, qu'il arrête de regarder dans la cour du voisin, qu'il fasse ses
devoirs. Deuxièmement, imaginez si le traitement des dossiers des
travailleurs... pas des travailleurs, des gens en immigration humanitaire,
réfugiés politiques...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Le temps est écoulé...
M. Blackburn (Karl) : ...si on
donnait à ces gens-là un permis de travail dès le départ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Le temps est écoulé, M. Blackburn, mais ce n'est pas
grave. Donc, on poursuit... on poursuit, on a encore des échanges. Alors, je me
tourne du côté de l'opposition officielle qui va bénéficier d'une période de 12 min 23 s.
M. le député de Nelligan, la parole est à vous.
• (14 h 30) •
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. M. Blackburn, M. Hamel, merci. Toujours
très pertinent et... de vous entendre. Je n'ai pas beaucoup de temps, mais...
droit au but. Aujourd'hui, vous êtes en train de démolir l'argument de la
capacité d'accueil. Je n'ai pas besoin de vous citer qui le dit, mais vous
savez très bien de quoi je parle, quand on mentionne : La capacité
d'accueil du Québec est dépassée et limitée. C'est quand même énorme, ce que
vous prononcez aujourd'hui en commission parlementaire, là. J'espère que vous
êtes prêt à le démolir, cet argument.
M. Blackburn (Karl) : Bien,
en fait, on a le même argument depuis le début. Nous sommes constants sur cette
réalité. La capacité d'accueil, c'est celle qu'on peut bien se donner. Et
malheureusement, dans certains cas, des gens ont une vision sur la capacité
d'accueil en disant que ces gens-là viennent consommer des services publics et,
malheureusement, ne contribuent pas à l'essor de notre société.
Nous, de notre côté, c'est tout le
contraire. On pense que la capacité d'accueil n'est basée, en fait, sur rien,
et les travailleurs immigrants, dans certains cas, oui, peuvent venir consommer
des services, mais oui, ils peuvent contribuer de façon significative à
l'augmentation de notre capacité de déployer des services, quand on regarde les
besoins dans le domaine de l'éducation, quand on regarde les besoins dans le
domaine de la santé, dans le domaine de la construction.
Alors, imaginez, si nous avions les
travailleurs nécessaires pour nous permettre de briller parmi les meilleurs
dans ces domaines d'activité. Sincèrement, on ne serait pas dans la situation
qui met tellement de pression sur les employeurs actuellement, au Québec, et je
pense que ce serait de cette façon qu'il faut le <voir, mais de façon
structurée...
>
14 h 30 (version révisée)
< M. Blackburn (Karl) :
...façon
qu'il faut le >voir, mais de façon structurée. Et sincèrement, je pense
que la discussion que nous avons aujourd'hui peut nous amener à faire cette
décision intelligente, structurée, autour d'un débat de société qui est extrêmement
important, mais qui peut nous projeter dans l'avenir.
M. Derraji : Donc, selon
vous, la notion de capacité d'accueil n'existe pas. C'est dans l'imaginaire de
ceux et celles qui l'imaginent.
M. Blackburn (Karl) : Je ne
voudrais pas que vous me mettiez des mots dans la bouche.
M. Derraji : Non, je n'essaie
pas. Vous êtes...
M. Blackburn (Karl) : Je dis
que la capacité d'accueil, c'est celle que nous nous donnons.
M. Derraji : Non, non, non, pas
du tout. Vous êtes quelqu'un de très expérimenté, vous étiez dans ma place.
Aucun problème. Je veux juste vous dire, avec vos arguments, ça veut dire que
la capacité d'accueil, je vais dire, entre guillemets, n'existe pas. Je vous
laisse le soin de le démontrer.
M. Blackburn (Karl) : Oui.
Notre capacité d'accueil doit être basée sur les besoins économiques du marché,
et, si on se fie sur cette capacité ou sur ces besoins, bien, ce serait
normalement 80 000 immigrants par année que nous devrions accueillir
au Québec pour répondre aux besoins du marché et ainsi avoir un indicateur
fiable sur lequel on peut se baser.
M. Derraji : M. Blackburn,
vous êtes quelqu'un qui se promène à travers tout le Québec.
M. Blackburn (Karl) : Tout à
fait.
M. Derraji : Vous êtes très
proche de nos entrepreneurs. Vous êtes très proche d'une réalité très
territoriale... en fait, l'avenir économique du Québec, et c'est pour cela qu'on
veut créer de la richesse pour qu'on puisse avoir des missions de l'État, que ce
soit éducation, santé, etc.
Il y a beaucoup de groupes qui parlaient
de la langue française. Il y en a qui ont même dit : Écoutez, là, ce que
vous faites, ça n'aidera en aucun cas la promotion et la protection de la
langue française. Il y a même des groupes qui ont dit : C'est utopique de
mettre le fardeau de la langue française sur les immigrants.
Vous, au Conseil du patronat... Deux
questions. Premièrement : Quel message on vous envoie quand le test du
français est fait en France? Question un. Question deux : Qu'est-ce que
vous en pensez par rapport aux exigences de français, surtout si on veut parler
un langage économique et qu'on veut ramener des talents au Québec?
M. Blackburn (Karl) : Bien, d'abord,
sur l'aspect de la France qui gère notre test de français, dans les
recommandations que nous avons évoquées, sur les 18 recommandations, une d'elles
est à l'effet que le Québec s'approprie le test de francisation, et ainsi qu'on
soit maîtres chez nous de notre système de francisation au Québec. Alors, ça,
je pense que c'est important de le rappeler. Et il ne faut surtout pas envoyer
un message à l'ensemble de la planète à l'effet que, malheureusement, le Québec
est fermé pour des raisons linguistiques, alors qu'on sait fort pertinemment
que 80 % de l'immigration économique qui est ici depuis 2001 au Québec
parle le français. Alors, ça, c'est une réalité qui est extrêmement importante,
et il faut le rappeler également.
Et la francophonie économique, si on
regarde simplement cet aspect-là, la francophonie économique peut devenir un
tremplin pour les entreprises du Québec pour rayonner à travers le monde, mais
également, le Québec peut devenir la porte d'entrée pour toutes les entreprises
qui veulent rayonner auprès de la francophonie économique, et ce, dans toutes les
régions du Québec.
Imaginez, là, aujourd'hui, 321 millions
de francophones à travers le monde, d'ici une quarantaine d'années, plus de 1 milliard
de francophones à travers le monde, majoritairement provenant de l'Afrique, où
les besoins sont énormes. Et la capacité du Québec de rayonner auprès des pays
de l'Afrique est un avantage indéniable pour les entreprises ici, au Québec.
Et, dans ce sens-là, je ne voudrais pas qu'on se serve des frontières du Québec
comme étant un rempart pour nous protéger contre l'envahisseur anglophone. Au
contraire, je voudrais qu'on se serve de nos frontières au Québec pour être un
tremplin pour permettre à nos entreprises d'ici de rayonner à travers la
francophonie mondiale, mais également pour que la francophonie mondiale puisse
passer par le Québec pour avoir accès à cette francophonie en Amérique du Nord.
M. Derraji : Un beau message,
M. Blackburn. Et d'ailleurs, nous avons eu la chance de rencontrer le
président d'un observatoire avant-hier, Pr Marcoux. Écoutez, ce qu'il nous
a dit par rapport à... Et je sais que vous êtes très présent en Afrique avec
vos amis du patronat ailleurs. Ce qu'il nous a dit sur l'Afrique, sur le
potentiel, sur l'avenir et surtout au niveau de la jeunesse concorde
parfaitement avec ce que vous venez de dire.
Parlons des salaires. Ça a été tout un
débat, les dernières années. Il y a un mot que j'aime moins, je n'aime pas du
tout, je veux parler... pas parler du cheap labor, je veux, aujourd'hui, que...
Je vous pose une question très directe. Le pourcentage des immigrants qui
gagnent plus que le salaire moyen... Ça va nous donner une perspective sur...
des patrons, parce qu'on dit toujours : Vous êtes mieux placés par rapport
aux employeurs. Avez-vous une idée sur le pourcentage des salaires... des
immigrants qui gagnent au-delà du salaire moyen, s'il vous plaît?
M. Blackburn (Karl) : 62 %
de l'immigration gagne un moyen... un salaire supérieur au salaire moyen au
Québec. Et ça, c'est une réalité, c'est des données qui sont implacables.
Alors, il y a des postes pour <tous...
M. Blackburn (Karl) :
...Québec.
Et ça, c'est une réalité, c'est des données qui sont implacables. Alors, il y a
des postes pour >tous les types de niveaux de salaire. Bien évidemment,
il y en a pour des salaires de 30 000 $, 35 000 $, 50 000 $,
mais il y en a également, pour des besoins, de plus de 200 000 $, 250 000 $.
Mais, quand on veut associer l'immigration, comme vous l'avez dit, à du cheap
labor, ce qui est totalement erroné, bien, 62 % de l'immigration a un
salaire supérieur au salaire moyen au Québec.
M. Derraji : Parlons du
temporaire. C'est quoi, le point de vue du patronat, du Conseil du patronat, de
l'arrivée en grand nombre des travailleurs temporaires étrangers versus les
permanents? Comprenez-moi, il y a deux scénarios sur la table. Probablement,
les deux scénarios ne font pas votre affaire, parce que, si j'entends vos
demandes et les demandes, je dirais, de l'ensemble de la classe économique, ça
ne suffit pas. Comment voyez-vous la stratégie d'avoir plus de temporaires et
ne pas les inclure dans la planification pluriannuelle?
M. Hamel (Denis) :Je vais me permettre de répondre à votre question, M. le
député de Nelligan. On l'a... M. Blackburn l'a mentionné d'entrée de jeu, pour
les employeurs, c'est un peu le mal nécessaire, le travailleur temporaire. Vous
avez vu, si on se compare aux autres provinces canadiennes, on a eu beaucoup
moins d'immigration permanente, beaucoup plus d'immigration temporaire parce
que les programmes permanents étaient fermés. Donc, on a eu recours, de plus en
plus, à l'immigration temporaire, avec tous les inconvénients qui viennent
avec, c'est-à-dire un haut taux de roulement.
Maintenant, c'est un très vaste programme.
À l'intérieur des temporaires, il y a bien sûr les étudiants, il y a la
mobilité internationale, mais il y a aussi le Programme des travailleurs
étrangers temporaires. Ils viennent combler des besoins saisonniers, des besoins
vraiment temporaires, mais que les employeurs ont été obligés d'utiliser pour
combler des postes permanents. Et je pense que c'est cette section sur laquelle
il faudrait vraiment travailler pour s'assurer une plus grande fluidité vers la
permanence.
M. Derraji : Oui. M. Hamel,
il y a des patrons qui m'ont dit : Ça nous coûte cher, payer les permis. Ce
n'est pas gratuit, là. Vos besoins, c'est des besoins permanents. On ne peut
pas vous permettre une augmentation des seuils, vous savez pourquoi, ce n'est
pas payant, politiquement parlant. On limite le nombre de travailleurs
permanents. De l'autre côté, on met sur le dos des entrepreneurs... Moi, je
parle, un entrepreneur PME... Je ne parle pas de la grosse entreprise, qu'ils
ont des comptes où ils peuvent tout mettre. Pensez à un petit entrepreneur... il
n'y a pas de petit... à une petite entreprise, à un fier entrepreneur en
région, 15 ou 20 travailleurs, à qui on demande de faire une étude d'impact. La
première, un affichage, poste non comblé, vas-y, prend l'avion, cherche le
travailleur, cherche un avocat, cherche un traducteur. Ce n'est pas comme ça
qu'on va aider nos entrepreneurs.
C'est là ma question. Pensez-vous vraiment
que c'est stratégique, laisser la porte du temporaire grande ouverte, au lieu
de dire : Écoutez, ça vous coûte des sous, ces sous, on veut les voir dans
l'innovation, ces sous, on veut les voir ailleurs? Si vous êtes à choisir à
notre place, quel scénario vous allez préférer ou souhaiter?
M. Blackburn (Karl) : Si je
peux me permettre une réponse très simple, c'est pour cela qu'on souhaite une
augmentation permanente plus grande. C'est pour éviter ce genre de situations
qui occasionnent des coûts, des délais extrêmement importants aux employeurs.
Et j'aimerais peut-être vous le rappeler,
là, un employeur sur deux refuse des nouveaux contrats parce que,
malheureusement, il n'a pas la main-d'œuvre pour être capable de les réaliser,
ce qui a un coût économique pour le Québec. Près d'un employeur sur deux
reporte ou cancelle des projets d'investissement parce que, malheureusement, il
manque de travailleurs dans son organisation, ce qui a également des
conséquences économiques pour le Québec.
Alors, c'est clair que, pour nous, il faut
privilégier l'augmentation de l'immigration permanente justement pour répondre
aux besoins économiques du Québec.
• (14 h 40) •
M. Derraji : M. Blackburn, M.
Hamel, je pense qu'il y a de plus en plus un consensus que la voie du
temporaire n'aide personne. En fait, je ne sais pas qui aide la voie du
temporaire, parce qu'hier il y avait pas mal de syndicats, vous aussi aujourd'hui,
premier groupe économique, d'autres personnes très impliquées dans le milieu,
ils disent : Faites attention, le temporaire...
M. Blackburn (Karl) : Mais le
temporaire, M. le député, il est important. Il est important dans certains
secteurs. Prenons, par exemple, l'immigration, les besoins... de l'agriculture,
pardon.
M. Derraji : L'agriculture.
M. Blackburn (Karl) : L'agriculture,
c'est des besoins...
M. Derraji : Non, mais ça,
c'est saisonnier.
M. Blackburn (Karl) : Oui, mais
c'est également temporaire. Il y a des travailleurs également de l'étranger qui
veulent venir ici de façon temporaire, venir contribuer à l'essor économique du
pays et retourner dans leur pays.
Alors, il y a, je dirais, un équilibre qui
doit s'installer entre le permanent et le temporaire. Il y a des avantages avec
le temporaire, il y a des avantages, bien évidemment, avec le permanent. C'est
une question d'équilibre et c'est pour cela que nous, on privilégie l'augmentation
de l'immigration permanente justement pour répondre aux besoins du marché du
travail et des employeurs au Québec.
Mais, en même temps, il ne faut pas
rejeter du revers de la <main...
M. Blackburn (Karl) :
Mais,
en même temps, il ne faut pas rejeter du revers de la >main
l'immigration temporaire, parce que cette immigration temporaire répond à des
besoins extrêmement importants, également, au Québec.
M. Derraji : Oui. Du
temporaire, je ne parle pas du saisonnier, saisonnier qui... au niveau de
l'agriculture, on s'entend. On parle de temporaires dans des secteurs clés.
Écoutez, aujourd'hui, je viens de recevoir un message : compagnies
informatiques, il y a des enjeux avec le temporaire, ça coûte énormément de
sous. C'est parce que, s'il y avait le travailleur ici... C'est énormément
d'argent, là. Moi, quand on m'a partagé le montant, c'est... clairement, on
n'aide pas nos PME dans les régions. Et, vous le savez très bien, M. Blackburn,
on parle de 260 000 PME dans tout le Québec. Les besoins sont là.
Donc, l'équilibre, il est souhaitable,
mais, selon vous, de quel ordre, cet équilibre...
M. Blackburn (Karl) : Bien,
lorsqu'on parle des seuils...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : La période de temps est terminée. Désolée, M. Blackburn. Désolée,
M. le député. Mais on poursuit avec une dernière ronde d'échange, cette fois-ci
avec la deuxième opposition, pour une période de 4 min 8 s. M.
le député de Saint-Henri—Sainte-Anne, la parole est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Je vais commencer par rebondir sur quelque chose qu'on a entendu,
donc, qui a été mentionné deux fois, là, l'histoire du délai du permis de
travail pour les demandeurs d'asile. J'ai vérifié ce matin, ça, c'est réglé,
là, le permis travail est émis très rapidement. Il y a eu un problème avec ça
l'année dernière, mais ce n'est plus ou ce n'est presque plus le cas. On me dit
que le permis est maintenant émis relativement rapidement ou, en fait, beaucoup
plus rapidement et que l'immense majorité des demandeurs d'asile sont
présentement au travail. Donc, le problème qu'on avait fin 2021... au début 2021‑2022
est réglé.
Raccourcir les délais, le fédéral a eu sa
part de responsabilité dans le passé, beaucoup de responsabilités, mais, en ce moment,
le seul responsable du délai de traitement, c'est les seuils du MIFI et c'est
le MIFI. Ce sont les quotas qui créent des délais d'attente. Alors, c'est
difficile à dire : Il faut que le fédéral se brasse ou se presse quand,
finalement, les seuils ont été atteints puis qu'ils ne sont pas... ils n'ont
pas le droit d'émettre la résidence jusqu'à l'année prochaine, selon les
demandes du Québec. Finalement, c'est le MIFI auquel il faut demander
d'augmenter ces seuils.
J'en viens à ma question, M. Hamel. Je
pense... Comment se fait-il que le MIFI émette des milliers de CSQ de plus,
annuellement, que le seuil qu'il fixe lui-même pour la résidence permanente
annuelle? Est-ce qu'il n'y a pas là un certain double discours?
M. Hamel (Denis) :Bien, je pense que... M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
je pense que la question devrait être posée au MIFI. Effectivement, le fédéral,
d'ailleurs, a avoué... l'ancien ministre avait avoué récemment qu'il manquait
de personnel pour traiter tous les dossiers. Mais il est vrai que, d'après les
informations qu'on a, c'est l'accumulation des dossiers qui fait en sorte
qu'une fois que le fédéral, dans son traitement des dossiers a atteint la
limite fixée par Québec, en vertu de l'accord que vous connaissez bien, l'accord
Canada-Québec, bien, une fois que le maximum est atteint, les dossiers sont sur
la pile, et il faut attendre l'année suivante. Donc, c'est pour ça qu'on a des
délais beaucoup plus élevés. Vous savez, par exemple, que l'entrée expresse, au
Canada, un employeur peut faire venir en trois mois quelqu'un. Malheureusement,
on n'a pas ça au Québec.
Donc, c'est ce jeu, je dirais, de... entre
les deux gouvernements qu'on a déploré dans les dernières années, se faire dire :
Non, ce n'est pas de ma faute, c'est l'autre. Bien, je crois qu'on a vu, déjà,
une amélioration, les délais ont beaucoup, beaucoup baissé. Ils demeurent
élevés, et c'est surtout la différence de traitement entre le Québec et les
autres provinces canadiennes qui irrite l'employeur.
M. Cliche-Rivard : Parfait. C'est
très clair. Je vous avais dit qu'on devrait traiter le PEQ travailleur aussi
hors seuils. Je devine que c'est parce que ces gens-là, comme les diplômés,
sont déjà intégrés, ont déjà avancé une certaine intégration, pour la plupart,
sont en emploi, sont logés.
Est-ce que la même logique ne doit pas
s'appliquer sur ceux qui sont demandeurs de résidence permanente qui sont déjà
sur le territoire? Je pense notamment aux époux, épouses, conjoints, enfants.
Est-ce que la logique, finalement, c'est : il y a ceux qui sont ici, qui
sont déjà utilisateurs de services, qui sont déjà intégrés, qui devraient,
probablement, je le soumets, passer hors seuils, et il y a nos nouveaux
immigrants, qui, eux, ont finalement un réel impact sur la capacité d'accueil?
Est-ce que ce n'est pas ça, le discours que vous faites?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En une minute.
M. Hamel (Denis) :Bien, la logique derrière, effectivement, l'idée de
rajouter le PEQ travailleur hors seuils, c'est effectivement le... ce petit
nombre est déjà ici, et puis, on pourrait même dire, les enfants sont à
l'école, ils occupent un logement. Donc, l'impact, il est vraiment nul en
termes de capacité d'accueil et... si je peux me permettre d'utiliser l'expression.
Donc, c'est ce qu'on souhaite, de voir ces gens-là hors seuils, pour que,
vraiment, les programmes d'immigration, surtout la nouvelle mouture qui a été
annoncée par la ministre... s'adressent vraiment à des nouveaux, à des nouveaux
arrivants, des nouveaux nouveaux arrivants, si je peux me permettre.
Alors, la logique qui est derrière ça,
c'est effectivement : ceux qui sont déjà ici, ils devraient avoir une
façon beaucoup plus facile. Et c'est notamment un bon outil pour la
régionalisation de l'immigration, parce que l'emploi, il n'est pas
nécessairement à Montréal. Et on le voit maintenant, depuis les dernières
années, depuis qu'on a beaucoup plus rapproché l'immigration du marché du
travail, que les immigrants qui s'installent hors de la région de Montréal sont
en nette hausse.
M. Cliche-Rivard : Qu'est-ce
qu'on <fait...
M. Cliche-Rivard :
Qu'est-ce
qu'on >fait, M. Hamel, avec les gens d'affaires qui attendent 15 ans
ou 10 ans pour la résidence? Qu'est-ce qu'on fait avec eux?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Écoutez, le temps est écoulé. Je vous remercie beaucoup,
M. Blackburn, M. Hamel, pour cette présentation, pour la réponse aux
questions des parlementaires.
Mesdames et messieurs les élus, nous
allons prendre une petite pause, le temps de recevoir le prochain groupe. À
nouveau, merci et bonne fin de journée.
(Suspension de la séance à 14 h 47)
(Reprise à 14 h 50)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, la commission reprend
ses travaux. Nous en sommes rendus maintenant à l'organisme Au bas de
l'échelle, représenté par M. Vincent Chevarie, responsable des dossiers
politiques et des communications.
M. Chevarie, bienvenue à la Commission
des relations avec les citoyens. Nous allons donc entamer avec vous cette
deuxième ronde de l'après-midi. Et vous allez bénéficier d'une période de
10 minutes pour votre exposé, et nous allons, par la suite, échanger avec
les parlementaires. La parole est à vous.
Au bas de l'échelle
M. Chevarie (Vincent) : Merci,
Mme la Présidente. Bien, pas besoin de me présenter, les présentations sont
faites.
Avant de commencer, j'aimerais quand même,
au nom de notre équipe et d'Au bas de l'échelle... de remercier la commission
et ses membres de nous permettre de prendre la parole aujourd'hui et de
partager publiquement la position de notre organisme concernant la
planification de l'immigration.
Donc, Au bas de l'échelle est un <groupe...
M. Chevarie (Vincent) :
Donc,
Au bas de l'échelle est un >groupe d'éducation populaire qui défend les
droits des travailleurs et des travailleuses non syndiqués depuis 1975. Donc,
depuis bientôt 50 ans, notre organisme est devenu une référence dans
l'ensemble du Québec en matière de droit du travail, tout... tout
particulièrement, pardon, en lien avec la Loi sur les normes du travail et le
harcèlement psychologique. Nous offrons notamment un service d'information
téléphonique, des rencontres collectives d'information et des formations auprès
de groupes, d'organismes et d'institutions scolaires. D'ailleurs, tous nos
services offerts directement aux travailleurs, travailleuses sont gratuits.
Bref, à chaque année, Au bas de l'échelle
informe des milliers de personnes non syndiquées de leurs droits et de leurs
protections ainsi que des recours mis à leur disposition, et, par une approche d'éducation
populaire, nous encourageons les travailleurs, travailleuses non syndiqués à
faire respecter leurs droits, à se regrouper et à s'impliquer socialement pour
améliorer leurs conditions de travail autant que leurs conditions de vie.
Donc, pour rentrer dans le vif du sujet,
la vision du gouvernement actuel en matière d'immigration est assez claire
depuis 2019 : il faut prioriser l'immigration économique dans le but de
répondre aux besoins économiques et d'accroître la prospérité du Québec. Malheureusement,
même si Au bas de l'échelle reconnaît que ce type d'immigration est important
et non négligeable, on déplore le côté simpliste, utilisateur, réducteur et
parfois incohérent de cette vision et des orientations qui en découlent. Et
c'est un constat que partagent d'ailleurs beaucoup d'organisations syndicales
et communautaires, comme pourront peut-être le montrer les présentes auditions.
Donc, en réduisant l'immigration à une
perspective économique, il est plus facile d'oublier l'énorme contribution des
personnes issues d'autres catégories d'immigration dans le développement
social, culturel, économique de la société québécoise. Pourtant, les événements
des dernières années, notamment la pandémie de COVID-19, ont démontré l'apport
considérable et essentiel des travailleurs et des travailleuses immigrants à la
société québécoise. On peut penser au cas des anges gardiens, qui ont mis leur
propre vie en danger en fournissant des soins directs aux patients et aux
patientes, ou encore les travailleuses et les travailleurs agricoles, sur
lesquels dépend maintenant notre système alimentaire. Alors, le Québec... Alors
que le Québec connaît une sous-fécondité et un vieillissement de sa population,
Au bas de l'échelle partage l'avis d'experts, de chercheurs et de chercheuses,
selon lequel, entre autres, il est justifié d'élever les seuils d'immigration
pour tenter d'assurer la croissance démographique du Québec et aussi pour
tenter de freiner la baisse de son poids démographique dans le reste du Canada.
Ceci dit, pour Au bas de l'échelle, il est
fâchant et insensé de réduire la planification de l'immigration, qui constitue
pourtant un projet global à long terme, à une simple réponse aux objectifs
économiques et à la pénurie de main-d'œuvre. Il est donc important qu'une telle
planification s'inscrive dans une vision beaucoup plus large qui prend en
considération les multiples besoins du Québec, pas uniquement ceux économiques,
qui respecte les valeurs sociales et égalitaires que nous défendons et qui
respecte nos engagements internationaux sur le plan humanitaire. Je ne suis
sûrement pas le premier à vous en parler, l'immigration, oui, c'est des
chiffres, c'est des données, mais, avant tout, c'est des histoires, c'est des
témoignages, c'est des visages, c'est des familles.
Donc, pour le mémoire, comme vous l'avez
peut-être constaté, on a divisé selon certains enjeux qui, pour Au bas de
l'échelle, étaient relativement importants. Tout d'abord, je pense que c'est
pertinent de faire un état des lieux du milieu... dans le milieu communautaire.
Depuis sa fondation, Au bas de l'échelle s'est impliqué régulièrement dans des
dossiers reliés à l'immigration, autant au Québec qu'au Canada, notamment en
coordonnant le Front de défense des non-syndiqué-e-s, le FDNS.
(Interruption) Pardonnez-moi. Nous avons
donc été aux premières loges pour observer les effets dans le monde du travail
qu'ont eu les récentes transformations sociodémographiques au Québec, entre
autres, avec l'augmentation des nouvelles et des nouveaux arrivants.
Par contre, depuis les 20 dernières
années, le nombre de personnes immigrantes qui ont fait appel aux services d'Au
bas de l'échelle pour obtenir de l'aide et de l'information sur leurs droits au
travail a connu une forte progression. Le nombre de personnes immigrantes qui
ont contacté, par exemple, notre service d'information, pour lesquelles nous
avons un dossier ouvert, a augmenté de manière graduelle depuis le début des
années 2000, entre 32 % et 44 % de nos bénéficiaires à chaque année.
Selon nos dossiers, encore une fois, parmi
les types de problèmes vécus par les personnes non syndiquées, qui sont classés
d'ailleurs en quatre types de plaintes, on a les plaintes <pécuniaires...
M. Chevarie (Vincent) :
...non
syndiquées, qui sont classés d'ailleurs en quatre types de plaintes
, on
a les plaintes >pécuniaires, les plaintes contre une... pratique
interdite, pardon, contre un congédiement injuste ou contre le harcèlement
psychologique. Parmi ces plaintes-là, le cas de... les cas de harcèlement
psychologique et aussi de congédiement injuste sont devenus de plus en plus
fréquents. Et, comme je pourrai l'aborder plus tard, ça a notamment coïncidé
avec une hausse de la discrimination en milieu de travail à l'endroit des
personnes immigrantes.
