(Onze
heures dix-sept minutes)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens
ouverte.
La commission est
réunie afin d'entreprendre l'étude détaillée du projet de loi n° 65,
Loi limitant le droit d'éviction des locataires... des locateurs, pardon, et
renforçant la protection des locataires aînés.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Blais (Abitibi-Ouest)
est remplacée par Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel); Mme Picard
(Soulanges), par Mme Jeannotte (Labelle); Mme Prass (D'Arcy-McGee),
par Mme Dufour (Mille-Îles); M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne),
par Mme Labrie (Sherbrooke); et M. Bérubé (Matane-Matapédia), par M. Arseneau
(Îles-de-la-Madeleine).
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors, MM. et Mmes les
parlementaires, bienvenue à la commission.
Remarques préliminaires
Nous en sommes
maintenant aux remarques préliminaires pour lesquelles chaque membre dispose
d'un maximum de 20 minutes.
Alors, j'invite
d'abord la ministre responsable de l'Habitation à faire ses remarques
préliminaires. Le micro est à vous.
Mme France-Élaine Duranceau
Mme Duranceau : Merci, Mme la Présidente.
Contente de vous voir. On ne s'était pas croisé en commission.
Alors,
je salue d'abord mes collègues élus, mes collègues du cabinet, mes collègues
aussi élus des oppositions.
Et je souligne aussi
que ce ne sont que des élues féminines, hein? Alors, ça va opérer aujourd'hui,
je vous le dis, en tout respect pour notre collègue Andres qui, normalement,
est là, là, mais là il fallait...
Une voix :
...
Mme
Duranceau : Ah! il ne
fallait pas que je le dise... le député de Laurier-Dorion. Donc, c'est un
petit clin d'oeil qu'on lui fait, là, parce que c'est rare qu'on est juste une
gang de filles, bien qu'on soit accompagnées d'acolytes fort pertinents, ici, en la personne de Me Simard,
qui est le président du tribunal administratif, que vous avez évidemment
eu l'occasion de voir, et Nicolas Paradis, qui est mon sous-ministre au niveau
de l'Habitation.
Donc,
tout le monde a travaillé fort là-dedans. Pas si tôt, en fait, concurremment,
là, avec le projet de loi n° 31, on tablait déjà sur les mesures qui
sont proposées aujourd'hui. Il a fallu plus de temps, il a fallu discuter, il a
fallu analyser, il a fallu convaincre des
gens aussi, adapter en fonction de ce qui m'a été soulevé, et tout. Puis, bien,
aujourd'hui, on va continuer d'adapter, s'il y a lieu.
Évidemment, je pense
que ce qu'on souhaite tous puis je ne veux pas mettre tous les mots dans la
bouche de personne, mais on espère que ce
sera adopté rapidement pour qu'il y ait rapidement un effet aussi pour la
population, là.
Quand je parlais de
traverser la crise plus humainement puis juste apaiser un peu le stress que
plusieurs vivent en ce moment, juste avec le spectre d'une potentielle
éviction, je pense que c'est l'objectif des discussions d'aujourd'hui.
Alors,
je nous souhaite une excellente collaboration là-dedans. Je retourne à mes
notes pour être sûre de ne rien échapper. Et attendez... Donc, c'est ça.
• (11 h 20) •
Alors,
Mme la Présidente, c'est un projet de loi, comme je le mentionnais tantôt, qui
a été le fruit d'une longue réflexion, puis je n'ai pas peur de le dire, j'ai
évolué là-dedans, moi aussi. Ça s'est évidemment amorcé avec le projet de loi n° 31, mais là, aujourd'hui, je suis
vraiment fière que... de présenter les mesures dans la Loi limitant le droit
d'éviction des locateurs et renforçant la protection des locateurs...
des locataires aînés.
Et puis vous le
savez, Mme la Présidente, je le répète dès que j'ai l'occasion puis je le
maintiens encore une fois aujourd'hui, la vraie solution pour régler la crise
du logement, c'est de construire plus de logements. Et je pense qu'on
travaille... malgré les questions posées ce matin, on travaille très fort pour
que le logement sorte... les logements sortent.
Et puis,
tiens, ça va me permettre de rectifier un petit peu, là, ou de cadrer la
question ce matin. Le programme d'habitation abordable, il y a
présentement 655 unités qui sont en développement à travers le Québec.
Donc, ça, elles sont réellement en construction. On va
mettre à jour notre tableau de bord qui est en ligne. C'est peut-être ce qui a
donné lieu, là, à la question de ce matin.
Par ailleurs,
bien, on peut ajouter à ça les 1 000 unités, qui sont présentement en
cours avec Mission Unitaînés,
qui devraient être livrées à l'intérieur de deux ans.
Et puis c'est
sans compter les unités des arrérages AccèsLogis, on en avait plus de
15 000, qui sont en train de lever de terre, si elles ne sont pas
déjà inaugurées. Alors, ça avance.
Et force est de constater qu'il faut agir
maintenant, par ailleurs, pour protéger les gens de la crise, parce que... bon,
les fruits des efforts en matière d'accélération de la construction, mais ils
ne font pas sentir tout de suite. Alors, c'est pour ça qu'aujourd'hui on est là
puis qu'il faut agir. Il y a des circonstances qui sont exceptionnelles et puis
ça prend des mesures exceptionnelles.
Alors, le projet de loi n° 65 a
principalement pour but de mettre en place un moratoire de trois ans sur les
évictions à des fins de changement d'affectation, de subdivision et
d'agrandissement de logements.
On propose aussi de bonifier les protections
pour les aînés contre les évictions et les reprises de logement. On fait ça comment? On fait ça en abaissant l'âge
d'admissibilité à 65 ans et en bonifiant de 25 % le revenu admissible
pour bénéficier des protections qui existent déjà.
Alors, on vient presque doubler le nombre de
ménages aînés qui seront protégés contre les évictions et les reprises. Alors,
je pense que c'est majeur et ça a été très bien reçu jusqu'à présent.
Évidemment, le projet... ce projet de loi là, le
projet de loi n° 65, bien, il est complémentaire à d'autres initiatives
qui sont mises de l'avant par le gouvernement. Alors, il y a évidemment le
projet de loi n° 39, qui est le projet
de loi de ma collègue ministre des Affaires municipales, puis, bien, le projet
de loi n° 31, qui a été adopté en février dernier.
Puis écoutez, je reviens quand même sur le
projet de loi n° 31, parce que c'est un projet de loi qui contenait des
mesures spécifiques qui visaient à mieux protéger les locataires contre les
évictions puis les expulsions abusives.
Ça fait que je pense que c'est important de le
dire, sauf que force est de constater que, malgré la meilleure protection,
quand quelqu'un se retrouve, en ce moment, avec une éviction, bien qu'il ait
une compensation financière plus généreuse, qu'il y ait plus de prévisibilité,
parce que c'est... le fardeau de la preuve a été changé sur les épaules du
propriétaire, bien, les gens ont de la difficulté à se reloger.
Alors, c'est pour ça que le projet de loi actuel
propose le moratoire qui se veut une pause, un temps d'arrêt sur les opérations
spéculatives dans le marché du logement. Alors, on aura l'occasion d'en
débattre, mais je crois que c'est la mesure qui s'imposait dans les
circonstances.
Par ailleurs, je le dis, il faut construire.
Donc, on a annoncé 4,7 milliards, au cours des cinq dernières années, pour
la brique, pour la réalisation de logements sociaux et abordables.
Puis on a investi 1,8 milliard à la mise à
jour économique pour financer des projets d'habitation, et dont 123, presque
124 millions pour mieux soutenir les personnes vivant en situation
d'itinérance.
On a aussi grandement bonifié, puis c'est
peut-être moins accessible, là, dans la population, ou technique comme
précision, mais on a bonifié et simplifié les programmes d'allocation et de
supplément au loyer pour qu'ils soient plus
efficaces puis qu'ils permettent de mieux atteindre leurs objectifs d'aider les
gens en situation de vulnérabilité.
Alors, on agit sur vraiment plusieurs fronts
puis c'est ce que la situation commande. Donc, je tiens à mentionner aussi que chaque geste, qu'il soit
individuel ou collectif, qu'il soit au niveau municipal, provincial ou fédéral,
bien, chaque geste compte.
Et puis, dans le contexte actuel, bien, il faut
faire preuve... il faut faire preuve de créativité, il faut être proactif, il
faut travailler en synergie et surtout il faut nous adapter lorsque la
situation l'exige. Puis c'est ça qu'on fait aujourd'hui avec le projet de loi n° 65.
On a continué de réfléchir. La situation a
continué de se corser, notamment quand on considère le nombre de nouveaux
arrivants qui est un peu sous... hors de contrôle, considérant ce que le
fédéral ne fait pas. Alors, il faut s'adapter, puis on s'adapte avec le projet
de loi n° 65.
Et on
démontre aussi qu'on n'a pas peur d'aller de l'avant avec des mesures
audacieuses, parce que suspendre l'application du Code civil, tous les
juristes qui m'entourent me disent : On ne fait jamais ça. C'est une
mesure qui est vraiment extraordinaire.
Alors, à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Alors, on n'a pas eu
peur d'aller de l'avant.
Et, bien, je l'ai dit à plusieurs reprises
depuis une semaine, vraiment, l'objectif de ce projet de loi là, c'est de
traverser la crise collectivement, plus humainement, en s'assurant de protéger
les locataires les plus vulnérables.
Alors, vraiment, je fais appel... Je pense que
mes collègues sont dans cet esprit de collaboration, mais je le réitère,
j'espère que ça va bien aller puis qu'on puisse adopter le projet de loi avant
la pause estivale.
On va discuter pourquoi c'est important aussi,
là, sur le plan technique, au-delà d'aider vraiment les gens.
Alors, j'ai confiance. Comme j'ai dit, on est
plusieurs élus qui avons, je pense, le même sentiment ou le même désir d'aider... d'aider les gens plus
vulnérables puis d'éviter qu'une menace d'éviction pèse, là, comme une épée
de Damoclès au-dessus de la tête de plusieurs locataires.
Alors, Mme la Présidente, je le réitère,
j'aimerais qu'on unisse nos forces en tant qu'élus pour relâcher un peu la
pression, pour mettre sur pied des mesures qui vont nous permettre de traverser
la crise plus humainement. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole, pour ses remarques
préliminaires, à la députée de Mille-Îles.
Mme Virginie
Dufour
Mme Dufour : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Alors, également, je salue tous les collègues, Mme
la ministre, les collègues de la
banquette ministérielle, ma collègue la députée de La Pinière, et ainsi que, bien, les autres collègues des oppositions qui
sont présents.
Effectivement,
je partage les commentaires de la ministre que nous sommes plusieurs élus... je
dirais, nous sommes tous des élus, je
crois, qui sont préoccupés par la situation actuelle, la crise du logement, et
l'impact, et la pression qui est imposée aux locataires qui se
retrouvent sans logement.
Et c'est exactement pour cette raison que lors
du projet de loi n° 31, il y a à peine quelques mois, donc en
janvier 2024, nous avions des débats sur des amendements qui étaient
proposés par les oppositions pour améliorer la protection des locataires aînés.
Alors donc, je veux rappeler, donc, que c'est il
y a exactement quatre mois aujourd'hui, qu'on avait ces débats-là et que nous
étions favorables, notre... le Parti libéral du Québec, aux amendements qui
avaient été déposés, deux des trois amendements, qui correspondent exactement
aux amendements... aux éléments qu'on retrouve dans le projet de loi n° 65.
Et je voudrais quand même... Je ne pourrais pas
commencer sans mentionner tout de même les commentaires qui avaient été émis à
l'époque, ça ne fait pas longtemps, Mme la Présidente, seulement quatre mois,
où la... moi, j'avais aussi déposé des amendements pour protéger les citoyens
des évictions qui étaient liées à des changements d'usage, commerciaux
notamment, pour faire de la location d'hébergement de longue durée... courte
durée, pardon, l'hébergement touristique comme les Airbnb ou d'autres
plateformes similaires. Et il y a eu quand même des grands débats à ce
sujet-là.
Et là, aujourd'hui, bien, avec le moratoire que
le projet de loi n° 65 propose, bien, on va venir l'encadrer, mais je
voudrais quand même souligner qu'il n'y a pas si longtemps que ça, la ministre
nous soulignait que c'était important de maintenir les hébergements
touristiques plutôt que de protéger les évictions à ce moment-là.
Alors, je suis contente que la ministre ait,
disons, on peut dire, cheminé dans ce sens.
• (11 h 30) •
Pour ce qui
est de la protection des aînés par rapport à l'âge qui était proposé, de
diminuer de 70 ans à 65 ans, la députée de Labelle,
qui est ici présente, nous avait mentionné qu'il y avait des risques, à ce
moment-là, et elle nous parlait d'un cas vécu d'un homme de sa
circonscription qui était propriétaire d'un bungalow qu'il louait à une
personne... à une tierce personne, une personne aînée et qui, lui, à
60 ans, ne pouvait pas reprendre sa maison pour l'occuper à sa retraite. Et puis elle nous soulignait qu'il y
avait des risques, donc, si on diminuait à 65 ou 67 ans. Et je vais citer
ses mots : «On augmente encore plus la discrimination potentielle.»
Donc, ce sont les mots de la députée de Labelle.
Donc, je vais être curieuse d'entendre, là, la
ministre ou la députée de Labelle, à savoir si on a évalué l'impact de ça,
parce que c'était la crainte à l'époque, et c'est ce qui justifiait le fait de ne
pas aller de l'avant avec l'amendement qui était proposé, à ce moment-là, si je
ne me trompe, par Québec solidaire.
Et moi, je vais soulever aussi... donc au cours
de l'étude de ce projet de loi là, je vais soulever d'autres risques qui m'apparaissent et qui... on devra
voir... peut-être, ce sera par d'autres actions pour venir contrer ces
risques-là, mais il y a une crainte qui a été soulevée, pas simplement
par moi, là, par plusieurs experts, d'un risque d'une baisse des
investissements en immobilier dans les prochaines... les prochains trois mois,
et ça, ce risque-là, il est...
En tout cas, moi, j'ai déjà commencé à entendre
des cas de gens qui disent : Moi, je vais me départir de mon duplex, ou
d'autres disent : Bien, moi, je pensais en acheter un, mais là je vais
attendre, je n'en achèterai pas. Et c'est malheureusement souvent lorsqu'il y a
des changements de propriétaire que les rénovations majeures ont lieu.
Et l'enjeu, c'est qu'on a un parc locatif qui
est extrêmement vieillissant. C'est quoi, c'est 60 % du parc qui a été
construit il y a presque 40 ans ou plus. C'est beaucoup.
Et malheureusement, actuellement, les règles,
les règles du Tribunal administratif du logement pour les rénovations, puis ça,
ce n'est pas du nouveau, je l'ai mentionné abondamment dans le projet de loi n° 31, mais les règles actuelles du tribunal font en sorte
que les propriétaires qui font des rénovations ne rentrent pas dans leur argent
pendant la durée de vie des travaux, généralement, pour la majorité des
travaux. Ils n'arrivent pas à récupérer l'argent, et donc personne ne fait...
dépense de l'argent à perte, là. Donc, finalement, ce qui arrive, bien, c'est
les travaux ne se font pas malheureusement.
C'était d'ailleurs évoqué, là, dans un article
dans Les Affaires hier qui disait... c'était Jean Sasseville dans Les Affaires
qui nous disait que la formule du TAL incite à rénover seulement quand c'est
nécessaire et laisser les logements devenir de plus en plus vétustes. Et il
disait, bien, en général, les propriétaires font des rénovations majeures
seulement au départ d'un locataire. Donc, ça, c'est la réalité, puis on sait
que le marché fait en sorte, là...
Il y a d'ailleurs un cas, là, qui vient juste
de... je viens juste de le voir, une dame qui voulait acquérir un logement, une
propriété à revenu et qui a regardé qu'avec le coût d'acquisition, les coûts de
financement, bien, c'était impossible d'arriver sans augmenter les loyers de
façon substantielle.
Donc, l'équation ne fonctionne pas actuellement
et l'écosystème, là, n'est pas favorable à investir, mais le problème c'est
qu'on a besoin de plus de logements. On vit une crise du logement sans
précédent.
J'ai entendu la ministre parler de l'arrivée
d'immigrants temporaires, mais je voudrais souligner que la crise, elle existe
bien avant cette arrivée qu'on a soulignée dans les deux dernières années.
D'ailleurs, pendant les trois premières années
du mandat de l'ancienne ministre des Affaires municipales et Habitation, les
oppositions parlaient de crise de logement, et le gouvernement à l'époque le
niait. Ça n'existait pas, mais c'était déjà là, c'était
déjà en cours, et évidemment il y avait... il y a un élément, c'est quand on
voit des baisses de mises en chantier en parallèle.
Alors, non seulement
on a des taux d'inoccupation qui baissaient, qui baissaient de façon
importante, où on a... on n'est plus au taux d'équilibre, loin de là, on a...
dans la majorité des municipalités du Québec, on est à 1 % ou moins. Il y
a certains endroits où on est à 0 % de taux d'inoccupation. D'ailleurs,
j'étais avec le maire de Gaspé, pas plus tard que vendredi, qu'il me disait un
peu ironiquement... il dit : Ça va beaucoup mieux, Mme Dufour, on est
passé de 0 % à 0,1 % cette année.
Donc, ça, c'est pour dire qu'il n'y a pas beaucoup de logements disponibles à
Gaspé. Mais ce n'est pas à Gaspé que les immigrants vont
majoritairement, loin de là, mais pourtant c'est... ça frappe dans cette
région-là aussi. Donc, ce n'est pas que la source.
C'est un des
facteurs, mais il y en a d'autres. Il y en a beaucoup d'autres, et un de
ceux-là, c'est le manque d'investissement dans le marché immobilier. Et ce qui
est inquiétant, c'est qu'on a vu des baisses de mises en chantier en 2023 de
façon assez historique. On est rendus à... On en a construit moins de
39 000. Je ne reprendrai pas les
chiffres du deuxième chef... du chef de la deuxième opposition de ce matin. Il
ne s'est pas construit zéro logement au Québec, il s'en est construit
moins de 39 000 en 2023, mais c'est vraiment insuffisant. Les projections
de ce qu'il nous faudrait comme logements
varient selon les groupes, mais on devrait au moins doubler, sinon tripler les
mises en chantier par rapport à l'an dernier. On est loin du compte. Et
actuellement l'écosystème économique, les coûts de financement font en sorte que c'est... avec la hausse des coûts de
construction, la hausse des coûts de main-d'oeuvre... et ce n'est pas le projet de loi n° 51 du
ministre du Travail qui va régler tous ces enjeux-là. Les matériaux de
construction, ça reste. Les coûts de
la main-d'oeuvre vont peut-être un petit peu s'amoindrir, mais très peu. Donc,
dans les faits, l'écosystème n'a pas changé. Il nous faut des mesures
structurantes pour faire en sorte que ça soit... qu'il y ait un intérêt à
investir dans l'immobilier.
Actuellement, les
promoteurs, ce qu'ils nous disent, c'est que de laisser l'argent dans un CPG,
c'est beaucoup, beaucoup plus rentable que de faire du logement actuellement,
avec les coûts qu'on peut... les loyers qu'on peut raisonnablement s'attendre à
ce que les gens soient prêts à payer. Donc, ça, c'est une réalité. Et quand on
ajoute des éléments qui font en sorte que l'écosystème est moins intéressant,
bien, il y a une crainte réelle que les investissements,
donc, diminuent pour les trois prochaines années. Alors, j'aimerais... C'est
sûr que, comme je disais, peut-être la solution, ce n'est pas dans le
65, ça sera peut-être à l'extérieur, mais il faudra adresser cette question-là.
Un autre élément,
c'est qu'on vient interdire les subdivisions, et ça, on aura à en discuter
parce qu'il y a des cas où la subdivision permet d'ajouter du logement. Donc,
je vous donne deux exemples. Un grand logement... Moi, j'ai déjà habité sur le
Plateau—Mont-Royal,
c'était un six et demi, là, mais c'était grand... c'était grand, ça n'avait pas
de bon sens. Facilement, il rentrait deux quatre et demi dans ce logement, Mme
la Présidente. Donc, est-ce qu'on va se... perdre des opportunités, pendant
trois ans, de rajouter des logements? C'est beaucoup plus rapide de subdiviser
un très, très grand logement que de perdre... que de construire de zéro, ça,
c'est certain. Je comprends qu'il nous faut
des logements pour les familles, ça, c'est évident. Mais en même temps, on va
interdire les agrandissements qui auraient peut-être permis aussi de
faire des logements pour les familles.
Mais ceci dit, dans
certains quartiers, ça a beaucoup changé, et la démographie fait que ce n'est
peut-être plus là qu'il y a des grandes familles, puis que les besoins c'est
peut-être plus pour des quatre et demi, par exemple. Ça, c'est un exemple. L'autre exemple, une maison... très grande maison
qui serait louée... qui serait louée à quelqu'un. Puis là il y a un cas,
là, actuellement, que j'ai vu en région, et la dame propriétaire décide de
transformer sa maison en maison de chambres.
Donc, au lieu d'une personne dans sa maison, il y en aura huit, et là, ça,
c'est le genre de projet qui pourrait être bloqué. Alors, il faut y
réfléchir vraiment pour ne pas, finalement, bloquer le potentiel d'augmenter le
parc de logements alors qu'on manque cruellement de logements.
Ensuite...
Excusez-moi, je regarde mon temps. Voilà. OK.
Évidemment, puis ça,
ça ne surprendra personne, la ministre elle-même l'a dit, le projet de loi
n° 65 ne réglera pas la crise du logement. Et je vais reprendre exactement
ses mots : La vraie solution à la crise du logement, c'est d'augmenter
l'offre. Et hier, je crois avoir entendu la ministre dire : Ça prend
plusieurs mois pour construire. Non, ça
prend plusieurs années pour construire. On le voit, d'ailleurs, même avec le
PHAQ, après deux ans, il n'y a pas de
construction encore complétée. Et, quand on regarde les délais, différents
délais avec le ministère de l'Environnement ou les émissions de permis,
etc., c'est bien au-delà du trois ans que le moratoire prévoit que cette crise
sera réglée. D'ailleurs, un expert, hier,
mentionnait que peut-être qu'on... ça prendrait, en fait, 10 ans pour
régler la crise, du moins, au rythme où vont les choses. Il serait
difficile qu'on s'en sorte en moins de temps. Donc, maintenant, bien, ça sera
la question, à savoir quel... quand viendront les autres mesures pour
réellement augmenter l'offre.
• (11 h 40) •
Je
vais soulever... Oui, OK, l'article 2 du projet de loi. Puis la ministre,
je vais reprendre les mots, elle a mentionné que c'était assez exceptionnel de suspendre un article du Code civil,
et j'en concède, là, pour avoir consulté un collègue qui... bien,
avocat, là, mais, disons, qui connaît très, très bien le Code civil. C'est
très, très rare que ça arrive, effectivement,
mais, à l'article 2, donc, du projet de loi, le gouvernement, lui, se
donne la possibilité de soustraire, en tout temps, une partie du territoire. Et là, ici, il n'y a pas de balises, on
ne connaît pas les critères. Donc, il y aurait un encadrement pour
s'assurer que ça ne soit pas arbitraire. Il y aura des discussions à cet
effet-là.
Ensuite, pour... puis
je vais terminer, là, là-dessus, la... Là, je comprends que la ministre
souhaite que l'article... le projet de loi soit adopté rapidement. Elle a
invité les oppositions, hier, à la collaboration, et je suis à la même place que la ministre, je pense qu'on doit
collaborer, mais je veux rappeler que notre travail, c'est d'étudier article après
article, chacun, et comprendre, et voir les conséquences de chacun des
amendements, sous-amendements, articles, comment ils sont déposés, et s'assurer
qu'on ne crée pas d'effet, finalement, boomerang, des fois, qui sont... ou
pervers, qui sont des fois pires que la solution qu'on... ou le problème qu'on
tentait de régler.
Et l'autre élément, bien,
je voudrais quand même souligner que ça fait... il y a juste quatre mois à
peine, tous ces éléments-là étaient sur la table. On aurait pu les adopter à ce
moment-là, mais, à ce moment-là, la ministre n'était pas pressée. Donc, tu sais, c'est bien, là, de mettre de la pression sur
les oppositions, mais il faut quand même reconnaître qu'elle avait une
opportunité, il y a quatre mois, qu'elle n'a pas saisie. Et là, maintenant, ça
serait de notre faute si ça ne s'adoptait pas avant la fin de la
session. Je trouve ça assez déplorable comme commentaire. Je vais terminer là-dessus, Mme la Présidente, et... Mais
il y aura, comme je disais, ouverture et collaboration sur chacun des articles,
à en discuter. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la députée des Mille-Îles. Oh! Il reste
4 min 47 s à la...
Mme Caron : Merci, Mme la
Présidente. Alors, premièrement, bonjour à tout le monde. Ça me fait plaisir
d'être ici. Bien entendu que toute mesure...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je vais devoir vous couper. Je vous donnerai les quelques
secondes, on va revenir après l'ensemble des députés, d'accord?
Mme Caron : D'accord.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la députée de Sherbrooke, je m'excuse, le temps est à
vous pour une période maximale de 20 minutes. Allez-y.
Mme Christine
Labrie
Mme Labrie : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Écoutez, je vais être très courte. J'ai déjà fait quelques
remarques, hier, lors de l'adoption de principe. Moi, je suis très enthousiaste
qu'on soit réunis enfin, pour faire l'étude article par article de ce projet de
loi. Vous allez voir, je vais quand même avoir quelques amendements. Je vais
quand même avoir beaucoup de questions également. Ce projet de loi là, on
l'accueille très positivement. Il va apporter un soulagement important aux
locataires à travers le Québec, mais il est perfectible. Donc, on va avoir des
suggestions à cet effet-là, pas seulement sur la protection des locataires
aînés, mais sur le moratoire également. Donc, j'ai très hâte d'en discuter avec
vous. Moi, je m'arrête ici.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. M. le député des Îles-de-la-Madeleine, la
parole est à vous.
M. Joël Arseneau
M.
Arseneau : Merci. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Comme si
on vivait dans une quatrième dimension de se retrouver ici quelques
semaines à peine après avoir complété l'étude du projet de loi n° 31,
c'est particulier. L'encre est à peine sèche
sur le projet de loi n° 31 que la ministre de l'Habitation nous convie à
un nouveau rendez-vous pour discuter
essentiellement, là, des propositions qu'on avait faites et qu'elles ont été...
et qui ont été rejetées dans le processus qu'on a traversé. On avait dit
d'ailleurs à cette époque-là que c'était assez exceptionnel qu'on ouvre par exemple, des clauses du Code civil. Bien là, on
l'aura fait deux fois dans la même session. C'est ça qui est absolument exceptionnel.
Cela dit, les
changements, évidemment, qu'on va discuter, ils sont les bienvenus, évidemment.
Nous ne reculerons pas sur nos convictions
formulées pendant des semaines et des semaines au sein de cette commission,
bien au contraire. On va non seulement les réitérer, mais on va les
réitérer à maints égards, y compris à l'extérieur des propositions qui sont
faites présentement par la ministre. Puisqu'on rouvre le dossier, bien,
pourquoi s'arrêter en si bon chemin? Il y a quelques bonnes idées, qu'on avait
formulées, qui sont ramenées, mais il y a quelques bonnes idées qu'on avait
formulées qui ne sont pas ramenées. Nous les ramènerons, bien évidemment.
Donc, ce sera quand même aussi intéressant de
voir pourquoi les réticences affirmées avec obstination par la ministre se sont
évanouies au cours des dernières semaines. Pourtant, la situation, globalement,
n'a pas changé, si ce n'est le fait qu'évidemment la crise continue de
s'accentuer, justement, parce qu'on n'a peut-être pas pris les bonnes mesures
au bon moment et qu'on a nié cette crise-là pendant plusieurs années, tout le
monde le sait très bien.
Alors, les propositions que l'on fera au cours
du... bien, en fait, les propositions qui sont faites d'abord concernant les amendements pour étendre la
protection des aînés vulnérables contre les évictions sont les bienvenues.
On avait déjà demandé par amendement et appuyé les amendements des autres
membres de la commission pour rabaisser
l'âge d'accessibilité à ces mesures de protection de 70 à 65 ans. Nous
avons longuement argumenté là-dessus, alors évidemment, si on peut
maintenant s'entendre, c'est excellent.
On
appuyait également l'idée d'augmenter le revenu admissible pour obtenir cette
protection-là. Nous avions aussi évoqué, et je pense qu'il faudra en discuter à
nouveau, la question du nombre d'années d'occupation d'un appartement avant de
pouvoir bénéficier de cette protection-là. Actuellement, c'est une période de
10 ans. Alors, si on veut véritablement améliorer l'ensemble des facteurs
de protection de cette loi, bien, je pense qu'on peut et on doit également
regarder de ce côté-là.
On
peut aussi dire... encore une fois, là, je ne veux pas accabler la ministre
davantage, mais je pense que c'est le moment où on commence l'étude, puis il
faut quand même se dire les choses telles qu'elles sont, ces mesures-là qui
nous sont proposées, si elles avaient été mises en place au moment où on
pouvait le faire, c'est-à-dire en janvier,
février derniers, bien, il y a des dizaines, voire des centaines d'évictions
qui auraient pu vraisemblablement être évitées jusqu'à maintenant. Donc,
on sait que le 1er juillet approche, et, dans nombre de cas, les avis ont
déjà été transmis aux citoyens locataires à
travers l'ensemble du Québec. Donc, l'urgence d'agir était là depuis déjà
plusieurs mois. C'était le cas à
l'automne, c'était le cas cet hiver, c'est encore le cas ce printemps. Donc,
allons-y, travaillons ensemble, parce qu'on peut se le dire, là, mieux
vaut tard que jamais.
Mais il faut quand
même s'assurer qu'en regardant une deuxième fois les mesures qui avaient été
mises de côté dans la première... à la première occasion qu'on s'est donnée, bien,
il faut le faire de façon rigoureuse, le faire de façon complète, sinon,
évidemment, ce sera encore un rendez-vous manqué. Alors, ça porte évidemment
sur les mesures de protection pour les aînés, mais pour le moratoire également.
Ce moratoire qu'on
veut proposer, c'est un changement de cap, mais c'est un changement de cap qui
est le bienvenu. On va évidemment parler du contexte ou des conditions selon
lesquelles un moratoire est jugé illégitime ou illégal.
Mais il y a aussi des
évictions qui sont faites sous couvert d'une reprise qui eux... qui elles,
plutôt, ces évictions ne sont pas actuellement gérées ou abordées dans le cadre
de ce projet de loi là. Et malheureusement, selon les échos qu'on a du terrain,
elles se poursuivent, tout comme les signatures de résiliation de bail qui sont
faites sur des prétextes plus ou moins fallacieux et qui piègent souvent les
personnes qui sont plus vulnérables ou moins informées. Et ça aussi, c'est un
phénomène qu'il faut quand même rediscuter, aborder et idéalement contrer à
travers une pièce législative qui serait solide et conséquente.
• (11 h 50) •
Donc, évidemment,
tout ce qui est de l'ordre des initiatives qui viennent appuyer le droit de
tous et de toutes à un logement décent... et là, quand je parle de droit, bien,
la reconnaissance du droit au logement, je pense que c'est quelque chose que
l'on doit aussi aborder. Donc, c'est un droit qu'on ne souhaite pas visiblement
reconnaître du point de vue gouvernemental, mais c'est un peu le point de
départ pour l'adoption d'un certain nombre de mesures qui nous permettraient véritablement d'améliorer les choses pour les
locataires de l'ensemble du Québec qui, aujourd'hui, vivent de nombreuses tragédies. On en prend
connaissance dans la presse, dans les médias, sur une base quasi quotidienne.
Si on revient sur le
projet de loi 31 puis les facteurs qui avaient suscité de nombreux débats
et discussions, il était question notamment du seuil de 3 % d'inoccupation
pour certaines mesures, un principe qui a d'ailleurs été retenu dans l'adoption
du projet de loi pour l'adoption de la mesure, là, qu'on a qualifiée de
superpouvoir accordé aux municipalités pour suspendre leur réglementation
lorsque, justement, le taux d'inoccupation est en bas de 3 % pour des villes d'une certaine taille. Cet
élément-là, je pense qu'il doit... il revient également dans le projet de loi
qui est devant nous.
C'est une bonne
chose, mais je vous mentionnerais que, justement, lorsqu'il a été question des
superpouvoirs accordés aux municipalités, originellement, la mesure devait être
pour une durée de cinq ans. Donc, nous présumions à l'époque que la crise du logement ne serait pas réglée dans un délai
de cinq ans. Je pense qu'on peut raisonnablement présumer, aujourd'hui,
la même chose pour ce qui est des locataires qui pourraient subir des évictions
et se retrouver en très, très grande difficulté de se reloger, à savoir que ça
pourrait être le cas pour trois ans, comme le veut la proposition de la ministre, mais on pourrait penser que ce le soit
également pour une période de cinq ans. Alors, on voudra discuter de cet
élément-là en toute cohérence. Je pense que c'est ce à quoi on s'attend de la
part des législateurs, là, à quelques mois d'intervalle.
Lorsqu'on jette un
regard sur la crise puis qu'on dit qu'il faut construire, c'est ce qu'on
disait, toutes les mesures de protection des locataires étaient déviées du
débat en disant que ce qu'il fallait d'abord faire, c'est construire. Et on se donnait cinq ans pour donner
le pouvoir, les superpouvoirs aux municipalités d'accepter des projets
de construction qui, autrement, auraient été possiblement pris dans les dédales
administratifs municipaux. Alors, je pense que de dire aujourd'hui qu'on va
protéger les locataires pour une période inférieure à la période qu'on s'est
donnée pour construire, il y a là, il me semble, une certaine incohérence que
j'espère bien pouvoir discuter avec mes collègues ici présents.
Des groupes de
citoyens, évidemment, continuent heureusement de nous alimenter en matière
d'information, de données, de propositions également, là, en ce qui concerne
les informations qu'ils ont sur le terrain et la situation tragique souvent
vécue par des locataires. Et je pense qu'il y a quand même une proposition dans
le cadre du projet de loi qui aussi a été
retenue et dont on a moins parlé, considérant l'information, là, qui doit être
offerte aux locataires au moment où on veut agir et mettre fin à un bail
avec... ou, plutôt, formuler une augmentation... c'est ça, une modification du bail, une augmentation souvent du
loyer, qu'on puisse adéquatement informer les locataires, je pense que
c'est un pas dans la bonne direction.
C'est
aussi un élément qui avait été discuté au cours de l'étude du projet de loi
n° 31, mais qui n'avait pas été retenu. Alors, je pense que c'est extrêmement important qu'on y revienne encore
cette fois-ci. Les locateurs ont la responsabilité de donner
l'information juste, toute l'information, juste et complète aux locataires
lorsqu'on a des modifications à apporter au bail ou qu'on souhaite aborder ces
modifications-là, particulièrement, évidemment, dans la question du loyer, mais
ça pourrait être aussi, là, sur les modifications concernant le contrat à
signer avec le locataire.
Il faut s'assurer que
non seulement la loi s'applique, mais qu'elle soit bien comprise et que
l'information circule. Et je pense que de ce point de vue là, il y a un pas
dans la bonne direction. Et cette information-là, elle peut être faite,
évidemment, et doit être faite sur une base contractuelle, sur une base de
signature et de renouvellement du bail entre deux entités, entre deux
personnes, souvent le locataire et le locateur.
Mais
cette information-là, elle peut aussi et devrait être de nature publique, on
l'a déjà mentionné, et je pense qu'il n'est pas trop tard pour revenir sur toute
la question de l'évolution des loyers à travers la crise que l'on subit ici, au
Québec. Et vous me voyez venir, j'imagine, Mme la Présidente, mais le registre
des loyers, il est tout aussi essentiel que les autres mesures qui sont
proposées dans le projet de loi n° 65 et il est tout aussi essentiel d'en discuter que ce pouvait l'être au cours des mois
qui nous ont permis d'étudier les différents articles du projet de loi
n° 31.
Le Québec, il faut le
rappeler, l'État du Québec dispose de toutes les ressources et de toutes les
sources de données administratives. Par exemple, on pense au relevé 31 qui
pourrait évidemment permettre de mettre en place, à l'échelle de l'ensemble du
Québec, une mise en commun de cette information-là pour pouvoir, justement, s'assurer
qu'on a une bonne compréhension de l'évolution du marché et qu'on puisse
s'assurer aussi que les différents acteurs respectent les règles que l'on s'est
données sans avoir nécessairement à entreprendre des recours et avoir,
justement, à aller présenter leurs doléances ou leur situation auprès du Tribunal
administratif du logement.
Donc,
l'institutionnalisation d'un registre public, on le sait, aurait un effet
marqué, un effet profond et un effet positif vraisemblablement tout aussi
important, voire supérieur aux mesures qui sont présentées dans le projet de loi n° 65 présentement en matière
d'abordabilité résidentielle au Québec. Alors, si c'est l'un des objectifs que
poursuit la ministre et que l'on doit poursuivre comme membre de cette
commission, bien, je pense que l'occasion se présente de façon absolument
remarquable pour pouvoir faire ce pas, ce pas de plus qui est réclamé par
nombre d'intervenants qui sont venus nous rencontrer dans l'étape préalable,
donc dans des consultations particulières autour du projet de loi n° 31 à
l'automne dernier.
Donc, j'ai parlé tout
à l'heure de la reconnaissance du droit au logement. Là aussi, ce serait un pas
majeur qui pourrait véritablement marquer non seulement les esprits, mais un
peu également marquer l'histoire dans la mesure où l'on veut véritablement et
on peut véritablement faire preuve d'avant-gardisme et faire preuve d'ambition
lorsqu'il est question d'intervenir face à la crise du logement et en... dans
la mesure où on souhaite véritablement développer des mesures à travers un
filet de protection qui soit complet et non pas simplement agir, là, à la pièce
avec quelques éléments éparses sans avoir une stratégie.
On a parlé, dans le
passé, d'une stratégie en matière de construction, par exemple, de
développement de nouveaux logements. On attend toujours, de ce côté-là, le plan
de la ministre, mais pourquoi ne pas avoir également, parallèlement, une
stratégie complète en matière de droit au logement, en matière de protection
des droits des locataires et en matière d'intervention, pour s'assurer que le
marché... la surchauffe du marché soit contenue? Et ça, ces moyens-là, ils
existent, et je viens d'en nommer quelques-uns. Si on veut véritablement donner
un signal clair que l'État du Québec et les
législateurs ici présents veulent lutter de façon efficace, et cohérente, et
complète, et résolue contre la crise du logement, bien, je pense qu'il
faut se battre sur tous les fronts à cet égard.
• (12 heures) •
Alors, évidemment,
c'est pour ces raisons-là que nous appuierons les éléments positifs et
constructifs, les mesures qui sont contenus dans le projet de loi n° 65,
mais je pense qu'on a l'occasion de se donner des ambitions et je... encore
plus importantes et d'agir de façon encore plus efficace grâce au travail que
nous ferons au cours des prochaines heures et des prochains jours, en se
donnant pour objectif, effectivement, d'avoir la capacité de pouvoir adopter ce projet de loi avant la fin de la
session parlementaire. Et je pense que nous en avons amplement les moyens, sans nécessairement couper court aux débats sur
des améliorations, des amendements, des ajouts à un projet de loi qui met en
jeu plusieurs des mesures qui avaient déjà été discutées et rejetées par la
ministre et par la partie gouvernementale.
Alors, sur ce, Mme la
Présidente, je mets un terme à mon intervention préliminaire avec l'objectif
commun, je pense, partagé par tous, d'aboutir à un projet de loi, d'ici la fin
de la session parlementaire, qui puisse faire la différence pour les citoyens
du Québec. Merci.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci, M. le député. Alors, Mme la députée de La Pinière,
je suis désolée, c'est... à ce moment-ci, je
dois demander s'il y a d'autres élus qui veulent faire des remarques préliminaires.
Je vous cède tout de suite la parole. S'il y en a d'autres, vous me ferez
signe.
Mme Linda Caron
Mme Caron : Merci,
Mme la Présidente. Alors, je voulais juste vérifier une chose, parce que vous
m'avez dit qu'il me restait quatre minutes,
mais, pour les remarques préliminaires, c'est normalement 20 minutes par
personne et non par formation politique.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : ...
Mme Caron : D'accord.
Parfait. Alors, je n'ai pas l'intention de prendre les 20 minutes, mais je
voulais le vérifier pour m'assurer que je ne... que j'ai le temps nécessaire
pour dire ce que j'ai à dire.
Alors, premièrement,
bonjour à tout le monde. Je sais que les équipes travaillent fort de tous les
côtés pour ce projet de loi.
Donc, évidemment, la
protection des aînés, c'est quelque chose qui m'interpelle. Alors, le fait de
baisser l'âge à 65 ans et puis de tenir
compte de 125 % du revenu admissible pour un loyer modique, ce sont des
propositions qu'on appuie, qui auraient pu, je le dis comme ma collègue,
être déjà adoptées au projet de loi n° 31, mais tant mieux si c'est fait
maintenant, ce sera fait.
Ce
qui me... Ce qui m'inquiète peut-être un petit peu, puis on aura sûrement
l'occasion d'en parler, parce que j'imagine qu'il y a des études qui ont été
faites pour vérifier ou des projections qui ont été faites, c'est le fait que,
comme l'a dit la ministre, il faut agir sur l'offre de logements. Ça, tout le
monde... c'est consensuel, on sait que ça nous prend plus de logements et le...
mais c'est le moratoire de trois ans pour tout. Je crains qu'il y ait peut-être
des effets négatifs sur le parc de logements. La SCHL prévoit que d'ici 2030 le
déficit de logements va être titanesque, alors il faut que la cadence augmente,
la cadence de mise en chantier. Alors, je crains un petit peu que le moratoire
de trois ans sur... pas uniquement pour les personnes âgées, mais pour tout le
monde, je crains qu'il y ait un effet, donc, peut-être surtout sur les petits
propriétaires d'immeubles de six ou huit logements. Alors, on aura l'occasion
d'en parler.
Aussi, quand on parle
de logements et puis d'offre de logements pour les aînés, il ne faut pas
oublier qu'il y a les RPA. Il en est question à l'article 9 du projet de
loi. Mais les RPA, souvent, je dirais, dans l'imaginaire populaire, ce sont des
institutions, mais ce n'est pas le cas. Une résidence privée pour aînés, c'est
tout simplement un immeuble locatif qui est réservé aux personnes retraitées de
60 ou 65 ans et plus et qui répond à un besoin parce qu'il y a des espaces
communs qui permettent aux personnes de socialiser. Il y a un sentiment de
sécurité aussi parce que ce n'est pas tout le monde qui peut entrer et sortir
facilement. Mais, avec les besoins que le réseau de la santé... les besoins auxquels le réseau de la santé ne peut pas
répondre, de plus en plus, les RPA sont comme amenées à s'assurer qu'il y a
des soins ou du soutien à domicile qui est offert, parce qu'au moment où les
gens qui sont en RPA auraient besoin de plus d'aide et qu'ils voudraient aller
au CHSLD, bien, il n'y a pas de place, il y a une longue file d'attente pour
entrer au CHSLD. Et c'est la même chose aussi pour... du côté du soutien à
domicile. Donc, il faut s'assurer que les RPA
cessent de fermer. À l'heure actuelle, il y a en moyenne une fermeture de RPA
aux trois jours, alors il faut absolument s'assurer que ça cesse, et
donc c'est une grande préoccupation.
Et puis il ne faut
pas mettre des bâtons dans les roues non plus pour que les RPA puissent
arriver, parce que toute la réglementation qui est imposée, toutes les normes
qui sont imposées aux RPA, presque comme si c'était des CHSLD alors qu'ils n'en
sont pas, puis tout l'aspect de soins ou de soutien que les propriétaires de
RPA ne sont pas censés payer de leur poche, bien, souvent par manque de
collaboration avec les CISSS ou les CIUSSS, ça arrive que les RPA sont obligés
de compenser. Et ça, ce n'est pas moi qui le dis, il y a une étude très
fouillée qui a été rendue publique lundi sur le sujet. Alors, il y aura au
moins un petit point à améliorer, là, dans des amendements qui seront proposés
du côté des RPA.
Alors, là-dessus, Mme
la Présidente, je vais conclure et puis j'espère qu'on aura de bonnes
discussions pour protéger le plus possible la population québécoise, notamment
les aînés. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la députée. Est-ce qu'il y a
d'autres remarques préliminaires? Mme la députée de Labelle.
Mme Chantale Jeannotte
Mme
Jeannotte : Merci, Mme la Présidente. Donc, bien, je voudrais juste
réagir à ce que Mme la députée de... Mille-Îles, pardon, invoquait.
Effectivement, l'habitation, c'est un domaine complexe, comme on l'a vu, puis
la plus belle preuve, c'était cette semaine, quand on a appris que ça peut
aller jusqu'à deux ans pour avoir un permis de construction. Donc, on a réalisé à quel point c'est loin d'être
l'apanage entier, le domaine de l'habitation, du gouvernement. Donc,
heureusement, là, que la mairesse de Montréal a réagi rapidement puis que les
villes, c'est un partenaire incroyable dans le domaine de l'habitation, même
chose du côté de la construction. Puis heureusement qu'on a eu mon collègue le
ministre Jean Boulet pour adopter le projet de loi 51 qui va venir aider
grandement la construction.
Je pourrais continuer
longtemps comme ça, même chose avec la main-d'oeuvre, mais, pour répondre plus
spécifiquement à ma collègue du côté de l'opposition, bien, le fait que...
Effectivement, je n'ai pas... je ne pense pas avoir
parlé de risques, je pense avoir plutôt parlé d'effets pervers avec la clause
communément appelée Françoise David. Ce n'est pas grave si j'ai parlé de risques, là, effets pervers ou risques,
peu importe, mais, au fond, le fait d'abaisser l'âge à 65 ans, bien, ça va des deux côtés. Donc, un
propriétaire qui voudrait reprendre sa maison, qui ne le pouvait pas, bien là, va
pouvoir le faire à 65 ans et non 70. Donc, le domaine de la
construction... le domaine des propriétaires, locataires, c'est un équilibre qu'on cherche toujours à avoir.
Donc, on aura l'occasion d'en reparler, mais c'est ce qui m'est venu, là, spontanément
à l'esprit, là, dans le fond.
Puis, tu sais, dans
le fond, Mme la Présidente, dans des politiques publiques, là, c'est impossible
de... on n'est pas en sciences. C'est
impossible d'avoir quelque chose qui va plaire à tout le monde. Mais, avec ce
qui se passe en ce moment, comme l'a dit ma collègue ministre, à
situation exceptionnelle, on a décidé de rendre une mesure exceptionnelle.
Puis, bien, c'est ça, ça démontre que... On se fait souvent accuser d'être
brouillon, mais là on a pris le temps de
réfléchir. Ça fait que c'est... en analyse, c'est important, puis, au
contraire, je pense qu'on devrait saluer, là, cette mesure. Merci.
• (12 h 10) •
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la députée. Est-ce qu'il y a
d'autres remarques préliminaires? Alors, s'il n'y a pas d'autre remarque
préliminaire, est-ce qu'il y a des motions préliminaires?
Étude détaillée
S'il n'y a pas de motion préliminaire, nous
allons entamer l'étude article par article. Et je pense savoir... je pense
qu'il y a un consentement pour l'étudier par sujets, on va appeler ça par
sujets : moratoire sur les évictions, protection accrue
des aînés, processus visés par le projet de loi, avis de modification du bail
et dispositions finales. Est-ce qu'il y a consentement? Oui?
Une voix :
Consentement.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Parfait. Alors, Mme la ministre, la parole est
à vous.
Mme Duranceau :
Merci, Mme la Présidente. Alors,
on commence avec l'article 1. Donc : «Section I. Interdiction
d'évincer le locataire d'un logement.»
