Journal des débats (Hansard) of the Committee on Health and Social Services
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
Tuesday, January 30, 2024
-
Vol. 47 N° 62
Order of initiative − The ways to facilitate organ and tissue donation, in particular the adoption of presumed consent to organ and tissue donation
Aller directement au contenu du Journal des débats
Intervenants par tranches d'heure
-
-
Provençal, Luc
-
Blouin, Catherine
-
Fortin, André
-
Marissal, Vincent
-
-
Provençal, Luc
-
Blouin, Catherine
-
Chassin, Youri
-
Lachance, Stéphanie
-
Fortin, André
-
-
Fortin, André
-
Provençal, Luc
-
Marissal, Vincent
-
Blouin, Catherine
-
-
Blouin, Catherine
-
Provençal, Luc
-
Lachance, Stéphanie
-
Chassin, Youri
-
Fortin, André
-
Marissal, Vincent
-
-
Marissal, Vincent
-
Provençal, Luc
-
Blouin, Catherine
-
Lachance, Stéphanie
-
Dorismond, Shirley
-
Fortin, André
-
-
Fortin, André
-
Provençal, Luc
-
Lakhoyan Olivier, Sona
-
Marissal, Vincent
-
-
Provençal, Luc
-
Blouin, Catherine
-
-
Blouin, Catherine
-
Lachance, Stéphanie
-
Provençal, Luc
-
Chassin, Youri
-
Fortin, André
-
Lakhoyan Olivier, Sona
-
Marissal, Vincent
-
-
Provençal, Luc
-
Blouin, Catherine
-
Chassin, Youri
-
Fortin, André
-
-
Fortin, André
-
Provençal, Luc
-
Marissal, Vincent
9 h 30 (version révisée)
(Neuf heures cinquante minutes)
Le Président (M. Provençal)
:À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la santé des
services sociaux ouverte. Je vous souhaite la bienvenue, et très heureux de
vous revoir. J'espère que vous avez passé une belle période des fêtes. Et je
demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est réunie afin de procéder
aux consultations particulières et auditions publiques dans le cadre du mandat
d'initiative visant à étudier les moyens facilitant le don d'organes ou de
tissus, notamment l'instauration de la présomption de consentement.
(Interruption)
Le Président (M. Provençal)
:...si je suis déjà ramené à l'ordre,
ça ne commence pas bien. Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Alors, Mme Caron (La Pinière) est remplacée par Mme Lakhoyan
Olivier, députée de Chomedey, pour le reste du mandat.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Nous débuterons ce
matin par les remarques préliminaires, puis nous entendrons les témoins
suivants : la Dre Marie-Josée Hébert, cofondatrice du Programme de
recherche en don et transplantation du Canada; Dr Frédérick D'Aragon, membre
des médecins coordonnateurs du Québec et cofondateur de la Chaire de recherche
Justin Lefebvre en don d'organes, et La Fondation canadienne du rein.
(Interruption)
Le Président (M. Provençal)
:On peut dire que c'est agaçant pas à
peu près. Habituellement, je suis de bonne humeur, mais là.
J'invite maintenant la porte-parole du
groupe parlementaire <formant le gouvernement...
Le Président (M. Provençal)
:
...on peut dire que c'est
agaçant pas à peu près. Habituellement, je suis de bonne humeur, mais là.
J'invite maintenant la porte-parole du
groupe parlementaire >formant le gouvernement et députée de Bonaventure
à faire ses remarques préliminaires. Mme la députée, vous disposez de cinq
minutes. La parole est à vous.
Mme Blouin : Merci beaucoup,
M. le Président. D'abord, bonjour à vous. Bonjour également à tous les
collègues des deux côtés de la table. Très heureuse de reprendre les travaux
avec vous aujourd'hui, d'autant plus que l'exercice parlementaire qu'on
s'apprête à débuter aujourd'hui est extrêmement important à mes yeux. Et je
tiens aussi à saluer, évidemment, le collègue député de Pontiac, là, qui est à
l'origine de ce mandat d'initiative qui nous réunit tous ici, aujourd'hui.
Le don d'organes et de tissus, c'est un
sujet qui revient périodiquement dans l'actualité au Québec, particulièrement
sous l'angle de la sensibilisation. Il y a plusieurs organismes, des
professionnels, des familles qui nous rappellent, année après année, qu'il est
important de discuter de dons d'organes avec nos proches, de leur faire
connaître nos volontés et de signer l'autocollant au dos de notre carte
d'assurance maladie si, bien sûr, on souhaite faire don de nos organes après
notre décès.
Alors, aujourd'hui, on s'apprête à avoir
une discussion beaucoup plus... beaucoup plus englobante, oui, pardon, sur le
sujet, et j'ai envie de vous dire : Il était temps. Je suis persuadée que
notre société est mûre pour ce type de discussion là, de réflexion, et qu'on
serait en mesure d'améliorer significativement la situation actuelle, et ce, à
différents niveaux. On sait que le Québec s'est révélé être une société
progressiste sur ce type de sujet. On est capable de mener une réflexion
collective avec tout le respect et la profondeur que ça requiert. Le mandat qui
nous a été confié comme parlementaire, c'est d'étudier de quels moyens le
Québec peut se doter pour être plus performant en matière de don d'organes et
de tissus. Ça va nous permettre de comprendre comment on peut faire mieux,
comprendre comment on peut faire plus pour le don d'organes.
Pour ce faire, on va pouvoir compter, bien
sûr, sur la participation de plusieurs groupes qui viendront démystifier et
mettre en lumière les obstacles qui nous empêchent de répondre aux besoins des
personnes qui sont en attente d'un don. Et rapidement, au fil des lectures,
j'ai eu l'occasion de me rendre compte de plusieurs aspects qui sont ressortis
comme étant des champs d'action qui pourraient venir faciliter toute cette
organisation-là, et je suis certaine qu'on en aura l'occasion d'approfondir ces
pistes de solution pendant nos travaux. C'est un sujet tellement important
puisqu'on parle non seulement d'améliorer la qualité de vie de plusieurs
personnes, mais de carrément sauver la vie de certaines personnes. Oui, on va
parler du consentement, mais on devra avoir une discussion encore plus large
que ça. On va devoir parler de prévention, de sensibilisation, d'organisation
de travail, de formation des professionnels. Ce sont tous des éléments auxquels
on va s'intéresser pendant nos travaux. On aura notamment l'occasion d'en
discuter avec les différents groupes qui vont venir nous visiter pendant les
prochains jours.
Et je reviens sur un élément qui est
extrêmement important dans notre mandat, qui est celui d'étudier les effets que
pourrait avoir l'adoption du consentement présumé au don d'organes. On se
souvient que juste de mentionner ça lors de l'adoption de la motion en octobre
dernier, ça a fait beaucoup réagir. Certains accueillent cette perspective avec
enthousiasme, mais d'autres avec méfiance. Alors, notre devoir, ce n'est pas
d'encourager une polarisation de ce débat qui est important et très sensible.
Je me permets de mentionner par contre que j'ai une extrême confiance dans
l'équipe de parlementaires qui se trouve autour de la table aujourd'hui, et de
dire que les parlementaires qui siègent à l'Assemblée nationale ont déjà fait
preuve de leur capacité à étudier des sujets sensibles et chargés
émotionnellement, de manière transpartisane et en gardant à l'esprit l'intérêt
supérieur des Québécoises et des Québécois. Évidemment, je pense notamment,
bien sûr, aux travaux de la Commission spéciale sur l'évolution de la Loi
concernant les soins de fin de vie, présidée par ma collègue la députée de
Roberval, qui a fait un travail de longue haleine pour en arriver à des
recommandations étoffées, qui reflètent les consensus existant dans la société
québécoise.
Alors, à l'instar des travaux de cette
commission spéciale, les parlementaires ont ensuite étudié le projet de loi11, qui a été présenté par la ministre responsable des
Aînés et ministre déléguée à la Santé. Et ces parlementaires-là ont fait preuve
d'une grande diligence et ont su bonifier ce projet de loi sans jamais le
politiser. On en est ressorti avec un projet de loi qui a su refléter les
consensus et l'avancement de notre société sur la question des soins de fin de
vie et de l'aide médicale à mourir. D'ailleurs, la ministre a déjà annoncé
qu'elle allait suivre de près nos travaux et qu'elle allait s'inspirer de nos
constats et recommandations pour élaborer un projet de loi facilitant le don
d'organes et de tissus.
Alors, je nous invite à répéter l'exercice
dans le mandat que nous débutons aujourd'hui. Je suis persuadée que les
réflexions et les discussions qui vont entourer notre travail vont se dérouler
avec bienveillance et rigueur et de façon non transpartisane. Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme la députée.
J'invite maintenant le porte-parole de l'opposition officielle et député de
Pontiac à nous présenter ses remarques préliminaires pour une durée de trois
minutes. La parole <est à vous...
Le Président (M. Provençal)
:
...j'invite maintenant le
porte-parole de l'opposition officielle et député de Pontiac à nous présenter
ses remarques préliminaires pour une durée de trois minutes. La parole >est
à vous.
M. Fortin :Merci, M. le Président. Bonjour, chers collègues. Heureux
de vous revoir ici, à l'Assemblée. D'abord, je veux commencer par remercier les
collègues des différentes formations politiques, là, qui nous permettent... qui
nous permettent d'étudier l'ensemble des façons dont on... par lesquelles on
peut améliorer le don d'organes au Québec.
Juste nous rappeler, M. le Président,
pourquoi on est ici. On est ici à faire cet exercice-là, parce qu'il y a 47 personnes
qui sont décédées cette année, en attendant un don d'organes au Québec. On est
ici, en ce moment, parce qu'il y a 913 personnes qui attendent et qui, au
quotidien, se posent la question, à savoir : Est-ce qu'ils vont pouvoir
obtenir l'organe dont ils ont besoin pour soit survivre ou pour améliorer leur
qualité de vie? Puis on est ici, M. le Président, parce qu'on est loin d'être
les premiers de classe, au Québec, en matière de don d'organes, et ça, ça me
peine énormément de devoir faire ce constat-là. Quand on regarde des
juridictions voisines, quand on regarde ce qui se passe outre-mer, on voit,
entre autres, par exemple, qu'on a... qu'on identifie, année après année, très
peu de donneurs potentiels, par exemple, comparativement à l'Ontario.
Ce qu'on ce qu'on doit mesurer, à partir
de maintenant, c'est comment on fait, comment on s'y prend pour améliorer les
choses, pour donner une chance supérieure de survie ou d'amélioration de
qualité de vie à tous ces gens-là. On a fait la proposition au Parti libéral,
on a fait la proposition il y a quelques années, on l'a refaite encore l'an
dernier, sur la question du consentement présumé, pour potentiellement
augmenter le bassin de donneurs potentiels au Québec. Mais on est pleinement
conscients, M. le Président, que, si c'est fait de façon unilatérale, ça
n'atteindra pas les résultats souhaités, tout comme si on fait des
améliorations unilatéralement à certaines façons de faire internes, mais qu'on
ne discute pas ici de la question du consentement présumé. Alors, pour nous, ça
fait partie d'un ensemble de mesures qui doivent être mises de l'avant. Et
c'est pour ça qu'on est content d'amorcer les travaux aujourd'hui, pour pouvoir
mesurer de façon pointue, de façon spécifique ici, au Québec, quelles mesures
on doit mettre de l'avant pour faciliter le don d'organes.
J'apprécie la comparaison qui a été faite
avec les travaux de l'aide médicale... sur l'aide médicale à mourir, parce que
c'est un dossier qui a été porté de façon, oui, transpartisane, au cours des
dernières années, mais il y a plusieurs années de ça, et le Québec s'est
montré, à ce moment-là, à l'avant-garde, effectivement, des meilleures
pratiques, mais s'est aussi porté à l'écoute de ce que les Québécois voulaient,
ce que les Québécois avaient besoin. Et je pense qu'on a besoin de refaire cet
exercice-là pour ce... pour ce dossier éminemment délicat, mais qui, comme on
l'a déjà dit, peut avoir un impact énorme. La discussion qu'on va avoir au
cours des prochains jours, on la doit aux Québécois, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, M. le député.
J'invite maintenant le porte-parole du deuxième groupe d'opposition et député
de Rosemont à nous faire part de ses remarques préliminaires pour une durée
d'une minute. Je vous cède la parole.
M. Marissal : Oui. Merci, M.
le Président. Content d'être de retour. Content de vous retrouver ici, là.
Donc, je n'ai pas beaucoup de temps. Je ne redirai pas ce qui a été dit,
notamment par le député de Pontiac puis la députée de Bonaventure, qui ont
raison, on peut faire mieux, au Québec. Puis, souvent, on dit : Quand il y
a un problème, ça prend une solution. On a un problème avec des gens qui
attendent un organe qui pourrait leur sauver la vie. La solution se trouve dans
les gens qui pourraient faire le don. Alors, dit comme ça, c'est supersimple, dans
la réalité, c'est un peu plus compliqué. C'est ça qu'on va étudier ici.
Moi, j'ai eu le plaisir de travailler,
pendant six ans, avec un jeune homme qui a eu une transplantation du foie, qui
était un de mes attachés pendant six ans dans Rosemont. Je le salue,
d'ailleurs, Kenny. Il va bien, aujourd'hui, à l'aube de la trentaine, parce
qu'il a eu un foie, puis ça lui a sauvé la vie.
• (10 heures) •
Je finis sur une note un peu plus... un
peu plus légère. Vous savez probablement, M. le Président, que je me suis fait
remplacer les deux hanches récemment. Et je parlais avec un petit garçon, dans
ma famille, dans le temps des fêtes, puis je lui expliquais : Je me suis
fait changer les hanches. Puis son premier réflexe, ça a été de dire :
Oui, mais, Vincent, qui c'est qui t'a donné les hanches? Elles viennent d'où,
les hanches? Alors, il y a de l'espoir, chez les jeunes, je pense que l'idée du
don, pas d'organes, dans ce cas-ci, là, parce qu'on ne donne pas des hanches à
quelqu'un, mais, dans ce cas-ci, ça semble avoir fait son petit bonhomme de
chemin, en tout cas, dans la tête de Jérémie, neuf ans. Alors, il y a de
l'espoir.
Le Président (M. Provençal)
:Merci, M. le député. Ayant terminé
les remarques préliminaires, nous allons maintenant débuter les auditions. Je
souhaite la bienvenue à la Dre Hébert. Je vous rappelle, madame, que vous aurez
10 minutes pour votre présentation, et, par la suite, nous aurons notre
échange. Alors, je vous cède immédiatement la parole.
Mme Hébert (Marie-Josée) : Merci,
M. le Président. Est-ce que vous m'entendez bien?
Le Président (M. Provençal)
:Très bien.
Mme Hébert (Marie-Josée) : Alors,
merci à tous. Je me présente, je suis donc ici à titre... Marie-Josée Hébert,
néphrologue spécialisée en transplantation et chercheuse au CHUL, professeure
titulaire à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, et aussi
cofondatrice du Programme de recherche en don et en transplantation du
Canada...
10 h (version révisée)
Mme Hébert (Marie-Josée) : ...Donc,
Marie-Josée Hébert, néphrologue spécialisée en transplantation et chercheuse au
CHUM, professeure titulaire à la Faculté de médecine de l'Université de
Montréal et aussi cofondatrice du programme de recherche en don et en
transplantation du Canada.
Et quelques mots sur le programme de
recherche. C'est un programme qui est actif d'un océan à l'autre, qui regroupe
plus de 300 chercheurs, professionnels de la santé et patients partenaires
qui sont engagés vers un but commun : s'assurer que la transplantation d'organes
offre une guérison définitive en permettant à tout patient qui a besoin d'une
transplantation de la recevoir rapidement et d'avoir une qualité de vie et une
espérance de vie qui sont normales après la greffe.
Alors, j'aurai quatre messages clés. Je
vais les énoncer tout de suite et, par la suite, j'approfondirai ce qui m'amène
à ces conclusions.
Alors, le message n° 1,
c'est que le don d'organes n'est pas une fin en soi, il... ça vaut la peine de
le rappeler. Le don d'organes sauve des vies si, et seulement si, il se traduit,
dans les meilleurs délais, par une transplantation d'organes. Et on ne doit pas
prendre ça pour acquis. Donc, oui, il faut augmenter le don, mais il faut
augmenter le don qui se traduira, de la manière la plus efficace possible, par
une transplantation d'organes. Et donc tout changement, qu'il soit législatif,
organisationnel ou les deux... tout changement doit s'assurer de renforcer la
chaîne du don vers la transplantation.
Deuxième message clé : la
transplantation d'organes, c'est la solution thérapeutique qui offre la
meilleure espérance de vie et la meilleure qualité de vie aux patients avec
insuffisance d'organe. Nous en... Je crois que nous en sommes tous convaincus
ici. Ce qui est moins connu, c'est que la transplantation d'organes est aussi l'option
thérapeutique la plus économique, et qui représente un moyen de réduction des
coûts de soins de santé pour l'ensemble de la société québécoise, pour les
patients souffrant d'une insuffisance d'organe.
Troisième élément clé : des
changements législatifs qui seraient uniquement focalisés sur le consentement
présumé ne se traduiront pas nécessairement par une augmentation du nombre de
transplantations. Ils pourraient... S'ils n'étaient pas accompagnés d'une
réelle discussion et acceptation sociétale, des changements législatifs
focalisés pourraient fragiliser le lien de confiance avec la population.
Quatrième élément clé : une approche
de gouvernance holistique, à portée provinciale, qui couvrirait et optimiserait
l'ensemble des étapes du don et de la transplantation, qui servirait à
planifier le besoin et le recrutement de personnel hautement qualifié dans l'ensemble
de ce cycle, qui appuierait la recherche et l'innovation pour le développement
et l'adoption de pratiques exemplaires devrait être une priorité et être
considérée comme une urgence.
Alors, rapidement, l'impact... D'abord, l'impact
potentiel du don présumé. Alors, vous êtes au courant que différents pays ou
régions dans le monde, qu'on pense à l'Espagne, la France, le pays de Galles ou
le Chili, pour en nommer quelques-uns, ont opté pour un consentement présumé.
Les impacts sur le nombre d'organes disponibles pour la transplantation ont été
variables dans ces différentes juridictions, et donc il ne faut pas conclure qu'une
posture de consentement présumé se traduit nécessairement par un nombre
croissant de dons.
Alors, l'acceptabilité du don présumé peut
varier en lien avec d'autres éléments dans l'ensemble de l'organisation mais
aussi peut varier, cette acceptabilité-là, avec certaines postures, croyances,
appartenances à différentes communautés, qu'elles soient culturelles ou
historiquement sous-représentées. Et vous l'avez déjà souligné, mais je pense
qu'il est important de souligner que, si cette posture-là est adoptée, eh bien,
il doit y avoir une discussion avec l'ensemble de la société... et qu'on s'assure
que le projet législatif est... est globalement accepté et qu'il ne fragilise
pas le lien de confiance de la société face à l'organisation du don et de la
transplantation.
Le programme de recherche en don et en
transplantation a travaillé avec Transplant Québec pour organiser, à l'automne 2021,
un forum international sur le don et la transplantation. Nous avions mis sur
pied une méthodologie rigoureuse. On a revu l'ensemble de la littérature
internationale. Des experts locaux et internationaux ont participé aux travaux.
Il y a des conclusions. D'ailleurs, dans le document que j'ai fait parvenir,
certaines... vous aurez accès à ces conclusions-là.
Alors, je cite une des
conclusions, je vais la lire telle qu'elle a été publiée, donc c'est en anglais :
«We recommend that the choice of consent model for a jurisdiction be guided by
a broad public consultation between donation stakeholders and the general
public that includes the following : consideration of prevailing <values...
Mme
Hébert (Marie-Josée) :
...stakeholders and the general public that includes the following :
consideration of prevailing >values and culture
of that jurisdiction, existing donation and health laws, organ transplantation
and donation infrastructure and the commitment to support a model with the
needed resources that will maximize donation and transplantation activity.»
Donc, nécessité d'une
discussion large, transpartisane à ce sujet, nécessité d'un programme intensif,
si ça va de l'avant, de sensibilisation, éducation et communication pour l'ensemble
de la population, mais aussi le développement d'outils efficaces de
sensibilisation et de discussion pour le personnel soignant.
Maintenant, j'aimerais revenir à un deuxième
élément, qui est la notion que le don d'organes n'a de sens que s'il se traduit
par une transplantation et que tout changement doit prendre en compte pas
seulement le volet don, mais aussi le volet transplantation.
Il n'y a actuellement pas de structure de
gouvernance provinciale, au Québec, qui supervise à la fois l'ensemble des
activités de don d'organes et de transplantation, et c'est... c'est le cas dans
d'autres provinces. Par exemple, la Colombie-Britannique a une gouvernance
provinciale pour l'ensemble du cycle. Alors, à mon avis, ce type de structure
est absolument nécessaire pour s'assurer une gestion efficace et optimale de l'ensemble
des activités et s'assurer que tout don mène à une transplantation ou,
idéalement, à plusieurs transplantations.
La gestion des activités de
transplantation est faite au sein de chaque hôpital, actuellement, actif. La
priorité accordée à l'activité de transplantation est établie localement. Il y
a des enjeux d'effectifs médicaux, qu'ils soient au niveau chirurgical, médical
et personnel hautement qualifié, personnel soignant, et il n'y a pas de vision
globale ni de planification globale de la gestion de ces effectifs, avec des
éléments qui sont urgents dans le domaine particulièrement de la chirurgie
du... de transplantation rénale et pancréatique, avec une moyenne d'âge de nos
chirurgiens transplanteurs qui dépasse largement 55 ans.
L'absence d'une gestion centralisée
efficace de l'accès aux plateaux techniques est aussi un frein à une gestion
efficace du don qui se traduira en transplantation, et donc la gestion de l'accès,
de l'organisation, de la priorisation de l'accès à ces plateaux, mais aussi des
équipes multidisciplinaires qui sont nécessaires à faire opérer ces plateaux — et,
dans les plateaux, on parle de la salle d'opération, des soins intensifs, pour
n'en nommer que quelques-uns — est absolument essentielle. Et j'aimerais
souligner que cette difficulté d'accès aux plateaux techniques peut mettre un
frein à la transplantation, comme on l'a vu récemment en Alberta.
La rémunération des médecins et
chirurgiens spécialisés et dédiés à la transplantation, au Québec, est souvent
inférieure à la moyenne générale de la spécialité. Ça amène des difficultés de
recrutement et de rétention du personnel hautement spécialisé.
Et, comme je l'ai déjà mentionné, un don
qui ne se traduit pas en transplantation représente, bien sûr, un risque vital
pour les patients sur la liste. Ça représente aussi des dépenses excédentaires
pour la société québécoise. Des patients qui restent sur la liste de
transplantation requièrent des soins de santé qui sont beaucoup plus coûteux
que la transplantation elle-même. Et j'ai joint à ma... au mémoire que j'ai
déposé une étude qui avait été faite par l'INESSS et qui concluait que, même si
les différentes mesures pour accroître la disponibilité de reins exigeaient des
investissements, ils seront rapidement compensés par les économies résultant de
l'augmentation du nombre annuel de greffes.
• (10 h 10) •
Et donc je vais conclure en vous
mentionnant qu'investir en don et en transplantation au Québec ça sauverait des
vies, mais ça réduirait aussi les coûts de santé. Et, dans mon mémoire, j'ai
illustré les composantes essentielles d'une gouvernance provinciale du don et
de la transplantation, donc une structure qui permet la gestion du personnel
hautement qualifié et une planification des effectifs, une rémunération
adéquate, des accès prioritaires aux plateaux techniques, un registre
centralisé unique collectant les données normalisées d'indicateurs du don et de
la transplantation d'organes et de tissus et les indicateurs de succès de
transplantation et le suivi et l'appui aux activités de recherche et d'innovation
qui permettent d'augmenter le nombre de dons et de transplantations, d'améliorer
les résultats de la greffe en opérationnalisant des pratiques exemplaires.
Alors, je conclus là-dessus et je vous remercie de m'avoir invitée.
Le Président (M. Provençal)
:C'est nous qui vous remercie,
docteure, d'être présente avec nous. Alors, sur ce, je vais maintenant céder la
parole à la députée de Bonaventure pour le... initier cette période d'échange. <16
minutes...
Le Président (M. Provençal)
:
...pour le... initier cette
période d'échange. >16 minutes.
Mme Blouin : Merci beaucoup,
M. le Président. Bonjour, Dre Hébert. Merci beaucoup de votre temps avec nous
aujourd'hui. Vous avez soulevé une foule d'éléments intéressants, donc on va...
on va tenter d'y revenir. J'ai envie de vous entendre parler, d'abord, de la
relève médicale en transplantation. Il en manque. Pourquoi ce n'est pas
attrayant, à votre avis? Vous avez énuméré certaines choses, mais j'aimerais
vous entendre davantage, si possible.
Mme Hébert (Marie-Josée) : Alors,
M. le Président, ça va me faire plaisir de répondre à cette question-là.
Quand... Vous savez que la formation universitaire pour former un chirurgien ou
un médecin spécialisé en transplantation, elle est minimalement de 12 ans. Elle
peut aller de 12 à 16 ans universitaires. Donc, elle est une formation qui est
prolongée.
Par la suite, force est d'admettre que,
lorsque les activités ne sont pas gérées d'une manière centralisée, il va y
avoir beaucoup d'enjeux de prévisibilité de l'activité, et donc une activité
qui doit se faire souvent de nuit, les fins de semaine, donc une qualité de
vie, par exemple, pour nos collègues chirurgiens... Donc, moi, je suis
néphrologue, mais je parle aussi... je vois mes collègues chirurgiens. Eh bien,
souvent, à ce moment-là, les horaires erratiques, la longue formation et une
rémunération qui est en dessous de la moyenne de la spécialité entraînent une
difficulté d'attirer des nouvelles recrues puis, après ça, de les... de les
retenir dans la pratique.
Finalement, je vous dirais aussi que nous
avions avant, au Québec, un outil qui s'appelait les plans d'effectifs médicaux
spécialisés pour la transplantation, et donc on pouvait, avec ces plans
d'effectifs médicaux qui étaient en dehors de la comptabilisation moyenne de
chacune des spécialités, faire des recrutements ciblés, souvent à l'international,
pour attirer des personnes qui sont rares, là, en termes d'expertise, hautement
qualifiées. Et, en 2014... à l'horizon 2014‑2015, ces plans d'effectifs
médicaux ont été abolis, ce qui a accentué aussi la difficulté de recrutement.
Mme Blouin : En ce moment,
est-ce qu'on est en déficit de ressources, de médecins transplanteurs ou...
Mme Hébert (Marie-Josée) : Alors,
nous sommes, en ce moment... avec le nombre de dons d'organes que nous avons,
oui, nous sommes en déficit, et ce déficit-là pourrait s'accroître pour
minimalement deux facteurs.
Première chose, comme je vous le
mentionnais, la moyenne d'âge vieillissante des... l'ensemble des spécialistes
qui oeuvrent dans le domaine de la transplantation, mais avec, d'une manière
aiguë, là, des enjeux autour des spécialités chirurgicales, et où, là, on a des
moyennes d'âge qui sont largement au-dessus de 55 ans, qui frisent le 60 ans
dans certains groupes. Et donc vous pouvez vous imaginer que, bien, dans ce
contexte-là, il y a des retraites à l'horizon, avec des difficultés de
recrutement. Alors, ça, c'est dans le volume actuel.
On souhaite tous avoir plus d'organes à
transplanter puisqu'on a de plus en plus de patients qui ont, malheureusement,
besoin de dons d'organes. Et donc, si, par contre, les dons d'organes
augmentent et qu'on n'a pas plus de personnel pour s'occuper de cohortes
croissantes de patients, là on va avoir une augmentation de la pénurie qu'on
observe déjà.
Puis j'aimerais aussi souligner le fait
que c'est un contrat. Les équipes médicochirurgicales de transplantation, ce
sont des équipes multidisciplinaires, et nous suivons nos patients pour toute
la vie durant. Donc, ce n'est pas seulement une histoire d'une chirurgie puis,
après ça, on vous oublie. Il y a des patients que moi, j'ai connus quand
j'étais résidente, dans les années 90, et que je vois encore à mes cliniques de
transplantation au CHUM. Puis pourquoi qu'ils doivent être suivis par des... un
personnel... une équipe multidisciplinaire spécialisée? C'est que les
complications associées à l'immunosuppression à long terme peuvent se présenter
tout au long du décours de la vie avec une greffe et doivent être anticipées,
mesurées, prévenues par des équipes qui sont spécialisées. Et c'est dans ce
contexte-là qu'on leur offre non seulement la meilleure qualité de vie, mais la
meilleure espérance de vie avec une transplantation.
Mme Blouin : Ça semble un
domaine assez fascinant. On a parlé tout à l'heure de rémunération, on a parlé
aussi de plans d'effectifs médicaux. Sinon, qu'est-ce qu'on fait pour rendre
cette profession-là un peu plus attrayante, à votre avis? Quelles sont les
mesures qu'on doit mettre en place?
Mme Hébert (Marie-Josée) : C'est
clair que, si on a une gouvernance qui est intégrée au niveau provincial, et
qu'on ajoute de la prévisibilité dans l'activité, et qu'on s'assure aussi
d'investir dans les équipes multidisciplinaires qui sont là avant la <greffe...
Mme Hébert (Marie-Josée) :
...et qu'on s'assure aussi d'investir dans les équipes
multidisciplinaires qui sont là avant la >greffe, là, au moment du
don, mais aussi de la préparation des patients qui attendent la greffe, pour
qu'ils soient le plus en forme possible au moment de la greffe... Alors, un
organe qui est dans... de bonne qualité au moment de la greffe, avec un patient
qui n'est pas trop malade au moment de la greffe, ça facilite l'étape initiale,
ça diminue les coûts de la transplantation, les coûts chirurgicaux de la
transplantation comme telle, mais ça fait aussi une meilleure espérance de vie
à la fois du patient qui va être transplanté puis de fonction de l'organe à
long terme. Donc, ça, ça veut dire qu'il faut qu'on investisse dans les équipes
multidisciplinaires à toutes les étapes, incluant les étapes de suivi au...
après la transplantation, et qu'on le fasse avec... Donc, meilleure
prévisibilité, meilleure gestion des ressources puis, je dirais, approches
innovantes aussi pour le suivi de nos patients, pour l'ensemble de la province
de Québec.
Alors, un patient qui habite aux Îles-de-la-Madeleine
ne devrait pas avoir à se déplacer dans un centre de transplantation, mais il
devrait, avec la technologie qu'on a de nos jours, être capable de voir
régulièrement, potentiellement virtuellement, ses médecins spécialisés en
transplantation, qui, eux, doivent être en contact... en contact avec le
personnel soignant partout au Québec, pour s'assurer que les... bien,
diagnostics qui doivent être évoqués, là, chez les patients qui sont greffés,
qui n'ont pas nécessairement les mêmes diagnostics... on doit avoir une... un
diagnostic différentiel qui est différent, là, chez les patients transplantés,
mais on peut travailler avec l'ensemble du personnel soignant au Québec pour
s'assurer de la meilleure qualité de soins où qu'on soit sur le territoire.
Mme Blouin : Merci beaucoup.
Et, quand je vous entends parler d'approches un peu plus structurantes, de
vision globale, tout ça, il faudrait implanter une certaine structure. Qui devrait
superviser ça, à votre avis? Est-ce que c'est le gouvernement?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Oui.
Je vous réponds... Donc, M. le Président, je réponds à Mme la députée de
Bonaventure : Oui, absolument. Et donc il y a des exemples qui existent. Bien
sûr, ces exemples-là doivent être personnalisés sur les besoins de la
population québécoise, mais, si on regarde juste au niveau canadien, un
exemple, c'est BC Transplant, qui supervise l'ensemble des activités de don et
de transplantation, qui, donc, permet une gestion adéquate des effectifs pour
l'ensemble du cycle et qui permet aussi de collecter des indicateurs pour voir
si ce qu'on fait ça marche, pour améliorer nos pratiques, pour développer des
pratiques exemplaires. Et donc c'est clair qu'on est capables de faire quelque
chose comme ça au Québec.