Pour ce qui est de nos formations, parce
que, comme je l'ai mentionné, Au bas de l'échelle offre aussi de nombreuses
formations, il y a eu une évolution du public qui a été rejoint par lesdites
formations, ce qui signifie que notre public a été de plus en plus composé de
personnes immigrantes. On parle d'entre 32 % et 61 % des
participants et participantes à chaque année.
Certes, on reconnaît que le gouvernement
actuel a mis en place certaines mesures permettant de faciliter l'accès à des
services d'accueil et d'accompagnement pour les personnes immigrantes. Cependant,
le constat d'Au bas de l'échelle, qui semble être partagé dans le milieu
communautaire, avec les données que je vous présente, c'est... et considérant
aussi qu'il est fort probable que l'immigration continue d'augmenter, c'est que
l'apport du milieu communautaire va être primordial et nécessitera davantage de
financement de la part de l'État.
D'ailleurs, on reconnaît que, dans son
cahier de consultation, le MIFI en parle brièvement mais parle quand même des
services essentiels offerts par le milieu communautaire, ce qui nous a amenés à
postuler deux recommandations, soit d'augmenter et de pérenniser le financement
des organismes communautaires qui soutiennent les personnes immigrantes et
aussi de baser ce financement sur la mission des organismes et non pas sur des
projets spécifiques.
Ensuite, au niveau de l'intégration, je le
mentionnais précédemment, l'accessibilité des services est extrêmement
importante, parce que, pour permettre aux personnes immigrantes de bien
s'intégrer à la société d'accueil et pour encourager aussi la régionalisation
de l'immigration, comme souhaite le faire le MIFI, le gouvernement doit offrir
les conditions optimales en ayant des services de qualité, que ce soient des
logements abordables, un bon système d'éducation, des emplois intéressants, des
services d'employabilité, l'accessibilité aux transports en commun, etc. Donc,
malheureusement, sans une intervention de l'État, les personnes immigrantes
sont trop souvent portées... doivent trop souvent porter seules le fardeau de
leur intégration.
Et on aurait aimé, dans le plan de
consultation, que le gouvernement précise et... précise certains engagements et
aussi des engagements plus forts en matière d'accessibilité aux services, ce
qui nous amène, encore une fois, à postuler deux recommandations, c'est-à-dire
d'investir dans le développement de nos... d'investir davantage, même, dans le
développement de nos services et de nos infrastructures de manière à répondre
adéquatement à l'accueil des personnes immigrantes, peu importe la région au
Québec, et aussi offrir davantage de services en employabilité adaptés à toutes
les personnes immigrantes qui sont en droit de travailler au Québec, peu
importe leur statut.
Même son de cloche au niveau de la
francisation. Encore une fois, on constate, à Au bas de l'échelle, et encore
une fois, c'est partagé dans le milieu communautaire, les délais pour avoir
accès à la francisation sont... et les démarches entreprises sont souvent très
complexes, ce qui fait en sorte que, bien, voilà...
• (15 heures) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il vous reste une minute.
M. Chevarie (Vincent) : Ah
oui! Donc, voilà, on pourra peut-être y revenir, mais on pensait... on croit
justement qu'entre autres, au niveau de la francisation, il faut supprimer le
délai de six mois pour avoir accès aux services gouvernementaux dans d'autres
langues... dans d'autres langues que le français.
Et un point que j'aurais aimé aborder
aussi, c'est les difficultés d'intégration des personnes immigrantes, parce
que, comme on le mentionnait, comme je le mentionnais, ces personnes
immigrantes occupent régulièrement des emplois instables, précaires et non
syndiqués, et elles sont davantage victimes d'injustices dans leur milieu de
travail, selon les données d'Au bas de l'échelle, parce que, bon, elles sont
trop souvent peu ou mal informées sur leurs droits et leur protection, et aussi
qu'elles vivent constamment sous le stress en raison de leur statut migratoire
parfois incertain... ce qui nous amène à postuler certaines recommandations que
j'aurai peut-être la chance de rediscuter, si mon chrono...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Bien sûr. Bien sûr, vous allez avoir la chance parce que
nous allons entamer la période de discussion, justement, avec les
parlementaires.
Alors, je me tourne du côté de l'aile
gouvernementale. Mme la ministre, vous avez, au total, 16 min 30 s.
La parole est à vous.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, merci, M. Chevarie, de prendre part à cette discussion, à
cet <échange fort important...
>
15 h (version révisée)
<19269
Mme
Fréchette :
...alors, merci, M. Chevarie, de prendre part à
cette discussion, à cet >échange fort important, d'un intérêt collectif
aussi, pour l'avenir du Québec. Vous mentionnez, dans le cadre de votre
mémoire, là, que vous trouvez déplorable le manque d'organismes communautaires
invités aux audiences publiques à cette commission et vous dites que ça aurait
été une belle occasion de leur donner la parole.
Alors, bien, permettez-moi d'être très
claire, personne n'a été empêché de participer à cette commission parlementaire,
absolument personne. Notre volonté, c'est d'entendre le spectre le plus large
possible d'organismes, allant des organismes d'accompagnement, de francisation,
des organismes communautaires jusqu'aux syndicats, aux établissements d'enseignement,
aux entreprises, aux associations juridiques, aux associations économiques.
Tout le monde est invité, et nous avons entendu tout le monde, et on a même
veillé à accommoder plusieurs d'entre eux, dont votre groupe, pour faire en
sorte de prendre la parole malgré que les délais impartis n'étaient pas
respectés.
Alors, je suis contente que vous soyez des
nôtres aujourd'hui, mais j'aimerais apporter cette précision, parce que c'est
une commission à portée générale, et, de ce fait, nous entendons tout le monde.
Alors, c'est un plaisir pour nous de vous entendre, et j'en profite pour saluer
et reconnaître l'apport des organismes communautaires, tel le vôtre, dans la
réussite du processus d'immigration des personnes qui choisissent le Québec
pour se donner une nouvelle chance.
D'ailleurs, peu après mon arrivée en
poste, j'ai demandé rapidement à mon chef de cabinet d'organiser des rencontres
avec la TCRI parce qu'il était très important pour moi d'avoir l'écho des gens
qui sont sur le terrain à accompagner au quotidien les personnes immigrantes,
les demandeurs d'asile, et de gérer un grand ensemble de situations, comme on
le sait. Et on a d'ailleurs augmenté passablement nos ressources, les budgets
octroyés aux activités qui sont portées par les organismes communautaires, les
organismes d'accompagnement, et d'intégration, et de francisation également.
Donc, voilà, je tenais à faire cette mise
en perspective, et je salue, en fait, l'ensemble des personnes qui oeuvrent
dans ces organisations parce qu'elles sont dévouées. Je les rencontre le plus
régulièrement possible. J'en ai rencontrées dans 15 différentes régions du
Québec et, systématiquement, j'ai vu des gens engagés, passionnés, qui se font
les ambassadeurs du Québec de la meilleure façon que l'on puisse imaginer.
Alors, je vous amène, dans votre mémoire,
aux pages... bien, c'est 17 et 18, là, où vous recommandez, entre autres, de
travailler avec le ministère du Travail pour encadrer le travail des personnes
immigrantes. Vous recommandez, en fait, d'agir, là, pour mieux prévenir la
discrimination, les abus, développer des mesures soit coercitives ou punitives
pour des employeurs fautifs. Alors, j'aimerais vous entendre sur des
suggestions de mesures qui pourraient être mises en place par notre ministère,
le MIFI, de manière à renforcer, là, la prévention contre les comportements
abusifs.
M. Chevarie (Vincent) : Merci,
Mme la ministre, de m'amener sur ce sujet-là. Ça me permet d'un peu continuer
le... ma présentation.
Avant de répondre à votre question, j'aimerais
simplement préciser... Comme je l'ai mentionné au début, on a vu une
augmentation de nos... des gens qui nous ont appelés, des personnes immigrantes
qui ont fait appel à nos services. On a vu aussi une augmentation des cas de
congédiement injuste, des cas de harcèlement psychologique, comme je le
mentionnais, spécifiquement chez les personnes immigrantes, et aussi des cas de
discrimination, d'ailleurs. Je ne l'ai pas... je l'ai un peu moins abordé dans
le mémoire et dans la présentation, mais on a eu beaucoup de témoignages de
personnes qui avaient été victimes de harcèlement, même sexuel, de
discrimination à l'embauche.
Donc, tout ça, c'est très déplorable, et
malheureusement, un des points, c'est que la Loi sur les normes du travail,
même si elle encadre le travail au Québec, a démontré historiquement qu'il y a
encore aujourd'hui des... un certain pourcentage de travailleurs, travailleuses
qui subissent des infractions en lien avec la LNT, ce qui nous démontre qu'elle
n'est pas respectée encore à son plein... à son 100 %. C'est le cas d'ailleurs
aussi pour la Loi sur les accidents de travail et les maladies
professionnelles.
Au niveau des... de nos suggestions, on
reprendra un peu les mêmes suggestions qu'on a abordées, il y a de cela
quelques mois, dans le projet de loi sur le travail des enfants, et ce qu'on
disait, c'était essentiellement le même point, c'est que la CNESST doit
s'occuper de... doit prioriser et mettre de l'avant l'information, la <sensibilisation,
la prévention...
M. Chevarie (Vincent) :
...doit
prioriser et mettre de l'avant l'information, la >sensibilisation, la
prévention. On reconnaît qu'elle le fait déjà, mais, considérant l'ampleur de
la situation, considérant, comme on l'a mentionné, que l'immigration risque
fortement d'augmenter encore dans les prochaines années, la CNESST et,
indirectement, le ministère du Travail se doivent d'être plus proactifs à ce
niveau-là.
Je donnais l'exemple des activités
d'information, de sensibilisation, de prévention autant auprès des personnes
immigrantes qu'auprès des employeurs et des entreprises. Il y a aussi un aspect
punitif, coercitif, c'est-à-dire d'augmenter les amendes, de les rendre plus
coercitives à l'endroit des employeurs qui sont récalcitrants en matière de
droits des personnes immigrantes. Donc, voilà, globalement, c'est de faire en
sorte que le gouvernement puisse encore mieux encadrer et encore mieux faire
respecter les droits de ces personnes-là qui sont souvent, très souvent,
marginalisées.
Mme Fréchette : Oui, nous
avons... portons une grande attention, justement, aux personnes qui subissent
des abus, de telle sorte qu'on puisse les soutenir et faire en sorte de limiter
le plus possible ce type de situation.
Sur la résidence permanente, à la page 22,
vous recommandez de favoriser la résidence permanente pour les personnes qui
sont déjà en sol québécois, et c'est une chose qu'on a veillé à faire lors de
la présentation, là, de la réforme qu'on a faite à la fin mai pour les
programmes d'immigration au Québec, et, dans cet ensemble de réformes, bien, il
y a notamment l'idée d'admettre potentiellement les étudiants internationaux
via le programme PEQ diplômés, et je me demandais si ça constitue, pour vous,
là, une bonne approche que... celui qui est suggéré, là, dans le scénario 2,
puisque des étudiants qui seraient formés chez nous, qui ont un bon potentiel,
qui ont un diplôme d'une institution québécoise, pourraient donc rester au
Québec avec une formule en continu.
Donc, aussitôt que les personnes
cadreraient avec les critères qui seraient établis, ils pourraient accéder à la
résidence permanente. Donc, est-ce que vous voyez d'un bon oeil une orientation
comme celle-là, qui semble s'inscrire dans ce que vous souhaitez, que des gens
qui soient déjà ici, en sol québécois, déjà en processus d'intégration,
puissent accéder plus facilement à la résidence permanente?
M. Chevarie (Vincent) : Oui,
tout à fait, vous avez raison à ce niveau-là. Pour nous, ce serait un non-sens
de ne pas miser davantage sur, comme vous le dites, les personnes immigrantes qui
sont déjà ici, au Québec, qui ont déjà commencé leur intégration, leur
insertion professionnelle aussi et, dans bien des cas, leur apprentissage de la
langue française. Donc, pour nous, effectivement, ce serait... ça concorde bien
avec notre position.
Mme Fréchette : Position
aussi facilitante pour des types de personnes qui ont un statut temporaire et
qui parviennent difficilement, actuellement, à se qualifier pour la résidence
permanente parce qu'ils n'ont pas de diplôme soit du collège ou de
l'université. Donc, on a le volet 2, également, du programme pour les
travailleurs qualifiés, qui viendrait permettre à des personnes ayant des
compétences plus manuelles de se qualifier pour la résidence permanente. Donc,
j'imagine que, là aussi, vous trouvez que ça cadre avec ce que vous mettez de
l'avant.
• (15 h 10) •
M. Chevarie (Vincent) : Effectivement.
Mme Fréchette : Parfait.
Merci. Bien, à partir d'ici, je vais céder la parole à des collègues.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Alors, nous allons
poursuivre la discussion avec le député de Saint-Jean, c'est ce que je
comprends?
M. Lemieux : Oui, merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : La parole est à vous. Il vous reste 7 min 33 s.
M. Lemieux : Vous avez vu et
lu dans mes pensées, Mme la Présidente. C'était ma prochaine question. En
parlant de questions... bonjour, M. Chevarie.
M. Chevarie (Vincent) : Bonjour.
M. Lemieux : J'ai des
questions pour vous, mais je suis curieux, parce que vous aviez... à la fin,
quand vous avez commencé à manquer de temps, vous avez dit deux ou trois sujets
que vous espériez pouvoir aborder. Il y en a un qui a attiré mon attention,
c'est les services gouvernementaux en d'autres langues. Expliquez-moi ça. Vous
avez dit...
M. Chevarie (Vincent) : Je
n'ai pas souvenir d'avoir fait mention des services gouvernementaux en d'autres
langues.
M. Lemieux : C'est ce que j'ai...
j'avais cru comprendre, d'accord, parce que vous aviez plusieurs sujets à la
fin puis vous nous les avez comme laissés...
M. Chevarie (Vincent) : Oui,
précipités.
M. Lemieux : Oui, d'accord,
mais donc, ça, ça n'en était pas un. D'accord.
On revient donc à votre mémoire et à ce
que vous avez soumis, tout à l'heure, à la commission. À la page 14 de votre mémoire,
vous recommandez de bonifier les <modalités pour l'offre de cours de
français à temps plein...
M. Lemieux :
...recommandez
de bonifier les >modalités pour l'offre de cours de français à temps
plein et à temps partiel pour des considérations, dites-vous dans le mémoire,
de différentes réalités des personnes immigrantes. Sauf erreur, et la ministre
me corrigera, mais ce que j'en comprends, c'est qu'il y a des cours en
présentiel, en ligne, de jour, de soir. Et tout récemment, dans l'actualité,
vous avez peut-être vu passer... Les parents qui auraient une charge familiale,
qui complexifierait encore l'accès à la francisation, sont maintenant gérés,
entre guillemets, là, aidés par le ministère de la Famille pour bonifier et
optimiser les services, les horaires des partenaires de la francisation.
Donc, ma question, c'est : Quelles
autres pistes ou quels autres moyens vous voyez qui sont nécessaires pour
faciliter la francisation dans toutes ses expressions?
M. Chevarie (Vincent) : C'est
sûr et certain que, par la mission d'Au bas de l'échelle, l'aspect francisation
fait un peu moins partie de notre travail. Ceci dit, on reçoit des témoignages.
On collabore avec plusieurs syndicats, plusieurs organisations communautaires,
dont certains ont témoigné, là, comme la TCRI, le CCPI et le RATTMAQ, mais donc,
dans les... par rapport à nos recommandations, puis ça, je pense que ça fait...
pour faire du pont là-dessus, je ramènerais aussi à notre première
recommandation, qui demande de venir clarifier le rôle, les ressources et les
moyens de francisation au Québec. On reconnaît que c'est une avenue
intéressante, puis ça va très probablement venir compléter et rejoindre ce que
vous venez de mentionner, M. le député, mais donc, nous, on voyait l'intérêt,
pour le gouvernement, de venir clarifier cet aspect-là.
Et donc un point qui est intéressant
aussi, puis j'en parle je ne sais plus trop à quelle page dans le mémoire, mais
on l'a mentionné, les organismes communautaires, notamment en francisation,
mais pas que, ont une démarche qui est intéressante dans la mesure où, des
fois, ça va être plus facile... Les échos qu'on a dans le milieu communautaire,
sous toutes réserves, c'est plus facile de venir rejoindre les personnes, et ce
qu'on nous dit, c'est que, malheureusement, il y avait beaucoup... peut-être
que ça a changé dans un... dans les derniers mois, dernières années, mais on
avait quand même des échos comme quoi c'était relativement difficile pour les
personnes immigrantes, pour les nouvelles et les nouveaux arrivants, de venir
bien moduler et de venir bien adapter leur horaire de travail, leur horaire de
vie et d'inclure là-dedans des cours de francisation.
Donc, pour revenir à mon point, dans le
milieu communautaire, beaucoup d'organismes ont acquis une expertise, sont
capables de venir rejoindre ces jeunes... ces personnes-là, et leur offrent
aussi la possibilité de faire une immersion linguistique, de venir parler avec
des gens d'autres nationalités, de tisser des liens, d'échanger dans un cadre
qui va être, oui, formel, mais, des fois, un peu plus informel aussi.
M. Lemieux : Pour en revenir
à ce que vous sentiez ou ce que vous entendiez des critiques sur Francisation
Québec... La ministre m'a cédé la parole. Alors, je ne prétends pas dire ce
qu'elle vous dirait, mais je pense qu'elle vous dirait que le rodage, parce que
ça a commencé le 1er juin... le rodage n'est pas terminé, mais que ça
s'accélère et que ça prend, en ce moment, bon train, et qu'il reste encore des
étapes aussi à la mise en train, justement, mise en route de Francisation
Québec. Alors, on va se dire que c'est des choses qui, en théorie, devraient se
régler plus tôt que plus tard.
Mais ça m'intéresse, la partie
communautaire, parce que, chez nous, entre autres, j'ai un organisme
communautaire qui travaillait en alphabétisation, et qui espère être capable de
mettre l'épaule à la roue pour la francisation, et ça fait exactement ce que
vous venez de dire par rapport à la mise en commun et le regroupement de
plusieurs nouveaux arrivants qui peuvent partager entre eux, mais aussi
découvrir ensemble leur nouvelle communauté d'accueil.
Et j'ai noté, puis je voulais juste que
vous le sachiez, dans votre mémoire, vous soulignez, malgré... au moment où
vous parlez de l'accueil et l'intégration de nouveaux arrivants, vous dites que
le PASI, qui subventionne les organismes communautaires, ce programme-là en
particulier, vous le louangez. Je ne sais pas, mais, en tout cas, vous êtes
content qu'il existe puis vous êtes content qu'il finance des groupes
communautaires. Et on est deux dans ce club-là, M. Chevarie, parce que,
chez nous, L'Ancre bénéficie d'aide du PASI, et je peux voir régulièrement les
progrès que ça fait <faire aux nouveaux arrivants à chaque fois...
M. Lemieux :
...régulièrement
les progrès que ça fait >faire aux nouveaux arrivants à chaque fois
qu'on les rencontre à gauche ou à droite.
Je vais terminer sur les moyens mis en
place par votre organisme à vous pour accompagner les immigrants dans leur
intégration à la société québécoise, parce que c'est une œuvre collective,
l'accueil des nouveaux arrivants, et vous, vous avez expliqué tout à l'heure
que vous aviez beaucoup de nouveaux arrivants, beaucoup d'immigrants qui font
appel à vos services. À part de répondre à leurs questions puis d'essayer de
les aider, ça vous donne l'opportunité de mettre, comme je le disais, l'épaule
à la roue, je présume?
M. Chevarie (Vincent) : Oui,
exactement. Nous, c'est sûr que notre organisme, contrairement à d'autres, ne
fait pas d'accompagnement dans un futur proche. Nous, vraiment, on se
spécialise dans, notamment, notre service d'information par téléphone, nos
formations. Donc, et je le mentionnais... peut-être, j'aimerais revenir
là-dessus parce que je l'ai mentionné très rapidement, mais oui, bon, vous le
mentionnez, notre service d'information a connu une hausse assez marquante du
nombre de dossiers ouverts par des personnes immigrantes.
Au niveau de nos formations, je l'ai
mentionné, on a vu que... on a vu une hausse dans notre public, mais aussi,
parallèlement, on a vu une hausse des demandes des organismes en employabilité,
en francisation, en intégration à l'emploi. C'est aussi à cause de ça que,
maintenant, notre public est majoritairement composé de personnes immigrantes.
On entretient beaucoup de liens, dans le milieu communautaire, avec des
organismes qui oeuvrent dans ces trois domaines-là reliés à l'immigration, et
donc voilà.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. Chevarie. Merci pour cette première
ronde de discussions. Je me tourne du côté de l'opposition officielle, et c'est
la députée de Chomedey... Vous bénéficiez, Mme la députée, d'une période de
12 min 23 s. La parole est à vous.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour. J'ai vraiment bien aimé lire votre présentation. Ça
fait quelques jours, on rencontre beaucoup de groupes, et puis c'est vraiment
intéressant, voir tout... mais celui que vous présentez aujourd'hui, c'est plus
basé sur le côté humain, puis j'apprécie beaucoup votre présence aujourd'hui. Pour
moi et, je suis sûre, pour nous tous, notre qualité de vie au Québec est
importante pour nous, et donner... à voir les immigrants arriver et prendre la
relève, mais c'est pour continuer notre qualité de vie, mais, à titre égal. Il
faut les traiter au même niveau.
Donc il faut leur donner la qualité de vie
aussi. C'est ça que vous êtes en train de dire. Et puis, d'après ce que je
comprends dans vos propos, l'immigration doit être un projet inclusif et ne
doit pas être uniquement basée sur des critères économiques. L'immigration
n'est pas un problème, mais une solution. Il faut mettre plus de ressources
pour accueillir les regroupements familiaux et les réfugiés, leur permettre
d'être intégrés rapidement dans la société québécoise, parce qu'en ce moment ça
se peut qu'ils ne travaillent pas, difficultés de logement...
Donc, il y a beaucoup de problèmes que
vous avez mentionnés. Donc, il faut faciliter l'employabilité de l'ensemble de
ces nouveaux arrivants, pas une catégorie et non l'autre. Il faut traiter tous
de la même manière, donc pas juste les permanents, comme vous l'avez dit. Vous
trouvez que la francisation, au Québec, n'est pas optimale, et il faut
simplifier et bonifier la francisation partout au Québec, surtout dans les
régions éloignées. Est-ce que vous pouvez élaborer sur la francisation, au
Québec, que vous ne trouvez pas optimale? J'aimerais entendre un peu plus votre
opinion là-dessus, de votre regroupement, s'il vous plaît.
• (15 h 20) •
M. Chevarie (Vincent) : Oui,
malheureusement, comme je l'ai mentionné, nous, ce sont des échos qu'on a, des
témoignages qu'on a de la part de travailleurs, travailleuses qui ont dû passer
par des services de... ou qui passent présentement par des services de
francisation, que ce soit avec le gouvernement ou avec les organismes
communautaires. Donc, c'est difficile pour nous de se prononcer de manière plus
précise.
Ceci dit, je peux me répéter à ce sujet-là,
les échos qu'on a de nos partenaires, les campagnes sur lesquelles on travaille,
des regroupements desquels Au bas de l'échelle est membre, puis je dis ça sous
toutes réserves, parce qu'effectivement, comme M. le député l'a mentionné, il y
a certains projets... notamment Francisation Québec qui est en branle. Donc,
les résultats devraient être... on devrait avoir des conclusions prochainement.
Mais donc, ceci dit, pour ce qui est des <échos
qu'on a, c'est beaucoup des...
M. Chevarie (Vincent) :
Mais
donc, ceci dit, pour ce qui est des >échos qu'on a, c'est beaucoup
des... Les organismes, on le sait, sont épuisés. Les organismes communautaires
sont épuisés, mais continuent tout de même à essayer du... à faire des pieds et
des mains pour apporter cette aide-là pour permettre à ces personnes
immigrantes d'échanger, comme je mentionnais, de vivre une immersion
linguistique. Et donc, pour beaucoup de personnes qui passent par la
francisation auprès des services gouvernementaux, bien, on voit quand même
qu'il y a un certain... il y a un écart entre ce qu'on vit, nous, ici... ce
dont on est témoins plutôt, ici, à Montréal, et ce qu'on voit dans d'autres
villes, dans d'autres centres urbains, dans des centres urbains plus petits.
Donc, voilà, il y a un rebalancement à
faire, disons, mais je n'ose pas trop me prononcer, parce que, comme je le
mentionnais, la francisation, c'est moins le travail d'Au bas de l'échelle, ça
rejoint moins notre travail.
Mme Lakhoyan Olivier : Vous
avez mentionné dans votre mémoire que la condition de six mois, il faut
l'abolir. Pourquoi vous dites ça, quel... sur quoi... vous vous basez sur quoi?
M. Chevarie (Vincent) : On se
base, encore une fois, sur les témoignages qu'on reçoit, les témoignages qui
nous frappent en plein visage, parfois, parce que ce sont des personnes... Tu
sais, je le mentionnais dans le mémoire, mais les personnes immigrantes, puis
on n'est définitivement pas le seul organisme communautaire à l'avoir mentionné,
les personnes immigrantes vivent des réalités qui sont tellement différentes,
qui sont tellement uniques, qui sont tellement à l'opposé, bien souvent, de ce
que nous, on vit ici, et donc, dans les six premiers mois, puis même dans les
premières années, on voit que c'est difficile.
On voit que, oui, il y a des beaux
parcours, puis on est témoins de ça, puis on ne peut pas le nier. Toutefois, il
y a... ce qu'on remarque, c'est qu'il y a beaucoup aussi, malheureusement, puis
ça, c'est la grande majorité qui... que leur intégration, leur insertion prend
beaucoup plus de temps que le six mois qui est inclus présentement, qui est
prôné par le gouvernement.
Donc, on croit, à Au bas de l'échelle, que
d'enlever cette limite-là pour les personnes immigrantes, les nouveaux, les
nouvelles arrivants qui sont en phase d'intégration, ça leur permettrait
d'avoir un peu de répit et de pouvoir se concentrer sur tous les aspects de
leur vie, que ce soit le travail, avec la réinsertion professionnelle, trouver
un logement, faire vivre la famille, tout ce qui est alimentation. Tout ça,
c'est... bref, ça fait partie des enjeux auxquels ils sont confrontés.
Mme Lakhoyan Olivier : Je
comprends, je suis immigrante, et puis, quand on est arrivés avec mes parents,
mon père a travaillé tout de suite parce qu'il fallait... vivre la famille. Ma
mère est allée dans des cours de francisation, mais il n'y avait pas ce
stress-là que tu as une limite à apprendre. Je comprends, le six mois, c'est
stressant pour des nouveaux arrivants qui veulent... Tu sais, ils viennent dans
un pays occidentaux, Canada, Québec. Donc, c'est trop strict, six mois.
Donc, mettre une limite de l'apprentissage
de la langue et l'amélioration de la langue, je pense que c'est trop. On
n'avait pas de limite. On était contents d'être au Québec, et apprendre, et
vivre, et faire partie du Québec. Donc, je comprends que le six mois, ça n'a
pas d'allure. Ce n'est pas une loi... une règle qui pourrait faire partie...
dans un pays ou une province démocratiques. Personnellement, avoir vécu... j'ai
appris à l'école, ma mère a appris, mon père a appris plus longtemps, mais on a
réussi. Toute la famille, on a réussi. Donc, je comprends, cette partie-là, le
six mois, là, ce n'est pas nécessaire.