Article 1 :
«Malgré l'article 1959 du Code civil, aucun locataire ne peut être évincé d'un
logement avant le (indiquer ici la date qui suit de trois ans celle de la
sanction de la présente loi) aux fins prévues à cet article.»
Alors, bon, bien,
écoutez, l'article 1 du projet de loi imposerait un moratoire sur les
évictions pour une période de trois ans suivant la sanction de la loi. Pendant
cette période, il serait interdit au locateur d'un logement d'en évincer le locataire pour les fins prévues à
l'article 1959 du Code civil, c'est-à-dire pour subdiviser le logement, pour l'agrandir
substantiellement ou pour en changer l'affectation.
Alors, bien, écoutez,
ça, c'est les notes explicatives. Je pense qu'on en a beaucoup parlé, ça fait
que je vais écouter vos commentaires. Peut-être juste un commentaire global,
c'est qu'il n'est pas interdit, à partir de l'adoption du projet de loi, de
subdiviser, d'agrandir ou de changer l'usage d'un logement. Ce qui est
interdit, c'est de sacrer du monde à la porte pour faire ça. Donc, il y a une
nuance, là. Parce que la députée de Mille-Îles mentionnait qu'on allait
empêcher les subdivisions. Non, on dit juste : On empêche d'évincer
quelqu'un pour subdiviser. Parce que je suis bien d'accord que, si on
subdivise, on crée du logement additionnel, mais ce qu'on ne veut pas, c'est
que, dans cette optique-là, il y a des gens qui n'aient pas d'option puis qui
soient mis à la porte. Alors, c'est juste ça, la nuance. Si vous avez des
choses à proposer, on les écoute. Sinon, c'est...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci,
Mme la ministre. Est-ce qu'il y a des commentaires, questions? Oui.
Mme Dufour : Oui,
une question, pour commencer, par rapport à la subdivision, donc, on continue
sur cet aspect-là. Si un propriétaire
souhaite subdiviser, je donnais l'exemple d'une maison, en maison de chambres
et qu'il a présentement un locataire, comment il peut faire ça? Est-ce
qu'il y a moyen d'évincer temporairement la personne qui est locataire pour
faire son projet? Ça, je voudrais comprendre la mécanique, là.
Mme
Duranceau : On n'empêche pas... Je m'excuse, madame. On n'empêche pas
les gens de s'entendre, tu sais, s'ils s'entendent entre eux, puis qu'il y a
un... dans l'entente, on prévoit que le locataire peut réintégrer les lieux une
fois que les travaux sont faits.
Par ailleurs, des
travaux majeurs, c'est visé par un autre article du Code civil puis ça prévoit
la réintégration des locataires. Alors, ça
peut être soit visé par ça, soit qu'il y a une entente de bonne foi entre les
parties. Ils se disent : Écoute, on va faire huit logements au lieu
de deux actuellement, puis tu peux revenir quand tout ça sera prêt. Ça, on encourage ça, même. Mais ce qu'on ne veut pas,
c'est que des gens se retrouvent à la rue sans option. C'est vraiment...
C'est ça, l'objectif du législateur.
Mme Dufour : OK. Mais pour comprendre, actuellement, si
quelqu'un dit... fait une subdivision, il y a une entente, et j'imagine qu'il va assumer les coûts de la
relocalisation temporaire, pour... tu sais, comment ça s'opère actuellement, là,
dans la pratique?
Mme
Duranceau : Bien, effectivement, dans le contexte, si la personne veut
faire son projet et que ça requiert
d'évincer temporairement... D'évincer quelqu'un, ça ne marche pas... ça ne
marche pas pendant trois ans. Donc, si
la personne veut aller de l'avant avec son projet, effectivement, dans
l'entente entre les parties, il va falloir considérer une notion de
compensation.
Mme Dufour : Mon questionnement, c'était : Comment ça
fonctionne actuellement, là, sans le moratoire, là?
Mme
Duranceau : Bien, pour des travaux... Ça dépend sous quel angle on le
prend, mais un cas comme ça, si on le prend sous la forme de travaux majeurs,
bien, la personne sort du logement, le locateur donne une compensation pour
l'hébergement temporaire et, après ça, doit réintégrer le locataire dans les
lieux. Ça fait que ça, si on y va sous le régime des travaux majeurs, c'est
comme ça que ça fonctionne.
Si on y allait sous
le régime des évictions, bien là, le locataire en question serait protégé avec
la loi 31. Donc, le propriétaire devrait aller devant le tribunal, faire la
démonstration que ce qu'il veut faire est permis, nonobstant le moratoire, puis
il devrait compenser le locataire financièrement un mois par année en logement.
Mme Dufour : OK.
Ça fait que, si la personne quitte et revient dans les lieux, ce n'est pas
considéré une éviction, dans le fond, là, si
c'est elle doit quitter le... temporairement. Puis ça, ce n'est pas le même
article du Code civil. C'est ce que je comprends?
Mme Duranceau : Non...
Mme Dufour :
Travaux majeurs, que vous avez dit.
Mme Duranceau : C'est ça, travaux
majeurs. On peut vous faire...
Mme Dufour : C'est quel article, ça?
Mme Duranceau : On va vous donner la
référence, là. 1922 et suivants.
Mme Dufour : Une amélioration
majeure... une amélioration majeure, réparation majeure non urgente. OK.
Mme Duranceau : Parce qu'on ne veut
pas empêcher... on ne veut pas empêcher non plus que des travaux qui ont à se
faire se fassent. Alors, c'est déjà visé.
Mme
Dufour : Oui. Puis, si une démolition est nécessaire, si je
ne me trompe pas, c'est aussi exclu, là, de ça.
Mme Duranceau : Oui.
Mme
Dufour : Est-ce qu'il y aurait... il pourrait y avoir, dans
le fond, des cas de... Puis, tu sais, la demande de démolition... puis
ici on avait eu des échanges, là, on avait haussé aussi les indemnités
d'éviction dues à des démolitions, mais est-ce que ça va devenir plus simple,
tu sais, au lieu de faire une réservation majeure, de démolir puis reconstruire
à ce moment-là? Avec ce moratoire-là, est-ce que ça pourrait être un risque de
voir des démolitions, surtout pour des logements qui sont assez vétustes?
Mme Duranceau : Bien, encore une
fois, là, les... puis peut-être que je demanderai à Me Simard, là,
d'intervenir, mais, dans les... il y a deux options dans les questions de
démolition : soit que l'immeuble est visé par un règlement de démolition
de la ville, auquel cas c'est la ville qui va donner son accord pour établir
les balises à l'intérieur desquelles ça peut être fait, donc, ça, c'est une des
options, puis, si ce n'est pas visé par un règlement de la ville, bien là, à ce
moment-là, il faut aller devant le tribunal qui va apprécier les circonstances
dans lesquelles on demande la démolition. Donc, la course aux démolitions, je
pense, est quand même balisée, de mon point de vue. Donc, ça ne devrait pas
poser problème, là.
Mme Dufour : OK. Juste un... par
rapport à si c'est visé par un règlement de démolition, il y a... si je ne me
trompe pas, je pense que c'est la ville de Mascouche qui assujettit tous ses
bâtiments, tous les bâtiments de son territoire
à un règlement de démolition. Donc, ce n'est pas nécessairement en lien avec du
patrimoine, là. Donc, est-ce que...
Une voix : ...
Mme Dufour : Oui, c'est ça,
exactement. Donc, ce n'est pas en lien avec du patrimoine. Donc là, peut-être
qu'il peut y avoir... ça peut être plus simple de démolir, à ce moment-là, dans
cette ville-là. Ils n'auront pas à le démontrer
au TAL, c'est ce que je comprends. Si c'est... S'il existe un règlement de
démolition, pas besoin d'aller au TAL.
Mme Duranceau : Oui, sauf que, là,
il faut que la ville donne son accord.
Mme Dufour : Oui, effectivement.
Mme Duranceau : Donc là, écoute,
j'ose présumer que la ville, dans le contexte actuel, va donner son accord dans
un contexte où c'est requis pour des fins de sécurité ou que c'est requis parce
que, bon, on va démolir quelque chose, mais on va multiplier par un nombre
important le nombre de logements qui vont être construits en compensation. Puis
il va... la ville va poser des conditions de relocalisation des locataires en
question. On l'a vu pour des projets à Montréal dernièrement.
Donc, je pense qu'on enlève le far west, là,
dans la façon de gérer ça en ce moment. Tu sais, les cas, à moins qu'on en
oublie puis on est là pour en discuter, mais... je pense, sont balisés. Puis,
tu sais, il y a des autorisations qui sont requises, chose qu'on n'avait pas
nécessairement dans tous les cas avant.
Mme Dufour : Je vais reprendre un
autre cas de figure, puis là on va aller dans les agrandissements. Donc,
admettons qu'une famille achète un petit duplex avec l'intention de l'occuper,
parce que, dans ce secteur-là, ce n'est pas possible d'acheter des maisons, là,
ce que je comprends, c'est que, s'il y a un locataire, ils ne pourront pas
faire ce projet-là pendant trois ans.
Mme Duranceau : ...ça, c'est un
projet de reprise. Ce n'est pas la même chose que les évictions.
Mme Dufour : Ce serait une
reprise?
• (12 h 20) •
Mme Duranceau : Une reprise.
Puis on a voulu...
Mme Dufour : Oui,
mais c'est une reprise, s'ils prennent les deux étages puis qu'ils évincent la
personne, par exemple, au...
Mme Duranceau : C'est ça, oui,
parce que c'est pour se loger ou loger un membre de la famille.
Mme Dufour : Même si c'est un
agrandissement?
Mme Duranceau : Oui, parce
que...
Mme Dufour : Parce
que, pour occuper... Tu sais, moi, j'ai vu ça, là, des duplex transformés en
une maison, là, dans le fond, là.
Mme Duranceau : ...on
regarde l'objectif principal de la personne, puis son objectif, c'est de loger
sa famille, par exemple. Ç Çca fait que ça, on ne l'a pas visé, parce
qu'encore là, question d'équilibre... puis aussi, bien, justement, il y a un
paquet de familles qui ont besoin de se loger puis, à un moment donné...
Tu sais, moi, j'étais, vous l'avez noté, là,
j'étais très réticente à aller là au départ parce qu'on intervient dans le
marché. Puis moi, je n'étais pas à l'aise d'intervenir dans un marché privé.
Puis là il y a des... Tu sais, sur les évictions, je suis très confortable puis
je pense que je suis très capable de défendre où on est aujourd'hui.
Sur les reprises, bien là, à un moment donné,
c'est ça, des fois, il faut penser aux gens qui, eux... eux aussi ont à se
loger, là, même s'ils sont propriétaires du duplex, là.
Mme Dufour : OK. Je vais
laisser la parole à d'autres. Je reviendrai pour cet article-là avec d'autres
questions après. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui.
Mme Caron : Merci, Mme la
Présidente. J'aimerais savoir comment vous avez fixé le trois ans. Comment vous
avez choisi le trois ans pour la durée du moratoire?
Mme Duranceau : Bien,
c'est clair que la crise, elle ne se règle pas en trois ans, elle ne se règle
pas en cinq ans. Elle ne doit pas se régler en sept ans, puis en huit
ans, puis on verra rendu là, là. Le trois ans, c'était une période qui me
semblait raisonnable. Comme je disais, dans un contexte où c'est une mesure
exceptionnelle, c'est une période qui est raisonnable pour permettre à
l'Assemblée nationale de se reposer la question dans trois ans. On pense
aussi... L'analyse, c'était aussi que, bien, d'ici trois ans, il y a un paquet
d'efforts qu'on faits depuis un an et demi pour construire plus vite, puis pour
que ça porte fruit, puis que les... pour que ça sorte de terre. Alors, on va
sentir quand même, dans trois... bien, dans
deux ans ou trois... dans trois ans, les effets des efforts de la dernière
année et demie. Alors, ce n'est pas scientifique, je suis obligé de dire
ça. Ce n'est pas scientifique, mais je pense que c'est...
Encore là, c'est une question d'équilibre. C'est
une question de donner l'occasion à l'Assemblée nationale, dans trois ans, tu
sais, de se... de revoir la mesure puis de se demander si elle est... si c'est
encore bon puis s'il y a lieu de repréciser, là.
Mme Caron : Et
si, par exemple, dans 18 ou 24 mois, on s'aperçoit que ça fait stagner le
marché de... peut-être de petits immeubles qui pourraient... petits
immeubles locatifs, à ce moment-là, si on le met à trois ans, on ne peut pas...
on ne peut pas revenir en arrière. On est pris avec le trois ans jusqu'à la...
en fait, jusqu'au bout du trois ans, finalement.
Mme Duranceau : Encore une
fois, moi, je me suis rendue confortable avec cette mesure-là parce que je
pense qu'il n'y a pas d'impact sur la construction. Parce qu'il ne faut pas
oublier, les évictions, c'est souvent des cas d'immeubles qui sont désuets
que... Bon, la seule façon, quand tu l'as payé cher, de le rentabiliser, c'est
de mettre les gens à la porte puis d'augmenter les loyers.
Là, des nouvelles constructions sont au prix du
marché. On n'est pas en train de louer à quelqu'un qu'on va souhaiter évincer
parce que, déjà, les loyers vont être au prix du marché. J'ai des immeubles qui
vont être neufs, donc, première... Puis en
plus, là, bon, il y a la clause F qu'on a balisée aussi. Alors, je ne vois pas
l'impact sur le marché à court terme.
Mme Caron : Immédiat? Je
voulais vous laisser terminer.
Mme Duranceau : Non, non, non. C'est
bon.
Mme Caron : Alors...
Mais je comprends que, oui, il n'y aurait pas de... probablement pas de risque
d'éviction, qu'un propriétaire veuille évincer, un propriétaire d'un
immeuble neuf, là, qui va demander un loyer en fonction de ce que la
construction lui a coûté, mais ça peut ralentir, peut-être, les ardeurs de
propriétaires qui avaient le goût de faire
ça ou qui se sont dit : Il y a vraiment un marché, il faut... et qui sont
en accord avec la vision d'augmenter l'offre, mais qui disent :
Oui, mais, par contre, dans cinq, six, sept ans, si jamais j'ai... je veux
augmenter plus ou... en tout cas, tu sais, je vais être... je vais être assez balisé en fonction de
ce que je pourrai faire, peut-être pas dans l'immédiat, mais dans...
quelques années plus tard. Alors...
Mme
Duranceau : Bien, écoutez, là, moi, je ne le vois pas. Une
construction neuve n'est pas... Premièrement, si le logement est vide,
tu fais ce que tu veux avec, hein? Encore une fois, c'est pour ne pas évincer,
mettre quelqu'un à la rue, là, ce moratoire-là.
Après ça, si
c'est une construction neuve, je doute que, dans un avenir de trois ans, on
mette le... on ait un enjeu d'éviction. Si c'est un locataire qui cause
problème, les règles demeurent les mêmes, il y a possibilité d'expulsion. Mais
éviction pour subdiviser, agrandir? Peut-être, tu peux avoir rénové quelque
chose. Ce n'est pas... Ce n'est pas la bonne
formule, puis ça aurait dû être plus petit ou plus grand. Ça peut être
restrictif. Mais, encore là, si le logement se vide, bien là, il y aura possibilité de faire ce qu'on veut, puis,
s'il ne se vide pas, bien, c'est ça, le moratoire. Tu sais, c'est qu'en ce
moment, il ne faut pas déstabiliser davantage le parc. Il n'y a pas d'option
pour les gens qui en cherchent.
Alors, oui, encore... C'est restrictif, ça, j'en
suis pleinement consciente, mais on a essayé de rechercher l'équilibre pour des
cas comme vous décrivez mais aussi pour aider les gens qui vont avoir de la
difficulté à se replacer. Puis, dans mon équilibre, j'ai une balance des
inconvénients à considérer puis je suis bien à l'aise de dire qu'en ce moment,
ce projet-là, il va y avoir des restrictions, mais je ne veux pas mettre
d'autres gens à la rue. Ça fait que je suis à l'aise avec ça.
19313 17949
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Alors, la députée de
Sherbrooke, je pense que vous avez un amendement.
Mme Labrie : Oui. Merci, Mme la
Présidente. J'ai un amendement, puis il est déjà envoyé...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Qui est déjà sur Greffier. Si vous...
Mme Labrie : Il est déjà sur
Greffier, oui.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, je vais vous laisser le lire.
Mme Labrie : Donc, dès que vous me
faites signe, je pourrai en faire la lecture.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui. On va l'avoir bientôt. Vous pouvez y aller.
Mme Labrie : Oui?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Vous pouvez y aller.
Mme
Labrie : Donc, j'en fais la lecture puis je vous l'explique
par la suite. Donc, remplacer l'article 1 du projet de loi par le
suivant :
«1. Malgré l'article 1959 du Code civil,
aucun locataire ne peut être évincé d'un logement lorsque le taux
d'inoccupation des logements locatifs publié par la Société canadienne
d'hypothèque et de logement à l'égard de l'ensemble des centres urbains du
Québec dont la population est d'au moins 10 000 habitants est sous
3 %».
L'objectif, en fait, de cette disposition-là, ce
serait de faire en sorte que chaque fois que le taux est sous 3 %, il y
aurait un moratoire. Je pense que ça a été discuté tout à l'heure, la ministre
l'a dit elle-même que la crise ne se réglera
pas forcément en trois ans, ça pourrait être plus long. Le trois ans a été
choisi de manière arbitraire, puis, tu sais, c'est correct. Mais quelque
chose qui n'est pas arbitraire puis qui est assez bien documenté, c'est le fait
que le taux d'équilibre, il est à 3 %. Ça, c'est assez bien connu. Je
pense qu'on s'entend ici là-dessus. En tout cas, moi, je n'ai pas entendu de débat à l'Assemblée nationale à
l'effet que le 3 % était le seuil où il y avait un équilibre, là, sur le
marché locatif. Puis nous, on partage tout à fait les préoccupations de
la ministre, là. L'objectif de tout ça, c'est d'éviter qu'ils se retrouvent à
la rue ou dans un marché où il n'y a pas d'offre au bon prix, des gens victimes
d'une éviction.
Donc, ce
qu'on vous soumet avec cet amendement, en fait, c'est que, dès que ce serait
sous 3 %, le seuil national, le moratoire s'appliquerait. Évidemment, du
moment où on atteint ce 3 %, le moratoire cesse de s'appliquer.
Là, en ce moment, ce qui est prévu dans le
projet de loi, c'est que la ministre doit publier un avis, là, dans la Gazette
officielle pour mettre fin, si ça arrive avant trois ans, par exemple. Ça
disposerait, si on adopte ça, évidemment, de l'article 11, là, qui parle
de cet avis. Ça ferait en sorte, effectivement, que, si ça arrive, donc, plus
tôt que trois ans, le moratoire prendrait fin plus tôt. Et on le souhaite,
sincèrement, que le marché se... que la crise se résorbe d'ici là. Ça voudrait
aussi dire que, si, dans trois ans, on est encore à un taux qui est trop bas,
qui est sous l'équilibre, le moratoire se poursuivrait jusqu'à ce qu'on
atteigne cet équilibre.
Donc, je vous soumets que ça viendrait, avec cet
amendement-là, répondre très précisément aux problèmes qu'on a et qu'autrement
on risque de devoir se rasseoir, en fait, dans trois ans, les législateurs,
pour dire : Bien, on ne l'a pas atteint, l'équilibre, donc il faut
recommencer un nouveau moratoire. Donc, c'est la solution à long terme que je
propose là-dessus.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mme la ministre.
Mme
Duranceau : Oui. Bien, écoutez, je la reçois. On a pensé à ça ou... tu
sais, laisser le moratoire jusqu'à ce que ça atteigne 3 % puis ne pas le
limiter dans le temps, mais, encore là, tu sais, toute la question
d'équilibre... C'est la première fois, là, c'est ce qu'on me dit, c'est la
première fois qu'on intervient de cette façon-là dans le marché. Alors, ce que vous proposez, ça nous lie
pour toujours, là. Donc, on ne serait pas à l'aise d'aller là. Par contre,
c'est sûr que, dans trois ans, on se repose... peut-être pas nous, là, mais on
se repose tous la question, l'Assemblée nationale se repose la question, puis
probablement que, dans trois ans, on va être encore en dessous du 3 %,
peut-être pas dans toutes les régions, mais
on va l'être. Donc, il va falloir... Puis 3 %, c'est le taux d'équilibre,
mais, à 2 %, il y a des options. Quand on est à 0,1 %, là il
n'y a juste pas d'option.
Donc, le 3 %...
on a choisi 3 % parce qu'effectivement c'est un peu le taux généralement
reconnu, là, puis on ne voulait pas avoir de débat non plus sur le taux
d'inoccupation. Mais, dans le contexte où c'est très exceptionnel, où est-ce
qu'on intervient dans un marché, je pense qu'il est sage qu'on ne soit pas liés
ad vitam aeternam, puis qu'on puisse se reposer collectivement la question,
puis s'adapter en fonction de... Comme on a fait, tu sais, au niveau de la loi 31, sur le pouvoir spécial
aux villes, là, on en parlait tantôt, on l'a ramené à trois ans plutôt que cinq
pour pouvoir se reposer la question.
Bien, c'est un petit peu ça que je propose ici, là. Ça me... Je serais... Je
suis plus à l'aise avec cette approche-là.
• (12 h 30) •
Mme Labrie : Je
comprends, puis la ministre a très bien compris notre intention, là.
Effectivement, là, l'objectif, c'est d'avoir une solution qui perdurerait dans
le temps puis que, si, dans 25 ans, on se retrouve encore dans une crise où le taux d'inoccupation chute
sous 3 %, bien, que ça puisse entrer en vigueur, un nouveau moratoire.
Moi,
je pense que ce serait approprié de fonctionner comme ça, parce que ce n'est ni
la première ni la dernière crise du logement que le Québec vivra. Il y
en a eu dans le passé. Ça fait longtemps qu'on n'en a pas connu une aussi
intense qu'en ce moment. S'il avait déjà existé des dispositions comme celle-là
qui seraient entrées en vigueur au moment où ça a commencé à baisser, le taux
d'inoccupation, on n'aurait probablement pas atteint une situation aussi
critique, notamment au niveau de l'itinérance, par exemple. Tu sais, si on
avait eu ça... là, je ne me souviens pas c'est en quelle année, vous devez le
savoir mieux que moi, où qu'on a descendu, à l'échelle nationale, en bas de
3 %, mais si, déjà, ça s'était mis en oeuvre, un moratoire comme celui-là,
on n'aurait pas du tout atteint, là, la crise d'itinérance qu'on connaît en ce
moment, sachant que les évictions sont la première cause d'itinérance.
Donc, je vous soumets
que, comme je vous ai entendue exprimer à plusieurs reprises que vous étiez à
la recherche des meilleures politiques
publiques, à long terme, ce serait une excellente politique publique d'avoir ce
mécanisme d'entrée en vigueur automatique, là, d'un moratoire quand on
descend en bas de 3 %.
Mme
Duranceau : Oui. Bien, je suis embêtée parce que les taux... puis je
pense juste à Montréal, dans les dernières années,
ça a vacillé, 3 %, en bas de 3 %, puis on n'était pas loin. Alors là,
qu'est-ce qu'on fait? Le moratoire, il rentre, il... Ah! je les ai. Bon,
le moratoire...
Là,
on a décidé d'intervenir parce qu'il y avait une tendance claire depuis
plusieurs années, en tout cas, sur l'ensemble, là, du territoire. Donc,
j'aurais de la misère avec la vacillation... le vacillement.
Mme Labrie : Bien,
dans la mesure où c'est possible, tu sais... puis la ministre l'a prévu
elle-même, puis c'est à l'article 2, on
y viendra plus tard, là, mais c'est prévu, là, la possibilité de soustraire de
ce moratoire un territoire qui atteint l'équilibre. Pour moi, ça, ce que ça
veut dire... puis la ministre expliquera elle-même, là, son intention comme ministre, mais, pour moi, ce que ça veut
dire, ça, c'est que, si, par exemple, dans la région de la Capitale-Nationale,
on atteignait un seuil d'inoccupation en haut de 3 % puis que la moyenne
nationale était encore à 1,8 %, bien, la région de la
Capitale-Nationale pourrait être soustraite à ce moratoire, par exemple.
Ça fait que, dans la
mesure où cette disposition-là existe, elle est... en tout cas, elle nous est
proposée dans le projet de loi — on
verra si elle est adoptée tout à l'heure, mais, face à un gouvernement
majoritaire, on sait un peu à quoi s'attendre quand même — dans
la mesure où c'est prévu, une disposition comme celle-là, je ne trouverais pas
ça imprudent qu'on prévoie quand même, là,
une politique plus durable, là, en matière de gestion de taux d'inoccupation
et de moratoire parce que ça restera possible de soustraire des territoires ou
des parties de territoire qui seraient en équilibre et qui n'auraient pas
besoin de ce moratoire.
Mme Duranceau :
Il y a deux choses. Je pense
qu'on crée un précédent ici. Ça fait que déjà, si, dans 20 ans, il se
passe la même chose, bien, les gens vont avoir un argumentaire.
Puis l'autre chose,
c'est qu'un moratoire qui suspend l'application du Code civil, c'est... il faut
que ça ait... il faut que ça ait une fin. Sinon, il y a d'autres modifications
requises au Code civil. Puis peut-être que je peux laisser parler les juristes
à ce sujet-là, là, pour préciser. Puis, encore là, tu sais, on est dans une
approche d'équilibre, mais il y a un aspect juridique à la chose.
Alors, Mme la
Présidente, si vous me permettez...
Mme Labrie : Bien,
écoutez, je...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Est-ce qu'il y a consentement pour faire
intervenir...
Mme
Duranceau : ...sous-ministre.
Mme Labrie : Bien, vous pouvez y
aller. Allez-y.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Consentement?
Consentement. Vous allez juste vous présenter, s'il vous plaît.
M. Paradis
(Nicolas) : Oui, bonjour.
Nicolas Paradis, sous-ministre des Affaires municipales et de
l'Habitation.
Effectivement, ce que prévoit le projet de loi,
à l'heure actuelle, à l'égard du moratoire, c'est des dispositions qui sont
malgré le Code civil, donc d'en mettre une règle de nature permanente
équivaudrait davantage à modifier le Code
civil de manière permanente, ce que ne fait pas la loi à l'heure actuelle.
Donc, on est vraiment dans une situation d'exception, une situation d'exception
au Code civil, qui se justifie, justement, sous l'angle... ou qui est bien
appuyé sous l'angle qu'elle est temporaire, donc dans la dynamique ou dans...
de la rédaction actuelle de la loi, là.
Mme Labrie : Je les entends, les
arguments de la ministre, puis je ne voudrais pas retarder le groupe, là, mais j'aimerais quand même qu'on envisage la
possibilité d'ajouter au projet de loi une disposition pour qu'on se rassoie
ensemble à la fin des trois ans. Parce que je pense qu'on peut s'entendre ici
que, d'ici trois ans, avec l'ampleur de la crise qu'on connaît actuellement, on
va être chanceux si c'est réglé. Je le souhaite, mais j'en doute. Donc, à
défaut d'implanter un mécanisme comme celui-là que je propose avec mon
amendement, j'aimerais qu'on ajoute un article, dans le projet de loi, qui
vient imposer, finalement, là, qu'on discute ici, à l'Assemblée nationale, du renouvellement
de ces dispositions-là, dans les dispositions transitoires et finales du projet
de loi.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Est-ce qu'il y a
d'autres interventions sur l'amendement? Député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Oui, bien, en fait, je
veux juste faire du pouce brièvement sur l'intervention de la députée de
Sherbrooke pour dire, effectivement, que, même si on comprend que de suspendre
l'application du Code civil, ça ne peut pas
se faire sur une base indéfinie... que la période de trois ans est
effectivement extrêmement courte. C'est la raison pour laquelle j'ai transmis au greffe une
proposition d'amendement à l'article 1 qu'on pourra apprécier tout à
l'heure.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur l'amendement?
Mme la députée des Mille-Îles.
Mme Dufour : Oui, merci. Bien, je
comprends l'intention de la députée de Sherbrooke, mais je voudrais soulever que si, demain matin, il y avait un
promoteur qui décidait de construire des milliers de logements de luxe, le taux
d'inoccupation pourrait passer au-delà du 3 %, et là ça ne ferait pas en
sorte que la crise du logement est réglée. Au contraire, le taux d'inoccupation
dans les logements que les gens peuvent se payer n'aurait pas bougé, mais le
taux d'inoccupation... Puis d'ailleurs c'est
le cas actuellement, à Montréal, les taux d'inoccupation des logements luxueux
est bien au-delà du 3 %.
Donc, je pense que ça pourrait avoir un effet pervers,
cet élément-là, parce que l'article 2 ne permet pas d'ajouter des
territoires qui seraient soustraits. Donc, ça permet seulement d'en soustraire.
Donc, je ne pense pas que c'est l'approche...
Je comprends l'intention, mais je pense que ça aurait l'effet pervers de ne
pas, finalement, s'appliquer si,
demain matin, on avait beaucoup, beaucoup de logements luxueux de disponibles,
vacants. Donc, moi, pour cette raison-là, là, je ne serai pas favorable
à cette proposition-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : En réponse à ma
collègue la députée de Mille-Îles, effectivement, on va arriver plus tard avec une suggestion d'amendement pour permettre de
garder des territoires sous moratoire à la fin, là, du trois ans. Je comprends
la préoccupation, mais, par ailleurs, dans un marché qui est sain, avec un taux
d'inoccupation qui est plus élevé, ça vient
limiter quand même considérablement les loyers qui sont déraisonnablement plus
élevés, là, que le coût du marché. C'est comme ça que fonctionne le marché, là,
plus il y a d'offres, moins ces offres-là seront trop élevées. Donc, s'il y
a... magiquement, des promoteurs nous livraient 500 000 logements de luxe en
ce moment, ils seraient forcément obligés de baisser le prix pour réussir à les
louer, là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mme la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, Mme la
Présidente. Je voudrais simplement donner l'exemple de Vancouver, Toronto. Ce
sont des marchés qui se construisent énormément de logements luxueux puis qui
vivent une très grave crise du logement. Donc, ça ne me semble pas du tout la
solution.
Un autre
élément que je n'ai pas mentionné tout à l'heure, c'est l'incertitude de savoir
à quel moment termine... puis ça, on
va en reparler, là, sur... tu sais, là, c'est trois ans. Puis là j'entends, là,
la ministre qui a mentionné tout à l'heure qu'il y aurait peut-être lieu
de repréciser à la fin si on va en... si ça va être prolongé, le trois ans,
mais il y a une réalité que ça pourrait affecter les investissements.
Si ça affectait les investissements, bien là, on
aurait, tu sais, un effet pervers de finalement prolonger dans le temps cet
effet pervers là, et c'est... L'incertitude, c'est la pire chose en immobilier.
Il n'y aura pas d'investissement en immobilier, s'il y a une incertitude à
savoir si les gens peuvent récupérer leurs... ou pas. Actuellement, ce n'est
pas rentable de faire du logement, c'est plus payant de laisser à la banque
l'argent. Donc, je trouve ça risqué, en plus de laisser une certaine incertitude, de dire que,
bien, ça pourrait revenir à n'importe quel moment. La ministre l'a mentionné, ça
ne toucherait pas les nouveaux logements, mais l'article qui est proposé, la
proposition d'amendement de la députée de Sherbrooke aurait une incidence sur
les nouveaux logements dans le futur et donc pourrait, finalement, freiner les investissements, même futurs, en
logements locatifs, ce qui serait extrêmement dommageable pour la situation de la crise du logement qu'on vit actuellement.
Donc, je pense que, vraiment, là, il... je ne suis vraiment pas favorable
avec cet amendement-là. Merci.
• (12 h 40) •
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Est-ce qu'il y a
d'autres interventions sur l'amendement? Alors, s'il n'y a pas d'autre
intervention, nous allons placer l'amendement aux voix. Mme la secrétaire...
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Par appel nominal. Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. Mme Labrie (Sherbrooke)?
Mme Labrie : Pour.
La Secrétaire : Mme Duranceau
(Bertrand)?
Mme Duranceau : Contre.
La Secrétaire : Mme Jeannotte
(Labelle)?
Mme Jeannotte : Contre.
La Secrétaire : Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif : Contre.
La Secrétaire : Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire : Mme Gendron
(Châteauguay)?
Mme Gendron : Contre.
La Secrétaire : Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac)?
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) : Contre.
La Secrétaire : Mme Dufour
(Mille-Îles)?
Mme Dufour : Contre.
La Secrétaire : Mme Caron
(La Pinière)?
Mme Caron : Contre.
La Secrétaire : M. Arseneau
(Îles-de-la-Madeleine)?
M. Arseneau : Abstention.
La Secrétaire : Mme Lecours
(Les Plaines)?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Abstention. Alors, l'amendement est rejeté. Nous revenons
donc à l'article 1. M. le député des Mille-Îles... des Îles, on n'est pas
loin, on a «îles». Allez-y. Il y en a un peu plus.
M. Arseneau : Oui, il y en a un
peu... un peu moins de 1 000, bien, on peut dire une douzaine dans
l'archipel des Îles-de-la-Madeleine. J'aimerais déposer un amendement à
l'article 1, si Mme la secrétaire...
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : L'amendement est sur
Greffier? On l'a reçu, on va le mettre sur Greffier. Je vais vous
demander, en attendant, d'en faire la lecture.
M. Arseneau : Avant
que... Oui, OK, je vais retrouver le texte, ce ne sera pas long. Alors, la
proposition est d'ajouter, à la fin de l'article 1 du projet de loi, le
paragraphe suivant :
«Le ministre responsable de l'habitation peut
prolonger le terme prévu au premier paragraphe pour une période n'excédant pas
deux ans.»
Donc, l'article 1 du projet de loi se
lirait ainsi : «Malgré l'article 1959 du Code civil, aucun locataire
ne peut être évincé d'un logement avant le (indiquer ici la date qui suit de
trois ans celle de la sanction de la présente loi) aux fins prévues à cet
article.
«Le ministre responsable de l'habitation peut
prolonger le terme prévu au premier paragraphe pour une période n'excédant pas
deux ans.»
En fait, puisqu'on s'inscrit dans la continuité
du projet de loi n° 31, cette mention-là est la copie
conforme de ce qu'on s'est donné comme
capacité de prolonger les superpouvoirs aux municipalités en ce qui concerne la
construction en suspendant les règlements municipaux, là, qui pourraient
entraver un certain nombre de projets, là.
À ce
moment-là, vous vous souviendrez qu'on avait aussi fixé, de façon assez
arbitraire, la période de cinq ans, et
on trouvait que cette période-là était peut-être longue pour justement ne pas
respecter la réglementation municipale. Et finalement, on a trouvé cette
façon de faire là, en disant : Au bout de trois ans, bien, la ou le
ministre pourra, selon l'information qui est disponible à ce moment-là, les
effets que ça a pu créer, prolonger ou non de deux ans la période de suspension
des règlements et donc les superpouvoirs des municipalités.
Dans ce cas-ci, on pourrait le faire exactement
de la même façon, sans avoir à convoquer à nouveau l'ensemble des parlementaires à une commission parlementaire ou corriger
la loi. C'est une période dont... mentionnée tout à l'heure, de trois
ans, où on peut raisonnablement penser que la crise du logement ne sera pas
derrière nous, que les effets peuvent toujours
être aussi délétères pour les locataires. Et on offre ici la capacité au
gouvernement, à travers les responsabilités du ministre, de prolonger
cette mesure-là pour deux autres années, sur la base d'une évaluation, évidemment, de la situation des cas qui auront été
documentés, et analysés, et soumis au ministre pendant les trois premières
années de l'application d'une telle mesure.
Alors, c'est se donner une certaine marge de
manoeuvre pour pouvoir justement prolonger cette période-là, qui est... qu'on
juge aujourd'hui importante de mettre en oeuvre. Donc, une mesure qui nous
permet de protéger les locataires pour trois ans peut être tout aussi valide
sur cinq ans. On ne s'enferme pas dans un calendrier, mais on se donne cette
latitude-là, cette marge de manoeuvre, cette capacité d'agir, si tout... si
c'est nécessaire. Si, par exemple, la crise
devait s'exacerber plutôt que s'améliorer, bien, à ce moment-là, on aurait deux
ans supplémentaires de protection pour les locataires qui en ont besoin.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. le député. Mme la ministre.
Mme Duranceau : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, on va suspendre quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 45)
(Reprise à 12 h 48)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. Nous en étions à vous, Mme la ministre.
Mme Duranceau : ...on l'a
considérée... (panne de son) ...et puis ça donne au moins une prévisibilité
aussi dans le marché, là. Ça fait qu'il va
falloir que les gens se reposent la question puis aillent de l'avant avec un
projet de loi.
Alors, encore là, toute cette histoire-là, c'est
une question d'équilibre. Je sais que vous parlez de continuité avec la
loi 31. Dans la loi 31, c'est des superpouvoirs, ça fait qu'on enlève
des restrictions. Donc, on voulait que ça perdure plus longtemps. Ici, on met
des restrictions. Donc, il y a lieu de revisiter la question avec l'Assemblée
nationale à ce moment-là. Moi, c'est ce que je préconisais, de consulter plus
que moins sur ça puis de voir aussi... on n'a jamais fait ça, de voir l'impact
sur le marché. C'est un peu ma position.
M.
Arseneau : Si... oui, si vous permettez. L'enjeu que... avec
la présentation de votre approche, de l'approche de la ministre, c'est
qu'on va vivre... Moi, ma crainte, c'est qu'on vive essentiellement la même
chose qu'on vit dans la question des
programmes gouvernementaux. Que ce soit en soutien au développement communautaire,
ou à maints égards, où souvent le programme est terminé, et le temps qu'on en
fasse l'analyse, l'étude des résultats, la... avec les redditions de comptes,
et tout ça, bien là, il y a une période de... soit de suspension du programme
ou de continuité du programme aux mêmes... selon les mêmes conditions, le temps
qu'on décide de le réviser.
• (12 h 50) •
La machine administrative ou la machine
politicolégale du gouvernement étant passablement lourde, j'ai de la difficulté
à penser que, s'il faut remettre en... sur la table un projet de loi, par
exemple, pour continuer une mesure dont on jugerait qu'elle est bonne... que ça
se fasse dans une fluidité totale. Parce qu'on va sûrement nous dire à ce
moment-là : Attendez la fin de la mesure pour qu'on puisse l'étudier. Et
donc on n'a pas de période tampon.
Il
faudrait nécessairement, à mon sens, à moins qu'on me dise qu'on va faire ça
autrement, qu'on commence à étudier l'effet de la mesure au bout d'un an et
demi, de façon à ce qu'on puisse, justement, faire les analyses, la discussion, et ainsi de suite, et d'arriver avec
un nouveau projet de loi, admettons que c'est la voie choisie, qui vienne
se coller à la date de péremption de la mesure qu'on vient de mettre en place,
pour qu'on continue. Donc, on créerait, si on souhaite continuer avec cette
mesure-là, une période de vide qui me semble être dommageable pour à la fois la
capacité, là, de soutenir les gens qui peuvent être victimes d'éviction, mais
aussi, dans le même objectif qu'on mentionnait, d'assurer une certaine
prévisibilité.
Parce que, là, on
pourrait avoir, pendant trois ans, une mesure qui s'applique, pendant six mois,
un an, une mesure qui se discute, puis pendant une autre période, une autre
mesure ou une mesure de continuité nouvelle. Alors, c'est la raison pour
laquelle cette marge de manoeuvre là, le temps qu'on étudie les effets de la
mesure sur trois ans, me semble quand même intéressante en matière de
transition vers autre chose.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : ...Mme la ministre.
Mme Duranceau :
...pour conclure, tu sais, je réitère que je pense que la participation de
tous les élus va être importante rendu là. Je pense qu'il y aura suffisamment
de pression de toute part pour que ce soit pris d'avance, pour qu'il n'y en ait
pas. On va voir les règles transitoires, là, juste entre le dépôt du projet de
loi puis l'adoption. On ne voudra pas de
période de vide comme vous décrivez. On se laisse la... Il va falloir déposer
un projet de loi, mais ça aura le mérite d'avoir suscité les discussions
qui s'imposent dans ce contexte-là, je pense, là.
M. Arseneau :
Mais est-ce qu'on peut voir... Tu sais, dans un calendrier, là, prévisible
sur trois ans, là, quelle pourrait être la façon de renouveler une mesure comme
celle-là sans qu'on crée un vide juridique entre la mesure qu'on s'apprête à mettre en oeuvre et la continuité, si on
voulait, par exemple, la poursuivre? Je voudrais savoir quelle serait la
mécanique d'adopter un... la suite logique à faire?
Mme Duranceau :
...ça a l'air que je n'ai pas de micro, là. On m'a coupée. Bien, la bonne
mécanique ou la bonne logique, c'est une saine gestion, de suivre tes dossiers.
Tu sais, pour moi, là, dans ce dossier-là, si c'est moi qui étais là, je l'ai
sur mon radar, puis il faut que je me prononce dans trois ans, puis que je
présente quelque chose à mes collègues, là,
puis que je le présente d'avance pour... Puis on a des équipes qui sont des
équipes administratives, qui sont là puis qui assurent la continuité.
Alors, j'ose espérer que ça va être... ça va être surveillé.
M. Arseneau :
C'est que, si on se fie à l'expérience passée, là, tu sais, je trouve qu'on
a plusieurs exemples où on n'a pas eu cette rigueur-là, tu sais. Je me souviens
quand... lorsqu'on a adopté le projet de loi n° 17
sur le transport des personnes, sur la loi... la nouvelle loi sur le transport
des personnes, qui modifiait la loi sur le taxi, on avait mené un projet... un
projet pilote pendant trois ans, si je me souviens bien. Avant même d'avoir les
résultats du projet pilote, il a fallu adopter un nouveau cadre législatif pour
permettre, par exemple, les Uber et compagnie. Alors, moi, je pense qu'il y a
des... ça, c'est un exemple que j'ai vécu, parce qu'à ce moment-là on se
disait : On n'a pas fait notre travail.
Aujourd'hui, on a de
nombreux groupes, de nombreux citoyens qui nous disent, tu sais : Pourquoi
une mesure qui fonctionne — je
parlais de milieu communautaire tout à l'heure — ne peut jamais être renouvelée à temps, à
la date d'échéance du programme ou de la mesure? Et ça me semble être, dans
95 % du cas, les résultats que l'État du Québec livre.
Alors, je veux bien
croire que la ministre a beaucoup d'ambition puis pourrait faire preuve d'une
rigueur plus grande que ses collègues ou ses prédécesseurs, mais je... Là où je
suis d'accord avec la ministre, c'est qu'on ne peut jamais trop consulter et mettre
à contribution les élus. Ça, je suis parfaitement d'accord, mais j'ai quand
même une crainte qu'en voulant faire mieux... que l'on fasse moins bien en
matière de protection des locataires.
Et c'est l'absence
d'une période de transition, je le réitère, qui me semble être ici le problème,
pas la volonté de consulter puis d'étudier.
Mais encore une fois, s'il y avait une obligation dans la loi qu'au bout de
deux ans et demi on révise la mesure puis on met en place le mécanisme
pour qu'au bout de trois ans cette mesure-là ne tombe pas caduque, cela me rassurerait davantage sur la
suite des choses. Parce qu'il est bien possible que ni moi, ni la ministre,
ni les autres collègues ne soient là pour dire : Bien, à l'époque, on en
avait discuté puis on s'était tous fait confiance.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci. Mme la ministre.
Mme
Duranceau : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Alors,
est-ce qu'il y a d'autres interventions sur l'amendement? Mme la députée
des Mille-Îles, allez-y.
Mme Dufour :
OK. Voilà. Merci, Mme la Présidente. Je dois dire que je partage l'opinion du
député des Îles-de-la-Madeleine, non pas des
Mille-Îles. C'est très loin un de l'autre, en passant, Mme la Présidente. Il y
a comme... Tu sais, quand j'entends, dans le fond, que, bien oui, on va
suivre ça, puis ce sont nos intentions, etc., je pense qu'il faudrait être plus
précis.
Par contre, je ne suis pas nécessairement
favorable avec la proposition du député de le prolonger d'emblée... du moins,
de le prévoir d'emblée. Pourquoi? Pour la même... les mêmes commentaires que
j'ai émis plus tôt, là, sur l'effet, peut-être,
d'incertitude que ça pourrait créer dans le monde immobilier. Puis je vous le
dis, moi, j'ai des grandes craintes qu'on voie un frein des investissements en
immobilier. Je pense qu'il va falloir le suivre assidûment, voir l'impact. Je
ne sais pas si c'est quelque chose que la ministre a prévu, puis j'aurai
peut-être un amendement, là, à cet effet, là, que je pense que... qui va être
déposé sous peu.
Mais c'est ça, de
prolonger... de prévoir d'emblée de prolonger de deux ans, ça amène, à mon
avis, le même élément, en fait, que ce que la ministre avait dit plus tôt, là.
Elle avait dit : On verra, après trois ans, s'il y a lieu de préciser. Il faudra peut-être mieux s'encadrer sur
c'est quoi qui détermine le moment de fin, mais là on parle de trois ans.
Tu sais, la ministre a dit... a rassuré, je
pense, les groupes de propriétaires en disant : Bien, c'est une mesure qui
va durer trois ans. Tout le monde
s'entend pour dire qu'en trois ans ce ne sera pas réglé, la crise du logement.
Donc, il faudrait peut-être avoir une idée de qu'est-ce qui s'en vient,
du après, parce que, là, il y a vraiment un enjeu de... c'est ça, de possibilités
d'investissement.
Puis de voir... Tu
sais, si on se dit : Bien là, on sait que ça va finir, normalement... la
ministre a dit : C'est dans trois ans, ça finit, mais là on sait que ça
pourrait peut-être s'étirer, puis peut-être au-delà de 10 ans. Est-ce
qu'on va investir? Puis on sait aujourd'hui
que construire du logement, ça prend deux à trois ans du moment qu'on initie
une idée de projet. Puis, avant que les portes soient disponibles, en
bas de deux ans, Mme la Présidente, là, c'est pratiquement impossible, juste
par les délais de la construction elle-même. Et, si on rajoute les délais
d'émission, de faire des plans, etc., bien, ce n'est pas dans trois ans, là,
qu'on va voir ces portes-là, ces nouvelles portes. Puis, on l'a vu, il y a des
mises en chantier qui ont baissé l'an passé. Donc, actuellement, il n'y a pas
d'investissement qui se fait.
Ça fait que... est-ce
que ça va retarder même l'idée, au-delà du trois ans, en se disant : Bien,
on attendra quelle est l'intention après le trois ans? C'est ma crainte. Et là,
si on rajoute un deux ans, tu sais, l'idée même d'un deux ans, je pense qu'on s'en va, là... on pourrait s'en aller dans le
mur. Puis malheureusement, on va le savoir qu'on va être rendus dans le
mur seulement quand on va être rendus dedans. Donc, c'est pour ça que j'aurai
un amendement ultérieurement, là. Je vois le temps, ça fait que je vais
m'arrêter ici.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. Alors, compte tenu de l'heure, la commission va suspendre ses
travaux jusqu'à 14 heures. Alors, bon dîner à tous, à toutes.
(Suspension de la séance à
13 heures)
(Reprise à 14 heures)
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
des relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Je vous rappelle que
nous sommes sur l'étude détaillée du projet de loi n° 65, Loi limitant le
droit d'éviction des locateurs et renforçant la protection des locataires aînés.
Nous
en étions sur un amendement déposé par le député des Îles-de-la-Madeleine. Est-ce qu'il y a encore des discussions sur l'amendement? Alors, est-ce
qu'il y a encore des discussions sur l'amendement du député des Îles-de-la-Madeleine? S'il n'y a pas d'autre
discussion, question, nous allons placer l'amendement aux voix. Est-ce que
l'amendement est adopté? Est-ce qu'il est adopté?
Une voix : ...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Vote par appel nominal. Mme la
secrétaire.
La
Secrétaire : Pour, contre, abstention.
M. Arseneau
(Îles-de-la-Madeleine)?
M. Arseneau :
Oui. Pour.
