Journal des débats (Hansard) of the Committee on Citizen Relations
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
Tuesday, November 5, 2024
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Vol. 47 N° 54
Special consultations and public hearings on Bill 74, an Act mainly to improve the regulatory scheme governing international students
Aller directement au contenu du Journal des débats
Intervenants par tranches d'heure
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Lecours, Lucie
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Roberge, Jean-François
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Morin, André Albert
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Setlakwe, Michelle
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Paradis, Pascal
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Lecours, Lucie
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Roberge, Jean-François
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Schmaltz, Valérie
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Bogemans, Audrey
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Lecours, Lucie
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Setlakwe, Michelle
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Paradis, Pascal
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Roberge, Jean-François
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Roberge, Jean-François
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Lecours, Lucie
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Bogemans, Audrey
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Morin, André Albert
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Setlakwe, Michelle
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Paradis, Pascal
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Lecours, Lucie
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Roberge, Jean-François
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Schmaltz, Valérie
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Schmaltz, Valérie
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Lecours, Lucie
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Morin, André Albert
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Setlakwe, Michelle
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Paradis, Pascal
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Lecours, Lucie
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Roberge, Jean-François
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Bogemans, Audrey
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Morin, André Albert
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Setlakwe, Michelle
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Lecours, Lucie
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Paradis, Pascal
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Roberge, Jean-François
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Bogemans, Audrey
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Bogemans, Audrey
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Lecours, Lucie
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Morin, André Albert
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Setlakwe, Michelle
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Paradis, Pascal
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Lecours, Lucie
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Roberge, Jean-François
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Bogemans, Audrey
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Lecours, Lucie
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Setlakwe, Michelle
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Paradis, Pascal
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Roberge, Jean-François
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Roberge, Jean-François
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Lecours, Lucie
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Gendron, Marie-Belle
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Morin, André Albert
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Setlakwe, Michelle
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Paradis, Pascal
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Lecours, Lucie
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Roberge, Jean-François
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Bogemans, Audrey
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Lecours, Lucie
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Morin, André Albert
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Setlakwe, Michelle
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Paradis, Pascal
9 h 30 (version révisée)
(Neuf heures quarante-cinq minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
Alors, bienvenue à tous et à toutes en ce beau mardi matin.
La commission est réunie afin de procéder
aux consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
n° 74, Loi <visant...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
...74,
Loi >visant... principalement à
améliorer l'encadrement relatif aux étudiants étrangers.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme McGraw (Notre-Dame-de-Grâce) est remplacée par Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont); Mme Prass (D'Arcy-McGee) est remplacée par M. Morin
(Acadie); et M. Bérubé (Matane-Matapédia) est remplacé par M. Paradis
(Jean-Talon).
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, Mmes et MM. les députés, bienvenue à la commission.
Nous débuterons ce matin par les remarques préliminaires puis nous... nous
entendrons le Commissaire à la langue française, l'Université du Québec, et
nous allons terminer par l'Université de Montréal, l'Université McGill, l'Université
Laval et l'Université de Sherbrooke, conjointement.
J'invite maintenant le ministre de l'Immigration,
de la Francisation et de l'Intégration à faire ses remarques préliminaires. M.
le ministre, vous allez disposer de 6 minutes, et la parole est à vous.
M. Roberge : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. D'abord, je veux saluer mes collègues qui sont présents avec
nous, autant des deux côtés, la partie gouvernementale et des oppositions. Très
content de voir que les formations politiques sont représentées. Merci aussi
aux équipes qui nous aident, en arrière, à répondre à toutes les questions. On
a ce matin pour commencer le Commissaire à la langue française, mais il y a
plusieurs personnes qui ont accepté aussi de venir participer aux travaux. Ça
va durer deux jours de manière très intense, Mme la Présidente, mais on est
prêts à ça. Il y a aussi d'autres personnes qui ne viendront pas directement
ici, en salle de commission, mais qui nous ont fait parvenir des réflexions.
Sachez que ce n'est pas parce que vous n'êtes pas ici, en commission, que vous
ne serez pas entendus, puis que vos propos ne seront pas considérés.
C'est un projet de loi qui est
intéressant, qui est important, qui s'inscrit dans un contexte où on a en ce
moment pratiquement 6 000 résidents non permanents sur le territoire
québécois. Il y a évidemment des étudiants étrangers parmi... J'ai dit 6 600,
je pense. C'est 600 000. Je m'excuse.
Une voix : ...
M. Roberge : Je m'excuse. Il n'y
en a pas 6 000. Il y en a presque 600 000. Justement, quand on...
quand on voit le nombre de zéros, ça donne le tournis, presque 600 000 résidents
non permanents sur le territoire québécois, de diverses catégories. Certaines
des catégories sont décidées exclusivement par le gouvernement fédéral, d'autres
par le gouvernement du Québec, d'autres, c'est des compétences partagées.
J'en profite pour faire un rectificatif.
La semaine dernière, l'institut du Québec rendait publique une étude dans
laquelle il y avait malheureusement certaines erreurs. On disait que le
gouvernement du Québec contrôlait à peu près 50 % des immigrants
temporaires sur le territoire québécois. Ce n'est pas exact. On est plus près
de 30 %. D'ailleurs, mon équipe avait communiqué avec la rédactrice de l'étude
qui avait dit qu'effectivement ce n'était pas exactement ce qui était écrit, qu'elle
était prête à apporter des nuances si les gens communiquent avec elle. Donc, j'invite
nos amis journalistes à communiquer avec les gens qui ont rédigé cette étude-là.
Parce que ce n'est pas parce qu'on répète quelque chose plusieurs fois que ça
devient plus vrai.
Évidemment, les étudiants étrangers sont
dans une catégorie à part. Quand on regarde tous les immigrants temporaires qui
sont... ce sont souvent de futurs immigrants permanents, de nouveaux Québécois.
Et il ne s'agit pas de dire : Bien, arrivons avec un objectif de coupures
paramétriques. Ne voyons pas les étudiants étrangers comme... comme des
problèmes, d'aucune manière. Ils viennent ici à l'invitation des institutions,
ensuite, bien, ils sont reconnus à la fois par le gouvernement du Québec et le
gouvernement canadien, sans quoi ils ne pourraient pas venir ici. Donc
évidemment, les gouvernements ont une part de responsabilité. Puis ensuite,
bien, une fois qu'ils sont ici, ils contribuent au Québec.
Maintenant, quand on regarde les leviers
qu'on a au gouvernement pour gérer toute l'immigration, on se rend compte que
pour ce qui est des étudiants étrangers, on a peu d'agilité gouvernementale. On
peut simplement, au moment où on se parle, avant la sanction de cette loi-là,
décider du nombre d'étudiants sur le territoire québécois, combien de CAQ
seront... seront là.
• (9 h 50) •
Par contre, en ce moment, le gouvernement
ne peut pas décider si, quand on accepte un nombre très élevé, plus de 120 000 personnes...
s'il y en a une grande majorité dans... sur l'île de Montréal, dans le Grand
Montréal, dans des régions périphériques, dans des régions éloignées, est-ce qu'ils
sont surtout en formation professionnelle, dans les cégeps, dans des programmes
courts, dans des universités, dans les deuxième et troisième cycles, qu'est-ce
qui est prioritaire pour le <Québec...
M. Roberge :
...cycles,
qu'est-ce qui est prioritaire pour le >Québec, qu'est-ce qui est
prioritaire pour ces régions.
On pourrait faire comme le Parti québécois,
dire : Bien, nous autres, on va passer de 120 000 à 50 000,
voilà. C'est sûr que, si on faisait ça, bien, on n'aurait pas besoin du projet
de loi dont on parle aujourd'hui, puis c'est sûr qu'on ferait fermer plusieurs
programmes en région, puis c'est sûr qu'on s'attaquerait aussi à des programmes
qui sont vitaux pour... soit pour nos services publics ou pour notre économie.
Plutôt que de dire, là... de se donner une
cible de réduction à l'aveugle comme ça, en chiffre ou en pourcentage, il faut
d'abord se donner, comme gouvernement, comme État national, la capacité d'agir
de manière chirurgicale. Donc, je veux rassurer les gens, on n'arrive pas du
tout ici en disant : Bon, bien, on s'en vient couper 5 %, 10 %,
15 %, ou 20 000, 30 000, 50 000, 80 000 étudiants.
On s'en vient dire : Considérant le nombre total...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il reste une minute.
M. Roberge : ...merci... d'immigrants
temporaires sur le territoire québécois, considérant qu'il y a des hausses
fulgurantes dans certaines écoles privées et professionnelles, considérant la
pénurie de logements, considérant les enjeux que ça peut poser pour nos
services publics, considérant qu'on a dans le PQI, le programme québécois des
infrastructures, des sommes importantes, et que, des fois, on veut agrandir des
institutions pour des étudiants qui n'étudient pas nécessairement dans des
secteurs prioritaires, donnons-nous... faisons-nous un cadeau, à nous,
Québécois, d'une agilité gouvernementale qui va nous permettre ensuite de
prendre les meilleures décisions.
Et j'espère qu'on va être capables de
bonifier ensemble ce projet de loi important...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
M. Roberge : ...suite, bien
sûr, à l'éclairage que vont apporter les gens qui vont contribuer dans les deux
prochains jours. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. le ministre. Alors, j'invite maintenant
le porte-parole de l'opposition officielle et député de l'Acadie à faire ses
remarques préliminaires. Et votre temps est de 3 min 36 s. La
parole est à vous.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, M. le ministre, collègues de la banquette gouvernementale.
Je tiens à saluer ma collègue députée de Mont-Royal—Outremont,
collègues des oppositions, qui sont là.
Je suis heureux de commencer à travailler
ce projet de loi et d'écouter des groupes. J'ai lu avec beaucoup d'attention
les mémoires qui nous ont été présentés et lu également plusieurs articles de
journaux, et il est... il est rare qu'un projet de loi, en général, soulève
autant de critiques, d'inquiétudes, même on peut parler d'un lever de
boucliers. Alors, c'est assez... assez remarquable, la façon dont ce projet de
loi a été reçu par les établissements d'enseignement... d'enseignement
supérieur. Et j'ai très hâte d'entendre les groupes pour être capable,
évidemment, de dialoguer avec eux et de faire entendre au gouvernement l'impact
de ce projet... de ce projet de loi.
L'immigration a fait couler beaucoup
d'encre au Québec, beaucoup d'encre également écrite par la CAQ. On a
l'impression que l'immigration est toujours un problème pour le gouvernement de
la CAQ. Alors, évidemment, ça va être d'autant plus important d'étudier avec
beaucoup d'attention ce projet... ce projet de loi.
Quelques critères, le ministre parlait
d'agilité... quelques critères, mais aussi beaucoup de pouvoirs réglementaires.
Donc, c'est comme si, évidemment, on voulait donner un chèque en blanc au
gouvernement pour contrôler l'immigration. Alors, ça va être très, très
intéressant d'y consacrer... d'y consacrer beaucoup de temps. D'autant que,
dans bien des cas, on s'attaque à nos établissements d'enseignement supérieur,
aux universités. Il y a des gens qui font de la recherche, qui sont invités à
venir ici pour faire des études supérieures. Donc, on va essayer de voir
comment tout ça va s'articuler.
Le ministre y faisait référence, il veut
que son projet de loi lui donne de l'agilité, lui permette de s'attaquer à
certains établissements. Bien, j'ai hâte d'en entendre parler et j'ai hâte d'en
discuter avec lui, parce que jusqu'à maintenant, à la lecture du projet de loi,
ce n'est pas très clair, les cibles qui sont visées par le ministre.
Alors, très heureux d'être ici. Très
heureux de commencer l'étude en écoutant des groupes. Et, si vous permettez,
Mme la Présidente, dans le temps qui reste, je céderais la parole... ou je vous
demanderais de céder la parole à ma collègue, la députée de Mont-Royal—Outremont,
pour les remarques préliminaires.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Bien sûr. Il vous reste une minute, Mme la députée. Allez-y.
Mme Setlakwe : Merci. Merci.
Donc, en... Bonjour à tous.
En complément à ce qui a été mentionné par
mon collègue député de l'Acadie, j'entends bien le ministre, qui souhaite se
donner toute l'agilité possible. Moi, j'ai bien hâte d'entendre les groupes. À
titre de porte-parole en enseignement supérieur, jusqu'à maintenant, je n'ai
entendu que <des...
Mme Setlakwe :
...jusqu'à
maintenant, je n'ai entendu que >des inquiétudes. Le gouvernement
s'octroie de très larges pouvoirs dans ce dossier. Et, ce qu'on entend, c'est
qu'il va falloir agir avec la plus grande précaution. Le ministre l'a dit, les
étudiants étrangers sont une catégorie à part. Il va falloir qu'on considère la
grande richesse qu'apportent ces étudiants étrangers, richesse au sens le plus
large du terme. Et on ne parle pas uniquement, là, donc, du volet financier
pour les établissements. Nos étudiants étrangers sont un atout essentiel, leur
apport est... est incommensurable, et donc il faut...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
Mme Setlakwe : ...oui...
maintenir à tout prix l'attractivité du Québec dans cette course mondiale pour
les talents. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Merci beaucoup, Mme la députée. J'invite maintenant
le député de Saint-Henri—Sainte-Anne et porte-parole du deuxième groupe
d'opposition à faire ses remarques pour 1 min 12 s. La parole
est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci, Mme
la Présidente. Pas beaucoup de temps. Merci à ceux qui viendront en commission,
merci aux équipes, merci aux députés du côté de l'opposition et du
gouvernement. Content de voir M. le ministre également. Merci, Mme la
Présidente, d'être avec nous.
Écoutez, je me lance dans ce projet de loi
avec la collaboration habituelle, M. le ministre. J'appuie le principe. Il
restera évidemment des détails à voir évidemment aussi dans l'application. C'est
un PL qui est... un projet de loi qui est relativement court, mais qui a le
potentiel de toucher des milliers de personnes étudiantes étrangères, mais
surtout nos institutions académiques ici, au Québec, et plus particulièrement
en région. En dehors du projet de loi, puis on en reparlera parce que les
groupes en parlent beaucoup, c'est là que le bât blesse, là, à mon avis, alors
que moins d'une année après avoir placé les étudiants hors cible dans
l'admission permanente, on fait un virage à 180 degrés du côté
gouvernemental puis on suspend le Programme de l'expérience québécoise — Diplômés.
Alors, pour moi, c'est là que le bât blesse surtout. Puis j'ai déjà lu des
mémoires, je sais que les gens vont en parler, alors je vais continuer mon
travail. Il va falloir qu'on émette, je pense, des balises plus claires dans le
projet de loi pour être sûrs...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
M. Cliche-Rivard : ...de bien
encadrer le pouvoir gouvernemental dans le meilleur intérêt du public. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. le député. Alors, on va terminer les remarques
préliminaires avec le député de Jean-Talon, également pour une période de
1 min 12 s. La parole est à vous.
M. Paradis : Salutations à
tous les collègues et à toutes les personnes qui seront entendues aujourd'hui
et demain. Merci de votre participation à nos travaux. C'est une question
importante dont on va discuter dans les prochains jours, c'est, bon, la place
des étudiants étrangers dans nos institutions d'enseignement supérieur.
J'écoutais avec attention le ministre tout
à l'heure nous dire, bien, que, justement, il n'y a pas de chiffres. Et c'est
peut-être ça, un des premiers problèmes. Pourquoi est-on passé par voie
législative pour parler de quelque chose qui ne nécessitait pas un projet de
loi? Ce qu'on attendait de ce gouvernement, c'est une planification, ce sont
des chiffres.
Nous, en tout cas, on a proposé notre
planification dans un document qu'on a déposé la semaine dernière, qui fixe des
grandes orientations et qui est un appel au dialogue. Donc, ce sera au moins
une occasion d'avoir ce dialogue. On est très heureux d'entendre toutes les
personnes intéressées à ce sujet. Alors, bonnes consultations particulières à
tout le monde.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. le député. Merci à vous tous et toutes.
On va donc débuter les auditions. Et je
souhaite dans un premier temps la bienvenue au Commissaire à la langue
française. Mesdames et messieurs, je vais vous demander de vous présenter. Et
vous êtes des habitués des commissions parlementaires, vous avez une période de
10 minutes pour ce faire, donc pour votre audition. Et la parole est à
vous.
M. Dubreuil (Benoît) : Bonjour.
Merci beaucoup. Merci à... Merci de m'avoir invité. Bonjour à tous. Je suis
accompagné aujourd'hui de Stéphanie Cashman-Pelletier, qui est commissaire
adjointe, Maxime Simoneau, avocat, et Nebila Jean-Claude Bationo, qui est agent
de recherche, qui est avec nous en ligne aujourd'hui.
Alors, en déposant le projet de loi
n° 74, le gouvernement du Québec propose d'agir pour améliorer
l'encadrement relatif aux étudiants étrangers. J'ai choisi de contribuer à
cette discussion en raison de l'importance de la présence des étudiants et des
diplômés étrangers sur la situation linguistique.
Donc, je vais commencer en rappelant
qu'environ le tiers des résidents non permanents au Québec sont d'abord
arrivés, que ce soit directement ou indirectement, en raison des études. Donc,
on parle des titulaires d'un permis d'études, titulaires d'un permis de travail
postdiplôme, titulaires d'un permis de conjoint d'étudiant. Leur augmentation
doit être mise en relation avec les diverses mesures qui ont été adoptées au
fil des années par les gouvernements du Québec et du Canada pour faciliter le
financement des études et l'obtention de la résidence permanente. Je pense à
l'autorisation de travail hors campus, au permis de travail postdiplôme, au Programme
de l'expérience québécoise et aux changements à la grille de sélection du
Québec.
• (10 heures) •
Donc, l'importance des étudiants étrangers
au Québec est évidemment visible, particulièrement au niveau universitaire,
avec une répartition qui demeure inégale entre les universités francophones et
anglophones. Donc, en 2023-2024, les universités anglophones accueillaient
environ 34 % des effectifs étrangers, une proportion qui est néanmoins en
baisse puisqu'elle était supérieure à 40 % il y a quelques années. Au
niveau collégial, les étudiants étrangers représentent moins de 8 % des
effectifs, une proportion qui est aussi...
10 h (version révisée)
M. Dubreuil (Benoît) : ...une
proportion qui est aussi en baisse après avoir connu une hausse fulgurante
entre 2019 et 2022, à la suite de l'inscription massive d'étudiants étrangers
dans certains collèges privés non subventionnés. Pour ce qui est des cégeps, en
2023-2024, la proportion d'étudiants étrangers n'y était que de 5 %, parmi
lesquels 85 % étaient inscrits dans des établissements de langue
française.
Alors, il y a deux sources de données qui
nous permettent d'en savoir plus sur la situation linguistique des étudiants
étrangers, d'abord les données du recensement, ensuite les données d'IRCC. Les
données d'IRCC indiquent qu'au 31 décembre 2023, 24 % des titulaires
d'un permis d'études de niveau universitaire et 43 % des titulaires d'un
permis de niveau collégial ne connaissaient que l'anglais. Ce taux s'élevait à
46 % parmi les titulaires d'un permis de travail postdiplôme et à
48 % parmi les titulaires d'un permis de conjoint. Alors, ce sont des taux
qui sont en légère amélioration par rapport à l'année précédente, mais qui
restent quand même les plus élevés de toutes les catégories d'immigration
temporaire ou permanente.
Pour ce qui est des données du
recensement, elles indiquent que 44 % des titulaires d'un permis d'études
utilisaient l'anglais de manière prédominante au travail en 2021 et que les
personnes qui avaient étudié au Québec avant d'y obtenir la résidence
permanente étaient moins susceptibles que les autres immigrants d'utiliser
principalement le français au travail, et j'inclus là-dedans les réfugiés et
les demandeurs d'asile.
Pour terminer sur ce sujet, je peux
mentionner aussi l'étude que nous avons rendue publique la semaine dernière,
qui confirme l'existence d'un lien fort entre la langue des études
postsecondaires et la langue de travail, même lorsque nous tenons compte des
caractéristiques linguistiques des diplômés, de leur langue de scolarisation au
primaire et au secondaire, de leur origine géolinguistique et de leur domaine d'emploi.
L'article 3 du projet de loi n° 74 donne au gouvernement la possibilité de prendre une
décision relative à la réception et au traitement des demandes présentées à
titre d'étudiant étranger. Alors, nous accueillons favorablement cette
disposition. En effet, ces dernières années, la croissance rapide du nombre d'étudiants
étrangers a entraîné des répercussions parfois non désirées sur la société d'accueil
et sur les étudiants eux-mêmes. Pour cette raison, nous considérons essentiel
un meilleur encadrement de leur admission.
L'article 3 établit aussi des
facteurs que la décision gouvernementale doit prendre en compte. Nous
constatons que, parmi ces facteurs, la situation linguistique particulière du
Québec n'est pas mentionnée. Cette absence nous préoccupe à la lumière de la
situation défavorable du français parmi les étudiants et les diplômés
étrangers, de même qu'en raison du poids de ces groupes dans l'immigration
temporaire et permanente. Par conséquent, nous recommandons de mentionner de
manière explicite, parmi les facteurs considérés à l'article 3, le
français et son rôle comme langue commune de la nation québécoise.
Parmi les facteurs évoqués à l'article 3
du projet de loi, nous trouvons aussi le besoin de favoriser une diversité de
provenance des demandes de sélection. Nous reconnaissons qu'une telle diversité
peut enrichir l'expérience étudiante. Toutefois, elle demeure difficile à
mesurer. Donc, par exemple, les étudiants africains ou asiatiques sont loin de
former un tout homogène. Par ailleurs, la diversité de provenance des étudiants
étrangers ne semble pas un enjeu particulier dans le contexte québécois. Dans
les universités, par exemple, si on fait abstraction du cas des étudiants
français, qui représentent 29 % des étudiants, il n'y a aucun pays qui
représente plus que 8 % des effectifs. Alors, je compare cette situation
avec celle qu'on observe ailleurs au Canada, où 51 % des effectifs
viennent de deux pays, à savoir la Chine et l'Inde, où il y a un problème de diversité.
Alors, plutôt que de chercher à accroître
la diversité de provenance des demandes de sélection, nous proposons plutôt de
viser une meilleure répartition des étudiants étrangers entre les
établissements, entre les ordres d'enseignement et entre les régions. Une
meilleure répartition permettrait à tous les étudiants du Québec de s'enrichir
au contact des étudiants étrangers. De plus, elle faciliterait la création de
réseaux de socialisation en français, notamment dans les régions et les
établissements où les étudiants étrangers sont aujourd'hui les moins nombreux.
Alors, la recommandation n° 2 est de recommander de
remplacer, à l'article 3, le facteur relatif à la diversité de provenance
des demandes de sélection par un facteur relatif à une répartition équilibrée
entre les établissements, les ordres d'enseignement et les régions.
Je passe au point suivant. Les articles 10,
11, 12 et 13 du projet de loi n° 74 donnent au
ministre de l'Éducation et au ministre de l'Enseignement supérieur le pouvoir de
recueillir auprès des établissements des renseignements qui permettront de
documenter l'admission et les inscriptions des étudiants étrangers. Alors, pour
nous, ce sont des dispositions qui sont essentielles. Actuellement, l'information
au sujet des étudiants étrangers est répartie entre les universités, le
ministère de l'Immigration et IRCC. Alors, pour cette raison, nous sommes
incapables de suivre le cheminement des étudiants à partir de leur demande d'admission,
jusqu'à l'obtention de leur permis d'études et jusqu'à leur inscription dans l'établissement.
Selon Statistique Canada, en 2019, le
quart des titulaires d'un permis d'études postsecondaires au Canada <n'étaient...
M. Dubreuil (Benoît) :
...Statistique
Canada, en 2019, le quart des titulaires d'un permis d'études postsecondaires
au Canada >n'étaient pas inscrits dans un établissement d'enseignement
postsecondaire reconnu. Dans la moitié des cas, nous ignorions même si les gens
étaient présents ou non sur le territoire et, si oui, à quel titre. Selon IRCC,
31 décembre 2023, il y avait 95 000, environ, permis d'études de
niveau postsecondaire en vigueur au Québec. Or, durant l'année scolaire, on
comptait 71 000 étudiants étrangers dans les collèges et universités,
soit un écart de 25 %. Je pense qu'un meilleur partage d'information
permettrait peut-être de réduire cet écart et de s'assurer que les personnes
admises comme étudiantes sont véritablement au Québec et sont véritablement aux
études.
La croissance du nombre d'étudiants
étrangers au cours de la dernière décennie découle, en partie, je l'ai dit, des
décisions qui ont facilité l'accès au marché du travail et à la résidence
permanente pour les diplômés québécois et canadiens. Or, l'absence de
planification de cette croissance a entraîné des difficultés diverses. Par
exemple, les changements successifs au Programme de l'expérience québécoise ont
causé une incertitude parmi les candidats à l'immigration puis une explosion du
nombre de titulaires d'un permis de travail postdiplôme. En outre, l'admission
à l'immigration permanente de plusieurs personnes qui ne connaissaient pas le
français ou qui avaient adopté l'anglais comme langue habituelle de
communication a accru la pression sur le français dans plusieurs secteurs du
marché du travail. Nous recommandons donc d'arrimer clairement et explicitement
les décisions gouvernementales concernant l'admission des étudiants étrangers
avec la planification pluriannuelle de l'immigration.
L'article 7, finalement, du projet de
loi permettrait au gouvernement de se soustraire à l'obligation de publier au
préalable, dans la Gazette officielle du Québec, les projets de
règlement concernant les articles 9 et 10 de la Loi sur l'immigration.
Alors, nous pensons que cette disposition priverait les parties intéressées de
la possibilité de soumettre des commentaires sur les projets de règlement en
question. Or, les décisions prises par règlement concernant les programmes d'immigration,
et je pense notamment aux critères visant la connaissance du français, constituent
des cadres normatifs cruciaux au regard de mon mandat. Par conséquent, nous
recommandons de réévaluer l'article 7 du projet de loi, modifiant l'article 104
de la Loi sur l'immigration, et qui propose de soustraire ces projets de
règlement de l'obligation de publication au préalable à la Gazette
officielle du Québec, comme le prévoit la Loi sur les règlements.
Alors, j'en arrive à ma conclusion, en
disant que nous accueillons favorablement le projet de loi qui nous est présenté,
qui donnera au gouvernement, s'il est adopté, des outils pour mieux encadrer l'admission
des étudiants étrangers. Et nous espérons qu'en définissant un cadre clair pour
l'ensemble des acteurs nous éviterons de reproduire les problèmes vécus ces
dernières années. En effet, à la lumière des données disponibles, des
changements importants demeurent nécessaires pour que l'accueil et l'intégration
des étudiants étrangers contribuent pleinement à la pérennité du français.
Alors, nous croyons que les modifications que nous proposons au projet de loi
favoriseront la mise en œuvre de ces changements. Je vous remercie.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. le commissaire. Alors, merci de votre...
de votre exposé. Elles ouvrent... cet exposé ouvre la porte à des discussions,
que nous allons entamer à l'instant. Alors, Mmes et MM. les élus, je vous donne
vos temps de parole. M. le ministre et votre banquette, vous avez
16 min 30 s, l'opposition officielle, vous aurez
9 min 54 s, deuxième opposition, 3 min 18 s, et, M.
le député, 3 min 18 s. Alors, on va commencer avec vous, M. le
ministre. La parole est à vous.
M. Roberge : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Merci, M. le commissaire, pour ce rappel et puis pour tous
les chiffres apportés, qui sont éclairants à notre réflexion. Tout à l'heure, j'ai
entendu quelqu'un des oppositions qui a dit : Il ne fallait... il ne
fallait pas un projet de loi, il fallait donner des cibles, il fallait donner
des chiffres. Je pense, au contraire, qu'il faut avoir une... un état de
situation actuel qui soit très chiffré, qu'on ait beaucoup de données
démographiques, linguistiques, donc démolinguistiques pour, après ça, se doter
de nouveaux leviers législatifs, pour, après ça, se donner des cibles, et
changer le cours des choses, inverser le déclin de la langue française, qui,
malheureusement, en ce moment, nous frappe.
• (10 h 10) •
Vous vous intéressez beaucoup à l'article 3
du projet de loi. Je le comprends très bien, parce que je pense qu'on est au
cœur du projet de loi quand on est dans l'article 3. Parce que ça dit sur
quoi le gouvernement pourrait agir, alors qu'en ce moment il ne peut pas agir
avec... avec doigté. Vous nous parlez d'une meilleure répartition entre
établissements et régions. En 2023, presque 59 % des étudiants étrangers
étaient dans la région de Montréal. Pour vous, ça représente un problème, qu'il
y ait autant d'étudiants <étrangers...
M. Roberge :
...région
de Montréal. Pour vous, ça représente un problème, qu'il y ait autant
d'étudiants >étrangers qui soient dans la région de Montréal? Vous
souhaiteriez une répartition plus grande, pas tellement entre les
établissements, mais entre les régions, est-ce que c'est ce que je comprends?
M. Dubreuil (Benoît) : Est-ce
qu'il y a trop d'étudiants étrangers à Montréal? C'est une bonne question.
Objectivement, je n'en suis pas absolument convaincu. On comprend
qu'actuellement on a un problème d'une croissance très, très, très rapide de la
population, qu'on veut freiner parce qu'on voit que l'accumulation de capital
ne suit pas l'augmentation de la croissance de la main-d'œuvre. Est-ce qu'en
dehors de ça, dans le point de vue absolu, il y a vraiment trop d'étudiants
étrangers à Montréal? C'est une bonne question.
Je pense que la question, elle doit se
poser en lien avec les visées à long terme sur l'immigration, particulièrement
en lien avec le PEQ, particulièrement en lien avec la planification
pluriannuelle. C'est pour ça, pour moi, le lien doit se faire. Parce que, si on
a des établissements d'enseignement qui embauchent des agents recruteurs qui
vont partout dans les pays en développement et dans les pays émergents et qui
disent aux élèves : Venez chez nous, et non seulement vous allez pouvoir travailler
pendant vos études, vous allez pouvoir travailler après vos études et vous
allez avoir un chemin vers la résidence permanente... Alors, si on laisse des
agents recruteurs dire cela, bien, il faut qu'on s'assure qu'après c'est vrai.
Donc, c'est pour ça qu'il faut une planification intégrée avec un volume
général d'étudiants étrangers qui est compatible avec le nombre de personnes
qu'on veut admettre ensuite, soit au PEQ, soit dans les autres programmes
d'immigration, économique, et autres. Donc, il faut vraiment avoir un point de
vue global.
Une fois qu'on a dit ça, dans l'absolu des
choses, est-ce qu'il y a trop d'étudiants étrangers à Montréal? Je n'en suis
pas convaincu. Est-ce qu'il y a un moment où, dans un établissement
d'enseignement, le nombre d'étudiants étrangers devient trop élevé? Moi, ma
préférence, c'est d'éviter d'avoir des établissements dont la mission devient
de plus en plus concentrée sur le fait de desservir une population étrangère et
de s'assurer qu'il y a une meilleure répartition. Parce que je pense que, la
richesse des étudiants étrangers, on peut la vivre lorsqu'il y a un contact
interculturel qui se vit entre les étudiants québécois et les étudiants
étrangers, d'où l'intérêt de la répartition.
Et là-dessus, je sais que c'est un thème
qui intéresse beaucoup de parties prenantes, c'est clair qu'en région il n'y a
pas trop d'étudiants étrangers. Peut-être qu'il manque de logements, mais, si
vous avez un cégep de 2 000 étudiants ou 3 000 étudiants,
qu'il y a 50 ou il y a 100 étudiants étrangers, c'est sûr qu'il n'y en a
pas trop. Là, il y a une question, peut-être, de croissance de la population
avec un marché de l'immobilier qui ne s'ajuste pas. Donc, ça, c'est un autre
problème qui n'est pas un problème pour le français. Mais moi, si vous avez des
cégeps, par exemple, qui vont avoir une cohorte de 15 étudiants, qui vont
aller chercher, par exemple, dans un milieu francophone, trois ou quatre
étudiants d'Afrique francophone qui vont venir compléter leur cohorte, avec une
structure de coûts avantageuse, puis il va y avoir un contact interculturel, il
n'y a pas d'enjeu, s'il y a du logement.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
M. Roberge : Merci. Oui, on
se rejoint, parce qu'on parle d'un projet de loi qui vient nous permettre de
jouer sur le nombre total d'étudiants étrangers sur le territoire québécois.
Mais c'est beaucoup plus juste que ça, c'est... On vient parler d'un projet de
loi qui nous permet d'agir sur plusieurs leviers, sur plusieurs critères.
Vous parliez de régionalisation, vous avez
parlé de langue française, vous avez parlé, d'une certaine manière, de mixité.
Puis, oui, on s'occupe d'immigration, mais on s'occupe aussi de langue
française puis on s'occupe aussi d'intégration, hein? Le ministère :
Immigration, Francisation, Intégration. Puis l'intégration est beaucoup plus
possible quand il y a des interactions. Le multiculturalisme nous dirait :
Chacun chez soi, puis célébrons nos différences et surtout conservons-les,
tandis qu'on est plus dans une démarche de vivre-ensemble, de cohésion sociale.
C'est plus facile lorsque les gens s'éloignent un peu de Montréal. Ceci, ça ne
veut pas dire qu'il n'y aura... il ne faut plus d'étudiants étrangers sur l'île
de Montréal, on a une concentration de grandes universités, évidemment, puis on
a l'attraction.
Si je reviens... Je vous ai parlé un peu
de répartition régionale. Je reviens aussi sur l'article 3. Vous nous
dites qu'il faudrait inscrire nommément le critère de la langue, parce que
c'est écrit «notamment», ce qui ouvre la porte. Mais le terme «langue» ou
«langue française» ou «critère linguistique» n'est pas là. Vous souhaiteriez le
voir dans l'article 3. Est-ce que vous... Est-ce que c'est bien ça? Puis
est-ce que vous avez un libellé à suggérer, que... Pouvez-vous? J'aimerais ça
vous entendre là-dessus.
M. Dubreuil (Benoît) : Ah!
là, je... Oui. On n'était pas nécessairement sur le libellé précis, mais notre
recommandation pointe peut-être vers une formulation. Et, pour moi, je suis
conscient qu'il y a le libellé «capacité d'accueil» qui peut recouper plein de
choses, mais pour moi, c'est important de mentionner la langue française pour
la raison très simple que, jusqu'à présent, si je regarde l'expérience des 15 dernières
années, on n'y est pas arrivés. C'est-à-dire qu'on a accueilli plein de gens
qui ont eu des <belles...
M. Dubreuil (Benoît) :
...des
15 dernières années, on n'y est pas arrivés. C'est-à-dire qu'on a
accueilli plein de gens qui ont eu des >belles carrières, qui ont eu un
apport à la société, mais, globalement, pour le français, le français ne sort
pas assez fort. Si c'était de très petits nombres puis on était juste chez les
doctorants, ou quelque chose comme ça, ce serait moins... ce ne serait pas
dramatique, mais là on est quand même sur des nombres assez élevés, comme je le
disais, environ le tiers de l'immigration temporaire qui a un lien avec les
études.
Donc, la raison pour laquelle on propose
de le mentionner explicitement, c'est que, dans les données que l'on a, basées
sur l'expérience des 15 dernières années, on n'a pas les bons chiffres. On
n'atteint pas le niveau qui est nécessaire pour maintenir la prédominance du français
au Québec et à Montréal.
M. Roberge : Et quel est,
selon vous, ce niveau à atteindre, cette cible?
M. Dubreuil (Benoît) : Bien,
moi, l'année... Oui, bien, l'année dernière, moi, quand j'étais allé en
commission parlementaire sur la planification pluriannuelle, j'avais proposé
une espèce de répartition 95-15 d'utilisation du français par rapport à
l'anglais. Je pense que c'est un peu le genre d'équilibre qui, politiquement,
pourrait être acceptable pour l'ensemble des composantes de la société
québécoise.
Il n'y a pas de manière objective de
déterminer ça. On est dans une société qui est plurielle, où les intérêts des
gens ne sont pas toujours alignés, où les gens n'ont pas les mêmes préférences
sur le plan linguistique. Donc, pour moi, l'idée, c'est vraiment de réussir à
créer une sorte de consensus, une sorte de juste milieu. En ce moment, je pense
qu'on ne l'a pas, on voit le français qui recule. Et comme... Si vous avez vu
les études que j'ai publiées la semaine dernière, les endroits où le français
recule le plus, c'est chez des diplômés universitaires, dans la région de
Montréal précisément. Donc, il faut recadrer pour ramener les aiguilles un peu
de l'autre côté. Il n'y a pas de réponse parfaite, je pense que ça reste un
compromis politique entre les grandes forces qui partagent la société
québécoise.
Et moi, j'avais proposé de se donner une
cible qui était quantitative, parce que je pense qu'à partir du moment où on a
une cible puis qu'on s'entend tous dessus, ça vient dépolitiser aussi l'enjeu,
ça vient dédramatiser l'enjeu, puis on est capables de créer une plus grande
cohésion sociale dans une société qui est divisée sur cette question et qui le
restera probablement pour assez longtemps.
M. Roberge : Il nous reste combien
de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 7 min 45 s.
M. Roberge : Parfait. Vous me
parlez de la langue française. Tantôt, on parlait de Montréal et les régions.
Là, on parle de la caractéristique de la langue. Il y a la question d'étudiants
francophones, étudiants étrangers francophones qui arrivent ici, qui étudient
dans des établissements francophones. Il y a des étudiants francophones qui
étudient dans des établissements anglophones. Si on se dotait de cibles, est-ce
qu'il faudrait y aller par la langue parlée des gens? On accueille un
pourcentage x, on va dire 80 % ou 90 % d'étudiants, par exemple, qui
maîtrisent la langue française, ou plutôt par institution, par programme?
Est-ce qu'on doit avoir 80 %, 90 % d'étudiants qui vont dans des
programmes de langue française? Est-ce qu'on fait une distinction?
C'est-à-dire, si un francophone va dans une institution anglophone, est-ce
qu'on le compte ou on ne le compte pas? Je veux dire... Là-dessus.
M. Dubreuil (Benoît) : C'est
une excellente question, parce que tout est possible, tout est possible. Si
vous avez vu les études, encore une fois, que j'ai publiées la semaine
dernière, on voit des francophones qui étudient dans des établissements
anglophones. Ils sont moins susceptibles de travailler en français, mais ils
sont encore beaucoup plus susceptibles de travailler en anglais que des
étudiants, par exemple, qui vont venir de pays plutôt anglophones qui vont
étudier en anglais. Donc, c'est peut-être un moindre mal, dans... à certains
égards, mais ça doit faire partie d'un compromis plus large.
Pour moi, ce qui est important, en bout de
ligne, ce sont les résultats, les résultats sur l'utilisation du français en
public, les résultats sur l'utilisation du français au travail et les résultats
aussi sur la culture, d'amener les gens à être exposés aussi à une culture
francophone, d'amener les gens à être exposés à une culture québécoise. Si on
voit qu'on atteint des résultats par rapport à ces indicateurs-là, je pense
qu'ensuite, dans les manières de le faire, il y a plusieurs façons.
Moi, je serais favorable à une répartition
des places ou des permis qui viendrait poser un certain nombre de grandes
balises entre les établissements francophones, entre les établissements
anglophones, entre Montréal et les régions, qui fonctionnerait avec une
planification à long terme de l'immigration et qui pourrait faire l'objet
d'ajustement si on voit que les résultats ne sont pas au rendez-vous.
• (10 h 20) •
Et, je suis conscient aussi, je vais avoir
un petit mot aussi pour tous les représentants d'établissements d'enseignement
supérieur qui vont passer après moi, eux, ils ont des organisations à gérer,
ils ont besoin de prévisibilité. C'est sûr qu'idéalement, dans leur monde
parfait, ces dirigeants peuvent toujours être dans un contexte d'expansion,
puis de grossir, et de grossir, et de grossir. C'est le fun, quand on dirige
une organisation, de créer des nouvelles choses, et tout ça, mais je pense que
ce que... ce dont les gens ont surtout besoin, c'est de prévisibilité. Donc,
même s'il y a un réaménagement qui doit se faire ou certains rééquilibrages, je
pense qu'on peut leur <donner...
M. Dubreuil (Benoît) :
...donc,
même s'il y a un réaménagement qui doit se faire ou certains rééquilibrages, je
pense qu'on peut leur >donner du temps, se donner une cible, se
permettre de bouger progressivement dans une direction pour que les gens
puissent arranger leurs affaires à l'intérieur de l'établissement. J'éviterais
aussi, je ne pense pas que ce soit nécessaire, d'avoir une espèce de
microgestion aussi trop avancée des places. Les institutions d'enseignement
sont autonomes, il faut fixer les paramètres et les institutions d'établissement
sont spécialistes, eux, pour optimiser à l'intérieur des paramètres.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, la parole à la députée de Vimont. Oui, il vous reste
4 min 23 s.
Mme Schmaltz : Parfait. Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Merci d'être là, c'est toujours apprécié de vous
avoir en présentiel. Vous avez mentionné... Tantôt, dans votre exposé, vous
recommandiez que l'on définisse davantage le français et son rôle. Vous l'avez
mentionné au tout début, là, de l'exposé. J'aimerais savoir les leviers. Quels
leviers vous envisagez pour qu'on puisse favoriser davantage la connaissance
justement du français auprès des étudiants étrangers?
M. Dubreuil (Benoît) : Oui.
Mme Schmaltz : Si on
définit... si vous avez une définition, le rôle, là, que vous voyez, c'est
lequel?
M. Dubreuil (Benoît) : Oui. Bien,
en fait, pour l'instant, ce dont... ce dont on parle plus précisément, c'est il
y a une liste de critères que le gouvernement devra... dont le gouvernement
devra tenir compte au moment de prendre sa décision de répartition ou de
plafonnement. Et l'idée, c'est que tous les gouvernements qui vont suivre
seront engagés à tenir compte de l'impact de leurs décisions sur la situation
du français. Donc, moi, c'est vraiment en... une recommandation en lien avec ce
projet de loi de manière précise.
Cela dit, de manière plus large, pour
favoriser et l'apprentissage et l'utilisation du français, on connaît quand
même quels sont les critères sur lesquels on peut jouer. C'est sûr que le fait
de connaître le français à l'arrivée, c'est extrêmement déterminant. Le fait d'étudier
en français, plus on reste longtemps à étudier en français, plus ça augmente la
probabilité de l'utiliser par la suite. Et, comme il y aura toujours, au
Québec, une partie des gens qui vont venir étudier ou vivre,qui vont être
plutôt anglophones, bien, avec ce groupe-là, qui va toujours être le bienvenu,
bien, il faut s'assurer justement d'avoir un enseignement du français, pas dans
l'espoir de les amener à utiliser le français de manière... Ce n'est pas eux
qui vont pousser pour utiliser le français, OK? Mais il faut quand même leur
donner les outils pour être capables d'interagir dans la plupart des situations
habituelles. Donc, pour moi, il y a vraiment un équilibre qui est possible à
partir du moment où on se donne les bons paramètres puis qu'on fait évoluer la
situation dans le bon sens.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Alors, la députée d'Iberville a une question, puis
il reste encore 2 min de 18 s. Allez-y.
Mme Bogemans : Merci. Vous
parliez de mixité d'étudiants puis que déjà, au Québec, on était favorisés dans
une position enviable au niveau de cette mixité-là? Ce serait quoi concrètement
la place que vous feriez pour les étudiants étrangers francophones puis comment
bien les intégrer justement dans ce concept-là?
M. Dubreuil (Benoît) : Oui, c'est
sûr qu'idéalement on veut avoir une bonne répartition. J'y reviens, parce que
si on a des collèges... Et on le sait, ça arrive, là, on le sait que ça existe.
Il y a eu l'épisode avec les étudiants originaires de l'Inde qui ont... le
nombre explosé en 2019-2020. Puis aujourd'hui, on le sait, il y a des collèges
privés non subventionnés dont le... qui reçoivent un nombre de permis d'études
qui est très, très, très élevé, des collèges que vous ne connaissez
probablement pas, dont vous n'avez probablement pas entendu parler. Et là, il y
a des centaines, des centaines de permis d'études qui sont délivrés. Et là on a
des gens qui ne vont pas être en contact avec des Québécois qui habitent ici.
Ça va être... c'est des collèges qui se spécialisent justement pour recueillir
des gens... pour accueillir des gens qui veulent essentiellement obtenir la résidence
permanente rapidement.
Donc, pour moi, la meilleure manière, ça
reste de distribuer les étudiants étrangers de la meilleure manière possible,
idéalement dans des environnements francophones. Quand vous avez une personne
immigrante qui arrive au Québec, qui parle déjà français, qui vient ici dans le
but de vivre en français et qui se retrouve dans un environnement social où c'est
le français, la langue habituelle, ça fonctionne. Il n'y a pas d'enjeu. Puis il
va y avoir une rencontre interculturelle où chacun va être confronté dans ses
valeurs, puis chacun va apprendre, puis chacun va grandir, puis il va y avoir
une nouvelle culture qui va émerger de ça. Donc, c'est ça qu'on veut favoriser.
Et moi, je pense qu'il y a beaucoup d'établissements, au Québec, qui offrent ce
type de contexte d'intégration.
Mme Bogemans : ...mais
concrètement, comment vous feriez ça? Vous suggérez une bonne répartition.
Est-ce que ce serait en fait une suggestion ou on impose? Parce qu'en fait ça
peut imposer un choix d'étudiants, ou une mixité imposée par les établissements,
ou, au contraire, même imposer un choix à l'étudiant qui décide de venir ici.
Donc, comment on fait ça?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 15 secondes.
M. Dubreuil (Benoît) : Alors,
il y a plusieurs... il y a plusieurs...
Mme Bogemans : Oh!
M. Dubreuil (Benoît) : Pour
moi, le 10 secondes? Il y a plusieurs mécanismes qui sont possibles. Je
pense qu'il va y avoir une deuxième discussion à avoir après l'adoption de ce
projet de loi par rapport à la mise en œuvre, justement, de cette décision
complexe qu'on va confier au gouvernement.
Mme Bogemans : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci <beaucoup...
M. Dubreuil (Benoît) :
...complexe
qu'on va confier au gouvernement.
Mme Bogemans : Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
Merci >beaucoup. Alors, la période impartie
au gouvernement est terminée. Je me tourne du côté de l'opposition officielle,
et vous avez 9 min 54 s, M. le député.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, M. le commissaire, Mme la commissaire adjointe, Me Simoneau
et M. Bationo, merci d'être avec nous aujourd'hui, merci de participer aux
travaux de la commission et merci pour le mémoire que vous avez... que vous
déposé, c'est très... c'est très apprécié. J'ai quelques questions, et ma
collègue la députée de Mont-Royal—Outremont aura aussi
quelques questions pour vous, M. le commissaire.
Il est certain, c'est indéniable, le
français, c'est hyperimportant, c'est notre langue commune, c'est clair.
Cependant, si j'ai bien compris, et corrigez-moi si je fais erreur, dans votre
mémoire et dans les informations que vous avez partagées avec nous ce matin,
j'ai cru comprendre — en fait, c'est ma perception — qu'il
y a plusieurs étudiants étrangers, peut-être, qui auraient un impact sur la
vitalité de la langue française au Québec. Est-ce que je vous ai bien compris,
ou si ce n'est pas du tout le cas, puis au fond le nombre d'étudiants étrangers
n'a pas vraiment d'impact sur la vitalité de la langue française?
M. Dubreuil (Benoît) : Ce
n'est jamais les individus, hein? Un individu, par lui-même, ne peut jamais
avoir un impact sur une situation linguistique. C'est toujours la composition
globale, le nombre, comment ça transforme les milieux de travail, comment ça
transforme les contextes d'interaction. C'est comme avec les voitures. Quand on
prend sa voiture, on n'a jamais d'impact sur l'environnement, c'est quand on
est 100 000 et 200 000 à la prendre en même temps que... que ça
paraît.
Donc, moi, ce que... ce que je fais
valoir, c'est : quand on a 600 000 résidents non permanents au
Québec — je l'avais mentionné dans mon rapport de février — il
y a des conséquences sur le français, parce qu'il y a une très grande
proportion de ces gens qui ont plutôt adopté l'anglais... qui vont plutôt adopter
l'anglais. Et, quand on regarde les différents groupes, bien, ce n'est pas
compliqué, c'est demandeurs d'asile, c'est titulaires de permis de travail puis
c'est tous les gens qui sont associés de près ou de loin aux études. Ce dernier
groupe est celui qui a tendance à utiliser l'anglais le plus, et c'est là à mon
avis qu'il y a un correctif à apporter. Il y a un correctif aussi à apporter,
je pense, avec les demandeurs d'asile puis aussi avec les travailleurs
étrangers temporaires. Mais oui, tout ça, évidemment, ça a un impact sur le
français. Mais ce n'est jamais les individus, c'est toujours la composition
finale de comment ça affecte les structures démographiques.
M. Morin : Merci, merci pour
la précision, sauf qu'ici, dans le cadre du projet de loi, on parle
véritablement des étudiants étrangers. Donc, ce n'est pas l'ensemble de
l'immigration qui est visée, puis ça, je pense que c'est important de le
souligner.
Bon. Évidemment, on a... on a tous des
chiffres. Ici, par exemple, j'ai des chiffres du Bureau de coopération
interuniversitaire qui nous dit que les étudiants internationaux... par
établissement, là, on a la liste, mais pour l'ensemble du réseau, c'est
57 450. Et je voulais... je voulais discuter avec vous là-dessus, parce
que j'ai lu les mémoires, et, dans les mémoires... dans le mémoire publié par l'Université
du Québec, on souligne clairement que les personnes étudiantes à
l'international contribuent à la vitalité de la langue française et que
40 % de ces étudiants-là proviennent de l'Afrique subsaharienne, 29 %
de l'Europe. Donc, au fond, il semblerait qu'il y a quand même un apport
important d'étudiants étrangers qui contribuent à la vitalité de la langue
française. Est-ce que vous pouvez nous en dire davantage là-dessus?
M. Dubreuil (Benoît) : Bien,
il y a deux... il y a deux points, puis je pense que vous allez le voir dans
les consultations aujourd'hui. Le nombre de personnes qui sont inscrites dans
des universités et des collèges, ce n'est pas si élevé que ça, on parle de
peut-être 72 000 l'année dernière, mais il y a plus de
100 000 permis d'études. Donc, il y a des gens qui ne sont pas là ou
qui sont... On ne sait pas ils sont où, en fait.
Puis, en plus, bien, il y a les permis
postdiplôme, parce que les permis postdiplôme aussi, ça, c'est une catégorie
importante. Puis c'est sûr que, du point de vue de l'établissement, quand la
personne complète ses études, s'en va sur un permis postdiplôme,
l'établissement se dit : Bien oui, mais ce n'est plus un étudiant
étranger, ce n'est plus chez nous. Certes, mais quand vous l'avez recruté,
quand votre agent recruteur est allé convaincre la personne de venir au Canada,
avoir le permis postdiplôme, ça faisait partie du produit que vous avez mis sur
la table. Donc, il faut voir ça vraiment comme un... comme un tout.
• (10 h 30) •
Mais je pense qu'il y a quand même une avenue
où on peut réduire le nombre de personnes qui sont liées aux études, tout en
maintenant un gros bloc d'étudiants étrangers. Il faut travailler sur le
postdiplôme. Le ministre Miller, à Ottawa, a déjà fait des annonces par rapport
aux conjoints, qu'ils vont faire diminuer de façon importante leur nombre. Et
ensuite, bien, il y a cet écart, là, d'au moins 20 000, 25 000 personnes...
10 h 30 (version révisée)
M. Dubreuil (Benoît) : ...leur
nombre, et ensuite, bien, il y a cet écart-là d'au moins 20 000, 25 000 personnes
qui ont des permis d'études, ils se sont présentés sur le territoire, et dont
on ne sait pas ce qu'ils sont devenus.
Par rapport au français. Alors, moi, ce
que je note, c'est que depuis l'année dernière... Vous savez, on a eu toute la
discussion par rapport aux permis d'études pour les étudiants africains avec le
gouvernement fédéral qui avait les pieds sur les freins, donc, ça, ce problème-là,
semble avoir été résolu, ce qui a permis aux établissements francophones,
particulièrement en région, de connaître une croissance importante de leur
nombre d'étudiants étrangers. Donc, pour moi, ça, c'est un développement qui
est quand même favorable. Je pense qu'il faut que ces établissements-là...
