(Onze heures dix-neuf minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
La commission est réunie afin de poursuivre les
auditions publiques dans le cadre de la consultation générale sur le cahier
de... je reprends, sur le cahier de consultation — je veux aller trop
vite — intitulé
La planification de l'immigration au Québec pour la période 2024-2027.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Gendron (Châteauguay) est remplacée par Mme Bogemans (Iberville);
Mme Garceau (Robert-Baldwin), par M. Derraji
(Nelligan); Mme Prass (D'Arcy-McGee), par Mme Lakhoyan
Olivier (Chomedey); et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques), par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
Auditions (suite)
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors, à
nouveau, Mmes et MM. les élus, bienvenue.
Je vais donc vous faire la lecture de l'ordre du jour pour ce matin. Nous
allons entendre les groupes suivants : l'Association Restauration
Québec — je
constate, devant moi, déjà, que les représentants y sont — ainsi
que Québec International.
• (11 h 20) •
Ainsi donc, je souhaite donc la bienvenue à
l'Association Restauration Québec. Madame, messieurs, je vais vous accorder un
10 minutes de présentation, mais je vais vous demander, d'abord et avant
tout, de vous présenter. Alors, la période est à vous.
Association
Restauration Québec (ARQ)
M.
Philippin (Hugues) : Mme la Présidente de la commission, Mme la ministre
de l'Immigration, de la Francisation
et de l'Inclusion, Mmes et MM. les députés, bonjour. Je m'appelle Hugues
Philippin. Je suis le propriétaire du restaurant Chic Alors! et aussi le
président du conseil d'administration de l'Association Restauration Québec,
aussi appelée ARQ.
Alors,
l'association, qui célèbre maintenant, cette année, son 85e anniversaire
depuis juin dernier, compte plus de 5 200 membres dans toutes les
régions du Québec, ce qui en fait le plus important regroupement de gestionnaires
de la restauration sous toutes ses formes. Je
suis accompagné aujourd'hui du directeur général adjoint de l'ARQ, M. Laurence-Olivier Malouin Trudel, ainsi que de la
directrice des affaires publiques et gouvernementales, Mme Dominique
Tremblay.
Je tiens à
remercier les membres de la commission de nous avoir invités aujourd'hui à
présenter nos observations sur la prochaine planification de l'immigration au
Québec. Les dernières années de la pandémie ont prélevé un lourd tribut à l'industrie de la restauration québécoise.
Évidemment, les vagues de fermetures forcées, les restrictions sanitaires,
l'investissement dans du matériel de
protection, comme des masques, plexiglas, distributeurs, etc., ont engendré d'importantes
pertes financières pour les exploitants de notre secteur.
Cependant, la pandémie a également représenté un
défi de taille pour les travailleurs de notre secteur, qui ont été privés de
leur emploi spontanément à chaque vague de fermeture. Le contexte d'incertitude
pandémique a donc favorisé un exode des travailleurs de l'industrie de la
restauration vers des secteurs moins affectés par les mesures sanitaires. Ces
derniers n'en sont jamais... d'ailleurs jamais revenus lors de la levée des
restrictions sanitaires. La pandémie a ainsi exacerbé la pénurie de
main-d'oeuvre qui frappait déjà notre industrie en 2019.
Plus précisément, au premier trimestre de 2023,
l'industrie de la restauration comptabilisait plus de 20 000 postes
vacants, soit 95 % de plus qu'en 2019. Dans les faits, plus de la moitié
des postes vacants de notre secteur de
l'hébergement et de la restauration, soit 54 %, demeurent affichés plus de
90 jours, ce qui représente le plus haut taux de postes vacants de
longue durée, soit 4 % des postes affichés de la province. Pourtant, les
salaires offerts dans notre secteur ont augmenté en moyenne de 21 % au
cours de la même période. Le bassin de travailleurs de l'industrie ne suffit
donc clairement plus à pourvoir aux besoins de la main-d'oeuvre de la
restauration.
En fait, la pénurie de main-d'oeuvre qui frappe
notre industrie et bien d'autres relève principalement du vieillissement de la
population, de la faible croissance démographique et de la diminution du nombre
de Québécois en âge de travailler. À cela
s'ajoute le fait que les options d'automatisation qui s'offrent aux
restauratrices et restaurateurs ne
sont pas suffisantes pour remplacer efficacement de nombreux travailleurs.
L'ARQ est donc convaincue que l'immigration représente une solution
importante à la pénurie de main-d'oeuvre qui sévit actuellement dans notre industrie. Par conséquent, il est nécessaire d'outiller les
restauratrices et les restaurateurs pour que ces derniers soient en mesure de
pourvoir les postes vacants de leurs établissements.
Avant toute chose,
par exemple, l'ARQ souhaite saluer certains progrès qui ont été accomplis en
matière d'immigration au cours des dernières années. En ce sens, le projet
pilote conjoint des gouvernements du Canada et du Québec en matière de
travailleurs étrangers temporaires représente une avancée positive pour la
restauration. Comme ces allègements prendront fin le 31 décembre 2023,
nous espérons fortement qu'une extension soit mise en place par les deux
paliers de gouvernement.
Je vais maintenant
laisser mon collègue Laurence-Olivier vous parler des observations sur la
planification de l'immigration permanente.
M. Malouin Trudel
(Laurence-Olivier) : Merci, Hugues. Donc, l'ARQ salue la quatrième
orientation présentée dans le cahier de
consultation, qui envisage d'augmenter la part de l'immigration économique sur
le volume total d'immigrants acceptés au Québec. Traditionnellement, le
gouvernement du Québec a toujours priorisé les métiers spécialisés
nécessitant une formation dans son orientation de l'immigration économique.
Or, la pénurie de
main-d'oeuvre actuelle frappe de plein fouet plusieurs secteurs dont les
métiers demandent des qualifications moindres, comme la restauration, le
commerce de détail, la distribution alimentaire, le transport des marchandises, etc. Conséquemment, l'ARQ
recommande que le gouvernement du Québec ouvre aussi l'immigration
économique permanente aux professions moins qualifiées dans les secteurs...
dont les secteurs sont actuellement en proie à une importante pénurie de
travailleurs.
La politique actuelle
de privilégier les métiers qualifiés ou surqualifiés contraint nos exploitants
à dépendre majoritairement des travailleurs étrangers temporaires pour
compenser la pénurie de main-d'oeuvre, une solution inefficace car l'énergie
et, surtout, l'argent dédiés à la formation de ces employés seront perdus lors
de l'expiration de leur permis de travail ou, sinon, des efforts additionnels
importants doivent être faits pour renouveler ceux-ci en attendant la décision
de résidence permanente. L'immigration permanente est de loin préférable pour
nos exploitants car leurs besoins de
travailleurs n'est pas circonstanciel ou temporaire. L'immigration permanente
est... pourrait d'ailleurs aussi répondre au besoin de revitaliser les
régions, alors que le recours aux travailleurs étrangers temporaires ne
représente souvent qu'un sursis momentané et onéreux.
L'ARQ désire même
aller plus loin en recommandant la création d'un contingent particulier dédié
aux postulants provenant de métiers peu qualifiés qui désirent émigrer en dehors
des grands centres. Toujours dans un objectif de maintenir la vitalité de nos
régions, nous croyons qu'il est essentiel de recruter des immigrants pour pourvoir les postes vacants présents loin de
Montréal et de Québec. Cela tombe bien puisque de nombreux restaurants,
hôtels ou stations de ski régionaux ont un besoin criant de personnel et sont
aussi situés en dehors de ces grands centres urbains du Québec.
On pourrait ainsi
faire d'une pierre deux coups en créant ce nouveau seuil d'immigrants alliant
les métiers peu qualifiés et l'implantation en région de futurs immigrants.
D'ailleurs, le fait d'ouvrir finalement l'immigration économique permanente aux
métiers moins qualifiés va nécessiter la modification de la reconnaissance des
acquis pour ceux-ci. Plutôt que de se baser
uniquement sur la formation académique du postulant, il faudrait aussi reconnaître
autant les acquis provenant des maisons d'enseignement que ceux en expérience
professionnelle.
Dans le cas de
l'industrie de la restauration, la sélection des employés relève habituellement
davantage de l'expérience de travail que des diplômes obtenus par les
postulants. Cela s'explique par le fait que les formations académiques ne
peuvent pas préparer leurs étudiants à certains aspects des professions de la
restauration, notamment le stress et le
besoin d'organisation minutieuse engendrés par un important service rempli
d'imprévus. La ténacité requise pour
traverser adéquatement ces coups de feu, comme on les appelle, ne s'acquiert
malheureusement pas sur les bancs d'école. Elle se développe avec
l'expérience. C'est basé sur cette réalité que nous recommandons de valider les
expériences professionnelles pour les postulants à l'immigration permanente pour
certains métiers moins qualifiés.
Il nous reste un
point à discuter, sur l'importance d'une immigration francophone, sur lequel ma
collègue Dominique Tremblay va vous entretenir.
Mme Tremblay
(Dominique) : Merci. Dans un premier temps, l'association partage et
salue la première orientation du cahier de consultation sur la planification en
immigration au Québec pour la période 2024‑2027, soit la volonté de
rehausser la part de l'immigration francophone dans notre province.
Pour travailler dans
l'industrie de la restauration, la communication est essentielle pour que le
chef puisse coordonner sa brigade, pour que les serveurs puissent prendre les
commandes ou expliquer le menu, pour que le sommelier
soit à même de présenter la carte des vins, etc. Une bonne connaissance de
notre langue officielle, le français, est indispensable pour l'ensemble
des travailleurs de notre industrie.
C'est dans cette
vision que l'ARQ recommande donc que le gouvernement rehausse la part de
l'immigration francophone et augmente les quotas d'immigrants francophones
autorisés à venir s'installer au Québec. Il s'agit clairement de la meilleure
façon d'accroître le bassin de main-d'oeuvre disponible et de lutter contre la
pénurie de travailleurs qui frappe notre province sans pour autant menacer la
prédominance du français sur le marché du travail.
Dans la même veine,
l'ARQ soutient la volonté du gouvernement de favoriser l'accroissement de la connaissance du français chez les personnes
immigrantes, notamment par le biais de Francisation
Québec. Or, pour le moment, le modèle de francisation québécois
souffre de plusieurs lacunes entravant sa capacité à enseigner rapidement
et efficacement la langue française à ces nouveaux arrivants.
En
ce qui concerne notre secteur, nous avons souvent eu des échos des travailleurs
suivant une formation de francisation sur le fait qu'ils doivent souvent
jongler entre les cours de français et le travail, ce qui s'avère épuisant, particulièrement pour les parents de jeunes
enfants. Pour éviter cette situation, l'ARQ recommande plutôt de favoriser
une francisation sur les lieux de travail avec des cours en ligne ou un
accompagnement direct sur place.
Pour conclure, un
équilibre complexe doit être atteint entre les besoins criants du marché du
travail et la capacité d'intégration de la province. Cependant, le Québec a la
chance de pouvoir recruter des travailleurs dans l'espace de la Francophonie, soit plus de 88 États regroupant près
de 321 millions de francophones. Le plus grand obstacle à l'intégration
des nouveaux arrivants était très souvent... étant très souvent l'apprentissage
de la langue du pays d'accueil, le bassin de
travailleurs potentiels issus de pays partageant notre langue française
représente une opportunité qui n'est pas offerte à tous les États.
Le gouvernement doit
profiter de cette opportunité et rehausser les quotas d'immigrants francophones
autorisés à venir s'installer au Québec. Il
s'agit clairement de la meilleure façon d'accroître le bassin de main-d'oeuvre
disponible et de lutter contre la pénurie de travailleurs sans pour autant
menacer la prédominance du français sur le marché
du travail. Évidemment, l'arrivée d'immigrants non francophones est inévitable,
que ce soit par le Canada anglais, par l'accueil de réfugiés, etc. C'est
pour cette raison que la stratégie de francisation doit être améliorée.
Nous vous remercions
de votre écoute et espérons que vous soyez sensibles à notre argumentation.
Merci.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. On va
donc entamer la période d'échange avec les
parlementaires et on va commencer avec le gouvernement, représenté par,
évidemment, la ministre. Alors, Mme la ministre, vous bénéficiez d'une
période de 16 min 30 s. Le micro est à vous.
Mme
Fréchette : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, merci à vous
trois d'être présents et puis d'avoir pris le temps de déposer un mémoire et
nous partager votre point de vue, votre expérience, votre expertise. C'est très
apprécié. On a besoin de la contribution de tous, et je sais que votre secteur
est particulièrement touché, comme vous le
mentionniez, par rapport à la pénurie de main-d'oeuvre, depuis un grand nombre
d'années. Vous étiez parmi les premiers qui étaient touchés, donc, par
ce phénomène. Alors, merci. Merci de prendre part à l'exercice.
Comme
vous avez vu dans les réformes que l'on a mises de l'avant à la fin mai
dernier, bien, il y a un projet... un
volet, en fait, qui vous interpelle plus particulièrement, là, pour les
travailleurs qualifiés qui sont les vôtres, à savoir le volet 2,
pour lequel on a permis une passerelle qui permettra plus facilement à des gens
qui ont des compétences intermédiaires ou manuelles de passer d'un statut
d'immigrant temporaire à immigrant permanent. Donc, j'espère que ça va être
apprécié et utilisé abondamment pour aider le secteur que vous représentez.
• (11 h 30) •
Donc,
j'ai vu que, dans votre mémoire, là, vous proposiez, avec le soutien de trois
collaborateurs, Immigration
Global Crossing,Institut international de développement et Solution
Travail général... Donc, vous proposez des services
d'accompagnement personnalisé, de recrutement international de travailleurs
étrangers. J'aimerais que vous me parliez davantage de ces services que
vous offrez. En quoi consistent-ils? Quand ont-ils été mis en place? Et puis à
quel niveau est-ce utilisé par vos membres? Est-ce qu'il y a là, dans le fond,
une formule intéressante?
Mme Tremblay
(Dominique) : En fait, on avait une demande importante pour de
l'accompagnement de ce côté-là pour aller chercher des travailleurs étrangers
temporaires. Le processus est quand même complexe. Puis aussi, quand il y avait des erreurs dans la paperasse qu'il faut
fournir, souvent, les montants étaient déboursés, si la demande était
refusée parce que mal remplie pour le IMT, entre autres, là. Donc, les gens
perdaient leur investissement tout simplement parce que les papiers étaient mal
remplis. Donc, on a voulu combler ce besoin d'accompagnement là des
restaurateurs qui peuvent faire affaire avec différents services d'immigration.
Donc,
ces gens-là, dans le fond, vont chercher des travailleurs. Ils font... Bien, il
y a différents plans offerts, là, mais en général, souvent, ce qui est
utilisé, c'est que le... c'est ces firmes-là qui ont un bassin de travailleurs.
Ils ont des CV, tout ça, ils organisent tout le processus de recrutement de A à
Z. C'est sûr, ça nécessite un investissement de la part du restaurateur, mais
au moins il y a quelqu'un de professionnel qui s'occupe de ces démarches-là qui
sont complexes. Donc, c'est un service qui est apprécié. C'est sûr, ce n'est
pas tout le monde qui peuvent faire affaire avec, parce que c'est quand même
des coûts de quelques milliers de dollars par travailleur, au final, le
processus complet, là, pas juste le service de consultation, mais c'est un
service qui est apprécié.
Ça fait que nous, on
a mis ça en place parce qu'il y avait un besoin criant. Les gens cherchaient du
personnel ici, malheureusement, puis, dans un monde idéal, on n'aurait pas
besoin d'aller chercher des travailleurs étrangers temporaires. On aimerait ça
aussi que ces... le bassin de travailleurs soit des gens d'ici en premier, mais
les efforts de recrutement ont déjà été
faits de ce côté-là, puis malheureusement, bien, ça ne fonctionne pas. Donc,
c'est pour ça qu'on a besoin d'aller vers l'externe à ce moment-là, et les
services d'accompagnement sont appréciés, là, de nos membres.
M. Malouin Trudel (Laurence-Olivier) : Si
je peux peut-être juste compléter la réponse de ma collègue aussi, là, en termes de fréquence d'utilisation, c'est un
programme qui a été créé au départ avec un seul collaborateur, au courant
de 2019‑2020. On a eu tellement de demandes qu'on a ajouté
deux collaborateurs supplémentaires, là, dans les dernières années, donc, suite à la pandémie. Donc, c'est
excessivement utilisé, nos trois collaborateurs ont énormément de demandes. Les
délais sont également très longs, là. C'est complexe, là, l'immigration de
travailleurs étrangers temporaires, donc c'est des délais qui sont très
longs. Nos exploitants qui désirent avoir des gens pour l'été prochain doivent
commencer à penser dès aujourd'hui à organiser, là, leurs démarches pour faire
du recrutement en ce sens-là, là. Donc, voilà.
Mme
Fréchette : J'imagine, il faut une certaine taille d'entreprise pour
pouvoir utiliser ces services-là, parce qu'il y a des coûts quand même
importants. Est-ce le cas ou si c'est pas mal accessible à tout le monde?
Mme Tremblay (Dominique) : Honnêtement,
maintenant, tout le monde les... bien, tout le monde les utilise, de toutes les
catégories. Avant, peut-être, c'était plus réservé à des gens qui... des plus
grosses compagnies qui ont peut-être plus de moyens, mais par contre,
maintenant, on voit des petits établissements qui ne savent plus quoi faire pour demeurer ouverts. Ils ne veulent pas épuiser
les équipes qu'ils ont en place. Donc, même s'ils sont petits, pour rester
ouverts puis continuer d'opérer, continuer à fournir de l'emploi à leurs autres
employés, bien, vont faire cet investissement-là. C'est sûr, c'est très
stressant pour eux dans le contexte économique actuel, encore pire avec la
pandémie, et tout ça, donc, mais ils sont prêts à aller là pour... C'est un...
bien, un dernier recours dans le sens où ils n'hésitent plus à aller là, même
si c'est un investissement important pour demeurer ouverts.
Mme Fréchette :
Donc, vous diriez que la majorité
de vos membres utilisent ces services-là ou on n'en est pas là?
M. Malouin Trudel
(Laurence-Olivier) : Non, ce n'est pas une majorité. C'est une grande
proportion, qui est en croissance, mais ce n'est pas une majorité, à l'heure
actuelle. Mais on a un exemple, justement, à côté de nous, notre président, M.
Philippin, a des travailleurs étrangers temporaires, là, dans son restaurant.
Je ne sais pas, Hugues, peut-être...
M. Philippin
(Hugues) : Oui, bien, j'ai... On a utilisé les services de Global
Crossing, dans notre cas, dans notre situation, puis ça... C'est vraiment un
accompagnement... C'est assez complexe, faire la demande, alors on était
vraiment contents d'avoir l'expertise de ces gens-là qui ont, d'ailleurs, des
bureaux à travers le monde pour aller chercher
les travailleurs sur les lieux de... leur lieu de vie. Et puis ça nous permet,
donc, d'accélérer le processus un peu aussi, de choisir les bonnes
personnes. Parce qu'évidemment ça prend une carence. Il y a sept, huit mois
d'attente, souvent, avant que la personne puisse se présenter, alors il ne faut
pas se tromper. Alors, on a été, jusqu'à date, très satisfaits de leurs
services, honnêtement. Puis j'ai deux... j'ai trois travailleurs étrangers
temporaires présentement au travail, actuellement.
Mme
Fréchette : Bien, merci. Mme la Présidente, je vais céder le droit de
parole à des collègues.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Je cède donc
la parole à la députée de Soulanges.
Mme Picard : Merci
beaucoup de votre présence en commission parlementaire aujourd'hui. Je pense
que le milieu de la restauration, comme vous
l'avez mentionné, a vraiment eu des hauts et des bas, dans les dernières années,
donc votre apport à la commission va être très important pour nous.
J'aimerais vous
entretenir sur la page n° 9 de
votre mémoire, qui recommande, en fait, la francisation sur le milieu de
travail. Vous dites qu'il y aurait des cours en ligne ou un accompagnement sur
place. J'aimerais savoir si vous avez un
portrait global des besoins de vos membres et j'aimerais savoir aussi qu'est-ce
que vous... c'est quoi, votre préférence entre les cours en ligne et
l'accompagnement sur place?
Mme Tremblay
(Dominique) : Bien, en fait, les deux peuvent être des options, parce
que ça dépend aussi des travailleurs, comment eux sont plus... comment ils sont
plus réceptifs à ça. Il y en a qui vont aimer mieux que ce soit fait en
personne, d'autres vont fonctionner très bien avec les cours en ligne.
Le point important là-dedans,
c'est que c'est difficile de travailler dans le jour puis de s'en aller, le
soir, assister à des cours de français. C'est surtout sur ce point-là qu'on
veut insister, dans le fond, que ce serait pendant qu'ils sont sur les heures
de travail. Puis les employeurs sont prêts à aller là-dedans aussi parce que ça
devient plus efficace pour eux aussi que ça se fasse sur les lieux du travail.
Donc, c'est surtout cet aspect-là qu'on a besoin qui se développe, plutôt
que... justement, qu'ils passent leur soirée en plus... après être fatigués de
leur journée de travail, d'aller faire ça, en plus, le soir. Donc, même nous,
de notre côté, c'est souvent difficile d'aller... de commencer un deuxième agenda, le soir, un deuxième horaire.
Imaginez pour des gens qui sont en apprentissage de la langue. Puis, au niveau de l'efficacité aussi, s'ils sont fatigués
le soir, l'apprentissage est sûrement plus long, plus difficile pour eux, là.
Donc, c'est pour leur faciliter la vie aussi, là.
M. Philippin
(Hugues) : Si vous permettez, Dominique, j'aimerais ajouter que
souvent, la restauration, on a des horaires
de travail atypiques. Donc, ce n'est pas nécessairement de travailler le jour
puis être libre le soir. On peut travailler le soir et être disponible
le jour. Alors, le fait... puis on travaille aussi les fins de semaine, vu que
les restaurants sont généralement ouverts sept jours sur sept. Alors, essayer
de faire marcher un travail... un horaire de travail atypique avec des horaires
de formation calqués sur le modèle scolaire, donc durant les heures d'ouverture
de jour ou encore peut-être en soirée, ce n'est pas toujours évident pour le
milieu de la restauration.
Mme Picard : Mais
pour vous, concrètement, dans votre restaurant, qu'est-ce que vous préconisez
entre les deux méthodes?
M. Philippin (Hugues) : Alors,
nos employés étrangers — d'ailleurs,
c'est des Mexicaines, puis on a un Philippin — ils
ont été sur le guichet unique, là, maintenant, pour accéder aux formations.
Alors, ils sont en attente, actuellement, de se faire admettre à une formation
sur place, probablement par un des centres de francisation. On attend des
nouvelles, on attend des horaires. Et puis heureusement... parce que le
compteur passe, hein? Nous autres, on a un contrat de travail de deux ou trois
ans. Heureusement, j'ai... on a opté pour un contrat de travail fermé de trois
ans, ce qui nous donne le délai nécessaire pour respecter les critères de
francisation dans les deux ans, trois ans avant de pouvoir faire la demande.
Alors, on espère qu'avec cette année supplémentaire de contrat de travail, ça
va nous permettre d'accéder à ça, là.
Alors, on n'a pas
encore de formation pour eux. On essaie... On les forme sur place, aussi, on
essaie de leur parler en français. La
communication écrite est tout en français, parce qu'on est francisé, chez nous,
là, à Québec, hein, alors ils apprennent à mettre des mots... Quand ils
lisent le mot en français, bien, ils savent c'est quoi, parce que de
l'espagnol, ça ressemble quand même, alors, tu sais, on se débrouille bien, là.
Mais c'est sûr qu'ils ne peuvent pas avoir une conversation en français encore,
là.
Mme Picard : Dans
la région de Montréal, ils ont lancé un projet avec l'association des sociétés
de développement économique pour justement
aider la francisation dans le monde de la restauration. Est-ce qu'il y a quelque
chose, de votre côté aussi, qui se développe avec vos membres?
Mme Tremblay
(Dominique) : Pas actuellement. On n'a pas de projet, mais on appuie
ces... On a eu des contacts avec des organisations qui font des beaux projets
comme ça, et tout ça, donc on travaille, je veux dire... bien, avec eux, on appuie leurs initiatives, et
tout. Mais c'est sûr que, de notre côté, à l'interne, pour l'instant, on n'a
pas de projet de la sorte.
M. Malouin Trudel (Laurence-Olivier) : Exactement.
Puis, comme Dominique l'a dit, là, on va appuyer tous les projets qui
sont pertinents pour nos métiers. D'ailleurs, là, récemment, là, on a appuyé un
projet avec l'ITHQ, qui est des ateliers de francisation mais spécifiques à la
restauration, donc, comme vous parlez. Donc, ça, c'est sûr que c'est un gros
plus parce qu'il y a une terminologie particulière à notre domaine, donc...
Mme Tremblay
(Dominique) : Puis les gens... ces associations-là, organismes-là
n'hésitent pas à nous appeler quand ils sont dans le développement de ces
projets-là pour... qu'ils le font pour que nous, on publicise, justement, que
c'est disponible pour les entreprises. Donc, tu sais, on collabore de cette
façon-là quand même assez... de façon assez importante, là.
• (11 h 40) •
Mme Picard : Dans
la recommandation n° 7, vous dites qu'un seuil
d'immigration devrait être réservé aux personnes moins qualifiées prêtes à
s'installer durablement en dehors des grands centres du Québec. Vous en avez
parlé un petit peu dans votre introduction, au début. Est-ce que vous pouvez un
petit peu plus préciser ou apporter des exemples par rapport à votre suggestion?
Mme Tremblay
(Dominique) : Exemples au niveau des emplois, au niveau des régions
ou...
Mme Picard : Oui,
en fait, de votre... Qu'est-ce qui vous a amenés à faire cette
recommandation-là?
Mme Tremblay
(Dominique) : Bien, en fait, la pénurie de main-d'oeuvre, elle est
partout au Québec, donc nos membres sont situés partout puis ils nous appellent
de partout parce qu'ils se cherchent des travailleurs. Donc, comme on l'a dit,
on a augmenté... on a amélioré les conditions de travail, dans les dernières
années. Bien, il y a un effort de l'industrie qui a été fait de ce côté-là, au
niveau salarial, quand même des hausses importantes, salariales. Donc, c'était mérité, et tout ça, il n'y a pas de
problème. Mais par contre, malgré ça, dans le fond, la pénurie, elle reste là, les
difficultés de recrutement. Les employés ont le choix d'aller travailler un peu
partout.
Donc, dans le cas des
personnes moins qualifiées dans... il faut qu'ils puissent aller aussi... Bien,
tu sais, si on les installe en région, il ne faut pas qu'il y ait une
concentration, que ce soit... qu'il y ait tous des arrivants qui restent à
Montréal, restent à... Bien, tu sais, Québec aussi, ils viennent un peu, mais
souvent ça reste un peu dans le coin de Montréal, donc... On en voit de plus en
plus qui vont s'installer en région, puis c'est très bien. Puis les besoins
sont criants partout, donc, même s'ils sont moins qualifiés, le besoin, il est
là en région aussi. Donc, si on favorise ça puis on favorise que, justement, ça
ne soit pas concentré juste dans les grands centres urbains, ce serait mieux
aussi, là.
M. Malouin Trudel
(Laurence-Olivier) : ...si je peux compléter, là, mais, si on regarde
aussi... l'étude de l'Institut de la statistique du Québec de juin 2021
mentionnait, là... bon, le vieillissement de la population, on est tous au
courant, mais l'étude va jusqu'en 2066, parle d'un vieillissement où, bon, on
va avoir, dans la tranche des 65 ans et
plus... on va passer de 20 %, en 2020, à 27 % au niveau de 2066. Ce
vieillissement-là est pire dans les régions, donc est accentué dans les
régions. Donc, je pense que d'aller de l'avant avec un projet comme celui-là,
bien, on va faire d'une pierre deux coups,
comme on le disait, là, donc autant servir les intérêts du gouvernement,
c'est-à-dire de revitaliser ces régions-là, que ceux de nos membres qui
ont des besoins qui sont très criants, là.
Mme Picard : Avez-vous des idées des
pistes d'action qu'on pourrait mettre en place pour, justement, faire une
meilleure rétention de ces personnes immigrantes là en région?
Mme Tremblay
(Dominique) : Bien, c'est sûr que c'est l'accompagnement qui est
important puis l'accueil en région. Il y a déjà des organismes, là, qui se
chargent de ça, et tout ça. Mais les gens dans... c'est sûr que, quand ils arrivent là, ils arrivent tout seuls ou
juste... tu sais, c'est une famille avec les enfants, tu sais, qu'il y ait des
contacts, qu'il y ait des entourages, qu'ils commencent à faire des activités,
bien, tu sais, on rentre dans la sphère sociale, et tout ça, là. Il n'y
a pas juste le plan sur le travail et tout, mais qu'ils se sentent accompagnés
de toutes les façons possibles pour leur donner l'envie de rester dans la
région plutôt que partir. Puis on voit des beaux exemples dans les médias,
souvent, là, de réussites, que les gens disent qu'ils ont été bien reçus par
les résidents du coin, qu'ils sont aidés, que, s'ils ont des questions, les
voisins sont là, etc. Ça fait que c'est beau de voir ça quand même, là.
M. Philippin (Hugues) : En général,
ça prend aussi une masse critique de gens de la même communauté pour s'implanter. Juste en pensant à leur
épicerie, ils cherchent des produits qu'ils ont... qu'ils ne trouveraient
peut-être pas en région, alors le fait d'en avoir un peu plus, les épiciers
vont peut-être avoir des produits, sur leurs tablettes, qui vont leur
permettre de respecter leurs goûts alimentaires.
Donc, c'est des choses que... Souvent, ils sont
tellement déracinés que... du pain blanc tranché, ils n'ont jamais mangé ça,
puis, pour eux autres... Qu'est-ce qui se passe? Qu'est-ce que je fais ici, là?
Donc, c'est certain qu'avec une masse critique de personnes, ça va... comme, on
l'entend, à Thetford Mines, je pense qu'il y a une communauté, si je ne me
trompe pas, Philippines ou, en tout cas, qui...
Une voix : ...
M. Philippin (Hugues) : Amérique du
Sud aussi. Et donc on entend beaucoup parler de certaines régions, là, qui se
sont retrouvées avec des populations intéressantes de ces gens-là. Puis je
pense qu'à ce moment-là ils vont s'implanter,
comme ça s'est fait, historiquement aussi avec d'autres vagues d'immigration
qu'on a eues dans le passé.
Mme Picard : J'ai une petite
dernière question, là, si j'ai encore le temps.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 1 min 40 s, à peu près.
Mme Picard : D'accord, merci. Dans
la cinquième recommandation, vous préconisez qu'il soit possible de recourir à la validation de l'expérience
professionnelle des personnes immigrantes, au lieu de se baser uniquement sur la
formation académique de ce dernier. Est-ce que vous savez comment cette
validation d'expérience professionnelle pourrait être effectuée dans votre
secteur?
M. Philippin (Hugues) : Alors, tout
dépend des restaurateurs. Il y en a qui préfèrent avoir des travailleurs avec
une formation, il y en a d'autres qui préfèrent embaucher des gens et les
former selon leurs méthodes, parce que chacun travaille un peu avec sa façon de
faire. Donc, le fait de compenser par la formation... par de l'expérience, ça
peut plaire à certains. Dans le fond, l'important, c'est que le travailleur
soit fonctionnel en emploi pour qu'il soit capable de subvenir à ses besoins et
de garder son emploi. Mais ça peut être d'une façon ou d'une autre. Vu que
c'est des postes qui sont moins qualifiés, souvent, l'expérience peut compenser
pour la formation formelle.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette première portion d'échange. On va
donc poursuivre avec l'opposition
officielle, qui bénéficie d'une période de 12 min 23 s, et c'est
le député de Nelligan qui va prendre la parole.
M.
Derraji : Merci, Mme la Présidente. Bonjour à vous trois.
Excellent rapport, des points très ciblés. Pourquoi l'ARQ s'est senti le
besoin de venir en commission parlementaire sur la planification de
l'immigration?
M. Malouin Trudel (Laurence-Olivier) : Bien,
c'est sûr que, dans notre domaine, on est particulièrement interpelés par l'immigration. On vit une pénurie
de main-d'oeuvre, on l'a dit dans l'introduction. L'immigration n'est pas la seule solution, mais c'en est une qui est
très importante. C'est un cocktail de solutions, mais pour nous, actuellement,
il n'y a pas d'autre façon. Particulièrement, quand on regarde les données
démographiques, il n'y a pas d'autre façon d'avoir des travailleurs qui
ont les qualifications nécessaires pour faire ce qu'on fait, pour en avoir
assez.
Dans ce qu'on a mentionné en introduction, on a
mentionné qu'au premier trimestre de 2023 on avait 20 000 postes à
pourvoir. À l'heure actuelle, on parle... on est rendus à 23 000, là. On
parle de quelques mois plus tard, là. Donc,
c'est certain qu'on a besoin de ce coup de main là. Donc, pour nous, c'est un
besoin criant de nos membres, on le voit dans nos ententes de collaboration,
on le voit dans nos interactions avec les membres.
M. Derraji : Vos projections... Vous
venez de le dire, 23 000, deuxième trimestre. Vos projections pour les
trois prochaines années, avez-vous une idée?
M. Malouin Trudel (Laurence-Olivier) : Il
y a tellement de facteurs là-dedans que c'est vraiment dur à dire. On ne prévoit pas que ça va se résorber. Il
y a des analyses démographiques, je citais tantôt celui qui va jusqu'à 2066, mais il y en a des plus détaillées qui vont
jusqu'à 2030, qui prévoient qu'on n'a pas encore, je vais dire, atteint le fond
du baril en termes de pénurie de main-d'oeuvre, puis là pas simplement dans
l'industrie de la restauration. Donc, c'est sûr qu'on est
une industrie touchée par ça, au niveau de la restauration, donc on ne voit pas
ça s'améliorer à court terme, là.
La question,
maintenant : Ça va-tu être... Ça va-tu augmenter à 25 000,
30 000?, je ne peux pas vous le dire, mais on ne voit pas ça s'améliorer.
Mme Tremblay
(Dominique) : C'est toujours autour de ces chiffres-là, depuis les
dernières années, qu'on voit, là, dans les... entre 20 000 et
30 000 emplois vacants, là, dans le secteur, donc...
M. Derraji : Donc,
c'est un besoin qui est chronique. Ce n'est pas temporaire.
Mme Tremblay
(Dominique) : C'est constant depuis les dernières années, là,
effectivement.
M. Derraji : OK.
Bien, c'est là où je voulais vous ramener, parce que j'ai lu le rapport... en
fait, vous soulevez deux, trois drapeaux rouges : le TET, les 20 % à
30 % qui se terminent au mois d'octobre, l'entente avec le fédéral, que
vous demandez la prolongation parce que ça se termine le 31 décembre.
C'est là où je voulais venir avec vous,
parce que, si on n'a pas ça, si, demain, il n'y a plus de 30 %...
30 %, je ne vais pas faire la... refaire la genèse, vous savez
pourquoi il a été augmenté. Si on revient à 20 %, là, on parle d'un nombre
important de postes que vous ne serez plus capables de combler.
Mme Tremblay
(Dominique) : Ça nuit définitivement. C'est sûr que ça, les avantages
qui avaient été donnés, là, dernièrement, ça
aidait grandement, là, au secteur pour aller recruter. Donc, c'est sûr que ça
va faire mal, là.
M. Derraji : Et
c'est sur le dos de vos membres que revient le prix de TET, des missions à
l'international pour combler un besoin permanent? Oui?
Mme Tremblay
(Dominique) : On l'espère qu'il ne sera pas permanent à vie, mais, je
veux dire, dans le contexte actuel, on le voit, la pénurie de main-d'oeuvre, la
démographie, là.
M. Derraji : Mais
vous venez de dire, en tout respect... En tout respect, vous venez de dire que
ça tourne autour de 20 000 à
30 000 depuis un bout. Donc, si vos besoins sont 20 000 à 30 000
depuis trois ans, vos projections pour le futur est aussi de
30 000. Ça ne devient pas un plâtre, c'est un besoin permanent. OK?
Mme Tremblay
(Dominique) : Ça ressemble plus à ça, oui.
M. Derraji : Vous
êtes dans une commission parlementaire qui planifie les trois prochaines années.
Vous avez sur la table deux scénarios.