Mme Blouin : Et, si je
reviens sur la création de plans d'effectifs médicaux en transplantation, de
quelle manière ça peut aider à améliorer l'offre de services de transplantation
au Québec, à votre avis?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Si
vous n'avez pas de chirurgien, vous n'aurez pas de transplantation, tu sais. Il
y a un moment donné où est-ce qu'il faut qu'il soit là, cette personne-là. Et
puis, à quelque part, vous avez aussi besoin d'un chirurgien pour le don. Par
contre, des fois on oublie, vous allez avoir besoin d'un chirurgien, mais, si
l'anesthésiste n'est pas là, bien, ça ne marchera pas non plus. Vous... Dans le
document que j'ai déposé, je vous ai mis un petit... une petite référence sur
ce qui s'est passé récemment en Alberta, où le manque d'anesthésistes a fait en
sorte que les... qu'ils n'ont pas pu participer à la chaîne de dons
pancanadienne en dons vivants. Et donc il y a des patients en Alberta qui,
actuellement, attendent, ont des délais prolongés, pas parce qu'il manquait de
chirurgiens mais parce qu'il manquait d'anesthésistes. Et donc il faut
s'assurer qu'on planifie l'ensemble des composantes essentielles du cycle, mais
l'ensemble des composantes essentielles qui font fonctionner les plateaux
technologiques, qui sont essentielles aux différentes étapes, que ça soit aux
soins intensifs, que ça soit à la salle d'opération. Et donc ce n'est pas juste
un chirurgien, mais c'est aussi un anesthésiste, c'est des infirmières qui sont
spécialisées, par exemple, en salle d'opération ou en soins intensifs, c'est
des inhalothérapeutes. Alors, il faut que... Et il faut que ces personnes-là,
ces équipes-là, bien, puissent elles-mêmes non seulement être disponibles mais
avoir une priorité d'accès aux plateaux techniques pour que l'activité puisse
se faire.
• (10 h 20) •
Mme Blouin : Et, juste avant
de passer la parole aux collègues, en matière de consentement présumé, il n'y a
pas de corrélation directe à faire avec l'augmentation du don d'organes. Est-ce
que vous voulez nous en dire un petit peu plus là-dessus, sur, peut-être, les
éléments positifs aussi? Donc, peut-être élaborer un peu.
Mme Hébert (Marie-Josée) : Oui.
Je suis certaine qu'il va y avoir d'autres intervenants qui vont élaborer
longuement là-dessus dans les jours qui viennent. Ce que je <pourrais...
Mme Hébert (Marie-Josée) :
...intervenants
qui vont élaborer longuement là-dessus dans les jours qui viennent. Ce que je
>pourrais vous dire, c'est que ce n'est pas en soi une mauvaise idée ou
une bonne idée, tout est dans la manière de le faire, tout est dans la
communication, mais aussi la discussion avec l'ensemble de la société. Je pense
qu'on a déjà des bases intéressantes au Québec pour que ça puisse se faire. Ma
mise en garde, c'est qu'il ne faudrait pas y voir une panacée. Et donc, si on
ne s'occupait que de ça et qu'on n'a pas une approche holistique de l'ensemble
des étapes, don et transplantation, j'insiste vraiment beaucoup, et
transplantation, eh bien, il pourrait y avoir des effets pervers à toute
initiative qui ne s'occuperait qu'à un des points du cycle. Et donc, consentement
présumé, c'est la même chose, là. Alors, il faut la discussion, les plans de
communication, mais après ça, si on a plus d'organes, de quelque manière que ce
soit, bien, il faut être sûr qu'on va être capables de les transplanter, il
faut... sûr de faire... de rendre utile ce don incroyable, là, dont nous sommes...
nous, les membres des équipes multidisciplinaires de transplantation, dont nous
sommes les fiduciaires.
Le Président (M. Provençal)
:M. le député de Saint-Jérôme, je
pense que vous aviez... vous vouliez vous adresser à... Alors, je vous cède la
parole.
M. Chassin :Merci, M. le Président. Bonjour, Dre Hébert. Évidemment,
vous mentionniez... puis je continue un peu sur le... la ligne de pensée de ma
collègue, mais vous mentionniez que d'autres pourraient peut-être nous parler,
effectivement, de... des autres éléments à mettre en place autour du
consentement présumé. Évidemment, je serais quand même curieux, parce que vous
l'avez mis dans vos quatre points remarquables, qu'on retient, évidemment.
C'est sûr que c'est très intime comme décision, et, en même temps, je pense que
d'avoir un débat public, comme on le fait aujourd'hui, finalement, ça permet
aussi d'avoir, bien, des réflexions, des articles de journaux, etc. Mais c'est sûr
que ça, c'est un élément que nous, comme représentants élus, on a peut-être,
effectivement, un certain... comment dire, une possibilité de communication.
Est-ce que vous avez des éléments, que ce
soit pour la Colombie-Britannique, que ce soit peut-être pour la
Nouvelle-Écosse aussi, qui a l'air d'être une belle histoire... est-ce qu'il y
a des éléments qui vous semblent particulièrement présents, là, dans votre
approche holistique, au-delà de simplement la partie médicale?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Alors,
juste pour être certaine que je comprends bien votre question. Alors... Parce
que je peux faire des commentaires sur le don présumé ou l'approche holistique.
Ce n'est pas clair, qu'est-ce que vous voulez comme...
M. Chassin :Oui. Bien, alors, c'est ça, j'essaie de placer un peu. Mais,
quand vous dites : Il faut avoir une approche holistique, il faut avoir
une bonne communication, est-ce que, dans ce que vous voyez ailleurs, outre le
consentement... qu'est-ce... qu'est-ce qui doit l'accompagner, d'avoir un
consentement présumé, par exemple?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Bon.
Alors, pour le consentement présumé, précisément, si on allait dans cette
direction-là, alors, il faut... la base de ce que l'on fait ici est absolument
essentielle, il faut une discussion sociale et sociétale mais qui est aussi
très attentive aux postures des groupes qui ont été historiquement marginalisés
ou qui pourraient avoir des vues différentes sur la présomption présumée. Puis
ça aussi, c'est documenté dans les... dans les documents, là, que je vous ai
envoyés, dans les annexes, là. Et donc ce n'est pas seulement une discussion
avec la majorité, hein, c'est aussi une discussion qui est attentive aux
positions qui pourraient être différentes de certains groupes qui ont une
histoire, ou un historique, ou une relation avec ou bien le gouvernement ou
avec le système de santé, ou un cadre de valeurs qui est distinct de la
majorité. Et donc on ne peut pas faire l'économie de cette discussion-là puis
de ce dialogue-là. Puis je pense qu'il faut le faire, qu'on doit le faire.
Alors, moi, ma mise en garde, c'est :
il y a peut-être d'autres changements, qui, eux, pourraient être plus rapides
et à portée de main, qui apporteraient des changements significatifs et rapides
pendant qu'on fait la discussion sociale, sociétale, diverse. Et ces
changements-là sont des changements organisationnels et structurels mais qui
devraient être faits dans les semaines, jours, mois qui viennent de passer.
Donc, il y a une urgence. J'aimerais vous transmettre un sentiment d'urgence
autour des changements de gouvernance du don et de la transplantation qui
permettent de gérer le personnel hautement qualifié, d'accroître le personnel
hautement qualifié qui est nécessaire aux activités actuelles de don et de transplantation
et qui permettraient en soi...
M. Chassin :...en quelque sorte...
Mme Hébert (Marie-Josée) : ...en
soi d'être prêts pour une augmentation, quelle qu'elle soit. Si on augmente le <don...
Mme Hébert (Marie-Josée) :
...en
soi d'être prêts pour une augmentation, quelle qu'elle soit. Si on augmente le
>don puis qu'on n'est pas capables de transplanter après, croyez-moi, nous
allons fragiliser le lien de confiance que nous avons avec la population.
M. Chassin :Tout à fait. Puis le lien est bien établi. Je pense que
j'ai ma collègue qui a une question pour vous.
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée de Bellechasse, il
reste 1 min 10 s.
Mme Lachance : Mon doux
seigneur! Une minute, c'est beaucoup trop bref. Merci, Dre Hébert, d'être là.
Si je comprends bien, puis c'est ce que vous venez de dire, le don, ce n'est
pas la fin en soi. La fin en soi, c'est la transplantation puis d'augmenter la
qualité de vie. Et je comprends, en lisant ce que vous avez marqué, que, lors
de... du forum de 2021, une des recommandations, entre autres, c'est que la
prémisse essentielle au consentement présumé, ce serait une consultation
publique, mais aussi une analyse rigoureuse de nos infrastructures et des... de
la structure de service. Donc, ça, c'est vraiment, selon... selon ce qui
ressort, essentiel à la mise en place de toute autre action qui pourrait suivre
pour favoriser le don d'organes. Est-ce que je comprends bien?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Dans
le contexte du don présumé et... mais il y a des actions de gouvernance qui
peuvent être faites tout de suite. Alors donc, ce que je ne suis pas en train
de vous dire, c'est qu'on doit complètement revoir la gouvernance sans faire
quoi que ce soit d'autre et puis attendre. Ce que je dis, c'est que... de
s'assurer qu'on recrute, qu'on retient notre personnel hautement qualifié dès
maintenant, qu'on ramène un plan d'effectifs médicaux et multidisciplinaires en
don et en transplantation et qu'on l'active dans les semaines qui viennent, parce
qu'actuellement on en a, là, des chirurgiens qui souhaiteraient travailler avec
nous puis on n'est pas capables de les recruter parce qu'on n'a pas ce... cet
outil-là qu'on avait avant. Donc, si on ne peut pas réactiver ça rapidement,
bien, même avec les dons qu'on pourrait avoir maintenant, on ne pourra pas les
traduire en transplantation puis on ne pourra pas sauver des vies. Donc, ces
outils-là, on en a besoin tout de suite.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup.
Mme Hébert (Marie-Josée) : Et
de les avoir tout de suite, ça nous permet de maintenir la confiance de la
population puis de faire par la suite la discussion pour mettre de l'avant,
potentiellement, si telle est la conclusion, un système de dons présumés.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Dre Hébert. On sent
votre passion, là, dans vos réponses. Je vais céder la parole au député de
Pontiac pour 13 minutes.
M. Fortin :Oui. Merci. Merci, M. le Président. Bonjour, Dre Hébert.
Merci d'être... d'être parmi nous aujourd'hui puis de nous partager votre
expertise, votre analyse, votre travail sur cette question-là.
J'ai l'impression, M. le Président, qu'en
commençant avec la présentation ou l'échange avec Dre Hébert, on y va un peu à
contre-courant du... disons, du cours temporel d'un don et d'une
transplantation d'organes. On commence avec une... vraiment quelqu'un qui nous
dit, là : Commençons par la transplantation, commençons par parler de ça,
parce que le don... le don ne sert à rien si on ne peut pas le... si on ne peut
pas l'utiliser sur un patient à la fin de la journée.
Alors, je vais commencer par, disons,
votre point principal, là, l'amélioration du réseau, des processus, des
procédés, de l'expertise pour qu'on... pour qu'on puisse vraiment faire un
maximum de transplantations. Vous avez... Vous avez mentionné l'importance...
ou, en fait, vous avez mentionné la difficulté s'il n'y a pas, disons, de
manière centralisée, de manière organisée, là, vraiment un mécanisme qui permet
la transplantation. Vous avez cité BC Transplant en exemple, je ne veux pas
dire en modèle, je ne veux pas mettre des mots dans votre... dans votre bouche,
mais... mais qu'est-ce qui fait en sorte que, par exemple, le modèle de BC
Transplant fonctionne bien et qui pourrait, disons... de quoi on pourrait
s'inspirer du modèle de BC Transplant?
• (10 h 30) •
Mme Hébert (Marie-Josée) : Bien,
comme je le mentionnais, la gestion de l'ensemble du cycle, mais la gestion des
effectifs et des points critiques dans l'ensemble du cycle. Donc, si on manque
de coordonnateurs, par exemple, pour faire plus de dons à partir de donneurs
décédés, bien, c'est clair qu'on n'aura pas assez d'organes. Si, par contre, on
n'outille pas assez le nombre d'infirmières spécialisées pour faire du don
vivant puis faire les évaluations avec les médecins spécialisés pour les
donneurs vivants... parce qu'on ne souhaite pas augmenter le nombre de donneurs
décédés mais ne pas être performants aussi en don vivant. Et, quand on se
compare avec les autres provinces canadiennes, on s'est améliorés en don
vivant, mais il y a encore vraiment place à l'amélioration. Et donc c'est
l'ensemble de ces activités-là qui vont nous permettre de greffer plus de
personnes. Il y a le moment de la greffe aussi, là. Donc, ça, il faut
l'ensemble du personnel hautement spécialisé, j'en ai parlé. Puis après ça il
faut éviter que nos patients greffés reviennent sur la liste de transplantation...
10 h 30 (version révisée)
Mme Hébert (Marie-Josée) : ...il
faut éviter que nos patients greffés reviennent sur la liste de transplantation
parce que le greffon n'a pas duré longtemps. Puis, dans certains types d'organes,
c'est 30 % des patients qui sont sur la liste d'attente qui sont une
regreffe.
Donc, une seule greffe devrait amener une
guérison à long terme sur plusieurs décennies, mais, pour ça, il faut aussi
avoir un cycle qui nous permette de valider ce qu'on fait dans le long terme
après la greffe pour être sûr que ça fonctionne. Ça fait que ça aussi, il faut
des... je dirais, du personnel hautement spécialisé. Ça fait que c'est pour ça
que je le mentionnais.
Il faudrait un registre unique aussi.
Donc, il faut une structure de gouvernance qui gère l'ensemble de ces effectifs-là
puis qui s'assure que les financements sont au rendez-vous pour l'ensemble de
ces actifs-là, mais aussi un registre qui nous permet de valider : Est-ce
qu'on fait la bonne chose?
Puis, si on fait... si on prend les bonnes
décisions au moment de la transplantation, ça devrait avoir des impacts
positifs, 15, 20 ans après sur l'espérance de vie puis la fonction de nos
patients que l'on greffe, mais ça, on doit pouvoir le mesurer.
Si on n'a pas un outil qui est centralisé
et normalisé, bien, on ne pourra pas le mesurer puis on ne pourra pas s'améliorer
efficacement.
M. Fortin :OK. Je veux peut-être juste pousser votre analyse sur le
modèle de BC Transplant, parce que ce n'en est pas un, je vous avoue bien
candidement, que j'ai étudié jusqu'à maintenant. Alors, je suis content de vous
entendre sur cette question-là.
Mais, à la question de la députée de Bonaventure,
vous avez dit que c'est le gouvernement qui devrait vraiment chapeauter cet
ensemble de mesures là. Eux, BC Transplant, c'est un organisme gouvernemental,
ce n'est pas, disons, comme ici, on a des organismes comme Héma-Québec, comme Transplant
Québec qui sont des organismes où il y a un certain financement, mais il n'y a
pas... ce n'est pas un organisme gouvernemental comme tel.
Alors, j'aimerais ça comprendre la
différence de dynamique, là, entre nos organisations et la leur.
Mme Hébert (Marie-Josée) : Je
pense que c'est une vaste question puisqu'il y a une autre variable qui va être
aussi comment ceci se traduirait dans le nouvel environnement qui va être Santé
Québec. Et donc il y a l'environnement actuel puis il y a l'environnement de
transition.
Je pense qu'il faudrait regarder les
différents modèles et comment ils peuvent s'articuler avec Santé Québec. Et
comme Santé Québec est encore en construction, je pense que vous me permettrez
de vous dire qu'il y a certaines variables dans l'équation qui sont encore...
qui ne permettent pas de résoudre l'équation, mais on doit évaluer un modèle de
gouvernance qui regarde l'ensemble.
Est-ce que le modèle de gouvernance doit
rester au sein du ministère de la Santé et des Services sociaux? Est-ce qu'il
doit être distinct, mais rendre des comptes au ministère de la Santé et des
Services sociaux ou à Santé Québec? Je pense qu'il faut regarder les pour et
les contre, mais il doit y avoir un organisme à quelque part qui répond de l'activité
de don et de transplantation pour la population québécoise.
M. Fortin :Je suis d'accord avec vous, Dre Hébert, sur cette
question-là.
Vous avez mentionné la question de la
regreffe, et je crois, là, de mémoire, le chiffre que vous avez utilisé, c'est
30 % des greffes au Québec sont des regreffes.
Ça, essentiellement, ça veut dire un
patient qui a déjà eu une greffe, que ça n'a peut-être pas donné les résultats
escomptés au fil du temps, ou peu importe, qui reçoit une deuxième greffe, là,
mais ça fait en sorte qu'il y a des patients qui attendent toujours pour leur
première greffe pendant ce temps là.
Alors, est-ce qu'on est pires qu'ailleurs?
Il y a-tu quelque chose qu'on ne fait pas adéquatement, qu'on doit améliorer
pour diminuer ce pourcentage-là, ce 30 % là, de regreffes, ou si c'est
juste le cours naturel des choses puis il n'y a rien à faire de ce côté-là?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Le
risque de regreffe est un risque que tous les pays industrialisés ont et est dû
à différents facteurs : la qualité de l'organe initial au moment de la
transplantation, les facteurs de risque du receveur, la présence de rejet ou
non après la transplantation, rejet qui peut être précoce, mais qui peut aussi
être tardif, d'où la nécessité de suivre ces patients-là dans le long terme.
Et donc c'est un problème généralisé, mais
c'est clair que ce problème-là est plus grand lorsqu'on n'a pas une bonne
qualité au moment de la greffe ou on ne répare pas les organes de la même
manière au moment de la greffe puis lorsqu'on n'est pas capables de suivre
adéquatement dans le long terme.
Le Québec n'est pas pire à ce niveau-là
que le reste du Canada, mais, collectivement, nous pouvons tous faire mieux.
M. Fortin :Je vous entends. Merci pour cette précision. Dans votre
mémoire, là, vous avez une longue et détaillée étude de l'INESSS qui, entre
autres, fait référence au fait que les soins, souvent, à long terme, là, sont
plus coûteux que la transplantation.
Une des choses qu'on entend beaucoup ces
jours-ci autour de <cette...
M. Fortin :
...la transplantation.
Une des choses qu'on entend beaucoup
ces jours-ci autour de >cette question-là, entre autres de
l'augmentation des transplantations, bien, c'est : Est-ce qu'on a les
ressources pour le faire? Est-ce qu'on a les ressources humaines, par exemple,
pour augmenter le nombre de transplantations au Québec?
Dans cette étude, là, où on a analysé les
coûts, disons, des soins à long terme versus la transplantation, est-ce qu'on a
aussi analysé l'utilisation des ressources humaines? Parce que, par exemple, un
patient qui est en dialyse pendant des années, des années, des années, bien, ça
a un coût au niveau des ressources humaines également, là, ça veut dire qu'il y
a des infirmières qui s'occupent de lui jour après jour.
Alors, est-ce qu'il y a un avantage à,
disons, à augmenter notre nombre de transplantations au niveau de l'utilisation
des ressources humaines?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Alors,
la réponse, c'est oui. D'ailleurs, il y avait une analyse pharmacoéconomique, ce
n'est pas la seule, hein, il y en a plusieurs dans la littérature, là. J'ai
donné celle-là, même si elle date un peu parce qu'elle s'applique vraiment à la
population québécoise.
Mais on sait que les patients, si on
compare quelque chose que je connais bien, là, les patients greffés rénaux par
rapport à des patients qui sont dialysés, les patients greffés rénaux, après la
première année, consomment beaucoup, beaucoup moins de services de la part du
système de santé par rapport à un dialysé qui demande une utilisation de
plateau technique, mais aussi de personnel hautement qualifié d'une manière qui
est beaucoup plus intensive dans la durée. Puis, en plus, c'est associé avec
une moins bonne qualité de vie, la dialyse, puis avec une moins bonne espérance
de vie à long terme.
Moi, je n'en connais pas beaucoup, là, de
domaines où est-ce que de faire la meilleure chose pour chaque individu, c'est
aussi ce qui coûte le moins cher à la collectivité, là. Je n'en connais
vraiment pas beaucoup.
Ça, c'est comme l'exception qui confirme
la règle, mais cette exception-là, on peine encore à la financer à sa pleine
capacité, puis donc collectivement ça nous coûte plus cher de ne pas investir
en transplantation et donc de ne pas donner des soins optimaux à l'ensemble des
patients qui ont une insuffisance d'organe au Québec.
M. Fortin :Bien, je vous remercie de nous... je ne veux pas dire de
nous rappeler à l'ordre, là, mais de nous rappeler ce constat-là que, tu sais,
l'augmentation des transplantations, là, ça a une amélioration sur, comment
dire, les finances, peut-être, publiques, ça a une amélioration sur le niveau
d'utilisation de ressources dont on a besoin pour s'occuper des patients, puis
ça a une amélioration sur la qualité de vie des patients, là. C'est un... c'est
ce qu'on appelle un «win-win-win», là, il y a très peu de, disons, de scénarios
où on perd là-dedans. Je veux terminer...
Mme Hébert (Marie-Josée) : Qualité
de vie et espérance de vie.
M. Fortin :Oui, absolument. Je veux terminer peut-être notre
intervention, M. le Président, sur la question du consentement présumé. Et je
pense qu'on s'entend tous, là, pour dire que c'est un des outils qu'on a parmi
plusieurs autres.
Et vous avez parlé des outils à très,
très, très court terme, ou même à moyen terme, que le gouvernement peut mettre
en place, ce qui ne nous empêche pas d'avoir la réflexion, la discussion, la
décision, peut-être même, sur le consentement présumé.
Vous avez mentionné qu'au Québec on a des
bases, je veux vous citer correctement, là, «on a déjà des bases intéressantes»
pour le consentement présumé. Qu'est-ce que vous voulez dire par ça, déjà, «on
a déjà des bases intéressantes»?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Bien,
on a déjà ce que vous faites, cette approche transpartisane, neutre et
objective.
Je vous dirais que ce qui a déjà été fait
pour l'aide médicale à mourir démontre qu'on est capables d'animer une...
sereinement, d'aborder sereinement des sujets difficiles et sensibles.
Puis je vous dirais aussi qu'on a
l'expertise en termes de recherche multidisciplinaire et de leadership
international pour être capables d'outiller cette réflexion-là, j'en veux pour
témoin le forum international qu'on a organisé. L'organisation de recherche que
j'avais cofondée, là, le Programme de recherche en don et en transplantation du
Canada, avec Transplant Québec, mais c'est les meilleurs experts internationaux
qui ont été là et qui ont cosigné avec nous les recommandations, et le
leadership venait du Québec. Donc, on a tout ce qu'il faut pour faire ce qu'il
y a à faire.
M. Fortin :Oui. Très bien.
• (10 h 40) •
Le Président (M. Provençal)
:50 secondes.
M. Fortin :Juste, en terminant, en terminant, M. le Président, je veux
peut-être rappeler aux parlementaires, à ceux qui nous écoutent, aux groupes
qui sont ici, là, l'importance de ce que Dre Hébert a mentionné, qui, moi,
est quand même venu me rejoindre, là, elle a cité, justement, certains des
constats suite au forum de 2021 et des recommandations, elle l'a dit en anglais
tout à l'heure, là, mais la considération des <valeurs...
M. Fortin :
...elle l'a dit en anglais tout à l'heure, là, mais
la considération des >valeurs prévalentes et de la culture de la
juridiction, là.
Il me semble que dans notre débat, ici,
effectivement, la notion de la culture et des valeurs québécoises doit faire
partie de nos discussions, absolument. J'apprécie que vous ayez amené ce
point-là, Dre Hébert.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, M. le député. Nous
allons poursuivre maintenant avec le député de Rosemont. Quatre minutes, M. le
député.
M. Marissal : Merci. Avant de
partir le chronomètre, je présume, M. le Président, que, dans votre grande
magnanimité, vous avez réparti le temps d'un collègue qui, malheureusement, ne
peut pas être ici. Je comptais sur vous là-dessus. Merci, M. le Président, pour
ça.
Dre Hébert, bonjour, merci d'être là.
Vous avez entendu, j'ai quatre minutes, donc je vais couper court aux
salutations, même si elles sont sincères et distinguées.
Vous avez dit essentiellement dans votre
mémoire : Il n'y a pas de structure de gouvernance provinciale
actuellement qui supervise à la fois les activités de don d'organes et de
transplantation d'organes.
Vous dites aussi plus loin qu'il n'y a
plus de plan d'effectifs médicaux spécialisés en transplantation.
Moi, je suis critique en santé depuis près
de trois ans, là, puis j'ai compris une affaire, c'est que pour que quelque
chose marche ou pour qu'on puisse penser que ça pourrait marcher il faut que ce
soit une priorité. Là-dessus, le ministre de la Santé et moi, on s'entend, puis
je pense que tout le monde s'entend là-dessus.
Est-ce que c'est une priorité, le don d'organes,
au Québec, en ce moment?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Le
don peut être une priorité. Il n'y a pas une bonne compréhension que don puis
la transplantation, ça va ensemble puis que ça doit être organisé tout
ensemble. Et donc ça, c'est un des freins.
Puis la manière dont, par exemple, le
mandat d'initiative a été intitulé, «moyens qui facilitent le don d'organes et
de tissus», mais c'est en fonction de; il faut que ça se traduise par une
transplantation. Puis ça, on l'a pris pour acquis et, parce qu'on l'a pris pour
acquis, on n'a pas structuré la gouvernance de telle sorte qu'on couvre tout ça.
Et on s'est départi d'outils qu'on avait avant, dont les plans d'effectifs
médicaux spécialisés dans le domaine de la transplantation, qui font qu'actuellement
ce qui a été pris pour acquis pendant des décennies, soit la transplantation,
bien, ce n'est plus une priorité.
Et donc le don d'organes est demeuré une
priorité, mais aux dépens de la transplantation. Et moi, ce que je vous dis, c'est
que la transplantation d'organes, elle doit redevenir une priorité.
M. Marissal : OK. Bien, vous
faites bien de nous le dire, parce qu'à première vue ça semble tout à fait
logique et normal, là, sauf que la chaîne... une chaîne est toujours aussi
forte que son maillon le plus faible, là, et là il y a un problème dans un des
maillons qui mènent vers la transplantation. C'est bien compris.
Puis c'est vrai qu'on l'avait intitulé
«pour faciliter le don d'organes et de tissus», mais je pense que tout le monde
ici a bien compris votre point.
Vous dites, par ailleurs, qu'ils sont
moins bien payés, les médecins spécialistes qui font ça. Comment on explique
ça? Je comprends mal la mécanique et la logique de ça.
Mme Hébert (Marie-Josée) : C'est
complexe, je ne pourrai pas vous répondre en moins de quatre minutes, mais ce
que je peux vous dire, c'est que les rémunérations sont, en général, gérées par
les différentes associations, donc par exemple néphrologue, chirurgien général,
chirurgien thoracique. La représentation des spécialistes qui sont
surspécialisés en transplantation à l'intérieur de ces associations-là, elle
est infime, ça fait que, donc, c'est rare que ça arrive au-dessus de la pile.
Et donc il faut que le volet
transplantation soit extrait des... de la vision de chaque sous-spécialité pour
que ça devienne une priorité en soi, là, en dehors de... donc pas prise à la
pièce puis fragmentée, mais, vraiment, qu'est-ce qu'il nous faut pour tout
faire ça ensemble.
M. Marissal : Je comprends
bien. Peut-être, un dernier point, s'il me reste du temps, là.
Vous dites : «Des accès prioritaires
préétablis aux plateaux techniques et au personnel hautement qualifié
nécessaire pour le don de transplantation». Est-ce que c'est possible en ce
moment?
Il semble qu'il y ait déjà un
embouteillage dans... sur nos plateaux, dans les blocs opératoires. Quand il n'y
a pas d'embouteillage, c'est parce qu'il n'y a pas de personnel, donc il n'y a
pas d'embouteillage, mais il n'y a pas d'activité non plus.
Ça, en ce moment, est-ce que ce serait
possible de le faire, ou ça demande effectivement une réorganisation majeure?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Ça
demande une réorganisation, mais c'est possible, puis on a le devoir de le
faire, puis c'est si on travaille ensemble qu'on va trouver une manière de le
faire.
Il pourrait y avoir une pénurie au CUSM
puis il n'y en a pas à Maisonneuve-Rosemont, il pourrait y avoir une pénurie à
Québec, mais il y en a... ou à Sherbrooke puis il n'y en a pas à Montréal, puis,
à ce moment-là, la transplantation, elle va se faire, si tout est fait pour qu'on
sache où on s'en va, parce que, quand on nous offre l'organe, on n'a pas trois
jours devant nous, hein, il faut que les décisions se prennent rapidement, ça
fait qu'il faut qu'on sache où on peut aller.
Puis nous, on est des gens d'équipe, on
travaille d'équipe. Il faut qu'on soit sûrs que <tout...
Mme Hébert (Marie-Josée) :
...des
gens d'équipe, on travaille d'équipe. Il faut qu'on soit sûrs que >tout
ce qu'on a besoin pour le faire, puis le bien faire, ce soit disponible, et
qu'après ça, bien, qu'on accède le plateau technique.
Tout ça, ça se planifie, mais, si on le
fait à la pièce, bien, la planification, elle va être sous-optimale. Puis, à ce
moment-là, la pénurie, le risque de pénurie va être multiplié par toutes les...
par tous les endroits où il y a des prises de décisions à la pièce.
M. Marissal : OK. C'est tout
le temps que j'ai. Je vous remercie, Dre Hébert.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Dre Hébert, pour
votre contribution à nos travaux.
Je vais suspendre ceux-ci pour quelques
minutes, le temps de procéder et de permettre à... au Dr D'Aragon de venir
s'installer.
Alors, merci beaucoup, c'est grandement
apprécié.
(Suspension de la séance à 10 h 47)
(Reprise à 10 h 49)
Le Président (M. Provençal)
:Nous revenons en ondes. Je souhaite
maintenant la bienvenue au Dr D'Aragon. Et je vous rappelle, docteur, que
vous aurez 10 minutes pour votre... pour votre exposé, excusez-moi, et, par
la suite, nous allons procéder à la période d'échange.
Alors, je vous cède immédiatement la
parole.
M. D'Aragon (Frédérick) : Merci
beaucoup. Tout d'abord, j'aimerais, en fait, remercier mes collègues qui m'ont
gentiment libéré aujourd'hui pour être présent parmi vous. Je remercie les
membres de la commission, là, pour cette invitation.
Donc, je me présente, je suis Frédérick
D'Aragon, je suis anesthésiologie et médecin spécialiste en médecine des soins
intensifs ainsi que médecin coordonnateur en don au CIUSSS—Estrie-CHUS. Et,
bon, finalement, je suis professeur agrégé à l'Université de Sherbrooke.
Depuis 2017, je suis clinicien chercheur
du fonds de recherche du Québec en santé. Et récemment j'ai eu le privilège
d'être nommé titulaire de la toute première chaire québécoise et canadienne de
recherche en don d'organes, soit la Chaire de recherche Justin Lefebvre sur le
don d'organes de l'Université de Sherbrooke.
Pendant ma formation complémentaire, j'ai
eu l'opportunité de faire une maîtrise en don d'organes et prélèvement ainsi
qu'un certificat en transplantation de l'Université de Barcelone en Espagne. Ces
formations m'ont permis d'observer les différentes pratiques entourant le don
d'organes dans ce pays reconnu pour ses pratiques exemplaires.
• (10 h 50) •
Au Québec, 92 % de la population est
favorable au don d'organes, alors qu'environ 60 % consentira au don le
moment venu.
Les besoins criants en transplantation
combinés à cet écart entre la volonté d'être un donneur et celle d'être un...
de devenir donneur alimentent les discussions à l'égard du consentement présumé
au don.
C'est dans ce contexte que je souhaite
partager avec vous mon expérience à titre de médecin coordonnateur ainsi que
mes connaissances scientifiques entourant les moyens facilitant le don
d'organes et tissus au Québec et la place du consentement présumé.
En 2022, 913 Québécois étaient en
attente d'une transplantation. La majorité, en fait, était en attente d'une
greffe rénale, alors que 483 patients, eux, ont bénéficié d'une
transplantation, et malheureusement 47 patients sont décédés sur les
listes d'attente.
Au cours de cette même année,
171 patients sont devenus des donneurs décédés et ont permis la
transplantation de 548 organes.
Le Québec se situe au quatrième rang des
provinces canadiennes avec 19,6 donneurs par million d'habitants, tout
juste derrière l'Ontario.
Au Québec, le don d'organes est possible
dans trois circonstances : le don d'organes après décès <neurologique...
M. D'Aragon (Frédérick) :
...possible dans trois circonstances : le don d'organes après décès >neurologique,
le don d'organes après décès circulatoire, et finalement le don vivant.
Le don d'organes après décès neurologique,
mieux connu sous l'expression de mort cérébrale, survient lorsqu'un patient
subit une perte irréversible de l'ensemble des fonctions cérébrales, soit, en
fait, la capacité de respirer spontanément et même l'état de conscience, tout
simplement, et ça suit, en fait, une catastrophe neurologique sévère.
Dans pareilles circonstances, le décès
neurologique sera confirmé par un examen physique et un test clinique par deux
médecins indépendants.
Un donneur d'organes après décès
neurologique peut donner jusqu'à huit organes et donc sauver ou améliorer la
vie d'autant de receveurs.
Certains patients admis aux soins
intensifs et sous thérapie de maintien de fonctions vitales, lire ici
ventilation mécanique, médicaments pour augmenter la tension artérielle ou pour
fouetter le cœur, auront une catastrophe neurologique sévère sans perte
complète des fonctions cérébrales.