La Secrétaire :
Mme Duranceau (Bertrand)?
Mme Duranceau :
Contre.
La Secrétaire :
Mme Jeannotte (Labelle)?
Des voix : ...
Mme Jeannotte :
Contre, contre, excusez.
La
Secrétaire : Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin
Roy : Contre.
La Secrétaire : Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz :
Contre.
La Secrétaire : Mme Gendron
(Châteauguay)?
Mme Gendron :
Contre.
La Secrétaire : Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif : Contre.
La Secrétaire : Mme Dufour
(Mille-Îles)?
Mme Dufour : Abstention.
La Secrétaire : Mme Caron
(La Pinière)?
Mme Caron : Abstention.
La Secrétaire : Mme Lecours
(Les Plaines)?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Abstention.
La Secrétaire : EtMme Labrie
(Sherbrooke)?
Mme Labrie : Pour.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, nous retournons à l'article... Oh! il est rejeté, pardon,
je m'excuse. Alors, nous retournons à l'article 1. Est-ce qu'il y a
d'autres interventions sur l'article 1? Mme la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Alors, je vais revenir à l'essence de l'article, là, dans le fond.
On souhaite, avec cet article, mettre une pause sur les évictions. Il y a... Je
me demandais, parce qu'on a reçu finalement... Puis d'ailleurs je remercie les
équipes, là, qui nous ont fourni l'analyse d'impact réglementaire. On peut lire
des éléments là-dedans, mais est-ce... Ce qu'on n'a pas vu, c'est si ça a été
évalué qu'il y ait... disons, l'impact sur les investissements immobiliers. On
voit qu'il y a des coûts pour les propriétaires qui sont estimés, mais, si on a
évalué l'impact sur les investissements potentiels pendant la période du
moratoire, ça, ce n'est pas indiqué dans cette analyse-là. Donc, j'ai entendu la ministre mentionner que vous aviez été
rassuré qu'il n'y en aurait pas, mais j'aimerais plus de détails, parce
que ce n'est pas dans le document.
Mme Duranceau : Oui, bien, deux
choses. Encore une fois, les évictions ou le moratoire sur les évictions visent
des immeubles existants, donc dans lesquels il y a des gens. Puis là on
dit : Vous ne pouvez plus évincer ces gens-là.
Alors, ça ne vise pas les nouveaux investissements. L'analyse réglementaire, ce
qu'elle relate... Puis c'est une analyse un peu hypothétique, là, parce
que, dans le fond, on vient dire : Bon, bien, les évictions, elles ont
lieu pour fins de subdivision,
d'agrandissement, de changement d'usage dans tant de pour cent des cas, et
puis... puis là on donne une valeur aux conversions, tu sais, aux
changements d'usage, une valeur aux agrandissements puis une valeur aux subdivisions, qui ne pourront pas être faites dans
les trois premières... dans les trois prochaines années, mais elles vont
quand même pouvoir se faire subséquemment.
Alors, c'est un peu théorique comme manque à
gagner, c'est plus différé dans le temps, tant qu'à moi. Puis, dans tout ça,
puis je l'ai dit à quelques reprises aussi à la députée de...
Une voix : ...
Mme Duranceau : Sherbrooke, je
m'excuse, je devrais savoir... quand on a eu des discussions, tu sais, on est
dans la recherche d'un équilibre, puis un petit peu de... voyons, c'est la
balance des inconvénients. Alors, effectivement, sur le plan économique, bon,
bien, on retarde peut-être certains projets, ça fait qu'il y a un impact
économique à ça. Mais là, moi, je pense que cet impact économique là, peu
importe le chiffre, honnêtement, il ne vaut
pas les drames que plusieurs vivent en ce moment. Ça fait que, tu sais, je
n'aime pas ça, l'impact économique, mais, dans le contexte, je pense qu'il faut qu'on sauve les gens ou qu'on...
Alors, c'est ça que je peux fournir comme commentaire.
Mme Dufour : OK. Quand on met
en parallèle la cession de bail, il y a eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de discussions
sur la cession de bail, c'étaient aussi des drames qu'on parlait puis que la
cession de bail était une des façons que les gens discriminés... le plus
souvent discriminés, avaient accès à un logement. On n'a pas eu la même
perception, du moins, de la mesure, de l'importance de la mesure. Qu'est-ce qui
a changé entre, disons, février et maintenant?
Mme Duranceau :
Absolument rien dans ma tête quant à la cession de bail. Ici, on n'est pas
en train de... on est en train de mettre une pause sur une mesure qui existe.
On met une pause puis on dit : Dans trois ans, on reprend.
Dans le cas de la
cession de bail, elle est... elle demeure. On est venus la recalibrer, parce
que l'outil n'était pas utilisé ou l'article de loi n'était pas utilisé pour les
raisons pour lesquelles il avait été inséré dans la loi au départ. Donc, c'est
deux contextes différents, là, tant qu'à moi.
Mme Dufour : Mais
reste que c'était un outil qui est... qui était utilisé par les citoyens pour
avoir accès à des logements, qui n'ont toujours pas accès. Là, c'est sûr
qu'on... un moratoire sur les évictions, ça vient faire en sorte que les gens
ne seront pas évincés de leur logement, mais ça ne leur donne pas d'accès à des
nouveaux logements qui... On sait, il faut
travailler sur l'offre, mais la cession de bail, c'était aussi une façon
d'avoir accès à des logements.
Mme Duranceau :
Mais ce n'est pas la bonne mesure dans les circonstances. Avec la
loi 31, on a modernisé différents
aspects de la loi, dont la cession de bail, dont les compensations en contexte
d'éviction. Il fallait moderniser ça,
qu'il y ait une crise du logement ou pas. Donc, ce n'était pas... on n'était
pas du tout dans le même contexte. Là, on est dans un contexte où on
veut introduire un moratoire. On n'est pas en train de dire que les mesures ne
sont pas bonnes. Au contraire, on les a modernisées, on est en train de
dire : On ne veut plus d'éviction pour trois ans dans un contexte où le
marché n'offre pas d'alternatives aux locataires.
Mme Dufour : Oui. Je vous soumets
qu'on aurait pu attendre trois ans pour changer les règles pour la cession
de bail aussi, parce que la situation est aussi critique pour ces gens-là.
Mais pour revenir, donc, à... le potentiel, du
moins, d'effet économique, là, sur le moratoire... que le moratoire d'évictions
pourrait avoir, est-ce qu'on a évalué... parce que vous avez mentionné qu'on ne
pense pas qu'il y aurait un impact sur les investissements, mais qu'en
est-il des... en tout cas, pas pour la création de nouveaux logements, mais
qu'en est-il pour la rénovation des logements existants? Est-ce qu'on en a
évalué l'impact? C'est-à-dire que le fait que pendant trois ans, par exemple,
des gens pourraient ne pas investir dans leur logement, donc ne pas le mettre à
niveau, combien de logements vont dépérir? Est-ce qu'il y a des logements qu'on
va perdre complètement? Est-ce que ça, ça a été évalué?
Mme Duranceau :
Bien, si les gens considèrent qu'il y a une nécessité d'évincer pour
rénover, c'est capturé dans l'analyse économique, là, ou dans les hypothèses
qui ont été prises en compte.
Par ailleurs, je le
redis, c'est... le moratoire, ça ne vise pas les travaux majeurs qui sont
requis. Donc, ça, c'est toujours possible de le faire, et la... on ne touche
pas à cet aspect-là de la loi.
Mme Dufour :
Est-ce qu'on peut définir «travaux majeurs»? Est-ce que c'est défini dans
la loi, comment on... ou dans la
jurisprudence, là, qu'est-ce qu'on entend par «travaux majeurs»? Parce que, là,
ce n'est pas démolition, ce n'est pas subdivision, ce n'est pas
agrandissement. Donc, c'est quoi, «travaux majeurs»?
Mme Duranceau :
Bien, je pense que, de manière générale, c'est des travaux qui requièrent
que la personne sorte de l'immeuble...
Mme Dufour :
Mais qu'elle sorte...
Mme Duranceau :
...parce qu'ils sont trop envahissants comme travaux, là.
Mme Dufour :
Oui, mais là j'imagine que ça veut dire qu'on parle de sortir de façon...
Mme Duranceau :
Temporaire.
Mme Dufour :
C'est temporaire, pas permanent, là. L'éviction, c'est permanent.
Mme Duranceau :
Oui.
Mme Dufour :
OK. Mais c'est quoi, des «travaux majeurs»?
Mme Duranceau : Mme la Présidente,
peut-être, je vais laisser le président du tribunal commenter, là, si on veut citer
de la jurisprudence ou...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Allez-y.
Des voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...consentement,
je m'excuse. Tantôt, c'était M. le sous-ministre. Alors, consentement?
Consentement. Juste vous présenter, s'il vous plaît.
M. Simard
(Patrick) : Oui. Merci, Mme la Présidente. Patrick Simard, je
suis président du Tribunal administratif
du logement.
Alors, on réfère, dans ce cas-là, à
l'article 1922 du Code civil du Québec. Alors, ce sont évidemment toujours des cas d'espèce où est-ce qu'il y a une
évaluation du tribunal, mais évidemment de la partie qui est visée, là, celle
qui envoie l'avis, là, pour faire ces travaux-là, qui, elle, va dans son âme et
conscience voir est-ce qu'il s'agit là d'une intervention de travaux majeurs ou
non, tout d'abord, et, par la suite, si le tribunal est appelé à intervenir, de
voir les circonstances, d'une part.
Mais des travaux majeurs, ce sont des
réparations, des rénovations qu'on va qualifier d'importantes. On ne va pas, par exemple, changer uniquement des portes
d'armoire, on ne va pas juste changer les armoires. Tu sais, il y a un caractère
d'intrusion, je vous dirais, que le tribunal va analyser, et c'est à ce
moment-là que, par la suite, on met en oeuvre les dispositions 1922 sur
les indemnités. Et, encore une fois, ce n'est pas une éviction, c'est une
évacuation, c'est différent, évacuation temporaire. Donc, il y a un élément de
distinction important à faire.
Donc, c'est des travaux, généralement, qui vont
procurer de la plus-value, améliorer la qualité de vie des occupants. Donc,
c'est une intrusion davantage dans le logement que des simples réparations.
• (14 h 10) •
Mme Dufour : Vous avez
mentionné : Le tribunal va regarder, mais ce n'est pas systématique que ça
va au tribunal...
M. Simard (Patrick) : Effectivement.
C'est dans la mesure où les parties ne conviennent pas ensemble des modalités
de l'évacuation temporaire, absolument.
Mme Dufour : OK. Puis là
l'évacuation implique de payer un dédommagement pour le déménagement, par
exemple, à l'hôtel, ou peu importe. OK.
M. Simard (Patrick) : Absolument.
Mme Dufour : OK. Ça fait que je
vais revenir à la subdivision de tout à l'heure, là. C'était une de mes
premières questions. Je crois que Mme la ministre a mentionné que, bien, ça
allait de soi que la subdivision pourrait être... il y aurait des cas que ce
serait possible de le faire, en autant, tu sais, que la personne, par exemple,
si elle est... Dans le fond, ce que je voulais savoir, c'est : Si la
personne est mise à l'extérieur temporairement, le temps de faire une
subdivision, puis qu'on lui offre un retour...
Tu sais, je donnais l'exemple d'un grand, grand
logement qui serait séparé en deux quatre et demi ou une maison transformée en
duplex. À ce moment-là, la personne, si on lui offre de revenir, ce n'est pas
considéré une éviction. C'est bien ça? Donc, c'est travaux majeurs, à ce
moment-là, ou l'équivalent de... Donc, l'éviction pour subdivision, c'est quand
on dit : Je vais subdiviser, puis, pour cette raison-là, tu ne peux
plus...
Mme Duranceau : Je t'évince, je
t'envoie un avis d'éviction.
Mme Dufour : ...tu ne peux plus
rester dans le logement. Et là, ça, ça pourrait... Tu sais, dans le fond, il
pourrait y avoir des cas où il y a... ça aurait été souhaitable de faire le
projet de subdivision. Je donnais l'exemple d'une maison, par exemple, qui
devient une maison de chambres. Là, ce que je comprends... ces projets-là ne pourraient pas se faire sauf si la personne qui
réside là accepte d'y retourner. Mais on s'entend que quelqu'un qui loue
un plus grand logement n'acceptera peut-être jamais d'aller dans un plus petit
par la suite. Donc, il y aurait des pertes de potentiel de nouveaux logements,
là.
Mme Duranceau : Un moratoire,
ça empêche les gens de faire des choses, là. On est d'accord là-dessus, je suis
entièrement d'accord.
Mme Dufour : Donc, ça pourrait
freiner des projets qui rajouteraient des logements?
Mme Duranceau : Ça pourrait
freiner des projets, peut-être, dans ce cas-là, qui rajouteraient des
logements. Mais la personne qui se fait
mettre à la porte, elle n'a pas d'option. C'est ça que je pense que
collectivement on veut freiner en ce moment.
Alors, oui, je suis d'accord qu'il y a des
impacts. C'est restrictif ou ce le sera peut-être pour certains propriétaires.
Ça, je suis bien d'accord avec ça, il y a des impacts économiques. Mais, si on
fait les pour et les contre de tout ça, je
pense qu'en ce moment c'est plus négatif de faire en sorte qu'il y ait des gens
qui se retrouvent dans la rue, puis il y a des impacts sur plusieurs
facettes de notre société du fait que les gens se retrouvent à la rue, que ce
soit sur le plan de l'itinérance, de la
santé. Alors, c'est pour ça que, probablement, collectivement, on va décider
d'aller là, même si c'est inhabituel,
même si, pour des raisons économiques, on n'aime pas ça, mais pour des raisons,
je dirais, humanitaires, on est rendus là, là.
Mme Dufour : Oui, mais s'il y a
des projets qui ne se font pas, qu'on aurait faits pour des raisons
humanitaires, puis on ne les fait pas parce qu'on ne peut pas évincer certaines
personnes, mais qu'ils auraient permis d'en accueillir d'autres — par
exemple, je pense à des maisons de chambres, je pense à s'il y avait une
ressource en itinérance, mais que pour ce faire elle a
besoin d'un logement en particulier — ça, ce serait mis sur pause
pendant trois ans, donc... Donc, il y a ce risque-là. On n'a pas... Peut-être
qu'on aurait pu prévoir des exceptions, comme, de cet ordre-là, si c'est pour
faire davantage de logements, par exemple, pour une clientèle précise.
Mme Duranceau : Oui. Il y en a
qui se prétendent des bons samaritains puis qui subdivisent en ce moment. Puis,
dans le fond, tu sais, ce n'était pas... ce n'était pas toujours de bonne foi.
Moi, j'ai l'impression que, dans un cas comme celui qui est décrit là,
quelqu'un qui veut faire une maison de chambres, il est déjà dans une
philosophie d'aider. Alors, tu sais, on ne peut pas tout prévoir puis on veut
rester aussi... on veut que ce soit... Il y a un mérite à la simplicité
là-dedans. Ça fait que j'imagine, dans le cas, là, d'une maison de chambres,
bien là, on aurait quelqu'un qui essayerait d'aider puis d'en venir à une
entente avec la personne qui est déjà là. Si c'est quelqu'un qui veut héberger
du monde puis aider, bien, ce ne sera pas au détriment de mettre quelqu'un à la
rue.
Mme Dufour : Oui, je comprends.
Par contre, la personne qui a déjà quelque chose de très, très spacieux à
faible coût n'aura peut-être pas envie d'être déplacée ailleurs, donc pourrait
même refuser, dans le fond, un plan de déplacement, là. Cette personne-là, même
si on lui...
Mme Duranceau : Ah! c'est
effectivement un des risques.
Mme Dufour : Là, il n'y a même
pas la possibilité d'avoir l'indemnité pour éviction, par exemple, qui a été
négociée, tu sais, qui a été mise dans le 31, là. Cette indemnité-là, dans le
fond, elle n'existera pas avant trois ans, là.
Mme Duranceau : Bien, je le
répète, les gens peuvent s'entendre entre eux, là. Ça, c'est... Le meilleur des
scénarios, c'est que les gens s'entendent entre eux. Si tu n'es pas évincé puis
tu restes dans l'immeuble, bien non, tu n'as
pas de... tu n'as pas de compensation, tu restes chez vous. Puis, si les gens
s'entendent pour que la personne quitte, bien, elle va quitter, mais elle va
s'être entendue pour quitter à certaines conditions, incluant sans doute une
compensation.
Mme Dufour : Mais on n'aurait
pas pu prévoir peut-être une exception pour des projets d'OBNL qui ont pour but
d'ajouter des logements, tu sais, de prévoir cette particularité-là qui
n'arrivera pas souvent? Puis là ce n'est pas... on ne parle pas d'un bon
samaritain qui se prétend et qui divise pour, dans le fond, louer plus cher,
là. Ce n'est pas ça, mais on aurait peut-être pu prévoir des exceptions.
Sinon, autrement, il y a des projets que
peut-être, pour les faire, on va devoir utiliser la clause 2, mais là ça
va être du... du «spot zoning», qu'on appelle en... dans le zonage, ce qui
n'est pas souhaitable non plus. Donc, de prévoir une exception, ce ne serait
pas quelque chose d'envisageable?
Mme Duranceau : Je
ne sais pas si on a besoin d'aller là. Honnêtement, si un OBNL veut faire un
projet, il a à coeur les gens qu'il veut aider, qu'ils soient itinérants
ou qu'ils aient une condition autre, puis il va en tenir compte dans
l'élaboration de son projet, là.
Mme Dufour : Ah! je n'ai pas de
doute. Je n'ai pas de doute, mais, des fois, la personne qui, elle, a un bien
ou qui est dans un logement, elle, elle a juste à dire : Non, je refuse
l'entente que tu me proposes, peu importe c'est quoi, et c'est bloqué pendant
trois ans. Tu sais, il est là, l'enjeu. C'est que, là, c'est... s'il n'y a pas
d'entente, il n'y a pas d'éviction possible, même s'il y a un dédommagement
proposé, même s'il y a de l'argent qui est offert, même si c'était supérieur à
l'indemnité d'éviction, tu sais.
Mme Duranceau : Je pense, c'est
le... c'est ça, l'intention du législateur, là. C'est de mettre une pause sur
le marché, en ce moment, sur des transactions qui sont spéculatives. Si elle
n'est pas spéculative puis que tout le monde est de bonne foi...
Mme Dufour : Bien, ce n'est pas
toujours : Tout le monde est de bonne foi.
Mme Duranceau : Bien, est-ce
que vous avez une proposition concrète à faire ou...
Mme Dufour : Bien, moi, ce que
je proposerais, ce serait une exception, là, dans le cas où on parle d'un
projet qui, pour le bien social, tu sais, pour le bien-être de tous, pour la
société et que la personne a... tu sais, a un plan
de relocalisation en bonne et due forme... Tu sais, si la personne refuse, elle
peut être de mauvaise foi, mais est-ce qu'on va bloquer un projet pour
ça? J'espère que ce n'est pas ça, l'intention du législateur.
Mme Duranceau : Bien, ça, c'est
ce que vous soulevez, là. Moi, ce n'est pas mon intention du tout, là.
Mme Dufour : Non,
mais c'est parce que... Non, c'est les mots que vous avez dits juste avant,
«c'est ça, l'intention».
Mme Duranceau : L'intention du
législateur, c'est de mettre une pause sur les transactions immobilières de
nature spéculative. Là, on va-tu se retrouver avec un OBNL qui veut faire un
projet puis que les gens ne veulent pas? Il y a beaucoup de paramètres, puis légiférer sur
trop d'hypothèses, je ne suis pas sûre que... en tout cas, on me dit que
ce n'est pas nécessairement souhaitable, là. Alors, on n'est pas allés là.
Mme Dufour :
Non, pas nécessairement, mais, tu sais, l'objectif, c'est de ne...
d'arrêter les transactions spéculatives. Et je le comprends, on l'a dénoncé
en... à maintes reprises que c'était une problématique actuellement. Mais il ne faut pas que l'effet pervers de la
mesure vienne empêcher des projets qui, eux, ont juste pour objectif d'aider
les plus démunis. Puis, tu sais, il y a plein de cas de figure de projets, là,
qui auraient pu se faire, qui pourraient se faire et qui pourraient être
impactés, là.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : OK. La députée de Sherbrooke voulait
réagir.
Mme Labrie :
Oui, bien, je comprends la préoccupation de ma collègue de Mille-Îles,
mais, en tout cas, moi, je n'ai pas eu connaissance de projets, par exemple,
d'organismes à but non lucratif, qui se faisaient par le biais d'éviction, là,
comme ça, là. Peut-être que d'autres pourraient nous éclairer, peut-être, si
elle a eu vent d'exemples comme ça. Je sais
que ma collègue a été impliquée au milieu municipal depuis longtemps, peut-être
qu'elle connaît des exemples. Moi, je n'ai jamais vu ça. La seule fois
où j'ai vu qu'il y avait des évictions pour un projet d'organisme à but non lucratif, en tout cas, dans ma
circonscription, ça avait été de la démolition d'immeubles particulièrement
vétustes qui avait été autorisée par la ville. Et ça, c'est prévu que ça
va continuer de pouvoir être possible, là, dans ce qui est actuellement devant
nous comme projet de loi.
Donc, moi, je ne suis
pas inquiétée par ça. Les organismes à but non lucratif peuvent soumettre des
projets. Habituellement, ils construisent des nouveaux immeubles, donc ils
n'ont pas besoin d'évincer des gens pour faire ça. Moi, je n'ai aucun exemple
qui me vient, là, d'une situation comme celle-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Allez-y. Allez-y, le micro va
s'allumer.
• (14 h 20) •
Mme Dufour :
Bien, ce ne sera pas enregistré. Bon, voilà, je ne parlerai pas si je n'ai
pas de micro. Non, oui, il y a définitivement des cas de projets. Tu sais, les
ressources intermédiaires, par exemple, c'est des... souvent, ça va venir
s'implanter dans des propriétés privées de... Écoutez, si, par exemple, il y a
quelqu'un qui loue la propriété, elle n'a pas le choix que d'évincer pour
pouvoir faire le projet. Donc, oui, ça peut arriver effectivement. Moi, j'ai un
cas dans mon ancien... Lorsque j'étais élue municipale, une ressource
intermédiaire s'est implantée dans une maison d'une propriété, puis la personne
a dû quitter, mais ça a permis de loger... Je pense qu'il y a neuf personnes
dans cette ressource intermédiaire là, donc ce n'est quand même pas rien.
Et le cas que je
citais, qui est une dame qui a fait une maison de chambres... Là, il va falloir
que je retrouve l'article pour trouver la ville, là, mais c'était lundi, dans
les... ma revue de presse de lundi. Donc, une maison de chambres, c'est huit
personnes. Donc, c'est des projets, effectivement, qui pourraient tomber à
l'eau, du moins, être retardés à des moments qu'on ne peut pas se permettre de
retarder ça puis... Ça fait que moi, je pense qu'il faut juste le prévoir, parce que, du moment qu'on va être...
du moment que ça va faire un article dans le journal, là, bien là, ça va prendre
des mois et des mois à corriger le tout.
Donc, tu sais, on est
ici pour étudier article par article. Ça fait que, si on peut prévoir une
exception qui vient régler cette faille-là potentielle, bien, faisons-le
maintenant, là, juste pour ne pas s'attacher puis que finalement après on soit
pris que... C'est ça.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie :
Je vais reprendre un tour de parole, parce que l'intention, elle est bonne.
Je pense que ça pourrait quand même créer
des problèmes de faire ça puis je vais vous donner un exemple très précis, là.
Ma collègue de Verdun,
dans sa circonscription, a dû se battre, parce que des locataires recevaient un
avis d'éviction de la part de leur propriétaire qui sous-entendait
qu'ils étaient évincés parce qu'il voulait justement faire du logement social
dans ce bâtiment-là, ce qui était faux par ailleurs. C'était faux. Elle a dû
accompagner les locataires devant le TAL pour contester
ces avis d'éviction là qui étaient... je ne sais pas si «frauduleux» est le bon
mot, mais, en tout cas, il était mentionné dans l'avis d'éviction envoyé
par le propriétaire à plusieurs locataires qu'ils étaient évincés pour faire du
logement social. Puis ces gens-là ont eu le réflexe de dire : Ah! c'est
plate, mais, en même temps, c'est pour une bonne cause. Et puis, s'il n'y avait pas eu, au moins, un d'entre eux qui était allé
voir au bureau de circonscription pour faire : C'est quoi, ce
projet-là, puis que l'enquête n'avait pas été faite par la députée pour
dire c'est quoi, ce projet-là, puis de se rendre compte qu'il n'y avait
aucun projet dans ce bâtiment-là puis que finalement le propriétaire avait
utilisé un motif à tort, bien, ces gens-là auraient été évincés.
Ça fait que moi,
je... Ceci existe déjà. Ça s'est passé dans la circonscription de Verdun,
utiliser un faux motif de projet d'organisme à but non lucratif.
Ça fait que moi, je
nous suggère de ne pas prévoir cette disposition-là d'exception que ma collègue
semble vouloir proposer, parce que ça ouvrirait la porte à des tentatives
immorales, comme celle-là, de chercher une voie de contournement du moratoire. Puis moi, ça, ça m'inquiète, d'autant plus
que c'est une pratique qui a déjà été tentée, là, par des propriétaires,
là. De fait, ça a été médiatisé, par ailleurs, dans Verdun, là.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : On est juste sur
l'amendement, il n'y a pas encore d'autre proposition, là. Alors, on va
rester sur l'amendement.
Une voix : ...
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : C'est ça. Il n'y a pas
d'amendement encore, là. On est toujours sur l'article 1.
Des voix : ...
Mme Labrie : Non, mais
j'indique que moi, en tout cas, je serais défavorable à créer une exception
comme celle-là, parce que je pense que ça ouvre une brèche qui pourrait générer
des abus. Puis on a vu des situations comme celles-là déjà.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Parfait. Mme la députée.
Mme Dufour : Oui,
merci. Bien, écoutez, vous l'avez... la députée de Sherbrooke
l'a mentionné, c'est une situation, disons, frauduleuse, faux motifs. Et, des
faux motifs, il y en aura d'autres sûrement, parce que c'est la nature
humaine, des fois, d'essayer de détourner.
Puis un des motifs qui va rester permis, c'est de l'éviction pour démolition,
par exemple.
Donc, on serait... on se transporte en 2025, le
cas que la députée de Verdun a vécu, bien, à ce moment-là, ça pourrait être...
bien, au lieu de recevoir pour logement social, il recevrait une note que c'est
une éviction pour faire une démolition. Donc, la même situation pourrait
intervenir déjà. Là, c'est de permettre, pour ne pas brimer des gens qui, de
bonne foi, vont vouloir faire des projets qui vont vraiment être pour le bien
commun, pour des cas de fraude qui, de toute
façon, risquent d'arriver pour ces gens-là. Parce que, si ces gens-là ont
tenté, dans le passé, de détourner la loi, ils tenteront, d'une autre
façon, de le faire.
Donc, moi, ce que je soulève, c'est qu'il y a
des projets qui pourraient être pénalisés, la façon que c'est écrit
présentement, et qu'on devrait se donner une porte de sortie dans le cas où...
puis que la personne, on lui offre tout ce qu'il
y a à offrir, là, pour ne pas que ce soit une éviction dramatique, mais qu'elle
refuse tout de même et qu'elle empêche un
projet, c'est là que j'ai peut-être un enjeu, là. Puis, tu sais, je peux
imaginer, là, que ça pourrait faire les nouvelles...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Est-ce que...
Mme Dufour : ...qu'on priverait, par
exemple, d'une... une ressource intermédiaire, par exemple, alors que ma collègue... Tu sais, on voit qu'il y a
tellement de besoins chez les aînés, mais aussi chez les personnes, par
exemple, à mobilité réduite. Il y a tellement de besoins de ressources
intermédiaires, il y a un risque de se priver de potentiel, là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur
l'article 1? Oui, allez-y.
Mme Labrie : Je vais être très
brève, mais effectivement, comme ma collègue l'a mentionné, les gens vont
chercher un chemin, hein, pour essayer de contourner le moratoire. On peut
penser que certains vont évoquer... vont utiliser frauduleusement une reprise
de logement pour faire sortir un locataire sans que ce soit effectivement une
reprise de logement, puis des locataires pourraient se faire avoir de cette manière-là.
Donc, j'aimerais juste, peut-être, que
M. Simard nous éclaire sur qu'est-ce qui est fait, là, du côté du tribunal
du logement pour faire des vérifications, là. Par exemple, est-ce qu'on peut
manifester très clairement, là, que des vérifications sont faites, que quand
les gens demandent une reprise de logement, que c'était bel et bien pour une
reprise de logement et qu'on s'assure d'éviter que ce soit une brèche que les
gens utilisent, là, sans que ce soit légitime,
puis qu'il n'y ait pas de vérification qui soit faite, jamais, en fait? Est-ce
qu'on peut nous confirmer qu'il y aura des vérifications qui vont être
faites par le TAL, peut-être dans l'année qui suit, par exemple, pour s'assurer
que c'était bel et bien une reprise?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Allez-y.
M. Simard (Patrick) : Merci,
Mme la Présidente. Alors, rappelons-nous peut-être la règle lorsque quelqu'un
reçoit un avis de reprise. À défaut de réponse, le locateur doit entreprendre
une démarche comptable. Le locataire répond
en disant : Je m'y objecte. Le locateur doit également faire une démarche
comptable. Et, dans ce cadre-là, les juges du tribunal sont appelés à
questionner les parties, à voir la véracité des propos, la vraisemblance du
projet. Et même au-delà de ça, la
jurisprudence a été développée de manière assez stricte chez nous maintenant,
où est-ce que le bénéficiaire de la reprise doit également être présent
au moment de l'audience pour que la crédibilité de ce bénéficiaire soit
également testée par le tribunal.
Donc, c'est dans ce cadre-là que les
interventions se font, et je pense qu'on a de grands succès par cette
analyse-là au départ. Il n'y a aucun tribunal cependant que je puisse
imaginer... j'allais dire connaître, mais même imaginer qui fait le suivi de ses décisions, cependant. Alors, c'est là
que s'arrête l'intervention du TAL. Mais évidemment, dans la mesure où
la vraisemblance du projet apparaît au TAL, la qualité de la démonstration nous
permet d'autoriser la reprise, mais que dans les faits,
elle ne se réalise pas, rappelons-nous que le locateur doit demander la
permission avant de le remettre sur le
marché, où est-ce qu'encore une fois le TAL aura une appréciation à faire des
circonstances qui amènent la... qui ont amené la reprise et l'absence de projet
qui aboutit d'une part, et, d'autre part, il y a possibilité de
dommages-intérêts, dommages-intérêts, également, punitifs. Je n'en ferai pas le
recensement. Il s'agit de lire les journaux pour voir où le TAL se situe de
plus en plus.
Alors, je pense que
les mesures en place actuellement nous permettent d'accomplir correctement
l'objectif que vous recherchez.
Mme Labrie :
Donc, si je comprends bien, c'est systématique, que, si quelqu'un veut
faire une reprise de logement, ça va se
retrouver devant le TAL, et le bénéficiaire de cette reprise-là va devoir être
présent, et la crédibilité de tout ça va être évaluée. Ça, c'est
systématique pour chaque reprise de logement. Ça fait que ça vient quand même
complexifier la tâche, là, à un propriétaire qui voudrait tenter d'invoquer ce
motif-là.
M. Simard (Patrick) : Il
y a évidemment l'exception de... du consentement, si on accepte la reprise,
évidemment.On ne saisit pas le tribunal, s'il y a une
acceptation, s'il y a consentement entre les parties.
Mme Labrie :
D'accord. À ce moment-là, je vais me permettre de suggérer fortement à la
ministre, qui avait l'intention de faire une campagne d'information sur les
droits des locataires, d'insister beaucoup là-dessus. Parce que moi, j'en ai vu, par exemple, des locataires,
notamment des aînés, qui reçoivent un avis de reprise ou qui se font menacer de
reprise alors que leur propriétaire, c'est une compagnie à numéro, là. Ce n'est
pas possible qu'il fasse une reprise, mais ils se font quand même menacer de ça
puis ils en ont peur. Donc, j'inviterais fortement à ce que la campagne
d'information sur les droits tienne compte de ça.
Mme Duranceau :
Je suis d'accord.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
...je pense qu'en complément d'information sur la question des reprises,
vous avez fort bien expliqué comment ça fonctionne. Est-ce qu'il y a une
augmentation? Est-ce que vous constatez une augmentation, justement, des cas de
reprise, disons, litigieux, soumis au Tribunal administratif du logement? Et
quelle est, je dirais, l'issue de la
majorité des cas, là, qui vous sont soumis? Est-ce qu'il y a des cas, en fait,
qui sont résolus à la faveur du locataire ou est-ce que c'est davantage
le locateur qui obtient gain de cause?
• (14 h 30) •
M. Simard
(Patrick) : Je ne peux pas vous informer de la proportion de demandes
qui réussissent ou pas devant le TAL. Et, même si j'avais ces chiffres-là, ils
ne seraient pas une démonstration de quelque phénomène que ce soit, parce que
ça dépend vraiment de la qualité de la présentation du dossier, la qualité de
la présentation de la preuve, qualité du témoignage, les interventions des
parties parfois également. Donc, je ne peux pas vous informer de ce qui
réussit, de ce qui ne réussit pas.
Je serais tenté de
vous dire cependant que lorsque le TAL est saisi d'une demande,
vraisemblablement, on s'attend à ce qu'il y ait un enjeu et on pourrait
s'attendre à ce qu'effectivement le TAL peut-être soit davantage amené à
refuser peut-être la reprise qui, par ailleurs, aurait pu être acceptée par les
parties. Lorsqu'on saisit le tribunal, c'est parce qu'on pense faire valoir un
droit. Dans la mesure où on le démontre, bien, en principe, on aboutit à la
solution recherchée, c'est-à-dire de mettre fin au projet de reprise lorsque le
locataire fait cette démarche-là.
Donc, c'est tout ce
que je pourrais vous offrir comme réponse, parce que c'est vraiment à chaque
fois des situations qui sont analysées à la lumière des faits qui sont présentés
en fonction de l'ensemble des circonstances, et il n'y a pas de règle de oui ou non, de... passez-moi l'expression, mais
il n'y a pas de switch, là, «on-off» où est-ce qu'on coche les cases puis ça réussit. Il faut
convaincre le juge, là, que le projet est bon. Alors, on peut en être convaincu
sans réussir à convaincre l'autre, et là le projet n'aboutit pas non
plus. Alors, voilà.
M. Arseneau :
Oui. Bien, en fait, j'apprécie votre réponse, mais elle ne me... elle ne me
satisfait pas complètement dans la mesure où ma question, c'est :
Factuellement parlant, est-ce qu'on a un nombre de cas de reprises qui sont
soumis au tribunal qui augmente... et évidemment, la question que je vous
posais : est-ce qu'on ne peut pas craindre raisonnablement que
lorsqu'on ferme la porte aux évictions, que l'on voie le nombre de reprises
contestées augmenter?
Alors, moi, je
voudrais savoir si on a une base de données factuelles pour que, dans deux ans
et demi, quand on va regarder ce qui se passe, là, voir... de dire : Tous
ceux qui voulaient faire des évictions, qui n'ont plus le droit de le faire,
bien, est-ce qu'ils font des reprises illicites ou illégitimes?
Mme Duranceau :
Mme la Présidente, je vais répondre. Alors, oui, c'est quelque chose qui
est suivi par le tribunal. On a les données
pour les reprises. Effectivement, dans le contexte... On s'entend que ça vise
les gens qui sont mal intentionnés, là, de manière générale, ce dont...
M. Arseneau :
Les lois en général...
Mme Duranceau : Oui,
effectivement, bon.
M. Arseneau : ...effectivement,
là, mettent des balises pour les gens qui ne respectent pas les règles
habituelles...
Mme Duranceau :
Donc,c'est ça...
M. Arseneau :
...de civilité, et ainsi de suite.
Mme Duranceau : Donc là, on peut imaginer
que... Ah! bien, les ratoureux vont dire : OK, bien là, ce n'est plus
une éviction, ça va être des reprises. Là, il y a des... il y a quand même des
mesures, là, de mitigation, de tout ça, mais effectivement, on va être
capables... on va être capables de les suivre.
Par
ailleurs, on voit ces chiffres-là augmenter aussi, de reprises, parce que le
contexte, il est ce qu'il est. Les gens reprennent parfois pour loger un
enfant, parce que finalement l'enfant en question n'est pas capable de trouver
un logement abordable ailleurs, alors c'est les parents qui finissent par
fournir le logement. Alors, on le voit, compte tenu du contexte aussi, pas toujours parce que les fins sont... tu sais,
les gens sont de mauvaise foi, mais parce que les gens... un peu,
charité bien ordonnée commence par soi-même, donc ils vont regarder à loger
leur famille avant. Ça fait qu'il va falloir... il va falloir être capables de
distinguer les bons cas des mauvais cas, là, je dirais.
M. Arseneau :
Oui, mais encore une fois, ma question : Est-ce que cette
information-là est généralement disponible pour le public et pour les
législateurs ou est-ce que vous détenez de l'information que vous pouvez déposer à la commission pour s'assurer de voir
quel est l'état de la situation aujourd'hui, idéalement avec un regard sur les
cinq dernières années, pour qu'on puisse, dans trois ans, voir
comment le phénomène a évolué?
M. Simard
(Patrick) : Alors, oui, effectivement, ce sont des données publiques
qui sont même contenues au rapport annuel de gestion du tribunal. Vous avez
également les données les plus à jour qui ont été déposées lors de l'étude des
crédits également.
Peut-être pour fins
de réflexion, alimenter davantage votre réflexion, les reprises de logement ont
crû, de 2023 à 2024, de 10,7 %, donc
disons 11 %, mais les évictions, ce dont on parle aujourd'hui, ont crû de
40 %. Alors, on voit que ce sont des phénomènes qui sont peu
apparentés nécessairement, là, les uns aux autres, là. Alors, il y a davantage
d'évictions maintenant, en proportion, là, par rapport aux autres années, que
de reprises. Donc, il y a une... il y a quand même là un élément de réflexion
important à retenir, je crois.
M. Arseneau :
D'accord, merci. Bien, on ira consulter ces chiffres-là, là. Je suis
désolé, j'aurais pu le faire avant l'intervention d'aujourd'hui, mais on était
sur d'autres projets de loi, vous le comprendrez.
Maintenant, est-ce
que l'information sur laquelle je voulais aussi obtenir davantage
d'explications, l'information concernant le résultat des démarches auprès du
TAL concernant les reprises... Vous m'avez répondu, sur le plan qualitatif, que chaque cas est différent, mais n'empêche,
est-ce qu'on a de l'information à savoir si, sur 100 % des cas, on
a 99 % de chances d'être entendu et d'avoir... voir notre requête acceptée
si on est d'un côté ou de l'autre? Est-ce que ça, ces informations-là sont
disponibles?
Je comprends que
chaque cas est séparé ou... est différent, est apprécié selon la preuve, et
ainsi de suite, mais je vous soumets bien respectueusement que, si on avait
ce... des données de cet ordre-là et on en avait sur la question, par exemple,
des agressions sexuelles, bien, qu'on a pu, à un moment donné, tirer un certain
nombre d'observations et mettre en place des mesures qui font en sorte que ce
type d'agression là est traité par un tribunal spécial. C'est exactement ce qu'on a décidé de faire comme Assemblée
nationale. Alors, je pense que ce n'est pas une information qui est,
disons, superflue à obtenir au moment où on s'apprête à suspendre une partie de
l'application du Code civil.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Me Simard.
M. Simard
(Patrick) : Peut-être certains pourraient juger utile cette information-là,
mais j'en ai davantage sur la qualité des conclusions qu'on pourrait en tirer.
Je vous donne un exemple fort simple. Vous avez un projet de reprise, mais vous
y croyez un... vous y croyez peu, on va dire ça comme ça. Je ne dirai pas que
c'est illégal, mais vous y croyez peu, et tout à coup, vous abandonnez votre
recours, vous ne venez pas devant le TAL, vous allez le comptabiliser comme étant un projet rejeté. Est-ce que c'est de la
qualité quant à l'information utile à prendre une décision comme législateur?
Moi, en tout cas, je vous soumets la réflexion que peut-être que non. Vous avez
un...
M. Arseneau :
Mais je vous inviterais à nous laisser maîtres de l'observation...
M. Simard
(Patrick) : Bien sûr.
M. Arseneau :
...du jugement sur la qualité et de simplement répondre à la question, à
savoir : Est-ce que ces données brutes là existent? Est-ce que vous pouvez
les déposer, les soumettre à la commission?
M. Simard
(Patrick) : Alors, la réponse à ça, c'est non. Nous n'avons pas ce
genre d'études là, d'analyses. On n'a jamais fait ça pour la raison que je
viens d'évoquer.
M.
Arseneau : OK. Cette information-là serait disponible, mais
elle n'est pas compilée, si je comprends bien.
M. Simard
(Patrick) : Il faudrait lire chacun des jugements pour voir
l'issue de chacun des jugements, et je serais tenté de vous dire... et
comprendre pourquoi également on arrive à ces conclusions-là.
M. Arseneau : D'accord. Merci.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Est-ce que j'ai d'autres
interventions sur l'article 1? Mme la députée.
Mme
Dufour : Oui. Merci, Mme la Présidente. Je vais revenir sur
les subdivisions. Comme je le mentionnais, je ne pense pas qu'on puisse
se permettre de perdre des opportunités d'ajouter des logements lorsque la
personne qui est dans les lieux peut être relocalisée dans les mêmes
conditions. Donc, il y a un amendement, là, qui est... qui a été envoyé, là,
pour...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Est-ce que nous avons reçu l'amendement? On n'a pas reçu
l'amendement encore.
Mme Dufour : Donc, peut-être juste
suspendre quelques instants, là. Il est en route.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Donc, d'ici quelques
instants, nous allons avoir l'amendement.
Je vais suspendre, le temps que le fax arrive.
(Suspension de la séance à 14 h 40)
(Reprise à 14 h 43)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. Donc, la magie ayant opéré, nous
avons l'amendement déposé par la députée des Mille-Îles. Je vous
demanderais d'en faire la lecture.
Mme Dufour : Merci. La magie qui
s'appelle l'Internet.
«Malgré
l'article...» Non, pardon. L'article 1 : Modifier l'article 1 du
projet de loi, par l'insertion, à la fin du premier alinéa du
suivant :
«Malgré le
premier alinéa, un locateur peut subdiviser un logement s'il garantit au
locataire un autre logement avec des
conditions équivalentes à celles qu'il détient au moment de la réception de
l'avis et que les conditions prévues au bail en cours seront
respectées.»
L'article se lirait comme suit :
Malgré l'article 1959 du Code civil, aucun
locataire ne peut être évincé d'un logement avant — la
date, donc on sait que c'est
trois ans — aux
fins... la... (indiquer la date qui suit de trois ans celle de la sanction
de la présente loi) aux fins prévues à cet article.
«Malgré le
premier alinéa, un locateur peut subdiviser un logement s'il garantit au
locataire un autre logement avec des conditions équivalentes à celles qu'il
détient au moment de la réception de l'avis et que les conditions
prévues au bail en cours seront respectées.»
Donc, l'objectif, Mme la Présidente, de cette
proposition, c'est de ne pas empêcher, dans le fond, des projets qui pourraient
augmenter le nombre de logements, mais dans le cas où la personne qui est dans
le logement présent n'acceptait pas
l'entente, et donc... mais qu'on lui offrait les conditions équivalentes à
celles qu'elle a... et puis là, «par conditions équivalentes», c'est non
seulement le coût du loyer, mais c'est aussi la localisation.
Donc, c'est pour permettre, c'est ça, de ne pas
freiner certains projets qui pourraient avoir besoin de relocaliser des gens,
donc de les évincer, s'ils n'acceptaient pas cette relocalisation-là, ce qui
risque d'arriver dans trois ans, à la fin du moratoire, de toute façon.
Donc, c'est pour pouvoir augmenter le nombre de logements. C'est pour ça que je
le... Ce n'est pas une exemption que je permettrais sur d'autres types de
changement, là, comme le changement commercial. C'est vraiment seulement pour
la subdivision que je le propose, pour tous les échanges qu'on a eus tout à
l'heure. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la ministre.
Mme Duranceau : Bien, écoutez, je
vais rester sur ma position puis je vais expliquer pourquoi. La proposition
qu'on a faite, elle a le mérite d'être simple. Quand c'est simple, les gens
comprennent, puis là c'est ça qu'on veut,
c'est que les gens comprennent qu'ils sont protégés. On veut baisser le niveau
de stress. Alors là, venir introduire trop de subtilité, ça me
préoccupe.
Par ailleurs, tu sais, on peut mettre beaucoup
l'accent sur la notion de subdivision, mais actuellement, dans des... de
manière générale, dans les grands logements ou... en tout cas, ce n'est pas une
règle, là, mais grand logement, ça permet de
loger des familles, puis tout ça. On l'a vu, là, des cas où quelqu'un voulait
reprendre un logement qui logeait une famille puis
il voulait le subdiviser pour supposément contribuer à l'effort de guerre pour
la crise du logement. Ça provoquait finalement un déracinement de la famille
qu'il fallait qui s'en aille ailleurs, peut-être dans un logement équivalent, mais plus dans le même quartier. Là, on veut
mettre une pause, une pause sur tout pour que...
Puis je le
sais, là, bien, moi, la première, là, je suis très, très en faveur de l'aspect
économique de la chose, mais dans les circonstances, je pense, c'est un
cas qui demeure, où est-ce que... ce que vous soulevez, là, d'un OBNL, il faudrait faire quelque chose, ça demeure
théorique. Puis, si ça survenait, bien, on est dans un contexte de
bienveillance, probablement, puis que les choses... Moi, je prends le
risque que les choses vont se faire comme il faut dans ce cas-là puis qui vont... on va trouver une solution, puis
ça n'a pas besoin d'être dans la loi, que, si les gens sont de bonne foi, là, ça va se faire. Je préfère un moratoire qui
demeure simple à comprendre, qu'il n'y a pas d'exception... puis qu'encore
nos ratoureux dont on parlait ne vont pas essayer de se servir de faux
prétextes. Déjà, ils vont trouver d'autres choses, là, présumément. On garde
celui-là simple à comprendre pour les gens qui n'ont pas ces débats-là comme on
a à tous les jours. Alors, c'est ma position, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci.
Mme Dufour : Bien, merci, Mme la
Présidente. Bien, évidemment, je comprends le besoin, là, qu'il y a des familles... puis ce n'est pas l'idée d'évincer des
familles. C'est plutôt qu'il peut y avoir, dans certains secteurs, des cas, par
exemple... je donnais l'exemple de très grandes maisons, où il n'y a plus les
familles de huit enfants qu'on a... qu'il y a eu à une certaine époque,
là, par exemple, dans des villages où il y a des maisons patrimoniales
importantes, puis que, là, ça pourrait
devenir, par exemple, une ressource intermédiaire et qu'il y a une personne qui
habite là. Bien, tu sais, cette personne-là pourrait peut-être laisser
sa place à des projets comme ça.
Donc, l'idée, c'est simplement de ne pas
empêcher la... des projets qui pourraient permettre d'enlever de la pression,
justement, dans certains secteurs, en augmentant le nombre de logements
disponibles... et dans les conditions équivalentes implique, à mon sens... puis
ça, on peut le préciser si c'est nécessaire, mais dans un... dans le même quartier,
là, dans le même secteur. Et sinon, c'est ça, ça pourrait être précisé
davantage aussi, là. Je n'ai pas d'enjeu à le modifier, là.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Est-ce que j'ai
d'autres interventions sur l'amendement? Mme la députée de Sherbrooke?