L'autre, il n'existe pas, c'est le temporaire. Vos besoins sont comblés par du
temporaire. Si je vous pose la
question, entre deux choix... si, demain, vous avez le choix entre combler vos
besoins d'une manière temporaire ou permanente, laquelle vous allez
choisir?
Mme Tremblay
(Dominique) : Permanente.
M. Derraji : On
s'entend.
Mme Tremblay
(Dominique) : Oui, tout à fait.
M. Derraji : C'est
juste 50 000 ou 60 000 que le gouvernement vous propose. On ne
sera pas là, on ne sera pas à 60 000.
M. Malouin Trudel
(Laurence-Olivier) : Bien, dans les scénarios, le scénario 1
évoque 60 000, le scénario 2,
50 000. Bon, c'est certain que le CPQ, le Conseil du patronat du Québec,
demandait 100 000. On se doute que ça n'arrivera pas, mais...
M. Derraji : Je
ne vais pas parler des autres secteurs, vous êtes là pour défendre vos membres.
M. Malouin Trudel
(Laurence-Olivier) : Exact. Exact, mais...
• (11 h 50) •
M. Derraji : OK.
Je parle de vos membres, qui est un secteur névralgique dans tous les secteurs
du Québec. Je ne pense pas qu'autour de la table quelqu'un est content, quand
il part dans une région et le restaurant du coin, il est fermé dimanche et
lundi. Et on a tous vu des pancartes : faute de main-d'oeuvre. Donc, si on
veut tous avoir et continuer à avoir notre café et manger 7 sur 7 avec des
heures d'ouverture respectables, aujourd'hui, l'ARQ vient en commission
parlementaire nous dire que les besoins sont des besoins permanents, ce n'est
pas des soins temporaires.
M. Malouin Trudel
(Laurence-Olivier) : Tout à fait.
M. Derraji : Excellent.
M. Malouin Trudel
(Laurence-Olivier) : Puis une des choses qu'on voit à ce niveau-là,
c'est... une des solutions qu'on envisage, c'est par rapport au PEQ, donc le
programme expérience Québec, qui lui, en ce moment, fait partie des balises
dans les 50 000 ou les 60 000, peu importe le scénario. Si on pouvait
l'exclure de ces balises-là, pour nous, ce serait déjà un énorme gain, parce
que c'est des gens qui ont... qui font leurs stages, souvent, ici, au Québec,
qui viennent étudier au Québec pour 18 mois puis, par la suite, sont
admissibles à une demande de résidence permanente. Ça, pour nous, si on peut
les exclure des balises, c'est une de nos recommandations, d'ailleurs, bien, c'est certain qu'on pourrait y trouver un énorme
gain. Puis, en même temps, c'est des gens qui sont très intégrés dans la
culture québécoise. Ils ont fait une partie de leurs études ici.
M. Derraji : Vous demandez aussi,
dans votre mémoire, de diminuer les critères de sélection via le TET pour que
ça inclue d'autres professions. Est-ce que vous pouvez élaborer lesquelles?
Mme Tremblay (Dominique) : En fait,
c'est les emplois moins qualifiés, là, donc... parce que le besoin, il est
criant là. Des commis de service au comptoir, c'est des postes moins qualifiés,
mais on en a besoin. Puis vous l'avez vu vous-même, dans les établissements,
parfois, c'est ça, il manque de personnel, déjà, au premier point d'entrée, là.
Donc, c'est ce genre de travailleurs là qu'on a besoin aussi, ce n'est pas
nécessairement des gens qui ont suivi leur
formation de cuisinier, ou de chef, ou de... On a besoin de ce bassin de
travailleurs là aussi pour ces postes-là moins qualifiés.
M. Derraji : Je vais revenir aux
temporaires. C'est un casse-tête, et j'en connais pas mal, d'entrepreneurs qui
gèrent... qui sont membres chez vous. C'est un vrai casse-tête. Pour le
bénéfice des membres de la commission, pouvez-vous élaborer ce casse-tête que
vos membres, en fait, ont... en fait, c'est une souffrance continue, en termes
de paperasse?
Mme Tremblay (Dominique) : Tu peux
parler de ton expérience.
M. Philippin (Hugues) : Ah! bien,
c'est sûr que c'est surtout de la planification à long terme, parce que...
bien, long terme... Nous, nos besoins sont criants, et puis il faut qu'on pense
aussi, déjà, sept ou huit mois d'avance pour
qu'est-ce qui va nous attendre après l'hiver, par exemple, ou au début... en
septembre. Souvent, en septembre, nos étudiants retournent à l'école,
alors on se retrouve toujours avec des périodes critiques, là, où est-ce que
la... on ne sait pas si on va être capables d'ouvrir
le lendemain, est-ce qu'on va être capables d'assurer un certain quart de
travail. Alors, c'est toujours ça, puis la paperasse, bien, c'est... et
le temps de traitement est assez long, en effet, et onéreux, et il ne faut pas
se tromper, et il faut choisir bien.
Et puis aussi le fait qu'on fait affaire avec
des humains, de l'autre côté, les gens qu'on fait venir, ça peut changer aussi.
Alors, on leur fait une offre d'emploi sept, huit mois d'avance. Est-ce que,
dans sept, huit mois, ils auront encore le
goût de venir? Est-ce qu'ils auront fondé une famille? Il y a plein de choses
qui vont se passer d'ici là. Alors, c'est sûr que c'est... il y a toujours
un... On le fait parce qu'on est un peu obligés de le faire, parce que c'est
cher, et c'est compliqué, c'est long. Mais on... au moins, c'est ça,
notre lumière au bout du tunnel pour réussir à assurer la pérennité de notre
entreprise.
M. Derraji : C'est comme... Le choix
des temporaires, pour vous, c'est comme un mal nécessaire, parce que le
gouvernement a choisi d'une manière — j'essaie de trouver le
qualificatif, je ne le trouve pas encore, mais probablement vous allez m'aider — de
dire qu'on va aller vers 40 000. Souvenez-vous du premier ministre, en
2008, il disait qu'il n'y a pas de pénurie
de main-d'oeuvre. À un certain moment, il disait même : C'est une mosus de
bonne affaire. Aujourd'hui, clairement, ce n'est plus une mosus de bonne
affaire, la pénurie de main-d'oeuvre. Et, quand on voit le secteur névralgique
qu'est la restauration, un peu partout au Québec, ce que je déplore, et je ne
veux pas vous mettre des mots dans la bouche, c'est qu'aujourd'hui vous êtes
comme coincés, parce que, s'il y avait du permanent, vous seriez très heureux
aujourd'hui, là.
Mme Tremblay (Dominique) : Bien,
c'est notre seule option, les travailleurs étrangers temporaires. On a juste accès à ça, ça fait que c'est pour ça qu'on
choisit ça. Mais, comme on a dit, évidemment, l'immigration permanente,
c'est ce genre de travailleur là qu'on veut, qui vont rester à long terme. On
les forme, c'est du temps investi, et tout ça,
on veut qu'ils restent avec nous. On veut former une famille, une communauté,
un esprit d'équipe, etc. Quand il y a un roulement tout le temps comme ça, puis
c'est toujours à recommencer, puis on forme la personne... Elle, elle voudrait
rester ici aussi, mais elle doit repartir.
Dans certains cas, là, je sais qu'il y a d'autres processus là, mais... Donc,
c'est ça, les travailleurs étrangers temporaires, c'est parce qu'on
n'a... c'est la seule option disponible pour nous, là.
M. Derraji : Je vais voir comment on
peut vous aider, parce que, là, il y a beaucoup de choses dans votre mémoire,
mais c'est deux qui m'inquiètent. Le 20 % à 30 %, avez-vous eu déjà
des discussions? Avez-vous déjà un son de cloche que ça va rester 30 % ou
ça va revenir à 20 %?
M. Malouin Trudel (Laurence-Olivier) : À
l'heure actuelle, rien...
M. Derraji : Désolé, je n'ai pas
bien entendu.
M. Malouin Trudel
(Laurence-Olivier) : Non. À l'heure actuelle, non, non, on n'a pas de
son de cloche à...
M. Derraji : Aucune discussion,
aucun son de cloche?
M. Malouin Trudel (Laurence-Olivier) : De
mon côté, non.
M. Philippin (Hugues) : ...ça ne va
pas s'améliorer, c'est... ça va...
M. Derraji : Non, mais je...
M. Malouin Trudel (Laurence-Olivier) : Non,
le 20 % à 30 %.
M. Philippin (Hugues) : Ah! le...
OK. Excusez-moi.
M. Derraji : Non, non, mais il y
a... C'est le 31 décembre, là. C'est bien loin, pour moi, 2030. C'est
31 décembre 2023. S'il n'y a pas de réponse, là, c'est 20 %.
M. Malouin Trudel (Laurence-Olivier) : Oui,
exact. Normalement, ça revient à 20 % puis même chose pour l'autre qui se
termine en octobre 2023.
M. Derraji : OK. L'autre... J'en
reviens. L'autre, c'est beaucoup, beaucoup plus urgent. Si vous embarquez dans
des procédures de TET, je ne sais pas comment les gens vont s'en sortir pour
payer tout cela, à moins si on veut commencer
à prendre un café dans un... dans le coin, à 10 $. Là, probablement tout
le monde va rentrer dans son argent.
Mme
Tremblay (Dominique) : C'est sûr que c'est tous les établissements, peu
importe le type d'établissement, qui manquent d'employés, là, mais vous
allez le voir...
M. Derraji : Qui vous a informés des
critères de TET au début? Avec qui vous... Comment vous avez reçu
l'information?
M. Malouin Trudel (Laurence-Olivier) : Oui,
c'est ça, nous, en toute modestie, on n'est pas des experts non plus en
immigration, on n'est pas des avocats...
M. Derraji : Non, non, je sais, mais
par rapport...
M. Malouin-Trudel (Laurence-Olivier) :
...donc on se fait accompagner par nos collaborateurs. Les firmes avec qui on
collabore, c'est... ça a été nos principaux conseillers, je vous dirais, là,
pour nous instruire sur comment fonctionne, là, l'immigration temporaire.
M. Derraji : Non, je ne parle pas de
ça, je parle de la date de fin octobre. Lors de l'allègement, OK, parce qu'il y
avait quand même une extension autorisée de TET par établissement, ça, on vous
a avisés que vous pouvez le faire.
Maintenant, ça arrive à échéance en octobre. Est-ce que c'est avec le
ministère, au niveau du Québec? Est-ce que... avec Ottawa que vous
faites des échanges?
M. Malouin
Trudel (Laurence-Olivier) : Bien, on a des échanges avec les deux paliers
gouvernementaux. C'est sûr qu'étant une organisation provinciale on a
davantage d'échanges avec le palier gouvernemental ici.
M.
Derraji : OK. Et pour le 31 décembre, c'est une
décision fédérale, 20 % à 30 %, ça, j'imagine que vous êtes en
attente d'une réponse.
M. Malouin
Trudel (Laurence-Olivier) : Oui, exact. Puis on collabore aussi avec nos
homologues de Restaurants Canada, qui ont aussi d'autres discussions à
ce sujet-là pour représenter toutes les provinces.
M. Derraji : Et vous êtes confiants
que ça va rester à 30 %?
M. Malouin Trudel (Laurence-Olivier) : On
l'espère. Maintenant, la confiance...
M.
Derraji : Si jamais ça revient à 20 %, j'imagine que
les besoins permanents seront au-delà de 23 000 postes.
M. Malouin
Trudel (Laurence-Olivier) : Fort probablement, là. C'est toujours cyclique,
parce que, là, on va arriver... on va être en janvier, février, mars, où c'est
sûr qu'il y a un peu moins de postes à combler. Mais l'été prochain...
M. Derraji : Oui. La partie
gouvernementale parle beaucoup de la francisation des temporaires. Qu'est-ce
que vous en pensez? Votre monde parle toujours français?
M. Malouin Trudel
(Laurence-Olivier) : Il faut qu'ils le parlent. Est-ce qu'ils le
parlent toujours? Je pense que Hugues peut peut-être répondre.
M. Philippin (Hugues) : Ils
veulent...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Sur ce, on vient de terminer cette portion d'échange...
M. Derraji : Merci à vous trois.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...et on va terminer avec
le député de Saint-Henri—Sainte-Anne, du deuxième groupe
d'opposition, pour une période de 4 min 8 s. Le micro est à
vous.
M. Cliche-Rivard : Merci. On n'ira
pas bien loin de ça, justement. Francisation en entreprise sur les lieux de
travail, j'imagine, donc, qu'elle serait payée par l'employeur. C'est ça que
vous avez comme vision ou ça prendra l'aide financière du gouvernement? Comment
vous voyez ça?
M. Philippin (Hugues) : Actuellement,
les programmes de francisation sont payés par l'État, mais c'est certain qu'en
entreprise un peu tout le monde met du temps et de l'effort pour aider ces
gens-là à s'intégrer à leur équipe de
travail et à la communauté. Alors, c'est du temps qui est non compté, qui est
non quantifié, mais il y a quand même beaucoup d'efforts, parce que c'est
certain que c'est des... ce n'est pas la solution la meilleure. Idéalement,
c'est avoir des gens d'ici qui sont habitués à nos façons de faire, etc., mais
évidemment ça demande quand même des efforts, pas juste dans la langue, mais
aussi dans d'autres aspects, là, aussi, pour avoir ces gens-là.
M. Cliche-Rivard : Ce serait
possible pour vous de libérer des heures de la semaine de travail normale? Parce que vous parliez de tous les engagements,
les familles, les enfants. Je veux dire, on prend la semaine de 40 heures,
on la ramène à 35, puis il y a
cinq heures, six heures, je ne sais pas combien, qui sont dédiées à
l'apprentissage du français.
M. Philippin (Hugues) : C'est
certain... Bien, nous, ces gens-là doivent travailler aussi, il faut qu'ils...
M. Cliche-Rivard : Évidemment.
M. Philippin (Hugues) : ...hein,
alors... puis nos besoins, ils sont de 40 heures-semaine. Quand on
embauche quelqu'un, il faut qu'il travaille
aussi un nombre d'heures pour se qualifier. Alors, on ne peut pas
nécessairement les libérer sur leurs heures de travail pour aller
apprendre le français, mais on peut le faire en travaillant.
M. Cliche-Rivard : En travaillant.
M. Philippin (Hugues) : En
travaillant, tout à fait, ou soirs et fins de semaine et à d'autres moments
donnés.
M.
Cliche-Rivard : Parce qu'on l'a vécu, le modèle de soirs et fins
de semaine, on le vit, je veux dire, ça fonctionne peu ou pas toujours. Malheureusement, il y a des
engagements. Des fois, il y a deux «shifts», des fois, il y a les enfants.
Donc, il y a des projets pilotes qui se
mettent en cours, hein, où finalement le français vient à l'entreprise,
finalement, et non pas le contraire, et où finalement, les gens,
malheureusement, n'ont pas d'autre choix que de voir les heures de travail
amputées parce qu'il n'y a pas d'autres solutions. Bon, je note que ce n'est
pas l'idéal, parce que vous avez des besoins aussi en heures de travail, donc
je comprends l'enjeu.
Vous avez
parlé d'élargir l'accessibilité à la résidence permanente pour les postes moins
qualifiés. La ministre vous
parle... Mme la ministre vous parlait du volet 2 du PSTQ, donc, qui viserait ce
genre de poste là, moins qualifié, avec 12 mois d'expérience de travail.
Il en demeure qu'on va être dans un programme de sélection, hein? Donc, il va falloir que ces gens-là soient invités quand même
à déposer la résidence. Ils vont donc être dans le bassin, mais on ne sait
pas combien de gens vont être sélectionnés
dans le volet 2. On ne sait pas quand ils vont être sélectionnés dans le volet
2. Donc, il y a beaucoup d'incertitude.
Je devine que vous auriez préféré qu'on revienne
au PEQ travailleur tel qu'on l'avait avant juillet ou avant juin 2020, où
finalement, après 12 mois d'emploi qualifié, on était qualifié pour son
immigration économique.
M. Malouin Trudel (Laurence-Olivier) : Bien,
évidemment, c'est sûr, puis, vous savez, tu sais, là, on parlait du TET qui
nous... qui coûte très cher à nos exploitants, mais il vient avec des permis de
travail fermés, bon. Par contre, avec
l'immigration permanente, c'est des permis de travail ouverts. Donc, si on doit
embaucher, entreprendre des démarches
d'avance, on investit du temps là-dedans pour avoir un permis de travail
ouvert, là, il y a une complexité là-dedans, alors que, bien, sous
l'ancien régime, bien, c'est sûr que, quand on a déjà la personne en place puis
on la convertit en permanence, bien, il y a une simplicité. Donc, c'est sûr, tu
sais, on cherche toujours la simplicité pour nos restaurateurs puis nos
exploitants, ça, c'est certain.
M. Cliche-Rivard : Parce que, c'est
ça, on a rayé de la carte notre réforme ou la réforme du gouvernement de 2020
pour le PEQ étudiant. Là, pour le PEQ travailleur, il semble y avoir une
hésitation. On reste avec la réforme, malheureusement,
alors que, comme vous le dites, ça aurait été beaucoup plus simple... Je me
pose la question sur l'exigence, dans ce nouveau programme là, d'avoir moins de
55 ans. Est-ce que c'est un enjeu que vous voyez, ou tout le monde que
vous recrutez à moins de 55 ans, ça ne sera pas un enjeu, ou est-ce que ça
pourrait en devenir un?
M. Philippin
(Hugues) : ...la plupart des travailleurs ont moins de 55 ans.
M.
Cliche-Rivard : OK. Donc, pour vous...
M. Philippin
(Hugues) : On a un bassin de travailleurs plus jeunes en général.
M.
Cliche-Rivard : Vous parlez, finalement, aussi... Il ne me reste plus
de temps, hein, c'est ça?
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : En fait, il reste... effectivement, il ne
reste... C'est très jeune, 55 ans. Il ne reste plus de temps.
M.
Cliche-Rivard : Oui, c'est ça que je dis.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Merci pour cet apport à nos
travaux. C'est très apprécié.
Alors, je suspends la
commission quelques secondes, le temps de recevoir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à
12 h 03)
(Reprise à 12 h 06)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous en sommes
maintenant rendus à l'audition de Québec International. Madame... mesdames,
monsieur, bienvenue à la commission. Alors,
vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes pour vous présenter et
présenter également les grandes lignes de votre mémoire, et ensuite nous
allons procéder à la période d'échange avec les parlementaires. Alors, pour
l'heure, le micro... bien, pour les 10 prochaines minutes, le micro est à
vous. Allez-y.
Québec International (QI)
M.
Viel (Carl) : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Membres de la Commission des relations avec les citoyens, mesdames,
messieurs, je tiens tout d'abord à vous remercier pour l'intérêt que vous avez
bien voulu porter à Québec International en
acceptant de nous inviter à participer aux travaux de la commission portant sur
la planification pluriannuelle de l'immigration au Québec pour la
période 2024‑2027.
C'est avec honneur,
pour moi, Carl Viel, PDG de Québec International, et mes deux collègues ici
présentes, Mme Marie-Josée Chouinard,
vice-présidente, talents internationaux et investissements étrangers, à ma
droite, à votre gauche, et Elisa Rinco, directrice, mobilité
internationale de Québec International, que d'avoir l'occasion d'échanger avec
vous sur le sujet. L'une comme l'autre sont des collaboratrices expérimentées
en attraction et en recrutement de talents, et je me permets d'ajouter que nous
travaillions déjà de concert avec Mme Rinco bien avant son arrivée,
c'est-à-dire lorsqu'elle était au Brésil, son pays natal.
À titre d'agence de
développement économique régional, Québec International favorise la croissance
des entreprises, le soutien aux secteurs de force et attire dans la région talents
et investissements. Or, déjà, en 2008, l'enjeu de la main-d'oeuvre se pointait
à l'horizon et incitait l'organisation à déployer des initiatives en
recrutement international, des missions, etc. Au fil des années, l'attraction
de talents est devenue un des mandats importants de l'agence. Nos efforts
visent principalement à attirer et retenir des travailleurs qualifiés et des
étudiants francophones en provenance de l'étranger.
Je me permets de
souligner ici que l'agence a été précurseure et les premiers au Québec en étant
actifs dès 2008, et nous avons depuis conclu plus de 90 missions de
recrutement de travailleurs et d'étudiants internationaux en provenance
principalement de l'Europe, de l'Afrique et de l'Amérique latine, et qu'ils se
sont réalisés à travers les années de façon virtuelle et présentielle, des
initiatives qui ont contribué à l'accueil de plus de 28 000 nouveaux arrivants
dans la grande région de Québec, incluant les travailleurs, les étudiants et
leurs familles.
Dans un contexte de
rareté de main-d'oeuvre que connaît actuellement le Québec, et particulièrement
les régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches, l'agence est
plus que consciente du rôle essentiel que joue l'apport des personnes issues de
l'immigration sur le territoire. En cohérence avec la réforme des programmes
d'immigration permanente, et plus particulièrement la présente consultation
publique, je centrerai mes propos sur quelques-unes
des 25 recommandations proposées dans le mémoire que nous avons soumis, et
ce, en réponse aux enjeux et aux défis ciblés.
Québec
International est en faveur de la réforme réglementaire, incluant les mesures
significatives qui permettront au gouvernement du Québec de remplir son
engagement et de faire de l'immigration une solution pour lutter contre le
déclin du français au Québec.
Dès 2008, l'enjeu de la
main-d'oeuvre est venu préoccuper les entreprises de la région de Québec
puisque le territoire vivait déjà le plein emploi, une situation principalement
tributaire à la structure démographique et du vieillissement de la population,
à laquelle il faut ajouter une croissance rigoureuse et continue. C'est ainsi
que l'enjeu de la rareté de la main-d'oeuvre est venu orienter Québec
International dans le développement d'actions concrètes visant l'attraction et
la rétention de talents.
Depuis maintenant 15 ans, l'agence
accompagne des centaines d'entreprises dans leurs efforts de recrutement à l'international, et des établissements
d'enseignement, pour l'attraction des travailleurs et des étudiants internationaux.
Nous favorisons dès lors une immigration économique francophone dans la région
de Québec.
Néanmoins, entre 2015 et 2021, la région de
Montréal a accueilli plus des trois quarts des immigrants admis au Québec, soit
l'équivalent de trois fois son poids démographique. Au cours de cette même
période, les régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches ont
reçu des parts d'immigration admise au Québec inférieur à leur poids
démographique.
• (12 h 10) •
Par conséquent, Québec International est
favorable à l'augmentation du seuil d'immigration permanente à 60 000 par année, mais espère que le gouvernement
du Québec attribuera 100 % de cette progression du nombre d'immigrants
à l'ensemble des autres régions du Québec hors la grande région de Montréal, la
RMR de Montréal.
Également, l'agence a formulé le souhait que le
gouvernement du Québec se donne pour objectif que la région de Québec accueille 15 % des personnes immigrantes
sélectionnées. Beaucoup d'efforts ont été faits, ces dernières années, dans la région de Québec et ont porté
fruit. Cependant, ces résultats... considérant ces résultats, il serait bien de
reconnaître la Zone économique
métropolitaine, la ZEM, à titre de deuxième pôle en importance en matière
d'immigration et faire de cette opportunité une priorité.
Par ailleurs, Québec International est en accord
avec un traitement en continu des demandes dans le cadre du Programme de l'expérience québécoise, le PEQ, visant les diplômés du Québec.
Cependant, si la volonté de cette mesure est de permettre d'attirer davantage d'étudiants étrangers vers les
établissements d'enseignement en région, il apparaît important que
l'accès au marché du travail dans le domaine de formation choisi par l'étudiant
international soit mis de l'avant. Favoriser
l'attraction d'étudiants dans un... dans des domaines où le taux de placement
en emploi est favorable demeure essentiel.
De plus, Québec International suggère au
gouvernement du Québec de ramener le PEQ pour les travailleurs étrangers
temporaires à une exigence de 12 mois travaillés comme lors de sa première
mouture. Il est primordial que ce programme puisse demeurer compétitif à
l'échelle canadienne et s'arrimer aux nouvelles normes en vigueur de la
catégorie de l'expérience canadienne disponible dans le reste du Canada.
Considérant les démarches administratives et
les frais relatifs au renouvellement des permis de travail, il serait
grandement allégé autant pour les employeurs, les travailleurs et
l'administration publique et permettrait ainsi une rétention plus grande des
nouveaux arrivants en région.
De plus, en prenant en compte que l'entièreté
des critères fixés par le gouvernement du Québec pour favoriser une pleine
intégration des personnes immigrantes au marché du travail, et tout en
renforçant l'importance du français comme langue commune au Québec, sont
remplis, il serait souhaitable que les travailleurs temporaires établis en région et admissibles au Programme de
l'expérience québécoise puissent bénéficier d'un traitement en continu
hors des seuils des 60 000 proposés.
Pour atteindre son objectif visant la
régionalisation des personnes immigrantes au Québec, l'agence propose également de favoriser l'utilisation de nombreux
leviers à la disposition du ministère de l'Immigration, de la Francisation
et de l'Intégration dans le cadre du nouveau Programme de sélection des
travailleurs qualifiés, le PSTQ, en prenant en considération les propositions
suivantes : attribuer des points supplémentaires dans le système de classement
aux personnes résidant en région afin d'augmenter leur probabilité de faire
partie des rondes d'invitation, créer des rondes
d'invitation spécifiques pour les personnes en statut d'immigration temporaire
et déjà établies en région, assurer une approbation plus rapide des
offres d'emploi validées en région pour les candidats qui en sont... qui sont
encore à l'étranger et maintenir, dans le futur, le nombre de personnes
réfugiées sélectionnées établies en région.
De plus, Québec International salue chaleureusement
la proposition du MIFI de réformer les programmes pour les entrepreneurs immigrants ainsi que les ajustements qui y seront
rattachés. Ces modifications étaient attendues depuis plusieurs années, et nous croyons que les efforts seront bénéfiques.
Cela dit, en cohérence avec les changements annoncés, un programme de
proximité auprès des potentiels entrepreneurs immigrants s'avère nécessaire, si
le gouvernement désire atteindre ses objectifs tant au niveau des volets
entreprises innovantes, démarrage d'entreprise ou repreneuriat.
Pour plusieurs nouveaux arrivants,
l'établissement au Québec est aussi un projet familial. L'immigration et toutes
les transitions vécues par les personnes immigrantes les obligent à
reconfigurer leurs relations familiales et scolaires.
Aussi, certaines situations peuvent rendre difficile l'adaptation des membres
de la famille. Afin de pérenniser les efforts d'attraction des
travailleurs provenant de l'international, une attention particulière doit être
accordée aux conjoints et conjointes. L'intégration socioprofessionnelle des
membres de la famille est un facteur clé pour la rétention des personnes
immigrantes en région et sur l'ensemble du territoire québécois. À ce propos, à
travers notre mémoire, vous trouverez certaines pistes d'amélioration à
envisager relativement à l'intégration professionnelle, la francisation,
l'intégration sociale, le logement, les services de garde éducatifs à
l'enfance.
En terminant,
une dernière réflexion, Québec International accueille positivement la démarche
du gouvernement de proposer à cette consultation publique le scénario
d'augmenter les seuils d'immigration et, en parallèle, d'améliorer le fonctionnement
des différents programmes d'immigration économique. Le Québec aura davantage à
assurer une meilleure réponse possible aux
besoins de main-d'oeuvre, et ce, particulièrement dans des secteurs clés de
l'économie et des
régions. Les personnes issues de l'immigration enrichissent notre communauté de
leur diversité et de leur culture. Elles méritent que l'amélioration du système
d'immigration au Québec fasse partie des priorités gouvernementales. Ces recommandations et les enjeux devraient être
soulevés dans le cadre de cette présente consultation et portés à votre
attention.
Et je vous remercie,
mesdames, messieurs, de votre attention. Il nous fera plaisir maintenant de
répondre à vos questions.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation.
Donc,
comme prévu, on va commencer la période d'échange avec la banquette
gouvernementale. Mme la ministre, vous bénéficiez d'un temps total de
16 min 30 s. Le micro est à vous.
Mme
Fréchette : Merci. Merci, Mme la Présidente. Alors, merci, M. le PDG.
Merci à vous trois d'être là et de prendre
part à cet échange sur un thème de grande importance. Et vraiment, vous occupez
un poste qui vous donne une vue, qui
vous offre un observatoire particulièrement intéressant pour l'ensemble des
enjeux dont on traite dans le cadre de cette commission parlementaire. Donc,
c'est vraiment très intéressant de vous entendre. Merci pour votre appui
aux réformes réglementaires que l'on a présentées au printemps dernier. Je suis
ravie de voir que ça correspond, ça cadre avec des besoins que vous voyez,
donc, sur le marché de l'emploi et en termes économiques également.
Alors,
j'ai plusieurs questions. Donc, on va enchaîner rapidement sur la première
d'entre elles. Bien, d'une part, vous
proposez, là, de retenir le scénario de l'augmentation des seuils à 60 000,
mais demandez que cette augmentation soit totalement attribuée aux
régions. Alors, je me demandais comment est-ce que vous verriez qu'on puisse
répartir cette augmentation-là équitablement
entre l'ensemble des régions. Quelle serait la mécanique que vous verriez à
utiliser, là, pour être équitables?
Mme Chouinard (Marie-Josée) : Bien, en fait, dans la proposition, là, du
programme de sélection permanente, on voit plusieurs critères qui ont
été identifiés. Donc, on pense qu'on pourrait ajouter des rondes d'invitation pour
spécifiquement des gens qui sont déjà établis en région pour augmenter ces
seuils. Ça pourrait être un objectif qu'on se donne, d'améliorer cette
invitation à la suite des déclarations d'intérêt, là, des gens qui sont déjà
sur... dans la région. Le gouvernement a une
situation qui est particulièrement intéressante actuellement puisqu'on sait
qu'il y a beaucoup de travailleurs
étrangers temporaires qui sont établis en région. C'est un phénomène qui est
quand même relativement nouveau. Alors, il y a des leviers ici, là, qui
sont très, très favorables à l'occasion, là, de cette consultation-ci.
Mme Fréchette : ...pourra atteindre, dans
le fond, les objectifs, advenant un rehaussement, avec déjà les gens sur
place... que leurs compétences vont correspondre avec les champs d'activité
économique présents en région?
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : Oui, assurément, parce que ce qu'on
remarque, d'abord, c'est que c'est des gens qui sont déjà intégrés. Ils sont
déjà logés. Ils sont déjà dans les entreprises. Quelques étudiants sont en
train d'étudier. C'est des gens qui... la
plupart sont déjà intégrés dans une communauté francophone. Donc, tous les
critères, je dirais, sont cochés, là, pour être capables de répondre à
cet objectif-là.
Mme Fréchette :
Et est-ce que vous pourriez me donner votre lecture quant au niveau de
préparation, par exemple, de la
Capitale-Nationale ou de Chaudière-Appalaches pour accueillir davantage
d'immigrants, de personnes immigrantes, advenant qu'il y en ait
davantage? Parce que vous me... Dans le fond, ils sont déjà présents sur le
terrain. Donc, est-ce que vous pensez que le niveau de préparation est là,
notamment sur le plan collectif, mais aussi au niveau plus micro, au sein des
entreprises? Est-ce que le niveau de préparation est adéquat dans les
entreprises?
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : Je pense que la région de Québec, si
on parle au niveau du Québec dans son ensemble, c'est la région qui bénéficie
d'un écosystème le plus favorable, je dirais, pour l'accueil et l'intégration
des personnes immigrantes. Dans un objectif de régionalisation de
l'immigration, il faut saisir cette opportunité-là.
D'abord,
économiquement, vous le savez, la région va très bien. Les gens sont intégrés
en emploi. On fait partie des régions où le taux d'employabilité des personnes
immigrantes est le plus haut au Canada, même. On peut être fiers de ça. Les infrastructures locales ont besoin de financement,
assurément, de pouvoir être accompagnées dans cet objectif qu'on
pourrait se donner, mais elles sont présentes et elles sont existantes. Donc,
il y a une multitude d'organismes qui sont
dédiés à l'accueil, à l'intégration des personnes immigrantes. Alors, on
considère que l'écosystème est déjà tout mis en place pour pouvoir
répondre à cet objectif-là.
Pour ce qui est des
entreprises, c'est un travail du quotidien, assurément. On voit qu'il y a eu,
dans les dernières années, une évolution, je
dirais, majeure au niveau de l'implication des entreprises. Il y a quelques
années déjà, on se posait la question
à savoir s'il y avait même des gens en ressources humaines dans les
entreprises, alors qu'aujourd'hui, oui, il y a des équipes de ressources
humaines qui se structurent, mais, en plus de ça, on a de plus en plus
d'équipes qui ont des gens spécialisés en mobilité internationale.
Alors, en termes
d'accueil, d'intégration, bien sûr, les entreprises ont besoin d'être
accompagnées par des experts qui les entourent, mais tout est favorable pour
ça. Par contre, là où on voit qu'il y a peut-être un angle mort, c'est au
niveau de la plus petite entreprise, où, à ce moment-là, il y a vraiment des
efforts supplémentaires à faire parce que, de leur structure, finalement, interne,
bien, souvent, ils n'ont pas les équipes en place, là, pour répondre à tous les
besoins qu'ils pourraient avoir au niveau de l'accueil des nouveaux arrivants,
des familles, etc.
• (12 h 20) •
M. Viel (Carl) : ...compléter
sur le point de Mme Chouinard là-dessus, je pense, le dernier élément est
très important. Le tissu des entreprises à l'extérieur de la grande région de
Montréal, on est souvent avec de la PME, de la plus petite entreprise, et
souvent, les entreprises n'ont pas une fonction ressources humaines.
Donc,
le niveau d'accompagnement doit être bien structuré et bien fait afin d'aider
les gens à pouvoir les aider dans un
processus, et d'aller à l'international aussi pour les accompagner dans les
volets de la sélection des candidats, candidates,
et, par la suite, tout le volet d'accompagnement une fois les candidats et
candidates arrivés sur le territoire, s'assurer de leur intégration tant
en entreprise que d'un point de vue personnel et aussi, dans bien des cas,
familial.
On sait que, dans
bien des cas, une des grandes orientations qu'on a prises depuis le départ,
c'est d'attirer dans la région des familles qui nous permettent aussi d'avoir,
justement, atteint le chiffre, là, de 28 000 à travers les années, lorsque
c'est un projet familial. On croit aussi qu'on a des meilleures chances de
rétention des candidats, candidates et de la famille qui a déjà fait un premier
déplacement, et les gens, aussi, s'insèrent dans leur communauté par les
enfants, souvent par le volet scolaire aussi. Donc, c'est des éléments à
prendre en considération.
Mme Fréchette : Donc, la présence de la
famille est un des facteurs de rétention importants. Comment est-ce que vous verriez qu'on promeuve davantage la...
bien, les régions, la diversité, la qualité de vie, les opportunités d'emploi
des régions? Quand on fait du recrutement à l'international, là, qu'est-ce que
vous verriez comme bonification de ce côté-là?
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : Je dirais, d'abord, une des
recommandations, c'est de favoriser des missions qui sont davantage régionales,
parce que nos entreprises, souvent, trouvent difficile la compétition avec des
entreprises montréalaises. Donc, ça, c'est un commentaire qu'on a
régulièrement. L'autre chose, c'est de pouvoir s'assurer que les gens qui sont basés dans les directions des services
d'immigration à l'étranger puissent être bien formés en matière d'atouts
régionaux. Souvent, il y a des recrutés locaux qui n'ont pas nécessairement eu
l'occasion déjà de visiter les régions du Québec.
Alors, ça peut être
une des approches qu'on peut préconiser, mais on tient à souligner que les
missions de recrutement qui ont été mises en place dans le cadre des Journées
Québec sont clairement, pour nous, une clé de succès au niveau de l'attraction.
Longtemps, on a pensé la régionalisation en attraction de Montréal vers les
régions. Maintenant, avec ces missions de
recrutement, avec la mobilisation des employeurs qu'on voit à travers ces
missions-là, on a réussi, à notre
sens, le pari de faire de l'immigration une immigration primaire de
l'international vers les régions.
Donc, on voit
vraiment, actuellement, là, des effets boule de neige. D'ailleurs, on pense que
plus il y aura d'immigrants en région, plus le cercle vertueux va se créer,
parce que c'est dit qu'une personne immigrante va choisir souvent un lieu d'établissement à partir du moment où elle
connaît quelqu'un dans cette région. Donc, on est... je pense qu'on est
en train de changer ce cercle qui, à l'époque, était davantage favorable à
Montréal, mais on peut lui donner une petite impulsion supplémentaire.