Lorsque les chances de guérison sont
faibles, les familles peuvent choisir de retirer, par compassion, les thérapies
de maintien des fonctions vitales, sachant qu'un décès circulatoire, soit
l'absence des battements cardiaques et de pression artérielle ainsi que la
respiration, suivra.
Si un patient est susceptible de mourir
quelques heures après le retrait des thérapies de maintien de fonctions
vitales, il peut y avoir une opportunité de don d'organes, c'est ce qu'on
appelle en fait le don d'organes après décès circulatoire, et on peut donner
jusqu'à cinq organes.
Au Québec, un donneur vivant peut donner
un rein ou une partie de leur foie. Malheureusement, le don vivant est
relativement rare au Québec. En effet, plus de 70 % des organes prélevés
proviennent des donneurs décédés.
Considérant que je ne suis pas un expert
du tout en don vivant et que des représentants du programme québécois de don
vivant seront avec vous dans les prochaines heures, le reste de ma présentation
portera sur les donneurs décédés.
Le processus de don débute par
l'identification d'un patient pouvant devenir un donneur potentiel.
L'identification repose sur des critères
cliniques suivants : l'atteinte neurologique sévère, un patient qui est
sous thérapie de maintien de fonctions vitales et pour lequel un arrêt de ces
thérapies-là est envisagé.
Actuellement, nous ne sommes pas en mesure
d'identifier en temps réel les donneurs potentiels, le tout doit se faire via
une analyse rétrospective annuelle.
De manière conservatrice, nous pouvons
estimer qu'entre 10 à 20 % des donneurs potentiels ne sont pas identifiés.
Une fois identifié, le dossier du patient
est référé par un membre de l'équipe soignante ou par du personnel dédié en
dons, infirmières ressources, par exemple, à Transplant Québec.
La référence permet principalement de
vérifier l'inscription du patient au registre et, de manière secondaire, de
déterminer s'il y a la présence de contre indication absolue au don d'organes.
Je tiens à mentionner que les contre-indications absolues sont excessivement
rares.
Actuellement, le Code civil du Québec oblige
le directeur des services professionnels d'un centre hospitalier à référer tous
les donneurs potentiels à Transplant Québec ou Héma-Québec.
Une fois la référence acceptée, l'équipe
traitante et/ou le personnel dédié de Transplant Québec approche la famille
pour l'obtention du consentement au don.
En présence d'un consentement, l'étape qui
comprend l'évaluation et la prise en charge du donneur suit. Pendant cette
étape une série d'examens paracliniques et interventions pharmacologiques ou
des actions techniques seront réalisés afin d'évaluer la qualité des organes et
optimiser la fonction de ceux-ci.
Le processus se termine par l'étape du
prélèvement. Le prélèvement des donneurs d'organes après décès neurologique est
réalisé dans un des centres de prélèvement d'organes dédiés au Québec, alors
que le prélèvement des donneurs d'organes après décès circulatoire sera réalisé
dans le centre hospitalier où le donneur est situé.
Environ trois jours se seront écoulés
entre le moment du consentement au don et le prélèvement des organes. La durée
de prise en charge est en augmentation, à un point tel où elle serait la raison
principale invoquée par les familles pour refuser le don.
Il faut dire que la durée de prise en
charge du donneur s'ajoute déjà à quatre à cinq jours d'hospitalisation aux
soins intensifs qui ont précédé le consentement au don d'organes.
L'article 43 du Code civil stipule
qu'un individu peut autoriser sur son corps le prélèvement d'organes
post-mortem et que ses volontés doivent être respectées, sauf motif...
impérieux, pardon.
Dans les faits, la grande majorité, si ce
n'est pas l'entièreté de mes collègues, vont respecter la décision de la
famille, car nous ne sommes pas ceux qui devront vivre avec le deuil, et un
patient, en fait, pourrait avoir changé ses volontés sans avoir fait
modification au registre de la carte... au registre disponible ou sur sa carte
d'assurance maladie.
En fait, c'est dans ce contexte qu'un
modèle de consentement présumé pourrait être perçu comme étant souhaitable.
Le consentement présumé est un modèle où
nous supposons que le patient donne son accord tacite au don d'organes. Ce
modèle, utilisé majoritairement en Europe, repose sur les arguments suivants :
il y a des pertes d'organes aux décès, le manque d'opportunités, en fait, pour
signaler l'intention d'un patient de devenir donneur, les vetos familiaux, et
une population qui est généralement favorable au don.
Or, les évidences supportant les bénéfices
d'un modèle de consentement présumé sont contradictoires. Des 32 études
répertoriées étudiant le bénéfice associé au modèle de consentement présumé par
rapport au consentement explicite, une seule a démontré le bénéfice direct
entre le <consentement...
M. D'Aragon (Frédérick) :
...explicite,
une seule a démontré le bénéfice direct entre le >consentement présumé
et le nombre de donneurs et d'organes prélevés.
À l'opposé, les auteurs de la majorité des
études n'étaient pas capables de distinguer l'effet du consentement des autres
facteurs pouvant expliquer une hausse du nombre de donneurs, tel que les
budgets d'organismes aux dons d'organes, l'éducation du public, le nombre de
donneurs potentiels par année, le nombre de centres de transplantation, le produit
intérieur brut par habitant et les religions.
À cet effet, la croyance populaire veut
que le succès de l'Espagne repose sur la présence du consentement présumé. Dans
les faits, chaque famille de donneur est approchée pour l'obtention d'un
consentement, et le taux de consentement en Espagne se situe entre 70 et
80 %.
En Espagne, la loi sur le consentement
présumé a été adoptée en 1979. À ce moment, le nombre de donneurs par million
d'habitants était autour de 12. Ce nombre est demeuré relativement inchangé
jusqu'en 1989, l'année où l'ONT, donc l'organisme chapeautant les activités de
don en Espagne, a été créé. Depuis, le nombre de donneurs par million a
constamment augmenté, pour atteindre 41 donneurs par million en 2021.
Dans les faits, le succès du modèle
espagnol repose sur six éléments. Tout d'abord, il y a l'ONT, comme telle, qui
gère l'ensemble des activités de don et transplantation dans le pays.
L'ensemble des décisions prises par l'ONT est approuvé par une commission de la
transplantation du conseil interterritorial de la santé. Cette commission
regroupe l'ensemble des parties prenantes impliquées dans les activités de don
et transplantation.
À titre informatif, au Québec, les réseaux
québécois de don et transplantation d'organes jouent un rôle essentiellement
comparable à celui de la commission de la transplantation.
La présence d'un coordonnateur en
transplantation dans chacun des hôpitaux du pays constitue l'élément central du
modèle. En plus de réaliser des activités de sensibilisation, il est
responsable de développer et systématiser les processus d'identification des
donneurs, de procéder à la référence à l'organisme de don, d'obtenir le
consentement, de faire la prise en charge en fonction des guides de pratiques
en place et d'organiser le prélèvement des organes, le tout en soutenant les
familles de donneurs. Il est nommé par le directeur médical de l'hôpital et
relève directement de lui.
Plus de 60 % des médecins sont... des
coordonnateurs sont des médecins ayant une spécialité en médecine des soins
intensifs et la très grande majorité ont une pratique à temps partiel. La
création des postes de médecin coordonnateurs au Québec et son augmentation
récente représente clairement une avancée pour les activités de don dans notre
province.
Le troisième facteur clé du modèle
espagnol est le programme d'assurance qualité. Chaque centre hospitalier doit
procéder, sur une base annuelle, à un audit interne. De plus, ces hôpitaux sont
audités par des membres externes, de manière aléatoire.
La formation des professionnels de la
santé représente un autre élément phare du modèle espagnol. Tous les
professionnels de la santé, directement ou indirectement impliqués dans le don
d'organes, reçoivent une formation portant sur les grandes étapes du processus
de don. Des formations additionnelles avancées sont ouvertes aux professionnels
de la santé directement impliqués dans les activités de don.
Finalement, l'ouverture de l'ONT aux
médias et le système de remboursement hospitalier en place dans les autres...
sont les autres facteurs qui contribuent au succès du don en Espagne.
Sans égard au type de modèle de
consentement préconisé, un système doit être en mesure d'améliorer ses
pratiques.
Au cours des dernières années, un intérêt
grandissant pour la recherche sur les donneurs est survenu. Cette recherche a
pour but d'augmenter l'identification des donneurs, le consentement ainsi que
la quantité et la qualité des organes prélevés. Malheureusement, les progrès
sont lents, voire pratiquement inexistants.
Dans les nouvelles lignes canadiennes sur
la prise en charge des donneurs d'organes aux soins intensifs, seulement deux
des 36 recommandations s'appuient sur des études randomisées et contrôlées,
soit le plus haut niveau d'évidence scientifique. La majorité des
recommandations, en fait, reposent sur des avis d'experts.
Le processus de consentement à la
recherche est particulièrement complexe et la recherche en don implique des
considérations additionnelles et surtout uniques. Par exemple, pour chaque
donneur randomisé, il y aura... inclus dans une étude, pardon, il y aura trois
à quatre receveurs d'organes correspondants pour lesquels un consentement à la
recherche sera requis.
Le Président (M. Provençal)
:...vous demander de conclure parce que
votre temps est écoulé.
• (11 heures) •
M. D'Aragon (Frédérick) :
Parfait. Donc, je vais conclure en disant que, sans égard à la...
En fait, tout d'abord, je crois qu'une
discussion sur un débat de société doit être réalisée sur le consentement présumé,
préalablement à son implantation.
Dans mon mémoire, vous pourrez voir une
série de suggestions que je fais pour améliorer, en fait, le processus de don.
Je vous remercie de votre attention, et
désolé d'avoir dépassé le temps. Quand je me suis pratiqué, ça rentrait dans 10 minutes.
Le Président (M. Provençal)
:Pas de problème. Je vais céder la
parole à la députée de Bonaventure pour le début de l'échange.
Mme Blouin : Merci beaucoup.
D'abord, bonjour, Dr D'Aragon. Merci de votre présence parmi nous. Merci
aux collègues aussi qui vous ont libéré, ils semblent nombreux, avec tout ce
que vous faites.
Est-ce que vous voulez terminer votre...
Avez-vous autre chose à ajouter?
M. D'Aragon (Frédérick) : Ça
va, merci.
Mme Blouin : Bon. Parfait.
Vous avez travaillé en Espagne. On sait que c'est une des juridictions les plus
performantes. Vous en avez parlé un petit peu. J'aimerais vous entendre
davantage, justement, sur comment ça fonctionne, les bonnes pratiques
desquelles ont devrait s'inspirer au Québec. Est-ce que vous pouvez nous en
parler un peu davantage...
11 h (version révisée)
Mme Blouin : ...lesquels on
devrait s'en inspirer au Québec. Est-ce que vous pouvez nous en parler un peu
davantage?
M. D'Aragon (Frédérick) : Bien,
en fait, oui, clairement. Il y a... En fait, ça part d'en... complètement d'en
haut, là, du système. Tout le monde, je parlais de la commission tout à l'heure,
mais tout le monde se parle. Vous avez noté, il y a plusieurs acteurs impliqués
dans le don et la transplantation, que ce soit du côté des soins intensifs, que
ce soit des équipes de transplantation qui sont situées dans différents milieux
hospitaliers, donc à distance géographique, il y a Transplant Québec aussi qui
est impliqué, là-dedans, bref, plusieurs acteurs. Et tout le monde est à la
même table pour prendre des décisions sur les conduites à adopter. Ça, c'est
un.
Deux, ensuite, de ça, il y a des
coordonnateurs cliniques en don qui sont libérés, en fait, pour faire que des
activités de don, sensibiliser puis aussi aider les collègues sur le terrain.
Ça, c'est un élément qui est absolument important, en fait.
Puis le troisième, je vous dirais, c'est
la formation. En fait, c'est la formation à plusieurs niveaux, ce n'est pas
nécessairement de la formation au niveau de la... de la population en général,
mais surtout au niveau des professionnels de la santé. Elle est obligatoire, et
ça favorise une culture positive, en fait, du don d'organes. On ne voit pas le
don comme un fardeau, mais on voit ça comme une plus-value pour l'hôpital et la
société en général.
Mme Blouin : Bien, justement,
on va poursuivre avec la formation. Ici, au Québec... bien, deux questions,
en fait : Comment on peut l'améliorer, cette formation-là professionnelle?
Et j'entends, peut-être que je me trompe, mais j'entends que la formation est
vraiment diffusée à un sens large, donc à... pas juste aux professionnels qui
sont ciblés. Pourquoi? C'est quoi, les impacts positifs de ça?
M. D'Aragon (Frédérick) : En
fait, il y a tellement de personnes qui sont impliquées dans un processus de
don, on... même des techniciens en radiologie, et ainsi de suite. Je veux dire,
je pourrais en parler pendant des heures et... mais il y a... la... À l'heure
actuelle, ce qui devrait être fait comme formation... En fait, pour, entre
autres, les corps de métier qui sont directement impliqués, que ce soient les
médecins en médecine des soins intensifs, inhalos, infirmières, il devrait y
avoir une formation obligatoire pour ces professionnels-là. Maintenant, le
véhicule de comment le faire et qu'est-ce que ça doit contenir est probablement
un peu secondaire.
Mais elle devrait être obligatoire, cette
formation-là, pour justement décrire c'est quoi, le processus pour sensibiliser
les gens à la... un, à la rareté des organes, deux, à la complexité du
processus. Et le fait qu'on manque un donneur, c'est un donneur manqué de trop.
Vous savez, il y a une règle qu'on utilise, là, c'est environ 1 % des
décès dans un hôpital qui vont se qualifier au don.
Donc, au final, là, il ne faut pas manquer
ce donneur-là parce que la prochaine fois, ça risque d'être dans plusieurs
semaines, voire mois, et on aura manqué une opportunité importante.
Mme Blouin : ...des donneurs,
vous... des donneurs, oui, vous dites qu'on en échappe plusieurs, mais comment
est-ce qu'on peut mieux les identifier puis comment on peut ne pas les
échapper, si on veut?
M. D'Aragon (Frédérick) : Bien,
premièrement, je pense qu'on devrait avoir un... L'obligation de référence ne
devrait pas être via le directeur des services professionnels pour quelques
raisons, mais vraiment, pratico-pratique, une grande partie des activités de
don d'organes ont lieu à des heures défavorables, c'est la fin de semaine, c'est
le soir, c'est pendant le congé des fêtes, bref, ainsi de suite, ce qui fait en
sorte que les professionnels n'ont... ne se sentent pas toujours responsables
de devoir procéder à la référence. Si la référence reposait sur une obligation
des professionnels, je crois que, déjà là, on pourrait augmenter le taux de
référence, même avant ça, d'avoir un processus d'identification.
On parle qu'on a des processus d'identification,
je pense que les centres hospitaliers où est-ce qu'il y a des activités de
prélèvement plus importantes ont des processus d'identification. Mais moi, je
parle des hôpitaux comme dans ma région. Les Granby de ce monde, les
Cowansville de ce monde doivent avoir des procédures d'identification des
donneurs, parce qu'il y a des donneurs qui sont là qu'on manque à l'heure
actuelle, puis on n'est pas capable de le savoir en temps réel. En fait, je le
sais l'année suivante, difficile d'intervenir, à ce moment-là, pour améliorer
les choses.
Mme Blouin : On va prendre un
moment pour absorber. Je vais changer de sujet, même si c'est très intéressant.
Je suis certain que les autres collègues... certaine que les autres collègues
auront des questions sur le sujet aussi. Vous avez dit que, dans la pratique,
il y a le respect de la volonté des familles. J'imagine que, si on allait pour
le consentement présumé, ça serait la même chose, ce serait une pratique qui
demeurerait.
M. D'Aragon (Frédérick) : En
fait, oui. En fait, je... De la manière... En fait, la vaste majorité des
modèles de consentement présumé continuait à approcher les familles, et donc
les vétos familiaux doivent continuer à s'appliquer, d'où, je pense, l'importance
de sensibiliser la population et les professionnels de la santé, et ainsi de
suite, pour justement travailler sur ce qu'on dit être les vétos familiaux.
Parce que le consentement présumé, comme on le... comme on le propose à l'heure
actuelle, ne va pas corriger, en fait, ce véto familial là, là, selon ce que j'ai
lu, parce que les familles vont continuer encore d'être approchées.
Et, vous savez, pour un médecin, c'est...
qui... lorsqu'on fait la... Dans la vie de tous les jours, pour tout l'ensemble
des soins qu'on offre, lorsque notre patient, il n'est pas apte à consentir
parce qu'il y a une altération, exemple, d'état de conscience, bien, on se
rabat sur la famille pour leur demander leur autorisation, oui, non. Et là,
dans un modèle de consentement, il y aurait cette différence-là que là on ne le
demanderait pas? Je pense que ça serait très difficile.
La deuxième chose, c'est qu'il y a... ça <génère...
M. D'Aragon (Frédérick) :
...Je
pense que ça serait très difficile.
La deuxième chose, c'est qu'il y a...
ça >génère beaucoup d'émotions fortes de la part des familles, lorsqu'on
arrive dans un contexte de don, et des fois ils... le fait de... pourrait... en
fait, le fait d'aller vers le don pourrait, en fait, accentuer leur détresse
psychologique, et je dirais bien «pourrait accentuer» parce qu'on ne l'a pas
mesuré.
Et la troisième des choses, même si on
allait, exemple, à l'encontre des volontés des familles, une famille pourrait
décider de ne pas répondre au questionnaire physique de l'organisme de don, et,
à ce moment-là, le processus de don pourrait ne pas... en fait, ne continuerait
pas parce qu'on ne pourrait pas évaluer les risques de transmission de maladie,
et ainsi de suite, et donc le dossier pour le donneur potentiel serait fermé.
Mme Blouin : Merci. Si on
parle de données, ce seraient quoi, les modifications législatives qu'on
pourrait faire, qu'on pourrait apporter, en fait, pour faciliter l'accès aux
données médicales puis sur les donneurs potentiels et sur les patients
transplantés aussi? Qu'est-ce qu'on peut faire pour ça?
M. D'Aragon (Frédérick) : Bien,
là, je vous avoue ne pas avoir du tout d'expertise légale. De ce que je comprends,
en fait, depuis mon début d'aventure dans la recherche en don, Transplant
Québec est souscrit à un régime de loi particulier, ce qui fait en sorte que,
pour eux, la transmission des données, en fait, à un tiers doit souscrire à des
normes particulières, et ils sont pris avec ça. Puis je pourrais vous parler de
mon expérience à la Commission d'accès à l'information, ça m'a pris deux ans
et demi à obtenir des données anonymisées pour faire de la recherche en don. Tu
sais, à un moment donné, ça reste qu'on veut améliorer la pratique.
Donc, je pense que ça, ce serait un
aspect, là, probablement, de voir comment on peut moduler cette portion-là de
la loi pour faciliter l'accès à ces données-là et surtout faciliter la
possibilité de lier les données entre les donneurs et les receveurs, pour une
raison particulière. En fait, les gens pensent que, bon, il pourrait y avoir de
la coercition parce qu'un donneur pourrait identifier un receveur, mais, au
niveau de la recherche, il y a des moyens de faire des liens entre donneur et
receveur. Parce que, vous savez, en ce moment, ce qu'on administre au donneur,
on ne sait pas si ça fonctionne ou pas, à peu de choses près, on ne sait pas si
on crée des préjudices à un organe puis c'est bénéfique à l'autre organe. On ne
le sait pas parce qu'on ne le mesure pas. Si on nous donne les moyens de le
faire, ce serait... je pense, ce serait déjà un pas dans la bonne direction, avec
les donneurs qu'on a déjà entre autres, là.
Mme Blouin : Merci beaucoup.
Je crois que j'ai des collègues qui avaient des questions.
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée de Bellechasse.
Mme Lachance : ...questions.
La première, c'est que vous avez suscité mon intérêt quand vous avez dit :
Dans la pratique, on a de la difficulté, dans les plus petits milieux, à
identifier... avec l'identification des donneurs. Là, je veux vous entendre
puis je... parce que vous avez mentionné : Je le sais l'année d'après. Je
ne comprends pas. On ne sait pas qui pourrait être un donneur potentiel dans un
hôpital, qui est en mort cérébrale?
M. D'Aragon (Frédérick) : En
temps réel, non, on ne le sait pas, en fait. On sait que... En fait, la très...
Il va y avoir des patients qui vont décéder dans un milieu, dans un centre
hospitalier, et ces patients-là... dans le fond, via des audits annuels, de
manière rétrospective, où on révise l'ensemble des décès, c'est comme ça qu'on
va savoir si un patient aurait... aurait, selon certains critères, pu devenir
un donneur potentiel ou pas.
Il y a une autre partie, par contre, des
donneurs, comme vous faites mention, là, pour les donneurs après décès
neurologique. Souvent, ces donneurs... ces patients-là, en fait, avant d'être
donneurs, vont être pris... vont être transférés dans un autre centre
hospitalier pour traiter la catastrophe neurologique. Puis, bon, quand ça... on
n'est pas capable de la traiter, cette... ils vont évoluer vers le décès
neurologique, mais ces patients-là nous sont transférés. Mais moi, je parle des
patients qui ne nous sont pas transférés, pour lesquels il y aura eu un arrêt
de soins dans un hôpital x, y, et que, là, bien, dans le fond, dans cet
hôpital-là, il n'y a pas de procédure d'identification des donneurs pour faire
la référence qui est en... et faire la référence, pardon.
Mme Lachance : Donc,
actuellement, il n'y a pas de processus d'identification des donneurs partout,
dans tous nos hôpitaux au Québec.
• (11 h 10) •
M. D'Aragon (Frédérick) : En
fait, il y a des processus d'identification, mais ils sont locaux. Donc, nous,
on en a un, exemple, dans notre hôpital, mais je n'ai pas... je ne sais pas si,
exemple, à l'hôpital x, y, je ne nommerai pas de nom, ils en ont une. Je
pense qu'une des manières justement qu'on pourrait, c'est que Transplant Québec
puisse avoir un certain pouvoir pour obliger les centres hospitaliers à avoir
la même procédure d'identification de donneur, peu importe de quel type de
centre hospitalier on parle.
Mme Lachance : OK. Donc,
dans... quand on parle du nombre de donneurs actuel, il y a une cause
importante là du... de sa faiblesse, si on veut, ça va au-delà du nombre de
donneurs qui pourraient le faire : on ne les identifie pas. OK.
Vous avez parlé des vetos familiaux en
Espagne, puis là je vous avoue que j'ai été un peu perdue parce qu'on dit que
le don est présumé en Espagne <depuis 1979...
Mme Lachance :
...est
présumé en Espagne >depuis 1979, et à l'époque, il y avait
12 donneurs par million, puis qu'on... c'est seulement en 1989 qu'on est
passés à 41 donneurs par million. Le veto familial, comment ça fonctionne
en Espagne?
M. D'Aragon (Frédérick) : C'est
ça. Donc, en fait, le... en Espagne, tout donneur potentiel va être approché
par un coordonnateur en don pour l'obtention du consentement. En fait, même si
la loi, elle est en place, elle n'est pas appliquée. Le seul élément que la loi
espagnole permet de faire, c'est un type de don d'organes qu'on ne fait pas au
Québec, en fait, qui s'appelle le don d'organes après décès circulatoire non
contrôlé. Donc, ce sont, en fait, des interventions qu'on va faire, qui, on
sait, ne vont rien changer sur le devenir d'un patient qui est en arrêt cardiocirculatoire,
mais qui vont préserver les options du don d'organes. Donc, la loi permet de
faire ça, mais elle n'est pas... Pour l'ensemble des donneurs, exemple, les
donneurs les plus communs, là, les donneurs après décès neurologique, chaque
famille est approchée. Et, s'ils refusent, on ne va pas de l'avant avec le don.
Mme Lachance : Merci. Vous
avez parlé des questionnaires physiques. Donc, dans le fond, même si le
consentement est présumé, il y a des étapes qui permettent de pouvoir utiliser
les organes d'un donneur potentiel. Et une de... si je comprends bien, une de
ces étapes-là, c'est le questionnaire physique. Or, le donneur ne peut pas
répondre. C'est essentiel que des membres de la famille puissent ou des...
bien, des proches puissent répondre. Est-ce que c'est bien ce que je dois
comprendre?
M. D'Aragon (Frédérick) : Oui,
vous avez bien compris.
Mme Lachance : OK. Bien,
merci, merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Député de Saint-Jérôme.
M. Chassin :Combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Provençal)
:2 min 15 s.
M. Chassin :Ah! formidable, ça devrait suffire. Merci, Dr D'Aragon.
J'ai une question, parce que, vraiment, dans ce que vous soulevez, je pense
qu'il y a un enjeu, où implicitement, vous laissez entendre que, tant qu'il n'y
aura pas une certaine uniformité en termes de procédure pour l'identification,
pour la consultation, si on a des questions aussi délicates que de consulter
une famille... puis vous avez l'exemple espagnol comme référent, mais est-ce
qu'on est, à l'heure actuelle, outillés pour le faire? Et, si on change, dans
le fond, la présomption de consentement, bien, ça ne va pas changer le fait que,
dans les petits centres hospitaliers, peut-être que ce n'est pas la priorité,
peut-être qu'on est débordés, qu'il manque de formation là-dessus. Ça fait que
là, j'essaie de voir, là, mais j'ai l'impression que vous nous envoyez un
message de : Voici une étape préliminaire à tout le reste.
M. D'Aragon (Frédérick) : Oui.
En fait, je pense que les outils sont disponibles, là. C'est ce qu'on
appelle... en fait, Transplant Québec produit des procédures types qui sont...
en fait, c'est le langage qui est utilisé, qui est adapté en fonction du type
de centre hospitalier. En fait, le type de centre hospitalier, c'est la
présence ou pas de ressources dédiées. Moi, je pense que... mais ces... L'application
de ces procédures-là, elle est à la... je ne me ferai pas d'amis, elle est
probablement à la discrétion locale de l'institution. Donc, à ce moment-là, il
y a... il y a de la variabilité interétablissements, alors que la... c'est à la
discrétion de l'établissement de le faire ou pas. Je pense que ça devrait être
implanté, obligatoire, audité, ainsi de suite. Juste là, je vous le dis, je
pense qu'on pourrait aller chercher des donneurs de plus.
M. Chassin :Sachant qu'il va peut-être y avoir, par exemple, dans un
milieu, un certain coût, là, hein? On affecte certaines ressources, une
priorité entre autres, mais certaines ressources à ça.
M. D'Aragon (Frédérick) : Clairement.
Puis je pense, comme j'en faisais mention, le fait que le programme des
médecins coordonnateurs est récemment d'ailleurs augmenté, là, je pense qu'on
est rendu autour de 30, 32, je pense que c'est justement un pas, un pas dans la
bonne direction pour justement implanter ça. Mais on dirait que, des fois,
hein, quand... il y a le volontariat puis la théorie du bâton puis de la
carotte, je pense, ça prend un petit peu d'imposition.
M. Chassin :Oui, oui. Puis, en terminant, est-ce que vous diriez, comme...
Le Président (M. Provençal)
:...terminé, M. le député.
M. Chassin :Ah! c'est...
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je vais céder la parole au
député de Pontiac. Merci beaucoup.
M. Fortin :Merci. Merci, M. le Président. Bonjour, Dr D'Aragon.
Merci d'être parmi nous. Juste pour peut-être terminer sur cet enjeu-là, puis
je ne sais pas si c'est la même question que vous... que le député de
Saint-Jérôme voulait poser, là, essentiellement, ce que vous êtes en train de
nous dire, là, c'est que, si moi, j'ai un accident de la voiture, et on m'amène
au CHU de Sherbrooke, j'ai peut-être des meilleures chances de devenir un
donneur que si on m'amène à l'hôpital de Cowansville, c'est un... c'est un...
Une voix : ...
M. Fortin :OK. Et ça, c'est à cause que... bien, vous avez mentionné la
procédure, là, mais est-ce que c'est parce que l'hôpital de Cowansville a
peut-être de la difficulté à savoir si je me suis auto-identifié comme donneur
potentiel ou est-ce que c'est parce qu'il n'a pas les procédures en place pour
savoir si je remplis toutes les caractéristiques potentielles, physiques, là,
d'une personne apte à donner mes organes?
M. D'Aragon (Frédérick) : Les
deux plus le fait que, des <fois...
M. Fortin :
...mes organes?
M. D'Aragon (Frédérick) :
Les
deux plus le fait que, des >fois, on ne devient pas nécessairement... il
va s'écouler un certain temps avant de pouvoir... avant de dire qu'on va
devenir un donneur d'organes, là. Il y a la lésion aiguë, là, la... qu'on
essaie de sauver, dans le fond, la vie du patient, puis après ça il y a le don.
Mais oui, vous avez raison pour les deux motifs que vous avez mentionnés.
M. Fortin :
...deux motifs. OK. Vous avez entendu la Dre Hébert avant vous, là,
elle nous a parlé d'une espèce de système centralisé, là, disons, donc... Et
vous, dans votre... je pense, c'est en réponse aux questions tantôt, vous avez
parlé de la possibilité que Transplant Québec puisse avoir... puisse imposer un
certain processus aux hôpitaux qui, peut-être, n'en ont pas ou à ceux qui ont
des processus qui ne sont plus d'actualité, ou du jour, ou peu importe. Le
système centralisé qu'imagine la Dre Hébert, là, je comprends que vous
êtes également en faveur de quelque chose comme ça.
M. D'Aragon (Frédérick) : En
fait, je veux juste être certain... Parce que, des fois, on utilise le système
centralisé pour dire, exemple, qu'un hôpital va... on va concentrer les
activités, donc, dans un établissement, là.
M. Fortin :...compris comme ça, là.
M. D'Aragon (Frédérick) : OK.
Parfait. Ça fait que... En fait, oui, je suis d'accord... Oui, je suis d'accord
avec Dre Hébert que, dans le fond, il doit y avoir une centralisation des
procédures de dons répartis dans l'ensemble des hôpitaux. On... En fait, on
devrait pouvoir faire des activités de dons dans chacun des hôpitaux de la
province, peu importe où on est situé.
M. Fortin :Très bien. Très bien et noté. Bon, vous êtes médecin
coordonnateur, vous êtes... chaire de recherche sur le don d'organes, alors
vous, vous comprenez et vous connaissez, là, le processus de... à partir,
disons, du décès jusqu'au... jusqu'à la transplantation, là, sur le bout de vos
doigts, je vais en profiter. Tantôt, vous avez dit : La grande majorité
des médecins avec qui je travaille ne procéderont pas s'ils n'ont... s'ils
n'ont pas l'accord de la famille, là. Par «très grande majorité», vous voulez
dire tous les médecins, là, si je comprends bien, là. Ça ne se passe pas...
Aujourd'hui au Québec, ça ne se passe pas sans l'accord de la famille?
M. D'Aragon (Frédérick) : Ça
ne se passe pas sans l'accord de la famille.
M. Fortin :Est-ce qu'il y a une juridiction à travers le monde où ça
se passe sans l'accord de la famille? Parce que c'est quand même une... Puis là
je vais me permettre de mettre un petit peu de contexte, là, c'est une des
questions qu'on entend régulièrement : Pourquoi ma famille devrait avoir
un veto sur ma décision personnelle? Et là je ne suis pas en train de militer,
là, pour une chose ou une autre, j'essaie de comprendre, parce que les gens ont...
il y a... il y a quand même un certain point derrière ça. Et on le voit à
travers notamment l'aide médicale à mourir, on le voit à travers... ça arrive
des membres de la famille qui ne sont pas d'accord avec... alors que ma mère
utilise l'aide médicale à mourir, que mon frère l'utilise, pour toutes sortes
de raisons. Alors, pourquoi dans ce... dans ce dossier-ci, il y aurait un veto
quand, sur l'aide médicale à mourir, il ne l'a pas? Et j'aimerais connaître
votre perspective peut-être plus globale, à savoir : Ailleurs, est-ce que
c'est partout pareil?
M. D'Aragon (Frédérick) : La
vaste majorité des pays où il y a un consentement présumé, ils vont quand même
autoriser le veto des familles. Je sais, par contre, qu'il y a des pays qui ne
le font pas, là. C'est ce qu'on appelle, en fait, le consentement présumé dur
versus le consentement présumé souple. Donc, le consentement présumé dur, c'est :
même si on veut que... même si les familles expriment leur veto, en fait, il ne
sera pas reconnu, et on va aller de l'avant vers le don. En fait, Singapour en
est... de mémoire, en est un, là. D'ailleurs, le rapport CIRANO, vous avez
probablement entendu parler, le décrit plus en détail. Donc, oui, ça se fait
dans certains pays.
