(Onze heures trente-cinq minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
La commission est réunie afin de poursuivre les
auditions publiques dans le cadre de la consultation générale sur le cahier de
consultation intitulé La planification de l'immigration au Québec pour la
période 2024-2027.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) est remplacée par Mme Bogemans (Iberville); Mme Garceau (Robert-Baldwin), par
M. Derraji (Nelligan); Mme Prass (D'Arcy-McGee), par Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey); et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques), par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
Auditions (suite)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Mmes et MM. les élus, bienvenue. Nous
entendrons donc ce matin les groupes suivants : la Commission des
partenaires du marché du travail, qui sont déjà avec nous, ainsi que Mirabaud
Canada.
Alors, mesdames et messieurs de la Commission
des partenaires du marché du travail, je vous remercie d'être avec nous. Je vous souhaite la bienvenue. Vous allez avoir
l'opportunité de présenter les grandes lignes de votre mémoire, vos
recommandations, pour une période de 10 minutes, mais je vais également
vous demander de vous présenter pour le bénéfice des partenaires. Ensuite, on
va procéder à une période d'échange. Alors, le temps est vous.
Commission des partenaires
du marché du travail (CPMT)
M. Lortie (Jean) : Merci, Mme
la Présidente. Alors, je suis Jean Lortie, le président de la Commission des partenaires du marché du travail. Je suis accompagné avec la directrice du
secrétariat de la Commission des
partenaires du marché du travail, Mme Julie Poirier, ainsi que
Mme Iryna Golovan et M. François Bédard, conseillers à la commission. Nous sommes des représentantes et
représentants de la commission, ce matin, à la commission parlementaire.
Alors, merci de nous recevoir. C'est un
privilège pour la Commission des partenaires du marché du travail d'être présente à ces consultations publiques sur
les seuils d'immigration au Québec. Peut-être, d'entrée de jeu, je veux
souligner l'importance de ces consultations. On les voit, elles font
l'actualité depuis quelques semaines, et c'est important puisque c'est
un enjeu de société, mais également un enjeu pour le marché du travail.
Alors, la Commission des partenaires du marché
du travail, c'est une organisation publique qui existe depuis 25 ans au Québec, unique modèle au Canada. Ça
n'existe pas, ce forum paritaire où vous retrouvez les grandes associations
d'employeurs du Québec, les grandes associations de la main-d'oeuvre, les
organisations syndicales, les trois ordres d'enseignement
du Québec ainsi que le monde communautaire. Donc, un forum qui ne vote pas,
toutes les décisions sont prises par
consensus. Donc, le mémoire que la commission vous présente a fait l'objet d'un
large... très large consensus entre
tous les partenaires patronaux, syndicaux, communautaires et de l'enseignement
et a été adopté le 8 août dernier par
la séance de la commission. Nous l'avons soumis. Nous avons également soumis un
PowerPoint pour les membres de la commission pour bien présenter les recommandations
sur les différentes orientations.
Bien, évidemment, la commission représente aussi
plus de 1 000 personnes qui irriguent le réseau partenarial au Québec, que ce soit dans des comités sectoriels
de main-d'oeuvre directement dans les secteurs d'activité économique québécoise, que ce soit des conseils régionaux des
partenaires ou, bien sûr, les comités consultatifs pour les clientèles dites
éloignées du marché du travail. Donc, véritablement, on est un modèle de
concertation, de partenariat, et qui fonctionne par voie de consensus,
qui fait que le mémoire que l'on présente ce matin a fait l'objet de longs
débats au sein de la commission, mais, bien sûr, ce qu'on vous présente, c'est
l'objet d'un consensus.
Bien sûr, les
partenaires avaient le droit, et ils l'ont fait dans plusieurs cas, de
présenter leurs propres propositions, mais aucun n'a fait des
propositions sous celles que la commission vous dépose ce matin. Évidemment, je
ne vous présenterai pas chacune des
orientations des 12 qui sont contenues. Je vais d'abord faire plus une
présentation générale, comme vous l'avez souligné, Mme la Présidente.
Pour les enjeux... évidemment, les enjeux de
régionalisation, notamment, la commission est très préoccupée que le Québec se dote d'une vision holistique de
comment s'assurer une bonne régionalisation de l'immigration, c'est-à-dire
que ce n'est pas nécessairement acquis de travailler en transversal, les
gouvernements, les ministères, les organismes publics,
pour des questions de logement, des questions d'accès aux services de garde,
l'accès à des trottoirs, des rues, des maisons, l'accès à des épiceries,
l'accès à des services pour les populations qu'on souhaite installer en région
et pour assurer une vitalité des territoires du Québec. Et on travaille très
fort, la commission, pour être capable de développer des propositions à cet effet-là. Et je pense que
les recommandations de régionalisation sont importantes, celles qui sont
contenues dans les orientations présentées
par le ministère, le MIFI. Et je salue, par ailleurs, la qualité des
orientations et qui ont permis, effectivement, de dégager le consensus
au sein de la commission.
• (11 h 40) •
Souligner également que les enjeux de
francisation sont importants pour les partenaires, le meilleur outil d'intégration dans la société, mais également au
marché du travail, dans les entreprises, pour les collègues qui travaillent
avec... qui vont côtoyer des personnes
immigrantes. Évidemment, la commission souhaite être consultée sur les enjeux de
francisation, puisque, dans les entreprises,
on peut apporter une contribution significative à l'amélioration de
l'implantation des programmes de
francisation au sein des entreprises québécoises et, bien sûr, dans la société.
Donc, nous saluons les orientations concernant les questions de
francisation.
Bien sûr, on
veut s'assurer d'un équilibre entre les enjeux d'accueil des clientèles
économiques et des clientèles dites humanitaires, et je pense qu'on est
capables, à travers les propositions qui sont mises au jeu, de le faire. Et
pour nous, à la commission, on est en faveur
des recommandations concernant les clientèles. On souhaiterait que les délais
pour obtenir le certificat de sélection du
Québec, pour les travailleurs ou pour les étudiants, soient accélérés,
permettant une meilleure intégration, plus rapide au marché du travail
pour les gens qui souhaitent s'installer au Québec. De façon générale, toutes les propositions sur l'emploi,
l'intégration au marché du travail font l'objet de consensus à la commission.
On les a adoptées, à la commission, et on en a fait part dans notre mémoire.
Je dirais que, de façon générale... et, bien
sûr, on aura l'occasion d'échanger, la vision de l'immigration au Québec,
évidemment, dans la perspective que la commission doit le traiter, enjeux
marché du travail, concertation, développement des compétences. On doit
s'assurer que les personnes immigrantes qui arrivent au Québec puissent
reconnaître leurs compétences, reconnaître leur diplomation, reconnaître les
acquis qu'ils ont obtenus à l'extérieur du Québec, être capables de les
intégrer rapidement au marché du travail québécois, être capables d'avoir des
seuils. Nous sommes d'accord avec le
scénario n° 1 à 60 000, ça a fait l'objet d'un consensus,
mais nous souhaitons que soient exclus les étudiants et, bien sûr, les travailleurs
du programme, pour être... donner davantage, disons, de flexibilité au marché
du travail.
Le Québec
connaît une triple crise de transition, transition verte, transition
technologique et transition démographique,
et les enjeux qui sont soulevés dans la planification pluriannuelle sont, pour
la commission, essentiels pour être capable de faire face aux défis des
20 prochaines années auxquels le Québec va vivre en termes d'enjeux démographiques, au niveau des cinq prochaines
années au niveau des enjeux technologiques, et au niveau des 10 prochaines
années au niveau des enjeux climatiques et de transition verte.
Bien, évidemment, l'immigration est un facteur
clé pour le développement économique du Québec, la vitalité des communautés au
Québec, un développement de l'économie québécoise et réduction des problèmes,
des enjeux liés aux pénurie et rareté de main-d'oeuvre. On vit donc des enjeux
de taille, et les 12 recommandations qui ont été soumises par
Mme Fréchette, ministre de l'Immigration, de la Francisation et de
l'Intégration, sont importantes, elles sont
de qualité et, pour les partenaires de la commission, elles ont permis de
dégager un consensus, je dirais, historique, à la commission, sur ces
propositions-là et fait en sorte que nous soyons part, partie prenante, compte
tenu de notre représentation, compte tenu du mandat de la commission, qui est
de conseiller le gouvernement du Québec et les organismes publics sur les enjeux du marché du travail, sur les enjeux
de la concertation, sur les enjeux de développement des compétences de
la main-d'oeuvre québécoise. Tous les éléments sont contenus.
Peut-être, le seul bémol, c'est la question de
favoriser une immigration jeune. Pour la commission, ce n'est pas un enjeu majeur, puisqu'on pense que toutes
les clientèles, quel que soit leur âge, peuvent contribuer au développement
économique du Québec. Donc, pour nous, c'est peut-être le seul bémol qu'on a eu
de façon importante.
Alors, voilà, donc, pour la Commission des
partenaires du marché du travail, d'être entendue ce matin à la Commission des
relations avec les citoyens vous permet de véhiculer le message par les
partenaires, par les gens du monde du travail, du monde des employeurs, des
ordres d'enseignement et du monde communautaire. Alors, voilà, Mme la
Présidente. Je terminerais ma présentation probablement dans plus court que
prévu, mais ça nous permettra d'avoir des échanges plus riches avec les membres
de la députation.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Bien, merci beaucoup, M.
Lortie, pour cette présentation, présentation qui est disponible sur
Greffier, si vous voulez l'obtenir.
Alors, on va
entamer la période d'échange avec les partenaires. Nous allons donc débuter
avec les députés de la banquette gouvernementale, mais d'abord avec la
ministre, pour une période de 12 min 45 s.
Mme Fréchette : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Alors, merci, M. le président, merci à vous tous. On est ravis de pouvoir échanger avec vous
aujourd'hui. Le CPMT est un partenaire important du MIFI, et vous avez, bien sûr, une contribution essentielle à la nature
de... à toutes les discussions sur les politiques d'immigration. Donc, merci
pour votre mémoire et votre présentation ce matin sur l'ensemble des idées que
vous avez exposées.
Je commencerais en soulignant qu'au cours des
dernières semaines on a eu l'occasion de parler, à plusieurs occasions, des
enjeux qui peuvent être liés à l'octroi de permis de travail dits fermés en
soulignant que, dans certaines situations, il y avait une vulnérabilité qui
surgissait en lien avec ces permis de travail. Alors, je souhaite, en fait, vous remercier d'avoir accepté de prendre le
mandat que nous vous avons proposé en lien avec la documentation des impacts de ce permis de travail fermé sur les
travailleurs, de même que l'identification de voies de solutions alternatives.
Donc,
j'aimerais avoir... profiter de cette rencontre de ce matin pour avoir votre
écho sur la nature de ce mandat, comment est-ce que vous percevez la
réalisation de ce mandat, et est-ce que vous avez déjà commencé, par exemple, à penser aussi à la
méthode que vous allez adopter pour... je sais que c'est tout frais, là, mais
pour la réalisation du mandat. Donc, je vous laisse la parole.
M. Lortie (Jean) : Merci, Mme la
ministre. Alors, écoutez, on est en action depuis lundi, dès l'instant... ou mardi, dès l'instant que nous avons reçu la
correspondance de votre ministère. Les équipes de la commission sont déjà déployées à bâtir d'abord un calendrier. D'abord,
on va bien cerner le mandat, puisque c'est un mandat à la commission.
Vous savez que la commission, son mandat est sur les enjeux marché du travail,
développement des compétences de la
main-d'oeuvre et recommander au gouvernement des propositions. Donc, on
accueille très bien votre demande que la commission y réfléchisse parce
que vous avez le forum idéal pour faire cette discussion-là. Et bien sûr, comme
je le mentionnais en entrée de jeu, c'est par consensus que les décisions se
prennent à la commission, ce qui ajoute une valeur ajoutée extraordinaire,
parce qu'évidemment on peut porter un message beaucoup plus fort au Québec que simplement
lever la main droite et voter pour ou contre une proposition.
Alors donc, dès le mois d'octobre, bien, on a
créé un espace important au sein de la commission qui s'appelle le groupe de
travail en immigration, parce que les enjeux sont importants pour les
partenaires, notamment sur le marché du travail. Et on a donc créé, ce
printemps... la commission a créé un forum uniquement consacré aux enjeux de l'immigration. Il est convoqué pour le 25
octobre. Nous déposons une proposition, ce que j'appelle, moi, déjà, une
feuille de route, pour le mandat du MIFI, et l'assemblée délibérante de la
commission est convoquée pour le 2 novembre, et nous allons déposer
cette feuille de route là et la faire adopter pour, évidemment, développer le
mandat.
Vous avez souhaité que ce mandat-là se termine
au plus tard le 31 mars 2024. Ça sera le calendrier maximal pour nos
travaux, et nous déploierons nos ressources cet automne. Un, compréhension du
mandat, faire le portrait de chacun des partenaires autour de la table, des
enjeux qu'ils identifient, des conséquences, les difficultés par secteur, par
région. Donc, on va dresser un inventaire important de cette question-là pour
être capables, par la suite, avec des experts
extérieurs, mettre au jeu des propositions qui feront l'objet de discussions au
sein des instances de la commission pour évidemment faire un débat
politique au sein de l'assemblée délibérante, qui est l'équivalent d'un CA de
la commission et qui fera en sorte de recommander, au gouvernement du Québec,
des propositions.
Alors, pour la commission, c'est un mandat
important, parce qu'on en parle depuis de nombreuses années, de cet enjeu-là,
contrats fermés, contrats ouverts, mais aussi plus largement des questions,
évidemment, des seuils d'immigration, des
questions aussi de juridiction provinciale, fédérale et... parce que le marché
du travail est tellement tendu actuellement au Québec que la question de
l'immigration est devenue un incontournable.
Donc, oui, effectivement, on est au travail, la
commission est au travail depuis quelques jours, et on va vous faire une
proposition, à ce moment-là, à partir du 2 novembre, après notre assemblée
délibérante.
Mme Fréchette : Bien, merci. Bien,
je suis ravie d'entendre que vous êtes déjà à l'oeuvre après si peu de jours
suite à l'annonce, puis je pense qu'effectivement... Bien, d'une part, je salue
également la création du comité, du forum que vous avez mis sur pied en matière
d'immigration. Je pense que ça vient à point et que ce sera l'instance idéale
pour concentrer, là, les discussions autour de ce mandat. Puis je suis ravie
que vous acceptiez... que vous soyez déjà en action, parce que, considérant que
vous adoptez les mesures sur la base d'un consensus, je pense que ça va donner
beaucoup de force à vos propositions dans le cadre de ce débat, qui est très
délicat mais essentiel. Donc, un grand merci pour ça. Hâte de voir la suite.
Je vous amènerais maintenant sur, bien, la
connaissance du français. Dans le cadre de votre mémoire, à propos de l'orientation
1, là, vous exprimez être en accord avec une augmentation de la proportion des
adultes qui connaissent le français, mais pas au détriment des talents, tel que
vous le soulignez. Donc, en page 9, là, vous mentionnez qu'il est essentiel,
là, d'avoir un équilibre entre les besoins du marché puis de rester
compétitifs, parce qu'on le sait que c'est à l'international, et l'attraction
de talents est très importante. Comme vous savez, là, dans le cadre de notre réforme des programmes
d'immigration économique, on a mis de l'avant le PSTQ, programme dans lequel
on module la connaissance du français suivant le type de profession dont il est
question. Donc, pour des professions avec des compétences intermédiaires et
manuelles, on a mis le seuil de connaissance du français à l'oral au niveau 5, alors que, dans d'autres catégories, il est au
niveau 7, et on n'a pas inclus non plus d'exigence en matière de connaissance
du français à l'écrit.
Alors, je me demandais si, pour vous, cette
modulation des niveaux de connaissance du français est une approche que vous valorisez, une approche adéquate
pour tenir compte des enjeux que vous avez soulevés, là, en matière
d'attraction.
• (11 h 50) •
M. Lortie (Jean) : En fait, un des
enjeux... le signal fort qu'on voulait envoyer à travers les travaux de la
commission parlementaire, c'est de faire attention parce que... Je donne un
exemple très, très, très concret, l'enjeu de l'intelligence
artificielle. On va développer, au Québec, une expertise, on va devoir faire
appel à des talents internationaux à
travers nos centres de recherche. Ça devient un enjeu à l'ordre du jour,
disons, de l'ensemble des acteurs socioéconomiques,
la question de l'intelligence artificielle. On va devoir faire venir des
talents de l'extérieur du Québec qui, malheureusement, ne maîtrisent pas
le français.
Ce qu'on vous envoie comme signal, c'est :
Soyons prudents, ménageons un espace pour faire en sorte qu'on puisse les
accueillir et s'assurer qu'ils puissent évidemment vivre au Québec et leur donner
la chance d'avoir accès à de la
francisation, donc s'assurer que, soit à travers les centres de recherche, les
universités, tout ça, on puisse s'assurer qu'on ne les échappera pas et que,
s'ils souhaitent rester au Québec, bien, on les a bien encadrés. Pour nous,
un des enjeux importants, c'est la question de bien s'assurer qu'il y a un
arrimage entre les propositions de francisation, que ça
se fasse bien dans les milieux de travail, ou dans les milieux de recherche, ou
ailleurs et faire en sorte qu'à travers ça
ces gens-là puissent apprendre un français de qualité, à l'écrit et à l'oral,
et, s'ils le souhaitent, demeurer au Québec.
Donc, c'est un signal
qu'on dit : Il ne faut pas négliger les talents parce que, dans le secteur
d'activité économique, on le voit avec la filière de la batterie verte aussi,
on va peut-être faire appel à des talents de l'extérieur. Bien, ayons en tête de bien préciser et soyons
vigilants pour ne pas échapper... si, par exemple, ce que vous
mentionnez un peu plus tôt ne fait pas le travail, bien, on ait en tête que...
est-ce qu'il y a effort supplémentaire à donner? Donc, c'était la
recommandation qu'on souhaitait, de vous mettre en alerte sur cette
question-là.
Mme
Fréchette : D'accord. Bien, merci. Je vous entends. Bien, justement,
parlant de francisation, vous recommandez, là, à la page 10, dans votre
mémoire, que le MIFI consulte la CPMT dans sa mise en oeuvre des services d'apprentissage du français au sein des
entreprises. Donc, ça, c'est une dimension, là, fort importante, là, pour
nous, de Francisation Québec,
l'apprentissage en milieu de travail. Alors, comment est-ce que vous voyez que
la CPMT puisse collaborer avec le MIFI pour cette dimension, là, de la
francisation en entreprise?
M. Lortie
(Jean) : J'avais oublié de mentionner, un peu plus tôt, quand je vous
parlais des partenaires autour de la table,
il y a certain nombre de ministères qui siègent à la commission, dont le MIFI,
le ministère de l'Emploi, bien sûr,
le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, le ministère de
l'Habitation et des Affaires municipales et, bien sûr, le ministère de
l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie. Et donc, le MIFI siège à la table,
formellement, à la commission, participe à nos travaux dans les groupes de
travail, notamment le nouveau.
Je vous dirais que,
la question de la francisation en entreprise, les partenaires ont beaucoup
d'expérience, soit les partenaires patronaux, syndicaux. Ça fait au moins
30 ans qu'au Québec on fait de la formation en francisation en entreprise.
On connaît les obstacles, on connaît les succès, et chaque partenaire autour de
la table connaît des vécus qu'ils peuvent transmettre au MIFI pour comment
mieux assouplir cette proposition-là de francisation. Et le souhait des partenaires, c'est de dire : Faites
part... On va vous faire part de ce qu'on a vécu, ce qu'on vit encore actuellement.
Parce que la commission finance des projets de francisation en milieu de
travail, moins que... plutôt parce que Francisation
Québec est arrivé, mais on a un vécu,
on a une expérience, on a un savoir-faire, un savoir sur comment en entreprise,
au Québec. Je parle des petites et moyennes entreprises qui ont des obstacles
d'accueil de cours de français parce que, souvent, il n'y a pas de direction
des ressources humaines, la direction des opérations fait à peu près tout.
Donc, comment on
module les programmes de francisation? La grande entreprise qui bénéficie de
ressources en... en ressources humaines, qui
a peut-être des facilités, des accès à des salles... Moi, je
viens de l'hôtellerie. Le premier projet, au Québec, de francisation
s'est fait dans l'hôtellerie au début des années 90. C'est facile, dans un
hôtel, vous avez des salles de réunion, vous
pouvez offrir du café, des biscuits, on avait... c'est ça. Mais, dans une
usine, un abattoir, dans une usine de textile, avoir des locaux, ça peut
poser un enjeu. Donc, on a tout ce savoir-là, nos partenaires autour de la table. Alors, on disait :
Travaillons ensemble pour être capable de développer les meilleurs programmes
qui assurent le succès.
Et c'est par
l'entreprise, par le travail, qu'on intègre les gens. Et on leur donne un sentiment
d'appartenance extraordinaire et de confiance en eux-mêmes parce qu'ils
apprennent, ils découvrent. Vous n'avez qu'à visiter... et votre collègue Mme Champagne Jourdain l'a
vécu en visitant l'usine Peerless dans l'est de Montréal, l'usine de textile. C'est
formidable, les cours de français, ce qu'ils ont donné, l'intégration. Et les
gens, on les retient dans les milieux de
travail par cette proposition-là de francisation. Bien, ça fait des gens qui
sont heureux de travailler dans des milieux de travail québécois.
Mme
Fréchette : Bien, merci. Merci de votre proposition de collaboration.
Je comprends que vous avez une longue
expertise, alors on va faire en sorte d'aller tirer tout le potentiel qu'on
peut tirer, là, d'une collaboration entre nous pour s'assurer que la
francisation en entreprise roule à bonne vitesse et se déploie dans l'ensemble
des secteurs économiques.
Je vous amènerais
maintenant sur le thème de la reconnaissance des compétences à la page 15.
Vous dites être en accord, là, avec notre
proposition de bonifier les actions pour la reconnaissance des compétences, là.
On sait que c'est un élément qui est fort important, là, dans le
continuum de l'intégration des personnes immigrantes dans le marché de l'emploi. Vous proposez de travailler sur
l'établissement d'un cadre de compétences qui sera inscrit comme une action
dans le cadre des travaux du rapport quinquennal sur la Loi favorisant le
développement et la reconnaissance des compétences. J'aimerais ça, vous
entendre un peu plus sur le concret de la chose, là. À quoi ça correspond?
M. Lortie (Jean) : Bien, vous savez que le
socle, au Québec, de tout le développement des compétences et de la formation
continue, c'est la loi... développement et la reconnaissance des compétences de
la main-d'oeuvre, adoptée, il y a 25 ans, par le
gouvernement du Québec, qui a donné lieu à la création de la commission des
partenaires. Et on l'appelle souvent la loi du 1 %. En fait, c'est... le
1 %, la taxe sur la formation, c'est un des devis de cette loi-là. Cette loi-là... à tous les cinq ans, l'Assemblée
nationale exige un rapport quinquennal, à tous les cinq ans, d'évaluation
de cette loi-là, développement et
reconnaissance des compétences. Et pas plus tard qu'hier la présidente de
l'Assemblée nationale a formellement déposé le rapport quinquennal 2018‑2023.
Et
on a soumis au Conseil des ministres, au printemps dernier, une proposition d'un
rapport quinquennal 2018‑2023
et qui contient 36 recommandations, dont trois mesures-phares qui sont
colossales, c'est-à-dire qu'au Québec on développe une politique de formation
continue, donc les gens qui sont au travail, pas de formation initiale, bien
sûr, mais de formation continue, pour qu'on s'adapte à tout ce qui s'en vient
dans les trois transitions que je mentionnais un peu plus tôt.
Deuxième
élément, c'est de développer, au Québec, un cadre national de reconnaissance
des compétences, c'est-à-dire d'avoir un
langage commun, reconnaître les compétences de l'extérieur, les gens qui
viennent de l'extérieur, reconnaître, par des différents leviers, reconnaître
au Québec les compétences acquises par les travailleurs.
Et
le troisième élément, c'est de développer un carnet de reconnaissance des
compétences. Donc, les travailleuses et travailleurs québécois et leurs
entreprises auraient la capacité...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, M. Lortie. Le
temps est terminé pour la partie gouvernementale. On a eu des bonnes réponses.
Je vais tout de même me tourner, pour la suite des travaux, du côté de l'opposition officielle, avec une période
de 12 minutes... non, de 9 min 34 s. Et c'est la députée de...
le député de Nelligan. Le temps est à vous.
M. Derraji :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour à vous quatre. Et très heureux d'échanger
avec une commission que je connais très bien, une commission qui joue un rôle
extrêmement important. Et je vous souhaite du grand succès.
Ma première
question... parce que j'étais là en 2019 aussi. Dans votre mémoire, en 2019, la
CPMT demandait la publication d'un tableau de bord gouvernemental en
immigration. C'était la demande. J'ai lu votre mémoire de cette année,
malheureusement, cette recommandation n'en fait plus partie. Est-ce que vous
pouvez nous expliquer pourquoi? Est-ce que
c'est un changement de position à l'intérieur de la CPMT? Pourquoi la demande
d'un tableau de bord en immigration ne figure plus?
M. Lortie (Jean) : Oui, bien, écoutez,
d'abord, je vous salue, ancien membre de la Commission des partenaires du marché du travail. Alors, c'est un
plaisir de vous revoir à nouveau.
M. Derraji :
Moi aussi.
M. Lortie (Jean) : Oui, le tableau de
bord... Dans les recommandations, effectivement, le travail s'est fait,
c'est-à-dire qu'à l'époque la commission a formé un groupe de travail, qui
n'était pas institutionnel comme maintenant, sur lequel on a demandé de
travailler sur le tableau de bord avec le MIFI. On a constaté qu'on avait
besoin de données granulaires. Il y a une partie du tableau de bord qui
a été défaite... qui a été faite, pardon, qui a été déposée, débattue au sein
de la commission à travers ses instances, notamment à l'été 2022. Le constat
qu'on a fait, c'est que c'est une opération qui doit être constamment mise à
jour. On a un enjeu de bases de données.
Je vous donne un
exemple très, très, très concret. Vous avez un enjeu de transport public dans
la région de l'Estrie, à Sherbrooke, vous
allez avoir les données du transport public dans la ville de Sherbrooke. Mais
le transport public à Coaticook, où on a une usine qui accueille des
travailleurs étrangers temporaires, bien, on n'a pas ces données-là.
Alors, on a convenu
avec le ministère, la commission a convenu de constamment mettre à jour ce
tableau de bord là, de l'améliorer. Et on
est en opération depuis, donc, août 2022 à... et c'est pour ça que vous ne la
retrouvez pas, M. le député, dans les recommandations de cette année.
M. Derraji :
Oui. Mais est-ce qu'il est public, votre tableau de bord? Est-ce qu'il
est... Est-ce que c'est un tableau de bord interne ou un tableau de bord que
vous faites avec les partenaires autour de la table?
M. Lortie
(Jean) : Bien, c'est un tableau de bord qu'on fait avec les
partenaires autour de la table, qui sont mis à contribution, les 18 autour de
la table. Et aussi, les professionnels qui accompagnent les partenaires, ils...
c'est eux qui ont le mandat de creuser ce tableau de bord là.
• (12 heures) •
M. Derraji :
OK. Vous avez vu que, depuis le mois de mai, notre formation politique a
déposé un projet de loi sur les travailleurs temporaires étrangers pour les
inclure dans la nouvelle planification. Au niveau de la CPMT, est-ce que vous supportez le rapatriement de la
gestion du programme des travailleurs temporaires étrangers par le Québec?
M. Lortie (Jean) : La commission a pris
plusieurs positions à ce niveau-là, d'avoir une vision... Je vous dirais
que le mandat... Excusez-moi, je vais...
(Interruption) Le
mandat de la commission, évidemment, on a réfléchi beaucoup à cette
question-là, qu'on rapatrie au Québec
l'ensemble du mandat de PTET, parce qu'effectivement il y a conflit de
juridictions, complications, bureaucratisation des processus. L'idéal
serait d'avoir un seul guichet... pas automatique, mais un seul guichet qui
permettrait, bien sûr, à un seul levier de gouvernement de pouvoir gérer de
façon holistique l'ensemble de l'oeuvre. Et d'ailleurs
le mandat que la commission vient d'avoir du gouvernement du Québec nous permet
de penser qu'il y a un enjeu à ce niveau-là, d'avoir...
M. Derraji : Donc, autour de la
table... autour de la table, l'ensemble des partenaires supporte le rapatriement
de la gestion du PTET par le Québec?
M. Lortie
(Jean) : À certaines conditions, bien sûr, parce qu'évidemment il ne
faut pas négliger l'angle des conditions de travail et de l'avoir dans notre
angle pour le rapatriement...
M. Derraji : C'est très clair. C'est
très clair.
M. Lortie (Jean) :
...alors donc... effectivement, oui.
M. Derraji : C'est très clair. Merci
beaucoup. Je veux vous ramener sur la francisation en milieu de travail. Je pense que je vais vous nommer l'entreprise,
vous allez comprendre de quoi je parle. Désolé si je suis dans le détail, parce
qu'il y a tellement de choses, avec la CPMT, vous avez raison. J'ai siégé
quatre ans, mais je veux vraiment saisir l'opportunité que vous êtes les
experts dans le domaine.
