(Dix
heures)
Le Président
(M. Provençal)
: ...je
déclare la séance à la Commission de la santé et des services sociaux ouverte.
Je vous souhaite la bienvenue et je demande à toutes les personnes dans la
salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 15, Loi visant à rendre le système de santé et de
services sociaux plus efficace.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, M. le Président. Alors, Mme Caron
(La Pinière) est remplacée par madame... madame, pardon, Setlakwe (Mont-Royal—Outremont).
Auditions (suite)
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup. Nous entendrons, ce matin, les témoins suivants : l'Ordre des
infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec, le Collège des médecins et
l'Ordre des sages-femmes du Québec.
Je souhaite
maintenant la bienvenue à l'Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du
Québec. Je vous rappelle que vous disposerez
de 10 minutes pour votre exposé, et, par la suite, nous procéderons à la
période d'échange avec les membres de la commission. Alors, sur ce, je
vous cède la parole. Merci d'être présents.
Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec
(OIIAQ)
Mme Grant
(Carole) : Alors, M. le Président, M. le ministre de la Santé et des
Services sociaux, Mmes et MM. membres de la commission. Alors, permettez-moi de
me présenter : Carole Grant, infirmière auxiliaire, 43 ans et
présidente de l'Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec. Je
suis accompagnée, aujourd'hui, de Mme Stéphanie Fortier, infirmière
auxiliaire et directrice de l'encadrement de la profession, et de Mme Eva
Sikora, avocate à la direction des affaires
juridiques. Je vous remercie de m'offrir l'opportunité de m'exprimer et de
répondre à vos questions aujourd'hui.
Nous tenons, d'abord,
à saluer l'initiative gouvernementale pour améliorer l'accès aux services de
santé, qui est en lien direct avec notre mission première, la protection du
public.
S'il y a un message à
retenir de notre présence aujourd'hui, c'est qu'il est grand temps de
distinguer les infirmières et les infirmières auxiliaires. Même si la
profession existe depuis bientôt 75 ans, elle demeure encore trop méconnue auprès de la population. On nous confond
souvent avec les infirmières. Alors, je vais prendre un moment pour vous
en expliquer la différence. La précision est nécessaire puisque le PL n° 15 ne semble pas en faire la distinction.
Il faut savoir que
l'infirmière auxiliaire est la professionnelle la plus près du patient. Dans le
cadre de notre travail, on prodigue des soins et des traitements infirmiers et
médicaux lorsqu'ils font l'objet d'une ordonnance. C'est cet élément qui
constitue la principale différence entre le travail d'une infirmière qui, elle,
peut procéder à l'évaluation de l'état de santé du patient. Notre rôle en est
un de contribution, mais notre apport est inestimable. Pour vous donner
quelques exemples plus précis, on peut notamment penser aux prélèvements
sanguins, à la contribution à la thérapie intraveineuse, aux soins de plaies ou
à l'administration de médicaments.
Grâce
à notre rôle de proximité et notre jugement clinique, on est souvent les
premiers à observer les manifestations cliniques qui permettent aux
infirmières et aux médecins de bien exercer leurs fonctions. On est, donc, des
alliées précieuses pour l'équipe de soins.
Les soins qu'on peut
prodiguer sont vastes, et on peut assurément contribuer dans tous les milieux.
On nous retrouve, par exemple, en
hémodialyse, à l'urgence, au bloc opératoire, au soutien à domicile et, depuis
peu, aux soins intensifs. Il est
important de mentionner que la percée de nouveaux milieux comme les soins
intensifs a été rendue possible
sans modification à nos activités réservées mais plutôt par une utilisation de
notre plein champ d'exercice. Il s'agit là de solutions qui peuvent s'implanter
rapidement.
Les enjeux de pénurie
de main-d'oeuvre et le recours au temps supplémentaire obligatoire ont forcé
les gestionnaires à innover et à repenser la manière de dispenser les soins.
Par exemple, un projet pilote est en cours à l'Hôpital
Santa Cabrini en vue d'être exporté ensuite à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont
pour intégrer les infirmières auxiliaires au prétriage et post-triage de
l'urgence.
Notre
système de santé est fragile, alors il est étonnant que les infirmières
auxiliaires doivent encore faire tomber les barrières pour pouvoir
exercer leur plein champ d'exercice.
J'en parle depuis des
années, l'application à géométrie variable du champ d'exercice dans les établissements
est un obstacle majeur à l'efficience du réseau. Probablement par
méconnaissance, des restrictions imposées sans fondement font en sorte qu'on se
prive de notre main-d'oeuvre qualifiée pour répartir plus judicieusement le
travail. Si nous contribuons pleinement, les infirmières pourront se consacrer,
elles, aux tâches qui leur sont propres.
J'aimerais
porter à votre attention que nous sommes près de 30 000 infirmières
auxiliaires au Québec. À mon arrivée à l'ordre, il y a six ans, 38 %
d'entre elles travaillaient à temps complet. Aujourd'hui, nous sommes
61 %. On voit une grande ouverture du réseau à intégrer l'infirmière
auxiliaire dans des nouveaux secteurs d'activité où elle n'était pas présente.
Par
ailleurs, la relève est au rendez-vous, ce qui nous permet de dire qu'il y a,
encore là, un bassin considérable qui
pourrait répondre aux besoins grandissants du réseau de la santé. Comme vous le
savez, un programme de formation accélérée a été mis sur pied, ce qui
permettra de répondre encore plus rapidement aux besoins des ressources.
Chaque année, on
accueille plus de 2 000 nouveaux membres. Pour pouvoir les intégrer
adéquatement et utiliser leur plein potentiel, il faut s'assurer de continuer à
faire connaître notre rôle. À défaut d'être connues, nous sommes
sous-utilisées. Le PL n° 15 doit permettre notre
apport maximal pour ainsi en faire bénéficier la population.
À la lecture du
projet de loi, nous avons soulevé quelques éléments à recadrer pour inclure les
infirmières auxiliaires. Le point de départ
à cette démarche s'inscrit dans notre présence au sein des comités. Le PL n° 15 reprend deux comités existants dans la LSSSS, soit le comité
des infirmières et infirmières auxiliaires, plus communément appelé CIA, et le
conseil multidisciplinaire des services de santé. Nous avons perdu du terrain
sur ces deux instances.
On en parle dans
notre mémoire de façon plus détaillée, mais sachez que le PL n° 15
dilue le rôle du CIA en partageant ses responsabilités avec le conseil des
infirmières. La composition mériterait aussi d'être clarifiée, car on ne nous
nomme pas spécifiquement. Finalement, le rôle du CIA n'a pas été bonifié comme
celui du CI, alors on se priverait de l'avis des infirmières auxiliaires sur
des aspects tels que la trajectoire des soins. Par ailleurs, la composition du
conseil multidisciplinaire a aussi été modifiée dans le PL n° 15.
Concrètement, ça implique qu'en l'absence d'un CI en place, donc d'un CIA, les
infirmières auxiliaires se retrouvent sans aucune tribune. Il faudrait, donc,
que le PL n° 15 s'inspire de ce qui est actuellement
prévu à la LSSSS pour corriger le tir.
Dans les nouveautés,
le projet de loi a créé le conseil interdisciplinaire d'évaluation des
trajectoires et de l'organisation clinique. Encore une fois, nous sommes les
seuls professionnels écartés de sa composition en raison du libellé de la
disposition législative. Notre contribution y serait pourtant précieuse, compte
tenu de notre rôle de proximité avec les patients et de notre vision quant à la
réalité du terrain.
En analysant le
projet de loi et en constatant la volonté du gouvernement de créer des
gestionnaires de proximité, une solution nous est apparue bien évidente :
l'implantation du PL n° 15 entraînera une nouvelle
structure organisationnelle; saisissons cette opportunité pour inclure
l'infirmière auxiliaire.
Après avoir expliqué
la différence entre la profession infirmière et infirmière auxiliaire, on est
convaincus qu'un changement de culture doit s'opérer sur le terrain. La
direction des soins infirmiers, prévue dans le PL n° 15,
a notamment la responsabilité de contrôler la qualité des soins infirmiers
dispensés et d'élaborer des règles de soin. Pour bien s'acquitter de son rôle,
elle doit pouvoir compter sur la perspective infirmière auxiliaire. C'est en
alliant nos deux forces qu'on soignera mieux la population.
Une foule
d'initiatives prouvent déjà tous les bénéfices d'une pleine collaboration sur
le terrain. Alors, il est grand temps de l'enchâsser dans la loi pour assurer
la pérennité de telles mesures. Plus précisément, l'ordre souhaite que le PL n° 15 intègre une disposition prévoyant que la DSI doive
s'adjoindre d'une conseillère en soins infirmière auxiliaire ou, du moins, requérir l'avis d'une telle ressource pour
toute question touchant la profession. Cela peut paraître innovant,
mais, pour changer une culture, il faut s'attaquer à la structure.
Cette fonction existe
déjà pour les soins infirmiers, alors qu'une infirmière auxiliaire serait la
mieux placée pour apporter une vision juste en ce qui touche notre profession.
C'est grâce à cette personne-ressource que nous viendrons contrer la
méconnaissance de notre champ d'exercice pour utiliser pleinement les
infirmières auxiliaires. Ces personnes
auraient pour mandat d'assurer l'accueil et l'orientation des nouvelles, tout
en étant les personnes-ressources sur le terrain pour les équipes.
Auprès des gestionnaires, elles auraient le rôle de conseiller quant à
l'amélioration de la qualité des soins et le développement de la pratique
infirmière auxiliaire.
Cette
solution proposée est, d'ailleurs, déjà appliquée dans un CIUSSS à Montréal. En
2019, un poste similaire à celui proposé a été créé. En quatre ans, le plein
champ d'exercice a été priorisé et a engendré des retombées positives
concrètes. Assurons-nous de le faire à travers la province pour que toute la
population en bénéficie.
Notre mémoire aborde
aussi plusieurs éléments en ce qui touche la collaboration entre les ordres
professionnels et Santé Québec ainsi que ses établissements pour optimiser la
protection du public. Je ne m'étendrai pas sur ces points, mais je tiens quand
même à les nommer brièvement.
Vous savez qu'un
ordre professionnel protège la population, notamment par l'inspection
professionnelle. Celle-ci est importante pour constater des problématiques dans
différents établissements. On peut penser aux cas des résidences Floralies
Lachine et LaSalle, où les recommandations de notre inspection, faite sans
préavis, ont permis de mieux orienter ces actions.
• (10 h 10) •
Autre exemple, nous
avons aussi collaboré avec le Collège des médecins et l'Ordre des infirmières à
l'enquête au CHSLD Herron. Je me permets de
saluer que le PL n° 15 aille dans le même sens que nos recommandations
en ce qui concerne les CHSLD privés non
conventionnés. Sous réserve des dispositions transitoires, ils devront désormais
être conventionnés.
Ceci démontre bien
qu'un canal de communication devrait exister entre les ordres professionnels et
Santé Québec qui a la responsabilité
d'octroyer les autorisations d'exploitant. La disposition à cet effet au PL n° 15 devrait être étendue, comme
expliquée dans notre mémoire. La collaboration d'un ordre professionnel avec le
commissaire aux plaintes devrait aussi être optimisée, comme le présente
notre document.
Finalement, nous saluons
la nouvelle obligation pour les établissements privés de vérifier les
antécédents judiciaires des ressources
humaines. Nous croyons qu'il serait nécessaire, pour protéger la clientèle
vulnérable, d'étendre cette
obligation à tous les milieux. Nous soumettons même l'idée, dans notre mémoire,
de vous inspirer des mécanismes prévus au Code des professions.
Je vous remercie pour votre écoute et je réitère
qu'il est grand temps d'accorder toute la place que méritent les infirmières
auxiliaires. Nous sommes maintenant prêts à recevoir vos questions.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour votre exposé.
Nous allons immédiatement débuter cet échange avec M. le ministre, pour
16 min 30 s. M. le ministre.
M. Dubé : Très bien. Alors,
merci beaucoup, M. le Président. Et merci d'être là ce matin, Mme Grant,
avec vos collègues, pour ce début de journée
où on recommence nos commissions parlementaires. Je ne peux pas m'empêcher
de... ça fait tellement longtemps que vous êtes là, vous l'avez dit, de
profiter de votre présence, mais aussi pour passer le message à vos
infirmières, particulièrement les infirmières auxiliaires, qui ont fait un
travail incroyable au cours des dernières
années. Je sais qu'on s'est rencontrés souvent durant la pandémie, mais de vous
revoir dans une autre situation, aujourd'hui,
où on regarde le futur plutôt que l'urgent de tous les jours, je trouve ça
rafraîchissant. Puis merci, encore une fois, pour tout le travail qui a
été fait durant ce temps-là.
Je pense que le point que vous soulevez... Puis,
d'ailleurs, je l'ai expliqué en entrée de jeu, ce matin, à des journalistes, on va être très à l'écoute, dans les
prochains jours, de tous les groupes qu'on rencontre. Là, je le dis pour les Québécois qui nous écoutent, mais on va
rencontrer sept ou huit ordres professionnels comme le vôtre, on va
rencontrer... je pense, c'est huit syndicats, là, syndicats tous
confondus, incluant les fédérations, des groupes de cadres. Puis je veux juste
vous rassurer qu'en ce moment on n'est pas à l'heure de décisions, mais on est
à l'heure de l'écoute.
Puis, quand je dis ça, vous en avez un très,
très bon, exemple, que, quand on fait un projet de loi, on fait, je pense, des
grands principes, puis le grand principe qu'on a mis... Puis je veux que les
Québécois le comprennent, puis, si je ne
l'ai pas, moi, bien compris, vous le préciserez, mais vous faites votre
commentaire à l'effet, là, puis je le résume, que l'ordre des
infirmières auxiliaires aimerait avoir un peu la même place que les infirmières
cliniciennes, je vais le dire comme ça, dans cette nouvelle organisation là
qu'on appelle le comité interdisciplinaire.
La raison pour laquelle c'est important, puis je
vais vous laisser revenir là-dessus, c'est qu'il y avait, avant... en ce moment, je devrais dire, là, avant les
changements qu'on propose, une très forte influence du médical et peut-être moins
du côté des soins infirmiers. Et, quand on a reçu les états généraux, entre
autres, qui ont été pilotés, au cours des dernières années, par l'Ordre des
infirmières, une des choses pour mieux valoriser la profession d'infirmière,
là, puis là je dis toutes infirmières
confondues, c'était de monter ça au même niveau que le médical. On est d'accord
là-dessus? Oui. Je pense que le
comité interdisciplinaire réalise ça, c'est-à-dire que les infirmières vont
être au même niveau que les médecins,
mais on va avoir la même chose au niveau des travailleurs sociaux. C'est ça, le
comité interdisciplinaire, puis les gens travaillent mieux ensemble.
Mais, vous, ce que vous nous dites ce matin,
puis c'est pour ça que je veux bien comprendre, vous ne sentez pas que, quand on réfère aux infirmières, on...
dans ce comité interdisciplinaire là, que vous n'avez pas la place qui vous
revient, parce que votre rôle est différent au niveau du patient. Puis c'est
là-dessus que je voudrais vous entendre. Parce que, je l'ai toujours dit, si on
doit bonifier, je veux savoir — on ne bonifie pas juste pour bonifier ou
pour changer — en quoi ça va aider le patient. Alors, je vous
pose la question : Une présence, disons, plus ferme ou précisée à
l'intérieur du projet de loi, qu'est-ce que ça donnerait aux patients que les
infirmières auxiliaires aient une plus grande voix sur ce comité
interdisciplinaire là?
Mme Grant (Carole) : Pour
répondre à votre... Merci beaucoup pour votre ouverture, là, puis avoir
souligné le travail des infirmières
auxiliaires pendant la pandémie, je pense qu'on... Oui, il est vrai de dire
qu'on était présentes. J'ai même beaucoup de retraitées qui sont
revenues pour aller faire de la vaccination.
Pour répondre
à votre question, M. le ministre, je vais vous dire que j'ai fait... quand je
suis arrivée, il y a six ans, j'ai fait le tour de tous les
établissements du réseau au complet, j'ai rencontré tous les PDG et toutes les
directrices de soins, et je suis à même de
constater que les directrices de soins, étant infirmières, elles ne connaissent
pas le champ de pratique de l'infirmière auxiliaire, et ce sont elles
qui s'occupent de l'organisation du travail. Alors, quand on dit qu'on est deux
ordres professionnels avec deux titres d'emploi différents, jusqu'à quel point,
à l'intérieur d'un même établissement, le champ de pratique de l'infirmière
auxiliaire est à géométrie variable...
Je vais vous donner l'exemple que je donne
toujours, puis ça fait souvent sourire les gens, c'est... Ça dépend de la région, ça dépend de l'établissement, ça
dépend de l'étage puis ça dépend avec quelle infirmière je travaille. C'est aussi
difficile que ça. Alors, à chaque fois, l'infirmière auxiliaire, elle passe son
temps à revendiquer le travail pour lequel elle fait... On partage une partie
de notre champ de pratique avec l'infirmière.
Mais, tantôt,
je vous ai dit qu'on était le professionnel le plus près du patient. C'est
vrai, c'est nous qui sommes le plus
près du patient. Puis, si on permet à l'infirmière auxiliaire de faire son
plein champ de pratique, on va permettre à l'infirmière de faire son
travail autre que ce qui fait partie de notre champ pratique...
M. Dubé : Alors... Oui.
Mme Grant (Carole) : ...et, si
on fait partie du comité, on va être capable de revendiquer cette place-là,
l'expliquer puis permettre une plus grande connaissance du travail de
l'infirmière auxiliaire.
M. Dubé :
Alors, si je vous entends bien, là, puis c'est une question que je vous
pose, oui, on a monté les infirmières au
même niveau que les autres, dans ce comité-là, mais, vous dites, une plus
grande participation des infirmières auxiliaires permettrait de mieux
expliquer votre rôle et de mieux valoriser cette profession-là.
Parce que, je vous le
dis, pas plus tard qu'hier, j'étais à La Pocatière, j'ai visité l'urgence,
j'aime ça faire des petites visites
surprises, puis les infirmières qui étaient à l'urgence étaient toutes des
infirmières auxiliaires, ce qui n'est pas... ce qui est loin d'être le cas
partout. Puis ces gens-là qui étaient, en passant, sur un quart de
12 heures, hein, étaient très, très fiers de dire qu'ils sont
capables de faire le travail qui est... besoin, en complémentarité, c'est sûr,
avec un médecin ou d'autres personnes, mais c'étaient des infirmières
auxiliaires. Et, ça, je pense que...
Je comprends votre
demande, c'est de dire : Est-ce que tout le monde fait ça de la même façon
à l'échelle du Québec? La réponse est non,
c'est ça que vous dites. Et c'est méconnu, la... comment je dirais, la... tout
le service, tout... la profession qui peut être amenée par une auxiliaire,
comparée à d'autres. C'est ça que je comprends bien de votre point.
Mme Grant
(Carole) : Oui, tout à fait.
M. Dubé :
J'ai une collègue, ici, qui est infirmière.
Mme Grant
(Carole) : Oui, on se connaît.
M. Dubé :
Vous la connaissez. Je vais lui
laisser... Elle se meurt de vous poser des questions, alors je vais la laisser
poser la question puis je reviendrai si on a du temps.
Mme Dorismond :
Bonjour à vous.
Mme Grant
(Carole) : Bonjour.
Mme Dorismond :
Bonjour. Pour continuer dans le même sens que le ministre, bien, j'aimerais
ça que vous expliquiez aux Québécois qu'est-ce qui est méconnu, et moi, je
pense à la loi n° 90, au niveau du champ de pratique
de l'infirmière auxiliaire. C'est surtout ça qui est méconnu, dans les
établissements, de dire aux Québécois qu'est-ce que vous êtes capables de faire
avec cette loi-là. Je vous laisse la parole là-dessus.
Mme Grant (Carole) :
Écoutez, la loi n° 90, elle a été mise en place en
2003. Alors, quand je dis que je suis encore
en train d'essayer de permettre à l'infirmière auxiliaire de faire son plein
champ d'exercice... Vous avez raison, Mme Dorismond, c'est,
d'ailleurs, à cause de la loi n° 90. Mais, pour
permettre à l'infirmière auxiliaire de faire son plein champ d'exercice, quand
on introduit...
L'exemple que je peux
vous donner, là, qui est flagrant... Quand on introduit des infirmières
auxiliaires, entre autres la dernière
introduction qu'on a faite, qu'on a travaillée beaucoup avec cet
établissement-là aux soins intensifs, la méconnaissance du champ de
pratique, c'était assez spécial. L'exemple que je peux vous donner :
l'infirmière ne peut pas donner de médicament par intraveineuse. Ça, c'est...
pour tout le monde, je pense que tout le monde sait c'est quoi. Par contre, elle peut préparer ce médicament-là. Alors, la
conseillère en soins me disait : Bien, elle ne peut pas le donner, elle ne
peut pas le préparer. Oui, oui, elle peut préparer le médicament, le donner à
l'infirmière, puis l'infirmière va le donner. Alors, il y a une très
grande méconnaissance.
Puis, dans certains
cas, c'est des petites choses... anodins que la loi n° 90
a données. Entre autres, je vais vous donner l'exemple que vous donniez tantôt,
M. le ministre. Quand on a commencé la vaccination, je ne vais pas nommer la
région, mais il y a une région où on disait : Il n'y a que des infirmières
qui peuvent donner des vaccins. Je ne vous nommerai pas... Vous le savez? Bon,
alors... Et on dû débattre ce...
• (10 h 20) •
Ça
fait depuis 2003 qu'on donne des vaccins, on est des spécialistes du vaccin,
là, on va se le dire, la médication, c'est la chose qu'on fait le plus.
Alors, dans certains cas, on ne pouvait pas... on donnait des... on pouvait
donner tous les médicaments narcotiques, dans certains cas, mais ils ne
voulaient pas qu'on donne les anticoagulants. Ça reste toujours un médicament,
là. Alors, dans certains cas, il faut à chaque fois dire : Oui, ça existe.
Là, on a des appels à l'ordre; il faut expliquer à chaque fois. Et ça devient
une bataille qui ne devrait pas avoir lieu.
Parce
qu'on pense que, dans ce cadre-là, dans le cadre de la loi n° 90, j'ai parlé des vaccins, mais on a d'autres choses qui ont été ajoutées, là, entre autres les
immobilisations plâtrées. On peut faire des plâtres. Mais je vais vous dire
que les gens qui ont cette formation-là et
qui le font, dans la province du Québec, là, je pense que j'ai juste assez
d'une main pour le dire, puis peut-être que je me trompe, mais à
quelques... à quelques chiffres près.
Quand on a fait la
tournée, on a aussi discuté de ça avec un... M. Paré, que vous connaissez bien,
qui était PDG à ce moment-là. Et sa surprise a été : Ah! l'infirmière auxiliaire
peut faire ça? Ça fait qu'on sent qu'il y a une méconnaissance du plein champ
d'exercice.
Mme Dorismond :
Donc, dans le fond, il faudrait, comme, élaborer la loi n° 90
un peu partout dans les établissements pour vous permettre de faire vraiment
votre champ de pratique?
Mme Grant
(Carole) : Bien, ne serait-ce que...
Mme Dorismond :
La première étape, la première étape.
Mme Grant (Carole) : ...l'uniformiser,
ce serait déjà pas pire, oui, exact.
Mme Dorismond : Parfait. L'autre
question que j'avais. Dans les autres provinces canadiennes, là, pour répondre
à votre mémoire... dans toutes les provinces canadiennes, l'ordre des
infirmières et infirmières auxiliaires sont ensemble. Pourquoi vous tenez à
séparer la chose? Et je me demandais aussi s'il y avait des pourparlers aussi
avec l'OIIQ dans ce sens.
Mme Grant
(Carole) : Je vais répondre
àla dernière question. Il n'y a pas de pourparlers
entre les deux ordres. On travaille en complémentarité. On a des
formations qui sont complètement différentes. L'infirmière auxiliaire, elle
est... c'est une professionnelle qui est formée dans un centre de formation
professionnelle, et non au cégep, et non à l'université. Mais, pour l'instant,
au moment où on se parle, ça ne fait pas partie de nos discussions, non.
Mme Dorismond : Merci.
M. Dubé : J'ai deux autres
collègues qui ont des questions pour vous, alors je vais leur donner la
priorité, peut-être, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
: ...
Mme Lachance : Bonjour.
Merci d'être là. Je veux aller un peu dans le même sens. Parce que, vous l'avez
dit, il y a une méconnaissance, il y a une méconnaissance dans le système,
alors imaginez chez les citoyens, chez les patients. Pour la plupart des gens, un infirmier ou une
infirmière, c'est un infirmier ou une infirmière, donc ce n'est pas évident de
savoir quelles sont les tâches et comment on peut uniformiser ça.
Mais la question que je me pose, c'est dans une
optique d'optimiser votre champ de pratique. Si j'entends bien, vous réclamez qu'il y ait une uniformisation
des tâches que vous pouvez réaliser dans les milieux de soins, mais d'une manière... à la grandeur du Québec. Mais le
fait... Est-ce qu'il n'y a pas là une manière de scinder le travail puis de
faire en sorte qu'on ait moins de flexibilité en période de rareté puis, voire,
de pénurie de main-d'oeuvre?
Mme Grant (Carole) : Bien, vous
savez, du côté de l'infirmière auxiliaire, on ne m'a pas parlé de pénurie de
main-d'oeuvre, puis, comme je vous dis, on a toujours 2 000 personnes
qui arrivent par année. On a fait... on a travaillé avec le ministère pour
mettre une formation accélérée. Pour moi, il n'y a pas de pénurie de
main-d'oeuvre.
Mme Lachance : Mais,
quand on parle de tâches, tu sais, qui sont réalisées, vous avez mentionné,
tout à l'heure, certaines tâches sont réalisées et par l'infirmière et par
l'infirmière auxiliaire, pour n'utiliser que le féminin, là. Et, dans un contexte comme ça, si on retranchait certaines
tâches, est-ce que ça ne pourrait pas créer une difficulté à ce niveau-là?
Mme Grant (Carole) : Bien, je
pense qu'il ne faut pas retrancher. Il faut travailler en interdisciplinarité.
Ça ne veut pas dire que l'infirmière... Je
vais vous donner un exemple. On a un pansement à faire. Dans certains cas, c'est
juste l'infirmière qui peut le faire, sur certains départements, mais
l'infirmière auxiliaire, elle a toute la formation pour le faire. Alors, on
s'assoit, le matin, on se parle, on s'organise puis on dit comment on
fait : Est-ce que c'est toi qui fais
les pansements, aujourd'hui, ou c'est moi? Comment on travaille ensemble? Ça ne
veut pas dire de trancher ça à ce
point-là, puisqu'on partage beaucoup de tâches avec l'infirmière, mais pourquoi
on ne permet pas, dans certains cas, à l'infirmière auxiliaire, qui a
toute la formation pour le faire, de le faire?
Le Président (M. Provençal)
: ...M. le ministre aurait une question
à poser, complémentaire.
M. Dubé : Bien, en fait, je
parlais avec Mme Savoie puis je disais : Il me semble qu'à un moment
donné on a voulu amener les infirmières
auxiliaires soit dans des salles d'opération ou... puis il y a eu une
résistance très forte là-dessus. Je reviens à mon exemple d'hier. Quand
je les ai vues aux urgences, j'ai dit : Pourquoi ça marche aux urgences
puis que ça ne pourrait pas marcher, par
exemple, dans nos salles d'op? Qu'est-ce qui manque... Je vais poser ma question
ouverte : Il manque-tu quelque chose
aux infirmières auxiliaires pour être capables de pratiquer dans les salles
d'opération?
Mme Grant
(Carole) : Il ne manque rien. Je suis obligée de vous dire
ça. Par contre, je suis obligée de vous dire aussi que... Puis c'est
drôle que vous me posiez cette question-là, M. Dubé, parce que
l'introduction d'infirmières auxiliaires en
salle d'opération, ça a commencé par le CHUM, et je travaillais sur ce
projet-là, donc je connais bien la dynamique.
La méconnaissance du champ de pratique de l'infirmière auxiliaire était au
coeur des discussions qui avaient lieu.
Et cette pratique-là, elle s'est transmise, il y en a maintenant de plus en
plus, des infirmières auxiliaires. Mais la même chose à l'urgence...
M. Dubé : Donc, ce serait un
bel exemple... ce serait un bel exemple d'étendre ça à l'échelle...
Mme Grant (Carole) : Tout à
fait.
M. Dubé :
Parce qu'on le sait, nos médecins se plaignent qu'il manque d'infirmières
pour ouvrir les salles d'opération, mais on
dirait qu'il y a un questionnement que l'infirmière auxiliaire ne peut pas
faire le travail. Est-ce que ça vient des médecins, des autres
infirmières? D'où vient cette résistance-là?
Mme Grant
(Carole) : Bien, la résistance, elle vient du côté, comme je dis, de
la méconnaissance du travail de l'infirmière auxiliaire. Parce que, quand on a
introduit des infirmières auxiliaires au CHUM, en salle d'opération, on a dû réorganiser complètement le travail :
vous aviez une infirmière par salle; maintenant, vous avez une infirmière
par deux salles et des infirmières auxiliaires avec les médecins dans les
salles. Donc, l'infirmière auxiliaire, elle peut très bien être l'assistante du médecin, là, à l'intérieur de la salle, autant
en externe qu'en interne. C'est le projet pilote qui a été transporté,
après, dans d'autres centres d'activité.
M. Dubé :
Bien, en tout cas, c'est pour ça que je disais tout à l'heure que je vais
attendre qu'on rencontre les médecins puis qu'on rencontre les autres, parce
que, là, on peut leur reposer la question, on peut dire : Mais qu'est-ce qui bloque, si vous me dites que ces gens-là ont
la formation? Je vais laisser mes autres collègues continuer. Peut-être...
Le Président
(M. Provençal)
: ...
M. Dubé :
Chicanez-vous pas, là!
Mme Dorismond : Tout à l'heure, vous avez
dit : Pas de pénurie de main-d'oeuvre. Et là j'ai fait le lien aussi
avec la bourse qu'on a mise en place pour augmenter. J'aimerais ça
savoir : Avez-vous des chiffres là-dessus, pour l'augmentation des
infirmières auxiliaires avec les... avec les bourses?
Mme Grant
(Carole) : C'est difficile, pour moi, de vous donner des chiffres
fixes. Pourquoi? Parce qu'il y a plusieurs
cohortes qui ont... Les cohortes n'ont pas toutes... ne sont pas toutes parties
en même temps. J'ai des cohortes qui terminent, qui vont passer l'examen
au mois de juin, puis j'en ai d'autres qui vont passer l'examen en septembre. Parce que force est de constater qu'il y avait
énormément de préposées aux bénéficiaires qui voulaient devenir infirmières
auxiliaires, alors les établissements avaient beaucoup de difficultés à les
libérer, puis on comprend. Alors, il y a eu des
cohortes qui ont commencé à la date où elles devaient commencer, mais il y a
des... Ça fait qu'il va y en avoir tout le temps, constamment. Par contre, on a travaillé très fort au niveau
informatique pour les mettre à part, pour avoir une idée de... par rapport au début, combien qu'on en
a qui ont terminé. Ça fait qu'au moment où je vous parle les premières
vont faire leurs examens en juin, donc...
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Le temps
est écoulé, M. le ministre. Alors, nous allons poursuivre avec le député
de Pontiac, et vous aurez 10 min 44 s.
M. Fortin : Merci. Merci, M. le Président. Bon mardi, tout le monde.
Merci, Mme Grant, Mme Fortier, Mme Sikora,
d'être avec nous. Mme Grant, j'en profite pour vous remercier pour vos...
je ne veux pas redire le chiffre, pour peur de me tromper, mais pour vos
décennies de services et vos six ans à la tête de l'organisation.
Je suis sincèrement,
là, heureux que, du côté du gouvernement, on vous ait donné une tribune, un
peu, pour faire valoir votre profession puis les différents rôles que vous
pouvez jouer. Mais je vais essayer de vous ramener au projet de loi, au projet
de loi qui est devant nous aujourd'hui, là.
Si je me réfère à la
page 4 et 5 de votre mémoire que vous avez déposé, vous indiquez,
essentiellement, que le projet de loi n° 15 vient
diluer le rôle du comité des infirmiers et infirmières auxiliaires...
infirmières et infirmiers auxiliaires, pardon. J'aimerais vous entendre
là-dessus, à savoir comment vous aimeriez protéger et même bonifier ce rôle-là,
là, si on vous donne une page blanche, là, si on tasse le projet de loi, puis
vous dites : OK, bien, le comité fait
ça, en ce moment, il pourrait en faire davantage, peut-être mieux nous
encadrer, mieux nous protéger, mieux faire valoir notre profession.
Mme Grant
(Carole) : On avait un rôle qui était bien spécifique, quand on
était... quand on avait... Je suis comme M.
le ministre, on a encore, à l'intérieur de la LSSSS, un rôle qui est bien
spécifique pour le CIA. Alors, quand on
regarde le PL n° 15, on a l'impression que ce rôle-là ou les
responsabilités qui étaient dédiées au comité d'infirmières auxiliaires
est dédié au comité des infirmières. Alors, on a... Puis c'est la perception
qu'on a, peut-être qu'elle est erronée, mais notre perception... Puis, dans la
LSSSS, on était nommément nommés; là, on ne l'est plus. Alors, on se questionne
sur est-ce qu'on va perdre, au moins, ce qu'on avait, là, dans... comme
responsabilités à l'intérieur de la LSSSS.
M. Fortin : Alors, ce que vous aimeriez, c'est que ce soit
explicitement nommé, pour s'assurer que, si je comprends bien, le comité reste en place, que ce ne soit pas juste un
comité d'infirmières duquel vous pourriez ou pas faire partie. Je
comprends bien?
Mme Grant
(Carole) : Exactement. Tout à fait.
• (10 h 30) •
M. Fortin : OK. Donc, explicitement le mentionner dans le projet de
loi. OK. En fait, il y a plusieurs de vos recommandations
qui mènent un peu dans ce sens-là. Vous parlez de... tu sais, le fait que vous
n'êtes pas explicitement nommés pour le comité des
infirmiers, infirmières, la bonification absente, vous y faites référence plus
tard. Est-ce qu'on vous a consultés avant de
déposer le projet de loi? Est-ce que vous avez été sollicités par le
gouvernement pour votre opinion sur des changements à venir au niveau de
la gouvernance puis au niveau des différents comités?
Mme Grant
(Carole) : À moins que je me trompe, moi, à ma connaissance,
on n'a pas été consultés. Est-ce que... Non? Non, on n'a pas été
consultés.
M. Fortin :
Non? OK. Très bien. J'aimerais vous entendre sur le rôle de conseillère à la
direction des soins infirmiers. Comment vous
voyez ce rôle-là puis quel apport il pourrait avoir? Parce que c'est un
changement qui m'apparaît utile, à vous entendre parler de votre
profession, puis de la méconnaissance que certaines, même, infirmières peuvent
avoir de votre rôle, puis de la façon que vous pouvez le jouer, puis des
différentes tâches que vous pouvez effectuer. Mais d'avoir une personne
enchâssée dans l'organisation à titre de conseillère, j'aimerais que vous... peut-être
nous exposiez comment ça pourrait contribuer à faire changer les choses.
Mme Grant (Carole) : Oui. Tout
à l'heure, je vous ai dit que l'infirmière auxiliaire était la personne qui
était le plus à proximité du patient. Ce qu'on veut, c'est aider l'efficience
du réseau, ça fait qu'on se dit : Si on a quelqu'un qui connaît la profession, qui est capable de l'expliquer, qui
est capable d'argumenter, c'est une plus-value à l'intérieur de certains
comités, parce que, souvent, ce sont des comités qui ont de l'influence ou qui
vont avoir à faire des recommandations. Alors, ça permet à l'infirmière
auxiliaire de prendre toute la place qu'elle a.
Tantôt, je disais qu'on était
30 000 membres, puis j'espère que le Collège des médecins n'est pas
derrière moi, mais je fais souvent la blague
de dire : On a plus d'infirmières auxiliaires qu'on a de médecins. Alors,
on pense que notre place, elle est
là. Puis on est une professionnelle au même titre que les autres puis on... la
meilleure personne à la bonne place, là, pour bien, bien expliquer puis
bien argumenter.
On a des infirmières à l'intérieur du réseau qui
sont, on va le... je vais le dire avec des guillemets, là, elles sont vendues
infirmières auxiliaires : elles vont aider la profession, elles vont mettre
en place des choses qui ne sont pas faites. Entre autres, M. le ministre
parlait, tantôt, de l'introduction d'infirmières auxiliaires à la salle
d'opération. Bien, on avait une infirmière
qui y croyait. Mais, des fois, il faut... ça prend quelqu'un, là, qui est
capable de défendre la profession à tout niveau.
M. Fortin : Donc, ce serait un peu un garde-fou par rapport aux
infirmières qui, eux, connaîtraient moins ou seraient moins vendues, entre
guillemets, là, comme vous dites, à la profession d'infirmière auxiliaire,
juste pour s'assurer que, dans chacun des établissements, il y a effectivement
une voix au niveau de votre profession qui fait valoir quand vous pouvez êtres
utiles, comment vous pouvez être utiles puis comment le mettre en place.
Mme Grant (Carole) : Vous
savez, dans les années 90, on voulait mettre l'infirmière auxiliaire
seulement qu'en CHSLD. C'était ça, la vision du gouvernement vers ce temps-là.
Alors, aujourd'hui, force est de constater que, si on était juste dans les CHSLD,
je pense qu'on aurait beaucoup de difficultés à l'intérieur du réseau, là,
parce qu'on est vraiment partout. Quand on dit «partout», la trajectoire de
soins, là, urgences, hospitalisation, soins intensifs, soins à domicile,
tout...on est toujours là.
M. Fortin : Dernière chose pour moi avant de passer la parole à ma
collègue, vous avez mentionné, dans votre allocution d'ouverture, là, la
collaboration nécessaire entre le commissaire aux plaintes et l'ordre
professionnel. J'aimerais vous entendre là-dessus, juste... qu'est-ce que vous
voyez qu'il manque en ce moment, qu'est-ce qui doit être ajouté et comment ça
pourrait être bénéfique.
Mme Grant (Carole) : Bien, ce
que qu'on... ce qu'on dit, c'est : On reçoit souvent les rapports de
coroner, on reçoit souvent les rapports de... Comment ça s'appelle?
Mme Sikora (Eva) : Agrément
Canada.
Mme Grant (Carole) : Agrément
Canada, merci Eva, Agrément Canada, mais on reçoit rarement des rapports de
commissaires, puis, dans certains cas, bien, ça peut viser directement les
membres puis ça permettrait au syndic de
faire lui-même son enquête. Comme on est là pour la protection du public, bien,
si on avait une communication qui est directe ou une obligation du
commissaire de nous déposer des documents, bien, ça serait un plus pour nous.
M. Fortin : Donc, c'est quelque chose qu'on pourrait mettre dans la
loi, l'obligation du commissaire de vous... de rendre aux ordres
professionnels, là, ses conclusions par rapport aux différentes enquêtes.
Mme Grant
(Carole) : Je dirais que, présentement, c'est une option
qu'il peut prendre, mais, si c'était obligatoire, on aurait toujours
les... le retour.
M. Fortin : Bien compris. Je vous remercie.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, on cède la parole à la députée
de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe :
Merci. À mon tour de vous remercier pour votre présence ce matin. Et je
pense que je parle au nom de tous quand on vous remercie pour... vous et vos
membres, pour la différence que vous faites auprès des Québécois et Québécoises, des patients. Sachez que votre profession
n'est pas... elle est reconnue, elle est appréciée, elle compte, puis,
en tout cas, durant la pandémie, on a réalisé à quel point vous étiez
essentiels. Donc, merci.
Pour moi, le message
est clair. Je veux juste être sûre que je vous entends bien, là, parce qu'on
parle de valoriser votre rôle, puis ça, c'est important, valoriser votre
profession, mais, pour moi, c'est une question de qualité de soins aux patients
et... Vous le dites, là, vous êtes... vous agissez en... de façon... en
proximité, vous êtes près du patient sur le terrain et, je dirais, dans la
chambre, au chevet. Tu sais, dans le fond, la façon que je le vois,
c'est : une fois que le médecin est
venu, l'infirmière, les infirmières ont comme un peu coordonné les soins, vous,
vous êtes là, puis vous passez du
temps avec le ou la patiente, et vous échangez, et vous manipulez, et vous
êtes, donc, là, en proximité, donc vous recevez... vous échangez et vous
recevez de l'information. Comment se fait-il qu'on ne vous permette pas,
d'après ça, rapporter cette information-là?
Est-ce que je vous entends, dans le fond, quand vous... Votre préoccupation
de base, fondamentale, c'est un peu ça. Puis
vous voulez que cette appréciation des soins puis de ce que vous pouvez
apporter, ce que vous pouvez apporter à la trajectoire soit reconnu dans
la loi, et donc que vous fassiez partie du conseil interdisciplinaire.
Mme Grant
(Carole) : Tout à fait. Vous avez raison dans ce que vous dites. Vous
avez raison de dire qu'on est les plus près des patients. Vous avez aussi
raison de dire qu'on est à son chevet constamment, là. Tout à fait. Et, quand
on parle de la personne vulnérable, on est peut-être la profession qui est la
plus proche aussi quand on parle des gens
âgés ou de tout ce que... de tout ce qui a trait à la personne vulnérable.
Mais, je veux dire, l'idée, c'est : on est près du patient, alors donnez-nous la possibilité
d'aller dire ce qui ne fonctionne pas, donnez-nous la possibilité d'aller
dire comment on peut travailler ensemble, donnez-nous la possibilité de dire...
Comment ça se fait qu'on est encore en train de défendre la loi n° 90
20 ans plus tard? Comment ça se fait qu'on n'est pas auprès du... On est
auprès du patient, mais on est aussi des gens qui ont une formation puis qui
ont du jugement clinique, là.
Mme Setlakwe :
Tout à fait. Si on veut revoir la structure, il faut le faire au bénéfice du
patient. Donc, c'est clair pour vous que
vous n'êtes pas incluses dans la notion... dans le... non. Il faut que ce soit
dit explicitement, comme mon collègue
l'a mentionné. Et puis, encore une fois, c'est ça, votre préoccupation, c'est
d'être sous-utilisées et de ne pas faire partie du conseil
interdisciplinaire.
Et
puis, à part de ça, je pense que vous avez... vous parlez, donc, de votre
présence auprès des autres instances, mais, vraiment, votre
préoccupation principale, c'est de pouvoir rapporter ce que vous entendez.
Parce que j'imagine qu'une fois... Tu sais, c'est vous... Moi, je me mets dans
la peau du patient, là. Le temps avec le médecin, il est court, il est
précieux. Et puis, après ça, bien, on peut faire toutes sortes de constats
quand on est à ses côtés. Ça fait que vous recevez...
Bien, actuellement,
est-ce que... Tu sais, dans le système actuel, là, quelle est votre doléance
principale par rapport à ça? Puis est-ce que... Là, voyez-vous que, dans le PL n° 15, on y répond ou pas du tout?
Mme Grant
(Carole) : Bien, écoutez, on pense que, dans le PL n° 15,
il faut travailler les structures. On n'est
pas contre le travail des structures, mais il faut travailler aussi la culture.
Tu sais, dans certains cas, il faut prévoir qu'une professionnelle,
c'est une professionnelle. Vous avez raison, quand... On entend beaucoup de
choses comme professionnelles. Il faut être capable de le rapporter à
l'infirmière, mais il faut aussi être capable de faire la différence
entre je suis auprès du patient puis je dois faire mon côté professionnel,
là. Je ne sais pas si je réponds bien à votre question. Pas certaine.
Mme Setlakwe :
Oui. Non, c'est assez clair.
Mme Grant
(Carole) : Oui? OK. Bien, je dis souvent : Arrêtez de nous dire
comment soigner. Laissez-nous soigner.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Nous
allons... Merci, Mme la députée. Nous allons poursuivre cet échange avec
M. le député de Rosemont pour 3 min 35 s.
M. Marissal :
Merci, M. le Président. Collègues. M. le Président, avant de commencer, je
présume que vous avez diligemment recoupé le temps de la personne dont je ne
peux signifier l'absence ici.
Le Président
(M. Provençal)
: Oui.
M. Marissal : Merci. Merci. Je viens de
gagner 15 secondes. Merci d'être là. Merci beaucoup. J'ai l'impression,
en vous écoutant, que vous êtes, dans les
soins de santé, un peu ce que les travailleuses sociales sont en services
sociaux, c'est-à-dire qu'on ne parle jamais de vous, on ne vous connaît
pas. Pourtant, vous faites un travail essentiel, puis ça fonctionne bien.
J'ai deux questions, rapidement. Vous dites,
dans votre mémoire, là, si je l'ai bien compris, puis il est quand même assez touffu, là, vous dites essentiellement
que vous êtes méconnus, sous-utilisés puis que le projet de loi n° 15, en tout cas, de ce qui vous concerne et dans sa forme
actuelle, va vous marginaliser encore davantage. C'est ce que je comprends?
• (10 h 40) •
Mme Grant (Carole) : Bien,
peut-être pas marginaliser, mais on se questionne sur quelle était l'intension
à l'intérieur de certains comités, puisque, dans la LSSSS, on était nommément
nommés puis là on ne l'est plus. Alors, c'est plus ça qui nous inquiète. Puis,
comme on n'a pas... Vous l'avez dit, on est méconnus. On n'a pas beaucoup de
place pour déposer notre voix et déposer nos doléances. On essaie de le faire
le plus possible dans le plus de places possible.
Puis j'ai même... Souvent, quand j'interpelle
les ministres, je leur dis toujours : Je vous invite à dire merci... Tu
sais, les gens disent souvent merci aux infirmières : On est fiers, vous
êtes essentielles, mais, pour la profession infirmière auxiliaire, c'est
important. Puis, de plus en plus, j'entends les ministres dire «infirmières et
infirmières auxiliaires». Alors, partout, on va pouvoir tabletter, prendre
notre place, mettre notre mot, on va le dire. Et vous allez peut-être
m'entendre sur tous les réseaux le dire, là, jusqu'à quel point on pense qu'on
est essentielles à l'intérieur du réseau,
pour l'efficience, en tout cas, puis pour aider à désengorger beaucoup de
choses. Quand on parle, à l'urgence, on parlait des salles d'opération,
je pense que notre place, elle est là, puis il faut la revendiquer partout.
M. Marissal : Mais
vous faites bien, vous faites bien de revendiquer votre place, effectivement,
d'où l'analogie avec les TS, dont on ne parle à peu près jamais. Puis je vous dirais
que, pour faire beaucoup de terrain, les inhalos nous disent la même chose aussi : Vous ne parlez
jamais de nous. Pourtant, il n'y a pas grand-chose qui se ferait dans un
hôpital. Puis, de toute façon, c'est une chaîne, hein? Vous en faites
partie.
Moi, il y a quelque chose qui m'impressionne
dans ce que vous dites, c'est que vous n'avez aucun problème de pénurie de main-d'oeuvre et de recrutement. Il
est constant et assez populeux. Pourtant, vous dites vous-même que ce n'est peut-être pas la profession la plus
valorisée au Québec, là, puis ça marche, sur le terrain, quand on sait ce que
vous faites.
Alors, comment... C'est quoi, le secret pour
vous assurer de la relève, du recrutement? Ce n'est pas la profession la plus payante non plus. Je sais bien
qu'il n'y a pas juste l'argent dans la vie, là, mais ce n'est pas la profession
la plus payante, là. Comment vous faites?
Mme Grant
(Carole) : Dans nos membres, présentement, on a énormément de
gens qui viennent de l'immigration. On est à l'intérieur des
10 ordres les plus... qui accueillent le plus d'immigrants. On était... À
un moment donné, on était les troisièmes.
Alors, on a énormément de gens qui viennent de l'extérieur qui sont infirmières
ou médecins dans leur pays puis qui veulent venir travailler ici et
faire une formation qui est courte pour pouvoir gagner leur vie. Alors, ce sont
des familles, ce sont des mères monoparentales, mais ce sont aussi des gens qui
ont des connaissances autres.
On fait beaucoup aussi d'accueil d'immigrants,
là, permis sur permis, dépendamment du pays, on analyse beaucoup, on en fait
énormément. Alors, on a beaucoup de demandes de gens de l'extérieur.
On a aussi des cohortes de nouveaux qui sont
ici. On a... On en a de partout.
Ça fait que les écoles me disent qu'elles n'ont
jamais eu autant de demandes. Bien sûr, c'est sûr que la formation accélérée,
ça a été un plus en plus de ce qui existait déjà, parce que, présentement, on a
les formations régulières puis on a des formations accélérées.
Donc, quand
je suis arrivée, il y a six ans, on en accueillait autour de 1 600.
Maintenant, c'est 2 000 par année.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup.
M. Marissal : OK. Merci.
Le
Président (M. Provençal)
:
Nous allons terminer cet échange
avec Mme la députée de Vaudreuil pour 2 min 12 s.
Mme Nichols : Merci. Merci, M.
le Président. Le temps est compté. Je vais être assez directe. C'est clair, là,
puis je pense que le ministre le reconnaît aussi, puis tout le monde le
reconnaît, vous jouez un rôle superimportant. Puis je pense que ce n'est même
plus à prouver, là, c'est déterminant dans le système de la santé. Vous le
dites, c'est reconnu.
Mais je reviens sur un exemple. Vous avez donné,
là, l'exemple que vous jouez, entre autres, dans les salles d'opération du
projet pilote. Ça fonctionne bien. Qu'est-ce qui bloque? Qu'est-ce qui bloque?
Parce qu'on comprend que ça bloque puis, d'un autre côté, on comprend aussi que
vous voulez une... que, des comités, il y en a déjà. Vous voulez une autre...
Vous voulez une place sur le comité. Moi, dans ma tête, ça ne fonctionne pas.
Il n'y a pas de pénurie de main-d'oeuvre.
Vous êtes disponibles, vous êtes là, vous êtes reconnus. Un projet pilote, ça
fonctionne. Vous êtes déjà sur un comité. Qu'est-ce qui bloque dans tout ça?
Est-ce que c'est les PDG qui ne vous donnent pas votre place?
Mme Grant
(Carole) : Je dirais que c'est... Tantôt, je disais qu'il
faut travailler sur la structure, mais il faut travailler aussi sur la culture. Il y avait, pendant
longtemps, l'impression qu'à l'intérieur de certains centres d'activité ce
n'était que des infirmières ou des
infirmières bachelières, appelez-les comme vous voulez, et par méconnaissance.
Parce que, quand on arrête, puis que les gens nous disent : On
aimerait ça introduire des infirmières auxiliaires...
Tantôt, je vous ai parlé des soins intensifs.
Quand vous me demandez pour la salle d'opération, ça fait six ans que je suis
présidente, c'était avant que j'arrive à l'ordre que ça s'est fait. Donc, ce
n'est pas d'hier, là. Ça se fait et ça fonctionne toujours. Ça se fait tellement bien
que... Moi, je travaillais au CHUM. On est partis du site Notre-Dame, et on a
pris tous les gens qui travaillaient là, puis on a fait un bloc, puis on les a
transférés à Saint-Luc. Il n'y a pas eu de discussion, puis les
médecins, ils ont même levé la main puis dire : Non, non, vous ne défaites
pas mon équipe, là, je veux mon infirmière auxiliaire et je veux mon
infirmière.
Donc, quand on défait la culture, quand on
explique le plein champ d'exercice, quand on travaille avec eux,
habituellement, avoir une infirmière auxiliaire, c'est l'adopter.
Mme Nichols : Ça fait que c'est
ça, l'enjeu?
Mme Grant (Carole) : C'est ça,
l'enjeu.
Le Président (M. Provençal)
: Merci de votre contribution. Merci de
nous avoir mieux fait découvrir votre profession. Je pense qu'il y a eu des
belles clarifications qui ont été faites et apportées par vous.
Sur ce, je vais suspendre momentanément les
travaux pour laisser place au prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 10 h 45)
(Reprise à 10 h 51)
Le Président (M. Provençal)
: Nous reprenons nos travaux. Nous
recevons maintenant les représentants du Collège des médecins du Québec. Alors,
vous allez disposer de 10 minutes pour votre exposé. Par la suite, nous
procédons aux échanges. Alors, sur ce, je vous cède immédiatement la parole.
Collège des médecins du
Québec (CMQ)
M. Gaudreault
(Mauril) : Merci. M. le ministre Dubé,
M. Provençal, président de la commission, M. André Albert Morin,
vice-président, tous les membres de la commission, bonjour. Je suis accompagné,
aujourd'hui, à ma droite, de la
vice-présidente du conseil d'administration du collège, la docteure Nathalie
Saad, pneumologue à l'Hôpital
général juif à Montréal, et de notre nouveau directeur général, le docteur
Pierre Gfeller, médecin de famille. Je suis, moi aussi, un médecin de famille.