Est-ce que vous pensez qu'on utilise... la
francisation et le français, pourtant, très important, parce que c'est la
langue du Québec, mais est-ce qu'on met ça comme un bâton dans les roues pour
les gens qui vont venir de l'extérieur pour immigrer ici? Et puis une fois ici,
bien là, c'est sûr, tout le monde veut l'apprendre, le français, les immigrants
qui arrivent, n'importe quel statut. On reçoit beaucoup d'appels à mon bureau. À
Chomedey, on en a, des immigrants, des sans-papiers, des réfugiés. Donc, quand
ils n'ont pas des réponses sur l'Internet ou par téléphone, bien, ils nous
appellent.
Donc, je comprends l'importance de la
francisation, mais est-ce que vous trouvez que c'est un bâton dans les roues,
toutes ces <exigences-là, de français...
Mme Lakhoyan Olivier :
...est-ce
que vous trouvez que c'est un bâton dans les roues, toutes ces >exigences-là,
de français, vites, rapides et avant?
M. Chevarie (Vincent) : On ne
serait pas prêts à dire que toutes les dispositions, que toutes les mesures
sont... occasionnent des obstacles pour les personnes immigrantes. On l'a
mentionné dans le mémoire, le délai de six mois, c'est un point qui, pour nous,
est assez important, mais il y a aussi... Encore une fois, c'est ce qu'on
entend auprès d'organismes partenaires, auprès de certaines personnes
immigrantes qui nous contactent, c'est aussi, des fois, les niveaux d'exigence
pour avoir accès à la résidence permanente ou que ce soit pour faire avancer
leur dossier d'immigration. Très souvent, les exigences sont... l'exigence 7,
en fait, est très élevée, ce qui représente une difficulté même pour des
personnes qui ne sont pas issues de l'immigration, pour être honnête.
Donc, il y a ce type de mesures là qui
peuvent poser un bâton dans les roues, mais, en général, on le mentionnait dans
la partie de notre mémoire sur la francisation, Au bas de l'échelle reconnaît
l'importance de la francisation puis de l'apprentissage de la langue française.
Vous l'avez mentionné, on est d'accord là-dessus, puis c'est un combat qui doit
être mené autant par le gouvernement que par les organismes communautaires.
Mme Lakhoyan Olivier : Absolument,
je suis d'accord avec vous. À Chomedey, chez moi, il y a beaucoup d'organismes
aussi qui viennent en aide. Donc, vous êtes très important pour la société
québécoise parce que vous guidez et vous accompagnez les immigrants. À
Chomedey, nous avons le Carrefour intercultures de Laval. Je les visite souvent
et je sais le travail que vous menez.
Qu'est-ce que vous pensez... Vous parlez
de rehausser les cibles d'accueil pour l'immigration humanitaire et les
regroupements familials pour la période 2024‑2027. Je le sais, j'ai
beaucoup de familles dans mon comté qui aimeraient avoir leurs membres des
familles, le regroupement, et amener des travailleurs avec le regroupement
familial, de ce fait, moins les besoins de logements et accompagnement plus
facile par les membres des familles. Qu'en pensez-vous, de ça?
M. Chevarie (Vincent) : On
l'a mentionné dans notre mémoire, je ne me souviens plus exactement à quel
endroit, mais on est bien conscients que le dossier de l'immigration est un
dossier qui est complexe, entre autres, parce que les compétences sont
partagées entre le fédéral et le gouvernement du Québec. Ceci dit, on l'a vu
avec l'accord Ottawa-Québec de 1991, le gouvernement du Québec est en mesure de
gagner et de négocier certains engagements.
Puis pour faire... avant de répondre à
cette partie de la question, juste faire un point aussi sur le permis de
travail fermé. Nous, on le voit dans la même optique que... Oui, on sait que
c'est une compétence qui est fédérale, on sait que ça ne se réglera pas ici,
mais on souhaite quand même, puis ça fait partie de nos recommandations-phares,
d'ailleurs, que le gouvernement du Québec mette de la pression sur le
gouvernement fédéral pour abolir les permis fermés.
On l'a vu dans l'actualité récemment avec
le rapporteur de l'ONU qui a passé deux semaines au Canada. Dans les dernières
années, on a vu des cas d'accidents de travail, de décès, malheureusement, de
travailleurs, travailleuses temporaires qui étaient avec des permis fermés et
qui ont aussi souvent dû passer par des employeurs... Donc, il y a ça aussi
à... je pense, qui est un point important.
• (15 h 30) •
Mme Lakhoyan Olivier : Oui,
très important, on a entendu ça hier, beaucoup de cas vraiment très tristes,
mais, bon, voilà.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est tout le temps que nous avions. Merci
beaucoup, Mme la députée. On termine cette portion de discussions avec la
deuxième opposition pour une période de 4 min 8 s. La parole est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci beaucoup pour votre mémoire et votre présentation.
Vous en parliez avant de finir, abolir le
permis de travail fermé. C'est une discussion qu'on a depuis quelques jours
maintenant. J'ai soumis à cette commission un mandat d'initiative pour qu'on en
parle. Il y a un article du Devoir de ce matin, notamment, qui en parle
de notre proposition, et je lis, là, récemment que les libéraux ont confirmé
leur appui aussi... donc, dans l'espoir que la ministre en fera de même, et
qu'on puisse avoir un mandat d'initiative sur la question des permis de travail
fermés. Je le souhaite.
Vous avez parlé de hausser les cibles en
familial et en humanitaire. Le document de la planification mentionne 12 <mois
comme objectif de...
>
15 h 30 (version révisée)
<19593
M.
Cliche-Rivard :
...vous avez parlé de hausser les cibles en
familial et en humanitaire. Le document de la planification mentionne 12 >mois
comme objectif de délai de traitement dans l'économique. C'est un objectif qu'on
veut se donner du côté gouvernemental, mais il n'y a aucun objectif pour l'humanitaire,
pour le refuge, où les seuils peuvent monter jusqu'à 25 ans, même jusqu'à,
aussi, trois ans pour les familles.
Alors, ma question pour vous, c'est :
Comment se fait-il qu'il y ait certaines personnes qui méritent des délais plus
longs que d'autres? Comment ça se fait que les individus ne sont pas égaux
là-dedans? Et moi, j'avais toujours pensé... j'ai toujours pensé, en tant que
juriste, que les individus étaient égaux. Il me semble que, là, on a deux
délais de traitement différenciés pour les individus.
M. Chevarie (Vincent) : J'aimerais
répondre à votre question, j'aimerais avoir la réponse, mais même pour nous,
des fois, c'est difficile de comprendre cette disparité de traitement là.
Je l'ai mentionné au tout début, mais Au
bas de l'échelle, surtout à travers le Front de défense des non-syndiqué-e-s, a
milité et milite encore pour les droits, pour la reconnaissance de droits des
travailleurs, travailleuses temporaires. Ça, pour nous, c'est un exemple
frappant, parce que ces personnes-là viennent, de manière temporaire, combler
des besoins qui, finalement, sont récurrents. Ils sont récurrents à chaque
année. Et donc de voir qu'il y a cette disparité de traitement là, cette
disparité dans le traitement des dossiers, on trouve ça un peu difficile à
comprendre.
Puis on l'a vu, depuis les 20 dernières
années, que la proportion de travailleurs, travailleuses temporaires a
augmenté, jusqu'à un point où maintenant il est plus élevé... depuis 2008, je
crois, il est plus élevé que le nombre de résidents, résidentes permanentes.
Mais donc... puis on a eu des cas aussi, dans l'actualité, dans les dernières
années, du gouvernement qui a agi rapidement. On l'a reconnu. On prend l'exemple
des réfugiés ukrainiens, ukrainiennes, tout récemment. Donc, il y a comme un...
il y a deux poids, deux mesures puis...
M. Cliche-Rivard : Mais quel
message... Si vous permettez, quel message ça envoie, ça, à votre clientèle,
quand ils lisent dans le journal... quand on ouvre Le Devoir puis
qu'on lit : 25 ans d'attente pour la résidence? Quel message ça
envoie à votre clientèle?
M. Chevarie (Vincent) : Bien,
ça envoie le message que nous ne sommes... que les personnes immigrantes ne
sont pas tous et toutes égaux et ils ne sont pas tous et toutes valorisés, pour
le gouvernement. Je l'ai mentionné au début du mémoire, au début de la
présentation, mais l'immigration économique, parce qu'elle est priorisée, bien,
fait en sorte que ce sont, malheureusement, les travailleurs, travailleuses qui
favorisent les besoins économiques, qui comblent les besoins économiques, qui
vont être priorisés. Et donc, voilà, de savoir que des procédures vont parfois
être rapides et efficaces, mais, dans d'autres cas, extrêmement lentes et
paralysées, c'est très décevant.
M. Cliche-Rivard : Donc, vous
soutenez qu'il devrait y avoir un délai de traitement uniforme pour toutes les
catégories et que tout le monde soient égaux. Si on a un objectif de 12 mois,
on l'a pour tout le monde, puis il n'y en a pas qui doivent attendre 25 ans?
M. Chevarie (Vincent) : Tout
à fait, tout à fait. Puis, bien...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant. Allez-y.
M. Cliche-Rivard : Allez-y.
M. Chevarie (Vincent) : Bien,
j'allais rajouter que les événements des dernières années ont démontré qu'autant
le gouvernement fédéral que le gouvernement provincial a la capacité de le
faire. Donc, qu'est-ce qu'il faut, c'est de la volonté politique.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Le temps est terminé. Merci beaucoup de l'apport
à notre... aux travaux de notre commission.
Alors, Mmes et MM. les élus, nous allons
suspendre quelques instants, le temps de recevoir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 35)
(Reprise à 15 h 43)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons, pour l'heure, la Fédération
des chambres de commerce du Québec. Je vais me permettre de saluer
M. Charles Rémillard, président-directeur général; M. Alexandre
Gagnon, vice-président, Travail et capital humain; ainsi que Mme Audrey
Langlois, conseillère principale, Main-d'oeuvre et affaires publiques.
Bienvenue à la commission.
Je vous... Vous êtes des habitués, mais je
vais quand même vous rappeler que vous avez une période de 10 minutes pour
faire votre exposé, et nous allons ensuite entreprendre une période de
discussion avec les parlementaires. La parole est à vous.
Fédération des chambres de commerce du Québec
(FCCQ)
M. Milliard (Charles) : Alors,
merci, Mme la Présidente. Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, merci
beaucoup de nous accueillir aujourd'hui. Je profite de l'occasion pour vous
souhaiter également une belle rentrée parlementaire.
Alors, Mme la Présidente, vous nous avez
déjà présentés, donc je suis Charles Milliard... Alexandre Gagnon et Audrey
Langlois qui m'accompagnent aujourd'hui pour la période d'échange. Vous aurez
remarqué que j'ai aussi... on a, ma foi, pratiquement rempli la salle. Je suis
accompagné, physiquement mais aussi virtuellement, de plusieurs personnes de
partout au Québec qui représentent, je suis fier de le dire, la force de notre
réseau.
Vous connaissez la FCCQ, mais je me
rappelle... je rappelle quand même que notre organisation porte deux chapeaux,
donc, celui de chambre de commerce provinciale, avec plus de
1 200 membres corporatifs de toutes les provenances et de tous les
secteurs d'activité, mais aussi le fameux regroupement de près de
130 chambres de commerce locales et régionales. Alors, je veux remercier
mes collègues d'avoir fait la route aujourd'hui, plusieurs régions du Québec,
pour appuyer notre message sur le sujet crucial qui nous occupe ici.
Les présentes consultations étaient
vivement attendues par la communauté d'affaires, tout le monde le sait, et
doivent permettre de dresser des constats et de donner une direction claire au
dossier de l'immigration au Québec. Par contre, soyons honnêtes, s'il y a une
chose qu'il sera difficile d'accomplir, malgré toute la meilleure volonté du
monde, c'est de dépolitiser totalement le dossier de l'immigration.
Dans tous les systèmes démocratiques, la
question de l'acceptation ou non de nouveaux citoyens soulève les passions. Ce
qu'il faut collectivement souhaiter au cours des prochaines semaines, selon
nous, c'est de réussir à objectiver, à documenter et à chiffrer au maximum la
réalité migratoire du Québec pour ensuite permettre à nos élus, à vous, de
trancher avec les faits disponibles. Bref, le maximum de science et le minimum
d'émotion, et ça vaut pour tous les partis.
Notre mémoire contient
22 recommandations qui supportent, évidemment, vous l'aurez deviné, une
posture d'accueil beaucoup plus large à l'immigration, mais, dans l'intérêt du
temps et par souci de complémentarité avec les autres intervenants, je souhaite
mettre la lumière sur deux aspects aujourd'hui, donc, l'importance des données
pour réussir nos ambitions et la régionalisation de l'immigration.
Le Québec est un exemple inspirant en
Amérique du Nord quant à la mobilisation des acteurs sociaux pour dégager des
consensus et pour rallier la société civile autour d'objectifs communs. La FCCQ
est d'ailleurs fière de participer à plusieurs de ces forums. Je pense, entre
autres, à la Commission des partenaires du marché du travail. Malheureusement,
en matière d'immigration, ces instances se butent parfois à un certain mur
d'opacité.
En 2019, lors de la dernière consultation
sur la planification de l'immigration pour 2020‑2022, la CPMT a unanimement
demandé au gouvernement de mettre de l'avant un tableau de bord gouvernemental
en immigration afin de définir mais aussi de quantifier notre capacité commune
d'intégration. Malgré le soutien du gouvernement, à l'époque, ce tableau de
bord, force est de reconnaître, tarde à être rendu public, et nous nous en
désolons. Sans cet outil, l'utilisation de l'expression «capacité
d'intégration» devient à tort un terme qu'on rejette parce qu'on ne sait pas ce
que ça veut dire.
Par contre... Or, la capacité <d'intégration,
ce n'est pas...
M. Milliard (Charles) :
Par
contre... Or, la capacité >d'intégration, ce n'est pas un concept
anodin, ce n'est pas un concept restrictif, ce n'est pas un concept négatif,
bien au contraire. Connaître sa capacité d'intégration, c'est comprendre d'où
l'on part, quelle est notre posture de base et c'est s'aider pour savoir où
investir pour réussir la promesse faite aux dizaines de milliers de personnes
qui choisissent le Québec chaque année. Alors, encore une fois, plus de
chiffres égalent moins de rêves déçus.
À la grandeur du Québec, on s'inquiète
qu'il soit difficile d'obtenir les informations nécessaires afin d'évaluer dans
quelle mesure on peut réussir nos projets collectifs en immigration. Je pense,
entre autres, évidemment, pour une région donnée, à la disponibilité réelle de
logements, à la capacité d'accueil dans nos écoles, dans nos services de garde,
à la capacité résiduelle de support par les organismes d'intégration et
d'employabilité. J'ajouterais aussi à ça les infrastructures sportives, les
infrastructures culturelles. Alors, la réalité du Québec, elle est plurielle,
et un seul chiffre de seuil d'immigration, même s'il fait souvent une bonne
nouvelle dans les journaux, est insuffisant pour traduire cette réalité-là.
C'est avec des données en main, qu'on devrait diffuser publiquement, que le
gouvernement ira chercher le consensus social nécessaire au succès de sa
politique.
Les données quant aux besoins de
main-d'oeuvre sont connues, vous les connaissez mieux que moi, même. Il y a
encore près de 200 000 postes vacants au Québec à l'heure actuelle,
et Emploi-Québec estime avoir besoin d'environ l'arrivée de 40 000 travailleurs
de plus par année provenant de l'immigration. Nous avons, vous le savez aussi,
une connaissance assez précise des profils et des spécialités que nos
entreprises recherchent ou rechercheront dans le futur proche. L'immense
popularité de l'immigration temporaire est la démonstration flagrante, selon
nous, des immenses besoins des employeurs et de l'incapacité relative des
programmes d'immigration permanente actuelle d'y répondre. D'ailleurs, ne vous
trompez pas, un grand nombre de détenteurs de permis de travail temporaire,
bien sûr, ont toujours eu l'ambition de s'implanter durablement au Québec.
Malheureusement, le niveau des seuils d'immigration des dernières années a
prolongé indûment l'attente de travailleurs étrangers qui souhaitent choisir le
Québec et qui sont pourtant, justement, bien implantés en emploi, vivant en
français, même la plupart depuis plusieurs années.
Au même moment, le gouvernement reconnaît,
dans le document de consultation, et on y souscrit entièrement, qu'un étudiant
étranger étant au Québec depuis plusieurs années et démontrant une capacité
suffisante de français a tous les atouts pour réussir son intégration à la société
québécoise. Alors, cette logique serait tout aussi bonne en regard aux
travailleurs étrangers ayant un statut temporaire. Pourquoi prolonger l'attente
et la précarité d'un travailleur étranger en emploi et désirant rester au
Québec? Selon nous, les travailleurs étrangers temporaires qui désirent
bénéficier du programme de l'expérience québécoise ne devraient pas être soumis
à une quelconque limite de seuil. À bien des égards, ils ont justement démontré
non seulement leur capacité, mais leur volonté de s'intégrer chez nous.
Évidemment, passer sous silence la
question des délais de traitement des demandes reviendrait, pour nous, à mal
faire notre travail. Alors, bien sûr, il est inacceptable, pour nous, qu'on se
contente de viser un délai de traitement des demandes d'immigration en 12 mois,
alors qu'il est de six mois pour les demandes faites ailleurs au Canada, et
le Québec fait partie du Canada, du moins, la dernière fois que j'ai vérifié, en
passant par le programme Entrée express.
Alors, devant ce manque de compétitivité,
il ne faut pas se surprendre que certains cherchent à en profiter. Je pense,
entre autres, et je l'ai vécu dans plusieurs de mes tournées, entre autres, en
Abitibi, en Outaouais, je pense à des entreprises ontariennes qui se spécialisent
et qui sont devenues expertes, un peu, à mettre le trouble à la frontière pour
convaincre de nombreux candidats de l'immigration que, quelques kilomètres plus
à l'ouest, les choses sont moins compliquées. Alors, ne perdons jamais de vue
que les nouveaux arrivants qui ont choisi le Québec, ils l'ont choisi pour
plein de bonnes raisons, mais les débats constitutionnels n'en font pas partie.
• (15 h 50) •
Je termine notre allocution en mentionnant
l'importance de la régionalisation de l'immigration, un point sur lequel, je
pense, nous sommes tous d'accord. Le gouvernement a révélé, l'année dernière,
son plan d'action afin de privilégier la régionalisation dès la déclaration
d'intérêt du candidat à l'immigration. Chapeau, c'est une excellente stratégie que
nous soutenons. Cependant, pour que ce soit un succès, il faut s'assurer que
les budgets soient présents, et qu'ils servent à faire la promotion des régions
du Québec, et que la représentation des régions soit forte pour participer à
l'effort de séduction à l'international. Je crois d'ailleurs que les dirigeants
de nos chambres de commerce sont très bien positionnés pour faire cette
séduction à l'international.
Dans un sondage qu'on a effectué en mai
dernier, à la FCCQ, 63 % des répondants disaient ne pas connaître
d'organisme qui pourrait les appuyer dans leurs efforts de recrutement
international. C'est quand même un chiffre important. Nos employeurs en région
doivent pouvoir bénéficier des mêmes excellents services qui sont, d'ailleurs,
offerts dans les grands centres en ce moment.
Alors, si je peux imager mon propos, dans
nos kiosques d'information qui vendent ou qui font la promotion du Québec à
l'international, oui, ça nous prend des photos du Stade olympique, du Château
Frontenac, de Bonhomme Carnaval, mais ça nous prend aussi des photos des fjords
du Saguenay, du lac Témiscamingue, du <centre-ville de Rimouski...
M. Milliard (Charles) :
...
aussi des photos des fjords du Saguenay, du lac Témiscamingue, du >centre-ville
de Rimouski, faire connaître tout de suite la beauté et l'ensemble du Québec
aux gens qui veulent nous choisir.
Alors, en terminant, sachez que la FCCQ
sera toujours l'alliée des élus qui souhaitent un Québec résolument ouvert à
l'immigration, et qui définit les contours de son action par une démarche
rationnelle, chiffrée, et qui donne une opportunité équitable à toutes les
régions de se faire connaître auprès de nos futurs concitoyens. Je vous
remercie.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. Milliard. Nous allons donc entamer
d'ores et déjà la période d'échange avec les élus. Nous allons commencer du
côté du gouvernement avec une période, je vous rappelle, de 16 min 30 s. La
parole est à vous, Mme la ministre.
Mme Fréchette : Merci. Merci,
Mme la Présidente. Merci, M. Milliard. Merci à toute l'équipe de la FCCQ
et à tous les supporteurs enthousiastes ici présents. Contente de voir un grand
groupe, ça montre l'importance que vous accordez à l'exercice, un exercice qui
se veut essentiel et crucial par rapport à la nature des enjeux dont on discute
et aux décisions qui seront à prendre au terme de cette consultation-là.
Il s'agit d'une vraie consultation,
M. Milliard. Je voyais tout à l'heure que vous m'invitiez à faire preuve
de transparence et à dire lequel des deux scénarios je privilégiais pour les
futurs seuils en immigration et je voulais vous dire que le fait même d'avoir
soumis deux scénarios, c'est de faire preuve de transparence. Je ne pourrais
être plus transparente qu'en mettant sur la table ces deux scénarios pour
lesquels nous consultons les parties prenantes. Si, de votre point de vue, vous
n'accordez pas de valeur à l'exercice qui est en cours, sachez que ce n'est pas
mon cas. C'est ce pour quoi on tient cette consultation.
M. Milliard (Charles) : Je
peux répondre?
Mme Fréchette : Si vous le
souhaitez.
M. Milliard (Charles) : Oui. En
fait, oui, parce que je suis d'accord avec vous... en fait, je fais partie
probablement, désormais, d'un club dans lequel vous faites déjà partie, celui
des mal-cités, parce que j'ai justement mentionné que, pour toutes les fois où
on pense que les politiciens font des consultations alors que le rapport est
déjà écrit, je suis d'avis que cette consultation-là a une pertinence
importante. Par contre, je m'attends à ce qu'on connaisse votre... connaître
votre décision rapidement à la fin des consultations et non aujourd'hui. Alors,
je tiens à préciser.
Mme Fréchette : À la fin.
D'accord.
M. Milliard (Charles) : Voilà.
Alors, on s'entend là-dessus.
Mme Fréchette : Mais le
processus doit suivre son cours, et c'est ce que nous faisons.
M. Milliard (Charles) : Bien
sûr.
Mme Fréchette : Alors,
parfait. Alors, j'aimerais obtenir quelques précisions sur certaines de vos
recommandations. Je commencerais par votre position, une position qui m'a
surprise, sur l'orientation 3. Vous mentionnez, en fait, que vous ne
recommandez pas que la part de la sélection québécoise dans l'ensemble de
l'immigration au Québec soit accrue. Les personnes, donc, sélectionnées par le
Québec, bien, comprennent les travailleuses, travailleurs qualifiés, les gens
d'affaires, les gens accueillis pour des motifs humanitaires. Et nous, ce
que... le scénario qu'on propose, c'est de rehausser la part... un des
scénarios qu'on propose, c'est de rehausser la part occupée par le Québec, et
vous avez des réserves par rapport à ça. Alors, je voulais comprendre le
pourquoi vous avez des réserves.
M. Gagnon
(Alexandre) :Oui. Effectivement, notre
enjeu, ce n'est pas qu'il y ait davantage d'immigrants économiques. Évidemment,
vous comprendrez que c'est quelque chose qu'on désire. Ce qu'on ne veut pas,
cependant, c'est de faire la compétition entre l'immigration humanitaire,
l'immigration de regroupement familial et l'immigration économique.
Dans nos recommandations, notamment, ce
qu'on met de l'avant, c'est que les immigrants qui sont ici, qui ont déjà un
permis temporaire et qui ont fait la preuve qu'ils étaient capables de
s'intégrer ne devraient pas faire partie des seuils. Donc, on devrait, au même
titre que les étudiants, considérer qu'ils sont pleinement intégrés, qu'ils
sont des facteurs de succès de l'intégration des immigrants au Québec. Et, par
le fait même, de venir comparer un ou l'autre, ça vient... c'est un faux débat.
Donc, nous, ces personnes-là ne devraient pas être comptées dans nos seuils. De
fait même, le pourcentage du 60 000 ou du 50 000 maintenu, là, qui
resterait, bien, par la force des choses, il ne serait plus important dans le
calcul, là.
Mme Fréchette : OK. Je
comprends votre perspective. Je vous amènerais maintenant à la dernière
recommandation, on reviendra à d'autres précédentes ultérieurement. En
fait, la recommandation 22, je vais la lire, là, pour le bénéfice des gens
ici présents. Donc, vous proposez d'«asseoir la révision pluriannuelle des
seuils d'immigration sur des données probantes et par région, en favorisant des
concertations plus fréquentes auprès des employeurs, organismes communautaires
et ceux spécialisés en immigration».
Alors, j'aimerais que vous me précisiez,
bien, la pensée, là, de cette mécanique que vous proposez. Comment est-ce que
vous verriez que ça puisse fonctionner puis quelle serait la nature des données
dont vous croyez qui seraient essentielles pour la prise de décision?
M. Gagnon
(Alexandre) :On a parlé tout à l'heure,
là, du grand succès que connaît la Commission des partenaires du marché du
travail à regrouper tous ces <acteurs-là et avoir...
M. Gagnon
(Alexandre) :
...
Commission
des partenaires du marché du travail à regrouper tous ces >acteurs-là et
avoir des décisions claires, parce que les bonnes personnes sont à la table, et
à partager ces données-là, et à se développer des visions communes.
Malheureusement, lorsqu'on parle
d'immigration, on n'a pas ce genre de tribune là. C'est toujours sous l'égide
du ministère de l'Emploi et, lorsqu'on veut obtenir des données en provenance
du ministère de l'Immigration, c'est toujours un petit peu périlleux. On a
rarement réellement les données précises ou on n'a jamais l'occasion de
débattre avec les personnes représentant le ministère de l'Immigration sur ces
données-là, notamment dans les conseils régionaux des partenaires du marché du
travail. Il y en a 17 au travers... dans l'ensemble des régions du Québec.
Longtemps, il y a eu des représentants du
ministère de l'Immigration qui étaient là, qui étaient présents pour discuter,
de voir les obstacles à l'immigration puis au succès de l'employabilité de ces
personnes-là. Malheureusement, c'est quelque chose qui a disparu avec les
années. On demande à ce que ça revienne, on demande qu'il y ait une table de
discussion équivalente à ce qui se passe à la Commission des partenaires du
marché du travail, mais qui soit sous l'égide du ministère de l'Immigration,
afin d'avoir des débats sereins avec des positionnements, des engagements,
également, de chacun des partenaires dans ces débats-là.
Mme Fréchette : Donc, quelque
chose dont la composition s'apparenterait au CPMT correspondrait, grosso modo,
aux intervenants que vous verriez... qui soient autour de la table?
M. Milliard
(Charles) : Un véhicule similaire, oui.
Mme Fréchette : OK. Bien,
justement, restons avec la CPMT. Vous avez une proposition, votre proposition
d'accroître la concertation avec les acteurs du milieu, comme les associations
patronales, na, na, na... de laquelle vous êtes membre. Donc, vous siégez, en
fait, déjà à la CPMT.