Parce qu'il y a... il y a des établissements qui ne sont pas habitués d'accueillir
des étudiants étrangers, je sais que, des fois, c'est difficile aussi de
sélectionner les bonnes personnes qui vont avoir la capacité de réussir, qui
vont vraiment être prêtes pour faire leur programme, mais je pense que ça peut
nous aider à trouver un meilleur équilibre linguistique. Parce que,
traditionnellement, le problème il était simple, c'est qu'évidemment, à l'échelle
internationale, l'anglais est juste beaucoup plus puissant que le français.
Donc, si on n'a pas... pas de filtre et on dit : Bien, c'est la
compétition, puis tout le monde compétitionne avec tout le monde, c'est sûr que
l'anglais va sortir plus fort. Donc, il faut appliquer une politique, un
filtre, s'assurer qu'on a des résultats qui sont équitables.
M. Morin : Et, pour ce
faire... Parce que vous avez utilisé le mot «prévisibilité», et j'en suis. D'ailleurs,
comme porte-parole de l'opposition officielle, j'ai suggéré au gouvernement de
créer le bureau intégré de la planification pour qu'on soit justement capables
de planifier, et donc, pour moi, ça m'apparaissait essentiel. On a demandé au
gouvernement de tenir compte des travailleurs temporaires, heureusement, ils
ont retenu notre suggestion très récemment, mais on le demandait depuis
longtemps. Donc... Et là, on arrive avec un projet de loi qui donne un pouvoir
réglementaire important au gouvernement, avec la possibilité de ne pas avoir de
prépublication de ces règlements-là, vous l'avez souligné dans votre mémoire.
Moi, la façon dont je le reçois, c'est que ça ne va pas beaucoup aider pour la
prévisibilité. Avez-vous des recommandations au gouvernement là-dessus? Parce
que, quand on dépose des projets de loi comme ça ou si des règlements sont
adoptés, il faut quand même que les établissements d'enseignement soient
capables de réagir adéquatement. Donc, vos suggestions sont les bienvenues.
M. Dubreuil (Benoît) : C'est
absolument essentiel. Moi, je... D'un côté, je pense que ce n'est pas aux
établissements d'enseignement de gérer les politiques d'immigration, mais, de l'autre,
je pense que les établissements d'enseignement ont le droit d'avoir un
environnement qui est... qui est prévisible. Moi, la lecture du projet de loi,
je ne voyais pas tout à fait clairement quel était l'arrimage qui était proposé
entre l'immigration temporaire, l'immigration permanente. Donc, je sais, c'est
un sujet, là, qui revient quand même beaucoup, qui a été discuté aussi bien à
Ottawa qu'à Québec. Moi, c'est un point sur lequel, je pense, ça mériterait
quand même une certaine clarification. Je pense que, maintenant, il y a un
consensus assez large à l'effet que si on est pour avoir un système d'immigration
qui est en deux étapes — parce que c'est de ça dont on parle quand on
parle de PEQ ou quand on parle de permis de travail et tout — si on
veut un système d'immigration en deux étapes, il faut que ce soit très bien
attaché parce qu'on induit dans le marché du travail et dans les établissements
d'enseignement supérieur toutes sortes d'incitatifs qui vont amener les acteurs
à faire toutes sortes de choses. Donc, si on veut que ça donne des bons
résultats, il faut que ce soit attaché serré.
M. Morin : Je vais céder
la parole, si vous permettez, à ma collègue la députée de Mont-Royal—Outremont.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Il vous reste encore 1 min 40 s.
Mme Setlakwe : Merci.
Merci pour votre contribution. Évidemment, on a plusieurs objectifs à
réconcilier pour nos universités, pour notre recherche innovation. La présence
d'étudiants étrangers est essentielle pour maintenir certains programmes pour
nos régions. J'aurais deux questions pour vous, il reste peu de temps, mais
est-ce que vous considérez, donc, les universités, en particulier, comme des
vecteurs d'intégration? Est-ce que vous vous êtes penchés sur leurs efforts en
termes de francisation, leurs programmes, les outils qu'ils mettent à la
disposition des étudiants, sachant qu'ils font un effort au niveau de la
francisation? Et j'ai évidemment en tête de maintenir l'autonomie de nos
établissements ici, dans le cadre de l'exercice qu'on mène.
Et, deuxièmement, vous avez mentionné,
donc, l'importance de répartir les étudiants étrangers partout dans les régions
et vous ne souhaiteriez pas que les établissements dirigent dorénavant leur
mission vers... leur mission d'enseignement vers les étudiants étrangers. Mais
là, on le sait, c'est documenté dans des mémoires, qu'il y a... il y a une
baisse d'inscription des étudiants québécois dans le réseau de l'UQ notamment, donc
comment réconcilier tout ça?
M. Dubreuil (Benoît) : Il
y a plusieurs choses dans votre... dans votre question. C'est sûr que... C'est
sûr que c'est un avantage... Je vais peut-être prendre le point sur la question
de favoriser l'apprentissage... l'apprentissage du français. C'est sûr qu'en
général, dans les établissements francophones, à l'extérieur du doctorat qui
est un cas particulier, il n'y a pas d'enjeu d'intégration en français. Je
pense que l'enjeu, c'est plus les collèges qui vont se spécialiser à recevoir
juste des étudiants étrangers, et là, les gens ne seront pas en contact avec
d'autres... avec des Québécois. Donc là, il y a un enjeu <d'intégration...
M. Dubreuil (Benoît) :
...recevoir
juste des étudiants étrangers, et là, les gens ne seront pas en contact avec
d'autres... avec des Québécois. Donc là, il y a un enjeu >d'intégration
culturelle. Ensuite, ça pose évidemment la question des établissements en...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...le temps imparti à l'opposition officielle est terminé,
mais il y a d'autres questions qui vont venir. Alors, je cède la parole au
député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour 3 min 18 s.
M. Cliche-Rivard : Merci,
Mme la Présidente. Merci beaucoup, M. le commissaire, pour votre
présentation. Écoutez, vous en avez parlé, puis je veux revenir là-dessus,
parce qu'il n'y a effectivement aucune mention de manière explicite du français
dans ce projet de loi là, ni de près ni de loin. En fait, quand on fait un Ctrl+F,
là, la seule fois où «français», «francisation» arrivent, c'est dans le titre
du ministre, et à aucune place y a-t-il le poids linguistique, le poids
directement, explicitement cité, puis le ministre nous dit : Il y a,
notamment. Mais moi, M. le commissaire, je refuse que le français soit un
«notamment». Je pense que le français doit avoir sa place explicite, directe, et
je me comprends mal comment on a pu oublier le français dans le libellé précis
de ce qu'on vient modifier dans le projet de loi. Je fais un commentaire
là-dessus en commençant, je pose ma question ensuite.
Vous parlez d'arrimer clairement la
planification temporaire à la planification permanente, les collègues en
parlaient, tant mieux, le gouvernement finit par dire oui. Parce que, là, on
est rendu à 123 000 étudiants étrangers et on voit dans les
sélections au PEQ, finalement, l'année dernière, 3 800 sélections
pour 123 000. Évidemment, les 123 000 ne sont pas tous finissants,
ils n'ont pas tous réussi leurs études encore, et là on voit qu'on va passer à
15 000 potentiels, ce qui force le ministre à suspendre le programme.
Alors que, toutes choses étant égales par ailleurs, si on monte à
123 000 étudiants étrangers, force est de constater qu'on va aussi
augmenter le nombre de gens qui se qualifient. Donc, est-ce que ce sont ce
genre de choses là que vous demandez à mieux planifier ou à mieux intégrer?
M. Dubreuil (Benoît) : Oui,
je vous dirais qu'on a un problème qui est... qui est le suivant, si on avait
juste des gens qui viennent, qui étudient puis qui repartent, on pourrait en
admettre probablement beaucoup plus. Mais on le sait, la capacité d'attraction
du Québec et du Canada, elle vient du fait que les gens, dans plusieurs cas, pensent
ou savent qu'ils vont avoir un accès à la résidence permanente. Donc, on est
dans une espèce de paradoxe où, en principe, on pourrait avoir encore beaucoup
plus d'étudiants étrangers, mais il faut qu'on s'assure qu'on est prêt à
admettre les gens qui, trois, quatre, cinq, six ans plus tard, vont arriver au
bout du pipeline. Puis si on ne fait pas ça, bien, on manque... Il y a des gens,
évidemment, qui vont être déçus. Puis on a eu ces épisodes-là qui se sont
déroulés, auxquels vous faites référence. Donc, c'est... c'est ce qu'il faut,
c'est l'équilibre qu'il faut trouver.
M. Cliche-Rivard : ...permettez,
on se met à jouer un petit peu au chat et à la souris en modifiant le PEQ, bon
an mal an, là, c'est presque la sixième modification en six ans, en contrôlant
les admissions, en limitant finalement, en imposant un critère de travail, la
première liste du ministre... du ministre à l'époque qui avait été retirée, les
deux réformes, finalement une autre réforme. Bref, on est toujours à courir
après notre queue, finalement, si on ne planifie pas en amont un seuil qui va
fonctionner dans notre immigration temporaire.
M. Dubreuil (Benoît) : Je
pense que c'est un phénomène qu'on voit aussi bien à l'échelle québécoise que
canadienne. C'est-à-dire que, depuis la fin des années 2000, là, tournant 2010,
on s'est dit, on va créer un système d'immigration en deux étapes. Il y avait
toutes sortes de bonnes raisons de faire ça, puis moi-même, j'étais d'accord
avec ça. OK? Le problème, c'est que, là, on déclenche des chaînes causales où
il y a un effet qui se crée, puis là ça prend... Il y a une cause qui apparaît
puis ça prend cinq ans à voir l'effet.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
M. Dubreuil (Benoît) : Donc
là, je pense qu'on commence à avoir fait un peu le tour des relations de cause
à effet puis c'est un excellent moment, justement, pour bien attacher les
choses.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on va terminer avec le député de Jean-Talon
pour une période de 3 min 18 s. Le temps est à vous.
M. Paradis : Vous
écrivez, et vous l'avez mentionné tout à l'heure, que «l'absence de
planification de la croissance des étudiants étrangers a entraîné des
difficultés diverses, dont une incertitude parmi les candidats à l'immigration
puis une explosion du nombre de titulaires d'un permis de travail postdiplôme»,
ce dont on vient de discuter. «En outre, l'admission à l'immigration permanente
de plusieurs personnes qui ne connaissent pas le français ou qui avaient adopté
l'anglais comme langue habituelle de communication a accru la pression sur le
français dans plusieurs milieux». C'est ce que vous écrivez.
Est-ce que cette planification ou ce
défaut de planification que vous mentionnez ici lors des 10 dernières
années... Est-ce qu'on a besoin d'un projet de loi pour régler ce problème de
planification? Est-ce qu'on pouvait planifier avec les outils qu'on avait avant
le projet de loi?
M. Dubreuil (Benoît) : Question
posée par des avocats à quelqu'un qui ne l'est pas. Je ne suis pas certain
qu'on avait nécessairement besoin d'un projet de loi, je pense que les
dispositions à la loi sur l'immigration permettent de considérer ces variables
dans l'immigration permanente, il me semble.
• (10 h 40) •
M. Paradis : Est-ce que,
dans le projet de loi qu'on a devant nous, tel qu'il est écrit, on voit des
indices de cette planification et de cet arrimage que vous... que vous appelez
de vos <voeux...
M. Paradis :
...nous,
tel qu'il est écrit, on voit des indices de cette planification et de cet
arrimage que vous... que vous appelez de vos >voeux, entre l'immigration
temporaire, les étudiants étrangers, et l'immigration permanente? Est-ce que
vous voyez, dans ce projet de loi là, des indices d'où le gouvernement veut
nous amener sur cette planification?
M. Dubreuil (Benoît) : Je
pense qu'à l'article 3 il y a quand même un certain nombre de facteurs qui
présentent, qui laissent entendre qu'il y aura une décision structurée. Donc,
moi, je vois ça de façon positive. À l'article 3, on mentionne aussi de
tenir compte des orientations, je crois, de la planification pluriannuelle.
Donc, je pense qu'il y a quelque chose, là. Cela dit, je pense qu'à la lumière
des développements de la dernière décennie ou des derniers 15 ans, je
pense que ça vaut la peine, peut-être, de structurer ça de manière plus
explicite pour être sûr qu'on repart sur de bonnes... de bonnes bases.
M. Paradis : Mais on
aurait pu agir.
M. Dubreuil (Benoît) : Bien,
écoutez, ça fait quand même plusieurs années, là, que l'immigration, on part
d'un extrême à l'autre, dans toutes les provinces canadiennes ou au niveau
fédéral. Je pense... Je reviens sur ce que je disais tout à l'heure, c'est
qu'on déclenche des chaînes qui ont des conséquences qui sont inattendues, qui
apparaissent cinq ans plus tard. Il y a une succession de responsables qui, aux
commandes, qui sont confrontés à des situations qui, à chaque fois, sont
uniques. Donc là, je pense qu'on comprend un peu les conséquences de ce qu'on a
fait en créant un système d'immigration à deux étapes. Je pense qu'en ce moment
on a l'expertise qui nous permet justement de nous asseoir puis de développer
un système qui va être cohérent, qui va fonctionner pour le français, pour
l'économie puis pour les personnes immigrantes aussi, au premier chef.
M. Paradis : À la
page 76 de votre analyse de la situation du français au Québec, il y a un
tableau extrêmement important qui démontre, en gros, que la langue des études,
et particulièrement la langue du dernier diplôme, a un impact déterminant sur
l'insertion professionnelle en français ou en anglais. Donc, vous dites : Ça,
c'est important, notamment pour l'avenir de la langue française. Sans parler du
nombre, est-ce que vous considérez que la répartition actuellement des
étudiants étrangers est la bonne?
M. Dubreuil (Benoît) : ...pas
encore tout à fait, là. Je le mentionnais tout à l'heure, il y a eu quand même
une croissance des étudiants africains dans les cégeps, dans les centres de
formation professionnelle, dans les UQO qui aide un peu, mais...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup, c'est... Le temps imparti au candidat — pas au
candidat, je m'excuse — au député est terminé. Merci beaucoup. C'est
ce qui met fin à cette première audition. Merci, M. le commissaire, Mme la
commissaire adjointe, messieurs. Merci de cette présentation. Je vais suspendre
les travaux quelques instants, le temps que le prochain groupe s'installe.
Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 43)
(Reprise à 10 h 47)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La séance reprend ses travaux.
Nous recevons donc, pour l'heure, l'Université du Québec avec ses
représentants, M. Alexandre Cloutier, président, Mme Céline Poncelin de Raucourt,
vice-présidente à l'enseignement et à la recherche, M. François Deschênes,
recteur de l'Université du Québec à Rimouski, ainsi que M. Vincent Rousson,
recteur de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.
Bienvenue à la Commission des relations
avec les citoyens. Alors, vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes
pour votre exposé et, ensuite, on va procéder à une période d'échange avec les
élus. La parole est à vous.
M. Cloutier (Alexandre) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Alors, salutations à vous, les députés, de même
qu'à tout le personnel qui vous accompagne. Il y a un peu plus de 55 ans maintenant,
ici à l'Assemblée nationale, les parlementaires se dotaient d'une université
nationale, l'Université du Québec. L'Université du Québec répondait à l'époque
à un besoin immense qui était celui de l'écart de la diplomation des
francophones, particulièrement dans les régions du Québec. Encore aujourd'hui,
l'Université du Québec accueille... Un étudiant sur deux est un étudiant de
première génération, c'est-à-dire que ses parents ne sont pas allés à
l'université, et continue donc de répondre à cette mission sociale importante.
Mais mine de rien, l'Université du Québec, aujourd'hui, est établie dans 40
municipalités, plus de 2 milliards de budget annuel, 7 500 professeurs
et chargés de cours, près de 100 000 étudiants, ce qui en fait
l'université francophone la plus importante en Amérique du Nord et a plus
d'étudiants que l'Université de Toronto, juste pour mettre les choses en
perspective.
Lors du dépôt du projet de loi du
gouvernement du Québec, nous avons levé la lumière jaune orange parce que nous
avons des inquiétudes, et les inquiétudes que nous avons sont essentiellement
liées au fait qu'on connaît mal encore les intentions du gouvernement du Québec
quant à la mise en oeuvre du projet de loi. Et donc, une de nos
recommandations, c'est que l'Université du Québec et le monde universitaire
participent à la conversation nationale sur les mesures à mettre en place.
Aujourd'hui, c'est un projet de loi de nature large et générale, et donc, pour
nous, ça nous apparaît être préoccupant qu'on donne un tel outil au
gouvernement sans connaître réellement les intentions qui sont derrière le
projet de loi.
Je veux revenir un petit peu en arrière,
en 2018, parce que c'est à partir de 2018 qu'il y a eu une augmentation
importante des étudiants internationaux, et en 2018, il y a un choix qui a été
fait, qui est celui de la déréglementation des étudiants internationaux, qui a
eu un impact majeur sur le financement des universités et, en quelque sorte, une
forme de... une forme de débalancement des ressources où il y a eu une
concentration importante du financement auprès de certaines institutions. Puis
cette déréglementation a été revue récemment dans la nouvelle formule de
financement, mais tout simplement, je veux illustrer que la formule de
financement des universités, elle est directement liée, présentement, à la
présence des étudiants internationaux.
Alors, sur ce, Mme la Présidente, je vais
céder la parole à mon collègue le recteur de l'Université du Québec à Rimouski,
M. François Deschênes.
• (10 h 50) •
M. Deschênes (François) : Merci.
Bonjour, Mme la Présidente. Bonjour à tous et à toutes. Évidemment, la question
du financement, comme on vient de l'entendre, est liée au financement des
universités, mais, trop souvent, on a tendance à réduire cet impact à l'impact
financier des universités. Les étudiants internationaux sont <importants...
M. Deschênes (François) :
...mais,
trop souvent, on a tendance à réduire cet impact à l'impact financier des
universités. Les étudiants internationaux sont >importants pour
l'ensemble de la communauté, et ça, il faut se le rappeler. Si on regarde juste
les dimensions économiques, parlons de la réalité au sein de l'Université du
Québec, les étudiants internationaux, si on applique une méthode développée par
l'Institut de la statistique du Québec, on réalise, dans le fond, qu'ils
contribuent à hauteur de 157 millions de dollars au PIB actuel. Ça
correspond aussi, en termes de dépenses, parce qu'ils viennent, ils se logent,
ils se vêtissent et consomment, donc bref, c'est l'équivalent de 1 716 emplois
supplémentaires.
Encore une fois, j'insiste, on ne
parlera... Il ne faut pas associer uniquement les étudiants internationaux au
monétaire, donc c'est très important de voir aussi la contribution qu'ils ont
au niveau culturel et social, que ce soit à l'intérieur de nos campus ou dans
la société en général. Donc, si on décline ça, tout d'abord, en termes
d'impact, ce sont des étudiants qui sont à plus de 50 % au sein du réseau
de l'Université du Québec aux cycles supérieurs. Donc, ce sont un moteur en
termes de développement de la connaissance, de développement des innovations
actuelles et futures. Il importe de ne pas l'oublier.
Également, ce sont des moteurs d'animation,
si... Pour ceux et celles qui ont visité des campus récemment, ces étudiants
vivent réellement les campus et sont très présents, ils contribuent à la
dynamique culturelle sur les campus et sociale, ils développent des activités,
ils s'impliquent dans des activités, ils contribuent à partager leur culture
avec leurs collègues. Donc, c'est un élément qui est très important également quand
on parle de vitalité sociale, économique, on le voit à l'intérieur de nos murs,
mais évidemment dans la communauté également. Ce que je viens de décrire à
notre échelle s'applique dans le milieu où ils habitent.
Certes, on a observé une croissance au
cours des dernières années en termes de nombre d'admissions, en termes de
nombre d'inscriptions. Avec cette croissance vient un certain nombre de
problèmes, mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est que les universités ont
été très proactives, elles ont assumé leurs responsabilités. Donc, d'ores et
déjà, plusieurs mesures ont été mises en oeuvre. Si on identifie qu'en... Le
sommet atteint était de 99 258 demandes d'admission en 2023, donc
c'est une hausse, oui, de 269 % par rapport à 2018, mais déjà, il y a des
mesures qui ont été mises en place pour mieux cibler les étudiants, étudiantes
prometteurs, identifier de manière plus précoce les demandes aussi qui étaient
multiples. Il y en a qui font des demandes dans toutes les universités
lorsqu'ils veulent venir à tout prix, mais pas nécessairement pour les bonnes
raisons. On a aussi mis en place des mesures pour filtrer en termes de
contraintes additionnelles au niveau financier pour être sûr qu'ils ont la
capacité de payer leurs études, des filtres supplémentaires aussi en termes
d'exigences de maîtrise de la langue française. Donc, déjà, si on regarde les
données récentes, je vais parler pour l'UQAR, mais les autres universités pourraient
en dire tout autant, nous, on observe déjà une baisse de 23,6 % des
nouvelles inscriptions, et si on regarde les demandes d'admission, on a
28 % de baisse de demandes d'admission par rapport à 2023, donc au
31 octobre dernier.
Également, toutes ces mesures sont prises,
mais sont faites avec les partenaires, pensons à l'Agence des services
frontaliers, au MIFI. Donc, c'est très important, on ne travaille pas en vase
clos, on travaille avec les partenaires concernés. Autre élément qu'il importe
de mentionner, c'est que si on regarde à l'échelle du Québec, à l'heure
actuelle, la population étudiante globale a eu une croissance de... est à peu
près stable, donc à peu près 3 % d'augmentation sur cette période-là.
Donc, si on regarde l'explosion, parce qu'elle est qualifiée ainsi, des
étudiants internationaux dans nos murs, bien, ça veut aussi dire que si on est
à quasi-stabilité, c'est qu'il y a eu une diminution des étudiants, des
étudiantes québécois qui fréquentent l'université. Donc, ce qui veut dire que
si on a une telle diminution et qu'elle n'est pas compensée, bien, à terme, ce
sont des employés, des diplômés de moins pour les diverses organisations sur
l'ensemble du territoire québécois. Donc, encore une fois, c'est un levier pour
la vitalité économique de nos régions et du Québec dans son ensemble.
Souvent, on pense au logement aussi, on
dit, ça crée une pression indue. Bien, vous venez de voir l'adéquation avec
l'effectif étudiant. Donc, moi, j'invite à la prudence, ce ne sont pas tous les
étudiants internationaux qui doivent être taxés de cette pression sur le
logement. Et d'ailleurs, les universités sont au front, déjà, prenons Rimouski,
on vient de doubler les résidences étudiantes pour la prochaine année. Donc, je
crois que c'est un problème qui est déjà en partie derrière nous. Je cède
maintenant la parole à mon collègue Rousson.
M. Rousson (Vincent) : Mme
la Présidente, nous sommes reconnus pour notre autonomie et notre liberté
universitaire, des conditions qui sont jugées essentielles dans
l'accomplissement de nos missions, dans nos universités, telles que définies
dans la loi sur la liberté universitaire. Les universités, notamment de
l'Université du Québec, à travers cette autonomie, comme l'a mentionné mon
collègue de Rimouski, sont à pied d'oeuvre depuis plus d'une année pour
contrecarrer les répercussions de la hausse des demandes d'admission et des
demandeurs d'asile. Le projet de loi 74 peut créer des contraintes
importantes quant aux solutions mises en place et qui <fonctionnent...
M. Rousson (Vincent) :
...Le
projet de loi 74 peut créer des contraintes importantes quant aux
solutions mises en place et qui >fonctionnent et celles qui sont
présentement en développement dans nos établissements.
Il y a un autre élément dans le projet de
loi, qui concerne la répartition par programmes, qui pourrait venir nuire au
développement de certaines disciplines tout aussi importantes que celles qui
seraient priorisées. Une des forces de l'enseignement supérieur, bien, c'est de
former des étudiants dans un large éventail de domaines, et je nous donne comme
exemple l'intelligence artificielle, qu'il y a de cela quelques années, n'était
pas une priorité, mais qui aujourd'hui est une condition essentielle pour le
développement de notre société. Bien, ce type de formation là a été établi
depuis... depuis les années 80 dans nos universités, donc se travaille sur
du long terme. Je pense également aux travaux en psychologie sociale qui ont
été menés par le chercheur de l'UQAM Camil Bouchard qui a mené au rapport le Québec
fou de ses enfants et qui a mené à la création des CPE qu'on connaît
aujourd'hui. Une priorisation de certains programmes dans une éventuelle
répartition nous fait craindre pour plusieurs programmes, notamment ceux en
sciences humaines et en sciences sociales, pourtant jugées essentielles pour
comprendre le monde en transformation dans lequel nous vivons actuellement.
Dans une logique similaire, une réduction
des étudiants internationaux aux cycles supérieurs pourrait nuire aux capacités
de recherche et d'innovation du Québec. C'est d'autant plus vrai que le
financement des organismes subventionnaires québécois et fédéraux nous impose
des travaux pour former la relève, et on a de la difficulté à trouver cette
relève-là auprès des étudiants et étudiantes québécois et québécoises.
Alors, l'Université du Québec a offert,
dans son mémoire, une série de recommandations. La première, de ne pas réduire
le nombre de personnes étudiantes internationales en enseignement supérieur, la
deuxième, que les établissements universitaires soient exclus de l'article 5,
la troisième recommandation, dans l'éventualité où l'article 5 n'exclurait
pas les établissements universitaires, la nécessité de consulter les
universités doit être enchâssée dans ce projet de loi là, et que la portée de
tout scénario découlant de ces projets de loi exclut les cycles supérieurs,
autant les programmes de recherche que professionnelle.
Merci de votre écoute.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cet exposé et ces recommandations. On
commence donc la période d'échange. On va commencer par M. le ministre pour une
période globale de 16 min 30 s. La parole est à vous.
M. Roberge : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation. J'ai entendu beaucoup de passion et de
fierté dans vos propos. Je ne suis pas surpris. Je dois dire que, comme diplômé
de l'UQ, je partage cette fierté-là avec un réseau important qui a carrément
transformé le visage du Québec, qui est responsable d'une grande partie de ce
que nous sommes aujourd'hui comme nation.
Je commence par un petit commentaire. Vous
avez mentionné, tout à l'heure, 2018, la déréglementation des frais de
scolarité qui ont causé beaucoup de dommages. Certains pourraient attribuer à
tort à notre gouvernement cette erreur parce qu'on est arrivés en 2018, mais je
tiens à mentionner que ça a été l'erreur du précédent gouvernement libéral qui
est arrivé avec, je vous dirais, ce cadeau empoisonné suite à un lobby très
puissant. Parce que je le vivais dans l'opposition, puis je pense que mon
collègue aussi le vivait parce qu'il était dans l'opposition en même temps que
moi, en 2014-2018, certains établissements anglophones qui voulaient absolument
cette déréglementation qui a finalement été donnée avant que nous arrivions, et
on travaille encore à réparer les pots cassés avec ma collègue Pascale Déry.
Vous parlez d'une séquence, je pense
qu'elle est extrêmement importante, la séquence. Des fois, il y a beaucoup de
choses à faire, on est pressés de commencer le changement, mais il faut quand
même prendre le temps de bien faire les choses. La planification pluriannuelle,
qui inclut les permanents mais aussi les résidents temporaires, je pense
qu'elle est extrêmement importante. Il est temps qu'on aille dans cette
direction-là, je l'ai annoncé la semaine dernière, la prochaine planification
pluriannuelle inclura tous les temporaires, dont les étudiants étrangers. Les
gens disent : Bien, dites-nous vos chiffres tout de suite. Bien,
attention, on annonce l'intention, après ça on arrive avec un projet de loi qui
nous permet de faire cette planification-là, après ça on consulte, puis après
ça on donne les chiffres. Il ne s'agit pas, celui qui dit le premier chiffre ou
le plus gros chiffre gagne. Je ne pense pas que c'est ça que ce doit être.
• (11 heures) •
Maintenant, tout à l'heure on a entendu,
puis je pense que vous étiez dans la salle, le Commissaire à la langue
française qui nous a fait quelques propositions, puis j'aime ça, en commission
parlementaire, des fois tester des idées proposées des uns des autres puis je
vais tester vos idées aussi avec ceux qui vont vous suivre. Il nous propose
d'inscrire nommément à l'article 3 du projet de loi le critère de la
langue française parce qu'il y a la... il y a le critère des régions, le
critère des ordres d'enseignement, le critère des programmes. Il nous propose
d'inclure le critère de langue. Que pensez-vous de cette proposition du
commissaire?
M. Cloutier (Alexandre) :
Bien, on... D'abord, je vais... je vais reprendre du début. J'apprécie les
commentaires initiaux sur l'importance...
11 h (version révisée)
M. Cloutier (Alexandre) : ...bon,
on... D'abord, je vais reprendre du début. J'apprécie les commentaires initiaux
sur l'importance de l'Université du Québec. Je pense que les Québécois
devraient être aussi fiers de l'Université du Québec qu'ils le sont de la Caisse
de dépôt ou d'Hydro-Québec, parce que ça fait vraiment partie de leur histoire
nationale. Fin de la parenthèse.
Sur la proposition qui est faite par le
commissaire, on a quand même des réserves par rapport aux critères mêmes qui sont
identifiés dans le projet de loi parce que ça pose des enjeux importants sur la
mainmise du gouvernement dans les différents programmes de nos établissements.
Puis dans les... dans l'énumération qui est faite dans le projet de loi, bien,
on retrouve, justement, les programmes, on retrouve les régions. On est donc
très, je dirais, inquiets par rapport à la capacité éventuelle de choisir les
différents programmes qui pourraient bénéficier ou non d'une intention gouvernementale
de recevoir des étudiants internationaux, je pense que ça a été très bien
mentionné par mon collègue de Rimouski, à l'effet que les programmes se
planifient de longue haleine, et il y a des programmes qui doivent être
soutenus, comme ils l'ont toujours été par le passé, et pour lesquels on a une
sensibilité particulière. Puis là on pense, par exemple, aux sciences humaines,
aux sciences sociales, à la philosophie, la sociologie, etc. Et, lorsqu'on
commence à identifier des disciplines et dire aux universités là où il est bon
ou pas d'avoir des étudiants, bien, ça pose d'énormes problèmes.
Alors, pour ce qui est de l'enjeu de la
langue, bien, évidemment, à l'Université du Québec, vous aurez compris que
93 % de nos étudiants sont de langue française, alors établis
essentiellement... bien, pas «essentiellement», à 100 %, en fait, sur le
territoire québécois, et offre des programmes de langue française, et nos
étudiants internationaux ont la langue française comme langue d'usage. Bien,
pour toutes ces raisons, on se sent peut-être moins interpelés par l'enjeu de
la langue, considérant que notre offre à nous est une offre en français.
M. Rousson (Vincent) : Si je
peux me permettre, M. le ministre, en fait, nos étudiants, comme l'illustre M. Cloutier,
en fait, sont déjà... parlent français, et ceux qui ne le parlent pas, on
travaille à ce qu'ils soient fonctionnels en français dans nos régions, dans
nos établissements. Donc, les étudiants de l'Université du Québec sont un outil
essentiel au développement de la langue française au Québec, autant dans les
régions qu'à Montréal. Donc, on est un acteur prépondérant dans la survie de la
langue, dans le développement de la langue française, là.
M. Roberge : Je comprends
très bien la posture que vous avez, puis que d'autres vont revenir après vous,
des dirigeants d'établissements, de dire : Bien, en ce moment, on a plus
la mainmise sur nos établissements. Avec le projet de loi, le gouvernement se
donne des leviers. On n'aime pas bien, bien ça, je pense que c'est normal. Sincèrement,
c'est un réflexe tout à fait naturel, mais... considérant qu'en ce moment, le
gouvernement peut fixer un nombre, un plafond, mais qu'il ne peut faire
pratiquement que ça, c'est-à-dire il ne peut pas... il ne peut pas... S'il
décidait de réduire, ça pourrait réduire exclusivement en région, ça pourrait
réduire exclusivement dans les programmes stratégiques.
Est-ce que vous voyez du bon dans le fait
d'avoir une agilité gouvernementale, c'est-à-dire d'être capable, comme gouvernement,
de protéger des choses? Parce que vous dites : Bien là, s'il a le pouvoir
d'agir de manière plus précise, il pourrait cibler quelque chose que nous
voulons protéger. Je comprends. Mais si on ne se donne pas ce pouvoir et que le
nombre continue d'augmenter jusqu'à ce que quelqu'un, moi ou un autre après
moi, décide de le réduire, il faut savoir aussi que ça pourrait amener des
réductions dans des endroits qui sont stratégiques. Donc, est-ce que vous ne
voyez pas une plus-value ou, dans le fond, non, le gouvernement ne devrait pas
avoir cette agilité gouvernementale, c'est vraiment le sacro-saint pouvoir de
liberté académique qui doit prévaloir en tout temps, peu importe les nombres?
M. Cloutier (Alexandre) : En
fait, dans votre énoncé, je pense que vous identifiez aussi le problème, parce
que vous faites référence à vos successeurs, et ça inclut aussi des successeurs
avec une autre idéologie que la vôtre. Et ça, lorsqu'on donne un pouvoir au
gouvernement d'intervenir, en avant ou en arrière, bien, ça veut dire quoi? Ça
veut dire un yo-yo ou ça veut dire un caractère imprévisible.
Dans le monde universitaire, on ne
planifie pas des programmes à court terme, on planifie nécessairement sur du
moyen et long terme. On construit des programmes avec des campagnes de
sensibilisation, des campagnes de promotion, incluant des campagnes de
recrutement, qu'on ne peut pas modifier à très court terme parce que, justement,
ce sont des orientations qui sont données sur le <moyen, long terme...
M. Cloutier (Alexandre) :
...ce
sont des orientations qui sont données sur le >moyen, long terme.
Alors, parmi les inquiétudes qu'on a,
c'est justement un nouveau pouvoir assez général, donné à un gouvernement sans
trop de balises quant à l'utilisation éventuelle de ce pouvoir-là. Et, à ce
moment-ci, bien, comme c'est un projet de loi un peu page blanche, bien, ça
nous inquiète, évidemment, quant à l'utilisation même de ces pouvoirs-là,
considérant qu'on comprend mal, là, comment il sera appliqué.
M. Rousson (Vincent) : Si je
peux me permettre aussi, en fait, nous avons pris nos responsabilités. Nous
avons eu... vu la hausse des demandes d'admission dans les dernières années,
notamment suite à la pandémie, qui est causée par des facteurs multiples. Donc,
on a pris nos responsabilités, les universités, notamment celles à l'intérieur
du réseau de l'Université du Québec. Mon collègue, François, a notamment
énuméré quelques orientations qui ont été prises par notamment l'Université du
Québec à Chicoutimi, à Trois-Rivières, à l'UQO et qui sont en train d'être
implantées dans l'ensemble des autres universités. Donc, on voit déjà, de par
cette prise de responsabilités, une baisse qui oscille entre 20 % et
30 % des demandes d'admission et d'inscription dans nos universités
provenant des étudiants internationaux.
Donc, puisque nous avons pris nos
responsabilités, bien, on juge que ce projet de loi là, bien, on ne devrait pas
être assujettis à celui-ci parce qu'on a déjà pris des actions, et ces actions
fonctionnent. On a, entre autres, des actions... Je parlais de l'intelligence
artificielle. Donc, on est en train de développer un outil pour venir aider
l'ensemble des universités membres du réseau de l'Université du Québec, à
travers l'intelligence artificielle, à dénicher des demandes d'admission un peu
plus frauduleuses ou suspectes pour nous aider, parce que c'est clair que cette
hausse de demandes d'admission est venue mettre beaucoup de pression dans nos
établissements. Donc, on n'est pas resté les bras croisés. Donc, lorsqu'on parle
de planification sur du moyen, long terme, oui, mais on est également
extrêmement agiles pour réagir rapidement aux conditions que la société nous
arrive, puis notamment la hausse des demandes d'admission.
Et c'est important aussi de mentionner
qu'il y a une grande distinction entre une hausse des demandes d'admission et
une hausse des inscriptions dans nos établissements, parce qu'elles ne se
traduisent pas... Puis là on a l'exemple de l'Université du Québec en Outaouais,
qui, dans la dernière année, ont eu 4 000 demandes d'admission
provenant d'étudiants internationaux étrangers. Ça s'est traduit autour de 430 inscriptions.
Donc, il y a une énorme distinction à faire entre admissions et inscriptions.
Donc, si on venait mettre un cap, si je
peux me permettre l'expression, sur les demandes d'admission, bien, ça va venir
contraindre nos établissements dans les programmes de formation, dans la
planification également, là, des plans de formation de nos étudiants et de nos
étudiantes.
M. Roberge : Bien, peut-être
un petit malentendu ici, parce que le CAQ émis par le gouvernement arrive après
l'admission et pas à la demande d'inscription. Donc, on ne parle pas de ça. On
ne parle pas de limiter les demandes d'admission, on parle une fois les gens admis.
Bon, il y a quand même eu des enjeux, là,
à l'UQTR, il y a eu comme pas mal d'étudiants qui ont fait leurs demandes
d'asile. À l'UQAT, il y a eu un déficit. Puis, selon l'article de Radio-Canada,
à peu près 1 million du déficit venait des déficits de paiement des
étudiants étrangers. À l'UQAR, il y a des gens qui nous disaient que... il y a
un article qui s'appelait : C'est la désillusion, parce qu'ils étaient
admis à l'UQAR, pardon, et finalement ils devaient faire leur session dans les
hôtels. Donc, il y a des enjeux. Je comprends que chacun dans vos campus,
chacun dans vos universités, vous vous adaptez, vous réagissez à ces
éléments-là, mais le libre marché nous amène à des nombres qui sont très
élevés.
Est-ce que le nombre d'étudiants
étrangers, au Québec, devrait être infini, il ne devrait pas y avoir de plafond
considérant ce qui se passe, considérant l'enjeu de logement? Quand vous dites :
On ne voudrait pas être assujetti, ça veut dire une forme de libre marché,
autant par les régions, tant par les campus, tant par la capacité d'admission.
On voit qu'il y a un paquet d'institutions qui nous demandent de l'argent pour
agrandir leurs établissements. Il n'y a pas des dérapages, dans les dernières
années, qui devraient être prévus?
M. Cloutier (Alexandre) : Il
y a absolument des enjeux, puis on ne se met pas la tête dans le sable, puis
notre collègue pourra donner quelques éléments de détail. Je veux juste
rappeler, par contre, que l'Université du Québec avait un retard historique au
niveau de la présence des étudiants internationaux, un immense débalancement
entre les universités anglophones et les universités francophones. Et récemment,
le Québec s'est dit : Ce n'est pas normal que les universités francophones
aient un tel retard. Au moment où on se parle, l'UQ est à 18 % de ses
étudiants qui sont des étudiants internationaux. Est-ce que c'est trop? Est-ce
que ce n'est pas assez? Bien, je vous soumets ça à votre réflexion, mais on
n'est pas dans la démesure, on n'est pas dans le débordement, on n'est pas dans
l'exagération.
• (11 h 10) •
On peut en débattre, on peut en discuter,
mais ce qui est sûr, c'est que l'Université du Québec a travaillé très fort
pour combler ce retard-là. Puis, vous savez quoi? On en est très fiers d'avoir
cette belle diversité d'étudiants là <au sein de nos établissements...
M. Cloutier (Alexandre) :
...ce
retard-là. Puis vous savez quoi? On en est très fiers d'avoir cette belle
diversité d'étudiants là au >sein de nos établissements.
Maintenant, ça pose des enjeux,
effectivement, de demandeurs d'asile, de paiement, mais on a mis en place des
mesures. Puis c'est important de vous les partager, ces mesures-là parce qu'il
y a un caractère assez original et on pense aussi qu'elles fonctionnent. Je ne
sais pas si mes collègues...
Mme Poncelin de Raucourt (Céline) :
Peut-être je peux compléter. Effectivement, vous donnez l'exemple de l'UQO,
on le mentionnait tout à l'heure, 4 000 demandes d'admission et à
peine 430 inscriptions. Tout le travail qui est fait par rapport à ces
étudiants-là, il y a un gros travail, effectivement, d'analyse des demandes
pour s'assurer de prendre les demandes les plus sérieuses. Et, quand l'étudiant
s'inscrit, on lui demande, à l'UQO, dorénavant, de payer la totalité de la
première année de ses droits d'inscription. Et ça, ça a eu un effet marquant
sur le sérieux des demandes et sur le taux de conversion, avec des candidats
qui sont sérieux, qui ont payé d'avance leur première année de scolarité. Et
donc ça, c'est des mesures qui ont été testées à l'UQO et qui sont partagées
entre les personnes qui accueillent et qui intègrent les étudiants
internationaux à l'intérieur du réseau pour voir l'effet des mesures et pouvoir
les mettre en place.
On le disait tout à l'heure, pour les
dépôts à l'admission, il y a aussi des universités qui ont mis des dépôts qui
peuvent aller jusqu'à 5 000 $ au moment de faire la demande
d'admission. Mais attention, ce sont des dépôts qui sont quasiment en totalité
remboursables si l'analyse de l'admission fait en sorte qu'on considère que
c'est une candidature qui n'est pas admissible. Donc, il faut aussi avoir cette
responsabilité sociale, je dirais, vis-à-vis des étudiants internationaux qu'on
accueille à l'intérieur de nos murs.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup.
M. Roberge : Ma collègue...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui, je vais reconnaître la collègue d'Iberville. Il vous
reste 2 min 4 s.
Mme Bogemans : Merci. Moi, je
voulais vous entendre sur quelles balises on pourrait mettre en place pour dire
quels établissements seraient en mesure d'accueillir adéquatement les étudiants
étrangers. Parce que vous venez de le nommer, 18 % de votre clientèle
vient des étudiants étrangers. Vous avez déployé beaucoup d'efforts, vous
semblez aussi avoir mis en place des bonnes mesures. Mais comment s'assurer...
Parce que le projet de loi, c'est vraiment un signal clair qu'on va envoyer,
parce que, par exemple, les institutions privées qui se spécialisent uniquement
dans l'attraction d'étudiants étrangers dans des spécialités, ce n'est pas
nécessairement ce qu'on veut, puis c'est le message qu'on veut envoyer. Ça fait
que comment on pourrait bien le faire?
M. Deschênes (François) : Oui,
si vous me permettez, je pense qu'à cette question-là, l'ensemble des
universités sont dignes de recevoir des étudiants internationaux. L'UQ, on a
bien fait la démonstration qu'on a pris nos responsabilités. Puis, quand on
pense, notamment, aux demandeurs d'asile, souvent, on regarde les exceptions,
mais c'est plus de 93 %, au moment où on se parle, d'étudiants qui
viennent, qui s'inscrivent et qui font bel et bien leur programme d'études.
Donc, c'est une très grande majorité. Certes, on est peut-être capables de
l'améliorer en travaillant ensemble, mais on a mis tout plein de mesures pour
resserrer cela. Quand on pense aux exemples des logements, les anecdotes qui
sont mentionnées, déjà on accompagnait nos étudiants, on leur envoyait des
messages : Ne venez pas si vous n'avez pas trouvé de logement avant. À un
moment donné, s'ils viennent quand même, il y a une limite à ce qu'on peut
faire, donc... mais c'est très anecdotique et en très petit nombre.
Et là, si on regarde toutes les mesures,
le logement, et tout ça, moi, ce que je vous dis, c'est que l'ensemble des
universités... les universités du réseau de l'UQ peuvent être des
établissements désignés, amplement admissibles et adéquates pour recevoir des
étudiants internationaux sans que l'on ait de souci.
Mme Bogemans : Donc, c'est la
présence des mesures que vous mettez en place, particulièrement, qui sont
distinctives.
M. Cloutier (Alexandre) : Essentiellement,
s'il y en a qui mettrait en place des mesures pour contourner les règles dans
l'objectif de faire venir de l'immigration ici, au Québec, bien, que le
gouvernement s'y attarde spécifiquement.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui met fin à cette première
période d'échange. On poursuit avec l'opposition officielle pour une période de
9 min 54 s. Le député de l'Acadie, la parole est à vous.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, M. Cloutier, Mme Poncelin de Raucourt, M. Deschênes,
M. Rousson, merci d'être là avec nous. Merci pour votre mémoire.
Je vais continuer avec la question que la
collègue de la banquette gouvernementale vient de vous poser. On a l'impression
que le ministre, avec son projet de loi, essaie de corriger quelque chose, mais
ce n'est pas très clair, qu'est-ce qu'il veut corriger. Et j'ai aussi
l'impression qu'il utilise une espèce de couverture, mégacouverture pour viser
tout le monde, mais qu'il y a peut-être des problèmes qui sont plus ciblés.
Puis peut-être que ça, le gouvernement devrait s'en occuper plutôt que de
pénaliser l'ensemble. Ça, c'est mon interprétation à moi. Ce que j'entends de
vous, c'est que vous avez mis en place une série de mesures pour vous assurer
que les étudiants, étudiantes qui vont dans vos établissements y sont pour les
bonnes raisons et c'est pour faire de la recherche.
Alors, si on pouvait continuer sur cette
lancée, pouvez-vous nous donner d'autres exemples de mesures <que vous
avez mises en place...
M. Morin :
...pouvez-vous
nous donner d'autres exemples de mesures >que vous avez mises en place,
qui fait en sorte que vous êtes capable de gérer vos étudiants? Je trouve ça
important parce que, dans une de vos demandes, vous voulez être exclus de
certaines dispositions du projet de loi. Puis je peux comprendre que ça, ça ne
rassure pas le ministre, mais, pour le rassurer puis rassurer la population,
est-ce que vous pouvez nous donner d'autres exemples de mesures que vous avez,
qui fait en sorte qu'au fond votre demande, elle est tout à fait légitime?
M. Cloutier (Alexandre) : Je
pense que mes deux collègues meurent d'envie de répondre. Je vais juste en
donner une... un élément puis je vais laisser la parole à mes collègues. Un des
enjeux de l'Université du Québec par rapport à d'autres universités, c'est que
notre bassin... notre bassin de recrutement est beaucoup en Afrique
francophone, évidemment, puisque nos étudiants sont francophones. Un des
enjeux, c'est toute la qualité des diplômes, la reconnaissance des acquis, la
reconnaissance de la formation. Puis là je vous laisse imaginer la complexité
de l'analyse des dossiers de tous les pays qui arrivent d'Afrique, avec toutes
les institutions différentes, des programmes d'enseignement différents. Donc,
ça prend une analyse très, très fine de chacune des candidatures.
En ce moment, l'UQ est en train de
développer un guide. Mais là je vais arrêter de parler, parce que ma collègue
est nettement plus compétente pour vous l'expliquer. Je laisse la parole à
Céline.
Mme Poncelin de Raucourt (Céline) :
C'est ce qu'on appelle, entre nous, le superguide. Effectivement, on a
sélectionné les pays pour lesquels on a le nombre d'admissions... de demandes
d'admission le plus important, pour lesquels on identifie aussi des cas de
fraude les plus importants, et on montre des exemples de spécimens de vrais
diplômes, des spécimens de vrais bulletins. Donc, on a pris toute notre base de
données de toutes les demandes qu'on reçoit. On a regardé aussi les étudiants
qu'on a inscrits et qui ont cheminé dans leur programme et qui ont réussi. Et
on a pris les documents associés à leur demande d'admission pour pouvoir sortir
des exemples de bulletins ou de diplômes qui sont sérieux et qui sont valables.
On va aussi télécharger, directement
auprès des pays, auprès du ministère de l'Enseignement, la liste de leurs
diplômés, pour que nos registraires puissent vérifier qu'effectivement ce sont
des vrais diplômés. Parce qu'il y a un phénomène très important, en ce moment,
dans le monde, ce sont les agences, et on a un flot énorme de candidatures qui
arrivent dans les bureaux des registraires qui sont envoyées en blocs à toutes
sortes d'universités et dans lesquelles il y a beaucoup de fraudes, parfois au
détriment... même souvent au détriment des étudiants eux-mêmes qui n'ont pas
conscience qu'ils sont envoyés en blocs par des agences dans nos
établissements. Donc, ça, c'est tout un travail.
Et on met l'intelligence artificielle dans
ce superguide-là parce que la quantité de documents à traiter est énorme, et
donc on utilise l'intelligence artificielle pour les conversions et pour
l'identification des fraudes. C'est un projet qu'on est en train de mener en ce
moment.
M. Morin : Je vous remercie.
Est-ce que quelqu'un d'autre...
M. Deschênes (François) : Peut-être
au-delà de la dimension des fraudes, on a rehaussé les exigences à l'admission,
on a rehaussé les exigences en termes de maîtrise de la langue française.
Également, plusieurs universités, maintenant, exigent un seul programme, un
seul choix de programmes, ce qui fait en sorte que l'étudiant doit être
réellement intéressé à venir chez nous. Le report d'admission n'est plus
possible, il doit faire une nouvelle demande d'admission. Donc, c'est tout un
ensemble de mesures qui nous permet de cibler ceux et celles qui désirent
réellement venir étudier au Québec, et ça, bien, si on... il y en a tout plein
d'autres... si on les met bout à bout, bien, on voit déjà les effets appliqués
et concrets cette année.
M. Morin : Parfait, je vous
remercie. Quand j'ai lu l'article 3 du projet de loi, ma première
impression, puis j'aimerais vous entendre là-dessus, ça a été de me dire, oups,
le gouvernement, dans son plan annuel, veut contrôler, en fait, ce qui peut se
passer dans les universités ou dans les régions. Pour moi, la liberté
universitaire, c'est fondamental. Vous y avez fait référence, mais n'y a-t-il
pas là un enjeu, un danger à ce que le gouvernement veuille contrôler ce que
vous voulez enseigner ou les programmes que vous voulez développer dans vos
universités, étant entendu que l'université est là, avant tout, pour former des
gens avec un esprit critique, pour débattre puis, évidemment, faire de la
recherche?
• (11 h 20) •
M. Rousson (Vincent) : Si je
peux me permettre. Bien oui, en partie. On l'a mentionné tout à l'heure, les
métiers de demain ne sont pas nécessairement encore connus. On travaille à
former les programmes pour bâtir la société de demain. Donc, de dire
aujourd'hui que les programmes de formation que nous avons, c'est les métiers
d'avenir, bien, je mettrais un petit bémol, parce qu'il y a des recherches en
sciences humaines, en sciences sociales, en santé, en administration, en génie
qu'on a besoin de développer dans un large spectre pour arriver finalement à ne
pas avoir d'enjeux plus tard. Donc, de venir jouer dans... de venir limiter nos
étudiants, nos programmes, de déterminer certains éléments, oui, ça peut... ça
arrive... en fait, c'est qu'on va être pénalisé pour le plus tard. Ça... pour
moi, <ça c'est clair...
M. Rousson (Vincent) :
...ça
arrive... en fait, c'est qu'on va être pénalisé pour le plus tard. Ça... pour
moi, >ça, c'est clair. Il y a un enjeu réel aujourd'hui et demain, comme
société.
Nos étudiants internationaux, en fait,
puis je renchéris un peu sur ce que mon collègue mentionnait... toute la
réflexion derrière nos programmes, nos demandes d'admission et l'intégration
des étudiants internationaux, c'est un processus qui est réfléchi, autant à
l'interne qu'à l'externe, donc autant sur la capacité d'accueil de nos
professeurs, sur la capacité de bourses que l'université est capable d'offrir,
sur la capacité de logements que nous avons, sur la capacité de nos partenaires
à accueillir nos étudiants stagiaires dans nos programmes avec stages. Bref, il
y a un arrimage entre l'interne à l'université et nos partenaires externes,
notamment en région, pour s'assurer que notre capacité d'accueil, bien, on la
respecte. Donc, on n'ouvre pas les vannes à tout prix pour accueillir des
étudiants internationaux. Donc, ça, il y a vraiment une analyse approfondie
dans nos établissements.
Donc, de venir limiter, ça va venir
contrecarrer, bien entendu, tout le travail en amont, et ça va venir affecter
les années à venir.