J'ai le privilège, depuis cinq ans, de présider le Collège des médecins du
Québec.
Je voudrais, d'abord, remercier la commission
d'avoir repoussé la date initiale de notre audition pour nous accorder le temps
nécessaire d'analyser ce volumineux projet de loi. Il interpelle le collège à
plus d'un titre. Nous voulons vous présenter nos points de vue sur trois grands
volets, particulièrement : l'accès aux soins pour les usagers et la
manière dont ils pourront être entendus, les médecins et les moyens par
lesquels ils pourront mieux soigner les Québécois de leur territoire et de leur
participation à la cogestion médicoadministrative des établissements, et les
nouvelles instances créées dans le cadre de Santé Québec ainsi que de la place
du privé dans le réseau.
Parlons, tout d'abord, comme il se doit, des
usagers. La protection du public est la raison d'être de notre ordre professionnel. Nous veillons à ce qu'il soit
protégé par une médecine de qualité. Cela est possible que s'il y a accès
aux soins et que les médecins peuvent oeuvrer dans les conditions appropriées. Le
collège a mené, en 2021-2022, avec le
ministère de la Santé, de même qu'avec les fédérations médicales et avec
d'autres partenaires, un vaste chantier sur l'accès aux soins. Le collège a aussi effectué une importante
tournée des pôles en santé à travers le Québec, qui nous autorise à poser un regard critique, objectif et
constructif sur ce projet et mesurer ses impacts potentiels sur les usagers,
sur les médecins et le réseau.
L'idée que le projet de loi placera le patient
au coeur du réseau de la santé et des services sociaux partout sur le
territoire rejoint notre définition de la responsabilité sociale des médecins
et des professionnels de la santé. Nous croyons
que tous les professionnels de la santé ont la responsabilité de mieux répondre
aux besoins des communautés qu'ils desservent. Mais il faut faire les
choses correctement pour reconnaître à la fois les besoins de la population,
les limites actuelles du réseau et respecter
l'autonomie professionnelle des médecins. Nous remarquons à ce sujet que le
projet de loi n° 15 tente de projeter la
gestion hospitalière traditionnelle à l'ensemble du territoire. Les soins de
proximité, dont les soins à domicile, ne se prodiguent pas, cependant, et ne se
gèrent pas comme un hôpital.
Nous accueillons favorablement, par ailleurs, la
gestion plus directe des listes d'attente en chirurgie et du flot des patients dans les urgences, mais nous nous
questionnons toutefois sur la capacité du réseau à atteindre cet objectif
sans un véritable accroissement de l'offre en
première ligne et en soins de proximité. En cela, bien sûr, toute aide sera
la bienvenue, dont celle des techniciens paramédicaux, qu'il faudra enfin
intégrer au système professionnel.
Le projet de loi ambitionne, par ailleurs, de
porter la voix des usagers jusqu'au bureau du ministre et auprès du conseil d'administration de Santé Québec. On s'en réjouit. Cependant, quelques facteurs de réussite doivent être
au rendez-vous, cependant : par exemple, nommer les membres du
comité national des usagers sur les recommandations des comités locaux
d'usagers; reconnaître l'importance des comités d'usagers, souvent vus comme un
mal nécessaire bien plus qu'un partenaire;
rehausser la présence des patients, dont les patients partenaires, dans les
instances du réseau, leur contribution est inestimable.
Abordons les dispositions touchant la profession
médicale. Les recherches et l'expérience le démontrent, un milieu de soins fonctionne mieux dans le cadre
d'une cogestion clinique et administrative. C'est bon pour les soignants,
c'est bon pour les patients, c'est bon pour les gestionnaires. En lisant le
projet de loi, on constate qu'on évacue des médecins des rôles décisionnels touchant la
trajectoire des soins. On s'appauvrit ainsi de leur savoir et de leurs
compétences et on risque de les démobiliser. Pour nous, la cogestion,
c'est un équilibre entre médecins et gestionnaires dans les prises de décision au quotidien, qui fait en sorte
que la voix des médecins se fait bien entendre dans les établissements,
notamment par les conseils des médecins, dentistes et pharmaciens, les CMDP, et
que les médecins qui exercent des fonctions médicoadministratives soient bien
formés, mieux soutenus et disposent des ressources nécessaires. Jamais le
collège ne se mêle de questions de rémunération. Cette fois-ci, cependant, on
s'en mêle, et il faudra les rémunérer adéquatement.
Par ailleurs, nous
favorisons la création des conseils interdisciplinaires d'évaluation des
trajectoires et de l'organisation clinique
pour l'ensemble des services sur le territoire, de même que nous favorisons
aussi la nomination d'un gestionnaire
pour chaque installation et souhaitons que son rôle, ses responsabilités, son
autonomie et son imputabilité soient mieux définis et uniformes sur le
territoire.
Notre
tournée des pôles en santé illustre combien les besoins de financement des
infrastructures et des rehaussements
technologiques sont grands partout. Écoutez, on est le 9 mai 2023. Alors qu'une
jeune ingénieure québécoise pilote
sur Terre un véhicule qui roule sur la planète Mars, peut-on, s'il vous plaît,
déclarer la fin des fax dans le réseau de la santé?
Les
dispositions concernant la nouvelle gouvernance médicale suscitent bien des
commentaires, sur trois aspects, principalement : les pouvoirs de
sanction, les pouvoirs d'attribution des privilèges et les responsabilités
populationnelles. Un sondage interne du collège, il y a quelques jours à peine,
auprès de tous les médecins, auquel plus de 1 300 membres ont
répondu, est révélateur de leur crainte de ne pouvoir soigner en toute
autonomie. La très grande majorité veut que la cogestion demeure. Un médecin
sur deux estime cependant que la réforme ne pourra se réaliser avec le projet
de loi actuel.
Le collège partage
ces inquiétudes, mais le projet de loi peut être amélioré pour y pallier, car
il y a un risque réel de conflit d'intérêts et de rôles si ceux qui imposent
les mesures disciplinaires sont les mêmes que ceux qui octroient les privilèges
d'exercice. Il y a, à notre avis, trop de pouvoirs entre trop peu de mains. Il
doit y avoir une séparation de ces pouvoirs, c'est fondamental, d'autant que le
projet de loi ne prévoit aucune règle procédurale pour éviter l'arbitraire des
décisions. Nous craignons, d'ailleurs, l'arbitraire dans la répartition des
effectifs médicaux sur le territoire. Il ne
faut pas que les privilèges d'exercice soient octroyés sur une base strictement
administrative. Il faudra tenir
compte de la responsabilité sociale de l'ensemble des professionnels de la
santé, et cette responsabilité collective en la population est l'affaire
de tous, de tous les professionnels, et nous déplorons que le projet de loi
soit silencieux là-dessus. Et la réforme proposée est également l'occasion de
revoir les fameux PREM pour les adapter notamment aux fins de carrière.
Les médicaments, par
ailleurs, sont une partie intégrante du traitement des patients. Le projet de
loi ne permettrait à un établissement que de fournir ceux qui seront autorisés
par l'INESSS ou la RAMQ. En oncologie, vous
savez, on sauve des vies avec des médicaments qui ne sont pas autorisés, mais
encadrés par des protocoles rigoureux. La science évolue plus rapidement
que la bureaucratie.
Nos commentaires
maintenant sur Santé Québec. La séparation de la planification et des
opérations entre le ministère et Santé Québec est une bonne chose, mais est-ce vraiment séparé lorsque le ministre
nomme tout le monde? Du bas vers le
haut, du haut vers le bas, nous constatons une centralisation et une
hiérarchisation des pouvoirs décisionnels.
Sur les questions du
privé en santé, le collège va être très bref et clair : si le privé peut
contribuer à élargir l'accès aux soins, à
condition qu'ils soient gratuits pour tous et toutes, nous y sommes favorables.
Nous voulons un système, un réseau public fort offrant toute la gamme
des services gratuits au public, mais sans cannibaliser le réseau public.
Abordons maintenant
brièvement le volet enseignement et recherche. S'il est une omission importante
du projet de loi, c'est bien ce volet. Il
est surprenant que le projet de loi fasse si peu de place aux missions
d'enseignement et de recherche des
établissements et de liens avec les institutions universitaires. À quoi sert
sinon le U dans CIUSSS, sinon que
pour rappeler la vocation universitaire? La sensibilisation, d'ailleurs, à la
responsabilité sociale et populationnelle doit débuter sur les bancs de
classe.
• (11 heures) •
Enfin,
nous attirons l'attention du législateur sur le virage environnemental que doit
prendre le réseau. Le choix d'aménagement
des infrastructures, le choix de certains médicaments, de certaines pratiques
sont autant de contributions auxquelles le réseau de la santé doit
s'atteler plus vite que tard.
En terminant, nous
tenons à saluer la volonté du ministre de s'attaquer à la refonte du réseau de
la santé. Nous soulignons aussi son
ouverture. Nous lui suggérons quelques facteurs de réussite, que je
répète : améliorer l'accès aux soins sur tout le territoire et
inclure les soins de proximité, régler prioritairement l'enjeu de pénurie,
maintenir une cogestion
médicoadministrative, faire en sorte que la voix des usagers s'exprime partout
dans le réseau, rehausser infrastructures et technologies.
C'était l'essentiel
de nos commentaires. Le collège demeurera un partenaire de toute réforme du
réseau qui élargira l'accès aux soins des
usagers et améliorera le contexte de pratique des professionnels de la santé.
Cela s'inscrit dans notre mandat de protection du public en offrant une
médecine de qualité. Nous vous remercions de votre écoute et sommes prêts à
répondre à vos questions.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup, Dr Gaudreault. Alors, M. le ministre, vous avez assurément quelques
questions à poser.
M. Dubé : Merci,
M. le Président. Bien, trois choses. Si on est capable d'envoyer quelqu'un sur
Mars, on devrait être capable de régler nos fax. Je pense qu'avec... Ce
que j'aimerais peut-être souligner, Dr Gaudreault et votre équipe, là, premièrement, les gens qui vous
connaissent depuis longtemps savent aussi comment vous avez aidé lorsqu'on a
fait le projet de loi n° 11, l'an dernier, sur les omnipraticiens, d'être
capables de trouver des solutions puis de bonifier notre projet de loi
qu'on avait discuté. Ça fait que je veux me rappeler de ça comme étant une des
participations importantes qu'on a, dans les prochains jours, de... du Collège
des médecins pour essayer de trouver, de rassembler tout le monde puis trouver des solutions. Ça fait que merci d'avoir pris
le temps, dans votre mémoire, de le faire avec votre équipe. Puis je veux... Il y a des gens que
j'apprécie beaucoup dans le réseau, puis je pense que le Dr Gfeller est peut-être un peu moins connu, mais vous avez été
combien de temps au CUSM, Dr Gfeller, avant de passer au collège?
M. Gfeller
(Pierre) : J'ai été presque cinq ans comme PDG du CUSM. Auparavant,
j'avais été six ans à Sacré-Coeur, au CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal comme
PDG.
M. Dubé :
Alors, vous êtes à la retraite maintenant, c'est ça que je comprends?
M. Gfeller
(Pierre) : Oui. La retraite a duré six semaines. J'ai aimé ça,
c'est...
M. Dubé :
Six semaines de retraite. On aime nos médecins comme ça, six semaines de
retraite. Merci beaucoup, Dr Gfeller, de votre contribution. Je vais aller
rapidement. Moi, Dr Gaudreault, avec toute l'appréciation que j'ai pour vous,
il y a une chose que je veux préciser, parce que je le vois beaucoup dans des
mémoires, là, puis je l'entends sur la rue,
puis, je veux le préciser, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas dans le
projet de loi, qui ne peuvent pas et ne doivent pas être dans le projet de loi.
Parce que je l'ai bien dit que le projet de loi n° 15, c'est un élément du
plan santé, mais on n'a pas besoin d'avoir une loi sur tout, OK?
Alors, je donne
l'exemple, je donne l'exemple, et c'est pour ça que je faisais une petite
référence rapide au projet de loi n° 11, on a travaillé beaucoup sur
l'accessibilité, lorsqu'on a fait le projet de loi n° 11, avec par exemple
les mesures avec les GMF, la prise en charge, puis etc. Ça fait que
je veux juste dire : À chaque fois, j'entends, puis c'est pour ça que
j'écoute, puis je suis en mode écoute en ce moment, mais je vais vous répondre
qu'il y a bien des choses qui ne peuvent
pas... et qui n'ont pas besoin d'être dans le projet de loi. Vous avez le droit
de les soulever, mais, quand
j'entends qu'on ne parle pas d'accessibilité, bien, c'est parce qu'on l'a
traité ailleurs. Je voulais juste faire un peu cette précision-là.
Bon, maintenant,
sur... Il y a un élément excessivement... Parce que j'aime beaucoup comment
vous avez divisé ça, là. Vous avez dit : Mes commentaires portent sur les
usagers, sur le clinique. Puis, entre autres, vous avez parlé des infrastructures. Ça fait qu'on... tout le monde s'est compris
que, encore une fois, dans les infrastructures, on n'a pas besoin de projet de loi pour avoir augmenté
notre PQI à la hauteur de 22 milliards pour faire plus de modernisation
d'hôpitaux. Je fais juste dire ça. C'est une autre... Vous avez raison de le
soulever, vous avez raison de dire que ça n'a pas de bon sens qu'on ait encore
des fax dans le réseau entre un pharmacien puis un médecin, mais on n'a pas
besoin du projet de loi pour ça. Je voulais juste donner cette...
Mais, par contre, où
j'aimerais vous poser des questions pour clarifier des choses, c'est tout sur
l'aspect clinique. Et ça va être difficile,
là, de garder ça simple, mais c'est toute la question de cogestion auquel
vous... vous parlez beaucoup. Pour moi, quand vous parlez de cogestion,
on a beaucoup de cogestion dans le réseau en ce moment. Elle existe, la cogestion, elle existe, par exemple, entre
les départements, entre un... différents départements où on demande à nos gestionnaires, administratifs et cliniques, de
travailler ensemble. Puis je pense que la... il y a eu beaucoup d'écrits
là-dessus, entre autres des HEC, etc., qui ont dit : La cogestion, c'est
un peu comme la médiation, hein? Il ne doit pas y avoir une autorité qui est
plus forte que l'autre. C'est qu'on doit s'entendre pour que le patient soit le
mieux servi possible, pour qu'il y ait le plus de valeur possible.
Quand
vous dites qu'on n'en parle pas dans le projet de loi, moi, je pense qu'on a
envoyé un message très clair. Puis, si vous me dites... Puis c'est pour
ça que je veux vous écouter. On a parlé de s'assurer qu'on allait avoir de la gestion de proximité, des gestionnaires de
proximité, qu'on avait un principe de subsidiarité. C'est un gros mot, là, mais
qu'est-ce que ça veut dire, c'est que la décision doit se prendre le
plus proche possible du terrain. Moi, là, quand vous me parlez de cogestion, puis je vous dis qu'il y en a déjà
beaucoup, où est-ce que vous trouvez qu'il manque de la cogestion? C'est
ça que j'aimerais entendre.
Parce
que, s'il en manque... S'il y en a beaucoup entre les professionnels, par
exemple entre les médecins qui sont dans
deux départements, est-ce qu'il en manque entre les autres professionnels? Et
c'est là que je voudrais... Est-ce que... Parce que, tantôt, on
entendait une infirmière auxiliaire, Mme Grant, qui disait : Bien, on
n'est pas partie prenante au processus, elle, elle dit. Est-ce que c'est avec
eux qu'il devrait y avoir plus de cogestion, par exemple, au niveau des comités
interdisciplinaires? Parce que moi, je pense qu'il y en a déjà beaucoup, de
cogestion, mais vous en parlez beaucoup dans votre mémoire, ça fait que
j'aimerais ça vous entendre là-dessus.
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, je parle beaucoup de
responsabilité sociale, populationnelle des divers professionnels, hein, de
tous les professionnels, non pas seulement des médecins, de faire en sorte de
mieux répondre aux besoins des communautés, je vous le redis. Et je suis... on
est... je suis très, très... le collège est heureux de l'idée de la composition
d'un comité interdisciplinaire avec les différents professionnels de la santé
dans un établissement qui pourrait aussi planifier des activités hors
établissement. Ça, je l'ai dit.
Qu'il y ait plus
d'importance d'accordée aux autres professionnels, j'adhère à cela totalement,
mais ça ne veut pas dire de diluer l'importance qu'ont les médecins puis les
gestionnaires, les chefs de département là-dedans. Ça fait que ce qu'on trouve
du projet de loi, c'est que... un peu silencieux par rapport à l'importance des
chefs de département clinique médicaux à
l'intérieur des établissements de travailler en cogestion. Je ne veux pas
revenir sur...
M. Dubé : Mais
avez-vous l'impression... Puis peut-être... Moi, c'est... Parce que ça vient me
titiller un peu quand vous dites que vous avez l'impression qu'on enlève la
voix aux médecins. Puis, en même temps, je me dis : Est-ce que c'est parce
qu'on donne la voix à d'autres professions que vous avez cette... Parce qu'il
me semble qu'on peut garder la même voix aux
médecins, tout en donnant une voix plus grande à... je dis, exemple, aux soins
infirmiers. C'est ça que je voudrais comprendre...
M. Gaudreault
(Mauril) : Tout à fait.
M. Dubé : ...parce que je ne
pense pas que notre objectif, c'est d'enlever la voix aux médecins, mais
c'était d'en donner plus aux autres.
M. Gaudreault
(Mauril) : Je ne suis pas
président d'une fédération, je suis président d'un ordre professionnel...
M. Dubé : Et voilà!
M. Gaudreault
(Mauril) : ...qui est là pour protéger le public en assurant
une médecine de qualité. Pour moi, une médecine de qualité, ça veut dire une
médecine accessible, OK, pour laquelle les médecins ont à travailler avec les autres professionnels de la santé. Si
vous me dites, M. Dubé, que ce n'est pas inquiétant pour vous, dans votre
projet, qu'il y a une importance aussi grande de donnée aux divers
professionnels de la santé qu'aux médecins, je ne vais qu'applaudir à cela.
C'est une inquiétude, une préoccupation que nous avions à la lecture du projet.
M. Dubé : Non, mais c'est
important qu'on se dise ça, parce que vous êtes le premier à avoir dit... Puis,
ça, je faisais référence au p.l. n° 11,
quand on a fait ça il y a un an. Vous avez dit : Élargissez le nombre de
professionnels qui peuvent faire de la prise en charge. C'était votre
grand message, l'an dernier, puis on a modifié, on a bonifié le projet de loi
pour tenir compte de ça. Aujourd'hui, ce que je vous entends, c'est de
dire : Cette même approche là ne devrait pas être sur... toute la
responsabilité ne doit pas être sur les médecins, mais sur les autres professions,
comme infirmière, travailleur social.
M. Gaudreault
(Mauril) : Tout à fait.
M. Dubé : Mais...
Donc, je comprends mieux votre précision de dire : C'est... Vous êtes
d'accord qu'on n'enlève pas aux médecins, mais on va en donner plus aux
autres.
M. Gaudreault
(Mauril) : ...Pierre.
M. Gfeller
(Pierre) : Si je peux me permettre, M. le ministre, on parle
de cogestion, elle n'est pas nécessairement médicoadministrative.
D'abord, j'aimerais définir que la cogestion, c'est seulement un des volets de
ce qu'on appelle la gouvernance clinique. Qu'est-ce que c'est, la gouvernance
clinique? C'est les... si vous voulez, la contribution des professionnels,
qu'ils soient médecins, infirmiers ou les autres professionnels, à la
planification, à l'organisation, à la dispensation, à l'évaluation des soins et
des services qui sont offerts.
C'est à géométrie variable. Il y a des
programmes, dans le réseau de la santé et des services sociaux, je vais prendre les centres jeunesse, par exemple, qui ne
sont pas très, très médicalisés, on est vraiment du côté psychosocial. Alors,
la cogestion peut s'exercer dans un centre jeunesse entre un psychologue et une
gestionnaire ou une travailleuse sociale et une gestionnaire. Donc, dans
le fond, cogestion, c'est un volet. Ça a été surtout appliqué dans le milieu
hospitalier avec les chefs de département, mais aussi des chefs de service. Par
exemple, Dre Saad, elle est chef d'une clinique
à l'hôpital juif de Montréal et elle a une cogestionnaire administrative qui
travaille avec elle, et puis, ensemble, elles gèrent cette clinique-là.
• (11 h 10) •
Alors, ce qui
ressort, c'est que la perception, M. le ministre... c'est que la concentration
des pouvoirs dans un petit nombre d'individus, les PDG, les directeurs
médicaux, ça dégage une perception à l'effet que les autres professionnels
sont évacués de la gestion et sont évacués,
si vous voulez, de la définition des programmes, comment on veut donner les
services. Et malheureusement c'est la
perception actuelle, puis je pense que c'est ça que le mémoire veut vous
signaler.
M. Dubé : ...comme
j'ai dit, là, je ne changerai pas d'idée, j'ai tellement confiance en vous, ça
fait que... Je vais juste préciser une chose. Quand vous parlez de...
quand vous parlez de ça, de... vous dites : Que la décision soit mise dans un nombre restreint d'individus... Ça, c'est
très clair que ça vous inquiète. Bon. Moi, ce que j'aimerais vous entendre...
Parce que tout le monde va être d'accord avec le principe de cogestion. Puis
j'incite, là, ceux qui nous écoutent : allez
lire, là, ce qui a été préparé par les HEC en 2020, c'est très intéressant. Ça
explique c'est quoi, la cogestion entre le médical puis l'administratif.
Par contre, ce que j'aimerais vous dire... ou
vous demander, c'est une question, c'est une question ouverte : Qu'est-ce
qu'on fait quand la cogestion ne fonctionne pas? Qu'est-ce qu'on fait quand la
médiation ne fonctionne pas? Et c'est là, à mon sens, que j'aimerais qu'on se
challenge sur pourquoi, à la fin, il faut peut-être qu'il y ait un directeur
médical... ou qu'un PDG qui soit capable de trancher quand la cogestion ne
fonctionne pas. Puis, ça, je veux vous entendre là-dessus.
M. Gfeller (Pierre) : Bien,
j'ai mentionné, il y a quelques... quelques secondes, c'est très variable selon
les milieux.
M. Dubé :
C'est ça.
M. Gfeller
(Pierre) : Je dirais que, dans les milieux universitaires et urbains,
c'est plus répandu. Parce que, dans un grand territoire... Par exemple, moi, je
suis un habitant, je vis dans les Laurentides. Alors, c'est une région qui
commence à Rosemère puis qui finit à Mont-Laurier. Alors, vous comprendrez que,
pour le chef du département de médecine ou le chef du département de chirurgie,
où il y a six hôpitaux, ce n'est pas évident. Alors, il y a des conditions qui
sont liées à la géographie et à la démographie médicale, mais il y a des
conditions aussi qui sont liées à l'absence de rémunération pour les chefs de
département. Il y a...
M. Dubé :
Vous en parlez aussi dans le mémoire, de ça, je veux revenir sur ça.
M. Gfeller
(Pierre) : Oui, il y a plusieurs années qu'on espère... puis là je
parle... je mets mon ancien chapeau de PDG et de DG, qu'on espérait que ce
serait réglé par une négociation avec la fédération, surtout des médecins
spécialistes et omnipraticiens. Ça n'a jamais été réglé. Donc, dans le fond, à
l'heure actuelle, on a gratté les fonds de
tiroir des établissements pour compenser ces gens-là pour le temps qu'ils
mettent du côté médical. Alors, ça...
M. Dubé :
Mais, selon vous, pas encore assez.
M. Gfeller
(Pierre) : Bien, dans le fond, il faudrait les rémunérer de façon
adéquate pour qu'ils puissent assumer ces
responsabilités-là. Donc, la cogestion, c'est un idéal. Ça ne touche pas
seulement les médecins, ça touche d'autres types de professionnels, qui,
eux, sont déjà, la plupart du temps, salariés du réseau. Puis on a remarqué que
les dispositions touchant les chefs de département n'ont pas été modifiées dans
la loi. Bien, c'est l'impression générale que le pouvoir que les PDG assument,
et les directeurs médicaux, est important. Vous avez raison, quand ça ne
fonctionne pas, par exemple, si la filière disciplinaire ne fonctionne pas, il
faut trouver une autre façon pour que ça fonctionne. Alors, de ce côté-là...
M. Dubé :
Bien, c'est un petit peu pour ça, parce que... En tout cas, moi, quand j'ai
relu, là, deux fois votre mémoire, plus
qu'une fois hier pour bien comprendre les grands thèmes, bien, vous êtes
d'accord qu'il y a des choses qui doivent changer, parce que... Je ne
pourrai pas passer la liste de tout ce que vous avez dit que vous êtes
d'accord, mais, en même temps, vous êtes d'accord, non plus, que les patients
n'en ont pas assez. Vous l'avez même dit quand vous avez fait votre tournée.
L'accès aux spécialistes, entre autres, n'est pas... elle n'est pas assez
grande. Ça fait qu'on s'entend là-dessus, on s'entend là-dessus. Est-ce que...
Et, quand je reviens sur la question de la cogestion... Je m'excuse, parce que
je ne sais pas comment qu'il me reste de temps, M. le Président.
Le Président
(M. Provençal)
: ...
M. Dubé :
Est-ce qu'il y a de mes collègues qui avaient peut-être une question? OK.
Sur la question de la cogestion, je veux y revenir, parce que, pour moi, je
veux bien la comprendre puis, en tout cas, je veux que tout le monde la
comprenne. Comment on pourrait bonifier si on bonifie? Parce qu'il y a une
question de culture de la cogestion, on s'entend. Et c'est pour ça que j'ai un
peu de misère à dire : Est-ce qu'on a besoin d'aller dans un projet de loi pour parler de culture, pour parler de
méthode de gestion? Et c'est ça que vous avez l'air de dire, puis je ne suis
pas sûr que ça va dans un projet de loi, mais je veux vous entendre là-dessus.
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, peut-être pas, je ne sais
pas, mais on avait l'impression qu'il fallait le mentionner par rapport à nos
questionnements puis inquiétudes, dans le sens que vous avez souvent...
M. Dubé :
Mais pas dans... nécessairement de le mettre dans le projet de loi.
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, dans le sens que vous
avez dit souvent, qu'il était perfectible. Ça fait que, si on s'entend que c'est nécessaire d'assurer une
meilleure cogestion entre tous les professionnels puis que c'est implicite
dans votre projet de loi, d'accord, M. Dubé, là, mais il faut poursuivre
cette culture-là de cogestion.
M. Gfeller (Pierre) : Si
je peux me permettre d'ajouter, M. le ministre, c'est que, depuis qu'on discute
du projet de loi n° 15, les mots «chef de département», «cogestion»,
«gouvernance technique», on ne les a pas entendus souvent.
M. Dubé :
Puis ça, ça veut dire quoi, Dr Gfeller?
M. Gfeller (Pierre) : Bien,
je pense que... il peut y avoir une perception à l'effet que ce n'est pas à
l'agenda ou que c'est quelque chose qui est remis en question suite au
projet de loi.
M. Dubé :
OK. Bien, je pense, des discussions comme on a aujourd'hui servent
peut-être à préciser ça, qu'on n'est pas du
tout contre la cogestion. Au contraire, tu sais, ce qu'on se dit, c'est que,
si... quand ça fonctionne bien, on continue comme ça. Le médical doit
travailler avec l'administratif.
M. Gaudreault
(Mauril) : ...clinicienne avec nous,
peut-être qu'elle pourrait dire son petit mot aussi.
M. Dubé : Oui, bien, avec
plaisir, allez-y.
Mme Saad
(Nathalie) : Puis je pense que, dans le concept de cogestion,
il faut se rappeler que, les professionnels de la santé, dont font
partie les médecins, on est aussi le lien un peu avec les patients. Donc, on a
parlé dans notre mémoire qu'on veut être... qu'on croit que les usagers
devraient avoir une voix plus forte, mais les médecins... dans le développement des trajectoires de soins, dans
l'accessibilité, même si c'est implicite, si je comprends, dans certains
des aspects, l'implication des médecins dans la gestion avec d'autres
gestionnaires permettra des soins de proximité qui vont être pertinents aux
patients. Puis je pense que c'est là aussi que la cogestion est importante
entre professionnels de la santé.
M. Dubé : Les chefs de service,
là, parce que... Qu'est-ce que vous pensez des chefs de service par rapport au
projet de loi n° 15?
Mme Saad (Nathalie) : Les chefs
de service...
M. Gaudreault
(Mauril) : Les chefs de service, ça n'a
jamais été inclus dans la loi. Puis on ne demande pas que ce soit dans la loi
non plus, mais les chefs de département existent dans la loi, et, à mon avis,
ils devraient continuer d'exister dans ce projet de loi là aussi.
M. Dubé : Excellent. Est-ce
qu'il me reste...
Le Président (M. Provençal)
: 40 secondes.
M. Dubé : Je pense, de mémoire,
que vous traitez du patient partenaire, dans votre mémoire, comme quoi c'est
important. Puis vous, vous l'avez connu beaucoup, je pense, au CUSM, là,
docteur, ça fait que vous êtes en accord que ça devrait être plus présent, ça,
par contre, dans le projet de loi?
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui, des patients tout court,
des patients partenaires aussi, là, mais des patients, les usagers et les
patients. On n'a pas besoin d'être un patient partenaire formé, exemple, là,
dans une université du... dans une des facultés de médecine du Québec, les
patients sont, à mon avis, les premiers partenaires de l'équipe de soins par rapport
à un problème qui les concerne, tu sais, dans ce sens-là, de façon générale les
patients.
M. Dubé : ...
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. le ministre.
M. Dubé : Merci.
Le
Président (M. Provençal)
:
On va poursuivre avec le député
de Pontiac, et vous avez 8 min 35 s, M. le député.
M. Fortin : Merci. Merci, M. le Président. Bonjour à vous trois.
Une voix : Bonjour.
M. Fortin :
Merci, d'abord, pour vos décennies collectives de service public, et je
reconnais, à travers plusieurs de vos propos, là, justement, cette... bien,
votre mission principale au collège, la protection du public, bien, cette
volonté-là de s'assurer qu'on offre le meilleur service, le meilleur système de
santé possible aux patients.
Dans votre mémoire... et là je vais vous prendre
au mot, je vais vous citer, là : «Le collège est d'avis qu'il ne sera, donc, pas possible d'améliorer
significativement l'accès aux soins sur l'ensemble du territoire sans une
planification et une gestion orientée vers les soins de proximité.» Là,
votre mémoire, il est quand même... Moi, je le trouve dosé, c'est-à-dire qu'il
y a des parties sur lesquelles vous êtes d'accord, de toute évidence, il y a
des parties sur lesquelles vous êtes critiques et il y a des améliorations que
vous proposez.
Sur cet enjeu-là, quand vous dites qu'il ne sera
pas possible d'améliorer significativement l'accès aux soins sur l'ensemble du
territoire, qu'est-ce qui manque au projet de loi pour faire ça?
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, je pense qu'il faut
sortir de l'hôpital et il faut sortir des établissements puis améliorer ce qui se passe à l'extérieur des
établissements. Ce qui se passe dans les établissements, là, on va s'entendre,
de façon majoritaire, là, ça va bien, là, ce qui se passe dans les
établissements. On peut toujours améliorer ça de façon... on a parlé de
cogestion tout à l'heure.
Mais ce sur quoi il faut accorder plus
d'importance, pour moi, c'est comment on peut prendre soin des patients avant
qu'ils soient obligés d'y aller, dans l'établissement, avant qu'ils se
présentent à l'urgence, notamment, et, lorsqu'ils ont un épisode de soins qui
nécessite une hospitalisation, comment on pourrait faire pour la raccourcir, qu'ils retournent chez eux plus rapidement. Donc, ça, je
veux dire, des équipes de première ligne avec des professionnels de la santé, pas juste des médecins, là, des
professionnels de la santé de première ligne, et... mais aussi des équipes de
professionnels de la santé qui vont à domicile pour que les patients puissent
poursuivre leur épisode de soins.
On a parlé beaucoup
de soins palliatifs à domicile, d'hospitalisation à domicile, de soins à
domicile de large façon, mais c'est de cela que nous parlons quand on parle de
soins de proximité. Il faut mettre autant d'efforts sur ce qui se passe dans
l'établissement, sinon plus, même, que ce qui se passe à l'extérieur des
hôpitaux.
• (11 h 20) •
M. Fortin : Parce que ce que vous dites, essentiellement, c'est qu'on
n'arrivera même pas à régler ce qui se passe à l'intérieur de l'établissement
si on ne règle pas ce qui est à l'extérieur. Quand vous dites que vous doutez
de la capacité à vraiment améliorer les choses, par exemple à l'urgence, là,
c'est un peu ce que vous nous dites, c'est...
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, s'il y a toujours trop de
patients qui y vont, à l'urgence, et s'il y a toujours trop de patients qui
sont hospitalisés et qui ne peuvent pas quitter alors que des patients à
l'urgence attendent un lit hospitalier...
C'est ça, le fonctionnement, ça fait que c'est un tout, tout cela, là. Ce n'est
pas juste ce qui se passe dans l'hôpital.
Si on veut améliorer ce qui se passe dans l'hôpital, il faut améliorer ce qui
se passe à l'extérieur de l'hôpital.
M. Fortin : OK. Alors, quand vous parlez... et je pense que je vous ai
entendu correctement, là, tantôt vous avez parlé de centralisation et de
hiérarchisation des pouvoirs décisionnels, là, vous faites référence au
directeur médical et au PDG qui prennent une grande partie des pouvoirs que les
CMDP, entre autres, avaient avant, c'est ça?
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui. Il faut faire attention,
hein? On a utilisé le mot «trop de pouvoirs en trop peu de mains», je ne dis
pas que ce n'est pas nécessaire. Je m'adresse à vous, je m'adresse à tous les
parlementaires, je m'adresse à vous,
M. Dubé, ce n'est pas... Est-ce que c'est nécessaire de mettre ça dans une
loi? Peut-être. C'est vous qui le savez plus que moi, mais il faut faire
attention, par rapport à ces choix-là, de donner beaucoup d'autorité à
certains représentants qui ne la partagent pas. C'est pour ça qu'on parle
beaucoup de cogestion médicoadministrative, là, et des décideurs, je vais
donner la parole à un gestionnaire, là, des décideurs qui prennent des
décisions concernant l'accord de privilèges à des médecins et qui prennent des
décisions tout aussi importantes par rapport à des sanctions disciplinaires
versus ces mêmes médecins là. On a un petit problème avec ça, oui, c'est ça.
M. Gfeller
(Pierre) : Comme le Dr Gaudreault, je suis aussi médecin de famille.
J'ai commencé ma pratique dans les Hautes-Laurentides, dans un petit village de
2 000 habitants. On a un questionnement par rapport aux mécanismes
qui sont mis en place, mais on comprend qu'au niveau hospitalier c'est la façon
de faire, c'est la façon avec laquelle on l'a fait dans le passé, on raffermit
les pouvoirs de certains gestionnaires. Par contre, on se demande comment ça,
ça va se décliner quand on arrive dans les services au niveau de la communauté,
entre autres dans les groupes de médecine familiale, dans les autres types de
services de santé et de services sociaux, les soins à domicile qu'on retrouve à
la maison.
Alors, est-ce qu'un
modèle hospitalocentrique... est-ce que ça va être la bonne façon de gérer tout
ce qui doit se passer dans la communauté? C'est un questionnement qu'on a, mais
on comprend que, pour le milieu... Ces règles-là, elles sont issues du milieu
hospitalier, elles se sont développées en milieu hospitalier. Donc, le
questionnement, c'est au moment où on doit faire un virage première ligne.
Parce que les urgences, c'est le reflet du système. Quand une urgence est
pleine, c'est parce qu'il y a trop de monde qui se présente parce qu'ils n'ont
pas été vus avant, c'est parce que les patients ne sortent pas des lits, parce
qu'il n'y a pas de place en CHSLD, on ne peut pas donner le service à domicile
ou on n'est pas bien attaché avec le secteur communautaire. Donc, l'urgence,
c'est simplement un reflet du réseau. Alors, il faut vraiment faire un virage
première ligne.
M. Fortin : Tantôt, on a entendu le ministre utiliser une expression.
Il a dit : Quand ça fonctionne bien, quand ce n'est pas brisé, on continue
comme ça. Est-ce que les CMDP, en ce moment, ils sont brisés ou est-ce qu'ils
fonctionnent bien?
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, les... Bien, nous, nous
pensons que les CMDP, c'est une organisation qui doit poursuivre, là. C'est...
les CMDP... comme c'est le cas actuellement, mais les CMDP... au même niveau
que les conseils d'infirmiers et infirmières, et avec le conseil
interdisciplinaire au... dans l'organigramme au-dessus de ces structures-là.
C'est parfait, là, tu sais, mais la dilution des... je dirais, des
responsabilités du CMDP, il faut faire attention. Il faut poursuivre. Il y a
des CMDP qui fonctionnent très bien. Il y en a d'autres avec lesquels c'est
plus difficile, on va s'entendre tous, là.
M. Fortin : Mais... mais...
M. Gaudreault
(Mauril) : De là la raison de faire en
sorte de... Quand vous avez identifié des leaders médicaux dans un établissement... ce n'est pas tous les médecins qui
sont des leaders, hein, on va s'entendre là-dessus, quand vous avez identifié
des leaders médicaux, ce que moi, je dis, ce que nous disons, c'est qu'il
faudrait faire en sorte qu'ils soient mieux formés, mieux supportés pour
faire une bonne job dans leur établissement...
M. Fortin : Quand vous parlez du risque de démobilisation et de
désengagement, là, est-ce que vous faites référence à ces leaders-là?
M. Gaudreault
(Mauril) : C'est ça. On fait référence à
ces leaders-là, par rapport au fait...
M. Fortin : Donc, on serait en train de prendre les leaders, les gens qui
s'impliquent, les gens qui veulent faire en sorte que ça fonctionne,
puis de démobiliser ces gens-là?
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui, puis de diminuer,
peut-être, leurs tâches cliniques un peu puis mieux les rémunérer. Ça va tout
ensemble aussi, cela, par rapport à l'identification des personnes qui veulent
bien assumer ce rôle-là. Souvent, la façon avec laquelle ça se passe, par
rapport aux chefs de département... un département où il y a huit médecins, puis ils font chacun leur tour la
chefferie du département. Exemple, bon, ça va être à ton tour cette année.
Ça se passe comme ça des fois, là. Ça, ce
n'est pas bon, parce que ce n'est pas, je le répète, tous les médecins qui
sont... qui ont des habiletés puis des capacités de leader. Donc, il
faut les identifier et les supporter.
M. Fortin : Dernière
question, je crois, puis je m'en excuse à ma collègue, d'avoir pris tout notre
temps, mais vous faites référence aux patients d'exception. Je veux absolument
qu'on y touche dans les quelques secondes qui restent, là.
M. Gaudreault
(Mauril) : Aux médicaments.
M. Fortin : Aux médicaments d'exception, pardon. Ça, c'est des gens,
là...
M. Gaudreault
(Mauril) : C'est pour des patients
d'exception.
M. Fortin : Ça, c'est des patients qui vont perdre accès, qui pourraient
perdre l'accès aux médicaments qu'ils utilisent en ce moment, notamment pour
traiter leur cancer, à travers ce projet de loi là. Alors, si je comprends bien
votre demande, c'est de retirer cette disposition-là pour que les gens puissent
continuer à avoir accès à ces médicaments-là.
M. Gaudreault
(Mauril) : Ce n'est pas une demande comme
une préoccupation. Il faut voir comment on peut
faire ça ensemble pour faire en sorte que... Pour certains traitements et les
protocoles de recherche, actuellement, les médicaments en question sont
payés. Donc, il faut, comme société, comme tous ensemble, voir comment on
pourrait donner accès, le plus possible, à tous ces patients-là à ces
médicaments dits d'exception...
M. Fortin :
Très bien.
M. Gaudreault
(Mauril) : ...et diminuer la lourdeur, là, qui accompagne cela
quand c'est nécessaire.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup.
M. Fortin : J'apprécie. Merci, messieurs, madame.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, M. le député de Rosemont, pour
2 min 52 s.
M. Marissal : Merci, M. le
Président. Bonjour.
M. Gaudreault
(Mauril) : Bonjour.
M. Marissal : Merci, merci
d'être là, encore une fois. Rapidement, question très technique, vous avez
parlé d'un sondage auprès de vos membres,
auquel 1 300 de vos membres ont répondu. Est-ce que vous accepteriez de
nous le partager?
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui.
M. Marissal : Et, idéalement,
dans l'intégralité, parce qu'un sondage, c'est un tout et non pas une partie,
là.
M. Gaudreault
(Mauril) : On va vous le...
M. Marissal : Bien, pensez-y.
Si vous voulez l'envoyer sur le Greffier, ici, ça nous ferait...
M. Gaudreault
(Mauril) : Non, on va vous le partager
avec... volontiers, là, tout à fait.
M. Marissal : Super. Merci. Ce
sera utile à nos réflexions. Vous disiez, tout à l'heure, que, quand le
ministre nomme tout le monde, ce n'est pas de la décentralisation. Bon, on ne
parlera peut-être pas de décentralisation, de centralisation,
question de bien commencer la semaine avec le ministre, qui ne veut pas qu'on
parle de ça, là, mais parlons de concentration, peut-être, de pouvoirs.
Vous dites essentiellement : Quand le ministre nomme tout le monde, c'est de la concentration de
pouvoirs. Vous dites, par ailleurs, que les comités des usagers sont dépossédés
de leurs pouvoirs qui étaient déjà restreints. OK, j'ai la même analyse
que vous, mais ce n'est pas grave, là. Qu'est-ce qu'on fait pour corriger ça?
M. Gaudreault
(Mauril) : Moi, je ne dis pas que ça
prend... Je suis d'accord que ça prend des décideurs, des gestionnaires
décideurs dans des établissements pour que ça fonctionne, notamment quand ça
fonctionne mal. Ça en prend, mais pas seulement ces seules personnes là. Il
faut élargir un peu la capacité de ces décideurs-là avec les leaders médicaux,
avec les patients, avec les usagers. Dans ma tournée, j'ai vu autant de
gestionnaires, de médecins que d'usagers. Il
y a plusieurs, plusieurs comités des usagers avec des personnes très volontaires
qui voulaient travailler à faire en sorte d'améliorer la façon de faire,
mais qui étaient vues, je dirais, plus... pas comme un partenaire, tu sais, je vais y aller de façon correcte, là, ils
n'étaient pas vraiment vus comme des vrais partenaires. Alors, là-dessus, je
salue ce projet de loi là qui veut leur donner une voix plus grande, et
on sera toujours d'accord avec cela.
Mais, encore une fois, je le dis, si, tous
ensemble, nous fonctionnons avec la même responsabilité de faire en sorte d'améliorer la situation, on va y arriver.
Tout à l'heure, à l'extérieur, il y a des journalistes qui me demandaient la question :
Pourquoi ça n'a pas marché il y a 10 ans, 20 ans? Pourquoi ça
marcherait maintenant? Je pense que tout le monde se sent plus responsable de
devoir participer à l'amélioration de tout ça.
M. Marissal : Mais,
techniquement, Dr Gaudreault, la question, c'est : Comment s'assure-t-on
de ne pas déposséder les comités
d'usagers, les... Autrement dit, comment on leur assure une voix réelle et non
pas un mal nécessaire, comme vous disiez tout à l'heure?
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui. Bien, en travaillant ensemble avec eux puis
en leur donnant une voix plus importante à tout ce qui se passe dans
leur établissement.
M. Marissal : Mais,
en tout respect, il n'y aura pas d'article dans le projet de loi qui va
dire : Les usagers sont importants, nous devons les respecter, là.
Est-ce qu'on doit s'assurer de leur élection, de leur pérennité, de...
M. Gaudreault
(Mauril) : De leur...
M. Marissal : Je cherche techniquement qu'est-ce qu'on met,
dans le projet de loi, que vous ne voyez pas pour nous assurer,
effectivement, que...
M. Gaudreault
(Mauril) : Assurer? Bien, on parlait d'un comité national des
usagers, bon, que leur nomination, on dit, vient du... de Santé Québec ou du
conseil d'administration. Pour nous, ce serait plus démocratique puis
plus préférable de leur demander de nommer
les personnes qui veulent les représenter sur le comité national avec les comités
locaux. Je suis allé... il y en a plusieurs, des personnes, là, à mon avis, qui
ont des expertises de patients qu'on utilise mal. J'ai été invité,
l'année dernière, à aller à leur assemblée annuelle du regroupement provincial
des comités des usagers, j'ai pris la parole là. Ils étaient 480 dans la salle.
Ça fait que c'est des gens, je pense, pour lesquels nous utilisons mal leurs
compétences puis leurs expériences.
M. Gfeller (Pierre) :
J'ajouterais peut-être...
Le Président (M. Provençal)
: ...la parole au député des Îles-de-la-Madeleine,
pour 2 min 52 s, vous avez... le député de Rosemont vous a
demandé si vous étiez prêts à partager un... votre sondage. J'ai compris que
c'était oui. Alors, je vais vous inviter à le faire parvenir à la secrétaire de
la commission. Puis, l'autre question que je vous pose, est-ce que c'est un
sondage qui peut être diffusé? C'est-à-dire, si on le dépose sur Greffier, la
population peut le consulter, est-ce que vous êtes en accord avec ça?
• (11 h 30) •
M. Gaudreault
(Mauril) : Je n'ai pas de problème avec
ça.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Je voulais m'assurer.
M. le député des Îles.
M. Arseneau : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, j'ai peu de temps. Je vous salue, je salue
mes collègues également. Je vous remercie de votre contribution. Puis j'ai une
question sur la première ligne ou l'avant-première ligne. Vous
mentionnez les techniciens ambulanciers paramédicaux. Je suis certain que ça
leur fera grand plaisir parce qu'ils se sentent un peu abandonnés dans cette
réforme. Comment voyez-vous, là, qu'on puisse aborder cette question-là dans le
projet de loi actuel?
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, moi... il faut leur
donner la place qu'ils méritent. Ça va tout dans le sens d'améliorer les soins
de première ligne, aussi par rapport aux techniciens paramédicaux, puis il faut
favoriser aussi qu'ils puissent faire partie d'un ordre professionnel en bonne
et due forme, un ordre professionnel qui est garant de la qualité des services
et des actes qu'ils pourront poser. Ça fait que, ça, je pense que ce serait à
travailler avec l'Office des professions, mais je pense qu'on est rendu là pour
ce qui est de vraiment, vraiment leur permettre de se réunir en ordre
professionnel.
M. Arseneau : Vous
avez aussi mentionné, tout à l'heure, que les urgences sont le reflet du
système, du réseau. Est-ce qu'il y a quelque chose, dans ce projet de
loi là, qui nous permet de penser qu'on va améliorer la situation dans les
urgences?
M. Gaudreault
(Mauril) : Moi, je pense que oui, mais je reviens toujours avec
la fameuse responsabilité sociale, populationnelle de tout le monde. C'est en
ce sens-là... J'ai 75 ans, là, je ne suis pas un optimiste, là, mais je
suis... bien, je suis optimiste, oui, mais, tu sais, je ne suis pas naïf non
plus, tu sais, et je pense que c'est... On est rendu là, vraiment. Toute la
communauté, tous les professionnels de la santé, tous les gestionnaires, tout
le Québec veut améliorer l'accès à des soins pour nos Québécoises et nos
Québécois. C'est dans ce sens-là que je pense que le projet de loi peut
améliorer les choses, et c'est impossible, pour moi, après une tournée que j'ai
faite, voyant les difficultés d'accès un peu partout, de dire que le statu quo
est une option. Non. Il faut faire quelque chose.
M. Arseneau : Vous avez aussi
mentionné... Je cherche la référence exacte. Vous parlez de la pénurie de main-d'oeuvre qui va certainement continuer encore
plusieurs années. Est-ce qu'on n'a pas une obligation de mobiliser, en fait, toutes les ressources qui sont
actuellement présentes ou qu'on pourrait attirer dans le réseau et que,
justement, l'axe qu'on a emprunté, celui de la concentration des
pouvoirs entre les mains d'un nombre plus restreint de gens encore, ça ne va
pas créer exactement l'effet inverse, de démobilisation?
M. Gaudreault
(Mauril) : Je ne sais pas. Moi, je pense
que tout cela peut... ne peut que favoriser... On va fonctionner encore avec la
pénurie de main-d'oeuvre, mais la main-d'oeuvre actuelle, comment on pourrait
faire en sorte qu'elle travaille mieux ensemble?
M. Arseneau : Bien, il faut
qu'elle soit mobilisée. Encore, aujourd'hui, il y a deux chefs de département
qui ont démissionné dans... en Estrie et ils disent : Le système est
déshumanisé, ce n'est plus le patient au coeur des préoccupations, puis nous,
on n'est pas écoutés. Vous parlez de soutenir et former les chefs de
département, mais on ne semble pas les écouter. Est-ce que c'est une lacune que
vous constatez?
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, c'est peut-être une démonstration de ce que
je dis, qu'il faut mieux les supporter, mieux les former, mieux les
écouter et mieux les rémunérer.
M. Arseneau : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, nous terminons cet échange
avec la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Merci. Merci, M.
le Président. Merci d'être d'être parmi nous. Hier, le ministre annonçait à
Rimouski que les DRMG allaient avoir plus de pouvoir, notamment sur les AMP.
Qu'est-ce qui manque? Qu'est-ce qui manque au niveau des pouvoirs des DRMG?
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, les DRMG, c'est pour les
départements régionaux de médecine générale. Je pense que vous parlez des
départements régionaux de médecine spécialisée aussi, là.
Mme Nichols : Oui, les deux.
M. Gaudreault
(Mauril) : C'est ça, OK. Bien, écoutez,
moi, je pense que c'est la même chose, je m'excuse de dire ça si souvent, mais
de partager tous ensemble la responsabilité pour comment on pourrait mieux
répondre aux besoins des communautés à desservir, et, ça, je pense que c'est
une avenue.
Mme Nichols : Mais quel
pouvoir, entre autres, il manquerait? Quel pouvoir on pourrait leur donner dans
le projet de loi pour...
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, je ne sais pas, à titre
d'exemple, moi, je viens de... J'ai toujours fait ma carrière à Chicoutimi, au Saguenay—Lac-Saint-Jean. Il y a des néphrologues à Chicoutimi, tu sais, il y a des urologues,
il y a des... Il y a plusieurs départements médicaux qui sont bien pourvus,
mais ils sont à Chicoutimi. Il y en a, de ces départements-là, qui vont,
exemple, à Alma ou à Dolbeau pour offrir des services, pas tous.
Donc, si on met en évidence que, pour aller,
exemple, dans un autre établissement de la région, ça prendrait un membre d'une
discipline spécialisée, il faudrait voir à faire en sorte qu'il puisse se
déplacer puis aller rendre des services là
pas nécessairement, je l'ai dit, de façon administrative, mais choisir la bonne
personne dans le département médical en question pour y aller, et, ça,
je suis persuadé que la communauté médicale est d'accord avec ce que je dis
dans ce sens-là, mais de faire ça correctement par rapport à définir puis
choisir la bonne personne pour y aller.
Veux-tu dire un mot, Nathalie?
Mme Saad (Nathalie) : Oui. Je
pense aussi que, quand on regarde les activités à l'extérieur des milieux où les médecins sont concentrés, il faut qu'on
s'assure que les structures soient en place pour offrir ces services-là. C'est
vrai pour tous les professionnels, médecins et autres. De juste avoir, dans une
structure, un médecin qui est déplacé, ça ne va pas
répondre aux besoins d'accessibilité. Il faut que la structure soit mise en
place autour du médecin, avec l'équipe interdisciplinaire qui est requise, pour
être capable d'arriver à avoir des soins qui vont être accessibles et qui vont
être pertinents pour les patients qui vont les recevoir. Donc, ce n'est pas
juste une question de mobilité. C'est une question d'infrastructure et
d'organisation.
M. Gfeller (Pierre) : Puis ça
doit être basé aussi sur la géographie et la démographie. On ne fera jamais de chirurgie cardiaque dans mon hôpital à
Mont-Laurier, où j'ai travaillé, c'est clair, parce que la démographie n'est
pas là. Donc, si on déplace des médecins, il faut que l'infrastructure
soit là. Il faut qu'on tienne compte des compétences particulières des
spécialistes et puis il faut que le service soit pertinent, surtout dans le
contexte actuel de manque de main-d'oeuvre.
On ne peut pas éparpiller les services partout à faible volume, d'autant plus
que ça amène des problèmes de qualité.
M. Gaudreault
(Mauril) : De la chirurgie cardiaque, on
va continuer à en faire à Chicoutimi, par exemple.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, je remercie les représentants
du Collège des médecins du Québec pour leur collaboration et leur contribution.