M. Viel
(Carl) : ...deux autres éléments. Je pense
qu'il y a une importance, comme dans d'autres secteurs ou dans d'autres
orientations, d'avoir justement les missions. On a les gens des régions qui
sont présents. Les gens sont toujours les mieux placés pour, en bon Québécois,
vendre leur région, leur milieu de vie, etc. Donc, ça, c'est le premier
élément. Ils le connaissent. Ils peuvent parler des forces, des faiblesses de
chacune d'elles. Et Marie-Josée en a fait aussi référence, Mme Chouinard,
il y a aussi... dans certains des cas, bien, il y a une compétition pour les mêmes types d'emplois, d'employés, et, à ce
moment-là, lorsqu'on fait un focus avec les régions, bien, on a beaucoup
plus de facilité à attirer les gens en région aussi.
Mme Fréchette : De la musique à ces
oreilles... à mes oreilles, cette idée-là, que la sauce est en train de
prendre, comme on dit. C'est parfait, c'est ça qu'on souhaitait.
Dans la
section 3.8, la recommandation 16, en fait, vous suggérez la création
d'un mode de service réservé pour le Québec, là, similaire au mode de service
réservé qu'il y a à IRCC. Donc, quels services additionnels vous souhaiteriez
qui soient rendus disponibles avec ce type d'approche, le mode de service
réservé?
Mme Chouinard (Marie-Josée) : En fait, ce que nos employeurs nous disent
souvent, c'est qu'ils aimeraient avoir un contact humain personnalisé,
particulièrement lorsque c'est le cas d'une entreprise qui recrute beaucoup à
l'international. Québec International, on a été désignés comme partenaires de
recommandation. D'ailleurs, c'est le ministère de l'Immigration qui nous a
introduits au gouvernement fédéral, et, par le mode de service réservé qu'on retrouve maintenant au fédéral, Québec
International, on est en mesure de faire une recommandation d'un employeur. Nous
devons bâtir l'argumentaire au préalable pour pouvoir bénéficier de ce
service-là. Nous devons démontrer les impacts économiques que cet employeur
peut avoir dans notre région, le fait qu'il recrute beaucoup, mais, à partir du
moment où le lien est fait, l'entreprise est rattachée à une personne, un
fonctionnaire nommé, alors ça évite de devoir...
je dirais, de raconter de nouveau l'histoire lorsqu'il y a des enjeux et des
complexités. Donc, c'est plus pour du service-conseil de qualité, je
dirais, pour les employeurs qui sont très actifs.
Mme Fréchette :
Pour faciliter le suivi, on comprend bien.
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : Exactement.
Mme Fréchette : OK,
bien, merci. Alors, Mme la Présidente, je vais partager le droit de parole avec
des collègues.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Bien entendu. Merci beaucoup, Mme la
ministre. Alors, la députée d'Iberville, pour une période de six minutes, la
parole est à vous.
Mme Bogemans : Parfait. Merci
beaucoup. Mme Chouinard, on s'était rencontrées dans la rencontre
régionale pour Chaudière-Appalaches et la Capitale-Nationale. Donc, enchantée
de vous revoir.
Vous avez mis
de l'avant, dans la section 3.5.3, de mettre sur pied un maillage, entre
autres, pour les personnes en
entreprise. Vous l'avez mentionné aussi pendant la présentation. Pour les
employés ou les nouveaux entrepreneurs, quel genre de maillage,
précisément, ça pourrait être?
M. Viel (Carl) : Si je peux me permettre, là-dessus, pour nous,
l'importance, premièrement, c'est d'amener les entreprises à pouvoir
fonctionner par elles-mêmes. Donc, il est très important qu'on soit capables
d'amener les gens à devenir, je dirais, autonomes, plutôt. Ça, c'est le premier
élément.
Le deuxième élément dans le maillage, ce qu'on a
constaté à travers les années, c'est qu'on a mis en place des cercles de pratiques, c'est-à-dire que les
entreprises partagent entre elles ce qu'elles font. Je vais donner deux exemples
un peu simplistes.
Deux entreprises s'en vont dans une mission de
recrutement, une entreprise revient avec 10 candidats, l'autre revient avec un candidat, bien, de voir comment ça
se fait que, dans votre cas, vous avez été capables d'aller chercher les
10 que vous vouliez, l'autre en cherchait 10, n'en a qu'un, est-ce que
c'est, des fois, la terminologie que vous avez utilisée, c'est la
façon... Donc, ça, c'est des éléments qui permettent, dans le maillage,
justement, de partager.
Deuxième élément, aussi, qui est important, on
va continuer avec le même exemple, les deux ont recruté un même nombre de
personnes, deux ans plus tard, une entreprise a toujours ses
10 travailleurs, l'autre n'en a qu'un, qu'est-ce qu'on a fait qui a permis
à ces gens-là de rester chez nous? Pourquoi les gens sont partis? Donc, le
partage des connaissances est important.
L'autre élément dans le maillage, c'est certain
aussi que, pour nous, depuis qu'on a débuté, c'est de partager aussi nos connaissances avec les autres régions au
Québec pour que les gens apprennent. Plus on apprend, plus on peut aller
plus vite puis on peut minimiser les risques d'erreurs que les gens peuvent
faire. Je prends juste... Au départ, il y avait des éléments importants qui
étaient, entre autres, l'historique de crédit. On l'oublie souvent, mais,
lorsqu'on change de pays, on repart à zéro, on n'a plus aucun historique de
crédit. Ce n'est pas tous des gens qui arrivent avec différents... avec de
l'argent, etc. Donc, comment on peut les accompagner?
Le deuxième élément, aussi, très important, au
départ, qu'on a mentionné, c'était le ou la conjointe, souvent, qui ne se
trouvait pas un emploi. Donc, ces gens-là, souvent, arrivaient avec une
formation x, y, z. Des gens arrivaient... des fois, dans les premiers cas, les
gens n'avaient même pas entrepris eux-mêmes leur propre processus d'immigration. Les gens, après ça, après s'être
installés avec de la famille, disaient : Bien là, on va commencer, bien là,
il faut que je débute mon processus. On vient de perdre un an, un et demi.
Donc, il y a toutes ces choses-là qu'il est
important de mettre sur pied et de partager dans le maillage pour s'assurer
qu'on travaille mieux, qu'on a des meilleurs résultats et qu'on les partage avec
les autres pour que tout le monde au Québec puisse bénéficier et qu'on soit
capables de bien intégrer nos comités et nos nouveaux arrivants.
Mme Bogemans : Exactement.
C'est tout à fait louable, en plus, que vous vouliez partager vos bonnes pratiques
avec les autres régions du Québec. Félicitations d'aller de l'avant.
M. Viel (Carl) : ...pâte à pizza, mais elle peut être un peu différente
d'une personne à l'autre.
Mme Bogemans : Exactement. On
n'est pas en compétition, là, on travaille ensemble, ça, c'est super. Le point,
entre autres, au niveau du maillage puis d'améliorer les pratiques, est-ce que
vous pensez que, dans une même industrie, on pourrait s'aider entre entreprises
au niveau de la reconnaissance des acquis, les personnes qui pourraient se
trouver certaines voies, par exemple, puis qui pourraient le partager avec le
reste de l'industrie?
Mme Suhett
Rinco (Elisa) : Oui,
certainement. On va sur le terrain, puis, des fois, des personnes immigrantes,
surtout les conjoints, conjointes, ne vont pas exercer leur profession qu'ils
avaient dans leur pays d'origine par manque
de connaissances. Ils ne savent même pas qu'il est possible de faire
reconnaître leurs acquis et leurs compétences. Donc, être en contact avec d'autres personnes immigrantes ou que les
entreprises, déjà, en ayant l'information, puissent donner la bonne
information aux personnes qui recrutent, aux familles de personnes qui
recrutent, c'est une de nos suggestions. D'abord, donc, c'est vraiment passer
les messages, parce qu'il y a des mécanismes qui sont déjà mis en place, qui
fonctionnent, mais qui doivent être... on doit davantage le promouvoir auprès
des personnes immigrantes.
Mme Bogemans : Oui, c'est ça,
puis les entreprises qui trouvent les bonnes voies de passage aussi un petit
peu plus rapides...
Mme Suhett Rinco (Elisa) :
Exactement, pour que les personnes puissent commencer à travailler dans leur
domaine de formation.
• (12 h 30) •
Mme Bogemans : Exactement.
Au niveau de la régionalisation, dans le même thème, finalement, la
reconnaissance des acquis, est-ce que vous pensez, par exemple, que les
formations professionnelles, les cégeps et les universités, pourraient,
dans des domaines précis, disons, d'innovation, par exemple, ou de spécialisation
régionale... pourraient aider les entreprises puis être consultés et travailler
avec vous aussi au niveau de l'accélération, là, finalement?
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : En fait, dans nos recommandations sur
ce sujet-là, on recommande que la RAC, là,
la reconnaissance des acquis et des compétences, qui est offerte
par les cégeps, puisse être déployée également pour les travailleurs
étrangers temporaires, particulièrement les travailleurs étrangers temporaires
qui ont un permis ouvert. Donc, les
conjoints et les conjointes pourraient rapidement, après, obtenir une
reconnaissance des compétences.
On salue par ailleurs
la nouvelle... de vouloir faire de l'évaluation comparative des diplômes, de
s'assurer aussi que les ordres professionnels puissent avoir donné leur accord
avant l'arrivée des gens, parce que c'est vrai que, sur le terrain, ce qu'on a remarqué, c'est qu'il y a eu une grande
évolution au courant des dernières années. De plus en plus, les ordres
professionnels font des recommandations à partir de l'étranger. Donc, je pense
que c'est le bon moment, là, de saisir cette occasion.
M. Viel (Carl) : ...aussi, ça a une importance aussi dans... pour les entreprises dans la
sélection des candidats. Lorsque les gens savent qu'ils sont capables
d'avoir la reconnaissance du diplôme du candidat ou de la candidate avant
qu'elle arrive, ça a plusieurs impacts, tant au niveau de la reconnaissance,
là, de diplômes pour le travail que la personne va faire, son salaire, et etc.
Donc, ça, c'est un autre élément.
Il y a un autre volet
aussi qu'on n'a pas mentionné, mais qui est aussi important...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Je
dois vous arrêter, la période impartie au gouvernement vient de se terminer. On va continuer, par contre, les
échanges, cette fois avec le député... l'opposition officielle, député de Nelligan,
pour 12 min 23 s. Le micro est à vous.
M. Derraji : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour à vous trois. Toujours un réel plaisir de vous voir
en commission parlementaire. Pas besoin de dire l'importance de Québec
International, vous l'avez démontrée tout au long des années, la preuve, votre
excellent mémoire. Je prends toujours le temps de dire et de remercier les
groupes pour leur mémoire, parce que c'est un travail en profondeur, une
analyse extrêmement pertinente, et je vous salue.
J'étais quand même un
peu... Je ne suis pas surpris de le constater, vous êtes venus aujourd'hui pour
nous demander carrément que la zone économique métropolitaine de Québec doit être
reconnue comme deuxième pôle de l'immigration. Ma question est très simple. Vos
besoins sont des besoins permanents ou temporaires, en termes d'immigration?
Mme Chouinard (Marie-Josée) : En fait, c'est un mélange des deux, mais je vous dirai que c'est
essentiellement permanent, mais il y a quand même un mélange des deux
puisqu'il y a des besoins au niveau saisonnier, ça, c'est certain. Il y a beaucoup, dans le domaine
agricole, des besoins qu'on retrouve qui sont temporaires. Par contre, pour ce
qui est des entreprises que Québec...
M. Derraji : Désolé.
Quels besoins? Je l'ai raté. Quels besoins, juste avant...
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : Qui sont
temporaires?
M. Derraji : Oui,
oui.
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : Les travailleurs
agricoles, à titre d'exemple.
M. Derraji : OK.
C'est bon. Ça, c'est saisonnier.
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : Ça reste
essentiel.
M. Derraji : Oui,
saisonnier.
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : On veut le
reconnaître, c'est certain. Mais, pour ce qui est des entreprises accompagnées
par Québec International, je dirais, la majorité, voire l'entièreté recherche
des travailleurs qui vont rester au Québec à la suite de...
M. Derraji : Je pense que vous m'avez entendu avec le groupe
précédent, mais ce n'est pas grave, je vais répéter. Pourquoi? Parce que j'ai en face de moi un groupe
qui se lève pour la région de la Capitale-Nationale, et je vous salue.
Aujourd'hui,
on veut juste savoir la réalité terrain. Et je ne veux pas vous ramener sur des
déclarations politiques, vous êtes des experts, et ce n'est pas votre but.
C'est mon but, je le fais... Quand on dit qu'il y a deux scénarios, 1 et
2, 40 000, 50 000... 50 000,
60 000, désolé, et on voit que, davantage, il y a du temporaire. Et je
veux ramener sur la langue française et le temporaire un peu plus
tard... Les besoins de la capitale nationale pour qu'elle puisse jouer son
rôle, c'est notre capitale nationale, vous les évaluez, en termes de nombre, de
combien?
M. Viel (Carl) : Bien, il y a deux volets, il y a plusieurs... Bon, je pense
que même les gens qui ont été là avant nous avaient émis, là, disons, certains
chiffres. Je pense que, globalement, la région de la Capitale-Nationale fait face à différents
défis. On est dans une situation de plein emploi depuis 2008, puis les besoins
des entreprises sont en croissance. Ça, c'est le premier élément.
Donc...
Puis la diversité de
l'économie fait en sorte qu'on a des besoins dans tous les secteurs. Vous avez
entendu des gens, tout à l'heure, du secteur de la restauration, qui ont émis
qu'ils avaient des besoins. On a des besoins dans tous les secteurs, que ce soit le secteur hospitalier, même le secteur
de l'enseignement. On est conscients de la situation, là, qui pointe à
l'horizon sur les différents secteurs. Donc, les besoins des entreprises,
globalement, sont là.
Si on regarde au
nombre des postes vacants, la région de la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches
ont un nombre très important de postes vacants. Il y a deux autres facteurs
aussi qu'il faut prendre en considération : le vieillissement de notre
population et l'autre élément aussi qui est important dans la région de la
Capitale-Nationale, c'est qu'on a un...
l'âge de départ à la retraite de la population active est plus basse... est
plus tôt, pardon, que l'ensemble du
Canada. Donc, pour différentes raisons les gens quittent le marché du travail
plus tôt et, en plus de ça, un vieillissement de la population, faible
taux de natalité, etc.
Donc, pour nous, le
volet de l'immigration est une des pistes de solution comme d'autres qui sont
proposées sur d'autres volets, la
transformation numérique des entreprises, l'accélération de la productivité,
etc. Il faut le faire. Et globalement il y a... tu sais, quand qu'on regarde,
il y a... les besoins sont énormes à Québec et sur l'ensemble du territoire
pour répondre à nos besoins.
M. Derraji : Vous
savez qu'on a un défi majeur. Je sais que votre organisation est
prorégionalisation.
M.
Viel (Carl) : Oui.
M. Derraji : Je ferais la même chose, si j'étais dans votre
place... à votre place. Les trois dernières années, nous avons fait une
planification. Est-ce qu'au niveau de Québec
International, ça a été un succès, la
régionalisation des quatre dernières années?
Au fait, revenons
juste à la dernière consultation. Est-ce que vous avez eu votre part du gâteau,
si j'ose dire «gâteau», en termes de régionalisation de l'immigration?
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : Bien, en fait,
on voit une progression importante de la régionalisation au niveau temporaire.
Les travailleurs temporaires arrivent en région. Ça, c'est un phénomène, quand
même, qui doit être souligné parce que c'est
nouveau. Ça démontre tous les efforts que la communauté... en fait, tous les
efforts de notre organisation mais des employeurs aussi, ce qui veut
donc dire qu'on a réussi le pari de l'attraction, parce que, quand même, longtemps, on se questionnait à savoir si on
pouvait attirer en région des gens. Aujourd'hui, ce qu'on souhaite,
c'est que les personnes puissent rester et devenir des personnes permanentes.
M. Derraji : C'est
un excellent point. Et c'est là où moi, je veux être en mode comment on peut
vous aider. La différence, c'est que... Je ne veux pas faire un débat
d'immigration, on va tous se perdre. Quand il s'agit de temporaire, là, il y a le regroupement familial. S'il n'arrive pas à
avoir sa famille ou sa conjointe... Les délais sont énormes, c'est rendu à 24 mois. Premier handicap.
Deux, l'enracinement. Quand tu es temporaire, c'est très difficile. Le
problème, c'est... on le met sur le fardeau des entreprises. C'est...
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : C'est la... Oh!
pardon.
M. Derraji : Non,
non, mais allez-y, allez-y. C'est... On échange. Vas-y, oui.
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : Bien, en fait,
c'est la raison pour laquelle on propose que, pour les régions du Québec, on puisse bénéficier d'un programme de l'expérience québécoise pour les travailleurs étrangers qui soit continu.
M. Derraji : C'est
un «fast track», si j'ose dire, très rapide. Oui.
Mme Chouinard (Marie-Josée) : C'est ça, donc, vraiment d'amener un avantage considérable pour une
personne qui a fait le choix de région, question de, comme je le disais
tout à l'heure, poursuivre le cercle vertueux qu'on voit qui commence à
arriver.
M. Derraji : Genre un temporaire qui vient à Québec pour
s'installer, qu'il puisse avoir un accès accéléré à sa résidence
permanente via le PEQ, c'est ce que vous...
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : Et un traitement
en continu, également, hors des cibles.
M. Derraji : Oui, c'est hors cible, le PEQ. Excellent. Moi, je
vous appuie, parce que moi, j'ai choisi la région de la
Capitale-Nationale, la première fois, quand je suis venu.
J'aimerais vous
entendre sur la francisation des temporaires. Vous savez, ce n'est pas moi qui
le dis, c'est la proposition de Mme la ministre. Qu'est-ce que vous en pensez?
M. Viel (Carl) : Bien, dans la région de la Capitale-Nationale puis dans la
plupart des régions au Québec, vous le savez, si les entreprises qui recrutent
n'ont pas déjà... ne sélectionnent pas des candidats, candidates qui ont un niveau de français qui rencontrent des... les normes ou
qui rencontrent des besoins des entreprises, la sélection ne se fait pas.
On pourrait laisser la parole à Elisa, mais on
l'a vu dans plusieurs missions, où des entreprises avaient présélectionné des candidats, candidates, la personne
n'avait pas le niveau de français. Et ce qui, pour moi, est remarquable, c'est d'entendre la personne qui va
se mettre à l'ouvrage et qui, un an, deux ans plus tard, va réappliquer avec un
niveau de français qui répond aux besoins de l'entreprise.
Donc,
le facteur de la régionalisation... Je vais dire un exemple, si on veut réussir
ici... puis une entreprise qui est ici va prendre des candidats et candidates
qui doivent parler français pour...
M. Derraji : Désolé, parce que c'est
la première fois que j'entends ça. Vous êtes en train de nous dire que des gens
qui appliquent, les entreprises vérifient le niveau du français, il n'est pas
bon, ou le... ou la personne n'est pas
assez... n'a pas assez les habiletés pour travailler, il réapplique deux ans
plus tard, et le niveau change... a changé?
Mme Suhett Rinco (Elisa) : Oui, on
voit que certains candidats, ils appliquent une première fois, dans le cadre
d'une mission de recrutement, ils n'ont pas un niveau de français suffisamment
bon et deux ans plus tard... On les
encourage, en fait, à entamer des études dans leur pays d'origine, de commencer
à apprendre le français et de revenir un peu plus tard, que ce soit en
contactant l'entreprise... Beaucoup d'entreprises laissent la porte ouverte pour
que les candidats, quelques mois après, leur écrivent directement pour
dire : J'ai étudié, j'ai atteint un niveau.
• (12 h 40) •
M. Derraji : Et c'est aux frais
des... du candidat, c'est le candidat qui suit ses cours pour être prêt à venir
au Québec?
Mme Suhett Rinco (Elisa) : Dans
un...
M.
Derraji : (Interruption) Wo! Wo! Wo! Heille! je vais arrêter Siri. Oh boy! Ça, c'est Siri, ce
n'est pas moi. C'est Siri qui a dit
que ce n'est pas gentil, hein? C'est Siri qui l'a dit, je ne cautionne pas ça.
C'est Siri, ce n'est pas moi.
M. Viel (Carl) : Mais on n'a pas beaucoup de candidats de la Syrie, donc...
M. Derraji : Mais, sérieux, je
trouve ça quand même très intéressant que vos entreprises encouragent les gens
à améliorer leur français chez eux avant de venir. Donc, pour les contribuables
québécois, c'est une démarche qui coûte zéro dollar en termes de francisation,
hein?
Mme Suhett Rinco (Elisa) : Pour la
francisation, quand la personne est dans son pays d'origine, vous dites?
M. Derraji : Oui, oui.
Mme Suhett Rinco (Elisa) : Donc, il
y a des frais que le candidat va assumer, mais il y a quand même des
remboursements qui sont possibles une fois que la personne obtient son CSQ.
Donc, il suffit de choisir un partenaire en
francisation qui est reconnu par le ministère de l'Immigration, et la personne
migrante, une fois sur le territoire, peut demander des remboursements.
M. Derraji : Excellent. Donc, au
niveau de la francisation, pour les entreprises de la Capitale-Nationale et
pour vous, ce n'est pas vraiment un enjeu majeur, mais plus... je l'ai lu,
c'est plus l'intégration. Vous voulez que le gouvernement fournisse un soutien,
un accompagnement pour les entreprises afin de vous aider dans le processus d'accueil, ça veut dire une fois ici sur place. Ce
n'est pas vraiment le besoin... Si aujourd'hui, vous voulez formuler une
demande urgente au gouvernement, c'est plus
mettre l'accent sur l'accueil, sur l'accompagnement que sur la francisation?
Mme Chouinard
(Marie-Josée) : En fait, c'est à géométrie
variable. On a parlé des PME, là, qui vivaient des enjeux qui pouvaient être particuliers. On voit aussi l'importance
de pouvoir avoir des équipes de mobilité internationale dans les
entreprises qui sont de plus en plus autonomes, qui connaissent aussi les
changements réglementaires, qu'il puisse aussi y avoir la capacité de connaître
les différents programmes d'immigration qui peuvent exister.
Au niveau de l'accueil, je vous dirais, j'ai
envie de dire que les entreprises sont très exigeantes quelquefois au niveau du
français, selon les postes. Quand c'est des postes très qualifiés, elles sont
exigeantes; quand c'est moins qualifié, dans la région de Québec, quelquefois,
on peut avoir des candidats qui ont une maîtrise du français qui est
intermédiaire.
Mais là où il
ne faut pas oublier, dans le spectre, l'importance de la francisation, c'est au
niveau des conjoints. Donc, on veut quand même garder ça comme priorité
gouvernementale, d'assurer la francisation des personnes... des
conjoints, parce que ça devient le défi rapidement pour la rétention des
travailleurs qu'on a attirés, c'est l'intégration en emploi des conjoints.
M. Derraji : Un dernier point. Vous
avez suivi le débat sur le temporaire versus le permanent. Dans la région de la Capitale-Nationale, Chaudière-Appalaches — j'ai rencontré les gens de Chaudière-Appalaches pour... juste pour votre
information — est-ce
que nous sommes en train de combler des besoins permanents avec du temporaire?
Est-ce qu'on n'est pas en train de mettre le
fardeau sur les entreprises? Au lieu d'avoir du permanent, on ouvre la porte au
temporaire.
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : Le fait de...
dans notre mémoire, de recommander que le Programme de l'expérience québécoise
revienne avec une exigence de travail d'un an, c'est exactement dans un but de
ne pas devoir renouveler les demandes de
permis de travail, pour enlever et alléger ce fardeau, je dirais, de procédures
administratives.
M. Derraji : On
s'entend qu'avec les deux scénarios sur la table vos entreprises et la région
vont continuer à vivre avec le temporaire et non pas du permanent.
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : On propose du...
que le PEQ soit continu au niveau de la régionalisation.
M. Derraji : C'est
une excellente proposition. On va veiller à ce que Mme la ministre essaie
de la mettre en application parce que les
besoins sont criants. Pas besoin de le dire, on le voit, la région souffre, que
ce soit Chaudière-Appalaches ou la Capitale-Nationale.
Merci pour votre
passage, très apprécié. Merci à vous trois.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci, M. le député. Alors, on va poursuivre,
mais là je viens de comprendre que, si jamais il y a une pénurie de
main-d'oeuvre comme présidente d'assemblée, on va prendre Siri. On va
poursuivre nos travaux, donc, et terminer cette dernière ronde d'échange avec
le député de Saint-Henri—Sainte-Anne
pour une période de 4 min 8 s. Le micro est à vous.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. D'abord, mémoire extrêmement solide,
je dois le dire, hein? Je ne veux pas faire
de compétition, là, entre les mémoires, mais l'ancien chargé de cours
d'université en droit de l'immigration en moi a été impressionné. Donc,
bravo, bravo.
Je me suis posé
plusieurs questions sur la régionalisation dans la préparation de cette
commission, bien évidemment. On s'est tous
posé ces questions-là, je pense, et sur les mesures tangibles qu'on peut
prendre, et j'en ai compté je ne sais pas combien dans votre mémoire,
des trucs superconcrets, tangibles, qu'on peut mettre en application.
Vous parlez d'adopter
un modèle comme le Canada atlantique. C'est effectivement... Vous êtes les
premiers à parler de ça, et c'est
effectivement une très bonne proposition. Vous parlez d'EIMT ouverte. Pourquoi
pas une EIMT ouverte seulement pour les régions, puis Montréal reste
l'EIMT fermée? Je veux dire, c'est une proposition. Vous parlez que toute la hausse se destine aux régions,
la hausse de l'immigration, je trouve ça très intéressant. Vous parlez au
retour du PEQ d'antan. Pourquoi pas, peut-être, que pour les régions? Je me
pose des questions. Vous parlez des points
supplémentaires dans la grille pour les gens établis ou par la grille
d'invitation en région. Vous parlez de rondes d'invitation spécifiques
pour les régions. Vous parlez d'une approbation rapide d'offres d'emploi
validées en région. Bref, vraiment plusieurs mesures régionalisantes. Donc,
bravo, ce sont toutes des choses hyperconcrètes qu'on pourrait mettre de
l'avant.
Nous, on a mis au jeu
ce qui s'appelle le PEQ régionalisation. Je ne sais pas si vous en avez entendu
parler. Je parle d'un PEQ ouvert pour tous,
donc toutes catégories d'emploi, là. On revient à l'ancien zéro, a, b, c, d de
la CNP. 12 mois pour hors Montréal, et on garde 24 mois à Montréal,
comme ça, il y a un avantage région. Ça prend deux fois moins de temps
pour se qualifier en région ou hors Montréal, en fait. Pas de frais de
traitement, donc les candidats, candidates seraient exemptés, pour une famille,
autour de 1 500 $ de frais d'exemption, et on les traite tout de
suite, en priorité,s au-dessus de la pile, avant toutes les demandes qui
viennent du grand centre de Montréal. Des genres de mesure structurantes comme
ça, est-ce que ça peut répondre à vos besoins?
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : En fait, vous
voyez clairement, à travers notre mémoire, que notre objectif numéro un, c'est
de régionaliser davantage l'immigration. Et on est un acteur de premier plan
pour aider le gouvernement à le faire, on a des actions concrètes en ce sens,
et le gouvernement peut compter sur nous pour favoriser l'attraction en région.
On a décidé d'en mettre plus que moins en se disant que plusieurs de ces
idées-là pourraient éventuellement être des
accroches. Alors, moi, ma conclusion, et notre conclusion, c'est que toute
mesure qui serait en faveur de la régionalisation, on va l'applaudir.
M.
Cliche-Rivard : Et ce n'est pas toujours... Vous ne le faites pas
nécessairement dans un objectif de gagner sur Montréal, par exemple, hein? Par
contre, il y a l'attractivité de Montréal. Il y a le... l'espèce de... de gens qui se destinent vers ça, qu'on veut essayer de décentraliser.
Moi, c'est quelque chose que je vous soumets : Est-ce qu'on ne doit pas,
donc, structurellement, créer des avantages région par rapport à Montréal, donc
assouplir des choses pour les
régions, mais ne pas les assouplir dans l'ensemble des programmes, donc,
admettons, de ne pas faire un PEQ travailleur simplifié pour tout le
Québec, mais de le permettre seulement hors Montréal?
Mme
Chouinard (Marie-Josée) : On est très
sensibles aux enjeux de rareté de main-d'oeuvre pour certains secteurs à Montréal.
On pense que la métropole doit être forte, elle doit bien se positionner à
travers le Québec, à travers le Canada et à
travers le monde. Là où on a mis l'emphase également, puis on le porte à
l'attention, c'est que les besoins de
main-d'oeuvre sont plus diversifiés en région. Alors, on demande une attention
particulière pour certains postes qui sont davantage difficiles à
recruter en région que ce ne pourrait l'être à Montréal.
M. Cliche-Rivard :
OK. Je vous laisse avec une dernière question parce qu'il reste
20 secondes. Si on avait dit... Si la proposition, ça avait été
70 000, mais que la plus-value va toute en région, qu'est-ce que vous
auriez dit?
M. Viel (Carl) : Bien, je vais commencer par répondre à ce que j'allais dire
avant, c'est qu'on a des secteurs dans la
région de Montréal, entre autres l'aéronautique, qui sont très présents dans la
région de la métropole. On a des entreprises qui font de
l'accompagnement autour de différents secteurs, la plasturgie des composantes,
qui sont en région, mais le secteur de
l'aérospatial, il est concentré sur Montréal. Il y a une stratégie
gouvernementale sur la batterie aussi qui va prendre place en région.
Donc, il faut être ouvert à voir comment on peut répondre à ces besoins-là qui
vont être spécifiques.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est terminé.
M. Viel (Carl) : Merci. Pardon.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Le temps est écoulé. Merci beaucoup pour l'apport à nos travaux.
C'est vraiment intéressant, enrichissant.
Alors, je vais toutefois suspendre les travaux,
cette fois, jusqu'à 14 heures. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 50)
(Reprise à 14 h 01)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend donc ses travaux.
Nous recevons donc Sherbrooke Innopole, avec
trois de ses représentants. Bienvenue à la Commission des relations avec les citoyens. Donc, vous allez bénéficier d'une période de
10 minutes non seulement pour vous présenter, mais, bien évidemment, pour présenter vos propos,
votre mémoire en résumé, j'imagine. Après ça, on va tout simplement poursuivre
avec une discussion avec les parlementaires. Alors, le 10 minutes commence
maintenant.
Sherbrooke Innopole
M. Durocher (Sylvain) : Merci, Mme
la Présidente. Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, bonjour. Mon nom est Sylvain Durocher, je suis le directeur
général de Sherbrooke Innopole. Aujourd'hui, je suis accompagné de...
par mes collègues Mme Myriam Gagnon-Couture, conseillère en attraction et
rétention des talents, ainsi que de Mme Anne-Marie Côté, chargée de projets en
rétention des étudiants diplômés.
Sherbrooke
Innopole est une des trois organisations de développement économique de la
ville de Sherbrooke. Nous
accompagnons et soutenons les quelque 700 entreprises industrielles et
manufacturières ainsi que technologiques qui sont localisées sur notre
territoire ainsi que les entreprises de la zone d'innovation, comme vous le
savez, qui sont sur le thème des
technologies quantiques et des applications technologiques. Nous mettons notre
expertise et nos réseaux au service des entreprises de nos cinq filières
clés pour les soutenir face à leurs défis stratégiques.
Vous n'êtes pas sans savoir que la disponibilité
de main-d'oeuvre est l'un de ces enjeux. Et d'ailleurs nos entreprises, nos
entrepreneurs nous le mentionnent de plus en plus, nous parlent des impacts
économiques négatifs qu'a la disponibilité de main-d'oeuvre, vous en avez entendu
parler au courant de la semaine et des semaines précédentes : pertes de
contrat, retards de livraison, les enjeux de productivité, etc. Et, comme
plusieurs organismes au Québec, nous nous
sommes penchés sur les solutions possibles face à cet enjeu, que ce soit
l'automatisation, la requalification des travailleurs, les travailleurs
expérimentés et l'immigration, mais force est de constater qu'il n'y a pas de
solution unique ou de solution miracle pour régler ce problème aux enjeux
complexes.
L'attraction et la rétention de main-d'oeuvre en
région est un défi. L'attraction, la rétention et l'intégration des
mains-d'oeuvre issues de l'immigration en région est un défi encore plus grand.
Pourtant, cette solution de la main-d'oeuvre issue de l'immigration est
probablement l'une des réponses à plus haut potentiel pour l'enjeu. Nous vous
remercions... Nous remercions tous les membres de la commission pour
l'invitation à venir vous présenter nos recommandations et discuter avec vous
sur ce sujet.
Je vais passer,
sans plus tarder, la parole à mes collègues pour qu'ils puissent vous présenter
nos recommandations, et nous serons disponibles, par la suite, pour
répondre à vos questions.
Myriam, je te passe la parole.
Mme
Gagnon-Couture (Myriam) : Merci, Sylvain. Au cours des dernières années, le
recours à l'immigration temporaire a fortement augmenté. Lorsque les
entreprises vont recruter à l'international, leurs principaux critères de
sélection sont vraiment les compétences de ces travailleurs-là, les compétences
au niveau de la tâche, au niveau du travail à accomplir.
Une des situations qu'on observe souvent, c'est
une entreprise qui est à court de ressources qualifiées dans un métier pour lequel il n'existe plus vraiment de
formation au Québec. Souvent, ce sont des compétences techniques très recherchées, très nichées, comme des
opérateurs de machines à coudre industrielles, des chaudronniers, des
bobineurs, des personnes qualifiées dans la
transformation de métaux particuliers. Les formations se font en entreprise,
souvent d'un mentor à un apprenti, mais ce ne sont pas des formations qui sont
couvertes par des diplômes spécifiques. Parce que
ces compétences-là sont très rares au Québec et que les entreprises perdent de
plus en plus leurs travailleurs qualifiés pour la retraite, ils se tournent vers l'international pour recruter des
travailleurs de niveau intermédiaire qui connaissent déjà ces métiers-là. Puisqu'il n'y a pas toujours
de formation associée, les travailleurs sont souvent dans des catégories
FEER 4 ou 5, ce qui rend le passage du statut temporaire à permanent
beaucoup plus difficile, malgré le grand
besoin de main-d'oeuvre qu'ils viennent combler et le fait que les besoins
soient de nature permanente et non temporaire.
À Sherbrooke, des entreprises vont recruter dans
plusieurs pays différents, parfois des pays francophones, parfois non, parce que ce sont les compétences
techniques qui sont au coeur du besoin. Le critère de français oral n'est
donc pas toujours une priorité. Par contre, les travailleurs qui sont recrutés
vont souvent être immergés dans un environnement de travail francophone où ils
sont capables de se débrouiller en français ou dans une autre langue. Plusieurs
vont suivre des cours de français pendant la durée de leurs permis de travail,
mais l'apprentissage s'ajoute à toute
adaptation à un nouvel emploi et à un nouveau pays. La durée d'un contrat de
travail n'est parfois pas suffisante à l'apprentissage d'un
niveau 7 en français oral, mais un niveau aussi élevé n'est pas toujours non
plus nécessaire à bien s'intégrer dans son milieu de travail.
En région, on est loin d'avoir la même réalité
linguistique que dans les métropoles, et la très grande majorité des milieux de
travail utilisent le français comme langue commune. On pense donc que le
critère de compétence de français pourra être réduit quand une demande de
résidence permanente est faite en région par un travailleur étranger temporaire
en s'appuyant sur le fait que l'immersion francophone va être plus grande et va
naturellement combler l'écart. Ça pourrait même être un facteur qui favorise
l'établissement durable des personnes immigrantes en région.
Le passage du statut de travailleur temporaire à
celui de résident permanent pourrait être facilité en ouvrant les critères de sélection
du PEQ aux métiers semi ou peu spécialisés et en abaissant le niveau de
français oral requis pour les demandes qui sont faites en région. La durée de
traitement devrait aussi être équivalente à ce qu'on retrouve dans les autres
provinces.