Est-ce que vous considérez que les travaux
de la CPMT portant sur l'immigration devraient être renforcés suivant ce que
vous venez de proposer ou encore vous verriez qu'une autre instance soit créée?
Parce que vous dites : Il faudrait que ce soit sous l'égide du ministère.
Est-ce que c'est parce que vous verriez le CPMT qui ait un lien avec le
ministère ou ce serait une autre instance à créer?
M. Gagnon
(Alexandre) :Ça pourrait très, très bien
être en dessous de l'égide de la CPMT, mais il faudrait qu'il y ait un
engagement clair du ministère de l'Immigration à participer à ces travaux-là et
à amener les informations nécessaires pour que tout le monde ait cette vue
globale. La Commission des partenaires du marché du travail a toute l'expertise
pour y arriver. Les gens autour de la place sont très compétents et
représentent l'ensemble des forces vives en lien avec l'employabilité puis les
régions, notamment. C'est une bonne place pour ça. Mais on a besoin d'un
engagement plus clair du ministère de l'Immigration dans la collaboration à ces
travaux.
M. Milliard (Charles) : Vous
savez, d'ailleurs, que c'est un forum qui est un peu jalousé dans le reste du
Canada. On est les seuls à avoir la qualité de cette institution-là qui, pour
le bénéfice des gens qui ne la connaissent pas, rassemble les forces
syndicales, patronales, d'éducation, communautaires. Alors, quand tous ces
gens-là sont d'accord, au Québec, on en a un bon bout de fait, là. Donc, moi,
je considère qu'on a un véhicule splendide, mais qu'on le laisse un peu dans le
garage, là.
Mme Fréchette : D'ailleurs,
on le valorise beaucoup, ce véhicule-là, auprès du fédéral, notamment auprès de
DSC, parce que c'est une instance, effectivement, qui offre beaucoup, qui
valorise la concertation entre les différents milieux. Et je pense
qu'effectivement ça fait des jaloux. Donc, on s'en vante également...
M. Milliard (Charles) : Avec
raison.
Mme Fréchette : ...quand on
interagit avec le fédéral.
Je vous amènerais maintenant à la
recommandation 13. Donc, vous proposez, en relation avec l'orientation 9
sur la régionalisation dont vous avez parlé tout à l'heure, de mettre sur pied
une stratégie de développement de l'offre de logements adaptée aux besoins des
travailleurs dans l'ensemble des régions du Québec, en concertation avec les
chambres de commerce, entreprises et organismes communautaires.
Donc, est-ce que vous pourriez nous donner
plus de précisions sur la façon dont une telle stratégie pourrait fonctionner
et sur quelle base, dans le fond, on devrait... sur quelles informations on
devrait se baser pour prendre des décisions à travers une instance de cette
nature-là pour développer l'offre de logements? Est-ce qu'il ne s'agit pas de
choses qui, normalement, devraient être... devraient provenir des régions
elles-mêmes?
• (16 heures) •
M. Gagnon
(Alexandre) :Bien, ça vient justement de
connaître la réalité puis de ce qui s'en vient, hein, si on veut savoir...
Justement, on parle beaucoup du nombre de travailleurs étrangers temporaires,
on parle beaucoup des besoins éventuels des entreprises puis des organisations.
Ça se prépare. Donc, si on s'attend de créer, par exemple, une mégagrappe, au
niveau de la filière batterie, dans le Centre-du-Québec puis qu'on a besoin
d'avoir un attrait, soudainement, de plusieurs milliers de nouveaux
travailleurs, bien, il faut le prévoir, il faut voir c'est quoi, les ressources
qu'on a en présence pour accueillir puis... pour accueillir ces nouvelles
personnes là, ces nouveaux travailleurs là. Donc, pour bien savoir le plan de
développement des résidences, des domiciles à construire, ça nécessite d'avoir
une vue que ces personnes qu'on a nommées pourraient donner aux instances afin
de développer le plan.
Mme Fréchette : Est-ce que
vous verriez que ces logements-là doivent être réservés, construits en fonction
des personnes immigrantes ou pour les Québécois en général, espérant que des
personnes immigrantes <puissent s'y loger...
>
16 h (version révisée)
<19269
Mme
Fréchette :
...immigrantes ou pour les Québécois, en général, espérant
que des personnes immigrantes >puissent s'y loger? C'est...
M. Milliard (Charles) : Spontanément,
je ferais attention de ne pas ghettoïser non plus, là, certains quartiers ou
certaines sections. Mais c'est... le principal enjeu, quand vous vous promenez
en région comme moi, là, il y a une volonté d'accueillir les gens. On sait que
l'immigration est une des solutions à bien des enjeux en région, mais c'est
toujours... ça revient toujours, toujours, qu'importe la région, à la question
du logement puis cette capacité-là.
Alors, nous, ce qu'on dit... On sait que
ce n'est pas un problème facile à régler. On n'arrive pas avec une baguette
magique non plus. Mais je pense que le réseau privé des chambres de commerce
devrait faire partie de cette discussion-là. Bien sûr, je suis biaisé, je suis
président de la Fédération des chambres de commerce, mais je pense que, dans
toute cette mer d'organisations publiques, parapubliques, il doit y avoir une
voie privée qui peut amener un regard privé. Et c'est un terme positif à ces
réflexions-là.
Alors, c'est un peu dans cet esprit-là qu'on
propose un canevas. Et puis Dieu sait que je ne veux pas non plus qu'on fasse
de la structurite, puis qu'on crée une CPMT 2.0, puis une autre organisation
régionale. Si on peut être le plus simple possible, tant mieux, mais on doit
inclure les gens qui sont derrière moi, à titre d'exemple.
Mme Fréchette : Mme la
Présidente, il nous reste combien de temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il reste 5 min 50, 49, 48...
Mme Fréchette : Cinq minutes?
Bon, je me lance dans une dernière question. Bien, d'une part, un des
commentaires que je reçois beaucoup quand je suis en région, c'est la
difficulté qu'ont les villes, les régions, de construire du logement avec des
entrepreneurs, parce que les coûts sont additionnels, donc la distance crée un
enjeu aussi. Parfois, il n'y a pas d'entrepreneurs locaux aussi qui se
spécialisent dans ce domaine-là. Donc, si jamais vous avez des propositions à
nous soumettre, on sera tout ouïe.
Puis j'aimerais.... en fait, je profite de
votre passage pour prendre des nouvelles, en fait, du programme qu'on a annoncé,
il y a quelques jours à peine, en Outaouais, pour savoir si vous avez eu vent,
déjà, qu'il y a des entreprises qui s'inscrivaient dans un programme. Il s'agit
d'un programme de francisation pour des petites entreprises. Donc, est-ce que
vous avez eu des échos positifs déjà?
M. Milliard (Charles) : Bien,
plusieurs types d'échos. Premièrement, il y a certaines régions qui sont
jalouses, qui aimeraient aussi faire partie du projet pilote, puisque vous me
le demandez. Mais, trêve de plaisanterie, je pense que ça... j'espère que vous
convenez avec moi que ça témoigne de notre volonté de contribuer. On n'est pas
seulement en mode de se plaindre ou de proposer des solutions. On se relève les
manches, on veut aider les entreprises, dans le cadre du programme dont vous
parlez, de moins de 25 employés, donc qui ne sont pas assujettis à toute la
nouvelle réglementation, de s'intéresser puis de fusionner avec la communauté d'affaires
francophone.
Alors, on a déjà des manifestations d'intérêt
intéressantes. Il y a eu beaucoup d'attention médiatique sur ce point-là, mais
moi, je cesserais... je souhaiterais, plutôt, que l'attention médiatique
diminue parce que je ne veux pas, justement, en faire quelque chose sous les
projecteurs, où on va dire à la personne qui a une petite entreprise de cinq
employés : Allez, apprends le français, puis on va regarder ta
présentation puis ton PowerPoint. Ce n'est pas ça qu'on veut. On veut que ça
soit sous le radar, on veut que ça soit non invasif, que ce soit volontaire. On
veut que les gens aiment le français puis ils l'aiment tellement qu'ils
décident d'en parler de 9 à 5 aussi au travail.
Alors, on peut dire ça puis, en même
temps, dire qu'on ne peut pas se priver de tous les talents dont on a besoin au
Québec pour la seule question de la langue. Donc, je sais que vous ne visez pas
non plus 100 %. Il y a un petit désaccord sur ce point-là parce que c'est
peut-être un excès d'honnêteté, mais il faut quand même reconnaître que, dans
plusieurs secteurs, ça va être difficile d'aller chercher des expertises qui
sont essentiellement francophones. Alors, il faut amener ces gens-là le plus
possible... s'ils parlent déjà français, c'est très bien, mais il faut les
amener, il faut leur offrir rapidement les offres de francisation.
Et moi, je continue de penser qu'une des
belles offres de francisation, c'est de se promener sur le boulevard Taché, à
Montmagny, sur le boulevard des Forges, à Trois-Rivières, ou sur l'avenue
Principale, à Rouyn. Vous allez voir que le français va faire une grosse partie
du travail.
Mme Fréchette : Effectivement,
vous parlez à une Trifluvienne, alors...
M. Milliard (Charles) : Oui,
c'est vrai. Oui, hein?
Mme Fréchette : Mme la
Présidente, je vais céder le droit de parole pour la suite.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Merci beaucoup, Mme la ministre. M. le député de Saint-Jean,
il vous reste trois minutes.
M. Lemieux : Merci, Mme la
Présidente. On pourrait parler du boulevard du Séminaire à
Saint-Jean-sur-Richelieu, ou les gens de mon âge vous parlaient de la Grand'Rue,
qui est la rue Richelieu.
M. Milliard, monsieur, madame et
votre...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
M. Lemieux : Bon, d'accord.
Je savais que je partirais quelque chose, là. Mais je voulais enchaîner, ne
serait-ce que pour rebondir sur ce dont vous parliez avec la ministre au sujet
de ce programme Développer des affaires en français. Vous n'aviez pas encore
terminé l'annonce que j'étais en train de texter avec le président de ma chambre
de commerce, le CCIHR, pour dire : Il faut que tu embarques là-dedans, là,
hein? Embarque.
Effectivement, je trouve qu'il y a
beaucoup de mérite... puis je voulais rester là-dedans, mais, question plus
pointue, vous appuyez l'orientation 8, je vous ramène à votre... dans votre
mémoire, c'est sur la bonification des actions visant la reconnaissance des
compétences des personnes <immigrantes...
M. Lemieux :
...sur la
bonification des actions visant la reconnaissance des compétences des personnes
>immigrantes.
(Interruption) Pardon. Et je voulais
savoir dans quelle mesure... la meilleure manière de communiquer les différents
outils disponibles pour être capables de louvoyer dans... et de cheminer à
travers ce qui, de toute évidence, pour certaines personnes immigrantes, est
compliqué, pour qu'elles puissent s'intégrer rapidement au marché du travail
québécois.
Alors, deux questions, mais je les pose en
même temps parce qu'on va arriver bientôt à une minute et quelques, vous savez
comment ça fonctionne. Alors, quelles sont les meilleures matières... les
meilleures manières de communiquer? Et comment est-ce que la FCCQ peut
s'impliquer dans le partage d'information? Parce que c'est une chaîne, la
communication, hein, l'émetteur, le récepteur, puis, entre les deux, il y a un
paquet de monde.
M. Gagnon (Alexandre) :Bien, la meilleure façon... puis, on sait, il y a des
belles choses qui sont en train de se faire par rapport à ça à l'international,
où on commence à préparer les candidats à l'immigration dès le départ, à
utiliser les ressources en place pour... commencer leur démarche de
reconnaissance. Ça, c'est des bonnes choses qu'on est en train de faire. Il
faut renforcer ça. Ça se fait bien.
Là où est-ce que les chambres de commerce
peuvent s'impliquer, où est-ce que nous, on peut s'impliquer, c'est
qu'actuellement toute la reconnaissance est beaucoup axée sur la diplomation,
hein? On est là pour voir en quoi tel diplôme correspond à tel diplôme, mais,
au niveau des expériences de travail, c'est très difficile de faire cette
reconnaissance des acquis là parce qu'on parle toujours en termes de diplomation.
Donc, il y a un moyen de... par une approche par compétences, puis on travaille
très fort sur ça, vous allez nous en entendre parler dans les prochains mois.
Mais c'est par une approche par compétences qu'on est capables de venir
reconnaître les vrais acquis puis les vraies capacités des candidats à
l'immigration ou à n'importe quel Québécois qui ont des... qui apprennent
autrement que sur les bancs d'école.
M. Lemieux : Il ne me reste
pas assez de temps pour poser une question, parce que vous ne pourriez pas
répondre, mais, avec les 15 secondes qu'il me reste, je veux dire que moi,
je suis un grand régionaliste, et ça ne changera peut-être pas l'opinion de la
ministre par rapport à l'issue finale des enjeux, mais moi, je suis bien
content que vous ayez amené tout ce monde-là avec vous. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. le député. Je me tourne maintenant du
côté de l'opposition officielle avec un temps total de 12 min 23 s. La
parole est à vous, M. le député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous trois. Bonjour à toute la délégation qui vous
accompagne, à ceux et celles qui nous suivent en ligne. Très heureux de vous
revoir encore une fois sur un sujet extrêmement important.
Que pensez-vous de la capacité d'accueil?
Vous avez vu, je ne sais pas, la déclaration du PDG du Conseil du patronat, qui
disait que le problème du Québec n'est pas sa capacité d'accueil, mais sa
courbe démographique vieillissante. Vous, à la FCCQ, est-ce que, la capacité
d'accueil du... au Québec, limitée ou illimitée?
M. Milliard (Charles) : Je
prends le temps de réfléchir, parce que la réponse, c'est... je ne suis pas
certain qu'on le sait. Le point, c'est d'aller, justement, chercher ces
données-là pour connaître notre position de base et ensuite savoir où investir.
Alors, la position avec le Conseil du patronat, elle n'est pas si différente de
la nôtre. On veut savoir quelle est la réalité au Québec puis on veut savoir où
on doit investir pour accueillir le nombre d'immigrants qu'on veut avoir et que
nos élus décideront.
Alors, cette question-là, de capacité
d'intégration, pour moi, c'est un terme positif qui veut dire : On en est
où puis qu'est-ce qu'il manque? Ce n'est pas... Ce n'est pas une façon de dire :
On n'a plus de place. Au contraire, sinon, on ne serait pas ici.
• (16 h 10) •
M. Derraji : Est-ce que c'est
ce que vous voulez en termes de tableau de bord? Parce que, vous savez,
écoutez, je ne veux pas faire de la politique, là, mais la plupart des
ministres et des ministères, ils ont des tableaux de bord, des indicateurs...
Genre, aujourd'hui, on parlait des chirurgies, on est capables d'aller voir
qu'il y a 66 femmes en attente de chirurgie oncologique, qui souffrent
d'un cancer du sein. C'est aujourd'hui. Je suis capable d'aller chercher
combien de personnes souffrent du cancer de la prostate, qui sont en attente.
Des hors-normes, on en voit, on en voit beaucoup.
Maintenant, vous, ce que vous voulez ramener
sur la table... parce que vous êtes le premier groupe qui le mentionne, pour
vous, un tableau de bord est très important pour savoir comment on navigue.
Est-ce que j'ai bien résumé votre proposition?
M. Gagnon (Alexandre) :On a... Lorsqu'on fait une analyse stratégique, toujours,
dans n'importe quelle organisation, on veut savoir le portrait de... le bilan
de santé de ton organisation pour savoir, un, qu'est-ce qu'on a besoin de
faire, et, deux, de connaître les impacts des actions qu'on va mettre en place.
Donc, un tableau de bord gouvernemental en immigration... Puis ce n'est pas
uniquement nous qui l'avons dit, hein? La Commission des partenaires du marché
du travail l'avait mis dans leur mémoire, le gouvernement l'avait mis dans son
plan d'action en régionalisation qui a été émis l'année passée. Il y a moyen
d'avoir des consensus, on est capables d'y arriver.
Ce qu'on a besoin, c'est d'avoir des
données claires, de savoir que, si, aujourd'hui, il nous manque
500 logements dans une région, si on fait des investissements <majeurs...
M. Gagnon (Alexandre) :
...si on fait des investissements >majeurs,
ça va être quoi, les répercussions dans un an, ça va être quoi, les
répercussions dans deux ans. Est-ce que les investissements qu'on a faits ont
atteint les résultats?
M. Derraji : Pour être sûr...
Parce qu'au Conseil exécutif, moi, je suis capable d'aller voir, au niveau du ministère... parce
que vous parlez de plan stratégique, juste pour qu'on s'entende sur qu'est-ce
qu'on veut exactement. Je peux voir, au niveau du site du ministère, par
exemple, l'immigration, on s'est donné un tel objectif par rapport à la
francisation, ils sont à 80 %, à 70 % d'atteindre l'objectif. Tout
est détaillé en bas. Ça, c'est... On l'a. C'est des données qu'on a.
Vous, aujourd'hui, ce n'est pas ces
données qui vous intéressent. Ce qui vous intéresse, c'est autre chose, c'est
un tableau de bord sur l'immigration permanente. Est-ce que c'est sur le
temporaire? Est-ce sur la régionalisation? C'est quoi, vos indicateurs que vous
cherchez aujourd'hui, que la FCCQ demande d'une manière très claire, que, si on
a ces données, on va avoir le vrai portrait de l'immigration? Parce que, par
rapport au ministère, on l'a, on a les indicateurs. Ils sont là, là. C'est
comme les autres ministères.
Mme Langlois (Audrey) :C'est sûr qu'au cours des derniers mois, dernières années,
on a identifié plusieurs indicateurs. On n'a pas... Encore une fois, on n'a pas
la connaissance absolue, mais ça demeure que, oui, l'accès au logement est un
des principaux indicateurs qui est utilisé par nos membres. Ceux qui suivent,
c'est l'accès aux cours de francisation, c'est le transport en commun, l'accès
aux services de garde, ça peut être également la liste d'attente pour avoir un
médecin de famille.
Donc, il y a un ensemble de facteurs qui vont
être pris en considération, et c'est d'ailleurs pour cette raison-là qu'on
recommande, justement, d'avoir un tableau de bord qui pourrait être discuté à
la CPMT, de toute évidence, afin d'avoir une perspective beaucoup plus large de
tous les indicateurs qu'on a besoin pour réussir à retenir nos immigrants, à
s'assurer qu'ils soient intégrés et, par le fait même, viser une
régionalisation de ces immigrants.
M. Derraji : ...enjeux avec
ça. Je vous donne un exemple parfait : Est-ce qu'il y a une crise du
logement au Québec?
M. Gagnon (Alexandre) :C'est évident qu'il y a une crise du logement au Québec, là.
Je pense qu'il n'y a plus personne qui en doute. Mais l'enjeu, c'est :
Est-ce qu'on sait exactement combien de logements, dans quelles villes, de
quels types de logements qu'on a besoin? C'est très difficile d'avoir ce degré
de détail là. Ce qu'on va avoir comme information, c'est qu'on a un taux
d'inoccupation à Sherbrooke de 0,2 % des logements, exemple. Je dis ça en
l'air, là. Ça ne doit pas être si loin de la vérité. Mais ce 0,2 % là, si
moi, je fais venir 10 000 personnes demain matin, est-ce que c'est
suffisant?
M. Derraji : Oui. Non, non,
mais c'est une très bonne question. Ça veut dire que demain... D'ailleurs, il y
a pas mal de très bonnes entreprises que j'ai eu l'occasion de visiter à
Sherbrooke. Ça veut dire quoi? Qu'est-ce qu'on fait? On ne peut pas monter des
tentes. On ne peut pas faire des maisons préfabriquées. Le gouvernement est
incapable de livrer des CPE préfabriqués à Québec. On arrête l'immigration à
Sherbrooke?
M. Milliard (Charles) : Bien,
après, ça devient... après, ça devient une impulsion politique, une décision
politique sur qu'est-ce qu'on fait. Donc, c'est ça, le point. Ce n'est pas...
Ça semble complexe, et c'est tout simple, là, on veut... J'ai envie d'utiliser...
comme disait Yvon Deschamps : On ne veut pas le savoir, on veut juste le
voir. On veut voir les chiffres qui permettent d'avoir une meilleure idée de la
réalité migratoire dans chaque région. Moi, personnellement, je n'ai pas la
science infuse, mais moi, je vois plus de valeur à savoir quelle est la
capacité d'accueil de nouveaux... de nouvelles personnes au Bas-Saint-Laurent
en 2023 que de savoir qu'on va accueillir, exemple, 50 000 ou
60 000 personnes. À partir du moment où on sait — environ, là,
on n'est pas à une personne près — qu'on peut accueillir, je ne sais
pas, moi, 2 200 personnes au Bas-Saint-Laurent, ça, c'est la réalité.
Maintenant, en tant que gouvernement,
qu'élus, qu'est-ce qu'on souhaite? Est-ce qu'on veut que ce soit le double?
Bon. Et, si on veut que ce soit le double, tant mieux. Mais qu'est-ce qu'il
faut qu'on fasse comme investissements? C'est juste d'avoir les deux yeux en
avant des trous, en fait, finalement, par rapport à la réalité régionale,
plutôt que de juste avoir un chiffre qui parle, mais qui ne dit pas tout sur la
réalité du Québec.
M. Derraji : Oui. Bien, au
fait, je comprends ce que vous voulez dire par rapport au tableau de bord.
Je vais parler des travailleurs
temporaires étrangers. J'ai eu la même discussion... presque la même question
que je vais vous poser : Pensez-vous que c'est la voie utile? Et l'autre
question... On peut... On va se le dire, on s'est vus lors de la réforme du PEQ.
Vous l'avez dénoncée. Vous n'étiez pas les seuls, je l'ai dénoncée. On a perdu
quand même quatre ans. Heureusement, la ministre, elle est venue. Moi, je le
dis souvent, la ministre, elle est chanceuse parce qu'elle réforme les réformes
du passé, de son prédécesseur. C'est une bonne nouvelle, mais on a perdu du
temps. Mais, en parallèle, on voit que le nombre de travailleurs temporaires
étrangers explose au Québec, avec tout ce que vous savez en termes de
problèmes. Pourquoi nous sommes rendus là?
M. Gagnon (Alexandre) :Il y a deux types de travailleurs étrangers <temporaires...
M. Gagnon (Alexandre) :
Il y a deux types de travailleurs étrangers >temporaires.
On en a notamment où qu'il y a des vrais enjeux temporaires, exemple, dans le
milieu agricole, puis on en a une autre proportion importante, de ces
travailleurs étrangers temporaires là, qui sont là pour combler des besoins
permanents. S'ils ont recours aux travailleurs étrangers temporaires, ce n'est
pas parce que les employeurs veulent abuser des travailleurs, là. Ce n'est pas
vrai. Ce n'est pas ça, la vraie raison. La vraie raison, c'est parce que le
mécanisme d'immigration permanent ne fonctionne pas. Il est trop long, les
délais sont trop...
M. Derraji : ...
M. Gagnon
(Alexandre) : Bien, ça vient avec ça. Oui, oui.
M. Derraji : J'aimerais bien
vous entendre... Non, non, mais on va se dire les vraies affaires. Est-ce que
les seuils, selon vous, depuis que... Depuis 2018 qu'on a dit : On...
18 000 dossiers, on baisse ça à 40 000. On joue avec les seuils
parce que ce n'est pas payant, politiquement, de dire qu'on a augmenté la part
d'immigration. On trouve, en parallèle, un système pour ramener les
travailleurs. On s'entend, les employeurs ne veulent pas rater des contrats, ne
veulent surtout pas licencier du monde. Ils font appel au programme
travailleurs temporaires étrangers parce que le gouvernement ne voulait pas
ouvrir ni dire les vraies affaires par rapport au nombre de postes vacants.
M. Gagnon (Alexandre) :On n'embarquera pas sur le fait de savoir qu'est-ce qui
a... les raisons derrière la baisse du seuil. Il y avait des raisons qui
avaient été mises à l'époque, on n'avait pas exprimé notre accord, évidemment,
non plus, à ce moment-là, mais il reste que, oui, une des raisons des délais
d'immigration qu'on a au Québec... qui sont beaucoup plus grands, on parle de
17 mois versus cinq mois, hein? Aujourd'hui, là, on est allés voir, là,
c'est cinq mois dans les autres provinces. Un de ces enjeux-là, qui a causé ça,
c'est un amas de demandes d'immigration qui sont en attente au fédéral, pas en
raison que le fédéral les traite, en attente que les seuils soient suffisamment
importants, donc que le Québec donne l'accord au fédéral de traiter ces
demandes de résidence permanente là.
M. Derraji : ...vous êtes en
train de me dire que le Québec, le gouvernement du Québec, d'une manière
délibérée, contribue à l'augmentation du nombre de travailleurs temporaires
étrangers parce que ses seuils sont limités?
M. Gagnon (Alexandre) :À savoir si c'est délibéré ou non, je ne crois pas que ça
soit délibéré, là. C'est un enjeu peut-être à côté, une conséquence d'une
décision qui a été prise, mais oui, effectivement, la diminution des seuils
puis la faible augmentation ont causé ces délais-là.
M. Derraji : ...vous êtes vice-président
Travail capital humain. Vous siégez à la CPMT et vous connaissez très bien les
besoins du marché du travail. On peut atteindre les seuils actuels, si on suit
la logique, même pas au bout de quatre ou cinq mois. La seule façon qu'il reste
pour nos employeurs, c'est les permis temporaires, c'est les permis fermés,
c'est le recours aux travailleurs temporaires étrangers. Avec le fédéral, il y
a du 20 % sur la table et il y a du 30 %.
Moi, je vous pose une question très
directe : Aujourd'hui, le réseau des chambres de commerce, est-ce qu'il
est pour du permanent ou du temporaire?
M. Gagnon (Alexandre) :On est pour du permanent, évidemment, pour les postes qui
sont besoins permanents, mais tant et aussi longtemps qu'on n'a pas un système
qui fonctionne...
Par exemple, par notre solution d'enlever
des seuils, les travailleurs étrangers temporaires qui ont acquis cette
expérience-là, qui passaient par le programme du Programme de l'expérience
québécoise, si on les enlève, les seuils, on pense qu'on va réussir, avec les
systèmes qu'on a actuellement, à combler ce déficit-là et à avoir un système
qui fonctionne bien.
• (16 h 20) •
M. Derraji : ...très clair.
Dernier point, il me reste une minute : Permis de travail fermé, qu'est-ce
que vous en pensez? Vous avez entendu beaucoup de choses. Je ne veux pas vous
parler de l'esclavagisme, rapport des Nations unies, le reporteur qui est venu au
Québec. Ce n'est pas bon pour le Québec, ni pour l'image... et je ne dis pas...
la plupart des employeurs, c'est des bonnes personnes. Qu'est-ce que vous en
pensez, des permis de travail fermés?
Mme Langlois (Audrey) :Ce qu'on a remarqué, c'est que, dans les autres provinces
canadiennes, on n'a pas nécessairement le même problème. Au Québec, il y a une
particularité, on a des EIMT nominatives, ce qui fait que chaque demande de
permis de travail est associée à un individu. Donc, je dirais, il faudrait
peut-être regarder si on conserve ou non des EIMT nominatives. Et, si on fait
ce changement-là...
M. Derraji : ...ce serait
quoi, votre solution, concrètement?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En 10 secondes.