Mme
Labrie : Je comprends que ça peut avoir l'air d'une bonne
idée. Je pense que c'est une fausse bonne idée. Il y a une rareté
extrême de logements pour les familles actuellement au Québec, en particulier
pour les grandes familles. C'est d'une
rareté, là, inouïe. Ce n'est pas rare, dans une ville comme Sherbrooke, par
exemple, où tu as une famille nombreuse avec plusieurs enfants, là,
notamment des familles d'origine immigrante, qui vont devoir utiliser
deux logements, idéalement un à côté de l'autre puis dans la même bâtisse,
parce qu'ils ne sont pas capables de se loger tous dans le même logement
tellement il manque de grands logements. Moi, j'ai entendu plusieurs fois des
histoires comme celle-là chez nous.
Par ailleurs, les programmes de financement de
logements sociaux, là, notamment le PHAQ, ont le défaut de prioriser des
projets qui livrent le plus de portes. Et donc, généralement, ça va être des
petits logements comme des deux... des trois et demi très souvent. Ça favorise
assez peu, là, le développement de projets qui permettent de loger à coût
abordable des grandes familles, voire des très grandes familles.
Donc, les logements sur le marché privé qui
permettent de loger des grandes familles, on en a absolument besoin. Ce n'est
pas juste de créer plus de logements dont on a besoin, là, c'est d'avoir des
logements qui répondent à différents types
de besoins. Puis, même si au premier regard, on peut se dire : Ah! il
faudrait permettre des subdivisions, ça va permettre d'avoir plus de
logements, on met à risque de conserver des logements de plus grande taille,
dont on a cruellement besoin actuellement, et qui sont très absents sur le
marché, et qui sont très peu développés, par ailleurs, par les programmes de logements
sociaux.
Ça fait que j'en profite pour sensibiliser la
ministre aussi. Moi, on me l'a signalé que le programme du PHAQ ne favorise pas
du tout, là, de développer des projets pour les grandes familles dans ses
paramètres actuels de financement. Ça favorise plutôt de créer des projets où
il y aura le plus de portes possible pour les montants. C'est un problème.
C'est un problème parce que des besoins pour les grandes familles, il y en a.
Donc, moi, je suis contre cet amendement puis j'invite à ce qu'on fasse tout ce
qu'on peut pour préserver des logements pour les familles.
• (14 h 50) •
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Est-ce qu'il y a
d'autres interventions sur l'amendement? Mme la députée.
Mme Dufour : Oui,
merci. Bien, des fois, comme je le disais, des fois, c'est... ce n'est pas...
un grand logement, par exemple, il y a dans des secteurs qu'il n'y a
plus les gens pour l'occuper. Puis là je parlais, par exemple, d'un village qui
est en train de... puis je dis un village, un endroit où il y a un secteur
patrimonial. Par exemple, il y a des très grandes maisons d'une autre époque,
lorsque les familles étaient très nombreuses. Tu sais, mon papa, c'était le 11e d'une famille. La maison était vaste et
il y en avait, des chambres, mais... OK, oui, il y a encore des familles, mais
dans ces secteurs-là, généralement, il n'y a plus des familles avec
11 enfants. Donc, est-ce qu'on peut faire profiter...
Par exemple,
tu sais, si ce type de maison là, on souhaitait le transformer pour faire une
ressource intermédiaire, bien là, ce ne serait pas permis pendant
trois ans si la personne qui loue la propriété présentement n'accepte pas
de déménager. Donc, on se met, dans le fond, de côté des
possibilités. Tout ce que j'essaie de prévoir, dans le fond, c'est des effets
pervers, qu'au bout du compte on va... pour venir réouvrir la loi pour modifier
plus tard parce qu'on va dire : Hé! câline! on n'y avait pas pensé. On
essaie d'y penser, là, d'avance. C'est juste ça.
Donc, j'en suis consciente
qu'il manque de logements pour les familles puis je l'ai dit à plusieurs
reprises. Je suis pas mal certaine, je l'ai même mentionné à la ministre dans
des interventions qu'on a eues ensemble. Donc, ça fait partie d'une réalité. Il
manque de logements pour les familles.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci.
Est-ce que j'ai d'autres interventions sur l'amendement? Alors, si je
n'ai pas d'autre intervention, nous allons passer l'amendement aux voix. Est-il
adopté?
Une voix : Un
vote par appel nominal.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Un vote par appel nominal. Mme la
secrétaire.
La
Secrétaire : Pour, contre, abstention. Mme Dufour (Mille-Îles)?
Mme Dufour :
Pour.
La
Secrétaire : Mme Caron (La Pinière)?
Mme Caron :
Pour.
La
Secrétaire : Mme Duranceau (Bertrand)?
Mme Duranceau :
Contre.
La
Secrétaire : Mme Jeannotte (Labelle)?
Mme Jeannotte :
Contre.
La
Secrétaire : Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin
Roy : Contre.
La
Secrétaire : Mme Schmaltz (Vimont)?
Mme Schmaltz :
Contre.
La
Secrétaire : Mme Tardif (Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif :
Contre.
La
Secrétaire : Mme Gendron (Châteauguay)?
Mme Gendron :
Contre.
La
Secrétaire : Mme Labrie (Sherbrooke)?
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Mme Labrie (Sherbrooke)?
Mme Labrie :
Contre.
Le
Secrétaire : M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine)?
M. Arseneau :
Contre.
La
Secrétaire : Mme Lecours (Les Plaines)?
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Abstention. Alors, l'amendement est
rejeté.
Nous revenons à
l'article 1. Est-ce que j'ai d'autres interventions sur l'article 1?
Alors, si je n'ai pas d'autre intervention sur l'article 1, est-ce que
l'article 1 est adopté?
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Pardon?
Mme Dufour :
J'aurais une question, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Ah! d'accord. Allez-y.
Mme Dufour :
Je voulais juste voir comment on envisage... parce qu'on a eu des
discussions tout à l'heure, mais je ne suis
pas certaine qu'on ait conclu sur une façon. Comment on va rendre compte de
la... je ne sais pas comment le dire, là, pas l'utilité, de la...
Plutôt, comment on va savoir si, au bout des trois ans, on compte le
prolonger? Est-ce qu'on va faire un suivi par année, voir s'il y a un impact?
Tu sais, par exemple, si... Tout à l'heure, on parlait des investissements. Si
on voit qu'il y avait une baisse des investissements puis que les gens
disaient : Bien, les gens ne construisent
pas à cause de ça, puis que là, on... Tu sais, à quel... Comment on va le
suivre, ça, savoir s'il y a un impact?
Mme Duranceau :
Bien, ça va être l'ensemble de l'oeuvre, un peu comme on a... On s'est
rendus là pour proposer une telle mesure. Tu sais, je pense que, bon,
évidemment, on a entendu amplement les comités logement nous faire des
commentaires, les oppositions, on... La discussion n'est pas finie, là, la
crise du logement n'est pas réglée. Alors,
on va continuer d'avoir cette discussion-là, de le surveiller. On est dans
l'agilité puis dans... tu sais, je veux dire, ce n'est pas fixé dans le béton, là. Alors, on va rester à l'affût.
On va suivre aussi les données des taux d'inoccupation. On va voir le nombre de projets de construction.
On va suivre ça aussi avec l'APCHQ, l'ensemble des projets qui sortent.
Alors, c'est un
ensemble de données qui vont nous permettre de réévaluer la situation, mais ce
n'est pas... Donc, construction, livraison
des projets de logements sociaux abordables, taux d'inoccupation, évidemment
l'expérience terrain de tout le monde ici, autour de la table, nos
relations avec la FQM, avec l'UMQ. C'est l'ensemble des joueurs, là, qui vont nous dire comment ça se passe sur le terrain, puis
on va réévaluer en fonction de ça, mais ce n'est pas une science exacte,
là.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci. Est-ce que j'ai d'autres interventions?
Mme la députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci,
Mme la Présidente. Alors, est-ce que ça veut dire que... parce que vous avez
parlé d'un ensemble de données, mais est-ce qu'il y a un moyen de tenir un tableau
de bord. On sait qu'on aime les tableaux de bord, de certaines données, soit...
je ne sais pas, le... tantôt, on parlait des pourcentages qui se retrouvent au
TAL, de combien de dossiers sont des reprises ou tout ça? Est-ce qu'il va y
avoir un suivi de ces données-là pour voir est-ce qu'il y a quelque chose qui augmente ou qui descend? Est-ce que ça peut
être une indication? Est-ce que, par exemple, ça pourrait être rendu
public comme un tableau de bord sur plein d'autres choses? Parce que, sinon, j'ai
l'impression, puis vous me corrigerez si je comprends mal, que le seul
indicateur, ça va être le taux d'inoccupation pour savoir si on arrête au bout
d'un an et demi parce que ça... le taux d'inoccupation a augmenté.
Alors,
est-ce qu'il va y avoir autre chose de données concrètes que le... ce 3 %
de taux d'inoccupation pour décider si la mesure... le moratoire
continue effectivement partout pendant trois ans ou bien s'il est levé à
certains endroits?
Mme
Duranceau : Bien, comme je viens de mentionner, ce n'est pas une
science exacte. Ça, c'est mon travail à tous les jours de suivre toutes les
données sur le sujet. Alors, il y a le taux d'inoccupation. Il y a le nombre
d'unités qui sont construites, là, donc les mises en chantier annuelles. Il y a
les projets de logements sociaux et abordables qu'on sort. Alors, on va
continuer de suivre tout ça. Là, ils ne sont pas ramassés à un endroit, ça peut
faire partie des... Nécessairement, à chaque jour, ou à chaque mois, à chaque
trimestre, on regarde ça, là. Donc, ça fait partie
de nos outils de gestion au quotidien, là, je vous dirais. Alors, on n'a pas
prévu, là, de rendre ça plus disponible que ce l'est déjà, là. C'est des
données qui sont publiques, là.
Mme Caron : OK.
Puis est-ce que ce type de moratoire là a été fait dans d'autres législations?
Est-ce que vous savez ou si c'est...
Mme
Duranceau : C'est la première fois qu'on fait ça, là, si je ne me
trompe pas.
Mme Caron : Ici,
oui, c'est ça, c'est la première fois, mais c'est...
Mme
Duranceau : Oui, oui, oui.
Mme Caron :
...c'est unique au Québec?
Mme
Duranceau : Vous voulez dire dans d'autres pays et dans d'autres...
Mme Caron : Dans
d'autres...
Mme
Duranceau : ...ou d'autres provinces?
Mme Caron : Oui,
c'est ça, dans d'autres provinces ou d'autres... puis voir s'il y a eu...
Mme Duranceau : Généralement, on est
avant-gardiste au...
Mme Caron : Innovant?
Mme Duranceau : Oui, on est innovant
au Québec là-dessus. Ils nous regardent.
Une voix : ...
Mme Duranceau : Au Canada, c'est...
Une voix : ...
Mme Duranceau : Ah! on est les
premiers au Canada, encore une fois.
Mme
Caron : D'accord. OK. Parce que... Je posais la question
parce que ça aurait été intéressant de voir s'il y a... si eux avaient
une...
Mme Duranceau : L'impact.
Mme Caron : Oui, l'impact,
évidemment, puis s'ils avaient une façon de tenir l'information pour...
Mme Duranceau : Bien, on va les...
Tu sais, ça va nous en prendre, des indicateurs, là. On va les suivre, là. Ce
n'est pas prévu dans la loi. C'est une bonne... des bons outils de gestion,
alors...
Mme Caron : OK. Puis on a parlé du
Canada, mais est-ce que vous savez si, aux États-Unis, il y a des États où ils
auraient fait ça, ou ce n'est pas... ou ailleurs dans le monde, ou...
Mme Duranceau : Non, on ne le sait
pas.
Mme Caron : Ce n'est pas...
Mme Duranceau : On ne le sait pas.
Mme Caron : On n'a pas cette
information-là.
Mme Duranceau : Généralement, ils
sont moins interventionnistes que nous, les États... les Américains, ça fait
que...
Mme Caron : OK. Donc, il n'y a pas
de recherche qui a été faite là-dessus.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. J'ai deux
interventions. Le député des Îles-de-la-Madeleine, et je vous...
Mme Labrie : ...mon collègue des Îles-de-la-Madeleine
aussi, mais...
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : J'y vais par ordre. Il
avait levé la main. Je vous passe la parole après.
Mme Labrie : Ah! OK. Parfait.
M. Arseneau : Oui, c'est ça. Je
voulais déposer un amendement.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Là, je suis sur l'article 1. On est toujours sur
l'article 1. Est-ce que vous avez des
interventions sur l'article 1? Vous dites... Vous voulez déposer un
amendement? Parce que je vais laisser la parole à la députée de
Sherbrooke.
M. Arseneau : Oui, d'accord. Je...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est bon? Allez-y.
M.
Arseneau : Je veux juste valider. Si je veux déposer un
amendement, en fait, qui constituerait l'article 1.1, est-ce que je
le fais...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Ça va être après.
M. Arseneau : ...pendant la
discussion ou après l'adoption?
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Juste tout de suite après l'adoption.
M.
Arseneau : D'accord, c'est ça. Bien, je vous l'annonce. Je
voulais juste être certain que ça puisse s'insérer dans... au débat.
Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Oui. À Seattle, ils ont
déjà eu un moratoire sur les évictions puis ils avaient dû le prolonger par
ailleurs, parce que ça ne s'était pas réglé aussi vite que prévu. Là, je n'ai
pas les détails sur combien de temps ça avait duré. Mais je l'entends, la
préoccupation des collègues, là, sur le suivi, en fait, là, de ces mesures-là.
C'est vrai que c'est exceptionnel, ce qu'on est en train de faire ensemble en
ce moment.
Moi, je vais avoir un amendement plus tard, je
pense que c'est 11.1, je le dis d'avance aux collègues, pour qu'on puisse faire
rapport à mi-chemin des dispositions de ce projet de loi là en déposant un
rapport à l'Assemblée nationale, parce que je pense qu'effectivement il faut
mesurer aussi c'est quoi, les impacts, là, qu'il va y avoir sur le marché et
sur la crise, essentiellement voir si ça marche puis qu'est-ce que ça donne
comme résultats. Donc, j'avise d'avance qu'à 11.1 on arrivera avec ça.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Parfait. Est-ce que j'ai encore des interventions sur
l'article 1? Oui, Mme la députée.
• (15 heures) •
Mme Dufour : Merci. J'apprécie la
réponse de la députée de Sherbrooke, l'éclairage comme quoi ça a été fait à
Seattle, un moratoire sur les évictions. Je suis étonnée qu'on n'ait pas étudié
le cas du côté du gouvernement, qu'on nous propose cette mesure-là, mais que ce
n'est pas mentionné dans l'analyse d'impact réglementaire puis qu'on n'ait pas
regardé. Est-ce qu'on a des détails? Est-ce que... quelqu'un pour nous dire
quels ont été les effets à Seattle? Je comprends qu'on innove, mais ce serait
bien de savoir, ceux qui l'ont fait avant nous, si ça a été positif ou négatif
puis, au bout du compte, ça a duré combien de temps.
Mme
Labrie : C'était beaucoup plus restreint, là. C'était
concernant les évictions pendant l'année scolaire, là, quand il y avait des enfants impliqués, là. Je
n'ai pas les détails, là, mais c'était beaucoup plus ciblé, là, comme moratoire
que ce dont on discute en ce moment. Ça fait que je ne pense pas qu'il soit
comparable vraiment.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Donc, ce n'est pas
comparable. Est-ce que j'ai d'autres interventions sur l'article 1?
Oui.
Mme Dufour : Donc, juste pour bien
reposer la question, là, il n'y a pas eu de recherche, de la part du
gouvernement, pour savoir si ça a été fait ailleurs dans le monde. On a regardé
juste le Canada puis on n'a pas regardé... Tu sais, il y a une multitude de
législations, là, la Nouvelle-Zélande, par exemple, qu'on peut regarder, qui sont avant-gardistes. Mais là, ce que je
comprends, c'est qu'on n'a pas été voir ce qui a été fait ailleurs dans le monde
ou on l'a faite, la recherche, puis on nous dit que ça n'a pas été fait nulle
part ailleurs? C'est ce que je veux juste comprendre.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la ministre.
Mme
Duranceau : J'aimerais ça qu'on n'insinue pas que le travail
n'a pas été fait. Il y a une équipe qui a travaillé très fort là-dessus.
Première des choses.
Deuxième des choses, on a dit : Au Canada,
c'est nous autres qui avons été précurseurs là-dedans.
Troisième
chose, je vais laisser mon sous-ministre répondre en matière de recherche et
législation à cet égard-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Allez-y.
M. Paradis (Nicolas) : Merci. Merci,
Mme la Présidente. Dans toutes les interventions législatives, il y a un examen de droit comparatif qui est effectué. La
grande difficulté qui peut se poser ici, dans le cas présent, c'est... comme vous
le savez, nous avons un code civil, nous sommes dans une dynamique civiliste.
La comparaison qui peut se faire, donc, avec les lois applicables dans les
autres États, les autres juridictions se font sur des paramètres souvent
différents. Donc, c'est difficile de comparer vraiment un contexte, disposition
ou une mesure de la même manière, parce que les causes, en termes de gestion
d'éviction, ne seront pas exactement les mêmes.
Ça fait que c'est difficile de se placer pour
dire : Oui, on a un parallèle exact. On a vraiment... Le côté canadien a
fait l'objet d'un examen plus approfondi. On sait qu'il y a des moratoires
aussi qui ont été effectués, comme vous savez, y compris au Québec, dans le
contexte de la COVID. Est-ce qu'on peut comparer ceux-ci? Pas vraiment. Donc, je peux vous assurer que le
travail gouvernemental et ministériel a été fait comme pour chaque examen,
chaque travail législatif.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Est-ce que j'ai d'autres interventions? Il vous
reste une minute sur l'amendement.
Mme
Dufour : Oui. Je veux juste reposer la question. Est-ce qu'on a
trouvé, à quelque part, dans une législation, où un moratoire d'éviction a été
mis en place? Puis est-ce qu'on en a vu les effets? Est-ce qu'on a regardé
c'est quoi, les impacts ailleurs, ce qui a été mis en place?
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : M. le sous-ministre.
M. Paradis
(Nicolas) : Oui. Dans le cadre des travaux qui ont été effectués, ça
ne nous a pas permis de trouver de parallèles suffisamment similaires
permettant d'apprécier ou faire une comparaison qui permettrait d'éclairer par
rapport à un précédent dans d'autres, effectivement, juridictions.
Mme Dufour : Merci.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci. Alors, si je n'ai pas d'autre
intervention sur l'article 1, l'article 1 est-il adopté?
Des voix : Adopté.
Des voix :
Sur division.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Adopté, sur division.
Une voix :
...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Ah! vous demandez le vote ou c'est sur
division?
Des voix : ...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : D'accord. Alors, c'est adopté? Adopté.
Maintenant, avant de passer à l'article 2, M. le député des Îles-de-la-Madeleine
a un amendement à 11... à 1.1. Voilà.
M. Arseneau :
C'est bien ça.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Il est dans Greffier, je crois?
M. Arseneau :
On a amendé la première version, là. On a fait une précision.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Parfait.
M. Arseneau :
Je ne sais pas si, Mme la secrétaire, vous avez reçu la deuxième version.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Oui. On va le projeter, mais je vous invite à
en faire la lecture.
M. Arseneau :
D'accord. Alors, évidemment, de façon cohérente avec les questions qu'on a
pu poser tout à l'heure sur la période de transition qu'on veut éviter, la
période de vide juridique, si d'aventure la mesure qui est mise en place, de suspension des évictions joue
son rôle, je propose donc l'amendement suivant, c'est d'insérer, après
l'article 1, l'article suivant :
«Le ministre
responsable de l'Habitation doit, au plus tard trente mois suivant la date de
l'entrée en vigueur de la présente loi, faire rapport sur la mise en oeuvre de
l'article 1 et le déposer à l'Assemblée nationale.»
Donc, l'article,
évidemment, se... 1.1 se lirait ainsi :
«Le
ministre ou la ministre responsable de l'Habitation doit, au plus tard trente
mois suivant la date de l'entrée en vigueur de la présente loi, faire rapport
sur la mise en oeuvre de l'article 1 et le déposer à l'Assemblée
nationale.»
Vous comprendrez
qu'ici il n'est pas question de prescrire au ministère ou à la ministre une
méthode d'évaluation de la façon dont la mesure est efficace ou non. Ça lui
appartient absolument et totalement. Mais, puisque
l'ouverture est là pour en rediscuter avec les élus de l'Assemblée nationale,
bien, je pense que c'est la moindre des choses de se donner un cadre
temporel dans lequel on peut être certains de pouvoir en discuter. Le
30 mois est à titre subjectif,
évidemment, et suggestif dans la mesure où il m'apparaît raisonnable de mettre
en oeuvre une mesure sur une période de deux ans et demi et se donner
les derniers six mois, compte tenu évidemment, là, des pauses parlementaires,
et ainsi de suite, pour à la fois produire un rapport, en faire l'analyse,
partager ses conclusions avec les élus,
voire avec la... des groupes de la société civile, des organisations, pour
ensuite déterminer si on doit poursuivre la mesure, la bonifier, l'amender par un processus législatif qui ne
peut pas se faire, là, comme on le fait présentement, là, avec un projet
de loi n° 65 qui est déposé, là, après même la date de fin des dépôts de
projet de loi, à la va-vite. Je pense que,
si on veut travailler correctement et rigoureusement, bien, on doit se donner,
justement, une période de temps pour le faire.
Évidemment,
je serais intéressé d'entendre les commentaires de mes collègues, ici, de la
commission, à savoir si c'est préférable de faire 24 mois,
30 mois, 32 mois. Mais de ne pas le faire me semblerait irresponsable
de la part de la commission, si on veut véritablement que
cette mesure-là ait une conclusion... soit à l'effet de la... comment on dit,
de la continuer, là, de la poursuivre ou de la laisser s'éteindre, tout
simplement, comme le prévoit le projet de loi.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Je vais donc prendre les interventions sur
l'amendement introduisant l'article 1.1. Mme la ministre.
Mme Duranceau : Oui. Est-ce qu'on
pourrait suspendre pour avoir une discussion entre nous pour faciliter la suite
des choses?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : On va suspendre quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 08)
(Reprise à 15 h 17)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. Donc, la parole était au député des
Mille-Îles... je m'excuse, je vais vous... des Îles... la
proximité commence à s'amener, alors des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : On couvre tous les
territoires insulaires aujourd'hui.
Oui, bien, c'est ça, on a eu cette discussion-là
hors caméra, mais je pense que c'est nécessaire d'expliquer le pourquoi je
m'apprête à retirer cette proposition-là, là. Parce qu'on s'est entendus sur
les fondements d'une mesure qui pourrait nous permettre, justement, d'évaluer
ce qu'a donné le moratoire ou, en tout cas, tu sais, l'ensemble des mesures qui
sont temporaires, et de le faire au temps le plus opportun et de l'inscrire au
projet de loi, là où c'est le plus pertinent.
Donc, on aura l'occasion, j'imagine, d'avoir une
nouvelle... un nouvel amendement qui sera déposé au cours de l'étude, un peu plus tard, donc je... et qui va
dans le même sens de ce que je propose. Alors, je vais retirer mon amendement,
avec votre permission, Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Donc, je comprends.
Est-ce qu'il y a consentement pour retirer l'amendement?
Des voix : Consentement.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Consentement. Merci. On en est donc rendus à
l'article 2. Mme la ministre.
Mme Duranceau : OK. Alors donc,
l'article 2 dit ceci : «Le gouvernement peut soustraire de
l'application de l'article 1 les logements situés sur toute partie du
territoire du Québec, et ce, pour une durée déterminée ou non.»
Alors, notes
explicatives. L'article 2 du projet de loi permettrait au gouvernement de
soustraire de l'application du moratoire toute partie du territoire du Québec,
et ce, pour toute période qu'il détermine ou pour une durée
indéterminée.
Alors, bien, écoutez, c'est... l'idée, c'est de
tenir compte de la diversité du territoire québécois. Puis je pense que je ne vous apprends rien, Montréal a une
situation qui est particulière par rapport aux évictions. Ceci dit, tous les...
tout le territoire actuellement est en bas du taux d'inoccupation, là, de
3 %. Alors là, je pense qu'en ce moment ça s'applique partout, puis il faut le faire vivre partout pour que tout le
monde se sente protégé partout. Mais, s'il advenait que certaines régions n'ont
plus de difficulté, certaines villes n'ont plus de difficulté puis considèrent
que c'est contre-productif, compte tenu de, tu sais, ce dont on a
discuté, bien, on veut se laisser le choix de pouvoir retirer le moratoire, parce que les gens, localement, vont
avoir dit : Écoute, ça, pour nous, c'est... il y a plus d'effets... dans
la balance des inconvénients, il y a plus d'inconvénients de maintenir
le moratoire. Donc, je ne vois pas ça dans un avenir, tu sais, là, là... dans
quelques mois. Je pense, il faut le faire vivre, par ailleurs.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci.
Mme Duranceau : C'est les
commentaires que je peux formuler.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : On va... la députée
des... Ah! j'ai une proposition de rebaptiser Mille-Îles-de-la-Madeleine
ici. La députée des Mille-Îles.
• (15 h 20) •
Mme Dufour : Merci,
Mme la Présidente. Ça pourrait régler les problèmes de reconfiguration de carte
électorale.
Donc, je vais
juste... En fait, l'article 2, l'enjeu que je vois, c'est qu'en fait il
n'y a pas de... il n'y a pas de balise. Et puis, si je comprends, c'est
que ça peut se faire par décret, donc en un claquement de doigts. Et on
mentionne que c'est pour toute partie du
territoire du Québec, donc, ça pourrait... Je comprends que la ministre a
mentionné les villes, mais ça pourrait même être des quartiers ou même
un lot précis, ce qui pourrait peut-être être utile dans certains cas. Comme je disais, s'il y avait un projet qui permettrait de
faire beaucoup plus de logements, par exemple, ça pourrait être une possibilité de contourner. Tu sais, je
donne... Par exemple, un projet UTILE, tu sais, qui... mais qui aurait besoin
d'évincer des gens, bon, ça pourrait peut-être
être une solution. Mais reste qu'on n'a pas... comme il y a peu
d'encadrement ici.
Donc, moi, en fait, ce que je... J'ai déposé un
amendement qui a été envoyé. Ce que je suggérerais, ce que j'aimerais peut-être proposer, c'est rajouter deux
mots, deux mots, puis on va le voir à l'écran, mais c'est que ce serait de
pouvoir le faire «par règlement». C'est très, très simple. C'est tout
simplement qu'un règlement, contrairement à un décret, bien, il y a un préavis
qui est écrit puis il y a une... il y a une formule, en fait, là, habituelle,
là, d'un certain nombre de temps pour qu'on puisse accueillir des réactions,
donc tout simplement pour ne pas que ça se fasse en un claquement de doigts.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...l'amendement?
Mme Dufour : Oui, oui, tout à fait.
Tout à fait.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Parfait. Alors, l'amendement, on va le projeter.
Mme Dufour : Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Je vais vous inviter à le lire.
Mme
Dufour : Oui. Donc : L'article 2 de ce projet de
loi est modifié par l'insertion, après les mots «l'application de
l'article 1», des mots «, par règlement,».
L'article se lirait comme suit :
«2. Le gouvernement
peut soustraire de l'application de l'article 1, par règlement, les
logements situés sur toute partie du territoire du Québec, et ce, pour
une durée déterminée ou non.»
Ça n'enlève pas la latitude du gouvernement.
C'est assez simple, de le faire par règlement, puis ça donne un minimum de prévisibilité, ce qu'un décret ne
permet pas du tout. Donc, c'est... Je ne pense pas que ce soit exagéré, là. Je
pense que c'est vraiment un minimum, compte tenu que c'est quand même... On l'a
dit, l'article 1, ce sont des... c'est un pouvoir exceptionnel, de
suspendre un article du Code civil, mais que dans l'article 2, on vienne
dire : Bien, par contre, on se donne un
privilège de faire... de l'enlever en tout temps, n'importe où, selon aucun
critère, bien, au moins, par règlement, ça aligne un peu les gens sur
qu'est-ce qui s'en vient... du changement.
Donc, ce serait... Ça, c'est ma proposition, Mme
la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mme la ministre.
Mme Duranceau : Oui. Je vais
peut-être offrir un peu un contexte dans lequel on pourrait venir soustraire de
l'application puis après sur le plan... par
rapport à l'amendement. Puis, sur le plan administratif, je vais laisser
M. Paradis commenter.
Mais, tu sais,
on pourrait se poser la... être favorables à un retrait, exemple, bon,
évidemment, si le taux d'inoccupation pour une région donnée a changé. Ensuite
de ça, dans les données pertinentes qui pourraient démontrer que l'application
du moratoire n'est plus requise, on pourrait dire : Bon, bien, si une
municipalité fait face à des défis de vitalisation, puis plusieurs logements
sont vacants, ça, ça pourrait être un cas, qu'il y a des récents projets de
construction locatifs qui ont augmenté significativement l'offre de logements.
Puis vous savez que les taux d'inoccupation, ils sont connus pour les...
Pardon?
Une voix : ...
Mme Duranceau : Oui, c'est ça, de
10 000 habitants et plus. Alors, tu sais, des fois, de manière plus
granulaire, on pourrait avoir une information qui est différente puis avoir un
besoin de réagir différemment. Alors, c'est
ça, grosso modo, c'est dans ces contextes-là où on pourrait intervenir selon
les représentations qui nous seraient faites.
Sur le plan
administratif, on s'est posé la question sur comment on applique ça. Puis je
vais laisser M. Paradis en parler parce que c'était administratif un
peu.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : M. Paradis.
M. Paradis (Nicolas) : Merci, Mme la
Présidente. Dans le fond, dans l'adoption d'un règlement, comme on le sait, la
Loi sur les règlements prescrit toute une procédure afférente, notamment la
question de la consultation et la prépublication, donc, qui est un minimum de
45 jours. On sait aussi que la prise de règlement requiert usuellement un
six mois... un six à parfois huit mois dans le délai de toutes les différentes
étapes, parce que, donc, deux passages au Conseil des ministres, prépublication, période de consultation, rétroaction,
bien entendu, qui s'ensuit, pour donner un sens plein et entier à
l'exercice qui est ainsi effectué.
C'est dans ce
contexte-là que le chemin procédural retenu avait été préconisé comme étant le
décret, justement, pour... dans le contexte où on a un moratoire de
trois ans. Donc, avec un... la dynamique réglementaire, compte tenu de la procédure et des délais afférents, ça aurait équivalu
à dire que, dans le fond, le pouvoir ne se serait exercé que grosso modo... que
dans les deux premières années. Donc, il n'y aurait pas eu de possibilité, dans
la troisième année, avec réelle effectivité, j'entends, là, parce que ça aurait
été pour un mois, deux mois ou quelques mois, à terme, compte tenu de la
procédure, d'où le choix du pouvoir... de la décision par décret
gouvernemental.
Mme Dufour : Oui.
J'imagine qu'on va se laisser du temps, même si ça se fait par décret, qu'on va
laisser du temps pour ne pas que les gens
visés dans le secteur en question se ramassent évincés la semaine après le
décret, là, hein? Donc, j'imagine
qu'il va y avoir un délai. Ce ne sera pas la semaine ou le mois suivant. Donc,
il faut, d'une certaine façon, pouvoir aviser, et le règlement, c'est
une façon d'avoir une certaine prévisibilité de ce qui vient.
Là, on dit : Il
faut passer deux fois au Conseil des ministres. Est-ce que c'est procédural ou
est-ce que c'est la façon de faire? Tu sais, parce qu'on s'entend que c'est...
ça pourrait être assez express, là, comme passage, là, dans ces cas-ci, là. On
s'entend que c'est... Un décret... J'imagine que, de toute façon, il faut aussi
avoir l'aval du Conseil des ministres, là, pour déposer un décret, là. J'imagine qu'on
ne fait pas ça, même quand on est ministre, sans consulter personne.
Donc, ce passage-là, il est nécessaire, de toute façon, donc, mais la
procédure, le 45 jours, je ne vous le cacherai
pas, c'est ce qui était visé en prenant par règlement parce que ça permet d'au
moins que les gens puissent réagir. Puis,
si jamais il y avait des commentaires qui étaient émis, qui peut-être
pourraient remettre en question même la position, bien, ce serait déjà
ça de gagné, que plutôt de le découvrir après que le décret ait été pris puis
que ce soit déjà suspendu, le moratoire, là.
Donc, ça a l'avantage d'au moins faire une mini, très courte, très petite
consultation, mais au moins une. Donc, ça éviterait peut-être des
erreurs futures.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Mme la ministre.
Mme
Duranceau : Je vais écouter les autres questions.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Avant, j'avais M. le député des Îles-de-la-Madeleine
et je reviens à vous, madame.
M. Arseneau :
Bien, c'est ça, c'est des questions de clarification. Parce qu'ici on
n'indique pas, dans l'article 2 original, la façon de faire, mais on
comprend que, on vient d'en discuter, c'est par décret. Je voulais juste
savoir... Puis je comprends l'explication, à savoir que le règlement, c'est une
période qui serait passablement longue, alors qu'on n'a que trois ans
d'application pour le moratoire.
Mais je voulais
savoir : La procédure qui est induite par l'article 2, est-ce qu'elle
est différente de celle prévue à l'article 11, d'une publication d'un avis
dans la Gazette officielle? Est-ce qu'on pourrait nous clarifier, là? Parce que souvent, dans la Gazette officielle, c'est là qu'on peut lire les décrets, un avis,
un décret. Juste pour les fins de compréhension.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : ...
M. Paradis (Nicolas) : ...la Présidente. Donc, oui, effectivement, la
procédure est bien différente. À l'article 2, c'est un décret, donc
décision prise par le Conseil des
ministres et qui... ultimement est
publié, le décret, à la Gazette officielle, vous avez raison pour
ce volet-là, également. Et, quant à l'avis qui est pris, c'est un avis
ministériel qui constate une situation,
donc, à l'égard du fait que le taux, à l'article 11... le taux
d'inoccupation est atteint. Donc, c'est un avis seulement ministériel,
on n'a pas besoin d'aller au Conseil des ministres, qui est publié à la Gazette
officielle. Donc, ce n'est pas le
même... les mêmes procédures, la même formalité, là. Il n'y a pas de décision
du gouvernement qui est prise à cette fin-là.
M. Arseneau :
D'accord. Merci beaucoup pour l'explication.
Sinon,
pour ce qui est de l'ajout de «par règlement» sur l'amendement de ma collègue,
je n'ai pas d'autre question. J'aurai des questions sur l'article
initial. On y reviendra tout à l'heure, ou je peux...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci.
M. Arseneau :
Oui. On y reviendra.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Mme la députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci,
Mme la Présidente. En fait, sur... Je voulais appuyer l'amendement de ma
collègue des Mille-Îles parce que l'article 2 est... sans l'amendement,
est très large. Le territoire n'est pas défini. Ça peut être aussi bien une région administrative, une municipalité
de moins de 10 000 habitants, un quartier, une rue, un coin de rue.
Alors, c'est très vaste. Et, si c'est par
décret... et, non plus, on n'a pas les critères, dans quels cas est-ce que...
Est-ce que le taux d'inoccupation serait, dans ce cas-ci, le seul
critère qui ferait que le ou la ministre pourrait décréter que le territoire en
question n'est plus soumis au moratoire? Donc, il n'y a pas de définition de
«territoire», il n'y a pas de définition de «critère» et il n'y a pas non plus
de, sauf erreur, là... il n'y a pas de publicité. Et, par «publicité»,
j'entends que les personnes concernées, le voisinage ou les gens, même, qui
habitent les immeubles ne seraient pas nécessairement informés parce que tout
passerait par décret.
Alors,
je pense que... Je comprends l'objectif de rapidité, que ça roule et que ça ne
prenne pas des mois et des mois, mais, en
même temps, je trouve que c'est très vaste. Et, s'il y avait des balises,
peut-être que ça pourrait rassurer un peu. Merci.
• (15 h 30) •
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Mme la ministre.
Mme
Duranceau : Oui. Écoutez, c'est voulu que ce soit général. Je vous
dis, dans tout ça, il fallait trouver un
équilibre. Il fallait rassurer tout le monde, parce qu'on va se le dire, la mesure
est essentiellement pour les centres urbains plus denses puis c'est une
mesure qui peut être inquiétante en région. Alors, on a voulu que ce soit
large.
Là, on a expliqué la
nuance entre «par règlement» versus «par décret». Pour passer d'un délai peut-être
de... Un décret qui passe au Conseil des ministres, le cheminement, c'est cinq semaines, la
préparation, on peut se dire, disons, deux semaines, ça fait que, tu
sais, c'est entre... probablement autour de sept semaines, ça fait qu'un mois
et demi, deux mois, alors que, par règlement, on peut parler de jusqu'à six
mois. C'est un moratoire qui dure trois ans. À un moment donné, tu sais, il
faut que ça... il faut que ça se tienne.
Ce que j'aimerais
dire pour le bénéfice de tout le monde, c'est que la soustraction d'un
territoire, d'une ville, ça demeurerait une
procédure d'exception, parce qu'on veut éviter de morceler l'application du
moratoire puis de créer de la confusion chez les locateurs et les
locataires. Alors, l'intention du gouvernement, actuellement, c'est de... ce n'est pas de recourir à ce pouvoir-là, mais c'est
une possibilité. Mais ce n'est pas l'intention du législateur d'y recourir
de manière générale, là, si vous voulez. Mais on se devait de tenir compte de
la réalité du territoire québécois puis que ce n'est pas la même chose partout.
Alors, c'est ça.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci. Mme la députée des Mille-Îles.
Mme Dufour : Oui, une question. Par règlement, c'est quoi, le
plus rapide que... Là, on a dit : Le pire scénario, c'est six mois.
Mais c'est comme un changement de zonage, ça peut être trois ans. Mais le plus
rapide, c'est quoi... que ça peut se faire, un règlement?
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Par décret?
Mme Dufour : Parce
qu'un changement de zonage ça peut être très long, mais on peut le faire
express aussi. Donc, j'imagine qu'un règlement peut se faire express aussi.
(Consultation)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : On procède au calcul.
Mme
Duranceau : On reste dans un cinq à six mois, c'est sûr. Juste les
délais de... Tu produis ton document pour le
Conseil des ministres, deux semaines, cinq semaines pour circuler dans
les étapes, après ça, publication de 45 jours. Là, tu reçois les avis. Là, il faut toujours bien
qu'en deux... une semaine ou deux, tu considères les avis, tu y répondes,
tu analyses, tu en tiennes compte. Puis là, après ça, bien, il y a-tu des
modifications ou pas. Ça retourne au Conseil des ministres pour l'approbation
du règlement. Ça fait qu'on est dans une dynamique un peu lourde, là, pour ce
que c'est, là.
Mme Dufour : Merci.
Une fois que ça se fait... Par exemple, si ça se fait par décret au lieu de par
règlement, combien de temps on donne au propriétaire, locataire, tu sais? Tu
sais, ça s'applique à partir du jour 1 ou on...
Mme
Duranceau : ...
Mme Dufour : La date du décret, donc. Et la date du décret veut
dire que... Admettons que le décret, je ne sais pas, moi, c'est le
8 février, à partir de... les évictions peuvent commencer à partir du
9 février?
Mme
Duranceau : Bien là, tu reçois un avis. Tu reçois un avis puis là tu
as un délai de six mois qui court, parce que c'est ça, les règles. Donc, tu
sais, c'est le 9 février plus six mois.
Mme Dufour : Plus
six mois.
Mme
Duranceau : Puis là il faut... C'est ça. Puis là ça dépend du bail,
là. Si tu as un bail au 30 juin...
Une voix : ...
Mme
Duranceau : ...31 décembre, ça fait qu'il va falloir attendre. Tu
ne peux pas... Tu n'aurais pas... Ça ne s'appliquerait pas pour les baux au
1er juillet de cette année-là, là.
Mme
Dufour : OK. Puis, dans le cas... si c'était, par exemple,
au mois de novembre, là, ça pourrait être fait en décembre pour la fin
du bail, pour l'été d'après? OK.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : ...est-ce que j'ai d'autres questions sur...
Mme Dufour : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Sur l'amendement. Alors, si je n'ai pas d'autre... Oui, d'autres
questions? M. le...
M. Arseneau : Bien, je vais poser la
question maintenant, là. C'est qu'encore une fois, là, je me pose la question
sur l'application du moratoire ou la non-application qu'on pourrait déterminer
par décret en fonction de la taille des agglomérations visées. Encore une fois,
là, juste pour... à des fins de compréhension, lorsqu'il est question, à l'article 11, de la publication d'un avis,
on parle du 3 %, là, d'inoccupation dans les agglomérations de
10 000 habitants et plus, mais qu'en est-il des plus petites
agglomérations entre 1 et 9 999?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : M. le député, juste...
M. Arseneau : Bien...
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...on est encore sur l'amendement
qui est l'ajout de «par règlement».
M. Arseneau : Exact.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Est-ce que, sur cet
amendement-là, vous avez d'autres questions?
M. Arseneau : Oui. Et ma question...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Sur le «par règlement»?
M. Arseneau : ...est directement sur
le règlement, parce que ce que j'ai compris de l'intervention de ma collègue
des Mille-Îles, c'était que, parce qu'il n'y avait pas de balise à l'article 2,
on voulait que cette adoption-là soit soumise à un règlement dans lequel il y
aurait des balises. Donc, ma question se pose sur la question des balises
concernant les plus petites agglomérations.
Est-ce que, toutes agglomérations confondues, on
a la même appréciation, on a les... Est-ce qu'on a des données qui nous
permettent, justement, de trancher sur la soustraction de l'application de
l'article 1, en fait, pour les plus petites agglomérations, celles de...
qui ne sont pas des centres urbains, en bas de 10 000, qui me
permettraient de me prononcer sur l'idée d'un règlement ou pas?
Mme Duranceau : Les données ne sont
pas connues, ne sont pas recensées pour les centres urbains de
10 000 habitants et moins. Mais chez vous, là, vous avez plus que
10 000, là, mais... C'est justement pour permettre, s'il y a une ville en
Abitibi qui dit : Écoute, ta mesure, elle nous pose problème ou... En
fait, tu sais, elle ne posera pas problème. Si le moratoire ne s'applique pas,
il ne s'appliquera pas, parce qu'il n'y a pas de problème de... le taux d'inoccupation ne sera pas... ne sera pas trop
bas, et donc, les cas d'éviction moins... tu sais, peu ou pas... peu fréquents,
là, ou inexistants. Alors, tu sais, ça demeure un peu théorique.
Mais on
pourrait dire... un maire, exemple, dans une localité de moins de
10 000 habitants, pourrait dire : Écoute, moi, je suis
convaincu que, pour attirer l'investissement chez nous, je ne peux pas avoir
cette mesure-là. Je pense, ça ne s'applique pas, ce que je vous dis là, parce
que je pense que ça n'affecte pas les investissements. Mais on voulait se laisser de la marge de manoeuvre puis, comme je
vous dis, pour tenir compte des préoccupations de tout le monde. Puis
les gens n'ont pas les mêmes préoccupations à Montréal qu'en région. Ça fait
que c'était pour adresser ça. On ne les a
pas tous, les cas, mais on voulait se donner l'opportunité de réagir, vu que
c'est très exceptionnel d'aller avec un moratoire, se donner
l'opportunité d'adapter puis ne pas faire de mur-à-mur sur tout le Québec, là.
M. Arseneau : OK. Donc, juste pour
être sûr de bien comprendre, à l'article 1, le moratoire s'applique pour
l'ensemble du territoire québécois, peu importe le pourcentage, peu importe la
population des villes et des villages. À l'article 11, on dit que si, dans
l'ensemble des centres urbains, on atteint 3 %, le moratoire cesse.
Mme Duranceau : Tombe, oui.
M.
Arseneau : C'est ça. Et, entre les deux, vous arrivez avec
l'article 2, mais sans balise, sans règlement, sur une base,
disons, plus, j'allais dire, subjective ou plus particulière.
Mme Duranceau : Plus qualitative, je
dirais, justement, parce qu'on n'a pas des données de la SCHL, on n'a pas de
données par plus petites régions. Alors là, on se laisse une marge de manoeuvre
autre, qui est qualitative puis qui va... qui prend en compte... qui est à l'écoute
de ce qui se passe dans les régions puis de leur réalité. Puis là, à un moment
donné... Évidemment, comme je vous le dis, là, puis je le répète, l'intention,
c'est de ne pas utiliser cette mesure-là, de laisser vivre le moratoire, parce
qu'on ne va pas envoyer un message qui est contradictoire. Il faut que ce soit simple à comprendre pour tout le monde. Mais si la
démonstration était faite, par une ville, une MRC, que c'est contre-productif
dans leur région d'avoir ça, bien, on va écouter puis on se donne la... on se
donne la chance de pouvoir réagir parce qu'on veut rester pragmatique puis
business dans l'approche, là. Mais en même temps, moi, je suis très, très prudente avec ça, parce que je
veux que le message soit clair pour tout le monde, on veut protéger tout le monde.
Alors, avant que quelqu'un nous convainque du contraire, il va falloir que les
arguments soient solides, là.
• (15 h 40) •
M. Arseneau : C'est beau. Merci.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Parfait. Alors, est-ce
qu'il y a d'autres interventions sur l'amendement? S'il n'y a pas des
interventions, est-ce qu'il est adopté?
Mme Dufour : ...appel nominal.
Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Un vote par appel nominal. Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Pour, contre
abstention. Mme Dufour (Mille-Îles)?
Mme Dufour : Pour.
La Secrétaire : Mme Caron (La
Pinière)?
Mme Caron : Pour.
La Secrétaire : Mme Duranceau
(Bertrand)?
Mme Duranceau : Contre.
La Secrétaire : Mme Jeannotte
(Labelle)?
Mme Jeannotte : Contre.
La Secrétaire : Mme Boivin Roy
(Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire :
Mme Schmaltz (Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire : Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif : Contre.
La Secrétaire : Mme Gendron
(Châteauguay)?
Mme Gendron : Contre.
La Secrétaire : Mme Labrie
(Sherbrooke)?
Mme Labrie : Pour.
La Secrétaire : M. Arseneau
(Îles-de-la-Madeleine)?
M. Arseneau : Abstention.
La Secrétaire : Mme Lecours
(Les Plaines)?
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Abstention. Alors,
l'amendement est rejeté. Nous revenons donc à l'article 2. Mme la
députée de Sherbrooke.
Mme
Labrie : Merci, Mme la Présidente. À plusieurs reprises,
dans ses réponses à mes collègues, la ministre a mentionné qu'on n'avait
pas les données détaillées, là, pour tous les territoires, en fait. Elle a
parlé de granularité des données, qui est
manquante, là, à certaines échelles... bien, en fait, pour tous les territoires
de moins de 10 000 habitants. Moi, je trouve ça préoccupant
qu'on n'ait pas des données aussi raffinées, là, pour pouvoir analyser ce qui
se passe sur le territoire.
Je trouve ça aussi préoccupant, en fait, qu'on dépende de la SCHL, là, qui est
une organisation fédérale, pour avoir des données sur ce qui se passe
sur notre territoire.
Donc, j'aimerais
juste rappeler que le registre des loyers, en fait, si on l'avait sur
l'ensemble du territoire du Québec, il nous
permettrait d'avoir des données très exactes et très précises, y compris sur
les plus petites municipalités du Québec qui ne comptent que quelques
centaines d'habitants et peut-être qu'une poignée de logements. On les aurait... on les aurait, les chiffres, à ce
moment-là, avec un registre des loyers, sur le taux d'inoccupation pour chacune
des communautés. Donc, je saisis cette
occasion pour faire valoir que ça vaudrait la peine, notamment pour s'affranchir
de notre dépendance à la SCHL qui publie ses
données une fois par année, qui nous empêche d'être plus agiles peut-être
et puis qui nous empêche surtout de connaître l'état de la situation sur chaque
petite parcelle de territoire.