Maintenant, la vaste majorité des pays, ça
ne se fait pas, là. Puis, bon, comme je vous mentionnais, la... je crois que
c'est tellement une question sensible qu'à cette... Lorsqu'on arrive à cette
étape-là, les familles sont sous le choc. Il y a des éléments, comme je vous
disais, qui peuvent avoir changé. En fait, le patient peut avoir changé ses
volontés, mais ne l'a juste pas modifié dans... au registre de la RAMQ, qui est
une... c'est quand même un effort colossal, là, de s'inscrire sur le registre
de la RAMQ. Donc, juste là, tu sais, ça devient un... c'est un enjeu, puis
nous, bien, on est pris avec cette situation-là. Donc, je pense qu'il n'y a pas
de... il n'y a pas... la vaste majorité de mes collègues n'iront pas... puis la
preuve en est, je ne pense pas qu'au Québec un docteur, à ce jour, est allé à
l'encontre des volontés de la famille.
• (11 h 20) •
M. Fortin :OK. À travers les nombreuses discussions qu'on a eues sur
le sujet, là, au cours des derniers mois, dernières années, là, j'ai cru
comprendre quelque chose qui va à l'encontre de ce que vous nous présentez ici,
dans votre mémoire, alors j'aimerais votre perspective là-dessus, là. Ce que
vous nous décrivez comme processus, c'est essentiellement : on valide à
savoir si la personne est un donneur de... si elle est inscrite au registre de
la RAMQ, si elle a signé sa carte, ou peu importe, on valide ça, et après ça on
va voir la famille. Moi, j'ai cru <comprendre...
M. Fortin :
...on valide ça, et après ça on va voir la famille.
Moi, j'ai cru >comprendre qu'au Québec, ce n'était pas toujours comme
ça, que même des gens qui ne se sont pas auto-identifiés, là, et donc qui ne
sont pas sur le registre de la RAMQ, qui ne sont pas au registre de la Chambre
des notaires, qui n'ont pas signé leur carte... que, pour ces gens-là, si on
voit un donneur en eux, un donneur potentiel, on va quand même voir la famille.
Est-ce que c'est le cas?
M. D'Aragon (Frédérick) : Oui,
absolument, là.
M. Fortin :OK.
M. D'Aragon (Frédérick) : Vous
avez raison. Je m'excuse de la mauvaise compréhension, là, même...
M. Fortin :Non, non, c'est peut-être moi, là.
M. D'Aragon (Frédérick) : Non,
non, non. En fait, même si les gens n'ont pas signalé leur volonté d'être
donneur d'une quelconque manière, ils sont approchés. En fait, le fait qu'ils
soient inscrits au registre, c'est un outil qu'on va utiliser puis qu'on va
partager avec les familles lors de la rencontre, parce qu'on sait que le fait
que les... quand les familles sont au courant des volontés du donneur, bien,
généralement, ça l'aide à prendre une décision favorable vers le don, là. Ça
fait que...
M. Fortin :...la décision, là, aujourd'hui, là, dans le contexte
actuel, là, elle revient essentiellement toujours à la famille, là?
M. D'Aragon (Frédérick) : Oui.
M. Fortin :Toujours?
M. D'Aragon (Frédérick) : Oui.
M. Fortin :Donc, la volonté du patient décédé, là, elle n'a... puis je
ne le dis pas... je le dis... je constate ce que vous êtes en train de dire,
là, jusqu'à un certain point, elle n'a que très peu de valeur. Parce qu'il y a
des gens qui vont se dire... Dans le système actuel, OK, de consentement qu'on
a, il y a des gens qui vont se dire : Moi, ma façon de dire non, c'est de
ne pas signer ma carte. Donc, il y a des gens qui, leur volonté personnelle
étant non aujourd'hui, croient qu'ils... en ne signant pas leur carte, leurs
organes ne seront pas utilisés, mais qui peuvent l'être quand même s'ils n'ont
pas eu la discussion familiale nécessaire.
M. D'Aragon (Frédérick) : Vous
avez raison.
M. Fortin :OK. Alors, si on inverse la présomption, pour ces gens-là,
par exemple, qui ne veulent rien savoir, là, on pourrait dire qu'il y a presque
une... pour eux, il y a presque une protection additionnelle, là, c'est-à-dire,
s'ils ont pris le temps de signifier leur non-consentement, bien là, ça devient
plus difficile d'aller... d'aller voir la famille puis de dire : Oui, il a
signé sa... il a signé sa carte pour dire non, mais on... tu sais, ça... l'argument
devient plus difficile, donc.
Tu sais, il y a des gens qui sont inquiets
de la présomption de consentement, là, il y a des gens qui sont inquiets du
fait que... puis je l'entends, là, dans les mémoires qui nous sont présentés
également, qui nous disent : Bien, faites attention, il pourrait y avoir
un enjeu de confiance envers le système avec le consentement présumé. Mais moi,
je me pose la question : Est-ce qu'il n'y a pas une protection
additionnelle pour les gens qui sont vraiment, vraiment, vraiment opposés à ça
puis qui prennent le temps de le dire?
M. D'Aragon (Frédérick) : Effectivement,
je dois admettre, c'est un point qui est... qui, en fait, est tout à fait
valide, là. Ça pourrait être un moyen d'effectivement exprimer sa volonté de
manière encore plus rigide, oui, oui.
M. Fortin :Parce qu'on a raison de s'inquiéter du... de ce que ça
pourrait vouloir dire, le consentement présumé, là, sur la confiance envers le
système. Puis on le voit encore dans l'aide médicale à mourir. Il y a encore
des gens dans notre société, là, qui pensent que les hôpitaux vont aller
chercher ou vont vous pousser vers une certaine décision ou une autre, il y a
des gens qui pensent ça dans notre société, même avec toutes les barrières,
avec toutes les protections, avec toutes les restrictions qui ont été mises de
l'avant, qui sont, selon moi, tout à fait convenables, là, mais il y a des gens
qui pensent ça. Alors, je pense que c'est... on a un devoir quand même de
rassurer des gens qui ont une opposition à ça. Moi, personnellement, j'y vois
une certaine forme de protection, tout en s'assurant qu'on a un bassin
additionnel.
Mais je vous entends, là. Tu sais, vos
sept recommandations sont quand même claires, sont quand même à l'effet
qu'il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail à faire dans tout le reste
pour s'assurer qu'on... qu'on améliore le système. Alors, moi, je les prends,
là, telles quelles, vos recommandations, puis, quand on fera le tour ensemble,
entre collègues, je pense qu'ils méritent tous et toutes une vraie discussion.
Je vous remercie. Moi, M. le Président, ça
va de mon côté. Je ne sais pas si ma collègue a quelque chose.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, je vais céder
la parole au député de Rosemont.
M. Marissal : Merci, M. le
Président. Bonjour, Dr D'Aragon. Merci d'être... d'être là. Vous parlez
beaucoup des moyens d'accroître le nombre de dons puis vous regrettez en
quelque part que certains hôpitaux ou, en tout cas certains établissements sont
peut-être moins proactifs puis que... bon, peut-être pas les moyens non plus,
ou peu importe les raisons, bref. Mais la témoin qu'on a entendue juste avant
vous, Dre Hébert, que vous connaissez puis que vous avez... dont vous avez
entendu le témoignage, nous disait : Faites attention parce qu'en ce
moment accroître le nombre de dons, là, c'est probablement nous... puis je vais
paraphraser ce qu'elle a dit, là, c'est probablement nous condamner à sacrifier
des organes qu'on aura... qu'on aura pris de donneurs parce qu'on ne sera pas
capables de compléter la chaîne jusqu'aux récepteurs. Vous êtes d'accord avec
ça?
M. D'Aragon (Frédérick) : Absolument.
Il y a un enjeu du côté de la <transplantation...
M. Marissal :
...Vous
êtes d'accord avec ça?
M. D'Aragon (Frédérick) :
Absolument.
Il y a un enjeu du côté de la >transplantation qui est majeur.
M. Marissal : Mais je
comprends néanmoins que vous voudriez accroître le nombre de dons, là, puis
ça... puis c'est probablement ça, le but de l'objectif ici aussi, mais Dre Hébert
a quand même sonné deux, trois cloches, là, dans notre esprit, en disant :
Bien, ne faites pas ça maintenant, comme ça, ne vous garrochez pas là-dedans,
autrement dit, et encore une fois, je la paraphrase. Parce qu'il y a des
familles qui vont consentir, ils vont faire des efforts, puis à la fin, c'est
plate, mais on va les jeter, les organes, parce que c'est ça, à la fin, là,
c'est crûment dit, là, mais c'est ça ainsi. Donc, dans l'ordre, il faudrait
d'abord, je crois, si je comprends bien, s'assurer que la chaîne est solide et
que ça fonctionne. OK, on s'entend bien là-dessus.
Vous dites, par ailleurs, dans votre
recommandation n° 3 : «Renforcir la loi actuelle sur l'obligation de
référer un donneur potentiel à Translant Québec en mettant l'obligation sur les
professionnels de la santé en opposition au directeur des services
professionnels afin d'identifier les donneurs potentiels en temps opportun».
Quand vous dites «en opposition», en fait, c'est que vous faites référence à ce
qui est prévu en ce moment dans le Code civil. C'est bien ça que je comprends,
là, pas une opposition physique sur le terrain, c'est qu'en ce moment, le Code
civil dit : Le directeur médical doit... a la responsabilité légale,
puisque c'est dans le Code civil, mais ça, donc, ça ne marche pas ou ce n'est
pas... ce n'est pas optimal?
M. D'Aragon (Frédérick) : Non,
ce n'est pas optimal.
M. Marissal : Pourquoi ce
n'est pas optimal? Parce que... comme, c'est une responsabilité légale de
quelqu'un qui est nommé en autorité dans un hôpital ou dans... par son
établissement de santé. Il me semble, ce n'est pas optionnel, là, si tu
acceptes cette responsabilité-là, il faut le faire, là.
M. D'Aragon (Frédérick) : En fait,
je pense que le directeur des services professionnels a beaucoup d'autres
choses à faire et, surtout, il n'est pas sur le terrain lorsqu'on a un donneur
potentiel aux soins intensifs. Bon, il peut... il peut faciliter le processus
d'identification, etc. Mais d'où pourquoi je pense que ça doit être aux gens
qui sont sur le terrain qui doivent faire la référence et non pas seulement
s'en remettre à un tiers. Donc, on devient par défaut un... plus imputable
directement comme individu et non pas sur un tiers qui... on... qui n'est pas
là, en fait, dans les... dans la prestation des soins.
M. Marissal : Je comprends
bien. Puis, à votre, donc, recommandation 3, vous dites : «Les
professionnels de la santé». Vous pensez exclusivement aux médecins ici, aux
spécialistes ou à peu importe dans l'équipe, quelqu'un qui ferait la référence?
M. D'Aragon (Frédérick) : Surtout
pas, surtout pas les médecins... En fait, pas juste les médecins, je devrais
dire, les infirmières, les inhalos, tout le monde.
M. Marissal : OK. En ce
moment, est-ce que c'est possible de le faire dans le système actuel?
M. D'Aragon (Frédérick) : Oui,
ça se fait à l'heure actuelle, oui. Même, en fait, dans notre centre
hospitalier, les infirmières vont faire des références à... au personnel dédié
en dons, parce qu'on a le privilège d'avoir une ressource en dons, et ainsi de
suite, là. Donc, oui, ça se fait.
M. Marissal : OK. Donc, de
facto, là, ce qui est dans le Code civil puis la responsabilité du directeur
des soins... du soin... des soins médicaux, on a déjà une autre façon plus
rapide de le faire et plus directe. C'est ça que vous me dites?
M. D'Aragon (Frédérick) : Exact.
Puis je pense qu'on pourrait... il y a... les autres centres hospitaliers
pourraient aussi faire ça, là, je...
M. Marissal : OK. Donc, ça,
ce n'est pas un immense problème, là, ça pourrait se faire. Vous dites qu'il
faut développer une culture positive du don. Moi... moi, j'avais comme
l'impression que, dans le milieu médical, et en particulier milieu hospitalier,
il y avait déjà une culture positive du don.
M. D'Aragon (Frédérick) : Écoutez,
je pense qu'il y a une culture positive du don à plusieurs égards, mais ce
serait faux de dire que c'est généralisé, ne serait-ce que pour les enjeux
d'accès au bloc opératoire et le prélèvement. Souvent, les... exemple, les
commentaires qu'on pourrait me mentionner, c'est : Bien là, pourquoi qu'on
va aller prélever des organes quand j'ai des patients qui sont sur une liste
d'attente pour des chirurgies pour un cancer? C'est de l'opposition qu'on... vous
voyez, on nous met dans une espèce de dualité qui... puis ça, bien, ça fait en
sorte que ça... Quand je parle de culture, là, positive du don, bien, voici...
en voici un contre-exemple, là. Tu sais, je veux dire, on va sauver des vies
aussi, en fait, on va vraiment sauver quatre vies, trois vies en faisant le
prélèvement. C'est probablement parce qu'on ne le voit pas, exemple, de manière
concrète, mais on va sauver des vies comme on va sauver des vies pour des
chirurgies oncologiques. Je trouve qu'on met ça en opposition, alors que ça n'a
pas lieu d'être. Donc, voici un exemple.
• (11 h 30) •
Le Président (M. Provençal)
:Deux minutes.
M. Marissal : Deux minutes.
Vous dites qu'on échappe entre 10 % et 20 %, là. Vous donniez
l'exemple que, si un hôpital en région en échappe un, bien, avant qu'il y en
ait un autre, ça pourrait prendre des semaines, je présume, ou je ne sais trop.
10 % à 20 %, ça représente combien de donneurs, selon vous, qu'on
échappe, là, dans vos calculs?
M. D'Aragon (Frédérick) : Écoutez,
vite comme ça, là, 10 % à 20 %, je vous dirais facilement... si on
additionnerait 171 donneurs par année, probablement alentour d'une
vingtaine, là.
M. Marissal : Une vingtaine...
11 h 30 (version révisée)
M. D'Aragon (Frédérick) : ...11
donneurs par année, probablement alentour d'une vingtaine, là, plus qu'une
vingtaine de donneurs réalisés, là, oui.
M. Marissal : OK. Très bien.
Dernière question. Vous voulez faciliter l'accès aux données à la recherche. J'ai
bien compris votre frustration tout à l'heure quant à l'accessibilité. Puis on
a eu des débats ici, là, dans cette pièce et dans cet immeuble, assez souvent,
sur l'accessibilité et la circulation des données, là, on n'est pas tous d'accord
sur toutes les façons de le faire. Mais j'avais cru comprendre néanmoins, de la
dernière législature et celle-ci, qu'on a quand même adopté deux ou trois lois
qui favorisaient ça. Et là mon esprit est gravement perturbé par l'expérience
du PL n° 15 qui nous a occupés pendant quasiment un an ici, là. Mais on a
quand même fait le PL n° 11, le PL n° 37, je croyais que nous avions
quand même tenté d'améliorer la situation pour des chercheurs comme vous.
M. D'Aragon (Frédérick) : Écoutez,
je vous avoue, là-dessus, c'est possible, c'est possible que j'aie manqué
des... la modification des articles de loi, en toute franchise, là. Ça fait que,
tant mieux...
M. Marissal : Faites-vous-en
pas, j'étais là puis je ne me souviens pas de tout, ça fait que, tu sais...
M. D'Aragon (Frédérick) : Tant
mieux, tant mieux s'il y a eu des modifications, je suis content de l'apprendre,
là.
M. Marissal : Bien, je vous
invite quand même à aller regarder. Je vais le faire aussi, retourner à mes
devoirs là, mais PL n° 11, notamment, PL... mes collègues me corrigeront,
là, 37 ou... En fait, je les mélange, là, parce qu'on en a... Mais il y a eu...
il y a eu des... certaines avancées, en tout cas, théoriques, là, qui restent à
confirmer sur le terrain. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Dr D'Aragon, pour
votre participation à nos travaux.
Sur ce, je vais suspendre les travaux pour
permettre au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 33)
(Reprise à 11 h 35)
Le Président (M. Provençal)
:Nous allons poursuivre maintenant
cette séance de consultations particulières avec les représentants de La
Fondation canadienne du rein. Alors, je vous rappelle que vous aurez 10 minutes
pour votre présentation, et je vous cède immédiatement la parole.
Mme Desjardins (Elsa) : Merci,
M. le Président. Et bonjour à tous les élus présents aujourd'hui. Je me
présente, Elsa Desjardins, la toute nouvelle directrice générale de La
Fondation du rein. Aujourd'hui, avec vous, notre équipe est très heureuse de
prendre part à ces consultations, car la question du don d'organes, notamment
le don du rein, sont des sujets de grande importance pour l'ensemble des
Québécoises et des Québécois.
Il faut se rappeler qu'un Québécois sur 14
est atteint d'insuffisance rénale ou à risque de l'être. Puisque nous sommes
maintenant 9 millions d'habitants au Québec, La <Fondation du rein...
Mme Desjardins (Elsa) :
...
Puisque nous sommes maintenant 9 millions d'habitants au Québec, La >Fondation
du rein est la voix de 643 000 Québécois.
Au Québec, comme c'est le cas ailleurs
dans le monde, le rein est l'organe le plus demandé sur la liste d'attente pour
une transplantation. À la fin de l'année 2022, 72 % des Québécois est
atteint d'une transplantation... étaient en attente d'une transplantation, ont
besoin d'un rein. Toujours en 2022, seulement 266 personnes ont reçu ce
don vital. À moins d'avoir une greffe de rein réussie, une personne en
attente... en atteinte... pardon, une personne atteinte d'une maladie rénale
peut passer un minimum de 1000 heures
en dialyse par année, ce qui représente quatre à cinq heures par jour,
trois jours par semaine, lundi, mercredi, vendredi, en dialyse pour le restant
de leur vie.
Le sujet que nous abordons aujourd'hui est
d'une importance capitale : don d'organes au Québec, un appel urgent à
l'action de La Fondation du rein pour sauver des vies. Nous sommes ici pour une
action, pour transformer ces chiffres en espoir, ces attentes en vies sauvées.
Je termine en vous confirmant que La
Fondation du rein et l'ensemble de son écosystème, de sa communauté est prête à
travailler avec vous... est prête à travailler avec vous, à collaborer
activement à cet important chantier.
Je cède maintenant la parole à Francine
Labelle, la directrice générale sortante de La Fondation du rein, qui vous
présentera nos constats et nos recommandations. Merci.
Mme Labelle (Francine) : Merci,
Elsa. Bonjour à toutes et à tous. Ça me fait vraiment plaisir d'être ici
aujourd'hui. J'ai un plaisir très, très spécial en ce moment. Alors, pour
respecter le temps alloué, je vais vous résumer de façon très succinte, parce
qu'on est plusieurs, les constats et les recommandations de La Fondation du
rein. Mes collègues et moi pourrons ensuite, lors de la période d'échange, vous
donner plus de détails.
Alors, le mémoire de la fondation comporte
au total six constats et huit recommandations. Notre premier constat porte sur
les progrès réalisés et ce qu'il reste à faire en matière de don et de
transplantation d'organes. Alors, certains progrès ont été réalisés, au cours
des 10 dernières années, notamment le temps d'attente des personnes
transplantées de rein a diminué de 60 %. C'est une bonne nouvelle.
Néanmoins, il subsiste des obstacles majeurs.
Alors, à ce sujet, notre première
recommandation est d'optimiser l'identification et l'évaluation des donneurs
potentiels ainsi que le prélèvement des organes partout au Québec. Nous
recommandons l'instauration, dans chaque centre hospitalier, d'un programme de
don d'organes avec des ressources dédiées, des cibles à atteindre et une
reddition de comptes. Le but est vraiment de responsabiliser les équipes afin
d'éviter la perte d'organes.
Toujours concernant ce premier constat,
notre deuxième recommandation est d'investir dans une campagne provinciale de
sensibilisation et d'éducation de la population afin de conscientiser tant les
jeunes que les moins jeunes.
Deuxième constat : le manque de
référencement. Alors, en comparaison avec les autres provinces canadiennes, la
performance des hôpitaux du Québec quant au nombre de donneurs d'organes
potentiels identifiés et référés est faible. Alors, à titre d'exemple, en 2021,
seulement 724 donneurs potentiels ont été référés, alors que la moyenne...
la moyenne de référencement annuel de l'Ontario se situe entre 5 000 et 6 000.
Sur ce point, notre recommandation est d'accroître la formation sur
l'identification des donneurs potentiels et sur l'importance du don d'organes
auprès de tous les professionnels de la santé. Les résultats le démontrent, une
meilleure identification des donneurs potentiels mène à une augmentation du
nombre de dons d'organes.
• (11 h 40) •
Passons à notre troisième constat :
les avantages et les difficultés de la greffe provenant d'un donneur vivant, du
point de vue d'une personne souffrant d'insuffisance rénale. Parmi les
avantages de la greffe provenant d'un donneur vivant, elle représente
généralement le meilleur traitement. Le taux de survie est de près de 90 %
après cinq ans. Le greffon demeure fonctionnel en moyenne de 15 à 20 ans.
Les principales difficultés : la démarche des donneurs vivants est lourde
et longue, le soutien financier est déficient.
En premier lieu, nous recommandons de <présenter
l'option du...
Mme Labelle (Francine) :
...
soutien financier est déficient.
En premier lieu, nous recommandons de
>présenter l'option du donneur vivant à tous les patients admissibles à
la greffe rénale et d'attribuer les ressources nécessaires pour réaliser ces
transplantations rapidement. Deuxièmement, nous recommandons d'accroître les
ressources financières permettant le soutien des donneurs vivants potentiels en
bonifiant le programme de remboursement des dépenses qui a été mis en place en
2011. Les résultats enregistrés en Nouvelle-Zélande sont particulièrement
éloquents à ce sujet.
Quatrième constat : le refus des
familles de donneurs décédés. Sur ce plan, toute augmentation de dons d'organes
provenant de donneurs décédés représente, pour les milliers de personnes en
attente d'une greffe, un espoir de survie et de meilleure qualité de vie.
Nous recommandons donc de sensibiliser et
de soutenir les familles des donneurs décédés pour que leurs volontés soient
respectées. L'Alberta, avec le programme qu'elle a instauré en 2021, peut être
un bon exemple à suivre.
Notre cinquième constat : le coût de
l'hémodialyse, comparativement à celui de la greffe rénale. Je vous rappelle
qu'à la fin de 2022 72 % des Québécoises et des Québécois sur la liste des
personnes en attente d'un don d'organes avaient besoin d'un rein. La greffe
rénale peut engendrer des économies substantielles pour le système de santé. En
comparant les coûts de l'hémodialyse et de la greffe rénale, nous estimons que
les économies, sur 10 ans, peuvent dépasser les 100 millions de
dollars. Je vous invite d'ailleurs à consulter le tableau qui paraît dans le
mémoire.
Notre recommandation est de mieux soutenir
la pratique de la greffe rénale. L'étude réalisée pour le compte de la
fondation démontre clairement que celle-ci est optimale à plusieurs points de
vue.
Enfin, notre sixième et dernier constat :
le consentement présumé. En Nouvelle-Écosse, où une loi prévoyant le régime de
consentement présumé en matière de don d'organes et de tissus est en vigueur
depuis 2021, une première en Amérique du Nord... On observe cependant que la
méconnaissance de la loi soulève des enjeux éthiques auprès de la population.
Étant donné qu'il y a d'autres facteurs qui jouent un rôle dans l'augmentation
des dons d'organes et de tissus, la fondation recommande d'étudier sérieusement
les expériences qui sont en cours ailleurs et d'explorer également les autres
solutions qui permettent d'augmenter le nombre de donneurs et qui ont connu des
résultats probants dans d'autres pays.
En conclusion, il reste un important
travail à faire sur le don d'organes et de tissus, au Québec, et, par le fait
même, la transplantation. Pour les Québécoises et les Québécois, le don
d'organes et de tissus est associé à un potentiel de vies sauvées, et La
Fondation du rein souhaite vraiment et vivement que ses recommandations
contribuent à sauver plus de vies.
En terminant, je vous présente ma
collègue, Hélène Boisvert, directrice des programmes et services aux patients à
la fondation, qui se joindra à nous pour répondre à vos questions lors de la
période d'échange. Je cède maintenant la parole à Sylvie Charbonneau, une
grande bénévole de la fondation qui témoignera brièvement de son expérience
comme donneuse vivante. Merci beaucoup de votre attention.
Mme Charbonneau (Sylvie) : Merci,
Francine. Quand mon fils était dans la mi-vingtaine, il a reçu un diagnostic de
maladie rénale terminale, ce qui allait nécessairement le mener vers la dialyse
ou la greffe d'organe. Mon coeur de maman a parlé rapidement, j'ai levé la main
et j'ai demandé qu'est-ce que je devais faire pour devenir une donneuse
vivante. À ce moment-là, ce que je ne savais pas, c'est que j'allais
m'embarquer dans un processus long et irritant.
Long, parce que, dans un premier temps, la
fonction rénale de mon garçon était à 25 %, et j'ai dû attendre qu'elle
baisse jusqu'à 15 %, donc que sa santé se détériore, pour que mon
évaluation démarre. Longue et irritante, parce que, quand j'ai commencé mon
évaluation, j'ai été très, très bien traitée, mais j'ai dû appeler, insister,
pousser pour faire céduler mes examens et pour avoir mes résultats. Ça a pris
12 mois avant que je sois qualifiée comme donneur, et par la suite j'ai...
on a dû attendre quatre mois pour avoir une date d'opération, parce qu'on avait
un manque de ressources, et il n'y avait pas de salle d'opération disponible.
Alors, Benoît a vécu avec ce rein-là
pendant une dizaine d'années et, bien, il fait partie des 30 % qui ont eu
un rejet, alors on est retournés à la case départ 10 ans plus tard. Mon
mari et ma <soeur se sont proposés...
Mme Charbonneau (Sylvie) :
...
alors on est retournés à la case départ 10 ans plus tard. Mon mari et ma
>soeur se sont proposés comme donneurs, même s'ils n'étaient pas
compatibles. Ils ont accepté d'embarquer dans le programme canadien de don
croisé, mais on s'est retrouvés à la même place. L'évaluation de mon mari a
pris 15 mois. Pendant ce temps, mon garçon était en dialyse.
Alors, j'aimerais vous laisser avec trois
questions. La première : Si c'était un de vos êtres chers et que vous
aviez accepté de lui donner un rein, accepteriez-vous ces délais-là? Si c'était
votre enfant qui attendait un rein, est-ce que vous accepteriez qu'il soit
obligé d'aller en dialyse parce qu'on n'a pas les ressources et on n'a pas les
salles d'opération pour faire une greffe? Et enfin, si c'était votre enfant,
est-ce que vous accepteriez qu'on mette en péril sa qualité de vie et sa survie
parce qu'on n'a pas référé un donneur décédé? Je vous remercie.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Mme la députée de
Bonaventure.
Mme Blouin : Un immense merci
pour ce partage-là, vraiment. Salutations à vous toutes. Et félicitations, Mme
Desjardins, pour votre nomination, félicitations à la directrice sortante
également.
Très touchée par votre partage. En fait,
c'était en lien avec mes premières questions, je voulais qu'on parle un peu,
que vous nous expliquiez c'est quoi, le quotidien d'une personne qui vit avec
une insuffisance rénale. On a parlé beaucoup des délais administratifs.
Peut-être quelques mots sur le quotidien, ça ressemble à quoi. Mais aussi j'aimerais
savoir qu'est-ce que ça change pour un donneur vivant. En quoi sa vie est
changée après avoir donné un rein? Est-ce qu'il y a des impacts?
Mme Charbonneau (Sylvie) : Il
y a beaucoup de choses dans votre question. La première chose que j'aimerais
vous dire, c'est que Benoît va bien aujourd'hui, il a finalement eu une
deuxième greffe d'un donneur décédé qui venait de l'Ontario, un jeune qui est
décédé dans un accident à 28 ans, mais dont les parents ont accepté de
respecter la volonté.
Le quotidien d'une personne qui est en
insuffisance rénale, c'est... En fait, les maladies rénales, c'est des maladies
silencieuses. Quand on se rend compte qu'on a une maladie rénale, il est
souvent très tard. Les premiers symptômes, c'est de l'immense fatigue, des maux
de coeur, des maux de tête, de l'irritation de la peau, du froid. On a toujours
froid, froid au point, là, où mon garçon portait une veste chauffante l'été,
alors, une veste chauffante de ski, l'été. Il y a des gens qui sont incapables
de continuer à travailler. Mon garçon a toujours eu la fierté de continuer à
travailler, mais il allait travailler... il suivait un régime extrêmement
sévère, il avait droit à sept onces de protéines par jour. Il mesure
6 pi 1 po, il pesait 200 livres. La dernière année avant la
greffe, il a perdu 40 livres, il était de plus en plus fatigué, de moins
en moins d'énergie. Et c'est un nageur puis il n'avait plus l'énergie pour
faire son sport. C'était un nageur d'assez haut niveau. Donc, c'est comme des
pertes un peu partout, hein, c'est plein de moments de la vie qu'on doit
abandonner.
De mon côté, c'est sûr qu'il y a l'année
où j'ai été évaluée, où j'ai eu des... où j'ai eu à m'absenter du bureau parce
que j'avais à passer des examens, mais, outre ça, aujourd'hui je considère que
je suis en meilleure santé qu'avant d'avoir donné un rein, parce que ça m'a
permis de réaliser à quel point la santé, c'est un don précieux. Mon garçon,
après sa greffe, a participé aux jeux mondiaux des greffés. Il m'a poussé à
participer avec lui, donc je me suis entraînée depuis. J'ai 67 ans, je ne
prends aucun médicament et je n'ai aucun régime spécial. J'ai fait une
convalescence d'un mois, c'est tout.
Mme Blouin : Merci beaucoup.
Vraiment, je pense qu'on est tous touchés par ce témoignage-là ici. Ce serait
quoi, les moyens, à votre avis, pour faire connaître davantage le don vivant du
rein auprès de la population québécoise?
Mme Charbonneau (Sylvie) : C'est
sûr que ça prend tout un programme, je pense, d'éducation, d'éducation auprès
de la population, mais ça prend aussi un programme d'éducation auprès du... des
professionnels de la santé qui aujourd'hui n'osent pas nécessairement parler à
un patient qui est en dialyse ou un patient qui est en prédialyse que le don
vivant est une option.
On a parlé de la Colombie-Britannique
tantôt. En Colombie-Britannique, il y a un programme où, quand quelqu'un est
identifié comme étant un potentiel receveur de rein, on va l'aider, en lui donnant
une formation, à se trouver un donneur vivant, alors qu'ici au Québec ça ne se
fait pas. Et en plus, au Québec, quand on est un donneur vivant, il faut
appeler pour émettre, énoncer notre volonté puis il faut appeler pour s'assurer
qu'on va commencer la démarche. Moi, je suis une tête dure, là, mais, je vais
vous dire, quelqu'un qui n'est pas une tête dure, ça va prendre du temps avant
qu'il soit évalué comme donneur vivant.
• (11 h 50) •
Mme Blouin : Ce serait quoi,
les améliorations qui pourraient être apportées au programme de remboursement
des dépenses pour les donneurs vivants, justement? Puis qu'est-ce qui est fait?
On a parlé de la Nouvelle-Zélande tout à l'heure. Qu'est-ce qui est fait
là-bas? Qu'est-ce qu'on peut faire?
Mme Labelle (Francine) : Bien,
en fait, la Nouvelle-Zélande a instauré un système où 100 % des frais sont
remboursés aux donneurs vivants, et en trois ans, si ma mémoire est bonne, le
nombre de <donneurs vivants a triplé...
Mme Labelle (Francine) :
...
donneurs vivants, et en trois ans, si ma mémoire est bonne, le nombre de >donneurs
vivants a triplé. Alors, c'est un exemple. Comme je le disais tout à l'heure,
le système... le programme, ici, a été instauré en 2011. Juste de l'actualiser,
ça pourrait être une belle amélioration. Mais le programme actuel est vraiment
un programme de dernier recours, parce que les dépenses sont remboursées une
fois qu'on a utilisé toutes les autres sources de revenus possibles. Puis on
parle d'à peu près 400 $, là par semaine. Alors, on ne va pas loin avec
400 $ par semaine aujourd'hui.
Mme Charbonneau (Sylvie) : J'aimerais
compléter. Quand on est un donneur vivant, c'est sûr qu'il y a des journées
d'absence pour les tests. Ce n'est pas tous les employeurs qui couvrent ces
journées d'absence là, ce n'est pas tous les employeurs qui vont couvrir la
période de convalescence. Puis il y a des dépenses afférentes. Si on est
dans... en Abitibi puis on doit se déplacer à Québec pour aller faire ses
examens, ce n'est pas juste une absence du travail d'une journée, il y a du
déplacement, etc.
Et je veux rajouter un point. Les donneurs
vivants, c'est des gens qui sont en excellente santé. On ne peut pas se mettre
à risque pour sauver la vie de quelqu'un d'autre. Il y a des compagnies d'assurances
qui, aujourd'hui, refusent d'assurer des donneurs vivants pour de l'assurance
invalidité long terme, de l'assurance vie et de l'assurance voyage parce qu'ils
ont donné un rein, alors que c'est des gens qui viennent de passer un examen
médical approfondi et qui sont en excellente santé.