M. Morin : Parfait. Je vais
céder la parole à ma collègue députée de Mont-Royal—Outremont.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mont-Royal—Outremont. La parole
est à vous. Donc, il vous reste 2 min 38 s. Allez-y.
Mme Setlakwe : Merci. J'ai de
la difficulté à cerner une quelconque utilité pour vous, là, avec le projet de
loi. Vous semblez être complètement en contrôle de la situation, vous
bénéficiez d'une autonomie, vous devez bénéficier d'une autonomie, et vous
semblez avoir mis en place et continuez de mettre en place les mesures pour
éviter qu'il y ait des problématiques. Est-ce que je me trompe?
M. Cloutier (Alexandre) : C'est
évident qu'il y a des mesures qui sont mises en place. Maintenant, c'est
important aussi de dire qu'on le fait toujours en collaboration avec le
gouvernement du Québec. Même les orientations qui ont été prises pour le
développement des outils internationaux, on l'a fait avec la planification
stratégique du ministère de l'Enseignement supérieur. C'est celle qui a été adoptée
au printemps, c'est encore les orientations qui avaient été données. On est en
constant dialogue aussi avec le ministère des Relations internationales du
gouvernement du Québec. On a participé à la commission parlementaire sur le
PEQ, par exemple, au printemps dernier.
Donc, il y a ce dialogue-là avec nous, il
est permanent. S'il y a des enjeux à régler, on est ouverts au dialogue, on est
ouverts à essayer de trouver des voies de passage. La raison pour laquelle on
est inquiets avec le projet de loi, c'est parce que, dans le fond, je le
répète, c'est... On nous donne une intention puis on se donne des outils pour
mettre en œuvre cette intention, mais on sait tous que le diable est dans les
détails, et les enjeux vont être soulevés quand on va connaître réellement le
fond des choses.
Alors là, pour le moment, nous, on émet
plusieurs réserves, là, sur plein de sujets différents parce qu'on n'a pas
encore identifié exactement ce qu'il allait être mis en oeuvre.
Mme Setlakwe : Merci.
J'aimerais qu'on parle de vitalité des régions. On a entendu vos collègues, là,
M. Deschênes, M. Rousson, parler de la situation à Rimouski puis en
Abitibi-Témiscamingue. Parlez-nous de l'importance des étudiants étrangers par
rapport à la vitalité des régions, sachant aussi, puis ça a été dit, ça a été
mentionné dans votre mémoire, que les inscriptions des étudiants québécois sont
à la baisse et qu'on dépend donc des étudiants étrangers pour combler les
programmes?
M. Deschênes (François) : Oui,
bien, je vais me permettre de répondre à cette question. Écoutez, la présence
des étudiants internationaux est essentielle. On a parlé de la réalité
démographique de nos régions. Si on regarde pour l'UQAR, nous desservons cinq
régions, Chaudière-Appalaches, Bas-Saint-Laurent, Gaspésie, Îles-de-la-Madeleine,
Côte-Nord. Ces cinq régions là, en termes de bilan migratoire, c'est négatif
pour les 15 à 24 ans, ce qui veut dire que, si on se fiait uniquement sur
ces populations-là, nous aurions moins de diplômés, moins de travailleurs par
la suite, moins de gens pour offrir les services à la population. Donc, vous
voyez que ce sont... ils sont essentiels pour cette vitalité-là et ils
contribuent aussi à la vitalité sociale et économique. Donc, pour nous, c'est
essentiel, pour la suite des choses, de pouvoir continuer à avoir une certaine
croissance.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, cette période d'échange est
terminée. Je me tourne maintenant du côté du député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Vous avez une période de 3 min 18 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Merci à vous pour votre présentation. Je n'ai pas
beaucoup de temps, je vais essayer d'y aller en rafale. Oui ou non, est-ce
qu'il y a un risque d'atteinte à l'autonomie de gestion d'universités avec le PL 74?
M. Cloutier (Alexandre) : Il
y en a assurément un, qui a été bien mentionné par nos collègues. Je vous
rappelle que la loi sur la liberté universitaire a été essentiellement vue sous
l'angle de la liberté universitaire, mais il y a un pan quand même important
qui a été moins discuté, c'est le volet de l'autonomie universitaire, qui est
tout aussi inclus dans la loi et qui fait partie des conditions fondamentales
de la vie universitaire, puis on ne peut pas dissocier un et l'autre. Et le
principe de l'autonomie universitaire est un principe qui a des balises
relativement claires, et, à nos yeux, les transgresser, bien, ça amène d'autres
risques. Ça amène même des risques de nature constitutionnelle. On pourrait
avoir un débat de juristes sur le caractère constitutionnel des principes de
cette loi.
M. Cliche-Rivard : Très
intéressant. Oui ou non, vous avez été consulté en amont du dépôt <de ce
projet de loi là...
M. Cliche-Rivard :
...oui
ou non, vous avez été consulté en amont du dépôt >de ce projet de loi
là?
M. Cloutier (Alexandre) : Oui,
on a été consulté en ce sens, car on est constamment informés par des intentions
du gouvernement, mais vous aurez compris que c'est un projet de loi qui a peu
de choses, alors on est consulté sur une orientation. Mais ce qu'on déplore, en
quelque sorte, ou la raison pour laquelle on est inquiets, c'est parce que c'est
le fond de l'histoire qu'on veut connaître, mais c'est... Donc, ce qu'on
souhaite, c'est d'être partie prenante à cette conversation-là sur les mesures
à mettre en place.
M. Cliche-Rivard : De la
suite.
M. Cloutier (Alexandre) : Mais
assurément qu'il y a un dialogue constant avec le gouvernement sur les
intentions.
M. Cliche-Rivard : Est-ce
que, selon vous, à ce stade-ci, le projet de loi 74 est nécessaire?
M. Cloutier (Alexandre) : Bien,
encore une fois, je pense que j'ai... ma réponse précédente répondait
essentiellement à la question. Comme on ne connaît pas encore le détail, à ce
moment-ci, c'est plus l'inquiétude. Puis, comme je le disais tout à l'heure au
ministre, ce qui nous inquiète, ce n'est pas juste le ministre actuel, mais
tous les ministres qui vont se succéder et de quelle façon on va utiliser cette
loi-là à des fins qui ne seraient pas, à nos yeux à nous, dans l'intérêt du
Québec.
M. Cliche-Rivard : Est-ce que
vous inscrivez un nombre d'étudiants qui respectent vos capacités d'accueil
respectives?
Une voix : Je ne sais pas
si...
M. Cloutier (Alexandre) : Pardon?
M. Cliche-Rivard : Vos
capacités d'accueil respectives, est-ce que vous en inscrivez un nombre qui la
respecte?
M. Cloutier (Alexandre) : Je
vais laisser mon collègue de Rimouski...
M. Deschênes (François) : Sans
équivoque, oui. Je vais vous donner un exemple. En 2013, nous avions
7 319 étudiants. On est autour de 7 000 présentement. Donc, on a
déjà démontré qu'on pouvait en accueillir davantage.
M. Cliche-Rivard : Aviez-vous
été consultés en amont de la dernière planification pluriannuelle des seuils
permanents?
M. Cloutier (Alexandre) : Comme
je l'ai dit, on parle... il n'y a pas une semaine qui pense qu'on ne soit pas
en contact direct avec le gouvernement. Alors, ça serait... ça ne serait pas...
C'est, oui, on leur parle. Maintenant, on n'a jamais le fin détail. Comme vous
le savez, vous avez des privilèges, comme parlementaires, de connaître le
détail des projets de loi. Alors, dans une... on ne peut pas prétendre qu'on n'est
pas consultés, non.
M. Cliche-Rivard : OK. Et
donc là, ce que vous dites, c'est finalement l'application... en fait, ce qui
est écrit là n'est pas tellement l'enjeu que comment il sera mis en oeuvre.
M. Cloutier (Alexandre) : Vous
avez bien saisi.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on termine avec le député de
Jean-Talon. Encore une fois, 3 min 18 s. La parole est à vous.
M. Paradis : Alors, si je
résume, puis vous me direz si je résume bien. Vous dites qu'actuellement, avec
ce projet de loi, le ministre veut se donner des outils, mais on ne connaît pas
ses intentions, on ne sait pas ce qu'il veut faire avec ces outils-là, que, si
on suit ce qui est écrit dans le projet de loi 74, ça donnerait une
discrétion au ministre qui donnerait un yo-yo, compte tenu des possibles
changements de gouvernement et de vision sur ces questions-là. Vous avez
répondu à ma collègue de Mont-Royal—Outremont que le
projet de loi n'était pas vraiment utile, et à mon collègue de Saint-Henri—Sainte-Anne,
à l'instant, que ce n'était pas nécessaire. C'est bien ça que vous pensez du
projet de loi 74? Est-ce que j'ai bien résumé?
M. Cloutier (Alexandre) : Bien,
je préfère mes propres propos, mais vous en faites un résumé auquel j'inviterais
les parlementaires au libellé exact de chacune des réponses que j'ai données.
Mais je vais laisser l'appréciation de mes réponses à vos collègues.
M. Paradis : Bon. Est-ce que,
sur ces questions, on a besoin du projet de loi 74 pour que le gouvernement
s'assoie avec les institutions d'enseignement supérieur au Québec et fasse une
planification avec des chiffres, puis un arrimage entre les besoins puis les
différentes considérations que vous avez mises sur la table aujourd'hui?
M. Cloutier (Alexandre) : C'est
une excellente question. J'ai saisi que la question a été posée aussi à notre
prédécesseur. Je ne rentrerai pas dans le débat : Est-ce que c'est
nécessaire ou pas? Mais là où je suis profondément convaincu, par contre, c'est
qu'on peut absolument faire... on ne peut pas mettre de mesures en place sans
consultation préalable du monde universitaire, sinon ça va nécessairement
donner des mauvais résultats.
M. Paradis : Est-ce que, dans
le projet de loi 74, comme vous le voyez aujourd'hui, vous décelez
justement cette planification-là? Est-ce que vous la voyez, la planification de
l'avenir pour les étudiants étrangers au Québec?
M. Cloutier (Alexandre) : Absolument
pas. Je comprends que le ministre nous a indiqué tout à l'heure qu'il y aurait
une consultation au printemps. Ça, par contre, ça m'a rassuré, je dois dire, c'est...
Je comprends que c'est au printemps qu'on connaîtra mieux les intentions des
temporaires, et ça inclut les étudiants internationaux. Alors, je comprends qu'entre
les deux, avant de mettre en œuvre ces mesures-là, nous serons consultés. Mais
en tout cas, c'est ce qu'on dit aujourd'hui, là, nous, on veut être consultés
de sur toutes formes de mesures qui pourraient être mises en place, et l'absence
de consultation serait une grave erreur. D'ailleurs, dans les amendements qui
vous sont proposés, on propose de prévoir une période de consultation
spécifique pour la mise en œuvre des éventuelles mesures.
M. Paradis : Nous, au Parti
québécois, on a déposé, la semaine dernière, une planification. On a dit qu'elles
étaient nos intentions et on se rejoint sur quelque chose, puis vous avez
commencé en parlant de la question du financement. Nous, on dit que la clé, la
première chose à discuter avec les institutions d'enseignement supérieur, c'est
la question du financement, qui a induit peut-être un certain nombre de
tendances à partir de 2018. Est-ce que vous êtes d'accord donc qu'une des clés
de ce débat-là, c'est la question du financement.
• (11 h 30) •
M. Cloutier (Alexandre) : Je
ne commenterai pas l'ensemble du document que vous avez déposé. Je ne sais pas
si vous le souhaitez. Je vais simplement dire qu'on a des préoccupations quant
à la présence des étudiants...
11 h 30 (version révisée)
M. Cloutier (Alexandre) : ...dire
qu'on a des préoccupations quant à la présence des étudiants internationaux sur
notre territoire. Et, pour nous, les étudiants internation, aux au sein des
universités, jouent un rôle fondamental à plusieurs égards, tant en recherche,
en création, d'implication sur le territoire québécois, etc.
Pour ce qui est de l'enjeu financier,
effectivement, depuis 2018, ça a posé un réel enjeu. Et cet enjeu-là est
toujours en suspend, est corrigé en partie, récemment, mais, à mon avis,
demeure un débat de société.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui met un terme à cette audition.
Merci beaucoup de vous être prêtés à l'exercice. C'était intéressant.
Alors, la commission va suspendre ses
travaux quelques instants, le temps que le prochain groupe s'installe.
(Suspension de la séance à 11 h 31)
(Reprise à 11 h 36)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. Alors, nous recevons, comme représentants, maintenant, des universités
de Montréal, McGill, Laval et Sherbrooke, donc, M. Daniel Jutras, recteur de l'Université
de Montréal; Deep Saini, recteur et vice-chancelier de l'Université McGill; Mme
Sophie D'Amours, rectrice de l'Université Laval; ainsi que M. Pierre Cossette,
recteur de l'Université de Sherbrooke.
Alors, madame, messieurs, vous bénéficiez
d'une période de 10 minutes pour votre présentation. Ensuite, on va
procéder à la période de discussion avec les élus. La parole est à vous.
Mme D'Amours (Sophie) : Mme
la Présidente, merci. Mmes, MM. les députés, M. le ministre, merci de nous
recevoir. Alors, comme vous l'avez annoncé, mon nom est Sophie D'Amours. Je
suis rectrice de l'Université Laval et je suis accompagnée de mes collègues que
vous avez présentés.
Alors, d'entrée de jeu, je souhaite vous
informer que nos quatre universités figurent parmi les 10 universités
ayant la plus forte intensité de recherche au Canada. Nous accueillons la
moitié de tous les étudiants universitaires du Québec et plus des deux tiers de
tous les étudiants inscrits à la maîtrise et au doctorat. Je prendrais les
prochaines minutes pour partager avec vous notre perspective sur l'importance
de la contribution des étudiants internationaux pour nos établissements, mais
aussi pour le Québec.
D'abord, j'aimerais souligner qu'en 2023,
la proportion de permis d'études attribués à des étudiants du Québec, de niveaux
collégial et universitaire, représentait 11,4 % du total pour tout le
Canada. Cette proportion est bien en deçà du poids démographique du Québec, qui
se situait à environ 22 %. Au Québec, les étudiants internationaux
représentent, de plus, un faible pourcentage de l'immigration temporaire, soit
12 % pour les titulaires d'un permis d'études uniquement et 21 %, en
incluant les titulaires de permis d'études et de travail. Toutefois, leur
contribution est essentielle au Québec, et ce, à plusieurs chapitres, notamment,
ils contribuent activement à la réalisation de notre mission de recherche et
d'enseignement. Dans nos établissements, les étudiants internationaux
contribuent aussi à ouvrir les horizons des étudiants québécois, partagent leur
savoir, leur culture et de nouvelles façons de voir le monde.
Pour que nos universités continuent d'être
innovantes, pour qu'elles soient connectées avec le réseau international, il
nous faut continuer de développer ce pouvoir d'attraction. Les universités
québécoises sont engagées dans un réseau de connaissances, où l'échange de
talents et d'idées transcende les frontières. Les étudiants internationaux que
recrutent les universités québécoises constituent aussi une source importante
de main-d'œuvre hautement qualifiée dont le Québec a besoin pour relever les
défis auxquels il est confronté. Leur apport est indispensable à l'innovation
et au développement des connaissances. Ils permettent au Québec de renforcer sa
position dans l'économie internationale du savoir et de tirer profit des
avancées de la recherche.
• (11 h 40) •
À l'heure actuelle, ils représentent près
de la moitié du nombre total d'étudiants inscrits au troisième cycle dans les
universités du Québec. Les étudiants internationaux jouent un rôle crucial dans
le soutien des activités de recherche de pointe dans nos universités, souvent,
à titre d'assistants de recherche ou de doctorants, contribuant ainsi
directement à la production de connaissances et à l'avancement scientifique.
Cette qualité de la recherche et cette attractivité mènent, à leur tour, au
développement de projets novateurs, appuyés financièrement par les décideurs
publics via les organismes de financement de la recherche.
Depuis 2014, le montant destiné à la
recherche dans les universités québécoises est passé d'un total de
1,4 milliard de dollars à plus de <2 milliards de
dollars...
Mme D'Amours (Sophie) :
...financement
de la recherche.
Depuis 2014, le montant destiné à la
recherche dans les universités québécoises est passé d'un total de 1,4 milliard de
dollars à plus de >2 milliards de dollars. L'apport des
étudiants internationaux à la recherche universitaire a aussi un impact
important sur la qualité de vie et la prospérité du Québec. Selon Statistique
Canada, leur impact économique se chiffre à plus de 3,8 milliards de
dollars au PIB du Québec. Qui plus est, les candidats que nous attirons
permettent la réalisation de découvertes, d'innovations et de démarrages
d'entreprise. Les étudiants de l'international apportent donc, sans contredit,
une contribution essentielle à la vie universitaire.
La croissance du nombre d'étudiants
internationaux découle d'ailleurs des orientations du ministère de
l'Enseignement supérieur qui reconnaît, depuis longtemps, le rôle des étudiants
dans le développement du Québec. Les règles du ministère régissent le
financement public des universités, prévoient même des octrois afin de recruter
davantage d'étudiants internationaux, et ce, depuis plusieurs années. Le
ministère, dans sa planification stratégique 2023-2027, énonce clairement sa
volonté d'attirer davantage d'étudiants internationaux dans les collèges et
universités francophones et ajoute que c'est une priorité gouvernementale, tout
comme la rétention de ceux-ci une fois diplômés. Notre positionnement s'inscrit
donc dans cette logique, et nous encourageons le gouvernement à poursuivre dans
cette voie.
Je cède maintenant la parole à mon
collègue Pierre Cossette.
M. Cossette (Pierre) : Mesdames,
messieurs, merci de nous accueillir ici. Comme l'a dit ma collègue Sophie,
l'Université de Sherbrooke, comme l'ensemble des universités représentées ici,
croit fortement que les étudiants internationaux sont une richesse pour notre
société et que le gouvernement québécois fait fausse route en les associant souvent
à un problème. Nos universités mènent une approche... prennent une approche
responsable et équilibrée au recrutement des étudiants internationaux, et nous
nous inquiétons que le projet de loi 74 empiète sur l'autonomie de
gouvernance académique des universités, qui a fait ses preuves, incluant dans
le recrutement d'étudiants internationaux. Nous nous inquiétons aussi qu'il ne
tient pas compte du fait que le processus de recrutement est complexe,
pluriannuel et ancré dans des orientations stratégiques au long cours des
universités.
Vous savez, le recrutement international
se base sur des liens de confiance avec des régions, des institutions ciblées
partout sur la Terre, et ces relations-là se font dans un contexte extrêmement
compétitif. Et, pour un étudiant ou une étudiante internationale doit... D'abord,
on doit l'attirer, attirer son attention, doit faire une demande d'admission
qui doit être... Nous, on évalue si la demande d'admission est pertinente. Il
doit obtenir un certificat... d'acceptation du Québec puis un permis d'études
fédéral afin d'être inscrit. C'est un processus qui est très long, qui prend
plusieurs mois, souvent, des années, notamment dans les programmes de
recherche. Et, jusqu'à présent, ça fonctionne.
D'ailleurs, grâce à l'autonomie et
l'approche stratégique de nos institutions, elles sont devenues des lieux de
formation et de découverte avec des retombées mesurables pour le Québec et
attirent les meilleurs talents de partout dans le monde. Mais le projet de loi 74
propose des règlements qui pourraient contraindre l'autonomie de nos
institutions, qui s'est avérée très bénéfique, on le pense, pour le Québec. Et,
en souhaitant se doter d'un pouvoir d'interdire la venue d'étudiants
internationaux ou de cibler sur la base d'un choix de programmes d'études, le
projet de loi 74 agit là où les universités ont la compétence pour
sélectionner les étudiants. Chercher à régir où étudieront les étudiants
internationaux afin de répondre à des priorités gouvernementales qui peuvent
changer affectera négativement la capacité de développement stratégique de nos
institutions. Et ces changements vont empiéter sur la capacité de répondre de
façon... en même temps, au long cours, mais, en même temps, de façon agile à ce
que nos institutions savent faire en lien avec leurs collègues et leurs
partenaires de la société québécoise.
Juste pour revenir sur certains points et
des questions qui ont été posées sur notre capacité d'accueil, malgré le fait
que c'est complexe, l'admission, je veux vous rassurer sur une chose, nos
institutions mettent tout en place pour assurer l'intégration des personnes
étudiantes : des services d'accès au logement, des services
d'accompagnement et un accès aux cliniques de santé. Nous le faisons déjà et on
va continuer à le faire. Il faut également noter que, pour la plupart, les
étudiants internationaux arrivent au Québec seuls et en bonne santé. 80 %
ont moins de 30 ans. Ils ne sont pas un fardeau pour nos systèmes de santé
et d'éducation. On pourrait même argumenter qu'ils sont plutôt une source de
main-d'oeuvre pour répondre aux pressions identifiées.
L'autre élément très important, c'est de
mettre en contexte le volume d'étudiants internationaux. Dans nos universités
québécoises, ils ont passé de 3 600... 36 900 à 57 400. Donc,
c'est une hausse de 59 % sur 10 ans. On est très loin des 140 %
dont on évoque dans plusieurs documents. Donc, c'est une... Et c'est une
croissance qui est raisonnable, qui a été fortement encouragée par le
gouvernement québécois jusqu'à récemment, et elle est cohérente avec les
orientations stratégiques de nos établissements et du gouvernement, parce
qu'entre autres les étudiants internationaux jouent un rôle important <dans
la réalisation...
M. Cossette (Pierre) :
...elle
est cohérente avec les orientations stratégiques de nos établissements et du
gouvernement, parce qu'entre autres les étudiants internationaux jouent un rôle
important >dans la réalisation des objectifs de la stratégie québécoise
de recherche et d'innovation notamment. Donc, la croissance des étudiants
internationaux au Québec était prévue et encouragée, et ce, pour plusieurs très
bonnes raisons.
En conclusion, le ministre dit vouloir
s'attaquer de façon ciblée à des problèmes d'abus, on est d'accord avec cette
idée d'attaquer les abus. Or, le gouvernement prend maintenant une direction
différente avec la... une présentation d'un projet de loi dont les règlements
pourraient limiter ou contraindre l'ensemble des universités, qui ne sont pas
la source des enjeux soulevés, qui ont simplement répondu à l'appel
gouvernemental d'augmenter leur recrutement international, qu'ils l'ont fait au
bénéfice du développement, de la recherche, de l'innovation québécoise et de
l'ensemble de notre société. Bref, nous pensons... nous recommandons que les
établissements visés à l'article 1 de la Loi sur les établissements
d'enseignement de niveau universitaire ne soient pas assujettis au projet de
loi. Nous sommes d'accord que, s'il y a des mauvais conducteurs sur la route ou
s'il y a un problème à régler... Je vais prendre une analogie médicale, je suis
médecin, mais il faut trouver la bonne maladie puis éviter les médicaments qui
ont plein d'effets secondaires.
Donc, pour nous, le projet de loi 74
ne cible pas la bonne maladie et est rempli d'effets secondaires. Et surtout,
surtout, on est très affectés, on vous demande de cesser d'associer les
étudiants internationaux des établissements universitaires à un problème. Ils
sont une source de richesse. Ils font partie de la solution pour le
rayonnement, le développement, mais aussi pour le développement de la
recherche, l'innovation et de la prospérité du Québec. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Voilà. Merci beaucoup pour votre présentation. Alors, je me
tourne du côté de la banquette ministérielle. Vous avez une période 16 min 34 s.
M. le ministre, la parole est à vous.
M. Roberge : Merci, Mme la
Présidente. Je rassure les gens qui nous écoutent, mon gouvernement et
moi-même, on ne considère pas que les étudiants internationaux ou les étudiants
étrangers sont des problèmes à régler, d'aucune manière. Je pense qu'il faut
cependant se donner la liberté de réfléchir lorsqu'on voit des problématiques
qui surviennent. On a des problématiques, notamment de logements, et lorsqu'on
voit des chiffres très élevés... Il y a une dizaine d'années environ, il y
avait environ 50 000 étudiants étrangers. En ce moment, on est à
122 000. Est-ce que ça veut dire, comme le Parti québécois, qu'il faut retourner
à 50 000, qu'il faut réduire de 70 000, 72 000 le nombre
d'étudiants étrangers? Non. Ce n'est pas ce qu'on a dit. Je pense que ça ferait
mal à plusieurs établissements, plusieurs programmes, puis que ça mettrait à
mal les régions.
Par contre, on peut nommer les choses,
voir cette progression-là, puis se questionner sur quelle manière, dire qu'il y
a peut-être des abus, puis se donner les outils pour être chirurgical, pour
reprendre des termes médicals, parce qu'en ce moment — des termes
médicaux, pardon — parce qu'en ce moment le gouvernement, s'il veut
agir, mais il ne peut pas agir de manière précise, on ne contrôle que le seuil.
C'est comme si on gérait une écluse, on pouvait faire monter tous les bateaux
ou baisser tous les bateaux d'un coup. On ne peut pas décider qui passe à
travers les écluses d'aucune, aucune, aucune manière. C'est comme si le
gouvernement, en ce moment, abdiquait un peu de son champ de compétence en
immigration, alors que ça fait partie des champs que l'on possède.
J'ai des questions assez précises. Puis je
suis content d'avoir les dirigeants de quatre... parmi les grandes institutions
qu'on a ici au Québec. J'aimerais avoir quelques données qu'on pourrait
partager puis qui pourraient être intéressantes pour les Québécois. Dans vos
quatre institutions, quel est le pourcentage d'étudiants? Il y a, en comptant
autant les... premier cycle, deuxième cycle, etc., il y a les étudiants
québécois, il y a les, ce qu'on appelle les CNRQ, là, les Canadiens non-résidents
du Québec, les étudiants étrangers. Est-ce que vous êtes capable de nous
fournir, par établissement, quel est votre pourcentage, dans chacun de vos
établissements, Québécois, CNRQ, et étudiants étrangers?
• (11 h 50) •
M. Saini (Deep) : Merci
beaucoup, monsieur. Très bonne question, une question autour de laquelle il y a
beaucoup de mal compréhension en ce qui concerne McGill. Nous avons
actuellement environ 54 % de nos étudiants qui sont Québécois ou
Québécoises. Alors, seulement 46 % de nos étudiants viennent de l'extérieur
de Québec, dont environ 30 % international, et environ juste en dessous de
30 % et le reste, c'est les étudiants CNRQ. C'est ce qui est important de
comprendre, qu'à McGill le pourcentage des étudiants et le nombre réel des
étudiants étrangers a resté constant, plus ou moins, depuis le dernier
décembre. Il y a <une baisse légère...
M. Saini (Deep) :
...le
pourcentage des étudiants et le nombre réel des étudiants étrangers a resté
constant, plus ou moins, depuis le dernier décembre. Il y a >une baisse
légère du nombre des étudiants étrangers. On n'est pas responsable pour
l'augmentation énorme des étudiants internationals dont on parle ici, au
Québec.
M. Cossette (Pierre) : À
l'Université de Sherbrooke, c'est 11,1 % d'étudiants internationaux. On a
eu une croissance dans les dernières années, mais on a eu une baisse déjà de
15 % des admissions internationales cette année. Vous savez, il y a eu une
douzaine d'annonces de différents paliers de gouvernement dans les derniers
temps. Ça heurte déjà beaucoup, OK, mais on a déjà une diminution des nouvelles
admissions. Mais notre proportion d'étudiants internationaux, c'est 11 %.
Pour les étudiants, pour répondre précisément à votre question, canadiens hors
Québec, c'est un tout petit pourcentage, là, donc, qui est négligeable pour
l'Université de Sherbrooke.
Mme D'Amours (Sophie) : Pour
l'Université Laval, c'est 11 % aussi. Puis la même réalité pour les
étudiants canadiens, c'est un tout petit nombre, et le reste, ce sont des
étudiants québécois... C'est ça.
M. Jutras (Daniel) : Merci,
M. Roberge. Chez nous, c'est 16 % d'étudiants internationaux. Les
CNRQ représentent, à mon souvenir, moins de 250 étudiants à l'Université
de Montréal, sur quelques dizaines de milliers d'étudiants. Je note au passage
que la très grande majorité de ces étudiants-là internationaux sont
francophones. L'anglais, comme langue d'usage, par exemple, ce n'est pas la
deuxième langue d'usage, c'est la sixième langue d'usage. Donc, les locuteurs
en anglais, ceux qui décrivent leur langue d'usage comme l'anglais,
représentent à peu près 200 personnes depuis les 10 dernières années
à l'Université de Montréal.
M. Roberge : Merci. Allez-y.
Mme D'Amours (Sophie) : Oui.
J'ajouterais un commentaire, parce que je pense que c'est important de
contextualiser dans un contexte international de la recherche. Les grandes
universités de recherche, en général, vont avoir un pourcentage d'étudiants
internationaux qui va tourner autour de 25 % à 30 % de leur bassin
étudiant, une proportion importante aux cycles supérieurs, comme c'est le cas
dans nos universités. Par exemple, dans des secteurs comme la recherche
médicale ou la recherche dans des domaines technologiques, l'agriculture, par
exemple, on va retrouver jusqu'à 60 % et 70 % d'étudiants
internationaux dans les laboratoires de recherche.
M. Roberge : Merci beaucoup
pour vos réponses très, très précises. Je comprends que vous semblez en
désaccord avec l'idée de réduire les étudiants, puis vous me corrigerez si ce
n'est pas le cas, je ne veux pas vous mettre des mots dans la bouche, mais est-ce
à dire que vous souhaiteriez qu'il y ait davantage d'étudiants étrangers sur le
territoire? Dans le fond, est-ce que vous voulez un statu quo? Là, je ne vous
parle même pas du projet de loi, c'est-à-dire d'une agilité pour choisir plus
ou mieux... plus ou moins. Est-ce que vous pensez qu'en ce moment on est au bon
endroit? Il y a peut-être un petit ménage à faire, il faudrait réduire ou,
d'après vous, on est à 122 000, ça en prendrait 125 000, 130 000,
140 000?
M. Cossette (Pierre) : J'aimerais
rappeler que, dans les universités, c'est 57 000, hein, donc... Et cette
croissance-là a été vraiment modeste dans les 10 dernières années,
beaucoup moins qu'ailleurs au Canada d'ailleurs. Comme l'évoquait Sophie, pour
répondre à cette question-là, il faudrait regarder c'est quoi, notre
progression en recherche dans les universités québécoises. Parce que,
malheureusement, les étudiants, les étudiantes québécoises et québécois vont
peu à la maîtrise et au doctorat de recherche maintenant, ce qui fait que, dans
les laboratoires de pointe... physique quantique, en microélectronique, en ARN,
en recherche de la santé, c'est environ 50 %, un peu plus, des étudiants
de maîtrise, de doctorat de recherche, qui viennent de l'international. En
fait, sans eux et elles, on ne pourrait pas faire les projets de recherche pour
lesquels on reçoit des subventions.
Bon, je vais vous donner un autre chiffre.
On a 22 % de nos professeurs à l'Université de Sherbrooke qui viennent de
l'international. On accueille des gens, des grandes sommités. Donc, je vais
vous donner un exemple. On a eu deux chaires de recherche d'excellence du Canada.
L'une d'elles est une professeure espagnole qui travaillait à l'Université de
Berlin, qui vient travailler maintenant en physique quantique à une
l'Université de Sherbrooke. Si je lui pose la question à elle : Est-ce
qu'il y a assez d'étudiants internationaux? C'est plutôt l'inverse, elle va me
dire : Est-ce que je vais avoir le droit de recruter des meilleurs
étudiants de partout dans le monde pour venir travailler dans mon laboratoire à
l'Université de Sherbrooke? Parce que, si elle n'a pas le droit, elle ne serait
pas venue travailler à l'Université Sherbrooke, donc, parce que c'est comme ça,
la recherche de pointe dans le monde.
Donc, le nombre total d'étudiants, c'est
une chose. Nous, on pense qu'on fait un excellent boulot pour les accueillir
puis s'en occuper. On ne les laisse pas tomber, on s'occupe vraiment de nos
étudiants. On fait un accueil de qualité. La progression, elle a été modeste
dans les dernières années. Donc, à ce stade-ci, on veut participer évidemment à
l'effort québécois, on pense que nos universités font un excellent boulot au
bénéfice du Québec.
M. Saini (Deep) : Je peux
ajouter une chose, que, pour les grandes universités de recherche, la
compétition pour le talent, y inclus les étudiants, <c'est
international...
M. Cossette (Pierre) :
...nos
universités font un excellent boulot au bénéfice du Québec.
M. Saini (Deep) :
Je
peux ajouter une chose, que pour les grandes universités de recherche, la
compétition pour le talent y incluent les étudiants, >c'est
international. Chez nous, les étudiants, souvent, arrivent avec deux, trois
offres par... des autres universités au monde, aux États-Unis, en Australie ou
Angleterre, etc. Alors, on compétitionne... sur l'échelle mondiale pour le
talent de nos étudiants et pour faire de la recherche, dont on a environ
2 milliards de dollars par année entre nos quatre universités. Alors, on a
une responsabilité de fournir les résultats qui sont attendus par les
organismes subventionnaires.
Mme D'Amours (Sophie) : Si
j'ajoutais...
M. Jutras (Daniel) : Excusez.
Je pense que vous posez une bonne question, M. le ministre. Est-ce qu'il y a
trop d'étudiants internationaux au Québec? Puis moi, je dirais qu'une bonne
partie de la réponse, c'est de savoir si on a trop d'étudiants qui sont parmi
les meilleurs au monde, qui choisissent de venir au Québec. Puis la réponse à
ça, il faut que ce soit non. On veut que ces gens-là, qui sont des personnes
exceptionnelles, qui viennent contribuer à nos activités de recherche,
contribuent à la richesse de nos programmes viennent au Québec.
Alors, l'autre réponse à la question,
c'est : Est-ce qu'il y a des étudiants internationaux ici, en dehors de
nos universités, puis je parle de l'ensemble du réseau des universités qui sont
visées par l'article 1, est-ce que les étudiants internationaux... puis
j'exclus les cégeps aussi, là, qui, je pense, font aussi un excellent boulot
dans la sélection, est-ce qu'il y en a, des étudiants internationaux qui ne
devraient pas être ici parce qu'ils abusent d'un système? Vous avez évoqué vous-même,
en conférence de presse, des abus. Nous, on n'a pas, en fait, d'indication de
ce à quoi vous référez, mais je vous crois sur parole qu'il y a des abus. C'est
ces gens-là, je pense, qu'il faut contrôler.
Et ça, ça nous amène, nous, à réfléchir aux
moyens par lesquels on peut contrôler ces entrées-là. Puis, à notre avis, le
moyen, ce n'est pas d'imposer des plafonds à nos universités en fonction de la
région, du niveau d'études, du cycle d'études, de la catégorie d'établissement
d'enseignement, du programme d'études. Ça, ça permettrait, par exemple, de
fixer un nombre maximal pour l'université dans le Bas-du-Fleuve par opposition
à une université à Montréal, fixer un nombre maximal pour les étudiants au
doctorat par opposition aux étudiants au premier cycle, et ainsi de suite, là.
Il y a une modulation, en d'autres termes, qui vient de l'article 52.1, de
la modification à l'article 52.1, qui me semble être éloignée de
l'objectif fondamental qui est de traiter le problème des admissions
irresponsables d'étudiants internationaux.
Alors, nous, on pense que la solution pour
vous, c'est de viser les abus, ce n'est pas de viser de manière globale avec
des mesures très, très granulaires, comme celles que je viens d'évoquer,
l'accueil d'étudiants internationaux exceptionnels qui contribuent à l'essor du
Québec.
Mme D'Amours (Sophie) : Et
j'ajouterais que les universités mettent en place des processus très rigoureux,
hein, pour faire la sélection de ces étudiants. On parle de dizaines de
milliers de demandes d'étudiants internationaux qui veulent venir étudier au
Québec. Et, à l'Université Laval, cette année, on accueillera
1 700 étudiants. Donc, il y a une sélection qui se fait, qui est très
importante.
Et, par ailleurs, dans le contexte actuel,
pour nous, la perte d'étudiants, au niveau des nouvelles inscriptions cette
année, elle s'élève à 22 %. C'est un... c'est une grosse, grosse chute.
M. Roberge : Vous parlez des
inscriptions, des...
Mme D'Amours (Sophie) : Les
nouvelles inscriptions d'étudiants internationaux, alors ceux qui sont
maintenant à l'université, cet automne, par rapport à l'an dernier, on a une
perte d'étudiants de 22 %.
M. Roberge : OK. Je
laisserais ma collègue de Vimont poursuivre, si vous voulez bien.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Alors, Mme la députée, il reste encore 4 min 14 s.
Mme Schmaltz : Parfait. Merci,
Mme la Présidente. Justement, je veux vous relancer là-dessus, sur le rôle des
agents de recrutement au sein des bureaux de registraire dans les universités.
De quelle façon... Est-ce qu'ils suivent, de un, des formations continues pour
s'assurer justement de sélectionner les bonnes candidatures et éviter cet
aspect malheureux, frauduleux, là, qu'on va... qu'on va rencontrer?
Et puis tantôt vous disiez, bon, on a
chuté de 22 %, les inscriptions, etc. Est-ce que c'est lié peut-être à un
resserrement? C'est... Est-ce qu'on peut en tenir compte aussi?
• (12 heures) •
Mme D'Amours (Sophie) : Ce
que... ce que l'on entend, c'est l'effet de 12 mesures, 12 annonces
différentes en lien avec la réalité des étudiants internationaux dans la
dernière année. Donc, il y a beaucoup d'incertitude par rapport à l'arrivée au
Québec, l'arrivée à l'université et des processus. Donc, il y a une partie qui
est associée à ça. Il y a une partie qui peut être associée au contexte
économique. Le contexte économique est tel qu'un peu partout dans le monde...
12 h (version révisée)
Mme D'Amours (Sophie) : ...l'arrivée
à l'université et des processus. Donc, il y a une partie qui est associée à ça.
Il y a une partie qui peut être associée au contexte économique. Le contexte
économique est tel qu'un peu partout dans le monde il y a eu un effet d'inflation,
il y a eu des conditions qui, peut-être, semblaient être favorables au départ, il
ne s'est pas présenté, et puis l'étudiant n'est pas venu au moment où il devait
venir. Donc, il y a plein de conditions qui sont difficiles à préciser, mais l'effet
est bien réel. Et il y a eu aussi des mesures administratives qui ont été
prises par les ministères de l'immigration, où il y a eu une période de
ralentissement dans l'émission de visas étudiant, puis il y a eu une période où
il ne s'est pas émis de visas étudiant. Donc, ça aussi a eu un effet sur les
inscriptions.
M. Cossette (Pierre) : Je
veux juste revenir sur un point. Je vais parler pour l'Université de Sherbrooke.
On n'utilise pas d'agence de recrutement international, premièrement, donc. Et,
deuxièmement, toutes les offres d'admission qui sont faites sont faites sur la
foi de la qualité du dossier qu'on évalue. On n'a aucun intérêt à admettre un
étudiant qui va... puis... ou une étudiante puis la mettre en situation d'échec,
puis faire dérailler une classe, ou un groupe, ou... Donc, on est... on est
très rigoureux, nous. Les étudiants, étudiantes qui viennent à l'Université de
Sherbrooke, c'est parce qu'ils viennent étudier, c'est parce qu'ils viennent
faire une session, une année, un bac, une maîtrise, un doctorat, et... c'est
pour ça. On a peut-être juste 11 %, malgré qu'on est une université qu'il
y a eu des grands progrès en recherche. On a eu des progrès intéressants au
niveau des étudiants internationaux, mais 95 %, en passant, viennent de
la... bon, une... 90 % à 95 % viennent de pays de la francophonie.
Donc, ça, c'est intéressant.
Mme Schmaltz : ...elle est
plus précise, c'est les critères de sélection. Est-ce que c'est juste les notes
académiques? C'est quoi exactement?
M. Cossette (Pierre) : C'est
les mêmes critères pour tous... pour tous les étudiants, qu'ils soient
internationaux ou non. Donc, si un programme donné utilise les notes, un
portfolio, ça va être la même chose pour les internationaux. Si un autre programme,
c'est que les notes, ça va être les notes. C'est sûr que, quand on arrive dans
les programmes de maîtrise et de doctorat de recherche, c'est un processus très
complexe, parce qu'il faut voir les lettres de référence, dans quels
laboratoires qu'ils ont travaillé, est-ce que leur maîtrise équivaut vraiment à
une maîtrise, est-ce qu'on veut les passer direct au doctorat, donc, ça, c'est...
puis dans chaque discipline. C'est pour ça que c'est un processus complexe et
long, là. Il faut savoir si, dans tel pays X ou Y, puis telle université,
là, le diplôme, est-ce que... qu'est-ce que ça donne quand ces étudiants-là
arrivent dans un laboratoire, parce qu'il faut que ce soit sécuritaire et bien
fait.
Mme Schmaltz : Mais c'est
long? J'imagine, ça doit être très long avoir le...
M. Cossette (Pierre) : C'est
très long, c'est très long.
Mme D'Amours (Sophie) : C'est
très long, et ça se... ça s'opère tout au long de l'année. C'est-à-dire que,
pour les étudiants de maîtrise et de doctorat en recherche, l'offre ne se fait
pas en bloc, on ne fait pas une gestion en... je dirais, en lots de l'offre d'admission.
C'est un... c'est un processus...
Mme Schmaltz : OK. Donc,
comme vous dites, c'est cas par cas.
Mme D'Amours (Sophie) : Oui, parce
que ça prend des professeurs qui acceptent de superviser les travaux de
recherche, et ce sont eux qui font l'évaluation de la capacité de recherche.
Donc, il y a la... il y a la partie académique, qui est faite préalablement,
mais les professeurs vont décider ou non de superviser l'étudiant pour ses
travaux de recherche, et ça, c'est un processus qui est un peu plus long. Il y
a des entrevues, souvent, il y a des échanges avec la personne, etc. Et quand
tout est, finalement, positif, bien, la personne va recevoir une offre.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Merci beaucoup. Alors, c'est ce qui met fin à cette
première portion d'échange. Je me tourne du côté de l'opposition, avec le
député de l'Acadie, 9 min 54 s. La parole est à vous.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, M. Jutras, M. Saini, Mme D'Amours, M. Cossette, merci d'être
là, merci pour vos explications, votre mémoire. J'aurai quelques questions pour
vous. Et corrigez-moi si je fais erreur, mais les chiffres que j'ai obtenus du
Bureau de coopération interuniversitaire pour le nombre d'étudiants
internationaux total, ce serait 57 450 au Québec. Le gouvernement nous
parle d'abus, d'abus et d'abus. On parle de 57 450 étudiants. Un peu
plus tôt, les gens de l'Université du Québec et du réseau nous ont parlé qu'ils
avaient des mesures en place. En avez-vous, des mesures en place? Est-ce que
vous effectuez un contrôle, et, si tel est le cas, est-ce que ce projet de loi
est inutile?
M. Cossette (Pierre) : Bien,
en fait, on a plein de mesures en place. Nous, l'année dernière, c'est 15 000
demandes d'admission internationales qu'on a eues, là, puis on en a admis un
peu plus de 1 000, là, donc. Et, effectivement, nos chiffres d'admission,
avec toutes les turbulences qui ont eu lieu, sont en baisse, et on est très
préoccupés de ça. Comme le rappelait mon collègue de... le recteur Deep Saini,
de McGill, on est en compétition avec le reste du monde, là.
Donc, nous, on... l'idée d'avoir une agilité
interne à nos institutions puis une capacité d'aligner les recrutements avec
notre capacité de laboratoire, nos capacités, nos... nos recrutements
stratégiques sont très <importantes...
M. Cossette (Pierre) :
...nos
capacités, nos... nos recrutements stratégiques sont très >importantes.
Donc, c'est ça. Vous pourrez déduire que, pour nous, on demande d'être exclues
de l'application du projet de loi, c'est parce qu'on ne pense pas que, pour les
universités, on a... on ne pense pas qu'on fait partie du problème, point, on
pense qu'on est plutôt des bons acteurs socioéconomiques et de développement du
Québec et, deux, on pense qu'on est très responsables dans nos démarches
d'admission. Donc, on ne comprend pas pourquoi il y aurait des pouvoirs
législatifs potentiels, hein, potentiels. Parce que, là, on est... le diable
est dans les détails, puis comment tout ça va s'appliquer, mais les pouvoirs
potentiels sont vraiment énormes puis ils viennent interférer directement avec
la liberté universitaire au sens de notre capacité à développer au long cours
des orientations stratégiques.
Vous savez, il y a peu de gens, là, qui
auraient priorisé l'intelligence artificielle à Montréal, il y a 40 ans,
ou l'optique photonique à Laval, il y a 40 ans, ou la physique quantique à
Sherbrooke, puis, je vais dire, la recherche en ARN à McGill, il y a 40 ans,
là, ce n'était pas dans les priorités, là, parce qu'on ne savait pas encore les
applications. Mais aujourd'hui, s'il n'y avait pas, au Québec, 50 % de la
recherche en ARN de tout le Canada, puis il n'y avait pas McGill comme fer de
lance puis nous qui collaborons avec eux, il n'y aurait pas Moderna à Laval,
là, OK? Donc, ça, c'est concret, là, c'est comme ça. La capacité de recherche
dépend de notre capacité d'attirer les meilleurs talents au monde dans des
projets puis dans des visions au long cours. Donc, nous, on pense que l'état
actuel des choses a bien rendu service au Québec.
M. Morin : Merci. J'ai une
autre question pour vous. Vous y avez répondu, vous y avez touché un peu, mais
j'aimerais vous entendre davantage. Est-ce que vous croyez que l'article 3
du projet de loi, alors que le gouvernement veut éventuellement prendre des
décisions qui pourraient avoir un impact dans des programmes... est-ce que ça
pourrait avoir un impact sur la liberté universitaire et sur l'autonomie
universitaire? Et, si c'est le cas, est-ce qu'on ne s'engage pas là dans des
débats juridiques éventuellement? Parce que, moi, comme parlementaire, c'est ce
que je veux éviter. Alors, j'aimerais savoir. Puis l'indépendance, la liberté,
l'autonomie universitaire, c'est fondamental. Donc, j'aimerais vous entendre
là-dessus, s'il vous plaît.
M. Jutras (Daniel) : Bien,
peut-être que... Je peux revenir, en fait, à la réponse que je faisais tout à
l'heure au ministre Roberge. À notre avis, il faut essayer de choisir les
mesures... Vous parlez de mesures de contrôle, là. Nous, on n'en a pas, de
mesure pour restreindre le nombre d'étudiants internationaux, comme l'évoquait
M. Cossette. On a des mesures pour choisir les meilleurs et ceux qui sont
susceptibles de réussir chez nous. Il y a des mesures pour les accompagner dans
leur processus et dans leur cadre de vie aussi, logement et autres aspects de
leur vie. Et donc, si on s'intéresse... moi, je suis juriste, là, puis si on
s'intéresse... en anglais, on dit au «mischief», c'est-à-dire à l'objet
que l'on veut trancher dans la loi, par cette loi, à l'objet législatif,
l'objet législatif, ça devrait être de trancher les abus, s'intéresser aux abus
puis de contrôler les abus.
Et personnellement, et je pense que c'est
une opinion qui est partagée par nos collègues, on l'évoque dans notre mémoire
conjoint, l'amendement qui est proposé à l'article 52.1, donc, à l'article 3
de la... du projet de loi, en fait, il n'est pas bien adapté à cet objectif-là,
parce qu'il permettrait éventuellement au ministre de faire des distinctions
dans la fixation des différents quotas, du nombre maximal, en fonction de
distinctions, en fait, qui sont des distinctions académiques, de cycle
d'études, le programme, la région, effectivement. Et ça, à notre avis, c'est
vraiment une... quelque chose qui est sans précédent dans la détermination de
ce qui est opportun dans la configuration des universités.
Vous savez, il y a eu des mesures, ces
dernières années, pour favoriser, par exemple, l'accroissement des effectifs
étudiants dans certaines disciplines. C'est l'Opération main-d'oeuvre, que vous
connaissez. C'étaient des incitatifs, hein, c'étaient des incitatifs financiers
pour les étudiants et pour les universités d'accroître les effectifs dans ces
disciplines importantes pour le Québec où il y a des besoins en main-d'oeuvre.
Là on ne parle pas d'incitatifs, là on parle d'interdiction, en fait, de moyen
qui permettra au ministre de déterminer que, tel programme, on n'a pas besoin
d'autant d'étudiants, on va fixer un maximal... un chiffre maximal très, très
bas. Alors, oui, je pense que, là, il y a un risque d'atteinte ou, en tout cas,
de complication de l'exercice de la gouvernance académique pour nos
universités.
M. Morin : Merci. Je vais
céder la parole à ma collègue de Mont-Royal—Outremont.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...il vous reste 4 min 4 s. Allez-y.
• (12 h 10) •
Mme Setlakwe : Merci.
J'aimerais revenir sur deux éléments, mais la recherche de pointe, je
pense qu'il... on ne peut pas en parler... on ne peut pas trop en parler.
Est-ce qu'on doit comprendre qu'ensemble vous constituez un écosystème, un îlot
d'excellence qu'il ne faudrait pas fragiliser? J'aimerais que vous en... que
vous élaboriez davantage. Vous avez mentionné, là, des exemples de
collaboration et d'impacts positifs sur l'économie.
Et, le deuxième thème sur lequel
j'aimerais revenir, à vous entendre parler, on constate que vous êtes des
vecteurs d'intégration. On a reçu plus tôt le Commissaire à la langue française.
Donc, j'aimerais vous entendre sur les... étant... ayant en tête l'autonomie
des établissements, <entendre les différents outils, les programmes que
vous déployez...
Mme Setlakwe :
...établissements,
>entendre les différents outils, les programmes que vous déployez pour
franciser les étudiants étrangers. Merci.
M. Saini (Deep) : Laissez-moi
répondre un peu de votre première question. Ma collègue ici a... Mme Sophie
D'Amour a... vient de dire qu'on a entre nos quatre universités... nous sommes
responsables pour 2 milliards de dollars de subventions externes pour
la recherche. Ça représente environ 80 % de toute la recherche faite au
Québec parmi les 20 institutions au niveau de l'université. Alors... Et,
entre nous quatre, on a un nombre énorme de collaborations qui ne seraient pas
possibles si on travaille en isolation. Alors, on travaille ensemble.
On a par exemple... M. Cossette a cité
l'exemple d'ARN messager. Toute la recherche à McGill implique les chercheurs
de Sherbrooke et vice versa. On a des collaborations étroites avec l'Université
de Montréal en intelligence artificielle. On a des collaborations avec... également
avec Laval sur l'environnement, agriculture, etc., et dans d'autres domaines.
Même pour la francisation de nos étudiants, par exemple, on a un programme à
McGill qui envoie nos étudiants durant l'été pour passer huit semaines, en
collaboration avec Laval, pour maîtriser le français, la langue française.
Alors, oui, c'est certain que nous
représentons un écosystème, mais cet écosystème n'est pas limité à nos quatre universités.
Je pense que les 20 universités ou les institutions équivalentes des universités
au Québec font ensemble un écosystème qui est là pour servir les intérêts
économiques et les intérêts sociaux de notre province.
M. Cossette (Pierre) : Je
voudrais revenir sur le vecteur d'intégration parce que c'est un vecteur
puissant, parce qu'aller obtenir un diplôme universitaire, qui souvent
s'accompagne de stages, parfois en entreprise, parfois dans le milieu
communautaire ou ailleurs, avec des projets de recherche appliquée notamment...
bien, à la fin, bien, il y a une partie des personnes qui veulent rester, mais
ils sont... ils sont complètement intégrés déjà, ils ont déjà leurs réseaux. Nous,
à l'Université de Sherbrooke, on a un centre de langues qui offre des cours de
francisation, parce que je vous ai dit qu'il y a une majorité de nos étudiants
qui venait de la francophonie, mais la... on a quand même un bon nombre
d'étudiants, par exemple, iraniens, leur langue seconde... en général, le
français, ce n'est pas dans leur langue, même l'anglais, donc... mais, quand
ils sortent de nos programmes, ils savent parler français, là, parce que,
sinon, ils ne pourraient pas faire nos programmes, donc... et... mais ça
demande beaucoup de travail, donc on le fait avec soin. Mais il y a ces
étudiants et étudiantes là qui souhaitent immigrer à la suite, qui sont une
richesse pour notre société. Puis ceux qui retournent sont nos réseaux futurs
de collaboration à la fois académique et industrielle, c'est les futurs
partenaires avec qui on va travailler, là. Donc, c'est nos ambassadeurs et
ambassadrices. En fait, c'est des superambassadeurs et ambassadrices pour le
Québec au complet, là.