Face à une crise comme
celle-là, je pense que c'est quand même important de pouvoir agir aussi en
connaissance de ce qui se passe sur le terrain de manière parfois très ciblée,
par exemple, pour déployer des mesures comme celles qu'on est en train de
discuter ou des programmes de construction de logements. Puis là, en ce moment,
on se retrouve dans une situation où on
dépend de données qui sortent une fois par année d'un organisme fédéral, puis on...
il y a des territoires... Tu sais, il y en a, des MRC au complet, où il n'y a aucune
ville de plus de 10 000 habitants,
là. Ça veut dire qu'on n'a pas de données sur la situation en matière de
logement sur un territoire aussi grand qu'une MRC. C'est quand même un
problème.
Donc, moi, je veux
faire un plaidoyer pour l'implantation d'un registre des loyers. Je pense que
ça vaudrait vraiment la peine qu'on fasse
ça, parce qu'on aurait un portrait clair. On pourrait agir au bon endroit.
Donc, j'aimerais peut-être entendre la ministre là-dessus. C'est quoi,
leur intention, en ce moment? Est-ce qu'ils veulent développer une connaissance
de ces données-là sur les territoires pour lesquels on ne les a pas
actuellement?
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Mme la ministre.
Mme
Duranceau : Oui. Bien, je comprends, j'entends bien les
préoccupations, là, de ma collègue de Sherbrooke. Comme je vous dis, cette
crise-là, elle ne se règle pas avec le projet de loi n° 65 ou le projet de
loi n° 31. On continue d'analyser différentes choses, on continue de
réfléchir. Je l'ai dit souvent, là, je ne suis pas en faveur du registre de
loyers, pour différentes raisons, mais je suis en faveur d'avoir des données
qui sont fiables puis qui nous permettent de prendre les bonnes décisions.
Alors, je continue de regarder comment je vais m'y prendre pour ça.
Mme Labrie : Bien, j'entends que la ministre n'est pas en
faveur pour l'instant. Je sais qu'elle peut cheminer, elle nous...
Mme
Duranceau : Elle ne change pas d'idée tout le temps, la ministre, là.
Mme Labrie : Elle nous en a quand même fait la preuve, dans les
derniers mois, qu'elle peut être en défaveur d'une mesure et puis que
cette idée chemine dans sa tête. Donc, j'espère...
Mme
Duranceau : Pour des fins humanitaires.
Mme Labrie : Exact.
Bien, le registre des loyers a plusieurs vertus. Là, je viens de parler des
vertus pour la connaissance très micro que ça nous donne, là, sur l'offre en
matière de logements, la disponibilité de logements sur un territoire, mais
également sur les coûts de ces logements-là. Ça permet aussi, ça, d'avoir un
registre des loyers puis ça permet, par ailleurs, de contrôler les hausses de
loyers. Donc, j'espère que cette idée-là pourra continuer de faire son chemin.
C'est vrai que ni le
projet n° 31 ni même le projet de loi n° 65
ne sont des solutions définitives à la crise du logement. Ça va prendre
d'autres projets de loi. Donc, peut-être qu'on en aura un pour un registre,
éventuellement. Puis cette dépendance-là,
là, de données qui viennent du fédéral pour gérer quelque chose qui relève de
notre administration au Québec, pour moi, c'est un problème. Il faut
trouver des solutions, du côté du ministère, pour qu'on ait nos propres
données, qu'on ne dépende pas du fédéral, là, pour ça.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci.
Alors, sur ma liste, j'ai le député des Îles-de-la-Madeleine. Vous aviez
des interventions.
M. Arseneau :
Oui, c'est encore... bien, c'est sur le fond, là, de l'article 2.
J'aimerais savoir, de la part de la ministre, lorsqu'elle nous dit, bien :
Avant de nous convaincre de, justement, soustraire une partie du territoire au
moratoire, bien, il faudrait qu'on soit bien armé, quel est le processus qu'on
peut imaginer? Parce qu'on a parlé des MRC, on a parlé des maires. Qui sont les
intervenants qui pourraient, disons, faire un plaidoyer auprès de la ministre,
auprès du ministère, auprès du gouvernement? Et dans quel contexte ça peut
s'inscrire? Parce que là, effectivement, il n'y a aucune balise.
Moi, je comprends
l'idée d'être souple, mais le fait qu'il n'y ait pas de processus, j'aimerais
savoir comment elle imagine que ça pourrait
se produire. Est-ce que c'est au détour d'une rencontre fortuite ou dans un
processus, mettons, plus rigoureux où on peut soumettre des
propositions, là? Parce qu'il me semble que ce n'est pas... ce n'est pas banal,
là, une... être soustrait à l'application d'une loi. Ça doit se faire dans un
cadre.
Mme
Duranceau : Bien, l'idée, c'est d'être à l'écoute des élus, qu'ils
soient à notre niveau ou bien au niveau municipal, au niveau des MRC. La
personne qui va dire qu'elle veut se soustraire du moratoire, actuellement, alors qu'il n'y a pas un endroit où le taux
d'inoccupation est en haut de 3 %, il va falloir qu'elle explique sa
position, là. Moi, personnellement, je mets ça de l'avant aujourd'hui.
Alors, je suis ne pas celle qui va approuver sans une documentation, là,
spécifique.
Tu
sais, on pourrait imaginer, si on est à 2,9 %, on n'est pas à 3 %, on
est à 2,9 % dans une ville. Est-ce que, là, quelqu'un pourrait
faire le plaidoyer que ça retarde ou ça empêche certains investissements? Parce
que, bon, on a des investisseurs étrangers qui veulent venir, puis ça, c'est
une mesure qui les rend perplexes. Puis, bon, on est proche, de toute façon, du taux de 3 %. Est-ce que
ça, ça pourrait être un contexte? Peut-être. Mais honnêtement, c'est pour être
à l'écoute des situations qui peuvent survenir à l'intérieur, on se le dira,
là... on se rappelle, d'un délai très restreint de trois ans.
Donc,
moi... On a cette mesure-là. L'article 2, il est là parce que
l'article 1 est très audacieux, est du jamais-vu. Donc, c'est pour
rassurer qu'on se donne la... on se donne la possibilité de faire quelque
chose, mais ce n'est pas l'objectif initial, là.
M. Arseneau :
Mais moi, je comprends ce que
vous venez d'expliquer, à l'effet qu'il peut y avoir un argumentaire, il peut y avoir une situation à partir duquel...
de laquelle on développe un argumentaire, il y a une situation particulière, et
tout ça, les conditions qui pourraient permettre à des élus ou à des
territoires, justement, de réclamer une exemption. Et donc on peut
comprendre que c'est des représentants du territoire. J'imagine que c'est des
représentants élus. Mais, par exemple, si la
chambre de commerce du secteur de La Malbaie vous contacte, est-ce que c'est un
interlocuteur, à vos yeux?
Mme
Duranceau : Bien, c'est un interlocuteur mais qui devra nécessairement
avoir un appui local des élus locaux. Moi, dans... C'est comme ça que moi, je
le réfléchis. Puis je ne pense pas que c'est le meilleur porteur de dossier,
là, la chambre de commerce. Je pense que ce sont les élus locaux qu'il faut
qui... parce que ce seront... c'est eux qui vont avoir la responsabilité de
répondre face à la population. Ce sont les élus locaux qui sont responsables
puis redevables envers la population. Alors, ça, c'est une mesure avec laquelle
ils devront être à l'aise, peu importe qui la leur présente ou qui fait des
représentations. On pourrait, par exemple, exiger de la municipalité ou de la
MRC une résolution pour appuyer leur demande. Non, non, ça ne peut pas être un
développeur qui dit : Écoute...
• (15 h 50) •
M. Arseneau :
Bien, exact. Tu sais, on s'en va au même endroit, en fait, Mme la ministre,
et c'est la raison pour laquelle je pose la question. C'est de voir, de mesurer
votre ouverture à un amendement à l'article 2 qui nous indique la porte
d'entrée par laquelle une telle demande peut être considérée.
Je comprends que le
processus de règlement ajouterait des étapes qui seraient très, très longues
dans un délai de trois ans d'application du moratoire. Mais est-ce qu'il y
aurait une ouverture pour dire qu'une telle demande doit être formulée par voie
de résolution de MRC, de villes ou de municipalités pour qu'elle soit même
considérée? Ensuite, on vous laisserait, évidemment, le bon soin de juger de la
validité de la demande, de l'argumentaire, et ainsi de suite. Moi, je suis prêt à dire que la ministre peut avoir une
latitude là-dessus, mais j'aimerais qu'on puisse lancer un signal aux
représentants des territoires, qui pourraient vouloir lever la main, qu'il y
ait une porte d'entrée, que le législateur a identifiée, à travers laquelle ou
par laquelle il peut manifester son intention. Puis, en même temps, il y a une vertu de transparence puis de démocratie,
là-dedans, qui serait associée à une telle mesure où les gens qui sont
intéressés savent par où passer et les gens qui voient un territoire voisin
passer par là savent qu'ils peuvent aussi le faire par la même procédure et qu'ils seront considérés de la même
façon, à la même hauteur, de façon objective et, je dirais, équitable aussi.
Moi, ça, ça me préoccupe, cet élément-là.
Alors,
moi, j'aimerais déposer un amendement, mais, plutôt que le faire puis
d'allonger les procédures, je voulais savoir si vous avez une ouverture à cet
égard là. On peut suspendre aussi, si vous voulez réfléchir ou en discuter.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Mme la ministre.
Mme
Duranceau : Oui, il faut que je réfléchisse quelques minutes.
M. Arseneau :
Est-ce qu'on peut suspendre?
Mme
Duranceau : Bien, oui, suspendons quelques minutes, là, puis on va...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Alors, nous allons suspendre quelques
instants.
(Suspension de la séance à
15 h 52)
(Reprise à 16 h 10)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission
reprend ses travaux.
Mémoire
déposé
Avant de céder la parole au député des
Îles-de-la-Madeleine, je vais déposer le mémoire du Regroupement québécois des
résidences pour aînés.
Alors, ceci
étant fait, M. le député, je pense que vous avez un amendement à déposer. Je
vous demande d'en faire la lecture.
M. Arseneau : Oui, à l'article 2, je
propose d'ajouter, à la fin du paragraphe de l'article, le paragraphe
suivant : «Quiconque souhaite déposer une demande visant à soustraire de
l'application de l'article 1 un territoire donné doit présenter au
ministre de l'Habitation une résolution d'un conseil de ville, d'un conseil
municipal ou d'un conseil de municipalité régionale de comté à cet effet.»
L'explication de cet amendement-là, c'est, comme
je l'indiquais un peu plus tôt, de créer une porte d'entrée pour les gens qui habitent un territoire et qui
voient, à l'article 2, que la ministre a le pouvoir discrétionnaire de
soustraire certains territoires de l'application de l'article 1. Alors,
n'ayant pas tous le numéro de téléphone ou l'adresse courriel de la ministre... voient ici une façon de procéder
qui semble, pour moi, aller de soi, c'est-à-dire aller obtenir l'avis et...
en fait, un avis favorable, de la part des
représentants démocratiques dudit territoire, donc, qu'il s'agisse d'un
territoire urbain, du conseil de
ville, ou d'un territoire municipal, peu importe la région au Québec, ou même
d'une municipalité régionale de
comté, s'il s'agissait d'un territoire de MRC, à ce moment-là, évidemment, non
seulement il y a le poids de la résolution qui vient appuyer la
demande...
Puis, quand
je dis «quiconque», ça peut être un individu, ça pourrait être une chambre de
commerce, ça pourrait être les représentants des promoteurs immobiliers
de la région, mais ils doivent avoir l'assentiment des élus de ce territoire-là
pour pouvoir formuler une demande, ce qui, évidemment, n'oblige d'aucune façon
la ministre d'accéder à leur demande, mais tout simplement de la recevoir de
façon structurée et rigoureuse, et ça n'enlève absolument d'aucune façon le pouvoir de la ministre, sans
obtenir de demande, de prendre une décision sur la base de l'information
qu'elle détient et qu'elle a obtenue à
travers les collaborations qui sont offertes au sein de son cabinet ou de son
ministère. Donc, ça ne vient pas toucher le pouvoir discrétionnaire de
la ministre, mais plutôt indiquer aux citoyens du Québec que, si cet
article-là, ils veulent s'en prévaloir, ils veulent solliciter la ministre à
cet égard, bien, il y a une porte d'entrée pour le faire.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mme la ministre.
Mme Duranceau : Alors, bien, je
comprends l'approche, là, du député des Îles-de-la-Madeleine, puis on voit un
petit peu ce qui est proposé comme un aspect administratif de la chose, puis je
m'engage à ce que, sur le plan administratif, on procède de la sorte. Ça arrive
souvent, dans ce type de mesure là, d'indiquer aux municipalités comment fonctionner. Alors, je m'engage à ce que
le ministère de... Affaires municipales et Habitation, là, communique l'information aux municipalités puis aux MRC,
alors, mais je ne pense pas qu'un amendement, sur le plan juridique, là,
est nécessaire pour faire la chose, mais je suis tout à fait d'accord avec
l'approche.
M. Arseneau : Mais juste une
question de précision, là. Je comprends que vous ne le jugez pas nécessaire
pour l'exercice du pouvoir discrétionnaire qui vous est donné par l'article 2,
mais est-ce qu'il y a, comment dire, une...
est-ce qu'il... de proposer un tel amendement viendrait amoindrir, à votre
point de vue ou du point de vue des juristes, le pouvoir de la ministre ou comment... Dans le sens où vous
dites : Bien, on l'annoncera à un autre endroit que... y a-t-il une
raison de ne pas l'indiquer dans le projet
de loi, là, sur le plan juridique, par exemple? Je voudrais juste comprendre
pourquoi c'est préférable de le faire sur le plan administratif que sur le plan
légal, parce que je comprends qu'il peut y avoir des outils
d'information qui sont à l'attention des municipalités, des villes et des MRC,
mais, si, par exemple, un regroupement quelconque, un individu disait :
Moi, c'est un article que je trouve intéressant puis je pense que notre
territoire mériterait d'être soustrait, il aurait cette information-là dans le
projet de loi, comme voici la marche à suivre. Est-ce qu'il y a... Je ne sais
pas si on...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la ministre ou M. le sous-ministre?
M. Paradis (Nicolas) : Merci, Mme la
Présidente. À vrai dire, c'est, bien entendu, dans la logique de garder toute la flexibilité et la souplesse du pouvoir
gouvernemental pour être à même de répondre, avec la vision d'ensemble
et la prise en considération de l'intérêt public, à l'ensemble des demandes qui
peuvent leur être formulées. C'est pour ça que des... je formulerais que des
indications de cette nature-là dans la loi, dans la mesure où elles peuvent
être accomplies purement administrativement, c'est l'approche qui est
privilégiée.
Sous cet angle-là, le ministère des Affaires
municipales et de l'Habitation pourra, étant donné la volonté de la ministre,
réaliser sans problème des communications sur, notamment, le milieu municipal,
mais aussi destinées à tout autre groupe
d'intérêts qui pourrait avoir, justement, à juste titre, avec l'appréciation
qu'ils ont du territoire, intérêt à formuler une demande au gouvernement
avec les conditions afférentes. On peut penser, effectivement, lorsque c'est une demande qui provient d'une municipalité,
d'obtenir la résolution de son conseil, mais aussi d'avoir les éléments de
démonstration que la ministre, le gouvernement jugeront opportuns pour pouvoir
apprécier pleinement la demande formulée,
ce qui laisse l'ensemble de la flexibilité. Pour le milieu municipal comme, à
l'usuel, pour l'ensemble des projets de loi, une publication se fera par
le biais du Muni-Express, que le milieu municipal connaît très bien.
M.
Arseneau : Merci pour votre explication. Puis je voulais juste
mentionner que j'apprécie l'ouverture de la ministre et son engagement de
diffuser une information de ce type-là sur le plan administratif, mais je
voudrais juste formuler une dernière observation. C'est à l'effet que, si on
avait eu cette ouverture-là pour indiquer une certaine balise ou un certain
nombre de balises dans le projet de loi, je pense qu'il pourrait aussi... ce
pourrait être vu comme une façon d'assurer un traitement équitable sur les
mêmes bases pour tout le monde et tous les territoires, voire même soulager la
ministre de sollicitation de tout acabit, par tous les moyens, en encadrant un
tant soit peu les demandes ou les sollicitations qui pourraient survenir. Donc,
moi, ce que je voulais simplement, c'est que le législateur et, évidemment, le
gouvernement, avec un pouvoir comme celui-là, puissent faire preuve de la plus
grande transparence possible et, en même temps, soulager la ministre de
sollicitation indue.
Mme
Duranceau : Vous êtes gentil de prendre soin de moi.
M. Arseneau :
Je pense beaucoup à vous et au travail que vous aurez à faire au
cours des deux prochaines années.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci. Je pense avoir vu la main de la... La
Pinière.
Mme Caron :
Merci, Mme la Présidente. Bien,
en fait, je trouvais l'amendement du collègue des Îles-de-la-Madeleine intéressant, parce qu'il y avait l'aspect de
sollicitation... parce qu'il pourrait y avoir plein de municipalités qui
voudraient se soustraire ou, en tout cas, de groupements qui voudraient qu'une
partie du territoire soit soustraite au moratoire, et effectivement la
ministre pourrait être submergée de demandes, peut-être pas, mais ça demeure
dans le possible.
Aussi, ce que je
trouvais intéressant, c'est que... parce que, là, on parle... on a parlé d'information
aux villes, peut-être du bulletin Info-Muni... Muni-Info, mais ce n'est pas...
moi, ce que je vois, ce n'est pas tant de donner de l'information au conseil municipal ou bien à la MRC, mais plutôt que
quiconque, donc, que ce soit une ville ou autre entité, qui demande
qu'un territoire soit soustrait du moratoire, bien, doit se faire appuyer par
la municipalité où se trouve le territoire
en question, ou par le conseil de la MRC, et, puisqu'on demande une résolution,
bien, c'est une façon d'informer la population de ce qui se passe, parce
que les conseils municipaux se tiennent en public.
Donc, déjà là, il y
a... Ça vient un petit peu rejoindre l'idée de l'amendement de ma collègue des
Mille-Îles de tout à l'heure, qui disait
«par règlement», parce que c'est... il y a un... il y aurait un 45 jours pour
réagir. Là, s'il y a une municipalité qui doit adopter une résolution
pour permettre à quelqu'un de faire la demande à la ministre, bien, les
citoyens de cette municipalité-là sont informés que... puis les gens peuvent
réagir aussi, et ça permet de s'assurer aussi que toute demande pourrait être
en phase avec les... peut-être, le schéma d'aménagement ou autres, là, dans la
municipalité ou la MRC.
Alors, je dirais que
ça répondait quand même à des... à quelques éléments, étant donné qu'on n'a
aucune définition de territoire puis on n'a aucune balise, aucun paramètre sur
la soustraction du moratoire d'un territoire.
• (16 h 20) •
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci.
Est-ce que j'ai d'autres interventions sur l'amendement? Alors, si je
n'ai pas d'autre intervention, l'amendement est-il adopté? Est-il adopté,
rejeté? Vous demandez le vote?
M. Arseneau :
Oui, le vote, s'il vous plaît.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Alors, Mme la secrétaire.
La
Secrétaire : Pour, contre, abstention. M. Arseneau
(Îles-de-la-Madeleine)?
M. Arseneau :
Pour.
La
Secrétaire : Mme Duranceau (Bertrand)?
Mme Duranceau :
Contre.
La
Secrétaire : Mme Jeannotte (Labelle)?
Mme Jeannotte :
Contre.
La
Secrétaire : Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin
Roy : Contre.
La
Secrétaire : Mme Schmaltz (Vimont)?
Mme Schmaltz :
Contre.
La
Secrétaire : Mme Tardif (Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif : Contre.
La
Secrétaire : Mme Gendron (Châteauguay)?
Mme Gendron :
Contre.
La
Secrétaire : Mme Caron (La Pinière)?
Mme Caron :
Pour.
La
Secrétaire : Mme Labrie (Sherbrooke)?
Mme Labrie :
Pour.
La
Secrétaire : Mme Lecours (Les Plaines)?
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Abstention. L'amendement est donc
rejeté. Nous retournons à l'article 2. Est-ce que j'ai d'autres
interventions sur l'article 2? Alors, si je n'ai pas d'autre intervention,
est-ce que l'article 2 est adopté?
Des voix : Adopté.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Adopté. Nous passons donc à
l'article 3, Mme la ministre.
Mme Duranceau :
Article 3 ou article 11?
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Oui, je m'excuse, par l'ordre, vous
avez bien raison. Merci de me rappeler à l'ordre. Alors, l'article 11.
Mme Duranceau : Alors, à l'ordre. Donc,
article 11, je vous lis ça : «Le ministre doit...» la ministre. «Le ministre doit publier un avis à la Gazette officielle du
Québec lorsque le taux d'inoccupation des logements locatifs publié par
la Société canadienne d'hypothèques et de
logement à l'égard de l'ensemble des centres urbains du Québec, dont la
population est d'au moins 10 000 habitants, atteint 3 %.
«Les
dispositions de la section I et du premier alinéa cessent d'avoir effet à
la date de la publication de l'avis.»
Alors,
l'article 11 du projet de loi prévoit que le moratoire sur les évictions
prendrait fin lorsque la ministre responsable
de l'Habitation donne un avis indiquant que le taux d'inoccupation des
logements locatifs atteint 3 % selon les données diffusées par la Société
canadienne d'hypothèques et de logement pour l'ensemble des centres urbains de
plus de 10 000 habitants.
Donc, on en a parlé
brièvement tantôt, c'est un constat, c'est un fait, et on le publie à la Gazette
officielle pour faire connaître, dans ce cas-ci, là, la fin du moratoire,
si on atteignait des taux d'inoccupation de 3 % pour l'ensemble du
territoire. Donc, c'est la condition à laquelle le moratoire entre en vigueur
et est levé, en fait.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Est-ce que j'ai des
interventions? Mme la députée de La Pinière. Par la suite, la députée de
Sherbrooke.
Mme Caron :
Alors, bon, on comprend, comme vous l'avez dit, Mme la ministre, que le
3 % est le taux d'inoccupation qui... en bas duquel le moratoire
s'applique, et, dès qu'il est à 3 %, c'est levé. Est-ce que vous vous
réservez un moyen de peut-être soustraire une partie du territoire de la levée
du moratoire, si jamais, par les chiffres que vous avez dans certaines
municipalités, on n'atteint pas le 3 % ou bien si on dit : Non, c'est
3 %, c'est suffisant pour l'ensemble du Québec?
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Mme la ministre.
Mme Duranceau :
Donc, oui, alors, soustraire certaines parties du territoire, c'est
l'article précédent, c'est l'article 2. Si on atteint 3 % pour
l'ensemble du territoire, le moratoire est levé. Il n'y a pas de...
Mme Caron :
Donc, on juge que c'est suffisant, puis, s'il y a des... si jamais il y a
des parties du territoire qui ne l'ont pas encore atteint, ce n'est pas grave,
on lève quand même le moratoire. C'est ça?
Mme Duranceau :
C'est ça, parce qu'encore il faut se souvenir que les données ne sont pas
nécessairement aussi granulaires par partie du territoire. Ça fait que c'est
pour ça qu'on ne voulait pas aller là.
Mme Caron :
Merci.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. J'ai un amendement à déposer ici. Il est déjà sur Greffier.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui. Alors, on va afficher l'amendement. Je vais
vous demander, Mme la députée, d'en faire la lecture.
Mme Labrie :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Donc, l'article 11 du projet de loi
est modifié par l'ajout d'un troisième alinéa : «Cet avis peut toutefois
maintenir l'application des dispositions de la section I sur toute partie
du territoire du Québec où le taux d'inoccupation demeure sous 3 %, et ce,
jusqu'à l'atteinte de ce seuil.»
L'objectif est de
faire en sorte que ce soit encore possible après que, de manière générale, en
moyenne, au Québec, on ait atteint un taux d'équilibre, s'il y a encore
certains territoires spécifiques pour lesquels la situation est encore sous le
seuil d'équilibre... que ça puisse être possible pour la ministre de maintenir
certaines dispositions.
Je vais donner un
exemple. Si, par exemple, la moyenne nationale, ça va bien, puis tout ça, mais
que, par exemple, en Gaspésie ou dans une
ville comme Granby, qui sont à des seuils critiques actuellement, ça ne s'est
pas réglé, on voudrait que ça puisse continuer de s'appliquer, les
dispositions du moratoire dans ces territoires-là en particulier, à la
discrétion de la ministre, avec les données qu'elle a à sa disposition. Donc,
c'est le souhait de cet amendement.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Mme la ministre.
Mme
Duranceau : Bien, je pense qu'il va dans la même lignée que ce qui
était proposé pour l'article 1, d'avoir une application un peu automatique
toujours, là, si le taux d'inoccupation de 3 % n'est pas atteint.
Mme Labrie : Bien,
à vrai dire, non, c'est dans le même état d'esprit quand même, mais ça ne
prévoit pas un automatisme. Ça dit que la
ministre, dans son avis qui met fin au moratoire, peut préciser que ça se
continue quand même sur certains territoires. Donc, contrairement à ce
que j'avais proposé à l'article 1, où, oui, effectivement, je voulais que ce soit automatique, ici, c'est la ministre
qui aurait la décision... dans son avis, de décider elle-même de le maintenir
dans certains territoires spécifiques. Si,
par exemple, à certains endroits, c'est à 2,8 %, puis qu'elle considère
qu'elle veut le lever quand même, le moratoire, bien...
Mme
Duranceau : Ça, je peux le faire déjà.
Mme Labrie : ...elle
le lève, mais elle pourrait, la ministre, identifier spécifiquement, dans son
avis, là, qui met fin au moratoire...
Je fais ça parce que,
quand on a eu le briefing technique, on m'a expliqué que la moyenne nationale,
c'est une moyenne qui est pondérée. Ça veut dire que le poids, quand même, de
la région de Montréal est très élevé, là, dans
le calcul de cette moyenne-là à l'échelle nationale. Et moi, ma crainte, c'est
que, dans certains territoires qui sont peu peuplés, et donc qui pèsent
pour très peu dans le calcul de cette moyenne, si le taux d'inoccupation est
très bas, et c'est le cas, là, dans certaines régions moins densément peuplées
en ce moment... Ça pourrait arriver, là, que, dans un territoire plus dense, on
réussisse à atteindre plus rapidement un seuil qui est sain, autour de
3 %, mais que, dans certains territoires, ça reste critique.
Donc, l'idée, c'est
de permettre à la ministre, sans que ce soit automatique, de... si elle
constate ça, qu'elle doit le lever à l'échelle nationale, elle ait quand même
cet outil-là. Actuellement, il n'y aurait aucun outil. Tu sais, si la ministre
constate que, ah, on est rendus... dans deux ans, on a atteint un seuil moyen
de 3 % partout à l'échelle du Québec, mais, par exemple, en Gaspésie, ou
en Mauricie, ou à Shawinigan, que, là, c'est encore très critique, et elle n'a aucun outil pour le maintenir spécifiquement
sur ce territoire-là, donc c'est vraiment l'intention, ici, de le lui permettre,
mais vraiment à sa discrétion, pas de manière automatique.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci.
Mme la ministre? Est-ce que j'ai d'autres interventions? Non?
Mme
Duranceau : Y a-tu d'autres interventions?
M. Arseneau :
Bien, à moins que vous souhaitiez répondre d'abord...
Mme
Duranceau : Non, je dois consulter avant de répondre.
M. Arseneau :
D'accord. Bien, je vais juste intervenir pour dire que la proposition
d'amendement est intéressante à mon point de
vue, parce que, justement, c'est à peu près l'inverse de ce qu'on vient de voir
sur la soustraction d'un territoire. Là, ce qu'on veut, c'est l'inverse, c'est
qu'on puisse garder certains territoires où la crise ne serait pas résorbée,
alors que, dans l'ensemble des centres urbains, elle le serait. On aurait
encore besoin de cette mesure-là
dans une communauté, sur un territoire, mais qui n'est pas nécessairement un
territoire d'un centre urbain du Québec, là,
reconnu au sens du premier paragraphe, et, à ce moment-là, bien, on pourrait
avoir une mesure d'exception pour conserver cette mesure-là, le temps
que la situation se résorbe également à cet endroit.
Alors, c'est ce que
je comprends, en fait, de l'amendement, là. Je n'étais pas certain au début,
là, mais, si c'est ce que... ce que ça veut traduire, comme un pouvoir
discrétionnaire à la... ou une obligation, là, je ne sais pas comment on le
voit, là, «peut toutefois», bien oui, ça fait partie, donc, de la prérogative
de la ministre de l'inscrire dans son avis à la Gazette officielle.
Donc, ça devient un pouvoir discrétionnaire, c'est ce que j'en comprends, là,
parce que le taux n'est pas atteint, le taux d'inoccupation demeure sous les
3 %.
Alors,
cette mesure-là me semble être exactement ce que la ministre souhaitait pour
soustraire. Alors, pourquoi ne pas le garder pour là où les... dans les
endroits où c'est nécessaire?
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci. Mme la ministre.
Mme
Duranceau : On est... on y a pensé à ça aussi. Là, la discussion qu'il
faut qu'on ait, c'est que, là, c'est la ministre qui publie. Tu sais, c'est un
constat, tu publies, tu n'as pas de permission à demander à personne. Là, ce
dont vous parlez, bien, c'est de donner un pouvoir spécial à la ministre, qui
est effectivement le miroir de l'autre, par région, mais ce n'est pas sûr que
c'est là que ça va. Ça ne peut pas être à cet article-là. Donc là, on est en
train de se questionner sur...
• (16 h 30) •
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Est-ce que vous... oui, allez-y.
Mme Labrie : ...on
cherchait l'endroit où c'était le plus simple d'inscrire cette modalité-là. Ça
peut prendre différentes formes, mais je pense que c'est très, très important,
parce que, là, on se base sur une moyenne nationale pour déterminer si le moratoire se termine éventuellement. C'est
correct, il faut déterminer comment ça prend fin, bien sûr, mais ça vient
mettre à risque certains territoires qui pèsent peu dans cette moyenne et pour
lesquels la crise est aiguë.
Donc, moi, le chemin
qu'on prend pour arriver à créer cette disposition où la ministre peut
maintenir un moratoire sur certains
territoires spécifiques à sa discrétion, je veux qu'il existe. Ce n'est
peut-être pas de cette manière, ça peut être par règlement, ça peut être
par décret. Moi, je suis très ouverte au meilleur chemin législatif pour qu'on
l'intègre au projet de loi, mais je pense que ça doit figurer dans le projet de
loi.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Mme
la députée de La Pinière, par la suite, Îles-de-la-Madeleine.
Mme Caron : Merci,
Mme la Présidente. Bien, c'est parce que c'est exactement la question que j'ai
posée à la ministre tantôt, puis elle m'a dit non. J'ai dit : Est-ce
qu'une fois que le moratoire prend fin, quand ça arrive à 3 %, est-ce que
vous vous gardez... est-ce que vous vous gardez un pouvoir de soustraire de la
fin du moratoire certains territoires, donc de maintenir le territoire... le
moratoire? Et puis elle m'a répondu non puis...
Mme
Duranceau : Bien non, j'ai répondu non parce que ce n'est pas ça qui
était prévu, parce que le 3 % pour l'ensemble du territoire, c'est ça qui
est ça, puis il n'y a pas de... il n'y a rien de politique, il n'y a rien de
qualitatif, c'était ça. Bon, on a... Ça avait le mérite d'être simple. Encore
une fois, on n'a pas voulu s'enfarger dans trop
de choses ici pour que ça soit simple pour tout le monde. L'argument de la
députée de Sherbrooke, tu sais, je ne le conteste pas, là. Je suis
d'accord avec elle. Les chiffres, je les connais, puis effectivement ça risque
d'arriver à Montréal avant les régions, de réatteindre 3 %. Donc, il faut
trouver le meilleur chemin ou, en tout cas, il faut... On l'avait considéré. Ça
fait qu'on va juste se reconsulter pour voir si on doit bouger ou pas.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Est-ce que j'ai d'autres interventions sur
l'article? Oui?
M. Arseneau :
Oui, bien, puisqu'il y a une réflexion qui va s'amorcer, là, je ne sais pas
s'ils vont le faire par suspension ou comment... mais je voudrais juste
soulever que, dans l'article original, il me semblait qu'on... bien, j'avais un peu posé la question dans le même sens
aussi, qu'on se fiait sur l'ensemble des centres urbains pour décider si
la mesure devait être éliminée sans considérer que des villes de moins de
10 000 habitants pouvaient encore avoir besoin de cette mesure-là, parce qu'évidemment, là, c'est les
10 000 habitants et plus, juste de garder ça en tête que, même
si partout...
Bien, je pense, c'est
peut-être un peu le sens de la proposition, là, mais moi, ça me préoccupait de
voir que la mesure, c'était à l'égard de
l'ensemble des centres urbains du Québec dont la population est d'au moins
10 000 habitants, mais il y
a aussi une portion du Québec qui vit dans des villes de moins de
10 000 habitants et pour lesquelles la mesure sauterait sans
qu'on puisse prendre acte de leur situation particulière, puis on peut imaginer
des situations particulières où il y a une activité économique, justement,
extrêmement dynamique, et puis qui fait qu'il y a peu de logements, puis que cette mesure-là contre les
évictions doit demeurer, mais qu'ils passent au tordeur parce qu'ailleurs
ça se passe mieux.
Puis j'avais une
question. Je ne sais pas si vous pouvez y répondre. Lorsqu'on dit, là,
l'ensemble des centres urbains... Tout à
l'heure, ma collègue de Sherbrooke a dit : Tu sais, si, dans la moyenne...
Moi, je veux savoir comment ça s'applique. Est-ce que chacun des centres
urbains, sur la base du rapport de la Société canadienne d'hypothèques et de
logement, doit présenter un chiffre de moins de 3 % ou on y allait avec
une moyenne? Parce que ce n'est pas spécifiquement indiqué que c'est une
moyenne. On dit «à l'égard de l'ensemble», puis moi, je n'avais pas compris que c'était une moyenne. J'avais compris que,
lorsque c'est atteint partout, coché partout, là, on fait tomber la mesure.
Mme
Duranceau : Oui, c'est... non, c'est la moyenne. C'est le chiffre qui
sort de la SCHL, là, qui est généralement reconnu, puis qu'on voit annoncé en
janvier de chaque année.
M. Arseneau :
Le chiffre global.
Mme Duranceau : Le chiffre global,
oui.
M.
Arseneau : Oui, ce qui pose un problème à mon point de vue.
Mme Duranceau :
Oui, mais, en même temps, il ne
faut pas oublier, là, on est dans un moratoire de trois ans. On
n'atteindra pas 3 %, probablement... tu sais, même Montréal, borderline,
ils ne sont pas là, là, dans le trois ans. Donc, je pense que ce qui va
prévaloir, c'est le moratoire de trois ans et non la notion du 3 %. C'est
pour ça qu'on a voulu garder ça simple aussi. On ne veut pas commencer à
morceler le territoire, mais on se garde une marge de manoeuvre, parce qu'il ne
faut pas oublier, c'est une restriction. On se garde une marge de manoeuvre
pour enlever la restriction. On n'a pas
prévu de marge de manoeuvre pour la laisser, puis je pense que, probablement,
qu'on n'aura pas à le faire parce qu'on n'atteindra pas trois. Il y a un
risque, là, mais faible, je pense. Alors...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : D'autres... Est-ce que vous désirez suspendre
pour travailler ou bien on poursuit les discussions? Mme la députée de
Sherbrooke.
Mme Labrie : Je
comprends que la ministre estime que le risque est faible. En même temps, techniquement,
à les entendre, si les choses en cours et les programmes fonctionnent bien, il
se pourrait qu'il y ait du développement de logements.
Une voix : Une
embellie.
Mme Labrie : Si les villes accélèrent le délivrement de permis,
par exemple, bon, il se pourrait que ça débloque. Et moi, je pense qu'on doit
avoir ce souci-là ici de ne pas pénaliser des territoires moins densément
peuplés parce que Montréal a un gros poids sur cette moyenne. On le sait
que la crise, elle est vécue très différemment, puis ce n'est pas à Montréal
que le taux d'inoccupation est le plus aigu en ce moment, là. Donc, moi, au
mieux, ça n'arrive pas, puis on atteint le
taux d'équilibre partout. Mais je pense qu'on doit avoir ce souci-là puis
prévoir une disposition. Et, au mieux, on n'aura pas besoin de s'en
servir parce qu'on viendra à l'équilibre partout.
Si, du côté de la
ministre, ils ont des meilleures idées de comment procéder pour intégrer ça,
moi, je vous soumets qu'on pourrait peut-être suspendre l'article 11, le
temps qu'ils y réfléchissent et qu'ils nous reviennent. Comme ça, on pourrait continuer, là, de discuter du projet de loi, mais
je pense que ça serait responsable, comme législateur, de prévoir cette
possibilité-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Alors,
est-ce qu'il y a consentement pour suspendre l'article 11?
Mme
Duranceau : Moi, je suis d'accord, oui.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Et l'amendement?
Des voix :
Consentement.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Donc, on va suspendre l'article 11 et
l'amendement, le temps que le travail se fait, et on peut poursuivre avec le
dépôt d'un amendement à... introduisant 11.1, qui est à la députée de
Sherbrooke, ou vous...
Mme Labrie : Est-ce
que, vu qu'on le suspend, l'article 11, on fait ça tout de suite ou on
attend d'avoir adopté l'article 11? C'est une question de procédure.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : On suspend l'article 11 et l'amendement.
Mme Labrie : Donc, vous voulez... au lieu de partir... de passer
à l'article 3, vous voulez qu'on fasse 11.1 maintenant?
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Dans
la logique, c'est censé être ça. On peut suspendre également
l'amendement, mais il n'est pas déposé. On n'a pas besoin de le suspendre.
Mme Labrie : On
peut le faire, on peut... non, non, allons-y, moi, je vous suis, là, au niveau
procédural.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : OK.
On va aller à 3 pour bien garder l'ensemble de... Il n'est pas déposé de
toute façon. On va aller à l'article 3. Mme la ministre.
Mme
Duranceau : Oui, OK. Alors, on travaille sur 11 puis 11.1... là, on
retourne à 3. Donc, l'article 3, alors : «Un locataire évincé en
violation de l'article 1 peut s'adresser au Tribunal administratif du
logement afin de réclamer l'indemnité prévue
à l'article 1965 du Code civil, des dommages-intérêts pour la réparation
de tout préjudice qu'il a subi et des dommages-intérêts punitifs.»
Donc, l'article 3 du projet de loi
permettrait à un locataire évincé en violation du moratoire de s'adresser au Tribunal
administratif du logement afin d'obtenir, en plus de l'indemnité et des
dommages et intérêts normalement applicables en cas d'éviction, des dommages et
intérêts punitifs.
Alors, la notion de
dommages et intérêts punitifs avait été introduite, si je ne me trompe pas,
dans le cadre du projet de loi n° 31.
Donc, on vient dire que, là, ce serait aussi applicable dans un cas où il y
aurait violation du moratoire. Alors, je pense que ça vise à dissuader
qui que ce soit de ne pas suivre les règles.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. J'ai des interventions de la députée des Mille-Îles.
Mme
Dufour : Oui. Merci, Mme la Présidente. J'ai eu à aller
dans un autre projet de loi pendant les discussions sur
l'article 2, mais j'avais une question concernant... puis ça va venir avec
cet article-là.
Dans le fond, advenant le cas où il y avait un
projet qu'un office, par exemple, d'habitation avait à rénover de façon majeure
et donc... et à déplacer, de façon permanente, des citoyens, est-ce que ce
serait considéré de l'éviction? Puis est-ce qu'à ce moment-là ils seraient en
possibilité de réclamer une indemnité? Tu sais, par exemple, il y a beaucoup de... il y a plusieurs HLM qui
sont vétustes, qui requièrent, bien, c'est ça, disons, des travaux plus que
majeurs, je dirais, dans certains cas. Je ne
sais pas s'ils rentrent dans la catégorie de travaux majeurs, parce que, s'ils
ne retournent pas, là, à ce moment-là, c'est considéré une éviction,
j'imagine.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la ministre.
Mme
Duranceau : Je pense qu'il y a des règles particulières pour
les HLM. Je vais laisser Me Simard commenter.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Me Simard.
M. Simard
(Patrick) : Merci. Pour bien saisir l'objet de votre
questionnement, c'est qu'il y aurait des travaux majeurs dans un HLM,
puis les locataires seraient invités à quitter?
Mme Dufour : Oui, mais à quitter de
façon... Parce que, par exemple, un cas que j'ai vu récemment, les gens, c'est des... c'étaient des logements
adaptés, donc, pour personnes à mobilité réduite, puis ça a été finalement
remplacé, on peut dire, par des logements tout autres, complètement une
nouvelle nature. Donc, ils ont été complètement évincés, entre guillemets,
mais, dans ce cas-ci, ils ont été déplacés. Mais advenant le cas où ce n'était
pas possible, comment, tu sais, ça, ce
serait considéré au niveau des... Est-ce que c'est des... ça rentre dans la
catégorie travaux majeurs?
• (16 h 40) •
M. Simard (Patrick) : En fait, les
offices municipaux d'habitation sont assujettis aux mêmes règles que l'ensemble des autres clientèles qui fournissent
du logement, les autres locateurs. Mais il existe un autre paramètre dont,
peut-être, on pourrait se rappeler, c'est la possibilité de relogement, et là
on rentre dans d'autres paramètres.
Donc, par exemple, quelqu'un qui ne satisferait
plus les conditions d'occupation en raison de la typologie du logement, pour
dire quelque chose, droit à un studio, alors qu'il se retrouve dans un deux
chambres... Alors là, il y a une possibilité pour l'OMH, qui est unilatéral, de
reloger son locataire, son client, mais cependant, il garde toujours, à tout événement, le droit au maintien dans les
lieux. Donc, il y a des paramètres un peu particuliers, mais, hormis cela,
les règles s'appliquent à tous.
Mme Dufour : Donc, juste pour bien
comprendre, c'est une distinction puis c'est... est-ce que c'est, à quelque
part dans le Code civil, le relogement puis... Peut-être nous orienter, parce
que, là, ce n'est pas une éviction au sens de la loi à ce moment-là.
M. Simard (Patrick) : Non, on parle
d'autre chose.
Mme
Dufour : Parce que là, à ce moment-là, les gens ne
pourraient pas refuser cette... là, vous dites relogement, mais, je dirais,
cette relocalisation, là, qui est dans un logement, peut-être, qui ne fera pas
leur affaire, mais...
M. Simard (Patrick) : Si vous me
donnez un instant, je vais retrouver le paramètre, parce que ce sont des
exceptions très particulières, là.
Mme Duranceau : Puis peut-être un
détail, pendant qu'on cherche, tu sais, sur le plan très opérationnel, les
offices d'habitation, ils prévoient tout ça, là, leurs travaux, puis c'est
prévu sur cinq ans, puis comment ils vont déplacer les gens pour optimiser la
situation puis, très certainement, ne pas déstabiliser les gens. Tu sais, c'est
ça, leur mission.
Mme Dufour : Non, non, mais je peux
vraiment donner un cas concret, là, où les gens ont été déplacés dans un
quartier très éloigné, mais c'était nécessaire pour faire, tu sais, d'autres
types de logements, mais ça a impliqué un déménagement
vers d'autres logements. Puis c'était des logements qui étaient adaptés, là,
qui étaient... précédemment. Ça fait que les gens, si on leur avait
donné le choix, n'auraient pas accepté la relocalisation, là.
Mme Duranceau : Oui, bien là...
M. Simard (Patrick) : Alors, le
paramètre qui est prévu à l'article 1990 du Code civil du Québec...
Mme Dufour : 1982,
vous avez dit?
M. Simard (Patrick) : 1990.
Mme Dufour : Ah! 1990, parfait.
M. Simard
(Patrick) : Oui. Et «le locateur — je peux vous en faire lecture, là — peut,
en tout temps», le locateur étant le HLM, parce que c'est une section
particulière, «peut, en tout temps, reloger le locataire qui occupe un logement
d'une catégorie autre que celle à laquelle il a droit dans un logement
approprié, s'il lui donne un avis de trois mois.» Et le locataire peut faire
réviser la décision par le TAL.
Mme
Dufour : OK. Mais juste pour bien comprendre, vous dites,
c'est... OK, parce qu'on est dans la catégorie d'un bail d'un logement à
loyer modique, hein?
M. Simard (Patrick) : Absolument.
Mme Dufour : C'est pour ça que,
quand même, si on dit un locateur, on parle juste du loyer à logement... du
logement à loyer modique ici.
M. Simard (Patrick) : Exact, parce
qu'on en est rendus à la section II sur le logement.
Mme Dufour : C'est ça. OK. Merci
beaucoup.
M. Simard (Patrick) : Plaisir.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Est-ce que j'ai d'autres interventions sur
l'article 3? Si je n'ai pas d'autre intervention, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Adopté. Merci beaucoup. On passe donc à l'article 9, qui est
costaud.
Mme Duranceau : Donc,
l'article 9. Alors : «L'article 1 ne s'applique pas aux
évictions suivantes :
«1° une éviction visant un logement situé dans
une partie de territoire qui a été soustraite de l'application de l'article 1, conformément à l'article 2,
dans la mesure où l'avis d'éviction a été transmis alors que cette partie de
territoire était ainsi soustraite;
«2° une éviction visant à changer l'affectation
d'un logement situé dans une résidence privée pour aînés dans les situations
suivantes :
«a) le locateur est titulaire d'une
autorisation pour l'exploitation d'une telle résidence visée à
l'article 557 de la Loi visant à rendre le système de santé et de services
sociaux plus efficace (2023, chapitre 34) et, à la fois :
«i. Santé
Québec a fait droit à sa demande de révoquer l'autorisation, conformément à
l'article 637 de cette loi;
«ii. le
logement se situe dans les lieux auxquels la révocation s'applique, lorsqu'il
s'agit d'une révocation partielle;
«b) le locateur est titulaire d'une
attestation temporaire de conformité visée à l'article 346.0.2 de la Loi
sur les services de santé et les services sociaux pour les Inuit et les
Naskapis (chapitre S-4.2) ou d'un certificat de conformité visé à
l'article 346.0.4 de cette loi et, à la fois :
«i. le plan de
cessation des activités du locateur a été approuvé conformément au quatrième
alinéa de l'article 346.0.17.1 de cette loi;
«ii. le logement se situe dans la partie de la
résidence visée par le plan, lorsque le locateur cesse ses activités à l'égard
de cette partie seulement.»
Donc, je vous offre les notes explicatives.
L'article 9 du projet de loi prévoit certains cas particuliers qui ne
seraient pas visés par l'interdiction d'évincer un locataire qui est prévue à
l'article 1 du projet de loi.
D'une part, dans le cas où un territoire a été
soustrait à l'application du moratoire par une décision du gouvernement, un
processus d'éviction amorcé pendant la période de soustraction pourrait se
poursuivre même si cette soustraction devait prendre fin.
D'autre part, l'interdiction ne s'appliquerait
pas dans le cas de la cessation des activités d'une résidence privée pour aînés. Il est à noter qu'un tel
changement d'affectation demeurerait régi par l'article 1955.1 du Code civil
dans le cas où le logement était toujours offert à des fins d'habitation. Donc,
voilà.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Est-ce que j'ai des interventions sur l'article 9? Je
n'ai pas d'intervention? Oui, Mme la députée de La Pinière.
Mme Caron : Non... Bien, pour
confirmer ma compréhension, donc, les RPA ne sont pas assujetties au moratoire. C'est bien ce que je comprends? On
parle de RPA autorisées, qui ont leur autorisation et... parce que, si, par
exemple, la RPA doit fermer, il y a déjà un avis qui est donné au CISSS ou au
CIUSSS et il y a un certain... il y a comme neuf mois
durant lesquels les personnes doivent être relocalisées avec l'aide de la RPA
et du CIUSSS. C'est bien de ça qu'il s'agit ici ou il y a...
Mme
Duranceau : Oui, exactement, parce qu'il y a déjà un régime qui
prévoit ce qui se passe avec les RPA. Donc,
on ne vient pas... on ne touche pas à ça avec le moratoire. C'est déjà visé et
bien chapeauté par le secteur de la santé.