Il y a aussi des enjeux qui se présentent dans
le recrutement de talents hautement qualifiés. Sherbrooke a récemment été choisie pour établir le
développement d'une zone d'innovation dans le secteur quantique. À ce
niveau-là, on est en compétition mondiale pour les meilleurs talents. Si
nos critères de sélection en immigration permanente sont trop restrictifs, ça influence négativement l'attrait de ces
zones-là pour les talents mondiaux. Au niveau des hautes technologies, on se
prive de talents très en demande, si on doit se restreindre à recruter dans des
pays francophones ou francotropes. Pour miser sur nos forces, on croit
qu'il est important de faciliter l'immigration permanente des talents d'exception qui vont soutenir le développement des
zones d'innovation du Québec dans des secteurs porteurs d'avenir. Le critère de maîtrise du français ne devrait pas,
selon nous, être un frein à l'attraction des talents des zones d'innovation.
Un autre défi auquel on fait face, c'est l'installation
durable des travailleurs en région, peu importe leur niveau de qualification. Certains vont préférer faire leur demande de
résidence permanente dans une autre province ou aller vers les métropoles. La rétention des personnes immigrantes en région
pourrait vraiment être facilitée s'ils pouvaient s'y installer avec
leurs familles pendant leurs contrats de travail temporaires. Ça augmenterait
la probabilité qu'ils demeurent dans la région lors de l'obtention de la
résidence permanente. On pense qu'il serait juste de miser sur la venue des
familles ainsi que sur l'employabilité et la francisation des conjoints dans
les programmes d'immigration temporaire, particulièrement pour les demandes
faites en région.
Sur la question des niveaux d'immigration, les
personnes en statut temporaire qui sont recrutées par nos entreprises sont déjà
sur le territoire. Ils sont déjà en emploi, mais ils ne sont pas comptabilisés
présentement dans le calcul de la capacité d'accueil du Québec, alors que ce
sont des personnes qui occupent un logement, qui utilisent les services, qui
s'adaptent depuis plusieurs mois à la culture québécoise. On est d'avis qu'il
faudrait soit tenir compte du nombre de travailleurs étrangers temporaires dans
la capacité d'accueil et la revoir à la hausse, soit ne pas en tenir compte
dans la capacité d'accueil mais ne pas non plus les comptabiliser dans les
cibles d'immigration permanente, de la même façon qu'il est proposé de le faire
pour les étudiants internationaux dans le scénario 1 de l'orientation 12.
Sur ce, je laisse la parole à ma collègue Mme Côté.
Mme Côté (Anne-Marie) : Merci
beaucoup. Donc, Sherbrooke, c'est une ville étudiante en importance au Québec,
qui compte plus de 40 000 étudiants au niveau postsecondaire. Depuis 2017,
on multiplie les initiatives qui visent l'attraction et la rétention des
étudiants. Le fait d'avoir des étudiants de partout dans le monde est une des solutions privilégiées par les établissements
d'enseignement pour combler certaines cohortes de formations. En ce moment, les
institutions scolaires travaillent ensemble pour améliorer leurs pratiques en
matière d'intégration, d'attraction, d'accueil et de rétention des étudiants
internationaux. Ça démontre comment on souhaite bonifier l'expérience de ces
jeunes et aussi en attirer davantage.
À Sherbrooke,
on a la particularité, la force d'avoir une offre éducative bilingue du
primaire jusqu'à l'université, et ça nous permet d'attirer encore plus
d'étudiants internationaux, parce qu'on rejoint des étudiants francophones
mais aussi des étudiants non francophones qui viennent étudier dans des
formations porteuses et qui atténuent les enjeux de main-d'oeuvre qu'on connaît. Ces étudiants sont nombreux à vouloir
participer à nos activités de réseautage avec les entreprises. On sent bien
leur souhait de travailler, de rester au Québec et que leurs études
s'inscrivent dans un projet de vie.
On croit que les étudiants étrangers qui
fréquentent des établissements anglophones font, eux aussi, partie de la solution à la rareté de main-d'oeuvre. Quand
ils ne maîtrisent pas le français, nous sommes d'avis que nous pourrions
leur offrir un incitatif sous forme de
bourse de francisation afin qu'ils atteignent un niveau satisfaisant à leur
diplomation. Ces
établissements comptent également des étudiants bilingues qui maîtrisent très
bien le français, qui devraient avoir accès à la résidence permanente
sous les mêmes conditions que les étudiants des institutions scolaires
francophones. Vu l'importance du français
pour se trouver un travail et la motivation des jeunes à s'intégrer à la
communauté d'accueil, on est confiants qu'ils se franciseront
rapidement, s'ils ont besoin de le faire, évidemment.
• (14 h 10) •
Comme dans le cas des travailleurs étrangers
temporaires, on recommande aussi de baisser le critère de français lors de la
demande du CSQ, autant pour l'étudiant que pour la personne conjointe, lorsque
la demande est faite en région. L'objectif,
c'est de s'assurer que les gens pourront concrétiser plus rapidement leur projet
d'installation.
Et, toujours en lien avec l'admissibilité au
niveau du Programme de l'expérience québécois... québécoise, pardon, dans le volet des diplômés internationaux,
on pense que d'y ajouter le diplôme d'attestation d'études collégiales
comme condition du volet permettrait de retenir davantage de diplômés.
En tant qu'organisme de développement
économique, on collabore avec les collèges publics et privés pour arrimer les
formations aux compétences recherchées par nos entreprises, et les AEC sont des
formations qualifiantes qui répondent directement et rapidement aux besoins du
marché du travail. Les diplômés d'AEC doivent passer par le PRTQ, actuellement,
s'ils veulent rester au Québec. Le problème, c'est qu'ils doivent cumuler
24 mois en emploi avant de pouvoir déposer leur demande, et, s'il n'y a
pas de changement au PRTQ, ils seront peut-être défavorisés au niveau du pointage. En donnant l'occasion aux
détenteurs d'une AEC de bénéficier du PEQ dans le volet des diplômés
internationaux, ils pourraient passer du stage à un emploi et entreprendre des
démarches pour rester au Québec.
En terminant, on a la capacité de retenir
davantage de diplômés internationaux, et l'aide du gouvernement est essentielle pour faciliter leur processus
d'immigration afin de les inclure de façon durable à notre société. C'est
pourquoi nous recommandons...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci.
Mme Côté (Anne-Marie) : Oh! parfait.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Le temps est terminé, mais on va commencer une période d'échange. Alors, vous n'étiez pas loin de la fin
de votre présentation. Merci beaucoup pour cette présentation. Je me tourne du
côté de la banquette gouvernementale avec une période de
16 min 30 s, et le temps débute pour vous, Mme la ministre.
Mme Fréchette : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Alors, merci à vous trois pour cette prise de parole et cette
participation aux échanges entourant un thème de grand intérêt, de grande
importance pour le Québec et pour la région,
notamment, de Sherbrooke. Donc, un grand merci de prendre part et de partager
votre expérience et expertise.
Alors, dans un premier temps, bien, je voudrais
référer à une des affirmations que vous faites dans votre mémoire, où vous mentionnez qu'il faut
renforcer... au niveau du MIFI, là, qu'il faut renforcer les liens entre le
programme de régionalisation de
l'immigration et les acteurs locaux, notamment les organismes de développement
économique, les organismes de promotion territoriale, et organismes
d'accueil, et tout ça.
Alors, je voudrais simplement souligner que, de
notre côté, notre principal programme qui vise à favoriser la régionalisation
de l'immigration, c'est le PAC, le Programme d'appui aux collectivités, qui est
justement basé sur cette logique de
concertation régionale avec un ensemble d'acteurs, dont les municipalités,
également les MRC. Les OBNL, même, sont admissibles à ce programme-là,
et, en ce moment, en Estrie, bien, il n'y a pas moins de 19 ententes PAC qui ont été signées, donc, et ça totalise presque
4 millions de dollars, dont huit ententes avec la ville de Sherbrooke, là,
spécifiquement. Donc, on est déjà, je dirais, passablement actifs sur ce
volet-là.
Je me demandais si vous aviez, en fait, d'autres
recommandations, des suggestions d'actions, d'initiatives qui permettraient de
compléter notre effort en matière de régionalisation.
Mme Gagnon-Couture (Myriam) : Oui,
effectivement, le programme de régionalisation est hyperimportant pour la
région. C'est vraiment un superprogramme qui bénéficie vraiment des programmes
qui sont mis en place.
En fait, quand je dis qu'on pourrait améliorer
la collaboration au niveau des programmes de régionalisation d'immigration, il
y a deux points que je vois qui seraient principaux. Le premier, c'est vraiment
la visibilité de ces programmes-là, la
promotion de ces programmes-là. C'est assez rare qu'on parle à une entreprise
et qu'elle connaît les programmes de régionalisation, malgré tous les
efforts qui sont mis à en faire, là. Donc, vraiment, les efforts de promotion,
de visibilité, je pense que ça serait un point important.
L'autre point, ce serait au niveau de l'accueil
et de la relocalisation des personnes qui passent par ces programmes-là. Je sais que les personnes qui
s'occupent directement du programme de régionalisation de l'immigration
ne sont présentement pas financées pour assurer l'accueil et la relocalisation
des personnes qui sont déplacées, donc ils
doivent soit faire affaire avec d'autres partenaires ou diriger les personnes
soit vers... Bien, il y a Accompagnement Québec qui peut aider parfois,
mais ce morceau-là, parfois, manque un petit peu et est fait à géométrie
variable, malheureusement, alors que ça a vraiment une grosse incidence sur la
rétention des personnes en région lorsqu'elles arrivent.
Mme Fréchette : D'accord. Bien,
merci. En termes de... justement, d'attraction, qu'est-ce que vous diriez qui
sont des facteurs déterminants pour attirer les travailleurs étrangers en Estrie
ou à Sherbrooke, là? Quelles sont les cordes fortes, là, sur lesquelles vous
travaillez?
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : Effectivement, l'Estrie a plusieurs forts facteurs
d'attraction, puis je dirais que ce n'est pas là que le bât blesse au niveau de
l'attraction en Estrie. On a quand même des facteurs très forts de qualité de vie, des facteurs d'éducation, des
pôles éducatifs avec l'université, des grands pôles du savoir. On est assez
attractifs, en fait. On a eu des taux de migration interrégionale vraiment
intéressants dans les dernières années.
C'est surtout au niveau de la rétention, en
fait, qu'il y a beaucoup d'efforts à faire, de comment on accompagne les gens
qui décident de faire le mouvement vers l'Estrie. Là, je pense qu'il y aurait
une plus grande concertation à y avoir entre
les acteurs pour que ça ne se fasse pas à géométrie variable, dépendant de
quelle entreprise recrute quel type
de travailleurs, mais qu'il y ait vraiment une concertation au niveau de
comment on s'y prend pour l'accueil puis la relocalisation des gens.
C'est sûr qu'avec... On a toutes sortes d'enjeux
en Estrie qui sont présents partout au Québec, là, comme la recherche de
logement, le logement abordable pour les personnes, où
est-ce qu'on les place lorsqu'ils sont recrutés, mais je pense vraiment
qu'il y aurait des possibilités, là. Si on était un peu plus concertés dans la
région au niveau de l'accueil, de la
relocalisation, la rétention serait meilleure, puis on pourrait bénéficier
encore plus de notre grande force d'attraction, donc.
Mme Fréchette : Oui. La rétention,
c'est un défi qui nous concerne tous, c'est l'affaire de tous aussi. Bien, justement, je vais référer à un des exemples que
vous avez amenés durant votre présentation. Vous disiez que peut-être... que ce serait intéressant de réduire les exigences
en matière de français pour qui dépose une demande de résidence permanente, par exemple, en région. Donc, bon,
déjà, on a modulé, hein, nos exigences en français suivant le type de
profession dont il est question, mais là, vous, vous verriez qu'on puisse
réduire plus largement encore les exigences de
français. Mais, si on allait dans cette voie-là, comment est-ce qu'on pourrait
s'assurer que les gens restent en région une fois leur demande traitée?
Parce qu'il y a toujours la possibilité pour les gens de circuler, on ne peut
pas les... leur imposer de rester en région. Donc, comment vous verriez la
suite?
Mme Gagnon-Couture (Myriam) : Effectivement,
je pense que ça fait partie d'un tout. Pour privilégier la rétention en région, on a parlé d'accueillir les
familles, aussi, des travailleurs étrangers temporaires. Un établissement
durable... Un des facteurs les plus forts de
l'établissement durable, en fait, c'est le fait qu'une personne va arriver avec
sa famille, elle peut s'installer
avec sa famille pendant un contrat de travail temporaire, par exemple. Donc, si
on pouvait faciliter la venue des familles, ça jouerait en notre faveur.
Également, le fait qu'une personne pourrait
faire une demande via le Programme de l'expérience québécoise avec des critères
de français oral réduits en région, on pense que ça... C'est certain qu'après
que la personne ait sa résidence permanente, bon, on ne peut pas décider si
elle reste en Estrie ou pas, mais, si on met plusieurs incitatifs comme ça, comme le fait que la famille peut venir
s'installer plus facilement en région, comme le fait que le français est moins
élevé dans les critères en région, bien, on vient mettre toutes les chances de
notre côté de retenir la personne... travailleur et sa famille dans notre
région.
Mme Fréchette : Bon...
M. Durocher (Sylvain) : ...
Mme Fréchette : Oui.
M. Durocher (Sylvain) : Excusez-moi.
Mme Fréchette : Allez-y.
M.
Durocher (Sylvain) : Si je
peux me permettre, en complément, c'est certain qu'une fois qu'on commence à
avoir des gens qui sont retenus, on crée une communauté qui va nous faciliter,
par la suite, l'accueil des autres personnes. Donc, si on peut créer
cette dynamique-là ou l'intensifier, ça va nous aider énormément dans la
rétention.
Mme
Fréchette : Donc, vous croyez à l'effet de groupe, et
d'entraînement, et de rétention de la communauté, des réseaux?
M. Durocher (Sylvain) : Ah!
absolument. Pour avoir voyagé en Europe, on voit des fois des regroupements de
Québécois, ou de Gaspésiens, ailleurs en province. Donc, oui, cet effet de
groupe là est extrêmement important.
Mme Fréchette : Tout à fait. Donc,
ça a son effet, mais, bon, il va falloir s'assurer aussi d'avoir des mesures
qui donnent des pleins effets.
Donc, vous recommandez de diminuer, globalement
parlant, là, les exigences de connaissance du français. Bien, de notre côté, on est d'avis que la connaissance du français,
c'est un vecteur d'intégration, et de rétention, même, parce qu'on voit beaucoup d'écart, là, un écart de
30 points, même, entre le taux de rétention de ceux qui maîtrisent le français en comparaison de ceux qui ne connaissent
que l'anglais, donc un écart très, très important : 46 % versus
76 %.
Alors,
comment est-ce que vous verriez, si on réduit les exigences en matière de
connaissance du français, qu'on puisse retenir tout de même les gens? Puis quel
rôle vous vous voyez pouvoir assumer en ce sens-là et... Voilà.
Mme
Gagnon-Couture (Myriam) : Effectivement...
Mme Côté
(Anne-Marie) : Si je peux me permettre...
Mme Gagnon-Couture (Myriam) : Je
vais juste commencer, je te passerai la parole après. Avec le Programme de
l'expérience québécoise, on pense...
Présentement, c'est un niveau 7 qui est requis, de français oral. On pense
que, si on passe à un niveau 5, ce n'est quand même pas de mettre
les personnes dans l'embarras dans leur milieu de travail. C'est quand même un
niveau qui permet de bien s'exprimer en milieu de travail.
On pense aussi...
Bien, en fait, en région, l'immersion francophone est beaucoup plus forte que
dans la métropole. Donc, ce qu'on pense,
c'est que l'écart va être comblé un peu naturellement par l'entourage de la
personne, par le fait qu'il y a plus
de personnes diversifiées qui vont parler différentes langues, et l'immersion
francophone va être aussi plus forte.
Je vais passer la
parole à Anne-Marie.
• (14 h 20) •
Mme Côté
(Anne-Marie) : Merci, Myriam. Oui, c'est ça, dans le fond, pour...
dans le cas des étudiants internationaux, je pense, par exemple, aux étudiants
internationaux qui fréquentent l'Université Bishop's, bon, j'en ai rencontré
quand même quelques-uns, là, depuis 2017, puis on sent vraiment qu'il y a un
intérêt à se franciser, à comprendre le français, à l'apprendre, à le maîtriser
pour faire partie de la société d'accueil, un peu comme je le disais tantôt,
durant la présentation.
L'intérêt, en fait,
ce serait de vraiment... que les étudiants apprennent le français tout au long
de leur parcours de formation. Puis on pense qu'à travers une bourse ce serait
comme un incitatif, là, vraiment, pour apprendre le français. Puis ça pourrait
aussi leur permettre d'avoir moins de pression à devoir travailler pendant
leurs études. Ça, c'est un avantage, là, quand il faut, en plus, apprendre une
autre langue à travers une intégration dans un nouveau milieu de vie, dans un
nouveau programme, dans un nouvel établissement d'enseignement.
Mme
Fréchette : Merci. Les entreprises que vous accompagnez dans le
contexte actuel, c'est sûr, recourent beaucoup à l'immigration. Qu'est-ce que
vous voyez aussi comme réaction par rapport à la rareté de main-d'oeuvre, par
rapport à d'autres mesures de solution, par exemple, à l'investissement dans le
rehaussement de la productivité, dans les nouvelles technologies? Est-ce que
vos entreprises, soit à Sherbrooke ou en Estrie, plus largement parlant, réagissent aussi avec cette volonté d'accroître
leurs investissements en augmentation... investissements en technologie
ou en augmentation de la productivité?
M. Durocher (Sylvain) : Oui. Effectivement, si on
regarde les chiffres de l'Institut de
la statistique du Québec sur les
investissements en équipements, c'est tout le temps en croissance, c'est tout
le temps important. Donc, nous, ça fait partie des éléments qu'on...
dont on fait la promotion auprès des entreprises, d'aller vers de la
technologie. C'est certain que la technologie a ses propres limites par rapport
à un travailleur, mais ça fait partie du... de l'ensemble des outils dont on
fait la promotion pour aider les entreprises à alléger le problème de
main-d'oeuvre.
Mme
Fréchette : Donc, vous voyez un rehaussement significatif?
M. Durocher
(Sylvain) : Oui. Nous, on le voit dans les investissements qui ont
lieu, donc c'est... Il y a une augmentation annuelle, je ne pourrais pas vous
citer le pourcentage, mais oui, il y a cette... C'est une nécessité, en
réalité. Moi, je le vois dans les entreprises de transformation métallique que
je visite, c'est des nouveaux robots, des nouveaux
équipements d'automatisation qui apparaissent, parce qu'ils n'ont pas le choix.
Pour maintenir leur productivité, c'est souvent la seule option disponible
pour pouvoir le faire.
Mme
Fréchette : Merci. Mme la Présidente, je vais céder le droit de
parole.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup, Mme la ministre. Alors, je me tourne du côté de la députée de
Vimont, et il vous reste 5 min 20 s.
Mme
Schmaltz : Parfait. Merci, Mme la Présidente. Merci. Bonjour à vous
trois. Merci d'être là.
D'entrée de jeu, vous
avez... vous nous avez partagé vos inquiétudes. Je vais prendre un petit peu
les propos de la... de Mme la ministre concernant la pénurie de main-d'oeuvre,
la rétention des employés... des travailleurs, excusez-moi, pas des employés,
des travailleurs. Ça va mal, si on est rendus là. J'aurais aimé vous entendre
sur les... qu'est-ce qui pourrait être fait
encore davantage pour, justement, faciliter la transition des travailleurs vers
la résidence permanente.
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : C'est certain que des passages accélérés comme le Programme
de l'expérience québécoise, c'est une des plus belles voies pour faciliter le
passage, vraiment, du statut de temporaire à permanent.
Avec les dernières années, les délais pour les travailleurs pour obtenir la
résidence permanente via le PEQ se sont allongés. On est à 24 mois
présentement, et il y a certaines catégories d'emplois aussi qui n'ont pas
accès à ce programme-là, alors que ce sont des personnes qui sont sur le
territoire, qui ont un emploi, qui sont intégrées dans la communauté sherbrookoise. On aimerait vraiment
qu'il y ait plus de travailleurs de catégories, peut-être, FEER 3,
FEER 4, FEER 5, pour qu'ils
puissent passer par le Programme de
l'expérience québécoise pour accéder
à la résidence permanente.
On pense aussi que tous les efforts
qu'on peut mettre en accueil au niveau de la relocalisation des travailleurs, au niveau de la création de réseaux, aussi, pour
les personnes, donc de les faire rencontrer d'autres personnes immigrantes, de célébrer l'arrivée des gens dans
la ville ou dans la région, tout ce qui peut aider à créer un réseau est bon.
Et l'installation
familiale aussi a un grand rôle à jouer, là, sur la rétention des travailleurs
et le passage de la résidence... du statut temporaire à la résidence
permanente.
Mme
Schmaltz : Vous mentionnez quelque chose d'intéressant, vous parlez de
concertation des acteurs du milieu, donc une
solution, peut-être, pour contribuer à les garder, hein, notamment, les
immigrants. Quand vous parlez de concertation du milieu, qui vous voyez
dans cette concertation?
Mme Gagnon-Couture (Myriam) : Je
vois des organismes d'employabilité, des organismes de relocalisation
aussi — on
a des OBNL en Estrie qui font de l'accueil et de la relocalisation — et définitivement
les sociétés de développement économique aussi.
Dans chacune des MRC
de l'Estrie, il y a des services de développement économique qui sont parfois
reliés à la MRC, qui sont parfois un peu plus, comme Sherbrooke Innopole, en
paramunicipal. C'est difficile parfois de concerter nos actions parce qu'on
n'agit pas toujours tous au même niveau ou on agit sur des priorités qui sont différentes. Donc, si on était capables de se
parler un peu plus, de se concerter, d'utiliser, peut-être, des PAC, par exemple,
de façon conjointe, je pense qu'on serait capables d'avoir un plus grand impact
sur nos milieux.
Mme
Schmaltz : ...que vous pourriez faire?
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : Définitivement.
Mme
Schmaltz : Vous avez, j'imagine, déjà sondé un peu vos membres
là-dessus.
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : Sur des possibilités de collaboration?
Mme
Schmaltz : Oui.
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : C'est sûr que, pour les entreprises, plus il y a d'acteurs
qui travaillent ensemble puis plus l'impact est grand, mieux c'est pour elles.
Donc, c'est sûr que, si on peut mieux utiliser les programmes et l'argent qui est investi dans les priorités des
entreprises, comme, par exemple, la rétention, la relocalisation des
travailleurs, la création de réseaux, ça pourrait faire une belle différence.
Mme
Schmaltz : Tantôt, vous avez mentionné que Sherbrooke, c'est un peu le
berceau, là, des étudiants, la ville. Au niveau des... Bon, au niveau des
logements — on
parle de pénurie de main-d'oeuvre, mais on peut parler aussi de la pénurie des
logements, hein, qui est une réalité — comment vous envisagez cet
aspect-là dans la... si vous voulez garder, justement, l'immigration chez vous?
Mme Gagnon-Couture (Myriam) : C'est
certain que la rareté de logements, c'est un enjeu, je pense, panquébécois.
Je sais que la ville travaille de concert à créer des endroits où il pourrait y
avoir du logement abordable, à faire
de la densification également au niveau du centre-ville, au niveau de la colline
universitaire, dans les endroits qui sont les plus fréquentés. Donc, il y a
beaucoup d'énergie qui est mise sur ça afin que les nouveaux arrivants dans la
région... Tu sais, on le sait, on est une région qui est très attractive. Si on
veut pouvoir continuer à bénéficier de cette attraction-là, il faut que les
gens aient des endroits pour s'installer, puis c'est une priorité de la ville
et du développement économique en ce moment.
Mme
Schmaltz : J'imagine, vous avez des beaux exemples d'entreprises qui
ont réussi.
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : À trouver des logements, relocaliser des travailleurs?
Mme
Schmaltz : Oui... Bien oui, je veux dire, à accueillir puis à
intégrer.
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : Oui.
Mme
Schmaltz : Il y en a... En fait, je pense qu'il y en a un peu partout,
mais c'est toujours intéressant de les entendre, parce que ça peut être porteur
de, peut-être, solutions aussi pour d'autres entreprises.
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : Effectivement, on voit des entreprises qui vont offrir des
logements de façon temporaire au début, quand les personnes arrivent, qui vont
payer des loyers pendant un certain temps pour s'assurer que les gens aient le
temps de trouver un logement plus permanent. Vraiment, les entreprises, ils
rivalisent de créativité, là, à titre de loger des personnes, bien les
accueillir. On a vu des gens accueillir des gens chez eux, lorsqu'il manquait
de logement, de façon temporaire, mais...
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Je dois vous arrêter. La
période d'échange avec la banquette gouvernementale
se termine ainsi. On va poursuivre, cette fois-ci, avec l'opposition officielle
et la députée de Chomedey pour une période de
12 min 23 s. Le micro est à vous.
Mme Lakhoyan
Olivier : Merci, Mme la Présidente. Bonjour. Merci d'être là. C'est
vraiment intéressant. Ça fait deux semaines, on écoute tous les groupes, et
puis c'est très alarmant, le vieillissement de la population, et le manque de
main-d'oeuvre, et les changements qui ont été apportés dans le passé sur le Programme
de l'expérience québécoise, le PEQ, qu'on nomme, pour les gens qui nous
écoutent, pour comprendre qu'est-ce que c'est.
Est-ce que vous
avez... Qu'est-ce que vous pouvez nous dire concernant le changement qui avait
été apporté sur les règles de PEQ? Comment ça a affecté votre région?
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : J'ai l'impression qu'un des impacts principaux qui qui a
été créé à la suite du... des changements du
PEQ... qui a allongé un peu, en fait, l'expérience que les gens devaient avoir
au Québec, l'expérience de travail qu'ils devaient avoir avant de
pouvoir accéder à la résidence permanente par le PEQ, ça fait qu'on va peut-être perdre certaines personnes qui
vont aller vers d'autres provinces pour faire leur demande de résidence permanente via l'entrée express, par exemple, ou
via des programmes qui sont plus avantageux et plus rapides pour eux, là.
Mme Lakhoyan Olivier : Est-ce que le PEQ, en ce
moment... est-ce que ça répond mieux aux besoins? Est-ce que c'est
assez? Pouvez-vous élaborer là-dessus?
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : Ça répond moins rapidement, en fait. Il y a des délais qui
ont été... qui ont été allongés. Donc, étant donné que l'expérience de travail
requise est plus longue, on parle de 24 mois au lieu... Avant, c'était
12 mois d'expérience de travail, lorsque la personne parlait français,
pour qu'elle puisse accéder à la résidence permanente via le PEQ. Maintenant,
on a doublé les délais, donc c'est certain que ça laisse les personnes sous un
statut temporaire un peu plus longtemps. C'est des situations où les gens sont
un peu plus vulnérables, où ils ont un permis de travail fermé, ils peuvent
travailler pour un seul employeur. Donc, c'est sûr que, s'ils peuvent accéder à
la résidence permanente par une autre porte qui est plus rapide, bien, c'est
possible qu'on perde des gens, au Québec, qui vont faire une demande de
résidence permanente ailleurs, si c'est plus rapide.
• (14 h 30) •
Mme Lakhoyan
Olivier : Quelle est votre position sur les permis fermés?
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : Par rapport à des permis de travail ouverts? Je sais qu'il
y a certaines instances qui ont parlé d'avoir des permis de travail ouverts
pour les travailleurs étrangers temporaires, là. Est-ce que c'est un peu...
Mme Lakhoyan
Olivier : Oui,exact.
Mme Gagnon-Couture (Myriam) : En
fait, c'est sûr que c'est une idée qui est alléchante, pour les travailleurs
étrangers temporaires, d'avoir un permis de travail ouvert. Par contre, on
pense que... Bien, pour les employeurs, en fait, c'est certain que ça ne serait
pas quelque chose de bienvenu parce que les entreprises mettent énormément
d'efforts, de temps, d'argent dans le recrutement de travailleurs étrangers
temporaires. Un des incitatifs à aller chercher
des travailleurs étrangers temporaires, c'est le fait que cette personne-là,
lorsqu'elle arrive, a un permis de travail fermé pour la durée de son
permis qui est environ de deux ans, habituellement. Donc, l'entreprise s'assure
que lorsqu'elle va recruter une personne à l'étranger avec les bonnes
compétences, exactement ce qu'elle a besoin pour combler ses besoins de main-d'oeuvre, bien, au moins, elle s'assure
d'avoir une personne qui est stable dans l'entreprise pour deux ans,
pour la durée du permis de travail fermé.
Donc, pour les
entreprises qui vont recruter à l'international, le fait que des travailleurs
aient des permis de travail ouverts au
niveau temporaire, ça serait très difficile à accepter, d'après moi. Puis,
comme on parle d'une période de deux ans, il faut se demander un peu
aussi à quel point les travailleurs ont besoin de mobilité pendant le temps de
ce permis-là. C'est également
au niveau du permis de travail... oui, au niveau du permis de travail fermé,
c'est clair, pour les entreprises, ça serait très difficile à accepter.
M. Durocher (Sylvain) : Oui. Puis d'ailleurs, si
je peux me permettre, c'est... quand je fais mes visites industrielles, c'est
une des choses que j'entends, cette crainte-là qu'un employé puisse partir,
parce que les entreprises investissent beaucoup de temps et d'argent
pour pouvoir y arriver. Donc, c'est une solution à un problème important pour eux, donc, pour ces entreprises-là. Donc,
elles espèrent bien pouvoir bénéficier des gens qu'ils sont allés recruter
à l'international.
Mme Gagnon-Couture (Myriam) : Il
existe également un permis de travail ouvert pour travailleurs vulnérables.
Donc, ce n'est pas non plus comme si les travailleurs qui étaient dans une
situation où ils pouvaient vivre, par exemple, de la violence ou qui
étaient... de la négligence en emploi, ce n'est pas comme s'il n'y avait pas
non plus une porte de sortie vers laquelle se tourner, là. Donc, on prend quand
même bien en charge les travailleurs qui ont besoin d'un permis de travail
ouvert en ce moment, là.
Mme Lakhoyan
Olivier : Est-ce que les... Est-ce que vous trouvez que vous avez la
flexibilité de la part de MIFI, lorsqu'il y a besoin pour apporter ces
changements-là, qu'on en parle? Est-ce que ça se fait rapidement? Est-ce qu'on
est capables de le faire ou la personne doit retourner chez lui?
Mme Gagnon-Couture (Myriam) : Je
n'ai pas personnellement vu beaucoup de situations comme ça, où un travailleur
devait aller faire une demande de permis de travail ouvert pour travailleurs
vulnérables. Je sais qu'il y a quand même une grande discrétion qui est laissée
à l'agent qui reçoit la demande de décider si la personne se le voit attribuer
ou non. Je crois que c'est assez rapide aussi dans des cas où le jugement est
assez facile à porter, là.
Mme Lakhoyan Olivier : Vous avez
parlé de... le niveau de français, les prérequis. Vous avez parlé, certaines fois, que c'était élevé de réduire et,
certaines fois, vous avez mentionné aussi que vous avez amené des travailleurs
allophones ou un peu d'anglais, mais qu'ils apprennent ici.
Ma question c'est : C'est quoi, votre
demande, exactement, à la ministre? C'est d'enlever complètement? Parce que
c'est vraiment important... Le Québec est la seule province en Amérique qui est
francophone. Donc, pour nous, c'est
important que les personnes qui viennent ici parlent français. Donc, enlever ce
prérequis, est-ce que c'est ça que vous demandez, qu'on enlève ça et
pour quel cas?
Mme
Gagnon-Couture (Myriam) : On ne demande pas d'enlever les critères de
français. On propose simplement d'abaisser les critères de français
lorsque les demandes pour le Programme de l'expérience québécoise sont faites
en région, en dehors de la grande région métropolitaine de Montréal.
M. Durocher (Sylvain) : Donc, comme
on le disait à la présentation... puis je le souligne, ce n'est pas notre intention de demander de ne pas tenir compte de ce
critère-là. Par contre, en région, les entreprises sont très francophones,
et c'est un vecteur d'apprentissage extrêmement important pour les travailleurs
qui arrivent ici. Donc, c'est... l'idée derrière
tout ça, c'est que, dans le milieu de travail francophone, dans une... dans les
villes qui sont aussi beaucoup plus francophones que la métropole, en
général, ça devient des vecteurs d'intégration puis des vecteurs
d'apprentissage qui sont extrêmement importants.
Mme
Lakhoyan Olivier : Je comprends. Moi, étant immigrante, je l'ai déjà
dit la semaine dernière, lorsqu'on est venus, on ne parlait pas le français, ni
ma mère ni mon père. Ma mère a pris des cours de français, mon père
devait travailler. Donc, je comprends qu'une
fois ici les immigrants veulent apprendre la langue de la province. Je
comprends ça.
Donc, vous
trouvez que, en d'autres mots, c'est trop élevé, il faudra réduire, pour le
pointage, là, réduire le niveau de français afin que ces travailleurs
arrivent et... enrichir notre province. C'est bien ça?
Mme Côté (Anne-Marie) : Exactement.
Je pense qu'on le voit d'une façon... peut-être en gestion des priorités. Je pense qu'on a vraiment comme idéal,
là, d'amener les personnes immigrantes, finalement, à apprendre le français avec
des incitatifs plutôt que de les obliger ou de les contraindre à avoir un
niveau, tu sais, qui répond tout de suite, là. Donc, on veut vraiment avoir une
culture plutôt où est-ce qu'on encourage le français plutôt qu'on oblige, là,
finalement, on contraint les gens à parler français, là.
Mme Lakhoyan Olivier : Vous voulez
nourrir...
Mme Côté (Anne-Marie) : Puis avec...
Mme Lakhoyan Olivier : Oui,
continuez, s'il vous plaît.
Mme Côté
(Anne-Marie) : On veut nourrir à la culture. Puis aussi, avec...
Tu sais, à Sherbrooke, on a cinq organismes qui offrent des cours de
francisation. On a aussi des collèges, des universités, on a la formation
générale en secondaire, tu sais, on en a plein d'institutions d'enseignement
qui offrent des cours de français aussi, donc
c'est possible de franciser tout le monde. Puis là, en plus, il y a Francisation Québec qui va être lancée prochainement, là, donc on pense que,
réellement, c'est faisable d'encourager l'apprentissage du français.
Mme Lakhoyan Olivier : Parlant des
étudiants, vous avez mentionné que les étudiants qui arrivent ici, que ce soit
dans les écoles anglophones ou francophones, si j'ai bien compris, c'est de les
traiter de la même manière, équitablement. Est-ce que c'est ça que j'ai
compris? Pouvez-vous élaborer là-dessus?
Mme Côté (Anne-Marie) : Bien, en
fait, ce qu'on disait, c'est que les étudiants anglophones ont besoin d'apprendre le français. Dans le cas des étudiants
francophones, c'est que... Par exemple, à l'université... On a deux universités,
nous, sur notre territoire, on est très chanceux, on a l'Université de
Sherbrooke qui est francophone, mais on a aussi l'Université Bishop's qui est
anglophone. Au niveau de cette université-là, bien, il y a plein d'étudiants
français, par exemple, qui étudient à Bishop's, et donc eux doivent quand même
prouver qu'ils parlent le français, même s'ils sont francophones de base, parce
qu'ils fréquentent un établissement anglophone. Donc, c'est un peu ça qu'on
disait, là.
C'est bien évident que, nous aussi, on veut que
les gens parlent français et on pense que... Ce qu'on voulait, c'est surtout
encourager les étudiants non francophones, on va dire, parce que, souvent,
l'anglais est aussi une deuxième
langue. On veut surtout les encourager. Donc, on parlait d'une bourse émise par
le gouvernement, qui pourrait justement faciliter l'apprentissage du
français tout au long de la formation. Est-ce que c'était ça, votre question?
Mme Lakhoyan
Olivier : Oui, c'est ça.
Mme Côté
(Anne-Marie) : Ça répond bien?
Mme Lakhoyan Olivier : Effectivement, oui. Donc,
il faudra alléger ce côté-là aussi, surtout les francophones qui arrivent. Pas besoin de passer un examen ou un
prérequis, c'est leur langue maternelle, disons, ou ils sont francophones. Je
comprends ça.
Avez-vous
des points que vous aimeriez ajouter? Y a-tu des points que vous dites :
Il faudra que j'ajoute ce point-là? Qu'est-ce que ça serait?