L'année dernière, il y avait un petit scandale
sur les Vêtements Peerless, je ne sais pas si ça vous dit quelque chose, qui
avait connu des difficultés afin de financer la poursuite de son programme de
francisation en milieu de travail, suite à des changements de critères de
programme. Je pense que c'est la mauvaise chose à faire, c'est qu'en cours de
route on change des programmes. Ça n'aide pas la francisation en milieu de
travail.
Maintenant, est-ce que les programmes de
financement de telles initiatives couvrent encore 100 % des dépenses,
notamment quand on parle des salaires des travailleurs? Autour de la table, on
parle beaucoup de la francisation. On veut franciser dans les milieux de
travail, mais est-ce que le financement de telles initiatives peut couvrir 100 % des dépenses? Et j'insiste sur
une chose très importante, le salaire des travailleurs, et j'aimerais bien
savoir : Le budget de ces programmes, est-ce qu'il a diminué,
est-ce qu'il a augmenté ou est-ce qu'il est le même?
M. Lortie
(Jean) : Alors, je vous rappelle que, depuis la création de
Francisation Québec, la commission a gardé un certain nombre de programmes sur
la francisation, mais beaucoup moins importants qu'à l'époque. Donc, quand les
demandes arrivent, on les dirige beaucoup plus vers Francisation Québec parce
que c'est l'objectif de l'organisation qui a été créée le 1er juin dernier. Donc, on n'a gardé qu'un seul
programme, où on a bien sûr réglé le problème de Peerless, l'exemple que vous donnez, M. Derraji. On a réglé le
problème, parce qu'il y avait eu de la friture sur la ligne, disons, une
mauvaise coordination à ce côté-là. Alors, on a réglé le problème pour
permettre la continuation des programmes.
Et là, évidemment, on va s'ajuster avec la
nouvelle organisation, Francisation Québec, pour s'assurer qu'on n'en échappe
pas, quand il y a des projets. Et c'est pour ça qu'on demandait d'être
consultés sur l'implantation dans les entreprises, justement, sur les niveaux
de salaire, sur les niveaux de remboursement des frais d'organisation, sur la façon de donner les cours, la formation qui est
donnée, les formateurs, les formatrices, tout ça en étant consultés, en participant en parallèle avec Francisation
Québec. On va s'éviter des situations que vous avez mentionnées un peu plus
tôt.
M. Derraji : Comme vous le savez,
nous sommes en contact aussi avec beaucoup de partenaires, surtout des
entreprises, des entrepreneurs. Corrigez-moi si je me trompe, on me dit...
parce que c'est très bien qu'on l'entende en commission. On me dit que les
directions régionales de Services Québec coupent les pourcentages de couverture
de salaire. Vous savez très bien que, si on
veut vraiment aller de l'avant, si c'est vrai, ce que j'ai reçu, ce serait très
problématique, continuer à convaincre
des entreprises à faire de la francisation en milieu de travail. Est-ce que
c'est de l'information que vous pouvez nous partager ou... si vous
l'avez?
M. Lortie (Jean) : Bien, écoutez,
ça, les directions que vous mentionnez, les directions, c'est... Évidemment, à
chaque année, on doit adopter, les services publics d'emplois... la commission,
en compagnie avec le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale, doit
adopter les critères des politiques services publics d'emplois à travers...
déployés à travers le Québec, les 17 régions administratives, et ça percole
dans chacune des régions, et les régions, en fonction des critères que les
partenaires régionaux ont identifiés, adaptent les programmes de formation
qu'ils ont régionalement.
Donc, il peut y avoir des variations, selon les
régions du Québec, mais c'est en fonction des priorités que les partenaires régionaux ont données. Ça donne
l'indication qu'il peut y avoir de la friture sur la ligne, comme je disais un
peu plus tôt, mais, en fai,t c'est
que les 17 conseils régionaux des partenaires adoptent chaque année leurs
plans stratégiques et...
M. Derraji : Oui, mais vous...
M. Lortie (Jean) : ...et évidemment
adaptent aussi en fonction de leurs besoins.
M. Derraji : Oui, oui, on s'entend
qu'il y a 17 régions, et ils adoptent... Mais, si déjà on leur donne un
budget moindre, on s'entend que, la suite, il n'y aura pas beaucoup de
partenaires qui vont appliquer, et des coupures suivront, y compris dans les salaires. Ma question est très, très, très
simple : Est-ce que vous pouvez juste me confirmer aujourd'hui
qu'on couvre toujours 100 % des dépenses, notamment les salaires des
travailleurs? C'est la question que je...
M. Lortie (Jean) : Ça, je ne vous
répondrai pas parce que je ne veux pas faire de bêtise. Comme la commission
n'administre pas au quotidien les programmes, on va vous répondre formellement,
là, pour que vous ayez une bonne réponse, parce qu'évidemment les équipes du
secteur de l'emploi du ministère ont ces données-là. Je vais faire mes
vérifications pour être certain, pour ne pas vous induire en erreur, M. le
député.
M. Derraji : Non, non, non, c'est
excellent. Merci beaucoup. Maintenant, ce qui me ramène aux autres milieux de
travail... Est-ce que, selon vous, il y a d'autres milieux de travail qui se
sont prévalus de ces mêmes programmes pour faire de la francisation, depuis?
M. Lortie (Jean) :
Bien, ça aussi, je vais vous donner les informations pertinentes à cet
égard-là. On pourra vous donner la liste, là, des entreprises, selon ce qu'on
peut donner... rendre public, bien sûr, mais on va vous donner cette
information-là des autres secteurs d'activité économique, en agroalimentaire,
le tourisme, etc.
M. Derraji : C'est excellent. Mais,
du moment que je vous ai en face, si on peut... la commission formule... ou
fasse le suivi par rapport à ces dépôts de documents, je vous formulerais
carrément une demande : le portrait de la francisation en entreprise dans
les milieux de travail dans toutes les régions du Québec, les deux dernières
années, s'il vous plaît.
M. Lortie (Jean) : C'est pris en
bonne note, M. le député.
M. Derraji : Je formule la demande à
Mme la présidente, si c'est possible. C'est bon, c'est noté, par rapport à la demande, francisation dans les régions en
entreprise? Les budgets des deux dernières années, si c'est possible aussi, et
surtout si on continue de couvrir les salaires et les 100 % de dépenses en
francisation en milieu de travail.
Par rapport à
ce que vous avez vu sur le nombre de travailleurs temporaires étrangers, vous
avez vu le nombre qui explose, vous avez vu qu'il y a deux, trois ans, le
ministère de l'Emploi a baissé les critères pour accueillir plus de travailleurs temporaires étrangers. C'est quoi, la
lecture de la CPMT de l'évolution du nombre des travailleurs temporaires
étrangers au Québec?
M. Lortie (Jean) : Évidemment, je le
disais plus tôt, on est dans un contexte de trois crises de transition : verte, technologique et démographique. La question
démographique au Québec est majeure. Les départs à la retraite sont massifs.
On a à combler plus de 1,6 million de postes d'ici quelques années. Ce que
ça illustre, ce volume important de travailleurs étrangers temporaires, M. le
député, c'est que l'économie québécoise a besoin de main-d'oeuvre.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : M. Lortie, le temps imparti à l'opposition est terminé. On
va tout de même poursuivre avec le député de la deuxième opposition pour
3 min 11 s. Par contre, juste avant de passer le micro au
député, lorsque vous aurez de l'information, vous écrivez... sur les documents
qui ont été demandés, vous écrivez à la commission pour le dépôt.
M. Lortie (Jean) : Bien noté, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Alors, on termine avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
et le temps, 3 min 11 s.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci pour votre excellent
travail, votre présentation. J'avais une petite question. Vous faites des
recommandations sur le délai de traitement, notamment, vous dites neuf
mois dans le PEQ et trois mois dans le Programme de sélection des
travailleurs qualifiés. Je voulais savoir comment vous êtes arrivés à ces
chiffres-là, à ces données-là ou à ces mois-là, en fait. Comment vous êtes
arrivés à ce calcul?
M. Lortie (Jean) : En fait, c'est
l'objectif... bien, c'est le débat des partenaires... C'est les délais trop
longs qui faisaient en sorte que, quand on garantissait un emploi à quelqu'un
qui rentrait... et le fait qu'on n'était pas capable de l'accueillir dans les
délais prescrits, bien, on perdait des travailleuses et travailleurs compétents
qui pouvaient... Alors donc, c'est le
compromis politique qui a été déterminé par les partenaires, le neuf mois et le
trois mois, pour essayer de faire en sorte qu'on assure une plus grande
fluidité d'intégration dans les milieux de travail.
M. Cliche-Rivard : Parfait. Vous
recommandez aussi, puis j'aimerais ça vous entendre, d'étudier ou de considérer
le PEQ travailleurs hors seuil, comme le PEQ étudiants. Pouvez-vous nous
dire qu'est-ce qui justifie cette recommandation?
M. Lortie
(Jean) : C'est qu'on a soumis à la commission le
scénario 1, 60 000 personnes, balance humanitaire et
économique, en fait, c'est... pour l'exclure, parce qu'on pense qu'on a besoin
de main-d'oeuvre au Québec.
L'enjeu, comme votre député collègue le
soulignait, il y a un enjeu au Québec, il manque de monde. L'économie est en
croissance depuis plusieurs années, les pénuries, on a vu les publications, là,
les postes vacants. Même si tous les chômeurs et chômeuses au Québec
travaillaient, il n'y a pas assez de monde... et fait en sorte que les
partenaires se disaient : Il faut qu'on soit capables d'exclure ce
nombre-là pour garder cette fluidité-là dans le marché du travail et éviter des
fermetures d'entreprise, parce qu'ils ne seraient pas capables de répondre à
leurs besoins de main-d'oeuvre actuels qui sont déjà très criants.
M.
Cliche-Rivard : Donc, la logique, c'est que, comme le PEQ diplômés,
ces gens-là sont déjà des contributeurs, sont déjà, bon, probablement en emploi, francisés, et que, donc,
l'intégration est réussie, donc, considérant ces éléments-là, on devrait
les traiter hors seuil. C'est à peu près ça? Excellent.
Vous avez des recommandations en régionalisation
aussi, j'ai compris. Vous souhaitez que les CSQ soient émis sans délai ou de
manière accélérée en région, c'est bien ça?
• (12 h 10) •
M.
Lortie (Jean) : En fait, c'est le signal qu'on veut envoyer. C'est
que, oui, il faut faire un effort considérable pour régionaliser
l'immigration au Québec. L'enjeu, évidemment, c'est la capacité des régions
d'accueillir, on le voit, et du logement,
mais également c'est tous les services. Et je peux donner plein d'exemples, on
n'aura malheureusement pas le temps de le faire, mais je peux vous donner des
exemples, comme à Chibougamau, les enjeux d'intégration, parce qu'il
manque de services publics, il manque de main-d'oeuvre. Écoutez... et il faut
qu'on soit capables, au Québec, de donner un
signal fort que, quand on accueille des gens, on les dirige vers les régions du
Québec, on soit capables de les accueillir dans les régions parce que
c'est la vitalité des communautés régionales, au Québec, qui est en jeu. Alors, c'est pour ça qu'on souhaite qu'on
travaille mieux sur cette question-là et beaucoup plus en transversal entre les
différents ministères et organismes publics et des communautés, bien sûr.
M. Cliche-Rivard : Donc, je
comprends que, selon vous, il y a des mesures structurantes qui doivent être mises de l'avant. Je veux dire, il y a des
mesures... On a besoin d'aller de l'avant sur la régionalisation, les propositions
telles quelles, telles que formulées, ne répondent pas tout à fait à ça pour
l'instant, là.
M. Lortie (Jean) : Il faut aller
plus loin, parce que l'enjeu, c'est d'être capable d'accueillir dans les
régions et ne pas laisser en plan ces
gens-là. On leur a fait des promesses de les accueillir au Québec, alors il
faut livrer le contrat social. C'est
de bien les assurer qu'ils auront des services publics, éducation, épicerie,
hôpitaux, etc. C'est notre devoir, on a une responsabilité, et c'est le
signal fort que les partenaires vous envoient.
M. Cliche-Rivard : Un immense merci
pour votre travail. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, mesdames et messieurs de la Commission des
partenaires du marché du travail. Ça a été un plaisir de vous recevoir
aujourd'hui. Alors, je vous souhaite une bonne fin de journée. Merci pour
l'apport à nos travaux.
Pour la commission, je suspends quelques
instants, le temps de recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 12 h 11)
(Reprise à 12 h 13)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission des relations
reprend ses travaux.
Nous en sommes donc à la présentation du groupe
Mirabaud Canada, que j'ai devant moi, M. Alex Côté, gestionnaire de portefeuille associé, ainsi que M. Samuel Tessier,
gestionnaire de portefeuille associé également. Bienvenue à la Commission des relations avec les
citoyens. Vous allez donc bénéficier d'une période de 10 minutes pour
votre présentation, et nous allons, par la suite, échanger avec les
partenaires. Alors, le temps est à vous.
Mirabaud Canada inc.
M. Côté (Alex) : Merci. Bonjour, Mme
la Présidente. Mme la ministre, chers membres de la commission, c'est un
plaisir d'être ici avec vous aujourd'hui. J'aimerais présenter mon collègue
ici, à ma gauche, Samuel Tessier, et moi-même aussi, Alex Côté, également
gestionnaire de portefeuille associé auprès de Mirabaud Canada.
Mirabaud, en
fait, est un groupe bancaire financier international basé à Genève, fondé en
1819. Il s'est développé au fil du temps pour constituer le troisième
groupe bancaire privé genevois. Mirabaud est membre de l'Organisme canadien de
réglementation des investissements et du Fonds canadien de protection des
épargnants. Donc, de 2013 à 2019, nous avons
eu le privilège exceptionnel de promouvoir, à travers le monde, les raisons sur
lesquelles les investisseurs étrangers devraient investir au Québec, le
choisir pour vivre et investir. Notre expérience à l'international, combinée à notre expérience en gestion de portefeuille,
nous a permis de bien comprendre les objectifs et les préoccupations des
individus aisés provenant des quatre coins de la planète. Inutile de dire
qu'après un moratoire de quatre ans nous sommes
très soulagés de voir que le gouvernement du Québec confirme qu'un programme
comme celui-ci a sa place parmi son offre de programmes d'immigration
économique.
La réforme
proposée au début du mois de juin dernier est reçue, selon nous, avec un
sentiment un peu mi-figue, mi-raisin dans l'industrie et dans les
parties prenantes, puisque nous croyons que nous devrions être plus ambitieux
avec nos objectifs des seuils d'admission projetés en 2024‑2027. Les objectifs
et les prévisions indiquent aux parties prenantes que le gouvernement a
pratiquement abandonné la catégorie des gens d'affaires dans son ensemble.
À partir de 2025, selon le tableau 1,
Admissions projetées, juste ici... Selon le scénario 1, la catégorie des gens d'affaires, là où environ 95 % du volume
provenait du programme des investisseurs, représente désormais 0,8 %
de l'apport total des immigrants au Québec,
diminuant à 0,75 % en 2027. Historiquement, cette catégorie représentait
entre 7 % et 11 % de la composition de notre immigration totale.
Cette forte baisse dans les cibles du gouvernement du Québec représente le plus
faible pourcentage d'entrepreneurs et d'investisseurs depuis la signature de
l'accord Gagnon-Tremblay-McDougall en 1991.
En tant que nation distincte détenant des
pouvoirs uniques en matière d'immigration économique, nous avons la
responsabilité d'adopter une vision à long terme et surtout d'afficher une
ambition accrue. Notre objectif ne devrait pas se limiter
à attirer les gens d'affaires, mais également à devenir une destination
incontournable au Canada et à l'international pour les investisseurs issus de
la francophonie.
Examinons la genèse du programme investisseurs.
En fait, le programme émane du fait que la grille de sélection qui régit
l'immigration au Canada et au Québec a un parti pris pour les jeunes
travailleurs ayant des capacités
linguistiques dans les deux langues officielles, ayant étudié au Canada. Le
programme a été créé pour donner un
chemin aux candidats de la catégorie des gens d'affaires en mettant l'accent
sur la capacité et leur contribution financière ainsi que leur
expérience en gestion. Cela signifie qu'une personne immigrante pouvait être
allophone, avoir 50 ans, 55 ans,
mais avoir toujours une voie vers la résidence permanente avec la famille
admissible. La famille pouvait, par la suite,
s'intégrer à la société québécoise et apprendre la langue commune, étant donné
les mécanismes de protection que nous avons en place pour le français.
Autre décision ambitieuse du gouvernement, à
l'époque, dans le cadre du programme, celui-ci accordait au secteur privé, aux intermédiaires financiers, un
rôle important en tant que grossistes du programme à travers la planète.
Un partenariat public-privé efficace a permis de mettre à l'avant-scène les
courtiers en valeurs mobilières avec des sièges au Québec et les sociétés en
fiducie avec des sièges au Québec. D'ailleurs, je crois que notre société
aurait tout à gagner à impliquer les parties prenantes dans les futures révisions
et améliorations du programme.
Dans cette perspective, l'introduction d'un test
oral standardisé de français de niveau intermédiaire avancé pour le requérant principal marque un changement
fondamental dans la population potentielle admissible à ce processus-là et
à ce prix-là. Un changement aussi majeur affectant les fondements mêmes de la
création du programme doit nous inciter à
réfléchir de manière pragmatique aux façons de maintenir et accroître l'attrait
du programme, tout en renforçant sa compétitivité parmi l'offre de programmes
d'immigration économique disponibles au Québec, au Canada et à travers
le monde entier.
N'oublions pas que 27 autres pays offrent
des programmes d'immigration par investissement, par exemple, la
Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni, les États-Unis, pour en nommer quelques-uns.
Nous estimons qu'établir une cible aussi
modeste pour la catégorie entière, telle que les gens d'affaires, revient
pratiquement à abandonner ce profil d'immigrants.
À long terme, c'est une erreur majeure car cela empêche le Québec de maximiser
les avantages sociaux, culturels et économiques associés à la migration
de personnes fortunées.
M. Tessier
(Samuel) : La
diversification d'un portefeuille est la clé pour optimiser le rendement d'un
portefeuille pour un certain niveau de risque. Nous utilisons aujourd'hui ce
concept fondamental émanant du domaine financier pour l'appliquer à
l'immigration. Une forte dépendance à l'égard des travailleurs qualifiés
pourrait créer une situation dans laquelle
les politiques d'immigration sont uniquement motivées par les besoins à court
terme du marché du travail. Cela peut
entraîner des fluctuations des niveaux d'immigration en fonction des cycles
économiques qui ne correspondent pas nécessairement aux objectifs
économiques et démographiques à long terme du Québec. L'économie québécoise subira inévitablement les contrecoups des
politiques monétaires restrictives actuellement en vigueur au Canada. C'est
précisément dans ce contexte économique qu'un panier diversifié de profils
d'immigrants est pertinent.
Lors d'une contraction économique, le Québec
bénéficiera des gens d'affaires via leur esprit entrepreneurial, leurs dépenses discrétionnaires via les taxes à la
consommation et ainsi que leur résilience financière via une valeur nette élevée,
personnelle, supérieure à la moyenne nationale. Stimuler la catégorie des gens
d'affaires en général et les investisseurs en particulier peut contribuer à
stimuler l'innovation et la création d'emplois dans la province.
Après avoir
examiné le programme d'immigration destiné aux investisseurs au sein de la
fédération canadienne et à travers le
monde, nous en venons à la conclusion que le programme investisseur revisité
par le gouvernement au pouvoir ne
semble pas réellement compétitif et propose surtout une volonté mitigée du
gouvernement d'attirer les gens d'affaires francophones au Québec.
Comme vous le
savez, depuis 1991, le Québec possède des pouvoirs distincts en matière
d'immigration. Aujourd'hui, ces
pouvoirs font rougir plusieurs autres provinces qui aimeraient sélectionner
leurs immigrants économiques. Avec un
tel pouvoir, nous avons le devoir envers notre société de repousser les limites
et d'innover dans nos programmes destinés
aux investisseurs. Le Québec possède tous les outils et les mécanismes dont
nous avons besoin pour accroître notre attractivité.
• (12 h 20) •
Avec des seuils projetés dans cette catégorie de
seulement 450 personnes, soit environ une centaine de familles, nous croyons qu'il serait préférable
d'être plus audacieux envers ce profil qui est mondialement convoité. Les
recommandations que nous avons formulées
dans notre mémoire visent à soutenir le gouvernement dans l'assouplissement
de certaines de ces conditions. Ce sont des
propositions simples à mettre en oeuvre qui pourraient permettre de doubler,
voire tripler l'objectif annuel pour cette catégorie, tout en maintenant la priorité
du gouvernement en matière d'immigration économique francophone.
On peut se poser la question : Y a-t-il
trop d'investisseurs francophones au Québec? À partir de notre mémoire, voici
trois exemples d'assouplissement que nous proposons : assouplir le niveau
de français à un niveau 5, sélectionner les candidats dont le conjoint a
atteint un niveau oral sur l'échelle québécoise des compétences en français,
éliminer la partie non remboursable de l'investissement de la donation du
gouvernement du Québec lorsque le candidat maîtrise le français.
Nous saluons la décision du gouvernement
d'accorder un permis de travail ouvert aux investisseurs ayant obtenu un
certificat de sélection du Québec. Cependant, nous estimons que le gouvernement
devrait encourager les investisseurs à
choisir le Québec plutôt que d'ajouter des conditions supplémentaires de
présence physique obligatoire qui
auront pour effet d'alourdir le programme et de prolonger les délais totaux
vers l'obtention de la résidence permanente.
En ce mois de septembre
2023, les délais de traitement actuels pour cette catégorie, soit les gens
d'affaires sélectionnés par le Québec,
s'élèvent à une période de 62 mois, délais débutant après l'obtention d'un
certificat de sélection. Cette attente représente un délai trois fois et
demie plus élevé que ceux projetés dans la catégorie des travailleurs qualifiés choisis par le Québec. Nous croyons que
les délais sont un enjeu majeur pour l'attractivité des gens d'affaires
au Québec.
Par
conséquent, il est impératif que le gouvernement mette en place des mécanismes
de surveillance et d'alignement entre
les objectifs de sélection et d'admission. En maintenant des seuils d'admission
aussi bas, nous forçons délibérément des
familles préalablement sélectionnées par le ministère à attendre. Il est
légitime de remettre en question la pertinence même de ces seuils
d'admission, étant donné les compétences du Québec en matière de sélection à
l'immigration. Ne serait-il pas dans l'intérêt de toutes les parties concernées
que les candidats sélectionnés par le Québec bénéficient d'un délai d'admission, au fédéral, le plus court
possible, peut-être par le biais d'un processus d'admission en continu?
Actuellement,
plus de 10 000 personnes ayant rempli les conditions du gouvernement,
réalisé leur investissement, détiennent un certificat de sélection dans
la catégorie des gens d'affaires, mais les seuils totaux d'admission projetés pour la catégorie, entre 2024 et 2027, ne
s'élèvent qu'à 2 650. Nous sommes préoccupés de voir continuer la
tradition des délais excessifs auprès des investisseurs internationaux,
nuisant à la réputation et à l'attractivité des investisseurs internationaux au
Québec.
En
conclusion, au nom de notre équipe, je tiens à vous remercier pour la gratitude
et l'opportunité de présenter ce mémoire important devant vous
aujourd'hui et restons à votre disposition pour répondre à vos questions.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup pour cette
présentation. Alors, ça met la table pour les discussions avec les parlementaires. Alors, je vais commencer du côté
du gouvernement avec une période de 12 min 45 s. Mme la
ministre, la parole est à vous.
Mme Fréchette : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, merci, messieurs, merci à vous deux de prendre part à
cet exercice démocratique, de venir nous partager votre vision,
particulièrement pour ce qui a trait, là, aux immigrants investisseurs. Je
commencerai en vous remerciant, en fait, de votre appui dans le cadre de votre mémoire, là, où vous affirmez que le Québec
devrait être la destination de choix sans équivoque pour les francophones
s'expatriant à travers le monde. Alors, on a
des vues convergentes. Effectivement, on croit que notre caractère francophone
peut constituer un point d'attraction important pour les personnes immigrantes,
particulièrement les investisseurs.
Parce que,
vous le savez, en fait, la connaissance, la maîtrise du français, c'est quand
même une clé, un facteur de réussite de tout processus d'immigration pour quelqu'un
qui vient s'établir au Québec. Alors, c'est important pour nous de
refléter l'importance qu'occupe la langue française dans le cadre des processus
d'immigration, incluant ceux qui concernent les investisseurs. C'est bénéfique,
d'une part, pour l'économie, mais c'est bénéfique aussi pour la langue
française puis le développement du Québec dans son ensemble. Et
malheureusement, bien, le programme des investisseurs qui existait avait pour
effet de perpétuer la perception qu'on pouvait immigrer au Québec en tant
qu'investisseur sans avoir à connaître le français, sans avoir à maîtriser la
langue commune. Et ça a généré, bon, l'arrivée
de plusieurs personnes dont un très faible pourcentage maîtrisaient le
français, dans le cadre du programme des investisseurs. Il y avait
aussi, même, en parallèle, une très faible proportion de gens investisseurs qui
s'établissaient au Québec.
Donc, on a voulu vraiment réformer les
programmes pour faire en sorte que le français soit au coeur des exigences que l'on allait mettre en place et qu'il
y a un réel projet d'établissement au Québec également, qui accompagne
la démarche des personnes immigrantes à titre d'investisseur. Et puis
maintenant, ce qui est intéressant, c'est qu'avec Francisation Québec on a la
possibilité de franciser les gens en amont avant même qu'ils n'arrivent au
Québec. Donc, ça, ça ouvre aussi des
perspectives intéressantes où les gens, alors qu'ils se préparent à immigrer,
peuvent commencer à prendre des cours
de français via Francisation Québec. Donc, ça, c'est un outil important dont on
dispose et qu'on voudra explorer, exploiter avec son... jusqu'à son
plein potentiel.
Aux pages 10 et 11 de votre mémoire, là,
vous faites mention des avantages qu'il y aurait pour le Québec à avoir des
investisseurs, entrepreneurs et étrangers, et je me demandais ce que vous
pensiez, en fait, du volet qu'on a développé dans notre réforme des programmes
économiques, le volet, en fait, qui concerne le repreneuriat. Donc, on veut que
l'immigration soit un des canaux qui puissent être utilisés pour assurer la
reprise d'entreprises québécoises. On sait
qu'il y a un très grand nombre d'entre elles qui vont avoir besoin de relève
et, bon, si c'est possible, d'aller chercher des gens depuis l'étranger
pour contribuer à la relève de ces... au repreneuriat de ces entreprises, des
PME souvent. J'aimerais savoir si ce que l'on a formulé comme proposition, ça
vous semble aller dans le bon sens.
M. Côté (Alex) : ...que j'avais à
faire, en fait, c'est que nous, on aime appliquer des concepts de finance à des programmes d'immigration économique comme
celui-ci. Et donc c'est important d'avoir une offre de programmes
d'entrepreneurs, une offre de programmes investisseurs compétitifs. Donc,
évidemment, les profils de gens comme pour
la finance, il y a des gens qui ont une capacité à prendre du risque plus élevé
que d'autres personnes et il y a d'autres gens aussi qui ont une capacité financière à être capables de prendre
plus de risques, vis-à-vis d'autres individus. Donc, on croit qu'un programme
de repreneuriat, ça fait du sens.
Mais il faut garder en tête, il y a des gens
qu'un... Ce certain niveau de risque là de reprendre une entreprise, de faire un investissement où le capital est
complètement à risque, ce n'est pas fait pour tout le monde. Donc, en fait,
nous, on est plus sur une approche que, la balance dans l'offre
d'immigration... Il faut prendre en considération qu'un investissement passif, comme l'achat d'un bon du Trésor IQ immigrants
investisseurs, peut plaire à beaucoup de gens. Il
y a aussi beaucoup de candidats qu'on rencontre que, dans le passé, eux, déjà,
le périple vers le Québec, c'est un grand
saut, déjà qu'il va y avoir un coût d'établissement, bien sûr, acheter une
maison, la meubler, envoyer les enfants dans un nouveau cadre. C'est sûr que se lancer en même temps dans une
aventure entrepreneuriale, ce n'est pas pour tout le monde.
M. Tessier
(Samuel) : Puis, si je peux complémenter avec ça, bien, en fait, on
adresse aussi... sur les délais, justement,
là, il y a une position à prendre, parce que d'orchestrer ces transactions
corporatives là de rachat d'entreprise avec des délais de 62 mois, bien,
évidemment, c'est très risqué pour le candidat de se voir refuser, à la fin, à l'admission,
et également, bien, ça peut le contraindre dans son investissement. Donc, on
invite le gouvernement à réfléchir, là, aux délais qui vont, évidemment, poser
des défis, là, dans ces dossiers-là.
Mme
Fréchette : Et on s'est assurés, également, de veiller à ce qu'il y
ait des experts en la matière qui accompagnent les investisseurs immigrants de
telle sorte qu'il puisse y avoir, justement, une bonne expertise qui soit mise
à profit, mise à contribution pour la réalisation du projet.