M. Saini (Deep) : Est-ce que
je peux ajouter un autre fait?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 10 secondes. Allez-y.
M. Saini (Deep) : Quelques
secondes. OK. À McGill, en ce qui concerne le français, 20 % de nos
étudiants ont la langue... le français comme leur langue maternelle, 60 %
de nos étudiants parlent les deux langues et environ 2 011...
2 100 de nos étudiants étrangers sont... viennent de France, sont tous des
francophones.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est malheureusement terminé. On va poursuivre avec le
député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour une période de 3 min 18 s. La
parole est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci, Mme
la Présidente. Merci à vous d'être parmi nous aujourd'hui. Écoutez, il n'y a
pas si longtemps, un article du Devoir ce matin, en fait, qui sort, qui
dit Québec refuse d'exempter les cégeps et universités du plafonnement
des étudiants étrangers, et je lis :
«En demandant d'être exemptés du projet de
loi n° 74 visant à réduire le nombre d'étudiants étrangers, les cégeps et
universités se montrent déraisonnables, selon le ministre de l'Immigration...»,
je ne nommerai pas son nom, on n'est pas supposé faire ça ici.
Moi, je refuse de croire que l'Université
du Québec, l'Université de Montréal, l'Université McGill, l'Université Laval, l'Université
de Sherbrooke, l'Université Bishop's, l'Université Concordia, l'ÉTS, et j'en
passe, sont déraisonnables.
Donc, je vais vous la poser comme ça :
Recteurs, rectrices, êtes-vous déraisonnables?
Mme D'Amours (Sophie) : Je
pense qu'il faut reconnaître qu'il y a, et ça a été dit, des abus. Il faut
les... Il faut adresser ces abus. Puis je pense qu'on réitère notre perspective
qu'on ne fait pas partie de ces organisations qui génèrent ces abus-là. On
pense qu'on est raisonnables dans la façon dont on traite la chose et nos
processus sont rigoureux, sont exigeants, prennent plusieurs mois à être réalisés.
Et puis, ces recrutements-là et la <richesse...
Mme D'Amours (Sophie) :
...prennent
plusieurs mois à être réalisés.
Et puis, ces recrutements-là et la >richesse
de ces personnes pour nos institutions, pour la formation de tous nos
étudiants, la valeur d'être exposé à une réalité internationale, en 2024,
dans une université, elle est essentielle. Si on fait le tour du monde et on va
visiter les meilleures institutions, en France, en Suisse, en Belgique, dans le
monde francophone comme dans le reste du monde, on y retrouvera une grande
diversité de personnes. On a démontré qu'on n'est pas... On ne s'est pas mis
dans une situation où on cherche à faire exploser le nombre d'étudiants
internationaux dans nos quatre universités, puis dans les universités, en
général, au Québec, c'est la situation.
Et une des raisons premières de ça, c'est
qu'on veut offrir aux étudiants et étudiantes qu'on a choisis toutes les
chances de réussir. Et ça prend des services et des capacités qu'on déploie, ce
qui veut dire que ça ne peut pas être infini. On ne peut pas se mettre dans
cette situation-là parce que nos ressources à nous, on les gère de façon
responsable.
M. Cliche-Rivard : Et, si ce
plaidoyer-là, aujourd'hui, là, il n'est pas entendu puis que le projet reste
tel quel, vous allez vous montrer déçus?
Mme D'Amours (Sophie) : Bien,
on va penser que le Québec aura perdu une opportunité. Parce qu'il faut
comprendre que chaque université est bien ancrée dans sa région. Et c'est vrai
pour les universités de Montréal, c'est vrai pour Laval, c'est vrai pour
Sherbrooke. Et la réalité ou la pertinence de certains programmes, bien, ne
sont pas les mêmes partout. Et je pense qu'il y a des universités, par leur
ancrage, par la collaboration...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois malheureusement vous arrêter, vous savez, je suis
maître du temps.
Mme D'Amours (Sophie) : C'est
parfait.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, cette portion d'échange est terminée. On va
finaliser le tout avec le député de Jean-Talon, pour une période de 3 min
18 s.
M. Paradis : C'est court. La
plupart des institutions d'enseignement, en fait, demandent d'être exclues de
l'application du projet de loi n° 74. Alors, si les institutions
d'enseignement, dont les vôtres, demandent à être exclues, il sert à quoi, le
projet de loi n° 74? Il va rester quoi, du projet de loi?
M. Cossette (Pierre) : Le
gouvernement a choisi de déposer le projet de loi n° 74 pour adresser un
problème d'abus. Nous, on dit : On ne fait pas partie de l'abus. Donc,
qu'est-ce que le gouvernement souhaite faire du projet de loi n° 74, ça
lui appartient. Nous, on ne fait pas partie de l'abus, puis on pense que le
travail qu'on fait avec les étudiants internationaux est bénéfique pour
l'ensemble du Québec et pour plusieurs raisons qu'on a déjà citées.
Donc, moi, la pertinence du projet de loi
n° 74, ce n'est pas à moi d'en débattre «at large». Nous, ce qu'on dit,
c'est qu'on ne fait pas partie de la l'abus, que la façon de faire, jusqu'à
maintenant, a été très bénéfique pour le Québec. Puis on ne voit pas pourquoi
on inclurait les universités, les établissements universitaires, puis on est
les quatre... parce qu'en recherche, c'est particulièrement crucial, mais c'est
vrai pour l'ensemble. On ne voit pas pourquoi on serait inclus dans ce projet
de loi là.
M. Paradis : Plus tôt, ce
matin, on a parlé de l'importance de l'arrimage puis de la planification
globale des politiques d'immigration, notamment, en ce que... il y a... il peut
y avoir deux étapes, on arrive comme étudiant international et ensuite on
est reçu comme immigrant permanent. Est-ce que vous êtes d'accord avec cet
arrimage ou est-ce que... Quand vous dites que vous voulez être exclus du projet
de loi n° 74, que vous avez dit tout à l'heure que le système actuel sert
bien le Québec, est-ce que vous ne pensez pas que c'est important que le nombre
d'étudiants internationaux admis au Québec soit vu dans sa globalité avec
l'ensemble des politiques d'immigration?
M. Jutras (Daniel) : Bien,
peut-être, je peux répondre à ça. Vous avez raison de souligner le fait que
l'on traite différentes cohortes, hein? Il y a des cohortes d'étudiants qui
arrivent à l'entrée, qui sont admis dans les universités, qui étudient chez
nous, il y en a qui sont diplômés puis il y en a, parmi ceux-là, et ce n'est
pas tous qui restent ici, au Québec, parfois via le programme d'expérience
québécoise, dont on a parlé la semaine dernière. Alors, il faut bien distinguer
ces cohortes-là. Effectivement, je pense qu'il faut avoir un regard global sur
ce dont on parle. Mais, quand il s'agit de restreindre l'accès à des étudiants
qui vont faire un passage ici puis retourner chez eux ensuite, là il faut tenir
compte des conséquences, je dirais, de leur présence sur les services publics
au Québec et sur la longue durée, essayer de mieux comprendre la contribution
qu'ils font au Québec.
• (12 h 20) •
Alors, de notre côté, je pense, il faut
distinguer ces différents éléments là. Mais, effectivement, il faut avoir une
vision globale de ce dont on parle et surtout une vision globale de l'apport
que ces étudiants confèrent aux grandes universités québécoises, à toutes les
universités québécoises et au Québec, à la fois pendant leur séjour une fois
diplômés et même <quand...
M. Jutras (Daniel) :
…une fois diplômés et même >quand ils s'en vont chez eux comme
ambassadeurs du Québec.
M. Paradis : Donc, vous
voulez être exclus du projet de loi n° 74, parce que, manifestement, vous
trouvez que ce n'est pas la bonne façon de procéder. Mais là vous vous déclarez
ouverts, ouvertes à participer globalement avec le gouvernement à la
planification de l'immigration.
M. Jutras (Daniel) : ...sur
toutes les questions, là. Je veux être clair là-dessus.
M. Paradis : Très bien. Très
bien. Je vais revenir à un élément avec le ministre.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En 15 secondes.
M. Paradis : Je n'aurai
pas le temps. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est le temps qui est imparti. Merci beaucoup. Merci de
votre présence, Mme la rectrice, MM. les recteurs à cette audience.
Alors, je suspends les travaux juste
jusqu'à la tenue des avis touchant les travaux des commissions. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 21)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 20
)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux. Donc, on a... on va avoir un après-midi
et un début de soirée assez chargés.
Nous allons poursuivre les consultations
particulières et les auditions publiques sur le projet de loi n° 74,
Loi visant principalement à améliorer l'encadrement relatif aux étudiants
étrangers.
Alors, cet après-midi, nous allons
entendre les représentants des organisations suivantes : l'Union étudiante
du Québec, qui est avec nous, la Fédération des cégeps, l'Association
québécoise des avocats et avocates en droit de l'immigration, l'Université
Bishop's et l'Université Concordia conjointement, ainsi que la Fédération de l'enseignement
collégial-CSQ.
Alors, madame, monsieur, attendez, je vais
juste <reprendre vos noms, M. Etienne Paré, président...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
...madame, monsieur, attendez, je vais juste >reprendre
vos noms, M. Etienne Paré, président, ainsi que Mme Flora Dommanget — c'est
bien ça, Dommanget? — coordonnatrice à l'enseignement supérieur. Vous
bénéficiez donc d'une période de 10 minutes pour votre présentation, et
ensuite nous allons discuter avec les parlementaires. La parole est à vous.
M. Paré (Etienne) : Oui,
merci, Mme la Présidente. Merci, Mmes et MM. les députés, pour le temps que
vous nous accordez aujourd'hui.
Peut-être pour commencer, je mentionnerais
simplement que l'Union étudiante du Québec, on est une association étudiante
nationale qui représente 103 000 personnes étudiantes universitaires
via 13 associations membres. Nos membres sont répartis partout à travers
le Québec, allant de l'Abitibi-Témiscamingue à Sherbrooke en passant par Chicoutimi,
Drummondville, Lennoxville, Lévis et Montréal. La mission de l'Union étudiante
du Québec, c'est de travailler à l'amélioration des conditions de vie et
d'études de la population étudiante universitaire tout en défendant les droits
et les intérêts de celle-ci. C'est à cette mission de défense des droits de la
population étudiante internationale du Québec que l'UEQ s'est penchée sur le
projet de loi n° 74.
Tout d'abord, nous souhaitons mentionner
le fait que la population étudiante internationale est indispensable et une
richesse sur les nombreux campus universitaires. Nous souhaitons également
souligner que, depuis les deux dernières moutures de la politique de
financement des universités, soit celle de 2018 et celle de juin dernier, les
personnes étudiantes internationales sont devenues essentielles au financement
des universités québécoises.
En effet, en annonçant une politique de
financement des universités à coût nul en juin, le gouvernement est venu faire
de la redistribution d'une partie des droits de scolarité de la population
étudiante internationale la pierre angulaire du financement des nouvelles
mesures annoncées. On souligne particulièrement l'importance des personnes
étudiantes internationales dans les établissements anglophones de McGill et de
Concordia, dont les droits de scolarité permettront de financer les nouvelles
enveloppes visant principalement à aider le réseau de l'UQ.
Nous constatons ainsi que de réduire le
nombre d'étudiants internationaux vient directement menacer le financement des
universités. Nous estimons ainsi qu'il est important que le gouvernement ait
une action concertée en matière d'admission de la population étudiante
internationale et ne vienne pas créer artificiellement un sous-financement des
universités. Il faut éviter une situation où la main gauche du gouvernement ne
parlerait pas à la main droite. C'est d'ailleurs pour éviter cette situation
potentiellement catastrophique que nous proposons nos trois premières
recommandations de modifications du projet de loi n° 74 dans notre
mémoire.
En premier lieu, nous partageons les
craintes mentionnées par les recteurs concernant la centralisation du pouvoir
de décision aux mains du ministre de l'Immigration. Alors que l'on nous
mentionne que le ministre de l'Immigration possède la vision d'ensemble, nous
croyons plutôt que les ministres de l'Enseignement supérieur et de l'Éducation
sont ceux ayant la vision d'ensemble des nécessités de leurs réseaux
respectifs.
Nous recommandons donc que
l'article 5 du projet de loi n° 74 soit reformulé pour donner
conjointement et en tout temps le pouvoir de recommandation concernant les
demandes présentées à titre de personne étudiante internationale aux ministères
de l'Enseignement supérieur, de l'Éducation et de l'Immigration, de la
Francisation et de l'Intégration. Cet amendement nous assurerait une
coordination adéquate des différents ministères impliqués, et ce, peu importent
les ministres en poste et peu importent les gouvernements.
À cet effet, nous souhaitons également
voir le projet de loi modifié pour inclure un processus de consultation
publique obligatoire pour les scénarios proposés par le ministère de
l'Enseignement supérieur. En nous basant sur le modèle consultatif en matière
d'aide financière aux études, qu'on connaît particulièrement bien du côté de
l'UEQ, nous en sommes venus à la conclusion qu'un tel mécanisme permettrait
d'éviter les impacts négatifs sur le financement des universités. En vertu de
la Loi sur le ministère de l'Enseignement supérieur, tout projet de règlement
relatif au programme d'AFE doit être soumis au comité consultatif pour
l'accessibilité financière aux études, qui a 30 jours pour produire un tel
rapport qui viendra orienter la décision de la ministre de l'Enseignement
supérieur.
L'objectif ici est de s'assurer encore une
fois d'éviter les effets de main gauche qui ne parle pas à la main droite. La
consultation publique des parties prenantes de l'enseignement supérieur
demeure, selon nous, la meilleure solution pour éviter une situation où l'adoption
de scénarios aurait des effets inattendus sur le financement des universités.
Il nous apparaît clair que les acteurs du milieu participeraient avec
enthousiasme à une telle consultation.
On a vu, d'ailleurs, là, qu'il y a des
recteurs qui ont repris l'idée de la consultation. On sait qu'il y a des
syndicats également qui vont le demander. C'est assez rare que les recteurs
d'université, les associations étudiantes et les syndicats sont tous sur la
même longueur d'onde sur quelque chose. Ça fait que je pense que ça parle quand
même, là, sur le poids de cette demande... à cet effet-là, là, qu'on recommande
que l'obligation de consultation, incluant un délai raisonnable, de la
communauté étudiante universitaire en lien avec les décisions sur l'encadrement
des personnes étudiantes internationales soit intégrée dans l'article 5 du
projet de loi n° 74.
En plus de cette obligation, l'UEQ croit
qu'il serait pertinent d'obliger les ministères concernés à publier un rapport
d'évaluation des impacts des scénarios et de leur mise en œuvre suite à
l'adoption du projet de loi. Cette mesure s'inscrit dans la logique de nos deux
recommandations précédentes et vise à rendre le plus transparent possible les
décisions prises par les trois ministres.
Notre troisième recommandation est donc
qu'une obligation de publication, tous les deux ans, d'un rapport d'évaluation
détaillé des décisions prises en vertu du projet de loi n° 74 soit
intégrée dans l'article 4 du projet de loi. Nous croyons que l'échéance de
deux ans viendrait également nous assurer d'évaluer les impacts réels
puisqu'une évaluation annuelle ne permettrait probablement pas de brosser un
portrait complet des impacts et une évaluation sur plus de deux ans laisserait
trop de temps avant d'évaluer les décisions.
Je vais maintenant céder la <parole
à ma collègue pour poursuivre la présentation de nos recommandations...
M. Paré (Etienne) :
...je
vais maintenant céder la >parole à ma collègue pour poursuivre la
présentation de nos recommandations.
Mme Dommanget (Flora) : Merci.
Au-delà du fait de venir perturber le financement des universités, le projet de
loi proposé actuellement ne prend pas en compte l'ensemble des réalités que
vivent les universités. C'est une ingérence qui se met en place pour contrôler
la gestion des admissions.
L'UEQ souhaite rappeler que la population
étudiante internationale doit d'abord être vue comme un atout pour la société
québécoise grâce à son apport d'idées et de connaissances, ce qui fait
également le rayonnement de nos universités à l'international. Ce constat
semble être partagé par le ministre de l'Immigration, qui s'est exprimé, mais
ne se traduit pas dans la loi, qui pourrait créer des effets négatifs, comme le
mentionnaient les différents représentantes et représentants des différentes
universités.
Il faut savoir qu'une baisse
d'inscriptions est déjà observable dans le réseau universitaire. C'est encore
plus critique quand on regarde ce qui se passe au niveau des cycles supérieurs
et auprès d'universités plus à risque. On a, par exemple, l'Université Bishop's
qui a atteint une baisse de 40,4 % d'inscriptions au deuxième cycle, cette
même université qui avait été oubliée dans les dernières mesures mises en place,
et qu'il a fallu rappeler au gouvernement. Rappelons encore une fois que c'est
la recherche qui permet en grande partie le fait de faire rayonner les
établissements universitaires québécois et le partage des connaissances.
L'UEQ croit donc que ce sont des mesures
incitatives, tel que l'investissement de 80 millions de dollars sur quatre
ans pour la rétention et l'attraction des personnes étudiantes internationales
dans les régions du Québec et dans les secteurs en forte pénurie de
main-d'oeuvre du ministre du Travail, qui doivent être mises en place... qui
doivent être mises de l'avant pour pallier à la pénurie de main-d'oeuvre, et
non l'ingérence du MIFI dans la gestion des admissions des universités. Notre
recommandation 4 serait donc que l'objectif premier du projet de loi n° 74 soit le rayonnement des établissements universitaires
québécois et le partage des connaissances, particulièrement en ce qui a trait
aux personnes étudiantes inscrites aux cycles supérieurs.
Dans la même lignée, l'UEQ souhaite
souligner que les personnes étudiantes internationales peuvent actuellement
changer d'établissement sans changer de cycle universitaire en informant
simplement l'IRCC. Cela favorise le partage des connaissances et permet une
plus grande mobilité des personnes étudiantes internationales pour combler les
régions qui en ont le plus besoin.
Ce qu'on veut éviter, c'est qu'une
personne étudiante déjà sur le territoire et qui veut changer d'établissement
se voie refuser son certificat d'acceptation du Québec par une surcharge
administrative et se voit expulsée du pays. Le projet de loi n° 74,
avec son article 16, oblige l'étudiant à recevoir l'enseignement dans
l'établissement pour lequel le ministre a donné son consentement. Nous proposerons...
nous proposons donc que l'article 16 du projet de loi n° 74 soit modifié pour
supprimer l'obligation de recevoir le consentement du ministre d'étudier dans
un établissement précis.
Finalement, comme mentionné en premier
lieu, l'article 5 du projet de loi décline certaines distinctions prises en
compte en lien avec le nombre maximal de demandes reçues. On ne connaît pas
encore les critères qui vont être utilisés, mais le ministre de l'Immigration a
mentionné, lors de son point de presse le 10 octobre dernier, l'intention de
dispenser certains programmes en français et qu'il fallait s'attendre à une
réduction du nombre des personnes étudiantes issues de l'international sur
l'île de Montréal.
Entendons-nous, l'UEQ reconnaît
l'importance de la préservation de la langue française. En ce moment, on a
quand même une contradiction qui vient se créer entre le souhait du
gouvernement de préserver la langue française et les mesures mises en place.
D'un côté, le gouvernement met en place des cours de français pour les
personnes étudiantes, mais il n'y a pas d'incitatif réel à aller étudier le
français. C'est d'ailleurs ce qu'on dénonçait avec les mesures du PEQ.
L'UEQ pense qu'il est important que des
incitatifs soient mis en place pour encourager les personnes étudiantes à
apprendre le français, et c'est dans ce constat que notre dernière recommandation
est que le gouvernement québécois facilite la francisation des personnes
étudiantes internationales anglophones dès le début de leur parcours
universitaire pour contribuer à leur inclusion à la société et préserver la
vitalité du français au Québec sans réduire leur nombre en raison de leur
langue.
M. Paré (Etienne) : Je me
permettrais maintenant de conclure en rebondissant sur les annonces de jeudi
dernier.
Du côté de l'Union étudiante du Québec,
là, nous croyons que la population étudiante internationale du Québec contribue
grandement à l'essor de la société québécoise. Que ce soit en participant à
l'avancement de la science en français sur notre territoire ou en venant offrir
une main-d'œuvre qualifiée de grande qualité, nous estimons que l'apport de la
communauté étudiante internationale n'est plus à démontrer.
• (15 h 30) •
C'est d'ailleurs pour ces raisons que nous
dénonçons la volonté gouvernementale de suspendre sans préavis le Programme de
l'expérience québécoise. Le PEQ est un problème formidable qui permet à des
milliers de personnes étudiantes de réaliser leur rêve d'immigrer au Québec.
Alors que nous entendons les préoccupations du gouvernement concernant le
nombre d'immigrants sur le territoire du Québec, nous nous expliquons bien mal
pourquoi on couperait le PEQ. Il s'agit, après tout, de diplômés universitaires
francophones.
Les étudiants diplômés du PEQ ne menacent
pas la vitalité du français, ils y contribuent. Ce sont des étudiants
francophones qui sont sur le territoire depuis au moins trois ans puisqu'ils
ont complété leurs études universitaires ici. Ils sont généralement jeunes et
vont contribuer à la société québécoise pendant de nombreuses décennies,
notamment en payant des taxes et des impôts. Étant des diplômés universitaires,
ils sont d'ailleurs des travailleurs qualifiés qui répondent aux priorités
gouvernementales. L'obligation d'être francophone, qui a été instaurée lors de
la dernière réforme du PEQ l'an passé, est également venue régler les enjeux linguistiques
qui auraient pu toucher les demandeurs du PEQ.
C'est donc pour toutes ces raisons que
nous...
15 h 30 (version révisée)
M. Paré (Etienne) : ...passé, est
également venue régler les enjeux linguistiques qui auraient pu toucher les
demandeurs du PEQ.
C'est donc pour toutes ces raisons que
nous nous expliquons bien mal la décision du gouvernement de suspendre le Programme
de l'expérience québécoise. Nous demandons au ministre de revenir sur sa
décision.
Je vous remercie. Ça conclurait notre
présentation.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Votre 10 minutes... top chrono. Alors, on
va commencer la période d'échange. Les temps sont les mêmes que ce matin, 16 min 30 s
pour le gouvernement. La parole est à vous, M. le ministre.
M. Roberge : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Merci pour votre présentation très claire, très étoffée. Je me souviens
très bien d'avoir été exactement à votre place, il y a un petit peu plus de 25
ans, dans le mouvement étudiant, pour venir présenter aux parlementaires et aux
ministres des positions. Donc, merci de faire ce que vous faites, c'est
important, le mouvement étudiant, et de faire entendre la voix des jeunes. Vous
parlez, oui, des universités, mais vous parlez aussi toujours avec une vision d'avenir.
Ça fait que c'est toujours rafraîchissant de vous entendre.
Juste une petite mise en garde. Vous avez
parlé, à la fin de votre présentation, de suspendre le PEQ, après ça vous avez
dit couper le PEQ. Suspendre, d'accord? On va s'entendre, on a suspendu, pour
un peu plus de six mois, les invitations au programme étudiant, mais il n'est
pas coupé. C'est important de le préciser. Il faut rassurer les gens. On s'en
parlait un petit peu avant le début des auditions.
Vous avez dit : Il n'y a pas d'incitatif
pour apprendre la langue française pour les étudiants. Ça m'étonne un peu
considérant que, bien sûr, pour être dans le Programme de l'expérience
québécoise étudiant, dans le PEQ — Diplômés, il faut maîtriser la
langue française, soit pour l'avoir apprise avant puis avoir étudié avant, soit
pour être diplômé ici dans un programme francophone. Donc là, il y a une
valorisation de la langue. Mais sinon, si je ne parle pas la langue française,
et que j'étudie dans un programme en anglais, et que je veux faire ma vie au
Québec, je ne peux pas appliquer dans le PEQ — Diplômés, mais je peux
appliquer dans le PEQ — Travailleurs, auquel cas je suis obligé de
maîtriser la langue française quand même. Tu ne peux pas être un immigrant
économique si tu ne maîtrises pas la langue française. Donc, il me semble qu'il
y a là une valorisation de la langue qui est... qui est assez claire, là.
Et, parlant de valorisation de la langue
dans un réseau autre que francophone, j'aimerais ça vous entendre, puisqu'on a
la chance de vous avoir, sur les mesures proposées par ma collègue suite au
plan d'action pour l'avenir sur la langue française, où on demande aux
universités anglophones d'être des vecteurs de francisation puis de franciser
les étudiants internationaux. Qu'est-ce que vous pensez de cette mesure-là?
Mme Dommanget (Flora) : Oui,
je peux y aller. Bien, il y a plusieurs choses à prendre en compte, déjà, le
fait que, justement, dans les universités, en ce moment, il y a des... il y a
des cours qui vont pouvoir être donnés, justement, pour que les personnes
étudiantes internationales puissent aller apprendre le français, mais ce qu'on
constate, c'est que c'est après leurs études qu'ils vont, donc, pouvoir
appliquer à certains programmes, etc. Nous, ce qu'on pense, c'est qu'avec le
PEQ, justement, il faudrait qu'il y ait des incitatifs directement qui y soient
liés pour que ça soit pendant que les personnes étudiantes soient aux études qu'il
y ait cet incitatif et non après avoir complété leurs études, ce qui
favoriserait, finalement, bien, l'attraction autour du français.
M. Paré (Etienne) : Puis,
pour... pour répondre à la deuxième partie de la question, on est d'avis que
les universités anglophones peuvent jouer ce rôle-là aussi, de vecteur de
francisation, puis c'est d'ailleurs l'idée de la demande. C'est que, si on
offre des cours de français dans les universités mais qu'on fait simplement les
offrir sans contrainte, sans obligation, il n'y a pas nécessairement de gens
qui vont être incités, parce que tu as déjà beaucoup de charge de travail, tu as
beaucoup de cours, tu as déjà beaucoup dans ton plat quand tu es aux études. Ça
fait que, nous, ce qu'on se dit, c'est que, si on crée un incitatif en
permettant aux étudiants qui postulent au PEQ d'avoir faire... de faire un test
de français plutôt que d'avoir uniquement à étudier en français, ça viendrait
créer cet incitatif supplémentaire là qui ferait en sorte que les gens iraient
prendre les cours de français, puis on aurait cette francisation qui serait
durant les études et non pas après, pendant qu'ils sont sur des permis de travail
temporaires.
M. Roberge : OK. Je pense qu'on
a les deux, là, parce que, comme je dis, pour être résident permanent, pour
être immigrant dans le secteur économique, puis c'est ce que sont les étudiants
diplômés, il faut qu'ils apprennent la langue. Puis ensuite, avec la mesure qu'on
a prise avec les universités anglophones, bien, eux, ils vont être obligés de
créer les incitatifs parce qu'ils sont... ils ont l'obligation de franciser au
moins 80 % de leurs étudiants pendant la formation. De toute façon, ils
sont obligés d'aller là.
Vous avez parlé tout à l'heure de dire :
C'est important que la main gauche, la main droite soient bien arrimées, c'est
important qu'il y ait une cohérence. Vous avez dit : C'est... Le ministre
de l'Immigration doit se coordonner, c'est très important, avec le ministre de
l'Éducation, puis, dans ce cas-ci, la ministre de l'Enseignement supérieur.
Puis vous me disiez qu'il fallait regarder l'article... je pense que c'est l'article 5
à cet égard-là. C'est ça.
On dit : «Une telle décision — la
décision du gouvernement concernant les demandes présentées — doit
être prise sur la recommandation conjointe du <ministre...
M. Roberge :
...les
demandes présentées
— doit être prise sur la recommandation
conjointe du >ministre et, selon leur compétence respective, du ministre
de l'Éducation, du Loisir et du Sport et du ministre de l'Enseignement
supérieur.»
Donc, il me semble que c'est assez clair
ici que le ministre de l'Immigration ne peut pas prendre cette décision-là seul,
il doit le faire avec le ministre concerné. Pouvez-vous m'expliquer qu'est-ce
qu'il manque, d'après vous, dans cet article-là?
M. Paré (Etienne) : Oui.
Bien, en fait, c'est dans l'alinéa au-dessus où ce qu'on mentionne qu'une
décision du gouvernement est prise sur la recommandation du ministre, après
consultation du ministre de l'Éducation et du ministre de l'Enseignement
supérieur. Nous, ce qu'on pense, c'est que ça devrait être explicite dans tous
les alinéas qu'on souhaite que ce soit un pouvoir de recommandation des trois
ministres ensemble, notamment parce qu'on n'est pas... on donne beaucoup de
pouvoir au ministre de l'Immigration, puis, quand on crée un pouvoir
gouvernemental comme celui-là, il faut aussi le considérer dans un... bien,
dans une optique un peu plus intemporelle. Puis, comme on n'est pas à l'abri
d'avoir un ministre de l'Immigration qui pourrait décider de se... bien, de ne
pas se soucier de ce que lui recommanderaient ses collègues à l'Enseignement
supérieur et à l'Éducation, nous, on s'est dit : Si c'est explicite dans
la loi que c'est bel et bien les trois qui ont le pouvoir de recommandation
ensemble, bien, si jamais il y avait un ministre de l'Immigration futur, avec
une idéologie quelconque, qui chercherait à outrepasser ses collègues... bien,
en l'explicitant dans la loi, on s'évite un peu ce potentiel problème là.
M. Roberge : OK. Je
pense qu'il y a peut-être une incompréhension, là, juridique, parce que, tout
de suite après, ça dit : «Malgré le premier alinéa — que vous
n'aimez pas — une telle décision doit être prise sur la
recommandation conjointe du ministre», là. On regardera, là, ici, s'il y a des
ajustements à faire. Le cas échéant, on le fera.
On parle depuis tout à l'heure à la fois
d'effectifs étudiants, de langue et de financement du réseau. Qu'est-ce que
vous avez pensé de la décision du précédent gouvernement libéral, en 2018, de
déréglementer les frais de scolarité pour les étudiants internationaux? Quel
était l'impact, d'après vous, sur les étudiants des différents secteurs puis
sur la... sur le réseau?
M. Paré (Etienne) : Oui.
L'Union étudiante du Québec dénonce toute forme de hausse des droits de
scolarité, quelle qu'elle soit, depuis sa création. Puis on a été vocal à
l'époque, on n'était pas d'accord avec cette mesure-là. La déréglementation des
droits de scolarité de la population étudiante internationale a créé un peu un
phénomène où ce qu'on a été, justement, considérer ces gens-là un peu comme des
vaches à lait, si on veut, du système, où ce qu'on est venu utiliser les droits
de scolarité de la population étudiante internationale pour pallier au manque
de financement public.
À cet effet-là, c'est d'ailleurs pour ça
qu'on est sortis fortement contre la politique de financement des universités
de Mme Déry... bien, Mme la ministre de l'Enseignement supérieur, pardon,
puis également les annonces concernant les droits de scolarité des étudiants
canadiens non résidents puis des étudiants internationaux qui ont eu lieu à
l'automne dernier, parce que nous, on pense que la solution proposée par le
gouvernement ne répond pas à la problématique qui a été créée en 2018.
Si on veut réellement éviter cette
déréglementation-là, il faudrait revenir à l'ancien modèle, avec un plafond de
droits de scolarité, pour éviter que les étudiants internationaux soient
responsables du financement de nos universités. Puis la péréquation, telle
qu'elle est proposée en ce moment, là, ne suffit pas pour combler les lacunes d'investissement
public.
M. Roberge : Merci. Je
comprends que vous avez des réserves par rapport au projet de loi, vous l'avez
exprimé dans votre présentation, mais est-ce que vous considérez qu'avec, quoi,
122 000 étudiants en ce moment, sur le territoire québécois, étrangers, on
était à 50 000, 80 000, on est rendus à 120 quelques mille, c'est
suffisant, c'est trop? Est-ce qu'il faudrait réduire? C'est quoi, votre critère
pour dire que... soit qu'il y en a trop, soit qu'il n'y en a pas assez?
M. Paré (Etienne) : Bien...
Bien, écoutez, l'Union étudiante du Québec, on représente des étudiants
universitaires au Québec en ce moment, puis je pense que, quand on parle des
étudiants universitaires, c'est plus autour de 57 000, le chiffre exact.
Personnellement, je ne pense pas que c'est ces 57 000 étudiants
universitaires internationaux là qui ont l'impact qu'on pourrait leur porter.
Je ne pense pas que c'est eux qui accentuent la crise du logement. Je ne pense
pas que c'est eux qui nuisent à la vitalité du français au Québec.
Après ça, c'est certain que, si on venait
réduire le nombre d'étudiants internationaux, nous, notre crainte, c'est que ça
vienne affecter le financement des universités. Donc, naturellement, si on
décide de couper dans le nombre d'étudiants internationaux, bien, il faut
augmenter le financement public des universités, parce que c'est... tu sais,
c'est déshabiller l'un pour habiller l'autre, là, ce qu'on a fait avec la
dernière politique de financement des universités, là.
• (15 h 40) •
M. Roberge : Une petite
dernière question avant de laisser la place à mes collègues. Quand, à l'Université
de Montréal, il y a des paniers qui sont livrés à chaque semaine puis 72 %
des paniers vont à des étudiants internationaux qui n'ont peut-être pas les
moyens, en réalité, de subvenir à leurs besoins, quand, à l'UQAC, il y a des
étudiants qui disent : Bien, je n'ai pas de loyer, il faut que j'aille à l'hôtel, puis c'est vrai dans d'autres
universités aussi, est-ce que vous ne pensez pas que trop <d'étudiants...
M. Roberge :
...j'aille
à l'hôtel, puis c'est vrai dans d'autres universités aussi, est-ce que vous ne
pensez pas que trop >d'étudiants internationaux peut nuire à d'autres, à
un moment donné? Parce que, je vous dirais, à un moment donné, c'est comme si
notre capacité d'accueil serait dépassée, on peut parler de crise du logement
ou autre. Vous ne pensez pas qu'à un moment donné la fameuse devise, là, qu'on
a déjà entendue, «en prendre moins pour en prendre soin», ça éviterait des
dérapages comme des étudiants qui sont obligés de passer une session à l'hôtel?
M. Paré (Etienne) : Je pense
que, si on se met à parler de précarité financière de la population étudiante,
la vraie conversation doit tourner autour de la... des droits de scolarité des
étudiants internationaux. Je pense que, tant que les droits de scolarité vont
être déréglementés puis qu'on va leur charger aussi... des montants aussi
élevés, peu importe le nombre qu'on va recevoir sur le territoire, on va
continuer de les maintenir dans une position de précarité. Je pense que c'est
important qu'on revoie à la baisse les montants des droits de scolarité de la
population étudiante internationale puis, après ça, bien, qu'une fois qu'on aura
revu ces montants-là à la baisse... je pense qu'on va avoir significativement
moins d'enjeux au niveau de la précarité de ces gens-là.
M. Roberge : Ça ne répond pas
à la question sur le logement, mais je veux quand même laisser ma collègue,
sinon elle n'aura pas le temps de poser sa... ses questions.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. le ministre. Alors, je reconnais la députée
d'Iberville. Il vous reste 5 min 42 s.
Mme Bogemans : Parfait. Moi,
je voulais vous remercier pour votre présentation. Puis, tout d'abord, je
voulais voir si vous croyez au bien-fondé d'avoir les données sur le parcours,
le cheminement des étudiants étrangers au Québec.
M. Paré (Etienne) : Bien, tu
sais, nous, on pense qu'en général plus qu'on a de données, mieux c'est, dans
le sens où, nous, plus on a accès à de l'information, plus c'est facile
d'évaluer les situations. Donc, oui, évidemment, si on était capables d'obtenir
plus d'information, bien, on croirait davantage à ce qu'on a, là.
Mme Bogemans : D'accord.
Parce que la déréglementation des CAQ, tu sais, de mettre un étudiant dans un
établissement, bien, ça coupe une certaine prise de données. Selon vous, ce
serait quoi, le meilleur outil à mettre en place pour aller chercher ces
données-là? Puis quel genre de données vous aimeriez qu'on aille chercher?
M. Paré (Etienne) : Je dirais
qu'au niveau des... du CAQ, nous, la critique principale qu'on a émise, c'était
qu'en inscrivant l'établissement sur le CAQ on venait réduire la mobilité des
personnes étudiantes qui sont sur le territoire du Québec, notamment quand il y
a des enjeux, par exemple, où... puis là je vais prendre des exemples très
spécifiques, là, mais, aux cycles supérieurs, si quelqu'un est à la maîtrise ou
au doctorat, a un problème avec son professeur associé, par exemple de
harcèlement psychologique, harcèlement sexuel, peu importe, puis qu'il doit
changer, s'il doit trouver une sommité dans son domaine, il y a de fortes
chances qu'il doive changer d'établissement. Bien là, s'il faut qu'il repasse
par tout le processus de demande, ça peut être problématique. Puis, nous, une
de nos craintes qu'on a, c'est qu'avec les nouvelles mesures... qu'il y ait des
personnes qui soient perdues dans la machine administrative, tu sais, même pas
volontairement, nécessairement, mais, juste parce qu'on a atteint notre quota,
on perd quelqu'un qui est déjà sur le territoire, par exemple. Ça, c'est
vraiment une situation qu'on veut s'éviter.
Après ça, pour la collecte de données, je
crois que c'est de donner les outils aux administrations universitaires et leur
donner des directives claires sur le genre de données qu'on veut collecter. Je
pense que les gens qui paient leurs droits de scolarité, ils ont accès à des
comptes, ils ont accès à des informations, ils ont accès à... les données... les
universités ont accès à ces données-là, de ces personnes-là, parce que, sinon,
s'ils n'ont pas accès, c'est parce que ça veut dire qu'ils ne sont pas dans
l'établissement. Ça fait que... est-ce que ce serait au ministère de collecter
lui-même les droits de scolarité puis de les redistribuer dans le réseau avec
un prix plafond des droits de scolarité des étudiants internationaux? Je ne
sais pas. C'est peut-être une idée qu'on pourrait explorer.
Mme Bogemans : Puis est-ce
que vous trouveriez ça acceptable... Parce que, tu sais, vous soulevez, bon,
des cas problématiques de relations, là. On comprend, là, et ce n'est
absolument pas ce qu'on désire non plus. Mais est-ce que des... par exemple, un
chemin clair en cas d'exception ou harcèlement, tout ça, pour accéder à
l'équivalent d'un permis ouvert d'étudiant serait une mesure acceptable dans
l'exemple que vous avez nommé?
Mme Dommanget (Flora) : Oui.
Bien, c'est sûr que, plus on accompagne, justement, ces personnes, mieux c'est,
dans le fond. Tu sais, ça peut être des services qui vont être directement mis
en place avec les universités. Ça fait que, nous, c'est sûr que, dans ce
sens-là, plus il y a de l'accompagnement, de la collaboration à ce niveau-là,
ça viendrait régler pas mal de problèmes à ce niveau-là puis ça permettrait,
justement, à la population étudiante internationale, bien, d'avoir un meilleur
service à ce niveau.
Mme Bogemans : Parfait. Donc,
un CAQ nominé avec... ça pourrait fonctionner, mais avec des mesures claires
pour un étudiant qui aimerait accéder à la mobilité plus rapide, par exemple.
Mme Dommanget (Flora) : Oui,
bien, c'est ça. C'est sûr qu'il ne faudrait pas venir non plus, tu sais,
ajouter une charge pour cette personne étudiante. Tu sais, il faut quand même
qu'on puisse l'accompagner, pas que ce soit juste sa... tu sais, sa
responsabilité en tant que telle. Il faut que des services puissent mettre...
être mis en place, vraiment, pour venir supporter cette population.
Mme Bogemans : Parfait.
Superintéressant. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il reste encore 2 min 15 s. Est-ce qu'il y a
d'autres questions? M. le ministre.
M. Roberge : Quand on regarde
la présence des étudiants ici, on nous dit : C'est une richesse. Je n'en
doute pas. Ils viennent ici... D'abord, ils interagissent avec les gens, il y a
une... l'avantage de la diversité puis de rencontrer l'autre,
autant pour les étudiants étrangers que les gens qui sont ici, mais souvent les
gens disent : Oui, mais ils <contribuent...
M. Roberge :
...l'autre,
autant pour les étudiants étrangers que les gens qui sont ici, mais souvent les
gens disent : Oui, mais ils >contribuent, c'est des futurs Québécois,
ils vont... ils vont s'implanter. Est-ce que vous avez, d'après vous, des
estimations, des chiffres de quel est le pourcentage d'étudiants étrangers
universitaires qui restent ensuite de manière durable sur le territoire
québécois? Est-ce que vous avez ces données-là?
M. Paré (Etienne) : Bien, ça,
c'est des données qu'on n'a pas, puis je pense que... on parlait tantôt de quel
type de données qui pourraient être intéressantes à collecter, je pense que ça,
ça en serait un bel exemple, notamment parce qu'une fois qu'ils sortent de
l'établissement universitaire il n'y a plus de suivi qui est fait de... par
personne, puis je pense que ça permettrait de faire une démonstration, si c'est
le cas. Est-ce que c'est vrai que les étudiants internationaux restent sur le
territoire? Si c'est le cas, est-ce que c'est vrai qu'ils restent dans la
région où ils ont étudié? Parce que, si on était capable de faire la
démonstration de ça, je pense que ça viendrait confirmer à quel point leur
apport est essentiel.
Nous, ce qu'on voit sur le terrain, c'est
que la population étudiante internationale, elle est très impliquée dans sa
communauté. C'est des gens qui s'impliquent beaucoup dans les associations
étudiantes, vont beaucoup s'impliquer dans les différents clubs, les différents
regroupements sur les campus, ils contribuent à la vitalité de la région, puis
c'est quelque chose qu'on voit particulièrement dans les plus petits... dans
les plus petits milieux. Hein, je pense à l'UQAT, je pense à l'UQAC, où ce que,
justement, le contact avec la population universitaire et la population
régulière est plus proche que, par exemple, à Montréal, où ce que, là, il y a
beaucoup trop de monde pour avoir ce genre de proximité là. Ça fait que je
pense que ce serait intéressant de collecter des données là-dessus pour qu'on
puisse brosser ce portrait-là, parce que je pense qu'on aurait des belles
surprises, là, à ce niveau-là.
M. Roberge : Il reste-tu
quelques secondes?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 24 secondes.
M. Roberge : 24 secondes.
Ce matin, le Commissaire à la langue française nous a parlé des différents
critères et nous a suggéré le critère de la langue. Quelle est votre opinion
là-dessus?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En 10 secondes.
Mme Dommanget (Flora) : En 10
secondes? Oui. Bien, c'est sûr que nous, on ne pense pas que c'est un critère
suffisant. On pense que tout le monde devrait avoir la possibilité d'étudier le
français. Ça fait que ça reviendrait simplement à discriminer la population
étudiante qui ne parle pas français de base.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Vous allez comprendre, je suis la maîtresse
du temps. Alors, on est rendus à l'opposition officielle pour une période,
comme ce matin, de 9 min 54 s. M. le député de l'Acadie, la
parole est à vous.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, M. Paré, Mme Dommanget, merci d'être là. Merci
pour votre mémoire. Je suis content de pouvoir échanger avec vous, parce
qu'évidemment vous représentez les étudiants. Il y a... Et étudiantes. Il y a
quelques... quelques jours, le ministre de l'Immigration suspendait le PEQ.
Maintenant, on est en train d'étudier le PL n° 74. Ils
se sentent comment, vos étudiants? Parce qu'on a la chance de vous entendre,
puis moi, j'aimerais ça... Tu sais, on parle... on parle des statistiques, on
parle des chiffres, mais, en immigration, là, derrière des chiffres, il y a des
humains, il y a du vrai monde, puis j'aimerais ça que vous puissiez nous en
parler. C'est quoi, l'impact?
M. Paré (Etienne) : Oui. On a
une population étudiante internationale extrêmement anxieuse présentement,
notamment en raison du changement de discours, bon an mal an, depuis quelques
années, qu'on voit. On parlait du Programme de l'expérience québécoise, là, ça
fait quelques années qu'on revient sur des décisions à plusieurs reprises. Même
si, individuellement, certaines de ces décisions n'ont pas nécessairement
beaucoup d'impact concrètement, c'est l'accumulation de chacune d'entre elles
qui viennent créer une source d'inconfort qui fait en sorte que tu ne sais pas.
Tu sais, tu es trois ans ici pour étudier. Si, d'une année à l'autre, ça change
puis que, pendant tes trois ans d'études puis l'année que tu es là après tes
études, ça a encore changé, c'est un peu dur de planifier ta vie.
Hier, on avait, dans nos bureaux, à l'UEQ,
une rencontre d'un organisme partenaire, Le Québec c'est nous aussi, qui a
réuni plus d'une centaine de personnes qui cherchent à se mobiliser, justement,
pour dénoncer les mesures du PEQ. On a entendu des histoires assez tristes, des
étudiants français, par exemple, qui ont dépensé tout leur héritage familial
pour immigrer au Québec avec leurs deux enfants puis leurs conjoints puis que,
là, ils se retrouvent dans une incertitude. Ça crée de l'anxiété. Eux ont la
crainte de devoir retourner en France en ayant investi toutes ces dizaines de
milliers de dollars là pour immigrer ici puis, finalement, ne pas pouvoir
l'avoir.
Ça fait que je dirais que c'est vraiment
de l'anxiété qu'on observe sur le terrain en ce moment, certaines frustrations
puis une certaine colère également, là, à l'égard des différentes annonces
gouvernementales.
M. Morin : Je vous... Je vous
remercie. Parce qu'évidemment les étudiants à l'international qui viennent ici,
il y en a plusieurs qui retournent. On entendait ce matin les recteurs et
rectrices d'université nous parler que ce sont des ambassadeurs, également, du
Québec à l'étranger quand ils retournent. Pensez-vous que ces mesures-là vont
avoir un impact sur la réputation du Québec à l'étranger?
• (15 h 50) •
M. Paré (Etienne) : Ce qu'on
observe depuis deux, trois ans, c'est notamment que, tu sais, il y a un discours
assez controversé, que ce soient les mesures par le gouvernement du Québec, les
mesures par le gouvernement du Canada. Je ne pense pas qu'on a particulièrement
bonne presse en ce moment. Puis, à titre d'exemple, quand, en 2019, on avait...
on avait modifié le Programme de l'expérience québécoise pour ajouter un
12 mois de travail obligatoire, on avait vu une baisse des demandes, une
baisse fulgurante. On a vu que les étudiants internationaux passaient par
d'autres <provinces...
M. Paré (Etienne) :
...une
baisse fulgurante. On a vu que les étudiants internationaux passaient par
d'autres >provinces pour s'installer ici après, allaient en Ontario,
allaient ailleurs, et on s'était dit : Bien, ça n'a pas de sens, on va
revenir sur cette mesure-là. Puis c'est pour ça que, l'an dernier, on l'avait
retiré, ce 12 mois de travail là, puis on était revenu à ce que c'était avant
cette réforme-là.
Ça fait que clairement que ça a un impact.
Tu sais, quand on entend les recteurs des universités, ce matin, nous dire
qu'il y a une baisse des demandes puis une baisse des admissions de... je
pense, c'est quoi, c'est des 20 %, des 15 % qu'on a observés cette
année, je pense que c'est lié en partie au message, là, qu'on envoie à
l'international, là.
M. Morin : Merci. Dans... Dans
votre intervention, vous avez parlé rapidement de l'effet sur l'Université
Bishop's. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus? Est-ce que l'effet sur
Bishop's est plus dramatique? C'est une université... une vieille université en
région. Pouvez-vous nous en parler davantage? Est-ce que le gouvernement vise
Bishop's particulièrement? Est-ce que c'est le sentiment que vous avez?
Mme Dommanget (Flora) : Oui.
Bien, si on compare un peu avec ce qui avait été fait l'automne dernier, tu
sais, c'est sûr que Bishop's avait été oubliée dans les mesures... la mesure,
justement, de la... de la hausse, etc. Tout ça, ça venait créer, en fait, bien,
un trou pour... pour Bishop's, qui allait... bien, qui dépendait fortement de
cette population. Ça fait que, là, en ce moment, on constate encore, tu sais,
une baisse, et on peut supposer aussi que c'est le message que le gouvernement
a envoyé à cette population-là de... bien, de ne plus venir, au final, tu sais.
Puis des universités comme ça qui vont être oubliées, ça risque de faire... de
faire dur, justement. Là, on parle d'une baisse de 40,4 % d'inscriptions
au deuxième cycle. On s'entend aussi que la recherche, c'est ce qui fait le
rayonnement à l'international. Ça fait que venir, justement, mettre des mesures
comme ça qui dissuadent le monde de venir, ça met un coup à l'international
aussi.
M. Morin : Je vous remercie.
Évidemment, quand on veut adopter des mesures, la planification, le dialogue,
je pense que c'est important. Dans l'opposition officielle, on demande une
meilleure planification de la part du gouvernement.
J'aimerais attirer votre attention sur une
disposition du projet de loi, l'article 7 — d'ailleurs le
Commissaire à la langue française en parlait dans son... dans son mémoire — où
le gouvernement, par l'effet de cet article-là, si je comprends bien, veut se
soustraire... veut soustraire ses projets de règlements de l'obligation de
publication au préalable à la Gazette officielle. Ça semble être
l'inverse de la transparence ou d'une consultation. Est-ce que vous avez
réfléchi à ça? Avez-vous des conseils à donner à nous, qui sommes le
législateur, là-dessus?
M. Paré (Etienne) : Oui.
Bien, c'est pour ça que nous, on s'est un peu inspirés du modèle de l'aide
financière aux études, où il y a une obligation de consultation du comité pour
avoir un rapport dans les 30 jours qui suivent l'annonce. Je pense que c'est la
FNEEQ-CSN, là, qui propose, justement, d'avoir le projet de règlement 45 jours
à l'avance, là. Après ça, on n'est pas des experts des procédures
parlementaires, mais je pense que d'inclure spécifiquement et à l'écrit, dans
le projet de loi, des mesures de consultation publique, c'est vraiment une
meilleure politique publique, ça va être une meilleure façon de gouverner. Par
souci de transparence, là, je pense que ce serait bien d'apporter ce type
d'amendement, quand vous passerez en commission parlementaire, à ce moment-là,
là.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Alors, Mme la Présidente, je vais céder la parole à ma collègue de Mont-Royal—Outremont.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. La parole est à vous. Il reste encore
3 min 33 s.
Mme Setlakwe : Merci. On se
demande toujours, comme législateurs, aussi quelle est la problématique à la...
qu'on tente de résoudre en déposant un projet de loi, et ici non seulement on a
de la difficulté à identifier la problématique, mais on semble être devant un
flou quant à l'intention réelle du gouvernement. Est-ce que vous... Puis vous,
vous représentez énormément d'étudiants partout au Québec. Est-ce que... Est-ce
qu'il y a une... Est-ce que vous êtes capables de saisir la problématique? Et
est-ce que vous voyez qu'il y aurait des gestes à poser en région, à Montréal?
Il est où, le... Il est où, le problème, selon vous?
M. Paré (Etienne) : Oui.
Bien, on s'explique bien mal, nous aussi, ce que le gouvernement essaie de
faire avec ce projet de loi là, notamment parce qu'en raison des deux dernières
moutures de la politique de financement des universités, en raison de la
planification stratégique du ministère de l'Enseignement supérieur des
dernières... 2023‑2027, on a fait du recrutement à l'international un pan essentiel
du développement de nos universités, que ce soit à des fins de financement, que
ce soit à des fins de rayonnement. On essaie de régler un problème que, si on
qualifie ça de problème... bon, là, on pourrait avoir tout le débat idéologique
que nous, on ne considère pas que c'est un problème, là, mais c'est de
qualifier un problème qu'on a créé de toutes pièces, dans le sens où, si on
n'avait pas déréglementé les droits de scolarité, si on n'avait pas rendu la
course à l'effectif d'étudiants internationaux la pierre angulaire du
financement des universités, on ne se retrouverait pas dans cette situation-là,
qui, selon nous, n'est pas justifiée.