M. Gagnon (Alexandre) :En fait, là, dans les autres provinces du Canada, un
travailleur peut changer d'employeur quand il veut, même avec un permis fermé,
tant que l'employeur a une EIMT valide. On doit enlever la...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on a terminé avec l'opposition
officielle. Il nous reste une dernière ronde de... j'allais dire «de
négociations», une dernière ronde d'échange avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne
pour une période de 4 min 8 s. La parole est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci. Je
voulais revenir sur quelque <chose...
M. Cliche-Rivard :
Merci.
Je voulais revenir sur quelque >chose, puis merci pour votre
présentation, je voulais revenir sur ce qu'on disait tantôt, augmenter la part
de l'immigration sélectionnée par le Québec. Moi, je trouve ça toujours
intéressant parce que, d'une certaine façon, nos immigrants sont tous
sélectionnés par le Québec. Ils reçoivent tous un certificat de sélection du
Québec. Tout le monde a un CSQ. Ils sont sélectionnés.
Après, quand on dit que le fédéral choisit
l'immigration familiale, ce n'est quand même pas le gouvernement fédéral qui
choisit notre conjoint, notre conjointe, notre enfant, là. Je veux dire, il
faut aussi ne pas exagérer, en ce sens où qui choisit quoi, dans ce sens où il
n'y a pas toujours un choix qui a été fait. Et on ne veut certainement pas que
le gouvernement commence à dire qui on marie, certainement pas. Ce n'est pas
ça, la question. Et donc, dans ces scénarios-là, le Québec ne choisirait pas
plus que le fédéral. Donc, il faut faire attention quand on parle de qui est
sélectionné, par quoi, finalement, quand il y a une réelle sélection ou quand
il n'y en a pas.
Votre recommandation 20, je la trouve très
intéressante, celle sur... vous optez, là, pour le scénario 1. Cela dit, quand
je note toutes vos recommandations, il y a énormément de recommandations aussi
d'exclure certains volets, certaines catégories, certains groupes du seuil.
Alors, par exemple, recommandation 6, exclure du seuil les sélections... les
autres candidats ayant réussi le niveau de français... un certain niveau de
français; recommandation 7, admettre en continu des gens du volet de PEQ
travailleur; recommandation 8... 18, exclure la régularisation des seuils; 21, admettre
en continu les travailleurs étrangers.
Bref, qu'est-ce que veut dire le 60 000,
finalement, si, hors seuils, on en traite 5 000, 10 000, 15 000,
20 000? Finalement, la question ou la preuve, c'est que le seuil, même
proposé, même le scénario, même votre recommandation 20, ça ne fonctionne pas.
Finalement, vous êtes beaucoup plus haut ça.
M. Milliard (Charles) : Mais
la recommandation 20, c'était de répondre à A ou B. Il n'y avait pas de C. Alors...
M. Cliche-Rivard : ...après, la
C, tu sais, c'est quoi? Parce que, finalement, si on exclut tout du seuil, là...
M. Milliard (Charles) : Pas
tout.
M. Cliche-Rivard : ...ou une
grosse partie du seuil, mais une grosse partie, qu'est-ce qu'on détermine,
finalement? Qu'est-ce qu'on décide? Et la question de fond, c'est : Vous
êtes plutôt à 80? Vous êtes plutôt à 90? Vous êtes à 100? Vous êtes où?
M. Gagnon (Alexandre) :Ce qu'on dit, c'est que, lorsqu'une personne démontre
qu'elle a été intégrée, qu'elle a vécu au Québec, qu'elle a vécu en français,
on ne devrait pas les calculer dans les seuils. Donc, rendu là, à ce moment-là,
ce qu'il reste dans les seuils, c'est des gens qui n'ont pas encore fait
l'expérience du Québec. C'est des gens qui... on va avoir besoin de mettre à
profit notre capacité d'intégration.
Donc, encore une fois, c'est ces gens qui
ne sont pas encore venus, que ça soit des regroupements familiaux, que ça soit
des demandeurs d'asile, peu importe, les autres systèmes d'immigration, c'est
ceux-là qu'on veut évaluer : Est-ce qu'on a la capacité ou non de les
accueillir, de les intégrer convenablement? Parce que ce qu'on dit dans notre
mémoire, c'est que les autres, ils sont intégrés, ils ont déjà démontré être
capables de vivre puis de contribuer à notre société.
M. Cliche-Rivard : Vous les estimez
à combien, ces gens-là? Si on avait à estimer toutes vos recommandations de
hors seuils, PEQ travailleur, diplôme... ou le niveau de français, la
régularisation, on est où, à peu près, dans votre calcul?
Mme Langlois (Audrey) :Si je peux me permettre, au niveau des calculs, c'est
difficile à déterminer, parce que, pour les travailleurs étrangers temporaires,
certains vont vouloir s'établir au Québec, tandis que d'autres, non. Pour
qu'est-ce qui est des candidats... je ne veux pas dire candidats, mais pour
ceux qui viennent de l'ordre humanitaire, je vais parler, entre autres, des
sans-papiers, les données qu'on a sont très vagues. On parle entre 20 000
et 500 000.
Donc, c'est sûr qu'actuellement nous
allons prôner pour plus de données. C'est difficile, par moments, on le
comprend, mais on ne peut pas arriver avec un seuil définitif aujourd'hui, à ce
moment-ci. On a besoin de plus d'informations et on cherche aussi à avoir...
qu'est-ce qu'on peut utiliser pour, sans doute, rehausser notre seuil, si c'est
possible.
M. Cliche-Rivard : Vous avez
parlé, tout à l'heure, des délais de traitement. J'imagine que vous prônez un
délai de traitement égal dans chacune des catégories... ou si vous dites que
c'est seulement la catégorie des travailleurs qui devrait avoir un traitement
privilégié en six mois ou moins, comme vous le disiez?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En 10 secondes.
M. Gagnon (Alexandre) :Si on est capables de donner à tous la capacité de traiter
en cinq mois, tant mieux, mais là il y a un facteur de la réalité des faits,
peut-être.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, merci beaucoup, madame, messieurs.
Merci pour l'apport à cette commission.
Je vais suspendre les travaux quelques
instants, le temps de permettre au prochain groupe de s'installer. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 26)
16 h 30 (version révisée)
(Reprise à 16 h 34)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous en sommes donc rendus avec l'audition
du groupe communauté maritime des Îles-de-la-Madeleine. Vous êtes plusieurs, je
vais vous laisser vous présenter. Vous allez bénéficier, par la suite, d'une
période de 10 minutes pour votre exposé, et nous allons reprendre la
période d'échange avec les parlementaires. La parole est à vous.
Communauté maritime des Îles-de-la-Madeleine
M. Valiquette (Antonin) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Je m'appelle Antonin Valiquette, je suis le maire
des Îles-de-la-Madeleine, la municipalité des Îles-de-la-Madeleine, et je suis
président de la communauté maritime des Îles-de-la-Madeleine. Municipalité,
communauté maritime... dans le fond, communauté maritime, on parle de l'équivalent
MRC, finalement, étant donné qu'il y a deux municipalités distinctes sur le
territoire de l'archipel.
M. Bessette (Alexandre) : Alexandre
Bessette, chef de section en attractivité du territoire pour la municipalité
des Îles-de-la-Madeleine.
Mme Robitaille (Audrey) : Audrey
Robitaille, agente d'accueil de liaison pour les nouveaux résidents.
M. Chevarie-Davis (Maxim) : Maxim
Chevarie-Davis, conseiller en diversité et inclusion.
M. Valiquette (Antonin) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Écoutez, je veux tout d'abord saluer Mme la
ministre, ici présente, et les distingués membres de cette commission. Je tiens
à vous remercier de nous avoir invités à paraître devant vous aujourd'hui pour
vous présenter nos enjeux, aux Îles-de-la-Madeleine, en matière d'accueil et d'intégration
de nouveaux arrivants issus de l'immigration, un enjeu important pour notre
communauté insulaire isolée. C'est pour ça que notre équipe et moi, nous nous
sommes déplacés pour vous rencontrer aujourd'hui.
J'ai dit que l'enjeu de l'accueil et de l'intégration
des nouveaux arrivants issus de l'immigration était important pour la communauté
maritime des Îles. J'aurais pu dire qu'il est primordial parce qu'il fait
partie intégrante de notre stratégie de vitalisation démographique pour
rejoindre... pour répondre, plutôt, au défi du vieillissement de notre
population insulaire, du déclin de notre population active et donc de l'impact
préoccupant de la pénurie de main-d'oeuvre.
Comme je vous l'ai dit, je me présente
devant vous comme maire de la municipalité des Îles et comme président de la communauté
maritime des Îles, parce que la communauté maritime est l'équivalent MRC du
territoire qui comprend la municipalité des Îles et la communauté anglophone de
Grosse-Île qui forme sa propre municipalité. Cette désignation de «communauté
maritime» remplace celle d'«agglomération» depuis 2016, année d'adoption du
décret gouvernemental qui reconnaît nos <particularités insulaires...
M. Valiquette (Antonin) :
...
année d'adoption du décret gouvernemental qui reconnaît nos >particularités
insulaires et qui impose aux différents ministères d'adapter leurs programmes à
notre réalité de territoire isolé.
J'ai mentionné notre enjeu prioritaire
démographique. Considérez que l'âge médian aux Îles-de-la-Madeleine est de
54 ans et qu'il est de 43 ans au Québec. Selon les projections de l'Institut
de la statistique du Québec, 40 % de la population aura plus de
65 ans en 2041. Le taux de remplacement des travailleurs près de la
retraite est de 42 jeunes de 19 à 25 ans pour remplacer
100 travailleurs de 55 à 64 ans. C'est deux fois moins qu'à l'échelle
du Québec, et on dit que le taux de remplacement national est déjà préoccupant.
Pour nous, il est carrément inquiétant, d'autant plus que, toujours en vertu de
notre insularité, la mobilité de travailleurs, spécialisés ou non, entre villes
ou régions voisines n'est pas possible.
Alexandre vous parlera toutefois des
succès du milieu, en attraction, au cours des dernières années. Notre
insularité n'apporte pas que des obstacles. Nous avons le privilège d'agir...
d'avoir une communauté tissée serrée, des partenaires socioéconomiques
mobilisés et concertés, un tissu entrepreneurial composé surtout de petites et
très petites entreprises qui collaborent tous ensemble.
C'est pour ces raisons que la communauté
maritime des Îles se porte volontaire pour opérer un projet pilote territorial
avec permis de travail permettant de travailler chez de multiples employeurs
pour les travailleurs étrangers saisonniers. J'ai eu le privilège d'en discuter
ce printemps avec Mme la ministre dans le cadre de sa tournée de
consultation. Pour nous, c'est incohérent que des travailleurs mexicains
embauchés pour la pêche commerciale en avril jusqu'au début juillet... et qui
ne peuvent pas prêter main-forte à l'industrie touristique qui manque
cruellement de travailleurs en juillet et en août, même si ces travailleurs
veulent le faire. Et même certains repartent au Mexique au début juillet pour
revenir aux Îles pour la pêche d'automne. Vous pouvez imaginer les coûts pour
les employeurs, qui préféreraient nettement partager ces travailleurs et les
charges avec d'autres entrepreneurs locaux qui ont cruellement besoin de
travailleurs durant la forte période touristique.
De plus, la mobilité des travailleurs
entre différents employeurs est possible dans le secteur agricole. Nous avons
tenté une telle démarche en vertu des règles actuelles. Si la chose est
théoriquement possible, elle est infaisable en pratique.
Je vous remercie de votre attention. Je
passe la parole à M. Alexandre Bessette.
M. Bessette (Alexandre) : La
stratégie d'attraction et de rétention de la communauté maritime des Îles a été
créée en 2018 de concert avec les acteurs clés de la communauté et sur la base
des orientations du projet de planification stratégique territoriale Horizon 2025.
Notre objectif, c'est d'attirer 100 nouveaux résidents travailleurs
supplémentaires par année et de favoriser l'accueil, l'intégration et la
rétention de ces personnes qui font le choix de s'établir aux îles.
Au cours des six dernières années, ce sont
d'ailleurs plus de 2 000 personnes qui ont fait le choix de
s'installer aux Îles à l'année, pour un solde positif total de 789, selon
l'ISQ. 789 personnes, pour une grande ville, ça peut paraître petit, mais pour
les Îles, ça représente un village au complet.
Avec le renouvellement, en 2022, de la
stratégie d'attraction de la communauté maritime des Îles, jusqu'en 2025,
l'immigration est devenue une action prioritaire. Déjà, l'équipe pouvait se
baser sur le rapport déposé en 2019 dans le cadre du programme mobilité-diversité
du MIDI, qui est devenu le MIFI, qui dressait un portrait de l'immigration sur
le territoire, qui représente encore aujourd'hui moins de 1 % de la
population, ainsi que des pistes de solutions pour la développer de manière
pérenne.
C'est avec la concertation de plus d'une
vingtaine de partenaires du milieu, de secteurs et expertises variés qu'un plan
d'action commun, considérant les réalités et les besoins de chacun, a été
déposé dans le cadre du PAC, le... en fait, le PAC. C'est suite à ce processus
de concertation et à la signature de l'entente de trois ans dans le PAC avec le
MIFI qu'est née, en décembre 2022, la structure d'accueil et d'intégration en
immigration aux Îles, qui comprend tous ces mêmes partenaires qui ont participé
à la démarche de concertation.
Ce partenariat fort important avec le MIFI
nous a permis d'embaucher un conseiller en diversité et en inclusion, qui est
là aujourd'hui pour mettre en œuvre ce plan d'action. Concrètement, la
structure développe des services variés et complémentaires en collaboration
avec les organismes et institutions locales impliquées au niveau de
l'attraction, de l'accueil, de l'intégration et de la rétention des personnes
issues de l'immigration, qu'ils soient saisonniers, temporaires ou permanents.
• (16 h 40) •
D'ailleurs, au niveau des travailleurs
étrangers saisonniers, pour les Îles, on parle d'environ 200 personnes qui
viennent travailler pour le secteur des pêches plusieurs mois par année. Ce
nombre est en constante progression vu les nombreux départs à la retraite, et
ces travailleurs ont aussi besoin et droit à des services d'accueil et
d'intégration. Je salue, d'ailleurs, notre partenaire, Immigrant Québec, avec
qui nous avons eu la chance de travailler depuis avril dernier et qui nous a
permis de, justement, développer l'accueil et l'intégration de ces travailleurs
en milieu de travail mais aussi à l'extérieur du cadre de travail.
La structure d'accueil menée par notre
équipe se retrouve donc impliquée dans tous les aspects de l'immigration sur le
territoire : recrutement, accueil, intégration, formation et
sensibilisation, maillage avec les entreprises et plus encore. On a déjà pris
de l'avance sur le terrain pour des actions qui relèvent du PASI, vu les
besoins, malgré le fait qu'aucun organisme des Îles n'ait déposé encore dans ce
programme. Je suis fier du travail que la communauté a <accompli, mais...
M. Bessette (Alexandre) :
Je
suis fier du travail que la communauté a >accompli, mais, vu les enjeux
démographiques auxquels nous faisons et ferons face pour encore de nombreuses
années, nous devons accueillir davantage de personnes issues de l'immigration
et nous devrons obtenir les outils et le support nécessaires pour continuer de
bien le faire.
M. Chevarie-Davis (Maxim) : Considérant
la complexité des processus, la lourdeur administrative et les coûts plus
élevés pour les régions éloignées, aussi avec la méconnaissance des démarches
par les entreprises, aux Îles-de-la-Madeleine, qui ont peu de ressources à y
dédier, nous félicitons le retour, évidemment, des directions régionales du
MIFI. Toutefois, ces ressources du ministère ont à répondre à des besoins sur
des très grands territoires. Ils sont peu connus des organisations des
Îles-de-la-Madeleine. On doit souvent faire le lien entre le MIFI et les
organismes de notre territoire et combler les besoins en attente de ces
services provinciaux.
On ne veut pas substituer le MIFI. Ce
n'est pas notre rôle. Ce que nous voulons plutôt voir, c'est une simplification
des processus rendant cet élément de réponse à la pénurie de main-d'œuvre plus
accessible aux très petites et petites entreprises ainsi qu'aux organismes avec
peu de moyens qui sont présents sur notre territoire. Nous sommes persuadés
qu'une présence locale du ministère contribuera à l'objectif de répondre aux
besoins des employeurs et de la communauté et des élus.
Nous recommandons donc de faciliter les
démarches pour les employeurs et d'offrir ou de permettre un accompagnement
soutenu dans l'avant, le pendant et l'après-recrutement international. Il est
important de reconnaître que ces employeurs sont très peu outillés pour s'y
retrouver seuls.
D'ailleurs, l'implantation d'un projet
pilote d'EIMT territorial permettant à des travailleurs étrangers temporaires de
combler les besoins de plusieurs employeurs selon les saisons d'activités, sans
avoir à refaire toutes les démarches administratives à chaque fois,
contribuerait grandement à permettre à notre communauté d'assurer ses services
et de maintenir un développement économique.
Faciliter et améliorer le recrutement des
travailleurs étrangers temporaires nous permettrait de mieux répondre aux
besoins de main-d'oeuvre, mais ne contribue que très peu à résoudre nos enjeux
démographiques qui sont aussi présents. En considérant, de plus, la constance
des besoins au travers de tous les secteurs économiques, année après année, un
programme qui faciliterait la transition vers la permanence des travailleurs
étrangers temporaires serait très bénéfique, autant pour répondre aux enjeux
démographiques que ceux de main-d'œuvre.
Une sélection des candidats pour la
résidence permanente directement par la communauté maritime en amont de la
sélection du Québec, comme c'est le cas pour un programme pilote d'immigration
dans les communautés rurales et du Nord — merci — au
fédéral nous permettrait de sélectionner des candidats que nous connaissons
bien, qui ont une expérience de travail sur le terrain et qui sont bien
intégrés dans notre communauté.
Bien que le PEQ permette aux résidents
temporaires qualifiés d'accéder à la permanence, les programmes existants
actuellement ne permettent malheureusement pas à nos travailleurs saisonniers
d'avoir accès à la permanence, alors qu'ils font déjà partie intégrante de
notre communauté, qu'ils sont essentiels à notre économie et qu'ils reviennent
à chaque année aux Îles-de-la-Madeleine.
Mme Robitaille (Audrey) : ...économique,
l'accueil et surtout l'intégration de qualité de ces personnes dans notre
milieu est crucial. Avec l'aide de nos différents partenaires, dont Place aux
jeunes, on offre l'accompagnement complet des nouveaux arrivants, incluant ceux
issus de l'immigration qui s'installent sur notre archipel. Nos services
gratuits et personnalisés offerts aux nouveaux résidents et aux entreprises
inclut... et sans se limiter à : la préparation du milieu avec des
formations en diversité et en inclusion, soit en milieu de travail ou dans la communauté;
l'accueil dès leur arrivée; l'accès à des cours de francisation, avec le Groupe
Collegia; et la logistique, telle que le numéro d'assurance sociale, permis de
conduire, et bien plus.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...minutes est terminé, mais vous allez pouvoir répondre
aux questions. La période d'échange avec les élus commence dès maintenant avec
la partie gouvernementale. Mme la ministre, vous avez la parole pour un peu
plus de 16 minutes.
Mme Fréchette : Oui. Merci,
Mme la Présidente. Merci, M. le maire et toute l'équipe. Ça me fait grand
plaisir de vous revoir. On s'était rencontrés, il y a quelques semaines de ça,
donc on a déjà une base de discussion. Et je suis contente que vous participiez
à cette commission parlementaire pour mettre à profit, dans le fond, les
différentes idées que vous mettez de l'avant, parce que vous en mettez
plusieurs de l'avant, puis je pense que ça peut être d'intérêt pour plusieurs
acteurs au sein du territoire.
Une des choses que vous demandez dans le
mémoire, c'est de faire en sorte que les démarches soient simplifiées à la fois
pour les employeurs et les personnes immigrantes qui viendront travailler.
Bien, sachez que c'est un... une attention, en fait, un intérêt que je partage
avec vous. C'est quelque chose dont on discute systématiquement avec le
gouvernement fédéral, faire en sorte de limiter les dédoublements, de réduire
les complexités bureaucratiques, de <réduire également les...
Mme Fréchette :
...
dédoublements, de réduire les complexités bureaucratiques, de >réduire
également les délais d'attente. Donc, ce sont des choses dont on discute
systématiquement, et je le ferai à nouveau avec le nouvel homologue fédéral
lorsque j'aurai l'occasion de le rencontrer prochainement.
Je vous lancerais, dans un premier temps,
sur comment est-ce que la population locale voit la venue des personnes
immigrantes. Est-ce que vous sentez que la population locale souhaite
accueillir davantage de personnes immigrantes? Comment ça se traduit chez vous
et comment est-ce que vous sondez la population sur ces questions-là? Est-ce
que vous avez abordé la question directement? Et qu'est-ce qu'il en est
ressorti?
M. Valiquette (Antonin) : ...notre
agente de liaison, qui est directement impliquée dans ce volet-là de notre
démarche territoriale, répondre à cette question-là. Merci beaucoup.
Mme Robitaille (Audrey) : Absolument.
Donc, c'est sûr que ça prend un gros travail en amont pour préparer une
communauté, une petite communauté comme aux Îles-de-la-Madeleine. On a quand
même une réponse très positive de la communauté. Puis c'est sûr aussi qu'on
veut intégrer ces personnes-là de façon très graduelle, on veut s'assurer que
c'est une intégration qui est faite de façon qualitative et non quantitative,
si on veut, vraiment bien les intégrer avec la communauté. Puis on fait,
justement, un programme de jumelage interculturel, entre autres, pour réussir à
faire ça, pour pouvoir vraiment tisser des liens entre les personnes issues de
l'immigration qui s'installent aux Îles et les Madelinots, Madeliniennes. Donc,
ça, c'est un des objectifs.
Ensuite aussi, avec toutes les formations
en diversité, en inclusion qu'on offre autant en entreprise que dans la
communauté, donc, c'est une des façons qu'on essaie, justement, de mieux
préparer le milieu pour que ces personnes-là soient bien intégrées autant en
milieu de travail que dans toute la communauté.
M. Bessette (Alexandre) : Si
je peux ajouter, en fait, avec les activités d'accueil et d'intégration qu'on
vit, il y a énormément de mélange de cultures qui se fait. Les gens des Îles,
vu les besoins criants dans les secteurs comme la petite enfance, la santé, de
plus en plus, on voit des gens issus de l'immigration qui viennent, on les
accueille à bras ouverts parce qu'on a besoin de gens aux Îles. On n'est pas
juste en mode développement, on est vraiment plus en mode maintien. Donc, en
fait, dès qu'on reçoit de l'aide d'une quelconque façon, bien, en fait, tous
les gens l'accueillent les bras ouverts. Par contre, il y a encore du travail à
faire, puis c'est pourquoi on a déposé dans le PAC puis qu'on a, en fait,
Maxime qui est là dans notre équipe pour poursuivre le travail qu'on a entamé,
là.
M. Valiquette (Antonin) : Et,
si je peux conclure, en fait, si vous regardez à la fin du mémoire qui vous a
été déposé, vous trouverez en annexe de nombreuses lettres d'appui au mémoire
qui vous a été démontré. On s'est arrêtés à ce nombre-là parce qu'à un moment
donné il fallait arrêter, mais s'il fallait en obtenir le triple, demain matin,
je vous assure que ce serait très facile.
Mme Fréchette : Et qu'est-ce
qui constitue le premier obstacle... les principaux obstacles, dans le fond, à
l'idée de recevoir davantage de personnes immigrantes? J'imagine que le
logement constitue une barrière importante. Et comment vous les contournez?
Est-ce que vous faites des appels à tous pour que les gens puissent accueillir
chez eux certaines personnes immigrantes, le temps qu'il y ait du logement
additionnel? Ou est-ce que c'est au niveau des services que le frein se fait
davantage sentir?
M. Valiquette (Antonin) : En
effet, l'accès au logement, et M. Bessette a mentionné aussi l'accès à des
services de garde. Souvent, les nouveaux arrivants, qu'ils soient d'origine
étrangère, issus de l'immigration ou non, viennent en famille, peuvent avoir
besoin de services de garde, des services qu'on considère comme des services
essentiels. Effectivement, il y a un enjeu là.
On travaille, en parallèle, sur le
développement de logements. On a plusieurs projets, on ne met pas tous nos œufs
dans le même panier. On travaille notamment avec le cabinet de la ministre
Duranceau. On a l'OMH qui a déposé un projet de logement dans le nouveau PHAQ.
On a d'autres projets avec des promoteurs privés.
Et, comme l'a dit Audrey Robitaille il y a
quelques instants, l'approche de la communauté maritime et de la municipalité,
elle est dans l'accueil qualitatif et non pas quantitatif. On n'a pas
l'intention d'accueillir le plus de gens qu'on peut et même qu'on ne peut pas,
pour les voir repartir après quelques semaines ou un mois et d'avoir, à ce
moment-là, dépensé temps, efforts, énergie, argent pour rien puis en créant
plus de déception que d'attentes, finalement, et de satisfaction au niveau de
la population. Donc, on s'ajuste au fur et à mesure.
• (16 h 50) •
Et comme l'a mentionné aussi Alexandre
Bessette, il faut considérer que les Îles-de-la-Madeleine sont quand même un
petit territoire. Donc, qu'on soit capables d'accueillir cinq, ou 10, ou deux
gens issus de l'immigration... s'installer et s'intégrer dans notre communauté,
l'important, c'est le volet intégration et non pas le fait qu'il y ait un petit
nombre. Si on dit, par exemple, qu'un emploi créé aux Îles-de-la-Madeleine
équivaut à, bon, je n'ai pas la statistique exacte, mais équivaut à
10, 20, 80, 200 à Montréal, par exemple, c'est la même chose pour un
contribuable, pour un citoyen, pour un travailleur aux Îles-de-la-Madeleine.
Donc, ce n'est pas dans une approche quantitative, mais bien qualitative. On
n'a pas l'intention d'accueillir plus que ce qu'on est capables de bien
accueillir aux <Îles-de-la-Madeleine...
M. Valiquette (Antonin) :
...d'accueillir plus que ce qu'on est capables de bien accueillir aux >Îles-de-la-Madeleine.
Mme Fréchette : Est-ce qu'il
y a des formules, comme, alternatives, là, que je pourrais qualifier, là, au
niveau de l'habitation, par exemple, que vous envisagez ou si vous y allez d'un
mode plutôt classique de développement?
M. Valiquette (Antonin) : Bien,
en fait, on est dans une situation où tout est bon. On a des modèles
classiques, on a des modèles de partage, on a des... Vous savez probablement
que les Îles-de-la-Madeleine sont une région touristique, on a des
propriétaires de maisons secondaires, par exemple. Et je pense que M. Bessette
pourrait bonifier ma réponse en disant qu'on le fait déjà. Si vous regardez
aussi dans le mémoire, vous allez voir que, depuis 2017, le solde migratoire
est positif, aux Îles-de-la-Madeleine, donc il y a de plus en plus... il y a
plus de gens qui s'installent aux Îles qu'il y en a qui partent.
Donc, on a une capacité d'accueil qui est
limitée, qui doit être développée, non seulement pour les nouveaux arrivants,
mais aussi pour notre propre population. On travaille là-dessus. Par exemple, sur
la question des classiques versus innovantes, en matière d'habitation...
M. Bessette (Alexandre) : Bien,
en fait, dès qu'on parle de logement, on essaie d'être créatifs. Tout le monde
est un peu en mode... c'est ça, en mode créatif, les entreprises, les
partenaires, surtout. Je reviens à ce que j'ai dit au début, mais on n'est pas
en mode développement, là, on est en mode maintien. Donc, pour les CPE, par
exemple, quand on lance un appel à tous ou quand la directrice générale d'un
CPE s'organise par elle-même pour aller solliciter des gens, trouver un
logement pour des gens, par exemple, du Maroc qui arrivent prochainement, ça a
de l'impact. Par contre, ça devient du cas par cas à chaque fois, puis on
essaie de s'organiser tant bien que mal, mais il n'y a pas de solution miracle,
en ce moment, pour le logement.