Mme Côté
(Anne-Marie) : Myriam?
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : Je pense... Bien, en fait, je pense...
Mme Lakhoyan
Olivier : Bien, savez-vous quoi? Peut-être, quel point vous aimeriez
qu'on se rappelle?
• (14 h 40) •
Mme Gagnon-Couture (Myriam) : OK.
Je pense qu'il y a beaucoup de choses qu'on peut faire pour optimiser la
rétention des personnes immigrantes dans nos régions. On en a vraiment besoin.
En ce moment, Services Québec a établi
des cibles pour différentes tranches de la population qui devraient combler les
postes vacants dans les prochaines années. Au niveau des personnes immigrantes,
Services Québec dit que ça devrait être 22 % des postes à
combler dans les prochaines années qui devraient être comblés par des
personnes immigrantes.
À Sherbrooke, on est
à un ratio de 13 % en ce moment. Donc, on a vraiment une belle
possibilité, ici, d'aller attirer davantage et de retenir davantage de
personnes immigrantes dans la région pour combler nos postes vacants. Ça fait
partie de la solution à la pénurie de main-d'oeuvre, à travers d'autres
solutions, comme la productivité des entreprises, comme le travail des
personnes expérimentées, comme le travail des plus jeunes. Mais je pense qu'on
a vraiment un manque à aller gagner ici à
avoir plus de personnes immigrantes qui viennent combler nos postes de travail.
À Montréal, en ce moment, ce ratio-là approche les 50 %. Donc, il est
au-dessus des cibles de Services Québec. La régionalisation est très
importante, puis tout ce qui peut servir d'incitatif à attirer la main-d'oeuvre
immigrante en région aussi peut avoir un grand impact.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup.
Une voix : Oui,
je pense...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci.
Le temps... Cette portion... Cette autre portion du temps est terminée, mais il nous en reste une dernière
avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour une période de 4 min 8 s. M. le député, le temps
est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci
pour votre belle présentation. Je vais parler de votre recommandation 3
sur faciliter la venue des familles. Ce que je comprends, donc, c'est qu'encore
à ce jour les travailleurs étrangers temporaires avec une EIMT à bas salaire
n'ont pas le droit de faire venir leur famille. Donc, en gros, ceux qui ne
gagnent pas assez n'ont pas le privilège de faire venir leur famille au Québec,
au Canada, essentiellement. Comment on peut tolérer ça, en 2023, que le droit
de voir ta famille est conditionnel à ton salaire?
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : Oui. En fait, la raison qui explique cette décision-là,
c'est le fait qu'une personne à bas salaire va... aurait plus de difficulté à
subvenir aux besoins de sa famille si son conjoint ou sa conjointe ne
travaillait pas, par exemple. Par contre, avec les besoins de main-d'oeuvre
qu'on vit en ce moment, on est vraiment
d'avis qu'un travailleur étranger temporaire à haut ou à bas salaire pourrait
bénéficier d'avoir son conjoint ou sa conjointe, qui pourrait vivre son projet
d'immigration avec lui ou elle et avoir un permis de travail ouvert.
M.
Cliche-Rivard : Évidemment, comme...
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : C'est certain que... pardon.
M. Cliche-Rivard :
Évidemment, comme vous le dites, la conjointe ou l'autre personne peut
avoir un permis de travail ouvert et donc contribuer d'autant plus,
économiquement. Après, au Québec, pour nos citoyens, on ne se pose pas de
questions à savoir si, avec un bas salaire ou un haut salaire, tu as des droits
différents, là. On ne majore pas les droits des citoyens en vertu de leur
salaire horaire. Donc, je pense que c'est une revendication forte que le
gouvernement du Québec devrait faire au fédéral, parce qu'en 2023 c'est tout à
fait inacceptable que quelqu'un ait le droit ou non de voir sa famille parce
qu'il gagne 15 $ au lieu de 40 $ ou 50 $.
Tout
à l'heure, vous avez parlé... Bon, j'entends votre position sur le permis de
travail ouvert. Je me pose la question : Est-ce que vous avez une position
différente sur l'EIMT ouverte, donc l'EIMT non nominative? Est-ce que, là, il
n'y a pas des ouvertures ou bien aux permis de travail ouverts par région ou
aux permis de travail ouverts sectoriels? Bref, est-ce que vous avez des marges
de manoeuvre d'ouverture, de votre côté, sur la question du permis de travail
fermé?
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : Sur la question des permis de travail ouverts sectoriels ou
ouverts par région, je suis d'avis que ça va être très difficile, encore une
fois, à faire accepter par les entreprises parce qu'eux veulent s'assurer
d'avoir la main-d'oeuvre qu'ils ont recrutée pour une période donnée, là, qui
est habituellement une période de deux ans. Au niveau de l'EIMT non nominative,
ce serait quelque chose à explorer, je pense, mais on n'a pas creusé davantage
la question.
M. Cliche-Rivard :
Parce qu'on est la seule province à ne pas avoir l'EIMT non nominative. Les
autres provinces ont toutes des EIMT ouvertes. À ce que je sache, là, vous me
corrigerez si je me trompe, mais, le Québec, on est pris avec une EIMT fermée
avec le nom du travailleur. Donc, c'est un point qu'on doit se poser.
Si on assouplissait
aussi, donc, le fardeau des entreprises dans les démarches d'EIMT... Bon, c'est
1 000 $ par personne au moins pour l'EIMT, les frais de CAQ, les
frais de permis de travail et les frais de conformité. Si on assouplissait
aussi les exigences de publicité, là, de l'offre d'emploi, donc sur les
différents sites, est-ce que, là, on ne viendrait pas peut-être amoindrir la
réticence de l'entreprise à permettre ou à accepter le permis de travail
ouvert? Ce que je comprends, en gros, c'est qu'après avoir investi une dizaine
de mille, mettons, peut-être 12 000 $, 13 000 $, la
compagnie ou l'entreprise ne veut pas perdre son travailleur, mais, si on
parlait de démarches qui étaient plutôt autour de 1 000 $,
2 000 $, peut-être que, là, il y aurait une ouverture. Est-ce que je
vous comprends bien?
Mme Gagnon-Couture
(Myriam) : Effectivement, ça pourrait faire une grande différence, si
c'était un tout compris. Vraiment, si les
démarches étaient plus faciles pour les entreprises, c'est clair que la
réaction serait différente, là. C'est vraiment un parcours du
combattant, en ce moment, là, d'aller recruter à l'international. Les
entreprises ne font pas ça de gaieté de
coeur, pour le plaisir, c'est vraiment par nécessité. Donc, effectivement, si
les délais, les coûts pouvaient être
facilités, si les EIMT pouvaient être ouvertes à plusieurs... non nominatives,
là, pas pour un seul travailleur, ça ferait une énorme différence.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. Alors, la présentation est terminée. Le temps imparti à cette
présentation tire à sa... est terminé, en réalité. Alors, merci beaucoup à vous
trois pour l'apport à nos travaux.
Et je suspends la
commission pour quelques instants.
(Suspension de la séance à
14 h 46)
(Reprise à 14 h 51)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
des relations avec les citoyens reprend ses travaux. Nous recevons, donc, pour
l'heure, Montréal International. Nous avons... J'ai devant moi trois de
ses représentants. Bienvenue à la commission. Alors, vous allez bénéficier
d'une période de 10 minutes pour faire votre présentation, évidemment, si vous
voulez également vous présenter, en commençant, pour le bénéfice de tous les
parlementaires, et on va suivre ensuite avec une période de questions avec les
parlementaires. La parole est à vous.
Montréal International (MI)
M. Paquet
(Stéphane) : Super. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Mme la ministre
de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, M. le sous-ministre
aussi, Mmes et MM. membres de la commission, bonjour à tous. Je suis Stéphane Paquet. Je suis président-directeur général de Montréal International, l'agence de promotion économique du Grand Montréal. Je vous
remercie de m'accueillir aujourd'hui en compagnie de Joëlle
Chatel-DeRepentigny, qui est
économiste et qui est aussi stratège en chef chez nous. Je suis aussi
accompagné de Christian Bernard, un autre économiste, qui, lui, est vice-président, responsable notamment de l'attraction
de talents internationaux pour les entreprises du Grand Montréal. On devait avoir une quatrième collègue, Rima El Helou. Vous l'avez
peut-être vue dans vos documents. Malheureusement, elle a testé positive
à la COVID, donc elle est chez elle aujourd'hui. On a pensé que c'était mieux
comme ça.
Donc,
Montréal International a été fondé il y a 27 ans pour faire
rayonner le Grand Montréal à l'international. Au fil des ans, nos
mandats ont évolué, de l'attraction et la rétention d'organisations
internationales à l'attraction et la rétention d'investissements directs
étrangers. Et, plus récemment, on a migré aussi vers les talents internationaux
grâce à une entente avec le MIFI.
L'immigration fait partie des enjeux qui touchent tant les filiales
d'entreprises étrangères que les organisations internationales que nous
accompagnons. Et, bien sûr, c'est aussi un enjeu majeur pour les talents internationaux que nous aidons à recruter
au sein d'organisations locales, tant dans le secteur privé que public,
parce que, oui, on s'occupe aussi du recrutement pour certaines organisations
du secteur public. Je pense notamment aux centres de services scolaires et
aussi à des infirmières que nous recrutons à l'étranger.
D'entrée
de jeu, nous pouvons dire que, dans son ensemble, Montréal International
soutient la réforme proposée par la ministre de l'Immigration, de la
Francisation et de l'Intégration. Nous favorisons l'augmentation graduelle des
seuils à 60 000 immigrants permanents par année, tout en privilégiant
l'immigration économique qui répond en partie aux enjeux de main-d'oeuvre des
employeurs du Grand Montréal. Nous saluons particulièrement la volonté de ne pas inclure dans le seuil les
étudiants internationaux admissibles au Programme de l'expérience québécoise.
En effet, Montréal se
classe régulièrement parmi les meilleures villes étudiantes au monde. Il s'agit
d'un statut qui bénéficie à l'ensemble des industries de la métropole en
assurant un bassin de talents diversifiés et de qualifiés... et qualifiés qui se renouvelle année après année. Tout au
long de leur parcours académique en sol québécois, ces étudiants ont le
temps de s'intégrer. Avec en plus un diplôme d'un établissement d'enseignement
québécois en poche, ils et elles sont des candidats idéaux à l'immigration
permanente.
Nous tenons aussi à
saluer la mise en place de Francisation Québec et surtout son potentiel. Avec
plus de 30 000 personnes immigrantes
inscrites en seulement quelques mois au printemps dernier, on peut dire que le
programme suscite l'engouement. Il
s'agit d'un outil essentiel pour appuyer l'apprentissage du français, un
prérequis pour l'obtention de la résidence permanente.
Aussi, la création
d'une catégorie de talents d'exception incluse dans cette réforme offre un
potentiel intéressant pour faire face au phénomène de mobilité internationale
des travailleurs.
Montréal
International est loin d'être la seule agence de promotion économique au monde
à solliciter les meilleurs talents de la
planète. Les métropoles de partout dans le monde, et comme les grandes villes
du Canada, d'ailleurs, je le précise, donc, toutes les métropoles du monde se
livrent une concurrence accrue pour attirer ces travailleurs qualifiés. Elles aussi, ces autres villes, pas juste nous,
souhaitent développer leur économie en misant sur le savoir et l'innovation.
À ce stade-ci, je
vous dirais qu'on a hâte de voir quels seront les critères d'admission à cette
catégorie. Le fait est que le Québec est la première juridiction au Canada en
termes de dépenses en recherche et développement en pourcentage de son PIB avec
plus de 10 milliards de dollars en 2020. Nos écosystèmes de pointe,
que ce soit en sciences de la vie, en aéronautique, en jeux vidéo, en
intelligence artificielle, dans le grand secteur des TI... donc, ces
secteurs-là sont mondialement reconnus, notamment grâce à des projets de
R&D innovants. Nous souhaitons que les nombreux chercheurs et expertes qui continueront
à faire progresser ces écosystèmes puissent être considérés comme des talents
d'exception.
On a beau être
excellents dans ces domaines, on ne peut pas se priver des meilleurs au monde.
Parce que, si ces experts et ces expertes ne peuvent travailler chez nous, et
j'ajouterais, même s'ils ont seulement l'impression que c'est trop compliqué, venir chez nous, qu'est-ce qu'ils vont faire? Ils
vont aller travailler ailleurs, pour des concurrents de nos entreprises
qui sont situés ailleurs sur la planète. Cette situation est également vraie
pour les entrepreneurs internationaux, ceux qui cherchent le meilleur endroit
pour lancer leur start-up ou accélérer sa croissance. Le monde entier se bat pour les avoir sur leur sol, et leur
nombre est, somme toute, très limité. Ce ne sont pas eux qui vont faire bouger
la balance du français, de l'anglais, du...
ou d'une autre langue à Montréal. Il faut trouver une façon de faciliter leur
accueil, peu importe leur langue.
Montréal
International salue également la décision de retirer l'expérience de travail
des exigences du Programme de l'expérience
québécoise pour le volet Diplômés du
Québec. Nous avons toutefois un bémol, et permettez-moi de l'illustrer avec un cas que je connais très bien parce
qu'il travaille chez nous. Il s'appelle Finnley MacKillop et il s'occupe
des opérations et des partenariats pour les investissements étrangers chez
Montréal International. C'est un jeune
homme qui a grandi à Détroit, au Michigan, avant de commencer ses études, un
bac en études urbaines à l'Université McGill en 2017.
Voici un exemple de
questions que Finnley me pose ces temps-ci ou pose à ses collègues au
travail... et j'ai droit à des questions du
genre : Mais, Stéphane, pourquoi est-ce que le participe passé du verbe
devoir prend un accent circonflexe alors que celui du verbe faire n'en
prend pas? Je ne comprends pas la logique. Peux-tu m'expliquer? C'est le genre
de questions que Finnley nous pose. Vous comprendrez qu'il est devenu un
amoureux du français et que sa maîtrise de celle-ci dépasse celle de bien des
Québécois francophones.
En vertu de la
réforme proposée, Finnley, par contre, ne ferait pas partie des diplômés du
Québec, ayant un accès privilégié à la résidence permanente, puisqu'il n'a pas
étudié en français pendant trois ans au préalable. Croyez-moi, le Québec
bénéficie de Finnley. Le Québec bénéficie de tous les Finnley. Ainsi, nous
recommandons de rendre admissibles au PEQ tous les diplômés du Québec qui
respectent les exigences de connaissance du français.
Je
profite des dernières minutes qu'il me reste, Mme la Présidente, pour aborder
un enjeu dont on a récemment parlé sur la place publique et qui ne fait
pas nécessairement, précisément, partie des consultations aujourd'hui, mais je
parle de l'imposition d'un seuil au nombre d'immigrants temporaires au Québec.
Quand je regarde nos initiatives de recrutement international, les entreprises
que nous accompagnons sont à la recherche de talents d'expérience pour combler leurs postes vacants. La quasi-totalité de
ces personnes embauchées ont obtenu un permis de travail temporaire pour venir exercer leur profession au Québec. Ces
talents sont qualifiés. Certains détiennent des compétences que l'on ne
retrouve pas au Québec ou, en tout cas... ou que l'on ne retrouve pas en nombre
suffisant au Québec, et on ne peut pas s'en priver. C'est vrai dans les
sciences de la vie et technologies de la santé, dans l'aéronautique,
l'intelligence artificielle, les technologies de l'information, les jeux vidéo
et tous les autres secteurs de pointe du Grand Montréal. Les travailleurs internationaux que nous
accompagnons sont presque tous des travailleurs qualifiés, je le répète. En
2022, ils gagnaient un salaire annuel moyen de près de 77 000 $,
soit 32 % de plus que la moyenne du Grand Montréal. Montréal International recommande donc de ne pas imposer de seuil sur le
nombre d'immigrants temporaires qualifiés.
• (15 heures) •
La plupart de nos activités de recrutement
ciblent des pays et régions francophones ou francotropes, comme l'Amérique
latine, par exemple. Nous menons présentement une mission de recrutement au
Brésil, par exemple, pour combler des postes en
aérospatial, en soins de santé et en technologies de l'information au sein
d'employeurs locaux. Est-ce que tous les employés recrutés vont parler un
excellent français à leur arrivée? La réponse honnête, c'est non, mais
plusieurs vont l'apprendre, et on ne veut assurément pas se priver d'eux à
moyen terme.
Même situation pour les dirigeants d'entreprise
qui viennent ouvrir une filiale dans le Grand Montréal. Souvent, un
investisseur allemand ou un investisseur américain va vouloir envoyer, de
Berlin ou de New York, un de ses numéros
deux ou de ses numéros trois pour lancer les opérations ici, au Québec. Il est
possible que cette personne ne parle
pas français à l'arrivée. Pourtant, nous avons besoin de son expertise pour
lancer les activités locales. Ce que nous recommandons, c'est donc
d'introduire une exigence de connaissance du français niveau 4 à l'oral, soit
le niveau exigé pour la citoyenneté canadienne, seulement au moment de
renouveler le permis de travail. Donc, on les laisse
entrer. S'ils veulent rester au renouvellement de leur permis de travail, à ce
moment-là, on demande une exigence du français.
Un élément important que nous constatons avec
les employeurs que nous accompagnons à l'étranger, c'est que plusieurs veulent
seulement recruter en France. C'est le cas notamment des centres de services
scolaires. Nous avons justement déployé, cette semaine, une opération virtuelle
de recrutement d'enseignants en France qui durera jusqu'à la mi-octobre sur le site talentmontreal.com. Six centres de
services scolaires du Grand Montréal, six souhaitent combler plus de 200 postes grâce à notre
aide. Pourquoi seulement en France? Tout simplement parce que la formation
en enseignement obtenue là-bas est reconnue au Québec, ce qui permet aux
enseignants d'obtenir plus facilement l'autorisation légale d'enseigner. C'est
comme ça dans plusieurs secteurs.
Nous encourageons donc le gouvernement du Québec
à multiplier ce type d'entente pour les talents qualifiés avec d'autres pays de
la Francophonie. Ça aidera les employeurs à la recherche de talents
francophones, en plus de nous aider collectivement à tisser des liens dans la
Francophonie.
Sur ce, je vous remercie et, avec l'équipe, je
serai prêt à répondre à vos questions. Merci.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup pour cette
présentation. Vous saluerez Finnley pour nous. Je me tourne maintenant
du côté de la banquette gouvernementale pour entamer la ronde de discussions
avec Mme la ministre, qui a pris quelques secondes de son temps, là, pour vous
laisser terminer. Alors, il vous reste 15 min 42 s. La parole
est à vous.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. le PDG. Merci à vous trois, chers ex-collègues. Il me
fait plaisir de vous revoir. Merci de partager votre expertise, expérience
également, pour les enjeux dont on discute dans le cadre de cette commission
parlementaire. Je pense que vous avez un apport très important, en termes de
point de vue, à apporter pour mieux comprendre la dynamique de ce qu'on met de
l'avant. Alors, merci pour ça.
Je
commencerai par Finnley. C'est bien ça, Finnley? Pour dire, en fait, que, bien,
d'une part, il y a deux choses peut-être qui pourraient s'offrir pour
lui. On a une mesure transitoire d'une année, donc peut-être qu'il pourrait
être éligible à cette mesure transitoire,
s'il a commencé ses études, là, en 2017. Donc, ça, ce serait à vérifier. Puis
par ailleurs, bien, je comprends qu'il travaille avec vous, donc, dans
la mesure où il aurait cumulé une année de travail et qu'il maîtrise le français à un niveau 7, bien, il
pourrait se qualifier pour le PSTQ. Donc, ça, c'est la voie, je dirais, qui pourrait
s'offrir à lui. PSTQ, c'est le programme qu'on mettra en place l'année
prochaine, donc ce sera dans un an. D'ici là, c'est
le PRTQ, mais je pense qu'il y aurait là, peut-être, une voie de passage pour
lui. Alors, vous pourrez l'en informer et le féliciter également pour
son apprentissage du français et de toutes ses règles et exceptions, surtout.
Alors, si on se plonge dans votre mémoire, je
commencerais par ce que vous nous recommandez à la page 13, la
recommandation 18. Vous nous invitez à inclure des programmes issus de
différents niveaux d'études postsecondaires dans les cibles prioritaires du
gouvernement, notamment pour des diplômes de deuxième et de troisième cycle universitaire. Alors, j'aimerais
ça vous entendre sur cette recommandation-là. Qu'est-ce que vous aviez
en tête comme exemple de profession, pour que ça nous éclaire?
M. Bernard (Christian) : Oui. Merci
pour votre question, Mme la ministre, et merci de nous recevoir ici aujourd'hui. Donc, Christian Bernard, je suis
responsable, là, de l'attraction, notamment d'étudiants internationaux, grâce à
un financement qu'on reçoit du MIFI. Je salue le sous-ministre,
M. Dagenais.
Et, dans les indicateurs d'attraction
d'étudiants qu'on nous propose, il n'y a pratiquement aucun programme de deuxième
et de troisième cycle universitaire, alors ce n'est pas valorisé à travers nos
activités d'attraction d'étudiants dans le
Grand Montréal, alors que ces talents-là sont souvent très importants pour
propulser les écosystèmes de pointe du Grand Montréal, dans lesquels on
a un succès assez intéressant, du côté de l'attraction d'investissements étrangers. Donc, je parle des secteurs des
sciences de la vie, de l'aérospatiale, de l'intelligence artificielle, donc on
parle d'ingénieurs, de programmeurs.
Et donc, les programmes d'études en lien avec
ces professions-là ne sont pas valorisés en ce moment, ne se retrouvent pas
dans les programmes de bourses d'excellence qui sont offerts par le
gouvernement du Québec et qui se retrouvent au coeur des indicateurs de
performance qu'on nous propose pour attirer des étudiants internationaux, alors que la grande majorité des étudiants
internationaux dans le monde se retrouvent dans les programmes, bien souvent, universitaires,
en particulier de cycles supérieurs, dans les sciences, les technologies, le
génie, les mathématiques. Ce sont ce type
d'étudiants là que les agences comparables à Montréal International,
partout sur la planète, s'arrachent, alors que nous, on préfère valoriser
davantage... Et, comprenez-moi bien, là, c'est important de vouloir attirer des
étudiants dans des programmes
collégiaux, dans des programmes de formation professionnelle, mais ce l'est
tout autant, sinon plus, d'en attirer également au niveau des cycles
supérieurs à l'université.
M.
Paquet (Stéphane) : ...en complément, Mme la ministre. D'abord, merci
pour les bons mots pour Finnley, je lui passerai le message. Mais je
vous invite à aller voir le graphique qui est à la page 5, concernant le
taux de diplomation et le niveau de richesse des villes. Et j'ai envie de vous
citer là-dessus, parce qu'on a tendance, souvent, puis c'est correct, je pense que c'est très humain, là, de dire :
Bien, nous, on veut un peu plus de ça, puis un peu plus de ceux-ci, puis
un peu moins de ceux-là, parce que nos besoins de main-d'oeuvre sont...
actuellement, dans le marché du travail, les besoins sont là.
La Fed de New
York a fait, il y a quelques années, une étude pour voir les diplômés
universitaires se retrouvent... En
fait, c'est : Quel est le niveau d'adéquation entre les diplômes qu'ils
ont eus versus le poste qu'ils occupent présentement? Ils ont trouvé que
27 % des gens avec un diplôme universitaire travaillaient directement dans
leur champ d'études. C'est donc dire que... puis faites... je vous invite à
faire le tour auprès de vos collègues et... puis je vois que les gens oscillent de la tête. Donc, non seulement on
veut... d'avoir davantage d'étudiants de niveau de deuxième et troisième cycle,
mais aussi un peu plus de liberté sur ce qu'on souhaite avoir, parce
qu'ultimement, à moyen terme, il n'y a pas tant d'adéquation que ça entre les
études qui sont faites et le travail que les gens... les diplômés vont finir
par occuper.
Mme
Fréchette : Bien, merci. C'est très imagé. Alors, je vous
amène maintenant à la page 6, en recommandation 2. Vous
suggérez, donc, d'imposer une exigence de français pour les travailleurs
étrangers temporaires qui effectuent un renouvellement de leur permis de
travail. Alors, j'aimerais ça vous entendre un peu plus sur l'impact que vous
associez à une telle proposition. Comment est-ce que vous verriez que ça se
traduise dans les faits?
Mme Chatel-DeRepentigny (Joëlle) : Oui.
Bien, en fait, on reconnaît, en fait, les enjeux au niveau des flux
d'immigration et des volumes qui ont beaucoup augmenté. Cependant, ce qu'on dit
par cette ouverture à une exigence du français, c'est donc de leur permettre
d'arriver sur le territoire pendant cette période-là, et de profiter de ces deux... de ces deux années pour acquérir un
niveau de français suffisant pour se qualifier et ensuite faire leur demande
de résidence permanente.
Donc, notre
point, c'est de dire : Actuellement, puis vu les seuils d'immigration
permanente, beaucoup d'entreprises, étant
donné la rareté de main-d'oeuvre également, se sont tournées vers cette
solution-là pour pallier à cet enjeu, à ces préoccupations, puis donc on
ne peut pas se passer de ces talents-là. C'est vraiment un impératif
économique.
Donc, par contre, on comprend également
l'impératif culturel et l'importance de la langue française et de sa protection. Donc, on a amené une ouverture à
cet... à ce niveau-là et un niveau 4, justement, donc de rester dans une
norme qui est similaire à la citoyenneté canadienne, donc pour ne pas...
trop contraignant.
Mme
Fréchette : Est-ce que vous verriez que ça puisse jouer sur
notre attractivité, ou encore sur notre compétitivité, ou... À votre
avis, comme ça se déroulerait après coup, ce serait somme toute sans impact de
ce côté-là.
M. Paquet (Stéphane) : ...l'idée,
c'est de le faire après coup. Puis on a essayé de se mettre un peu dans vos
bottines, les bottines gouvernementales, en se disant : Bien, c'est
important, la langue française. Je pense que, s'il y a un consensus au Québec,
c'en est un. Donc, justement, pour...
Mais, en même temps, les besoins des entreprises
sont aussi importants. Donc, ce qu'on se dit, c'est : Ayons une porte, mais cette porte-là, ne la mettons pas
à l'entrée, à la frontière, mais au moment du renouvellement. Et on sera
capables, à ce moment-là, de voir :
Bien, écoutez, Finnley, par exemple, s'il était arrivé comme étudiant... comme
travailleur temporaire, bien, Finnley a fait...
Mme Fréchette : ...ce que vous allez
lui raconter au retour, hein?
M. Paquet (Stéphane) : Finnley a
fait beaucoup d'efforts.
Mme Fréchette : La vedette.
M. Paquet (Stéphane) : Donc, si
Finnley a fait des efforts, bien, tu sais quoi, Finnley, tu es bienvenu. Et des
cas comme ceux-là, avec les travailleurs et
dans les entreprises qu'on accompagne... parce que, oui, la très, très grande
majorité des gens qu'on va chercher à l'étranger sont soit dans des pays
francophones ou francotropes, mais, comme je
vous l'ai dit tout à l'heure, est-ce que tout le monde parle français en
arrivant? La réponse honnête, c'est non. Mais on en a besoin, donc prenons-les. Et ceux qui feront des efforts, bien,
vous savez quoi, au final, vous êtes les bienvenus, puis on est très
heureux de vous accueillir.
• (15 h 10) •
Mme
Fréchette : OK. Puis nous, on a Francisation Québec pour
accompagner tous ceux qui veulent apprendre.
M. Paquet (Stéphane) : Tout à fait.
On l'a salué, d'ailleurs.
M. Bernard
(Christian) : ...on aurait amené Finnley avec nous. Il aurait pu
remplacer... il aurait pu remplacer Rima, la pauvre collègue qui,
malheureusement, a la COVID.
Mais, en fait, on s'est aventuré sur le terrain
des immigrants temporaires, parce qu'on a bien vu, ces dernières semaines, que ça a occupé le débat public, avec
raison. Le nombre d'immigrants temporaires a explosé au Québec au cours
des dernières années, et donc c'est pour ça qu'on a décidé d'être proactif puis
de proposer, dans notre mémoire, une mesure qui nous semble raisonnable, c'est-à-dire,
comme mon collègue vient de le souligner, là, d'exiger la connaissance
du français seulement au renouvellement du permis temporaire. On le sait qu'en
moyenne ça dure deux, trois ans, un permis
temporaire, donc on trouve que c'est un délai raisonnable pour atteindre un
niveau qui nous semble également raisonnable, qui est le niveau exigé
lors de la citoyenneté canadienne.
Est-ce que ça peut
affecter l'attractivité? Pour répondre directement à votre question, bien, les
entreprises nous demandent... Les
entreprises qu'on accompagne dans le recrutement à l'international, évidemment,
ça leur prend un peu plus de temps puis ça leur coûte un petit peu plus
cher, recruter à l'international qu'à l'échelle locale. Alors, ces entreprises-là nous demandent d'aller recruter
dans des territoires francophones, essentiellement, ou francotropes, parce
qu'elles souhaitent garder leurs travailleurs temporaires sur le long terme,
parce que ça implique un certain investissement de temps et d'argent. Alors,
dans ce contexte-là, on trouve que c'est une mesure qui fait du sens.
Mme
Fréchette : OK. Merci. Je vous emmène maintenant à la page 12
pour parler régionalisation. Donc, vous
affirmez que vous soutenez les efforts entrepris pour la régionalisation de
l'immigration, mais que ça ne doit pas se
faire au détriment des besoins de main-d'oeuvre dans la région de Montréal.
Donc, est-ce que vous pourriez préciser, là, davantage ce que vous voyez comme limite, là, à ne pas dépasser? Puis
est-ce qu'il existerait un ratio idéal métropole/régions que vous
percevez ou... Il y a une part d'intuitif, là.
M. Paquet (Stéphane) : Oui. Bon, il y a
plusieurs angles à votre question, mais dans... Je pense que le premier point important, c'est que, partout sur la
planète, les... ce sont les métropoles qui attirent davantage d'immigrants que
les régions plus rurales, appelons-les comme ça.
Ceci dit, quand on
regarde au Québec ce qui s'est passé, bien, la régionalisation, elle est déjà
commencée, et on a des chiffres ici. La RMR
de Montréal, donc le Grand Montréal, là, avec... parce qu'on est actif aussi
dans le 450, nous,
Laurentides-Lanaudière et au sud de la Montérégie. Donc, la RMR de Montréal,
avec ses 4,2 millions de personnes, bien, en 2015, il y avait
85 % des résidences permanentes qui étaient octroyées qui étaient dans la
RMR de Montréal. Sept ans plus tard, donc, en 2022, on était rendu à 77 %.
Donc, il y a eu déjà une régionalisation qui s'effectue.
Puis j'écoutais tout
à l'heure les gens de... les gens de Sherbrooke, et un message que j'ai
entendu, c'est : Bien, plus il y en
aura, plus ce sera facile d'en avoir davantage. Donc, je pense qu'il y a déjà
des choses qui se passent présentement et quand... et c'est une des
raisons pour laquelle on est favorables à augmenter de 50 à... en fait, davantage collés sur le 60 000 que vous
proposez avec les PEQ qui ne sont pas inclus, parce qu'on se dit, cette somme
supplémentaire là, ce nombre supplémentaire
d'immigrants qu'on pourra accueillir, bien, il y a une grande proportion
de ceux-ci qui pourront aller davantage vers
les régions et tout simplement poursuivre le processus qui est déjà engagé.
Mme
Chatel-DeRepentigny (Joëlle) : Par contre, si je peux me permettre
d'ajouter, il y a quand même une différence
dans les composantes puis les mains-d'oeuvre attirées entre les régions du
Québec puis la grande région de Montréal. On le voit dans les chiffres, une
grande part... quand on regarde, là, par exemple, l'immigration temporaire... mais
donc il y a une grande part de cette augmentation-là qui est liée à une
main-d'oeuvre peu spécialisée, alors qu'au Grand Montréal le... une majorité
des postes vacants, une proportion beaucoup plus importante est pour des postes hautement qualifiés, donc on parle de
diplômes universitaires. Donc, les besoins ne sont pas les mêmes, puis je pense que c'est important d'en prendre en compte
également, là, pour maintenir la compétitivité du Grand Montréal et...
en fait, et de ses régions.
Puis
c'est aussi un commentaire, je pense que, dans plusieurs des discussions, on
met en opposition les besoins des régions et du Grand Montréal, mais, en
ce moment, on est aussi dans une logique de compétition à l'échelle internationale et canadienne, où il y a... ils ont
également des cibles d'immigration francophone. Donc, c'est aussi important
d'avoir un processus compétitif, rapide, là,
dans la mesure du possible, qui permet d'attirer les meilleurs talents au
Québec.
Mme
Fréchette : Merci, Mme la Présidente. Je vais vous inviter à donner la
parole aux collègues.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. Alors, pour la minute 45 s qui reste, je donne la parole à la
députée de Vimont. Allez-y.
Mme Schmaltz :
Merci, Mme la Présidente. Merci
de votre présence ici. Je veux vite rapidement vous ramener à Francisation
Québec, parce que je pense que vous maîtrisez bien la... un peu la machine,
disons.
Vous savez qu'on
offre toutes sortes de formations hors entreprise, c'est-à-dire en présentiel.
On offre des formations de francisation de
façon... à temps complet, à temps partiel. Bref, l'objectif, c'est vraiment
d'être le plus flexible possible.
C'est sûr que Francisation Québec sera développé en entreprise sous peu, donc il y
a quand même beaucoup d'alternatives intéressantes, là, qui vont arriver
bientôt pour les gens, les personnes immigrantes.
J'aimerais
un peu connaître rapidement votre point de vue là-dessus, sur cette offre.
Est-ce que vous pensez qu'on devrait peut-être l'améliorer? Est-ce qu'il y a
des éléments là-dedans qu'on devrait peut-être oublier ou encore bonifier?
M. Paquet
(Stéphane) : ...merci de votre question, Mme la députée. C'est quelque
chose de nouveau. Donc, je serais assez mal vu de vous dire : Après trois mois
ou après six mois, voici, ceci ne fonctionne pas. Je pense qu'il faut se donner
le temps, c'est évident.
Puis, quand je me fie aux commentaires qu'on
reçoit des entreprises avec lesquelles on travaille, d'avoir une plus grande
présence en entreprise, c'est quelque chose qui sera, selon ma lecture,
grandement apprécié parce que ça manquait cruellement.
Donc,
cet aspect-là, si je peux insister sur un point, ce serait celui-là, mais on
est, je le répète, on l'a salué à l'annonce de Francisation Québec, on l'a fait
dans le mémoire, je le refais aujourd'hui, on est ravis d'une telle mesure.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. Alors, c'est terminé. Je vais juste prendre 30... même pas
30 secondes, trois secondes pour rappeler à tout le monde, vos appareils
électroniques en mode silencieux, s'il vous plaît, montres ou cellulaires.
Alors,
je me tourne du côté de l'opposition officielle pour une période de
12 min 23 s. Monsieur... Mme la députée de Chomedey.
Merci. Alors, le micro est à vous.
Mme Lakhoyan Olivier : Bonjour. Très
intéressant, très bien détaillé, avec des chiffres, et tout. On a beaucoup
entendu parler par les groupes pour les régions. Et puis, d'après vos chiffres
ici, vous parlez des 196 510 postes vacants au premier trimestre 2023. Et puis des demandes
pour Montréal, région de Montréal, ce serait le deux tiers pour la province du
Québec. Donc là, vous apportez quelque chose totalement de nouveau.
M. Paquet
(Stéphane) : Bien, en fait, ce n'est pas nos chiffres, là, ce sont les
chiffres de Statistique Canada, puis c'est Joëlle qui les a compilés, mais oui,
effectivement, c'est les chiffres qui sont là. Et, au-delà des deux tiers,
j'insiste sur un point que Joëlle a mentionné tout à l'heure, les postes
vacants dans le Grand Montréal, ce sont des postes
davantage spécialisés, donc des travailleurs spécialisés qui... ce qui veut
dire que ce sont des emplois où on offre des salaires plus élevés. C'est pour ça que, quand on fait, nous, des
missions de recrutement à l'étranger avec nos... les entreprises que nous
accompagnons, bien, l'année dernière, le salaire moyen était tout près de
80 000 $... était 77 000 $, là. Donc, ce sont des
postes davantage qualifiés.