19313
17949
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci. Est-ce que j'ai d'autres interventions sur l'article 9? Alors,
je vais placer l'article 9 aux voix. Est-il adopté?
Des voix : Adopté.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Adopté. Merci beaucoup. Nous allons passer à
l'article 10. Mme la ministre.
Mme
Duranceau : Oui. Donc : Jusqu'à la date de l'entrée en vigueur de
l'article 1293 de la Loi visant à rendre le système de santé et de
services sociaux plus efficace, le sous-paragraphe bdu
paragraphe 2° de l'article 9 de la
présente loi doit se lire en y supprimant, dans ce qui précède le
sous-paragraphe i, «pour les Inuit et les Naskapis».
Donc,
l'article 10 du projet de loi est une disposition transitoire qui
ajusterait le libellé de l'article 9 du projet de loi pour tenir compte de
l'entrée en vigueur de certaines dispositions de la Loi visant à rendre le
système de santé et de services sociaux plus efficace. Donc, disposition
transitoire.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Donc,
est-ce que j'ai des interventions sur l'article 10? Mme la députée
de La Pinière.
Mme Caron : Merci.
Alors, est-ce que je comprends que c'est une concordance avec la nouvelle loi
sur Santé Québec?
Mme
Duranceau : Effectivement, oui, c'est ça.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Alors, aie-je d'autres interventions? Non.
Alors, est-ce que l'article 10 est adopté?
Des voix : Adopté.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Adopté.
Merci beaucoup. On passe maintenant à l'étape suivante, qui est la
protection accrue des aînés, avec l'article 5. Mme la ministre.
Mme
Duranceau : Oui. Donc : L'article 1959.1 de ce code est
modifié :
1° par le
remplacement, dans le premier alinéa, de «au revenu» par «à 125 % du revenu»;
et
Dans le paragraphe
2°, par le remplacement de «70» par «65», partout où cela se trouve.
Donc, est-ce que je
suis obligée de relire... Je ne lis pas l'article au grand complet, hein, le
nouvel...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Juste les notes explicatives.
Mme
Duranceau : Juste la note explicative. Donc, l'article 5 du
projet de loi modifierait l'article 1959.1 du Code civil, qui concerne les
droits des locataires aînés. La modification proposée ferait en sorte qu'il serait
interdit d'évincer un locataire ou de reprendre son logement, s'il est âgé de
65 ans ou plus, s'il occupe le logement depuis au moins 10 ans et
s'il a un revenu égal ou inférieur à 125 % du revenu maximal lui
permettant d'être admissible à un logement à loyer modique.
Actuellement,
cette protection est accordée aux locataires qui sont âgés de 70 ans ou
plus et dont le revenu est égal ou inférieur au revenu maximal pour être
admissible à un logement à loyer modique.
Les
exceptions à cette protection seraient également ajustées afin qu'un locateur
puisse reprendre le logement, s'il est lui-même âgé de 65 ans ou
plus ou s'il souhaite loger une personne de 65 ans ou plus.
Alors, voilà. Je
pense qu'on connaît bien les mesures en question. On en a parlé pas mal, mais
je laisse mes collègues commenter ou poser des questions.
• (16 h 50) •
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci.
Est-ce que j'ai des interventions sur l'article 5? Mme la députée
de... Je n'ai pas vu qui a levé la main en premier. On va y aller avec des...
Mille-Îles. Heille! je vais finir par vous appeler des Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Des Mille-Îles. On poursuit avec Sherbrooke
après.
Mme Dufour : On va vraiment faire
une fusion avec mon collègue des Îles-de-la-Madeleine.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Oui.
Mme Dufour : Mais
je m'en vais... je m'en vais là cet été, collègue.
Écoutez, donc, je
veux juste revenir pour... sur l'âge. Il y a eu des échanges, lors du projet de
loi n° 31, où on discutait... il y avait des amendements qui avaient été
déposés pour diminuer l'âge à 65 ans. Nous, on avait proposé
27 ans... 67 ans, mais finalement, c'est un autre député qui l'a
déposé, l'amendement. Mais bref, on était sur les mêmes... le même raisonnement
de changer l'âge dans tous les cas pour réduire... parce qu'on voyait qu'il y
avait des personnes qui se retrouvaient évincées parce qu'elles arrivaient sur
le bord de... Tu sais, à 69 ans, on disait : Ah! la personne est
évincée, probablement pour faciliter, disons, pour... Ça fait que là,
aujourd'hui, on... bien, on va baisser à 65 ans. Il y a eu un paquet
d'échanges lors du projet de loi n° 31. À l'époque, ce n'était pas... la
ministre n'était pas en faveur.
Et je l'ai mentionné
plus tôt ce matin, la députée de Labelle mentionnait des cas de potentielle
discrimination qui avaient été évoqués, là. Si je ne me trompe pas, là, les
propos... je vais juste le retrouver ici. Elle disait que son... que la
personne, elle disait... Je vais lire exactement les propos ici : «Vous
savez ça a été quoi, sa réaction, lorsque le propriétaire en question a su que
ça pourrait baisser à 65 ans? Bien, il a dit : Il n'y a plus personne
qui va louer à des personnes âgées. Ça fait qu'il y a des effets pervers.»
Donc là, je voudrais
juste m'assurer qu'on a bien regardé ça puis, tu sais, de... En fait, ce n'est
pas la ministre qui va pouvoir corriger cet enjeu-là, là, c'est vraiment la
bonne foi des locateurs. Mais ce qu'on ne souhaite pas, c'est que des gens qui
aujourd'hui ont 64 ans, qui résident dans leur logement depuis
10 ans, ils se retrouveraient mis à la porte, tu sais, parce qu'ils
auraient 64 ans. C'est ce qu'on... C'est ça, c'est ce qu'on ne souhaite pas.
Ça fait que, dans le
fond, là, ce que je veux juste dire, c'est que les effets pervers qui étaient
mentionnés par la députée de Labelle, c'est un risque réel, mais on espère,
comme société, on va avoir un petit peu de... je ne sais pas comment le dire,
là, mais de se préoccuper, de compassion, de l'ensemble des gens.
Puis
là, par la suite, je pense que... Est-ce que c'est dans cet article-là... Non,
c'est ça, le revenu, on y reviendra, oui...
Non, c'est aussi dans cet article qu'on change le revenu, et là, le revenu, je
voudrais entendre la ministre là-dessus, parce qu'on parlait, dans les amendements précédents, de l'augmenter à
150 %. Ça, c'était dans le projet de loi n° 31. Là, on est à 125 %. Comment ça a été établi?
Pourquoi 125 %? Pourquoi pas plus, moins? Je voudrais juste comprendre,
là, s'il y a des analyses qui ont été faites et si on a estimé c'était quoi, la
distinction. Ça représente quoi aussi comme montant, là, comme revenu? Juste
avoir plus de détails à cet effet-là.
Mme Duranceau :
Oui, deux points, là. Effectivement, le 65 ans, là, je partage un peu
le commentaire de ma collègue des Mille-Îles. On peut dire qu'il va y avoir de
la discrimination. On peut le dire, ça a été... ça a été dit, je pense, depuis
le début, là, depuis que cette mesure-là a été mise de l'avant il y a x nombres
d'années. Maintenant, est-ce que c'est anecdotique? Est-ce que c'est réel?
Encore une fois, là, moi, je suis... je me dis, dans la balance des inconvénients, le risque de discrimination versus
le risque réel d'éviction puis le stress pour les personnes âgées en question,
puis souvent peut-être... probablement plus âgées que 65 ans, je pense
qu'on... comme société, on est capable de vivre avec ce risque-là, pour les
raisons que vous avez évoquées, là, tu sais, pour être plus humain, tout le
monde. Alors, c'est ça. Donc, c'est pour ça que moi, j'ai cheminé sur ça.
Le 65, plutôt que 67,
plutôt que quelque autre chiffre que ce soit, encore une fois, il a le mérite
d'être clair, c'est le chiffre généralement
reconnu de la retraite, là. Ce n'est pas tout le monde qui prend sa retraite à
65, mais c'est un chiffre qui est
connu de tous. Alors, je pense que ça aussi ça permet d'apaiser les craintes.
Ça fait que ça, c'est pour l'âge.
Pour le revenu, bien,
encore là, tu sais, c'est une question d'équilibre. Ça fait que 125 %, on
était, je pense, dans l'équilibre, pas
d'avoir coupé la poire en deux, mais... Tu sais, vous demandiez des chiffres,
là, à Montréal, avec les données de 2023, parce que les seuils de revenus sont
ajustés à chaque année, avec les chiffres de 2023. Dans le scénario
actuel, à 100 %, il faudrait que la personne seule ou en couple, une
chambre, ait un revenu qui ne dépasse pas 38 000 $. Avec la
modification qu'on vient proposer, à 125 %, on passerait à
47 500 $ de revenus. Tu sais, ça, c'est quand même un chiffre qui
est...
Mme Dufour : 47 500 $
par...
Mme
Duranceau : Pour Montréal.
Mme Dufour : Pour
une personne.
Mme
Duranceau : Personne seule ou en couple dans un une chambre. À
Trois-Rivières, le chiffre actuel, c'est
31 500 $, deux personnes qui ne sont pas en couple, deux chambres, je
ne sais pas pourquoi c'est écrit comme ça, là, 31 500 $. Puis,
avec la modification, on passerait à 39 000 $. Ces chiffres-là, ils
varient selon les régions.
Mme Dufour : Attendez, 39 000 $, ce n'est sûrement
pas le montant qui est admissible à un loyer modique, là.
Mme
Duranceau : Bien, c'est pour deux personnes.
Mme Dufour : Ah!
c'est ça.
Mme Duranceau : C'est ça. C'est ça,
dans ce cas-là, à Trois-Rivières.
Mme Dufour : OK,
mais pour une personne...
Mme
Duranceau : C'était pour donner différents exemples. Là, je
n'ai pas le une personne, là, on va me les sortir.
Mme Dufour : Je pense que ça nous
donnerait un meilleur élément de comparaison.
Mme Duranceau : Mais Montréal,
c'est...
Des voix : ...
Mme Duranceau : Alors, je les ai par
région. Mettons, Québec...
Une voix : ...
Mme Duranceau : Ah! oui, c'est ça.
Ça fait que, là, je n'ai pas le 125 %, mais, dans la région de Québec, un
couple ou une personne, le chiffre actuel, c'est 34 500 $. Bien là,
il faut le majorer de 25 %.
Mme Dufour : Oui, mais une personne,
c'est le même montant? Un couple ou une personne, ça ne devrait pas être le
même montant.
Mme Duranceau : Si une personne se
qualifie, la mesure s'applique.
Mme Dufour : OK, mais on
dit 34 000 $... J'ai des doutes, là, qu'à 34 000 $ de
revenus, on se qualifie pour avoir accès à un HLM. Ça me semble élevé.
Mme Duranceau : Bien, ça dépend des
villes, là. À Québec, c'est ça. Un couple ou une personne qui fait
34 500 $ va se qualifier. Là, je ne sais pas si quelqu'un veut le
préciser, là.
Des voix : ...
Mme Duranceau : C'est par rapport à
la typologie du logement, là. Ça fait que le chiffre dont il faudrait... ou la
colonne, là, dans nos chiffres, là, qu'il faudrait utiliser, c'est... pour
Montréal, exemple, actuellement, la personne fait 38 000 $, mais là
on protégerait jusqu'à un revenu de 47 500 $. À Québec, le chiffre
qui serait reconnu, actuellement, c'est 34 500 $, la modification
permettrait d'aller jusqu'à 43 125 $. Tu sais, on ratisse quand même
plus large, puis l'idée, pour nous, c'est de rester dans l'équilibre par
rapport à ça, là.
Mme Dufour : Oui. Bon, est-ce que
ces chiffres-là, ce tableau-là, il peut être déposé?
Mme
Duranceau : C'est sur le site de la SHQ. C'est le plafond des
revenus déterminant les besoins et périlleux.
Mme Dufour : Mais avec le
125 %?
Mme Duranceau : Bien là, la
modification n'est pas faite, non, parce que...
Mme
Dufour : Non, mais c'est ça, mais vous avez... ce n'est pas
ça que vous avez dans votre tableau ou, non, c'est... vous faisiez juste
les calculer à la main?
Mme Duranceau : Je calcule à la
main.
Mme Dufour : OK. Je comprends. OK.
Je vais juste
revenir... tout à l'heure, on parlait, là, du risque de... peut-être de
discrimination pour une personne qui arrive proche de 65 ans. Est-ce que
le tribunal administratif peut, disons, établir... Si une personne s'est...
Si on peut établir qu'une personne a été évincée parce qu'elle arrivait à un
âge où elle aurait été protégée, finalement, est-ce qu'il y a moyen d'aller au
tribunal administratif pour démontrer, finalement, que c'est de la
discrimination, l'acte qui a été fait, basée
sur l'âge, parce que c'est interdit? C'est ce que je comprends, ce serait
interdit, la discrimination sur l'âge.
Mme Duranceau : Mme la
Présidente, je vais demander à mon président...
M. Simard
(Patrick) : Alors, la réponse, c'est oui. Effectivement, s'il
y a discrimination, le TAL a compétence, en vertu notamment des
dispositions de la charte québécoise, et il peut attribuer des dommages
punitifs dans cette mesure-là également.
Mme Dufour : OK.
Donc, ça, ça pourrait être une façon de faire connaître cette possibilité-là
pour que les gens qui auraient... qui seraient à risque d'être évincés,
éventuellement, quand la mesure, le moratoire sera tombé, bien, ils pourraient aller au TAL,
c'est ce que je comprends, si jamais ils étaient... ils suspectaient d'être
évincés pour la raison de leur âge.
• (17 heures) •
M. Simard
(Patrick) : C'est exact. Mais je veux juste m'assurer que, pour ceux
et celles qui nous écoutent, on fait la
précision, avant la conclusion d'un bail... parce que tout à
l'heure on parlait de ne pas permettre à quelqu'un, notamment, d'avoir
accès, là, en raison de son âge. Avant la conclusion du bail, la compétence
pour recevoir la plainte, faire l'enquête et
déposer des accusations, c'est attribué à la commission des droits de la personne, la CDPDJ, mais une fois que le bail est conclu, le TAL assume
sa pleine compétence et applique les dispositions de la charte et du Code
civil.
Mme Dufour :
Parfait. Et est-ce que ce serait la même chose pour quelqu'un qui serait
sur le bord d'atteindre le 10 ans de durée, là, dans le logement, mais qui
aurait... qui serait encore en bas du 65 ans? Est-ce que cette personne-là aurait moyen d'aller au TAL pour
dire que c'est une éviction de mauvaise foi? Parce que, là, ce n'est pas
basé sur l'âge, ce n'est pas de la discrimination... c'est sur la durée du bail
ou de la durée dans le logement.
M. Simard
(Patrick) : En fait, les critères de discrimination sont ceux prévus à
la charte. Alors, on applique uniquement
ceux qui sont là. Alors, dans la mesure où il y a une discrimination sur
l'âge... et là, entendons-nous, là, ce n'est pas de dire : Tu es
âgé, donc tu as une protection aussi... tous les cas de discrimination sur
l'âge, même chose également sur le genre, le fait d'être enceinte. Il y a plein
de dispositions sur la discrimination, là. Je pense que c'est important de se le rappeler. Mais ceci étant, sur
la durée de l'occupation, j'aimerais juste peut-être plus de précision sur
le cas de figure pour être sûr d'avoir une réponse complète.
Mme Dufour :
Oui. Bien, en fait, on dit qu'une personne... Pour répondre aux critères,
là, de la protection pour les aînés, il faut avoir, actuellement, 70 ans,
résider dans son logement depuis au moins 10 ans et... Oui, dans le fond, c'est vrai que je me suis répondu à moi-même
en le disant. Le 10 ans ne s'appliquerait pas à ce moment-là. Oubliez
ma question.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Je vais reconnaître la députée de
Sherbrooke qui, je pense, a un amendement à déposer.
Mme Labrie : Effectivement. Vous lisez
dans mes pensées, Mme la Présidente. J'ai un amendement qui a été envoyé
sur Greffier. Je peux en faire lecture dès que vous me faites signe.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : ...
Mme Labrie :
Je l'ouvre. Oui. Donc : À l'article 5 du projet de loi :
1° remplacer, au
paragraphe 1°, «125 %» par «150 %»;
2° ajouter, à la fin,
le paragraphe suivant :
3° par le
remplacement, dans le premier alinéa, de «10» par «5».
Je ne surprendrai
personne ici, j'avais annoncé mes intentions à maintes reprises. Écoutez,
simplement par souci de protéger le plus d'aînés possible, en fait, on revient
à la charge, notamment sur la disposition, là, du nombre d'années passées dans le logement, qui est
intouché avec le projet de loi actuel qu'on voudrait faire baisser de 10 à
cinq.
On intervient
également sur le revenu. Il y a eu un pas qui a été fait par la ministre, de
monter jusqu'à 125 % du revenu admissible. Moi, j'ai quand même l'impression
qu'il y a eu une décision de couper la poire en deux, là, du côté du
gouvernement. Les arguments ne semblent pas clairs, là, pour expliquer de ne
pas être allés jusqu'à 150 % du revenu admissible. Donc, je vous soumets
qu'on devrait poser ce geste d'élargir, tel que nous le recommandent, en fait,
les groupes de défense de droits pour aînés.
Ce sont des demandes
qui ne sortent pas de la tête du député de Laurier-Dorion ou de la mienne. Ce
sont des recommandations qui viennent des groupes qui ont soutenu, notamment,
ces demandes-là dans les derniers mois. Là, je
pense à la FADOQ, je pense à l'AQDR, d'autres groupes de retraités également.
Ce sont eux qui ont identifié qu'on avait besoin de ces mesures-là pour
protéger davantage les aînés. Donc, je reviens à la charge ici pour qu'on
puisse éventuellement parvenir à remplir leurs demandes.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci. Mme la ministre.
Mme
Duranceau : Bien, écoutez, comme on dit, là, «fair enough», c'est
correct. La notion de 10 ans versus cinq ans, bon, évidemment, là, moi,
dans tout ça, dans toute la démarche puis l'évolution, bien, il y avait
toujours un souci de maintenir l'équilibre
aussi, toujours, entre bien protéger les locataires aînés, mais aussi tenir compte
des intérêts des propriétaires dans tout ça. Mais, si on revient sur le
plan plus technique, le 10 ans, je pense qu'il correspond à un... tu sais, un enracinement réel, là, dans un
milieu qui justifie de venir restreindre un peu les droits de quelqu'un
d'autre, là, dans le contexte. Alors, c'est pour ça qu'on était
confortables avec le maintien du 10 ans.
Puis,
au niveau des revenus, bien, on a fait... encore là, c'était une question
d'équilibre, mais on a fait un pas qui est
important, là, je pense, en passant à 125 %. Ça représente... c'est la
mesure qui avait le plus d'impact, d'ailleurs, là. Ça représente
24 000... environ 24 000 ménages de plus qui sont protégés, plus
d'impact d'ailleurs que le 10 ans, là. Donc, c'est ça.
Moi,
je pense que c'est encore une fois dans l'équilibre. Puis, pour que la
mesure... qu'il y ait une adhésion de tout
le monde à cette mesure-là, bien, c'est là où on pouvait aller. Je pense, ça va
avoir ses effets. On est à des seuils de revenus qui sont quand même
importants.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci.
D'autres interventions? Alors, si je n'ai pas d'autre intervention, Mme
la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Oui,
merci. Moi, j'aurais une question. Justement, la ministre a mentionné les
24 340... 24 334 ménages
additionnels, la mesure qui est proposée dans le projet de loi n° 65.
Est-ce que la députée de Sherbrooke... Est-ce qu'ils ont fait une analyse du combien de ménages supplémentaires la
mesure permettrait de protéger, la mesure qui est proposée ici?
Mme Labrie : Par
rapport aux revenus, on est capables de le savoir, effectivement, parce qu'il
existe des données sur le nombre de personnes de tel âge qui touchent tel
revenu. Donc, oui, on protégerait plus de ménages avec cette mesure-là.
Par
rapport au nombre d'années dans le logement, à ma connaissance, ce n'est pas
possible, parce qu'on n'a pas trouvé de données qui viennent dire combien de
temps les gens vivent dans leur logement, là. Moi, ça, je n'ai pas eu
connaissance de données comme celles-là. Je vois le président du TAL qui me
fait signe que lui n'en possède pas non plus.
Donc, simplement, sur
le terrain, ce qu'on constate, c'est que, quand la ministre parle
d'enracinement, après cinq ans, on est déjà
bien enracinés dans son quartier. Tu sais, l'idée, là, d'éviter le déracinement
d'une personne aînée puis de favoriser qu'elle puisse vieillir à domicile,
notamment, c'est qu'elle soit dans un environnement où elle est bien, où elle a un lien de confiance avec son voisinage,
où elle connaît les ressources de sa communauté. Ça, c'est particulièrement
important pour le sentiment de sécurité chez soi qui est recherché, là, par les
aînés. Donc, après cinq ans, on a ça, là, on
a cette connaissance de notre voisinage, des ressources dans notre quartier. On
est habitués, par exemple, à l'offre de transport en commun dans les
environs, on a ce réseau de socialisation autour de soi qui est atteint après
cinq ans, là. Ça ne prend pas 10 ans, là, tisser ce filet autour de soi
dans son quartier.
Donc,
oui, c'est un chiffre arbitraire, comme 10 ans est arbitraire également,
par ailleurs, là, mais, après cinq ans, ça me semble assez clair, là, qu'il existe un enracinement dans le
quartier. Donc, c'est la raison pour laquelle on cible ce chiffre, qui
est par ailleurs préconisé aussi par les groupes de défense de droits des
aînés.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci.
Toujours sur l'amendement, le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Oui. Bien, en fait, moi, je suis d'accord avec ces deux propositions-là et
je voulais savoir si le ministère, si la ministre avait fait évaluer ce que ça
coûterait, ce que ça aurait comme impact, en fait, d'augmenter de 125 % à
150 %. Est-ce qu'il y a un enjeu sur le fait que ça touche davantage de
personnes? C'est ce qu'on peut supposer. Donc, s'il y a un enjeu ou il y a un
élément qui nous semble positif, c'est l'objectif du projet de loi, c'est de
protéger les personnes de 65 ans et plus puis qu'on en protège davantage
en augmentant le seuil de revenu. Qu'est-ce qui nous restreint à cet égard-là?
Est-ce qu'on... est-ce qu'on sait combien de personnes ça toucherait de plus si on passait de 125 % à... Bien, en
passant de 100 % à 125 %, on l'a, vous avez parlé de 24 000 personnes.
Combien de plus à 150 %? Est-ce que vous... on l'a?
• (17 h 10) •
Mme
Duranceau : 24 000, c'est le 65... c'est de 70 à 65 ans, plus le
100 % à 125 %. C'est ça.
M. Arseneau :
Oui, OK, c'est les deux facteurs.
Mme Duranceau :
Il n'y a pas un coût additionnel encore là. C'est une question d'équilibre,
là, dans le marché. On vient restreindre aussi les droits des uns pour en
donner, tu sais, aux autres. Alors, on est dans un... on est dans une recherche
d'équilibre ici, là. Alors, c'est pour ça qu'on a préconisé le 65 ans, là.
M. Arseneau :
Mais je... l'équilibre, c'est un élément que vous ramenez constamment,
mais, si on parle ici du revenu, c'est la capacité de se reloger qui est en
question. Est-ce qu'on a une idée que la capacité de se loger, si on dépasse le 125 %, est de loin supérieure
en fonction des coûts de loyer observables dans le marché actuel? Tu sais,
parce que c'est de ça qu'il s'agit, au fond, là.
Mme
Duranceau : C'est ça, mais c'est pour ça qu'on fait un moratoire sur
les évictions aussi, là, pour... Tu sais, dans le contexte actuel... parce que
ma logique, moi, dans tout ça, c'est qu'on peut mettre des patchs partout, là,
puis légiférer, puis mettre le fardeau sur les épaules d'un puis de l'autre,
dans ce contexte-ci, la vraie solution, c'est de
construire plus. Puis ce n'est pas aux propriétaires actuels à tout avoir le
fardeau de la crise du logement sur leurs épaules.
On veut garder un
équilibre, mais, dans le contexte actuel, il faut protéger les plus
vulnérables, les aînés en particulier. Ça
fait que ça, c'est ce qu'on vient accomplir ici. Avec le moratoire, on protège,
par ailleurs, tout le monde. Puis dans... pendant ce temps-là, bien, on a
d'autres mesures qui, elles, sont vraiment structurelles puis viennent augmenter... ils vont finir par augmenter l'offre
de logement, puis ça, ça va mieux servir tout le monde. Alors là, moi, je
suis dans la recherche d'un équilibre précaire. Je pense qu'on fait un grand
bout, là, ici.
M. Arseneau : Mais
moi, je cherche aussi à trouver le meilleur équilibre, mais, quand il est
question de capacité financière, on ne peut pas être dans des concepts
abstraits, mais on peut ramener ça à un coût de loyer versus à une capacité de
payer. Il me semble que c'est calculable, ce n'est pas juste ressenti.
Et c'est la raison pour laquelle je pose la
question à savoir si, de façon mathématique, on peut prouver que monter à 150 %, c'est exagérément généreux
comme protection offerte à des gens qui ont 65 ans et plus et qui habitent
leur logement depuis 10 ans lorsqu'ils seraient victimes d'éviction
au-delà de la période du moratoire.
Parce que
cette mesure-là, elle est pérenne, elle est là pour rester, ou encore, ce que
je comprends, c'est qu'il y a également la question... la notion de la
reprise ici, là. La reprise n'est pas touchée par le moratoire, mais elle est touchée par l'article qu'on vient changer pour de
bon ici, là, l'article du Code civil, 1959.1. Donc, si une personne de
65 ans et plus se voit évincée,
mais dans le cadre d'une reprise, sa capacité de payer est en jeu... On dit que
100 %, là, du seuil, ce n'est pas suffisant. C'est pour ça qu'on
l'augmente à 125 %. Sur quelle base mathématique est-ce qu'on trace la
ligne à 125 % plutôt que 150 %? C'est ce que j'essaie de comprendre.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je vais laisser la parole à la députée de Sherbrooke qui
va, j'imagine, ajouter.
Mme Labrie : Je vois que ça
intéresse beaucoup mes collègues. Nous, on a certaines données, là, qu'on a
calculées. Comme je vous ai dit, sur le cinq ou 10 ans de résidence dans
le logement, on n'a pas trouvé de données là-dessus. Par contre, en fonction du
revenu d'admissibilité puis de l'âge, on a calculé certaines choses. Donc, à
partir des données de 2023, le statu quo actuel, là, avant qu'on modifie avec
la loi, avec une limite d'âge de 70 ans puis
100 % du seuil d'admissibilité, ça protégeait, selon nos calculs,
23 000 personnes environ. Si on abaisse cette limite d'âge à
65, comme on est en train de le faire puis qu'on laisse ça à 100 % du
revenu comme en ce moment, ça nous fait
passer à 55 000 personnes. Puis moi, je parle de personnes... Je sais
que les chiffres de la ministre parlaient de ménages, moi, je parle de
personnes. Ici, là, je ne l'ai pas pour 125 % précisément, là, mais on a
calculé un facteur de 1,2, donc disons 120 %. Avec 65 ans, ça
nous a amenés à 72 000 personnes. Puis si on se rend à 150 % et
à 65 ans, tout en maintenant le
10 ans, par ailleurs, c'est 98 000 personnes, selon nos calculs,
qui ne seraient pas protégées, là, par l'élargissement de la loi.
Donc, entre l'avoir autour de 125 % et
150 %, c'est quand même plusieurs dizaines de milliers de personnes
d'écart, là, qui sont protégées, là, de plus. Ça, c'est les chiffres qu'on a,
là, qui datent des données disponibles, là, pour
2023. C'est ce que j'ai à ma disposition pour éclairer mes collègues. Je
remercie par ailleurs Gabriel Laurence-Brook de notre équipe de
recherche qui a fait ces tableaux, pour le Québec en entier. 17889Si la ministre a des chiffres différents, moi, je l'invite à nous les partager. On a fait ce
qu'on pouvait avec les données auxquelles on avait accès, peut-être qu'elle en
a des différentes.
Mme Duranceau : ...un instant, là.
Tu sais, parce que vous me parlez de capacité de payer, puis là je vous ai
donné les chiffres de 2023 de PRBI, parce que ceux de 2024 ne sont pas publiés,
là. Mais je vais quand même vous donner le chiffre pas publié pour Montréal. Ça
va augmenter, le revenu, à 50 000 $, les personnes visées... c'est 50 000 $. Puis là, si on calcule un
loyer abordable pour une personne, on dit 30 % de son revenu, donc... Ça
fait qu'on fait 50 000 $ fois 30 %, tu divises ça par 12,
ça te donne 1 250 $ par mois. Ça veut dire que tu disposes de
1 250 $ par mois pour payer ton loyer. Là, évidemment, loyer, SCHL à
Montréal, loyer moyen, ce n'est pas les nouvelles constructions, puis tout ça, on est à 1 074 $. Ça fait qu'on
est dans des balises qui... tu sais, techniquement, ces personnes-là
sont capables de payer le loyer moyen. Là, on peut débattre, là, tu sais, si
c'est un nouveau logement...
Mme Labrie : ...du fait que le
montant que vous donnez, là, c'est pour le loyer moyen, pas ceux qui sont
disponibles sur le marché au moment où la personne cherche un logement.
Mme Duranceau : C'est ça que je
dis... on peut débattre. Si c'est un nouveau logement, ce ne sera pas le même,
mais là...
Mme
Labrie : Bien, c'est-à-dire qu'il n'a pas besoin d'être
récent, là. Ça peut être un très vieux logement, mais qui est remis sur le
marché, là. C'est que la personne qui cherche, elle ne cherche pas parmi tous
les logements occupés.
Mme Duranceau : Oui, si on
présuppose que les règles ne sont pas respectées. Mais, écoutez, on peut... c'est sûr qu'on peut... s'enliser, là, j'ose
utiliser, dans un débat de chiffres, là, puis il y en a amplement sur la
question. Mais moi, pour pouvoir
convaincre tout le monde dans mon caucus, notre gouvernement, d'aller faire un
pas dans ce dossier-là... Puis je pense, tu sais, tout le monde est
d'avis qu'il faut aider les gens qui sont en situation difficile, vulnérable.
Puis on est confortables avec la notion de
125 % puis d'avoir abaissé l'âge, parce qu'il y a quand même un équilibre
qu'on maintient là-dedans, qui tient compte de toutes les parties.
Alors, je vous dirais que c'est un grand pas, mais c'est un pas qui est nécessaire dans les circonstances, que
je suis très à l'aise de défendre. Mais là, c'est ça, les chiffres proposés.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la députée des Mille-Îles.
Mme
Dufour : Oui. J'ai une question, parce que, tout à l'heure,
il y a des chiffres qui ont été mentionnés sur les revenus, puis là
j'avais des doutes. Puis là on a ouvert le document qui est sur le site de la
SHQ et on a ici... on dit... il y a différents revenus selon le pointage. Ça
dit : revenu maximal admissible pour un pointage de 6, de 2, je crois... de 4 et de 2. C'est lequel qu'on doit regarder puis
qu'est-ce que ça veut dire exactement, le pointage? Là, là, c'est... je suis...
je ne connais pas cette particularité-là.
Mme
Duranceau : Je vais laisser Me Simard commenter.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Me Simard.
M. Simard (Patrick) : Merci. Votre question est
fort pertinente parce que ça fait... ça a fait l'objet de réflexions, peut-être
même j'irais jusqu'à dire «débats», au sein du tribunal. Parce que les données,
là, auxquelles vous avez eu accès il y a quelques instants, qui sont
publiées, là, c'est pour l'attribution de logements à loyer modique. Ça sert à
ça, mais cependant, dans la disposition, on y réfère dans le Code civil pour
une protection.
Alors, la
jurisprudence majoritaire du TAL, c'est d'utiliser, faisons ça simple, la
colonne 1. Et, si une personne se qualifie dans le logement à titre de
locataire... on s'entend, là, pas un occupant, un locataire qui se qualifie... j'allais dire, un sur deux ou un sur
trois, bénéficie de la mesure pour l'ensemble du groupe, là, quant à
l'éviction, s'il rencontre le critère de la colonne, couple ou une
personne, à 125 % dans la mesure proposée en ce moment.
• (17 h 20) •
Mme Dufour : OK.
Oui, oui, mais il y a trois tableaux différents avec des revenus fort
différents selon... puis là c'est le titre,
en haut du tableau, qui dit «revenu maximal admissible pour un pointage de 6»,
par exemple... OK, la Capitale-Nationale, par exemple, c'est 17 500
ici, plus loin, c'est 34 000. Donc, essayer de comprendre c'est quoi, la
différence entre ces différents tableaux là.
Mme
Duranceau : ...auquel référer.
Mme Dufour : Oui,
mais nous, si on est sur le site de la SHQ, c'est lequel qu'on regarde?
M. Simard
(Patrick) : C'est celui qui s'intitule Plafonds de revenu
déterminant les besoins impérieux.
Mme Dufour : OK, parce que, sur le site, ça dit : Grille
de pondération des revenus pour les demandes de loyer... logement à
loyer modique.
M. Simard
(Patrick) : Il faut vraiment, si vous voulez utiliser un moteur de
recherche, là, utiliser le mot-clé «plafonds», «besoins impérieux», «SHQ».
Mme Dufour : Mais
vous comprenez la confusion.
M. Simard
(Patrick) : J'imagine...
Mme
Dufour : Dans la même page,
il y a d'autres revenus qui sont liés à avoir accès à un logement à loyer
modique.
M. Simard
(Patrick) : J'imagine qu'il y a des collègues de la SHQ qui vous
entendent.
Mme Dufour : J'espère
qu'on va faire un peu de ménage sur le site, parce que...
Mme
Duranceau : ...
Mme Dufour : Non,
mais c'est parce que ce n'est pas clair, Mme la ministre. Ça dit que c'est pour
les logements à loyer modique, puis, dans ce
tableau-là, il y a trois catégories de revenus différents. Donc là, je
comprends, je le regarde, et ce que
je vois, c'est effectivement «couple ou une personne», et là pour la... de
Québec, par exemple, ce qu'on donnait, c'est 34 500 $. Donc
là, à 150 %, qui est la proposition de la députée de Sherbrooke, là, on
tombe à un revenu de 51 000 $. Pour une
personne à la retraite, c'est quand même des revenus supérieurs à la très
grande majorité, là. Ma collègue me disait...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : ...
Mme Caron : ...
merci. Il y a près de 800 000 personnes de 65 ans et plus qui
vivent avec moins de 25 000 $ par année, donc.
Mme Dufour : Donc,
à 51 000 $, on est dans des aînés qui, quand même, ont des bons revenus de
retraite, là. Donc, moi... En tout cas, je
comprends, là, la proposition, mais je veux juste le souligner, il y a quand
même... c'est déjà une grande avancée, le 125 %.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Est-ce que j'ai d'autres interventions? Oui.
Mme
Labrie : ...de faire un commentaire en lien avec ce que ma
collègue vient de dire, parce qu'effectivement il y a des aînés qui sont
beaucoup plus démunis que ça, là. C'est très juste de le nommer. Ici, on parle
d'un critère d'admissibilité pour être protégé contre les
évictions, pas pour avoir accès à un logement à loyer modique, là. Donc, même
si on vient aller chercher 150 %, qui nous permettrait d'aller protéger
jusqu'à 98 000 personnes, ça ne va pas faire
en sorte que ces personnes-là vont être favorisées au détriment de d'autres qui
seraient plus démunies. Les personnes les plus démunies vont continuer à
avoir accès en priorité, bien sûr, à un logement à loyer modique, là.
Ça n'enlève rien à personne, en fait, qu'on protège
jusqu'à ce niveau-là de revenus, là. Ça vient quand même protéger des aînés qui sont... même s'ils ont un
revenu d'une cinquantaine de milliers de dollars par année, ils sont quand
même... ils ont quand même d'autres facteurs
de vulnérabilité dans la société que quelqu'un, par exemple, qui a mon âge puis
qui a ce revenu-là, là. Donc, c'est pour ça que ça vaut la peine de le faire.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la députée des Mille-Îles.
Mme
Dufour : Oui, merci, mais je
ne voudrais pas qu'on oublie qu'il y a des propriétaires aussi qui possèdent ces
logements-là puis qui, probablement, ne font même pas ces revenus-là avec leur
logement. Parce qu'actuellement c'est très difficile, le coût des loyers... et
souvent, quand c'est... si c'est des gens que ça fait 10 ans qu'ils sont
dans leur logement, bien, les loyers n'ont pas augmenté à la vitesse que les
charges ont augmenté pour les propriétaires. Donc, il faut être prudents. Ce
n'est pas tant pour le pourcentage, mais je le dis pour la deuxième proposition
qui est de remplacer de 10 par cinq ans, le
temps d'admissibilité pour la protection. Déjà, les propriétaires ont de la
difficulté à arriver. Il y a eu des
cris du coeur qui ont été lancés par les groupes de propriétaires. On a vu des
reportages récemment. On pense que tous les propriétaires sont des
grands riches, mais ce n'est pas le cas actuellement. La plupart, c'est des petits propriétaires. Je pense que, si je ne me
trompe pas, c'est... la très grande majorité possède moins de cinq unités et
des unités... Et souvent, ce sont des personnes âgées elles-mêmes, parce qu'ils
ont acquis un bien il y a fort longtemps. Et donc, là, tu sais, à un
moment donné, il faut faire attention aussi de ne pas décourager
l'investissement puis de ne pas faire en sorte que, finalement, on saigne à
blanc les propriétaires.
Donc, je fais juste le souligner, parce qu'on
l'oublie, qu'il y a des propriétaires derrière, qui eux-mêmes ont des charges
qui ont beaucoup augmenté dans les dernières années. Puis on parlait tout à
l'heure... j'en ai parlé, ils ne font pas
les rénovations parce qu'actuellement ils ne sont même pas capables de rentrer
dans l'argent qu'ils devraient mettre pour
réparer leurs... ou maintenir en ordre, là, leurs logements. Donc, il faut être
prudents. C'est ce que je voulais dire.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Est-ce que j'ai
d'autres interventions sur l'amendement à l'article 5? Si je n'ai
pas d'autre intervention, l'amendement est-il adopté?
Des voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Par appel nominal. Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. Mme Labrie (Sherbrooke)?
Mme Labrie : Pour.
La Secrétaire : Mme Duranceau
(Bertrand)?
Mme Duranceau : Contre.
La Secrétaire : Mme Jeannotte
(Labelle)?
Mme Jeannotte : Contre.
La Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire : Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire : Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif : Contre.
La Secrétaire : Mme Gendron
(Châteauguay)?
Mme
Gendron : Contre.
La Secrétaire : Mme Dufour
(Mille-Îles)?
Mme
Dufour : Abstention.
La Secrétaire :
Mme Caron (La Pinière)?
Mme Caron :
Abstention.
La Secrétaire :
M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine)?
M. Arseneau :
Pour.
La Secrétaire :
Mme Lecours (Les Plaines)?
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Abstention.
L'amendement est donc rejeté. Nous revenons donc à l'article 5.
Est-ce que j'ai d'autres interventions? M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Oui. J'avais acheminé un amendement il y a déjà un bon bout de temps. Vous
allez peut-être reconnaître certains éléments.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Donc, on va ouvrir l'amendement. Je vais vous
demander d'en faire la lecture.
M. Arseneau :
Ajouter, avant le premier alinéa de l'article 5 du projet de loi,
l'alinéa suivant :
Par le remplacement,
dans le premier paragraphe, de «10 ans» plutôt que... par «5 ans».
Donc,
essentiellement, c'est la partie deux de l'amendement qu'on vient de rejeter.
Et la raison pour laquelle je le présente, c'est, d'une part... c'est que
j'avais présenté sans nécessairement avoir consulté ma collègue de Sherbrooke,
mais aussi parce que l'amendement de la collègue de Sherbrooke comportait deux
éléments. Alors, si on a refusé les deux
éléments en bloc, moi, je vous suggère qu'on peut accepter un seul des deux
éléments, qui me semble important, pour en avoir discuté longuement
durant l'étude du projet de loi n° 31, et qui permettrait véritablement,
je pense, de considérer les gens qui ont 65 ans et plus et qui ont un
certain revenu, sur la même base, sans aucune discrimination, qu'ils aient
le... occupé un loyer pendant 10 ans ou pendant cinq ans.
Je m'explique. Ce
dont il est question aujourd'hui, c'est de voir des gens qui sont à la
recherche d'un logement dans un marché qui a explosé ces dernières années. Et,
à cet égard-là, je m'interroge sur la volonté et l'intention du législateur de
juger que les personnes qui ont un revenu comparable, qui ont le même âge,
puissent être discriminées sur la base du fait qu'ils aient habité pendant
cinq, ou 10 ans, ou sept ans, ou huit ans dans un logement préalablement.
Et en quoi est-ce
que, si j'ai demeuré dans mon logement, je me suis installé dans ma communauté
ou dans mon quartier depuis cinq ans... en
quoi est-ce que ma capacité de me reloger, si mon salaire est le même et j'ai
le même âge, donc je suis à la retraite, et ma capacité de... d'améliorer mon
revenu n'est pas supérieure... Pourquoi est-ce que je devrais être moins
protégé que mon voisin qui, lui, est là depuis un peu plus longtemps que moi?
Si je suis là depuis huit ans, je pense que
je suis assez bien installé. L'autre est là depuis 10, mais je n'ai pas plus de
revenus. Je ne suis pas plus jeune, je ne peux pas aller me trouver un
emploi, mais on me laisse tomber.
Le législateur,
l'État du Québec me dit : Bien, pour toi, malheureusement, ce ne sera pas la
même protection. Et je trouve que c'est un facteur discriminatoire, dans une
crise du logement, qui est difficilement défendable, puis j'aimerais savoir
pourquoi on le retient.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Mme la ministre.
Mme
Duranceau : Bien, je vais répéter un peu ce que j'ai dit tantôt. On
est dans la recherche d'un équilibre. Je... puis je ne veux pas balayer du
revers de la main, là, le... que ce soit cinq, six ans, sept ans, huit ans. Tu
sais, pour la personne qui a à déménager, ce
n'est pas drôle, là, mais bon, on fait un grand pas, on... puis ce n'est pas
tant de faire un pas que de préserver
l'équilibre puis de reconnaître qu'il faut aider les... il faut protéger les
aînés qui ont effectivement un revenu, là, qui est fixe compte tenu du
fait qu'ils sont à la retraite. Mais je pense qu'on est dans... encore là, dans
un équilibre. On vient restreindre, protéger
plus de gens, mais peut-être mettre des contraintes sur les épaules de d'autres,
puis il faut tenir compte de tout le monde, là, dans ça.
Alors,
vraiment, moi, ce qui a été discuté, et expliqué, et vendu à tout le monde,
c'est vraiment cette proposition-là, parce
que c'est un équilibre. C'est un équilibre qu'on pense qui est atteint avec les
mesures telles qu'elles sont présentées.
• (17 h 30) •
Puis l'autre chose
aussi, bien, moi, je me suis laissé dire que, oui, cinq ans, oui, 10 ans,
mais que la plupart des personnes qui seront protégées par cette mesure-là, ce
sont des personnes qui sont en logement depuis bien plus longtemps que ça.
Donc, oui, il y a des cas d'exception probablement, mais que la majorité sont
dans leur logement depuis de nombreuses années, bien au-delà de 10 ans.
Alors, le cinq ans ne
me convainc pas plus qu'il le faut, puis je suis dans, encore une fois, une
recherche d'équilibre qui est précaire dans le contexte. Puis je tiens à
rappeler que le moratoire sur les évictions, là, ça vient aussi tempérer les
choses pour tout le monde pour les trois prochaines années.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...est-ce que j'ai d'autres
interventions?
M. Arseneau :
Oui. Bien, je vais continuer cet échange-là parce qu'il... pour moi, il est
fondamental à ce qu'on est en train de faire en commission ici. Puis on a une
occasion, je dirais, d'avoir une portée beaucoup plus importante pour un nombre présumément beaucoup plus important de
personnes qui sont dans la même catégorie d'âge et dans la même
catégorie de revenu. Et, au concept d'équilibre, j'opposerais la valeur
d'équité et le concept aussi d'un choix qui
semble vouloir limiter la portée de la protection en fonction de ce que je
comprends être, mais vous pourrez me
valider, l'équilibre entre le droit du locataire d'être protégé, lorsqu'il a un
certain âge puis un revenu, disons, peu élevé, et le droit par ailleurs, ce que je crois comprendre,
du propriétaire, du locateur. Est-ce que c'est ça qu'on met en équilibre?
Est-ce que c'est ça, l'idée?
Parce que, si c'était
le cas, bien, il y a une double discrimination. Il y a à la fois celle pour la
même catégorie de personnes du même âge avec les mêmes revenus, qui sont
protégées ou pas selon le nombre d'années qu'ils ont passé dans un logement, et il y a aussi la discrimination envers les
propriétaires de logements, les locateurs, qui, eux, s'ils ont eu le
malheur de retenir comme locataires pendant 10 ans ou plus les gens
qu'ils... qui occupaient leur logement, bien, ils ont le lot de ne pas pouvoir
agir, alors que ceux qui retiennent ou qui gardent les mêmes locataires moins
longtemps, bien, ils ont cet avantage-là. C'est presque une incitation à avoir
un roulement plus grand. Comme ça, bien, on évite, justement, de se soumettre à
une protection comme celle-là.
Alors, moi, je pense
qu'on a les mauvais critères pour adopter un facteur de protection pour des
gens dont on dit que ce sera extrêmement difficile pour eux de se reloger et de
se reloger avec un revenu disponible qui n'est pas extensionnable, qui n'est
pas extensible, qui est difficile de rehausser dans un marché qui, évidemment,
explose.
Mme
Duranceau : Bien, écoutez, votre argumentaire, il est valide, là, mais
il faut tracer une ligne. Il faut tracer une ligne. Il faut maintenir un
équilibre. Avec les mesures qu'on met de l'avant, on va protéger environ 60 000 ménages. Alors, je pense que
c'est un grand pas qu'on fait pour... collectivement, là, c'est un grand pas
qu'on fait tous ensemble pour protéger nos aînés, envoyer un message qui
est clair. Et la vraie solution à la crise, ce n'est pas de légiférer toujours puis de rajouter des
couches, de rajouter des restrictions. C'est de construire plus. Puis toutes ces
questions-là, elles vont être moins pertinentes, s'il y a une offre de logement
qui est suffisante, puis les gens auront des
alternatives. Mais là on vient rajouter des mesures qui... celles-là, là,
fondamentalement, elles sont très bonnes. Elles vont aider les gens
vulnérables, peu importe les conditions du marché. Notre moratoire sur les
évictions, je pense que c'est la
bonne mesure dans les circonstances actuelles. Alors, moi, je reste dans
l'équilibre et je pense qu'on répond convenablement à la situation.
M. Arseneau :
Lorsque la ministre parle de 60 000 ménages qu'on va protéger,
vous parlez des ménages supplémentaires? C'est ce que vous évaluez?
Mme
Duranceau : Non.
M. Arseneau :
Non. C'est au total.
Mme Duranceau :
C'est
24 000 supplémentaires, ce qui porte à 60 000 l'ensemble
des ménages protégés par la mesure.
M. Arseneau :
Puis ce qu'on disait tout à l'heure,
c'est qu'en abaissant la durée d'occupation de 10 à cinq ans, nous, on
n'est pas capables de mesurer combien de personnes ça toucherait. Vous n'êtes
pas capables de mesurer le nombre de personnes que ça toucherait, mais vous
dites qu'on romprait un équilibre. J'aimerais comprendre.
Mme
Duranceau : Je ne vais pas me répéter, là.
M. Arseneau :
Parce que... Non, mais c'est sérieux puis c'est important.
Mme
Duranceau : Je dis : Il faut tracer la ligne quelque part...