Qu'est-ce que vous
verriez, vous, comme réseau à approcher pour faire connaître nos mesures en
lien avec l'immigration d'investisseurs,
d'entrepreneurs? Il existe des réseaux d'affaires à l'échelle internationale.
Donc, est-ce qu'il y en a parmi lesquels vous êtes déjà actifs? Est-ce que vous
en connaissez que vous voudriez mettre à profit? Si vous étiez à notre
place, là, qu'est-ce que vous auriez comme approche pour sensibiliser les gens
à l'existence de ce programme-là? Puis qui vous approcheriez?
M. Tessier (Samuel) : Je pense que, dans le
passé... en fait, depuis 1986, la création du programme investisseur, il y a eu
un partenariat public-privé entre les banques et les intermédiaires, les
fiducies canadiennes et québécoises ayant maintenant... un siège au
Québec étant obligatoire, là, pour faire partie des intermédiaires. Donc, c'est
des groupes financiers internationaux, qui ont des places d'affaires dans
différents pays, qui sont d'excellents ambassadeurs pour le Québec. Faire la promotion de ces investisseurs
qui sont souvent leurs clients, et donc, étant des organismes réglementés
au Québec par les marchés financiers... également, assurent une conformité des
dossiers, et assurent un suivi, là, adéquat
des dossiers, et donc peuvent être sanctionnés, étant, évidemment, des
entreprises, là, ayant un siège au Québec, donc plus facilement
contrôlables pour le gouvernement. Donc, c'est un excellent réseau de
distribution qu'on pense qui devrait être exploité davantage.
• (12 h 30) •
M. Côté
(Alex) : C'est sûr que, pendant la période de quatre ans, il y a eu un
moratoire pour le programme et le réseau de distribution. Donc, les détaillants
qui sont des consultants réglementaires en immigration au Québec, des avocats
ou des notaires qui oeuvrent à titre onéreux, c'est sûr que l'immigration pour
les entrepreneurs, durant cette période-là, c'est des programmes qu'ils ont
enlevés, en fait, du menu. Donc, concrètement, les gens se font proposer
différentes destinations dans une approche-conseil, d'où ils devraient aller,
c'est où qu'ils vont faire le saut pour s'établir.
Et, pendant les quatre dernières années, ça a été enlevé, en fait, de l'offre
du réseau de détaillants, donc il faut recommencer à en parler.
Nous,
on croit fortement aux partenariats public-privé. On croit que cela a très bien
fonctionné pour distribuer le programme. Mon commentaire personnel, ce serait
de... voilà, de refaire des brochures pour parler de ces différents
programmes là, voilà. Le matériel qui existe en ce moment est très ancien, je
pense que ça date de 2009, donc ce serait des choses à revoir, et parler aussi
aux bureaux du Québec qu'on a à Rabat ou à l'étranger, à différentes places. On
a rencontré, justement, un des individus, au mois de mai, là, et, tu sais,
c'est sûr que le personnel local devrait comprendre
ces programmes-là, être capables d'en parler et ensuite prendre action, et
référer les gens aux prestataires qui vont être capables de les aider à
entamer leurs démarches.
Mme Fréchette : Merci pour vos
propositions. Je partagerai la parole avec des collègues, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup, Mme la ministre. Alors, la députée...
c'est pour la députée
d'Iberville, merci, alors pour une période de 4 min 33 s.
Mme Bogemans :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Moi, je voulais parler un petit peu de
la réalité de la rétention et de
l'intégration de la catégorie des gens d'affaires particulièrement. On sait que
c'est souvent là qu'on a eu des défis dans le passé. Selon vous, comment
on pourrait mieux structurer le tout?
M. Côté
(Alex) : Bien, selon moi, en fait, en imposant un test de langue
standardisé pour le français de niveau intermédiaire avancé, on vient prendre
soin de la rétention, parce que, si on va dans les données du ministère, on
voit que les gens qui maîtrisent le français à l'oral ont vraiment une forte
rétention au Québec. Donc, selon moi, il y
aurait plein de façons d'assurer la rétention des gens d'affaires de
différentes façons. En demandant un test de français afin d'obtenir un CSQ et le droit de résidence,
selon moi... va régler en grande partie, voilà, les problèmes de rétention.
Mme Bogemans : Avez-vous été témoin
ou... avez-vous assisté certaines personnes qui sont déjà ici, dans cette
catégorie-là, qui avaient besoin de plus d'aide ou de mesures structurantes?
M. Tessier
(Samuel) : Tout à fait. On a accompagné plus de
150 familles, là, dans cette catégorie-là, à s'établir au Québec,
en majorité francophones, mais également beaucoup d'allophones qui ont appris
le français eux-mêmes, leur conjoint, conjointe et leurs
enfants, là, qui sont dans des établissements scolaires au Québec. Donc, tous
ces gens-là ont appris le français.
Et puis, peut-être,
je compléterais, là, la réponse de mon collègue en disant que, bien, en fait,
il peut y avoir deux volets dans ces
programmes-là, donc, deux volets, tant un volet francophone, donc, avec des
conditions attractives pour les francophones, également un volet de
francisation où c'est des gens qui vont venir se franciser au Québec, donc, qui sont conscients de la notion de
l'apprentissage du français et s'engagent à apprendre le français, là, sur une
certaine période de temps. Donc, voilà.
Mme Bogemans :
Super. Au-delà du français, pour bien démarrer la vie ici, il y a quand
même, justement, toute l'inscription à
l'école. La reconnaissance de certains acquis doit être moins le cas des
entrepreneurs, mais, quand même,
faire sa place, aller chercher les bons permis, se retrouver aussi dans tout
ça... Est-ce que vous trouvez que les gens sont bien outillés à leur
arrivée ici?
M. Côté
(Alex) : Effectivement, on parle des candidats qui ont une valeur
nette deux fois supérieure de la moyenne des Québécois. Et donc, bon, il y a...
ils sont bien conseillés avec un bon entourage de professionnels qui sont capables de les aider, et, selon moi, c'est
des gens qui sont prêts à payer pour ces services-là. Donc, je ne pense pas que c'est un enjeu. On parle plus d'une qualité de
candidats que d'une quantité. Et donc, voilà, je n'ai pas de commentaire...
Mme Bogemans : Avez-vous certaines
mesures qui pourraient favoriser la régionalisation de ces gens d'affaires là?
M. Tessier
(Samuel) : Bien, en fait, historiquement, les capitaux générés par le
bon du Trésor allaient en région. Donc, avec un volume d'environ
2 000 dossiers par année, là, ces investissements-là allaient dans
des PME, huit fois sur 10, manufacturières
en région. Donc, on considère que c'est un programme qui était excellent en
termes de retombées économiques. Après, bien, c'est des gens d'affaires qui ont
un certain style de vie, qui bougent beaucoup plus que la moyenne, qui
ont des entreprises à gérer dans différents pays, donc c'est difficile de les
attacher, de les ancrer à un seul endroit. Cependant, dans beaucoup de cas,
leurs familles, eux, sont établies au Québec. Et donc l'applicant principal, bien, peut être plus mobile, mais la famille,
voilà, est assujettie à la loi 101, évidemment, et va souvent dans
des écoles en français.
M. Côté
(Alex) : En fait, le financement de l'immigration et l'intégration en
emploi... Donc, les effets économiques
structurants du programme supportent l'immigration et l'intégration en contexte
de rareté de main-d'oeuvre et redistribuent les surplus de tarification
des immigrants envers d'autres programmes d'immigrants économiques. Donc, on a le programme immigrants investisseurs,
aide à l'entreprise, qui est une solution de financement d'Investissement
Québec, eux déploient les fonds à des PME.
Et on a aussi le programme PRIIME, qui aide l'intégration dans le marché
du travail pour des minorités. Et donc,
voilà, les revenus d'intérêts générés par ces bons du Trésor là financent ces
programmes-là.
Donc,
voilà, c'est une façon d'utiliser des candidats qui sont fortunés, qui sont
aisés, pour ensuite financer d'autres programmes avec l'argent qui est
généré, voilà, des investissements.
Mme Bogemans :
Parfait. Tantôt, justement, on parlait de repreneuriat, puis vous le...
ramenez sur le sujet. Ça, c'est une mesure
concrète, mais avez-vous d'autres mesures qui pourraient favoriser les gens qui
sont ici à faire du repreneuriat en entreprise?
M. Tessier
(Samuel) : Bien, je pense que, dans beaucoup de cas, notamment sur le
programme investisseurs, les gens veulent
une certaine assurance tranquillité d'esprit dans le cadre de leur immigration.
C'est un grand choix de se relocaliser, là, toute la famille, dans une nouvelle
géographie d'adoption. Et donc ils ne veulent pas nécessairement
attacher un projet commercial à leur projet d'immigration.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui met fin
à la première partie d'échange. Je me tourne du côté de l'opposition. Pour 9
min 34 s, le député de Nelligan.
M. Derraji : Merci.
Bonjour à vous deux. On s'est vus en 2019. Quelques années plus tard, juste
avant de commencer... Je sais que vous avez beaucoup, beaucoup parlé des
incidences du changement... En fait, il y a le PEQ, mais il y avait vous aussi,
ce que vous représentez.
Parlez-nous, en
termes économiques, les pertes de ce programme... parce que je suis très
familier avec les programmes que vous avez
dits. C'est des entrepreneurs qui mettaient de l'argent, et l'argent généré,
qu'Investissement Québec prend, finance l'innovation dans les PME et
finance aussi des stages rémunérés pour des gens qui viennent au Québec, notamment un programme que le
gouvernement libéral a lancé pour permettre à des jeunes de commencer leur travail, leur intégration au marché du
travail. Donc, juste, si vous voulez... si vous avez une idée sur ce que le
Québec a perdu, les quatre dernières années ou les cinq dernières
années...
M. Côté (Alex) : Oui. C'est difficile à chiffrer.
Évidemment, on n'a pas une analyse qui a été faite à ce niveau-là. On le sait,
on l'a cité dans notre mémoire, Aviseo Conseil a présenté, là, une analyse
d'impact économique du programme investisseurs, pour 2009 à 2019, qui
présentait, en fait, environ 1 milliard de dollars de rendement généré pour
les prêts immigrants investisseurs, qui reflétait environ 1,5 milliard de
retombées économiques et 17 000 emplois qui ont été supportés ou
créés.
M. Derraji : 1 milliard,
c'est sur combien de... sur combien, la période?
M. Côté (Alex) : Sur 10 ans, de
2009 à 2019. Et donc, en fait, ce programme-là, disons, les pertes qui ont été
faites, ça générait environ 45 millions de dollars de contributions
financières non remboursables pour des PME, à 80 % dans le secteur
manufacturier, à 86 % à l'extérieur de la grande région métropolitaine de
Montréal. Et donc ça aidait des PME dans des projets de modernisation ou
d'expansion de leurs procédés. Donc, à 45 millions de dollars, c'est presque 400 à 500 PME, dépendamment,
là, du projet et du montant qui était octroyé par Investissement Québec,
et ça, c'est par année.
M. Derraji : OK. J'ai cru
comprendre, en lisant votre mémoire, que les objectifs de seuils d'admission,
pour les gens d'affaires, proposés pour la période 2024, donc celle que
nous sommes en train d'étudier, sont insuffisants. Vous venez de parler des
pertes économiques, et tout. Comment cela pourrait affecter le Québec à long
terme?
M. Tessier (Samuel) : Bien, en fait,
c'est différents programmes qui vont perdre leur financement par... voilà, par la perte de ces investisseurs-là. Puis
également, bien, il y a des retombées... différentes analyses, dont Aviseo,
là, qui ont fait des analyses sur l'impact
économique de ces personnes au Québec par la suite. Donc, ce n'est pas
seulement leurs investissements. Évidemment, il y a une retombée économique,
là, directement du bon du Trésor, au moment de leur arrivée au Québec,
l'obtention du CSQ, mais également c'est des familles qui ont des valeurs nettes
supérieures à la moyenne nationale, qui vont
s'installer au Québec, et donc contribuer à l'économie québécoise de
différentes façons. Et, si je
rebondis sur la question précédente, bien, c'est des gens, donc, qui vont
pouvoir acheter des entreprises, en effet, et réaliser des investissements consistants au Québec. Cependant, ils
n'ont pas nécessairement désiré, là, attacher leur investissement à leur
projet commercial.
M. Côté (Alex) : Et les délais,
donc, avec 400... Pour revenir sur la question sur les seuils d'admission, on
croit qu'on... Il y a un inventaire environ de 10 000 d'ici 2024,
10 000 personnes qui... C'est l'arriéré qui a été créé étant donné qu'on a trop sélectionné et on n'a pas
admis assez des gens d'affaires. Et donc, si on regarde avec un seuil de 450 personnes, on a
10 000 personnes qui attendent. Voilà, ça ne prend pas la... voilà,
on a fait les calculs, on parle de 20 ans de temps d'attente, si
c'est ça, les seuils qui sont devant nous.
• (12 h 40) •
M. Derraji : 20 ans?
M. Côté (Alex) : Bien, je crois.
Selon les informations du mémoire qu'on a, on a un article d'avril 2023 qui parle d'environ 12 000 personnes qui
attendent. Si on regarde les seuils de cette année, les seuils de l'année
prochaine, peut-être que 450 en admission,
c'est seulement le nouveau programme, et on ne comptabilise pas l'arriéré de
10 000 personnes qu'on a, mais on s'attend...
M.
Derraji : Oui, mais, sérieux, sérieux... parce qu'on
commence à voir des chiffres de 20, 25 ans. Ça dépend de la
catégorie, mais, excusez-moi, au-delà des autres catégories, je ne fais pas,
maintenant, de différence, mais je ne connais
aucun entrepreneur ou investisseur sérieux qui va attendre 20 ans avant de
venir, déjà que vous l'avez dit très bien dans votre présentation,
écoutez, là, les gens, ils vont ailleurs.
Donc, si la volonté, c'est aller vraiment voir
le repreneuriat, voir des entrepreneurs qui viennent investir chez nous et
utiliser les leviers économiques qu'on a... parce que le Québec est une société
distincte. On est maîtres de l'immigration économique. J'ai de la misère à voir
vraiment... si on est en train de tout mettre pour carrément fermer le programme, parce que, quand tu vas me dire
20 ans, c'est une manière polie de me dire : Bien, tu sais quoi, là,
cherche ailleurs.
M. Côté
(Alex) : Donc, en fait, c'est dommage, parce
qu'effectivement ce... autre que le prix du programme, les délais, c'est
l'autre grand enjeu des programmes comme ça. Comme vous l'avez dit, les gens
d'affaires, les investisseurs s'attendent
à un traitement, quand même, disons, comparable, mais, idéalement, plus rapide
que d'autres programmes. Et donc l'attractivité du programme est
affectée dans la nouvelle mouture... est affectée par le prix, selon nous, et
aussi les délais.
Donc, il faut... voilà, il faut traiter
l'arriéré dans les meilleurs délais qui est là et s'assurer, là, de... les
nouvelles personnes qui vont embarquer dans le programme, qui vont rentrer dans
les orientations du gouvernement, en
s'exprimant en français, en maîtrisant le français à l'oral, vont être capables
de se faire traiter d'une façon raisonnable.
M.
Derraji : Sentez-vous bien à l'aise de répondre. Pourquoi,
selon vous, on continue à ne pas assouplir les règles pour les
entrepreneurs? Avez-vous en tête une raison? Parce que le programme
fonctionnait.
M. Tessier (Samuel) : Bien, il
semble que ça fonctionnait, mais les orientations au niveau de la rétention et
de la francisation de ces catégories-là semblaient être la préoccupation qui a
fait mettre un frein au programme. Aujourd'hui, en revenant avec une nouvelle
mouture qui est peut-être mieux alignée avec la vision du gouvernement, de l'immigration francophone, on reste sur le
point que l'attractivité... le problème majeur de l'attractivité sera les
délais. Donc, on peut être très
sélectifs et mettre la barre très haute à ces gens d'affaires là. Cependant, si
on est compétitifs au niveau des délais, on pense qu'on peut rester
attractifs, là, pour cette clientèle.
M. Derraji : Donc,
si j'ai bien compris, il n'y a pas d'enjeu au niveau de la francisation. Donc,
on peut choisir en fonction de ce qu'on veut. On n'a pas parlé de la
remboursabilité de la donatation... de la donation, désolé, «donatation», de la donation. J'aimerais bien
qu'on se parle. Donc, le vrai problème, encore une fois, c'est les délais qui
permettent... qui ne permettront pas à ces
gens de venir assez rapidement... ou bien carrément lâcher prise par la suite.
M. Côté (Alex) : Exactement. Donc,
les consultants réglementaires en immigration, les avocats, les intermédiaires
financiers vont partager le fait que, écoutez, il y a un arriéré de 10 000
personnes. Quand vous parlez à vos clients,
voilà, ça va être des délais qui vont être très longs, et c'est quelque chose à
partager aux clients. Évidemment, les clients, eux, veulent savoir c'est
quoi... comment que le processus fonctionne, combien que ça va me coûter,
combien de temps. Ça fait partie... C'est essentiel dans leur processus
décisionnel.
M. Derraji : À l'époque, quand vous
étiez là, en 2019, l'ancien ministre de l'Immigration parlait juste d'une
certaine clientèle, et le programme avait beaucoup, beaucoup de messages très
négatifs. Écoutez, les gens achetaient leur résidence,
venaient au Québec juste pour avoir les papiers, quittaient par la suite. Vous
répondez quoi, aujourd'hui, à ces gens qui disaient ça en 2019?
M. Tessier (Samuel) : Bien, la
rétention qu'on voit chez les francophones est élevée. Je pense que c'est des gens qui peuvent contribuer. Ils peuvent faire le
choix de s'établir au Québec, en effet, et contribuer. Certains vont quitter,
comme dans d'autres catégories, vont venir et rebrousser chemin, mais la
majeure partie de ces gens-là vont contribuer au Québec et s'établir à
long terme, eux, et ainsi que la deuxième génération, donc, leurs enfants, et
ils seront tous des contributeurs francophones fortunés, souvent hautement
scolarisés au Québec.
M. Côté (Alex) : ...ma réponse,
c'est qu'il y aurait plusieurs mécanismes pour assurer leur rétention. En
comprenant que le fondement du programme était pour les allophones, quand il a
été créé en 1986, il y aurait eu beaucoup de mécanismes à mettre en place pour
assurer une rétention et ne pas avoir les gens qui... voilà, qui faisaient de la fausse représentation, qui
quittaient vers d'autres provinces. Ceci étant dit, les gens attendaient quand
même cinq à six ans pour leur
résidence permanente, là. Donc, c'est... Voilà, ça aussi, ça fait partie de
l'enjeu de la rétention. Les gens attendaient très longtemps pour leur
droit de résidence. Les choses changent en cinq à six ans.
M.
Derraji : Donc, au-delà de la langue, de la donation, des
critères, si on ne baisse pas les délais de la résidence permanente, on
n'arriverait pas à garder ces entrepreneurs au Québec même s'ils souhaitent
acheter une entreprise ou devenir
actionnaires minoritaires ou majoritaires dans une entreprise, peu importe
laquelle on... peu importe l'entreprise en région?
M. Tessier
(Samuel) : On ne voit pas la direction... de revenir vers les
2 000 familles qu'on avait dans le passé. Cependant, en mettant des
conditions attractives pour les francophones, voire, potentiellement, enlever
la fameuse donation, réduire le montant
d'investissement, réduire les délais, va faciliter l'accueil de francophones,
et donc mousser ce programme-là auprès
d'une communauté francophone afin d'arriver avec quelques centaines de
candidats annuellement.
M. Derraji : On parle de combien à
peu près, vous autres, vos projections?
M. Côté
(Alex) : Bien, selon moi, si on suit les recommandations,
il y en a potentiellement d'autres à regarder, mais on pourrait espérer
300 familles.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est terminé.
M. Derraji : Merci à vous deux.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Cette portion est terminée. Merci beaucoup. Avant de passer
la parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne, je voulais juste mentionner aux
parlementaires... La présentation qu'ils ont faite, elle est disponible sur
Greffier. Alors, M. le député, vous avez une période de 3 min 11 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Je vais continuer dans la même direction, là, juste pour que ce soit très clair
pour tout le monde. On a consulté le document de consultation. En fait, c'est
le seul qui avait des chiffres sur les arriérés dans votre catégorie, c'étaient
les gens d'affaires. On dit : «Ce nombre est passé de
19 500 personnes au début 2020
à 15 400 en fin 2022.» Ensuite, si on regarde le plan
d'immigration 2023, on avait jusqu'à 1 500 admissions
pour 2023 et, si on regarde le plan de 2024, 1 300.
Bon, ça veut dire que, quand on arrive en 2025,
là, c'est... si aucun nouveau CSQ n'est émis, si le programme reste fermé, là, grosso modo, ça fait 12 600,
à peu près, dossiers, et, si on divise par 450 dossiers par année, ça fait
28 ans, 28 ans de délai de traitement, et ça, c'est si le
programme reste fermé, parce que, si on ouvre, puis que ce chiffre-là monte à
15 000, bien, on va être rendus à 35 ans.
Je sais qu'IRCC, sur son site Web, parle de
62 mois de délai. On comprend que ce ne sera pas 62 mois de délai, là. On comprend que ça va être probablement
beaucoup plus que ça.À mon avis, c'est absolument inacceptable qu'on ait des programmes
d'immigration qui durent des décennies. Des décennies d'attente, ça ne se peut
pas, et je me demande, et je vous demande : Est-ce que ça, ça a un
impact sur la réputation du Québec à l'international, d'offrir des programmes
d'immigration qui durent 30 ans?
M. Tessier (Samuel) : C'est certain
que ces délais-là qu'on constate à l'admission partent suivant, donc, la
sélection de ces candidats-là, donc leur investissement. Donc, ils ont réalisé
le dépôt, auprès du bon du Trésor, de 1,2 million de
dollars, et ensuite le Québec les fait attendre, en effet, là, plus de cinq
ans, voire plus. Donc, en effet, c'est un
problème, là, pour la réputation du Québec à l'international, de récupérer les
sommes de ces gens-là, de prendre un engagement social et ensuite de les
faire attendre pendant une décennie, tout à fait.
M. Côté (Alex) : Et j'aimerais juste
complémenter que, si on mise sur la pérennité et la vitalité du français en
utilisant l'immigration, bien, évidemment, on ne recommande pas de garder la
suspension de la période de récession de demande pour la sous-catégorie
investisseurs. Ceci étant dit, il faut prendre action sur les admissions et
augmenter ces seuils-là.
M. Cliche-Rivard : Parce que, c'est
ça, même si on l'ouvre puis que vous dites à vos clients que ça va prendre
30 ans... Je veux dire, on peut bien l'ouvrir, le programme, il n'est pas
ouvert pour vrai, si on dit que ça va prendre 30 ans. Il est faussement
ouvert, quoi?
M. Tessier (Samuel) : Ça s'applique
également aux autres catégories. Donc, on parlait du problème des repreneurs. Bien, si ce défi-là n'est pas adressé,
les repreneurs vont avoir beaucoup de défis à obtenir une carte de résidence
permanente même s'ils achètent une entreprise consistante au Québec.
M. Cliche-Rivard : Ça fait que
repreneurs, entrepreneurs, travailleurs autonomes, investisseurs, tout ce
monde-là est dans le même bateau, là. Donc, on définit des programmes, on fait
les modifications réglementaires, il va y
avoir des équipes ou il y a des équipes qui ont travaillé là-dessus, il y a une
gazette officielle, on débat de ça, il y a des guides, pour un programme
d'une personne, qui va arriver dans 30 ans, dans ce nouveau programme là.
M. Côté
(Alex) : En fait, quand on a lu le cahier de consultation,
on se disait, peut-être, qu'il y avait une erreur ou peut-être qu'on
les...
M. Cliche-Rivard : On s'est dit la
même chose dans les autres catégories.
M. Côté
(Alex) : Peut-être
qu'on ne les comptabilisait pas. Il y a peut-être quelque chose, mais il faut
l'adresser. Dans notre mémoire, on a une recommandation d'augmenter les
seuils d'admission, là, pour clairer l'arriéré qui est dans le programme.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. Tessier, M. Côté, pour
l'apport à nos travaux. Il me reste à vous souhaiter une bonne fin de journée.
Et je suspends les travaux de la commission
jusqu'à 14 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 50)
(Reprise à 14 h 01)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît. La Commission des relations
avec les citoyens reprend donc ses travaux.
Nous poursuivons les études publiques... les
audiences publiques dans le cadre de la consultation générale sur le cahier de
consultation intitulé : La planification de l'immigration au Québec
pour la période 2024‑2027.
Cet
après-midi, nous entendrons donc les personnes et les organisations
suivantes : Mme Amélie Huot-Orellana, qui est devant moi, ainsi qu'Amnistie internationale Canada francophone,
et nous allons terminer par Me Maxime Lapointe.
Alors, Amélie, si vous me permettez... votre
prénom, Amélie, bienvenue à la commission. Alors, vous allez disposer d'une période de 10 minutes pour
présenter ce que vous avez en tête par rapport au cahier de consultation, et
nous allons poursuivre avec des discussions qui vont se faire avec les
parlementaires. Alors, le temps est à vous à l'instant.
Mme Amélie
Huot-Orellana
Mme Huot-Orellana
(Amélie) : Parfait. Merci beaucoup de m'avoir invitée, chers
membres de la commission et de l'Assemblée nationale. Donc, comme dit
précédemment, je m'appelle Amélie Huot-Orellana. J'ai 23 ans. J'étudie en
génie civil. Je suis la fille d'une immigrante latino-américaine, du Honduras
plus spécifiquement, et je suis aussi polyglotte.
Donc, je m'adresse à vous
en tant que simple citoyenne. Je suis interpelée par certains des changements
qui apparaissent dans le nouveau cahier de la planification. Et donc, je
voudrais plus spécifiquement parler de mes craintes
par rapport à l'orientation n° 1 et ensuite je vais vous donner en vrac certains
petits éléments qui... bien, des idées qui apparaissent partout dans le
cahier de consultation, que je supporte.
Donc, par rapport à l'orientation n° 1,
donc, c'est celle par rapport à... le rehaussement des niveaux de personnes qui parlent déjà français en arrivant au
Québec, parlant de l'immigration économique. Donc, ce que je voyais,
c'est que, de 2013 à 2022, on avait 66,9 % des immigrants économiques qui
déclaraient connaître le français. On veut
monter à ce niveau, en 2027, à 77 % à 79 %... jusqu'à 77 %,
79 %, mais ça, ça implique que 96 % des requérants principaux
parleraient déjà français en arrivant ici, mais mes craintes sont surtout par
rapport au niveau de français exigé. J'en
ai... De ce que je vois, ça varie grandement, dépendant du programme, mais ça
varie entre les niveaux 5 et niveaux 7, ce qui est très élevé. Je dis
ça en me basant sur ma propre expérience en tant que personne qui a appris des langues
et avec... dans des contextes scolaires, surtout.
Donc, au secondaire, j'avais des cours
d'espagnol obligatoires. Tout le monde, dans ma cohorte... C'était une école de filles, donc, je vais parler au féminin.
On a toutes suivi cinq années de cours d'espagnol avec des professeurs compétents, mais on avait des évaluations
récurrentes en... écrites, orales, et, malgré tout, après cinq ans
d'apprentissage régulier, la majorité des filles ont passé un examen de
niveau... c'était un examen de niveau B1, donc, la certification
officielle espagnole de niveau B1, qui correspond au niveau 6 dans la
classification québécoise. Donc, ce n'est pas assez
pour certains programmes, déjà, d'immigration économique. Et donc, c'est ça,
pour moi, c'est... Donc, c'est très élevé quand même. Cinq ans, c'est
beaucoup de travail, et, si ce n'est pas assez pour venir ici, c'est quand
même... Je trouve que c'est un niveau élevé, essentiellement.
Ensuite, aussi, j'ai suivi des cours d'allemand.
J'ai suivi cinq cours de... cinq sessions de cours au cégep, et, à la fin de
ces cinq cours, si j'avais un niveau 4 ou un niveau 5, c'était déjà
beaucoup. Je n'ai pas suivi de... Je n'ai pas fait
d'examen officiel. Donc, je ne sais pas exactement à quel niveau j'étais, mais
ça fait trois ans que j'ai arrêté, et mon niveau a beaucoup diminué
depuis, de même que pour mes collègues qui ont appris l'espagnol au secondaire
et qui... Maintenant, six ans après, leur niveau d'espagnol n'est vraiment pas
là où j'étais quand elles ont terminé.
Donc, ce que je trouve, en fait, c'est que
c'est... qu'il faudrait avoir plus de flexibilité dans cette orientation pour
les gens, qui apprendraient mieux le français en arrivant ici et pour lesquels
cinq ans de cours... bon, cinq ans ou plusieurs années de cours de français à
l'étranger ne sont pas nécessairement une possibilité. Ça prend du temps, ça
prend de la dédication et c'est... c'est ça, je trouve que ça serait peut être
mieux d'avoir que... peut-être, par exemple,
de demander un niveau plus bas à... quand ils appliquent pour venir ici et
qu'ensuite, en arrivant ici, ils puissent suivre des cours... suivre des
cours intensifs ou des... ou avoir, en tout cas, plus de flexibilité pour mieux
approfondir leur français en arrivant ici.