Il n'y a pas juste
Montréal dans les discours que j'ai entendus, Montréal versus le reste du
Québec, il y a aussi : Est-ce qu'on va
aller chercher des travailleurs spécialisés versus des travailleurs non
spécialisés? Nous, comme organisme de
développement économique, on a historiquement toujours été chercher, en très,
très, très grande majorité, des travailleurs spécialisés. Pourquoi?
Parce qu'on se dit qu'un travailleur spécialisé qui va gagner
80 000 $ ou 75 000 $ va avoir un plus grand impact
économique qu'un travailleur non spécialisé qui va en gagner
35 000 $, 40 000 $ ou
45 000 $. On ne dit pas que celui-là n'est pas essentiel, on dit que
nous, là, comme organisme de développement économique, on aime mieux focusser sur ces travailleurs-là, ces
travailleuses-là qui ont un plus grand impact économique. Donc, c'est ça
qu'on a fait.
• (15 h 20) •
Mme Lakhoyan
Olivier : C'est bien expliqué. Merci.
M. Derraji : ...premièrement, bonjour à vous trois. C'est
toujours un grand plaisir, vous revoir en consultation, mais même en dehors des
consultations, je tiens à saluer les efforts de Montréal International,
surtout par rapport... pas uniquement
la présence au niveau des travailleurs, mais l'ensemble de vos... de votre
programmation. C'est très intéressant, ce que vous faites.
Ce
matin, nous avons eu l'occasion de rencontrer Québec International, et je ne
veux pas faire de concurrence Québec-Montréal ou revivre le syndrome
Canadiens-Nordiques, ce n'est pas le but, mais...
M. Paquet
(Stéphane) : Merci.
M. Derraji : Oui, oui. Non, non, mais chaque organisation
vient, là, pour défendre ses intérêts, ce qui est louable. C'est à nous
de prendre ça en considération.
Aujourd'hui, Québec
International demandait qu'il y ait plus de régionalisation, ce qui est normal.
Le taux de... je dirais, d'emploi est très
élevé, taux de chômage très bas dans la Capitale-Nationale. Ça marche
très bien, les affaires, dans la Capitale-Nationale, et tant mieux, et Chaudière-Appalaches.
Vous
avez deux scénarios sur la table, 50 000, 60 000 et le temporaire.
Avec toutes ces demandes, pensez-vous réellement qu'avec 60 000 on
sera capables de, pour les trois prochaines années, vous accompagner par
rapport aux travailleurs spécialisés? Un
autre groupe, juste avant vous, aujourd'hui, 32 000, l'association des
restaurateurs du Canada, ARC, disait... Québec, ARQ disait
32 000 postes vacants. C'est quoi, votre lecture?
M. Paquet (Stéphane) : Bien, je vais peut-être
repasser la période... le micro à mes collègues, mais, vous savez, il y a ce
60 000-là, et on se positionne sur le 60 000, et on dit aussi, pour
ce qui est des travailleurs temporaires, on ne veut pas de seuil. Nous,
notre spécialité, c'est de faire du spécialisé, parce qu'on pense que ça a un
plus grand impact économique. Mais donc,
avec les 60 000, avec les étudiants qu'on va pouvoir faire entrer, sans
les inclure dans le 60 000, avec les travailleurs temporaires, on
est capables de faire un bout.
M. Bernard
(Christian) : ...allez-y, je ne veux pas vous interrompre.
M. Derraji : Si
je comprends bien, parce que je veux juste clarifier ce point avant d'aller à
la suite, donc, selon vous, vous êtes
capables de vivre avec 60 000, mais on peut dire qu'il n'y aura... Vous ne
voulez pas de limite pour le temporaire? Sous-question :
Travailleurs spécialisés, est-ce que c'est un besoin permanent ou temporaire?
M. Bernard
(Christian) : À la page 13 de notre mémoire... et ça fait
plusieurs années qu'on compile ces chiffres et, à chaque fois, on n'arrive pas
à comprendre pourquoi la part des migrants permanents au Québec, qui, au
préalable, étaient temporaires, est largement inférieure à cette même part en
Ontario et en Colombie-Britannique.
Alors, ce que l'on dit... puis on n'a jamais eu
d'opinion très tranchée, parce que la question des seuils à Montréal
International, c'est une question qui est sociétale, c'est une question qui
déborde du carré de sable de Montréal International. Là où on a une opinion,
par contre, et on la met de l'avant, dans notre mémoire, à la page 13,
c'est qu'il faudrait qu'au moins 50 % de l'immigration permanente
économique aient, au préalable, été temporaires, parce que ces étudiants, ces
travailleurs temporaires spécialisés sont ici, sont déjà intégrés, en bonne
partie. Donc, pourquoi on n'en fait pas le plein?
Par rapport aux spécialisés versus
non-spécialisés, si vous me permettez, rapidement, on ne comprend pas pourquoi,
puis ça, c'est notre graphique à la page 4, en l'espace de 10 ans,
les ratios se sont complètement inversés, c'est-à-dire qu'aujourd'hui le Québec
attire plus de non-spécialisés que de spécialisés. Et on trouve que c'est un
peu le monde à l'envers, dans le projet de réforme, d'exiger un niveau de
français moins élevé pour des gens qui sont moins instruits. Alors, pourquoi,
finalement, ne pas exiger un niveau de français plus élevé pour les
non-qualifiés? Parce que les qualifiés, bien, ils ont un niveau de
qualification plus élevé et ils vont contribuer davantage à sortir Montréal de
la cave des métropoles les plus pauvres du Canada et des États-Unis.
M. Derraji : Vous allez juste me
permettre... parce que j'ai un temps très court, et ce n'est pas ça le but de
ma question, parce que je ne veux pas vous ramener à vous prononcer
politiquement. Je sais c'est quoi, votre carré de sable. Je ne l'ai même pas évoqué, est-ce que vous êtes pour
50 000 ou 60 000, j'essaie juste de comprendre. J'ai en face
de moi l'organisation numéro un spécialisée à Montréal et depuis plusieurs
années... La preuve, votre graphique de la page 13 parle, je n'ai même pas
besoin de continuer.
Maintenant, ma question est très simple. Les
besoins que vous évaluez dans la grande région métropolitaine sont des besoins
permanents ou temporaires? Parce que si on essaie de répondre à des besoins
permanents avec des travailleurs temporaires, vous parlez au nom de ce monde,
ça coûte très cher, bureaucratie, du temporaire, c'est très difficile, l'enraciner. Donc, on ne vous aide pas
dans le cadre de cette planification. C'est là où je voulais vous entendre.
Est-ce que, vraiment, nous sommes en train
de répondre à un besoin qui est permanent avec du temporaire, avec tout ce
qui vient avec le temporaire?
Mme Chatel-DeRepentigny (Joëlle) : ...tenter
une réponse. C'est sûr que, le seuil de 60 000, on n'a pas une formule magique pour déterminer les seuils. Ils
ont été stables au cours des 10 dernières années, autour de 50 000.
Donc, on pense qu'avec les besoins de la main-d'oeuvre, donc, oui, c'est
une bonne idée.
De l'augmenter graduellement permet aussi de
tenir compte d'autres facteurs, et pas seulement économiques, mais aussi liés à
leur intégration sociale, à... aux besoins de logement et de services de ces...
C'est là où il y a une différence entre les résidents permanents, donc, qui
ajoutent de la pression, donc, qui demandent une certaine adaptation de notre
système.
Et, pour tous les besoins supplémentaires, bien
oui, à ce moment-là, je pense que les travailleurs temporaires sont une bonne solution. Puis, dans la mesure où
ils sont ici, ils commencent déjà à s'intégrer au marché du travail puis ça leur
permet également d'apprendre le français. Ils sont d'autant plus des candidats
de choix, je pense, quand c'est le temps de traverser, d'être à la résidence
permanente.
M. Paquet
(Stéphane) : ...structurellement, quand on regarde les
projections, on en a pour une dizaine d'années, compte tenu de notre
courbe démographique, où ça va être un peu plus difficile. On le sait, là, il y
en a une dizaine, d'années et, après ça, on
devrait revenir avec une population locale, avec une... des populations locales
en âge de travailler, qui vont se remettre à croître pour répondre en
plus grande partie aux besoins du marché du travail. Mais c'est une dizaine
d'années, on le sait.
M. Derraji : Donc, une dizaine
d'années où on va combler des besoins permanents avec du temporaire.
M. Bernard (Christian) : Peut-être,
pour répondre précisément à votre question, parce que je parle à... tu sais, j'accompagne à chaque semaine des
entreprises qui vont recruter de la main-d'oeuvre temporaire à l'international,
la majorité souhaite les garder et les
convertir en permanents, mais il y a quand même une proportion non négligeable d'entreprises
qui cherchent vraiment des travailleurs pour venir répondre à des besoins
temporaires.
M.
Derraji : Temporaires, OK. Vous avez dit qu'il faut exclure
du seuil les étudiants qui passent par le PEQ étudiant. Ça, c'est déjà
le...
M. Paquet (Stéphane) : ...c'était la
proposition qui était sur la table, on était soit à 50 000, soit à
60 000, plus le PEQ. On a dit : Bien, regardez, si on doit choisir
entre les deux... On n'a pas l'habitude de se prononcer sur les seuils
d'immigration, on pense qu'il y a des gens plus compétents que nous dont c'est
le mandat de faire ça, mais puisqu'on nous a posé la question, on y a répondu,
on a dit qu'on pense que 60 000 plus le PEQ, c'est logique.
M. Derraji : Mais vous savez que
vous vous prononcez sur le seuil, parce que, si on n'inclut pas... d'une
manière indirecte, parce que, si on inclut le PEQ étudiant dans les seuils, on
va baisser les seuils.
M. Paquet
(Stéphane) : C'était la proposition qui était sur la table, et on a
répondu à la proposition.
M. Derraji : Excellent.
Régionalisation, vous avez dit que c'est important, mais il ne faut pas
négliger l'immigration au sein de la métropole. Vous savez que toutes les
régions, maintenant, lèvent des drapeaux rouges à cause de la pénurie. Je vous
invite à aller voir aujourd'hui le rapport du Protecteur du citoyen. C'est des
lumières rouges partout dans nos services publics. Pensez-vous qu'avec une
régionalisation, parce que le ministère veut travailler sur la régionalisation,
que Montréal paiera le prix de la régionalisation?
M. Paquet (Stéphane) : C'est pour ça
que, quand on nous pose une question sur le nombre qu'on pense qu'on doit
accueillir, on dit : Bien, si on en accueille un peu plus, il y en aura un
peu plus pour tout le monde.
Est-ce que
Montréal aura une croissance aussi importante que le reste du Québec avec...
grâce à cette hausse-là? On ne pense pas. On comprend très bien la
priorité gouvernementale qui est d'amener davantage d'immigration dans les régions. Ce qu'on se dit, c'est : Bien,
attention, ne nous pénalisez pas, parce que, comme votre collègue l'a mentionné,
les deux tiers des postes vacants se retrouvent dans le Grand Montréal. Donc,
ne nous pénalisez pas, mais oui, on comprend qu'à Rivière-du-Loup, à Québec, à
Sherbrooke, à Drummondville, il peut y avoir des besoins aussi. Et nous, je
vous dirais... j'ajouterais ceci, et je sais que ce débat-là est souvent
Montréal versus région, mais Montréal, on se bat contre Toronto...
M. Derraji : Non, mais vous avez
raison.
M. Paquet (Stéphane) : ...on se bat
contre Boston, on se bat contre New York, on se bat contre le reste du monde
aussi.
M. Derraji : Vous avez raison. Deux
tiers des postes vacants à Montréal, ça veut dire vous exigez deux tiers de...
du seuil à Montréal?
M. Paquet (Stéphane) : Dans le Grand
Montréal. En fait, il y a deux... il y a plusieurs façons de le calculer. On
peut regarder en fonction des postes vacants, on peut regarder en fonction de
la taille de la population, où là ce sera un petit peu plus que 50 %.
Donc, ce n'est pas... Je laisse les autorités regarder ça.
• (15 h 30) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui termine cette portion
d'échange. On va finaliser le tout avec le
député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour une période de 4 min 8 s. Le micro est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Merci pour la belle présentation. Je ne sais pas si je me trompe, mais, Mme la
ministre, je pense qu'on a eu un petit scoop, à savoir que le PSTQ, ce serait
l'année prochaine. Donc, on en apprend un petit peu plus sur la date d'entrée
en vigueur. Je ne savais pas si on le savait. Moi, je...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard : Oui, Mme la
Présidente. Effectivement, je ne savais pas si on le savait. Puis il y a
beaucoup de gens qui me posent la question sur le Programme de l'expérience
québécoise. Donc, comme c'est le même
règlement, je présume que ce sera l'année prochaine, celui-là aussi. On me
corrigera. Si je me trompe, tant mieux.
Merci de soulever le cas de Finnley. Je pense
que c'est un très bel exemple, puis ça nous permet de nous rappeler que les
décisions qui seront prises ici ont des impacts réels dans la vie des gens qui
sont autour de nous. Et d'avoir un prénom, d'avoir une histoire, je pense que
ça le clarifie. On l'a vu cette semaine dans certains délais de traitement, là,
dans la réunification familiale, par exemple, qui peut monter jusqu'à trois
ans, il y a des impacts dans les questions qu'on traite ici puis des impacts
dans la vie de Canadiens, de Québécois, de Québécoises. Donc, je pense que nous
ramener le cas de Finnley, c'est un élément très intéressant.
Je vous amène au point 9 de vos
recommandations. C'est quelque chose que je n'avais pas lu jusqu'à maintenant
et qui m'a surpris : Attendre que le projet de règlement soit
officiellement adopté par le gouvernement avant d'en faire application. Est-ce
qu'il y a une raison pour laquelle vous avez écrit ça? Est-ce que le
gouvernement est déjà en train d'appliquer des réformes qui ne sont pas en
vigueur?
M. Bernard (Christian) : Oui, en
fait... Bien, vous le savez, en ce moment, dans le cadre du PRTQ, le français
est un critère parmi d'autres, mais n'est pas une condition indispensable à la
résidence permanente. Ce le sera dans le cadre du PSTQ qui sera
éventuellement...
M. Cliche-Rivard : L'année prochaine.
M. Bernard
(Christian) : ...adopté,
sauf que, pour la région métropolitaine de Montréal spécifiquement et dans le cadre du PRTQ, à l'heure où on se parle, le
français est, en ce moment, une condition qui est devenue indispensable.
M. Cliche-Rivard : Par les rondes
d'invitations.
M. Bernard
(Christian) : Exactement. Alors, ça crée... c'est un irritant qui nous
est soulevé par beaucoup des entreprises montréalaises avec lesquelles on
travaille. Puis ils se questionnent, à savoir pourquoi on vient changer les
règles du jeu, pourquoi on enlève cette prévisibilité au niveau du PRTQ,
pourquoi ne pas attendre la mise en vigueur du PSTQ.
M. Cliche-Rivard : Et c'est nouveau,
ça? Ça fait combien de temps que vous voyez ça, les règles de français ou le
niveau de français obligatoire pour l'invitation?
M. Bernard (Christian) : Le
15 juin.
M. Cliche-Rivard : Le 15 juin.
OK. Donc, en même temps...
Mme Chatel-DeRepentigny (Joëlle) : Donc,
ça fait trois mois qu'on nous en parle, puis ce qu'on nous dit, c'est :
Bien, pourquoi ne pas faire entrer en vigueur ces règles-là sur le français
lors de l'entrée en vigueur du PSTQ, pour que tout le monde puisse, évidemment,
s'y préparer?
M. Cliche-Rivard : Je comprends,
c'est... Merci de porter ça à notre attention. Effectivement, le règlement, il
n'y a pas d'application. Mais est-ce que je comprends que les critères
d'invitations, eux, ce n'est pas ceux-là qui sont prévus par le règlement? Les
critères d'invitation sont par un décret ministériel, ce qui est différent,
donc... mais je pose la question, je ne suis pas certain d'avoir la réponse,
mais je vous entends.
Volet 4, vous demandez à ce qu'on clarifie
ou à ce que soit spécifié qu'est-ce que ça veut dire, un talent d'exception. Je me pose également cette question.
Est-ce que vous savez ou vous avez idée de comment ça va fonctionner?
M. Paquet
(Stéphane) : Bien, en fait, on a hâte d'avoir des
clarifications, évidemment. Notre compréhension, si on dit «talent d'exception», on dit «exceptionnel», donc on ne
s'attend pas à avoir 10 000 personnes par année là-dedans,
dans cette catégorie-là.
Ceci dit, on est au courant de discussions qui
ont lieu pour savoir comment est-ce qu'on pourrait définir le tout. Ceci dit, pour l'instant, ça reste davantage
des discussions de corridors que des annonces publiques. On a hâte, nous, de voir et particulièrement... parce que, dans ce
qu'on fait chez Montréal International aussi, on attire aussi des entrepreneurs
internationaux, des gens qui lancent leur start-up puis qui viennent
dans les accélérateurs et les incubateurs. On dit : Ces gens-là, la planète en entier se bat pour les
avoir. Est-ce qu'on pourra les faire entrer, puis on va parler d'une dizaine
de personnes par année, s'ils ne parlent pas
français, dans le talent d'exception? Si ce n'est pas le cas, il faudra trouver
une autre façon, parce qu'on veut les avoir.
M. Cliche-Rivard : Je comprends.
Parfait.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors, voilà,
c'est ce qui termine cette audience. À vous trois, merci pour l'apport à
nos travaux.
Et je vais suspendre la commission quelques
secondes, le temps que le prochain groupe s'installe. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 36)
(Reprise à 15 h 41)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, nous allons reprendre...
La Commission des relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante, avec M. François Vincent, bienvenue, M. Vincent,
ainsi qu'avec M. Francis Bérubé, bienvenue, M. Bérubé. Alors, vous êtes
des habitués des commissions parlementaires.
Vous allez donc avoir 10 minutes pour présenter les grandes lignes de
votre mémoire et vos recommandations, et
nous allons, par la suite, procéder à un échange avec les parlementaires.
Alors, votre 10 minutes commence maintenant.
Fédération canadienne de l'entreprise indépendante
(FCEI)
M. Vincent (François) : Merci, Mme
la Présidente. On n'aura pas besoin de se nommer, ça va nous faire économiser
un peu de temps. Mme la Présidente, Mme la ministre, MM. et Mmes les députés,
la FCEI, c'est le plus grand groupe de PME au pays, c'est
97 000 membres et 21 000 au Québec. Nous vous remercions de nous
accueillir à la consultation publique concernant la planification de
l'immigration au Québec pour la période 2024‑2027.
D'emblée,
nous désirons souligner le travail de la ministre de l'Immigration, de la
Francisation et de l'Intégration pour les présentes consultations. On
veut vous remercier notamment par rapport au processus puis en parler.
L'annonce de la période de consultation s'est faite bien en avance, en donnant
du temps pour que les groupes puis les citoyens aient le temps d'y participer.
Puis ensuite, aussi, dans les documents de consultation, on évaluait
différentes options, notamment l'augmentation du seuil d'immigration; selon
nous, bien, ça met la table pour avoir une réflexion de fond puis des échanges
constructifs.
Pour la FCEI, cette consultation
est très importante pour le Québec puis va avoir un impact majeur sur les
orientations qui seront prises par rapport à l'immigration permanente.
L'immigration, vous savez, a de nombreux impacts positifs sur la société puis
elle joue aussi un rôle pour aider les PME qui souffrent actuellement des
pénuries de main-d'oeuvre. L'immigration s'ajoute, bien entendu, aux autres
mesures importantes qui doivent être mises en place, comme l'appui du
gouvernement pour aider à la participation au marché du travail des personnes
qui en sont éloignées, pour encourager le retour en emploi des personnes
d'expérience, pour aider nos PME à former davantage leurs employés, pour
accompagner les entreprises à prendre le virage de l'automatisation. Puis je
pourrais continuer comme ça encore longtemps, mais l'immigration fait la partie
des solutions.
Selon les
données de la FCEI, ce sont 60 % des PME, au Québec, qui sont en situation
de pénurie de main-d'oeuvre, plus précisément 43 % des PME qui
n'ont pas tous les employés pour fonctionner normalement, puis il y a 17 %
qui n'ont pas les employés pour pouvoir prendre de l'expansion. Ainsi, les PME
perdent des contrats et des ventes, des pertes
qu'on a évaluées à 11 milliards de dollars pour les petites
entreprises québécoises en 2022. Puis aussi le dirigeant de la PME en manque d'employés, bien, il fait des
heures et des heures supplémentaires. On a évalué ça à une semaine de huit jours. Ça existe juste dans la fiction,
les semaines de huit jours, ou dans le répertoire des Beatles, mais, dans la
réalité, ça fait en sorte que le dirigeant d'entreprise, bien, il éteint des
feux sur le plancher de son entreprise, il se fatigue puis il ne met pas
le temps nécessaire pour être capable de planifier le demain de son entreprise.
La pénurie a atteint un tel point que 46 %,
c'est près de la moitié, là, des PME au Québec, se disent à risque à court ou à
moyen terme, si l'enjeu de la main-d'oeuvre demeure ou s'aggrave. Et les postes
disponibles, bien, ils sont disponibles dans toutes les régions par centaines
de milliers. Selon nos données d'un sondage qu'on a fait en mai cette année, 80 % des PME en situation de
pénurie de main-d'oeuvre cherchent à combler des postes à temps plein pour
le personnel de production et de métiers
spécialisés; 50 %, du personnel technique et administratif; 46 %, du
personnel de vente; et 34 %, des
cadres et des gestionnaires. C'est une situation favorable pour une intégration
des nouveaux arrivants réussie.
Face aux
besoins criants des PME, nous saluons l'orientation du MIFI de favoriser
l'intégration sur le marché du travail des personnes issues de toutes
les catégories d'immigration afin de répondre aux besoins diversifiés de la main-d'oeuvre du Québec pour s'ouvrir aux
meilleurs candidats, comme d'autres groupes l'ont mentionné avant nous.
Nous demandons au gouvernement de revoir les critères de la connaissance du
français.
La FCEI est
conscience de... consciente de l'importance de la protection du français pour
notre société québécoise, pour protéger notre identité culturelle unique
en Amérique du Nord. Maintenant, nous sommes d'avis que de nombreuses personnes
qui ont un niveau de connaissance du français, mais qui n'ont pas
nécessairement atteint les seuils demandés,
pourraient peut-être les atteindre, surtout avec un accompagnement et avec la
francisation. D'ailleurs, la FCEI soutient la mise en place de
Francisation Québec.
Il faut mentionner que la francisation des
nouveaux arrivants est un synonyme d'une immigration réussie pour les PME du
Québec. Selon un sondage qu'on a fait en 2019, la barrière de la langue était
mentionnée par près de la moitié des
répondants qui avaient embauché un employé, 47,7 % pour être très précis,
comme l'un des principaux défis auxquels ils ont été confrontés lors de
l'embauche du nouvel arrivant. Et dans un sondage qu'on a fait tout récemment,
en juillet dernier, c'est quatre PME sur cinq qui sont très favorables à la
francisation, tant sur le point des retombées économiques que sur l'intégration
en milieu de travail.
Nous soulignons les efforts du gouvernement et
l'appui pour offrir des formations gratuites. Il reste cependant des trous dans
l'appui des PME dans les critères des différents programmes. D'ailleurs,
73 % des PME mentionnent que l'accès
gratuit à des mesures de francisation faciliterait l'embauche d'immigrants dans
leurs entreprises. Ici, les PME envoient un message d'appui très fort au
gouvernement québécois.
Nous désirons maintenant parler des délais. Le
cahier de consultation publique mentionne que 80 % des demandes reçues
dans le cadre du PEQ et 99 % de celles dans le cas du Programme régulier
des travailleurs qualifiés ont été
finalisées par le MIFI dans un délai de six mois. Nous saluons ce résultat qui
rend possible, selon nous, le fait de viser encore plus haut. La FCEI
propose de revoir ce délai de traitement à la baisse pour traiter les demandes
plus rapidement.
Le gouvernement du Québec, avec des
responsabilités supplémentaires par rapport aux autres provinces, doit montrer
l'exemple en la matière. Le Québec devrait viser être la meilleure des
provinces pour livrer la marchandise. Faisons-le
pour les personnes impliquées dans le processus, qui veulent refaire leur vie
ici. Faisons-le pour les PME qui s'affaiblissent lorsqu'elles sont en
manque d'employés.
Parlons maintenant de régionalisation... puis
j'ai avec moi quelqu'un qui a fait une superbelle étude. La FCEI est vraiment
heureuse que la présente consultation comprend un volet sur la régionalisation
de l'immigration. C'est un sujet qui est jugé
prioritaire par quatre PME sur cinq. Nous avons d'ailleurs publié une étude,
grâce au talent de Francis. On a,
dans le fond, basé... des estimations du gouvernement québécois, qui dit, en
gros, qu'un poste sur cinq va être comblé par l'immigration, puis on l'a
mis en relation avec la moyenne de l'immigration reçue entre les
années 2015 et 2019. Le résultat est frappant, Mme la Présidente. Il
existe un déficit de 18 000 immigrants pour combler les besoins
régionaux de main-d'oeuvre. Chaque année, c'est un centre Vidéotron de talents
qui manquent pour épauler nos PME, et ça aggrave la pénurie de main-d'oeuvre
pour les PME de nos régions et pour les économies régionales.
D'ailleurs, j'ai signé une lettre ouverte avec
le président de la Fédération québécoise des municipalités, le
12 septembre dernier, pour dire oui à plus d'immigration puis surtout en
région. Puis comment? Ça, c'est une bonne question.
Par une coordination gouvernementale et régionale, par la réduction des délais
puis en assurant que les régions administratives se dotent d'un objectif
numérique minimal clair pour la régionalisation de l'immigration. Cette cible
favoriserait la mobilisation des acteurs, elle permettrait également de suivre
l'évolution réelle, de déterminer ce qui fonctionne bien
dans une région, ce qui fonctionne moins bien, de faciliter l'adoption de
nouvelles mesures puis de concrétiser la régionalisation de l'immigration.
Enfin, la FCEI
encourage le MIFI à établir des liens forts avec les acteurs locaux, parce que
le succès de la régionalisation, selon nous, va se passer en région, pas dans
un bureau à Québec ou à Montréal.
J'ai gardé le
suspense jusqu'à la fin concernant notre position précise concernant
l'augmentation des seuils. La FCEI est enthousiaste de voir que le gouvernement
du Québec est réceptif à l'idée d'augmenter les seuils d'immigration et de
préparer une réflexion constructive et positive. Le seuil de
60 000 admissions en 2027 est une bonne mesure pour combler ces
besoins criants. C'est un bon pas dans la bonne direction, surtout avec l'ajout
des personnes provenant du PEQ. Le nombre d'immigrants ainsi accueillis se
rapprochera des données de la FCEI concernant
les besoins d'immigration en région. Actuellement, le Québec accueille environ
50 000 immigrants permanents annuellement.
En y ajoutant les 18 000 immigrants pour combler les déficits des
régions, le Québec devrait minimalement, selon nous, accueillir
60 000 immigrants de plus annuellement dès l'an prochain.
• (15 h 50) •
Les
répercussions du manque de pénurie de main-d'oeuvre dû au nombre trop faible
d'immigrants touchent les PME puis inquiètent les citoyens, comme le démontre
un sondage mené par Léger en 2022 auprès de 1 000 Québécois.
86 % des répondants se disent inquiets des impacts de la pénurie de
main-d'oeuvre sur la qualité, le prix et la disponibilité
de leurs biens et services. C'est 70 % des répondants qui sont d'avis que
le gouvernement du Québec devrait en faire davantage sur le plan de
l'immigration économique pour augmenter le bassin de travailleurs disponibles.
Finalement, nous
tenons à remercier la ministre et les parlementaires pour le présent exercice
démocratique, puis nous vous remercions de votre écoute, et ce sera un plaisir
et un privilège d'échanger avec vous.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Alors,
nous allons entamer la période d'échange avec les parlementaires. Mme la
ministre, je pense que vous avez deviné, 16 min 30 s pour votre
formation. Allez-y.
Mme Fréchette :
Merci. Merci, Mme la Présidente.
Alors, bien, merci, M. le vice-président, merci, M. Bérubé, de prendre part à cette discussion fort
importante. Je sais que vous êtes au coeur de la tempête, côté rareté de
main-d'oeuvre, depuis quelques années
déjà. Donc, merci de prendre part à cet exercice et de nous faire part de vos
propositions, de vos réflexions, de vos constats.
Je commencerais tout
simplement en vous amenant à la page 18, où vous recommandez que les
programmes d'ajustement de compétences tiennent compte de la réalité des
personnes immigrantes, simplement pour souligner, en fait, qu'on a le Programme d'aide financière pour la reconnaissance
des compétences, communément appelée le PAFFARC, qui permet aux personnes
immigrantes de suivre une formation d'appoint qui est prescrite par un organisme
de réglementation, tout en bénéficiant d'une aide financière.
Donc, en fait, je
vous invite, si ce n'est déjà le cas, là, à faire connaître cette mesure-là à
vos membres puisqu'elle sera certainement d'intérêt pour plusieurs des PME du
Québec. Puis on a aussi une application qui est Accompagnement Québec, qui est un service d'accompagnement dans les
démarches de reconnaissance des compétences, qui pourra être d'intérêt, encore
là, pour vos membres. Donc, je sais que c'est souvent un enjeu,
particulièrement pour les PME, de parvenir à avoir des informations sur
la reconnaissance des compétences. Alors, c'est des outils, je pense, qui
pourront être intéressants.
Vous mentionnez,
d'ailleurs, qu'il pourrait être intéressant que d'autres professions puissent
être mises à contribution, en fait,
intégrées dans les programmes ciblés par le gouvernement. Par exemple, à la
page 15 du mémoire, vous recommandez d'augmenter les professions dont les
compétences sont reconnues et les arrimer au programme de reconnaissance
des acquis en priorité avec les professions les plus touchées par la pénurie de
main-d'oeuvre. Donc, je me demandais, en
fait, quelles professions, plus particulièrement, vous aviez en tête quand vous
parlez d'élargir la liste.
M. Vincent
(François) : Bien, la CPMT fait une analyse quand même assez poussée,
là, des besoins puis des sous-besoins par rapport aux régions, par rapport aux
différents secteurs d'activité économique, donc... Puis on n'est pas le premier groupe qui parle de la pertinence
de la CPMT aussi, là, pour justement évaluer puis être mis à contribution...
puis le message, aussi, c'est vraiment arrimer.
Puis, tu sais, je
vais parler de la réforme réglementaire, là, on voit que c'est dans cet
angle-là que vous voulez aller, mais
vraiment de bien répondre aux besoins du marché du travail pour orienter
l'immigration, plutôt qu'aller, comme avant, sur les différents
pointages, etc. Donc, nous, c'est ça qui est vraiment important, parce que les
besoins sont criants puis les entreprises,
bien, vont... vivent les impacts de façon assez dramatique, merci. Donc, c'est
important que ce soit arrimé là-dessus.
On a eu beaucoup,
dans les dernières années, des priorisations de certains secteurs. Bien, il y a
certaines mesures, je pense entre autres à l'Opération main-d'oeuvre, bien, ça
va cibler certains secteurs puis pas d'autres. Donc, vraiment, nous, on dit : Arrimez vos programmes pour vraiment
répondre aux besoins spécifiques et aux besoins criants de la pénurie de
main-d'oeuvre.
Mme
Fréchette : Merci. Je vous amènerais maintenant sur, bien, la
connaissance du français, la francisation puis les exigences en matière de
connaissance du français. Donc, je vois que vous êtes favorables, somme toute,
à l'orientation que le gouvernement prend de
prioriser la connaissance du français. Mais, en même temps, vous mentionnez, bien,
qu'il y a des talents desquels on devra se passer, que certaines personnes qui
ne maîtrisent pas nécessairement le français ont des atouts importants pour
l'économie du Québec.
Donc, est-ce que je dois
comprendre que vous avez des craintes quant à la possibilité qu'on aille
recruter, dans le fond, les talents dont on a besoin pour continuer le
développement économique? Est-ce que les 320 millions de locuteurs
francophones ne constituent pas en soi un bassin suffisant, à vos yeux?
M. Vincent (François) : C'est un bon
bassin, puis il faut l'utiliser. Selon nous, il ne faut pas non plus se fermer la porte sur des talents qu'il pourrait y
avoir avec des bases proches du français : ceux qui vont parler espagnol
ou ceux qui veulent parler aussi le français. Je vais référer au Conseil du
patronat du Québec. Ils ont fait le test puis ils ont vu aussi que
c'était difficile d'atteindre les différentes catégories. Donc, nous, ici, là,
on dit de revoir pour, aussi, des candidats qui démontrent un intérêt, mais qui
ne vont pas nécessairement passer le test. Une langue, ça s'apprend.
Là, je vais donner un exemple qui est peut-être
boiteux, là, mais je vais le donner quand même. Quand j'ai eu mon entrevue à la
FCEI, en 2009, je me suis fait poser une question en anglais. Je n'ai pas été
capable de répondre. Puis le vice-président exécutif, à l'époque, il a
dit : Bien, peux-tu me répondre en français?, je veux comprendre ce que tu dis. J'étais sûr que je n'avais pas
l'emploi. Bien, j'ai travaillé, puis je l'ai appris, l'anglais, puis j'ai été
capable de faire une entrevue sur BNN.
Bien, je veux dire, si quelqu'un, on lui donne
le levier puis la possibilité de le faire, mais qu'on met des critères un peu
trop élevés, bien, ça peut faire en sorte qu'il y ait une perte de talents ou
des travailleurs temporaires qui pourraient avoir une porte ouverte pour
pouvoir devenir permanents, qui sont déjà en entreprise, parce qu'ils vont
avoir eu... pas le pourcentage requis, selon ce qui est visé par le
gouvernement du Québec.
Mme Fréchette : Bien, il reste que
la voie, justement, des temporaires peut en être une pour se donner le temps d'apprendre le français puis de répondre aux
exigences que l'on aura fixées par le règlement et les changements
réglementaires.
Je vous
amènerais maintenant sur, bien, les programmes d'aide offerts aux PME, parce
que vous mentionniez, c'est à la page 18, qu'il y a un manque de
connaissances, de la part des PME, quant aux programmes d'aide, là, qui leur sont destinés pour le recrutement de
travailleurs étrangers. Alors, est-ce que vous avez idée, en fait, de
programmes en particulier qui
mériteraient d'être davantage promus auprès des PME? Et est-ce qu'on pense, par
exemple, à Journées Québec, au Programme de financement des entreprises,
le Programme d'aide à l'intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi, le programme
PRIIME? Et, en fait, quelle est la part des mesures additionnelles à déployer qui relèverait du MIFI, versus de
la FCEI, pour davantage rejoindre votre clientèle?
M. Vincent
(François) : Bien, pas nous, là. On n'accepte aucune subvention
puis on ne fait aucun programme, là. Ça fait que...
Mme Fréchette : Non, mais ça fait
partie de votre rôle de faire connaître des mesures.
M. Vincent (François) : Oui, oui,
puis on le fait aussi avec notre département des ressources aux entreprises. Dans le fond, on joue le rôle des
départements de ressources humaines que la majorité des petites entreprises
n'ont pas.
Puis vous dites : Quels programmes? Bien,
je vous dirais, tous les programmes, puis c'est... puis ça, on a regardé ça
aussi au niveau de la pénurie de main-d'oeuvre, tu sais, il y en a, dans le
coffre à outils, il y en a, c'est incroyable. Il y en a au niveau des
programmes d'immigration, il y en a au niveau des programmes de francisation,
mais ça ne se rend pas, puis la pénurie de main-d'oeuvre est une des
principales causes.
Puis on a sondé, depuis plusieurs années, la
connaissance des différents programmes gouvernementaux, puis on a remarqué, Francis et moi, une diminution du
nombre de répondants qui disaient qu'ils connaissaient les programmes.
On ne peut pas faire de comparaison, parce que ce n'était pas exactement les
mêmes mots qui étaient dans la question, puis, d'un point de vue
méthodologique, on ne peut pas le faire. Mais le dernier qu'on ait fait,
c'était quand même assez large, c'étaient des programmes pour vous aider au
niveau de la formation ou le manque d'employés, là. Je veux dire, c'est large
en ti-pépère, puis c'est le quart, là, qui sont au courant de ça.