M. Arseneau :
Mais la ligne est tracée sur une
base strictement subjective, sans l'appuyer sur quelque donnée que ce
soit, ni sur le nombre de personnes qui seraient touchées ou pas touchées ni
sur le nombre de loyers ou de propriétaires de loyers qui seraient touchés ou
pas touchés. Par contre, ce qui est avéré, c'est que la même personne du même
âge, avec le même revenu, qui a besoin d'un espace, d'un quatre et demie qui
est identique, il y a une discrimination entre... il y a une iniquité de la
protection offerte par l'État pour cette personne-là, qui n'a pas habité un nombre suffisant d'années dans un logement,
mais qui est face à la même situation de reprise, par exemple, ou d'éviction.
J'ai de la difficulté à justifier ça sans savoir qui on protège dans cet
équilibre-là.
Je sais qui on lèse,
par exemple. Ce sont des personnes de 65 ans et plus qui ont un faible
revenu, mais qui ont, par malheur, pour
toutes sortes de raisons, qui peuvent être des séparations, des divorces...
peuvent être, par raison de maladie, par raisons personnelles,
toxicomanie, toutes les situations dramatiques qui peuvent forcer les familles ou les personnes à déménager... et s'ils l'ont
fait depuis moins de 10 ans, l'État ne les protège plus. Je dirais même que
l'État les pénalise par rapport à l'autre catégorie de gens qui ont eu le
bonheur de pouvoir occuper leur loyer plus longtemps, c'est-à-dire 10 ans
et plus. Moi, j'ai de la difficulté avec ça.
Mme Duranceau : ...je
considère que ce qu'on propose aujourd'hui, c'est une avancée pour les
locataires aînés. C'est positif. Je ne vous laisserai pas dire que ce n'est pas
positif, ce qu'on fait là, et qu'on est dans la recherche d'un... On vit en société, on est à la recherche
d'un équilibre pour tout le monde et on va aider un total de
24 000 ménages de plus, à peu près, pour porter la protection de
cette loi-là à 60 000 ménages. Je pense que c'est très bien puis je
pense que c'est la bonne chose à faire aujourd'hui.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Est-ce que j'ai d'autres interventions? Oui?
M. Arseneau :
Vous pouvez reconnaître qu'il s'agit néanmoins, en traçant une ligne comme
celle-là, d'un traitement différencié, voire inéquitable, entre deux catégories
de population qui sont exactement dans la même strate sur le plan
socioéconomique au Québec.
Mme
Duranceau : Il y a des lignes à tracer dans toutes les mesures qui
sont mises de l'avant. Pour cette disposition-là, la ligne est tracée à
10 ans. On bonifie de 25 % les revenus puis on fait passer l'âge à
65 ans. Je pense que c'est une excellente mesure.
M. Arseneau :
Y a-t-il d'autres exemples, dans l'administration de l'État du Québec, où l'on
traite de façon différenciée et discriminatoire les gens qui ont le même profil
socioéconomique, lorsqu'il est question de mettre en place des mesures de
soutien, par exemple, sur... et lorsqu'on a un critère comme l'âge, lorsqu'on a
un critère comme le statut socioéconomique? Moi, je n'ai pas d'exemples, là,
qui me viennent en tête...
Mme
Duranceau : Il y a une liste de crédits...
M. Arseneau :
...lorsqu'il est question d'un filet social à resserrer. Parce que c'est la
raison pour laquelle on est en train de discuter de ce projet de loi là
aujourd'hui.
Mme Duranceau :
Mais je suis certaine qu'on peut
vous trouver une liste de crédits d'impôt où il a fallu tracer une
ligne.
M. Arseneau :
Le crédit d'impôt, habituellement, à moins que je ne me trompe, là, parle
de la situation actuelle de l'individu qui
peut s'en prévaloir, et non pas de son historique, là, en matière de
déménagements, par exemple, ou en matière de localisation ici, au
Québec.
Moi, je dis tout
simplement et je vais finir là-dessus — visiblement, on ne s'entendra
pas — que
l'État du Québec doit avoir comme premier souci l'équité des citoyens qu'il
veut défendre, et, dans ce cas-là, ça me semble patent que, si on a deux objectifs, deux critères, qui sont ceux du
revenu et de l'âge, le troisième critère, celui du nombre d'années
passées en logement, me semble malheureusement créer, avoir un effet
discriminatoire qui est franchement décevant et dramatique, évidemment, pour
les gens qui sont touchés, parce que nous ne tentons pas ici de gérer la
question de la durée des baux ou de la durée d'occupation.
• (17 h 40) •
Si c'était un facteur
de dire : Notre proposition, aujourd'hui, bien, l'un de ses objectifs
poursuivis, c'est que les gens, pour les
années à venir, restent le plus longtemps possible dans les mêmes logements, c'est...
l'objectif à atteindre, c'est plus de 10 ans, bien, je veux dire,
OK, il y a quelque chose comme une espèce de facteur qui dit qu'il faudrait atteindre ça. Mais la raison pour laquelle on
amène cette proposition-là, c'est parce que les facteurs externes au parcours des
individus, c'est-à-dire ceux de la crise du logement, qu'on ne contrôle pas,
sont tels que, si on est victime... de la même
façon que les autres qui ont resté 10 ans dans leur logement, victime
d'une reprise ou, une fois que le moratoire soit passé, d'une éviction,
pour toutes les raisons qui sont légales, bien, on va se retrouver, dans une
recherche de logement, avec une capacité
financière égale à ceux qui sont protégés, avec le même âge, puis l'incapacité
d'augmenter son revenu, souvent, parce qu'on est déjà à l'âge de la
retraite et on n'a pas les mêmes protections de la part de l'État.
Alors, je pense que
cet état de fait là, il doit être dit, et je pense qu'il devrait aussi être
pris en compte. Il ne le sera vraisemblablement pas, mais c'est pour moi une
occasion manquée de pouvoir protéger l'ensemble des gens qui méritent d'être
protégés, parce qu'ils n'ont pas la capacité d'augmenter leur revenu, parce que
leur revenu est faible puis parce qu'ils sont des personnes âgées de 65 ans
et plus.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Y a-t-il d'autres
interventions sur l'amendement? Mme la députée des Mille-Îles.
Mme Dufour :
Oui, merci. Peut-être juste une question pour la ministre. Est-ce qu'il y a
eu... quand il y a eu l'étude, là,
justement, des ménages... on sait, là, que c'est 24 000 ménages
supplémentaires qui... avec la mesure qui est proposée dans le 65... mais avec
le 10 ans par cinq ans, est-ce que ça, ça a été évalué? Qu'est-ce que ça
aurait... Combien de ménages supplémentaires? Parce que j'ai compris,
là, tout à l'heure, par les explications, que c'était surtout le 125 %,
là, qui faisait beaucoup changer la donne, là. Mais le 10 ans par cinq
ans...
Mme Duranceau : Bien, on a
modifié les paramètres qu'on était capables de mesurer, par ailleurs, donc là,
tu sais... puis c'est l'Institut de la statistique, là, qui nous procure les
données. Ça fait que, sur les revenus, on a les données, sur l'âge, on a les
données, mais sur la durée des baux, on n'a pas nécessairement...
Mme Dufour :
On ne l'a pas.
Mme
Duranceau : Je pense qu'on
sait qu'en moyenne les gens restent x nombres d'années, huit ans ou sept ans
dans leur logement, mais, tu sais, c'est une donnée un peu générale, là. Donc,
on n'a pas cette donnée-là de manière précise.
Mme Dufour : OK. La pression
de... tu sais, d'amener, d'aller vers une éviction, c'est souvent quand les
loyers sont très, très, très bas. Ils sont très bas, généralement, quand la
personne est dans son logement depuis plus longtemps. Une personne qui est dans
le même logement depuis 20 ans a fort probablement un loyer quand même
très raisonnable versus quelqu'un qui est dans un logement depuis cinq ans. On
pourrait supposer qu'il y a peut-être moins de pression vers l'éviction pour...
Mme Duranceau : Qui est déjà au
marché, oui.
Mme Dufour : Je vous pose la
question, là.
Mme Duranceau : Non,
effectivement.
Mme Dufour : Je ne sais si on
voit... on voit ça, là, au tribunal, là, mais...
Mme Duranceau : Bien,
effectivement, quand tu es déjà... Bien, c'est pour ça que je disais tantôt...
Cette mesure-là, c'est un gros débat, là, le
cinq ou le 10, mais, en bout de ligne, les gens qui sont protégés, c'est des
gens qui sont en logement depuis bien plus que 10 ans. Puis
effectivement, si tu es dans ton logement depuis, bon, cinq ans, 10 ans,
peut-être que, là... Mais cinq ans, tu es au marché, là, présumément.
Mme Dufour : C'est ce qu'on
peut supposer.
Mme Duranceau : C'est ça, oui.
Mme Dufour : OK. Puis en
augmentant le revenu, bien là, on est allés élargir quand même à un certain
nombre de personnes. Puis on parlait tout à l'heure de... c'est 34 000
présentement. À 125 %, on était à...
Mme Duranceau : 43 point quelque
chose. Ça, c'était pour Québec.
Mme Dufour : 43 000 $. Je
comprends que c'est des... je comprends que ces gens-là n'ont pas les moyens
d'augmenter leurs revenus, mais 43 000 $, revenus de retraite pour
une personne, comme on parlait tout à l'heure, c'est quand même... en tout cas,
je m'excuse, mais c'est beaucoup, là, parce qu'il y a... En tout cas, je ne
veux pas parler personnellement, mais j'ai des parents qui sont à la retraite,
qui ont travaillé toute leur vie, puis ce n'est pas les retraites qu'ils
obtiennent, là.
Mme Duranceau : Ça fait que d'où
l'importance de prendre l'ensemble des trois facteurs, 10 ans, 125 %,
65 ans. Tu sais, les trois éléments
pris ensemble, je pense qu'ils donnent une protection qui est raisonnable,
encore là, dans l'équilibre. Parce que je suis d'accord, l'impact... Le
125 % sur les revenus, il ratisse pas mal plus large, là, alors le 10 ans puis le... puis le 65 aussi.
Ça fait qu'on... mais c'était ça, le but, là, c'était de protéger plus de
monde, puis je pense que c'est ça
qu'on réussit à faire. Mais il faut qu'encore là... que ce soit dans
l'équilibre, puis le 10 ans permet de garder aussi cet
équilibre-là, là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mme la députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci, Mme la
Présidente. Puis j'ajouterais peut-être, juste pour le bénéfice des personnes
qui nous écoutent, que cet... l'article 5,
ce n'est pas... il n'y a pas une durée comme pour le moratoire. C'est en
permanence, là, ce n'est pas...
Mme Duranceau : Oui, tout à fait.
Mme Caron : ...ce n'est pas juste
pour trois ans, là. C'est pour...
Mme Duranceau : Puis ce que je
préciserais aussi, c'est que ça vise les évictions puis ça vise les reprises de
logement.
Mme Caron : Aussi, oui. Merci.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...si je n'ai pas d'autre
intervention sur l'amendement, l'amendement est-il adopté?
Des
voix : ...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Est-ce que... Rejeté. Alors, l'amendement est
rejeté. Alors, on revient à... Pardon?
Des voix : ...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : OK, parfait. Alors, un vote par appel nominal.
La
Secrétaire : Pour, contre, abstention. M. Arseneau
(Îles-de-la-Madeleine)?
M. Arseneau :
Pour.
La
Secrétaire : Mme Duranceau (Bertrand)?
Mme
Duranceau : Contre.
La
Secrétaire : Mme Jeannotte (Labelle)?
Mme
Jeannotte : Contre.
La Secrétaire :
Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin
Roy : Contre.
La
Secrétaire : Mme Schmaltz (Vimont)?
Mme
Schmaltz : Contre.
La
Secrétaire : Mme Tardif (Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif :
Contre.
La
Secrétaire : Mme Gendron (Châteauguay)?
Mme
Gendron :
Contre.
La Secrétaire :
Mme Dufour (Mille-Îles)?
Mme Dufour : Abstention.
La
Secrétaire : Mme Caron (La Pinière)?
Mme Caron : Abstention.
La
Secrétaire : Mme Labrie (Sherbrooke)?
Mme Labrie :
Pour.
La Secrétaire :
Mme Lecours (Les Plaines)?
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Abstention.
Alors, l'amendement est rejeté. Nous revenons donc à l'article 5. Est-ce
que j'ai d'autres interventions sur l'article 5? Oui, Mme la députée des Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, Mme la Présidente. Nous avons reçu un... on
n'a pas tenu de consultations particulières, mais il y a quand même deux
groupes qui nous ont fait parvenir des documents. Bien, en fait, je pense bien
que les deux, là... En tout cas, nous...
moi, j'ai reçu, en tout cas, quelque chose de la Corporation des propriétaires
immobiliers du Québec, qui a été
envoyé aujourd'hui, et, dans le fond, ils avaient un questionnement, que
j'aimerais lire. Ils demandent : «Si une personne devient inapte — bon,
et c'est leur... c'est ce qu'ils soulignent, là — c'est à l'État de lui
fournir des ressources à domicile ou à lui
fournir un milieu de vie adéquat. Les immeubles locatifs privés ne sont pas des
ressources intermédiaires, mais le projet de loi n° 65 n'indique
pas à quel moment et dans quelles conditions cette protection puisse être
levée. Lorsqu'une personne locataire perd son autonomie, elle peut représenter
un danger pour elle-même ou le voisinage.»
Là, je cite toujours le mémoire qu'ils nous ont
fait parvenir : «Le maintien dans les lieux ne doit pas générer une
obligation pour les propriétaires d'adapter leurs logements aux personnes en
perte d'autonomie. Un continuum de logement et de soins
doit être prévu par le gouvernement. Or, l'actualité récente sur la réalité des
ressources pour personnes aînées est inquiétante.» Et donc je vais juste lire
une dernière ligne, là, de ce qu'ils avaient écrit ici : «Les individus de
la classe moyenne qui sont propriétaires d'immeubles locatifs n'ont pas à
subventionner directement le soutien socioéconomique des plus vulnérables. Ils
paient déjà des impôts à cet effet, comme tous les Québécois.»
Donc, je voudrais
peut-être vous entendre sur la portion qu'ils indiquent par rapport à... Le
maintien dans les lieux, est-ce que ça
pourrait mener à une certaine... c'est ça, avoir des personnes qui, dans le
fond, devraient être ailleurs que dans ce... dans le logement en question,
parce qu'ils ne seraient pas aptes à y résider, pour toutes sortes de raisons?
Donc, je voudrais vous entendre là-dessus, puis comment ça va être géré au
niveau du tribunal aussi.
Mme
Duranceau : Bon, c'est une opinion, là. Le droit au maintien dans les
lieux, là, il reste là, là, que... qu'on ajoute les protections ou pas, là.
S'il y a des cas particuliers, ils peuvent être amenés devant le tribunal. Je
suis bien d'accord avec le fait que ce n'est pas... ce n'est pas au privé
d'assumer les soins, là, ou de veiller aux gens qui sont plus vulnérables, là,
comme vous le décrivez, là. Mais où est-ce qu'on veut aller exactement avec ça,
là?
Mme Dufour : Bien,
eux soulignent que... bon, que le projet de loi n'indique pas à quel moment et
dans quelles conditions la protection
pourrait être levée, la protection pour aînés, dans le cas d'une personne qui
deviendrait inapte à vivre dans le logement.
Mme
Duranceau : Oui, bien là, on ne touche pas à ça, là. Là, on veut
protéger les aînés vulnérables. S'il y a des
aînés vulnérables qui, par ailleurs, deviennent inaptes, en mauvaise santé,
bien là, il y a un service d'accompagnement. Je veux dire, le système de
santé est là, là, puis ces gens-là sont accompagnés puis vont être transférés.
Le CLSC intervient, puis ces gens-là vont
être accompagnés dans des ressources autres. Il n'a jamais été question
d'imposer quoi que ce soit à un propriétaire privé en lien avec ça, là.
• (17 h 50) •
Mme Dufour : OK. Donc, ça ne viendra pas à un moment où il y
aurait... parce que c'était leur inquiétude, là, une obligation pour les
propriétaires d'adapter leurs logements aux personnes en perte d'autonomie. Ça
n'arrivera pas, là, avec la protection, là. Vous pouvez rassurer les
propriétaires...
Mme
Duranceau : Je pense que c'est valable de poser des questions, là,
mais non, on n'est pas là, là.
Mme Dufour : Il n'y aura aucun cas... Ce n'est jamais arrivé,
j'imagine, au tribunal, qu'une... que ce soit... qu'on force un propriétaire
d'adapter un logement? J'ose espérer que c'est non, la réponse, mais j'aimerais
en avoir l'assurance.
M. Simard
(Patrick) : Bien, écoutez, à ma connaissance... je vous répondrai que
non, à ma connaissance, absolument.
Mme Dufour : Parfait.
Je vous remercie.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Est-ce
que j'ai d'autres interventions sur l'article 5? Si je n'ai pas
d'autre intervention, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Adopté, merci. Alors, on va passer
maintenant...
Une voix : ...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Pardon? Oui?
Mme Caron : J'aurais
un amendement pour créer un 5.1.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Un 5.1?
Mme Caron : Oui.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Parfait.
Mme Caron : Est-ce
que... Oui, est-ce qu'on l'a envoyé sur Greffier?
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Est-ce qu'il est envoyé, oui?
Mme Caron : On
l'a envoyé à Greffier et...
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Il est sur Greffier. On
va l'afficher. Je vais vous demander d'en faire la lecture.
Mme Caron : Oui,
certainement. Et puis, si je peux me permettre, simplement de dire que ça
aurait été plus facile à comprendre, peut-être, si on avait traité
l'article 4 avant l'article 5, mais on va y aller avec
l'article 5. On a reçu aussi un document, un mémoire du Regroupement
québécois des résidences pour aînés, donc le RQRA, puis je crois qu'il a été
déposé sur Greffier.
Et donc l'amendement est le suivant,
article 5.1 : Insérer après l'article 5 du projet de loi le
suivant :
5.1.
L'article 79.1 de la Loi sur le Tribunal administratif du logement (chapitre
T-15.0) est modifié par l'ajout, à la fin de l'article, de l'alinéa
suivant:
«S'il s'agit d'une fixation de loyer demandée
par le locateur, le tribunal doit lui accorder les frais judiciaires si les
conditions prévues par règlement sont respectées.»
Et l'article se lirait comme suit... est-ce que
vous voulez monter... Donc :
«79.1. Lors de la décision, le membre peut
adjuger sur les frais prévus par règlement.
«S'il s'agit
d'une fixation de loyer demandée par le locateur, le tribunal doit lui accorder
les frais judiciaires si les conditions prévues par règlement sont
respectées.»
Alors, deux choses. Donc, bon, le «prévues par
règlement» parce que le règlement n'est pas encore... n'est pas encore édicté, c'est pour ça qu'il est...
qu'on l'a mis en italique. Mais, en fait, la problématique, c'est que, lorsque tous
les... toutes les conditions sont respectées, il arrive que le tribunal, le
membre qui juge l'affaire, il y en a qui accordent
les frais judiciaires au locataire... au locateur, et puis il y en a qui ne
l'accordent pas. Et il y a... on m'a envoyé deux jugements où le bureau
du TAL avait renversé une décision à propos des frais judiciaires.
Donc, alors, ce serait bien de profiter des
modifications qu'on est en train de faire pour préciser que les frais judiciaires sont... doivent être accordés, parce
que, là, il y en a qui les accordent, il y en a qui ne les accordent pas, même
si les conditions sont respectées, alors que
ça pourrait être une belle occasion de s'assurer de... que le législateur
montre son intention que, comme dans d'autres causes, quand le... quand
il y a un gagnant, bien, habituellement, ce n'est pas lui qui paie les frais
judiciaires. Donc, c'est... ce serait une occasion de faire cette...
Et ça permettrait aussi... en le voyant dans la
loi, ça permettrait aussi aux locataires qui s'adressent au TAL de savoir qu'il
y a une possibilité qu'ils aient à défrayer des frais, et parfois, les frais
sont plus élevés que la... l'augmentation qui est combattue, disons. Alors, ça
pourrait peut-être amener le locateur et le locataire à négocier davantage puis
peut-être à s'entendre avant d'aller engorger le Tribunal administratif du
logement.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mme la ministre.
Mme Duranceau : Bien, je ne suis
pas... je ne suis pas contre du tout de discuter de ça. Par contre, je pense
qu'on devrait en discuter après l'article 4, qu'on va voir dans l'autre...
Moi, c'est ça que mon équipe me suggère, qu'on suspende 5.1 puis qu'on
l'introduise après 4.
Mme Caron : ...j'aurais aussi un
amendement pour 4.1. Alors, un 4.1, donc, ça pourrait être... ça pourrait être
fait peut-être en même temps, effectivement, après l'article 4.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Donc, est-ce qu'il y a consentement pour suspendre
l'amendement 5.1? Il y a consentement? Parfait. On va poursuivre, donc,
avec le prochain bloc, qui est l'avis de modification de bail, donc
l'article 4. Mme la ministre.
Mme Duranceau : Le 8, qu'est-ce qui
arrive avec ça? On fait 8, non?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Ah! je m'excuse. Je suis rendue où? Oui, oui.
Mme Duranceau : Alors, je vais avoir
le temps de lire 8, peut-être, probablement...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui, exactement.
Mme Duranceau : ...avant notre
arrêt, notre pause. Donc :
Section III
Dispositions transitoires et finales
Article... L'article 1 s'applique aux processus
d'éviction en cours le (indiquer ici la date de la sanction de la présente
loi).
L'article 1959.1 du Code civil, tel que modifié
par l'article 5 de la présente loi, s'applique aux processus d'éviction et de
reprise de logement en cours le (indiquer ici la date de la sanction de la
présente loi).
L'article 1 de la présente loi et l'article
1959.1 du Code civil, tel que modifié par l'article 5 de la présente loi, ne
s'appliquent pas aux processus d'éviction ou de reprise de logement dans les
situations suivantes :
1° l'avis d'éviction ou de reprise de
logement a été transmis avant le (indiquer ici la date de la présentation du
présent projet de loi);
2° l'avis
d'éviction ou de reprise de logement a été transmis après le (indiquer ici la
date qui précède celle de la présentation du présent projet de loi) et,
selon le cas :
a) le
locataire a avisé le locateur, avant le (indiquer ici la date de la sanction de
la présente loi), de son intention de se conformer à cet avis; ou
b) le locateur a
présenté au Tribunal administratif du logement, avant le (indiquer ici la date
de la sanction de la présente loi), une demande d'autorisation d'évincer le
locataire ou de reprendre le logement.
Alors, ce sont les règles transitoires pour
éviter, justement, les courses aux évictions.
Les notes explicatives. L'article 8 du
projet de loi prévoit des règles transitoires permettant de déterminer comment les nouvelles dispositions législatives
s'appliqueraient aux processus d'éviction et de reprise de logement en
cours au moment de la sanction de la loi.
De façon générale, il serait interdit d'évincer
un locataire après la sanction de la loi, même si le processus d'éviction a
débuté avant cette date. Il en serait de même pour la reprise du logement d'un
locataire aîné visée par l'article 1959.1 du Code civil, tel que modifié
par l'article 5 du projet de loi.
Toutefois, une éviction ou une reprise de
logement demeurait régie par la loi ancienne dans les cas suivants :
l'avis d'éviction ou de reprise de logement a été transmis avant la
présentation du projet de loi ou, dans le cas où le locataire a avisé le
locateur, avant la sanction de la loi, qu'il acceptait de quitter le logement,
ou bien le locataire a refusé de quitter le
logement, et le locateur a présenté une demande au Tribunal administratif du logement avant la sanction de la loi.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a des questions sur l'article 8?
Mme Dufour : ...ces questions-là
après, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il y avait donc des questions sur l'article?
Mme Dufour : Oui, il va y en avoir
plusieurs.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : OK, parfait.
Alors, compte tenu des quelques secondes qui
nous restent, je vais suspendre jusqu'à 19 heures.
(Suspension de la séance à 18 heures)
(Reprise à 19 h 07)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux.
Donc, au
moment de suspendre pour une petite pause de souper, nous en étions à l'étude
de l'article 8, qui est... dont la lecture avait été effectuée. Est-ce
qu'il y a des interventions sur l'article 8? Mme la députée des Mille-Îles.
Mme Dufour : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Donc, l'article avait été lu par la ministre juste avant. Ce qui
m'a étonnée, c'est de voir le mot «reprise de logement» dans les éléments. Le
deuxième, on dit : «l'avis d'éviction ou
de reprise a été transmis après la date qui précède celle de la présentation du
projet de loi». Donc, ma compréhension, c'est que les reprises de
logement ne sont pas impactées par le projet de loi n° 65.
Donc, je voudrais juste avoir une précision, là. Pourquoi on parle de reprise
de logement ici, là, dans...
Mme Duranceau : ...parce que ça vise
les mesures de 1959.1 puis les mesures du moratoire.
Mme Dufour : Donc, quand on parle de
reprise ici, ça concerne les mesures pour les aînés uniquement?
Mme Duranceau : Oui.
Mme
Dufour : Donc, on ne touche pas à aucun... Mais ça, ça veut
dire que... Si je comprends bien, ça veut dire que les... pour les
aînés, ce serait... Dans le fond, les reprises de logement qui auraient été...
qui seraient demandées aujourd'hui, par exemple, ne seraient pas admissibles.
C'est bien ça?
Mme Duranceau : Celles, là, entre
le...
Mme Dufour : Vu que le projet de loi
a été présenté il y a une semaine... quelques jours?
Mme Duranceau : C'est ça. Donc...
Mme Dufour : À partir...
• (19 h 10) •
Mme
Duranceau : L'avis d'éviction qui... L'avis de reprise qui est
transmis entre... C'était quelle date? C'était le... On va y aller avec les dates, là.
Une voix : ...
Mme
Duranceau : Le 22 mai. Ça fait qu'entre le 22 mai puis,
disons, aujourd'hui, les reprises ne sont pas visées, là, corrigez-moi, là,
sauf si la personne a décidé de quitter, elle a accepté puis ou si... puis là
elle a 30 jours, la personne, hein,
pour accepter. Donc là, d'où l'importance... Tu sais, j'ai commencé en
disant : Il faut qu'on... idéalement, on va accepter... adopter ça
rapidement, c'est ça, c'est à cause des règles transitoires. Là, on est à
l'intérieur, là, puis jusqu'à vendredi prochain... on est à l'intérieur
du délai de 30 jours, qui est le délai que le locataire a pour accepter ou pas une éviction ou une reprise de logement.
Donc, en ce moment... Si, par contre, un locataire n'est pas au courant
de ça puis qu'il a accepté, là, en fin de...
Mme Dufour : C'est
ça.
Mme
Duranceau : ...la fin de semaine passée, il a accepté, bien, il a
accepté, il n'est pas protégé. Donc, on veut limiter le nombre de cas où ça
pourrait se produire. Mais c'était la façon... c'était la façon de l'écrire,
là. OK. Puis si... Bien là, si on se rendait
à un 30 jours puis que, là... que le locataire refuse, bien là, le
locateur pourrait déposer une demande devant le tribunal. Puis là, bien,
il serait dans ses droits, il l'aurait déposée, tu sais, alors que le projet de loi n'a pas été accepté, ça fait qu'il pourrait
poursuivre le processus. Mais là, si tout va bien, ça, ça demeurera théorique,
là.
Mme Dufour : Oui.
Et là, dans le cas, là... le dernier, le petit point b, là, le dernier, on
dit : «Le locateur a présenté au Tribunal administratif du logement, avant
la date, donc, d'entrée en vigueur, une demande d'autorisation d'évincer le
locataire ou reprendre le logement.»
Mme
Duranceau : Oui. Donc là, c'est si... Si l'avis d'éviction avait été
envoyé la fin de semaine passée, mais qu'on adoptait ça finalement juste au
mois de septembre, quand on revient, bien là, le locataire aurait refusé, disons, à l'intérieur la période de 30 jours,
le propriétaire aurait pu dire : OK, tu refuses, je vais devant le tribunal.
Puis là ce serait valide, là. Il
pourrait continuer son processus d'éviction parce qu'on n'aurait pas adopté
encore le projet de loi.
Mme Dufour : Donc,
même s'il avait déposé l'avis ou envoyé l'avis après la date de la... du dépôt?
Mme
Duranceau : De la présentation.
Mme Dufour : De
la présentation.
Mme
Duranceau : Oui, oui, parce que les règles...
Mme Dufour : Ça fait que, là, il y a comme deux cas, là.
J'essaie de saisir, là. On exclut si c'est déposé après le 22 mai,
mais là on vient dire que, si c'est rendu au TAL avant la sanction de la loi,
là, c'est exclu?
Mme
Duranceau : Je le répète, il y a trois exceptions. L'avis a été
transmis avant la présentation du projet de loi, donc, avant le 22 mai
2024, ce n'est pas visé. L'avis a été transmis après la présentation du projet
de loi, donc après le 22 mai, puis le locataire a avisé de son intention
de se conformer avant qu'on... qu'il y ait sanction du projet de loi. Donc, si
le locataire a déjà dit qu'il partait, bien que ça a été transmis après le
dépôt, bien, il n'est pas protégé parce qu'il a accepté de partir avant la
sanction. Puis, si l'avis a été transmis après la présentation du projet de loi
puis que le locateur a eu le temps de
déposer une demande au TAL avant la date de la sanction... Puis, le locateur,
il a le temps de déposer au TAL avant la sanction, si on dépasse
30 jours pour sanctionner.
Mme Dufour : OK.
Je comprends. OK.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : C'est bon?
Mme Dufour : Merci.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie :
C'est réglé.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : C'est beau. Ça a répondu à vos questions.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur l'article 8? S'il n'y a pas
d'autre intervention, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Adopté.
Donc, avec le consentement de l'ensemble, nous allons revenir à
l'article que nous avions suspendu... l'amendement à l'article 11.
Mme
Duranceau : OK. Qui est lu par qui, là?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Donc, l'amendement était l'amendement de la députée
de Sherbrooke, et ce que je comprends...
Mme
Duranceau : Il faudrait suspendre 30 secondes.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : On va... Ah! 30 secondes.
Mme
Duranceau : Bien, une minute et demie, peut-être.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Nous allons suspendre. Merci.
(Suspension de la séance à
19 h 14)
(Reprise à 19 h 26)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons
donc nos travaux. Nous en étions donc sur l'amendement, à l'article 11,
par la députée de Sherbrooke. Mme la députée.
Mme Labrie : Merci,
Mme la Présidente. Il y a eu des discussions avec les collègues et la ministre,
hors micro. Il y a une partie de la solution
qui va nous être présentée par un nouvel amendement de la ministre à
l'article 11. Je vais quand même demander qu'on vote sur
l'amendement que je proposais à l'article 11, qui permettait de maintenir
sous moratoire certains territoires après la fin du moratoire national. Donc,
moi, en tout cas, je serais prête à ce qu'on puisse voter sur cet amendement.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Alors,
est-ce qu'il y a d'autres interventions sur l'amendement? S'il n'y a pas
d'autre intervention sur l'amendement, est-il adopté? Avec un appel nominal.
Oui, Mme la...
Une voix : Je
vais vous le demander nominalement.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Mme la secrétaire, allez-y.
La
Secrétaire : Pour, contre, abstention. Mme Labrie (Sherbrooke)?
Mme Labrie :
Pour.
La Secrétaire :
Mme Duranceau (Bertrand)?
Mme
Duranceau : Contre.
La Secrétaire :
Mme Jeannotte (Labelle)?
Mme
Jeannotte : Contre.
La Secrétaire :
Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin
Roy : Contre.
La Secrétaire :
Mme Schmaltz (Vimont)?
Mme
Schmaltz : Contre.
La Secrétaire :
Mme Gendron (Châteauguay)?
Mme
Gendron :
Contre.
La Secrétaire :
Mme Dufour (Mille-Îles)?
Mme Dufour :
Abstention.
La Secrétaire :
Mme Caron (La Pinière)?
Mme Caron :
Abstention.
La Secrétaire : M. Arseneau
(Îles-de-la-Madeleine)?
M. Arseneau :
Contre.
La Secrétaire :
Mme Lecours (Les Plaines)?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...rejeté. Nous revenons donc à l'article 11. Et je
comprends, Mme la ministre, que vous allez déposer un amendement.
Mme Duranceau : Oui. Ça fait que
j'ai lu le 11...
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Est-ce que nous l'avons
reçu, les pigeons voyageurs? On ne peut pas... On peut... On doit avoir
l'amendement avant. Ce ne sera pas long. Les pigeons travaillent fort.
Mme Duranceau : Ce sont des pigeons
et non des pigeonnes.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Bon, on va ouvrir le
document. Donc, Mme la ministre, c'est... il est sur Greffier, mais vous pouvez
en voir le contenu à l'écran. Mme la ministre, je vais vous demander d'en
faire la lecture.
Mme
Duranceau : Oui. Donc, ça, c'est l'amendement à
l'article 11 qui avait été déposé. Je ne retire pas mon article 11.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Non, l'article est toujours là. Vous lisez l'amendement.
Mme Duranceau : OK. Parfait. Je lis
l'amendement. Donc, article 11 : Remplacer le deuxième alinéa de
l'article 11 du projet de loi par le suivant :
«Les dispositions du premier alinéa cessent
d'avoir effet à la date de la publication de l'avis et celles de la section I cessent d'avoir effet, à l'égard de
toute partie du Québec, le soixantième jour qui suit la date de la publication
de l'avis à moins que le gouvernement n'en
décide autrement avant ce dernier jour à l'égard de toute partie du Québec qu'il
détermine.»
Donc, voilà.
Alors, tout ça, c'est pour faire en sorte que, si on atteignait un taux global,
pour le Québec, d'inoccupation de
3 %, mais qu'on jugeait que certaines régions spécifiques qui sont encore
en bas de 3 % mériteraient de voir le moratoire conservé, bien, on
serait en mesure... la ministre serait en mesure de garder ces régions-là sous
moratoire. Mais tout ça se fait à l'intérieur, demeure à l'intérieur de la
période de trois ans. On n'est pas en train d'étendre la période de trois ans.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...des questions? Mme la députée des...
Mme Dufour : Mille-Îles.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mille-Îles.
Mme Dufour : Je ne m'en vais pas
encore aux Îles-de-la-Madeleine. C'est au mois de juillet.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je ne l'ai pas dit. Je ne l'ai pas dit.
• (19 h 30) •
Mme Dufour : «Section I», on
réfère à quoi ici exactement? Quand on dit «celles de la section I», c'est
quoi, la section I? Là, excusez-moi, là, j'ai peut-être... Ah! de toute la
section I du projet de loi.
Mme Duranceau : 1, 2, 3, oui.
Articles 1, 2, 3. Ça fait que c'est le moratoire. Donc, dès qu'on frappe
3 %, le moratoire cesse d'avoir effet, là, dans les 60 jours du dépôt
de l'avis à la Gazette, sauf si... sauf pour certaines régions, si la
ministre décide autrement.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. Moi, c'est certain que je vois ça d'un oeil favorable, là, pour les
raisons que j'avais expliquées plus tôt. C'est un gain partiel, par contre,
parce qu'on est encore dans le délai maximum de trois ans. Donc, ça veut dire
qu'au-delà du trois ans, il n'y a pas de possibilité, là, de maintenir un
moratoire pour un territoire qui serait encore en déséquilibre par rapport au
taux d'inoccupation. Je pense qu'on aurait dû le permettre aussi après le délai
de trois ans, mais c'est déjà mieux que rien.
Par ailleurs, nous, on comprend, parce que la
ministre vient de nous expliquer ce que veut dire cet alinéa, mais je trouve que c'est rédigé d'une manière où
un citoyen qui essaierait de déchiffrer ça comprendrait très mal ce que ça peut
vouloir dire. Donc, moi, j'encourage quand même à ce qu'on rédige de manière
simplifiée, là, les articles, parce que c'est... il faut le savoir, ce dont on
parle, quand on lit ça, là. Entre nous, on le comprend, mais ce n'est vraiment
pas clair pour un citoyen.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Est-ce que j'ai
d'autres commentaires? M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Première question... Je suis d'accord avec ma collègue de Sherbrooke, ce
n'est pas une lecture de chevet pour faire autre chose que s'endormir, et
j'essaie juste de comprendre le sens profond.
Mme Duranceau :
Désolée.
M. Arseneau :
Mais d'abord, une question un peu de vocabulaire. Pourquoi utiliser
l'expression «partie du Québec» lorsqu'il est question de maintenir
potentiellement le moratoire sur certains territoires, alors qu'on utilisait, justement, le terme «territoire» lorsqu'il était question
de soustraire l'application de l'article 1 sur le moratoire? Il était question
de «territoire», «partie du territoire du Québec». En toute, je ne sais pas,
cohérence, est-ce qu'on ne pourrait pas reprendre le même vocabulaire? Si on
peut soustraire toute partie du territoire du Québec à l'application, si on
veut le continuer, pourquoi on ne parle pas de la même chose, «partie du
territoire du Québec»?
Mme Duranceau :
Je suis d'accord avec vous, on va... Dans l'empressement, là, je pense qu'on
peut retourner au terme qui était utilisé dans l'autre article pour éviter
toute confusion.
M. Arseneau :
Oui, parce qu'on disait que c'était un peu le miroir...
Mme Duranceau :
Je suis d'accord. Je suis d'accord.
M. Arseneau :
OK.
Mme Duranceau :
On va... on va redéposer l'amendement. Comme ça, ça va être plus simple.
M. Arseneau :
Parfait. L'autre...
Mme Duranceau :
Ça fait qu'on retire celui-là? Ça va être ça?
M. Arseneau :
Bien, ou... Oui, je ne sais pas, là, la procédure...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Bien, en... Ce qui serait le mieux,
c'est de retirer et redéposer.
Mme Duranceau :
C'est ça, puis on redépose.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : On
va suspendre à peine quelques instants, le temps de changer le terme.
Est-ce que ça vous va?
M. Arseneau :
Bien, est-ce que je peux juste poser mon autre question? C'était... Puis on
verra, peut-être que ça ne justifie pas de changement, mais simplement une
explication. Le 60e jour qui suit la date de la publication de l'avis, est-ce
que c'est une procédure liée, justement, aux avis, une procédure régulière liée
aux avis publiés dans la Gazette, le 60 jours, ou on a arbitrairement décidé
que c'était 60, plutôt que 30, plutôt que 90? D'où vient ce 60e jour là, d'une
part? Et, d'autre part, avant ce dernier jour, donc avant le 60e jour,
j'aimerais savoir qu'est-ce qui se passe entre le premier puis le 60e jour pour
qu'on en décide autrement.
Mme Duranceau :
Bien, généralement, là, une décision du Conseil des ministres... parce que,
là, c'est le gouvernement, donc il va
falloir que ça passe au Conseil des
ministres. Ça fait que 60 jours,
c'est... c'est cinq semaines pour
faire cheminer, sans accélération, quelque chose au Conseil des ministres. Deux semaines de plus, on est à sept semaines. Ça fait qu'on est à un mois... un mois et demi, un peu
plus qu'un mois et demi, ça fait qu'on n'est pas loin du 60 jours.
M. Arseneau : Mais est-ce que je dois
comprendre qu'on a adopté ça en se disant que, normalement, le moratoire est
levé partout, mais qu'on se donne 60 jours pour identifier des endroits où
on ne voudrait pas que ça arrive, là...
Mme Duranceau :
C'est ça.
M. Arseneau :
C'est à peu près ça, on se donne ce petit délai là?
Mme Duranceau :
C'était automatique. À partir du moment où on publiait à la Gazette
officielle, le lendemain, le moratoire était levé. Là, je pense qu'on a
bonifié. Dans le fond, la protection va durer un petit peu plus longtemps,
parce qu'on vient d'ajouter le 60 jours. Ça va permettre, si jamais on
voulait retirer certaines parties du territoire,
bien, de faire cheminer dans le délai requis, là, la décision au Conseil des ministres. Ça fait que 30, ça aurait été trop serré,
on aurait été obligés de demander des dérogations. 60, c'est... ça va être
raisonnable. Puis au-delà de ça, bien, je pense que c'est trop long.
M. Arseneau : Mais
est-ce que c'est parce que, lorsque le ministre doit publier l'avis, là, dans
le premier alinéa, il le fait sur publication de statistiques, de façon
presque automatique, ce qui fait que ça ne nous donne pas le temps de réfléchir
pour l'inscrire dans l'avis initial? Parce que moi, je pensais qu'on allait
arriver avec une proposition qui disait :
Au moment de la publication dans l'avis, bien, on annonce les régions où le
moratoire sera levé et les régions où on veut le conserver.
Mme Duranceau : Bien là...
M. Arseneau : Je pensais que ça
allait être ça. Mais là ce que je comprends, puis je veux savoir si c'est ça,
la raison, c'est qu'on publie rapidement, comme si on le levait partout, et
ensuite, bien, on vérifie si c'est une bonne idée qu'il soit levé partout.
Est-ce que c'est ça que ça veut dire?
Mme Duranceau : Bien, pas tant
qu'on n'y aura pas pensé avant, là. C'est juste que la publication de l'avis,
c'est une obligation de la ministre. Il n'y a pas d'intervention du
gouvernement. Là, on vient dire que, si on maintient le moratoire dans certaines régions, ça va quand même devoir passer par
un décret du Conseil des ministres. Alors, ça prend un certain temps à
cheminer.
M. Arseneau : En d'autres mots,
la ministre seule ne pourrait pas publier un avis qui dit que le moratoire
n'est pas levé à certains endroits. Il faut que ça passe par le Conseil des
ministres.
Mme Duranceau : C'est ça. C'est
ça.
M. Arseneau : C'est ça. OK, je
comprends. Merci.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Donc, est-ce qu'il y a
d'autres interventions sur l'amendement? Est-ce qu'il y a une... Vous
êtes...
Mme Duranceau : Alors,
on va retirer cet amendement, si tout le monde est d'accord, puis on va
redéposer avec la modification proposée par le député des Îles-de-la-Madeleine.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Est-ce que vous êtes en rédaction? C'est déjà envoyé?
Mme Duranceau : Le pigeon s'est
rendu.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Le pigeon est rendu.
Alors, est-ce que j'ai... Ce ne sera pas long. Est-ce qu'il y a
consentement pour retirer l'amendement?
Des voix : Consentement.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Consentement. Alors,
l'amendement est retiré, et on va déposer
un nouvel amendement. Donc, ce que je comprends, c'est juste une petite
modification du mot «partie» pour... C'est ça?
Mme Duranceau : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Pour «territoire».
Des voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Le pigeon a fait un petit détour. Est-ce que vous l'avez
sous les yeux? Est-ce que ça vous va, si on procède à la lecture le temps qu'il
arrive?
Mme Duranceau : ...article 11,
alors c'est l'amendement : Remplacer le deuxième alinéa de l'article 11
du projet de loi par le suivant :
«Les dispositions du premier alinéa cessent
d'avoir effet à la date de la publication de l'avis et celles de la section I cessent d'avoir effet, à l'égard de
toute partie du territoire du Québec, le soixantième jour qui suit la date de
la publication de l'avis à moins que le gouvernement n'en décide
autrement avant ce dernier jour à l'égard de toute partie du territoire du
Québec qu'il détermine.»
Donc, l'amendement reflète la proposition du
député des Îles-de-la-Madeleine, à juste titre.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Est-ce que j'ai des questions sur l'amendement? Alors, si
je n'ai pas de question, est-il adopté? Est-il adopté?
Des voix : Adopté.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Adopté. Merci. Alors, on
revient à l'article 11. Est-ce que j'ai d'autres interventions sur
l'article 11? Si je n'ai pas d'intervention, est-il adopté tel qu'amendé?
Des voix : Adopté.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. Alors, l'article 11, tel qu'amendé, est adopté.
Nous allons donc,
avec l'entente que nous avions, poursuivre avec l'article 11.1. Donc, on a un
amendement introduisant un nouvel article baptisé 11.1.
Mme Duranceau :
OK. Je ne sais pas s'il est rendu.
• (19 h 40) •
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Ce ne sera pas long...
Des voix :
...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Oui, on entend un petit bruit. Le
pigeon a atterri.
Mme
Duranceau : On dirait un... les tirages supervisés par Raymond Chabot
Grant Thornton. C'est assez, je me calme.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : On aurait besoin d'une petite
musique. Ah! le voici. Mme la ministre, vous pouvez en faire la lecture.
Mme Duranceau :
OK. Alors, article 11.1 : Insérer, après l'article 11 du
projet de loi, le suivant :
Le ministre doit, au
plus tard (indiquer ici la date qui suit de vingt-deux mois celle de la
sanction de la présente loi), faire au gouvernement un rapport sur la mise en
oeuvre des articles 1, 2 et 11.
Ce
rapport est déposé par le ministre dans les 30 jours suivants à
l'Assemblée nationale ou, si elle ne siège pas, dans les 30 jours
de la reprise de ses travaux.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Alors, est-ce que j'ai des
interventions? Mme la ministre... La ministre... Mille-Îles... des Mille-Îles.
Mme Dufour : On me rebaptise. C'est un
lapsus, ça fait deux... dans deux commissions que je l'ai, ce lapsus-là.
Question. Ici, on
dit «les articles 1, 2 et 11». Précédemment, on parlait des
articles 1 et 2. Pourquoi le 11 ici, qui est l'article qu'on vient
d'adopter, là, dans le fond, qui est de publier un avis à la Gazette
officielle du Québec, pourquoi c'est
ajouté ici dans «faire rapport un rapport au gouvernement»? J'essaie juste de
saisir, parce qu'il me semble que par... en le faisant à la Gazette
officielle du Québec, il y a déjà...
Mme Duranceau :
...Gazette, ce qu'on fait, c'est qu'on publie qu'on est rendus à
3 %, mais, après ça, si on décide
d'exclure certaines parties du territoire à l'intérieur du premier
22 mois, bien, on va en faire rapport, là. Dans le rapport qu'on va faire, on va dire : Bien, on
pense que pour ces territoires-là, c'était une bonne idée, puis voici pourquoi,
puis...
Mme Dufour :
Mais... OK. J'essaie de saisir, parce que l'objectif ici, c'est de faire un
rapport, dans le fond, suite aux échanges
qu'on a eus plus tôt sur le fait qu'on voulait avoir une idée de la mise en...
tu sais, de comment ça va puis qu'est-ce qui se passe suite à l'entrée
en vigueur de ce moratoire-là, puis on voulait l'avoir avant la fin du
moratoire pour avoir une idée de réaction, s'il y a lieu de poursuivre. Donc,
ça va pour les articles 1 et 2 qui visent l'implantation du moratoire ou
de soustraire une partie du territoire. Mais là, le 11, qu'est-ce qu'on va
faire comme rapport exactement? On va venir
dire : Ah! on a publié, dans la Gazette officielle, à telle date, les taux d'inoccupation?
J'essaie de comprendre, là.
Mme Duranceau :
...moi, je pense que c'est logique, là. Tu sais, dans l'article 11, on
dit que malgré le 3 % qui est atteint, il y a certaines régions qu'on
pourrait décider de continuer de viser par un moratoire. Puis c'est ça, à l'article 1,
tout le monde est visé par le moratoire. À l'article 11, plusieurs ne
seront plus visés, mais certains vont le demeurer.
Ça fait qu'on va continuer de s'interroger sur la pertinence de ça. Et puis ce
qu'on surveille ou ce qu'on veut surveiller après une certaine période de
temps, c'est le moratoire, la pertinence du moratoire. L'article 11 fait
que... ou le 11.1... non, 11 fait que ça va se poursuivre... bien, on
fait rapport, là, moi...
Mme Dufour : Bien, c'est parce qu'on
dit ici qu'on doit faire au gouvernement un rapport sur la mise en oeuvre de
l'article 11, et l'article 11 parle que le ministre doit publier un
avis à la Gazette officielle, à moins qu'on parle du deuxième alinéa,
là, mais...
Mme Duranceau :
Oui, tel qu'amendé. Peut-être que c'est ça qu'il faudrait...