Et une autre idée que j'aurais pour que ça soit
plus facile, pour ces gens-là, d'apprendre le français, même s'ils n'ont pas
nécessairement le temps, les moyens ou toute la dédication pour le faire à
l'étranger, ce serait déjà d'ouvrir la plateforme Francisation Québec à
n'importe qui. De ce que j'ai vu, pour les cours en autoformation en ligne,
c'est seulement pour les gens qui sont déjà sélectionnés par le gouvernement du
Québec, qui peuvent suivre des cours là-dessus, mais on a besoin de bonnes
plateformes d'apprentissage de langues pour des gens qui sont dédiés à
apprendre. J'ai essayé d'apprendre d'autres langues sur des applications. Ce
n'est généralement pas une très bonne expérience. Donc, si cette plateforme-là
pouvait être ouverte à plus de personnes, je pense que ce serait plus... ça
limiterait moins notre bassin potentiel de personnes qui seraient...
francophones qui pourraient venir ici, qui auraient le niveau requis. Donc, ça,
c'était pour la première orientation.
Ensuite, d'autres idées un peu plus en vrac. Par
rapport au programme des diplômés du Québec, je... J'étudie à Polytechnique
présentement. J'ai énormément d'amis qui sont des étudiants étrangers, qui
viennent d'Afrique principalement. Ceux-ci
sont arrivés ici pour étudier. Ils n'avaient pas... La majorité n'avait pas la
volonté d'immigrer par la suite, mais, après quelques années ici, il y en a
plusieurs qui hésitent. Donc, en tant que Québécoise, je pense que ça
serait bien qu'on leur... qu'ils puissent facilement venir ici, si ça leur
tente, et de rester ici. C'est, en effet, un très bon bassin potentiel
d'immigrants. Ils savent comment ça fonctionne ici. Ils connaissent déjà le
français. Ils ont développé un attachement envers le territoire, envers notre
culture. Donc, je pense que faire descendre des barrières administratives, pour
qu'ils puissent appliquer ici et rester, à vivre ici... je pense que c'est
bien.
Et enfin, par rapport à la reconnaissance des
diplômes, bien, je pense qu'on devrait effectivement... bien, qu'on devrait
vraiment simplifier la vie aux gens qui arrivent ici avec des diplômes de
l'étranger pour qu'ils se fassent reconnaître. En 2020, j'avais travaillé avec
la Croix-Rouge comme aide de service dans un CHSLD. Dans mon équipe, on avait trois médecins africains qui,
en arrivant ici, n'avaient aucune reconnaissance. Ils devaient refaire
leurs études en médecine à partir de zéro pour travailler ici comme docteurs.
Donc, j'ai trouvé ça assez absurde. Donc, si on peut avoir plus de
reconnaissance des diplômes pour les immigrants qui arrivent ici avec tout un
bagage éducatif, culturel, et qui pourraient travailler déjà dans le domaine
dans lequel ils ont toute cette expérience-là, je pense que ça serait bien pour
le Québec en général.
Donc, en résumé, je vous ai exprimé mes craintes
par rapport à l'orientation 1, qui, je trouve, est vraiment trop limitante
pour les gens qui veulent apprendre le français, qui auraient besoin d'avoir un
niveau très élevé pour pouvoir appliquer selon ces programmes. J'ai exprimé mon
support au programme des diplômés du Québec pour qu'il soit... ça soit plus
facile, en fait, pour les gens intéressés, et, pour la reconnaissance des
diplômes, qu'elle soit facilitée également.
Et je voulais juste conclure mon temps de parole
en disant que la valeur des immigrants économiques, c'est beaucoup plus que juste les bénéfices qu'ils
peuvent apporter à leurs futurs employeurs. Ils viennent avec des bagages d'expérience, des bagages d'éducation, des savoirs
techniques, des savoir-être auss, qui sont différents de ceux qu'on a au
Québec, de ce qui est enseigné au Québec. Et donc, pour moi, plus ces gens-là
viennent de partout dans le monde, plus ils ont une diversité d'expérience et
mieux c'est pour le Québec en tant que tel.
Donc, je pense qu'on ne devrait pas limiter
notre bassin d'immigration ainsi, à juste des personnes qui proviennent déjà de
pays francophones, là, et qu'on puisse faire que des gens de partout puissent
venir ici apprendre le français avant, après, mais que ça... qu'ils ne soient
pas exclus de facto parce qu'ils n'ont pas réussi à atteindre un niveau assez
élevé au moment d'appliquer pour l'immigration au Québec.
Donc, ça va être tout. Merci beaucoup.
• (14 h 10) •
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup, Amélie. Je veux juste me permettre de souligner votre courage d'être devant nous
aujourd'hui, hein? C'est quand même important, un jeune âge, votre engagement
aussi, d'être une femme qui prend cet engagement-là devant nous aujourd'hui,
qui se présente avec ses opinions.
Alors, on va commencer la période d'échange.
Chaque formation a un temps de parole limité. Alors, je suis un petit peu la gardienne du temps, mais on va
commencer avec la ministre pour une période de... et toute la banquette,
aussi, gouvernementale, pour une période de 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Bien, merci beaucoup, Mme Huot-Orellana, c'est un grand plaisir de vous recevoir ici, et merci
beaucoup de votre engagement, votre engagement citoyen, dans le cadre de
cette commission parlementaire. (S'exprime en espagnol)
Mme Huot-Orellana (Amélie) : «Gracias».
Mme Fréchette : Vraiment. Alors,
pour nous, c'est important de vous entendre. Vous avez une perspective intéressante,
marquée par votre... à la fois votre vécu, mais aussi votre cercle d'amis, à ce
que j'en comprends.
Alors, bien, permettez-moi, d'une part,
d'expliquer un peu la trame dans laquelle on s'est engagés comme gouvernement.
C'est qu'il y a eu les principaux indicateurs linguistiques de l'utilisation du
français qui ont reflété, l'an passé, une
baisse de l'usage du français. Alors, il y avait nécessité d'adopter des
initiatives, des mesures pour faire en
sorte de stopper le déclin du français à travers différentes manières,
différentes mesures, et l'immigration se trouve à être une des mesures
que l'on utilise pour faire en sorte de stopper le déclin du français et,
idéalement, de relancer l'usage du français sur la base des principaux
indicateurs linguistiques, donc de là cette volonté d'arriver avec une réforme
faisant en sorte d'imposer des exigences de connaissance du français pour notre
immigration économique.
Maintenant, ça ne veut pas dire qu'on va s'en
remettre qu'à des pays francophones pour, par exemple, le recrutement des
personnes immigrantes. Nous, on y va avec une approche où on va mettre une
attention plus marquée sur les pays de la francophonie et les pays
francotropes. Donc, l'Amérique latine va continuer d'être un bassin de
recrutement important. L'ensemble des pays hispanophones, lusophones vont être
des bassins importants. Donc, c'est sûr que
l'Amérique latine, comme on dit, est sur notre radar, et on ne veut pas, en
fait, éliminer quelque pays que ce
soit dans le cadre de nos missions, nos actions de recrutement, mais c'est sûr
que la connaissance du français va être une exigence plus importante.
Et pour ça, bien, en fait, on a Francisation
Québec qu'on a mis sur pied depuis le 1er juin dernier et qui offre
vraiment une gamme hypervariée de formules d'apprentissage, que ce soit à temps
plein, à temps partiel, de jour, de soir, en
présentiel, en virtuel, en amont, dans le... depuis le pays d'origine ou en
entreprise, si les gens sont déjà arrivés au Québec. Et la formule en amont, c'est quelque chose qu'on veut,
encore là, valoriser davantage, exploiter davantage pour faire en sorte
de préparer les gens, alors même qu'ils sont encore dans leur pays d'origine, à
connaître, à maîtriser le français. Donc,
voilà, pour nous, il n'y a pas de mise à l'écart de quelque pays que ce soit.
C'est sûr qu'il y a des régions qui vont être plus prisées, là, pour les
missions de recrutement, mais c'est beaucoup l'Amérique latine et les pays de
la francophonie.
Par rapport à la francisation, donc, bien, en
fait, je voulais savoir comment est-ce que vous verriez qu'on puisse
rejoindre... mieux rejoindre des étudiants étrangers pour bien faire connaître
ce qu'offre Francisation Québec, parce que c'est un bassin de personnes qui
sont ici à titre temporaire, mais dont une grande part voudra devenir permanente, et nous, bien, en fait, on voit
positivement l'idée que des étudiants qui graduent d'institutions québécoises
puissent devenir des résidents permanents. Donc, c'est sûr que c'est un public
qui est important pour nous. Alors, comment vous verriez qu'on puisse
les rejoindre, s'adresser à eux, capter leur attention et les engager, si c'est
requis, dans un processus de francisation?
Mme
Huot-Orellana (Amélie) : Là, vous parlez des étudiants qui sont déjà ici,
au Québec, ou à, potentiellement, des gens dans les... à l'étranger?
Mme Fréchette : Ça peut être les
deux, parce qu'en amont on doit faire aussi connaître nos programmes, nos
établissements d'enseignement, puis également, ceux qui sont ici, bien, s'ils
ont la volonté de rester à titre permanent,
bien, on veut aussi pouvoir connecter avec eux. Donc, je dirais que ma
question, effectivement, s'applique aux deux dimensions.
Mme
Huot-Orellana (Amélie) : Là, par rapport à ceux qui sont déjà ici, bien, ce
que je vois, c'est qu'il n'y a pas tant besoin de publicité. En tout
cas, pour mes amis, tu sais, c'était juste des sujets de conversation qu'on
avait, de comment... et finalement, est-ce que tu veux
rester ici ou quoi? Et là je voyais qu'ils hésitaient, mais ça, c'était juste le Québec en tant que tel, là, genre... Je
suis fière d'être Québécoise et ça me réchauffe le coeur, là, quand je vois
comment est-ce qu'ils se sentent ici.
Donc, là-dessus, je sais... peut-être des
kiosques dans les universités ou dans d'autres établissements, mais je ne peux
pas... Ce n'est pas vraiment là-dedans que j'ai plus des idées, c'est plus par
rapport aux gens qui viennent de l'étranger. Moi, je peux dire...
Mme
Fréchette : Est-ce que... Pardon. Est-ce que ce sont des gens
qui maîtrisent déjà le français, ou, au niveau de la francisation, il
n'y a pas de...
Mme Huot-Orellana (Amélie) : C'est
déjà... C'est ça, ils parlent déjà français, justement. C'est ça, mes amis, ce sont... ils étudient à Polytechnique et
ce sont des... Ils viennent d'Afrique francophone en majorité. Donc, pour
le côté francisation, je n'ai pas vraiment d'expérience là-dedans, mais, par
rapport aux étudiants étrangers...
Tu sais, je peux dire que moi, j'ai été
courtisée par l'Allemagne. Ces cours de... ces 50 cours que j'ai suivis, c'était parce que mon cégep avait un partenariat
avec le Goethe... non, ce n'était pas avec le Goethe-Institut, c'était avec
une autre... PASCH, que ça s'appelle. C'était un regroupement d'écoles Schiller
pour les étudiants, pour le futur, là, essentiellement, que... C'est un
programme allemand. Et donc ils ont des partenariats avec plusieurs écoles de langues à plusieurs endroits dans le monde, et
j'ai eu, en fait, deux voyages gratuits payés par l'Allemagne, un de trois
semaines en Allemagne, où j'ai suivi des cours d'allemand sur place, et un
d'une semaine aux États-Unis, où c'était avec des gens de... qui faisaient
partie de ces écoles partenaires là au Canada, aux États-Unis et au Mexique
surtout, alors que, quand j'étais en
Allemagne, c'était aussi tous des étudiants de ce... c'est des étudiants qui
venaient de partout dans le monde. Nous, on était 11 pays. Il y en
avait d'Inde, d'en Europe, d'Amérique... non, on était les seules Américaines,
c'était juste moi et deux autres collègues de mon cégep, mais c'était vraiment
du monde de partout, là, Mozambique...
Et là, dans ces programmes-là, on a visité des
écoles en Allemagne, parce que, là-bas aussi, l'université est gratuite pour
les gens qui arrivent de... peu importe où ils viennent, tant qu'ils ont un
niveau d'allemand suffisant. Donc, on s'est
vraiment fait courtiser là-dessus. Et les plateformes, aussi, d'apprentissage
de l'allemand, il y en a qui sont des très bonnes, en ligne, comme je suis en
train de penser à la plateforme de Deutsche Welle, qui est un peu l'équivalent de
France 5, de ce que je comprends, là. C'est une plateforme de médias
internationaux allemands, et ils ont une très bonne plateforme d'apprentissage
de cours de l'allemand, avec des vidéos filmées de manière professionnelle,
puis des questions, et tout ça. Je les ai
réutilisées dans des cours d'allemand à Polytechnique, que j'ai suivis l'année
dernière. Et quand... et souvent, ces plateformes-là, il n'y en a pas...
Elles doivent exister, mais elles ne sont pas si publicisées. J'ai essayé, il y a quelques années, d'apprendre
le russe sur Duolingo, ce n'était pas le fun. Ils ont changé leur formule,
il fallait payer, c'était... alors que...
Alors donc, d'avoir vraiment une plateforme gratuite,
fiable, qui est comme un «one-stop shop»... bien, je ne suis pas bien de parler en anglais ici, mais qui est comme une
destination universelle pour du monde qui serait intéressé à parler
français, là, je pense que c'est quand même très bien. Si vous pouvez aussi un
peu vendre cette plateforme-là à des cours... des profs de français partout
dans le monde aussi, pour qu'ils sachent qu'ils peuvent utiliser ça comme référence pour leurs étudiants qui suivent des
cours de français à l'école, par exemple, là, je pense que ça serait bien, là,
et que ça pourrait rester dans leur tête,
là, à ces étudiants... bien, ces étudiants francophiles qui auraient suivi des
cours de français, 10 ans plus tard, ont du temps, sont
comme : Ah! peut-être que je «brush up»... peut-être que je vais, tu sais, un peu revoir mon français avant d'arriver,
avant quoi que ce soit... que, finalement, ils sont intéressés, parce que, je
ne sais pas, sur la plateforme, il y aurait des liens pour... comme «intéressé
à émigrer au Québec, pesez sur le bouton».
Voilà, ça
pourrait être, en soi, un outil publicitaire. Ici, c'est vraiment universel,
vous pouvez... une application, par exemple, aussi, là, pour que les
gens puissent jouer là-dessus dans le métro, je pense, ce serait bien.
Mme Fréchette : Bien, Francisation
Québec, en fait, est accessible sur pas mal de plateformes, là, dont les
cellulaires, puis on s'est assurés de rendre ça le plus simple possible.
Peut-être qu'on pourrait ajouter un bouton «je voudrais immigrer au Québec».
Mme Huot-Orellana (Amélie) : Bien,
c'est ça, mais quand j'ai regardé... quand j'ai regardé, je ne sais pas si c'était vraiment le même site, mais ce que je
voyais, c'est qu'il y avait comme trois modes différents pour se connecter, qui
étaient comme un... est-ce que je l'ai encore sur mon ordinateur, là, qui
avait... c'est ça, pour les cours de français en ligne pour les
personnes immigrantes vivant au Québec, pour les personnes sélectionnées pour
immigrer au Québec et pour les personnes
canadiennes de naissance, mais là je penserais que ce serait peut-être bien
d'élargir ça à vraiment n'importe qui
qui veut juste apprendre le français, là. Comme ça, tu aurais une plateforme
fiable et tu n'as pas besoin d'être sélectionné pour le Québec pour t'y connecter.
• (14 h 20) •
Mme Fréchette : Non, bien,
effectivement, c'est ouvert à toute personne, bon, suivant certains critères,
mais qui est domiciliée au Québec, là, des allophones, des anglophones, des
autochtones. Donc, à partir du moment où on est domiciliés au Québec et puis
qu'on n'est pas francophones, eh bien, on a... Je dirais, grosso modo, là, ça
se trouve être le public, donc...
Mme Huot-Orellana (Amélie) : Bien, c'est
ça, mais, si vous...
Mme Fréchette :
Et puis plusieurs d'entre elles, ces personnes-là, ont accès à des allocations
financières également pour suivre les cours.
Donc, ça, c'est une formule intéressante, mais je vais m'arrêter ici parce que
j'aimerais passer la parole à des collègues. Merci encore d'avoir participé,
là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Alors, on va poursuivre la
discussion avec la députée de Châteauguay. Il reste sept minutes.
Mme Gendron : Bonjour, Mme
Huot-Orellana. Ça va bien?
Mme Huot-Orellana (Amélie) : Oui, ça
va bien, et vous?
Mme Gendron : Oui, très bien. Merci
d'être avec nous aujourd'hui. Félicitations pour votre parcours. Je sens une
femme déterminée, hein, derrière tout votre cheminement.
En fait, ce que j'aurais voulu savoir... Vous
nous avez commenté un peu votre parcours. Est-ce qu'il y a des parcours de gens autour de vous, hispanophones,
que vous connaissez, qui auraient eu une facilité ou qui auraient bien
intégré, justement, le Québec en francisation?
Mme
Huot-Orellana (Amélie) : Bien, pour ça, c'est vraiment ma famille que je
connais très bien là-dessus, là, mais eux, c'est... Je n'en ai pas vraiment
parlé dans ma présentation parce qu'ils sont arrivés tous comme réfugiés ici. Et
donc, quand ils sont arrivés, ils n'avaient pas... Ils ne parlaient pas
français. Ils n'avaient jamais pensé à apprendre le français avant. Ils arrivent ici, et c'est comme, boum, si tu ne
parles pas français, bien, tu es mort, essentiellement, là. Donc, ils
sont arrivés et ils ont suivi des cours intensifs.
Dans le cas de ma mère et ma tante, les deux
sont arrivées en même temps et elles avaient... il y a 30 ans, maintenant,
à peu près, qu'elles sont arrivées, et leur frère était déjà ici, était marié à
une Québécoise, et elle a trouvé la manière de les inscrire à un cours de
français pour... ouvert à tous, là. Il y avait des Québécois dans le groupe.
Donc, ce que je comprends, c'était un cours d'alphabétisation plus qu'autre
chose, de français, et, en trois mois, elles avaient quand même déjà augmenté
de niveau de manière faramineuse, là. Elles ne parlaient pas très bien, mais
elles comprenaient puis elles pouvaient... Elles ont pu trouver des emplois
avec cette expérience-là.
Et c'est pour ça aussi que... Tu sais, c'est
vraiment le pouvoir de l'immersion, ça, je trouve, c'est que tu te retrouves dans une situation où tu dois penser,
parler, comprendre une langue d'un coup, comme ça, et c'est vraiment la
manière la plus efficace d'apprendre une langue. Mon oncle, lui, il est arrivé
ici, il n'avait pas suivi des cours quand il est arrivé, au début, mais, quand
même, juste par exposition et en se débrouillant, il a quand même appris à comprendre le français à peu près en quatre mois,
là, parler, ça lui a pris plus de temps. Et, c'est ça, c'est vraiment juste de
ne pas sous-estimer le pouvoir de l'immersion, d'arriver quelque part, et de
devoir apprendre, et de devoir parler cette langue-là en tout temps.
Quand même,
au Canada, on a déjà les programmes Explore aussi. J'ai un de mes amis qui a
suivi le programme Explore en
anglais, c'est un Québécois, là, qui est allé le faire en anglais, et ça
augmente vraiment le niveau des personnes qui participaient à ces... qui
participent à ces programmes-là. Donc, oui...
Mme Gendron : Félicitations
pour votre... pour la famille, mais on en conviendra que ce n'est pas aussi
rapide pour certaines autres personnes.
Mme Huot-Orellana (Amélie) : Oui,
c'est ça.
Mme Gendron : Par
contre, vous parlez beaucoup d'immersion, autre que... Est-ce qu'on parle
d'immersion en milieu de travail, immersion au niveau familial ou des
connaissances? Qu'est-ce qui, pour vous, a vraiment contribué, auprès de
votre famille, à, justement, que la connaissance du français soit aussi rapide,
l'immersion, à quel niveau?
Mme Huot-Orellana (Amélie) : C'est
plus vraiment de l'immersion culturelle. C'est que tu arrives ici et, si tu veux comprendre dans quel monde est-ce que tu
habites maintenant, il faut que tu parles la langue, là, c'est essentiel. Et
elles n'avaient pas aussi beaucoup de connaissance de l'anglais. Donc, ça
aussi, je pense que ça a fait qu'elles ont vraiment mis toute leur
énergie sur le français dès qu'elles sont arrivées, mais oui, ça... non, ce
n'était pas au niveau professionnel, en tout cas, je peux vous dire.
Mme Gendron : Parfait. Je
constate que vous avez beaucoup d'amis. Justement, je voudrais savoir si, point
de vue rétrospection, par rapport à des collègues à vous, des étudiants qui
sont à l'étranger, de quelle... c'est quoi, la rétrospection? Ces gens-là...
avez-vous vu des gens, justement, bien s'intégrer, qu'ils soient francophones
ou non? Pouvez-vous me parler un peu de leur expérience, des gens qui... à qui
vous discutez, là?
Mme Huot-Orellana (Amélie) : Dans
le cas d'une... J'ai une de mes amies, notamment, qu'elle, elle porte un
foulard. Elle est arrivée ici et elle trouve qu'il y a plus d'acceptation ici,
quand elle le porte, que dans son pays d'origine,
où elle se retrouverait à se... si je fais... interpeler sur pourquoi
est-ce que tu le portes, et tout ça, alors qu'ici ça ne lui est jamais arrivé. Donc, ça, c'est quelque
chose que, comme, si j'ai plus de... si je me sens plus à l'aise de pratiquer
ma religion ici que dans mon pays, ça joue un peu dans... ça joue un peu.
Sinon, dans les autres... c'est vraiment plus par
rapport... le milieu en général, mais je sais... je n'aurais pas... Je leur ai
moins posé de questions là-dessus, là. Ce que je sais, c'est qu'ils hésitaient.
Mme Gendron : OK. Concrètement,
est-ce qu'il y a quelque chose que vous pensez que le ministère peut faire pour mieux intégrer, justement, ces étudiants
étrangers là? Est-ce qu'il y a des actions, d'après vous, là, qui
pourraient être faites?
Mme Huot-Orellana (Amélie) : Ce
que je remarque, quand même, c'est que, souvent, il n'y a pas tant de
connaissances sur l'histoire du Québec. Tu l'apprends un peu au fur et à
mesure, mais il y a certains éléments que... comme
on a... que je leur explique, qu'il me semble sont assez... font partie de
comme... ça explique, en fait, comment est-ce que le Québec est devenu
le Québec, mais qu'ils ne vont pas savoir nécessairement.
Donc, je ne sais pas si... En tout cas, à
Polytechnique, il n'y a pas tant d'activités comme... il y a certaines
activités pour les étudiants qui arrivent ici, il y a certains comités qui vont
faire des voyages, par exemple, mais je vois
moins de programmes qui servent vraiment plus à comprendre le Québec,
comprendre les valeurs, sans nécessairement déjà... sans nécessairement
avoir des amis québécois qui pourraient te l'expliquer, à un moment donné,
au...
Donc, ça, je pense que ça pourrait peut-être
être des actions du ministère, tu sais, d'essayer de donner cette éducation-là
que, oui, si tu parles français, tu ne vas pas quand même... tu ne vas pas
connaître l'histoire du Québec, donc peut-être valoriser... oui.
Mme Gendron : OK. Il ne nous reste
seulement qu'une minute. Est-ce qu'il y a quelque chose en particulier que vous
voudriez partager, qu'on n'a pas... qu'on n'a pas entendu? Sinon, j'ai une
question pour vous aussi.
Mme Huot-Orellana (Amélie) : Oui,
posez la question.
Mme Gendron : Vous avez mentionné
être en accord pour admettre hors des cibles les personnes qui proviennent du
PEQ diplômé. Pouvez-vous m'expliquer un petit peu pourquoi c'est une avenue à
privilégier?
Mme Huot-Orellana (Amélie) : Par
rapport aux cibles, ça, je n'ai vraiment pas très... beaucoup d'opinions
là-dessus, là. Je vous laisse faire votre job sur les cibles, mais, par rapport
à pourquoi c'est à privilégier pour les diplômés
du Québec, ça, c'est... Ils ont déjà... Ils arrivent ici et ils savent déjà
comment ça fonctionne, essentiellement, là. Au moment de leur admission,
ils connaissent le Québec, et je ne pense pas qu'ils vont être tant tentés non
plus à déménager ailleurs du Québec quand
ils sont arrivés ici et qu'ils ont développé un certain attachement pour
l'endroit où ils habitent. Donc, je pense que pour... au niveau de la
rétention, c'est un avantage, puis sinon, au niveau de l'intégration,
ils sont déjà pratiquement intégrés. Donc, ça aussi...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois vous arrêter là, Amélie. Merci beaucoup. Alors, on
a terminé la première partie de discussion
avec la banquette gouvernementale. On va continuer avec l'opposition officielle
qui, elle, bénéficie de 12 min 23 s, avec la députée de
Chomedey.
Mme
Lakhoyan Olivier : Merci, Mme la Présidente. Bonjour. Si je peux... Vous
me permettez de vous appeler Amélie?
Mme Huot-Orellana (Amélie) : Oui.
Mme Lakhoyan Olivier : Je suis Sona.
Enchantée. Je ne me sens pas immigrante, mais, quand il y a des questions
d'immigrants, bien là, tout d'un coup, l'immigrante en moi sort. C'est vraiment
très bien de voir une jeune être intéressée
par cette consultation et demander d'être présente. Vraiment, c'est un bon
exemple de notre démocratie. On veut
voir les jeunes, plus de jeunes, impliqués comme vous. Je comprends, vous êtes
occupée avec vos études, et tout ça, mais prendre le temps de nous écrire,
c'est vraiment exemplaire. Je vous félicite. On a besoin de plus de jeunes
comme vous. Vous, vous êtes les adultes d'aujourd'hui et de demain. Donc,
bravo, bravo pour votre présence.
En vous écoutant... D'abord, j'ai une fille de
votre âge. Elle est en neurosciences. Et puis ça me rappelle mes années
universitaires, lorsque j'étais à votre âge, et moi aussi, j'ai fait mon bac en
sciences politiques, mineure. J'ai fait des langues parce que je parlais déjà
cinq langues. Je me suis dit... Tout le monde disait : Ah! tu es bonne,
vas-y, vas-y, dans les langues. Donc, j'ai
fait l'allemand au cégep Bois-de-Boulogne puis j'ai continué... russe,
espagnol. Je voulais apprendre plusieurs langues et puis j'ai fait un an
chacun. J'ai appris à lire. Je ne comprenais rien, mais je lisais très bien, et
puis c'était très, très lourd, très difficile, apprendre une nouvelle langue
quand tu n'es pas dans son pays. Que ce soit russe, allemand, espagnol, si tu
ne parles pas tous les jours, ça ne rentre pas dans la tête, et puis c'est
parce qu'on travaille, on a nos activités, on a nos études.
Donc, vous avez démontré ça au début, que...
J'ai bien aimé votre exemple que j'ai étudié tant, et ce niveau 7 est trop fort
pour admission... D'après vous, est-ce que vous croyez qu'abaisser le niveau...
Pensez-vous que nous devrions baisser ce critère, si oui, à combien, ou bien le
retirer complètement?
• (14 h 30) •
Mme Huot-Orellana (Amélie) : Je
trouve que le retirer complètement, c'est quand même très fort, parce qu'on
parle quand même des immigrants économiques, et donc ce n'est pas un... ce
n'est pas comme des réfugiés qui arrivent ici, et qui
doivent apprendre la langue, et qui... Ils ont le temps de planifier leur
arrivée au Québec. Donc, pour ça, d'avoir quand même un certain niveau avant
d'arriver, je trouve que c'est quand même un bon critère. Je dirais surtout que
c'est... donc, c'est soit qu'on l'abaisse, quand même. Je suis vraiment plus
familière avec le système européen, puis donc un A2, ça te permet déjà quand
même d'avoir des interactions quotidiennes avec des gens que tu ne connais pas beaucoup. Tu ne peux pas vraiment avoir
beaucoup développé des amitiés à ce niveau-là, mais, à partir de là, si tu arrives avec ce niveau et
que tu dois être... Et plus tu interagis, plus tu lis des affaires pendant que
tu es dans le pays en question, ça va améliorer ton niveau de... ton
niveau.
Donc, moi, instinctivement, ce serait ça que
j'aurais fixé comme niveau, mais je comprends que... je comprends la volonté du
gouvernement de vouloir arrêter de... d'arrêter le déclin du français. Donc,
c'est pour ça que moi, dans ma tête, plus un
niveau comme un niveau A2 avec, ensuite, des cours intensifs en arrivant
ici ou peut-être des examens périodiques pour s'assurer que le requérant
améliore son niveau en arrivant, je pense que ça pourrait être un bon compromis. Ce serait ça, je pense, mais, pour
l'enlever complètement, le critère, je trouve que c'est quand même très fort.