La population étudiante internationale, il
faut arrêter d'en <parler...
M. Paré (Etienne) :
...qui,
selon nous, n'est pas justifiée.
La population étudiante internationale,
il faut arrêter d'en >parler comme si c'était du bétail, là. Tu sais, ce
n'est pas juste des chiffres, ce n'est pas juste des nombres, c'est des gens
avec des histoires, c'est des gens qui veulent s'installer, dans bien des cas,
sur le territoire ici, qui veulent contribuer à l'essor, à la vitalité du
Québec. Ça fait qu'on s'explique bien mal, là, ce qu'on essaie de régler ici,
en ce moment, là.
Mme Setlakwe : Merci. Puis,
pour revenir sur la question de la vitalité des régions, et on a... on comprend
et on a entendu l'Université du Québec ce matin, la présence des étudiants
internationaux fait en sorte qu'on est capables de maintenir des programmes,
assurer des cohortes. Est-ce que vous êtes inquiets qu'il y ait des programmes
qui pourraient ne pas survivre et que ça pourrait affecter certaines régions?
Mme Dommanget (Flora) : Bien
oui, c'est sûr qu'on est très... très... comment on pourrait dire, on a une grande
crainte à ce niveau-là, tu sais. Et, en plus, on ne comprend pas trop qu'est-ce
qui se passe, puisque, bien, il y a... il y a des mesures qui sont quand même
mises en place pour faire en sorte qu'il y ait plus de personnes étudiantes
internationales en région, je pense notamment aux exemptions qui avaient été
mises en place par le ministre du Travail, mais, ici, on viendrait, donc,
réduire de nouveau cette population étudiante en région. On ne sait pas trop
qu'est-ce qui se passe. Ça fait que c'est sûr qu'on a des grandes craintes
qu'il y a des programmes qui peuvent être mis de côté, quand on parle,
justement, tu sais, de la pénurie de main-d'oeuvre. Tu sais, qu'est-ce qu'on
cible exactement? On est un peu dans le flou à ce niveau-là et on a peur, justement,
que, mettons, tout ce qui peut être arts, etc., puisse être mis de côté et
oublié, alors que c'est ce qui fait aussi la richesse du Québec.
Mme Setlakwe : Merci. On a
terminé?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 16 secondes.
Mme Setlakwe : Ah! On est
dans le flou avec vous. Est-ce que vous croyez que... Parce que vous allez même
dans l'objectif du projet de loi, puis il faudrait dire clairement que les
étudiants étrangers qui viennent travailler dans nos laboratoires de recherche sont...
sont un atout essentiel. Est-ce que vous diriez qu'il faudrait...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est terminé. Il restait 16 secondes. Merci. On entame le
prochain groupe avec le deuxième groupe d'opposition officielle. 3 min 18 s.
La parole est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci, Mme
la Présidente. Merci d'être là. Merci de votre intervention. Ça me... Votre
dernière intervention, sur la fin, là, me faisait me remémorer le nombre de
fois où vous avez dit, finalement, ce que vous avez présenté aujourd'hui sur
les modifications du PEQ. 2019, on s'en souvient, première réforme du PEQ, avec
des listes de programmes désuets, là, qui n'existaient pas, finalement, ou, en
tout cas, une majorité ou un certain nombre : annulée. Deuxième réforme,
la même année ou l'année suivante, avec des exigences de travail, pas de droits
acquis, malgré ce qui avait été promis : annulée aussi. Ensuite, réforme
avec l'exigence de travail en 2020, quelques droits acquis, celle-là a pris
vigueur en 2020, pour, finalement, en 2023, baisse catastrophique des
admissions au PEQ — Diplômés, on finit par retirer l'exigence de
travail. Puis, à peu près au même moment, on décide que les candidats du PEQ — Diplômés
sont la panacée de l'immigration économique. On les retire des seuils en disant :
Il n'y a plus de limite, c'est ceux-là qu'on veut, pour, finalement, quelques
mois plus tard, en 2024, les suspendre complètement pendant huit mois. Et là je
me permets de penser que, si on suit la séquence, en juin prochain, quand le
programme va réouvrir, on va probablement revenir avec l'exigence de travail.
Honnêtement, là, est-ce qu'on ne navigue
pas en plein brouillard au détriment de la vie et de la réalité des étudiants
internationaux du Québec?
M. Paré (Etienne) : En ce
moment, on maintient des gens qui ont sacrifié beaucoup pour venir ici, qui
paient des droits de scolarité gigantesques, pendant plusieurs années, dans
l'espoir d'avoir un emploi, une formation de qualité, puis de s'installer sur
le territoire, puis de contribuer à la vitalité économique du Québec. On aura
la chance, assurément, d'en rediscuter lors des prochaines consultations sur la
planification en immigration, mais c'est certain que, pour nous, revenir à un
12 mois de travail au PEQ, c'est venir réduire l'attraction de ce programme-là.
La dernière mouture par la prédécesseure de... du ministre de l'Immigration
était ce qui nous semblait le mieux. Ça fait qu'on espère bien qu'on aura une
bonne écoute de ce côté-là lors des prochaines consultations.
• (16 heures) •
M. Cliche-Rivard : Et tout
ça, au final, pour qu'avant cette modification-là on tourne autour de 8 000
CSQ émis par année, dans cette catégorie-là, pour diminuer à quelques milliers,
finalement, 1 952 en 2022 puis 3 600 en 2023, pour remonter,
finalement, à 15 000. Donc, si on fait une moyenne, là, on tourne toujours
autour du 7 000, 8 000. Donc, l'ensemble de ça, finalement, ça aura
juste été un mirage ou une communication politique sur le dos des étudiants
internationaux...
16 h (version révisée)
M. Cliche-Rivard : ...finalement,
ça aura juste été un mirage ou une communication politique sur le dos des
étudiants internationaux.
M. Paré (Etienne) : Puis,
bien, ça revient à l'anxiété qui est vécue en ce moment. Je pense qu'on envoie
des signaux un peu contradictoires à la population étudiante internationale puis
on vient leur créer du stress inutile en donnant l'impression qu'on fait de la
politique sur leur dos. Un processus d'immigration, ce n'est pas quelque chose
qui se planifie en un an, ça prend plusieurs années, particulièrement quand on
est un étudiant international. On vient étudier ici pendant trois ans au
minimum avant de pouvoir postuler, c'est beaucoup de temps dans une vie, c'est
beaucoup d'argent, c'est beaucoup d'investissement.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup pour votre intervention.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Merci. Alors, on termine avec le député de Jean-Talon,
une période de 3 min 18 s.
M. Paradis : Vous nous
appelez à nous rappeler à quel point l'apport des étudiants étrangers, c'est
une richesse pour le Québec, et ça, je pense que c'est important de réitérer qu'ici
pas mal tout le monde s'entend là-dessus, en fait, tout le monde s'entend sur
cette question-là. Le ministre l'a mentionné, mes collègues des trois... des
deux autres partis d'opposition, et nous, on l'a mentionné aussi à quel point c'est
important.
Il y a neuf ans, c'est-à-dire en 2015, il
y avait 50 000 permis pour des étudiants étrangers qui étaient
octroyés à chaque année, on est passés à 70 000 en 2017-2018, puis aujourd'hui
à 125 000. Moi, j'ai été actif à l'échelle internationale pendant ces
années-là, et le Québec a toujours... même à cette époque-là, était reconnu
comme un endroit généreux pour l'accueil des étudiants. Ça, je pense que c'est
important de le dire, mais là il y a eu un pic. Qu'est-ce qui s'est passé?
Bien, il y a eu deux choses, il y a les règles de financement qui ont été
changées dans la dernière année du gouvernement libéral puis l'arrivée au
pouvoir de la CAQ. Et ça, vous le mentionnez dans votre mémoire, c'est
là-dessus que je vous amène, vous dites que «la politique actuelle a pour
conséquence de lier les sommes octroyées aux universités au nombre de personnes
étudiantes internationales rejoignant leurs bancs». Et là, vous dites : Actuellement,
si on ne révise pas les règles de financement et qu'on baisse le nombre d'étudiants,
ça va avoir l'impact du définancement. Nous, dans nos orientations, on dit :
Il faut s'attarder à la question du financement et on suggère de revenir à des
règles similaires à celles d'avant 2018. Moi, j'aimerais vous entendre sur
cette question-là des règles de financement pour les études supérieures au
Québec.
M. Paré (Etienne) : Oui.
On a pris connaissance, là, de la proposition du Parti québécois dans votre
planification pour l'immigration. Comme je l'ai mentionné au ministre de l'Immigration,
si on veut réduire le nombre d'étudiants internationaux, nous, on n'a pas de
chiffre à vous proposer, évidemment, là, il faudra absolument revoir le
financement public des universités parce qu'on a créé cette dépendance. On a
fait une politique à coût nul, qui a été annoncée en juin dernier, ça veut dire
que tous les nouveaux investissements, les programmes d'incitatifs pour l'opération
pénurie de main-d'oeuvre, la redistribution de la richesse dans le réseau
francophone, dans le réseau de l'UQ, toutes ces sommes-là sont dépendantes des
inscriptions de la population étudiante internationale, principalement dans les
établissements anglophones de McGill et de Concordia. Si on veut réellement
réduire le nombre d'étudiants internationaux, il faut plus d'investissements
publics dans le financement des universités, sinon on se crée un problème dans
lequel on va avoir de la difficulté à se remettre, surtout considérant que, là,
ça va faire bientôt six ans qu'on a décidé qu'un des aspects importants du
financement des universités, c'était le recrutement à l'international. On a
déployé beaucoup d'effort pour le faire, bien, si on décide de changer
complètement l'orientation, il va falloir que le portefeuille s'ouvre pour ça,
là.
M. Paradis : Puis là,
quand vous... quand vous regardez le projet de loi 74, est-ce que vous voyez
cette intention-là? Est-ce que vous voyez cette planification-là, c'est-à-dire
de rediscuter des règles de financement en même temps qu'on discute des seuils
et surtout des outils que le ministre veut se donner?
M. Paré (Etienne) : Bien,
la raison pour laquelle on propose d'instaurer dans la loi des consultations,
un rapport aux deux ans des mesures qui ont été mises en place, c'est parce qu'en
ce moment, on débat d'un projet de loi, mais on n'a aucune idée de c'est quoi
les scénarios qui vont être amenés. Puis je pense que c'est un peu un
exercice... une occasion manquée d'avoir cette conversation-là, possiblement,
justement, parler de financement des universités, parler de ces seuils-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui met fait à cette audition.
Alors, merci pour votre présence, pour l'enrichissement à nos travaux.
La commission va suspendre quelques
instants, le temps de recevoir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 05)
(Reprise à 16 h 08)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux.
Alors, nous recevons la Fédération des
cégeps avec comme représentants Mme Marie Montpetit, présidente-directrice
générale, bienvenue, M. Francis Brown Mastropaolo, directeur des affaires
internationales, Mme Manon Couturier, directrice générale du cégep de
Baie-Comeau, ainsi que M. André Gobeil, directeur général du cégep de
Rimouski. Alors, bienvenue à cette audition...
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...de Rimouski... de Chicoutimi, j'ai enlevé trop vite mes
lunettes.
M. Gobeil (André) : ...qu'on
fait souvent, on vous en excuse.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je les ai retirées trop vite. Alors, vous allez avoir
10 minutes pour présenter votre... vos propos. Ensuite, on va entamer la
période de discussion avec les parlementaires. La parole est à vous.
Mme Montpetit (Marie) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. M. le ministre. Mmes, MM. les députés. Salutations
également à vos équipes qui vous accompagnent. Au nom de la Fédération des
cégeps et des 48 cégeps publics qui en sont membres, je tiens à remercier
les membres de la commission pour ce temps de parole qui me permet d'aborder
des enjeux importants pour le réseau collégial québécois.
En conférence de presse le 10 octobre
dernier, le ministre l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration a
indiqué que le projet de loi 74 vise à admettre un nombre d'étudiants et
d'étudiantes internationaux qui respectera la capacité d'accueil du Québec. En
simple, il a décrit ce projet de loi comme une solution à une situation
complexe. Pour s'assurer que la réponse du gouvernement soit à la fois ciblée
et efficace, sans se détourner des répercussions réelles du projet de loi 74,
nous voulons donc attirer l'attention de la commission sur plusieurs points de
vigilance incontournables.
• (16 h 10) •
La fédération soulève trois enjeux majeurs
dans ce projet de loi. Tout d'abord, il établit un amalgame risqué en suggérant
une participation des 48 cégeps publics à un problème duquel ils ne font
pas partie. Non, les cégeps ne sont pas une porte d'entrée incontrôlable pour
les étudiantes et les étudiants internationaux, bien au contraire, ils font
partie de la solution à de nombreux défis qu'affronte la société québécoise.
Ensuite, le projet de loi présente des objectifs flous quant à sa mise en
application. Nous ignorons les éléments guidant sa mise en œuvre, la portée du
projet de loi est large et générale, et ses pouvoirs pourraient porter atteinte
à l'autonomie des cégeps et réduire leur <contribution...
Mme Montpetit (Marie) :
...et
générale, et ses pouvoirs pourraient porter atteinte à l'autonomie des cégeps
et réduire leur >contribution partout au Québec.
Finalement, il pourrait créer une
situation qui met à risque la vitalité et l'accessibilité à de nombreux
programmes de formation dans toutes les régions administratives du Québec, où
les besoins de main-d'œuvre demeurent importants.
Le réseau des cégeps a connu ces dernières
années une croissance raisonnable, contrôlée et éthique de sa population
étudiante internationale. À l'automne 2023, ces étudiants représentaient
environ 5 % de notre effectif global, soit près de
9 000 étudiants internationaux sur 200 000. Je tiens à préciser
que ces résultats sont alignés avec les priorités et les initiatives
gouvernementales. C'est le cas pour les objectifs notamment de sa politique
internationale et de protection de la langue française, mais aussi pour ceux
touchant aux solutions de la pénurie de main-d'œuvre. Les cégeps, comme je l'ai
mentionné, sont une solution et non pas un problème.
Aussi, les cégeps ne tirent pas de primes
pécuniaires par l'accueil d'étudiants internationaux. Ces derniers contribuent
plutôt à notre capacité de contribuer à la vitalité de nos collectivités. La
seule prime qui accompagne leur arrivée, c'est celle de maintenir
l'accessibilité à de nombreux programmes d'études dans des domaines de
formation où les besoins de main-d'œuvre demeurent importants. Sans ces
étudiants internationaux, le démarrage de nombreuses cohortes serait compromis.
La conséquence de ces programmes non offerts priverait en premier lieu la
jeunesse québécoise d'un accès à l'enseignement supérieur, et, en second lieu,
le secteur public est privé de l'emploi d'une main-d'œuvre qualifiée dans tous
les secteurs de l'économie et des services.
Lors d'une consultation récente auprès de
notre réseau, 25 cégeps nous ont fait part de l'importance de cette
population pour le maintien de leurs programmes. Qu'il soit question de la
région de Montréal, de l'Abitibi, de la Gaspésie, de la Mauricie, des
Laurentides, de Lanaudière, de la Montérégie, de Laval, du Saguenay—Lac-Saint-Jean
et de Chaudière-Appalaches. Tous expriment une même préoccupation, limiter
l'accueil d'étudiants internationaux aurait un effet domino direct sur les
programmes et accentuerait la rareté de la main-d'œuvre que les entreprises et
organismes publics partout au Québec subissent déjà.
Mes collègues directeurs généraux qui
m'accompagnent pourront vous donner des exemples concrets dans la période de
questions et vous prouver que cela affecte et affectera directement des
citoyens des circonscriptions que vous représentez. C'est pour ça que la
Fédération des cégeps recommande que les cégeps soient exemptés de tout plafond
réduisant le nombre d'étudiants et d'étudiantes internationaux et obtiennent
l'assurance de pouvoir continuer de desservir leur mission d'accessibilité et
de contribution à la collectivité.
La Fédération des cégeps est aussi très
inquiète par rapport à la centralisation d'un pouvoir décisionnel à cet égard.
Confier une telle responsabilité à un ministère, respectueusement, qui n'a pas
l'expertise de l'enseignement supérieur peut mener à des décisions arbitraires
et mal alignées avec les réalités du réseau collégial. C'est pourquoi la
fédération recommande de mettre en place une concertation obligatoire avec le
ministère de l'Enseignement supérieur et les cégeps avant toute décision qui
affecterait leur capacité d'accueil. Cette collaboration garantirait des
décisions éclairées, tenant compte des besoins du réseau et des priorités
locales.
La promotion à l'international des
programmes d'études découle des besoins locaux d'accessibilité pour la jeunesse
québécoise, des besoins de main-d'œuvre en lien avec les secteurs d'emploi et
des ententes partenariales. Même si un arrimage avec les objectifs et les
priorités gouvernementales en matière d'immigration peut être souhaitable, ils
ne doivent pas se substituer aux objectifs et aux priorités en matière
d'enseignement supérieur, notamment ceux des cégeps. Toute ingérence dans
l'autonomie des cégeps dans l'adoption de leurs priorités en matière de gestion
de leur offre éducative et d'attraction d'étudiants et d'étudiants
internationaux doit absolument être évitée. C'est pourquoi la Fédération des
cégeps recommande que toute décision liée à la gestion des demandes prises en
vertu de la Loi sur l'immigration au Québec concernant les étudiants et les étudiantes
internationaux soit également prise en consultation avec les ministères
sectoriels concernés et les établissements d'enseignement publics concernés ou
les organisations qui les représentent.
Aussi, les personnes qui prévoient
poursuivre leurs études dans un autre pays s'informent des possibilités
d'études des mois, parfois même des années avant de démarrer le processus
administratif, tant au niveau scolaire que migratoire. Pour que nos relations
partenariales fonctionnent, il faut minimalement que ces personnes intéressées
puissent mettre leur confiance dans ce genre de projet. Les cégeps doivent donc
pouvoir travailler au niveau international dans un environnement caractérisé
par la stabilité et la prévisibilité. Dans cette optique, la Fédération des
cégeps recommande de prévoir un délai minimal de 18 mois dans
l'application de toute nouvelle mesure de restriction liée à l'immigration dans
le réseau collégial, afin de permettre une planification adéquate et de
maintenir la stabilité de nos ententes à l'international.
Nous rappelons ici que les projets d'étude
internationaux se planifient sur le long terme. Pour que le Québec continue
d'attirer des talents, il est essentiel de garantir la prévisibilité de nos
politiques et de protéger la réputation du Québec comme destination d'étude
fiable et accueillante. Même si le projet de loi ne précise pas des modalités
opérationnelles, la fédération a estimé essentiel de souligner les multiples
points de vigilance à prendre en considération lors d'une éventuelle mise en
application des clauses <proposées...
Mme Montpetit (Marie) :
...à
prendre en considération lors d'une éventuelle mise en application des clauses
>proposées. Je vous invite à en prendre connaissance ainsi que nos
recommandations pour éviter ces risques en lisant le mémoire qui a été déposé à
la commission.
Je tiens par contre à souligner que toute
tentative d'établir des plafonds maximaux sur une base trop spécifique, voire
chirurgicale, pour reprendre les mots du ministre de l'Immigration, s'avère un
exercice extrêmement périlleux. Rappelons-nous l'expérience vécue lors des
modifications apportées au PEQ, volet diplômé, en novembre 2019, et qui avaient
été fortement dénoncées par la fédération. Cet exemple a démontré les multiples
enjeux et angles morts d'une approche de ce type.
La Fédération des cégeps invite donc le
gouvernement à la prudence dans de possibles amalgames que crée le projet de
loi 74 en assimilant tous les établissements à une même problématique et en
imposant des mesures qui risquent de générer plus de torts que de bénéfices
pour notre réseau et pour tout le Québec.
Nous demandons à cette commission de
considérer les enjeux de manière équilibrée et de prendre en compte les besoins
spécifiques, mais aussi la mission du réseau collégial, particulièrement pour
les régions qui dépendent de ces étudiants pour répondre aux défis de
main-d'œuvre et pour maintenir l'accessibilité à l'éducation.
Les cégeps sont bien plus que des
institutions éducatives, ils sont un pilier de développement social, culturel
et économique pour le Québec. En limitant possiblement notre capacité à
accueillir des étudiants internationaux, ce projet de loi pourrait mettre à mal
notre mission éducative.
Les deux directeurs généraux présents ici
pour témoigner de tous les points de vigilance, inquiétudes et exemples de
risques associés à ce projet de loi. Au nom des 48 cégeps, je vous
encourage donc à saisir l'opportunité d'écouter leur voix qui porte celle des
cégeps de toutes les régions du Québec. Merci aux membres de cette commission
pour votre écoute et pour votre engagement envers ce sujet. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci pour cette présentation. On va donc entamer la
période de discussion. M. le ministre et les députés de la banquette, la parole
est à vous. 16 min 30 s.
M. Roberge : Merci bien.
Merci pour votre présentation, à vous qui avez déjà été autour de cette table
dans un rôle différent. Merci à les gens du terrain, les gens des
établissements aussi qui sont là pour nous aider, nous éclairer un petit peu.
Quelques commentaires puis une question. Vous avez dit qu'il faut faire
attention, c'est-à-dire que ce ne serait pas normal que le ou la ministre de
l'Immigration décide tout seul de ce qui va se passer dans le réseau de l'enseignement
supérieur, dans les cégeps, directement dans les programmes. Je suis d'accord
avec ça, c'est pour ça que l'article 5, là, annonce... énonce vraiment
qu'on doit avoir ici, là, des recommandations conjointes. Quand on va toucher la
formation professionnelle, ce sera avec le ministre de l'Éducation, quand ça
touchera l'enseignement supérieur, ça sera directement avec la ministre de
l'Enseignement supérieur, je pense que c'est important. De la même manière, ce
n'est pas normal non plus que, par exemple, un réseau ou — pardon — le
ministre de l'Éducation ou de l'Enseignement supérieur décide, sans en parler
avec la ministre de l'Immigration, du nombre de personnes qui seraient sur le
territoire québécois comme résidents non permanents. Donc, d'une certaine
manière, l'Enseignement supérieur ne peut pas décider des politiques
migratoires puis les politiques migratoires ne peuvent pas décider pour
l'Enseignement supérieur. On travaille toujours en équipe. Mais là, on propose
de le mettre par écrit dans des amendements pour être certains que la
concertation soit obligatoire, peu importe les gens qui vont nous succéder,
parce qu'on sait tous qu'il y aura d'autres personnes qui prendront nos places
un jour. Donc, je voulais préciser ça parce que je pense que c'est important.
Vous avez dit qu'il y a environ... Ce
n'est pas... Non, juste un petit commentaire, mais vous allez pouvoir commenter
sur les commentaires en masse, en masse, j'achève. Vous avez dit qu'environ
5 % d'effectif total sont des étudiants étrangers dans votre réseau. En ce
moment, ma question, ce serait de dire, si on regarde plutôt Montréal, sur
l'île de Montréal ou dans la région de Montréal, est-ce que c'est le même
pourcentage ou est-ce que cette proportion-là est plus grande, donc du
pourcentage d'étudiants étrangers, parmi vos effectifs dans le Grand Montréal?
• (16 h 20) •
Mme Montpetit (Marie) : Vous
me permettrez de... Puis je passerai la parole, vous me permettrez de répondre
à votre premier commentaire. On a vu effectivement que, dans le projet de loi,
ça tient compte d'une collaboration avec le ministère de l'Enseignement
supérieur et le MEQ, ce qu'on ajoute, par contre, c'est qu'on souhaite être
concerté aussi comme réseau. Ce qu'on vit, d'ailleurs, puis je me permets de
faire une parenthèse, un aparté, ce que l'on vit depuis quelques semaines dans
le réseau collégial, où on se fait... où on se fait ajouter entraves et
contraintes de toutes sortes qui viennent... qui viennent, entre autres, un gel
de recrutement qui a été annoncé la semaine dernière, des plafonds
d'investissement, des plafonds sur nos heures rémunérées, ce sont des mesures
qui ont été imposées par le Conseil du trésor via le ministère de
l'Enseignement supérieur dans lesquelles on n'a pas été concerté comme réseau,
donc d'où l'importance d'aller ajouter la concertation avec le réseau parce
qu'on sait qu'il y a toujours une bonne collaboration. Là, il y a peut-être
quelques anicroches, mais on trouve important de venir le mentionner, de
l'ajouter dans le projet de loi.
M. Roberge : Oui. Et pour
ma question sur le pourcentage d'étudiants étrangers dans le Grand Montréal,
est-ce que c'est 5 % <partout...
M. Roberge :
...Oui.
Et pour ma question sur le pourcentage d'étudiants étrangers dans le Grand
Montréal, est-ce que c'est 5 % >partout à la grandeur du Québec ou,
dans le Grand Montréal, il y a un pourcentage qui est plus élevé d'étudiants
étrangers?
M. Brown Mastropaolo (Francis) :
Oui. Je peux... je peux répondre à ces questions-là. En fait, premièrement,
au niveau du total des étudiants internationaux, en fait, il y a 36 % de
nos étudiants internationaux qui sont dans la communauté métropolitaine de
Montréal, donc ce qui veut dire 64 % qui sont en dehors de cette communauté
métropolitaine là. Donc, ce qu'on peut... ce qu'on peut aller, par extension,
c'est que le pourcentage, il est moindre dans la région de Montréal qu'ailleurs
au Québec en termes d'étudiants. Donc, il y a une plus grande proportion
d'étudiants internationaux dans les cégeps qui sont hors de la communauté
métropolitaine de Montréal.
Mme Montpetit (Marie) : Et
vous me permettrez, M. le ministre, de compléter, mais vous avez ces
exemples-là aussi qui sont notés. Dans le mémoire, on a ajouté quand même
plusieurs cas concrets de cégeps qui... dans la région métropolitaine, qui
viennent combler... qui viennent recruter pour des besoins, je pense par
exemple à des programmes de médecine nucléaire qui sont extrêmement importants
présentement pour le réseau de la santé. Certains cégeps de Montréal vont
recruter dans des programmes spécifiques, comme le font d'autres cégeps. C'est
pour ça qu'on soulignait le fait que ces étudiants internationaux là sont
importants pour le maintien de programmes dans, vraiment, l'ensemble des
cégeps, là, sur tous les territoires.
M. Roberge : Une petite
question, encore, de démographie, de taille de cohortes. On sait qu'il y a
beaucoup de programmes qui ont peu d'étudiants, que plusieurs programmes
survivent, les cohortes survivent grâce à la présence d'étudiants étrangers,
qui viennent travailler aussi, mais qui viennent aussi permettre à des
Québécois de suivre un programme, souvent, près de chez eux, plutôt que de
s'expatrier ou juste de renoncer à leur programme de formation. Je l'ai dit,
mais je vais le répéter, ma collègue et moi, on a une très, très, très grande
sensibilité, loin de nous l'intention de faire fermer des programmes,
aucunement, je le mentionne.
Ceci dit, dans les dernières années, il y
avait eu une baisse du nombre de Québécois qui étaient inscrits dans les
cégeps, puis j'ai vu ça comme un argument, de dire : Bien, coudon, il y a
moins de Québécois, il faut, pour maintenir nos cohortes, davantage d'étudiants
étrangers. Je pense que les prochaines années, quand on se projette sur deux,
trois, cinq, 10 ans, on voit un rehaussement graduel du nombre de
Québécois. Est-ce qu'il ne faut pas reconsidérer le nombre d'étudiants
étrangers, en disant : Bon, bien, quand les Québécois étaient moins là,
les étudiants étrangers sont venus, nous ont permis de garder des programmes
vivants, les Québécois reviennent graduellement, on garde les étudiants
étrangers, mais peut-être qu'on en a moins besoin pour assurer la survie des
programmes?
Mme Montpetit (Marie) : ...c'est
une question extrêmement légitime puis on vous a apporté un tableau didactique,
je sais que vous aimiez bien ça à l'époque, si vous me permettez.
M. Roberge : Comme à
l'Assemblée!
Mme Montpetit (Marie) : Exactement.
Vous avez la hausse ici du nombre d'étudiants internationaux totaux, puis elle
est dans... Il est dans le mémoire, ce dossier-là. Les petites lignes bleues
que vous voyez en haut... en bas, là, c'est le réseau collégial public, c'est
les cégeps. Donc, vous voyez que, quand même, je veux dire, on est une petite
proportion dans le problème peut-être que vous essayez de circonscrire.
Et vous avez raison qu'il y a eu une
baisse des étudiants pendant une certaine époque et la solution a été de se
retourner vers l'international, aussi beaucoup à la demande... Tu sais, on a
répondu à l'appel du gouvernement dans des opérations main-d'oeuvre, entre
autres, pour aller combler des besoins de pénurie, je pense entre autres aux
projets en soins infirmiers notamment. Donc, c'est un équilibre qui s'est fait.
Mais comme vous voyez, c'est pour ça qu'on le... on le mentionne et le répète,
il y a une autorégulation des cégeps, il y a une autonomie qui s'est faite, c'est
une...c'est un équilibre qui s'est fait. Et il faut faire très attention, ce n'est
pas... ce n'est pas une recette magique non plus d'aller recruter à
l'international quand il faut un nombre minimal, puis je laisserai mes
collègues qui sont... qui sont très bien placés pour compléter. Quand il faut
un nombre minimum d'étudiants pour pouvoir démarrer une cohorte, c'est vraiment
là que l'équilibre se joue, dans le fond.
Mme Couturier (Manon) : Oui.
J'aimerais un peu ajouter la réalité de la Côte-Nord, là, qui est un peu
différente de l'ensemble de ce que vous venez de nommer, M. le ministre. La
Côte-Nord est la seule région qui se dévitalise encore. On a... Nos collègues
des universités l'ont dit, là, on a un seuil migratoire négatif au niveau de la
population d'âge d'étudier dans nos collèges. Donc, la réalité, là, d'aller...
de pouvoir aller recruter à l'international maintient certains programmes et
nous permet de fournir une main-d'œuvre qualifiée à l'ensemble de nos
entreprises autour de nous. Donc, notre rôle, il est beaucoup plus grand que
simplement, là, donner une formation.
Puis j'ajouterais, je vous dirais,
0 % de fois il y a eu des étudiants québécois qui ont été refusés dans un
programme parce qu'il y avait des étudiants issus de l'international. En tout
cas, pas... pas à ma connaissance, là, je ne voudrais pas m'avancer pour des
choses que je ne connais pas, mais à mes yeux à moi, là, ce n'est pas arrivé,
ça, qu'on laisse... on diminue le nombre d'étudiants québécois pour augmenter
le nombre d'étudiants issus de l'international. Donc, je me questionne un peu
sur cette prémisse-là.
M. Gobeil (André) : ...je
vous... je nous inviterais tous à la prudence d'instrumentaliser...
d'instrumentaliser, <pardon...
M. Gobeil (André) :
...je vous... je nous inviterais tous à la prudence d'instrumentaliser...
d'instrumentaliser, >pardon, nos étudiants internationaux. Ah! Ça
fonctionne bien, quand il y a des Québécois, c'est bon. Ah! il n'y a plus de
Québécois, bien, on va faire rentrer... Je pense que ça va au-delà de ça, puis
ça va même au-delà du maintien des programmes dans des communautés comme celle
de Rimouski ou celle de Chicoutimi. C'est aussi une diversité qui est
importante, je pense, au développement des humains, et c'est un peu notre
fonction première, aussi, comme... comme dirigeants d'établissements
d'enseignement supérieur. On a une volonté d'accompagner tout le monde, puis
moi, ce que je peux témoigner, c'est qu'autant dans ma communauté, à
Chicoutimi, que lorsque j'étais à Matane, de voir la contribution des étudiants
internationaux va bien au-delà du maintien de programmes, va bien au-delà aussi
des emplois d'accompagnement dans des emplois, là, d'étudiants, ou encore les
emplois qu'ils vont occuper une fois qu'ils sont diplômés. Ça va au-delà de ça,
et ça, je pense qu'il faut garder le cap dans cette volonté-là au Québec. Puis,
jusqu'à présent, on le fait très bien, et on l'a toujours fait très bien.
En termes de solidarité, nous, on le fait
avec... Vous savez, on parle souvent des guerres de clochers, là, mais on est
trois cégeps dans notre... quatre cégeps dans notre région, on travaille
ensemble et on définit des choses. Et récemment, on a mis en place un projet
sur... Dans le cadre d'un chantier du pôle de l'enseignement supérieur, on a
travaillé sur un chantier sur l'établissement durable des personnes issues de
l'immigration, de quelle façon on peut les accompagner aussi à ce qu'ils
contribuent au développement de notre milieu. Et ça, je pense que ça va au-delà
des vases communicants étudiants québécois, étudiants internationaux.
M. Brown Mastropaolo (Francis) :
...de complémenter. En fait, il ne faut pas oublier qu'il y a aussi des
guides qui existent, en fait. Donc, on a parlé de l'autonomie des cégeps, la
capacité de gestion. Ouvrir un programme à l'international, ce n'est pas
automatique, ça dépend de la capacité d'accueil. Donc, dans un cégep, il y aura
des programmes qui seront ouverts, d'autres qui seront fermés parce qu'il y a
suffisamment d'étudiants. Donc, il y a un mécanisme d'autorégulation qui existe,
et dans certains programmes, bien que le cégep peut disposer d'un nombre
appréciable d'étudiants, dans certains programmes, il manque encore de ces
étudiants-là, et c'est dans la prévision des perspectives d'emploi, notamment,
où on décide d'ouvrir ou de réfléchir à ouvrir à cette clientèle-là. Donc,
c'est pour respecter notre mission. Donc, il y a des balises, il y a des
réflexions qui vont plus loin que les simples mécanismes aussi, là, qui nous
habitent.
M. Roberge : Merci
beaucoup pour vos réponses. C'est très, très, très apprécié. Je laisserais ma
collègue poursuivre.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : D'accord. Alors, il vous reste encore 5 min 56 s.
La parole est à vous.
Mme Bogemans : Parfait.
Premièrement, tout à l'heure, les universités sont venues nous exposer, là, une
panoplie de mesures au registraire qu'ils mettent en place, ça va jusqu'à
l'intelligence artificielle pour la reconnaissance des acquis de manière
diversifiée, puis être certain, par certaines mesures, là, de la pleine
disponibilité des étudiants étrangers, quand ils arrivent, pour se consacrer à
leurs études. Quel genre de mesures la Fédération des cégeps ou les cégeps de
manière distinctive mettent-ils en place au Québec pour être certains que les
étudiants étrangers inscrits sont bien prêts aux études puis faire le tri dans
les demandes d'inscription dès le départ?
Mme Couturier (Manon) : Bien,
il y a clairement... Nous, on est très petits, là. Donc, il y a clairement une
sélection qui se fait dès le départ, selon le dossier scolaire de l'étudiant.
Donc, c'est notre registraire qui analyse tous ces dossiers-là, on s'entend
qu'il y a quand même un bon nombre d'inscriptions, mais c'est beaucoup plus
dans l'accueil, lorsqu'ils arrivent, qu'ils sont pris en charge, là. Ils sont
pris en charge par une équipe vraiment complète, tant au niveau social qu'au
niveau académique, pour s'assurer de les maintenir en réussite. Donc, il y a
des rencontres régulières. Donc, une fois qu'ils sont... qu'ils ont passé la
porte... Je n'ai pas beaucoup de programmes contingentés au niveau collégial, donc
c'est vraiment plus le dossier scolaire qui va faire foi de l'accueil chez
nous. Mais, une fois que c'est fait, ils sont accompagnés, ils sont suivis par
une équipe puis une petite communauté. Donc, on a une communauté qui se
mobilise autour de l'intégration, jusqu'à leur trouver une première... aller
faire une première épicerie avec eux. On va jusque là. Donc, ils sont vraiment
pris en charge de façon très humaine. Mais, au niveau de la sélection, je
réitère, là, c'est vraiment le dossier scolaire qui va faire foi, là, selon
l'étude de notre registraire.
Mme Bogemans : Parfait.
Donc, la capacité de loger les étudiants ou d'être certain, par exemple, que
l'étudiant arrive avec un logement déjà avant d'être au Québec, est-ce que ce
sont des choses qui sont regardées, ou la capacité financière de payer l'année
en cours, l'année pour laquelle il est accepté?
• (16 h 30) •
Mme Couturier (Manon) : ...capacité
financière, elle est déjà vérifiée, là, dans... Pour s'inscrire, il faut déjà
démontrer qu'on a la capacité financière de s'en venir étudier chez nous. Nous,
chez nous... Bien là, c'est la tactique cégep de Baie-Comeau, là, nos
résidences leur sont réservées. En première année, les étudiants sont... sont
logés par nous, et la communauté prend en charge le reste. Honnêtement, l'enjeu
de logements, je l'entends beaucoup. Chez nous, quand nos étudiants ont besoin,
la communauté y tient, à sa population étudiante, donc en général, les gens
répondent présents. J'ai zéro étudiant qui n'ont pas... qui ne trouve pas de
logement chez nous.
M. Gobeil (André) : Moi,
j'ai un promoteur, cette année, qui a transformé un ancien couvent pour
accueillir des étudiants en se disant : Bien, écoutez, c'est important, je
ne veux pas faire ça pour d'autre chose, j'aurais pu transformer ça en condos,
mais j'ai décidé de le faire pour des... pour accueillir des étudiants, autant les
étudiants d'ailleurs au Québec que les étudiants internationaux. Pour les
mesures, on en a plein aussi, au-delà de l'évaluation de la capacité...
16 h 30 (version révisée)
M. Gobeil (André) : ...les
étudiants internationaux.
Pour les mesures, on en a plein aussi.
Au-delà de l'évaluation de la capacité d'étudiants à venir étudier chez nous, à
la formation continue, on a développé des capsules d'accueil aussi pour accompagner
l'étudiant, des tests diagnostiques. S'il y a des éléments qui sont à améliorer
en mathématiques, en français, on a des éléments de cette nature-là. On a des
gens sur le terrain qui font aussi des événements pour pouvoir permettre aux
étudiants d'aller chercher les codes, les codes culturels locaux, et les
partager avec... avec eux. Puis, par la suite... tantôt, je parlais... on est
en train... le chantier dont je parlais sur l'établissement durable, on est en
train de travailler dans une approche laboratoire vivant à travailler à ce qu'on
développe des outils pour accompagner l'ensemble de notre communauté sur le
vivre-ensemble, mais aussi s'assurer que les personnes se sentent bien incluses
dans notre... dans notre milieu. Puis jusqu'à présent, bien, on est en train de
développer des solutions et de les mettre en application. Donc, pour nous, je
pense que l'accueil, ce n'est pas un enjeu, puis leur... leur capacité à
contribuer à notre milieu non plus.
Mme Bogemans : Oui. C'est
certain que le cégep contribue à ouvrir les esprits, là, à plein de niveaux, je
pense, chez les jeunes qui sortent du secondaire, entre autres.
Mais je regardais les chiffres d'embauche
du cégep, là, des 10 dernières années, un petit peu partout au Québec,
puis on dit que l'augmentation fulgurante du personnel de soutien... Est-ce qu'il
pourrait y avoir un lien avec desservir davantage la population étudiante
étrangère, selon vous?
Mme Montpetit (Marie) : Bien,
si je peux me permettre, par rapport à ça. Puis c'est une... c'est une très
bonne question que vous posez, dans un contexte de gel de recrutement, je le
répète, qui est imposé au réseau collégial public et non au réseau privé présentement.
Il y a un contexte où c'est une population étudiante qui a évolué. Moi, je fais
toujours référence, je suis sortie du cégep il y a 25 ans, on avait un
certain profil, on avait des parcours qui étaient peut-être plus similaires
aussi les uns des autres. Aujourd'hui, on a une population étudiante qui a
toutes sortes de besoins, besoins particuliers notamment, entre autres. Donc,
ça amène d'avoir des ressources supplémentaires qui sont nécessaires. Donc
souvent, quand on regarde ces chiffres-là, il faut tenir compte du soutien
psychosocial qui est apporté aux étudiants, du soutien au niveau de TDAH,
dyslexie. Vous le savez, il y a de plus en plus... Puis maintenant c'est des
diagnostics, ou sans diagnostic aussi, qu'il y a l'accompagnement qui est donné
par des API. Donc, c'est ce qu'on peut retrouver notamment dans... dans les
chiffres, là.
Mme Bogemans : Parfait. Donc,
c'est ce que vous dites, travailleurs sociaux, entre autres, puis services
adaptés, c'est vraiment là-dessus que ça se focalise. Puis ça fait partie de
la...
M. Gobeil (André) : Mais ce n'est
pas en coloration... en corrélation, pardon, directement avec les étudiants
internationaux. C'est l'ensemble de la réalité de nos collèges. Donc, on ne
pourrait pas associer... Puis, encore une fois, c'est un amalgame dangereux à
faire. C'est vraiment la réalité dans laquelle on est actuellement. Les besoins
ont changé, des étudiants, puis nous, on répond aux besoins dans ces
conditions-là. Et ce n'est pas nécessairement le fait d'avoir une hausse d'étudiants
internationaux qui nous a amenés à hausser les ressources qui étaient
nécessaires pour pouvoir accompagner la réussite dans nos collèges.
Mme Montpetit (Marie) : C'était
pour l'ensemble de la clientèle étudiante, là, mon commentaire.
Mme Couturier (Manon) : ...donc
il y a eu des bonnes décisions qui se sont prises, où est-ce qu'on a arrêté de
courir après les diagnostics pour donner des services aux étudiants. Puis on a
réussi à amener plus d'étudiants vers un diplôme d'études secondaires. Puis c'est
un excellent chemin. Ça fait qu'il y a plus d'étudiants qui ont accès, d'étudiants
québécois qui ont accès à l'enseignement supérieur, mais ça a fait que l'enseignement
supérieur a eu à s'ajuster à cette nouvelle réalité là, d'étudiants. Parce que
notre souhait, à nous aussi, c'est d'amener ces étudiants-là vers une réussite,
donc il faut nous aussi ajuster la façon dont on intervient auprès de ces
jeunes-là. Donc, je pense que je ferais... je ferais plus ce parallèle-là, plus
que de parler d'un rehaussement d'étudiants internationaux.
Mme Bogemans : Oui, bien, je
comprends. Puis, ça, c'est tout à fait louable. C'était...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Merci. C'est ce qui met fin à cette
première ronde d'échange. Alors, je me tourne du côté de l'opposition
officielle pour la deuxième ronde d'échange, le député de l'Acadie. Vous avez 9 min 54 s.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, Mme Montpetit, M. Mastropaolo, Mme Couturier, M.
Gobeil, merci d'être là.
J'ai... J'ai trois cégeps dans ma circonscription,
Bois-de-Boulogne, Vanier, Saint-Laurent, je parle à tous les DG des cégeps.
Alors, on a parlé de gel de recrutement, de PEQ suspendu, d'une lettre que vous
avez reçue au mois de juillet, où vous ne pouvez plus à peu près rien dépenser
ou investir, puis là, bien, il y a le PL 74. J'ai beaucoup d'empathie pour
ce que vous vivez. Il y a, des fois, où je me demande : Coudon, est-ce que
le gouvernement de la CAQ vous cible particulièrement? Vous rendez un service
énorme à la population du Québec.
Mais j'aimerais... Vous êtes avec nous, j'aimerais
que vous me parliez concrètement, là. Parce que, là, bien, évidemment, le
ministre veut se donner plein de pouvoirs, mais on ne sait pas trop lesquels,
mais en tout cas, il y en a dans le PL 74. Qu'est-ce que ça fait, un cégep,
dans une ville comme Baie-Comeau, Chicoutimi? Concrètement, sur le terrain, là,
c'est... Ça doit être positif, je ne peux pas croire, avec tout ce que vous
faites.
M. Gobeil (André) : On a...
On a six minutes?
M. Morin : Oui, oui, c'est
ça, vous en avez six, minutes. Bien, allez-y punché.
M. Gobeil (André) : Bien, écoutez,
bien, on est des acteurs de développement économique importants pour nos
milieux, non seulement dans la transformation ou aussi de l'acquisition des compétences,
qui sont nécessaires à ce développement-là, mais on <est...
M. Gobeil (André) :
...à
ce développement-là, mais on >est également des acteurs de développement
social, de développement culturel. On joue un rôle majeur dans nos communautés
en termes de catalyseur d'opportunités, si je peux me permettre de dire ça
ainsi. Moi, j'ai passé ma vie dans des cégeps. Puis j'ai été autant dans le Bas-Saint-Laurent,
j'ai été à Matane, à Rivière-du-Loup, puis maintenant je suis à Chicoutimi. Je
suis retourné chez moi. Et puis, si j'y suis resté... J'aurais pu faire
tellement d'autres choses. J'y suis resté parce que j'y crois, à cette
mission-là. Et puis... Et on le fait bien. On travaille fort. On a des
résultats qui sont probants. Moi, j'ai vu des projets de développement
économique qui sont nés grâce à des initiatives de cégeps.
Et puis on est également des fournisseurs
de services pour notre communauté. Chez moi, j'ai une salle de spectacles qui
est opérée par des partenaires, mais qui est... qui est localisée chez moi.
J'offre des services de piscine pour la ville de Chicoutimi, et autres types de
services de cette nature-là.
Puis je pense que je vais laisser la
parole à Manon, parce que Manon aussi pourra en rajouter, du rôle qu'elle joue
principalement à Baie-Comeau.
Mme Couturier (Manon) : Bien,
écoutez, à Baie-Comeau, en fait, on est l'enseignement supérieur. On ne se le cachera
pas, là, l'enseignement supérieur existe à Baie-Comeau parce que le cégep de
Baie-Comeau existe. L'UQAR a une antenne, mais ils sont dans nos locaux. J'en
profite pour dire que ce serait bien qu'ils aient un peu plus d'espace pour
pouvoir donner un service un peu plus étayé. On est la région la moins
scolarisée au Québec, donc si on n'a pas l'enseignement supérieur à Sept-Îles
et à Baie-Comeau, bien, c'est dangereux. Nos jeunes ont... ont accès à de
l'enseignement supérieur parce qu'on est là. J'ajoute à ça, évidemment, qu'on
est pilier de la communauté aussi. On est... On est collés sur nos entreprises,
on est source de recherche et d'innovation. Notre CCTT développe, au niveau de
la forêt boréale, moult projets en recherche et en innovation pour venir
répondre aux besoins de l'industrie autour de nous.
Donc, tout le reste, mon collègue l'a déjà
dit, là, mais notre présence, elle est centrale, en fait, à nos communautés.
M. Morin : Donc, vous êtes
des incontournables dans votre... dans votre région. Puis je vous écoute avec
attention. Ça me touche. Donc, Baie-Comeau, là, vous êtes le centre
d'enseignement supérieur pour la région. Ce n'est quand même pas banal.
Dans le projet de loi, à l'article 3,
le ministre veut se donner les pouvoirs de regarder certains programmes puis
certaines orientations. Dans le restant des articles du projet de loi, on parle
beaucoup d'un pouvoir réglementaire, mais on ne sait pas ce que ça va donner en
bout de piste. Trouvez-vous ça dangereux pour votre autonomie puis pour vos
programmes?
Mme Montpetit (Marie) : Bien,
je pense que c'est le... c'est le principal problème de ce projet de loi, c'est
que c'est une... c'est une coquille qui ne... qui ne caractérise pas les
intentions qui viennent avec. J'espère que vous aurez l'occasion, dans les
échanges que vous aurez sur l'étude détaillée, de préciser les intentions du
législateur. Mais c'est une pièce législative qui est floue sur ses objectifs,
qui manque de balises. Le ministre l'a mentionné, combien d'étudiants
internationaux veut-il de moins, il ne le sait pas à l'heure actuelle. Donc,
c'est sûr que, oui, c'est une préoccupation sur notre autonomie, sur les
objectifs qui sont poursuivis.
Et le ministre le mentionnait tout à
l'heure, puis évidemment on croit sa parole, là-dessus, on n'a pas d'autre
choix, sur ses intentions par rapport au projet de loi, mais la pièce
législative va lui substituer dans le temps. Et la question, c'est comment
sera-t-elle utilisée par la suite, si les balises ne sont pas suffisamment
importantes. Donc, elle ne peut pas être laissée à l'utilisation improvisée ou
aux idéaux partisans ou politiques qu'il pourrait y avoir dans... dans
l'avenir. Donc, oui, il y a une préoccupation par rapport à ce projet de loi
là.
M. Gobeil (André) : ...qui
citait un illustre artiste, Peter Parker, Spider-Man, il disait : Aux
grands pouvoirs viennent des grandes responsabilités. Et puis ce sont des
grands pouvoirs, mais on se permet de douter sur les responsabilités, avec ce
qu'on vit, avec l'énumération que Marie vient de nous faire, notamment sur la
réalité dans laquelle nous sommes confrontés dans les dernières semaines et
mois.
M. Morin : Je vous remercie.
Je vais maintenant laisser la parole à ma collègue, la députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : Merci. Je vais
m'aligner avec le micro.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Il vous reste encore 4 min 35 s.
Mme Setlakwe : Merci. Moi, je
comprends généralement que le réseau public des cégeps puis... L'apport des
étudiants étrangers ne constitue aucunement un problème pour vous. OK.
Je pense qu'il faut revenir sur... sur
votre approche, en termes de répondre à des besoins ou le... ou ce que les
programmes permettent de combler comme besoins. Et j'irais même... Puis je vais
vous laisser élaborer parce que je sais que vous avez des exemples. S'il vous
plaît, là, il y en a dans le mémoire, mais, je pense, pour le bénéfice de la
commission, il faudrait que ce soit... ce soit mentionné, que vous êtes
arrimés, c'est ce que je crois comprendre, avec le futur des services publics.
Vous répondez à des besoins précis. Il y a... Il y a un exemple qui a été
soulevé, là, la médecine nucléaire à Montréal, mais j'aimerais que vous
élaboriez, autant en région qu'en... qu'à Montréal.
• (16 h 40) •
Et je ne veux pas vous mettre des mots
dans la bouche, mais j'ai l'impression... Parce qu'on a entendu le ministre
utiliser le terme «chirurgicale» dans son approche. C'est... C'est ce qu'on
souhaite aussi. Mais j'ai l'impression que vous, vous faites... vous avez une
approche chirurgicale par rapport à répondre à des besoins en termes <de...
Mme Setlakwe :
...rapport
à répondre à des besoins en termes >de services publics, et autres.
M. Gobeil (André) : Bien,
écoutez, c'est... On a parlé de médecine nucléaire, mais dans la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean,
puis je pourrais parler au nom de mes trois autres collègues, on répond à des
besoins qui sont criants en matière de développement. En électronique
industrielle, actuellement, une chance qu'on a des étudiants internationaux qui
non seulement font le parcours au complet, qui diplôment et qui se trouvent des
emplois dans notre région, mais je pourrais vous dire la même chose pour
diététique, je pourrais vous dire la même chose pour inhalothérapie. Je
pourrais vous dire également la même chose pour soins infirmiers. On l'avait
dans le mémoire, la présentation, entre autres, d'une initiative qu'on a faite
avec des étudiants internationaux en soins infirmiers. Chez nous, ça a été un
succès réel pour... au cégep de Chicoutimi et au CIUSSS du Saguenay—Lac-Saint-Jean.
Donc, c'est sûr et certain qu'on est là
puis qu'on contribue à maintenir un tissu de services publics, mais également
une vitalité économique, industrielle et commerciale chez nous.
Mme Setlakwe : Merci.
Mme Couturier (Manon) : ...les
techniques forestières, chez nous, qui va venir répondre aux besoins de Résolu,
bien, c'est... ce sont la grande majorité, hein? On est autour de 80 %
d'étudiants issus de l'international qui sont dans cette... dans ces
cohortes-là et qui sont engagés par nos entreprises. Donc, on vient répondre
aux besoins.