Nous suspendons les travaux momentanément pour
pouvoir permettre au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 36)
(Reprise à 11 h 42)
Le
Président (M. Provençal)
:
Nous reprenons nos travaux.
Nous recevons maintenant l'Ordre des sages-femmes du Québec. Alors, mesdames,
vous avez un 10 minutes pour votre présentation, et nous poursuivrons, par
la suite, avec des échanges avec les membres de la commission. Vous avez
maintenant la parole.
Ordre des sages-femmes
du Québec (OSFQ)
Mme Pelletier (Julie) : Merci.
M. le Président, M. le ministre, Mme la secrétaire, Mmes et MM. les députés,
bonjour. Merci pour cette invitation à participer à la commission. Je m'appelle
Julie Pelletier. Je suis sage-femme et présidente
de l'Ordre des sages-femmes du Québec. Je suis accompagnée de Mme Annie
Bronsard, qui est sage-femme aussi.
Elle est vice-présidente de l'ordre et cheffe de service du centre
parent-enfant de l'Hôpital Sainte-Croix, à Drummondville.
D'entrée de jeu, nous souhaitons nommer que nous
sommes ici en tant qu'ordre professionnel. Notre mission est de protéger le
public. Nous nous en acquittons par la surveillance de la profession ainsi que
par la vigilance et la proaction pour le
développement d'une profession de qualité qui répond aux besoins de la
population. La collaboration, le
respect, la rigueur, l'innovation et l'intégrité sont les valeurs de l'ordre.
C'est les valeurs qui ont guidé notre analyse des impacts potentiels du
projet de loi n° 15 sur la sécurité des soins offerts aux femmes et aux
familles. Nous nous sommes également
appuyées sur le principe d'évaluation et de jugement par les pairs pour
apprécier la qualité de l'acte professionnel.
Nous avons évalué les changements proposés à la lumière de la nécessité pour
nos membres de pouvoir pratiquer en toute autonomie, conformément à
leurs normes professionnelles.
Depuis la légalisation en 1999, les sages-femmes
ont toujours exercé en pleine autonomie, jamais en subordination d'une autre profession. Le taux de satisfaction élevé de
la clientèle reflète que les sages-femmes s'acquittent très bien de
cette responsabilité. Nous tenons à vous assurer que nous sommes en accord avec
les objectifs généraux du projet de loi. La proximité et l'écoute sont des
principes fondateurs de la pratique des sages-femmes.
Pour assister aussi à la réalité terrain de la
situation en périnatalité et en obstétrique, nous sommes également d'avis qu'un
statu quo n'est plus possible. Nous souhaitons que le législateur saisisse
l'opportunité de promouvoir réellement la
valeur de la première ligne, celle qui débute avant qu'on doive mettre les
pieds dans un centre hospitalier. Nous espérons conscientiser le
législateur à la valeur de la profession de sage-femme pour toute la sphère
sexuelle et reproductive. Comprendre la
richesse de notre profession pourrait mener à propulser une offre de service,
en ce moment marginale, vers une offre accessible à toute la population.
Par ce projet de loi, vous souhaitez améliorer
l'efficacité du système de santé. Nous saisissons cette opportunité pour vous
proposer d'aller encore plus loin. Nous vous proposons des moyens pour que la
profession de sage-femme puisse, dans un avenir rapproché, desservir une plus
grande partie de la population. La pandémie a contribué à mettre en lumière
l'apport possible et même essentiel des sages-femmes en dehors du cadre connu
depuis les années 90.
Avant de vous proposer nos innovations, nous
tenons à souligner la relation respectueuse et constructive que nous
entretenons avec nos collègues des autres ordres professionnels en santé. Nous
collaborons régulièrement, et ce, au plus grand bénéfice de la population. Les
recommandations qui suivent reflètent une volonté de poursuivre les
collaborations d'égal à égal. Nous voulons, avec vous, aller plus loin. Le
travail concerté lors de la pandémie et le chantier
d'élargissement des pratiques professionnelles sont des exemples de
collaboration interprofessionnelle efficace et centrée sur les besoins de la population. La collaboration est porteuse
de changement. Nous devons toutefois souligner notre
inquiétude en lien avec cette nouvelle notion qui s'ingère au projet de loi
n° 15, c'est-à-dire la subordination de la pratique sage-femme à la
pratique médicale.
Voici maintenant les
premières priorités de l'Ordre des sages-femmes dans le cadre du projet de loi
n° 15. D'abord, l'ordre recommande la création d'une direction sage-femme.
La pratique des sages-femmes est orientée vers la prévention, le dépistage et
le maintien de la santé sexuelle et reproductive ainsi que celle de la santé
familiale. De plus, l'expertise des sages-femmes se situe dans la prestation de
soins intégratifs de proximité majoritairement en dehors du centre hospitalier.
De placer un
département de sages-femmes sous la gouverne d'une direction à vocation
principalement hospitalière représente un
risque bien réel pour l'accès des services de première ligne que sont les
services de sages-femmes. Nous sommes
particulièrement conscientes du nombre restreint de nos membres, pour le
moment, dans les établissements. Or, l'ordre souhaite que ses membres
puissent dispenser davantage de services à un plus grand nombre d'usagères au sein de différentes directions de programme des
établissements. Cette offre de services nécessitera de pouvoir s'asseoir
avec les autres directions dans un mode de cogestion.
Ensuite, l'ordre
recommande que l'évaluation de l'acte des sages-femmes soit effectuée par des
pairs au sein du conseil professionnel. À la lumière de l'histoire de
l'intégration des sages-femmes au réseau de la santé et de l'ingérence médicale
encore malheureusement bien présente et fréquente sur le terrain, pas avec les
autres ordres, mais vraiment sur le terrain,
un conseil des sages-femmes autonome demeure une entité importante dans les
établissements. L'autonomie professionnelle des sages-femmes doit être
respectée, particulièrement lors de l'élaboration de règles de soins spécifiques au service de sages-femmes, et
ce, conformément à leurs normes et déontologie professionnelle. Ce qui est
considéré comme étant les meilleures pratiques peut différer d'un professionnel
à l'autre pour plusieurs raisons, entre autres le type de clientèle desservie,
le lieu de pratique et les normes professionnelles respectives.
Donc, nous
recommandons que soit clarifié, à l'article 184, le fait que les
professionnels doivent répondre à des règles propres à leur département et non
pas uniques à l'exercice de tous les professionnels. Dans le même sens, nous
recommandons la réintroduction de la notion du conseil des sages-femmes
autonome dans le projet de loi, avec les responsabilités et pouvoirs inhérents
à leur... à sa raison d'être. Nous reconnaissons aussi que, dans certains
établissements, la fusion entre un CMDP et un CSF peut être souhaitée, tel que
prévu actuellement dans la LSSSS.
Advenant cette
fusion, nous recommandons l'équité entre les professionnels représentés pour
maintenir une répartition égale des leviers de pouvoir, tout en respectant les
spécificités propres à chaque profession. Considérant les responsabilités
prévues par le projet de loi pour les conseils professionnels, l'ordre est
d'avis que la collaboration interprofessionnelle doit plutôt être investie au
sein du conseil interdisciplinaire d'évaluation des trajectoires et de
l'organisation clinique. Ainsi, nous recommandons au législateur d'assurer que
le conseil interdisciplinaire prévoie la représentation des sages-femmes dans
sa composition.
Concernant
l'appréciation de l'acte et la discipline en établissement, l'autorégulation et
l'évaluation par les pairs sont des fondements du système professionnel. Les
pairs sont en mesure d'évaluer les compétences, la conduite et l'éthique de leur profession. L'examen par les
pairs est crucial pour maintenir des normes de pratique élevées, garantir
la qualité des services offerts aux usagers et assurer la sécurité du public.
Nous recommandons, donc, la nomination d'une sage-femme examinatrice nationale
pour le traitement des plaintes impliquant un contrôle et une appréciation de
la qualité de l'acte sage-femme et que l'article 614 soit modifié afin que
soit nommé au sein du comité de révision deux membres pairs du professionnel
examiné.
Enfin,
dans le but de répondre de manière concertée et adaptée aux besoins de la
population, nous recommandons, à l'article 195, l'ajout des effectifs
sages-femmes aux plans d'effectifs médicaux et dentaires régionaux. Cela
permettra de mieux coordonner l'accessibilité aux services de périnatalité dans
un territoire donné.
Nous souhaitons aussi
nommer que la profession de sage-femme au Québec est le résultat de
représentations citoyennes répétées au fil des années. Il est essentiel que le
projet de loi prévoie un rôle consultatif parmi les fonctions des comités
d'usagers à l'égard de la mise en place des trajectoires et des règles de soins
les concernant.
De plus, nous pensons
que les clientèles devraient être représentées selon leurs besoins. En effet,
les besoins des usagers malades sont différents des gens qui requièrent des
services de promotion de la santé ou de dépistage. En l'occurrence, les personnes qui recourent à des services de santé
sexuelle et reproductive doivent avoir une voix dans la prise de
décision concernant la trajectoire et les soins proposés.
• (11 h 50) •
En terminant, nous
souhaitons réaffirmer notre volonté de collaborer afin de trouver des solutions
pour le maintien des services sécuritaires
en obstétrique. Nous souhaitons que le gouvernement saisisse cette opportunité
pour aller plus loin dans la réorganisation du réseau afin de mettre en
valeur l'autonomie des sages-femmes au plus grand bénéfice de la population. Nous tenons à nouveau à remercier la
commission et le gouvernement de nous avoir invitées à participer aujourd'hui et d'exprimer nos
recommandations. Nous sommes prêtes à recevoir vos questions, commentaires
avec grand plaisir.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour votre
exposé. M. le ministre, je vous cède immédiatement la parole pour cet
échange.
M. Dubé : Merci,
merci. Et, comme on dit toujours, merci pour votre mémoire et pour le travail
que vous avez fait et que vous faites, en fait, tous les jours, en plus
du mémoire.
Deux choses,
peut-être. Vous avez dit le mot «marginal» tout à l'heure, puis j'aimerais ça
peut-être qu'un peu comme l'ont fait les infirmières auxiliaires ce
matin, si vous... Moi, j'aimerais ça que vous preniez peut-être deux, trois
minutes pour décrire le nombre de sages-femmes qu'on a au Québec, quelle est la
proportion par... Là, je sais qu'on fait souvent le lien, et moi le premier, entre les accouchements
qui sont... Je dirais, vous vous êtes fait connaître par ça. Dites-nous un peu qu'est-ce que c'est, la
profession, en ce moment, j'aimerais ça qu'on comprenne, parce que, quand vous
dites : On veut passer d'un rôle marginal à autre chose, ça veut dire
quoi, en ce moment, les sages-femmes... Après ça, on regardera qu'est-ce
que ça dit en termes du projet de loi n° 15.
Mme Pelletier
(Julie) : Parfait. Donc, les sages-femmes sont des professionnelles de
la santé exclusivement en exercice dans les établissements de santé. Donc,
elles exercent exclusivement dans le réseau public. Nous avons près de
300 membres à l'ordre. Donc...
M. Dubé :
OK, 300.
Mme Pelletier
(Julie) : 300. Si on se compare, par exemple, aux médecins de famille
accoucheurs, on n'est pas très loin du nombre de médecins de famille
accoucheurs, mais, nous, notre exercice, il est exclusivement en périnatalité
et en obstétrique. Donc, la sage-femme, présentement, va être responsable du
suivi de la grossesse, de l'accouchement et du suivi postnatal, jusqu'à six
semaines, de la mère, de l'enfant, bon, et de l'accompagnement de la famille
par la suite. L'exercice est vraiment principalement dans les maisons de
naissance ou dans les services de sages-femmes là où il n'y a pas de maison de
naissance, quand le volume n'est pas suffisant, là, à cette structure-là. Donc,
c'est un fonctionnement vraiment...
M. Dubé :
J'ai mal compris, là. Vous êtes
et dans les établissements et dans les maisons? Vous avez ce droit-là au
niveau des deux?
Mme Pelletier
(Julie) : Oui. L'exercice de la sage-femme, son port d'attache, si je
peux m'exprimer comme ça, c'est la maison de naissance ou le service, et la
particularité de l'exercice sage-femme, ce qui en fait quelque chose
d'extraordinaire, si vous voulez mon avis, c'est que c'est la personne qui
vient chercher les services qui va choisir son lieu de naissance.
M. Dubé :
C'est ça, de le faire à...
Mme Pelletier (Julie) : Exactement.
Donc, dans les maisons de naissance où qu'il y a des chambres de naissance, mais on a aussi cette capacité et ces
compétences-là d'accompagner les personnes qui accouchent dans leur domicile...
M. Dubé :
Alors, pour ceux qui le veulent.
Mme Pelletier
(Julie) : ...lorsqu'elles le souhaitent, et aussi dans les centres
hospitaliers lorsque c'est le choix de la personne qui va donner naissance.
M. Dubé :
OK. Une autre statistique que j'aimerais avoir parce que je veux que nous,
on comprenne, comme législateurs, mais que les Québécois le comprennent aussi,
un peu comme on a fait avec les infirmières auxiliaires... Vous dites que vous avez à peu près le même nombre
de sages-femmes que des médecins qui font des accouchements. C'est quoi, la proportion en termes... Est-ce que
vous avez 5 %, 10 %, 20 % des accouchements au Québec? Êtes-vous
capables de nous dire ça?
Mme Pelletier
(Julie) : Les dernières statistiques étaient autour de 4,5 %.
C'est...
M. Dubé :
4 % des naissances?
Mme Pelletier
(Julie) : Des naissances, oui. La particularité du service de
sage-femme, par contre, c'est le suivi en
continuité et la qualité du service rendu. Donc, une personne qui vient
chercher les services d'une sage-femme va utiliser significativement
moins les autres services, comme l'urgence, comme les centres de prélèvement,
comme l'appel à un 8-1-1, parce que...
M. Dubé :
Parce que votre activité n'est pas liée uniquement à l'accouchement?
Mme Pelletier
(Julie) : Exactement.
M. Dubé :
C'est pour ça que vous avez le
même nombre de personnes, mais vous faites 4 % au lieu d'en faire
50 %. Je vais dire ça comme ça.
Mme Pelletier (Julie) : C'est
un service qui se compare difficilement avec les autres offres de service qui
sont dans le système présentement.
M. Dubé : OK. Bien là, je vois
que j'ai mes collègues qui aimeraient vous poser des questions, ça fait que je
vais les laisser poser, puis, s'il nous reste du temps, je reviendrais un petit
peu sur la... Votre participation au comité interdisciplinaire, j'aimerais ça
reparler de ça, mais je vais laisser, M. le Président...
Le Président
(M. Provençal)
: Oui.
Alors, Mme la députée de Marie-Victorin.
Mme Dorismond : Pour
continuer aussi dans le même sens, là, de faire la différence entre le champ de
pratique du médecin accoucheur et
vous-mêmes, je salue grandement vos suggestions, là, pour aller plus loin dans
l'intégration des services de sages-femmes, mais jusqu'où vous êtes
prêtes à aller? J'aimerais ça vous entendre là-dessus.
Mme Pelletier (Julie) : Oui,
bien, un exemple intéressant qu'on a vu pendant la pandémie, c'est les
sages-femmes qui sont allées... qui ont maintenu leurs services, il n'y a
jamais eu de bris de service dans les maisons de naissance, mais qui sont aussi
allées prêter main-forte sur les départements d'obstétrique. Il y a des
sages-femmes qui sont allées faire de la vaccination COVID. Il y a des
sages-femmes qui sont allées... qui ont été responsables des projets PRAIDA, donc, pour les femmes réfugiées ou
demandeurs d'asile, des sages-femmes dans les maisons bleues. Donc, les
maisons bleues sont des installations du réseau qui desservent une clientèle à
très grande vulnérabilité.
Donc, ces sages-femmes-là exercent déjà dans un
modèle un petit peu plus étendu, mais elles pourraient faire encore plus, les
sages-femmes. Elles pourraient être la référence pour la gestion des fausses
couches. Au lieu de passer par l'urgence, on pourrait appeler une sage-femme.
On pourrait continuer beaucoup plus longtemps les suivis en allaitement. Donc,
on sait que l'allaitement, c'est gage de santé et de santé publique à long
terme. Donc, elles pourraient s'impliquer davantage dans les suivis en allaitement.
Donc, on pourrait faire aussi beaucoup plus de santé préventive au niveau du
dépistage du cancer du col, des ITSS. On pourrait aussi être plus impliquées
dans les services de contraception.
Donc,
effectivement, notre nombre est restreint, mais on a une vision, à l'ordre,
d'avoir plus de sages-femmes qui
pourraient desservir un plus grand nombre de personnes. Surtout dans les
communautés, dans les régions éloignées, où le volume de naissances est moins
élevé, on a des sages-femmes sur place qui pourraient, oui, s'occuper des
suivis de grossesse, des grossesses normales, mais aussi donner des
services à une plus grande partie de la population, donc optimiser leur
présence sur le terrain en collaboration avec les autres professionnels. Donc,
les sages-femmes, leur expertise, c'est la périnatalité et l'obstétrique. On ne
peut pas les déplacer dans un département, je vais dire, de néphrologie. Elles
sont vraiment spécifiquement là. Donc, leur expertise pourrait être optimisée
dans ce domaine-là.
Mme Dorismond : Santé mentale
périnatale, est-ce que... oui?
Mme Pelletier (Julie) : Bien,
nous, on n'est pas psychologues, on n'est pas psychiatres, mais on oeuvre dans
un pan assez psychosocial aussi. Le suivi de la sage-femme, il est intégratif,
donc santé mentale, milieu social, environnement de la femme, alimentation.
Donc, on ne fait pas juste s'occuper de la grossesse, mais vraiment que l'environnement autour de cette personne-là soit
le plus optimal possible, puis on va le faire avec la première grossesse. Quand
la femme revient nous voir pour une deuxième grossesse, troisième, bien, on
bâtit là-dessus aussi. Donc, la continuité fait vraiment partie intégrante de
nos suivis.
Mme Dorismond : Merci. Je vais
laisser la parole à mon autre collègue.
Mme Bronsard (Annie) : Dans ce
contexte-là, la sage-femme pourrait être un peu comme le rôle de l'infirmière pivot au centre, dans certaines
régions où la population est à densité un peu plus faible, entre les différents
professionnels.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée de Bonaventure.
Mme Blouin : Bonjour à vous.
Bonjour à tous les collègues aussi. Merci d'être ici et de nous renseigner sur votre profession. C'est vraiment, vraiment
important, très intéressant surtout. Moi, j'ai vu aussi... Dans vos
recommandations, vous recommandez notamment la création d'une direction
sage-femme, et là je suis curieuse de comprendre un peu de quelle façon ce
serait une valeur ajoutée, autant pour votre profession que pour l'usagère, par
exemple.
Mme Pelletier (Julie) : On a
proposé cette direction-là pour être cohérents avec la structure du projet de
loi actuelle. Donc, notre grande préoccupation, c'est l'accès puis c'est
l'autonomie de nos membres pour donner les services que les personnes
demandent. Donc, de placer un département sous une direction médicale, qui est
le DSP en ce moment, qui en a déjà vraiment beaucoup à gérer avec l'hôpital,
les services hospitaliers, on ne trouve pas que c'est une bonne idée d'aller placer les services de sages-femmes là pour
une question d'efficacité. En ce moment, c'est les responsables des
services de sages-femmes qui s'occupent de la gestion de la maison de
naissance, en cogestion avec les directions de programme, et c'est très fluide,
et ça fonctionne bien, ce n'est pas brisé.
Donc, on comprend l'idée, là, de vouloir
intégrer davantage les sages-femmes, mais, dans ce contexte-là et dans la structure proposée par le projet de loi,
ce qui nous semblait cohérent, c'est de proposer une direction sage-femme.
Par contre, on est très ouvertes à d'autres idées. On fait confiance à votre
équipe de trouver des façons de placer les sages-femmes
dans le réseau... qui ne se retrouveront pas sous une direction médicale qui a
déjà beaucoup d'hospitalier, beaucoup de médicaux, beaucoup de curatif à
gérer. Nous, on est de première ligne. On est hors centre hospitalier. Je vais
reprendre les mots de mon collègue, Dr Gaudreault, tout à l'heure : Il
faut sortir de l'hôpital.
Donc, nous, c'est vraiment ça, notre vision,
mais, encore là, on est conscientes qu'il y a peu de sages-femmes dans les
établissements présentement. On en souhaite beaucoup plus bientôt. Donc, la
direction, c'est ce qu'on vous propose, mais on est... Je
répète qu'on est ouvertes vraiment à travailler avec vous à trouver d'autres
solutions, à travailler avec vous, à travailler avec le regroupement qu'est
l'association professionnelle, avec les groupes de femmes, pour trouver quelle est la meilleure stratégie pour que
l'accessibilité demeure la priorité, et la proximité surtout.
Mme Blouin :
Est-ce que je comprends que le projet de loi n° 15 pourrait aussi être un
levier pour votre profession? Vous pouvez l'utiliser comme ça?
Mme Pelletier
(Julie) : C'est ce que nous souhaitons vraiment, parce que, depuis
1999, la profession s'est intégrée et s'est construite de façon assez
autosuffisante. Aujourd'hui, on est beaucoup plus dans une vision, à cause de
la pénurie, notamment, mais pas que... dans une vision intégrative, de
collaboration avec les autres professionnels de la santé. Donc, il faut
réfléchir à une meilleure intégration de nos services pour pouvoir être à
toutes les tables où il y a des décisions de trajectoires qui se prennent
aussi, au bénéfice des gens qui viennent chercher nos services.
Mme Blouin :
Merci beaucoup.
Le Président
(M. Provençal)
: Mme
la députée de Bellechasse.
Mme Lachance :
Merci, mesdames. On va continuer dans le même ordre parce que vous parlez
de l'intégration de vos services et vous
avez fait référence, dans votre mémoire, à l'ingérence médicale. Pouvez-vous me
donner des exemples de situations où c'est du vécu et comment aussi on peut
dénouer ces situations-là?
• (12 heures) •
Mme Pelletier
(Julie) : Oui, bien, c'est sensible comme sujet, parce que, comme je
vous ai dit, on a des très bonnes collaborations avec nos collègues des autres
ordres, notamment le Collège des médecins, que je salue, là, sa présentation
plus tôt. Malheureusement, sur le terrain, la profession — la
question du ministre est un exemple parfait — est encore méconnue dans le
réseau et avec nos collaborations, aussi, terrain médical. Donc, il y a... pour
qu'un service de sages-femmes s'installe, il
doit y avoir des ententes avec les équipes médicales locales, et, malheureusement, parfois, ces équipes-là vont
utiliser le levier de l'entente pour circonscrire la pratique des sages-femmes,
et, dans ces cas-là, ce que ça occasionne,
c'est que les sages-femmes ne peuvent pas occuper leur plein champ de pratique,
et, incidemment, c'est la population qui va s'en trouver perdante.
Par exemple,
d'obliger un type d'accouchement, que cet accouchement-là doit se passer à
l'hôpital, sinon on ne signera pas
l'entente, c'est des choses qui se sont vues. Donc, c'est ces formes
d'ingérence là qui nous font craindre, encore une fois, d'être placées sous une
direction médicale qui aura, ce directeur-là, vraiment beaucoup de pouvoir sur
l'organisation des services.
Mme Lachance :
Est-ce qu'il me reste encore une petite minute?
Le Président
(M. Provençal)
: ...
Mme Lachance :
Bon, vous avez mentionné, tout à l'heure, que votre champ de pratique se
définissait davantage à l'extérieur du milieu hospitalier que dans le milieu
hospitalier, donc dans les maisons de naissance, ou à domicile, ou, en tout
cas, dans le lieu que la future mère et famille décidera. Parfois, il arrive
qu'il y ait des transferts vers des milieux hospitaliers pour plusieurs
raisons, des raisons médicales, mais parfois des raisons peut-être... je ne sais pas comment je pourrais les appeler, plus
l'anxiété, nervosité, etc. Lorsque vous arrivez en milieu hospitalier, comment
se fait le transfert? Parce que, tout à l'heure, vous avez parlé des ententes
qui sont préalablement définies, mais, si vous avez un transfert mais qui ne
conduit pas nécessairement à une césarienne, à titre d'exemple, comment se
fait, comment s'opérationnalise le transfert?
Mme Pelletier
(Julie) : Bien, il y a deux façons de voir l'accouchement à l'hôpital.
En fait, il y a... parfois, c'est le choix de
la personne qui va donner naissance, donc la sage-femme ne fera pas le
transfert clinique de la responsabilité,
elle va garder les soins, l'accouchement va se faire sous ses soins à
l'hôpital, et, à l'occasion, va requérir la collaboration d'une
infirmière ou d'un médecin plutôt au niveau de l'organisation, là, et des
ressources. Et il y a le volet aussi d'un transfert médicalement justifié, donc
une condition qui fait que la grossesse ou l'accouchement devient à risque, et là on va carrément transférer
la responsabilité clinique au médecin, ce qui peut se faire en prénatal,
durant la grossesse ou au moment même de l'accouchement. Et donc ça, ça prend
des ententes. Généralement, ça se passe assez bien dans l'idée générale, mais,
encore là, localement, des fois, il demeure des enjeux, là, pour la fluidité.
Le Président
(M. Provençal)
: M.
le ministre.
M. Dubé :
Oui, bien, je veux revenir, tout
à l'heure, parce que vous l'avez dit, là, c'est probablement une profession
qui est peut-être méconnue à l'échelle du Québec. Puis vous avez quand même une
formation universitaire qui est donnée principalement...
Mme Pelletier
(Julie) : À Trois-Rivières.
M. Dubé :
À Trois-Rivières, à l'UQTR. Je veux juste bien comprendre votre question,
parce que j'aurai l'occasion, lorsqu'on va retourner au projet de loi de façon
détaillée, là, ce qu'on appelle à l'article par article, parce que votre
demande... Avant, vous n'étiez pas au CMDP, donc il n'y avait pas de
représentation des sages-femmes.
Mme Pelletier
(Julie) : Il y a un conseil des sages-femmes.
M. Dubé :
Il y a un conseil des sages-femmes, mais vous n'étiez pas dans le CMDP
comme tel.
Mme Pelletier
(Julie) : Non.
M. Dubé :
C'est ça que je comprends. Là, avec notre projet de loi, on vous met dans le
CMDP, et c'est pour ça que ça s'appelle le CMDP sages-femmes, hein? Bon.
Qu'est-ce qui vous déplaît dans ça qui fait que vous avez l'impression d'être
encore sous la férule du médecin? C'est ça que je comprends, et c'est parce
qu'à un moment donné il y a une question de nombre, hein, puis vous êtes quand
même un nombre plus limité. Alors, je veux juste bien comprendre qu'est-ce qui vous préoccupe puis qu'on pourrait,
lorsqu'on aura ces discussions-là, dire : Est-ce que notre comité interdisciplinaire est constitué de
tous ceux... Parce que vous avez quand même une formation universitaire.
Mme Pelletier
(Julie) : Tout à fait.
M. Dubé :
Tu sais, je trouve ça important de vous entendre là-dessus. Allez-y. Il
nous reste quoi, là?
Le Président
(M. Provençal)
: Deux
minutes.
M. Dubé :
Deux... mais c'est important, là. Qu'est-ce qui ferait une différence pour
vous?
Mme Pelletier
(Julie) : Sur la question du conseil interdisciplinaire, on est très
favorables et on veut en être, absolument. Donc, on est pour la collaboration
interprofessionnelle.
M. Dubé :
Mais il y a plusieurs façons d'y être, par exemple, c'est ça que je veux
comprendre.
Mme Pelletier
(Julie) : Bien, à notre lecture du projet de loi, le conseil
interdisciplinaire, c'est une entité, et il y a les conseils professionnels qui
sont une autre entité. Donc, on souhaite être du conseil interprofessionnel et
on souhaite pouvoir garder la possibilité
d'avoir un conseil de sages-femmes, comme c'est présentement prévu dans la loi.
M. Dubé :
De garder le conseil des sages-femmes, OK.
Mme Pelletier
(Julie) : De garder le conseil des sages-femmes. Présentement, la
LSSSS prévoit la fusion des CMDP et des CSF.
Il n'y a aucun établissement au Québec qui ont fait ce choix-là, sauf un, et
c'est le Grand Nord au Québec, où il y a des très petites équipes.
Vous conviendrez que c'est beaucoup plus pratique d'être ensemble. Par contre, au Québec, dans les CISSS et les CIUSSS,
aucun établissement n'a fait ce choix-là. Pourquoi? Parce que, je le rappelle,
les services de sages-femmes sont majoritairement hors centre hospitalier, les
préoccupations d'un CMDP sont tout autres.
M. Dubé :
Ça, vous avez dit ça, tout à l'heure.
Mme Pelletier
(Julie) : Et il y a ces préoccupations-là, il y a la fluidité de
pouvoir modifier les services, les ressources,
de s'adapter aux besoins qui, de notre avis, va être beaucoup plus complexe
dans un CMDP qui ont un tas d'autres priorités à s'occuper. Bien qu'une
sage-femme pourrait avoir un avis sur comment mieux donner les soins dans une
unité de dialyse, par exemple, ce n'est pas son expertise. Donc, d'utiliser une
ressource sage-femme pour aller prendre du
temps à être au CMDPSF, pour nous, ce n'est pas une utilisation judicieuse de
la ressource sage-femme telle qu'elle est présentement.
M. Dubé :
Est-ce que ça irait plus du côté des soins infirmiers, des SI?
Mme Pelletier (Julie) : Ça
irait plus du côté d'un conseil de sages-femmes qui, je vous le rappelle,
fonctionne très bien présentement.
M. Dubé :
On est ici pour poser des questions.
Mme Pelletier
(Julie) : Et je suis ici pour y répondre, non, ça me fait plaisir.
M. Dubé :
Et voilà. J'aime ça, moi, de même.
Mme Pelletier
(Julie) : Mais le conseil
des sages-femmes, en ce moment, ce n'est pas qu'il ne fonctionne pas
bien. Nous, de notre avis, il est sous-utilisé dans les établissements. Il
devrait être davantage utilisé.
M. Dubé : Il
me reste-tu du temps?
Le Président (M. Provençal)
: Non, il ne vous reste plus de temps.
M. Dubé : J'aurais aimé ça vous
en poser une autre, mais...
Mme Pelletier (Julie) : On
continuera plus tard.
M. Dubé : ...je suis certain
que mes collègues ici...
Le
Président (M. Provençal)
:
La réponse a été très habile. M.
le député de Pontiac. Ah! oui, Mme la députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : Merci, M. le
Président. Oui, oui, je vais continuer un peu dans des questions d'ordre
général pour en apprendre davantage sur votre champ d'intervention. Puis,
d'entrée de jeu, je vais être très candide, moi, j'ai eu trois enfants, j'ai
allaité trois bébés et je n'ai pas eu recours à une sage-femme, je suis allée
dans la voie traditionnelle, mais, croyez-moi, je sais très bien qu'une mère,
une femme enceinte se pose un million de questions qui débordent souvent le...
Tu sais, on se retrouve devant notre pédiatre... moi, elle m'a souvent dit...
Il y a plusieurs questions qui touchent la puériculture, qui touchent
l'allaitement, etc. Là, assez sur mon expérience à moi, mais ça m'amène à bien
comprendre les enjeux, les questions, puis j'aimerais ça qu'on en... puis j'ai
une ouverture d'esprit, là, une grande ouverture d'esprit, puis j'ai visité une
maison bleue dans ma circonscription, secteur Côte-des-Neiges, et j'ai vraiment apprécié l'importance de la
mission, à quel point La Maison bleue et les sages-femmes font une énorme
différence auprès des clientèles vulnérables.
Ma question est la suivante, parce qu'on a
touché à des exemples précis de gestes que vous posez, de conseils que vous donnez, de soins qui permettent
de désengorger nos urgences, améliorer la première ligne, vous avez
parlé de gestion de fausses couches, allaitement, service de contraception,
toute la sphère sexuelle et reproductive, éducation, moi, j'aimerais savoir...
Donnez-nous d'autres exemples pour qu'on puisse vraiment saisir... bien saisir
la plus-value que vous apportez, puis, quand
on va faire l'étude détaillée, ça va nous aider. Puis à partir de quand,
exactement, vous intervenez? Tu sais,
on a toujours dit, par exemple, à Sainte-Justine, c'est un centre mère-enfant,
dès que la femme est enceinte jusqu'à ce que l'enfant ait 18 ans.
Je vous laisse la parole, je pense, j'ai assez... Ma question est assez large.
Mme Pelletier
(Julie) : Oui, mais le service de sage-femme, on l'a nommé,
c'est intégratif. Donc, les sages-femmes ont cette compétence-là qui
est... pour l'obstétrique, qui est au niveau du médecin de famille, finalement,
mais avec moins... avec un champ d'exercice qui est beaucoup plus restreint.
Donc, la sage-femme, présentement, exerce... Dès que la femme est enceinte, elle peut avoir recours aux services de sa
sage-femme jusqu'à ce que le nouveau-né ait six semaines de vie. Donc,
on se retrouve vraiment dans une posture où notre champ d'exercice est très
large dans cette très petite fenêtre de soins qu'est le champ de pratique de la
sage-femme.
• (12 h 10) •
Et, sur un
autre ordre d'idées, on demande aussi l'élargissement de la pratique
professionnelle des sages-femmes, là, pour, justement, être en mesure
d'investir tout ce champ-là de possibilités. Donc, on a parlé, en dehors du
suivi de grossesse, de l'accouchement et du postnatal immédiat, on a parlé de
gestion des fausses couches, oui, gestion des avortements aussi. Donc,
l'avortement médical a fait beaucoup couler d'encre dans les derniers mois.
Donc, nous, on souhaite en être. On a les compétences pour évaluer l'âge de la
grossesse. On a les compétences de prescrire la médication, de faire le suivi
par la suite, de recommander la contraception et de la prescrire. Donc, on
voudrait aussi être davantage impliquées. L'accès à l'avortement n'est encore
malheureusement pas suffisant au Québec. Donc, on voudrait aussi participer à
ça. La gestion des fausses couches, on en a parlé. La vaccination, donc, la
vaccination, oui, des femmes enceintes, mais
des nouveau-nés, pourquoi pas? Et pourquoi pas de la famille? On a des gens
dans nos bureaux, pourquoi ne pas saisir cette opportunité-là d'avoir
des gens en présence pour parler de vaccination? Les dépistages des ITSS, donc,
présentement, les sages-femmes peuvent dépister les ITSS, mais seulement durant
la grossesse. Pourquoi ne pas utiliser ces compétences-là à une population plus
large? Pourquoi ne pas l'utiliser pour les partenaires sexuels aussi? Donc, on
est dans cette vision-là. L'histologie, dépistage cancer du col, on peut faire
des Pap tests aux femmes enceintes, mais on ne peut pas les faire en dehors de
ça.
Donc, on est... ça fait partie du projet de loi
n° 15, oui, mais aussi de notre demande d'élargissement du champ de pratique. Je m'égare peut-être du
sujet aujourd'hui. Support à l'allaitement au-delà de six semaines,
évidemment, on a des sages-femmes expérimentées, formées, qui vont
chercher de la surformation en allaitement, elles doivent s'arrêter à six
semaines. Donc, pourquoi ne pas pouvoir continuer à accompagner les femmes?
Vous en avez parlé, on a des questions,
quand on est parent, et, quand on a accès à une sage-femme et qu'à six semaines
on n'a plus accès, c'est vraiment dommage.
Support, soutenir les services en obstétrique.
En Gaspésie, ça s'est passé aussi, il y a quelques mois, quelques étés, où les sages-femmes sur place sont allées
soutenir les services d'obstétrique pour éviter le bris de service. Donc, ça, c'est
important, les femmes ont pu demeurer dans leur communauté pour donner
naissance, et ne pas devoir se déplacer à une heure, deux heures, trois heures
de route. Donc, les sages-femmes peuvent contribuer à ça aussi.
Notre service est majoritairement hors centre
hospitalier, mais notre vision, c'est de pouvoir aussi travailler en
collaboration. On est un ordre professionnel. Notre souhait, c'est que les
femmes aient des services sécuritaires, pas juste la
clientèle des sages-femmes, toute la population. Donc, c'est dans cette
vision-là qu'on se trouve. Est-ce que je réponds à votre question?
Mme Setlakwe : Vous répondez
très bien à ma question. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Il vous reste un trois minutes.
M. Fortin : ...tantôt, là, la discussion sur le conseil des
sages-femmes, que vous avez eue avec le ministre, là, vous avez utilisé un
exemple précis qu'une sage-femme n'est peut-être pas... ce n'est peut-être pas
la meilleure utilisation de son temps d'aller faire des recommandations par
rapport à la dialyse. À l'inverse, est-ce que d'avoir, justement, un conseil des médecins, dentistes, pharmaciens,
sages-femmes... est-ce que ça vous inquiète que des médecins, des dentistes, des pharmaciens viennent faire des
recommandations dans ce que vous faites, puis qu'ils ne comprennent peut-être pas ou qu'ils n'ont peut-être pas la
même vision, le même paradigme que vous quand vous offrez des soins?
Mme Pelletier (Julie) : Assurément,
et ce n'est pas parce que... Nos collègues médecins, on les apprécie, on en a
besoin. Quand les relations sont bonnes, c'est merveilleux, parce que la
clientèle en bénéficie. Cependant, on est encore méconnues dans le réseau,
malheureusement. Et donc on a des... aussi des normes professionnelles, des
règles cliniques qui sont différentes. Et, dans un CMDP, dans le projet de loi
tel qu'il est maintenant, surreprésenté de médecins
par rapport aux autres professionnels, on a, effectivement, une grande crainte
que cette volonté, cette culture aussi
de hiérarchie médicale, si on peut le nommer comme ça, vienne vraiment faire
défaut à l'autonomie de nos professionnels d'avoir leurs propres règles
de soins et leur propre mode de fonctionnement qui répond à leur déontologie et
leurs normes professionnelles.
M. Fortin : Parce que le ministre vient jouer de façon assez
importante, là, dans la façon qu'est organisée la gouvernance clinique,
notamment pour les sages-femmes, mais on ne vous a pas consultées, au
préalable, sur ce projet de loi là. Vous n'avez pas, de toute évidence, là,
vous n'avez pas demandé pour ça, là, clairement.
Mme Pelletier (Julie) : Ça ne
vient pas de nous.
M. Fortin : OK, c'est bon, ça vient d'ailleurs, on aura compris. Vous
avez beaucoup de recommandations intéressantes. Vous en avez une sur le plan
des effectifs médicaux, dentaires et sages-femmes. Vous voulez ajouter des effectifs sages-femmes aux plans des effectifs
médicaux et dentaires. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi? Est-ce que
ça ne fonctionne pas de la façon que c'est fait en ce moment?
Mme Pelletier (Julie) : On a
parlé, tout à l'heure, de l'offre de services marginale, bien, ça fait un peu
écho à ce que vous nommez ici dans notre recommandation. C'est que l'offre de
services sages-femmes, elle n'est pas comptabilisée dans une offre de services
en obstétrique, quand on va, justement, faire les PREM, la planification des
ressources. Et cette planification-là, elle a un impact aussi sur l'offre qu'on
va faire dans les universités, combien de professionnels on va former, combien
d'argent on va donner à ce programme de formation là pour qu'à la clé on ait
plus de sages-femmes.
Donc, pour nous, c'est vraiment un objectif
important de l'ordre, tu sais, d'avoir plus de sages-femmes rapidement et des
sages-femmes qui vont rester en exercice. Donc, de les prévoir dans les plans
d'effectifs, ça va faire boule de neige
aussi sur le reste des instances qui vont planifier les ressources
sages-femmes, dont les universités... l'université, en ce moment, qui
fait la formation, là.
M. Fortin : OK, mais, ça, il faut que ce soit fait en collaboration
avec l'ordre, parce qu'encore là il y a beaucoup de gens dans l'organisation du
réseau, que ce soit un PDG, un directeur médical ou, peu importe, là, qui ne
comprend peut-être pas l'étendue ou la perspective de votre pratique. Alors, il
faut que vous soyez consultées à travers ça, ça ne peut pas juste venir du PDG
d'un établissement.
Mme Pelletier (Julie) : Bien, on
trouve aussi, comme nos collègues du Collège des médecins, qu'il y a beaucoup
de pouvoirs donnés à peu de personnes dans le projet de loi. Ça nous préoccupe.
Je comprends que ça peut s'arrimer ailleurs, là, que dans le projet de loi,
mais ça nous préoccupe quand même. Et, pour le plan des effectifs, on pense aussi que c'est une bonne façon de propulser
l'offre de services des sages-femmes dans le réseau, qui est, en ce moment, encore, malheureusement, marginale. Quand
on appelle au GAP, jamais on n'offre les services de sage-femme, en tout
cas, pas souvent. Donc, il faut mettre les sages-femmes sur les... sur la
table, pour que toutes ces instances-là qui gravitent autour du réseau pensent
aux services de sages-femmes aussi.
M. Fortin : Très bien. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, M. le député de Rosemont.
M. Marissal : Oui, merci, M. le
Président. Bonjour et merci d'être là. On va y aller rapidement parce que je n'ai pas beaucoup de temps. Vous avez parlé, tout
à l'heure, là, d'une subordination à la profession médicale. J'entends ce
que vous dites. J'entends, par ailleurs, ce que... les
questions que pose le ministre, qui me semble être quand même assez ouvert, là, en tout cas, c'est ce qu'il me
semble, là. C'est... D'après vous, là, ce serait juste une erreur de rédaction
ou une rédaction incomplète, là, par exemple, l'article 184 dont vous avez
parlé, ou si vous y voyez une intention? Est-ce que c'est à dessein ou c'est
juste parce que c'est imparfait puis qu'on peut retravailler l'article?
Mme Pelletier (Julie) : Le
184...
M. Marissal : Par exemple.
Mme Pelletier (Julie) : ...vous
parlez des directives cliniques?
M. Marissal : Oui. Je parle
plus précisément de la subordination, dont vous parliez, de votre profession à
la profession médicale.
Mme Pelletier (Julie) : Cette
subordination-là, même si on ne la souhaite pas... et elle est présente pas partout, c'est localement, dépendant, je dirais...
et on souhaite que l'écriture de l'article 184 soit clarifiée. On ne pense
pas que le législateur a nécessairement souhaité une uniformisation de toutes
les règles cliniques, mais, dans la façon que
c'est écrit présentement, ce qui nous inquiète, c'est que l'interprétation du
terrain pourrait mener à cette forme de hiérarchie là appliquée sur nos
membres, et ce n'est pas souhaitable, vraiment pas, pour nous.
M. Marissal : C'était
ça, le sens de ma question. Je me suis probablement mal exprimé, là, dans mon
préambule, là, mais... Donc, vous n'y
voyez pas un dessein de subordonner la profession sage-femme, après toutes ces
années de lutte que sont les vôtres?
Mme Pelletier
(Julie) : Non, on ne pense pas que le législateur avait
cette intention-là, mais on pense qu'il y a des interprétations
possibles du projet de loi qui pourraient mener à ça.
M. Marissal : OK. Et vous
dites, par ailleurs, que c'est délicat, puis je vous entends bien, là, je pense
que je comprends ce que vous voulez dire, quand vous dites «hiérarchisation
médicale», «ingérence», mais soyons clairs, là, ce que vous dites, là, c'est
que, dans certains endroits, ce n'est pas encore évident pour les sages-femmes
de pratiquer de façon libre, autonome et professionnelle.
Mme Pelletier (Julie) : C'est
exactement ce qu'on dit. En fait, dans les milieux où la profession est
installée depuis 20 ans, 25 ans même, depuis les projets pilotes, les
équipes ont appris à se connaître, et c'est généralement beaucoup plus fluide.
Dans les services en installation, malheureusement, c'est encore trop souvent
le parcours du combattant, et les sages-femmes doivent se faire une place.
Et je vais, encore une fois, reprendre les mots
de mon collègue. Quand des services de sages-femmes s'installent, il faut
qu'elles soient accompagnées, il faut qu'elles soient soutenues par
l'établissement pour installer des services rapidement et cohérents avec les
besoins de la population. Il ne faut pas que ce soit une demande qui vienne, répétée depuis 10 ans, des usagères
du réseau qui veulent un service. Donc, il faut que... là, je vais me permettre
de dire que, là, il faut que ça vienne d'en haut. Il faut que le gouvernement,
il faut que le ministère de la Santé offre ces services-là aussi, et pas que ça
vienne seulement d'une demande de la population.
M. Marissal : C'est bon. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
• (12 h 20) •
M. Arseneau : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci de votre présentation et de vos réponses très, très
claires et du travail très précis que vous avez fait, là, pour nous indiquer
certains articles qui devraient être amendés. Beau travail, vraiment.
M. le ministre vous a posé la question, tout à
l'heure, là, sur le pourcentage des naissances que vous accompagnez
actuellement, 4,5 %. Moi, je voudrais indiquer que l'objectif de la
Politique de périnatalité 2008‑2018, sur une période de 10 ans,
c'était d'atteindre 10 % des naissances. On est à 4,5 % 15 ans
plus tard. Alors, moi, je voudrais vous poser une question à savoir s'il y a
certaines de vos recommandations, là, qui sont essentielles pour qu'on puisse minimalement atteindre l'objectif de
2018 et le dépasser. Parce que ça me semble... il me semble qu'il y a un
élément, là, de reconnaissance du travail qui est encore à gagner de votre
point de vue. J'en veux pour preuve, d'ailleurs, qu'en Gaspésie le premier
service a été offert en 2019. Aux Îles-de-la-Madeleine, on se bat encore pour obtenir une reconnaissance et une place des
sages-femmes, alors que les femmes le revendiquent, et que des sages-femmes
sont disponibles, et qu'on a une pénurie d'obstétriciens.
Alors,
j'aimerais vous entendre là-dessus, sur les défis puis comment ce projet de loi
là pourrait nous permettre d'atteindre
d'autres objectifs qui, évidemment, là, correspondent aux besoins aussi d'un
très grand nombre de femmes.
Mme Pelletier
(Julie) : Plan des effectifs, d'abord et avant tout, mais
aussi... Je reviens à la direction sage-femme, qui pourrait être une
autre entité, mais une place pour que les sages-femmes soient présentes dans la
trajectoire, dans l'offre de services, pour qu'on pense à
ces services-là aussi quand on planifie les ressources pour la clientèle
enceinte ou en santé sexuelle et
reproductive. Donc, que ce soit via une direction sage-femme ou d'une autre
entité qui va dépendre directement, là, du PDG ou du conseil inter, il
faut que les sages-femmes aient une voix dans ces décisions-là.
M. Arseneau :
Vous avez évoqué la situation en Gaspésie, où les sages-femmes ont pu,
justement, permettre d'offrir un service qui a permis de retenir un certain
nombre de femmes qui, autrement, si j'ai bien compris, auraient dû être
déplacées dans les grands centres pour accoucher. Est-ce que, justement,
l'élargissement du rôle et de la reconnaissance des sages-femmes peut
contribuer, selon vous, là, justement, à combler ne serait-ce qu'une partie de
la pénurie de main-d'oeuvre de professionnels obstétriciens?
Mme Pelletier
(Julie) : Absolument. Absolument. Parce que, présentement, on a des
sages-femmes qui exercent dans un modèle qui
est très... qui est excellent, qui est souhaité par la population, mais on a
des sages-femmes qui aussi, bon, comme le Dr Gaudreault parlait tout à
l'heure, je m'excuse de le paraphraser de nouveau, mais, en fin
d'exercice, qui pourraient maintenir une prestation de services qui n'est pas
nécessairement reliée à faire de la garde, des
accouchements, des nuits. Présentement, elles ne peuvent pas le faire. Donc,
cette façon-là de réorganiser le réseau, oui, par le projet de loi
n° 15 de notre ministre, mais aussi par l'élargissement des pratiques
professionnelles, c'est deux chantiers qui vont devoir avancer parallèlement
pour qu'on puisse garder ces professionnelles-là en place. Ce n'est pas pour
rien qu'on fait encore juste 4,5 % des naissances. On perd des membres à
chaque année parce qu'elles ne sont plus en mesure d'offrir la disponibilité de
la garde, entre autres choses.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Mme la
députée de Vaudreuil, vous allez compléter cet échange.
Mme Nichols :
Oui, merci, M. le Président. Merci, merci de votre présence. Merci pour les
explications. C'est vrai que c'est un peu moins connu, donc, ce que vous
apportez, c'est vraiment très enrichissant. Moi, ce que je comprenais, puis en
lisant le mémoire, puis en vous écoutant, là, c'est deux choses complètement
différentes... Quand je lisais le mémoire,
je comprenais que c'était une pratique qui était indépendante puis un petit
peu... indépendante parallèle. Puis, quand je vous écoute, bien, je
comprends que, non, non, on a besoin, au contraire, d'une certaine
collaboration. Puis le ministre insiste beaucoup sur l'interdisciplinarité.
Donc, il y a une ouverture, définitivement, de votre côté, sur cet aspect-là.
Mme Pelletier
(Julie) : Pour l'interdisciplinarité, absolument. C'est la voie de
l'avenir, si vous me demandez notre avis, là. À l'époque où les services de
sage-femme ont été légalisés et implantés dans le réseau, on était à une époque
où il n'y avait pas nécessairement une pénurie de main-d'oeuvre comme on
connaît aujourd'hui. Donc, les services de
sage-femme étaient autosuffisants, fonctionnaient bien. Aujourd'hui, on est
face à une pénurie de main-d'oeuvre aussi chez les sages-femmes. Donc, je pense
qu'on a besoin de cette collaboration-là pour être en mesure de
continuer à offrir des services de qualité à la population qui veulent des
enfants.
Mme Nichols :
Puis il y a quand même... j'ai regardé, il y a 300 membres, là, je
pense. Vous recrutez... vous recrutez comment? C'est des gens qui ont une
formation...
Mme Pelletier
(Julie) : Bien, la majorité de nos membres sont des personnes
diplômées de l'Université du Québec à Trois-Rivières, donc dans le programme de
pratique sage-femme. On a aussi des sages-femmes qui ont été formées en dehors
du Canada, donc qui vont venir faire une équivalence de formation de diplôme
ici, soit qu'elles vont avoir une équivalence, là, directe, mais,
majoritairement, elles vont avoir aussi à faire un programme d'appoint à
l'Université du Québec à Trois-Rivières, donc un programme qui dure un an. On
va aussi chercher des sages-femmes ailleurs au Canada. On a deux ARM, un avec
la France, un avec la Suisse, là, qui va fêter son premier anniversaire dans
quelques semaines. On a travaillé avec l'UQTR, avec le Regroupement
Les Sages-femmes du Québec, avec les
groupes de femmes pour qu'à l'UQTR la formation se voie raccourcie sans
diminuer la qualité, mais pour rehausser le nombre de diplômées, en
fait, pour accélérer la diplomation des sages-femmes. Donc, c'est plein d'actions,
en ce moment, qui prennent cours pour qu'on ait plus de sages-femmes
rapidement.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup, mesdames, pour cet échange.
Alors,
la commission suspend ses travaux jusqu'après l'annonce des avis touchant les travaux
des commissions, soit vers 15 h 15. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
12 h 25)
(Reprise à 15 h 20)
Le Président
(M. Provençal)
:
À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de la santé et des services sociaux reprend ses travaux. Je demande à toutes les
personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
Nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 15, Loi visant à rendre le
système de santé et de services sociaux plus efficace.
Cet
après-midi, nous entendrons les témoins suivants : la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, la Fédération des médecins spécialistes
du Québec, la Confédération des syndicats nationaux conjointement avec la
Fédération de la santé et des services sociaux CSN, la Fédération des
travailleurs et travailleuses du Québec et l'Alliance du personnel
professionnel et technique de la santé et des services sociaux.
Je vais maintenant souhaiter la bienvenue à la
Fédération... aux représentants de la Fédération des médecins omnipraticiens du
Québec. Alors, vous savez que vous avez 10 minutes pour faire votre
exposé. Par la suite, nous aurons nos échanges. Et je vous souhaite... je vous
cède, excusez-moi, immédiatement la parole.
Fédération des médecins
omnipraticiens du Québec (FMOQ)
M. Amyot (Marc-André) : Alors,
bonjour à tous. Je suis accompagné du Dr Sylvain Dion, à ma gauche, premier
vice-président de la fédération, et de Me Pierre Belzile, qui est directeur des
services juridiques.
Alors, M. le
Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, nous remercions
les membres de la commission parlementaire de nous donner l'occasion
de livrer nos commentaires à l'égard du projet de loi n° 15.
D'entrée de jeu, nous désirons dire que notre
réseau de santé a effectivement besoin d'être plus efficace. Nous tenons
également à mentionner que les médecins de famille ne sont pas réfractaires au
changement, bien au contraire, ils font et
veulent faire partie de la solution. Cependant, les médecins de famille sont à
la fois déçus et choqués du contenu du PL n° 15 les concernant et de
l'approche gouvernementale. Ils ont l'impression que le PL n° 15
a été écrit par des fonctionnaires qui souhaitaient obtenir davantage de
contrôle et de pouvoir sur la profession médicale. De plus, nous nous
expliquons mal la discordance entre le discours public du ministre, qui parle
de collaboration, de décentralisation, de dépolitisation, et le libellé actuel
du projet de loi.