Mme Fréchette : Il n'y a pas
de baguette magique encore.
M. Bessette (Alexandre) : Exact.
Mme Fréchette : Merci. Donc,
j'entends... parce qu'en fait, bien, je trouve intéressante l'idée de votre
projet pilote. Donc, vous, ce serait orienté vers un permis de travail
régional. Est-ce que vous verriez également d'un bon oeil l'idée d'avoir un
permis de travail sectoriel? Est-ce que ce serait quelque chose que vous
verriez de manière positive?
M. Valiquette (Antonin) : C'est...
Bien, oui. En fait, on est dans une situation, comme on dit, où tout gain sera
apprécié. Donc, si le permis de travail, il est sectoriel, que des entreprises
d'un même secteur peuvent se partager des employés qui, entendons-nous, veulent
le faire, veulent bien le faire, je n'y vois pas d'inconvénient dans la mesure
où... si c'est un premier pas.
Mais étant donné... Mon idée à moi et
notre idée ici, autour de la table, je pense que je peux l'affirmer, c'est
idéalement qu'en vertu des travailleurs saisonniers qui viennent aux
Îles-de-la-Madeleine et qui reviennent d'été en été, tendent... plusieurs
tendent à devenir citoyens. Vous avez entendu M. Chevarie-Davis, il y a
quelques instants, vous parler de la résidence permanente, aux
Îles-de-la-Madeleine, qu'on aimerait aussi développer à partir des travailleurs
saisonniers, si c'est possible. Et, à ce moment-là, pour moi, un travailleur
étranger a autant le droit de se trouver un nouvel emploi qu'un autre citoyen
des Îles-de-la-Madeleine, s'il est pour... si on considère qu'il est en
démarche pour obtenir sa résidence permanente. Donc, de le limiter à un
secteur, oui, dans son statut d'étranger temporaire... de travailleur étranger
temporaires, c'est normal, c'est déjà une avancée par rapport à ce qui est en
place actuellement, où il ne peut pas non seulement changer d'employeur, mais,
en même temps, non plus de changer de lieu de travail.
On a des propriétaires d'usines de
transformation des produits de la mer qui possèdent deux usines ou même trois,
distinctes... et qu'un travailleur étranger doit rester dans la même usine pour
le même employeur. Il ne peut pas passer d'une usine, par exemple, à La
Vernière, à L'Étang-du-Nord, pour aller travailler dans celle de Grande-Entrée,
sur le même territoire des Îles-de-la-Madeleine. Et là on voit une opportunité,
c'est que les Îles-de-la-Madeleine, de leur situation géographique, me semblent
un terrain...
Mme Fréchette : Terreau
fertile.
M. Valiquette (Antonin) : ...terreau
fertile pour une expérimentation du genre, où les suivis, les redditions de
comptes seront faciles à faire. Étant donné que tout le monde se connaît et que
c'est un petit endroit fermé, isolé, on est capables de faire le suivi d'un tel
projet pilote.
M. Bessette (Alexandre) : Et,
pour conclure à votre question, si on avait le choix, ce serait un permis de
travail territorial qu'on demanderait.
Mme Fréchette : Ça s'applique
mieux à votre réalité.
M. Bessette (Alexandre) : Oui,
absolument.
Mme Fréchette : D'accord.
Bien, merci. Bien, Mme la Présidente, je vais céder le droit de parole.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la ministre. Alors, je cède maintenant la parole
au député de Saint-Jean pour 5 min 56 s.
M. Lemieux : Ah! nos
chronomètres sont pas mal pareils, Mme la Prsidente. Merci. Bonjour. Sans
vouloir faire de folklore, je vous écoutais, là, puis je me souvenais de mes
passages aux Îles, puis je me disais : Le problème, ce n'est pas juste
les... Dans le fond, si vous ne faites pas attention, c'est les Québécois qui
vont investir les Îles <plus que deux...
M. Lemieux :
...
fond, si vous ne faites pas attention, c'est les Québécois qui vont investir
les Îles >plus que deux semaines par année, pendant leurs vacances, dans
la mesure où vous êtes en train de devenir de plus en plus accueillants et
attirants pas juste pour le tourisme, mais pour aller vivre. Faites attention,
le télétravail, ça marche, vous allez peut-être avoir plus de clients que vous
pensiez puis...
Mais je pensais à ça parce que vous avez
une réalité très particulière. Je me souviens de m'être fait dire, la première
fois que je suis débarqué aux Îles : Tu sais, nous autres, en hiver, on a
15 000 habitants puis, en été, on monte à 150 000. Alors, on
grossissait, là, mais on grossit toujours un peu. On grossit toujours un peu,
là, mais, à quelque part, il y a cette réalité-là.
Puis là on est en train de regarder
l'immigration de votre point de vue. Et on en a parlé, de la capacité
d'accueil, du point de vue du logement surtout, mais en même temps, avant vous,
il y a des gens qui sont venus nous dire : Tu sais, la capacité d'accueil,
là, faites attention, parce que, dans le fond, l'immigration, ça peut être une
solution puis pas juste un problème. Entre autres, les éducatrices en garderie,
PAB, à l'hôpital, CHSLD, ça peut facilement devenir une solution, même si ça ne
règle pas tous les problèmes.
Est-ce que vous avez besoin de cette
variété, de cette palette très large de main-d'oeuvre... Ou, quand vous y
pensez, puis vous venez rencontrer la commission, puis que vous voulez
influencer les décisions de la ministre, c'est en fonction de besoins très
particuliers par rapport, surtout, aux travailleurs étrangers saisonniers, et
tout ça? Mais le reste de la palette, vous l'occupez, ce terrain-là aussi, là.
M. Valiquette (Antonin) : Oui.
Bien, en fait, je vous ramène aux enjeux démographiques que j'ai mentionnés en
début d'audience. Les Îles-de-la-Madeleine, la population des
Îles-de-la-Madeleine est en décroissance. On a un vieillissement de la
population accéléré. On est préoccupés d'où sera le Québec dans une dizaine
d'années, par rapport au vieillissement de la population et des impacts sur la
main-d'oeuvre. Je vous dirais qu'aux Îles-de-la-Madeleine on est rendus, nous
autres... on est 10 ans d'avance, de par notre situation insulaire dont
vous avez mentionné les particularités, dont vous avez évoqué les
particularités il y a quelques instants. Considérant ça, oui, l'immigration est
une voie incontournable.
Écoutez, en 2018, on a mis sur pied une
stratégie d'attraction des personnes qui est supervisée par l'équipe de
développement du milieu et chapeautée, plus précisément, par M. Bessette, à ma
droite, et l'objectif, c'est 100 nouveaux résidents par année, aux
Îles-de-la-Madeleine, sur plusieurs années parce que... Ça, ce chiffre-là, d'où
il vient? C'est ce chiffre-là qui nous permet de maintenir notre population
actuelle jusqu'en 2041, selon les projections de l'ISQ. Donc, oui, des
travailleurs issus de l'immigration qui viendraient s'établir aux
Îles-de-la-Madeleine, on le juge nécessaire, ça, monsieur.
M. Lemieux : Vous êtes un peu
les canaris dans la mine, par rapport au problème démographique du Québec. Vous
le vivez avant tout le monde, mais...
M. Valiquette (Antonin) : Je
le dirais aussi, oui.
M. Lemieux : Donc, vous
n'êtes pas expérimental, vous êtes en avant de la parade. Vous allez le régler
avant nous autres.
M. Valiquette (Antonin) : L'expérience...
Justement, les expériences viennent avant les... L'idée de faire une
expérience, c'est d'avoir les résultats avant d'en arriver à l'application.
M. Lemieux : Mais parce que
c'est souvent l'oeuf ou la poule, quand on parle de... quand je disais que ça
peut être une solution, au lieu d'être juste un problème. Mais il y a
évidemment des besoins très précis, comme du logement. Ça, c'est un peu
incontournable. Mais, quand vous dites que vous avez d'autres modèles, il y a
de quoi à faire, aux Îles, là. Vous êtes capables de loger... je le disais en
blague, tout à l'heure, vous êtes capable de loger beaucoup de monde, tout le
reste de l'année, considérant que vous êtes équipés pour bien recevoir en été.
Il faut juste être capable d'adapter ça à une réalité de travailleurs
permanents, à ce moment-là.
• (17 heures) •
M. Bessette (Alexandre) : Oui,
exactement. Puis, pour répondre à votre question précédente sur les secteurs,
les besoins, on en a besoin partout. Il y a des secteurs où c'est plus criant
parce que c'est des besoins primaires. On pense à l'hôpital, on pense,
justement, à la petite enfance, tu sais, c'est des secteurs qui reviennent
souvent. Mais, en ce moment, on a des installations neuves qui sont vides à
cause qu'il n'y a pas de main-d'œuvre. Donc, on a des besoins partout, puis les
départs à la retraite, il y en a énormément, puis ce n'est pas fini, à cause de
la population vieillissante.
M. Lemieux : Il ne me reste
presque plus de temps... mais réussissez-vous à garder vos jeunes ou il y a
toujours un exode des jeunes?
M. Bessette (Alexandre) : On
réussit à... Les jeunes reviennent de plus en plus. On a des initiatives pour
qu'ils reviennent, des bourses Retour aux Îles qu'on finance via la stratégie
d'attraction, mais c'est certain que... Puis c'est une bonne nouvelle antenne
universitaire qui va offrir des programmes sur le territoire, aux Îles, mais
les gens partent pour étudier et finissent par revenir aux Îles.
M. Lemieux : Et, puisque vous
êtes en avant de la parade, je suis curieux, parce qu'à la question...
l'orientation 12, c'est la grosse affaire ici, vous êtes dans la colonne,
pour le scénario 1, neutres, puis, dans le scénario 1, pas abordé.
Vous en pensez quoi, vous, de ce que le reste du <Québec devrait faire,
considérant...
>
17 h (version révisée)
<17879
M.
Lemieux :
...quoi, vous, de ce que le reste du >Québec
devrait faire, considérant que vous êtes en avant puis que vous subissez ça
avant nous autres?
M. Valiquette (Antonin) : Oui,
bien, écoutez les gens qui sont ici devant vous représentent la communauté
maritime des Îles-de-la-Madeleine, un archipel dans le milieu du golfe, donc on...
Je n'ai pas la prétention, monsieur, de vous dire... de me positionner sur qu'est-ce
qui devrait être retenu comme seuil d'accueil, d'immigration à l'échelle
nationale. On n'a pas une portée nationale, nous, à la communauté maritime des
Îles, on est des spécialistes de notre petit territoire, mais on va laisser à d'autres
instances à portée nationale de réfléchir et de décider cette question-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Merci.
M. Lemieux : Petit territoire
d'îles paradisiaques. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Cette période... Cette première période étant
terminée, je me tourne maintenant du côté de l'opposition officielle pour une
période d'un petit plus de 12 minutes. La parole est à vous, M. le député
de Nelligan.
M. Derraji : Merci, Mme la Présidente.
Bonjour à vous quatre. Merci pour votre mémoire, mais surtout merci de venir nous
sensibiliser par rapport à votre réalité. On ne peut pas faire du mur-à-mur,
surtout, surtout avec les Îles-de-la-Madeleine, surtout.
Ce que j'ai aimé de votre mémoire et votre
présentation, c'est la réalité de la pénurie de main-d'œuvre. Et on peut dire
que la pénurie... Je ne veux pas refaire le débat politique, il y en a qui
pensaient que la pénurie de main-d'œuvre, c'est juste dans l'imaginaire ou
parfois c'est une mosus de bonne affaire. Ça, vous l'avez vu dans les médias,
et votre rôle, ce n'est pas de commenter les phrases des politiciens. Mais
aujourd'hui vous avez fait la démonstration que, si on ne fait rien, si on ne
bouge pas, c'est carrément la vitalité économique des Îles-de-la-Madeleine qui
est touchée.
Avant d'aller dans les détails de l'immigration,
je vais vous poser une question d'ordre économique : C'est quoi, vos
besoins présentement? Quels secteurs d'activité? C'est une déclinaison. Après,
on va aller en profondeur.
M. Valiquette (Antonin) : Bien,
je vous remercie pour la question. Les besoins, en termes économiques, bien,
clairement, la main-d'œuvre, je veux dire, ça, c'est le besoin criant de toute
entreprise. On vous a parlé du vieillissement de la population, les
travailleurs vieillissent, les entrepreneurs vieillissent. On est encore
capables d'avoir une bonne vitalité économique.
Je vous dirais, dans les grands défis
aussi, encore liés aux particularités insulaires, les surcoûts liés à l'insularité,
particulièrement, de ce temps-là, dans la question des infrastructures... Aux Îles-de-la-Madeleine,
le décret sur l'insularité, en 2016, reconnaît les surcoûts liés à l'insularité.
Et je suis bien heureux de dire que plusieurs programmes et entreprises... ou
initiatives gouvernementales, devrais-je dire, en ont tenu compte, presque
toujours, par contre, à force de représentations des Îles-de-la-Madeleine, hein,
lorsque le décret, normalement, impose au gouvernement et aux différents
ministères de prendre en compte la particularité insulaire des Îles, incluant
les surcoûts. Donc, l'inflation, par contre, je tiens à dire que, dans le
décret sur l'insularité, il y a des mesures particulières pour les entreprises,
particulièrement au niveau fiscal, qui aident énormément le milieu
entrepreneurial des Îles-de-la-Madeleine.
Donc, pour répondre à votre question et
pour avoir été, avant d'être élu maire en mars dernier... j'étais directeur
général de la Chambre de commerce des Îles-de-la-Madeleine. Je peux vous dire
que, les commerçants, c'est énormément le problème de main-d'œuvre et de relève
entrepreneuriale, étant donné le vieillissement de la population, qui était
préoccupant.
M. Derraji : Mais, en termes
de main-d'œuvre, là, on parle de deux types d'emploi, emplois spécialisés, tout
type d'emplois?
M. Valiquette (Antonin) : Lorsqu'on
arrive... Le groupe d'âge de travailleurs le plus important aux Îles-de-la-Madeleine,
maintenant, c'est plus que 55 ans.
M. Derraji : Wow! OK. Et...
M. Valiquette (Antonin) : Donc,
ça vous donne une idée du...
M. Derraji : Et, en termes de
cédants d'entreprise... parce que, là, dans un passé pas très loin, j'étais en
charge d'une étude sur le repreneuriat, et c'était très alarmant, déjà, les
chiffres, parce qu'il y a beaucoup de cédants, mais moins de repreneurs. Là,
pour vous, ça devrait être encore beaucoup plus présent comme enjeu.
M. Valiquette (Antonin) : Pour
l'instant, je pense qu'on y arrive. L'inflation fait mal, parce qu'on parle d'entreprises,
avec la pénurie de main-d'œuvre qui se fait déjà sentir... Il faut savoir aussi
que, juste après et un peu pendant les mesures sanitaires et la période
pandémique, l'achalandage touristique a été particulièrement important aux Îles-de-la-Madeleine,
étant donné que les frontières internationales étaient fermées. Il y a eu un
gros, gros achalandage, pénurie de main-d'œuvre, on avait de la misère à
répondre à la demande du côté des entreprises. Ça a créé un essoufflement, du <côté
des employés...
M. Valiquette (Antonin) :
...répondre
à la demande du côté des entreprises. Ça a créé un essoufflement, du >côté
des employés. On en manquait d'ailleurs déjà. On a vu des... comme partout
ailleurs au Québec, remarqué des fermetures temporaires, être ouvert quatre
jours par semaine au lieu de six ou sept. Ça, on a connu ça, et ça vient
affecter des... Il ne faut pas oublier non plus que... le caractère saisonnier
de notre économie aux Îles-de-la-Madeleine.
M. Derraji : Oui, et c'est là
ma prochaine question. Vos besoins sont d'ordre par saison ou permanent, en termes
de main-d'oeuvre? Ma sous-question : Vous êtes pour du permanent ou du
temporaire?
M. Bessette (Alexandre) : On
a des besoins des deux côtés, puis je ne vois pas pourquoi on aurait à se
commettre entre les deux. On a des besoins à l'année dans le secteur de la
santé et de la petite enfance, comme je le mentionnais, santé et services
sociaux. On a une population vieillissante. Ça, ça veut dire plus de services
nécessaires aussi, puis on a des besoins saisonniers aussi pour la pêche. Donc,
on a besoin des deux. C'est principalement ça, nos besoins, en ce moment.
M. Valiquette (Antonin) : ...une
chose qui est à retenir, par exemple. Dans un cas de pénurie de main-d'oeuvre
qui est généralisée dans tous les secteurs, mais dans un endroit, encore là,
isolé et insulaire, où les deux principaux moteurs économiques sont
saisonniers, il faut faire attention, par exemple, non plus, de ne pas trop... Il
faut faire attention de ne pas concentrer notre pénurie de main-d'oeuvre dans
le... nos deux principaux piliers économiques saisonniers en favorisant ou en
faisant trop la promotion, si vous voulez, du travail à l'année. Il ne faut pas
aller chercher tous les travailleurs saisonniers pour qu'ils s'en aillent
travailler à l'année puis que, finalement, toute la pénurie de main-d'oeuvre se
concentre dans nos principaux piliers économiques. Ça, c'est une notion
particulière à retenir dans notre gestion.
M. Derraji : Oui, oui, je
vous comprends et je sais où vous voulez aller avec ça, mais ma question, c'est
que vous êtes en concurrence avec d'autres régions. On peut dire, et je peux
réfléchir avec vous à haute voix : Quand il fait beau partout au Québec,
le secteur de la restauration ou d'autres secteurs, la pénurie est généralisée.
Vous n'avez pas pensé à un statut particulier par rapport à la régionalisation
de l'immigration?
Je réfléchis avec vous à haute voix. Je
n'ai pas pensé à ça, c'est vos arguments qui me ramènent à cheminer avec vous.
C'est ça, le but de la consultation. Parce que j'ai très bien lu votre mémoire
et j'ai bien écouté votre présentation. Au fait, si je peux le dire
aujourd'hui, là, vous êtes venus à quatre, c'est un cri du cœur que vous
lancez. Si on ne fait rien, c'est tout le secteur économique qui est en péril
aux Îles-de-la-Madeleine. Vos besoins sont énormes, vos besoins touchent à la
fois le secteur privé et public — vous pouvez m'arrêter à n'importe
quel moment, si je me trompe — vos besoins sont à la fois de l'ordre
privé...
M. Valiquette (Antonin) : Vous
faites un sans-faute jusqu'à présent.
M. Derraji : Merci. Merci
pour le compliment. Ce qui est touchant, c'est la dernière intervention qui
lève le drapeau : Attention, services publics, garderies et santé. Avant,
on ne parlait que du secteur privé, et la réponse du politique était :
Élevez vos salaires. C'était ça, la réponse, juste : Les entrepreneurs, il
faut juste augmenter les salaires. On voit qu'aujourd'hui, quatre ans ou cinq
ans plus tard, ça ne marche plus.
Donc, est-ce que, pour vous, au-delà de
nos politiques migratoires, au-delà de ce qu'on fait maintenant dans la commission...
Ma crainte, malgré tout ce qu'on fait, est-ce que les Îles-de-la-Madeleine,
aujourd'hui, vont avoir sa part? Parce que, vous l'avez dit dans votre mémoire,
il faut simplifier le processus de demande d'immigration. C'est encore beaucoup
plus pertinent pour vous. Il faut donner aux régions et à leurs organismes des
cours et des ressources pour pouvoir bien intégrer les immigrants. C'est très
pertinent pour vous, parce que, si un service manque, c'est toute la chaîne qui
est bloquée, vu la spécificité des Îles-de-la-Madeleine.
Mais vu qu'au Québec on a toujours eu
cette spécificité de voir les Îles-de-la-Madeleine sous un autre angle, une
autre lecture, un autre prisme, vous ne souhaiteriez pas qu'en même temps le
pouvoir politique ou les politiques migratoires aient cette lecture à part des
Îles-de-la-Madeleine?
• (17 h 10) •
M. Valiquette (Antonin) : Qu'est-ce
que vous voulez dire, «à part des Îles-de-la-Madeleine»?
M. Derraji : «À part», ça
veut dire que ce qu'on fait pour les autres régions, c'est bon, on peut le
faire, mais il faut avoir une autre lecture, parce que, si on a... on ne livre
pas, si les politiques migratoires ne livrent pas, c'est clairement le secteur
économique qui sera touché.
M. Valiquette (Antonin) : Au-delà
du... Le secteur économique, vous avez parfaitement raison... Au-delà du secteur
économique, je vous ramène aussi à la projection démographique. Il y a un enjeu
de vitalisation, il y a un enjeu social aussi. On a besoin d'avoir de jeunes
familles non seulement du côté économique, mais aussi pour vitaliser, pour
avoir des enfants dans nos écoles, pour avoir des gens qui consomment et pas
seulement que des gens à la retraite, qui consomment, normalement, moins que
des... d'autres catégories d'âge. Donc, l'enjeu, il est... on en revient,
finalement, à une question d'économie, à ce moment-là, mais je vous dirais
qu'il y a tout un volet, quand même, social qui va <là-dedans.
M. Valiquette (Antonin) :
...dirais
qu'il y a tout un volet, quand même, social qui va >là-dedans.
Écoutez, moi, je ne vois pas
nécessairement... Oui, il y a... les Îles ont une particularité insulaire, et
je pense qu'on le démontre très bien dans le mémoire, et c'est pour ça qu'on
propose d'agir pour un projet pilote. Mais, pour moi, c'est dans l'optique de
servir de modèle d'exemple, de modèle qui pourrait être appliqué dans d'autres
régions éloignées du Québec.
J'ai dit à M. Saint-Jean tout à l'heure...
député de Saint-Jean, qu'on... j'hésitais à me prononcer sur un chiffre
national en termes de seuils d'immigration. C'est encore ma position, mais,
pour moi, j'inviterais la commission et le gouvernement à réfléchir à
l'idée : Est-ce que recevoir moins pour mieux recevoir... Est-ce que
l'idée de régionaliser davantage pour mieux recevoir en donnant les moyens et
les ressources à des régions... davantage, finalement, de moyens et de
ressources aux régions qui seront capables d'accueillir, de mieux accueillir,
finalement, dans leur petit milieu des... lentement mais sûrement et de façon
qualitative, des immigrants... C'est là que je me pose la question, là.
M. Derraji : Bien, je... En
aucun cas, je ne voulais vous ramener sur les seuils. C'est un débat politique
qui nous concerne. Vous êtes un de nos invités, vous venez en commission pour
nous éclaircir sur votre situation. Ce n'était pas ma question, c'est la
question du collègue. Je comprends le pourquoi.
Mais je vais revenir à une question très
importante. Vu la spécificité de la région, pensez-vous que c'est plus juste
pour la région d'avoir une autre lecture qui n'est pas la lecture de Montréal,
ni de Québec, ni de Trois-Rivières? Parce que, si on ne vous assure pas ce flux
migratoire, c'est toute la population qui en paiera le prix, aux
Îles-de-la-Madeleine. C'est ça où je voulais vous ramener.
Maintenant, vous répondez quoi aux gens
qui vous disent qu'il y a une crise du logement... du moment qu'il y a une
crise du logement, l'immigration, on ne peut pas en accueillir. C'est une
boucle, parce que chez vous, la boucle contient services de garde, santé,
éducation, rajeunissement, vu la courbe démographique. Ce serait quoi, votre
réponse?
M. Valiquette (Antonin) : C'est
une très bonne question, et je vous remercie de la poser. Parce qu'en effet on
connaît des gens, aux Îles, par exemple, des familles qui viennent des
Îles-de-la-Madeleine, qui sont parties à l'extérieur des Îles, sur le
continent, pour étudier ou pour aller travailler, et qui souhaitent revenir, et
qui ont le même enjeu de trouver un logement. Et donc de voir la communauté
maritime proposer un mémoire pour accueillir des immigrants aux
Îles-de-la-Madeleine, pour moi, je n'y vois pas une question de priorisation,
premièrement.
Et comme je le disais tout à l'heure, on
est quand même en train de s'adapter, on est en train d'en développer, du
logement, on essaie, dans la mesure de nos moyens, au niveau municipal,
d'offrir des incitatifs, par exemple, de limiter, par exemple, des achats de
maisons secondaires dédiées à la seule fonction de location secondaire... de la
location touristique court terme. On travaille là-dessus. On va développer du
logement, mais on se ramène toujours à l'enjeu démographique d'une population
qui diminue, sur les prochaines années, d'une population qui vieillit, en même
temps.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. Valiquette...
M. Valiquette (Antonin) : Ça
va prendre des nouveaux arrivants.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Cette portion d'échange étant terminée, on va finaliser le
tout avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour une période de 4 min 8 s.
Le temps est à vous, M. le député.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup pour votre présentation. Vous me rappeliez une histoire, là. Souvent,
dans... Souvent, quand on parle des demandeurs d'asile, on parle de fardeau. Mais
il y a quelques années, dans une ancienne vie d'avocat en immigration, moi,
j'ai connu plusieurs demandeurs d'asile, des femmes d'Afrique de l'Ouest qui, à
peine arrivées, là, partaient vers les Îles donner un coup de main comme
préposées aux bénéficiaires. J'en connais quelques-unes et je trouve que c'est
un bel exemple, quelque chose dont on ne parle pas assez souvent, de l'apport
que des gens... pas que du profil économique, mais des autres profils, des gens
qui s'établissent ici, au Québec, qui viennent faire leur vie au Québec,
peuvent aussi contribuer. Puis je pense que c'est un tout qu'on doit traiter
ensemble. Je vous vois ici, les quatre, vous... vraisemblablement, vous êtes
venus en avion, j'imagine, vous avez fait un mémoire exhaustif...
M. Valiquette (Antonin) : ...est
venus en auto.
M. Cliche-Rivard : ...bon, un
mémoire exhaustif avec des lettres d'appui, vous avez mobilisé des gens. Il y a
urgence, là, je veux dire, on a quand même une délégation ici qui se présente
avec un message fort, et j'espère qu'il sera entendu.
Vous parliez des permis de travail fermés,
ouverts. Je suis d'accord puis, en même temps que vous parliez, j'ai reçu un
courriel comme quoi il vient d'être déposé une action collective, devant la
Cour supérieure, pour l'abolition des permis de travail fermés. Donc, on est
vraiment dans l'air du temps. Les tribunaux vont devoir se saisir de la
question. Et moi, je veux savoir, prospectivement, comment vous voyez ça. Vous
avez soumis... EIMT régional, permis de travail régional sectoriel. Est-ce que
vous avez d'autres idées, en plus de ça, pour nous appuyer? <Parce qu'on
est à...
M. Cliche-Rivard :
Est-ce
que vous avez d'autres idées, en plus de ça, pour nous appuyer? >Parce
qu'on est à discuter ou j'espère qu'on va discuter de ça dans les prochaines
semaines. Votre solution optimale, pour les Îles, c'est quoi?
M. Valiquette (Antonin) : J'ai
envie de laisser mes collègues... j'ai l'impression d'avoir monopolisé un peu le
temps. Bien sûr, là-dessus, sur les moyens et sur ce qui se fait déjà et ce
qu'on veut faire, je pense qu'ils sont très bien placés pour le faire.
Alexandre ou Maxim?