Mme Lakhoyan Olivier : Pour la
francisation des immigrants ici, mis à part les cours qui se donnent dans des écoles... J'ai plusieurs immigrants qui m'en
parlent, des cours, et tout ça, et ils veulent apprendre. Ils sont fiers puis,
quand ils réussissent... puis là ils commencent juste à parler en français avec
moi, juste pour pratiquer. Donc, je sais comment
ils sont fiers. Mais ceux qui n'ont pas le temps, les heures des écoles ou...
des fois, bien, ils sont occupés, il y a des enfants aussi, donc des
fois il faut qu'ils arrêtent puis continuer plus tard.
Donc, qu'est-ce que vous en dites, pour les cours
de francisation du genre... Des fois, en industrie, il y a des formations où tu
commences puis qu'il y a une ligne qui suit puis tu peux retourner, puis tu
peux arrêter, quand tu reviens, bien, tu
peux continuer, quelque chose plus flexible. Est-ce que vous pensez que ce
serait aidant avoir un système de francisation plus flexible?
Mme Huot-Orellana (Amélie) : Oui,
définitivement, ça... bien, c'est ça, là, c'est... Aussi, je ne sais pas si c'était vraiment exactement le but, mais comme il
y avait des... il y a des cours qui sont offerts en entreprise. Ça, je pense
quand même que c'est une très bonne idée, là, de faire ça sur les heures de
travail, si la compagnie peut. Ça permet aussi d'apprendre le vocabulaire
technique que ces gens-là n'ont pas nécessairement en arrivant ici. Moi, en
tout cas, mon vocabulaire technique en
espagnol, il est extrêmement limité, mais... Oui, mais donc, en général, plus
de flexibilité, tant que ça permette à plus de personnes d'apprendre à
bien parler français, je suis pour, là.
Mme Lakhoyan Olivier : Si je
comprends bien, vous êtes à cette école, ça fait quelques années. Est-ce que
vous... La réforme du PEQ, lorsqu'il y a eu... est-ce que vous avez vu une
chute, une différence? Est-ce que... Je sais que c'est vos amis, mais je ne
sais pas si vous avez vu un changement. Avez-vous remarqué un changement?
Mme Huot-Orellana (Amélie) : Pas
particulièrement. Ce n'est pas des sujets que j'abordais non plus. Moi, je suis en... j'entre en quatrième année. Ma
première année, je l'ai faite à distance, je ne me suis pas fait d'amis. Donc,
toutes mes amitiés, c'est à partir d'il y a trois ans, puis je n'avais pas
vraiment l'intimité pour leur parler de ça, jusqu'à plus ou... jusqu'au courant des derniers mois.
Donc, non, je ne sais pas c'est quoi, les impacts que ça aurait eu sur eux.
Mme Lakhoyan Olivier : Je comprends.
En demandant la question, je me demandais... D'après vos expériences, les cours
d'allemand, tout ce que vous nous avez raconté, qu'est-ce qui se fait en
Allemagne pour amener des gens qui étudient l'allemand dans le monde à leur
pays, j'ai trouvé ça intéressant. On a appris quelque chose de nouveau qui pourrait peut-être nous aider, en tant que
gouvernement, peut-être prendre des étapes à ce... de ce genre-là pour
amener les gens qui apprennent le français dans le monde entier. Donc, ça
ferait plus de francophones. Mais c'était vraiment une bonne idée, j'ai trouvé
ça sympa, de la part des Allemands, d'apporter ça. Est-ce que...
Mme Huot-Orellana (Amélie) : C'est
vraiment une très bonne expérience, oui.
Mme
Lakhoyan Olivier : Oui, bonne idée, d'ailleurs. Est-ce que c'est
parce que les cours que vous preniez... est-ce que c'était par rapport à
l'université? Comment ils vous ont trouvés?
Mme Huot-Orellana (Amélie) : C'était
vraiment par rapport à l'école, on était... J'étudiais au collège international
des Marcellines. Ça a fermé depuis ce... en 2020, en fait, 2020-2021, mais
c'était une école qui faisait partie de ce réseau-là. Le réseau s'appelle
PASCH, p-a-s-c-h, et c'est un programme affilié au Goethe-Institut, là. Et donc on était une seule école qui participait
là-dedans à Montréal, à l'époque, et donc il fallait qu'ils trouvent des gens
qui parlaient déjà allemand pour aller dans le programme. Mai, moi, j'avais
déjà connu la professeure d'allemand de l'école, et il y avait une place
de plus, cette année-là, donc je suis allée à cause de ça. Elle me connaissait
déjà avant, et j'avais appliqué pour les... Je n'étais pas encore officiellement
entrée, je commençais, là, en septembre, mais ils avaient plus de places que
d'étudiants qui pouvaient à ce moment-là, et donc j'ai pris... C'est pour ça
qu'on m'a sélectionnée. Mais je ne peux pas vous dire pourquoi est-ce que mon
école, spécifiquement, faisait partie de ce partenariat et pas une autre.
Mme
Lakhoyan Olivier : Au début de votre présentation, vous nous avez
parlé de vos amis qui sont venus étudier et retourné à leur pays. Est-ce qu'ils sont retournés parce qu'ils
voulaient retourner ou parce qu'ils ne pouvaient pas rester ici?
Mme
Huot-Orellana (Amélie) : Ah non! ils ne sont pas retournés encore, ils
sont encore en règle, ils sont encore aux études. C'est ça, mes amis sont tous
aux études avec moi. Donc, je ne sais pas qu'est-ce qui va leur arriver à la fin, là, je ne sais pas c'est...
lesquels vont décider d'essayer de rester ici, lesquels vont revenir dans leur
pays parce que c'était leur plan
original. Ils ne voulaient pas... Ils venaient ici en études à l'étranger et
pas pour emménager. Donc, ça, je ne sais pas, là, ce n'est pas encore arrivé,
là.
Mme Lakhoyan
Olivier : C'est intéressant. Donc, ce sont des étudiants qu'on devrait
approcher peut-être avec un pamphlet en disant : Voulez-vous rester,
peut-être? Ce serait une bonne idée?
Mme Huot-Orellana
(Amélie) : Bien, c'est ça, s'il y a une simplification au programme,
là, je pense que, peut-être, donner ça aux finissants dans les écoles, dans les
universités puis dans les cégeps, là, ça pourrait être intéressant de... au
moins qu'ils sachent ce serait quoi, les étapes à faire, s'ils veulent rester
au Québec.
Mme Lakhoyan
Olivier : Tantôt, lorsque vous parlez de francisation, immigration,
comment trouver... comment les gens peuvent trouver, donc... D'après ce que j'ai
compris, peut-être que vous aimeriez... vous serez d'accord afin que le
ministère trouve une façon de faire des annonces sur leurs pages d'immigration
ou bien des pamphlets afin d'aider les gens
à trouver les informations, que ce soit pour les cours de francisation, comment
faire les étapes pour arriver à avoir les droits, là. Qu'en pensez-vous,
de ça? C'est ça que j'ai compris, hein?
Mme Huot-Orellana
(Amélie) : Oui. Bien, c'est ça, c'est de la communication, là. Mais
oui, ça, je pense que... je ne pense pas que
tout le monde connaît vraiment ce parcours-là et toutes les... tout ce que ça
implique. Donc, plus il y a de communication, plus il y a de vulgarisation sur
c'est quoi, le parcours à suivre, je pense que c'est bien, là.
Mme Lakhoyan Olivier : Qu'est-ce que vous
pensez... le fait que le gouvernement a évalué le déclin du français sur
la langue parlée à la maison?
Mme Huot-Orellana (Amélie) : Ça,
bien, je n'ai pas regardé en détail c'était quoi, les analyses, derrière, qui
ont permis d'arriver à cette conclusion, mais ce que... Je ne vais pas... Je ne
suis vraiment pas une experte là-dedans, donc...
Mme Lakhoyan
Olivier : Est-ce que vous croyez qu'on devrait prendre la langue
parlée à la maison, la langue maternelle, comme une raison de dire qu'il y a un
déclin en français?
• (14 h 40) •
Mme Huot-Orellana
(Amélie) : Mais je... Ça dépend de quelle est l'autre langue qui est
parlée, tu sais. Par exemple, moi, je parle le français à la maison, mais ma
mère, probablement que, dans ce genre de questionnaire, elle dirait qu'elle
parle plus l'espagnol à la maison. Mais c'est parce qu'elle me parle en
espagnol, je lui réponds en français, donc...
Mme Lakhoyan
Olivier : Est-ce que vous trouvez que, si votre maman parle l'espagnol
à la maison, elle ne parlerait pas français à l'extérieur?
Mme Huot-Orellana
(Amélie) : Non, elle parle français à l'extérieur, définitivement,
mais je pense que ça dépend, tu sais...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Je dois vous arrêter...
Mme Lakhoyan
Olivier : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : ...cette portion des échanges est terminée,
mais il en reste une dernière avec le député
de la deuxième opposition, député de Saint-Henri—Sainte-Anne, et il a une période de 4 min 8 s.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Très intéressant comme témoignage,
merci beaucoup de participer à l'exercice.
Vous avez dit beaucoup de choses très intéressantes. Vous avez parlé de votre
famille qui est arrivée ici comme réfugiée
il y a une trentaine d'années. Je trouvais ça très intéressant. Vous dites
que... Bon, on a réalisé qu'aujourd'hui on a devant nous une citoyenne
québécoise qui étudie à Polytechnique, qui parle parfaitement français, qui
nous fait une présentation ici, aux élus à
l'Assemblée nationale. Donc, je suis certain que la famille n'avait pas ça en
tête nécessairement, il y a 30 ans, quand ils ont demandé l'asile
au Canada, et je suis certain qu'aujourd'hui ils sont excessivement fiers de
voir le chemin parcouru pour eux et pour vous. Donc, quand on parle des
demandeurs d'asile, ces jours-ci, on entend
souvent un discours négatif, malheureusement. On entend toujours des
commentaires stigmatisants, mais je
pense qu'on devrait aussi penser aux histoires comme la vôtre, hein? Je pense
que vous êtes un bel exemple de réussite. Je me demandais qu'est-ce que
vous en pensiez.
Mme Huot-Orellana (Amélie) : Mais
ça, ce que moi, dans le cas... je suis vraiment une deuxième génération, là. Je suis née ici, mon père est Québécois de souche,
là. Puis comme... c'est vrai que, quand tu arrives ici, c'est difficile,
c'est des années qui
sont très difficiles pour les personnes qui arrivent ici. Moi, dans le cas de
ma mère, tu sais, c'était... elle est passée par plusieurs emplois qui
n'étaient pas vraiment... qui ne correspondaient pas au niveau d'éducation
qu'elle avait avant. Ça a été une... ça a été difficile, en fait. Puis ça, on
n'en parle pas si souvent que ça puis... Mais oui, c'est...
M. Cliche-Rivard :
Mais, 30 ans plus tard, là, ça fait des enfants, vous dites, de...
Mme Huot-Orellana
(Amélie) : 30 ans plus tard, elle est complètement intégrée, elle
est supercontente d'être Québécoise, elle ne
veut pas être... Elle est tellement contente d'être arrivée ici, c'est... Elle
est super fière de ses enfants. Son fils, il joue au hockey de manière
semi-pro, moi... bien, pas... en tout cas, je ne sais pas, il est de niveau
élevé en hockey, en tout cas, moi, je vais avoir mon diplôme universitaire.
Donc, c'est vrai,
peut-être que ce n'est pas... Je n'ai pas l'impression que je fais partie d'une
démographie dont on parle très souvent, là,
tu sais, des enfants de personnes qui sont arrivées ici, on en... ça, on
n'en... On n'y pense pas vraiment à
qu'est-ce qui arriverait, justement, aux enfants des réfugiés qui arrivent,
présentement, ou qu'est-ce qui arrive aux... qu'est-ce qui leur arrive
après plusieurs années arrivés ici. Donc, on se concentre...
M.
Cliche-Rivard : Mais on peut penser...
Mme Huot-Orellana
(Amélie) : C'est ça, on se concentre plus sur le début de leur
parcours. Donc, c'est...
M.
Cliche-Rivard : Mais on peut penser qu'avec un bon accompagnement, des
histoires de réussites comme la vôtre, on va en compter par centaines, par milliers.
Mme Huot-Orellana
(Amélie) : Oui, je suis sûre qu'on peut en trouver, là. Ça, c'est
juste qu'on n'en parle pas souvent, mais je suis sûre qu'il en existe plein
partout, là, tu sais, on est... Oui.
M.
Cliche-Rivard : Donc, s'il y a quelque chose qu'on doit tenir en
compte aujourd'hui, le parcours, l'arrivée,
l'intégration jusqu'à la réussite, c'est quelque chose qu'il faut qu'on remette
un petit peu plus dans l'univers médiatique, vous pensez?
Mme Huot-Orellana
(Amélie) : Je pense que ça pourrait donner un meilleur portrait de la
situation, là. Ça permettrait d'avoir un portrait plus représentatif de tout ce
qui est impliqué, de tout le cycle de vie d'un immigrant, mettons. Voilà.
M.
Cliche-Rivard : Parfait. Et vous dites, là, que votre mère, elle a,
donc, appris le français parfaitement. Vous vous souvenez ou vous savez... vous
avez déjà discuté avec elle de combien de temps ça lui a pris pour arriver à
cette maîtrise-là de la langue?
Mme Huot-Orellana
(Amélie) : Bien, c'est ça, la maîtrise, ça a pris du temps, quand
même, c'est... Être capable de comprendre et de... Comprendre ce qui se passait
autour d'elle, ça, ça n'a pas pris si longtemps que ça, mais ensuite de pouvoir parler, d'avoir un accent qui était plus... qui
devenait plus compréhensible pour d'autres personnes, ça a pris plus...
ça a pris quelques années, mais je ne peux pas... Ce que je sais, c'est que,
c'est ça, pour les cours formels de français, elle en a eu... elle a eu trois
mois, après ça elle a travaillé dans une famille pendant un moment, pour
pouvoir parler français avec leurs enfants et apprendre le français à travers
eux. Ensuite, elle est allée travailler dans...
elle a suivi des cours de secrétariat, aussi, en français et, pendant ce temps-là,
elle devait vraiment travailler sur son
dictionnaire pendant des... pour vraiment améliorer son français dans un cours
de secrétariat où tu as besoin d'écrire. Donc, c'est ça, mais c'est un parcours qui a duré quelques années, mais
je ne peux pas vous dire exactement combien de temps.
M.
Cliche-Rivard : Bien, merci beaucoup. Vous la saluerez pour nous.
Mme Huot-Orellana
(Amélie) : Oui.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors, c'est ce qui met fin à
cette audition. Merci encore d'être venue à notre rencontre, et je vous
souhaite une bonne fin de journée puis surtout beaucoup de succès dans vos
études, comme dirait mes parents.
Mme Huot-Orellana
(Amélie) : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Je
suspends quelques instants, le temps de recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à
14 h 45)
(Reprise à 14 h 47)
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous
plaît! La Commission des relations avec les citoyens reprend, donc, ses
travaux.
Nous recevons
donc le groupe qui s'appelle Amnistie internationale Canada francophone.
Mesdames, bienvenues, Mme
France-Isabelle Langlois, directrice générale, ainsi que Mme Marisa Berry
Méndez. Alors, mesdames, bienvenues. Vous allez disposer d'une période
de 10 minutes pour votre exposé, puis ensuite on va pouvoir échanger avec
les parlementaires. Alors, le temps débute pour vous.
Amnistie internationale
Canada francophone (AICF)
Mme Langlois (France-Isabelle) : Merci,
Mme la Présidente. Mme la ministre, mesdames et messieurs, membres de la Commission des relations avec les
citoyens et membres du Parlement du Québec, merci d'avoir accepté, donc,
Amnistie internationale Canada francophone à propos de la planification de
l'immigration au Québec.
Peut-être certaines personnes d'entre vous vous
demandez-vous pourquoi Amnistie internationale intervient sur les questions de migration au Québec. Parce
qu'Amnistie est la plus grande et importante organisation internationale non
gouvernementale de défense des droits humains au monde et que l'immigration est
un enjeu de droit humain mondial constituant l'une des principales
sources de violation de droits humains actuellement.
L'immigration, qui s'amplifie partout à travers
le monde, pousse les personnes sur des routes de plus en plus dangereuses,
provoquant de plus en plus de morts, de souffrances et de drames humains
indicibles. Dès le départ, les raisons qui poussent les personnes à immigrer
sont souvent le résultat de graves violations de droits humains. Tout le long
de leur parcours, ces personnes verront leurs droits bafoués, niés, y compris
leurs droits à la vie, à la santé, à la sécurité, à la dignité. Pour les
personnes arrivant à destination, leur parcours du combattant pour faire
reconnaître et respecter leurs droits à
titre de personnes humaines à part entière n'est pas terminé pour autant et,
dans bien des cas, peut perdurer des années, voire ne jamais prendre
fin.
C'est le cas dans tous les pays dits démocratiques
se qualifiant d'États de droit, notamment de l'hémisphère nord, et le Québec ne fait malheureusement pas
exception, notamment en ce qui concerne les travailleuses et les travailleurs
temporaires ainsi que les personnes demandeuses d'asile. Bien que, dans le
mémoire que nous vous avons soumis, nous
avons émis nos commentaires et recommandations sur d'autres éléments du cahier
de consultation, nous souhaitons ici concentrer notre intervention sur ces deux
catégories de personnes migrantes qui comptent parmi les plus vulnérables non
seulement au Québec, mais partout à travers le monde.
Le Québec a longtemps été une terre d'accueil où
une personne migrante pouvait raisonnablement s'attendre à obtenir la résidence
permanente puis la citoyenneté. Cependant, depuis deux décennies, l'approche du
Québec a considérablement évolué et a pris un
virage inquiétant vers l'immigration temporaire, une tendance qui s'accélère
depuis 2018.
• (14 h 50) •
Le virage vers l'immigration temporaire et la
multiplication de statuts migratoires qui en découle contribuent à créer un système migratoire dans lequel les
droits et les avantages reconnus aux personnes migrantes varient grandement d'un
statut à l'autre. La précarité accrue, pour beaucoup de ces personnes, favorise
une société... une société, pardon, stratifiée à deux vitesses où nous refusons
la jouissance des droits humains à une portion croissante de la population sur notre territoire. Or, faut-il le rappeler, les
droits humains sont universels, inaliénables et indivisibles. En outre, les
États ont l'obligation de s'assurer que toute personne se trouvant sur
son territoire jouisse de l'ensemble de ses droits, peu importe son statut.
Le gouvernement du Québec doit donc orienter sa
vision, ses politiques migratoires vers l'immigration permanente, répondant aux besoins de la société québécoise en
accueillant les personnes migrantes de façon permanente, peu importe le
niveau de spécialisation des postes qu'ils et elles occuperont. L'exclusion
systématique des personnes migrantes occupant des emplois peu qualifiés de la
résidence permanente est un réel enjeu de droits humains. Cette exclusion
enracine une société où une portion de la population n'a pas accès à tous ses
droits et est vulnérable à l'exploitation en raison de son statut précaire.
De fait, le
gouvernement du Québec a promis, dans sa campagne électorale, de limiter
l'immigration permanente. Or, pour tenir sa promesse et, en même temps,
répondre aux demandes des employeurs québécois, le gouvernement a donc
fait appel à un nombre accru de travailleurs et travailleuses étrangers,
étrangères temporaires dans des postes dits
peu qualifiés, lesquels sont exclus de l'actuelle proposition de planification.
Ainsi, le nombre de personnes sous permis fermé a triplé, entre 2017 et 2022, passant de 13 000 à plus de
38 000. Ces personnes sont très vulnérables aux violations des
droits humains.
De plus, les
contraintes des programmes d'immigration temporaire contribuent à la croissance
d'une population de personnes sans statut légal. Alors qu'une personne migrante
peut très facilement perdre son statut, les possibilités de le rétablir
sont extrêmement limitées. La perte de statut empêche ces personnes de jouir
pleinement de leurs droits humains,
notamment parce qu'elles n'ont pas accès aux protections ou aux services
sociaux. Le cadre légal et administratif dans lequel évoluent les
travailleuses et les travailleurs temporaires, notamment sous permis fermé, les
places dans une situation de vulnérabilité
et d'exploitation structurelle. C'est ce cadre qui favorise les abus et mauvais
traitements, voire la violation grave
de leurs droits : droit au libre choix de son travail, à des conditions
équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le
chômage sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal,
droit à la santé, à la sécurité, au logement, à la vie familiale, à la dignité.
Vous n'êtes pas sans
savoir que le rapporteur spécial des Nations unies, sur les formes
contemporaines d'esclavage, a explicitement dit s'inquiéter du système de
permis fermé, invoquant une forme d'esclavage moderne. La précarité et la
temporalité des statuts migratoires au Québec contribuent au développement
d'une population de personnes migrantes sans
statut. Or, si elles ne font pas partie des projections et de la planification
pour l'immigration du Québec, la présence de cette population n'en est pas
moins une réalité, tout autant que l'est l'obligation du Québec de
protéger leurs droits humains.
Que ce soit pour fuir la guerre, la persécution,
la violence ou encore les graves violations de droits humains, voire les changements climatiques, des millions de
personnes sont déracinées chaque année, en particulier en Afrique, en Asie, dans les Amériques, dans les Caraïbes.
Ces migrations et déplacements forcés sont en constante progression. En
2022, plus de 108 millions de personnes ont été déplacées, selon le Haut
Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Si le nombre de personnes
demandeuses d'asile à emprunter le chemin Roxham a connu une augmentation
importante en 2022, ces migrations ne sont pas une vague migratoire, comme le
laissent entendre certains décideurs politiques, mais au contraire ne
représentent qu'une goutte dans l'océan des migrations mondiales. Lorsqu'il
planifie ses politiques migratoires et en accord avec l'orientation 11
pour l'engagement humanitaire du cahier de consultation pour les présentes consultations, le Québec devrait garder cette réalité
mondiale en tête et être conscient de sa responsabilité humanitaire.
La notion de capacité d'accueil, que l'on
retrouve dans les discours de certains élus dernièrement, est utilisée afin d'induire dans les esprits qu'il y aurait une
limite objective au nombre de personnes demandeuses d'asile pouvant être
accueillies adéquatement au Québec. Le discours entourant cette notion vaseuse
laisse entendre que la société québécoise serait près d'avoir atteint cette
capacité. En réalité, la capacité d'accueil est une question de volonté politique. Les dirigeants et dirigeantes
politiques devraient porter attention à leurs déclarations publiques afin de
s'assurer de ne pas encourager la discrimination, voire la haine, avec
de tels concepts.
Les élus ont beaucoup invoqué la capacité d'accueil
du Québec concernant les personnes demandeuses d'asile arrivant via le chemin
Roxham, environ 40 000 personnes, en 2022. Cependant, il n'y a eu
aucun débat, aucune inquiétude lorsque nous avons accepté
800 000 demandes d'asile d'Ukrainiens et d'Ukrainiennes du Canada
cette même année. Comment cela se fait-il? Lorsqu'on porte attention à la
provenance, la culture, la religion et la couleur de la peau de ces deux
groupes distinctifs, nous avons toutes les raisons de grandement nous inquiéter
sur la tangente que semble de plus en plus emprunter non seulement le
gouvernement du Québec, mais également certains partis d'opposition.
Depuis 2018, le gouvernement du Québec bloque
l'accès des familles demandeuses d'asile aux services de garde subventionnés et
aux versements anticipés du crédit d'impôt pour frais de garde. Cette décision
nuit au développement de l'enfant et empêche
souvent les femmes demandeuses d'asile de s'intégrer au marché du travail, ce
qui bafoue leurs droits économiques et sociaux, leur droit à l'égalité, portant
préjudice à leur droit au travail. Cette exclusion empêche également les
personnes demandeuses d'asile de se franciser. Amnistie Canada francophone fait
partie du Comité d'accès garderie remettant en cause la constitutionnalité de
cette décision, de cette exclusion.
Nous enjoignons le gouvernement du Québec tout
autant que les partis d'opposition à adopter une approche plus inclusive et solidaire à l'égard de l'accueil
des personnes migrantes, une approche qui aurait quelque chose comme un
aura de grande humanité. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. On va donc entamer
la période d'échange avec les parlementaires. On va commencer par la banquette
gouvernementale, avec la ministre, pour une période de
16 min 30 s.
Mme
Fréchette : Merci. Merci, Mme la Présidente. Bien, merci à vous
deux de contribuer à cet exercice démocratique, cette commission
parlementaire sur un thème de grande importance.
Alors, bien,
vous avez abordé le thème de la vulnérabilité, là, des travailleurs étrangers
temporaires. Je débuterais en soulignant que vous avez probablement
remarqué, là, qu'on a donné un mandat à la Commission des partenaires du marché
du travail pour davantage documenter ce phénomène et également identifier des
solutions, des voies de solution, des alternatives qui pourraient y avoir à un
permis de travail dit fermé. Et voilà, donc, c'est un travail qui va être remanié, au cours des prochains mois, et
qu'il nous faudra discuter par la suite avec le gouvernement fédéral pour
voir à établir une suite, une suite des choses.
Dans votre mémoire, vous référez, puis vous y
avez référé également dans votre présentation, là, au droit à la santé, en
page 11. Vous soulignez, en fait, le délai de carence auquel les
travailleurs étrangers temporaires doivent faire
face avant d'obtenir la couverture de la RAMQ. Mais, en fait, depuis septembre
2022, le fédéral a mis en place des nouvelles
mesures faisant en sorte que les employeurs ont maintenant l'obligation de
fournir gratuitement aux travailleurs étrangers temporaires une couverture
médicale jusqu'à ce qu'ils puissent bénéficier de la RAMQ, donc ce qui
viendrait couvrir la période de délai de carence.
Alors, est-ce
qu'on doit comprendre, de votre avis, que les mesures mises en place par le
fédéral n'ont pas donné les suites escomptées, ne sont pas adéquates?
Quelle est votre lecture sur cette dimension-là?
• (15 heures) •
Mme Berry Méndez (Marisa) : Merci,
merci pour cette information. Ce que je dirais... En fait, les dernières deux
semaines, j'ai rencontré plusieurs travailleurs immigrants dans les programmes
avec le permis fermé, à peu près
40 personnes qui ont été victimes de violations de droits humains, et il y
en a un grand nombre dans le Programme
des travailleurs étrangers temporaires ainsi que le Programme des travailleurs
agricoles saisonniers qui ne savent même pas s'ils ont de
la couverture, ou peut-être l'employeur leur a dit qu'ils en ont, mais ne leur
a jamais donné une carte ou un numéro d'assurance maladie. Au-delà, il y a
beaucoup de personnes qui ont demandé à l'employeur de leur... amener chez le
médecin ou chez l'hôpital pour parler d'une blessure subie à cause du travail
ou bien un accident, et l'employeur a refusé. Ça, c'était vraiment une histoire
répétée à maintes reprises. Et après, il y a des personnes qui craignent à
parler à leur employeur, s'ils ont maladie, accident ou blessure, parce qu'ils
craignent, évidemment, être renvoyés dans leur pays.
Donc, je dirais que, même avec... et c'est
quelque chose qu'on a suivi à travers les années, même avec les changements en
politique par rapport à la couverture, etc., on voit toujours que c'est
vraiment une lacune systémique en lien, nous croyons, avec le permis fermé et
la peur que ça engendre chez les travailleurs d'être renvoyés chez eux.
Mme
Fréchette : Est-ce que vous avez eu l'occasion d'en parler
avec l'IRCC? Est-ce qu'ils vous ont donné...
Mme Berry Méndez (Marisa) : Pas
encore.
Mme Fréchette : Non?
Mme Berry Méndez (Marisa) : Pas
encore.
Mme Fréchette : D'accord. Bien, j'en
prends note, donc on pourra discuter de la chose. Et le MIFI, bien, en fait, coordonne, depuis novembre 2022, donc, une
table de coordination interministérielle sur les travailleurs étrangers
temporaires. C'est une sorte de forum, là, gouvernemental de concertation, de
réflexion, d'échange, là, pour arriver avec des positions qui
s'arriment. Et c'est sûr que la jouissance, là, par les travailleurs étrangers
temporaires de leurs droits fait partie de la mission de ce comité... de ce
comité de travail sur les travailleurs étrangers.
Comment est-ce que, selon vous, on devrait
aborder les dossiers des travailleurs étrangers temporaires pour s'adresser aux problèmes les plus cruciaux, d'un
point de vue interne interministériel, là? Par quel bout prendriez-vous ce
défi, ce mandat?
Mme Berry Méndez (Marisa) : OK. Je
pense qu'il y a... Pour nous, c'est vraiment... ce sont des enjeux systémiques.
Puis on l'a vu dans les dernières années, que les changements... comment est-ce
qu'on dit... comme, incrémentaux, si ça se
dit — je
m'excuse, je suis toujours en cours de francisation — ne
portent pas assez de fruits. Ce sont des choses...