Puis, quand je dis que c'est relié à la pénurie
de main-d'oeuvre, bien, je veux dire, la première conséquence, c'est : je
travaille plus d'heures, à 72 %. Puis après ça, bien, si j'ai une petite
entreprise à cinq employés puis qu'il manque un employé, c'est 20 % de ma
force de production que je n'ai pas. Puis, au-delà de ça, on voit que, dans les
postes vacants, les postes vacants sont plus
importants, plus l'entreprise est petite. Ça fait qu'on rentre dans un cercle
vicieux puis on ne réussit pas à faire atterrir les programmes. Donc, on
offre notre pleine collaboration pour trouver une façon de les faire connaître
davantage et de les adapter pour les entreprises.
Mme Fréchette : Bien, tout à fait,
là. Je propose qu'on collabore et on se concerte pour mieux faire circuler
l'information. Là, vous avez ce réseau-là entre vos mains. Alors, bien, Mme la
Présidente, je céderai la parole à des collègues.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Alors, je passe la parole
à la députée d'Iberville. Il vous reste 7 min 56 s.
Mme
Bogemans : Merci beaucoup. Vous mettiez de l'avant des
objectifs ciblés par régions administratives pour la régionalisation de
l'immigration. C'est superintéressant. Est-ce que vous pouvez élaborer un petit
peu sur le concept?
• (16 heures) •
M. Bérubé
(Francis) : Oui, je peux y aller. Bien, en fait, c'est... Dans l'étude
qu'on a faite, au niveau de la... des déficits qu'on remarquait, là, au niveau
de la régionalisation de l'immigration, en fait, c'est qu'on a des politiques
au niveau de la régionalisation... ou, en tout cas, qui veulent favoriser
l'arrivée de nouveaux arrivants dans les différentes régions du Québec. C'est
depuis... bien, depuis Robert Bourassa, en fait, qu'il y en a. Une des choses
qu'on a constatées, c'est qu'il n'y a jamais eu de chiffres concrets ou de
cibles, je dirais, établies pour chacune des régions. Puis, quand je parle de
cibles, aussi, il y a l'attraction dans la région, mais aussi au niveau de la
rétention dans l'évaluation à faire aussi. Donc, c'est se donner des cibles
concrètes. Puis, à partir du moment où on a une cible concrète, bien, on se
donne des objectifs, on peut se faire un tableau de bord puis définir, bon,
bien, de quelle façon on y arrive. Puis, si on n'y est pas arrivés, bien, on
essaie de comprendre pourquoi puis on peut réévaluer aussi nos cibles en
conséquence.
Donc, c'est vraiment à partir de là qu'on s'est
dit : Bien, ça prend des cibles. Puis notre étude démontrait aussi que...
bien, le déficit, de lui-même, on l'a chiffré par région administrative du
Québec, bien, ça peut être ça en commençant, la cible, mais ça, à la discrétion
du gouvernement puis des régions elles-mêmes, parce que les régions elles-mêmes
méritent d'être consultées. Les MRC pourraient même définir... Ils connaissent
bien leurs territoires, les cibles qui seraient cohérentes avec leur milieu.
Donc, voilà.
M. Vincent (François) : Si je peux
rajouter quelque chose, trois choses rapides...
Francis a parlé de Robert Bourassa dans le
discours. J'avais pris une citation d'un document gouvernemental de 1991, qui aurait pu se retrouver dans le même
document aujourd'hui, pour démontrer qu'on en parle depuis longtemps, mais une
des façons de le faire, c'est de se donner une obligation de résultat. Mme la
Présidente, vous le savez, vous avez fait le plan d'allègement
réglementaire, puis un des éléments qui fonctionnait, qui a été amélioré, c'est
qu'il y a eu un objectif par rapport à la diminution du nombre de formalités
administratives, parce qu'il y avait des objectifs sur le volume, il y avait des objectifs sur le coût, mais
pas sur le nombre de formalités. Puis le gouvernement du Québec a été capable
d'atteindre ses objectifs sur le volume, sur le coût, mais pas sur les
formalités.
Donc, ça donne une obligation de résultat des
acteurs locaux, qui doit aussi être faite en concertation avec les acteurs
locaux. Puis c'est possible, parce qu'il y a le ministre de la
Capitale-Nationale qui s'est donné des objectifs d'augmentation d'immigration
qui vont plus loin que ce que nous, on évalue dans le déficit d'immigrants par
rapport au un cinquième des postes vacants.
Mme Bogemans : Oui, en effet, mais,
si on peaufine un petit peu au niveau de la cible, ça pourrait être le poids
démographique, comme vous avez dit, mais est-ce que vous mettriez... Quand vous
parlez du profil régional, est-ce que certaines industries, certaines filières
pourraient être mises de l'avant?
M. Bérubé (Francis) : Bien, je
dirais, c'est sûr que, tu sais, les besoins de main-d'oeuvre, tu sais,
pourraient être une des variables utilisées pour éventuellement se donner une
cible. Tu sais, il y a aussi toutes les projections économiques futures, là. Tu
sais, si on anticipe une croissance, par exemple, très grande de l'économie, ou
plutôt une stagnation, par exemple, ou, en tout cas, une croissance plus
faible, bien, on peut réfléchir à nos cibles d'immigrants, comme ça, par
région.
Mais je vous dirais, dans les faits, là, quiconque
se promène dans les régions du Québec, puis je sais que plusieurs d'entre vous
le font régulièrement... mais les milieux sont déjà mobilisés par rapport à
cette situation-là, donc... puis, quand je
dis «les milieux», c'est les milieux économiques, c'est les milieux... oui, le
milieu... Les fonctionnaires du
gouvernement du Québec, souvent, sont impliqués. On a des groupes
sociocommunautaires qui sont impliqués dans ces démarches-là.
Donc, il y a déjà des démarches de concertation,
de mobilisation pour ça. Maintenant, la coordination, le soutien à ces
initiatives-là, qui, souvent, émergent aussi des MRC, à plusieurs égards, bien,
en fait, un soutien, une reconnaissance au
niveau de ce qui se fait déjà, en fait, donnerait probablement un bon coup de
pouce à la plupart des régions du Québec.
Mme Bogemans : C'est ça, bien, parce
que, oui, il y a toujours le profil de la région puis la capacité aussi, bien entendu, de la région, mais, au-delà de ça,
tu sais, il y a des... par exemple, la filière batterie ou l'intelligence
artificielle qu'il y a plus à
Montréal, moins en région, mais est-ce que vous pensez que l'ouverture par
bassin sectoriel serait aussi appropriée que par bassin régional?
M. Bérubé (Francis) : Bien, je vous
dirais, tu sais, déjà, les directions d'Emploi Québec ont déjà des bonnes
lectures régionales des besoins de main-d'oeuvre de toute façon. Ça fait qu'ils
peuvent y aller de façon sectorielle puis en fonction des différents métiers.
Donc, on est... déjà l'expertise régionale aussi, même économiquement, pour
savoir les besoins de main-d'oeuvre très régionalement, là.
M. Vincent (François) : Il faut
répondre aux besoins des PME. Il y a des besoins au niveau de la PME. Les deux
principals freins, selon le Baromètre des PME de la FCEI, c'est la pénurie de
main-d'oeuvre qualifiée puis non qualifiée. Le principal... l'augmentation des
charges, c'est les charges salariales. On n'est pas pareils que dans les autres provinces, là. Ça fait vraiment mal. Donc,
il faut répondre aux besoins des régions. Il faut répondre aux besoins des PME. C'est ceux qui offrent le plus
d'emplois... puis que, si tu perds un employé, que tu as des problèmes, bien,
tu peux tomber plus rapidement.
Sur
la filière batterie, ça va créer... ça va créer une pression. Il y a beaucoup
d'entreprises qui sont là. Quand il va y avoir des plus grosses entreprises qui
vont avoir des gros salaires, puis qu'ils ont quand même des très bons salaires
dans les PME, bien, il va y avoir... il va peut-être y avoir un transfert de
main-d'oeuvre puis, donc, créer une augmentation
des impacts de la pénurie de main-d'oeuvre, donc, c'est... pour les petites
entreprises. Donc, c'est vraiment, vraiment important de répondre aux
besoins des PME.
Mme
Bogemans : Absolument. Tantôt, vous parliez de flexibilité, entre
autres, concernant la francisation puis la réalité aussi des PME. Comment
percevez-vous la francisation en entreprise, par exemple?
M. Vincent
(François) : Bien, vous avez... vous plébiscitez comme ça ne se peut
pas, là, tu sais, dans les résultats, par rapport au fait que les PME voient ça
positivement, là, la francisation, puis je l'ai dit aussi, là, bien, ça, c'est
le cas aussi dans le reste du Canada, là, la barrière de la langue.
Maintenant, on a
regardé ça. Il y a plusieurs programmes qui existent. Il y a des programmes qui
visent le secteur des services,
restauration. Il y a des programmes qui existent dans d'autres secteurs, mais,
après ça, qui est capé à 15 000.
Il y a des programmes, donc, et puis juste pour... qui passent par la CPMT,
mais il faut qu'il y aille quelqu'un qui offre pour... Donc, il y a
plein de programmes qui existent.
Francisation Québec,
c'est vraiment la bonne idée de créer un guichet unique, mais vous pourriez en
faire encore plus à cet égard-là, puis ça va être positif pour l'intégration
des nouveaux arrivants, pour des temporaires qui voudraient devenir permanents
puis qui ont besoin d'avoir une porte d'entrée au niveau du français, puis au
niveau des entreprises, là, pour intégrer
leurs employés. Donc, ça, je pense que c'est vraiment une orientation qu'il
faut poursuivre.
Par contre, pour les
temporaires, nous, on ne pense pas qu'il devrait y avoir des exigences pour le
français qui soient mises dès le départ. Ça,
ça créerait une problématique supplémentaire aux entreprises qui vont déjà
dépenser plusieurs milliers de dollars pour faire les démarches, qui
vont aller, en dernier recours... Ce n'est pas ça... Les premières choses qu'ils vont faire, là, ils vont
augmenter leurs salaires, élargir le bassin, augmenter leurs avantages sociaux,
donner plus de flexibilité puis après ils vont aller vers l'immigration,
puis, quand ils vont vers l'immigration, ils ne vont pas aller à travers les
travailleurs étrangers temporaires, mais, quand même, il ne faut pas mettre une
contrainte supplémentaire. Puis ceux-ci qui
rentreront, s'ils veulent, ils vont pouvoir avoir un accompagnement avec
Francisation Québec, mais une fois arrivés en sol québécois.
Mme
Bogemans : Parfait. Vous parliez... Il reste très peu de temps, là,
mais vous parliez d'améliorations à apporter peut-être à Francisation Québec
en... Précisément, qu'est-ce que vous voulez dire?
M. Vincent
(François) : Que ça couvre davantage. Ça ne couvre pas les charges
sociales. C'est bloqué après 15 000, ça...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui termine cette
première portion pour les échanges avec les élus. Maintenant, à l'opposition officielle,
avec le député de Nelligan, pour 12 min 23 s, le micro est à
vous.
M. Derraji : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour à vous deux. Merci pour votre présence. Ce n'est pas
la première fois, clairement et certainement pas la dernière fois.
Je tiens à prendre
quelques minutes pour vous remercier pour l'ensemble des études. J'ai vu celle
sur la régionalisation et je tiens à vous remercier, parce que c'est avec du
bon travail, de la bonne documentation, des études béton que nous, on peut
prendre la bonne décision. Donc, je tiens à vous féliciter. Surtout, surtout la
dernière, sur la régionalisation, ça a démontré d'une manière très, très claire
la pertinence d'une organisation comme vous, mais
aussi la pertinence de parler de la régionalisation et enlever le voile sur
ceux et celles qui pensent qu'on n'a pas besoin d'immigrants, surtout en
région.
Donc, ça a été une
petite introduction pour vous remercier sur votre excellent travail. Ma
première question : Est-ce que vos besoins, les besoins de vos membres,
sont des besoins permanents ou temporaires?
M. Vincent
(François) : Bien, il y a des besoins temporaires qui existent, ça,
c'est clair, et ça, ça ne fait pas de doute, mais les besoins, c'est des postes
à temps plein, à 80 %, pour le personnel... Bien, je l'ai dit dans mon
speech, là, je peux aller le chercher, principalement, c'est des postes qui
sont permanents, oui.
• (16 h 10) •
M. Derraji : Excellent.
Maintenant, on revient aux membres que vous représentez, c'est des PME. Ça
coûte cher, faire une étude d'impact, c'est très bureaucratique. Vous avez
mentionné tout à l'heure le projet de loi, où j'ai siégé aussi, sur la
paperasse. Les PME souffrent déjà de beaucoup de choses. Je pense que, si je
vous... si on avait, aujourd'hui, un ministre de l'Économie... Vous allez
énumérer la liste que vous demandez depuis plusieurs années. Rajouter ce
fardeau de permis de travail fermés, ouverts, rajouter l'étude d'impact sur le
marché de travail pour avoir des temporaires, c'est de l'argent que la petite
entreprise perd, parce que, pour faire face à l'absence du permanent et de la
chronicité de l'enjeu, ils font affaire aux temporaires, et c'est là ma
question. Il y a deux scénarios sur la table, 50 000
et 60 000. Si vous avez à choisir entre augmenter les seuils du permanent
versus le temporaire, lequel... quel scénario vous préférez?
M.
Vincent (François) : Nous, on veut qu'on augmente les seuils. Ça fait
que, déjà, je pense qu'il y a eu... Déjà, je pense que la réflexion va dans le bon sens pour
faire une bonne réflexion, prendre la bonne décision, donc, y aller de
soit... soit sous forme étapiste.
Par rapport aux
travailleurs temporaires, j'ai une donnée ici, qu'on n'a pas mise dans notre
mémoire parce qu'on voulait garder quand même des trucs à rajouter en
commission, d'une recherche qu'on a faite en 2009... 2019, dis-je. Des entrepreneurs qui ont fait affaire
avec le processus d'immigration, donc pas nécessairement des temporaires,
il y en a 29 % qui disent que leur
entreprise ne pourrait pas fonctionner sans travailleurs étrangers. Ça mettrait
en péril des emplois pour les
employés... des employés canadiens. Puis ça, ce n'était pas tous les répondants
qui... ils avaient embauché... un programme d'immigration.
Donc, ce
programme-là, il doit rester, il doit être intéressant. Il doit rester.
Maintenant, c'est sûr, selon nous... Puis on l'avait dans une recherche qu'on a
déposée en février 2020, mais la pandémie est arrivée tout de suite après, puis on n'a jamais parlé de cette étude-là, au
niveau national, puis on demandait, tant au niveau fédéral... puis on a parlé,
dans nos représentations, de créer une passerelle pour que, justement... qu'il
y ait des temporaires qui puissent avoir accès à la citoyenneté
canadienne ou la résidence permanente au Québec, ce qu'on voyait qu'il n'y
n'avait pas, puis qu'on voit qu'avec la réforme réglementaire puis cette
présente consultation là, bien, on s'en va dans la bonne direction.
M. Derraji :
Oui, mais on s'entend que c'est de... encore une fois, on parle de lourdeur
administrative pour ces entreprises. Ce
n'est pas facile, naviguer dans le système d'immigration. Ce n'est pas facile,
aller faire des missions à
l'étranger. Et, encore une fois, je ne parle pas de la grande entreprise. Avant
vous, Québec International l'a
mentionné très bien, il existe des services de ressources humaines dans la
grande entreprise. Pas sûr que ça existe dans la petite entreprise. On
parle des PME aujourd'hui. On parle de 259 000 PME. Ce n'est pas
l'ensemble des PME qui ont le temps,
l'énergie et l'argent pour ramener des travailleurs temporaires étrangers. On
parle d'efficacité. Les PME sont là pour innover, pas pour naviguer au
sein d'un système bureaucratique.
M. Bérubé
(Francis) : Moi, je peux peut-être... juste un élément à ce que vous
dites, mais c'est parce que moi... ce que vous dites, c'est totalement vrai.
Dans certains cas, c'est un parcours du combattant, il y a des délais. Ce que
ça illustre, ça, en fait, c'est que, si un entrepreneur, surtout dans un contexte
de PME, se tourne vers cette voie-là en sachant la complexité puis les coûts
associés, bien, ça fait juste démontrer l'ampleur de la pénurie de main-d'oeuvre, en fait. C'est un des éléments qui
démontre cette pénurie de main-d'oeuvre-là de façon assez saillante, de
mon point de vue, avec ce que vous dites, là.
M. Vincent
(François) : Je veux ajouter par rapport à ça, sur les... On a posé en
2019 : Quelle catégorie de nouveaux immigrants avez-vous embauchée?
71,2 %, c'est des immigrants qui étaient déjà au Canada, qui avaient des autorisations de travailler. Ça, je pense que
ça répond à votre question. Donc, si on permet justement à des personnes
de venir en sol québécois, puis qu'ils
répondent aux besoins du travail des entreprises, bien, les entreprises, elles
vont les embaucher sans
nécessairement faire un processus énorme. Sur les problèmes rencontrés avec le
système d'immigration, un, paperasse; deux, retards; trois, coûts. C'est
ça, les trois principales contraintes qu'ils avaient mentionnées.
M. Derraji :
OK. Parlons de francisation. Vous dites que c'est très important, mais il
faut donner aux entreprises les ressources
nécessaires afin de pouvoir les... la faire dans leur milieu de travail. Bien,
il y a Francisation Québec...
M. Vincent
(François) : Oui, c'est bien.
M. Derraji :
Juste «c'est bien»?
M. Vincent
(François) : Non, non, mais, je veux dire, on a fait une sortie... Il
y a Francisation Québec qui offre des
services, et donc... oui, mais on peut en faire davantage. Il y a quand même...
On a sondé nos membres, là, puis c'était
80 % qui croient que l'accessibilité et la disponibilité des services de
francisation offerts aux personnes immigrantes en PME contribuent à
l'économie de la province. Il y a 79 % qui pensent que le renforcement des
mesures de francisation améliorera l'intégration au milieu de travail,
84 % qui pensent aussi que ça va favoriser l'établissement et l'accueil des immigrants dans les régions.
Donc, c'est quand même... c'est quand même un message fort qui est envoyé.
Maintenant, quand on
leur parle de leurs contraintes, bien, il y a 68 %... mais les coûts
associés, ça fait mal, mais ça, les coûts,
plus tu es petit, plus ça fait mal. On l'a vu avec une recherche qu'on a faite
sur l'augmentation des prix. Donc, toute mesure qui va aider l'entrepreneur à
franciser, quitte à ce que ça soit même une mesure fiscale... Tu sais, quand
j'ai fait une recherche sur Google, je vois qu'il y a quand même une offre dans
le système privé aussi, là, mais pourquoi ils ne pourraient pas se faire
rembourser, là, facilement? Moi, je l'ai fait, j'ai francisé, j'ai payé, bien,
je me fais rembourser, puis aussi avoir aussi une offre de la part de
Francisation Québec. Mais, chose certaine, ça va dans la bonne direction, puis il
y a un mandat clair qui est donné pour dire : Bien oui, on peut améliorer
la prestation de services puis l'accompagnement aux PME dans cet égard.
M. Derraji : Oui.
Parlons maintenant de... les trois prochaines années, je ne sais pas si vos
projections par rapport à la pénurie de
main-d'oeuvre... ou on va revenir à une certaine stabilité. Est-ce que vous
avez des projections?
M. Vincent
(François) : Bien, on n'a pas posé de question sur les
projections. Ce que je peux vous dire, c'est que la pénurie de
main-d'oeuvre a diminué en intensité. On était à 66 % l'année passée, les
PME qui étaient aux prises avec la pénurie de main-d'oeuvre,
puis on est à 60 %. Bien là, il ne faut pas sortir la fanfare puis faire
la fête, là, tu sais, c'est quand même trois PME sur cinq qui se retrouvent en
situation de pénurie de main-d'oeuvre, puis on a 85 % qui vivent les impacts collatérals, bien, quand on prend les
impacts collatérals, l'augmentation des coûts, pressions, pertes d'emplois, etc. Puis ce qu'on a remarqué
dans nos données, c'est qu'il y a une diminution des PME qui ont besoin d'employés
pour croître. C'est là où il y a le changement, là, dans le fond, des points de
pourcentage, qui peut se faire, parce qu'il y a une diminution de la croissance
économique qui peut se faire, parce que le dirigeant d'entreprise est pris avec
la pénurie de main-d'oeuvre puis il dit juste : Bien, je vais juste
maintenir le rythme, ralentir un peu, puis
je vais rester où est-ce que... où je suis. Mais, quand on regarde les projections
démographiques, là, ce n'est pas un enjeu qui va partir, là. Ah non!
M. Derraji : Mais vous avez beaucoup
misé sur la régionalisation lors de votre dernière sortie. Ce n'est pas la première fois que la FCEI parle de la
régionalisation. Depuis avant même que je sois député, vous parliez beaucoup de
la régionalisation. Vous avez participé à la dernière consultation. Vous avez parlé
de la régionalisation. Là, vous avez vraiment un mandat très fort. Par
rapport à la régionalisation, c'est quoi, selon vous, les conditions du succès,
si on veut vraiment s'assurer que vos membres, un, soient contents mais, deux,
qu'ils nous aident au niveau des efforts de la régionalisation?
M. Vincent (François) : Bien, on en
parlait beaucoup, mais là on est documentés beaucoup plus qu'on était puis on a essayé de trouver des solutions pour que
ça fonctionne aussi. Je pense, moi, que la clé, là, c'est vraiment le...
c'est vraiment de se donner un objectif, parce qu'après ça, bien, on va faire
des beaux plans, là, puis on va être bien contents, puis on va se revoir dans
trois ans, puis on va reparler des mêmes affaires.
M. Derraji : Excellent, M. Vincent,
donnons-nous des objectifs. Aujourd'hui, je ne sais pas si vous avez vu Québec International, mais vous étiez là avec...
quand Montréal International était là. Québec International... que Québec, la
région de la Capitale-Nationale, deuxième métropole en termes d'importance,
bien, il veut sa part. Montréal veut sa
part. Ils disent : Écoutez, nous, deux tiers des postes vacants, si on a
l'équivalent pour combler nos postes, c'est bon.
Et là, maintenant, comment vous voyez... Si vous
étiez à la place de la ministre, comment vous allez mettre en application cette
régionalisation, sachant que notre bassin, il est limité, admettons le cas...
scénario deux, 60 000, oublions les temporaires?
M. Vincent
(François) : Bien, dans notre étude, c'est pour ça qu'on...
C'est pour ça que, dans notre mémoire, on
dit «50 plus 18», parce qu'on ne veut pas que la régionalisation se fasse sur
le dos des immigrants qui vont à Montréal.
Tu sais, les PME qui vont à Montréal... On veut que les... qu'on augmente le seuil
puis qu'on vise les régions.
• (16 h 20) •
Le deuxième élément à prendre en considération,
c'est que, dans notre étude... c'est pour répondre au un cinquième des remplacements des postes, les
besoins identifiés. Donc, ça veut dire que la majorité des autres besoins,
ça va être par d'autres façons, par l'automatisation, par le retour des
personnes éloignées du marché du travail, par l'augmentation de la
productivité. Puis, si on veut se donner une cible, bien, je vais vous référer
à la page 8 de la superbe étude de Francis
Bérubé, puis on a les déficits annuels. Ça fait que nous, selon nous, on
devrait se baser sur cela, mais les régions, aussi, ils pourraient les
définir.
Peut-être un dernier élément, puis peut-être
Francis voudrait rajouter... La ministre a probablement entendu souvent parler
de notre étude, parce que ça a adonné qu'on l'a sortie quand il y avait une
tournée régionale, puis ça, on ne le savait pas du tout, pour vrai, puis ça a
adonné que certaines régions avaient même des évaluations comme les nôtres sans
qu'on se soit parlé, mais la région peut être capable de dire : Bien,
dans... la FCEI qui dit, metttons, Outaouais, 587, bien, nous, sur notre
besoin, c'est... on veut que ça soit 1 000.
M. Bérubé (Francis) : Bien, c'est
ça, en fait, c'est que les régions ont déjà des intervenants qui sont quand
même très, très — je
vais dire un anglicisme — groundés,
là, sur le terrain. Donc, ils sont en mesure de travailler avec le gouvernement
du Québec pour aller atteindre certaines cibles. Tu sais, l'étude qui a été
faite de notre côté...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup.
M. Bérubé (François) : Pas de
problème.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois malheureusement vous arrêter dans cette portion,
mais vous allez pouvoir finaliser le tout avec la deuxième opposition pour une
période de 4 min 8 s. M. le député, le micro est à vous.
M.
Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Je vais vous ramener sur la régionalisation, notamment sur la proposition
qu'on a mise au jeu la semaine dernière, le
PEQ régionalisation ouvert à tous. Donc, on revient avec la CNP 0, A, B,
C, D, donc, pour les moins qualifiés, 12 mois de travail à
accomplir au lieu de 24. On laisserait 24 mois pour la région de Montréal,
mais on voudrait donner un avantage comparatif hors Montréal, évidemment, pas
de frais de traitement aussi, donc un avantage comparatif financier, pour les
familles, qui pourrait aller autour de 1 500 $ et, évidemment,
traitement en priorité et de manière accélérée pour les dossiers en région.
Qu'est-ce que vous en pensez?
M. Vincent
(François) : Bien, je vous dirais, une bien bonne idée, là,
sincèrement. On ne l'a pas dans notre mémoire, mais, non, je trouve...
Sincèrement, c'est d'autres éléments qui pourraient se rajouter dans la
proposition qu'on a faite. Puis j'irais
peut-être plus loin dans ma réponse, là. Ça fait longtemps que je suis à la
FCEI, j'ai eu deux passages, mais c'est rare... c'est rare qu'on est
d'accord sur des choses. Souvent, c'est plus le contraire. C'est arrivé quelques fois, mais d'habitude, c'est que
c'est des très, très bonnes idées. Donc, oui, je pense que c'est des... une
recommandation qui devrait être prise en considération sérieusement.
M. Cliche-Rivard : Merci. Excellent.
Bien, j'espère que le message sera entendu. Vous parlez d'augmenter la part de
l'économique dans l'immigration totale versus tout simplement d'augmenter
l'économique. Moi, je me demande si on a
besoin de jouer le jeu du pourcentage. Est-ce qu'on doit, finalement, favoriser
l'économique par rapport à un autre
ou est-ce qu'on ne peut pas tout simplement augmenter l'économique sans
nécessairement dire qu'on va aller diminuer d'autres catégories? Je me
demande qu'est-ce que vous en pensez.
M. Vincent
(François) : Ça, je vais laisser ça à votre discrétion dans les
échanges. On a parlé aussi que, tu sais, c'était important aussi de garder
l'effet... l'élément humanitaire, mais, si on veut bien répondre aux besoins du
marché du travail, il faut aussi que ça soit de l'immigration
économique, mais ça, je vais laisser ça à votre discrétion pendant les échanges
en commission.
M. Cliche-Rivard : Je comprends
quand même, puis on le dit de temps en temps, qu'il y a des... beaucoup de PME ou autres qui utilisent aussi... pas que
l'immigration économique. Je comprends qu'il y a énormément de demandeurs
d'asile qui font partie des PME. Il y a énormément du regroupement familial,
des époux qui viennent rejoindre... qui en font partie aussi. Donc, je pense,
des fois, que c'est important de le souligner et je ne suis pas en train de dire que l'économique n'est pas
important. Au contraire, c'est très important, mais je pense qu'on a un
éventail de bassins d'employés, si je ne me trompe pas. Vous êtes d'accord
avec cette affirmation?
M. Bérubé
(Francis) : En fait, en termes de besoins, là, c'est sûr que
les besoins sont essentiellement partout. Donc, ils sont rares, les
secteurs où qu'ils n'ont pas de besoin, en effet.
M. Vincent (François) : Puis, après
ça, nous autres, on a ciblé aussi par rapport aux critères qu'on avait dans
notre analyse, puis, avec le nombre de postes vacants, c'est sûr que, si on
amène une personne qui peut répondre à un besoin non qualifié, bien, elle va se
trouver un emploi tout de suite, là. Il y a des centaines de milliers de
postes, puis la majorité des PME embauchent des personnes qui sont déjà ici.
Maintenant, là, il y a aussi des besoins
qualifiés, non qualifiés, pénurie... Ah! un élément intéressant que je voudrais
vous mentionner, on a fait une étude récemment... bien, une étude, on a sorti
nos données du baromètre des affaires sur les 12 derniers mois au Québec
puis on a fait une extraction entre les PME en croissance, donc, qui se
voient... positifs, qui ont une... qui sont optimistes par rapport aux
12 prochains mois, puis celles qui le sont moins, puis celles qui étaient optimistes, donc, qui sont plus en croissance,
ont des besoins plus grands par rapport à la pénurie de main-d'oeuvre
qualifiée. Donc, ça, c'est à prendre en considération aussi.
M. Cliche-Rivard : S'il y avait eu,
sur la table, un troisième scénario ou un autre scénario à 70 000, est-ce
que que vous l'auriez privilégié?
M. Vincent (François) : Bien, tu
sais, ça dépend si on est à The Price is Right, parce qu'il ne faut pas
que tu dépasses le chiffre, là, puis nous,
on est à 68 000. Ça fait que, là, on n'aurait pas pu, mais, si on
arrondit, oui, en... tu sais, il y a des besoins pour les PME. Ils sont là,
mais on a basé notre analyse sur le cadre du un cinquième. Maintenant, les
besoins des PME sont là, là. Il y a des entreprises, là, qui ferment. On a eu
des dépanneurs qui ont fermé dans des... à Lévis, etc. On entend des
histoires...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Sur ce, je vais vous inviter à... bien, à conclure... en
fait, vous venez de conclure. C'était la fin de l'audition. Merci beaucoup,
messieurs, pour votre apport aux travaux de notre commission. Merci pour votre
mémoire.
Je vais suspendre les travaux quelques instants,
le temps de recevoir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 26)
(Reprise à 16 h 30)
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations avec les
citoyens reprend ses travaux.
Alors, pour notre dernière audition de la
journée, nous recevons Le COFFRET. Mesdames, je vais vous inviter, dans
quelques secondes, à vous présenter, et vous allez bénéficier d'une période de
10 minutes pour votre exposé, donc, vos
recommandations, et on va terminer le tout avec une période d'échange avec les
parlementaires. Alors, la parole est à vous.
Centre
d'orientation et de formation pour favoriser les
relations ethniques traditionnelles (COFFRET)
Mme Chaloux (Line) : Bonjour. Merci
beaucoup de nous avoir permis cette audience. Alors, mon nom est Line Chaloux.
Je suis directrice du COFFRET.
Mme Annabi (Hedia) : Mon nom est
Hedia Annabi, vice-présidente du COFFRET.
Mme
Denommé (Linda) : Bonjour. Linda Denommé, je suis administratif
du... sur le conseil d'administration du COFFRET. Bonjour.
Mme
Chaloux (Line) : Alors,
parmi nos recommandations, une des premières, c'est au niveau de l'intégration
des nouveaux arrivants. Alors, si vous
connaissez le programme Objectif intégration, nous, on proposerait que tous les
immigrants puissent avoir accès à cette formation-là. Les gens qui la suivent
nous disent que ça a changé leur vie. Ce n'est
pas peu dire. Alors, ce serait de permettre qu'on puisse donner cette
formation-là dans un autre format que huit jours de suite. Alors, pour des gens qui travaillent, ce n'est
pas accessible. Ça fait qu'on
proposerait un horaire mieux adapté pour donner cette formation-là.
Ensuite, on aimerait vous sensibiliser au fait
que, les nouvelles conditions d'accès à un permis de travail ouvert pour les
conjoints des personnes qui ont un permis de travail fermé, bien, on exige
maintenant un français de niveau 4, ce qui handicape beaucoup les
conjointes de nombreux travailleurs. Donc, ces femmes-là ont droit aussi à une
intégration, alors on vous demanderait une certaine sensibilité pour que ce
niveau-là soit abaissé et permette à ces femmes-là d'avoir accès à un permis de
travail ouvert.
Ensuite, dans nos recommandations pour favoriser
une immigration jeunesse, on aimerait vous sensibiliser au fait que, vous
savez, il y a beaucoup d'enfants non accompagnés présentement, là, surtout dans
les camps de réfugiés, et nous, on aimerait
pouvoir faire un programme de parrainage de ces enfants-là, et qu'ils puissent
arriver jusque chez nous par le programme des RPCE, qui sont les
réfugiés pris en charge par l'État. Alors, c'est un programme qui va très bien. Nous, ça fait plus de 25 ans
qu'on reçoit des réfugiés sur ce programme-là, et on aimerait pouvoir
parrainer, là, à travers ce programme-là, des enfants qui pourraient arriver,
et c'est ce que nous recommandent aussi les représentants du Haut Commissariat
de l'ONU.
Ensuite, on aimerait voir comment valoriser les
relations entre le MIFI puis l'IRCC, parce qu'on s'aperçoit qu'il y a une difficulté de recrutement qui fait
qu'il y a un manque de personnel au IRCC, qui crée des attentes démesurées
par rapport au traitement des dossiers, et
voir comment on pourrait valoriser ce travail-là pour recruter plus de
fonctionnaires.
Alors, c'est... On dirait que c'est un peu
décousu, notre affaire, parce qu'on change de thème, mais on essaie d'y aller
le plus large possible.
Ensuite, on aimerait vous sensibiliser aussi sur
les entreprises défaillantes. Alors, vous savez, présentement, au Québec, il y a énormément d'entreprises qui
vont sélectionner des travailleurs à l'étranger. Malheureusement, dans nos
organisations, pas juste Le COFFRET, là, tous les organismes à travers le
Québec, on a à intervenir et à soutenir ces
personnes-là quand les employeurs ont une défaillance dans les contrats.
C'est-à-dire que les travailleurs temporaires arrivent ici sur un permis
de travail de trois ans, ils travaillent, puis, au bout de
trois mois, woup, il n'y a plus d'ouvrage,
et ils sont congédiés, se retrouvant, souvent, là, sans ressources, dans des
situations de vulnérabilité et de pauvreté invraisemblables. Et les
entreprises, elles, elles vont continuer d'aller sélectionner à l'étranger
quand même.
Alors, un peu
comme les supervisions qui sont faites pour les garants défaillants de
parrainage de conjoints, là, il y a... il y a comme des suivis qui sont faits, bien,
on aimerait vous sensibiliser au fait qu'il devrait y avoir aussi un suivi
avec les entreprises défaillantes qui font en sorte que des employés, des
travailleurs temporaires se retrouvent en grande situation de précarité.
Ensuite, on aimerait vous sensibiliser aussi à
la réalité des organismes communautaires, là, au niveau du financement de nos
actions. Et, cette année, nous avons été très peinés de voir que l'ensemble des
transferts fédéraux qui sont faits... qui sont faits, là, auprès du
gouvernement provincial, pour accompagner l'intégration des nouveaux arrivants
a été coupé. Alors, c'est la première fois, que ces transferts-là ne sont pas
utilisés entièrement pour les organismes et les institutions qui ont des
ententes, là, de... pour l'intégration des nouveaux arrivants. Et, bien, il y a
de plus en plus d'immigrants qui arrivent
sur nos territoires, et là on ne peut pas mettre en place les services
nécessaires pour accompagner ces
gens-là. Alors, on est très préoccupés par cette réalité-là et on aimerait
voir, là, comment est-ce possible que les transferts fédéraux qui sont
faits qui sont attribués à l'immigration, bien, puissent demeurer pour les
organismes communautaires.
Ensuite, on voulait voir aussi... il y a
certains programmes de votre ministère auxquels les organismes communautaires
peuvent avoir accès seulement, et seulement si la MRC a un plan d'action
stratégique en matière d'immigration. Eh bien, quand, dans une MRC, au niveau
des politiques, les maires qui sont là n'ont pas cette priorité-là, eh bien, c'est les organismes du milieu qui sont pénalisés.
Alors, on voulait voir comment on peut s'assurer que... dans le développement
des compétences locales, pour être capables de garder des travailleurs
étrangers, d'avoir une certaine
rétention par rapport aux nouveaux arrivants, bien, qu'on puisse avoir les
services adéquats et peut-être même nous permettre d'accompagner les MRC
pour qu'elles puissent avoir, là, des plans d'action.