M. Chevarie-Davis (Maxim) : Oui.
Bien, oui, c'est une très bonne question. C'est un bon exemple aussi.
Effectivement, c'est très intéressant de discuter de l'idée d'avoir... d'abolir
les permis de travail fermés. Je pense que ça implique beaucoup de choses, donc
c'est une discussion qui n'est pas près d'être terminée, mais bravo à ceux qui
ont déposé cette motion-là.
Nous, ce qu'on suggère, en fait, c'est
vraiment un permis qui serait limité à notre territoire mais où les
travailleurs pourraient travailler pour différents employeurs dans tous les
secteurs. Effectivement, si on pouvait avoir un permis à l'intérieur d'un même
secteur économique, déjà, ce serait aidant, mais étant donné les besoins de
main-d'oeuvre criants dans tous les secteurs, aux Îles-de-la-Madeleine,
d'avoir... d'ouvrir ça un peu plus encore serait particulièrement aidant.
Une autre piste de solution qu'on propose,
en fait, c'est le passage vers la permanence pour ces travailleurs-là qui
viennent travailler à chaque année, qui, s'ils le pouvaient, demeureraient à
l'année, aux Îles-de-la-Madeleine, mais ils travaillent dans des secteurs
saisonniers, donc ne peuvent pas... qui sont des travailleurs qui ne sont pas
qualifiés, donc n'ont pas accès à tous les programmes qui leur permettent la
permanence. D'offrir ces possibilités-là à ces personnes-là qui contribuent
autant que n'importe qui d'autre à notre communauté, c'est ça qui va permettre
de répondre autant aux besoins démographiques que de main-d'oeuvre. C'est des
résidents, finalement, qui vont être là, qui vont contribuer comme les autres
autour d'eux.
M. Cliche-Rivard : Et le
permis de travail, disons, de l'île, là, de la Madeleine, le permis travail
régional, qui le demanderait? Parce que, là, ce ne serait plus associé à
l'entreprise. Dans votre logique, c'est vous, peut-être, la communauté des
Îles, qui ferait la demande? Comment ça fonctionne pour choisir en amont la
personne qui arrive puis qui a un permis local?
M. Chevarie-Davis (Maxim) : On
a déjà entamé des actions en concertation avec des employeurs aux Îles-de-la-Madeleine.
On a tenté de partir un projet pilote où on accompagnait les employeurs dans
ces démarches-là. Malheureusement, on a été un peu confrontés à la lourdeur des
démarches administratives en immigration. Donc, plusieurs employeurs se sont rebutés
par ce que ça coûtait, l'implication qui était requise et les délais qui en
découlaient. Par contre, on a pu vraiment développer des liens avec tous ces
employeurs-là qui sont prêts à travailler ensemble. On travaille avec eux...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Le temps est terminé. Merci beaucoup pour cette... dans un
premier temps, de vous être déplacés jusqu'ici pour débattre avec nous et
défendre, surtout, votre mémoire. Bon retour à tous.
Alors, pour les membres, je suspends à
peine quelques secondes pour notre prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 17 h 19)
(Reprise à 17 h 24)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens poursuit ses travaux.
Alors, pour le dernier groupe de la
journée, il s'agit de Manufacturiers et Exportateurs du Québec. Bienvenue,
donc, à Mme Véronique Proulx, présidente-directrice générale, ainsi qu'à M.
Marc-André Gosselin, directeur, Affaires publiques et gouvernementales. Donc,
vous êtes des habitués. Vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes
pour présenter les grandes lignes de votre mémoire, et ensuite nous allons
poursuivre avec les parlementaires pour une période de discussion. Le temps
commence, la parole est à vous.
Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ)
Mme Proulx
(Véronique) :Excellent. Alors, bonjour à
tous, Mme la ministre, Mmes, MM. les députés. Merci de nous accueillir
aujourd'hui.
Alors, Manufacturiers et Exportateurs du
Québec, c'est une association d'affaires, on représente le secteur
manufacturier. Notre mission, c'est de favoriser la croissance des
manufacturiers québécois, et on les appuie sur quatre facettes, donc, la
main-d'oeuvre, l'innovation, l'exportation et la décarbonation. On représente 1 100 entreprises
qui sont partout au Québec, de toutes tailles, tous secteurs d'activité.
Alors, tout juste avant de commencer... le
secteur manufacturier, brièvement, qui est un de nos piliers économiques.
Alors, le secteur emploie un peu plus d'un demi-million de personnes. Le
secteur de la fabrication est encore aujourd'hui le plus grand contributeur au
PIB du Québec, avec 12,6 %. Nous sommes de grands exportateurs, dont plus
de 86 % des biens... des exportations sont des biens, des biens fabriqués,
et le secteur manufacturier est stratégique pour l'économie et pour les
finances publiques du Québec, particulièrement dans un contexte d'incertitude
comme nous le vivons aujourd'hui.
Pénurie de main-d'oeuvre, brièvement, alors,
encore aujourd'hui, la pénurie de main-d'oeuvre, c'est le plus grand défi à la
croissance du secteur manufacturier, également un frein à l'investissement.
Donc, on est à près de 23 000 postes vacants dans notre secteur
d'activité, et c'est un défi qui a un impact très concret chez nos entreprises.
Donc, plus de 98 % des entreprises manufacturières affichent des postes
vacants. C'est un sondage qu'on a réalisé l'automne dernier. Et, au cours de la
dernière année, les manufacturiers ont laissé 7 milliards sur la table, <donc,
des contrats...
Mme Proulx
(Véronique) :
...dernière année,
les manufacturiers ont laissé 7 milliards sur la table, >donc, des
contrats refusés, des possibilités de croissance auxquelles on n'a pas accédé,
mais aussi des projets d'investissements qui ne se font pas, faute d'avoir les
travailleurs nécessaires.
Alors, vous comprendrez que l'immigration,
ce n'est pas la seule solution pour pallier la pénurie de main-d'œuvre. On a
bien sûr l'automatisation, la robotisation, la formation, mais c'est quand même
un levier qui est essentiel pour nous. Alors, la consultation prend tout son
sens pour le secteur manufacturier québécois. On souhaite s'assurer qu'à terme
on puisse avoir un impact très concret, c'est-à-dire que nos membres partout au
Québec puissent ressentir l'impact de la consultation pluriannuelle, qu'il y
ait des gains pour eux partout en région.
Ma présentation se fera en quatre volets.
Alors, je ne vais pas passer au travers de tout le mémoire, bien sûr, mais je
vais y aller sous quatre angles : le premier, les seuils d'immigration; le
deuxième, l'alignement avec les besoins des manufacturiers; troisièmement,
l'immigration francophone; et quatrièmement, la régionalisation.
Alors, sur les seuils d'immigration, qui
correspond à l'orientation 12, les consultations des dernières années
n'ont clairement pas permis de répondre aux besoins du marché du travail,
encore moins à ceux des manufacturiers. Alors, on a besoin d'une consultation,
une planification plus précise, plus proactive. Et la réalité, c'est que le
nombre de postes vacants va continuer à augmenter, sachant qu'on a toujours de
plus en plus de départs à la retraite.
Alors, je tiens à souligner qu'on appuie
fortement la proposition du gouvernement d'augmenter progressivement les seuils
permanents à 60 000, en excluant la catégorie Diplômés du Québec du PEQ du
calcul. C'est vraiment un pas dans la bonne direction. Ça pourrait nous
permettre, à terme, d'aller chercher beaucoup plus d'immigrants qualifiés pour
le Québec. Mais les seuils proposés, pour nous, ne suffisent pas pour répondre
à l'ensemble des besoins, dont ceux des manufacturiers. Alors, c'est pourquoi
on revient à la charge avec un seuil idéal qui aurait été à 90 000 immigrants
pour répondre aux besoins de l'ensemble des secteurs.
Lorsqu'on parle d'immigration, on parle de
quantité, mais on parle aussi de qualité. Alors, le gouvernement doit s'assurer
que l'immigration économique sera bien enlignée avec les besoins des
manufacturiers. Et là je me permets d'aller plus spécifiquement sur le PSTQ,
sur le volet 3. Ce qu'on souhaite, c'est qu'on puisse prioriser les
métiers les plus en demande dans le secteur manufacturier. Alors, je vais y
arriver, quels sont ces métiers, mais je reviens à la notion d'impact. Il faut
que la réforme du PRTQ au PSTQ puisse bénéficier également aux entreprises
manufacturières pour qu'on y retrouve des nouveaux arrivants qui ont de
l'intérêt, des connaissances, des compétences pour travailler dans notre
secteur.
Alors, j'arrive à quels sont ces métiers,
c'est le volet 2, Alignement avec les besoins des manufacturiers. Pour
nous, il faut que le secteur manufacturier fasse partie intégrante des
priorités du Plan d'action sur la main-d'oeuvre. C'est une question de
cohérence. Le Plan d'action main-d'oeuvre, ça comporte des mesures au niveau de
l'emploi, de l'éducation mais également de l'immigration. Alors, on demande une
plus grande cohérence entre les métiers manufacturiers qui se retrouvent dans
les grands secteurs prioritaires de l'économie, donc des... que l'économie
supporte. Je pense notamment à l'aérospatial, à la batterie, la fabrication
d'équipements. Investissement Québec, notamment, supporte des projets
d'automatisation, de robotisation dans ces grands secteurs là, puis on doit
s'assurer que les entreprises qui sont financées pour augmenter leur
productivité aient accès aux travailleurs en quantité et en qualité. Alors,
c'est pourquoi les 15 métiers les plus en demande, qui est une liste qui
est fournie par le ministère de l'Emploi, devraient se retrouver dans le Plan
d'action main-d'oeuvre.
Je vous donne deux exemples, mais il y en
a plusieurs autres dans le mémoire. Il y a le métier de tôlier, qui est un
FEER 2, mais également le métier de soudeur. On a tellement entendu parler
des soudeurs, alors on pourrait penser à voir s'il y avait une priorisation
pour les soudeurs, des métiers... pas des métiers, des missions de recrutement
international pour les soudeurs. On pourrait penser à des bourses Perspective
pour les soudeurs, pour valoriser les métiers manufacturiers également.
• (17 h 30) •
Dans un deuxième temps, le PEQ étudiants,
toujours, ce qu'on souhaite, c'est que le nombre d'heures exigées pour qu'une
formation soit reconnue par le PEQ volet Diplômés du Québec soit revu à la
baisse. Alors, présentement, c'est 1 800 heures pour que la formation
exigée... pour qu'un étudiant soit admissible au PEQ étudiant. Or, si on
regarde le DEP en tôlerie, c'est 1 275 heures. Le DEP fabrication de
pièces industrielles et aérospatiales en composites, c'est 1 005 heures,
puis c'est dans un secteur d'avenir qui est celui de l'aérospatiale. Ce sont
des métiers qualifiés pour lesquels on a des besoins, et aujourd'hui des
étudiants étrangers qui voudraient s'inscrire dans ces domaines d'études ne
seraient pas admissibles.
Troisième temps, rapidement, l'EIMT ouvert
ou... dénominalisé — je vais y arriver. Alors, en 2015, dans le
secteur manufacturier, on accueillait 651 travailleurs étrangers
temporaires. En 2022, on en a 14 796. Ce sont des PME partout en région
qui vont chercher des travailleurs étrangers temporaires ou c'est des grandes
entreprises. Si on pouvait réduire les délais de trois à quatre mois via un
EIMT ouvert, ce serait vraiment une façon de leur donner un bon coup de pouce
pour leur permettre d'accéder aux travailleurs dont ils ont besoin plus
rapidement.
J'arrive au volet 3, sur la
francisation, qui correspond à l'orientation 1. Alors, bien sûr que les
manufacturiers sont favorables au fait qu'on accueille davantage d'adultes qui
déclarent connaître le français à l'admission et qu'on tende <vers une
plus grande...
>
17 h 30 (version révisée)
< Mme Proulx
(Véronique) :
...d'adultes qui
déclarent connaître le français à l'admission, et qu'on tende >vers une
plus grande immigration économique francophone, mais ça doit se faire en
équilibre avec le marché du travail et avec le soutien nécessaire à la
francisation. Et, j'ai envie de vous dire, ça ne doit pas être un frein à l'attraction
des meilleurs talents à l'étranger également. Alors, il devient important de
trouver un bon équilibre.
C'est pourquoi, dans un premier temps, on
propose de réduire l'exigence du français, pour les volets 1 à 3 du PSTQ, à un
niveau 5. Pourquoi? On le voit avec nos entreprises partout en région, qui font
beaucoup d'efforts de francisation sur le terrain, quand les gens arrivent avec
un niveau minimal de français, ils vont faire de la francisation. Ils sont
capables de rapidement augmenter leur niveau, accélérer la cadence. Ils sont en
région, ils sont intégrés. Et l'objectif, bien, ce serait d'élargir le bassin
de candidats francophones que l'on peut accueillir.
Deuxièmement, l'exigence pour les époux ou
les conjoints, on propose de l'enlever, encore une fois, pour augmenter le
bassin de candidats qui pourraient immigrer vers le Québec.
Et finalement, dans la proposition, dans
la consultation, on souligne que les étudiants étrangers dans les collèges
anglophones doivent avoir fait... doivent avoir la preuve qu'ils ont fait trois
ans dans un lycée français. On propose plutôt de remplacer cette exigence par
un test de français, parce qu'on a des étudiants bilingues francophones, anglophones
qui étudient dans des collèges anglophones et qui pourraient se qualifier, si
on leur permettait de faire le test.
Alors, il est impératif, pour Manufacturiers
et Exportateurs du Québec, que toute nouvelle imposition d'exigence de français
pour l'immigration s'accompagne d'un meilleur accompagnement en francisation.
Rapidement, trois propositions. La première, de mettre en place des projets
pilotes en amont pour faire de la francisation avant que les gens arrivent; deuxièmement,
d'élargir l'accessibilité à la francisation avant l'arrivée au Québec pour
couvrir les coûts et les déboursés par les entreprises et par les travailleurs;
et finalement, dans la mesure où vous n'alliez pas de l'avant avec notre
recommandation d'enlever l'exigence de français pour les époux, bien, de leur
permettre de faire de la francisation en amont également.
Dernier volet, la régionalisation. Je
pense qu'il y a beaucoup de recommandations qui vont avoir été faites puis il y
a certainement beaucoup de solutions qui pourraient être mises en place pour
favoriser la régionalisation de l'immigration. Nous, ce qu'on propose ici, c'est
un incitatif financier. Comme il se fait pour les étudiants étrangers, comme le
crédit d'impôt qui est en place pour les finissants pour les inciter à aller en
région, ce serait de mettre en place un montant, donc, 3 000 $ par année,
pour un maximum de 10 000 $, pour les nouveaux arrivants qui arrivent à
Montréal, par exemple, et qui souhaiteraient s'établir en région. Donc, c'est vraiment...
ça sera... ce n'est pas ça qui va faire bouger l'aiguille à elle seule, mais c'est
une mesure, parmi plusieurs, qui pourrait avoir un impact concret.
Alors, en conclusion, on a publié hier une
lettre ouverte dans Le Journal de Montréal, où on implorait tous les
élus à mettre l'économie au centre des priorités à l'aube de la rentrée
parlementaire, et ça passe notamment, aujourd'hui, par les choix qui se feront
en immigration, c'est-à-dire qu'on a besoin encore une fois que cette
consultation pluriannuelle puisse se traduire de façon très concrète en gains
pour les manufacturiers partout en région. C'est avec le manufacturier qu'on va
augmenter la richesse du Québec, c'est avec le manufacturier qu'on va réduire
notre écart de productivité avec l'Ontario et c'est aussi grâce à ça qu'on va
être en mesure de financer nos grands besoins en santé et en éducation.
Alors, je vous remercie beaucoup. Il me
fera plaisir de poursuivre l'échange avec nous.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme Proulx. Très belle présentation. Nous
allons donc commencer l'échange avec les parlementaires, et je me tourne du
côté du gouvernement pour une période totale de 14 min 30 s. Mme la ministre,
la parole est à vous.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Merci, Mme Proulx, pour cette présentation, effectivement, très
claire, très structurée, très limpide. Alors, bien, on voit que vous maîtrisez
le dossier, que c'est un axe sur lequel vous avez travaillé de longue date au
sein de votre organisation, et, comme vous nous avez mentionné, le secteur
manufacturier est effectivement un secteur d'importance au Québec. On reconnaît
cette importance-là. D'ailleurs, on a accordé beaucoup d'attention au
secteur manufacturier dans nos Journées Québec ces dernières années. Donc, le
secteur de... particulièrement le secteur de la fabrication et usinage, métiers
mécaniques, transformation alimentaire, métiers du bois ont tous fait partie de
la majorité de nos missions de recrutement à l'international, et ça va
continuer. Donc, c'est sûr qu'on va poursuivre sur cette veine-là.
Puis il y a aussi eu une mission virtuelle
de recrutement, qui a eu lieu en mai 2022, spécifiquement pour le secteur
manufacturier. D'ailleurs, j'aimerais ça, si vous avez l'occasion, là, de nous
parler de votre... des retombées, en fait, des missions virtuelles en
comparaison des missions en présentiel, si vous me passez l'expression. Donc, c'est
un secteur de grande importance pour nous. Je pense, il faut avoir à l'oeil l'évolution
de ce secteur.
Je vous amènerais sur la francisation.
Vous avez fait mention de vos souhaits en lien avec la francisation. J'entends
des échos variables en lien avec la francisation en entreprise. Parfois, j'entends
que ça fonctionne très bien. Parfois, les <gens ont des réserves...
Mme Fréchette :
...très
bien. Parfois, les >gens ont des réserves. J'aimerais ça que vous nous
partagiez votre lecture de comment ça se passe au niveau de la francisation en
entreprise. Est-ce qu'on a les bonnes formules? Est-ce qu'il faut bonifier ces
formules-là? Est-ce que vous voyez qu'on est, bref, sur la bonne voie ou c'est
à réviser? Avec Francisation Québec, là, il y a toute l'offre qui vient donc
d'être redéployée différemment. Ça va se compléter avec la formation, la
francisation en entreprise, à partir du mois de novembre. Ça va être chez Francisation
Québec que ça va se passer, mais j'aimerais ça avoir votre écho là-dessus.
Mme Proulx (Véronique) :Excellent. Alors, je vais commencer par les missions
virtuelles versus présentielles. Les missions... Je n'ai pas eu d'écho à
qu'est-ce qui générait le plus de retombées ou qu'est-ce qui avait le plus
d'impact, mais ce qui ressort, lorsqu'on parle avec nos membres, de
l'accompagnement dans le cadre des missions de recrutement, c'est la... En
fait, le besoin, c'est de l'accompagnement sur toute la démarche pour aider,
notamment, les PME à faire du recrutement étranger. Je n'ai pas la donnée par
cœur, mais, quand on a fait le sondage l'année dernière, on voyait clairement
que les PME avaient beaucoup plus de difficulté à faire du recrutement
international, notamment pour des TET, par manque de ressources puis
d'accompagnement sur l'ensemble du processus.
Puis je reviens à une donnée que je n'ai
pas mentionnée tout à l'heure. Là, on a 13 000 manufacturiers
au Québec. Il y en a juste 1 000 qui ont plus de 100 employés. Alors,
quand on parle de TET, c'est beaucoup ces plus petites là qui en ont besoin
parce qu'elles sont moins attractives. Elles offrent des moins bons salaires
que des multinationales et, lorsqu'elles se retournent vers l'international,
elles rencontrent plusieurs embûches. Ça fait que la notion d'accompagnement du
début à la fin pourrait être une bonification de l'offre du MIFI pour mieux
accompagner ces entreprises-là.
Mme Fréchette : D'accord, et,
sur la francisation...
Mme Proulx (Véronique) :Sur la francisation, je vais demander à Marc-André
d'intervenir, là. Je vais commencer, parce qu'on a échangé avec plusieurs
entreprises. Il y a effectivement des gens qui disent que ça se passe très
bien, d'autres pour qui c'est plus difficile. Généralement, les PME sont celles
pour qui c'est plus ardu parce qu'elles ont moins de ressources, moins
d'expertise pour aller chercher l'aide dont elles ont besoin. Dans la grande
entreprise, on va voir qu'il y a des cohortes, que la formation qui se fait en
entreprise, ce n'est pas nécessairement à la portée de plus petites. Je parlais
avec une multinationale, qu'elle fait de la formation elle-même à l'étranger
avant que les gens arrivent. Ça fait qu'il y a un peu un deux poids, deux
mesures au niveau de la francisation. Encore une fois, je pense que ce sont les
plus petites qui ont... pour qui c'est plus difficile.
Marc-André, je ne sais pas si tu as des
précisions dans les échanges qu'on a eus.
M. Gosselin (Marc-André) : Oui,
bonjour, tout le monde. Bien, c'est sûr que, pour les manufacturiers, ils ont
tous intérêt à ce que la francisation se passe bien parce que c'est un enjeu de
rétention, c'est un enjeu d'intégration et de succès de l'immigration, puis ça
passe notamment par le marché du travail. Puis c'est notamment pour ça, pour
rebondir sur les propos de Mme Proulx, que c'est très important que... Tu sais,
la francisation, c'est un processus qui peut être long terme, et, selon ce que
les membres nous ont dit, eux autres voyaient une réelle différence quand la
personne immigrante arrivait avec une connaissance du français ne serait-ce que
minime.
Donc, tous les enjeux de francisation dès
l'étranger... Puis on sait qu'il existe des projets pilotes, notamment à
l'intérieur des Journées Québec, mais ces mesures-là ont un impact réel sur la
rétention des employés et sur leur francisation au Québec. Donc, quand ils
arrivent au Québec avec une connaissance minimale de français, ils sont
beaucoup plus enclins à suivre les cours de francisation et à progresser à
l'intérieur de... bien, de ces cours-là. Donc, pour nous, c'est une mesure qui
a tout son sens et qui, individuellement, lorsqu'on les additionne, peut avoir
un impact réel et concret tant pour la personne immigrante que pour
l'entreprise.
Mme Fréchette : Merci. Je
n'aurai pas besoin de vous convaincre du fait qu'on a un retard en termes de
productivité. Est-ce que la situation, le contexte actuel de pénurie de
main-d'oeuvre, ce n'est pas l'occasion, pour beaucoup d'entreprises du secteur
manufacturier, de, justement, investir dans les technologies pour améliorer
leur productivité? Est-ce que vous voyez ce passage-là parmi plusieurs de vos
membres et est-ce qu'il n'y a pas là une voie de solution?
• (17 h 40) •
Mme Proulx (Véronique) :Bien, en fait, on le souhaiterait. On le souhaiterait que
la pénurie soit un incitatif pour aller de l'avant. On a fait un sondage, en
juin dernier, qu'on a... avec Desjardins, où on regardait le portrait
d'intégration technologique, et là on a vraiment fait une distinction entre les
entreprises de moins de 100 employés et de plus de 100 employés.
Globalement, la majorité des entreprises, c'est près de 50 %, ont entamé
un processus de transformation numérique, mais, quand on regarde au niveau des
plus petites, on est à peu près dans le même pourcentage qui n'ont pas rien
fait encore, qui n'ont pas entamé de processus.
Et, quand on pose la question :
Pourquoi... tu sais, qu'est-ce qui vous inciterait à aller de l'avant puis
quels sont les freins? La main-d'œuvre se retrouve des deux côtés. Alors, d'un
côté, les gens nous disent : Bien, on veut pouvoir faire plus avec moins. On
manque de main-d'œuvre, ça nous coûte cher, on automatise, on rebaptise. Puis
tu as un autre pourcentage des entreprises qui disent : Non, pour nous,
c'est un frein, on ne va pas investir 500 000 $,
1 million, 2 millions, si on n'a pas l'expertise nécessaire pour
faire... par exemple, pour automatiser une ligne de production puis si on n'est
pas sûrs d'avoir les gens qui vont travailler, qui vont avoir les <bonnes
compétences pour travailler sur la ligne...
Mme Proulx (Véronique) :
...sûrs d'avoir les gens qui vont travailler, qui
vont avoir les >bonnes compétences pour travailler sur la ligne.
Alors, et je reviens à ma petite... encore
une fois, celles de moins de 100 employés, ils ont moins de connaissances,
moins de compétences, puis ils le nomment, pour trouver la bonne technologie,
les bonnes façons de faire puis l'expertise. Ça fait qu'il y a encore beaucoup,
beaucoup de défis dans nos plus petites, puis le danger, c'est que ce sont les
fournisseurs dans les chaînes d'approvisionnement de nos grands donneurs
d'ordres. Donc, le retard se creuse, puis ce sont les entreprises qui ont le
plus de difficulté aussi à attirer les bons talents.
Mme Fréchette : Est-ce que
vous diriez que les enjeux de productivité sont pas mal les mêmes à l'échelle
du Québec, ou c'est plus en région, ou certaines régions? Est-ce que vous voyez
des variantes de ce côté-là ou pas mal tout le monde est au même niveau?
Mme Proulx (Véronique) :Je vais vous dire, a priori, que tout le monde est pas mal au
même niveau. J'irais plus en termes de taille d'entreprise, mais on est en
train de travailler sur une étude qu'on fait avec l'Institut du Québec pour,
justement, regarder par secteur, par région. Alors, plus tard en cours d'année,
je pourrai vous revenir, mais, pour l'instant, je n'ai pas vu de grandes
variations en termes de régions.
Mme Fréchette : OK, parlant
de régions, donc là, vous proposez... Vous considérez que des incitatifs plus
importants doivent être déployés. Vous faites référence à des incitatifs
financiers pour favoriser la régionalisation de l'immigration. Est-ce que vous
avez des suggestions de mesures non financières qui pourraient contribuer à la
régionalisation et à la rétention des immigrants?
Mme Proulx (Véronique) :Oui, absolument. Alors, pour nous, puis on en a souvent
parlé dans les dernières années, quand les travailleurs étrangers temporaires
arrivent en région, qu'ils sont là pour deux ou trois ans, ils font de la
francisation, ils s'intègrent et, parfois, ils sont là avec leurs familles, si
la société d'accueil est accueillante, puis qu'on est en mesure de les intégrer.
S'ils ont accès après au PEQ, au PSTQ, il y a de fortes... il y a de plus
fortes chances qu'ils restent en région, OK? Ça, c'est une première chose. On
l'entend beaucoup de nos membres.
Le deuxième défi, c'est toute la question
de l'accès aux services, du logement, et ça fait longtemps qu'on dit, nous, que
nos membres sont prêts à mettre la main à la pâte, mais ça prend quelqu'un,
dans chacune des régions, qui va concerter les partenaires socioéconomiques, en
éducation, en santé, en habitation, pour être capables que l'offre globale se
tienne, qu'elle soit attractive pour que les gens aient envie de rester, puis
nos membres vont vouloir y participer. On a des gens qui vont construire, qui
vont acheter des maisons, qui vont les rénover, qui vont louer. Les gens
s'investissent pour aider leurs travailleurs étrangers temporaires à trouver
des logements, leur permis de... pas leur permis de travail, leur permis de
conduire.
Alors, il y a vraiment un manque de... On
le sait que l'immigration puis l'emploi financent plusieurs organismes, mais il
y a un manque de concertation régionale qui fait en sorte que ça devient très
difficile d'avoir une offre attractive, mais nos membres sont prêts à s'asseoir
autour de la table puis d'y contribuer, ça, c'est clair.
Mme Fréchette : Est-ce que
vos membres seraient à même de partager, dans le fond, leur lecture de la
pénurie de logements dans leur environnement, dans leur localité ou dans leur
région? Est-ce que c'est des informations dont vous disposez déjà?