Je prends l'exemple du permis de travail ouvert
pour les travailleurs et travailleuses vulnérables. Ce sont des choses qui,
oui, ont un impact à court terme. Par exemple, le permis ouvert, les
travailleurs et travailleuses peuvent, s'ils en prennent connaissance... il y
en a beaucoup qui l'ignorent, mais ils peuvent sortir de la situation d'abus.
Mais par la suite, après un an, ils doivent
ou retourner avec un employeur avec un permis de travail fermé ou ils perdent
leur statut, tout simplement. Puis il n'y a aucun mécanisme d'accès à la
justice ou bien contestation... bien, moi je l'ai dit, il n'y a aucune conséquence pour l'employeur abusif qui est déclenchée
par la demande... la soumission d'une demande pour le permis ouvert.
Donc, je
pense que les réponses... les solutions, vraiment, sont systémiques en ce
moment-là. Le permis de travail fermé ne doit pas exister. Ça a toujours
été une aberration en lien avec... bien, concernant les droits humains. C'est
juste une porte d'entrée, comme le rapporteur spécial a dit, à des situations
de violation de droits humains. Donc, ils devraient avoir des permis de travail
ouverts.
Autrement,
comme ma collègue Mme Langlois l'a souligné, il faut vraiment avoir une
approche à l'immigration permanente plutôt que temporaire. On voit,
comme elle l'a souligné, le fait que les personnes qui viennent pour combler
des postes essentiels, des postes peu qualifiés, mais qui sont tellement
nécessaires... puis qu'il y a beaucoup de
pénurie de main-d'oeuvre, puis on fait rentrer plein de monde. Le
fait que ces gens-là ne soient pas admissibles pour immigrer, je pense
qu'aujourd'hui c'est un non-sens. Et aussi le fait qu'ils soient inadmissibles
et que le nombre de ces personnes-là qui sont présentes sur le territoire ne
fait qu'augmenter, ça mène à... ça exacerbe la situation de violation de droits
humains de ces personnes-là.
Donc, que ces personnes-là soient... ce n'est
pas que tout le monde voudrait bien, mais les personnes qui veulent s'installer de façon permanente, ils
devraient avoir des voies pour ça. La discrimination selon le poste qui va être
occupé dans les systèmes, dans les
programmes d'immigration permanente, je pense que c'est quelque chose à
remettre en question totalement.
Et à court terme, bien, je pense que, pour les
personnes qui ont perdu leur statut en raison, par exemple, de fuir un employeur abusif ou d'autres questions en
lien avec l'immigration temporaire, on devrait prévoir un programme de
régularisation des statuts. C'est... À court terme, c'est vraiment la façon
efficace de protéger les droits humains de ces personnes-là, de leur octroyer
un statut.
Mme Fréchette : Sur la possibilité
de... pour des travailleurs étrangers temporaires avec des qualifications plus
manuelles d'accéder à la résidence permanente... Mais j'imagine que vous avez
vu, là, le volet II du Programme de sélection des travailleurs qualifiés.
Donc, c'est la création d'une nouvelle passerelle pour des personnes ayant des
compétences manuelles ou intermédiaires pour pouvoir accéder à la résidence
permanente qu'on a mise en place, parce
qu'on voulait justement ratisser plus large en termes de professions pour
lesquelles il était possible d'atteindre la résidence permanente. Dans
la mesure où il y a une certaine connaissance du français, là, on l'a modulé
aussi selon le niveau
d'emploi. Donc, ça, pour nous, c'était un pas important à
faire, qui, je crois, converge avec ce que vous apportiez comme
proposition, comme vision.
Je vous amènerais sur... à la page 20, sur
le concept de capacité d'accueil, parce que, bien, vous dites que le concept de capacité d'accueil, là, ça alimente un
débat qui est fondé sur la peur et la venue des personnes immigrantes. Puis
en même temps, à la page suivante, page 21, vous demandez que le
gouvernement ait une approche expansive et investisse
dans la construction de nouveaux logements et accroisse la capacité des
services sociaux pour accueillir les personnes immigrantes.
Donc là, j'aimerais mieux comprendre, là, votre
position, là, parce que vous dites qu'on ne doit pas se référer au concept de capacité d'accueil en même temps que
vous nous proposez d'investir dans le développement d'une capacité d'accueil.
Alors, comment est-ce que vous vous positionnez?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Vous
trouvez ça contradictoire?
Mme Fréchette : Bien, oui, parce
qu'en fait vous reconnaissez que c'est important d'avoir une capacité d'accueil, alors que vous nous dites, en même
temps, qu'il ne faut pas se référer à ça parce que ça contribue à alimenter un
discours négatif.
Mme Langlois (France-Isabelle) : Bien,
d'abord, oui, il faut faire attention au discours. C'est une réelle
préoccupation. On l'entend ici, on l'entend à travers le Canada, on l'entend
partout à travers le monde, c'est un discours
qui est en croissance. On prend les personnes migrantes comme boucs émissaires,
et il y a vraiment une montée de la haine, et on vous appelle à faire
vraiment attention à ça. Les personnes qui sont arrivées via le chemin Roxham
ont été dépeintes, y compris par des personnes ici, dans cette enceinte, comme
des personnes qui nous envahissaient, des personnes qui constituaient une
menace. Et ça, c'est très dangereux. Les personnes d'asile...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je veux juste... Je veux juste vous demander, par
exemple... On ne doit pas prêter des intentions. Alors, ça, ça s'apparente à
prêter des intentions. Je fais juste vous demander de faire attention à vos
propos, s'il vous plaît.
Mme Langlois (France-Isabelle) : Je
ne prête pas des intentions à Mme la ministre, à qui je réponds en ce moment,
je parle de personnes qui ont vraiment dit des choses. C'est parce que ces
choses-là, elles ont été dites. Cela étant
dit, c'est un discours qui a lieu, et je pense que c'est la responsabilité des
personnes élues, quelles qu'elles soient, peu importe le parti auquel
ces personnes appartiennent, de faire attention à ça.
Il y a de plus en plus de personnes qui sont des
demandeuses d'asile. C'est des personnes qui craignent pour leur vie et qui
sont prêtes à tout pour atteindre un avenir meilleur. Et on doit faire preuve
d'humanité et on doit les accueillir. C'est
une obligation internationale. C'est une obligation que le Québec peut assumer.
Si des pays comme... Ça n'a rien à voir avec ce que le Liban, ou la
Turquie, ou l'Ouganda reçoit de personnes déplacées, ça n'a rien à voir. On a
les capacités. C'est une question de volonté politique. C'est une question d'y
mettre les moyens. Donc, il faut mettre les moyens. Et de compter le nombre de
personnes d'asile qu'on est prêts à accepter, qu'est-ce qu'il arrive aux
autres? On les condamne à mort?
Mme Fréchette : ...que le Québec a
largement assumé ses responsabilités en termes d'accueil et d'accompagnement
des personnes demandeurs d'asile. Particulièrement au cours de la dernière
année et demie, franchement, on s'est
démarqués, là. À l'échelle du Canada, on a accueilli 99 % des demandeurs
d'asile entrés de manière irrégulière durant l'année 2022. Alors,
si on n'a pas fait notre part... Je pense qu'on a assumé nos responsabilités
d'une manière exemplaire.
Mais, en même temps, il y a une notion d'avoir
les ressources disponibles qui soient accessibles pour ces gens-là, parce qu'on
veut que, justement, ils soient accueillis d'une manière digne et acceptable.
Donc, il faut aussi que des ressources
soient disponibles pour ces personnes-là. Si on ne tient pas compte de cette
dimension-là, bien, on peut se
retrouver dans, franchement, des objectifs en termes d'accueil qui puissent
être déconnectés d'une réalité. Il nous faut une part de pragmatisme,
là, pour bien accueillir ces gens-là. Sinon, si on fait que juste ouvrir sans
limite, il viendra un moment où les ressources ne seront plus disponibles.
• (15 h 10) •
Mme Langlois (France-Isabelle) : ...je
vous entends bien. J'entends bien votre discours, et c'est... En fait, on a une position tout à fait contraire. En tant
qu'organisation de défense des droits humains, on ne peut pas souscrire
à cette vision-là en ce qui concerne les personnes demandeuses d'asile à
travers le monde. On pense que tous les pays de l'hémisphère Nord, y compris le
Canada, y compris le Québec, peuvent faire beaucoup mieux.
Vous n'êtes pas sans savoir que nous contestons...
nous avons contesté devant les tribunaux l'entente sur les tiers pays sûrs. Malgré le dernier jugement, on va
continuer à contester l'entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis. Et on trouve ça malheureux que le Québec ait demandé de fermer le chemin
Roxham, ce qui n'a pas, par ailleurs, mis fin au nombre de personnes
demandeuses d'asile qui arrivent. On a beaucoup parlé des demandes... des
demandeuses d'asile, les personnes demandeuses d'asile qui arrivent dans
les aéroports, mais il y a aussi beaucoup de demandes d'asile qui se font dans
les villes. Et ces personnes-là, elles ne sont pas arrivées en avion, elles
sont arrivées en quelque part. Ça veut dire qu'elles empruntent des chemins qui
sont de plus en plus dangereux. C'est une question d'humanité.
Mme Fréchette : En
tout cas, en termes d'accueil des personnes demandeurs d'asile, je pense qu'on
a eu une approche exemplaire. La TCRI, d'ailleurs, a vanté, là, notre approche
en matière d'accueil et d'accompagnement des personnes demandeurs d'asile. On
va continuer à honorer aussi nos engagements parce qu'ils continuent à y avoir
des demandeurs d'asile qui arrivent.
Donc, bien, à ce stade-ci, Mme la Présidente, je
vais céder la parole à des collègues.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la ministre.
Alors, je vais laisser le micro à la députée de Vimont, et il reste
2 min 35 s.
Mme
Schmaltz : OK. Parfait. Merci, mesdames, de votre présence.
Écoutez, je vais aller rapidement avec les exigences en matière de français,
que vous jugez comme une façon d'exclure, peut-être, alors qu'au contraire, nous,
on a une vision différente, c'est-à-dire
amener les gens à se franciser permet justement une meilleure inclusion au sein
de la société québécoise, qui parle
justement le français. On a quand même mis en place plusieurs éléments,
plusieurs outils. Je pense que vous êtes au courant, on a eu des
réformes aussi. Puis quelle est un petit peu votre position à travers ça? Je ne
suis pas certaine de saisir votre enjeu là-dessus.
Mme
Langlois (France-Isabelle) : Notre position, c'est : il ne s'agit pas
d'exclure les personnes qui ne parlent pas
encore français, c'est de favoriser la francisation de ces personnes-là et de
mettre les moyens pour favoriser la francisation.
Et...
Mme Schmaltz : ...qu'on le met...
qu'on a des programmes, on a des modes, que ça soit en entreprise... qu'on est en train de développer pour franciser,
justement, les gens en entreprise. On a aussi toute l'offre de cours qu'on propose en présentiel, que ce soit de soir, de
jour. Il y a quand même... On essaie d'avoir une offre de flexibilité
intéressante, là.
Mme Langlois (France-Isabelle) : Je
suis certaine qu'il y a d'autres organisations qui sont venues parler de ces
enjeux-là. Il y a des enjeux. Les efforts...
Une voix : ...
Mme Langlois (France-Isabelle) : Oui,
bien, on... et avec certaines réserves et certaines critiques.
Cela étant dit, ce qui est fait est bien. Ce
n'est pas assez. Ce n'est pas suffisant et ce n'est pas flexible. Il y a quand même une notion d'exclusion. Si on en
revient aux travailleurs et aux travailleuses temporaires, qui, des fois, sont
ici depuis des années sans avoir pu retourner voir leur famille, qui font des
huit, 10 heures, 12 heures de travail par jour, ça devient un peu difficile de prendre des
cours de français à 10 heures le soir quand on habite à Cowansville. Je viens
de cette région-là. On rencontre ces personnes-là. C'est difficile.
Mme Schmaltz : C'est pour ça
qu'on...
Mme
Langlois (France-Isabelle) :
Et donc ces personnes-là sont systématiquement exclues. On a rencontré des
personnes qui avaient fait une fois, deux fois, trois fois le test et qui sont
toujours exclues.
Mme Schmaltz : Il reste combien de
temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Neuf secondes.
Mme
Schmaltz : Neuf secondes. Je voulais juste finir rapidement.
Tantôt, vous avez... au début de votre présentation,
vous avez dit que la capacité d'accueil est une volonté politique. Moi, je me
permets juste de vous dire que,
pour nous...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est terminé.
Mme Schmaltz : ...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : C'est terminé pour cette portion-là. Merci
beaucoup. Alors, on poursuit avec l'opposition officielle, 12 min
23 s, avec le député de Nelligan.
M.
Derraji : Merci, Mme la Présidente. Bonjour à vous deux.
Merci pour votre présence. Lors de votre... Au début, vous avez dit que,
bien, il y a une volonté derrière limiter l'immigration permanente et ouvrir la
porte au temporaire. Pouvez-vous élaborer?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Bien,
le fait d'avoir une immigration temporaire, ça favorise des statuts à deux vitesses ou à trois vitesses. Et donc ce
qu'on demande, c'est les mêmes règles du jeu pour tout le monde et que les
personnes qui sont ici avec un statut
temporaire, si elles veulent être... immigrer de façon permanente, qu'elles
puissent y
avoir accès de la même manière, aussi facilement que les autres catégories de
personnes immigrantes, d'autant si ces personnes sont ici, sur le
territoire et contribuent à l'économie, à la force de travail du Québec depuis
des mois, voire des années.
M. Derraji : Je veux juste revenir
sur cette voie que vous voyez, que vous suivez, les dernières années. Pensez-vous qu'on fait fausse route avec une
immigration temporaire versus le permanent? C'est du jamais-vu, les chiffres.
En fait, j'ai déposé un projet de loi au mois de mai pour inclure les
temporaires dans la planification pluriannuelle. Je ne sais pas si vous l'avez vu, sinon on peut vous l'envoyer. Je
m'inquiète, je m'inquiète pour plusieurs... pour, en fait, je dirais,
plusieurs aspects. La précarité... C'est la première fois, au Canada, qu'un
rapporteur des Nations unies vient parcourir
le Canada, notamment le Québec. Moi, j'ai rencontré des travailleurs
temporaires étrangers. On en a vu dans plusieurs
secteurs, pas uniquement... parce qu'on a tendance à parler juste du secteur
agricole ou les saisonniers. Non, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai.
Il faut le dire. Il faut nommer les choses.
Et c'est ça, le rôle d'une commission, nommer
des choses. Même que, parfois, c'est difficile. Il faut accepter, il faut
nommer les choses, les accepter pour trouver des solutions.
En tant
qu'organisation que vous défendez... je dirais, si je peux qualifier
l'injustice, pensez-vous que cette voie, d'emprunter le temporaire, est
à l'image du Canada et du Québec aussi?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Je
pense que et le Canada et le Québec peuvent faire mieux, selon la capacité. Et je suis certaine que, chez la
majorité des personnes, notamment ici, il y a cette volonté de faire mieux, et
c'est ce à quoi on appelle.
M. Derraji : Vous avez parlé
beaucoup du discours politique et vous avez vu que, même en 2018, il y avait un fameux slogan En prendre moins pour en
prendre soin. C'est ce qui a été utilisé par le premier ministre. À
l'époque, il y avait une baisse du
nombre... du permanent, mais on voit, cinq ans, à l'aube de la sixième année...
d'une sixième année, que, le
permanent, on varie de 10 000, là, maintenant, on nous demande 60 000
comme scénario, mais c'est une explosion du temporaire. Après cinq ans
ou six ans, est-ce que, vraiment, on prend moins... on prend soin de ces
immigrants?
Mme
Langlois (France-Isabelle) : Le métier d'Amnistie internationale... la mission
d'Amnistie internationale, c'est
d'alerter, c'est de critiquer. Donc, on est ici pour alerter et pour critiquer
ce qui va moins bien. On n'est pas en train de dire que le Québec est le pire élève au monde, mais il y a vraiment
matière à amélioration. Et ce qui nous inquiète... parce qu'on fait preuve de beaucoup de sensibilité
et d'humanité. C'est à la base de notre mission, n'est-ce pas? Et on est
en première ligne et on les rencontre, non seulement ici et ailleurs. On parle
d'êtres humains ici, et on parle de réalités humaines, on parle de drames
humains, on parle de vies humaines. Et je pense qu'ici comme ailleurs dans le monde on est en train de perdre nos repères en
matière d'humanité, d'humanitaire et de droit. On remet de plus en plus en question les droits pas seulement pour les
personnes immigrantes, mais on remet de plus en plus en question les droits
comme si c'était quelque chose qui était discutable.
M. Derraji : ...de droits, et
j'espère que c'est quelque chose que vous suivez, réunification familiale. Il y
a beaucoup de groupes qui sont venus,
probablement 30 000 familles, 30 000 personnes qui
attendent, des délais de 24 mois, des
familles séparées. Il y avait même un cas d'avortement parce que les deux
n'arrivaient pas à se rejoindre. C'est du jamais-vu. À l'extérieur du
Québec, c'est du 12 mois. Avez-vous des exemples à nous partager où votre
organisation a été interpelée?
• (15 h 20) •
Mme Berry Méndez (Marisa) : Nous, on
n'a pas d'exemple précis. C'est sûr qu'on a suivi les témoignages malheureux de
ces personnes-là et on se désole de cette situation. Le droit à la vie
familiale, c'est un droit humain. C'est sûr qu'on souligne ce droit-là dans le
cas du Programme des travailleurs étrangers temporaires, où toutes les
personnes qui occupent des postes dits peu qualifiés sont séparées de leur
famille. En particulier, les personnes... les travailleurs
et travailleuses agricoles n'ont aucun, aucun moyen de se réunir. Donc, c'est sûr
qu'on trouve ça une situation vraiment désolante, puis il faut y
consacrer les moyens nécessaires pour améliorer cette situation.
M. Derraji : Je veux juste vous
rappeler que la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que «toute demande faite par un enfant ou
ses parents en vue d'entrer dans un État partie ou de le quitter aux fins de réunification familiale est considérée par les
États parties dans un esprit positif, avec humanité et diligence.»
Article 10. Je rappelle, la
Déclaration universelle des droits de l'homme stipule, en son article 16,
que «la famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a
droit à la protection de l'État». Est-ce qu'on s'éloigne de la protection de
l'État? C'est le rôle de l'État aussi de...
Mme Langlois
(France-Isabelle) : ...de l'État. Les États ont l'obligation de veiller
à la protection de l'ensemble des
droits humains pour toute personne, peu importe son statut, qui se trouve sur
son territoire, sans exclusion, sans distinction.
M. Derraji : Oui. J'aimerais
bien vous... Je ne pense pas que vous avez eu l'occasion de parler de la
capacité d'accueil et je veux juste vous
donner une perspective. Aujourd'hui même, un article qui parle d'une infirmière
venant du Maroc, elle veut faire sa
vie... elle accepte de venir travailler à Montréal avec le salaire qu'on lui a
offert. Il n'y a pas de logement, ça coûte cher, 1 500 $, 1 700 $. Je ne
veux pas faire l'avocat de qui que ce soit. Je veux... Quand on parle de
dignité... parce que moi, je reçois ces
appels, des gens qui viennent à Montréal et qui me disent : Si on m'a dit
qu'il y a une crise de logement, je
ne vais pas venir. Donc, oui à la dignité, mais aussi à la dignité de ceux et
celles qu'on ramène dans un contexte de crise de logement.
Je veux vraiment vous entendre et le fond de
votre pensée sur la capacité d'accueil. Je ne veux pas faire un débat politique
de limitée ou illimitée, mais il y a des cas réels. Il y a des cas où, dans des
régions, la famille est obligée de quitter. J'ai des cas où le conjoint accepte
de rester pour son travail. C'est le requérant principal. Faute de garderie, la femme... sa femme quitte avec les
enfants. On vit d'autres crises au Québec aussi, crise du logement, garderies,
services de santé. Donc, on parle de dignité
aussi, d'offrir des conditions idéales pour bien accueillir ces personnes.
Donc, vu ce contexte, pensez-vous que cette capacité d'accueil doit être aussi
interprétée avec d'autres facteurs qu'on doit prendre en considération
en tant qu'élus?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Si
d'autres facteurs doivent être pris en compte, qui sont... Ces autres facteurs
que vous nommez, là, si on parle du logement, c'est aussi un droit fondamental
pour tout le monde. Donc, ce n'est pas juste les personnes immigrantes, ici,
qui sont touchées par cette violation de droits, le fait de ne pas pouvoir se
loger dignement. Encore une fois, c'est l'obligation de l'État. C'est le rôle
de l'État de trouver les solutions pour s'assurer
que les personnes sur son territoire aient un toit convenable. Je ne doute pas
de la complexité de la situation, mais
il n'y a aucune raison qui justifie de nier ou de bafouer les droits d'une
personne ou de mettre en équilibre les droits...
M. Derraji : Je suis désolé, je
ne parle pas de bafouer. Désolé si je vous ai interrompue. Je ne parle pas de bafouer, mais, à certains moments, c'est légitime
de se poser la question. C'est légitime de dire : On a des droits, d'être
une société accueillante, et je crois que
nous sommes une société accueillante, que ce soit pour les demandeurs d'asile, les réfugiés, et il y a d'autres catégories, mais,
à un certain moment, on frappe un mur qu'il n'y a pas assez de logements, il
n'y a pas assez de garderies.
Comment atteindre cet équilibre? Parce qu'on ne
veut pas que, dans l'esprit collectif, on défonce les portes pour l'accueil — et je dis bien «entre guillemets», parce qu'on ne
les défonce pas, on doit être accueillants — mais, de l'autre côté, il y a des crises
qu'il ne faut pas allumer ni alimenter.
Mme Langlois
(France-Isabelle) : Se poser la question pour trouver des solutions,
ça va. Se poser la question pour dire : Voici, nous avons trouvé
une raison pour ne pas accueillir des personnes demandeuses d'asile, c'est une autre histoire. Alors, il faut trouver les moyens
de loger les... Je comprends la complexité, mais moi, ce n'est pas mon rôle de vous dire comment vous devez faire ou
comment les divers paliers de gouvernement doivent faire. Mais on doit
assurer des logements dignes à tout le monde. Tout le monde doit avoir un toit
sur la tête.
M. Derraji : ...il y a un
manque de logements, à Montréal, criant. Moi, quand je vois des itinérants...
Mme Langlois (France-Isabelle) : Mais
c'est inacceptable. Comment ça se fait qu'on soit rendus là?
M. Derraji : Je suis d'accord
avec vous, très d'accord avec vous. Mais, à un certain moment...
Mme Langlois (France-Isabelle) : Ce
n'est pas normal qu'au Québec il n'y ait pas de logements pour...
M. Derraji : Mais
c'est... très d'accord. Je suis d'accord avec vous, pas uniquement à Montréal,
un peu partout. Mais c'est là où, je vous le dis, j'arrive juste à ce qu'on
travaille tous ensemble, que... la capacité d'accueil, c'est quelque chose
qu'on doit travailler, soit avec une volonté politique, la déterminer,
travailler à la bonifier, parce qu'on a d'autres enjeux de... vieillissement, on a d'autres enjeux qu'on n'arrive pas à
trouver du monde pour travailler, mais c'est dans les deux sens.
Mme Langlois (France-Isabelle) : Tout
ce que vous évoquez, c'est tout à fait juste. Je comprends votre... d'où vous venez, là, mais ce n'est pas comme si
c'était nouveau, tout ça. C'était annoncé depuis des décennies qu'on s'en allait
dans ces situations-là.
Le Québec est
un État riche, plein de ressources, de personnes hypercompétentes dans tous les
domaines, et donc c'est aux décideurs et aux décideuses de prendre les
mesures, les bonnes décisions pour assurer que tout le monde puisse vivre
dignement ici.
M. Derraji : Mais, à un certain
moment, il ne faut pas, en tant que société, se poser la question : C'est
quoi, l'urgence? Bâtir du logement, ramener
du monde pour la construction, pas de problème, on peut bâtir, mais surtout,
pour la priorité, ce dont je vois, c'est la dignité, peu importe la
dignité de cette personne ou de son statut.
Moi,
aujourd'hui, quand je vois une infirmière quitter un pays tiers-monde où il y a
un besoin en soins de santé, venir
ici et ne pas lui trouver un logement, c'est aussi une perte pour son pays. On
le voit, en Afrique francophone, il y a beaucoup de gens qui quittent. Comment il est, le système de santé, dans
ces pays francophones? Ils ont besoin de ce...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. le député. Le temps est terminé. On
finit cette rencontre avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour une période de 4
min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation et votre mémoire. D'abord, je souligne
le travail d'Amnistie internationale ici et un peu partout à travers le
monde. C'est un travail incommensurable que vous faites. C'est un travail énorme et qui assure la dignité, la liberté et
la sécurité de plein de gens ou, du moins, qui dénonce plusieurs
violations. Alors, merci pour ce que vous faites. Ce n'est pas une mince chose,
là, ce n'est pas une mince chose d'avoir
Amnistie devant nous qui dépose un rapport qui souligne des violations de
droits de la personne causées au Québec.
Quand même, c'est grave, là. L'ONU nous dit la même chose dernièrement dans le
rapport, que les conditions de travail
des permis de travail fermés sont propices à l'esclavagisme moderne, c'est
quand même quelque chose de très grave. Et aujourd'hui vous venez
dénoncer ça, vous venez nous informer de ça.
Et devant ce que vous
dites, devant les informations que vous nous apportez, devant les drapeaux
rouges que vous levez, j'entends des débats,
j'entends... on réfute ce qu'Amnistie internationale dit. Quand même, ça me
surprend. Honnêtement, ça me surprend. Ça m'effraie même un peu, pour
être franc. Je suis surpris, là. Amnistie, c'est un peu notre conscience à nous tous. Quand Amnistie dépose un rapport, quand
vous êtes là, habituellement, c'est parce qu'il y a un problème. Et je
pense que c'est un problème qu'il faut plutôt attaquer que de réfuter.
J'aimerais ça vous
amener sur les garderies subventionnées. Si j'ai bien compris, il y a eu un
jugement de Cour supérieure qui donnait accès aux garderies subventionnées aux
femmes, aux mères demandeurs d'asile, et le gouvernement,
à la place, a décidé de dépenser des dizaines de milliers de dollars de fonds
publics pour renverser cette décision-là devant la Cour d'appel. C'est
bien ça? Et là où est-ce qu'on en est?
Mme Langlois
(France-Isabelle) : C'est bloqué.
M.
Cliche-Rivard : C'est bloqué?
Mme Langlois
(France-Isabelle) : Pour l'instant, c'est toujours bloqué. On est dans
un...
M. Cliche-Rivard : Donc, malgré une victoire en Cour supérieure, ce n'est toujours pas
accordé parce qu'il y a des procédures d'appel.
Mme Langlois
(France-Isabelle) : Exact.
M.
Cliche-Rivard : Donc, pendant ce temps-là, il y a des femmes, des
mères qui restent probablement à la maison
au lieu d'aller travailler, au lieu d'aller contribuer à nos systèmes de santé,
comme on a vu pendant la pandémie, par exemple, parce que... une
décision en appel de ne pas leur donner accès aux services de garde.
Mme Langlois (France-Isabelle) : Oui.
Et il y a des enfants aussi qui n'ont pas accès à ces services de garde là, qui
sont des services qui permettent une meilleure intégration non seulement des
enfants, mais de l'ensemble de la famille, et une francisation plus
rapide également.
• (15 h 30) •
M.
Cliche-Rivard : Quand même, je questionne les priorités. Je pense
qu'on aurait tous et toutes mieux à faire que de dépenser des millions... pas
des millions, pardon, mais des milliers en fonds publics là-dessus.
J'aimerais
vous entendre aussi sur la régularisation des statuts. Vous en avez parlé. Pour
vous, c'est quelque chose qui est fondamental, c'est quelque chose qui
est urgent, qui est important?
Mme Langlois
(France-Isabelle) : Oui, c'est quelque chose qu'on revendique. C'est
quelque chose qui est en discussion avec le gouvernement fédéral. Notre posture
est la suivante : Il vaut mieux des personnes en situation régulière non seulement pour leurs droits, mais
aussi pour la société tout entière. Lorsque les personnes sont régularisées,
on les connaît, on sait où elles sont, qui elles sont, où elles sont, dans quel
état elles sont, quel travail elles font. Elles sont moins soumises à
l'exploitation également.
M.
Cliche-Rivard : ...même un enjeu d'économie formelle aussi. Il y a
même un enjeu de régulariser, je veux dire,
leurs paiements, même, si on veut dire, d'impôts, là, je veux dire, jusque-là, jusqu'à
la perception, alors que, sinon, c'est des gens qui travaillent
irrégulièrement. Je veux dire, il y a même des gains économiques, là.
Mme Langlois
(France-Isabelle) : Oui.
M.
Cliche-Rivard : Il y en a.
Mme Langlois
(France-Isabelle) : Oui, peut-être. Ce n'est pas mon expertise.
M.
Cliche-Rivard : Non, je comprends.
Mme Langlois
(France-Isabelle) : Je ne suis pas là, mais peut-être. Mais c'est
surtout une question de...
M.
Cliche-Rivard : De dignité.