Mme Blouin : Merci beaucoup.
Je pense que ma collègue de Bellechasse...
Le Président (M. Provençal)
:...Bellechasse.
Mme Lachance : Merci, M. le
Président. Merci pour votre présence, mesdames. Votre témoignage, madame, est
très touchant. Votre histoire est éloquente, il faut le dire. J'aimerais
revenir sur ce que vous avez mentionné, parce qu'évidemment on commence cette
commission puis on n'a pas toutes les connaissances que vous avez déjà,
probablement, a priori. Vous avez parlé que votre fils avait pu bénéficier d'un
donneur de l'Ontario. Donc, ça veut dire qu'actuellement il y a une
coordination qui se fait avec les autres provinces?
Mme Charbonneau (Sylvie) : Il
y a une coordination qui se fait avec les autres provinces dans les cas de ce
qu'on appelle les hyperimmunisés. C'est-à-dire que, quand on a eu une première
greffe et qu'on fait un rejet, ça veut dire que notre corps a développé des
anticorps additionnels, et ce que ça fait, c'est que trouver un donneur
compatible devient extrêmement difficile. Dans certains cas, ça prend presque
un jumeau identique. Alors, pour augmenter la chance de ces gens hyperimmunisés
à se trouver un donneur, il y a une liste pancanadienne qui est partagée. Parce
que, sinon, si on restait dans la province, les gens hyperimmunisés auraient
très, très peu de chances de se faire greffer. Le néphrologue de mon garçon lui
avait dit, quand il a fait son rejet : Attends-toi à faire de la dialyse
au moins cinq ans. Et finalement, parce qu'il y a ce programme-là pancanadien
pérennisé, il a reçu un don après sept mois.
Mme Lachance : D'accord. Vous
avez aussi mentionné un peu les dédales ou la difficulté que vous avez eue à
faire un don de votre vivant, et précédemment une des médecins qui est venue
nous rencontrer à cette commission nous mentionnait que le don d'organes
n'était pas une fin en soi, et on comprend que ce qui est important, c'est la
greffe. Dans votre témoignage, ce que vous mentionnez, quand vous mentionnez
les étapes fastidieuses auxquelles vous avez été confrontées, ça nous remet
évidemment une réalité qui est bien difficile, c'est l'organisation en amont
pour les transplantations. Auriez-vous des recommandations... de partager par
votre vécu, à faire pour l'organisation? Qu'est-ce qui faisait que c'était
aussi fastidieux?
Mme Charbonneau (Sylvie) : En
fait, ce qui fait que... Je veux d'abord vous parler d'une de mes réactions
quand j'étais dans ce processus-là. J'ai longtemps dit à mon mari, quand...
surtout quand on était dans la période d'attente pour la chirurgie, parce que
j'avais été acceptée, je lui disais : Je n'ai jamais eu de pensées
suicidaires, mais, si je mourais ce soir, Benoît serait greffé dans les
prochains 48 heures. Parce que je suis en santé, je ne le sais pas quand
est-ce que ça va se passer. Puis ça s'est passé quatre mois plus tard. Puis je
peux vous dire que cette période-là, elle est anxiogène parce qu'on ne veut pas
tomber malade, on ne veut pas se blesser parce que ça remet tout en question.
Dans le processus d'évaluation, ce qui est
difficile, c'est qu'on cédule un examen, on attend les résultats. Puis là moi,
j'appelais pour avoir mes résultats, parce qu'on ne me rappelait pas. Puis là,
après, si les résultats sont bons, on cédule le deuxième examen. Ça fait que
c'est des tests de sang, des tests d'urine, un cardiogramme avec effort, une
radio des poumons, et là, etc. Donc, à chaque fois, il y a un délai. Si on... Par
exemple, on disait : Quand on a un donneur vivant, on prend un certain...
on prend une journée complète pour faire les tests de base. Bien, au lieu
d'être <appelée à l'hôpital six fois...
Mme Charbonneau (Sylvie) :
...
prend une journée complète pour faire les tests de base. Bien, au lieu d'être >appelée
à l'hôpital six fois, je suis là une journée, puis on passe les tests de base.
Donc, ça, ce seraient des moyens qui permettraient de faire en sorte que
l'évaluation du donneur se fait beaucoup plus rapidement.
Puis honnêtement, là, nous autres, on est
passés minuit moins une. La première fois, le néphrologue de mon garçon lui
avait dit : Si vous n'êtes pas greffé avant Noël, tu passes en dialyse en
janvier. Donc, il faut améliorer la capacité d'évaluer les donneurs beaucoup
plus rapidement que ce qu'on fait aujourd'hui. Je ne sais pas si j'ai répondu à
votre question.
Mme Lachance : Oui, vous
répondez à ma question. Et vous aviez aussi mentionné qu'il devenait sur une
liste après avoir atteint une certaine incapacité rénale, 25 %, 15 %.
Pouvez-vous me réexpliquer?
Mme Charbonneau (Sylvie) : Oui.
Alors, quand... quand le néphrologue de mon garçon lui a dit : Il va
falloir que tu aies une greffe ou que tu passes en dialyse, sa fonction rénale
fonctionnait à 25 %. Pour que la... pour que la greffe dure le plus
longtemps possible, on attend de greffer quand la fonction rénale baisse en bas
de 15 % et parfois, même, de 10 %. Cela dit, il y a des provinces
qui, même si le receveur est à 25 %, vont commencer l'évaluation du
donneur à ce moment-là pour faire en sorte que, quand le receveur arrive à
15 %, le donneur est prêt. Donc, on diminue les délais et en plus on évite
beaucoup plus la dialyse. La dialyse, c'est dur sur la santé, c'est dur sur le
corps.
Mme Lachance : Merci
beaucoup, madame.
Mme Charbonneau (Sylvie) : Ça
fait plaisir.
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée de Marie-Victorin.
Mme Dorismond : Bonjour. Dans
la même continuité, moi, j'étais vraiment surprise : pourquoi attendre que
le rein soit efficace à 15 %? C'est qui, qui établit ces critères-là?
Mme Charbonneau (Sylvie) : C'est
une bonne question. Ma compréhension, c'est que c'est la majorité des personnes
qui travaillent en transplantation qui... en tout cas, pour le rein, qui arrivent
à la conclusion que... Moins de 15 % ou de 10 % de fonction rénale,
là, une personne a de la difficulté à fonctionner au quotidien. Jusque-là, on
peut toujours continuer à fonctionner. Il y a beaucoup de fatigue, des maux de
cœur, des maux de tête, rendus là. Mais plus on greffe tard, plus la personne a
de chance de vivre plus vieille avec la greffe actuelle.
Mme Dorismond : C'est une
question médicale?
Mme Charbonneau (Sylvie) : C'est
une question d'espérance de vie. C'est ce que... c'est comme ça qu'on me l'a
expliqué.
Mme Dorismond : Puis vous,
vous croyez vraiment que... on pourrait débuter le processus avant d'attendre?
Mme Charbonneau (Sylvie) : Bien,
tout au moins de débuter le processus du donneur. Parce que, quand... si on
commence à évaluer le donneur au moment ou le receveur est prêt à recevoir, on
a perdu du temps. On aurait pu évaluer le donneur avant, pour que le jour où le
receveur est à 15 %, la greffe se fait là.
Mme Dorismond : OK. Je
comprends. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Autres questions? C'est beau? M. le
député de Pontiac.
M. Fortin :Merci, M. le Président. Bonjour, bonjour à vous quatre.
Nous aussi, ça nous fait quelque chose de pouvoir discuter de ces enjeux-là
aujourd'hui puis de pouvoir faire, on l'espère, là, évoluer le Québec sur ces
questions-là. Mme la directrice générale, je dois dire que, pour une nouvelle
directrice, vous avez su très, très bien vous entourer dès le début.
J'aimerais... Je vais commencer sur la
question des donneurs potentiels. Vous y faites référence, là, dans votre
mémoire, vous avez parlé de la difficulté de référencement, au Québec, entre
autres comparativement à l'Ontario. Et les chiffres sont... sont... je ne veux
dire pas surprenants, mais éloquents, disons, là. Je vais quand même me
permettre de les répéter : en 2021, seulement 724 donneurs potentiels
ont été référés par les hôpitaux de la province; en Ontario, la moyenne
annuelle se situe entre 5 000 et 6 000. L'Ontario est plus gros que
le Québec, mais pas tant que ça. Qu'est-ce qui... Qu'est-ce qui, selon vous,
là, fait en sorte que cette situation-là se produit et qu'est-ce qu'on peut
faire à court, moyen terme, là, pour y remédier?
Mme Labelle (Francine) : Bien,
ça revient un peu à ce qu'on mentionnait dans le premier constat, tout part de
l'identification et de l'évaluation des donneurs potentiels, puis, dans le
deuxième constat aussi, de la formation des professionnels de la santé, pour
que tout le monde soit toujours sur le bout des orteils pour être prêt,
justement, à référencer un donneur potentiel puis, éventuellement, passer à la
transplantation.
• (12 heures) •
M. Fortin :OK. J'imagine que, quand vous parlez de la formation, là,
c'est surtout beaucoup en accompagnement des familles, là. On parle de donneurs
décédés, là, mais une grosse partie de ce que vous nous avez présenté et des
discussions que vous avez eues jusqu'à maintenant portent sur la question du
don vivant. Il y a quelque chose que vous avez dit d'entrée de jeu qui est venu
nous chercher, là, c'est... on n'en parle pas au patient, de cette
possibilité-là. C'est-à-dire, on dirige essentiellement...
12 h (version révisée)
M. Fortin :...qui est venu nous chercher, là. On n'en parle pas aux
patients, de cette possibilité-là. C'est-à-dire, on dirige essentiellement le
patient vers la dialyse en attendant un don d'organe éventuel, un don de rein
éventuel, là, d'un donneur décédé. Pourquoi ça reviendrait au patient et
pourquoi, vous pensez, selon votre expérience comme fondation, là, pourquoi on
n'en parle pas aux patients de cette possibilité-là?
Mme Charbonneau (Sylvie) : C'est
une bonne question. Je pense que ça ne se fait pas partout. Il y a des
néphrologues qui, systématiquement, vont parler du don vivant. Moi, j'ai déjà
entendu des gens dire : On ne devrait pas opérer quelqu'un qui n'est pas
malade. Donc, il y a certaines... il y a, dans certains cas, une réticence à
opérer un donneur vivant, parce que cette personne-là n'est pas malade. Je
pense aussi que, dans certains cas, on connaît les limites du système, puis,
bien, évaluer un donneur vivant, c'est des examens supplémentaires, c'est des
ressources qui doivent être là pour faire l'évaluation du donneur, qui se
rajoutent. Alors que, quand on a un donneur cadavérique, bien, la personne,
elle est là, elle est décédée, on va aborder la famille, il va se faire
quelques tests, notamment le test de compatibilité, bien sûr, mais le processus
est beaucoup plus restreint. Alors, je pense qu'il y a une question de
disponibilité de ressources.
M. Fortin :Bien, c'est intéressant. Puis je sais que vous avez entendu
les intervenants avant vous, là, nous dire, essentiellement : Il fait
faire attention à la question de ressources, parce que quelqu'un qui passe des
heures, et des heures, et des heures, et des jours, et des semaines en dialyse,
ça occupe des ressources, ça aussi. Alors, il y a un équilibre à faire dans cet
argument-là, qui peut-être n'est pas compris de tous. Et peut-être que vous
avez raison, la formation de nos professionnels de la santé peut peut-être
mener à davantage de sensibilisation sur cette question-là.
Vous avez dit, je crois, de mémoire, que c'est
en Colombie-Britannique, là, où on demande aux patients... où on forme les
patients pour se trouver leur propre donneur. L'avez-vous étudié un peu, l'avez-vous
regardé, puis je... Point de vue... point de vue de la famille d'un patient,
là, ce n'est pas nécessairement à vous de le faire, mais si vous pouvez nous
aider là-dessus, ce serait apprécié.
Mme Charbonneau (Sylvie) : En
fait, ils vont aborder le patient pour lui parler du don vivant et lui donner
des arguments ou des façons de faire pour communiquer sa situation, pour que
son entourage connaisse sa situation et que la personne se sente à l'aise de
parler du don vivant. Si je vous parle de mon garçon, mon garçon jouait dans
une équipe de water-polo et quand il a... son néphrologue lui a dit d'arrêter
de jouer parce qu'il n'avait plus l'énergie, il a dit à ses collègues : Je
me suis blessé. Il n'y a aucun de ses collègues qui savait qu'il attendait une
greffe. Il ne savait pas comment en parler.
Alors, je pense que ce qu'ils font en Colombie-Britannique,
c'est de donner aux receveurs potentiels des façons d'aborder le sujet tout en
enlevant cette espèce de malaise à aborder des donneurs potentiels. Mon garçon
m'a dit pendant un an, à chaque fois que j'allais passer un test : Maman,
tu n'es pas obligée de faire ça. Alors, il y a... parce qu'il y a... j'imagine
qu'il y a une forme aussi de culpabilité de dire : Je fais passer... je te
fais passer à travers tout ça. Donc, si le receveur potentiel n'a pas non plus
du soutien puis de la formation pour être confortable avec sa situation,
confortable à parler du don d'organes, bien, il y a un autre morceau du
casse-tête qui manque.
M. Fortin :Oui. J'apprécie... j'apprécie votre perspective,
énormément, sur cette question-là. Pensez-vous que... Sur le don d'organes pour
le patient décédé, là, je pense que les gens, de façon générale, de façon
générale, on s'entend, pas tout le monde, là, mais comprend qu'il peut signer
sa carte, puis c'est chose faite, là, il est donc réputé être un... sa volonté
est donc exprimée. Sur le don vivant, moi, je soumets l'hypothèse qu'il y a
beaucoup, beaucoup de gens qui pourraient être inscrits, vous avez parlé du
programme canadien, tantôt, là, qui pourraient être inscrits mais qui ne le
sont pas, simplement parce qu'ils ne connaissent pas comment ça marche. Ils n'ont
aucune espèce d'idée. Et ce n'est pas simple, comme processus.
Avez-vous, comme fondation, une
recommandation à faire au gouvernement à ce niveau-là, à savoir comment est-ce
qu'on peut maximiser le don vivant simplement en disant aux gens comment s'y
prendre? Il y a des gens qui seraient probablement, malgré toutes les
contraintes, malgré ce que vous avez parlé qui est complètement absurde, des
compagnies d'assurance qui pourraient vouloir refuser... refuser un client, qu'est-ce
que le gouvernement peut faire pour que plus de gens participent à un programme
comme <celui-là...
M. Fortin :
...faire pour que plus de gens participent à un
programme comme >celui-là?
Mme Charbonneau (Sylvie) : Moi,
je pense que, quand on parle du don vivant, on parle que c'est possible, mais
on ne parle pas des impacts. Moi, j'ai souvent fait des témoignages sur notre
histoire familiale, et le nombre de fois où je me suis fait demander, quel a
été l'impact sur ma vie, quels ont été... quels sont les impacts sur ma santé,
c'est quoi, mon régime alimentaire, combien je prends de médicaments, et mes
réponses, c'est : Je suis en parfaite santé. J'ai été en convalescence un
mois. Je ne prends pas de médicaments. Je n'ai pas de régime alimentaire
spécial. Les gens sont estomaqués de voir ça.
Donc, les conséquences... les impacts, je
devrais dire, sur la santé du donneur vivant sont méconnus, et donc il y a des
gens qui n'oseront pas s'avancer parce qu'ils ne savent pas. Il y a aussi des
situations où les personnes ne peuvent pas se permettre de manquer des journées
de travail sans être payées, ne peuvent pas se permettre d'aller passer des
examens à Québec, parce que je viens... je suis en région, je n'ai pas les
moyens. Donc, il ne faudrait pas que le don vivant devienne la possibilité des
personnes plus en moyen que moins en moyen. Donc, je pense que ça aussi, c'est
un facteur. Et quand Francine parlait des remboursements, puis on veut... Quand
on parle de ça, il faut être très prudent. Il ne faudrait pas que les gens
soient payés pour donner un organe, mais il faut que ce soit à finances
neutres, neutralité financière, de telle sorte que ce soit accessible pour
tous.
M. Fortin :Peut-être deux commentaires de ma part, M. le Président,
avant de passer la parole à ma collègue. Votre point sur les compagnies d'assurance,
là, n'est pas tombé dans l'oreille de sourds, je pense qu'on a un travail à
faire à ce niveau-là, parce que cette pratique-là, elle est, je vais le dire,
pour ma part, là, complètement, mais complètement inacceptable. Et dernière
chose, très, très, très heureux de savoir que Benoît se porte bien.
Le Président (M. Provençal)
:M. le député de Rosemont, vous prenez
la relève... Excusez. Mme la députée de Chomedey, excusez-moi.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci,
M. le Président. C'est beau, pas de problème. Bonjour. Merci d'être présents
ici. J'apprécie d'entendre vouloir collaborer à améliorer notre système, et
votre témoignage, c'est sûr, c'est très important. J'ai des amies, deux amies,
d'ailleurs une, son mari a fait la dialyse, et puis j'ai une copine au travail
qui avait reçu une transplantation. Donc, je comprends ça.
En vous lisant, et en vous écoutant, et en
écoutant les autres, je remarque, on dirait, on est en retard au Québec. Ça me
rend jalouse, parce que, tu sais, on se sent... on est au Québec, puis on est
dans la meilleure province, dans le meilleur pays du monde. Et puis de voir qu'on
a tellement de rattrapage à faire avec les autres provinces, avec d'autres pays
tels qu'Espagne, Colombie-Britannique... les chiffres le démontrent. C'est
quoi, votre opinion là-dessus?
Mme Labelle (Francine) : Bien,
moi, je pense que le gouvernement du Québec a une superbe opportunité de
démontrer son leadership, de démontrer sa volonté de faire ce rattrapage-là
puis d'améliorer les conditions, peu importe à quel niveau. Je pense que toute
amélioration, je le disais tout à l'heure, pour les personnes en attente d'une
greffe, toute possibilité d'augmenter le nombre de dons d'organes est une façon
d'améliorer la qualité de vie de cette personne-là et même de lui permettre de
survivre. Alors, ce n'est pas rien, là, quand on parle de ça, on parle de sauver
plus de vies.
Alors, je pense que c'est une très belle
opportunité, puis c'est tellement beau de vous voir tous ici aujourd'hui, puis je
suis tellement fière d'être avec vous pour parler de ça, que je pense qu'on s'en
va dans la bonne direction. Mais il s'agit vraiment d'adopter des mesures puis
d'être vraiment rigoureux, vigilant pour que tout cela soit appliqué puis
contribue à améliorer la situation.
• (12 h 10) •
Mme Lakhoyan Olivier : Chaque
don est important, chaque vie est importante. Avec le système que nous avons en
ce moment, je sais qu'il y en a qui a lieu, mais sommes-nous prêts aux
changements qu'on veut voir un jour? Est-ce qu'on va pouvoir fournir avec notre
système?
Mme Labelle (Francine) : Bien,
il faut se donner les conditions de succès nécessaires pour être capable,
justement, de gérer tout ça. Je pense qu'il y a, je le mentionnais tout à l'heure,
des exemples probants ailleurs au pays, ailleurs dans le monde qui <fonctionnent...
Mme Labelle (Francine) :
...des
exemples probants ailleurs au pays, ailleurs dans le monde qui >fonctionnent
très bien. Alors, je pense qu'il faut peut-être commencer à regarder de ce
côté-là, puis tirer les leçons aussi qui s'adaptent à la situation du Québec,
puis se retrousser les manches, puis de mettre le système dont on a besoin en
application.
Puis, bon, il y a plein de gens, dans le
milieu de la santé, je suis sûre, qui ne demandent pas mieux que de collaborer.
On le voit, on siège à de nombreux comités justement pour essayer de faire
avancer les choses, puis et il y a toujours des gens qui veulent contribuer.
Alors, il s'agit vraiment de rassembler tout ça avec un projet. Je pense que
c'est un énorme projet, un énorme chantier qui nous attend, un énorme défi
aussi en même temps. Mais je pense que, si on veut changer le cours... vraiment
le cours des choses, il faut... il faut s'y attaquer.
Mme Lakhoyan Olivier : ...
Le Président (M. Provençal)
:C'est terminé.
Mme Lakhoyan Olivier : Oh!
Le Président (M. Provençal)
:M. le député de Rosemont, vous allez
compléter cette période d'échange.
M. Marissal : Merci, M. le
Président. Merci à vous quatre d'être là. Merci, Mme Charbonneau, c'est
touchant, votre témoignage, mais il faut que ça soit plus que touchant.
D'ailleurs, je suis assez impressionné par votre sérénité là-dedans, malgré
tout, et votre force de caractère surtout.
Vous avez dit qu'il y a des gens qui vous
ont déjà dit dans le réseau ou vous l'avez entendu, là : Bien, on ne va
pas opérer quelqu'un qui est en santé, là, on... Puis Dr D'Aragon, tout à
l'heure, nous disait, juste avant vous, que parfois les gens dans le réseau
disent : Bien, regardes, on a quelqu'un qui a le cancer, on ne peut pas
l'opérer, parce qu'on n'a pas de ressources, on ne va pas opérer quelqu'un, à
plus forte raison, qui est en santé. Donc, il y a une résistance. Vous
appelleriez ça une résistance ou c'est une méconnaissance?
Mme Charbonneau (Sylvie) : Je
pense que, dans certains cas, c'est une résistance puis, dans d'autres cas,
c'est probablement une question de surcharge. On est surchargé avec tellement
de patients qu'il faut faire des choix. Puis là, bien, on a quelqu'un qui doit
être évalué mais qui est en santé. Donc, l'évaluation du donneur vivant n'est
peut-être pas toujours une priorité.
Une des conséquences de ça, je vous
dirais, c'est que moi, j'ai eu à refaire des examens, parce qu'il y a une date
de péremption sur des examens médicaux, et donc j'ai passé, par exemple, deux
fois une... voyons, une radio des poumons parce que ma première était périmée,
mais j'ai pris la place de quelqu'un qui en avait vraiment besoin.
Une voix : ...
Mme Charbonneau (Sylvie) : Bien,
moi, c'est comme ça que je me sentais parce que, si on avait fait mon
évaluation plus rapidement, je n'aurais pas eu besoin de la deuxième
radiographie des poumons.
M. Marissal : Oui, je
comprends. Vous avez dit aussi que... je pense que vous avez dit que vous avez
la tête dure, donc je peux le répéter, là, mais...
Mme Charbonneau (Sylvie) : Oui,
oui, vous pouvez...
M. Marissal : En tout cas,
vous êtes visiblement une battante, puis vous êtes éduquée, vous êtes capable
de naviguer dans le système, là, mais vous n'avez pas eu beaucoup
d'accompagnement. Vous, dans votre perception, c'est... il y a bien des gens
qui n'auront pas la force ou les capacités de mener cette bataille-là, même si
d'aventure ils voulaient donner un rein vivant... de son vivant.
Mme Charbonneau (Sylvie) : Il
y a des gens qui vont abandonner parce que ça prend trop de temps. Il y a des
gens qui vont juste laisser aller le processus parce qu'ils sont mal à l'aise
d'appeler puis dire : Le résultat de mon examen, il est où? Moi, je peux
vous dire que, quand j'appelais à l'hôpital ou au département où j'étais
évaluée, je n'avais plus besoin de me nommer.
M. Marissal : Ça, ce n'est
pas toujours garant d'un meilleur service, cela dit.
Mme Charbonneau (Sylvie) : Non,
mais... Non, mais ça démontre à quel point j'ai appelé souvent, par exemple.
M. Marissal : Oui, je suis
sûr que oui. Puis souvent, quand on a des témoignages de gens qui ont donné un
de leur rein de leur vivant nécessairement, à un proche, parce que c'est
souvent le cas, c'est toujours présenté comme quelque chose d'héroïque puis de
totalement héroïque, puis je n'essaie certainement pas de minimiser le don qui
est, effectivement, généreux, en tout cas, c'est le moins qu'on puisse dire. Vous,
vous dites : Bien, je n'ai pas de régime particulier, je suis en santé.
Finalement, est-ce qu'on pourrait
dédramatiser le fait de donner de son vivant? Parce que moi, en tout cas, j'ai
toujours l'impression que c'est comme presque jouer à pile ou face : Je
vais donner un rein, je vais peut-être mourir, il va peut-être y avoir deux
morts au lieu d'un. Tu sais, il y a une méconnaissance, je pense, généralisée
puis on dramatise peut-être beaucoup la chose.
Mme Charbonneau (Sylvie) : C'est
un très beau sujet. Moi, je pense que non seulement il faut dédramatiser le don
vivant, mais il faut... il faut parler de l'expérience humaine. Parce que ça,
je ne vous en ai pas parlé, mais le matin où mon garçon est venu me voir, le
lendemain de la chirurgie, juste pour me dire : Merci, maman; et la
première fois où je l'ai vu reprendre un verre de jus de pomme après trois ans
de <privation...
Mme Charbonneau (Sylvie) :
...fois
où je l'ai vu reprendre un verre de jus de pomme après trois ans de >privation
de jus de pomme, où il a juste pris une gorgée puis il a fait : Ah! que
c'est bon... Ce feeling-là, excusez-moi l'expression, là, mais ce sentiment-là,
de l'acte qu'on vient de faire, moi, je ne me sentais pas héroïque. Je me
sentais à la fois reconnaissante que la vie m'ait permis de faire ça et je me
sentais aussi un peu égoïste parce que je l'ai fait pour retrouver mon garçon.
La semaine après la greffe, ce que j'ai... ce que j'ai trouvé, là, j'ai
retrouvé mon garçon.
Le Président (M. Provençal)
: C'est tout.
M. Marissal : C'est tout?
C'est tout. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup pour votre contribution,
votre participation, surtout votre témoignage, Madame, c'est vraiment touchant.
Et sur ce, je vais suspendre les travaux
jusqu'après les affaires courantes. On se revoit cet après-midi.
La Secrétaire : ...
Le Président (M. Provençal)
:Après les avis touchant les affaires.
Merci, Mme la secrétaire. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 17)
15 h 30 (version révisée)
(Reprise à 15 h 40)
Le Président (M. Provençal)
:À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
de la santé et des services sociaux reprend ses travaux. Je demande à toutes
les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs
appareils électroniques.
Nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques dans le cadre du mandat d'initiative visant
à étudier les moyens facilitant le don d'organes ou de tissus, notamment l'instauration
de la présomption du consentement.
Cet après-midi, nous entendrons les
témoins suivants : le Programme québécois de don vivant de rein et Héma-Québec.
Considérant que notre séance commence à... on a 25 minutes de retard, alors j'ai
besoin de votre consentement pour qu'on poursuive 20 minutes plus... de plus
pour s'assurer qu'on va avoir de bons échanges avec les gens qui se sont
déplacés. Ça va? Consentement? Merci beaucoup.
Je débute maintenant notre après-midi de
travail et je souhaite la bienvenue au Dr Pâquet, directeur médical du Programme
québécois de don vivant de rein. Je vous rappelle que vous allez disposer de 10
minutes, et, par la suite, nous allons procéder <à...
Le Président (M. Provençal)
:
...de don vivant de rein. Je
vous rappelle que vous allez disposer de 10 minutes, et, par la suite, nous
allons procéder >à nos échanges. Alors, je vous cède la parole. Et merci
de la patience que vous avez eue. Allez-y.
M. Pâquet (Michel R.) : Merci,
M. le Président. Mmes, MM. les députés, membres de cette commission, merci de
l'invitation que vous m'avez faite pour parler d'un sujet qui, évidemment,
m'est... me tient... très cher et qui est très important pour moi et, je pense,
pour tous nos patients, la greffe rénale ou la transplantation rénale avec le
rein prélevé chez un donneur vivant.
Moi, mon nom, c'est Michel Pâquet. Je suis
néphrologue au Centre hospitalier universitaire de Montréal et, comme vous
l'avez mentionné, directeur médical du Programme québécois de don vivant de
rein. Vous avez tous reçu, je crois, de façon électronique, le petit document
que j'avais préparé. C'est en format PDF, mais c'est des... page par page de ce
que je vais présenter. Donc, vous pouvez peut-être le parcourir au fur et à
mesure que je vais parler.
J'aimerais juste aborder le sujet des
différents types de donneurs d'organes. Alors, c'est sûr que la commission se
concentre, pas exclusivement, mais en bonne partie, sur les organes prélevés
chez les donneurs décédés, puis, comme vous l'avez constaté, je suis ici pour
parler des donneurs vivants. Les donneurs décédés, il y en a différents types,
ça aussi, là, je n'élaborerai pas longtemps là-dessus, les patients qui sont
décédés qu'on dit en décès neurologique, les donneurs qui sont décédés mais
après un arrêt circulatoire, les donneurs — c'est plus récent, mais
vous en avez beaucoup entendu parler — par décès après l'aide
médicale à mourir, et, dans une catégorie, là, tout à fait différente, les
donneurs vivants.
Juste parler brièvement de la greffe
rénale avec un rein prélevé chez un donneur vivant. Alors, la meilleure façon
de l'expliquer, c'est que... je ne le souhaite à personne, mais, si jamais un
de vos proches avait une maladie rénale grave au point où les reins ne
fonctionnent plus ou presque plus, cette personne-là a besoin de ce qu'on
appelle une thérapie de remplacement de la fonction rénale.
Il y a différentes thérapies de
remplacement : l'hémodialyse, la dialyse péritonéale, la transplantation,
la transplantation avec un rein d'une personne décédée, la transplantation avec
le rein d'une personne vivante. Ça, ce sont toutes des options qui s'offrent
aux personnes qui ont la maladie rénale grave. Alors, si vous me demandiez
conseil sur un de vos proches qui avait la maladie rénale grave et vous me
demandiez : Quel est le meilleur traitement, que mon proche, mon frère, ma
sœur, mon enfant, mon conjoint, ma conjointe a besoin de technique de
remplacement de la fonction rénale?, mais la réponse, ce n'est pas moi qui l'a
dit, mais c'est la littérature médicale, puis la réponse, elle est très, très
claire, c'est la transplantation rénale avec le rein prélevé chez un donneur
vivant. Pour la personne qui a la maladie rénale, c'est le meilleur traitement.
Ce sont des reins qui offrent une meilleure efficacité de fonctionnement. Ce
sont des reins qui durent plus longtemps, en moyenne, que les reins qui sont
prélevés chez une personne décédée. C'est la seule façon, pour une personne qui
a besoin de cette thérapie-là, d'avoir accès à la greffe plus rapidement.
Quelqu'un qui attend un rein, sur la liste
d'attente pour le rein d'une personne décédée, peut attendre deux ans, trois
ans, quatre ans, cinq ans pour recevoir sa greffe. Si quelqu'un a un donneur
vivant parmi ses proches, alors c'est une greffe qu'on peut faire très
rapidement. Et même, dans certains cas, on peut faire la transplantation avant
même que la personne commence la dialyse, c'est-à-dire éviter la dialyse
complètement.
Je mentionnerais évidemment le côté
sécuritaire pour la personne qui donne un rein. Alors, s'il y a des questions à
ce sujet-là, ça me fera plaisir d'y répondre à la période de questions. Mais
évidemment notre responsabilité, comme équipe de... qui évalue les candidats
potentiels au don vivant, c'est de s'assurer que c'est sécuritaire pour la
personne qui donne un rein, sécuritaire au moment où la personne fait le don et
sécuritaire pour vivre le restant de sa vie avec un seul rein plutôt que deux
reins.
Puis je mentionnerais évidemment
l'économie significative, je pense que ça a déjà été mentionné, que la
transplantation rénale offre par rapport aux traitements de dialyse.
Différentes études ont été faites : globalement, on estime à l'économie
annuelle de 50 000 $ par année pour chaque patient qui a une greffe
rénale et qui n'est pas en dialyse. Évidemment, cette économie-là, elle est
vraie, que le rein provienne d'une personne décédée ou d'une personne vivante,
sauf que celui qui a reçu le rein d'une personne vivante, la durée de sa greffe
est beaucoup plus longue, donc cette économie-là se perpétue beaucoup plus
longtemps.
Une comparaison avec le nombre de donneurs
vivants au Québec, à comparer au nombre de donneurs vivants ailleurs au Canada,
alors ce n'est pas la meilleure façon ou ce n'est pas la seule façon, mais ce
qu'on utilise souvent, c'est le taux de donneurs <par...
M. Pâquet (Michel R.) :
...alors
ce n'est pas la meilleure façon ou ce n'est pas la seule façon, mais ce qu'on
utilise souvent, c'est le taux de donneurs >par million de population.
Donc, on équilibre un peu selon les populations des différentes provinces.