Mme Dufour :
Bien, on dit... mais ce n'est pas plus... On dit : «Les dispositions
du premier alinéa cessent d'avoir effet à la date de la publication de l'avis».
Donc, c'est toujours l'avis de la Gazette officielle. Donc, c'est... On
va faire rapport sur la mise en oeuvre de publier un avis à la Gazette
officielle.
Mme Duranceau :
Non. C'est le deuxième paragraphe de l'article 11.
Mme Dufour :
Oui, mais qui vient dire que les dispositions du premier cessent d'avoir
effet à la date de la publication de l'avis.
Mme Duranceau :
Mais que le gouvernement peut décider de continuer à faire en sorte que le
moratoire va s'appliquer dans certaines régions et pas dans d'autres.
Mme Dufour :
Ce qui...
Mme
Duranceau : Tu sais, c'est 11 tel qu'amendé.
Mme Dufour :
OK. Donc, ce qui se trouverait dans le rapport, c'est... OK, c'est ce qui
serait déterminé, à ce moment-là, suite à l'avis de la... OK, ça fait que, tu
sais, dans le fond, la portion qui dit qu'à moins que le gouvernement n'en
décide autrement...
Mme Duranceau :
C'est ça.
Mme Dufour :
...cette portion-là apparaîtrait dans le rapport qui serait transmis au
gouvernement suite à l'article 11.1. OK.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie :
Oui. Bien, essentiellement, c'est ça, moi, je comprends que, compte tenu
qu'on est plutôt certains ici que le 3 % ne sera pas atteint d'ici ce
moment-là, c'est une disposition théorique, là, de faire rapport sur
l'article 11. Il ne sera probablement pas utilisé avant 22 mois, là,
mais ça doit être présent quand même, parce que, si jamais, par miracle, ça
arrivait, on veut quand même qu'il y ait rapport là-dessus, effectivement. Mais
c'est quasiment théorique.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Est-ce que j'ai d'autres
interventions? M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
J'avais fait une proposition, au début de l'étude du projet de loi à
l'article 1, et puis là on avait dit... C'était pour savoir s'il était
pertinent de prolonger ou non les mesures liées au moratoire, en se donnant
évidemment le temps et la capacité d'étudier les effets que le moratoire peut
avoir eus et de favoriser la mise en place d'une mesure prolongée ou non avant,
évidemment, que le projet de loi n'ait plus effet, que le moratoire perde son
effet.
Et là je me demande
comment on peut, après 22 mois sur les trois ans de durée du moratoire,
juger qu'il faut prolonger ou non le moratoire, là. Je ne saisis pas trop
l'objectif. Probablement qu'il n'est pas le même que celui que moi, j'essayais
d'atteindre pour éviter qu'il y ait une espèce de trou noir. Là, c'est comme un
rapport d'étape, oui, mais ça ne nous permet pas de juger, à savoir si on
prolonge au bout de 36 mois, là. Je voudrais comprendre.
Mme Duranceau :
Bien, effectivement, là, c'est un rapport d'étape, parce que, là, après
22 mois, bien, je pense qu'il va être trop tôt. Peut-être qu'il ne sera
pas trop tôt, mais il risque d'être trop tôt pour apprécier pleinement les effets de la mesure, parce que c'est une
mesure sur trois ans. Je pense qu'il va rester du temps. On va être capables,
en début de législature, en janvier 2027, de prendre des décisions, puis à ce
moment-là, l'Assemblée nationale, tu sais, prévoira des règles transitoires, si
jamais... Mais disons, là, que c'est adopté le 7 juin, bien, le moratoire
est en vigueur jusqu'au 7 juin 2027.
Donc là, si la prochaine législature intervient à l'hiver 2027, bien, il
n'y aura pas de trou, s'il y avait des...
M. Arseneau :
Mais l'objectif, en adoptant une mesure qui est, par définition,
temporaire, l'objectif que moi, je juge absolument fondamental, c'est qu'on se
donne la capacité, comme législateur, et l'obligation de faire une évaluation
de ce que ça a donné au moment où on est capables de le faire, et de poser un
regard sur la situation, et de juger s'il
faut ou non intervenir avec des travaux à l'Assemblée nationale qui pourraient,
justement, exiger, par exemple, le
dépôt d'un nouveau projet de loi, et ainsi de suite. Alors que, là, on
dit : Les gens prendront leurs responsabilités, là, ce que... c'est
ce que je comprends. Mais la loi ne prévoit rien à cet égard pour la suite des
choses, si on devait le prolonger, ni rapport ni mécanique de prolongation.
Alors,
moi, je trouve que c'est toujours une bonne idée de faire des rapports d'étape,
mais l'étape déterminante sur laquelle il faut se prononcer, c'est :
Est-ce que la mesure disparaît ou est-ce qu'on doit la renouveler? Et
elle ne figure pas dans le projet d'amendement de la ministre à l'heure
actuelle.
• (19 h 50) •
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Mme la ministre... députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Moi, je trouve que l'intérêt de cet
amendement-là, avec le délai qui est prévu, là, de 22 mois, ça nous
amène, donc, potentiellement, début avril, «déposé dans les 30 jours
suivants l'Assemblée», donc début mai.
Théoriquement, l'intérêt de le faire, même si on
n'est pas arrivés à terme de trois ans, à ce moment-là, précisément, c'est que
ça laisse le temps au législateur d'intervenir pour éviter qu'il y ait un trou,
justement, là, entre la fin du trois ans. Si on attendait d'avoir un rapport à
la fin du trois ans puis que là il fallait décider de le prolonger, on se
retrouverait avec un moratoire qui est terminé, il faudrait attendre que le
législateur intervienne.
Donc là, avec un rapport qui a lieu un an avant,
presque, la fin du moratoire de trois ans, ça laisse le temps, en plus que
c'est une année électorale puis on sait que ça occasionne quand même des
délais, là, au niveau législatif. Ça laisse le temps soit d'intervenir en
catastrophe avant fin juin 2026, en sachant déjà qu'il va falloir le prolonger
parce qu'on est dans une situation critique, soit au nouveau législateur, là,
de la prochaine législature de le faire. Ça fait que je trouve que c'est...
Pour ces
raisons-là, moi, ça me semble le bon moment de faire ce rapport-là. On va avoir
deux ans de données statistiques, là, sur les impacts du moratoire, puis on est
quand même assez tôt pour agir sans qu'il y ait un trou.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...d'autres interventions
sur l'amendement introduisant l'article 11.1? M. le député.
M. Arseneau : Oui. Tout à
l'heure, on avait parlé, je ne me souviens plus si c'était hors micro ou si on
était filmés, sur les éléments qu'il faudrait prendre en compte pour juger si
la mesure est efficace et doit être maintenue ou non. On parlait, par exemple,
des rapports du TAL. Il y avait quelques éléments qui avaient été évoqués, là,
je ne sais pas si on peut nous les rappeler, qu'est-ce qui serait pris en
compte, qui nous permettrait de juger si, effectivement, on a eu le temps de
voir des résultats tangibles sur l'application du moratoire.
Mme Duranceau : Bien, peut-être
j'aimerais dire, tu sais, moi personnellement, je pense, la bonne date pour
faire un rapport comme ça, ça aurait été plus tard, puis, plus tard, ça nous
amène à l'automne d'une année électorale. Alors là, on finit par dire... puis
avec les mêmes données, c'est-à-dire celles de janvier 2026. Tu sais, que je
sois en avril ou que je sois en septembre...
puis là, en septembre, bien, je ne vais pas être pas capable... je ne serai pas
capable de déposer le rapport, alors...
Ça fait que, là, on va avoir la discussion plus
tôt, on va avoir, sans doute, beaucoup de gens qui vont vouloir avoir la
discussion avec nous. Au-delà de nous tous, là, les différents groupes qui
représentent différents intérêts vont nous faire leurs commentaires, puis c'est
correct, ils vont nous les faire plus tôt que tard. Ça fait qu'on aura deux
ans. Puis on a dit qu'il fallait être agiles dans le contexte, ça fait que ça,
en bout de ligne, je suis capable de... je suis capable de vivre avec ça.
Et puis ce qui serait pris en compte, bien,
c'est des... tu sais... Puis là j'accepte, là, le rapport, parce qu'on va avoir
la discussion, mais, dans le fond, c'est toutes des données publiques, là, ça
va être les mises en chantier de l'APCHQ, compte-rendu sur tout ce qu'on fait
en termes de projets de logements socials et abordables, où est-ce qu'on est
rendus, sans doute que le PHAQ aura livré ses petits, là.
Donc, ça va, en partie, du moins... et puis on
va voir les tendances au TAL aussi qui vont continuer d'évoluer. Ça fait que ça
va être un cumul de données, mais ça, c'est mes outils de gestion à chaque
jour. Ça fait que, tu sais, je n'irais pas
jusqu'à définir tout ça. Il va falloir que je puisse expliquer ce qui se passe,
puis là, bien, on va faire ça au mieux de... puis j'imagine, on va avoir
des questions, si ce n'est pas complet. Ça fait que je pense qu'il faut laisser
le processus...
M. Arseneau : Mais on disait
tout à l'heure qu'il y avait des données qui pourraient être prises en compte,
qui seraient... qui sont disponibles en décembre, c'est ça, en décembre ou en
janvier. Je pense qu'on peut s'entendre sur
l'idée qu'en adoptant le moratoire, en adoptant le projet de loi cette semaine
ou la semaine prochaine, que le mois de décembre prochain, on n'est pas
en mesure de tirer quelques conclusions d'une mesure qui vient d'être mise en oeuvre. Et ensuite, bien, il y a décembre 2025. Et
c'est sur cette base-là, sur une base essentiellement d'un an et demi, un
an complet et une portion d'année, qu'on veut tirer des conclusions sur une
mesure qui doit durer trois ans.
Mme Duranceau : Bien, on ne veut pas
tirer des conclusions, on veut faire présenter un rapport. Peut-être qu'on va dire : Écoute, il n'y a pas de
conclusion à tirer, on est au même point, il faut que l'on continue de la même
façon pour le moment. Puis les données de la SCHL, c'est celles-là qui
sortent en janvier sur le taux d'inoccupation, puis peut-être qu'elles
deviennent même disponibles un petit peu plus tard dans l'année. Ça fait qu'on
s'ajuste, puis je pense que l'APCHQ est dans ces eaux-là aussi, où ils les
sortent aux trimestres. Alors, ça, ce sera... ça va venir préciser, les taux
d'intérêt, ça va être une autre donnée. Alors, c'est un paquet de données
économiques, là, mais effectivement, là, on a juste trois ans, on s'ajuste. Ce
n'est pas... ce n'est pas miracle, mais...
M. Arseneau : Mais ce que je
comprends, c'est que, si on décidait... si on souhaitait utiliser les données
de janvier, mais de janvier 2027, donc dans
le dernier six mois de l'application du moratoire, on aurait les données les
plus fraîches, les plus pertinentes
pour juger s'il est, tu sais, justifié et intéressant de poursuivre avec la
mesure. Non? On aurait... et on aurait le temps de le faire?
Mme Duranceau :
Oui, mais je ne sais pas... je ne comprends pas trop où... qu'est-ce que
vous proposez, là.
M. Arseneau :
En fait, je vais déposer un amendement. Vous allez le savoir, ce que je
propose.
Mme Duranceau :
Bon, sauvons-nous...
M. Arseneau :
Un sous-amendement, si vous permettez.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Est-ce que j'ai d'autres
interventions sur l'amendement? Mme la députée.
Mme Caron :
...en fait, c'est que, là, ce que... Ma compréhension, c'est que ce
rapport-là, qui fait suite à l'avis qui sera déposé après les... qu'on aura les
données de janvier 2026, c'est en bas du trois ans. Donc, c'est pour voir... si jamais on atteignait le 3 % à ce
moment-là puis qu'on... aussi rapidement que ça et qu'on voulait... on
disait : Bon, le moratoire est terminé... c'est peu probable,
mais...
Donc, ce n'est pas
après 22 mois qu'on va décider que, bien, finalement, on continue ou on ne
continue pas, parce que le moratoire est pour trois ans. Donc, ça va être juste
en 2027. J'imagine qu'en 2027 il y aura une étude qui aura été faite, avec les
chiffres de janvier 2027, sur les trois années d'application pour déterminer si
le moratoire, mettons, peut être prolongé, ou si c'est terminé, ou s'il y a
juste certaines parties du territoire du Québec...
Mme Duranceau :
Bien, en 2027, si on décide de prolonger, c'est parce qu'il va y avoir un
nouveau projet de loi puis il va être étayé
avec toutes les données pertinentes pour justifier la décision ou la
proposition qui va être faite.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Est-ce
que j'ai d'autres interventions sur l'amendement? Alors, si je n'ai pas
d'autre intervention, est-ce que l'amendement est adopté?
M. Arseneau :
...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Un sous-amendement, d'accord. Est-ce
qu'on l'a reçu? On va demander une suspension.
M. Arseneau :
...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. On va suspendre quelques
instants.
(Suspension de la séance à
19 h 58)
(Reprise à 20 h 07)
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : À
l'ordre, s'il vous plaît. La commission reprend ses travaux. Donc, M. le
député des Îles-de-la-Madeleine, vous avez un sous-amendement. Je vous invite à
en faire la lecture.
M. Arseneau :
Oui. Alors, moi, je souhaite faire le sous-amendement suivant, c'est-à-dire
de remplacer, au premier paragraphe, le mot «vingt-deux» par le mot
«trente-deux».
La raison étant la
suivante. Plus on se rapproche de la date butoir à partir de laquelle le
moratoire disparaît, mieux on est placé pour pouvoir juger s'il faut ou non
prolonger le moratoire. Donc, évidemment, c'est à quatre mois du trois ans.
Donc, au lieu d'être face à la fin d'une mesure qui pourrait être efficace, on
se donne quatre mois pour, justement, déposer un rapport non seulement sur la
mise en oeuvre, sur ses effets et partir également une discussion, puisque le
dépôt est fait à l'Assemblée nationale, sur l'opportunité ou non de renouveler
la mesure.
Évidemment, ça
n'empêche pas entre-temps, un an après la mise en place de la mesure ou
22 mois après la mise en place de la
mesure, de s'interroger sur ce qui se passe et l'effet que ça peut avoir,
notamment pendant l'étude des crédits ou au moment où les statistiques
sont publiées sur la construction, sur le taux d'inoccupation, et ainsi de
suite, des informations. Mais là l'objectif, c'est... que moi, je poursuis avec
le dépôt de cet... ce sous-amendement-là, c'est véritablement de créer une
obligation au législateur, donc à la fois à la ministre mais également à
l'Assemblée nationale, de se prononcer de
façon formelle sur un rapport de mise en oeuvre pour la presque totalité de la
mise en oeuvre de la mesure temporaire, et tout en se donnant le temps
de pouvoir adopter, si on le juge à propos, une nouvelle pièce législative qui
aurait pour effet de prolonger cette mesure-là, voire l'amender au besoin.
Mais
on s'entendra qu'une mesure comme celle-là n'a pas à faire l'objet d'une étude
de plusieurs semaines. Donc, un quatre mois me semble largement suffisant pour
s'assurer d'éviter d'avoir un trou noir, une période, donc, au cours de
laquelle le moratoire n'aurait plus effet, mais qu'on ne se serait pas
interrogé à savoir s'il y a lieu de le prolonger.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Mme la ministre.
Mme Duranceau :
Je vais laisser parler les collègues.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Mme la députée de...
• (20 h 10) •
Mme Dufour :
Merci, Mme la Présidente. Juste bien saisir, ici, ce qu'on propose. Dans le
fond, si je comprends bien, si le projet de loi n'est adopté que la semaine
prochaine, comme le scénario qui était... qui a été présenté tout à l'heure
pour les calculs, ça voudrait dire qu'on parlerait de février 2027 et... C'est
bien ça? Ça fait...
Moi, je ne vois pas d'enjeu. Je pense que ça fait...
ça peut faire du sens de... Je comprends qu'on n'aurait pas de rapport de
mi-étape, mais dans les faits, ce qu'on comprend, c'est que le rapport de
mi-étape, ce serait des données de... qui seraient très partielles de toute
façon. Rendus là, on aurait des données quand même un peu plus... qui parlent
un peu plus, peut-être, et effectivement, là, c'est à quelques mois de la fin,
donc, je... Moi, je ne vois pas d'enjeu, là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Est-ce que j'ai d'autres interventions?
M.
Arseneau : ...mentionner que je ne sais pas quel genre de
suivi le ministère va faire sur ce type de mesure là. Tu sais, on parle... on parlait, tout à l'heure,
là, du nombre de constructions que... qui auront pu émerger suite à la mise
en oeuvre du programme PHAQ ou encore
l'évolution du taux d'inoccupation, et ainsi de suite. Quels sont les
indicateurs, en fait? Puis ça, on l'a dit tout à l'heure, on ne rentrera
pas là-dedans, mais moi, j'imagine que le ministère a déjà un certain nombre d'indicateurs et peut-être qu'il
pourra se doter d'indicateurs supplémentaires, si d'aventure une stratégie
est déposée, un tableau de bord est rendu disponible. Cette information-là, on
pourra la suivre, justement, jusqu'à ce qu'on arrive à quelques mois de la date
où le moratoire n'a plus effet. Mais on se donne ici un rendez-vous pour en
discuter de façon formelle sur la base d'un rapport soumis par le titulaire du
ministère de l'Habitation, ce qui me semble responsable dans la mesure où on a
évoqué à plusieurs reprises qu'il est possible que, cette mesure-là, il soit
nécessaire de la prolonger parce qu'il est possible que la crise du logement ne
soit pas complètement résorbée à ce moment-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la ministre.
Mme Duranceau : Moi, je n'ai pas
d'enjeu avec ça. Je pense qu'on va avoir des données plus... Plus on est tard
dans le processus, plus on va avoir des données qui sont complètes. Je pense
qu'on va s'en parler quand même, au fil...
Puis ce sont des données qui sont publiques, là, tu sais. On peut voir ça
compliqué, là, mais, je veux dire, c'est des données qu'on suit déjà
collectivement depuis plusieurs mois. On va continuer de les suivre. Là, c'est
qu'on va formaliser peut-être
l'interprétation, puis ce sera un prélude ou un préambule à un nouveau projet
de loi, à ce moment-là, ou pas. Donc, moi, je n'ai pas de problème avec
l'amendement qui est proposé, là.
M. Arseneau : ...une question, une
question, peut-être, à l'équipe de la ministre, à moins que Mme la ministre ait
la réponse. Si je comprends bien... parce qu'on le prend pour acquis, mais je
veux juste m'assurer que le seul moyen pour nous de prolonger le moratoire qui
est ici prévu pour trois ans, c'est effectivement par l'adoption d'une nouvelle
loi. Il n'y a pas d'autre façon de le faire, c'est bel et bien ce qu'on se dit,
là?
Mme Duranceau : Non. Non, les
raisons puis ce que j'ai expliqué au tout début, c'est que, comme c'est une
mesure très exceptionnelle, on n'a jamais fait ça. On veut redonner... on pense
qu'il faut que l'Assemblée se reprononce là-dessus en temps et lieu.
M. Arseneau : D'accord.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, est-ce que j'ai d'autres interventions sur le
sous-amendement? Si je n'ai pas d'autre intervention, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Adopté. Alors, je reviens à l'amendement tel que sous-amendé. Est-ce
qu'il y a d'autres interventions à l'amendement? Si je n'ai pas d'autre
intervention, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Adopté. Donc, l'amendement sous-amendé est adopté et introduit un
nouvel article 11.1 qui est adopté.
Alors, nous
allons poursuivre avec le prochain bloc, qui est Avis de modification du bail,
et l'article 4. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Duranceau : Donc,
l'article 1943 du Code civil du Québec est modifié :
1° par l'insertion, avant le premier alinéa,
des suivants :
«Tout avis de
modification doit informer le locataire de ses droits et recours prévus aux
articles 1945 et 1947 et doit contenir toute mention prescrite par
règlement.
«L'avis qui vise à
modifier la durée du bail doit indiquer celle qui est proposée.»;
2° par la suppression, dans le premier
alinéa, de «de modification»; puis
3° par la suppression du deuxième alinéa.
Donc, l'article 4 du projet de loi
modifierait l'article 1943 du Code civil afin que tout avis de
modification des conditions d'un bail de logement contienne de l'information
concernant les droits et recours du locataire, dont son droit de refuser la
modification, en plus de toute mention prescrite par règlement du gouvernement.
La Loi modifiant diverses dispositions législatives
en matière d'habitation, sanctionnée le 21 février 2024, prévoit déjà des ajustements similaires à
l'article 1943, mais leur portée est limitée aux avis de modification qui
visent à augmenter le loyer. Les ajustements proposés par le présent
article feraient en sorte que ces nouvelles obligations en matière
d'information viseraient tout avis de modification d'un bail de logement.
Alors, en mots plus simples, quand on a fait le
PL n° 31, on a modifié l'article 1942 puis on a
dit : Bien, l'avis pour une
modification de bail visé par 1942 va devoir contenir telles et telles
informations qui vont être définies par règlement, puis, bien, il serait
opportun que 1943, qui vient aussi modifier le bail pour... oui, c'est ça, le
bail pour différents éléments, bien, comporte dans sa forme les mêmes éléments
qui seront prévus par règlement que ce qu'on avait
accepté ou ce qu'on avait prévu, là, en vertu de 1942, dans l'autre projet de
loi. Alors, grosso modo, c'est l'esprit des modifications, le fameux
règlement n'étant pas encore publié, et il va inclure tout ça.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la ministre.
Ai-je des interventions sur l'article 4?
Mme Dufour : Oui. Peut-être
juste...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui. Sur l'article 4, est-ce que ça va?
Mme Dufour : Oui. Bien, je vais
peut-être juste valider une information. Donc, si je comprends bien, on avait
discuté, là, lors du projet de loi n° 31, de ce que
devait contenir l'avis de modification. Je n'ai pas souvenir que c'était à
l'article 1943, par contre, là.
Mme Duranceau : ...1942.
Mme Dufour : Oui,
bien, je le lis, le 1942, puis je ne le vois pas. Peut-être que je n'ai pas une
version modifiée du Code civil, là,
mais je ne le vois pas. Mais bref, excusez, je suis dans le Code civil puis je
le cherche, c'est pour ça. Mais pas plus de six mois avant...
Une voix : ...
Mme Dufour : C'est ça, c'est parce
que ça n'a pas été fait encore ou...
Des voix : ...
Mme Dufour : C'est ça, ce n'est pas
en vigueur. OK, c'est ça, c'est pour ça qu'il n'est pas dedans.
Mme Duranceau : C'est
ça. 1942 n'a pas été modifié, des suites du PL n° 31,
parce que la modification n'est pas
encore entrée en vigueur, parce qu'elle rentre en vigueur quand le règlement
est publié, puis là le règlement, il n'a pas été publié.
Mme Dufour : Puis on peut
penser qu'il va être publié...
Mme Duranceau : Bien,
prochainement, là, parce que là... On était en train de tout préparer pour
publier le règlement puis là on a dit : OK, bien, 1943 aussi devrait être
visé par l'avis pour être cohérent d'un avis à l'autre. Alors, c'est pour ça
qu'on en profite pour ajuster ça.
Mme Dufour : Peut-être me
rappeler, c'était... Parce qu'on en avait discuté, là, de qu'est-ce que ça
devait contenir puis finalement on avait convenu que ce serait par règlement
parce que c'était complexe d'essayer d'établir toutes les clauses qui devaient
être mentionnées.
Mme Duranceau : Bien, on
recopiait le Code civil, grosso modo.
Mme Dufour : C'est ça.
Mme Duranceau : Ça ne devenait
pas...
Mme Dufour : C'est ça. Puis
c'est là qu'on a eu la discussion, d'ailleurs, sur les frais judiciaires, la
question qu'il y avait de la jurisprudence
qui venait dire que, si on contestait une hausse qui était raisonnable et pour
laquelle on nous avait expliqué tous les détails, comme... que le
locateur avait expliqué tous les détails, que le locataire pouvait se faire imposer des frais judiciaires. Là, ce n'étaient pas
des sommes immenses, mais je pense qu'on parlait de 73 $, quelque chose
comme ça, là. Peut-être que ça a changé. Je vois les yeux de Me Simard.
Mais, en tout cas, il me semble que c'était autour de ça.
Et donc il y
avait des hausses de loyer qui étaient contestées. Je me souviens d'un cas,
c'était une jurisprudence, c'était une hausse de 12 $ annuelle, je pense
que c'était quelque chose comme ça, ou c'était vraiment minime, puis,
c'est ça, la personne avait fini par non seulement avoir une hausse supérieure,
si je ne me trompe pas, puis en plus avoir les frais judiciaires, mais... Mais
c'était ça, ce qu'on disait, c'est que c'est important que les locataires
connaissent ces... non seulement leurs
droits, mais aussi les conséquences que la jurisprudence prévoit dans le cas où
ils font valoir un droit, mais qui est, d'une certaine façon, abusif. Donc,
est-ce que vous avez le prix du... Oui? Je vous écoute.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Me Simard.
• (20 h 20) •
M. Simard (Patrick) : Alors, il
s'agit d'une demande tarifée à 87 $.
Mme
Dufour : Ah! c'est rendu à
87 $? OK, ça a monté. Ça devait être peut-être l'année passée qu'on
en parlait. On a parlé... On a parlé
longtemps du 31. Bien, bref, donc, je ne sais pas, ça, c'est ici... c'est ici
ou plus loin, mais qu'on devrait l'inclure. Est-ce que c'est prévu dans
le règlement de parler de ces frais judiciaires là potentiels?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la ministre.
Mme
Duranceau : Non, ce n'était pas prévu dans le règlement
actuel. Ceci dit, on est ouverts, vous avez proposé un amendement sur
ça, on est ouverts à inclure ça dans l'ensemble de l'oeuvre.
Mme Dufour : Oui, c'est ça, mais
c'est parce que c'est différent, l'amendement. En tout cas, on va le regarder, mais c'est à un autre article. Mais là
c'est... s'il y a quelque chose qui se fait par règlement, il faudrait
peut-être, tu sais, l'inclure, cette notion-là. En tout cas, je ne sais
pas à quel stade c'est rendu, là.
Mme Duranceau : ...comment on l'a
rédigé. Les frais...
Des voix : ...
Mme
Dufour : C'est ça, c'est dans le 1942, mais c'est juste
pour voir si c'est quelque chose qui peut être discuté pour le 1943.
Des voix : ...
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Est-ce que vous désirez
une petite suspension ou si ça vous va? Me Simard?
Mme Duranceau : Non, non. On est
prêts.
M. Simard (Patrick) : Oui. Merci,
Mme la Présidente. Alors, on revient peut-être un petit peu en arrière. L'objectif... il faut comprendre qu'il y a deux
types d'avis. Il peut y avoir un avis d'augmentation de loyer uniquement, on ne
parle que d'argent. C'était déjà visé dans le 31, et là on s'est dit :
Bien, il peut également y avoir un avis, mais on ne touche pas à la
notion monétaire, donc, du loyer. Plutôt rare, vous allez me dire, mais on
amène une condition supplémentaire au bail. Ça peut être, par exemple, un
changement quant à l'électricité, et ça, c'est visé dans un autre article.
Alors, ce qui est proposé aujourd'hui, c'est d'inclure la bonne idée dans
l'autre scénario.
Et quant à la démarche sur les frais, dont vous
parlez, ça, ça se retrouve dans la Loi sur le TAL. C'est pour ça qu'il y aura
une proposition qui pourrait vous être faite, mais ce n'est pas dans le Code
civil. Ça, ce n'est pas là qu'on va gérer la notion de qui va payer les frais
dans le contexte. Ce n'est pas dans le Code civil.
Mme
Dufour : Ce n'est pas dans le Code civil, c'est dans la Loi
sur le TAL, oui. On a un amendement dans la Loi sur le TAL aussi. Bien,
je vais peut-être y revenir.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Donc, est-ce que j'ai d'autres interventions sur l'article 4?
Si je n'ai pas d'autre intervention sur l'article 4, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Adopté. Donc, je cède la parole à la députée de La Pinière pour
le dépôt d'un amendement.
Mme
Caron : Oui. Merci, Mme la Présidente. Alors, l'amendement
a été envoyé, donc devrait être affiché bientôt. Je peux commencer à
lire maintenant ou... Ça va être plus...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Alors, je vais vous inviter à le lire. Oui, allez-y.
Mme Dufour : Ce n'est pas
Mille-Îles, par exemple, c'est La Pinière.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui, c'est l'amendement de la députée de La Pinière.
Mme Dufour : Juste m'assurer que ça
va être attribué à la députée de La Pinière.
Des voix : ...
Mme Dufour : Ah! Parfait, vous
l'avez changé, c'est bon.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : OK. Alors, je vous invite à en faire la lecture.
Mme Caron : Merci. Alors,
l'article 4.1 : Insérer après l'article 4 du projet de loi, le
suivant :
4.1. L'article 1953 du Code civil du Québec
est modifié par l'insertion, après le 2e alinéa, du suivant :
«Si le tribunal détermine que le loyer exigible
est égal ou supérieur au montant indiqué à l'avis de modification de bail et
que le locateur a établi qu'il a tenté de négocier avec le locataire en lui
donnant notamment accès aux renseignements nécessaires à la fixation de loyer
avant le dépôt de la demande, le locataire doit payer les frais judiciaires.»
Alors, l'article se lirait comme suit : «1953. Le tribunal
saisi d'une demande de fixation ou de réajustement de loyer détermine le loyer
exigible, en tenant compte des normes fixées par les règlements.
«Le loyer qu'il fixe est en vigueur pour la même
durée que le bail reconduit ou pour celle qu'il détermine, mais qui ne peut
excéder 12 mois.
«Si le tribunal détermine que le loyer exigible
est égal ou supérieur au montant indiqué à l'avis de modification de bail et
que le locateur a établi qu'il a tenté de négocier avec le locataire en lui
donnant notamment accès aux renseignements nécessaires à la fixation de loyer
avant le dépôt de la demande, le locataire doit payer les frais judiciaires.
«S'il accorde une augmentation de loyer, il peut
échelonner le paiement des arriérés sur une période qui n'excède pas le terme
du bail reconduit.»
Alors, l'idée ici, c'était de clarifier pour le
locataire que, dans ces cas-là, il aurait à payer les frais judiciaires
puisque, comme on le disait tout à l'heure, quelqu'un peut contester, aller au
TAL pour une hausse de loyer qui est inférieure,
même, aux frais judiciaires qu'il aurait à payer, ce qui devient une mauvaise
surprise pour la personne. Et aussi, en ayant cette information-là,
bien, le... ça pourrait peut-être faciliter la négociation entre le locateur et
le locataire, et qu'il y ait une entente, et
que ça n'aille pas jusque... jusqu'au TAL, finalement. Alors, c'était...
c'était aussi dans l'esprit d'enlever le... peut-être le flou, là,
judiciaire dont je parlais tout à l'heure quand je proposais
l'amendement 5.1.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mme la ministre.
Mme Duranceau : Oui. Oui, on va
suspendre une minute, une vraie minute.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, on va suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 20 h 28)
(Reprise à 20 h 36)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. Nous en étions donc à l'amendement
déposé par la députée de La Pinière. Mme la ministre, vous avez des commentaires.
Mme Duranceau : ...alors, on
considère que cette modification-là, elle est valable. Elle devrait, selon
nous, être faite à l'intérieur de la Loi sur le Tribunal administratif du
logement. Et là, malheureusement, cette loi-là n'est pas visée par le projet de loi actuel, qui était très, très circonscrit,
là, pour les raisons qu'on connaît. Donc, on n'est pas en mesure
d'accepter l'amendement du Code civil pour les raisons invoquées. Il faudrait
faire ça dans la loi sur le tribunal. On n'ira pas là ce soir.
Ceci dit,
moi, c'est une modification qui me convient, puis je propose de la prendre en
compte, du moins, à court terme, là, de manière réglementaire. Donc, dans le
règlement qu'on va rédiger, là, qui est aussi touché par l'article 4... puis,
s'il y a lieu, à un autre moment, ça pourra faire l'objet d'une modification de
la loi en temps et lieu, là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la députée.
Mme
Dufour : Merci, Mme la Présidente. Bien, il y a...
à chaque année, même, je dirais même, à chaque législation, il y a un
omnibus municipal qui pourrait très bien permettre d'intégrer ce genre de
modifications là. Mais,
si on peut, effectivement, le mettre dans le règlement, je pense que ça serait
déjà un début pour que les citoyens soient conscients, comme je disais,
d'une réalité, là, c'est que ça finit par leur incomber, ces frais-là, s'il...
si ça respecte les règles, là, évidemment,
puis si le locateur a pris toutes les démarches nécessaires pour bien démontrer
les hausses de loyer, qu'elles sont
justifiées puis que, finalement, le tribunal, au bout du compte, attribue une
augmentation, même supérieure. À ce moment-là, ces frais-là, ils doivent
les payer. Donc, c'est dans le but qu'ils soient mieux informés. Donc, voilà.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Allez-y.
Mme Caron : Oui. Alors, bien, le
règlement va inclure l'information. Donc, l'objectif d'informer va être atteint. Par contre, l'objectif de clarifier que
le locataire, dans les conditions indiquées, doit payer les frais judiciaires
et qu'il n'y ait pas de flou, je dirais, artistique avec un membre du
tribunal qui décide que, oui, il va appliquer les frais puis... ou non, il ne va pas les appliquer dans les mêmes conditions,
comme montre la jurisprudence qui... on voit que c'est variable. Ça, cet
objectif-là ne pourra pas être atteint, si je comprends bien, ni dans le
règlement, ni avec cet amendement-là, puisqu'on ne veut pas le recevoir au Code
civil, ni dans la loi sur le tribunal du logement, qu'on ne veut pas ouvrir
ici.
Donc, le seul
objectif atteint dans le règlement, c'est l'information. Il faudrait attendre
un autre projet de loi pour revenir avec la clarification de
l'application des frais... de l'attribution des frais judiciaires aux
locataires.
Mme Duranceau : Oui.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Est-ce que j'ai
d'autres interventions sur l'amendement? Si je n'ai pas d'autre
intervention, nous allons le placer aux voix. Est-ce que l'amendement est
adopté?
Des voix : Rejeté.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) :
Rejeté. Alors, nous revenons à... Nous poursuivons notre lecture.
Maintenant, ça va être à l'article 6.
• (20 h 40) •
Mme Duranceau : Oui. Alors, l'article 6
se lit comme suit : L'article 5 de la présente... L'article 5 de
la Loi modifiant diverses dispositions législatives en matière d'habitation
(2024, chapitre 2) est abrogé.
Donc, l'article 6 du projet de loi
abrogeait l'article 5 de la Loi modifiant diverses dispositions
législatives en matière d'habitation, qui modifie l'article 1943 du Code civil,
mais qui n'est pas encore en vigueur. L'article abrogé ne serait plus
requis en raison des modifications proposées par l'article 4 du projet de
loi.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Est-ce que j'ai des interventions sur l'article 6?
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Allez-y.
Mme Dufour : Oui.
Comme on ne l'a pas devant nous, là, la loi n° 31, là, l'ancienne loi, est-ce... ce qu'on abroge, c'est, dans le fond, les dispositions précédentes
concernant l'avis de modification?
Mme Duranceau : C'est la
modification qui avait été effectuée à 1943 du Code civil dans le PL
n° 31, qu'on remplace par la modification qu'on a adoptée, là,
précédemment pour préciser le contenu de l'avis de modification de bail.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Donc, c'est de la concordance.
Mme Duranceau : C'est ça.
Mme Dufour : À 5.
Mme Duranceau : Concordance.
Une voix : C'est ce que j'ai dit.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : D'autres interventions sur l'article 6? Si je n'ai pas
d'autre intervention, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Adopté. On passe maintenant à l'article 7.
Mme Duranceau :
L'article 97 de cette loi est modifié par la suppression du
paragraphe 1°.
Donc,
l'article 7 du projet apporterait une modification de concordance à
l'article d'entrée en vigueur de la Loi modifiant diverses dispositions
législatives en matière d'habitation afin de tenir compte de l'abrogation de
l'article 5 de cette loi.
Ça fait que
l'article 97 de la Loi modifiant diverses dispositions législatives en
matière d'habitation, tel qu'il se lirait :
«Les dispositions de
la présente loi entrent en vigueur le 21 février 2024, à l'exception»,
puis là on enlève le premier paragraphe qui faisait référence à 1943 et puis
qu'on vient d'abroger :
«2° de celles
des articles 46 à 48, qui entrent en vigueur à la date d'entrée en vigueur
du premier règlement pris en vertu de l'article 1979 du Code civil, tel
que modifié par l'article 18 de la présente loi;».
Puis
le troisième paragraphe demeure, là : «de celles des premier et deuxième
alinéas de l'article 94, qui entrent en vigueur le 21 août
2024.»
Donc, concordance.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Concordance. Est-ce que j'ai des
interventions sur l'article 7? Si je n'ai pas d'intervention, est-il
adopté?
Des voix : Adopté.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Adopté. Maintenant, l'article
proposé, 5.1, était suspendu. C'est
l'amendement proposé par la députée de La Pinière, 5.1, que nous avions suspendu. Est-ce que nous
le retirons?
Mme Caron :
Bien, oui. On va le retirer, oui.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Alors, j'ai une proposition de
retirer l'amendement 5.1. Est-ce que c'est adopté?
Des voix : Adopté.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Adopté.
Nous poursuivons le dernier bloc qui est sur les dispositions finales.
L'article 12, Mme la ministre.
Mme Duranceau : Oui.
Donc : Le ministre responsable de l'habitation est... Pourquoi «le
ministre»? Le ministre responsable de l'habitation est responsable de
l'application de la présente loi.
L'article 12
du projet de loi confierait à la ministre responsable de l'Habitation le devoir
de veiller à l'application de la loi.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Est-ce que j'ai des interventions
sur l'article 12? Oui.
Mme Dufour :
Oui. Une question vraiment très simple, mais pourquoi «habitation» n'a pas
de h majuscule dans cette forme-là, alors que, partout ailleurs, on parle du
ministère de l'Habitation avec un h majuscule?
Mme Duranceau :
Vas-y.
M. Paradis (Nicolas) :
Mme la Présidente.
Mme Duranceau :
Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Oui. Allez-y. Je m'excuse. Je
cherchais la réponse.
M. Paradis
(Nicolas) : Merci. Tout simplement que, dans le fond, le ministère,
effectivement, des Affaires municipales et de l'Habitation, bon, c'est la
manière dont on les désigne en mettant un h ou des lettres majuscules pour les fonctions. Là, quand on comprend... ici,
on n'est pas dans la dynamique de la désignation du ministère avec les fonctions,
mais une ministre responsable d'une mission particulière qui est l'habitation.
C'est la manière purement légistique d'écrire les choses. Donc...
Mme Dufour :
D'accord. Merci beaucoup. Je vais me coucher moins niaiseuse ce soir.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : J'ai
d'autres interventions? Si je n'ai pas d'autre... Oui, allez-y, Mme la
députée de Sherbrooke.
Mme Labrie :
Extrêmement brièvement. Je ne peux pas m'empêcher, chaque fois que je vois
ça, de déplorer qu'on n'utilise pas des
formulations épicènes, qu'on utilise encore «le ministre» de manière
systématique. J'attends toujours ce
premier projet de loi où on aura une formulation épicène. On a beaucoup de
femmes ministres maintenant. Ça vaut la peine que ça existe.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Est-ce que j'ai d'autres interventions sur
l'article 12? Alors, est-ce que l'article 12 est adopté?
Des voix :
Adopté.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Adopté. Merci. L'article 13. Mme la
ministre.
Mme
Duranceau : Oui. Alors : Les dispositions de la présente loi
entrent en vigueur le (indiquer ici la date de la sanction de la présente loi),
à l'exception :
1° de celles de
l'article 4, qui entrent en vigueur à la date de l'entrée en vigueur du
premier règlement pris en vertu de l'article 1943 du Code civil, tel que
modifié par l'article 4 de la présente loi;
2° de celles du
sous-paragraphe a du paragraphe 2° de l'article 9, qui entrent en vigueur
à la date de l'entrée en vigueur de l'article 1293 de la Loi visant à
rendre le système de santé et de services sociaux plus efficace.
Donc,
l'article 13 du projet de loi prévoit que les dispositions de la loi
entreraient en vigueur à la date de sa sanction, à l'exception de la
modification à l'article 1943 du Code civil, qui requiert un règlement du
gouvernement, et de certaines dispositions relatives aux résidences privées
pour aînés, qui dépendent de l'entrée en vigueur de la Loi visant à rendre le
système de santé et services sociaux plus efficace.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la ministre. Est-ce que j'ai des
interventions sur l'article 13? Si je n'ai pas d'intervention, est-il
adopté?
Des voix :
Adopté.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Adopté. Alors, on a passé la totalité. Alors, les
intitulés des sections sont-ils adoptés?
Des voix :
Adopté.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Adopté. Le titre du projet de loi est-il adopté?
Des voix :
Adopté.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Adopté. Je propose que la commission recommande la
renumérotation du projet de loi amendé et je propose que la commission
adopte une motion d'ajustement des références. Cette motion est-elle adoptée?
Des voix :
Adopté.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Adopté.
Remarques finales
Nous en sommes donc
aux remarques finales. Je vais procéder à l'inverse. On va commencer avec le
député des Îles-de-la-Madeleine, pour vos remarques finales. Oui?
Mme
Duranceau : ...je ne sais pas, là, en termes de temps, mais j'aimerais
demander aux oppositions, si tout le monde est d'accord, pour qu'on ait le
temps, tout le monde, de lire nos remarques finales ce soir. Ça fait qu'on
dépasserait peut-être de quelques minutes.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Est-ce
que j'ai le consentement pour dépasser de quelques minutes, au besoin?
Mme Dufour : ...le
premier député prend 10 minutes, ça sera... il n'y aurait pas de
consentement, là, tu sais. Ça fait que je vous dirais que ça dépendrait de...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Proportionnellement...
Mme Dufour : Je donnerai mon
consentement quand on arrivera proche de l'heure, pour voir selon... on est
rendus où.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Alors, M. le député.
M. Joël Arseneau
M. Arseneau : Je vais vous offrir
toute ma collaboration en gardant mes remarques finales au plus strict minimum,
en rappelant que nous nous étions engagés à collaborer franchement, à faire en sorte
que le projet de loi soit adopté rapidement et de
travailler à le bonifier. Je pense que c'est ce qu'on a fait collectivement
aujourd'hui et j'en suis ravi. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Christine
Labrie
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. Je vais garder le détail de mes commentaires pour ma prise de
parole sur l'adoption finale. Je veux simplement dire à tout le monde qui est
ici, je trouve qu'on a fait du beau travail pour les Québécois et les
Québécoises ce soir. Moi, ça me rend très fière de ce qu'on a réussi à faire
ensemble. Je m'arrête ici pour que tout le monde puisse prendre la parole ce
soir.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup. Mme la députée de Mille-Îles.
Mme Virginie
Dufour
Mme Dufour : Oui, merci. Écoutez, je
pense que... bien, on l'avait dit, nous aussi, qu'on collaborerait, mais qu'on
ferait un travail rigoureux. Je pense qu'on l'a vu, et tout le monde était de
bonne foi aujourd'hui, comme on l'a été d'ailleurs dans le cadre du projet de
loi n° 31, je tiens à souligner. Et évidemment, ce projet de loi là,
c'est... ça a pour but d'aider, en premier
lieu, les aînés, évidemment, mais aussi on va venir mettre, un, le couvercle un
peu sur la marmite, sur les évictions
pour l'ensemble de la population. Je continue à croire qu'il va falloir
vraiment être prudents pour la
question des investissements et que ça prendra des mesures structurantes pour
stimuler les investissements, les constructions,
parce que l'enjeu majeur, c'est qu'il manque de logements, et actuellement on
n'en construit pas suffisamment.
Tous les amendements, tout ce qui a été... ce
qu'on a discuté aujourd'hui, bien, ça fait quand même longtemps qu'on en parle.
On en a parlé abondamment lors de l'étude du projet de loi n° 31
notamment, on en a parlé en période de questions, en interpellation, en période
d'étude de crédits. Donc, je pense que... je pense qu'on a avancé, mais il reste un très grand pas à faire.
Il en reste beaucoup, de chemin à faire, pour régler la crise du logement.
• (20 h 50) •
Je terminerais peut-être en remerciant tout le
monde, en premier lieu, ma collègue qui m'a accompagnée. Ça n'a pas été un projet de loi aussi long que le
projet de loi n° 31, mais quand même, j'apprécie la compagnie, évidemment
les oppositions, pour les amendements proposés, et toute la banquette
ministérielle, en dernier lieu, la ministre, évidemment
les fonctionnaires aussi qui ont répondu aux questions, comme toujours. Donc,
je vous remercie beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Je vais vous laisser un petit temps. Allez-y.
Mme Linda Caron
Mme Caron : Oui. Alors, merci.
Simplement pour dire que je suis très heureuse aussi que cette protection accrue soit adoptée pour les aînés. Je demeure...
J'ai toujours des réserves à propos des effets que ça pourrait avoir sur
les projets d'immeubles locatifs. Mais ça,
on verra à l'usage. On ne peut pas essayer quelque chose de neuf et connaître
toutes les retombées ou toutes les conséquences. Alors, on va se souhaiter que
les conséquences seront positives ou qu'il y aura possibilité d'agir
pour s'assurer que ce soit plus positif que négatif. C'est dommage qu'on n'ait
pas pu clarifier la question des frais
judiciaires, parce que ça aurait été utile pour les locataires. Ça aurait aussi
permis, peut-être, des négociations de bonne foi des deux côtés, éviter
d'aller engorger le Tribunal administratif du logement. Je comprends que ce n'était pas parce qu'on était
nécessairement contre, mais parce qu'on ne pouvait pas ouvrir... faire un amendement
à la loi qui n'était pas visée, la Loi sur le TAL, qui n'était pas visée, donc,
par le projet de loi. Alors, c'est partie remise. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la députée. Alors, Mme la ministre, pour vos
remarques finales.
Mme France-Élaine
Duranceau
Mme Duranceau : Oui. Bien oui,
écoutez, remarques finales, la journée même. Alors, je nous félicite tous, on a
bien fait ça, une belle collaboration. On avait des questions :
Êtes-vous... Pensez-vous être capables de régler ça avant la fin de la session?
Je pense, tout le monde était là. On a eu des bonnes discussions, on a bonifié,
vous l'avez dit, tout le monde a apporté des bons points. Alors, je pense que
ça sera au bénéfice de tous les Québécois, particulièrement les gens plus
vulnérables. Puis c'est pour ça qu'on est là. Si le gouvernement ne s'occupe
pas des plus vulnérables, bien, personne ne va s'en occuper. Alors, bon
travail.
Donc, je remercie mes collègues des oppositions.
Je remercie mes collègues du gouvernement. Ce fut bref, mais efficace, hein? Parfait. Et puis même chose avec tout le personnel
administratif du tribunal et du ministère. Et, bien, je le répète, c'est
une mesure qui est audacieuse, c'est une mesure qui est inhabituelle, mais dans
des circonstances exceptionnelles, bien, mesures exceptionnelles. Puis on aura
l'occasion de conclure en Chambre avec nos... pas déclaration finale, mais un... notre allocution
finale là-dessus. Mais bref, bravo à tout le monde. Merci beaucoup, puis
je pense qu'on peut être fiers de ce qui a été accompli aujourd'hui. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Donc, avant de lever la séance, à mon tour de vous
féliciter toutes et tous pour cet excellent
travail. Une journée comme celle-là, bien, ça me rend fière de présider cette
commission. Nous sommes des battantes
et des battants, nous sommes capables d'arriver à bien discuter. Alors, merci à
tous, merci au secrétariat, aussi à la technique.
Alors, sur
ce, je vous remercie à nouveau de votre collaboration. La commission ajourne
ses... pas ajourne... ayant accompli son mandat, oui, effectivement,
ajourne sine die.
(Fin de la séance à 20 h 53)