Ensuite, bien, comme on vous disait, là, pour le
parrainage des enfants non accompagnés, on aimerait être en mesure d'ouvrir un protocole pour favoriser
l'arrivée de ces enfants-là, qui, pour nous, là, le Québec, le Canada... On est
une contrée, là, qui avons une responsabilité très importante au niveau du
droit des enfants. Au niveau international, on a signé des ententes, et il y a un engagement,
à mon sens, auquel le gouvernement devrait réfléchir pour voir de quelle
façon est-ce qu'on peut être proactif dans ce domaine-là.
Et finalement, nous
avons... je vous disais, un peu plus tôt, là, les cas que nous avons en région,
là, sont de plus en plus complexes, que ce soient les travailleurs temporaires,
ou que ce soient les conjoints, ou que ce soient toutes sortes... On a aussi
des problèmes avec les conseillers en immigration, qui parfois vont abuser de
la clientèle, et on se retrouve dans des situations aberrantes. Alors, dans
notre région, on a décidé de mettre en place une petite commission
d'immigration locale avec des représentants des deux bureaux de députés,
qui nous sont très utiles pour régler les conflits. Et là, bien, on a demandé à
un représentant du MIFI de pouvoir se joindre à nous, et il nous a dit que le
MIFI ne pouvait pas permettre à un représentant de participer à une telle
activité. Et il nous semble, pour nous, très important que le MIFI puisse
s'asseoir sur des tables. Et c'est certain qu'on comprend que les conseillers
du MIFI ne sont pas nécessairement des conseillers en immigration, mais il
reste que ce sont eux qui peuvent nous aider à mettre à jour les stratégies,
les politiques qui gèrent un peu, là, la présence des immigrants sur notre
territoire. Alors, je ne sais pas si... bien, si vous avez des questions, on
est prêtes à y répondre.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Mesdames, merci beaucoup pour cette
présentation et ces recommandations. On va donc évidemment entamer la période
d'échange avec les parlementaires, avec la banquette gouvernementale, pour une
période de 16 min 30 s. Mme la ministre, le micro est à vous.
Mme
Fréchette : Merci. Merci, Mme la Présidente. Merci, Mme la directrice.
Merci à vous trois de prendre part à cet
exercice, à cet échange sur ce grand thème d'importance qu'est l'immigration.
Vraiment, on apprécie, là, que vous partagiez votre expertise avec nous.
Et je voudrais
commencer, en fait, en vous remerciant pour le travail que vous faites, parce
que vous avez un travail d'une immense
complexité, qui requiert tellement de tact, de diplomatie, d'amour, je dirais
aussi, et de générosité. Et vraiment, je suis très contente d'avoir
l'occasion de vous rencontrer pour vous remercier de vive voix. Vous êtes un organisme qui êtes mandataire du MIFI pour, en
fait, les réfugiés pris en charge par l'État, pour la ville de Saint-Jérôme. Et je vous suis grandement reconnaissante pour votre
engagement, votre contribution à la société. Vous permettez au Québec d'être une terre d'accueil chaleureuse et
qui offre une seconde chance à bien des gens qui en ont bien besoin. Donc, un
immense merci pour ça.
• (16 h 40) •
Merci
aussi pour vos propositions très concrètes, variées, diversifiées, nombreuses.
Vraiment, c'est intéressant de vous entendre, parce que vous avez les
deux mains dedans, comme on dit. Alors, ça nous permet d'avoir un écho
du terrain, là, fort apprécié et constructif.
Je vous amènerais sur
la recommandation à la page 6, où vous proposez, en fait, d'assouplir les
règles pour l'adoption internationale, pour
vous dire, en fait, que c'est quelque chose qui a été mentionné déjà par
d'autres organisations, et je me demandais, en fait, si vous en aviez
fait mention, si vous aviez tenté une approche auprès du Secrétariat aux
services internationaux à l'enfant, qui est, en fait, l'organisation
responsable des adoptions internationales du Québec et qui relève, en fait, du
ministère de la Santé et des Services sociaux.
Mme Chaloux
(Line) : Alors, bien, dans notre projet de parrainage, là, d'enfants
non accompagnés dans les camps, on a essayé
de travailler avec eux, et eux nous ont dit d'emblée que c'était impossible
pour eux de nous accompagner. Vous comprendrez que le parrainage d'enfants non
accompagnés ne peut pas être une adoption parce que, tous ces
enfants-là, leurs parents, là, on n'a pas de preuve de décès, donc ce ne sont
pas des orphelins officiels.
Donc,
nous, on aurait bien aimé pouvoir travailler avec le secrétariat à l'adoption
internationale. On a d'ailleurs travaillé sur les documents, là, d'évaluation
des familles d'accueil, là, pour ces enfants-là en utilisant, justement, là,
les travaux du secrétariat d'adoption, là, avec l'Université du Québec en
Outaouais, et le CISSS des Laurentides nous a donné
son appui aussi dans cette... dans ce projet-là, là, de parrainage d'enfants
non accompagnés, mais malheureusement le secrétariat à l'adoption
internationale n'était pas en mesure de nous accompagner.
Mme
Fréchette : D'accord, je vous entends. Bien, merci. Je vous amène à la
page 9 où vous mentionnez... en fait, concernant la régionalisation et la
pénurie de logements, qui sont maintenant deux dimensions étroitement
associées, vous mentionnez qu'il y a des... que ça pourrait être intéressant
d'avoir des projets de cohabitation qu'on puisse développer et que la
coordination de ces projets-là soit soutenue par notre ministère. Est-ce que
vous pourriez nous parler un peu plus de ce que vous entendez par projets de
cohabitation? Puis comment est-ce que vous voyez la mise en oeuvre d'une telle
initiative?
Mme Chaloux
(Line) : Oui. Alors, c'est un projet qui nous tient beaucoup à coeur.
Ce sont des foyers d'hébergement. Alors, on avait déjà mis ça en place à
l'arrivée des Ukrainiens, là, au printemps 2022, et ce sont des familles qui nous contactent pour dire qu'ils
seraient prêts à héberger des personnes immigrantes. Et nous, le problème
qu'on a beaucoup, là, c'est pour les travailleurs temporaires qui arrivent en
très grand nombre. Le ministère de la Santé, vous savez, recommande qu'on mette
en place des mesures pour que les personnes âgées restent chez elles et qu'on
leur offre des mesures, là, pour le soutien à domicile. Alors, on veut
amalgamer ces deux orientations-là de façon
à ce que des personnes âgées qui demeurent dans leur maison et qui ont une,
deux, trois chambres de libres, bien, puissent accueillir des
personnes immigrantes. Alors, c'est une stratégie qui existe déjà en Europe,
dans plusieurs grandes villes qui reçoivent, là, beaucoup d'immigrants.
Alors,
nous, notre stratégie, un, c'est de recruter des familles, les évaluer, puis on
a pour ça, là, des personnes. On a
mis en place un comité directeur, là, avec des intervenants chevronnés,
j'oserais dire. Alors, on évalue les familles et, après ça, quand les
immigrants arrivent, bien, on fait un jumelage, là, avec les endroits
concernés. Et pour faire ça, bien, vous
comprendrez que ça prend quelqu'un à temps plein qui travaille pour évaluer les
familles, les recruter, faire de la
formation. Et on a... on veut offrir aussi, pour s'assurer de la bonne qualité
du suivi, un accompagnement des familles autant que des travailleurs.
Et, bien, on a voulu s'adresser au volet 5, là, du programme PASI et on
nous a dit que le programme était fermé à
cause des coupures parce que le transfert fédéral n'a pas été tout attribué à
ce programme-là. Alors, on nous a suggéré, bien, d'aller vers la MRC.
Alors, on est allé vers la MRC et là, la MRC n'ayant pas de plan d'action,
bien, on n'a pas accès au financement encore.
Mais, pour nous, c'est vraiment un projet très
intéressant. On a la FADOQ qui est d'accord, qui nous soutient, le CLSC qui est présent aussi. On a les tables, là, régionales
et locales des aînés qui sont intéressées à collaborer aussi. Et, pour
nous, bien, c'est d'accompagner des personnes qui ont une grande maison, qui
ont de la difficulté à entretenir, mais que, s'il y avait un coloc qui était
avec eux, bien, ça serait beaucoup plus facile pour eux de rester dans leur
maison et de répondre à leurs besoins. On a... présentement, on suit encore...
on a des familles ukrainiennes qui ont été hébergées, puis on a des familles
aussi, on a des travailleurs temporaires, on a... On pratique ça, mais, si on veut être capable de faire un recrutement
significatif, bien, c'est sûr qu'on a besoin de financement puis, pour nous,
c'est une alternative qui pourrait être implantée partout au Québec.
C'est la même
problématique partout, hein, les aînés qui doivent fermer leur maison pour
aller dans des RPCE. Bien, si on était capable de trouver des
alternatives pour qu'ils puissent rester chez eux puis que les travailleurs
temporaires puissent être hébergés.
Puis l'hébergement, pour nous, c'est quelque
chose, là, de... qui peut être à court terme, le temps que la personne se trouve un logement, ça peut être à
moyen terme, et, dans certains cas, nous, on a vu que ça peut même être à long terme, dans le sens où il y a un peu comme
un coup de foudre entre le couple propriétaire puis la personne qu'ils
hébergent, puis ils le considèrent comme leur fils ou un cousin, puis la
personne, elle peut être hébergée à long terme.
Mme Fréchette : C'est clair que ça
doit contribuer à l'enracinement des gens puis à la rétention des gens dans
leur communauté d'accueil. Je trouve la formule bien intéressante. Est-ce que
vous avez un document qui décrit un peu les cas pratiques, là, que vous avez...
Mme Chaloux (Line) : Bien, on a
l'annexe A, dans notre mémoire, qui explique un peu, là, notre...
Mme Fréchette : OK, parfait, on l'a
déjà. Excellent. Ça fait que je vais essayer de faire un bout de chemin là-dessus, je vous dirais, parce que je trouve que
c'est une formule intéressante. On va essayer de voir s'il y a quelque
chose qu'on puisse faire. Bien, merci. Alors, je vais... Mme la Présidente, je
vais céder la parole à des collègues.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, Mme la
ministre. Alors, je me tourne du côté de la députée de... Ah! d'Abitibi-Ouest.
C'est bien ça?
Mme Blais : Oui. Combien de temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Pour une période de 8 min 25 s. La parole est
à vous.
Mme Blais : Parfait. Bonjour,
mesdames. Merci d'être avec nous. Dans un premier temps, je tiens à vous
féliciter par votre travail. Ce n'est pas toujours évident et ça prend beaucoup
d'amour.
Alors, moi,
j'irais sur la valeur québécoise. À la page 4, vous recommandez que la
session d'information Objectif intégration ait un horaire plus
accessible en étalant sur une plus longue période. Parlez-moi un peu plus de la
manière dont ça se passe et des résultats que vous obtenez.
Mme
Chaloux (Line) : Alors, c'est vraiment une formation
extraordinaire, là. Il y a comme 24 heures de cours. Présentement, on le donne sur trois heures
par jour, huit heures... huit jours de... quatre jours une
semaine, quatre jours l'autre semaine, mais pour des...
Alors, je
vais parler du contenu. Alors, le contenu, c'est l'histoire du Québec,
l'histoire de l'égalité des hommes et des
femmes ici, les valeurs qui sont portées par les Québécois, nos structures
institutionnelles, la notion de démocratie, ensuite l'intégration sur le marché du travail, les attentes, la façon
dont les gens sont en relation les uns avec les autres. Et présentement,
le ministère de l'Immigration, là, est à finaliser une version adaptée pour les
réfugiés pris en charge par l'État qui arrivent.
Et vraiment, là, quand on donne cette
information-là aux gens, ça les éclaire sur plein d'éléments inconnus qu'ils rencontrent au quotidien. Donc, nous, on
estime que c'est une formation qui devrait être obligatoire pour tous les immigrants, puis obligatoire entre parenthèses,
là, sans que ce soit coercitif, mais de le rendre disponible. Et présentement,
bien, il n'est pas disponible. Alors, toutes les personnes qui sont en
francisation ne peuvent pas le suivre, parce que, le jour, ils sont à l'école.
Les personnes qui sont... qui arrivent ici puis qui ont un travail, puis c'est
ce qu'on veut, hein, qu'ils se trouvent
un travail en arrivant, bien, c'est la même chose, eux non plus n'ont pas
accès, là, à cette formation-là.
Alors, présentement, les gens qui viennent à la
formation, ce sont les travailleurs temporaires qui ont droit, par le programme
de l'expérience au Québec, à une demande de résidence permanente. Et, pour
avoir accès à la sélection,
là, de cette résidence-là, bien, il y a une obligation de suivre le cours
Objectif intégration. Alors, nous, on est tous heureux de donner cette
formation-là à tous les futurs résidents permanents, mais, en même temps, on
considère que c'est tous les immigrants qui devraient avoir accès à cette
formation-là.
Mme Blais : Quelle serait la formule
idéale, pour vous?
Mme Chaloux (Line) : Bien, moi, je
pense que ça pourrait être une fois par semaine, puis ça pourrait même être un
samedi matin pour les gens qui travaillent, et ça pourrait être un soir par
semaine mais une fois par semaine seulement.
Et on échelonne ça, là, sur huit semaines, sur deux mois, mais, à ce
moment-là, tout le monde pourrait y avoir accès, là. C'est très, très
important.
• (16 h 50) •
Toute la valeur, là, d'égalité entre les hommes
et les femmes... vous savez, les immigrants qui arrivent des régions, là, où c'est le patriarcat qui mène puis
ils n'ont connu que ça, ils ne comprennent pas notre culture et ils la voient
même comme étant quelque chose où, si ce n'est pas eux qui ont le pouvoir,
bien, ça veut dire que c'est les femmes. Puis
on a beau leur expliquer : Non, non, c'est égal, ils ne l'ont pas, cette
notion-là d'égalité. Et, avec le cours Objectif intégration, bien, c'est
très bien expliqué.
Puis ce qui est bien expliqué aussi, c'est tout
le cheminement historique au Québec. Pourquoi on a ces valeurs-là? Qu'est-ce qui nous a amenés à valoriser ça plutôt que ça? Et
l'immigrant, dans son parcours, adhère. Tous ceux qu'on a vu, là, tous
ceux qui ont participé, ils adhèrent à ces valeurs-là, parce que, là, ils
comprennent pourquoi, comment. Et ça leur
permet de s'intégrer beaucoup plus facilement et de... naturellement, de
respecter aussi nos valeurs.
Mme Blais : Si vous aviez...
Une voix : ...
Mme Blais : Oui, madame.
Mme Denommé (Linda) : Je me permets
juste de compléter sur ce que Line vient d'apporter. L'intérêt aussi de le
faire sur huit semaines, c'est que ça permet de revenir en boucle sur certaines
notions qui sont vues et d'avoir une
intégration qui est beaucoup plus grande que si on fait un intensif sur deux
semaines. Le huit semaines permet de créer des liens. Il y a vraiment une
valeur ajoutée de l'étaler sur plus de temps, là, autant avec les intervenants
qu'entre les participants, là.
Mme
Blais : Si vous auriez à me raconter un succès dans ce
cheminement-là, quel serait ce succès? Un succès ou une histoire.
Mme Chaloux (Line) : Oui. Bien,
écoutez, on a énormément, là, comme je vous disais, de travailleurs temporaires qui viennent suivre cette
formation-là, parce que ça leur permet d'avoir accès, là, à la demande de
résidence permanente, et naturellement il y a beaucoup plus d'hommes que
de femmes. Et, quand les hommes prennent conscience de la façon dont, à travers
les années, si on parle de la Révolution tranquille... comment on en est venus là, là, c'est sûr que ce n'est pas apparu du jour
au lendemain, eh bien, ils comprennent puis ils se remettent... ils arrivent même
à se remettre en question pour voir comment ils vont être capables de vivre ça,
parce que, la plupart, leur famille n'est pas encore arrivée. Alors, c'est
vraiment, là, de... c'est comme si on... On va semer, hein, tout ce qu'il faut
pour que, quand leurs familles vont arriver, ils vont être en mesure de bien
comprendre, là, leur intégration.
Et un autre
succès, là, je pense, qui est très important aussi, c'est au niveau de la
démocratie. Alors, vous savez, présentement, la majorité des immigrants qui
arrivent au Québec, qu'ils soient de n'importe quel statut, là, c'est parce
qu'ils fuient quelque chose, et souvent ils vont fuir des démocraties un peu
abstraites, là, si je peux me permettre, et de leur raconter comment ici on vit
la démocratie, comment elle est ancrée, là, dans tous les niveaux, municipal,
provincial, fédéral. Eh bien, il y en a pour qui c'est un choc, parce qu'ils ne
croyaient pas que ça existait. Et, par cet outil-là,
bien, on arrive à accompagner les gens pour leur démontrer que nous, la
priorité, c'est de maintenir la démocratie chez nous, et, pour maintenir la démocratie, bien, il faut que les
nouveaux qui arrivent suivent nos valeurs, embrassent ce qui est
important pour nous, pour eux-mêmes devenir des bons démocrates.
Mme Blais : Je vous remercie
beaucoup. Il reste combien de temps, madame?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il reste 1 min 46 s.
Mme Blais : Je vais retourner la
question à Mme la ministre.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Mme la ministre, si vous
voulez un petit temps pour remercier...
Mme Fréchette : Il me reste combien
de temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
1 min 30 s.
Mme Fréchette : Une minute.
Bien, écoutez, je trouve ça fascinant de vous entendre. Vraiment, c'est très
intéressant, particulièrement sur le volet valeurs, mais le volet habitation
aussi. Donc, je suis fière que nos personnes immigrantes vous rencontrent, vous
côtoient, parce que, vraiment, vous leur injectez du Québec, et je pense que ça
leur donne un bel envol et beaucoup
d'inspiration pour la suite des choses, et c'est fabuleux d'entendre que ça
change des vies, cette formation. Donc, vraiment, mes salutations aux
gens du ministère qui ont contribué à façonner cette formation-là, et c'est intéressant d'entendre les impacts que ça peut
générer. Donc, un grand merci pour avoir participé à la consultation, et
bonne suite, et je vous dirais que j'espère que c'est... à bientôt.
Mme Chaloux (Line) : Merci, et au
plaisir d'avoir de vos nouvelles.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci, mesdames. Alors, à
votre trio... je me tourne maintenant du
côté de l'opposition officielle, qui va entamer la période d'échange avec vous
pour une période de 12 min 23 s, ainsi que le micro à la
députée de Chomedey.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour à vous trois. C'était intéressant, vous
lire, mais vous écouter, c'est encore plus le fun. Vous semblez être très
humains, très ouverts, très accueillants, de bons Québécois.
J'ai
plusieurs questions à vous demander. Je pense que je vais commencer avec le
fait que vous dites : Le français n'est
pas le seul prérequis pour être Québécois, Canadien. Donc, vous parlez ici
de... «Des mesures coercitives devraient être mises en place afin d'encadrer
certains comportements non admissibles au Québec», comme l'Australie l'a fait, «renvoi de la personne si elle ne fait pas de
progrès vers une culture pacifique, respectueuse». Est-ce que vous pouvez
donner... élaborer là-dessus, afin qu'on comprenne?
Mme Chaloux (Line) : Oui. Alors, il
y a déjà eu, au Québec, il y a plusieurs années, là, mon Dieu, 15 ans,
peut-être, là... bien, en même temps que l'Australie avait fait cette
démarche-là, un peu partout dans le monde, là, les organismes qui accueillent... qui ont des politiques
d'immigration, c'est-à-dire qui font de la sélection pour faire venir des immigrants, comparativement aux pays qui n'en
ont pas... puis que les gens arrivent par milliers, là, de voir comment
on fait pour s'assurer de l'intégration culturelle de ces personnes-là.
Alors, c'est des valeurs auxquelles on invite
les personnes à adhérer et... Bien, il y a des situations où les personnes
peuvent avoir beaucoup de difficultés à s'intégrer. On pense, entre autres, à
des situations où le mariage arrangé, forcé... ou le fait de l'autorité du père
sur des filles et sur des femmes, là, qui est, des fois, démesuré. Eh bien, en Australie, présentement, quand quelqu'un
est reconnu coupable d'abus sur les valeurs australiennes, eh bien, il est expulsé. La personne est expulsée, pas sa famille.
Alors, la femme, les filles vont rester, mais l'homme qui n'a... n'est pas
arrivé à changer de comportement va devoir rester...
Alors, le Québec, dans cette période-là, avait
lui-même rédigé, là, une entente similaire, et pendant... Je ne crois plus,
depuis la pandémie, là, qu'on a remis cette procédure-là, mais les personnes
qui demandaient, là, à venir s'installer chez nous devaient signer un document
comme quoi ils prenaient connaissance des valeurs qui étaient portées au Québec et qu'ils s'engageaient à les
respecter. Mais jamais, jamais, là, on a pu mettre en place des mesures
coercitives, c'est-à-dire que, si on reconnaît que quelqu'un a un comportement
qui vient vraiment à l'encontre de nos valeurs, bien, qu'il peut... qu'il
pourrait être expulsé ou qu'il pourrait avoir des mesures prises contre lui,
là. Puis c'est certain que ce qu'on observe,
c'est que, si ce n'est pas coercitif, bien, ça se répercute sur l'éducation des
enfants.
Alors, on voit des pères qui vont continuer à
avoir des comportements très inacceptables envers les femmes, envers l'institutrice
à l'école, envers l'intervenante à la garderie, et on doit... on intervient
auprès de monsieur. Puis après ça, ce qu'on
comprend, bien là, c'est les garçons qui ont exactement le même comportement
que le père. Et nous, on a même, là,
deux petits garçons au primaire qui ont été mis dehors de l'école parce
que leurs propos envers les femmes étaient épouvantables, et c'était le
père qui avait ce discours-là, là, continuellement.
Alors, le
fait qu'il n'y ait aucune mesure pour ramener cette personne-là ou de la
sensibiliser aux répercussions que pourrait avoir un tel discours, bien, ça met
la table à une liberté d'expression, là, qui, parfois, est démesurée.
Mme Lakhoyan Olivier : Bien, merci
beaucoup. Vous avez amplement répondu à ma question avec un exemple. Je vais passer à l'Objectif intégration.
Vous suggérez huit semaines au lieu de huit jours. Est-ce que... Quand
est-ce que vous pensez... Quelle est votre
opinion, parce que vous avez beaucoup d'expérience... Quelle est votre opinion?
À quel moment il faudra qu'ils suivent... au début, après un an,
six mois, d'être là ou de temps à autre? Quand est-ce que ce serait le
meilleur moment?
• (17 heures) •
Mme Chaloux (Line) : Bien, c'est sûr
que le plus tôt sera le mieux, parce que, si je vous donne l'exemple d'un père
de famille qui est désobligeant avec les femmes, bien, aussitôt qu'il va avoir
à être en relation avec les enseignantes à l'école, bien, il faut déjà qu'il
ait eu accès aux codes relationnels puis qu'il comprenne l'attitude qu'il doit avoir avec les femmes. Ça fait que le plus
tôt sera le mieux et le plus tôt peut aussi être lorsqu'ils comprendront assez
le français, pour des personnes qui arrivent et qui ne parlent pas français.
Alors, présentement, Objectif intégration est
donné uniquement en français. Alors, il faut quand même que les personnes qui
le suivent aient un niveau, là, de compréhension acceptable pour pouvoir
participer aux échanges parce que c'est une
formation qui est interactive, là. Alors, on veut que les gens s'investissent.
Et, dans l'expérience qu'on a, les gens n'ont pas nécessairement un
niveau élevé de français, mais peuvent... aussitôt qu'ils peuvent intervenir, comprendre, poser des
questions, bien, ça fonctionne et ça leur permet de comprendre, là, dans quel
coin de la planète ils sont tombés.
Mme Lakhoyan
Olivier : Ils ont choisi.
Mme Chaloux
(Line) : Oui, oui.
Mme Lakhoyan Olivier : Mon coup de coeur,
vraiment, c'est la photo des enfants qui arrivent en Italie, je crois, parce
que c'est écrit en arabe et je lis l'arabe, c'était écrit : (S'exprime en
arabe). Bienvenue à vous en Italie. Ça a comme... ça m'a fait de quoi regarder
ça, puis vous voir... vouloir apporter ça ici, vraiment, très recommandable, puis ça touche vraiment, là. Mais je vous ai déjà
entendu discuter de ça avec Mme la ministre. Et, je comprends, ce n'est
pas si évident que ça et ce n'est pas aussi simple que ça. Est-ce que vous
pouvez élaborer un peu là-dessus? Comment vous allez faire afin de réussir
cette mission?
Mme Chaloux
(Line) : Oui. Bien, dans un premier temps, je peux vous dire qu'on a,
hein, au Québec, un problème de dénatalité.
Alors, de faire venir des enfants... on a beaucoup de familles qui seraient
intéressées à pouvoir accueillir ces enfants-là. Ça, c'est dans un
premier temps. Et puis, pour faire la sélection des familles, eh bien, comme on
vous expliquait, là, c'est avec les mêmes critères que l'adoption
internationale, et par la suite...
Bien là,
présentement, on a le cas, là, de deux enfants qui sont au Cameroun, là, ils ne
le savent pas, mais ils sont comme nos
cobayes. Et ce qu'on veut faire, là, c'est par le haut commissariat des
réfugiés... Alors, les deux enfants, là, ils sont non accompagnés, les... dans
leur cas à eux, ce sont vraiment des orphelins, là, les parents sont décédés,
et on... avec les représentants du haut commissariat qui sont présents
dans le camp où ils sont, on va regarder la possibilité de les inscrire dans le processus d'être sélectionnés pour les réfugiés
pris en charge par l'État. Alors, ça, ce serait très, très simple. Ils sont sélectionnés, puis c'est...
là, qui est l'Organisation internationale de la migration, là, des personnes
immigrantes, c'est eux qui encadrent tout le transfert, là, des personnes RPCE,
là, les réfugiés pris en charge par l'État. Alors, ils seraient accompagnés,
puis, à la limite, nous, on serait prêts, même, à se déplacer pour aller
chercher ces enfants. Et, une fois arrivés ici, alors ils sont pris en charge,
là, par Le COFFRET.
Et c'est un projet,
là, sur lequel on travaille depuis bientôt 10 ans. Nous avons consulté
maints et maints partenaires, là, pour comprendre les enjeux. Entre autres, on
a rencontré, là, des bureaux d'avocats pour qu'ils nous aident à voir comment
se conformer le plus aux attentes gouvernementales qu'on pourrait rencontrer.
Alors, il nous a demandé de rajeunir notre CA pour que les membres du CA
puissent être encore là quand les enfants auront 18 ans. Alors, on a travaillé fort pour rajeunir notre CA.
Ensuite, on a mis en place un programme d'accompagnement, là, pour les
enfants qui ont des traumas, là, dus à la guerre. Alors, nous, ça fait
25 ans qu'on accueille des réfugiés pris en charge par l'État, de tout... On a commencé par l'ex-Yougoslavie, le
Kosovo, l'Afrique, la Colombie, le Bhoutan, la Syrie, et on a... on a été capables de mettre en place un
programme, là, famille/jeunesse, on a ouvert même un coin, là, qui s'appelle
l'Accueil Jeunesse.
Et on travaille
beaucoup avec les enfants. On fait l'évaluation de tous les enfants réfugiés
qui arrivent chez nous pour être en mesure de bien les stimuler, pour que,
quand ils vont rentrer à l'école... bien, qu'ils atteignent les standards, là, pour suivre les autres enfants. Et
on a aussi mis en place une méthode qu'on appelle la méthode Faubert.
Alors, c'est une méthode pour développer chez l'enfant la confiance envers les
adultes puis envers les intervenants, et ça fonctionne vraiment très bien, là.
C'est de remettre... c'est une stratégie pédagogique de remettre le pouvoir à
l'enfant. Puis, aussitôt que l'enfant prend conscience que c'est lui qui mène,
là, eh bien, après avoir expérimenté ça, il
est prêt à suivre n'importe quelle consigne. Alors, nous, on l'accompagne
jusqu'à tant qu'il nous fasse confiance et, une fois qu'il nous fait confiance,
on va développer une stratégie d'apprentissage pour qu'il puisse apprendre à
suivre les consignes.
Et on comprend, là,
que nous, on a accueilli des enfants, là, qui n'étaient jamais allés à l'école,
qui avaient sept, huit ans. Il y a même des enfants, des fois, qui arrivaient,
là, puis c'était un peu comme des enfants sauvages. Ils arrivaient avec leurs
parents, là, mais des enfants qui sont nés dans les camps, qui n'ont jamais été
stimulés. Et, grâce à cette méthode-là, bien, on arrive à bien les accompagner
et à aller chercher leur confiance pour favoriser leur intégration. Et on a des équipes de suivi aussi qui nous permettent, là,
d'envisager tout le suivi qu'on va offrir aux familles qui vont
accueillir des enfants, là, parrainés.
Mme Lakhoyan Olivier : Vous parlez très
longtemps parce que c'est tellement intéressant. J'aimerais, rapidement,
il ne me reste pas beaucoup de temps, vous
parler de comité, que vous avez fait, une commission immigration. Est-ce que
vous trouvez que... Je vous ai entendue dire que, bon, bien, il y en a qui vont
voir des immigrants, qui vont voir des personnes...
Mme Chaloux
(Line) : Conseillers en immigration.
Mme Lakhoyan Olivier : ...des conseillers en
immigration, là, puis qui se font avoir, disons, en bon Québécois. Est-ce que vous trouvez que MIFI, sur son site,
sur son... quand on téléphone, devrait avoir plus d'informations? Est-ce qu'il
y a un manque d'information?
Mme
Chaloux (Line) : Bien, c'est assez difficile de rejoindre ces
personnes-là, qui, souvent, vont commencer les relations dans leur pays,
hein? Ils vont commencer à faire des démarches avec des conseillers en
immigration qui vont faire la promotion, souvent, dans
leur pays d'origine. Alors, les conseillers en immigration, là, il y a
beaucoup, beaucoup, beaucoup d'immigrants comme conseillers d'immigration, et
ils vont souvent faire la promotion dans leur pays.
Alors, les... j'oserais dire, les victimes, là, n'ont même pas été sur le site
du MIFI, OK? Elles vont passer directement par un conseiller en
immigration.
Cet été, on a reçu, là, deux femmes qui sont
arrivées chez nous, et elles avaient fait affaire avec une conseillère en
immigration qui leur avait chargé chacune 20 000 $ pour leur avoir un
permis de travail fermé avec une compagnie.
Et, quand les femmes sont arrivées ici, bien, la compagnie n'avait jamais voulu
avoir d'employé. Alors, c'était une fausse...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois malheureusement vous arrêter. Excusez, je n'aime
pas ça, faire ça, mais je suis la gardienne du temps. Mais on a l'essentiel de
ce que vous vouliez donner comme réponse. On
va terminer, par contre, la période d'échange avec le... le «conseiller»,
j'étais dans votre... votre histoire, avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne
pour une période de 4 min 8 s. Chargez pas trop cher, s'il vous
plaît.
M. Cliche-Rivard : On va... faire de
mon mieux. Bon, alors, merci beaucoup pour votre belle présentation. J'avais
une petite question d'emblée. Vous avez parlé beaucoup de parrainage pris en
charge par l'État, mais est-ce qu'il vous est arrivé de faire du parrainage
privé de réfugiés à votre organisme, ou vous n'en faites pas?
Mme Chaloux (Line) : Absolument. On
en a... je ne pourrais même pas vous dire combien qu'on en a eu tellement qu'on
en a eu, là. Ça a commencé en 2016 avec des réfugiés syriens.
M.
Cliche-Rivard : Puis récemment, vous en faites encore? En ce
moment, vous avez des dossiers en attente?
Mme Chaloux (Line) : Oui, oui.
M. Cliche-Rivard : Parce que je
comprends que, depuis 2020, à peu près, c'est assez difficile d'avoir des
réponses, que les délais sont devenus difficiles, les accusés de réception.
J'aimerais ça vous entendre là-dessus.
Mme Chaloux (Line) : Alors, c'est...
Bien, ce qui est difficile, vous savez, c'est de passer par Arrima. Alors,
Arrima est la plateforme pour avoir accès, là, aux informations. Alors, ça a
été, dans les premiers... les premières années,
là, ça a été très difficile. On ne recevait pas les messages, le... quand il y
avait trop de monde qui était sur Arrima, on n'arrivait pas à entrer en ligne, là. Et comme ça, bien, c'était
difficile, des fois, on manquait des documents qu'on... qui nous étaient
arrivés.
Et ce qui est difficile, c'est le fait qu'il y a
une sélection qui est faite, là, c'est-à-dire qu'il y a un nombre limité de personnes qui vont être sélectionnées.
Et on s'aperçoit aussi qu'en région parfois ça peut sembler discriminant. Nous, Saint-Jérôme, on est dans la région
métropolitaine, bien malgré nous, n'est-ce pas? Alors, on aimerait ça être une
région, plus dans la métropole.
M. Cliche-Rivard : Je comprends.
Mme
Chaloux (Line) : Mais la
métropole a un nombre de réfugiés qu'ils sélectionnent, là, dans le parrainage,
et puis ils incluent dans ça Saint-Jérôme.
Alors, pour nous, là, c'est très discriminant, parce qu'on est en région, et le
nombre de réfugiés, là, parrainés, sélectionnés en région n'est jamais
atteint.
M. Cliche-Rivard : Exactement.
• (17 h 10) •
Mme
Chaloux (Line) : Ça fait qu'il reste des places là, mais nous, les
nôtres, ils ne sont pas acceptés. Ça fait que ça, là, c'est vraiment
préoccupant pour nous, en sachant...
M. Cliche-Rivard : Je comprends. Il
serait bien qu'il y ait une redistribution après, parce qu'il y a des chiffres qui sont perdus, il y a un nombre de
quotas qui sont perdus. À combien vous estimez le délai de traitement en ce
moment? Entre le moment où vous rentrez dans le quota, là, où vous avez une
place, là, dans le parrainage, puis la personne arrive ici, au Canada, ça
ressemble à quoi?
Mme Chaloux (Line) : Trois ans.
M.
Cliche-Rivard : Trois ans. Puis ça, c'est des gens qui, par
définition, sont à risque de persécution là où ils sont?
Mme Chaloux (Line) : Absolument,
oui. C'est épouvantable. Moi, je pense qu'ils devraient avoir... puis, vous savez, dans le projet qu'on a, là, de
permettre l'ouverture d'un circuit d'arrivée de réfugiés, là. En Europe, ils
ont réussi à ouvrir des passerelles, si vous voulez, là, pour faire en
sorte que, quand un réfugié est sélectionné et parrainé, il puisse arriver tout de suite, pour que le
traitement de son dossier puisse être fait sur place, ici, plutôt que de le
laisser en danger dans la zone où il est réfugié présentement. Puis on comprend,
là, que ces familles-là sont vraiment dans des situations de vulnérabilité. Ils
n'ont rien à manger, certains n'ont même pas de quoi...
M.
Cliche-Rivard : Ils vous le disent au quotidien, madame? Ils vous
le disent au quotidien : Ça ne va pas bien, sortez-moi, aidez-moi,
j'imagine?
Mme Chaloux (Line) : Oui, oui.
M. Cliche-Rivard : Ils vous
appellent un peu, ils vous écrivent, ils...
Mme Chaloux (Line) : Bien, nous, on
a des contacts. C'est... la majorité des familles qu'on va parrainer, c'est
parce qu'on a un lien avec quelqu'un de leur famille qui est dans notre région,
parce que c'est ce qui va garantir la
rétention. Sinon, si on parraine quelqu'un que personne ne connaît, il va s'en
aller en Ontario, à Vancouver, ou je ne sais pas quoi.
M. Cliche-Rivard : Bien, merci
beaucoup. Merci beaucoup pour ce travail-là. Continuez de le faire, et on va
espérer que ça ne prenne pas trois ans pour vos dossiers actuels, que vous
puissiez avoir des réponses. Parce que je comprends que vous aidez des gens
ultravulnérables, vous avez parlé des enfants, de surcroît. Donc, continuez
votre beau travail, puis j'espère que les délais vont s'améliorer. Merci beaucoup.
Mme Chaloux (Line) : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, c'est ce qui met fin à cette audition. Mesdames,
merci beaucoup. À mon tour, là, je vous lève mon chapeau au nom de l'ensemble
des parlementaires. Merci pour l'apport à nos travaux.
Et, pour vous, mesdames et messieurs, nous
allons suspendre les travaux... nous allons ajourner, je m'excuse, on a
terminé, jusqu'au mardi 26 septembre à 10 heures. Merci.
(Fin de la séance à 17 h 12)