Alors, au Québec, avant qu'on mette le
programme que je vais vous décrire tantôt, au Québec, le taux de dons vivants
au Québec était entre cinq et six donneurs vivants par million de population.
C'était la moyenne, à peu près, des 10 années avant qu'on commence le projet. La
moyenne canadienne, elle n'est pas de cinq ou six donneurs vivants par million
de population, mais elle est de 13, donc on était à peu près à la moitié de la
moyenne canadienne. Encore une fois, je pourrais rentrer dans les détails et
les raisons peut-être plus tard dans la période de questions. Puis je
mentionnerais aussi que certaines provinces canadiennes ont un taux évidemment
supérieur à la moyenne, puisque la moyenne, c'est 13. Il y a des provinces où
le taux de don est autour de 20 donneurs vivants par million de population.
Donc, on était loin de la moyenne.
Et c'est pour cette raison-là qu'on a
discuté puis qu'on a mis sur place et qu'on a mis sur pied un programme pour
augmenter le nombre de donneurs vivants au Québec. Le but était d'augmenter le
don partout au Québec, dans chacun des cinq centres où se fait l'évaluation des
donneurs vivants. Il y en a cinq, au Québec, un à Québec, un à Sherbrooke et
trois à Montréal. Et le but de notre projet, c'était, à tout le moins,
d'atteindre la moyenne canadienne, soit de 13 donneurs vivants par million de
population, et éventuellement de dépasser cette moyenne-là. Comment? Grâce à ce
programme-là, bien, on voulait améliorer, évidemment, l'accès à la greffe pour
les personnes souffrant de la maladie rénale, réduire les délais d'attente pour
la greffe, améliorer la durée de vie des reins greffés et, de façon très
importante, là, améliorer la qualité de vie des personnes recevant la greffe et
améliorer leur espérance de vie. On sait que les personnes qui reçoivent une
greffe vivent plus longtemps que la même personne si elle restait en dialyse.
Alors, le programme québécois, il y a un
projet pilote qui a été débuté en 2016. Après présentation auprès d'un, et de
deux, et de trois ministres de la Santé différents, j'ai réussi à convaincre de
mettre sur pied ce programme-là, puis l'annonce a été faite au mois d'août 2018
par le ministre de la Santé et des Services sociaux à ce moment-là. Il y a un
budget qui a été accordé aux cinq centres où se fait le don vivant au Québec.
L'annonce... Le budget a été accordé en 2019, et puis l'embauche de personnel
dans chacun des centres s'est faite en 2020.
Le programme québécois se résumait en cinq
axes différents, qui, on l'espérait, feraient la différence pour augmenter le
don vivant au Québec. Cette recette-là, je ne l'ai pas inventée. J'ai parlé à
mes collègues canadiens, j'ai parlé à mes collègues qui sont dans des centres
qui sont performants puis je leur ai dit : Qu'est-ce que vous faites? Et
puis j'ai dit : Faisons ça ici aussi puis adaptons-le à la réalité
québécoise.
Donc, premièrement, c'était d'augmenter
l'information, la sensibilisation auprès de beaucoup de monde. Premièrement,
les professionnels de la santé qui s'occupent des patients qui ont la maladie
rénale, on parle des infirmières, des néphrologues, des médecins qui s'occupent
de ces patients-là, si possible, avant même qu'ils doivent commencer la dialyse
ou une fois qu'ils ont commencé la dialyse, les sensibiliser à cette option-là,
qui, je le répète, est la meilleure option pour un patient souffrant de la
maladie rénale grave. Également, sensibiliser les patients qui ont cette
maladie-là, qui sont dans le processus d'une diminution progressive de leurs
fonctions rénales, de leur en parler à eux et à leurs proches pour s'assurer
qu'ils connaissent cette option-là. Parce que, surprenamment, on entend des
histoires où des gens sont en dialyse depuis un certain temps et ne savaient
même pas que cette option-là existait.
• (15 h 50) •
On a développé des activités pour
optimiser le processus d'évaluation des candidats au don vivant. On me dit
qu'il y a eu un témoignage ce matin d'une personne qui a fait un don vivant
dont le parcours avait été un petit peu compliqué. J'ose espérer que ce n'est
plus le cas dans la majorité des cas présentement.
On a standardisé des outils de formation
et les formulaires cliniques utilisés dans chacun des cinq centres, on a
déployé un système d'information pour suivre le parcours des candidats au don
vivant à partir de leurs manifestations, au début, comme candidats potentiels,
tout au cours de l'évaluation, jusqu'au don, et on a mis sur place une
gouvernance provinciale.
L'autre diapositive, pour ceux qui
suivent, donne un peu nos statistiques récentes suite à la mise en place du
Programme québécois de don vivant. La première ligne, c'est le volume de
premiers contacts. Ça, c'est le nombre de fois que le téléphone sonne ou qu'on
reçoit un e-mail d'une personne qui se propose comme un donneur éventuel. Donc,
d'année en année, <on...
M. Pâquet (Michel R.) :
...ou
qu'on reçoit un e-mail d'une personne qui se propose comme un donneur éventuel.
Donc, d'année en année, >on voit que le nombre de premiers contacts a
augmenté. Puis la deuxième ligne, bien, c'est le nombre de néphrectomies. Ça,
c'est le terme qu'on utilise pour prélever un rein chez quelqu'un, donc le
nombre de fois qu'une personne s'est rendu jusqu'au bout et on a prélevé le
rein. Alors, en 2019‑2020, 58 donneurs au cours de l'année au Québec; l'année 2020‑2021,
bien, je ne vous cache pas que c'est l'année de la pandémie et puis qu'on a
fermé les programmes de dons vivants au Québec pendant plusieurs mois, donc une
baisse; et puis ensuite, 78 et 67 pour la dernière année comptabilisée sur ce
tableau-là. Si on l'exprime par donneurs vivants, par million de population, on
voit qu'en 2021‑2022, neuf donneurs vivants par million de population, alors
on le compare à cinq à six qu'on avait avant notre programme et, l'année
suivante, 7,7. Donc, dépendamment de quelle année on choisit, on a quand même
observé une augmentation de 40 % à 50 % du nombre de donneurs vivants
au Québec suite à la mise en place du programme. Encore une fois, on n'a pas
atteint notre objectif parce que notre objectif, c'est de rejoindre la moyenne
canadienne et de la dépasser.
Le Président (M. Provençal)
:...conclure, s'il vous plaît.
M. Pâquet (Michel R.) : Bon.
Alors, si je conclus, je vais simplement aller à l'avant-dernière diapositive,
qui mentionne le fait que le don vivant... pardon, la chaîne est très complexe
entre l'organe qu'on veut prélever ou le donneur qui a l'organe qu'on veut
prélever et la transplantation. Plusieurs étapes entre tout ça. Il y a l'identification
d'une personne qui veut donner, puis, tout ce que je dis présentement, ça
s'applique aux dons vivants et aux dons décédés, l'identification, le...
prélever l'organe, faire la transplantation et suivre les patients qui ont eu
la transplantation. Comme on le sait tous, chaque chaîne est aussi faible que
son maillon le plus faible. Alors, on parle ici d'augmenter le don d'organes et
de tissus. Je ne mentionnerai pas le consentement pour l'instant, mais, si,
clairement, on augmente le don d'organes au Québec et on le double rapidement,
il faut aussi s'assurer que ceux qui suivent, qu'on ait les ressources
nécessaires pour faire des prélèvements, faire les transplantations et faire le
suivi. Alors, le nom de la commission, c'est d'augmenter ou faciliter le don d'organes
et de tissus, bien, il ne faut pas oublier qu'il y a la transplantation à
l'autre bout puis que, si on augmente à un bout, il faut s'assurer que les
ressources sont présentes tout le long.
La dernière diapositive, c'est les
recommandations que j'ai faites. Elles ne sont pas numérotées parce qu'il n'y
avait pas d'ordre particulier. Vous pourrez les lire et me poser des questions,
là, à ce sujet là. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, Mme la députée
de Bonaventure.
Mme Blouin : Oui.
Bonjour, Dr Pâquet. Merci d'être avec nous aujourd'hui. En fait, je vous
offre l'opportunité de terminer, si vous voulez y aller, avec vos
recommandations, s'il y a des diapositives que vous avez sautées ou que vous
voulez nous partager.
M. Pâquet (Michel R.) : C'est-à-dire
que, brièvement, les recommandations, ça résume un peu ce que j'ai dit, là.
Vous les avez peut-être, tous, reçues, là. Ça va répéter ce que j'ai mentionné.
Alors, je vais préférer peut-être répondre aux questions.
Mme Blouin : Super. En
fait, on a reçu, ce matin, je pense que vous le savez, La Fondation canadienne
du rein, qui nous a soulevé qu'en ce moment on attend que le passion... le
patient arrive à une capacité de 10 % à 15 % de fonction rénale avant
d'enclencher le processus au niveau du donneur. Pourquoi est-ce qu'on ne
commence pas avant? En fait, ça a suscité beaucoup de réactions autour de la
table, donc on voulait vous entendre.
M. Pâquet (Michel R.) : Bon,
il y a une grande stratégie à savoir quand... Là, on parle de commencer le
bilan du donneur? OK. Alors, évidemment, si on a une personne qui a la maladie
rénale, puis la fonction de ses reins décline progressivement, on exprime ça,
pour vulgariser un petit peu, là, en pourcentage. Il y a des moments clés. Mais,
15 %, c'est un moment clé parce qu'à partir de 15 %, on peut inscrire
cette personne-là sur la liste d'attente pour une transplantation, puis cette
personne-là est une candidate à la transplantation. Pour que cette personne-là
soit une candidate à la transplantation, il y a un bilan qui doit être fait
pour cette personne-là, la personne qui va recevoir de la greffe : il faut
s'assurer qu'il n'y a pas d'infection, il faut s'assurer qu'il n'y a pas de
cancer, il faut s'assurer que la santé cardiovasculaire permette une
transplantation. Donc, il y a tout un bilan d'évaluation qui est fait chez la
personne qui reçoit. Avant d'inscrire quelqu'un sur la liste ou avant
d'envisager la greffer, il faut que ce bilan-là soit fait et complet.
Parallèlement, si on parle du don vivant,
là il faut décider quand est-ce qu'on commence le bilan pour la personne qui a
l'intention de donner un rein à la personne souffrant de la maladie rénale. Il
faut que quelqu'un se manifeste. Mais présumons que quelqu'un s'est manifesté
pour... pour mon patient. Alors, commencer trop tôt, ce n'est pas
nécessairement avantageux si la fonction rénale n'a pas suffisamment décliné
jusqu'à 15 % ou plus bas. Puis on ne veut pas la commencer trop tard non
plus. Dans le monde idéal, il y a des conditions qui peuvent être réunies, puis
on les réunit souvent, pas assez souvent à mon goût, mais on les réunit <assez...
M. Pâquet (Michel R.) :
...il
y a des conditions qui peuvent être réunies, puis on les réunit souvent, pas
assez souvent à mon goût, mais on les réunit >assez souvent, où le bilan
de personne qui reçoit est fait, puis la fonction rénale sera quelque part
entre 10 % et 15 %. Le bilan de la personne qui fait... est
complété, puis on peut faire de la greffe avant même que la personne doive
débuter la dialyse. C'est-à-dire que cette personne-là va éviter la dialyse, va
avoir une transplantation, pourra faire de nombreuses années sans avoir fait de
dialyse. Bon, ça, c'est des situations qu'on rencontre, mais, comme j'ai dit,
pas assez souvent.
Donc, il y a plein de facteurs qui
rentrent en ligne de compte. Comme j'ai dit, commencer le bilan du donneur, si
le receveur est loin, loin d'être prêt, puis c'est un bilan compliqué parce que
peut-être que c'est un patient qui a plein de comorbidités, puis peut-être des
comorbidités cardiovasculaires, puis on n'est même pas certains si cette
personne-là est une candidate à la greffe, bien, on ne veut pas investir trop
de temps et d'énergie pour un bilan d'un donneur pour une greffe qui ne se fera
peut-être pas ou qui se fera peut-être seulement que plus tard. Donc, il y a
vraiment une combinaison entre les deux pour savoir quand initier le bilan et
de la personne... de la personne qui a l'intention de donner un rein. Dans les
cas simples, ça se fait, on peut coordonner le tout, mais, évidemment, il y a
des exceptions un peu dans chacun des patients.
Mme Blouin : On comprend que
c'est assez complexe. Vous parlez de donneurs qui se manifestent, en fait.
Est-ce que vous croyez que de donner une certaine formation aux patients qui
sont en insuffisance rénale pour les aider à parler de leur situation puis à
trouver un donneur potentiel, est-ce que... est-ce que ça fonctionne bien ou
est-ce que ça alourdit un peu la vie de ces gens-là?
M. Pâquet (Michel R.) : Alors
là, je n'utiliserais pas le mot «formation», mais j'utiliserais le mot
«information». Alors, la personne qui a la maladie rénale, nous, notre
responsabilité, c'est de s'assurer que cette personne-là est au courant de
toutes ses options. Au tout début, j'ai parlé des différentes formes de dialyse,
de la transplantation avec un rein de personne vivante ou décédée. Donc, il
faut que cette personne-là soit au courant, soit bien informée des différentes
options. Mais on peut tous concevoir que ce n'est pas simple pour une personne,
au souper du samedi soir, de dire : J'ai besoin d'un rein. Qui veut me
donner un rein? Ce n'est pas facile pour cette personne-là. Donc elle a besoin
d'accompagnement.
Donc, dans notre programme, un des
éléments importants que je n'ai pas mentionnés, on a une travailleuse sociale
dans chacune des équipes, dans les cinq centres de don vivant, qui travaille à
temps plein pour le programme de don vivant et dont la responsabilité, c'est de
rencontrer des personnes en attente avec la maladie rénale, soit avant le stade
de dialyse ou peu après le moment où ils ont commencé les traitements de
dialyse, pour les aider et les accompagner dans l'identification de candidats
potentiels. Alors, évidemment, on ne met pas de pression sur personne, mais de
s'assurer que, s'ils ont besoin d'aide, s'ils ont besoin d'information, s'il y
a des pamphlets d'information... maintenant, il y a des méthodes électroniques
pour que les proches soient au courant de cette... de cette option-là. Puis,
s'ils ont des questions, à ce moment-là, ou les receveurs ou les donneurs
potentiels peuvent nous contacter, puis là on peut donner de l'information à
toutes ces personnes-là.
Mme Blouin : Est-ce que ça
existe, un genre de registre de donneurs vivants au Québec? On a-tu accès... Ce
serait-tu...
M. Pâquet (Michel R.) : ...il
n'y a pas un registre de donneurs vivants. Puis j'ai mentionné brièvement,
évidemment, le consentement : il n'est pas question, je vous rassure tous,
de consentement présumé pour le don vivant. Donc, il n'y a pas de... il n'y a
pas de registre. Alors, c'est de parler aux proches, de parler aux patients et
à leurs proches de cette option-là, de leur parler des avantages pour la
personne qui recevrait la greffe. Si c'est le rein d'une personne vivante, de
leur parler des risques, ils sont bas, mais ils ne sont pas nuls pour la
personne qui donne un rein, et de les laisser décider et nous contacter à ce
moment-là. Il y a des personnes qui décident de donner un rein qui ne
connaissent personne dans leur entourage qui a besoin d'une transplantation. On
les appelle les donneurs non dirigés. C'est... Le meilleur exemple qu'on peut
donner, c'est comme une personne qui va donner du sang. Alors, quand on va
donner du sang, on sait qu'on aide une, des personnes, on ne sait pas qui.
• (16 heures) •
Alors, il y a des personnes qui sont
prêtes à donner un rein comme ça, puis ces donneurs-là sont présentement en
augmentation au Québec. Mais, pour que ça soit connu, parce que c'est peu connu
du grand public, clairement, il y a besoin d'une sensibilisation, sans doute
grand public, pour que cette option-là, de donner un rein de son vivant à un
proche ou à une personne qu'on ne connaît pas, pour que ce phénomène soit bien
connu.
Mme Blouin : Et comment ça
fonctionne, justement, si on veut donner un rein à quelqu'un qu'on ne connaît
pas? Comment...
M. Pâquet (Michel R.) : Vous
m'appelez.
Mme Blouin : On vous appelle
directement, c'est vous qui... Bien, justement, ça m'emmène à parler... Bien,
en fait, je vous laisse élaborer là-dessus, si vous voulez nous... mais je
parlerais de relève médicale après, si vous voulez.
M. Pâquet (Michel R.) : Oui.
Alors, il y a cinq centres...
16 h (version révisée)
Mme Blouin : ...mais je
parlerais de relève médicale après, si vous voulez.
M. Pâquet (Michel R.) : Oui.
Alors, il y a cinq centres de dons vivants au Québec, un à Sherbrooke, un à
Québec, trois à Montréal : Maisonneuve-Rosemont, le CUSM et le CHUM.
Alors, les coordonnées de chacune de ces cinq équipes-là, en don vivant, sont
bien connues, sont publiées, sont sur le site du ministère de la Santé. Alors,
une personne qui serait intéressée doit savoir quoi faire. Mais la première
démarche, c'est de contacter un de ces cinq centres-là.
Mme Blouin : Ils peuvent
nous donner de l'information. Justement, on parlait ce matin, aussi, des enjeux
en matière de relève médicale. Qu'est-ce qu'on fait pour rendre ça plus
attrayant? Est-ce que vous avez des pistes de solutions?
M. Pâquet (Michel R.) : Bon.
Alors, mon biais, c'est que c'est une pratique passionnante, que je ne
comprends pas pourquoi on a de la difficulté à recruter, puis il y a plein de
raisons logistiques. Je vais laisser à mes collègues, entre autres de la FMSQ,
qui vont... qui viennent présenter demain, de parler un peu de ces enjeux-là.
Puis moi, je ne suis pas chirurgien, je suis néphrologue. Alors, je ne veux pas
parler au nom des chirurgiens, il y en a un derrière moi. Ça fait que lui, il
pourrait parler beaucoup mieux que moi à ce sujet là. Mais c'est sûr que, là,
je parle de la transplantation en général, pas toutes les transplantations,
mais plusieurs sont faites à des heures qui ne sont pas les heures normales de
jour. Ce n'est pas une pratique où on peut facilement attirer des candidats,
mais il y a moyen de rendre ça plus attrayant. Mais encore une fois, je
laisserais mes collègues de la FMSQ, lorsqu'ils vont présenter demain,
peut-être répondre à ces questions-là.
Mme Blouin : Et d'ici
là, est-ce qu'on peut avoir votre position sur le consentement présumé?
M. Pâquet (Michel R.) : Bon.
Alors, encore une fois, moi, je suis venu ici pour parler du don vivant. Il n'y
aura jamais de consentement présumé pour le don vivant. Une réponse pour ce qui
est du don chez les personnes décédées, je pense que c'est une réponse que vous
avez eue à plusieurs reprises, puis je suis du même avis, le don, le
consentement présumé est une... une intervention parmi de nombreuses,
nombreuses, nombreuses autres interventions qui peuvent être faites pour
augmenter le don d'organes et le don de tissus au Québec, et la
transplantation. Personnellement, cette unique mesure là, en soi, je ne pense
pas que ça ne ferait aucune différence. Mais il faut penser à tout ce qui...
qui doit venir autour.
Mme Blouin : Merci
beaucoup. Je pense que j'ai une collègue...
Une voix : ...
Mme Lachance : Bonjour, monsieur,
merci d'être là. Il y a une question qui me... qui me turlupine, si je peux m'exprimer
ainsi, parce que vous êtes quand même... Ça fait quelques... quelques personnes
qu'on rencontre en consultation, et je me demande pourquoi les interventions de
greffe ont-elles tout le temps lieu le soir ou le week-end? Parce qu'on nous
mentionne que ce n'est jamais sur les heures de travail.
M. Pâquet (Michel R.) : Bon,
elles n'ont pas tout le temps lieu en dehors des heures normales de travail. Ça
arrive à l'occasion, que ce soit pendant les heures de travail. En don vivant,
ce dont quoi je suis venu parler ici, c'est toujours pendant les heures de
jour, parce que c'est cédulé à l'avance. On a un donneur qui est prêt, on a un
receveur qui est prêt, on regarde le calendrier, on regarde la disponibilité au
bloc opératoire et des chirurgiens puis on dit telle date, telle heure, on va
faire la greffe. Ça, ça se fait de jour, sauf exception pour des raisons que je
ne rentrerai pas dans les détails, mais en majorité, ça se fait de jour. Pour
des greffes faites avec un organe prélevé chez une personne décédée, alors là,
il y a toute une question de coordonner, comme vous l'avez... je suis certain
que vous en avez entendu parler, coordonner, comme je l'ai dit, une longue
chaîne d'événements qui commence par l'identification d'un donneur décédé puis
qui se termine par une transplantation. Donc, il y a plein, plein, plein d'enjeux.
Si le rein arrive dans la glacière à 11 heures le soir au bloc opératoire,
bien, c'est une greffe qui va sans doute se faire de nuit ou tard dans la nuit.
Si le rein arrive arrive à 8 heures le matin, ça peut être différent, mais
encore une fois, c'est des questions plus d'ordre chirurgical puis il y a des
chirurgiens qui vont être capables de répondre à vos questions de façon plus
précise. Mais en don vivant, c'est presque toujours de jour.
Mme Lachance : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Il reste une minute. Oui, M. le
député de Saint-Jérôme.
M. Chassin :Très rapidement, puis vraiment parce que je suis néophyte,
là, on s'informe. Les dons dirigés versus les dons non dirigés, dans les dons
vivants de reins, ça représente à peu près quoi comme proportion, peut-être?
M. Pâquet (Michel R.) : La
très, très grande majorité des dons vivants, ce sont des dons dirigés, donc, à
un proche, comme j'ai mentionné.
M. Chassin :
Croisé?
M. Pâquet (Michel R.) : Bon,
le don croisé, c'est un phénomène un petit peu différent. Donc, si une personne
est prête à donner un rein à son proche, le bilan est complet puis la personne
peut donner, le bilan est complet. La personne peut recevoir, mais ils ne sont
pas compatibles. OK? Soit le groupe sanguin est différent ou soit, pour d'autres
raisons immunologiques, il n'y a pas de compatibilité. On a mis, moi et mes
collègues du Canada...
M. Chassin :En proportion, c'est... en proportion, c'est-tu important ou...
M. Pâquet (Michel R.) : En
proportion, c'est-à-dire que là, on... là, on parle de dons croisés, donc on a
mis sur pied un registre canadien pour permettre à ces paires-là de <donner...
M. Pâquet (Michel R.)T :
...c'est-à-dire
que là, on... là, on parle de dons croisés, donc on a mis sur pied un registre
canadien pour permettre à ces paires-là de >donner à quelqu'un d'autre
pour que lui reçoive une greffe d'une personne compatible. Ça, c'est du don
croisé. Mais encore une fois, ça, ce n'est pas nécessairement des donneurs non
dirigés.
En réponse à votre première question, la
proportion, je dirais moins de 10 %. Entre 5% et 10 % des donneurs
vivants, présentement, au Québec, ce sont des donneurs non dirigés. Plus
5 % que 10 %.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Je vais céder,
maintenant, la parole au député de Pontiac.
M. Fortin :Merci, M. le Président. Bonjour, merci d'être avec nous,
docteur, et de nous partager votre point de vue sur, spécifiquement, la
question du don vivant, là, qui est... qui est celle pour laquelle vous êtes
vraiment un des grands experts québécois.
Donc, la dernière statistique que vous
venez de mentionner, là, au député, le 5 % à 10 % qui sont des dons
non dirigés — il me semble, là — ça, c'est parce que la
plupart des gens qui choisissent de s'inscrire pour faire un don potentiel le
font fort probablement parce qu'ils ont un proche qui est dans une situation
difficile, disons, là. Mais il n'y a pas de... il n'y a pas de campagne plus
large que ça pour inciter les gens à vouloir faire un don, nécessairement.
Est-ce que ce serait utile d'avoir, tu sais, une approche plus large pour dire :
Est-ce qu'il y a des gens ici... il y a peut-être des gens qui nous écoutent,
qui diraient : Bien, moi, je ne connais pas personne qui est dans cette
situation-là, mais je suis ouvert à ça, faire un don? Est-ce que... est-ce
qu'il y aurait moyen de... de... d'agrandir la tarte un peu, là, pour
m'exprimer ainsi?
M. Pâquet (Michel R.) : Donc,
il n'y a pas de campagne de ce type-là à date, mais je pense que ça aiderait
énormément. Mais pour faire ce genre de... Parce que quand on parle de don
vivant aux proches des personnes qui ont besoin d'une greffe, on peut les
identifier relativement facilement. On connaît les patients, on sait où ils
sont à la clinique de prédialyse ou à l'unité d'hémodialyse, on peut les
rencontrer puis rencontrer leurs proches. On peut cibler notre information plus
facilement. Si on parle de donneurs non dirigés, bien là, c'est la population
en général. Alors, pour faire de la sensibilisation grand public, ça prend des
moyens qu'on n'a pas présentement. Mais la réponse à votre question, c'est oui,
ça serait un ajout important, puis je suis certain que ça aiderait.
De façon... Comme anecdote, lorsqu'une
personne fait un don de ce type-là, puis on en a eu quelques-uns dans la...
dans les... dans la dernière année chez nous, certaines de ces personnes-là
choisissent d'aller dans les médias. Alors, c'est leur choix. Quand ces
personnes-là vont dans les médias, par la suite, le téléphone sonne. Il y a des
personnes qui disent : J'ai entendu le reportage à la radio, j'ai vu tel
article dans... dans... dans... sur les médias sociaux ou dans un journal, et
puis moi, je serais intéressé à faire ça. Parce que la personne n'avait jamais
pensé que c'était possible. Donc, clairement, quand on en parle dans les
médias, il y a une réaction, puis on a des personnes qui se manifestent par la
suite. Tu sais, clairement, ça aiderait.
M. Fortin :Alors, il y a un potentiel. Est-ce que... est-ce qu'il y a,
par exemple, d'autres juridictions qui le font? Est-ce qu'ailleurs au Canada...
Ça fait partie, peut-être, du... de la raison pour laquelle on a des taux
supérieurs au Québec? Est-ce... est-ce que ça se fait, des campagnes à plus
grande échelle? Parce que de toute évidence, ça fonctionne, la sensibilisation.
M. Pâquet (Michel R.) : Oui,
ça fonctionne. Ça ne se fait pas de façon formelle, je dirais. Mais comme je
viens de mentionner, dans les autres provinces, les personnes qui ont fait ce
geste-là, là, on parle d'un don non dirigé, souvent, elles vont aller dans les
médias, parfois, elles sont peut-être encouragées par les équipes médicales,
certaines le font spontanément, mais clairement, à chaque fois que c'est fait,
il y a un impact.
• (16 h 10) •
M. Fortin :Très bien. J'essaie de comprendre vos statistiques par
rapport aux résultats que vous avez jusqu'à maintenant, là. Et dans votre
présentation, vous parlez d'une augmentation de 40 % à 50 % du don
vivant de reins au Québec. Je regarde le volume de néphrectomies, on passe de
58 à 67 au cours des quatre dernières années, là. C'est quoi votre... le
besoin, c'est quoi, d'après vous?
M. Pâquet (Michel R.) : Bon.
Alors, 58, c'était l'année 2019-2020, la moyenne des 10 années
précédentes, c'était autour de 50 par année, alors, si on atteint
70 donneurs par année, ça fait 40 % d'augmentation. Une année qu'on en
a fait un petit peu plus, ça frôlait le 50 %.
Encore une fois, votre question, elle est
excellente. Posez-la aux personnes en dialyse, combien que ça en prend, ils
vont dire : Le plus possible. Il faut comprendre, aussi, qu'il y a des
personnes qui n'en auront jamais, de donneurs vivants, pour plein de raisons.
Mais il y en a qu'il y a des donneurs... qu'il y a des candidats potentiels
autour d'eux, bien, eux, ils ne le savent pas, puis les donneurs potentiels ne
le savent pas non plus. Donc là, on a une intervention. Il faut aussi
comprendre que plus on fait de greffes avec donneur vivant, plus on vide la
liste d'attente, puis ça fait de la place sur la liste d'attente pour avoir <accès...
M. Pâquet (Michel R.)T :
...
Il faut aussi comprendre que plus on fait de greffes avec donneur vivant, plus
on vide la liste d'attente, puis ça fait de la place sur la liste d'attente
pour avoir >accès à la greffe à ceux qui n'ont pas de donneur vivant.
Donc, non seulement on aide ceux qui ont un donneur vivant, on aide ceux qui
n'en ont pas, parce qu'on réduit ce qu'on va appeler la compétition pour une
greffe sur la liste d'attente.
M. Fortin :Vous avez mentionné, tantôt, les cinq équipes qu'on a au
Québec : trois à Montréal, Québec, Sherbrooke, si je ne me trompe pas.
Mais la dialyse, là, par exemple, on en fait partout, là, on en fait à
Shawville, à Maria, je pense. Je pense qu'il y en a à Maria, de la dialyse, si
je ne me trompe pas?
M. Pâquet (Michel R.) : Oui.
M. Fortin :Oui? Mais on en fait dans plusieurs hôpitaux ruraux, régionaux
au Québec. Ce matin, on a entendu des gens de la La Fondation canadienne du
rein. Souvent, les patients ne se font pas proposer le don vivant comme option,
ils vont direct à la dialyse.
M. Pâquet
(Michel R.) : Oui.
M. Fortin :Est-ce que c'est un enjeu en milieu rural ou... Tu sais, Shawville
puis Maria, c'est loin de Montréal ou de Québec, là. Alors, est-ce qu'on ne le
propose pas parce qu'on est loin, parce que, simplement pas... ce n'est pas
dans notre quotidien, on ne le voit pas, ou est-ce qu'il y a une réticence à le
proposer, de la part des professionnels?
M. Pâquet (Michel R.) : Il y
a peut-être déjà eu de la réticence. Je pense que cette réticence-là, elle est
vraiment moins présente qu'avant. Mais, encore une fois, j'ai parlé de
sensibiliser les professionnels de la santé, les infirmières qui travaillent
auprès des patients avant la dialyse ou lorsqu'ils sont en dialyse, les
médecins, les néphrologues qui s'occupent de ces patients-là. La
sensibilisation, j'ai... ça fait quelques années que je tente de la faire, mais
je me rends compte que ça n'a pas atteint le niveau. Je ne pense pas que c'est
une question de région. Le néphrologue qui couvre Maria, s'il est bien
sensibilisé à la notion de la greffe et à la... et au don vivant, va en parler
à ses patients. Ce n'est pas parce que c'est loin que ça ne peut pas se faire,
les donneurs de Maria vont se faire évaluer par l'équipe de Québec. Une bonne
partie du bilan peut se faire localement, à Maria, la partie finale puis la
chirurgie vont se faire à Québec. Mais ce n'est pas nécessairement... Les
patients n'ont pas besoin de venir dans le grand centre pour l'évaluation au
complet.
M. Fortin :OK. L'accès aux blocs opératoires, vous en parlez dans vos
recommandations, là, vous dites qu'il faut faciliter l'accès aux blocs
opératoires. Je suis entièrement d'accord avec vous. Les blocs opératoires au
Québec, là, on les utilise à à peu près... il y a 47 % des blocs
opératoires qui sont utilisés, là, de mémoire. Donc, il y a effectivement de la
place pour faciliter l'accès. Est-ce que vous sentez qu'on vous limite dans
votre... dans vos transplantations possibles à cause d'enjeux de blocs
opératoires en ce moment?
M. Pâquet (Michel R.) : Oui.
Là, je ne connaissais pas la statistique de 47 % des blocs qui sont
utilisés, mais ce n'est pas tant la salle qui n'est pas disponible que le personnel
qui doit venir avec. Je pense que l'enjeu est vraiment là.
Alors, en réponse à votre question, c'est
variable d'un hôpital à l'autre. Certains hôpitaux, certains centres, le don
vivant va avoir certains enjeux pour une partie du bilan d'évaluation, un autre
programme de don vivant pourra avoir des enjeux à une autre partie de
l'évaluation, et certains vont avoir des enjeux au niveau du bloc opératoire.
Donc, oui, ça peut être un enjeu. Ce n'est pas un enjeu dans chacun des
centres, mais c'est un petit peu une déception si le donneur est prêt, le
receveur est prêt, on cherche une date puis on n'en trouve pas, puis on a dit :
Peut-être dans quatre mois, puis peut être dans six mois, ou peut être dans un
an. Ça s'est déjà produit, c'est une situation qui a été corrigée, mais c'est
sûr que c'est un enjeu. Alors, pour la personne qui attend la greffe et qui
poursuit sa dialyse pendant plusieurs mois ou un an, c'est... de lui dire que
c'est parce qu'on n'a pas d'accès au bloc opératoire, c'est une réponse qu'ils
ont de la difficulté à entendre.