On a de la... On a de la difficulté à
recruter au Québec à cause de foresterie, qui est un peu plus difficile à
vendre dans notre coin. J'ajoute à ça toute... On a un programme unique qui
vient... qui vient répondre aux besoins de nos pourvoiries locales. Donc, on se...
on se colle à notre milieu, on se colle aux besoins dans l'offre de formation
qu'on donne. Génie électrique, qui répond aux besoins de techniciens chez Hydro-Québec,
qui sont en train de faire des réfections de barrages, qui vont avoir besoin de
nos étudiants en génie électrique, dans lequel il y a des étudiants issus de
l'immigration aussi, dans nos programmes. Donc, on est vraiment collés sur les
besoins locaux, là.
Mme Montpetit (Marie) : ...dans
les... dans les exemples qui sont très patents, là, c'est, par exemple, là...
je prends... Il y en... Il y en a plein, hein? Il y en a plusieurs,
effectivement, dans... dans le mémoire. Mais le cégep de Thetford, par exemple,
qui a une technique du génie plastique, ce sont des étudiants qui viennent de
l'international. C'est un programme qui est unique, qui a un caractère
national, qui supporte l'ensemble de l'industrie de la plasturgie, donc 500 entreprises
au Québec. Est-ce qu'on a les moyens de se passer de ce programme-là, faute
d'étudiants internationaux? Je pense que c'est les questions qu'il faut se
poser.
Puis le projet de loi, évidemment, quand
on l'a reçu, ça a fait partie des questions qu'on s'est posées : Quels
problèmes on essaie de régler avec ce projet de loi là? Qu'est-ce qu'on cible
exactement? C'est pour ça qu'on veut vous sensibiliser vraiment au fait que le
réseau collégial public, à l'heure actuelle, puis on vous a montré les chiffres,
effectivement, c'est très chirurgical comme approche, de venir répondre à un
programme pour répondre à un besoin local, régional ou national qui ne peut
être comblé, faute d'étudiants québécois.
Mme Setlakwe : Merci. Donc,
est-ce qu'on peut dire que les étudiants étrangers sont... sont essentiels à la
population?
Mme Montpetit (Marie) : Bien,
ils sont essentiels pour répondre dans cette boucle-là, effectivement, à des besoins
de pénurie de main-d'oeuvre. Je pense qu'on n'est pas en moyen de se passer de
gens qui vont faire de la médecine nucléaire, ni dans les programmes, les
différents programmes qu'on a élaborés. Il y a des programmes qui sont comblés
aussi. En technique d'éducation à la petite enfance, on l'a vu dans les médias
à plusieurs reprises dans les dernières années, à quel point c'est encore un
enjeu, dans nos services de garde, de trouver... de trouver des gens. C'est
pour ça qu'il y a du recrutement qui est fait à l'international. La réponse,
entre autres, dans le réseau de la santé, en soins infirmiers, 46 programme sur
48 cégeps à l'heure actuelle. Il y a du recrutement qui a été fait, à la
demande justement du gouvernement d'aller faire du recrutement à l'international,
pour venir s'aider à répondre à nos propres besoins comme société. Donc, il
faut être très prudents dans les décisions qui vont être prises.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci...
Mme Montpetit (Marie) : Parce
que ce n'est pas seulement le réseau collégial que ça met à mal. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui me fin cette partie d'échange.
On va toutefois poursuivre avec la deuxième opposition et le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
3 min 18 s.
M. Cliche-Rivard : Merci, Mme
la Présidente. Merci beaucoup pour votre excellente présentation.
Écoutez, d'entrée de jeu, en conférence de
presse, le ministre donnait des exemples, hein : un collège privé qui a
augmenté de 246 % d'admissions en pas un an, janvier 2023 à mai 2024, un
autre qui a vu sa clientèle monter de 1 392 sur la même période. Mais
essentiellement il n'y a rien de tout ça qui vous concerne. Donc, vous, vous
êtes à dire : Écoutez, qu'est-ce qu'on fait là, finalement, nous, hein? Je
vous mets des mots dans la bouche, mais : Faites vos affaires, corrigez ce
que vous avez à corriger sur certaines institutions ou certains établissements
d'enseignement privés qui dépassent les bornes, mais nous, là, à 9 000, en
tant que regroupement, on ne devrait pas être concernés par votre projet de
loi. C'est ce que vous dites?
Mme Montpetit (Marie) : Bien,
je me permets de le remontrer, je trouve que c'est un... c'est un tableau qui
est très, très parlant : sur la totalité des étudiants internationaux, on
est la petite ligne bleue. Et non, effectivement, on ne se sent pas... C'est
pour ça que je pense qu'il faut être très prudents de ne pas jeter le bébé ou
le réseau collégial avec l'eau du bain et d'être très prudents dans la
décision. Donc, c'est pour ça qu'on soulignait d'entrée de jeu l'importance de
ne pas faire un amalgame et de mettre l'ensemble des établissements dans le
même... dans le même bain, là.
M. Cliche-Rivard : Par
contre, ce matin, en mêlée de presse, ayant connu vos revendications, le
ministre les a jugées comme étant déraisonnables. Est-ce que vous, vous avez <une...
M. Cliche-Rivard :
...déraisonnables.
Est-ce que vous, vous avez >une réponse face à ce critère, raisonnable
ou pas, là, de votre revendication? J'imagine que vous, vous la pensez
raisonnable. Qu'est-ce que ça vous fait d'entendre ça, que vos revendications
sont déraisonnables aux yeux du ministre?
Mme Montpetit (Marie) : Bien,
est-ce que c'est la revendication d'être concertés et consultés en amont,
notamment?
M. Cliche-Rivard : Celle de
vous exclure.
Mme Montpetit (Marie) : De
nous exclure. Bien, écoutez, on serait... on sera bien curieuse d'entendre ses
arguments pour le fait de nous inclure. Je comprends qu'il y a une volonté de
se donner les moyens de serrer la vis, comme ça a été mentionné, dans des cas
d'abus.
M. Cliche-Rivard : Avec
raison.
Mme Montpetit (Marie) : Ce
n'est pas le cas du réseau collégial. Il n'y a pas... Il n'y a pas d'exemples
en ce sens. Vous avez des exemples qui répondent à la raison pour laquelle on
va à l'international recruter. Il n'y a pas d'enjeu pécunier. Ce n'est pas une
vache à lait. Ce n'est pas... Ce n'est pas l'essence même de la démarche. C'est
vraiment pour répondre à la mission éducative et répondre aux besoins du
Québec.
M. Cliche-Rivard : Non, quand
même. Puis, vous l'avez montré plusieurs fois dans votre tableau, la petite
ligne jaune, elle baisse pas mal aussi. Il y a des choses qui ont... qui ont
été faites. On voit qu'en 2020 ils sont presque au triple de votre petite ligne
verte, là, puis finalement, on diminue jusqu'à être en dessous de vous en 2023.
Donc, il y a des correctifs qui ont été apportés. Je ne suis pas en train de
dire qu'il n'y a pas de récalcitrants, au contraire. Il y a des gens qui... Il
va falloir qu'on corrige, puis il y a des choses qu'il va falloir qu'on...
qu'on améliore, mais vous l'avez dit, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau
du bain. Puis vous, vous êtes... vous ne devriez pas être concernés par ce
projet de loi là, dans la mesure où ça fonctionne bien pour les cégeps, là.
Mme Montpetit (Marie) : Bien,
vous me permettrez d'ajouter que dans le plan stratégique du ministère de
l'Enseignement supérieur, qui a été déposé il y a tout juste un an, le
recrutement à l'international était encore une priorité, notamment pour
répondre à des cibles francophones. Parce que la majorité des étudiants aussi
internationaux parlent le français, viennent répondre à des besoins qu'on a
localement. Et, je le répète, on a répondu à plusieurs fois à l'appel du
gouvernement pour répondre à des besoins. Donc, même au niveau des
augmentations qu'il y a eues dans les dernières années dans le réseau collégial
public, c'est... c'est généralement en réponse à des initiatives
gouvernementales qui ont été mises en place, là.
M. Cliche-Rivard : Mais vous
faites bien de mentionner le virage à 180 degrés. On venait de mettre le
PEQ — Diplômés à l'extérieur des cibles puis finalement on vient
suspendre ce programme-là pour huit mois. Alors, on ne sera pas au premier
revirement de situation. Mais, quand même, merci d'avoir été là. Merci
beaucoup.
Mme Montpetit (Marie) : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on va terminer nos échanges avec le
député de Jean-Talon pour une période de 3 min 18 s.
M. Paradis : Oui. En fait, je
vais continuer dans la foulée de mon collègue de Saint-Henri—Sainte-Anne. Vous...
Vous nous dites essentiellement qu'il y a une grande différence entre le réseau
universitaire et le réseau des cégeps, et particulièrement le réseau des cégeps
publics. Le tableau que vous nous avez montré déjà à quelques reprises montre
qu'en gros il y a une stabilité ou il y a une croissance raisonnable, contrôlée
et éthique du nombre d'étudiants au cégep. Et il n'y a pas de pic à partir de
2018. Ce qui n'est pas le cas dans le réseau universitaire, là, il y a un pic.
Est-ce que vous êtes d'accord qu'il y a une question de mode de financement qui
vient compter dans cette... dans cette différence-là? Parce que, vous l'avez
mentionné tout à l'heure, vous avez dit : Nous, on n'a pas de prime à
avoir des étudiants internationaux, c'est une question de philosophie, de
contribution, de nécessité dans certaines régions. C'est bien ça?
M. Gobeil (André) : ...effectivement.
M. Paradis : Bon. Et là vous
nous dites : Il faut des règles, il faut tenir compte aussi des besoins
dans chaque région. Et vous demandez une vision régionale de ces enjeux-là. On
est d'accord avec vous.
Vous nous parlez aussi de l'importance
d'avoir de la... de la prévisibilité. Vous nous rappelez, dans votre mémoire, à
la page 17, qu'un plan d'étudiant... pour un étudiant international, ça se
prévoit longtemps à l'avance, que la réputation du Québec à l'échelle
internationale compte. Est-ce que vous voyez c'est quoi, les prévisions du
gouvernement dans le projet de loi n° 74 pour les cégeps? Est-ce que vous
avez cette... cette prévisibilité actuellement?
Mme Montpetit (Marie) : Bien,
écoutez, ce qu'on... ce qu'on voit à l'heure actuelle, c'est, vous mentionniez...
votre collègue mentionnait le PEQ, quatrième volte-face en moins de cinq ans,
une dizaine de modifications qui ont été faites au... tout ce qui encadre les
étudiants internationaux dans la dernière année, tant par le gouvernement
fédéral que par le gouvernement provincial. Je pense qu'il faut être prudents,
de jouer au yoyo, ce n'est pas un robinet qu'on peut ouvrir, qu'on peut fermer.
On est dans une situation, je ne vous l'apprendrai pas comme parlementaires, au
Québec, où il y a près d'un million de Québécois qui vont prendre leur retraite
d'ici 2030, il faut trouver une façon de combler et répondre à ces besoins de
main-d'oeuvre là, notamment dans des secteurs névralgiques publics.
Donc, il faut avoir, je le répète, une
prévisibilité, parce que c'est... c'est des mois et des mois et des années de
travail, d'aller faire du recrutement à l'international pour répondre à des
besoins. Il faut laisser l'agilité aux cégeps aussi d'être capables de
s'ajuster selon les besoins, qui peuvent être... qui peuvent être modifiés.
Donc, la prévisibilité, c'est... c'est absolument nécessaire.
• (16 h 50) •
M. Paradis : Et est-ce que
vous savez où est-ce que le gouvernement veut aller relativement aux cégeps?
Parce que, là, actuellement, ce qu'on a, c'est du mur-à-mur. On ne fait pas la
distinction entre les réseaux. Est-ce que vous avez une idée de ce qu'ils
voient pour les cégeps?
Mme Montpetit (Marie) : Bien,
c'est le principal problème du projet de loi, c'est cette ambiguïté ou c'est ce
flou, où il n'y a pas de balises comme telles, et qu'on ne voit pas les
objectifs qui sont recherchés par la suite. Qu'est-ce qui arrivera une fois que
le projet de loi sera adopté? Est-ce que c'est une diminution? C'est une
diminution dans quel type d'établissement? De quelle façon? À quel rythme? <Ça...
Mme Montpetit (Marie) :
...De
quelle façon? À quel rythme? >Ça fait partie des éléments qui ne
figurent pas, à l'heure actuelle, dans le projet de loi.
M. Gobeil (André) : ...cette
prévisibilité-là, pour nous, est essentielle. Parce que lorsque... à chaque
fois qu'il y a une annonce, la vitesse que les nouvelles circulent, on sent les
impacts. Une année, le ministre Boulet a parlé notamment de gratuité pour les
étudiants internationaux, et tout de suite on a senti... dans l'ensemble du
Canada, on a senti une réaction. Il n'y a plus personne qui voulait aller
ailleurs. Ils voulaient tous venir au Québec parce qu'ils pensaient que c'était
gratuit.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Sur ces bons mots, je vous remercie à
nouveau de l'apport... (panne de son) ...et... (panne de son) ...quelques
instants, le temps que le prochain groupe s'installe. Merci!
(Suspension de la séance à 16 h 51)
(Reprise à 16 h 56)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. Alors, nous recevonsl'Association <québécoise...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
...l'Association >québécoise des avocats et
avocates en droit de l'immigration, qui est représentée par Me Patrice
Brunet, membre du conseil d'administration, ainsi que Me Ismaël Boudissa,
membre du conseil d'administration également. Alors, bienvenue à la Commission
des relations avec les citoyens. Alors, le déroulement, vous allez bénéficier
d'une période de 10 minutes pour votre... la présentation de votre
argumentaire, l'essentiel de votre mémoire, ensuite on va procéder à une
période de questions avec les parlementaires. La parole est à vous.
M. Brunet (Patrice) : Merci
de nous recevoir. C'est un plaisir d'être avec vous aujourd'hui pour présenter
nos observations au projet de loi.
Je veux commencer avec un préambule.
L'AQAADI, l'Association québécoise des avocats et avocates en droit de
l'immigration, est une organisation qui regroupe et représente plus de
500 avocats spécialisés en immigration au Québec, membres du Barreau du
Québec. Nous avons des intérêts qui sont... qui rejoignent des objectifs
d'équité, de recherche de la justice et également, pour le sujet qui nous
occupe aujourd'hui, de prévisibilité d'un système d'immigration qui transcende
les intérêts pécuniaires des avocats, mais aussi les intérêts des travailleurs
étrangers et aussi des entreprises que nous représentons.
Donc, c'est avec grand intérêt que
l'AQAADI a pris connaissance du projet de loi qui a été... qui a été déposé.
Puis on désire saluer également les orientations générales du projet de loi
pour prendre en compte les orientations et les objectifs fixés au plan annuel
d'immigration des besoins économiques et de main-d'oeuvre.
Nous tenons à souligner que la grande
majorité des étudiants étrangers sont des étudiants de bonne foi dont la
contribution à la société québécoise est impossible à déterminer avant souvent
plusieurs années et parfois plusieurs décennies. Nous allons concentrer notre
intervention et nos commentaires aujourd'hui sur le caractère d'imprévisibilité
et le caractère soudain que le projet de loi accorde au ministre en poste. Et
nous souhaitons apporter nos observations sur ce point puisque le Programme des
étudiants étrangers doit bénéficier d'une prévisibilité pour des raisons sociales,
mais également pour des raisons économiques.
Alors, en préambule, on ne remet
aucunement en question la compétence et l'autorité du gouvernement de pouvoir
fixer des objectifs, de pouvoir fixer des quotas en matière d'immigration, c'est
la prérogative du gouvernement du Québec et aussi du gouvernement du Canada,
évidemment, de pouvoir établir des chiffres, mais tout ça doit être fait dans
un contexte qui respecte non seulement les traditions du Québec, mais aussi qui
respecte les fondements de la société dans laquelle nous sommes.
Donc, nos observations ont été regroupées
sous sept angles, sept, le chiffre 7, donc : les échanges culturels
et intellectuels, innovation et recherche, développement économique, réseaux
internationaux, conditions et renouvellement des CAQ, retour au pays d'origine,
rétention des talents. Je vais être bref. Vous avez déjà copie de notre
mémoire.
Donc, pour vous mettre en contexte et pour
vous... pour vous le rappeler, vous le savez tous que depuis l'Antiquité les étudiants
étrangers ont été des vecteurs d'échanges culturels et intellectuels. Les
étudiants grecs et romains voyageaient à Alexandrie et à Athènes, mais aussi, vous
savez que les cathédrales de France ont été pour la... en grande partie
fabriquées par les travailleurs qui venaient d'Italie et par les étudiants
qui... les étudiants en arts.
• (17 heures) •
Une étude récente portant sur
6 000 étudiants étrangers dans 114 pays indique que 66 %
des étudiants étrangers considèrent plus d'un pays dans leur décision d'étudier
à l'étranger. Et le Canada et l'Australie ayant récemment annoncé leur souhait
de limiter le nombre d'étudiants étrangers, les étudiants explorent déjà
d'autres options comme destinations potentielles. Donc, le Québec risque de
perdre. En créant un climat d'incertitude sur le traitement des permis
d'études, le Québec risque de perdre des candidats qui sont essentiels et qui
sont importants au bénéfice non seulement d'autres pays, mais également
d'autres provinces canadiennes.
Les étudiants étrangers contribuent
également souvent à l'innovation et à la recherche dans le pays d'accueil. Je
ne vous referai pas les présentations des dirigeants des établissements
d'enseignement qui ont été devant vous, mais ces retombées ne sont que rarement
immédiates et peuvent être comptabilisées après quelques années ou même après
quelques décennies...
17 h (version révisée)
M. Brunet (Patrice) : ...recomptabilisé
après quelques années ou même après quelques décennies. Nous considérons que
les établissements d'enseignement ont tous les outils et les compétences
nécessaires pour choisir les étudiants étrangers appropriés, et il serait... il
est surprenant, et même nouveau, novateur, pas nécessairement dans le bon sens,
que le gouvernement du Québec intervienne dans la décision des institutions d'enseignement
pour choisir quels seraient les étudiants... les étudiants qui devraient
bénéficier d'un permis d'études.
Les étudiants étrangers, évidemment, on ne
pourrait pas passer sous silence le développement économique des étudiants
étrangers. Selon une étude de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain
portant sur 2019‑2020, donc avant la pandémie, les 50 000 étudiants
de l'extérieur qui fréquentaient les établissements universitaires apportaient
des retombées économiques de... au montant de 722 millions de dollars dans
la région... la grande région de Montréal seulement. Donc, l'imprévisibilité de
l'impact du projet de loi pourrait mettre en péril cet impact économique et la
renaissance économique attendue du centre-ville de Montréal.
Et finalement, évidemment, un étudiant
étranger qui complète ses études au Québec est un ambassadeur du savoir à
travers le monde, non seulement pendant ses études, mais lorsqu'il retourne
dans son pays d'origine. Il apporte un savoir technologique, mais également
tout un réseau de contacts et est un ambassadeur pour... de souvenir du Québec,
de son... de son passage au Québec pour les décennies qui suivent. Je passe la
parole à mon collègue Me Boudissa.
M. Boudissa (Ismaël) : Oui.
Donc, on parle de prévisibilité, c'est... c'est exactement notre point, mais il
faut aussi travailler sur, une fois qu'ils sont déjà ici au Québec, comment on peut
les accompagner dans leur cheminement académique. Parce qu'il faut comprendre
que, selon le Règlement sur l'immigration du Québec, un étudiant doit faire de
ses études sa principale activité. Et ça, ce n'est nullement défini, ni dans le
règlement ni dans aucun guide de procédure interne. Donc, au niveau fédéral, qu'est-ce
que ça veut dire, de poursuivre ses études? C'est d'être minimalement inscrit à
temps partiel et d'avancer raisonnablement vers l'obtention de son diplôme. Au
Québec, la conception des choses et comment le MIFI applique et interprète son
règlement, c'est qu'il faut absolument être inscrit à temps plein, et ce,
pendant toutes les sessions.
Donc, c'est certain, il va sans dire que ce
n'est pas toujours possible d'être inscrit à temps plein, que ce soit à cause
de la disponibilité des cours, hein, il faut avoir parfois des cours qui ont
des prérequis, il y a des cours qui ne sont pas offerts à toutes les sessions...
Alors, un étudiant, à cause de comment son département fait la grille de cours,
pourrait être amené à ne pas pouvoir faire le cours qui est nécessaire pour son
diplôme et être inscrit à temps partiel. Renouvellement du CAQ, le CAQ est
refusé. Et, à ce moment-là, bien, l'étudiant se retrouve sans recours. Il doit
faire soit un réexamen administratif ou aller dans une autre province. Et
actuellement, le MIFI est extrêmement strict et ne considère aucune condition
particulière, que ce soit problème de santé mentale, isolement. Donc, les
étudiants locaux ont eux aussi tout le loisir d'être des étudiants à temps
partiel, mais malheureusement, les étudiants immigrants n'ont pas... n'ont pas
ce luxe.
Donc, il y a aussi... il y a une question
de bienveillance de la part du MIFI et d'accompagner les étudiants étrangers
lors de leur cheminement académique. Et ça, ce serait... ça aurait été une
belle occasion de justement définir qu'est-ce que c'est, de faire ses études sa
principale activité. Ce n'est pas parce que j'ai quatre cours ou trois cours
que je ne suis pas au Québec pour... pour étudier. Cela est d'autant plus vrai,
puisque le nouvel article 104.2 du même règlement prévoit que le ministre
peut rejeter une demande si la personne n'a pas fait de ses études sa
principale activité dans les cinq dernières années. Donc là, à ce moment-là,
avec seulement une cession à temps partiel, selon comment le règlement est
rédigé, on pourrait ne plus pouvoir déposer de demande pendant cinq ans, et il
va sans dire que ça peut poser beaucoup de problèmes sur le... sur le
cheminement.
Ensuite, la proposition, dans ce projet de
loi, de lier le CAQ, le certificat d'acceptation du Québec, à une école peut,
dans le même... même esprit, limiter le... ce que l'étudiant peut faire. Donc,
nous, ce qu'on... ce qu'on recommanderait, c'est de plutôt... si l'établissement
d'enseignement est dans la liste, qui est préalablement définie par le MIFI,
bien, à ce moment-là, l'étudiant pourrait changer d'établissement pour des
raisons diverses.
C'est sûr qu'il faut... quand on parle de
prévisibilité et de comment le gouvernement envoie ses messages, il faut parler
de la rétention des talents puis de qu'est-ce qu'il se passe après le diplôme. Donc,
l'année dernière, la ministre Fréchette disait qu'on va exempter les personnes
qui sont diplômées du quota, puisque ce sont des immigrants parfaits. Ils
parlent français, ils sont déjà logés, il n'y a vraiment aucun problème. Et le
ministère n'avait probablement pas prévu que plusieurs personnes allaient
désormais déposer la demande, puisqu'ils sont maintenant admissibles, et là,
une année plus tard, bien, on les <suspend...
M. Boudissa (Ismaël) :
...déposer
la demande, puisqu'ils sont maintenant admissibles, et là, une année plus tard,
bien, on les >suspend pendant huit mois parce qu'on n'avait comme pas
vraiment anticipé, malheureusement, qu'on allait devoir traiter toutes ces
demandes. Et donc c'est un peu ça, le message que l'on veut donner aujourd'hui.
Il y a beaucoup d'incohérence, puis, pour nous, ça touche à des principes
fondamentaux d'équité procédurale, d'une certaine expectative d'un droit, même
si le gouvernement a tout à fait le droit de faire ses propres limites, ses
propres seuils, mais il faut quand même penser à au moins l'année prochaine si les
seuils ne seront pas dépassés.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Juste petit rappel, au cas où ça
reviendrait. Ici, on nomme les élus par leur circonscription ou leur titre, à
ce moment... à ce moment-ci. Alors, on commence la discussion avec la banquette
gouvernementale, 16 min 30 secondes.
M. Roberge : Merci, Mme la
Présidente. Merci pour votre présentation. Il y a... il y a un paquet
d'établissements qui sont passés devant vous... avant vous aujourd'hui, qui
nous ont parlé de la richesse que ça représente pour le Québec, pour les
établissements, pour la recherche, pour les régions, d'avoir des étudiants
étrangers, des étudiants internationaux. Je suis parfaitement d'accord avec ce
qu'ils ont déclaré ici. On est d'accord. Il ne s'agit pas de fermer les vannes,
dire qu'on ne veut plus d'immigrants, on ne veut plus d'étudiants étrangers, ce
n'est pas le cas. Je pense qu'on veut tout simplement avoir un meilleur
contrôle, parce que, quand on parle d'étudiants étrangers, on parle aussi de
notre politique migratoire, on parle du nombre de résidents non permanents sur
le territoire, puis la capacité d'accueil n'est pas infinie.
Je vais donner un exemple de dérapage
actuel, dans l'état de droit actuel. Du 1er janvier au 30 juin 2023,
il y avait... pardon, c'est ça, du 1er janvier au 30 juin 2023, il y
avait 4 400 CAQ études délivrés pour le secteur privé. Un an plus
tard, pour le même secteur privé, dans... en enseignement supérieur ici,
16 053 CAQ études. On est passés de 4 400 à 16 053. On
n'est pas dans nos cégeps, on n'est pas dans nos grandes universités, dans nos
universités UQ, etc. Donc, il y a quand même certains secteurs où il faut se
poser des questions.
Si on n'adoptait pas le projet de loi
actuel, notre seul outil pour essayer de colmater cette brèche, ce serait de
réduire le nombre de CAQ émis, en espérant que ce soit dans ces institutions-là
que les CAQ ne sont pas émis. Parce qu'en ce moment on n'a pas d'outil
législatif qui nous permet d'avoir l'habileté, quand je dis être «chirurgical»,
là, d'aller cibler un programme, une région, etc. Donc, considérant ceci, je
vous donne un exemple, j'aurais pu en donner d'autres, est-ce que vous ne
trouvez pas légitime qu'un État national qui veut gérer son immigration se
donne les moyens d'agir correctement pour éviter les abus, sans s'attaquer aux
institutions qui assurent notre développement économique puis, je vous dirais,
l'occupation de notre territoire?
M. Brunet (Patrice) : La
réponse, c'est que je suis 100 % d'accord avec ce que vous avancez, avec
le seul bémol que... évidemment, il y a un bémol, qu'on doit s'assurer qu'il y
ait une certaine prévisibilité dans le temps. Un projet d'études se planifie au
moment de l'adolescence dans le pays d'origine de l'étudiant, lorsqu'il a
15 ans, 16 ans, 17 ans, il ou elle. Et donc il y a des décisions
qui sont prises en amont qui mériteraient d'avoir une planification sur
plusieurs années, évidemment en collaboration avec les établissements
d'enseignement, qui, eux, ne seraient pas confrontés à admettre aux études,
dans un programme académique, un étudiant, pour que, finalement, cet
étudiant-là soit refusé parce qu'il n'a pas pu avoir son CAQ et qu'il doive
possiblement perdre son année académique, sa première année académique, parce
qu'il n'a pas pu entrer dans un établissement au Québec, même s'il avait une
lettre d'admission.
• (17 h 10) •
Donc, le principe du projet de loi, nous
sommes d'accord avec. Par contre, le diable est dans les détails. Pour prévoir
une planification pluriannuelle, pour qu'on sache, entre 2026 et... On a vu les
chiffres du gouvernement, vous avez déjà planifié les entrées au niveau des CSQ
qui seront émis et des CAQ qui seront émis pour... jusqu'en <2026...
M. Brunet (Patrice):
...les
entrées au niveau des CSQ qui seront émis et des CAQ qui seront émis pour...
jusqu'en >2026. Donc, une planification pluriannuelle pour prévoir, par
exemple peut-être aussi de façon aussi granulaire que par établissement,
combien ils pourront admettre d'étudiants étrangers pour les universités et les
établissements... les établissements, pour qu'ils puissent eux-mêmes aussi
planifier. Et, de cette manière, ça va permettre d'avoir une prévisibilité pour
l'étudiant et pour ses parents de prévoir leur cheminement académique. Ne
faites pas... ne faisons pas d'erreur, l'erreur ici de croire que tout le monde
veut venir au Québec. Oui, beaucoup de gens veulent venir au Québec, mais on
veut s'assurer de continuer à attirer les candidats académiques de premier
choix et non pas ceux qui vont choisir le Québec par défaut, parce que toutes
les autres portes leur auront été fermées.
M. Boudissa (Ismaël) : ...qu'on...
c'est ça, on n'est pas contre le désir de vouloir mieux contrôler quels
établissements d'enseignement peuvent dispenser des cours et donner des
diplômes. C'est sûr que, quand c'est un collège privé ou un établissement
privé, le gouvernement a moins de marge de manœuvre. Par contre, on aimerait
faire confiance au législateur quand il dit qu'il veut simplement s'attaquer au
problème que vous... que le ministre parle de... sur les établissements privés.
Par contre, ce que ça fait, c'est que, là, aujourd'hui, il y a une suspension
de toutes les demandes de sélection permanente, tous établissements confondus.
Donc, c'est ça, le problème de prévisibilité, c'est que, oui, le ministre ou le
gouvernement veut se donner plus de pouvoir, plus de marge de manœuvre, mais
comment le pouvoir va être exercé, ça, c'est la question qui nous touche plus
particulièrement.
M. Roberge : Mais il y a...
vous, vous me parlez de la décision qu'on a prise la semaine dernière, qui
n'est pas l'objet du projet de loi, mais qui touche la notion de l'immigration
et du PEQ, le fameux programme PEQ Diplômés. La capacité d'accueil du Québec,
elle n'est pas infinie. Je veux dire, il y a plus de gens qui veulent venir que
de gens qu'on peut accepter. Puis, vous l'avez dit, idéalement, on choisit, on
repêche au premier tour, comme on dit, hein, et je pense que c'est le cas
encore aujourd'hui.
Mais quand je dis que notre capacité
d'accueil n'est pas... n'est pas illimitée, bien, écoutez, on a des étudiants
qui sont venus ici, qui ont énormément de misère à se trouver des logements,
qui en trouvent qui sont très loin de leur institution, ça coûte beaucoup plus
cher que ce qu'ils pensaient. Et même, en venant, ils contribuent à augmenter
les loyers pour ceux qui sont déjà là. Plusieurs arrivent finalement... demandent
l'asile, leur projet d'études n'en était pas un. En pourcentage, c'est peu,
mais il y a des resserrements à faire. D'ailleurs, les universités nous l'ont
dit ce matin, qu'ils prenaient acte de ça puis qu'il allait y avoir des
resserrements.
Donc, quand on sait que notre capacité
d'accueil n'est pas infinie, quand on sait que les cégeps et les universités
nous demandent d'ailleurs de l'argent pour agrandir leurs institutions, en
partie pour accueillir des étudiants étrangers, il faut s'assurer, je pense,
comme État national, qu'une grande partie des gens qui arrivent ici, bien, vont
arriver dans des régions où on va être capables de les accueillir, vont en
majorité étudier dans la langue nationale, vont étudier dans des secteurs qui
sont en pénurie, soit qui sont des secteurs porteurs pour notre économie, soit
qui sont en pénurie, là, santé, éducation, services sociaux. Il me semble que
c'est la moindre des choses que de faire ça.
Et, si on ne le fait pas, Ottawa va le faire.
Ils ont commencé d'ailleurs, hein? On dit qu'on contrôle notre immigration dans
certains secteurs, notamment pour les étudiants. Il faut prendre note que,
depuis quelques semaines, Ottawa essaie... il le fait pour le reste du Canada,
mais essaie de nous imposer un plafond pour les étudiants québécois. Et, si,
nous, nous ne faisons pas notre plafond, eux vont nous en faire un, ils vont
nous l'imposer. C'est ça qu'on est en train de faire puis ils sont en train de
sélectionner... où les secteurs porteurs, qui, d'après eux, vus d'Ottawa,
devraient être les secteurs porteurs pour notre économie.
Donc, considérant tout ça... je sais qu'on
pourrait souhaiter le libre marché, là, mais considérant tout ça, le libre
marché n'est pas possible, là, jusqu'à l'infini, considérant notre capacité
d'accueil et ce qu'Ottawa tente de faire. Est-ce que vous ne pensez pas que ce
n'est pas la meilleure solution que de reprendre le contrôle de notre destin
puis de voir aux intérêts du Québec avant que le Canada débarque puis essaie de
gérer nos étudiants étrangers?
M. Boudissa (Ismaël) : ...sur
la question du logement, c'est... On comprend que l'objet du projet de loi,
c'était... on parlait beaucoup de... ah! en deux ans, trois ans, les étudiants
étrangers, ça allait exploser. Mais la crise du logement, qui a été,
rappelons-le, récemment reconnue, ne date pas d'il y a deux, trois ans. Donc, c'est
sûr que de dire que la crise du logement, c'est attribuable à l'augmentation
des étudiants étrangers, ou on ne va pas donner les certificats de sélection du
Québec parce que notre capacité d'accueil, elle n'est pas illimitée, c'est
certain que, nous, on voit un petit <problème...
M. Boudissa (Ismaël) :
...que
notre capacité d'accueil, elle n'est pas illimitée, c'est certain que, nous, on
voit un petit >problème avec ce lien-là qui est direct puis qui,
semble-t-il, explique la nécessité de déposer le projet de loi, qui... Rappelons-le,
nous, on salue le fait qu'on doit mieux contrôler quels établissements
d'enseignement doivent être reconnus et où les étudiants peuvent étudier, sur
la question d'Ottawa, mais au final, les CAQ sont quand même délivrés par le
gouvernement du Québec. Donc, même si le... Ottawa fait des plafonds ou dit :
On va... on va approuver des permis d'études pour tel établissement ou pour tel
secteur, au final, si la personne n'a pas son CAQ, elle n'ira pas... elle ne
pourra pas déposer une demande de permis d'études.
Donc, c'est en ce sens que, pour nous, le
gouvernement du Québec, dans le programme des étudiants étrangers, a beaucoup
de pouvoir et veut s'en donner plus. Mais la question, c'est comment ça va être
exercé et comment on va pouvoir mieux informer la population quand ils font le
choix du Québec. Parce que, quand ils font le choix du Québec, bien,
nécessairement, ça vient avec des petites obligations du côté de la société qui
les accueille.
M. Brunet (Patrice) : ...sur
lesquels j'aimerais rajouter également. Pour... pour avoir bien suivi
l'actualité politique dans le reste du Canada, la réflexion et le réflexe du
ministère de l'Immigration, fédéral, de limiter les permis, les visas
d'étudiants hors Québec, vient d'une problématique, qui est beaucoup moins
importante au Québec, des établissements d'enseignement privés qui utilisaient
le programme de visas d'étudiant aux fins de l'immigration, je dirais, plus que
principalement, mais presque exclusivement. Donc, il y avait un modus operandi
de certaines... certains établissements dans le reste du Canada qu'on ne
retrouve pas vraiment ici, au Québec. Maintenant, c'est à Immigration Canada et
au MIFI à faire les contrôles. Vous avez tous les moyens pour exercer ces
contrôles-là, mais il ne faut pas non plus réagir de façon... de façon exagérée
sur ce que le Canada a décidé de faire pour restreindre leurs permis.
Et je veux tout simplement terminer en
soulignant que ça prend aussi une cohérence. Vous avez... vous avez souligné
justement qu'on devrait peut-être privilégier les études dans des domaines qui
sont en pénurie de main-d'oeuvre, mais, en même temps, on vient de suspendre
les PEQ Diplômés. Donc, qu'est-ce qui arrive avec ces diplômés à qui on ne
donne pas l'accès à la résidence permanente par la suite? Donc, ça mérite une
certaine réflexion, peut-être un pas de recul pour s'assurer qu'on est cohérents
dans l'établissement de nos politiques.
M. Roberge : Juste avant
de passer la parole à ma collègue, une suspension de quelques mois ne veut pas
dire que le programme est terminé, là. Attention! Ma collègue, Iberville.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) ... M. le ministre. Alors, le temps de parole est partagé
avec la députée d'Iberville. Alors, la parole est à vous. Il reste
4 min 15 s
Mme Bogemans : Parfait.
Merci, Mme la Présidente. Premièrement, j'avais des questions, parce que vous
disiez tout à l'heure que, tant que l'établissement est reconnu, l'étudiant
pourrait changer de place sans faire de modifications à son CAQ. Comment...
Quel outil on pourrait mettre en place pour bien les suivre à ce moment-là?
M. Boudissa (Ismaël) : À
l'heure actuelle, le CAQ, le consentement du ministre est délivré pour le
niveau d'études et le programme. Donc, une personne pouvait changer
d'établissement tant et aussi longtemps que c'était le même niveau d'études.
Là, dans le nouveau projet de loi, on veut aussi imposer une condition qui est :
Si tu as fait une demande dans cet établissement, tu dois poursuivre tes études
dans tout... dans l'établissement au complet. Donc, si la personne veut
changer, elle devra faire une nouvelle demande de CAQ. Donc, c'est un peu ça,
le problème que l'on y voyait, c'est que ça fait une embûche supplémentaire.
Puis surtout, comme on le disait, il y a
des problèmes dans les renouvellements de CAQ. Et là, à ce moment-là, la
personne, bon, peut-être qu'elle manque une session, elle n'a pas son CAQ, il
faut qu'elle change. Donc, ça fait... ça fait beaucoup d'embûches pour
l'étudiant, qui... Au final, si l'établissement pour lequel il veut faire la
modification se trouve sur la liste reconnue par le ministère, remplit toutes
les conditions et les critères que le ministère indique, bien, pourquoi le
limiter à cet établissement précis là? C'est un peu ça, la question.
• (17 h 20) •
Mme Bogemans : Puis moi,
ma question était vraiment... Parce que la banque de données sur le cheminement
scolaire, c'est quand même intéressant puis on est capables de savoir, par
exemple, leur niveau de francisation au bout de leurs études, quelle est la
langue de travail, dans quel domaine, est-ce que c'est significatif. Puis
tantôt, vous nommiez bien le gros impact sur notre société. Ça fait que quel
genre d'outils de contrôle et de suivi on pourrait mettre en place, si vous
trouvez que les CAQ pourraient être limitatifs, à ce moment-là?
M. Boudissa (Ismaël) : Bien,
l'outil de contrôle, c'est déjà ce qui est... ce qui est proposé dans le projet
de loi, ce serait qu'il y ait une liste d'établissements autorisés. Et, à ce
moment-là, à partir du moment qu'une personne veut faire la modification, bien,
elle pourrait simplement informer le ministère, comme ça se fait déjà au niveau
du fédéral, quand on veut changer d'école. Bien, tant que c'est dans la liste
des établissements d'enseignement autorisés, on informe le ministère, et ça
finit là, puisque l'établissement est... a reçu le <veto...
M. Boudissa (Ismaël) :
...d'enseignement
autorisés, on informe le ministère, et ça finit là, puisque l'établissement
est... a reçu le >veto du ministère du Québec.
Mme Bogemans : Parfait. Je
comprends que, pour vous, c'est suffisant. Ensuite, vous nommiez que, dans le
parcours, le choix scolaire de décider d'étudier à l'international, ça se
faisait très tôt dans la vie des personnes. Comment le Québec pourrait mettre
en place des mesures pour bien outiller les jeunes dans leur décision ou, au
moins, qu'ils... que ce soit dans leur choix, le Québec, finalement, puis
s'assurer que ce soit dans les domaines qu'on a besoin au Québec, qui sont
porteurs, pour faire des étudiants étrangers qui peuvent s'intégrer pleinement
en tant que nouveaux Québécois?
M. Brunet (Patrice) : Je
pense qu'on est dans une situation ici où on a un système qui fonctionne quand
même très, très bien depuis des décennies. Il y a peut-être des... il y a
toujours des ajustements qu'on peut apporter, mais cette discussion-là devrait
avoir lieu, selon nous, avec les institutions d'enseignement, les
établissements d'enseignement. Et, s'il y a des chiffres à accorder, s'il y a
des chiffres à se négocier, ça se fait avec les établissements d'enseignement
sur plusieurs années, qui leur permettraient d'accepter ou non de se concentrer
sur certains domaines d'études et d'accepter ou non certains étudiants, avec
toujours une prévisibilité qui serait administrative plutôt que politique.
Maintenant, je ne veux pas enlever
l'intervention du politique non plus. On... ce n'est pas ce qu'on suggère. Le
politique devrait quand même établir les grandes... les grandes lignes, la
planification pluriannuelle, et devrait également intervenir auprès des établissements
d'enseignement. Mais une fois que les chiffres sont entendus pour les années
qui viennent, bien, c'est aux établissements d'enseignement à tout simplement
les gérer administrativement.
Mme Bogemans : Puis, dans
l'attraction des grands talents, parce que ça doit faire partie aussi, dans la
même ligne de pensée, d'attraction d'étudiants étrangers aussi, et même
québécois, là, ça rehausse la valeur de tout le réseau, qu'est-ce qu'on peut
faire davantage au Québec?
M. Brunet (Patrice) : Simplement,
leur donner une prévisibilité, parce que le Québec est très... se vend très,
très bien. Les délégations qu'on a à l'étranger font leur travail. Les
établissements d'enseignement également ont des... les ambassadeurs un peu
partout dans le monde, les ambassadeurs sont également les anciens diplômés qui
recommandent d'étudier dans les...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci... merci beaucoup.
M. Brunet (Patrice) : Pardon.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, le temps imparti au gouvernement est terminé. Je me
tourne du côté de l'opposition officielle avec le député de l'Acadie, mais
c'est le nom de sa circonscription. Allez-y.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente, pour la précision. Mais, vous savez, Acadie, on n'en sort pas,
c'est partout. Alors, content, content que vous soyez là, Me Brunet, Me
Boudissa. Ça déborde un peu l'analyse ou l'étude du projet de loi, mais on y a
fait référence, le PEQ a été suspendu, il y a un moratoire. Pas très longtemps,
le gouvernement a changé des règles du PEQ. Là, on va avoir un projet de loi
qui va donner beaucoup de pouvoir au gouvernement. Dans votre pratique, les
étudiants ou les gens qui terminent leur diplôme, ils doivent faire appel à
vous, ils doivent être inquiets, parce qu'ils ne doivent pas savoir ce qui va
arriver avec, évidemment, leur statut. Est-ce que vous avez, vous, une
augmentation de vos demandes de consultation?
M. Boudissa (Ismaël) : Bien,
par rapport aux demandes d'augmentation, bien, c'est sûr que notre clientèle
nous écrit constamment, nous contacte constamment à chaque fois qu'il y a une
annonce : Suis-je touché? Suis-je pas touché? Donc, certainement qu'on est
appelés à se prononcer. Mais ce qui est... ce qui est encore plus inquiétant,
c'est que, lorsque l'on donne un conseil juridique à... le 30 octobre à 17 heures,
on ferme l'ordinateur, on le rouvre le lendemain, tout ce que je viens de dire,
c'est... ça ne s'applique pas au final. C'est ça, le problème de prévisibilité.
Puis on posait la question : Comment
on peut mieux accompagner les étudiants pour faire le choix du Québec? Bien,
déjà, si on leur dit : Heille! Il y a un accès à la résidence permanente,
que ce soit vrai, puis qu'on ne décide pas du jour au lendemain de le suspendre
pendant huit mois, qui est quand même, en immigration, une période extrêmement
longue, puisque, pendant ce huit mois-là, bien, la personne doit soit
renouveler son statut, soit penser à une autre stratégie. Et d'autant plus que
les critères d'admissibilité pour un permis de travail fermé, dans le PTET, ont
été resserrés, il y a beaucoup de personnes qui vont devoir retourner dans leur
pays suite aux dernières annoncements... aux dernières annonces, plutôt.
Donc, c'est sûr que c'est difficile pour nous
de naviguer, parce qu'on reçoit des... puis on n'est jamais informés d'avance,
là, on reçoit la nouvelle comme tout le monde, et puis on doit informer nos
clients. Donc, c'est un peu ça, la prévisibilité. Le gouvernement veut
donner... se donner plus de pouvoir, c'est sa prérogative, mais encore faut-il
bien l'utiliser. Et malheureusement, dans le passé, avec tous les ajustements
qu'il y a eu au PEQ, justement, c'est difficile pour nous d'avoir confiance
en... au gouvernement dans l'établissement des critères d'admissibilité pour la
résidence permanente <actuellement...
M. Boudissa (Ismaël) :
...dans
l'établissement des critères d'admissibilité pour la résidence permanente >actuellement.
M. Morin : Oui, bien,
là-dessus, vous n'êtes pas tout seuls, je peux vous le dire. Ceci étant, là il
y a un moratoire sur le PEQ, donc, il y a des gens qui doivent avoir terminé
leurs études, qui voulaient avoir un renouvellement, mais qui vont tomber
pendant le moratoire, donc ils ne l'auront pas. Ça fait qu'on les a formés,
mais ils vont s'en aller chez eux.
M. Boudissa (Ismaël) : Oui,
dans le reste du Canada.
M. Morin : Bien, c'est ça.
M. Boudissa (Ismaël) : Il y en
a beaucoup qui y pensent.
M. Morin : Donc, on a formé
des gens ici, puis on va les envoyer ailleurs.
M. Brunet (Patrice) : Il y en
a beaucoup qui y songent parce que...
M. Morin : Parfait, parfait.
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Quel est le règlement? Quel est le règlement...
M. Roberge : ...on fait...
C'est dangereux, là, parce qu'on parle de vraies personnes. On diffuse une
information qui est fausse, qui peut changer le cours de vie. Il y a des... Ce
qu'on dit ici, on a une responsabilité, là. Puis là ce que mon collègue vient
de dire, ce n'est pas exact. Puis on dit qu'il y a des gens qui sont...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci...
M. Roberge : ... là, je ne
peux pas laisser passer n'importe quoi, là...
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est juste... S'il vous plaît...
Des voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : S'il vous plaît! S'il vous plaît! Je vais juste vous
demander d'être prudents dans vos propos, s'il vous plaît. Je vais vous... Oui.
M. Morin : ...le ministre m'a
empêché de parler comme parlementaire. Je trouve ça particulièrement dangereux,
mais je vais... je vais évidemment me ranger à votre décision. Ceci étant...
Alors, merci pour votre réponse. Donc, avec ce projet de loi, j'ai l'impression
que le gouvernement se donne un chèque en blanc et qu'ils vont être capables de
modifier les règles au fur et à mesure qu'ils vont les faire. Donc, pour les
gens qui sont ici, vous avez parlé d'absence de prévisibilité, comment ils vont
être capables de naviguer là-dedans? Comment vous allez être capables de les
conseiller? Puis est-ce que vous ne craignez pas qu'on va augmenter des litiges?
Parce qu'à un moment donné il y en a qui vont contester les décisions du
gouvernement.
M. Brunet (Patrice) : C'est
difficile de rentrer dans des hypothèses de litige pour le futur. Nous, ce sur
quoi on se concentre, c'est vraiment... Vous posiez la question : Comment
on réagit par rapport aux inquiétudes de nos clients qui nous appellent, qui
nous écrivent? Notre mot, pour l'instant, depuis quelque temps, c'est la
prudence. On les incite à la prudence, avant de prendre des décisions qui
impliquent des investissements de plusieurs dizaines de milliers de dollars,
d'attendre. On a l'obligation également de conseil auprès de nos clients. S'ils
nous demandent d'autres options et qu'on les connaît, et qu'on est compétents
pour leur offrir d'autres options... Mon collègue a évoqué le reste du Canada,
il y a plus de stabilité, pour l'instant, pour le reste du Canada.
Puis je vais simplement terminer ma
réponse en soulignant qu'il y a... il s'est créé une habitude, depuis le COVID,
d'avoir... de réglementer l'immigration à coups de décrets, mais... et de
mesures d'urgence. Mais il faut être très, très prudents. Puis on aimerait vous
rappeler collectivement le contexte dans lequel ces décrets-là ont été adoptés.
Ils ont été adoptés dans un contexte d'ouverture. On parlait de permis de
travail qui permettaient de changer d'employeur en dedans de deux semaines, qui
sont toujours en cours maintenant. Donc, c'est dans un contexte d'ouverture.
Donc, dans ce contexte-là, il y a peu de victimes, il y a seulement des
bénéfices pour la société également. Ici, il y a cette habitude, qui semble
être récente, d'y aller... et c'est également pour le... au niveau fédéral, d'y
aller par coups de décrets avec effet instantané, mais en restrictions.
Alors là, il faut faire une distinction,
parce que, quand on le fait en restrictions, il y a des vies qui sont
affectées. Il y a des décisions financières qui sont affectées. Et puis il y a
un message qui est envoyé à l'étranger, que le Québec, c'est peut-être...
peut-être qu'on devrait attendre que tout ça se stabilise, parce qu'il y a
beaucoup de poussières dans les airs. Alors, c'est le message que j'aimerais
que vous reteniez, qu'on vous transmet de la part de nos clients, qui sont les
étrangers, mais également les entreprises du Québec.
M. Morin : Dans le projet de
loi, le ministre veut modifier la Loi sur l'immigration pour enlever la
prépublication des règlements, c'est à l'article 7. On parlait de
prévisibilité, qu'est-ce que vous pensez de ça?
• (17 h 30) •
M. Boudissa (Ismaël) : Bien,
c'est sûr que de donner un préavis, c'est un peu ça, le point de notre
intervention aujourd'hui, c'est les préavis, c'est la prévisibilité. Donc,
c'est sûr que, lorsque le gouvernement souhaite enlever la période de préavis,
comme s'il avait besoin d'agir en urgence, alors, comme on le rappelle, que
c'est normalement des choses qui se planifient sur des années, donc on... c'est
certain que nous, s'il n'y avait pas besoin d'ajouter cette disposition-là dans
le projet de loi, ou si, plutôt, le gouvernement se disait qu'il pourrait
prépublier ces nouvelles mesures, ce serait évidemment, ça va sans dire,
l'idéal.
M. Morin : Je vous remercie.
Ma collègue va aura des... Oui.
M. Brunet (Patrice) : ...la
période, comme je le répète, la période de décision, pour un permis d'études,
on est... c'est différent probablement d'un permis de travail ou même de la
résidence permanente...
17 h 30 (version révisée)
M. Brunet (Patrice) : ...c'est
différent, probablement, d'un permis de travail, ou même, de la résidence
permanente, ça se fait sur plusieurs années. Et donc cette prépublication va
donner... c'est vous, les parlementaires... quoi, quelques semaines, quelques
mois, mais ça... Ce qu'on... ce qu'on demande, c'est une planification
pluriannuelle sur plusieurs années.
M. Morin : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Alors, la parole à la députée de Mont-Royal—Outremont.
Il vous laisse... il vous reste 2 min 41 s.
Mme Setlakwe : Merci. J'aimerais
qu'on revienne sur un élément de votre mémoire. Vous y avez fait allusion, mais
on n'a pas... vous n'avez pas élaboré. Donc, j'aimerais que vous élaboriez sur
Montréal. Puis je n'ai pas peur d'aller là, moi, j'ai peur qu'on coupe à
Montréal. Autant je suis préoccupée par le développement de nos régions, il
faut qu'on parle de Montréal, qui est une ville universitaire extraordinaire.
Les étudiants internationaux, on les a à Montréal, on les... on les veut à
Montréal. Moi, j'habite Montréal depuis 30 ans. C'est une... c'est une
facette de notre ville que j'adore.
Vous parlez... Et moi, j'ai peur ici, donc,
et j'implore le gouvernement de faire très attention à imposer un moratoire sur
les étudiants internationaux à Montréal, dans un contexte où la pièce
législative qu'on a sous les yeux elle est très large, elle est... il y a peu
de balises, elle n'est pas encadrée, il n'y a aucune prévisibilité. J'aimerais
que vous élaboriez, s'il vous plaît, sur l'impact sur l'économie à Montréal.
M. Brunet (Patrice) : Bien,
écoutez, ça me ferait plaisir d'élaborer avec mes opinions personnelles, mais
je vais limiter ma réponse aux opinions de l'association que je représente, et
puis du rôle que j'ai comme avocat qui représente des étudiants, des
travailleurs étrangers et des entreprises.
Montréal, on le sait, c'est le moteur
économique du Québec, c'est une des plus grandes villes au Canada, et autour de
cet... ce moteur économique, il y a une vie étudiante qui est importante, et
cette vie étudiante là doit être nourrie par des étudiants étrangers. Il n'y a
pas une société qui peut se développer simplement avec son propre peuple. Les
civilisations ont été bâties à travers l'immigration, et les étudiants
étrangers font partie de cette équation, et je ne pense pas que le Québec va
innover s'il décide de fermer sa porte... ses portes... sa porte... ses portes
aux étudiants étrangers. Mais je sais que le gouvernement ne veut pas aller là,
il veut simplement se doter de balises et, j'en... et, j'en conviens, il a le
droit.