La collaboration. Les médecins de famille
donnent le meilleur d'eux-mêmes pour offrir aux Québécois une gamme complète de
services médicaux dans plusieurs secteurs d'activité. On doit cependant
rappeler que le manque de planification dans l'appareil étatique, associé à un
important déficit d'attractivité de la médecine familiale, nous a menés
aujourd'hui à une pénurie de plus de 1 100 médecins de famille.
Également, il ne faudrait pas oublier que, malgré tout et malgré cela, les
médecins de famille ont répondu présent durant la pandémie pour accroître
l'accès au réseau en période postpandémique et lors de la crise des urgences à
l'automne dernier.
De plus, la FMOQ tente constamment d'innover, et
l'entente sur l'accès aux soins de première ligne en est un bel exemple :
plus de 625 000 patients inscrits collectivement, et on en est très
fiers; introduction des GAP et une meilleure orientation des patients vers le
bon professionnel au bon moment; davantage de travail collaboratif et d'interdisciplinarité.
Les médecins de famille répondent encore et toujours présent. Nous avons
cependant besoin de la collaboration du gouvernement pour la suite.
La
coercition. À l'opposé, une approche autoritaire, centralisatrice, coercitive
et dans laquelle toutes véritables consultations et négociations sont évacuées
lance un bien mauvais message auprès des médecins de famille. Une telle
façon d'agir nuit à l'efficacité des services mais aussi cause un tort sérieux
à l'attrait qu'exerce notre spécialité auprès
des étudiants en médecine. Je rappelle que, depuis 2013, ce sont
536 postes de résidence en médecine familiale qui n'ont pas été
comblés. Seulement cette année : 67 postes non comblés. En spécialités,
dans les autres spécialités, aucun poste n'a été comblé.
Le réseau de la santé québécois n'est pas mal en
point en raison d'un manque de contrôle et de coercition, il est malade par
manque de planification, d'organisation, de valorisation et de collaboration.
Une approche négative telle que proposée dans le PL n° 15 risque
d'aggraver la pénurie de médecins de famille et de provoquer des départs
prématurés à la retraite.
La centralisation. En 2014, à l'occasion de la
présentation du projet de loi n° 10 sur l'abolition des agences de la santé et
la création des CISSS et des CIUSSS, nous avions dit au gouvernement que
l'exercice de centralisation qu'il proposait
était une erreur. L'histoire nous a donné raison. Malheureusement, le projet de
loi n° 15, par la concentration des
pouvoirs dans les mains d'un seul fonctionnaire, un directeur médical, et par
la dénaturation des CMDP, risque d'amener, à son tour, des dérives
importantes et des dommages collatéraux irréversibles.
La lecture combinée des articles 379 et 380
nous amène à conclure que le PL n° 15, à l'égard des médecins de
famille, n'est rien d'autre qu'un dérivé du malheureux projet de loi n° 20
qu'un précédent gouvernement avait fait adopter en 2015. Un exemple : si
le PL n° 15 est adopté tel quel, tous les médecins de famille seront
dorénavant obligés d'être membres des
nouveaux départements territoriaux de médecine familiale, les fameux DTMF. Le
non-respect de cette obligation sera frappé par une peine sévère et sans
appel : interdiction de facturer le régime public d'assurance maladie.
Les personnes
qui conseillent le ministre savent-elles que 3 000 médecins de
famille ont une pratique exclusive dans les cliniques médicales de
première ligne hors établissement? Savent-elles seulement que ces médecins
traitent des milliers de Québécois à tous les jours? Nous aurions pu les
informer, mais nous n'avons tout simplement pas été consultés.
Actuellement,
25 %, un quart des médecins de famille ont plus de 60 ans. Ces
médecins exercent majoritairement en cabinet. Que pensez-vous qu'il se
produira? Si le projet de loi vise à rendre plus efficace l'accès aux services
médicaux de première ligne, les moyens retenus, la coercition et la
centralisation, sont les pires que le gouvernement pouvait choisir. La grande
perdante de l'opération sera la population elle-même.
En lieu et place du CMDP, où siègent nos
collègues, le projet de loi confie au PDG et à son directeur médical, un fonctionnaire, la responsabilité de
s'occuper de la procédure de nomination. Le CMDP n'est donc plus concerné
par la nomination, le renouvellement des
privilèges et les obligations qui doivent se rattacher à ces derniers. Cela va
à l'encontre de son rôle de vigie sur la qualité de la pratique en
établissement.
Cette nouvelle approche
soulève des questions légitimes à l'égard de la transparence requise dans la
façon de procéder. Loin de décentraliser les choses, le PL n° 15, à
ce niveau, les concentre davantage. Cela nous éloigne de la nécessaire
participation des médecins à l'organisation des soins, l'essentielle cogestion.
Et le Collège des médecins en parlait, justement, ce matin.
L'engagement des médecins. En vertu de la LSSSS
actuelle, les DRMG sont fondés sur une structure élective. Les médecins du
territoire contribuent, grâce au droit de vote dont ils disposent, à la
composition du comité de direction du département. La présence des DRMG n'a eu,
au fil des ans, que des effets bénéfiques sur l'accès aux services médicaux.
L'approche professionnelle est leur marque de commerce. Ils ont démontré leur
grande capacité d'engagement, de ralliement et d'organisation. On a vu les DRMG
au front tout au long de la pandémie et être des acteurs clés dans
l'actualisation de l'entente sur l'accessibilité.
Alors que les
DRMG comptent parmi les organes les plus fonctionnels et performants du réseau,
le gouvernement, par la voie du PL n° 15, voudrait maintenant
les affaiblir pour mieux les contrôler. En effet, l'article 374 prévoit
que le chef des nouveaux DTMF, départements territoriaux de médecine
familiale... seront nommés par les PDG des établissements. En nommant de
simples exécutants, certains semblent croire qu'ils rendront le réseau plus
efficace. Mettre à mal cette structure
régionale élective... élective, crédible et neutre... et légitime, qui a la
confiance des médecins sur le terrain, et la remplacer par des...
pardon, des directions territoriales désignées est l'opposé d'une
dépolitisation et d'une volonté de collaboration.
Le ministre mesure mal à quel point ce
changement dans la gouvernance des départements régionaux est déjà mal reçu et causera des torts majeurs au réseau.
Nous invitons fortement le gouvernement à revoir sa position à cet égard.
En conclusion, après les efforts pendant et
après la pandémie, les médecins de famille sont déçus et choqués du contenu les
concernant du projet de loi n° 15 et de l'approche gouvernementale. Cette
volonté bureaucratique injustifiée de
contrôler les cliniques médicales, de concentrer les pouvoirs et d'exclure les
médecins des organes décisionnels afin d'accroître l'efficacité va dans
la mauvaise direction. De plus, un projet de loi mammouth de
1 180 articles, sans aucune
consultation préalable des fédérations médicales et des partenaires médicaux,
nous laisse tout simplement pantois. Je le répète, les médecins de
famille font partie de la solution et ne sont pas réfractaires au changement,
bien au contraire, mais ils croient au changement dans la collaboration.
Nous sommes disposés à expliquer davantage les
raisons qui motivent nos inquiétudes si les membres de la commission le
souhaitent. Je vous remercie de votre attention. Il nous fera plaisir de
répondre à vos questions. Merci.
• (15 h 30) •
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Dr Amyot, pour votre
présentation. Alors, M. le ministre, sûrement quelques questions.
M. Dubé : Oui,
sûrement, sûrement, M. le Président. Alors, Dr Amyot puis vos deux collègues,
merci beaucoup d'être là aujourd'hui.
Je vous dirais que ma réaction initiale, c'est
que c'est comme si je vivais un peu le jour de la marmotte, parce qu'à peu près
à ce temps-ci l'an dernier, à peu près à la même date, j'ai entendu à peu près
les mêmes mots de la FMOQ quand on a déposé
le projet de loi n° 11. C'est à peu près exactement ce que j'ai
entendu dans votre présentation. Puis, quelques semaines plus tard,
quelques mois plus tard, on a continué d'avoir des discussions puis on a eu une
entente spectaculaire pour les Québécois sur la prise en charge de plus de...
près de 600 000 patients au 31 mars.
Alors, je vais prendre ça comme un bon signe
aujourd'hui. Si c'est ça qui est arrivé il y a un an... puis je vous le dis très sérieusement, là, j'ai le sourire, là,
et je vous vois rire, si c'est comme ça que ça a commencé l'année passée
puis que ça a fini comme ça a fini, bien, merci pour vos bons commentaires aujourd'hui.
C'est exactement ce que je vous dis. Des
fois, j'ai l'impression que ça a peut-être été écrit plus par les avocats que par vous,
parce que moi, je ne sens pas ça dans nos discussions tous les jours. Je
vous dis ça comme ça, là.
Ceci étant
dit, quand vous dites que le statu quo n'est pas acceptable, ce qui est
vraiment ce que les Québécois pensent, on s'entend, là...
M. Amyot (Marc-André) : On
s'entend.
M. Dubé : ...on a un réseau de santé qui ne peut pas
continuer comme ça, puis vous me dites que les médecins de famille font
partie de la solution... On est-tu d'accord, vous et moi, là-dessus, là? Je
pense qu'on l'a montré, que la prise en charge pouvait faire une grande
différence, notamment. Et, je vous le dis, je tiens à remercier ce qui s'est
fait dans la dernière année, parce qu'on n'en serait pas là aujourd'hui, on
aurait déjà un problème encore plus grave.
Mais, moi, ce que j'aimerais, là, aujourd'hui,
si vous pouvez faire partie de la solution, puis je le sais... donnez-moi des
exemples de solutions que vous pouvez amener. Là, vous me parlez de tous les
gros mots, puis je comprends, là, je comprends ça, puis ça fait peut-être
partie de la même stratégie que l'an dernier, mais moi, je veux passer
par-dessus ça, Dr Amyot. Puis dites... donnez-moi des exemples où vous pouvez
faire partie de la solution qui ne sont pas dans le projet de loi.
M. Amyot
(Marc-André) : Bien, si vous permettez, M. le Président, l'exemple
de l'entente sur l'accessibilité, on s'était fixé un objectif de
500 000. On a dépassé cet objectif-là, on est à 625 000. Un, il ne
faut pas arrêter là. Deux, on ne peut plus faire les mêmes choses de la même
façon et espérer un résultat différent. On s'est attardé à la... aux patients
qui n'avaient pas de médecin de famille, qui étaient au GAMF, c'était l'entente
sur l'accessibilité spécifiquement pour ces patients-là. Maintenant, il y a
tous les patients qui ont un médecin de famille, comment on peut optimiser la consultation chez ces
patients-là. Et la solution ne repose pas uniquement sur les épaules des médecins
de famille, elle repose sur d'autres professionnels, on l'a démontré, et on
veut élargir cette façon de faire là à nos patients inscrits individuellement
également.
M. Dubé :
...parce que je n'ai pas beaucoup
de temps, je dirais même que, grâce à vous, grâce au Dr Gaudreault du
Collège des médecins, à ce temps-ci, l'an dernier... vous nous avez dit
exactement les mêmes phrases : Ça ne peut pas être juste les médecins qui
font partie de la solution, ça doit être une prise en charge par plusieurs
professionnels. Qu'est-ce qu'on a fait? On a bonifié le projet de loi, vous
vous en souvenez? À ce temps-ci, là, ça ne fait pas 12 ans de ça, là, ça fait un an. Et là vous me
dites : Ça devrait être d'autres professionnels de la santé. Donnez-moi
des exemples. Est-ce qu'on doit aller plus loin avec d'autres
professionnels?
M. Amyot
(Marc-André) : On doit aller plus loin concernant les patients
inscrits individuellement. Cette notion de triage là qui est effectué
actuellement par le GAP pour...
M. Dubé :
Une autre bonne mesure qu'on a travaillée ensemble dans la dernière année,
on est d'accord?
M. Amyot
(Marc-André) : Tout à fait, tout à fait.
M. Dubé :
OK. OK. On va y arriver, on va y arriver.
M. Amyot (Marc-André) : Puis
vous semblez beaucoup... vous semblez beaucoup insister là-dessus... M. le
Président, le ministre semble beaucoup insister là-dessus, mais,
effectivement, je vous le... je vous le répète, on fait partie de la solution,
on va continuer à faire partie de la solution. Il reste encore...
M. Dubé :
Mais donnez-moi d'autres exemples où vous pouvez faire partie de la
solution, là.
M. Amyot (Marc-André) : Bien,
concernant la clientèle inscrite. Et on est actuellement en train de
réfléchir...
M. Dubé :
Mais ça veut dire quoi, ça, quand vous dites ça, là?
M. Amyot (Marc-André) : ...on
est actuellement en train de réfléchir avec M. Jean-Louis Denis de l'Université de Montréal et ses équipes pour évaluer qu'est-ce qui se fait
de bien dans d'autres juridictions au Canada et dans le monde...
M. Dubé :
Prenons un exemple. Moi, je vais vous faire une suggestion, là, parce que,
quand on a déposé le projet de loi
n° 11, on a dit : Il y a des règlements qui vont venir, puis tout ça.
Vous parlez même du projet de loi n° 11 dans votre... Dites-moi
comment on va faire pour s'entendre pour que le 36 heures... c'est-à-dire
qu'on a déjà discuté ça dans l'entente, là, comment on va faire pour que les
Québécois qui ont un médecin de famille puis ils ne sont pas capables de le
voir... Moi, je ne trouve pas ça normal qu'un Québécois qui dit : Moi, je
suis chanceux, j'ai un médecin de famille,
il prend le téléphone, des fois il n'y a pas de réponse à la GMF, des fois on
lui dit : Excusez, on n'a pas le temps, le médecin est trop occupé.
Comment on va faire ça pour régler le 36 heures? Moi, c'est des exemples
concrets comme ça que je vous demande. Les Québécois qui nous écoutent
aujourd'hui, là, ce n'est pas ça... ce n'est pas le système de santé qu'ils
veulent avoir qu'on a. Alors, donnez-moi un exemple comment on va faire pour
aller chercher le 36 heures.
M. Amyot
(Marc-André) : Dans l'entente sur l'accessibilité, il y a déjà une
mesure qui couvre cet aspect-là, donc d'offrir...
M. Dubé :
Est-ce qu'on la mesure en ce moment? Est-ce qu'on la mesure?
M. Amyot (Marc-André) :
Bien, c'est ça, il faut commencer par la mesurer. Puis on est d'accord, là.
Est-ce que c'est l'exception auquel on fait
référence? Il y a quand même beaucoup de patients qui ont accès à leurs
médecins. Puis l'autre élément...
M. Dubé :
Mais, Dr Amyot, Dr Amyot, je veux juste faire le lien avec ce que vous avez
dit tout à l'heure, juste pour que les gens comprennent quand vous prenez les
gros mots... «coercition». Est-ce que de demander aux Québécois de comprendre que... puis ça va venir, qu'on va pouvoir être
capable de leur répondre, quand il y a un cas urgent, en dedans de
36 heures, c'est-tu de la coercition qu'on demande, ça?
M. Amyot
(Marc-André) : Non.
M. Dubé :
Ah! OK.
M. Amyot (Marc-André) : M. le
Président, ça, ce n'est pas de la coercition, mais ce qu'on voit dans le projet
de loi, ce qui est écrit, ça, c'est vraiment de la coercition. Puis on...
M. Dubé : Bien,
donnez-moi un exemple de ce qu'est de la coercition, là, Dr Amyot.
M. Amyot (Marc-André) : Dans le
projet de loi?
M. Dubé : Oui. Bien là, vous ne
voulez pas donner d'autre exemple. Ça fait que donnez-moi l'exemple de ce que
c'est.
M. Amyot (Marc-André) : L'obligation
de tous les médecins en cabinet de devoir demander des privilèges en établissement, ça, c'est de
l'hospitalo-centrisme. On exige de tous les médecins en cabinet de demander des
privilèges en établissement et on concentre ce pouvoir-là dans les mains
du directeur médical.
M. Dubé : Oui,
mais, quand vous dites «en établissement», pour que les gens comprennent, là,
expliquez-moi qu'est-ce que vous voulez dire quand... Parce que c'est
très technique, ce que vous expliquez, là. Allez-y plus loin, mais juste qu'on
comprenne bien ce que vous voulez dire.
M. Amyot (Marc-André) : À
l'heure actuelle, les médecins n'ont pas l'obligation d'obtenir de privilèges
en établissement, à l'hôpital, pour pouvoir pratiquer en première ligne. Il y a
quand même 3 000 médecins qui offrent des services aux patients de façon ambulatoire dans leurs cabinets, dans
leurs GMF. Maintenant... Puis, je vous disais, 25 % des médecins
ont plus de 60 ans. Maintenant, on va exiger de ces médecins-là de
demander des privilèges au directeur médical pour pouvoir continuer à
pratiquer, pour pouvoir. Ça, c'est inutile. On a déjà les AMP à l'heure
actuelle, puis c'est une méthode qui fonctionne très bien. Ce qui est proposé
actuellement dans le projet de loi, ça va bien au-delà des AMP.
M. Dubé : OK.
Alors donc, là, je vous écoute, puis vous me dites : Ça, c'est pratique.
Qu'est-ce qu'on devrait enlever dans le projet de loi sur cet aspect-là
qui vous dérange tant que ça?
M. Amyot (Marc-André) : On
devrait enlever toute la notion des privilèges aux directeurs médicaux et
retourner ça au CMDP, comme c'était avant.
M. Dubé : Oh! qu'est-ce qui
arrive... Parce que j'en ai parlé beaucoup avec Dr Gaudreault, que vous
connaissez bien, là. Quand on s'entend avec les médecins, que ça soit sur...
peu importe les questions, on a parlé beaucoup de cogestion ce matin... mais
qu'est-ce qui fait, quand on ne s'entend pas... je ne dis pas qu'on ne s'entend
pas, là, habituellement, on s'entend très
bien avec les médecins, mais qu'est-ce... quel est le... est-ce que vous êtes
d'accord avec le rôle du directeur médical quand on ne s'entend pas? Ça
prend quelqu'un qui doit être imputable, ça doit être quelqu'un qui est
responsable. Qu'est-ce qu'on ferait dans ce cas-là?
M. Amyot (Marc-André) : C'est
intéressant. L'un n'empêche pas l'autre. Quand on nomme... Quand le directeur général va nommer le chef du département
territorial, il va avoir un lien d'autorité avec le directeur médical. Ce
qu'on dit, là : Continuez de le faire élire et, si on ne s'entend pas...
M. Dubé : Oui, mais élu... Là,
vous dites... Non, mais juste que les gens comprennent, parce que, là, on est dans le... on est dans le... je dirais, le «inside
baseball», là. Quand vous dites «en ce moment», c'est parce que le... il est
élu par le Collège des médecins, par les...
M. Amyot (Marc-André) : Il est
élu par les pairs, par les médecins. Là, vous souhaitez le nommer.
M. Dubé : Et là vous prenez ça
comme un affront qu'il soit nommé par?
M. Amyot (Marc-André) : Par le
directeur général, avec qui il va avoir un lien d'autorité. Alors là, il ne
peut plus consulter de façon autonome parce qu'il y a un lien d'autorité. Quand
je consulte mon employé, en général, il va
dire la même chose que moi, sinon vous savez ce qui va arriver. S'il me
contredit... toujours un risque d'être remplacé.
M. Dubé : Mais le fait qu'il
est nommé par ses pairs, est-ce que ça le rend plus indépendant des pairs?
• (15 h 40) •
M. Amyot (Marc-André) : Tout à
fait, tout à fait.
M. Dubé : Oh! attendez. Vous
venez de me dire : Quand il est nommé par quelqu'un...
M. Amyot (Marc-André) : Il
n'est pas nommé, il est élu, il est élu par ses pairs, et ça lui donne toute la
légitimité de demander à ses pairs, après, cette offre populationnelle là, qui
est essentielle. Et, quand on dit : Dans la cogestion, là, qu'est-ce qui
arrive?, bien, rien n'empêche quand même le directeur médical de prendre la
décision. Mais de le nommer, ça, ça lui
donne... ça le hiérarchise par rapport au directeur médical puis ça enlève
toute la légitimité et la...
l'indépendance qu'il a face aux médecins du territoire. Et c'est sur cette...
ce leadership-là et cette indépendance-là qu'on a réussi des avancées
importantes.
M. Dubé :
Bien, écoutez, moi, ce que je pense, puis c'est pour ça que je prends un
exemple très concret... ce que vous me dites : vous n'êtes pas en
désaccord avec l'engagement envers la population?
M. Amyot
(Marc-André) : Non.
M. Dubé :
OK. Déjà, en partant...
M. Amyot (Marc-André) :
Bien, d'ailleurs, d'ailleurs, d'ailleurs...
M. Dubé :
D'ailleurs.
M. Amyot
(Marc-André) : ...quand on a convenu d'une entente, c'était,
justement, pour améliorer le service à la population. Puis j'ai dit, M. le
Président, au ministre qu'on continuerait de discuter avec lui pour améliorer,
mais la façon de faire du projet de loi n° 15, elle est contre-productive,
au même titre que le projet de loi n° 11. On a l'impression du jour de la
marmotte, je suis d'accord aussi avec le ministre, il me semble qu'on rejoue
dans le même film. Ça ne nous empêchera pas de continuer à travailler, mais les
façons de faire sont un peu préoccupantes. On nous met une épée de Damoclès sur
la tête, puis, après ça, on dit... Bon, c'est une façon de faire qui n'est pas
très appréciée puis qui nous met des bâtons dans les roues, qui démotive les
terrains... les médecins sur le terrain.
M. Dubé :
Bien, c'est là, peut-être, que j'aimerais prendre juste quelques minutes,
là, parce que j'aimerais ça qu'on... Bien,
ça fait quand même trois ans qu'on se parle, vous et moi, là, puis je trouve
ça, des fois, un petit peu drôle quand vous dites qu'on n'a pas été
consulté, là. On se parle au moins à toutes les deux semaines, si ce n'est pas
plus des fois, là. Ça fait que je trouve ça un peu étrange que vous dites qu'on
ne s'est pas consultés, mais ça, c'est votre opinion. Moi, j'aimerais ça qu'on
convienne de certaines choses. Êtes-vous d'accord que ça doit changer?
Êtes-vous d'accord qu'on doit changer?
M. Amyot (Marc-André) : On
l'a déjà énoncé dès le début, d'entrée de jeu, puis on a énoncé qu'on
continuerait de faire partie de la solution.
M. Dubé :
OK. Vous êtes d'accord que les Québécois n'ont pas assez d'accès?
M. Amyot (Marc-André) : On
est d'accord que les Québécois n'ont pas assez d'accès. Il ne faut pas faire
reposer sur les épaules des médecins de famille ce déficit d'accès là.
M. Dubé :
Bon. Alors, moi, quand j'entends que le premier argument... je vous ai
demandé qu'est-ce qu'on devrait améliorer,
vous dites... vous avez passé beaucoup de temps à m'expliquer que c'est qui
devrait nommer le directeur médical. Qu'est-ce que ça change pour le
patient, ça, Dr Amyot?
M. Amyot
(Marc-André) : Ça change l'engagement des médecins sur le terrain. Ça
change cette... ce leadership-là superimportant des DRMG. Je peux... Est-ce que
je peux...
M. Dubé :
Ah! bien, avec plaisir.
M. Dion
(Sylvain) : Peut-être juste ajouter, M. le ministre : On a
inscrit collectivement 625 000 patients depuis le 1er juin 2022.
Ça s'est fait avec la collaboration des médecins et des DRMG, je ne rentrerai
pas dans le détail de ce que Dr Amyot a dit, là, cette entité autonome,
légitimée auprès de ses pairs. Donc, c'est ça qu'on a fait. A contrario, ce que le projet de loi
prévoit : si on ne s'était pas entendu, on leur aurait passé ça dans la
gorge. Pensez-vous que les docteurs auraient accepté de se faire... de
se faire forcer?
C'est un petit peu
comme le TSO, ça, hein? Sur une unité de soins, si on n'est pas capable de
convenir, l'équipe de soins, pour faire du
temps... pour faire du temps supplémentaire volontaire, on y va avec du TSO.
C'est un petit peu ça.
Ce que moi, je dis
par rapport à la cogestion puis la collaboration, c'est qu'on a une obligation
mutuelle, et les gestionnaires et les médecins, de trouver le terrain
d'entente. C'est ce qu'on a fait avec les patients qui n'avaient pas de médecin
de famille et c'est ce qu'on va continuer de faire avec les patients qui ont un
médecin de famille.
M. Dubé :
Oui, mais là je vous demande... OK. Mais, regardez, là, ce que je vous dis,
puis je veux être très clair : on l'a
réussie, ça, la prise en charge, on a réussi ensemble, il y a eu des... il y a
eu toutes sortes d'ententes qui ont permis de vous intéresser, puis les
médecins, à le faire. On ne rentrera pas dans la question de la rémunération,
tout ça, là, il y a eu d'autres choses qui ont fait que ça a bien fonctionné.
Moi, ce que je vous demande, c'est : Y en a-tu d'autres, mesures, qui vont
faire... Je vous ai parlé du 36 heures puis je n'ai rien entendu, là, je
n'ai rien entendu, là. Comment on va faire
pour que... Il y a 600 000 Québécois qui ont un médecin de famille,
la plupart ne sont pas capables de
les voir dans des délais raisonnables. Qu'est-ce qu'on va faire, dans les
prochains mois, à part nommer le directeur médical? Qu'est-ce qu'on va
faire avec ça?
M. Amyot
(Marc-André) : Oui. Bien, moi... on en a une, solution.
Malheureusement, elle appartient au gouvernement, aux fonctionnaires.
Actuellement, là, les GMF, on signe un contrat avec les CISSS. Puis, dans le contrat, les GMF, ils s'engagent à donner des
services, des heures d'ouverture, la majorité sont ouverts la fin de semaine,
le samedi, et les CISSS ne remplissent pas leur partie du contrat, ne
fournissent pas les ressources aux GMF. Et, là-dessus, on va être
intransigeant, là, on va devoir aller dans un mécanisme d'arbitrage pour faire
respecter les contrats. Quand on signe un contrat puis qu'on met notre
signature en bas, là, bien, ça a une valeur, ça. Bien, les CISSS, là, dans la
majorité des endroits au Québec, ne respectent pas ces contrats-là : Oui,
oui, oui, on va s'occuper, on va vous les fournir... prenez-les en charge, les
patients, là, puis on va vous les fournir, les ressources. Ils sont où, les
ressources? Ils ne sont pas là.
M. Dubé : Mais comment vous
avez fait, docteur... Puis, Dr Amyot, j'ai tellement de respect pour vous, parce qu'on a réussi à s'entendre, que je suis
certain qu'on va s'entendre encore, mais dites-moi, là, quand vous dites... là,
vous mettez la faute sur les CISSS, là, vous avez quand même réussi à en
prendre 600 000.
M. Amyot
(Marc-André) : Avec la promesse qu'on aurait des ressources qui
suivraient, et ces ressources-là, elles ne sont pas au rendez-vous.
Et...
M. Dubé : Est-ce que, par
exemple, on est conscient, on est conscient qu'il y a eu des efforts puis qu'il
manque de personnel dans le réseau? Parce
que, ça, j'entends ça de vous, j'entends ça des spécialistes, le grand
problème, c'est le manque de
ressources. Je pense que tous les Québécois qui nous entendent aujourd'hui sont
d'accord avec ça.
M. Amyot (Marc-André) : Je
comprends, mais...
M. Dubé : OK. Donc, vous êtes
d'accord qu'il nous manque de ressources, là?
M. Amyot (Marc-André) : Oui,
mais, dans ce cas-là, ne nous promettez pas et ne signez pas, en bas d'un contrat, que vous allez nous fournir des
ressources. Dites-nous : Arrangez-vous tous seuls, faites-la tous seuls,
cette prise en charge là. C'est un contrat.
M. Dubé : Oui, mais il y a eu
quand même... Mais, Dr Amyot, là, je ne veux pas rentrer dans le détail de
l'entente, mais il y a eu d'autre chose qui a été mis dans l'entente. Il y a eu
des aménagements que vous pouviez aller chercher
dans la rémunération des médecins, des arrangements. Il n'y a pas juste eu des
côtés négatifs à ça, il y a eu des côtés
positifs pour les médecins. S'il y a eu tant de prise en charge, c'est parce
que les médecins ont eu plus d'argent aussi, là.
M. Amyot (Marc-André) : Bien,
il faut quand même que les CISSS puissent respecter leur partie du contrat.
M. Dubé : D'accord avec vous,
ça doit marcher des deux bords.
M. Amyot (Marc-André) : Exactement.
M. Dubé : Parfait.
M. Amyot (Marc-André) : Là,
là-dessus, on va bien s'entendre, il faut que ça fonctionne des deux côtés.
M. Dubé : On va continuer de
bien s'entendre. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Un point de convergence. M. le député
de Pontiac, à vous.
M. Fortin : Merci, M. le Président. Là, on va s'entendre sur une chose,
M. le ministre, là, tout le monde qui va venir en commission parlementaire vont
être d'accord pour dire que le statu quo ne peut pas continuer, mais ça ne veut
pas dire que votre réforme puis de la façon que vous l'amenez, c'est la chose à
faire. Il y a quand même des différences majeures dans les points de vue que
les différents intervenants vont avoir, puis ça ne veut rien dire par
rapport... ça ne veut pas dire que c'est un appui au statu quo, là, le système
ne fonctionne pas pour tous les patients au Québec.
Dr Amyot, Dr Dion, Me Belzile, merci d'être là.
Vous avez... Là, je vous cite, là : Autoritaire, centralisatrice, coercitive, mépris. Vous dites que vous n'avez pas
été consultés. Le ministre dit : On se parle, on se parle régulièrement.
Mais, pour tous les enjeux d'organisation clinique, là, tous les changements
dans le projet de loi, vous, vous n'avez eu aucune consultation par rapport à
ça?
M. Amyot (Marc-André) : Non. Et
on aurait avisé le ministre des risques associés à un projet de loi libellé
comme ça.
M. Fortin : Bien, parce que le problème qui vient avec ça, c'est que, peu importe que
ce soient les recommandations qui
viennent de la FMOQ, qui viendront des autres groupes aujourd'hui, des
sages-femmes qu'on a entendues ce matin, des
infirmières auxiliaires, ça veut dire qu'il va falloir passer un paquet de
temps en commission parlementaire pour
proposer des amendements, parce que personne n'a été consulté d'avance. Le
ministre a commencé son projet de loi en disant : Ah! bien, tout le
monde a été consulté, tout le monde... Quand... Le jour de son dépôt, c'est ça
qu'il a dit, mais là, à chaque fois qu'il y a un intervenant ici, aujourd'hui,
ils nous disent : Nous, on n'a pas été consultés. Disons que ça part bien
mal.
Là, je
veux... je veux revenir à la gouvernance clinique, là. Moi, au cours des
dernières semaines, il y a un enjeu qui est ressorti beaucoup, à travers
les médias, ici, à l'Assemblée nationale, on en a parlé à la période des
questions avec le ministre : il y a eu des manifestations à l'Hôpital de
Lachine. L'Hôpital de Lachine, il y a eu beaucoup des professionnels de la
santé qui sont sortis en disant : Un instant, là, ce que vous nous
proposez, ça ne marche pas. Puis, dans ces
professionnels-là qui sont sortis, il y avait des gens du CMDP qui sont sortis,
il y avait des gens du DRMG qui sont sortis, là, parce qu'ils sont élus
par leurs pairs, parce qu'ils veulent des... ils voulaient des changements
positifs. Si ces gens-là sont nommés à travers les nouvelles instances que le
ministre met en place, d'après vous, ils vont-tu être capables de sortir sur la
place publique puis dire les mêmes affaires qu'on a entendues?
M. Amyot (Marc-André) : Vous
avez tout à fait raison, et c'est le commentaire que ces institutions-là, le
DRMG et les CMDP, nous ont dit également, qu'ils n'auraient pas pu, dans un
contexte de la nouvelle loi, faire ces interventions-là dans l'Hôpital Lachine
en appui de la communauté.
M. Fortin : Bien, ça, c'est particulièrement préoccupant, parce qu'à la
fin de la journée, là, le ministre, que ce soit lui-même, que ce soient les
gens du CIUSSS local, ont pris les décisions qui devaient être prises pour le
bien de la communauté, mais je ne suis pas sûr qu'on l'aurait fait si on
n'avait pas entendu les voix fortes qu'on a entendues
de la part du milieu, de la part des professionnels de la santé du milieu. Puis
j'inclus les médecins là-dedans, mais il y en avait beaucoup d'autres,
là.
Parce que ce que... ce qu'on voit, là, dans le
projet de loi... Puis je pense qu'un... une des choses que vous tentez de nous
dire, c'est qu'aujourd'hui il y a un CMDP qui a des pouvoirs, bien sûr, sur
l'organisation du travail, la planification, la priorisation. Ces gens-là sont
élus, c'est bien ça? Là, on va passer à un directeur médical nommé, nommé par
le ministre, le PDG, peu importe. À l'autre extrême... «à l'autre extrême»...
dans un autre ordre d'idée, le DRMG élu va passer... entre autres, va donner
une partie de ses pouvoirs au DTMF nommé.
M. Amyot (Marc-André) : Tout à
fait.
• (15 h 50) •
M. Fortin : Qu'est-ce que ça vous dit, ça, qu'on préfère des instances
nommées qui ont du pouvoir plutôt que des instances élues par leurs pairs?
M. Amyot (Marc-André) : Ça nous
dit davantage de contrôle sur la profession médicale, ça nous dit moins de
cogestion, ça nous dit plus de centralisation.
M. Dion (Sylvain) : Si le DTMF
avait été nommé par le CIUSSS, je ne suis pas certain qu'il serait... qu'il
aurait pris le bâton du pèlerin pour défendre les services de proximité comme
l'a fait le chef de DRMG actuel.
M. Amyot (Marc-André) : À
l'Hôpital de Lachine.
M. Dion (Sylvain) : Pour
l'Hôpital de Lachine. C'en est un bel exemple, ça.
M. Fortin : Ça, ça, moi, je trouve ça... comme parlementaire, là, je
trouve ça particulièrement préoccupant parce que ce sont des contre-pouvoirs,
ce sont des contrepoids à une action gouvernementale qui n'est pas toujours en
lien avec ce que le milieu peut vouloir, ce que la communauté peut vouloir, ce
que les professionnels de la santé peuvent vouloir également.
Je reviens aux CMDP, parce que, là, il en... il
leur reste une partie des responsabilités, là. Vous... Des médecins, disons,
parce que c'est ce que vous représentez, c'est ceux que vous représentez, à qui
vous avez parlé, avec les responsabilités qu'il reste au CMDP, qui va vouloir
faire partie de ce groupe-là?
M. Amyot
(Marc-André) : C'est très inquiétant, ça, c'est très inquiétant,
cette concentration. Puis Dr Gaudreault, ce matin, le mentionnait, le Collège des médecins, l'ACMDPQ, Dr Arata,
il y a deux semaines, également, concernant les CMDP, tous les médecins
sont très inquiets de cette concentration des pouvoirs là dans les mains du
directeur médical et dans cet affaiblissement du CMDP, qui a un rôle de qualité
de l'acte, mais, dans son rôle de qualité, d'évaluation de l'acte, il doit
aussi évaluer les privilèges qu'il octroie en fonction des compétences et de la
formation des médecins. Donc, ça fait partie de la qualité de l'acte, ça,
l'octroi des privilèges.
M. Fortin : Une des choses que vous avez mentionnées, là, qui nous
apparaît particulièrement, disons, alarmante, parce que c'est un peu ce que
vous faites, là, sonner un signal d'alarme, c'est qu'il y a une bonne partie de
vos médecins qui, disons, ont un certain
âge, pourraient être à l'âge de la retraite, s'ils choisissaient de le faire,
là, disons, et que, là, en leur...
Parce que vous en avez 3 000 qui pratiquent uniquement en clinique, là.
J'imagine qu'il y en a que c'est souvent en fin de carrière, en fin de
pratique qu'ils vont se tourner vers cette façon d'octroyer des soins là. Si je
comprends bien votre propos, vous êtes en train de nous
dire qu'il pourrait y en avoir une grande partie ou une partie de ceux-là qui
pourraient être poussés vers la retraite par le projet de loi.
M. Amyot
(Marc-André) : Tout à fait. Et nous, on allume la lumière rouge en
disant : Danger, danger d'utiliser les leviers qui sont dans le projet de
loi n° 15, grand danger. Ça va démotiver les médecins
sur le terrain, ça va en pousser à la retraite, ça va en pousser au privé vers
d'autres provinces, et c'est la population qui va... c'est la population qui va
être la plus pénalisée dans tout ça.
M. Fortin : Mais c'est là que ça devient difficile, là, c'est si la
population est pénalisée, s'il y a des gens qui perdent leur médecin de famille
parce que celui-là choisit de quitter et de prendre sa retraite à cause
d'obligations nouvelles, c'est là qu'on a peut-être un... on a peut-être un
enjeu, là.
Je veux vous poser la
question des services sociaux. On n'en voit pas dans le projet de loi, on n'en
parle pas. On passe de CISSS et de CIUSSS,
là, santé et services sociaux, à Santé
Québec Outaouais, Abitibi, etc. On
fait peu ou pas référence... en fait, presque pas référence aux services
sociaux. Je sais que les médecins de famille finissent par en porter un
poids quand les services sociaux ne sont pas adéquats dans une région.
J'aimerais ça vous entendre sur le fait qu'on n'en parle quasiment pas dans ce
projet de loi là.
M. Amyot (Marc-André) : Ça
augmente la charge des médecins de famille. Prenez, par exemple, à Amqui, là.
On l'a entendu dans les nouvelles, l'accès aux... à tous les services de santé
mentale, il n'y en a presque pas. Alors, tout
ça pèse sur les médecins de famille. Quand je disais : Il ne faut pas
faire porter aux médecins de famille l'ensemble des problématiques... mais il n'en demeure pas moins que, souvent, c'est
la seule ressource accessible disponible au Québec, le médecin de
famille. Alors, de tout lui faire reposer sur les épaules, c'est la mauvaise
voie.
M. Fortin : C'est...
Le Président
(M. Provençal)
: ...
M. Fortin :
C'est quoi, le plus grand enjeu dans le réseau de la santé en ce moment?
M. Amyot
(Marc-André) : La pénurie de main-d'oeuvre et la collaboration, la
collaboration.
M. Fortin : La pénurie de main-d'oeuvre, là, on n'en parle pas dans le
projet de loi. Le projet de loi ne vient pas régler ça. En fait, le projet de
loi nous force à parler d'autre chose que la pénurie de main-d'oeuvre, nous
force à nous concentrer sur autre chose que
la pénurie de main-d'oeuvre, alors que c'est le plus grand enjeu. Ça m'apparaît
un... une omission, disons, pour être gentil, là, une omission majeure
de la part du ministre. Merci, M. le Président.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci.
Alors, M. le député de Rosemont, je vous cède la parole.
M. Marissal :
Merci, M. le Président. Messieurs, bonjour. Rebonjour, je devrais dire. On
se voit souvent ces temps-ci. Je n'ai
visiblement pas les mêmes contacts que vous avez avec le ministre à voir le...
comment le... l'échange s'est échauffé tout à l'heure. Mais, au-delà de
vos échanges, là... Puis, des fois, je m'ennuie de mon ancienne job puis je regarde mes anciens collègues, là, qui ont
tous de la bonne copie. Moi, ça me ferait une maudite bonne chronique. Mais, à part, là, une autre chicane, là, entre le
gouvernement puis les omnis, puis tantôt on va avoir les spécialistes, là, peut-être
que vous avez mis la table, là, ça change quoi pour le commun des mortels, là?
Vous dites, par
exemple, là : On a pris 625 000 patients. Vous les avez pris,
vous avez inscrit quelque part, puis ils ne peuvent pas voir le médecin. Puis
il y en a 600 000 qui ont un médecin de famille qui ne peuvent pas voir
leur médecin non plus. Je vous pose la question, parce que, tout à l'heure, le
ministre dit : Vous avez signé ça après le
projet de loi n° 11. C'est vrai que vous l'aviez décrié sérieusement, le
projet de loi n° 11, probablement avec raison, d'ailleurs. Après ça, vous avez négocié ça. Vous
avez inscrit 625 000 patients sur le GAMF, là. OK, soit, mais il y en
a combien là-dessus qui ont réellement un accès, là, en 36 heures?
M. Amyot
(Marc-André) : Ils ont tous un accès, ces patients-là, puis plus que
ça, parce qu'ils passent maintenant par le GAP et ils sont orientés vers la
meilleure ressource. Puis, en passant, là, ces 625 000 patients
inscrits collectivement, les médecins offrent au GAP 625 000 plages
annuelles, puis c'est le GAP qui les gère, là...
M. Marissal :
Alors, prenons... Alors, prenons les autres.
M. Amyot
(Marc-André) : ...c'est le GAP qui décide de prendre un patient puis
de le mettre dedans. Alors, c'est... Et ils sont disponibles, là.
M. Marissal :
Prenons les autres, là, qui ne peuvent pas voir, là, leurs médecins en
36 heures. Le ministre a l'air de dire que c'est de votre faute. C'est-tu
de votre faute?
M. Amyot
(Marc-André) : Non seulement ce n'est pas de notre faute...
J'apporterais un élément. Ça me fait penser,
le ministre me demandait des solutions tantôt. Je dirais : On a des
docteurs qui veulent travailler plus actuellement. Puis,
normalement, au Québec, quand on travaille plus que 40 heures, on a au moins
la même rémunération, parfois temps et demi, parfois temps double. Bien, j'ai
des docteurs qui veulent travailler plus. Puis, après un certain temps, après
une certaine prestation de services, qu'est-ce qu'on fait? Qu'est-ce qu'on
fait? On les coupe de 75 %. Et on a demandé aux fonctionnaires, à qui on
veut donner plus de pouvoirs... Bien, on trouve que c'est inacceptable, dans le
contexte où les urgences sont bondées, remplies et qu'on veut réorienter ces
patients-là dans... les docteurs qui lèvent la
main puis qui disent : Moi, j'en ferais plus, je travaillerais plus...
Non, on continue de vous couper à 75 %. Pensez-vous que ça les
intéresse de travailler plus, ces docteurs-là? Et on a demandé à ces mêmes
fonctionnaires là... Moi, je suis inquiet de donner des pouvoirs à ces
fonctionnaires-là, qui ne sont pas capables de régler cette problématique-là
ici et maintenant.
M. Marissal :
OK. La coupe de 75 % du salaire dont vous parlez, est-ce que c'est en
vertu d'une entente que vous avez signée?
M. Amyot
(Marc-André) : Tout à fait, mais on l'a signée à une autre époque. Et
là, maintenant, il faut revoir les façons à la lumière de ce qui se passe
actuellement.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup. Alors, député des Îles-de-la-Madeleine, 2 min 52 s
M. Arseneau :
Merci, M. le Président. Dr Amyot, bonjour, ceux qui vous accompagnent. Bon,
vous êtes déçus, choqués, c'est clair, vous avez des termes très durs envers
l'approche. Vous parlez d'une posture vainement agressive qui vise à dicter
unilatéralement les conditions de pratique. Vous parlez d'un passage de la
collaboration à la coercition, à la concentration de pouvoirs. Vous craignez
énormément les effets. Moi, je veux savoir quelles sont les conséquences pour
la collaboration pour les médecins, quelle est la conséquence de ne pas mettre
les médecins dans le coup, du point de vue du patient.
M. Amyot
(Marc-André) : Bien, des dérives, parce que ce sont les médecins qui,
à chaque jour, les voient, ces patients-là,
vivent les difficultés d'accès de ces patients-là, et les médecins représentent
la voix de ces patients-là : difficulté
d'accès aux plateaux techniques, aux examens radiologiques, difficulté d'accès
aux services de santé mentale, aux services sociaux.
M. Arseneau :
Avez-vous le... Vous avez aussi parlé du projet de loi n° 20,
qualifiant le PL n° 15 de dérive du PL n° 20.
Ça fait longtemps qu'on n'en avait pas entendu parler. C'est quoi, le lien
entre le projet de loi qui n'a jamais été mis en oeuvre puis celui-ci?
M. Amyot (Marc-André) : Bien,
ça... on est dans le même modus operandi, là, des obligations et la coercition,
on est dans la méthode bâton. Et d'ailleurs, en introduction, il y a
deux semaines, en message préliminaire, le ministre indiquait qu'il avait
intégré la loi Barrette dans ce projet de loi là. Quand même inquiétant.
M. Arseneau :
Puis est-ce que... Un exemple de ça, c'est les 3 000 médecins
dont vous parliez, qui sont en cabinet puis qu'on va forcer à s'inscrire... à
demander des privilèges.
M. Amyot
(Marc-André) : En établissement.
• (16 heures) •
M. Arseneau :
Puis est-ce que je comprends bien que l'effet, c'est que c'est des gens qui
sont en cabinet, oui, mais qui rencontrent des patients, puis on va les
détourner de leurs patients pour leur faire faire des tâches en milieu
hospitalier? Est-ce que c'est ça?
M. Amyot
(Marc-André) : On risque de leur faire ça, mais, effectivement, vous
avez tout à fait raison, alors qu'on a besoin d'eux en cabinet.
M. Arseneau : Bien, c'est ça. Donc, on
va priver un certain nombre de patients d'une visite au médecin pour faire
faire au médecin d'autres tâches en milieu hospitalier, c'est ça que vous
décrivez?
M. Amyot
(Marc-André) : Tout à fait. Voilà.
M. Arseneau :
D'accord. Est-ce que vous avez l'impression que le projet de loi — je
vais finir là-dessus, là — nous
détourne des problèmes quotidiens, là, que l'on vit à l'heure actuelle? Est-ce
qu'on avait besoin d'une réforme de structure?
M. Amyot (Marc-André) : Bien,
on aurait préféré continuer à travailler en collaborant dans la bonne
direction. Et effectivement on doit travailler à se présenter en
commission parlementaire, analyser un projet de loi. Ce n'est pas ça qu'on
veut. On veut collaborer pour donner de meilleurs services à la population.
Le
Président (M. Provençal)
:
Merci. Alors, Mme la députée de
Vaudreuil, vous terminez cette... ce premier échange.
Mme Nichols :
Merci. Merci, M. le Président. Merci. Vous avez parlé, là, d'emblée, au
début de votre présentation, qu'il y avait 70 postes, à peu près
70 postes qui étaient non comblés en médecine familiale au Québec. C'est
beaucoup, surtout que je regardais les statistiques, là, depuis 2009, on a plus
de médecins qu'on en avait au Québec. Est-ce que ce projet de loi là va venir
aider ou est-ce que c'est des contraintes supplémentaires?
M. Amyot (Marc-André) : Absolument
pas. C'est des contraintes supplémentaires et une diminution d'attractivité de
cette profession-là qui n'est déjà pas attractive.
Mme Nichols : Donc, les jeunes,
ça... Parce que j'ai entendu l'annonce, là, du ministre, hier, là, entre
autres, à Rimouski, avec les AMP. Il n'y a rien d'attractif là-dedans pour
les...
M. Amyot (Marc-André) : C'est
un risque énorme, ce projet de loi là, s'il est adopté tel quel. Et on souhaite
que le ministre adapte ce projet de loi là suite aux auditions en commission
parlementaire, comme vous le faites actuellement, et que l'étude article par
article puisse bonifier ce projet de loi là.
Mme Nichols : On dit, depuis le
début, qu'il y a une certaine ouverture, qu'on... que le ministre écoute.
Alors, s'il y a des messages à passer, gênez-vous pas.
Les PREM, les PEM, les PREM, est-ce qu'il y a un
commentaire en lien avec les PEM, les PREM qui sont dans le projet de loi ou
est-ce que vous... est-ce que ça va aider à combler, justement, ces postes-là?
M. Amyot (Marc-André) : Il faut
aller... On a déjà déposé, quand le ministre parlait de solutions, on a déjà
déposé 20 mesures au ministère, des mesures pour mieux répartir les
médecins sur le territoire, des mesures à saveur incitatives plutôt que des
mesures coercitives et des obligations. On est vraiment... Et la vitesse avec
laquelle on discute de ces mesures-là est très ralentie.
Mme Nichols : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: C'est beau? Merci beaucoup. Merci
beaucoup aux représentants de la Fédération des médecins omnipraticiens du
Québec pour votre exposé et pour ces échanges qui, souhaitons-le, seront
constructifs. Alors, merci beaucoup.
Je suspends les travaux pour permettre au
prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 16 h 04)
(Reprise à 16 h 08)
Le Président (M. Provençal)
: Nous allons poursuivre nos travaux.
Je reçois maintenant la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Je vous
rappelle que vous aurez 10 minutes pour votre présentation, et, par la
suite, nous allons procéder à nos échanges. Alors, je vous cède immédiatement
la parole.
Fédération des médecins
spécialistes du Québec (FMSQ)
M. Oliva (Vincent) : Parfait.
Bonjour, M. le Président de la commission, Mmes et MM. les parlementaires. Bonjour à toutes et tous. Je suis Dr Vincent
Oliva, radiologiste d'intervention et président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, et m'accompagnent aujourd'hui Dr Serge
Legault, qui est chirurgien général à la Cité-de-la-Santé et vice-président de la fédération, Dre Corinne
Leclercq, qui est obstétricienne-gynécologue à l'Hôtel-Dieu d'Arthabaska,
à Victoriaville, et représentante des régions intermédiaires au conseil
d'administration de la fédération, et finalement Me Pierre-Luc Desgagné, qui
est notre directeur général à la fédération.
Donc, notre système de santé est une de nos
richesses, mais il est à la croisée des chemins. Oui, la pandémie a mis le
réseau de la santé à genoux, mais ses failles étaient déjà présentes bien
avant. Nous sommes face à un mur et nous
sommes inquiets. Vous étudiez, aujourd'hui, une énième réforme de structure du
réseau de la santé. Cette fois-ci, il y a une obligation de résultat si
on veut que les Québécoises et les Québécois aient encore confiance, alors que
le réseau est plombé par un manque chronique
de personnel et par une culture de gestion qui peut faire fuir nos meilleures ressources.
Le coup de barre dont le réseau a besoin est, d'abord et avant tout, dans
l'organisation et la coordination des soins,
qui doivent être parfaitement en phase avec les besoins des patients. Ça, c'est
l'expérience médicale du terrain qui nous l'enseigne.
• (16 h 10) •
Permettez-moi, donc, de vous proposer
aujourd'hui de bonifier le projet de loi afin qu'on ne perde pas de vue que nos
vrais patrons à nous tous, ce sont les patients. Le ministre de la Santé a
raison de proposer de séparer les orientations de la gestion des opérations.
D'une part, le ministère de la Santé doit être en mesure de mieux anticiper les transformations qui nous attendent : il y
a plus d'aînés, les pathologies sont plus complexes, les méthodes
d'investigation et de traitement se
multiplient. Santé Québec devra, donc, tenir compte de ces tendances pour
changer la façon dont on donne des soins, comme on l'a fait avec la
télémédecine et l'hospitalisation à domicile.
Depuis plusieurs années, on a
implanté, dans les unités de soins et les départements des hôpitaux, la
cogestion médicale : un médecin et un gestionnaire, une infirmière
ou un technologue qui assument la responsabilité de gérer ensemble les soins, mais aussi les ressources
matérielles d'un département. C'est une direction à deux têtes, où on mise
sur la complémentarité des expertises pour mieux gérer nos ressources, et ça
fonctionne.
Quand
on regarde le projet de loi, ce principe de cogestion disparaît dans les
niveaux hiérarchiques supérieurs, et c'est
une erreur. Notre réseau peut compter sur d'excellents gestionnaires, mais ils
ont besoin d'un contrepoids qui reste médical.
Je suis en pratique hospitalière
depuis 32 ans, j'ai été chef de département pendant huit ans et j'ai
constaté à quel point il était difficile de
faire entrer de l'innovation dans nos milieux de soins. Il y a des contraintes,
des formulaires, des lenteurs administratives, c'est souvent un chemin
de croix. Que ce soit pour utiliser des nouvelles technologies médicales, des
nouveaux traitements ou tout simplement s'assurer que le patient aura accès à
des soins à domicile parce qu'il retourne seul à la maison, c'est souvent aux médecins
que revient la tâche de secouer la machine et de défendre les patients. Le
projet de loi prévoit pourtant condamner les médecins qui mènent ces batailles
à des sanctions. C'est exactement ce qui est écrit dans le projet de loi qui
est devant nous.