M. Fortin :Bien, effectivement. Puis c'est une espèce de cercle, cette
affaire-là : on lui dit qu'on n'a pas accès au bloc opératoire parce qu'on
n'a pas de personnel, mais en même temps, on va être obligés de mettre du
personnel sur sa dialyse pendant je ne sais pas combien de mois. Alors,
j'espère que les gens du ministère ou d'une future agence qui nous écoutent
vont comprendre cette dynamique-là, et vous l'avez bien expliquée, d'ailleurs,
en disant qu'il y a un coût, là, c'est quoi, 50 000 $ par année qu'une
transplantation peut sauver versus quelqu'un qui fait de la dialyse. Alors,
j'apprécie que vous ayez chiffré cette donnée-là, c'est... On espère que le
réseau de la santé ne se base pas toujours sur les coûts, mais quand c'est
avantageux comme ça, il faut le savoir et il faut en tenir compte. Alors, je
vous remercie. Je pense que ma collègue avait peut-être une ou deux questions.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, Mme la députée de Chomedey.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci.
Alors, merci d'être venu nous expliquer votre point de vue en tant que
spécialiste. Moi, je me demande, concernant les... ceux qui font le don vivant,
qui ont une vie, un travail, mais qui n'ont pas d'argent, mais ils veulent
vraiment sauver leur fils ou leur mari ou leur femme. Dans votre... un de vos <points...
Mme Lakhoyan Olivier :
...mais
qui n'ont pas d'argent, mais ils veulent vraiment sauver leur fils ou leur mari
ou leur femme. Dans votre... un de vos >points, vous dites «programme de
remboursement des dépenses des donneurs vivants au cours de l'évaluation et du
don vivant». Donc, les... concernant les particularités, qu'est-ce que vous
voulez dire par là?
M. Pâquet (Michel R.) : Oui. Alors,
au Québec, jusqu'à relativement récemment, les donneurs vivants devaient payer
pour donner un rein, pas directement, mais indirectement. Alors, s'il y a six
voyages à l'hôpital pour l'évaluation au don, il y a l'auto, il y a le
stationnement, il y a le repas du midi. Il y a des patients qui viennent de
loin, qui doivent loger à l'hôtel un soir, deux soirs pour l'évaluation. Il
retourne chez lui. Il se fait opérer pour donner un rein, mais vu qu'il reste
loin, il reste à l'hôtel trois, quatre nuits avant de retourner dans son coin,
il payait de sa poche. Donc, les donneurs vivants devaient payer, hein,
certains peu, d'autres beaucoup. Il y a une période de convalescence après
avoir donné un rein, une absence au travail. On leur disait : Bien, pas de
problème, prends ton temps de vacances pour cette période-là. Une belle façon
de passer ses vacances. Bref, les patients devaient payer.
On a mis sur pied, avec la collaboration
du ministère de la Santé, un programme de remboursement de dépenses encourues
par les candidats au don vivant. Il faut bien se comprendre qu'on ne paie pas
de monde pour donner un rein, il faut que ça soit bien clair, mais qu'on
rembourserait... qu'on remboursait les dépenses encourues. On a mis ce
programme-là sur pied en 2009, si je me souviens bien, 2010. Ce programme-là a
besoin d'une mise à jour, parce qu'il est passé... puis sans rentrer dans les
détails, il y a des éléments de ce programme-là qui ne sont vraiment pas à
jour. Et la plupart des personnes qui veulent donner un rein sont tellement
convaincues de donner un rein qu'ils vont le faire quand même, mais il y a des
personnes pour qui c'est un obstacle, il y en a pour qui c'est un obstacle
mineur, il y en a pour qui c'est un obstacle important. Puis il y a peut-être
des personnes qui ne se présentent jamais pour cette raison-là, mais ça, je ne
le sais pas, parce qu'ils ne se présentent jamais, puis je ne les vois pas.
Donc c'est sûr que, par justice, mais,
encore une fois, cette mesure-là, pour moi, ce n'est pas une mesure pour
augmenter le don vivant, mais c'est une mesure de justice envers ces
personnes-là, qui font un geste si généreux de donner un rein à un proche ou à
un inconnu, que ça soit le plus possible financièrement neutre pour eux et non
pas négatif.
Mme Lakhoyan Olivier : Donc,
c'est ce que je pensais, c'est un obstacle.
M. Pâquet (Michel R.) : Ça
peut être un obstacle.
Mme Lakhoyan Olivier : Ça
peut être un obstacle, le côté monétaire, parce qu'en travaillant, bien, il y a
un revenu qui rentre, donc on est capable de vivre bien, mais quand on veut
sauver quelqu'un, un membre de notre famille, bien là, ça peut causer des
troubles, ne pas être à l'aise monétairement. Donc, un remboursement, ce n'est
pas pratique, je pense, pour certains.
M. Pâquet (Michel R.) : C'est
ça. Donc, c'est clairement indiqué, comme j'ai dit, on a mis sur pied un
programme. Évidemment, il y avait différentes catégories de dépenses, il y
avait un plafond pour chaque catégorie. Ce n'était pas le Ritz-Carlton cinq nuits
après la greffe, mais là, je pense, encore une fois, il y a une mise à jour qui
est clairement due. Une des faiblesses du programme, c'était pour compenser la
perte financière ou la perte de revenus pendant l'évaluation ou pendant la
période de convalescence ou de récupération après. C'était une des parties
faibles de notre programme qu'on devrait mettre à jour.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, je vais céder la parole au député de Rosemont.
• (16 h 20) •
M. Marissal : Merci, M. le
Président. Bonjour, Dr Pâquet. Merci, merci d'être là. Juste pour continuer
là-dessus, je crois que la compensation financière, en ce moment, est autour de
1 500 $, ou quelque chose comme ça.
M. Pâquet (Michel R.) : Alors,
un patient qui utilisait tout ce qui était possible puis atteignait le plafond
dans chacune des catégories, ça pouvait aller jusqu'à 3 500$ ou à peu
près, je n'ai pas le chiffre précis en date. Je ne connais pas beaucoup de
patients qui ont atteint ce maximum-là, mais la distribution des catégories
n'était pas idéale. Juste... J'ai mentionné que, parfois, le donneur n'est pas
compatible avec le receveur. On participe aux dons croisés à travers le Canada.
Avant la pandémie, on demandait au donneur de se déplacer dans la ville où
avait lieu la transplantation. Donc, j'ai des donneurs qui sont allés à
Vancouver, à Halifax, à Toronto. Non seulement c'est une ville étrangère pour
plusieurs d'entre eux, c'est une langue qu'ils ne parlent pas où ils allaient.
Il y a un lien de confiance qui s'établit avec l'équipe localement, ils vont
voir des infirmières, des médecins, des chirurgiens qu'ils n'ont jamais
rencontrés, puis c'est là qu'ils vont être traités. Donc... Mais, à ce
moment-là, les donneurs devaient voyager dans une autre ville, puis on
remboursait, jusqu'à un plafond, les dépenses de ces personnes-là.
Maintenant, depuis la pandémie, on a mis
sur pied un <programme...
M. Pâquet (Michel R.)T :
...jusqu'à
un plafond, les dépenses de ces personnes-là.
Maintenant, depuis la pandémie, on a
mis sur pied un >programme où ce sont... ce ne sont plus les donneurs
qui voyagent pour aller donner un rein dans le contexte du don croisé, mais les
reins sont prélevés localement, puis on envoie les reins par avion. Donc, ça,
ça a changé. Mais tout ça pour dire que la catégorie, au total, ça pouvait
aller, je crois, jusqu'à à peu près 3 500 $, mais comme j'ai dit, le
maillon faible de cet... de ce programme-là était la compensation, je dirais,
inadéquate ou presque absente pour la perte de revenu pendant cette période-là.
M. Marissal : OK.
Effectivement, ça pourrait faire partie de nos recommandations, de nous assurer
qu'il y ait une compensation juste, équitable et réaliste de gens qui, par
exemple, viennent de l'Abitibi, doivent venir à Montréal ou ailleurs pour
donner un rein puis qu'ils soient compensés, qu'ils ne perdent pas, peut-être
même prévoir une période de temps x, pas sur leur banque de temps de vacances,
vous avez raison, mais sur autre chose. Moi, en tout cas, moi, j'en prends...
j'en prends note. Ça m'a été mentionné aussi.
Il y a eu des histoires, aussi, qui ont
couru un moment, et ça ne fait pas longtemps, là, il y a à peu près un an, vous
êtes cité dans cet article-là, de Radio-Canada, d'ailleurs. C'est l'histoire
d'une dame qui a lancé un appel dans l'univers, sur Facebook, qui cherchait un
rein. Elle en a trouvé un, tant mieux pour elle. Elle a été soignée, d'ailleurs,
à Maisonneuve-Rosemont. Je dis «tant mieux pour elle», dans ce cas-là,
«whatever it takes», comme on dit en anglais, là, elle était désespérée, elle
dit qu'elle n'aurait pas voulu faire ça. La dame qui lui a donné n'a pas voulu
être payée pour ça. Mais il y a des gens, dont Mme Labelle qui était ici
ce matin, là, de la fondation du rein, qui disent qu'il y a comme un danger, en
tout cas, elle le dit dans cet article-là, qu'il y a un danger qu'un... le
développement d'un marché noir, si on laisse aller ça, notamment sur les
réseaux sociaux. Les gens sont tellement désespérés, et je ne les jugerai
jamais, là, je veux dire, moi, je n'ai pas ce type de problème de santé, mais
j'imagine ce que c'est, là. Comment on fait pour éviter ça? Parce qu'il
semblerait qu'il y a déjà eu transaction ou il y a eu des cas du genre, là.
M. Pâquet (Michel R.) : Moi,
je n'ai jamais eu connaissance qu'il y a eu transaction, mais il pourrait y en
avoir eu, puis je n'en aurais pas eu connaissance réellement.
Ce que vous décrivez, c'est la
sollicitation publique d'un rein. Ça a mené à plusieurs débats à différents niveaux
au Québec, au Canada. La Société canadienne de transplantation, une société
scientifique de laquelle je suis membre, a un comité d'éthique qui se sont
penchés sur la question, puis après avoir étudié ça, ils se sont proposés qu'ils
n'étaient pas en défaveur de la sollicitation publique.
Il y a des conséquences à la sollicitation
publique, il y a des répercussions qui peuvent être positives, il peut y avoir
des événements qu'on ne souhaite pas. Puis évidemment, payer pour obtenir un
rein, donc une espèce de marché noir du rein, c'est un acte criminel, au
Canada. Alors, dans la loi canadienne, c'est un crime. Alors, un patient qui
participe à ça, un médecin qui participe à ça, un chirurgien qui participe à
ça, où il y a échange d'argent, c'est un crime. Alors, c'est une... c'est une
raison assez importante, quand même, d'y réfléchir à plusieurs reprises avant
de s'embarquer dans ça. À ma connaissance, ça n'a pas lieu au Canada, mais
comme je dis, ça pourrait avoir lieu sans que je le sache. Il y a des pays où
on sait où ça se fait. Donc, il y a une façon de l'encadrer.
Moi, dernièrement, il y a une personne,
une jeune femme qui avait besoin d'une greffe, qui est allée dans les réseaux
sociaux, dans les médias, puis qui a raconté son histoire. Il y a eu à peu près
10 ou 12 personnes qui se sont manifestées pour lui donner un rein, pour
toutes sortes de raisons. Sur les 10, 12, il y en a plusieurs que ce n'était
clairement pas des candidats qui n'auraient jamais pu donner un rein, mais il y
en a qui pouvaient donner un rein et puis on a évalué plusieurs de ces
personnes-là. Une d'entre elles lui a donné un rein. Certaines d'entre elles
ont dit : Bon. Parfait. Elle a eu un rein. Tant mieux pour elle. Certaines
qui ne la connaissaient pas... puis il y en a qui la connaissaient plus ou
moins personnellement, certaines qui ne la connaissaient pas ont dit :
Elle a eu son rein. Moi, l'idée m'a trotté dans la tête, puis je voulais faire
un don de rein, bien, je vais faire un don de rein non dirigé, à ce moment-là.
Donc, ce n'est pas juste du négatif, mais cette personne-là a choisi d'aller
dans les médias. Nous, on ne peut pas contrôler ce que les patients font, mais
on peut... ce qu'on fait avec tous les donneurs, surtout dans ces
situations-là, c'est de les informer face à face : C'est illégal, au
Canada, tout échange de biens, de services, d'argent pour le don d'un rein,
c'est illégal, c'est un crime au Canada, vous ne pouvez pas faire ça. Donc,
moi, je ne peux pas aller fouiller dans les comptes en banque de tout le monde
voir qu'est-ce qui se passe, mais c'est de l'information qu'on peut donner.
Puis, comme je vous dis, pour les cas où il y a eu de la sollicitation publique
de ce type-là. Moi, je n'ai jamais eu l'impression qu'il y <avait...
M. Pâquet (Michel R.)T :
...cas où il y a eu de la sollicitation publique de ce
type-là. Moi, je n'ai jamais eu l'impression qu'il y >avait quoi que
ce soit de... d'inquiétant de ce côté-là. Est-ce qu'il y a potentiel pour?
Évidemment, comme dans tout le reste de la société, j'imagine.
M. Marissal : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup de cet échange.
Alors, je vais suspendre, quelques
minutes, les travaux pour permettre au prochain groupe, groupe qui est Héma-Québec,
de s'asseoir à la table. Encore merci pour votre collaboration et votre
participation.
(Suspension de la séance à 16 h 27)
(Reprise à 16 h 31)
Le Président (M. Provençal)
:Nous reprenons nos travaux. Et nous
allons recevoir maintenant les deux représentants d'Héma-Québec, le Dr Germain
et Me Gignac. Alors, comme je le mentionnais, vous avez 10 minutes pour
votre exposé, et, par la suite, on procède à la période d'échange. Alors, je
vous cède la parole.
M. Germain (Marc) : Merci, M.
le Président. Merci aux membres de la commission de nous recevoir aujourd'hui.
Alors, mon nom est Marc Germain, je suis vice-président aux affaires médicales
et à l'innovation à Héma-Québec. Je suis médecin microbiologiste de formation
et, depuis 2003 jusqu'à encore aujourd'hui, j'ai été impliqué de près dans les
activités des tissus humains à Héma-Québec. C'est d'ailleurs un secteur qui est
encore sous ma responsabilité. Je suis accompagné aujourd'hui de Me Sébastien
Gignac, qui est vice-président au secrétariat général, aux risques et aux
audits. Bien, tout d'abord, on voudrait vraiment saluer l'initiative de la
commission de vouloir chercher à améliorer le système de don d'organes et de
tissus au Québec, et on est vraiment très contents de pouvoir partager avec
vous nos idées à ce sujet.
Alors, je pense que probablement que la majorité,
sinon...
16 h 30 (version révisée)
M. Germain (Marc) : ...le
système de don d'organes et de tissus au Québec et on est vraiment très
contents de pouvoir partager avec vous nos idées à ce sujet. Alors, je pense
que probablement que la majorité, sinon la totalité d'entre vous connaissez Héma-Québec
pour son rôle en tant que fournisseur de produits sanguins. Par contre, je
pense que ce qui est beaucoup moins bien connu, et puis là je ne pense pas me
tromper beaucoup en disant ça, c'est le rôle qu'on joue dans le prélèvement, la
transformation et la distribution de tissus humains destinés à la greffe. En
fait, ce qu'il faut savoir, c'est qu'au Canada Héma-Québec, c'est la plus
importante banque de tissus humains, autant par la variété des produits, que le
nombre de tissus qui sont distribués. Alors, le don d'organes, on en a entendu
parler toute la matinée et puis vous en aviez entendu parler avant, mais,
encore une fois, je pense que le don de tissus, c'est beaucoup moins connu.
Alors, je voulais passer quelques minutes
à vous expliquer de quoi on parle au juste quand on parle de tissus, sans
vouloir aller dans les détails non plus. Alors, par exemple, les greffes de
cornée. Les greffes de cornée sont effectuées pour restaurer la vision.
Seulement pour les greffes de cornée, au Québec, à chaque année, c'est plus de
800 personnes qui reçoivent ce type de greffe là. La greffe de peau, qui
est utilisée pour le traitement des grands brûlés, en fait, dans ces
situations-là, assez souvent, ça va littéralement leur sauver la vie, leur
permettre de passer au travers la phase aiguë de ce traumatisme majeur,
évidemment. Les valves cardiaques qui sont utilisées, entre autres, pour
corriger les malformations congénitales chez les enfants, mais aussi, de plus
en plus souvent, chez les adultes. Les greffes d'os et de tendons qui sont
largement utilisées en orthopédie. D'ailleurs, ça m'a fait sourire ce matin,
avec l'anecdote du député de Rosemont qui parlait de ses tribulations dans le
système de santé et de remplacement de hanche. Non, les hanches ne sont pas des
tissus humains. Par contre, dans ce type de chirurgie là, il arrive assez
souvent qu'on va utiliser la greffe d'os pour consolider la greffe. Alors, je
pense que la question qui vous... qui vous a été posée n'était pas totalement
impertinente.
Alors donc, c'est toute une panoplie de
tissus qui sont utilisés dans le système de santé. En fait, on parle, à chaque
année, au Québec, de plus de 5 000 greffes de tissus qui sont
effectuées au Québec. Alors, là aussi, vous mentionner que le prélèvement et la
préparation des tissus, c'est un domaine d'expertise qui est très pointu, tout
à fait unique. En fait, tout ça, c'est réalisé par du personnel dédié à
Héma-Québec, on parle d'environ 70 personnes au total, dont c'est vraiment
la tâche au quotidien, de faire ce travail-là, avec tout un programme de
formation très élaboré, qui est monté, administré par nos équipes. Tout ça, ça
doit se faire dans des installations très spécialisées, ce qu'on appelle
communément des salles blanches, incluant pour le prélèvement, en passant, et
ça, c'est dans le but d'assurer la plus grande qualité et la plus grande
sécurité possible des greffes de tissus.
Aussi, si on fait la comparaison avec le
don d'organes... en fait, la majorité des donneurs d'organes sont aussi des donneurs
de tissus, c'est pour ça qu'on travaille en étroite collaboration avec nos
collègues de Transplant Québec. Mais, par contre, c'est qu'il faut savoir
que... il faut savoir que la grande majorité des donneurs de tissus ne sont pas
des donneurs d'organes, en fait, ne pourraient pas être des donneurs d'organes.
Vous avez peut-être entendu, ces derniers jours, nos collègues, à Transplant
Québec, expliquer que, par exemple, dans le cadre de l'aide médicale à mourir
qui se fait à domicile, le prélèvement d'organes n'est pas possible, parce qu'on
doit prélever les organes presque immédiatement après l'arrêt de la circulation
sanguine, ce qui n'est pas présentement possible à domicile. Dans le cas du don
de tissus, on peut se permettre de prélever les tissus jusqu'à plusieurs heures
après l'arrêt de la circulation sanguine, de sorte que, pour ceux qui
choisissent l'aide médicale... l'aide médicale à mourir à domicile, il est
encore possible de faire le don de tissus. Puis, en fait, c'est le cas aussi,
pour la majorité des décès qui surviennent, que ce soit à l'hôpital ou
ailleurs, qui ne sont pas potentiellement éligibles au don d'organes, beaucoup
de ces personnes-là vont quand même être éligibles au don de tissus. Il y a
aussi le fait que les critères d'admissibilité pour le don de tissus sont
parfois différents de ceux du don d'organes, en particulier, pour certains
types de tissus, on peut accepter le don effectué par des personnes qui ont des
cancers au moment du décès.
Donc, vous aurez compris qu'il y a beaucoup
plus de donneurs potentiels pour les tissus comparativement aux organes. Mais,
en même temps, les besoins, en nombre de donneurs, sont aussi beaucoup plus
grands, de sorte qu'à Héma-Québec on doit consacrer beaucoup d'efforts pour
assurer l'identification et le prélèvement des donneurs de tissus. Pour vous
donner un exemple, là, il a fallu établir... on a décidé d'établir un
partenariat avec le Bureau du coroner, un partenariat par lequel tous <les
décès qui passent...
M. Germain (Marc) :
...des
donneurs de tissus. Pour vous donner un exemple, là, il a fallu établir... on a
décidé d'établir un partenariat avec le Bureau du coroner, un partenariat par
lequel tous >les décès qui passent par le Bureau du coroner sont
signalés à Héma-Québec, et Héma-Québec a la tâche ensuite d'identifier les bons
donneurs potentiels, de faire l'approche aux familles et ensuite d'enclencher
le processus de don. C'est une entente qui a eu un très grand succès, mais, malheureusement,
ce n'est pas suffisant. Il faut continuer à déployer beaucoup d'efforts pour
identifier le nombre requis de donneurs, en particulier les décès qui
surviennent à l'hôpital, mais aussi à l'extérieur de l'hôpital. En fait, on
parle d'un besoin de 800 à 1 000 donneurs de tissus par année qu'on
doit identifier et prélever. La bonne nouvelle, c'est que, pour la plupart des
tissus, on réussit, malgré le défi, à suffire à la demande.
Par contre, pour certains types de tissus,
les besoins ne sont pas complètement rencontrés, et même pour les tissus pour
lesquels on en a suffisamment en nombre, la qualité du système pourrait être
améliorée, de sorte que la qualité des tissus eux-mêmes et la qualité de la...
des patients ou, enfin, le bien-être des patients pourrait être amélioré si le
système de don était amélioré. On pense que les pistes d'amélioration qu'on
veut vous présenter aujourd'hui pourraient bonifier grandement la situation
actuelle, sûrement pour le don de tissus, mais on pense aussi pour le don
d'organes. Et là, je voulais tout de suite modérer vos attentes, parce que la
plupart des recommandations qu'on veut vous faire, vous les avez entendues ce
matin, en particulier de la part du Dr Hébert et du Dr D'Aragon.
Premièrement, il faudrait faire en sorte
que les hôpitaux puissent se conformer à leur obligation de notifier les
organismes responsables du don, donc, Transplant Québec et Héma-Québec,
lorsqu'un donneur potentiel est identifié. C'est une obligation qui est prévue
dans la loi, mais il y a clairement un manque de moyens pour que cette
obligation-là soit respectée. Vous avez peut-être vu dans le mémoire que c'est
seulement 7 % à 8 % des décès qui sont déclarés à Héma-Québec.
Deuxièmement, permettre à Héma-Québec, Transplant Québec d'avoir un accès
direct au dossier médical du patient pour pouvoir identifier très tôt et
immédiatement les donneurs potentiels et alléger la tâche du personnel dans le
réseau hospitalier, procéder directement à l'approche aux familles, ce qui
augmente les opportunités d'obtenir un consentement et ainsi améliorer
l'efficience du processus.
Le consentement présumé, puisqu'évidemment
c'est au cœur des discussions, là non plus, vous ne serez pas surpris
d'entendre notre position, qui est très semblable à ce que vous entendu ce
matin. On n'a pas d'objection, par contre, en soi, on ne pense pas que ce soit
une solution suffisante pour améliorer le système actuel. Et, en fait, on pense
que, si on devait aller vers un consentement présumé, ça devrait s'accompagner
de plusieurs autres dispositions pour faire en sorte que ce soit, au minimum,
sans impact négatif sur le système et idéalement une amélioration pour le
système de don.
En particulier, un élément crucial à un
système de consentement présumé, vous l'avez entendu aussi ce matin, c'est le
fait d'avoir un registre qui soit d'abord un registre unique, qui soit
facilement accessible par les citoyens qui désirent signifier leur refus. On
pense que la robustesse d'un tel système de consentement, c'est essentiel pour
conserver la pleine confiance du public. D'ailleurs, il y a des pays où on a
démontré que, lorsque ce n'était pas fait correctement, ça pouvait nuire à la
cause du don d'organes et de tissus. Et, en passant, on pense que, peu importe
le système de consentement, d'avoir un seul registre au Québec, ce serait aussi
un grand avantage pour le système.
• (16 h 40) •
Et, finalement, une autre recommandation
que vous avez entendue ce matin, c'est de mettre sur pied un système pour
évaluer la performance du don et de la greffe d'organes et de tissus, donc pas
seulement le processus de don, mais toute la chaîne de don jusqu'à la
transplantation. Par exemple, évaluer les occasions manquées, pas tellement
pour simplement évaluer la performance, mais aussi identifier les pistes de
solution pour améliorer le système. Et ça, ça va jusqu'à la transplantation
elle-même, d'avoir une meilleure idée de... de l'avenir à long terme des
patients qui reçoivent les greffes. C'est vrai pour les organes, mais c'est
vrai aussi pour certains types de tissus. Et ce genre d'évaluation de la
performance là pourrait mener à moyen, long terme à une amélioration
significative du système de don et de transplantation au Québec.
Alors, ça fait le tour des principaux
messages qu'on voulait vous passer aujourd'hui. Merci pour votre écoute. Et
puis, évidemment, ça nous fera plaisir de répondre à vos questions.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup pour votre
présentation. Alors, Mme la députée de Bonaventure.
Mme Blouin : Oui. Bonjour à
vous et merci d'être avec nous aujourd'hui. Je reviens <sur un point...
M. Germain (Marc) :
...répondre
à vos questions.
Le Président (M. Provençal)
:
Merci beaucoup pour votre
présentation. Alors, Mme la députée de Bonaventure.
Mme Blouin :
Oui.
Bonjour à vous et merci d'être avec nous aujourd'hui. Je reviens >sur un
point. En fait, vous débutez votre mémoire avec ça et vous venez de le
soulever, là, vous dites que «pour améliorer de façon significative le système
actuel, il faudrait d'abord s'assurer que les hôpitaux et les autres organismes
impliqués se conforment à leur obligation de notifier les organismes
responsables des dons lorsqu'un donneur potentiel est identifié dans le réseau».
Et là on voit qu'il y a un très, très faible pourcentage. Comment ça se passe?
C'est quoi, la procédure? En fait, j'ai plein de questions. Pourquoi on ne se
conforme pas?
M. Germain (Marc) : Bien, ça,
il faut voir, c'est très dépendant de chaque milieu. D'abord, la loi ne
s'applique qu'aux hôpitaux, donc il n'y a pas d'obligation de déclarer un décès
si le décès survient, par exemple, à domicile, ce qui arrive de plus en plus
souvent. Donc, nous, il faut prendre entente avec les organisations qui
s'occupent de ces situations-là pour les convaincre de nous signaler les
donneurs potentiels.
À l'hôpital, oui, c'est une obligation
légale, mais il faut comprendre que la vocation première d'un centre
hospitalier, c'est de prendre soin des patients, donc, des patients vivants.
C'est assez complexe, toute la logistique présentement, pour identifier les
donneurs potentiels et ensuite contacter les agences de dons. C'est pour ça que
les premières recommandations qu'on fait tiennent au fait que, le plus tôt
possible, on voudrait que le fardeau de faire l'approche aux familles,
identifier les donneurs potentiels, ce soit plutôt fait par les organismes de
dons, et non pas par les hôpitaux, parce qu'honnêtement ils ont d'autres chats
à fouetter.
Par contre, il y a des modèles où on a
réussi à avoir des bons succès, en termes d'identification de donneurs dans les
hôpitaux, par exemple, on a un exemple en tête, où un hôpital a décidé de
passer par le service d'admission, parce que, souvent, ou, enfin, dans la
plupart des hôpitaux, les décès sont rapidement signalés à l'admission. Alors,
dans ce contexte-là, il y a eu entente au fait qu'à partir du moment où le
décès est signalé à l'admission, que le consentement avait été vérifié ou
obtenu de la famille, à ce moment-là, nous, on prend le relais pour procéder
avec l'évaluation du donneur et le don, s'il y a lieu de faire le don.
Mme Blouin : Et ce matin,
entre autres, il y avait... on soulevait, en fait, de mettre... l'idée de
mettre la responsabilité, par exemple, sur une personne comme le DSP à
l'hôpital. Est-ce que vous pensez que ça serait une bonne façon d'améliorer le
taux?
M. Germain (Marc) : Bien, je
ferais écho à ce qui a été dit ce matin, ce n'est pas, évidemment, ce n'est pas
le DSP lui-même qui peut faire la tâche que de référer les donneurs. C'est sûr
que le DSP peut donner l'impulsion à son équipe de faire ce qu'il faut pour
respecter cette obligation-là, encore faut-il qu'il y ait les moyens puis qu'il
y ait la volonté sur place pour aller de l'avant avec ce genre de système de
notification aux organismes de dons.
Mme Blouin : Vous parliez
aussi qu'il y a actuellement les deux registres de consentement, celui de la
RAMQ, celui de la Chambre des notaires, vous disiez que ce serait plus simple
s'il y en avait un seul. En fait, c'est quoi, les difficultés que ça occasionne
d'en avoir deux?
M. Germain (Marc) : Bien,
pour nous, de... bon, c'est une difficulté, vous allez dire, qui est mineure,
c'est que ça nous oblige à consulter les deux registres pour s'assurer qu'il
n'y a pas refus dans le registre des notaires, par exemple, parce que le refus
des notaires permet d'inscrire un refus, alors que, pour la RAMQ, ce n'est
qu'un consentement. Donc, ça, ça duplique la tâche pour ce qui est de la
consultation des registres. Mais je pense que, de façon plus importante, auprès
de la population en général, ce serait beaucoup plus simple, beaucoup plus
évident d'avoir affaire à un seul registre. Et ça, bien, je l'ai mentionné, là,
mais c'est clair que, si on s'en va vers un système de consentement présumé, il
faut que ce soit un seul registre, très bien identifié, connu de tous,
facilement accessible. Mais je pense que, peu importe le modèle de
consentement, un registre unique, ce serait un pas dans la bonne direction pour
un meilleur système de dons.
Mme Blouin : Merci. Et ce
serait quoi, à votre avis, les moyens à mettre en place pour améliorer l'accès
aux dossiers médicaux des donneurs potentiels?
M. Germain (Marc) : Je vais
peut-être passer la parole à mon collègue Me Gignac, pour les aspects un peu
plus techniques, là, légaux de la chose. Il y a probablement certaines
modifications, peut-être pas à la loi, mais, en tout cas, certaines
dispositions qu'il faudrait prendre pour nous permettre l'accès, là. Ça a été
fait dans d'autres contextes, là. Il y a des choses à faire, ce ne serait pas
terriblement compliqué, mais je vais laisser Me Gignac, peut-être, commenter à
ce sujet-là.
M. Gignac (Sébastien) : Bien,
comme vous le savez, il y a une grande sensibilité à tout ce qui porte sur
l'accès aux renseignements personnels, en particulier les dossiers de patients.
C'est certain qu'on a réussi à développer, à travers des ententes avec des
centres hospitaliers... On peut désigner un ou une employée qui va travailler
sur place et qui est sous la responsabilité immédiate de l'hôpital. Dans ce
cas-là, ça facilite l'accès aux données, parce que la responsabilité du centre
hospitalier est vraiment limitée aux employés de l'hôpital ou ceux qui sont
directement sous la responsabilité de l'hôpital. Donc, on peut, à travers des
moyens contractuels ou légaux, au-delà de la loi, mettre en place des
mécanismes. Mais c'est quand même assez compliqué, je vous dirais, de façon
générale, puis ça dépend <de la volonté...
M. Gignac (Sébastien) :
...à
travers des moyens contractuels ou légaux, au-delà de la loi, mettre en place
des mécanismes. Mais c'est quand même assez compliqué, je vous dirais, de façon
générale, puis ça dépend >de la volonté de chaque centre hospitalier.
Donc, c'est un petit peu inégal, si je peux dire, de le faire de façon
systématique. C'est certain que ce serait préférable, donc, à travers une loi
ou un règlement.
Comme vous savez, la nouvelle loi sur les
données en santé offre des avenues prometteuses, mais on n'a pas encore un
régime en place qui nous permet de dire si ce sera... ça va faciliter ou non,
parce que c'est une loi qui est, en partie, habilitante puis qui permet au
gouvernement de prendre des règlements. Puis ce régime est en train d'être
développé, là, par le ministre de la Santé et son ministère. Alors, c'est
certain qu'on va voir ce que ça va donner, mais, pour le cas spécifique de
l'accès aux données pour les dons d'organes et de tissus, on estime qu'il
pourrait y avoir un régime plus particulier qui favoriserait, pour les
organismes comme Héma-Québec ou Transplant Québec, d'avoir un accès plus en
amont, qui serait plus spécifique, qui permettrait une meilleure planification.
Alors, on n'a pas une suggestion
particulière à faire quant aux dispositions législatives que ça supposerait,
là, mais je suis sûr qu'avec les juristes du ministère de la Justice, on
pourrait arriver à des dispositions qui seraient tout à fait pertinentes.
Mme Blouin : Et est-ce que
vous êtes en mesure de donner des exemples? Par exemple, on parlait, là,
justement de l'accès aux données, mais pour mesurer, est-ce que vous êtes en
mesure de donner des exemples de ce qui devrait être colligé comme informations
pour pouvoir mesurer la performance?