Mais il y a un message qui est lancé à l'international,
puis c'est un message qui existe actuellement. Il est toujours temps de
remettre le génie dans la bouteille, mais peut-être qu'il est trop tard pour
les deux ou trois prochaines années. Il y a un message d'incertitude, qui va
affecter les grandes institutions d'enseignement, les établissements d'enseignement
de Montréal. Vous avez eu des témoignages et vous allez continuer à en avoir,
que ce soit de la Polytechnique ou de McGill. Les étudiants étrangers qui
viennent dans un pays, qui viennent à Montréal souhaitent possiblement
continuer à faire leur vie au Québec, et le PEQ — Diplômés fait partie de cette
équation-là. On vient de le retirer. Ça va peut-être revenir en juillet et...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, merci, cette portion vient de se terminer. On
poursuit avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne, pour une période de 3 min 18 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Merci, Me Boudissa, Me Brunet, merci d'être ici
aujourd'hui. Je vais aller sur des éléments techniques qu'on n'a pas discutés
encore. L'article 1, là, sur le nouveau processus d'établissement d'enseignement
désigné. À la fin de votre mémoire, vous parlez également d'équité procédurale,
puis j'aimerais ça vous entendre sur ce volet-là, à savoir... Là, on a un
processus de désignation. Est-ce qu'on a des critères, est-ce qu'on a un
processus de suspension de désignation, bref, des institutions là, qui vont
être visées ou pas visées ou qui, tout d'un coup, feraient l'objet de
suspension? Comment vont-ils se gouverner là-dedans?
M. Boudissa (Ismaël) : Bien,
c'est certain que si on voit, du point de vue des établissements d'enseignement,
c'est quoi, les critères pour l'obtenir, qu'est-ce qui fait que je peux perdre
mon permis, donc... puis là on remarque, à la lecture du projet de loi, que les
préavis puis les avertissements, ce n'est pas vraiment vers là qu'on s'enligne...
donc, c'est sûr que ça, c'est une question que les établissements doivent... d'enseignement
doivent eux-mêmes se poser, donc ça nous touche moins, nous, tu sais, l'association
de juristes. Mais c'est certain que les établissements d'enseignement vont
devoir réagir rapidement et vont devoir, c'est ça, être vraiment à l'affût de
ce qui est publié pendant la journée.
M. Cliche-Rivard : Ça fait
que, critères définis, avis, droit de réponse...
M. Boudissa (Ismaël) : C'est
sûr, c'est très flou, c'est très...
M. Cliche-Rivard : ...contestations,
des éléments d'équité procédurale devraient être ajoutés, là.
M. Boudissa (Ismaël) : C'est
très flou, puis ça laisse place à un peu de bon vouloir du gouvernement, en
fonction de ce qui lui concerne.
M. Brunet (Patrice) : Oui,
puis on pourra voir comment c'est décliné par la suite, mais, effectivement, il
faut être prudents. En même temps, on a vu l'expérience du reste du Canada, où
il y avait des établissements d'enseignement qui étaient... qui étaient créés
pour des fins d'immigration, je vais le dire comme ça. On ne veut pas que ça se
répète au Québec. Puis ce n'est... ce n'est pas une mauvaise <chose...
M. Brunet (Patrice) :
...On
ne veut pas que ça se répète au Québec. Puis ce n'est... ce n'est pas une
mauvaise >chose d'être proactifs et d'anticiper ça, mais les détails
seront importants, puis les... s'il y a une révocation, ça prendra un processus
qui sera équitable et qui va respecter toutes les parties.
M. Cliche-Rivard : Puis, dans
la même veine, j'aimerais ça vous entendre sur la question d'un éventuel droit
acquis ou de droits acquis pour les étudiants et les étudiantes qui sont visés
par cesdits programmes advenant une révocation de désignation. On est déjà aux
études, par exemple, dans un... dans une deuxième année de cégep ou d'un
diplôme technique, on est sur le point de finir. Là, notre désignation suspend.
J'aimerais ça vous entendre là-dessus. Puis, plus largement, dans tout le
contexte de droit acquis qui a touché les étudiants internationaux dans les
deux, trois, quatre, six dernières années, à savoir les modifications du PEQ,
et autres, puis la prévisibilité dont vous parlez... puis il ne vous reste pas
beaucoup de temps, mais j'aimerais ça vous entendre sur l'importance du droit
acquis pour les étudiants.
M. Boudissa (Ismaël) : Bien,
le droit acquis, c'est un concept assez particulier, il y a des critères qu'on
doit respecter, mais c'est certain que pour nous, on y voit une problématique,
ne serait-ce que sur le plan humain, que... d'une personne qui reçoit un CAQ
pour une école, finalement, deux ans sur trois, l'école perd sa désignation. On
ose espérer que le gouvernement va donner un certain droit acquis pour les gens
qui sont déjà aux études. Par contre, dans le passé, ça n'a pas toujours été le
cas, il a fallu se battre beaucoup puis faire des interventions plutôt
médiatiques là-dessus.
Donc, finalement, le droit acquis a été
respecté pour la première mouture du PEQ, qui a, finalement, imposé une
expérience de travail, qui a été enlevée l'année dernière, qui a... qui s'est
soldé par une explosion des demandes, puis, finalement, on a... on a fini le
programme. Donc, pour nous, la question des droits acquis, elle n'est jamais
discutée lors des annonces. Par contre, ça doit être quelque chose qui doit
être, pour nous, plus respecté.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Cette période se termine, mais, en fait,
on... il nous reste un intervenant, en la personne du député de Jean-Talon,
pour 3 min 18 s.
M. Paradis : Vous
soulignez... je suis dans la foulée, là, de la discussion précédente... vous
soulignez, à la page 6 de votre mémoire, là, la spectaculaire volte-face du
gouvernement, entre le 1er novembre 2023 et le 1er novembre 2024,
en ce qui concerne notamment les étudiants étrangers, et là vous dites que ça,
ça a l'impact suivant : «L'instabilité des décisions gouvernementales en
matière d'immigration depuis plusieurs années ne leur inspire pas confiance»,
en parlant des personnes visées. Quand vous regardez le projet de loi n° 74
actuellement, est-ce que vous voyez poindre quelque chose qui vous indique
qu'on va vers de la stabilité? Est-ce que vous avez des chiffres? Est-ce que
vous avez des données par rapport à ce que le gouvernement vise à faire en
matière de planification?
M. Brunet (Patrice) : C'est...
c'est un peu le sujet de notre inquiétude aujourd'hui, c'est que ça laisse une
trop grande marge de manœuvre au ministre de pouvoir décider, selon l'humeur
politique instantanée, de... des... de l'émission des CAQ. Et, je le répète, on
n'a... on n'a aucune difficulté à ce que le politique détermine des objectifs,
mais ils doivent être mesurés, calculés et anticipés dans le temps, et non pas
instantanés. Le projet de loi qui est soumis ici donne le pouvoir au ministre
de prendre des mesures instantanées, et ça, c'est ce qui nous préoccupe.
M. Paradis : Très bien. Je
vous amène ailleurs, ce n'est pas dans votre mémoire et dans votre témoignage,
mais j'aimerais profiter de votre présence pour vous poser cette question-là.
Ce matin, le Commissaire à la langue française nous a parlé de cet enjeu ou de
ce... de cette... de cette différence entre le nombre de personnes qui sont admises
comme étudiants étrangers au Québec et le nombre de personnes inscrites. En
gros, 125 000 personnes admises, 80 000 personnes inscrites
au collégial ou à l'université. Et puis, dans un autre témoignage, on nous a
invités à faire la différence entre les deux. Puis le commissaire a dit :
Mais la différence entre les deux, on ne sait pas exactement où vont ces
personnes-là, où sont ces personnes-là. Vous qui êtes dans le domaine, est-ce
que vous avez une partie de la réponse à cette question-là?
M. Boudissa (Ismaël) : Bien,
peut-être quelques pistes de réflexion. Si la personne a son CAQ, elle n'a pas
nécessairement son permis d'études. Il y a eu, dans le passé, des enjeux de
refus d'étudiants destinés au Québec. Donc, si la personne a son CAQ, elle peut,
finalement, ne jamais venir étudier au Québec, peut, finalement, bifurquer puis
aller dans le reste du Canada. Il y en a une petite proportion qui soit
demandent l'asile, soit transforment vers travailleurs. Mais, au final, la
disparité entre les admissions vers le Québec et les inscriptions, pour nous,
ça ne dénote pas un abus du système ou que les personnes viennent sous de faux
prétextes. Souvent, c'est que soit la personne n'a pas son permis d'études et
bifurque dans une autre province, ou change de projet ou de pays, tout
simplement.
• (17 h 40) •
M. Paradis : Donc, ce qui
veut dire que, cette année, là, si on... C'est 125 000 personnes
admises, 80 000 personnes inscrites. Ça fait quand même une
importante différence, là, ça veut dire 45 000 personnes entre les
admissions puis les inscriptions. Puis ça, c'est... ce que vous nous dites, là,
c'est... c'est une partie de la réponse ou c'est le gros de la <réponse?...
M. Paradis :
...c'est
une partie de la réponse ou c'est le gros de la >réponse?
M. Boudissa (Ismaël) : Bien,
c'est-à-dire, à savoir si c'est une grosse disparité, bien, je ne saurais pas
me prononcer là-dessus, je n'ai pas vu les chiffres, je n'ai pas vu l'étude.
Donc, voilà.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup, c'est ce qui met fin à nos discussions. Je vous remercie
pour l'apport à nos travaux.
Je vais suspendre la commission, le temps
de... que les prochains intervenants puissent s'installer. Au revoir.
(Suspension de la séance à 17 h 41)
(Reprise à 17 h 47)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. Alors, je vais souhaiter la bienvenue à nos prochains intervenants,
qui sont les représentants de l'Université Bishop's, avec... représentés par M.
Sébastien Lebel-Grenier, principal et vice-chancelier, ainsi que Mme Geneviève
Gagné, qui est secrétaire générale, bienvenue, ainsi que ceux de l'Université
Concordia, représentés par M. Graham Carr, qui est recteur et vice-chancelier,
ainsi que M. Pascal Lebel, directeur général des relations gouvernementales.
Alors, comme tous les autres, vous bénéficiez de 10 minutes pour faire
votre présentation, et, par la suite, nous allons procéder à la période de
discussion avec les élus. La parole est à vous.
M. Carr (Graham) : Bien,
merci de nous permettre de participer au processus consultatif portant sur le
projet de loi n° 74. Au cours des derniers mois, les étudiants
internationaux ont souvent été montrés du doigt dans le discours public.
Pourtant, selon de nombreuses données, le Québec ne peut pas se permettre de
réduire de beaucoup le nombre d'étudiants internationaux universitaires.
D'abord, le Québec fait face à une pénurie
de main-d'oeuvre spécialisée. Les étudiants internationaux formés au Québec
représentent un réservoir de talents précieux. De plus, réduire le nombre
d'étudiants internationaux aura un impact majeur sur le financement des
universités. Le sous-financement structurel des universités québécoises est
déjà estimé à 2 milliards de dollars. Face à cela, le gouvernement a
encouragé les établissements à augmenter leur recrutement international pour
compenser le manque de financement public, apportant près de
520 millions de dollars par année. L'imposition de quotas pourrait
entraîner des pertes significatives et aggraver davantage le sous-financement.
Enfin, aussi, l'essor de la recherche et de l'innovation québécoise, qui serait
en péril. Les universités, notamment à travers leurs chercheurs et étudiants
aux cycles supérieurs, jouent un rôle crucial dans la recherche et le
développement du Québec. Limiter le nombre d'étudiants internationaux dans les
cycles supérieurs diminuera inévitablement la qualité et le volume de recherche
et développement du Québec.
• (17 h 50) •
Pour renforcer la compétitivité du Québec,
protéger et promouvoir la langue française, maintenir la viabilité financière
des universités et soutenir l'essor de la recherche et de l'innovation
québécoise, nous recommandons cinq modifications au projet de loi. D'abord,
nous recommandons que les futurs quotas, un futur plafonnement ne s'applique
pas aux étudiants universitaires. Nous souhaitons aussi que l'ensemble des
établissements universitaires soient désignés d'office par l'article 1 du
projet de loi n° 74. De plus, nous suggérons que l'article 7 soit modifié
afin de conserver la période de consultation à la Gazette officielle du
Québec. Nous aimerions aussi que le projet de loi prévoie le dépôt à
l'Assemblée nationale d'une analyse comparative d'impact sur les établissements
du réseau universitaire à la suite des nouvelles mesures. Enfin, nous
recommandons qu'un plafond aux quotas ne se fasse pas sur la base de la langue
d'enseignement.
Nous comprenons l'importance pour le
gouvernement du Québec de pouvoir mieux <contrôler...
M. Carr (Graham) :
...Nous
comprenons l'importance pour le gouvernement du Québec de pouvoir mieux >contrôler
le nombre d'immigrants temporaires sur son territoire, mais au-delà des
chiffres, des seuils et des cibles, nous parlons d'individus talentueux, qui
considèrent le Québec comme un lieu d'opportunité, d'individus comme Gina Cody,
arrivée à notre université en 1979 en provenance d'Iran, première femme à
obtenir un doctorat en génie du bâtiment au Canada et, aujourd'hui, à la tête
d'une grande entreprise en ingénierie. Elle a reçu un doctorat honorifique de l'Université
de Sherbrooke il y a deux ans et elle est maintenant chancelière de
l'Université Concordia. Au cours de sa carrière, elle a constamment redonné à
la société qui l'a accueillie.
L'impact positif des étudiants étrangers,
leur contribution à notre économie et à notre société sont indéniables pour le
Québec et doivent être pris en compte. Merci pour votre écoute.
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Mme
la Présidente, Mmes, MM. les parlementaires, je vais me concentrer sur certains
éléments. Premièrement, nous demeurons extrêmement surpris que les étudiants
internationaux soient présentés comme un problème pour le Québec. On les voit
vraiment comme une opportunité essentielle pour le développement du Québec pour
attirer le talent et favoriser l'innovation ici, au Québec. Et la
caractérisation de la situation que... ou du problème que poseraient les
étudiants internationaux nous apparaît surprenante également.
Donc, quelques éléments sur Bishop's.
Bishop's, c'est la deuxième plus petite université en termes d'étudiants
internationaux au Québec. Il y a la TÉLUQ, qui est un peu plus petite. On a
417 étudiants internationaux... on prévoit avoir 417 étudiants
internationaux cette année. Mais j'aimerais vous parler du portrait un peu plus
complet des étudiants internationaux. Et je vous réfère à la page 9 de notre
mémoire. Depuis 2014, parce que le ministre a utilisé les chiffres depuis 2014,
on parle d'une augmentation de 24,4 % des étudiants internationaux au sein
des universités de langue anglaise. Entre 2023 et 2024, il y a eu une chute de
9,4 % des étudiants internationaux. Pour l'Université Bishop's, la chute
est de 27,7 %, donc c'est une chute qui est extrêmement significative pour
nous et qui a un impact réel sur nos opérations, notre capacité de poursuivre
notre mandat, qui est vraiment axé sur la diversité du corps étudiant.
Nous sommes une université qui est
concentrée sur une mission qu'on appelle un «liberal education degree», donc
qui est vraiment fondée sur une éducation libérale, et ce modèle pédagogique
repose sur la diversité du corps étudiant. L'incertitude qui a été créée ces
dernières années a mis à mal notre capacité de poursuivre dans cette mission
pédagogique.
Si on regarde les chiffres plus
globalement, et, encore une fois, je vous réfère à la page 9, les étudiants
internationaux dans les universités à charte francophones ont augmenté de
46,9 % depuis... depuis 2014. Dans les universités du réseau de l'UQ, ils
ont augmenté de 137,8 %. Alors, ces chiffres-là ne devraient pas être vus
comme une menace. C'est, en fait, la réussite des mesures qui été ont mises en
place, le succès des mesures qui ont été mises en place par le gouvernement,
qui a encouragé les universités, particulièrement en région, à recruter des
étudiants internationaux pour peupler les programmes et assurer la bonne
gestion, la capacité de ces institutions-là de croître. Donc, encore une fois,
on est surpris qu'ils soient caractérisés comme un problème.
Les chiffres pour les universités, le
ministre a parlé de 120 000 étudiants, je crois que les chiffres ont
été énoncés ce matin. Pour les universités, ça représente
57 000 étudiants. Donc, des personnes qui sont inscrites, qui sont
dans nos universités, des vrais individus qui sont présents au Québec, c'est
57 000. Donc, on considère que ce n'est pas un problème de fond, c'est des
personnes qui apportent vraiment une valeur réelle au Québec.
Maintenant, le climat d'incertitude qui a
débuté l'an dernier a créé vraiment un impact significatif sur le recrutement.
Ça a été le cas pour l'Université Bishop's. Mais je vous dirais qu'il y a
d'autres éléments d'incertitude qui sont sous-jacents au projet de loi, qui
sont extrêmement préoccupants pour nous. Premièrement, l'article 7, le fait
qu'on prévoie ne pas publier... prépublier, oui, tout à fait, ne pas prépublier
les règlements est extrêmement préoccupant et, en termes de capacité des
institutions de répondre et de dialoguer avec le gouvernement, bien,
évidemment, ça élimine cette possibilité-là. L'absence de consultation
préalable est extrêmement préoccupante pour nous. Vous savez, les... le
recrutement d'étudiants internationaux se planifie sur plusieurs <années...
M. Lebel-Grenier (Sébastien) :
...le recrutement d'étudiants internationaux se planifie sur
plusieurs >années, pas sur quelques jours et quelques semaines.
Le projet représente également une attaque
assez directe sur l'autonomie universitaire. Les investissements qu'on fait en
termes de ressources humaines, de ressources matérielles, d'investissements en
infrastructures sont basés sur une planification à long terme et sur des
éléments d'excellence, dans lesquels on pense pouvoir avoir un impact réel. De
soumettre ces décisions-là, assujettir ces décisions-là à la volitique... la
volonté politique du moment remet complètement en cause le modèle qui est à la
base des relations entre le gouvernement et les universités au Québec, modèle
qui a été réaffirmé dans la Loi sur la liberté académique. Donc, là aussi, on a
de la... de la difficulté à voir comment ça se justifie dans le contexte
québécois. Évidemment, le fait que les... nos établissements ne soient pas
désignés dans la loi, ne soient pas considérés comme des établissements
désignés est une autre préoccupation aussi, c'est une autre... un autre niveau
d'incertitude.
Je vais m'en tenir à ceci pour l'instant.
Je présume que vous aurez plein de... beaucoup de questions, mais je... en
terminant, rappeler que les étudiants internationaux n'ont pas connu une hausse
hors de contrôle dans les universités québécoises, certainement pas dans les
universités de langue anglaise. Ils constituent un atout essentiel pour la
compétitivité du Québec.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour ces présentations. Alors, on va
commencer la période d'échange avec le ministre et la banquette gouvernementale,
16 min 30 s. La parole est à vous.
M. Roberge : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Merci de vous être déplacés, merci pour vos
mémoires. J'apprécie particulièrement les données, les graphiques, les
comparables. C'est intéressant, effectivement, de remettre les choses en
perspective avec des chiffres, puis aussi, le... autant en comparaison entre
les différentes institutions puis l'évolution dans le temps.
Je veux quand même... une précision. Ça
fait quelques personnes qui utilisent le mot «problème». Je n'ai pas utilisé le
mot «problème» pour parler d'étudiants étrangers. Les étudiants étrangers ou
internationaux ne sont pas des problèmes que nous essayons de régler. Nous ne
disons pas qu'il n'en faut plus. Il y en avait, il va y en avoir encore. Les
gens arrivent, puis ils n'arrivent pas ici en s'imposant, ils arrivent ici
parce qu'ils sont acceptés par les institutions, parce qu'ils reçoivent aussi
un CAQ de la part du gouvernement du Québec, une autorisation de la part du
gouvernement canadien. On pense qu'on devrait mieux contrôler l'arrivée de
certains étudiants, on pense qu'il faut se poser la question lorsque les
nombres augmentent. Puis on peut s'entendre sur qu'est-ce qu'une augmentation
modérée, raisonnable, exagérée ou pas, mais en aucun cas, mon gouvernement ou
moi-même, on pense que des étudiants étrangers sont des problèmes. Ce sont des
personnes qui viennent ici, qui veulent améliorer leur sort. Dans certains cas,
ils veulent rester ici, dans d'autres cas, ils veulent venir ici améliorer des
compétences, repartir. Mais je veux quand même replacer ça parce que... bien,
parce que ce n'est pas exact.
Quand on regarde ce qui se passe en ce
moment à l'échelle du Canada, on voit que le gouvernement fédéral a, l'an
passé, annoncé une diminution de 35 % du nombre d'étudiants étrangers hors
Québec. 35 % d'un coup, en un an. Pas 35 % annoncé sur deux ans, sur
trois ans. 35 % en un an. Puis là ils nous disent : Bien, l'an
prochain, ça va être un autre 10 %. Donc, 45 % en deux ans, c'est
beaucoup. L'an passé, ça n'avait pas touché directement le Québec. Là, on se
rapproche, là. Il y avait... On est sur la limite. Et ils ont aussi dit qu'ils
voulaient toucher les secteurs via les permis de travail ensuite, ils veulent
aussi toucher les secteurs, donc les programmes.
• (18 heures) •
Voyant cette initiative du gouvernement
fédéral, là, qui arrive, sans nous consulter, dans un champ de compétence, je
pense, qui est le nôtre, est-ce que vous ne pensez pas que ce serait une bonne
chose que... qu'on fasse une conversation nationale, comme ce qu'on fait ici
avec mes collègues parlementaires et les experts qui viennent défiler, pour
voir : Et si nous décidions par nous-mêmes, qu'est-ce qu'on ferait? Est-ce
qu'on déciderait d'en avoir davantage? Est-ce qu'on déciderait d'avoir le même
nombre, mais peut-être dans des régions différentes, dans des secteurs
différents? Est-ce qu'on voudrait réduire modérément, énormément, réduire de
plus de 50 %, passer de 100 000 à 50 000, comme le Parti
québécois? Je pense que c'est sain d'avoir cette discussion-là.
Et ma question, c'est, justement : Voyant
ce que le gouvernement fédéral est en train de faire, est-ce que vous ne pensez
pas que ce serait mieux que ce soit notre État national, après une conversation
comme celle que nous avons, qui devrions prendre ces décisions-là? Parce que le
gouvernement canadien, je ne pense pas qu'il vous a... je ne pense pas qu'il
vous a convoqué en commission, comme nous le faisons, avant d'annoncer leur
décret.
M. Lebel-Grenier (Sébastien) :
Donc, sur le premier élément... Vous avez parlé du... de l'idée de mieux contrôler.
En fait, on est... là aussi, on aimerait avoir plus de... une meilleure
compréhension...
18 h (version révisée)
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : ...Donc,
sur le premier élément, vous avez parlé de l'idée de mieux contrôler. En fait,
on est... Là aussi, on aimerait avoir plus de... une meilleure compréhension de
ce qui est visé, parce qu'en lisant le projet de loi on voit une duplication de
pouvoirs existants. Vous avez déjà des pouvoirs étendus lorsque vous attribuez des
certificats d'acceptation du Québec, vous avez un pouvoir d'enquête qui est
assez étendu, donc on ne voit pas en quoi la création d'un pouvoir
discrétionnaire qui a un effet immédiat, donc qui n'implique pas nécessairement
un dialogue, va aider à avoir cette conversation nationale.
Je vous corrige aussi sur le fait que ça n'a
pas eu d'impact l'an dernier, l'Université Bishop's a perdu 27,7 % de ses
étudiants internationaux. C'est un impact. C'est un impact qui est très, très
réel.
Donc, oui, c'est bien qu'il y ait une
consultation. On est heureux de pouvoir venir vous parler de nos préoccupations
aujourd'hui, ici, à l'Assemblée nationale, et c'est une bonne chose, mais la
réalité, c'est que ce qu'on vise, ce qu'on prévoit dans la loi, c'est un
pouvoir qui n'est pas encadré par un mécanisme de consultation. Et en fait c'est
une application immédiate des règlements qui sont proposés à travers l'article 7.
Donc, vous comprendrez qu'on n'a pas beaucoup confiance en l'idée que ce soit
un dialogue qui soit engagé avec les universités, parce que les décisions qui
vont être prises vont être des décisions qui risquent d'affecter l'ensemble des
priorités stratégiques. C'est le gouvernement qui, de façon discrétionnaire, va
pouvoir s'immiscer dans les programmes, dans les priorités universitaires, et
ça, c'est une attaque frontale à l'autonomie des universités.
M. Carr (Graham) : Et pour ma
part, si je peux répondre, M. le ministre, oui, je pense que tout le monde
pense que c'est une bonne idée d'avoir une conversation sur l'immigration,
mais, du côté universitaire, et moi, je parle pour l'Université Concordia, mais
j'ai bien entendu plusieurs de mes collègues ce matin, je pense que l'enjeu,
pour nous, c'est déjà on fait un très bon accueil pour les étudiants
internationaux qui viennent étudier ici au Québec et on a besoin de ces
étudiants, on a besoin de ces étudiants, surtout pour supporter nos programmes
de recherche et développement qui sont très... qui est très, très importants
pour nous à l'Université Concordia. Alors, à mon avis, les étudiants
internationaux représentent un grand atout pour le Québec et ça a été démontré
pendant les dernières années.
Et même le gouvernement l'a reconnu, la
reconnaît, cette réalité, quand il a encouragé les universités, surtout les
universités francophones, de faire encore plus de recrutement à l'extérieur
avec un financement pour les aider de le faire, auquel l'université à l'anglais...
à l'expression anglaise n'ont pas l'accès. Alors, je pense qu'il y a une
reconnaissance, pendant même la dernière année, de l'importance de recruter les
étudiants internationaux pour l'ensemble des universités au travers le réseau.
M. Roberge : Merci. Ce matin,
notre premier intervenant, c'était le Commissaire à la langue française, qui a
publié quelques études depuis la semaine dernière, notamment un tableau qui m'interpelle
sur la probabilité d'utiliser le français au travail.
On dit, bon, lorsque les gens font leur
scolarité de base, primaire, secondaire en français, collégial en français,
université en français, 88 % des chances qu'ils travaillent en français.
Scolarité de base en français, cégep en anglais, on revient à l'université en
français, 70 % de chance de travailler en français, donc on perd 18 %
même si on fait le bac ou la maîtrise en français. Scolarité de base en
français, collégial en français, mais la dernière tranche après quoi, 15 ans de
scolarité en français, si on fait la scolarité universitaire en anglais, on
tombe à 59 % de chance de travailler en français. Et si on fait primaire,
secondaire en français, mais qu'on fait cégep et université en anglais,
32 % de chance de travailler en français. Quand on voit ces chiffres-là,
ça peut nous interpeler quand même.
Et ma question, c'est : Qu'est ce que
vous pouvez faire de plus? Je sais que vous en faites déjà, de dire qu'il ne se
passe rien, ce serait faux. Mais qu'est ce que vous pouvez faire de plus pour
vous assurer que les gens qui diplôment dans vos institutions soient plus aptes
et aient davantage de chances de travailler en français? Je ne suis pas contre
le fait qu'ils maîtrisent la langue anglaise à 100 %, je souhaite que mes filles
soient plus bilingues que moi, d'ailleurs elles le sont <déjà...
M. Roberge :
...je
souhaite que mes filles soient plus bilingues que moi, d'ailleurs elles le sont
>déjà, même si je me débrouille. Ceci dit, je souhaite que les gens
travaillent en français. Vous pouvez faire quoi de plus que ce que vous faites?
M. Lebel (Pascal) : C'est une
excellente question. Sur ce côté-là, bon, il y a tout le volet francisation
qu'on travaille. On a des stages, notamment beaucoup des stages coops, à
l'Université Concordia, où on va évidemment les encourager, ils vont... les
étudiants vont aller travailler en français.
Mais, au-delà de tout ça, ces études-là
que le commissaire a partagées... Et j'imagine que... Bon, je n'ai pas toutes
les sources, mais une des sources qui est souvent citée, elle a été citée
notamment par le gouvernement dans son document sur la langue française, c'est
généralement une étude de Statistique Canada de M. Lemyre. Et je comprends
toute la notion de ces chiffres-là, mais la première chose que dit cette
étude-là, de M. Lemyre, c'est... puis je vais la citer, c'est : «Il
est également important de garder à l'esprit que le lien entre la langue de
travail et la langue d'enseignement de l'établissement où a été obtenu le
dernier diplôme peut résulter en préférences linguistiques antérieures aux
études postsecondaires. De ce fait, il est impossible — impossible — d'établir
un lien causal entre langue d'enseignement des établissements postsecondaires
et langue utilisée au travail.»
C'est important parce que, lorsqu'on
regarde les statiques plus graves puis on fait ce lien-là, ça veut dire que,
par exemple, des institutions francophones à Montréal, bien, c'est... le taux
est double aussi pour les étudiants francophones, par exemple, pour travailler
en anglais. C'est lié au fait qu'ils sont à Montréal, ce n'est pas le fait
qu'ils sont allés à une université... à une université francophone à Montréal.
On ne ferait pas ce lien-là, ce n'est pas un lien causal. Puis il ne faut pas
oublier... Puis ça serait encore plus important si c'était le cas parce que
75 % des gens qui ont un diplôme... qui sont francophones, qui ont un
diplôme d'une université francophone, c'est... dans 75 % des cas, c'est
eux qui travaillent en anglais, donc... Mais ce n'est pas un lien causal, donc
ce n'est pas... il faut faire à ce niveau-là.
L'autre chose qu'on doit aussi regarder,
c'est dans quels secteurs vont ces gens-là. Puis un des trucs qui est amusant à
ce niveau-là, c'est que le secteur le plus surreprésenté parmi nos étudiants
qui sont francophones puis qui étudient chez nous, puis qu'ensuite travaillent
en anglais, c'est le secteur de l'éducation. Et l'étude, justement, de
Statistique Canada énonce justement le fait que c'est parce que l'enseignement
langue seconde en anglais est... c'est beaucoup des étudiants qui viennent chez
nous. Donc, évidemment, ils travaillent en anglais mais ils travaillent dans
les polyvalentes puis dans les écoles primaires au Québec. Donc, on comprend
tout ça.
Ceci dit, je pense que, le commissaire a
amené ces chiffres, il y a une corrélation, mais il n'y a pas nécessairement de
causalité, puis c'est les études de... les études sur lesquelles ils sont basés
qui le disent.
Maintenant, oui, on est toujours très,
très ouverts. On fait beaucoup, je pense, pour le français, on a beaucoup de
mesures, et on est justement en train de travailler avec le gouvernement,
justement pour les étudiants... excusez-moi, les étudiants internationaux, pour
les franciser le plus possible puis développer des programmes. Puis je pense
qu'on a une bonne... on a, pour l'instant, un bon travail qui est fait là, à ce
niveau-là, là, pour développer quelque chose.
M. Carr (Graham) : Et, si je
peux ajouter, déjà, à Concordia, les étudiants qui viennent de France sont très
présents dans nos établissements et il y a... Avec les tendances d'inscription
qu'on a remarquées pendant les deux dernières années et avec les annonces à
venir, moi, je suis convaincu que, l'année prochaine, les Français seront la
cohorte la plus importante d'étudiants internationaux à Concordia. Alors, ce
n'est pas que les étudiants qui viennent des pays non francophones qui
choisissent d'étudier avec nous autres.
Sur la question de qu'est-ce qu'on peut
faire pour les aider à maîtriser le français, comme vous le savez, l'année
passée, les trois universités anglophones ont proposé au premier ministre de
franciser à 40 % des étudiants étrangers non francophones qui viennent
chez nous. On travaille déjà sur cet... vis-à-vis cet objectif parce qu'on veut
donner la plus grande possibilité pour nos étudiants de faire des stages, des
stages de coop, etc., avec les entreprises québécoises, comme une partie de
leur formation académique chez nous. Alors, nous sommes très investis dans la
francisation... déjà, nous sommes déjà très investis dans la francisation de
nos étudiants. Nous sommes à la recherche d'encore plus d'étudiants
internationaux francophones. Alors, je pense que nous sommes dans la bonne...
dans la bonne piste... sur la bonne piste vis-à-vis votre question.
• (18 h 10) •
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Oui,
très rapidement. Merci, M. le ministre, pour la question, c'est une excellente
question, là. Première chose qui est peut-être évidente, là, mais c'est que ma
communauté est francophile, elle a choisi un francophone pour diriger une
institution anglophone qui existe depuis 180 années. Donc, je crois que ça
en dit beaucoup.
Maintenant, sur le fond, bon, déjà, un
éventail très étendu de mesures pour aider à franciser puis à retenir... à
donner les <compétences...
M. Lebel-Grenier (Sébastien) :
...bon,
déjà, un éventail très étendu de mesures pour aider à franciser puis à
retenir... à donner les >compétences linguistiques, mais les compétences
professionnelles aussi aux étudiants internationaux qui viennent chez nous. On
veut attirer le talent et leur donner ce qu'ils ont... ce dont ils ont besoin
pour réussir au Québec et être intégrés au Québec.
Et je ne vais pas répéter ce que mon
collègue vous a dit, mais, essentiellement, on travaille présentement avec le
gouvernement du Québec pour voir comment on peut ensemble s'entraider, se
soutenir dans notre volonté d'augmenter l'offre. Et ça, c'est très, très important.
On a besoin de l'appui du gouvernement du Québec pour augmenter l'offre de
francisation à nos étudiants qui ne parlent pas français. Et nous espérons que
cet appui-là va continuer parce qu'il est absolument cardinal si nous... si le
gouvernement souhaite que nous soyons véritablement les partenaires que nous
pouvons être pour aider à la francisation, la promotion du français et la
promotion de la société québécoise.
M. Roberge : Je vous remercie
pour vos réponses. Je suis désolé de laisser seulement deux minutes à ma
collègue, mais je vais la laisser aller quand même avec sa question.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Députée de Châteauguay, il vous reste 1 min 49 s.
Mme Gendron : ...d'être là, Madame,
Messieurs. J'avais une petite question. Vous avez mentionné un peu plus tôt que
vous devez, en fait, avoir des investissements majeurs dans les
infrastructures, je pense qu'on parlait ici de Bishop's. Je voudrais savoir
quelle est la nature des investissements pour améliorer, justement, le service
aux étudiants. Voici ma première question. Et la deuxième : Quelles
mesures vous prenez pour accompagner les étudiants étrangers, là, dans vos
universités respectives?
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Oui.
Donc, pour... En fait, il y a deux niveaux de questions, là. Sur la question
des infrastructures... vous donnez un exemple. Par exemple, l'Université
Bishop's est vraiment parmi les meneurs à l'échelle internationale sur l'étude
sur les exoplanètes. Donc, notre département d'astrophysique est vraiment
reconnu partout dans le monde comme étant un des fleurons dans le domaine.
Bien, ça, ça repose sur la capacité de faire venir au Québec des étudiants
internationaux qui vont travailler dans nos laboratoires, travailler avec nos chercheurs,
donc... Et, en termes d'infrastructures, il y a beaucoup d'infrastructures. Il
y a des subventions majeures qui ont été reçues, notamment de la Fondation
canadienne pour l'innovation, pour développer ce programme, ce créneau de
recherche là. Si, du jour au lendemain, on n'est plus capables de faire venir
des étudiants internationaux, ça tombe à l'eau. Donc, ça a un impact vraiment
fondamental sur des priorités de recherche qui sont particulièrement
importantes pour une petite université comme Bishop's. Nous, c'est environ
2 600 étudiants, là. Donc, quand on fait des choix stratégiques comme
ceux-là, c'est qu'on concentre des ressources extrêmement limitées parce qu'on
est convaincus qu'on a là un créneau d'excellence qui va faire avancer notre
société. Donc, l'incertitude met au risque l'ensemble de ces éléments-là.
Pour l'appui, bien, on a vraiment tout un
éventail très large de mesures. Notamment, on a un bureau qui est en appui aux
étudiants internationaux qui vise à s'assurer de leur intégration. On a des
activités d'accueil...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est malheureusement...
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Excusez-moi.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...ce qui met fin à cette première étape de discussion,
mais je me tourne du côté de l'opposition officielle avec une période de 9 min 54 s.
La parole est à vous.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, écoutez, pour des raisons de procédure, là, vous avez été
arrêté, mais votre réponse est importante. Ça fait que, sur mon temps, je vais
vous permettre de la continuer, s'il vous plaît, pour le bénéfice de la
commission.
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Oui.
Donc, par exemple, on a des mesures d'accueil qui sont particularisées pour les
étudiants internationaux. Nous, on est une université où une proportion très
significative des étudiants habitent sur le campus. Donc, on a toutes sortes
d'activités pour l'accompagnement de ces étudiants-là, pour s'assurer qu'ils
soient bien intégrés à notre communauté. Puis, ensuite, bien entendu, on les
dirige vers des cours de francisation s'ils ne parlent pas le français. On a
aussi beaucoup d'étudiants français. C'est pour nous la plus importante
composante de nos étudiants internationaux. Donc, c'est quand même assez
important de le savoir.
Et je crois que c'était vraiment sur les
services, là, qui... d'appui. Donc, par ailleurs, on a un ensemble de services
très riches qui sont donnés à nos étudiants, particulièrement parce que ces
étudiants-là habitent au sein de notre communauté. Donc, il y a vraiment un
accompagnement individualisé.
M. Morin : Parfait. Merci.
Merci beaucoup. On nous a dit, un peu plus tôt aujourd'hui, parce qu'on a
entendu, et c'était très intéressant, les recteurs, rectrices d'universités
francophones... à un moment donné, les gens ont dit que le projet de loi
pouvait peut-être empêcher des abus, en fait, des gens qui voudraient abuser du
système, et les recteurs nous ont expliqué toutes les mesures qu'ils avaient en
place pour bien empêcher ces abus-là. Est-ce que vous avez des mesures chez
vous? Est-ce que vous pouvez nous en... nous en parler?
M. Carr (Graham) : Oui.
Alors, je pense que le... quelque chose très important, c'est de comprendre que
les grandes universités comme l'Université Concordia, on a toute une histoire avec
le recrutement d'étudiants à l'échelle internationaux. Alors, ça veut <dire...
M. Carr (Graham) :
...on
a toute une histoire avec le recrutement d'étudiants à l'échelle
internationaux. Alors, ça veut >dire qu'on a travaillé depuis des années
et des années, parfois depuis des décennies, pour développer des liens avec des
écoles, des institutions à l'étranger, pour s'assurer que les étudiants qui
viennent de ces établissements sont bien accueillis, qu'ils ont réussi dans
leurs travaux.
Et quelque chose qui est très, très
important, de notre côté : on n'a jamais utilisé des agents de
recrutement. Tout le travail de recrutement est fait par notre propre
personnel. Et ça, c'est très, très important. Alors, même avec plusieurs milles
d'étudiants internationaux chez nous, le taux de demandes pour l'asile, par
exemple, c'est moins de 1 % de tous les étudiants internationaux chez nous.
Alors, ce n'est pas beaucoup.
M. Morin : Je vous remercie.
Oui, allez-y, je vous en prie.
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Oui,
peut-être juste pour ajouter, très rapidement, là-dessus.
M. Morin : Oui, absolument.
M. Lebel-Grenier (Sébastien) :
Donc, évidemment, nous, c'est des très petits nombres, donc c'est un suivi qui
est extrêmement personnalisé qui est fait. Et je vous dirais, peut-être, la
seule bonne chose qui est sortie de la... des mesures fédérales qui ont été
annoncées dans la dernière année, c'est que, dorénavant, ils communiquent avec
nous, notamment, ils nous demandent de valider les dates d'admission qui ont
été fournies. Et ça, ça nous a permis et ça a permis au fédéral d'identifier
des cas qui étaient abusifs.
Donc, on avait déjà un système qui était
très, très rigoureux, mais cette nouvelle mesure là rend extrêmement difficiles
des cas d'abus. Donc, on est confiants que c'est vraiment extrêmement marginal,
s'il y en a.
M. Morin : Je vous remercie.
M. Carr (Graham) : Est-ce que
je peux juste ajouter un autre chose?
M. Morin : Oui, bien sûr.
M. Carr (Graham) : C'est
quelque chose qu'il faut ajouter chez nous : le taux de réussite
d'étudiants internationaux, c'est plus que 90 %. Et ils réussissent à
terminer le baccalauréat en quatre ans. Alors, ils sont très performants comme
cohortes d'étudiants. Il faut souligner ça quand on parle des étudiants
internationaux, comment ils sont performants. Et je pense que ça, c'est une
réalité partout à travers le réseau.
M. Morin : Je vous remercie.
Est-ce que vous vivez la même chose à Bishop's?
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Absolument.
Absolument. Ces étudiants-là sont extrêmement performants, ils sont vraiment
une richesse pour l'institution, mais aussi pour les dynamiques de classe, et
c'est des étudiants qui réussissent très bien.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. On nous a dit aussi, un peu plus tôt, qu'entre autres l'article 3
du projet de loi pouvait, tout dépendant de ce que fera le gouvernement, parce
qu'évidemment c'est un projet de loi, il n'y a pas beaucoup d'articles, il y
aura éventuellement beaucoup de règlements qu'on ne connaît pas, mais que ça
pourrait avoir un impact sur l'autonomie et la liberté académique, que le gouvernement
pourrait donc s'insurger dans l'autonomie des universités et dans le savoir.
Pouvez-vous nous en dire un peu plus là-dessus?
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Absolument.
En fait, une des grandes craintes qu'on a, c'est exactement celle-là,
c'est-à-dire que c'est un... ce qu'on cherche à faire, c'est donner un pouvoir
qui est purement discrétionnaire, donc il pourrait se fonder sur un ensemble de
critères. Certains sont énoncés, mais c'est... cette liste-là n'est pas
limitative.
Et ces critères vont avoir un impact
direct sur les choix stratégiques que nos institutions vont avoir faits. Donc,
par exemple, si on choisit la langue et on choisit de restreindre la capacité,
notre capacité de faire venir des étudiants parce qu'on est une institution de
langue anglaise, clairement, c'est quelque chose qui va contrecarrer les choix
stratégiques qui ont été faits par l'université, notamment en matière de
recherche, mais aussi en matière de programmes d'enseignement qui visent à
répondre à des besoins réels de la société québécoise.
M. Morin : Et vous nous avez
dit un peu plus tôt que, chez vous, particulièrement Bishop's, les décisions
gouvernementales du gouvernement du Québec, récemment, ont créé un véritable
impact. Vous avez parlé de 27,7 % de réduction. Et donc ça pourrait avoir
un impact sur certains de vos programmes, donc, sur la recherche fondamentale
que vous faites?
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Absolument.
Si on regarde le programme de recherche au deuxième cycle en «computer
science», donc en informatique, il y a une chute importante d'étudiants qui va
avoir un impact sur la capacité de poursuivre les recherches pour certains de
nos professeurs.
M. Morin : Et j'imagine que
vous avez obtenu... donc déjà obtenu des subventions, des bourses pour faire
cette recherche-là.
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Exactement.
M. Morin : Donc, il y a
vraiment un impact, donc, chez vous, c'est majeur, là. Je vous remercie. Je
vais céder la parole à ma collègue.
• (18 h 20) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Il vous reste 3 min 24 s.
Mme Setlakwe : Merci. Juste
pour continuer sur cette chute qui est quand même extrêmement importante, de
28 %, à Bishop's, comment vous l'expliquez? Parce qu'on se souviendra que,
l'automne dernier, il y avait eu cette décision de hausser les droits de
scolarité. Finalement, le gouvernement a reculé quant à Bishop's. Comment
est-ce qu'on explique cette chute substantielle?
M. Lebel-Grenier (Sébastien) :
Oui, donc les frais... les droits de scolarité, c'était relativement aux
étudiants qui <proviennent...
Mme Setlakwe :
...substantielle?
M. Lebel-Grenier (Sébastien) :
Oui, donc les frais... les droits de scolarité, c'était relativement
aux étudiants qui >proviennent du reste du Canada, et ils représentent
pour nous un nombre important d'étudiants, là, c'est environ 26 %. On
rajoute aussi, dans la même catégorie de frais de scolarité, les étudiants
français, qui sont un 4 %, pour un total de 30 %. Mais, si on prend
le reste du Canada, c'est 26 %. Donc, on a vraiment mis l'essentiel de nos
énergies à corriger le tir avec des étudiants qui considéraient venir à
Bishop's, de leur expliquer que les mesures gouvernementales ne signifiaient
pas qu'ils ne seraient pas les bienvenus au Québec ou dans les Cantons-de-l'Est
ou à Bishop's. Et on a connu un certain succès là-dessus. La baisse a été
d'environ 10 % pour les étudiants du reste du Canada.
Donc, on a pu limiter l'impact, mais,
pendant qu'on faisait ça, on est une petite université, on a des ressources
limitées, bien, on ne pouvait pas se battre contre la perception qui a été
reçue à l'international du fait que les non-francophones n'étaient plus les
bienvenus au Québec. Et ça a eu un impact sur notre capacité de recruter.
Mme Setlakwe : Merci. La
dernière chose qu'on souhaite comme législateurs, c'est de poser des gestes et
adopter des mesures qui pourraient affaiblir nos institutions. Avez-vous l'impression
que ces mesures cumulées, et ce qu'on est en train de discuter ici avec le
projet de loi n° 74, ce qui crée de l'incertitude... est-ce que vous avez
l'impression qu'on pourrait... ça pourrait avoir le potentiel de vous affaiblir
davantage?
M. Carr (Graham) : Oui, parce
qu'il y a beaucoup de changements dans les politiques pendant les dernières
années. Ça sème la confusion et le manque de prévisibilités pour les étudiants
et pour les établissements. Et on sait qu'il y a beaucoup d'étudiants qui sont
encore très intéressés par les possibilités de poursuivre leur formation dans
les universités québécoises. Sauf qu'avec toute l'imprévisibilité, il va
être... il risque... ailleurs. Et chez nous, on a remarqué une chute de presque
16 % des étudiants internationaux vis-à-vis l'année passée. Alors, c'est
marquant. Et ça, c'est... maintenant, c'est deux ans de suite avec une chute
d'étudiants étrangers. Je trouve ça très décevant pour nous et pour le Québec.
Mme Setlakwe : En effet. Et
je pense qu'il reste à peine une minute. Pouvez-vous...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 45 secondes.
Mme Setlakwe : ...élaborer un
peu sur les domaines nichés, là, dans lesquels Concordia se démarque et à quel
point vous êtes donc connectés sur les besoins de l'industrie?
M. Carr (Graham) : Oui.
Alors, je peux commenter sur l'importance de toute la recherche-développement
qu'on fait dans le domaine de l'électrification. Et on a eu une grande
subvention fédérale de 123 millions de dollars il y a deux ans.
L'année prochaine, on veut recruter 250 étudiants au niveau doctorant pour
aider... pour nous aider à faire cette recherche. Et on a fait l'annonce il y a
trois semaines d'un campus thématique à Shawinigan en collaboration avec le
cégep de Shawinigan, le CNETE, pour profiter de l'écosystème en énergie verte
en Mauricie.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, il nous reste deux intervenants. La
deuxième opposition pour 3 min 18 s.
M. Cliche-Rivard : Merci, Mme
la Présidente. Merci à vous tous et toutes pour votre présentation. Vous l'avez
dit d'emblée, là, ce que vous demandez, c'est d'être exemptés, finalement, du
projet de loi. Ce matin, je comprends que le ministre a qualifié cette
demande-là de déraisonnable. Ça fait qu'à partir de là, j'essaie d'avancer pour
voir s'il existe un terrain d'entente, puis peut-être que vous me répondrez à
l'effet qu'il n'y en a pas, puis ça sera bien correct comme ça. Moi, je
soutiens sur le fond votre position. Est-ce qu'une position où on n'exclurait,
finalement, pas l'ensemble des universités, mais le deuxième et le troisième
cycle, par exemple, ça vous intéresserait ou si vous maintenez votre position?
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Bien,
pour notre université, qui est vraiment une université qui, historiquement, a
été fondée sur l'éducation au premier cycle, en premier lieu, les cycles
supérieurs représentent 3 % de nos étudiants. Donc, évidemment, si on ne
fait qu'exclure le deuxième et le troisième cycle, ça ne nous protège pas du
tout. Et on va avoir un impact... On est exposé à une incertitude et des
impacts potentiels qui peuvent être vraiment destructeurs.
M. Cliche-Rivard : Voulez-vous
répondre également?
M. Carr (Graham) : Oui.
Alors, j'espère que suite à la... les témoins de mes collègues universitaires,
peut-être le ministre... vont reconsidérer son positionnement. Parce que c'est
clair qu'il y aura un effet négatif. Il y a déjà un effet négatif sur nos
établissements, et pas que les universités anglophones, c'est marqué dans les
universités francophones aussi. Et je pense que ça, c'est... ça, c'est quelque
chose qu'on veut éviter...
M. Cliche-Rivard : Sur les
deuxièmes, troisièmes cycles, là...
M. Carr (Graham) : Sur le
deuxième, troisième cycle, mais aussi au niveau du baccalauréat.
M. Cliche-Rivard : Parfait.
Vous mentionnez d'être désigné <d'office...
M. Carr (Graham) :
...au
niveau du baccalauréat.
M. Cliche-Rivard :
Parfait.
Vous mentionnez d'être désigné >d'office. Une désignation, par contre,
ça peut s'enlever. Donc, ce que vous vous demandez, plutôt, ce serait une
désignation d'office permanente, là, dans la loi, qui ne peut pas être retirée
par désignation par la suite.
M. Carr (Graham) : Exact.
M. Cliche-Rivard : Vous avez
mentionné, puis c'est un bon point, tout à l'heure, de dire : Suivant tous
ceux qui ont été entendus. Puis vous avez raison de le dire : Depuis le
début de la journée, je ne suis pas sûr que le ministre passe un bon moment,
dans le sens où l'ensemble des intervenants sont venus nous dire finalement
que...
Une voix : ...
M. Cliche-Rivard : Bien oui,
avec nous, peut-être, oui, mais est venu... l'ensemble des intervenants sont
venus dire que, finalement, il n'y a pas grand monde qui voit du positif dans
ce projet de loi là. Est-ce que vous, dans votre communauté, il y a qui que ce
soit qui en veut ou qui a jugé du positif du projet de loi n° 74,
à votre connaissance?
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Non.
Ça crée beaucoup d'incertitudes, et puis ça crée d'autres craintes dans notre
communauté. Vous savez, on parlait de l'impact des mesures de l'an passé, ça a
précipité notre université en déficit cette année, en situation de déficit. On
est en plan de redressement. Vraisemblablement, il va y avoir des compressions
qui vont avoir un impact sur de réelles personnes. On est en train de
travailler là-dessus. De l'incertitude supplémentaire, c'est la dernière chose
dont nous avons besoin.
M. Cliche-Rivard : Donc, pure
et dure, vous, vous ne comprenez pas l'objectif ou vous vous ne comprenez pas
pourquoi on est là aujourd'hui. Vous êtes très inquiet.
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Non,
on ne comprend pas... Écoutez, moi, je ne peux pas parler pour l'ensemble des
secteurs, puis le ministre a une vue d'ensemble, donc je respecte vraiment sa
discrétion. Ce pour lequel je suis ici pour témoigner, c'est le secteur
universitaire, et, pour le secteur universitaire, je ne vois pas la pertinence
du projet.
M. Cliche-Rivard : Pour le
secteur universitaire, est-ce qu'il y a du bon dans le projet de loi n° 74?
M. Carr (Graham) : Si je peux
répondre à l'autre question, moi, je peux parler pour les universités en
région, mais je pense que les chiffres démontrent l'importance du réseau des
étudiants internationaux.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois malheureusement vous arrêter, le temps imparti au
deuxième groupe d'opposition est terminé. On va finaliser le tout avec le
député de Jean-Talon pour 3 min 18 s.