Mme
Langlois (France-Isabelle) :
...de dignité. Et il y a plusieurs bienfaits pour la société. Pensons à une
situation de pandémie. Il vaut mieux avoir des personnes en situation
régulière, même en attente de statut, mais régulière, que des personnes en
statut irrégulier qui se cachent.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, c'est ce qui met fin à cette
audition. Mesdames, au nom des
parlementaires, je vous remercie de l'apport à nos travaux. Je vous souhaite
une bonne fin de journée.
Et je suspends... pardon?
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...et je suspends les travaux pour quelques instants, le
temps de recevoir notre dernier intervenant.
(Suspension de la séance à 15 h 32)
(Reprise à 15 h 37)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous
recevons, donc, comme dernier intervenant, Me Maxime Lapointe. Bonjour, M.
Lapointe... Me Lapointe. Vous avez...
donc, bénéficiez d'une période de 10 minutes pour votre exposé, et, comme
pour tout le monde, nous allons terminer avec une période de discussion
avec les parlementaires. Alors, le temps est à vous.
M. Maxime Lapointe
M.
Lapointe (Maxime) : Merci beaucoup. Mme la Présidente, Mme la ministre, chers parlementaires, bonjour. Premièrement, Mme la ministre, merci de
tenir la présente consultation publique. Mieux vaut tard que jamais.
Le journaliste Alexandre Duval, pour
Radio-Canada, rapportait, en mai 2022, que le gouvernement reportait la consultation publique qui aurait dû se tenir à
ce moment, aux termes de la planification en 2020‑2022. À l'époque, je commentais
dans les médias à l'effet que le gouvernement ne voulait surtout pas entendre
parler d'immigration en période
préélectorale, question de ne pas perdre le contrôle du message. Ainsi, le plan
d'immigration pour l'année 2023 s'est avéré être un copier-coller
du plan 2022.
En mai 2023, la ministre nous présentait donc un
projet de réforme faisant table rase des grilles de pointage pour la sélection des travailleurs qualifiés et
créant quatre volets de sélection de travailleurs qualifiés, et ce, avant
d'avoir consulté les professionnels
en immigration, les divers groupes ayant présenté des mémoires dans les
dernières semaines.
Deux scénarios concernant les seuils
d'immigration sont sur la table, on le sait tous. Le temps nous dira si certaines suggestions des intervenants faites lors
de cette consultation générale selon... seront, pardon, retenues ou si tout
était joué d'avance.
Dans les derniers mois, j'ai décidé d'écrire mon
premier livre sur l'immigration au Québec, fort de mes 13 ans de pratique dans le domaine, qui s'appelle Pour une
immigration plus transparente. Donc, le livre vient recenser l'actualité de l'immigration des cinq dernières
années dans 53 chapitres et 12 recommandations pour le gouvernement,
que je viens vous présenter ici. Donc,
l'objectif de mon intervention aujourd'hui, c'est de vous présenter mes
recommandations. Juste avant, j'aimerais aborder quatre points
principaux rapidement.
Donc, premièrement, l'état de la situation.
Donc, l'état de l'écosystème de l'immigration, depuis l'arrivée au pouvoir de la CAQ, est grandement affecté, voire
en danger, à la suite de plusieurs politiques et réformes peu réfléchies
qui ont débuté par la diminution des seuils
d'immigration de 20 % en 2019. Le gouvernement du Canada... Le dialogue
avec le gouvernement du Canada est
difficile, ce qui complique le processus général d'une demande d'immigration
qui doit passer par les deux paliers de gouvernements, soit provincial et
ensuite le fédéral, quand le fédéral n'est pas la première étape du processus. On pense entre autres
aux demandes de parrainage. La souveraineté du Québec en immigration est
plus petite qu'on ne peut le penser.
Pour le ressortissant étranger souhaitant
s'établir au Québec, c'est un chemin de croix que de naviguer dans le labyrinthe administratif du MIFI. Pour les
représentants autorisés, tels que les avocats et les consultants en
immigration, il devient de plus en plus ardu non seulement de
communiquer avec l'administration gouvernementale, mais aussi de comprendre les
orientations ministérielles, surtout dans un contexte de transformation
numérique douloureux autant au provincial qu'au fédéral. Pendant ce temps, le
Canada augmente, lui, ses seuils d'immigration avec une politique plus
inclusive, plus souple. On baisse aussi les frais gouvernementaux, de sorte
qu'il y a de plus en plus de gens qui choisissent de vivre en français à
l'extérieur du Québec.
• (15 h 40) •
Deuxièmement, manque de transparence. Donc, le
manque de transparence, que je fais état dans mon livre, se retrouve dans les
éléments suivants : premièrement, dans les programmes d'immigration et les
processus pour les ressortissants étrangers voulant immigrer au Québec et au
Canada; dans la vision du gouvernement provincial sur les orientations de la province en matière des cibles
d'immigration et, plus largement, par rapport à l'évolution démocratique... démographique, pardon, et politique du Québec dans les
décennies à venir; troisièmement, manque de transparence dans le dialogue Québec-Canada sur le partage des
pouvoirs en immigration et la possible récupération de certains pouvoirs
par le Québec; quatrièmement, dans la
consultation des divers intervenants impliqués dans des dossiers d'immigration.
Je
constate, malheureusement, que l'ensemble des partis politiques du Québec
s'acharnent à quantifier le seuil adéquat d'immigration par une guerre de
chiffres aucunement réfléchie. Les positions vont dans tous les sens, de 35 000
à 80 000 nouveaux arrivants par
année, selon le parti. Malheureusement, aucun d'entre eux ne tient compte des
inventaires de dossiers par
catégories, de sorte que les politiciens n'ont aucune idée de l'encombrement
réel de la machine administrative, au
MIFI autant qu'à l'IRCC, en immigration temporaire... que permanent. On l'a vu
dans l'actualité hier, les chiffres semblent sortir.
Bon, le projet de
réforme de 2023. Dans ce contexte, la réforme annoncée par la ministre Mme
Fréchette, en mai 2023, et le projet de
règlement sur l'immigration au Québec font fausse route en créant des nouveaux
programmes de sélection permanente
sans pour autant ventiler le nombre de certificats de sélection du Québec à
émettre dans chacun des quatre volets
et surtout sans tenir compte des arriérés au niveau des inventaires de dossiers
en attente soit de sélection par le Québec ou d'admission par le Canada
par rapport aux cibles annuelles fixées. Par exemple, avec une cible d'admission de 450 personnes dans la
catégorie des gens d'affaires, à partir de 2024, il est clair que le
gouvernement n'a aucunement tenu compte de l'inventaire des dossiers de
la catégorie dont les arriérés sont destinés à au moins 10 000 demandes individuelles à ce jour, hein? Il y avait
19 000 demandes, en début de 2022, avec des seuils à l'admission
de 4 000 à 4 300 par année, 2022‑2023. Donc, on a
10 000 personnes dans la machine et 450 places à la sortie.
Quant à la
réouverture du programme des investisseurs et du programme des entrepreneurs,
nous saluons l'idée d'une sélection en deux
étapes afin de favoriser la rétention des ressortissants étrangers au Québec.
Un programme de repreneuriat est
également porteur, à mon avis. Nous saluons également l'idée de sélectionner en
continu les ressortissants étrangers
déposant une demande dans le Programme
de l'expérience québécoise dans le
volet Diplômés du Québec. En effet, sélectionner en continu des
ressortissants étrangers francophones et présents sur le territoire viendra
assurément décongestionner les inventaires de dossiers dans la catégorie des
travailleurs qualifiés et, plus généralement, dans toute l'immigration économique, puisque les seuils annuels d'immigration
ne s'appliqueront plus à ces requérants. Par contre, nous sommes d'avis
que c'est le volet Travailleurs étrangers temporaires du PEQ qui aurait dû
bénéficier de cette largesse et non le volet Diplômés du Québec.
D'ailleurs,
exiger une expérience de travail de la part des étudiants étrangers souhaitant
déposer une demande dans le PEQ est un pas dans la bonne direction, lors
de la réforme du PEQ de juillet 2020, pour éviter de sélectionner des étudiants diplômés chômeurs. Nous invitons le
gouvernement à revoir cet assouplissement en maintenant l'exigence
d'emploi pour le PEQ diplômés du Québec et en intégrant le PEQ travailleurs, à
l'exclusion des seuils annuels. Il est également
recommandé de réduire l'expérience de travail de 24 mois à 12 mois
pour les travailleurs étrangers temporaires, tel qu'avant la réforme de juillet 2020. Finalement, il est suggéré de
remettre toutes les professions de la classification nationale des professions à cette nouvelle mouture
du PEQ, afin d'inclure le plus de candidats possibles qui sont tentés de quitter pour d'autres provinces canadiennes où
les conditions, autant l'immigration temporaire que permanente, leur sont
plus favorables que celles du Québec.
Quant à la sélection
des travailleurs qualifiés via PRTQ, ou le futur PSTQ, nous nous questionnons
sur la survie ou non des programmes pilotes créés après la réforme du PEQ de
juillet 2020 et sur la validation d'une offre d'emploi permanent, qui servait
essentiellement à donner plus de points aux ressortissants étrangers dans le
cadre d'une demande dans le PRTQ. Comme la
ministre envisage un nouveau programme de sélection sans grille de pointage,
nous aimerions avoir plus de détails sur
l'utilité et la pertinence d'une telle demande de validation d'une offre
d'emploi permanent... permanent, pardon, afin de bien conseiller nos
clients.
Quatrièmement,
relations avec le gouvernement fédéral. Finalement, nous saluons les
initiatives... l'initiative, pardon, de la ministre souhaitant diminuer les
délais de traitement des demandes d'immigration déposées à l'IRCC, notamment dans la catégorie des parrainages
privés, tel que relayé par les médias en mai 2023. Par contre, nous sommes
d'avis que cet exercice doit être fait dans
toutes les catégories d'immigration, notamment dans la catégorie du
regroupement familial, où plusieurs
articles des médias ont coulé l'information à l'effet que plus de
36 000 demandes sont toujours en attente de finalisation par Immigration Canada. Avec un seuil à l'admission
de 10 200 à 10 600 demandes individuelles par année, il
faudra donc plus de deux ans pour décongestionner l'inventaire actuel de
demandes.
À mon avis, le
gouvernement devrait songer à créer une année zéro en matière de seuils
d'immigration afin d'éliminer complètement les inventaires de dossiers, avant
de tenter toute réforme à la loi ou au Règlement sur l'immigration au Québec. On pourrait penser à une année 2024.1 pour
vider les inventaires et une année 2024.2, selon le scénario
choisi.
Maintenant, on va
aborder les 12 recommandations de mon livre. La première : créer une
commission de révision permanente des programmes d'immigration pour s'assurer
de l'efficacité et de la compétitivité de ceux-ci. On veut éviter les programmes vides, Mme la ministre. On l'a vu, les
programmes pilotes du MIFI sont un échec. Le Devoir a rapporté
des statistiques ridicules au nombre de personnes qui ont appliqué, et le PEQ
est très peu populaire parce qu'il y a
beaucoup de gens qui attendent de rencontrer les conditions pour déposer une
demande. Donc, les programmes, actuellement, ne fonctionnent pas.
Deuxièmement,
recenser officiellement les immigrants temporaires au Québec et dénombrer la
proportion de ceux-ci qui souhaitent
éventuellement demander et obtenir la sélection permanente par le Québec, afin
de mieux établir les cibles de
sélection et d'admission pour la période 2024‑2027. On l'a vu hier dans
l'actualité, avec plus de 471 000 résidents
non permanents au Québec, pour des seuils annuels de 50 000 nouveaux
arrivants, la demande semble dépasser
fortement, là. Plusieurs titulaires, hein, du programme Mobilité
internationale, je pense au PVT entre autres, des permis de travail de deux
ans, ne se qualifient plus au PEQ depuis la dernière réforme de juillet 2020.
On va en reparler.
Troisièmement,
rendre public le nombre total de personnes ayant une demande de déclaration
d'intérêt active dans Arrima et le nombre de
demandes de validation d'offres d'emplois permanents, au sein du MIFI, afin de
connaître avec précision le nombre de personnes intéressées à émigrer au
Québec, qu'elles soient présentes au Québec ou hors du Québec. On l'a vu, dans les premières semaines du lancement d'Arrima,
il y avait plus de 115 000 personnes qui ont déclaré leur
intérêt à immigrer au Québec, et on le voit sur les forums, les délais de
traitement pour le PRTQ, pour les demandes
déposées à l'extérieur du Québec, semblent très rapides. Les gens sont invités,
exemple, en janvier, déposent le dossier
en mars, CSQ en avril, résidence permanente en mai, approuvée en juillet,
tandis qu'il y a des gens au Québec, sur le territoire, qui attendent de
cumuler leurs deux ans d'expérience pour demander la sélection permanente.
Donc, ça semble un peu rapide à l'extérieur du Canada. C'est à
considérer, là, dans mes recommandations. Le nombre d'offres d'emploi validées, j'aimerais le savoir. J'ai
l'impression qu'il y en a beaucoup plus que le nombre de CSQ qu'on peut
donner dans la catégorie des travailleurs qualifiés.
Quatre, rétablir la
condition d'emploi, au Québec, de 12 mois dans le PEQ, créer un programme
unique pour les étudiants étrangers, les travailleurs étrangers temporaires,
augmenter les seuils de ce programme dans la catégorie de travailleurs
qualifiés, au maximum de la capacité de sélection du Québec, pour adosser les
seuils totaux...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Me Lapointe, je dois malheureusement vous
arrêter parce que votre 10 minutes
vient de se terminer. Par contre, on va commencer l'échange avec les
parlementaires, de sorte que vous pourrez répondre aux questions.
M. Lapointe
(Maxime) : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Alors,
je commence avec l'aile gouvernementale pour une période de
16 min 30 s. Mme la ministre, le micro est à vous.
Mme
Fréchette : Bien, merci, Mme la Présidente. Comme c'est notre dernier
intervenant, je me permets de remercier toutes les formations politiques autour
de la table. Je trouve qu'on a eu un trois semaines de commission parlementaire riche, constructive, et vraiment, ça
a permis d'avoir des débats intéressants, diversifiés, qui ont couvert un ensemble
de dimensions assez complet. Donc, vraiment, un grand merci, grand merci à vous
tous.
Un
grand merci également au ministère, aux gens du MIFI : Karine Dumont,
sous-ministre adjointe, vraiment, un
grand merci, qui a orchestré beaucoup de cette commission; également Ramon,
Ramon Diaz, Catherine Ouellet. Donc, à
vous tous ou toutes et à tous les autres de l'équipe, un immense merci pour
tout ce travail qui a été accompli en un temps record. Et merci
également au sous-ministre, M. Dagenais.
Alors, à partir de
là, bien, monsieur... Me Lapointe, je commencerais, en fait, par apporter une
précision sur un des points que vous avez abordés au début, là, quant au fait
qu'on ait prolongé d'une année notre planification de l'immigration
pluriannuelle. C'était essentiellement par respect du processus électoral,
parce que, s'il était advenu qu'on adopte
une planification de l'immigration pluriannuelle alors que survenait, quelques
semaines plus tard, quelques jours plus tard, une élection dont il
fallait attendre les résultats, ça aurait été d'engager le prochain
gouvernement. Et c'est par respect du
processus électoral qu'il y a eu décision de prolonger, donc, d'une année la
planification annuelle qu'il y avait eu l'année précédente, et de façon
à permettre, dans le fond, que le nouveau Parlement se penche sur le processus que l'on tient en ce moment pour définir
la planification pluriannuelle de l'immigration. Donc, il y avait vraiment
cette volonté-là qui nous guidait tout au long de ce processus.
• (15 h 50) •
En
page 4, je vous amènerais, dans votre mémoire, dans la partie III.
Vous remettez, en fait, en question l'idée d'admettre en continu les personnes admissibles au PEQ Diplômés.
En même temps, pour nous, là, les étudiants internationaux, bien, c'est un bassin de compétences, de personnes qui
ont franchement tous les atouts que l'on souhaite avoir dans une
personne qui veut s'établir au Québec à long terme, à savoir que, bien, ils ont
un diplôme d'un établissement d'enseignement, en l'occurrence en français. Ils
ont, donc, une maîtrise de la langue française, ils sont déjà ici, ils ont commencé leur intégration au
Québec, ils sont, pour la plupart, jeunes. Donc, voilà, ce sont tous des atouts
qui nous semblent pertinents d'avoir chez une personne immigrante.
Alors, je voulais
vous entendre, là, sur pourquoi vous ne considérez pas que ce sont des
candidats idéaux, là, pour l'immigration permanente au Québec.
M. Lapointe
(Maxime) : Moi, je vous dirais, premièrement, pourquoi vous avez
enlevé l'admissibilité au Programme expérience québécoise pour ces mêmes
étudiants là, en 2020, si les programmes marchaient aussi bien que vous
l'entendez, là? Donc là, on semble vouloir un peu réparer des erreurs qui sont
liées, dans le fond, à la baisse des seuils d'immigration de 20 %, comme
idée électorale, en 2018. Quand le gouvernement de la CAQ a dit : Nous, on veut baisser l'immigration, les niveaux, de
20 %, de 50 000 à 40 000, hein, il fallait couper quelque part,
là, parce que le gouvernement, l'ancien gouvernement avait quand même
sélectionné plusieurs dizaines de milliers de personnes, et il y avait des gens
qui se qualifiaient au PEQ, et, du jour au lendemain, ils ne se qualifiaient
plus.
Donc,
dans ce sens-là, oui, admettre en continu, exclure des seuils d'immigration,
moi, j'ai recommandé ça au gouvernement, justement, en 2017 ou en 2018. Donc,
exclure les candidats francophones... Moi, ce que je dis dans les médias : Des gens, des francophones qui
travaillent depuis un an, qui parlent français, moi, je les prends tous, là.
Donc, c'est bon de remettre un peu ça.
Par
contre, ça va être quoi, le seuil d'immigration à la sélection puis à
l'admission, tu sais? Il y a combien d'étudiants étrangers qui vont se
qualifier dans le programme Expérience québécoise, si on a une clause
grand-père, exemple, pour un diplôme de moins
de 36 mois? Je pense que vous allez sursauter, là, il y a peut-être plus
30 000, 40 000 personnes qui veulent se qualifier dans le
programme, et, avec les seuils, ça va être compliqué.
Troisièmement, je
dirais, pourquoi on serait plus souples que le reste du Canada, qui demande,
dans le fond, une expérience académique et de travail pour le programme de
résidence permanente des travailleurs qualifiés? Si moi, je vais étudier aux
États-Unis, est-ce que je deviens américain pour autant? Non.
Donc,
moi, ce que je dis : Les étudiants étrangers ont accès à un permis de
travail postdiplôme de deux, trois ans, souvent la même durée de leurs
études, maximum trois ans, ça part de huit mois, bref, ils ont généralement le
temps d'aller cumuler une expérience de
travail. Moi, mon risque pour le Québec, c'est d'éviter de sélectionner des
immigrants chômeurs.
Mme
Fréchette : OK. Donc, c'est le taux de chômage qui est votre guide,
dans cette réflexion?
M. Lapointe
(Maxime) : Bien, moi, je pense que le Programme des travailleurs
étrangers temporaires... le volet Travailleurs étrangers temporaires du PEQ est
grandement oublié. Moi, ce que je dis, c'est : Faites un seul programme, 12 mois de travail, un niveau de
français, toutes les professions. Moi, ce que je dis dans les médias : Des
gens qui parlent français,
travaillent depuis 12 mois, moi, je les prends tous. Allons accoter les
seuils du fédéral. On peut aller chercher
23 %, 22,3 % de l'immigration canadienne, on peut monter même de
5 % pour des considérations démographiques, en vertu de l'accord Canada-Québec. D'ailleurs, c'est ma
recommandation 7, là : ouvrez donc l'accord Canada-Québec. L'article 33 permet, dans un délai de six
mois, de demander au gouvernement fédéral de rouvrir l'accord. Donc, peut-être interpeler le ministre fédéral et de...
faites vos demandes pour aller récupérer des pouvoirs de sélection. C'est
la bonne manière de faire, à mon avis, là.
Mme
Fréchette : OK. Vous dites, en page 4 de votre mémoire, là, que
le gouvernement devrait songer à créer une année zéro en matière de seuils
d'immigration pour éliminer complètement tous les inventaires et avant de tenter, là, toute réforme de la loi ou des
règlements d'immigration. Donc, vous ne pensez pas qu'il est important de
réformer nos programmes d'immigration économique de manière à favoriser
la maîtrise, à exiger la maîtrise du français?
M. Lapointe
(Maxime) : Bien, vous avez déjà sélectionné ces gens-là, donc c'est
des gens qui sont dans la file d'attente
vers le fédéral. Le Québec a donné un certificat de sélection du Québec. Donc,
si, vous, dans votre projet, le
gouvernement du Québec vous dit oui, il n'y a pas de raison que le fédéral vous
dise oui dans plusieurs années pour une
raison de quotas d'immigration, là. On le voit dans la catégorie... Les
parrainages, c'est carrément ça, là. Il y a 36 000 demandes, le seuil à la sortie, c'est 10 000, et
les gens ont déjà un certificat de sélection du Québec. Donc, il y a des attentes raisonnables, de la part des
immigrants, qui ne sont pas rencontrées. Donc, vous les avez déjà sélectionnés,
donc videz, donc, un peu tous les inventaires. Après, vous repartirez. Si le
bon seuil, c'est 35 000, comme dit le Parti québécois, ou 80 000, comme dit Québec solidaire, ou peu importe,
OK, mais là on ne peut pas... On a une machine qui est engorgée autant
au stade de la sélection par le MIFI que par l'admission par le fédéral.
Et les journalistes
mettent beaucoup de pression au gouvernement là-dessus. Vous l'avez vu dans Le
Devoir, au printemps, le fédéral l'a
dit, les délais de traitement dans la catégorie des parrainages sont causés par
les faibles seuils d'immigration du
Québec. Donc, la solution est entre vos mains, Mme la ministre. Augmentez les
seuils temporairement, expliquez à la population que, oui, on a
sélectionné peut-être un petit peu trop de monde par rapport à notre capacité
d'admission, mais repartons à zéro, là, pour avoir une meilleure adéquation
entre la sélection et l'admission.
Puis c'est un peu le
souhait du ministre Simon Jolin-Barrette, en 2019, quand il a été élu. Mais en
coupant l'immigration de 20 %, tout ce qu'on a fait, c'est... on a retardé
les gens, dans le processus, de 20 %.
Mme
Fréchette : Je vais céder la parole à des collègues, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup, Mme la ministre. Alors, je reconnais la députée de Vimont. Il
vous reste 8 min 56 s.
Mme
Schmaltz : Parfait. Merci, Mme la ministre... Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Pas encore.
Mme
Schmaltz : Bonjour, monsieur... Me Lapointe. Dans votre mémoire, vous
ne vous êtes pas exprimé sur plusieurs des
orientations que nous avons proposées. J'aimerais quand même vous entendre sur
ce que nous proposons par rapport à
notre volonté d'assurer quand même une immigration d'enracinement durable et
puis une intégration aussi réussie en français. J'aimerais un petit peu
connaître votre idée un petit peu là-dessus.
M. Lapointe (Maxime) : Oui. En vertu de l'accord
Canada-Québec, le Québec a le pouvoir de créer des catégories au sein de l'immigration économique. Il y aurait
moyen facilement de créer un programme de l'excellence francophone, appelez-le comme vous voulez, qui demanderait,
exemple, un niveau C2 en français, qui est le niveau le plus élevé, une
expérience de travail, exemple, de
12 mois, débloquer des certificats de sélection du Québec, hein? Allons
sélectionner des francophones, faisons-les pas attendre sur les lignes
de côté.
On le voit, exemple, vous
l'avez vu dans l'actualité, en janvier, les immigrants parfaits, un couple de
France, ils étaient donc parfaits, ils ont essayé de renouveler un permis de
vacances-travail, un permis de 24 mois qui ne se renouvelle pas. Donc, ils
ont fait une demande, elle a été refusée, et là, bon, les commentateurs
politiques disaient qu'ils étaient donc parfaits. Mais ils n'étaient pas
parfaits. Ils ont essayé de renouveler un permis de travail qui ne se
renouvelait pas. Mais, si on avait le programme Expérience québécoise comme il
était avant juillet 2020, 12 mois de travail, un niveau de français, à
l'intérieur d'un permis qui est délivré par le fédéral dans le programme
Expérience internationale Canada, à l'intérieur d'un permis de deux ans, on
peut travailler pendant 12 mois, démontrer un niveau de français, et demander le certificat de
sélection du Québec, et d'être dispensé d'EIMT, hein, pour le deuxième permis. Donc,
il y a de la latitude à avoir, mais c'est quand même pointu, là, les dispenses
d'EIMT, programme Mobilité internationale, qui est un programme fédéral.
J'écoutais entre autres, pendant les
consultations publiques, les Îles-de-la-Madeleine, le groupe qui sont venus ici, ils disaient qu'ils aimeraient ça avoir
un permis de travail régional. Moi, je trouve l'idée superbonne, mais ce
n'est pas simple. Au niveau juridique,
politique, comment on va attacher ça? Il faudrait premièrement, quoi, se sortir
du Programme des travailleurs
étrangers temporaires, qui est un
programme fédéral. Moi, je n'ai rien contre. Deuxièmement, quoi, peut-être créer une dispense d'EIMT dans
le programme Mobilité internationale, avec une lettre d'entrée hâtive qui serait émise par les Îles-de-la-Madeleine, qui
dit : Nous, on a recensé, on voudrait... on a besoin de 500 soudeurs,
donc nous, on veut... on va émettre
une lettre d'entrée hâtive et une offre d'emploi du portail des... Déjà là, on
a perdu tout l'auditoire.
Mais il y a
moyen d'arriver à nos fins. Premièrement, comme je vous dis, un, sélectionnons
des francophones. On a la prérogative
en vertu de l'accord Canada-Québec, allons-y. Deuxièmement, ne laissons pas les
gens attendre sur les lignes de côté.
On l'a vu, l'année dernière, il y a 4,4 % des migrations totales
canadiennes qui est francophone, maintenant,
hors Québec, c'est 16 000 personnes qui ont choisi de ne pas vivre au
Québec. Si on avait eu des programmes performants, exemple, 12 mois de
travail, un niveau de français, probablement que ces gens-là seraient restés
ici.
Mme Schmaltz : OK. Peut-être, là,
que je n'ai pas saisi tantôt, je suis peut-être fatiguée ou peut-être que ça
n'imprime plus, là, rendu à cette heure-là, mais vous avez parlé tantôt de
seuil, d'augmenter le seuil. Vous avez dit : La personne, elle parle français, on le prend... on les prend, on peut
augmenter de 23 %, 25 %, là, le... ou le niveau, là, que le Canada
recommande. De l'autre côté, vous dites qu'on ne devrait pas présenter des
seuils ou des scénarios... Je ne comprends pas. En fait, je ne comprends
pas votre idée là-dessus de...
Parce qu'avec la ministre, on a fait, cet hiver,
une tournée des régions, hein, on a entendu les préoccupations, que ce soit les entreprises, hein, peu importe, on
a rencontré quand même beaucoup d'acteurs, là, des régions, et il y a quand
même des enjeux qui sont liés à leur région, en lien peut-être avec
l'immigration. On parle, bon, certaines infrastructures,
et tout ça, de logements. Si on accueille de cette façon en disant : La
personne parle français, on l'accueille, je ne vous comprends pas de
dire qu'on peut atteindre un niveau, un seuil d'immigration... C'est quoi,
c'est 100 000? Qu'est-ce que vous voyez là-dedans?
M. Lapointe (Maxime) : Bien, c'est
ça, c'est pour ça que ma recommandation 2, si je vous y ramène, c'est de
recenser officiellement les immigrants temporaires au Québec, il y en a
combien, là, des travailleurs étrangers, des conjointes,
des permis d'études, des permis postdiplômes, et voir, dans ceux-là, il y en a
combien qui éventuellement vont... veulent s'établir au Québec de
manière permanente et qui ont l'intention de demander la résidence permanente.
Et, à partir de ce chiffre-là, on pourra
regarder c'est quoi, le bon seuil d'immigration. On a la capacité juridique,
hein, en vertu de l'accord Canada-Québec, d'aller sélectionner
22,3 % de l'immigration canadienne, peut-être un petit peu moins. Avec,
bon, l'économique, on peut monter de 5 %.
Le fédéral veut 500 000 nouveaux
arrivants, donc on... tu sais, on a la capacité, mais j'ai l'impression que le
gouvernement ne sait pas qui veut immigrer au Québec. Donc, moi, ce que je dis,
c'est : Comptez les gens qui ont une déclaration d'intérêt dans la
plateforme Arrima. On doit déjà avoir une idée. Alors, il y a
300 000 personnes qui aimeraient
immigrer au Québec, autant à l'intérieur, à l'extérieur du Canada. Puis
deuxièmement, bien, les gens qui sont avec
un permis temporaire, il y en a qui... Mme la ministre le disait, au printemps,
il y en a qui ne veulent pas l'immigration permanente, il y en a qui
viennent travailler, ils veulent repartir. Moi, dans mon bureau, 100 % de
mes clients veulent l'immigration permanente au plus vite. Donc, ça prend un
programme facilitant.