M. le ministre, nous
comprenons la direction que vous voulez prendre, mais il y a un décalage
important entre votre vision et le projet de législation. Les médecins seront
sous-représentés dans les instances dont les décisions entraînent des
répercussions importantes pour les patients. Les dispositions prévues par le
texte viennent notamment réduire considérablement les responsabilités du conseil
des médecins, dentistes et pharmaciens, ce qui est extrêmement préoccupant.
Certains élus
affirment que les CMDP ont trop de pouvoir dans un hôpital. Permettez-moi de
rappeler certains faits. Le CMDP est composé de médecins, dentistes et
pharmaciens oeuvrant dans un établissement. Son exécutif élu a simplement un
rôle-conseil auprès du CA d'un établissement et de son PDG. Entre autres, il
s'assure de la qualité des soins prodigués
aux patients, s'occupe de faire des recommandations sur le recrutement de
nouveaux candidats, sur les champs de
pratique des médecins, il gère les plaintes des patients avec des recommandations
disciplinaires, le cas échéant. Le CMDP agit aussi comme chien de garde et
contrepoids médical auprès de la haute direction dans la défense des patients.
Soyons clairs, ça prend des soignants proches du terrain pour assumer de telles
responsabilités.
Or, le PL n° 15 donne dorénavant aux PDG d'établissement la
responsabilité de déterminer les champs de pratique des médecins d'un
établissement, de juger de leur niveau de compétence au moment de leur
recrutement, de décider quelles activités médicales ils devront effectuer, par
exemple, sur la garde, et à quel endroit dans un territoire déterminé, pourront
également établir des sanctions disciplinaires et des pénalités financières
envers les médecins.
On parle beaucoup de
rehausser l'imputabilité dans le projet de loi, mais, quand on s'attarde au
texte, c'est une imputabilité à sens unique. On y élargit la palette des
sanctions qu'un PDG peut imposer à un médecin, mais l'établissement et son PDG
n'encourent aucune sanction si leur obligation de créer des conditions
favorables à l'accès à la médecine spécialisée prévue au PL n° 15
n'est pas respectée. C'est un déséquilibre.
Pourtant, au cours
des derniers mois, plusieurs centaines de médecins spécialistes nous ont
témoigné des difficultés qu'ils rencontrent pour prodiguer des soins
convenablement. Près de 300 lettres ont été envoyées à leurs PDG d'établissement pour mettre en lumière les
besoins prioritaires des équipes médicales. Bon nombre de ces lettres
sont demeurées sans réponse. Pourtant, les directions d'établissement avaient,
devant eux, des médecins qui veulent travailler plus, soigner mieux et surtout
aider ceux qui attendent depuis déjà trop longtemps. Vous comprendrez que cette
concentration de pouvoirs et ce déséquilibre d'imputabilité nous inquiètent.
Par ailleurs, plusieurs réponses confirmaient le bien-fondé de nos demandes, et
nous en incitons quelques-unes dans notre mémoire.
Sur la structure de Santé
Québec, bien que nous saluons l'initiative de décentraliser la prise de
décision opérationnelle, le risque demeure de trop concentrer les pouvoirs au
sein d'un seul palier de gouvernance qu'est l'agence au détriment d'une gestion
de proximité. Pour assurer une telle gestion, il importe de laisser un niveau
d'autonomie et de marge de manoeuvre suffisant pour les établissements,
d'impliquer des professionnels de la santé et
de développer une culture d'agilité au sein du réseau. Ce qui est bon pour un
hôpital universitaire à Montréal ne l'est peut-être pas pour un hôpital
en région. Laissons un peu de marge de manoeuvre aux gens du terrain. Le
«top-down» du ministère de la Santé envers le réseau a parfois été désastreux.
Il faut éviter de refaire les mêmes erreurs avec Santé Québec.
Quant à la
composition du CA de Santé Québec, il est étonnant de constater qu'aucun
médecin n'y soit présent d'office, alors que c'est elle qui aura la
responsabilité de mettre en oeuvre les orientations en santé. De plus, nous
croyons fermement que des représentants universitaires doivent y être présents,
tout comme un représentant du secteur de l'innovation. Les dernières années
nous ont prouvé que l'engagement des médecins spécialistes et leur
collaboration avec le ministère et le gouvernement du Québec pouvaient faire la
différence dans l'amélioration de la qualité
et de l'accessibilité des soins pour les patients. Citons, par exemple,
l'hospitalisation à domicile, le programme Agir tôt pour les jeunes, la
couverture complète des régions éloignées en anesthésie, chirurgie et
gynécologie : ce sont là des parfaits exemples de collaboration négociée
ayant porté ses fruits et qui démontrent que, lorsque le gouvernement énonce
clairement ses priorités, nous livrons la marchandise.
Le ministre a évoqué
publiquement qu'il estime que certains médecins pourraient en faire plus. Sur
ce point, nous partageons la préoccupation d'assurer une couverture médicale
homogène et une responsabilité populationnelle. Y a-t-il lieu de revoir
l'organisation et la charge de travail médical? Probablement. Assoyons-nous
pour en discuter, et je vous garantis qu'on va trouver des solutions. On l'a
fait dans le passé, on va continuer à le faire. Cette méthode permet d'arriver
à des solutions concertées qui ont prouvé leur efficacité. C'est par la
discussion et la négociation qu'on trouve, ensemble, la façon d'y arriver.
Cette idée fixe de
coercition ne mène à rien. Par exemple, nous sommes ouverts à la conclusion
d'ententes concernant les activités médicales particulières, les AMP, ou sur
une offre de services bonifiée, mais nous émettons ici une réserve importante et fondamentale. Nos conditions de pratique,
qui pourraient inclure des AMP, ne peuvent être traitées dans le cadre d'un projet de loi. Elles doivent être négociées
avec nous en fonction des besoins du département territorial et en tenant
compte de l'expertise médicale et des réalités parfois très divergentes de
35 spécialités. Il faut que le bon médecin prenne en charge le bon
patient. Et, malgré son grand intérêt, une commission parlementaire n'est pas
un forum de négociation approprié.
En terminant, M. le Président, Mmes et MM. les
parlementaires, la fédération vous remercie vivement de lui avoir donné
l'opportunité de s'exprimer sur ces questions éminemment cruciales pour
l'avenir de notre réseau public de santé. Ne
perdons pas de vue que ce projet de loi donnera ses effets dans quelques années
seulement. Dans l'intervalle, les médecins spécialistes vous demandent
de les aider à faire ce qu'ils font de mieux : soigner leurs patients.
Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Dr Oliva, pour votre
exposé.
M. le ministre, je vais vous donner la parole
puis j'aimerais ça, de temps en temps, que vous vous adressiez à la présidence
pour que ce soit plus... moins direct en termes d'échanges, s'il vous plaît.
Merci beaucoup.
M. Dubé : ...M.
le Président. Alors, Dr Oliva, Dr Legault, je ne me souviens pas de
votre nom, mais vous êtes à l'hôpital d'Arthabaska?
Une voix : Oui.
M. Dubé : J'étais là vendredi.
Je vous salue.
Une voix : Oui.
M. Dubé : Alors, merci beaucoup
de cette présentation-là, M. Desgagné aussi. Premièrement, j'apprécie
énormément votre ton, Dr Oliva, parce qu'on peut avoir des différences...
puis là je vous parle, M. le Président, là, mais on peut avoir des différences,
mais je pense que vous me connaissez assez. Puis on a vécu, un peu, la pandémie
ensemble, là, je pense qu'on peut se dire les vraies choses tout en
respectant... tout en le faisant dans le respect.
• (16 h 20) •
J'ai
beaucoup, beaucoup de points où on est en accord, de bonifier le projet de loi,
de travailler sur l'organisation des
soins, les succès que vous nous avez permis de faire, que ça soit en
télémédecine... Je ne veux pas que tous les passer, il y en a beaucoup. Je suis... Quand j'ai lu votre
mémoire... puis je dois vous dire que je ne peux pas avoir... je ne peux
pas apprécier tout ce que vous dites dans le mémoire, parce que je l'ai eu de
façon assez récente, puis je ne peux pas vous le reprocher, parce que vous
n'avez pas eu beaucoup de temps pour le préparer. Ça fait que je vous dis, en
même temps, merci d'avoir pris le temps, parce que ce n'est pas évident, là, et
je salue... parce que ça... puis on est dans notre jargon, là, mais, quand vous
dites que vous êtes d'accord avec le principe des AMP, pour moi, je pense que
c'est important pour les Québécois de comprendre qu'est-ce que ça veut dire, le
principe des actes... des AMP. C'est de dire : Les omnis comme les
spécialistes seraient demandés de pouvoir avoir certaines activités particulières,
en autant qu'on s'entende. Bon, maintenant, je veux juste dire, puis là je vais
rester doux dans mes commentaires, ça fait
que je prépare la... c'est que ça fait longtemps que les AMP sont dans la loi
pour les spécialistes, mais on n'a jamais réussi à s'entendre. Alors, notre
défi, ce n'est pas tellement de le mettre dans la loi que d'y trouver la discussion
qui va mener à une entente. Alors, je vais juste dire ça comme ça. Vous
comprenez très bien ce que je veux dire.
Ce que je pense qui est notre grand défi...
parce que je suis certain que mes collègues de l'opposition vont vous poser la question : Avez-vous été
consultés, hein? Bon, ils demandent ça à tout le monde. Puis il faut se
rappeler... il faut se rappeler, puis c'est correct, c'est leur travail
aussi de poser des bonnes questions, mais il faut se rappeler, et, vous et moi,
on en a parlé beaucoup avec M. Desgagné, on ne pouvait pas vous parler
avant de déposer le projet de loi. C'est des règles de l'Assemblée nationale.
Alors, moi, le point que je veux vous dire... et
c'est pour ça que j'apprécie votre ton aujourd'hui, parce qu'on veut trouver
ensemble, pour les Québécois, une façon d'améliorer notre réseau de santé. Et
les 10 000 médecins omnis et 10 000 médecins spécialistes font
partie de la solution, ça, c'est clair pour tout le monde.
Moi, ce que
je vous dis, c'est que, entre aujourd'hui et le moment où on va finaliser le
projet de loi, il pourrait se passer encore plusieurs semaines. Je vous
l'ai dit et je le redis devant tout le monde aujourd'hui, c'est là qu'on a le
droit de se parler. Parce que, là, le projet de loi qui a été déposé, quand je
dis qu'il peut être bonifié, qu'il peut être amélioré, je ne changerai pas les
principes, je vais être très ferme dans les principes. Puis je veux que les
Québécois l'entendent : sur les principes d'avoir un accès à un meilleur
réseau de santé, on va être ferme là-dessus. Est-ce qu'on peut trouver des
accommodements? Est-ce que ça doit être dans le projet de loi? Est-ce que ça
doit être dans la prochaine entente de trois ans qu'il va falloir négocier?
Est-ce que c'est dans les règlements? On va trouver la façon d'atterrir au bon
endroit. Mais je veux juste vous dire que les prochaines semaines seront
déterminantes. Puis, d'ailleurs, les gens le savent, on a commencé à se parler
depuis que le projet de loi, il a été déposé. Ça fait que je voulais juste vous
rassurer là-dessus, que non seulement j'apprécie le ton.
Maintenant, il y a quelques points que je
voudrais faire. Puis je vais surveiller le temps parce que ça passe très vite,
là, puis je veux profiter de ça. Il y a un principe, pour moi, qui est
important, qui est peut-être mal compris, mal compris dans le projet de loi,
c'est le projet... ce qu'on appelle le principe de subsidiarité. Alors, quand
on dit qu'on entend qu'on veut tout contrôler, puis etc.,
que c'est de la centralisation, c'est tout à fait le contraire, puis ça va être
à nous... Peut-être qu'on l'a mal expliquée, mais la subsidiarité, c'est qu'on
veut prendre la décision le plus proche possible du terrain. C'est ça que ça
veut dire. Puis ça, c'est l'article 29 qui dit ça. Puis il va falloir
peut-être mieux l'exprimer, qu'est-ce que ça veut dire. Ça veut dire prendre la
décision proche du terrain et non au CISSS et au CIUSSS.
Alors, les professionnels comme vous, qui
pratiquez depuis tout ce temps-là — puis j'ai même dit, tantôt,
au Dr Legault que je ne le reconnaissais pas
parce qu'habituellement je le vois avec son petit capuchon sur la tête — vous
êtes des gens assez d'expérience pour savoir qu'est-ce que je veux dire, de
prendre la décision proche du terrain et non au CISSS puis au CIUSSS. Et c'est,
d'ailleurs, pour ça que vous êtes aussi d'accord qu'on sépare les opérations du
ministère. Ça, je pense qu'on s'entend. Bon.
Puis il y a autre chose que je veux dire aussi
pendant que je suis dans des choses positives, c'est... on a mis en place, il y
a quelques années, l'Institut de la pertinence, puis l'Institut de la
pertinence, qu'on appelle maintenant l'IPAM, là, elle a été excessivement
bénéfique pour des choses, notamment de donner des fonds nécessaires pour faire
des activités, et faire des activités, améliorer nos systèmes informatiques,
etc. Puis il y aura probablement des exemples qui seront donnés dans les
prochaines semaines.
Moi, ce que je veux que les Québécois
comprennent, puis c'était pour ça que je voulais être capable d'avoir cette
discussion-là, tout à l'heure, avec le Dr Amyot, du côté des omnis, c'est
d'être capable de dire : Le quotidien des Québécois, il est sur quoi? Il
est sur les chirurgies qui sont en retard puis que ça s'est exacerbé avec la
pandémie, il est sur ce qu'on appelle le
CRDS, hein, le centre de rendez-vous pour un spécialiste, puis il est sur les
urgences. Si, là, vous demandiez aux Québécois, parce qu'on leur parle,
c'est quoi, les trois grands problèmes qu'on a — puis là je dirais avec
autant les omnis que les spécialistes — bien, c'est ces trois-là.
Moi, ce que je vais vous demander dans les prochaines semaines, là, oublions
les détails du projet de loi, puis tout ça : Qu'est-ce qu'on peut faire
ensemble le plus rapidement possible pour
qu'on règle ces trois choses-là : les chirurgies qui sont en retard, les
800 000 rendez-vous en attente sur le CRDS et les urgences?
Puis pourquoi je vous parle des urgences? Parce
que, là, je suis tout à fait d'accord avec vous, puis j'aimerais ça vous laisser parler, c'est que les urgences, ce
n'est pas juste la faute des spécialistes, c'est un... puis ça, là, j'en parle
beaucoup avec les gens du ministère, avec Mme Savoie. Je vous demande
qu'est-ce que vous voulez faire, vous pouvez faire. Mais, nous aussi, il y a
des choses qu'on peut faire pour améliorer.
Alors, aujourd'hui, là, je vous dis : Sur
ces trois choses-là, là, c'est CRDS, urgences et chirurgiens en retard,
qu'est-ce qu'on peut faire à court terme qui peuvent nous aider, que ça soit
dans le projet de loi ou pas, là? Mais je veux vous entendre spécifiquement
là-dessus.
M. Oliva
(Vincent) : Alors, M. le ministre, merci pour votre question.
M. le Président, je répondrais au ministre qu'il y a beaucoup de choses à
faire, il y a des solutions qui sont connues. C'est clair que les médecins sont
mobilisés. Puis on l'a dit souvent : Donnez-nous accès à des salles
d'opération, à des cliniques externes, on va les occuper. Alors, ça, c'est...
Le fond du problème, là, c'est qu'actuellement on n'a pas accès à ce qu'on
appelle ces plateaux-là.
M. Dubé : Puis pourquoi? Parce
qu'il manque de...
M. Oliva
(Vincent) : Bien, c'est-à-dire qu'il y a une crise de
personnel très large, OK? Ça, c'est clair qu'elle est présente. Mais, au-delà de ça, il y a des enjeux
quand même d'organisation parce qu'il y a des outils qui ne fonctionnent
pas bien.
Vous parliez tantôt des CRDS, mais les CRDS,
c'est un système de rendez-vous avec une architecture qui est vieille, qui doit
être révisée, si bien qu'il y a des médecins spécialistes qui se gardent des
plages entières pour voir des patients, puis, des fois, au lieu d'avoir
12 patients, ils ont trois patients parce que les plages ne sont pas
remplies, les rendez-vous ne sont pas bien donnés. Donc...
M. Dubé : Donc, des enjeux
technologiques, de logiciels, etc., là.
M. Oliva (Vincent) : Des enjeux
technologiques, des enjeux de coordination aussi, des enjeux de laboratoire qui
n'arrivent pas à temps, donc de l'organisation des soins, puis pas juste un
manque de ressources humaines. Oui, il y a un manque de ressources humaines,
mais, avec les ressources humaines qu'on a, on peut faire beaucoup mieux.
M. Dubé : Puis,
ça, ce que vous dites, c'est plus du côté du ministère ou... en tout cas, on
verra dans Santé Québec, mais
c'est des choses que nous, on peut améliorer.
M. Oliva (Vincent) : Regardez,
je ne suis pas en train de montrer des doigts, de pointer personne...
M. Dubé : Non, non, non. On
n'est pas là, là. On n'est pas là.
M. Oliva
(Vincent) : ...parce que tout le monde a sa part de
responsabilité. Puis, je l'ai dit dans mon allocution, si on peut optimiser la participation des médecins
spécialistes, on va le faire, OK? Donc, je pense que c'est un effort collectif.
Le message, c'est qu'on est au rendez-vous. Les
médecins sont mobilisés. Vous avez vu, peut-être, dans vos tableaux de bord,
que les chirurgies en attente de plus qu'un an ont réduit de façon
substantielle depuis quelques mois. Donc, ça, ça témoigne de la mobilisation des médecins, dont on est
au courant parce qu'on leur parle souvent, les associations chirurgicales,
les anesthésistes, les pathologistes, puis on sait qu'ils sont au rendez-vous,
et ils vont être au rendez-vous. Donc, tout ça, c'est des bonnes nouvelles.
M. Dubé : Puis c'est un chiffre
de... Vous me permettez, M. le Président, là, si je peux... On est quand même partis d'un sommet où il y avait plus de
23 000 chirurgies qui étaient en retard, à peu près, vers le mois de
novembre, ça, c'est le sommet, puis on est revenu à peu près à
17 000. Alors, merci pour cet effort-là, parce que ça s'est fait quand
même dans des conditions très difficiles. Je pense que c'est important...
M. Oliva (Vincent) : On s'était
parlé, vous l'aviez demandé, vous parliez souvent des chirurgies, puis moi, je
vous avais dit : Bien, les médecins sont mobilisés. Donnez-nous des...
M. Dubé : On peut-tu faire
mieux? On peut-tu aller plus rapidement?
M. Oliva
(Vincent) : Je pense qu'on peut le faire plus rapidement. Je
pense que, tant qu'on aura des disponibilités opératoires, je pense que
les médecins vont être au rendez-vous. Alors, le goulot...
M. Dubé : J'espère qu'on aura
des bonnes nouvelles dans les prochains jours là-dessus.
M. Oliva
(Vincent) : Peut-être. Je l'espère. Mais toujours est-il que
vous demandiez ce qu'on peut faire. Bien, ce qu'on peut faire, c'est
travailler ensemble et puis...
M. Dubé : Mais le CRDS, là, à
part le problème de logiciel, juste pour que les gens comprennent comment ça
fonctionne, en ce moment, entre l'omni qui demande un rendez-vous... allez-y un
peu pour qu'on comprenne qu'est-ce qu'on
peut faire de chacun des deux... Vous parlez d'informatique, mais, de votre
côté, qu'est-ce qui peut être fait?
M. Oliva (Vincent) : D'accord.
M. le Président, si vous permettez, je laisserais Dr Legault répondre parce
qu'il est très impliqué dans la mécanique des CRDS.
• (16 h 30) •
M. Legault
(Serge) : Merci, Vincent. M. le Président, M. Dubé.
Bien, le CRDS, c'est aussi un enjeu technologique, mais je pense que, des
fautes, on peut en trouver d'un côté comme de l'autre. Avant l'arrivée du CRDS,
qui était une bonne idée, les médecins avaient...
M. Dubé : Centre de rendez-vous
d'un spécialiste. Centre de rendez-vous d'un spécialiste, pour que les gens
comprennent notre jargon, là.
M. Legault
(Serge) :
OK.
Bien, OK. Alors, avant l'arrivée du CRDS, les gens avaient une façon de
faire qui était la leur et qui variait beaucoup de région en région. Alors, le
médecin avait ses référents, puis ça fonctionnait comme ça.
Donc, le CRDS est venu remplacer un système qui
était dysfonctionnel, mais qui fonctionnait relativement bien. Ça a été une
révolution dans le milieu. Au début, ça a été difficile pour les enjeux
informatiques, etc., et puis, avec l'avènement des nouvelles technologies,
malheureusement, je pense que les nouvelles technologies n'ont pas suivi. Je ne veux pas pointer du doigt, ce n'est
pas l'habitude de la FMSQ de le faire, mais on se rend compte qu'en s'assoyant
avec nos partenaires au ministère on est capables de mettre le doigt sur les
bobos qu'il faut essayer d'améliorer.
On est rendu à rêver à un CRDS 2.0. Le
CRDS 2.0, ça va faire que ça ne sera pas seulement les omnipraticiens qui
vont pouvoir utiliser le système, ça va être d'autres professionnels de la
santé. Puis je pense que tout le monde veut ça, l'interdisciplinarité, mais le
pari informatique est immense, et on voit, du côté des spécialistes, qu'il y a
un réel désir de changer du côté du ministère, ce qui n'était pas
nécessairement le cas au début, parce que c'était la statistique, puis le
800 000, puis : Vous ne faites pas votre job, puis les docteurs ne
veulent pas le faire. Je pense que, si on
est capable de mettre en place... sur place une façon de faire qui va plaire et
au patient et au médecin, qui va faciliter l'expérience patient et qui
va faciliter le fait que le médecin a tous les prérequis quand il voit le
patient, ça ne peut pas ne pas fonctionner.
M. Dubé : ...travaille
là-dessus en ce moment. Je pense qu'il y a même des sommes de l'IPAM qui vont
être utilisées pour aller... je parlais de l'IPAM tantôt, pour être capable de
faire ça. Ça fait que disons qu'on va voir une solution à court terme, moyen
terme, dans le CRDS, selon vous?
M. Legault (Serge) : J'espère
qu'à moyen terme ça va donner de quoi, mais, si je peux prendre la balle au
bond, si vous me permettez, M. le Président, puis je ne sais pas à qui je dois
m'adresser, ceci... Les améliorations du système
se font en cogestion. Le projet de loi n° 15 nous inquiète parce qu'on a
l'impression que la cogestion, qui est au centre de l'amélioration de notre
système de santé, est évacuée avec le PL n° 15. C'est une grande
inquiétude pour nous.
M. Dubé : Bon, bien, ça, on en
a parlé beaucoup avec le... avec le Dr Gaudreault ce matin, là, je pense, c'est
la même réflexion, puis on va y revenir quand je discuterai avec vous dans les
prochaines semaines. Je veux juste revenir sur les
urgences, parce que c'était mon troisième point, puis souvent ce que j'entends
dans le réseau, c'est... Une des raisons que les gens attendent
particulièrement longtemps sur les civières, puis là on a des gens qui sont dans... du côté des établissements, c'est le temps
de consultation, puis, ça, je veux vous entendre là-dessus, parce que,
vous et moi, on a échangé souvent. Je voudrais vous entendre là-dessus, Dr
Oliva.
M. Oliva
(Vincent) : Parfait. Merci pour la question. M. le Président, je
répondrais au ministre de la Santé que, dans la cellule de crise qu'il a
lui-même créée, le temps de consultation n'a pas été retenu comme une des
mesures pour améliorer l'engorgement des urgences. Alors, oui, c'est vrai que
le temps de consultation, ça peut toujours être amélioré. Ce qu'il faut savoir,
c'est que, si un patient attend à l'urgence avec une condition urgente, OK, qui
nécessite qu'un médecin spécialiste soit là, puis que le médecin spécialiste ne
se déplace pas, jamais on ne va cautionner ça, jamais, puis, de toute façon, il
s'expose à des mesures disciplinaires.
Donc, là n'est pas
l'enjeu. L'enjeu est, par exemple, pour un chirurgien qui a passé sa journée à
la salle d'opération et qui a un patient, à 10 heures le soir, qui a, par
exemple, une diverticulite, mais qui va être hospitalisé de toute façon, le
chirurgien, lui, il est au bloc opératoire le lendemain matin à 7 heures,
alors c'est possible qu'il dise : Bien, on part les antibiotiques, puis je
vais le voir demain matin. Alors, oui, sur papier, le délai de consultation est
là, mais l'enjeu, pour le patient, il n'y a pas de dommage, puis le chirurgien,
bien, il opère ces deux jours-là. Alors, il ne peut pas passer la nuit à voir
des patients puis, les jours, à opérer. Alors...
M. Dubé :
Vous avez eu une grande contribution à la cellule de crise sur les
urgences. Je veux juste que les Québécois savent qu'on va continuer à
travailler là-dessus, parce que, ça, pour moi, que des gens...
M. Oliva
(Vincent) : Ça, c'est clair.
M. Dubé :
Puis on l'entend, là, puis mes collègues de l'opposition me le rappellent
régulièrement, que des délais d'attente de 20 heures, 25 heures sur
une civière, ce n'est pas acceptable au Québec. Ce n'est pas acceptable.
M. Oliva
(Vincent) : Ça, on est tous d'accord. Ici, j'apporte des nuances et ce
que je dis, c'est que les endroits où, par exemple, un patient reste là parce
qu'un médecin ne se déplace pas, ça, ça n'est pas acceptable, et, si ça arrive,
c'est clair qu'on va tout faire pour régler ces problèmes-là. Ce qu'on dit,
c'est que la majorité du problème d'engorgement des urgences, c'est parce qu'il
n'y a pas de lits d'hospitalisation. Puis, actuellement, je sais que la cellule de crise a créé un sous-comité où ils
veulent augmenter la fluidité hospitalière, veulent congédier plus rapidement
des patients. Il y a aussi, comme vous savez, la surcapacité qui a été mise en
place pour monter des patients de l'urgence sur les étages pour désengorger.
Alors, tout ça, c'est des mesures qu'on discute, qui se mettent en place.
M. Dubé :
Je vous laisserai mes
collègues... mais merci pour ces ouvertures-là. Je pense, ça a été très instructif
pour les Québécois qui vous écoutent. Merci beaucoup. Merci.
Le Président
(M. Provençal)
: M.
le député de Pontiac.
M. Fortin : Combien de temps je dispose, M. le Président?
Le Président
(M. Provençal)
: Vous
allez disposer de 10 min 44 s.
M. Fortin : Combien de temps avait le ministre?
Le Président
(M. Provençal)
: Pardon?
M. Fortin : À peu près 20 minutes? Le ministre avait à peu près
20 minutes?
Le Président
(M. Provençal)
: Non,
il a eu 16 min 30 s.
M. Fortin : 16 minutes! Moi, je suis complètement découragé, M. le
ministre. Cette discussion-là que vous venez d'avoir avec les gens de la FMSQ,
là, vous auriez pu l'avoir au ministère, vous auriez pu l'avoir autour d'une
table à souper. Vous n'avez même pas parlé du projet de loi n° 15, pas une
fois. Vous avez parlé de tout le reste, là, discussion hyperintéressante, mais
jamais vous n'êtes rentré dans les détails de pourquoi ils sont venus ici, le
projet de loi n° 15. Alors, je... Vous êtes
rendu un habile politicien, disons, mais on est loin du gestionnaire chevronné
de l'époque qui se serait concentré sur les enjeux.
Bonjour, Dr Oliva,
Dr Legault, Dre Leclercq, Me Desgagné. Parlons du projet de loi n° 15. Dans une de vos recommandations qui fait... qui
parle des activités médicales particulières, vous demandez de suspendre
l'application des articles du projet de loi,
là, jusqu'à ce qu'on ait le temps... que vous ayez le temps, avec le
gouvernement, de convenir de certaines particularités. Pouvez-vous nous
dire qu'est-ce que vous voulez dire puis qu'est-ce que ça ferait en sorte,
d'appliquer tout de suite, là, les dispositions qui sont prévues dans le projet
de loi?
M. Oliva (Vincent) : Alors, M.
le Président, ce qu'on dit, essentiellement, c'est que, si on veut mettre en
place des activités médicales particulières ou bonifier les services à la
population, il faut qu'on s'assoie puis qu'on s'entende
sur le genre de services à donner, puis c'est une question peut-être facile à
poser, mais c'est des réponses très complexes,
parce qu'en médecine spécialisée, comme je l'ai mentionné, il y a
35 spécialités avec des réalités toutes différentes.
Alors, premièrement, il faut savoir qu'il y a
des médecins qui travaillent en dehors de l'hôpital, dans des cabinets, mais il
y en a 5 % à peu près. Alors, on dit souvent que ces médecins-là
pourraient peut-être participer plus, mais il faut comprendre que,
premièrement, c'est une minorité. Puis ensuite certains de ces médecins-là sont
en cabinet parce qu'ils ne sont pas capables d'exercer leur profession en
hôpital parce qu'ils n'ont pas accès aux cliniques externes, ils n'ont pas
assez d'heures d'ouverture, alors, puis, dans certaines spécialités, c'est
moins critique que d'autres.
Par exemple, la dermatologie, on peut
parfaitement exercer la dermatologie en cabinet parce qu'il s'agit de
consultations où ils n'ont pas nécessairement besoin de plateaux lourds.
Autrement dit, c'est complexe parce que c'est granulaire, et, nous, ce qu'on
dit, c'est qu'il faut s'asseoir et convenir de quelles sont les activités
médicales particulières qui vont aider la population. Il faut toujours revenir
à ça, qu'est-ce qui va aider les patients, puis, à chaque endroit où les
médecins spécialistes pourraient aider davantage la population, on va être au
rendez-vous puis on va les négocier.
M. Fortin : Ça, cette discussion-là sur la granularité, là, sur les
différentes dispositions, vous ne l'avez pas eue encore, je comprends?
M. Oliva (Vincent) : C'est-à-dire
qu'on ne l'a pas eue en fonction du projet de loi. Évidemment, on a des
discussions fréquentes avec le ministère. On échange sur les enjeux dans
certaines spécialités. On a... On discute depuis plus qu'un an de solutions
potentielles pour ramener certains médecins à l'hôpital dans certaines
spécialités où on sait que c'est un enjeu, mais jamais on ne nous a dit :
Voici ce qui s'en vient dans le projet de loi n° 15,
puis on peut-tu discuter de comment régler
ces enjeux-là? Ce qu'on a fait, c'est que, de notre côté, on voyait bien qu'il
y avait des enjeux puis on disait : Bien, voici telle ou telle
solution, est-ce qu'on doit moduler la rémunération, est-ce qu'on doit mettre
des incitatifs? Mais, bref, il faut s'asseoir puis en discuter de façon
sérieuse, mais surtout en fonction des besoins spécifiques de la population,
qui sont très différents d'une région à l'autre.
• (16 h 40) •
M. Fortin : C'est là que le propos du ministre, tantôt, là,
honnêtement, qui dit : On ne pouvait pas vous consulter parce que, bien,
il faut déposer le projet de loi à l'Assemblée, avant, on ne pouvait pas vous
en parler... En même temps, le ministre, avant de déposer son projet de loi à
l'Assemblée, là, il est allé dans les médias et il leur a dit qu'il créerait
l'agence Santé Québec, que ça serait constitué d'une petite équipe avec un PDG,
que les membres du conseil d'administration seraient nommés par le gouvernement,
que ce serait un Hydro-Québec de la santé, que les 35 PDG des CISSS et
CIUSSS ne se rapporteraient plus à Mme la sous-ministre, comme c'est le cas,
mais au PDG de Santé Québec. Et il nous a même dit, il a même poussé l'audace
jusqu'à dire que des drames comme celui qu'a
vécu la veuve de l'ex-premier ministre Bourassa, bien, ça ne se produirait
plus. Alors, votre explication, M. le ministre, me semble bien...
disons, bien inappropriée, mais c'est la vôtre. Vous avez mentionné, Dr Oliva,
que vous voyez une imputabilité à sens unique dans le projet de loi. J'aimerais
ça comprendre ce que vous êtes en train de nous dire, là, exactement.
M. Oliva (Vincent) : Bien, ce
qu'on est en train de dire, c'est qu'on voit, là-dedans, qu'il y a
potentiellement des leviers pour contraindre les médecins à participer plus, ce
à quoi on vous dit : Vous n'avez pas besoin de contraintes, on est prêts à
s'asseoir puis à en discuter. Il y a des pénalités là-dedans. Alors, c'est sûr
que la culture de la coercition, pour nous, ça ne fait pas avancer les choses.
Ce qu'on voit, donc, c'est qu'il y a un
encadrement plus... beaucoup plus serré des médecins, mais, du côté des administrateurs et des PDG, on ne voit pas ça.
En fait, on l'a dit dans notre mémoire, les PDG ont... dans le PL n° 15, auraient beaucoup plus de pouvoirs, et, si on veut les
instances qui l'entoure, on ajoute des couches autour, puis, par exemple, on a
parlé des CMDP. Je l'ai dit tantôt, le CMDP, c'est un conseil de médecins,
pharmaciens et dentistes qui sont là pour alimenter le PDG, puis s'asseoir avec
lui, et puis s'assurer qu'il est bien alimenté par le terrain, puis, des fois,
qui rendent des comptes aussi, parce que, si, par exemple, un PDG dans un
hôpital ferme le bloc opératoire un peu trop tôt, bien, son CMDP va s'asseoir
avec puis va dire : Pourquoi les blocs ferment à cette heure-là?
Alors, oui, ça peut être embêtant, un petit peu
comme l'opposition officielle, des fois, qui pose des questions au gouvernement, mais c'est un contrepoids qui est
nécessaire. Alors, quand on parle d'imputabilité, c'est ça qu'on dit, c'est qu'on ne voit pas, là-dedans, l'imputabilité
des décideurs qui, en plus, dans le cas du PDG, du directeur médical, récoltent
plus de pouvoirs et s'entourent de plusieurs couches de conseillers qui
éloignent un petit peu les médecins du terrain du PDG. Puis c'est important
aussi de comprendre que, dans la cogestion, nous, on dit : Ça prend des professionnels, ça prend des médecins... pas juste
des médecins, ça prend des professionnels, mais pas nécessairement des
professionnels qui sont engagés dans la machine. Ça prend des professionnels du
terrain qui sont en pratique médicale. C'est très différent.
M. Fortin : Le ministre nous traite gentiment régulièrement de
malcommodes, les députés de l'opposition, mais là je comprends que...
Une voix : ...
M. Fortin : Ah! bien oui, avec amour,
bien sûr, mais disons que les malcommodes du réseau pour lui, le CMDP...
là, on utilise un moyen pour leur enlever
certains pouvoirs pour le remplacer par un directeur médical, mais tout, dans
le projet de loi n° 15, lors du discours public du ministre, c'est
toujours : Ah! mais il va y avoir une accessibilité supplémentaire, il va y avoir des soins
supplémentaires qui vont être disponibles avec le projet de loi. Avec la
nomination d'un directeur médical,
est-ce que vous voyez un lien direct avec l'amélioration des soins à la
population à travers cette mesure-là?
M. Oliva (Vincent) : Ça dépend
comment il exerce son pouvoir. Ce qu'on dit, c'est que ce pouvoir-là nous
apparaît un peu plus isolé de la voix du terrain, et puis, pour nous, le
terrain, c'est eux qui lèvent... qui soulèvent les préoccupations des patients.
C'est ça qui nous préoccupe. Puis on l'a mentionné aussi au conseil
d'administration de Santé Québec, où il n'y
a pas d'emblée de médecin pour donner des orientations sur la mise en oeuvre
des soins de santé. On trouve ça très particulier.
M. Fortin : Merci. Merci, Dr Oliva.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée de Mont-Royal—Outremont, s'il vous plaît.
Mme Setlakwe : Merci.
Je vais y aller rapidement. Merci d'être là. Vous avez mentionné au
début : Il ne faudrait pas faire
fuir nos meilleures ressources. Est-ce qu'il y a quelque chose dans le projet
de loi qui vous... qui vous inquiète, qui pourrait mener à ça? Qu'est-ce que
vous vouliez dire exactement?
M. Oliva (Vincent) : Alors, M.
le Président, je faisais, entre autres, référence à beaucoup du personnel de la
santé qui ont quitté le navire et puis qui
ont déjà, disons, parfois changé de profession parce qu'ils trouvaient l'environnement trop difficile. Je ne veux pas
lever d'épouvantail pour faire peur à la population, mais, si on s'en va vers
un système trop coercitif, évidemment, c'est clair qu'il y a des médecins qui
ne voudront pas suivre. Il ne faut pas oublier qu'il y a beaucoup de
médecins qui sont près de l'âge de la retraite. Ça fait que, déjà, s'ils
travaillent dans un environnement de type très coercitif, bien, ils pourraient
tout simplement cesser d'exercer.
Encore une fois, je ne veux pas faire peur,
mais, oui, il y a toujours un risque d'exode vers le privé aussi. On sait que
le privé se développe. Nous, on ne défend pas ça. Ce qu'on défend, c'est la
médecine publique universelle. On dit qu'il
faut continuer à investir dans notre réseau public de la santé et dans nos
hôpitaux parce que c'est les assises de notre système de santé. Alors, ça, je pense que c'est important parce que,
oui, le privé vient en appoint... Puis là il faut faire attention. Il y a deux
types de privé. Il y a du privé complètement hors RAMQ, OK, puis il y a du
privé, en fait, que j'appellerais
plus de la pratique de cabinet ou de CMS, où les patients ne paient pas. Alors,
il y a du privé conventionné puis du
privé complètement... où les patients paient. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'il
faut investir dans notre réseau public puis s'assurer qu'on donne des
soins gratuits ou universels à la population.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup.
Mme Setlakwe : Je ne sais pas
si j'ai le temps pour une petite dernière?
Le Président (M. Provençal)
: Oui, je vous la laisse.
Mme Setlakwe : Est-ce qu'il y a
quelque chose dans le projet de loi... parce que, là, on a une belle
représentation aussi de la région d'Arthabaska, mais, que ce soit cette
région-là ou une autre, est-ce qu'il y a quelque chose dans le projet de loi
qui pose problème ou qui ne tient pas compte des réalités de la pratique en
région, et, à l'inverse, qui pourrait nuire aux grands centres?
M. Oliva (Vincent) : Alors, M.
le Président, si vous permettez, je passerais la parole à Dr Leclercq, qui
pourrait nous parler un petit peu des régions.
Le Président (M. Provençal)
: ...s'il vous plaît.
Mme Leclercq (Corinne) : Oui,
bien, en fait, le projet de loi, je pense qu'il faut faire attention, puis il
faut surtout s'asseoir pour se trouver des solutions qu'on négocie ensemble
plutôt que ce soit imposé. On en a trouvé, des solutions pour les régions, les
plans de contingence, qu'on appelle les plans de remplacement. Ça fait quand
même cinq ans qu'au point de vue des trois spécialités de base, chirurgie,
obstétrique et anesthésie... qu'il n'y a pas eu de manque médical à ce
niveau-là. Donc, il faut continuer à encourager le volontariat des médecins,
peut-être avec différentes mesures incitatives, afin d'amener un apport
supplémentaire dans les régions,et on est bien conscients que toutes ces
régions-là ont besoin d'aide.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Alors, M. le député
de Rosemont.
M. Marissal : Oui, merci, M. le
Président. Merci à vous quatre d'être là. Je n'ai pas beaucoup de temps, là. Je
vais essayer d'y aller rapidement. Je veux juste faire une mise au point.
Le
ministre disait tout à l'heure qu'on demande beaucoup aux groupes s'ils ont été
consultés préalablement. En fait, je corrige, on n'a même pas besoin de le
demander. Ils nous le disent, qu'ils n'ont pas été consultés. Ça, c'est la
première des choses. Et le ministre dit : Je ne pouvais pas en parler, mon
projet de loi n'était pas déposé. C'est le même ministre qui a rencontré les
«top guns» dans un huis clos à Montréal avant le dépôt du projet de loi. Je
présume que ce n'était pas pour parler de la prochaine saison des sucres,
c'était pour parler du projet de loi. Ça fait que je pense qu'on est capables
de se parler même si le projet de loi n'est pas déposé, là. Je voulais juste
être sûr, là, qu'on se comprenne bien sur le travail qu'on a à faire ici.
Dr
Oliva, il y a combien de vos membres qui se sont désaffiliés de la RAMQ
complètement dans la dernière année?
M. Oliva
(Vincent) : Écoutez, M. le Président, je ne peux pas vous donner de
chiffres exacts, mais c'est marginal, c'est... On parle de centaines de
médecins à peu près, là, qui sont sortis du régime d'assurance maladie, donc,
sur 10 000 médecins spécialistes.
M. Marissal :
Vous dites que l'ouverture vers le privé risque un exode — ça,
ce sont vos mots, là — vers
le privé. Vous dites, par ailleurs, que les médecins, en ce moment, n'ont pas
accès aux plateaux, ce qui est un fait, là. C'est
un fait assez connu. Vous avez lu l'article 2 du projet de loi qui ne fait
plus de distinction entre les établissements privés, publics. La fourniture des soins passe par l'un ou par l'autre
indistinctement. Qu'est-ce que vous en comprenez, justement, sachant
qu'il y a une offre au privé puis qu'il y a juste un bassin de personnel
soignant et de médecins? S'il y en a un qui va au privé, il part du public.
M. Oliva
(Vincent) : M. le Président, quand on parle de privé, là, je voudrais
être bien clair que vous parlez de privé couvert par la RAMQ, n'est-ce pas? On
parle de gestion privée, mais toujours dans le contexte où les patients sont
couverts par la Régie de l'assurance maladie. Là-dessus, on a toujours dit
qu'on reconnaît qu'il y a un apport du privé. Je pense que, sans le privé, on
aurait eu encore plus de difficultés pendant la pandémie, mais c'est un
équilibre extrêmement sensible et glissant, et il ne faut surtout pas que ça se
fasse au détriment de la pratique hospitalière parce que c'est là que
l'activité lourde se fait. Et donc, effectivement, c'est toujours un équilibre
qui est dangereux. Nous, on a toujours exprimé de la prudence par rapport à ces
milieux-là, et je pense qu'il faut qu'on continue à exercer de la prudence.
• (16 h 50) •
M. Marissal :
Vous l'avez dit vous-même, vous voudriez opérer plus. Et le ministre dit
souvent : Je ne peux pas opérer à la place des médecins spécialistes. Ça,
c'est rassurant, là, de savoir que le médecin... que le ministre n'opère pas en
plus, mais, cela dit, vous n'avez pas accès à vos plateaux. Alors, vous avez
déjà un problème d'accessibilité aux plateaux?
M. Oliva
(Vincent) : Absolument.
M. Marissal :
Où est-ce qu'il est, l'équilibre sensible et délicat dont vous parlez? Où
est-ce que ça casse?
M. Oliva
(Vincent) : Quand je parle d'équilibre, je parle de ne pas déshabiller
le réseau hospitalier pour habiller les milieux privés.
M. Marissal :
Ce n'est pas déjà le cas?
M. Oliva
(Vincent) : Écoutez, c'est une discussion plus complexe que ça parce
qu'il y a du personnel qui sont déjà sortis
du réseau et qui peuvent être récupérés. Alors, c'est vrai qu'il y a des
centres privés, comme des CMS, qui nous disent : Bien, la majorité
de notre personnel, on va le chercher chez du personnel qui a déjà quitté le
navire ou qui sont à la retraite ou à la
préretraite. Donc, ce n'est pas évident tant que ça qu'il y a un déshabillage,
mais ce qui est sûr, c'est qu'il faut exercer une vigilance là-dessus.
M. Marissal :
Et est-ce qu'on devrait minimalement s'assurer qu'un médecin ne se
désaffilie pas de façon sporadique, partir
avec ses dossiers qu'il a accumulés au public, pour aller faire du privé? On
s'entend-tu minimalement là-dessus, que ça ne devrait pas se faire?
M. Oliva
(Vincent) : Nous, ce qu'on ne souhaite pas, c'est que les médecins
quittent le régime public parce qu'on pense
que c'est là qu'on doit investir nos soins et que les médecins doivent être
investis. Ceci dit, si des médecins quittent parce qu'ils ne sont pas
capables d'exercer leur profession dans le réseau public, bien, c'est peut-être
qu'il faut améliorer le réseau public et le rendre plus attractif.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup. Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Oui, merci, M. le
Président. Merci. Merci d'être parmi nous. J'ai bien lu le mémoire. J'entends
aussi vos représentations puis je reconnais, là, qu'il y a... bien, je pense,
tout le monde reconnaît, là, qu'il y a une volonté d'améliorer certaines,
disons, des lacunes puis qu'il y a une collaboration qui s'installe... qui
s'installe aussi.
Il y a un petit cas de figure, par exemple, que
je suis sûre que vous êtes au courant, dans l'Outaouais, puis je pense que mon
collègue de Pontiac en a déjà parlé, de la nouvelle tendance, là, qui
s'installe un peu, puis c'est vraiment particulier à
l'Outaouais, que les nouveaux spécialistes s'en iraient directement en cabinet
plutôt que de passer, justement, par
l'hospitalisation, de faire comme prévu... Ils ne font pas de garde en hôpital,
finalement. Tu sais, moi, ma question, c'est en lien avec la capacité de
services, de l'exploiter, de le maximiser, puis je pense, évidemment, je suis d'avis que ce n'est pas nécessairement au
gouvernement de venir s'en mêler. Je vous vois hocher, opiner du bonnet.
M. Oliva
(Vincent) : Oui, M. le Président, on est très préoccupés par la
situation dans le réseau, mais, en particulier en Outaouais, là, je suis allé
sur place puis j'ai vu que, là-bas, c'était la tempête parfaite parce qu'il y a
beaucoup de personnel qui a quitté le réseau. Il y a aussi... ils sont près de
la frontière et puis ils ont des conditions beaucoup plus attractives en
Ontario, ce qui fait que, souvent, ils quittent au profit de la province
voisine. Donc, c'est clair que ça diminue l'offre de services. Et souvent les
médecins manquent d'accès. Je pense que le bloc opératoire, aux nouvelles
récentes, fonctionnait à peu près à 40 %. Ils ont une affiliation avec
McGill puis ils ont renvoyé tous les résidents à McGill parce que les résidents
n'étaient pas capables d'opérer assez pour apprendre.
Alors, qu'il y ait
des médecins qui quittent l'hôpital puis qui aillent en cabinet parce qu'ils ne
peuvent pas exercer, c'est clair que c'est
une partie de la raison. Maintenant, on sait que, dans certaines circonstances,
il peut y avoir des médecins qui quittent l'hôpital parce qu'ils ne
veulent pas la charge de garde. C'est une petite minorité, mais, pour ces
exemples-là, pour ces cas-là en particulier, on l'a dit, on est prêts à
regarder des activités médicales particulières avec des mesures qui les
inciteraient fortement, disons, à retourner en hôpital.
Mme Nichols :
En lien avec les spécialistes, pas...
M. Oliva
(Vincent) : En lien avec les spécialistes.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci.
Alors, merci beaucoup à la Fédération des médecins spécialistes du Québec et à
leurs représentants de votre présence, de votre contribution à nos travaux.
Sur ce, je vais
suspendre les travaux brièvement pour permettre au prochain groupe de prendre
place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
16 h 54)
(Reprise à 17 heures)
Le Président (M. Provençal)
: Alors, nous allons
reprendre nos travaux. J'invite M. le ministre à venir s'asseoir.
M. Dubé :
...
Le Président (M. Provençal)
: Non, non, non, mais, vous
savez, M. le ministre, je veux respecter mon horaire.
Alors, avant toute
chose, je demande le consentement pour que le député de Matane-Matapédia puisse
prendre la parole en remplacement du député des Îles-de-la-Madeleine. Alors,
consentement pour qu'il puisse...
Des voix :
...
Le Président
(M. Provençal)
: Alors, avec votre
permission, je reprends la parole. Ça me fait plaisir maintenant d'inviter la confédération...
oui, c'est ça, Confédération des syndicats nationaux et le représentant de la Fédération de la santé et des services sociaux de
la Confédération des syndicats nationaux. Alors, vous avez un 10 minutes
pour votre exposé, et, par la suite, nous procédons aux échanges. Je vous céde
immédiatement la parole, madame.
Confédération des syndicats nationaux (CSN) et Fédération
de
la santé et des services sociaux de la CSN (FSSS-CSN)
Mme Senneville
(Caroline) : Oui, bonjour. Alors, Mme Caroline Senneville. Je
suis présidente de la CSN. Je suis
accompagnée, oui, de Réjean Leclerc, président de la Fédération de la santé et
des services sociaux, de Danny Roy, président de la Fédération des
professionnèles, Anne Thibault-Bellerose, conseillère syndicale spécialiste de
la santé, Jessie Caron, avocate.
Alors, la CSN, si
vous ne le saviez pas, est l'organisation qui représente le plus grand nombre
de salariés syndiqués dans le secteur de la
santé, est la seule organisation syndicale à en représenter dans chacune des
quatre catégories.
Donc, nous voici
réunis pour parler du projet de loi n° 15, projet de loi qui vise à rendre
le réseau de la santé et des services sociaux plus efficace. Bien sûr, comment
être contre, hein, le service plus efficace, le réseau plus efficace, après
tout ce qu'on a connu? Bien, justement, revenons-en un petit peu, sur tout ce
qu'on a connu, puis je pense que ça vaut la peine d'en parler, puis il y a des
gens ici qui l'ont vécu.
On n'en est pas à
notre première réforme. 1995, virage ambulatoire; 2003, création des CSSS,
début de la fusion et ce que j'appellerais
l'hôpitalocentrisme dans le réseau de la santé; 2015, création des CISSS et des
CIUSSS, tel qu'on le connaît, encore plus de fusions, seulement
34 établissements sur l'ensemble du territoire québécois, donc plus de
centralisation, en même temps qu'on a vécu l'austérité. Aucune de ces réformes
majeures là n'a fait l'objet de larges consultations, et, en 2003, ça a même
été adopté sous le bâillon. Bref, 30 ans de désorganisation.
Notre
mémoire présente 34 propositions différentes, je ne les lirai pas, ce
serait plate à mort. J'aimerais plutôt mettre l'accent sur trois objectifs que
nous, on s'est donnés par rapport au système, à l'organisation du réseau de la santé. Le premier qu'on souhaite, c'est
vraiment décentraliser. Alors, c'est ce qu'on souhaite, et on sait que ça a été
beaucoup porté dans le discours du ministre,
mais, honnêtement, on ne le voit pas vraiment dans le projet de loi. Ce qu'on
voit, c'est la création d'une structure à côté. Ce n'est pas parce qu'on
déplace qu'on décentralise.
Et aussi ce qu'on ne
voit pas, puis, pour nous, c'est très important, bien sûr, nous sommes un
syndicat, c'est la décentralisation des relations de travail. Et les relations
de travail, ce n'est pas un détail dans le domaine de la santé, c'est le coeur
même. Sans personne, sans salarié, sans employé pour livrer le service, bien,
il n'y en a pas. Alors, nous, on s'attendait
à ce que la flexibilité souhaitée par le gouvernement puisse... pour trouver
des solutions taillées sur mesure dans le milieu de travail, bien, ça,
on voulait que ça se... ce soit transposé, mais on trouve que ça risque d'être
difficile à trouver, parce qu'on sent une centralisation, les décisions ne
seront pas prises sur le terrain. En fait, au
contraire, on voit que, la gestion locale, la capacité de prendre des décisions
relativement aux relations de travail, on ne le sent pas. Oui, des cadres imputables, mais imputables... Ils
seront où? Ils feront quoi? Ils seront imputables comment? Quelles seront leurs
marges de manoeuvre? Parce qu'au moment où on se parle tout doit être approuvé
par la direction centrale, ce qui donne des toasts qui revolent. Et ça
démontre que les établissements, bien, centralisés ne répondent pas à
l'objectif de rendre les relations de travail à échelle humaine.
J'aimerais aussi dire
que la centralisation par la création d'un employeur unique, pour nous, ça, ça
a un effet très centralisateur, notamment
des relations de travail. Ça va créer, de facto, à notre avis, la fameuse liste
d'ancienneté unique qui va permettre la mobilité. Ce n'est pas qu'on
soit fondamentalement contre, mais on trouve que le vrai problème, dans la santé, c'est plus l'attraction
et la rétention de la main-d'oeuvre que la mobilité de la main-d'oeuvre. Et,
quand on aura cette mobilité de main-d'oeuvre là, bien, peut-être que ça aura
des effets inconnus, voire pervers. Quelle sera l'attractivité, par exemple,
des grands centres par rapport aux régions, ou vice versa? Nul ne le sait.
Bien, pour l'instant,
j'aimerais quand même aussi défaire un mythe, là. Des tables de négociation
nationales, il n'y en a que sept, ça répond
aux quatre catégories d'emploi selon l'affiliation nationale... selon
l'affiliation syndicale, pardon, et
on est très loin des 130 annoncées dans les médias et beaucoup plus proches de
ce que le ministre souhaitait avec quatre tables.