M. Germain (Marc) : Bien, je
mentionnais, puis c'est mentionné aussi dans le mémoire, faire une analyse plus
diligente des occasions de dons manqués. Ça, c'est vrai, probablement plus pour
le don d'organes, mais aussi pour le don de tissus. Évaluer les taux de
consentement assez... de façon assez surprenante, on n'a pas une bonne idée du
véritable taux de consentement quand l'approche est faite auprès des familles
par exemple. Et ça, le taux de consentement, il est très variable selon...
selon la façon dont on approche les familles et qu'on explique le processus de
don. Alors ça, je pense que c'est un des indicateurs.
À l'autre bout de la chaîne de
transplantation, si je parle plus spécifiquement des tissus, je vous parlais
des greffes de cornée, on n'a pas de registre de patients qui reçoivent des
greffes de cornée pour savoir, à long terme, comment ils vont, ces patients-là.
Les greffes, est-ce qu'elles survivent un an, deux ans, cinq ans? Qu'est-ce qui
fait qu'une greffe de cornée va survivre mieux qu'une autre greffe, est-ce que
c'est en raison de l'âge du donneur, de conditions sous-jacentes? On n'a pas ces
données-là. D'un point de vue purement académique, c'est intéressant. Mais,
au-delà de l'intérêt académique, ce serait très important d'avoir une meilleure
vision sur les critères qui font que nos greffons sont de meilleure ou de moins
bonne qualité pour pouvoir améliorer la performance du système globalement.
Il y a d'autres exemples, les valves
cardiaques, c'en est un autre exemple. Il y a d'ailleurs des discussions à
l'effet de mettre sur pied des registres comme ça, il y a une volonté, il
manque encore les moyens.
Mme Blouin : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:M. ledéputé de Saint-Jérôme.
M. Chassin :Merci, M. le Président. Il reste combien de temps?
Le Président (M. Provençal)
:Il vous reste six minutes.
M. Chassin :D'accord, s'il y a d'autres questions... Alors, évidemment,
je trouve ça fascinant, parce qu'on s'intéresse d'abord au consentement, puis,
tout à coup, on se rend compte de toutes sortes d'aspects assez... particuliers
puis certaines difficultés, on ne se le cachera pas. Dans la partie... puis là
je vous pose une question très pointue sur ce que vous venez de dire, là, avec
ma collègue, vu que c'est une loi habilitante puis qu'on est en train de
développer un cadre dans le fond pour... pour tout ce qui fait partie, dans le
fond, de l'accès des données ou des dossiers, j'imagine que vous avez déjà des
contacts puis que vous réfléchissez, vous, et passez aussi vos recommandations.
Ça, c'est une partie qui se fait déjà.
• (16 h 50) •
M. Gignac (Sébastien) : On
est en contact régulier avec le ministère de la Santé, des Services sociaux et
les fonctionnaires attitrés justement à préparer ce régime réglementaire.
Alors, oui, on a communiqué nos préoccupations ou sinon ce qu'on souhaiterait
voir, et on est en interaction. Là, on n'a pas encore de conclusion, mais on
travaille généralement en bonne intelligence avec le ministère et les
fonctionnaires du ministère.
M. Chassin :Puis, pardonnez mon ignorance, particulièrement en termes
de données, là, ma collègue a beau me l'expliquer, ma collègue de Fabre, mais
essentiellement un registre, finalement, c'est des données de différents
individus, mais sous un aspect, là, on regarde, par exemple, les différents...
les différentes données de différents individus, puis on ne dit pas : Ah!
mais, par exemple, justement, on va suivre des gens qui ont reçu une greffe de
cornée, parce que, dans leur dossier, c'est indiqué qu'ils ont reçu une greffe,
c'est juste que ce n'est pas... intégré, j'imagine, puis ce n'est pas
consultable.
M. Germain (Marc) : Exactement.
M. Chassin :OK. Ça fait que c'est ça, la difficulté essentiellement
pour <la partie registre, là...
M. Chassin :
...intégré, j'imagine, puis ce n'est pas
consultable.
M. Germain (Marc) :
Exactement.
M. Chassin :
OK. Ça fait que c'est ça, la difficulté
essentiellement pour >la partie registre, là.
M. Gignac (Sébastien) : On
n'a pas accès au...
M. Germain (Marc) : Et
évidemment, nous, comme organisme de don, on n'a surtout pas accès à ces
données-là. Mais, même dans le réseau, ceux qui font la greffe dans leur
pratique, ils ont accès au dossier de leurs patients, mais ils n'ont pas la
vision globale. Il n'y a pas de registre intégré pour... pour le suivi de l'ensemble
de ces personnes-là qui reçoivent des greffes, là.
M. Chassin :Puis là j'ai une question un peu pointue, mais c'est une
question de gouvernance, là, mais le fait que vous ne soyez pas dans le réseau
puis que vous n'êtes donc pas des employés du réseau facilite certains
processus, le fait que vous ne soyez pas dans le réseau complique certains
processus. Est ce qu'il y a... Est ce qu'il y a... je veux dire, il y a comme un
peu les deux aspects, là, dans ce que vous avez dit précédemment, est-ce que
vous pensez que l'indépendance, dans le fond, par exemple, d'Héma-Québec, est
globalement un avantage? Par exemple, si ce serait vraiment le gouvernement qui
avait la responsabilité d'un registre, c'est une chose, d'avoir un organisme un
peu indépendant qui tient un registre, est-ce que vous avez une évaluation,
disons, de la confiance que ça peut générer ou pas, peut-être?
M. Gignac (Sébastien) : Bien,
comme vous le savez, sans doute, Héma-Québec, ne serait-ce qu'au niveau des
dons de sang, gère des données extrêmement sensibles en termes de
renseignements personnels. On est habitués, on a une vue sur l'orientation
sexuelle, les voyages, les maladies, je veux dire, c'est même plus souvent que
ce qu'on retrouve dans les dossiers patient...
M. Chassin :La réputation est très importante, là, vous avez travaillé
là-dessus énormément.
M. Gignac (Sébastien) : Et
la réputation est fondamentale, parce que si nos donneurs s'inquiètent le
moindrement de la façon dont on gère leurs données, de façon problématique, ça
affecte automatiquement leur capacité à les donner. Pour nous, notre mission,
c'est de prélever auprès des donneurs pour donner aux patients. Alors, si on
applique le principe qu'on va toujours s'inquiéter de façon maximale, si on
veut, d'une protection adéquate, c'est certain que ces principes
s'appliqueraient aussi à l'accès aux données qu'on aurait dans d'autres
contextes, que ce soit les tissus humains ou autres. Ce que je veux dire par
là, c'est que le fait qu'Héma-Québec soit indépendant, je ne pense pas que ça
crée nécessairement un problème. On ne fait pas partie du réseau comme tel,
mais on est un partenaire stratégique distinct de santé. Et je crois qu'on
travaille, en général, bien avec le système de santé.
Pour ce qui est spécifiquement de l'accès
aux dossiers des patients, c'est certain qu'on n'y a pas accès comme tel, puis
on comprend très bien pourquoi, au départ, c'est le cas, mais il y aurait
peut-être, dans certains cas... Et d'ailleurs on est en discussion avec le
ministère de la Santé là-dessus, il y a des cas qui justifient qu'on ait plus
accès. Il y a aussi des façons, si on prend plus le point de vue de... une
compréhension plus systématique des enjeux, d'avoir des données anonymisées qui
nous permettent d'avoir une lecture, bon, ça c'est une autre partie, mais de la
problématique.
Donc, il y a différentes façons de voir la
chose. Je pense qu'on peut très bien arriver avec des solutions pragmatiques et
qui tiennent compte, néanmoins, là, des intérêts, de part et d'autre, là, que
nous, on a tout aussi à cœur que...
M. Chassin :La confiance.
M. Gignac (Sébastien) : Oui,
voilà, exactement.
M. Germain (Marc) : Peut-être
rajouter...
Le Président (M. Provençal)
:...
M. Germain (Marc) : ...concernant...
Parce que, si on plaide pour la mise en place de ces registres-là, on ne plaide
pas nécessairement le fait que les registres devraient être sous la gouverne
d'Héma-Québec ou de quiconque, là. Je pense que l'important c'est de mettre en
place ces registres-là. La gouvernance, l'imputabilité, et tout ça, ça, c'est
une autre histoire. Il y a des analogies à faire. Par exemple, pour ce qui est
des produits sanguins, il y a des bases de données sur les patients transfusés
à l'hôpital, qui ne sont pas sous notre gouverne, mais il y a moyen de faire
des liens. Par exemple, lorsqu'il y a des effets indésirables, il y a un
système d'hémovigilance qui est en place. Donc, il y a des modèles qui existent
où ce n'est pas nécessairement Héma-Québec qui est en charge du registre
lui-même. Mais il y a un registre, puis il est accessible, puis il y a une
gouvernance claire établie autour de ces registres-là. C'est ça qu'on plaide,
là, principalement.
M. Chassin :Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, M. le député
de Pontiac.
M. Fortin :Oui. Merci, merci, M. le Président. Bonjour à vous deux.
Merci d'être... d'être avec nous, d'être parmi nous aujourd'hui. Vous allez me
permettre, M. le Président, si mes collègues sont d'accord, je vais prendre
deux petites minutes d'entrée de jeu, là, pour... pour vous poser une question
hors sujet peut-être aujourd'hui, mais qui est au cœur de votre mandat. Il
semble qu'on vous a vus beaucoup dernièrement, à travers de la publicité ou
autre chose, là, parler du niveau de la banque de sang, là. Comment ça va? On
est rendu où? Est-ce que ça s'améliore? Est-ce que ça a porté fruit? Qu'est-ce
qui se passe?
M. Germain (Marc) : Ça
va, je dirais, ça va très bien. En fait, c'est hier qu'on a envoyé un avis aux
hôpitaux pour leur dire qu'on revenait en situation tout à fait normale en
termes de ce qu'on appelle le niveau d'allocation pour les produits sanguins. On
a eu une période un peu plus, je ne dirais pas difficile, mais un peu
hasardeuse, où on a préféré être proactifs et demander aux hôpitaux de faire <un
peu plus attention...
M. Germain (Marc) :
...on
a eu une période un peu plus, je ne dirais pas difficile, mais un peu
hasardeuse, où on a préféré être proactifs et demander aux hôpitaux de faire >un
peu plus attention. Dans notre jargon, on appelle ça, allocation B. C'est
expliqué par... Bon, on sort de la période des fêtes, évidemment, c'est
toujours une période un peu plus difficile, mais je dois dire que cette année,
ça a été franchement mieux qu'à l'habitude. Mais, par prudence, on a demandé
aux hôpitaux, pendant un certain temps, de faire plus attention pour certains
groupes sanguins, mais, dès hier, on est revenus à une situation plus
normale... bien, en fait, tout à fait normale.
M. Fortin :Excellent. Bonne nouvelle.
M. Gignac (Sébastien) : J'ajouterais
peut-être, si vous me permettez, que, si on se compare aux autres agences ou
banques de sang, que ce soit la Société canadienne
du sang, pour le reste du Canada, ou aux États-Unis, ou en Europe, c'est
certain qu'après la pandémie toutes les agences ou banques de sang ont
expérimenté des difficultés, c'est-à-dire une baisse. Mais Héma-Québec se
démarque, en ayant été capable de rétablir un niveau tout à fait acceptable, on
est même au-delà de notre seuil critique depuis un bon moment déjà. Comment on
l'explique? C'est certain que la diligence qu'on met à faire notre travail
d'admission y est sans doute pour quelque chose, mais il y a quand même quelque
chose de systémique qui s'est appliqué à l'ensemble des banques et agences de
sang, qui fait qu'on retrouve cette situation, pratiquement, chez tous les
autres, mais pas à Héma-Québec. On a rétabli le niveau à un niveau très
acceptable.
M. Fortin :Je vous ramène à nos moutons, disons, là. Vous avez
mentionné tantôt, là, que, pour plusieurs types de tissus, ça va bien, mais
qu'il y a certains types où c'est peut-être plus difficile à rencontrer nos
objectifs ou les besoins, à tout le moins, là. Pouvez-vous peut-être élaborer,
quels types de tissus, et qu'est ce qui se passe. Pourquoi on en est là?
M. Germain (Marc) : L'exemple
le plus criant, présentement, ce sont les valves cardiaques. Je vous mentionnais
que les valves cardiaques, c'est utilisé en chirurgie pédiatrique pour les
malformations congénitales. Ça a toujours été, puis ça va toujours l'être, je
pense, pendant, au moins, quelques décennies. Ça, c'est un besoin qui sera
toujours difficile à combler, pour la bonne raison qu'évidemment des donneurs
en âge pédiatrique, ce n'est pas fréquent, heureusement. Donc, ça, ce sera
toujours un défi. Par contre, il y a une demande grandissante pour des valves
adultes, parce qu'il y a un engouement, qui va en augmentant, pour faire des
chirurgies, plutôt que d'utiliser des prothèses mécaniques pour remplacer les
valves aortiques, en particulier. Il y a certains chirurgiens, et de plus en
plus de chirurgiens qui vont se tourner vers la greffe de valve pulmonaire.
C'est une procédure qu'on appelle Procédure de Ross, en tout cas, avec des
avantages clairs pour le patient. Il n'a pas besoin de recevoir
d'anticoagulants, semble-t-il que la valve peut durer plus longtemps.
Donc, la demande augmente. Il y a,
évidemment, une seule valve pulmonaire par donneur. Pour d'autres types de
tissus, on peut fabriquer plusieurs types de tissus osseux, par exemple, à
partir d'un même donneur : un donneur, une valve. Donc, ça, c'est un défi,
pour nous, d'avoir des valves de bonne qualité, et il faut que les donneurs
répondent à certaines caractéristiques, absence de certaines pathologies,
évidemment, cardiaques, l'âge, etc. Donc, ça, c'est un défi sur lequel on a
planché et on continue de plancher. Ça va mieux. On tente, par exemple, de
compenser en allant chercher des produits sur le marché américain, mais on
veut, autant que possible, demeurer autosuffisants. Donc, ça, c'est un exemple
de produits où, vraiment, il y a encore un peu de boulot, là, de ce côté-là. Et
c'est pour ça que l'identification des donneurs potentiels, pour trouver ce
genre de donneurs là, là, c'est encore un défi pour nous, là.
• (17 heures) •
M. Fortin :OK. Je vais profiter de l'occasion. Vous êtes le premier
groupe, là, aujourd'hui... je suis certain qu'il y en aura au cours des
prochains jours, là, mais qui, vraiment, fait une mention particulière de
l'aide médicale à mourir et de l'impact que ça a sur le don d'organes, le don
de tissus. Tu sais, on a vu les chiffres dernièrement, là, qui... et ça nous
apparaît assez... lecture de l'extérieur, là, mais ça nous apparaît assez clair
que quelqu'un qui se prépare à avoir recours à l'aide médicale à mourir, bien,
a la chance d'avoir une discussion avec ses proches sur ses derniers souhaits,
a le temps de mettre en place ses dernières volontés et de les partager. Et
donc ça peut mener à, disons, une préparation aussi, peut-être, du système
hospitalier à recevoir les organes et les tissus de ce patient-là.
Est-ce qu'il y a une discussion, en ce
moment, à votre connaissance, là, est-ce qu'il y a une discussion automatique,
disons, régulière, presque systématique, des professionnels de la santé, qui
administrent l'aide médicale à mourir, avec le patient avant que... avant que
le jour vienne, disons?
M. Germain (Marc) : C'est,
évidemment, ce qu'on cherche à faire, là. Maintenant, le niveau... je vais
utiliser un terme commercial, le niveau de pénétration de cette action-là, il
faudra que je consulte mes collègues. Mais je sais que mes collègues qui sont
au quotidien, là-dedans, ont déjà pris contact avec les équipes qui forment de l'aide
médicale à mourir. Il y a des formulaires qui ont été développés pour que ça
fasse partie du processus d'évaluation. Donc, c'est présenté à la personne à un
moment donné. Est-ce que c'est fait...
17 h (version révisée)
M. Germain (Marc) : ...qui
font de l'aide médicale à mourir, il y a des formulaires qui ont été développés
pour que ça fasse partie du processus d'évaluation. Donc, c'est présenté à la
personne à un moment donné. Est-ce que c'est fait systématiquement dans tous
les cas? Je n'ai pas la réponse à ça, mais c'est certain qu'on tend vers ça,
là, autant que possible, parce que c'est évidemment une occasion qui... qu'il
ne faut pas manquer, là, autant pour le don d'organes, évidemment, que pour le
don de tissus.
M. Fortin :OK. Très bien. Bien, on pourra y revenir avec certains de
vos collègues aussi, là.
Sur la question du consentement présumé,
là, on a bien lu votre mémoire. Je vais le résumer, dites-moi si je... si j'ai
bien compris ce que vous avancez, là. Vous dites que vous n'êtes pas contre,
que, si on va dans cette avenue-là, qu'il faut le faire correctement, avec les
balises nécessaires, notamment, et c'est la première que vous mettez de l'avant,
là, le fait qu'il y ait un registre, un seul registre, vous dites «un», et
facilement accessible. Je vous pose la question : Est-ce que le registre,
en ce moment, il est facilement accessible, le registre de la RAMQ?
M. Germain (Marc) : Bien là,
ça, c'est relatif. Je pense que la bonne question, c'est : Est-ce qu'il
est suffisamment accessible pour permettre un système de consentement présumé?
Ma compréhension, c'est que non. Maintenant, il faudrait voir, là. Si on décide
d'aller vers un consentement présumé, est-ce qu'on pourrait y aller via le
registre actuel, le registre de la RAMQ? Si oui, quelles seraient les
améliorations?
Moi, je pense, le registre, c'est une
chose, c'est surtout l'éducation du public. Ça a été dit de nombreuses fois ce
matin-là : oui, ça prend un bon registre, mais il faut que les gens
connaissent l'existence du registre, savent qu'ils ont l'opportunité de
refuser, si c'est ça qu'ils veulent faire. Alors, ça, c'est la clé de voûte,
là, de ce système-là.
Et, bon, là, vous avez commencé en disant
qu'on n'avait pas d'objection. Vous aurez compris qu'on n'est pas non plus
superenthousiastes, là. En soi, on ne pense pas que ça va être suffisant, ce n'est
peut-être même pas nécessaire, pour avoir un meilleur système de don ou même un
système de don optimal au Québec. Là, je m'avance peut-être un peu plus que ce
qui est inscrit dans le mémoire, mais quand on parle aux experts du domaine,
quand on regarde les délibérations, suite au symposium en 2021, c'est loin d'être
convaincant que ça va aider énormément à améliorer la situation.
M. Fortin :Oui. Quand on lit les... Quand on lit effectivement les
résultats du symposium, là, tout le monde met un peu certaines... certaines
balises, disent qu'il faut le faire en conjonction ou en... avec un paquet d'autres
mesures. Mais c'est justement ce qui... ce qui fait en sorte que c'est
difficile de mettre le doigt sur quelle est la... l'impact d'une telle mesure.
Parce que les juridictions qui l'ont fait avant nous, qui se sont... qui ont
choisi de se positionner, l'ont toujours fait avec d'autres mesures. Tu sais, je
regarde, par exemple, la Nouvelle-Écosse, là, au cours des dernières années,
qui a... oui, a choisi de le faire, oui, elle a choisi de prendre le temps
aussi de... d'avoir cette conversation-là avant que ce soit en vigueur, mais
pendant ce temps-là, ils ont fait un paquet d'autres mesures qui ont été
suggérées.
Donc, tu sais, nous, on le voit aussi
comme ça, là, comme un... une partie d'un ensemble de mesures qui doivent être
mises, soit des mesures législatives ou des mesures, disons, gouvernementales...
qui doivent être mises de l'avant par... par le ministère. Mais... Mais, parce
que c'est votre... disons, votre... le point principal que vous mettez avec la
question du consentement présumé, là, est-ce qu'il y en a, des registres
ailleurs? Est-ce qu'il y a d'autres juridictions ailleurs qui font un registre
convenable, disons, ou approprié, qui est effectivement plus facile, plus
facile d'accès pour la population en général?
M. Germain (Marc) : Moi,
personnellement, je n'ai pas la réponse à cette question-là. Je n'ai pas étudié
en détail le fonctionnement des systèmes de consentement présumé ailleurs. Bon,
pour les raisons que je viens d'expliquer, on n'a jamais pensé que c'était la
panacée, donc on ne s'est pas nécessairement intéressés de très près. Je pense
qu'il faut regarder ça. Puis je commencerais à regarder plus proche que plus
loin. Puis, bon, on a... on n'a pas eu le témoignage de nos collègues de
Nouvelle-Écosse, mais je pense que ça, ça va être une expérience à surveiller
de très près. Moi, je suis prêt à accepter l'idée que ce sera peut-être une
piste d'amélioration. Je pense qu'il faut se fier aux faits, à l'expérience que
va vivre ceux qui... qui ont adopté un système comme ça, bien comprendre
pourquoi ça a bien marché ou pourquoi ça a mal marché, en l'occurrence. Il faut
rester ouverts à cette... à cette possibilité-là. Présentement, de ce qu'on en
lit et de ce qu'on en sait, c'est loin d'être évident encore. Et...
M. Fortin :...puis effectivement, là, ce n'est pas parce qu'on n'a pas
essayé d'avoir des gens de la... de la Nouvelle-Écosse. Je pense qu'il y a un enjeu
d'horaire qui a... qui a fait en sorte que ça n'a <pas...
M. Fortin :
...enjeu d'horaire qui a... qui a fait en sorte que
ça n'a >pas pu fonctionner. Mais, de ce qu'on comprend des commentaires
publics du Dr Beed, en Nouvelle-Écosse, là, c'est... lui, il croit au
consentement présumé et il croit à l'approche qu'ils prennent en ce moment pour
l'amélioration.
Cependant, c'est vrai qu'il y a des enjeux
éthiques qui ont été soulevés en Nouvelle-Écosse. Mais, le système actuel, pour
nous, là, et vous me direz si c'est la même chose, il y a des enjeux éthiques
aussi, dans le système actuel de consentement, disons, plus explicites, là. Ce
n'est pas exactement ce qu'on fait aujourd'hui parce qu'on va quand même voir
la famille dans les cas où la personne n'a simplement pas d'indication. Alors,
il y a un enjeu éthique aussi à une personne qui pense avoir signifié son
opposition, qui pourrait terminer en donnant ses organes, là. Donc... C'est
vrai qu'il n'y en a pas, de système parfait, là, je suis d'accord avec vous
là-dessus, mais je pense qu'il faut le regarder, effectivement, là, de... Probablement
que ça mérite une analyse plus penchée sur les résultats de ce qui se passe en
Nouvelle-Écosse, là, de notre part.
M. Germain (Marc) : Oui, puis
je pense que... un système dans lequel on a des meilleures mesures de
performance. Je parlais des taux de consentement. Justement, ce genre de
situation là, moi, honnêtement, pour moi, présentement, ça relève de
l'anecdote. On n'a pas de chiffres, on ne sait pas est-ce que ça arrive une
fois par semaine ou une fois par année. Il faudrait avoir des meilleures
données pour comprendre si vraiment ça se produit, ce genre de situation là, et
là, on verra comment on peut améliorer ça. Parce qu'évidemment c'est embêtant
d'aller contre les volontés du défunt, mais, si ça arrive une fois par année,
peut-être que c'est un faux problème. Si ça arrive plus souvent que... que
moins, bien là, on pourra s'y attaquer.
M. Fortin :...là où c'est... C'est là où la question devient
intéressante, c'est que c'est presque impossible de le mesurer. C'est presque
impossible de le savoir parce qu'on... on ne peut plus le demander au défunt.
C'est... Il est un peu... Il est trop tard, là. Donc...
M. Germain (Marc) : Bien,
c'est-à-dire que, si le défunt a signifié son consentement au don dans un
registre, et que la famille s'y oppose, ça, il faudrait... il faudrait... On
est capables de le mesurer. Et moi, c'est ce genre de situation là, là. Comme
je vous dis, pour moi, c'est plus de l'anecdote que... que du domaine des
faits. Alors, je pense que ça mériterait d'être mesuré, ça.
M. Fortin :Oui, tout à fait. Bien, je veux... moi, je vous remercier,
là, pour votre... pour votre analyse de la question. Et je pense que vous nous
soulevez certains enjeux qui méritent d'être... d'être étudiés et d'être approfondis,
d'entendre des groupes au cours des prochains jours. Mais... Mais moi, je
comprends que l'objectif principal, là, ici, là, c'est... c'est... et pour entendre
ce que la Dre Hébert a dit ce matin, oui, il faut améliorer la
transplantation, tout le processus qui part du don puis qui va à la
transplantation, mais il faut aussi améliorer notre bassin de donneurs
potentiels au Québec, tout en s'assurant que les gens qui sont opposés à ça
puissent avoir un véhicule clair pour s'exprimer ainsi. Je ne suis pas sûr que
c'est ça qu'on a en ce moment au Québec. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, M. le député
de Rosemont, vous allez être la conclusion de cet... de cet échange.
M. Marissal : Merci, merci,
M. le Président. Bonjour. Bonjour, messieurs. Merci d'être là. J'avoue que le
prélèvement et le don de tissus, c'est quelque chose, je pense, qui est moins
connu, là, en tout cas de moi, certainement, là. Je suis un peu profane, là, alors
vous allez être indulgents avec mes questions. Si elles vous paraissent un peu...
un peu profanes, j'avoue, je ne suis pas très familier avec ça.
Quand on regarde votre tableau, là, de... dans
votre... à la page 6, là, de votre mémoire, comment on explique que la moyenne
canadienne est près du double dans le pourcentage des donneurs potentiels
recommandés? C'est près du double. C'est... C'est énorme. Qu'est-ce...
Qu'est-ce qu'ils font de si bien qu'on ne fait pas?
• (17 h 10) •
M. Germain (Marc) : Je ne
connais pas en détail les systèmes dans toutes les provinces. Je sais que dans
certaines provinces de l'Ouest, il y a des mécanismes beaucoup plus
automatiques pour notifier les organismes de don lorsqu'il survient un décès.
Puis, en fait, il y a des... il y a des centres d'appels qui reçoivent ces
notifications-là de façon systématique, il y a des ententes claires avec les
hôpitaux qui... qui sont tenus de faire ces déclarations-là. Je pense qu'il
existe des lois aussi pour obliger les hôpitaux à se conformer à cette
obligation-là. Il semble que la loi est un peu mieux suivie dans ces... dans
ces provinces-là.
M. Marissal : ...là.
M. Germain (Marc) : Oui. Par
contre, le taux de déclaration, ça ne dit pas grand-chose sur le taux succès...
de succès global, hein? Parce qu'il faut... encore faut-il prélever les
donneurs, les qualifier, transformer les tissus. Et ça, je pense que, malgré
que notre taux de déclaration est... soit moitié moindre, on a quand même une
très belle performance en termes d'être capables de supporter la demande pour
la majorité des tissus, ce qui est... ce qui n'est pas <aussi...
M. Germain (Marc) :
...tissus,
ce qui est... ce qui n'est pas >aussi facile dans la plupart des autres
provinces ailleurs au Canada, là.
Puis je mentionne en passant que le
Canada, puis le Québec ne fait pas exception, là... on se fie encore beaucoup
sur un approvisionnement, pour certains types de tissus, en particulier ceux
qui sont plus transformés... ça vient des États-Unis. Et globalement, là, c'est
au moins 60 % des tissus transplantés au Canada qui viennent des
États-Unis.
M. Marissal : Ce sont des
tissus humains, là, pas... pas synthétiques.
M. Germain (Marc) : Des
tissus humains. Non, non, je parle des tissus humains pour la greffe.
M. Marissal : Ça fait qu'on
achète des tissus humains américains. C'est... Essentiellement.
M. Germain (Marc) : Oui, qui
sont prélevés sur... sur les donneurs américains et transformés par des
compagnies américaines qui... qui les revendent sur le marché canadien. Alors,
ça, c'est une situation qui existe partout au Canada. Et on fait des gros
efforts pour essayer d'augmenter notre autosuffisance puis de prélever... non
seulement prélever les tissus ici, mais aussi de pouvoir les transformer en des
produits qui... qui sont requis par les chirurgiens. Parce qu'il y a des étapes
de transformation qui sont assez complexes pour lesquelles on n'a pas encore
pleine capacité, puis on est en train de réfléchir et de plancher là-dessus aussi.
M. Marissal : Ça fait que
j'ai peut-être du tissu osseux d'un gars du Minnesota puis je ne le sais pas,
là.
M. Germain (Marc) : C'est
très possible, si vous avez reçu une greffe d'os, là. Je ne vous dis pas que
vous en avez une, là.
M. Marissal : Je ne le sais
pas. J'ai... Je ne suis pas allé dans le menu détail, jusque-là, mais j'en...
M. Germain (Marc) : Ils vous
en... Ils vous en auraient parlé. Ils vous en auraient parlé.
M. Marissal : ...j'en avais
assez. J'en... J'en sais assez. J'en ai su assez.
Mais, question, de même : C'est parce
qu'ils ont trop de tissus aux États-Unis ou c'est parce que c'est payant de le
vendre ailleurs? Je suis curieux. C'est comme un trafic humain ou presque, là,
de... ou en tout cas de quelque chose d'humain, là.
M. Germain (Marc) : Bien, ils
ont un surplus, là. Le don de tissus aux États-Unis, c'est volontaire, non
rémunéré, là, comme... comme le don de sang. Mais, par contre, il y a des
compagnies, parfois, à profit, qui transforment les tissus puis qui les
revendent. Et oui, il y a des surplus, puis ça leur permet d'exporter à
l'extérieur des États-Unis en grande quantité, en fait. Oui.
M. Marissal : OK. Et la
majorité de ce qu'on a ici vient de l'achat?
M. Germain (Marc) : Pour
certains types de tissus, oui. En particulier les... certains types de tissus
osseux qui sont hautement transformés, ils viennent assez majoritairement des
États-Unis, oui.
M. Marissal : OK. Dites-moi,
en 2018-2019, vous avez eu de meilleures performances de donneurs potentiels
recommandés. Bon. C'est un peu à la marge, mais on part de tellement loin que...
On est passés de 8 à 11, par exemple, puis après ça, on est retombés à 7.
Qu'est-ce qui s'est passé en 2018-2019?
Une voix : ...
M. Germain (Marc) : Oui, bien,
il y a eu... Effectivement, la pandémie a eu un effet assez majeur, là, sur...
sur les recommandations, parce qu'encore une fois la majorité des
recommandations, elles se font par les hôpitaux. On se souvient que...
M. Marissal : En 2018-2019,
il n'y avait pas de pandémie, docteur.
M. Germain (Marc) : Non, je
comprends.
M. Marissal : Je comprends la
diminution en 2020, là, parce que, là, c'était la pandémie. Mais, en 2018-2019,
on n'était pas encore en pandémie.
M. Germain (Marc) : Oui. Je
n'ai pas l'explication pour la diminution. Il y a des variations d'année en
année, là. Je n'ai pas l'explication pour ça.
M. Marissal : OK. C'est tout?
Le Président (M. Provençal)
: ...
M. Marissal : Rapidement. Peut-être...
Vous avez parlé de... d'une entente avec les bureaux du coroner. Pouvez-vous
faire rapidement pour que le président me chicane? Parce que je n'ai plus de
temps. Mais allez-y. Je pense que vous pouvez répondre en une minute.
M. Germain (Marc) : Bien, en
fait, comme je vous le... il y a beaucoup de... bien, il y a certains décès qui
vont être déclarés par obligation au Bureau du coroner, parfois des décès qui
surviennent, et c'est ça, l'intérêt, à l'extérieur de l'hôpital, les morts
violentes, etc. Et ça, on les échappait, évidemment, parce que nous, on mettait
nos efforts dans les hôpitaux. Là, on a carrément pris entente avec le Bureau
du coroner, qui a été assez généreux pour nous permettre d'avoir... Et là il y
a eu des... évidemment, des dispositions de nature légale pour nous permettre
d'avoir accès à leurs... à leurs informations, de sorte que, là, on a carrément
des employés d'Héma-Québec qui sont... bien, qui étaient sur place
physiquement, là, ça se fait plus à distance depuis la pandémie, mais qui ont
un accès direct aux décès qui sont rapportés au coroner. Ça nous permet de... à
ce moment-là, de dire : Ah, ça pourrait être un donneur potentiel. On peut
faire l'approche aux familles puis ensuite procéder avec le don.
M. Marissal : Très bien. C'est
clair. Merci. Merci.
M. Germain (Marc) : Bienvenue.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup de votre contribution,
de votre participation.
La commission ajourne ses travaux au
mercredi 31 janvier, après les avis touchant les travaux des
commissions, vers 11 h 15.
Alors, merci à tous les groupes qui ont
contribué à enrichir notre réflexion aujourd'hui. Merci beaucoup. Bonne fin de
journée.
(Fin de la séance à 17 h 16)