• (16 heures) •
Donc, moi, ce
que je dis : Le programme Expérience québécoise, avant juillet 2020, à mon
avis, il fonctionnait bien. C'est
juste que, là, on avait une consigne politique de couper l'immigration de
20 %, donc il a fallu s'y prendre... On a vu les 18 000 dossiers, dans le Programme régulier de
travailleurs qualifiés, qui ont été détruits par le gouvernement. Donc, c'était
une des manières d'arriver pour dire à la population : Bien, vous... on a
rempli notre engagement électoral. Mais il y avait peut-être
150 000 personnes qui attendent la sélection par le Québec...
Mme Schmaltz : Là, on est dans les
suppositions, hein, ce n'est pas, là...
M. Lapointe (Maxime) : Bien non,
dans le plan d'immigration du Québec, vous les avez, les chiffres.
Mme Schmaltz : Non, non, mais tantôt
vous dites : On était peut-être à 150 000, on ne sait pas...
M. Lapointe (Maxime) : Bien, c'est
pour ça que moi, je vous demande de les compter.
Mme
Schmaltz : Je vais vous
ramener, si vous le voulez bien, à la question de notre programme de
francisation qui a été mis sur pied au mois de juin, Francisation
Québec. Est-ce que vous pensez que Francisation Québec peut contribuer, de
façon importante, à la francisation?
M. Lapointe (Maxime) : Écoutez, il
ne faut pas défaire ce qui a été fait, là. Vous avez lancé la plateforme, puis
c'est tout à votre honneur. Moi, je suis pour la protection du français, la
défense. Moi, je dis, les immigrants francophones,
on les prend tous. On en a déjà parlé. On sort d'une pandémie. Il y a eu trois
ans de télétravail, de rencontres sur Zoom, Teams. J'ai l'impression que
le gouvernement serait capable de donner une formation en ligne, que les gens pourraient suivre à leur vitesse, chez eux,
au lieu de leur faire des rencontres en présentiel sur les heures de travail.
Mme Schmaltz : Vous parlez de
Francisation Québec?
M. Lapointe (Maxime) : Oui.
Mme
Schmaltz : Vous parlez... Bien, on l'offre. On a une offre de
service qui permet justement aux immigrants de pouvoir suivre des cours en
ligne, que ce soit de jour, que ce soit de soir. On a cette offre de service,
elle n'est pas juste présentielle, au
même titre qu'on travaille aussi pour la francisation en entreprise. Donc, on a
quand même des... On a mis de l'avant, là, quand même, plusieurs
éléments pour favoriser la francisation.
M. Lapointe (Maxime) : En
entreprise, bon, l'Association des restaurateurs vous le disait, hein, nous, on
paie les travailleurs 40 heures. Ça ne veut pas dire qu'ils ne peuvent pas
apprendre le français en travaillant. Ça reste un enjeu au niveau des entreprises, mais je pense qu'on peut
responsabiliser un peu les immigrants en leur faisant apprendre le français à la maison puis on peut aussi avoir
une meilleure sélection temporaire, permanente, évidemment, francophone,
là. Mme la ministre le disait, il y a plus
de 300 millions de francophones sur la planète qui veulent peut-être
immigrer au Québec. Donc, il y a moyen de mieux cibler. Bien, moi, ce
que je dis... Exemple, nous, on recrute des travailleurs de France. Donc, on
aimerait ça qu'ils puissent avoir accès à la résidence permanente, idéalement,
plus rapidement que dans une autre province.
Mme Schmaltz : Mais qu'est-ce que
vous pensez de Francisation Québec? Tantôt, vous sembliez...
M. Lapointe (Maxime) : Je vais
laisser le temps agir un peu, là. Tu sais, premièrement...
Mme Schmaltz : Est-ce que vous
l'avez vue, notre plateforme?
M. Lapointe (Maxime) : Je l'ai
feuilletée un peu sur Internet comme tout le monde, mais, tu sais, évidemment,
je n'y ai pas accès puis je n'en ai pas de besoin dans mes services, là, mais,
par contre, j'ai l'impression que, bon, dans les premières semaines, il y a eu
des cafouillages informatiques. Évidemment, les sites gouvernementaux se font
pirater.
Mme Schmaltz : Non, il n'y a pas eu
de cafouillage. Sur la plateforme Francisation Québec, il n'y a pas eu de
cafouillage informatique.
M. Lapointe (Maxime) : Je ne sais
pas. C'était dans Le Devoir, là, mais, bon...
Mme Schmaltz : En tout cas, peut-être,
je me trompe, là, mais je n'ai pas...
M. Lapointe (Maxime) : Bien, oui,
c'est une belle initiative, évidemment, de franciser les immigrants. Moi, je
pense qu'il y a moyen de mieux sélectionner des francophones, mais surtout les
immigrants non permanents vont baisser, si on augmente les seuils à
l'immigration permanente. Les gens vont passer avec un statut permanent. Donc,
les chiffres alarmants des derniers jours, de 471 000, vont finir par
s'estomper, si on a une plus grande sélection.
Mme Schmaltz : Est-ce qu'on a encore
un peu de temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il reste sept secondes.
Mme Schmaltz : Ah! bien, je vais
vous souhaiter une bonne fin de journée.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, c'est ce qui termine cette première partie des
discussions. Je me tourne du côté de l'opposition officielle, pour
12 min 23 s, avec le député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Premièrement, merci pour... M. Lapointe, pour le livre.
J'avais hâte à l'avoir. Vous me le ramenez, en plus, en commission
parlementaire, avec une belle signature. Donc, je vais le lire et je vais vous
revenir, aucun problème. Merci pour votre contribution aussi dans le débat
public. Je sais que vous êtes très actif, les derniers mois, mais aussi les
dernières années.
Je
veux juste revenir aux temporaires. Aujourd'hui, on a la confirmation
officielle. Je ne pense pas que ça... on doit encore commencer à faire des
tables et des discussions pour le nombre. L'immigration temporaire a explosé
dans la dernière année, notamment au Québec. Le nombre de résidents non
permanents s'étant installés dans la belle province dépasse maintenant les
470 000 personnes, alors qu'on estimait, jusqu'à tout récemment,
qu'il haussait autour de 300 000 personnes.
Vous êtes en
commission parlementaire, où on nous invite à deux scénarios, 50 000 ou
60 000. Vous-même, dans votre mémoire, vous dites : «Il faut recenser
officiellement les immigrants temporaires au Québec et dénombrer la proportion
de ceux-ci qui souhaitent éventuellement demander à obtenir la sélection
permanente par le Québec.» Vous dites, un peu plus tard aussi, dans votre
intervention, que c'est une perte de contrôle. Pensez-vous que le Québec, qui avait toujours l'habitude d'avoir un
certain nombre d'immigrants depuis plusieurs années, est en contrôle de
la situation des immigrants, avec toutes les catégories que vous connaissez?
M. Lapointe
(Maxime) : Bien, premièrement, je suis un peu surpris, là, du débat,
la tournure que ça prend, parce que, d'un
côté, on a le gouvernement qui subventionne des organismes pour faire de
l'attraction de talents, autant des travailleurs étrangers, dans le
cadre de missions de recrutement international, ou d'étudiants étrangers, avec
les établissements d'enseignement du Québec.
Donc, on booste l'afflux de résidents non permanents, donc, des travailleurs ou
des étudiants, mais, de l'autre côté, on se surprend qu'il y ait des
travailleurs et des étudiants étrangers qui viennent au Québec. Quand
les taux de refus de permis d'études pour les étudiants francophones sont trop
élevés, les gens se plaignent. Quand il y a trop d'étudiants, il y en a
d'autres qui se plaignent.
Donc, ça vient difficile
un peu de suivre, là. D'une main, on finance... Le gouvernement subventionne
pour de l'attraction de talents. Il y a des
bureaux aussi à l'international. Donc, moi, je n'ai pas la recommandation
là-dessus. Est-ce qu'on devrait
cesser de financer les organismes qui font du recrutement international
temporairement? Je ne pense pas que je vais me faire d'amis, si je
recommande ça, là.
M. Derraji : Bien,
je ne pense pas que vous cherchez des amis. Depuis longtemps, vous dites ce que
vous pensez par rapport à l'immigration. Vous avez le droit à vos idées comme
nous tous, nous avons notre point de vue par rapport à l'immigration, mais
j'essaie juste de comprendre jusqu'à quel point vous voulez aller, parce que — la
même question que Mme la ministre — vous nous suggérez une année
zéro. Ça veut dire zéro, toutes les catégories, on arrête. Il y a...
M. Lapointe
(Maxime) : Non, on vide.
M. Derraji : Oui, oui, mais, si on vide, il ne pourra pas y
avoir d'autres intrants. Ça veut dire... il ne faut pas... accepte
d'immigrants permanents ni...
M. Lapointe (Maxime) : Mais il y aura
l'année 2024.2, mais est-ce que tout le monde comprend, dans la salle, la
sélection puis l'admission, là?
M. Derraji : Prenez
le temps... Non, non, tout le monde comprend... Écoute, tous les collègues
comprennent comment ça marche, les stades
d'immigration, j'en suis sûr et certain. À leur place, je vais dire la même
chose. Désolé, j'ai parlé en votre
nom. On est à la troisième semaine. Vous êtes la dernière personne qu'on
rencontre. J'en suis sûr... Et d'ailleurs ma collègue a fait la tournée
du Québec. Tout le monde comprend le système d'immigration.
Je
reviens à l'arrêt, moi, ça m'a interpelé, là. Vous nous suggérez année zéro et
année 1 de 2024, mais comment, juste concrètement, pour vider...
parce qu'il y a beaucoup d'inventaires. Et j'aimerais bien vous poser aussi
d'autres questions sur l'inventaire, mais comment... Concrètement, qu'est-ce
que vous nous suggérez?
M. Lapointe
(Maxime) : Bien, le Québec, dans son plan d'immigration 2024, va
dire : L'admission, on va augmenter les
seuils dans... Exemple, on augmenterait la catégorie du regroupement familial,
on augmenterait le seuil à 36 000, comme ça, le fédéral... Il faut
comprendre ce bout-là. Le Québec dit au fédéral : Traite x mille personnes
par catégorie par année. Si le fédéral a
terminé les dossiers du Québec au mois d'avril, les fonctionnaires fédéraux
arrêtent, et ça va à l'année prochaine.
Donc,
si on dit au fédéral : Bien, traitez donc 36 000 dossiers dans la
catégorie du regroupement familial, question qu'à la fin de l'année,
exemple, 2024.1, bien, il n'y aura aucun arriéré, bien là, après ça, on va
pouvoir recommencer à avoir une sélection. Les gens vous l'ont dit, je pense,
pendant les trois semaines, là, justement, dans la catégorie du regroupement
familial... C'est difficile à budgéter il y a combien de gens qui vont vouloir
se marier à l'étranger.
M. Derraji : Oui, mais vous le savez, et vous êtes un expert,
les 36 000, si on les rajoute, ça se rajoute au seuil de 60 000.
C'est dans les seuils.
M. Lapointe (Maxime) : Oui, c'est dans les
seuils, dans la catégorie du regroupement familial, qui a 10 000... Donc,
il y a...
M. Derraji : Oui.
Donc, vous nous suggérez que, pour une année...
M. Lapointe
(Maxime) : Vidons les inventaires.
M.
Derraji : Ah! OK, OK.
M. Lapointe
(Maxime) : Tu sais, les gens ont déjà été sélectionnés par le
Québec... Donc, le Québec dit oui. Donc, si
le Québec dit oui, on s'attend à ce que le gouvernement fédéral termine le
dossier rapidement, pas pour... On l'a
entendu encore ce midi, là, des 25 ans de délais de traitement, bon, pour les
gens d'affaires. Donc, vidons les inventaires avant de considérer d'en
prendre d'autres, puis, après ça, c'est-tu 50 000 ou pas...
Moi,
je salue le fait de sélectionner en continu les immigrants dans le Programme de l'expérience québécoise. Je
suggère de l'élargir aux travailleurs étrangers temporaires. Il y a
beaucoup de gens qui m'appellent au bureau, disent : Ah! mon permis
de travail termine dans deux mois, l'employeur ne veut pas me faire une
évaluation d'impact sur le marché du travail. J'ai 18 mois de travail, je ne me
qualifie pas au Programme de l'expérience québécoise. J'ai une déclaration
d'intérêt, je n'ai pas été pigé. Qu'est-ce que je fais? Ce n'est pas facile de
répondre.
• (16 h 10) •
M. Derraji : Oui.
Non, vous avez raison, je suis proche de beaucoup de travailleurs étrangers
temporaires. C'est l'horreur, naviguer dans
le système. Je vous salue, parce que, s'ils ont les moyens de faire affaire
avec un bureau d'avocats, tant mieux, mais il y en a pas mal qui n'ont
même pas les moyens, parce que ce n'est pas tout le monde qui est à l'aise, qui comprend les rouages. C'est
très complexe, naviguer, par la suite, une fois on vient avec un permis
fermé, et ça, j'aimerais bien vous entendre qu'est-ce que vous en pensez, des
permis fermés.
M. Lapointe
(Maxime) : J'entends les recommandations, déjà, qui suggèrent d'avoir
des permis de travail ouverts pour tout le
monde. Évidemment, je ne suis pas contre, là. C'est difficile de voir, dans la
réalité, comment ça va se présenter,
là, dans... On est dans un programme des travailleurs étrangers temporaires,
donc, qui, lui, facture à Service Canada des frais de 1 000 $ par
travailleur, et on est dans une demande de sélection temporaire pour travail,
qui, lui, charge 432 $ par travailleur et qui donne un permis fermé. Donc,
actuellement, on en est là.
Est-ce qu'on veut
faire table rase des programmes de travailleurs étrangers temporaires ou le
Programme mobilité internationale, qui est un programme, ultimement, géré par
le fédéral?
M. Derraji : Et ça, ça, je vous ai déjà entendu, le PMI, le
Québec ne le contrôle pas, et les gens viennent... et parlons de
français. Le niveau pour accéder, il est plus bas que les autres programmes.
M. Lapointe
(Maxime) : Là-dessus, je vous ai entendu, vos commentaires, mais je
n'étais pas sûr que je comprenais bien. Nous, exemple, on utilise le programme
mobilité... On l'utilise beaucoup... En pandémie, quand le MIFI a enlevé de la
liste des professions éligibles au traitement simplifié les professions de la
restauration, donc là, on tombait à
traitement régulier avec un affichage, les délais devenaient serrés, le
programme régulier, ça faisait sept mois de traitement à l'EIMT. Donc, nous, on a basculé beaucoup dans le
programme mobilité. On recrute des Français en France. Donc, là-dessus,
le niveau de français, j'ai de la misère à vous suivre.
M. Derraji : Oui, le programme, il est... le programme,
il est beaucoup plus rapide, ça, c'est... Il est pas mal utilisé aussi à
l'international, mais, regardez juste les critères par rapport aux autres
programmes au Québec, vous allez voir la différence en termes de langue, mais
il y a beaucoup de Français qui l'utilisent. C'est comme les PVT aussi, c'est
des gens qui viennent en permis visite-travail, c'est l'entente Québec...
M. Lapointe (Maxime) : C'est un beau moyen de
régler la pénurie de main-d'oeuvre. Si le fédéral augmentait les quotas dans le
PVT... Le programme Expérience internationale Canada, exemple, tu sais, le quota
est illimité en Australie, c'est peut-être 7 000 personnes en France, 10 000
personnes en Irlande. Si on mettait le quota illimité, exemple, en France, les
gens de France pourraient arriver au Canada, arriver avec leur CV en mains
propres, aller chez l'employeur, dire : Bonjour, je cherche du travail, j'ai un permis ouvert. On
pourrait rétablir un peu le rapport de force en...
M. Derraji : Oui.
Une autre proposition, c'est la première fois que je la vois, vous dites :
«Il faut réouvrir l'accord Canada-Québec
dans un délai — je
vais terminer — dans
un délai de six mois, via le truchement de l'article 33, afin de
renégocier les pouvoirs et obligations du Québec et du Canada en matière
d'immigration.» Je ne suis pas un expert,
mais on m'a dit que même le fédéral aimerait, parce que c'est dans l'intérêt du
fédéral, renégocier, mais pas sûr, si le Québec réouvre, gagnera quelque
chose. C'est quoi, votre interprétation?
M. Lapointe
(Maxime) : Bien, c'est drôle, j'en parle justement dans mon livre. Il
y a deux anciens ministres de l'Immigration
qui m'ont dit sensiblement ce que vous me dites : On reçoit tellement
d'argent du fédéral qu'on a peur de
perdre au change, si on rouvre l'accord. Hier, je parlais à un confrère qui me
disait : Ne recommande pas de rouvrir l'accord, là, parce que, généralement, quand on rouvre un traité, on
perd. J'ai de la misère à comprendre cette mentalité-là.
M. Derraji : Mais ce n'est pas grave, on jase, là, on jase.
Qu'est-ce que vous nous proposez? On va gagner quoi?
M. Lapointe
(Maxime) : Bien, on va gagner qu'on va avoir une liste d'épicerie de
choses qu'on... parce que, quand le premier ministre dit : Je veux
rapatrier tous les pouvoirs en immigration, ça veut dire quoi? Donner des passeports, donner des visas? Donc, on ne le sait
pas. Donc, en six mois, on a le temps de dire à l'honorable M. Miller, ministre
de l'Immigration : Écoute, dans six mois, on veut qu'il y ait une
rencontre Québec-Canada en matière d'immigration, voici ce qu'on a l'intention
de vous demander, et là le Québec pourra faire ses recommandations.
M.
Derraji : OK. Vous êtes pour le rapatriement du programme des
travailleurs temporaires étrangers?
M. Lapointe (Maxime) : Bien oui. Je trouve que
c'est un non-sens, là, d'envoyer des 1 000 $ à Service Canada. Ce n'est pas à Service Canada à déterminer s'il y
a une pénurie de main-d'oeuvre au Québec, là. Là-dessus, je suis d'accord.
M. Derraji : Oui,
question de coût, vous êtes un avocat, les frais que les gens... qu'ils paient
pour accéder à l'immigration au Québec versus les autres provinces,
trouvez-vous que c'est...
M. Lapointe
(Maxime) : Temporaires ou permanents?
M. Derraji : Allez-y
avec permanents.
M. Lapointe
(Maxime) : Bon, bien, permanents, c'est sûr qu'il y a un frais pour la
sélection permanente du Québec. Pour un
travailleur qualifié, exemple, c'est 869 $, puis il y a un prix à payer au
fédéral aussi, de 1 325 $, pour la résidence permanente. Donc, oui, il y a un dédoublement des frais,
évidemment. Aux temporaires, bien, oui, assurément, il y a un certificat
d'acceptation du Québec à aller chercher au Québec. Donc, ça rajoute une étape,
ça rajoute un frais gouvernemental puis des honoraires, oui.
M. Derraji : Oui. Je vais vous remercier, et continuez à
prendre la parole sur la place publique, parce que le plus qu'on parle,
le plus que ça va être plus facile, expliquer à tout le monde c'est quoi, la
différence entre un seuil et les temporaires.
Moi, je pense que c'est très important. Merci pour votre présence en
commission.
Je
veux quand même prendre les minutes qui me restent, premièrement, pour vous
remercier, Mme la Présidente. Je sais
que vous étiez très patiente avec moi. J'ai fait deux erreurs que je ne vais
plus refaire. Je commence à interpeler un
collègue à chaque fois... Je remercie le secrétariat de la commission pour ce
travail énorme qui a été fait, recevoir autant de rapports, essayer de
calibrer, avec tout le monde, l'agenda. Bravo, et je vous remercie.
Je veux prendre le
temps aussi de remercier Mme la ministre. Je la seconde, c'était un débat
important, intéressant, avec une pluralité de voix. Je peux dire qu'on est
d'accord sur des points. On n'est pas d'accord sur d'autres points, ce qui est normal dans une démocratie, mais je tiens à
saluer votre ouverture, la flexibilité de votre équipe aussi, à avoir un
temps... avec tout ce qu'on vit avec le début de la session parlementaire.
Je veux prendre le
temps aussi de remercier l'ensemble des fonctionnaires au ministère de
l'Immigration, qui font un travail exceptionnel. Continuez votre travail parce
que le Québec a besoin de vous. Et je veux remercier mes collègues chanceuses.
Vous avez fait la tournée du Québec pour voir... ça se voit dans vos
interventions, ma collègue qui a fait la
tournée avec Mme la ministre, pour les régions. Merci à tous mes collègues de
la partie gouvernementale de poser
des questions, de contribuer, de ramener la sensibilité régionale. C'est très,
très apprécié, parce qu'au bout de la ligne on le fait pour le Québec.
Je vais terminer par
mon collègue que j'ai interpelé pas une fois, pas deux. J'ai failli avoir une
punition pour la troisième, ça a été la
dernière. Donc, merci à mon collègue, je ne veux pas le nommer, maître, je veux
le dire, et député de Saint-Henri—Sainte-Anne. Et je tiens aussi à remercier mon
recherchiste qui a fait un travail exceptionnel depuis le début... à
toutes les équipes qui nous ont aidés.
Donc,
merci, encore une fois, et souhaitons que le plan qui sera dévoilé reflétera
les préoccupations des Québécoises et des Québécois. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci. Votre temps est écoulé. Il a même
dépassé un peu. On termine avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne, du deuxième
groupe d'opposition, pour 4 min 8 s.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. J'envoie mes remerciements également,
mais, comme j'ai très peu de temps, vous me
permettrez d'être un petit peu plus bref que le député de Nelligan. Donc, merci
à tout le monde autour de la table. Merci beaucoup.
Me Lapointe, PEQ
unique, 12 mois, hors seuil, toutes les CNP, ça fait combien de monde par
année, ça?
M. Lapointe (Maxime) : On va le savoir quand on
va avoir créé l'inventaire de demandes, voir... Tu sais, par la
déclaration d'intérêt, exemple, si on créait une case à cocher, «déclarez votre
intérêt de participer dans le nouveau PEQ unique 12 mois, tous les
volets», on aurait le chiffre.
M.
Cliche-Rivard : Avez-vous une idée, sur la base des dernières années,
si on avait fait ça?
M. Lapointe
(Maxime) : Bien, il y a tellement eu d'années où est-ce que les
étudiants étrangers n'avaient pas accès, les
travailleurs étrangers aussi. Il y a beaucoup... Moi, j'en ai qui sont sur les
lignes de côté depuis plusieurs années,
là, exemple... la profession, exemple, de conducteur de camion, là, dans le
Programme de l'expérience québécoise, le
volet travailleur, on travaille encore avec les CNP de 2016, vous savez, 0, A,
B, C, D, tandis que le fédéral, lui, depuis l'année dernière, est rendu avec le FEER, hein, formation, expérience,
éducation, responsabilités, 1, 2, 3, 4, 5, conducteur de camion se
trouve, finalement, CNP C, donc il ne se qualifie pas au PEQ, et FEER 3.
Donc...
M.
Cliche-Rivard : Mais, avant la réforme du PEQ de 2020, on
qualifiait dans le PEQ étudiant... Vous souvenez-vous des chiffres?
M. Lapointe
(Maxime) : C'est quoi, 8 000, peut-être?
M. Cliche-Rivard : 8 000, puis,
dans le travailleur...
M. Lapointe (Maxime) : C'est
peut-être 5 000.
M. Cliche-Rivard : 5 000?
M. Lapointe (Maxime) : Mais, tu
sais, c'était en forte croissance aussi, là.
M. Cliche-Rivard : Exactement. Bon,
ça se peut qu'on arrive donc à une trentaine de mille dans ce que vous
proposez. C'est possible?
M. Lapointe (Maxime) : Bien là, il y
a... au minimum.
M. Cliche-Rivard : Au minimum?
M.
Lapointe (Maxime) : Mais, comme je vous dis, là-dessus, je pense,
l'exercice est louable, pour le gouvernement, de compter les gens qui
aimeraient s'installer de manière permanente au Québec.
M.
Cliche-Rivard : Je comprends. Vous parlez des inventaires puis de
l'année zéro. J'ai fait des petits calculs, parce que, là, on commence à
avoir l'ensemble des arriérés par programme, à peu près. Je ne pense pas qu'il
en manque bien, bien. 36 000 d'arriérés
dans la réunification familiale, 12 000 dans le programme humanitaire,
30 000 dans le programme refuge,
12 000 en gens d'affaires, à peu près, et moi, j'ai comme 15 000 dans
l'économique, plus quelques milliers dans les autres programmes
humanitaires. On arrive à, à peu près, 110 000 d'arriérés. Ça a du sens?
M.
Lapointe (Maxime) : Ce que vous me dites, c'est bon. Généralement,
quand les journalistes demandent les statistiques du Québec et celles du
Canada, les chiffres ne concordent pas, là, mais donc, je pense, ça fait partie
du...
M. Cliche-Rivard : Oui, mais donc on
a à peu près deux ans de seuils, en «backlog», en arriérés, à peu près.
M. Lapointe (Maxime) : Oui, d'année
zéro, c'est fort possible.
M. Cliche-Rivard : Qu'est-ce que ça
dit, ça, sur notre gestion de l'admission à ce jour?
M.
Lapointe (Maxime) : C'est généralement incompris, hein? On était
toujours... Est-ce qu'on en prend 50 000? C'est-tu trop? Dans les médias,
c'est beaucoup resté à ça pendant plusieurs années. Pendant que c'était le
gouvernement libéral, ça montait tranquillement. La CAQ s'est fait élire
en baissant l'immigration. Donc, on le voit dans les plans d'immigration. Moi,
je regarde deux documents, le plan d'immigration, les seuils à la sélection, à
l'admission. Je regarde le rapport de gestion, la ligne, le coût de revient. Je
regarde beaucoup le prix que ça coûte au gouvernement, traiter un dossier,
versus les frais qu'on charge. Je regarde ces deux choses-là.
Donc là, on l'a vu, à partir de 2020... bon, il
y a eu la COVID, il y a eu un rééquilibrage aussi en 2021, tout ça, mais le point de... On va mettre le doigt
dessus ensemble, si vous voulez. Le gouvernement a reçu, donc, a encaissé
des frais de traitement, a accepté de
traiter beaucoup trop de dossiers par rapport à sa capacité de donner des CSQ
puis de faire l'admission par le fédéral, et c'est ce qui crée un goulot
d'étranglement.
• (16 h 20) •
M. Cliche-Rivard : Parce que, là,
dans les faits, ce 110 000 là, disons, c'est du monde qui ont appliqué dans les
deux dernières années, là, en moyenne. Les délais de traitement commencent à
augmenter un petit peu plus, mais, en
moyenne, les dossiers sont déposés fin 2020, ceux qui sont en traitement, en ce
moment, dans l'ensemble des catégories.
M. Lapointe (Maxime) : Dans quelle
catégorie?
M.
Cliche-Rivard : Bien, dans l'ensemble, là, en moyenne. Peut-être
que l'économique va plus vite, mais dans les autres...
M. Lapointe (Maxime) : Ce qui est
surprenant ces temps-ci... Je vais le dire, là, vous en parliez dans une plénière avec l'association des avocats, l'année
dernière, les délais de traitement au fédéral, dans la catégorie des
travailleurs qualifiés, sont très rapides. Mes dossiers de France ont
été approuvés, mes derniers, là, en un mois, deux mois. Un, je pense, ça a pris peut-être trois semaines. Et vous
disiez que le but du fédéral, c'était de faire baisser la moyenne globale
des délais de traitement en ayant des délais très courts pour les derniers
rentrés. Ce bout-là, je ne le sais pas, mais je vois que, pour les travailleurs
qualifiés, au Québec, on nous demande souvent des talons de paie en couleur
pour démontrer le travail. Des fois, on les a soumis, des fois, non. Donc, la
sélection, c'est trois à six mois par le Québec, mais l'admission, par le fédéral, pour les travailleurs qualifiés, va
très vite. Donc, des fois, il faut le dire, hein, quand ça va bien
aussi.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup, Me Lapointe. Excellent bouquin.
J'invite les collègues à lire l'oeuvre de Me Lapointe.
M. Lapointe (Maxime) : Merci.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Alors, effectivement, le
temps vient de s'écouler. Nous venons de recevoir aussi une demande de séance
de travail, que nous allons évidemment considérer, concernant le mandat qui...
que nous venons de terminer, et c'est en vertu de l'article 176 du règlement.
Nous allons planifier une séance de travail dans les meilleurs délais.
Et ça vient, évidemment, du député de Matane-Matapédia. Merci beaucoup.
Je voulais également, à mon tour, vous
remercier, tous et toutes, pour le bon déroulement de cette commission, qui était
quand même particulière. C'est un mandat particulier que nous avions. Merci
pour le respect des discussions aussi. Merci
pour votre écoute. C'est essentiel en commission parlementaire. Merci aussi à
tout le personnel de la commission ainsi qu'aussi au personnel
technique.
Mémoires déposés
Alors, sur
ce, je vais terminer en déposant les mémoires des personnes et organismes qui
n'ont pas été entendus. C'est important, bien évidemment.
Et, ayant accompli son mandat, la commission
ajourne ses travaux sine die.
(Fin de la séance à 16 h 22)