Deuxième objectif
qu'on souhaite pour la santé, la déprivatisation. On parlait... tout à l'heure,
on a vu les médecins, là, monsieur, il a
posé la question sur l'article 2, moi, c'est l'article 647 qui m'a
fait tiquer, où on parle du marché des
services de santé. Alors, pour nous, oui, c'est une marchandisation, c'est même
une version mercantile de la santé. Ce n'est pas nouveau, depuis des décennies,
la part du privé augmente dans la prestation de services. Puis, au moment
où on se parle, il y a des services pour
lesquels la population n'a tout simplement pas accès si elle n'a pas d'assurance
collective, coûts d'assurance collective qui augmentent, d'ailleurs, année
après année. Des soins dentaires, des soins psychologie, des soins de
physiothérapie, si vous n'êtes pas assurés, vous n'en avez pas.
Le projet de loi
n° 15 prévoit de nombreux articles qui viennent encadrer les entreprises
privées, ça prévoit même des sanctions administratives et pénales. Nous
accueillons cela très favorablement, mais, l'existence même de cette
surveillance, est-ce qu'elle ne montre pas de facto que les dérapages du privé
existent? Le projet de loi n° 10, qui a voulu mettre fin aux agences, le
démontre. La problématique avec les entreprises privées, c'est, d'abord, un
problème de transparence. Qu'est-ce qu'ils font avec l'argent qu'on leur donne?
Et il y a eu plein d'études. On pourrait faire quelques thèses de doctorat sur
combien ils coûtent plus cher. Chose certaine, ils se réservent une marge de
profit. Et nous, on pense que ce n'est pas une bonne utilisation des deniers
publics que d'offrir des profits à même nos deniers à des gens qui font de
l'argent avec la maladie des gens. Ce qu'on... on ne veut certainement pas
perde de l'expertise au sein du public et on craint que le projet de loi, tel
qu'il est écrit, laisse au privé les profits et au public la charge d'administrer et de surveiller, la charge
administrative, de surveiller le privé, sans parler du risque de
cannibalisation des ressources. On le sait, on est en manque de main-d'oeuvre.
Alors, si les gens vont... quittent déjà le
navire, si on leur offre un radeau de sauvetage pour aller... pour quitter
encore plus vite le navire, bien, on n'est pas sortis de l'auberge.
Troisième grand
objectif, la démocratisation. On se pose la question : Quels seront les
processus démocratiques qui vont permettre aux élus de questionner le PDG ou le
conseil d'administration de Santé Québec? Est-ce que ça servira de paravent, de
fusible? Quand tout va sauter, on fera sauter le fusible? Est-ce que ça va
amener une déresponsabilisation? Est-ce que... Comment va vivre la coopération
entre les ministères? Par exemple, je pense au ministère de la Famille, au
ministère de la Santé, pour avoir... pour agir en prévention, pour avoir une
vision globale et 360 du système de la santé. Parce que notre système de santé,
c'est bien plus qu'une offre de soins et de services.
Notre système de santé, c'est une richesse collective qui appartient à
l'ensemble de la population du Québec, qu'on s'est donnée il y a une bonne
cinquantaine d'années. Alors, il faut la maintenir. Il faut que ça demeure
public et accessible. Et, en ce sens-là, il
faut très certainement que le CA soit constitué de la collectivité dans toute
sa diversité, donc des
administrateurs qui viennent de la société civile et qui font aussi que les
employés sont représentés au sein de ce conseil d'administration là.
Et, plus
fondamentalement, je vais me replacer dans la même séquence qu'au début, oui,
c'est une réforme majeure, plus de 1 200 articles. D'ailleurs, c'est
un peu cruel de nous demander de faire quelque chose en 10 minutes là-dessus, mais bon. Nous, on pense que ça aurait
demandé une large consultation de type états généraux, un endroit où l'ensemble
de la population aurait pu partager les objectifs, partager les solutions
présentées, ce qui aurait amené une plus grande adhésion. Et je n'ai pas
terminé, je vais laisser mes camarades faire un témoignage, en commençant par
M. Roy.
Le
Président (M. Provençal)
: Deux...
il reste deux minutes.
• (17 h 10) •
M. Roy (Danny) : Pour nous, la
promesse-phare du ministre sur la décentralisation et de devenir un employeur
de choix sont intimement liées. Je vais vous expliquer. Quand j'ai intégré le
CLSC de la Jacques-Cartier dans les années 90, il était un employeur de
choix. Mon supérieur immédiat détenait de véritables pouvoirs sur
l'organisation des services. Je connaissais tous mes collègues et membres de la
direction. Nous adaptions rapidement nos services afin de répondre aux besoins
de notre communauté.
Avec les multiples
fusions centralisatrices, mon employeur s'est peu à peu transformé en une
structure hiérarchique lourde et lointaine.
Pour nos membres, les services ont perdu de leur sens, de la proximité, de la
cohérence et de l'adaptabilité. Pire encore, avec la multiplication de
la reddition de comptes, les intervenants ont perdu du temps d'intervention et
perdu de l'efficacité. Aujourd'hui, je suis le numéro
d'employé 299 279 aux côtés de mes 15 000 collègues.
Comment est-il possible de penser qu'en centralisant davantage les pouvoirs,
qu'en créant un employeur avec 300 000 personnes, vous arriverez à
des résultats différents de vos prédécesseurs?
M. Leclerc
(Réjean) : Pour l'heure, l'orientation ministérielle ainsi que le
projet de loi nous inquiètent grandement, en
mettant le service public au même niveau que le privé, d'autant que nous le
vivons dans d'autres catégories, notamment en hébergement et en
préhospitalier. On prétend à la gratuité, parce que les coûts facturés sont
assumés par la RAMQ, la Régie de l'assurance maladie, mais on assiste à un
dangereux glissement vers l'américanisation du système québécois, et, à preuve, le récent... l'adoption récente du
règlement en télémédecine, qui crée une brèche sans précédent.
Le projet de loi, via
son agence unique, va consacrer le lien de dépendance avec le privé, qui est à
la recherche de profit à tout prix. Il est même de notoriété publique que le
personnel est épuisé et désabusé, et on s'attendait
à du support et non pas à une gestion axée sur le contrôle de type «top-down»
avec un gestionnaire «top gun», car c'est la réforme de la dernière
chance. Il faut bien faire les choses, prendre le temps de les faire. Puis
l'exercice d'aujourd'hui ne nous permet pas
d'aller au fond des choses, compte tenu des enjeux fondamentaux et du temps
imparti.
Le Président
(M. Provençal)
: ...pour
votre présentation. M. le ministre.
M. Dubé :
Merci, M. le Président. Alors, Mme Senneville, et vos collègues, je
veux vous remercier, parce qu'un peu comme je l'ai dit, dans certaines
présentations, c'est quand même peut-être la première fois qu'on se voit en réel plutôt qu'en Teams, et vous... vous et vos
équipes avez été excessivement importantes, là, dans les dernières années
qu'on a vécues ensemble. Et je veux vous remercier de tout le travail qui a été
fait, je tiens à le souligner.
Moi, je vais me
concentrer sur l'organisation du travail, parce que je pense que c'est un point
thème, là, de ce qui va nous permettre de
trouver des solutions dans les prochaines semaines, prochains mois pour
faire... débloquer cet important projet de loi là. Je vais revenir sur
quelques-uns de vos commentaires, parce que, là, on va parler... Moi, je parle
toujours pour les patients, mais là on va parler des employés.
Bon. Quand on
entend... Parce que des employés heureux, ça rend les patients heureux, alors
c'est pour ça qu'on parle beaucoup de
l'employeur de choix versus l'expérience patient. Sur l'employeur unique, moi,
je veux juste... vous avez dit quelque chose sur la mobilité, puis je
veux juste bien comprendre. Vous avez dit : Ce n'est peut-être pas la priorité d'avoir la mobilité, qu'on appelle
réseau, mais c'est quand même quelque chose qui est demandé par, entre autres,
les infirmières depuis longtemps. Moi, ce que j'aimerais vous entendre,
rapidement, là, parce que j'aurai d'autres questions... Si c'est ça que
les infirmières veulent, être capables d'avoir une ancienneté réseau qui serait
reconnue, c'est quoi qu'il faudrait faire
pour qu'on puisse le donner, mais d'avoir une... je ne sais pas, moi, une
transition nécessaire pour que ça ne vienne pas, peut-être, enlever du
personnel à Montréal au détriment peut-être des... J'aimerais vous entendre
là-dessus, parce que, d'un côté, vous me dites : Ce n'est pas la priorité,
mais, moi, ce que j'entends sur le terrain,
les gens disent : Oui, on veut ça. Alors, je veux vous entendre là-dessus,
parce que, pour moi, c'est important.
Le Président
(M. Provençal)
: ...
Mme Senneville
(Caroline) : Oui, j'essaie d'allumer mon micro...
Le Président
(M. Provençal)
: Non,
ça va.
Mme Senneville (Caroline) : OK.
Alors... Ah oui! C'est ça. C'est contre-intuitif, une lumière rouge. On l'a
déjà demandé en négociation, la... il y a 40 ans de ça. Bien, je l'ai dit,
je pense qu'avant de faire bouger les gens il faut, d'abord, les
attirer, les retenir. Ça, c'est vraiment important. On ne le sait pas, quel
effet ça va avoir. J'ai des... Vous savez
que, si vous travaillez à Montréal dans une cuisine d'hôpital, vous n'avez pas
d'argent pour vous payer un logement. Alors, qu'est-ce qui va se passer
par rapport à ça?
Tu sais, on l'a vu,
quand il y a eu des travaux dans le pont-tunnel La Fontaine, il y a des gens
qui sont... qui ont carrément démissionné du secteur public pour aller
travailler sur la Rive-Sud, parce qu'ils se disaient... Alors, qu'est-ce que ça va donner si les gens peuvent
aller où ils veulent? Nous ne le savons pas. C'est juste ça qu'on dit par
rapport à l'ancienneté réseau ou à la mobilité complètement dans le réseau.
Alors...
M. Dubé : Mais
est-ce que ça pourrait être, au contraire, un facteur d'attraction? Parce que,
quand je regarde... Regardez, on a répondu à votre demande, de façon
générale, de limiter l'utilisation des agences, OK? Parce qu'une des... un des facteurs,
l'utilisation des agences, c'était que les gens pouvaient travailler où ils
voulaient, il n'y avait pas de problème
de mobilité. Alors, moi, c'est pour ça que je vous redemande. Je comprends,
vous dites, pour vous, ce n'est pas
une priorité, mais ce que j'entends, c'est que c'en est une. Est-ce que ça ne
pourrait pas être un facteur d'attraction, parce qu'on donnerait cette
mobilité-là à des... aux employés? Parce que, si ça fait 40 ans que c'est
demandé...
Mme Senneville (Caroline) : Non,
on l'a demandé il y a 40 ans.
M. Dubé : Ah! bon, OK, mais, en
tout cas, il y en a d'autres qui l'ont demandé plusieurs fois aussi, là.
M. Leclerc (Réjean) : Bien,
c'est un peu comme certains autres groupes avant nous qui distinguent ce qui
pourrait se négocier, parce que c'est vraiment ce à quoi vous faites référence,
de ce qui se retrouve dans une loi. Honnêtement, là, présentement, là, puis je
vais... On se l'est déjà dit, la négo, c'est un endroit, ici, on est dans un autre, mais ça n'a pas été demandé. Votre... le
ministère, le Conseil du trésor, personne n'est en demande, et là on vient
ici, on lit un projet de loi sur quelque
chose qui n'a jamais été demandé, de un. De deux, il faut faire des tests, il
faut voir quel sera... Parce que, pour une catégorie...
M. Dubé : Bien, c'est pour ça
que je vous demande... c'est pour ça que je vous demande s'il y a une période
de transition qui pourrait être faite. Parce qu'ouvrir les portes de la
mobilité réseau, du jour au lendemain, pas sûr que c'est la bonne chose. Auriez-vous une... Étant donné que c'est une
demande importante des infirmières, entre autres, auriez-vous une
ouverture à ce que ça puisse se faire avec une période de transition?
M. Leclerc (Réjean) : Demandons-le
au bon endroit, M. le ministre.
M. Dubé : Parfait. C'est...
Puis je suis d'accord avec vous, parce que, comme j'ai dit aux gens qui vous
ont précédés, on ne réglera pas ça demain matin. On a encore des semaines de
discussions à avoir, ça fait que j'ai de l'ouverture
à en parler. Moi, ce que je veux comprendre... Parce que l'employeur unique...
puis on va en reparler beaucoup avec
mes collègues de l'opposition, dans les prochaines semaines, prochains mois,
l'employeur unique a des avantages et a, entre autres, un avantage pour
nous comme employeur, je le dis, là, pour l'employeur, d'avoir... je vais
appeler ça une simplification de la gestion syndicale, bon, de passer...
d'avoir... un certain nombre de syndicats par catégorie. Puis, en fait, vous
êtes dans les quatre catégories d'emploi.
Qu'est-ce qui vous dérange le plus dans ça?
Est-ce que c'est de perdre, par exemple, des gens qui sont... par exemple ce qu'on appelle en liberté... en
libération syndicale? Vous avez... mais je veux vous entendre là-dessus. Parce
que moi, je l'entends beaucoup sur le terrain puis je veux en profiter. Je ne
sais pas combien vous avez de personnes qui sont en libération syndicale, mais
pensez-vous que, d'aller à un employeur unique, vous allez perdre le nombre...
un nombre de personnes important qui sont en libération syndicale?
Mme Senneville (Caroline) : Bien,
moi, je vais répondre sur le bout... pas pantoute, parce que...
M. Dubé : OK, puis vous en
avez... mais vous en avez combien? Juste pour qu'on...
Mme Senneville
(Caroline) : Non, non, mais, je veux dire... Je ne le sais pas,
mais, je veux dire, il reste le même nombre de salariés puis le même
nombre de problèmes à régler.
M. Dubé : Donc,
donc, ce que vous me dites, c'est que, si, je ne sais pas, vous avez 200 ou
300 personnes qui sont en libération syndicale, le fait d'aller en
employeur unique, ce n'est pas ça qui va changer?
Mme Senneville (Caroline) : Pas
nécessairement, absolument pas. Danny...
M. Roy (Danny) : Et,
M. Dubé, le problème de l'employeur unique, ça n'a rien à voir avec les
libérations syndicales. Vous êtes directement...
M. Dubé : Bon, mais c'est...
non, mais c'est parce que j'essaie de...
M. Roy
(Danny) : ...bien, je vous apporte la réponse. Vous êtes
directement, exactement... Vous avez dit : C'est bon pour la gestion, on
va gérer plus facilement. Dr Couillard puis Dr Barrette pensaient exactement la
même affaire. Qu'est-ce qui est
arrivé dans le réseau de la santé puis des services sociaux? On est de moins en
moins attractifs, M. Dubé.
M. Dubé : Oui, mais moi, je
vais vous retourner... OK, mais moi, je vais vous retourner la balle, parce
que... puis c'est important, je sais qu'on
n'a pas beaucoup de temps pour discuter, mais je veux que ce soit un sujet de
discussion dans les prochaines semaines. Quand on a un employeur unique
puis on peut avoir une convention à l'échelle nationale, on peut garder, comme
vous venez de dire, des éléments à l'échelle locale.
Puis je
prends un exemple, je prends un exemple. Lorsqu'on parle d'organisation du
travail, puis c'est là-dessus que
vous insistez, moi, ce que j'ai de la misère à comprendre, c'est comment ça se
fait, quand on veut, par exemple, faire des horaires de 12 heures, si c'est ça que les infirmières
veulent... Puis je le dis, là, parce que je suis allé spécifiquement à l'hôpital de La Pocatière pour comprendre comment ça se
fait qu'au... des réseaux au niveau local, ces gens-là ont été capables d'avoir
des horaires de 12 heures, alors que, souvent, c'est le syndicat local qui
le bloque.
Je suis très direct
avec vous, là. Moi, cette simplification-là que ça devienne... puis je vais
peser mes mots, que ça ne devienne plus un
choix syndical, mais un choix individuel... Êtes-vous d'accord avec ça que
quelqu'un qui veut avoir un horaire
de 12 heures pour lui permettre d'avoir une meilleure conciliation
travail-famille... est-ce que ça devrait être un choix syndical ou un
choix individuel?
M. Leclerc
(Réjean) : Bien, moi, je vous dirais, M. le ministre, en toute
objectivité, le système, le régime de relations
de travail implique qu'il y a un agent négociateur. Ça, c'est le premier... la
première chose. Il n'y a pas des individus qui négocient leurs propres
conditions de travail, c'est les représentants...
M. Dubé :
Mais ce n'est pas ça, ma question. Si...
M. Leclerc
(Réjean) : Je vais vous répondre, je suis en train de vous répondre.
Si le projet de changer des horaires dans un établissement donné se dépose à
une table et que les discussions ont cours, il faut qu'on soit en négociation. Et là votre... le régime de
négociation local empêche cette dynamique-là, parce qu'on est dans des matières
locales, vous comprenez? Puis vous savez de quoi je parle, parce que, le régime
de négociation, vous le connaissez bien.
M. Dubé :
Mais ce que je veux que les...
• (17 h 20) •
M. Leclerc
(Réjean) : Donc, il y a des matières nationales puis il y a des
matières locales.
M. Dubé :
Je comprends très bien, mais je
veux que les Québécois... qu'ils nous comprennent, là, parce que, là, on
rentre un peu dans... excusez, là, je vais utiliser le «inside baseball», là,
dans des choses très techniques, là. Bien, moi,
j'ai de la misère à accepter qu'une infirmière qui, localement, voudrait
participer à de la gestion locale de son horaire, d'être capable...
Pourquoi ça devrait être le syndicat qui lui interdise ça, alors que, si elle
veut le faire et que ses collègues de travail veulent le faire... pourquoi
qu'on ne s'adapterait pas à cette demande-là locale?
Mme Senneville (Caroline) : Oui,
tout à fait, mais ce n'est pas l'employeur unique qui va faire... qui va
permettre ça. Les relations de
travail, là, il y a le mot «relations», il faut qu'on se parle. Puis,
d'ailleurs, les dispositions locales, là...
M. Dubé :
Donc, vous êtes d'accord...
Mme Senneville
(Caroline) : ...elles nous ont été imposées en 2003 sous bâillon, ce
n'est pas nous qui les avons demandées, ça fait que... ces négociations locales
là. Alors, l'employeur unique, est-ce que ça va faire que tout le monde va négocier
la même affaire en même temps de la Côte-Nord... puis à Montréal-Nord? Ce n'est
pas parce qu'on a le mot «nord» dans le mot que c'est la même chose.
M. Dubé : Non,
non, mais ce n'est pas... mais, Mme Senneville...
Mme Senneville
(Caroline) : Puis des relations de travail, ça se fait sur le terrain,
ça se fait quand il se passe quelque chose
ici maintenant.Il faut qu'il y ait un cadre qui soit capable d'être
responsable, il faut qu'il y ait un vis-à-vis syndical pour dire : Heille!
Chose, on a un problème, comment on le règle ensemble? Parce que, sinon, c'est
là qu'il se passe des affaires de toasts au beurre de pinotte puis de griefs.
M. Dubé :
Bien, je vous ai... bien, je vous ai posé une question, mais je n'ai pas eu
la réponse, là. Je veux qu'on se comprenne bien. Êtes-vous d'accord avec le
principe qu'un employé qui veut avoir une gestion locale de son horaire, d'être
capable de faire un 12 heures, que ça devrait être une décision
individuelle et non syndicale? Êtes-vous d'accord avec ça?
Mme Senneville
(Caroline) : ...à partir du moment où on est syndiqué, on est dans le
régime collectif de relations de travail.
M. Dubé :
Donc, vous dites non.
Mme Senneville (Caroline) : Bien,
le régime collectif peut prévoir qu'il y a des individus, qu'il y a des choix,
mais...
M. Dubé :
OK. Donc, ça veut-tu dire... puis là je vais être malcommode, là.
Mme Senneville
(Caroline) : Oui.
M. Dubé :
Ça veut-tu dire que l'intérêt syndical est plus grand que l'intérêt de
l'employé?
Mme Senneville
(Caroline) : C'est... Bien, la loi... Bien là, on va se... D'abord,
là, on va commencer... la liberté
d'association, c'est prévu aux chartes, OK? La liberté de négocier, la liberté
de faire des moyens de pression pour avoir un vrai rapport de force en
négociation, «full pin» Cour suprême. Je m'excuse, Jessie, si je te vole ton
scoop, mais ça, ça existe dans la vie, OK?
M. Dubé : ...
Mme Senneville (Caroline) :
...et ça existe pour une raison, c'est pour éviter l'arbitraire et le
favoritisme, et ça aussi, ça existe dans les milieux de travail. Alors, tout se
négocie.
À partir du
moment où il y a un patron... vient voir un syndicat en disant : On a telle
difficulté, on veut rencontrer tel objectif, nous, on va répondre
présent. Et il n'y a rien dans la vie qui ne se négocie pas. Puis est-ce qu'on
peut négocier qu'il y a des infirmières qui veulent 12 heures? C'est
possible, oui, et on va le faire dans tel cadre...
M. Dubé : Donc, votre réponse,
c'est oui.
Mme Senneville (Caroline) : ...mais,
dans le régime qu'on a actuellement, c'est impossible de faire des négociations
locales si l'employeur et le syndicat ne se mettent pas d'accord. Et l'employeur
peut, tout aussi bien que nous, s'asseoir sur son bacon puis dire : Non,
je ne les rouvre pas, les négociations locales. Et ça, ce n'est ni vous ni moi,
je le répète, bâillon, 2003.
M. Dubé : Bon, on essaie... on
ne va pas trouver un coupable, mais on va essayer de trouver une solution. Moi, ce que je vous demande, puis c'est pour ça
que je vous donne un exemple de terrain, que je n'ai pas vu il y a six mois,
là, j'ai vu ça hier, j'ai vu ça hier à La
Pocatière, des jeunes infirmières qui ont dit : Nous, notre choix, c'est
ça, puis on s'est déjà fait bloquer.
Moi, je veux
comprendre. On veut de l'attraction du personnel, on veut de la rétention du
personnel. Dites-moi, là, c'est quoi, les solutions à ça? Moi, je pense que
PL n° 15 amène des solutions dans une simplification de
l'environnement syndical. Je pense
que ça amène ça et je veux que vous me dites qu'est-ce que ça n'amène pas si on
n'est pas capable. Puis ça, c'est important, Mme Senneville, là,
vous le savez, il faut trouver une façon de retenir notre personnel. Puis, si
c'est ça qu'ils veulent, bien, je pense qu'il faut leur donner ces outils-là.
Le Président (M. Provençal)
: ...
M. Roy (Danny) : Je... Vous
avez dit tantôt : Simplification de gestion, c'est ça que le
PL n° 15 amène. Simplification de gestion, ça n'apporte rien pour les
personnes salariées. J'étais à la dernière table de négociation, on a demandé
énormément...
M. Dubé : Mais je ne suis pas
sûr que je comprends votre...
M. Roy (Danny) : On a demandé
énormément...
M. Dubé : Répétez-moi ça, là.
M. Roy (Danny) : Oui.
Simplification de gestion, pour vous, ça ne veut pas nécessairement dire que ça
apporte un meilleur employeur pour les personnes salariées. À la dernière
négociation, M. Dubé, on a déposé plein de
demandes pour plus de souplesse pour l'organisation du travail puis la
conciliation travail-vie personnelle. Et votre gouvernement les a
bloquées parce qu'il avait peur que les services ne soient pas rendus à la
hauteur. Et, quand vous dites que ça va
simplifier, d'avoir ça dans un grand... dans une grande négociation nationale,
c'est faux. Vous allez arriver à des principes, de façon générale, qui
ne seront pas utiles dans les milieux comme la Côte-Nord ou Montréal-Nord.
M. Dubé : Bien, c'est ça que
j'ai de la misère à comprendre. Puis, encore une fois, là, on...
M. Roy (Danny) : On peut vous
l'expliquer.
M. Dubé : Bien oui. Non, non,
mais c'est pour ça que je vous pose les questions. Il y a des endroits où, en
ce moment, quand ça se fait selon une bonne
négociation, c'est possible. Et pourquoi ce droit de blocage là, là? Là, vous
dites : Des fois, il vient de l'employeur ou il vient... mais ce n'est pas
un choix personnel. C'est ça, moi, que j'ai de la misère à comprendre puis que je vais vous dire
bien des employés disent souvent : Comment ça se fait qu'on ne peut pas
trouver des solutions à ça?
Mme Senneville (Caroline) : Vous
savez, nos demandes de négociation puis une entente de principe, c'est voté en
assemblée générale, un membre, un vote. Ça, là, ce n'est pas se promener dans
un corridor d'hôpital puis d'entendre des commentaires, aussi valables
peuvent-ils être.
M. Dubé : Bien là, je vous
demanderais de... oui, OK.
Mme Senneville
(Caroline) : Oui, mais c'est une méconnaissance. Tu sais, nous, là, on
fait ça puis on fait... Dans le système de santé, on fait des assemblées
générales qui durent sur quatre jours, on couvre les trois quarts de travail, on fait ça de nuit, puis, à un moment
donné, le vote monte, le vote... le monde vote, pardon. Est-ce qu'il y en a qui
ne sont pas satisfaits? Peut-être.
M. Dubé : Oui, mais regardez,
madame...
Mme Senneville (Caroline) :
Puis est-ce qu'on peut changer? Bien oui, mais on négocie à tous les trois ans,
on le fera.
M. Dubé : Bien, c'est ça, mais
je veux qu'on se comprenne, là, juste, c'est important, aujourd'hui, parce
qu'on aura le temps de continuer là-dessus, on ne veut pas changer la mécanique
aujourd'hui. Ce qu'on fait, avec le projet
de loi n° 15, c'est de dire : À la prochaine convention collective.
Ça, il faut que tout le monde comprenne ça, là. Ce n'est pas la
convention qu'on fait en ce moment. La convention que Mme LeBel négocie
avec vous est négociée présentement. Celle dont on parle ici, dans PL
n° 15, c'est pour la prochaine fois. On va respecter toutes les règles de
négociation, on ne veut pas changer les règles actuelles, ce sera à la
prochaine.
Maintenant, ce que je dis, vu qu'on a le temps
de se préparer puis vu qu'on a besoin de trouver des façons d'attirer, moi, je
me dis : Est-ce que la simplification de passer à un employeur unique, la
simplification pourrait nous aider? Si vous me dites non, on va continuer d'en
parler, mais, moi, ce que j'entends des employés, c'est qu'ils voudraient
avoir... que leurs choix individuels, je le répète, là, soient beaucoup plus
respectés une fois que la négociation au
niveau national ou local soit faite. On pourra avoir la chance d'en reparler.
Je ne sais pas s'il me reste...
Mme Senneville (Caroline) : ...des
gestionnaires qui auraient à gérer plein de choix individuels.
M. Dubé : Bien, mettez-les
au...
Mme Senneville (Caroline) : Je
vous le dirais, là, on a négocié des primes, ça a pris deux mois avant que ça
paraisse sur la paie, là, parce que c'était très lourd.
M. Dubé : Bien,
Mme Senneville, mettons nos... bien, mettons nos gestionnaires au défi
d'être capables de...
Le Président (M. Provençal)
: La discussion va être terminée, M. le
ministre.
M. Dubé : ...
Le Président (M. Provençal)
: On va laisser la parole au député de Pontiac.
M. Fortin : ...je trouve l'échange intéressant, que le ministre nous
dise : Ah! mais l'infirmière devrait avoir un droit de regard sur son horaire individuel, sur des heures qu'elle veut
faire, par exemple, quand, à La Tuque, il n'y a pas très longtemps,
c'était exactement le contraire qu'on a fait. Il y a des infirmières qui
avaient des horaires de 12 heures qu'elles appréciaient, puis le
gouvernement les a forcées à changer leurs horaires, puis que... Et le ministre
nous dit : L'exemple de La Pocatière, j'étais à La Pocatière hier. Oui, il
était aussi dans le Centre-du-Québec, il y a quelques jours, puis il y a des
infirmières qui ont refusé de lui parler parce qu'il est en train d'imposer, à
travers le CIUSSS de la
Mauricie-et-Centre-du-Québec, des conditions de travail qui sont loin d'être,
disons, souhaitées ou acceptables par
des infirmières. Puis il nous dit que c'est un modèle qu'il veut exporter à la
grandeur de la province. Alors, disons que, pour ça, M. le ministre, on
va repasser.
Bien, je vous l'avoue, là, l'échange que vous
venez d'avoir... Puis je vous salue. Désolé, je ne vous ai pas salués, mais l'échange que vous venez d'avoir avec
le ministre, c'est un peu chaotique comme échange, là. Donc, je veux juste vous donner l'opportunité, là : La
question de l'employeur unique, là, c'est quoi, votre grande préoccupation, là?
Mettez-la sur la table pour qu'on comprenne tous d'où vous venez, là.
Mme Senneville (Caroline) : Diminution
du sentiment d'appartenance, diminution du... de la loyauté, incompréhension
par rapport à la mission. Puis, c'est exactement ce que mon collègue a dit, on
a fusionné, fusionné, fusionné. Les gens, là, avant, ils travaillaient dans tel
département, de tel hôpital, ils savaient pourquoi ils se levaient le matin
puis pour qui ils travaillaient. Puis, s'ils avaient des difficultés, ils
pouvaient en parler à quelqu'un qui était capable d'entendre le problème.
Maintenant, tout ça est noyé dans une masse informe. Sur la Côte-Nord, on
est... Tu sais, on parle de la mobilité, là, mais la mobilité, elle est
possible sur la Côte-Nord sur 1 400 kilomètres de côte, et je suis
bardassée d'un jour à l'autre, d'une mission à l'autre. Puis ce n'est pas la
même chose d'être préposé aux bénéficiaires dans un hôpital que de l'être dans
un CHSLD, par exemple.
Alors, c'est ça qu'on craint avec une gestion
«top-down», avec des «top guns». Bien, c'est vraiment ça. Il faut que les
milieux... Puis c'est... autant pour les cadres, hein, on veut rajouter des
cadres intermédiaires, il faut qu'il y ait une marge de manoeuvre puis il faut
qu'il y ait... Des relations de travail, c'est un miroir. Il faut que le cadre,
quand il veut régler une problématique là, là, qu'il soit capable d'appeler
quelqu'un au syndicat aussi qui a une marge de manoeuvre puis qui est capable
de dire : Heille! Là, on a un problème, comment on le règle? Parce que, sinon, tout ce qu'on fait, là, c'est des griefs qui
s'accumulent, qui coûtent cher à plaider, notamment pour la partie patronale.
Et ça crée de l'insatisfaction, et les gens quittent le réseau pour ça, parce
qu'ils ont l'impression d'être dans un magma.
• (17 h 30) •
M. Fortin : OK. Le ministre utilise toujours cette... Je m'excuse, M. Leclerc,
allez-y, allez-y.
M. Leclerc (Réjean) : Ah!
excusez. Moi, je voulais juste rajouter... plusieurs experts établissent
l'efficacité à travers des plus petits groupes qu'on appuie, que la gestion
appuie pour dispenser des soins et des services, alors que, là, on nous parle
d'un employeur unique qui va se retrouver de la rivière aux Outaouais jusqu'à
la baie de Gaspé avec une vision mur-à-mur. C'est incompatible, c'est
incompatible.
M. Fortin : OK. Le ministre utilise souvent l'exemple pour dire que son
projet de loi, c'est un projet loi décentralisateur de... bien, il va y avoir
des... il va y avoir un gestionnaire, là, dans un hôpital, un CLSC, un CHSLD.
Est-ce que vous voyez quoi que ce soit dans le projet de loi qui nous... qui
nous ferait croire que ces gens-là ont un... des pouvoirs de décision locale,
des moyens de décision locale puis des moyens d'échanger avec vos instances
également, là?
M. Roy (Danny) : Mis à part ce
qu'il y a à l'article 132, c'est très faible. Et puis on a essayé de
trouver des façons de suggérer des recommandations, et c'est tellement à
contresens, la décentralisation, au projet de loi, qu'on est incapable de
trouver des prises pour le faire.
J'ajouterais aussi, sur l'employeur unique,
voilà pas plus tard que deux semaines, on a rencontré les techniciennes en imagerie médicale de
Sainte-Justine, et la plupart ont dit que, s'ils pouvaient sortir de
Sainte-Justine, parce qu'ils font une heure de voiture le jour... le
matin et le soir, ils le feraient d'emblée. Il y avait un réel danger d'une
pénurie de techniciens en imagerie médicale à Sainte-Justine. C'est un autre
élément qu'il faut vraiment analyser avant de prendre... mettre en place
l'employeur de choix.
M. Fortin : Mais ça, c'est un peu ce que le CUSM nous disait ce matin
également, là, dans les pages du journal, là. Mais donc, si je comprends bien
votre point sur ce mouvement-là par rapport à l'ancienneté, mouvement potentiel
là des techniciennes de Sainte-Justine, des professionnels du CUSM ou d'ailleurs...
Et même le ministre l'évoquait, tantôt, il disait : Je ne suis pas certain
que c'est une bonne affaire. Mais il faudrait peut-être faire attention, là,
avant d'adopter une loi qui le décrète sans avoir les balises nécessaires.
Vous n'avez pas vu, vous, vous n'avez jamais lu
une étude qui dirait exactement ce qui se passerait? Parce que, là, on a les
gens du CUSM, qui, d'un côté, nous disent : Hé! ça va avoir un impact chez
nous, on a un exemple que vous amenez ici,
mais on ne l'a jamais mesuré, ça, à savoir qu'est-ce que ça donnerait. Alors,
ce que je comprends, c'est un peu ça, votre propos, c'est : Est-ce
qu'on peut faire le travail nécessaire pour savoir qu'est-ce que ça va avoir
comme impact avant de l'adopter juste comme ça?
Mme Senneville (Caroline) : Tout
à fait. Ce n'est pas une opposition de principe, mais c'est... puis, une fois
que c'est mis en place puis que les effets pervers se font sentir, bien,
peut-être qu'on est mieux d'agir en prévention.
Une voix : ...
M. Fortin : Vas-y, vas-y, Michelle.
Mme Setlakwe : ...j'ai
peut-être une question, parce que vous avez fait allusion au règlement récent
sur la télémédecine, vous avez des craintes par rapport à ça. On aimerait ça
que vous élaboriez, s'il vous plaît, sur... parce que... en tout cas, moi, ce
que j'entends, puis j'ai parlé à des... à une institution hospitalière qui l'a
mis en oeuvre, puis on voit que ça va se... Je vois, personnellement, des
éléments intéressants. Qu'est-ce qui vous inquiète?
Mme Senneville (Caroline) : Bien,
on est tout à fait pour la télémédecine. Le problème, c'est que, quand on ne
fait pas de télémédecine et qu'on est médecin au Québec, on doit choisir si on
est public ou privé. Quelqu'un qui fait de
la télémédecine peut faire les deux. Alors, pour nous, c'est un cheval de
Troie, là, dans notre système de santé public.
Mme Setlakwe : Dans ce sens-là,
ça va créer une brèche, selon vous.
Mme Senneville (Caroline) : Bien
oui, ça a créé une brèche, là, le règlement a été adopté.
Mme Setlakwe : Est-ce
que... Là, vous avez énormément de recommandations, vous avez annoncé trois
grands objectifs, mais est-ce qu'il y a quelque chose de très positif qui
ressort du projet de loi? Bien là, le négatif, vous en avez parlé
beaucoup, mais qu'est-ce qui est positif, selon vous, et qui va permettre
d'améliorer l'efficacité du système?
M. Leclerc (Réjean) : Bien,
c'est une question de vision. L'intention est de réformer la façon de faire que
le ministre Barrette a mis de l'avant, le ministre Barrette a centralisé, et là
on centralise davantage. Je pense que l'idée d'ouvrir à des discussions
beaucoup plus larges, d'intégrer tous les acteurs pour changer le fondement de
centraliser et de
donner autant de place au privé qu'au secteur public viendrait placer cette
opportunité d'améliorer le système pas seulement
à travers l'organisation administrative du système, mais à travers toutes les
composantes, y compris la délivrance des
services en services sociaux, en hébergement, en santé. Ce n'est pas seulement
l'hôpital. C'est important, l'hôpital, mais il y a aussi plein d'autres aspects
du système qui nous permettent d'éviter d'hospitaliser, notamment les
personnes âgées, notamment l'hébergement, qui, elle, est très privatisée, en ce
sens qu'il y a beaucoup de fournisseurs qui sont au privé. Puis on l'a vu, lors
de la pandémie, comment ça a causé beaucoup de problèmes, parce qu'il y avait
un manque de... un manque de services, les services n'étaient pas égaux entre
eux.
Mme Senneville (Caroline) : L'ajout
de cadres, tout... selon ce qu'ils font, où est-ce qu'ils sont puis... bon, mais peut-être aussi de revamper les missions,
parce que tout a été centré, grâce... Tu sais, ce n'est pas la même chose,
être dans un centre jeunesse, ce n'est pas la même mission, ce n'est pas... Les
CLSC, pour nous, on est déçus aussi de voir
qu'il n'y a pas un rôle renforcé des CLSC. Un GMF n'est pas un CLSC, ils font
beaucoup moins de choses que fait un
CLSC. Alors, peut-être cette vision-là de vouloir mettre des cadres qui
pourront valoriser aussi les autres missions que celles de l'hôpital.
Mme Setlakwe : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, je vais maintenant céder la
parole au député de Rosemont.
M. Marissal : Merci, M. le
Président. Bonjour à vous cinq, je ne vous nommerai pas, je n'aurai plus de temps pour poser de question après, mais je vous
salue néanmoins. Sur l'employeur unique, une des craintes que j'entends
beaucoup sur le terrain, à Montréal, en particulier dans l'est de Montréal,
c'est qu'une forte proportion des employés n'habite pas Montréal, surtout les
plus jeunes, parce qu'ils n'ont pas les moyens d'acheter ni même de louer, ça
fait qu'ils sont l'autre bord, de tous les
bords, le nord, vers Laval, vers l'est, donc Lanaudière, puis ensuite vers la
Rive-Sud.
Vous, ce que vous nous dites, puis c'est une
question un peu plantée, là, j'en conviens, là, mais ce n'est pas grave, je
n'ai pas de temps pour faire de la nuance, c'est que, si on ouvre largement,
ces jeunes-là qui doivent venir travailler à Montréal parce que c'est là qu'ils
ont le poste, puis qu'il y a un poste qui ouvre à Pierre-Boucher ou à la Cité
de santé de Laval, ils ne vont pas rester à HMR, ils vont partir.
Mme Senneville (Caroline) : Bien,
c'est une des craintes qu'on a. Mais vous nous posez plein de questions sur
l'employeur unique, c'est peut-être parce qu'on est un syndicat, là, mais ça,
là...
M. Marissal : Je ne fais pas de
fixation sur les syndicats.
Mme Senneville
(Caroline) : Non, non, mais on le gérera. Mais, à notre avis, sur
la déprivatisation du réseau, la démocratisation du réseau, c'est très
important aussi.
M. Marissal : Oui, oui, j'y
arrive, j'y arrive, j'y arrive. Je voulais juste vous entendre sur le risque
encore plus grand d'exode de personnel dont on me parle. Puis ce sont les
gestionnaires du réseau qui en parlent. Ce ne sont pas les syndicats.
Mme Senneville (Caroline) : Ça
pose la question du transport en commun, ça pose la question du logement
abordable, ça pose des questions de société.
M. Marissal : Je précise, ce ne
sont pas les syndicats qui m'en parlent, hein, c'est beaucoup plus les
gestionnaires des établissements. Vous dites que nous devrions modifier
l'article 1 du projet de loi pour introduire le caractère public,
universel et gratuit du réseau de santé et des services sociaux. Oui, je veux
bien, mais ça change quoi, dans les faits, puisqu'on a déjà engagé largement la
privatisation des soins de santé au Québec?
Mme Senneville (Caroline) : Bien,
en tout cas, si on l'indique, on espère que ce ne sera pas juste parce que ce serait écrit sur du papier, ça va suivre... ça
va être la pierre fondatrice sur laquelle on va continuer à faire fonctionner
le système et le modifier.
M. Marissal : Oui, mais la
LSSSS dit déjà ça, il n'empêche que la privatisation galopante est déjà... est
déjà partie à fond la caisse avec ce gouvernement-là et le précédent,
d'ailleurs. Alors, qu'est-ce que ça va changer? Puis moi, j'aimerais bien que
ça change quelque chose, mais qu'est-ce que ça va changer?
M. Leclerc (Réjean) : Bien, si
vous me permettez, moi, j'y verrais un plan de transition du privé vers le public. On parle de transition dans un sens. Nous,
on est dans l'idéologie qu'il faut ramener le privé dans le secteur public,
un, parce que c'est moins cher, deux, parce que ce glissement-là, ça ne nous
donne pas l'impression qu'avec ce projet de loi là ça va s'arrêter. D'après
nous, ça va aller de plus en plus vers le privé. Donc, tant qu'à faire des
plans de transition, faisons-en un. Premièrement, est-ce que c'est nécessaire
d'aller au privé? Parce que, là, on s'aperçoit qu'il y a des soins qui sont payants qu'on laisse dans le secteur privé
puis les cas les plus lourds qui coûtent, ça, on laisse ça au public. Et
là ça crée une surcharge, c'est les mêmes... c'est le même personnel qui
sont... c'est comme des vases communicants. Donc, faisons
un plan pour rapatrier les services privés dans le secteur public, comme ça, on
va parler d'un nouveau fondement, et là on va innover.
Mme Senneville (Caroline) : Et
ça, c'est un défi, parce qu'une fois que c'est rendu au privé, là, c'est
difficile de rapatrier. Le projet de loi sur les agences de placement en
est un bon exemple. Les psychologues...
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup, Mme la présidente. Alors, nous allons poursuivre avec le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé :
Merci, M. le Président. Bonjour à vous de la CSN. Dans votre mémoire, vous
parlez, en page 14 : Un nouveau palier, une nouvelle vision de
l'imputabilité ministérielle, et puis vous parlez de la création de l'agence. Et il y a un extrait très intéressant en
haut de la page 15 qui devrait interpeler l'ensemble des parlementaires
autour de cette table, c'est le rôle que les députés vont jouer pour défendre
leur communauté.
À titre d'exemple,
hier, le ministre était à Rimouski. Alors, j'ai fait 100 kilomètres pour
aller le voir et la veille j'ai envoyé les sujets qui sont importants dans ma
circonscription. Je veux quand même souligner qu'il est déjà venu dans mon
bureau, je l'ai bien apprécié, puis on a échangé sur les dossiers. Mais comment
ça pourrait se faire pour des élus avec le PDG de l'agence? Alors, est-ce que
c'est aussi accessible que celui d'Hydro-Québec ou celle d'Hydro-Québec?
Alors,
comme vous avez élaboré là-dessus, et je vous cite : «Les députés
pourront-ils encore être les porte-voix des problèmes d'accès ou de qualité de soins et des services vécus dans
leurs communautés à l'Assemblée nationale?» J'aimerais vous permettre
d'élaborer là-dessus. Moi, ça fait 16 ans que je suis député à l'Assemblée
nationale et je suis reconnu pour m'occuper
de façon assez proactive des dossiers de mon comté. Mais qu'est-ce qui
arriverait du rôle de chacun des parlementaires avec une agence, selon
vous?
• (17 h 40) •
Mme Senneville
(Caroline) : Bien, ça fait partie des deux recommandations qu'on a
que... d'abord, que le PDG de Santé Québec soit nommé par les deux tiers de
l'Assemblée et que le gouvernement prévoie un mécanisme qui va permettre aux élus de l'Assemblée nationale, lorsqu'ils le jugent
nécessaire, de questionner facilement et de manière publique le PDG de
Santé Québec. C'est ce qu'on souhaite.
M. Bérubé :
OK. Je vous mets en garde sur le deux tiers, parce que, présentement, le
gouvernement a plus que les deux tiers des sièges. Ça ne veut pas dire que ce
sera toujours la même configuration.
Mme Senneville
(Caroline) : C'est ça.
M. Bérubé :
Peut-être qu'il y aura une réforme du mode de scrutin un jour. Je sais que
vous y croyez, comme nous, d'ailleurs. Quant à questionner le PDG, c'est très
aléatoire, là. À peu près le seul moment où on a dans l'année, c'est l'étude des crédits. Et, d'ailleurs, cette année, il n'y
avait pas de PDG d'Hydro-Québec qui était présent à l'étude des crédits. Ça
vous donne un exemple. C'est le seul moment où mes collègues et moi on peut
vraiment questionner. Sinon, il n'y a pas de ligne directe, il n'y a pas
un téléphone direct, il n'y a pas un courriel direct.
Alors,
comment on plaiderait nos dossiers, mon collègue de Rosemont avec l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont et mes autres
collègues avec leurs hôpitaux, leurs problèmes d'accès? Moi, je pense qu'il y a
là un enjeu démocratique. Et dans votre
mémoire, vous faites référence à un ministre actuel du gouvernement du Québec
qui, lui, avait eu des choses à dire là-dessus.
Mme Senneville
(Caroline) : Oui, il avait dit que...
M. Bérubé :
Qu'est-ce qu'il avait dit? Puis c'est lequel déjà?
Mme Senneville
(Caroline) : Vous l'avez dans notre mémoire. Je n'ai pas la page par
coeur.
M. Bérubé :
Page 15.
Mme Senneville
(Caroline) : C'est M. Caire qui a dit que «créer une agence,
c'est créer une agence de favoritisme. Créer une agence, c'est créer une
instance qu'on éloigne du contrôle parlementaire.»
M. Bérubé : S'il le dit... Bon,
alors... Bien, je ne doute pas de sa parole. C'est un enjeu quand même
important, parce que plaider pour ses communautés... D'ailleurs, on a le même
problème en éducation, c'est plus dur maintenant d'être capable de
plaider. Moi, je trouve qu'il y a un idéal démocratique qui est important, et
merci de l'avoir abordé, parce que le rôle
des parlementaires, c'est fait beaucoup de ça aussi. Quelque chose que vous
voudriez ajouter là-dessus?
Le Président (M. Provençal)
: Non, merci, M. le député, malheureusement. Alors, je vais céder la parole à la députée de
Vaudreuil.
Mme Nichols : Merci, M. le
Président. Je reviens sur les enjeux avec le privé. C'est clair, là, vous en
parlez, vous dites qu'il y a une tendance de plus en plus vers le privé, puis
vous sentez déjà, là, la mobilisation puis l'effervescence.
Vous dites que ça va être dur de les rapatrier et de les ramener, après ça,
dans le public. Bien sûr, le gouvernement, je veux dire, a une job à faire
là-dessus. De votre côté, qu'est-ce que vous faites pour les... est-ce que vous
mettez en place des... un plan, des méthodes, des incitatifs pour les garder?
Mme Senneville (Caroline) : Bien,
c'est ce qu'on fait à tous les matins en se levant, notamment en négociant des
conventions collectives, mais en les défendant sur le terrain aussi, parce que
la négociation, c'est une fois aux trois puis des fois cinq ans, là. Mais il y
a une... il y a une culture organisationnelle, il y a une culture des relations
de travail véritablement à changer, je vous dirais, dans le système de santé.
Puis moi, je ne viens pas de la santé, mais je trouve que les relations de
travail sont parfois même infantilisantes dans le domaine de la santé. Et c'est
vraiment ce changement de culture là qu'il faut opérationnaliser pour que les
gens se sentent valorisés dans ce qu'ils font.
Vous savez, il n'y a personne qui travaille dans
les services publics pour se rendre riche. Puis laver le plancher dans une
usine, puis laver le plancher dans une chambre d'un CHSLD avec une vieille
dame, ce n'est pas la même chose. Puis ces gens-là, peu importe le travail
qu'ils font, ils sont attachés à leur mission, ils sont attachés aux gens
qu'ils desservent. Et il a fallu vraiment beaucoup, beaucoup les écoeurer pour
qu'ils décrochent.
Mme Nichols : Là, je saute du
coq à l'âne, parce que je n'ai vraiment pas beaucoup de temps. Seriez-vous d'accord pour que les augmentations soient
différenciées entre les fonctions temps plein puis les fonctions temps partiel?
Mme Senneville (Caroline) : Bien,
c'est interdit par la loi, la disparité de traitement entre les temps partiels
puis les temps pleins, là. Donc, ça, c'est une affaire. Puis, pour tout ce qui
a trait à la négociation, je vais laisser les tables de négociation le faire.
Mme Nichols : Bien,
c'est parce que je me dis que, tu sais, s'il y a un problème d'attractivité de
main-d'oeuvre, il y a peut-être quelque chose à faire à ce niveau-là.
M. Leclerc (Réjean) : Mais,
parfois, les relations entre les individus, les relations entre les
gestionnaires et les employés peuvent suffire. Quand un gestionnaire se
dit : Moi, je... Tu sais, la phrase : Ça vient d'en haut, je ne peux
pas agir, ça vient d'en haut. Quand on se fait dire ça à l'année longue, bien,
l'individu, il décroche, il se tait, il fait du présentéisme ou il quitte. Là,
on est à la fin d'un cycle où plusieurs employés quittent. Imaginez combien de
fois ils ont soit pris la parole pour défendre la chose, se sont tus, et là ils
quittent. Ça fait qu'on termine un cycle où le
personnel a été passablement malmené. Et là on veut implanter une réforme au
lendemain d'une pandémie, au lendemain d'une... en pleine surcharge de
travail. Moi, je crois qu'il faut prendre le temps de bien réfléchir de
l'impact de l'implantation de ce genre de projet de loi majeur. On ne parle pas
d'une anecdote.
Le Président (M. Provençal)
: On vient de terminer l'échange. Je
vous remercie beaucoup.
Mme Nichols : Merci.
Le
Président (M. Provençal)
:
Merci aux représentants du
syndicat de... Confédération des
syndicats nationaux et la
Fédération de la santé et des services sociaux, volet CSN, d'avoir été présents
cet après-midi. Merci beaucoup.
On suspend pour laisser place...
(Suspension de la séance à 17 h 46)
(Reprise à 17 h 52)
Le Président (M. Provençal)
: ...recevons maintenant les
représentants de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec.
Alors, Mme Picard et vos collègues, je vous donne 10 minutes pour
votre présentation, et par la suite nous procéderons à la période d'échange. À
vous la parole. Merci.
Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec
(FTQ)
Mme Picard
(Magali) : Merci beaucoup. Alors, bonsoir... bonjour,
bonsoir, tout le monde. Oui, en effet, mon nom est Magali Picard, je suis
la présidente de la FTQ. Je vous rappelle, la FTQ représente plus de
600 000 travailleuses et
travailleurs au Québec, autant du secteur privé que du secteur public, dans le
réseau de la santé, près de 40 000 travailleuses et
travailleurs, plus spécifiquement.
Alors, je suis accompagnée aujourd'hui par ma
collègue Sylvie Nelson. Sylvie, elle est la présidente du syndicat québécois
des employés de service, section locale 298. Ainsi... Je suis accompagnée
de Maxime Ste-Marie, président du Conseil provincial des affaires sociales,
qu'on appelle chez nous le CPAS du Syndicat canadien de la fonction publique,
ainsi que de Colin L'Ériger, qui est conseiller au service de la recherche
à la FTQ.
D'abord, je tiens à vous remercier pour cette
invitation-là. On est très heureux de pouvoir partager notre analyse et, en
même temps, nos commentaires sur le projet de loi n° 15. C'est un projet,
comme vous le savez, titanesque, c'est un projet de loi
titanesque. Donc, on a choisi de nous concentrer sur certains sujets comme les
conditions de travail et également les relations de travail.
Les problèmes de santé... du système de santé
sont rendus trop gros pour être ignorés, donc, le statu quo est intenable, et
on en est très conscients. La population demande des changements en profondeur,
et on est à la même place, donc on a tout intérêt à travailler en collaboration
dans ce dossier-là.
Vous savez, il y a également des éléments qui ne
font pas notre affaire dans le projet de loi dans la forme actuelle, puis on ne
s'empêchera pas, bien entendu, de le dire, même si on reconnaît qu'il y a des
besoins importants de changement. On s'inquiète, on s'inquiète vraiment de la
privatisation du réseau et on est convaincus que Santé Québec, c'est la
solution... on n'est pas convaincus, désolée, que Santé Québec va être la
solution qui va régler tous les problèmes
que nous connaissons actuellement dans le réseau de la santé. La fusion des
unités d'accréditation, on a de la misère à voir ça d'un bon oeil, bien
entendu.
Et, ceci étant dit, la FTQ est très pragmatique.