Mme Proulx (Véronique) :Pas qu'on dispose présentement. Alors, la question du
logement revient tout le temps. On l'avait mise dans notre mémoire
prébudgétaire pour le dernier budget. Normalement, les manufacturiers ne
parlent pas de logement dans leur mémoire prébudgétaire, mais c'est un des
principaux enjeux qui revenait constamment dans toutes les régions du Québec,
avec toutes tailles d'entreprises, mais, si on devait mettre en place une forme
de concertation, c'est clair qu'ils pourraient être là pour partager ces
informations-là.
Mme Fréchette : Et comment
est-ce que vous voyez la discussion sur les permis de travail fermés? Est-ce
que c'est quelque chose que vous avez discuté à l'interne, que vous considérez
comme alternative, des permis de travail soit sectoriels ou encore...
Mme Proulx (Véronique) :C'est-à-dire de les ouvrir?
Mme Fréchette : Les ouvrir...
les permis de travail, les ouvrir à une région ou les ouvrir à un secteur
d'activité donné, est-ce que c'est une discussion qui a cours chez vous?
Mme Proulx (Véronique) :Bien, en fait, ce qu'on a eu comme information... Les
entreprises souhaiteraient avoir un permis ouvert au sein de leur organisation
pour ceux qui sont multisites, parce que ça devient difficile si tu as
plusieurs sites. Maintenant, quand tu fais venir un travailleur étranger
temporaire, tu dépenses 12 000 $ à 15 000 $, tu le formes,
de le perdre trois mois, six mois, un an plus tard, c'est quand même difficile
à justifier pour l'employeur. Alors, il n'y a pas beaucoup d'ouverture à ouvrir
les permis de travail.
Mme Fréchette : Je pense... Mme
la Présidente, il nous reste combien de temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 4 min 15 s.
Mme Fréchette : Bien, je vais
céder le droit de parole.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup, Mme la ministre. Alors, je pense me tourner du côté de la
députée de Soulanges pour 4 min 12 s.
Mme Picard : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Bonjour à vous deux. Merci pour votre contribution à nos
travaux. C'est vraiment apprécié de vous voir ici, en présentiel.
Vous venez juste de l'aborder, mais
j'aimerais que vous creusiez peut-être un petit peu plus sur les acteurs qui
pourraient être autour de la table de concertation. Vous avez mentionné,
peut-être, la MRC, les municipalités, mais pouvez-vous nous donner une
meilleure idée de qui vous verriez autour de cette table de concertation là?
Mme Proulx (Véronique) :Oui, bien, en fait, je vais vous donner l'exemple qui avait été
présenté il y a plusieurs années, là, c'était Exceldor, si je ne me trompe pas,
à Saint-Anselme, si je me souviens bien, qui était allée chercher... puis là
les données, là, c'est loin un peu, mais environ 200 travailleurs étrangers...
en fait, 200 personnes issues de l'immigration, qui étaient à Montréal.
Donc, ils les ont amenées avec leurs familles à Saint-Anselme, qui n'avait pas,
à ce moment-là, beaucoup d'immigrants, et ils ont mis autour de la table la garderie,
le système scolaire, les gens de la ville. Tous les acteurs étaient autour de
la <table. Puis là, bien sûr, c'était Exceldor qui...
Mme Proulx (Véronique) :
...étaient autour de la >table. Puis là, bien
sûr, c'était Exceldor qui pilotait cette initiative-là pour s'assurer qu'on
puisse trouver des logements, pour s'assurer qu'on trouve des places dans les
écoles, qu'on accompagne les parents qui ne parlaient pas bien français sur les
démarches pour les garderies, les écoles également.
Ça fait que c'était vraiment une offre
complète avec tous les intervenants. Encore une fois, c'était piloté par le
privé. Je ne pense pas que c'est à la portée de tous, mais je pense que, si le
MIFI... ça pourrait être le MIFI... Je ne sais pas qui est le bon ministère, le
bon levier pour coordonner ces gens-là, parce qu'on en a beaucoup parlé avec
différents ministères au fil des années, puis ça ne s'est pas concrétisé.
Peut-être que ça prend un modèle différent dans chaque région parce que les
structures sont différentes aussi, mais ça prend vraiment des gens de chacune
des facettes pour accompagner les gens tant sur le plan personnel que
professionnel.
Puis j'y reviens, parce que, chaque fois
qu'on en parle, on nous dit : Bien, on finance beaucoup d'organismes d'employabilité,
ils ont tous des noms différents, les gens ne savent pas comment les retrouver,
leur offre de service varie d'une région à l'autre. En termes d'indicateurs de
performance, il y aurait peut-être lieu de les revoir pour s'assurer qu'ils
répondent à l'exigence très claire dont les nouveaux arrivants ont besoin. Je
pense qu'il y a beaucoup de travail à faire à ce niveau-là. Ils font un
excellent travail. Ils ne sont pas assez connus, puis il y a un manque
d'arrimage et de concertation.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, c'est terminé. Je pense que le député de... Ah! la
ministre, je vous cède à nouveau la parole. Il reste 1 min 57 s.
Mme Fréchette : Bien, je vais
aller vite. Est-ce que vous croyez que les employeurs sont suffisamment
outillés pour accueillir adéquatement et accompagner les travailleurs étrangers
qu'ils reçoivent? Parce que, souvent, il semble que les équipes qui sont déjà
en place avant que les travailleurs étrangers arrivent ne sont pas nécessairement
préparées. Est-ce que ça vous semble être un enjeu de votre côté?
Mme Proulx (Véronique) :Bonne question. Absolument, ils ne sont pas bien préparés.
Ils ne sont pas bien outillés tant au niveau de comment gérer la diversité et
inclusion que leurs obligations légales.
Mme Fréchette : Qu'est-ce que
ça prendrait pour qu'ils le soient, outillés?
Mme Proulx (Véronique) :Qu'est-ce que ça prendrait? Bien, ça prendrait un... je
vais utiliser le terme «accompagnement», c'est galvaudé, mais c'est quand même
ça, pour les informer sur leurs droits, leurs obligations, les organismes qui
sont là, tu sais, vraiment, de... Il faudrait comme décliner les différents
besoins, puis qui peut vous accompagner, qui peut vous aider dans les
différentes facettes.
Puis aussi, au niveau légal, je reviens
aux responsabilités, on a vu que certains employeurs ont été pris au piège,
notamment dans le manufacturier... pas pris au piège, mais qui ont mal
interprété... Il faut les accompagner. Les gens sont de bonne foi. Ils veulent
faire venir des travailleurs parce qu'ils en ont besoin. Il y a un volet
d'accompagnement, de connaissance, d'information qui n'est pas là, puis, dans
un contexte de rareté de main-d'oeuvre, ils n'ont pas toujours les équipes à
l'interne ou l'expertise nécessaire non plus.
Mme Fréchette : On va voir de
notre côté s'il y a des choses qu'on peut initier en ce sens-là. Ça complète
pour moi.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est complet, mais il reste 30 secondes.
Mme Bogemans : Est-ce qu'il y
a des catégories d'entreprises qui sont plus attractives pour la main-d'oeuvre
que d'autres? Parce que, je me souviens, on avait fait une table ronde. Il y
avait beaucoup d'entrepreneurs qui étaient là, des grosses entreprises.
Mme Proulx (Véronique) :...que les entreprises qui ont des produits finis qui sont
connus, des marques connues, résonnent plus auprès des jeunes, auprès des
employés. Les entreprises qui investissent davantage en automatisation,
robotisation, c'est clair que ça offre un environnement de travail qui est plus
intéressant tant pour les nouveaux arrivants que les employés en général. Donc,
ce n'est pas des catégories, mais, je vous dirais, des secteurs, et plus c'est
automatisé et robotisé, plus on retrouve de femmes...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. C'est ce qui complète le temps du gouvernement, mais
on se tourne du côté de l'opposition officielle pour une période de
10 min 53 s. Le temps est commencé.
M. Derraji : Combien?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 10 min 53 s.
• (17 h 50) •
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour. Toujours un réel plaisir, vous revoir sur... donc,
commission parlementaire sur l'immigration. Je ne vais pas revenir sur la
dernière. Je l'ai dit, écoute, nous sommes heureux de voir que Mme la ministre
répare ce qui a été mal fait lors de la dernière... en 2019, surtout par rapport
au PEQ, et je me rappelle que vous avez beaucoup, beaucoup soulevé le fait que
le PEQ était en net recul pour garder les travailleurs au Québec.
Il y a deux scénarios sur la table. Je
vois, dans votre mémoire, vous, vous parlez carrément d'un autre seuil.
Pourquoi?
Mme Proulx (Véronique) :En fait, le scénario à 60 000 est celui que l'on
préconise puis qu'on met de l'avant, et après, l'idée, ça va être de voir
combien d'étudiants étrangers on est capables d'aller chercher ou combien
d'étudiants étrangers, via le PEQ, on pourrait accueillir. Alors, est-ce que ça
va être 10 000, 15 000, 20 000? Pour nous, le seuil idéal est à
90 000, mais, je tiens quand même à le souligner, je trouve qu'on a... que
la ministre, le gouvernement avancent dans la bonne direction. Et après, quel
sera le plan pour attirer davantage d'étudiants étrangers francophones? Encore
une fois, 30 000 par année, c'est peut-être beaucoup, mais le seuil, pour
nous, serait autour de 90 000.
M. Derraji : Oui, mais là on
parle du secteur manufacturier. En aucun cas, et corrigez-moi si je me <trompe,
les étudiants étrangers ne vont...
M. Derraji :
...en
aucun cas
, et corrigez-moi si je me >trompe, les étudiants
étrangers ne vont pas combler les postes du secteur manufacturier, si on peut
parler du secteur manufacturier qui... Moi, je me rappelle de votre dernière
étude. Je ne sais pas s'il va y avoir une mise à jour. Ça a été très alarmant,
ce que vous avez évoqué. C'est une très bonne étude, une très bonne cartographie
de toutes les régions du Québec, avec des besoins énormes. On perdait beaucoup
de contrats, si je me rappelle, en millions de dollars ou en milliards.
Mme Proulx (Véronique) :...milliards, l'année précédente, oui.
M. Derraji : 17 milliards?
Je ne vous l'ai pas évoqué, oui, 17 milliards de dollars. C'est des
emplois qu'on perd, c'est des contrats délocalisés, mais, en termes du
manufacturier, vos besoins actuels, vous les chiffrez à combien?
Mme Proulx (Véronique) :En fait, dans le secteur manufacturier, on a
23 000 postes vacants. C'est très difficile de prendre l'ensemble des
secteurs puis de dire, d'ici 10 ans, voici les besoins. On a regardé ce
qui se fait au niveau de l'Emploi, de l'Immigration. On n'a pas été capables de
le faire nous-mêmes, l'Emploi non plus, par ailleurs.
Alors, le 90 000, c'est pour l'ensemble
des secteurs d'activité, et, quand on regarde les besoins actuels, quand on
regarde les projections, au cours des 10 prochaines années, de
1,4 million, il y a des projections, au niveau de l'immigration, basées
sur la planification pluriannuelle, une augmentation du taux d'activité et des
travailleurs expérimentés qui resteraient plus longtemps sur le marché du
travail. Ce qu'on voit jusqu'à présent, c'est que ces deux indicateurs-là n'ont
pas beaucoup bougé, et c'est pourquoi on dit : On a besoin de plus
d'immigration pour répondre aux besoins. Mais, je reviens, ce n'est pas juste
la quantité. Mon focus aujourd'hui, c'est de dire : C'est beaucoup la
qualité, donc, vraiment, l'alignement entre l'immigration et les besoins.
M. Derraji : Les besoins.
Mme Proulx (Véronique) :Parce qu'on pourrait les augmenter à 100 000, puis, s'il
n'y a personne qui a de l'intérêt ou des connaissances pour venir dans notre
secteur, il n'y aura pas d'impact sur les entreprises manufacturières. On ne
sera pas plus avancés.
M. Derraji : Au fond, c'est
du ciblé. C'est de l'immigration ciblée, des profils très bien ciblés.
Mme Proulx (Véronique) :Exact.
M. Derraji : Arrima?
Mme Proulx (Véronique) :Pardon?
M. Derraji : Arrima, est-ce
qu'il répond aux besoins?
Mme Proulx (Véronique) :Arrima? Arrima, ce n'est pas clair que ça répondait aux
besoins.
M. Derraji : OK, parce que
c'est ce qu'on avait sur la table depuis les cinq dernières années. Bon, ça,
c'est réglé. Temporaires, vous avez vu que, les cinq, six dernières années,
pour une raison x, on a maintenu à 40 000, 50 000 les seuils, d'autre
côté, il y a une explosion de nombre de travailleurs temporaires étrangers.
Vous, votre lecture, du temporaire ou du permanent?
Mme Proulx (Véronique) :C'est-à-dire, notre lecture, est-ce que...
M. Derraji : Lecture de la
main-d'oeuvre qu'on a présentement. Vu que les seuils sont limités, il n'y a
pas assez de travailleurs permanents, qui ne répondent pas... Au fait, la
plupart des travailleurs... Avec la pénurie de main-d'oeuvre qu'on a, les
postes sont comblés, mais, de l'autre côté, les employeurs paient des sommes
faramineuses pour aller chercher des travailleurs temporaires étrangers. S'ils
les cherchent, c'est parce que le besoin, il est là.
La question que je vous pose : Est-ce
que les temporaires que vos entrepreneurs paient... Ils paient le prix élevé. Vous
avez évoqué ça tout à l'heure. Est-ce que c'est pour répondre à un besoin
permanent ou temporaire?
Mme Proulx (Véronique) :Ah! OK, d'accord. Alors, c'est une très bonne question.
Dans la grande majorité des cas, c'est des besoins qui sont permanents et c'est
pourquoi, pour nous, dans la révision puis dans le projet de règlement qui a
été déposé au printemps, aussi, ou à l'automne, ce qu'on souhaite, c'est que
les TET... Je reviens, là, au fait qu'on souhaiterait que, dans le PEQ
étudiant, dans le PSTQ, dans le volet 3, on puisse cibler des métiers
priorisés, donc, que les gens qui arrivent sur des TET, qui sont en région, qui
correspondent, puissent accéder plus facilement, mais, si ces gens-là... Si je
prends l'exemple de soudeurs ou mon tôlier de tout à l'heure, s'ils arrivent
puis qu'ils n'arrivent pas à se qualifier dans le PSTQ, le volet 3, bien, c'est
des gens qui vont devoir repartir. On souhaite grossir le bassin des
travailleurs, ultimement, au Québec, qui ont de l'intérêt, des connaissances,
des compétences pour notre secteur.
M. Derraji : Est-ce qu'on
fait fausse route... Est-ce qu'on fait fausse route avec l'explosion du nombre
de permanents... de temporaires vu que nos besoins, c'est des besoins
permanents et qu'on est dans une boucle où les gens vont perdre beaucoup de
temps et ils risquent de quitter le Québec?
Mme Proulx (Véronique) :En fait, je veux juste revenir... tout à l'heure, c'est le
volet 2, pas le volet 3, là. Je me suis trompée dans ce que j'ai dit.
Bien, j'ai envie de vous dire que
l'augmentation des travailleurs étrangers temporaires, qui fait suite, en fait,
aux assouplissements qui ont été négociés, il y a quelques années, entre le
provincial et fédéral, a beaucoup bénéficié à notre secteur. On le voit dans
les données, dans les statistiques. Encore une fois, certains peuvent être... peuvent
être temporaires, mais, pour la plupart, ce sont des besoins qui sont
permanents. Alors, si on est capables de leur donner accès, via le PSTQ, à
l'immigration permanente, encore une fois, on va grossir ce bassin.
M. Derraji : Mais c'est là
mon point. On n'a pas ça à l'extérieur du Québec, on l'a juste au Québec. À
l'extérieur du Québec... Moi, je me mets dans la place d'une entreprise en
Ontario, même secteur que vous, pourquoi ce casse-tête? Si vous me dites que
déjà, les besoins, c'est des besoins permanents, pourquoi on va rendre la vie
beaucoup plus difficile aux entrepreneurs? Pour moi, un entrepreneur, surtout
dans votre secteur, qui... avec une compétence, et surtout une concurrence
mondiale, il n'est pas là pour jouer, jongler avec des <mesures
bureaucratiques...
M. Derraji :
...pour
jouer, jongler avec des >mesures bureaucratiques.
Ça coûte combien, une EIMT, dealer avec
l'intégration? J'ai vu des entrepreneurs payer des billets d'avion, chercher le
logement, chercher une garderie, payer le «fly-in/fly-out», parfois, si la
région est loin. C'est énorme. Je ne veux pas dire que... Ils sont très
généreux, nos entrepreneurs. De l'autre côté, ils n'ont pas à faire ça. Ils
n'ont pas à attendre des délais où ils doivent jongler avec plusieurs
programmes.
Ma question : Avec la planification
pluriannuelle aujourd'hui, est-ce qu'on aide vos membres? Est-ce qu'on facilite
la vie à nos entrepreneurs, à nos créateurs de richesse?
Mme Proulx (Véronique) :J'ai envie de vous dire qu'on avance dans la bonne
direction. Je le pense sincèrement. Je trouve que ce qui est mis sur la table
est mieux que ce qu'on avait par le passé, qui répondait peu ou pas aux besoins
des manufacturiers. Et, encore une fois, si on est capables, dans ce qui est
proposé via le volet 2 du PSTQ, via le PEQ étudiant, de cibler ou de
prioriser — le terme, c'est de prioriser — des métiers
manufacturiers qui sont en demande, qui sont reconnus par le ministère de
l'Emploi, on va réussir à aider davantage ce secteur-là, qui en a besoin.
Je reviens à votre question rapidement sur
Arrima. Ce que je voulais dire tout à l'heure, le PRTQ ne répondait pas
nécessairement aux besoins des manufacturiers. Le PSTQ, dans ce qu'il propose,
semble être plus intéressant compte tenu du volet 2, qui touche les
métiers spécialisés.
M. Derraji : Je peux juste
conclure une chose, que vos besoins, c'est des besoins permanents, et la
réponse, elle est plus du temporaire que du permanent.
Mme Proulx (Véronique) :On en a besoin de plus, de travailleurs permanents.
M. Derraji : Oui, mais vous
comprenez la nuance. C'est extrêmement important, parce que, si on va continuer
à avoir deux scénarios, je ne pense pas qu'on va... on risque d'avoir la même
discussion dans la prochaine planification pluriannuelle.
Mme Proulx (Véronique) :En fait, pour nous, tout va dépendre du nombre de
travailleurs qu'on admet, dans les 60 000, qui ont des connaissances, des
compétences pour répondre aux besoins du manufacturier.
M. Derraji : C'est très clair.
Bravo! Capacité d'accueil, vous avez vu... je ne sais pas si vous avez vu vos
homologues membres des associations patronales, il y a tout un débat.
M. Karl Blackburn démolit complètement la capacité d'accueil. Vous, chez
les manufacturiers, le MEQ, Manufacturiers et Exportateurs du Québec, vous en
pensez quoi?
Mme Proulx (Véronique) :C'est-à-dire, est-ce que le Québec a la capacité
d'accueillir davantage d'immigrants?
M. Derraji : Oui. Il y a des
gens qui demandent des études. Il y a des gens qui disent que la capacité
d'accueil est limitée, d'autres, elle est illimitée. Vous, vous en pensez quoi?
Mme Proulx (Véronique) :En fait, ce qu'on en pense... Je reviens à ce que je disais
tout à l'heure. Est-ce qu'on a la capacité? La capacité, ça se mesure comment?
Donc, effectivement, d'avoir peut-être des paramètres clairs sur ce qu'on
entend par capacité... Mais je pense qu'à la base, ce qu'il faut faire, puis je
reviens à ce que j'ai mentionné tout à l'heure, c'est de mettre en place des
tables avec les différents intervenants socioéconomiques pour évaluer les
besoins concrètement.
Aujourd'hui, si vous me dites : En
Abitibi, vous avez besoin de combien... combien de travailleurs vous attendez
au cours des prochaines années, combien de logements?, je ne peux pas y
répondre. Il faut commencer par ça pour que les gens puissent se concerter, se
parler et, par la suite, qu'on mette en place des plans d'action régionaux pour
favoriser la régionalisation de l'immigration.
M. Derraji : C'est bon?
Mme Proulx
(Véronique) : Oui.
M. Derraji : Votre collègue
au Conseil du patronat parlait du test du français. Il nous a mis tous au défi
de passer l'examen. Un, vous pensez quoi de l'examen? D'ailleurs, c'est en
France, ce n'est pas au Québec... Il n'est pas fait au Québec. Et qu'est-ce que
vous pensez des exigences en français?
Mme Proulx (Véronique) :
En fait, le test devrait être un test qui est fait au Québec. Ça, ça va de soi,
là, pour nous. Qu'est-ce qu'on pense des exigences? Dans les volets 1 à 3,
on propose de ramener à un niveau 5... parce qu'effectivement le
niveau 7 est un niveau qui est élevé, que, probablement, une partie des
Québécois, des Franco-québécois... Je n'ai pas le bon terme, mais les gens qui
sont nés ici, qui parlent le français, ne passeraient pas nécessairement. Donc,
pourquoi exiger ça de gens qui arrivent de l'étranger? Puis on revient à ce
qu'on disait tout à l'heure. Quand les gens arrivent avec une connaissance
minimale de français, ils réussissent à accélérer leur niveau de français, à
augmenter puis à s'intégrer. C'est pourquoi on propose un niveau 5, plutôt
qu'un niveau 7, à l'oral et un niveau 5 à l'écrit.
• (18 heures) •
M. Derraji : Oui. Pensez-vous
réellement... Au fait, par rapport à vos membres, est-ce qu'ils ont eu des
enjeux par rapport à ce test? Est-ce que vous avez perdu des gens à cause de ce
test?
Mme Proulx (Véronique) :
Je l'ai entendu. Je l'ai entendu de différentes entreprises, de d'autres
groupes, pas seulement les groupes patronaux, que des travailleurs, parfois,
n'arrivaient pas à se qualifier parce qu'ils n'arrivaient pas à passer le test,
mais qu'ils étaient quand même fonctionnels. Alors, c'est pourquoi on proposait
de réduire le niveau, pour élargir le bassin.
M. Derraji : Je vous remercie.
Bien hâte à voir la mise à jour que vous faites de l'analyse des régions. Merci
beaucoup à vous deux pour le passage en commission. Merci.
Mme Proulx (Véronique) :
Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. le député. Alors, nous allons terminer nos
échanges avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour une période de
3 min 38 s. La parole est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation. Moi, je suis content aussi du
volet 2, comme vous, du PSTQ. Je pense que c'est, d'une certaine façon,
l'aveu que la réforme du PEQ travailleur de 2020 était erronée. Je pense qu'on
vient rétablir ou corriger un petit peu cette affaire-là.
Vous parliez de pouvoir choisir des
emplois privilégiés ou les prioriser dans le nouveau PSTQ, mais l'ancien
système ou le système d'invitation du PRTQ le permettrait ou <aurait dû
le permettre aussi...
>
18 h (version révisée)
<19593
M. Cliche-Rivard :
...mais l'ancien système ou le système d'invitation du PRTQ le
permettrait ou >aurait dû le permettre aussi. On pouvait choisir une CNP
et envoyer des invitations avec. Donc, j'espère que cette fois-ci votre message
sera entendu. J'espère que vous pourrez prioriser des CNP puis que les
invitations seront faites en conséquence.
Vous parliez d'EIMT dénominalisée. Moi, je
trouve ça intéressant. Moi, je sais aussi qu'il existe... ça existe partout
ailleurs qu'au Québec. En fait, dans toutes les provinces, ils l'ont. Ils ont
aussi une EIMT express pour des besoins express. En 10 jours, on peut
avoir une EIMT. Comment ça se fait qu'au Québec on n'est pas capables d'avoir
ça puis que toutes les autres provinces canadiennes l'ont?
Mme Proulx
(Véronique) :Je ne suis pas en mesure de
vous dire pourquoi ce n'est pas possible ou pourquoi le gouvernement ne le fait
pas. Mais c'est clair, j'y reviens, un EIMT ouvert, dénominalisé, un EIMT
express, ça répondrait aux besoins des manufacturiers québécois. Et c'est
certainement des mesures qui faciliteraient puis qui favoriseraient l'attrait
des... l'attraction ou l'arrivée, en fait, des travailleurs dont on a besoin.
M. Cliche-Rivard : J'ai
été très intéressé par vos avantages ou, en tout cas, ce que vous proposez de
mettre de l'avant pour les incitatifs financiers pour le PEQ régions, ou pour
un PEQ régionalisation, ou pour des façons de régionaliser l'immigration. Nous,
en début de semaine, on a mis au jeu ce que j'appelle le PEQ régionalisation,
justement, un PEQ qui prendrait deux fois moins de temps avant de se qualifier,
donc 12 mois de travail au lieu de 24, qui serait ouvert à toutes les
catégories d'emplois, donc le 0, A, B, C, D, dans l'ancienne CNP, un PEQ qui
serait traité express, donc pas de délai de traitement ni au provincial ni au
fédéral et, finalement, qui n'aurait pas de frais de traitement, là, un
avantage comparatif sur les autres programmes où des familles peuvent
facilement débourser 1 500 dollars pour un CSQ. Pensez-vous que c'est
ce genre de mesures incitatives, qui pourraient être bonifiées avec vos
incitatifs financiers, là, qui donneraient une chance de régionaliser?
Mme Proulx
(Véronique) :En fait, toute mesure qui va
permettre de faciliter, accélérer puis simplifier le processus pour les
employeurs qui vont chercher des TET seront des mesures qui seront bienvenues.
Ce qu'on souhaite, c'est réussir à accueillir le plus rapidement possible des
gens en quantité, en qualité, avec les bonnes compétences, que ce soit via le
TET ou via l'immigration permanente, et ce, dans toutes les régions du Québec.
Alors, toute mesure qui va nous permettre de faciliter, d'accélérer, donner de
la prévisibilité aussi, ce sont des mesures qui seront les bienvenues dans le
secteur manufacturier.
M. Cliche-Rivard : Vous
parlez aussi des inventaires, au point 10, les inventaires, là, les
arriérés. Est-ce que vous pensez qu'il faut mettre à zéro les inventaires
rapidement pour qu'on reparte sur une planification réelle 2024‑2027 ou vous
pensez qu'il faut y aller graduellement? Comment vous voyez ça?
Mme Proulx
(Véronique) :Le plus vite on sera en
mesure de vider l'inventaire, le plus on sera en mesure d'accueillir puis d'atteindre
les seuils qui seront proposés.
M. Cliche-Rivard : Et
dans toutes les catégories?
Mme Proulx
(Véronique) :C'est-à-dire?
M. Cliche-Rivard : Économique,
familiale, refuge humanitaire, vous pensez qu'on doit...
Mme Proulx
(Véronique) :En fait, je vais parler pour
le volet économique, en fait, qui est le secteur qui nous concerne aujourd'hui.
M. Cliche-Rivard : Et
votre délai idéal pour l'obtention de la résidence permanente, ce serait quoi? Six
mois? 12 mois?
Mme Proulx
(Véronique) :Ça serait d'avoir un
comparable à ce qui se fait dans les autres provinces.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Voilà. Alors, c'est terminé. Mme Proulx, M. Gosselin,
merci beaucoup pour votre apport à nos travaux.
Et, pour l'heure, je suspends les travaux
de la commission jusqu'au mardi 19 septembre 2023, à 9 h 45.
Au plaisir, mes chers collègues.
(Fin de la séance à 18 h 04)