M. Paradis : J'ai beaucoup
aimé les commentaires introductifs du ministre, hein, où il disait : Le
plein contrôle en matière d'immigration. Moi, je dirais qu'il y a un mot qui
qualifie ça, ça s'appelle l'indépendance du Québec.
Cela étant dit, vous avez eu aussi un
dialogue avec lui sur la question, là, de pointer les étudiants étrangers. Moi,
je ne me souviens pas qu'un parti représenté à l'Assemblée nationale ait dit :
Le problème, c'est les étudiants étrangers. Certainement pas mon parti. Aucun
document, aucune intervention publique qui est à cet effet-là. On parle de
politique publique, politique publique, y compris sur les seuils d'immigration,
y compris pour les étudiants étrangers. Est-ce que vous êtes d'accord avec moi
qu'il est légitime d'avoir un dialogue national sur ces questions-là et qu'on
peut l'avoir sans stigmatiser, sans pointer du doigt personne?
M. Carr (Graham) : Moi, j'ai
déjà dit que je suis d'accord avec une discussion sur ça, en répondant à la
question du ministre.
M. Paradis : Très bien.
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Puis,
en fait, ce que j'ai souligné, c'est que le projet tel qu'il est présenté ne
prévoit pas de dialogue continu sur les seuils. Donc, c'est un projet qui
donnerait un pouvoir discrétionnaire avec effet immédiat et, pour l'instant, il
n'y a pas eu de discussion avec nous. Ce dont on a besoin, c'est de la
prévisibilité. Et donc, si on va avec des seuils qui sont déterminés pour un
horizon à plus long terme, c'est quelque chose qui, certainement... si on est interpelé,
on fait partie de cette conversation-là, c'est quelque chose avec lequel on est
tout à fait à l'aise, mais ce n'est pas ce que prévoit le projet de loi.
M. Paradis : Très bien. Et
ça, vous êtes plusieurs, en fait, à peu près unanimement, comme mon collègue de
Saint-Henri—Sainte-Anne le mentionnait, plusieurs sont venus nous dire la même
chose. Donc, on demande de la prévisibilité, on veut savoir c'est quoi, la
planification, c'est quoi, les intentions. Et là, ce que vous nous dites,
c'est, quand vous regardez le projet de loi n° 74,
vous n'en voyez pas.
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Non.
M. Paradis : Ça n'aide pas à
stabiliser. Très bien. Ce matin, on a reçu le Commissaire à la langue française
qui nous a rappelé que la langue d'obtention des études et la langue
d'obtention du dernier diplôme est importante. Et selon les données, là, de son
dernier rapport, bon, au Québec, là, disons, grosso modo, la langue parlée à la
maison, là, c'est 80 % français et 80 % autre langue. Puis là, il dit :
Bien, pour l'instant, dans la répartition des étudiants étrangers, on n'est pas
dans cette proportion-là. Dans ses derniers chiffres, lui, c'est 61 % de
l'effectif des étudiants étrangers poursuivent leurs études dans une université
de langue française et 39 % dans une université de langue anglaise,
c'est-à-dire qu'il y a une dichotomie.
Lui, ce qu'il nous suggérerait, c'est
qu'il devrait y avoir des critères pour faire une répartition régionale et
entre les établissements pour arriver à cette proportion-là. Qu'est-ce que vous
en dites?
• (18 h 30) •
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : Bien,
c'est encore une autre attaque à l'autonomie universitaire. Donc, les
universités choisissent de s'investir dans des domaines des créneaux
d'excellence, investissent des ressources pour ces créneaux-là. Les universités
sont en concurrence aussi et elles attirent les étudiants. Donc, ensuite, ce
que vous nous... ce que vous proposez, c'est que nous décidions pour les
étudiants où ils vont aller étudier. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne
dans le système universitaire. Donc, est-ce qu'il peut y avoir des incitatifs?
Absolument et ce sont d'ailleurs...
18 h 30 (version révisée)
M. Lebel-Grenier (Sébastien) : ...dans
le système universitaire. Donc, est-ce qu'il peut y avoir des incitatifs?
Absolument, et ce sont d'ailleurs des incitatifs qui ont été mis en place pour
le gouvernement pour favoriser le recrutement d'étudiants français,
particulièrement en région, avec des conditions qui sont favorables, un
financement particulier qui... qui permet de réaliser cet objectif-là. Ça, c'est
vraiment le pouvoir du gouvernement, qui est un pouvoir de créer des
incitatifs, mais de décider à la place des étudiants...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Merci beaucoup, c'est ce qui met fin à cette
audition. Merci énormément pour l'apport à nos travaux.
Alors, je suspends la commission quelques
instants, le temps de recevoir nos prochains intervenants.
(Suspension de la séance à 18 h 31)
(Reprise à 18 h 35)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. Alors, comme derniers intervenants, nous recevons les représentants de
la Fédération de l'enseignement collégial-CSQ, qui sont avec nous par la voie
des ondes, en vidéoconférence. Alors, nous avons M. Youri Blanchet, président
de la Fédération de l'enseignement collégial, M. Youri Boulanger, vice-président
de la Fédération de l'enseignement collégial, ainsi que M. Julien Poirier,
conseiller de la centrale syndicale du Québec. Alors, messieurs, vous allez
bénéficier d'une période de 10 minutes pour votre présentation, et par la
suite, on va entamer la période <d'échange...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
...vous allez bénéficier d'une période de
10 minutes pour votre présentation, et par la suite, on va entamer la
période >d'échange avec les élus. Alors, le temps commence maintenant
pour vous. La parole est à vous.
M. Blanchet (Youri) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Peut-être juste une précision. Je crois que vous
avez nommé Hugo par mon prénom. C'est Hugo Boulanger, vice-président de la FEC.
C'est une petite erreur que je voulais simplement rectifier.
Bonjour. Merci de nous accueillir ce soir.
Nous allons faire très rapidement puisque le temps nous... qui nous est imparti
est très court. Je commencerais simplement par vous dire... peut-être, vous
témoigner d'une petite doléance. C'est qu'en fait, nous aurions aimé déposer un
mémoire, mais on opte pour une présentation orale puisque le temps qui nous...
qui nous a été donné, le délai était très court. Et nous sommes une très petite
équipe, la FEC, nous représentons un certain nombre de cégeps, mais notre
équipe n'est pas tellement grande. Donc, je tenais quand même à dire que la...
d'avoir reçu cette invitation si tard ne nous a pas permis, la FEC elle-même,
de faire le mémoire. Par contre, la CSQ, représentée ici par mon collègue
Julien Poirier, déposera un mémoire demain.
Peut-être simplement pour vous dire que
nous représentons des cégeps de l'Est qui sont très fortement concernés par les
étudiants internationaux, dans leur clientèle étudiante. On représente quatre
cégeps de l'Est, donc de l'Est du Québec, là : Rimouski, Rivière-du-Loup,
Matane, Gaspé, les Îles-de-la-Madeleine aussi, mais les étudiants
internationaux y sont un peu moins présents, ainsi qu'un cégep, là, de la Côte-Nord,
Baie-Comeau, qui reçoit aussi des étudiants internationaux.
Ce qu'on peut vous dire, d'entrée de jeu,
c'est que nous sommes très inquiets de ce projet de loi là, inquiets pour nos
cégeps, tout simplement, bien entendu, pour l'offre de programmes, pour le
maintien, aussi, à niveau des cégeps avec un nombre d'étudiants adéquat...
d'étudiants et d'étudiantes adéquat, qui permet un financement qui est
conséquent. Mais, aussi, il ne faut pas l'oublier, pour nous, en région, en
fait, puis je dis «pour nous» parce que je suis... je suis à Rivière-du-Loup,
donc pour nous, en région, l'apport des étudiants étrangers est indéniable,
tant au niveau économique, parce qu'on les voit, là, dans les emplois, occuper
des emplois locaux, mais aussi au niveau sportif et culturel, ce qu'on... ce
qu'on oublie souvent. <
Moi, dans mon petit... dans mon petit
hameau, bien, dans ma petite ville, dans le soccer, entre autres, il y a
plusieurs coachs qui sont des étudiants et étudiantes du cégep, qui... entre
autres, qui viennent de l'île de La Réunion, qui viennent coacher les jeunes...
les jeunes au soccer. Ou, par exemple, au niveau culturel, plusieurs
s'impliquent, ne serait-ce que dans toute l'offre musicale régionale, le festival
de cinéma, en participant comme bénévoles. Donc, ils rendent le milieu vivant,
ils contribuent de façon significative, aussi, en région, à l'apport
économique, bien entendu, mais aussi culturel.
Et ce qu'on peut dire, aussi, c'est qu'en
fait, même dans les cégeps, sans mettre à risque le maintien d'un programme,
souvent, ils permettent simplement de donner un peu d'oxygène, d'augmenter le
nombre minimal d'étudiantes et d'étudiants qui y sont présents et, ce faisant, améliorer
les conditions, parce qu'un meilleur financement permet l'achat, entre autres,
d'équipements supplémentaires, mais, aussi, en augmentant les groupes, bien, ça
permet peut-être un meilleur dynamisme, aussi, qu'on pourrait dire, à
l'intérieur de nos institutions.
Nous sommes très conscients, je tiens à le
dire, de l'intention ou de l'objectif du gouvernement ici, qui est de juguler
l'immigration, qui est un peu... bon, qu'on pourrait nommer comme «galopante»,
actuellement, je veux dire, nous sommes très conscients qu'il y a beaucoup de
monde, mais nous pensons, en toute humilité, que de couper, disons, l'accès à
des étudiants étrangers aux études supérieures, mais particulièrement pour les
cégeps, dans notre cas, n'est pas la bonne solution et pourrait mettre à mal,
peut-être, même — en tout cas, dans une certaine mesure — l'offre
économique en région, mais aussi culturelle. Parce que ces étudiants-là, aussi,
je dois le dire, c'est des immigrants qui sont de qualité. Tout à l'heure,
j'entendais que c'est souvent des étudiants qui... et des étudiantes qui
performent bien, effectivement, ils performent bien, mais ils ont l'intention
de s'installer. Ce sont des étudiants et des étudiantes qui, dans la majorité
des cas, nous... en tout cas, entre autres au cégep de Rivière-du-Loup et dans
d'autres institutions, on accueille majoritairement des étudiants qui sont
francophones de souche, donc il n'y a pas de barrière de langue. Et, souvent,
ils vont contribuer à l'amélioration de la société par la suite.
• (18 h 40) •
Donc, je vais passer la parole à mon
collègue Hugo, dès maintenant, là, qui est du cégep de Rimouski. Merci de votre
attention.
M. Boulanger (Hugo) : Merci.
Effectivement, je suis enseignant au cégep de Rimouski dans un programme qui
s'appelle Technologies d'analyses biomédicales, donc un programme de santé qui
est actuellement en faible effectif. Donc, je joins ma voix à celle de mon
collègue Blanchet, qui y va d'un cri du cœur avec l'importance des étudiants
étrangers pour nos programmes en région.
Si je peux aller plus concrètement,
l'addition de ces élèves-là, ça permet d'atteindre le seuil minimal de
financement des programmes, ce qui rend possible leur <lancement...
M. Boulanger (Hugo)T :
...ces
élèves-là, ça permet d'atteindre le seuil minimal de financement des
programmes, ce qui rend possible leur >lancement, leur déploiement.
Donc, on vient garantir une offre de formation élargie, notamment dans le
secteur de la santé, où les besoins de recrutement sont critiques. Donc, juste
pour vous donner un exemple concret, l'année passée, à Rimouski, on a réussi à
faire agréer 20 infirmières qui étaient formées à l'étranger par le biais
d'un AEC. Donc, ces 20 personnes-là ont tout de suite joint les rangs des
CSSS pour consolider l'offre de soins en région.
Il y avait des projets similaires,
également, dans la région du Témiscouata, là, où on cherche à pallier le manque
de personnel dans des secteurs critiques, là, comme l'obstétrique et la
chirurgie, où il y a des ruptures de services, là, de façon chronique. Je ne
vous le cacherai pas, les cégeps de région dépendent de l'arrivée de ces
étudiants-là. Je pense à Matane, à Gaspé, où on y va de la survie de
l'institution, là, ni plus ni moins. Les cégeps, dans une ville de région, ce
sont des moteurs socioéconomiques, des pôles culturels. Et si on veut... Si on
ne peut pas en assurer la pérennité, bien, on va freiner le développement
régional. On en est là, maintenant, en 2024.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...encore du temps, si...
M. Boulanger (Hugo) : M. Poirier.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui, si vous avez...
M. Boulanger (Hugo) : Je
voulais juste laisser un peu de temps à M. Poirier, c'est pour ça...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Ah! OK. Parfait. M. Poirier.
M. Poirier (Julien) : Merci
beaucoup. Julien Poirier. Je suis conseiller à la centrale syndicale du Québec.
Je remercie Youri et Hugo pour les introductions. Merci aussi à votre... toutes
les personnes présentes pour votre temps et votre attention, aujourd'hui, sur
ce projet de loi. Donc, oui, à propos du PL n° 74, on
est plutôt de l'avis... D'une part, on est sensibles, on comprend à quelles...
à quelles inquiétudes est-ce que cela fait écho. En revanche, on aurait
privilégié une approche différente, et on ne croit pas que la plupart des... de
ce qui est... la majorité de ce qui est proposé dans le projet de loi soit
nécessaire.
En contrepartie, les risques qui sont liés
à ce projet de loi là sont difficiles à ignorer. Et on... on a une vive
inquiétude, entre autres, là, comme l'a mentionné mon collègue Youri, sur la
disponibilité puis la qualité générale de l'offre qui sera disponible en
région, mais également pour la vitalité puis la... oui, bien, exactement, la
vitalité de nos créneaux d'excellence, qui sont parfois uniques, là, dans
certaines de nos régions du Québec. Et puis, ce sont des équipes, parfois, qui
prennent du temps à être mises sur pied et à être pleinement opérationnelles.
Donc, pour ce faire, et comme le
mentionnait mon collègue Hugo, parfois, si, dans ces scénarios, la population
d'étudiantes et d'étudiants étrangers peut faire la différence, ça enrichit
grandement à la fois les parcours de vie et les parcours éducatifs de ces
personnes-là, mais également la population étudiante québécoise pour qui
l'offre est grandissante, ainsi que tout l'écosystème de formation ainsi que de
création des savoirs qui est propre, là, aux cégeps dans les régions, mais pour
l'ensemble du réseau. Donc, pour nous, un projet de loi qui contient un certain
nombre de risques, qui n'est pas non plus, là, l'approche qu'on aurait
privilégié pour... pour s'attaquer, là, aux divers... aux divers enjeux qui...
qui sont ciblés, là, par le projet de loi.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Il vous reste encore
1 min 45 s, si vous voulez conclure, ou si ça va, on y va avec
la période de questions? Oui?
M. Blanchet (Youri) : Je
vous dirais, je pense, qu'on va y aller avec la période de questions. On
pourrait continuer, mais je pense qu'on va... on va répondre aux questions.
Merci
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Parfait. Merci beaucoup. Alors, je me tourne du côté du
gouvernement avec M. le ministre. Une période de 16 min 30 s
vous est allouée.
M. Roberge : Merci, Mme
la Présidente. Merci pour votre présence, même virtuelle. Vous êtes là puis
c'est intéressant d'avoir des gens qui ont des propos comme les vôtres, qui
arrivent de différentes régions, de différentes institutions. Vous nous parlez
de la vitalité des établissements, des cégeps, beaucoup en région, de plusieurs
programmes qui sont gardés en vie grâce aux étudiants internationaux. C'est
quelque chose que je connais très bien et quelque chose que je salue. Je pense
que c'est nécessaire.
Il y a beaucoup, beaucoup de programmes,
en région, qui, grâce aux étudiants internationaux étrangers, arrivent à
combler des besoins de main-d'oeuvre ou arrivent à rester en vie, tout
simplement, là. Je sais qu'il y a eu une période creuse, dans les cégeps, où il
y a eu, pendant certaines années, de moins en moins d'étudiants. Ça remonte,
mais graduellement et de manière inégale.
Je me souviens, au début du premier
mandat, j'avais la responsabilité de l'enseignement supérieur, puis une des
premières décisions que j'avais prises, avec le gouvernement, ça a été de
refaire la formule de financement et de permettre, justement, les petites
cohortes puis d'avoir une formule de financement qui est différenciée pour
s'assurer de ne pas avoir du du mur à mur en matière de financement en enseignement
supérieur.
Une fois que ceci est dit, puis avec
l'intention gouvernementale très, très claire de ne pas faire de mur à mur,
puis de s'assurer de la vitalité des <cohortes...
M. Roberge :
...Une fois que ceci est dit, puis avec l'intention
gouvernementale très, très claire de ne pas faire de mur à mur, puis de
s'assurer de la vitalité des >cohortes des cégeps en région, puis
des... de s'assurer qu'on répond aux besoins économiques et qu'on répond aux
besoins gouvernementaux dans plusieurs programmes, je vais nommer santé,
éducation, mais on pourrait en nommer d'autres, une fois qu'on a dit ça, on
voit bien qu'il y a quand même eu une augmentation généralisée du nombre
d'étudiants étrangers. Je ne parle pas juste des cégeps, je parle de tous les
étudiants étrangers, 50 000 il y a 10 ans, 122 000 en ce moment. Il y a
des enjeux de logement, puis je ne dirai certainement pas que c'est à cause des
étudiants étrangers, mais il y a plusieurs facteurs. Puis, évidemment, quand
des dizaines de milliers de personnes arrivent, on a besoin de dizaines de
milliers de logements, on ne peut pas dire que ça a zéro impact. Il y a
plusieurs intrants, quand arrive un phénomène comme ça, mais on ne peut pas
dire que ça n'a pas d'impact.
Donc, une hausse très, très importante,
des enjeux en termes... en termes de logement, une courbe démographique qui
change, parce qu'on voit qu'il y aura davantage de Québécois qui vont
s'inscrire dans les cégeps dans les prochaines années. Considérant tout ça,
est-ce que vous pensez que le gouvernement du Québec devrait garder le statu
quo actuel, c'est-à-dire simplement pouvoir déterminer le nombre total
d'étudiants étrangers sur le territoire québécois, ou il ne devrait pas plutôt
se doter de leviers pour être capable d'agir dans certains secteurs, où il y a
des abus, notamment, puis de préserver des cohortes, des programmes, notamment,
des cégeps en région?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Votre micro est fermé. Vous pouvez l'allumer.
M. Blanchet (Youri) : Oui, à
distance, il y a toujours la souris avec deux écrans. Je suis vraiment désolé.
Je cherchais ma souris, ce n'est pas drôle.
Oui, bien, M. le ministre, effectivement,
je pense que, bon, vous brossez quand même un tableau pour lequel on n'est pas
en désaccord, c'est-à-dire sur l'ensemble des choses, c'est-à-dire la vitalité,
la formule de financement qui a été révisée. Et ça, je le salue, d'ailleurs,
parce que ça a donné de l'oxygène, vraiment, aux petites cohortes dans les
cégeps de région, entre autres, ce financement révisé là. La hausse importante,
aussi, au cours des dernières années, on ne la nie pas non plus. Hausse, par
exemple, qui a été, entre autres... à laquelle... qui peut être attribuée en
partie, là, à des institutions, entre autres, qui accueillaient des étudiants
dans des espèces de... peut-être une espèce d'usine à diplôme, là. On a vu ça,
mais le gouvernement a agi là-dessus, puis ça, on pense que c'était
probablement nécessaire, étudiants anglophones qui venaient, entre autres, bon,
d'Inde ou autres. Ça, je ne pense pas que c'est là-dessus, nous, qu'on est...
En fait, pas que je ne pense pas, assurément, nous ne sommes pas sur ça. On est
vraiment sur les étudiants qui sont dans la filière régulière de la formation régulière
au cégep, dans les institutions qui ont pignon sur rue depuis nombre d'années.
Alors, on est vraiment là.
Puis, aussi, là, je veux juste... parce
que j'ai pris en note, aussi, la question du logement, on est très, très au
fait des difficultés, aussi, de logement dans les régions. Par contre,
actuellement, on réussit quand même à loger à peu près tout le monde, là, je
veux dire, je n'ai pas les chiffres partout, partout, je sais que ça a été...
Je sais qu'il y a eu... Il a fallu dédoubler d'efforts au début de l'année,
entre autres, dans certains lieux, là, comme Gaspé, où il y avait vraiment un
manque, même à Rimouski. Mais des solutions ont été trouvées, ont été apportées
et on a réussi. Une chose, aussi, que vous avez dite, qui est très, très vraie,
c'est-à-dire que nous assistons, actuellement, à une augmentation — ça
a été un problème en début d'année, d'ailleurs, un beau problème quand même — mais
une augmentation des inscriptions au cégep, parce qu'on sait très bien qu'il y
a eu une augmentation aussi, avant nous, dans le réseau scolaire.
• (18 h 50) •
Ceci étant dit, par exemple, ce n'est pas
garanti que l'augmentation de ces étudiants-là, c'est les cégeps de région,
entre autres, les cégeps qui sont plus éloignés, qui vont en bénéficier. Parce
que je tiens juste à dire qu'actuellement, nous, quand on parle des cégeps de
région, il reste encore des places dans nombre de cégeps de région, alors qu'on
refuse des étudiants dans les grands centres, dans les gros cégeps. Ça fait que
ça, ici, il y a peut-être un déséquilibre et peut-être l'attrait, aussi, des
grands centres qui vient jouer. Donc, ce que je veux dire, c'est que ça ne nous
garantit pas les seuils pour maintenir nos établissements dans une vitalité
maximale, disons ça comme ça, ou avec un financement qui est le plus adéquat
possible pour remplir la mission de développement des cégeps en région, parce
qu'ils ont une mission, aussi, de participer au développement économique,
culturel, social dans les régions.
Donc, c'est une longue réponse, mais pour
dire que finalement, nous croyons que le projet de loi, bien, devrait...
devrait tenir compte... En fait, c'est sûr qu'on pourrait vous <demander...
M. Blanchet (Youri)T :
...finalement,
nous croyons que le projet de loi, bien, devrait... devrait tenir compte... En
fait, c'est sûr qu'on pourrait vous >demander, aussi, d'en être
exemptés, mais j'ai su que ce n'était probablement pas une voie qui était
prometteuse. Par contre, une chose est certaine, c'est que nous, on constate...
Parce qu'on représente toutes sortes de cégeps, hein, puis aussi de centres,
là, ça fait que... nous savons aussi la situation de ces cégeps-là. C'est que c'est
moins criant pour eux, c'est moins nécessaire, dans plusieurs des cas, là, l'apport
des étudiants étrangers, alors que le cri du cœur qu'on vous lance, nous,
aujourd'hui, c'est de dire que nous avons une connaissance fine, sur le
terrain, d'établissements en région pour qui, si on enlève les étudiants
étrangers, bien, il y a... au-delà de l'impact même dans l'institution, il y a
un impact, aussi, dans la communauté.
Moi, je disais à mes collègues, même, en
préparation de cette présentation aujourd'hui, que dans mon... ma petite ville,
si, certains commerces, il n'y a pas les étudiants étrangers pour venir
répondre aussi aux besoins, bien, ils risquent de, bien, fermer ou ne pas
ouvrir les mêmes... pas offrir les mêmes heures d'ouverture. Ça fait qu'il y a
un impact jusque économique, là, et ça, je pense qu'il faut en être vraiment
conscients.
Donc, je ne suis pas en train de vous
imposer une solution, mais je veux quand même que vous soyez très conscients
des difficultés que ça peut amener dans la vitalité régionale aussi, ça. Et, à
cet effet, bien, peut-être que la loi, dans l'esprit où elle est présentée,
bien, devrait avoir certains, peut-être, garde-fous ou verrous de sécurité
pour, entre autres, les institutions pour lesquelles c'est nécessaire.
Je ne sais pas si mes collègues veulent
ajouter quelque chose, ici.
M. Boulanger (Hugo) : Je
pourrais peut-être ajouter juste un petit quelque chose, si vous me permettez.
La plupart des cégeps en région, effectivement, ont fait face à des défis au
niveau du logement, mais ils ont su être agiles pour trouver des solutions puis
les mettre en place pour accueillir les étudiants qui ont été admis.
Je tiens également à ce qu'on considère
les efforts qui ont été déployés dans l'Est du Québec pour l'établissement d'ententes.
Donc, il y a eu des... une bonne partie de fonds, là, significatifs, à tout le
moins, qui ont été investis pour envoyer des délégations en France, en
Belgique, en Afrique, pour établir des ententes de transfert, soit après la
diplomation au BUT ou BTS, par exemple, pour aller chercher de l'expertise à l'extérieur,
pour qu'on puisse les diplômer au local et les remettre en jeu, là, dans l'économie
locale. Évidemment, si on vient juguler de façon trop sévère cette arrivée d'étudiants
là, bien, on vient un peu... bien, on constate que cet argent-là aura été
investi en vain. Donc, c'est beaucoup d'argent, d'énergie, de ressources qui
ont été déployées, tant... dans l'établissement de ces ententes-là, et je
trouverais ça vraiment dommageable, là, de... de se retrouver devant rien au
lendemain de... de l'adoption de cette loi.
M. Poirier (Julien) : Oui. J'ajouterais
aussi, à la question du ministre Roberge, à propos des abus, bien, déjà, je
souhaitais souligner que le... il y a... il y a effectivement eu, au tournant
de la décennie 2020, quand... bien, même un petit peu avant la... à la fin
de la décennie 2010, il y avait quand même une population importante d'étudiants
étrangers qui... qui fréquentait des établissements plutôt privés, non
subventionnés, et qui fréquentait surtout des programmes AEC, puis on peut
observer, dans les données, une forte augmentation de cette population-là, qui
était, bon, parfois, recrutée à l'international, par le biais d'agences, qui
venait étudier, et tout ça.
Puis, au moment de présenter le projet de
loi, je pense qu'à juste titre, monsieur... pardon, le ministre Roberge a bien
mentionné qu'il y avait un problème là-dessus, puis il y avait une certaine
marchandisation, là, dans l'esprit de ces opérations-là ou de ce fonctionnement-là,
de la résidence au Québec ou de la citoyenneté canadienne. Or, les leviers
actuels qui sont à la disposition du ministre, bien, de notre point de vue, ont
plutôt fonctionné. Puis ce qu'on observe, depuis 2020, depuis l'année scolaire 2020-2021,
c'est une réduction de la fréquentation, là, suite aux actions qui ont été
menées par le gouvernement. Donc, on souhaitait, d'une part, là, saluer le fait
que, d'une certaine manière, le problème des abus qui était détecté avait déjà
été bien entrepris, là, du côté du gouvernement. Donc, on le salue, de ce côté-là.
Pour le logement, bien, je joins ma
joie... ma joie aussi, mais ma voix à celle de mes collègues. Je vais... On
considère le logement comme, quand même, une situation qui est... La pression
sur les logements comme une situation très multifactorielle, puis la... une
situation qui est très, bon, structurelle dans sa nature. On ne pense pas que
pour ce que l'on risque en agissant avec le présent projet de loi, que ça
aurait un effet qui est suffisant, là... pour... pour atténuer. Donc, ce serait
tout pour moi, pour la question.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. M. le ministre.
M. Roberge : Oui. Merci pour
votre réponse en trio. Je vais laisser mes collègues poursuivre avec des questions.
Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, alors, la députée d'Iberville. Il reste
5 min 20 s.
Mme Bogemans : Parfait. En
termes des établissements reconnus pour accueillir les étrangers... les
étudiants étrangers, pardon, ce serait quoi, les incontournables, les balises
qu'il faudrait mettre en <place...
Mme Bogemans :
...les
étrangers... les étudiants étrangers, pardon, ce serait quoi, les
incontournables, les balises qu'il faudrait mettre en >place pour s'assurer
que les établissements soient prêts à bien accueillir les étudiants étrangers,
puis pour les faire reconnaître dans notre réseau?
M. Blanchet (Youri) : Là, les
balises, en fait, bien... tout à l'heure, je nommais que nous, on... là,
présentement, notre plaidoyer est d'abord et avant tout pour le régulier, donc
des cégeps qui ont... que nous connaissons dans les 48 cégeps de la
province, là. Donc, c'est là-dessus, là, que nous sommes actuellement.
Pour ce qui est des conditions nécessaires
à la mise en... bien, à l'accueil des étudiants, entre autres, parce que, ça,
c'est un élément, là, dont on s'est parlé, d'ailleurs, en préparation, on se
disait qu'il y a quand même une nécessité d'offrir un espèce de filet de
sécurité ou une offre d'accueil personnalisée ou adaptée aux étudiants
étrangers. Et d'ailleurs... puis dans l'Est, je vous dirais qu'on... en tout
cas, dans les cégeps qu'on représente, il y a vraiment une préoccupation qui
s'est développée à ce sujet et plusieurs choses ont été mises en place, dont,
entre autres, une session d'accueil des étudiants étrangers pour leur parler,
entre autres, des différences académiques, ne serait-ce que le système
académique français ou... que ce soit à l'île de La Réunion, dans un domaine
outre-mer, ou en France, bien, est différent, ou même en Afrique du Nord, je
veux dire, ce n'est pas la même chose. Ça fait que, ça, c'est une chose.
On prévoit, aussi, un accueil pour les
vêtements d'hiver, ces trucs-là, donc... parce qu'on s'est rendu compte, dans
les premières expériences, qu'on laissait, peut-être... qu'on accueillait... en
fait, qu'on désirait avoir ces étudiants-là, mais sans leur offrir un soutien,
c'est ça, nécessaire pour leur permettre une meilleure intégration et une
meilleure connaissance. Ça fait que c'est ce que je dirais.
Pour ce qui est des choix des
établissements, c'est sûr que moi, j'aimerais mieux qu'on ne choisisse pas, là,
mais si on... si on a à choisir puis à se dire : Écoutez, dans quel
endroit, ou quelle filière, ou quel cégep, dans le sens... où on pourrait
accepter plus d'étudiants, par exemple? Mais je pense qu'une des choses
importantes, bien, on l'a nommée, les cégeps de régions ou les cégeps qui en
dépendent, ne serait-ce que par la communauté, ça, c'est une chose importante,
mais certains programmes, aussi, qui sont super importants, tous les programmes
en santé en région, on a beaucoup de difficultés à recruter de l'extérieur,
alors que si on accueille dans les programmes en santé, bien, ces étudiants-là
et ces étudiantes-là restent souvent par la suite, surtout lorsque... quand
elles ont le Programme de l'expérience québécoise possible, là, restent par la
suite.
Donc, c'est... je ne sais pas si je
réponds bien à votre question, mais c'est un peu ce que je pourrais dire. Je ne
sais pas si mes collègues voulaient ajouter quelque chose.
M. Boulanger (Hugo) : Je peux
peut-être témoigner de mon expérience. On a accueilli, là, il y a peut-être
deux ans, là, une cohorte qui était composée à 50 %, environ, d'élèves,
là, qui provenaient d'Afrique subsaharienne, donc des élèves qui sont, le plus
souvent, formés vraiment de façon très pointue au niveau fondamental et
théorique, mais qui ont un peu moins accès à des équipements de laboratoire.
Bien, la direction s'est montrée agile, à Rimouski, rapidement, lorsqu'on a
fait état du problème, là, parce qu'ils n'étaient vraiment pas au même niveau
que les élèves nationaux. Donc, on nous a offert des ressources pour qu'on
puisse mieux les encadrer, leur offrir du temps d'exposition aux laboratoires
pour, justement, les amener au seuil minimal de la compétence pour qu'ils
puissent se développer au même rythme que les étudiants issus soit des collèges
ou des écoles secondaires. Donc, des fois, le problème peut paraître assez
important, mais les solutions ne sont pas très coûteuses ou très compliquées à
mettre en place, il suffit d'un peu d'ouverture.
Mais je souligne, aussi, ce que Youri
vient de mentionner, tout le comité d'accueil qui se met en place, là,
lorsqu'on reçoit ces cohortes-là, c'est impressionnant, là, ce que les gens
font. On les accueille à Montréal, on organise des autobus, on les amène en
région, on leur fait faire le tour de la ville, on leur indique les endroits
stratégiques où ils peuvent s'approvisionner, par exemple. Il y a tout un pan
culturel, également, qui est mis au jeu. On forme des clubs d'entraide pour
eux, on essaie de faire du maillage avec les étudiants réguliers. Donc, c'est
vraiment... c'est beau de voir ça, en vérité, là, ça apporte une belle
diversité en région, qui est parfois un peu homogène, là, on va se le dire.
• (19 heures) •
Mme Bogemans : Parfait.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
Mme Bogemans : Bon, en
50 secondes. C'était super complémentaire avec ce que vous mettiez déjà
sur la table. Mais au niveau de l'emploi puis de la rétention, vous l'avez
touché un petit peu, là, M. Youri, mais est-ce que vous pouvez élaborer
sur la question : Dans quelles conditions les étudiants étrangers restent
le plus en région?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En 30 secondes.
M. Blanchet (Youri) : OK. Je
vais essayer d'aller vite. Donc, bien, dans quelles conditions? C'est que,
souvent, le fait de venir en région, ils établissent des liens, puis comme je
disais tantôt, pendant qu'ils sont aux études, participent à des activités
culturelles, au sport local, tout ça, puis, bien, ils développent vraiment un
amour pour la région. Nous, on a énormément d'étudiants qui demeurent par la
suite, puis ça va même jusqu'aux institutions culturelles, là, on a le
festival...
19 h (version révisée)
M. Blanchet (Youri) : ...un
amour pour la région. Nous, on a énormément d'étudiants qui y demeurent par la
suite, puis ça va même jusqu'aux institutions culturelles. Là, on a le festival
Vues dans la tête de..., un festival de cinéma à Rivière-du-Loup, entre autres,
qui est reconnu par le milieu du cinéma. Bien, écoutez, c'est un ancien
étudiant qui a été à la tête de ce... un ancien étudiant français qui a été à
la tête... directeur de ce festival-là pendant des années. Donc, c'est vraiment
de cette manière-là...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Je vous demande de parler vite. Je suis la
gardienne du temps. Alors, je me tourne du côté de l'opposition officielle pour
son temps de parole, 9 min 54 s. La parole est à vous, M. le député.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, merci. Merci d'être là avec nous. On nous a dit un peu plus
tôt que ce projet de loi pouvait servir à corriger des abus. Maintenant, je
comprends que, dans votre réalité à vous et dans votre quotidien, la part d'étudiants
étrangers... ces abus-là, il y a des mesures en place. Est-ce que c'est quelque
chose qui vous inquiète ou si ce n'est pas quelque chose que vous voyez dans
votre quotidien?
M. Blanchet (Youri) : Je me
permets ou Julien... Bref, je vais quand même y aller. Écoutez, non, on a... dans
notre quotidien, nous, on ne voit pas ce problème d'abus là parce que, dans l'enseignement
régulier, ce n'est pas que des gens qui viennent financer un système. Ils sont
intégrés de manière différente, bien soutenus. Ce dont... En fait, on peut
faire référence à... Mon collègue Julien, tout à l'heure, le nommait, entre
autres, les AEC qui étaient... qui sont offertes ou qui ont été offertes en
grande partie dans des institutions privées non subventionnées, c'est là qu'on
a identifié plusieurs abus, mais aussi certains cégeps avaient développé une
antenne, par exemple, ailleurs et offraient ça, mais tout ça, ça, je pense que
le ministre a tous les pouvoirs. Tout est... En tout cas, c'est assez réglé, je
pense, là-dessus, puis nous, dans les institutions dont... qu'on représente
actuellement, nous ne vivons pas ces problèmes d'abus là aucunement.
M. Morin : Je vous remercie.
Puis, en fait, ce que je comprenais aussi des réponses précédentes, c'est que
le ministre, actuellement, a des moyens législatifs à sa disposition pour agir.
J'aimerais revenir rapidement sur... Vous
avez mentionné qu'il y a des ententes de transferts, notamment, avec la France,
qui sont bénéfiques. Je comprends que le gouvernement doit investir dans ces
transferts-là. Est-ce que le projet de loi... Parce qu'évidemment, dans le
projet de loi, il y a beaucoup de dispositions qui vont donner un pouvoir
réglementaire au ministre. Est-ce qu'il y a une possibilité que ça ait un
impact sur ces ententes de transferts là qui sont en partie financées par l'État?
M. Boulanger (Hugo) : Je peux
me permettre de tenter une réponse. Bien, je pense qu'il faut... qu'il faut
évidemment conclure que, si on vient restreindre le nombre d'arrivants, bien,
les ententes qui ont été établies deviennent caduques, et ces ententes-là, ce
sont les cégeps qui les ont financées. Ils ont fait le choix d'investir une
partie de leurs budgets pour envoyer des délégations établir ces ententes-là.
Donc, ce que je crains, c'est qu'on investit cet argent-là en vain, alors qu'on
avait quand même d'autres postes budgétaires à combler, là. On s'entend que le
réseau collégial est considéré vétuste à peut-être 65 % et on aurait pu
investir dans d'autres postes financés. Là, on a choisi d'aller chercher de la
clientèle internationale dans l'espoir de continuer à offrir une gamme large de
programmes à nos étudiants locaux, nationaux, évidemment, à ces gens-là. Donc,
c'est un choix qu'on fait, puis je trouve un peu... un peu déchirant, là, de
voir la situation évoluer comme ça, là.
M. Morin : Je vous remercie.
Est-ce que vous craignez que le projet de loi a un impact sur l'autonomie et la
liberté académiques?
M. Blanchet (Youri) : Si vous
parlez, bon, de l'autonomie et la liberté académiques des profs en tant que tels,
pas en première lecture, pas à vue d'oeil, là, comme ça, je ne pense pas qu'il
y ait un effet là. Par contre, assurément qu'il peut y avoir un impact sur la
tâche enseignante en région, sur le nombre d'enseignants, ça, c'est clair, mais
aussi sur la qualité de vie de nombres d'enseignants, parce que, quand on tombe
à temps partiel, bien, parce qu'il manque des étudiants, c'est sûr que ce n'est
pas l'idéal. Plus à ce niveau-là, je vous dirais, peut-être, l'effet qui
pourrait être attendu.
M. Morin : Plusieurs,
plusieurs groupes, aujourd'hui, nous ont parlé qu'évidemment développer des
programmes ça prend du temps, ça ne se fait pas en quelques mois. Donc, il faut
une prévisibilité, une planification. Dans le projet de loi, à l'article 7,
notamment, le gouvernement veut enlever son obligation de prépublier des
règlements, donc, qui empêcherait finalement d'être avisés, un dialogue. Est-ce
que c'est quelque chose que vous craignez et quel sera l'impact chez vous?
M. Poirier
(Julien) :Pardon, oui, sur la question de
la concertation, c'est certain que ça <devrait être quelque chose...
M. Poirier (Julien) :
...pardon,
oui, sur la question de la concertation, c'est certain que ça >devrait
être quelque chose qui est systématique pour des questions qui sont aussi
complexes avec des impacts qui peuvent être profonds sur les réseaux qui sont
tissés et maillés, entre autres, en région, mais pas que... sur l'ensemble du
territoire québécois. Donc, ici, pour maximiser la prévisibilité, ça prend
vraiment des instances de concertation sur le long terme, en continu, mais
surtout qui sont systématiques.
Le problème avec un projet de loi comme
celui-ci, c'est le danger de bousculer ou de... je ne veux pas dire «sectionner»,
là, mais d'intervenir négativement sur des réseaux qui, effectivement, prennent
beaucoup de temps, là, plusieurs années, voire parfois une décennie ou plus,
pour se mettre en place, entre autres ceux qui soutiennent des créneaux
d'excellence dans certains domaines du savoir sur l'ensemble du territoire.
Donc, par exemple, si on a une entente
bilatérale... Là, mes collègues discutaient tout à l'heure de transferts et de
partenariats. Si, par exemple, on en accueille moins, ça peut compromettre un
certain nombre d'ententes avec des partenaires internationaux, le tout sur
trame de fond d'internationalisation de l'enseignement supérieur, et,
présentement, le Québec, on pense, se positionne bien sur l'ensemble du
territoire. Il y aurait un risque, par ce projet de loi là, qu'une intervention
puisse avoir un effet négatif là-dessus. On s'en inquiète. Ça nous interpelle.
M. Morin : Question très,
très précise : Est-ce qu'il y a du bon dans ce projet de loi là? Est-ce
que c'est utile. Puis êtes-vous en faveur ou pas? Parce que, écoutez, à date,
là, je peux vous dire, il y a comme un consensus de tous les groupes
aujourd'hui. Alors, j'aimerais ça vous entendre là-dessus, s'il vous plaît.
M. Blanchet (Youri) : Écoutez,
je vais y aller, je n'ai même pas consulté mes collègues, je ne leur ai pas dit :
C'est moi qui va répondre, mais moi, je vous dirais que nous croyons fermement
que les étudiants étrangers, dans le contexte de l'enseignement régulier, ne
sont qu'un apport bénéfique au système d'éducation québécois et à la... et à la
population québécoise et à sa communauté. Nous savons qu'il y a un problème à
cause, bon, qu'il y a un nombre d'immigrants énorme, 588 000, je pense,
temporaires sur le territoire, quelque chose comme ça. Bref, nous le savons, mais
nous pensons fermement que la solution n'est pas de couper dans l'accueil des
étudiants étrangers.
Pour nous, c'est la... en fait, c'est une
des meilleures filières d'accueil d'immigrants et d'accueil de nouveaux
arrivants, là, qui vont contribuer à la société québécoise par la suite.
Écoutez, des gens qui ont... Économiquement, ils sont capables de subvenir à
leurs besoins, d'aller aux études. Ce sont des jeunes personnes en santé, moins
de 30 ans dans la plupart des cas, des gens qui s'intègrent bien en général à
la cause de la langue, entre autres, qui vont s'impliquer dans leur communauté,
qui vont tenter d'y rester par la suite. Sincèrement, nous ne voyons pas
beaucoup d'éléments négatifs à l'apport des étudiants étrangers, et le projet
de loi, bien, pourrait mettre à mal ces bénéfices pour la société québécoise et
le réseau.
M. Morin : Merci. Alors, je
vais céder la parole à ma collègue.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Donc, Mme la députée de Mont-Royal—Outremont, il vous reste
2 min 9 s.
Mme Setlakwe : Merci. Donc,
pour clarifier en ce qui concerne les cégeps publics, vous êtes d'accord avec
la position que vous... que... d'ailleurs, qui a été mise de l'avant
aujourd'hui par la Fédération des cégeps. Ils devraient être exclus du projet
de loi.
M. Blanchet (Youri) : Oui.
Mme Setlakwe : Très bien. Merci.
Vous avez... Bien, en fait, j'ai deux questions. Vous avez parlé de... et il y
a eu des exemples qui ont été soulevés, là, du fait que vous êtes arrimés, vos
programmes sont arrimés avec les besoins de la population, notamment, là, en
termes de services publics, soins de santé, tout ça. J'aurais voulu que vous
élaboriez un petit peu plus là-dessus, me donner d'autres exemples. Et,
finalement, s'il reste quelques instants, pourquoi vous portez un carré bleu?
On aimerait... on aimerait que vous élaboriez là-dessus aussi, s'il vous plaît.
Merci.
• (19 h 10) •
M. Blanchet (Youri) : Bon, je
vais y aller avec le carré bleu. Je vais commencer comme ça. Tout simplement,
très rapidement, le carré bleu, c'est parce que c'est comme un petit symbole
suite aux plafonds qui ont été effectués cet été dans les budgets
d'investissement, là, dans le MAOB, entre autres, là, mobilier, achat de
matériel pédagogique et autres. Bien, c'est pour signifier notre désaccord avec
cette décision, puis aussi qu'on veut que le plafond soit enlevé et que...
finalement, que les projets d'investissement qui avaient été mis en place et
acceptés au printemps dernier puissent se poursuivre. Alors, c'est vraiment
dans la perspective de cette revendication. Alors, voilà, ça clarifie.
Pour ce qui est des programmes en région,
peut-être une petite réponse pour vous donner un peu plus... parce qu'on a
parlé de techniques de la santé tout à l'heure, bon, mais, entre autres, il y a
des programmes de loisirs, des programmes en urbanisme, des programmes de <tourisme,
des programmes...
M. Blanchet (Youri) :
...programmes
de loisirs, des programmes en urbanisme, des programmes de >tourisme,
des programmes... graphisme, design d'intérieur. Donc, c'est tous des gens qui
sont appelés à travailler en région par la suite ou à remplir des postes qui
sont à pourvoir dans les différentes entreprises et commerces des régions. Alors,
c'est vraiment... Ça touche beaucoup de choses. Donc, c'est au-delà de soins
infirmiers ou, c'est ça, des techniques de santé, voilà.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. Blanchet. C'est ce qui termine cette
autre partie de discussion. Il nous reste deux intervenants, le prochain, qui
représente la deuxième opposition, la parole est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci, Mme
la Présidente. Merci à vous tous de votre belle présentation. Je vous écoutais,
là, puis, sur votre accueil, sur l'intégration, vraiment, je trouve ça
magnifique. Vous avez tout un réseau, de l'entraide, de l'ouverture, de
l'adaptation, puis, bien, on reconnaît là l'accueil québécois. Donc, bravo! Je
vous écoute, puis, en ce qui vous concerne, là, ça va bien actuellement, si je
comprends bien. Vous dites un peu : Laissez-nous donc faire ce qu'on fait
bien, hein? C'est ce que je comprends un peu. Puis vous dites : On connaît
notre réseau, on connaît le terrain. Donc, je ne vois pas pourquoi ou vous ne
voyez pas pourquoi il y aurait matière à intervention ou à modification. Je
vous ai-tu bien compris? Vous semblez bouche bée.
M. Boulanger (Hugo) : Je
pense que vous saisissez l'essentiel du message, effectivement.
M. Cliche-Rivard : Et je
pense qu'il y a... il n'y a pas beaucoup mieux que vous pour connaître votre
réalité locale et régionale, puis je pense que ça, il faut qu'on... il faut
qu'on le redise. Avez-vous l'intention ou... en fait, avez-vous l'impression
d'avoir été consultés ou avez-vous l'impression qu'il y a une ouverture? Est-ce
que vous sentez que le message perce, là, ou vous sentez que c'est assez fermé
comme porte, là?
M. Blanchet (Youri) : Écoutez,
on a beaucoup d'espoir d'être ici ce soir. Je vous dirais ça comme ça. Nous, on
comptait beaucoup là-dessus, parce que, non, on n'a pas été consultés en amont
de l'écriture du PL n° 74, bien sûr. Aujourd'hui, on
sait que ça peut avoir un impact limité, notre présentation. C'est relativement
court. Les gens ont leur idée en tête, mais nous espérons quand même humblement
que notre témoignage, aujourd'hui, pourra faire changer, du moins, le fusil
d'épaule ou la perception, là, sur les étudiants étrangers dans nos
institutions parce que, vous l'avez bien dit, on a une expertise pour bien les
accueillir. On a mis en place des systèmes, aussi, de soutien et... pour
s'assurer que personne ne soit laissé derrière, mais je ne vous cacherai pas
qu'il y a quand même, ici et là, des petits problèmes, mais on les identifie
rapidement et on leur offre une... on leur donne une solution.
M. Cliche-Rivard : Puis vous
faites bien de le dire parce que vous êtes plusieurs à avoir un petit vent
d'espoir, quand même. Je regarde M. le ministre, qui me fait quand même un
grand sourire au moment où je parle. Je le souhaite aussi puis je pense que
plusieurs des intervenants, intervenantes souhaitent que la consultation
particulière qu'on fait en ce moment donne des résultats. Donc, j'espère. On
dit des fois que la nuit porte conseil, là. On verra qu'est-ce que le ministre
dit demain, d'entrée de jeu, s'il y a d'autres médias qui se présentent, si le
mot «déraisonnable» aura peut-être été laissé devant la porte cette fois-ci ou,
en tout cas, à l'extérieur de ces murs, mais, voilà, je vous entends et je vous
sais préoccupés, là. Vous avez dit «risques difficiles à ignorer», «vives
inquiétudes», «inquiétudes». Quand même, ce sont des mots lourds. Donc, ce
qu'on vous promet, c'est de continuer de faire écho à vos revendications. Merci
d'avoir été là aujourd'hui. Merci beaucoup.
M. Blanchet (Youri) : Le
choix de nos mots n'est pas anodin, effectivement.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Avant que la nuit s'installe, on va terminer avec le
député de Jean-Talon pour une période de 3 min 18 s.
M. Paradis : On a reçu plus
tôt aujourd'hui aussi la Fédération des cégeps, qui est venue nous dire, entre
autres, bien, qu'ils ne voyaient pas quelles étaient les intentions du
ministre, particulièrement dans le cas des cégeps, qu'on ne voit pas la
planification derrière le projet de loi. Si moi, je vous disais que le projet
de loi pourrait, par exemple, ou la planification du gouvernement pourrait
reconnaître spécifiquement l'apport des étudiants étrangers dans les régions,
que ceux qui... les étudiants étrangers qui font le choix d'étudier en région
seraient privilégiés, qu'en aucun cas d'éventuelles diminutions des seuils
globaux d'étudiants étrangers qu'il envisage ne devraient avoir d'impacts sur
les programmes spécifiques dans les régions, si je vous disais qu'il devrait
dire qu'il va revitaliser particulièrement les programmes des cégeps en région,
par exemple, avec des <bourses d'études ciblées pour les étudiants
étrangers qui vont...
M. Paradis :
...par
exemple, avec des >bourses d'études ciblées pour les étudiants étrangers
qui vont s'établir en région, qui vont étudier en région, la promotion des
programmes des cégeps francophones en région, la majoration du montant par
élève dans les cégeps francophones en région, ça vous dirait quoi, vous?
M. Blanchet (Youri) : Bien,
écoutez, c'est un peu comme de la musique à mon oreille, là, ce que vous dites,
dans le sens où c'est sûr que l'idéal, c'est de ne pas avoir de projet de loi,
mais nous, on vient quand même défendre une situation, un portrait qu'on a
tenté de vous rendre le plus réaliste possible, qui est celui de cégeps de
région, et tout ce que vous venez d'énumérer peut répondre effectivement à nos
préoccupations puis à nos vives inquiétudes qu'on a parce que nous le croyons.
Puis, je le répète encore, en région, ce
n'est pas toujours facile. Mon collègue Hugo disait que, parfois, même la
diversité ou l'accueil d'immigrants n'est pas simple non plus. Ça leur prend un
emploi. Tu sais, ça prend quelque chose pour les accueillir. Donc, ce n'est pas
naturel de venir... Donc, si on met en place des systèmes, dont, entre autres,
des bourses de mobilité régionale, avoir... ne pas donner de seuil maximal à
des cégeps de région... Tu sais, quand je pense au cégep de Matane, entre
autres, là, pour vous donner un exemple, bien, il y a le tiers des étudiants du
cégep de Matane qui sont issus de l'international. C'est important, là, le
tiers. Donc, on enlève le tiers, on a un problème à Matane.
Alors, voilà, tout ce que vous avez nommé
serait une bonne chose, dans l'idée où, parfois, une solution... Quand on ne
peut mettre de côté quelque chose, bien, si on apporte des solutions alternatives,
mitoyennes, qui peuvent au moins répondre à nos préoccupations, bien, nous en
serions déjà heureux.
M. Paradis : Bien, ce que je
viens de vous mentionner, c'est un résumé des pages 77 et 78 de la
planification du Parti québécois, qu'on a présentée la semaine passée, et ça
rejoint, en quelque sorte, les propositions faites ce matin par le Commissaire
à la langue française, qui proposait lui aussi de ne pas avoir des solutions
mur à mur, mais de prévoir une répartition par établissement d'enseignement,
mais aussi par région, des étudiants étrangers. Merci beaucoup de votre
présence.
M. Blanchet (Youri) : Bien,
merci. Merci à vous.
M. Paradis : Au revoir.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, sur ce, permettez-moi à nouveau de vous remercier
pour l'apport à nos travaux. J'allais vous dire «bon retour», mais vous n'êtes
pas trop loin de la maison. Alors, merci beaucoup.
Je vous... je suspends... pas suspends,
j'ajourne les travaux au mercredi 8... 6 novembre 2024, après les avis touchant
les travaux des commissions. Bonne soirée, mesdames et messieurs.
(Fin de la séance à 19 h 18)