Alors, on est capables d'aller au-delà de la critique et on est capables
également de trouver des solutions concrètes et de proposer des améliorations
au projet de loi. C'est dans cet esprit-là qu'on se présente devant vous
aujourd'hui. Alors, c'est important de continuer le dialogue et de prendre le
temps de bien faire les choses. Il faut absolument éviter de répéter les
erreurs des réformes antérieures qui ont été des échecs.
Le CPAS récemment... a récemment sondé ses
membres, je pense que vous allez trouver ces statistiques-là très intéressantes, et il y a beaucoup
d'inquiétude sur le terrain. Ça, je sais que vous ne serez pas surpris
d'entendre ça. Alors, dès maintenant, je te passe la parole, Maxime.
Maxime va vous parler des conditions de travail. Merci.
M. Ste-Marie
(Maxime) : Merci beaucoup, Magali. Tel qu'annoncé par Magali,
je vais vous parler de conditions de
travail. M. Dubé, je sais que vous êtes un homme de chiffres, c'est pour
ça que j'ai des chiffres pour vous aujourd'hui. On a sondé nos membres,
écoutez, on représente 35 000 travailleurs. On a sondé rapidement, on
s'est revirés de bord dès l'annonce du projet de loi, on est arrivés avec un
sondage avec une firme externe, on les a mandatés pour faire la démarche la plus neutre et objective possible. Il
y a 4 295 travailleuses et travailleurs qui ont répondu à notre
sondage.
Je ne vous cacherai pas, l'élément principal que
je vais vous parler aujourd'hui, par rapport au sondage, ce n'est pas qu'on est contre cet élément-là, on est
favorables à toute la question de l'ancienneté réseau, mais, excusez-moi
de l'anglicisme, on veut vous lever un «flag» où est-ce qu'il y a des dangers.
Vous le savez, il y a plusieurs de vos PDG qui ont déjà sorti publiquement pour
dire qu'ils ont des inquiétudes, on parle de la grande région de Montréal,
écoutez, je ne vous le cacherai pas, là, c'est 85 % de nos membres qui
sont en faveur d'une ancienneté réseau. Donc, je ne vous cacherai pas que notre
fédération est aussi en faveur. Par contre, c'est ça qui est alarmant, c'est
41 % des personnes sondées qui estiment probable ou très probable de
changer de CISSS ou de CIUSSS si le projet de loi est adopté actuellement...
dans sa forme actuelle, pardon. Qu'est-ce qui est davantage inquiétant, c'est
la grande région de Montréal, ce pourcentage augmente à 56 %. Donc, il
faut se poser des questions.
Moi, mon syndicat d'origine, c'est au CIUSSS de
l'Est-de-l'Île-de-Montréal. Vous le savez, M. Dubé, vous connaissez bien l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont,
mais l'analyse qu'on en fait avec 50 % des travailleuses, travailleurs
qui veulent quitter la grande région de Montréal s'il y a une ancienneté
réseau, c'est que les endroits où est-ce que ça va mal, ça va aller encore plus mal. Puis je prends l'exemple de
Maisonneuve-Rosemont, où est-ce que, vous le savez, là, je ne vais pas
vous expliquer le cas de Maisonneuve... des installations vétustes, un manque
de personnel, des problèmes aux urgences. Ces gens-là vont quitter en masse
vers les régions.
Et on a aussi regardé, un petit peu, c'était
quoi, la situation géographique, je sais qu'il y a certains PDG aussi qui ont
fait l'exercice. Il y a plusieurs des travailleurs de la région de Montréal qui
habitent soit en couronne nord ou en couronne sud de Montréal. Donc, ces
gens-là vont quitter pour se rapprocher de chez eux. Et donc, je le répète,
notre crainte, c'est que les endroits où est-ce que ça va mal, ça va aller
encore plus mal.
Ce qu'on vous lève, comme «flag», désolé de
l'anglicisme, c'est qu'il n'y a pas eu, selon nous, d'analyse, de la part du
gouvernement, ça va être quoi... il n'y a pas eu d'évaluation sur le mouvement de
la main-d'oeuvre. Je pense, c'est ce qui manque. Puis, comme je vous dis, je me
répète, on est en faveur de l'ancienneté réseau, mais il va falloir le convenir
ensemble. Je n'ai pas de solution miracle pour vous aujourd'hui, mais je pense
qu'on est ouverts, la FTQ, c'est notre
couleur, comme syndicat, on est ouverts à discuter avec vous, mais il va
falloir paramétrer ce gros morceau là de votre projet de loi.
L'ancienneté réseau, c'est inquiétant pour les grands centres.
L'autre chose aussi, par rapport au sondage,
vous le savez, ce n'est pas une surprise pour personne, il y a des problèmes de conditions de travail. Sur 35 000
de nos membres qu'on a sondés, vous le savez, il y a 50 % des gens qui
se disent insatisfaits de leurs conditions
de travail. Donc, pour vous citer, tu sais, pour devenir un employeur de choix,
je pense qu'on a encore beaucoup de travail à faire.
Dans sa forme actuelle, la FTQ ne pense pas que
le projet de loi aura un impact si grand pour améliorer les conditions de
travail. C'est 68 % aussi des répondants de notre sondage qui sont en
accord qu'ils ne sont pas certains que le projet de loi va avoir une
amélioration importante sur leurs conditions de travail.
On salue l'arrivée de gestionnaires, un
gestionnaire par site. On sait que les réformes précédentes ont coupé beaucoup
dans cet aspect-là. Je pense que la gestion de proximité, c'est un de vos
éléments-phares du projet de loi, mais qu'est-ce qu'on se questionne, c'est...
on se demande si les gestionnaires auront toute la latitude nécessaire pour trouver des solutions en collaboration avec nous,
les syndicats, les travailleurs sur le terrain, ou est-ce qu'on se dirige vers
une structure hiérarchique encore plus lourde ou vers une gestion de
proximité.
En quelques mots, avant que je passe la parole à
ma collègue Sylvie, je ne vous cacherai pas un grand questionnement qui reste
vide suite à la lecture du projet de loi, c'est toute la question des services
préhospitaliers au Québec.
J'ai de la difficulté à comprendre qu'en 2023 on laisse encore la vie des
Québécois et des Québécoises dans les mains de compagnies privées qui
sont là pour faire du profit. Pour utiliser les termes utilisés sur le terrain
par les paramédics, on ferme des trucks en
région, ça peut prendre des heures avant que les gens aient des services
préhospitaliers. Je suis persuadé que
vous êtes d'accord avec cette position-là, mais je ne comprends pas pourquoi
que toute la question de la nationalisation des soins préhospitaliers au
Québec ne fasse pas partie du projet de loi, ça touche tellement de choses. À
la blague, j'ai envie de vous dire : On n'était pas à un article près dans
ce projet de loi là, donc ça aurait été intéressant que toute la question des
préhospitaliers y apparaisse au niveau de la nationalisation.
Donc,
merci beaucoup, c'était ma présentation. Je laisserais la parole à ma collègue,
Sylvie Nelson, présidente du SQEES.
• (18 heures) •
Mme Nelson
(Sylvie) : Bonjour. Oui, merci, Maxime. Écoutez, je vais vous parler
un peu de relations de travail. On sait tous que le droit d'association, c'est
protégé par la charte et québécoise et canadienne. On sait que les tribunaux lui accordent une protection accrue
depuis quelques années, qu'on parle de choisir son syndicat, de négocier, de faire la grève. En fusionnant les unités
d'accréditation, on pense que le projet n° 15 vient sérieusement
compromettre ce droit-là.
De forcer les
travailleurs et de forcer les travailleuses à se regrouper ensemble, qui ne
correspond pas du tout à leur volonté, on
est loin d'une solution gagnante. Ça va créer des unités monstres. On parle de
80 000 à 90 000, avec vos quatre catégories, personnes. Si ça arrive, imaginez ça, après le vote,
après ce vote-là, il serait impossible, pour quelque syndicat que ce
soit, après, d'essayer de changer, de choisir son syndicat.
Je voudrais aussi
vous parler du maraudage, le maraudage, à la FTQ et ses syndicats affiliés, on
ne veut pas s'engager dans une période de
maraudage. Je ne pense pas que c'est ça que nos travailleurs, nos travailleuses
veulent.
Premièrement,
on pense que les périodes de maraudage, présentement, dans ce projet de loi là,
c'est contre-productif. Vous
comprendrez qu'en fusionnant les unités d'accréditation, toute l'attention de
nos syndicats, de nos membres, ça va être porté sur le maraudage et
peut-être un peu moins sur le projet de loi. On pense que les gens, autant nos
travailleurs, nos travailleuses, ils ont le
moral... le moral des troupes n'est pas vraiment haut, aujourd'hui, vous le
savez, que notre moral des troupes, là, les chambardements, là, ça les
atteint, le moral des troupes. Ils vivent dans une incertitude, nos membres,
dans l'instabilité, et aussi c'est l'instabilité et l'incertitude pour les
clients et aussi les résidents.
On comprend bien que
l'objectif du gouvernement, c'est d'avoir un système plus efficace. Nous en
sommes, on veut ça, nous autres avec. Mais pour atteindre les objectifs du
projet de loi, il n'est pas nécessaire, selon nous, de fusionner les
accréditations, les unités d'accréditation. Au contraire, un régime de
négociation ultracentralisé peut entraîner des effets pervers. Excusez-moi, je
vais prendre un peu d'eau.
Une voix :
Il te reste cinq secondes.
Mme Nelson
(Sylvie) : Je peux aller vite. Ça pourrait amener à une plus grande
judiciarisation des relations de travail. Déjà, c'est compliqué avec les CISSS
puis les CIUSSS, avec les griefs, depuis la réforme Barrette. On a joué
là-dedans aussi, là. On envisage peut-être... on ne voudrait pas que ça soit
pire avec Santé Québec.
Le Président
(M. Provençal)
: ...est
écoulé.
Mme Nelson
(Sylvie) : Les syndicats locaux...
Une voix : C'est
terminé.
Mme Nelson
(Sylvie) : Ah! ce n'est pas terminé?
Le Président (M. Provençal)
: Oui, mon temps est terminé,
puis je l'ai même laissé filer un petit peu. M. le ministre.
M. Dubé :
Bien, écoutez, on est désolé d'interrompre,vous étiez sur une lancée, là,
puis je pense qu'on sent vraiment votre intérêt. Je vais revenir.
Puis, premièrement,
remercier la centrale FTQ, Mme Picard particulièrement, parce que vous
êtes là, quand même, depuis... c'est quand
même assez récent, là, d'avoir pris cette grande charge-là. Et j'ai pris le
temps de regarder vos recommandations puis je peux vous dire que ce ne
sera pas la dernière fois que je vais le regarder, parce qu'on a eu quand même
une bonne journée avec plusieurs représentants.
Il y a trois choses
sur lesquelles je voudrais revenir, là, dans le temps qui m'est alloué.
Premièrement, je salue l'initiative que vous avez faite de faire un sondage de
vos membres. Je salue ça. Je vous demande, un peu, si c'est possible d'obtenir
ce sondage-là, si vous pouviez le rendre disponible. Parce que ce n'est pas que
je croie aux sondages, parce qu'il faut que je sois constant. Et, comme j'aime
les chiffres, peut-être que je pourrais regarder. Mais j'aimerais ça,
peut-être, que vous l'offriez à la commission, ici, pour qu'il soit disponible
pour tout le monde.
Mme Picard
(Magali) : ...l'offrir, M. le ministre, oui.
M. Dubé : OK. Bon, bien,
écoutez, je l'apprécie beaucoup. Puis, sur un des points que j'aimerais
revenir, c'est sur le fait d'avoir testé la mobilité ou ce que je vais appeler
l'ancienneté réseau. Et c'est un peu pour ça que je disais
aux participants précédents : Ce que j'entends sur le terrain, c'est ça
que les gens veulent, ça fait des années qu'ils
demandent l'ancienneté réseau. Puis vous, vous me dites qu'il y a 80 quelque
pour cent, là, si j'ai bien compris votre...
Ce que j'aimerais
vous dire, deux choses pour vous rassurer aujourd'hui puis rassurer les gens
qui nous écoutent. Parce que vous avez soulevé un point particulièrement,
peut-être, préoccupant pour ceux qui diraient : Mais qu'est-ce qui arrive, demain matin, si mon employé
à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont s'en va dans les Laurentides? Bon,
peut-être ma réponse préliminaire serait de dire : Bien, c'est peut-être
une bonne nouvelle pour les Laurentides, parce
qu'il n'y aura pas moins... il n'y aura pas des nouvelles jobs qui vont
s'offrir, mais il y a déjà des jobs qui ne sont pas remplies. Ça fait
que c'est sûr que, si quelqu'un part de Maisonneuve-Rosemont puis il va dans
les Laurentides ou à La Prairie, bien, c'est une bonne nouvelle pour ces
régions-là.
Mais ce que
j'aimerais vous dire aussi, puis ça, c'est important, parce que j'ai pris un
engagement, lorsqu'on a déposé le projet de loi, je me suis assis avec
Mme LeBel, la présidente du Conseil du trésor, puis j'ai dit : On va
respecter un principe : ce qui va être négocié dans le projet de loi, qui
va être discuté avec mes collègues de l'opposition,
ne s'appliquera que dans trois ans. Puis ça, c'est important de le dire. Parce
que, quand vous me demandez... Puis
je veux juste vous le dire, parce je veux passer à une autre question. On va
avoir le temps d'en parler, on va avoir le temps d'avoir des mécanismes
de transition, parce que ce n'est pas demain matin.
Même si on passait le
projet de loi dans deux semaines... Là, vous allez dire : Vous rêvez en
couleur. Mais, mettons qu'on réussirait à faire ça, est-ce que... est-ce qu'on
s'entend, tout le monde, que ces applications-là, un, ils doivent être
négociées, puis l'ancienneté réseau devrait faire partie des négociations de
conventions syndicales? On est d'accord?
Mme Picard
(Magali) : Absolument. Je veux quand même vous dire, M. le ministre,
que je viens d'un grand syndicat canadien, l'Alliance de la fonction publique,
où on avait une unité d'accréditation, les groupes PA, qui regroupaient 85 000 et qui regroupent
aujourd'hui 100 000 travailleurs, travailleuses avec une ancienneté à
travers le pays. Donc, il y a des
protocoles à mettre en place, on négocie ça puis on s'entend très bien, ce
n'est pas une préoccupation.
M. Dubé :
Voilà, voilà. Vous en avez...
Puis c'est drôle parce que vous avez été excessivement instrumentale,
quand on a fait le projet de loi avec mes collègues sur le projet de loi
n° 10, et vous avez... on a parlé de ça, de mécanisme de transition. Mais je voulais juste rassurer la population,
mais particulièrement les employés, que oui, c'est ça qu'ils veulent,
c'est ça que votre sondage dit. Mais on aura le temps de regarder ça, parce que
ça s'appliquerait à la prochaine négo. Premièrement.
J'ai posé une
question un petit peu délicate, là, parce que, lorsqu'on... Je vais revenir à
l'employeur juste quelques minutes, là, parce que c'est important. On profite
de l'opportunité qu'on sépare les opérations du ministère avec le réseau pour
dire : Est-ce qu'on retourne les mêmes 36 CISSS et CIUSSS avec 36 conseils
d'administration, puis etc., ou d'en
profiter pour avoir un employeur unique?, avec des avantages puis certains
inconvénients, on se comprend.
Moi, ce que
j'aimerais savoir, parce que ce que j'entends aussi de nos gestionnaires, puis
je l'ai dit tantôt... Comme principe,
avez-vous une objection avec l'employeur unique? Parce que, quand je disais vos
recommandations, vous n'avez pas de... en principe, vous n'êtes pas
contre le principe de l'employeur unique. Parce que vous avez quelque chose
d'intéressant, là. Il faut que les gens comprennent qu'en ce moment il y a
136 conventions collectives. Le fait de
passer... Si, par exemple, on respectait le principe, comme il est dans le Code
du travail, d'avoir une convention par
catégorie... En ce moment, il y a quatre catégories, il y a nos infirmières, il
y a les techniciens, etc. Il y a quatre catégories. Donc, il y aurait
une simplification de l'environnement syndical énorme, de passer de 136...
Je veux juste vous
entendre là-dessus, de passer de 136 à quatre, qu'est-ce que vous verriez
pour... Puis là je reviens au point du maraudage, de votre collègue. Quel genre
d'option qu'on a pour que ça puisse bien se faire, puis, je le répète, sur les
trois prochaines années? Parce que ça n'arrivera pas tout de suite, ça non plus.
J'aimerais ça vous entendre, parce que je
sens que vous avez une ouverture là-dessus, puis avec votre grande expérience,
bien, j'aimerais ça vous entendre là-dessus.
Mme Picard (Magali) : Ma
grande expérience de trois mois et demi à la FTQ. Heureusement que ça fait plus
longtemps que ça que je suis dans le milieu syndical.
M. Dubé :
...retraite?
Mme Picard
(Magali) : Je suis sortie de la retraite, croyez-le ou non. Il faut le
faire, hein? C'est ce qu'on voudrait que les
gens en santé fassent également, mais, bon... Mais, ceci étant dit,
M. Dubé, on a plusieurs discussions, M. le ministre, actuellement, et effectivement on ne pense pas que la
fusion des accréditations pourrait être souhaitable, tant pour le
gouvernement que pour les travailleurs et même les utilisateurs du réseau. Il
existe, au Québec, d'autres façons de faire, on pourrait... Et on a regardé, on
vous a écouté attentivement, le 29 mars dernier, et on est en mode solution. On s'est dit : Comment faire pour
respecter le projet de loi que vous déposez, projet de loi, on l'a dit, là,
d'une ampleur assez impressionnante? Donc, il y a du travail en arrière
de ça. Je suis convaincue qu'il y a bien des choses que vous savez déjà ou que
vous avez pensées, qu'on n'a pas eu le temps d'analyser.
M. Dubé :
Ça fait qu'on pourrait s'asseoir pour se parler de ça? Parce que vous
avez... Oui.
• (18 h 10) •
Mme Picard (Magali) : Bien,
moi, ce que je vous dis, là, c'est qu'on peut y arriver. On est capable de
vivre avec l'employeur unique, on est capable de vivre avec l'ancienneté
réseau.
M. Dubé :
Bien, ça, c'est vraiment intéressant.
Mme Picard
(Magali) : On est capable de partir de 136 tables à quatre ou
sept tables. Parce qu'il y a aussi les
établissements privés conventionnés qui ne sont pas... qui ne seraient pas dans
les quatre tables visées, actuellement. On est tous capables de faire
ça...
M. Dubé :
Je me mets à la place des gens
qui nous écoutent aujourd'hui, là, puis mes collègues, on ne réglera pas
ça aujourd'hui, mais le fait que je sente une certaine ouverture de trouver des
options...
Mme Picard
(Magali) : Moi, je vous dis... Oui?
M. Dubé :
Parce que je veux juste
dire : Il y aura des amendements, ça, c'est sûr, on va s'entendre, là, qu'il
y ait des... On a dit qu'il était perfectible, on pouvait bonifier.
Mais, quand vous dites «plus que quatre catégories», moi, j'ai une certaine
ouverture à ça. Parce qu'est-ce qu'à la fin il pourrait y avoir cinq, six ou
sept catégories? On n'est pas à une convention proche. Si on peut se marier
plus proche de... du besoin de conventions... de conventions collectives qui se rapproche de ce qu'on a comme
catégories d'emplois, bien, il y aura... il y en aura sept, s'il faut. On
a une certaine ouverture à ça, je veux juste le mentionner.
Mme Picard
(Magali) : Bien, vous me faites plaisir, M. le ministre. Moi, ce que
je peux vous dire, là, on a regardé les
statistiques, on est tous là, dans le fond, bien sûr, pour les Québécoises,
Québécois, nous pour les travailleurs, spécifiquement, puis pour tout le
monde en même temps. Vous savez, ce projet de loi là, on en a, des inquiétudes,
mais on croit qu'il y a besoin... on a besoin d'un coup de barre majeur en
santé. Si c'est celui-là, bien, tant mieux. Si on est capables de s'entendre...
Puis, dans les statistiques qu'on va vous partager, on va s'assurer que tout le
monde l'ait, là, le fameux rapport, ça dit que nos membres, les gens, vos
employés sur le terrain, ont de la misère à croire que ça va bien fonctionner. Si on s'entend, là, puis on est capables de
travailler ensemble, ça va être notre responsabilité de faire évoluer
notre monde pour embarquer dans cette transition-là...
M. Dubé :
C'est tellement important, ce que vous me dites, Mme Picard, parce que
c'est...
Mme Picard
(Magali) : Bien, on y croit.
M. Dubé :
Bien, moi, j'y crois. Puis votre venue, en tout cas, je trouve ça très
intéressant de... avec cette approche-là que vous avez, que je reconnais de mon
ancienne vie, là, avec la FTQ avec qui j'ai négocié souvent.
Je veux revenir
sur... J'ai bien ri, tout à l'heure, là, bien ri, quand vous avez dit qu'on
n'était pas à quelques articles proches sur la nationalisation de... Juste vous
dire un mot là-dessus. On y a pensé. On y a pensé. Parce que, quand on a
regardé les éléments importants, toute la question du préhospitalier était très
proche de faire la coupure ou pas. Ce qu'on a décidé, puis je veux juste vous
rassurer là-dessus, c'est que, tous les changements qu'il aurait fallu faire dans
le préhospitalier, ça prenait plus qu'un article. Je veux juste vous dire ça.
Parce que, quand vous changez quelque chose, vous savez l'application que ça a.
Ce qu'on a décidé de
faire, puis je veux rassurer... vous rassurer là-dessus ou rassurer vos membres,
on a décidé qu'on faisait deux choses. Sur le préhospitalier, on a décidé que
les centres de services, les centres de services où il y a le plus de synergie,
on va... on veut qu'ils aient les mêmes règles de gouvernance qu'on a dans
toutes les sociétés d'État. Pourquoi? Parce que, pour moi... Et, ça, il y a des
éléments dans le projet de loi qui sont là. On a dit : Si nos centres de
services peuvent mieux travailler ensemble, je pense qu'on va être plus
efficaces. Parce que, souvent, je prends en Montérégie, il y a plus qu'un
centre de services, et, à ce moment-là, bien, il y a des éléments qui se
recoupent.
J'ai l'impression
qu'on va faire déjà beaucoup d'amener je vais appeler ça une certaine
consolidation des centres d'appels, des centres de services, sans
nécessairement nationaliser les propriétés, OK? Donc, ce n'est pas parce qu'on
n'y croit pas, mais on veut y aller par étapes. Puis la première étape qu'on
juge importante, c'est la consolidation ou, je dirais, la meilleure
coordination, c'est le mot que je devrais dire, des centres d'appels.
Dernière petite
question facile — puis
ici j'ai des collègues qui ont des questions à poser — c'est
sur les libérations syndicales. Bon, moi, j'ai... Quand je dis que la... Puis
j'ai posé la question, vous avez peut-être entendu la question, quand je l'ai
posée au groupe précédent. C'est sûr que la libération syndicale, elle est
importante, en ce moment, dans nos 136 conventions collectives, etc. Je ne
sais pas comment ça s'applique. Avez-vous une idée, vous? Vous avez... vous
avez à peu près 35 000 personnes. Vous ne le savez pas?
Mme Picard (Magali) : Je
peux... Est-ce qu'on a une idée? Non, je ne pense pas qu'on a ce détail-là, de
combien de gens sont libérés présentement.
M. Dubé :
Bon, moi, ça, c'est quelque chose que j'aimerais, je vais vous dire... On
va continuer de se parler, dans les prochaines semaines, parce que je voudrais
comprendre... Parce que je me souviens, quand on était dans la période COVID,
qu'on essaie d'oublier, là, la question des libérations syndicales, c'est
devenu assez important parce qu'on manquait
d'employés qui étaient peut-être en libération, qui auraient pu venir aider à
ce moment-là. Je voudrais juste savoir si notre simplification de
l'organisation syndicale pourrait avoir un impact. Ça fait que, si vous n'avez
pas la réponse aujourd'hui...
Mme Picard (Magali) : Malheureusement,
on n'a pas la réponse. Puis on sera prêt à regarder ça, certainement. Chose
certaine, c'est... au moment de l'implantation d'un changement comme celui-là,
c'est clair que ça va demander pas mal de consultation, autant de la
part de l'employeur, tout ça. Il faudrait le regarder. On a déjà fait
l'exercice, où j'étais, avant, et je vous
dirais qu'on a... Je pense qu'on minimise le travail qui est fait par les
travailleurs en libération syndicale, justement, pour atténuer des
conflits de travail ou encore, tu sais...
M. Dubé :
Oui, mais c'est pour ça que ma préoccupation, moi, ce n'est pas d'en
enlever, c'est de... puis de nous rassurer
mutuellement... bien, premièrement, un, comprendre il y en a combien. Je pense
que ce serait important parce que... Mais mon objectif, c'est que, si
nous, on a, mettons, une convention collective pour les infirmières, peu
importe, là, on va avoir besoin de discussions locales. Même s'il y a une
convention nationale, on va avoir besoin de ces gens-là localement. Ça fait que
je veux... Ce n'est pas pour éliminer ou quoi que ce soit, mais c'est pour bien
comprendre.
Mme Picard
(Magali) : Revoir la structure. On le comprend.
M. Dubé :
Il me reste combien de temps?
Le Président
(M. Provençal)
: Trois
minutes.
M. Dubé :
Trois minutes. OK. À date, on s'entend sur pas mal d'affaires, là, je
trouve.
Mme Picard
(Magali) : C'est quasiment dangereux.
M. Dubé :
C'est quasiment dangereux. Gestion de proximité, bon, c'est quand même
assez... Vous l'avez bien dit, là, l'ancienne réforme a enlevé beaucoup de
cadres intermédiaires, on en ramène. J'ai eu la chance, là, d'en rencontrer
plusieurs, là, dans les tournées que je fais. Vous avez dit un mot important,
tantôt : C'est quoi, la latitude qu'on
doit leur donner? Parce que, peut-être... En tout cas, ça, moi, je suis ouvert
à ça. Le projet de loi n° 15 sert à dire de qui on a besoin pour faire quoi. Alors, quand on parle, par exemple,
d'un directeur médical, ou tout ça, parlez-moi... Parce qu'on a défini
qu'on a besoin d'un gestionnaire de proximité. Quelle est la latitude qu'il
devrait avoir d'un point de vue, je dirais, syndical pour que, lorsque cette
personne-là... J'en ai rencontré, là, les infirmières de 20 ans d'expérience qui ont été nommées... Mais quelle
est la latitude? De quoi vous vouliez dire par ça? Ça, c'est important.
M. Ste-Marie
(Maxime) : Écoutez, M. Dubé, c'est difficile à évaluer, la
latitude, mais je peux y aller... je peux répondre à votre question avec un
témoignage de travailleur. Moi, je travaille en CHSLD puis, je peux vous dire,
j'ai vu l'évolution entre avant et après la réforme du ministre Barrette, puis
la latitude, je ne peux pas l'évaluer, mais
ce que je peux vous dire, c'est que, pendant un certain temps, dans l'époque
plus moderne postfusion des CISSS et des CIUSSS, dans mon CHSLD, il n'y
avait pas de responsable du bâtiment, il n'y avait pas de responsable du
bâtiment. Donc, oui, on avait des chefs d'unité puis, oui, c'était lui, mon
supérieur immédiat. Mais ultimement, là, s'il
y avait quelque chose qui était sur le terrain, qui n'avait pas d'affaire là,
ou x affaires, il n'y avait pas de personne responsable de la bâtisse.
Puis c'est important, autant pour les travailleurs, que, quand on le croise
dans l'ascenseur, on le sait, ça, c'est
notre numéro un dans la bâtisse, autant pour les familles aussi. Puis je le vis
puis là je ne conterai pas ma vie, mais ma mère est en CHSLD, présentement,
c'est rassurant de savoir c'est qui, la personne responsable du site.
M. Dubé :
...parce que vous avez parlé de
la latitude qu'il doit avoir. Sentez-vous qu'en ce moment, avec ceux qu'on a
mis en place, je ne sais pas si ça s'applique dans votre CHSLD... mais est-ce
qu'il a la latitude nécessaire?
M. Ste-Marie (Maxime) : Moi,
je pense qu'il y a encore de la place pour avoir plus de latitude au niveau
local.
M. Dubé :
Exemple, exemple, qu'est-ce que... qu'est-ce qui peut être plus...
M. Ste-Marie (Maxime) : Bien,
écoutez, pour donner des exemples plus concrets, moi, je pense que la latitude
devrait se transmettre au niveau de la
culture. Moi, je pense, c'est la culture qui manque, présentement, du
gestionnaire de site. Oui, vous les
avez mis en place, mais je pense que la culture de savoir c'est quoi, son rôle,
est-ce qu'il est connu, est-ce qu'il se promène le matin, est-ce
qu'il...
M. Dubé :
...rapidement, quand il y a besoin, plutôt que de retourner en...
M. Ste-Marie
(Maxime) : Exactement, exactement. Puis, tu sais, je pense que, si
vous voulez que votre réforme fonctionne, bien, je pense que, oui, c'est bon
d'avoir un truc un peu plus universel que qu'est-ce qu'on a présentement. Mais
les... comment je pourrais dire, les enjeux locaux doivent être traités par les
gestionnaires de premier niveau, il doit y avoir une certaine forme de
flexibilité. Présentement, je ne la sens pas.
M. Dubé :
...ça fait que je vais respecter mes collègues.
Le Président (M. Provençal)
: C'est terminé. Merci. Alors, M. le
député de Pontiac, c'est à vous.
M. Fortin : Oui, merci. Merci, M. le
Président. Bonjour. Bonjour à vous quatre. Merci, merci d'être là, encore
une fois, et merci d'arriver avec des chiffres.
Je trouve que c'est intéressant, votre sondage,
puis ça nous donne une perspective. On l'avait fait, dans le projet de loi sur
les... sur les agences, justement, de mesurer l'impact, région par région, que
ça pourrait avoir, la difficulté d'application, et ça a permis éventuellement
de voir la progression dans le temps de ces mesures-là. Puis c'est peut-être vers ça que ça va mener,
également, là, les chiffres que vous nous soumettez. Parce que c'est la première
fois, nous, en tout cas, de notre côté, depuis que le ministre a déposé son
projet de loi, depuis qu'il a évoqué l'idée d'amener l'ancienneté réseau, qu'on
a vraiment un portrait de ce que ça pourrait représenter. Puis, de la façon que
le ministre en a parlé, tantôt, que ça pourrait être un gain pour Lanaudière,
les Laurentides, oui, mais, si on prend à Paul pour donner à Pierre, on n'est
pas bien, bien plus avancé, dans le réseau, là. Alors, j'ai hâte de regarder
les chiffres du sondage. Mais, à première vue, vous avez... vous appelez ça, un
«flag», là, mais il y a un gros drapeau rouge, là, pour la région de Montréal,
si je comprends bien, là?
• (18 h 20) •
Mme Picard (Magali) : L'enjeu
principal, c'est effectivement la région de Montréal. Je pense que tout le
monde s'en doutait, mais c'est... Écoutez, c'est un sondage qui a été fait,
l'échantillonnage est important. Maxime vous disait : C'est
4 295 répondants, là. C'est du monde, ça, qui sont sur le terrain
présentement. Donc, les chiffres, moi, je
vous dis, nous parlent énormément. Effectivement, c'est Montréal qui ressort,
où on sent qu'il y aurait vraiment une demande très, très forte de
travailleurs qui voudraient sortir du réseau.
M. Fortin : Est-ce que vous voyez une différence selon le type
d'emploi? Parce qu'il y a des gens qui, de toute évidence, sont peut-être plus
capables de se payer le loyer. À Montréal, une infirmière fait plus que
certains techniciens, fait plus que des travailleurs en cuisine, ou autre.
Alors, est-ce que vous avez des...
M. Ste-Marie (Maxime) : On est
très confiants avec notre sondage, là, je vous dirais, on a une marge d'erreur de 1,37 %, présentement, avec les
résultats qu'on a obtenus. Puis, pour répondre à votre question, notre sondage
est ventilé par âges, par catégories d'emplois et par régions, donc c'est
facile, tout dépendant, de voir les... tout dépendant
les questions puis les thèmes. Mais c'est plus intéressant de savoir... Exemple,
pour la question de l'ancienneté réseau, bien, on peut le voir ventilé,
on sait que ce sont les jeunes qui vont bouger, on peut vous dire quelles
catégories d'emplois... qui est plus est plus à risque, pardon, et on peut dire
aussi les régions. Puis qu'est-ce qui est intéressant, par rapport aux régions
puis le mouvement de personnel, qui nous inquiète, c'est qu'on voit des très
hauts pourcentages à Montréal et on voit les régions à très bas pourcentages.
Donc, ça aussi, c'est intéressant. On sait que
ceux de Montréal vont quitter, mais il n'y a personne qui va rentrer pour les
remplacer. Ça fait que, quand on donne à Pierre pour enlever à Paul,
pour reprendre votre expression de tantôt, il y a quelqu'un qui... La région de
Montréal ne va pas recevoir, là.
M. Fortin : Et puis un des enjeux, c'est qu'à Montréal il y a beaucoup
de soins spécialisés, il y a des centres de santé mentale, il y a des
institutions dont on ne peut pas se passer. Ce n'est pas un déplacement d'un
patient qui choisit d'aller d'une urgence à l'autre, là, mais là il y a des
soins spécialisés auxquels il faut faire particulièrement attention.
Mme Picard
(Magali) : Je veux quand même être capable de rassurer, là,
la population qui nous écoute : Ce serait négocié, tout ça, là. Tu sais, ce n'est pas vrai que, demain matin,
parce qu'il y a une flexibilité ou qu'il y a une ancienneté réseau, que tous ceux qui vont vouloir
partir... parce que j'ai plus d'ancienneté que mon collègue qui travaille
en Montérégie, bien, je m'en viens en Montérégie, indépendamment du fait
qu'il y a un poste ouvert ou non. Ça existe déjà ailleurs, je pense qu'il y a d'autres modèles à prendre. Il
y a façon de le faire de façon intelligente. Puis, ça, bien, on va travailler
certainement pour faire en sorte qu'on ne vienne pas non plus, et de un,
anéantir complètement à la continuité de soins que certains patients ont besoin
de recevoir, l'expertise de mettre une région en péril parce qu'il y a un exode
des experts. Tout ça devra être négocié
puis... Ça se fait, mais d'une façon intelligente, et il y a... lorsqu'il y a
des postes ouverts, et tout ça, là. Donc, on veut vraiment porter une
attention particulière à cette problématique-là.
M. Fortin : Bien, puis je le comprends. Parce que, quand vous dites que
85 % des membres, chez vous, le veulent,
à un moment donné, il y a presque un impératif d'aller de l'avant, mais, encore
là, comme vous dites, de le faire de façon intelligente.
Mme Nelson,
on vous a interrompue ou l'horloge vous a interrompue, tantôt, dans vos
remarques, mais je pense que, quand vous avez dû arrêter de parler, vous
étiez sur la période de maraudage, le fait que c'était contre-productif. Est-ce
que je peux juste, peut-être, comprendre le fond de votre pensée là-dessus?
Mme Nelson (Sylvie) : Écoutez,
c'est contre-productif. Nous, nous, quand on fait une période de maraudage,
c'est sûr qu'on est souvent dans les milieux de travail, vous comprendrez, on
est dans les milieux de travail. Et je pense qu'au lieu de faire ça, au lieu de
se battre entre nous autres pour savoir les membres vont s'en aller où... Puis,
à la fin, on le voit, à la fin des périodes de maraudage, on l'a vu par
expérience, là, on a gagné tant de milles, mais on a perdu tant de milles,
puis, quand tu regardes à la fin, bien, ça s'équivaut pas mal. On devrait
arrêter de perdre du temps sur des périodes de maraudage et, au lieu de cela,
là, on a un projet de loi important, là, on devrait regarder qu'est-ce qu'on
peut faire, effectivement, pour éviter une prochaine période de maraudage.
Ce
n'est pas drôle d'obliger les gens à changer de syndicat comme ça, là. Je
pense, c'est... Je ne pense pas que c'est la meilleure solution. Puis la
meilleure solution, c'est de laisser les accréditations syndicales telles
qu'elles sont présentement. Parce que, je ne
vous le cacherai pas, avec le projet de loi n° 15, la FTQ, dans le secteur de
la santé, là, il n'en reste plus tellement, là, OK? On ne se le cachera
pas, c'est ça, c'est ça, la vérité, tu sais? Mais je pense qu'il faut vraiment regarder à encadrer ça et être
sûrs de ne pas toucher aux accréditations syndicales. On se fait la guerre
depuis longtemps là-dessus, là, on a... je pense qu'on est rendu à une autre
époque.
M. Fortin : Dernière chose pour moi, c'est votre recommandation 6
sur les résidences privées, vous n'y avez pas vraiment touché encore, là, dans
les remarques que vous avez faites, mais votre demande d'avoir un décret de
convention collective pour les résidences privées.
Mme Nelson
(Sylvie) : Oui, je vais vous parler de décrets de convention
collective. On a fait la demande, on a fait la demande, on a eu des rencontres
avec le ministre Boulet, avec le ministre Boulet là-dessus. Et le fait qu'on n'ait pas d'employeur, de groupe d'employeurs qui
veulent s'asseoir avec nous pour un décret de convention collective,
même si la loi prévoit qu'un groupe syndical peut le faire lui-même, là, tu
n'as pas besoin d'un autre employeur, bien, c'est difficile, quand même, d'en
arriver à s'entendre. Je pense... Puis, vous le savez, à la FTQ, là, puis
partout, on demande un salaire minimum de 18 $ de l'heure. Bien, moi, j'ai
des gens qui sont payés près du salaire minimum et j'ai des gens qui augmentent
par année à cause de l'augmentation du salaire minimum. Ça n'a plus de bon
sens, là. Puis les gens, là, vous savez, là, c'est des gens qui ont de la
misère, ils ont deux, trois jobs pour arriver.
Autre chose, pendant
que j'ai la parole, juste avant qu'il vous coupe, je vais juste... avant qu'il
vous coupe puis que ça me coupe, je veux
vous parler aussi des établissements privés non conventionnés. Je pense qu'on
est en train d'en conventionner. Moi,
je pense qu'on devrait accélérer ça. Suite à ce qu'il s'est passé, suite aux
recommandations de la coroner Kamel, aussi, je pense qu'on devrait
accélérer ça.
M. Fortin : Très bien.
Une voix : ...
Mme Nelson
(Sylvie) : Oui.
Le Président
(M. Provençal)
: Il
reste encore 1 min 30 s...
Une voix :
...
M. Fortin :
Non, allez-y, allez-y.
Mme Setlakwe :
Merci pour votre présentation, votre mémoire très étoffé, les résultats du
sondage. Allons-y aussi... Parce qu'on nous
rassure que certains changements n'entreront pas en vigueur tout de suite, mais
ça nous rassure puis ça ne nous rassure pas, parce que c'est quand même
très inquiétant, là, l'exode de Montréal. Vous parlez d'actions urgentes. On s'entend tous que la population s'attend à des
résultats pour des améliorations. Alors, on vous laisse un peu de temps
pour élaborer sur ce que vous mettez de l'avant dans votre mémoire, en termes
d'actions urgentes.
Mme Picard (Magali) : Oui.
Bien, actions urgentes, je pense que ces discussions-là, donc, qu'on a
actuellement... Il y a un paquet d'avenues de décentralisation. On peut le
faire, ça. On n'est pas obligé d'avoir... d'être en train de négocier pour
être capable d'amener ces modifications-là. Il y a des catégories d'emplois...
On est en négociation collective. Si on était capable d'aller chercher un
contrat de travail qui... décent, avec des augmentations salariales décentes,
qui amènerait des conditions d'emploi où on pourrait, et de un, garder nos gens
dans le réseau puis attirer davantage, bien, ça, c'en est, des pratiques qu'on
n'est pas... On n'est pas obligé d'attendre le projet de loi n° 15, on peut
faire ça maintenant.
Au niveau
gouvernemental, on a... il y a des catégories d'emplois... Je sais que vous
allez entendre l'APTS, tout à l'heure, bien, il y a des gens, présentement,
où... des professionnels où le salaire n'est pas du tout compétitif avec le
privé. Donc, on pourrait dès maintenant régler tout ça, oui, par la convention
collective, mais aussi par la loi de l'équité salariale.
Donc, il y en a, des
outils pour faire en sorte, présentement, qu'on soit capable de garder nos
gens, peut-être de ramener nos gens qui sont dans les agences privées au niveau
public. Et, ça, bien, on est prêt à le faire avec le gouvernement, maintenant.
On n'est pas obligé d'attendre dans trois ans pour amener ces propositions-là
qui sont... De notre côté, c'est des propositions concrètes qui pourraient
faire un changement très rapide dans le réseau.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup.
Mme Setlakwe :
Merci.
Le Président
(M. Provençal)
: Alors,
M. le député de Rosemont, vous prenez la suite.
M. Marissal : Merci,
M. le Président. Bonjour.Bonjour. Merci d'être là. D'abord, rapidement,
sur l'employeur unique, la mobilité de personnel, là, on a parlé de
Montréal, effectivement, seriez-vous favorables à une idée qui circule dans le réseau, surtout à Montréal, en
fait, là, de verser une prime salariale aux gens qui travaillent à Montréal?
Ça pourrait s'appliquer, j'imagine, dans d'autres secteurs urbanisés, mais pour
le moment c'est plus Montréal. On me dit que ça se fait à Toronto, Vancouver,
parce que, bon, ils ont les mêmes problèmes. Je ne sais pas, je teste l'idée,
moi, je n'en sais rien.
Mme Picard (Magali) : Très
honnêtement, je pense que c'est nos négociateurs, nos membres qui pourraient
répondre. Est-ce que ça viendrait de répondre, oui ou non, à ce besoin-là, je
ne me sens pas... À moins que mes collègues aient une réponse. Colin, si tu as
quelque chose... Mais on n'a pas pensé à cette proposition-là. On essayait de
regarder, là, suite au sondage, qu'est-ce qui pourrait être fait, toujours dans
une façon constructive. Est-ce qu'au départ
il faudrait mettre certaines barrières entre les CIUSSS, les CISSS, à
l'intérieur de la grande région de Montréal, est-ce que... Il y en aura
certainement, des propositions. Peut-être que les primes... Comme, un peu, on
voyait, dans le temps, c'étaient des primes d'éloignement; là, ce
seraient des primes pour travailler dans les grands centres. On aura tout vu!
Mais, à l'époque, moi, je me souviens qu'on payait les gens pour aller travailler
en région, mais là ce serait l'inverse, ce qui est assez impressionnant.
Ceci...
M. Marissal : Rosemont est une
région éloignée avec...
Mme Picard (Magali) : Donc...
M. Marissal : Je vais y
aller...
Mme Picard (Magali) : Oui, oui,
tout est possible, tout est possible. Mais je ne serais pas honnête de vous
dire qu'on a envisagé cette option-là. On ne l'a pas fait encore.
M. Marissal : C'est
bon. Sur le droit d'association, évidemment, le rétrécissement du nombre
d'accréditations, vous dites, c'est
un droit fondamental qui est garanti par les deux chartes. Je suis d'accord.
Quand un droit fondamental est
attaqué, le premier réflexe, normalement, c'est d'aller devant les tribunaux.
Bon, on n'en est pas là, là, d'accord, là. Sauf que votre option...
Est-ce que vous avez d'autres options, éventuellement?
• (18 h 30) •
Mme Picard (Magali) : Bien,
moi, je crois fortement à... Je suis une personne qui est peut-être un peu
naïve, mais je crois sincèrement que, lorsque tout le monde est de bonne foi,
on peut arriver à des ententes, à revoir un projet de loi, à être capable de
faire des amendements sans être obligé d'utiliser les recours, toujours,
juridiques. Ça a déjà été le premier réflexe des syndicalistes ou même d'où je
viens. Cette fois-ci, je vous le disais, on est tous d'accord qu'on a besoin de
changer notre réseau de la santé. Ça ne va pas bien. Est-ce que... Est-ce que
la fusion des accréditations, pour nous, c'est une option? Non. Est-ce qu'il y
a d'autres façons de faire? Oui. Est-ce qu'on est prêt à travailler, à en
parler, à amener des propositions? Si l'écoute est là, si on sent qu'on a de la
collaboration avec le gouvernement en place...
M. Marissal : OK, mais vous
savez qu'ici ce n'est pas une table de négos, hein?
Mme Picard (Magali) : On le
sait, ça, faites-vous-en pas. On n'aurait pas le même discours.
M. Marissal : Puis
même nous, ici, on a assez peu, là, de leviers de négo devant un gouvernement
majoritaire, alors...
Mme Picard (Magali) : Fortement.
M. Marissal : Ça va se décider
dans le projet de loi, vous ne pourrez plus le négocier après, là.
Mme Picard
(Magali) : Non, mais on le fait avant, on va le faire avant.
Vous avez quand même 1 183 articles à regarder. On nous dit
que le bâillon, bon, probablement pas...
M. Marissal : Vous allez le
faire avant? Expliquez-moi ça.
Mme Picard (Magali) : Bien, on
va s'asseoir, on va s'asseoir. Moi, je sens qu'il y a une ouverture, de la part
du ministre Dubé à nous entendre, et vous l'avez dit, le ministre Dubé l'a dit
à la conférence de presse, le 29 mars, qu'il était prêt à entendre les
parties intéressées, et on est une partie drôlement intéressée. Donc, oui, on
veut faire ça. On veut être capable de... Écoutez, si on peut éviter la guerre
entre les syndicats, une guerre sur le terrain, entre les travailleurs, qui
n'ont pas besoin de ça, puis qu'on leur laisse leur choix d'association, et
puis qu'on peut arriver aux mêmes fins... même, je vous dirais, on pourrait
arriver aux mêmes fins, mais davantage, je vous dirais, en travaillant,
justement, en collaboration. Je ne vois pas comment, en étant de bonne foi, on
ne pourrait pas s'entendre. C'est notre option. C'est notre façon de voir la
situation. S'il faut aller... on ira, mais ce n'est pas... ce n'est absolument
pas...
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup. Maintenant, c'est le député de Matane-Matapédia qui prend la relève.
M. Bérubé : Merci, M. le
Président. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Dans votre mémoire, en
page 23, vous parlez de la nationalisation des services paramédicaux en
santé. Effectivement, je vais vous donner de l'espace pour nous expliquer en
quoi ce serait une bonne nouvelle, mais je profite de la présence du ministre
pour lui dire qu'il n'a pas besoin de la loi n° 15
pour régler les horaires de faction partout au Québec, qui sont un problème
pour les relations de travail avec les paramédicaux. Il peut régler ça à
Matane, dans le Témiscouata, là, toute une liste. Il n'a pas besoin d'attendre
la loi. Alors, j'aurai passé mon message. Ceci étant dit...
Mme Picard (Magali) : Vous
profitez de nous pour passer votre message. J'adore ça.
M. Bérubé : Non, mais certains
sont syndiqués chez vous, soit dit en passant.
Mme Picard (Magali) : Bien sûr,
bien sûr.
M. Bérubé : En
quoi ce serait une bonne idée de nationaliser les services préhospitaliers
paramédicaux? Je vous donne la tribune.
M. Ste-Marie (Maxime) : Bien,
présentement, ce qu'on vit... Puis, nous, la particularité, puis c'est
important, peut-être, pour les gens qui nous écoutent, à la FTQ, les paramédics
qu'on représente, c'est vraiment des gens
qui sont à l'extérieur des grands centres. Ça fait qu'on a beaucoup de gens qui
sont en région, comme par chez vous, par exemple, et ce qu'on entend sur
le terrain présentement, c'est qu'il y a des bris de service. Moi, quand
j'entends «bris de service» et «ambulances» dans la même phrase, les poils me
dressent sur les bras. C'est inacceptable qu'en 2023 on vive encore des enjeux
comme ça. Malheureusement, on fait le travail qu'on a à faire syndicalement. Il
y a peut-être un enfant qui va mourir, ça va passer dans les faits divers, et
on passe au prochain appel.
Moi, j'en appelle au ministre à regarder, puis je
pense qu'il a démontré de l'ouverture tantôt... c'est sûr que, comme fédération, à la FTQ, on aurait aimé avoir
quelques articles de plus concernant la question de la nationalisation,
mais moi, je pense qu'on se doit... Puis c'est un peu dans la même vision que
son projet de loi, au niveau d'avoir un employeur unique, mais pourquoi ne pas
avoir un employeur unique aussi pour les soins préhospitaliers ou, en tout cas,
de s'en inspirer? Moi, je pense qu'on doit... Ce n'est pas une question de
régions au Québec. Je pense que, peu importe
où est-ce qu'on habite au Québec, on a le droit d'avoir des soins
préhospitaliers de qualité, puis, présentement, je pense que ce n'est
pas le cas à cause des compagnies privées.
M. Bérubé : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Allez-y.
M. Bérubé : Une autre question.
Vous vous inquiétez de la nomination d'une personne qui n'est pas un élu ou une
élue, qui va gérer quand même un réseau important. Effectivement, on peut, des
fois, se poser des questions sur les
critères. On a vu, à Investissement Québec, que c'était à proximité avec un
ministre qui disait : C'est mon ami, bon, j'ai confiance, mais en
quoi ça vous inquiète que ce ne soit pas... qu'il n'y ait pas l'imputabilité
d'un élu? On parle de l'agence, là.
Mme Picard (Magali) : Bien,
oui, absolument. Bien, il y a bien des gens ici qui savent ce que ça
représente, être dans un poste électif. Donc, c'est une imputabilité qui est
extrêmement grande, où on doit faire preuve d'une transparence constante, où on
doit écouter les gens autour de nous, les différents partenaires. Donc, vous
savez, de créer des postes de gestionnaires non élus, ça amène un certain
confort, de temps en temps, dans l'application, là, de la gestion et de la
prise de décision. On consulte moins. On se sent sécure dans notre siège. On
pense que d'avoir des personnes avec des postes électifs vient de régler une
grande partie de la problématique et force la consultation.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. Merci beaucoup, M. le député.
M. Bérubé : Ah?
C'est de valeur!
Le Président (M. Provençal)
: Alors, Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Oui, merci, M. le
Président. Merci. Merci de votre mémoire. Merci des 12 recommandations. Je
reviens sur une des recommandations en lien avec le privé. Bien sûr, là, on
comprend, puis il y a eu d'autres groupes avant vous aussi, là, qui l'ont dit,
que le privé, c'est inquiétant. Puis vous parlez beaucoup des intentions du
ministre aussi dans le projet de loi n° 15. On sent, là, la mobilisation.
Vous devez le voir aussi... vous devez le voir, vous autres aussi, dans le
milieu, puis que c'est compliqué, une fois qu'ils sont rendus au privé, de les
ramener. Quelles mesures... puis c'est un peu bizarre comme question, mais
quelles mesures préventives vous pouvez mettre de l'avant ou quelles sont vos
recommandations, justement, pour...
Mme Picard
(Magali) : ...les gens de revenir ou de ne pas partir.
Mme Nichols : Oui, oui, la
rétention.
Mme Picard (Magali) : Bien,
premièrement, là, il va falloir aussi... Je pense que le projet de loi... Et
pourquoi on a envie de travailler en collaboration, c'est de changer le message
aussi dans la population. On parle... On se
bataille sur la place publique depuis des années, avec raison, parce que ça ne
va pas bien, parce que les conditions d'emploi sont insoutenables, bien,
ça, ça n'attire pas personne.
Ce qu'on entend également, c'est que, dans les
classes où on forme les préposés, les infirmières, les classes sont vides actuellement.
Ça, ce n'est pas juste de ramener les gens dans le réseau, mais c'est de
ramener ce côté employeur de choix, de faire en sorte que les gens qui ont
envie de faire carrière dans ce domaine-là sentent que c'est sain de le faire.
Donc, on a une responsabilité, au niveau des syndicats, de faire ce travail-là
que l'on fait, mais de s'assurer de le faire d'une façon où on ne vient pas de
rendre ces postes-là inintéressants pour la population. Donc, c'est pour ça
qu'on a envie de croire à une réforme importante.
Mme Nichols : Puis je ne le dis
pas méchamment, mais, dans le privé, on le voit, là, ils s'adaptent puis... et je parle privé, là, puis, pour ne pas donner
l'exemple, Bombardier, là, tu sais, ils s'adaptent, ils mettent des conditions
plus intéressantes. Pourquoi c'est si compliqué dans la fonction publique?
Mme Picard (Magali) : Dans la fonction
publique? Bien, je vous dirais que les besoins sont différents. La pandémie a
aussi fait ressortir ce qu'il y avait à peu près de moins beau en ce qui a
trait à ces postes-là. On a vraiment vécu une période extrêmement difficile. Ça
n'a rien aidé en ce qui a trait au système de santé au Québec. Chose certaine, s'adapter, c'est une chose, mais
c'est une grosse machine également, c'est énormément... On joue avec la...
On n'est pas en train de parler de pièces d'avions, mais bien de services à la
population. Donc, ça va aussi avec tout ce qu'on peut vivre, les imprévus de la
vie, et ce qui fait en sorte qu'on a des gens dans des situations difficiles.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour...
Une voix : ...
Mme Picard (Magali) : Bien oui,
Sylvie, c'est encore fini.
Le
Président (M. Provençal)
:
Malheureusement, madame, c'est
ça. Alors, merci beaucoup de votre contribution, de votre collaboration.
On va suspendre pour donner place au prochain
groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 18 h 38)
(Reprise à 18 h 43)
Le Président (M. Provençal)
: Nous allons compléter notre journée de travail avec... en
recevant l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des
services sociaux. Je tiens à vous remercier beaucoup parce que vous avez quand
même patienté. Alors, vous avez 10 minutes pour votre exposé, et, par la
suite, on y va avec les échanges. À vous la parole.
Alliance du personnel
professionnel et technique de
la santé et des services sociaux (APTS)
M. Comeau (Robert) : Alors,
merci, M. le Président. M. le ministre, Mmes, MM. les députés, donc, je suis
Robert Comeau, Je suis le président de l'APTS, qui est l'alliance du personnel
professionnel et technique en santé et services
sociaux. Je suis accompagné d'Émilie Charbonneau, à ma droite, qui est
vice-présidente, M. Bertrand Schepper, qui est à ma gauche, et
Guillaume Plourde, à l'extrême droite, qui sont tous deux conseillers à la
recherche dans le secteur sociopolitique chez nous. Bien, on vous remercie de
nous recevoir pour que nous puissions vous faire part de notre opinion comme
organisation sur le projet de loi n° 15.
L'APTS représente plus de
65 000 professionnelles et techniciennes qui pratiquent dans le
réseau de la santé et des services sociaux.
Nos membres travaillent en diagnostic, en réadaptation, en nutrition, en
intervention psychosociale, en soutien clinique ou en prévention et également
en santé publique. On oeuvre également en centre hospitalier, en CLSC,
en CHSLD, dans les centres jeunesse, dans les centres de réadaptation et dans
les milieux de vie substituts. Bref, nos membres se retrouvent partout dans le
réseau et sont affectés directement par ce projet de loi, puis c'est, donc,
leur voix que nous venons porter aujourd'hui.
Il y a un mois à peine, notre organisation a
salué un projet de loi pour émanciper le réseau de sa dépendance aux agences de
placement et à la main-d'oeuvre indépendante, une dépendance qui siphonne des
moyens dont on a cruellement besoin pour
offrir des services accessibles et de qualité dans le réseau. C'est, donc, avec
incompréhension que nous accueillons le projet de
loi n° 15, qui officialise l'ouverture à la
privatisation. Si on sait que notre réseau va mal, on reconnaît moins
volontiers que les assauts les plus néfastes qu'il subit viennent du
gouvernement lui-même. Entre réformes
toujours plus centralisatrices, sous-financement chronique, recours toujours
plus accru au privé, au détriment des ressources publiques, le même film
semble sur le point de rejouer.
Le
gouvernement semble déterminé à faire une place grandissante au secteur privé,
comme c'est le cas en Alberta. Pourtant,
la qualité des soins et des services sociaux est moindre dans les systèmes qui
choisissent cette voie, au point de mener à la hausse considérable des taux de
mortalité, qui aurait pu être évitée. Notre organisation ne peut d'aucune
façon cautionner l'augmentation et l'officialisation de la sous-traitance des
soins de santé et de services sociaux dans le système québécois... et donc par
le projet de loi actuel.
Donc, l'APTS enjoint
le gouvernement de renoncer au projet de loi n° 15
dans sa forme actuelle et de mettre en place de véritables solutions pour
sauver le réseau public, à commencer par un bouclier budgétaire, qui permettra
de stabiliser son financement. Si le gouvernement persiste dans cette voie et
que des modifications significatives ne sont pas apportées, la catastrophe,
selon nous, nous pend au bout du nez. C'est, donc, sans gaieté de coeur, mais
plutôt pour limiter les dommages prévisibles, que l'APTS vous fait les
recommandations suivantes.
L'accès aux services
spécialisés des départements cliniques démontre l'ampleur de la place qu'on
souhaite faire au privé. Tout laisse présager que les seuls indicateurs qui
seront pris en compte pour déterminer si un établissement peut envoyer des
patients au privé seront les listes et les temps d'attente. Va-t-on évacuer la
qualité des soins et services pour des raisons statistiques? Bien, si c'est le
cas, le phénomène communément appelé des... le syndrome des portes tournantes
sera exponentiel.
Or, pour l'APTS, il
est inconcevable que le recours au privé soit toléré de façon aussi laxiste. Le
transfert de patients du public vers le privé devrait être vu comme un dernier
recours, et donc strictement encadré. Donc, encore une fois, nous demandons au
gouvernement de revenir sur sa décision d'ouvrir encore plus grandes les portes
au secteur privé. S'il ne le fait pas, qu'il s'assure, à tout le moins,
d'établir une procédure de vérification continue pour éviter que les Québécois
qui sollicitent des soins et des services se fassent ballotter d'un
établissement à l'autre, au risque de compromettre leur santé.
L'APTS s'attendait
aussi à voir dans le projet de loi une série de mesures relatives à la
reddition de comptes et aux obligations des partenaires privés. La pandémie
nous avait appris qu'il fallait plus d'imputabilité dans le système, et
particulièrement dans les établissements privés. Encore une fois, le projet de
loi est trop timide en la matière. Nous
invitons la commission à donner le droit à l'ensemble des recommandations de la
Vérificatrice générale, à savoir qu'elle puisse avoir les coudées
franches pour auditer les entreprises privées en santé et services sociaux et que les établissements privés soient dans
l'obligation de fournir tous les rapports financiers, les documents ou renseignements
jugés nécessaires par la Vérificatrice générale dans le cadre de ses fonctions.
L'APTS s'inquiète
aussi du manque de mécanismes de vérification concernant les dispositions
applicables aux établissements publics et privés. Aucune mesure n'est prise
pour empêcher que le privé choisisse, à sa discrétion et selon ses capacités,
les cas moins lourds et plus faciles à soigner. Un principe général de
limitation doit être introduit dans le
projet de loi afin que le recours au privé soit, en tout temps, un dernier
recours. Nous recommandons, en outre, de mandater la Vérificatrice
générale pour qu'elle enquête et évalue régulièrement le mécanisme d'accès et
les obligations de prestation des soins et des services des établissements
privés.
Alors, vous l'aurez
compris, M. le Président, l'autre aspect du projet de loi qui est très
problématique à nos yeux, c'est celui de la surcentralisation. En 2021, le
premier ministre se désolait que notre réseau soit trop centralisé et affirmait
qu'une gestion efficace était une gestion de proximité. Aujourd'hui, il marche
dans les pas de ses prédécesseurs en consacrant un pouvoir à des kilomètres des
réalités terrain. C'est problématique à bien des égards.
Tout
d'abord, par la gouvernance, qualifiée par les analystes politiques de plus
grande opération de centralisation de l'histoire du Québec en matière de santé,
l'agence Santé Québec concentre massivement les pouvoirs entre les mains
des cadres et du ministre. On imagine sans peine les dérives qui en
découleront, une bureaucratie centrale qui ralentit les décisions sur le
terrain et qui mine l'efficacité des soins et des services. Comme le soulignait
la Commissaire à la santé et au bien-être, le projet de loi ne confère pas
l'opérabilité aux établissements, mais à Santé Québec.
Ce constat contredit
la déclaration du ministère selon laquelle le personnel sera également
davantage impliqué dans l'organisation du travail et qu'il pourra faire part de
ses demandes et contribuer aux solutions. Nous invitons, donc, la commission à
revoir en profondeur la structure organisationnelle élaborée dans le projet de
loi pour décentraliser significativement les pouvoirs. Cela peut notamment se
faire en réservant des sièges à des représentants des travailleurs sur le conseil d'administration de l'agence, sur chacun
des conseils d'établissement et sur divers comités.
• (18 h 50) •
La centralisation se
répercute aussi au niveau des relations de travail, au détriment d'une réelle
participation des travailleuses à l'organisation du travail. Le projet de loi
prévoit modifier en profondeur le modèle de négociation des conventions
collectives, pensant probablement faciliter les négociations en les concentrant
autour d'une seule table. Derrière une apparente simplicité, les négociations
seront encore plus complexes si l'on souhaite tenir compte des disparités
régionales et des réalités diverses vécues par les différents types d'emplois
que nous représentons.
Le
projet de loi prévoit éliminer également les conventions collectives locales au
profit d'une seule convention de matière locale pour l'ensemble des
régions sociosanitaires. Ces matières sont un outil essentiel pour assurer une
gestion de proximité pertinente des relations de travail. Les limiter, c'est,
une fois de plus, s'éloigner de l'objectif de faire du réseau public un
employeur de choix. C'est pourquoi l'APTS demande que les accréditations
locales et la négociation des matières locales soient conservées telles
qu'elles sont actuellement.
Il est très important de saisir aussi à quel
point cette centralisation va avoir un impact... des impacts néfastes sur la
santé et la sécurité au travail. Alors que les milieux de travail sont déjà
pénibles et peu attirants, une nouvelle centralisation va
retarder, une fois de plus, la résolution des enjeux de santé et sécurité au
travail. Déjà, les CISSS et les CIUSSS parviennent à peine à répondre à leurs
obligations légales en prévention. Alors, comment pense-t-on que Santé Québec
va performer davantage? On parle pourtant ici de la santé et la sécurité des
travailleuses. La résilience de notre réseau passe forcément par ces personnes.
Il sera, donc, très important que le ministère s'assure que toute réforme du
système de santé et de services sociaux à venir n'entraîne pas de nouveau
retard dans la résolution de ces dossiers.
Alors, en conclusion,
M. le Président, vous l'aurez compris, la réforme proposée nous inquiète au
plus haut point. Elle va encore fragiliser notre réseau public en l'embrayant
dans la voie de la privatisation. Elle va atrophier son caractère démocratique.
Elle va dégrader la culture et les milieux de travail déjà pénibles en imposant
une énième opération de centralisation. Elle va nous éloigner encore plus de la
gestion de proximité en sapant le régime de négociation et en sabordant les
efforts de santé et sécurité du travail, particulièrement au niveau local, et
tout ça pour, en bout de ligne, diminuer la qualité des soins et services et
coûter plus cher aux contribuables.
Alors, pour toutes
ces raisons, l'APTS enjoint au gouvernement de changer de cap, de renoncer au
projet de loi n° 15 dans sa forme actuelle et d'enclencher un véritable
processus de consultation pour aboutir à des solutions porteuses. Ces solutions
devront s'articuler autour d'une véritable décentralisation, d'une vraie
démocratisation et d'un modèle 100 %
public et universel qui permettra de répondre aux besoins de toute la
population du Québec. Merci, M. le Président.
Le Président
(M. Provençal)
: Bien,
merci beaucoup, M. Comeau, pour votre exposé. Avant de passer la parole à
M. le ministre, nous avons besoin d'un six minutes additionnel, compte tenu du
retard. Alors, j'ai besoin du consentement pour le six minutes. Merci. M. le
ministre, on y va.
M. Dubé :
Très bien. Alors, M. Comeau, merci beaucoup à vous et à vos collègues,
là. Vous êtes quand même notre dessert aujourd'hui, là. On a eu quelques
présentations. Ça fait que content que vous soyez là pour venir faire le point.
Je vais quand même
dire ce que ce que j'ai dit quelques fois aujourd'hui. Je veux qu'on soit
prudents avec les mots parce que je vous ai entendu parler de
surcentralisation, puis tout ça, puis peut-être parce que je suis un peu plus
fatigué en fin de journée, là, mais vous avez entendu d'autres réponses qu'on a
données aujourd'hui, quand on parle de
gestionnaires de proximité. Il y a plusieurs éléments dans le projet de loi où,
au contraire, on démontre clairement, clairement, puis je pense à
l'article 29... où on parle de subsidiarité.
Qu'est-ce que ça veut
dire, ça? C'est qu'on parle d'un principe, là. Ce n'est pas... ce n'est pas
anecdotique, ce que je dis, là, c'est que la décision la plus proche du terrain
devra toujours être notre plus grand principe. Si ça, ce n'est pas de la
décentralisation, je me demande qu'est-ce que c'est que de la décentralisation.
Quand c'est de séparer le ministère pour que les décisions puissent se prendre,
maintenant, de façon plus autonome, dans Santé Québec, avec la même
organisation, qui va permettre d'aller de haut en bas et de bas en haut, des
conseils d'établissement qui vont faire une meilleure reddition de comptes
locale...
Je comprends tout ce
que vous dites aujourd'hui puis j'espère que vous ne voulez pas dire qu'il ne
faut rien changer, parce que les Québécois,
ce qu'ils nous demandent, là, M. Comeau, puis vous êtes... avez assez
d'expérience syndicale... Ils nous demandent de faire des changements
importants, là. Ce n'est pas une petite cure minceur de deux semaines avant le
temps des fêtes qu'il faut faire, là. Ce qu'ils nous demandent, c'est de faire
des changements importants et de dire à chacun, incluant les syndicats :
Qu'est-ce que vous pouvez faire pour nous?
Ça fait que, quand
vous me parlez de... que c'est de la surcentralisation, puis etc., je veux
juste vous dire de... Je sais, peut-être, que ça a été rapide entre le temps
qu'on a déposé le projet de loi puis qu'on vous a demandé de venir vous
présenter, mais ce que j'aimerais, dans les prochaines semaines, on va avoir le
temps d'en reparler, parce qu'il va y avoir
d'autres consultations puis il va y avoir l'article par article, je voudrais
juste qu'on prenne le temps de regarder où vous trouvez qu'il y a de la
centralisation, pour être bien clair... parce que moi, je vous dis, je peux
vous donner autant, sinon plus d'exemples qu'il y a réellement de la
décentralisation, mais j'y reviendrai.
Maintenant, je vais
être très, très pratique. J'ai posé la même question à tout le monde puis je
veux qu'on se comprenne quand vous parlez
d'accréditation locale versus nationale. Le fait de passer, de transférer à
l'agence, de créer cet employeur
unique là, on va respecter la loi. Oui, ça va être dans trois ans, je l'ai
expliqué à plusieurs autres parties aujourd'hui, mais la loi n° 30 est très claire. Si on ne change pas la loi n° 30, on va avoir quatre accréditations pour un employeur. Il n'y
aura plus 36 employeurs.
Alors, le fait de
dire que c'est un choix qu'on fait... Le choix, c'est de transférer ça à une
agence. Il faut respecter la loi. Il y aura
quatre accréditations. Maintenant, une des... Puis ça sera une accréditation
nationale. Maintenant, ça ne nous empêche pas de travailler localement. On peut
avoir une entente nationale, mais de travailler aussi sur certains
éléments qu'on pourra discuter, parce que, je l'ai bien dit aux deux groupes
précédents, on a trois ans pour respecter le principe que c'est applicable dans
trois ans, puis je veux juste que les gens comprennent bien ça.
Maintenant,
une des questions que j'ai pour vous... Vous avez... vous l'avez bien dit, là,
puis on en a assez parlé pendant la pandémie, vous avez, entre autres, les
techniciens. Vous avez 65 000 membres, des gens de laboratoire, etc.,
qui ont fait un travail incroyable durant la pandémie. Puis, comme je
l'ai fait à d'autres, mais spécifiquement pour les employés techniciens, c'est des gens qui ont fait un travail
incroyable, puis je veux les remercier. Maintenant, est-ce que ça sera
le bon choix? Quand je dis toujours qu'on peut bonifier le projet de loi, je ne
changerai pas des grands principes. Le principe de décentralisation, ça, on va
être là.
Par contre, ce que
j'aimerais savoir de votre part, est-ce que vous trouvez que les quatre
catégories que l'on a, en ce moment,
devraient peut-être être bonifiées? Est-ce qu'on devrait peut-être aller à cinq
ou six catégories? Est-ce que vous... les 65 000 que vous
représentez, vous trouvez que vous avez assez d'homogénéité pour garder ça?
Parce que, pour être sûrs qu'on a une bonne représentation des employés, on
pourrait décider, avec mes collègues, dans le projet de loi, de dire qu'on va créer une ou deux catégories additionnelles
tout en respectant le principe de l'employeur unique. Vous me suivez?
Ça fait qu'une des questions que j'ai, puis je
vais vous laisser... Je reviendrai sur la libération syndicale parce que je l'ai posée à toutes les autres fédérations
syndicales qui vous ont précédé, mais, sur la... Est-ce que vous trouvez
que votre catégorie représente bien ce que vous voulez faire ou vous auriez
besoin de certaines modifications à ça?
M. Comeau (Robert) : Bien, pour
nous, apporter des modifications, à ce moment-ci, à des catégories en les
augmentant ou en divisant des catégories, pour nous, ça engendre un maraudage,
le mot qu'on n'aime pas dire, parce que...
M. Dubé : Bien, qui serait dans
trois ans, on s'entend, là, qui ne serait pas présentement, là.
M. Comeau (Robert) : Qui serait
dans trois ans, mais qui crée quand même encore un déséquilibre puis une
querelle possible entre les organisations. Puis moi, je pense qu'on a vécu
quelque chose de beau entre nous, les organisations syndicales, lors de la
pandémie. On a eu l'occasion de se rencontrer pour gérer des crises au
quotidien avec vous. Vous nous avez...
M. Dubé : Quelquefois.
M. Comeau (Robert) : Puis on a
quand même, je pense, réussi à répondre à la commande là-dessus.
M. Dubé : Tout à fait, tout à
fait.
M. Comeau (Robert) : Un
maraudage entraîne toujours un petit peu une chicane puis un petit peu... mais
je pense que le réseau n'a pas besoin de ça actuellement. Avec surtout ce qui
est à nos portes actuellement, là, gérons plus le projet de loi en tant tel que
le parallèle.
M. Dubé : Ça fait qu'en ce
moment... Non, mais c'est correct, c'est pour ça que j'aime en profiter pour
vous demander si vous ne voyez pas ça... Maintenant, en termes de libération
syndicale, parce que, ça, je l'entends beaucoup autant des gestionnaires...
même que le fait d'aller à l'employeur unique, est-ce que ça pourrait avoir un impact? Vous avez entendu des questions que j'ai
posées. Vous, combien de personnes ou combien de jours-personnes vous
avez en libération syndicale dans vos 65 000 membres en ce moment?
M. Comeau (Robert) : Je ne le
sais pas par coeur, mais on prend ce qui est permis dans les conventions collectives puis on en ajoute aussi qu'on finance
nous-mêmes, mais on est quand même conséquents avec ce qu'on dit. On
aimerait avoir des gestionnaires de proximité, c'est clair, puis vous l'avez
dit dans les interventions précédentes, ce sera le cas.
M. Dubé : Mais pourquoi vous
faites le lien avec gestionnaire de proximité quand je vous parle de libération
syndicale?
M. Comeau (Robert) : Parce que,
quand on a un problème qui arrive sur le terrain, ça nous prend aussi quelqu'un
de syndical sur le terrain pour pouvoir l'adresser.
• (19 heures) •
M. Dubé : Ah! OK, dans ce
sens-là.
M. Comeau (Robert) : Dans ce
sens-là.
M. Dubé : OK, vous, vous parlez
du représentant syndical local. C'est ça que vous voulez dire, ah oui!
M. Comeau (Robert) : Oui, puis
on ne veut pas une vie syndicale... que nationale, on la veut locale aussi,
justement, pour être au jour le jour avec les gestionnaires.
M. Dubé : Mais, si vous aviez
l'information dans les prochains jours, là, un peu comme je l'ai demandée aux
autres, j'aimerais ça voir le nombre de personnes qui sont en libération
syndicale. Surtout, je dirais, pourquoi je le demande, c'est dans un contexte
où on a une pénurie de main-d'oeuvre, puis, s'il faut faire, des fois, des
efforts pour aller chercher des employés où on peut les prendre...
J'ai eu une discussion tout à l'heure avec...
choix individuel versus choix syndical, puis j'aimerais vous entendre aussi
là-dessus, parce que, tantôt, je donnais l'exemple à un de vos prédécesseurs,
de dire : Bien, j'entends souvent les employés qui disent : Bien,
moi, si c'était mon choix à moi, je voudrais peut-être avoir plus de marge de manoeuvre dans les choix que je peux faire dans mon
organisation de travail, mais souvent c'est mon syndicat qui va dire :
Bien, ça, ce n'est pas de matière locale ou c'est plus de matière... Je veux
vous entendre là-dessus parce que vous avez entendu les discussions qu'on a
eues. C'est quoi, votre principe, à l'APTS?
M. Comeau
(Robert) : Nous, on fait du
droit collectif. Donc, c'est sûr qu'il faut satisfaire ou il faut répondre à la demande de la majorité de nos membres. Alors,
les choix individuels... En tout cas, je vois mal l'agence, dans ce cas-là, aller
voir chacune des personnes pour demander ce qu'elle veut. C'est pour ça qu'ils
ont une organisation syndicale.
M. Dubé : Non, non, non. Mais,
localement, là, prenons un exemple concret, là, vous avez des employés, je ne
sais pas, dans le laboratoire à Sainte-Justine, n'importe quoi, là. Je ne sais
pas si c'est vous qui couvrez le laboratoire de Sainte-Justine, mais, si ces
gens-là voulaient avoir telle organisation de travail puis que l'ensemble de
ces gens-là, sur une base individuelle, décidait de le faire, est-ce que vous auriez
un problème avec ça?
M. Comeau (Robert) : Non. Si
l'ensemble de gens y consent, pourquoi ne pas le faire?
M. Dubé : OK.
M. Comeau (Robert) : Ça ne peut
pas être un frein, là.
M. Dubé : OK. Là, je vais être
très technique, là, il y a une recommandation que je n'ai vraiment pas comprise, puis je vais essayer de la retrouver,
c'est la recommandation 6 que vous faites dans votre mémoire. Puis, si...
Combien il me reste de temps, M. le Président?
Le Président (M. Provençal)
: Sept minutes.
M. Dubé : Oh!
Mon Dieu! On est... On est lousse. Recommandation n° 6.
Bougez pas! Je vais aller chercher ma...
Une voix : ...
M. Dubé : Vous l'avez ici?
Merci, Mme Savoie. Vous dites : «Que le projet de loi établisse une
procédure de vérification unique pour éviter la possibilité de "patient
dumping" par l'agence.» Ça veut dire quoi, ça?
Mme Charbonneau (Émilie) : Le
«patient dumping»?
M. Dubé : Oui.
Mme Charbonneau
(Émilie) : Bien, premièrement, le «patient dumping»... À ne
pas mélanger avec le «patient dumpling»... C'est une blague. Donc... Ah!
Ha! On essaie de rire rendu à ce temps-là.
M. Dubé : À cette heure-là, on
a besoin de rire un peu, vous avez raison.
Mme Charbonneau (Émilie) : Exact.
C'est l'heure du souper, on a tous faim.
M. Dubé : Oui.
Mme Charbonneau
(Émilie) : On pourrait référer... On l'a mentionné dans
l'allocution de Robert, c'est toute la question des portes tournantes.
Les portes tournantes dans le réseau de la santé et...
M. Dubé : Ah! OK.
Mme Charbonneau (Émilie) : ...des
services sociaux est induite par des services qui sont discontinus.
M. Dubé : OK. Là, je comprends.
Mme Charbonneau (Émilie) : Notre
logique est de penser, si on se base, par exemple, sur l'Alberta...
M. Dubé : «Dumping» dans le...
Pas de «dumpling», mais dans le sens de...
Mme Charbonneau (Émilie) : ...par
exemple.
M. Dubé : ...on perd la
responsabilité. OK. OK.
Mme Charbonneau (Émilie) : Oui,
par exemple, on a une opération au privé et on a une complication. La
complication va être traitée au public. Donc, en ce sens-là...
M. Dubé : OK,
dans ce sens-là.
Mme Charbonneau (Émilie) : ...on
rate l'objectif d'avoir une trajectoire de soins qui est continue avec
l'introduction du privé.
M. Dubé : OK. Ça, c'est un
très, très bon point parce que, quand on a eu le cas, je me souviens, à... Là,
ce n'est peut-être pas dans vos syndiqués, mais on a eu un cas d'une dame qui
voulait transférer, par exemple, déménager à Laval, puis la personne ne pouvait
pas suivre. Bien, elle a été obligée de laisser son patient. On veut parler de ça. OK, je comprends. Puis, ça, bien,
vous voulez que cette procédure-là arrête là. C'est pour ça, vous mettez
cette recommandation. OK. Là, c'est plus clair. Excusez-moi, je n'avais pas
compris.
Vous avez une recommandation aussi que je
supporte, donc ce n'est pas la seule, mais sur le VG, sur le Vérificateur
général. Pouvez-vous juste élaborer ça, parce que je pense que le VG continue
de nous écouter même à cette heure-là. Dites-moi ce que vous voulez dire par
ça, parce que, là, je trouve que c'est important, là.
M. Comeau (Robert) : Bien,
c'est dans la reddition de comptes, en fait. C'est sûr que les entreprises
privées qui auront à donner des soins par l'agence, ce qu'on aimerait savoir,
c'est, bien, les budgets, comment ils les ont dépensés.
Ça va être moins opaque finalement, que ce soit plus transparent pour la
population du Québec qui va payer ces entreprises-là, tout comme le
ministère le fait face à la population. Mais on aimerait aussi que le secteur
privé fasse la même chose aussi, puis que la
Vérificatrice ait accès à toutes les données possibles pour bien vérifier les
choses.
M. Dubé : Bon. Mais, sur la
question, je vais dire ça, de l'Alberta, là, parce que vous en mentionniez,
puis j'avertis mes collègues que, s'ils veulent prendre des questions, on
pourra peut-être... parce qu'il me reste encore un peu de temps.
Le Président (M. Provençal)
: Quatre minutes.
M. Dubé : Il reste quatre
minutes. Bon, je vais essayer d'y aller rapidement, là. Juste vous rappeler
qu'on a fait une analyse... Parce que vous dites que ça a mal tourné en
Alberta. Il ne faudrait pas que ça tourne mal ici. Bon, juste vous rappeler, puis vous avez peut-être eu la chance, ou les gens
de votre recherche, parce que vous m'avez dit que vous aviez deux
personnes de recherche ici.
On a demandé quand même à la Commissaire à la
santé, Mme Castonguay, de faire une tournée de tout ce qui s'est fait comme organisation, puis je vois
que vous hochez de la tête, donc vous êtes au courant. Et j'ai eu la chance
d'appeler les gens de l'Alberta, je veux vous le dire, là, pour voir qu'est-ce
qui s'est passé il y a peut-être une dizaine d'années, parce que je pense que
c'est peut-être une des premières provinces qui a fait comme un questionnement
de leur gouvernance en termes de réseau de la santé. Et ils ont fait, après les
changements de gouvernement, ils ont fait des reconfigurations, ils ont élevé
le conseil d'administration, ils ont nommé un employeur. Vous êtes au courant
de tout ça. Ça fait que je veux juste vous dire qu'il ne faut pas juste prendre
l'exemple de l'Alberta pour ce qui n'a pas bien été, mais de regarder aussi
tous les autres sur lesquels on s'est appuyé. Mais je voulais juste le
mentionner, qu'on n'a pas pris une
photocopie de l'Alberta qui a mal été, puis de dire, c'est ça qu'on va faire
avec Santé Québec. Je veux juste vous
rassurer là-dessus, parce qu'on a été très, très sensible à l'analyse qui a été
faite par Mme Castonguay, d'où
prendre les meilleures pratiques, incluant ce qui s'est... ce qui se fait très
bien en Europe, notamment au Danemark. Dans certains pays scandinaves, ce
principe-là d'agence qui sépare les opérations du ministère est excessivement
reconnu et bien utilisé au cours des
dernières années. Ça fait que je voulais juste... Mais, si vous voulez
commenter, gênez-vous pas, là, mais... Allez-y.
Mme Charbonneau (Émilie) : En
lien avec le Danemark... En lien avec le Danemark, on est bien d'accord, mais
l'exemple qui est cité, c'est qu'au Danemark c'est 100 % public. Donc,
ici, bien, il y a une agence, mais elle va gérer le privé puis va dispatcher ça
à coup de règlements. Au Danemark, on a une réelle décentralisation, puis le transfert
de pouvoir s'est fait d'une manière réelle, par exemple, vers les
municipalités. Ça fait que nous, on est tous en accord avec le modèle du
Danemark. Une agence, telle que proposée, dans un réseau qui est public,
pourquoi pas?
M. Dubé : Oui, mais c'est ça,
la... Si on enlève la notion... Vous avez raison, parce que ce que vous me
dites, puis on est d'accord là-dessus, la
façon dont on gère la, je veux dire, la décentralisation, que les opérations
sont d'une agence, c'est ça qu'on reconnaît. On est allé, justement, les
rencontrer pour en parler l'an dernier, quand on était aux balbutiements.
La question du privé, c'est une autre chose,
mais je peux vous dire, eux aussi, pour leur avoir parlé, qu'ils ont des gros problèmes, en ce moment, dans le retard
des chirurgies, d'énormes problèmes dans les retards des chirurgies, et qu'ils sont en train de regarder comment ils
pourraient utiliser le privé. Je fais juste vous dire ça. Puis, en ce moment,
c'est un des enjeux. Ce n'est pas
nécessairement parce qu'on veut se distancer du public, au contraire, mais
c'est qu'on doit donner aux Québécois un service, un service en
chirurgie, un service... Alors, je veux juste mentionner ça parce que, vous avez raison, comme nous, ils priorisent
le public, mais ils se posent de grandes questions par rapport aux retards
qu'ils ont dans les chirurgies.
Mme Charbonneau (Émilie) : Tout
à fait.
M. Dubé : Est-ce
qu'il nous reste du temps?
Le Président (M. Provençal)
: Il reste une minute.
M. Schepper (Bertrand) : ...
M. Dubé : Oui, oui, oui,
allez-y.
M. Schepper (Bertrand) : Pour
répondre sur la question de l'Alberta, on est bien conscient que le modèle que
vous présentez n'est pas le modèle de l'Alberta il y a 20 ans, par
exemple, ou il y a 15 ans, à peu près. Ceci étant dit, quand on regarde les données de 2019, par exemple, compilées par
les CISSS, on le voit, notamment, que, si, oui, par exemple, les listes
d'attente sont moins longues et le temps d'attente en urgence est moins long,
la qualité des soins de services, le retour après hospitalisation est plus
élevé et, aussi, les coûts des séjours sont plus élevés qu'au Québec et même
que la moyenne canadienne. Donc, bien sûr, l'Alberta... Bon, on ne pense pas
que vous allez refaire ce qui s'est fait, il y a 15 ans, en Alberta.
M. Dubé : Non, non.
M. Schepper (Bertrand) : Par
contre, on voit les chiffres d'aujourd'hui, puis les chiffres d'aujourd'hui ne
sont pas nécessairement favorables en termes de qualité des soins de services.
M. Dubé : Mais j'aimerais ça en
parler, surtout que vous avez fait... vous avez un service de recherche, puis
on pourra en reparler, mais l'Alberta avait fait sept régions, et ils ont fermé
les sept régions. C'est pour ça...
M. Schepper (Bertrand) : Ils en
ont même eu 19 ou 17, je pense, par le passé, oui.
M. Dubé : Bien, exactement.
Puis, après ça, ils en ont enlevé, en plus. Ils sont allés tout à fait au
contraire de ce qu'on veut faire, c'est la décentralisation. Alors, je veux
juste dire que, quand vous avez référé à l'Alberta, là, je voulais juste
peut-être préciser que...
Le Président (M. Provençal)
: ...terminé. Alors, M. le député de
Pontiac, je vous cède la parole.
• (19 h 10) •
M. Fortin : Merci, M. le Président. Bonjour. Bonjour à vous quatre.
Merci d'être là. Est-ce que le ministre vous a convaincu que c'est de la
décentralisation, son truc? Il a passé les cinq premières minutes, là,
d'échange avec vous à essayer de vous convaincre que c'était de la
décentralisation. Ça a-tu marché?
M. Comeau (Robert) : Bien,
nous, dans le texte qu'on lit et le discours qu'on entend, il y a comme une différence. Nous, on a beaucoup d'inquiétudes sur
la centralisation des relations de travail. On est plus dans le comment.
Comment ce sera fait? Par qui? Est-ce que les griefs seront gérés par l'agence
Santé Québec, toute cette proximité-là, qu'on ne sent pas dans le texte
actuellement? Ça fait que, oui, j'entends les propos, mais je ne le lis pas
dans le projet de loi actuellement.
M. Fortin : Oui, puis je pense que vous n'êtes pas le seul, là. Vous l'avez noté
vous-même. Là, il y a beaucoup d'analystes qui disent que c'est le plus
grand projet de centralisation qu'on a vu du réseau de la santé.
Je veux quand même revenir sur la discussion que
vous avez eue à l'instant avec le ministre, par rapport à l'Alberta. Parce
qu'il a beau nous dire : On ne s'est pas juste basé sur l'Alberta, là, il
y a quand même des grandes similitudes, disons, quand je regarde les chiffres
que vous nous avez présentés. Puis, effectivement, là, je trouve que vous en
avez fait une analyse intéressante, dans le sens où il y a des avantages pour
le Québec, il y a des avantages pour l'Alberta. Mais, depuis leurs changements,
quand je regarde juste les chiffres que vous avez présentés, je n'en vois pas
des énormes. Quand je fais juste regarder les leurs, sans les comparer aux
nôtres, là, on dirait qu'il y a une certaine stabilité dans leurs chiffres, que
ce soit au niveau des temps d'attente à l'urgence, la durée totale du séjour à
l'urgence, et même des coûts, là, qui étaient déjà pas mal plus élevés. Est-ce
que vous avez vu, dans cette analyse-là, quelque chose qui a changé de façon
drastique après l'introduction de leur modèle?
M. Schepper (Bertrand) : Bien,
juste d'emblée, il faut dire que les chiffres qui sont présentés ici datent des
trois ou quatre dernières années, parce que c'est les données disponibles pour
l'entièreté du Canada, donc, après ça, qu'on peut comparer avec le Québec, ce
qui était l'objectif ici. Donc, non, on n'a pas de donnée qui date au moment
du... de la modification.
Ceci étant dit, il y a eu des diminutions de
coûts dans le système albertain par rapport à 1995 ou 2005, si je ne me trompe
pas, principalement parce qu'il y a eu des coupures dans le système et, à ce
moment-là, ils ont eu des... ils ont eu
des... Ils ont sauvé. Ils ont sauvé de l'argent en termes de gouvernement. Ceci
étant dit, il n'y a pas, aujourd'hui, par rapport aux cinq,
10 dernières années, des modifications majeures en Alberta, outre le
fait... Bon, l'enjeu de la pandémie, tu
sais, est autrement. Donc, je vous invite quand même à peut-être moins prendre
les données de 2020‑2021 comme étant les plus solides, là. Mais
non, il n'y a pas eu de modification majeure, sauf au moment où ça s'est mis en place, mais il faut quand même dire qu'il y a eu aussi
d'importants conflits, notamment avec les médecins spécialistes, qui ont mené à ce que le système albertain est beaucoup
plus privatisé que le système... le système québécois.
M. Fortin : Mais ça, c'est... Selon vous, ça, c'est venu que le système
soit privatisé en Alberta, puis on peut le
regarder de plusieurs façons différentes. L'Alberta a peut-être une façon de
penser différente que beaucoup d'autres endroits au pays, d'ailleurs,
mais est-ce que ça vient de la création de leur agence, ça? Est-ce que le privé
a vraiment pris encore, disons, toute sa place à ce moment-là?
M. Schepper
(Bertrand) : On peut dire que la mise en place de l'agence a facilité
la mise en place d'un système plus privé. Et aussi il faut dire qu'en... Nous,
on représente des gens qui travaillent, par exemple, en santé publique, hein?
M. Fortin :
Oui.
M. Schepper
(Bertrand) : Et les études qui ont étudié aussi le modèle anglais, qui
est un pionnier dans cette... dans la privatisation du système, le modèle
anglais nous montre aussi ces études-là, lors de la mise en place de l'agence,
de leur équivalent d'agence ou de l'ouverture au privé, a eu un impact, sur une
étude qui est à peu près sur 10 ou
12 ans, a un impact où il y a eu un taux de mortalité évitable plus grand,
plus grand aujourd'hui que lorsqu'ils ont
mis... le système était, en plus grande partie, public. Donc, il y a une
inquiétude à avoir, en termes de santé publique, sur le fait de faire
une plus grande place au privé dans le système de santé, particulièrement dans
les opérations.
M. Fortin : OK. La dernière recommandation que vous avez, celle en lien
avec ce que vous appelez, là, le culte de la performance, là, si j'essaie
bien... si j'essaie de comprendre, là, ce que vous êtes en train de dire, puis
je vous avoue que je vois une certaine, puis je suis certain que vous
clarifiez, là, une certaine contradiction dans votre propos, c'est que les
employés se retrouvent, comme vous le dites, dans une situation de surcharge
informationnelle, qu'on utilise presque trop les indicateurs, mais votre
recommandation, c'est que le gouvernement impose à l'agence l'utilisation
d'indicateurs de qualité des soins et de charge de travail. Alors, je veux
juste comprendre le sens de votre recommandation puis qu'est-ce que vous
souhaitez vraiment.
Mme Charbonneau
(Émilie) : Bien, en fait, c'est surtout sur qui qui évalue les données
pour les indicateurs de performance et nos intervenantes, nos travailleuses,
nos travailleurs qui les remplissent. Puis ça prend parfois jusqu'à 50 %
de leur temps de le faire. Leur travail est évalué en fonction de ça, des
indicateurs de qualité. Ça prend en compte aussi l'autonomie professionnelle de
nos travailleuses, nos travailleurs, puis ça fait en sorte qu'on leur fait
confiance puis qu'on n'est pas juste dans une gestion comptable de dossiers.
Puis ça implique que le gestionnaire est impliqué dans la charge de dossier
puis qu'il n'est pas simplement en train de dire : Prends un dossier de
plus.
Par exemple, en DPJ,
là, on l'a vu en Montérégie-Est, là, les listes d'attentes ont diminué. On est
content, la liste d'attente a diminué. Les faits, c'est qu'on a imposé des
dossiers dans des «caseloads», puis les dossiers restent là parce que les
intervenantes, les intervenants ne peuvent pas les prendre. Donc, est-ce que
l'objectif d'avoir des soins de qualité est atteint? Je crois que non, parce
qu'on omet tout le pan de la qualité, de l'accès aux soins. L'accès aux soins,
ce n'est pas une question juste de chiffres puis de trucs qu'on rentre dans une
colonne, c'est aussi la capacité des intervenantes d'être en mesure de bien
faire leur travail dans leur pleine autonomie professionnelle. Puis, ça, je
pense, c'est une responsabilité qui devient partagée avec le gestionnaire, ce
n'est plus juste une question de : Est-ce que l'intervenant fait sa job ou
pas?, c'est : Est-ce que le gestionnaire met les conditions en place pour
qu'il fasse bien son travail?
M. Fortin : Dernière chose pour moi avant de passer la parole à ma
collègue. Vous parlez, à 3.2, là, d'une centralisation des comptes et des
rapports. Puis, je vous avoue, avec 1 183 articles, là, ça, ça...
Moi, ça m'avait échappé, ce bout-là. Mais bon, il y a 1 183 articles,
là. J'imagine qu'on a tous manqué un bout ou un autre, là. Ce que vous êtes en train de dire, c'est que vous voulez
comprendre les différences dans les rapports financiers des établissements
régionaux, ce qu'on a tous, là, ce qu'on voit tous, quand le CISSS de l'Estrie,
ou de l'Abitibi, ou d'ailleurs, là, a des enjeux avec ces rapports financiers,
quand ils excèdent leur budget, quand... ou, à l'inverse, quand, parce qu'il y
a pénurie de main-d'oeuvre, quand ils ne dépensent pas tout leur argent, vous
le voyez. Alors là, ce que vous dites, c'est que, avec la façon que c'est fait,
la reddition de comptes actuellement, on ne voit pas ces rapports-là.
Mme Charbonneau
(Émilie) : Bien, en fait, ce n'est pas une question qu'on ne les voit
pas, les rapports. C'est qu'il va en avoir juste un qui va comptabiliser
l'ensemble. Donc, il n'y aura plus de ventilation des chiffres. Tu sais, on l'a
mentionné lors du passage en PL n° 10, l'importance
d'avoir une ventilation des chiffres pour avoir, par exemple, c'est quoi, le
montant qui est alloué aux agences. Puis, bien malheureusement, on ne le voit
pas dans le projet de loi actuel. Mais tout
qu'est-ce qui est des services achetés, donc, une bonne ventilation des
chiffres, c'est aussi une façon rigoureuse de voir où l'argent, l'argent
des travailleuses, des travailleurs, des Québécoises, des Québécois, va. Donc,
si on met ça dans, excusez l'anglicisme, un «bundle», on n'est plus capable de
ventiler les chiffres, bien, comment qu'on fait un suivi des dépenses qui sont
mises en place puis comment qu'on s'assure que l'argent soit bien alloué, puis
que la dépense est faite en fonction des besoins sur le terrain?
M. Fortin : Là,
je vous entends, surtout venant de l'Outaouais, là, c'est un enjeu qui revient
souvent. Les gens de l'Outaouais veulent s'assurer qu'ils ont leur juste part.
D'ailleurs, ils ont fait des recommandations de modifications, là, au
projet de loi pour s'en assurer. Mais je vous entends là-dessus, là, le besoin
d'avoir une transparence évidente à ce niveau-là. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée.
Mme Setlakwe : ...de minutes?
Le Président (M. Provençal)
: 2 min 40 s.
Mme Setlakwe : Parfait. Je
reviens sur... Merci à vous tous. Je reviens sur la décentralisation, là. On
voit que vous... Vous êtes sceptiques. Je pense que... J'y vais doucement, là.
Vous n'y croyez pas. Il y a vraiment comme un «disconnect», là, de... désolée
de l'anglicisme... entre ce que le ministre met de l'avant, mais votre lecture
du projet de loi. Puis là je trouvais... Il y a un passage intéressant dans
votre mémoire. Vous donnez des exemples concrets. Vous êtes allés en détail dans l'analyse de la loi sur la DPJ, et puis
vous dites, bon, c'est un exemple parmi d'autres qui met en lumière
l'affirmation de la commissaire quand elle est venue ici, qui dit que la loi ne
confère pas l'opérabilité aux
établissements, mais à Santé Québec. Mais c'est important que vous les mettiez
de l'avant, ces exemples-là. Est-ce que
vous en avez d'autres ou voulez-vous élaborer sur celui-là? Ça semble tellement
central dans vos préoccupations, là, que ça vaut la peine qu'on...
Mme Charbonneau (Émilie) : Bon,
l'autre exemple qu'on aimerait vous donner, c'est... Puis on n'en fait pas état
dans le projet de loi, c'est tout Optilab. Le projet de loi n° 15
est silencieux sur Optilab puis la gestion qu'on va en faire. À quel endroit va se retrouver Optilab dans cette centralisation-là?
Optilab est un exemple de centralisation qui n'a pas fonctionné. Par exemple,
Optilab, avec ses laboratoires satellites qui se retrouvent parfois à des
milliers de kilomètres de distance de l'employeur, on a des exemples.
Par exemple, à un moment donné, on s'est retrouvé avec des problèmes de qualité
de l'air dans un laboratoire, par exemple en Abitibi-Témiscamingue. Puis, bien,
Montréal, ça ne répondait juste pas. Donc, on fait quoi dans ce temps-là quand
il n'y a plus de directive?
Donc, le problème
de centralisation, pour nous, c'est, oui, un gestionnaire de proximité, puis on
l'a mentionné à plusieurs reprises, avec la capacité de faire des choses, pas
d'attendre une chaîne de commandement. On l'a vu comme, pendant la pandémie, ç'a été destructeur, cette
attente-là d'une chaîne de commandement. On est pour la décentralisation,
mais, à l'heure actuelle, le projet... le projet Optilab, et on signe et on
persiste parce qu'on est muet dans ce projet de loi là sur la centralisation
d'Optilab, on continue de penser que ça fonctionne bien. Donc, pour nous, ça
nous inquiète grandement.
• (19 h 20) •
Mme Setlakwe : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: M. le député de Rosemont.
M. Marissal : Merci, M. le
Président. Bonsoir. Merci d'être là. Effectivement, vous êtes nos derniers pour
la journée. Vous demandez plus de
transparence, plus d'imputabilité aussi, là, notamment dans le cas des contrats
privés. Vous avez déjà manifesté cette... ce souhait-là dans d'autres
commissions, là, devant nous, ici, là, notamment, en début de législature. Qu'est-ce que vous avez, en ce moment, comme
données sur les services achetés, par exemple, que vous recevez?
M. Plourde (Guillaume) : Ce
qu'on a comme données au niveau des services achetés, c'est comme on vous
l'avait dit la dernière fois, c'est les données qui se retrouvent au niveau des
AS-471, les rapports financiers des établissements. Puis, comme on vous l'a
dit, là, dans le projet de loi, actuellement, ça, c'est un truc qui nous
préoccupe, là, la survie peut-être, là, de ce genre de formulaire là au niveau
des établissements territoriaux regroupés ou désignés, là, qui est prévu au
niveau du projet de loi. Sur ça, on a fait un peu plus de recherche par la
suite, là, à la suite de l'écriture du mémoire, là, somme toute, là. Puis,
l'année dernière, en termes de services achetés et, mettons, main-d'oeuvre indépendante, si on les met
ensemble, c'est à peu près 4,8 milliards de dollars, là, au niveau de
l'ensemble du réseau. C'est quand même fastidieux.
Cependant, on n'a pas les détails de qui va
contracter, qui a contracté. Quand on fait des demandes d'accès à
l'information, c'est excessivement difficile à avoir, ce genre de données là.
On nous... Non, on nous dit qu'il y a les secrets professionnels, bien... ou,
en tout cas, d'entreprise des contractants, mais il s'avère que c'est quand
même des sommes purement publiques. Ultimement, nous, ce qu'on aimerait,
c'est... Comme on fait une recommandation à ce niveau-là, c'est d'avoir une
espèce de registre qui comprend évidemment le nom de l'entreprise contractante,
les services qui sont donnés, les sommes totales qui sont allouées à ces
services-là pour pouvoir au moins minimalement savoir où est-ce que l'argent
s'en va, ce 4,8 milliards là.
M. Marissal : Mais, ça, on a
déjà tout ça, non? C'est le minimum que vous venez de donner, là...
M. Plourde (Guillaume) : Oui,
c'est ça...
M. Marissal :
Je pense que ce qu'on cherche, c'est plus la marge bénéficiaire, là.
M. Plourde
(Guillaume) : Bien, dans le meilleur des mondes, on aimerait.
Mais, même là, des fois, les totaux, on ne nous les donne pas par
demandes d'accès à l'information sous prétexte que ça fait partie de la
stratégie de l'entreprise.
M. Marissal : OK. Donc, vous
faites des demandes d'accès à l'information pour un contrat qui a été donné,
qui a été rendu public dans un appel d'offres, puis vous n'avez pas toutes les
données une fois...
M. Plourde (Guillaume) : Ça
arrive souvent, dans certains établissements, qu'on nous dit non.
M. Marissal : Bienvenue dans
mon monde. En passant, c'est malheureusement assez fréquent. Vous dites, par exemple, un rapport annuel, là, mais ça, c'est
assez minimaliste. Un rapport annuel, normalement, c'est... Moi, j'ai un
problème avec l'imputabilité en général, là, du projet de loi n° 15, là.
Je pense que je m'en suis ouvert assez largement sur toutes les tribunes
disponibles, là, depuis un mois, là. Je trouve néanmoins que vous n'allez pas
très loin dans votre demande d'imputabilité, notamment sur la transparence dans
les fonds publics par un rapport annuel. Je présume qu'il y aura un rapport
annuel de l'agence Santé Québec, là. Ça, s'il n'y en a pas, on a un problème,
là, mais je pense que vous ne pouvez pas aller plus loin que ça.
M. Plourde
(Guillaume) : Bien, première des choses qu'on demande, ce n'est
pas le rapport annuel de l'agence Santé Québec. Celui-là, il est déjà prévu. On
demande celui-là de ses filiales, ce qui va être, dans le fond, par exemple, Santé
Québec Bas-Saint-Laurent, Santé Québec CHUM, Santé Québec, etc. Là, vous
comprenez un peu la logique. Par contre, il
faut dire, là, tu sais, c'est un projet qui est quand même fastidieux. C'est...
On va en avoir probablement aussi d'autres... Tout comme vous, là, on a
eu un projet de loi à étudier en quelques semaines. Il va y avoir probablement
d'autres choses aussi, là, qu'on va demander. Puis il y a beaucoup des
recommandations au niveau de la reddition de comptes qui se retrouvaient dans
la présentation de la Vérificatrice générale à ce niveau-là. C'est pour ça
qu'on a... identifié, oui, identifié, à vrai dire, deux choses, soit l'ensemble
des recommandations ou un mandat de vérification aux... du mécanisme d'accès, là, aux trois ans, avec l'obligation prévue
aux établissements privés en... l'article 324, si je me souviens
bien.
Le
Président (M. Provençal)
:
Merci. La conclusion de cette
dernière présentation, Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Merci.
Merci, M. le Président. Vous parlez de... Je lisais dans votre mémoire, là,
qu'il y avait... Vous étiez inquiet,
particulièrement en lien avec les articles 27 puis les articles...
l'article 656. C'est la recommandation 13, quand vous parlez que le ministre garde
d'importants pouvoirs puis sans réel contre-pouvoir. Pouvez-vous nous
l'expliquer? Parce que vous parlez,
entre autres, en lien avec le redécoupage, en lien avec les paramètres sur les
projets expérimentaux. Peut-être juste un peu plus d'explications sur
votre préoccupation. Ça semble quand même assez important comme préoccupation.
Mme Charbonneau (Émilie) : Bien,
ça va avec la préoccupation. Tu sais, il faut la lire avec le fait qu'on
souhaite introduire des travailleuses et des travailleurs dans les strates
décisionnelles pour qu'ils puissent participer à ça, qu'ils ne soient pas déconnectés de leur terrain. Donc, quand on
parle qu'il n'y a pas de contrepoids, c'est qu'on est dans une structure
à l'extérieur du ministère de la Santé et des Services sociaux. On dépolitise
notre réseau de santé et de services
sociaux, puis les gens, ils ne sont pas inclus. Que ce soit pour les régions
sociosanitaires, où je pense que les travailleuses et travailleurs
auraient voix au chapitre, que ce soit pour déterminer les trajectoires de
services, qu'est-ce qu'on pense qui serait mieux pour servir notre monde, par
exemple, en Abitibi-Témiscamingue, c'est de là le contre-pouvoir. Le
contre-pouvoir se fait par remettre de la démocratie dans ce projet de loi là.
C'est pour ça que, dans sa forme actuelle,
on s'y oppose, mais on est ouvert à ajouter des amendements ou même des
solutions pour s'assurer que les travailleuses et les travailleurs se
sentent concernés par qu'est-ce qui se passe.
Ça fait que je pense que c'est ça qui est important. S'il y a une chose que le
projet de loi n° 10 nous a apprise, c'est à quel point les
travailleuses et les travailleurs ne se sentent plus concernés par le réseau de
la santé et des services sociaux, ne sentent plus qu'ils ont un pouvoir, ne
sentent plus qu'ils ont voix au chapitre. Et ils ont ce besoin-là de
s'impliquer dans des missions qu'ils ont choisies puis qu'ils ont envie de
continuer. Mais à quel prix? Puis c'est tout ça aussi, il ne faut pas le lire
comme une obstruction, mais comme des pistes de solution où on a envie de
travailler avec vous pour que les travailleuses et les travailleurs qu'on
représente, bien, ils aient encore envie de servir le monde. Donc, c'est
vraiment dans cette optique-là qu'on a placé le contre-pouvoir, à l'intérieur
même de l'agence.
M. Comeau (Robert) : Puis on
voit aussi, au fil des législatures qui ont précédé, que tout le monde a une
bonne idée pour régler les problèmes du réseau santé et services sociaux, on
n'y est pas toujours parvenu, mais que les
gens qui y travaillent en ont, des solutions, puis ils sont capables de
s'asseoir en petits groupes pour déterminer les solutions à des problèmes très
simples, qu'on peut exporter ailleurs. Mais là, comme Émilie dit, ils ne se
sentent plus investis dans ça, ils ont un peu jeté la serviette puis
c'est d'autres qui vont décider dans quel milieu ils vont travailler puis la
façon dont ils vont travailler.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup aux représentants de l'Alliance du personnel professionnel et
technique de la santé et des services sociaux. Merci pour votre contribution.
La commission
ajourne ses travaux au mercredi 10 mai 2023, après les avis touchant
les travaux des commissions, vers 11 h 15. Merci à tous.
(Fin de la séance à 19 h 27)